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Full text of "Revue catalane"

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REVUE CATALANE 

TOME Vni — Année 1914 



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Tome VIII 

kNNÉE 1914 




REVUE 
CATALANE 



IRGANE DE 
A SOCIÉTÉ 
lÉTUDES ^S 
ATALANES 



PERPIGNAN 
IMPRIMERIE COMET 



tf\ 



^NC/§^ ^^<t^ '^NO§33 '^vC/gîs :gQv&. cgOsS. cgQs^c^'>^^Ne;gj 

Table des Matières 

Liste des membres de la Société, 2. 

Monument à Jacinto Verdaguer, 23, 126. 

Jocs Florals de Barcelona, 29. 

Livres et Revues, 3i, 96, 128, i58, 184. 

Nécrologie, 95, 129. 

Languedoc et Roussillon, 96. 

En Gustau Violet, i25. 

Dictionnaire Catalan, 128: 

M. le Docteur Donnezan, i 29. 

El Pas d'Annibal, )53. 

Publications concernant le Roussillon, 160. 

Le Général J offre, 216. 

A propos de la guerre, 234. 

La langue allemande, 237. 

Proverbis, 234. 

Les Manuscrits catalans, 259. 

D'actualité, 237, 259, 264. 

Pour parler anglais, 259. 

Sant Jordi Mati '1 drach d'Alemanya, 280 

Père de l'Alzina. — La vidacara, 24. 

— La patota de la neneta, 82. 
Le rêve du Kaiser, 207. 

— Le général Joffre, 271. 
Amade Jean. Albades, 56. 

Azéma Paul. — Langues et littératures d'Oc, 65. 

Badoua Jean. — Expediciô de catalans y aragonesos à Orient, 26. 

— Gallipoli, 43. 

Baixas. - Le sculpteur Célestin Manalt, 6. 

Barrios Benêt R. — En Caries de Tourtoulon, 142, 178, 196. 

Batlle Antoine. — Primaveral, 127. 

Berga Pau. - A Mistral, 10^. 

— Oda safica, 177. 

— Sursum, 238. 

— Mort als liops, 253. 
Blazy. — Las bertranades d'En Jaumet, 75. 

— Un où de renyines, 169. 



V 



Blazy. — La cabra de l'Aloy, 204. 

Bonafont (mossen). — Goigs de Santa-Llucia. i5. 

Borateu (mossen). -- Flors de pedra, 28. 

— La tramontana, 140. 

— Juny, 176. 
Pobre mareta, i i3. 

— Gloria catalana, aSa. 
Brinquant Paul. — Pierre Talrich, 33. 
Carsalade du Pont (Mgr). — Mistral, 1 10. 

— Discours aux Jeux Floraux de Barcelone, i33. 

Cornet J. — L'introduction de l'Imprimerie à Barcelone, 202. 
Cornovol Juli. — Lo Badell, 260. 
Delpont Jules. — En Mistral, 98. 

— Le comte Jofre de Ria, 208. 

— Les catalans en pays de Fenouillet, 218. 

— El obispado de Elna, 241. 

— Los morts de la guerra, 255. 

— Les philologues allemands, 256. 

— Les philologues allemands en Roussillon, 272. 

— Les fouilles de Chàteau-Roussillon, 279. 
Ermitâ de Cabrens. — Parlament à n'el gênerai Jofre, 235. 
Es Eli. — Lo pioch de la fira, 243. 

Fournel Jean. — L'avenir du Fclibrige, i3o. 
Giorgio y VitcUi. — Janer, 14. 

— Febrer, 44. 

— Mars, 84. 

— Abril, 97. 

— Maig, i55. 

— Juny, 161. 
_ Juliol, i85. 

— Agost, 201 . 

— Setembre, 217. 

— Octubre. 233. 

— Novembre, 249. 

— Desembre, 265. 
Guimerâ Angel. — El somni del Kaiser, 207. 
Jampy (mossen). — Très violes de montanya, i5o. 

— Lo fill de Guifre cl Pelut, 277. 

— Un pastor improvisât. 278. 
Jordi de Sant-Jordi. — Enyorament, 53. 

De Lacvivier. — Particularités de la langue catalane, 83. 



- \jiii- 



Leguiel. — Passages curieux de « Tirant lo blanch », 90. 

— Autour de Mistral, 100. 

Mistral. — Sa mort, 107, 108, 1 10. 
Moli (mossen). — Serrallonga, 3o. 

— Lo Pinsâ, 2 10. 

Lo Pastorellet de la Vall d'Arles. — Lliris, roses y violes, 275. 
Pellissier Lluis. — Pera '1 Bolleti de Mossen Alcover, 63. 

— Les fouilles de Château- Roussillon, 1 14. 

— Vieux documents en catalan, 1 54. 

— L'ëcusson de l'ordre de la Merci, i56. 
La Santo-Estelo de 1914, 162. 

— Sobre la ortografia catalana, 194. 
Poesia popular. — Arri, arri, borriquet, 248. 
Pons Joseph. — Cases de Corbera, 1 9. 

— Mossen Jordi de Sant-Jordi, 45. 

— La moderne poésie catalane, 1 i5. 

— Notes sur la littérature catalane, 186. 

— Anfôs Par, 25o. 

— Les Campanes de la neu, 274. 
Proverbis. — 234. 

Quittard. — L'Orfeo catalâ à Paris, i65. 

R. — Le croiseur Waldeck-Rousseau dans l'Adriatique, 244. 

Rédaction (La). — Lo catalanisme à Rossellô, 60. 

Sant-Salvador. — Cantarelles dels goigs dels ous, 72. 

Thaupio. — Rosa de tardor, 247. 

Vallespir Victor. — Vers la masia, 85. 

Violet Gustave. — Pour la défense du génie françats, 266. 




ii'i 



8' Année- N* 85 Janvier 1914. 

Les Manuscrits non insères ^^^ ^^^^V V^ tf ^V^ 

ne sont oas rencuis. t^L M^^ «r ■ I 1^ 



CATALANE 



Les Articles oarus dans ia Revue 
n engagent oue ieurs auteurs. 



Compte-rendu du Trésorier 

pour Tannée 1913 

En Caisse au 3 1 décembre 1 9 j 2 Frs 7 5o 

Encaissé i 17 cotisations 1913, net 1 . 140 45 

Vendu une collection de la 7{eoue Catalane. ... 62 40 

Total des recettes 1.210 35 

Dépenses : 

Payé impression J{evue Catalane 

solde 1912 88 20 

Payé impression J^evue Catalane 

année 19(3, et tirages à part. .. . 1.04940 
Offert la Cigale d'Or de FéJibre 

Majorai 48 

Frais généraux du Secrétaire et du 

Trésorier 21 10 1 . 206 70 

Solde en Caisse, au 3i décembre 1913 3 65 

Le Trésorier, 

Jules Delpont. 




LISTE 

DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 

au 1 " Janvier 1914. 

MM. 

1908. Abat, 11, rue d'Alësia, Paris. 

1906. Albar Félix, chef de bataillon en retraite, place Grctry, Perpignan. 

— *Alcover Antoine (mossen), chanoine et vicaire général, Palma de 

Mallorca (lies Baléares). 

— *Amade Jean, professeur au lycée de Montpellier, Secrétaire général. 

— *Aragon Amédée, rue Saint-Dominique, 4, Perpignan, T ice-'P résident. 
1914. Arques Ramon, notaire. Les Borges d'Urgell (Lleyda). 

1010. AuRioL George, banquier, rue Font-Froide, Perpignan. 
1908. Aymar Joseph (abbé), curé-archiprêtre, Prades. 

1906. Badoa J., 192, boulevard de Charonne, Paris. 

— Baille Léon, architecte, rue de la Fusterie, Perpignan. 

J910. Bardou-Job Justin, manufacturier, château d'Aubiry, par Saint-Jean- 

Pla-de-Corts. 
1912. Batlle Antoine, propr., place de la Gendarmerie (gare), Perpignan. 

1908. Bergue Paul, conducteur principal faisant fonctions d'ingénieur des 

Travaux publics, à Hanoï iTonkin). 
1912. Bibliothèque Municipale. Montpellier. 

— Bibliothèque Populaire, Céret. 

1907. Blancou Gabriel, avocat, rue des Trois-Rois, 3o, Perpignan. 

1909. Blazy (mossen), vicaire à Rivesaltes. 

1906. *Boix Emile (docteur), avenue de la Grande-Armée, 26, Paris. 

— *BoNAFONT Joseph (mossen), Félibre Majorai, curé-doyen d'ille-sur- 

Tet, Vtce-P résident. 
1914. BoRATEu (mossen) curé à Evol (par Olette). 

1907. Brial Pierre (abbé), curé-doyen de Millas. 

1908. DE Çagarriga Henri, propriétaire, château de la Grange, Saint-Génis- 

des-Fontaines. 
1906. Calmette Joseph, professeur à la Faculté des Lettres, Toulouse. 

— 'Campanaud Laurent, propriétaire, rue Petite-la-Réal, Perpignan. 
1908. 'Capeille Jean (abbé), curé de Banyals-dels-Aspres. 

1906. DE Carsalade du Pont Juics (Mgr), evèque de Perpignan. 
1906. Caseponce Etienne (abbé), collège « La Salle», Calle de Provenzi, 
187, Barcelone ( Espagne). 

Lci noms prccédcs d'un astcrisque son: ceux des membres du Conseil d'administration. 



— 3 — 

ICI 3. Castellvj Francisco, pharmacien, à Figueras (Espagne). 
1909. Catel Jean, Bagnols-sur-Cèzc (Gard)* 

1907. DE Cazis de Lapeyrouse Félix, vice-consul de Portugal, 1 , rue Alsace- 
Lorraine, Perpignan. 

1911. Chaubet Joseph, représentant de commerce, rue Petite-la-Réal, 

Perpignan. 
1906. *CoMET Joachim, Imprimerie Catalane, rue de la Poste, Perpignan. 

1912. Créance, avocat, rue du Rempart-Villeneuve, Perpignan. 

1906. Cros François (docteur), médecin principal de i" classe en retraite, 

6, rue de l'Ange, Perpignan. 

1909. CuiLLÉ Joseph, propriétaire, rue Manuel, Perpignan. 

1907. Dalbiez Auguste, ancien banquier, quai Vauban, Perpignan. 
191 1. Dalbiez Victor, député des Pyrénées-Orienfàles, Paris. 
1912. Danyach (commandant), à Céret. 

1907. Daré Henri, négociant en vins, avenue de la Gare, Perpignan. 

1910. David d'Orimond (Madame), 3i, quai de Lorraine, Narbonne. 

1907. Delmas Joseph, lieutenant au 3° d'infanterie, promenade de la Cor- 

niche, 197, Marseille. 
1906. 'Delpont Jules, comptable, avenue de la gare, i3, Perpignan. Tré- 
sorier. 

1908. Dénoyés Joseph (docteur), rue de la Citadelle, Béziers. 

1909. Deit Jules, négociant, rue de l'Argenterie, Perpignan. 
1906. *DoNNEZAN Albert (docteur), rue Fontfroide, Perpignan. 
191 2. DuMAYNE, pharmacien, quai Vauban, Perpignan. 

1906. Durand Laurent, agent d'assurances. Rue Grande-la- Real, 28, Per- 
pignan. 
EcoiFFiER (Madame Veuve), rue Porte-d'Assaut, Perpignan. 

— EsTÈvE DE Bosch Henri(Mme Vve), Ille-sur-Tet. 

1908. EsTÈvE DE Bosch Xavier, général de brigade, rue du Mail, 83, 

Angers. 

— Falcon, commandant en retraite, place Arago, Perpignan. 
1906. FoissiN Aimé, premier clerc d'avoué, Céret. 

1912. FoissiN Thomas, négociant en vins, rue St-Sauveur, Perpignan. 

1909. FouRNOLs Joseph, 64, rue d'Amsterdam, Paris. 
1906. Freixe Jacques, homme de lettres. Le Perthus. 
1912. GiBRAT (abbé), curé, Saint-Féliu-d'Avail. 

— Giorgio y Vitelli (de), Direttore Capo di Divisione nel Ministero 

del Interno, Rome. 

— Grando Charles, rue Petite-la-Monnaie, Perpignan. 

1910. Granier (abbéj, curé de Lamanère. 
1906. Gravas Charles, notaire, Prades. 

— Guiu Charles, receveur de l'Enregistrement, Prats-de-Mollo. 



— 4 — 

19' 3. Henry Alphonse (abbé), à llle-sur-Tet. 

)C)i3. Janicot Albert, employé à la grande vitesse, 48, route de Prades, 

Perpignan. 

1906. JoNQuÈREs d'Oriola Henri, propriétaire. Corneilla-del-Vercol. 

1912. Lacroix, directeur du Mont-de-Piéte (près de la Poste) Perpignan. 

1906. DE Lacvivier Raymond, propriétaire, Elne. 

1912. Llanes, instituteur, Escaro. 

1906. "Leguiel Emile, receveur des Douanes, Le Perthus. 

— Llonch Jean, négociant, Figueras (Espagne). 

— 'LuTRAND Louis (docteur), 2, rue Porte-d 'Assaut, Perpignan, Pré- 

sident. 
— Marie Emile, propriétaire, Prades. 

1907. Marty José-Marfa, pharmacien, Puigcerda (Espagne). 
1914. Maséras Alfons, 20, rue Laugier, Paris. 

1906. Massot Joseph (docteur), place d'Armes, Perpignan. 
1912. MoDAT, ingénieur-électricien, Thuir. 

1906. *MoNSALVATGE Y FossAs Francisco, banquier, calle Subida del Puente. 

Gerona (Espagne). 

— Morer Marcel, négociant, rue Grande-la-Real, Perpignan. 
1910. MucHART Henri, avocat, boulevard Montparnasse, 145, Paris. 

1907. Pages Raymond, domaine des Garrigues-du-Tanary, Palau-del- 

Vidre. 

— Pams Jules, ancien ministre de l'Agriculture, sénateur des Pyrénées- 

Orientales, 33, rue Décamps, Paris-Passy. 

— Paret Louis (abbé), curé de Rigarda. 

1906. Pastre Louis, instituteur, villa Griolet, rue Fontaine St-Martin, Per- 
pignan. 

— Payré Joseph, avoué, rue de la République, Perpignan. 
1910. Peix Victor, industriel, Millas. 

— Pépratx Justin, notaire, rue Alsace-Lorraine. Perpignan. 

1906. PoMÈs Antoine, éditeur de musique, 4, rue Mailly, Perpignan. 

— Pons Joseph, professeur au lycée, agrégé d'Espagnol. Angoulême. 
1910. PuGET Eugène, cité Bartissol. Perpignan. 

1907. PuiG Joseph, directeur des établissements Vallaert Frères. 64. bou- 

levard Sébastopol, Paris. 
1910. Pujarniscle Victor, industriel, San-Feliu-de-Guixols (Espagne). 
1910. RiBEiLL, contrôleur des douanes, Port-Vendres. 
191 2. R0CARIES, avocat, quai Vauban. Perpignan. 
1914. T{oussillon (l'Amicale le ). 1, rue St-Denis. Brasserie Dreher. Paris. 

1908. RozÈs Numa propriétaire, Saint-Hippolyte. 

1906. Sabarthez Henri (docteur), rue Saint-Martin, 5, Perpignan. 
1906. 'Saisset Frédéric, homme de lettres, 26, fue Gay-Lussac, Paris. 



— 5 — 

1910. Saisset Léon, juge d'instruction, avenue du Chemin de fer, 3o, 

Fontainebleau (Seine-et-Marne). 
)9o6. Salsas Albert, receveur de l'Enregistrement, Castres (Tarn) 

1906. Sauquet Jacques fils, négociant, Bourg-Madame. 

1907. ScHADEL Bernard, professeur de philologie romane. Vorlesungs- 

gebaude, Hambourg. 

1911. SoLÉY Pla Joan](doctor), Ronda de San Père, 6, Barcelone (Espagne). 
1907. SoRs-GouELL Jean, avocat. Céret. 

— SuDRiA, 26, rue de Staël, Paris. 

1909. Suzanne François, 69, rue de Richelieu, Paris. 

— TALAyRACH Elie, propriétaire, rue d'Espira, Perpignan. 

1906. TissEYRE Jacques, rue Grande-la-Rëal, 35, Perpignan. 

1910. Thomas Romain, professeur en congé, Collioure. 

1907. ToDEsco Venanzio, professer, Bassano, — Vicenza (Italie). — 
1906. Tresserre François, mainteneur des Jeux Floraux, 65, rue Alsace- 
Lorraine, Toulouse. 

— Trullès Ferdinand, notaire, llle-sur-Tet. 

— *Vassal Augustin, banquier, place d'Armes, 6, Perpignan. 

— Verdot Lucien, pharmacien, rue des Marchands, Perpignan. 

— Vergés de Ricaudy (M"' veuve), rue Rempart-Villeneuve, Perpignan. 

1906. *ViDAL Pierre, bibliothécaire de la Ville, Perpignan. 

1907. Vilar Edouard, sénateur des Pyrénées-Orientales, rue Faustin Hélie, 

7, Paris-Passy. 
1907. Vilarem, principal du Collège, Lodève (Hérault). 
1906. *VioLET Gustave, sculpteur, Prades, Yice-P résident. 
1910. Violet Lambert, président de la Chambre de Commerce, route de 

la Pépinière, Perpignan. 
1906. *DE WiTTWER DE Froutiguen Julcs, le Bolx-Saint-Sauveur , Prats-de- 

Mollo. 




Le sculpteur CélesHn NanaU 

... On est tout étonne et ravi, car 
on s'attendait à voir un auteur, et 
l'on trouve un homme. 

Pascal. 

Cet hommage impérissable à la sincérité des littérateurs, 
et, sans doute, en général, des artistes, m'est revenu en 
mémoire la première fois que j'ai pénétré dans l'atelier de 
Célestin Manalt. Au moment de faire connaissance avec un 
artiste, on appréhende toujours un peu de rencontrer en- 
core un de ces ouvriers supérieurs qui, disposant d'une 
habileté d'exécution peu commune, mais n'ayant rien de 
vraiment personnel, ont pour métier de fabriquer des sta- 
tues plus ou moins officielles ou de donner une forme 
honnête à de froides allégories. Et l'on est tout surpris en 
effet en entrant chez Manalt de trouver un homme ; un 
homme à qui la vie ne fut jamais douce, et dont l'existence 
a été une lutte continuelle contre les difficultés les plus 
dures. Doué du tempérament affiné d'un artiste, il a connu 
des son jeune âge la nécessité de demander son pain au 
travail de l'artisan, et a dû même se plier parfois aux beso- 
gnes les plus grossières. De plus, le malheur ne l'a pas 
épargné et il a traversé les épreuves les plus cruelles. Enfin 
il a beaucoup souffert de voir souffrir les autres ; car son 
cœur, capable de la plus large sympathie, a compati à tou- 
tes les peines humaines. Tous les événements tristes ont 
retenti douloureusement dans son âme, et ont produit au 
plus profond de son être des impressions diverses : les 



7 — 




M. CELESTIN MANALT 



— 8 — 

angoisses qui l'ont torturé et les aspirations qui l'ont sou- 
tenu, les élans qui l'ont porté vers l'idéal et les désespéran- 
ces qui l'ont envahi, les sursauts de révolte qui l'ont soulevé 
et l'accablement qui l'a abattu après les défaites irréparables, 
tous ces états d'âme, Manalt les a exprimés, extériorisés 
par les moyens dont il se sentait depuis sa plus tendre 
enfance doté par la nature. 11 a créé les images où ses 
souffrances se trouvent concrétisées ; de sorte qu'il vit tout 
entier dans son œuvre. 

Ce caractère tout spontané de l'art de Manalt explique 
une particularité notable de sa carrière : alors que ceux 
dont le talent s'est entièrement formé à l'école commencent 
par des balbutiements, Manalt a débuté par un vrai chef- 
d'œuvre, le Méprisé. 11 ne faut pas hésiter à nommer ainsi 
un travail qui a reçu la haute approbation d'un maître 
comme M. Denis Puech. Allez donc voir cet enfant de 
quinze ans, dont l'être tout entier semble frémir de l'émo- 
tion contenue au fond de lui, qui, drapant sa nudité étique 
dans un pauvre vêtement, ne se courbe pas sous le dédain 
dont on prétend l'accabler, mais relève fièrement le front 
comme pour tenir tête aux forces acharnées contre lui ; et 
tous ses gestes disent bien qu'il ne se sent pas vaincu, mais 
qu'il triomphe suffisamment de pouvoir mépriser ceux qui 
le méprisent, et que d'ailleurs, il attend des revanches plus 
éclatantes. Allez voir cette œuvre, et vous me direz si elle 
n'est pas aussi richement expressive, et si pour l'exécuter 
ainsi, il n'a pas fallu que l'artiste se mît tout entier en elle. 

"Le Méprisé est de 1904. Quelques années plus tard, Ma- 
nalt nous montrera un geste de révolte plus caractérisé dans 
VEnfant à la Pierre, qui a été acquis par le Musée de Per- 
pignan. Là encore nous aurons un personnage que la dou- 
leur n'a pas plié, et qui conserve la force de l'action. Mais 
déjà avant VEnfant à la pierre, nous avions eu une inspira- 




L ENFANT ENDORMI 



10 

tion un peu différente avec V Jlbandonné qui est de 1906. 
Et voici que l'artiste va nous faire connaître une autre 
angoisse, la plus terrible peut-être, de ceux qui souffrent, 
l'angoisse du Doute, la torture de ceux que toute foi aban- 
donne. Dès lors il y aura une sorte de qualité dans l'inspi- 
ration, ou tout au moins une nuance qui différenciera les 
conceptions : et Manalt nous montrera l'homme, tantôt rai- 
dissant son énergie pour lutter quand même, tantôt suc- 
combant, et ne pouvant plus rien. En 1910 ce sera VEJfort 
du vieillard qui tend toute la force de ses muscles pour 
supporter un poids trop lourd qui l'entraîne ; et d'autre part 
le Désespoir de l'homme foudroyé en quelque sorte par le 
malheur soudain, et incapable de rien tenter pour les êtres 
faibles qu'il chérit et qui dans la détresse ont instinctive- 
ment recours à lui. Plus tard nous verrons le Tardeau que 
le vieillard porte jusqu'au bout, jusqu'au moment où le 
jeune homme vient l'en délivrer; mais d'un autre côté nous 
aurons VJlccahlé, la dernière grande oeuvre de Manalt, la 
plus puissante peut-être; dans un contraste saisissant il a 
su y marquer la faiblesse des plus grandes forces humaines 
quand elles sont aux prises avec la puissance du destin ; car 
cet homme qui est là brisé, anéanti par la douleur morale, 
est un véritable athlète ; et c'est pitié de voir ainsi affaissé 
un corps taillé pour la lutte, ainsi réduits à l'inaction des 
muscles robustes et dont l'effort eût pu paraître invincible. 
Mais en définitive, la conception de la vie est toujours 
la même chez Manalt : il la considère comme une lutte 
de l'homme contre des forces mauvaises qui l'oppriment, 
lutte marquée trop souvent par la défaite de l'homme. 
Aussi bien, est-ce là tout ce qu'il a vu dans la réalité, là où 
il a vécu habituellement comme partout où il est allé. 
Aussi si nous examinons les types qui l'ont frappé et 
dont il a fixé hâtivement l'image dans des statuettes ou des 



— 11 — 

bas-reJjefs, nous ne rencontrerons pas parmi eux, ou bien 
rarement, les êtres qui s'épanouissent dans le bonheur: tou- 
jours son attention a été attirée par ceux dont l'âpre labeur 
prend toute l'existence et ceux qui traversent la vie comme 
ils graviraient un calvaire. Tantôt il notera l'effort habituel 
du Porteur de blocs ou bien le travail épuisant des Mineurs, 
ou la promenade sans fin du Vendeur de journaux ; parfois 
ce sera l'artiste qui trouve une consolation dans son travail, 
le Joueur de Violoncelle ; tantôt ce seront les êtres qui ont 
laissé toute espérance, et ont pris leur parti de tout : le 
Chemineau, le Chanteur des J{ues. Et puis, les femmes éplo- 
rées, la Pleureuse, la Mendiante florentine et encore le Défilé 
des mendiantes. Les défilés des gens qui sont las et qui ont 
faim ont toujours frappé et ému Manalt : il a vu les théo- 
ries lamentables des Vendangeurs étrangers qui viennent 
chercher un morceau de pain dans notre Roussillon, et il a 
vu la procession des Gueux du Midi, quand dans un mou- 
vement inoubliable nos pays se levèrent pour crier leur 
misère. 

On ne saurait songer à énumérer tous les sujets traités 
par Manalt; ceux qui ont été cités suffisent d'ailleurslargc- 
ment à montrer quelle est son inspiration. Quant à sa tech- 
nique, je n'en dirai qu'un mot, puisqu'aussi bien elle se 

[ résume en un mot : exactitude, vérité. Elle procède entiè- 
rement d'une observation toute simple : les émotions, au 
moins les émotions fortes, celles qui ébranlent profondé- 
ment l'individu, ont leur expression dans des attitudes 
déterminées, où le corps tout entier est intéressé. Il s'agit 

ftdc saisir le jeu des muscles qui représente l'état intérieur. 
' Certains éludent la difficulté en drapant leurs sujets. Mais 
Manalt s'adonne avec passion à la recherche du détail ana- 
tomique, qu'il ne sacrifie pas à l'aspect superficiel de l'en- 
semble. Dans ses grandes oeuvres tout est marqué avec 



12 — 




L ENFANT A LA SOURCE 



- i3 — 

minutie ; dans ses bas-reliefs et ses statuettes il a fixé ce 
qu'il y a de caractéristique dans tel geste, dans telle 
attitude. Mais toujours la vie anime ses créations. 

On leur a, paraît-il, reproché de manquer de fini et de 
ne pas flatter toujours agréablement le regard. On est allé 
jusqu'à parler de grossièreté dans le procédé. Les préoccu- 
pations qui ont dicté de telles critiques sont demeurées 
étrangères à Manalt ; et il n'y a qu'à l'en louer. En faisant 
autrement, il eût commis un contre-sens. Etant donnés les 
sujets qu'il s est choisis, la beauté de ses oeuvres doit résider 
dans leur puissance, et il faut ne pas les comprendre pour 
y chercher le joli. 

Comment pourrait-on attribuer le fait à un manque de 
savoir faire ? Voyez ce qu'a fait Manalt quand il a abordé 
d'autres sujets. Une chose dans la vie l'a à certains moments 
reposé des duretés et des tristesses, c'est le spectacle de 
l'innocence des petits. 11 s'est complu à regarder les enfants, 
il a savouré tout le charme de leurs attitudes familières ; et 
là, pour rendre la grâce de leurs poses, Manalt a su polir 
et lécher leurs corps menus. Son enfant endormi, si char- 
mant dans son abandon, n'est-il pas achevé ? Qu'on voie 
également son Enfant à la Source : on y trouvera à repren- 
dre peut-être une combinaison trop géométrique des lignes, 
non, assurément, un manque de finesse dans l'exécution. 
Et son Enfant à l'épine, merveille de minutie! Dans ce petit 
corps d'une souplesse si naturelle, tout est-il assez fignolé ? 

Ainsi tout naturellement, et par la simple recherche du 
vrai, Manalt est arrivé à approprier parfaitement les procé- 
dés à l'inspiration. Cet accord de la conception et de l'exé- 
cution, du fond et de la forme, comme on dirait en 
littérature, est le propre des vrais artistes, de ceux qui sont 
arrivés d'eux-mêmes à la pleine possession de leurs moyens, 
et que n'a pas embarassés le souci d'observer strictement 



— '4 — 
des formules imposées par l'école. Nous avons donc fait à 
Manalt l'éloge le plus grand. Aussi en resterons-nous là, 
malgré la tentation de parler encore de ses portraits dont 
tout le monde s'accorde à reconnaître le très grand mérite. 
D'ailleurs j'en ai assez dit pour faire comprendre combien 
un artiste aussi original et aussi sincère honore notre pays : 
et cette considération suffira, j'espère, à me faire pardonner 
par les lecteurs de cette revue de les avoir si longuement 
entretenus de lui, quoique son œuvre n'ait rien de propre- 
ment régionaliste et présente seulement un intérêt général 
et humain. -, _. 

b. OAIXAS. 

JANER 

L'any s'aixeca somrihent 
ab un soi plé de dolsura, 
y del mont à la planura 
tôt es viu, felis, lluhent. 

Veu 's tothom, rich y content 
de afanys llibre y de amargura, 
ab lo cor en hermosura, 
obljdant també *1 présent 

Pero '1 sol desprès s'amaga, 
y ab ell la vida y '1 color 
sobretot lo mon s'apaga. 

Aixi se'n va l'espcransa, 

Aixi va '1 devenidor. 

Sens coratge y sens confiansa. 

L'Alguer (illa de Sardenya). Joan de GlORGJO y VlTELLl. 



'li'^i:'i'i:'lék''cy:'i''^'^h 



GOIGS DE SANTA LLUCIÂ 






Nous publions ci-dessous les jolis goigs que vient de composer 
Lo Pastorellet de la Vall d'Arles en l'honneur de « Santa Llu- 
cia ». Nos lecteurs les liront, comme nous, avec plaisir et 
intérêt : 

Goigs de Santa Llûcia 

De laquai la sagrada imalge, miraculosament satvada en jy^S, 

y ricamenl reslaurada en t^i3, 

es amaniamenl venerada en sa Capella d'I'L'LJl. 



Paraules de Mossen J. Bonafont, Rector d'Illa. 
Mûsica de G. Baille, Director del Conservatori. 



TORNAD.^ 
Moderato 



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Paix ab sa fé 



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Il - la vos dia son a - mor, Am - pa- 



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Ver - ge sa - gra - da, 



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Si^^ 



Am - pa - reu, Ver - ge sa - gra - da, 
COBI.A 



vis - ta y 



i^g^l^g^^Eg^i^^g 



corI 



La Si - ci - li 



dit - xo - sa Vos do 



nà la Uam del 



sol, Y sa mar blava y fres - so - sa Gron-xo - là - vos - tre - bres- 



^^^s^Ê=^^^^^^^m^^m 



-sol: 



D'fii - xa ter - ra re 



la - da, Sou la mes her - mo - sa flori 



— )6 — 

PuJx ab sa fé senyalada, 
ILLA vos diu son amor : 
Ampareu, Verge sagrada, 

Y sa vjsta y son cor. 

I 

La Sicilia ditxosa 

Vos donâ la llum de) soi, 

Y sa mar blava y fressosa 
Gronxolâ vostre bressol : 
D'ejxa terra regalada 
Sou la mes hcrmosa flor. 

]] 

Quai lliri blanch de puresa, 
Creixînt al peu del altar, 
Vostra virginal grandesa 
Spectacle era singular : 
Donzelleta recatada, 
Fugiu lo mon seductor. 

111 

La vostra mare sufrîa 
D'un mal dolorôs, dolent, 
Prop de santa Agâta, un dîa, 
L'acompanycu de repent : 

Y aquî fou desllîurada. 
En preu de vostra fervor. 

IV 

Per tant rara maravella, 
Li vareu vos demanar 
Que volguès vos deixar ella 
Als pobres vostres bens dar : 



— 17 — 
De gratitut abrasada, 
Vos concedcix ta) favor. 

V 

Lo minyô que pretenîa 
Ser lo vostre rich espos, 
Perdent tôt lo qu'ell volîa. 
Se girâ contra de vos : 
Ja sa râbia descarada 
Fa d'ell vostre acusador. 

VI 

Pascasi, tyrâ terrible, 
Per vos tentar proba tôt ; 
Mes li diheu : « Impossible! » 
Tal es vostre darrer mot. 
Veniu, borreus : resignada, 
Vos espéra sens temor ! 

VII 

Quan ja veu que no podia 
Vostra fé desarrelar, 
Desprès de llarga agonia, 
Eli vos va fer degollar : 
Al cel canten vostra entrada 
Los angels en l'arpa d'or ! 

VIII 
ILLA guarda la memôria 
Del miracle en ella obrat ; 
De la ciéga l'histôria 
Ten tothom boy esglayat : 
Cad'any, de matî, s'agrada 
De vos fer festa-major. 



— i8 — 

IX 

Al qui patcix de la vista, 
Al qui ha perdut la fé, 
Al qui, en sa vida trista, 
Plora d'afany, d'anyoré : 
Llûcia, Verge estimada, 
Doneu-los llum y bonhor ! 

TORNAÛA 

Puix ab sa fé senyalada, 
ILLA vos diu son amor : 
Ampareu, Verge sagrada, 
Y sa vista y son cor. 

Réunion générale du 12 Février 1914 

Dans cette réunions, M. Delpont, trésorier, à rendu compte 
de la situation financière de la Société pour l'année J913. 
Le bureau sortant a été réélu pour 1914 : 

Président: M. le Docteur Lutrand. 

Vice-présidents : M. Gustave Violet et M. Amédée Aragon. 

Secrétaire gén éral : M. Jean Amade. 

Secrétaire adjoint : M. Charles Grando. 

Trésorier : M. Jules Delpont. 

Archiviste : M. Louis Pastre. 



Cases de Corbera-del-Mitx 

(Notes del Poble) 



A fe que no es pas gran cosa e) poble de Corbera. Els terrers 
conreuats priver» de veure les desiguals teulades bonyegudes, que 
se sostenen â la bona de Deu, demunt de les parregueres y dels 
carrerots. Tôt just si per demunt del fort burell dels cotius puja 
el campanar cuadrat, amb l'alsaria d'un colomer. S'esta tôt envol- 
callat, el poble ; y '1 cal desniucar, aparedat com es, d'una banda 
pels roquissers que duhen el castell en una negror de pinyers, de 
l'altre per la geperuda y rojenca montanya de Mont-Tahut, 
aquella qu'es tant colorada cap-al-tart. En aquesta distancia, 
feelment scguida pel côrrec de Sant-Juliâ, poseu çà y enllâ un 
brill d'olivedes en flor, une clapada de vinyers, y un moH de 
vent qu'anyora son aleteig agegantat ; ohiu guinyolar els carriots 
y bramar la burra ; y, alsant la testa, seguiu les voltes ben regu- 
lars, ben iguals, dels colôms, que porten en llurs aies el blau 
flamejar del cel. Y ara, no desitjeu altra cosa, que no sigu' 
quietut y mes quietut. 

Mes aquell poble, descuidat com es, m'ha donat l'amor de lo 
qu'es comû y senzill, y ha contribuit â régir d'una manera segura 
les volades del meu cor, am sa bondadosa familiaritat. En la 
foscor dels recorts, jo senti que s'alsa com un retaule ombrivol 
y endaurat, â la vora del quai no s'atudarâ pas may la llantia 
d'oli del sentiment. 

Perqué es aquell el meu primer horitzo. Mon pare, qu'es 
metge y fill del poble, hi pujava gairebé cada dia. Cosa estranya, 
sempre que trobavem un dels dos embrancamcnts que menen al 
poble, al seu poble, encare que no hi tingués malalts, y per bô 
que '1 temps sobres una mica, no resistia pas â la tentacio d'hi 
fer girar el cavall. La bona bestia, que tenîa 'I camî acostumat, 
trotavà ferm, clavant les petjades en la polsaguera, com si amidés 
les irregularitats d'una terra ben coneguda. De vegades, se preci- 
pitava, al pas d'un xarregall que mitx-partia la carretera, anunciat 



20 



per una pendent, seguit per una pujada. Mes la marallengua'y '1 
rey-menut no desamparaven pas el branc de satalia 6 la brûa de 
manglancrs selvatges. Soles, les liausetes saltaven mes enllâ en 
els sementers y 'Is soles darada, trico trico, la testa enflocada. 
Jo sentîa que la vista d'aquells glebers argilencs confortava mon 
pare y li donava una mena d'enamorament. Mes recordi sobretot 
qu'avans d'entrar al poble, y travessant la colla dels ânecs espete- 
gant d'ales, recordi que mirava ansiosament, alla, à esquerra ; y 
en un moment democio, sempre deya : Es aquella, la tomba 
dels vostres avis ; penseu amb ells... 

Com la nostre estada al poble era d'una mitja-horeta, no desa- 
collavem pas. Saltavem à terra, el pare à régir les conductes, 
pel carrer de dreta, mon germa y jo â trobar algûn parent, pel 
carrer d'esquerra ; y aixîs deixavem el « Bijù », rumia que 
rumiarâs, sota un lladoner de fullâm vincladiç, en una boniquesa 
de sol. 

Bons carrers de Corbera, desiguals y mal aplanats ! Teulades 
que penjen de cantô, sens amor à la simetria, ensenyant les teulcs 
ennegrides, revestides d'une floridura d'or; finestrotes mitx- 
obertes, entra la lliim del defora y l'ombra de l'interior, com 
l'ull d'una vella, demunt de l'indiferencia lassa y manyaga del 
cor ; pedriços de pedre marbre 6 cadiretes baixes hont les mans 
seques van sarcint, sarcint... vetaquî l'imatge tant senziJla que ja 
'm tenîa maravellat, sigui que ja fôs sensible â la senzillesa y à 
l'humilitat, 6 bé encara que m'agradés d'ohir les bones persones 
assentades, quant deyen : mira, son els maynatges d'en Simon. 

En Simon, ja ho enteneu, era l'unie metge quevingués al poble, 
com que n'era '1 fill. Vetaqui perqué no li sabîen donar un altre 
nom aquestes santés dones, que '1 tenien tractât de temps ; fins 
els niris que van â estudi havîen près la costum dels avis, de les 
mares, heretant de llur familiaritat orgullosa. 

Mes hi havia un altre Simon en el pofcle, en Simon Fuster, 
quaixis el senyalava y distingua el seu honrat ofici. Prou nos ho 
sabiem nosaltres, que may faltavem de travessar la botiga. hont 
el ribot llisava sul taulell oscat y enmorenit, en l'auriola del sernill 
perfumat. Alegres, aixafavem les bolilles que feyen un munt à 
l'entrada. Mes, despres de la cuyna, hi havia una galàn terrada. 
y sempre nos hi escapavem, mon germa am vivacitat, y jo amb 



— Il — 

aquell aire tîmjt y cor-prés que 'm donava allavors un misteriôs 
enamorament del mon. 

Aquella terrada, alsada demunt del côrrec sempre aixut, 
enrejolada ça y enllà, era plena de gallines blanques, de lliris 
blancs, d'una confusiô d'herbes casolanes, sota '1 verdejant 
parral que li feia de cobrecel. Allé era un recô de paradis 
per nosaltres, sobretot qu'arrapavem d'una ma un tall de pâ 
amb companatge de socissot, un muscat boy cullit que perle- 
java, y de l'altre un got de vi nègre y gairebé sempre picat. 
Aquell vî de pages no 'ns desagradava pas, per amor de la 
terrada. Jo se que mhi gués estât tôt el dia, â ohir el zum-zum 
de les vespes vora les clavellines de porpra. 

No hi somicavem pas sempre â la terrada. Tôt soviny, pujavem 
per un carrer qu'era sagrat per nosaltres. Y ara, qui '1 fixaria en 
un aygua-fort, aquell carrer, dominât com era al fons per la 
tossa d'una montanyola, que semblava unicament fêta per portar 
un campanar de dos blesos, alsat â tall de força sobre l'absis ! 
Y qui diria 'Is sentiments quens despertava ,com si hî bategués 
l'anima del poble, perqué entre aquelles cases hî havia la casa 
dels avis ! 

Bona y pobre casa ! Morts els avis, deixant un petit heretatge 
de terres y mobles de vella usança, y escampada la familia, 
s'havia atudat el caliu de la llar, dolorosament ; y ara s'hî arre- 
plegava gent forastera. Mon germa y jo la miravem am senti- 
ment, estranyats de la trobar tant petita, amb un sol pis, â pênes 
diferenciada de les altres, qu'eren morenesy de porta arrodonida, 
pel seu emblanquinat ronyôs, groguenc y colrat. Dolsament 
commoguts, recordavcm l'avi cirurgiâ, tant gran y paralisat ; la 
graneta, magrantina, y '1 seu escofiô blanc, y les pinyes que 
sempre guardava per nosaltres ; mes lo que ja no podiem pas 
recordar, era '1 sa de sa veu. 

Si per cas ens veya aturats alguna dona, prou ens deguera enten- 
dre els pensaments, perqué eracare al cap del carrer, clavavem 
sempre sobre la casa pairal la nostre esbrinadora mirada d'infants. 
En cambi, que bonica y alegre la casa de l'oncle Jaume, hont 
veniem â parar ! Retreta com estava, pels alts del poble, y 
costejant la montanyola, semblava un mirall de nctedat. No hî 
hâ casa que m'hagi donat una impressiô tant clara. Y feu compte 



22 



qu'era una netedat de bona lley : un enrajolat vermeil, unes 
parets d'una blancor de neu, alguncs cadires de palla de color, 
vetaqui lo que feia '1 miracle. 

Y es que l'oncle y la tia, gent acomodada, qu'havien estât 
mercaders à Perpinyâ, al temps de les crinolines, no eixîcn 
pas gaire de casa ; una mica reservats, un si es no es timits, 
regnaven en llur eau plé de lluentors, la tia cuidant de la 
cuina y l'oncle del celler. Y aixis, honrats com la plata, tenien, 
am l'ajuda de Deu, totes les apariencies d'esser feliços. A la 
cuyna, sempre me semblava qu'una gâta s'hi havia de llisar 
el pel blanc y sedôs, mullegant la pota am la llengota, y clucant 
l'ull vert. Y la tia, sempre cofada de puntes, rodona, amb un 
maravellôs posât de placidesa, endressa qu'endressarâs... Tant 
bon punt ens veya, l'oncle prenia la clau y la candela, y obria 
el celler. Jo no sabîa allavors si preferia l'aromosa fortor del 
celler â la flaire del sernill y de les bolilles. Mes vos he de dir 
qu'aquell celler no era pas com els altres. Tôt hî era ordenat, 
y, cosa estranya, no hi havia ni un fil d'aranya. Les botes en 
renglera sobre 'Is pontics tenien un repos confiât. En les lleixes, 
els fiascos vinagrers y les gcrris, el cribell, les forques y les 
dalles penjades per la paret no semblaven pas figures de mala 
art, com. passa en tots els altres cellers. Y l'oncle, am sa cara 
ben afeitada — séria encare proba de netedat ? — ens oferîa un 
raig de vî muscat, de vi cuyt, 6 bé un xarrop' d'herbes de mon- 
tanya, rôs com l'oli. 

Y, confiât en la resposta, demanava : Fa qu'es bô ? Hi hâ très 
anys que... 

Mes li trencava la paraula la vinguda « d'en Simon », que 'ns 
volia arreplegar. 

— Ah ! Ets tu, Simon, deya la tia, boy netejant un altre got, 
sempre amb el seu posât de placidesa. — Y tôt seguit, l'oncle : 
Fâ qu'es bô ? Hî hâ très anys que... — A n'en Simon, no li 
agradava pas de s'entretenir, y llurcava el rellotge : son très 
quarts per mitxdîa, y 'ns esperen... Allavors, l'oncle y la tîa ens 
acompanyaven fins â la porta. Aixis, les corderellcs que segueixen 
els remats, alsen la cûa, y semblen dir : Mireu, mireu si mon 
plumatge es net !.. . 

Dcfora, les barbacanes deixaven penjar mitx pam d'ombra 



— 23 — 

blavosa. Lluia un bonic raig de sol en les parets agrisades, 
d'aquell soi de poble català que fa s'obrir els calzers dels- 
cirerers y ballar els somnis lluminosos en l'esperit dels infants î 
y l'aire estava imprégnât de la mes sanitosa exhalaciô monta- 
nyenca. 

A dreta, reconeixîem la dressera de la font del côrrec. Y d'una 
manera imprecisa, recordavem d'hî haver estât am Ja graneta, 
agafant à la ma un poalet de terra. La graneta estenîa la bugada 
en les mates de romanî ; hî havia parpelloles blanques... . 

Y are no hî tornavem pas mes â la font del côrrec, igual se fos 
estroncada... Que pensarîa allavors mon pare, qu'ens demanava si 
haviem passât devant de la casa dels avis ? Li responiem que sî ; 
y pertant, baixavem pel mateix carrer ; y encare qu'ho tinguessem 
ben entés, ens la senyalava cada vegada : « Es aquesta, aquesta ». 
Sota la finestra, un escarramell de figues seques s'assoleiava humil- 
ment. A ran del pedriç, la parra petita, arrapada, contractava 'Is 
seus nusos, com per expressar el dolor fisic de les pedres. Mira- 
vcm allavors tôt el carrer : tôt e! silenciôs carrer ténia allavors 
com un aire de lassitut sota '1 soi, y 'n les portes y finestres unes 
ombres d'un blau nègre, durament pintades. Y al cantô, quan 
giravem la testa, veyem encare al cim de la montanyola, êstra- 
nyaraent encuadrat per les pobres teulades vermelles, el campanar 
de dos blesos, fatidic en son immovilitat, el campanar de Corbera- 
de Dalt. 

1913. Joseph-Sebastiâ Pons. 

Souscription pour le monument à Jacinto Verdaguer 

Report antérieur j 86 . 5o 

Louis Pastre, à Perpignan 1 fr. 

Ramon Nonat o . 5o 

André R • o . 5o 

Total Qénéral J 88 . 5o 

Remis au Comité du Monument à Barcelone. 

Le Trésorier : J. Delpont. 



La Vida Cara 

Canço nova amb ayre vell 

I 

— A quant ne veneu els ous ? 

Teresèta, Teresèta ; 
a quant ne veneu els ous ? 

— Els dotze a trente-sis sous. 

— Amb truitada ô be ferrats, 

Teresèta, Teresèta ; 
amb truitada ô be ferrats, 
els-e trovi molt salats. 

11 

— Les mongetes quant veneu ? 

Teresèta, Teresèta ; 
les mongetes quant veneu ? 

— Nou francs la mesura, i dèu. 

— Als entorns, quan s'alçi ') vent, 

Teresèta, Teresèta ; 
aïs entorns, quan s'alçi '1 vent, 
ara pla sera... calent ! 

]11 

— 1 la patana a quant va ? 

Teresèta, Teresèta ; 
i ]a patana a quant va ? 

— Val un duro lo quintà. 

— Molt tindrà que rcbaxar, 

Teresèta, Teresèta; 
molt tindrà que rebaxar 
per me pogué jo cngrcxar. 



— 25 — 

IV 

— Lo vi a quant l'heu posât ? 

Tcresèta, Teresèta ; 
Jo vi a quant l'heu posât? 

— Es vén dèu sous la meitat. 

— Doncs, omplcnarc '1 barrai 

Tcresèta, Teresèta ; 
doncs, omplcnaré *1 barrai 
a l'axcta... del pohal. 

V 

— A la nina que doneu ? 

Teresèta, Tcresèta; 
a la nina que doneu ? 
cl dia que la caseu. 

— Sis llençols amb un menut, 
si m'agrada, si m'agrada ; 

sis llençols amb un menut, 
si m'agrada '1 seu volgut. 

VI 

— Al prcu que '1 greix ara va, 

Teresèta, Tcresèta ; 
al prcu que '1 greix ara va, 
de volgut no 'n sortira. 

— Vès ! sempre hi hà parpellol 
que se crema, que se crcma ; 
vès ! sempre hi hà parpellol 
que 's crcma l'ala al grcsol. 

Céret. i^desembre de ipi3. PerE DE l'AlziNA. 



uïï mmmïïmïmmmîmmïï^^ 

Sobre Texpedicio 
dels Catalans y Âragonesos à Orient 

(1303-1314) 

INTRODUCCIO 

Desde molts anys, y sens que pogui recordar-me qui fou el 
primer que m'en parla, me rodaba pel cap que Catalans y 
Aragonesos, dins una empresa en terres extranyes, habian il-lustrat 
llur naciô, ab fêtes tan remarquables, que de per en-llâ dels 
mars y atravessant les tenebles del sigles, l'esplandor ne tras- 
lluhia fins à nostros temps. 

Mes d'aqueixes clarors sols n'habia vist, fins ara, com llam- 
pechs esvanehits, d'un temporal llunyâ, els qui, un colp passats, 
vos deixan envol t de foscor mes negra y ab desitj mes punxant 
de llum clara. 

L'ûltim lluhentor que vingué à mi, la dech al 11m. Senyor 
Bisbe de Perpinyà. Habent-me escaigut, vers l'any J906, l'honra 
gran de conversar ab ell, aqueix gran Catalâ de cor s'exclama, 
parlant de nostre naciô : « Y que s'ha de pensar d'aqueixa gent 
« que, essen tan sols un punyat, feren trontolla l'imperi Grech ». 

D'allevôrs en-çà, res de concret habia llegit, ni ohit à dir, 
sobre « l'Expediciô d'Orient », quan fa alguns mesos, me vingué 
à mâns l'obra d'En F de Moacada, Comte de Osona (1), y 
obrint lo Uibre, ab l'emociô d'aquell qui obra una capsa hont 
pensa trobar un joyell desgarriat, hi trobari lo que esperançaba : 
la confirmaciô de lo que me sospitaba sobre dita empresa extraor- 
dinaria, al cnsemps, que la proba d'haber-hi contribuit Rossellô, 
ab homens y capdills. 

Crech donchs fer obra bona (fins hont pogui^ jo arribar) retre- 
hient alguns dels episodis mes senyalats d'una part poch 

(i)Antigua Ausona, avuy Vich. Una rama d'aqueixa familia passa à 
Sicilia ; una altra à Franca y fou arrel dels « de Bearn », « de Foix » que 
foren reys de Navarra y, per fi. reys de França. 



- 27 — 

coneguda de nostra Historia que pot titular-se sens exageraciô : 
l'Epopea Catalana à Orient. 

n 

Diferents autors, tractant d'aqueixa expediciô, sigui, per quin 
n\otiu que se sigui, l'han presentada com formada d'homens y 
capitâns naturals de totes les nations d'Occident, valent-se, pera 
justificar aqueixa opiniô, del nom de « franchs » que se donaren 
y del sagell que servia pera llurs patentes y altres documents. 

Dit sagell, es veritat, portaba à l'orla les paraules : sagell de 
l'host « dels franchs que regnan à Tracia y Macedonia » y, com 
figura, unSantJordi ; mes, deixant apart, queSant Jordi era patrô 
dels Catalans, se troba, encare, que la paraula « franchs » s'ha 
d'interpretar per « catalans franchs », y no, com calificatiu de 
nacionalitat. També s'ha de dir, per memoria, que, desde les 
cruzades, los pobles del Llevant donaven lo nom de « franchs » à 
totes les nacions d'Occident. Y si se volgués cercar subtilitats, 
cabria el dir que los Alarbs nomenaben a Afranch » les serres 
del Ebre al Loire. 

Ames, los noms dels qui manaben, que, deixat en Roger de 
Flor ()), foren tots Aragonesos, Catalans o Rossellonesos y la 
particularitat, ben caracterisada, de que en moments apurats.sem- 
pre demanaren ajuda als Reys d'Aragô (2) o de sicilia ; los fets, 
mes comprobants encare, de que quant volgueren un cap lo 
demanaren â la familia d'Aragô (3) de que, amos de les terres del 
duch d'Atenes, les oferiren a "n aquet reyalme y se donaren per 
capitâ En Roger Deslau, caballer catalâ natural de Rosscllô; tôt 
aqueix conjunt de circunstancies deixa probat, de sobres, que se 
tracta de una fêta histôrica que perteny, sens cap restricciô, â la 
naciô Catalana. 

J. Badoua. 



(1) Encare se dupta per lo lloch hont nasqué : Moncada diu à Brindi^ 
de pare aiemany y mare italiana ; En Gazanyola, diu à Tarragona. 

(2) No la conseguiren mai. 

(3jFou enviât Fernando, Infant de Mallorca. 



Flors de Pedra 

En Terra de Cerdanya 
Sonrihuen quatre flors : 
Son de Trança i d"Espanya 
Per la Verge llahors, 

Capella rodoneta 
Del terme de "Planes 
Espelleix, corn floreta 
D'un vju clavell francès. 

En son jardi reclosa, 
Donant vida y plaher, 
Puncelleja la rosa 
Del Santuari d"Err. 

Tal un lliri, blanqucjas 
Tont-T^omeu, prop dcls pins ! 
Altîu trono qu'envejas 
Reïna dels Serafins ! 

Viola embalsamada 
Que tots cercan ab zel, 
T^ùria, à Verge amada. 
Es lo dô lo mes bel. 

De la fé christiana 
Broteu, mysticas flors ; 
Per Verge sobirana 
Flori'u germans recorts ! 

J. BORATEU. 



Consistori dels Jocs Fierais de Barcelona 

Convocatoria per als de l'any 1914, LV de llur restauracio 

9P 

El primer diumenge de maig, que s'escau el dia 3, se celebrarâ 
la poètjca festa, en el quai seran judicats a les millors poésies 
que hi tirin els très « Premis ordinaris » (que ofereix cada any 
l'Excm. Ajuntament de Barcelona), corresponents als très mots 
que formen el lema de la nostra Instituciô, que son segons els 
nostres Estatuts : 

« Una Englantina d'or » que's donarâ a la millor poesîa d'es- 
perit patriôtic o sobre fets histôrics o tradicionals, usatges o cos- 
tums de la nostra Terra. 

Una « Viola d'or i d'argent » a la millor poesîa religiosa o 
moral. 

Una « Flor natural », premi anomenat d'honor i cortesîa a la 
millor poesîa sobre tema que's deixa al bon gust i franc arbitre 
dels autors. Segons la bella costum d'antic establerta, el qui 
obtingui aquest premi deurà fer-ne présent a la dama de sa elec- 
ci6, la quai proclamada « Reina delà Festa » entregarà elsaltres 
premis als qui'n siguin guanyadors. » 

Premis cxtraordinaris. — Una Copa artîstica a la millor com- 
posiciô en prosa de caracter literari. 

Totes les composicions han d'esser escrites en Català d'aquest 
Principat, de les llles Balears, de Valencia, del Rossellô o de la 
Sardenya, no entrant en concurs les que no siguin rigurosament 
inédites. 

Tots-els treballs s'han de remetre a la Baixada de Cervantes, 
nûm. 7. pral., segona, abans del migdia del j5 de marc vinent, 
acompanyats d'una plica closa que contingui'l nom de l'autor, 
duient damunt escrit el tîtol de la compsicio. 

Que'l Senyor us dongui inspiraciô per cantar la Patria, la Fè, 
l'Amor, com a nosaltres discreciô en judicar, premiant als mes 
dignes. 

Fou dictât el présent Cartell en la ciutat de Barcelona, als 3o 
de novembre de 1913, pels Vil Mantenedors. 

Julius Carsalade, Bisbe de Perpinyâ, Président. — Ramôn Pico "i Campa- 
MAR. — Antoni Sunol. — Cèsar-August Torres. — Emili Tintoré. — 
Josep Saderra. — Joan Oller i Rabassa, Secretari, 



mtm mnmnmînmmnmnmît 

SERRALONGA 

Scrralonga 's )o nom de) bel! vilatge 

Que 'm donâ llum ; 
Del ce) hi veig una molt rica imatge 

Ab dois parfum. 
Hermos y gentil lloch, rodejat d'arboledas 
En sitj élégant, sobre un gentil serrât, 
Res de mes bcll corn son las castanyedas 

Del teu vehinat. 
Que tendra y fresca es ta verdura ! 
Que hi ha de tan hermos com la teu hermosura ! 

Y los olms, y los poils, los freixes y noguers, 
Los faigs, los boixos alts, los salits y cirers. 
Que no 't fan, en tôt temps, una rica corona 
Que tothom qui t'ha vist en tôt !o mon pregona ? 

Entornejat de monts, que 's tenan à distancia 
Per celebrar tots junts 1' blanch del seu honor, 
Serrallonga 's pot dir, sens sentit d'arrogancia, 
Un poble descansat, tranquil, y sens temor. 
Bach-Vert ab son ait pich, vigilant centinella, 
Las terras de Cabrençs, y '1 Mont-Negre al costat, 
D'altra part Puig-Colom, tocant à Gironella, 

Y '1 sublim Canigô, de sempre célébrât, 

Tots ell$ son los soldats que guarden nit y dia 

Aquell lloch tan hermos ; 
Un altre defensor en lo quai se confia. 

Es la torra de Cos. 



— 3i — 

Que son tots cixos monts, cixas terras y serras ? 
Que 's diu d'ells al présent? que foren al passât? 
En feljs temps de pau, com en mal temps deguerra, 

D'uns y altres que se ha contât? 
En temps présent, no donan gran molestias ; 

Dormen tranquils tan ivern com istiu ; 
No 'Is despertan ni 'Is brams de las mes feras bestias, 

Ni '1 cant suau del cotoliu. 
Entonejats de rochs y cintats de riberas. 

En ivern coronats de neu, 
Tenint, als peus, fulles, boixos, falgueras, 

Estàn contents de la bondat de Deu. 



Mosscn MoLi, 

rector de Prats-de-Mollo. 

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LIVRES ^ REVUES 



Poèmes par J. Perez-Jorba, Barcelona, Typografia l'Avenç, Massô, 
Casas et C ', Rambla de Catalunya, 24, est un excellent recueil contenant 
un grand nombre de pièces d'une réelle valeur. Nous en recommandons la 
lecture aux amateurs de bonne littérature catalane. 

Extrait du BolUti del Diccionari de la Llengua Caialana. 

"La Mare Terra. — - Poésies rosselloneses, Pau Berga, Perpinya, Imp. 
Comet, 1913. 

Dins aqueix bell volum, de prop de 200 planes, l'autor cumpieix els pro- 
pôsits manifestats en el prefaci del llibre antécédent. Les poésies, aplegades 
en très sessions {Intimes, Quadros i La Terra) son totes elles prou catalanes 
per la llengua i per l'ortografia, encara que no tant per la versificaciô. 
Aquesta résulta sovint forçada i dura, per mes que l'autor procuri ajustarse 
a les normes nostrades, fins al punt d'admetre aleixandrins de primer hemis- 
tiqui pla i els endecasilabs a l'espanyola (que ell anomena de deu peus a la 
francesa). Els versos curts d'aqueix aplec solen esser mes ben forjats, i s'en 
hi troben composicions d'aire popular ben acceptables. No hi manquen, 
cmperô, silves de versos que no sabriem classificar i que creuriem prosa 
rimada. Tal volta son versos lliures de fâisô modernista. 



— 32 — 

L'estil d'En Bergue tendéix ordinariament al prosaïsme, cosa mes tole- 
rable dins les composicions d'assumpte familiar que dins les de tema i ento- 
nacio no tan humils. 

Ja s'ha dit que 1 seu llenguatge es prou catalâ ; i reaiment fa goig trobar 
tart pocs galicismes dins un llibre rossellonès. Per aix6 meteix fa mes mal 
efecte trobar- hi un castellanisme tan évident com la préposiciô hasta, repe- 
tida ben arreu. 

De totes maneres cal felicitar desde la nostra encontrada un escriptor 
rossellonès qui tant simpatisa amb lo d'aquesta banda dels Pirineus i préco- 
nisa l'unio espiritual de la raça. 



Tables de "La "Fontaine. — Traduites en vers catalans par Paul Bergue. 
Avec une préface et une étude sur l'orthographe et sur la versification 
catalanes. Perpignan, Imp. Comet, 1909. 

Molt important es aquest llibre rossellonès, mes que per la traça de 
l'autor en vestir a la catalana fins a cert punt l'original francès de La Fon- 
taine, per les declaracions que fa dins el prefaci i l'estudi introductori. 

En Bergue vol que dins el Rossellô s'escrigui el catalâ llegitim, i no una 
de tantes formes bordissenques de patués en degeneraciô creixent. Abomina 
del sistema ortogrâfic segons la convenciô francesa, que tant desfigura el 
catalâ que solien escriure els rossellonesos modems, i acceptarles « Normes 
del Institut d'Estudis Catalans ■ publicades a Barcelona. Respôn a les ob- 
jeccions que puga fer la rutina, i proposa l'exemple dels escriptors belgues 
no flamencs qui, en Hoc de tancarse dins un patués obscur, se sumen a la 
gran literatura francesa. Aixî, segons ell, han de procedir els escriptors 
rossellonesos incorporant-se a la pol-lcnt literatura catalana, amb lo quai ja 
trobarân public dins la Catalunya espanyola i no deixarân de guanyar-lo 
dins el meteix Rossellô, a on el vertader catalâ era conservât prou bé fins a 
les derreres generacions formades a l'escola. En resum, l'autor es un panca- 
talanista literari qui accepta per mestres, no sols els propis del Principat, 
sinô també els mallorquins i valencians. 

Dels mallorquins en fa gran elogi, que li devem agrair ; si bè li hem 
d'observar que l'insigne Ruyra no es nadiu de Mallorca, com ell creu, sinô 
del baix Empordâ (Blanes). 

L'estudi sobre la versificaciô catalana esta fet. com era natural, des del 
punt de vista francès ; i no obstant d'esser prou acurat i minuciôs, se res- 
sent de certar incomprensiô relativa. Com el francès propiament no té la 
vibraciô de l'aczent tônic, amb tôt i esser una Uengua tan germana de la 
nostra, des del punt de vista de la versificaciô li es mes extranya que les 
llengiies germaniques, per exemple. Encara es meravella que M. Bergue 
haja pogut fer-se carrée de ritmes tant inadaptables al francès com els de les 
fioracianei en que singularment se fixa,, donant a coneixer que no ténia 
idea de les metrificacions analogues italianes o espanyoles. 

Lo que demostra certament aqueix treball es un estudiosa lectura de tota 
la moderna poesia catalana i un simpâtic entusiasme per la meteixa. 

Mossen Miquel Costa de Mallorca. 



Le Gcrant. COMET. — Imprimerie COMET. rue de la Poste, Perpignan. 



8' Année- N' 86 Février 1914. 

l^es jVVanuscnis non insères ^^ ^P^^V V^V 4 ^P^ 

ne sont nas rcnou». M^Lm^ ^^ A. J .1^ 

:,es Articles oarus dans ia Revue M^ ^^ ^ ■ ■• ^^ W ^^ f ^]| M^" 

n engagent aue leurs auteurs. ^S^A Ik A A mk^k^4kmmaL^9 Aiv 

PIERRE TALRICH 



Jean-Pierre-François Talrich naquit à Serralongue (Pyr.- 
Or.) le i6 janvier 1810. Fils de Pierre Talrich, docteur en 
chirurgie, et de Thérèse Durand, il fut baptisé le 22 janvier 
en l'église de Serralongue et eut comme marraine Marie- 
Rose Trescascs. 

Le 20 mars 181 3, l'enfant perdait sa mère alors qu'il était 
déjà orphelin de père. Le docteur Talrich, lors d'une épi- 
démie de typhus, descendit de Serralongue pour aider ses 
confrères de Céret, fut atteint par le fléau et mourut 
victime de son devoir. 

L'orphelin fut mis au collège de Perpignan, mais le petit 
montagnard, ignorant de ce qu'il pourrait trouver dans la 
grand'ville inconnue, prit soin, en partant, d'emporter son 
livre d'école sous son bras. 

Au lycée, un épisode de son enfance révèle déjà sa 
naturelle générosité d'âme et son enthousiasme pour les 
nobles causes. 

En «824, âgé de quatorze ans, il s'évada avec quelques 
camarades ayant formé le projet très simple de partir au 
secours des Grecs. Malheureusement, l'un de ces jeunes 
émules de Lord Byron avait eu une préoccupation vraiment 
trop bourgeoise et qui devait lui être fatale : il avait laissé 
sous son oreiller son testament olographe par lequel il 



- 34 - 
déshéritait, en bonne et due forme, son neveu qui lui avait, 
quelques jours auparavant, administré une très irrespec- 
tueuse raclée. 

Ce document faisait connaître les intentions des futurs 
guerriers. Facilement rattrapés, ils furent ramenés par la 
gendarmerie, gravement incarcérés dans la prison de 
Perpignan où ils passèrent une nuit et le lendemain matin 
reconduits au collège et accueillis, cela va sans dire, par les 
triomphales ovations des camarades. 

Quelques années après ce fut plus sérieux. 

La cause de la liberté, victorieuse à Navarin, appelait 
cette fois à elle les défenseurs de Dona Maria, reine de 
Portugal, contre les violences et le despotisme sanglant de 
l'usurpateur de don Miguel. La France envoya l'amiral 
Roussin sur les rives du Tage. Pierre Talrich s'engagea 
parmi les volontaires français, se battit vaillamment, fut 
nommé sergent-major et faillit revenir décoré. 

Une croix du Christ de Portugal, une seule, restait à la 
disposition de ses chefs pour récompenser un acte de 
bravoure. Ceux-ci, estimant Talrich et un autre de ses 
camarades également dignes de la récompense, voulurent la 
tirer au sort. Pierre Talrich refusa de devoir sa croix au 
hasard et la laissa à son camarade. 

De cette campagne, le jeune sous-officier rapporta, à 
défaut d'un ruban, l'idée d'un drame historique, Vascon- 
cellos, qu'il écrivit vers 1849. ^^ sujet, emprunté à la 
Révolution de Portugal de 1640, fait revivre, au milieu 
d'une action très vivement menée, très angoissante, la figure 
de don Miguel Vasconcellos, secrétaire d'Etat de Margue- 
rite de Savoie, vice-reine de Portugal au nom de l'Espagne. 

Les scènes hautement littéraires, d'une émotion véritable 
eussent été dignes du théâtre si l'auteur eut consenti à faire 
mettre au point son œuvre par un écrivain ayant l'habitude 



— 35 — 

et l'optique un peu spéciale de la rampe. Les critiques les 
plus autorisés le lui conseillèrent, parmi lesquels Arsène 
Houssaye qui, après lecture du manuscrit, l'en félicitait 
chaudement. Mais, comme jadis en Portugal il avait refusé 
de partager la Croix, de même refusa-t-il de partager sinon 
la gloire, du moins un succès presque certain. Il voulut 




Cliché J, Oelpont 



que son oeuvre demeurât uniquement de lui et il remit sans 
hésiter le drame dans ses cartons. 

11 n'a été publié qu'après sa mort (i). 

En i83j, Pierre Talrich débarquait à Paris. Ce Pyré- 
néen (( prenait pour des taupinières Montmartre et le 
Mont Valérien, cet Atlas et cet Hymalaya des riverains de 

(j) 'Fasconcetlos, drame en quatre actes, i vol, in-8'. Pion 1902. 



— 36 — 

la Seine » ( i ) et se mettait bravement à la recherche d'une 
position sociale. 

11 n'avait guère alors pour toute fortune que son intelli- 
gence et sa volonté, de malheureuses spéculations de ses 
tuteurs ayant dissipé l'héritage qui lui revenait de ses 
parents. 

Après être entré dans une grande maison d'édition, il 
trouva, en 1841, au journal Le Siècle une situation plus 
rémunératrice, tandis qu'il nouait avec les rédacteurs des 
relations d'amitié qui donnaient satisfaction à ses goûts 
littéraires. 

il demeura au Siècle de 1841 à )865. Ennemi de l'Em- 
pire, il n'était cependant pas républicain et ses sympathies 
l'eussent incliné plutôt vers la monarchie traditionnelle, 
mais, sans avoir à faire de politique dans les colonnes du 
Journal, il rencontrait au Siècle des écrivains de valeur qui 
surent apprécier la franchise de son caraetère, la cordialité 
de son commerce et la finesse de ses goûts littéraires. Et 
c'est ainsi qu'il se créa un groupe d'amis qui lui demeurè- 
rent fidèles, et que chaque semaine, il avait plaisir à réunir 
familièrement à sa table. 

A côté de ses amis littéraires, ceux qui les premiers 
avaient toujours droit à son accueil le plus affectueux étaient 
ses compatriotes. 

A ces derniers, son cœur, sa bourse et sa table étaient 
toujours largement ouverts. 

Ce lui était une vraie joie de serrer les mains des Rous- 
sillonnais connus ou inconnus, qui venaient lui parler du 
pays lointain, toujours présent à sa pensée et qui faisaient 
réentendre à son oreille le doux parler Catalan. 



(1) Souvenirs des Pyrénées. Feuilleton du journal le Siècle, 2 septembre 
1860. 



- 37 - 

]] les recevait à bras ouverts, les retenait le plus souvent 
à déjeuner ou à dîner et mettait à la disposition des 
nouveaux venus son expérience et ses relations. 

Dès que sa situation se fut améliorée et que de plus 
longs loisirs lui furent permis, il s'empressa de retourner 
en Roussillon. 

Son premier retour date de i858. 11 en a gaiement 
retracé le souvenir dans un feuilleton du Siècle du 2 sep- 
tembre 1860. 

Repris par toute la séduction de la terre natale, les yeux 
charmés par les paysages autrefois familiers, mais depuis 
vingt-sept ans un peu estompés dans son souvenir, l'âme à 
nouveau conquise par la langue harmonieuse de son enfance, 
le poète se réveilla. 11 se surprit à conter une jolie légende 
en laquelle il chantait les pittoresques vallées pyrénéennes 
et leurs sources bienfaisantes et ressuscitait, pour l'agrément 
du récit, un certain Béranger de Paracols, soi-disant 
troubadour du xu' siècle et auteur prétendu d'une chanson 
d'amour catalane. Et audacieusement il citait la chanson et 
il nommait les lieux où il avait découvert le précieux 
manuscrit. Si bien qu'un érudit (cette race est sans pitié), 
ayant pris au sérieux cette fantaisie de vacances, écrivit un 
long article dans le Journal des Pyrénées-Orientales pour 
discuter la vraisemblance de la trouvaille, critiquer les 
erreurs de documentation, s'étonner de la forme un peu 
trop moderne de la poésie du xii^ siècle et conclure en se 
demandant si, au fond, « tout cela n'était pas une simple 
blague ». 

Trois semaines après, le Journal des Pyrénées publiait une 
lettre pleine d'humour de Pierre Talrich qui se terminait 
par cet aveu dépourvu d'artifice : 

« Je me résume. 

« L'on n'a jamais fait appel en vain à ma franchise. Je 



— 38 — 
confesse que toute mon histoire n'était qu'une véritable 
blague. 

« Je sollicite, à mon tour, de mon contradicteur, l'aveu 
que sa critique était au moins inopportune. 

« Historien austère, il n'a pas voulu se départir de la 
devise 

Jlmicus Plato, sed magis arnica veritas. 

« Je suis fantaisiste et j'aime mieux Platon que la vérité, 
surtout si Platon poétise à propos un coin de pays ou je 
suis né ». 

Cet article du Siècle fut, je crois, le premier consacré par 
Pierre Talrich à ses chères montagnes et le pastiche, attribué 
au fameux trouvère, son premier essai de poésie catalane. 

Quelque vingt après, il devait s'en souvenir et le repren- 
dre pour en faire la Corranda J{ossellonesa. 

De 1 858 jusqu'à sa mort, survenue en février i888, le 
montagnard fidèle n't que bien rarement laissé passer une 
année sans aller revoir ses Pyrénées : Perpignan, Prades, 
le Vernet, Molitg, Thuès, les Escaldes, Amélie-les-Bains, 
Mont-Louis, Font-Romeu et surtout le petit village natal, 
Serralongue qu'il dota successivement d'un Baptistère très 
artistique, puis d'un lavoir fort apprécié des ménagères du 
pays, sans parler de nombreuses générosités très discrètes, 
dont il gardait seul le secret. 

A Paris, longtemps président de la société de secours 
mutuels des roussillonnais : Le Pardal, il se faisait une fête 
d'assister à ses réunions, d'y apporter une jeunesse de cœur 
et d'esprit que révélaient ses poétiques improvisations. 

En décembre i885. accouru au-devant de l'Estudiantina 
catalana qui se rendait aux fêtes du Soleil, il la salua de ce 
joli quatrain dont la traduction ne saurait rendre le charme : 



- 39- 

Vos altres que veniu amb tota l'armonia 
Del nostre bel parlar nos portar l'alegria 
Infants de Perpinyâ vos obrim nostre cor 
Pel nostre Rossellô es tôt omplert d'amor — 

« A vous tous qui venez nous apporter la joie 

« Et l'infinie douceur de notre beau parler, 

« Enfants de Perpignan, nous vous ouvrons nos cœurs 

« Tout débordant d'amour pour notre Roussillon ». 

Les loisirs de ses dernières années furent d'ailleurs 
presque entièrement consacrés à célébrer le Roussillon. 
Pour chanter sa petite patrie, il écrivit des vers pleins de 
fraîcheur et tout imprégnés d'amour filial. 

Ce furent, par ordre de date : en 1879, le Canigou, 
poésie dont son compatriote, l'éminent professeur au 
Conservatoire, Taudou, traduisit en un rythme magistral 
l'émotion profonde. En 1881 parut l'Aubade Catalane, 
mise en musique également par Taudou qui écrivait au 
poète : « Votre aubade m'enthousiasme tellement que j'en 
veux écrire la musique et que, oubliant toute théorie 
d'école, je me laisserai simplement emporter sur les ailes de 
la poésie ». La Cantate « Al Rossellô » qui se retrouve 
dans les premiers vers des « Recorts » a été interprétée 
par Baille. Elle ne fut pas publiée. Enfin, la Ronde Rous- 
sillonnaise, dont Madame Léonie Bonet écrivit la musique 
et qu'illustra Teyssonnières précéda de peu l'apparition des 
(( Recorts del Rossellô ». 

Cette oeuvre, la principale du poète, et qui fut hélas la 
dernière, fut publiée en 1887. 

Pierre Talrich écrivit ces souvenirs avec joie, avec 
émotion et surtout avec amour. 11 y consacra tous ses soins 
et voulut que l'édition en fut particulièrement soignée. 
L'illustration fut confiée au maître aquafortiste, Louis le 
Nain et au compatriote Teyssonnièrc. L'un burina avec 



— 4° — 
vigueur l'énergique physionomie de l'auteur, l'autre évoqua, 
d'un trait original et pittoresque, les sites célèbres du 
Roussillon : le Canigou, vêtu de blanc, le Castillet, les 
Platanes, les danses catalanes... 

Le grand poète catalan Jacinto Verdaguer, l'auteur de la 
grandiose épopée, V JÎHandide, accepta la dédicace de 
l'œuvre qui portait en épigraphe ses propres vers : 

Com viatger al cim d'una pujada 
D'hont ovira sa terra somiada, 
Aqui 1 bon vell sospira de dolsor ; 
Y veent la verdejar hermosa y bella, 
Passeja Is ulls. enamorat, per ella. 
Rejovenit sentir volarhi 1 cor. 

Contme le voyageur au sommet d'une colline 
D'où il aperçoit la terre de ses rêves. 
Ici le bon vieillard pousse un doux soupir ; 
Et la voyant verdoyer gracieuse et belle, 
11 y promène amoureusement ses regards, 
Sentant son âme y voler rajeunie. 

Et le poème de Pierre Talrich s'ouvre par cet hymne 
d'amour au sol natal. 

Aixis com al trench del mati Ainsi qu à la pointe du jour 

se veuhen las tendres poncellas On voit les tendres boutons 

del frigol y ^el romani Du thym et du romarin 

Obrint llur calze â las abellas. Ouvrant leur calice aux abeilles. 

Aixîs, oh Rossellô, mon cor. Ainsi, ô Roussillon. mon coeur, 

A plena tarde del meu dia. Au plein soir de ma vie. 

T'obre son vas umplert d'amor. T'ouvre son vase rempli d'amour 

En ton parlar, vera armonia. Dans ta langue, vraie harmonie. 

Puis les strophes se poursuivent, fêtant tour à tour la 
floraison magnifique du Roussillon, célébrant le Capcir, la 
Cerdagne, évoquant Font-Romcu et le célèbre sculpteur 
Oliva, chantant la grâce légère des danses catalanes. La 
voix du poète se fait douce ou puissante pour dire le baiser 
de l'aurore sur les cimes neigeuses du Canigou. le souriant 



— 4» - 

ciel de Cerdagne, le silence imposant des hivers, la joie du 
Renouveau, la splendeur des nuits étoilées, mais elle se 
mouille de larmes lorsqu'elle salue les rives du Tech, les 
monts de l'Albère, le Vallespir aimé, tout ce petit coin de 
terre d'où s'exila trop tôt l'orphelin. Et devant les vieilles 
tours qui dominent Serralongue, Massanne, Mir, Cos et 
Cabrens, et devant le micocoulier du village qui vêtait de 
son ombre la maison paternelle, un dernier cri jaillit de 
l'âme du poète : 

Vallespir, 

Dois sospir ! 

Quina alegria ! 

Mon cor somia 
Qu'un dia hauré par darrer llit 
Quatre llosas del teu granit. 
Si 'm nega Deu eixa esperança. 
Si sota un altre ccl de França 
Mon jorn suprem ha de venir. 
De mi conserva est sovenir : 
No moriré pas de vellesa ; 
Ay no ! moriré de tristesa, 

Vallespir, 

dois sospir 1 

Vallespir, 

Doux soupir ! 

Quelle joie ! 

Mon cœur rêve 
Qu'un jour j'aurai pour dernier lit 
Quatre dalles de ton granit. 
Si Dieu trompait mon espérance. 
Si sous un autre ciel de France 
Mon jour suprême doit venir. 
Retiens de moi ce souvenir : 
Je ne mourrai pas de vieillesse ; 
Hélas, je mourrai de tristesse, 

Vallespir, 
Doux soupir ! 

Si ce rêve de l'enfant de Serralongue ne s'est pas réalisé 



— 42 — 
à la lettre, on peut dire que son âme s'est bien endormie, 
bercée par les plus doux souvenirs de son enfance, et que 
ses yeux se sont fermés sur les chères visions du Vallespir. 

Les J{ecorts del J{ossellô eurent chez les félibrcs le plus 
franc succès. Les lettrés en goûtèrent la forme parfaite, la 
langue très châtiée, le lyrisme éloquent et varié et les 
catalans furent tous conouis par l'émotion sincère et la 
douce mélancolie de ces souvenirs. 

Jacinto Verdaguer, Frédéric Mistral, Emmanuel Arago, 
Etienne Arago, Le Comte de Toulouse Lautrec, Justin 
Pépratx, Frédéric Donnadieu, Joseph Bonafont, Paul 
Mariéton, pour ne citer que quelques-uns, adressèrent à 
l'auteur des félicitations empreintes de la plus chaleureuse 
et de la plus profonde sincérité. 

Mistral lui écrivait : « C'est de la poésie naïve, populaire 
et franche qui est l'expression d'un souvenir ému. La 
langue est pure et claire. On sent qu'elle est vivante et c'est 
une fière réponse aux niveleurs intellectuels qui proclament 
la mort des idiomes indigènes ». 

« Mes félicitations et mes remerciements pour le plaisir 
que j'ai eu à lire ces vers limpides que vous avez bien fai 
de dédier à l'illustre chantre des Pyrénées, notre sympa- 
thique ami Jacinto Verdaguer ». 

Les Roussillonnais n'ont pas perdu le souvenir du poète 
du Vallespir. Souvent encore son nom est cité parmi ceux 
des enfants du pays qui surent le mieux l'aimer et le 
chanter. 

Sur la demande de la Municipalité de Perpignan son 
buste, dû au ciseau d'Oliva. orne aujourd'hui le musée et 
bientôt la ville perpétuera sa mémoire en donnant son nom 
à l'une de ses rues. 

Nul hommage n'eut été plus sensible à son cœur. 

Paul Brinquant. 



GALIPOLI 

Juny 1304 

Un colp près En Berenguer d'Enteza ()) Y tiorts los millors 
caballers y soldats que lo seguiren, sols quedaren à Galîpoli, ab 
En Rocafort, llur capdill, mil y dos cents infants, dos cents 
caballs y quatre caballers, bons soldats, quins eren : En Guillém 
Siscar, de Catalunya ; En Juan Caldés de Rosscllô, y En Fer- 
nando Gori ab En Jimeno de Alvaro, els dos aragonesos. També 
quedaba En Muntaner, racioner, y capitâ de Galipoli. 

Poca gent hi habia, donchs, per defensar la plaça y quant 
saberen que En Berenguer s'habia perdut, ab la seva gent y ses 
galères, vegeren que no habian d'esperar cap socorro de ningù y 
que, aislats de tots, lluny de la pâtria, envolts de dcsenemichs, 
sols d'clis mateixos y de llur propi valor, habian de tenir ajuda. 

Mes per aixé, no perderen ânimo. Antes, al contrari, s'enaltî 
llur valentia y donaren exemple de lo que s'ha de fer, en casos 
apurats, quant se tem que alguna acciô mal estudiada, o algun 
desfalliment de la voluntat, vingui à deixar l'honra y lo bon re- 
nom mal parats. 

Catalans y Aragonesos tingueren conseil y essent molts els 
qui tenian dret à posar-hi vot, variats foren les projcctes. 

Alguns foren de parer que era desatinat défendre la ciutat y 
que era forços desemparar-la ; que era convenient embarcar-se 
en les galères y altres naus y anar-sen cap à A\etellin, hont se 
podia arribar ab molta facilitât ; dehian que d'aquella isla, se 
podia corre els mars dels voltants, ab mes seguritat y ab gran 
perjudici dels contraris, y pera justificar aqueix projecte, retrehian 
que siguent poques les forces, no hi habia medi d'obtenir major 
satisfaciô. 

No fou seguit aqueix conseil, si no que ab paraules de 
amenaces, lo rebé la majoria dels qui assistian à la reuniô y que 

( 1 ) Los Genovesos lo pregueren per traicio convidant-lo à bordo de la 
galera d'En Eduard D'Oria y guardant-lo près quant el endemâ volgué 
rctirar-se. 



— 44 — 
se détermina defensar la ciutat, costés lo que costés de vides y 
fatigues, tinguent-se per ruin y traidor el qui no ho fés. 

Preuaren en tant aqueixa resoluciô que pera treure-se tota 
idea de mudar-ne, esberlaren tôt io que tenian de galères y altres 
embarcacions, enjegant-les â fondo. 

Habent perdut, ab tal acciô tota esperança de retirada per 
mar, sols confiaren en la que ab llur espasa y 1 ajuda de Deu 
habian d obrir-sc dins les files de sus contraris. 

Resoluciô extremada y en tal manera atrevida que desde 
aquells temps, l'Historia sols menta un fet igual, lo del Gran 

Capitâ (]). 

J. Badua. 
( I ) Hernan Cortès. (D'après F. de Moncada) 

FEBRER 

La Uuna de febrcr 
es dolsa y carinyosa, 
dona un secret plaher 
la nit misteriosa. 

S'obri lo gojg primer 
à la noya ditxosa. 
Tota enccsa, en poder 
de l'estreta amorosa. 

De lluny s'enten encare 

la musica suau 

que acompanyâ sa dansa ; 

Y ab la lluna li eau, 
sobre l'hermosa cara 
lo bès de l'csperansa. 

L'Alguer (illa de Sardenya). Joan de GlORGIO y VlTELLI. 



Un classique catalan des XIV'-XV siècles : 

MOSSEN JORDI DE SANT JORDI 

J. Massô-Torrents a publié en 1902 une édition des œuvres 
poétiques de Mossen Jordi de Sant Jordi, dans la Bibliotheca 
Hispanica. 11 y a réuni dix-huit poésies, dont certaines sont 
incomplètes. 11 en a rigoureusement établi le texte d'après les 
leçons des divers manuscrits et « cançoners », indiqué leur 
provenance et les variantes ; il leur a même souvent donné le 
titre dont elles étaient dépourvues. Enfin, dans une petite étude 
préliminaire, il nous a fourni des documents sur la biographie de 
Mossen Jordi de Sant Jordi. Mais nous ne savons rien ou 
presque rien à ce sujet. Mossen Jordi naquit durant le xiv' siècle, 
il mourut durant le xv\ et fut donc contemporain d'AuzîasMarch. 
Etait-il valencien comme lui ? Etait-il barcelonais ? Les investi- 
gatetirs ne peuvent nous le dire. Et nous ignorerions sans nul 
doute son nom et ses poésies isolées, si D. Ifiigo Lépez de 
Mendoza, marquis de Santillana, le poète des Asturies, ne Tavait 
élogieusement cité dans sa précieuse « Carta al Contesdable ». 

Les paroles de ce maître des « serraills », aristocratiques et 
parfumées d'italianisme, méritent bien d'être rapportées ici : 

En estos mestros tiempos floresçio Mossen Jordé de Sanct Jordë, caval- 
ière prudente, el quai çiertamente compuso assaz fermosas cosas, las quales 
él mesnio asonava, ca fué mûsico excellente ; é fiço, entre otras, una cançion 
de oppôsitos que conniença : Toijorns aprench e desaprench ensems. Fiço la 
Passion de amor, en la quai copilo muchas buenas cançiones antiguas, asy 
destos que ya dixe (Guillem de Bergadâ, Pau de Beilviure i Père Marchj, 
como de otros. 

La Passion de amor qui était, comme on l'observe, une sorte 
d'anthologie est aujourd'hui perdue. 

Massô-Torrents suppose très judicieusement que le marquis 
de Santillana dut rencontrer Mossen Jordi à Barcelone ; car il 
accompagna, ainsi que D. Enrique de Villena, l'infant Ferran 
d'Antcqucra, alors qu'il venait prendre possession de la couronne 



- 46 - 
d"Aragon. Il survécut à notre poète ; il lui consacra une belle 
poésie. La Coronacion Je Mossen Jorde, où il demandait à Vénus 
d'offrir au poète catalan la couronne des lettrés subtils et élégants. 
Il le plas-ait dans cette idéale prairie, ombragée de lauriers et de 
mvrtcs, où. suivant la tradition, les sages doivent se rencontrer 
et deviser de la connaissance et du parfait amour. Et vraiment. 
les lettres catalanes et limousines doivent un tribut de reconnais- 
sance à D. Inigo Lopez de Mendoza, marquis de Santillana. 

Mais nous savons encore de Mossen Jordi qu'il aima le roi 
Alphonse V et fut aimé de lui. Il est une lettre où le roi parle 
des agréables services que ne cesse de rendre « lo feel cambrer 
nostrc en Jordi de Sant Jordi ». Le poète connut en effet le 
cimier dore du gentilhomme. Ainsi qu'Andreu Febrer, il parti- 
cipa à la première expédition d'Alphonse V en Sardaigne et en 
Corse. 11 fut même fait prisonnier, comme il ressort de lune de 
ses poésies, qui ressemble fort à une requête à son seigneur. 
Excellent musicien, parfait poète du gai savoir, vertueux gtntil- 
homme, tels sont les titres de Mossen Jordi de Sant Jordi. 

Ses quelques poésies lui assurent une place d'honneur dans le 
retable d'or de l'ancienne poésie catalane. L'harmonie et la 
douceur furent ses qualités principales. 

Santillana, semble-t-il, y fut sensible, car il dit de lui, dans sa 
Coronacion : 

E muy manso raçonava 
E con vulto falaguero... 

Et peut-être de telles qualités expliquent- elles son affection et 
SCS éloges. Jordi de Sant Jordi aimait les belles idées, écloses 
dans le silence de l'étude ; son visage agréable reflétait la tran- 
quillité de son âme, l'eurythmie de son esprit. Il était harmo- 
nieusement idéaliste. Il aimait la mélodie. Il achevé lui-même 
son portrait avec une certaine bonhomie : que suy petits et curt 
d'alfizomia. — Qu'engrossesitz me suy delora ençay. 

Comparons-le au valencien Auzias March. Celui-ci, nous le 
représentons volontiers avec des yeux de flamme, dans un visage 
contracté, creusé, tailladé, comme ces martyrs et ces bienheureux 
que nous admirons dans les tableaux de Ribera, son compatriote. 
Car Auzias March, que l'on appelle bien à tort le Pétrarque 



- 47 — 
catalan, n'est pas simplement un adepte mélodieux du gai savoir; 
il est le poète inquiet de la douleur mystique. Il est « hanté par 
l'azur » bien avant Stéphane Mallarmé. Mais il n'est pas toujours 
nécessaire d'avoir une personnalité fortement accusée pour écrire 
de beaux poèmes. Si Mossen Jordi n'a pas possédé la rude 
science psychologique et morale d'Auzias March, du moins a-t-il 
su nous plaire avec son naturel et son idéalisme, et exprimer, en 
des octaves qui nous sont chères, la poésie des regrets, de la 
nostalgie amoureuse. , ^ . 



11 est rare qu'un poète des « Cançoners » ne se livre point au 
jeu des allégories ; et ce n'est point ici le lieu d insister sur 
l'importance de l'allégorie dans la littérature sentimentale. Dans 
son « Setge d'amor », Jordi suppose que l'amour en personne est 
venu l'assiéger. Las ! Comment pourra-t-il se défendre, sans 
fossés ni créneaux ? Ses soupirs sont ses espingoles ; ses gémisse- 
ments font office de bombardes. Piètre défense ! Et voici que les 
hommes d'armes de sa garnison, qui sont les cinq sens, le trahis- 
sent. Mais sa défaite, il l'accepte d'assez bon cœur ; il absout 
Amour ; il lui fait plaisamment observer qu'il ne doit point se 
glorifier d'avoir vaincu un homme « déjà vaincu et qui se rend ». 
On pourra utilement comparer le « Setge d'amor » à la poésie X 
d'Auzias March, qui débute ainsi : 

Si com hun rey, senyor de très ciutats... 

Une allégorie, une fiction sentimentale, des débats, telle était 
autrefois la bonne recette pour écrire un beau roman ; nous avons 
un autre idéal depuis. 

Parmi ces assauts de subtilité, je ne néglige point de rappeler . 
ici le beau dialogue sur les hommes et les femmes, dans le 
Somni d'Jlmor, de Bernât Metge. Mossen Jordi établit soi\ 
débat entre les yeux, le cœur et la pensée. Chacun veut avoir 
connu le premier des admirables préludes d'amour. Seule, la 
dame du poète, Na Ysabel, pourra déclarer quel est le vain-; 
queur du tournoi ; à défaut de cette déclaration, les yeux, le 
cœur et la pensée auront vite fait de le conduire à la tombe. Et 



- 48 - 
là. >1 semble bien que Mossen Jordi soit trop plaisant et spirituel 
pour ne pas exagérer sciemment. 

Mais sa science d'amour ne s'exprimait pas toujours dans 
la forme des débats et des allégories. II savait s'élever jusqu'à 
la plus pure conception platonicienne. Je crois bien que ces 
< Estramps », où, 

... lexant à part l'istil dcls trobadors... 

comme disait Auzias March, il fait l'éloge de sa dame et de ses 
qualités, sont le chef-d'œuvre de sa poésie ; il me suffira de citer 
les deux premières strophes qui me paraissent être les plus 
admirables : 

Jus lo front port vostra bella semblança 
De que mon cors nit e jorn gran fcsta, 
Que remirant vostra bella figura 
De vostra faç m'es romasa lemprempta 
Que ja per mort no se n partrà la forma ; 
Ans quant seray dcl tôt fores d'est segle 
Cels qui lo cor portaran al sépulcre 
Sobre ma faç veuran lo vostre signe. 

Si corn l'infants quant mira lo retaula 
E contemplant la pintura ab himatgcs, 
Ab son net cor no lo n poden gens partre. 
Tant ha plaser de l'aur qui l'environa ; 
Atressi m pren devant l'amorôs sercle 
De vostre cors, que de tants bens s'anrama. 
Que mentre I vey mas que Deu lo contemple. 
Tant hay de joy per amor qui m pénètre ! 

Ces endécasyllabes au superbe mouvement trochaïque donnent 
toute aisance a l'expression de la pensée, lui conservent un 
rayonnement et une pureté que les rimes altéreraient peut-être. 
La langue catalane, si profondément rythmique, si riche en 
sonorités internes, se prête au vers blanc, et plus peut-être qu'à 
la géométrie compliquée des strophes et des rimes, un peu 
superstit.-euscment imitée des « Leys d'amor ». Dans les 
« Estramos » de Mossen Jordi, la beauté de la pensée nous 
déduit plus encore que la beauté formelle. Ces strophes restent 



— 49 — 
un modèle même pour la poésie moderne ; c'est consciemment, 
sans doute, que Lôpez-Picô en a donné une glose, dans le plus 
fini de ses livres, Mmor-Senyor ; et 1 octave que je cite permettra 
de comprendre les liens intellectuels qui rattachent au vieux poète 
l'écrivain « noucentiste » : 

Farân els vcrms de ma carn llur pastura, 

Y no podràn esborrar-t' de mos ossos... 
Quant l'esperit devant Deu comparegui, 

Y la presencia Divina l'inondi, 

Dira : Senyor, jo no us veig, car es d'clla 
Aqtiesta llum tota humana que serve . 
No sents, amor, que la Iley de ta força 
Ni enllà dcl mon pot quedar estingida ? (i) 

Cette strophe où se retrouvent des qualités de force et de 
fermeté austère, qui sont des qualités de la race catalane, vaut 
tous les éloges que l'on puisse faire de b poésie de Mossen 
Jordi de Sant Jordi ; mieux que beaucoup de pages, elle en 
dévoile la féconde valeur spirituelle. L'exaltation de l'amour 
subtil et délicat, de l'harmonie de l'intelligence et de sa belle 
clarté divine est un thème inépuisable. 11 fournit à Mossen Jordi 
les plus purs de ses poèmes. On sait que les amies des trouba- 
dours sont des créatures d'exception. C'est symboliquement 
qu'Auzi'as March appelait « Lir entre carts » la vision de son 
idéalisme. Mossen Jordi lui attribue les jolis titres de « Castells 
d'honor », de « Reyna d'honor ». Entre toutes, dit-il, elle 
mérite le nom d' « Aymia ». Elle a une beauté noble, sans fards 
ni artifices. Elle est supérieure aux autres femmes comme l'antour 
l'emporte sur le merle, et la fleur de lys sur le rouge pavot. Elle 
possède au plus haut point cette vertu essentielle, qu i) dénomme 
« lo prêts », ainsi que nos troubadours médiévaux. 

Plus respecteux encore sont ses hommages dans la poésie 
intitulée « Mi dons ». Ornée des plus belles vertus, et d'une 
chasteté suprême, la dame est au-dessus de l'amour lui-même, 

(i) J. M. Lôpez-Picô : Amor-Senyor. Barcelona MCMXII. Llibreria 
d'Alvar Verdaguer. Plaquette non paginée. 

Cf. J.-S. P. : « La Poesîa d'en J.-M. Lôpez-Picô », Revue Catalane, 
Perpignan. Tome VI, année 1912. 



— 5o — 

au-dessus de « Testât d'amor y d'honor ». Seuls, des théologiens 
pourraient étudier et diviser ses vertus insignes. Elle est la 
beauté et la vérité ; elle est la perfection dont la vue nous élève 
à Dieu. 

Milâ y Fontanals a pu supposer que ces louanges étaient 
adressées à la reine Dona Maria. Mais le « Reyna d'amor » de 
la a tornada » se retrouve aussi dans sa poésie « Lavmîa » ; et 
il me semble que ce détail pourrait bien détruire son hypothèse ; 
il est plus simple de ne voir dans cette pièce que lexpression 
d'un idéal qui avait longtemps rayonné sur les terres de langue 
limousine. 

Toutefois, il arrivait que la réalité ne répondait pas à ces 
généreuses idéalisations ; et Mossen Jordi nous l'avoue. Car 
elles sont rares les femmes qui connaissent 1 amour pur ; et elles 
n'ont pas de fermeté; Mossen Jordi se plaint que l'amour aide 
les truands, favorise les hommes iniques, que la loyauté et la 
courtoisie et la fine science ne servent de rien 

. . . Cobles e lays, dances e bon saber 
lo dret d'amor no poden conquerer... 

disait Auzias March, qui, dans son extrême besoin de perfection 
morale, reprenait si âprement les désirs charnels de sa dame. 
Et Mossen Jordi : 

Perque ara dich que ventura fa via 
que no val ley, bondat ne cortesia. 
Ne ser ardit, franch, valent sens fallir, 
ans lo volpell e 1 falç veureu florir. 

Cependant, ces idéalisations, et les déceptions qui en sont la 
naturelle conséquence, n'apparaissent guère, malgré toute leur 
finesse, que comme des thèmes fort répandus dans les « Canço- 
ners ». Mossen Jordi a écrit des pièces plus sincères, charmantes 
de détails autobiographiques. 

Et c est d'abord le a Comiat », ou l'Adieu. Plein d'angoisse, 
il doit quitter sa dame, et cette pensée l'attriste, il s'éloignera de 
la contrée, du pays de plaisance où elle habite : 

En un vexell de fust. llay en la mar 
Absens de vos, lunyats desta contrada 



— 5i — 

Del pahr's dois hon vostre cors habita. 

Et dans une strophe où l'on devine une véritable émotion, il 
recommandera à Dieu son honneur, sa beauté, son doux regard. 
]] chante sa nostalgie, son « Enyorament », avec un accent 
inoubliable : 

A, cor gentils, quant de vos me parti 
E us via sus ait al vostre mirador, 
Morir cuydi... 

Il n'a guère plus qu'une consolation, celle de voir la dame 
dans son rêve. Par comble d'infortune, le voici fait prisonnier 
a sans amis, sans biens et sans maître, dans un étrange lieu, dans 
une étrange contrée ». 

a 11 fut un temps où rien ne pouvait me satisfaire, dit-il, — 
et maintenant je suis heureux de ce qui est cause de ma tristesse 
— et maintenant j'attache plus de prix aux chaînes qui me sont 
légères — que je n'en attachais autrefois à la belle broderie. » 
Si le destin s'est montré cruel, n'a-t-il pas la consolation d'avoir 
fait son devoir, ainsi que les braves qui se trouvent en sa compa- 
gnie? Car il n'a pas été fait prisonnier par défaut d'esprit 
chevaleresque, de « cavallerîa ». 

Aussi demande-t-il à son roi vertueux, a son seigneur, de 
vouloir bien se souvenir des prisonniers. Cette pièce (i) est 
remplie de ferme sérénité et de beauté morale ; elle est de celles 
que nous devons retenir, car elle nous donne la mesure de la 
sagesse et des vertus de Mossen Jordi. 

Si l'on veut maintenant connaître son humour et son enjouement, 
il faudra lire certaines de ses poésies qui ne sont guère que des 
conventions de l'école provençale, comme sa « Canço d'Oposits » 
et les « Enuigs ». 11 nous est sans doute permis de négliger ces 
divertissements poétiques malgré toute leur ingéniosité. Mais sa 
satire la plus plaisante et la plus joliment rimée est celle du 
c Cambiador », où il campe un tvpe de la société moyen-âgeuse 
avec autant de verve, mais avec moins d'âpreté qu'Auzias March, 

(i ) « Presoner ». 



— 52 — 

lorsqu'il adressait un fulminant « MaIJit i> à quelque < alcavota 
provada » . 

Car, Mossen Jordi n'a pas la vigueur d'Auzias March ; mais, 
pour nous séduire, il possède tous les dons d'une sagesse tran- 
quille. Nous ne pouvons pas suivre dans son œuvre les diverses 
étapes de l'amour subtil, la vigoureuse analyse de ses angoisses 
et de ses épreuves; il ne nous montre pas les épines du chemin 
de perfection ; il n a pas connu dans toute sa profondeur la 
doctrine d'austérité. 

Du moins les quelques poèmes qui nous restent de lui nous 
montrent-ils qu'il fut un parfait galant homme. Méprisant les 
hommes dont les jours s'emploient à vendre et à acheter, il 
aspirait honnêtement à l'idéal d'amour et d'honneur. Et il ne faut 
pas oublier encore qu'il fut « mûsico excellente ». 11 ne nous 
reste que de vagues fragments de ses « danças », de ses chansons 
courtoises, mais nous nous en referons volontiers au témoignage 
du marquis de Santillana. 



11 nous est donc loisible de le considérer comme l'un des rares 
classiques catalans, et le mot n'est pas ambitieux. Ses octaves ne 
doivent pas seulement intéresser le philologue ou l'historien ; 
elles conservent toujours leur essence lyrique en des lignes 
solides ; et d'aucuns peuvent penser que cette langue, dont la 
fermeté et la pureté sont évidentes, et ces délicates et hautes 
pensées de poète pétrarquisant ont un charme plus sûr que 
certaines rapsodies chaotiques de Verdaguer lui-même. On paraît 
l'avoir compris à Barcelone, et il en était temps. 

Joseph-Seb. Pons. 



Pages Choisies 



Enyorament 

Cette belle poésie, conservée par plusieurs manuscrits, n'a été 
publiée pour la première fois que par Massô-Torrents, dans 
l'édition que nous venons d'étudier. Elle a été récemment 
reproduite par Pompeu Fabra, dans sa « Gramâtica de la Lengua 
Catalana » (Barcelona. L'Avenç, 1912) fpag^ 319. Selecta, 
Autores Mediocvalesj. Pour en faciliter la lecture, nous utilisons 
les principales notes de Pompeu Fabra, en les accompagnant, 
lorsqu'il est nécessaire, de quelques observations personnelles. 11 
n'est pas inutile d'observer que la graphie « Enyorament », 
pour 4 Anyorament », est une preuve à l'appui de l'étymologic 
de ce mot si cher à tout catalan (ignorare — ne pas savoir — 
être privé — souffrir de ne pas savoir), étymologie proposée par 
Meyer-Liibke et par le germanophile Manuel de Montoliu. 

j.-S. P. 

Enyorament, enujg, do) c désir (i) 
M' han dat assaJt des que 'm partî de vos, 
Tant fort que ja res no 'm pot abeilir (2) 
E tôt quan veig plasent, m' es enujôs. 
Tant m'ha fet mal lo vostre départir (3) 
Que m'entrenyor com no us veig com solîa. 
Et, per greu do), sovint lanç mant (4) sospir, 
Si qu' he paor que désir no m'aucîa. (5) 



(i) DESIR, desitg, dësir. — (2) ABELLIR, séduire, attirer. — (3) 
DEPARTIR, DEPARTI MENT, DEPARTENÇA. Remarquons l'emploi 
voulu de ces trois formes dans la poésie, et aussi la richesse des suffixes 
catalans : départ — séparation. — (4) MANT (provençal) maint. — 
(5) AUCIA, ne me tue (de auciure). 



- u- 

A, cors gentil ! quant de vos me parti 
E us viu (i) sus ait al vostre mirador, 
Morir cuydi (2) tant greu dolor senti : 
Axi 'm dcstreny (3) de son poder amor ! 
Mas, com forçat, jo forci mon voler, 
E pris comiat de vos. gO)g de ma vida, 
Planycnt. plorant e ab greu desesper 
Maldint (4) lo jorn de ma trjsta partida. 

Si be dellâ visch eu (5) ab desplaser 
Per lo gelôs que us n'avîen lunyat, 
Mas sols quant eu (6) vos podia vaher 
Encontinent tôt lais (7) m' er' oblidat. 
Mas are 'm veig de tôt plaher absent, 
Cargat d'amor e pobre de ventura 
No vahent vos, que us am tant finament, 
E per açô morrc si gayre 'm dura. 

Quant me record en lo departiment (8) 
E pens en vos, me semble que us veig clar ; 
En aquell punt me corr' un sentiment 
Per tôt lo cors que 'm fa los ulls pjorar : 
Puis vaig al cor e fas-li (9) dir plorant 
Ab agrès veus « Ay ! hon es ma senyora ? 

(1) VIU (arch.). Je vous vis. Q. Fiu (de fer). — (2) CUYDI. Nous 
lisons cuyJé dans le texte de P. Fabra. Cette forme du paradigme moyen- 
âgeux est catalane. Nous la repoussons pour conserver la rime intérieure 
que constitue cuydi à la césure (coupe 4-6) (6-4). — (3) DESTRENY, 
opprime. - (4) MALDINT. maleint. — (5) VISCH EU. P. Fabra 
corrige heureusement par visqui. [J'ai vécu la-bàs t dellâ) |, bien qu'il n'y 
soit point autorisé par les manuscrits, puisque Massô-Torrents n'a pas 
donné cette variante dans son texte critique. — (6) EU (provençal), je. 
— (7) L'ALS. le reste. — (8) Voir DEPARTIR. DEPARTIMENT, 
DEPARTENÇA. etc. — 19) FAS-LI, je lui fais (arch. pour faig.) 



— 55 — 

Hont est (i), mon bc ? pcr que 'm muyr désirant 
Pol no veher », tant forment vos enyora ! 

Enquer {2) vos veig la nuyt en somiant, 
De que '1 meu cors pren un poch de repos, 
E 1 jorn après, vau (3) tôt joyôs pensant 
Com son estât ab vostre donôs cors. 
Per que us suplich vos vaja '1 cor amb me (4) 
Un' hora '1 jorn, per bona conaxença, 
Car com mes va mes vos am, per ma fè, 
E mes m'entench en vostra benvolença. 

TORNADA 

Na Ysabe), tant havets sobre me 

Que quant no us veig visch en fort penitença, 

Mas al pus tost e pus breu que pore 

Iré veher la vostra continença. 

ALTRA TORNADA 

Car lo meu cors es tant irat ab me 

E tant fellô (5) per vostra dcpartença. 

Que 'm vol aucir e diu que, per sa fè, 

Tro (6) us haja vist no m'haurà benvolença. 

Jordi de Sant-Jordi. 

(1) EST, tu es. — (2) ENQUER, encara. - (3) VAU, vaig. — 
(4) ME (provenc), mî. — (5) FELLO. P. Fabra traduit : cnojado, irrité. 
N'est-ce pas le français: félon? (méchant, cruel, traître, rebelle). — 
(6) TRO, jusqu'à ce que. 




^^1^ 



ALBADES 

1 

Voici d'abord une albada tirée du fameux Canfoner ie /es 
obreles mes divulgades Jurant los segles xiv, xv e xvj d'Aguilà 
(Barcelone, i8y3 ; n' 2). Elle a été reproduite sous ce même 
titre d albada d'après un manuscrit du xv* siècle : on ne s'étonnera 
donc point du tour archaïque qui la caractérise. Si le second 
couplet paraît tout d'abord assez obscur, un peu d'attention le 
fera mieux comprendre. C'est la « belle » qui parle dans le 
premier, priant le a galant » de se retirer, car l'aube va poindre 
comme dans la divine et inoubliable scène de 7(oméo et Juliette 
avec cette différence que le coq seul, et non l'alouette, donne ici 
le signal. Dans le second couplet, le galant prétexte qu'il lui est 
difficile de partir en laissant ainsi auprès d'elle son cœur retenu 
par l'amour ; à quoi la belle répond dans le troisième couplet 
qu'il peut se retirer sans inquiétude, car elle est toute à lui. 
Cette charmante petite pièce est bien digne des honneurs d'une 
anthologie de la poésie populaire catalane. 

Anauvosen la mîa amor, 

Anauvosen, 
Que la gcnt se va despertant 
E lo gai vos diu en cantant 

Anauvosen. 

Con\ me n iré sensé lo cor 
Qui de vos nos vol départir ? 
Son poder fa de romanir 
Lexant ne lo seu cos qui 's mor. 

Anauvosen mon bel senyor, 

Anauvosen, 
E no dubteu d'acî avant 
Que vostra son, ^i beus dich tant 

Anauvosen. 



- 57 



]] 



La seconde albaJa, que je transcris ci-desscus, est plus longue 
et plus moderne. Elle a été recueillie à Palalda en j865 par 
Milà y Fontanals, et publiée dans Mhcelîanea dt fiîologia e lin- 
guisHca (in memoria di Napoleone Caix e Ugo AngeJlo Cancllo; 
Firenze, 1886, p. SyS) : 

En esta pedra m'assento, 
M'hj comenso d'assentar ; 
Tinch ]a mi amor que reposa : 
No la gosj despertar. 
5 Desperteuvos que ja 's alba, 
J a no es hora de dormir ; 
Al galan que mes vos ayma 
A la porta lo teniu. 
Vos esteu al llit cotxada, 
10 Jo â la porta mort de fret, 
Abrjgat ab una capa 

Y arrimât à la paret. 
N'hi ha una donzelleta 

Que robat me té '1 meu cor ; 
i5 Ne té la talla minuta 

Y perfecta n'es de) cos. 

Si voleu que jo no hi passi, 
Minyona, al vostre carrer, 
Si voleu que jo no hi passi, 
20 Muralles hi haureu de fer. 
Feules de clavell y roses, 
Que passant les culliré ; 
Culliré les mes hermoses 

Y les altres deixaré. 

i5 Per tîin gran que sigui l'aybre 
Per la soca montaré : 
May cal dire, galan nina, 



— 58 — 

D'aquest' aygua no beuré. 
— Albada, qui te l'ha fêta. 
3o Albada, qui te la fâ ? 

L'ha fcta un fadriner sastre, 
Pages s'hi fa nomenar. 

Cette albada suscite quelques réflexions. 11 y a là une sorte 
de pot-pourri : les réminiscences y pullulent ; on y retrouve 
quelques corrandes et des fragments entiers de telles chansons 
populaires catalanes bien connues. 

Le quatrain qui vient après le vers 5 figure déjà sous la forme 
suivante dans la collection de corrandes de M. Pierre Vidal 
[Cansoner calalà de T^ossellô y de Cerdanya, fasc. 1 ; j885, Perpi- 
gnan, p. i8) : 

Despertàuvos, gentil nineta, 

Despertàuvos, si dormiu, 

Que 'I galân que tant vos ayma 

A la porta lo teniu. ' 

On voit qu'il n'y a pas une bien grande différence entre les 
deux textes. J'ai trouvé moi-même ceci dans la région de Céret : 

Despertàuvos, donzclleta, 
Despertàuvos, si dormiu, 
Que '] galàn que tant vos ayma 
A la porta lo teniu. 
Ne venim de terres llunyes 
Sem passât lo riu à peu. 
Despertàuvos, etc... 

Dans cette dernière variante, nous avons deux nouveaux vers 
qui font croire que nous ne sommes plus en présence d'une 
corranda proprement dite. Question, d'ailleurs, encore assez 
obscure : les corrandes sont-elles toutes des compositions existant 
bien en soi, dans leur cadre restreint, formant donc comme un 
individu, ou bien, au contraire, la plupart d'entre elles ne sont- 
elles pas les débris dune composition de plus longue haleine, 



- 59-- 

dont elles se seraient un jour détachées? La chose me paraît 
facile à démontrer pour un certain nombre ; mais les corrandes 
d'intention humouristique et satirique avec allusions personnelles 
même ont été faites, bien entendu, directement et ont gardé 
leurs primitives proportions réduites. 11 faudra revenir un jour 
sur cette question. 

\Jalhada de Palalda semble encore avoir utilisé une autre 
corranda que reproduit également M. Pierre Vidal, id. (p. 6) : 

Per mes ait que sia l'arbre 
Per la soca montaré ; 
May cal dire, ô galan nina, 
D'aquest' aygua no beuré* 

Les vers iS et suivants ne disent guère, en effet, autre chose. 
Il serait aisé de démontrer l'utilisation de quelques autres corran- 
des. Alais nous devons remarquer, aux vers i3 et suivants, la 
présence de tout un couplet de Monlanyes régalades, dont les 
deux variantes les plus populaires sont, comme on sait, celles-ci : 

A. — N'hi ha una donzelleta B. — N'hi ha une donzella 
Que'm té robat lo cor : Que 'm té robat lo cor; 

N'es ben fêta de talla, Es primeta de talla 

PrJmadeta de cos. Y ben fêta de cos. 

Nous accueillerions avec plaisir de nos lecteurs quelques autres 
alhades, et nous leur serions particulièrement reconnaissants de 
vouloir bien faire autour d'eux quelques recherches pour en 
découvrir. Le genre ne paraît pas très abondant et il ne paraît 
pas non plus qu'on en ait publié beaucoup jusqu'ici. Cependant 
leur intérêt n'est pas niable, aussi bien au point de vue du 
folklore que de l'étude même de la langue. 

Jean Amade. 



'=^' 



Le Catalanisme à Rossello 



Un de nos confrères, questionne par la revue littéraire T{enaixemeni , de 
Barcelone, sur l'état d'esprit catalaniste du Roussillon a répondu en ces 
termes : 

L'antiga Confederaciô Catalana temps ha que no es mes ; 
Catalunya anyora encara les sèves llibertat i autonomia, perdudes 
en 1714 ; Rossello es francès des del j 659 (tractât dcls Pirineus), 
i l'antic reialme de Mallorca, de qui Perpinyà era la capital, 
desapareguë ja M 1344. 1 amb tôt, gracies a Deu, Rossello encare 
es català ; ni la revoluciô del j 789-1 792, ni mes de cent anys 
d'administraciô francesa, no li han csborrat el seu sagell historié 
i catalancsc. 

Si, Rossello i Perpinyà han anat a/rancesant-se, i s'afrancescn 
encara cada dia ; mes llur arrèl catalana no para de brotar i, de 
quan en quan, de poncellar. 

La llengna popular es sempre la catalana, amb tôt el seu encis 
de llengua familiar, i que tant expressa ara les alegrîes, ara les 
pênes de la vida. Se publiquen très revistes de literatura i 
historia, amb text en català i en francès, ha T^evue Catalane, 
J^usciîio, La Veu Jsl Canigo. Les cançons mes populars son 
Montantes 7{egalades, Lo ParJal, els Goigs Jels Ous, i'is nombrosos 
goigs que's canten tôt l'any als sants i santés de les nostres 
dévotes (santuaris). 

] fins la gcnt que s'ha afrancesat, com son funcionaris i 
professors, que bé hin tingut de seguir la carrera a França, i en 
fra-.crs, quan son de familia rossellonesa i que's retiren, ja d'edat, 
a llur poble nadiu, tornen a pensar i a parlar en català. 

Les armes de Rossello son sempre les lluminoses « Quatre 
Barres » ; les de Perpinyà son el mateix escut de les Quatre 
Barres » amb un Sant-Joan (patro de la ciutat), i aqueix escut es 
veu esculptat en el rellotge de l'estaciô del Cami de ferro, en 
un finestral del Comptoir ch'Escompte, en la sacristia de 



— 6j — 

l'csglesia de la Réal, i son pintades en la vidriera de la Catedral 
de Sant-Joan. 

A la pagesia. per les festes majors, son les nostres cobles de 
jutgiars catalans que hi toquen les balles i'is passants de vila. El 
cuinar català es lo dels dies de festa : vinguen boles de picolât, 
tripes, all-i-oli, una cargolada. una resta, millàs fregit, bonyetes. 
torrô d'avellanes, tortell a l'anis, castanyes torrades, avellanes de 
Ceret, pomes-terra del Confient, un penjoll de raïms servats fins 
a Nadal, i un trago de vi muscat, que de tôt aixô un hom s'en 
llepa'ls dits. 

Perpinyà encara té, com a ciutat, els mateixos puntals que li 
donaren els Reis de Mallorca, amb Uur Castelj Real (ara ciuta- 
delie, sempre enlairat com àliga que vigila la niuadai, les 
esglesias de Sant-Jaume, de Santa-Maria de la Real, de Sant- 
Mateu, i la Casa Comuna ; i'is Reis d'Aragô amb el palau de la 
Llotja. 

Aixj's com se troba la topografia de Rossellô los rosselonesos 
nos diem o de la vila (Perpinyà), o del Riberal, o de la Salanca, 
o dels Aspres, o de la Marenda, o del Vallespir, Confient, 
Capcir i Cerdanya ; mes a tots nos junta al seu entorn el 
gegantîu Canigô, el) nos repiega a la seva falda, i'I seu aie ara 
nevat, ara assoletat, nos remoreja l'encantadora canço : 

Muntanyes Régalades 
Son les del Canigô, 
Que tôt l'istiu floreixen, 
Primavera i tarder. 

mentrcs el sant home, que era Mossen Cinto, nos recorda que : 

De França o bé d'Espanya, 
Uns i altres som germans ; 
No'l trenca una muntanya 
L'amor dels Catalans. 



Pour juger, d'ailleurs du chemin parcouru, dans cet ordre 
d idées, depuis trente ans, il suffit de se reporter, par exemple, 
à un rapport de M. Léon Fabrc de Llaro, sur le concours 



- 62 — 

littéraire de 1868. de la Société Agricole, Scientifique et 
Littéraire ; nous y relevons le passage suivant : 

a Une d«s vingt poésies qui nous ont cté adressées, nous devons le dire 
pour être complet, avait revêtu l'habit catalan. L'œuvre était attrayante et 
bien faite. Mais elle a dû être mise hors de concours. La langue catalane, 
toute langue maternelle qu'elle peut nous être, n'était pas prévue au 
programme, et avec raison. Trop souvent ses tournures, son accent, sa 
vivace énergie empiètent sur l'élégance, la clarté, la politesse exquise et 
délicate de notre langue française. Nous n'éprouvons aucun besoin de faire 
revivre l'idiome de nos aïeux, et d'augmenter son influence. Respectons-le 
dans son passe, dans les antiques souvenirs de nos pères qu'il nous a légués. 
Mais ne regardons cet instrument que comme une curiosité, un monument 
historique à aimer, a conserver, à bénir, pour tout ce qu'il a produit de bon 
et de beau. Ne tentons aucune restauration qui pourrait nuire a l'ordonnance 
architecturale de l'édifice moderne, sans être véritablement utile a l'ancien u. 

Nous n'en sommes plus là, heureusement ; il suffit de rappeler 
les concours littéraires, en langue catalane, organisés depuis lors 
par la même Société Agricole, Scientifique el Littéraire ; les 
fêtes de la Santo-Eslello, de 1910, avec la cantate de Monlanyas 
7{egaIaJes (de MM. Boix et Sine), et les Jeux Floraux en langue 
catalane organisés par notre T^evue ; les fêtes de la cantate Saîui 
de Yalîespii de MM. Amade et Déodat de Séverac), à Céret ; 
et les manifestations devenues courantes, maintenant, de l'état 
d'esprit catalaniste en Roussillon. 

M. Fabre de Llaro était d'ailleurs revenu, plus tard, de son 
appréciation par trop absolue ; il avait bien dû s'incliner, lors Je 
l'apparition de VJIHantide et de Canigô, devant le génie poétique, 
bien vivant, de la langue catalane; et dés ce moment il s'intéressa 
aux œuvres des écrivains catalanistes roussillonnais, Père Courtois, 
Père Talrich. Mossen Boher, Justin Pépratx, Mossen Rous, 
Bosch de la Trinxeria, Mossen Bonafont. 

La Rédaction. 



--^ 




fff fffffffftfftff?ttf?fffftfffffffff!f!?ffff ! 

Fera '1 BoUeti de Mossen Alcover 

Me vinch de regaJar de llegir lo n° novembre-desembre de 
i9i3,del Bolleti de! Diccionari de la Llengua Catalana que spublica 
à Palma de Mallorca (llles Baléares) ; hi ha aquestes dues espol- 
sades pera la T^evue Catalane : 

J{evue Catalane, de Perpinyâ, Surt cada mes. Hem rebut el nombre 
d'octubre que du poca cosa de filologia. Copia sis planes i mitja del nostre 
Dietari del Bolleti d'agost-setembre, espipelletjant bocins d'assi i d'allâ ; no 
hem arribat a comprendre quin criteri ha seguit la T{evue per fer tais espi- 
pellades. — Devant de tôt posa el « diseurs de gracies del Mantenador 
Mr. François Trassere, de la Cerdanya francesa que tira an els Jocs Vlorah 
de la Cerdanya, czlebrats a Puigcerdâ aquest estiu. Mr. Trassere fa un elogi 
de la llengua catalana pero, tal volta sensa donar-se'n compte ben be, diu 
una cosa terrible, que nosaltres que hem travessada la Cerdanya francesa 
l'any 1900, 1902 i 1906, aturant-nos a moites d'aquelles viles tan rioleres 
que formen aquella regiô, hem de confessar que es ben ver lo que confessa 
Mr. Trassere, per mes que hi haja rossellonesos que pretenguen lo contrari. 
Digue Mr. Trassere dins tal diseurs : « Pero, per un cerda de França, si 
la llengua francesa es l'expressiô habituai de son esprit, la llengua catalana, 
en que retrova les dolçors de la llet materna, del bresol, queda semprea 
través del temps i de la vida ». 

De maneraqueels cerdans de França « tenen mes per ma la llengua francesa 
que no la catalana, els es « mes per ma la expressiô habituai » de llur « es- 
perit » Aixô demostra com esta la nostra pobre llengua devers Catalunya 
francesa, quant fins i tôt els que se'n diuen amadors, confessen que tenen 
mes per ma el francès que no el català î Ja tenen bella tasca els catalanistes 
francesos, la bona gent de T^evue Catalane, a casa llur, amb la gent d'allâ, 
del Rossellô, Vallespir, Confient, Cerdanya i Capcir ! La gent una mica 
instruïda, si un els envest en catalâ, responen ordinariament amb aquell 
embafador : Je ne parte pas catalan ! I un s'hi veu amb feines per fer-los-hi 
parlar. 1 la gent sensa Hêtres prenen llum, mal dit, prenen de la gent ins- 
truïda el fum empestador del despreci de la llengua i l'embabaiament devant 
el francès. Aixi es que costa molt anar a fer estudis de la nostra llengua a la 
Catalunya Francesa. Basta dir que aquest estiu el nostre bon amie doctor 
Antoni Griera ne n'hagué d'anar d'una vila rossellonesa tan important com 
Salces sensa poder-hi fer l'estudi del dialecte salcenc perque no trobâ negû 
que s'hi prestàs, aixô es, que li volgués dir paraules i formes gramaticals 
demunt les quais pogués fer ell les observacions oportunes. Li deien que 
non sabien res del catalâ, i no es que ells no'l parlassen, tota vegada que es 
una vila catalana ; pero el tenen per una cosa massa baixa. Malants ! Sembla 
impossible 1 



— 64 — 

7(evue Catalane de Perpinyi. dins el nombre d'octubre copia una partida 
de planes del meteix Dietari. Lo que no diu dont pren tais troços del 
Dietari ni aont es sortit aqueix : no anomcna en res el Bolleti dont ho ha 
copiât. No hem de creure que sia intencionada tal omisiô. T^evue Catalane 
diferents vrgadcs ses demostrada un poc ofesa de cettes apreciacions que 
hem fetcs sobre lestât de la llengua catalana an el Rossellô i del llengadociâ 
an cl mig-dia de França. No tenim fins :ira pcr que retirât res que hagam 
dit envers d'aquestes coses. Que mes voldnem nosaltres que haver de recti- 
ficar i porer dir que la llengua catalana an el Rossellô i la llengadociana an 
el mitg-dia de França anaven quart crcixent a luf ? Que mes voldriem 
nosaltres que porer ho dir en tota veritat ? No ens guanyen els rossellonesos 
a estimar llur llengua ! Ho senten els amies de T(evue Catalane?,.. Pero dei- 
xem-ho anar tôt aixo ara. 

Tingui per cert, lo Bolleti, que no ha estada intencionadala falta 
de posar, à la J^evue, d'hont venien los cxtractes del Dietari de 
l'eixida Hlologica Je Mossen Alcover : ha estât no mesun descuyt, mes 
un descuyt que té pera bona escusa que'ls suscriptors delà T(evue 
ja saben, de temps, qu'un « Dietari d'eixida filologica » no pot 
esser tret que del Bollleti del D\ccionari de Mossen Alcover ; es 
un modisme, un clixé (com diem à Fransa), que tots l'entenen y 
l'endevinen. 

Perqué 'n sem donat no mes trossos d'assi d'alli ? Ha estât 
pera en treurer lo que mes intéressa 'Is rossellonesos, es dir las 
impressions de mossen Alcover sobre 1 seu pas à Rossellô, à la 
gabatxeria (à Narbona), al Llemosi à Limogesj ; à Italia, sobre 
la recepciô pera '1 Pape ; y à Sardenya, sobre la vila catalana de 
l'Alguer. 

Tôt lo altre, que era filologia pura. los llejidors de la 7{evue 
hi haguessen entes poca cosa, ja que no son filolechs, y que no 
estàn dels mais de cap de la filologia cientifica. 

Y are cregui també, lo "Bollleti, que dit aixo, « amichs cren, 
amichs serem » amb ell ; rossellonesos y mallorquins tenim una 
germanor historica e iiteraria que, si à Deu plau, no se trencarâ 
per culpa nostra. 

Lluis Pellissier. 

Per lo que es del Diseurs als Jocs Florals de Cerdanya, hi 
hauria massa que dir y discutir ; que no hi diem la nostra, altre 
vcgada 

Le Gcrant, COMET. — Imprimerie COMET. rue de la Poste. Perpignan. 



S'Aanée. N' 87 Mars 1914. 

Les Manuscnis non insères ^^ V^^^V W 4 ^P^ 

ne sont oas rencuii. B-'^^ B» ^V 1. M mT« 

i-cs Articles oarus aans ia Revue M "^ ^^ ^^^ l^L M ^m. I^J m4 

n engagent auz leurs auteurs. ^S^A Jk A A IkA^A^AÂ^ AiS 

Langues e( Littératures d'Oc 



La poésie est l'expression des sentiments les plus profonds, 
les plus intimes du cœur, l'écho frémissant des plus joyeu- 
ses comme des plus dolentes émotions de l'âme, la traduc- 
tion en mots de feu de tout ce qui brûle de noble et de 
beau dans une poitrine largement ouverte à la flamme 
généreuse des grands enthousiasmes, l'éblouissante, terrible 
et magnifique lueur d'un éclair parmi les tempêtes de la 
vie... Elle est cela ou rien — ou presque. 

Il peut bien y avoir, hors de là, des versificateurs adroits, 
d'habiles ciseleurs du verbe, des jongleurs de rimes et de 
rythmes, mais point de poètes sincères et vrais. 

C'est pour cela qu'on a pu dire, et répéter souvent, non 
sans raison : « On naît poète, on devient orateur ». On 
devient prosateur aussi, avec de l'intelligence et du travail. 
Mais la poésie, elle, exige un je ne sais quoi de subtil qui ne 
peut s'acquérir, un don que ne découvrira jamais celui qui 
ne le reçut pas dès le berceau des mains de quelque fée 
bienveillante. Et comme, ce don, nul effort, nulle peine ne 
le peuvent suppléer, on s'expliaue que la langue indispen- 
sable, nécessaire, d'un poète, la seule où il puisse être 
véritablement poète — et pas un rimeur plus ou moins bien 
doué — soit la langue de sa patrie et de sa mère, la langue 
de son foyer paternel, la langue qui a bercé sa première 



- 66 — 

enfance, qu'il a entendu parler dans sa famille durant toute 
sa jeunesse, qui était le langage coutumier de ses amis et 
de SCS concitoyens, la langue jamais oubliée dont les sylla- 
bes, en tintant aux oreilles, font tressaillir tout l'être comme 
à une évocation de ce qu'il a de plus cher, la seule à qui se 
puisse dire le mot mistralien : lengo d'amor. 

Et voilà pourquoi aucun pays de la France méridionale 
n'a vu naître de grands poètes en langue d'oïl : parce 
qu'elle n'est pas la langue naturelle du peuple de ces 
contrées... En prose, pardieu ! il n'en va pas de même : nous 
avons l'esprit assez vif et le crâne assez large pour apprendre 
vite et facilement deux langues; et nous avons assez de 
goût pour savoir fort élégamment nous en servir. Mais, 
par comparaison, notre pénurie de poètes est d'autant 
plus frappante. 

Le Midi n'a pas vu surgir, en six cents ans de temps, de 
poètes comparables aux troubadours des xu*" et xui' siècles, 
aux félibres de notre époque. 

Toute l'histoire de notre littérature nationale est là pour 
confirmer les paroles que Paul Mariéton prononçait, il y a 
quinze ans, devant le monument du poète toulousain Pierre 
Goudelin : 

La langue poétique — pour les poètes d inspiration — est 
toujours la langue de l'enfance, la première entendue. Avez-vous 
remarqué qu'avant ce siècle les pays méridionaux, fertiles en 
prosateurs illustres, de Montaigne à Montesquieu, n'ont pas 
donné de grands poètes français, pas un seul !... 

Mariéton disait : « Avant ce siècle » (le xix'), sans doute 
pour ne pas vexer certains des « poètes » méridionaux qui 
l'écoutaient ; mais nous pouvons bien dire, et prouver, que, 
depuis, la situation ne s'est en rien modifiée, et que ce qu'il 
disait alors demeure encore rigoureusement vrai. 



- 67- 

Et, après tout, pourquoi s'étonner d'une chose aussi 
simple et aussi naturelle. Tant vaudrait-il s'étonner, par 
exemple, de ce que les épis de blé germent plutôt dans les 
plaines de Beauce cependant que les raisins mûrissent sur 
le terroir et sous le soleil du Midi... Le parler d'un peuple 
est un peu comme les fruits d'un pays : il prend toujours 
quelque chose de sa saveur à la terre et de sa couleur au 
ciel ; et si des influences extérieures, telles que la volonté 
humaine, ne sont pas sur lui sans effet, il faut compter 
d'abord et surtout avec la force des éléments et les lois de 
la nature. 

11 m'apparaît que la nature, précisément, nous donne, à 
cet égard, si nous savons lire dans les mille pages toujours 
ouvertes de son livre gigantesque, d'assez claires et instruc- 
tives leçons. Elle a été généreuse au possible pour les pays 
de Gaule qui ont fait la nation française une et diverse. 
Elle les a comblés de ses dons, elle a répandu sur eux, 
sans compter, l'inépuisable trésor de ses richesses et de ses 
grâces. Comme d'un coup de baguette magique, elle a 
permis à cette France, à la fois, de s'étendre en plaines 
verdoyantes et de s'appuyer à la robuste épaule de monta- 
gnes altières, de nouer négligemment les frais rubans de ses 
fleuves, et de respirer à pleins poumons le souffle puissant 
du large, à la terrasse somptueuse de ses quatre mers... 

Et comme, autant et plus que tout cela, le verbe humain 
est une noble et grande chose, elle a reçu encore le double 
cadeau, le présent magnifique de deux langues soeurs — je 
ne puis pas dire : jumelles, puisque la nôtre est l'aînée — 
la langne d'oc et la langue d'oïl. 

Cette dualité, m'est avis, constitue pour le pays qui la 
possède, surtout pour sa littérature nationale, une double et 
précieuse richesse. Il faut être bien myope pour ne pas s'en 
apercevoir, oud'espritbien contrariantpourn'en pasconvenir. 



— 68 — 

Ceux qui regrettent cet étar de choses et s'en plaignent, 
se plaignent, vraiment à tort, d'une abondance de biens qui 
pourtant, au dire du proverbe, ne nuit jamais. 

Comme le dit M. Mclchior de Vogue en Arles, lors des 
fêtes du cinquantenaire de Jffirèio : « Le drapeau français 
a trois couleurs, la poésie française peut bien avoir deux 
langages ». 

Car — il vaut la peine qu'on le fasse bien remarquer, en 
passant — le parler de la France méridionale, celui qu'une 
généralisation excessive fit nommer jadis, à tort d'ailleurs, 
la « langue limousine », que par une erreur semblable 
certains nomment aujourd'hui la « langue provençale » et 
qu'il vaut mieux, pour ne fâcher personne appeler tout 
simplement la langue d'oc, ce parler d'oc est véritablement 
une langue. 

Oh ! parbleu, il ne nous est pas autrement pénible, après 
tout, que le peuple dise, en parlant de lui : « le patois », 
le peuple qui le parle chaque jour et à toute heure, et 
qui en est le grand et inconscient « mainteneur ». Le 
peuple prononce ce mot de patois sans intention railleuse 
ou méchante ; il l'emploie avec simplicité et bonhomie et 
comme un surnom familier donné à un vieil ami d'enfance. 

Mais de ce que ce mot est ainsi prononcé, à la bonne 
ranquette, par des gens qui ne pensent pas à mal, au 
contraire, en le disant, il ne saurait s'ensuivre qu'on puisse 
le coller, comme un écriteau de honte et de mépris, au 
fronton de l'antique et vénérable monument de notre langue 
maternelle. 

Elle mérite beaucoup plus de sympathie et de respect. 
Et si l'on veut prendre le mot de « patois », non plus 
dans le sens intime et cordial, mais dans le sens académique 
du terme, il serait inexact injuste, en parlant d'elle, de 
l'employer. 



- 69 - 

Le parler méridional n'est pas. en effet, une forme étroi- 
tement locale, pervertie et corrompue, d'un parler supérieur, 
un vague dialecte uniquement parlé et à qui l'on ne fait 
pas l'honneur de l'écrire, de s'en servir comme instrument 
d'oeuvres littéraires importantes. 

Une en ses nombreuses nuances dialectales, la langue 
d'oc est une « masse linguistique » (si vous me permettez 
l'usage de ce terme savant) qui constitue ce que les 
linguistes nomment une « langue naturelle, ensemble de 
parlers différents par quelques côtés mais qui appartiennent 
visiblement à une même famille. Cette unité de famille se 
révèle ainsi, disent encore les spécialistes : 

Malgré les différences dialectales qui distinguent normalement 
■ et fatalement les parlers d'une même langue, il y a unité de 
langue quand les hommes qui emploient ces différents parlers, 
bien que ne se comprenant pas toujours sur certains points 
spéciaux, peuvent échanger leur pensée sur les points familiers 
et d'intérêt commun. 

C'est le cas pour les parlers de la langue d'oc. Que, 
d'autre part, cette langue soit une langue littéraire, qui 
donc aujourd'hui le pourrait sérieusement contester ? Trop 
de travaux de valeur, signés de noms trop célèbres, l'ont 
déjà prouvé avec la resplendissante clarté d'un soleil de 
Midi, pour qu'il soit besoin de se hasarder aujourd'hui à 
tenter une besogne qui rappellerait par trop l'enfoncement 
d'une porte ouverte. 

On sait quels furent, au moyen-âge, le renom, le rayon- 
nement étendu, et l'on peut dire la puissance de séduction 
de la langue méridionale, et jusques à quelle hauteur les 
troubadours élevèrent le flambeau de sa poésie. On sait 
aussi que la tempête et l'ouragan déchaînés vinrent souffler 
de toute leur force et de toute leur rage sur ce flambeau, 
et qu'ils purent croire avoir pour toujours éteint sa flamme. 



— 7° — 

Grâces à Dieu, Je malheur n'était point aussi irrémédiable. 
Quelques étincelles sauvées de la catastrophe, cachées au 
fonds même du cœur de notre peuple, avaient conservé 
chez lui l'incomparable trésor de ce feu sacré. Comme pour 
bien prouver qu'il se maintient toujours vif et brûlant, 
sous la cendre, une lueur brille de temps à autre. En des 
endroits et à des moments différents, des chanteurs d'oc 
surgissent, et font résonner le parler ancestral, comme un 
écho de la chanson des vieux maîtres en gaie science. Goude- 
lin, Belaud delà Belaudière, Favre, et tant d'autres, héritiers 
attardésdes troubadours ou précurseurs avancésdcs félibres, 
sont là, semble-t-il pour interrompre la prescription. 

...Et même lorsqu'elle n'a pas — par malheur — ses 
poètes, la langue demeure. Si elle vient parfois à n'être pas 
chantée, elle est au moins parlée, toujours et sans cesse... 
Les ouvriers des villes et des campagnes, les cultivateurs et 
les artisans, se sont institués ses gardiens et ses chevaliers, 
puisque le Roi-Chevalier, lui, l'a expulsée et bannie des 
actes officiels de son royaume, Et ils ont tellement fait 
bonne garde autour d'elle, et ils ont si bien défendue et pro- 
tégée qu'en J792, deux siècles et demi après l'ordonnance de 
Villers-Cotterets, l'Imprimerie Nationale édite une brochure 
portant ce titre : « La coustitucien franceso, traducho coun- 
fourmamen ei décret de l'Assemblado Naciounala cousti- 
tuento en lengo prouvençalo e presentado à l'Assemblado 
Legislativo, par François Bouche, membre de l'Assemblée 
constituante ». 

...Preuve nouvelle que les libertés — celle de parler sa 
langue comme les autres — se prennent beaucoup plus 
qu'elles ne se demandent. Et que quand on les a, et qu'on 
les tient bien, les gouvernements, quels qu'ils soient, 
finissent toujours par vous les accorder... 

Comme dit le proverbe méridional : Y' a' n tems que 



i 



— J^ — 

trempa e l'autre que destrempa (il y a un temps qui trempe et 
l'autre qui sèche) et ceux de qui l'ardeur et la ténacité 
avaient ainsi, et durant si longtemps, fait merveille, méri- 
taient bien que leurs efforts ne fussent pas perdus. Et 
comme une récompense suprême et un magnifique remer- 
ciement à leur mémoire, le Félibrige est venu, il y a un 
peu plus d'un demi-siècle, le Félibrige avec ses chefs- 
d'oeuvres aujourd'hui universellement admirés, qui ont 
reconquis à la langue injustement méprisée la place d'hon- 
neur qu'elle occupait autrefois. 

LoM Velibrige, grando voues istourico (le Félibrige, grande 
voix historique) a-t-il été dit : rien de plus simple et de 
plus vrai. A le bien regarder (et en négligeant certains 
défauts des institutions ou des hommes, défauts inhérents 
après tout à tout ce qui est humain) idéalement et réelle- 
ment à la fois, c'est bien cela : une grande et forte voix, 
une voix de bronze qui sort du fonds même de notre 
histoire, une « voix de la terre » (comme s'appelle un des 
meilleurs journaux félibréens), uie voix nationale, pour 
ainsi dire : celle qui veut et qui peut exprimer avec le plus 
de justesse, de couleur, d'accent, et de toutes façons enfin 
le plus de vérité, l'âme de notre pays méridional. 

Quelqu'un qui s'y connaît bien l'écrivait un jour : 

L'âme d'oc exige pour s'épanouir, impérieusement, la langue 
d'oc. C'est là un article de foi auquel je ne suis pas parvenu, 
croyez-le bien, sans lutte intime et sans longue méditation. Faute 
de l'avoir connue, les poètes en langue française du Midi n'ont 
été jusqu'ici que des scus-parisiens départementaux, et je ne dis 
pas provinciaux... 

Cette appréciation générale, plutôt sévère, deviendrait 
peut-être cruelle si l'on s'amusait à chercher — ou si l'on 
en prenait la peine — les noms qui peuvent l'illustrer. Elle 
n'en demeurerait pas moins sérieuse, impartiale et juste. 

Pierre Azéma. 



^ ^ ^^ ^ ^ ^ ^ <ù ^ ^ ^ ^/ ^ ^ ^ <^ ^ ^ ^ ^ ^ ^ V ^ ^ ^ ^ ^ ^ ^ ^ tj rj ^ O ^ y^ ^ ^ ^ O t) f , 

Cantarelles dels Goigs dels Ous 

sn usage dans les montagnes de Prals-de-Molio et de Camprodon 

Les Pasques son arrivades 
Bon Jésus resuscitat, 
Vinguen ous y botifares 
Que 'Is sants goigs son acabats. 

En els goigs si hem fet crrada 
Si n'hem dit lo que debem 
Vos suplicam Verge sagrada 
Ab bon Jésus que 'ns perdonau. 

Bon Jésus que 'ns perdonau 
Per eixa gran alegria : 
Deu vos salve concebuda 
O PurissJm Verge Maria. 

Santés festes ! Santés fcstes 
Son les que van arrivant, 
O bon Jésus, dolsa Maria 
Que felisses les tingam. 

Saludem a la mestressa 

Y l'amo primerament, 
Eixint del amo la mestressa, 

Y els demés generalment. 

A l'amo d'aquesta casa 
Deu lo volga conservar, 
Deu l'hi do salut y vida 

Y el cel quan morirâ. 



- 73 - 
A l'amo d'aqucsta casa 
Deu )o voJga agrehir, 
Deu l'hi do salut y vida 
Com ho desjtjo per mi. 

L'amo de aquesta casa 
Es un home cnrahonat, 
El) ne diu a la mestressa : 
Donau ous tant que n'hi hagués. 

En aquesta santa casa 
Tôt lo bc de Deu hi es, 
La mestressa n'es bonica, 
La minyona encare mes. 

Mestressa tant agraciada 
Mirau que diuhen lagent: 
Que sou la mes galan jovc 
De llevant fins a ponent. 

Mestressa tant agraciada 
Mirau que diuhen de vos : 
Que sou la mes galan jovc 
De tots aquells rodadors. 

Lo hereu d'aquesta casa 
Es un galan tirador, 
Y la llebra qu 'ell apunta 
S'he pot dir qu'es el sarrô. 

Lo hereu d'aquesta casa 
Es un xicot de prestesa, 
N'ha escrita una carta, 
L'ha enviât a sa promesa. 



— 74 — 
Lo hereu d'aquesta casa 
N' hés petit y sera gran ; 
Afanya-te de creixer, 
L'any vinent 't casarân. 

Pels cantons d'aquesta casa 
Los canaris hi fan niu, 
Pcr anar pendrer la fresca 
Com cl jovent a l'istiu. 

Pels voltans d'aquesta casa 
Los llaurers hi son ramats 
En la cara de las donselles 
Els angels hi son pintats. 

Pels voltans d'aquesta casa 
Els romanins hi son florits. 
En la cara de las donselles 
Rosas y lliris son escrits. 

Les minyones d'aquesta casa 
Com no Is hi sabem el nom, 
Cantarem quatre corrandes 
Y que valgan per tothom. 

Vuyt corrandes n'hem cantades, 
Amb aquesta feran nou, 
Suplicam a la mestressa 
Vaji buscar algun ou. 

Nou corrandes n'hem cantades, 
Amb' aquesta feran deu, 
Suplicam a la mestressa 
Que nos donga 'Is ous arreu 1 

Recueillies par J. DE SaNT SALVADOR. 



Les bertrenades d'en Jaumet 

Un cop era un home... Ay no, que m'enganyi... Un cop eren 
dos homes : l'un se deya Jaumet y l'altre Jaumetô. 

En Jaumet, qu'era molt rich, de tan gras y sapât prou que 
semblava una bota d'unes quatre o cinch cargues. La cara ja 's 
pot dir que la ténia vermella lo mateix com un pebrot, y dels 
llavis li solia penjar una majestuosa pipa de tabaco d'allé mes fi 
d'Orient. 

Per lo qu'es d en Jaumetô que de miseria ne ténia a manta. la 
magror se '1 menjava, y tan si se '1 menjava que semblava una 
canya vestida. Y quan li venien ganes de fumar, no li quedava 
altre remey sinô d'acatar foch à un bocî de ridorta que 's posava 
an els llavis. 

El primer, després d'engollir aixis com un régiment de soldats, 
s'estirava sus d una cadira llarga y roncava lo mateix com un 
bedell ; mentres el segon, després de menjar un bocinet de pa y 
ail ambe de tan en tan una ceba, s'anava escurant els queixals, 
tôt cantant sempre allô de la cantarella : 

Es la fretura com l'agram 

Que creix enmitg de) pedcgram. 

La dona d'en Jaumet era alta, escanyolida y groga aixis com 
un ciri de cera ; la del pobret era petitota y grassolla : ambe tôt 
y aixô si vos digues qu'era esparpillada, ho podeu creure sensé 
recansa, que ja ho veureu. 

"Veusaqui donques qu'un dia qu'en Jaumetô s'estava espetar- 
rellat al sol sus del pas de la seua porta, atalayant uns cinch o sis 
pardals qu'anaven jogant dins el carrer ambe quelcom de 
ros que li semblava una rodella de pastenaga, tôt d'una, aixis 
com un remoli de vent, li surt la seua dona amb uns uUs vermeils 
com si se 'Is hagués fretats amb un forch de cebes. 

— ja t'ho havia dit, cap destorbat, que no 'n treuries ni una 
pataca d'aquell redimoni de Jaumet, qu' el dineram que té tôt ho 
vol per ell y fora que per ell... 



- 7^ - 

— Anem, dona, calla : que no s sab qu'ambe tais golafrcs 
corn cil no s'ha d'esmerçar saliva ? 

— Quina m'en retreues. perdulari, mes que perduiari ? — ella 
que li contesta amb una veu enfurismada que prou que 's veu que 
trafugeix de 's disputar, perqué no !i havia entregat ni un céntim 
aquell Jaumet que ténia un cor mes dur que la roca de la Marrana 
y fins que l'havia cscridaçada a trenca-nou de coll. 

— Que no 't dich la veritat, belleu ? 

— Calla, repropi, calla 1 Ay si que tan m'ho estimaria que 
t'hagués pas may conegut !... Que sensé jo !... 

— Ja, ja, amb aixo que sempre 'm tenes la taula parada y 
provchida î... 

— Calla, poca-vergonya ! 

— Mira que si m'empipes, te trenqui les barres amb una 
plantofada. 

— Que diuhes ?... — Y sensé fer ni una ni dos, amb una forta 
empenta ella que li engega l'olla. 

Pobre Jaumetô ! Sort has tingut que no t'haji ensopegat aquella 
oila que sensé s'escardar ni mica ni gés s'en va a caure enmitg 
dels pardals que s'enfugen esglayats, y ambe prou rahô qu'en 
tenen. 

La dona de valent corre a i'arreplegar : 

— Jaumetô, el meu Jaumetô ! espia, manyach ! espia !... — 
mentres, tôt s'axugant els ulls que de tan vermeils li sagnen, li va 
mostrant allô que semblava de lluny una rodella de pastenaga 
ambe que jogaven els pardals y qu'era..., qu'era una bonica lluisa 
de vint. 

— Y ara que s'en ha de fer ? — se cuyta de dir el pobret. 
Després d'una gran estona de rumiar, la dona que li fa de 

resposta : 

— Valenta cosa séria, que 't toch ? valenta cosa séria del cas 
qu'aqueixa lluisa rossa l'esmercessem desseguit !... Deixaté de 
cansons, Jaumetô, que ja ho veurâs qu'amb ella me senti cor de 
replegar totes les d'aquell riquissim de Jaumet... 

Y mentres va parlant, agafa una faldilla de llana vermella, ne 
sega un retall y 'n fa una barretina que posa sus del cap del seu 
home. 

Tôt li donant també la lluisa de vint, ella qu'afegeix : 



— 77 — 

— Are no tens sinô qu'anar a laPosaia delà Llebre a comanar y 
pagar un repey d'allô mes fi. D'aquî estant, amb aqueixa barretina 
mateixa anirâs a trobar el senyor Jaumet pel convidar a dinar 
ambe tu... 

Uns quants altres mots, que 1» va dir an el clôt de l'orella per 
que i'ohi's pas un revendeyre que tôt just passava allavores tragi- 
nant toronges, cacuets, poncéms y arengades, jo no iria ben lluny 
d'osques assegurant, res que de li veure Uuir els ulls, que li 'n 
devien fer prou y prou de pecigoies a la boca del cor. 

Donques cofat de la barretina que li fa semblar, de tan axut, 
a un lluquet que té el cap vermeil de fosfore, ell, cames ajudeu, 
que corre a la Posada de la "Llebre y d'aqui estant a ca '1 rich. 

— Bona diada tingui, senyor Jaumet ! 

— Que voleu, l'home ? que voleu ? 

— Miri, avuy com es per mi dia de festa assenyalada, vinch 
a "1 convidar a fer una gran repexada a la Posada de la Llebre, 
que ja ho deu sapiguer tan com jo que té bona nomenada. 

Un tal convit se pot creure que no eau dins l'orella d'un 
indiferent. De tanta alegria, aquell avariciôs d'en Jaumet se fréta 
les mans y esclofelia una grossa rialla. 

Y veuselsaquî tots dos a bracet cap a la Posada de la Llebre. 
Arreu qu'estiguin assentats devant d'una taulada de bé de Deu, ja 
fan anar las barres de valent, y tan si les fan anar qu'en Jaumet 
cuyda agafar un enfit y 'n Jaumetô ha d'afluxar la cinta. 

Al cap y a la fi d'esser ben espassada tota la llur gana, ells que 
s'aixequen, y quan siguin defora, com en Jaumet n'esta molt 
capgirat de que l'amo de la Posada no haji parlât de 's fer pagar 
el dinar : 

— Que diheu, Jaumetô ! — ell que li fa amb una veu que 
tremola ; — que diheu, Jaumetô? Are bona séria que no pagueu. 

— Senyor Jaumet, deixisé, deixisé d'un tal cuydado, que no 
es rés ! — li contesta laltre sensé li esplicar que tôt esta pagat 
segons l'encomenat de la seua dona. 

— Mireu, si no pagueu, que prou vos en podria escoure amb 
allô de la gent d'armeria ! 

— Senyor Jaumet, li torni dir que no estigui entrameliat 
vosté. .. Y que no la veu la meua barretina vermella ? 

— Per aixô ray, prou, prou que la veig ! 



- 78 - 

— Y bé, aixis mateix com me dich Jaumctô, li asseguri a vosté 
que 1 home que la tingui sus del cap pot anar y venir en quai- 
sevol endret sensé que s atreveixi ninvû a li demanar un rai ni un 
céntim. 

— Veritat ? — fa aquell badaluch, tôt escarquillant els ulls. 

— Com li dich... que no ho vé de veure ? 

— Company, me la teniu de vendre la vostra barretina. 

— Que 't toch !... Caram que no !... Yjcom faria josenseella ? 

— Vos la compri per deu duros. 

— Vol se callar?... Y que cosa es deu duros per una tal 
maravella ? 

— Vos en doni cent, y pagat arreu. 

— Si tan la vol, cal que 'm dongui dos cents... Dos cents... Que 
si li va pas aixo, miri, quedem amichs com avant... Tat, s'ha pas 
de renyir ? 

En Jaumet li entrega '1 diner, y mentres s'en va amb la barre- 
tina, ell, en Jaumctô, amb els dos cents duros, que s'en torna de 
valent cap a caseta. 

Y are hont se dirigeix tant depressa aquell Jaumet ? 

Ambe la barretina amagada per dessote del seu berret ait, va 
tirant cap a la pasticeria mes provehida del poble permor de 
de s'en fer una bonica ribota de tota mena de coses bones. 

S'ha de pensar que n'empassa el golafre de fruyta confitada, 
bonyetes y confitures. 

En fi de comptes, quan ne tingui de pasticeries fins a per 
demunt de la gargamella, ell que 's treu el berret permor de 
mostrar la barretina a la dona de la botiga, y sensé dir ni una 
sola paraula, se régira, y bona nit, caragols ! 

En veure une tal originalitat, la dona que riu de bona gana, 
se pensant : 

— Aqueix ray qu'es a manta rich ! Ja li podes anar fiant... 
Ell, pel seu cantô, mentres desa la barretina, un cop al seu palau, 

dintre un cofre de ferro que 's tança amb deu claus, s esclama 
amb un gran esborronament de goig : 

— Pobre Jaumetô, ja m'has fet guanyar un trésor que no té 
parié. 

Y cada dia que Deu ha fet, s'en va tibat cap a la pasticeria y 
s'en torna sensé pagar ni un ra1 ni un céntim. 



— 79 — 

Mes ja ho diu bé allô del reproherhi que « qui tôt ho vol tôt 
ho pert. » 

Un dia qu'ell acabava d'engolir un pa d'ous, li diu la dona de 
la botiga : 

— Dispensi, senyor Jaumet ; mes miri, si 'm volgués pagar 
tôt lo quhaji prés, li tendria jo per molt agrahit. 

— Quines coses de dir ! Dona, esteu equivocada. 

— Deixisé de cansons. 

— Si encare no m'haveu deixat parlar. 

— Donques que parli ! 

— Que no la veyeu la meva barretina ? 

— Prou que la veig, que som pas ciega. 

— Y bé, qualsevol que la tingui sus del cap pot anar y venir 
aci o alli, com se vuigui, sensé qu'haji de pagar un rai ni un 
céntim... Donques per lo qu'es d' haver menjat unes quantes 
cosctes dins la vostra botiga, ja s veu clar com la llum del dia 
qu'esta pagat. 

— Qu'esta pagat !... Qu'esta pagat !... Repropi ! mentiderâs ! 

— Dos cents duros que m'ha costat la barretina, y ambe tôt 
y aixô encare m'escridaceu ? La cosa va massa forta î 

Y tôt d'una, un perolet de crema que s'anava refredant sus de 
la taula de la botiga, ell que l'agafa y paf ! ne cofa la dona que 
's posa a guinyolar lo mateix com si li arrenquessen tôt el queix. 

En sentir tôt aixô, hi acudeixen el batlle y '1 guarda-terme, 
homes tocats y posats que no li volen sapiguer ni fava torrada 
amb lo que 'Is hi diu de la barretina y li imposen de pagar 
desseguit tôt lo qu'haji près de la pasticeria fins a la crema que 
n'esta empastiçada la dona. 



Per lo qu'es d'en Jaumetô, la seua dona, qu'es tan y mes fina 
qu'una agulla de cusir, li ha dit : 

— Veues, manyach, aqueixos dos coloms blancs com un glop 
de llet y que 's ressemblen com dos gotes d'ayga ? L'un, prenlo 
y amb ell t'amagarâs dins el pati quan vingui el senyor Jaumet ; 
y després de deu minuts de m'haver vista a fer surtir laltre de 
la gavia, tornarâs venir amb el teu colom sota l'axella. 



— 8o — 

Pel seu cantô, en Jaumet, que de tôt allô que li ha succehit 
n'esta a manta capficat, de corre-cuyte amb els ulls encegats de 
rabia va tirant pel carrer d'en Jaumeto. 

Aquest que de pepida no 'n té ni mica ni ges an els ulls, arreu 
que l'haji vist a treucar, agafa '1 colom y amb un sait dins el pati 
corre a s'amagar per darrera d'un munt de feixos de bruch. La 
seua dona, com si de res no fos, va continuant d'apedaçar unes 
caîces, repetint allô de la canso del Segar : 

Sabs els segadors que fan, 
Sabs els segadors que fan, 
Quan esmorzen de mati ? 
— Menjem prest y tornemhi. 
Are que n'es un poch blan... 

Arreu qu'aji arribat, en Jaumet, amb sa veu enfurismada : 

— Que diheu, dona? An aqucstes hores, hont la fa "1 vostre 
home ? 

— Dispensi, senyor Jaumet!... Que s'assenti de primer? Com 
li va ? 

— Que no sentiu lo que dich? Cridaré mes fort! Hont es 
aquell lladre del vostre home? Hont es? 

— Miri, senyor Jaumet, que no estich sorda y que sha de 
parlar millor... Y bé. si tan ho vol, el meu home es a ca '1 sabater. 

- A ca 'I sabater?... Y penseu que li trobaré ? M'en hi vaig. 

— Dispensi, senyor Jaumet, que ja "1 faré anar cercar y 
desseguit sera acî... Assentisé una miqueta, que 'm sembla vosté 
qu'esta cansat, y prou que n'esta. 

1 agafant el colom de la gavia, ella que li diu : 

— "Ves a fer sapiguer an el teu amo qu' el senyor Jaumet 
esta l'espérant a casa. 

El colom que sensé demanar esplicacions s'envola pel defora, 
satisfet de tenir deslîiurança. 

— Ho es que tornarâ venir aquell colom ? 

— Arreu qu' haji fet lo que li hé encomenat... Ja ho veurâ. 
Després de deu minuts, s'en entra en Jaumeto ambe l'altre 

colom sota l'axella. 

El golafre que de tan badaluch se creu que li mostra '1 colom 
de la gavia y de tan entusiasmat va descuidant fins a tôt allô de 
la barretina. 



8 



— Company, — que li diu — me '1 teniu de vendre aqueix 
colom. 

— Que 't toch!... Caram que no !... Com faria jo sensé aq«cix 
colom ?... 

— N'ofereixi una Uuisa de vint. 

— Vol se callar? Valenta cosa que m en desfés per una lluisa! 

— N'ofereixi très, y pagat desseguit. 

— Si tan ho vol, cal que 'm dongui deu. 

AI cap y a la fi li entrega les deu Uuises de vint, agafa '1 
colom, y, cames ajudeu, s'en torna cap al palau, tôt sentint 
correr a flor de pell un pecigolar d'alegria. 

Arreu qu'arribi, en un girant d'ulls dona despedida an el seu 
criât; que voleu qu'en faci d'un criât que cada mes, aixîs com ho 
dich, guanyava... quatre duros ? En lloch d'ell, que no li val forsa 
millor aqueix colom que li fara lo mateix de commissionari y li 
gastarâ per mes uns dos o très sous de blat d'indi ! 

De tan que '1 té encegat la seva avaricia, ell que no fa una ni 
dos, y li stacant a la pota un petit farcell de papers de banca, li 
diu amb un té d'allé mes sentencios : 

— Ves a ca '1 senyor Director de la Tresoreria a li pagar el 
delme d'enguany y no faltis d'aportar un rebut. 

El colom, qu'es un colom casolâ y sent que ja passa d'hora lo 
qu'es de picotejar l'estesa d'arroç que 's li sol donar cada tarde, 
s'enlayrant tôt d'una, amb allô del farcell a la pota, va tirant cap 
a la caseta d'en Jaumetô. 

Toquen hores : cinch, sis, set, vuyt, y en vture que no torna 
'1 colom y que de tôt y aixô s'en ha de treure consequencia que 
de cap y de nou esta enganyat, no s'atura en Jaumet en mirar hont 
posa 'Is peus per anar, arrufat de celles y les dents apretades, a 
desfogar la seua enrabiada a ca 'n Jaumeto. 

Tan y tan s'escridacen y 's posen les pères a quarto aixîs 
com très sparvers en Jaumet, en Jaumetô y la seua dona, qu'hi 
acudeix la gent d'armeria pels desapartir y embolicar en un pleyt 
qu'encare dura. 

Y tan y tan si ho es que devegades se serveix el Bon Deu dels 
pecats dels uns per castigar los dels altres. 

Mossen J. Blazy. 



La patoh de la Neneta 

Cançoneta infaoHvola 

^^^fe<*^ Sur l'air de : Jlu clair de la lune. 

Cette chansonnette de Perc de l'Alzina a été interprétée der- 
nièrement d'une façon ravissante par la toute mignonne Nénette 
Agramon, de Céret, qui la aussi bien jouée ou mimée que chan- 
tée, et cela devant un très nombreux public. Le gros succès qu'elle 
a obtenu doit inciter non seulement Père de l'Alzina à composer 
des chansonnettes de ce genre pour enfants, mais encore Nénette 
Agramon elle-même à nous chanter des chansons catalanes chaque 
fois que l'occasion lui en sera offerte. Et merci à tous deux, au 
nom de l'idée catalane et roussillonnaise ! 

1 11. 

Som la padrincta El matî tinc fena 

de la meu Poupé ; a la pentinâ ; 

jo me die : Nencta, pcr li fê la trena 

i ella també. m' hi cal bcn mira. 
Té la seu breçola Ella mai se fatxa, 

al peu del meu llit ; tôt lo dia riu ; 

per la meu fillola quina nina satge ! 

pregui cada nit. n' ajça pas un plu. 

111 

Mes quina griseta 
per xô té de fê î 
mai trova toile ta 
la mudant prou bé. 
Rica cal que siga 
pcr se la posa. 
... Ah ! que be me triga 
la pogué casa ! 

Cirtt. j6 detembre de if i3. PeRE DE l'AlZINA. 



Particularités de la langue Catalane 

"^^^ 

1. — Une foule de participes passés se trouvent, dans les 
écrivains catalans, employés avec une interversion de sens 
curieuse et qui déconcerte tout d'abord. 

Voici, sans citations, quelques exemples notés de ces ano- 
malies : 



Home menjat, ayant mangé. 

» begut, ivre. 

» dormit, ayant dormi. 

» ben portât, bien portant. 

B Huit, coquet. 

» sabut, instruit. 

» llegit, id. 

1 aprofitat, id, 

» enraonat, éloquent. 

> ben parlât, éloquent. 

9 mal parlât, grossier. 

» mal pensât, ayant de mauvai- 
ses intentions. 

» errât, qui se trompe. 

» anyorat, désireux. 

» agradat, heureux. 

» sofcrt, patient. 

» volgut, de bonne volonté. 

» afectat, affectueux . 

» socorregut, secourable. 

» confiât, cvnfiant. 

» cregut, id. 

u descregut, incrédule. 

» admirât, ébahi. 



Home descuidat, négligent. 
» olvidat, oublieux. 
» previngut, précautionneux. 
» ataleyat, absorbé. 
» callat, silencieux. 
» pesât, ennuyeux. 
> suât, suant. 
» cTuixit, brisé de fatigue. 
» cxcruixit, furieux. 
» sentit, sensible. 
» ressentit, fâché. 
» agrait, reconnaissant. 
Spectacle ensopit, allanguissant. 
» aixeribit, excitant. 

» divertit, plaisant. 
» distret, divertissant. 
j> pahoros, effrayant. 
Questiô apurada, question embarras- 
sante. 
Roba soferta, étoffe résistante. 
Reuniô lluida, réunion brillante. 
Aigua dormida, eau dormante. 
Fiena cansada, travail fatiguant. 
Cami cansat, chemin pénible. 



11 ne faut voir, évidemment, dans ces tournures, que le 
résultat des ellipses ou de contractions énergiques de langage, 
qui sont bien dans le génie de la langue catalane. 



- 84 - 
11. — Parmi les mots monosyllabiques qui abondent en 
catalan, et dont la grande quantité se trouve si curieusement mise 
en relief dans un article entièrement composé de monosyllabes 
publié dans cette J{evue (i), l'on peut noter les participes ci- 
après : 



Cint, entouré. 
Clos, clos. 
Cluc, fermé. 
Cot, penché. 
Dit. dil. 
Dut, porié. 



Fes, fendu. 
Fus, fondu. 
Fet. fait. 
Fit, fixe. 
Molt, moulu. 
Nat, né. 



Post, pondu. 
Près, pris. 
Rot, rompu. 
Soit, délié. 
Tes, tendu. 



( I ) Numéro du i 5 juillet 1913. 



Tort, tordu. 
Tos. tendu. 
Tost, grillé. 
Tret, tiré. 
Trit, broyé. 

R. de Lacvitier. 



MARS 

Quan broten les blans roscteques 
Té iJum cada cosa, y color, 
Los arbres son verts de futUctes, 
La terra té fremits de amor. 

Embaumer», les tendres violetes, 
Tôt l'ayre ab dolcissim olor, 

Y donen, les joves maretes, 
Besades a] nin de llur cor. 

Las vêles passejen lleugercs, 
Pcl blau y tranquil horizont ; 

Y corrcn en frescas ribères, 



Les aygues fressôscs de) mont. 
Ab tôt, que les furies de) vent. 
No fassen tôt trist y dolent ! 

L'Alguer (illa de Sardcnya). Joan de GlORGIO y VlTELLI. 



Vers la Masia 

De retorn â Prats, com cada any, lliure de preocupacions con- 
vencionals y pasatjeres, del barboteix xabecâ qu' esclata en 
confôs remoreig de Ilavis incohérents ; desterrats per breu temps 
d' eix jou avilit y rebutxat extranger al bon sentiment casolâ 
propi de la gent de nostres simals; joyosos de fruir de 1' expan- 
siô jovial y benhaurada, que sols té el defecte d' ésser massa curta ; 
ubriagats per les sentors bosquetanes sanejades per els glassats 
sospirs de les congestes pirenenques ; esclatant nostres cors 
r hâlit lliure d' una felîs tornada... arrivâbem â 1' antiga y pinto- 
resca vila d' Arles, liltima avansada de la vall del Tèch vers la 
caréna verdejanta y sonrient, ahont s' alsina com majestuôs sobirà, 
)a testa mirant al cèl, l'altiu Canigô. Arles, com scmpre s' oferîa 
â nostre contemplaciô, cap innovaciô, cada cosa en son lloch ; el 
murmuri dels rechs creuhant 1' accidentât pedregâm dels sinuosos 
carrers en quais anyivols portais, tôt voltejant el canôs fusâm, 
mes d'una vella d' argentada testa raconta â la mainada els qiien- 
tos mes encisadors ; 1' aromâtica sentor del fais dallât recenment 
qu' ompla las pallisses; virâm esglayada picotejant d' ensî y d' 
cnllâ ; gent de repos y gandule^a usmejant â la porta de les 
tabernes el daurat claret que 's cull en la terra ; una qu' altrc 
parella de rosâm de retorn dei trevall. Tal 1' aspecte d' eixa 
vella vila rossellonesa. 

Arrivât â n' aquésta, nostre primera diligencia fou de pendre 
lloch en 1' ordinari de Prats de MoUé. Calia ésser jove y farreny 
pera confiar sa persona al corcat y estrèt fustam de la diligencia 
del vell temps qu' espotrassada y esquerdada 's balancejava en 
rebellât fusell ahont s' empotraban ferrades rodes que feixugues 
y pessantes esverlaven les fangoses roderes del accidentât y 
humitôs camî-carretera. 

Calia havcr fet testament, deixar les coses en régla y estar bé 
ab Déu pcra confiar la vida al liarch fuet d' en Farriol. 



— 86 — 

En fi, una volta en marxa desapareix tota temensa devant cl 
xamôs espectaclc que de tots costats ens ofcria la natura. 

Trotant las mules airoses y acompassades en la tortuosa carre- 
rera que giragonseja com blanquinosa serpent entre prats verde- 
jants encastats de gayes flors, de féconds fruiterars regalats per 
les aygues garladores de la rivada, d' espayosos y espesos mar- 
ges ahont floreixen en primavera flairosos ginesters y sedoscs 
roselles, observaban ab fruhiciô creixent 1' extensiô de l'hermosa 
plana ja llunyana, y cls encants de la serra ab sos bramulants 
torrents cavant reliscosos els molsuts penyalars que fantàstichs y 
magestuosos amenassen terrorifichs als viatgers, cami de Prats. 

Ja apareixen coronant els pichs enlairats les neus perpétues, 
reflexant sa virginal blancor en horitzô llunyâ. 

Un qu aitre escamot d' anyells gambadant en el florit herbey 
al peu de la masia, y ufanosa la vacada remugant tranquila â 
r ombra dels castanycrs en flor, distreu nostrc atenciô. 

No tots els viatgers 's plahuen en els bclls paisatges que cau- 
san nostre plaer. 

Alguns d' ells distrehuen el temps ab una llarga xarricada de 
]a bota cspanyola que 'ns es oferta y â la qui fèm honor remul- 
jant nostre assedegada gorja. 

El cotxe trasca sempre en V accidentada carretera bordejada 
d' afraus que 'ns donan el vestigi. 

Passât el poble del Tèch, observém que la calor n' es de molt 
minvada car les aures frescals de les congcstes refrescan nostres 
visatges. 

D' en tan en quant, crehuan el cami marxants d' estofa y jor- 
nalers de retorn del trevall. 

Els raigts ardents del sol de Juny desapareixen del horitzô. 

Hora y mitja després, 1' antiga vila de Prats voltada ab llarga 
y massissa muralla, al peu de la quai mormolant espomoses ay- 
gues s' ofereix à nostra vista. 

L' alsinada torre d' en Mir 's perd en els derrers fulgors de 
la Jornada. 

— Ja hem arrivât, crida ab veu avinada en Farriol. 
Aital advertcncia es pera tots riosaltres un mot d' ordre. Ca- 
dascù comcnsa â arreglar sos respcctius fatos. 



- 87- 

La gent dels carrers aixecan llurs caps observannos ab curio- 
sitat. 

Una qu' altre finestra se mitj obra, segur de qu' al través de 
SOS batents hi espurnejan un pareil de hermosos ulls curiosos. 

Al mitg de la plassa el cotxe s' atura entre una llarga fila de 
badôchs y gent qu' esperan aigu. Els viatjers tots baixan y nosal- 
tres ab ells. 

— Ja '1 veig, garlo â 1' orella de mon amich. 

— Que vols dir, me diu aquèst. — Que veig â 1' oncle Jep, li 
responc. 

— Ah ! r oncle Jep, que Déu coiiservi molts anys, sempre el 
mateix, inmarsiblc y seré, respirant salut, fruint tôt 1' any del 
bon humor primaveral, qui 'm podrà dir tant quan conti sos 
•anys. Aital salutaciô surgida ab tota sinceritat de nostres cors 
arrancava una llâgrima de satisfacciô al bon oncle Jep qu' alsant 
vers nosaltrcs sos brassos, ens estrenyia sens rès dir fins afogar- 
nos. 

Aixis 's confonîan nostres testes al fraternal oscul d' unafelissa 
bcnvinguda. 

Calmada 1' emocié de 1 oncle Jep, cambiârem uns y altres mil 
cordials proposicions. 

— Y doncs, nins, sabeu pas el plaher que 'm doneu de reéor- 
darvos de vostre oncle, aixô honra molt vostres sentiments y re- 
jovenen tôt mon ésser, car â dir la veritat, sols entre vosaltres 
me sento jove malgrat els setanta cinc qu' en porto. 

— Y ja hos assegurém qu' en vos 's cumpleix molt bé 1' adagi 
de que mes que 'Is anys les pênes envelleixem, objectàrem nosal- 
tres. 

— N' es veritat, responguè ab promtitut 1' oncle Jep : es per 
aixô que Déu ajudant penso viure encare. 

Y ja ho crech que viureu, nostre oncle, per rès del mon con- 
vindria vostra mort. 

— Cambiém de conversa, objecta 1' oncle Jep, que paraules 
no cambian els designis de Déu, vingui quan volgui la mort y sia 
aquèsta sempre en bé de la nostra anima, y are parlèume de la 
familia, de vosaltres, de goigs y cabories, trenca-caps y alegries, 
amors y encisos, car tots aimém cixos tons variats que tant sovint 
'ns ofereix la natura. 



— 88 — 

Aixîs parlant, arrivàrem al portai de la vila, ahont 'ns esperava 
en Simon, ci masover deis Porriois. 

Contava aleshores aquèst setanta vuit anys, malgrat els trevalls 
y les cabories, les contrarietats y els obstacles, fruhia de la 
xamosa tranquilitat d' una conciencia pura que també s' armonisa 
ab el recaptat trésor d* una salut excelenta, constitutius esencials 
à la félicitât de 1' home. Si bé el front un poc marcit per marca- 
dcs y cisellades arrugues, el bras encare fort para descalsar la ter- 
rosseda, y ses cames lleugeres é incansables pera acorralar y 
empaytar la cassa fugitiva que lliure s' endinsa al cor de balmes 
y cinglercs. 

— Déu vos guart y benvinguts siau, gariâ ab veu clara y ferma, 
vostés si qu' ho entenen. .. rès com el camp pera distréurese un 
hom, rès com V aire de nostres turons pera retornar la gana y 
avivar 1' agilitat marcida d' un cos fatigat. 

— Molt bé Simon, responguèrem tots â la vegada. 

El masover volgué assegurarse ab atentiva mirada, de la since- 
ritat de nostra afirmacio : c^r per la gent de montanya encare 
que falagueres son tant sovint enganyoses les paraules dels que 
demoran en lia en terra baixa. 

— Y bé Simon, preguntà mon amich, bona anyada enguany ? 

— Com allô, respoiigué el masover. la durada de las frets 
d' enguany feu mal bé molta vianda. 

Mon amich, qu' era digne amateur d' en Nemrot, y encare 
mes gourmet 's cuita d' enterarse ab en Simon de les visites del 
banyut brincador, que fiât en sa lleugeresa frueixde las primicies 
de r herbey ; del endiabiat tuxé que com escarbat merdisser^ 
rodola, esquerdalench botant y devallant el goret montanyench ; 
del ajogassat orellut que gambada, distret d' enemichs, en cingles 
y xaragails ahont brolla perfumat ej romani y la murta ; del fci- 
xuch porch singlà qu' ufanôs se revolca en borbollôs fangual. 

— Tota eixa nisaga no m' es desconeguda, molt bon senvor, 
respongué en Simon, mes cal convenir que d' un temps en aquesta 
part de molt ha minvat. 

— Gent de Déu, cal pensar que la nit s" apropa, clama 1 oncle 
Jep, estrafent la vèu d' un gênerai donant ordres. Simon, carre- 
gueu els fatos â la burra. qu' epcare que 1' istiu, vuy dormir ab 
ma gent al màs. 



- 89 - 

En Simon, cumplî el manament de son amo, carregant en les 
obardes de la Griseta tots els fatos. 

Pochs minuts desprès sortiam de Prats oer la porta d' Espa- 
nya. Ja 'ns allunyavem dels alsinats y anyivols marlets qu' enrot- 
llan la vila, quan la nit extenent son ample mantell tenebrôs al 
rravés de les arbredes y dels enlairats penyals, emporuguîa al 
feble flamareig de! dîa agonitsant. En el cel ja hi cspurnejan mil 
encisadors estcls qu' indiferents à nostra petitesa, animen la solc- 
tat de la nit bruna. Els côrrechs y els torrents xiuxiuhcjan ab 
confos murmuri 1' oraciô de la nit tôt refrcscant els marges y ab 
cils s' uneixen els feréstechs fills de la boscuria. 

Tôt caminant, raconta 1' oncle Jep lo que les pedrcs no igno- 
rcn, els festivals y xerinoles d' en scmps dels qu' era tant sovint 
cl protagonista, la comparansa del plaher d' avuy ab cl d' ahir, 
la prchuda franquesa nascuda al cor de la llar y del oliôs grèsol, 
que fumarcja, ab 1' assedegada ambicié del présent scglc rublcrt 
d' altîvol y rebutxat orgull. 

Aitals afirmaciôns obtingudes en la vera escola de la experien- 
cia, instruia nostrcs inteligencias. Cadascû de nosaltres podîa 
assegurar ab ardidesa que no poqucs voltes no son les Universi- 
tats ni les académies de ciutats populoses que 'ns proporcionan 
eixa filosofîa sana y consoladora que conforta nostras facultats 
psicoiôgiques, ants trovém aquesta ab mes frecuencia en els llabis 
franchs y senzers de la gent de nostres montanyes 

Ab no poca satisfacciô fruhi'a 1' oncle Jep el vèurernos escoltar 
ab atenciô religiosa ses pintoresques narraciôns. 

Rès escursa la llargada de! temps com el plaher que 'ns pro- 
porcioncn les distraccions agradables, per quai causa no era 
d' estranyar qu' arribéssim sens fatiga al cim del collet dels 
Porriols ahont s assenta majestuôs y rialler el mâs de V oncle 
Jep, que per nosaltres evoca inovirats rccorts, 

Victor Vallespir. 




QUELQUES PASSAGES 

Curieux, Originaux ou Remarquables 

de (c Tirant lo Blanc » 

Certains lecteurs nous demandent parfois de leur donner de temps à 
autre quelques extraits des œuvres notables de la vieille littérature catalane. 
Cette publication peut être, en effet, utile et intéressante à différents points 
de vue. Nous donnons donc aujourd'hui quelques passages du roman de 
chevalerie catalan Tirant lo Blanc, choisis par M. Emile Leguiel, qui avait 
bien voulu en extraire déjà un certain nombre d'aphorismes et proverbes, 
comme nos lecteurs pourront voir en se reportant au numéro du i 5 février 
.9,3. 



Page 16, — Le comle Guillem de Yaroych pari pour la Terre 
Sainle, sa femme se lamenle : 

E veig que les mies tristes dolors aumenten, perque pore dir 
que nom resta sino aquest misérable fill en penyora de son pare, 
e la trista de mare se haura a conortar ab ell. Près lo petit fil' 
per los cabells e tirais hi, e ab la ma li dona a la cara dient li ; 
Mon fin, plora la dolorosa partida del teu pare, e faras companya 
a la trista de ta mare. E lo petit infant no havia sino très mesos 
que era nat, e près se posa a plorar. 

Page 74. — E prengueren un moro molt gran e de desme- 
surada figura. E lo Rey, après que hague fet cavalier lo fill de 
la comtessa, volgue que matas aquell moro : e lo fadri ab gran 
animo li dona tants colps ab lespasa fins quel hague mort. Com 
lo Rey veu mort lo moro, près al petit infant per los cabells, e 
lançai damunt lo moro, e fregual fort, que los ulls e la cara tôt 
stava pie de sanch : e les mans li feu posar dins les nafres, e 
axi lo encona en la sanch de aquell moro. Apres isque molt 
valent cavalier e virtuos de sa persona : tant valgue en son temps. 



— 9' — 

que en son temps, que en una gran part del mon no si troba 
cavalier que tant vajgues. 

Page 80-1. — Com foren en la gran sala del castell, la 
comtessa suplica al Rey son marit e a tots quants alli eren, voJ- 
guessen sopar ab ella aquella nit, e cascun dia menjassen alli 
tant com hi aturarien, e lo Rey e tots los altres loy atorguaren, 
e foren contents. La comtessa se parti del Rey, e près totes les 
dones e donzelles de sa casa, e prestamenl se despullaren, e ben 
arromanguades, emparamentaren una gran sala de molt bells 
draps de ras, tots obrats d'or, de seda e de fil dargent de molt 
gran stima : les altres dones, les unes al rebost, les altres a la 
cuyna : en tant que aquesta virtuosa senyora dins poch spay feu 
molt noblement adobar de sopar. Com tôt fon prest, trames a 
dir al Rey, que tota hora que li fos plasent, que sa senyoria 
vingues a menjar ab tots los altres. Lo Rey ab los altres grans 
senyors entra en la gran sala : e com la veu axi en orde, ab 
totes les viandes prestes, e lo tinell parât de molt riqua vexella 
dor e dargent, dix : Si Deu me salve la persona, be par que la 
Comtessa ha tengut les mans en tôt, com ella sia la mes diligent 
dona del mon. 

Page M 8-2 3. — Les habitante de Londres sortent en procession 
pour recevoir la fiancée du roi d'Angleterre. 

Lo duch de Lencastre se mes primer, e tota la gent darmes 
passa davant lo Rey molt ben armats e ab bel! orde, e ab molts 
cavalls ab paraments de brocat e de xaperia dor e dargent, e 
e moites cubertes e penatxos e simeres a modo de Italia e de 
Lombardia. Apres del Duch anaven tots los ordes, cascu ab un 
ciri ences en la ma. Apres venien tots los menestrals, cascun 
ofici ab sa lurea que fêta havien : e fo molt gran divis entre los 
oficis, que yo pensi que los uns ab los altres se matarien. Sobre 
quina causa fou aquexa divisio ? dix lermita : Senyor, dix Tirant, 
yous ho dire : Entre los ferres e los texidos de drap de li fou 
lo divis : car los texidos deyen que devien prccehir als ferres, e 
los ferres deyen lo contrari, que ells devien haver la honor dels 
texidos. Ajustaren se en cascuna part passats X milia homens, c 
los juristes foren causa de tôt aço : car allegaven per part dels 
texidos, que nos podia dir missa, ni consagrar lo precios cors de 



— 92 — 

Jesucrist. sens drap de li. E los juristes per part dels ferres, 
allegaven que primer fou iofîci de ferrer, que no de texidor, 
per quant lo teler de texidor no podia esser fet sens ferramenta, 
perque era provat lofici de ferrer esser mes antich e deure 
prccehir als texidos. Moites allegacions se alleguaren per cascuna 
part que no tinch en recort, e aquesta fou la causa del divis : e 
si no fos stat lo duch quis troba a cavall e armât, fort jornada 
fora stada, car io Rey ja noy podia car remey. Lo Duch se mes 
en mig de la pressa de tota la gent, e pren sis juristes, très de 
cascuna part, c treguels fora de la ciutat : cils se pensaren que 
lo Duch los voiia dcmanar quala part ténia millor justicia. Com 
foren fora de la ciutat al cap del pont, feu restar mil homens de 
armes que no dexassen passar a negu, si la persona del Rey no 
era. Lo Duch descavalca en mig del pont, c tan prcstamcnt com 
pogue, feu posar dues forqucs ben altes, c feu pcnjar très 
juristes en cascuna, cap aval! per fer los molta honor, e nos 
parti de alli fins que hagueren tramcses les misérables animes en 
infern. Com lo Rey sabe tal nova, prestament ana hon era lo 
Duch, e dix li semblants paraules : Mon oncle, en lo meu nom 
podieu fer major plaer e servir del que fet haveu, per quant 
aquells homens de leys se fan richs a si mateix e destroexen tota 
Anglaterra e tôt lo poble, perque yo manque stiguen açi en la 
manera que stan fins a dema : e après sien ne fets quartes e 
poseu los per los camins. Respos lo Duch : Senyor, si la Magestat 
vostra me voiia creure, fesseu en vostre règne que noy hagues 
sino dos juristes, e aquells dins x o xv dies haguessen determenada 
quai se vulla causa ab sentencia diffinitiva, e dar los bon salari a 
cascu : e si prenien res de negu, que no hagen altre pena sino 
aquesta que havem executada. E lo prosper Rey mana que axi 
fos fet : sabut per tôt lo poble lo virtuos acte que la duch havia 
fet, donaren li infinides lahors. E gens per aço la festa no resta 
que no fes en la forma que era stada ordenada. 

Apres dels menestrals, venien moites maneres de entramesos. 
Apres venia tôt lo clero, ço es, archebisbes, bisbes, pabordes, 
canonges e preveres ab moites reliquies. Apres venia un pâli 
molt gran e rich, c dins lo pâli venia lo Rey ab tots aquells qui 
volien rebrc lorde de cavalleria : c tots anaven vestits de ceti 
blanch. qui significa virginitat, o de brocat dargcnt : e tots 



- 93 - 

aqucsts no tcnicn mullcrs sino que crcn sposats : cmpcro cncara 
que no tinguessen lesposada en lo règne, be hi podicn anar. 
Apres de] Rey venien tots los grans senyors, tots vestits de 
brocat o de xaperia, o de ceti o vellut carmesi o domas. E totes 
les dones casades anaven axi vestides com los marits. Apres 
venien tots los homens viudos, e los dones viudes après, tots 
vestits de vellut nègre, e tots los guarniments de les besties de 
aquella matexa color. Apres venien totes les donzelles ab tots 
aquells qui no eren stats casats : e tots anaven vestits de blanch 
o de vert, sedes, brocats o de xaperia. E en cascun stat dcls 
desus dits, portaven grosses cadenes dor e fermalls dor, ab moites 
perles, diamants e pedres de gran stima. E cascu feya son poder 
de anar lo mes abillat que podia. Apres venien totes les monges 
de tots los ordens, c cascuna qui volia portar abit de seda ho 
podia be fer, encara que per son orde fos defes, per ço com lo 
Rey havia obtcsa licencia del Papa que quai se volgues monge 
que stigues en religio streta, que aquell any e un dia podia star 
fora del monestir, e podien vestir seda de quai drap se vulla, 
que fos de la color del seu orde. E lo Rey als ordens que eren 
pobres, mana quels fossen donats diners per a vestir : e totes 
les monges jovens e galants se abillaren, e encara moites de les 
ancianes se vestiren totes de seda : e cascuna de aquestes portava 
una candela encesa en la ma. Apres délies venien totes les dones 
de la terça régla, no menys vestides de drap de seda burella que 
les monges, e cascuna portava en la ma un stadal, cantant totes 
lo Magnificat. Apres venien tots los oficials reals del règne, e 
tots los homens armats a peu, axi com si deguessen entrar en 
batalla, e tots ab lurea del Rey blancha e vermella ab los erminis 
tots brodats, quis feyen per divisa. Apres venien totes les dones 
publiques e les qui vivien enamorades, e ab tots los ruffians qui 
anaven ab elles : e cascuna portava en lo cap una garlanda de 
flors o de murta, perque fossen conegudes : e si ni havia alguna 
casada que sen fos anada del marit, havia portar en la ma una 
petita bandera : e anaven ballant ab tamborinos. 

Page ]3i. — De continent ixquc la collacio molt gran e 
abundosa de marsapas c pasta real, e totes altres maneres de 
confits de sucre, e tots forcn molt ben servits : e los cavaliers c 
gentils homens, cascu seya en faldes de dona o de donzella. 



— 94 — 
Page 137. — E trobaren que en lo aleujament del Rcy, stava 
una dona tota dargent, quasi ab lo ventre un poch ruât c les 
mamelles que un poch li penjaven e ab les mans les stava 
sprement, e per los mugarons exia un gran raig daygua molt 
clara qui venia del riu per canons dargent ; e laygua que exia 
de les mameilas dava en un bcll safareig de cristaill. En laltra 
stancia hon la Reyna stava, havia una donzella tota dor smaltada 
e ténia les mans baxes endret la natura, e de alli exia vin blanch 
molt fi e especial, e aquell vi dava en un safareig de vidre 
crestalli. En laltra apartament stava un bisbe ab sa mitra al cap, 
qui era tôt dargent, e ténia les mans pleguades mirant devers lo 
cel, e per la mitra li exia un raig de oli qui dava en un safareig 
fet de jaspis. En laltre apartament stava un leo tôt dor, ab una 
molt rica corona dor al cap ab moites pedres fines, e per la boca 
llançava mel, qui era molt blanca e clara, e dava en un safareig 
qui era fet de calccdonies. E en mig de aquestcs quatre stancies, 
stava un nan molt di forme a natura, e ténia la una ma al cap c 
laltra al ventre, c exiali per lo melich un raig de vi vermeil molt 
fi e spécial, e dava en un safareig qui era fet de porfi : lo dit 
nan era lo mig dor e mig dacer, e mostraves cobert de mig 
manto : e stava en mig del pati de les quatre stancies, e no 
podia entrar negu dins la roca que nol ves : e cascu podia pendre 
libertament de tôt lo quey havia. E un poch mes amunt del nan 
stava un home tôt dargent, mostravas esser vell ab la barba molt 
blancha, era molt geperut, ab un basto en la ma, c en la gran 
gepa que ténia stava carregat de pa molt bell e blanch, que tôt 
hom ne podia pendre. 

Page j55. — Deux chevaliers entrent en lice pour se combattre 
a a tota ultrança ». 

Com foren dins los papallons, cascu en lo seu, adobaren se 
les coses necessaries : exits de fora, los fels los partiren lo sol, 
per que no donas mes a la hu que a laltre en la cara. 

Page 158-9. — Scnyor, aquesta bella Agnes portava aquell 
dia en los pits un molt gentil fermall : e en presencia del Rey 
e de la Reyna e de tots los cavaliers, fêtes les dançes. Tirant se 
acosta a la gentil dama, e donant del genoll en terra, feu principi 
a un tal parlar : Per la conexénça que tinch, scnyora, del vostrc 



- 95 ^ 

molt valer, axi de linatge com de molta bellca. gracia e saber, c 
de totes les aitres virtuts que en un cors mes angelich que huma 
trobar se dexen, vos desige molt servir : e hauriaus a molta 
gracia que la merçe vostra me volgues dar aqueix fermall que en 
los pits portau : e si per vostre bénigne merçe me sera atorguat, 
yol accepte e portare aquell de grat per la honor c servir vostre, 
promctent e jurant sobre laltar, e per lorde de cavaJleria, de 
combatre un cavalier a peu o a cavall a tota ultrança, armât o 
désarmât, en la millor manera que ell sabra divisar. Ma sancta 
Maria val, dix la bella Agnes : e per una cosa tan minima e de 
tan poca valor voleu entrar en camp clos a tota ultrança, no 
tement los perills de la mort e lo dan que seguir poria ? Pero 
per que represa no sia de dones e donzelles e dels bons cavaliers 
dignes donor, de bon grat yo consentire en presencia del senyor 
Rey e de la senyora Reyna per que no perdau lo premi de be a 
fer e del orde de cavalleria : ab les vostres mans prengau lo 
fermall. Tirant fou molt content de la resposta de la bella 
Agnes : e per quant lo fermall stava liguât ab la cordoncra del 
brial, e nos podia levar sens que no fos descordada, e descordant 
la per força ab les mans li havia de tocar los pits. Tirant ab la ma 
près lo fermall e besal, après dona dels genolls en terra, c dix : 
Infinides gracies, senyora, a la senyoria vostra fas del gran do 
que maveu donat, car mes lestime que si maguesseu dat tôt lo 
Reaime de França : e pro'net a Deu que qui lo fermall me 
levara, la sua persona me lexara : c posai se ait al cap de un 
bonet que portava. 



Nous avons appris avec douleur la mort de M. Henri Estève 
de Bosch, décédé à lIle-sur-Tet. 11 fut parmi les tout premiers 
membres de la Société d'Etudes Catalanes, à laquelle il resta 
toujours fidèle. Nous nous inclinons devant les restes de cet 
homme de bien, dont les qualités de cœur ne le cédaient en rien 
aux qualités les plus rares de l'esprit. Que Madame Estève de 
Bosch et ses enfants veuillent bien trouver ici l'expression de 
nos condoléances les plus émues et les plus sincères. 



G ■ 
^ 



LIVRES ^ REVUES 

M. J. Granier, inspecteur primaire à Ceret, a eu la très heureuse idée de 
publier un manuel scolaire, la Géographie pittoresque, à l'usage du cours 
élémentaire, admirablement illustrée de reproductions photographiques, par 
lesquelles les enfants pourront mieux se rendre compte de ce qu'est exacte- 
ment un plateau, une vallée, un col, un viaduc, un cours d'eau, un canal, un 
voilier, etc, etc. Inutile de dire que ces photographies sont prises chez nous 
en général, et qu'elles précisent par leur aspect familier la connaissance de 
l'enfant, qui, d'ailleurs, trouve plus dégoût ainsi à comprendre et même à 
retenir. Un questionnaire intelligemment établi et des plus variés accompagne 
chaque vue, chaque scène. Nous adressons à M. J. Granier nos plus sincè- 
res félicitations : il est dans la bonne voie pédagogique, ayant été des pre- 
miers aussi à saisir tout le bénéfice qu'on peut tirer pour les jeunes esprits 
de la méthode régionaliste. i Ed. F. Campistro, Perpignan, i fr. 25). 

j. A. 



M. Fritz Kriiger a bien voulu nous envoyer son travail sur les limites du 
catalan de Roussillon et du languedocien, dont nous avions déjà reçu, il y a 
quelque temps, la première partie : Sprachgeographische Tintersuchungen in 
'Languedoc und J{oussilîon (extrait de la « Revue de Dialectologie romane » ; 
Hamburg, 191 3). L examen de ce travail demanderait ici trop de place; 
car il y a là-dedans beaucoup de notations à reprendre et pas mal de choses 
à discuter. Malgré ses nombreuses imperfections, qui proviennent delà hâte 
avec laquelle ce travail a été rédigé et aussi du fait que son auteur, d'origine 
étrangère, a mal entendu ou mal compris certains phénomènes phonétiques, 
on peut lui demander d'importants services, le consulter sur certains points 
avec réel profit. C'est pourquoi nous avons tenu à signaler cet essai à nos 
lecteurs. J. A. 



Bibliofilia, recul! d'estudis, observacions. comentaris, i noticies sobre 
llibres en gênerai i sobre questions de llengua i literatura catalanes en 
particular. 

Cette publication de M. Miquel i Planas est consacrée à l'étude du livre 
aux divers points de vue bibliograpkique, littéraire et artistique. Elle paraî- 
tra par facicules trimestriels de quarante pages contenant de nombreuses 
reproductions de documents bibliographiques. 

Pour les abonnements, s'adresser a Barcelone, librairie Verdaguer, 
Rambla del Mig, 5. 

Le Gérant, COMET. — Imprimerie COMET. rue de la Poste, Perpignan. 



SAanéc H' SS Avril 1914. 

Les MuHBcriu non insères ^^ V^^V W 4 ^P^ 

ne sont oas renau>. M^^M^* ^^ W. M Wl^ 

-es Articles oarus dans ia Revue m^ ^^ ^^^ ^m ■ ^m B ^B B4 

n engagent aue leurs auteurs. ^V^A A Jl A JbAi^A JbÂ^V Am^ 

ABRIL 

Entre *ls rams arruxats per la rosada 
lo matiner aucel) canta l'abri), 
y l'himne Ueva de la dolsa albada. 
Desprès, esplendoros, clar, y tranquil, 

Mostra 's lo jorn en l'ampla soleyada, 
y tôt, de flors, es un perfum gentil, 
de flors una marina que voltada 
es per un cercle de safir sutil. 

Lo vent lleuger porta lo bès ardent 
que llensa l'arbre à l'arbre enamorat ; 
y scmetjants à flochs petits de ncu, 

las papallonas volan com lo vent : 
dona, sobre ton llabi délicat 
deixa 'm besos posar, arreu, arreu. 

L'Alguer (illa de Sardenya). Joan de GlORGlO y VlTELLl. 




EN MISTRAL 

j lo 25 de mars de 1014. 

En Frederich Mistral es qui ha simbolisat, à Fransa, lo 
renaixcmcnt de las llengues provincials ; à Provensa, à 
Llenguadoch, à Rossellô. à l'Aquitania, ell era lo cap- 
mestre y lo rey de les nostres literatures. Lo seu nom vol 
dir : estimaciô y glorificaciô de la Uengua provensal, aixis 
mateix corn lo nom de Mossen Jacinto Verdaguer es 
inséparable del renaixement de la llengua catalana. 

L'obra d'En Mistral se pot comparar à n'un roure que 
hauria plantât al bell cim de la serralada, y quin brancam, 
poderos, altiu, ja desafiant lo temporal, sembla que nos cridi : 

« En devant ! sailliu-vos del cami fangôs de per baix... 
per assi dalt hi trobareu praderies tôt estrellades d'embau- 
mades floretes; los aucells hi canten e hi refilen de lo milJor; 
vist d'assi, lo cel es mes blau y mes anyoradis; à la meua 
ombra tôt soviny s'hi para una encantadora aparicio... es la 
Musa Provensala, amparada per una enlluhernadora Santa- 
Estela, que contempla les serres y la mer esteses desde 'Is 
Alpes fins a) Pirineu ; ilavors venen fins assi unes dolses y 
llunyanes remors... son los cants de Jftagalt, de Montanyes 
J^egalades, de La Coupo Santo. 

« Vos altres, los joves catalans que sentiu amor pera la 
vostre terra payral y pera la vostre llengua materna, pujeu 
també fins assi ; ohireu aqueix maravellos cantich à la santa 
Poesia popular ; y si teniu pit, y si teniu cor, per sempre 
mes glorificareu la vostre llengua... En devant ! » 

Y es aixo mateix que deya també lo sant home de Mossen 
Cinto, quan parlava « d'estimar à Deu, à la Patria, y à la 
Llengua catalana ». 

Desde '1 nevat Canigô, quines piques enlayrades giren la 
vista fins à las costes de la Provensa, desde les platejades 
congestes pirenayques, enviem l'atent y sentit adiu del 
Rossellô à ne 'i gran Patriarca provensal. 

Jules Delpont. 



- 99 — 




EN MISTRAL Y 'l SEU GÔS « PAN-PERDU » 



fftlttf ^tttfff ffffffgfff fffffflfffftf fffffff?! 

Autour de Mistral 
^^ 

A mon ami, le docteur Benêt R. Barrios. 

C'était le lundi de Pâques 4 avril 1904, l'air embaumé 
sentait le printemps, le soleil traînait son char éblouissant 
dans un ciel sans nuages. Arles la Provençale avait revêtu 
ses plus beaux atours pour célébrer la première Fête Virgi- 
nale, « Fcsto Vierginenco ». Sur l'initiative de Mistral, 
les jeunes filles quittant les habits de l'enfance pour porter 
désormais le costume arlésien, étaient invitées à se réunir 
au théâtre antique. La plupart répondaient à l'appel du 
grand poète ; aux gares du P. L. M. et de Trinquetaille, 
les trains déversaient en foule les soeurs de Mireille ; sur 
les routes de la Camargue, la Crau, Tarascon, Saint-Gilles, 
de longues théories de jeunes filles et leurs parents, arri- 
vaient à pied, en voiture ; celles des Saintes-Marie étaient 
assises en croupe derrière les robustes et habiles cavaliers 
de la Camargue. 

Sur la place du Forum où se dresse maintenant la statue 
de Mistral et sur la belle promenade des Lices, l'affluence 
était énorme, le spectacle ravissant. Parmi les femmes, les 
Arlésiennes en immense majorité, retenaient l'attention. 
Rien de plus simple, plus élégant, plus séduisant que le 
costume de l'Arlésienne. Un fichu enveloppe les épaules, 
s'ouvre largement sur la poitrine, s'attache à la taille, moule 
les richesses du buste ; la poitrine est cachée sous un linge 
blanc garni de broderies ou dentelles ; la gorge reste 
décolletée, le cou libre, bien dégagé ; les cheveux se dispo- 
sent en coques sur les côtés de la tête, une partie s'enve- 
loppe dans une blanche dentelle que ceint trois fois un 



lOl — 

ruban noir ou bleu dont l'extrémité tombe en arrière : la 
dentelle et le ruban semblent un diadème. 

Ce costume serait-il aussi vanté s'il appartenait à quelque 
autre population ? sans doute, l'effet qu'il produit dépend 
bien un peu de l'éclatante, harmonieuse beauté des filles 
d'Arles. La vieille cité rendait à Vénus un culte privilégié; 
depuis lougtemps, l'encens ne fume plus sur ses autels, 
mais Cypris n'a pas oublié et comble encore les Arlésiennes 
de ses dons les plus précieux ; leurs traits sont purs, leur 
port divin, on dirait des marbres de Phidias ou Praxitèle 
qui palpitent et se meuvent. Comme le dit Mistral : 

lou cèu, 

O drudo terro d'Arles douno 

La bèuta pura à ti chatouno, 

Coume li rasin à l'autouno. 
De sentour i mountagno e d'aleto à l'aucèu. 

Traduction : 

le ciel, 

O féconde terre d'Arles, donne 
La beauté pure à tes filles. 
Comme les raisins à l'automne, 
Des parfums aux montagnes et des ailes à l'oiseau. 
(Mireille, chant Vlll) 

Vers une heure, la fête commença au théâtre antique : 
les siècles ont ménagé l'amphithéâtre, le « podium » n'est 
plus qu'un amas de ruines imposantes ; les Arlésiennes se 
rangèrent dans l'ancienne arène, la plupart des spectateurs 
s'assirent sur les gradins ; avec le docteur Benêt R. Barrios, 
catalaniste bien connu, nous préférâmes nous promener de 
groupe en groupe, causant, regardant, admirant. Pour 
quelques instants, le théâtre s'était empli de bruit, de 
mouvement, et, fermant les yeux, on pouvait imaginer une 
fête romaine, peut-être celle que les saintes Maries racon- 
tent à Mireille : 



I02 

maladicioun ! o vergougno ! 

1 son moulan de la zambougno. 

Sus lou poutin dôu Tiatre, eme lou pitre nus, 

Un vôu de chato viroulavon, 

E su n refrin qu'ensèn quilavon, 

En danso ardènto se giblavon. 
Au tour d'un flo de marbre en quau disien Venus. 

Traduction : 

O malédiction ! ô honte ! 
Aux sons langoureux de la lyre. 
Sur le podium du théâtre, les seins nus. 
Un vol de jeunes filles tournoyaient. 
Et sur un refrain qu'elles proféraient ensemble. 
En danses ardentes, elles se tordaient. 
Autour d'un bloc de marbre qu'elles appelaient Vénus. 

(Mireille, chant XI) 

Un tonnerre d'applaudissements salua l'entrée de Frédéric 
Mistral, escorté de personnages officiels et surtout d'un 
charmant essaim d'Arlésiennes. Un choeur chanta des 
strophes que le Maître avait composées pour la circons- 
tance, plusieurs discours furent prononcés. Dans sa langue 
natale. Mistral dit une fois de plus son amour pour la 
Provence et les vieilles traditions jusqu'alors jalousement 
gardées. Aucune ne lui était plus chère que le costume 
féminin : il exhorta les Arlésiennes à ne pas l'abandonner, 
le transmettant fidèlement à leurs enfants comme le plus 
cher bijou de leur patrimoine. Eh ! cette toilette ne repré- 
sente-t-elle pas la parure que soixante générations de femmes 
belles et coquettes ont longtemps cherchée, finalement 
inventée, comme seyant le mieux à leur beauté, exauçant 
plus efficacement leurs désirs de plaire et d'être aimées ? 
L'alliance, l'adaptation sont maintenant si intimes entre les 
lignes de leur corps et la façon de le vêtir, qu'en se ralliant 
à la mode contemporaine, uniforme et banale, elles risque- 
raient d'altérer, détruire les plus saillants de leurs charmes 
plastiques. Mistral fut l'objet d'une longue ovation. On 



— io3 — 

distribua des diplômes aux jeunes filles qui défilèrent 
ensuite devant la foule descendue des gradins ; les Arlé- 
siennes montées en croupe de leurs cavaliers, furent chaleu- 
reusement acclamées. 

Un peu plus tard, dans les grandioses arènes, aux accords 
des anciens instruments, les Camarguais dansaient !a faran- 
dole : avec le docteur Benêt R. Barrios, nous écoutions et 
nous regardions, légèrement émus ; n'était-ce pas une 
musique catalane qui jouait là-bas ? quelque contrepas du 
Vallespir ou quelque serdane de l'Ampurdan qui se dérou- 
lait à nos pieds ? les vers de Jacinto Verdaguer se pressaient 
sur mes lèvres : 

Y en una plaça de no se quin poble, 
per primera vegada, viu rodar 
lo bail de la sardana ayrôs y noble ; 
may mes l'he vist y encare '1 puch pintar. 

(Seconde strophe de l'Ampurdâ, une des plus 
belles pièces lyriques du recueil : Pdlria). 

Nous eûmes l'honneur de présenter nos hommages au 
Maître provençal, nous parlâmes de la Renaissance catalane, 
toujours plus vivace, plus féconde par delà les Pyrénées, 
entraînant à sa suite, tel un fleuve rapide, le paysan comme 
l'artisan, le bourgeois comme le lettré, toutes les classes de 
la société. Verdaguer pouvait mourir content; de bons 
ouvriers se dévoueraient à leur tour au mouvement dont 
il était le plus glorieux représentant. 

« Plût à Dieu, soupira Mistral, que notre Renaissance 
provençale connût le même destin !... » 
et un nuage de tristesse enveloppa son front. 

« C'est le secret de l'avenir, répondis-je, mais quoi qu'il 
arrive, vos efforts ne seront pas inutiles ; quand on ne 
parlera plus le provençal, on l'apprendra pour vous lire. » 

« Trop pessimiste et trop flatteur. Monsieur, répliqua- 



— I04 — 
t-il, la Provence voudra conserver sa langue et si jamais 
elle l'oublie, la poussière des bibliothèques ensevelira mes 
œuvres. » 

En 1904, malgré les 70 ans passés, Frédéric Mistral 
manifestait encore, sous les cheveux blancs, la vigueur et 
l'aisance de l'âge mûr ; souple, grand et droit, de belle 
prestance, le geste prompt, la tête relevée, l'œil vif, la 
barbiche en bataille, on l'aurait pris pour un officier. Pas 
d'accueil plus affable, plus cordial, plus charmant que le 
sien, il écoutait avec bienveillance, causait avec esprit, sans 
morgue, sans fierté. Le plus grand poète de France ne 
pouvait ignorer sa valeur, mais la simplicité sera toujours 
un caractère du vrai génie. 



Je n'ai point l'intention d'étudier l'œuvre entière de 
Mistral, j'émettrai seulement quelques appréciations. Sans 
ambition, assez riche pour ses désirs, le poète n'a jamais 
fait de copie, écrit par nécessité, improvisé pour augmenter 
ses revenus ou flatter ses lecteurs. Il jouissait de la popu- 
larité, mais il l'avait conquise et la conservait sans la 
chercher, par la hauteur de son génie, la noblesse de son 
entreprise, le désintéressement et la dignité de sa vie. Cette 
originalité devient rare. Lamartine, Hugo, presque tous les 
poètes, tous les écrivains contemporains ont des pages qui 
sont du remplissage, on n'en trouve pas chez Mistral. 
Est-ce à dire que toute sa production est égale, sans tache? 
Homère sommeille parfois ; si la verve de Mistral semble 
fléchir quelque part, couler moins abondante et moins forte, 
tout est soigné, tout est mûri, l'ensemble est incomparable. 

Cependant, à mon avis, son premier poème dépasse les 
autres et Mistral restera pour la postérité le chantre de 
Mireille. Voilà le plus beau fleuron de sa couronne, son 



- io5 - 

meilleur titre à la gloire, un absolu chef-d'œuvre. Je ne 
connais rien d'analogue dans la littérature française, même 
dans aucune littérature. On rapproche parfois l'idylle de 
Gœthe, « Hermann et Dorothée » ; Mireille me paraît 
bien supérieur. Le poème allemand côtoie la fadeur, les 
mœurs sont trop patriarcales, la famille trop vertueuse, 
l'héroïne trop naïve et bonne ménagère ; malgré les épisodes 
de guerre, quelques loups manquent dans la bergerie et ces 
bourgeois qui parlent la langue d'Homère, embouchent 
pour leurs affaires la trompette de l'épopée, sont fastidieux 
et ridicules. Telle est l'impression d'un lecteur français qui 
sait l'admiration des Allemands pour « Hermann et Doro- 
thée )) et ne peut d'ailleurs en sentir toute la poésie. 

Avec Mireille, nous quittons le ciel brumeux et le froid 
climat de la Westphalic ; le soleil de Provence chauffe les 
cervelles, exalte les cœurs ; les passions sont-elles plus 
vives, plus profondes ? Elles sont assurément moins conte- 
nues, moins raisonneuses et plus actives, elles s'extériorisent 
et brûlent davantage. 

La fable a l'intérêt d'un roman, les personnages sont 
bien campés, vrais de pied en cap ; Mistral les avait connus 
au cours de ses pérégrinations en Crau et Camargue, vous 
les y rencontreriez encore, leur race n'a pas disparu. Les 
fleurs de l'idéal jaillissent du meilleur et du plus intense 
réalisme ; toute la nature, les êtres et les choses de Pro- 
vence sont enfermés dans de larges tableaux au relief 
saisissant ; avec les yeux d'un grand poète, on embrasse 
l'ensemble, on aperçoit les plus légers détails. 

Que dirai-je de la forme ? je devine ses beautés ; il 
faudrait avoir sucé le lait d'une mère provençale pour les 
goûter pleinement. Ce qui me frappe surtout, c'est la 
souplesse et la richesse de l'idiome, la force des expressions, 
l'éclat des images. On reconnaît une langue populaire 



— jo6 ^ 

qu'une savante littérature n'a pas épuisée, que sous prétexte 
de l'épurer, un siècle de Louis xiv n'a pas émasculée, qui 
conserve intactes la fraîcheur et la spontanéité de la jeu- 
nesse, l'exubérante virilité de l'adolescence. 

Mistral a composé le dictionnaire de cette langue, oeuvre 
monumentale qui représente des années de labeur ; les 
écrivains provençaux lui rendent grâces pour ce bon outil 
de travail. Pourtant, ce n'est pas dans son dictionnaire, 
c'est dans son oeuvre que l'avenir cherchera le Provençal ; 
elle en contient tous les matériaux, met en lumière toutes 
les qualités, en expose toutes les richesses, montre ce dont 
il est capable sous l'inspiration d'un grand poète, nous fait 
regretter les chefs-d'œuvre dont il aurait doté le monde, si 
les Barbares du Nord se ruant contre les Albigeois, n'avaient 
pas dévasté de leurs pieds sauvages le champ où déjà fleu- 
rissait la moisson prochaine !... 

Pour terminer, une observation et un conseil. Les 
journaux ont consacré au poète mort des articles dithyram- 
biques, ils ont déploré sa perte avec éloquence, célébré son 
génie avec enthousiasme. Parmi les auteurs de ces oraisons 
funèbres, combien n'ont jamais lu un seul vers de Mistral, 
connaissent seulement la pitoyable adaptation théâtrale de 
Mireille ? On a rappelé qu'en Allemagne, les étudiants com- 
plétaient leur étude du français par des notions de poésie 
provençale. Pure lubie, plaisanterie de mauvais goût ! Pour 
l'Université de France, la langue d'oc et le Félibrige n'ont 
jamais existé. Eh bien ! bénévoles lecteurs, mes amis, pour 
une fois, je vous en conjure, suivez l'exemple de nos chers 
Teutons. Foin des brillants articles que les Revues vous 
serviront encore sur Mistral ! Foin de mes ennuyeuses 
considérations ! Retenez seulement ma conclusion : Voulez- 
vous rendre hommage au grand poète provençal ? Lisez-le, 
rcliscz-lc. Emile Legujel. 

Lundi de Pâques, i3 avril I9i4> 



Notes sur Mistral 

Mistral naquit dans un « mas » près de Maillane, le 8 sep- 
tembre j83o. 

A 1 âge de jy ans, au sortir du Lycée, il écrivit le poème 
hi Meissoun (La Moisson); en i852, il fit paraître dix composi- 
tions poétiques dans la revue "Li Provençale ; en 1854, il est l'un 
des sept fondateurs du Félibrige. Mireille fut éditée pour la 
première fois à Avignon en 1859. 

Vinrent ensuite : Calendau, 1867 ; TNerlo, 1884 ; Lis Isclo d'or, 
1876; "Lou Trésor dou Télibrige ; La J(eino Jano, 1890; Lou 
Pouema dou T^ose (Le Rhône), 1897 ; Discours e dicho, 1906 ; 
Metnori e raconte'. Lis Olivado, 1912 ; La Genesi (traduction de la 
Bible), 1910. 

♦ 

C'est avec un vif sentiment de tristesse que l'on apprit à Mail- 
lane, la mort du grand poète provençal. 

« Le corps, descendu de la chambre, dans le vestibule d'entrée 
de la maison, repose sur le lit entouré de fleurs et de feuilles 
naturelles. Le poète porte à son cou la cravate de commandeur 
de la Légion d'Honneur. Son chapeau de feutre traditionnel est 
déposé sur ses pieds. Entre ses mains a été placé un petit 
crucifix en argent. Le grand poète semble dormir. Derrière lui 
se dresse le buste de Lamartine, la tète surmontée d'une cou- 
ronne de lauriers. » 

♦ 

L'inhumation a eu lieu au modeste cimetière de Maillane, 
dans un tombeau que le Maître avait fait construire tout récem- 
ment et qui est la reproduction exacte du pavillon de la reine 
Jeanne, élevé dans le vallon des Baux. 

La mort n'aura pas permis à Mistral de voir élever sur la 
place des Saintes-Maries-de-la-Mer, en juillet prochain, la 
statue de sa Mireille, d'Antonin Mercié. C'était un de ses plus 
beaux rêves. 



— io8 — 

D'autre part, Mistral avait chargé le distingué compositeur, 
roussilionnais d'adoption, Déodat de Séverac, d'écrire la musique 
de son poème Lcu J{one (Le Rhône). 11 n'aura pas la suprême 
satisfaction de voir l'accueil triomphal qui sera réservé à ces 
belles pages littéraires et musicales. 

♦ 

Le mausolée de Mistral porte, dans le fond, une inscription 
en latin et, au-dessous l'écusson sculpté de la Cigale, avec la 
devise : Lou souleu mi fa canla. 

♦ 

En tant que Félibre Majorai, Mistral était détenteur de la 
Cigale de Mailîane. Le Capoulié du Félibrige, Valère Bernard, 
vient de proposer aux félibres majoraux « de prouclama vacanlo 
sine die la Cigalo de Maiano ». 

Cette idée est d'or, et constitue une heureuse trouvaille à 
l'égard de la mémoire de Mistral. 

Un bibliophile perpignanais possède un exemplaire de "La 
Genési, qui porte cet autographe de Mistral : 

En memori de moun paire que toujours me parlavo di bravi 
gent de Perpignan, ounto ero esta soudad (1793, camp dou 
Bouîou). 

Lettre de Mistral aux Roussilionnais 

Maiano, 12 de desembre de 1899 

Gent counfraire de J^oussihoun, 

"Emé mi complimen per l'espandido di Flour Roussihouncso 
— que n'an pas pou de î'iver — vous mande li paraulo e lou 
cant de La Coupo. que veritahlemen fugué facho un pau per 
vautre, d'abord que sias Catalan ! e vous salude de tout cor en 
Santo Estello, 



r.y^k^^ 



A M. Jules Oelpont. 



-.Nil 



À MISTRAL 



Quan s'entorpcix el bosc en son encantament de vida obscura, 

sota '1 cel tant amplament solfmne que el mon l'ignora, 

es quan, soptat, el bosc desvetlla-s tôt alhora, 

al avisar-se d'imprevist i heure cura 

d'una unciô vessant d'amunt, tant blana i pura, 

flairosa, lluminica i sonora 

com quan, al jorn primer, espelli la jove Aurora. 

Bàlsems, clarors, oreigs, el batec dels espais tôt d'una esdata 

en un arbre, en un fust ignot, pujat de récent dîa, 

del quai la doma, belluga de raigs d'or i de plata, 

manantial d'olors i de fresca harmonia, 

desde la soca ufana a l'humil reboll o mata, 

a tôt ser que cria o nia 

per tots volts ses eterias palpitacions envia. 

El grill a ran de terra calla, i para son rasec l'oruga. 

Tôt quant, démet la selva, serpeja, tresca o aleteja, 

refila, udola, xiula, brama, gruny o remuga, 

tôt esta atent a escoltar com rumbeja 

l'Arbre, de nou despert, i aires celestials juga. 

Fins el degà del terme, que '1 festeja 

i '1 « viva ! » de fraternitat no li escaceja. 

Sembla burlar al Temps, del modo que gaudeix el tronc insigne. 

Tant que, vejent-lo sempre mes vibrant, sempre mes doble 

de poixança i gallardia, l'entussiasurat poble 

de la fulla i del ram com a amo del boscatge '1 signa ; 

i ell n'es de veres el mes digne, 

puix son brancam ait, empinat i noble 

cada any escampa, bondadôs, novella cobla. 

Tu fores, gran Mistral, aqueix dominador benvolgut de l'arbreda. 
Pel rededor espargîes dolls de poesîa sobrehumana ; 
distreies la dissort de la realitat que l'apareda, 



ensenyant sobretot com l'home ambe sa terra s'agermana, 
com pren en eix contacte escalfor l'anima freda 

per alcançar el poc idéal que demana 

Ara, oh obrer del dilluns, s'ha acabat ta setmana. 

Com tôt fina, has finat també, Rei malagonyat del Mig-dia. 

Ta veu vivent no farà pus, ai ! ai ! el voig de nostra orella. 

Aies la Mort, que d'amagat i a pler la sava t'escorria, 

mcntre alçaves la fcrvorosa cantarella, 

plantât te deixa com lluitador que desafîa. 

Car, sobre '1 darrer esfullament, queden, eterna maravella, 

les très branques de Nerto, Calendal i Mirella. 

29 de mars 1914. Pau Berga. 

EN L'HONNEUR DE MISTRAL 

Le jeudi 2 3 avril a eu lieu à la Cathédrale St-Pierre de Montpellier une 
grandiose cérémonie en souvenir de Mistral. Une foule immense et recueillie 
remplissait la vaste nef. Parmi les assistants, on remarquait les délégués 
catalans envoyés par Barcelone : MM. Puig y Cadafalch, député, représen- 
tant le Parlement provincial de Catalogne ; R. Paiiella, repsésentant la 
municipalité barcelonaise ; Francesch Mateu et Picô y Campamar, les deux 
distingués poètes, venus au nom du Consistoire des Jeux Floraux de 
Barcelone. 

Après la belle allocution du Cardinal de Cabriéres, Mgr de Carsaladc du 
Pont, évêque de Perpignan, monta en chaire et prit la parole en langue 
catalane. L'auditoire fut profondément impressionné par ces phrases cmues, 
d'une touchante spontanéité et dune envolée superbe. Nous les reproduisons 
ci-dessous, et remercions Mgr de Carsalade d'avoir bien voulu s exprimer 
en catalan ; nul hommage ne pouvait être plus sensible à l'àme du grand 
patriarche de Maillane. 

Eminentissim Senyor Cardenal, 

Havcu pensât que per honrar mes dignameiit la mcmoria del 
nostre gran trovador Fredcrich Mistral, calia fer sentir, davant 
del seu tumol, en aqueixes solemnes funerals, una de lesllengues 
romaniques de lesquals havia estât l'apostol éloquent y armonios, 
V m'haveu cridat, com a Bisbe catala, pera pendre la paraula en 



— 111 — 

nom dels felibres de les dues vessants del Pirineu. Pero 'm 
demani que podré jo dir en alabansa d'en Mistral que vostra 
Eminencia no haji dit ab una eloqiiença sens igual ? Quins elogis 
podré jo tributar al cantor de Mireio que ja no Ms haji rebut de 
Vossencia. Tant sols seré vostre tornaveu, al repetir, en la 
llengua dels avis, lo que haveu dit en aquella nobla llengua 
francesa que, en vostres llavis, té uns accents tan incisadors. 

Donchs, grans mercès, felibres de Provensa que seu venguts 
de Maillane, de Arles, de Avignô y de Nimes pera plorar ab 
nosaltres l'insigne cantor de la terra del Mitjdia, 

Grans mercés, sobre tôt, felibres de Montpellier que us seu 
aplegats tan numerosos en aquesta Catedral ilustra, a l'entorn 
d'aqueix tumol, com els fills adolorits a l'entorn del llit funerari 
hont descansa el pare mort. Vostre ilustre Cardenal ha volgut 
que se fassi sentir la llengua catalana en aquesta Seu, que es 
el cor sagrat de vostra terra, per que se va recordar que 'Is 
vostres antepassats havien fet part de la Confederaciô catalana, 
y que per nosaitres catalans la terra de Montpellier es una terra 
benehida, un trosset de la patria nostra. Es tu, o terra generosa, 
que 'ns has donat el nostre gran Rey en Jaume el Conquestador ! 
Es tu, o vila de Montpellier, que l'has gronxolat en el seu 
bressol, con l'avia granxola el seu net, cantant-li les cansons de 
la terra y aprenent-li de trovador ! 

Grans mercés, fills de Barcelona ilustres patricis, amichs 
estimadissims, que haveu passât el Pirineu pera portar a nostres 
germans de Provensa y de Montpellier, el testimoni de condol 
de nostra mare Catalunya. 

Fransa porta el dol d'en Frederich Mistral, com Espanya ha 
portât lo d'en Jacinto Verdaguer. Provensa plora amargament la 
mort del seu fill preclar y eximi poeta, com Catalunya ha plorat 
la del mes ilustre de sos trobadors. Mistral y Verdaguer, dos 
noms inséparables, no tant sols per l'amistat que 'Is ha units tant 
estretement, sino per un mateix idéal del quai han estât els 
apostols incansables : exaltar la llengua maternai y referli y 
tornarli la corona real que 'Is sigles passats li havien donat y que 
Is modems li havien robat y trossejat. Mistral y Verdaguer, al 
puntcjar la lira, al cantar les glories y les tradicions de la terra 
payral, han dut a una realitat grandiosa llur idéal patriotich ; y 



ara alsan llur pcrsonalitat gcgantina ensâ y enllâ del Pirineu, lo 
un al cim del mont Ventes l'aitre al cim del Canigô. y dcsde 
alli, allarguant llurs brassos per demunt planes y montanyes, 
uneixen en un abras indissoluble aquelles ducs reynes germanes, 
ahir esclaves y trepitjades, avuy lluires, conquestadores y trium- 
fantcs, la llengua cataiana y la llengua provensal. 

Descansi en pau Frcderich Mistral ! Ha incarnat en ell tota 
l'anima de la Provensa ; ha tengut en la seva anima tota l'anima 
popular y l'ha abeurat en les fonts les mes pures de la Fé i del 
patriamor. Mentres anys y anysha omplit d una poesia lluminosa, 
ensoleillada, embriagadora, la copa que 'Is catalans li varen rcgalar, 
y an aqueixa copa « santa y vessanta » ha fet beurc a llargues be- 
gudes, tots los pobles del mitjdia de Fransa. Mes un dia, ay 
Provensa ! ay terra de Montpeller I un dia ses mans se cansâren 
de puntejar la lira, sa veu qui desde scxanta anys feia repetir 
als ecos del mitjdia els no-ins suaus de Mireio, de Magali, de 
Calendau, de Neto, sa veu que havia cantat totes les glories, 
totes les llegendes, totes les tradicions casulanes de la 
Provensa, desde Marsella fins a Arles y Avigno, aqueixa veu 
d'accents sublims se va fer silenciosa. Era l'hora hont les 
cigales de la Crau y de la Camarga cantan l'absolta al dia, 
l'hora hont s'encenen al cel les estrelles d'or, l'hora de la 
nit cayenta, lo vell trovador, la feyna acabada, se va jaure, tan- 
car els ulls y morir. 

Mes Deu l'havia pastat d'una argila inaltérable : la inort no *l 
va tocar ab sa fais si no pera donarli la consagraciô de l'immor- 
talitat. El seu sépulcre s'es fet glorios. Tôt lo que la terra porta 
de mes gran, la Santetat del Papa y la Magestat dels reys, se 
van inclinar davant ell ; la Provensa y Montpeller lo van regar 
de ses llagrimes y embalsamarlo de ses flors. Nosaltres també, 
inclinem, avuy, nostres desques florides sobre aquet sépulcre, y 
derramem-hi olivers y llorers, flors de pau y degloria ; derramen- 
hi sobre tôt, flors d'immortalitat que son nostres pregaries. 
Demanem a Deu nostre Senyor, el gran, el eternal Capolié, el 
Mestre infinit en gay saber, que rebi en la pau y en la gloria 
del cel el nostre sublim cantor, y que li posi en les mans la lira 
dels Serafins pera que toqui, amb els coros dels angels, lo 
Sanclus eternal. Amen. 



Pobrc Mareta! 

Per les que s'hi cooeixeràn 

Plora ! Plora, marcta. 
Ton fil) unie es mort ! 
Sota una pedra estreta 
Han colgat ton amor. 

Eres ben joveneta 
Quant nasquc 'I teu fillet ! 
Has cregut, oh pobreta, 
Ser rica ab eix ninet ! 

En ton fill te cercavas 
Com en propi mirai) ; 
Prop d'ell dormit vetUavas 
Dia i nit, en treball, 

Gelosa, escorcollavas 
En SOS ulls l'avenir : 
Ditxosa, no pensavas 
Que tinguès de morir ! 

Era, ahir, fresch i jove 
Com fadrinet gaJan ; 
Vuy, la mort en la cova 
Ha jitat ton infant. 

Llavors, era esperansa, 
L'orgull dels derrers anys ; 
Mes, ay ! quina recansa, 
Perduts son tos afanys ! 



— 1 14 — 
Plora, plora, mareta ; 
Ton fin Duny ha fugit ; 
Seras demi soleta, 
Puix es mort ton marit. 

Deu donâ dobla galta 
Pels besos de molts fills ; 
Mare, teva gran falta 
Fou volguer sol pubill ! 

Evol, los lo de décembre 191 3. J. BoRATEU. 

Les fouilles du Chàteau-Roussillon 

Tous les roussillonnais ont suivi avec intérêt les récits, parus 
dans la presse, des fouilles et découvertes archéologiques faites 
par M. Thiers, de Narbonne, dans le sol de l'ancienne J^uscino, 
gracieusement mis à sa disposition par le propriétaire de ce 
terrain, M. Henry Aragon. 

L'écho de ces fouilles et de ces découvertes est parvenu, non 
seulement jusqu'à l'Institut de France, mais s'est répandu dans 
tous les milieux européens, s'occupant d'archéologie romaine. 

Avec une compétence et une érudition qu'on n aurait pas soup- 
çonnée chez un homme depuis bien longtemps éloigné des études 
classiques, avec une bonne grâce et une distinction qui sont aussi 
à signaler, M. Henry Aragon a d'ailleurs fait connaître au public 
les résultats si intéressants de ses recherches, et grâce à ses 
reproductions photographiques, chacun est à même de se reporter 
a ia vie sociale de nos ancêtres, pendant la splendeur de l'antique 
Ruscino. 

Marbres avec inscriptions, bronzes sculptés, statuettes, frag- 
ments de poteries artistiques, tout est maintenant réuni, catalogué 
et constitue un véritable Musée d'archéologie roussillonnaise. 

Ll. P. 



fi 



Notes sur la Moderne Poésie Catalane 

Âlmanach de la Poesia : 1914 

Barcelona, Imprenta de Francisco Altés y Alabart 
(obsequi del impresor Francisco X. Altes â sos clients y amies). 

C'est un âlmanach d une véritable élégance : un petit format, 
un papier candide, des titres d'une encre vieux rose. Il fait 
honneur à l'imprimerie barcelonaise ; il semble pronostiquer une 
année délicate ; il est dû à la collaboration des poètes. Est-ce 
un âlmanach ? Est-ce une anthologie ? Cela ne dépend que de 
nous-mêmes ; car les choses sont ce que nous voulons qu'elles 
soient, et nous les créons à notre mesure. Et aujourd'hui, fête 
de « Santa Eularia », Reconsidérerai ce « calendarium » comme un 
florilège, et un florilège qui, si petit soit-il, nous donnera des 
indications fort précises et point négligeables sur les plus récen- 
tes prémices de la poésie catalane. Et d'abord, puisqu'il est 
bref, voici le sommaire ; voici, accompagnée des deux maîtres 
défunts, Jacinto Verdaguer et Joan Maragall, « l'host » des 
seize jeunes poètes : 

♦J^ J. Verdaguer: L'hostal millor. — Miquel Ferra: Hiver- 
nenca. — M. Antonia Saivà : El roser de Cura. — Josep Car- 
ner : la Parra à la tardor. — J. M. Lôpez Pico : El Crist de 
nostres altars. — Josep-S. Pons : Cant primaverenc. — R. Maso 
Valent! : De la Llar. — Llorenç Riber : Les Tombes velles. — 
Joan Ruyra : Gracies Mundanes Josep Lleonart : A la brisa 
d'estiu. — Vicens de Balanzô : Amor venç el Fat. — Lluis Va- 
leri : Sonet. — C. Riba-Bracôns : La Oraciô de la vida humil. 
— Francesc Sitjâ : Sonet de tardor. — Jaume Bofill y Matas : 
Cap-al-tard. — Josep Pijoan : Benedicciô de taula. — Clemen- 
tina Arderiu : El Seret. — t J- Maragall : Oracid â Santa 
Llucia. 

Ce n'est point fortuitement que se trouvent ici les noms des 
deux poètes les plus représentatifs de la poésie catalane ; Verda- 



— ii6 — 

gacr y symbolise un passé dont on accueille certains exemples; 
et Maragall, qui est mort avant d'avoir accompli tout son œuvre, 
y symbolise un devenir, lui qui affirmait en terminant « Enllâ » 
que la poésie venait d'éclore, et qu'en elle tressaillaient des 
germes inconnus, à peine pressentis : 

La poesia tôt just ha començat, 

y es plena de virtuts inconegudes. . . 

D'autre part, le nom glorieux de l'un de nos aînés, Joaquim 
Ruyra, accompagne les mois d'été ; sans doute, parce que Joa- 
quim Ruyra ne nous a pas donné son expression définitive dans 
le langage rimé, même après son admirable « Pais del Pler », 
et que nous devons attendre de ce poète un livre de sonnets 
savoureux et ciselés. C'est précisément l'un de ces sonnets que 
l'on a imprimé sur deux pages, dans cet almanach ; et je ne sau- 
rai mieux affirmer mon admiration qu'en le reproduisant ici ; et 
mes lecteurs m'en sauront gré peut-être : 

Gracies Mundanes 

Si 'm voleu dar, Senyor, gracies mundanes, 

dèu-me una casa xica entre jardins 

ni massa aprop, ni Uunya de veïns, 

amb bon sol i a redôs de tramontanes. 

Dèu-me modestes salces casolanes 

que'm parlin de serfulls i romanins ; 

pa de forment de les pairals quintanes, 

aigua ben pura i saborosos vins. 

Si 's trob, dèu-me un amie sensé cap vici, 

una muller, si 's troba, poc llunàtica, 

i fills, dels quais s'auguri bon auspici ; 

feu quels doctes m'alabin en llur plàtica 

i que mai ofereixi sacrifici 

a l'estùpida fama democràtica. 

J. Ruyra. 

Et puisque tout n'est qu'un recommencement, cette oeuvre du 
poète de Blanes nous rappelle le « Bonheur de ce monde », de 
Charles Marguetel de Saint-Denis, seigneur de Saint-Evremond 
(i6i 3-1703 . 11 est vrai que le normand est moins aristocratique ; 
il a plus de scepticisme, d'humour, et d'accommodante philoso- 



— ' ' 7 — 
phie. Voici plutôt le premier quatrain et le dernier tercet, afin 
que les curieux puissent comparer ; 

Avoir une maison commode, propre et belle, 

Un jardin tapissé d'espaliers odorants. 

Des fruits, d'excellents vins, peu de train, peu d'enfants, 

Posséder seul, sans bruit, une femme fidèle. 

Conserver l'esprit libre et le jugement fort. 

Dire son chapelet en cultivant ses entes. 

C'est attendre chez soi bien doucement la mort. 

Saint-Evremond. 

Mais la jeune poésie catalane m'excusera de cette citation, 
puisque cette épicuréisme, aussi agréable qu'il est désenchanté, 
n'est pas son fort; elle loge avec Verdaguer à « l'hôtel de la 
Providence » ; et si cet almanach et d'autres observations per- 
sonnelles ne me trompent pas, je puis même affirmer qu'elle est 
délibérément spiritualiste, tout en conservant les plus souples 
attaches avec le classicisme. 

Elle est délibérément spiritualiste et religieuse, comme l'était 
son aînée, la poésie de Verdaguer, de Maragall, comme le 
demeure aussi la poésie des deux poètes de Majorque, Joan 
Alcover et Mossen Costa y Llobera. Les disciplines de la 
tradition religieuse sont naturellement acceptées par les descen- 
dants de Ramon Llull ; j'ajouterai que des raisons d'ordre pure- 
ment lyrique les y invitent. La poésie essentiellement mystique 
est, ce me semble, la seule qui séduise dans l'art espagnol. Et à 
ne rechercher dans la poésie que la fleur du lyrisme, Lope 
de Vega lui-même n'a jamais été plus poète que lorsqu'il a en- 
fermé l'extase de la prière dans le vase d'airain du sonnet. Je 
montrerai peut-être un jour la forme particulière, plus humaine, 
plus mesurée et attachée aux belles apparences de ce monde, 
que certains poètes catalans, soucieux de la sensibilité de la race, 
paraissent vouloir donner au mysticisme espagnol ; j'ai déjà eu 
l'occasion de souligner cette idée dans une étude d'ailleurs in- 
complète que j'ai consacrée à Maragall ; mais je ne puis aujour- 
d'hui soulever une si grave question, à propos d'un petit alma- 
nach. 



— 1)8 

Je veux toutefois noter qu'un sonnet de Lôpez-Picô, c El 
crist de nostres altars », y vient heureusement fortifier ma 
remarque î Le christ de nos autels n'est plus le christ de 
Castille. C'est un christ humain, qui vient mêler aux nôtres la 
trace de ses pas ; et il ouvre a peine ses bras douloureux ; il 
semble même vouloir les recueillir, comme pour dire : 

Limita el teu desig a tes braçades. 

J'aime beaucoup encore, et je voudrais citer un sonnet de 
Llorenç Riber, qui est un jeune et souple abbé de Majorque, 
et en cette occasion un très sûr lyrique ; je voudrais citer, et je 
cite, car en vérité, on ne résume pas de telles œuvres : 

Les Tombes velles 

Mes dolç i mes amable séria ton descans, 
O Mort, qui segues totes les roses de la vida, 
llençant-les a les fosses, a feixos odorants, 
dins una iglesia vella, petita y compungida. 

El temps s'hi escola, plàcid, amb una pau sens mida ; 
les nits son plenes d'àngels i d'ombres bategants, 
i pel vitratge hi entren els dies tôt sagnants 
o amoratats com una viola dolorida. 

Bé son les tombes velles les rels del vell altar ! 
Damunt ma tomba dosa que hi senti jo passar 
les ones de la vida qui pelegrina i's cansa. 

cercant una altra vida de mes excelsa sort... 
i prosseguint sa ruta triomfal sobre la mort 
el salm d'ales immenses volant pie d'esperança ! 

Llorenç Riber. 

N'est-ce pas une oeuvre du plus pur spiritualisme? Et cette reli- 
giosité que j indique comme une tendance générale, elle apparaît 
déjà dans les titres de certaines poésies du recueil : Bcncdicciô 
de taula, de Josep Pijoan, La Oraciô de la vida humil, de mon 
jeune et cher ami C. Riba-Bracôns. La religiosité est par ailleurs 
le caractère de toute véritable école symboliste. Stéphane Mal- 
larmé, le poète du « transparent glacier des vols qui n'ont pas 



— «19 - 
fui », avait une âme religieuse, je veux dire vraiment éprise 
d'idéai. Et de Paul Verlaine, on citera toujours ses litanies de 
sonnets mystiques, l'une des meilleures raisons de sa gloire. Et 
notre école symboliste, délivrée de l'esthétique de Mallarmé, et 
peut-être aussi des préceptes de Charles Morice, et telle qu'elle 
m'apparaît du moins, lentement modifiée par les inspirations 
souvent parallèles de Mœterlinck, de Bataille, de Francis-Jam- 
mes, et même de Camille MaucJair, cette école qui est parfois 
devenue ce qu'elle devait être dès la première initiation, l'école 
de l'Intuition, du Mystère, de l'Idée dans la vie familière, il me 
semble bien qu'elle a enfin trouvé de compréhensifs adeptes dans 
la poésie catalane. Et j'écris « il me semble », car rien n'est 
plus indéfinissable que le symbolisme. Oui, je ne l'ignore point, 
on peut à la rigueur trouver des ancêtres ibériques du symbolis- 
me : peut-être Gongora, dans le « Polifemio » et les « Soleda- 
des », peut-être Ramôn Llull, dans ses métaphores morales du 
« Llibre d'Amie e d'Amat »... Mais, le symbolisme moderne, 
dont l'un des caractères est la pénétration de l'Idée dans la vie 
familière, ou si l'on veut, la mystérieuse psychologie intimiste, 
est le propre de plusieurs poètes de langue française. Et il me 
sera peut-être permis de retrouver je ne sais quels subtils échos de 
Maeterlinck, dans ces images si caressantes de R. Maso Valentî, 
ces images si délicieusement neuves dans la poésie catalane : 

A vos, mercès, perque m'hen dat germanes. 

Mes elles son molt dolçes i cap à mi s'en venen 
tôt fen sonar l'argent de llurs medalles ; 
i tenen dins dels ulis color de les vitraJles, 
*i a l'arribar la nit, llurs ulls s'encenen. 

Mercès, mon Deu, mercès perque son très alhora 
qui aixequen llurs agulles, segudes à l'eixida ; 
perque l'una es capvespre, i l'altra aurora, 
i perque la mes xica es trista i denserida. 

R. Maso Valentî (De la Llar). 

Je voudrais encore ranger parmi les œuvres symbolistes un 
« sonet » psychologique de Lluis Valeri, si je n'y discernais 
pas d'abord une influence de la poésie de L6pez-Pic6 ; et 



1 20 



cette influence est sans doute inconsciente. Mais il est des 
influences auxquelles les poètes veulent bien consentir, comme 
pour y tremper le métal de leurs vers. Cette recherche 
d'une expression classique, alliée à l'horreur de la période 
creuse et déclamatoire, est l'un des traits les plus significatifs 
de la jeune école. Joan Maragall, qui est véritablement 
l'Annonciateur, voulait que 1 on n'oubliât point les écrivains du 
xv""" siècle ; il savait bien que les « Cançoners » gardaient quel- 
ques fruits dune saveur bien catalane. Je pense qu'il ne désirait 
pas tant l'archaïsme, mais l'austérité spirituelle de l'inspiration ; 
non la forme périmée, mais l'essence. J'en veux comme preuve 
ses poèmes, où l'on retrouve les flammes les plus pures du mys- 
ticisme espagnol. C'est pourquoi je condamnerai la pièce de 
Vicens de Balanzô, qui est intitulée « Amor venç el Fat » ; mais 
elle a un charme pour l'érudit, le charme du pastiche, et au fait, 
cela n'est point négligeable. 11 est en tout cas plus rcpréhensible, 
en terre catalane, de pasticher Lope de Vega ; je crois que Josep 
Lleonart ne fait point autre chose, qu'il l'ait désiré ou non, dans 
« A la Brisa d'Estiu » ; cette pièce rappelle les sonnets du 
joyeux matin que le dramaturge inséra dans « El Acero de 
Madrid » : 

Brisa estival de les riberes nostres, 

que al fer-se fosc, del jas frescal et lleves, 

i terra endintre, les manyagues teves 

amb vol grat als sentits jugant ens mostres ; 

Josep Lleonart. 

De ces dernières poésies, il faudra retenir avant tout la 
recherche de l'expression classique ; elles en sont l'un des aspects 
les plus curieux. 11 importe cependant que l'on sache se libérer 
des influences de langue, d'expression, et même de rythme. Ce 
serait un jeu et de la littérature. Le raffinement est plein d'écueils. 
Ce ne sera point encore par l'adaptation des rythmes grecs ou 
latins que l'on atteindra au classicisme, comme le croient avec un 
certain orgueil quelques théoriciens ivres du ciel bleu de Major- 
que ; ces plumes de paon se traînent avec lourdeur et ne font 
pas illusion. Le secret de la poésie antique est dans l'aisance, et 
bien souvent aussi dans l'harmonieuse volupté ; Manuel de 



J 



Montoliu et Mossen Costa pourraient peut-être méditer les 
sensuelles « Chansons de Bilitis » qui purent induire en erreur 
de graves hellénisants, en demeurant si modernes et si françaises. 
Je me méfie beaucoup de ces pancatalanistes qui énervent le 
rythme avec leur fausse correction, et ne sont capables que d'un 
enthousiasme intellectuel et distillé; je ne fais ici nulle allusion 
au plus beau poète de Majorque, à l'élégiaque Jean Alcover, 
qu'il ne faut pas confondre avec Mossen Alcover... 

Je n'ignore point que cette recherche d'ailleurs parfois heureuse 
de l'expression classique est surtout une réaction. On était 
justement fatigué du ruralisme catalan ; ces paysans honnêtes 
devenaient insupportables ; les constructeurs de la cité, • les 
futuristes, voulaient une poésie qui soit l'image de la plus haute 
civilisation catalane ; de telles idées ont été exprimées avec de la 
jeunesse, avec de l'emphase et de la naïveté, et aussi, il faut 
l'avouer, avec un considérable abus de noms propres, de saint 
Thomas d'Aquin à Carlyle ; il fallait montrer que l'on vivait 
familièrement avec les plus grands esprits de tous les âges. Oh 
l'agréable tumulte des noms propres ! 

Cependant, on ne pouvait étouffer le ruralisme, nier le paysage 
et le paysan. C'est pourquoi l'un des poètes de ce recueil, 
J. Bofill i Matas a compris qu'il était possible d'être ruraliste à 
la manière citadine. Et sa manière est personnelle et artistique. 
Bofill i Matas est un orfèvre et un impressionniste. C'est un 
artiste fort curieux ; ce n'est pas à proprement parler un lyrique. 
Il sent le relief et la couleur ; il a des tonalités surprenantes, 
souvent discutables, fausses parfois, mais qui témoignent à coup 
sûr d'une vision fort neuve. Et je suis persuadé que l'on doit 
attendre un livre original de l'auteur de la « Montanya d'Amé- 
thystes », un livre d'un subtil dessin, d'une éclatante couleur: 

L'hereu, la nora i l'avi, un cap al tard d'estiu 
de la llaurada tornen. (La posta encén el riu 
i ja la liuna blanca besa la pollancreda). 
La tebio els envolta d'una ve'iHa cleda. 

Ruraliste également, et unissant aux couleurs vives la compré- 
hension de la simplicité du langage populaire, mais sans lignes 
fixes, tel m'apparaît un fragment de Josep M* de Sagarra : De 



l'agre de la Terra : 

Ja es aquell reconet de l'olivera 

on passa el reguerot ; 
llaurarâ tôt el camp, perô al darrera 
d'ell van els anys i gaire bé no pot. 

11 s'agit vraisemblablement d'un jeune, et des vers comme les 
précédents sont à mon avis une très certaine promesse. Enfin, je 
dirai de Miquel Ferra (Hivernenca) et de la Majorquine 
M. Antonia Salvâ (El Roser de Cura) que ces deux lyriques 
sont sensibles aux doux spectacles du paysage, et s'expriment 
avec sincérité.. . 

Et comme on voit, cet almanach si léger, cette anthologie si 
brève, nous ont révélé des tendances bien caractéristiques de la 
moderne poésie catalane, son spiritualisme et sa psychologie 
intimiste, son ruralisme personnel et ses recherches d'expression 
lyrique. Cette miniature ne nous a pas refusé son enseignement. 

Espectacles i Nitologia : J. M. Lopez-Pico 

Estampa de F. Altés i Alabart. Barcelona 1914. 

J'ai déjà eu plusieurs fois l'occasion de parler ici de ce poète 
intellectuel et abstrait, un peu aride pour le lecteur ordinaire. 
Le titre de ce nouveau volume « Espectacles i Mitologia » nous 
montre déjà qu'il recherche l'abstraction, mais en restant sur le 
terrain des réalités, des spectacles ; l'ensemble révèle des attitudes 
fort singulières de l'intelligence ; mais de nombreuses observations 
sont d'une pénétration bien attachante ; cest une poésie de spé- 
cialiste, fort propre à dérouter les profanes. Je ne cache pas que 
bien souvent une seconde lecture est nécessaire, mais cette 
Seconde lecture nous permet toujours de discerner les intentions 
de l'auteur, si nous savons mesurer notre agilité d'esprit à sa 
propre agilité. Le poète se révèle à nous comme un individu 
très distinct ; sa muse parcimonieuse apparaît dans une clarté, 
mais elle se tient à distance, et ne se penche pas. On peut 
discuter une telle conception de la poésie, et ne pas l'aimer ; 
pour ma part, j'aime les spectacles, les mythologies d'un poète, 



— 125 — 

quel qu'il soit, et si ces spectacles et mythologies m'apprennent 
quelque chose, je suis satisfait ; or, il est indéniable que le 
nouveau livre de Lôpez-Picô est utile à l'éducation de l'intelli- 
gence et de la vision. Lôpez-Pico chante d'abord la cité, et il 
veut que la mesure et la modération règlent ses destins; il montre 
ses spectacles avec une curieuse aptitude à l'allégorie ; ses analo- 
gies ne manquent jamais de nouveauté... 

Mais la partie proprement nouvelle de ce livre est celle qui 
est intitulée « De la Nostra Fe » ; ce n'est point sans doute le 
hasard qui a voulu que le livre paraisse un peu avant la semaine 
de la Passion. 

Ce que je disais du spiritualisme catalan est ici confirmé. Le 
poète dépouille la religion de toute fièvre mystique ; il ne voit 
en elle que des réalités ; ses mythes n'ont de valeur qu'en tant 
qu'ils exaltent nos forces ; il l'humanise, ou mieux encore, il 
l'individualise, mais en faisant de l'individu un homme complet, 
vivant par l'esprit, ayant en soi comme une force de renouvelle- 
ment. En d'autres termes, il n'élève pas l'individu à Dieu, à 
l'inconnaissable ; il ramène Dieu à l'individu, et dans la limite du 
connaissable : 

Bastim per vos nostres capelles, 
i us hi deixem desprès tôt sol ; 
les enlairem, que siguin belles, 
de bon mirar al bat del soi... 

L'homme bâtit le temple, et le temple doit être beau dans la 
lumière ; il le regardera avec plaisir, mais il ne mêlera pas son 
âme à la pénombre, créatrice du trouble. 

De même, l'objet de la procession ne sera pas d'affirmer Dieu, 
de nous asservir à l'au-delà ; par ce moyen nous voudrons sentir 
Dieu près de nous, comme une chose nôtre, qui nous appartienne- 
Ainsi que l'apôtre incrédule, ô Seigneur, nous ne demandons que 
des réalités ! D'autre part, il nous sera agréable que Dieu se 
manifeste par ses dons multiples. Et à ce propos, je me bornerai 
à copier quelques strophes du même poème ; rien n'est plus 
suggestif : 

Vindrem i colles diumengeres, 
imb penjarells per vostre altar, 



— 124 — 

i ben curulles les paneres 
de vitualles pel dinar. 

i veurém les noies 
amb el gipô blau ; 
la Esglesia ben sola 
deixarem en pau 

Tornarem â casa 
amb el cos joiôs : 
que tota la festa 
ses fêta per vos. 

Parmi les pièces les plus curieuses du livre, je dois signaler 
« Dimecres de Cendra », où l'auteur tire le meilleur parti de 
l'opposition de la clarté du jour et de la procession noire dans la 
vieille cité, blessée de voies nouvelles ; il y a là l'acuité de vision 
du peintre Dario de Regoyos ; je mentionnerai encore un Himne 
à Sant Père, à la fois subtil et délicieux ; enfin « El Crist de 
Nostres Altars » et le joli chant de « La roba neta es al terrât » 
peuvent figurer dans l'idéale anthologie catalane, à côté de « La 
Vaca Cega » de Maragall, de « La Serra » de Joan Alcover. Ce 
livre se distingue encore des précédents par une plus grande 
liberté dans les rythmes ; la langue, qui est toujours d'une pâte 
fort solide, énergique, sait être populaire dans de nombreuses 
poésies ; peu de dactyles ; les influences castillanes disparaissent 
tout à fait ; je crois que la formule du pur catalan est plus que 
pressentie : elle est trouvée. 

Joseph-S. Pons. 



mfft?fffff?fiffffffffffffmtff?ffffff!f?tf! 

En Gustau Violet 



Nous reproduisons volontiers la chronique artistique parue dans VlEs- 
queîla de la Torratxa, à la suite de la récente exposition faite à Barcelone, 
par notre bon ami Gustave Violet. 

En Gustau Violet, l'artista rosscllonès, ait com un Sant Pau, 
ferm com un cuiraccr, català de cor, cns ha vingut a portar a 
Barcelona una mostra de les sèves obres concebudcs en aquell 
deliciôs recô de Prades, sota '1 Canigô. 

L'art d'en Violet, fet de franquesa i sanitor muntanyenca, ens 
tcnîa que plaure, als ciutadans, un poc lassos de veure tants rcfi- 
namcnts i tantes simplicitats rebuscades. 

En tota l'exhibiciô escultôrica d'en Violet hi palpita l'encîs 
del tipu català, massoter i sofert, serè hi contcmplatiu. Aquellcs 
terres cuites ens han fet reviure quelcom de llunyà i quasi obli- 
dat, en mig de l'agitaciô i Uuites de la urb mediterrania. En 
aquells pastors. en aquells caminants, en aquelles testes, en 
aquelles dénes amb gipô-cofia i mocadors folgats, hi hem sentit 
flaires d'honradesa camperola, de pa de casa, i hem cndevinat, 
passant per sobre les caputxes dels pastors i l'esquena dels bèns, 
Tayre pur i fret dels Pirineus i un Uunya horitzô rublert de ma- 
giques coloraines crepusculars. 

En un art com l'escultura, tan mancat de médis d'expressiô, 
no es pas massa sovint que veiem evocats en una forma simplista 
tôt l'ambient i tota la vida d'una afrau i tôt el triât caracterîstic 
a una raça. 

Aixô es el gran mèrit d'en Gustau Violet. En l'escultura d'a- 
queix home sa, content i enamorat de la terra, no hi trobaràn, 
els massa exigents, ni els massa clàssics, incapaços d'experimentar 
suggestions evocadores, lo que avuy sol cercar-se en l'obra d'art: 
una armonîa i una pondcraçio meticulosa de les formes. Si ens 
perdona al nostre amie, el bon artista rossellonnès, nosaltres direm 
que la seva escultura té molt d'aqueixa intuiciô pastoril que 



126 

admira per la seva fortitut i ingenuitat mes que per la seva cor- 
recciô. Algunes de les figures que hem contemplât en el « Faianç 
Català » tenen l'heroica senzillesa d'un sant d'ermita. En altres, 
sobre tôt en les testes, l'ofici d'escuitor, la traça de l'artista educat 
ja pugna per dominar sobre l'inspiraciô natural del vident solitari. 
Per fortuna, empero, aquest triomfa cncara, i sota '1 treball 
minucios de l'aciensat, resta 1 bloc sencer i poderôs del primitiu, 
construit d un cop de ma unie, definitivament resolt per un impuis 
de la personalitat quasi salvatge. 

En Violet exposa també gerros i vasos, en els quais el bon 
gust de l'artista junta formes d'art retrospectiu amb motius de 
decoraciô de la nostra època. Son, aquests vasos, d'una exquisi- 
desa notable i marquen una època en l'historia de l'art catalâ 
que, segurament sensé ells, tal volta haun'a passât dcsapercebuda. 

Han sigut adquirits forses exemplars daqueixes rcproduccions 
en terra cuita, terra negra que en Violet ha sabut trobar en els 
encontorns de Girona i que dôna un especial encjs a les obres 
del nostre hoste. 

Creiem que en Violet servarà un grat record de Barcelona, 
com Barcelona el servarà d'aqueixa exposiciô que li ha permès 
renovar la coneixença amb un artista original, que hem de voler 
que siga nostre. 

Marc de 1914. P- B. 

Souscription pour le monument à Jacinto Verdaguer à Barcelone 

Report précédent 186 fr. 5o 

Louis Pastre, instituteur 1 fr. 

Ramon Nonat, à Céret i fr. 

L'abbé Henry, à 111e 4 fr. 

L'abbé Sanègre, à Perpignan 5 fr. 

Total général 1 97 fr. 5o 

Envoyés au Comité, à Barcelone, en un chèque sur le 
Crédit Lyonnais, de 206 pesetas. 

Le Trésorier, Jules Delpont. 



PRIMAVERAL 

I 

Ja la terra estimada 
Nos ha donat sa primor, 
Cul)im-]c bé, de passada, 
N'esperem pas la tarder. 

TORNADA 

Cantem, à la primavera, 
Los bonichs cants del amor ; 
Es lo temps que la cirera 
Té sa vermella color. 

11 

Lo ccl es ben clar de brôma, 
Apolit lo vent se môu ; 
L'aucellet ja té la plôma, 
Del niu vola en pays nôu. 

m 

Boniqueta n'es la rosa 
Quan la veyem al mati, 
A la njt ja n'es desclosa, 
Deixem-le à ne '1 jardi 

IV 

De clares colors vestidcs, 
Per lo sender ombrejat, 
Les nines se'n van florides 
AI bras del Uur estimât. 



— 128 - 

V 

Ja tôt guardant les ramades 
Per lo campestre cndaurat, 
Lo pastor fa refiladcs 
Que n'alegren lo serrât. 

VI 

Lo Canigô vestit cra 

D'un llensol blanch y brodât, 

L'ha dônat à la ribera 

Que n'engalana lo prat. 

Perpinyà. Antoine Batlle. 

LIVRES ^ REVUES 

La Bouts de la Terre 

Nous avons reçu cette vaillante Revue félibréenne, qui se publie à Arrcns 
(Hautes-Pyrénées). 

ButUeti de Dialectologia Catalane 

L'Institut d'Estudis Catalans (Oficines del Diccionari General de la 
Llengua catalana), vient d'éditer ce volume, de 80 pages, dont le sonnmaire 
est : 

Als lectors. 

Sistema de transcripciô. 

Els mots atons en el parlar de Barcelona (P. Fabra). 

El parlar apitxat (P. Barnilsi. 

Notes sobre 1 parlar d'Eiviça i Fermentera (A. Griera). 

Etimologies catalanes (M. de Montoliu). 

Notes sobre l'aranès (P. Barnils). 

Bibliografia. 

Cronica. 

Parmi les nombreux correspondants de l'œuvre du dictionnaire catalan, 
nous relevons pour le Roussillon : 

Elna. D. Ramon de Lacvivier ; — llla Je Tel. D. J . Bonafont, prev. — 
Perpinyà, D. Père Vidal ; D. Juli Delpont : — T{ivesaUes. D. J. Blazy. 
prev. : — La Manera. D. Enric Gr^nier-Mailly, prev. 



l,c Gcrant, COMET. — Impnmcnc COMET, rue de la PoMc, Pcrpignaa. 



8'A«»éc. N'89 Mai 1914. 

-es Manuscrits non insér— 



ne sont oas renaus. 



REVUE 



CATALANE 



i,es Articles oarus aans ia Revue 
«engagent aue leurs auteurî. 



M. le Docteur Albert Donnezan 



Nous avons le regret de faire part aux lec- 
teurs de ia J{evue Catalane de la mort de M. le 
Docteur Albert Donnezan, qui fut un de nos 
membres fondateurs. 

Par son érudition et par ses découvertes 
paiéontologiques, notre confrère occupait une 
place prépondérante parmi les roussillonnais 
qu'attirent l'histoire, l'archéologie et la géologie 
de notre petite province ; il laissera un grand 
vide parmi eux. 

Pendant de longues années, M. le Docteur 
Albert Donnezan nous a donné le bel exemple 
de son ïzxi sacré et de son désintéressement ; 
son nom restera inscrit sur les feuillets de 
l'Histoire du Roussillon. 









L'avenir du Félibrige 
^^ 

Que va devenir le Félibrige après la mort de Mistral ? 
Telle est la question que se posent de nombreuses person- 
nes sympathiques à la Cause, mais qui ne connaissent pas 
exactement l'action du parti patriotique d'Oc, fondé à 
Font-Segugne par Giéra, Roumanille, Aubanel, Mathieu, 
Brunet, Tavan et Mistral, le 21 mai 1854. Ils étaient sept. 
Tous sont morts à cette heure. Mistral fut leur chef et il 
personnifia la vaste association née de leur volonté à tous 
les sept, mais surtout de l'œuvre — je ne dis pas des chefs- 
d'œuvre — de l'œuvre mistralienne. 

Comme si le Félibrige était déjà mort, on a écrit ces 
jours-ci : « L'effort du Félibrige, ne tenant sa force et son 
effet que d'un seul homme, devait s'éteindre avec cet hom- 
me et rester au seul compte de son génie ». Parler ainsi, 
c'est établir une confusion entre l'action morale, entre la 
propagande matérielle et le rayonnement indéfini de la pen- 
sée écrite. La force du Félibrige est tout entière dans 
/'œuvre de Mistral, notamment dans les « Jsclo d'Or » et 
les « Oulivado », qui demeurent comme les évangiles du 
patriotisme occitan. 

La doctrine d'un grand philosophe meurt-elle avec son 
auteur? Celui dont Maurice Barrés a dit : « Il a rendu 
confiance à l'histoire de sa race, qui allait désaffectionnée 
d'elle-même. Son œuvre est une magnifique action. Il est 
le sauveteur d'une société », celui-là ne laisse-t-il pas une 
source de vie sociale plus féconde qu'un système philoso- 
phique ? C'est parce qu'il est le sauveteur de la société mé- 
ridionale que « toute là jeunesse du Midi se réclame de 



— i5i — 

Mistral », ainsi que l'observe M. Emile Ripert. C'est un 
fait. Le parti mistralien est donc plein de vie à l'heure mê- 
me où Mistral descend au tombeau. 

L'ancien capoulié, M. P. Devoluy, résume fort juste- 
ment la doctrine de ce parti : « Le Félibrige, tel que l'a 
défini Mistral, c'est le « droit majeur » de parler tou- 
jours et en plein jour la langue du Midi ». Ce droit ne 
saurait se prescrire tant que « les pâtres et gens des m? s » 
parleront cette langue. Je ne suis qu'un félibre et disciple 
aimé de Mistral, je n'ai pas oublié le précepte essentiel de 
mon maître quand le sollicitaient parfois les porteurs de 
doctrines ou les chefs de partis : « Tout ce qui n'est pas 
pour la langue, il convient de s'en méfier ». 

Tout ceci s'applique à la doctrine félibréenne, me direz- 
vous. Mais l'association, le Félibrige, que va-t-elle deve- 
nir? — Nous répondons : Mistral avait voulu habituer le 
Félibrige à se passer de lui matériellement. Depuis plu- 
sieurs années, il n'assistait plus aux fêtes de la Santo- 
Estello. L'an dernier, il est vrai, il se rendit à Aix, mais 
il ne vint pas à la réunion administrative du Consistoire 
des cinquante majoraux. « Agissez, disait le Maître, comme 
vous agirez quand je ne serai plus là ». Du fait de son 
absence aux solennités félibréennes, ces réunions prenaient 
un caractère plus intime, plus familial. On sait, en effet, 
que pendant trop longtemps les fêtes du Félibrige étaient 
envahies par des personnalités diverses, qui ne cherchaient 
qu'à s'auréoler d'un rayon de la gloire du Poète. Elles 
s'emparaient des places d'honneur, portaient les premiers 
brindes, en français le plus souvent, car quelqu'un — qui 
les connaît bien — a écrit hier : « On rencontre même des 
félibres qui ne savent pas un mot de la langue de Mireille ». 
Oui, on trouvait ce genre de félibres, mais il a dis paru le 
jour même des obsèques félibréennes de Mistral. 



- .32 — 

Dans le cercle de ses fidèles de Montpellier qui, le i** 
novembre 1910, à Arles, fêtaient dans l'intimité ses 80 ans. 
Mistral fit cette déclaration : « Parmi les personnages qui 
m'applaudissent se trouvent des adversaires résolus de mes 
idées, de mes doctrines. Leur admiration, disent-ils, ne va 
qu'à mon génie ; mon oeuvre leur apparaît détestable et ils 
sont prêts à la combattre ». Le Maillanais savait donc que 
parmi ceux qui l'accablaient de leur protestation de dévoue- 
ment personnel, il y avait des hommes prêts à proclamer 
(( que le Félibrige est condamné à disparaître ». 

L'association le Félibrige va s'épurer ; les diiettanti s'en 
iront, il ne restera plus que les disciples et les croyants. 
Les divers éléments qui constitueront l'association pour- 
ront peut-être, dans la suite, vouloir vivre d'une vie plus 
autonome, si possible ; peut-être la forme fédérative de- 
viendra-t-elle, de ce fait, plus accusée, mais « soyons sûrs, 
avec J. d'Arbaud, que, toujours vivante, l'idée mistralienne 
saura, quand il le faudra, pour une victoire, forger son 
arme et son instrument ». 

N'oublions pas que le Félibrige est moins une société 
littéraire qu'une confédération de patriotes. Les poètes — 
maintenant surtout — y sont moins nécessaires que les 
hommes de conviction. A quoi bon de nouveaux poètes, 
puisque nous avons le Poète immortel ? Que feraient de 
nouveaux doctrinaires, maintenant que nous possédons 
pour toujours la Doctrine, puissante et tranchante comme 
une épée ? Ce n'est plus un homme qu'il nous faut, puis- 
que nous conserverons à jamais la mémoire de l'Homme ; 
ce sont des hommes. 

Sur le cercueil de Mistral, le capoulié Valère Bernard 
s'écriait : « Maître, voici nos larmes et voici nos espoirs ». 
Nos espoirs sont inséparables de nos larmes. 

Jean Fournel, Majorai du Félibrige. 



Jocs Florals de Barcelona 

C'est à Monseigneur de Carsalade du Pont, évêque de Perpignan, 
qu'avait été offerte la présidence de la belle fête annuelle des Jeux Floraux 
de Barcelone. Nos amis vont pouvoir lire ici même le magnifique discours 
qu'il a prononcé en cette solennelle circonstance, discours interrompu sou- 
vent par les applaudissements les plus vifs et les plus enthousiastes. Le 
Roussillon s'en réjouit de tout cœur, et la J{evue Catalane plus particulière- 
ment. 

Discours de Monseigneur de Carsalade du Pont 

Senyores y Senyors, 

Al pendre la paraula en aquesta solemnitat que cada any la 
primavera renovella, com renovella també les flors en els camps, 
els aucells dins liurs nius, les canturies dins los boscatges, festa 
primaveral en laquai s afirma, baix la forma la mes graciosa, la 
mes amable, la vitalitat inagotable de la nacionalitat catalana, 
estich sumament sosprés de 'm veurer aquî, sobre d'aquesta 
estrada, â la plaça d'honor, jo pobre extranger, vingut ae la 
marca gascona, jo que no tinch ni una gota de sanch catalana en 
les venes, jo que tant poch se parlât vostra llengua, que no se 
que la balbotejar com un infant, y 'm demani perqué aqueix 
honor m'es fet, perqué el Consistori dels Jochs Florals ha escul- 
lit ma persona pera presidir aquesta solemnitat. Els membres 
d'aquesta ilustra corporaciô no van mirar ni el lloch de ma nai- 
xensa, ni la sanch de les meues venes, ni la llengua que la meua 
mare me va ensenyar à parlar ; tan sols van mirar lo meu cor ; y 
en aqueix cor de Bisbe han vist, com en un reliquiari, limatge 
de la liur aymadissima Catalunya, hi han vist l'amor per aquella 
terra generosa, el culto entusiaste de la seua llengua, de les 
seues tradicions, dels seus monuments, de la seua historia, y 
allavors me han cridat... y aqui me teniu. 

Ah! Senyors, si l'amor per la terra catalana, si el culto piados 
de les seues glories passades y de les seues glories présents, de 
la seua llengua tant energica y tant dolça, de la seua literatura 



- .34- 

igual à la dels pobles los mes ilustrats de la terra, de la seua 
maravellosa florescencia artistica, de les seues tradicions tant 
cristianes, dels seus tant pintoreschs costums, y en fi, per en 
acabar en un mot, l'amor el mes ardent, el mes générés, el mes 
fidel, à tôt lo que constitueix la nacionalitat catalana. à tôt lo 
que li dona el seu caràcter propi, la seua personalitat, son titols 
suficiens pera presidir vôstra festa dels Jochs Florals, puch dir, 
Senyors, sens orgull, que soc digne d'aquesta presidencia. 

Encare que sigui nat en la terra de Fransa y que hi haji pas- 
sât cinquante anys de ma vida sens us coneixer, sens ohir l'har- 
moniosa y sonora cantilena de la vostra llengua, sensé llegir el 
vostres poètes y prosistes, sens haver trepitjat lo sol de la vostra 
pâtria, jo me vaig trovar un dia, hi haurâ aviat quinze anys, per 
una gracia spécial de Deu, de Gascô que era ahir, Catalâ avuy. 
Que s'havia donchs passât? Un fet extraordinari, sobrenatural, 
delqual lo record fa pujar del meu cor à mos llabis uns cântichs 
d'acciô de gracia. Deu havia dignat escullirme pera confiarme el 
conreu religiôs dun trosset de Catalunya ; Eli havia fet de jo 
el Bisbe de la antigua y ilustra diocesis de Elna. El dia de la 
meua consagraciô, quan prosternât en el paviment de la Seu 
Metropolitana d'Aux, vaig rebrer lunciô episcopal, à mesura 
que els rits sagrats se complien y que la gracia divina me pene- 
trava y me revestia del caràcter episcopal, sentia que una trans- 
formaciô estranya s'operava en mi, que rebia un carisma particular 
que era com un nou baptisme, y que amb aquest carisma, una 
nova sanch s'infundia dins les meues venes, un nou esperit, un 
nou gust penetraven la meua intelligencia. Quan me vaig alsar 
dels peus de l'Arquebisbe consagrador era Bisbe català. Un 
amor ahir desconegut feia avuy bâtre mon cor y quan les meues 
mans, humides encara de les uncions sagrades, s'allargaren pera 
benehir els catalans, sacerdots y laïcs, vinguts pera assistir à la 
meua consagraciô, vaig sentir que ténia una nova pâtria : venia 
de ser fet catalâ per la gracia de Deu ; y sabeu, Senyors, que la 
gracia es mes forta que la naturalesa. Veusaqui com jo us per- 
tanyo complertament : es Deu que m'ha unit à vosaltres. 



M 



— i35 — 

El goig de ser dels vostres no es el sol que ressento en aqueix 
moment : un altre dolcjssim fa bategar ei meu cor : lo de poder 
pagar el deute de reconeixensa que vaig contractar envers vosal- 
tres los onze de novembre de mil nou cents dos. Aquesta mémo- 
rable fetxa assenyala, en l'historia de la Renaixensa catalana y 
dins la dels vostres Jochs Florals, un fet de gran transcendencia, 
El meu trosset de Catalunya, el que vosaltres dieu Catalunya 
francesa, y que jo dich, en un sol mot, Catalunya, perqué 
l'anima d'un poble es una y indivisible, plana à tais altures 
que les humanes contengencies no poden arrivar à tocarla ni 
à minvarla ; donchs el meu trosset de Catalunya dormia ara ja 
fa un sigle al peu de) Canigô, com la princesa hermosa adormida 
an el fons d un bosch per una malvada fada. Es en va que la 
cansô catalana feia sentir ei seu ressé als seus entorns ; es en va 
que Jacinto Verdaguer, eli mateix, havia llansat an els ecos del 
Canigô els crits de guerra del Comte Taillefer, els amorosos 
planys de Flor de Neu y de Griselda, y '1 dolorôs miserere del 
comte Guifre, el Canigô quedava mut, els seus ecos no repetien 
ni la cansô dels trovadors, ni los cants epics dels poètes. Calia 
pera despertar i'hermosa endormida que '1 galan prince vinguès 
tocarla del seu ceptre y rompre el maivat encantament. Y veusa- 
qui que al matî dels onze de novembre de mil nou cents dos el 
galan prince, acompanyat de la seua cort y d'una immensa gen- 
tada, puja los grahons del Canigô, pénétra dins les ruines de 
l'antich Alonastir de sant Marti, pronuncia les paraules magi- 
ques, fa el gest llibertador, y la princesa se desperta radiant de 
joventut y de hermosura. Mentres que les ruines elles mateixes 
se commôuen, sentint que per elles també ha tocat l'hora de des- 
pertarse, la cansô catalana esclata sobre els flanchs del Canigô, 
tornada per mes de cinq mil veus y repercudida à l'infinit pels 
ecos de les montanyes : 

Montanyes régalades son les de) Canigô 
Que tôt l'estiu floreixen primavera y tardô. 

Haveu endevinat, Senyors, baix aquell apôlech la inolvidable 
festa dels Jochs Florals celebrada dins les ruines de TAbadia de 
Sant-Marti del Canigô. Aquesta festa no va ser tant sols el punt 
inicial de la resurrecciô de l'antigua Abadia, si no també de la 



— i36 — 

renaixensa catalana en el Rossellô. Es al mitg de la pompa d'una 
missa pontifical que aquesta dobla renaixensa va comensar, y 
calia que aixis ho fos, perqué la fe es la gran inspiradora de 
tots els pensaments generosos. Catalunya va nâixer y creixer 
baix l'impuls d'una idea cristiana : la conquesta de la terra pel 
triumfo de la creu sobre la mitja lluna ; aixî pera reviscolar en 
ella les fonts de la vida y ferles rajar à caudals, no es prou que 
trebalii, que pensi, que lluyti, cal que cregui, que esperi y que 
cri : 

Qui enfonza o aJsa els pobles es Deu que 'Is ha créât. 

Aqueixa idea religiosa, en laquai els pobles pohen llur vida 
nacional, s'es afirmada en nostre Rossellô per la reconstrucciô 
del famés monastir que '1 comte Guifre havia edificat en honor 
de la Verge santissima y del gran taumaturch sant Marti, en un 
cimbori del mont Canigô. Fet digne de ser cuydadosament mar- 
cat : à mesura que les parets de l'iglesia y del cenobi se despul- 
laven del sudari delqual el temps y els homes los havien amor- 
tallat, Rossellô recobrava la consciencia de si mateix, del seu 
geni, de la seua rassa, de sa llengua, de sos costûms, de ses 
tradicions, de la seua historia ; els poètes y els prosistes torna- 
ven à cantar y à escriurer en la llengua dels avis ; el verb catalâ, 
engalanat de sa nova juventut, se passajava per les columnes dels 
diaris y de les revistes, oferintse als ulls, ara sorpresos, desprès 
simpâtichs y per fi enamorats, dels Rossellonesos. Y quan el 
campanar de l'Abadia hagué trovat sa veu, aqueixa veu que mon- 
tres sigles y sigles havia omplit lo Canigô de salms y mélodies, 
les quatre campanes, tocades à voltes, varen poder destvellar els 
ecos de la montanya y de la plana y cantarlos-hi VAlleîuia de la 
resurecciô. 

Era el quatre de juny de mil nou cents deu, mentres que el 
gigantesch campanar celebrava, amb els Titans que '1 volten, el 
seu concert de bronze y de granit, els Rossellonesos solemnisa- 
ven dins la plana, à Perpinyâ. al mitj dels delegats de les pro- 
vincies d'ensâ y d'enllâ del Pirineu, y dels représentants de les 
provincies del mitjdia de Fransa, els primers Jocs Florals de 
Rossellô, Confient, Cerdanya y Vallespir. Fou aquell dia mémo- 
rable. Una gentada innumerable, enli<yrada per l'amor à la 



- «37 - 
pâtria, omplia la vila, les dones portaven la cofa catalana, els 
homes la barretina ; semblava que los quatre comtats que rode- 
jen el Canigô se fossin units en un aplech innmens per saludar, 
en la llengua dels avis, l'anima catalana rejovenida, adornada de 
forsa y d'hermosura, sentada al cim del Canigô, com una reyna 
sobre son trono, v tôt aquell poble cantava: 

Canigô ! cor sagrat de la Pâtria nostra, 
Gema immensa Uuhent al sol de mil colors, 
Dins la conca de Rossellô, com dins de l'ostra 
Nacareja la perla fina ab ses clarors. 

O sîmbol magnifich ! sobre de tota cosa, 
Com tu, s'alsa l'amor del pais catalâ. 
Per qui n' es fill. Aixi l'Arca santa se posa, 
Del diluvi salvada, al cim de l'Ararâ. (i) 

Y com calia autenticar per un acte religiôs aqueixa renaixensa 
y posar firma an aqueix nou baptisme, lo poble s'aplega à la 
Seu. En un instant la nau immensa s'ompleix de gom à gom, la 
multitut s'hi estava dreta, sosmoguda per un entusiasme délirant. 
El Bisbe, jo que us parlo, va pujar à la trôna, vestit de ponti- 
fical y del cim d'aquella trôna, la primera, la mes ilustra de la 
diocesis, va donar à la llengua catalana honors mes grans que 
honors civils, que honors humans, li va donar els honors divis al 
celebrar, en catalâ, Deu y la Pâtria. 

Desde aqueix dia, el moviment renaixador es anat sempre mes 
endavant. Els poètes y 'Is prosistes se van multiplicar y van crear 
dos revistes redactades en llengua catalana ; els diaris y "Is set- 
manaris, politichs y religiosos, publiquen obretes catalanes ; per 
tôt arreu, dins la plana, à vore del mar, per les boscuries de les 
montanyes y de les valls, refilayres fan nius, pastors, pastorets y 
pastorellets toquen flaviols y Hautes. 

No crech, Senyors, que sigui necessari que us digui que \ 
clero fa cap de colla an aquell moviment. El sacerdot es natu- 
ralment emprendat per toi lo que lliga o relliga el poble à les 
tradicions de Fé del passât. Ademès quan el Pare va endavant 

(i) Boix, Cantata Catalana pels Jochs Florals de Rossellô, Perpinyà, 
Imprempta Catalana d'en J. Comet, 1910. 



- ,39 - 

segueixen els bons fills. Ab tôt si creieu que précis sigui confir- 
mar per un fet aqueix impuis irrésistible que atrau el sacerdot 
envers la renaixensa religiosa, intellectual y material de) poble, 
ja que per ell aqueixes très renaixensa son inséparables, us 
dire que per aclamaciô unânima del Felibrige del Mitjdia de 
Fransa, ha estât eligit Felibre Majorai per lo Rossellô, un de 
mos sacerdots, Mossen Bonafont, rector de lUa, altrament dit 
Lo Paslorellel de la V ail d'Arles, del quai la harpa harmoniosa ha 
tant fet ressonar y fa ressonar encare les tornaveus del Pirineu. 

Heus aqui, Senyors, quin ha estât el garbos résultat de la 
celebraciô dels vostres Jochs Florals à Sant Marti del Canigô. 
Haveu sembrat la bona llavor en nostra terra rossellonesa ; Deu 
ens ha donat la tramontana y lo ponent pera espargila ; ens ha 
donat el soi esplendorôs, la rosada dei mati, la pluja benefactora 
per assahonar la terra, per sa gracia no 'ns han faltat els llaura- 
dors. Mireu quan son bells nostres conreus î Mireu quines espi- 
gues fexugues y daurades! L'antich monastir del comte Guifre 
reedifîcat, i'amor à la pàtria catalana apodcrantse mes fortament 
dels cors d'aquells catalans d enllà del Pirineu, qui à pesar dels 
tractats poh'tichs son sempre germans vostres ; la literatura y els 
arts, sacudits de iiur son, despertantse en un brillant mati, pre- 
cursor d'un dia splendorôs. 'Es per axo que jo, Bisbe d'aquet 
tros de terra catalana, he vingut assi per vos dir amb tôt mon 
cor, amb tota la meua anima : Miliô y milions de gracies, valents 
patricis, que haveu remogut la llosa que cobria à la nostra llengua 
maternai ! Miiiô y milions de gracies, valents patricis. que 
haveu cridat, amb mâgichs encants, com Jésus an en Llatzer : 
Aixecate, aixecate, llengu'a dels avis, ix de la tomba, ja es hora, 
vina fora ! 

Deu vos pagui donchs, Senyors, la diada dels onze de no- 
vembre de mil nou cent dos, perqué jo no soch prou rich pera 
pagar vos la com ho merexeu. 

Y ara permeteu que antes de donar fi an aquest diseurs cum- 
pleixi un deber sagrat que 'm séria imposât per ma dignitat de 
Bisbe si I'amor fraternal no m'en feia una obligaciô. Aneu à 
donar flors als poètes, jo tinch d'escamparne à mans plenes sobre 
la tomba d'aquell tant ilustre prélat del quai la mort ha endoiat 
la Ciutat Comtal y la diocesis de Barcelona. El doctor Laguarda 



— 140 -— 

ha estât un Bisbe insigne y un gran patrici, m'ha estât un amich 
estimadissim. Els actes del seu massa breu pontificat han girat 
cap à vostra ciutat els esguarts del mon catolich y del mon in- 
tcllectual ; y per no parlar que de dos entre tans altres, el con- 
grès de la Mûsica Sagrada, y el congrès de l'Art Cristiâ catalâ, 
desquais havia estât l'iniciador, y als quais havia procurât un tant 
gran exit per sa ciencia quasi universal, per sa paraula enlaray- 
dora, per son afabilitat esquisida, deixarân en la vostra historia 
uns rastres lluminosos y immortalisarân el seu nom. Envio fins al 
cel dels cels à la seua memoria per sempre benehida, el homc- 
natge del meu amor de germa y de la meua admiraciô que no té 
limits. 

Lepiscopat no pot morir, es com ei ram d'or que portava 
Virgili en son viatge divi : quan una branca eau unaaltrerebrota. 
Desprès de haver saludat à lo que ns ha quitat he de saludar lo 
que vé : flor bellissima, nascuda en la horta de Valencia, en 
aquella horta encantandora que es part de la Confederaciô cata- 
lana, va embalsamar dels seus perfums Mallorca, Tolède, Madrid 
y tota Espanya ; y ara que té tota la seua creixensa, tota la 
seua perfecciô, tota la fortor y la suavitat dels seus perfums, 
Deu us fa la mercé de transplantarla en la horta de Barcelona. 
O ciutat felis, que no pots ser gobernada, en l'ordre espiritual, 
si no per homes de virtuts extraordinaries y de cîencia insupera- 
ble 1 O terra del Principat catalâ, terra robust y fecunda, que no 
pots ser conreuada sino per grans llauradors com foren els Bisbes 
Morgades, Cassanyes y Laguarda ! Deu avuy t'ampara, afegint 
an aquclls noms d'ilustres capdills, un altre nom ilustrat per tota 
Espanya î Saludo amb respect l'insigne Doctor Reig, Bisbc 
electe de Barcelona, y me complau sobremanera oferirli en aquest 
grandies aplech catalâ l'homenatge del meu germanivol afecte, y 
per mes que de lluny li dich, per modo d'enhorabona, que Bar- 
celona y Perpinyâ son dues bessones unides per uns lligams tant 
ferms que lo Pirineu no 'Is pot trencar. 

Hé dit. 



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Pcr la Tramontana 



Oda graciosa 



A Juli Delpont, sentit recort. 



Filla de) Nort, ô Tramontana, 
Amo ohir soviny lo ressô 
De ta veu onejant la plana ; 
A Catalans plau ta cansô ! 
Llur cel blau, llur rica terra 
Qu'enjoye eterna primavera. 
Son teu reaime, lo teu bé, 
Puix quant, rabiosa, bôfes, 
Xiulejant tes aspres strofes, 
Tots hî diuhen : « Are, va bé ! » 



Prou, ets l'imatgc la mes pura 
Del nostre geni prompte i franch ! 
Nô mirant planer o altura 
Devalles per trench, per barranch : 
Pertot passes, pertot te senten. 
Les barralles, quant se présenter, 
A) sol de repente has remès ; 
Vols dominar en sobirana ; 
En la comarca catalana 
Tens subjecte humil i cortcs ! 



Pera servir teva bellesa, 

Com tû per nos, semblem criats : 

Solem, sempre amb ardalesa, 

Anar catalans confiats ; 

No sem prestos à dur cadenes ; 

No n's agraden noses o pênes ; 



14' — 



Lo demès amb goig convidant, 
Contents de poch, plés d'alegria. 
No pactant may trahiduria, 
Caminem, lo front en devant ! 



Moites te debem de gracies, 
O vent, amich dels vinyaders. 
Quant, al Maig, tes violencies 
Rebillen niivois ayguaders ! 
Quants mils i mils aujams te temen ! 
Lo pages qu'eis raigs de) sol cremen 
Regositje amb teva frescô ; 
L'ayre es pur, la flor mes bonîca, 
La mar balanceje mâgica 
Quant règnes dolç en J(ossellô ! 

Mes ay ! com los cors sencers amcs 
Amb forsa, vegada amb rigor ! 
Si per cas nô temples tes fiâmes 
Potser que nos volguis la mort ! 
Reine, per esser estimada, 
En teva plana ensolellada 
No llèvis nûvol polveros ; 
No revèntis ventalls o portes ; 
No malmènis rahims ô fruytes ! 

vent, à llur tems, dône amoros ! 

♦ 

Clame ferm, quant la broma humida 
Cobreix Canigô de tristor ! 
Sospire, <][uant la gent dormida 
Cerque lo descans del seu cor ! 
Manyagua, apulidet murmura 
Prop de la taronja madura. 
No ladespengis del seu ram ! 
Bofe enfi, amc amb sensillesa, 

1 en la Terra T^ossellonesa 
Tots, ries i pobres, t'amaràn ! 

Bvol, lo i" de maig 1914. J. BoRATEU. 



CARLES DE TOURTOULON 

1836-1913 

Aquclls ardits varons qu'à pleret anaven fent llur aparicié en 
lo cel del renaxement de les literatures regionals com humils 
cstels, al comensar, mes engrandintse à mida que sanaven 
apropant al zenit, dexant derrer ells una estela lluminosa, 
resplendenta qu'atreia 'Is oviris del jovent y 'Is feia freturar 
els estudis qu" ells iniciaven y qu' ab joia, perseverança y cons- 
tança seguiren, exos estels han desaparescut. Uns sobtadament 
com aquells qu'en les nits serenes veihem lluir y caurer en el 
espay, y altres fent la seva ecliptica pas per pas, allunyantse y 
minvant la llumenor, caurer dins lo si del nostre planeta pcr 
figurar com una gloria. Un d'exos ha estât un il-lustre nat en 
terres vehinades de la serra Pirinenca y descendent de mes 
endins, del cor de la naciô francesa actual : En Caries de 
Tourtoulon, Barô y Comte de Tourtoulon, fill del Barô y de 
Na Elisabet Capblat, de niçaga auvernenca y antiga familia 
proprietaria del Castell d'Arènes en pais Cévenol. 

Vingué al mon lo ii d'octubre i836, en la ciutat de 
Montpelié, y passa molts anys de la seva infantesa en lo castell 
senyorivol qu' els seqs pares tenien à Valergues, en terres del 
Hérault. 

Educat com fill de nobles y asolida la maturitat al cercar una 
disciplina universitaria, tenint présent l'anomenada mondial de la 
universitat de la seua ciutat nadiua, vagerejâ, comensant los 
estudis de medicina, mes prest dexâ el culte d'Esculapi per 
retrer plet homenatge al dret, dedicantse per sempre mes als 
estudis de lleys. Els primers anys los estudiâ à l'universitat 
llenguadociana y els derrers a la facultat de la capital intelectual 
de la Provença, la ciutat de la cort comptai d'Aïs, ont asoli el 
titol de Doctor, lo i3 d'agost de i85q, ab les tesis reglementaries, 
llatina : De médius causa, y fraîicesa : De V incapacité du mineur 
émancipé et non émancipé. 



— 143 — 

Era persona que per devociô y admiraciô es dedicava ab el 
fervor y '1 ardiment de la joventut, ab ver amor al estiidi del 
passât ennoblidor de la raça, del poble, per enlairarlo y per 
dessoterrar el espill en quin tindriem qu' enmirallarnos, per esser 
un temps de grandeses molt ajustades al govern dels pobles, en 
totes les generacions que caminan per la esfera terra. 

Era just un jovincel estudiôs quan « gosâ portar el foch y la 
« flama a les brosalles geneaologiques, sots quines els numerosos 




CARLES DE TOURTOULON 



« esplotadors de la vanitat humana han ofegat la historia vera de 
families franceses », corn ell diu en lo scu llibre: "Notes pour 
servir au nobiliaire de Montpellier, j856. (Un volum in-8', de 236 
pagines). L'empenta y braô que representava aital publicaciô feu 
qu' els aimadors de la tradicié y del escut d'armes, tant de la 
noblesa corn del poble y de la burgesia, qu' el tenien com llaç 
d'unie en altre temps, veihesin la nécessitât d'aplegarse en una 
Société JiéraUicfue et Généalogique de "France, creada per ell y 
presidida per ell fins 1879. Publicant mes envant una rcvista. 



— »44 - 

Seguint dits estudis publicâ De la noblesse dans les rapports 
avec nos mœurs et nos institutions, tSyS. Paris, Aubry, 49 pagines, 
llihrcs que portaven a la promulgaciô de la Loi du 28 Mai j858, 
sobre l'abus y les usurpacions de titols de nobiessa y a la res- 
tauraciô del Concell del Segell. 

Llev qu'ell desaprobara publicant los fullets, L'Hérédité et la 
T^oblesse^ 1862. Paris, Auguste Aubry, 46 pagines, en 8°, y 
Du Droit et de l'usage et de l'abus en fait de titres, i865. Paris, 
Demoulins, 29 pagines tretes de la T^evue T^obiliaire. Primers 
passes qu'el portaven d'estudis mes alts en la historia, fent-li Hoc 
dels mes distingits y respectats entre els historiares de 1 Univers. 

Nat y vivint en un ambent esplendorôs el seu caracter era 
agradôs, falaguer y s'atreia les simpaties dels seus conciutadans 
que celebraven els seus exits. EH contreia relacions de bona 
amistat ab joves que mes envant dexaren solch mes 6 manco 
pregôn en la terra llenguadociana y provençala com el mùsich 
Edmond Sorcl (1829-188)). l'autor dramatic Godinet, lo poeta 
Octavi Bringuier. Fruit d'exes amistats foren les sèves aficions a 
la critica teatral, en la prensa y al teatre, mes per amagar un 
xich la seva activitat d'estudiant adopta un nom de guerra, al 
publicar en 1859 y 1860 una peça en un acte: ïtn gentilhomme par 
force majeure y la llctra de dues operetes musicades pe! seu 
amich Sorel, Le champ de Maestrich y Le roman d'une veuve. 
Charles de Rochenat, en la literatura dramatica y critich teatral, 
no es altre que '1 jove Caries de Tourtoulon, en el mon 

Aquest aspecte es poch conegut entre 'Is seus amichs catalans, 
V per molts ignorât, malgrat la florida fôs pels temps en que feia 
excursions, estudis y recerques pel terrer catalâ. La brotada fou 
petita sens qu'en les floracions dels anys seguents donguès 
senyals de vida. 

Doctorat, de dia en dia mes fervoros en els seus estudis 
historichs, enamorat de la gloria d'un Rei. nat com ell a Mont- 
pelié, prépara los documents historichs que tenien de contribuir 
a fer coneixer al molt ait Rei Conqueridor, En Jaume 1, fent 
viatjes â Catalunya en aquells temps en que les diligencies 
seguien gayrcbé els metexos camins perquins Anibal porta les 
sèves hosts, en lo Casai del Arxiu de la Corona d'Arago. trobà 
escampats els fulls de la historié qu'ell volia publicar apiegats. 



-.45- 

Aleshores entra en relacions ab la niçaga de homens de gran 
valer com : En Manuel de Bofarull, principalment, ab lo mcnor- 
qui Quadrado y altres de Valencia, Saragossa y Madrid que 
l'ajudaren tant com pogueren en los seus estidis y recerques 
perqué ell pogués assenyalar, ab très fîtes, l'any i863. Esser 
nomenat soci corresponent de la Real Académia de HistorJa de 
Madrid, y adornarson pit ab la Creu d' Isabel la Catôlica ; con- 
traurer matrimoni ab Na Blanca de Tardieu de La Barthe y 
publicar lo primer volum de Jacme j" le Conquérant, J{oi d'Aragon, 
Comte de Barcelone, Seigneur de Montpellier. Montpellier, 
Gras éditeur, mdccclxjii vu. Obra de capdal merit tant per cl) 
com autor, com per les terres ahont regnà Lo Conqueridor, fent 
coneixer la gloria dels antichs llegisladors del reaime d'Aragô y 
dels seus predecessors els Comtes de Barcelona. La vâlua d'aital 
obra ella metexa s' ho porta, no cal elogiarla per que tôt lo que 
en aquest sentit se fés are fora petit, y mes si se fâ esment en 
els temps en que feia llur apariciô. Al llegirla Mistral, concebî 
ampliacions en la Oda ah Catalans. 

Obra llorejada per l'Académia de Montpellier en 1869, 
emperô qu' aspirant al przmi de l'Académia de Paris, en 1870, 
no li fou concedit, per que com diu lo représentant de Vlnslitul, 
Jourdain, en l'informe del concurs publicat en lo Journal Officiel 
de l'Empire Trançais del 24 d'avril de iSyo.w Debem demanarnos 
« si una obra consemblant no interesseria pas mes à Espanya qu'à 
« Fransa. De manera qu'en condicions de merit égal no deuria 
« preferirse un llibre intéressant unicament nostre pais, » o sia 
Fransa y llur historia. Ah ! petitesa humana, petites envejes 
parnasianes que tan imperaren à la Fransa dels Emperadors com 
are en temps republicans y oblit del altruisme y de la cicncia 
mondial. Oh ! por al régionalisme. 

Lo migradissim concepte del senyor del Institut feu acreixer 
la simpatia dels catalans per lo Barô de Tourtoulon, y en els 
seus viatjes à la terra catalana se li feren vetllades d'honor y se 
li demostrà lo enlairat concepte que merexia la seva obra y 
l'estima en que se tenien els seus amors. La figura vénérable del 
Mestre Milâ, la dels homens qu' a Espanya figuren com cimals 
dins l'historia : Lafuente, Amador de los Rios. Carderera, Hart- 
zenbusch, Bover, per no citar altres, demostraven an En 



— 1 46 — 

Tourtoulon la molta consideraciô que los hi merecien aquells 
trcvalls per ell apicgats y publicats, encoratjantlo ab llurs 
clogis. 

Historia qu' els valencians al veurer el insuccès de Paris, 
crcgueren un dcute publicar-la en castellâ : « obrint — al seu 
« autor — el cami del exit y de! aplaudiment. Espanya debia 
« agrahiment a un historiare estranjer qu'ab afectuosa solicitut 
c s'ocupaba de llurs glories y eix deute d'agrahiment ténia que 
4 pagarlo Valencia, la ciutat mes interessada en honrar la 
a mcmoria del Rei Conqueridor. Per axô la Redacciô del 
c périodich has Provincias frissosa de pagar dit deute, asoli 
a l'autoritzaciô pera traduir l'obra en llenga castellana y la 
c publicâ en la Biblioleca ab qu'obsequia als seus suscriptors. » 
Encarregantse de la trasplantaciô, lo cavalier poeta Teodor 
Llorente qu'en la terra llevantina tingué la representacio perio- 
distica, la monarquica en les Corts y al baxar al repos etern la de 
les Hêtres valencianes modernes. 

La trasplantaciô asoli dues edicions y l'autor escrigtié un 
prôlech en quin respongué als critichs, principalment alemanys 
y anonims, els judicis que feren d ella, perquins « obligat a 
« parlar d'una materia que conexia poch y d'un llibre que no 
« havia llegit, ha fonamentat les sèves censures en informacions 
c erronics y gayrebé sempre mal intencionades. D'axé prove una 
« prctenciosa ostentaciô d'erudiciô superficial d'afirmacions 
< dogmatiques sens probes y lo farrigo-farrâgo d'exa bibliografia, 
« sens mesura, y sens critica qu'ordinariament s'ha carregat com 
« un defecte a la ciencia d'enllâ del Rhin. L'autor porrà no esser 
a alemany mes ha retirât perfectament la caricatura de la 
« erudiciô alemanya ». 

Sempre ennavegat en els seus estudis historichs qu'interesaven 
à la seva terra y à la nostre. mentres arrodonia lo llibre demunt 
dit, publicâ, aprofitant els descubriments que feia en els pergamins 
que examinava : "Les français aux expédilions de Majorque et de 
Yalencc sous Jacques 7 le Conquérant, roi d'Aragon (1 229-1 738), 
en la J(evue JMobiliaire, de Paris. follet de y3 pagines. J. B. Demou- 
lins, 1866. Essent ja Corresponent de lAcademia de Historia 
de Madrid y de la de Bones LIetres, de Barcelona. En aqucix 
follet hi ha détails poats dins Los libros del reparlimiento, de 



— 147 — 
Mallorca y Valencia, publicats en "La colecciôn de documentos 
inédilos del Archive de la Corona de Aragon ; de "La hhloria de 
la conquisla de Mallorca per J. M. Quadrado, y Memoria sobre las 
pobladores de Mallorca. — 

ha Procédure symbolique en Aragon, en la J^evue judiciaire de 
Midi (follet de 47 pagines 1868, Montpellier, Gras) tractant de 
les escoles de Montpellier, de les italianes qu' escamparen arreu 
d'Europa les doctrines anti-simboliques introduides pel rci sant 
Lluis en les seus 'Eslablimenis , pel Rei Sabio en "Las Partidas, per 
En Jaume 1 en els Turs de Valencia. Afegint ja als seus titols el 
de Corresponent de la Academia de Ciencias morales y politicas 
de Madrid y Socio honorario de la Aragonesa de jurisprudencia. 

Altre obra que pot considerarse com anexe al monument 
histérich de Jaume 1", es l'estudi de les Assembleas provincials 
de França avans de la revoluciô, intitulât : Une session des Elats de 
Languedoc au xrnr' siècle, en 1761, 1872. Montpellier, Boehm, 
éditor. 

Trevalls tots ells que plaçaren al seu autor par mitj els caps de 
brot dels historiares. 

Ab la publicaciô del segon volum de la historia de) Rei En 
Jaume, coincidi lexil d'En Victor Balaguer, que dès Narbona 
endressâ un prech als felibres perqué li donguessin la ma, essent 
rebut ab los braços overts y essent lo comensament de les 
germanivoles relacions entre 'Is literats provensals y els catalans. 
A les hores petjen per primera volta Catalunya : Mistral, 
Bonaparte-Wysse, Pau Meyer, Roumieux. No poguent acom- 
panyar-los En Tourtoulon per caurer malalt, mes si rebrer als 
catalans : Balaguer, A. de Quintana, Angelon, Lasarte, Torres, 
Eudalt Vidal, C. Roure y Padrô quan anaren à les festes de 
St. Roumié y Font Segugno : un viatge triomfal com ho havia 
estât el del Pirineu ensâ y plé d'entusiasme al celebrarse el 
congrès cientifich de Montpellié présenta un Etude sur la 
Renaissance de la littérature catalane et de la littérature provençale. 
Renaissance de la littérature catalane et de la littérature pro- 
vençale. Les fêtes littéraires internationales de 1808, par 
Charlesde Tourtoulon, Toulouse (Bonnal et Gibrac, 5o pagines). 
Congrès y festes internacionals (1868) qu'ell, un talent organit- 
zador com era no podia dexar passar sens fondar una unio 



- .48 - 

prâctica y de rcal merrximent corn fou La Société des langues 
romanes, de la que fou son primer président, ab lo rossellonés 
Camboliù y que mes tart feu la gloria den Chabaunau, en les 
planes de la T^evue Jes langues romanes, fondada per portar la veu 
de dita societar. 

Lo primer concurs filologich y literari fou presidit per En 
Mistral ab En Egger, Milâ y Fontanals, Gastô Paris, Breal com 
vis présidents, — lo primer y lo derrer del Institut, — essent 
llorejat ab lo primer premi l'eximi fill de Goritza, professor a 
Milan : G. Ascoli. 

Tourtoulon en la J{evue publicâ per mes de sis anys de tira 
estudis fîlologichs, molt remarcables sobre dels dialectes 
mitjornals. La publicacio progressava de cada dia mes, estampant 
trevalls dels felibres. Es per demanda de la Societat de llengues 
romanes qu'el gobern francés li encomanà ab lo seu amich 
Octavi Bringuier, l'Elude sur la limite géographique de la langue 
d'Oc et de la langue d'Oil — (avec une carte) — 63 pagines. 
MDCCCLXXVl. Paris, Imprimerie nationale. 

Mort en Bringuier. ell continua sol, publicant un resum de la 
geografia linguistica del païs d'Oc en lo diari La farandole. 

Aquestos trevalls li portaren un enfîlall de disgutos y rencunies 
dels que malgrat el temps passi no s'ablanen y els seus enemichs, 
dos fîlolechs romanistes universitaris, antichs amichs dels felibres, 
hi pegareu fort contre dell un poliglota erudit. L'il-lustre Gastô 
Paris, un dels savis que mes havia encoratjat les recerques den 
Tourtoulon y d'en Bringuier, deia en un diseurs llegit als delegats 
de les sociétés savantes » reunides a la Sorbona, que no hi 
havia pas dialectes en les llengues d'Oil y d'Oc, que no existien 
fronteres entre les dues llengues y que tots els francesos parlavan 
una llenga ûnica. « No hi ha, deia ell, que traits (semblances'' 
linguistichs qu'entren respectivament en les combinacions diverses», 
descubriment fet per en Pau Meyer. Idca, desenrotllada en una 
memoria premiada per l'Academia d'inscripcions, que fou causa 
d'una bella discusio entre dits romanistes y lo Baro sostinguda 
ab « l'encant de la seva erudicio, de la seva critica incisiva y de 
la dialectica obstinada y cortesa perque aquest erudit humanista 
fou un vcT gentilhomme ». La geografia llenguistica tendia a justificar 
la divisiô de Fransa en provincies venint à auxiliar el régionalisme 
menaçador. Calia aturar aquest trevall descoratjant an els que vol- 



ï 



— '49 — 
guesin continua-'ls y per axé acudireu al patriotisme dels dos pro- 
fessors francesos de mes representaciô, per jutjar tais questions. 
Tourtoulon qu'havia estudiat els dialectes de França sobre lo 
terrer, no volgué dexar passar sens protesta la condemnaciô de la 
tesis que havia sostingut, y al Congrès de filologia romana de 
Montpelié llegi la comunicaciô : Des dialecies : de leur classifi- 
cation et leur délimitation géographique, publicat en la Revue y 
après en follet, dedicat al Emili Egger, de l'Institut. Paris, 
Maisonneuve, éditeur 1890. 61 pagines. 

Sempre segui ab l'aficiô als trevalls dialectologichs y quan 
retirât a la ciutat dels seus estudis, domiciliât a Aïs (1894), 
l'Academia lo cridâ al seu si lo 1 5 de juny de 1 897, llegi el diseurs: 
JHr Joseph Toncin — "Les parlers locaux, réponse de M. le 
conseiller Soubrat, «897, Aix, J. Nicot, 75 pagines — S'el 
convidâ perqué fes part y s'inscrigués a la Société internationale 
de la Dialectologie romane, i^o^, fundada per antich deixeble de 
la Universitat de Grenoble, lo privatdozent de Halle a S., D' 
B. Schaedel. 

Lo bon estel que presidia a tota obra qu'emprenia En Caries 
de Tourtoulon rebé una sotragada forta quan se vegué privât de 
la seva esposa, als deu anys de matrimoni, aqueli angél qu'ab sa 
presencia l'encoratjava a seguir pels camins y els camps de la 
historia. 

Aubanel, un poeta de cor tant sensible com el d'ell li dedicâ 
aquest sonet : 

A Caries de Tourtoulon 

Per consolar ton cor que sols fà que gemt. 

De ton castell en dol trescant per grans sales. 

Destries, llôbreg, les historiés provençales ; 

Mes lo teu amarch dolor tes lo pot endormi. 

A petits pasos, vers tû, no la sents mes venî 

Somriure a tos estudis, y lo cap acales, 

Despres que t'amiga, un angel, a près dues aies, 

Y que s'es entornada al Cel, ai ! pobre amich ! 

Allevors pensant ab la dolça jove muller 

Lo llibre qu'as obert ab llagrimes lo mulles 

No sents, mes tan sols lo polit soroU que fan. 

Ton fill y tes filletes jugaires y ben riallers. 

Mes ells t'escalan — donante petons a millers — 

« Pare, no ets pas solet », te diuhen tos infants. 

2 3 septembre 1873. 

(/l Suivre.) Benêt R. Barrios. 



mmïmmmmuumïm 
Très violes de montanya 

La Viola de dos colors 

(Viola Biflora. — Linné) 
Cullida à la font del Tech, als peus del Costabona 

Qui té ganes de fer alegres passejades 

Que s'en puji del Tech à visitar les fonts. 

Del Canjgô veurâ les cornes régalades, 

Y, â esquerra, el Costahona, el mes florit dels monts. 

En lloch trobarâ pas fagedes mes frondoses, 
Mes altivols salts d'aygua, erm mes esgarrifos. 
Aquî '1 Tech anguileja en clotades verdoses, 
Mes iluny brama y s'estimba en un boyrim neulos. 

Al cim de la cinglera, en conca d'esmeralda, 

S'obreix, tras del Collet, la Jassa del T4llat. 

Del Costabona y del Canigô es la falda 

Hont tots dos Durs mes richs joyells han ajuntat. 

L'ayre viu hi bressola el clavell del poeta, 
La groga orella-d'os, la rosa-dc-Nadal ; 
El narcis germaneja ab la margarideta ; 
De la gensana, à claps, se veu lo blau didal. 

Prop de la font gelada hont vé beure la graula 
Hi ha 'n roch vingut de les EsquerJes-de^J^ojà. 
Los pastors y vaquers s'en scrveixen de taula. 
S'hi veu encar cl lloch que '1 llamp foguetejâ. 



- )5i — 

Com dos abelles d'or, que van de companyia, 
S'abriguen per amor que 1 vent geliu no 'Is toch, 
De dos en dos mes flors, grogues com raig del dia, 
Amagades se fan costat sota del roch. 

Bo y manjant Jo pastor, sentint mon oloreta. 
Se demana d'hont vé halé de ta) dolçô. 
S'endorm, després, al sol. Se creu dins sa caseta, 
Prop de 'Is seus, recolzat en lo florit balcô. 

La Viola del Mont-Cenis 

(Viola cenisia. — Linné^ 
Cullida à la Collada de Nuria, en venint d'Eyna 

Tu qui t'en vas â Nuria en passant lo Rosari, 
Un moment deixa ta pregari. 

La Verge m'ha fet naixe '1 cim de la Collada 
Per t'aliviar amb ma mirada. 

D'espiar sempre al cel mon ull com ell es blau. 

Fins assi ja s'esten la pau 
Que, de son camaril, inagotable deu. 

Fa rajar la Mare de Deu. 

Lo meu mantellet blau es viat de Ijl-lâ ; 

Semblen mos cinch petals la ma 
D'un angel qui te mostra en ampla praderia 

L'hostal de la Verge Maria, 

Y 't diu : « Bon pelegrî, pose-té de genolls : 
D'aqui s'ôuen los mils sorolls 

Que, d'abaix, fan pujar traginers y ramades, 
Torrents, cantichs y batallades. » 



— ijî — 

Ditxos, o bon romcu qui, com jo, naixiria 

Y moriria per Maria ! 
Pcr florir sa montanya en la Verge d'Agust 

Espelleixi y no tinch mes gust 

De viure, mes, cuan vcig partir )o derrer membre 
De l'ultim aplech de septembre. 

Cull-mé, bon pelegri, perqué marcir voldria 
Als peus de la Verge Maria ! 

Si vas â visitar la Cova de Sant-Gil, 

Tallada en roca de marfil, 
Me trobaras encar entre pentecosteres. 

Pins y bâlechs d'aquelles serres. 

La Viola dels Estanys 

Viola palus tris. — Linné 
Cullida als plans de Cadi, prop dels Eslanyols 

Un llençol gelât me cobreix 
Durant mes d'unes vuyt mesades. 
De juny i'ayre tébi obreix 
Los meus ulls amb ses alenades. 

L'ai ti va Jassa de Cadi, 
Del Canigô prop de la pica, 
Es un embalsemat jardî, 
Paradis de la Botanica. 

Ma parpella aquî se desclou 
Los Estanyols son mon reaime. 
Prop de mi la congesta plou 
Cotes de plata dins sa balma. 



— i53 — 
La neu eterna dcls cimalls 
De sa splendor m'ha esblanquehida. 
L'aygua qui salta pè 'Is comalls 
De sa canço cndolceix ma vida. 

A l'istiu algun revadâ 
Passa, somniant de l'aymada 
Que, tristet, ha deixada al plâ 
Per s'enlayrar amb sa ramada. 

De mes floretes fa 'n rame)) 
Qu'estaca en garba graciosa ; 
Y, dolçament, com un joyell, 
Dins al corrent del riu me posa : 

» Ves, agradable embaixador, 
A qui sempre mon cor anyora. 
Porta-li bé del meu amor 
Balsemica y gentil penyora ». 

M. Jampy. 
El Pas d*Annibal 

Se diu que Annibal atravessa 'Is Pirineus passant per Aspolla, 
Carbassers, Coll Tarrès, Puig Massana, y per la Vall Massana 
baixâ '1 Rossellô. EIs pocs traginers qu'encara fan aquest camî 
l'anomenen la Carrera Vella. La Vall havia tingut cent focs, 
mes avui es gairebé despoplada ; té per capsalera la superba roca 
de Mombram, y al capdevall el Bosquet dels Horts plé d'arbres 
y de cercles de rocs mal apilats, alguns verament ciclôpics. 

« Al visitar-lo, diu Mossen Cinto, la imaginaciô m'hi feu 
veure entre les aizines y pins figures de guerrers dansant ab les 
armes als dits, y ombres de branques aloges baixant à esbandir 
SOS tevallons vora les algues del Massana ». 



VIEUX DOCUMENTS EN CATALAN 

^^ 

11 est intéressant de rechercher à l'occasion, la date des 
documents qui mentionnent pour la première fois les villes et les 
localités du Roussillon. C'est ainsi que le Cartuhire de l'église 
d"Elne mentionne Malloles en 902, et Perpignan en 927 (Publi" 
cation de M. ds Lacvivier, dans la revue T^uscino). 

Alart a publié un document en latin, de lan 976, relatif à des 
territoires dépendant de Saint-Jean-Pla-de-Corts, et dans lequel 
sont mentionnés « Vilarcello, les Olius, Peog Lauro, Palatio, 
Cered, Volum-Volone- Volo... » Or les lieux dits Vilargell, 
le puig de Llauro, Palau, et les villes de Céret et du Boulou 
(qu'il faudrait continuer d'écrire Le Volo) se retrouvent encore de 
nos jours. 

Le premier document en catalan, publié par -Alart, en 189», 
est la Leut/a (Tarif des droits de douane) de Collioure, de 1249. 
Remarquons, en passant, qu'au xm' siècle, on décrivait Caiicolibéro, 
en latin, et indifféremment en catalan, Cocliure, Cogliure, et 
plus tard Copliure, et Coblliure. 



Depuis lors, il avait été publié en 1912 (Boletin de la Real 
Académia de Buenas-Letras de Barcelona), trois documents en 
latin, nous intéressant: 

r Testament fait en 1 104, par le chevalier Ramon Arnall, (qui 
partait pour aller visiter le Saint-Sépulcre, en Terre-Saintei, men- 
tionne les lieux d'Enveg (Enveitg), Chexans (Caixans), Alp, etc.; 

1' Dans une donation faite en jio5, à la Seu d'Urgell, par 
Bernât Isarn figurent Caldeges, Ur, Olceja (Osséja) Livia 
Palazo!, Ix ; 

3' Un capbreu (traité) de 1 io5, entre l'évêque Sant Ot, de la 
Seu d'Urgell, et les hommes d'Avguatebia (en Confient), men- 
tionne parmi les signataires, En Chacull, En Bellshom, En 
Oromir Bonfill, En Sunyer de Pugal. 

Et il vient de paraître, à Bî^^rcelona (Biblioteca filologica de 
l'Institut de la Llengua catalana) un recueil de « Documents en 



— i55 — 

« catala vulgar des segles xi, xjj, xiii, procedents del Bisbat de 
« la Seu d'Urgell, compilats par Mossen Père Pujol » dont l'un 
concerne des plaintes des hommes d'Ayguatebia, et qui serait du 
commencement du xm' siècle. 

1! y est question de « vacas, ovelles, d'un homme qui crema 777 
cor l ah... » 

Dans cet acte, un seul mot n'est pas en catalan ; le rédacteur 
(lo scrivâ) crut devoir y latiniser le nom d'Ayguatebia en récri- 
vant Tlquaiepida. Le malheureux ! Mais qui nous aurait dit que 
c'est d'Ayguatebia que nous viendrait, en Roussillon, le plus 
ancienjdocument connu, écrit en catalan ! 

Lluis Pellissier. 

MÂIG 

Si en lo mes de maig la dona 
Mas que may no es tendre y bella. 
Si la rosa no es vermelia 

Y l'aria no es fresca y bonâ ; 

Si lo rossinyo) no entona 
Ses cansons ab l'aurinella ; 
Si lo mandoli no sona, 

Y la nit no té una estrella ; 

Si cada flor no té olor, 

Si no sospira la mar, 

Si l'aymant no pren un bès, 

Enganya's, 6 vol enganyar, 
Qui diu qu'es maig, y diu qu'es 
fret, sens perfum. sens amor. 

Joan de Giorgio y Vitelli, 



L*écusson de Tordre de la Merci 

Je reçus, un jour du mois davril dernier, la visite d'un de mes 
amis, un jeune Perpignanais qui s'était épris, avec toute l'ardeur 
de la jeunesse, d'histoire et d'archéologie locales. 

Il « en était » à l'ancien couvent de la Merci, fondé en 1228 
pour la « Rédemption des Captifs », qui était situé sur la place 
actuelle du Ceré, mais dont il ne reste plus rien que des locaux 
où siège, aujourd'hui, la Société de gymnastique La T^oussiîîon- 
naise. Mais mon ami avait lu dans VlBpi graphie, de Bonnefoy, 
qu'il existait un sarcophage ayant servi de sépulture, en )368, à 
Frère Pons des Barres, qui fut un grand-maître de l'ordre de la 
Merci : 

« Sur les côtés sont gravés deux écussons : à droite, celui de 
« la Merci, les pals d'Aragon abaissés sous la croix d'argent... ; 
« à gauche, l'écusson personnel du défunt... Ce monument sert 
« d'auge auprès du puits du jardin Robert. 11 a été rema'-qué par 
« M. Vassal aîné, que je remercie de me Tavoir fait connaître... » 

C'est l'écusson avec la croix et les « quatre barres catalanes » 
qui intéressait mon ami. 



— « Je me mis à la recherche du jardin Robert, me raconta 
le jeune Perpignanais ; j'allai interroger des jardiniers de Saint- 
Jacques, qui ne purent me donner d'indication. J'allai, ensuite, 
dans les jardins de Saint-Assiscle, derrière la gare ; là, un vieux 
jardinier, le brave Piqué, me dit : 

— « L'hort d'En Robert?... sera cap al Vernet. » 

« Je courus au Vernet ; je m'adressai au charron de ce hameau, 
à lépicier, au maréchal-ferrant ; aucun d'eux ne put me fixer. 
Au retour, je passai au bureau central des Postes et m'informai 
auprès des facteurs de la banlieue ; le jardin Robert leur était 
inconnu. 11 doit avoir pris un autre nom. 

« Aiors, pensai-je, il n'y a plus qu'à aller relancer les diverses 
familles Roi>crr, de Perpignan ; et comme j'avais à traverser la 



- ,57- 

place de la Loge, j'entrai à la Mairie où j'abordai M. Robert, 
receveur municipal. 

« Je lui exposai mon cas ; mais il m'arrêta aussitôt. — Je vois 
ce que vous cherchez, me dit-il en souriant, et de l'air de quel- 
qu'un qui a déjà entendu la même chanson : le jardin Robert est 
bien au Vernet ; il y avait un sarcophage avec des sculptures ; 
il est maintenant chez le docteur Donnezan... » 

« Je remerciai avec effusion ce bon M. Robert et courus chez 
le docteur Donnezan. Dans la cour intérieure de sa maison, je 
vis aussitôt le précieux sarcophage ; je lus l'inscription, c'était 
bien celle de Tralet Pondus de Barelis magisier generalis ordinis 
sancie Marie de Mercede CapHvorum ; je regardai le côté gauche, 
il y avait bien l'écusson à deux loups passant ; j'allai au côté de 
droite... mais là il n'y avait rien, rien que le contour du médail- 
lon, d'où l'écusson de la Merci avait disparu ! Ce me fut une 
grosse déception. » 

Et mon ami en était encore tout suffoqué. 



— Remets-toi, lui dis-je, et je lui fis lire dans ïArt reltgios à 
7{osseUô, de Brutails : « Dels dos sarcofachs de Perpinyâ, l'un que 
ha perdut la tapa, y que es lo de Pons des Barres, pertany al 
Doctor A. Donnezan. » 

a Je le sais maintenant, ajoutai-je, car moi aussi j'avais déjà 
cherché ce même écusson. » 

Le regretté docteur Donnezan s'était rendu acquéreur de ce 
sarcophage, pour le sauver de la destruction à laquelle il était 
exposé en servant d'auge pour un puits, et il l'avait placé dans la 
cour de sa maison, où il constituait, à côté d'autres intéressantes 
sculptures, un petit musée d'archéologie locale. 

— « Mais, dis-je à mon ami, le voici l'écusson de la Merci » ; 
je cherchai dans mes caisses de livres et j'en tirai un petit volume, 
Cor te à la Divina pa trôna de Barcelona, la Santissinia Virgen de las 
Mercedes, qui porte, gravé en or, sur le carton de la reliure, 
l'écusson avec la croix pattée dans la moitié supérieure, et « las 
quatre Barres » dans la moitié inférieure. 

— « Et il y a mieux encore » ; et je finis par retrouver un autre 



— i58 — 

volume, Constitucions 4eh Pares JJniichs de! orde de la Verge Maria 
de la Mercé, où se trouve reproduit l'écusson de la Merci, d'après 
une sculpture provenant du couvent primitif de l'ordre, à Barce- 
lone ; c'est bien la croix en haut et « las quatre Barres » au- 
dessous. 

La curiosité bien naturelle de mon ami fut ainsi satisfaite, 

Lluis Pellissier. 

LIVRES ^ REVUES 

Ays y Albades 

Le livre de vers catalans du Pastorellet de la Vall d'Arles ; que nous 
avions annoncé il y a déjà quelques mois, vient enfin de paraître i librairie 
Cornet, Perpignan : 3 francs). Nous avons eu juste le temps de rédiger 
aujourd'hui ces quelques lignes hâtives pour faire connaître la publication de 
cet ouvrage. Mais un de nos collaborateurs en parlera plus longuement une 
autre fois. 

♦ 

Les poètes du Terroir (du xv' au xx* siècle). — M. Ad. Van Bever 
vient de faire paraître le 4' volume de cette série, chez l'éditeur Delagrave 
(i5, rue Soufflot, Paris; 3 fr. 5o r. Le Roussillon y est cette fois compris, et 
c'est ce qui en fait pour nous l'intérêt tout particulier. Après une introduc- 
tion, accompagnée dune carte et de notes bibliographiques, nous y voyons 
d'abord le texte et la traduction de nos deux chansons populaires les plus 
connues, Monlanyes régalades et Lo Pardal ; puis viennent des extraits, 
traduits également, de Pierre Talrich, Justin Pépratx, Albert Saisset, 
Joseph Bonafont ( Lo Pastorellet de la Vall d'Arlesl, et Joseph Pons. Nous 
y trouvons aussi des poésies françaises de Frédéric Saisset, Henri Muchart, 
Pierre Camo, Jean Amade et Antoine Orliac. Des notices biographiques et 
bibliographiques accompagnent chacun de ces auteurs. 

Pour la partie catalane, M. Ad. Van Bever a mis à profit VAnthologie 
catalane (Les poètes roussillonnais ) de Jean Amade, comme cela s'imposait, 
et il la cite presque constamment. Depuis la publication de ce dernier 
ouvrage, publication qui remonte déjà à 1908, il y aurait eu des choses 
nouvelles à dire, car des poètes comme Paul Bergue, l'Ermità de Cabrens, 
etc., ont donné des oeuvres qui devaient être signalées. 

Nous regrettons aussi de ne pas voir figurer parmi les poètes qui écrivent 
en français, Romain Thomas, Jeanne Nérel, Albert Bausil et quelques 



— 1 59 — 

autres. On nous disait récemment qu'il ne tarderait pas à paraître une œuvre 
anthologique complète (vers et prose), concernant uniquement le Roussillon, 
et due à la collaboration de deux de nos amis. Cela est à soukaiter. 

Tel qu'il est, le recueil de M. Ad. Van Bever doit être dans toutes les 
mains. C'est un précieux reliquaire, et nous en remercions l'auteur bien 
sincèrement au nom du Roussillon et de ses poètes. 



L'Art dramatique à Valencia (depuis les origines jusqu'au commen- 
cement du xviT siècle). Sous ce titre, M. Henri Mérimée, maître de Con- 
férences à la Faculté des lettres de Montpellier, publie un gros volume de 
734 pages (grand in- 8°), qui représente sa thèse principale de doctorat 
(Toulouse, éd. Privât ; i5 francs 1. C'est surtout la première et la seconde 
partie qui peuvent être intéressantes pour nos lecteurs, puisqu'il y est 
question quelquefois du vieux théâtre catalan. La première partie, c'est-à- 
dire « les origines », comprend : 1. les « origines du théâtre religieux » ; 

— 11. les « origines du théâtre laïque ». La seconde partie, c'est-à-dire 
« le théâtre populaire », comprend : 1. le « théâtre profane vers 1 56o »; 

- 11. le « théâtre religieux dans la seconde moitié du seizième siècle ». 
Une très abondante bibliographie occupe environ les cinquante dernières 
pages. 

La thèse complémentaire de M. Henri Mérimée ne s'éloignait guère du 
sujet de sa thèse principale, comme l'indique le titre : Spectacles et comédiens 
à Valencia (i58o-i63o) (même éditeur). Les différents chapitres portent 
sur : 1.. les spectacles ( les édifices, les représentations théâtrales, la con- 
currence); — 11. les comédiens (les comédiens en voyage, comédiens et 
« impresarii », les comédiens au théâtre, les comédiens chez eux). Le tout 
représente 267 pages 1 petit in-8°i. 

Ces deux œuvres se recommandent l'une et l'autre par une documentation 
très minutieuse et très sûre, la clarté et l'élégance de l'exposé, l'intelligence 
critique des œuvres analysées et le sens de l'art dramatique. L'étude litté- 
raire se double d'une étude historique et d'une étjde de mœurs, ce qui fait 
de l'ensemble quelque chose de ferme, de complet, en un mot de définitif. 
Ceux qui s'intéressent à la littérature catalane doivent connaître les deux 
volumes de M. Henri Mérimée ; car Valence a toujours joué un grand rôle 
dans son développement, et son histoire intellectuelle est inséparable de celle 
de la Catalogne. Nous félicitons l'auteur de cette importante contribution, 
sur laquelle les circonstances ne nous ont malheureusement pas permis de 
nous arrêter davantage ce que nous regrettons de tout cœur. 



— i6o — 

1) convient de signaler : 

Les études historiques. Documents Je Jaume 11, rey de Mallorca, par 
J. Mirallcs y Sbert ; /Îc/m de vendu olorgals pe'ls primers grans porcioners de 
l'iîla. par Estanislau Aguilo; et Antichs privilegis del regr.al de Jaume 111, par 
Perc A. Sanxo. publiés dans le a BoUeti de la Societat Arqueologica L«/«ana, 
de Palma-de-Mallorca ; 

Dans la Correspondencia de les T{eyes Calolicos (Revista de Archives, de 
Madrid), une lettre de Ferdinand, roi d'Aragon, datée de Perpignan, le 
23 octobre i5o3, dans laquelle il décrit le siège de Salses par les Français ; 

Dans « Ephemeris Campanographica », la relation De Malines à Perpi- 
gnan, notes de bibliographie campanaire, et Les anciennes cloches classées des 
divers déparlements de "France ; 

L'ouvrage L'architecture religieuse en France à l'époque romane, par R. de 
Lasteyrie, dans lequel sont mentionnés ou étudiés nos monuments de Saint- 
Genis-des-Fontaines, Saint-Michel-de-Cuxa, le vieux Saint Jean de Perpi- 
gnan, le cloître d'Elne, de Montbolo, de Corneilla-de-Conflent, de 
Marcevol, etc ; 

L'étude Une cloche du beffroi de Perpignan, par A." Mayeux, dans la 
« Revue de l'Art chrétien » ; 

L'ouvrage Auzias March et ses prédécesseurs, par Amedée Pages, notre 
compatriote, inspecteur d'académie à Foix ; 

L'étude Aplech de documents dels sigles x\ y xii pera Vestudi de la llengua 
catalana, par J. Miret y Sans, dans le « Bolletin de la Real Academia de 
Buenas Letras de Barcelona » ; 

Le fascicule Les peintures murales catalanes : Saint-Martin-de-Fenollar (près 
Maureillas), publié par l'Institut d'Fstudis Catalans de Barcelone, avec 
planches en couleurs et figures. 

♦ 

Catalunya Nova 

Cette revue catalane illustrée, nous arrive de Buenos-Ayres ; parmi ses 

correspondants elle mentionne : Perpinyâ (Catalunya Francesa) : Père 

Vidal i Juli Delpont. 

«•* 

Revista Nova 

Cette revue illustrée, qui se publie à Barcelone, reproduit dans son 
numéro du i8 avril a Dos aspectes d'una escultura den Gustau Violet ». 
Ce groupe (une jeune paysanne faisant marcher un petit enfant, qu'elle 
soutient par les deux coins de son petit tablier) est du plus heureux effet. 



Le Gérant, COMET. — Imorimcric COMET, rue de la Poste, Pcrpigna». 



i' Année. N' 90 Juin 1914. 

^cs Manuscrits non insères 



ie sont oas renau» 



REVUE 



CATALANE 



Les Articles oarus dans ia Revue 
n engagent aue leurs auteurs. 



JUNY 



-VC^ 



Lo so de la marina fa '1 froment 
en la planura extensa, y té '1 color 
de una grandiosa cabellera de or, 
moguda y voltejada per lo vent. 

Del mes de juny sobte lo sol ardent ; 
malinconjos canta '1 traballador, 
ni pensa qu'en ses mans passa '1 trésor, 
lo pa que al pobre es unich nutriment. 

Canta '1 mesqui, ni pensa que demâ 
acabat lo traball greu y afanyôs, 
los fills, plorant, demanaràn-li pâ ; 

Puix si l'invern poguès, sol per un poch, 
Recordar que passa trist, confoixôs, 
ja la planura fora tota en foch. 

Joan de Giorgio y Vitelli. 



^a^-^ 



S5^§: 



Les |étes de la Santo-Estelo de 1914 

^^ 

Avignon, 3i mai 1914. 

Les fêtes de la Sanlo-Eslelo du Fêlibrige, se tiennent cette année « en 
Avignon », tout près de Maillane, la patrie de AAistral, où les felibres se 
rendront en corps, demain. 

Hier soir, samedi, vers b heures, un groupe de ^«ar^iawi de la Camargue, 
ayant à leur tète M. Falco de Baronceili Javon. est arrivé à Avignon, pour 
rendre les honneurs à la reine du Felibrigc, M'" Priolo. et l'accompagner 
au Palais des Papes, où la municipalité recevait les felibres. 

Ces braves guardians avaient fait une centaine de kilomètres, à cheval, 
pour venir des Saintes-Mariés : ils avaient fort bon air. avec leur justaucorps 
blanc, leur chapeau de feutre, la ceinture noire, leurs piques et leurs oriflam- 
mes. Et avec quelle légèreté évoluaient leurs petits chevaux camarguais. 

•I* 

Nous avons eu l'occasion de saluer le capoulié du Fêlibrige, Valère Ber- 
nard ; le majorai Lieutaud, qui connaît à fond la Catalogne, et la littérature 
catalane du Roussillon ; le marquis de Villeneuve, félibre majorai, qui 
s'occupe, en ce moment, de mettre au point l'histoire des seigneurs de 
Paracols (près Molitg , auxquels sa famille était autrefois apparentée; 
M. Vidal, qui s'occupe de théâtre provençal à Avignon et dans la région ; 
M. Ruât, le libraire félibre marseillais, qui a de nombreuses relations à 
Perpignan et en Roussillon ; M. Joseph d'Arbaud. président du Tlourège 
prouvençau, d'Avignon. 

Deux Roussillonnais sont aussi venus : mossen Bonafont, d'ille, félibre 
majorai ; et M. Jules Delpont, de Perpignan. 

♦ 

Les felibres se sont réunis ce matin, au Vlourège prouvençau, pour 
échanger leurs impressions ; et ce soir, les majoraux ont tenu un Consistoire, 
au Palais des Papes. Nous en avons profité pour visiter la ville. 

Nous sommes allés voir la façade, toute historiée, de l'Hôtel-de-Ville ; le 
monument de la réunion du Comtat-Venaissin à la France ; le Palais des 
Papes, imposant monument, où l'éléiient fortifié va de pair avec une orne- 
mentation sévère et bien appropriée ; et tout à côté, la Cathédrale, élevée 
sur le rocher des Doms, et surmontée par la statue de Notre-Dame. On 
domine, de là, toute la ville, qui apparaît, en bas. encerclée par un coude du 
Rhône, adossée au rocher à pic des Doms. et piquetée par les clochetons de 
ses églises. 



— i63 — 

Mais il y a, aussi, à voir le Rhône. Nous sommes donc allés au nouveau 
P,ont sjspendu, qui enjambe l'île de la Barthelasse, enti'e les deux bras du 
fleuve, et aboutit à Villeneuve-les-Avignon, sur la rive opposée ; à quelques 
cents mètres en amont, se voit « le pont trencat » de Saint-Benezet avec sa 
chapelle de Saint-Nicolas ; de ses anciennes 19 arches, il n'en reste plus que 
3, qui s'arrêtent à mi-largeur du grand bras. 

Le Rhône et le pont de Saint-Benezet évoquent le poème "Lou T(ose (Le 
Rhône), de Mistral ; écoutons le récit de la descente d'une barque de 
Condrieu : 

« Coupant en deux l'ampleur du grand Rhône — ils voient venir la 
« Barthelasse verdoyante et puis rien, que le mirage de l'eau. - Mais 
« tout à coup, comme si un rideau de théâtre — se levait là-bas à l'horizon 
« — apparaît un groupe de tours colossales — que le soleil couchant 
« enflamme et éclaire — de resplendeurs royales et purpurines. 

« C'est Avignon et le Palais des Papes — Avignon, assise contre son 
« gros rocher — Avignon la gaie carillonneuse — Avignon, la filleule du 
« Saint-Père — qui dans son port en a vu la barque à l'ancre — et qui en 
« a porté les clefs à la ceinture — de ses remparts, Avignon la gentille — 
H que le mistral retrousse et échevelle — - et qui a tant eu de gloire passée 
« — qu'elle n'en a plus souci du souvenir... » 

« ... De temps en temps le vieux patron modère — du bras et de la voix, 
« les mariniers — Ça va bien, très bien, leur crie-t-il, et comme ils enfilent 
« — l'œil si périlleux du pont de pierre — que le Pape Benoit, à travers 
« l'onde — jeta de belle façon, il y a sept cents ans - le maître Apiâ — 
« fidèle à la coutume — des gens de Condrieu, donna un grand coup de 
« chapeau — au grand saint Nicolas, dont la chapelle — est à cheval sur le 
« pont, kaute et joliette... » 

Revenus à la cathédrale pour assister à la grand'messe, nous l'avons visitée, 
alors, plus en détail ; au passage vers la nef latérale, une grande pierre 
blanche, posée sur le sol, a attiré notre attention ; c'est une pierre toute 
fiue, avec cette seule inscription : 

SEPULTURA 
ARCHIEPISCORUM 
AVENIONENSIUM 

(Sépulture des archevêques d'Avignon) ; cela nous a rappelé qu'un de ces 
archevêques fut, pas plus tard qu'au siècle dernier, le Roussillonnais Mgr 
Naudo. Et nous avons appris, à ce sujet, qu'un de nos sympathiques curés- 
doyens du Roussillon a pu devenir possesseur d'une aube que les dames 
d'Avignon avaient brodée pour Mgr Naudo. 



— 1 64 



i" juin 1914. 

Le progi^ammc d'aujourd'hui compt enait, pour la matinée, une Assemblée 
générale des Félibres, dans une salle du Palais-des-Pape;, et une réception 
a l'Hotel-de-Ville. 

Cette réception des félibres, ayant à leur tète la Reine et le Capoulié, a eu 
lieu à I I h. I /a. Le maire d'Avignon, M. Balayer, a prononcé une vibrante 
allocution en provençal, dans laquelle il a rappelé que le Félibrige était né 
« en Avignon », à la librairie Roumanille. 

A midi, banquet de la Santo-Estello. dans une ancienne salle des Tem- 
pliers, à l'Hôtel du Louvre. En raison de la mort de Mistral, et en signe 
de deuil, il n'y a pas eu les « brindes » d'usage ; le capoulié seul a prononcé 
un petit discours, et l'on a aussitôt après, pour clôturer cette réunion 
amicale et silencieuse, chanté la Coupo Sanfo : 

Prouvençau veici la coupo 
Que nous ven di catalan ; 
A dereng beguen en troupo 
Lou vin pur de nostre plan 



Des voitures ont alors transporté les félibres à Maillane, le petit village 
où Mistral a passé toute sa vie. On a poussé, tout d'abord, jusqu'au mas du 
Juge, où il naquit et où s'écoula son enfance ; on est revenu à Maillane, où 
l'on a visité sa maisonnette, devenue un petit musée provençal ; l'on a été 
reçu par M'"' Mistral, et l'on s'est rendu au cimetière, pour déposer des 
fleurs sur la tombe du Maître. 

Maillane est un petit village de la plaine du Comtat-Venaissin, borné à 
l'horizon par une ramification des Alpilles ; la tradition populaire provençale 
s'est conservée dans sa paisible population de cultivateurs, que Mistral n'avait 
jamais voulu quitter. Où aurait-il pu évoquer, mieux que là, l'âme et la poésie 
de la Provence, au milieu de fraîches et ravissantes « Mireilles », comme 
celles que nous y avons vues? Ah ! les jolies « Magali b, avec leur petit 
fichu et leur si dégagée coiffure arlésienne, le « diadème des filles d'Arles », 
comme on l'a si bien dit ! Et comme les vieilles grand'mères ont elles-mêmes 
bon air avec ce même nœud de velours autour des cheveux, et avec leur 
grand châle noir ! Et comme est chantante et douce, leur langue du terroir ! 

Cette visite à Maillane a confirmé, dans l'esprit de tous les félibres, leur 
ferme volonté de continuer l'oeuvre littéraire et régionaliste de Mistral. 

Lluis Pellissier. 



L'ORFEO CATÂLÂ A PARIS 

Nos lecteurs ont appris par les journaux l'immense succès 
obtenu par l'Orfeô Catalâ à Paris. Nous en sommes fiers comme 
catalans. On trouvera ici même quelques extraits de la presse qui 
se rattachent à cet événement : d'abord le passage à travers le 
Roussillon des membres de cette admirable chorale ; puis un 
jugement de la critique musicale parisienne : 

1 
A través de Rossello 

(La Veu de Catalunya) 

Hem travessat el Vallès... Creuem la Selva i l'Empordà... La nit es 
negra. Ja som a Port-Bou ; ja entrem a França. 

Perô encara som a Catalunya. ] per estona en tenim de ser-hi. Per aixô a 
nosaltres, catalans, ens son mes molestoses que a ningû les impertinencies 
delà Duana... Esser estrangers a Catalunya. Es ben trist tanmateix que'ls 
pecats d'altri ens hagin dut an aixô. 

i Va ! Passem, passem. El tren francès ens espéra. En marxa.Tothom s'hi 
acomoda, disposant-se a dormir. 

Perô veu's-aqui que en el cel es noten lluissors de lluna. ] som uns 
quants que ja'ns vefem perdut el dormir. Fins ara hem anat per Catalunya 
sensé poder-la veure. Doncs ja que encara som a Catalunya, — i cabalment 
en un troc anyorat de Catalunya, — aprofitem la claror argentada que l'il- 
lumina per a somniar una estona. Ademés, n'anem tan lluny, que cal aprofi- 
tar el temps que'ns resta d'estar-hi. Aviat la serralada de les Alberes, el 
véritable limit de la véritable Catalunya, ens haurà d'obrir pas. ] veus-aqui, 
com, ficant-s'hi l'imaginaciô, ens sembla que aquelles montanyes catalanes 
son un braç de la Patria que en hora de repos, s'allarga per damunt de tots 
els obstacles, com si, adhuc en somnis, sentis el nostre caminar i volgués 
retenir-lo encara uns moments. 

Perô el tren corre en la tenebra. [ Ala, ala, ala ! ] el braç immens s'obre 
tôt d'una. ^Ja no es Catalunya aixô que travessem? Encare, encara, sôm 
d'una mateixa sang amb les gents de per aqui. Encara son germanes 
nostres aquestes terres... I, amb en Matheu parlem d'aquell imperi català 
que iniciaren els nostres primers reis i la resurreciô del quai cantava en 
Maragall en la seva « Glosa ». 

j Amunt, amunt, que encara som a casa ! Cap a la dreta es la Provença, cap 



_ ,66 — 

a l'esquerra el Llengadoc. j No es historia nostra la d'aquests dos troços de 
la França? i No va naixer a Montpeller el nostre rei en Jaume? No va morir 
a la plana de Muret «1 nostre rei en Père el Catôlic... j Amunt, amunt !... 

]] 
La critique d'art 

f Le Tigaro ) 

Maintes fois nous avions déjà eu, à Paris, l'occasion d'entendre d'illustres 
compagnies chorales. Chœurs anglais, hollandais, allemands ou russes, 
chœurs de théâtre ou de concert nous avaient charmés par une supériorité 
d'exécution, de quoi jusqu'ici il n'a été donné aux ensembles français les 
plus réputés de n'approcher que de très loin. Alais ces auditions diverses ne 
nous enlevaient pas l'espoir d'arriver quelque jour à égaler — ou presque — 
tel de ces groupes d'artistes qu'il nous était donné d'entendre. Aussi bien 
n'en était-il aucun qui réunit en soi tous les mérites. Tel se distinguait par 
la qualité des voix. Tel autre par la verve et la précision de l'ensemble. Tel 
autre encore par le nombre imposant de chanteurs exercés, réunis sous la 
direction du chef. 

C'en était bien assez d'ailleurs pour imposer, bon gré mal gré, une com- 
paraison un peu humiliante pour l'amour-propre national. Mais avant-hier, 
voici que VOrfeo Calald est venu donner son premier concert. 11 faut bien 
confesser que jamais nous n'avions rien entendu qui approchât de cet 
extraordinaire ensemble. Les deux cent soixante choristes de Barcelone 
laissent bien loin derrière eux les sociétés les plus réputées de ces pays du 
Nord où l'art choral est particulièrement en honneur. Et pour ce qui 
regarde la France, qui pourrait seulement concevoir la pensée que l'organi- 
sation d'un tel chœur soit jamais chez nous possible? 

Trop de choses, en vérité, nous l'interdisent. h'Orfeô Calalà, ainsi que 
toutes les grandes sociétés chorales de l'étranger, n'est pas un ensemble de 
professionnels. Pour amener de simples amateurs, choisis avec discernement, 
à un tel degré d'habileté et de talent, un long effort, prolongé pendant des 
années, est indispensable. Et chez nous, trop de causes de division, politi- 
ques ou autres, ne permettent nulle part un effort, volontaire en commun, 
de quelque durée. Voici vingt-trois ans qut M. Lluis Millet fondait, à 
Barcelone, VOrhô Català. 11 ne réunissait alors que vingt-huit exécutants. 
Ce modeste ensemble est aujourd'hui décuplé et les ambitions de la Société 
comme ses possibilités artistiques se sont singulièrement accrues. Cepen- 
.dant, le même chef préside à l'éducation et à la culture musicale de ses 
membres. 

Sans une tradition aussi rigoureusement suivie, sans une unité d'inspira- 
tion aussi parfaite, un résultat pareil ne saurait être atteint. 



l 



- — 107 — 

Ce résultat est simplement admirable. Autant qu'on en puisse juger pour 
un si considérable groupement, la qualité des voix — pour les hommes — 
ne semble pas extraordinaire, cependant. Mais quelle fraîcheur de timbre, 
quelle pureté, quelle justesse. 11 faut à ces chanteurs une technique surpre- 
nante pour réaliser avec une perfection aussi absolue les effets de douceur 
incomparable où ils excellent. Et il n'est pas moins merveilleux d'entendre 
l'harmonieuse fusion de tant de voix, l'équilibre surprenant des sonorités, 
l'égalité parfaite, de tous les registres de ce vaste clavier, docile à l'impulsion 
du chef comme le serait celui d'un orgue sous les doigts d'un virtuose 
habile. 

11 est naturel qu" ;n ensemble prodigieux ait encouragé d'excellents com- 
positeurs à écrire pour lui de grandes œuvres. Le programme comprenait 
trois de ces compositions^ qui n'ont, comme on le pense bien, qu'un très 
lointain rapport avec les choeurs destinés, chez nous, aux orphéons. 

La légende de Pedrell, Don Jean i don T{amon et la Mori de l'enfant de 
chœur, d'un musicien catalan moderne, Nicolau, ont paru d'un très beau 
sentiment expressif et d'une facture aussi variée que peut le comporter un 
genre forcément borné en ses effets. 

De délicieuses chansons populaires catalanes formaient la première partie 
du programme. Très variées, très originales, ces petites pièces, harmonisées 
avec une fantaisie charmante, ont obtenu le succès le plus vif. Et après un 
Ave 'Verum de Saint-Saéns, d'une ligne mélodique, souple et fluide, et 
d'une admirable pureté d'écriture, la soirée s'est achevée triomphante par 
l'exécution de quelques œuvres, religieuses ou profanes, du seizième 
siècle. 

Le Credo de la Messe du pape Marcel de Palestrina terminait cette série 
de belles œuvres. J'aime mieux dire tout de suite, puisque l'occasion m'en 
est donnée, que je n'ai pas pour Palestrina autant d'admiration — ni si 
exclusive - qu'on a accoutumé de lui témoigner. C'est un grand maître, 
assurément, mais d'un académisme un peu froid. Dans l'admirable pléiade 
des maîtres de son temps, plusieurs autres ont mes préférences. Mais i 
n'importe. M. Lluis Millet donna de ce morceau une interprétation si belle, 
si grande, si magnifiquement ordonnée, qu'il ne semblait pas qu'on l'eût, 
jusqu'ici, véritablement entendu. Une pareille réalisation est, en vérité, 
d'un très grand artiste. 

♦ 

Le succès du deuxième et dernier concert de \'Orfeô Catald, donné au 
Trocadéro, ne fut pas moins triompha! que celui qui avait accueilli la pre- 
mière audition de cette admirable compagnie d'artistes. 11 suffirait donc de 
répéter, en l'honneur de M. Lluis /Millet et des chanteurs qu'il dirige avec 
une foi artistique si ardente, les éloges qui demeurent bien en deçà de leur 



— i68 — 

mérite. Cependant la composition du programme de ce second concert, du 
moins, peut justifier quelques remarques. 

L'art catalan, en ce qu'il a de plus original, y était représenté par un 
choix de nouvelles chansons populaires dont la verve ingénieuse, la grâce et 
le sentiment plaisant ou tendre ne le cèdent en rien à celles qui furen* 
applaudies l'autre jour. Un délicieux intermède instrumental faisait suite à 
cette première partie. Car un orchestre populaire, la Ccbla de Peralada, nous 
fit entendre quelques airs de danse d'une saveur singulièrement caractéris- 
tique. 

Par la sonorité tout d'abord. Le timbre agreste et nasillard des petits et 
grands hautbois, chargés de sonner le thème des chansons, s'y marie bien 
d'une façon divertissante aux agiles fioritures de la petite flûte comme au 
bourdonnement d'un tambourin obstiné. Mais plus caractéristique encore 
semblent les thèmes que colore cette instrumentation pittoresque et rustique. 
L'originalité et la vigueur du rythme, la souplesse onduleuse de la ligne 
mélodique, l'intensité du sentiment expressif, la musicalité pour tout dire, y 
sont tout à fait remarquables. 

Deux grandes œuvres chorales, entièrement étrangères à la Catalogne, 
terminaient le concert, et la première, de composition, je crois, assez ré- 
cente, avait ici le mérite de la nouveauté. C'était un grand Hymne de Ri- 
chard Strauss, écrit pour seize voix en deirx chœurs. 11 faut bien dire que 
l'audition de cet ouvrage causa une déception presque générale. L'inspira- 
tion en est tout à fait ordinaire et l'écriture chorale, compliquée à l'excès, 
manque des qualités les plus essentielles à ce genre. Si travaillée qu'elle soit, 
si ingénieuse qu'assurément elle doive se révéler à la lecture, cette composi- 
tion paraît, à l'audition, d'efl^et médiocre. Qu'un maître de la valeur de R. 
Strauss et si merveilleusement expert aux combinaisons de l'orchestre n'ait 
su que si mal tirer parti des voix, c'est chose assez étrange. 11 serait bien 
curieux, si l'on était de loisir, d'en déduire les raisons par le détail. 

Mais l'exécution de cet ouvrage, franchement manqué mais de difficulté 
singulièrement ardue, ne fait pas à ]'Orfeo Catatâ un médiocre'honneur. 
Celle du motet de Bach, Chantez au Seigneur un cantique nouveau, qui sui- 
vait immédiatement, ne fut pas moins parfaite. Et là, du moins, la solide 
beauté de la musique répondait au talent des exécutants et légitimait leur 
noble effort. 

Henri Quittard. 




Un ou de renyines 



Qui vol que li digui '1 conte del Ou de renyines, qu'aixequi 'I 

dit : 



Una vegada hi havia un home malcarat, pelut de celles, que 's 
nomenava Bartomeu. La gent del seu poble, ambe tôt y aixô de 
ser gent de bé y molt cotada, li havien tret un sobrenom y li 
deyen : « Menja-poch ». 

Vivia tôt solet ambe la seua esposa que 's deya Treseta. 

Aquesta era seca y escanyolida lo mateix com una arengada, 
amb uns ulls verdosenchs sempre enribetats de vermeil. 

En comptes de fills que jamay n'havien tingut cap, marit y 
muller feyen la vida a tota una armada de pel y pluma : bous, 
vaques, gallines, coloms, oques, piochs, y fins à una mitja 
dotzena de tocinos, sensé comptar unes dos cents besties de llana. 

1 ja 's pot creure que 'n Bartomeu y la Treseta no eren 
pagesos de perquî-perquî, de poch mes o menos, sinô pagesos 
de cap d'ala, ambe tan bon conreu com lo de sos camps y riques 
pastures com les de sa montanya. 

Mes si eren gent granada amb aquell gran bé de Deu, no se 'n 
hauria de treure conseqiiencia que siguessen d'aquells que solen 
estacar el goç ambe llangonissa, ay no, fillets ! 

Eli se pot dir que treballava de nits y dies, y la cosa no ha 
de semblar estrany amb un sol mosso que ja 'n ténia prou de 
feynes amb el bestiar de llana. 

Ella, sensé cap bocinet de criada, havia de 's cuydar de tôt lo 
de casa. 

D'un cap de l'any al altre espetegaven fins a hi perdre l'aie, 
y may, lo que 's diu may, ningû els havia vist a l'hivern espetar- 
rellats al sol ni a l'estiu a pendre la fresca, com ho solien fer de 
cent en coranta els altres pagesos per tan qu'estiguessen atreballats 
ambe la feyna de defora. 

— Se menjen l'ollada freda, — deyen els uns ; 



— tyc — 

— Ei sagi qu' hi fica la Treseta prou que 's pot amagar dejus 
una fulla de givert, — contestaven els altres ; 

— Y la sal que no 'Is hi dcu fer venir secada a la gargamella! 

— S'ha de creure qu'aquclla dona va a s la fer pesar cada dia 
a ca '1 apotieari ! 

— Han de morir amhe la boca oberta, — concluhien totes 
juntes aquelles maies llengues dels vehins. 

Amb allô de maies llengues s'ha de pensar que ni aci ni alli, ni 
dins el poble mes caritatiu, la mena no se n perdra ni are ni may. 

De quant en quant a la nit, després de tancades les finestres y 
barrellada la porta del carrer, se 'n venien en Bartomeuj y| la 
Treseta, de puntetes, a la cambra, amb un pobre Hum de gresol. 
Y. l'home alsava dos o très rajoles y ambe forsa delicadura, hi 
posava algunes pesses d'or en el topi de ferro escohetat colgat 
dintre del clôt. 

— Aspia, — feya ell, — aspia, Treseta, que 1 topi esta 
gayrebé curull. 

Y la dona, allavores, esclofia una rialla de satisfacciô. Y a tots 
dos als hi espurnejaven els ulls, y '1 llur cor s'obria de bat a bat 
en aquella tebior del clôt y quedaven envolquellats en la suau 
alenada que 'Is hi semblava que 's n'escapés. No hi pare o mare 
que miri ambe mes amor y tendror a son fill, de qu'ells hi 
posaven per tôt allô del topi escohetat. 

Y aixô fa que llur vida, desde trente anys de matrimoni, 
passava sensé soroU ni cap mena de renyines. Ay si que ja ho 
diu bé un moralista de la banda de Fransa que « l'interés serveix 
de lligam eiitre 'Is richs tan o mes que les pênes entre 'Is 
desgraciats. » 

Mes afegeix el mateix aquesta paraula que « les virtuts van a 
*s perdre a l'interés com els rius a la mar. » 

♦ 

Una nit que per la seua festa d'en Bartomeu, la Treseta havia 
apariat pel sopar una pannada de restes de ventresca, que gayrebé 
li feycn freytura, veusaqui qu'en la mateixa estona que s'assenten 
a taula, li sembla a la Treseta qu'a la porta s'ou una veu d'home, 
y ella que s'esclama com el qu'hagués rebut una forta sotragada : 

— Ay ! no 's pot may tenir un sol moment d'alegria sensé 
destorb. 



— Potser en Joan de Fransa que xiula ! 

— No estich sorda, y 't dich qu'hi ha un home a la porta... 
Té, escolta, mira que toca la cadaula. 

— Amaga les rostes, — contesta 'n Bartomeu ; y agafant les 
mordaxes y alsant la veu : 

— Qui es aquî ? Que voleu a n'aquestes hores ? 

La Treseta prou que les desa de valent les rostes qu' hi ha 
tan de temps que n'ha tastat ni vist la cara d'una. Vevam, de! 
cas que sigués un parent de lluny, se li 'n tindria de donar ! 

— Ave Maria purissima ! sesclama '1 foraster, mentres se 'n 
entra dins la cuyna amb el fato, darrera l'esquena. 

— Deu els guard 1 — s'atreveix a afegir després d'una estona 
de ningû badar la boca, y no 's donant compte clar de lo que 
passa, mes sentint pesar sobre son cap l'agombolament d'una 
desgracia. 

Pobre foraster 1 pobre captayre ! Encare qu'estigui plena de 
pois de la carretera la seua barba blanca amb el seu vestit de 
pellingots y pedasos, ja 's veu amb el seu ayre y 'Is seus ulls 
franchs y blavenchs com un estany tranquil, que no es un perdut 
y, aixîs com els demés homes se campen la vida, qui d'una 
manera, qui d'una altra, ell la busca a la font dels cors carita- 
tius. Ja 's veu que, com es manxol, no 's pot guanyar la trista 
videta. 

— Y bé, que voleu, l'home ? — li fa lamo amb una cara d'allé 
mes surrut. 

Y abans que '1 pobret haji pogut contestar : 

— No hi ha res per vos avuy, ohiu !... No descuydeu de 
tancar la porta... No hi ha res per vos avuy, — va repetint la 
Treseta, tôt li xiuletejant les paraules en la gargamella. 

Mes el pobre captayre no 's cuyta de se 'n anar, y ganes que 
no 'n té. En comptes de pendre despedida, ell somrient qu'ambe 
dos passes s'atansa del llarer : 

— Senyora, no s'enfadi, que de rostes no li 'n demanaré ni 
una ni cap. 

— Qui vos ha dit que son rostes ? 

-. — Caram, la flayra qu'embalma tota la cuyna. 

Y amb els ulls arrufats y la veu enrabiada : 

— Vos he dit que tanqueu la porta. 



— 17Î — 

— Senyora, no s'enfadi de tal manera y no fassi crits, que la 
gcn del vchinat se pcnsarien qui sab que passa. 

— La cosa va massa forta ! Are a casa meua no seré mestressa 
de dir lo que 'm plau ?... Desvergonyit ! polios! 

— Pcl amor de Deu, fassin-mé '1 favor vestes de 'm deixar 
jaure a nit en el palier, qu'estich massa cansat per tirar cami mes 
cndevant ! 

— Ba, ba, — fa la Treseta. 

— Per que no mori de fam, me caldria encare un bocinet de 
pa. 

— Huix ! Com ho teniu aviat prest 1 Qui may ho hagués 
cregut qu'haguessem d'hostejar tots els vagorosos y roda-soques ? 

Allavores, trafeguejat per la pena que '1 punyia, el pobret 
engega un cop d'ull de pietat sus del pages que li sembla a 
n'aquest lo mateix com un llucet enmitg d'unes boyres de tristor. 

Un y altre resclosos com un caragol dins la seua closca, 
enfadats per lo molt qu'havien perdut. temps y lo qu'haurien de 
perdre encare, ells que 's resignen a li engegar una llesqueta de 
pa y li dir per se '1 treure de devant : 

— Aqui, a ma esquerra, hi ha el palier ; aneuhi a jaure 
desseguit. 

Mes se cuyta d'afegir aquella dolenta llenguda de la Treseta : 

— Bartomeu, escorcolla l'home... que no acati foch per la 
palliça... Arab allô de roda-soques, ni ha ni la cara d'un que 
sigui bo per se guanyar les queixalades ; mésfper lo qu "es de 
maldats !... 

Aixis com les Hors qu'axafades exhalen perfum mes viu : 

— Deu als hi pagui ! — s'esclama '1 pobret amb un mitg- 
somriure. 

Mes ells queden muts com barbs. 

Allavores allargant la ma y l'obrint, als hi diu : 

— Me volguessen fer vostés el gran favor d'acceptar aqueix 
6u qu'are mateix vé de "m donar una dona y que 'Is hi ofcreixi 
jo pel molt agrahit qu'estich ! 



Y mentres se va allunyant, als dos pagesos, amb els ulls 
escarquillats, que 's cuyten de nrnrar l'ou y 'I girar y regirar. 



- ,73 - 

Aquest ou té mateixa forma y envolum com els ous ordinaris, 
sinô que la closca es meytat blanca y meytat verdosenca. 

— Es un ou de gallina, — fa l'home que talaya la part blanca. 

— Es un ou de tirona, — contesta la Treseta que contempla 
la part verdosenca. 

— Es un ou de gallina, te dich. 

— Es un ou de tirona. 

— Ja m'hi conech. 

— Y que 't penses que tinch pega als ulls ? N'estich segura 
que m'hi conech tan com poguis fer tu. 

— Jo 't dich que t'enganyes. 

— Jo 't dich que no... Bé n'ets de toçut ! Un ou de gallina 
no es verdosench com aquest. 

— Ui ! Un ou de tirona s'ha de veure que no sera may tan 
blanch com ell ! 

— Es un ou de tirona... Y de cap de les maneres no 'm treuras 
de lo que dich. 

— Mira que si m'empipes, are mateix te trenqui els morros 
amb un cop de puny ! 

— No se com t'ha fet Deu que siguis d'aquesta manera... 
quines coses de dir !... Té, aspia bé, home... 

Y sote '1 nas d'en Bartomeu, amb un gest enfurismat^ estira la 
ma que té l'ou. 

Ell, creyent que 's li engega un cop de puny, amb un gran 
rêvés fa desviar el bras de la Treseta, que d'una tal sotragada li 
eau l'ou pel sol, axafat. 

El ca d'atura, quajagut sus del pas de la porta un hom bagués 
dit qu'esperava la fi d'aquell entremés, fa un sait y ambe dos 
llepades ho ha tôt netejat. 

— Per la teua toçuderia un ou tan guapo esta perdut... N'hi 
hauria per... 

— Quina una me 'n retreues ?... Que no ho sabs que tota la 
culpa es de tu ?... 

— Quin menester hi havia sostindre qu'era un ou de tirona ? 
Quin menester ? — esclata l'home amb uns crits que retrunyen. 

— Si, si, era un ou de tirona ; — contesta la Treseta amb 
uns xisclets que fan pou. 

— Un ou de gallina. 



— '74 — 

— No 'n treuras rés : quan dich una cosa, ha d'esser aixô y 
no mes. 

— Me la pagarâs, motllo de fer caretes ! 

— Y tu també, cap de marrâ ! 

— Mal profit te fassi lo que menges ! 

— Arri, malaguanyada que som per tu î bé massa qu'ho vetj ! 
Creyeu-ho com si né: després de très quarts d'hora de rellotgc 

de contrastar de ta! manera per primer cop de llur vida de 
matrimoni, com la Treseta li engega un fastich d'allé mes 
esgarrifôs, en Bartomeu, esgroguehit de rabia y sentint per totes 
les seues venes trontollar una onada d'indignacié, amb uns ulls lo 
mateix com brases, Tagafa pel bras per l'estussar. Fa uns 
esbufechs com un brau desvariat, ja que no se 'n pot avenir que 
la dona se li quadri aixîs. 

Prou, prou que l'hagués escanyada si no s'haguessen acostat 
alguns pagesos pels deseparar. 

Els dos dimoniots, plena d'escuma la boca y fent carrisquejar 
les dents, se 'Is hi caragolen pels brassos y cames com siguesscn 
serps, y els vehins no tenen mes remey sinô que 'Is embenar 
permor que quedin quiets. 

Al cap y a la fî, la Treseta y '1 seu home ne sallen de la 
brega senyalats y ambe la care plena de sgarranxades. 



Van passant dies y setmanes. 

A poch a poch, amb tôt y sentir frcdat a la primeria, algunes 
vegades marit y muUer somien que tenen unes gallines ambe 
plumes y potes de plata que ponen ous d'or a raguitzell, y aixo 
fa que 's va descuydant l'ou meytat blanch y meytat verdosench. 

A poch a poch, de llur memoria se va esborrant tôt allô de la 
brega. 

A poch a poch als hi torna fer de lligam la satisfaccio de 
replegar diners y contemplar el topi escohetat. 



L'any després, dia per dia, com se tornen apuntar de cap y 
de nou per anar a regirar l'herba del redall, mireu aqui que la 
Treseta, amb uns ayres de sopis-dormis, li diu a n' el seu home : 



- ,75 - 

— Al menos enguany no estarem enfadats amb aquell boca- 
badat de l'any passât. Te "n recordes de) pobre que, tal dia com 
avuy, ens va donar un ou de tirona ? 

— Un ou de gallina, s'ha de dir mes aviat. 

— Ja se lo que dich, home : el pobre que 'ns va donar un ou 
de tirona ? 

— Encare hi tornes a barrinar en lo mateix? Ambe tôt un any 
de reflectir me sembla que t'ho haguesses pogut ficar en la closca 
que l'ou era de gallina ! 

— Ho sabs lo que 'n vas treure de ser tan toçut ? 

— Mes si era un ou de gallina î Al cap y a la fî ja esta dit, 
y prou. 

— Encare qu'haguesses de m trucar lo mateix com l'any 
passât, fins al darrer badall no me 'n cansaré de sostindre que 
l'eu era de tirona. 

No ha acabat de parlar que '1 seu home, amb una plantofada, 
li trenca quatre dents y li fa veure les estelles. 

Mentres l'empunyega per li deixar lesquena mes planera 
qu'una llosa, ella, la pobra Treseta, rota estarrufada y com si li 
furguessen el fetge amb un ganivet oscat, fa un guinyolar tan 
espantôs que les dones de) vehinat n'estan estabornides. 



— La justicia ja 'Is hi buscarâ les puces, — va repetint tothom, 
quan la gent d'armeria els fa compareixer devant del jutge. 

Y als hi diu aquest amb un posât d'allé mes solemne : 

— Tu, Bartomeu, com se 'n ha mancat de prim que no li 
adobesses la pell com la d'un tabal a la teua esposa, mira que no 
viurâs gayre del cas que no cambiis. .. Les coses, ho diu la lley 
que s'han de pendre ambe mes calma... A tots dos per vos fer, 
recordar d'allé que 's diu que « les renyines no durarien mica ni 
gés si la culpa no fos sinô d'un costat », vos condemni a dos 
setmanes de pre.s6. 

♦ 

D'aquell dia ensâ la llur masada sempre se va arruinant y 
cayent en racises. En Bartomeu que com la Treseta fins allavores 
havia viscut sensé s'adonar si el mon anava de dret o de garrell, 
are si que rés pus li fa alegria. 



— 1 76 — 

Tan a l'un com a l'altra, la vergonya de passar pels carrers del 
poble que 'Is bescanta els aclapara lo mateix com el pensar a n'el 
topi escohetat que s va disminuint fins a qu'ai cap d'uns cinch o 
sis anys no hi quedi ni una liuisa. 

Y quan arribi el dia que, per que poguin continuât de viure, 
se "Is hi fa vendre tôt el bé pel tribunal, una dona del poble diu 
a la seua vehina : 

— Valenta cosa han guanyat en Bartomcu y la Trescta amb 
un ou de gallina ! 

— No, — contesta l'altra. — no, que l'ou era de tirona. 

— Vos equivoqueu, — fa allavores el pobre captayre que, 

passant perqui, sent la conversa, — vos equivoqueu : era un ou 

de renyincs. 

Mossen J. Blazy. 

JUNY 

A '1 senyor Doctor Lutrand. 

O Juny, que donas flors mes qu'a) maig oloroses. 
Que dus ab sol rient fruytes ja saboroses, 
Dels joves com dels vells mereixcs bè l'amor. 
SiguJs per tots senyal d'abundosa tardor ! 

Maig, ab fresques colors, ab toyes ufanoses, 
Diu sovjny trahiduria, i da tardes pjoroscs ; 
Ab ton ce) sens niivols confia al llaurador ; 
Tos dies se fan llarchs, lo bé s' posa millor. 

Valgue Deu que passin la joventut florida 
Nostres fills, i mostrin com tu ben acumplida 
La promesa que brôte en Durs valents vint anys 1 

Que vagin lo cap dret, obrant sempre ab molta gracia, 
Se reservant ardor, forsas, ab abundancia, 
Per acudir com s' deu à patrios afanys ! 

Evol, los ï5 de juny. J. BoRATEU. 



Oda Sàfica 

Traduit de Ronsard. 



Scnyora, tos ulls dolçament m'han occîs. 

Tantost me tocà de l'esguard teu l'encîs, 

m'he tornat tant ert com el penyal maçiç ; 

j tinc pel grisenc ! 

j Tant felicet qu'era al temps primaverenc, 

aJ verî no havent tastat paradisenc 

de l'Amor ! Llavors, ni consirôs, ni enclenc, 

car de tôt Jlaç soit, 

vivj'a, a ningû servint ni poc ni molt, 

i fent mon voler, com mana rei resolt. 

i Mes ai ! Per mai pus la ventura m'has toit, 

Amor malvolgut. 

^ Perquè dins mon ser com amo t'has segut ? 

Dîa i nit sospiro, el pit tôt somogut ; 

la sang dins del cos se 'm gela; i decaigut 

ja mon cor esta. 

Amb afanys no mes me sole desconortâ. 

Se conformen seny i raô al malestâ. 

Prô ma vida greu no 's pot pus comporta. 

Mes val ésser mort. 

Busquem sus la riba estigia una altra sort. 

Deixar-ho tôt, llum i amor, no 'm fara ré ; 

mes amb goig, com ja, trist de mi ! n'estic sord 

la vista perdre. 

Pau Berga. 



CARLES DE TOURTOULON 

1836-1913 



Mes el dol punyent d'en Tourtoulon fou un xich distret ab les 
festes internacionals centenaries del Petrarca qu'a Avignoun se 
celebraren l'any 1874 y qu'obriren una nova via d activitat y de 
gran fraternitat fent naixer la iJea llalina per aplegar als pobles 
de raça llatina com fan els slaus v els germans ab los ilurs 
germanisme y slavisme. Y ell qu'havia ilaçat Provença ab 
Catalunya ab l'Albert de Quintana y en Berluc-Perussis portaren 
el moviment llati atraient Italia en la persona d'en Conti, de la 
Academia Crusca y del Embaxador d'Italia. L'idea llatina '1 
preocupa sempre, fins en lo seu reculiiment d'Aïs, y la seva 
derrera comunicaciô fêta a l'Academia (1907) fou sobre l'idea 
llatina (i;. 

El Félibrige anava grandint y estenentse y s'imposava la 
Teconstituciô del meteix creanse les mantenences. Tourtoulon, 

r 

^élibre majorai, ab la Cigala de Yalergo, ab lo allevors Comte de 
Villeneuve contribixiren a la formaciô de les mantenences y « els 
estatuts del félibrige foren votats el 21 de maig de 1876 à 
Avinyô en la sala dels Templaris essent elabcrats, redactats per 
En Mistral, lo Barô de Tourtoulon y lo Marqués de Villeneuve » 
diu â la pagina y3, la Tiisîoire du Télibrige, par Gaston Jourdanne. 
(Roumanille, editor, Avignon) y a la 297 : « la redacciô dels 
« estatuts del félibrige apartany exclusivament à Villeneuve que 
« la discutî ab En Mistral, Tourtoulon, Jourdanne y Quintana ». 
L'autor sabra el perqué d'aquestes dues parrafades tan opostes- 
Tourtoulon ténia com divisa : 

Tant nau que poJe 
(tant ait com puch ) 

( I ) Paul Marieton. L'idée latine. Charles de Tourtoulon. Extrait de 
Lyon-T{evue\. Lyon, A. Waltener et C", i883, 25 pagines. 



— 179 — 

Y per armes : una tôrtora ab les aies esteses. Fou elegit primer 
sindic de la mantenença del Llenguadoc. Mes lo seu nombra- 
ment com lo d'en Berluc-Perussis provocà protestes per lo seu 
bagatge francés y poch llenguadociâ, mes ell estampa « Discours 
pronuncial dins lassemblada generala de la mantenença ténguda à 
Mountpelié, 1876, Aubin, Aix, 8 pagines ; Brindo pourtat dins la 
grande assemblada dou félibrige dou 21 mai 1876. Hamelin, 1876. 
Montpelié, 8 pagines, y publicâ lo sonet La Louseta, dedicat à 
M"" L. X. de Ricard, 1878. Baidy, Nîmes, 4 pagines. Berluc- 
Perusis, fou qui en l'Academia d'Aix introdui el bilingue y à 
Toulouso, Montpelié, Avignoun, Marsiho, a Aïs sempre les 
obres s'estampan ab la traducciô francesa al enfront 6 al peu. 

Lo senyor de Tourtoulon rcs tocaba que no li dongues vida y 
lo engrandis, era un gran iniciador y director. Aquella idea 
Ilatina ténia temps per caminar soleta, baix la protecciô dels très 
promctors de les festes Uatines de Montpellier : nostre Albert 
de Quintana, Tourtoulon y Mistral. En aquest apjech foren 
llorejats los Cants del llati essent lo primer premi per el poeta 
rumâ En Vasili Alecsandri, lo segon pel catalâ en F. Matheu y 
Fornzlls y lo terç per En Mistral. Quintana també escriguè un 
cant del llatî que fou musirat per l'eximi tortosi En Felip Pedrell 
y que se cantà al passeig del Peyrou de Montpellier. 

La Société historique el généalogique de T^rance que travallava feia 
temps en silenci comença la publicaciô del seu Bulleti que de 
1879 à 1884 dirigi Tourtoulon; precisament coincidi aquesta 
publicaciô ab la fundaciô del félibrige de "Paris — degut als 
perserverants trevalls den Maurici Faure y el seu primer prési- 
dent En Tourtoulon, — com sucesor d'aquella societat fundada 
pels literats y pels artistes dels mitjorn : per no perdrer l'accent, 
y barejada : La Cigale, en remembrança del insecte qu'e! sol fa 
cantar ( )). 

Tôt era progés, joia, triomf per l'erudit Barô, ell atreia els 
esguarts dels seus compatriotes fentse remarcar pel sentit 
practich y real dels seus amors y fundacions, mes una nova 

(i)Lfl Cigale convivia à Paris ab la Sartanie dels auvernyants, ïa "Pomme 
dels normands, la Société de l'Est dels francs-comptesos, ta Société Celtique 
dels bretons presidida per en Renan. 



— i8o — 

variant de vida vingué a sorprendre 'I : la Vida politica{i). Era 
la qu^stiô d'aquelles terres ont la historia antiga té tant de con- 
tarnos, ont s'admiren els fets heroichs, l'etern guerrejar que 
tantes vides ha esmerçat y ahont els camps, com carners immenses 
son plantats de rosers per embaumar l'ambent y honorar les 
despulles humanes que devall ells reposen, si els vius los hi dexen 
y les rodes dels canons, dels carros ab llur soroll, les potades 
dels caballs y els forats fets en la terra pels progectils, no 
destorben llur eterna tranquilitat : l'Orient. Exa lluita de creenses 
y de raça. Fêta la pau entre Rusia y Turquia, signât lo tractât 
de Sant Stefano, lo président de la Cambra de diputats de 
França : En Gambetta acaronâ l'idea d'enviar una missiô, 
embaixada als Balkans, als principats novament creats y propossâ 
pel délicat cârrech de président al senyor Barô. L'idea era bona 
y senzilla mes els entrabanchs de la politica no la dexaren surar; 
la llevor sembrada que semblava ténia de grillar, creixer y donar 
fruit per les malvestats politiques s'asecà y no pogué crearse lo 
Seti de Confiansa, ab que volien enlairar la coneguda personalitat 
d'En Tourtoulon. 

Lo travail continua del infadigable organitzador, del escorcol- 
lador pacient dels pergamins dels arxius, del escriptor correcte, 
d'elegant y brillant estil, les pênes y desenganys havian entristit 
lo seu cor, no passan endebades per la seva naturalessa y un dia 
perde l'agudessa y el camp Visual del ull esquerre per lo despren- 
diment de la retina (1880). Nova qu'aïs seus amichs los feu dir 
que si no era cech poch li mancava : al veurer que sols signava 
les endreceses privades y publiques dactilografiades y l'interrupciô 
de les relacions epistolars. Mes lo repos ocular, com consecucnt 
tractament de la malaltia, feia trevallar y rumiar al seu cervell 
d'home actiu, en la solitut y en la foscor, tenint présent qu' ell 
havia contribuit â que la fraternitat intelectual dels pobles Matins 
no fôs un somni, desseguida que pogué fer trevallar els seus ulls 
eàtatui una nova creansa seva la T^evue du monde latin quin primer 
numéro sorti pel pûblich el 1 5 de setcmbre de i883. La dirigi 

( 1 ) Tourtoulon rcbutjà els repetits oferiments que se li feren perque fos 
candidat en les lluites politiques, sols un colp, que no obtingué exit, aceptà ; 
fou quan aparegue ^ càn Dentu de Paris, lo follet : Le tiers parti, de qu'en 
parlaren els diaris y quin autor se sospita fondadament eralo Barô de Tour- 
toulon. 



- i8) - 

personalment un pareil d'anys, encarregantse de la secciô politica 
y diplomâtica, signant unes voltes ab son propi nom, les mes ab 
variats pseudonims y altres anonims articles com : Les droits et les 
revendications de la Catalogne. Le Patriarcat œcuménique et l'Exar- 
chat bulgare, le Patriarcat œcuménique de Constantinople, les "Bulgares 
et la future "Bulgarie y altres com Les trahisons diplomatiques : la 
question roumaine, tant fort que fou causa de la destituciô del 
Ministre de França à Bucarest, y al autor el decidiren a sols 
ocuparse de les questions orientais (i). 

En la Revue se publicaven trevalls en defensa d'Espanya, p. e. 
quan Bismark volguè pendrer les Carolines, y ens acompanyaven 
en els dolors : quan els terratremols d'Andalusia. Altres tenien 
mes relacié ab Catalunya : per enaltir la memoria del Mestre 
Milâ y Fontanals ; Mossen Jacinlo Verdaguer, per Charles de 
Tourtoulon, (tiratje a part, Paris 1888) s'en ocupa principalment 
de VJItlantida y fà conéxer la diferença entre 'Is mantanedors 
dels Jochs florals de Barcelona ab els de Toulouse, qu' equival à 
membre de l'Académie des Jeux floraux. 

En la T^evue du Monde latin escrigueren S. M. la Regina de 
Rumania : Carmen Sylva y altres escriptors rumans, portuguesos, 
brasilenys, catalans, americans, castellans y meresquè consideraciô 
y respecte, com.revista francesa y mondial, per lo encertat de 
les sèves opinions. 

Heraldista, critich, jurista, historiare, filolech, antropologista 
era un entusiaste trevallant de tôt cor. Quan les crisis cardiaques 
y les menaces d'orbesa no l'abandonaven anâ dexant les direccions 
del Bulleti de Herâldica, de la Revista del Mon llati, la Cigala 
de Majorai, la mantenença y sindicat del Llanguedoch (essent 
remplassal per Joan Laurés), se retira al camp y ab l'auxili del 
seu secretari volia trevallar per la segona memoria sobres el limit 
de la llenga d'Oc, cercar notes per una historia de la França del 
Mitjorn. La premsa politica havia anunciat ja : el estudi sobres els 
desàrdrens religiosos del s. XVJJ, mes l'autor hi renunciâ tement 
qu' la neutralitat y l'imparcialitat els seus linichs desitjos fossin 



(1) La 1{evue cambiâ de nom, intitulantse : Le monde latin et le monde slava 
dexant per un any de dirigirla ; despres tornâ a portar lo titol primitiu y 
novament tornâ à encarregarse de la Direcciô. 



— i8a — 

falsejadcs y explotades les sèves intencions pels partits politichs. 

Tourroulon y Menendez Pelayo feren part com mantenedors 
del consistori dels jochs florals, de) any 1888. Com aquest any, 
el de l'exposiciô universal, hi havia interés en que fôs Regina de 
la festa S. M. Dona Maria Cristina d'Absburg-Lorena, Comtessa 
de Barcelona, hi haguè une excisiô, celebrantse uns desidents 
apel-lats del Primer diumenge de Maig, y perllongantse els altres 
fins que la Cort fôs à Barcelona. Tourtoulon empregué viatgc 
per esserhi présent al acte emperé un atach cardiach l'obligà a 
quedar à Cette, tenint de retornar a sa llar y d'excusarse ab los 
companys de consistori. Lo seu amich y ex-secretari En Joan 
Barros, per compte propi escrigué en un diari una nota en que 
se feian insinuacions desagradoses y desfonamentades, atribuint 
l'ausencia del mantenador Ilanguedociâ à la politica interior, d'Es- 
panya, (la seva bona amistat ab En V. Almirall). Lo que fou 
desautorissat per En Tourtoulon. La llusîraciô Caialana publicâ 
un article biografich ab « beaucoup trop d'éloges », un catalanista 
al estranjer, que signava lo citât senyor Barros. 

Lo que se deia aleshores insinuacions desagradoses, etc. potser 
ho foren d'altre ordre perqué en aquest any comensa à preparar 
un assumpte molt enutjôs que li havia de fer passar amargues es- 
tones, minvar l'afecte y la consideracié de qualques amichs cata- 
lans y castellans, que l'obligà à viurer à Madrid per moltsmessog 
y fins a atrapar una séria malaltia : la difteria per afegirse a les 
de cor y de la vista que ja ténia, complicantles. Tingué de fer 
impremptar una memoria in 4* d' unes 80 pagines, — que no es 
possà en el comerç, — fentse solsament présent à certes persones 
que debien conexerla per atenyer lo fi que se proposava l'autor. 

Veihent que no avensava com ell y els seus patrocinats volien 
publicâ : "Bâton de Tourtoulon. "Una herencia en Cuba. Hisloria ad- 
ministrahva , 1900, Madrid. Sucesora de Minuesa de los Rios, calle 
de Miguel Servet, 11,1 pta 5o, J 04 pagines. — En l'apendix 
diu : « Una alta personaljtat espanyola de les que tenien dret 
« a enterarse primerament de la publicaciô del pressent follet. 
« s'es servida escriurer al autor, dihentli : iv No tinch d'amagar 
« a vosté que les locucions inùltiment dures y les menaces contin- 

« gudes en el follet, han de produk en el anim d' el mateix 

« mal efecte qu'han produit en el meu ; es à dir, del tôt contrari 
« al que sens dubte vosté s'havia propost ai escriure-el. » 



— i83 — 

Aquest intim del autor no hi anava molt errât y per mes qu'ell 
es defensi les espressions dures hi son y com lo Uibre esta escrit 
en castellà tôt es per Espanya, y el autor es el apoderat gênerai 
de trenta dos subdits francesos, quins noms signen l'iiistancia, y 
de vintytres que son ciutadans Nort-Américans. 

Pochs trevalls en castellà conexem del escriptor Uanguedocià, 
emperô dat el istil ab que se présenta, nos sembla una traducciô 
fêta per un advocat espanyol ô escrit tôt per tal persona y signât 
per En Tourtoulon. Tant en aquest llibret, com en aquest altre ; 
— Ch. DE Tourtoulon. L'AFFAIRE LAPORTB. —Mœurs 
idministralives espagnoles et françaises. 1903. A. Pédone, Librairie 
de la Cour d'Appel et de l'Ordre des avocats, i3, rue Soufflot, 
Paris. 5 francs. 297 pages. — lo senyor Barô de Tourtoulon no 
entorna son nom ab el de les ordres espanyoles y franceses que 
possei ni el de les Académies a que apertany, com si s'avergo- 
nyis de qu' hi figurin en un libel. No farem critica, mes portant 
lo seu nom y poguentse adquirir avuy dia pels preus dits debem 
citarlos entremit] de la seva producciô, tant mes quant lo libel 
frances porta l'endreça : A la "Loyale T^alion espagnole. Ces pages 
sont dédiées par un admirateur fervent, par un ami dévoué; y hi 
hagi capitols com el seté ,« Où l'administration française s'afri- 
canise. » y el vuité « ou l'administration espagnole s'europeise » 
ont se llegeix : « Lorsqu'on a eu l'ennui d'être en contact 
« avec les agents, souvent rogues et parfois obtus, de l'admi- 
« nistration française on est heureusement impressionné par 
« l'affabilité, la distinction d'esprit, la finesse de jugement de la 
« plupart des hommes politiques et des administrateurs espa- 
« gnols... » 

Hi ha 58 pagines de taula alfabética y analitica de materies, 
en quina ab Hêtres gréxudes s'hi troben noms de ministres, 
embaxadors, empleats, etc, fins el mot : Diphtérite, per recercar 
la que arreplegâ l'autor a Madrit y que « la sutragada del llarch 
viatge, — per retornar a la seva llar, — malgraî la febre y el 
deliri, — lo salvâ », pél febrer y marc de 1889 ! allunyant- 
lo del camp de trevall per un pareil de messos. 

(J^ Suivre.! Benêt R. Barrios. 



LIVRES ^ REVUES 
*^ 

La Terro d'Oc. 

Notre distingue confrère André Sourcil publie dans le numéro d'avril de 
la Terro d'Oc un remarquable article sur l'œuvre de Mistral, où il rappelle 
le souvenir du poète Jasmin et « son action sur l'âme de la foule ». 11 
compare le poète populaire d'Agen, goûté du public méridional qui le com- 
prenait fort bien, avec le grand poète de Maillane, « surtout goûté des 
lettres et de l'élite intellectuelle qui, plus particulièrement, pouvait apprécier 
la beauté de son oeuvre et être séduit par l'éclat de son génie ». 

Jasmin fut le poète charmeur qui o savait trouver des accents particuliè- 
rement persuasifs et profondément humains pour faire vibrer de douce et 
tragique émotion l'âme du peuple d'Oc, et ce peuple lui faisait cortège sur 
les routes, l'acclamant et le couvrant de fleurs ». 

Et l'on se demande avec M. André Soureil, si Mistral, « qui n'a jamais 
transporté ni fait vibrer d'enthousiasme les masses populaires », en se 
mêlant, comme Jasmin, à la foule éminemment impressionnable de notre 
Midi « n'eût pas contribué à donner au mouvement félibréen une vigueur, 
un élan, une décision et une précision qui lui manquèrent longtemps pour 
l'action de propagande sur le peuple m. 

11 nous est agréable de voir cette question ainsi posée dans une revue 
félibréenne parce qu'elle constitue, selon nous, un très intéressant sujet 
d'étude et aussi parce qu'elle contient un précieux enseignement pour les 
propagandistes du régionalisme dans les milieux populaires méridionaux. 



Les Chants Bleus, chez Eugène Figuière et C'', 7, rue Corneille, 
Paris. Un vol. de vers, 3 fr. 5o. 

A ses premiers poèmes composés dans une forme classique, Louis 
Alibert, fait succéder un volume en vers libres : Les Chants Bleus. Dans 
une préface, déjà violemment discutée, il explique cette évolution de pensée 
et de méthode. ]1 y est dit, en résumé, que « ce n'est plus la règle qui fait 
le vers, mais le vers qui fait la règle ». 

Art, a spontané, intuitif », art de l'heure présente, proclame Louis 
Alibert qui voit dans le vers libre, « vers évolué concurremment avec nos 
actuelles tendances libertaires, le vers classique du moment. » 

Le Gérant, COMET. — Imprimerie COMET, rue de la Poste. Perpigna». 



s* Année. N* dl Juillet 1914. 

Les Manuscrits non insères ^^ ^P^^f W 4 ^F^ 

ne sont oas renaus. M^^mT» ^^ 1. J mT« 



^es Articles oarus dans ia Revue 

n enoraCTent eue ieurs auteurs. 



CATALANE 



JULIOL 

Blaves ones de la mar, 
Altra voira us he cantat, 

Y pensant al temps passât 
També avuy vos vull cantar. 

Veig encare avuy nadar 

Y bressar ab voluptat, 
Entre '1 dois vostre combat, 

Y vejg riurer y veig jugar 

Las noyés encisadores 

Ab un coll mes blanch que neu, 

Ab uns brassos rodonets ; 

Blaves ones temptadores, 
Jo us he dat tôt lo cor meu, 
Molts sospjrs y mil secrets. 

L'Alguer (lUa de Sardenya) 

Jean de Giorgio y Vjtelli. 






Notes de Littérature Catalane 

Il m'est particulièrement agréable de parler du livre de Manuel 
de Montoliu, "Esludis de Literalura caiaîana (i), dont les études 
sympathiques sont consacrées à des poètes, des romanciers, des 
dramaturges et des essayistes catalans. Etudes rétrospectives, 
études complètes ou partielles d'écrivains modernes, elles révèlent 
une forme souvent solide, un esprit discipliné et une ferme 
orientation. ]) est toutefois regrettable qu'elles soient disposées 
suivant l'ordre alphabétique des noms d'auteurs. Certes, il était 
difficile de donner un ordre à des articles publiés dans un quoti- 
dien, au hasard de l'événement littéraire ; ce n'était pas impossi- 
ble. La chronologie ou les affinités de talent pouvaient donner 
des indications, d'autant plus précieuses que la littérature actuelle 
est d'un beau désordre. Il existe une évolution poétique, et on 
pouvait en tenir compte ; on pouvait étudier tour à tour Verdaguer, 
qui est un grand romantique et domine le « vell floralisme orto- 
doxe », Apeles Mestres qui importe l'art de Heine ou de 
Becquer, JWaragall et son mysticisme, et enfin le souffle aérien 
et subtil de la poésie de Joseph Carner ; nous eussions aimé 
rencontrer Milâ y Fontanals, le patriarche et l'initiateur, dès le 
portique de ce temple. 

Du moins, Manuel de Montoliu sait-il dégager de ces juxtapo- 
sitions d'études et de tendances une loi ou une idée générale. 
C'est une idée méditerranéenne : Accueillons, écrit-il en subs- 
tance, les muses classiques. Que nos œuvres soient le fruit de 
l'étude et du goùf ! Retrouvons dans les sources castaliennes la 
pureté de la forme et l'élégance de l'idée ! Que votre civilisme 
et votre « urbanitas )i, ô poètes, guident le peuple catalan vers 
cette haute civilisation à laquelle il est prédestiné ! 

Comme on voit, cette pensée dépasse le précepte d'Horace : 
Scribendi recle, sapere est et principium e'i fons. Elle ne manque pas 

(i) Prôleg de M. S. Oliver, Barcelona. Societat Cataiana d'edicions, vol. 
»x. 191a (xxiv-f-ajS p.). 



— 187 — 

d'impérialisme (théorie chère aux « noucentistes » de Barcelone); 
on y découvre même un soupçon de futurisme. J'approuve en 
principe Manuel de Montoliu. 11 proclame la dignité de l'art et 
la noblesse de l'humanisme, en un pays où chaque petite ville 
organise des Jeux Floraux incolores et verbeux, en l'honneur de 
la vierge du Rosaire ou de la Nativité, de Jacques ou de Cons- 
tantin. Ah ! qui dira jamais les torts de la rime ! 

Dans un premier article sur J. Alcover, Montoliu nous montre 
qu'il faudrait appliquer à la littérature catalane le système de 
Taine. C'est une étape nécessaire de la science critique, nous 
dit-il. 11 distingue donc dans le génie de sa race trois éléments 
essentiels, trois sédiments, si 1 on veut. D'abord, l'autochtone ou 
ibérique, dont le type représentatif serait Verdaguer, avec sa 
poésie grandiose et sans mesure ; puis le germanique, manifesté 
par Apeles Mestres et Maragall ; enfin, le classique ou gréco-' 
latin, auquel se rattachent les poètes de Majorque au pur lyrisme 
d'ode et d'élégie. 

Elle est ingénieuse, cette classification, mais les traits en sont 
bien larges. 11 est des termes plus simples et plus sûrs, d'ailleurs 
employés en d'autres pages : génie chrétien ou biblique ; génie 
grec ; génie populaire ou catalan ; génie moderne ou naturiste. 
Est-ce vraiment sa qualité d'ibère qui explique l'œuvre épique de 
Verdaguer, et faut-il tant le rapprocher de Sainte Thérèse ou du 
Greco, dont on veut oublier qu'il est avant tout Cretois et disciple 
de Tintoret? La première manifestation épique du génie espagnol, 
le « Poema del Cid », ne révèle aucun désordre. Mais comment 
écrire avec une pareille sérénité une épopée en plein xix' siècle? 
La cotte de mailles est le vêtement des guerriers, et non celui 
des mystiques et des romantiques. Quant à l'évocation des forces 
cosmogoniques, elle est encore l'un des caractères de la poésie 
moderne ; nous la trouvons dans l'œuvre de Hugo et de 
Lamartine ; je crois qu'il ne serait pas difficile de prouver que 
Verdaguer doit beaucoup à Lamartine... 

Son génie n'en est pas cependant tributaire. 11 sait grouper 
tous les enthousiasmes d'une époque qui voyait « grand ». 11 fut 
et il reste poète national. Prêtre et poète à la fois (c'est beaucoup 
trop !), son œuvre devait être soulevée par un élan magnifique, 
par une sensibilité triomphante. Elle devait se heurter à des 



— i88 — 

barrières. Le prêtre et le poète étaient peut-être dans les temps 
reculés une seule et même chose ; il n'en est sans doute plus de 
même aujourd'hui. Verdaguer ne le crut pas ; et il me semble que 
les autorités ecclésiastiques s'en aperçurent, d'une façon plus ou 
moins rudimentaire. De là, sa crise, autour de laquelle on a fait 
beaucoup d'ombre. De là, ses douleurs mystiques, qui s'expriment, 
d'ailleurs, avec mesure et suavité, en un style tendre, sans heurts, 
plein d'onction et de « merveille » populaire. Son mysticisme est 
doux. Ce n'est point là toujours le caractère du mysticisme 
espagnol, de l'exaltation ibérique. 

Une telle formule ne pourra donc pas définir l'inspiration 
verdaguérienne. Je voudrais qu'un esprit libre et généreux dise 
toute la vérité sur sa vie ; il y faudrait une psychologie profonde ; 
les lois brumeuses de l'ethnologie n'y suffiraient pas. 

Des Ibères, passons aux Germains. 

Ce n'est point encore l'ethnologie qui expliquera l'esprit poé- 
tique d'Apeles Mestres. Son subjectivisme me paraît simpliste et 
vieux comme le monde. Son germanisme est extérieur. C'est une 
mode littéraire. Comme Becquer, il a subi Henri Heine. 11 est 
imagier avant tout; le moyen âge et la figuration gothique le 
ravissent. Le traducteur de 1' a Intermezzo » a-t-il une sensibilité 
germanique ? Nous dirons qu'il a une sensibilitéromantique, lasensi_ 
bilité de l'époque, comme l'écrit d'ailleurs Manuel de Montoliu, 
avec un rare bonheur; il aurait dû ajouter qu'il glose à tout propos 
les vieilles chansons populaires catalanes. Tous les renaissants 
des littératures soudainement rappelées à la vie, glosent les vieilles 
chansons ; c'est, en somme, une loi inéluctable. Cette loi explique- 
rait le germanisme que Ton croit voir dans la littérature catalane. 

J'en arrive à cette observation, à savoir que l'esprit de la 
chanson populaire se retrouve chez tous les renaissants de 
Catalogne, qu'ils soient ibères, germains ou gréco-latins. 

Pourquoi Manuel de Montoliu ne le remarque-t-il pas ? Je 
puis lui faire ce reproche; dans son étude sur Alcover, qu'il nous 
dit être incomplète, voulant faire ressortir surtout la qualité latine 
de son lyrisme et le charme de son harmonie, il oublie de com- 
menter ses idées sur l'inspiration populaire, nettement exposées 
dans « Art y Literatura » ; il oublie qu'une chanson populaire 
s'intercale dans « La Serra », poésie délibérément impression- 
niste... 



— )89 — 

Mais la chanson populaire est diversement interprétée. Les uns 
aiment sa religiosité tendre, comme Verdaguer ; d'autres sa 
sentimentalité à fleur de peau, comme Apeles Mestres ; ceux-ci 
sa nostalgie musicale et dramatique, comme le compositeur Clavé ; 
ceux-là son euphonie et son évocation, comme Joan Alcover. Joan 
Maragall voulut en saisir l'essence, le primitivisme, le symbole, 
le mysticisme. Et de même il aima la spontanéité ineff^able du 
langage ; il crut au pouvoir ingénu des mots les plus simples. 
Cela ne serait-il pas permis à un latin ! Les germains auraient-ils 
vraiment le monopole de toute métaphysique ? 

]1 est certes peu banal, il est même curieux, de voir dans le 
germanisme le premier caractère du génie de Maragall ; il faudrait, 
avant tout, nous montrer combien il est catalan, par sa sincérité 
d'expression, par sa netteté de vision, et même par la substance 
« terrienne » de son mysticisme. Maragall m'écrivait un jour : 
« tôt gran art sent una terra ». Je ne trouve pas, je ne veux pas 
trouver de meilleure expression pour définir son grand art. Quant 
à son inquiétude, à ses idées toujours présentes de passé et de 
devenir, cela me prouve qu'il était poète, vraiment poète, sans 
plus. Et toute l'ethnologie du monae ne m'en apprendra pas 
davantage. 

On m'objectera que Maragall a traduit Gœthe. Je répondrai 
que Gœthe aimait les dieux de la Grèce. Et ceci compensera 
cela! Quant aux analogies spécieuses que peuvent susciter ses 
pages d'esthétique, je ne m'y attarderai pas. Maragall est un poète 
essentiellement moderne et naturiste ; à de certains égards, il fait 
penser à notre Francis Jammes, qui n'est pas germain. 11 fait 
penser à Francis Jammes, parce que sa poésie s'applique aux êtres 
immédiats, à l'horizon ordinaire, à la vie un peu monotone qui 
nous entoure. Maragall ne décrit que ce qu'il voit : ce n'est pas 
un si mauvais procédé !... 

11 paraît que la bourgeoisie catalane aime également la poésie 
des êtres familiers, des objets usuels : la promise, les enfants, la 
famille, les veillées, l'oiseau dans sa cage, le jardin et ses fruits. 

Elle ne se distingue guère en cela des autres bourgeoisies, ni 
même des autres classes. En France aussi on chante des refrains 
sur le printemps, la pauvre ouvrière et les lilas blancs ou mauves, 
du Mayol ou du Delmet; nous ne les comparons pas cependant 



— 190 — 

aux tendres poésies de Francis Jammes. Car il y a autre chose 
dans l'art de Francis Jammes. Or, Manuel de Montoliu dit en 
toutes lettres que l'art de Joan Maragall est celui de la bourgeoisie 
catalane. Je n'exagère pas : « Lluny de ser revolucionaris, en 
Maragall i els seus deixehles son, en loi lo que no lenen de mislics, 
eis poètes de la nostra burgesia, ja tocada (en sa part mes sélecte) 
de desitg de refinament. » 

J'ai intentionnellement souligné l'admirable restriction « en tôt 
lo que no tenen de mistics », car elle me paraît merveilleusement 
paradoxale. J'ai encore souligné le mot « deixebles », parce que 
je ne connais pas de purs disciples de Maragall ; je crois que ce 
mot n'a ici que la valeur d'un palliatif. 

Cette étude sur Maragall mérite bien que l'on s'y arrête. C'est 
là surtout que le dogmatisme de Montoliu nous apparaît dans 
toute sa rigueur. Montoliu veut que l'on soit latin, que la poésie 
soit une science précise, une sorte de mathématique élégante et 
polie. Selon lui, le poète doit être instruit, nourri des fables de 
l'antiquité. 

Montoliu a un faible pour les poètes livresques. 11 n'aime pas 
outre mesure la fraîcheur du primitivisme, la spontanéité du sen- 
timent et de la vision; je ne crois point qu'il parle souvent de 
ces qualités. Or, l'art de Maragall est avant tout libre et ingénu. 
Alors que chez d'autres, l'intelligence sereine domine et maîtrise 
le sentiment, selon l'une des formules du néo-classicisme, Maragal' 
nous révèle un cœur simple, à travers la complexité de son esprit. 
Et c'est vraiment une bonne fortune pour une littérature que 
d'avoir possédé un tel poète. 

Mais Montoliu insiste dans son paradoxe : Maragall est encore 
le verbe de la bourgeoisie parce qu'il est incohérent dans ses 
formes d'expression. Or, notre bourgeoisie est incohérente. Elle 
n'a pas trouvé sa forme définitive d'expression ; voyez les édifices 
de la Rambla et du Paseo de Graciai... Je dois l'avouer, cette 
comparaison m'émeut beaucoup. J'aime l'incohérence suggestive et 
sans doute apparente de Joan Maragall. Je déteste l'incohérence 
des édifices de Barcelone, amalgames incompréhensibles de tous 
les styles, extériorisations monstrueuses et insupportables de la 
vanité. .. 

Ces édifices sont gothiques, byzantins, mauresques, allemands, 



— 191 — 

viennois ; l'art de Maragall est simple et catalan, comme une 
source sous le soleil, à l'ombre mouvante d'un olivier. Hélas ! 
cette source est déjà tarie ; le maître est mort. 

Manuel de Montoliu construit donc un temple gréco-latin à 
l'usage des lettres catalanes. Les ablutions lustrales seront fréquem- 
ment répétées; la discipline ne faiblira jamais. Les initiés devront 
porter l'estampille de 1' « Institut d'Estudis Catalans » ; ils rece- 
vront au besoin des bourses de voyage pour séjourner dans les 
Universités allemandes plus particulièrement. Quant aux Ibères et 
aux Germains de la. littérature patriale, inutile de dire qu'ils 
seront observés et tenus à distance Je plaisante. 11 existe vrai- 
ment un bel effort classique en terre catalane. L'île de Majorque 
est devenue le paradis de la culture latine, du bon goût et de 
leuphonie. Elle s'honore de hauts poètes comme Joan Alcover, 
Mossen Costa y Llobera, Gabriel Alomar. Ce sont des « Apolli- 
niens ». « Ce sont eux qui font la révolution, avec leur idéal de 
perfection, de raffinement, au nom duquel ils veulent détruire tout ce 
qui demeure d'esprit selvatique chez nos poètes spontanés. Ils ne 
respirent pas dans l'atmosphère de notre société actuelle ; ils sont les 
chantres anticipés de notre société future, entrevue dans les rêves, et 
dans laquelle le raffinement sera une norme de vie. » Telle est la 
manière habituelle de Montoliu, une manière solide, massive et 
d'une fougue alourdie. 

J'ai déjà dit que j'approuvais en principe cette renaissance du 
classicisme, ce retour à l'antique, à la façon de Carducci. 

Je souhaite que ce retour soit vraiment une révolution. Doit- 
elle s'opérer par une acclimatation des poètes latins, comme l'a 
pensé Mossen Costa y Llobera dans ses « Horacianes » ? Peut- 
on considérer ce dernier livre comme une « oeuvre merveilleuse- 
ment ciselée » ? Voilà qui est fort improbable. Si quelques pièces 
des « Horacianes » sont pleines d'euphonie et de belles pensées, 
d'ordonnance et de sérénité, la plupart fatiguent avec leur accu- 
mulation de dactyles. Ce qui le prouve, cest que les disciples ne 
se présentent pas, et que l'on cherche des voies nouvelles. 
L'histoire de la littérature espagnole démontrerait que de tels 
essais reparaissent à des périodes déterminées, un peu comme les 
comètes. On s'attarde un soir à contempler leur resplendissement, 
on les oublie le lendemain, devant les constellations habituelles. 



— .92 - 

]] est curieux d'observer dans ce livre que la critique ne se 
reporte guère à la littérature castillane ou même catalane (i) î 
Manuel de Montoliu néglige les traditions de sa race, en sa 
prophétique ardeur ; et il pense plus volontiers aux esthéticiens 
nordiques. 11 est surtout illusionné par son désir de classicisme. 
Or, sans avoir encore l'influence de la chanson populaire, la 
tradition littéraire est pourtant reconnaissable chez plusieurs 
écrivains... Si Miquel Costa y Llobera a renouvelé l'ode saphique 
dans les « Horacianes », il ne faut pas oublier son « Agre de la 
Terra », volume composé d'éléments traditionnels, indigènes, et 
où l'on trouve des essais très heureux de « codolada mallorquina ». 
Et Alceste préférerait peut-être la « codolada » à l'ode saphique. 
L'exquis poète Joaquim Ruira, poète de rêve et de mystère, ne 
rappelle pas seulement Swimburne ; la fable morale du « Pais 
del Pler », miniature du « Canigô », nous montre peut-être qu'il 
connaît le vieux roman sentimental, allégorique et courtois; et 
son rythme prouve une lecture du « Spill de les Dones ». C'est 
un devoir pour la jeune poésie que de se relier chaque jour 
davantage à la lyrique du xv"* ou du xvi"' siècles. Elle trouvera 
des éléments pleins de vie, des combinaisons métriques et même 
de fortes idées à travers la psychologie analytique d'Auzias 
March, de Jordi de Sant-Jordi, et de Roig de Corella. Cela a été 
particulièrement compris par le poète Lopez-Picô, qui a su allier 
à ces fortes idées la rapidité concise des épigrammes d'anthologie 
et cette noble élocution qui fait, selon Ronsard, « reluire les vers 
comme les pierres précieuses les doigts de quelque grand 
seigneur ». Et cette image de Ronsard m'amène à parler d'une 
école importante dans les lettres catalanes, celle du Parnasse. 

Elle est représentée par Geroni Zarmé, et dans une certaine 
mesure par Gabriel Alomar et Joseph Carner. 11 est vrai que ces 
poètes ont donné à leur langue une plus grande richesse d'ex- 
pression et parfois une pureté marmoréenne. Mais je ne crois 
pas, malgré Montoliu, que l'apport de Zanné soit d'une impor- 
tance capitale. Je ne vois pas la splendeur de sa forme ; j'en vois 
la recherche. Sa poésie de dilettante, sa poésie d'images, est 

(i) Sauf dans un article intitulé « Els nostres classics », d'ailleurs plus 
spécialement consacre à l'essai actuel de classicisme. 






- .93 - 

cosmopolite. Nulle grandeur philosophique, nulle pure sève 
d'humanisme, nulle altière et divine harmonie dans son œuvre : 
les grandes qualités du Parnasse, ce petit Parnassien ne les 
possède pas. Et parce qu'il la déduit de l'œuvre de ce poète, 
Montoliu a une conception peut-être un peu étriquée du 
Parnasse. 

C'est encore une exagération de dire que les visions de Heredia 
sont glaciales. Les « Trophées » ne renferment pas seulement des 
émotions décoratives : il est des veines roses sous ce marbre 
blanc. Nous sentons très bien toutes les inspirations qui rattachent 
Heredia à Chénier, et Henri de Régnier à Heredia. L'œuvre de 
Heredia n'est pas un musée aux marbres froids ; elle garde une 
source limpide. Une étude essentielle de ses poèmes peut être 
profitable aux lettres catalanes, autant que l'étude des Italiens, 
de Carducci et de D'Annunzio, et malgré l'affirmation contraire 
de M. de Montoliu. Et ce sera peut-être la nouvelle et déjà 
vigoureuse renaissance du Roussillon qui aidera les Catalans à 
mieux connaître la sensibilité française. 

Telles sont les observations que ce livre m'a suggérées. Je 
dois dire maintenant qu'il constitue un guide précieux, que ses 
analyses partielles mais attachantes nous donnent une idée 
complète de l'effort catalan. Je constate avec joie que les poètes 
humanistes de Catalogne ont l'appui intelligent d'un véritable 
critique. 

P.-S. — Page 269, M. de Montoliu attribue à Ronsard l'ode 
de Sainte-Beuve « A la Rime ». Cette erreur est excusable ; elle 
est cependant suggestive. 

Joseph-S. Pons. 



Sobre la ortografia catalana 

Lo numéro janer-febrer 1914 del Bollefi deî Diccicnari carald, 
diu totes les rahons de filologia cientifica que justifican la 1, contre 
de la y, pera representar l'antiga conjunciô catalana e. Altres 
tantes n'hi ha, pera fer posar rei, reina, cuina, contre de rey, 
i:vna, cuyna, com fins are; y ra'im, quesHô contre de rahim, 
queslio ; mes tôt aixo son unes rahons de mal pehir. 

Com de tôt lo altre, de filologia cientifica si que 'n cal, pera 
mirar d'unificar 1 ortografia ; mes no n cal massa, ni fora de mida. 
Vaji, encare, pera les altres noves normes ortograficas; mes aixo 
d'escriurer lo rei i la reina, si que es massa cientifich, y que treu 
à la llengua catalana escrita lo seu cop d'ull y la seua florida 
tradicional. 

En les croniques dels sigles xiii y xiv, les de la bona epoca no 
mes catalana, sensé gallicismes ni castellanismes, à cada pagina 
s'hi veu escrit lo senyor rey, la senyora reyna, la cuyna del casiell ; 
donchs aqueixos primers escriptors de la llengua catalana, que la 
motllaren y nos l'han tramesa dins tota la seua encantadora puresa 
dels primers sigles, ja no conten per rès ? y se 'Is hi capgira ilur 
arafia com si no hi haguessen entés rès 1 

No se veu qu'amb lo nova ortografia la llengua catalana cambîa 
lo que té de primoros y de cansoner, com ho es un rajôli d'aygua 
saltadissa, per calcom de pesât y massa cientifich, per una mena 
d'espéranto, tôt convencional y fonetich. Nos venir amb aixo 
d'un s6 medi-palatal-fricatiu sonor, 6 vocal-anterior-no-arrodonit- 
amb-abertura-mes petita, es filologia, es fonetica, com qui dirîa 
matematicas y algèbre, mes no es literatura. 

A la llengua literaria li convé, aixis com à la llengua parlada, 
una mica de llibertat y d'armonia ; no se té d'anar mirar massa 
prim, si pera grafiar lo s6 obert 6 tancat que nos ha « cantat » à 
l'orella, quan lo sem ohit, cal una 1, absolutament, y en cap 
manera una y, que té mes cop d'ull, y es mes tradicional, ja que 
vé de la bona epoca no mes catalana. 



Aixo, d'anomalies entre la llengua parlada y la llengua escrita, 
passa lo mateix amb la llengua francesa. S'escriu maison, raison, 
y se pronuncia mézon, rézon ; s'escriu de Veau, un tableau, une loi, 
y se pronuncia de lo, e-n lablo, u-ne lou-a. 

Alguns filolechs-fonetichs han volgut fer escriurer aixis com se 
pronunciava ; may dingus no '!s ha escoltat ni seguit ; y l'anomalia 



- .95 - 

se queda, amparada sobre^ot per lo cop d'ull que té de tenir 
una llengua escrita. 

Un nostre bon company, que té trassa pera escriurer en catalâ, 
nos deya que si no li convé, à un artiste, unes règles massa 
absolûtes y privatives que li encadenarian l'imaginaciô y '1 pincell 
6 'I martell, pera fer pintura 6 escultura, passa lo mateix amb la 
literatura; al escriptor no li convé unes normes d'escriurcr que 
li engabiarian l'ideya y li ferian la pluma pesada. Y afejia, que 
mes s'estimaria la llibertat ortografica, qu'unes normes massa 
complicades 6 absolûtes. 

Y si no anem errats, bé sembla que feran trista cara, obres 
com Canigé, Jdilis y Canfs MisHchs, Pairia, de Mossen Cinto, si 
may s'els estampa amb tota la nova ortografia. 



Y es ben segurt que s'haji de rebutjar la y, com à conjuncio, 
pera posar / llatina, ja que la j; séria un castellanisme ? Mirem 
donchs uns manuscrits, ben anteriors al période castellâ, (que es 
desde la primaria del sigle xv). 

Amb lo numéro mars-abril-maig de 1905, del Bolleli de la 
Socielat Mrqueologica Luliana, hi va lo fac-similé d'una carta del 
rey de Mallorca, En Jaume 111, escrita desde '1 castell real de 
Perpinyâ, al seu « molt amat lo vescomte de Evol », en 1344; diu : 

« Rej; de Malorques, 
■ (( Sofrin, nostre seni;or, so que sofre, y crexen la traicio de 
nostres sotmeses, y sguardant que om sertz que la voluntat del 
rej; d'Arago..., j; confisan de la persona de don Pedro de Xerica, 
y considérant so que al cardinal.. . j; avem esperansa... » 

Tôt hi son _y, tan la y de « rey » que las y conjuntives ; y 
donchs aqueixa y no séria bé y tradicionalment catalana ? ja que 
d'aqueixes j; conjunctives n'hi ha à cada una de las 20 ratlles de 
la lletra ? 

Y en lo llibre del Congrès de la Llengua catalana del 1906, à 
Barcelona, va lo fac-similé d'un testament del 1247, 9"^ ^'" • 

« y depues que la laysse soJta y quita de la orden del Temple, 
aquesta casa devant dita. T" la_i;ssa 3; manda... j; de aquesta devisa 
y mandament... » 

Aqui també, tôt hi son j;, tant à « layssa » que à la conjuncio y. 



No se podria, donchs, guardar la y, com à conjuncio, pera 
escriurer rey, cuyna, aygua, avuy, com s'ha escrit fins are ! 

Lluis Pellissier. 






CARLES DE TOURTOULON 

1836-1913 

o«{^^- (Sui7e) 

« L'affaire Laporte » en resum es provocat per un francès de 
Bordeaux que vivint a Cuba arma un barquet corsari y captura 
una fregata nortamericana negrera. portant lo boti à Santiago de 
Cuba, als comensos de) s. xix. Corn negoci noble el capitâ de la 
« Semiramis » tan aviat sembla inglés, com espanyol ô janki y 
els dos marins se disputen quan En Napoleô « avec une mauvaise 
foi et une astuce bien peu française, couvrait la Péninsule de 
ses armées, essayant d'y implanter son autorité par la force en 
même temps que par la ruse... » diu lo Barô. Temps en que 
lo pillatje fou a l'ordre del dia en les terres espanyoles y fins 
Montserrat y els seus trésors bibliografichs cremats per les tropes 
imperials. 

Tourtoulon tingué deu minuts dolents, escoltâ els prechs dels 
seus amichs afalagadors y dels hereus perqué s'interessés per 
llurs revindicacions ab motiu de les bones relacions que ténia ab 
els homens politichs d'Espanya, literats y companys seus d'Aca- 
démies y hi consagrâ, vanament, la seva fortuna y els derrers vint 
anys de sa vida. Sens remembrar la maledicciô de la gitana : 
« plets ne tinguis y els guanyis », y sens veurer realitzats los seus 
desitjos, mori lo ii d'agost de 1913. 

Tourtoulon senti per la terra Catalana un ver amor. Lo seu 
llibre den Jaume 1 li porta moites simpaties y ell en les festes y 
aplechs succesius, en les noves estades per Catalunya anà conque- 
rint mes amichs (1) y admiradors ; ab lo seutaranar s'atreia als que 
'1 tractaven, ilustrats y pobres, per la seva politessa. La sencillesa 
y lo plà dels catalans li agradaven pel contrast ab les costums 
franceses. Ell un imperialista mantigué sempre bona amistat ab un 

(1) Qualquns 11 dedicaren publicacions fêtes per ells : lo catedratich 
d'Institut, En Gabriel Llabrés, lo "Libre de Saviesa del Rey En Jacme J 
d'Aragô. Estampât à Santander. iqo8, en « La Propaganda Catôlica ». 



9 



— 197 — 
republicà federalista com l'Almirall per la cultura y cor obert 
d'aquest català. Un dia li calguè un secretari per auxiliarlo, ja que 
la vista se li escursava, donchs un catalâ, En Joan Barros, fou lo 
triât. Escrivia sobres els escriptors catalans Balaguer, Verdaguer, 
etc., y arreu feia coneixer lo de Catalunya, per mes que fés com 
sempre fan els de! Pirineu enllà que no saben compendrer lo 
catalâ issolat de lo espanyol, p. e. en 1901 escrivia una informaciô 
sur Espagne et les espagnols ab motiu de la candi datura del poeta 
catalâ Albert de Quintana a l'Académie des Sciences, Agriculture 
Arts et Belles-Lettres d'Aix. Segons lo seu secretari « estima 
molt als catalans perquè reuneixen a l'imaginaciô dels llatins 
l'esperit prâctich dels anglesos y aquella caballerositat qu' es 
propia de tots els espanyols ». Y quan malalt no sortia del seu 
recô escrivia a un amich que venia a Catalunya: « Si je vous ai 
mal compris ou si vous désirez d'autres détails, des renseigne- 
ments quelconques, interrogez-moi, ne vous gênez en rien, je 
serai trop heureux de vous servir en quelque sorte d'introducteur 
dans ce beau pays de Catalogne, un amour de ma jeunesse qui fait 
encore battre mon cœur de vieillard. » Y li donava aquests détails : 
(( Lo meu vell amich Llorente, per qui jo tinch una especial 
afecciô, y vos serè molt reconegut si li transmeteu lo testimoni. 
També aquestos dos homens de molt gran valer que he conegut 
y particularment estimât, malgrat l'antagonisme de llurs opi- 
nions : Valenti Almirall, republicà, en temps dYsabel, encar- 
cellat per les sèves opinions, despres Alcalde republicà de 
Barcelona, natural dels mes lleals, contrariât per els abussos de 
les administracions monarquiques, publicâ en la T^evue du monde 
latin una série d'articles : L'Espagne telle qu'elle est poc favorosos 
pel seu pays y mes tart aplegats en un volum. Era molt catala- 
nista. Mane y Plaquer, periodista, d'un molt gran talent, monar- 
quista dinastich, molt catôlich. Felip Pedrell, compositor, autor 
de la mùsica del Cant del llati den Quintana, exécutât al Peyrou 
de Montpellier. » 

En 1908 ab motiu de les festcs del Cinquantenari dels Jochs 
florals, el Consistori establi una presidencia dhonor per quiscuna 
de les régions de llenga catalana ô parenta de la catalana. En 
Matheu li escrivia, « en nom del Consistori tinch lo plaer de 
ofrir-vos la Presidencia d honor per El Languedoc. Hi trobareu 



— 198 — 

vells amichs, entre ells Llorente qu'a aceptat la presidencia 
d'honor per Valencia ». La maJa salut d'En Tourtoulon no li 
permete aceptar y del Languedoc, de Montpellier, no vingué 
cap représentant a unirse ab los que ho eran de Provença, Ros- 
sellô, Tolosa, l'Alguer, Valencia, Mallorca, Auvernia, Andorra. 

Saragossa volgué honrarlo fent-lo Président honorari dels Jochs 
florals de «904, daquells jochs en qu' els regidors repubiicans de 
Valencia, Palma, Barcelona y Saragossa aprofitaren el aplech y 
lo hi esserhi la Senyera del Rei En Jaume 1 per fer una mani- 
festaciô politica. Lo senyor de Tourtoulon llegi lo seu diseurs 
en francés, cosa estranya en eJl tant polît y tant cortés, sabent 
com sabia el castellâ; o al manco i'hagués llegit en la seva llenga 
nadiua. D'aquest diseurs s'en feren très edicions : 

1. Discursos leidos en la V fiesta de los juegos florales de la 
Ciudad de Zaragoza por el senor D. J^afael Pamplona y "Escudero, 
Présidente del cuerpo de Mantenedores, y por el Ecmo 
Sr. "Baron de Tourtoulon, présidente honorario de dicha fiesta. 
Sello de los juegos florales. Zaragoza. Mariano Salas. MCMIV, 
in-folio, 32 pagines : de la 7 à la 9 diseurs del Sr. Pamplona ; de 
la i3 a la 18 diseurs, en francés llegit per lo Barô, y de la 21 a 
la 3j trasplantaciô castellana del meteix, fêta per Don Juan 
Moneva y Pujol. — 11. Tôt es igual fins la plana 19, ahont hi 
ha el Discours del Baroun En. Caries de Tourtoulon, revirat en 
llenga mountpelierenca, per l'Autou. — 111. Les primeres parts 
iguals, mes à la pagina 19 : Discours de Moussu lou Baroun de 
Tourtouloun revirat en lengo prouvençalo per Fedéri Mistral. 
Encare deguera existir un quart tiratje, y parlo merces a unes 
notes que corretjides ptr el propi Senyor Barô m'ha dexat el 
bon amich E. Aude (i), en quin debia figurar la traduccio 
catalana fêta pel culte poeta Maragall. Mes cap persona m'ha 
dit haverne vist un eczemplar y la senyora Noble, viuda del 
amich Maragall, no la trobâ entremitj dels ben ordenats papers 
que li dcxâ ; sospresa me pregâ que si la trobès li facilités una 
copia, per si un dia se publicava un nou volum de les obres del 
poeta, mes no ha estât posible complaurerla. 

(i) An ell, com als senyors Bofarull (Fde) lo comte de Bonnecorse Lubie- 
res, Brune), els meus regraciaments sincers per haverme facilitât la publi- 
caciô d'aquestes notes bio-bibliografîques. 



— 199 -- 
Tourtoulon era un fervorôs entusiasta del régionalisme y era 
dels que feian acte de presencia per enaltir-lo, sacrificant la 
seva salut, si convenia. En Maig de 1913 ténia lloch la felibre- 
jado à Aïs, y calia asistirhi perque 's temia que fossin els derrers 
jochs a que hi séria présent En Mistral. Al mati del dilluns de 
Pascua granada à câ el Marques d'ille y mentres la tronada y els 
cohets anunciaven l'arrivada del automovil qu'era anat à Maiano 
acercar al Poeta y a s'esposa, ell pensivol pujava l'escala de la 
casa senyorivola, confonentse ab la volior de provensales que 
lluhien llurs gracies y lo vestit régional. La senyora y filles del 
Marqués majorai feren la gran acullida a Dona Maria y an En 
Mistral, qu'alegre y falaguer per la faysô reial ab que s'el rebia, 
somreia y abrassava y feia els petons de consuetut entre félibres. 
Un moment emocionant fou aquell en que Mistral abrassava an 
En Tourtoulon, saludantlo ab veu forta, responent ell ab la 
tremolosa que la malaltia li donava, espurnejantli els ulls. Aquelles 
dues figures, honor y gloria de Provença, restaren un instant 
unides, y al separarse, un colp axugats els ulls. En Tourtoulon 
s'esmunyi de la gentada, devallâ al carrer y per aquell hermos 
passeig Cours Mirabeau, anà à casa, à ficarse al llit per, en lo 
repos y tranquilitat, fruir de l'emociô que venia de passar, rejove- 
nintse un instant pel triomf régional d'aquella diada ! 1 si hagués 
presenciat la recepciô a Câ la Ciutat, a l'Universitat, la taulejado, 
y lo comiat y partensa de retorn per Maiano. Al sendemà m' ho 
deia ab llâgrimes als ulls, y ho repetia mes tart als joves, als qui 
ell encorratjava a seguir els bons camins per ell tan estimats; fou 
la derrera volta que tinguf ei honor d'esser en la seva bona 
companyia, remembrant les sèves estades y excursions per lî^ terra 
del molt ait Rei En Jaume. Mes des lo derrer centenari (1908) 
del naixement del Conqueridor, no es treia del cap uns atachs fets 
per un redactor del Diario de Barcelona : C. S. y ab qui sostinguè 
una petita discusiô, en castellà. Escrigué per saber qui era aquest 
C. S., mes sempre rebè el silenci per tota resposta. Tinguerem 
de dirli que era En C[ayetano] S[olerJ. sacerdot, causantli 
grossa sospresa de que no s ho signés, avesat com estava à que 
en la seva terra posesin al devant del llinatge, lo braç religios y 
fins el militar. L'estil aspre el sosprengué mes, al saber qu'el autor 
de Tresina (novela-historia badalonina) en lo seu parlar es tan 
mêlés y tan fi com una al-lota mallorquina. 



— 200 

Un home que tant ha escrit y publicat per enlairar la idea 
llatina, lo seu nom no s'hi troba en aquell voluminos llibre, mes 
gros qu'un missal, de 1 5o6 planes, ab 256 de suplement, y 
adicions y index, apel-lat: Dictionnaire inlernational des Ecrivains 
du Monde Latin per Angelo de Gubernatis. Rome 1905-1907. Hi 
afegim 1907 pcrqué, ab el titol de « derrera paraula » el senador 
italià Compte de Gubernatis hi afegeix encare dues planes mes 
datades per l'abril de 1907. Séria sectarisme, la causa de i'omisiô, 
ôobiit? Per que si fos ignorancia séria molt grossa. Consolemnos; 
en tal diccionari no se llegeix cap nota bibliografica de! 
autor d'idilis y Canls Mistichs, Canigâ, VAtlantida y sols lo seu 
nom se troba en la nota d'un autor que traduî « El Somni de 
Sant-Joan ? Es un llibre molt gros..., per qualque cosa se diu en 
catalâ : en lo pot petit hi ha la bona confitura. 

Tôt contribueix à explicar la vuidor qu'ai cntorn del seu nom, 
al morir, s'cs fet y per axô es que : 

La gloria es vana 

y no hi ha com l'amor, 

quan tôt s'esvana 
qu' escapa a la foscor 
es millor esser estimât 
qu'esser renomenat 
L'amor es un honô 
que no te pas pariô. 

Si, tenim-li amor y venerem la memoria del erudit que tant 
trevallâ per l'unio dels pobles Matins, que volia crcar el llatinisme 
enfront del germanisme y del slavisme. Sia per sempre aimada 
la seva memoria, que les sèves obres perduraran per glorificar el 
seu nom (1). 

Abril 1914. Benêt R. Barrios. 



(1) Se li atribuerie una Oda d'Bn Jacme à Tarragouna, mes cap felibre, 
ni la seva Familia, ni à la Biblioteca Méjânes, ne ténen copia. 



Le Gérant, COMET. — Imprimerie COMET, rue de la Poste, Perpignan. 



S' Année. N' 92 Août 1914. 

Les Manuscrits non insères ^^ ^P^^V V^ # ^^% 

ne sont oas renau». B^^ mT« ^^r m. M M^^ 

Les Articles oarus dans ja Revue m^ ^^ ^^Ê^ J^ ■ #% I^J U^ 

n engagent oue leurs auteurs. ^■^Ajk A A AA^A AA^ Ai# 

AGOST 

En un fresch y gay mati 
Set nincts y set donselles 
Arriben en un jardi 
Qu'es tôt plé de maravelles. 

Cada fruyt tant bô y fi 

— Que tu, Agost, no apareJles. 

Penjat lo miren aqui, 

Los amadors y las belles. 

« Llesteu lo fruyt saboros 
Y que mes pjau de cullir 
Sobte las plantes discrètes; 

« CullJu lo fruyt mes ditxos, 
Ans que s' en vinga à morir, 
garconets y donselletes. » 

Joan de Giorgio y Vitelli. 



Introduction de llmprimerie à Barcelone 

Tous les auteurs qui ont traité de l'origine de l'imprimerie 
dans les divers pays d'Europe s'accordent à fixer la date de 1475 
pour celle de l'introduction de l'imprimerie à Barcelone. Les 
premiers imprimeurs de cette ville seraient, d'après leur témoi- 
gnage, Nicolas Spindeler, allemand, et Pierre Bruno, surnommé 
le Savoyard, à raison sans doute de son pays natal. 

Nous avons trouvé dans la Tipografia espanola du P. Francisco 
Mendez, deuxième édition revue et augmentée par D. Donisio 
Hidalgo, page 262, un document qui contredirait cette assertion, 
cependant très accréditée. 11 s'agit d'une dissertation sur ce 
sujet due à la plume de D. Jaime Ripoll Vilamajor, brochure 
de 8 pages in-4° imprimée à Vich en i833. 

Dans cette note, l'auteur déclare avoir entre les mains un livre 
dont il donne l'origine et la description dans les termes suivants, 
que nous traduisons de l'espagnol et de notre mieux : 

« Le R. P. Supérieur des Trinitaires déchaussés, Frère Pierre 
de la Conception, en prenant possession de sa nouvelle charge 
voulut faire un inventaire minutieux de la bibliothèque de son 
couvent. Il y trouva le livre que nous allons décrire et dont il 
a bien voulu nous faire don avec la permission de ses supérieurs. 

« Ce livre est bien fait et paraît complet du commencement à 
la fin. 11 contient 5o feuillets sans numération et tous utilisés. 11 
n'y a ni folios ni signatures ni réclames. Dans la première partie 
(En el primer apartado), immédiatement après chacun des titres 
(épigrafes) qui sont très nombreux les initiales manquent; celles 
qu'une main y a ajoutées postérieurement et celles du commence- 
ment sont en vermillon. On n'y voit d'autre signe de ponctuation 
que le point final. Les abréviations sont très fréquentes et très 
difficiles et la division aes parties de l'ouvrage très improprement 
faite. La forme des lettres n'est ni régulière ni uniforme, parti- 
culièrement l'R et le V majuscule qui sont formées tantôt d'une 
façon tantôt d'une autre. Ce n'est ni du gothique ni du romain, 
mais parait tenir des deux. 



203 — 

« En voici le titre : Pro condendis orationibus juxla grammalicas 
leges lileratissimi autoris Berlholomei Mates libellus exordilur. 

« Aussitôt après le titre commence l'ouvrage. 

« A la fin on lit textuellement: Gratie habentur Deo. Libellus 
pro ejficiendis orationibus. utgrammatice artis leges expostulant, e dodo 
viro Bertolomeo Mates condilus. e per P. (Petrum) Johannem Matoses 
Christi minisirum presbilerumque castigatus et emendalus sub impensis 
Guillermi T^os. et mira arie impressa per Johannem Gherling alamanum 
finitur Barcynone nonis oclobris. anni a nativitate Christi M. CCCC. 

Lxvm. 

« Cette finale ne peut-être plus concluante. 11 en résulte la 
preuve palpable et évidente que notre petit livre fut achevé 
d'imprimer à Barcelone par l'allemand Jean Gherling, le 9 octobre 
1468. » 

L'auteur dit ensuite qu'il ne serait pas raisonnable de contester 
l'exactitude de cette date pour le motif qu'il y a des impressions 
avec des dates erronées ou falsifiées à dessein. Le grand nombre 
des auteurs catalans à cette époque et antérieurement explique 
cette faveur de la part des imprimeurs ambulants qui se répandi- 
rent dans les diverses contrées de l'Europe. 

Jean Gherling se retrouve à Braga en Portugal l'an 1494, où 
il imprime le Breviarium Bracharense. 

Ce document n'était peut-être point ignoré de certains biblio- 
philes, puisque l'édition qui nous l'a fourni date de 1861, mais 
nous avons été étonné de ne pas le trouver mentionné dans les 
livres récents publiés sur ce sujet. 

Barcelone serait donc une des premières villes qui auraient 
reçu le bienfait de l'invention de l'imprimerie. Elle ne serait 
guère dépassée dans cette priorité que par Rome et les seules 
villes d'Allemagne où s'établirent les compagnons de Gutenberg. 

C'est en cette même année, 1468, que mourut l'inventeur de 
cet art merveilleux et il ne serait pas étonnant que Jean Gher- 
ling n'ait eu des rapports avec lui- 

Ce point d'histoire méritait d'être signalé. 

J. COMET. 




t't't^i't'Jt-t-f-t't't't't-t't't't'e'tt't't'e't'^t'^t't't't'^^t't't-t't't't'^t'tt' 



La Cabra del Eloy 



(Monolech) 



Jllei 



Tonada popular de Catalunya 




Hr—g- 



^ 



#=5t 



^:^rTrrFi i 



ra la la 



li ra li 



1 

Bona gent, vos contaré una historia 
Que m passa are mateix per la memoria. 
Ta la ra la la ra, Tom li ra rom li ra. 
Ta la ra la la ra, rom li ra li ra. 

Donques, cap a les onze hores de nit, se van senrir uns cops 
de batall qu'anaven baixant del campanar de Tretze-Vents. 

La cosa 's passava en hivern. 

— Qui sab lo que pot esser?... Potser el rellotge que no deu 
anar bé ! — s'esclamaven la gent a mit) endormiscats, puix n'eren 
a n'el primer son. 

Ninch!... nanch!... nanch!... ninch!... nanch!... nanchl... 

Qu'^n se va ohir creixent trasteig pels carrers, després de tan 



— 2o5 — 

y tan se llestir la campana de tocar, a tothom, vells y jovent, no 
'Is hi quedâ altre remey sindde s'aixecar depressa ; y malgrar 
que no 's sentissen cap mena de vocaciô de s'en anar defora amb 
aquell mal temps, qu'encare que no xiulés el vent, hagués asclat 
de tan geliu la roca mes dura, embolicats com se vulgui ambe 
capots, faldilles y tapa-boques fins a les parpelles, amb el fanal 
d'una ma, se van resignar a surtir de casa y correr cap a la 
Plassa de l'iglesia a sapiguer la causa de tôt allô. 

Mes de l'alarma ningii ne podia donar l'aclariment. 

Ninchî... nanch!... nanch!... ninchî... ninch!... nanch !... 

La campana anava tocant sensé parar. La gelada tan poch 
parava. 

Al cap d'una gran estona de mirar per les cases y 'Is paliers 
en cas que 'n algun rodai s"hi hagués acatat foch, en tornar a 's 
ressemblar à la Plassa, com d'una banda per tothom constava que 
de foch no s'en havia vist que 'n els fanais y que per altre cantô 
no sabien ni poch ni molt lo que succehia, quedaven tots ambe 
la boca mitj-oberta, y crech ben bé que s'haguessen cregut estar 
somiant si les llurs orelles que sempre anaven ohint lo mateix de 
la campana y '1 mal temps que ja 'Is hi havia gelât els narius, els 
hi hagués permés de dubtar qu'estessen ben desperts. 

— Ninchî... nanch!... nanch!.. . ninch!... ninch!... nanch!... 

]] 

Donques fa que la campana tocava, 
Y de valent eila que repicava. 
Ta la ra la la ra, rom li ra rom li ra, 
Ta la ra la la ra, rom li ra li ra. 

— Ninch!... nanch!... nanch!... ninch!... ninch!... nanch!... 
Qui sab lo que pot esser? 

Anava creixent l'animacié a copies d'ohir el soroll de la cam- 
pana y quedar confosos sensé sapiguer lo que fer. 

A poch a poch s'escorrien els quarts d'hora mentres los del 
rellotge repicaven de valent. 

En un rotllo, la gent de pes y posada reflectien tan com se 

podia. 

Al cap y a la fi va obrir la boca '1 sabater del carrer Stret, 



206 

que corn a mes enlletrat era '1 porta-llum en tôt lo de) poble que 
succehis dificultôs. 

— Per mi no pot ser res pus que lo que 'm pensi. 

— Diguis, home, diguis! — se van enDestir de contestar tots 
los del rotUo. 

— Molt sera que no 'n treguem el partit que cerquem... Per 
mi, no pot ser ningû sino aquell tarambana del Eloy que mou 
tan y tan de rebombori... Mireu : cap a les sis de tarde, '1 vaig 
veure am el coll de la camisa descordat y tôt encés de cara. 
Y 'm vaig fer aqueixa suposiciô que surtia de tastar un pareil de 
xopines de vi ranci de ca 'n Jaumet. 

Ambe l'ideya de la vergonya que resultava qu'aquell maymo 
de l'Eloy als hi fés passar la nit a la serena, y mentres se retreyen 
totes les estones de»son qu'anaven perdent, se ficsaven en els 
cervells unes foguerades de rabia que se 'Is enduhien. 

— L'Eloy ! l'Eloy ! Es aquell descarat de l'Eioy ! — criden 
la gent del rotllo. 

— L'Eloy î l'Eloy ! Es aquell descarat de l'Eloy ! — van 
repetint per tôt arreu homes, dones y maynada. 

En sentir aquells crits enrogallats, surtint d'un cantô ahont 
no 's podia veure res, d'espesses qu'hi eren les fosques : 

— Som acj ! — va fer l'Eloy amb una veu de sglay. 
Veritat es que malgrat qu'ambe prou feynes hi hagués a n'els 

fanais prou claror per fer blanquejar una miqueta la Plassa, se 
va veure clar com la llum del dia que qui venia de parlar era ben 
bé l'Eloy, l'obrer major que feya de campaner y solia cumplir 
tan puntualment la seua feyna y sensé cap mena de soroll. 
Després d'una estoneta de 's repensar, va afegir l'Eloy : 

— No vos faré la contra en el sostenir qu'es aixô o allô, mes 
me sembla que vosaltres no haveu vist qu'una cosa y no vos haveu 
adonat de l'altra. Ben mirât, que 'n penseu ? Si ho voleu qu'hi 
anem al campanar, per mi ja esta. 

Uns quants dels mes coratjosos s'armen de forques y dalles y, 
apretant el pas, se dirigeixen cap al campanar. 

Y qu'hi veuhen, fillets?... Una cabra, si, una cabra desvariada. 

Are si que tôt s'esplica segons ho confessa l'Eloy : l'havia 
seguit la seua cabra en anar a locar ïAve Maria, y ell, descuydat 
després d'haver passât la tarde a ca 'n Jaumet, l'havia deixada 



— 207 — 

estacada a la corda de la campana. 

Y bé, creyeuho com si no : un cop coneguda la causa de tôt 
allô, avergonyits com una guilla qu'una gallina s'enrosegués per 
la cua, se 'n van tornar cada hù a casa sensé gosar dir : aquesta 
boca es la meua. 

Mossen J. Blazy. 

El Somni del Kaiser 

El munstre jau damunt son Dit de guerra, 
té eJs punys closos a) pit i mira enlJà : 

— Troneu, canons !... Feu trontollar la terra ! — 
Si no tronen canons no 's dormira. 

Dorm amb eJs uUs oberts i a Déu li crida : 

— Partim-se el mon. Tu i jo som els mes forts. 
Per mi l'humanitat que resti amb vida, 

i tu quede 't les animes dels morts. 

Ange) GuiMERA. 

Le Rêve du Kaiser 

Le monstre ensanglanté gît sur son lit de guerre, 
points crispés, regardant l'Occident tout en feu. 

— Tonnez, canons, tonnez !... Faites trembler la terre ! 
sans le bruit de l'acier, m'endormir, je ne peux. -— 

Il dort, les yeux ouverts et, sommant Dieu, s'écrie : 

— le monde partageons ; nous sommes les plus forts ; 
à moi, tous les humains que j'ai laissés en vie ; 

pour ta part, toi, là-haut, prends les âmes des morts. 

[Traduction d'en Père de l'Jllzina) 



CROQUIS ROUSSILLONNAIS 

Le Comte Jo|re, de Ria 

Si ce nom dejofre sonne agréablement aujourd'hui aux oreilles 
françaises,)] chante agréablement aussi dans le coeur des Roussil- 
lonnais, car il figure déjà dans les premières pages de leur 
histoire : 

« Après que Louis le Débonnaire, roi de France, eut conquis 
la Principauté de Catalogne sur les Mores, il en remit l'admi- 
nistration au Chevalier Guifre, qui était originaire du château 
d'Arria (ou Ria), dans le Confient, aux bords de la Tet, et sur 
les limites du comté de Cerdagne. Guifre était très exercé au 
métier des armes, et très bon pour ses sujets. (D'après la Chro- 
nique catalane de Père Tomic, de 1448) ». 

« D'autres historiens font descendre le comte Jofre-le-Velu 
des rois de France, et le donnent comme fils de Guifre ou Jofre 
d'Arria, qui était un petit-fils de Charles Martel (conférence de 
B. Cabot à Barcelone, en 1893) ». 



Quelques années plus tard, alors que le comte Jofre se rendait 
à la cour du roi de France, le comte Salomon, de Cerdagne, le 
fit assassiner aux environs de Narbonne, en présence de son fils, 
Jofre, à peine âgé de six ans ; ce dernier fut retenu prisonnier 
et envoyé à l'empereur Charles-le-Chauve. 

Par ses intrigues, le comte Salomon obtint d'être désigné 
comme comte feudataire de Barcelone. 

L'empereur s'intéressa au sort malheureux du jeune Jofre, et 
le confia à sa soeur Judith, épouse du comte de Flandres, Bau- 
douin, pour qu'elle l'élevât et l'instruisît selon son rang de 
noblesse. 

Ayant grandi au milieu de la cour fastueuse des comtes de 
Flandres, Jofre-le-Velu devint un jeune et brillant chevalier, 
qui pensa bientôt à venger son père et à reconquérir le comté 
de Barcelone. 



— •209 — 

11 partit donc vers la Catalogne, arriva à Barcelone où il se 
fit reconnaître par sa mère et par les nobles Catalans; Tenthou- 
siasme populaire s'attacha dès lors à lui ; il parcourut triompha- 
lement, un jour, les rues de la cité, et comme il rencontra le 
comte Salomon, sur la place aux Herbes, il alla droit à lui et le 
perça de son épée. 

Redevenu comte de Barcelone, Jofre épousa "Winidilda, fille 
du comte de Flandres; et peu après il se rendit en France, à 
l'appel de Charles-le-Chauve, qui demandait son concours pour 
repousser une invasion des Northmans (877). 

C'est à la fin d'un de ces combats acharnés que — suivant la 
tradition, à défaut de document historique — une flèche ennemie 
vint frapper le comte Jofre près du cœur. A cette nouvelle, 
Charles-le-Chauve se rendit sous la tente du valeureux guerrier, 
et après avoir trempé ses doigts dans le sang qui jaillissait de la 
blessure, il les passa sur le bouclier doré du comte, traçant ainsi 
les « quatre barres de sanch » qui sont demeurées l'écusson 
catalan de « les quatre barres » sur fond d'or. 

Sur ces entrefaites, Jofre fut rappelé en toute hâte à Barce- 
lone, par la comtesse Winidilda, car les Mores reparaissaient en 
Catalogne, vers Alontserrat, Manresa et Vich. 

« Et prestement le dit comte, avec l'aide de ses barons, 
expulsa les Alores de ses territoires ; et pour remercier Notre- 
Seigneur Jésus-Christ de cette victoire, il édifia, avec la comtesse 
"Winidilda, le monastère de Ripoll, en l'honneur de Notre-Dame 
(888). » 

Le comte Jofre mourut en 912, et fut enterré dans le cloître 
de l'église de Ripoll, où se trouve encore son tombeau. 

Son troisième fils, Miro, lui succéda dans « les comtés de 
de Barcelone, Besalu, Roussillon et Cerdagne. » 

♦ 

A mille ans de distance, en 1914, c'est encore un Rousillon- 
nais, le généralissime Jofre, qui expulse de notre territoire les 
« Mores-Allemands », et qui renouvelle la « parenté nationale » 
du Roussillon, de la France et des Flandres. 

Jules Delpont. 



o Jw^s Ap on XD iS JS s ^p onJS oft ^9 âS '] 

'wuïumïU', 



LO PIN SA 

cscoltant. d'una /înestra las alabansas 
de la cardina, y de la girondella, exaltadas 
per un capella, defensa los seus drets. 



En finestra posât, attentiu, escoltava 

Un récit fabulos qu'un capellâ donava. 

No un simple capellâ, descuydat de tothom, 

Mes un canonge entés, docte, de gran renom. 

Exposant dels aucells la trassa y l'hermosura, 

De dos tant solament ell feya la pintura ; 

Deixant senzillament los altres de costats, 

Com si, per pur menspreu, Deu no 'Is agués criats. 

Per aquell capellâ, cardines, girondelles, 

Del poble dels aucells son les grans maravelles. 

Jamay agués cregut qu'un homme tant discret 

En tractant d'aucellets fos aixis tant distret ; 

Que trovés tôt perfet quan la ploma es bonica, 

Qu'estofa bigarrada fos sola estofa rica ; 

Qu'un cert ayre suau fos ja suficient 

Per poder attirar los mirars de la gent. 

Qui podra sostenir qu'agir d'eixa manera 

Sia un senyal segur de justicia entera? 

Y com homes podran deixar d'esser Ileals, 

Sols perque llur diseurs tracta dels animais ? 

Perque jo so pinsâ, sens roba bastant fina, 

Qui dira que jo dech saludar la cardina, 

Venerarla pertot y cedirli lo pas, 

Tractarla de Senyora y besar son detras ? 

Qu'es aixo ? Que no tinch, jo pinsâ. bona roba? £ 

Que variât color sobra mi no se troba ? 



— 211 — 

Un hermosjssim blau de ce), 

Petit riban color de me), 

Lo bec cjntat ab seda negra, 

Que no 'm fan fer la cara alegra? 
Si mos vestjts no son grogs y color de sang, 
Porto sobre cada ala un hermos drapeu blanc! 
Lo blanc es de gran preu y senyal de puresa. 
Si 's taca, se destaca ab una gran prestesa ; 
Basta tenir llixiu, prou aygua y batadô, 
Bonas mans y bon ull, y bastanment savô, 
Lo grog y lo vermeil facilment destanyeixan ; 
Rentaulos, sos brillants molt prompte dispareixan. 
Un homme reflectit facilment endevin^, 
Vist aixo, qu'el pinsâ val mes que la cardina. 
Que 'm fa qu'esta simpleta, ab son ayre élégant, 
Fascini tant los ulls y lo cor d'un galant? 
Qu'importa que, volent semblar à tothom bella. 
Fasse mil zigs-y-zags com una Dimosella ? 
En tôt aixo no y a qu'un gros arpat d'orgull, 
Que 's veu molt transparent quand hom se miraal full. 
Quand un ageix aixis, promptament hom s'avisa 
Que fa veure mes cul que no mostra camisa. 

Ben pondérât, tôt aixo fa 

Que cardina no val pinsâ. 

Per los vestits, tots ho veycu ; 

Es ben cert també per la veu. 



Quand la cardina canta o crida sos petits, 
Digau sens reparar : que son sos cants y crits ? 
Ritius, titi titius, soviny sens ningun ayre, 
Tirius y tiririus, qui no vos plauen gayrc. 



— 111 — 



Jo pinsâ, simple y fort, sobra un arbre posât, 
Ab mos grans tinc-tinc-tincs fas retrunya al baynat. 
Passats los frets d'ivern, quan vé la primavera, 
De las veus dels aucells, la mia es la primera. 
Feu parlar rabadans, consultau los pastors ; 
Que digan tots plegats lo que 's passa en sos cors ; 
Si no son transportats de sublima alegria 
En oïent lo meu cant à la punta del dia. 
La cardina que fa? Dorm o bat l'asterdit. 
Espérant à cantar quan lo sol es eixit, 
Examinau donch tôt ; si vostra vista es fina, 
Tots direu : lo pinsâ val mes que la cardina. 



Puix donch, en ver pinsâ, francament vos he dit 

Ser sobra la cardina en veu y per vestit, 

Ser menos vanitos qu'aquella presumida. 

De laquai lo gosar transpassa tota mida, 

Vos dire finalment que no 'm falta motiu 

De presar lo meu llit molt mes que lo seu niu. 

Que cosa es. digau-mé, lo niu de la cardina? 

QuJn siti elegeix, ella que 's creu tant fina, 

Per deposar sos ous? Y de que se serveix 

Per fabricar son niu? Tôt aixo bé mereix 

Examen attentiu, reflexio segura, 

Sens que may obtindreu veritat neta y pura. 

Vcycu alli dalt, dalt, al cim d'aquell ramell, 

Com un calcom de fosc, rodé com un capdell ? 

Es un niu de l'aucell, del quai fan alabansa 

Homes d'un gust dubtos, qu'hcrmosura descansa. 

Qui fixan sos plahers sobra les vanitats, 

Y no tenen amor per les realitats. 



— 2,5 _ 

Pobre niu, vinga vent, y pcr mes flach que sia, 
Te veuras despenjat ab la meytat d'un dia ! 

s. 

Los ous, ja mitj covats, o los auceJls nascuts 
Seran, d'un girant d'ulls, en terra rabatuts. 
Tant pis per l'esprit flach, possehit per l'enveja 
De llestar per fer niu un ram qui valenseja. 
Tant pis per qui no veu qu'ab los ulls d'un aucell ! 
Deixantse aixis guidar per un cap sens cervell, 
Despres de l'alegria y de moites rialles, 
Passarâ per gemecs, per liantes y ploralles. 

Y de que la cardina ha composât son niu ? 

De petits brims, cremats per lo sol del istiu? 

De fils y de ratalls d'una estofa desfeta ? 

De bocins de paper, sortits d'una sicreta? 

De parracs, ja llensats, sens valor y sens preu ? 

Si penseu d'aqueix modo, ah ! qu'enganyats aneu ! 

Creyeu que la cardina es santa ? Mala tinya ! 

En fent la carinyosa, es aucell de rapinya. 

Rova betes y fil, avegades agulles, 

Com si fossen brocs secs, pels vils, vanes despulles, 

Deixem donch la cardina, y per conclusiô 

Digam qu'en son esprit no y ha discreciô ; 

Qu'es aucell vanités, malfiat, un mal lladre 

Qui mereix un bollon fet d'aygua de baladre. 

♦ 

Quand es vingut lo tems de fabricar un niu. 
Quand ja fan : xac, xac, xac lo merle y la perdiu, 
Quand llansen sos perfums jacinthos y violes, 
Quand salten los cabrits, en fent mil cabrioles, 
Quand los pastors, xiulant, salten de roc en roc, 
Passantse de calsons, de xamarre y de foch, 



— 114 — 
Quand es, enfi. lo tems que 's diu la primavera, 
Symbolisant en tôt la juvcntut primera, 
QuJn es. per mi pinsâ. lo mes urgent travail ? 
Es de trovar un lloch retirât, dins la vall ; 
Un lloch fresch y plantât d'arbres d'alta statura, 
Vinguts no lluny d'un rcch y cintats de verdura ; 
Arbres com son los pins, los oms, los castanyers, 
Los poils, los boixos alts, los freixes, los nogucrs. 
Quand veix en algun d'ells alguna grossa branca, 
Tiran cap enlla munt, semblant una palanca, 
Ab bossocs y forçats, entornejats de broncs, 
Numbrosos branquillots tôt en lo torn dels troncs, 
Tufas de brancs ramats, surtits à mitja soca, 
Ombrejant felisment una grossa tinyoca, 
Aqui poso mon niu, en desfiant los vents, 
Los temporals, los trons y los llampecs ardents. 
Caygue pluja del cel, fasse sol o secada, 
Vingan los grans bruels d'una tremontanada ! 
No fa res ! Estich cert que, calma dins son niu, 
En covant los seus ous, la meu dona s'en riu. 
Riu perqué ja sap bé que té molt bona abriga 
De brancas y ramells, y que pot fer la figa 
A tots los temporals de pluja, pedra y vent, 
Y burlarse del sol per mes que sia ardent. 
Mon niu es composât d'una molsa grossera 
Que trovo sobre rocs d'algunâ penyatera, 
Ab SOS anglos punxuts facil à s'agafar 
A tota branca o tronc qu'hom la vulla posar. 
Vas ajustant despres una molsa mes fina, 
Que, malgrat son orgull, no coneix la cardina, 
Molsa d'un grog tirant tant si pu sobre el vert, 
Qui creix al peu dels rocs y marges del désert. 
Examinant, de lluny, lo que fa una criada. 



— 2l5 — 

Occupada à desfer lo Dit de la maynada, 
Veix caure borratons de Dana y de cotô 
Que )o vent esparpilla abaix d'un finestrô. 
Porto tôt en mon niu molt prompte, de repente. 
De mon empressament ma senyora contenta, 
Ab mi) honestedats me fa mil compliments, 
Preconantme pertot com un dels mes valents. 



Veyeu ara mon niu fet ab la trassa y manya 
Que desplega en tôt tems la vigilanta aranya 
Per disposar sos fils y teixir son filât? 
En eix niu no veureu res que sia rovat. 
Mon ilit es fet de molsa y de vanes despulles, 
Arreglat finament sens fil y sens agulles. 
Alguna brima seca, algun boci de broc, 
Que llensa la criada o tira dins lo foch. 
Y que fa la cardina ? Eixa linda senyora 
Té tots SOS dits forçats, y de tôt s'enamora. 
Enganyant a tothom ab son parlar humil, 
Rova, de totes parts, seda, agulles y fil. 
Tôt lo dit pondérât, crech que tothom devina 
Que lo pinsâ val mes, molt mes que la cardina. 

J.-B. Mou. 



Le général J offre 

Au moment où notre éminent compatriote, le général Joffre, 
prend le commandement de notre armée, nous croyons bien faire 
de donner ces quelques notes biographiques : 

Le général JofFre est né le 12 janvier )852, à Rivesaltes (Pyrénées- 
Orientales). En 1870, au moment de la guerre, il était élève à l'Ecole 
poytechnique. Les élèves de cette école furent nommés sous-lieutenants le 
21 septembre de cette année et employés aux travaux de défense de Paris. 
Le général Joffre assista donc aux opérations du siège. Après la guerre, il 
entra de nouveau â l'Ecole polytechnique, et à sa sortie, en 1872, il suivit 
les cours de l'Ecole d'application de Fontainebleau. Capitaine en 1876, il 
s'occupa des travaux de défense de Paris, puis alla successivement à Pontar- 
lier, à Montpellier, enfin il nommé chef du génie à Mont-Louis. 

En i885, il partit pour l'Extrême-Orient et fit partie de l'expédition de 
Formose. 11 devint, peu de temps après, chef du génie à Hanoï, rentra en 
France en 1888 pour être attaché au service du général Mensier, directeur 
du génie au ministère delà guerre. Chef de bataillon en 1889, il fut désigné, 
en 1891, pour professer à l'Ecole d'application de Fontainebleau le cours de 
fortification. 

L'année suivante, il fut mis à la disposition des colonies pour diriger une 
mission au Soudan. Il y rendit de grands services, ce qui lui valut le grade 
de lieutenant-colonel. 11 y commanda notamment la colonne qui fut chargée 
de venger le massacre de la colonne Bonnier, dans la région de Tombouctou. 
A sa rentrée du Soudan, en 1896, il fut nommé secrétaire de la commission 
d'examen des inventions, où il fut maintenu dans la même situation en 1897, 
avec le grade de colonel. 

Général de brigade en 1901, il commanda la 19""' brigade à Vincennes et 
fut nommé membre du comité technique du génie. 11 a été directeur du génie 
au ministère de la guerre. Général de division en 1905, il fut placé à la tête 
de la 6"" division d'infanterie à Paris. 11 a commandé le 2'"' corps d'armée à 
Amiens, puis a passé au conseil supérieur de la guerre, et est devenu chef 
d'état-major général de l'armée, ce qui, dans notre hiérarchie militaire, est 
la plus haute situation et fait de celui qui en est titulaire le généralissime en 
temps de guerre. 

Le Gcrani, COMET. — Imprireerie COMET, rue de )a Poste, Perpignan. 



S' Année. N' 93 Septembre 1914. 

Les Manuscrits non insères ^^ ^P^^t V^ 4 ^P^ 

le sont oas renaus. B^^ M^^ ^^r W I Wl 



CATALANE 



Les Articles oarus dans ia Revue 
n engagent oue ieurs airteuri. 



SETEMBRE 

Vistosa, la pampolada 
Tapa tota la planura : 
Per l'immensa soleyada 
Varis tons té la verdura. 

La verema dcsitjada 
De 'qui à poch sera madura, 
Y vindrâ la gran jornada 
Que tôt un any assegura. 

Alegretes y vermelles 
Van les dones en tropell, 
Portant entre las cistelles 

Lo rahim dois, perfumat, 
Nègre, blanch, groch y vermeil, 
Que la vinya nos ha dat. 

L'Alguer (111a de Sardenya) 

Joan de Giorgio y Vitelli, 



.ar:;^_^g 



Les Catalans 

EN PAYS DE FENOUILLET 

Villemartin, près Limoux (Aude) 

Le Cloître de l'ancien couvent des Carmes de Perpignan 

Trois camarades perpignanais sommes venus en excursion jus- 
que dans le Rasés, c'est-à-dire dans l'extrême pays de Fenouillet, 
où nous attiraient, d'ailleurs, des souvenirs du Roussillon et, en 
première ligne, le cloître de l'ancien couvent des Carmes, de 
Perpignan. 

Comment ce magnifique cloître se trouve-t-il ici ? Le numéro 
d'avril-juin 1913 de la revue T{uscino nous l'explique : 

« On sait que le cloître des Grands-Carmes (sur la place ac- 
tuelle de l'Arsenal) fut démoli après i83o et vendu au baron 
Alexandre Guiraud, le poète et membre de l'Académie française, 
qui le fit transporter et reconstruire dans son parc du château de 
Villemartin, près de Limoux, où l'on peut le voir encore — La 
Révolution de 1792 avait muré les arceaux du cloître pour le 
convertir en écurie ; cette profanation a duré trente ans environ 

La Révolution de i83o ordonna la démolition du cloître 

pour laisser plus d'espace aux manoeuvres de l'artillerie » 



Nous nous sommes donc présentés à la porte du château de 
Villemartin, « dont nous aimerions bien voir le cloître », dîmes- 
nous à la concierge qui nous reçut tout d abord. Elle en référa 
aussitôt à l'aimable M. Fabre, le propriétaire actuel de l'im- 
portant domaine de Villemartin, et quelques instants après un 
garde nous fit contourner le parc, et nous fûmes bientôt devant 
le merveilleux monument d architecture qu'est le cloître. 

Nous ne nous lassions pas d'admirer l'élégance des arcs, l'ori- 
ginalité et le fini des personnages ou des scènes sculptés à la 
base des colonnes et sur les faces des chapiteaux. 

« Les arceaux des plus longs côtés sont en marbre blanc, et 



— Î19 — 

ceux des autres côtés en marbre gris uni... les colonnes sont hau- 
tes, cannelées et divisées en deux parties superposées l'une à l'au- 
tre. ... le plein cintre des arceaux est orné d'un trèfle mauresque 
intérieur, à ogives, ce qui ajoute admirablement à l'eff^et de l'en- 
semble. » 

Avouons que le coeur nous battit un peu fort lorsque nous 
vîmes, placée contre le mur, tout à côté de la chapelle, la plaque 
de marbre rouge, veiné de blanc, qui porte la date de la construc- 
tion du cloître : 

AN° Dl : M CCC : XXXI II 
FVIT INCEPTV CLAVSTR 
VM : PER : A : D" : PlETRl' 
TORTIS ET FVIT : COMPLET 
VM : AN Dl : M° CCC : XLll : 

c'est-à-dire : « L'an du Seigneur i333 fut commencé ce cloître 
par Arnaud de Peyrestortes et fut terminé l'an du Seigneur 
I 342 . » 

Une guirlande de feuillage, gravée dans le marbre, encadre 
cette inscription. 

Un mot qui doit exercer la sagacité des visiteurs qui lisent 
cette pJaque, c'est l'abréviation PlETRl TORTIS ; car en de- 
hors d'un Roussillonnais, qui devinerait qu il faut lire Parietibus 
tortis, et que c'est là le nom latinisé de la localité roussillonnaise 
de Peyrestortes? Ce qui fit dire à l'un de nous : « La gent de 
Peyrestortes son engastats sus la pedra-marbre ». 



L'aimable et disert vieillard qu'est M. Fabre vint nous rejoindre 
à ce moment, et nous ouvrit la chapelle qui donne sur une ga- 
lerie du cloître. Le baron Guiraud eut l'heureuse idée, en effet, 
de replacer le cloître dans le cadre religieux qui seul lui con- 
venait, c'est-à-dire dans l'attenance d'une église. Cette chapelle 
est, elle-même, un petit bijou ; sous forme de bas-côtés, il y a 
été élevé deux galeries de trois arcades, en marbre rouge, qui 
sont la reproduction exacte de celles du cloître. 

Derrière l'autel se trouve posée à plat, sur le sol, une dalle 
tumulaire qui porte, sculpté en demi-grandeur naturelle, un reli- 



220 



gieux drapé dans son manteau, et tenant une crosse ; serait-ce la 
figuration d'un abbé mitre? N'ayant pas de documents à ce sujet, 
M. Fabre incline à croire quelle provient, elle aussi, du couvent 
des Carmes. Une courte inscription se voit bien au bas de la dalle ; 
mais elle est si effritée qu'elle en est illisible. 



Ajoutons que les murs du cloître sont garnis, à profusion, de 
« vieilles sculptures » et de « vieux bas-reliefs », réunis là par 
les mains expertes du baron Guiraud, de son fils Léonce et de 
M. Fabre ; c'est tout un petit musée de sujets religieux et profa- 
nes, d'une valeur inestimable. 

Aussi les antiquaires étrangers l'ont-ils déjà visité, et ont-ils 
même fait des offres pécuniaires, que M. Fabre a, d'ailleurs, dé- 
clinées. 

A signaler, encore, près de la grande pièce d'eau du parc, une 
série d'arcades ogivales, en pierre, avec colonnes et chapiteaux 
de style primitif, mais bien conservés ; nous y avons relevé, entre 
autres, une scène de chasse, un Christ bénissant qui rappelle 
celui du portail de Saint-Jean-le-Vieux et un autre Christ, bénis- 
sant aussi, qui se trouve dans la cour du musée de Perpignan. 



Sur un côté de la cour extérieure du château de Villemartin, 
s'élève une tourelle, dont la fenêtre du deuxième étage éclaire la 
salle-bibliothèque du baron Guiraud ; c'est là que le charmant 
écrivain composa Le Petit Savoyard, la poésie « que nous avons 
tous appris par cœur, dans notre prime jeunesse. » 



C'est avec regret que nous quittâmes Villemartin. où nous ve- 
nions de passer quelques heures bien agréables, et qu'après avoir 
pris une vue du cloître, nous remerciâmes de leur bienveillance, 
Madame et Mademoiselle Fabre, qui étaient venues, elles aussi, 
à notre rencontre. 



221 



 Quillan 

En quittant Villemartin et Limoux, nous avons pris le train 
jusqu'à Quillan ; là, et bien que le train continuât, lui, à remon- 
ter la vallée de l'Aude jusqu'à Axât (ligne de Quillan à Rivesal- 
tes), nous en sommes descendus pour continuer notre chemin à 
pied. 

A Quillan, l'attention est attirée parle château-fort en ruines, 
qui domine la rive droite de l'Aude. 

« Vers la fin du xu' siècle, Quillan eut à subir les désastres 
d'une invasion venue d'Espagne. Le roi d'Aragon, prétendant 
avoir des droits à exercer sur le comté de Rédez fou Razès), 
entra avec une nombreuse armée dans les pays de Fenouillède, 
s'empara de toute la vallée de l'Aude et des terres avoisinantes. 
La domination aragonaise s'exerça donc, dans ce pays, pendant 
plusieurs années; le souvenir en est resté vivant à Quillan, car 
le quartier situé sur la rive droite du fleuve a conservé le nom 
qui lui fut donné il y a huit cents ans, et s'appelle encore, en 
patois. « lé quartier dé l'Aragou ». 

Un autre « quartier dé l'Aragou » se trouve aussi à Limoux, 
où il constitue la paroisse de Notre-Dame, de la « ville vieille » ; 
et il est situé, lui aussi, sur la rive droite de l'Aude. Ce fleuve 
semble, dès lors, avoir été la limite entre les territoires soumis 
aux comtes de Toulouse et ceux soumis aux rois d'Aragon. 

Et cela nous amène à rappeler que cette région fut, dès l'an 
895, une dépendance du comté de Besalu (en Catalogne) ; ce 
comté comprenait, en outre du petit district de la ville de Besalu, 
le Vallespir (en Roussillon], le Capcir, le Donazan, les pays de 
Fenouillet, de Sault et de Pierrepertuse. 



Le château de Quillan a la forme d'un rectangle ; ses murs, 
très épais, sont en gros moellons, équarris ; quelques-unes des 
portes extérieures sont en arc brisé avec une sobre et primitive 
ornementation très agréable à l'œil ; mais ce qui est surtout à 
signaler, ce sont les pans coupés, élevés en saillie, à la partie 
supérieure des quatre coins du château ; le dessin, en cul-de- 



222 

lampe, de ces pans coupés, leur donne un caractère à la fois 
militaire et architectural, du meilleur effet. 

Les ruines de ce château abandonné constituent un monument 
historique très appréciable, et ia ville de Quillan, par ailleurs 
si industrieuse, ferait oeuvre d'art en veillant à leur conservation. 



Autour de Ouillan 

Saint-Terrioï 

Avec un de nos compatriotes, M. Dessens, d'Ille-sur-Tet (en 
Roussillon), en résidence depuis plusieurs années à Quillan, nous 
allons au village voisin de Saint-Ferriol. La route serpente et 
s'élève, à travers vignes, jusqu'au sommet d'un mamelon,' où le 
village est perché. 

11 y a là, à visiter, une église et un château, vieillots, mais 
intéressants. Ce sont deux constructions aux murs épais, faits 
d'énormes pierres plates, quelques-unes équarries aux angles, qui 
décèlent le style primitif, mais combien solide, du xii' siècle. 

L'église est de style roman, par son abside circulaire et par 
les arceaux en plein cintre, de l'intérieur; mais la voûte n'en a 
pas été terminée, car ces arceaux ne supportent encore qu'une 
charpente à deux versants. A l'extérieur, la bâtisse est soutenue 
par de puissants contreforts. 

Comme je ne voyais, dans l'église, aucune statue de Saint- 
Ferriol, je demandai au curé, M. l'abbc Batailler, où pouvait 
bien se trouver la statue du patron de la paroisse ; il me la 
signala dans la sacristie. C'est une statuette en plâtre, réléguée 
au-dessus d'une armoire et représentant Saint-Ferriol en soldat 
romain. 

— Mais ce n'est pas de jeu, lui dis-je, et Saint-Ferriol mérite 
mieux que cela; sa place est au maître-autel, pour qu'il y reçoive 
les honneurs et les prières qui lui sont dûs. 

— Je l'y mettrai, me promit mossen Batailler; et je lui pro- 
mis, à mon tour, de lui envoyer les Goigs, paroles et musique, qui 
se chantent à l'ermitage de Saint-Ferriol, à Ccret, en Roussillon. 

Mossen Batailler me montra, aussi, la croix paroissiale, en 
fer blanc, semble-t-il ; mais le Christ, sculpté, qu'elle porte, a de 



~ 223 — 

la valeur; la parfaite proportion des diverses parties du corps, 
ses bras tiraillés, ses jambes arquées, les deux pieds cloués sépa- 
rément, en font un objet d'art. 

Je vis encore un autre Christ, bien travaillé, sur une croix 
d'autel, en cuivre ; un grand bassin, en cuivre, avec, repoussés 
en relief, des poissons ressemblant à des raies; et un petit plat, 
en cuivre aussi, dont le fond représente une gazelle. 

Le château, qui fait face à l'église, est d'aspect majestueux; 
il a la forme d'un grand rectangle, flanqué, aux quatre angles, 
d'une haute tour carrée, avec soubassement en talus. Dans la cour 
intérieure, se voient des portes en plein cintre, dont les jamba- 
ges, ornés de simples rainures taillées dans la pierre, se terminent 
en cul-de-lampe, au-dessus du sol. L'escalier intérieur est monu- 
mental ; dans ce qui fut une grande salle de réception (car ce 
château est devenu une grange), se voit une haute et belle che- 
minée, avec la date de i63o. 

On a l'impression que ce vaste château était assez grand pour 
servir de refuge, en temps de guerre, à la population de Saint- 
Ferriol. 



Belvianes-Cavirac 

De Quillan nous montons ensuite au village de Belvianes- 
Cavirac, formé de ces deux agglomérations : Cavirac, assis sur le 
bord, à plat, de la rive droite de l'Aude, et Belvianes, perché 
sur le talus à pic, de la rive gauche, autour de son château, qui 
domine l'angle inaccessible de l'escarpement, tel un nid d'aigle. 

Nous traversons l'Aude, sur une passerelle en bois qui nous 
conduit devant la petite église de Cavirac. Car ce monument est 
intéressant par le caractère roman de son clocheton, et de son 
abside arrondie, dont le mur extérieur est orné, à sa partie supé- 
rieure, d'une arcature en relief, du meilleur effet. A l'intérieur, 
le plafond est relié aux murs latéraux par une voussure en quart 
de cercle ; et l'ouverture de l'arc de l'abside est en demi-ellipse. 

Ce sont, là, tout autant de caractères qui donnent, à cette 
église rurale, un cachet particulier, qui tranche sur le style, plus 
courant, des autres églises de la région. Les habitants de Cavirac 
semblent s'en rendre compte, car ils nous disent que leur église 



— 214 — 

est une église espagnole ; c'est « catalane » qu'ils veulent dire ; 
ils confondent — comme pas mal de monde, d'ailleurs, y compris 
de nombreux Roussillonnais — catalan avec espagnol, ce qui est 
loin d'être la même chose. 



Dans la sacristie de Cavirac nous avons trouvé, parmi les vieux 
registres qu'a bien voulu nous montrer M. l'abbé Delmas, un 
livre de comptes de la paroisse, commencé le 5 juillet 1761 ; il 
est visé, à la date du 3i juillet 1774, par l'abbé « Armand, 
ptr-vic. » ; cette signature est à retenir, et nous y reviendrons. 
Les règlements se succèdent, dans le livre, jusqu au 8 septem- 
bre 1791- Puis, interruption complète (pour cause de la Révo- 
lution) jusqu'au 26 juillet 1818, où les règlements reprennent 
jusqu'en )863. 

♦ 

Nous montons ensuite à Belvianes, et allons y saluer M"' Léo- 
nie Doumergue, institutrice en retraite, qui a exercé, entre autre, 
à Belvis, dans le « pays » voisin de Sault. Dans le fonds de 
vieux livres qu'elle possède, nous avons trouvé: un exemplaire 
du « Cantiquo à Nostro-Damo de Belvis », un bulletin de vote 
pour des élections roussillonnaises, et le livre « Régla dévida ». 

Ce cantique à Notre-Dame de Belvis est en gabaig (langue 
d'oc) ; mais les strophes sont calquées, pour le fonds et pour la 
forme, sur nos goigs catalans ; 

O patrouno benerado 
Dîns tout aqueste pays, 
Salbats-nous, Bierjo sagrado, 
Nostro-Damo de Belvis, 

et il se chante sur l'air de Notre-Dame de Font-Romeu ! 

n'est-ce pas là du roussillonnais transporté en pleine gabalgeria ! 
Le bulletin de vote est un petit rectangle de papier sur lequel 
sont imprimés, en lithographie, semble-t-il, ces noms : 

LEFRANC Pierre 
ARAGO Emmanuel 
GUITER Théodore, notaire 
ARAGO François 

ce qui en ferait un souvenir de la période de 1848. 



~- 2î5 — 

« La Régla de Vida » est le petit ouvrage si estimé, attribué 
aux prêtres roussillonnais Salamo et Gelabert, et qui fut d'abord 
édité à Avignon, en jySS (il en reste actuellement, en librairie, 
une réédition de 1802I ; comme fonds de piété et comme correc- 
tion de langue catalane, c'est un petit chef-d'œuvre. Malheureu- 
sement, l'exemplaire que nous venons de retrouver ne commence 
qu'à la page 6^ ; les 66 premières pages ont dû servir à faire des 
« paperines » de sel, pour les repas emportés aux champs ! 

Voit-on, une fois de plus, combien les vieux papiers et les 
vieux livres peuvent être intéressants ! et comme il convient de 
les trier, avant de les jeter au feu ou à la rue ! 



Nous allons, d'un coup de pied, voir le Castellas; dans un 
rocher à pic, sur le bord de la route, il y a une sorte de tran- 
chée, avec un pan de vieux mur, très épais, fait d'énormes pier- 
res. Il devait y avoir là, autrefois, non une chapelle, comme le 
croit le populaire, mais plutôt un fortin, qui surveillait à la fois 
le débouché de la Pierre-Lys et le défilé vers Quillan. 

M"' Doumergue nous accompagna, aussi, dans un grenier, au 
premier étage d'une maison, dans le mur de laquelle il reste 
scellé, la partie plate d'un bénitier en porcelaine ; sur ce « plat », 
se voit un christ en relief. La coquille du bénitier a dû être brisée. 



Saint-Martin-de-Lys 

De Belvianes, nous allons au village de Saint-Martin-de-la- 
Pierre-Lys (i).La route continue à serpenter sur la rive gauche de 
l'Aude ; elle ne tarde pas à s'engager dans les majestueux défilés 
de la Pierre-Lys ; les deux parois de l'étroit passage s'élèvent à 
pic, à une centaine de mètres de hauteur, et il semble, à chaque 
détour, que les quartiers de roche, audacieusement perchés en 
en l'air, vont se détacher sous leur propre poids, et rouler à nos 
pieds. La vallée s'élargit enfin, et nous arrivons devant Saint- 
Martin. 

Mais autrefois le chemin était pénible et périlleux ; il n'y 

(1) Saint-Martin de Lenis, ou de Lez, ou de Lys. 



— 226 — 

avait qu'un petit sentier, qui grimpait sur la crête de la monta- 
gne, en suivait les sinuosités et toutes les pentes, et finissait par 
aboutir au-dessus de Belvianes. Era de s'hi trencar lo coll. 

Le premier qui conçut le projet, et qui l'exécuta, d'un chemin 
plus facile, creusé sur le flanc des rochers, pour franchir les défilés 
presque de plain-pied, fut l'abbé Félix Armand, curé de Saint- 
Martin, précédemment vicaire à Quillan, dont nous avons trouvé 
la signature sur le livre de Cavirac. Ce fut là un travail de Ro- 
main, qui a d'ailleurs assuré la célébrité à « Félix Armand ». 

Voici les états de services, les brillants états de services, faut-il 
dire, de cet humble prêtre : 

Né à Quillan le 20 août 1742, de parents pauvres, mais sincè- 
rement religieux ; 

ordonné prêtre en 1768 et nommé vicaire de Quillan, où il 
se fit remarquer par ses talents oratoires ; 

en 1775, il est nommé, sur sa demande expresse, curé de 
Saint-Martin ; 

en 1777, il commence le nouveau chemin à travers la Pierre- 
Lys ; il donne l'exemple à ses paroissiens, en maniant lui-même, 
journellement, le pic et la mine ; 

en 1781, le chemin est enfin ouvert pour les piétons ou pour 
une monture ; 

en 1791, pour ne pas prêter le fameux serment constitutionnel, 
il se réfugie, à la suite de son évêque, à Sabadell, en Catalogne; 

en mai 1797, une délégation de ses paroissiens va le prendre 
à Sabadell, et le ramène de force, sous leur sauvegarde, à Saint- 
Martin ; les jours où l'on craignait le passage ou la visite d'un 
« constitutionnel », Félix Armand se cachait dans une grotte, 
dans le flanc de la montagne, et les habitants, à tour de rôle, le 
ravitaillaient et le protégeaint ; 

en 1800, il se distingua lors d'un incendie qui détruisit 35 hec- 
tare? de la forêt des Fanges ; il reçut, à cette occasion, une 
lettre de félicitations du Préfet de l'Aude, et un secours pour 
continuer la route ; 

plus tard, Napoléon 1" lui écrivit aussi, de sa propre main, et 
lui remit un bon sur sa cassette ; 

en 1814, le chemin était sensiblerpent élargi, après une lettre 
de félicitations et un nouveau secours envoyé par Louis XVIII ; 



— rzy — 

quelques années plus tard, il refuse sa nomination de chanoine 
à Carcassonne, pour ne pas quitter « son » Saint-Martin ; 

il reçoit la croix de la Légion d'honneur sur son lit de mort, 
en iSîS ; 

une statue lui a été élevée, à Quillan, il y a une dizaine d'an- 
nées. 

Ne croirait-on pas lire, là, le canevas d'une légende dorée? 



On nous signale, à quelques kilomètres de là, le village de 
Sant-Juliâ, dont la fête locale se fait pour la Saint-Julien et 
Sainte-Basilisse, tout comme dans de nombreuses paroisses du 
Roussillon, Jujols, Ralleu, Mosset, le Soler, etc. 



Nous allons encore à Quirbajou, petit village pittoresquement 
juché sur un petit plateau, et dont le retour sur Saint-Martin-de- 
Lys nous donne l'occasion d'une descente vertigineuse sur la 
paroi rocheuse de la Pierre-Lys. 



Les comtes de Besalu intervenaient dans l'administration de 
ces territoires, qui se trouvaient être, dès lors, bien catalans. 
C'est ainsi qu'à Saint-Martin-de-L) s il fut créé, vers l'an 898, 
une abbaye de bénédictins ; des chartes la concernant, de 966, 
J020 et 1102, mentionnent les comtes de Besalu et les vicomtes 
de Fenouillet. En 1045, eut lieu la consécration de l'église 
paroissiale de Saint-Martin. 

L'abbaye, devenue ensuite un prieuré, fut détruite par les hu- 
guenots, lors des guerres de religion, vers iSyB ; le temps, et la 
Révolution de 1793 aidant, il ne reste plus de ce « conbent de 
San-Benouet », comme on l'appelle encore à Saint Martin, que 
des ruines..., des traces de cimetière et des pans de murs, qui 
s'élèvent mélancoliquement, dans un petit jardin, sur les bords de 
l'Aude. 



— Î28 — 

Joucou 

A i5 kilomètres de Saint-Martin, en remontant la vallée du 
Rebenty, se trouve le village de Joucou, où était aussi, dès SyS, 
une abbaye bénédictine. 

Nous allons donc à Joucou ; mais de cette abbaye nous n'en 
voyons plus, là aussi, que des ruines ; des pans de murs épais, 
construits avec de larges pierres plates, servent maintenant de gre- 
niers à foin. 

L'historien du comté de Besalu, don Francisco Monsalvatje 
(de Gerona), a reconstitué la liste des abbés de Joucou, de 863 
à 1459. 



Cubières 

Nous revenons à Saint-Martin-de-Lys, et y prenons le train 
pour rentrer à Perpignan, par la ligne de Quillan à Rivesaltes. 

Le temps nous a manqué pour nous arrêter à Saint-Paul-de- 
Fenouillet et, de là, aller à Camps-et-Cubières, dans le territoire 
de Pierra-Pertusa, vers les sources de la Gly. Il y avait, là, 
l'abbaye de « Santa-Maria de Cubières », déjà mentionnée en 817; 
dans son testament de l'an 1020, le comte de Besalu, Bernard 
Taillefer, léguait à ce monastère cinq onces d'or pour l'achat 
d une croix. 

Et il résulte d'un acte de l'an joci, qu'à cette date « Sainte- 
Marie de Cubières » était propriétaire d'une vigne à Malloles, 
près Perpignan. 

♦ 

En 1226, ces divers territoires étaient administrés par le comte 
de Roussillon, Nuno Sanxo, qui les tenait, à la fois semble t-il, 
et pour le roi d'Aragon et pour le roi de France. En i258, ils 
furent définitivement cédés à la France, à la suite du traité de 
Corbeil, intervenu entre Louis IX et Jacques 1" d'Aragon. 

Mais l'influence catalane avait pénétré dans ces « pays » ; si 
bien qu'en iSgS, ils étaient encore régulièrement visités par le 
quêteur de la confrérie de a Santa-Barbara de Pruneras », dont 
la chapelle était située dans le pays de Besalu, entre Castell-Follit 
et Saint-Laurent-de-Cerdans. 



— 229 — 

Le livre de voyage de ce quêteur mentionne, entre autre, 
qu'après avoir parcouru le Roussillon, il allait dans le Narbonnais, 
dans le Fenouillet, dans le Capcir, dans le pays de Sault, et jusqu'à 
Quillan. 

]] nous a paru que ces à-côtés de l'histoire du Roussillon mé- 
ritaient d'être signalés. Jules Delpont. 



Appendice chronologique 

{archives du Comté de Bes^alu ei de la Couronne d'Aragon) 

Vers lan 900. — Diplôme du roi Charles-le-Simple, en faveur 
de l'abbé Salomon, confirmant les possessions de l'abbaye de 
Saint-Jacques de Jocou, en Rasés. On y trouve la mention de 
presque toutes les paroisses du Capcir. 

954. — Bulle du pape Agapite 11, en faveur du monastère de 
Saint-Martin-de-Lez. (L'Aude y est désigné sous le nom de flu- 
mine Allace). 

1045. — Acte de consécration de l'église de Saint-Martin-de- 
Lez. (L'Aude y est mentionné sous le nom de fluvium AlaxJ. 

]o53. — Promesse du comte de Besalu, Guillaume 11, d'aider 
l'archevêque de Narbonne, Guifred, dans la défense des forte- 
resses voisines de sa cathédrale. 

1067. — Guillaume-Raymond, comte de Cerdagne, cède à don 
Ramon, comte de Barcelone, et à la comtesse donya Almodis, 
ses droits sur Carcassonne. 

Divers héritages et droits sur Carcassonne, sont vendus par 
Pierre et Bernard-Guillaume, frères, à Don Ramon et à donya 
Almodis, comtes de Barcelone. 

Carcassonne, Confient, Casiliag, etc., avec leurs villes, églises, 
abbayes, châteaux, villas, sont cédés par Raymond Bernard et 
Ermengaud, vicomtes, à don Ramon et donya Almodis, comtes 
de Barcelone. 

1070. — Contrat de donation du monastère de Saint-Martin- 
de-Lez, à l'abbaye de Saint-Pons-de-Tomières, par Bernard 11, 
comte de Besalu (1). 

(i) L'Aude y est désigné sous le nom de Jlditum flumen ; d'où Audite, et 
finalement Aude. 



1073. — Contrat de cession de Sainte-Marie-de-Cubières, à 
l'abbaye de Moissac, par Rayn\ond-Pierre, seigneur de Pierrc- 
Pertuse, avec l'autorisation de Bernard, comte de Besalu et 
Fenouillède. 

1080. — Ramon-Bérenguer, comte de Barcelone, délègue à 
Bérenger-Ramon, son frère, ses droits sur le château de Barbera 
et ses dépendances, et sur la moitié du Carcassonnais, du Razès 
et autres territoires. 

1106. — Donation faite par le comte de Besalu, Bernard III, 
en faveur de l'église Saint-Paul, de Narbonne. 

1110. — Pierre Udalgar, vicomte de Fenollet, reconnaît les 
droits de Bernard, comte de Cerdagne, sur l'abbaye de Saint- 
Paul-de-Vallsosol, et le dit comte laisse au dit vicomte, sa vie 
durant, la ville de Maurins, avec son église et son territoire. 

1111. — Bernard-Guillaume, comte de Cerdagne, cède à don 
Ramon-Bérenger, comte de Barcelone, ses droits sur les châteaux 
et territoires de Besalu, de Castellnou (en Vallespin, de Fenouil- 
let, de Pierrepertuse, avec les monastères en dépendant. 

1112. — Prestation d'hommage, par Aymerich, vicomte de 
Narbonne, au comte de Barcelone, Ramon-Bérenguer, pour les 
châteaux de Fenouillet et Pierrepertuse. 

ji-j^. — Alphonse, roi d'Aragon, fait donation à Roger, vi- 
comte de Béziers et de Carcassonne, des châteaux et territoires 
du Carcasses, du Lauraguais, du Razès, et spécialement de la 
ville de Limoux et du pays de Sault, du Termenès, et du Mi- 
nervois. 

1188. — La cité de Carcassonne est donnée, avec le territoire 
du Carcasses et ses monastères, par Alphonse, roi d'Aragon, à 
Raymond-Roger, comte de Foix. 

1226. — Cession faite, par le roi de France, Louis VIII, du 
comté de Fenouillet, à Nunyo Sanche, comte de Roussillon, 
Cerdagne, Confient et Vallespir. 

1118. — Prestation d'hommage au roi de France, pour les 
comtés de Fenouillet et Pierrepertuse, par Nunyo Sanche, comte 
de Roussillon. 

1235. — Jacques i", roi d'Aragon, donne comme garantie de 
sa dot, à sa future épouse, donya Violant, de Hongrie, la ville 
de Montpellier et le comté de Milhau. 



— 23l — 

1258. — Jacques 1", roi d'Aragon, cède à saint Louis, roi de 
France, tous ses droits sur les comtés de Fenouillet, de Sault, 
de Pierrepertuse, etc.; et saint Louis renonce à tous ses droits 
sur les comtés de Barcelone, Besalu, Roussillon, Confient et 
Cerdagne. 

Vers 1418. — Autorisation donnée à un habitant de Quillan 
de creuser un fossé sur la place au bord de la mer, au port 
d'avall de Collioure (Roussillon), pour faire entrer un arbre de 
nef, dans la boutique d'un charpentier. 

Vers 1720. — Le sieur Bertrand, marchand de Quillan, offre 
d'acheter les merrains des forêts de Prats-de-Mollo (en Roussil- 
lon) et de les transporter en Languedoc et en Provence, pour 
en fournir, pendant quatre années, des bois de construction pour 
les vaisseaux et galères du Roi. 



("Des archives du chapitre de Saint- Paul-de-Tenouillet) 

en 906 ? — Donation, par le roi Charles, à l'abbaye de Jou- 
cou, de la forêt de Notre-Dame de Gesse, dans le pays de Saut. 

983. — Donation par Miro, chevalier, et Aldiart, son épouse, 
du village de Campagne, aux religieux de Joucou. 

1749. — Inventaire de titres, remontant quelques-uns à l'an 
606? et mentionnant des droits sur Puylaurens, Saint-Ferréol, 
et des arrentements à Aunat, Gesse, Joucou, Marsa, Coudons, 
Belvis, Axât, Saint-Ferriol, Saint-Louis, Bugarach. 

1675. — Présentation d'un titulaire à la vicairie de la paroisse 
de Saint-Loup, de Marsa, et de son annexe de Quirebajou. — 
Autre présentation à la vicairie de la paroisse de Saint-Ferriol 
et Graus. 

i683. — Vente de trente radeaux de bois, à couper dans la 
forêt de Gesse, au compte d'Henri Pinet, marchand de Quillan. 



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Gloria Catalana 



*e^^ 



Al généralissime JofFre 



Tû que, ab dolida veu, 
Cridava nostra historia, 
Es donchs tù, germa meu, 
Que nos tornas la Gioria ; 

L'Jllemany, al teu peu, 
Maleheix ta memoria ; 
Puix esborra el menyspreu, 
Benehim ta Victoria. 

Grans de tas obras altas, 
Los fills de J^ivesaltas, 
Per mi, te dan merces. 



Porta '1 nom de la raça 
Als cautîus de VJllsace, 
Fins al J{hin fet Frangés. 



Evol, los lo d'agost de 1914. 



J. BORATEU. 




Le Gérant, COMET. — Imorimerie COMET, rue de la Poste, Perpignan. 



8* Année. N' 94 Octobre 1914. 

Les Manuscrits non insères ^^ ^F^^ W 4 ^F% 

ne sont oas renau>. M^toM^ ^W m. J Mi^ 

Les Articles oarus dans ia Revue M '^ ^^ ^^^ 3m m #% I^J ■■ 

n engagent aue ieurs auteurs. ^^^A Wk Jl A WkA^A mkmk^9 Aê^ 

OCTUBRE 

Coronades per futiles y flors 

Les boniques y fresquetes nines, 
Ab esclats de risades divines 
Conten unes historiés d'amors. 

Al sentir per los ecos sonors 
Repetides les veus argentines, 
A les belles y alegres vehines 
Compareixen los gays amadors. 

Oh ! Quines mirades rialleres, 
Allavors de les fondes parpelles 
Atravessen lo cor dels garçons ! 

Oh ! les dolses vesllums falagueres, 
Oh ! dolcissimes veus de donselles, 
Oh ! lleugeres y tendres cansons ! 

L'Alguer (111a de Sardenya) 

Joan de Giorgio y Vitelli. 



..S^:^^,.^- 



A propos de la guerre 

En raison du caractère de cruauté donné à la guerre actuelle 
par l'Allemagne, et de ce que les Universités allemandes se 
sont solidarisées avec le militarisme prussien, 

Le Bureau de la T^evue Catalane a décidé de rayer les pro- 
fesseurs allemands de la liste de ses abonnés. 

Le comité de rédaction de la J^evue déplore les inexplicables 
sentiments hostiles à la France d'une partie de la presse catala- 
niste de Barcelone. 



La rédaction de la 7{evue Catalane adresse ses bons souvenirs 
à ses collaborateurs : 

Joseph Pons, professeur au lycée d'Angoulême, prisonnier de 
guerre en Allemagne ; 

D'Boix,les abbés Capeiile et Jampy, qui sont sous les armes; 
et à ceux qui sont appelés à rejoindre leur régiment, pour aller 
à la frontière. 

♦ 

Quelques-uns de nos amis ont dû, par suite de leurs préoccu- 
pations actuelles, suspendre pendant la durée de la guerre, leur 
collaboration au "Diccionari de la Llengua Catalana, que préparent 
les a Estudis Universataris Catalans » de Barcelone. 

PROVERBIS 

En temps de guerra, poca son. 

Governa ta casa y sabras quant costa l'arrôs ; cria 'Is fills, y 
sabras quant deus als teus pares. 

♦ 

Guarda tu mateix els secrets, mai els donguis a guardar. 



Parlament 

ab moHu d'enhorabona i alabansa al nostre company i amich. 
En JOFFRE, de Rivesaltes, fet lo generalissim de les armades 
de Fransa; à n'una dinada de Rossellonesos de Paris, l'any 1912. 



Companys Carissims, 

Poch temps ha qu'erem tots arreplegats assi, catalans de 
Paris, per fer festa an un fill de Rossellô que nos s'havia alsat 
fins als grahons mes n'alts de les carregues publiques. Encara hi 
es, s'hi quederâ temps, y prôu prôu podria pujar mes amunt, al 
bell cim de l'escala, que molta gent ho diuhen. Aquell dia si, 
que irém tibats, tots los de cap â Canigô, y tant y tant ximarém, 
que no podrém mes destetarnos del porrô ! Mes aquell dia sera 
En Pams que pagarâ... y del mellor, de lo de pedra marbre, que 
tôt s'ho enrossega. 

Donchs, quan varem alabar nostre primer Ministre rossellonés, 
vos vaig fer parlament ab nostra llengua payral, y molts assi van 
ser qui quasibé no la van entendre y qui m' deyen que parlavi 
espanyol ! Hasta que 'n vaig espolsar un, qui, potser, me guarda 
malicia. Jo no, â part que no sigui calque gavatx. 

Pero li demanaré — y vos ho demani à tots — que 'm deixéu, 
avuy també y sempre, dir en catalâ les coses catalanes. Y si per 
cas tôt no ho enteniu, es que vos s'en ha fugit la memoria pe' 
nostre parlar tant bell, sensé que per aix6, ne tinguéu la culpa. 
Desgraciadament s'ha barrejada la llengua nostra ab paraules 
franceses, y per tota la plana de Rossellô, cal dir, no se parla 
mes qu'aquell catalâ bort que s'en diu lo Malheuet, y tenen ben 
aprop de rahô los qui diuhen que '1 catalâ no es una llengua, 
sinô un « patois. » 

La Llotja s'engitana, com diu En Josep Pons. Fora, fora els 
gitanos, fora, fora els gavatxos ! Catalans eren nostres avis, cata- 
lans sem, catalans quedarém. Y parlarém catalâ ! Y los que no 'I 
coneixen mes, s'hi tornarân adregar. Feyna fâcil y tan dolça ! 

Y me sentiria trahidor, jo, l'Ermitâ de Cabrenç, pobre escolar 



— 236 — 

d'aquest offici de Renaixensa catalana que 's va cantant sota les 
voltes enlayrades de la nostra Iglesia de Rossellô, si, en qualse- 
vol aplech de sos fehcls, en aquest sobretot, altres parâules mes 
sallien de boca, sinô catalanes. 



A la primeria dels nostres sopars del Canigô — los vint any 
s'apropen que tornar varem fer lo que feyen, antes, En Père 
Talrich, En Reydier, l'Olivâ, En Farall (al cel siguin !), En 
TeyssonnJcres (que la salut li torni, qu'es prôu malalt !) — els 
companys de la primera hora, qui si molts n'ha segats la malehida, 
d'altres ne veig aqui prop, no han descuydat eix gran minyô 
d'ulls blâus y de pel clar qui, de quant en quant, venia ab nosal- 
tres à taulejar. Gros y gran com era, un gegant al costat d'En 
Jacomy, era timid tant com donzella. Prôu li anaven les barres 
per mastegar, los llabis per beurer, pero que poques parâules ! 

Un cclp, l'Escanyé, qu'era un mal refilayre de palabres, li va 
volguer dirigir una llohansa per motîu qu'era oficial y que tornava, 
tôt encoronat de llorer, d'espatarellar los méros de cap à Tom- 
bouctou. Mal carall ! Quina s'en va veurer En pobre Joffre, que 
ja era ell ! Tôt arrodit, cap per baix y galtes vermelles, plé de 
destret, no 's trovava cap anca bona. Y tant d'un punt va venir 
el llevant de taula, va escalibarse com un Hubert, cames â fugir 
cap â casa, y no s'en va mes veurer ni palla ni pois. Y quasibé 
no va tornar mes. 

Ho es que s'en va anar â Madagascar, y qui sab ahont encara, 
â treballar per la Pâtria. 

Pero avuy lo tenim. De comandanty llochtinent-coronel qu'era 
hj ha quinze anys, ha passât coronel, y gênerai, y ara generalis- 
sim de les armades de Fransa ; y lorgull nos ompla el cor 
pensant-nos que si, malament, avuy per demâ, se nécessités anar 
en guerra, es un català que marxeria al devant de tots ; y, ab 
l'orgull, la fé à la Victoria, que 'Is Alemanys no li ferien por 
mes que 'Is Touaregs ; que si aquellos son moros de Moreria, 
son aquestos môros d'Europa. Les plumes del barret seu, blan- 
ques com la néu del Canigô y la flor dels ametllers de nostra 
plana, ferien de bandera en tots los soldats de Fransa, com lo 
cJmall del rey l'Henrich ; y son espasa sempre desiligaria les 



— 237 "~ 
dues provincies desditxades que gemeguen, ja son quaranta anys, 
sota '1 juell d'un enemich avorrit, com la del rey En Jaume lo 
Conquistador desliigâ dels liasses moros les illes encantades de 
la mar mitjterrana. 

Y se sentiria un gran crit, com al temps d'En Guifre, comte 
de Cerdanya, qu' En Joffre li es net : « Catalunya, avant ! » 



Bé nos ho cal dir, ara, qu'aquesta fiansa ab En Joffre tant la 
tenim de ses virtuts militaris coni de sa qualitat de catalâ. 

Qui es un catalâ, un verdader catalâ ? 

Un home de poques parâules y de poques rahons, pero un 
home de fets y d'acciô, reposât y treballador. Aixi mateix es 
En Joffre. Y si se li volia tirar '1 retrtt mes just, se diria qu'es 
En Joffre com lo vi del seu poble, lo muscat de Rivesaltes : for- 
tesa y perfum embolicat de dolsor. 

Donchs, minyons, que s'alegri '1 nostre cor d'esta gloria nova 
del Rossellô. Alabem lo nostre germa qui porta en ses mans 
catalanes, ab l'espasa sagrada del Pays, l'esperansa de la Pâtria. 
Preguem â Deu que li vingui â l'ajuda â l'hora de la batalla, mes 
proxim, potser, que no se pensa, y cantant nostre himne solemne 
Montanyes régalades, suppliquem â les fades del Canigô que sigui 
d'Elles ben amparat ! 

He dit. L'Ermita de Cabrenç. 

D'ACTUALITÉ 

ha tangue allemande. — Une légende lorraine rapporte que 
lorsque les ouvriers de la Tour de Babel se disputèrent, et dé- 
laissèrent l'ouvrage pour s'injurier dans toutes les langues, l'un 
d'eux, ouvrant la bouche, y reçut un paquet de mortier qui, dès 
lors, rendit son élocution difficile. C'est celui-là, assurent les lor- 
rains, qui se mit à parler allemand. 

Exemple de la langue allemande avec des syllabes catalanes : 

Jo 't flich, que flochs que duu ! 
•Xafen xuixos y fan traus. 
Ja vol pressechs grochs ! 
El mal de fetge engreixa al metge. 






SURSUM 1 



A Josep Sebastia Pons. 

No rctraus que enfastiguen ta esquerpa fantasia 

la plana i ses fadors ? 
Doncs mira alla, pels cingles, la mîstica masîa, 

del solâ en un redors. 

Si 't dan angunia els tràfecs monôtons de la vida 

j disgust lo Real, 
els teus desigs enlaira, que a assolir-lo 't convida 

l'hostal de l'Idéal. 

Amunt, amunt reposa dins la quietut del dîa 

l'excels encisant mas ; 
aguaita-1, en clap d'arbres, com de llum irradia 

sota el cel de domas ! 

Veuras : de fresca i viva, l'aura d'aquella coma 

al s ulls da coïçô ; 
i l'espai no s'hi aplana, sinô en l'avenc s'aploma 

l'espantôs horitzô. 



Mes, ans de partir, palpa-t ; que no emprenguis debades 

la via cap als monts. 
Mal si l'oci les cames encara 't té travades, 

i ets feble de pulmons. 



— 239 — 
Primer, els lloms provant-tc, segueix les sorolloses 

conques dels boscs ombrius ; 
fermaras ta petjada, saltant granits o Doses 

llarg dels côrrecs jolius. 

Ves poc-a-poc, a l'ample paisatge aclimatant-tc 

i als salts de l'estimball, 
l Oi, que cregut no hagueres que enclogués terra tanta 

la alla ensopida vall ? 

l No sents com la natura s'apaibaga i asserena, 

lluny del farum i pois ? 
l Com, llisant a ran l'herba mofle de la caréna, 

t'arriba un flaire dolç ? 

Ja podrîes juntar-te a la colla avesada 

a crestejâ 'Is abims. 
Deixa-ls ; millor a soles se frueix la besada 

de l'oreig fi dels cims. 

No tingui testimoni ta sentaciô primera, 

al trescar novell mon ; 
assaboreix en calma l'ignota borratxera 

que en tôt l'esser s'infon. 

Ja rhas acontentada ta esquerpa fantasia 

dels dîes de fadors : 
a un revoit de la coma téns aquî la masîa, 

de son solâ al redors. 

Ella es. Mentre t'acostes, com el teu cor no salta ? 

i 's fa lent ton trepig ? 
Doncs no la regoneixes ? Quin encîs, creus, li falta 

al mas del teu desig ? 



— 240 — 

l Acas l'esguard t'ofenen ses posts de vella fusta, 
SOS murs no-emblanquinats ? 

l Sa cort de fang i stèrcol l'odorat te disgusta, 
'Is porcs abandonats 

buscant per lia llur menjâ ? Tras la porta espanyida 
perquè endins vcus tôt fosc, 

de sutje i de fumera ? Que un porticô ganyida 
rodant su '1 corrô tosc ?... 

Lletja es, dius ? — I la tebia claricia que enllumcna 

pedriç, parets, teulat ? 
l I la picor del zèfir que tôt just si remena 

l'espigueta del blat ? 

l I, dins la prada aclinia, de l'euga que pastura 

el s6 de l'esquellî, 
j '1 breu renill d'afecte que sopte en sec atura 

l'enjogaçat pollî ?... 

Belluga-t ; no escorcollis, entorn de la masîa, 

lo lleig tocant al soi ; 
alça 'Is ulls i la pensa ; deixa la poesîa 

endur-te amunt, d'un vol. 

] potscr aleshores ta anima s'agermani 

amb est nou estament ; 
fins, potser, mai sadolla de mudança, 't demani 

mes brau enlairament. 

Escolta-la, aqueixa anima ; cenyint-te de coratge, 

cap al cim mes altiu 
ves doncs, puja que puja. fins trobis un paratgc 

per a fer-hi el teu niu. 

Pau Berga. 



El Obispado de Elna 



Ce volume nous arrive de Gérone, il est écrit en castillan, et 
son auteur est notre confrère, l'érudit historien du Condado de 
"Besalu, Don Francisco Montsalvatje. 

Le senyor Monsalvatje avait déjà publié, ces années dernières, 
un historique de l'Obispado de "Elna, en deux tomes ; dans le 
présent volume il donne un aperçu, une notice historique sur les 
églises paroissiales, les chapelles rurales, les ermitages, les monas- 
tères du Roussillon. Et à ceux d'entre nous qui ne sont pas versés 
dans les questions d'histoire locale, il précise ce que nous ne 
savions, jusqu'ici, que très vaguement. 

C'est ainsi qu'en ouvrant le livre, on est agréablement surpris 
de lire, en tête de la première page, des notes sur San Jlcisclo 
(Sani Iscle) de Perpinan, dont la chapelle se trouve à la Pépinière 
Robin, derrière la gare ; d'autres viennent ensuite, comme San 
Chrislobal [del Yernet, de Perpinan), San Esteban de Orles, San 
Martin de la orden de la Merced [de Perpinan). 

Pour Saint-André, par exemple, à côté des églises paroissiales 
de Angoustrine, Bages, Banyuls-dels-Aspres, Rivesaltes, Sorède, 
etc., nous relevons les rubriques de San Mndrés de Belloch (près 
Villefranche-de-Conflent), San Andrés de Bigaranes (près Sainte- 
Marie-la Aler), San Andrés de "Exalada (dans les gorges d'Olette- 
Thuès). 

L'ouvrage est illustré de gravures (bénitier de Saint-André- 
de-Sorède ; plans des églises de Saint-Genis-des-Fontaines, de 
Saint-Julien de Villeneuve-la-Raho, etc.) et de nombreuses 
planches hors texte : intérieur et abside de l'église de Sainf- 
André-de-Sorède, fragment du retable de la Cathédrale Saint- 
Jean de Perpignan, portail de Saint-Jean-le-Vieux, cloître res- 
tauré de Saint-Martin-du-Canigou, peintures murales de Saint- 
Martin-de-Fenouillar et de Saint Nazaire de la Clusa (l'Ecluse), 
la Vierge assise (des Abeilles), à Banyuls-sur-Mer, le coffre de 
San-Julià (à Mosset), etc. 

Suit un Tlpendice, de 42 documents en latin, dont les dates vont 



- 242 — 
de l'an 846 [Saint-André d'Exalada) à l'an 1493 (ce dernier excep- 
tionnellement en castillan daté « del nuestro castillo de Perpinan, 
à XI II de setiembre ano de 1493 », par le roi d'Aragon, 
Ferdinand.) 

Ce qui rend ce volume intéressant à consulter, c'est que le 
vocable des saints y est disposé par lettre alphabétique, et qu'en 
guise de table des matières s'y trouve un Index alphabétique des 
noms de villes et de lieux. 

En le feuilletant, une idée cependant nous venait : il n'y figure 
aucune de nos églises, de nos chapelles, dédiées à la Sainte- 
Vierge ; serait-ce un oubli de l'auteur ? Mais nous avons été 
bientôt rassurés en lisant au bas de la dernière page : En prensa, 
El obispado de Elna, Tomo iv. 

Nous attendrons ce quatrième volume avec impatience. 

J. Delpont. 

De la Veu de Catalunya, del 2 3 désembre 1914 : 

« La gran guerra, me sents ? Es avui entre dos qui vosaltres 

anomeneu aliats, es entre Fransa î Russia. Ningu ho sab, pero 

son aquestes les enemigues véritables qui es disputen l'imperi del 

mon. Ja à Maraton se '1 disputaven, i França es llavors la que 

va vencer. Vencera Russia avui ? 

Xenius. 

Vos ho haguesseu pas pensât ! 



« Lo que me sab un greu de l'anima es que hajau de fer pa- 

gar, els rossellonesos, an el BoUeti (del Dicionari de la Llengua 

Catalana) els disguts i queixes que teniu d'Alemania. Que té que 

veure el BoUeH amb Alemania... 

Antoni M. Alcover. 

No mes disgutos y queixes, com la maynadeta del carrer î de 
metralladoras y de canons alemanys, cap ? 






Le pioch de la fira 



« Fa com lo pioch de la fira, no diu rès, mes no s'en pensa 
de menos », solia dit lo vell Jaumetô, quan havia tractât amb 
algun de sorrut y malfiat que li 'n havia fet una. 

Un bon dia vaig aturar aqueil bonhome, per li demanar que 
cosa era aqueixa dita. 

— Y si, me va dir, es aixo mateix de! pioch de la fira... Sa- 
bes, era un dia de fira, à Perpinyâ ; à la rengla dels aucejlayres, 
un fransimant hi ténia un pareil de papagalls (i) que xerraven 
d'allo millor ; ne volia dos duros de cadun. 

Ai costat se li va posar una pageseta de cap al mas de les 
Figues, ... no ténia pels à la llengua, y duya, pera vendre, un 
pareil de piochs. 

— Quant ne vols ? li demana un... 

— Dos duros... se va afanyar de respondre la nina. 

— Que 't flich, minyona ! No ets amussada... 

Que no veuhes que es lo mateix preu que d'aqueixos papagalls ? 

— Y bé... cada pioch en fa très com ellos... donchs reben 
encare mes barato... 

— Y si... mes que 1 papagaJl, al menos, parla..., y '1 pioch, 
ell, calla... 

— Calla,.. calla... mes s'en pensa pas de menos... 

Donchs, quan algun, de malfiat, no diu ni si, ni no, y te fa 
fer l'ignocent, fa com lo pioch de la fira, no diu res, mes no se 
'n pensa de menos... Deu nos en guart d'aqueixos piochs... 

Y 'n Jaumetô se 'n va anar, xano-xano, tôt refilant una canta- 
rella. 



Es Ell. 



(i) Papagali, perroquet. 




^ffffffftffi 



Pages de Guerre 

Le Croiseur Waldeck-Rousseau 

Dans l'Adriatique. 

Mon plus grand désir était d'assister à un combat. Je com- 
mençais à désespérer lorsque, hier, j'ai été servi à souhaits. C est 
devant le port autrichien de Cattaro, où nous avons été détachés 
en avant-garde. L'entreprise fut des plus périlleuses, car nous 
nous sommes trouvés seuls à toutes les attaques. L'escadre se 
tenait au large, prête à intervenir. Sérieusement assaillis et en- 
gagés, nous nous en sommes tirés indemnes, grâce à la décision 
et à l'admirable présence d'esprit de notre commandant, M. le 
capitaine de vaisseau Bernard (i) : grâce aussi au bon fonction- 
nement de nos machines qui, de tout temps, ont donné l'extrême 
puissance sans broncher. C'est ainsi que nous avons pu éviter les 
torpilles qui nous étaient destinées. 

Le 17, à 5 heures du matin, le clairon à bord sonna : « Au 
poste de combat ». Ce n'était encore qu'un exercice ; mais on 
nous fit accrocher nos hamacs autour des parties à protéger. Il 
n'y avait pas à en douter : nous allions entrer en action. 

Je finis mon quart et m'empressai de monter sur le pont. 11 
faisait un temps superbe et la mer était comme un immense 
miroir. Nous sommes en vue de Cattaro. Nos trois machines 
vont à toute vitesse et nous avançons en tête de l'escadre. Nous 
sommes tous sur la plage avant, penchés sur la lisse, regardant 
les sommets de la côte autrichienne devant nous. Tout à coup se 
fit un grand silence et l'on entendit le capitaine de quart nous 
crier : « Veillez bien et regardez de tous les côtés, on vient de 
nous signaler deux sous-marins ! » 

Un léger frisson nous parcourt tous. On se ressaisit. Tous les 
yeux scrutent l'horizon et la surface de la mer. Partout, dans les 

(i) M. le capitaine de vaisseau Bernard est un roussillonnais originaire 
de Rivesaltes. 



- 245 - 

mâts et les superstructures, des matelots regardent attentivement. 
Juché sur Un treuil, j'observe de mon mieux aussi. 

Sur la passerelle se produit une agitation. La vigie vient de 
signaler un point noir sur la montagne. Toutes les jumelles sont 
braquées de ce côté. C'est un ballon captif; on le distingue bien 
à présent. Et le WaUeck-T^ousseau file toujours à une vitesse foile, 
se rapprochant de plus en plus de Cattaro. 

Bientôt, un autre point noir se détache de la montagne et vient 
vers nous en grossissant de plus en plus. C'est un avion autrichien. 
Le commandant le suit avec sa jumelle et donne un ordre. On 
met aussitôt la mitrailleuse en position, pointée sur l'aéro qui 
s'avance à toute vitesse. Encore quelques minutes et il sera sur 
nos têtes. Alors, le commandant ordonne le poste de combat. 

C'est une ruée, chacun court à son poste respectif. Les canon- 
niers bondissent sur leurs pièces, qu'ils chargent et mettent aus- 
sitôt en batterie. On vient de signaler des torpilleurs cachés 
près de la côte, d'où une distance de 7 milles environ nous sépare. 
Mais mon poste est dans les machines et je descends à regret, car 
je ne verrai rien de ce qui va se passer. En hâte, je traverse les 
couloirs sous le pont blindé. Là, tout le monde est massé. Les 
malades ont été mis à l'abri. L'aumônier circule de groupe en 
groupe, souriant avec des paroles réconfortantes. ]1 est environ 
8 heures 3o. Il n'y à pas cinq minutes que je suis descendu 
qu'une explosion se fait entendre. Ce ne sont pas nos 65 m/^ ni 
les 194 m/m qui viennent de tirer. Alors quoi ? Ce ne peuvent 
être les torpilleurs, ils sont encore trop loin. Est-ce une mine ? 
Ce n'est pas possible ! Comme c'est affreux, ce doute d'en bas 1... 
On ne voit rien, on ne sait rien î... Tout-à-coup, une salve de 
nos grosses pièces éclate, ébranlant tout. Que se passe-t-il ? Les 
coups de canons se succèdent. Le bateau se couche fortement sur 
tribord, puis sur bâbord. 11 doit faire de brusques virages. Je ne 
doute plus. Nous sommes bel et bien aux prises avec l'ennemi. Je 
regarde mes compagnons de combat. Eux aussi ont compris, au- 
cune trace d'émotion n'est sur leur visage. Je veille attentivement 
à ce qu'aucun organe ne s'échauffe, car, en ce moment, la moindre 
faute peut entraîner la perte du bâtiment. 

Et toujours l'artillerie tonne au-dessus de nos têtes, par salves, 
tantôt espacées, tantôt continues. Puis la canonnade cesse. Plus 



— 24*' — 

rien. On n'entend plus que le grondement des machines. Les 
minutes me semblent des siècles !... Enfin on fait rompre le poste 
de combat. 11 est près de lo heures. Je vole dans les échelles et 
jesuis sur le pont où, de tous côtés, l'on afflue, avide de rensei- 
gnements. Autour de nous nos torpilleurs évoluent à toute 
vitesse. 

Ce qui s'était passé ?... L'avion arrivant sur le croiseur, la mi- 
trailleuse ouvrit le feu sur lui ; un tireur armé d'un fusil, appelé 
sur la passerelle, tirait aussi, mais sans résultat apparent. D'un 
autre côté, les torpilleurs ennemis, approchant, la grosse artillerie 
était dirigée contre eux. L'avion, descendant jusqu'à 800 mètres, 
lâcha une bombe qui éclata à certaine hauteur, en l'air ; puis, une 
deuxième qui explosa par le travers de la passerelle, à tribord, 
à une dizaine de mètres du navire, faisant voler en éclats les 
vitres du kiosque de commandement. Quelques secondes avant, 
le commandant avait heureusement fait mettre la barre de 24 de- 
grés à gauche. C'est ce qui nous sauva. Sans cela, la bombe 
tombait sur la passerelle. Et le commandant de crier à l'aviateur : 
« Bravo, vous n'êtes pas fort î » Et il applaudit. Pendant que 
tous les yeux étaient en l'air — une troisième bombe étant 
tombée à l'arrière sans nous toucher — quelqu'un cria : « Un 
sous-marin par tribord avant ! » Puis, aussitôt après, « Un sous- 
marin à l'arrière ! » En effet, un périscope venait d'émerger à 
100 mètres devant nous. Le feu à volonté fut ordonné. Nos 65 '"/'m 
et nos 194 ""/m tonnèrent à la fois. De grandes colonnes d'eau et 
des volutes de fumée montèrent vers le ciel. Puis, quand tout se 
tut, quand l'eau fut redevenue calme on constatait qu'une large 
nappe d'huile surnageait à l'endroit où le sous-marin s'était mon- 
tré. Celui-là, j'en suis sûr, ne reverra plus jamais le jour. 

Il avait réussi quand même à nous lancer une torpille, qui passa 
à quelques mètres sur l'avant, et nous manqua. Le commandant 
aussi n'avait pas perdu la tête. Aussitôt qu'il vit le sous-marin, il 
fit foncer le W aldeck-T\ousseau sur lui, à toute vitesse, pour pré- 
venir l'attaque, en l'abordant, et par des manœuvres, des chan- 
gements de directions rapides, il évita les torpilles lancées par 
l'autre sous-marin. Le moment était critique. On signala un 
nouveau sous-marin. Cela faisait trois. Et les canons de tonner 
de nouveau. Puis, plus rien, plus tracé de sous-marins, et nous 



— 247 — 
n'étions pas torpillés. Le commandant fit alors diriger le feu sur 
les torpilleurs ennemis qui faisaient mine de charger. L'un d'eux 
parut endommagé. Cela suffit à décourager l'attaque. On tirait 
ensuite sur le fort qui esta l'entrée de Cattaro. Chaque fois qu'un 
obus tombait, de hautes colonnes de fumée jaunâtre montant au 
ciel marquaient le point d'éclatement. Cela eut continué encore, 
mais on nous signala de rallier, et le feu cessa. 

Le Waldeck-T^pusseau rejoignit l'escadre au large, et Ion s'é- 
loigna. On trouvait que cela avait vraiment trop peu duré, et l'on 
aurait voulu y retourner encore. R. 

Rosa de tarder 

A una nina. 

He cullit à l'hort una rosa rôja, 
Una rosa rôja com ton Uabi 'n foch, 
En un dia trist, de brôma y de pluja. 
Que '1 sol enternit, se 'n va poch à poch. 

Tôt lo seu perfum embalsama '1 cor ; 
Del calzer vistos, com un somni puja 
Lo perfum d'amor de la rosa rôja. 
De la rosa rôja cullida à l'hort. 

Mes ay ! Ja vindrân les maies ventades, 
Lo vent de tardor que porta la mort, 
Rossegant à pler fulles arrencades, 

Y à pler també, desfullant la flor. 

Y voldrja jo, per tu, mon amor, 

Que 'n lo dia trist de brôma y de pluja, 
S'esfulla '1 meu cor com la rosa rôja, 
La rosa rôja qu'he cullit al hort. 

Maurice Thaupio. 
Wissembach (Vosges), 19 14. du 28* Chasseurs Alpins. 



Arri, arri, borriquet 
^^ 

Arrj, arrj, borriquet, 
Que demâ irem à Cérct ; 
Posarem lo porch en sa), 
Y la truja à la samal, 
La porquera à la salera... 
Arri, arri, mossen Père. 

Mossen Père se'n va à l'hort, 
Hi troba un burrô mort ; 

De la pell 
Se 'n fa un cribell, 
Dels ossôs un flaviol ; 
Se 'n va tôt sonant, 
A la porta de Sant-Joan, 
Troba bous y vaques, 
Gallines en sabates, 
Capôns 
Ab espérons. 

Corriu, corriu, minyons, 
Que la teta ( i ) fa torrôns. 

(Dita popular, à J^ossellô, per ategrar ta maynada petita) 



A Calalunya. — Hi ha la variant, que se 'Is diu, als nins, tôt 
los fent saltar sobre la cuixa : 

Arri, arri, caballet, 
Anirem à Sant-Benet, 
Comprarem un panellet, 

Per dinar, 

Per sopar, 
Per la teta no n'hi ha ! 

(de la llustraciô cafalatta. 1892, de Barcelona"). 

(1 ) La teta vol dir la girmaneta, y tambë la bressayrola. 

Le Gérant, COMET. — Imprimerie COMET, rue de la Poste, Perpignan. 



S' Année. S' 95 Novembre 1914. 

Les yV\anuscrits non insères ^N^ i^^^V V^P tf ^V^ 

ne sonr pas rendui. f^^ W^^ ^^r m 1 W^ 

CATALANE 



-es Articles Darus aans la Kevuc 
1 engagcm que leurs auteurs. 



NOVEMBRE 

Ja les futiles son caygudes 
desde l'arbre silenciôs, 
que ses rames nues y agudes 
llensa contre un cel boyrôs. 

Oh ! esperanses mies, nascudes 
en un jorn dois, lluminôs ; 
que un dia trist vos heu rendudes 
com les futiles en un fôs ' 

Queda l'arbre despullat, 

sens la gracia de un consol, 
y per tots abandonat ; 

Ni mes sent la sospirosa 
melodia del rossinyol, 
en la nit bella y clarosa ! 

L'Alguer (lUa de Sardenya) 

Joan de Giorgeo y Vitelli. 



^y9y9 9 9ilT99 9999 97 99 919.9 y 9 999 9 9 9 y 9 9 9 9 9999^9 fjf 

Notes de Littérature Catalane 

Anfôs Par 

Lo Rei Lear, tragedia de Guillom Shakespeare, feelment arromançada 
en estil de catalana prosa per Anfôs Par, ab notes esplicatives dels mellors 
comentaristes anglesos y estudis critics del traductor. - Burcelona, Jtsso- 
ciaciô Wagneriana, Maig de 1912. [XV-l-447 P-l- 7-^° P" • 

Le texte de cette édition du Roi Léar est précédé d'une curieuse 
préface et d'études sur les sources et la bibliographie ; il est 
suivi d'une scénologie et d'un essai critique sur les personnages, 
l'action, la forme et la pensée de l'émouvante et sombre tragé- 
die. L'éditeur a fait preuve d'un grand courage. 11 fallait d'abord 
fixer le texte, et tenir compte des plu? récents résultats de la 
critique anglaise ; cela a été consciencieusement fait. Mais quelles 
difficultés ne devait-il pas vaincre pour traduire intelligiblement 
l'inintelligible ! On sait que Shakespeare a groupé dans cette 
tragédie plusieurs déments qu'il fait dialoguer dans la tempête, 
et sur la lande déserte : le roi Lear dans sa folie grandiose ; 
Edgar qui simule le « pauvre Tom », le mendiant de Bedham, 
et « bêle » ses prières ; le Fou, ses soliloques et ses balbutiements, 
ses adages et ses calembredaines etses allusions incompréhensibles 
pour le lecteur moderne. Toutes les paroles de ces êtres pitoya- 
bles sont autant de petites ombres ; on comprendra combien il 
était malaisé de les transposer en langue catalane. Dans une récente 
conférence, Jean Richepin, qui est pourtant un magicien-ès-lettres 
françaises, disait à propos du rôle du bouffon : « Je ne vous en 
traduirai de temps en temps un petit mot que lorsque je croirai 
pouvoir le faire et que le français s'y prêtera ». Anfôs Par a 
trouvé le moyen d'éluder certaines difficultés de traduction. 11 a 
délibérément employé le catalan classique, celui de Metge et de 
Martorell, à cause des analogies de construction, parallèles aux 
analogies de coutumes et d'usages, qu'il peut offrir avec l'anylais 
du XVr siècle. Comme on voit, Anfôs Par n'ignore point les 
lois de la philologie comparée. Mais en procédant ainsi, il a 



— 25l - 

évité un obstacle pour tomber dans un écueil ; les reconstitutions 
de vocabulaire et de la stylistique d'une langue sont d'ordinaire 
aussi incertaines qu'elles sont studieusement curieuses ; le souve- 
nir d'une Salammbô peinte et fardée flottera toujours sur ces 
architectures mortes. 

Par ailleurs, le traducteur ne pouvait trouver de modèles dans 
le théâtre catalan; ce théâtre n'a pu se former; les efforts de 
Milâ y Fontanals ont pu nous en donner quelques fragments, 
mais nous savons que ces fragments sont bien insignifiants, si on 
les compare aux oeuvres narratives ou poétiques, au « Somni » de 
Bernât Metge et aux « Estramps » d'Auzias March. Toutes ces 
considérations n'ont pas retenu l'élan du traducteur ; et je me 
hâte d'ajouter que son audace splendide a été récompensée, puis- 
que son catalan classique ajoute comme une savoureuse étrangeté 
à cette tragédie surhumaine ; et une étrangeté qui ne saurait lui 
nuire. 

Nous savons qu'Anfôs Par tenait surtout à nous procurer le 
plaisir esthétique de la lecture. Avec une bienveillance paternelle, 
il nous recommande à plusieurs reprises de lire surtout le texte, 
de délaisser le commentateur. Il n'a donc pas oublié que, plus 
que des notes studieuses, il offrait au lecteur catalan les beaux 
fruits de Shakespeare. Mais, il veut aussi qu'on le sache, son tra- 
vail n'a pas été inutile : « Si hom va massa depressa en la lectura, 
qualques frases y moites exclamacions semblarân incoerents ». 

J'ai donc lu les notes ; elles sont d'un enthousiasme qui ne se 
dément pas ; et certaines, d'une bonhomie ingénue, comme la 
suivante : Aquest magnifie verb catalâ [colgar] no cal advertir 
que significa ficar-se al Hit (p. 191)- L'éditeur nous signale sur- 
tout des correspondances de vocabulaire et d'expressions. — C'est 
ainsi que le mot « tracmanyar », cueilli dans le « Llibre de les 
Dones », correspond au verbe anglais « convey ». — A propos 
d'une expression exclamative empruntée à la « cetreria », à la 
fauconnerie: bella volada, au !... (p. ^^y), on nous dit qu'elle 
était prononcée au moment où le faucon rapportait une proie ; 
ne l'était-elle pas aussi avant son vol ? 

Une autre note nous assure que le mot « meinada » a disparu 
du catalan ; or il est courant en Roussillon, et probablement en 
Ampurdan, du moins dans le sens de : troupe d'enfants. 



252 — 

D'une façon générale, on pourait reprocher à cette curieuse 
traduction son excès de fidélité. 11 semble parfois que l'amour de 
Shakespeare domine chez l'éditeur sa grande affection pour sa 
langue catalane, puisqu'il risque ces néologismes (despecte, pour 
menyspreu), et forge des mots composés : uil-fosca, cap-acotaire, 
cap-menat. Certainement, il évite ainsi paraphrases et gloses, mais 
ne doit-il pas nous donner ces gloses et paraphases dans ses notes? 
Anfos Par nous répondra : la langue catalane littéraire s'est 
éteinte sans parvenir à son parfait développement. J'ai construit 
mes néologismes par induction, et suivant ses propres lois. Nous 
objecterons que ces mots composés sont de formation populaire. 
Si donc la langue catalane littéraire avait suivi son cours normal, 
elle ne se serait probablement pas enrichie dans ce sens. 

Parmi les études qui suivent le texte, il est un chapite consacré 
aux représentations des oeuvres de Shakespeare à Barcelone. Cer- 
taines ont été données par les compagnies de Tina di Lorenzo et 
de Novelli ; une seule par une troupe catalane, et ce fut « Le 
Songe d'une Nuit d'Eté », traduit par le souple et banvillesque 
poète Joseph Carner. Je recueille encore cette indication dans la 
bibliographie : La tragédia de Macbeth, traducciô catalana de 
C. Montoliu. Barc. 1908. Voilà, je pense, de belles preuves de la 
réalité et de l'activité de la renaissance catalane. Maragall a 
traduit Goethe et une Olympique de Pindare ; Riba-Bracons les 
Géorgiques en hexamètres ; Narcis Oller, les « Corbeaux » 
d'Henry Becque. Voici maintenant — et ceci est une nouveauté — 
que l'on nous donne une édition critique d'un auteur étranger. Je 
serais tenté de reprocher cette générosité internationale à Anfôs 
Par, puisque tant de textes catalans s'offraient à son enthousiaste 
et savante activité. Mais peut-on décemment reprocher à un homme 
son engouement pour Shakespeare, engouement qui se confond 
avec l'amour de l'humanité ? Nous devons donc remercier Anfôs 
Par qui a fait connaître aux foules catalanes cette tragédie si forte 
et les attachantes figures du pauvre fou et de la candide Cordelia. 
En nous donnant sa traduction en langue classique, il nous a 
permis de comprendre ce qu'aurait pu être le théâtre catalan du 
XVI" siècle. Il a fait s'épanouir des fleurs d outre-tombe. 

Joseph-Seb. Pons. 



Mort als llops 

Del bel) fons de sos boscos la Llopada devalla. 
Els mais queixals oïu-li d'îra carrisquejar, 
N'ha fet un juratori : tôt ho vol saquejar, 
que de la raça nostra no 'n quedi pois ni palla. 
Au ! Au ! La gent pacîfiqua, 'gafem podaîl o dalla, 
gavina, aixada, o relia, lo que'ns caigui a les mans. 

— Que « Germans » tots hem d'esser ? ^ Ja 'n sem prous, 

[de germans. 

Fa temps que de la selva sorgîa aqueix mal sômit, 

terrabastada tètrica dels Llops d'eternes fams. 

També a l'aguait estâvem, per quan, amb grunys i brams, 

l'esbart d'horrenda fressa, innumerable, indômit, 

els plans adollarîa, com un mar, com un vomit. 

Al temporal fent cara, apretem-nos les mans. 

— Que « Germans » tots hem d'esser ? — Ja 'n sem prous, 

[de germans. 

De correcuita foses amistats i renyines, 

formen, sota la guîa d'un Fill del Rossellô, 

contra Tassait ignoble un valent batallô, 

on coralment colzegen les masîes veïnes. 

Es la fe en la Justicia que trempa les eïnes 

dels bons, quan resisteixen a prôxims inhumans, 

— Que « Germans » tots hem d'esser ? — Ja 'n sem prous, 

[de germans. 



-^ 254 - 
Guerxo, amb udols qui aquiça la famejant catcrva ? 
Es aquell net de l'Avi mateix, del Llop dcls Llops 
podrint ara en sa cova, de sang els pels tôt xops, 
el fill del bort Atila, qui, a son pas matant l'herba, 
cl retorcit mostatxo s'eriça amb ma superba. 
Allau de mort, rodola 1 T'espéra el pages mans. 

— Que « Germans » tots hem d'esscr ? — Ja'n sem prous, 

[de germans. 

Els pillarts ! Com s'enaiguen de la boja estripada 

d'ahir, quan confiava el pastor mal-atent ! 

Mes avui vigilavem. Repica, somatent ! 

Vinguin. vinguin ! L'ovella, no l'hauran d'una arpada. 

Aci tenim la colla dels goços atropada. 

N'hi ha prou, d'un Setanta. Sera un altre romane. 

— Ah ! Tots « Germans » hem d'esser ? — Ja'n sem prous, 

[de germans. 

El Deu de França 'ns valga '• Bé n'han fet, de destroça 
ja, 'Is infernals llobarros ! Xapant nostres esplets, 
matxucant tôt, degollen dônes, vells, angelets 
nats per rebre caricies, fins els nins a la troça. 
Quants claps de sang mes pura la vestidura rossa 
taquen del nostre terme, tant alegret abans !... 

— Ai ! Tots « Germans » hem d'esser! — Prous n'erem, 

[de germans ! 

A poc a poc arriba l'Hora fatal. Acabes 

tos dîes, Llop. Les victimes se't tornen, d'un rampell 

soptat, ferreny i unànim. 1 te faran la pell. 

Al cop saltant-te sobre, te posaran les trabes, 

mentres, murros a terra, mastegaras tes babcs. 

Ja'ls pagaras en horri, els crims dels teus Germans... 

— Ah ! Tots « Germans » hem d'esser P — Prous ne sem, 

[de germans. 



- 255 — 

Fil) i Pare condignes, tencats dins una gâvia 

de tigres, sensé pressa sereu, de mas en mas, 

esposentats al poble. Tothom correrâ al pas 

de sa porta, a escupir-vos sos dois, rencor i râbia... 

I en fum la mampesada... Llavors de la gent sâbia 

serâ'l durador règne, tots fent de bons germans. 

Mes « Germans d'Alemanya ? Aixô no. Mai « Germans » ! 

Setembre 1914. Pau Berga. 

Les morts de la guerra 

N'eren de forts... 

Y pera nosaltres son morts. 

Per la patria gran, per la Fransa, 
A n'un lluytar sens parié, 
Se'n anaren, plens d'esperansa, 
Los nostres fills del Rossellô. 

Joves y vells — flors y espigues ! — 
Tôt flamejant, 
De les hosts enemigues 
Foren l'espant. 

Seu apuntat nostre Victoria, 

Bons combatents ; 
Deu vos dongui l'eterna gloria... 

Foreu valents ! 

N'eren de forts... 

Y pera nosaltres son morts. 

J. Delpont. 



o V «> • 



rrrî'r 



Les Philologues Allemands 

Il vient de nous arriver, de Palma-de-Mallorca, le numéro 
novembre-décembre >9J4 du Bolleli del Diccionari de la Llengua 
catalana. A la bonne heure, pensâmes-nous! des études de langue 
catalane, venant de l'île embaumée de Mallorca, voilà qui fera 
diversion à nos préoccupations de la guerre actuelle ; ce sera le 
pendant des rutilantes et savoureuses oranges que les revendeurs 
offrent dans la rue, en chantonnant : A la bona Mallorca ! 

Mais, hélas ! le lourd germanisme a tout envahi, et jusqu'à un 
Bulletin mallorqui ! A la première page, nous avons trouvé, en 
effet, des notes bibliographiques sur le nouveau Dictionnaire 
Allemand-Catalan du professor Doctor Eberhard Vogel (Berlin- 
Scbonberg, 585 pages : et à quelques feuillets d'intervalle, une 
étude sur l'opuscule de von Léo Spitzer: « Les noms français de 
quelques plantes nouvelles (le maïs et la patate) », Heidelberg, 
47 pages) ; et sur le volume « Dénominations gallo-romaniques de 
l'idée de forêt » par von "Werner-Kauffmann, (Zurich, 82 pages), et 
3 cartes linguistiques. Soit 26 pages de philologie à l'allemande, 
sur les 40 que comporte le Bulletin. Et nous faisons grâce du 
texte allemand de ces titres ; à les lire et à vouloir les prononcer, 
il faut perdre ses yeux et sa langue ! C'eût été rebutant, s'il ne 
s'y était trouvé, aussi, une appréciation élogieuse des poésies rous- 
sillonnaises Lliris, J{oses y Violes, de Mossen Jampy. 



La philologie à l'allemande nous est tout d'abord suspecte, car 
les Allemands ne s'en occupent que comme moyen d'influence à 
l'étranger, et non pour la seule gloire de la science ; or, contrai- 
rement à ce qui se passerait pour l'influence française ou l'influen- 
ce espagnole, par exemple, l'influence allemande devient aussitôt 
de la domination allemande, avec son brutal accompagnement de 
mitrailleuses, de canons, d'obusiers, et de massacres de vieillards, 
de femmes et d'enfants, et d'outrages à des jeunes filles. La 



- .57 - 

France et la Belgique nous en faisons la douloureuse expé- 
rience. 

Et c'est grâce à ce prétexte philologique, que six professeurs 
et étudiants allemands sont venus « escorniflar » en Roussillon. 

Et à la regarder de plus près, cette philologie est de la came- 
lotte, du clinquant, et un trompe-l'œil ; les Allemands y ont la 
prétention de nous apprendre notre propre langue, à nous « que 
la sem mamada amb la llet » ; et si un désaccord philologique 
survient entre eux et nous, il faut bien que nous ayons le dernier 
mot, ce qui réduit dès lors, à néant, toute leur prétendue science; 
nous serions par trop dupes et par trop naïfs si nous leur cédions 
le pas. 

La vérité est que, depuis longtemps, les Allemands se sont 
livrés, en Europe, à la chasse aux vieux manuscrits et aux vieux 
livres en langues romanes (le sac de la Bibliothèque de Louvain 
vient de leur fournir un nouveau stock de ces raretés) ; munis de 
cette « matière première », ils l'ont minutieusement disséquée à 
leur façon, c'est-à-dire au petit bonheur, car ils ne peuvent avoir 
la science infuse ; ils en ont trituré les phrases, et torturé les 
mots; et maintenant ils nous la servent par tranches indigestes, sous 
forme de règles de la formation et du développement de la lan- 
gue catalane, de son orthographe et de sa syntaxe. N'est-ce pas 
un truquage des plus grossiers ? Mais on ne s'y laisse déjà plus 
prendre ; M. Bontroux, l'éminent avocat parisien, vient, en effet, 
de définir ainsi les compilations scientifiques allemandes: « Quatre 
lignes de texte au haut de chaque page, et un grand fatras de 
notes au bas ». 



Comme si la langue catalane avait été créée de toute pièce, 
dans un creuset à alliages, par des savants à lunettes, qui n'auraient 
d'ailleurs, vu plus loin que le bout de leur nez, ou les quatre 
murs de leur laboratoire î Ils ignorent donc, ces lourdauds, que 
notre langue catalane a été créée, dès le vm" siècle, par les Rous- 
sillonnais qui avaient expulsé les Arabes de leur territoire ; ils 
la balbutièrent d'abord, pour la tirer de la gangue de la primitive 
langue romane ; puis ils la pétrirent, et si fortement qu'au xiii' 
siècle elle prit forme de langue littéraire, lors des expéditions de 



— 258 — 

Catalans et de Roussillonnais, à Mallorca (jîî6), à Ibisa (i235), 
à Valence {i238), en Sicile (1284), en Grèce (j3o3), en Sardaigne 
(i332). C'est ce qui nous a donné cette empreinte du génie latin 
que l'on retrouve dans les Chroniques de Jacques le Conquérant, 
de Desclot, de Ramon Muntaner, et de Pierre IV, écrites de 
1 25o à i 387. 

11 y a, dans notre langue catalane, à la fois de l'ardeur de 
notre soleil, de l'impétuosité de la tramontane, du bercement des 
vagues de la mer, et de la brise caressante de nos vergers ; tou- 
tes choses que nous sentons bien, mais qui échappent forcément 
aux investigations tatillonnes et nébuleuses des savants allemands. 



Les Teutons n'ont d'ailleurs rien inventé; bien avant eux, il 
y a eu des Dictionnaires et des Grammaires catalan-latin, et 
catalan-castillan ; de tout temps, et encore de nos jours, il v a 
eu des philologues, bien plus « ferrés » qu'eux, en Catalogne, en 
Roussillon, à Valence et à Mallorca. En Roussillon, en particu- 
lier, nous avons la Grammaire catalane française de Puiggari ; les 
Etudes et Documents, si complets, d'Alart ; les Lexiques partiels 
de Piçrre Vidal ; les Dictionnaires catalan- frariçais, inédits il est 
vrai, de Puiggari et du « Pastorellet » ; et le recueil important 
de Vocabulaires, encore inédits aussi, de M. de Lacvivier. 



Une question se pose dès lors : 

Les catalanistes roussillonnais, allons-nous suivre le 'Boileti de 
Mallorca, dans la voie de la philologie à l'allemande ? ou bien 
ferons-nous comme les catalanistes valencians, qui ont toujours 
résisté aux influences extérieures, même à celle de leurs frères de 
Barcelone ? N'allons-nous pas devenir, nous aussi, de « farouches 
Roussillonnais », pour échapper à l'ingérence germanique, même 
si elle était démarquée par son passage à Mallorca ? 

Jules Delpont. 



Manuscrits Catalans 



Nous avons eu l'occasion de voir, chez nos bibliophiles perpi- 
gnanais : 

De M. Prosper C, un Vocabulaire des plantes cultivées en7(oussil- 
lon, avec leurs noms en français, en catalan et en languedocien ; 
il y figure un millier d'espèces; 

de M. Lluis P., un recueil de^oo proverbes catalans, récemment 
recueillis, oralement (y sensé ft-ancesades) ; 

de mossen P., 22 sermons en catalan, datés de 1743, 1778, 
1785, j8o2 ; 

et en autographes de Jacinto Verdaguer, l'ode Barcelona à 
Montpeller, la poésie^ la Yerge de Lourdes, et le passage 21 
strophes) concernant le Roussillon.du chant VI du poème Canigô. 

J. D. 

D'ACTUALITÉ 

Le Dictionnaire Catalan de Barcelone. — En raison des senti- 
ments par trop germanophiles, et dès lors par trop francophobes, 
ouvertement exprimés dans la presse par Mossen Alcover (de 
Mallorca) et don Eugeni d'Ors (de Barcelone), chargé d'un cours 
de Philosophie aux Estudis Universitaris Catalans, 

Les correspondants roussiilonnais des E. U. C. ont décidé de 
cesser toute collaboration au Dictionnaire Catalan de Mossen 
Alcover. 



Pour parler anglais. . . en catalan : 

No 's toquin ni 's moquin. 
May estich tip de bescuyts. 
L'oncle broda à ]a moda. 
Aquest gech me fa secsons. 



LO BADELL 

Conte de la Vora del foch 

Aquell diumenge mati, en Tomeu s'era aixecat del Ilit a trench 
d'alba per guardar lo seu badell. Com frissava cil de'l fer veure 
son badell ! No pensava mes qu'amb ell, desde la vigilia ; y al 
pensarhi, sos ulls espurnejaven d'alegria, posaven com raigs de 
sol per sa cara pagesana. 

Aqueix badell li costava trenta duros ; li havia vuydat sos estal- 
bies de jornaler ; era la sola cosa que li pertingués amba sespelle- 
ringues y ses ehines. 

Venia del comprar a la fira de Puigcerdâ, aqueixa bonica bestia 
de sis mesos, d'un pel lluhent, de unes banyes fines ; y tant si 
com no, lo senyor Antonet al tornar de la vila dins son cotxe de 
dues egues, ni tampoch lo senyor Fulgenci mirantse desde'l cim 
de sa torra ses set possessions, no debien esser mes fcliços que ell, 
aquell dissapte amba sa bestia de trenta duros. 

— Vina, Flordeneu, vina, li deya (que ja l'havia batejada aixis, 
Flordeneu). Vina Flordeneu ! ja veurâs prompte la bona herba 
que voreja la carretera ! 

Ben cert, ell guardaria lo badell a la vora de la carretera, los 
masovers de la montanya se'l mirarien al anar a missa, se'l men- 
jarien ab els ulls, y donarien enhorabones an el seu amo. 

— Y bé, Tomeu ! Donchs es teu aquest badell ? li preguntaria 
certament en Grafull del Mas Blanch. Jesûs, Sant Antoni, aixo 
si que es una bestia d'ulls a mirar ! Y que te déu costar alguns 
rais ! 

Y en Paretes del Xatart, que era tan entés, no faltaria de li 
dir : 

— Tant cert com s'ha dit missa avuy, l'ets pagat trentados o 
tretatrès duros an aquest d'aci ! Ja 1 se val ! Per Sant Miqucl 
valdrâ dins los quaranta duros... Anem. Deu te guard ! 

Y los ulls de les masoveres, donchs ! Com s'espolsarien al 
veure que en Tomeu havia arribat a s'ensenyorir d'un badell com 
aixô ! Maria Santissimeta, no era pas com a llur casa que no 



— 201 

tenîen tant sols prou quartos per comprar un porcellet ! Be n'&ra 
de feliç, '1 Tomeu ! 

Tôt somiant aixis en Ton^eu havia esquellat de nou sa Florde- 
neu y fermât a la esquella de aram una cordilla ; desprès se 
n'era anat cap a la carretera, ahont un trocet de garriga herbosa 
era salpicada de rosada. 

— Aquî, Flordeneu ! veus la bona herba ! Apa, vinguen caixa- 
lades que hi ha moceguera ! 

En Tomeu se para a la bella vora del cami, tinguent la badella 
per la corda, y espéra, alegre, los vehins que transitessin. 

No s'afanyaven pas, los vehins ! Y que potser se payrerien 
de la missa matinera. Ja te'is e pentinaria com cal lo senyor 
Rector ! 

En fi, va veure venir en Paretes del Xatart, lo qui era molt 
entés per las vaques. 

Estirant la cordilla, en Tomeu feu sonar l'esquella de la Flor- 
deneu. 

— Bon dia, Tomeu, digue en Paretes. Ets sempre matiner, tu ! 
Bon tems avuy, veritat?... Anem, Deu te guard!... 

No li digue cap altra paraula, ni tant sols un mot de la badella. 
A fé, era de poca criança, en Paretes del Xatart. 
■ Al cap d'una estoneta, en Grafull del Mas Blanch passa. 

En Tomeu feu pujar la badella damunt la carretera. Si are no 
la veyen pas, aquet pich... 

— Bon dia, Tomeu ! digue en Grafull. Ets matiner... Pareix 
que ères ahir a la fira de Puigcerdà ?... A quant anava lo blat, ho 
sabs ? Anem, Deu te guard!... 

En Tomeu se l'espiâ d'un ull nègre. Que era aixo ? Y que 
ningù se mirarîa la badella ? 

Are d'altres masovers arribaven : en Miquel del Rossinyol, en 
Jazet-Zish dels Aiguals. Aleshores, per los hi fer espiar la badella, 
en Tomeu li parla ait, com si la renyés: 

— ...A veurer, toçuda de badella ! Ahont te pega d'anar, 
donchsî... Retrenta banyes î 

— Bon dia, Tomeu, li digueren en Miquel y en Jazet-Zish. 
Vas de pastura, aquet mati ?... Diguis, y de qui es aquella euga 
rossa, alla ? Que maca, home î... No créas que es d'en Baxiga!... 
Anem, Deu te guard !... 



202 

Les dents d'en Tomeu li croixircn com si trenqués nous. Bon 
recotri ! Que tenien aquells rots ? Per que no li parlaven de la 
seua badella ? Per que cap no se l'havia mirada ? Era donchs una 
bestia com les altres, ni pus ni mcnys? Una bestia que no valia, 
potser, trenta duros ?... Mal llamp d'aquell que l'havîa enganyat !... 

Per la carretera, la gent anava passant, se miren les oques de 
la Ribereta o les gallines de la Clapera, lo blat de moro de lo 
un o los fesols de l'altre ; perô ningii, may, destriâ la Flordeneu, 
com si la Flordeneu, no fos aqui, com si en Tomeu no tingués 
mes al cap d'una ombra de corda, l'ombra d'una badella. 

Al cap d'una estoneta, en Bernât, lo rahiner, passa per la carre- 
tera, xiula que xiula. Se'n anava a fer rajar los pins d'un bosch 
de part d'allà. Duya una barra damunt l'espatlla y una destral a 
la ma. De tant en quant, hom lo veya acotar la barra sobre un 
pî, hi pujar ab laixoridesa d'un esquirol, després pegar dos o très 
cops de destral pel tronch a quatre o cinch peus d'alçada, per fer 
rajar la rahina. 

— Bon dia, Tomeu ! li digue al destralejar un pi, a très passes 
de la badella. Que contes de fresch ? Anirâs anit al sarau de 
Llivia ? Ben sera de replé de gent, si fa un temps aixis !... Deu 
te guard ! 

— Vesten a la fire, mormoreja en Tomeu, cremat de rabia. 
Tots, tots havien jurât de no se li mirar la badella. Mes, com 
atalayava lo rahiner que baixava del pi, en Tomeu vegé una 
coseta verda li lliscar de la butxaca y caurer entremitg d'una bar- 
dissa de falgueres. 

— Oy ! se pensa, es la seva bossa ! Deu perdra sa bossa! 
Apulidet, al anarsen lo rahiner, ell escorcollâ per les falgueres. 

Si que ho era, una bossa! una bossa verda ab dos petits anells de 
ferro. Y que no semblava vuyda ! certa fé, no ! 
Ell arreplegâ la bossa. 

— Si's pensa que vaig li tornar, jo ! se digue. Una cara de 
poca-vergonya com ell, que ha desdenyat de m'espiar la badella 1. .. 
Se'n anâ per darrera d'una penya, obri la bossa y vegé una doble 
de vint... Si, n'hi havia una que feya com un sol al mitj d'alguns 
sous : 

— Una doble de vint ! Mes de vint jornals de Ilaurar 1 M'es- 
cau del millor per comprar uns bons sachs de blat de moro !... 



— 263 — 

Sera per Flordeneu ! Ccm se posarâ rodoneta, haurîa de valer 
quaranta, cinquanta duros, per Sant Miquel !... 

Los ulls d'en Tomeu s'estelaren. Se posa la bossa dins sa but- 
xaca, sens gens de trernolor. Aixo apendria a n'el Bernât a tenir 
un xich mes de criansa î 

— Apa, Flordeneu, bones caixalades! Que demâ ja te pertocarâ 
un bon grapat de blat de moro !... 

Perô, al cap d'una- horeta, corn s'entornava a casa amb sa 
badella, en Tomeu senti a xiular per la garriga. Girâ'l cap y 
vegé en Bernât, lo rahiner, que caminava, la barra damunt 
l'espatlla. No s'era temut encare de sa pérdua, que trescava molt 
alegre. 

En quatre salts aquet ja va esser a la vora d'en Tomeu : 

— Y bé?... li pregunta, que hi embarres ? 

— Be cal embs^rrar, li respongué l'amo de Flordeneu, perô 
baixet, d'una veu fosca. 

— Ques teua aquesta badellota ? 

— Si que's meua y ben meua. 

— Company ! que n'es de bufarella!... 

En Tomeu ailargâ son pas com aquell que ha pas sentit. 
Perô en Bernât afegi : 

— Que la vas comprar ahir ? Y si no es massa preguntar quan 
te costa ? Trentacinch ? Quarante duros ?... Ja val aixô ! 

Y tornâ dir, passant la ma per i'esquena de Flordeneu: 

— Company, que n'es de bufarella ! 

— Psé ! Psé ! 

— Que « psé! psé » ! Una bestia com aquesta, d'un pél llu- 
hent, d'una pitrera... 

— Encare que ho diguis ! que la pitrera es hermosîsima !... 
mormorâ en Tomeu, girantse per quedar bocabadat devant sa 
badella. 

— Y es jove ! 

— Sis mesos ! 

— No mes? Y quina vaca farâ dins un any ! 

— Aixô, sabs, per la boca s'escalfa'l forn! Atalàyame aqueixa 
panxa ! 

— Una panxa de primera ! 

— Y d'una finor ! 



— 264 — 

— No té sa pariona !... Anem, Deu te guard ! 

En Bernât s'adoba sa barra damunt i'espatlla y se'n anâ, pensî- 
vol, sens xiulà aquest pich. 

Alguna estona, en Tomeu l'escoltd caminar, tris tras, garriga 
aval]. Li semblava que cada pas li xafava son pit. 

— Bernât I Oh Bernât ! cridà en Tomeu. 

— Que vols ? 

— Escolta... Que no has rés perdut avuy ? 

— Jo ? perdut ?... Mes... 

— Cerca. 

— Jesiis, Sant Anton), exclama lo rahiner després s'haver ficat 
les mans per les butxaques. La meua bossa! 

— Vetalaquî, Bernât !... Ja'm pensava bé que era teua, digue en 
Tomeu. 

Sa cara pagesana, torrada pel sol, se tornâ vermella com una 
cirera. 

Y se n'anâ cap a casa, a passos curtets, tôt acariciant amba sa 
ma l'epatlla sedosa de sa Flordeneu. 

Juli CORNOVOL. 

t^Ovi <tg>^ ^(8^^i ({g^A. ^■^i :(§»A, ^^>A. :3>i. ^>i ^>^ -^^i t^>i :^>i 

De la Veu de Catalunya, de) 20 octobre 191 3 : 

« Germanisme, supersticiô de la vida. Perô, nosaltres, els 
omfadors de la vida, els definidors, els senyors de la vida, cl 
temerem ?... 

« Mediterranis per la cultura, som també germânics, perque 
tota la natura nés, en lo pregon de la nostra natura... 

« Que ens porten Roma, l'Autoritat, la matrona mediterrania i 
francesa ?... Mireu l'exemple : la cativa se'ls ha fet senyora. 
Totes les catives que elles ens facin, senyorejaràn demâ. » 

Quin pastis mes empastissat mastegan los catalanistes germano- 
fils ! Al sanctus los esperem. 



Le Gérant, COMET. — Imprimerie COMET, rue de la Poste, Perpignan. 



S' Année- N* 96 Décembre 1914. 

Les yVïanuscrits non insère:- ^m^ 4V^^V V^P tf ^v^ 

ic son: pas rendue. î^ta W^^ ^Êf ■ I M^ 

-es Articles oarus dans ia Revue ^T^ J^ ^B^ /^ ■ 7^ 1^1 1? 

n engagent que leurs auteurs. ^^^A tk A A«bA^9A^LA^9 Jm# 

DESEMBRE 

Los blanchs flochs de neu 
devallen dansant 
y tapcn tôt quant 
estendre 's veu. 

Del foch al recreu 
la nina y l'aymant 
estan suspirant 
lo dois himeneu. 

Contemplcn los dos 
resplendit miratje 
de un somni divi; 

Amb ull amorôs 
los mira l'imatje 
del Jésus bambi. 

L'Alguer fllla de Sardenya'l 

Joan de GioRcro y Vitelli. 



Pour la Défense du Génie français"' 



Mon cher Xenius, 

Malgré la rude vie que nous menons et qui nous laisse peu de 
loisir pour les choses de l'esprit, veuillez me permettre de dire 
mon mot sur vos « Lettres à la Tina. » 

11 me semble que je suis assez des vôtres par le cœur, la men 
talité et l'origine, pour me croire permis de discuter avec vous. 
La France, sur la seule vérité pour voir se créer une opinion 
dans le monde, ne cherche pas à faire, à l'étranger, de propa- 
gande à grand tapage. Mais ici le cas est spécial, car pour nous, 
gens du Roussillon, Barcelone n'est pas l'étranger ; c'est la vieille 
maison de nos pères toujours vivante au coeur de chacun de nous. 

J'ai cru rêver en lisant vos lettres. Comment croire, en effet, 
qu'un homme aussi averti que vous le paraissez être, s'en soit 
laissé imposer à ce point par la bouffissure dont se revêt l'esprit 
allemand. Je sais bien que, tel un olympien, vous afiFectez de pla- 
ner au-dessus des passions et essayez de maintenir la balance 
égale, mais, quel que soit votre désir d'impartialité, votre germa- 
nophilie perce à chacune de vos phrases. 

Raisonnons, si vous le voulez bien, et recherchons en quoi 
l'Allemagne a pu susciter votre admiration. 

Dans les progrès de l'esprit humain, voyez la part qui revient 
à l'Allemagne et celle dont peut s'enorgueillir la France. 

Voyez l'enquête menée vers 1903, je crois, par Jacques Mor- 
land et lisez la réponse que fit alors René Quinton. La voici en 
partie : « Les principales sciences biologiques sont : la chimie, 
l'anatomie comparée, la paléontologie, la zoologie, l'embryogé- 
nie, l'histologie, la physiologie, la microbiologie. 

Or, un homme fonde la chimie: Lavoisier ; un homme fonde 

( i) Réponse à une série d'articles germanophiles parus dans La Tcu de 
Catalunya, sous la signature de « Xenius » — qui est, on le sait, l'un des 
chefs de la jeunesse intellectuelle catalane. 



— 267 — 

1 anatomie comparée et la paléontologie: Cuvier; un homme fonde 
la zoologie philosophique: Monet de Lamark ; un homme fonde 
l'embryogénie : Geoffroy Saint-Hilaire ; un homme fonde la 
physiologie: Claude Bernard; un homme fonde la microbioloorie : 
Pasteur... Ainsi les connaissances fondamentales sur lesquelles 
repose notre conception même du monde vivant ont une origine 
française ». 

Nous nous en tiendrons, si vous le voulez bien, aux idées géné- 
rales, laissant de côté les applications industrielles, indignes de 
retenir un cerveau tel que le vôtre. 

Il me paraît superflu, en dehors de la musique, de parler des 
choses de l'art, j'ai l'esprit trop mesuré pour aimer les triomphes 
bruyants. 

Vous voyez que, dans tout ceci, l'Allemagne ne peut revendi- 
quer qu'une place très modeste. 

11 vous paraîtra peut-être audacieux que je pousse la compa- 
raison jusqu'aux choses de la guerre, que la Prusse a toujours 
revendiquées comme une industrie nationale. 

L'Allemagne qui, cela n'est plus discutable, avait choisi son 
heure, a lancé sur nous la masse d'hommes la plus formidable que 
le monde ait jamais vue. Cette avalanche, entraînée depuis des 
années avec une patience et une minutie inimaginables, s'est ruée 
sur nous, portée à son maximun de puissance et de perfection. 
On ne peut nier qu'il n'en était point tout à fait de même en 
France. 

Nous n'avons pas, Dieu merci, la tournure d'esprit qu'il faut 
pour préparer, avec constance pendant des années, regorgement 
d'un voisin. Nous avions, certes, doté notre armée de quelques 
outils remarquables, mais tout n'était pas prévu et « organisé » 
avec un soin minutieux. 

Comment se fait-il cependant que le peu de nos troupes, hâti- 
vement mobilisées, n'aient pas été pulvérisées à Charleroi par ce 
flot débordant? Comment se fait-il encore que notre armée refor- 
mée, renforcée, mais toujours inférieure de beaucoup au tourbil- 
lon allemand et n'ayant avec elle que soixante dix mille Anglais 
au plus, ait arrêté cette marée envahissante et l'ait contrainte de 
rebrousser chemin ? Comment se fait-il enfin que l'armée teutone. 
en ce moment encore supérieure en nombre, soit immobilisée de 



- 268 — 

Verdun à la mer du Nord, malgré les efforts prodigieux qu'elle 
fait pour percer nos lignes et réaliser le plan infaillible conçu 
par un ctat-major génialement organisateur? Comment cela se 
fait-il ? On devait, clamait-on de l'autre côté du Rhin, bousculer 
rapidement notre armée pourrie, manquant de tout, même de 
souliers 1 C'est possible: mais nos voisins de l'Est auraient pu se 
souvenir que nos soldats se promenèrent jadis en Allemagne pieds 
nus ou en sabots ! 

Les Teutons se sont fait un Dieu de la force et du nombre, 
sans considérer que ces facteurs ne sont efficaces que si l'esprit 
les dirige. 

Nous avons, nous, improvisé la force en latins vifs et subtils, 
prouvant encore une fois que le génie de l'organisation est de 
deuxième ordre et cédera toujours le pas au génie créateur. 

Les Allemands, qui croyaient avoir 1 armée la plus redoutable 
à cause de son « organisation », s'imaginent pareillement avoir 
poussé la science jusqu'aux plus extrêmes limites parce qu'ils ont 
des laboratoires colossaux, confortables, luxueux, regorgeant d'ins- 
truments délicats, fourmillant de fiches et d'observations. 

Claude Bernard, qui fut d'abord vaudevilliste, disposait d'une 
pauvre chambre au Collège de France, et la modicité des crédits 
qui lui étaient alloués, l'obligeaient souvent à faire ses expérien- 
ces avec de vieux ustensiles de cuisine et des pots que je ne sau- 
rais nommer. Cela ne l'a pas empêché de bouleverser la science 
moderne et de formuler des lois qui sont les sommets. Pensez- 
vous que Cervantes ou Rabelais eussent mieux écrit Quichotte et 
Pantagruel, s'ils avaient suivi les cours de l'université de Leipzig? 
et notez combien de fois Virgile avait qualifié « ^neas » de 
« pius ». 

On n'est pas forcément un génie parce qu'on absorbe des bi- 
bliothèques méthodiquement approvisionnées, et Pic de la Miran- 
dole, qui était instruit « de omni re scibili » n'a rien produit qui 
vaille la peine. 

Croyez-moi, Xenius, les Allemands me paraissent n'être que 
des pédagogues chez lesquels la science n'a pu éteindre la bar- 
barie. Leur génie n'est pas tellement supérieur qu'il vous semble 
utile de les voir organiser le monde. 11 est vrai que vous avez 
pu être enthousiasmé par la manière dont ils viennent, en quel- 



— 269 — 

ques mois, « d'organiser » Louvain, Ypres, Reims, la Belgique, 
le Luxembourg et quelques départements du Nord de la France, 
Vous mettez ces horreurs, que vous ne pouvez nier et dont je 
dédaigne de me faire un argument trop facile, sur le compte des 
têtes carrées. Votre bienveillance est sans excuse car vous savez 
bien qu'en Allemagne ce sont les têtes carrées qui gouvernent. 

Vous devriez logiquement souhaiter que, notre pays vaincu, vos 
chers amis aillent organiser notre belle Catalogne avec ces mêmes 
procédés qu'ils poussent jusqu'à la perfection. 

Mon cher Xenius, il est impossible de rester neutre à l'heure 
où se joue le destin de l'Europe et de l'humanité. On le peut 
matériellement, et encore cette timidité est-elle peut-être une 
faute, mais on ne le peut moralement, 11 est donc nécessaire, 
pour la dignité de votre pensée, que vous expliquiez hautement 
les raisons d'une germanophilie que votre prudence n'a pu cacher. 
Vous nous devez de nous faire connaître si vous, enfant de 
Catalogne, le sage pays où furent fixés les premiers éléments du 
droit écrit, vous trouvez normal que la force soit considérée 
comme la plus belle des lois. Vous vous devez à vous-même de 
nous expliquer les raisons pratiques qui vous font tendre à sou- 
haiter le triomphe de l'Allemagne. 

Je vous demande vos raisons raisonnables, bien que je ne sois 
pas de ceux qui suivent les chemins de la seule raison. Ne jouis- 
sant pas de cette impassibilité dont vous paraissez faire votre 
idéal, j'ai la folie ou la sagesse de me laisser aller à mes senti- 
ments. J'aime les peuples de ma race, sans peser leurs qualités 
et leurs défauts, je les aime « perque si », comme nous disons 
dans notre belle langue. C'est pour cela que j'ai été touché 
jusqu'au plus profond de mon cœur des nombreuses paroles 
d'affection qui, dans cette épreuve cruelle, nous sont venues de 
Catalogne. C'est pour cela que je suis surpris de vous voir sortir 
de la famille. 

Le jour où l'on connut à Paris le désastre de Cavité, je me 
trouvais chez le sculpteur Gaudissard, que vous connaissez. Cet 
ami habitait alors une rue paisible de Montparnasse, où logeait 
toute une colonie américaine. Les marchands de journaux rem- 
plirent la rue de leurs cris et aussitôt les Américains, pleins 
d'allégresse, couvrirent leurs fenêtres de drapeaux étoiles. 



— 1']0 

Cette joie bruyante serra le cœur de mon ami et le mien. 
Tout à coup, d'un même élan, nous nous précipitons vers les 
armoires, nous bouleversons les lits, nous trouvons une couverture 
rouge et une jaune, nous faisons un énorme drapeau espagnol, 
que nous plantons orgueilleusement à notre fenêtre en hurlant à 
pleine poitrine : « Vive l'Espagne ! Vive l'Espagne malgré 
tout ! » 

Nos cris furieux firent sortir de jeunes étudiants assemblés 
dans un restaurant voisin, des passants accourent, se joignent à 
nous et, devant notre manifestation, les Américains furent 
contraints de rentrer leurs drapeaux. Ils durent célébrer plus 
discrètement leur victoire dans un pays où, quelle que soit la 
nature des relations diplomatiques, on considère l'Espagne 
comme une sœur. 

Je ne me demande point si l'Espagne a ou non le génie de 
« Vorganhaiion », je ne dissèque pas le cœur de mon frère. Je 
l'aime pour la seule raison qu'il est de mon sang. Il est vrai que 
je n'ai pas été élevé dans une bibliothèque et que je n'ai pas un 
in-folio à la place du cœur. 

Gustave Violet. 

Vous croiriez que cette vibrante protestation a dû produire quelque effet 
sur Xenius ? Erreur ; en attendant qu'il la réfute à sa façon, ill'a déjà traitée 
de una mica Ueugera, c'est-à-dire sans fondement. 

Banyulenca 

Se veuhen, sul sorral, barquetes afilades ; 
De vinycrs, pels serrats, es un gros bé de Deu ; 
Y ho gronxola tôt, amb ses aspres tonades, 
La movedissa mar, qu'hi canta à tôt arreu. 

Apuntacio rossellonesa 

Amb posât rialler, que sembla fassi festes, 
Prades s'esta parât, com niu encartadô ; 
Del enlayrat Confient, les serres y congestes 
S'hi junten, com collar entorn del Canigô. 

Es Ell. 



tmcJcfcJc)cJûûûcJÛ(Jc)cJc)0ûWVc)Oûûûc)c}OOûûûûOc^ûcJc>fJûcJcJcJû\ 

J OFFRE 

^^ 

l Veieu eix général que contempla impassible 
punt per punt la batalla que esclata al seu davant... ? 
Es un guerrer dels nostres, d'esperit invencible, 
que, o guanyarà el combat, o morirà lluitant... 

Res li fa perdre 'Is ànims ; res li sembla impossible, 
i es mira fit a fit son enemic gegant 
que amb ell vol desfogar el seu furor terrible... ; 
Eli se '1 guaita amb despreci i segueix batallant. 

Tu seras, oh gran J offre ! l'orgull de nostra raça... 
Seras el que portant la Patria per coraça, 
glorjôs enlairaràs el nom dels teus germans... 

1 quan ton front cenyeixi '1 llorer de la Victoria, 

dira l'Humanitat, envejant tanta gloria : 

j Qui pogués ser dels vostres, sortosos catalans ! 

(R. R. i B. Almanac delà Campana de Gracia de 191 5). 

Traduction libre 

Voyez-vous ce soldat observant, impassible, 
les phases du combat qui se livre en avant... ? 
C'est un de nos guerriers, énergique, inflexible, 
qui veut être vainqueur, ou tomber en luttant. 

Rien ne peut l'ébranler ; pour lui, rien d'impossible ; 
cependant que rugit le monstre ivre de sang, 
exhalant dans les airs sa colère terrible — 
dans un calme mépris, il combine son plan. 

Grand JofFre !... tu seras l'orgueil de notre race. 
La Patrie, en prenant pour rempart ta cuirasse, 
a rivé notre nom à la chaîne des ans ; 

Et quand de ses lauriers t'aura ceint la Victoire, 
au dehors l'on dira, jalousant notre gloire : 
Bienheureux ces gens-là !... car ils sont Catalans. 

Céref. 20 janvier 191 5. Père de I'Alzina. 



Les Philologues Allemands 

en Roussillon 

J'ai à signaler un sixième Allemand, venu en Roussillon pour 
étudier la frontière linguistique du catalan et de la langue doc. 

Nous connaissions déjà les thèses publiées à ce sujet par Morf, 
Schaedel et Krueger icette dernière, avec i65 pages et deux 
cartes); une autre, bien plus « imposante » si l'on peut dire, 
est celle de von K. Salow (Hamburg, 1912, Soj pages, 23 cartes). 
Tout cela, pour le territoire relativement si restreint qui va, à 
travers les Corbières, d'I lie-sur Tet à Mouthoumet (Aude), et 
de Canet à Lapalme (Aude). Ce travail comprend, il est vrai, 
« une petite monographie de chacun des villages de cette fron- 
tière », nous apprend le dernier Anuari de l'Jnslitui d'Esludis 
Catalans (de Barcelone). 

On le voit, c'est complet, comme étude géographique d'un 
coin du Roussillon. Mais, dira-t-on, ce n'est là que de la philo- 
logie ; erreur, répondrai-je, car c'est de la géographie philologi- 
que, faite à l'instigation du grand Etat-major militaire de Berlin, 
ayant comme metteur en scène le professeur Morf, ci-dessus 
nommé. 

♦ 

Le Temps du 2 3 octobre et le Peltt Marseillais du 6 novembre 
nous apprennent, en effet, que ce Morf, professeur de philologie 
romane à Berlin, est de nationalité suisse ;il est originaire de 
Zurich), et qu'il n'en a pas moins été bombardé lExcellence et 
élevé a la dignité de Conseiller privé de la couronne.. 

Doit-il, à ce titre, initier les généraux allemands à la passion- 
nante étude des langues romanes, et leur faire conjuguer des 
verbes catalans ou provençaux? Qui le croira, à moins d'être un 
naïf! C'est, simplement, qu'il prend leurs instructions, avant d'en- 
voyer ses étudiants, en France, v faire de la philologie d'avant- 
guerre. Le Temps du 23 octobre rapporte ces propos, tenus il y 
a quelques mois a peine, par le dit Morf: 



— 273 — 

« J'ai fait plus que qui que ce soit au monde, pour faire connaître 
la France aux Allemands. C'est par milliers que j'y ai envoyé mes 
jeunes gens... même dans de toutes petites villes, en pleine cam- 
pagne... Tenez, il en est un, à X., dans la vallée de l'Oise; 
depuis qu'il est parti, le percepteur qui lavait pris en amitié, 
n'a pas cessé de lui écrire... » 

Le rédacteur du Temps ajoute : « Cette ville de l'Oise fut, il 
y a six semaines, méthodiquement et savamment pillée par des 
bandits qui semblaient si bien la connaître. » 

Tout cela n'explique t-il pas les excursions philologiques, en 
Roussillon, de la bande Morf-Schaedel-Salow, et leurs études de 
géographie, topographie, monographies locales, avec cartes à 
l'appui ? 

♦ 

— Mais, dira-t-on encore, le Roussillon est si loin de l'Alle- 
magne... 

Ouvrons alors. Le Temps du 29 octobre ; nous y lisons, à pro- 
pos du séjour des Allemands à Reims : 

« Le vendredi 4 septembre, l'intendant général allemand, 
Zimmer, se présenta à l'Hôtel-de-Ville (pour v requérir les vivres 
militaires, et y prendre un à-compte sur la contribution de guerre 
imposée à la ville). Il était dans une colère épouvantable. 

— C'est toujours ainsi en France, criait-il ; mais vous payerez 
cela ! Vous payerez ! L'empereur a dit que nous irions jusqu'aux 
Pyrénées s'il le fallait. Vous verrez ! » 

Vous avez bien lu: jusqu'aux Pyrénées... C'est donc que 
l'empereur avait préparé les voies éventuelles, mo> ens détournés, 
si vous voulez, mais déjà mis en œuvre par l'avant-garde Morf- 
Schaedel-Krueger-Salow. Est-ce assez clair ? 



Lorsque Shaedel et Holle vinrent, des premiers, excursionner 
en Roussillon, ils durent comprendre que leurs allées et venues y 
seraient suspectes aux Roussillonnais avec lesquels ils seraient en 
contact ; ils amorcèrent, alors, un de nos amis communs, Mossen 
Alcover, de Mallorca, et c'est sous son couvert qu'ils y philologuè- 
rent à leur gré ; mais nos paysans, eux, ne s'y trompèrent pas. Le 
bonhomme qui, à Prats-de-Mollo, traita Schaedel d'espion, disait 



— 274 — 
vrai ; celui qui, à Formiguères, le lui répéta avait raison ; et je le 
répète à mon tour, avec toute ma conviction de Roussillonnais. 

♦> 

Tout cela ne s'enchaîne-t-il pas le plus clairement du monde? 

à moins d'attendre pour en convenir, qu'on ait découvert, en 

Roussillon aussi, des assises bétonnées, préparées à l'avance pour 

les canons allemands ; ou bien des villas allemandes, bien en 

vue de ponts et de passages stratégiques ; ou bien encore, que 

quelques-uns d'entre nous aient pu être fusillés, comme l'ont été, 

à Liège, les cinq Catalans de Mallorca, qui y exerçaient l'inof- 

fensif commerce des oranges. 

Quina mala gent aqueixos alemanys ! 

Jules Delpont. 

Les Campanes de la neu 



Han blavejat els baix-relleus 
de la catedral. Les campanes, 
illusionades per les neus, 
canten com un chor de germanes. 

Y va seguint el remolî. 

Seu vos, campanes, que feu caure 
aquestes neus, sempre i sens fi, 
tant silencjoses per vos plaure. 

Y essomnolent mon front ungit 
d'un bes nevat, d'un bes d'oblit, 
y '1 mon recula 'n la llunyâria, 

Mentres, qu'amb un ritme irreal, 
s'alsa 'n la blancor llegendâria, 
sobre 'Is teulats, la catedral. 

Joseph-Sebastià Pons. 



Lliris, Roses y Violes 



Vient de paraître à la librairie Barrière et C" un livre de poésies catala- 
nes, intitulé Lliris, T{cses y Violes. "Le Pastorellet de la Yall d'Arles en a 
écrit la préface que voici : 

En sa mal girbida Vénus d'JlIe, Prosper Mérimée diu que « no 
mes que al atravessar les nostres régalades hortes, los perfums 
de la fruyta y de les flors s'encranquen de tal manera dins los 
vestits, dins lo cos y fins à la respiracié, que n' hom pot pas 
mes se 'n desempallegar. » Y jo tal : he llegit Lliris, T(oses y 
Yioles, y '1 meu esperit, y '1 cor meu y fins los meus ulls ne son 
ara per ara y embadalits y tôt embalsemats. 



Cosa de cinch anys endarrera, lo nom de Mossen Jampy sols 
era conegut dels lectors del Bullelin de Prades y d'aquella mitja 
dotsena d'amichs que constituheixen lo primer publich al quai lo 
poeta confia les primicies de! seu ingeni, y ùnicament podiem lo 
mirar com expressiô d'una venidera notabilitat, nosaltres que 
tinguerem la sort de dar franchs picaments de mans â les prime- 
res volades del aucellet, entorn d'eix niu parroquial de Labastida 
hont amantament se nodria de cants y remors de montanya. 

Avuy, per ser encara molt jove, lo Director de la Semaine 
T^eligieuse, el seu nom es ja distintiu duna personalitat literaria 
que fa honra â la patria rossellonesa. 

Lo llibre — anava jo â dir lo cistell — que, en aquet mes de 
maig, lo poeta ha volgut presentar â Maria com una oferta de 
pietat senyalada, es corrumtumat de flors cuydadosament cullides 
en la terra payral : 

Y jo volguent dar â Nostra-Senyora 
Del meu amor la mes viva penyora, 
He pas cregut li poguer presentar 
Res de millor qu'eixes flors amoroses 
De Violes, de Llires y de Roses 
Que mon pais m'ha permés de llestar. 



— 27^ — 

Y, per aplegar sa garba, Mossen Jampy, com ho deya un dia 
en la T^evue Hebdomadaire, ha seguit terranchs y barranchs ; y 
camina- que caminarâs, lo veyem ara quitllat en les piques de 
Canigô, ara devant dels aspres penyalars de la Torre de Bâtera, 
ara en los timbaus esglayadors de Cadî, ara encantat devant de 
les serralades de Costabona, y demâ à trench d'alba, ullprés per 
la horrorosa bellesa dels gorchs de Carançâ, o bé, cercant la 
viola boscana, de genolls y pensatiu en l'hort dels Monjos de 
Sant-Martj : 

Los Monjos, en temps antich. 
Me sembraren en la brana 
Del timbau, hortet bonich. 
D'hi tornar que 'n tinch de gana. 
Entre el Cos de sant Gâldrich 
Y la Verge Soterrana. 

Y, de retorn â la rectoria, de ses flors ne fa très ramellets : lo 
primer de lliris, lo segon de roses y '1 tercer de violes. 

Te la terra de Rossellô un color singular y caracteristich : es 
lo color de la patria. De ses hortes y de sos boscos ixen uns 
arômes que assaborim mes regaladament que 'Is mes délicats 
d'altres encontrades : son la flayra de la patria. Les harmonioses 
notes que cap al tart brunzinejen per collets y valls y trontolle- 
jen amorosament de roch en roch, tenen uns reclams mes agra- 
dosos que 'Is altres : son la veu de la patria. Donchs y tôt 
aixô nos fa veure, flayrar y sentir l'encisador poeta en una 
llengua, la de casa, dolça, dolça com la mel. 

No podia segurament Mossen Jampy triar millor présent pel 
mes de Maria y per la Madona d'ell sempre anyorada, la Verge 
del Roser de Sant-Jaume : 

He llestat aquesta iglesi 
Per vos dar mon ramellet, 
Encar que del diocesi 
Tinga 1 roser tôt poblet. 
Perqué es plena de la gloria 
D'aquell Rey Conqueridor ; 
Perque guarda la memoria 
Del nostre gran fundador. 



— 277 — 
Algunes de les poncelles de sa guarlanda farien costat â les 
mes fresques floretes de Mossen Cinto. No hi ha dubte que 
s'ha inspirât mes d'un cop dels Jdilis y cants mistichs, y be se li 
pot dir que 's anat â heure en bona font. Deu li aumenti la 
devociô, y no mudi de sant ! 

Ara, lector amabilissim, de les composicions que compren lo 
llibre de Mossen Jampy, no 't direm que 'n deixis una per l'al- 
tre : Llegenda del Poni de TU daianya ô Pensament bort : llesta y 
pren arreu. Desde l'escaygudissim refrany de Verdaguer posât 
sobre de les cobertes, fins al ultim vers de la Viola cuUida à la vora 
dels gorchs de INohedes, ho llegirâs tôt sensé te 'n avisar, perqué, 
diguemho aixîs, s'empassen tôt xucant. Un defecte hi trobarâs 
tal vegada, y es qu'hi ha massa pochs fulls : contentemnos amb 
los qu'hi ha. 

Valdament puguem aviat donar â Mossen Jampy alabances mes 
allargades, ja que no mes plenes de cor, per obres de major aie. 

Lo Pastorellet de la Vall d'Arles. 

Lo Jill de Guifre el Pelut 

Altre brugit ; com âliga seguida 
Pe ')s aligots, lo Comte Seniofred, 
Per Sant-Miquel arriba a tota brida 
Amb son fill Guifre y Mirô '1 tendre net. 

En lo Castell de T^iâ la niada 
S'cs cspcllida en front del Canigô. 
Ella, aviat, fera tant grand volada 
Que cobrirâ França, Espanya, Aragô. 

Guifre sera de Barcelona Comte, 
Excels baluart contre 'Is Mahomctans. 
Cuan â Mirô, la savia historia el compta 
Com cap de colla dels Comtes Cerdans. 



— iy8 — 

Amb son aynat Seniofred ja puja 
L'esquerp sender dins la Roca tallat. 
Mes Mirô veu la nina, y de Ja pluja 
De plors que vessa el seu cor es tocat. 

— Perqué marcir de ta cara les roses, 
Creguent perdut, pastora, tôt ramat ? 
Amb mon corcer qui, dins les valls neuloses, 
Guanya â l'izart, te '1 trovaré aviat. 



Un pastor improvisât 

De Villerach les prades ufanoses 
EU j'ha trescat, y los erms de Clara. 
Del T^iu de Llech voreja les bernoses 
Fins al campestre endaurat d'Espirâ. 

L'una tôt prop de l'altra arrimadetes 
Y panteixant encara del espant, 
Veu les ovelles al mitg d'oiivetes 
Sens cuydado del fonoU abundant. 

Amb una veu tendrement carinyosa 
Lo minyô esvelt amanyaga '1 ramat. 
Su 'Is caps sustats sa fina ma se posa, 
Y, del tropell pastor improvisât, 

Pren lo camî qui s'enlayra en la serra. 
En menant per la brida son cavall. 
L'una després de l'altra, en la dressera, 
Cada ovella segueix eix majorai, 

Amb un somris qu'il-lumina sa cara 

A Brunissa Mirô torna 'I ramat. 

— Amb Deu siau, hermosa, que mon pare 

Se demana hont me puch haber turbat. 

Marti Jampy. 



Les fouilles de Château-Roussillon 

Etude Archéologique de M. Henry Âragoa 

Un des événements bibliographiques de 19143 été l'apparition 
de ce beau volume, orné de 46 photogravures et de 3 phototypies 
en couleurs ; il constitue un gros et sérieux travail d'Histoire et 
d'Archéologie, intéressant au plus haut point pour les roussillon- 
nais. Comme il est attachant de lire, en effet, ces évocations du 
Forum de Ruscino, de l'ensemble de la cité antique, et de la vie 
sociale de nos lointains aïeux ; et d'examiner les reproductions 
de statuettes, de débris de corniches, colonnes, inscriptions, sculp- 
tures, lampes et armes, mis à jour par la sagacité de M. Thiers, 
et si bien étudiés par M. Aragon ! 

♦ 

Le chapitre consacré aux origines de Ruscino, origines présu- 
mées ibérienne, phénicienne, grecque, égéenne, punique, suivant 
divers auteurs, se termine ainsi: 

« L'appréciation, ou plutôt l'interprétation par ces savants, du 
nom étymologique de la colonie, en est charmante ; mais plus 
heureux que nos remarquables historiens, le météorologiste, M. 
O. Mengel, sans en tourmenter les formes, et avec un fond de 
poésie, a dénommé notre antique Ruscino, notre beau Roussillon, 
« la Côte Vermeille », c'est-à-dire la côte illuminée par les rayons 
dorés du soleil ». 

Qu'il me soit permis d'apporter, à l'appui de cette dénomina- 
tion, l'avis d'un catalaniste valenciâ. En Joseph Puig. 

J'eus l'occasion de voir ce littérateur, en Espagne, en 1910 ; 
comme il s'occupait de langues anciennes et d'étymologies cata- 
lanes, il me demanda d'où venait l'appellation du Roussillon. — 
De Ruscino, lui dis-je ; il réfléchit un instant, et me demanda 
encore : — Cet emplacement de Ruscino a-t-il une couleur ou 
des reflets tirant sur le rouge? — Oui, lui dis-je, c'est un sol 
brûlé par le soleil et séché par la tramontane. — C'est donc bien 
cela, fit-il : la racine primitive Rus... Roig ou Roja... Rus-cino... 

M. Mengel a donc été heureux, dans sa dénomination de la 
Côte Vermeille. 



— 28o — 

Comment T^usl^ino est-il devenu Rossello ? par cette série de 
transformations : 

Le k en s'adoucissant dans la langue parlée, a donné f(uscino ; 

à son tour, le c a été écrit s, Russino ; puis Vu a été rendu par 

la graphie de Vo fermé, l'i par celle de ey, et le n par /, soit 7^05- 

seylo, comme le porte un manuscrit perpignanais de \ 288 (ce sont 

là, des cas très-courants en linguistique, Barcelona dérivant, lui 

aussi, de Barchinona) ; le son mouillé yl a ensuite été écrit //, 

d'où J^ossello. 

♦ 

(( Nous ne croyons pas qu'on s'éloignât beaucoup de la vérité 
en plaçant au cinquième siècle avant notre ère l'époque de la plus 
grande prospérité de Ruscino », lisons-nous dans le volume; 
voilà donc 25oo ans que les ruines de Ruscino gisaient sous terre! 
félicitons nous qu'elles aient été retrouvées, et ne désespérons pas 
que Château-Roussillon, nous réserve de nouvelles surprises. 

La rapidité du temps présent compte si peu, en Histoire et 
Archéologie ! J. Delpont. 

Sant Jordi mati '1 drach d'Âlemanya 

C'est la formule qu'emploient, en ce moment, quelques Cata- 
lans de Barcelone, pour témoigner leurs sympathies à leurs amis 
français : Sant Jordi mati '1 drach d'Alemanya... La phrase est 
à retenir. 

Sant Jordi isaint Georges) est le patron de la Catalogne... 
et il est représenté, le plus souvent, terrassant un dragon, lo drach... 
c'est ainsi qu'il figure dans le médaillon qui orne la si jolie façade 
du Palau de la Diputatiô, à Barcelone... La locution en est cou- 
rante à Barcelone, de « Sant Jordi mati '1 drach », ce ira cA sym- 
bolisant tout ennemi de la Catalogne. Pour les francophiles cata- 
lans, le drach est aujourd'hui l'Allemagne. 

Et comme c'est là d'un bon exemple, un Roussillonnais de 
nos amis, qui avait, hier, à retourner une communication à l'Insti- 
tut d'Estudis Catalans, à Barcelone? y placarda en tête, un ma- 
gnifique « Sant Jordi mati 'I drach d'Alemanya ». Ll. P. 

Lt Gérant, COMET. — Imprimerie COMET, rue de la Poste, Perpignan. 

o 



I 



BINDING SECT. NOV 2 7 1957 



DP 

C57R3 
t. 8 



Revue catalane 



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