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Full text of "Revue catalane"

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REVUE CATALANE 

TOME XIII — ANNÉE «919 



I 



NNÉE 1919 

Tome XIII 







IEVUE 
CATALANE 




I 



GANE DE 
SOCIÉTÉ 

:tudes M 

TALANES 



IMPRIMERIE COMET 
PERPIGNAN 



/y\ 






367 






Z^; 



Table des Matières 



Liste des Membres, i . 

Nécrologie, 230. 

Pages choisies, 146. 

Edmond Rostand, 28. 

Le canon de Lerida, 28. 

La visite de Joffre. 34. 

Les revues locales, 52. 

El bon Pedric, 52. 

Compte rendu des séances, 56, 88, 170. 

La Catalogne reconnaissante, 59. 

Nos adeptes, j5. 

Institut d'Estudis Catalans, 76. 

Els morts, 76. 

Pourpres et ors, 76. 

La question de l'Université, 1 18. 

Curiositats, 1 5o. 

Nacionalitat de flors, arbusts i arbres, i53. 

Publicacions de l'Ensenyança Catalana, 164. 

Les félibres pyrénéens et le maréchal Foch, 184. 

L'hommage du Roussillon à Joffre-le-Grand, 201. 

La fondation d'une Maintenance du Félibrige en Roussillon, îo3. 

La Cigala i el Cucut, 209. 

Le maréchal Joffre président des Jeux Floraux de Barcelone en 1920, 237. 

Une fête de la Langue catalane à Perpignan, 239. 

Le professeur Jean Amade à l'Université de Montpellier, 240. 

Bibliographie, 25). 

Aragon (Henry). — Joffre et la Marne, 5. 

Documents historiques sur la ville de Perpignan (suite) : 

XV. Document relatif à la circulation des monnaies d'or et d'ar- 
gent, sous le roi Martin, 17. 

XVI. L'embellissement des bords de la Basse, au commencement 
du xvii' siècle, 20. 



XV]]. Ordonnance du roi concernant la saisie d'un navire perdu 
en mer. Prises de bonne guerre. Vente d'esclaves. Saisie de 
barques dans les mers de France, "iy. 
XVUl. La maison de Bernard Xanxo, mercader. L'immeuble 

Sancho de Llupia. La Loge de l'Union. Le Cercle, 60, 90. 
XIX. L'alignement du lit de la Basse et de la Tet, à Perpignan, 

au xiv* siècle, 119, 140, 154, 174. 
Les vendangeurs du Roussillon, 45. 
Amade (Jean). — Testament, 9. 

Pels pobres morts tant estimats, 35. 
La poésie catalane en Roussillon, 77. 
Bergue (Paul). — Goigs, 55. 

Sur le banc de pierre, 187. 
Calmette (J.). — L'Université de Perpignan, 87, i65. 

Une date de l'histoire du Roussillon : Le tournant de 865, 217. 
Chanty (A.). — Cris de la Rue, de Charles Grando, 27. 
Francis i Ayrol (P.). — El bon Pedriç, de J.-S. Pons, 5* 

Les poèmes de Rabindranath Zagore, 76. 
Gibernau (Joseph). — L'ametller, 72. 

Gibrat Joseph). — La seigneurie et la paroisse de Serralongue (suite), 10, 
48, 72, 102. 
La seigneurie et la paroisse du Soler, 210, 228. 
Grando (Charles). — J offre a casa seva, 33. 
Llum, 149. 

J offre (cançô popular), 1 85. 
Janicot (Albert). — Un jeune : Just Calveyrach, 200. 
Lacvivier (R. de). — Quelques noms de plantes et synonymes (suite), 23, 

5o, 68, 99, 127, 144, 1 58, 171, 198. 
Mestres ( ApelesJ. — Y no heu passât 1 58. 
Muchart (Henry). — Renaissance, 142. 
Pastre (Louis). — Le Provençal au Lycée, 222. 

Leçons bilingues pour l'enseignement simultané du Français et du 
Catalan, 242. 
Pons (J.-S.). — D'un monument a Canigô per Mossen Cinto, 6. 
Somnis de Rossellô, i3. 
Lletra a n'en Père Butxareu, 26. 
Nadal, 43. 

Un Poeta Canigonenc, 110. ,, 

El Ram nuvial, 1 37. 
Llevant de taula, 147, 162, 177, 233. 
L'article EL ou LO, 1 5 1 . 
Un timo senzillet, 238. 



— 111 — 

Pons (J.-S.) (suite). — Al terrisser de Sant-Marti, 238. 

Minyona, vé l'abril, 239. 
Real (Caries de la). — Les Jeux Floraux de Barcelone, 1 14. 

La Tradition, 1 1 5. 

Hommage au Pastorellet, 1 16. 

Nos musiciens et nos artistes, 1 17, 

Un hommage posthume à Joseph Aladern, 1 18. 

Belleses artistiques, 1 18. 

La bibliothèque de Castel Roussillon, 1 18. 
Riols (F.). — En Joffre y el Català, 48. 

Nos poètes roussillonnais, 160. 

Diction et chants catalans, 160. 
_ Musique et danses catalanes. 160. 

Série locale du Coq Catalan, 161. 
Salvat (Fr. ). — Quadret, 161. 
Sarrète (Jean). — L'Université de Perpignan, 29, 200. 

La vie catalane en Roussillon, io5. 

Le problème de la Renaissance universitaire à Perpignan, 129. 

A propos d'un cours de provençal au lycée de Marseille, 181. 

La Confrérie du Rosaire en Cerdagne, 194, 21 3, 23o. 

Le D' Sole y Pla chevalier de la Légion d'honneur, 199. 

Mort du majorai J. Soulet, 199. 

A propos du récent Congrès régionaliste, 204. 

Des professeurs bénévoles de Catalan pour nos collèges, 225. 

J.-M. Brutails à l'Institut, 25o. 



ILLUSTRATIONS 



Maison gothique de la rue de la Main-de-Fer. 



Les V\anu-;rus non insères 
ne son; oas :enaii» 



13 Année N 147 15 Janvier 1919 

REVUE 

L.-s Àrti .-les parus dans a. Revue #" ~* ^^ ^^^ j\ 1 ^^ l*k,l TT 

n'engagent oue ieurs auteurs. ^■^4» • A A a» A^A ■• ^ «Bt^ 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. — Cotisation : 10 fr. par an 

LISTE 

DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 

au i " Janvier 1919. 

MM. 
«qo8. Abat. 11, rue d'Alésia, Paris. 
1900. Aibar Félix, chef de bataillon en retraite, place Gretry, Perpignan. 

— "Amade Jean, professeur au lycée de Montpellier. 

— *Aragon Amédée, rue Saint-Dominique, 4, Perpignan. 

1914. 'Aragon Henri, propriétaire, à Chàteau-Roussillon, prés Perpignan. 

— • Arqués Ramon. notaire. Les Borges d'Urgell (Lleydai. 

1917. Artus Georges, place du Marché-Neuf, Perpignan. 

— Aspar Jean, rue de l'Enfer, 4. Perpignan. 

J910. Auriol George, banquier, rue Font-Froide, Perpignan. 

1908. Aymar Joseph, chanoine honoraire, curé-archiprétre de Prades. 

190b. Badua J., 192, boulevard de Charonne, Paris. 

— Baille Léon, architecte, rue de la Fusterie, Perpignan. 

1912. Batlle Antoine, propriétaire, place de la Liberté (gare), Perpignan. 

1918. Batlle, ébéniste, rue des Augustins, Perpignan. 

1917. Bausil Albert, infirmier, hôpital militaire d' Amelie-les-Bains. 

— Bauby Charles, 35, rue des Lois, Toulouse. 
Blamc Jean, rue Mailly. 18, Perpignan. 

1908. Bergue Paul, conducteur principal faisant fonctions d'ingénieur des 
Travaux publics, a Hanoï 1 Tonkin). 

1906. Bibliothèque Municipale, Perpignan. 
1912. Bibliothèque de l'Université. Montpellier. 

— Bibliothèque Populaire, Céret. 

1907. Blancou Gabriel, avocat, rue des Trois-Rois, 3o, Perpignan. 
1900. "Boix Emile 1 docteur), avenue Mozart, 0, Paris. 

1918. Boixo Edmond, ingénieur a Vernet-les-Bains. 

Le» noms précédé* d'un astérisque sont ceux des membres du Conseil d'administration. 



— 2 — 

iqo6. *Bonafont Joseph, chanoine honoraire, Félibre Majorai, curé-doyen 

d'Ille-sur-Tet, V\ce-V résident. 
1907. Brial Pierre, chanoine honoraire, curé-doyen de Millas. 
1917. Bringmier (M""i, Directrice de l'Ecole Normale d'ln<;titutrices, rue 

Valette, Perpignan. 
1914. Brousse Emmanuel, député des Pyrénées-Orientales, Paris. 
jqo8. de Çagarriga Henri, propriétaire, château de la Grange, Saint-Génis- 

des-Fontaines. 
1906. Calmette Joseph, professeur à la Faculté des Lettres, Toulouse. 
-1918. Calveyrach Just, boulevard des Pyrénées, maison Parés, Perpignan. 
1906. *Campanaud Laurent, propriétaire, rue Petite-la-Réal, Perpignan, 

■ 'Président. 
1917. Cantagrill rM'"), institutrice, Espira-de-1'Agly. 

— Capdevjlle (M'"), institutrice. 

1916. Carcassonne Henri, rue Cloche-d'Or, Perpignan. 

1906. de Carsalade du Pont Jules (Mgr), évèque de Perpignan. 

Caseponce Etienne (abbé), collège « La Salle », carrer Universilat, 

52, 2 , 2 a , Barcelone ( Espagne). 

1917. Castanyé 1 Prat, 55. Vallirana, pr'\ Barcelone. 
1909. Catel Jean, Bagnols-sur-Cèze (Gard). 

1918. Chavanette, s/lieutenant, 1 53' d'infanterie, i"C. M.. Secteur 211. 
J906. *Comet Joachim, Imprimerie Catalane, rue de la Poste, Perpignan. 
1912. Créance, avocat, 68, rue des Martyrs, Paris. 

1909. Cuillé Joseph, propriétaire, rue Manuel, Perpignan. 
ioj 1. Dalbiez Victor, député des Pyrénées-Orientales, Paris. 

1910. David d'Orimond, 3i, quai de Lorraine, Narbonne. 
1917. Delfau Louis, artiste peintre, rue du Théâtre, Perpignan. 

1907. Delmas Joseph, capitaine au 100' d'infanterie. Tulle (Corrèze). 

— Drancourt Emile, avenue de la Gare, Perpignan. 
J912. Dumayne, pharmacien, quai Vauban, Perpignan. 

1906. Durand Laurent, agent d'assurances, Rue Grande-la-Réal, 28, Per- 
pignan. 

1917. Elèves de l'Ecole Normale d'Institutrices, Perpignan. 

191 8. Escarra Jean, maréchal des logis, 88' rég. A. L., 4" groupe, 8' b", 

par B. C. M.. Paris. 
1910. Espie (M"" A. d'), femme de lettres, rue Hégésippe-Moreau, i5, 
Paris. 

1908. Estève de Bosch Xavier, général de brigade, rue du Mail, 83, 

Angers. 
1017. Fabre. aide-major médecin-chef, dépôt de remonte B, Secteur 8. 
1908. Falcon, chef de bataillon en retraite, place Arago, Perpignan. 
1917. Fouché, professeur à Saint-Louis, Perpignan. 
1916. Foyer du Soldat, 2' étage du Castillet, Perpignan. 



- 3 — 

i q i 5 . 'Francis P., 5, rue de l'Avenir, Perpignan, Trésorier. 
1906. Freixe Jacques, homme de lettres, Le Perthus. 

— Gibrat Joseph (abbé), cure-doyen de Prats-de-Mollo. 

1 pi 2. 'Grando Charles, rue des Augustins, 3j , Perpignan. Secrétaire général. 

1910. Granier (abbe, cure de Lamanère. 

1900. Gravas Charles, notaire, Prades. 

— Guiu Charles, percepteur, Latour-de-France. 
1913. Henry Alphonse (abbe). à llle-sur-Tet. 

1917. Institut d'Etudes Méridionales, Université des Lettres, Toulouse. 

1913. Janicot Albert, employé a la grande vitesse, 48, route de Prades, 

Perpignan, 
ipob. de Lacvivier Raymond, propriétaire, Elne. 

1917. Laudié Louis, sergent vaguemestre, i 2' d'infanterie, Secteur 174. 

1918. de Lamer, rue Saint-Jean, 2, Perpignan. 

1917. Lanquine- Clément, principal du Lycée d'Epernay 1 Marne). 

1918. Lazerme de Lon (Comte de)» rue de l'Ange, Perpignan. 

1917. Manalt Célestin, sculpteur. Pont-rouge, Perpignan. 
1906. Marie Emile, propriétaire, Prades. 

1914. Maséras Alfons, homme de lettres, Casanova, 195, Barcelone. 
1906. Massot Joseph (docteur), place d'Armes, Perpignan. 

1918. Massot Joseph-Paul, avocat, Le Boulou. 

— Massotte, officier d'administration principal, Santé, Armée, S. 160. 

1906. Morel Marcel, négociant, rue Grande-la-Real. Perpignan. 
1910. Muchart Henri, avocat, avenue du Vernet. Perpignan. 
191b. Nérei. Léon, député des Pyrénées-Orientales, Paris. 

1 907. Pages Raymond, domaine des Garrigues-d\i-Tanary, Palau-del-Vidre. 
1917. Pmllissé Eugène, sous-lieutenant, 1 i 3' d'artillerie lourde, 8' pièce, 
Secteur 77. 

1907. Pams Jules, ministre de l'Intérieur, sénateur des Pyr.-Or., Paris. 
«917. Pams François, avenue de la Gare, 70, Perpignan. 

190b. 'Pastre Louis, instituteur, école Paul-Bert, Perpignan, archiviste. 

— 'Payré Joseph, avoue, rue de la République, Perpignan. 
1910. Peix Victor, industriel, Millas. 

— 'Pépratx Justin, notaire, rue Alsace-Lorraine, Perpignan. 

1906. Pons Joseph, agrégé d'Espagnol, professeur au lycée d'Angoulème, 

à llle-sur-Tet. 
1917. Portet, éditeur de musique, rue Argenterie, 26, Perpignan. 
1910. Pujet Eugène, cité Bartissol, Perpignan. 

1907. Puic Joseph, directeur des établissements Vallaert Frères, 64, bou- 

levard Sébastopol, Paris. 
191b. Rameil Pierre, député des Pyrénées-Orientales, Paris. 
— Respaui Georges, Ambulance chirurgicale, automobile n" 11, par 
rue Pinel, 2 1 , Paris. 



— 4 — 
9>o. Rjbeill, contrôleur des douanes. Cerbère. 
916. Ripert Emile, 1" Sous-Intendance, Constantine. 
912. Rocaries, avocat, quai Vauban, Perpignan. 
918. Roger Marcel, sergent, 10' bataillon Sénégalais, 10' C' e , Guercif 

( Maroc oriental . 
918. Rousse Isidore, épicier, route de Saint-Estève, Perpignan. 
914. T^oussillon (l'Amicale le), 1, rue St-Denis., Brasserie Dreher, Paris. 

908. Rozès Numa, propriétaire, Saint-Hippolyte. 

910. Saisset Léon, juge d'instruction, avenue du Chemin de fer, 3o, 

Fontainebleau 1 Seine-et-Marne . 
916. SalgasiM""), institutrice, Rivesaltes. 

906. Salsas Albert, receveur de l'Enregistrement, Castres (Tarn). 

909. Salvat Louis, curé de Trouillas. 

916. Salvat François, Amélie-les-Bains. 

91 8. Sarrète (abbé), aumônier du Bon-Pasteur, av. du Vernet, Perpignan. 

917. Société Agricole, Scientifique et Littéraire, Perpignan. 

911. Sole y Pla Joan (doctor ), Ronda de San Père, 6, Barcelone (Espagne). 
916. Soubielle, professeur d'espagnol, rue Vauban, Perpignan. 

918. Subiros Robert, négociant en vins, avenue du Vernet, Perpignan. 

907. Sudria, lieutenant d'Artillerie, 26, rue de Staël, Paris (XV). 

909. Suzanne François, 69, rue de Richelieu, Paris. 
916. Taix Sauveur, rue Jean Dupuy, 74, Hanoï (Tonkin). 

906. Tisseyre Jacques, rue Grande-la-Réal, 35, Perpignan. 

910. Thomas Romain, professeur en congé, Collioure. 

907. Todesco Venanzio, professor, Bassano, Vicenza (Italie). 

906. Tresserre François, mainteneur des Jeux Floraux, 65, rue Alsace- 
Lorraine, Toulouse. 
— 'Vidal Pierre, bibliothécaire de la Ville, rue Petite-la-Réal, Perpi- 
gnan. 

1618. Vieu Louis, sergent mitrailleur, 164' d'infanterie, C. M. 1, S. 157. 

1907. Vilar Edouard, sénateur des Pyrénées-Orientales, 7, rue Faustin- 
Hélie, Paris-Passy. 

1910. Villeneuve (Marquis Charles de 1, 75, rue de Prony, Paris. 

1906. 'Violet Gustave, sculpteur, Prades, Vice-Président. 

1910. Violet (M"" Veuve Lambert), à Thuir. 

1906. *de Wittwer de Froutiguen Jules, le Boix-Saint-Sauveur, Prats-de- 
Mollo. \ 




J offre # la Marne 

Son plan génial 



Le génie est avant tout le pouvoir de créer. Joffre a eu ce 
génie : il a su, par cette supériorité de puissance de perception, 
créer un plan formidable qui a arrêté net l'avalanche des hordes 
barbares. 

Le génie, a dit Buffon, n'est qu'une longue patience, mais, 
ajoutons, ia patience invincible à la poursuite d'un même 
but, unie à la persistance de la méditation sur une même idée, 
sur un même plan qui a pour effet de donner à la pensée par 
cette concentration même, une puissance qu'elle n'aurait jamais 
atteinte sans cela. 

En concentrant l'effort intellectuel sur un point circonscrit, 
Joffre est arrivé à cette manœuvre qui dénote ce je ne sais quoi 
de génial, de spontané, d'instinctif, dont la réalisation absolue s'im- 
pose dans les œuvres de génie, et où l'on trouve comme une 
intuition lumineuse de la personnalité même du grand chef de 
l'Armée française. 

Comme tous les hommes de génie, en vertu de cette supério- 
rité intellectuelle, Joffre a échappe à la domination des passions 
mesquines et basses' de l'égoïsme et de la vanité, et s'est trouvé 
naturellement porté dans des régions plus hautes : il s'est voué à 
la France tout entière. « L'homme, s'écriait Mirabeau, qui com- 
« bat pour la patrie ; celui qui a conscience d'avoir bien mérité 
« de son pays, et de lui être utile ; celui que ne rassasie pas une 
« vaine célébrité et qui dédaigne les succès d'un jour pour la 
a véritable gloire... cet homme porte avec lui la récompense de 
« ses services, le charme de ses peines et le prix de ses dangers ; 
« il ne doit attendre sa moisson, sa destinée, ia seule qui i'inté- 
« resse, la destinée de son nom, que du temps, ce juge incor- 
« ruptible qui fait justice à tous ». 

Joffre, par ce plan merveilleusement conçu, par cette œuvre 
qui est son œuvre, a su nous faire voir quelle était ia mesure 



— 6 — 

exacte de la valeur de l'homme, et quelle fut sa puissance créa- 
trice au moment opportun et décisif, à l'instant le plus critique 
et le plus périlleux, à l'heure la plus troublante et la plus angois- 
sante où se jouaient les destinées de la France. 

En exécutant la manœuvre, en démasquant même Paris, Joffre 
a fait une action géniale : son plan, le plan qui a sauvé la France 
de l'invasion barbare, c'est lui-même, élevé à sa plus 
haute expression. 

Joffre a eu ce génie! Nous devons, nous tous Français et 
Alliés, éternellement lui savoir gré d'avoir sauvé la France au 
moment du péril le plus émouvant. 

Gloire à Joffre, Maréchal de France. 

Henrv Aragon. 



D un monument a Canigo 

per Mossen Cinto 



Dîes passats (es dir â la vetlla d'agost 1914), en Joseph Ala- 
dern, el catalanista-missionari del camp de Tarragona, m'adreçava 
un numéro de' la Vustraciô Calalana, prou intéressant pels rossel- 
lonesos, doncs algunes planes venien consagrades â la reproducciô 
de les terres cuites d'en Violet, « l'Escamot de Moltons â 
entrada de fosc » i « El pastor d'Urbanyâ », i ademés, un arti- 
cle, firmat pel mateix Aiadern, portava el tîtol ben agradôs : En 
Gustau Violet i l monument d Verdaguer. 

Diu el nostre bon amie — el nostre entusiasta, i ai ! malagua- 
nyat amie — qu'en Violet ha concebut la manera la mes ennobli- 
dora d'honorar el record del poeta de Folgueroles, somniant d'al- 
sarli una estâtua sobre una enlairada roca de Canigo, la quai 
domina la vall de Vernet i '1s cingles de Cadî. Vetaqui, segons 
l' Aiadern, les paraules de l'esculptor de Prades : « Lo cap amb 
son front séria énorme, lo ces colossal, i la sotana caurîa â plecs 
penya avall com la vestidura d'un gegant de l'Atlântida. A la una 



— 7 - 
ma tindrîa un llibre, son poema Canigô, i amb l'altra, senyalarîa 
lo cami de les congestes i de les altes cimes, teatre de ses Uegen- 
des. Aixis sa figura serîa eterna, duraria tant com durarâ la mun- 
tanya, i ningû podria pujar â Sant-Martî sensé maravellarse en la 
contemplaciô de la colossal figura de l'excels poeta. » 

] â manera de conclusiô afegeix el bon prosista de la Geni del 
Llamp : « Ben cert que l'obra séria costosa i atrevida, perô rés hi 
ha impossible per Catalunya, quan se tracta d'honorar una figura 
com la de Mossen Jaeinto Verdaguer ; mes va fer ell per Cata- 
lunya, i ^era un home sol. » 

'Amb tôt el respecte que se mereix la simpâtica personalitat 
d'en Joseph Aladern, que 'm sia permés d'observar que '1 seu 
projecte peca per io grandies i desmesurat. Fins m'atreviria â dir 
qu'amb sa luxuriant imaginaciô de fill de la costa llevantina, ha 
modificat un tant les paraules d'en Violet ; ô d'altra manera sera 
que 'n Violet, un bon xic visionari en l'escalfor d'una amistosa 
conversa estiuenca, s'haura divertit amb alguna « galéjade ». Perqué 
de Provença â Rossellô fem compte que sols hi ha un pas ; mes 
també arriba que l'autor de « galéjades » se les estima de cor ; i 
tôt mirât, jo crée qu'ara es el cas. Siga com se vulga, el projecte 
sembla mes barceloni que rossellonés. No s'estranyarâ del nostre 
parer el qui haji vist â Barcelona algunes arquitectures d'estil 
misticament sumptuôs, les quais, si no agradaren molt à n'en Pio 
Baroja, nosaltres les dariem totes plegades per conservar l'atri 
severament clâssic de Ylnslitut d'Estudis Catalans. 

No, no es pas per falta d'entusiasme que rebutjariem tal pro- 
jecte ; per lo demés, repetirém les encertades paraules de l'Ala- 
dern : « Mes va fer en Verdaguer per Catalunya, i era un home 
sol. » 

L'idea d'un monument à Verdaguer viu en l'esperit de molts 
rossellonesos ; ja fa anys, lo Pastorellet de la Vall d'Arles me 
paria d'un bust del poeta que 's volia erigir â la Font del Comte, 
prop de l'abadîa de Sant-Marti, alla ont l'acciô del poème 
« Canigô » té '1 seu principi i '1 seu desenllaç. Aixis presentada, 
l'idea guarda una significaciô mes fonda e inspiradora. 

El lector de la 7{evue Catalane ja sab que vaig recullir aquèt 
somni en un numéro de 1911, demanant sa realisaciô ; mes, siga 
que mes paraules fossin les d'un neôfit, 6 per tais judicades, siga 



_ 8 — 

encara que '1 catalanisme sencer no haji fet â Rossellô tôt el cami 
que se desitiaria, ma veu fou senziilament perduda, sens desvetllar 
un pohre ressô en nostrcs vails ; mon escrit trobâ sepuitura en la 
7(evue Caialane. Ai, amies, desconfiém de les Revistes que son 
sépultures ben amanides, i si les idées son bones, "fem-les florir, 
i fruitar, i granar ! 

Si hi hâ en la terra un Hoc ont en Verdaguer ha d'esser glori- 
ficat, prou sera aqueil troc de la serra canigonenca, ja que 
l'Atlàntida es malhauradament una illa imaginaria. Aqui, sobre '1 
granit, s'aixecaria sa c'ara fosa en bronze, d'esguard mélancolie 
i dolcîssim ; aqui viuria el poeta, en l'ambient mitjeval i religrôs 
de les llegendes, no molt lluny de la rumba de) Comte Guifre, 
rebent l'aie de les neus, oint el degotadiç de la Font del Comte, 
degotadiç no tant régalât com la melodia de sos cants. 

En aquells penyataguers el saludarien sempre amb mes afecte 
els romeus de Sant-Marti ; el seu nom se faria mes i mes popu- 
lar, repetint-lo eis pastors, i les dones de Castell, anant â arre- 
plegar gersos pels caminets frescals i arriscats de la serralada ; fins 
jo crée que faria miracles, amparant i servant el nostre musical 
dialecte nord-pirenenc. 

Prou fora just que la mateixa T{evue Catalane s'emprendès de 
tal projecte, i prineipaiment els « verdaguerians » que no esca- 
sejen en la nostra encontrada. No, no es pas Barcelona qu'ha 
d'alçar â Sant-Marti el bust d'en Verdaguer ; son els matei.xos 
fil 1 s de Canigô, lliurantseaxis d'un deute espiritual, ja que Ver- 
daguer, en sos viatges â Rossellô, desvetllâ les fonts estroncades 
de la poesîa popular. 1 aquest monument, l'hem de considerar 
com una obligaciô moral, un homenatge d'agraîment al pare i 
senyor de la nostra humil renaixença. 

Erigintîb, ens encomanariem â la mes alta cordialitat dels Cata- 
lans d'Espanya i donariem una mostra de la vitalitat d'aquesta 
« Société d'Etudes Catalanes » ; vetaqui perqué estic confiât que 
sabrân donar l'impuls necessari al projecte els nostres directors, 
i aixis mateix el mes « verdagueriâ » dels fills de Rossellô, senya- 
lant amb sa croça bisbal els airejats camins de la patria. 

Joseph-S. Pons. 







Testament 

*&* 

Si la mort aviat me crida, 
Vuli, amies, que i meu pensament 
Amb vosaitres resti présent 
Com ho som avuv dins la vida. 



Continuant lo bon combat, 
Lligats per la meteixa ideya, 
Tôt lo meteix que jo vos deya 
Ho fereu com al .temps passât ; 

Y, dihent amb veu amorosa 
Mon nom, aymat del vostre cor, 
Conservereu lo meu recort 
Cuan dormiré sota una llosa... 

En la fredor del camp sagrat, 
Ont vetlla lo geni de l'ombra, 
Arribarâ fins â ma tomba 
L'ardor de la vostra amistat. 



Si poc sentir aixis, encare, 
L'impuls del vostre cor germa, 
Un somris belleu florirâ 
Sus de la meua pobra cara ; 

Y. dels pahis llunyâ dels morts, 
Per que mes sana, viva y forta, 
Maduri la fruyta dins l'horta, — 
Benehiré lo vostre esforç... 

Joan Amade. 



La seigneurie $ la paroisse de Serralongue 

~&fcli^ , (SUITE) 

777. — JSloms des prêtres qui ont paru à un titre quelconque 
dans la paroisse de Serralongue. 

Fortaner Lana, jq septembre 1593. Il signe : prêtre y altre 
dels domers de Prals. 

Antoine Augaro, 16 novembre i5o,3. 

Pierre Anglada, 8 mai 1596, prêtre et domer servint en Ser- 
ra llonga. 

Gaudérique Finot, 1 q mai 1596, prêtre et paborde du Coral. 

Hue Bésairia, 29 juillet 3596 — 26 septembre 1601 — 1602. 

Antoine Augaro, 28 mai 1597. 

Guillaume Manaut, 14 mai 1600, vicaire et curé. 

Jacques Xambo, prêtre et curé du Tech, fait un baptême à Ser- 
ralongue le 7 décembre i6o3. 

Jérôme Tintayna, 19 janvier 1606, prêtre et curé. 

Fortaner Lana, prêtre et domer de Prats-de-Mollo, fait un 
baptême le 5 avril 1606, en l'absence du vicaire de Serralongue. 

Laurent Moragues, 17 juin 1609, prêtre y en canons licenciât, 
curé de Serralongue. li donne la bénédiction nuptiale dans 
l'église de cette paroisse a Antoine Llensa pages et à Marie Sue- 
gas, en présence de Gabriel Llensa, baille de Serralongue. 

Jérôme Tintayna, 1" juin 1610, prêtre et curé de Serralongue. 

Jean Galangau, domer de Prats-de-Mollo, fait un mariage le 
24 juin 16] 1 . 

Jean Lacosta, 161 1. 11 donne la sépulture au R nd .Huc Bésairia, 
prêtre, natural de Trança. 11 devient curé de Serralongue le 
24 juin 16] 2 : « Jo Joan Lacosta, prêtre, obienint la cura d'esta igle- 
sia de Cabrens ». En 161 3, il se montre encore à Serralongue : 
« Servint la iglesia de Serrallon°a ». 

Onofre Puig, vicari-cural (/ 616-16/ y) : «A 24 de mars 1616, jo 
Onofie Puig, prebere y vicari de Cerrallonga, he batejat à Anioni 
Paul, fil! de Senyerè Juan de la Setnpena fargayra y de Margarida 
sa muller ». Cet acte de baptême est précédé de cette note : 



« Baptisma de Antoni Pau Senlena a dega de la caledral de Barce- 
îona » ( i ) . 

Pierre Font. En 161 5, il signe vicari. 

Jacques Llensa, 6 février 1018, soi vicari de Serrallonga. Le 
b juin, ce prêtre signe : prêtre et vicaire. 

Antich Altamaso, 6 mai 1619. 

Narcisse Colomer, 7 septembre 1626. 

Michel Trinxaria, fc> septembre 1 633. 

Michel Debadia, 20 juillet 1 656, prêtre et curé de Serra- 
longue, servint dita recioria per la 7^".' Communilal de Prals-de-Mollo. 

François Canal, 11 mai 1671, prêtre, et curé. Cette même 
année apparaît Gabriel Poch, qui signe : prêtre de Serrallonga. 

Le 10 janvier 1674, Antoine Boxeda, curé du Tech, fait un 
baptême à Serralongue avec la permission du curé de ce lieu. 

Gaudérique Santen, 1" mai 1669. 

André Faig, 9 juillet 1670, « capella de animas » : il fut inhumé 
dans le cimetière de Serralongue. 

(1) Antoine Paul Sentena se fit prêtre et devint doyen de l'église cathé- 
drale de Barcelone. Sa vertu fut si exemplaire qu'il fut inhumé dans un 
tombeau de la cathédrale sur lequel on a gravé cette inscription qu'on a 
reproduite a côté de l'acte de baptèms dans le registre de catholicité de l'an 
1 fa 1 1> : « Escrivio tambien esta docta y erudita pluma a pétition de la véné- 
rable congregacion de la escuela de Christo de Barce'" la austera y prodi- 
giosa vida del doctor Antonio Pablo Centena, natural de Serrallonga, villa 
en el obispado de Elna, degan de la cathedral de Bar'", de quion avemos 
hecha mension. Est vénérable cuerpo descansa en el coro de su santa iglesia, 
y en su alaud, dentro de un bien cerxado vidrio, mando poner el muy illus- 
tre cabildo, para recreado de la posteritad, la inscription siguente : 

Anlonius Paulus Centena 

Sanctx Theologix Doctor, 

Tiujus almx ecclesix decanus. 

Vir 

Vita conspicuus, pœnitentia stylita : 

Aller Anlonius ; 

TJovus solitarius in civilate. 

Paulus moritur mundo. 

Vivil in ccelo, 

Pia credulitale. 

Obiit die 77 décernons M.VC.XC1 

C'est le Père Antoine Minuart, grand augustin, qui a écrit sa vie : elle 
fut imprimée à Barcelone en 1744. 



12 — 

Pierre Valat, 27 juin 1674. 

Miche! Boxeda, 21 mai 1677. 

Jérôme Ortet, 7 juillet jb8o. 11 était encore curé le 18 mars 
1684, puisqu'il bénit la chapelle de saint Sébastien. 

Pierre Valat apparaît de nouveau le 7 mai 1684. Il s'annonce 
lui-même en ces termes : « Jterum incipit Pelrus Valat prebere y 
curât ». Le 17 juin, il signe : prêtre y reclor de la Verge Maria del 
lloch y terme de Serrallonga. 

Joseph Molins, 27 février 1688. 

Raphaël Xatart, 21 mai 1705. Il signe curé, « curai» le 
28 avril 1706 et le 7 mai 1719. 

Biaise Ortet, 4 juin 1720. 

Grégoire Bassas, curé du Tech, se montre à S.erralongue en 
1724(1). 

Le domer Costa, archiprètre, en 1744. 

Jean Tibaut, 29 octobre 1750. 

Julia Lacome, 2 février 1757 — '759. 

Ange Barresa, 29 octobre 1763. 

Pierre Boix, 1 764. 

Jean Gineste, 6 septembre 1767. 

Thomas Matheu, 29 septembre 1777. 

Vidal, 4 septembre 1785. 

J. Talrich, 8 décembre 1801. 

IV . — Coutumes 

Les troupeaux étrangers qui étaient pris paissant dans le terri- 
toire de Serralongue devaient payer une amende, e; le produit 
de cette amende était employé à acheter de l'huile pour l'entre- 
tien de la lampe du sanctuaire. L'autorité seigneuriale le voulait 
ainsi et l'autorité civile et locale la secondait avec fidélité : « Dich 
jo, Jaume Planas, farrer del lloch de" Serrallonga, baciner de la 
lluminari del Santissim Sagrament, que tinch rebut del honorable 
Joseph Poch, batlle del mateix lloch, la suma y quantitat de 

(j) Ab hic (10 mai 1729) jncipit regere curam animarum ecclesiae parro- 
chialis B t:P Mari» loci de Serrallonga de Cabrensio R' lMS Gregorius Bassas 
presbyter ad hoc nominatus et deputatus a R' 1 ' Communitate presbyterorum 
ecclesiae parrochialis Sanctorum Justae et Rufinae Pratorum de Mollione. 



trenta y un rai y vint diners losquals ha cobrat dit senyor batlla 
de Serrailonga junt ab los senyors consols de las entradas del bes- 
tiar foraster que han penyorat, y per ser la veritat fas la présent 
rebtida. Losquals cobro, jo Jaume Planas, per comprar oli à la 
llantia del Santissim Sagrament. Vuy, als 25 de juny 1699. B 

Les troupeaux étrangers payaient aussi un droit d'entrée en 
faveur de l'oeuvre : « Que qualsevol persona que voldra tenir bes- 
tiar foraster, tant gros com menut, en dit terme de Serrailonga 
y Falgons sera obligada dins très dias denuntiar lo dit bestiar al 
batlle o consols de dit lloch y al arrendador de la dita egregia 
S affi de tenirne notitia per y cobrar lo dret se deu pagar com 
es un real y mitg plata per cent de bestiar menut y altre real y 
mitg de deu en deu de bestiar bohiner que se acostuma à pagar à 
la obra de la iglesia de dit lloch ultra lo delme, çots pena de deu 
lliures plata per quiscun y quiscuna vegada sera trobat fer lo con- 
trari aplicadora com ait esta dit ». 

(^ suivre) Joseph Gibrat. 

Somnis de Rossello 



A Déodat de Sévérac. 
I. Rotllo del carrer 

El rotllo blanc, el rotllo rosa, 

el rotllo blanc, 
mireu com es, com es formosa 

aquesta infant. 

Les fresques mans encadenant, . 

el rotllo rosa, 
son espardehya mai reposa, 

el rotllo blanc. 



— i 4 — 

Tira d'assî, sus la plasseta, 

tira d'alla ; 
corre un xic mes, la petiteta, , 

dona ta ma. 

L'ombra té por quan el sol brilla 

en el carrer ; 
tremola i fuig com una guilla, 

puja al graner... 

Al bosc floreix patimanetes, 

sota '1 ruixat ; 
salteu, salteu, espardenyetes, 

com el ruixat ! 

El rotllo blanc, el rotllo rosa. 

el rotllo blanc, 
mireu com es, com es formosa 

aquesta infant, ! 

Flor de la parra, flor de l'ametlla, 

flor d'ametller, 
oli d'oliva, mel de l'abella, 

vi del celler... 



El rotllo blanc, el rotllo rosa, 
el rotllo blanc... 



Jul. 17. 



II. La nit rossellonesa 

L'aire dels flaviols de la Festa-Major, 

l'aire dolç, l'aire agut pels tculats de la plaça, 

es ma sola musica i tota l'iHusiô, 

i el goig franc i nerviôs ont se complau ma raça. 



— i5 — 

Les velles, assi i alla, s'assenten su '1 graô, 
testa un xic acatada i mirada un xic lassa, 
mes quin ruixat de maig, quina alegre abundor 
en el ram escullit de minyones que passa ! 

L'espardenya lligada al cim del clavillâ, 
vetaqui la Maria i la Joana i l'Elena, 
guapa com una rosa a punt de s'esfullar, 
i un impuis concertât a la dança les. mena. 

El teu devantal groc, Elena, bé me plau, 
quan dançes, bé me plau, l'espardenya que gira, 
quan dançes, ta faldilla, Elena, té un vol blau. 
Quin sera el sentiment que ta dança m'inspira ? 

La Joana es la morena i té al Uavi un clavell, 
es una moselluda i una alegre minyona ; 
la Maria es la fina i baixa su '1 clatell 
la blanca netedat de sa cofa rodona. 

Les fanaletes fan un joc de tôt coior, 
part d'assi, part d'allâ, tremoloses a l'aire, 
llûm porprada i nocturn. L'ombra clou al cantô, 
sécréta pels bertols qu'ha parât el fringaire. 

Com un pastor bruxot el flaviol burlaner 
su '1 prestatge refila, i sab mil malifetes, 
i s'en riu ! i s'en riu ! i si li ven â bé, 
satura amb una frase aixis com els poètes, 

una frase ample ont puja un cor enyoradiç ! 
Sona, sona, flaviol ! Ara el goig ens deslliga ; 
el llavi perfumat de vi ranci i d'anis, 
un vell rumia encare â la Vénus antiga. 

Quan dançes, blanca Elena, amb un aire posât, 
quan gires l'espardenya i quan tothom te mira, 
quan dançes, ignorant ta fresca voluptat, 
quin sera el sentiment que ta dança m'inspira ? 



_ ,6 — 

La cobla ara s'aplica à flautejar el Pardal, 
l'aire que plau e) mes al cor de nostra raça, 
i ont viu i'amor secret j dolç del Riberal, 
i per l'oir tothom s'atura sus la plaça. 

Ont es aquêt Pardal, Elena, i ont fa remor? 
Els teulats pels carrers deixen llur ombra caure, 
i dançen els estels pcis cims de Canigô, 
i algûn pastor isolât descuida d'anar â jaure. 

Les fanaletes fan un joc de tôt color ; 
l'una tremola un xic i l'altre eau encesa ; 
pels carrers tôt es nit, clariaina, iHusiô... 
oh clars records de ma vida rossellonesa ! 



III. Estels a muntanya 

La vida la mellor es vida de pastor ; 
ho he llegit en un llibre, i gairebé ho creurîa 
qu'hom retroba l'humil i antiga poesia, 
vetllant â la serena al ras de Canigô. 

N'hom ou l'aigua llisar dintre la fondalada, 
i com una musica en tota la foscor. 
La cabrada es al jaç ; corre un xic de fredor, 
i al demunt dels roquers tremola l'estelada. 

La nit deixa pujar sa gran respiraciô... 

No ho penses qu'alla dalt rumia algûn pastor, 

i que l'ha visitât el somni dels poètes ? 

No ho penses qu'alla dalt l'ha visitât l'anhel, 
ample i desconegut de régir les cabretes, 
com set gotes de rou suspeses en el cel ? 

Joseph-Sebastiâ Pons. 
[L'Estel de VEscamol) 



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DOCUMENTS HISTORIQUES 

sur la Ville de Perpignan 



SUITE) 



XT ' . "Document relatif à la circulation des monnaies d'or et d'argent sous le roi 
Martin (19 février 1409). 

11 sera intéressant de rappeler, dans quelques lignes, quelle fut, 
au xv' siècle, l'importance de la lauîa de cambi, dans laquelle on 
déposait les monnaies, joyaux et divers objets. La situation de 
dépôt privilégié de cette banque pour toutes les richesses moné- 
taires, métalliques et artistiques, l'interdiction aux autres ban- 
quiers d'émettre de la monnaie de banque, et l'obligation où ils 
étaient de déposer chaque semaine à la lauîa les fonds dont ils 
étaient dépositaires, donnèrent à cet établissement une vigueur et 
une multiplicité d'action surprenantes (1). 

La taula devait jouer un jour un rôle très actif dans toutes les 
opérations financières : elle mit en circul?tion les petites pièces 
de cuivre, ardits, sous, sixains et deniers menus, et les rem- 
boursa contre du numéraire légal, à la demande des détenteurs. 
Plus tard (2), pour remettre les finances de la ville sur pied, la 
taula était déclarée d'utilité publique. 

Voici un document du commencement du xv' siècle, relatif à 
la circulation des monnaies d'or et d'argent et à l'établissement 
d'une banque pour le change (laula de cambi). Ces criées furent 
faites au nom du roi Martin (existente personaliter in castro ville 
Perpiniani) suspenda.':t les ordonnances qui défendaient de rece- 
voir les écus ^t les blancs de France, seuls, Manques e tola autra 
moneda d'or e d'argent, jusqu'à ce que l'on frappât à Perpignan 
des florins d'or en grand nombre (que... sia batuda moneda de 

(1) Voir, à ce sujet, Desplanque, Recherches sur la dette et les emprunts de 
la Ville de Perpignan, page i3 : una taula de cambi en la quai diverses per- 
sones deposarien e tindrien monedes, joyells e altres cescs. 1 (Livre mineur, 
♦5a.) 

2) 18 octobre 1573, Madrid. (Livre vert majeur, f 3i6.) 



— .8 — 

florins e de barchinens copiosament en la vila de Perpenya), et 
qu'il y fût établi une banque pour le change. 

Cette ordonnance fut faite à la requête des consuls François 
Grimaud, Guiihem Blanca. Bernard Raseres, Sernin- Adela, 
Arnald Montilia, consuls de Perpignan, par-devant les témoins 
Jacques Pallarès et Manuel de Raiadello, conseillers du roi. 
L'acte fut rédigé par Jean de Leytage, notaire royal. 

19 février 1406 

[De monedes stranyes tant de or com de argent, que hom les 
puscha traure dels comtats de Rossello e de Cerdanya]. 

Noverint universi quod anno a nativitate Domini millesimo 
quadringentesimo sexto, videlicet die veneris que computabatur 
décima nona mensis februarii, illustrissimo ac magniffico principe 
et domino domino Martino Dei gratia rege Aragonum, Valencie, 
Majoricarum, Sardinie et Corsice, comiteque Barchinone, Rossi- 
lionis et Ceritanie, existente personaliter in" castro ville Perpi- 
niani, multum honorabiiis et providus vir Petrus de Bergua, con- 
siliarius et negotiorum curie ipsius domini régis promotor ac ejus 
cancellariam regens, ex parte ejusdem domini régis, presentibus 
me notario et testibus infrascriptis, mandavit Bernardo Croells, 
crida publico ville Perpiniani, presenti, ut, per loca publica dicte 
ville, cum tubis clangentibus, sollempniter, ut est moris, publicaret 
quandam preconitzationem seu cridam que fuerat per consilium 
regium ordinata juxta quandam ordinationem per dictum dominum 
regem factam, cujus quidem preconitzationis sive cride ténor 
sequitur sub hiis verbis : 

« Ara ojats que notiffica lo molt ait senyor Rey à tots general- 
ment que, jatsia lo dit senyor, sobre lo afforament de les 
monedes stranyes axi d'or com d'argent, haja fêta certa pracma- 
tica sanccio, e haja prohihit e fet publicar. ab veu de publica 
crida que neguna persona, de' qualsevol stament o condicio sia, 
no gos traure alcuna moneda d'or ni d'argent de sos règnes e 
terres, sots certes e grans pênes en la dita pracmatica coritengudes ; 
e mes avant, en lo contracte célébrât entre lo dit. senyor, de una 
part,* e En Berenguer dez Tortell e P. Torrent, moneders de 
Barchinona, de la part autra, les arrendaments de les seques e 



— iq — 

bâtiments de moneda dels ditz sos règnes e terres, lo dit senyor 
naja proniés de fer exequtar ia dira pracmatica sanccio e manar e 
ordonar, segons ha manat e ordonat, que neguna pcrsona no gos 
pendre scut d'aur de França sino à raho Je xv ssous, vu diners, e 
blanques à raho de vi diners malia per peça, e autres monedes 
Der so que valen d'aur et d'argent tant soJament ; la aual ordi- 
nacio ha fêta pubiicar ab veu de cri.ia en la vila de Perpenya. 
Empero, corn per part de la universitat de la dira vila sia stat à 
la sua excelieneia reverentment exposât que les dites inhibicions 
eren fêtes e publicades en gran prejudici e lesio de la dita vila e 
universitat e priviiegis a aquella autrepatz e altres terres dels 
comtatz de Rossello e de Serdanva per moites e diverses rahons 
per part de la dita universitat aiieguades, lo dit senyor Rey, ate- 
ses les rahons desus dites, de les quais e dels priviiegis desus dits 
enten à fer légitima discusio e retre-hi la justicia que s' perta- 
nverâ, e à suolicacio de la dita universitat ha manat, ordonat e 
autrejat que, revocades les crides sobre les dites coses en la dita 
vila fêtes e publicades, sia legut à cascuna persona stranya e pri- 
vada, de qualsevol ley, stament o condicio sia, pendre scuts, blan- 
ques e tota àutra moneda d'or e d'argent dins la dita vila e '1s 
comtats desus ditz en auuell for que s' volrân, per spasi de hun 
any primer vinent comptador del présent dia en avant. Axi 
empero que per lo dit senyor o per los dits arrendadors de les 
seques sia batuda moneda de florins e de barchinens copiosament 
en la vila de Peroenva e tenguda taula o taules de cambi en les 
quais se puixen copiosament trobar florins e barchinens à cambi, 
los quais bâtiment de moneda o posament de taula hagen a 
començar dins spasi de un meses primers vinentz e continuar per 
lo dit any. E si dins los dits mi meses no sera començat lo dit 
bâtiment de moneda o posament de taula, los huyts meses res- 
tantz del dit any no comensen à correr fins que sia començat con- 
tinuant-ho, segons es i:ir. E no res menys ha atorguat lo dit 
senyor a la universitat de la dita viia que cascuna persona de 
aquella e dels dits comtatz, de qualsevol stament, lev o condicio 
sia puixa traure deis dits comtars liberament e fronça à sa volen- 
tat totes e qualsevol monedes d'aur e blanques sens encorriment 
de al;una pena per spasi de 1 anv primer vinent comptador, 
segons desus es dit. Per que lo dit senyor notiffica a tots e sen- 



— 20 — 

gles les coses desus dites, per tal que alcun, d'aci avjint, no puixa 
ignorancia alleguar. » 

Quo manciato facto, incontinent! Ffranciscus Grimaudi, Guiller- 
mus Blartcha, Bernardus Raseres, Serninus Adela, Arnaldus Mon- 
tiliani, consules ville Pe'rpiniani, requisiverunt me, infr?scriptum 
notarium, ut de hiis eis et universitati ville Perpiniani publicum 
sive publica instrumentum et instrumenta cor.ficerem, tôt quot eis 
et universitati predicte fuerint necessaria ac etiam opportuna. 
Que quidem instrumenta dictus honorabilis regens fieri concessit. 

Testes qui premissis interfuerunt s'unt honorabilis Jacobus Pal- 
laresii, et Manuel de Raiadello, consiliarii dicti domini régis. 

Postea autem, die sexta décima martii anno predicto, in pre- 
sencia mei notarii et testium infrascriptorum, retulit se dictus 
Bernardus Croells, preco publicus dicte ville Perpiniani, una cum 
eis consociis, tubantes predictam preconitzationem publicasse per 
dictam villam Perpiniani per loca asueta ville préambule, ut est 
moris, die décima octava menssis februarii proxime retrolapsi. 

Testes qui relation! predicte interfuerunt sunt Raymundus Fer- 
rer, notarius ville Perpiniani, et Gabriel Roscet, scriptor domini 
régis. 

Sig.-(s. manuel)-num mei Johannis de Leytago^ scriptor dicti 
domini régis, notariique publici auctoritate regia per totam terram 
et dominationem suam qui predictis omnibus interfui eaque scribi 
feci et clausi, cum raso et ablato in xm" linea continuant (i). 



XVI. L'embellissement des bords de la "Basse au commencement du xvn' siècle. 

Au commencement du xvn' siècle, les règlements qui concer- 
naient la police de la ville devinrent plus sévères. 

On cherchait à donner à Perpignan une nouvelle parure et prin- 
cipalement à l'assainir et faire de cette poblacio une cité modèle. 
Un document du commencement du xvn' siècle, 17 septembre 1608, 
nous renseigne précieusement sur ces nouvelles ordonnances qui 

(ij Archives comm. de Perpignan, A A. 3, livre vert mineur, tome 1", 
P 358 v\ 35 9 . 



avaient pour but d'embellir ic principal quartier de la ville (i), 
en l'assainissant avec méthode. Un privilège de i3ii (2) faisait 
aux consuls une ici de réviser chaque année les ordonnances (ordi- 
nacions) ue police, de reformer celles qui étaient défectueuses et 
inutiles et de les remplacer par des règlements plus pratiques et 
utiles : cette revision concernait le bailli. 

Criées publiées devant les maisons des tanneurs, en dehors des 
remparts de Pemignan (3) et relatives au lavage et séchage de la 
laine dans la rivière de la Basse, depuis ie Ponidel Tqro jusqu'au 
Boulevard de Saint-François. — Interdiction de couper les 
roseaux, d'enlever ces pierres ou du sable du lit de ce ruisseau, 
d'y jeter des immondices, d'y laisser vaguer des poules, oies, etc. ; 
défense de faire des plantations d'arbres, de semer ce terrain et 
de faire du jardinage ; en cas d'infraction, amende de trois livres, 
monnaie de Perpignan. 

17 septembre 1 608 

Preconium pro grava del Toro. 

Ara hoyats tothom gcneralment de part del molt illustre senyor 
don Johan de Liunia, donzell en la vila de Perpinya domiciliât, 
substituit en lo ofici de Procurador Reai e Feudal en los comptats 
de Rossello y Cerdanya, per lo molt illustre senyor don Gabriel 
de Llupia, conseller de la Sacra, Cesarea y Real Majestat del 
Rey nostre Senyor, e Procurador Real et Feudal en los dits 
comptats, que, inseguint la provisio .'cta per lo magnifich micer 
Montserrat Arquer, doctor en drets lit la vila de Perpinya. jutge 
ordinari de la cort del Real Patrimoni en dits comptats, a ins- 
tancia e requesta del Procurador fiscal patrimonial, per lo interés 
del Real patrimoni, e de Père Vera, brasser, habitant de la vila 
de Perpinya, arrendador de les graves que son desde )' pont del 

(1) Ces deux rives de la Basse (la Tasss.), le long desquelles sont cons- 
truits les quais, qui doivent plus tard se prolonger jusqu'il la gare, consti- 
tuent l'un des principaux quartiers, où l'on voit de beaux immeubles (Pré- 
fecture, hôtel Ecoifher. etc.) et qui mené à la belle promenade des Platanes. 

121 Livre ver mineur, f ç5. 

(3) Les tanneries, au commencement du xvn' siècle, étaient donc situées 
en dehors de l'enceinte de Perpignan, «r extra menia Perpiniani ». 



— 1ï — 

Thoro(i) fins al baluari dit de Sant-Francesch (2), per son interés ; 
ab ténor de la présent pubiica crida se diu, notifica y fa à saber 
à totes y qualsevol persones, de qualsevol grau, stat o condicio 
sien, que no gosen ni presumescan rentar ni fer rentar lianes en 
la ribera de la Bassa, ço es del dit Pont del Thoro fins al baluart 
dit de Sant-Francesch, ni exugar ni fer exugar aquelles en la 
dita grava ; réservât enpero que lo dit arrendador haja de donar 
lloch als- aluders de la dita yilade Perpinya per lo rentar y exu- 
gar de ilurs lianes tos temps y quant per dits aluders los sera 
.demanat, e no altrament ; lo quai lloch los haja de donar dit arren- 
dador sempre que li sera demanat, no havent-hi lianes de aba- 
ners (?) o altres qui tinguessen tota la dita grava occupada. 

Item, diu v mana à totes y qualsevol persones que de assi al 
devant no gosen ni presumescan traure o fer traure pedra ni arena 
de la dita grava ni canye's dels canyissos de aquella, ni llansar 
algunes immundicies en la dita grava, ni tenir algunes gallines, 
ochas ni avets que vagen per dita grava, havent-hi llana, à fi que 
no s' posen entre dita llana, ni fer plantadcs de arbres, ni sem- 
brar, ni fer ortalissas en aquella ; e asso sots pena de très lliures 
moneda de Perpinya per cascuna vegada que serân trobats fer lo 
contrari. De la quai pena e ban haurâ lo denunciador la tersa 
part, e les restants dues parts serân aplicades als cofreus del Real 
Patrimoni. E per que no s' puga ignorancia allegaf, mana la pré- 
sent esser publicada. 

Die xvn mensis septembris M.D.C.V111. Perpiniani. 

Jacobus Sargatal, preco publicus et juratus ville Perpiniani, 
retulit et fidem fecit michi Juillermo Domenech, notario eo scribe, 
se, die presenti, publicasse preinsertum preconium alta et intelli- 

( ■ ) Le Pont del Toro, connu plus tard sous le nom de Pont del Portai de 
la Sal, avait été construit sur la Basse en 1327, près du Toro. par l'archi- 
tecte qui avait construit « le Pont de Perpignan». L'inondation de i55o 
le renversa ; il fut relevé en 168a. 

(2) C'est cette partie du bastion Saint-François que, plus tard, Vauban 
faisait démolir : « raser le vieux rempart et revestement compris entre deux, 
et au lieu de cette fortification qui est naturellement la plus deffectueuse de la 
Place, exécuter le dessein d'agrandissement marqué au plan... » C'était la 
ville neuve qui devait se relier aux bastions du Castillet et de Saint-François. 



- 23 — 

gibili voce, sono tube emisso, in dicta grava ante domos blanque- 
riorum, extra menia Perpiniani (i). 

Testes, honorabiiis Franciscus Carrera, mercator, Joannes Fer- 
ranao, braseerius, et ego Guillermus Domenech, notarius et 
scriba (i). 

(A suivre) Henry Aragon. 

(\) C'est dans ce quartier (faubourg des Tanneries) que Jacques 1" de 
Majorque avait relègue les blanquers ou tanneurs de la ville en i3o2. A cette 
époque, ce faubourg était considérable, car il englobait toute la poblacio des 
tanneurs et teinturiers réunis. Ces derniers, sous le roi Pierre IV, en 1374, 
s'établirent dans la rue des Bains (carrer dels Banys), actuellement rue du 
Bastion Saint-Dominique. 

(2) Archives des Pvr.-Or., B. 439. Manuale Curie, registre XXXVI, f * 1 5 1 . 

Quelques noms de plantes # synonymes 

Catalans-Français # Français-Catalans 

<e£#3^ (SUITE) 

T 

talabard. — voir boixerica. 

tamariu (et tamarill, tamarit, tamarisc, tamarell), tamarin. — 

gateil. 
tatiarida (et tanavell), ranaisie. — herba dels verms, herba de 
santa Maria. 

taparera, câprier. 

taronger, oranger. 

tarongifia, mélisse, cilronelle. — citrô, citronella, herba de citrô, 

cidrac. 
tarra. — voir morterol. 
tarrec. — voir lletresa. 
té bort. épiaire. — herba de ia feridura. 

té de muntanya, véronique officia 
teix, if. 

tell (et tey). — voir tindarell. 



— 24 — 

tiler, tiller, tila, tilia, tilleul. — tarot. 

timÔ. — voir farigola. 

tim0SS r i, lavande slœchas. — caps de borro, cardigases, tomanyi, 

tomani. 
tindarell (et tintorell), daphné-garou. — mata-poils, astruc, tell, 

tey. 
tirabec. — voir pesol. 
tofona, truffe. — trufa. 

tomani (et tomanyi. — voir timossa. 

tomata (et tomatec, tomaquet), tomate. — poma d'amor. 
tora, aconit. — herba de les tores, mata-llops. 

» pudcnt. — voir givertassa. 
toronger, torongina. — voir taronger, tarongina. 
trava=CavaIlS. — voir passa-camî. 
tramUSSOS. — voir llovins. 
transflorina. — voir trescam. 
trapadella. — voir esparcet. 

traspic, thlaspi. — herba del passarell, bolseta de pastor. 
traUCa=perolS. — voir aladern. 
traUCa=SaCS. — voir espigadella. 
trèmol (et trèmbol), tremble. 
trencaiÔS, sceau de Salomon. 
trenca=l*OCS, saxifrage. 
trescam (et trescames, treSCalam), millepertuis. — transflorina, 

pingell, pericô groc, herba de Sant-Joan. 

trevol (et trivolet), trèfle. 

trigoneila, trigonelle, fenugrec. — banya de cabra. 

troana. — voir olivella. 

tfumfa, pomme de terre. — patana. 

turbît. — voir coscoll. 

U 

llll de boil, chrysanthème des moissons. 

> de cavall, inule. — herba de l'ala. 

» de perdiu, adonis. 
Ullastre. - voir ollastre. 
Ulmaria, ulmaire, spirée, reine des prés. — herba del pobre home. 



— 25 - 

V 

Valeriatia, valériane. 

vediella. — voir vidiella. 

VeleS'J, jusquiame. — hcrba caxaiera, herba de era, herba de la 

ira, mata-gallincs. 
velluts, amarantbe, crête de coq. 
Veratre. ellébore blanc. - 
Verbena, verveine. — herba berbera. 

verdolaga, pourpier. 

VermcllÔ- — voir campanetes. 

,Vem, aulne. — arbre nègre. 

veSSa, vesce, — pedrassa, arvelles. 

Vidalba (et vidailba). clématite des haies. — vidarsa, ridorta, 

ridolta, herba de Job, herba de les llagues. 
vidarsa. — voir vidalba, ci-dessus. 
Vidailla (et vidaura), houblon. — esparguls, llupol, lupol, cervesa, 

piraoues. 
Vidiella (et vidriell a), clématite flammeite. — vediella, viadella, 

badieila, jassemi de borro. 

\ina=ine*querrer. — voir morterol. 

\'ii)la, violette. — viola boscana. 

» de pastor. — voir calabruxa. 
violer, violier, giroflée. 
Viîica=pcrvinca. — voir pervinca. 
vim, osier. — vimen. 
VÎmet, saule osier. — sarga, sarguera. 
VÎUda, villdeta, scabieuse. 
VOlivarda. — voir olivarda. 



Xeixa, blé froment. 

xerevia (et xaravia, xirivia), chervis. 
xeringuilla, seringa. 

XerumpJUS. — voir caps biaus. 
XiCOVa (et XÎCOyra), chicorée. — agon. 
XÎpell (et xiprell). — voir sepell et bruc. 
Xiprer, cyprès. 






— 26 — 

xifipis, ortie. — estrigol, ortiga, ortigol. 

xirivides, salsifis. 

XiSpet, fétuque. 
XOp. — voir poil. 
XUClarnel. — voir mareselva. 

Z 

zizenia (et zizania, zitzania), ivraie. — jull, margail. 

(Tin de la première partie) 

Lktra a n'en Père Butxareu 

Redactor de La Veu de Calalunya 

Benvolgut i distingit senyor, 

Ja fa alguns dies que he tornat d'Alemanya al nostre bell pais 
catalâ de Rossellô ; i he sabut que, a la requesta de mos amies i 
companys de la T\evue Catalane de Perpinyâ, 1' « Associaciô de la 
Prensa Diaria de Barcelona », utilitzant l'influencia que exerceix, 
havia fet tôt lo possible Dcr retirarme ciels camps de repressalies 
de Curlanda. 

Aquesra proba de germanor, aquest interés, que per cert no 
mereixien encare mos trebails, m'han enlleugerit les pênes i afanys 
de la captivitat en el pais dels Barbres. He après que tots els 
socis de la vostra Associaciô s'havien unit en mon favor, prescin- 
dint de tota tendencia. Als uns i als altres jo dire mercès, encare 
que amb mes afecte i mes emociô als vertaders amies de la França, 
perqué tots ells han obrat amb l'empenta del sentiment idéal qui 
els inspira. 1 aixô, apreciat senyor, val molt mes que ma petita 
personalitat. 

] ara, si voleu una proba de la poca fiança que es mereixen els 
Embaixadors oficials del govern alemany, vetaqui un détail his- 
torié. 

La vostra lletra del i" de setembre de 1916, publicada per la 



J^evue Calalame de Pcrpinyà, anuncia que la vostra demanda havia 
sigut atesa pel govern germànic, i que havia sigut tret dei camp 
de repressalies de Curlanda i trasladat à un campament urbà. 1 
doncs, aquesta noticia, tal com vos l'han donada, es^falsa de cap 
a peus. Sols pel desembre del mateix any tornava al campament 
urba de Dùlmen, amb mos companys. i pel nevar cap d'any de 
iqij figurava encare el meu nom sobre una llista de noves repres- 
salies. Del carâcter d'aquestes repressalies i del concept? que es 
mereixen els qui les regien, no s'en parli. 

Ja es massa llibertat la que m'he presa. Bé me plau saber que 
la « Prensa Catalana » no descuida el llaç qui ens lliga, tots els 
catalans, d'eniia i d'ensâ de l'Aibera. 

Avui que per la vostra gran ciutat i per tota Catalun\a sona 

mes febrosa e inauieta l'hora de les reivindicacions politiques, 

rebeu, vos i la vostra noble Associaciô, mes fervents salutacions 

i merces, amb tôt i'entusiasme que 'm dona la vista de Canigô, 

el nostre pare i el nostre' conseiier. 

Joseph-Seb. Pons. 
111a. 6 de janer loiq. 



Cris de la Rue 

par Charles Grando 

Notre confrère La Renaissance Catalane inaugure une série 
d'éditions roussiiionnaises par la réédition de i'œuvre curieuse et 
attrayante de notre estimé collaborateur, M. Charles Grando, 
publiée, il v a quelques années, par la Revue Catalane : Les Cris 
de la T{ue. 

Nous ne d'outons pas que cette 2' édition, complètement remise 
à jour, n'obtienne le même succès qui couronna ia première et 
valut à i'auteur du Clam Roig et des Monolegs T(ossellones'os ies féli- 
citations des maîtres Aureli Canmanv. A^cics Mestrc Ins- 
titut d'Estudis Cataians et de l'Arxiu de Folk-lore de Barceione. 

A. Chanty. 



Perpignan Pittoresque : Cris de la T(ue , avec les notations musicales. 
2* édition revue et augmentée. Editions de la Renaissance Catalane. Priv i fr. 






MÔND ROSTAND 

Amb la mort ci- l'Edmond Rostand, !a Fiança acaba de perdre una de 
les figrurcs mes représentatives del seu teatee. Maigrat que la seva pro- 
duccio escenica no es de bon tros de les mes abundoses ni de les mes for- 
tes, el seu nom esdevingué popular a tôt el mon : en ressuscitar, escenificant- 
la, ia figura del famés Cyrano de Bergerac, assoli un dels triomfs teatrals 
mes formidables que mai oap autor hagi obtingut. 

Rostand nasque a Marsella I'any .1808, en 1892 estrenâ, a la Comèdia 
Francesa, ia seva primera obra dramatica, titulada Les Romanesques : en 
1895 ia Sara Bernhard li ëstrenâ La princesa Lointaine, i en 1896 obtingué 
un sorollôs àxit amb La Samaritana. Parlant de l'estrena d'aquesta obra un 
critic parisenc, referint-se a l'autor. advertia als seus llegidors : « Reteniu 
ben bé aquest nom, puix dia vindrà que sera un grand nom. » 

La profecia del critic no trigà gaire a realitzar-se, puix el 28 de desem- 
bre de 1897 al teatre de la Porte-Saint-Martin s'estrenava, enmigde clamo- 
roser. ovacions, els famôs Cyrano de "Bergerac. 

Uns quants anys mes tard donava al public el célèbre CharJecler, obra que 
si be es cert crue no va afegir res a la seva.giôria d autor, va tenir el do 
d'intrigar el mon durant un pareil d'anvs abans que es veies damunt de les 
taules, i va donar Hoc a que els empresaris de la Porte-Saint-Martin bates- 
sin el record de la propaganda i fessin la « réclame » d'una estrena, la mes 
formidable que mai nos'hagi vist al mon. 

Le :anon de Lérida 

De tous les châteaux de Catalogne, c'est le château de Lérida 
nui a été de tout temps le plus abandonné, le plus dépourvu de 
ut . 

Un- iour, un général, faisant son entrée dans la cité, fut très 
étonné de constater que la forteresse ne lui rendait pas les hon- 
neurs qui lui étaient dûs en tirant les coups de canon indiqués 
par les règlements. 

En proie à une grancie co)ère, le général pénétra dans la for- 
teresse et s'adressant au gouverneur iui dit : 

— Pourquoi n'a-t-on pas tiré la salve réglementaire ? 

— Pour plusieurs motifs, mon général, répond tranquillement 
le gouverneur. 

— Dites-les tout de suite ! riposta le général furieux. 

— Le premier, mon générai, est peut-être le plus important: 
nous n'avons plus de coudre... Le second... 

— Taisez-vous! ça me suffit, interrompit le général complète- 
ment apaisé. 

\.t Gérant, COMET . — Imprimerie Catalane, CÛMET, rue de la Poste, Perpignan 



13" Année N' 148 15 Février 1919 



Le\ Manuscrits non insères 
ne son: oas rendu» 



REVUE 



Lti ÀrnJes parus aans ia Revue ff "* ^^ w ■ ' ^^ 1 j\ ^W| f| 

n env'agenr aue leurs auteurs. ^B^A A A A BA»A J» A ^ ^m& 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. — Cotisation : 10 fr. par an 

UN FOYER DE VIE CATALANE 

L'Université de Perpignan 

Un moyen très efficace, très profitable au pays, fécond 
en ressources de vitalité catalane, serait la renaissance de 
l'Université littéraire, que Perpignan possédait autrefois 
dans l'établissement qui sert aujourd'hui de Musée. Fon- 
dée, en 1349, P ar Pi erre IH d'Aragon, cette célèbre insti- 
tution fut la dispensatrice unique, la gardienne jalouse de 
la science, conférant seule des grades, sanction suprême de 
son droit d'enseignement, accordant le baccalauréat et le 
doctorat en théologie, en droit, en médecine, ainsi que la 
maîtrise ès-arts, mais non toutefois la licence. Quelle efflo- 
rescence de vie intellectuelle et morale n'apporterait donc 
pas, dans notre ville, la reconstitution de cette Université, 
avec ses facultés de droit, de médecine, de philosophie, de 
belles-lettres et de beaux-arts ! 

Quand disparut, en 1804, l'Université de Perpignan, les 
regrets furent grands parmi les roussillonnais. « Compa- 
rant le présent au passé, ils désespérèrent un instant de 
l'avenir intellectuel de notre pays. » C'est ce qu'exprimait 
en ces termes, en 1806, M. Jaume, qui fut l'un des plus 
illustres professeurs de ce corps enseignant. 

« Toutes ces pertes, dit-il, ont fait le malheur et la ruine 
de cette province du Roussillon. .. Comment pourra-t-ellç 



- 3o — 

pourvoir à l'éducation, à l'instruction, à la formation de 
ses enfants » ? Comment ceux-ci, à peu de frais ou gratui-. 
tement même, pourront-ils acquérir une instruction solide, 
« se rendre utiles au public, se procurer le moyen de pour- 
voir à leur honnête subsistance, se faire un bon nom et 
une bonne réputation ? » 

— « Alors, ajoute M. Jaume, les enfants des pauvres 
« familles de cette province pouvaient s'y vouer et s'y 
« vouaient, parce qu'ils trouvaient à Perpignan des parents 
« ou des amis qui se prêtaient volontiers à les loger et à 
« les nourrir chez eux gratuitement ou sous de très modi- 
« ques pensions. Jlu lieu qu'à présent ceux qui voudront 
« embrasser quelqu'un de ces états (avocat, médecin, etc.) 
« devront se transporter ou à Toulouse, ou à Montpellier, 
« ou à quelque autre ville de "France, où il y ait des collèges 
« et des Universités pour y étudier pendant plusieurs années, et 
« y apprendre les sciences propres aux états auxquels ils se 
« destineront et y recevoir leurs grades. Ce qui leur coûtera 
« des sommes considérables pour les voyages, le logement, la 
« nourriture, les habillements et entretiens nécessaires ; de sorte 
« qu'il n'y aura que les jeunes gens nés de parents riches qui 
« pourront suivre leur penchant, leur désir, leur vocation ; tan- 
« dis que ceux nés de parents pauvres ou hors d'état de four- 
ni nir à ces dépenses ne le pourront absolument pas, quoique 
« doués de talents propres à ces différents états. » ( i ) 

Sans doute, « les établissements publics et privés d'ensei- 
gnement secondaire, la facilité des communications, la 
création de nombreuses bourses ont en partie pallié les* 
funestes effets occasionnés par la disparition de l'Univer- 
sité. 11 n'en restera pas moins vrai cfue,. faute d'enseigne- 
ment supérieur, notre ville est comme découronnée, n'a plus 
la vie intellectuelle d'autrefois, l'instruction ayant perdu en 
intensité ce qu'elle a gagné en extension. Tel est l'aveu d'un 

(i) Ph. Torreillbs, L'Université de Perpignan, pp. i 10-1 i i ; Ch. Latrobe, 
1892, 



— 3i — 

historien roussillonnais, fort compétent en matière d'ensei- 
gnement, M. le chanoine Torreilles (j). Nul ne contredira 
à ce jugement aussi impartial que vrai. 

On a tenté plus d'une fois, notamment sous la Restau- 
ration, de rétablir l'Université de Perpignan. On n'y a pas 
réussi. Mais, puisque les Etudiants de Montpellier se 
préoccupent, en ce moment, de fonder en cette ville des 
chaires d'histoire et de langue catalanes, où iraient étudier 
les jeunes gens du Roussillon, ne serait-il pas plus naturel, 
plus logique, que les dons publics et privés de la charité 
roussillonnaise fussent sollicités pour le rétablissement de 
notre ancienne Université perpignanaise, où la création de 
ces mêmes chaires serait également très naturelle et très 
logique ? Pas ne serait alors besoin de voyager et de séjour- 
ner, au prix de frais énormes, à l'étranger, pour y appren- 
dre une langue de notre propre pays, que tout le monde 
parle chez nous, que nous avons sucée avec le lait mater- 
nel. Nul professeur exotique, eût-il tous les diplômes du 
monde, ne nous apprendra jamais mieux notre propre 
langue que ceux-là mêmes qui l'ont parlée dès l'enfance, 
qui en ont appris sur place les dialectes et les- nuances, soit 
de nos vieilles chartes catalanes, soit des lèvres mêmes du 
peuple, car c'est lui qui est, avec nos mères, ainsi que l'a 
dit très poétiquement notre Pastorellet, « Je meilleur maître 
ès-langue catalane » (2). Il en va pareillement de l'histoire 
et de l'art de notre pays. L'art catalan est en effet tellement 
autonome, qu'il demande, pour être étudié et compris sans 
erreur aucune, un tempérament du terroir et des connais- 
sances locales, d'analyse et de comparaison, qu'à distance le 
plus docte étranger ne saurait posséder, qu'il ne saurait 
même bien acquérir que fort difficilement. De même qu'en 
art chrétien il faut une âme de théologien pour le com- 
prendre, de même il faut, en art catalan, une âme cata- 

(1) Op. cit., toc. cit. 

( 2 ) -Ay y Albades. p. 14, Cornet, Perpignan, 1914. 



— 32 — 

lane pour en saisir les secrets et les nuances. Combien, 
pour ma part, je connais de savants archéologues des 
grandes écoles de la capitale qui, sollicités de se pro- 
noncer sur un document d'art catalan de notre pays, 
peinture, sculpture, vieilles inscriptions lapidaires, mon- 
naies antiques, se sont trompés, quand, déclinant leur 
compétence, ils n'ont point eu recours aux lumières des 
professionnels de notre province pour plus ample informé ! 
Que d'erreurs ne relèvé-t-on pas aussi en certaines études 
de nos monuments historiques, parce que leurs auteurs 
n'ont pas suivi les règles que prescrit toujours en l'occur- 
rence M. Brutails, le plus compétent des archéologues en 
art catalan, et qu'il n'a cessé de rappeler aux Marignan, 
aux Molinier, ses non moins doctes confrères. 

Le Roussillon est assez riche en hommes — nul n'ignore 
le haut talent des Calmette, des Vidal, des Brutails, le 
toujours catalan par le cœur, — - pour qu'à eux seuls ils 
ne puissent, en notre Université restaurée, enseigner avec 
une maîtrise que nul étranger n'aurait, l'histoire, la langue, 
le droit et l'art catalans. 11 ne s'agirait que de trouver les 
ressources nécessaires pour la fondation de ces quatre chai- 
res. Les représentants légaux du département, nos conseils 
généraux et municipaux, auraient la tâche facile, s'ils vou- 
laient bien obtenir les crédits et les subventions, à ce néces- 
saires, des pouvoirs publics et de leurs administrations res- 
pectives. Les dons privés afflueraient ensuite. L'Université 
revivrait alors. Quel beau renom s'acquerrait ainsi le Rous- 
sillon et quelle abondance de vie catalane circulerait en lui ! 
La meilleure Académie roussillonnaise, dont rêvent plusieurs 
fervents du régionalisme catalan, la voilà : ïîiniversité 
Perpignanaise renaissante. Puisse sur ce programme se faire 
l'union de tous les catalanistes du Roussillon et de tous les 
amis de la petite patrie ! 

Jean Sarrkte. 



^^££££^££££ff££££££f(*£f^££f££(»££f££< 



J offre a casa se va 

*** 

El Nostre Joffre, el pare dels peluts, ha tornat a casa seva, ha 
petjat de bell nou el sol de la pàtria catalana. 

Quina gloria pel Rosseliô ! 

Terra fecunda y benehida, mare estimada que tants preuhats 
trésors, que tant de be de Deu has portât y portes en ta falda, 
ets tu que has donat al mon eix nou tità. 

Tenies unes montanyes régalades, una costa admirada, un cel 
encantador ; 

Tenies un passât insigne, y prou ho demostrerï les barres de 
sang del teu escut ; 

Tenies fills valents y forts ; eis campions de França de 1914, 
cayguts gayrebé tots per la Llibertat, eren fills teus ; 

Tenies força, virtut, grandesa, magnificencia. 

Mes en ton bressol florit no s'havia may esbadellat tan preciosa 
poncella ; no havies criât encare l'home unie que s'havia d'alçar a 
la gloria eternal d'un nou Messies. 

Aqueixa gloria d'En Joffre te cobreix avuy de ses aies blaves, 
terra de Rosseliô, de tes blanques piques de Cerdanya a ta costa 
vermelia regalenta de sol ; y ets alabada a tôt arreu del mon com 
lo pessebre espiendorôs de la Humanitat redimida. 

El Canigô ha trobat un paladi digne de la seua grandesa, digne 
del primer Jofre lo Pelut que s'hi mesura. 

Ja poden tornar a repicar les campanes de Sant-Marti ; jà 
podem fer al Nostre Joffre la mes entusiasta acullida, puix may 
no li agrahirem prou la pagina d'honor que va escriure un dia, 
amb son espasa, enfront de l'Historia del Rosseliô. 

Catalans, saluclem aqueix gran Compatrici ! 

Caries Grandô. 




La visite de Joflre 



Le 6 février, Perpignan a reçu la visite du Maréchal Joffre. 

Sur le désir même de notre compatriote, la réception devait 
être simple. 

Mais notre population catalane, par reconnaissance et aussi par 
une légitime fierté, avait tenu à fêter le vainqueur de la Marne et 
s'était massée aux abords de l'Hôtel-de-Ville pour l'acclamer au 
passage. 

Accompagné de M. Lambry, préfet des Pyrénées-Orientales, 
et des autorités du. département, le Maréchal parcourut à pied 
les rues de la Préfecture et de la Loge. Sa prestance et sa sou- 
riante bonhomie enthousiasmèrent la foule. 

Dans la salle des mariages de l'Hôtel-de-Ville, M. Denis, 
maire, vivement ému, souhaita la bienvenue au héros roussillon- 
nais, dont la gloire rayonne au-dessus de toutes les intrigues ; 
M. le Préfet salua le Maréchal au nom des populations roussil- 
lonnaises. 

Et celui qui, calme sous la responsabilité la plus lourde, endi- 
gua avec des moyens de fortune le flot envahisseur, cet homme 
de génie qui fit cette victoire qu'on qualifia de miracle, répondit 
simplement, modestement, en s'excusant de ne pas être orateur, 
et pour dire qu'il aimait, lorsqu'il rencontrait des soldats du pays, 
parler, avec eux, notre belle langue catalane. 

« Joffre, dit notre confrère Le Coq Catalan, préfère la conduite 
de Cincinnatus à une attitude théâtrale. » 

Cette modestie, après le plus haut des triomphes, est d'une 
grandeur admirable. 

Une conscience pure et ferme, un génie que nulle gloire n'a pu 
griser, une âme qui, au fil des heures terribles de 1914, n'a pas 
connu le vertige, était seule capable de grandes choses. 

Joffre fut cette conscience froide, cette âme inébranlable, ce 
génie puissant. 11 incarna la Patrie à la minute tragique ; il fut 
l'homme du moment. Joffre sauva et la France et l'Humanité, 
avec quoi ? Répondez, détracteurs jaloux qui trembliez honteuse- 
ment. La. Marne est une victoire du monde. 

Gloire éternelle à l'immortel vainqueur, au grand Catalan ! 

La T^evue Catalane. 



Pels pobres morts tant estimats 

Tornarem a veure dins d'una altra vida, 
Si tal recompensa nos hem mereixida, 

Los que s'en anaren, nos deixant aquî, 
Sus d'aqueixa terra de dolor sens fi... 

Quin goig per nosaltres, cuan podrem encare 
Tenir prop la nosrra la Uur dolça cara ; 

Ohir, clara y tendra, montar la llur veu, 
Entre recordances, al devant de Deu ; 

Sentir batre y batre llur sanch preciosa, 
Jova com una alba, fresca com la rosa ; 

Amb ells nos estrenyer d'un abraç mes fort 
Qu'el mal de la terra, que '1 vent de la mort ! 



Es una Hum nova, mes serena y pura, 
Qu'alla vos espéra, flor de sepultura. 

Es la llum eterna que lluheix per tu, 
Mort cubert de terra sota l'aixado ; 

Mort que sepuitaba lo pobre fossayre 
Tôt cantant sa copia que vola dins l'ayre ; 

Mort qu'entre la fosca tôt sol va deixar, 
Tançant be la porta fins â l'endemà... 

Vetllat per la lluna, per la bona estrella, 
Per la nit qu'obria sa lenta parpella, 

Cuan la pau ditxosa, com un vel sagrat, 
Pertot s'estenia, baixant uel serrât, 



— 36 — 

Cuan l'aucell dormia, cuan l'aucell callaba 
En la rama quieta plena d'ombra blava... 

Ton cos reposaba dins del clôt humit : 
Ha près sa volada lo teu esperit, 

Cap â l'altra vida, cap â Deu qu'espéra 
L'anima que monta com flama lleugera. 

Cuan canta la pluja su 1 fullam dels horts, 
Que pensa la terra que guarda los morts ? 

Quin secret terrible la terra conserva 
Cuan lo sol desperta l'insecte dins l'herba, 

Cuan la melodîa del rossinyol fi 
Alegra los boscos y '1 cor del fadri ?... 

Lo pesât silenci de la terra obscura 
No fa solitaria cada sepultura ; 

No fa que se callin per la nostra fé 
Parauies divines qu'en ella conté ; 

No te fa mes freda, tû, cendra, que dormes 
Per anys y per segles al mon de les formes. 

Per dessus s'aixeca lo ser immortal 

Com branca espejlida su l'avbre mes ait... 



No miris la tomba, de pois emplenada, 
Sens pensar que s'obre sota l'estelada ; 

Que també n'es plena del cel infinit, 

Y que Deu la toca del seu esperit ; 

Que, cuan el fossayre la cubre 6 la tança, 
Ses mans hi fan creixer com una flor blanca ; 

Y que l'esperança qu'hi va fer son niu 
Desplegarâ l'ala per l'etern estiu... 

Joan Amade. 



DOCUMENTS HISTORIQUES 

sur la Ville de Perpignan 

&&$^ (SUITE) 

XTH. Ordonnance du roi concernant la saisie d'un navire perdu en mer et la 
remise intégrale de toutes les marchandises contenues dans la barque. — Prises 
de bonne guerre. Tente d'esclaves. — Saisie de barques dans les mers de 
"France. 

Document relatif à la perte du navire Sainte-Claire, à Port- 
Vendres, dont le patron était Parcial Vento, de Marseille, et qui 
contenait de nombreuses marchandises, des munitions et une 
somme importante d'argent, le tout saisi par En Polit Frigola, 
lieutenant du Procureur royal de Collioure : demande en restitu- 
tion de ces objets qui doivent revenir en partie au patron de la 
barque, en partie à Adam Ventos, négociant à Marseille, frère du 
dit postulant, qui a pris comme caution l'honorable Pierre Coro- 
nat, médecin à Perpignan. Ordonnance du Roi au sujet de toutes 
ces marchandises (las mercaderias e monicions, e. artilarie e areus 
que en dite nau eren) qui seront remises au possesseur et aux 
héritiers du dit navire. 

i 2 mars i532 

Die XI 1 mensis marcii DXXX11 

Existens personaliter constitutus Adam Vento, mercator civi- 
tatis Massilie, qui tam nomine suo proprio quam actorio seu pro- 
curatorio Joannis Vento, fratris sui, heredes universales nobilis 
Parcivalis Vento, eorum patris constituto a domina )oanneta de 
Monte-Elmo, uxore relicta dicti nobilis Parcivalis Vento, eorum 
matre, ut tutrice seu curatrisse dicti Joannis Vento, prout de sua 
actoria constat instrumento acto Massilie anno incarnationis 
Domini millesimo quingentesimo tricesimo primo, die septima 
mensis marcii, clauso et subsignato per discretum Petrum Mor- 
lani, civi (? sic) dicte civitatis Massilie, ubique terrarum aposto- 
lica et regia auctoritatibus notarium, et etiam nomine procuratorio 
Jacobi Brecardi, mercatoris dicte civitatis, prout de dicta sua. 



— 38 — 

procuratione constat instrumente acto Massilie anno a nativitate 
Domini millésime» quingentesimo tricesimo secundo, die vero 
octava presentis mensis marcii, clauso et subsignato per discre- 
tum (i) Vincencium Rotundi, apostolica et regia aucto- 

ritatibus notarium publîcum Massilie, ac etiam procurator hono- 
rabilium Pétri Boehardi et Bernardi Gymbaot, mercatorum dicte 
civitatis Massilie, prout de dicta potestate constat instrumento 
acto in dicta civitate Massilie, anno incarnationis Domini mille- 
simo quingentesimo tricesimo primo, die octava mensis marcii, 
recepto- et clauso per discretum Joannem Dedena, apostolica et 
regia [auctoritatibus] notarium dicte civitatis ; ante presentias 
honorabilium et magnifficorum honorabilis Gabrielis Vilar, locum- 
tenentis in officio Regii Procuratoris et Joannis Del Passu, utrius- 
que juris doctoris, regentis judicaturam Regii Patrimoniï dicto- 
rum comittatuum, personaliter inventorum et repertorum intus 
archivum domus Procurationis Régie, qui, dicto nomine, verbo 
exposuit sequentia : 

« Ço es que, com en dies passats, en lo Port Vendres de Cop- 
liure, se sie perduda una nau nominade Sancla Clara, de la quai 
Parcial Vento, son pare, ère patro e senyor de aquella, en la 
quai havie moites mercaderies, ferramenta, arnesos, bonbardes, 
farcia e altres areus de dite nau e axi mateix quantitats de peccu- 
nies tant del dit son pare quant encare dels sobre dits principals 
seus ; las quais mercaderies, ferramenta, arnesos e artillaria e 
monicions de dite nau son stades apreses per la major part per lo 
honorable En Polit Frigola, de Copliure, com a loctinent de Pro- 
curador Real en dite ville ; e com dites mercaderies e monicions 
de dite nau, per la mitât pertanguèn à ell, y per l'altre mitât al" 
dit son germa, com hereters del dit llur pare, segons de la heren- 
cia de aquell apar per letras certifficatorias emanadas de la cort 
de Massele, ab lo segell de dite cort, e signades de ma de 
Nicholau Vincent, jutge de dite cort de Masselle, dad.es à Mas- 
selle à nou de marc, any mil sinch cens e trenta e hu ; y per lo 
semblant los sobredits principals seus, dels quais ell es procu- 
rador, com dit es, tinguessen algunes robes e mercaderies en dite 
nau, las quais, ensemps ab les que se pertanyen à ell y al dit son 

(i) Ici, un blanc. 



_ 3c, - 

germa, ensemps ab las monicions de dite n'ai! ; supplique que per 
vostres magnifficencias sia provehir que dites mercaderies e moni- 
cions, tant d'ell en dit nom corn dels sus dits principals, li sien 
restituhides e tornades per la présent cort, com en aquellas la 
présent cort no tingue interés aigu. » 

Et dicti domini locumtenens et regens judicaturam, visis supe- 
rius calendatis instrumentis, providerunt quod dicta bona, res et 
merces in dicta nave existentia et illius munitiones desliberentur 
dicto Adam Vcnto, prestita cautione de restituendo illa, casu quo 
appareret dicta bona et merces et monitiones existentia in dicta 
nave non pertinere ad se dicto nomine nec eorum principa- 
libus, et firmata apocha. 

Die X mensis aprilis DXXX11, dictus Adam Vento, tam 
nomine suo proprio quam procuratorio nominatorum in dicta supe- 
rius comparutione, gratis etc. convenit et promisit curie Regii 
Patrimonii quod si in futurum bona eidem desliberata per présen- 
tent curiam per aliquos peterentur, quod illa, in casu restitutionis 
restituet dicte curie ad ordinationem dicte curie. Et inde obligavit 
bona, etc. ; et quia minor XXV annis, major vero decem octo, 
renunciavit beneficio minoris etatis, etc. ; et pro majori premis- 
sorum securitate dédit in fidejussorem (i) honorabilem Petrum 
Coronat, medicum ville Perpiniani, presentem. 

Unde dictus Coronat, precibus et amore dicti Adam.se consti- 
tua fidejussorem pro premissis, et inde obligavit bona, etc. 
renuntians auctentice, etc. 

Testes, discretus Johannes Mercer, notarius, Petrus Morer, 
loci de Thoyrio, et ego notarius. 

Dicto die, dictus Vento dictis nominibus f[ecit ou firmavitj ins 
trumentum indempnitatis. 

En Gabriel Viiar, loctinent en lo offici de Procurador Real 
en los comptats de Rossello e Cerdanya, e en Joan Del Pas, doc- 
tor en quiscun dret, régent la judicatura de la cort del Real 

Suivant la judicieuse remarque de M. Brutails, « en Roussillon les 
cautions sont très fréquentes dans les affaires contentieuses ; mais dans les 
contrats, les parties fournissent elles-mêmes la garantie, qui prend parfois 
le nom de retorn. » (A. Brutails, Elude sur la condition des populations rurales 
en T^oussillorx. chap. vi, page 93.) 



— 4° — 

Patrimoni en los sobredits comtats. Als honorables lo balle de 
la vila de Copliure e loctinent de Procurador Real de dite vile e 
à son loctinent, salut e honor. Sapiau com de e sobre las merca- 
derias e monicions que eren en la nau nominade Sancte Clare, 
patronejade per Parcial Vento, de Masselle, que s' perde en 
Port Vendres de dita vila pochs dies ha ; las quais son stades 
preses per vos, loctinent de Procurador Real de aqui ; e es com- 
paregut devant nos Adam Vento, mercader de Masselle, per lo 
quai, tant en nom seu propri quant encare com actor de Joan Ven- 
to, son germa, fills del dit Parcial Vento, e axi mateix com à 
procurador de Jaume Brecardi e Père Boehardi e Bernât Gym- 
beot, mercaders de Massella, segons de dites actorie e procures 
à nos es stade fêta fe per occular hostensio de aquellas, som stats 
suplicats de paraule que aquellas li manassem restituhir e tornar, 
com en aquellas la présent cort no tingue dret aigu. E nos, vehent 
la dite supplicacio esser justa e consonant à raho, es stade per 
nos fêta la provisio de justicia. Per tant, instant e requerint lo 
dit Adam Vento en dits noms, de part de la Cesarea e Regia 
Magestat, e per auctoritat dels officis dels quais usam, vos dihem 
e manam que encontinent las présents vistes, de vostre part res- 
tituhigan e restituhir fassan al dit Adam Vento en dits noms las 
mercaderias e monicions e artilaria e areus que en dite nau eren, 
tant del dit son pare quant dels sobre dits principals seus, fer- 
made primer apocha à la présent cort de aquelles. 

E no res menys fareu restituhir al dit instant en dits noms las 
mercaderias e monicions que serân stats (sic) apresas per qual- 
sevol persones de aqui, compellint aquellas per los remedis de 
justicia que restituhesquen aquellas al dit instant, ab cominacio 
que si aquellas recusserân restituhir, sera per vos procehit contra 
aquellas en fer-las la execucio per aquellas. 

Dades en Perpinya, à XXJJ de marc any mil DXXXU (i). 

Document relatif à la vente de cinq esclaves, évadés de l'île 
de Majorque, achetés par Pierre Jauset et François Andreu, de 
Perpignan, et amenés en Roussillon dans une barque conduite par 

(i) Archives des Pyr.-Or., B. 424. Manuale Curie, registre XX, f™ 191 v\ 
192. 



— 4' — 

Paul Mir, de Valence, patron de la dita galiota, qui alléguait 
qu'un de ces esclaves, d'origine turque, qu'il avait acheté, lui 
appartenait de plein droit. 

j Pro translato habeturj 

Item met en rehuda lo dit Procurador la quantitat de fora 
posada(i) per preu de hun sclau appellat Luch, de linatge de 
Turchs, que s' reta per son servir, lo quai lo dit Procurador prés 
per dret de quint al senyor Rey pertanyent de aquells sinch 
sclaus que foren quintats, los quais en Père Jauset e en Ffran- 
cesch Andreu, de Perpinya havien comprats de la xurme de 
una galiota d'En Paul Mir, de Valencia, que arribâ en les mars 
de Rosselio, ab la quai lo dit Paul Mir havia preses los dits 
sinch sclaus ensemps ab altres, segons se dehia, en les mars de 
Barberia, en una barcha ab la quai los dits e altres sclaus eren 
fugits de la illa de Mallorques e ab aquella s'en anaven en Bar- 
baria ; e la dita xurma de la dita galiota lansaren lo dit Parul Mir, 
senyor e patro de aquella en la dita illa, e fugiren ab los dits 
sclaus que preses havien e arribaren en les dites mars de Ros- 
selio, hon veneren aquells, segons es dit. E fou déclarât per 
jutge de Patrimoni haver loch dret de quint en los dits sclaus. E 
es veritat que lo senyor del dit Luch, que es de Mallorques, e 
lo dit Pau Mir, cascun per si, ha fets protests molts e requestes 
per recobrar lo dit Luch, e han posada demanda de aquell devant 
lo senyor Rey e devant micer Johan Navarro, jutge per lo dit 
senyor Rey assignat en lo dit fet, allegant lo dit hom- de Mallor- 
ques qui s' diu senyor del dit Luch, que à ell e no al dit 
Paul Mir ni altre se pertany lo dit Luch, puys no ère arribat en 
terra de Barbaria, mes ère stat prés en la mar e per conseguent 
ère ell romas tostemps en lo domini ne li troura (ou nourra) la 
declaracio de jutge de Patrimoni, com no y sia stat citât ne 
appellat ; e lo dit Paur Mir allegant que de la xurma qui li havia 
furtat e la dita galiota e los dits sclaus no havien pogut vendre, 
aquells per conseguent deure-li esser restituhits. 

E per ço, lo dit Procurador, obstant la pendencia del dit plet, 
ha duptat fer la présent rebuda tro ara que '1s posa, ab protesta- 

(i) En marge : l lliures. 



— 4* — 
cio empero que si lo dit sclau li sera evençut per justicia, que 
abans de restituhir aquell, li sia restituhida la dita quantitat. 

Presens partita recepte fuit sumpta a quodam libro seu com- 
poto papireo cohoperto corio virido intus archivum domus Pro- 
curationis Régie comitatuum Rossilionis et Ceritanie, intitulato : 
« Si se compte de resebudes e dates fêtes per En Barthomeu 
Miralles, procurador real e feudal en los comtats de Rossello e 
de Cerdanya, de hun any, finit per tôt juny M.CCCC.XXU », 
et cum eodem comprobata per me Franciscum Glassat, notarium 
et scribam dicte Procurationis Régie, hec propria manu scriben- 
tem et meum manuale hic apponentem sig-(s. manuel)-num (j). 

Document relatif à la saisie de deux barques naviguant dans 
les eaux de Provence de France et d'Aigues-Mortes (saisie faite 
par Raymond Correger de Collioure, patron, et Bernard 
Anthoine, capitaine de navigation) ; amenées au port de Col- 
lioure, comme prises de bonne guerre, et vendues à l'encan, au 
profit du Roi, pour le prix net de 12 livres, i3 sous, 3 deniers, 
"déduction faite de tous frais. 

1" juillet 1422 

[Pro translato habetur] 

Item met en rebuda lo dit Procurador, los quais rehebé 
per ell lo dit loctinent sou, xn lluires xm s. ni al senyor Rey 
pertanyents pèr raho del quint de dos barques e alguna quantitat 
de forment qui foren preses per en Ramon Correger de Copliure, 
patro de nau, e per en Bernât Anthoni, capita de la nau, e per 
altres companyons en les mars de Prohensa e en les mars de Ffrance 
e d'Aygues-Mortes, e les quais foren amanades al port de Cop- 
liure e après foren menades de Port-Vendres al port d'amont de 
Copliure, e per lo loctinent o jutge de parimoni, presa primera- 
ment informacio, foren judicades esser preses de bona guerra e 
après venudes en l'encant publich per preu de lxvi lliures v s. : 
ço es la una barcha qui era nova, per preu de xvn 1. v s., e altre 
barca vella, per preu de vin 1. v s., e '1 forment, per preu de 
xxxx I., e la civada, per preu de xv s. ; de les quais, deduhides 

( 1 ) Archives des Pyr.-Or., B. a8o, f* 5 v". 



_ <3 - 

les messions qui monter» dos lliures xvni s, vi d., ço es de Port- 
Vendres amenar les barques à Copliure v s., e als homens qui y 
havien jagut una nit per gordar-les v s., e al crida que les vene, 
per son dret, xi s. n d., e al dret de la imposicio de m diners per 
liura xvi s. vi d., e al dret del General per les barques un s. 
nu d.. e al dret de les marques xvi s. vi d., de les quais quanti- 
tats, deduhides les messions, restaren quitis al scnyor Rey les 
dites xu lliures xni s. m d. ; scrit endentes vu entz viiii". 

Hujusmodi translatum recepte fuit sumptum a quodam libro 
papireo cohoperto corio virido (sic) intitulato « Sete Libre de 
Resebudes fêtes per lo honorable En Barthomeu Miralles, Pro- 
curador Real e des Feus en 'los comtats de Rossello e de Cer- 
danya, lo quai comensa lo primer die de juliol del any Mil 
CCCC.XXJ1 e feneixs per tôt lo mes de juny del any 
M.CCCC.XX111 », intus archivum Procurationis Régie dictorum 
Comittatuum recondito, et cum eodem comprobatum per me Fran- 
ciscum Glassat, notarium et scribam dicte Procurationis Régie, 
hec propria manu scribentem et meum manuale hic apponentem 
sig-(s. manuel)-num (1). 

(A suivre) Henry Aragon. 

(i) Archives des Pyr.-Ot., B. 280, P 5. 

Nadal 

Jt na Joana Amade, boi espellida... 

Els angels canten : 
La Verge ha parit l'infant ; 

i se decanten, 
humils, l'ase i el bou vetllant. 

Oh nit tranquila ! 
Els pastors van de cami ; 

si l'un refila, 
l'altre joga el violi. 



— 44 — 

Diu el missatge 
un este! de gran claror ; 

duen formatge 
blanc com gebre en el sarrô. 

Duen espigues 
guardades des de l'estiu, 

i un desc de figues, 
ous i olives de- l'oliu. 

En l'establîa 
els pastors han pénétrât. 

Ave Maria ! 
j tots s'han agenollat. 

Somriu la mare 
quan li va rajant la llet, 

i en sa ma clara 
té l'infant assentadet. 

Penjen del sostré 
dalles, forques i rastells ; 

l'aranya mostra 
rod-olant, sos devanells. 

L'ase régira 
una orella en la foscor ; 

i l'estel mira 
alla, al cap del finestrô. 

Una espigueta 
alça l'infant dolçament 

en sa ma dreta, 
l'espigueta de froment. 

En l'establia 
passa un somni iHuminat. 

Verge Maria, 
tôt mitg-riu : Jesûs es nat ! 
24 febrer de 1919. Joseph-S. Pons, 



Les Vendangeurs du Roussillon 

Maquette de Célestin Manalt 
\ 



La théorie des Vendangeurs que l'esprit inventif et fécond de 
Manalt a conçue, nous fait songer aux antiques défilés des Oscho- 
phores dans les murs ae l'Acropole, quand ils portaient dans leurs 
larges corbeilles les grappes productives du vin rubis qui devait 
couler dans les pressoirs. 

On songe, en voyant ce rustique tableau, à ia pompe solennelle 
des fêtes champêtres, à Bacchus, le dieu de la vigne, qui règne 
au milieu de ses compagnons parmi les couronnes de fleurs, et 
qui s'efforce d'animer la marche joyeuse au son du chalumeau, 
pour faire naître les ris folâtres et dissiper les noirs soucis. 

On voit s'avancer, au milieu des rameaux garnis de leurs feuil- 
lages et tressés avec des branches de vigne et de lierre enlacées, 
tous les personnages de la fête qui portent le thyrse et les divers 
fruits. 

Nous nous trouvons au milieu des fêtes rurales de la vendange 
dans lesquelles le cortège joyeux paraît se rendre vers l'autel ou 
le temple de Dionysos. 

Dans l'antiquité, en l'honneur de ces fêtes, des jeunes filles 
portaient sur leur tète, dans des corbeilles, les ustensiles du sacri- 
fice et des gâteaux pour les offrandes ; on apportait aussi des 
vases pleins de vin, des paniers de figues, des pommes. Ces fêtes 
agraires de la vendange étaient célèbres à Mitylène ; à Andros, 
le vin coulait d'une source merveilleuse ; la dorienne mais volup- 
tueuse Tarente était tout entière exaltée pendant les Dionysies. 

Ce tableau de Manalt rappelle bien les fêtes Athéniennes qui 
furent les plus importantes de toutes celles de Dionysos: on 
céiébra d'abord les humbles fêtes de la campagne des cantons de 
la Diacrie, particulièrement favorables à 1î< culture de ia vigne. 
Dans les fêtes dlcaria, l'expression de la joie fut dominante ; 
entre autres divertissements, les vignerons dansaient sur des 
outres gonflées d'air et enduites d'huile : ces joyeuses fêtes de la 



- 46 - 

campagne avaient lieu l'hiver ; on y goûtait, sur le lieu de produc- 
tion, le vin nouveau déjà fermenté. 

Le sculpteur roussillonnais ne s'est-il pas inspiré des souvenirs 
antiques se rattachant à ces fêtes brillantes qui servaient de pré- 
lude aux vendanges, et dans lesquelles on portait en procession 
des pampres garnis de grappes? D'après Piutarque, deux éphèbes 
revêtus de costumes féminins portaient les ceps chargés de fruits: 
c'étaient les Oschopbores. lis s'avançaient les premiers et ils étaient 
suivis par sept compagnons, les sept garçons traditionnels ; le hui- 
tième annonçait le retour. La procession s'avançait en chantant 
des chants oschophoriques et se rendait du temple de Dionysos 
à Athènes. Pendant ce long trajet, il y avait des courses ; les 
éphèbes luttaient deux à deux ; la libation était accompagnée des 
cris de douleur et de joie. 

De nombreuses fêtes avaient lieu en l'honneur des vendanges, 
où les plaisanteries libres, les propos alertes égayaient la foule 
heureuse des vendangeurs. 

Manalt a su largement s'inspirer de ces fêtes locales d'un carac- 
tère enthousiaste et pathétique à la fois : les mouvements variés 
des vendangeurs s'enrichissent sous ses doigts d'une infinité de 
détails. 

Grâce à la puissance d'expression, par l'exactitude et la belle 
eurythmie des mouvements des hommes et des femmes emmenant 
leurs enfants après une dure journée de travail, ce sujet réjouit 
les yeux du spectateur et constitue, en ce qui concerne la ven- 
dange, un décor vivant et animé. 

Manalt a su donner à son tableau le tour nécessaire qui anime 
ses personnages : à la joie contenue de tous ces travailleurs cata- 
lans qui viennent de terminer la cueillette, vient s'ajouter, sur leurs 
visages épanouis et fiers, le gain heureux de la belle vendange, 
fruit d'une longue et rude année de labeur. 

Le style -de Manalt (et ici je m'étends sur certaines de ses œu- 
vres exposées) est à la fois familier, intime et tendre, comme ce 
peuple de vendangeurs naturellement humain et bon. 

Quand la forme apparaît, surtout la forme nue, dans ses œu- 
vres principales, l'artiste semble avoir suspendu en lui toute sa vie 
pour ne laisser rayonner de son cœur qu'une lumière spirituelle 
qui n'éclaire que les sommets élevés du souvenir et de la sensa- 



— 47 - 
tion. Ce qui sort de son être est animé de la vie même de son 
être : ce que Manalt conte, c'est sa vie même. 

On peut dire, au sujet de ses vendangeurs, que cette composi- 
tion est un schéma sûr. décisif, précis et tressaillant: toutes ces 
silhouettes remuent et vivent avec fierté ; tous leurs contours, 
toutes les lignes dénoncent un sens discret et fort de la masse et 
du mouvement. 

En somme Manalt, s'inspirant des ouvrages anciens et fouil- 
lant consciencieusement les secrets de leur technique, a modelé 
gracieusement ce bas-relief décoratif où la lumière et l'ombre 
s'emparent de la forme pour la plier aux volontés sentimentales 
du sculpteur. Manalt a su discrètement faire entrevoir les saillies 
à peine indiquées dans son œuvre : la caresse timide de ses 
doigts passe et fuit sur les formes encore imprécises de la foule 
des vendangeurs roussillonnais. 

Parmi les principales œuvres du sculpteur Manalt, dont 
M. Horace Chauvet a fait tout récemment une judicieuse criti- 
que pleine d'intérêt, il convient de signaler la Pieta, VEnfant à 
l'épine, le 7{apl, la Tuile, VExode, le Jeune Captif, Y Hiver de ta vie, 
etc. Qu'il me soit permis, en dehors des principales œuvres de 
Manalt, qui sont empreintes d'un réalisme poignant, de signaler 
à l'attention des critiques son Méprisé, attrayant dans sa forme 
stable, par sa charpente perpendiculaire, où l'on entrevoit les fais- 
ceaux charnus des bras et des jambes dont les ondulations nettes 
accusent ou masquent le squelette, par son ventre étroit, sa poi- 
trine déployée et sonore, le cercle des clavicules et des omopla- 
tes portant énergiquement la colonne du cou, la tête ronde au 
regard attristé qui continue ce buste sans un arrêt. Dans ses 
étroits pieds nus plaqués au sol, son bras nerveux, ses doigts 
ouverts, dans ses épaules musculeuses, son cou rigide, ses yeux 
tristement fixes et pensifs, son crâne rond, chez ce Méprisé, 
j'allais dire ce déshérité, tout se tient. 

Une œuvre maîtresse, qu'il faut également signaler, c'est la 
Mère : dans cette œuvre, nous sentons avec Manalt une indi- 
cible, une irrésistible douleur nous envahir, en voyant cette Mère 
prosternée aux pieds de son fils mort, soulevant péniblement de 
sa main son corps exsangue, à jamais figé dans la mort. 

Henry Aragon. 



En Joffre y cl Calalà 



El nostrc Joffre se complau a parlar català y prou ne dona 
proves, a tôt arreu, desde que ha tornat a respirar els ayres de 
la mare-terra. 

Amb motiu del darrer emprestit de guerra, ja acabava la seva 
lletra amb aqueixa frasa : Els Catalans sempre enclavant. 

Ara, sobretot a Rivesaltes, nos ix amb uns trencats que verda- 
derament nos alegren com : T" quina una en [as ? 

L'altre dia va respondre en català an una nena, la petita 
Razouls, que venia de fer-li aqueix bell compliment en rossel- 
lonès : 

Visca lo Nostre J offre ! 

No han passât los Alemanys, y aixô ho ha fet tôt primer la batalla de la 
Marne. Aixis es que 'ls Catalans s'empresen de la gloria del Nostre Joffre 
que, desprès de l'Aragô, es l'home mes illustre de Rossellô. 

Tota la gent de Rivesaltes que vos estimen y que vos admiren vos donen 
la benvinguda. 

Visca lo Nostre Joffre qu'ha salvat la França. Visca lo Nostre Joffre que 
se '1 miren de pertot del mon. A tôt lo nostre poble li es un galàn pler de 
vos dir que seu lo Salvador de la Pàtria. 

Bona sort tingui la senyora Mariscala, y a ne vos, Mariscal Joffre, per 
molts anys ! 

Es llàstima que ningû no hagi tingut l'eyma de notar lo que 
respongué el Mariscal. Séria un document historich mort apreciat 
aqueix diseurs català d'un Mariscal de França. Riols. 

La seigneurie # la paroisse de Serralongue 

■~*D4*> {SUITE) 

V. — Procession à la chapelle 
de Saint-Michel du Château de Cabrenç 

Cette chapelle existait certainement en 1267. Le 4 des nones 
d'août de cette année, Guillaume-Hugues de Serralongue, avant 
de partir pour la croisade, fit son testament et, en vertu de ses 



- 49 — 
dispositions testamentaires, il accordait des aumônes à différentes 
églises : ia chapelle de Saint-Michel de Cabrenç était du nombre. 

Une pieuse coutume existait depuis un temps immémorial. 
Tous les ans, le 8 mai, les habitants de Serralongue et de Lama- 
nère se rendaient en procession à Saint-Michel de Cabrenç. Avec 
le temps, des abus s'étaient introduits. L'on se permettait de dan- 
ser et de faire d'autres jeux peu honnêtes, incompatibles avec une 
ecremonie religieuse. L'autorité ecclésiastique, informée de ces 
désordres, intervint : elle essaya de les réprimer et de ranimer la 
ferveur des anciens jours. En effet, l'abbé Grau, docteur en théo- 
logie, ayant eu connaissance, en cours de visite, des inconvenances 
licencieuses qui se produisaient pendant la procession au château 
de Cabrenç, porta l'ordonnance suivante : « Manam à las perso- 
nas de un sexo y de l'altre que tots anys acostuman anar per 
sant Miquel de maig à las torres de Cabrenys ab professo que 
d'esta hora al devant no se atrevescan ballar ni fer altres 
jochs desonestos en ditas professons sots pena de excommuni- 
catio, attes que nos ha constat aver molt gran irreverentia y desa- 
cato del lignum crucis y demes reliquias se aportan en dita pro- 
fesso. — Dat en Prats à 20 de mars 1645, Grau, visitador prebere 
y doctor en sagrada theologia ». 

Cette chapelle n'avait pas de revenus. Le maître, ayant aban- 
donné le château, avait aussi abandonné la chapelle. Aussi la 
pluie et le vent la mirent peu a peu dans un état de délabrement 
qu'il fallait réparer d'urgence si on ne voulait pas voir l'édifice 
s'écrouler bientôt. Comment faire ? On demande à l'autorité 
ecclésiastique la permission de passer un bassin dans la chapelle 
et dans l'église paroissiale de Serralongue. L'abbé Parés, chanoine 
d'Elne, autorise ce bassin à la condition que le quêteur rendrait 
compte de son administration : « Per quant nos ha constat y 
consta la deu* es en la capella de Sant-Miquel de las torres de 
Cabrenys à la quala temm relatio que tots anys se va del présent 
lloch ab devota professo per fer alla certes dévotions, per astar 
aquella pobra y poder acuair als gastos necessaris, nos es estât 
suplicat verbo nos dignassam concedir licentia per que en la dita 
capella y en la iglesia parroquial del présent lloch se pogués 
posar un plat o baci que per augment de aquella vaja accaptant. 
E vist per nos ser la petitio légitima concedim lo plat o baci ab 



— 5o - 

conditio que la persona que dit plat portara e administrara porte 
comptes de las entradas y exidas de aquell — 18 mars 1648 — 
Parés Gabriel, prebere y canonge de la santa Iglesia d'Elna ». 

La note suivante nous apprend les usages que l'on observait à 
l'occasion de la procession à Saint-Michel de Cabrenç : « 8 maig, 
professo à Sanf-Miquel de las torras. Sen porta la capa pluvial 
y la deixa à Casa minorra ahont la rapren quant torna. Antes de 
la primera torra diu quatre Evangelis, fa la benedictio del pa y 
desprès va à Sant-Miquel haont diu offici ; y solan fer dir com- 
plétas : no donan sino 36" 8 d . Quant torna, à Casa bastida comença 
lo Te Deum ». 

Aujourd'hui, la chapelle de Saint-Michel de Cabrenç est tom- 
bée en ruines : il n'en reste qu'un mur latéral que, de loin, on 
prend pour une tour. Par conséquent, la procession à cette cha- 
pelle n'a plus lieu. A quelle époque a-t-elle cessé ? La réponse 
n'est pas facile. Cependant, il y a à peine quelques années, la 
paroisse de Serralongue se rendait, le 8 mai, à la chapelle de 
Saint-Michel de la métairie del Taig; tandis que les paroissiens de 
Lamanère vont à la chapelle de Sainte-Christine. 

(# suivre) Joseph Gibrat. 

Quelques noms de plantes # synonymes 

Catalans-Français tf Français-Catalans 

<Zè%3& (SUITE) 

Deuxième Partib. — FRANÇAIS-CATALAN 

A 

abricotier. — albercoquer, abricoter. 

abrotane. — botja, broida. 

absinthe. — donzell. Voir aussi armoise. 

acanthe. — herba carnera, herba de la ma de l'home. 

ache. — api, apit. 

achillée. — mil fulles, herba del tall, herba de les nou camises. 

aconit. — tora, herba tora, herba de les tores, mata llops. 



— 5. _ 

âCtée. — herba de sant Cristofol. 
adonis. — ull de perdiu. 

agaric. — bolet. 

agave. — etzevara, atzavara, agau, pita, pitalassa. 
agneau Chaste. — voir gattilier. 

agrostide. — gespa. 

aigremoine. — agrimônia, cerverola, herba de sant Guillem. 

ail. — ail. 

ail civette. — ciboleta. 

ail Sauvage. — ail bort, ayassa. 

airelle=myrtille. — abaixonera, naviù, rahim de pastor. 

ajonc épineux. — argelac, argelaga, argentina, gatosa. 

alaterne. — voir nerprun. / 

alberge. — «lbargo. 

alcée. — voir rose trëmière. 

alchimille. — estelada, herba argentana, herba botera. 

alisier. — selvier de muntanya, pomer de sant Joan, subrà. 

alliaire. — aliène. 

aloës. — acebre, cevér. 
aloiste. — escayoia. 
alvsSC — herba de les lîune'tes. 
amandier. — ametiier, atmelier. 

amaranthe. — velluts. 

ancolie. — espenalier, campanes. 

anémone des bois- — ranuncle blanca, buxol, herba del fetge. 

aneth. — fenoll, fonoll. 

angélique. — angelica, coscoll, turbit, herba dels corns. 

aniS- — matafaluga. 

anthémide. — bolitg, bulitg, bulit. 

ansérine. — sarrons, espinac de muntanya, herba del corc. 

aphyllante. — joncosa. 
arachide. — cacauet. 

arbousier. — arbosser, llipoter, boixerola, boixar, faringola, 

moixa, barruixa. 
arbre blanc. — alber, poil blanc. 
aristoloche. — adzari, axari, llengua rodona, herba de les gotes, 

herba de la goda. 

armoise. -*- altimira, artemega, donzell fais, herba de les mens- 
trues. 



— 5i — 
amica. — herba de l'espant, aleo, alop, arnica. 

arroche. — blet. 

artémise. — voir armoise. 

artichaut- — carxofa, alcarxofa. 

arum. — voir gouet. 

asperge. — esparrec. 

asphodèle. — porrassa, porranissa, porreca, gamonet. 

aspic — voir lavande. 

atrope. — belladona. 

aubépine. — ars blanc, cirerer de la Mare de Deu, cirerer de 

pastor. 
aubergine. — albergina, asberginia. 
aulne. — vern, arbre nègre. 
aunée- — olivarda. 
aurone. — voir abrotane. 
avoine- — civada. 

> folle. — cogula, cugula. 
azalée. — saleia. 
azerolier. — azaroler, adzaroller, oronia. (M suivre) 

Les Revues locales 

Une revue parisienne, récemment jouée au Castillet, nous a 
bien fait regretter la T^evue locale, de nos collaborateurs et bons 
camarades P. Francis et Jean Balle, donnée quelques jours aupa- 
ravant. 

Quelle est la scène montmartroise qui présentera le charme 
prenant, toute la poésie de l'Apothéose de la Reine du Canigou, 
du ballet des Fleurs du Square et de la chanson des Clochers 
perpignanais ? 

Ah ! comme l'art local est bien au-dessus des burlesques exis- 
tions des impresarii de passage. 

£1 Bon Pedriç 

Le volume de poésies catalanes de notre ami Joseph-S. Pons, "El Bon 
Pedriç, paraît cette semaine en librairie. 

Il a été tiré de cet ouvrage dix exemplaires sur papier de Hollande, au 
prix de 6 fr. ; les bibliophiles pourront les demander dès maintenant à l'Im- 
primerie Catalane, J. Cornet, rue de la Poste, Perpignan. 

Le Gérant, COMET . — Imprimerie Catalane, COMET, rue de la Poste, Perpignan 



13 Année. N' 149 15 Mars 1919 



Les Manuscrit» non insetei 
ne sont Das rendu» 



REVUE 

CATALANE 



Les Article» parus a»ns la Revue 
n'engagent que ieurs auteurs 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. -- Cotisation : 10 fr. par an 

El bon Pedriç 

de J.-Sebastiâ Pons 
_•»*■» 

Au lendemain de la grande convulsion qui l'a diminuée des 
meilleurs de ses fils, la race catalane, spontanément et sans repren- 
dre haleine, affirme sa vitalité. 

C'étaient hier les jeunes éphèbes à maillot sang et or qui, sor- 
tant de la mêlée sanglante, constituaient la mêlée'sportive, posant 
leurs pieds nerveux sur les foulées de leurs frères défunts. 

C'est aujourd'hui le barde roussilionnais J.-Sebastiâ Pons, 
encore tout pâle d'une captivfté douloureuse, qui, .dès l'arrivée, 
saisit nerveusement sa lyre et pousse un cri d'amour et de recon- 
naissance â la petite patrie. 

Le bon fils du T^iberal, de tout son cceur, de toute son âme, 
veut que chacun sache ce qu'il y a de délicieusement tendre et 
poétique dans la mare-terra, et il nous l'exprime en strophes déli- 
cates, en une douce causerie, avec sa voix pleine de nuances, de 
sonorités indéfinissables, par une de ces après-midi ensoleillées, 
parmi les pierres grises d* 1 lie, sur le pedriç, El bon Pedriç. 

E/ bon Pedriç est une succession de tableaux brossés avec une 
délicatesse infinie, des tableaux dont la touche vient d'une source 
pure, celle du coeur; car Pons est un sensitif impressionniste qui 
promène son état d'âme un tantinet nostalgique dans des décors 
roussilionnais. 

Il n'est pas un bruit qui ne l'émeuve, pas un coin qui ne lui 
suscite un vers : 

... i s'ou la cogullada, 
entre 1s cirerers blancs, al demati cantar. 



- 5 4 - 

Son particularisme, qui - est extraordinaire, fait que sa poésie, 
unique, frappe immédiatement le lecteur, tant par la richesse du 
vocabulaire que par la familiarité des sujets champêtres. Et c'est 
par là que Pons est compris de tout roussillonnais, c'est par là 
qu'il est le chantre national, puisque sa poésie trouve toujours un 
écho « al mull dels ossos catalans ». 

Une odeur forte du terroir monte de ce livre, plus vaste et 
plus fouillé que Ttyses i Xiprers ; du pedriç j'entends le carillon 
de l'église médiévale dont les notes se perdent le long de ce 
7{iberal qui est le nôtre, près de nos colomines, de nos olivèdes aux 
troncs âpres et déchiquetés. 

Le poète a dédaigné le convenu, il a voulu que ses chants 
ressemblassent à un homme, à une race. 

« Infortunés, nous écrivait-il un jour, les poètes qui, nés en 
Roussillon, ne possèdent pas assez de cceur pour sentir la musi- 
que, le rythme du catalan. 

« La langue catalane, la poésie populaire, la langue de nos 
pères sont des instruments suffisamment sonores pour traduire 
notre vie intimeN. 

Et quelle autre langue mieux que la nôtre pourrait nous émou- 
voir, soit dans sa rudesse, soit dans sa familiarité joyeuse, dans 
son tour nerveux ? 

El bon Pedriç est un coffret qui renferme toutes les harmonies, 
toutes les assonances familières de notre vieil idiome ; c'est encore 
un album colorié dont on tourne avec émotion les p?ges ; un 
T^eliquiari à la Francesch Matheu, où nous retrouvons nos joie 
et nos tristesses locales. 

Et c'est pourquoi nous éprouvons une immense sympathie pour 
notre bon camarade de l'Ecole Roussillonnaise, le meilleur et le 
plus délicat artisan de notre Renaissance. 

P. Francis i Ayrol. 




• 



GOIGS 

a l'alabança dels gloriosos soldats rossellonecchs 
morts a la guerra 



Amb el cor tôt endolat 

de lamarga despedida, 

prega el pais désolât 

als Morts que li han dat la vida. 

De son ser han escolat 

tôt goig recances sens mida. 

Puix n'heu patit mort tant greu, 

victimes de la Gran guerra, 

com bons àngels ampareu 

]a França i la mare-terra ! 

De la Patria dignes fills 
i Rossellonencs de mena, 
fôreu de nobiesa espiils. 
Per ruda que fôs la faena, 
heu fet cara a tots perills, 
ni a la mort girant l'esquena, 
També en mil segles sereu 
honor del plà i de la serra. 
O bons angels ampareu 
la França i la mare-terra ! 

La febre ardent-vos la sang, 
sensé llençol, sensé roba, 
dormieu drets dins del fang 
o arrudits en una cova. 
Bruts i tôt, bell nimbo blanc 



T^ecord piadàs als pîorals nebodets, 
caiguts a les ultimes embeslides. 

voltava-us com la Hum nova. 
l,un jorn, amb sobercmenyspreu 
"deixàreu vostra desferra. ■ 
O bons àngels, ampareu 
la França i la mare-terra ! 

Bé n'heu vist de camps i esplets 

matxucats per la metralla ! 

En trons, brams, grunys i xisclets 

el mon fet un foc de palla ! 

Heu vist cap*irâ als poblets 

com aufais sota la dalla ; 

clavada la terra en creu 

dos lladres a dreta i a esquerra. 

O bons àngels, ampareu 

la França i la mare-terra. 

Vos que negades en plors 

heu deixat viudes, niçagues 

i mares de set dolors, 

que haguessin les vostres plagues 

volgut trasmudar en flors 

amb totes ses mans manyagues, 

la pena immensa cureu 

que '1s cors dels vivents esguerra ! 

O bons àngels, ampareu 

la França i la mare-terra ! 



Feu que '1 gran dol a polit 
s'apagui, a copia de dies. 
Ens torni el ce! espellit, 
quïetut, sinô alegrîes ! 
No caureu perxô en oblit. 
Puix desde ses primeries 
us faltà la vida breu, 
corn a l'infant que 's desterra, 
O bons àngels ampareu 
la Franca i la mare-terra ! 



56 — 

Beneïu el sant treball ! 
A vostre braç tant esqueia ! 
Sega, poda, vrema, dall, 
a pertot el vostre ull reia. 
Senteu-vos en cada rail ! 
Coses ben dolces s'hi deia ! 
En la Uar pairal entreu, 
que tôt cor fidel s'hi aferra. 
O bons àngels, ampareu 
la Franca i la mare-terra ! 



Voltant l'atzur català, 

tôt Hum, tôt cant i tôt flaire, 

ànimetes, pel cel clâ 

bellugueu, l'ala d'escaire. 

Oïréu el dolç parla 

que en vostra llaor s'enlaira. 

Oïréu com su '1 conreu 

vers vos la calandra xerra. 

O bons àngels, ampareu 

la Franca i la mare-terra ! 

Hanoï, janer 1919. 



1, passant els tendres dits 
sobre l'ull que no se tança, 
calmeu-nos les llargues nits ! 
Si, de nou, la vida arranca 
son vol de' dos sers units, 
vigileu J'alcoba blanca I 
Per que esborri tôt arreu 
la Pau els mais de la Guerra, 
O bons àngels, ampareu 
la Franca i la mare-terra ! 

Pau Berga. 



Compte-rendu des Séances 

Séance du 10 mars 1919 

Présidence de M. Laurent Campanaud, président 

•La séance est ouverte à 8 h. 1/2, sous la présidence de 
M. L. Campanaud, président. 

Jeux "Floraux du Jtyussillon. L'éventualité d'une organisation de 
Jeux Floraux en août prochain est examinée. Un projet est soumis 
par M. Joseph Pons. L'assemblée estime que les Jeux Floraux 
doivent être organisés par la Société d'Etudes Catalanes elle- 



- 5 7 - 

même, qui aura à nommer un Comité d'honneur et un Jury. Les 
membres du Jurv et du Comité d'honneur pourront être pris en 
dehors de la Société. 

La question sera définitivement examinée dans la prochaine 
séance. 

Questions diverses, M. Ch. Grando rend compte de son voyage 
a Barcelone, où il a été reçu par diverses personnalités et Sociétés 
littéraires. 11 rapporte pour la T(evue Catalane la Médaille d'hon- 
neur des Volontaires Catalans, accompagnée de la lettre suivante 
au D Sole y Pla, président de cette noble phalange de héros : 

Comité de Germanor amb els Voluntaris Catalans 

Aïs homes qu'escriuen en la « J^evista Catalana » de Perpinyà. 

A vosaltres, nobilissims ciutadans de la ciutat germana ; 

A vosaltres que haveu escrit tant belles planes en honor de nostres ger- 
mans que. antes dels homes d'altres nacions, van correr arreu a allistarse en 
els régiments francesos i en la marina anglesa per a combatre per la llibertat 
de! mon i en defensa de la Raô i de la Justicia, abrassades en vostres senyeres, 

A vosaltres, vos agraïm una volta per totes los mots de gloria i germanor 
vessats en honor de nostres morts que desde l'Yser a Macedonia sembren 
la terra. 

En penyora d'amistat i agraïment, dediquem a la J^evisla Catalana una de 
les medalles que el Comité de Germanor amb els Voluntaris Catalans dedica 
en nom de Catalunya a nostres Voluntaris que tornen i als amies de França 
que d'ells s'han recordat per a honrarles. 

Molts anys de vida a vostra Revista i a vosaltres. 

En nom del C. V. C, 
Joan Sole i Pla. 

Barcelona, 7 de marc de 1919. 

L'assemblée remercie chaleureusement Je Comité de Germanor 
avec les Volontaires Catalans et prie son Secrétaire de lui trans- 
mettre l'hommage de sa bien vive gratitude. 

Les membres de l'Institut d'Estudis Catalans ont reçu en ses- 
sion le Secrétaire de la Société d'Etudes Catalanes et lui ont 
offert un dîner. Le Secrétaire est également prié de remercier, 
au nom de la Société, MM. les membres de J'institut d'Estudis 
Catalans. 

Des remerciements sont également adressés aux maîtres Apeles 
Mestres, A. Guimera, qui ont bien voulu nous adresser leur salut, 



— 58 — 

à MM. les présidents, directeurs et membres de l'Arxiu d'Etno- 
grafia y de Folk-lore, dels Amies de França, du Comité Pro- 
Alliats, de l'Associaciô Protectora de l'Ensenyança Catalafia, de 
l'Orfeo Català, Veu de Catalunya, Ibéria, et surtout à M. Alcan- 
tara, pour le bienveillant accueil qu'ils ont réservé au délégué de 
la Société d'Etudes Catalanes. 

Prochaine séance. La prochaine réunion est fixée au jeudi 
jo avril, au siège de la Société Agricole, Scientifique et Litté- 
raire, à 8 h. 1/2 du soir. 

Le Président, L. Campanaud. 



Un poème inédit d'Apeles Mestres 

L'illustre auteur de Tlors de Sang a eu l'extrême amabilité de 
remettre à M. Ch. Grande lors de sa visite à Barcelone, l'auto- 
graphe du poème inédit suivant, qui est le digne pendant du 
célèbre TVo passareu ! 

La rédaction de ia J^evue Catalane est heureuse d'offrir à ses 
lecteurs la primeur de ce beau poème. 

Y NO HEU PASSAT! 

« No passareu ! » vos vaig cridar, 
malgrat la rabia ab que embestiau ! 
Ja us ho vaig dir, sens may dubtar, 
que malgrat tôt no passariau ! 
Y com a llops vos heu llançat, 
mes no heu passât ! 

Haveu fet arma del terror, 
la crudeltat, la traidoria ; 
no hi ha hagut frau, ni crim, ni horror 
que no us dictés la tirania, 
y heu enrunat, cremat, talat, 
mes no heu passât ! 



- 5q - 

Si com a feres heu matât, 
com a moltons heu fet matarvos, 
tal per complaure a un insensat 
qu'en el perill va abandonarvos _! 
Per xô quatre anys heu bataliat !... 
Mes no heu passât ! 

Jamay mes dura humillaciô 
castigà al monstre de la guerra ; 
potser de Deu tingueu perdo, 
no l'espreu may de la terra ! 
Vida y honor vos heu jugat, 
mes no heu passât ! 

Si un altre Atila, a sang y a foch, 

vos desfermés, clamant venjança, 

trobareu sempre al mateix lloch 

una muralla redressantse : 

Es dira Joffre, 's dira Foch, 

es dira Marne, 's dira França... 

Mes tant se val ! Per mes que feu, 

No passareu ! 

Apeles Mestres. 
Desembre 1918. 

La Catalogne reconnaissante 

Le Comité de Germanor amb els Voluntaris Catalans a décidé 
d'attribuer la médaille d'honneur aux couleurs sang et or à diverses 
personnalités de notre ville : MM. Joseph Denis, maire de la 
ville de Perpignan ; E. Brousse, député ; Mgr de Carsalade du 
Pont ; MM. de Lavenne du Choulot, Commandant d'armes ; 
Brousse Jean, publiciste ; L. Campanaud, Ch. Grando, P.' Francis, 
L. Pastre, Joseph Fabregas, de la Société d'Etudes Catalanes, 
et a la T(evue Catalane. 



DOCUMENTS HISTORIQUES 

sur la Ville de Perpignan 

*^^> (SWTE) 

JCTTll. La Maison de Bernard Xanxo, mercader (j5c>7), (carrer del Procu- 
rador T^eal, rue Main-de-fer). — h' immeuble Sancho de Lîupia. — La Loge 
de l'Union. — Le Cercle. — (1507-1919). 

Le gracieux immeuble bâti par l'armateur Sanxo, au commen- 
cement du xvi 1 siècle, après avoir appartenu pendant près d'un 
siècle et demi à Une société civile, change de maître et probable- 
ment de destination (1). 

Cet élégant joyau d'architecture gothique, dont une main pro- 
fane a mutilé la coquette façade, « encadrée de pilastres à bossa- 
ges d'un goût particulier », a toute une histoire ; il renferme tous 
les secrets inviolables des Loges, et ceux non moins respectables, 
mais discrets du Cercle, qui pendant cent trente-cinq ans se sont 
dissimulés puis enfouis dans ces murailles de brique impénétrables. 

Nous esquisserons prudemment les principaux faits, le seul 
objet de cette étude ne comprenant que des détails de pure archi- 
tecture, les origines de propriété de la maison de Sanche, avec 
une vision rapide du passé. 

La façade n'a donc pas été respectée. Pour donner, sans doute, 
plus de jour à une pièce nouvellement disposée, on a eu la sotte 
pensée de détruire la fenêtre à meneaux symétrique (2) que l'archi- 
tecte de Sancho, suivant une règle immuable, avait tracée, et de 
la remplacer par deux larges fenêtres carrées, rompant ainsi la 
régularité, et dégradant le gracieux bandeau symbolique qui cou- 
rait élégamment le long de la façade et au-dessus de la porte 
principale de l'immeuble. 11 ne reste plus aujourd'hui qu'une fai- 
ble partie de ce bandeau, dont on peut à peine distinguer les 

(1) Par suite de mineurs parmi les familles des actionnaires, ceux-ci font 
obligés de vendre cet immeuble devant le Tribunal. 

(2) On voit sur la gravure la façade telle qu'elle existait encore en 1834. 
C était l'art gothique, à cette époque si improprement appelée de la Renais- 
sance, où cet art se rajeunissait sans cesse d'une manière admirable. 




a. 



fc 



o 

X 

I- 
o 

a 

z 
o 



— 6i — 

dessins, qui sépare le rez-de-chaussée du premier étage, et sur 
lequel, d'après M. Vidal, « la gaîté de nos pères s'est traduite 
avec une liberté passablement réaliste » (i). 

L'intérieur a été plus respecté, et la grande salle capitulaire, 
avec son splendide plafond à caissons, a conservé son aspect gran- 
diose, tout son luxe éblouissant, toute son imposante beauté. 

Une cheminée monumentale, il est vrai, rappelant les oeuvres 
de Vauban, a dû remplacer un monument de l'époque ; mais, si 
l'on a le droit d'en critiquer le style, on peut cependant se ren- 
dre compte qu'elle s'adapte merveilleusement aux vastes propor- 
tions de cette salle luxueuse. Un projet, dont j'ai le plan, ainsi 
que les conventions formelles pour l'exécuter, ne fut pas adopté (2). 

Faut-il le regretter? J'ai le dessin en mains, et je puis dire, 
certes, qu'il n'aurait pas déparé la belle salle, et qu'il aurait été 
toujours plus en harmonie avec le style flamboyant de ce petit 
palais. 

Pour nous éclairer sur les origines de cet immeuble, nous aurons 
recours aux érudits de notre siècle, à M. de Saint-Malo, à Puig- 
gari et principalement à Alart qui a pu, dans ses minutieuses 
recherches, en découvrir toute la genèse. L'archéologue roussil- 
lonnais nous dit, en effet, que d'après Içs papiers terriers, les 
Capbreu catalans, cette maison, qui était désignée sous le nom de 
maison Je. mossen JCanxo, avait été acquise par Don Luis de 
Liupia, qui avait été élevé à- la charge de Procureur Royal en 
• 547. Mais les mêmes terriers nous apprennent qu'elle n'était pas 
construite encore en i5o5, puisque, a cette époque, son emplace- 
ment était occupé par cinq maisons appartenant à différentes per- 
sonnes. On peut donc affirmer que cet immeuble fut bâti après 
cette date, par un particulier appelé Mossen Xanxo. 

Voici la note (3) que publiait, en 1 83 3, Renard de Saint-Malo 

(ï) P. Vidal, Perpignan, 1898, p. 193. 

(2) D'après un acte et suivant telles conventions, M. Lacombe, marbrier, 
avait été chargé, en 1873, de faire ce travail qui avait été évalué à 1 1 00 fr. 
Le marbre faisant défaut, M. Lacombe ne pouvant utiliser que le marbre 
de Viilefranche, le contrat fut rompu. Ce fut M. Selva, ingénieur de la 
ville, qui a fait le plan de la cheminée monumentale actuelle. 

(3) Publicaleur du 24 oct. 1 833 . — Cette note vient d'être publiée parla 
J{enat$sanc* Catalane. Je la reproduis pour les lecteurs de la T^evue Catalane, 



- 6i — 

qui, en 1816, avait commencé les fouilles de Ruscino, et à qui 
échut en partage « un petit vase entier », au cours des fouilles 
sommaires que l'on fit à cette époque, sous l'impulsion de M. de 
Villiers du Terrage(i). 

Renard de Saint-Malo se demande quel était l'état, quelle 
était la profession de cet individu : « L'édifice dont il s'agit, écri- 
vait-il en 1 833, soit par sa solidité, soit par les ornements qui 
embellissent sa façade, semble annoncer l'hôtel d'un gen- 
tilhomme opulent, ou l'habitation d'un plébéien possesseur d'une 
grande fortune. Mais il est à remarquer qu'il n'existe dans le pavs, 
concernant le dit Sancho, aucune tradition nobiliaire, aucun sou- 
venir héraldique ; car personne, je pense, n'osera de nos jours 
voir un titre d'illustration chevaleresque dans la qualification de 
Mossen... C'est donc à toute autre classe qu'à celle de la noblesse 
qu'appartenait le particulier ci-dessus mentionné. Après avoir 
constaté le fait, je ne puis m'empêcher de rappeler ici que, pos- 
térieurement à l'an i5o5, la ville de Perpignan comptait parmi 
ses habitants un nommé Bernard Sancho, inscrit en )5jo, à l'hôtel 
de ville, comme bourgeois de Perpignan ; et Capmany nous 
apprend qu'un gros navire du dit Bernard Sancho, chargé de mar- 
chandises du levant, fit voile d'Alexandrie en j5î3. A son arrivée 
à Messine, la peste s'étant manifestée dans l'équipage, l'on se 
vit obligé de décharger la cargaison. Or je demande : ne serait-ce 
point ce riche bourgeois, ce célèbre et entreprenant armateur qui 
aurait fait construire la maison de la main de fer ? (2) ». 

Il est certain que cet habitant de Perpignan a dû jouer un rôle 
assez important dans nos annales commerciales, à l'époque où il fit 
construire ce remarquable monument de notre architecture civile. 

Du reste, Puiggari, dans une note, nous apprend que « Bérenger 
Xanxo était le père de ce riche armateur Bernard de même nom, 
qui se fit bâtir, sur un modèle pris en Italie, la maison de la Maxn 
de fer en i5o7(3)». C'est ce même Bérenger Xanxo qui avait 

( 1 ) Voir le "Bilan des fouilles, page j 2 1 . 

(2) Renard de Saint-Malo, Le Publicateur du 2 nov. 1 83 3. 

(3) Note de P. Puiggari : Cette date paraît concorder avec la note de 
Saint-Malo qui dit qu'en i5o5, à l'emplacement même de cette construction, 
il y avait 5 maisons distinctes. (P. Puiggari, Bulletin de la Société Agricole, 
1845, 11" partie du tome vi, p. 3a5.) 



- 63 — 

fondé la chapelle où est placé le tableau de la Sainte-Trinité (1489), 
auprès du joli retable gothique de N.-D. de Pitié, qui en fait 
l'ornement. 

Alart. continuant ses laborieuses et patientes recherches à son 
sujet, nous dit oue « malgré sa phvsionomic un peu étrange, le 
nom de Xanxo est bien d'origine catalane, et c'est la forme vul- 
gaire vie l'ancien Sancliolus ». On le trouve, à diverses époques, 
dans plusieurs communes du Roussillon, notamment à Bouicter- 
nerc. 

Mais comme l'avait conjecturé M. de Saint-Malo, Mossen Xanxo 
ne se rattachait à aucune famille nobiliaire de notre province ; il 
n'appartenait même pas à cette classe de bourgeois honorés que 
ies transformations sociales, et surtout les révolutions politiques, 
avaient fait surgir dans la population de Perpignan... Quant aux 
Xanxo de Perpignan, je trouve que le 19 juin 1457, sept ans 
après la reconnaissance officielle des bourgeois honorés de cette ville, 
Bcrcnger Xanxo vendant pour le prix de 68 livres une esclave 
de 21 ans, baptisée, blanche et de race Tcherkesse (de génère 
Xarquesiorum) ne prend pas d'autre qualité que celle de tisserand 
ou tisseur (1) [Iextor) de la ville de Perpignan, et c'est la seule qu'il 
se donne encore à la fin de ses jours, le i3 juin 1475. Un autre 
membre de cette famille, Jean Xanxo, se dit tisserand de lin (iextor 
Uni) Je la ville de Perpignan, a la date du 20 juillet, 1473. Cette 
famille se trouve donc réléguée dans la main moyenne, dans une 
des classes inférieures de la population de Perpignan. 11 y a 
même lieu de croire qu'à cette époque elle avait son domicile 
dans la paroisse Saint-Jacques, puisque Bérenger Xanxo fut élu, 
le 24 juin 1469, en qualité de cinquième Consul de Perpignan, et 
l'on sait qu'en vertu d'un ancien privilège (2), cette charge devait 
être alternativement réservée à un tisserand ou à un jardinier du 

1 Tixedor. 

; Cf. mon étude "L'organisation municipale de Perpignan, 2' période 
118 février 1 3 1 2 — a3 août 1402). page 33. Suivant un mandement de 
Pierre IV, roi d'Aragon, du 16 novembre 1346, les conseillers nommés 
chaque année pour la main mineure (sub mtnori manu), de ma menor. ne pour- 
ront être pris que dans les divers métiers qu'ils doivent représenter, afin, 
dit la charte, que tous les métiers puissent avoir à leur tour des sujets et des 
représentants dans les charges municipales. 



- 64 - 

Puig Saint-Jacques, où ces deux professions étaient fixées dans 
l'origine. 

Vient ensuite Bernard Xanxo, celui-là même qui fit construire 
la marson de la Main de fer, mais il n exerçait plus la profession 
de ses ancêtres. Il se montre avec la qualification de mercader qui 
le maintenait encore dans la main moyenne (1) de la population 
de Perpignan ; car les mercaders, admis dans la main majeure en 
i345 (2), en avaient été rejetés en 1449 P) pour faire place aux 
juristes. Bernard Xanxo se livra à de vastes opérations com- 
merciales dans les dernières années du règne de Charles Vlll, 
et il acquit une immense fortune. Le 29 octobre 1491, en qualité 
d'obrer de Saint-Jean, il fit une concession de sépulture dans les 
cloîtres de la nouvelle église en faveur de la famille Moner. Son 
nom ne figure, le plus souvent, que dans des actes relatifs à des 
opérations commerciales ou financières, dans un emprunt négocié 
le 14 août 1493, dans une expédition de draps de Perpignan à 
Valladolid peu de temps après, etc. Le 26 juin i5o8. de concert 
avec les nobles François Raxach et Gaspar dez Vivers, seigneur 
d'Alenya, Thomas de Vilanova et Bernard Alenya, mercaders de 
Perpignan, Bernard Xanxo servait de caution à Bernard de 
Llupia qui avait affermé à Barcelone le droit de bulle de la Table 
ou banque de Perpignan (4), à raison de 75c pacifies d'or par an. 
Comme on le voit, Bernard Xanxo se trouvait dès lors en rap- 
ports continuels avec les familles nobles ou avec les bourgeois 
honorés de la province, mais il ne reçoit jusque là et ne se donne 

(1) De ma mijana (de manu mediocri). 

(2; Cf. mon étude "L'organisation municipale de "Perpignan, charte de 
Pierre IV, roi d'Aragon, pp. 33-37- ^ es ' et t res patentes du 16 des calendes 
de décembre de l'an 1346, du roi d'Aragon Pierre IV, concernent le mode 
de nomination des consuls et conseillers de la ville et la division de la popu- 
lation en trois classes ou mains : les mercaders faisaient partie à ce moment 
de la main majeure : sub manu majori comprehendantur burgenses et mercatores... 
(op. cit., p. 35.) 

(3) Le 18 août J449, la reine Marie sanctionnait un autre mode d'élec- 
tions consulaires et des changements notables dans le gouvernement muni- 
cipal... Les conseillers de la seconde main, ou main moyenne, seront tous les 
mercaders ayant occupé les fonctions de 3" et 4* consuls, etc. (Voir mon étude. 
op. cit., 4* période, pp. 80-87.) 

(4) La taula. 



— 65 — 

jamais d'autre titre que celui de mercader. et selon M. de Saint- 
Malo, il ne fut inscrit qu'en i5io dans la classe des bourgeois 
honorés, 

« J'ai cru devoir insister sur l'origine de Bernard Xanxo, et 
pour ainsi dire, plaider la roture en sa faveur, pour faire voir 
que le goût et la protection des Beaux-Arts ne furent point, 
parmi nous du moins, le privilège exclusif de la noblesse cheva- 
leresque. En effet, la maison du descendant des tisserands du 
Puig est encore aujourd'hui la seule construction civile que l'on 
puisse citer comme un monument remarquable dans la ville de 
Perpignan qui, pendant les trois derniers siècles, fut habitée par 
les nobles familles del Viver, de Taqui, de Çagarriga, de Cruylles, 
d'Oms, de Blanes, d'Ortafa, etc.. Enfin la noble famille de 
Llupia ne dédaigna point de s'allier à celle de l'ancien mercader 
et de s'établir dans sa maison (i). » 

Voilà donc le bel hôtel du riche mercader armateur qui devient, 
par l'alliance du noble d<* Llupia à la riche famille du mercader 
Mossen Xanxo, la propriété de cette noble famille. 

Sans remonter à l'illustre origine des Llupia dont les ancêtres 
avaient été conseillers du roi de Majorque Jacques 11, et avaient 
possédé plusieurs seigneuries et châteaux, entre autres le château 
et lieu de Maureillas, la vicomte de Casteilnou, la seigneurie de 
Bages, le château de Saint-Jean-Pla-de-Corts. Un des ancêtres, 
Raymond de Llupia, avait été le conseiller et le chambellan du 
roi Martin 1". Nicolas de Llupia, chevalier, détenait la seigneu- 
rie de Canet, en 1403, au nom de Louis XI. 

Celui qui nous intéresse le plus est Gelabert de Llupia, 
damoiseau de Perpignan, qui avait refusé de reconnaître la domi- 
nation de Louis XI en Roussillon. Ses domaines furent mis sous 
séquestre et attribués, en 1476, à Pierre Ylari, homme d'armes. 
« Geiabert de Llupia avait épousé en premières noces Jacmina, 
fille du chevalier François Ça Ribera. En 1494. il rentre de nou- 
veau en possession de ses biens ; il vendit en i507 î>a maison 
située dans la rue de la Main-de-Fer à Bernard Xanxo. 



Ai kk 1 , Note lue à la Société Agricole des Pyr.-Or. , le 1 7 avril 1 8b 1 
Publiée récemment dans la Renaissance Catalane, n" 7 et 8. iqiq. 



i 



— 66 — 

mercader de Perpignan (i). Gelabert de Llupia eut pour fils 
Pierre, son successeur. Ceiui-ci donna le jour a François Gela- 
bert qui vivait en i5i3. 

François de Lluoia, fils de Jean de Llupia, seigneur de Llupia 
et de Vilarmilar. « unit ses destinées à celles d'Angèle, fille unique 
et héritière du riche négociant roussillonnais, Bernard Xanxo, et de 
sa femme Elisabeth (î) ». François de Llupia fut nommé, en i 535, 
procureur royal des Comtés de Roussillon et de Cerdagne ; il 
vint se fixer dans cette demeure opulente que Xanxo avait fait 
construire, vers i5io. « Elle servit d'habitation à ses descendants 
qui furent ses successeurs dans la même charge. Elle s'appela 
désormais la maison de Mossen "Llupia, et la rue porta aussi 'le 
nom de Carrer del Procurador real (3). François de Llupia reçut de 
Charles Quint une lettre qui conférait privilège de noblesse pour 
lui et ses descendants. En i55c>, il se démit de son office en 
faveur de son fils Louis. Outre cet enfant, il avait eu deux filles: 
Lucrèce, mariée à Galcerand de Vallgornera, et Elisabeth, femme 
de F. Grimau ». 

Le petit fils de Bernard Xanxo était aussi devenu armateur; 
abbé commendataire de l'abbaye de Saint-Pierre de Rodes, 
« Thomas- de Llupia avait équipé une galère appelée « galera 
Lupiana », qu'il commandait en personne et qui faisait la traver- 
sée de la Méditerranée. Elle échoua une fois près de Méiila 
(Maroc). A la mort de l'abbé Thomas de Llupia, survenue en 
i58o, ce navire, dont l'équipage se composait de quatre-vingt- 
quatre esclaves ou forçats, devint la propriété de son petit neveu 
Gabriel de LluDia. Plus tard, il fut acquis par la couronne d'Es- 
pagne. Thomas de Llupia fut inhumé dans la chapelle de Notre- 
Dame dels Correchs, située dans le vieux Saint-Jean de Perpignan, 

(i) Arch. des Pyr.-Or., B. 302-41 1 ; J. Capejlle, Dict. de biogr. rouss., 
p. 33o : Sur son emplacement et sur le terrain occupé par quatre maisons 
contiguës, ce riche commerçant perpignanais construisit le magnifique hôtel 
gothique qu'on admire de nos jours dans la rue de la Main-de-fer. 

(2) J. Capeille, op. cit., p. 33 1. 

(3) 19 sept. 1619. Mém. de Saint-Jacques: Com tenian de passar per 
plassa del oli, paseren per lo carrer del Procurador real, per ocasio que lo 
duch de Feria, virrey de Catalunya, se troba en Perpinya y estava en la 
casa del Procurador real. 



- 6y - 

et où se Trouvait le caveau de famille. 11 eut pour héritier son 
neveu Louis de Liupia, procureur royal (i) ». 

Ceiui-ci, fils de François de Liupia et d'Angèle Xanxo, s'était 
marié à Yolande de Saragosse ; il fut enseveli dans ce caveau de 
famille Xar.xo, creusé sous, la chapelle de Saint Bérenger, située 
dans l'église Saint-)acques de Perpignan. 

Son fils Gabriel de Liupia avait pris, le 5 février i58o, le com- 
mandement de la galère Lupiana, dont il se dessaisit plus tard en 
faveur de ia couronne d'Espagne. Après avoir été nommé gou- 
verneur intérimaire des Comtés de Roussiilon et de Cerdagne, 
il fut nommé, en 1621, par Philippe 111, à l'office de lieutenant- 
général en Roussiilon, en Cerdagne et dans l'Ampourdan. 

Gabriei de Liupia, fils aîné de Jean Liupia, avait été nommé à 
l'aleavdie au Castillet de Perpignan. Comme il avait adopté le 
parti de l'Espagne, « ses biens furent donnés à Joseph de Biure 
de Margarit, marquis d'Aguilar. Les domaines de son père 
furent attribués a Isabelle Dulac, épouse de Pierre La Cavalleria. 
Celle-ci posséda, à ce titre, l'hôtel de la rue de la Main 
de fer. Devenue veuve, elle convola en secondes noces avec 
Pierre Talon, surintendant et commissaire-général des vivres des 
armées de France. Le 10 avril 1060, lors du séjour que Louis XIV 
et sa cour firent à Perpignan, la Reine mère Anne d'Autriche 
occupa la maison des Liupia, a la façade ornementée dans le 
stvle gothique fleuri. Le roi logea dans la maison Bosch, occu- 
pée plus tard par le gouverneur de la Province, sur la place de la 
Laine, la place d'Armes (2) actuelle (3). 

11 est indéniable que Sancho avait fait construire cette maison" 
pour lui, au commencement du xvi' siècle (et l'on peut aujour- 
d'hui préciser la date), exactement en i5oy, à une époque où le 
commerce des draps avait pris une extension considérable, à un 
moment où la renommée de la fabrication de cette marchandise à 



(1 ) J. Capeille, Biogr. rouss., p. 3 3 1 : Arch. des Pyr.-Or.. B. 375-378- 
480, E. 

(2) Aujourd'hui place Gambetta. 

(3) J. Capeille, Biogr. rouss., p. 333 ; Arch. des Pyr.-Or., B. 388. 
390, 394, 445 ; Victor Aragon. Le r\oussillon aux premiers temps de son 
annexion a la Trance. 



_ 68 — 

la marque mondiale « Perpenya » (>) s'étendait au delà des 
mers. 

Cet élégant immeuble princier avait été construit pour attirer 
les regards : ce fut au commencement du xix' siècle que nos 
ancêtres en firent l'acquisition, s'y réunirent et fondèrent la Loge 
de « l'Union ». 

(A suivre) Henry Aragon. 

(i) L'industrie et le commerce des draps étaient déjà, sous les rois d'Ara- 
gon, très florissants. On sait que Jean 1", en date du 22 octobre 1 388, sur 
la demande des consuls de la ville, avait créé le Consulat de mer en considé- 
ration de la prospérité de ce commerce : Perpignan expédiait déjà, en 1 329, 
des draps directement à Constantinople ; en i33î, la ville comptait 349 maî- 
tres tisserands en laine, confinés tous dans la paroisse Saint-Jacques. — Voir 
plus haut, chup. X : Droit de rêve et de haut passage (1284), pp. 1 13-12S: 
a tous les draps recevaient la marque de fabrique qui était imprimée sur la 
pièce elle-même », p. 114 (tirage à part). 

Quelques noms de plantes # synonymes 

Catalans-Français tf Français-Catalans 

<«$^ (SUITE) 



bagtienaudier. — espanta-ilops. 

balsamine. — aybret, arbret, balsemina. 

bardatie. — lleparassa, llepassa, llepassera, repalassa, gafets. 

basilic* — alfabrega, aufabrega, aufadia, enfalga. 

belladone. — belladona. 

benoîte- — herba de sant Benêt, rèvola. 

berle — crexenera. 

berSC — pampes, panaces, canô. 

bétoine- — betonica. 

bette. — bleda. 

betterave. — bleda-rave, remolatxa. 

bistorte. — voir renouée persicaire. 

blé. — blat, xeixa. 






— 6c, - 

blette- — voir bette. 

bleuet, bluet- — caps blaus, llums, angelets, anjalits. 
bOUCage. — pampes. 
bouillon blanc — voir molène. 
bouleau. — bès, bedôll, abedôll. 
bourrache. — borrayna, borratxa. 
bousserole. — voir arbousier. 

bouton d'or. — g°'g< francessilla, botô daurat. Voir aussi 
renoncule. 

brachipode. — llisté. 

brize. — balladora, bellugadissa. 

brOCOli. — voir chou-fleur. 

brome. — espigadella, escanya-cavalls, trauca-sacs, ordi salvatge. 

brunelle. — herba del trahidor, herba del balsém. 

bruyère. — bruc,. bruga, bruguera, brossa, jusbarba, sepell, 

xipell, xiprell, aidissa. erica, eritja. 
bryone. — carbassina, brionva. 
bugle. — herba de sant Llorens. 
bugloSSC — buglosa, ilengua de béu. 
bugrane. — adruls, gahons. 
buis. — boix, buix. / 



Caillerait. — voir gaillet. 
Calebasse. — ravequet. 
Callune. — voir bruyère. 
Calville. — camosina, camosa. 
Camélée. — olivereta, garuppa. 
Camomille. — camamilla, mançanilla, camilla. 
Campanule. — campanes. 
Capillaire. — falsia, falzia. 
câprier. — taparera. 

Capselle. — sarrô de pastor, sarronet, herba del pastorell. 
Cardavelle. — voir carline. 
Cardère. — carda, cardet. 

Cardon. — card, cart, cart coler. herha-col. herba colera, herba 
formatgera. 



— 7° — 
Carlinc — carlina, carnunquera. 
Carotte. — pastanaga, bufanaga, safanoria. 

» Sauvage. — voir ravenelle. 
Caroubier. — garrofer, algarrofer. 
CaSSiS Odorant. — aromer. 
Cataire. — herba dels gats, nepta. 

caucalide. — cadells. 

Céleri. — apit, api. 

» Sauvage. — voir cresson faux. 
Cédratier. — cédrat, punsemer, poncemer, pomer d'Adam. 
Centaurée. — centaura, capbossada, herba del tarau. 
» bleuet. — voir bleuet. 

» ChaUSSe=trappe. — floravia, caga-tripa, caga-trepa, 

sagatrepa, cart estrellat, brassera. 
» petite. — centaura borda, caxalagua, herba de 

Santa-Margarita, pericô vermeil, fel de la terra. 
Cerfeuil. — cerfull, serfull. 
Cerisier. — cirerer. 
Céterac. — voir doradille. 
Chalef. -— arbre argentat, arbre del Paradis. 

champignon. — bolet. 
chanterelle. — ginestrola. 

Chanvre. — canem, canam. 

Chardon. — cardô, cardot, escardot, esquerdot, carxofa de borro, 
cart. 
i Volant. — voir panicaut. 
Chardonnette. — voir carline. 
Châtaignier. — castanyer. 

Chélidoine. — herba saloni, de les morenes, de les verrugues. 
Chêne. — roure. 

» kermès. — garric, garrulla, garolla, carrasca. 

» liège- — siure, surô, surer, alzina surera. 

» Vert- — alzina, aulet. 
cheneviS- — caramuixa. 
ChénOpode. — pix de cà, herba pudenta. 
CherviS- — xerevia, xirivia, xaravia. 

Chèvrefeuille. — mare-selva, selva-mare, lliga-bosc, potes i 
manetes. 



— 7 « — 

Chicorée. — xicoya, xicoyra, agon. Voir aussi "endive. 

» Sauvage. — cosconia. cosconilla, cusconia. 

Chiendent- gram. agram. 

Chou. — col, broquil. 
Ch0U=fleur. — col i flor, brocoli. 

j santhème des moissons. — ull de bou. 

ciboule. — ciboleta. 

CigUe. — givertassa, tora pudent, fenoll de bou, fenoll de gri- 
pau, calamac. 
> petite. — givert bort. 
circée. — herba de les encantades, herba de Sant Esteva. 
CÎrse. — calcida, carsus. 

Ciste. — estepa, estrepa, stepa, argent), moixera, bordiol, cist. 
citronelle. — citro, herba de citrô, citronella, cidrac, tarongina. 
Citronilier. — ilimoner. 
citrouille. — carbassa, carabassa. 

Clématite flammette. — vidiella, vidriella, vediella, badiella, 
viadella, jassemi de borro. 

» des haies. — herba de Job, herba de les llagues, 

ridolta, ridorta, vidalba, vidauba, vidarsa. 

» droite. — herba vormera. 

COgnaSSier. — codonyer. 
Colchique. — colquic, colxic. 
COlza. — rap. 

Concombre. — cogombre, cobrombuls. Voir aussi cornichon. 
COnopode. — anyols. 

COnSOUde. — consolda, herba puntera, llengua de vaca. 
Coquelicot. — roella, rosella, babol, badabadocs, paparola. 
COqueret- — bufeta de ca, alicacabi. 
Coriandre. — celiandria. 
Cormier. — selvier, server, cervera. 
Cornichon. — pepino. Voir aussi concombre. 
Cornouiller. — sanguinyol, sarguinyol, sangrell, sanguinella, sàn- 

gonella, corneller, corner, peralloner. 
COrroyère. — redo, redon, rodô, roldé, fustet. 
COUdrier. — voir noisetier. 
COUrge. — voir citrouille. 
CreSSOn. — crexens, crexem, morritort d"aigua. 



— 7 i — 

CreSSOn alénois- — morritort. 

» taUX- — caxals, caxals de borro, apit bort, crexens bort. 
Crête de COq. — voir amaranthe. 
CUSCUte. — pels, cabells, rebul. 
Cyprès. — xiprer. 
Cytise. — balac, balec. (M suivre) 

LAMETLLER 



Ametller florit 
pareil a una nit 
amb el cel teixit 
d'estels que s'encenen. 
Quan l'hivern, son vel 
desplega, de gel, 
tu també ets un ce! 
de flors que corprenen. 

En els jorns incerts, 
els braços oberts 
tens de flors coberts 
que amb goig l'ull admira. 



Ets talment un far 
lluminôs i clar 
on hi cerca ampar 
el cor que suspira. 

Ametller nevat 
de fécond esclat, 
joiell cisellat 
rie en pedreria 
Enmig la fosebr 
tens en cada flor 
un punt de claror, 
un bri d'alegria. 

Josep Gibernau. 



La seigneurie $ la paroisse de Serralongue 



VI. — Actes de catholicité 



[SUITE) 



En compulsant les actes de catholicité, on glane des rensei- 
gnements qui ont leur importance. 

j" Le î3 décembre 1 593 , un baptême a lieu dans l'église 
paroissiale de Serralongue : l'honorable Thomas Ricart, batllc de 
Prats-de-Mollo, fut parrain : a Fonch paciri 1 honorable Thomas 
Ricart, batlle de Prats-de-Mollo ». 

1' Le 27 mai 1597, Eléonore Frexe, fille légitime de Pierris 



- 7 3 - 

Frexe, est baptisée, étant parrains la dame Eléonore de Roca- 
berti de Pcgucra et Guillaume Montestrut, batlle de Vilamulaca : 
4 Essent pares spirituals de la ill a S" dona Eleonor de Rocaberti 
y de Peguera y lo magnifie S" Guillem Montestrut, batlle de 
Vilamulaea » per mi Anthonius Augarau. 

3' En 1609 : « Je Llorens Moragues, prêtre et licencié en 
droit canon (en canons licenciât), curé de l'église paroissiale de 
Serralonga, ai donne la bénédiction nuptiale à Antoine Llensa, 
pages de Serralonga, et à Montserrada Suejas en présence de 
Gabriel Llensa, batlle de Serralonga. 

4' Mariage entre Jean Gilles et Marguerite Crémadells : « Ce 
vingtième janvier mille sept cent quarante cinq, Don Joseph de 
Copons, prêtre et chanoine de l'église cathédrale d'Elne, docteur 
en théologie, vicaire général de don François de Cordevach de 
Gouy, evêque d'Elne, en la dite qualité avons assisté au mariage 
célébré en l'égjise paroissiale de Notre-Dame de Serralonga 
après une publication de bans faite dans les paroisses respectives 
des contractants, ayant dispense des deux autres pour des raisons 
à nous connues, entre M. Jean-Alexis Gilles, conceller procureur 
du Roy aux cours royales de Roussillon et Vallespir, juge de la 
Monnaye de Perpignan, d'une part, et la dame Marguerite Cré- 
madells et Faig, veuve, âgée environ de trente-trois ans, fille du 
sieur André Crémadells, bourgeois noble, et de la dame Agnès 
Faig et Caball, et leur avons donné la bénédiction nuptiale. Ont 
été témoins : don Antoine de Pages de Copons, don Michel 
de Pages de Copons, Antoine Roudiere et Jean Lanquine, qui 
ont tous signé avec M' Gaffard, procureur fondé de Madame 
Gilles et Rubc » . 

5' Nota : « Té obligatio lo rector de Serrallonga tots anys en 
fer una professo dia y festa de la Assumptio que es als quinze 
de Agost despres Vespres ab la mateixa solemnitat com si fos lo 
dia del Roser, en la mateixa forma que axi es la voluntat de nos- 
tre Rey christianissim que Deu guarda, y lo diumenge antes la 
publicara, exortara lo S" batlle y eonsois y ios demes delà parro- 
quial assistencia en la dita solemnitat segons com consta ab unas 
lletras de mandato de nostre illustrissim vicari gênerai Bonaven- 
ture Cabanes fêtas als i3 de agost 1682 ». 

b' « Als vingt agost 1744 mori en est Uoch de Serrallonga lo 



— 74 — 
Révérend Galdarich Hortet, prebere y bénéficiât de Prats-de- 
Mollo, lo cadaver delqual fonch transportât à Prats-de-Mollo ais 
21 de dit mes y sepultat en la tomba dels sacerdots als 22 de dit 
mes. Se ly feu enterro y honras ab la solemnitat acostumada als 
demes confrares de la Révérend communitat. — Bl. Hortet 
prebere y curât ». 

7' « Notes des fondations Hortet contenues dans l'acte de 
fondation au pouvoir de Trinxaria, notaire de Prats, mois de 
novembre 1748. 

1* Lo offici del glorios Sant Blazi : als 3 de fabrer, ab dos 
sacerdots, complétas al die antes. Tertia cantada antes de l'offici, 
y la benedictio de pa y fruita cantant à la fi de l'offici, ab dos 
ciris à las Complétas y tertia, y quatre à l'offici. Vint y sinch 
sous Francia à quiscun saeerdot y mitg rai al campaner. 2' als 26 
juny, anniversari par Thérésa Hortet ab dos sacerdots, 20 sous à 
cadaiï y mitg rai per lo tocar al campaner bagant las campanas. 
3" als 29 agost, offici ab dos sacerdots y al die antes Complétas à 
honra y gloria de Sant Joan Baptista, très rais y mitg à cade 
saeerdot, célébrant los dos la missa per lo fundador y los seus, 
mitg rai al campaner per dos tochs trillar yalçar la campana more 
solito. Dos ciris à las Complétas y quatre à l'offici. Lo pa veneyt 
fornira. 4 als i5 octobre, offici à honra y gloria de Santa Thérésa 
verge com per Sant Blazi. Per memoria ». 

8" « Le premier mai 1600 mourut la femme de Roquisern, et 
elle fut enterrée dans l'église de Serralongue. » — Cette note 
laisse supposer avec raison qu'il y avait, dans l'église de Serralongue, 
d'autres tombes que celle des barons de Cabrenç : le carrelage 
les cache. Toutefois, le corps de la majorité des habitants était 
enseveli dans le cimetière commun. 

VU. — Cimetière 

Primitivement il devait entourer l'église paroissiale. Aujourd'hui, 
devant l'entrée de l'église, est une petite place où les paroissiens 
se réunissent en attendant las pelttas, c'est-à-dire les trois coups 
de cloche annonçant que la cérémonie religieuse commence. 

1" « Als 4. juliol de l'any 1670 fonc enterrât en lo sementiri de 
esta parroquial un tinent de la companya de Mussen la Chano 



- 7 5 - 

dcl régiment de Montagut. Tambe hi enterra très soldats, lo hu 
r ehc los sagraments, los altres no, perque los mataran ». 

2* o, juiiol 1070 fonch enterrât -lo Révérend Andrcu Faig 
capella de animas : rebé tots los sagraments. 

3' « Vuv a!s quatre de mars del any mii sept cents quaranta sinch 
es estât sepuitat lo cadaver de Thomas Cazellas, mestre d'escola(i) 
de dît lloch de SerraiJonga de edat de vuytanta y sis anys. Essent 
nat à Sant Joan de Mondaru bisbat de Solsona als 24 juny de 1 65o. 
Ha rebut los sagraments y han assistit en sa funeraria 4 sacerdots, 
y entre altres dos testimonis que foren Francisco Cicra son fillas- 
tra, Joseph Llensa y Joseph Faig brassers — Blazi Hortet 
curât » . 

(% suivie) Joseph Gibrat. 

i On constate, à Scrralongue, la présence d'un maître d'école en 1 685 . 
Parmi les témoins d'Un acte de mariage de cette année figure « Jaume Saja- 
loli, mestre de minyons de Serrallonga ». 

Nos adeptes 

Un catalaniste doublé d'un travailleur consciencieux, que nous 
pouvions jusqu'à ce jour qualifier de « solitaire », est venu à nous 
dans ;e but louable de grossir la colla de ceux qui travaillent à 
rénover la langue. C'est M. Etienne Canal qui, sous le pseudo- 
nyme de YTzsieva Ti, a déjà livré au public quelques bonnes pro- 
ductions. Au cours de la dernière réunion de la Société, M. Canal 
a délicatement uit un poeme dédié à la Société d'Etudes Catala- 
nes, dont nous donnons la dernière strophe. 

Tant l'estiu com la primavera. 
Cavaliers, mon cor dira, 
Fins a la gota darrera : 
Visca sempre el Català ! 

Toutes nos sympathies au nouveau venu. Coratge, amie, i avant 
sempre, pel Rosseilô, per sa llenguaî 



ECHOS 

Les Poèmes de Rabindranath Zagore, poète bengali 

Notre excellent ami Joseph-M a Batista y Roca, de la Société 
d'Etudes Catalanes, vient de libérer un livre qui mérite d'être 
signalé à l'attention des lecteurs, et plus particulièrement des 
poètes des deux versants. 

11 s'agit d'un remarquable travail de traduction et d'adaptation 
des poèmes de Rabindranath Tagore, le poète bengali, travail 
agrémenté d'une préface qui nous dépeint cet Indou vraiment 
extraordinaire, dont la pensée se manifeste en des chants pleins 
d'exotique et originale fraîcheur. 

Notre ami, qui joint à une rare finesse de style une profonde 
érudition, est l'auteur d'oeuvres diverses qui sont l'expression d'un 
réel talent. 

Nous saluons avec une joie sincère sa nouvelle production qui 
non seulement honore notre Société, mais enrichit encore d'un 
nouveau joyau la littérature catalane. P. F. i A. 

Institut d'Estudis Catalans 

Ha sigut nomenat membre d'aquesta entitat l'ilustre autor de 
Marines y boscatges, En Joaquin Ruyra. 

Els Morts 

El délicat poeta Joaquin Folguera, una de les figures mes sim- 
patiques de la Joventut literaria Catalana, y M" Clascar, autor 
de versions precioses y d'estudis de gran valor, venen de morir. 

Pourpres tf Ors 

Le jeune et déjà brillant poète René Grando, frère de notre 
excellent Secrétaire, vient de publier ses Pourpres et Ors, d'une 
valeur incontestable. Certains poèmes comme La Mer, Dis-moi 
pourquoi, L'Oiseau de France, Au Roussillon, etc., sont d'une 
délicatesse exquise, d'une formule rythmique qui charme le lec- 
teur. Cet ouvrage est l'un des meilleurs de la jeune école rous- 
sillonnaise. Nos félicitations les plus vives. 

Le Gérant, COMET . — Imprimerie Catalane, COMET, rue de la Poste, Perpignan 






13" Année H' 150 15 Avril 1919 



Les Manuscrits non insère» 
ne sont oas rendu». 



REVUE 



Les Articles parus a»ns la Revue M ^ ^^ w W "* ^^ 1 ^^ TWl ^4* 

It'cnglgciu que leurs auteurs ^m^A «• JL A AA^A ■■ VM 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. — Cotisation : 10 fr. par an 

La poésie catalane en Roussillon 

El Bon Pedriç, de Joseph-S. Pons H 

Un intervalle de près de huit années sépare la publication de 
7{oses y Xiprers et celle d'E/ bon Pedriç. Mais ce dernier recueil 
était déjà prêt à paraître au mois d'août 1914 : il a dû attendre 
la fin du vaste conflit et le retour de son auteur, prisonnier en 
Allemagne. Celui-ci s'est contenté d'y ajouter une seconde pré- 
face : il nous le donne aujourd'hui tel qu'il l'avait laissé lors de 
la mobilisation. 

Joseph-S. Pons sait-ii avec quelle joie nous l'avons vu revenir? 
Son nouveau livre ne peut, à cette heure, que nous être double- 
ment agréable... En l'absence du poète, nous reprenions ses 
Ttyses y Xiprers, et leur lecture nous procurait un peu l'illusion de 
sa chère présence. Mais, par bonheur, les mauvaises heures ne 
sont plus ; et, puisqu'il ne veut pas lui-même que nous en rappelions 
l'amertume, nous parlerons sans plus tarder de sa poésie, laquelle 
doit être et sera pour lui désormais la meilleure des consolations. 

Quand on a tenu dans ses mains pendant quelques heures un 
livre de vers comme celui de Joseph-S. Pons, on en garde le 
coeur tout embaumé, l'âme toute pleine de soleil. C'est le privilège 
des belles oeuvres de la littérature méridionale. La pensée en jaillit 
sous forme de sensations ; mais ces sensations sont d'une essence 
rare, et il n'est pas possible de se méprendre sur la profondeur 

Perpinya, Jmprempta Catalana d'En J. Cornet, MCMX1X. 



- 7 8 - 

de l'émotion esthétique qu'elles suscitent. La nature et l'art s'y 
rejoignent et s'y confondent, comme la forme et la mission 
végétale dans l'arbrisseau. Un barbare seul est capable de 
demeurer étranger à l'ordre inaltérable de ces choses et d'oser 
en disputer la vertu. 

Dès que j'eus reçu El bon Pedriç, je résolus de le lire dehors, 
au plein épanouissement des forces vivantes et sereines ; et je 
choisis, pour ce régal, un bouquet d'oliviers doucement épanoui 
sur un aimable coteau, que le printemps déjà touchait de sa pre- 
mière grâce. L'amandier en fleur, incliné vers ce coin d'azur, 
l'annonçait en un léger frisson... Cadre et atmosphère qui con- 
venaient admirablement à ces vers, d'une inspiration si «naturiste», 
d'une ferveur « terrienne » si fidèle I 

Ils sont bien, avant toute chose, comme le chant de la lumière, 
le chant du jour bienheureux qui répand la vie sur le monde, le 
chant des couleurs infinies par quoi ies objets prennent une âme, 
deviennent des idées ou des dieux. On peut dire qu'il n'y a 
presque pas un seul de ces poèmes qui ne soit, à sa manière, un 
hymne de reconnaissance au grand dispensateur des grâces uni- 
verselles qu'est notre père le soleil. Mais rien de déclamatoire, 
ou d'un romantisme facile, débordant et désordonné, comme celui 
de certains contemporains : la retenue poétique (qui n'exclut pas, 
d'ailleurs, elle non plus, l'intensité de l'émotion) est chez Joseph- 
S. Pons une des formes de la pudeur. Et nous aimons qu'il en 
soit ainsi... Mieux que des hymnes, ces poèmes seraient donc 
comme des prières ; et si, dans la dernière partie du livre, le 
poète se défend de passer, avec tant d'autres, le seuil accueillant 
de la foi, il n'en reste pas moins que ces sortes d'invocations 
païennes s'imprègnent d'une « religiosité » dont le développement 
nous promet, pour les oeuvres à venir, des constatations intéressantes. 

Me parles, oh terra, un llenguatge sagrat, 

com si fora ta Hum la mes blava, 
muntanya arrelada en el cor exilât, 

en mes venes hi corre ta sava... 

En Hoc no s'hi veu el color de ton plà, 

el color de ta mar soleiosa, 
mes pura muntanya à ponent s'allargar, 

amb son aigua en vessants remorosa... 



— yq — 



L'ivern. corn el sol, en la gran sercnor, 

fa lluir serra amunt les geleres ! 
Que es guapa ta plana, quan l'or de tardor 

va enjoyant del cami les moreres ! 

] quan espelleixen els blancs ametllers 

acatats en renglera armoniosa ! 
Afymoses i vinyes, masies, vergers, 

amb el fons de l'Albera blavosa... 

(Imne de T{ossellô.) 

J'imagine volontiers que certains aveugles, dont les yeux con- 
nurent jadis la joie suprême de contempler la nature, trouvent le 
même accent de nostalgie et d'admiration résignée à parler des 
radieuses montagnes ou des floraisons printanières. Ils savent bien, 
ces pauvres aveugles, que leurs regards ne peuvent plus, hélas 1 
les atteindre et que pour eux, dans la nature visuelle, tout n'est 
qu'un rêve désormais. Et c'est pourquoi sans doute leur voix 
chantonne et psalmodie quand ils en parlent : la prière des aveu- 
gles nous rend plus cher encore le bonheur de voir et plus chères 
aussi les choses que nous voyons. « Ah ! si je pouvais au moins, 
soupire Adalaisa dans 1' « Escolium » de Joan Maragall ÇEnlld), 
— cette Adalaisa qui est pur esprit dans l'au-delà sans forme ni 
couleur, au pays des ombres errantes, selon la fiction du poète — 
ah ! si je pouvais au moins voir le soleil et les montagnes, les 
choses qui resplendissent sous le ciel bleu ! (j) » « 11 n'est rien 
comme de voir le soleil ! (2) » ajoute-t-elle encore, et tout notre être 
l'approuve et la suit en ce vaste et immortel désir de la vue cor- 
porelle ! « Ils sont si beaux, les yeux au front, lorsque le regard 
y brille ; il est si bon pour l'âme, amoureuse de clartés de toute 
sorte, de voir le monde et le mouvement de tout ce qui vit ! (3) » 

(1) Veges al menys el sol i les montanyes, 
les coses resplendint sota '1 cel blau... 

(2) No hi ha res com veure '1 sol !... 

(3) Son tan bells els ulls al front 
quan hi brilla la mirada, 

fa tan bo de veure '1 mon 

per l'anima enamorada 

de clarors de tota mena 

y el moures de tôt quant viu... 



chantait encore Maragall dans son a Oraciô à Santa Llucia », 
protectrice des regards humains (Les Disperses). 

Pour un poète comme Joseph-S. Pons, le plus grand malheur 
ici-bas serait assurément de perdre l'usage de la vue, à laquelle 
jl doit tant de hautes satisfactions et des inspirations si pures ; 
grâce à Dieu, sa vision artistique est toujours claire et pénétrante. 
-Mais je suis sûr de ne lui être point désagréable en disant qu'on 
aime à goûter chez lui la douceur du regret qui pleure dans la 
voix des aveugles. Tous ces paysages, tous ces rayons sur la vie, 
dont ses vers sont pleins, ont quelque chose de lointain comme 
un paradis perdu... Ah î le lointain î que de poésie ne lui devons- 
nous pas I L'éloignement dans le temps aussi bien que dans l'es- 
pace 1 Sortilège du souvenir, celui du cœur comme celui de la 
vision ! Et l'éloignement, même dans la vision présente, n'est-il 
pas, lui aussi, pareil à un souvenir? 11 en a les formes veloutées 
et moelleuses dont s'enchante une. âme privilégiée... Les poésies 
de Joseph-S. Pons sont, comme les souvenirs ou les rêves (1), enve- 
loppées d'une vapeur subtile qui, rendant la lumière moins crue 
et moins vive, sans lui enlever aucune de ses valeurs, fait naître 
les fécondes perspectives et baigne surtout d'on ne sait quel 
mystère les plus simples réalités. Presque tout le poème « Serres 
de Canigô » mériterait d'être cité à cet égard : 

Serres de Canigô, altures tant hermoses, 
dolç estatge de pau, 
damunt de les pinoses, 
en un reaime blau. 

Torres d'evori clar, oh serres de puresa, 

blanques divinitats, 
retallant en el cel ivernenc llur nuesa, 
protectores d'estanys i pobles descuydats... 

Guardeu el marbre roig de primitives venes 

d'ont l'esculptor treurâ 
la tumba d'una jova que planyen les sirènes 
o filles à la font amb el poal a la ma... 

(j ) 11 dit dans sa poésie « l'Abril blanc » : 

1 tôt guardant els ulls obertS, 

vaig somniant... etc.. 

Somni lleuger ! Vaig somniant... 



— 81 — 

) pasturen l'herbàm, vora l'abajonera 

en aquells plans d'amunt, 
Plâ-Guilhem i Cadi. Balatj i Prat-Cabrera, 
les tranquiles vacades vingudes qui sab dont. 

] quan punteja l'alba à ran de la caréna, 

i de la solitut. 
desquelles d'escamots la comalada es plena, 
i la cascada canta la pastoral quietut. 

] la pentecostera de rosa flor pulposa 

abriga dolçament 
les abelles dels cims ; i la neu lluminosa 
guarda fines petjades de perdius de l'ivern... 

De perdius de l'ivern i de cabres selvatges, 

alçant el front banyut, 
al pas de la portella ont tenen pasturatges 
i fonts de trenes d'or, lluny de la servitut !... 

C'est en partie pour cette raison, je suppose, que le regretté 
poète catalan Joan Maragall (à 'l'endroit duquel l'auteur de Ttyses 
y Xiprers et d'E/ bon PeJriç professe une si touchante admiration, 
après avoir débuté lui-même à l'école du grand Jacinto Verdaguer) 
trouvait dans les vers de Joseph-S. Pons « l'accent de l'ineffable »(i). 
Mais n'est-ce pas là justement la véritable poésie ? N'est-ce pas 
à cet accent de l'ineffable qu'on reconnaît les vrais poètes ? Or 
l'ineffable, l'intimité seule nous le fait découvrir autour de nous 
comme en nous-mêmes. Et il conviendrait d'abord de définir ce 
qu'on doit entendre par « intimité ». Il y a l'intimité un peu vul- 
gaire et superficielle qui se contente d'un rapprochement momen- 
tané, en s'abaissant aux êtres et aux choses. Mais il y a l'intimité 
profonde et de chaque instant: celle-ci est une totale pénétration, 
et l'on en revient toujours, quand on est un artiste, comme de ce 
puits, évoqué par le poète dans sa première préface, qui garde en 
ses entrailles mystérieuses les eaux les plus pures de la terre. 

11 n'échappe pas à l'auteur d'Etbon Pedriç que la chanson po- 
pulaire porte en soi cet « accent de l'ineffable ». Aussi la poésie 
de Joseph-S. Pons représente-t-elle une facile et heureuse adap- 
tation de l'art savant, conscient et raffiné à la nature primitive, 

(i ) Cf. 7{evut Catalane, i 5 juin 1911, « Carta d'En Joan Maragall », 



— 82 — 

instinctive et innocente : on pourrait même dire qu'il s'agit, en 
l'espèce, d'une identification presque constante de cet art avec 
cette nature, tant le don du poète est ici sûr et plein. Sa poésie 
a quelque chose de mieux encore que la « juvénilité » ou l'ingé- 
nuité : et c'est, comme dans les mélopées du peuple catalan, la 
virginité de la sensation. Elle perçoit le monde comme si elle 
ouvrait les yeux sur la vie pour la première fois, ou comme si la 
nature était pour elle encore telle qu'au premier jour de la créa- 
tion. Et ceci, à tout bien considérer, ne vient pas contredire ce 
qui a été dit plus haut de l'impression d'éloignement qu'elle 
produisait et qui suppose toujours un recul ou un passé, c'est-à- 
dire déjà une durée, un commencement du « vieillir ». Ses images 
frappent, ravissent et émeuvent par leur régulière exactitude, par 
la justesse des correspondances qu'elles éveillent. Cette poésie 
« épouse » Véritablement le réel : jamais je n'ai mieux compris ce 
terme charmant d'« épouser », dont le langage courant a peut-être 
affaibli la belle force métaphorique. L'esprit rhétorique et « li- 
vresque » est presque absent d'un art pareil, toujours vivant et 
expressif, allant en droite ligne comme un clair rayon... 11 faut 
relire les strophes délicieuses de la « Driade de l'oliu », ou bien 
encore «.v Melodia dels Morts », « Infinit del Mon », et surtout 
« A un Eixâm d'Abelles » qui est un chef-d'œuvre : 

- Oh joventut ! Les fontanelles 
als roquissers relliscaràn, 
Ueugeres... tôt murmurejant 
flota un feliç eixâm d'abelles. 

Somriu la porpra de les flors 
demét dels côrrecs de muntanya. 
El meu salut us acompanya, 
abelles del maig générés. 

He sentit vostra melodia 
des de '1 replâ del meu jardî, 
omplint tôt l'aire... 1 avui en mi 
l'eixâm dels somnis se congria. 

s En la delicia del matî 

aneu vos penjolar, brunzentes, 

oh gaspa alada i respkndenta, , 

â l'ametller d'un hort vei. 



— 83 — 

Mos somnis fan mes llarc viatge : 
ondejen à ran dcl cel rôs 
fins un terrer mes amorés. 
ont solen trobar llur hostatge. 

Alla ont l'Albera ha desplegat 
ses penyes color de viola, 
l'eixâm de mos somnis tremola, 
i flota en Taire il-luminat ! 

Les strophes catalanes de Joseph-S. Pons ont l'air de faire 
ainsi partie de la nature qu'elles célèbrent. Le cœur simple et 
familier du bon poète s'est associé si étroitement aux fêtes inti- 
mes de la vie, il s'est abreuvé avec tant de ferveur aux sources 
profondes de la terre, que l'harmonie de ses battements s'est 
réglée sur celle des choses qui l'entourent et celle du monde où le 
créateur le fixa. Le balancement du rythme obéit, à n'en pas dou- 
ter, à celui des ondoyants cyprès de la campagne roussillonnaise, 
et chaque phrase descriptive s'épanouit avec la même délicate et 
confiante spontanéité que les pêchers des vergers d'ille. Et il n'y 
a point, ici non plus, désaccord, si Ton veut bien y prendre gar- 
de, entre le naturisme panthéistique de ces transpositions immé- 
diates et la forme de rêve ou de souvenir que revêt l'inspiration 
poétique de Joseph-S. Pons. 

Dans quelle langue pouvait-il chanter le Roussillon, béni des 
dieux, aimé des muses, si ce n'est dans la langue même du pays? 
Elle est pétrie, en effet, de cette terre : elle en a les parfums, 
les couleurs ; elle garde la saveur de ses fruits. Elle s'infléchit 
aux contours des choses et suit tous les frémissements des êtres 
animés. Echo de la vie ambiante, elle en prolonge la musique 
intérieure ; émanation directe de ces paysages, elle seule est 
vraiment capable d'en dire toute la beauté ; instrument naturel 
d'expression pour le peuple de ce coin de terre, elle seule peut 
aider le poète à rendre fidèlement son âme rustique. 

Peut-être se représenterait-on assez bien, en le voulant vrai- 
ment, la parole humaine des premiers âges. Elle traduisait spon- 
tanément (et sans ces déformations ou ces confusions innombrables 
que la civilisation, la culture, les vicissitudes de tous ordres 






- 8 4 - 

ont à la longue provoquées) les phénomènes de la nature, les 
mouvements des êtres et des choses, leurs formes individuelles ou 
collectives, qui sont des mouvements accomplis ou en train de 
s'accomplir ou bien encore en puissance, et représentent sans 
doute, pour le langage, l'un des premiers degrés de l'abstraction... 
Eh bien ! nos dialectes populaires et régionaux sont restés encore 
tout près, aussi près qu'il se peut, des forces universelles, con- 
formément à leurs origines. Adam et Eve, dans le paradis terres- 
tre, devaient, a dit un jour quelqu'un, nommer tout objet, tout 
animal, par son vrai nom, par celui qui répondait le plus exacte- 
ment à sa nature. Joseph-S. Pons a préféré choisir l'idiome qui lui 
rappelait le mieux les conditions linguistiques où se trouvaient 
placés de si vénérables ancêtres, — lesquels se perdirent, ainsi 
que l'on sait, pour une pomme, ce qui prouve tout au moins 
qu'il y avait déjà, en ces temps éloignés, quelques charmants ver- 
gers comme on en voit encore à 111e. 

C'est dans ce sens donc que notre poète vient à parler, au 
cours de l'une de ses préfaces, du « miracle » de la langue cata- 
lane çt des « acquisitions revivifiantes » qui, par elle, sont obte- 
nues. Et cette langue est, sans conteste, le « clair miroir de la 
race ». La magie de l'artiste ne serait peut-être pas suffisante, en 
effet, à restituer aux gens de sa terre ce souffle et cette agitation 
qui sont la preuve matérielle de l'existence, si l'idiome ne l'avait 
aidé en cette œuvre de seconde création. Loué soit donc un tel 
idiome, par la vertu duquel, autant que par celle d'un prestigieux 
talent d'évocateur, nous voyons vivre sous nos yeux, « faisant 
cortège au poète » ainsi qu'une « masse chorale », comme il se 
plaît à le proclamer lui-même, les types les plus caractéristiques 
du Roussillon, depuis les pâtres des sommets de l'Albère ou les 
vieilles femmes au seuil des portes jusqu'aux travailleurs de la terre 
brûlés par le soleil, et ces filles harmonieuses dont la blanche et 
légère espadrille scande si joliment le rythme des vers !... Et à 
leur suite, ou plutôt autour d'eux, voici l'accompagnement des 
animaux rustiques, celui des objets intimes ou des éléments natu- 
rels, qui peuplent, soutiennent et consolent sa solitude. Mistral 
et Verdaguer ont déployé de ces fresques animées, colorées et 
parlantes, où se dressent en pleine vie, en pleine force, une pro- 
vince, un peuple entier... 



— 85 - 



*>*• 



Le recueil de vers précédent, J^oses y Xiprers, nous avait fami- 
liarisés déjà avec ces êtres et ces choses, avec ces paysages et 
cette lumière. On les retrouve encore dans El bon Pedriç, et 
c'est un plaisir renouvelé. Mais nous ne saurions justement cacher 
notre secrète prédilection pour le premier des deux recueils, mal- 
gré toutes les qualités de l'autre. Nous l'avons aimé et nous l'ai- 
mons encore pour sa belle et attendrissante sincérité, la plénitude 
aussi de son émotion. El bon Pedriç est d'une forme plus parfaite, 
d'un art déjà beaucoup plus sûr de lui ; mais, dans le domaine 
du sentiment, J^oses y Xiprers nous donnaient, semble-t-il, une note 
personnelle plus vraie et plus profonde. Du cceur, où les poè- 
mes de ce recueil avaient pris la plupart naissance, il y a eu, à ce 
qu'il peut paraître, ascension graduelle vers l'esprit : c'est celui- 
ci surtout qui préside aux jeux poétiques d'El bon Pedriç. Le 
cœur cependant y parle à ses heures, et, quand il y parle, on est 
heureux de revenir par lui aux meilleures inspirations du premier 
ouvrage. Témoin cette admirable « Ciariaina », ou encore « Aires 
de Nadal », et trois ou quatre autres poèmes. 

S'estava quietament sota l'espés fullam, 
duyent en el côs blanc mantellina aixerida... 



Parlava dels records de la casa payral, 

del masos de la terra que tant lluny hem deixada. 

D'un carrer d'ombra i sol s'alsava la visiô, 
y amb el murmuradiç d'alguna font llunyana, 
hi havia en ses paraules la sabor catalana. 

Hj havia en ses paraules l'encant de Rossellô, 
y l'humil mantellina que li dava noblesa 
guardava de la nit en son front la puresa. 



Sempre te veig, oh mort silenciosa i terrosa ! 
Avives de ma nit l'amarga voluptat, 
i passa com estel cada peto sagrat... 



— 86 — 

S'han callat els xiprers amb una pau divina ; 
la nit es infinita en el mon encantat... 

Té el seu repos august cada aibre rubillat, 

corn si portés el bés de l'immortalitat. 

Oh nit clara, oh nit clara, oh nit asserenada !... 

(Ctariaina.) 

Pourquoi ne pas l'avouer ? Nous préférons ce genre de vers aux 
méditations philosophiques assez confuses et contradictoires où le 
poète, malgré de très belles images et un ingénieux vocabulaire, 
n'arrive pas à bien dégager sa pensée, et où sa langue se montre 
parfois rebelle au point de l'abandonner quelque peu çà et là. 
C'est plutôt le genre élégiaque, à la manière de la seconde partie 
de l'ouvrage (elle porte le nom d'une femme aimée, « Elena »), 
ou le genre bucolique et familier à la façon de la première, ou, 
pour mieux dire, c'est l'intime pénétration de ces deux éléments 
qui caractérise le mieux le talent poétique de Joseph-S. Pons et 
détermine le plus favorablement son originalité. 

J'ai idée que le prochain recueil, annoncé déjà sous son joli 
titre VEsîel de VEscamot, restituera au cœur tous ses droits, après 
les épreuves douloureuses du temps de captivité. 11 est devenu 
banal de le dire : la souffrance engendre les grands poèmes. Et 
si l'affreuse guerre a pu avoir, malgré tant de cruautés et tant de 
désastres, tant de peines et tant de deuils, quelque heureuse 
influence sur le développement de la poésie, c'est assurément par 
cette force mystérieuse et cette tragique beauté rendues aux cho- 
ses du sentiment et de la passion. A une telle influence Joseph- 
S. Pons n'aura pas échappé, comme beaucoup d'autres ; et c'est 
pourquoi nous atlendons, confiants et impatients, cette troisième 
œuvre poétique qui nous a été promise par lui. 

Jean Amade. 

Nos morts 

Nous apprenons avec tristesse la mort de l'illustre romancière 
catalane Na Dolors Monserdâ de Maciâ, fondatrice de la Société 
d'Etudes Catalanes. 



UN FOYER DE VIE CATALANE 

L'Université de Perpignan 



Toulouse, 1 9 mars 1919. 
Monsieur le Secrétaire, 

La J^evue Catalane du i5 février dernier publie, en tète du 
numéro, un très intéressant article sous la signature de M. Jean 
Sarrète, envisageant une renaissance de l'ancienne Université de 
Perpignan, plus spécialement dans le cadre du régionalisme et 
des études locales. Je tiens à dire combien j'approuve les idées 
qui sont exprimées dans cet article et combien je regretterais 
qu'elles ne fussent point « réalisées ». A cette heure où la pensée 
et l'action se renouvellent en France, l'occasion est propice : il 
ne faut pas la laisser échapper. 

Je partage entièrement l'appréciation de l'auteur de l'article, 
lorsqu'il estime que l'institution d'un enseignement supérieur cata- 
lan serait la meilleure façon de promouvoir le culte de la langue, 
de l'histoire et de la littérature de la petite patrie. 

Je sais également que nos compatriotes feraient fausse route 
s'ils songeaient à créer un tel enseignement ailleurs qu'à Perpi- 
gnan. Créer des chaires à Montpellier ou à Toulouse serait 
exclure dans un cas comme dans l'autre les catalanisants de l'un 
des deux centres universitaires qui ont, par leur situation géogra- 
phique et par leur histoire, des droits égaux à s'intéresser à la 
terre catalane. Et de fait, ils s'y intéressent tous deux. En outre, 
des cours faits en Languedoc n'intéresseraient que quelques étu- 
diants d'origine roussillonnaise, alors que c'est le grand public 
roussiJlonnais qu'il convient d'atteindre. 

La vraie solution consiste donc évidemment en une fondation 
perpignanaise où puissent se concentrer les maîtres locaux, et 
ceux des trois centres universitaires convergents : Montpellier, 
Toulouse, Barcelone. 

On peut concevoir cette fondation soit comme création offi- 
cielle et conjointe des Universités de Montpellier et de Toulouse, 



-88-- 

(à l'instar de l'Institut de Madrid créé par Toulouse et Bordeaux), 
soit comme une Faculté libre subventionnée, par conséquent auto- 
nome, et faisant appel aux concours auxquels j'ai fait allusion. 

Quelle que soit la modalité choisie, il faudrait d'abord consti- 
tuer un Comité d'initiative comprenant des représentants de tous 
les groupements intellectuels de la province et des diverses bran- 
ches de l'activité sociale : politique, commerce, agriculture, etc., 
de façon à placer l'entreprise au-dessus de toutes les considéra- 
tions de classes ou de partis. Ce comité réunirait les concours 
nécessaires et les ressources indispensables à une « réalisation ». 

J'ai la conviction que Perpignan pourrait offrir un bel exemple 
de décentralisation universitaire et donner vie à un organisme 
dont les résultats dépasseraient peut-être l'attente la plus optimiste. 

Je serai personnellement tout acquis à l'œuvre, si l'on décide 
de l'entreprendre. 

Agréez, Monsieur le Secrétaire, l'assurance de mes sentiments 
bien dévoués. J. Calmette, 

Professeur à la Faculté des Lettres, Toulouse. 



Compte-rendu des Séances 

Séance du 10 avril 1919 

Présidence de M. Laurent Campanaud, président 

La séance est ouverte à 8 h. 1/2, sous la présidence de 
M. Laurent Campanaud, président. 

Jeux "Floraux. — Pour répondre à divers souhaits et ménager des 
convenances légitimes, il est unanimement décidé que la fête sera 
remise au printemps de 1920. 

Orthographe. — L'assemblée déclare qu'elle n'impose aucun 
système orthographique. En effet, si les Normes de l'Institut d'Es- 
iudis Catalans paraissent conformes aux exigences de la philologie 
moderne, le maintien de l'orthographe traditionnelle répond au 
contraire à des convenances d'ordre littéraire, infiniment respec- 
tables. L'oeuvre de la Renaissance littéraire du Roussillon doit 
avoir assez d'élan pour s'élever au-dessus d'un simple conflit 
d'ordre formel ». 



- 8 9 - 

Vœu. — M. Joscph-S. Pons exprime le vœu suivant, qui est 
adopté : Que les réunions de la Société d'Etudes Catalanes soient 
plus fréquentes, qu'elles aient un caractère littéraire, c'est-à-dire 
qu'il v soit rendu compte de travaux d'ordre intellectuel, et 
qu'il v soit donne lecture de compositions inédites. 

Maintenance du Tfyussitton. — Lors de la reconstitution des 
Maintenances, la région roussillonnaise a été rattachée à la Main- 
tenance de Languedoc. Or, il est évident que si cette fusion est 
explicable au point de vue géographique et au point de vue poli- 
tique, elle est arbitraire et inefficace à d'autres égards. Des 
poètes de langue catalane ne sauraient être représentés par des 
félibres de dialecte languedocien ; les directions littéraires et le 
problème linguistique ont un caractère éminemment particulier en 
Roussillon. I) est donc désirable que soit créée une Maintenance 
particulière pour le Roussillon. Ainsi, dans le corps félibréen, la lan- 
gue catalane serait honorée à l'égal des autres dialectes romans du 
Midi. D'autre part, s'il paraissait que le Roussillon fut trop res- 
treint pour constituer à lui seul une c Maintenance », nous for- 
mons le vœu que le Consistoire du Félibrige ne néglige pas 
certaines raisons de « qualité ». On ne saurait nier, en effet, 
que la Maintenance Catalane du Roussillon serait le lien naturel 
entre la Catalogne latine et le Midi latin. Et ce fut l'une des 
premières préocupations des fondateurs du félibrige que de nouer 
cette fraternité. 

'Félicitations à Apeles Mesires. — L'assemblée vote l'adresse 
suivante : El socis de la Societat d'Estudis Catalans de Perpinyâ, 
reunits en assemblada el dijous 10 d'abril 1919, envien les mes 
corals felicitacions al noble poeta Apeles Mestres per sa poesia 
« Y no heu passât », amb la quai ha vingut â honrar les planes de la 
J^evue Catalane. Aquesta poesia, ont ressona magnificament l'ener- 
gia de la iiengua catalana, es l'admirable expressiô del patriotisme 
francés, i ens plau â tots els catalans de França qu'un iHustre 
poeta de la veina Catalunya se n'haji fet el portaveu. 

L'Université de Perpignan. — M. Charles Grando donne lecture 
d'une intéressante lettre, que nous publions d'autre part, de 
M. le professeur J. Calmette, de la Faculté des Lettres de Tou- 
louse ; l'assemblée en approuve unanimement les termes et félicite 
l'éminent professeur. 

— Lecture est également donnée d'une communication de la 
Ligue d'Action Régionaliste qui a organisé pour les 20 et 2 1 avril 
un grand congrès 3 Lyon. 

La séance est levée à 10 h. 1 2. 

Le Président, L. Campanaud. 



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DOCUMENTS HISTORIQUES 

sur la Ville de Perpignan 

4^3^» . { ST41TE) 

La maison de Sanche, avant d'être achetée par les actionnaires 
de l'Union, avait appartenu à une dame Thérèse Baresqut, qui 
affermait une partie de l'immeuble, suivant le bail daté du 25 fri- 
maire, 5' année de la République. « Nous sous signés avons con- 
venu ce qu'il suit : sçavoir : je Etienne Bartes, fondé de procura- 
tion de la Citoyenne Thérèze Baresqut, ballons en afferme une partie 
de maison size à la rue qui confronte avec le département consistant : 
en un res de chaussée — les caves — écuries et magazins et dépan- 
dans, les apa'rtemens et greniers de dite maisson ma propriété 
respective pour l'espace de quatre années révolues pour le pris 
et somme de trois cents francs en numéraire metalique, etc. (i) » 

Les actionnaires et la Loge 

Quelques années plus tard, vers l'an 12, l'immeuble passait 
entre les mains des « actionnaires de la maison de la main 
de fer ». 

Dès le début de cette acquisition, ceux-ci affermèrent aux mem- 
bres de la Loge « l'Union » ce local à raison de six cents francs 
par an, suivant reçu fait par M. Laplante, caissier des action- 
naires, le 1" messidor, an 2. 

Voici une pièce authentique qui précise l'époque de l'achat de 
l'immeuble et de l'installation dans ce local des membres de la 
Loge. 

« Entre les soussignés Paul Régi, Jacques Serra, François 
Auberge, Louis Lavigne et François Gagnon, d'une part, et Lau- 
rens Astruc, Sauveur Jaume, André Grosset, Joseph Picas, 
Antoine Saisset, Palégri aîné et Joseph Laplante — chargés de 
l'administration de la Société établie suivant notre mandat du 

(1) Copie de l'acte authentique. 



— 91 — 

onze messidor dernier pour la propriété de la maison 
appelée Main de fer, d'autre part, il a été convenu ce qui 
suit : 

Primo, ces derniers pour et au nom de la Société qu'ils repré- 
sentent, baillent à titre de loyer et pour l'espace de dix ans qui 
commenceront le premier nivôse prochain pour finir à pareille 
époque de l'an vingt-deux, aux sus nommés la dite maison qu'ils 
possèdent en cette ville à la rue qui conduit de la halle 
au bled à l'église Saint-Jean, confrontant avec MM. Saint- 
Hilaire, Serra, et autres aux conditions suivantes. 

2* Les locataires jouiront de la dite maison en bons ménagers 
et pères de famille, et la tiendront en bon état de réparations 
purement locatives, portes et fenêtres bien fermantes, et devront 
la rendre dans l'état qu'elle leur sera remise, et pour pouvoir le 
constater en tout tems, et que la dite obligation soit remplie, il 
sera dressé un état détaillé des lieux, effets, portes ferrementes 
et vitrages. 

3" Les bailleurs étant tenus à faire les grosses réparations, les 
preneurs ne s'opposeront pas à ce qu'on les fasse, si pendant le 
cours du bail les actionnaires jugent à propos d'en faire, sans 
cependant rien changer à la disposition actuelle des appartemens. 

4* Les Preneurs et les Bailleurs se devront une indemnité 
mutuelle de la somme de six cents francs, en cas d'inexécution du 
présent bail... etc. 

Fait double à Perpignan, le trente frimaire, an douze. 

A cette époque, « les membres composant la Société sous le 
titre de l'Union fermière de la maison dite de la main de fer » n'oc- 
cupaient qu'une partie de l'immeuble, et avaient loué le rez-de- 
chaussée, ainsi qu'il résulte du bail fait le 3o pluviôse, an 12, à 
Perpignan : « Entre les soussignés, Antoine Saisset,' fils aîné, 
demeurant à Perpignan, commissaire nommé à l'effet du présent 
par les membres composant la Société, en force des délibérations 
de la dite Société du 9 vend, et 29 pluviôse, an 12, d'une part. 

Et M. Antoine Cantaloup, négociant, domicilié en la dite ville, 
d'autre part, a été convenu ce qui suit : 

1 Le dit Antoine Saisset, en sa dite qualité, baille à titre de 
loyer au dit Cantaloup pour .l'espace de quatre années qui ont 



- 9* — 
commencé le i" nivôse dernier, un magasin de la dite maison ayant 
issue à la vue et à la confrontation de M. Saint-Jîylaire. 

1° Le dit Cantaloup s'interdit la faculté d'entreposer dans le 
dit magasin des laines en suin. 

3° Pour le prix du loyer, le dit Cantaloup s'oblige de compter 
chaque année à la dite Société ou à son chargé de pouvoirs la 
somme de soixante-douze francs... etc. 

Fait double à Perpignan, le 3o pluviôse an 12 (1). 

Cette Loge, régulièrement constituée sous le titre distinctif de 
YUnion à l'Orient de Perpignan (2), par la G. L. de France, l'an 
5758 (3), renouvelée par la dite Loge, en 5772 (4), et reconsti- 
tuée par le Grand Orient de France, le 2 5 juin du 3' mois 58oi (5), 
s'appela d'abord Loge de l'Union (6) et voici une de ses pre- 
mières délibérations : 

« En 1802, exactement le 5 thermidor, an 10, ère vulgaire, la 
Loge de Saint-Jean, sous le titre distinctif de Frères Réunis 2 
l'Orient de Perpignan, vint « se joindre aux autres atteliers déjà 
en vigueur, pour concourir et contribuer par la propagation des 
principes de leur ordre au bien général de la Société qui est le 
principal but de l'Institution maçonnique. » En conformité de la 
Délibération prise dans la séance « du ij' jour du courant », la 
Loge des Frères Réunis régulièrement convoquée et fraternellement 
réunie, s'unit à la R. L. de Saint-Jean, qui avait le titre distinctif 
de YTAnion et de la Vraie T\ègle, l^oges Sœurs (7) : Là, on discuta 

(t) Timbré à o fr. 2 5. Rép. franc. Adm. des Dom., de l'Enreg. et du 
Timbre. Rép. franc. 

(2) La charte constitutionnelle de la Loge est de 1752. 

(3) , 7 58. 

(4) '77 2 - 

(5) L'immeuble a dû être acheté par les actionnaires vers l'an 1 2, car à ce 
moment, exactement le 9 ventôse, an 12, il existe un contrat de résiliation 
de bail d'un immeuble loué à un sieur F. Jalabert, consistant en une maison 
et jardin, confrontant avec l'arsenal. 

(6) P. Tastu. Le tableau des membres composant la Loge de Saint-Jean 
sous le titre distinctif de l'Union a été imprimé par P. Tastu, à Perpignan. 

(7) 11 y avait, en 1801 , deux Loges à Perpignan : la Loge de Saint-Jean, 
sous ce titre distinctif des Jlmis de la Parfaite Union (lettres adressées au 
citoyen J. P., homme de loi à Perpignan) et la Loge des Arts de la J{égula- 
rité (lettres adressées à M. G., directeur de la "Poste aux Lettres). 



_ 9 3 - 

« l'harmonie qui doit régner entre toutes les Loges et les liens 
de fraternité qui doivent unir tous les membres d'un ordre aussi 
auguste (i ). » 

Il est certain qu'à cette époque, les membres faisaient preuve 
d'une vraie justice : l'harmonie, l'union, la douce fraternité prési- 
daient à toutes les réunions de nos aïeux. C'était un fait notoire 
que les membres qui étaient à la tète de cette Société étaient 
des personnes au-dessus de toute considération, et universellement 
estimées, ainsi que la lettre suivante en fait foi : « Composée 
uniquement de propriétaires, d'hommes de loi et de militaires, 
officiers supérieurs, la Loge de l'Union occupe depuis iS ans un 
superbe local qui lui appartient ; la plus parfaite harmonie et la 
plus grande sagesse, fruit d'une éducation distinguée, ont toujours 
présidé à ses travaux, n'admettant à les partager que des person- 
nes qui présentent toutes les garanties qu'il convient d'exiger pour 
l'honneur et le bien de l'ordre... (2) » 

En 1804, les deux Loges qui paraissaient un instant s'être désu- 
nies, se solidarisèrent à nouveau. Voici la pièce relative à cette 
fusion : « La Loge de Saint-Jean sous le titre distinct de la 
Sociabilité à la L. de YUnion : « Notre attélier qui a été très sen- 
sible à l'insigne faveur qu'il a reçue du vôtre, désirant y corres- 
pondre d'une manière satisfaisante, jaloux de conserver et cimen- 
ter cette fraternité qui est notre mutuel partage, et désirant vous 
en donner des preuves non équivoques pour le jour signalé de 
votre auguste cérémonie, s'est fait un devoir, dans la séance du iS 
du présent, de nommer pour être représenté à ce jour mémorable 
les frères Delpas Saint-MARSAL, orateur, Çagarrjqa, trésorier et 
Coste, secrétaire-adjoint. Flattés de trouver des occasions pour 
pouvoir vous donner des preuves certaines de notre amitié, nous 
n'avons pas moins la faveur d'être avec les sentiments de la plus 
tendre et sincère amitié, etc. (3) ». 

En effet, quelques jours plus tard, une députation composée de 
cinq membres était chargée « de présenter le tableau des membres 

(1) Cette délibération fut arrêtée dans un lieu très éclairé, très régulier 
et très fort, où régnent l'union, la paix et l'harmonie, les jours, mois et an 
avant dits. 

(1) Lettre du 29' jour du 10' mois de 1 8 1 q. 

(3) Lettre avec le timbre et le sceau admirablement conservé, (F. Llaro.j 



— 94 — 
composant la R. L. à la R. L. Saint-Jean de l'Union, comme un 
gage assuré de la confraternité qu'elle désire entretenir avec le 
R. AN. (i) ». 

Solennités historiques célébrées à Perpignan (1804-1850) 

Les membres de YUnion célébraient également les fêtes patrio- 
tiques et affichaient hautement leurs opinions ; on retrouve dans 
les archives des documents dans lesquels ils commémorent le jour 
fameux où Bonaparte, revenu d'Egypte, renversa le Directoire. 
C'était au moment où Napoléon était à l'apogée de la gloire, où 
la France encore toute puissante paraissait enivrée par ses victoi- 
res et conquêtes, et dominait l'Europe entière. 

Dans une réunion générale et extraordinaire, « les atteliers à 
l'unanimité et avec la plus grande satisfaction » votent la célébra- 
tion de la fête. Voici l'extrait de cette mémorable séance qui eut 
lieu à Perpignan, le 27 e jour du V' mois i8o5 (5 brumaire, an 14) : 

« 11 a été arrêté que l'anniversaire de la mémorable journée 
du 18 brumaire, qui a fixé la Paix dans l'intérieur de la France, 
serait célébré en Assemblée Générale et extraordinaire, à laquelle 
succéderait un banquet fraternel, durant lequel l'attelier ferait 
retentir la voûte sacrée du Temple de toasts pareils à ceux qui 
furent tirés à l'époque de la fête célébrée en commémoration du 
jour de la naissance heureuse pour la France de_ son Auguste 
Souverain, Empereur et Roi, dans sa séance du 28 thermidor 
dernier, 16' jour... etc. (2) 

Les membres de l'Union s'empressèrent de répondre à ces pro- 
jets de manifestation publique. 

Voici l'extrait de la délibération du 17 brumaire, an 14. 

« La Loge des Amis de la Vraie T{ègle, charmée de pouvoir par- 
ticiper à la solennité d'une fête que doivent célébrer tous les 
Français et pour répondre à la faveur signalée qu'elle a reçue de 
la R. de l'Union, a nommé pour représenter les T. C. F. qui 

(1) Pièce avec sceau; en tête, un éusson : Notre force est dans notre 
union. 

(2) Pièce timbrée et portant le sceau. En post-scriptum : « On aura la 
faveur de vous faire passer une planche indicatrice de l'heure et de la quo- 
tité du banquet. 



- q 5 - 

sont chargés de témoigner aux VV. FF. qu'ils visitent la sensi- 
bilité dont la Loge est pénétrée, l'amitié qui l'unit aux F. de 
l'Union, et l'attachement qu'elle a voué depuis longtemps au 
grand héros qui a' rendu a la France la splendeur et la gloire que 
lui avaient enlevées dix années de Barbarie ». 

En j8io, le 24 juin, une délibération semblable avait eu lieu : 
on devait fêter la Saint Jean qui était la fête de l'ordre. « Con- 
sidérant, dit le registre (j), qu'à cette fête se joint encore le 
désir de fêter la naissance du roi de Rome..., que ce jour-là était 
une des grandes fêtes de l'ordre et une des grandes fêtes de 
l'empire..., par ces motifs, la Loge déclare l'affirmative de la 
question. » 

Non seulement les membres fêtaient solennellement les faits les 
plus mémorables du commencement d'un siècle où la France 
paraissait devoir dominer le monde, mais ils recevaient avec 
pompe des personnages de marque. Certains collègues firent 
cependant des difficultés pour ce genre de solennités. 

Le 19 mai 1812, la Loge s'assemblait sous la présidence du 
vénérable Costa, et l'un des membres demanda à la R. L. « de 
prêter son local pour demain et après-demain à raison des fêtes 
qu'on se propose de donner à M., le premier président de la Cour 
Impériale séant à Montpellier ». 

a La proposition est mise aux voix et, les voix recueillies, il en 
est résulté ia délibération suivante : « Considérant que la Loge 
ayant déjà plusieurs fois prêté son local pour des fêtes, les indi- 
vidus qui désirent fêter le premier président seraient surpris d'un 
refus, 

« Que néanmoins il est inconvenant de prêter ainsi le local 
pour des fêtes profanes, 

« La Loge arrête que la fête qu'on se propose de donner à 
M. .le Baron Duveyrier pourra l'être dans le local, le temple 
excepté, mais qu'à l'avenir toute demande de pareille nature sera 
écartée par l'ordre du jour... » 

La Loge de l'Union ne resta point étrangère aux divers évé- 
nements politiques. Après avoir célébré la naissance du roi de 
Rome et le retour d'Egypte de Napoléon renversant le Direc- 

( 1 ) Registre des délibérations du a: mai 1809 au 10 juillet 1 8 1 3. 



- 9 6- 

toire, le 18 brumaire, an vni, la Loge saluait, en i83o, le nouveau 
roi Citoyen. 

« Nous avons vu, nous avons appris avec la plus vive satisfac- 
tion, mais sans étonnement, l'enthousiasme qu'avaient fait naître 
ces glorieuses et mémorables journées de j83o... et l'avènement 
du 7^0/ Citoyen Louis-Philippe 1"... » 

A ce moment, les concours littéraires étaient en faveur : 
l'Union eut à coeur de faire ' connaître que le but de ces études 
littéraires était fort louable : « Notre Société laisse en paix les 
opinions et les consciences ; nous ne nous mêlons ni de contro- 
verses religieuses, ni de discussions politiques. Nous n'avons 
qu'une loi, obéir aux lois; qu'une pensée, faire le bien ; qu'une 
bannière, celle de l'humanité (1). » 

Les sujets de ces concours étaient fort intéressants : je puis, à 
titre de curiosité, en citer quelques-uns : « Néron et les mystères 
de Cérès Eleusine : Lorsque Néron vint en Grèce, il n'osa pas 
se présenter aux mystères de Cérès Eleusine, dont la voix du 
héraut écartait les impies et les scélérats (2). Dans un autre con- 
cours (1824) on donna comme sujet : « Néron repoussé des mystères 
d'Eleusis ». En 1817, le sujet était Vlmitation de Voltaire, « l'apôtre 
infatigable de la tolérance et de l'humanité, qui en 1778, chargé 
de gloire et d'années, vint à Paris triompher et mourir ». 

Ces concours littéraires, en dehors de l'instruction, avaient Un 
double but : « faire progresser les études et, au point de vue 
moral, abattre le despotisme intransigeant qui régnait sur la 
France ». 

De plus, ces travaux ouvraient « une vaste carrière aux consi- 
dérations morales, économiques, législatives, aux recherches his- 
toriques, aux développements oratoires (3) ». 

11 est hors de doute que tous les membres de l'Union étaient 
très secourables, ainsi qu'il résulte des innombrables lettres que 
j'ai parcourues dans cet intéressant dossier. Aumônes, souscrip- 
tions abondent suivant leur principe invariable qu'ils mettaient en 

(1) Cette lettre, relative aux travaux littéraires, était adressée à M. A. 
Coll. Hôtel de l'Union (10 juillet i8î3). C'est la première fois que les lettres 
adressées à la Loge mentionnent « Hôtel de l'Union. » 

(2) Créyier, Tiist. des Emp., livre 10, § 3. Concours du 10 juillet i8î3. 

(3) Sujet proposé au concours de 1817 : Prose : Discours sur le Travail. 



— 97 — 
pratique : « Secourir l'infortune, consoler le malheur, tarir toutes 
les larmes», tel est le but que tous les membres cherchaient à 
atteindre ». Secours demandes pour des veuves, « sans état, sans 
fortune, accablées d'une nombreuse famille ». Secours pour un 
officier « patriote distingué, sans ressource ». Appel fait, en 1840, 
à la suite des inondations qui ravagèrent la France et laissèrent 
« des familles laborieuses, sans abri, sans vêtements, sans pain, à 
l'entrée de l'hiver... » 

A partir de 1840, il y a peu d'événements à signaler : c'est 
l'époque de transformation, la période de transition. On adresse 
les lettres au Président de la Loge de l'Union (1), lettres 
d'affaires, sans intérêt. 

Le 14 juin 1840, M. Saisset père, avocat, recevait une lettre 
relative au départ du préfet, M. Pascal, nommé à la préfecture de 
l'Ariège, qui quittait le pays, « plein de la plus vive reconnais- 
sance pour toutes les preuves d'amitié dont Perpignan l'avait 
comblé, et bien touché du bienveillant accueil qu'il avait reçu dans 
nos murs que je quitte, écrivait-il, croyez-le bien, avec un cceur 
vraiment roussillonnais ». 

Le 10 janvier 184], le préfet et M"" Hénaut prient Messieurs 
les membres de la Société de l'Union de leur faire l'honneur 
de venir passer chez eux les soirées du mercredi 1 3 janvier et des 
mercredis suivans (2). 

Depuis cette époque, les lettres qui étaient adressées depuis 
10 ans a M. Coll, cadet, peseur, sont envoyées, depuis le 
3ojuin 1841, à M. Eugène Durand (3), négociant, place Laborie. 

Deux faire-part (4) du 10 février 1 85 1 et du 2 mai, mention- 
nent pour la première fois le nouveau titre l'Hôtel de l'Union : 

« 10 février 1 85 1 . Les membres de l'Union prient M. et 
M Blay de leur faire l'honneur de venir au bal qui aura lieu le 
samedi 11 février. Hôtel de l'Union, rue de la main de fer. 

« 1 mai 1 85 1 . Les membres de l'Union prient MM. de leur 
faire l'honneur de venir assister au tirage de la Loterie des Dames 

( 1 ) Lettres du 5 mars 1 834, Méric à M. Saisset. Lettres à M. M. Saisset 
père, avocat, président de la Loge. 

l Invitations adressées à Messieurs les Membres de la Société Je {"Union. 

(3) Le frère du riche banquier Justin Durand, ancien député des Pyr.-Or. 

(4) Imprimerie de J.-B. Alzine. 



- 98 - 
de Charité, qui aura lieu le mardi 6 mai, à huit heures du soir, 
Hôtel de l'Union. 

Les Dames Patronnesses de l'œuvre recevront avec reconnais- 
sance les lots qu'on voudra bien leur offrir. 

Les lots seront exposés dans le salon du dit Hôtel, à partir de 
dimanche 4 mai, de dix heures à 6 heures de l'après-midi. 

Madame de Lamer et Edmond Jaubert de Passa recevront, au 
nom de l'œuvre, les objets qui seront offerts. 



La Loge a disparu, ne laissant que de lointains souvenirs. Le 
Cercle resplendissant qui remplaçait l'ancienne Loge en sommeil 
ouvrait larges toutes ses portes à tous les bals, à toutes les céré- 
monies du monde. Les pauvres de Perpignan ne furent pas 
oubliés dans ces solennités mondaines. 

Il continua à prospérer jusqu'à ce jour. 

Pendant plus d'un demi-siècje, le Cercle fut florissant : réu- 
nions intimes où régnait, comme autrefois, la vraie solidarité 
oarmi tous les membres. Mais les faits récents ne nous intéres- 
sent plus ; ceux qui sont plus éloignés ne nous laissent que d'agréa- 
bles souvenirs. 

Tous les Roussillonnais se rappelent, comme si on venait de les 
narrer ou de les écrire, tous les bals superbes, toutes les fêtes de 
charité si brillantes, et les soirées de gala qui eurent lieu pendant 
plus de quarante ans, au milieu d'un luxe éblouissant, dans ce 
salon princier, où tout Perpignan mondain avait accouru. 

En regardant cette maison moyenâgeuse, et en la considérant 
dans son architecture intacte, telle qu'elle fut intégralement con- 
çue en i5oy, nous y trouvons une sorte d'attrait philosophique, 
une satisfaction de curiosité psychologique, parce que ce qui 
nous frappe et nous séduit dans cette œuvre d'art, après plus de 
quatre siècles, ce que nous admirons dans cette expression artis- 
tique de la vie morale et physique, c'est non pas cette vie elle- 
même, mais la grâce et l'originalité avec laquelle l'architecte a 
rendu l'impression qu'elle a dû faire sur lui et la manière dont 
il en a compris toutes les manifestations, en lui donnant ainsi 
l'occasion d,e faire voir ses facultés purement esthétiques. 

Bien que le plaisir des yeux ne soit pour l'architecture, selon 



- 99 — 
l'expression même de Véron (i), « qu'un but secondaire dans 
la plupart des cas », l'architecte de Xanxo n'en a pas moins fait 
oeuvre d'art parce qu'il s'est docilement conformé aux conditions 
qui ont résulte du milieu, du climat, de la nature des matériaux 
et de la destination de l'édifice. 

On peut dire, pour la maison de Xanxo, que la demeure du 
riche mcrcaJier a été appropriée à sa destination, ce qui lui donne, 
au point de vue architectural, du caractère : ce qui ajoute à la 
beauté et à la grâce du monument. 

Aujourd'hui la guerre sinistre a éloigné plusieurs membres. D'au- 
tres cercles plus nouveaux ont détrôné celui-ci : noblesse oblige. 

Reste l'ossature : tout ce qu'il y avait de vivant, d'intelligent 
n'est plus. 

Mais le joyau demeure tel qu'il est, malgré sa façade mala- 
droitement mutilée. Nous devons espérer, — et tous les action- 
naires avec moi formuleront ce vceu, — que l'heureux acquéreur 
de cet immeuble saura conserver à ce bijou toute sa parure que 
plus de quatre siècles ont pieusement respectée, comme si une loi 
prescrivait que le beau est intangible, inviolable, parce qu'il 
charme nos regards toute la vie, et que l'on s'incline toujours 
devant la beauté architecturale qu'on admire sans cesse avec une 
sincère émotion. 

Henry Aragon. 

Ce 27 février 1919. 

()) E. Véron, L'Esthétique, 1878, chap. n, p. 219. 

Quelques noms de plantes # synonymes 

Catalans-Français çr Français-Catalans 

**è%3* (SUITE) 



dactyle. — cucurulla (de la Mare de Deu), capadella. 
daphné'gafOU. — tindarell, tintorell, mata-poils, astruc, tell, tey. 
dattier. — voir palmier. 



lOO 



datura. — pudent, herba de les talpes, herba taupera. 

dauphinelle. — espuela. 

dentelaire. — herba cremadora. 

digitale. — didalera. 

dompte venitl- — herba del bri, herba de) cor. 

doradille. — dauradilla, doradella, falguera de roca. 

dOUCe amère. — voir morelle. 

E 

échalotte. — escalunya, ceba escalunya. 

églantier. — gavarrera, garravera, gavarra, despulla-belitres, 

roser de marge, tapa-cul. 
ellébore. — baladre, ballestera, cebadilla, herba vomitoria. 
» fétide. — marxivols, roser de Nadal, peu de llop. 
» blanc — veratre. 

endive. — escarola. 
épeautre. — espeltra. 

épervière. — herba del cancer, orella de rata. 
épiaire. — herba de la feridura, té bort. 
épilobe. — herba de Sant Antoni. 
épinard. — espinac. 
épine*vinette. — berberis, coralets. 
érable. — acs, euro, auru, blada, blasera, azerà, acer. 
euphorbe. — lletresa, lletatresa, croca, caga-moixa, carmuixa, 

mal d'ulls, tarrec. 



fenouil. ■*•*■ fenoll, fonoll. 

fenugrec. — trigonella, banya de cabre. 

férule. — canya-ferla. 

fétuque. — gispet, xispet. 

» élevé. — fenas. 
fève. — fava, favo. 
ficaire. — voir chélidoine. 
ficoïde glaciale. — herba de cristall. 
figuier. — figuera. 

» de Barbarie. — figuera de mahô, de moro, d'india. 

folle avoine. — cogula, cugula. 






— 101 — 

fougère — falguera. 

fragOfl. — voir houx (petit). 

fraisier. — maduixera, fraga, fraula, araques. 

framboisier. — corsera, gerdera, jordô, morera de Sant Joan, 

gers, gcrr, gerd. 
frêne. — freixe, fraxina. 
fumeterre. — fumosterra, fumaria, galleret, colomina, herba del 

colom. 



gaillet — apegalôs, gafetets, sannua longa. 

galactite. — cardet bort. 

garance. — roja, grana, gransa, grans. 

garOU. — voir daphné. 

gattilier. — aloc, barde, herba de les xinxes. 

gailde. — gauda, herba de la gauda, galda, gualda. 

genêt- — ginesta, escoba. 

» lentisque. — llitja. 

> velu. — ginestella, balec, balac. 
genévrier. — ginebre, sabina, sivina. 
gentiane. — gensana, llensana. 

géranium. — gerani, agulles, bec de grua, retorcits, forquetes. 
germandrée. — alzineta, camadrea, camedri, herba daufinera, 

herba de Sant Domenec. 
geSSC — guixa. 
giroflée. — violer. 
glaieul- — bruyol, canissos, espases. 

> des moissons. — Hiri de blat, contell vermeil, 
gland — aglan, bellota, ballaruga. 

globulaire. — fuxarda, fusellada, regollada, ascallades. 

glouterOD. — voir bardane. 

gOUet- — candela, sarriasa, gujol, grujol. 

grateron. — voir gaillet. 

grémil- — granadura, mill del sol. 

grenadier. — manglaner, mangraner, magraner. 

groseiller. — groseller, agrason, riber, ribes. 

gueule de loup. — voir muflier. 

guimauve. — malvi, frcgadé. (^ suivre) 






La seigneurie # la paroisse de Serralongue 

•Zfy:^ {SUITE er TTN) 

A quarante pas environ, au-dessus du cimetière et de l'église, 
se trouve une position remarquable qui domine tout le village. 
Evidemment c'est sur ce puig que se dressait la tour rasée en 1270. 
On ne sait en effet pour quel motif le seigneur de Serralonga 
avait fait raser une tour construite par ses ancêtres dans leur 
seigneurie et dont le suzerin exigeait plus tard la reconstruction (1 ). 

On a construit sur ce puig un édifice carré possédant quatre 
ouvertures, cet édifice porte le nom de conjurador. Le curé y 
récitait les quatre Evangiles lorsque l'orage descendait de la 
montagne et menaçait d'emporter les récoltes. Presque toutes les 
églises de la montagne et de la plaine avaient autrefois un conju- 
rador. 

VTU. — JVom des visiteurs apostoliques venus à Serralongue 

]" 20 mars 1645, Grau, docteur en théologie. 

2' i8 mars 1648, Gabriel Parés, chanoine d'Elne. 

3* Mgr Louis Habert de Montmor, évêque d'Elne. 

4* 22 octobre 1686, le docteur Jean Noguer, curé de Néfiach. 

5* François Codina. 

6' 9 février 1689, Boria. 

7* i5 octobre 1692, le domer Pujol, « prêtre et archiprêtre ». 

8° i5 septembre 1697, Mgr Jean de Flamenvila, evêque d'Elne. 

9 20 mars 1703, Jean de Roja, docteur en théologie. 

io" 22 septembre J721, Charles de Ortega, chanoine d'Elne, 
« sede episcopal vacant ». 

il" 9 mai 1727, Mgr de Gramont de Lanta, évêque d'Elne. 
Voici son procès-verbal de visite : « Nos don Joan Mathias de 
Barthélémy de Gramont de Lanta, per la gracia de Deu y de la 
S ta Sede apostolica bisbe d'Elne, habem vistos y examinats los 
comptes donats per los obrers de Serrallonga de l'any 1721 fins 
lo any 1726, losquals habem trobats bé y degudament passats : 

(j) Alart, 'Notices Historiques, 11" partie, p. 161. 



- io3 - 

per ço les aprobam y definim posant-hi nosrre décret. Fet en lo 
curs de nostra visita als c> maitg 1727- Ordenam als debitors de 
l'obra de la iglesia de pagar dins un mes los deutes tenen à dita 
obra, tant los débitons cum los demes deutes, à pena de desobe- 
diencia. Manam al senor batlle y demes officiais de tenir la ma à 
la executio del présent décret per obligarlos à pagar dins lo dit 
terme ». 

Le même évèque revint à Serralongue quatre ans après, le ;o 
septembre 1731. Cette fois, il approuve simplement les comptes 
trouvés exacts. Au mois d'août 1736, il se trouvait à Saint-Laurent 
de Cerdans. Comme les marguiiliers, en fonctions l'année 1731, 
avaient seulement rendu compte de leur administration, le prélat 
les approuva, mais il enjoignit aux marguiiliers des années 1732, 
1733, 1734, 1735, de régler leurs comptes en présence du curé 
sous peine d'excommunication. Le 10 mars 1741, le même évèque 
était de nouveau en cours de visite a Serralongue. 11 administre 
le sacrement de confirmation. 

\i' 1744, le domer Costa, archiprètre. 

1 3' 1 7 août 1746, Mgr Charles de Cardevac de Gouy d'Avin- 
court. Le 4 août 1756, cet évèque confirme à Serralongue deux 
cents personnes. Voici le nom de quelques personnes qui furent 
confirmées : Ferriol Trescases, Michel Trescases, Jean Llensa, 
Michel Poch, Jacques Vilanova, François Coderch, Thomas Cicre, 
Pierre Panicot, Michel Panicot, Gabriel Panicot, François Villa- 
longa, Joseph Villalonga, Baptiste Llensa, Jean Llensa, Margue- 
rite-Anne Surroca, Rose Hours, Rose Poch, Marie Poch, 
Thérèse Poch, Thérèse Vilanova. Marie Coderch mère, Marie 
Coderch fille, Thérèse Cicre, Rose Panicot (j). 

IX. — Pierre Talrich 

Pierre Talrich naquit à Serralongue en 1810. Privé de bonne 
heure de ses parents, il quitta son village natal et se rendit à 
Paris. Il travailla avec ardeur et acquit en peu de temps une 
belle situation. Il fonda le cercle Lo Pardal, où ks enfants du 
Roussiilon se réunissaient pour parier leur langue maternelle. Au 
mois de décembre 1 885 , il reçoit à la gare l'Tzstudianiina Calalana 

(1) 11 nrrest doux de remercier M. l'abbé Michel Ferrer qui a daigné me 
communiquer des renseignements précieux. 



— 104 — 

et la Cobla des Malies qui venaient assister à la fête du Soleil: il 
leur souhaite la bienvenue de façon exquise : 

Vosaltres que veniu, ab tota l'armonia 
Del nostre bel parlar, nos portar l'alegria, 
Infants de Perpinya, vos obrim nostre cor : 
Pel nostre Rossello es tôt omplert d'.amor. 

Pierre Talrich composa en vers catalans un ouvrage intitulé : 
T^ecorts del Ttysselh. Ces strophes émues, pleines de mélancolie, 
de lumière et de fraîcheur, chantent avec amour le sol natal : 

Lluny de tu, Vallespir. lo desti m'exila. 

Fa mes de cincuanta anys, à l'altra extrem de França, 

Hont tinch mitj olvidat ton sonant catalâ. 

Digas, conta al teu fill, oh ! ma serra estimada, 

A ton fil) qui 't sopira en sa presô del Nort, 

Lo que t'ha succehit entre eixa temporada ; 

De tos monts, de tas valls, desperta'm lo recort. 

Lo lladoner (1) del meu vilatge 

(Quan jo vaig naixer era molt vell !) 

Ha conservât tôt son brancatje, 

Hi fa cada any son niu, l'aucell ? 



Digas, tas torres esquerdadas, 
Massana, Mir, Cos y Cabrens, 
Han apagat las flameradas 
Que movian tos somatens ? 

Vallespir, 

Dois sospir ! 

Quina alegria 

Mon cor somia 
Qu'un dia hauré per darrer llit 
Quatre lloses del teu granit. 
Si m nega Deu eixa esperansa, 
Si sota un altre cel de Fransa 
Mon jorn suprem ha de venir, 
De mi conserva eix sovenir : 
No moriré pas de vellesa, 
Ay, no ! moriré de tristesa, 

Vallespir, 

Dois sospir ! 



Pierre Talrich mourut à Paris le 28 février 1889. Son buste, 
œuvre d'Alexandre Oliva, est au musée de Perpignan. 

Joseph Gibrat. 

(1) Cet arbre se trouve toujours sur la place publique de Serralongue. 
Le Gérant, COMET. — Imprimerie Catalane, COMET, rue de la Poste, Perpignan 



13' Année. N' 151 15 Mai 1919 

Les Manuscrits non inscrct ^h^ — . » W < W \ 

ne «ont Das rendu» B^T m^ ^M I m^ 

Les ArticJci Darus Clans la Rc\ut #" "* ^k ^T^ j^ 1 J% TWl ■"! 

n'engagent que leurs auteurs ^ba^A A A 4 &AiA •! 1 ^ / 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. -- Cotisation : 10 fr. par an 

la Vie Catalane en Roussillon 

Au souffle du « Principe des Nations » qui vient de sur- 
gir des pays de l'Entente victorieuse, une vague de régio- 
nalisme a subitement envahi la France. Depuis longtemps 
déjà ce flot décentralisateur bouillonnait au sein de notre 
Midi, mais à l'état latent, sans pouvoir éclater au dehors. 
Les événements du jour ont favorisé son irruption. Il a 
ainsi gagné le Nord, puis les autres provinces de la France, 
pareil à ces grands courants de civilisation chrétienne qui, 
dès le premier siècle de notre ère, du pays des « Saintes- 
Marie » et par la voie du Rhône, montèrent vers le Nord, 
se répandirent à travers toutes les Gaules et, sur le monde 
romain et barbare, instaurèrent une vie nouvelle, malgré 
les préjugés de l'époque. 

11 ne semble pas que, sous la pression de l'opinion géné- 
ralement acquise aux doctrines régionalistes, les frontières 
artificielles qui séparaient nos provinces de même race, et 
les préjugés d'avant-guerre qui implacablement s'opposaient 
à l'indépendance de ces divers pays, puissent désormais 
résister au flot montant des doctrines régionalistes. D'autant 
que celles-ci ont des chefs convaincus dont les disciples, 
non moins résolus, sont aujourd'hui légion. Le Roussillon 
s'honore pour sa part de se ramifier à ces groupements ; 
il compte dans son sein une belle phalange d'intellectuels, 
désireux de faire triompher leurs légitimes revendications. 



— io6 — 

Les pouvoirs publics s'en préoccupent et semblent vouloir 
donner satisfaction à de telles aspirations. Sans doute, il ne 
s'agit encore, dans les projets officiels, que de questions 
économiques. Mais l'idée est en marche, elle fera son 
rapide chemin, si les organisations provinciales savent, dans 
les limites du droit, mener leur pacifique combat. 

Que demandent-ils donc les régionalistes d'aujourd'hui 
et que demandent ceux du Roussillon ? Ils ne réclament rien 
autre chose que le droit sacré de vivre et de faire rayonner 
au grand jour, librement, légalement, leur antique Vie 
provinciale, avec tout ce qui en constitue le patrimoine par- 
ticulier, c'est-à-dire la langue, les coutumes, les usages, Jes 
traditions, l'histoire, l'art, les libertés, les franchises. 

Tel fut le rêve des premiers Félibres de Provence. Tel 
est encore celui de tous les Verdaguer, de tous les. Pasto- 
relleh du Roussillon. Leur Félibrige — comme l'a défini 
Mistral (i) — n'a d'autre but que de conserver longtemps 
à la Terre Catalane de France « sa langue, son caractère, 
sa liberté d'allure, son honneur national et sa hauteur d'in- 
telligence ». Ce serait « sacrilège » que de toucher à leurs 
coutumes, à leurs franchises, à leurs traditions. Us veulent 
que toujours leur noble langue catalane se maintienne, se 
parle, soit enseignée en terre roussiJlonnaise, attendu que 
leurs ancêtres « se sont librement, mais en toute dignité, 
fondus dans la généreuse France, c'est-à-dire en réservant 
leur langue, leurs coutumes, leurs usages». Il ne s'agit 
donc, d'après leur programme, que d'un régionalisme admi- 
nistratif, intellectuel, artistique et littéraire, économique et 
social. Nulle arrière-pensée de séparatisme ne saurait y 
trouver prise. Comme Mistral (2), les Catalans du Rousil- 
lon aiment la France tout court, à l'égal de leur petite patrie. 

(1 ) "Discours, p. 1 1 . 

(2) Almanacb provençal de 1 855. 



— 107 — 

Ils sont bien Français depuis 1659: « Nos pères — disertt- 
ils avec le grand poète — se sont alors librement don/iés à 
la France. Voilà qui fut à coup sur une bonne chose. Puis- 
sions-nous le demeurer toujours et toujours le drapeau 
français resplendir sur toute la terre ! » 

J'aime ma province plus que toute autre province ; 
J'aime mon village plus que tout autre village ; 
J'aime la France plus que tout. 

Voilà le cri du cœur de tout bon catalan de France ! 
Si nul d'entr'eux ne vise à menacer la patrie française 
indivisible, s'iJs sont fiers et respectueux de cette belle 
unité, qu'ont réalisée nos anciens rois de France en ratta- 
chant notre cher Roussillon — avec ses divers antiques com- 
tés : Vallespir, Confient, Cerdagne — à la France, les 
Catalans roussillonnais ne peuvent s'empêcher de déplorer 
comme nçfaste toute « guerre radicale et systématique à 
« toutes les organisations sociales traditionnelles, faite au 
« profit d'une prétendue émancipation de l'individu, laquelle 
c n'est en réalité pour lui que la perte de ses soutiens natu- 
« rels et laisse affaibli, désorienté, au milieu d'une société 
« énorme, sans cohésion, dispersée infiniment, l'affaiblisse- 
« ment de la famille et de l'hérédité par l'individualisme du 
« Code civil, la méconnaissance des variétés naturelles de la 
« France et des besoins variés qui y correspondent, nivel- 
« lement général de la vie sous l'autorité d'un Etat con- 
« traire à tout les milieux où règne un esprit d'indépen- 
« dance et aux traditions qui l'entretiennent» (1). 

Joseph de Maistre, Auguste Comte, Le Play, Proudhon, 
Taine, Renan et bien d'autres grands critiques ont exprimé 
les mêmes idées à ce sujet. 

Levés ces obstacles, la nation s'accroîtrait elle-même de 
la vie intense qu'elle permettrait à chacune de ses pro- 
vinces-filiales de vivre ainsi, dans les limites de leurs fron- 

(1) Mistral, par Pierre Lasserre, p. 1 5 3 . 



— »o8 — 

tièrcs particulières ; elle bénéficierait largement des fruits 
de libre expansion qu'elle leur permettrait de prendre dans 
tous les domaines; elle s'enrichirait de toutes les lumières, 
de toutes les gloires qui, dans chaque petit pays, se mon- 
treraient au grand jour. 

J'ai écrit la Vie Catalane en J^oussillon et non point « en 
Espagne », ou « en Catalogne Grande », et c'est à dessein, 
car il apparaîtrait à plusieurs que les aspirations des Cata- 
lans d'Espagne différeraient sensiblement de celles des 
Catalans de France. 

Qu'il y ait en Catalogne espagnole des catalanistes sépa- 
ratistes, travaillant à rendre leur Province absolument 
indépendante de leur gouvernement de Madrid, nul fran- 
çais n'y contredira. C'est affaire à eux. 

Quant aux Roussillonnais, ils sont trop fiers et se trou- 
vent trop bien d'appartenir à leur si nobie et si « doulce » 
France, pour que, un seul instant, il leur vienne en pen- 
sée de la vouloir renier, et de tenter jamais de s'en déta- 
cher par la violence. Les liens qui les unissent à leur mère- 
patrie sont d'une telle force, qu'ils empruntent à la péren- 
nité des siècles leur infrangible solidité. Ces liens ne vont- 
ils pas se prolongeant dans l'histoire jusque par delà la date 
diplomatique de 1659? C'est une chaîne, dont le premier 
anneau est marqué au coin de son auteur, l'immortel Char- 
Jemagne ; les autres portent chacun l'empreinte d'un de nos 
rois de France, depuis Louis le Débonnaire jusqu'à 
Louis XIV. A l'illustre Charlemagne, la Catalogne doit son 
éclosion dans le monde de l'histoire. La nationalité catalane 
ne connaît point d'autres origines ; celles-ci se confondent 
avec l'annexion du Nord hispanique à la couronne de 
France. Cette annexion s'était opérée sans violence, sans 
heurt, au gré des nouveaux sujets de France, grâce au 
génie plein de sagesse du grand empereur. Aussi bien, 
mieux que l'ambassadeur d'Espagne à Louis XIV, les Cata- 



1 OC) — 

lans des Marches espagnoles auraient-ils pu dire au redou- 
table vainqueur des Maures : « Les Pyrénées sont fondues, 
puisque de l'Ebre à l'Elbe vous avez fait se lever le soleil de 
France. » Si grande fut la puissance et si continue la diplo- 
matie des successeurs de Charlemagne, que, sauf de rares 
intermittences, les Pyrénées ne se redressèrent plus entre 
l'Espagne et la France jusqu'à la date du traité des Pyré- 
nées, 1659. Politiquement et religieusement, la Catalogne, 
tout en conservant ses privilèges particuliers, ses usages et 
ses traditions, était demeurée jusqu'à cette dernière date 
annexée à la France, ou du moins rattachée à sa monarchie 
par l'hommage de vassalité que les rois d'Aragon, comme 
ses anciens Comtes, durent prêter au roi de France. 

Voilà un point essentiel d'histoire que nos amis d'Espa- 
gne connaissent assurément, mais qu'ils ne devraient point 
perdre de vue. Ce ne sont donc point les Catalans d'Espa- 
gne qui seraient bien venus à revendiquer l'annexion du 
Roussillon à leur Province. Mais c'est plutôt nous, Rous- 
sillonnais, qui serions dans la logique de l'histoire, si nous 
réclamions l'annexion de toute la Catalogne espagnole à la 
France, telle que la réalisa jadis notre puissant Charlema- 
gne. Nous ne nous laissons point cependant hanter par de 
tels rêves. Nous n'y pensons aucunement. 

Quoiqu'il en soit, tous. Catalans d'Espagne en Espagne, 
Catalans de France en France, travaillons ardemment, au 
mieux des intérêts de notre respective patrie, à réaliser 
l'inaltérable fraternité de la France et de l'Espagne, ces 
deux nations-sœurs que jamais l'ombre d'un désaccord ne 
devrait séparer. Frères par la race, par la langue et par la 
foi, en deçà comme au-delà des Pyrénées, les uns et les 
autres nous pourrons ainsi mieux faire revivre, dans nos 
Provinces-sœurs, l'antique Vie Catalane vers laquelle vont 
nos communes aspirations de catalanistes, loyaux et sincères. 

Jean Sarrkte. 






Un Poêla Canigonenc 
*** 

Mossén Jampy : Lliris, J{oses y Violes 

Deia Mossén Jacinto Verdaguer en una de ses Hêtres al senyor 
Agusti Vassal, aquelles Hêtres tant reveladores de sa religiosat 
angelisada : « ara mateix estic escribint una poesîa per cada dia 
del mes de Maria, simbolisada 6 recordada en una flor, que, si â 
Deu plau, publicaria l'any vinent, ab lo titol de « Flors de Maria », 
iHustrades per un nostre primer dibuixant i pintor de flors, senyor 
Alexandre de Riquer. » Tal propôsit ha tingut i ha réalisât 
Mossén Marti Jampy, rector de Labastida, en una régie prou 
enlairada i purificada pel vent del nevâs. Ha seguit la serra amb 
sa desqueta de vims i ha aplegat sos « Lliris, Roses y Violes », 
cullits en les muntanyes de Canigô y oferts â Maria Santissima. 
] els présenta l'estimât Pastorellet de la Vall d'Arles, amb un 
prôlec ben digne de son titol de majorai. 

Per primera vegada la substancia poética d'en Verdaguer forma 
l'esperit d'un poeta de Rossellô. Els poemets de Mossén Jampy 
son intimament verdaguerians, tant per la visiô, el misticisme, 
l'ingenuitat, el murmuri'de la paraula suavitzada entre resplen- 
dors de ciris com per l'amor gairebé femenf de la flora munta- 
nyenca. 

Repetiu-ho, rossinyolets, entre satalies : en Verdaguer ha trobat 
un deixeble en les valls de Canigô. 

Temps era temps que mon pare tornava de les jasses de Cadï, 
de Noedes 6 de la vall d'Eyne, la cara cremada pel vent geliu 
de la portella i la reverberaciô del sol. Obria aleshores sa caixa 
de botanista i parava sobre el pedriç i les taules unes plantes de 
formes estranyes, armades de pues, encara florides d'esteles esgro- 
gueides, tota la balsâmica gloria dels herbolaris (i). Les apuntava 
cuidadosament dins uns grans fulls de paper groc, color de pel 

(i) Docteur Simon Pons, Tierbarium J(osarum. 



de llebre, aquelles filles uc la congesta, i aixis s'omplia tota la 
casa d'un pénétrant perfum de lliseres i molleres i herbâms i 
aiguals de Canigô, d'una recordança d'estiu muntanyés ! Oh 
riquesa i amor de les plantes ! 1 doncs, es la mateixa impressiô 
d'arômes de muntanya que se rénova en mi, llegint mes tard el 
Canigô de Verdaguer — i ara l'he retrobada, mes real i primi- 
tiva, en aquèt llibret de Mossén Jampy. 

El vocabulari de la botânica ningû el coneixia millor que 
Mossén Cinto, i mes que tôt altre â Rossellô, Mossén Jampy ha 
entés les lliçons del poeta muntanyés, enriquint aixis sa poesia 
amb uns noms de natural bellesa, corn ho son el jonc del molleriu, 
el clavell de poeta, la groga orella d'ôs, la rosa de Nadal. Mara- 
vellosa flora refrescada pels salts d'aigua, abrigada per les esblom- 
bades roques de Carença, corriols amunt ! Véritablement no es 
poeta, aquell qui no sab pas tots els noms de les plantes i tots 
els noms dels ocells. Aquells noms de plantes inconegudes, 
recuilides en l'etzar d'una excursiô, guarden per nosaltres una 
senzilla novetat, una evocaciô de belleses somniades, i ens ena- 
moren d'allô mes ; jo no se quina clara delicia ne regala sempre. 
1 tant mateix sentim com l'obra de tôt poeta catalâ es obra de 
botanista. Tots nosaltres hem d'herboritzar en nostres encon- 
trades, que aixis m'ho encomanava en Joaquim Ruyra, i cada 
paraula nova que troba el poeta pels glebers nadius, l'aplega i la 
reculi en son catâlec. Aquest afany de ]o inconegut, aquest encis 
de la paraula nova bé prou explicarien l'afecte que portém tots â 
la nostra llengua ! 1 encara hi ha gent de cultura que s'estranyen 
quan escribim catalâ. Deixem que corrin enlluernats mon enllâ, 
quan nosaltres pujem pel nostre Canigô, enraonant amb els bos- 
cassaires, donant â les flors de marge el llur nom catalâ. 

En aquèt llibret de versos, Mossén Jampy no descriu la terra 
geologicament ; io que mes i'atrau es la seducciô végétal, enmi- 
raiiada en els côrrecs, el cântic deis perfûms. Tenen ses obretes 
el desordre i les vives coloraines de les miniatures mitjevals, i en 
llur essencia la mateixa ingenuitat religiosa. Ens ofereix el primer 
raig de poesia canigonenca, el primer dall del nostre herbâm, i 
algunes de ses estrofes rajen amb un murmuri de cascatelles i de 
golets : 



— 112 

Al cap d'aquella llisera. 
Corn molî llensoï, la gèlera 
Deixa caure una filera 
De cristallins rierons... 

Algunes demostren una observaciô directa del paisatge, i aquestcs 
no son pas de! tôt verdaguerianes, ja que el paisatge de Verdaguer 
ens sembla una deformaciô. Amb tôt, fora ben extraordinari que 
l'esperit verdagueriâ, tant isolât i distintiu, se rénovés essencial- 
ment en el seu deixeble de Rossellô. 

Tota l'originalitat de Mossén Jampy li pervé de la flora mun- 
tanyenca i d'alguns paisatges ben observats, fresquivols i prima- 
verencs : 

... Una castanyareda ombreja 

La vora mes alta d'un prat ; 

De cucuts amaga un clapat 

Qu'un vol d'abelles petoneja... 



De la penya ix un garguinyol 
D'aiguës xerraires entre greixes. 

L'herba hont l'onada mança i llarga 
Corria sota el bés del vent, 
Dins un marge prop del torrent 
Es apilotada en pallarga. 

Somnïeu, muscs de Rossellô, amb aquestes delicioses i canigo- 
nenques acuareles ! Vetaquî un poeta que ha vist la primavera 
florida de, cucuts i violes, i la tardor â muntanya, i devant del 
mas perdut, en un rep!â, les pallargues, com gegantes i estranyes 
caputxes d'or. 1 canta lo qu'ha vist. 

A vegades també mira el poeta amb els ulls clars d'en Père de 
Ronsard, dient de la Rosa de vinya que 

una armada de formigues 
â sos peus se fâ '1 sender. 

Ja es ben cert que en Ronsard es un bon mestre, i l'hem tots 
d'estimar, els poètes de l'humil pléiade rossellonesa, que volem 
renovar i realçar una llengua. Pertant, ho cal dir francament, la 



- — i 1 â 

poesia rossellonesa ha de lluitar amb les influencies rîtmiques de 
França. Cal que el poeta resisteixi â tais influencies amb la deu 
de la musica interior i la modulaciô del catalâ(j). D'altra manera, 
no escriuria poésies catalanes, encare que ho fossin totes les 
paraules. Conreuar la llengua catalana es molt més'dificil â Ros- 
sellô que en altres parts de Catalunya, sigui perqué la clara i 
aguda llengua francesa té una força de penetraciô que no assoleix 
pas la castellana, mes estantissa i material, sigui perqué observem 
.en nostra terra un estât fonétic que no correspôn pas sempre al 
català literari. Accentuaciô i sintâxis, ho hem de restaurar tôt — 
hî hâ prou feina trassada — boi servant la musical inflexiô del 
dialecte nord-pirenenc. Aixis ho vol amb nosaltres Mossén Jampy. 
Es ben nostre, es ben muntanyés el seu vocabulari nou i colorât. 
No l'ha escullit en els llibres ; l'ha trobat sobre els Davis dels 
boscairols i masovers, èntorn de l'isolada capella de la Trinitat, 
dolça corona dels Aspres. 

] amb tais paraules ha fet ses obres de poesia, en alabança de 
Maria Santissima ; i ho ha fet bé perqué la Verge ja fa segles 
qu'es acostumada al nostre llenguatge, i li plau mes i mes, en les 
pobres ermites de muntanya. Tant per son vocabulari, muntanyés 
com per sos paisatges i llegendes celestiais, i l'afany de Uuminosa 
idealitat amb la quai ens parla sempre, Mossén Jampy mereix el 
nom de poeta. Ara per ara, es el mes verdaguerià, el mes cani- 
gonenc dels felibres de Rossellô, i quan senyoreji son violi aquêt 
jutglar de Nostra-Senyora, bé ho veureu que sera el mes deiicat 
dels miniaturistes, perqué ja regala del seu cor un doll suavissim 

de poesia, 

en la seu de les muntanyés, 
â mitg cami del ce! blau. 

Joseph-S. Pons. 

Illa. 1914. 

( 1 ) Gran part de la poesia catalana d'Espanya ve escrita amb la modulaciô 
etpanyola — qu'es pitjor. 




ECHOS 

Les Jeux Floraux de Barcelone 

Un hommage à Mgr de Carsalade du Pont, évêque de Perpignan 

La grande fête des fleurs a eu lieu, comme le veut l'usage, le 
premier dimanche de mai. 

Le Palais de la Musique Catalane présentait une animation 
brillante et les costumes clairs des jeunes filles ajoutaient un ton 
vraiment printanier à la cérémonie. 

Les lauréats furent acclamés comme de coutume. Parmi eux de 
vieilles connaissances : le poète J.-M. Guasch remporte la flor 
natural ; il l'offre à son épouse qui est proclamée Reine de la 
fête. Lluis Via obtient le i" accessit. 

L'Eglantine d'or est décernée à un poète majorquin, J.-M. Tous. 
Notre ami Joseph Massé Ventés obtient le i" accessit et l'abbé 
Lluis Pla, de Gérone, le 2'. 

La Violette est réservée. La coupe d'honneur est attribuée à 

E. Girbal Jaume et c'est Joan Alcover, l'inspiré poète des Poè- 
mes Biblichs, qui remporte le prix Fastenrath. 

Nous avons réservé pour la fin, à dessein, le compte-rendu du 
discours présidentiel, magistralement écrit par Frédéric Rahola et 
lu, en l'absence du président retenu 3u lit par une affection grip- 
pale, par J. Cabot Rovira. 

Ce discours est une merveille de style. 11 constitue un vrai 
discours académique et le sujet n'est autre que l'éloge de feu 
Antonin Pelaez, archevêque de Tarragone, qui devait présider les 
Jeux Foraux de 1919. 

Un point caractéristique du discours est le parallèle que 

F. Rahola établit entre Mgr Pelaez et Mgr de Carsalade du 
Pont. Voici, entr'autres citations, un passage concernant notre 
bisbe calalà qui ne manquera pas d'intéresser nos lecteurs : 

La seva figura intéressant esdevé per nosaltres quelcom meravellôs, 
quan arriba el moment que fou anomenat metropolità de Tarragona. Allavors 
la seva personalitat es révéla amb tota la puresa i brill de les animes privile- 



— i.5 — 

giades. No pue menys, amb tal motiu, que pensar en son pario. En 
Juli Carsalade, el bisbe de Perpinyà, que ofereix una gran semblança moral 
amb e) difunt arquebisbe de Tarragona. Ambdos son homes representatius 
de l'amor sencer que inspira la terra d'altri. quan un hom s'hi sent portât a 
viure-hi i a exercir en ella autoritat, mes encara quan aquesta autoritat es 
fonament espiritual. Endebades es vol penetrar en l'anima d'un poble si no 
portem dins nostre el flam de son amor i el nostre enteniment no es corn 
l'intim espill de ses ale^gries i ses tribulacions. 

El bisbe Carsalade. aqui mateix l'any 14, ens deia, omplint-nos d'emociô : 
« jo em vaig trobar un jorn, per una gracia especial de Deu, de gascô que 
era convertit a català. Deu s'havia dignat escollir-me per confiar-me el 
conreu religiôs d'un trocet de Catalunya. Eli havia fet de jo el Bisbe de 
l'antiga i illustre diocesi d'Elna. El dia de la meva consagraciô, quan pros- 
ternât en el paviment de la Seu Metropolitana d'Aux vaig rebre la unciô 
episcopal, a mesura que els rits sagrats es complien i que la gracia divina em 
penetrava i em revestia del caracter episcopal, sembla que una transformaciô 
estranya s'operava en mi, que rebia un carisme particular que era com un 
nou baptisme i que amb aquest carisme una nova sang s'infondia dins les 
meves venes, un nou esperit, un nou gust penetraven en la meva intelligencia. 
Quan me vaig alçar dels peus de l'Arquebisbe consagrador, era Bisbe català. 
Vaig sentir que ténia una nova pàtria, venia d'esser fet català per la gracia 
de Deu ». 

Al nostre Antolin Lopez Pelaez li va passar quelcom de paregut. Aixi que 
fou cridat a régir la Seu Metropolitana de lEspanya Tarragonina, va sen- 
tir-se apoderat de la terra que el cridava a tan august Ministeri. I, com el 
bisbe de Perpinvà, que de gascô es va sentir transformat en català, ell de 
gallec va devenir català en el fons de la seva anima. La revelaciô es feu pel 
respecte i amor que tôt d'una va mostrar a la nostra llengua. Talment es 
diria un miracle, al cap de pocs jorns d'esser a Catalunya, donava goig sen- 
tir-lo ja barbotejant la nostra parla, endolcida per l'accent gallec, que recor- 
dava la cadença italiana. Quin contrast el seu amb el de moltissims que tots 
coneixem, que han passât la seva vida a Catalunya, i moren sensé haver par- 
lât mai el nostre idioma ! 

La Tradition 

La veille de Pâques nous avons eu la joie d'entendre, par 
deux groupes de chanteurs, nos vieux et populaires Goigs dels Ous. 

L'un de ces groupes avait été organisé par notre ami Antoine 
Batlle. 

Le second était constitué par les membres du Chor Català, au 
nombre de 70 environ, coiffés de la vermelîa barrelina. 

Pour inaugurer sa première sortie, le Chor Català se rendit, 
sous la direction du maestro Fontbernat, chez les autorités et nota- 



— u6 - 

bilités de la Ville ; une grande animation régna durant toute la 
soirée sur la Loge et les rues avoisinantes, où les chanteurs cata- 
lans interprétèrent La Marsellesa en catalan, L'Tzmpordà du maître 
Morera, Trança et quelques autres choeurs de choix. 

Par une délicate attention, la Société d'Etudes Catalanes avait 
été conviée à cette manifestation d'art et nos collaborateurs 
Ch. Grando et P. Francis nous y représentèrent. 

Hommage au Pastorellet de la Vall d'Arles 

La collection d'auteurs Catalans Inclura Popular, publiée sous 
les auspices de VJllusiracià Calahna de Barcelone, vient de consa- 
crer son numéro 3o8 à un recueil de poésies du poète roussillon- 
nais Joseph Bonafont, l'estimé Pastorellet de la Vall d'Arles. 
Voici l'éloge que Lectura Popular fait de notre cher majorai : 

« Lectura Popular paga tribut a un dels mes inspirats cantayres 
del Rossellô, el popularissim Pastorellet de la Vall d'Arles, ô 
sia '1 Canonge Joseph Bonafont, actual degà d'Ule-sur-Tet, que 
nasqué '1 18 d'abril de ]854, d'una familia de pagesos del Soier, 
prop de Perpinyà. 

« Môlt podriem dir pel nostre compte a propôsit d'aquest exce- 
lent dexeble de Mossèn Cinto, que ha ferhonor a nostra Hengua, 
escampant articles y poésies en peridiôchs y revistes corn le Ttyus- 
sillon, la Croix des Pyrénées, la Semaine Religieuse, la Revue Cata- 
lane, la V eu del Cantgô, Ruscino, etc. Emperô ab tôt lo que 
diguessim no fariem mes que corroborar el parer d'eximis critichs 
francesos dels quais son, en substancia, les apreciacions segùents : 

« Estableix En Bevez que mossèn Bonafont ha ennoblit la seva 
missiô de poeta prenent part activa en el desvetllament de l'anima 
rossellonesa y donant a sos compatriotes, ab poésies d'una gracia 
corprenedora, el gust de la llengua catalana. Edita les obres del 
malaguanyat Antoni Joffre, afeginthi les cinq belles Refilades de 
Lo Pastorellet (1882^ ;. publicà desprès l'antologia Garbera Cata- 
lana (1884) ; mes tart, l'aplech d'élégies flys (1887) ; posterior- 
ment, un estudi sobre los Goigs (1907) y, per ûltim, al ésser 
nomenat Telibre majorai, publicà sa obra Ays y Albades (1914). 

« Es, segons Jean Amade, el poeta mes éloquent y mes délicat, 
el mes vigorôs y '1 mes sensible que hagi produhit el Rossellô. 



— "7 — 
Eli, en la terra rossellonesa, personifica la renaxença catalana. 
Sovint amplifica la seva inspiraciô, dexant les cançons populars y 
les pagines descriptives de bells paysatges comarcals, per a evo- 
car dramàtichs episodis de la historia patria, 6 sublims poèmes 
evangèlichs ; mes en tota ocasiô '1 poeta escolta la veu def propi 
sentiment, ab preferencia a tota altra veu ; y, creyent fervorôs, 
troba sempre en la fè '1 suprem consol. 

« El citât Bevez, en Les Poètes du Terroir (Paris 1914), manifesta 
son admiraciô per la llengua de la quai ha sabut servirse Lo Pas- 
torellet en ses plasmacions poétiques ; y al preguntarse quins élé- 
ments eren els de que disposava. 

« Mossèn Bonafont, no pot menys de reconèxer la seva pacien- 
cia y la seva erudicio, perô creu que es el poble qui li aportà 
directament el millor bagatge car, segons afirmaciô del mateix 
Bonafont en el prefaci de sos Mys, « el poble r*ecull y guarda ab 
gran cura '1s termes que tan sovint ens manquen ». El poble, 
doncs, ajudà de ben prop a son natural enginy y, d'un xich mes 
lluny, els Catalans d'Espanya l'han ajudat també, 6 millor dit, 
aquesta vella llengua catalana, comuna a les dues vessants dels 
Pirenèus, les varietats dialectals de la quai donen tanta vigoria a 
la musa pintoresca de nostre biografiat. » 

Nos musiciens tf nos artistes 

Au cours d'un concert organisé le 22 avril dernier à Barcelone, 
par VAssociaciô de Mûsica de Caméra, au Palau de la Mûsica Cata- 
lana, l'éminent pianiste catalan Ricard Vines a interprété avec 
grand succès une composition de notre grand ami cérétan Déodat 
de Sévérac : Les muletiers devant le Christ de Llivia. 

Notre compatriote M"" Alice Cornés, de l'Opéra-Comique, a 
obtenu deux grands triomphes au Théâtre Municipal de Perpi- 
gnan, dans ses interprétations très personnelles de Carmen et de 
Charlotte de Werther. 

Le ténor Angel, d'Elne, après une tournée triomphale à Lyon- 
Perpignan-Bordeaux, est sur le point d'être engagé à l'Opéra- 
Comique. 

On nous annonce également la nouvelle rentrée à l'Opéra de 
Mathilie Comès, sceur aînée d'Alice Cornés. 



- n8 — 
Un hommage posthume à Joseph Aladern 

Le Comité pro-Aladern a décidé de perpétuer le souvenir de 
l'excelJent écrivain, qui fut notre collaborateur et notre ami, en 
apposant une plaque commémorative sur la maison où il naquit, 
au village d'Alcover. 

Le même jour sera inaugurée, dans cette même ville, la place 
qui doit porter le nom de Cosrrie Vidal, vrai nom d'Aladern ; un 
numéro extraordinaire de XTiérall de Catalunya lui sera dédié. 

Nous nous associons de tout cceur à cet hommage. 

Belleses artistiques 

Le numéro de mars de la revue catalane à'Act, dalla publie 
sous ce titre deux magnifiques clichés : L'abbaye de Saint-Martin 
du Canigou et une vue du Canigou prise du chemin du grand 
étang. 

La bibliothèque de Castel-Roussillon 

Notre collaborateur, M. Henry Aragon, vient de compléter 
sa magnifique série d'ouvrages sur l'antique Ruscino et sur 
Château-Roussillon par deux nouveaux volumes, du plus haut 
intérêt : 

La Seigneurie de Casiel-Ttyussillon (Toulouse, Ed. Privât, édi- 
teur), La Céramique de Ttyscino, Fouilles 1909-1913. 

C'est tout un fonds d'une richesse incomparable que M. Henry 
Aragon découvre et nous lègue, et nous ne saurions trop renou- 
veler nos éloges au laborieux et infatigable érudit. 

Caries de la Real. 

La question de l'Université 

M. Calmette -nous prie d'informer nos lecteurs qu'il donnera, 
dans l'un de nos prochains numéros, toute explication susceptible 
de satisfaire les correspondants qui l'ont questionné au sujet de 
son article, et auquels il ne peut répondre individuellement par 
une dissertation étendue. 



'£££££££rV£^££££$$$£££#£££££$£$£$£#££f 

DOCUMENTS HISTORIQUES 

sur la Ville de Perpignan 

&gQ^* (SUITE) 

XIX. L'alignement du lit de la Basse et de la Tel, à Perpignan, au xiv' siècle. 
Procès-verbaux des travaux concernant ces rivières. Sentence du bayle et des 
consuls de Perpignan. Procès-verbal de l'alignement du lit de la Tet, depuis la 
"Basse jusqu'à Castel J^oussillon (avril i335-février 1378). 

lin des actes les plus anciens qui a trait aux inondations des 
rivières de la Basse et de la Tel (1), et aux moyens projetés pour 
écarter ce fléau, a été rédigé vers la première moitié du xiv' siè- 
cle : ce document fort intéressant relate les conditions dans les- 
quelles les habitants, exposés aux diverses inondations, étaient 
imposés d'après l'avis et la délibération des prohomens de Perpi- 
gnan. On peut déjà reconnaître là l'influence que devait prendre 
plus tard cette corporation. 

I. — Par un mandement en date du i3 avril ï 335, Jacques 11, 
roi de Majorque, venait d'autoriser la démolition des maisons 
(ou 'hospices) qui étaient construites à Perpignan sur le Thor (2), 
au milieu de la Basse et des ouvroirs des drapiers, et qui gênaient 
la ville : il s'agissait de l'intérêt public (3), de l'élargissement des 
rues de la cité qui commençait à prendre de l'importance : il fal- 
lait donc éliminer tout ce qui pouvait être un obstacle pour les 
inondations futures. Les consuls avaient été chargés de faire exé- 
cuter ce règlement concernant la destruction radicale des immeu- 
bles qui pouvaient être un danger constant pour la ville (4), dans le 
cas d'une crue subite de la rivière (5). 

(1) Ceci nous amènera à l'étude si intéressante relative aux ordonnances, 
mandements, arrêts, etc. rendus par les intendants du Roussillon, au 
xv. 1 1 1 " siècle, pour atténuer les effets des inondations qui ont ravagé la plaine 
du Roussillon. (Cette étude paraîtra dans le Bulletin historique.) 

2 Super Thororum. inler aquam Vasse et tiradoria paratorum. Arch. des 
Pyr.-Or., livre vert mineur, 1 1 8 5 - 1 4. 1 3 , P j 3 2 . 

(3) Pro ulilitate rey publice ville Perptniani. Arch. des Pyr.-Or., ibidem. 

(4) SuppHccatum ul dicta hedifficia usque ad parielem dirui mandaremus... 

(5) Voir appendice, xxvn, § 1. Mandement de Jacques 11 autorisant la 



~ 110 -aa 

i. — Trois ans plus tard, un procès-verbal était dressé, ail 
sujet des travaux à faire au mur (la paret) construit en avant du 
Tinct (i) et de l'église Sainte-Marie du Pont à Perpignan, pour 
arrêter les inondations de la Ter et de la "Basse, et l'on délimitait 
les propriétés formant la limite de la Grava ou lit de la dite 
rivière, tel qu'il devait être établi au-dessus du Pont, avec une 
largeur de 60 canes de Montpellier. 

6 des ides d'avril 1 335 

Translai de la sententia donada conlra lois aquells qui son te-nguts 
pagar e conlribuir en les mecions de la parei fêta al Pont de la Pera 
per custodia de lurs possessions e de les senyories d'aquelles. 

Le document a été fidèlement transcrit de l'acte authenthique 
(c'est ce que nons avons indiqué dans d'autres études (2) et exa- 
miné sous la forme de vidimus) ; en voici la teneur (3) : 

Les habitants de la rue des Teinturiers (4) 1, de Perpignan, avaient 

démolition des maisons : quod de domibus super Toronum dtruatur quod fuerit 
diruendum. Palma, 20 mars i33;. 

(1) Le faubourg (lo Tint) a dû se former vers le milieu du xin' siècle : il 
s'appelait ainsi parce que des pareurs et des teinturiers étaient venus s'éta- 
blir entre la Tet et la Basse. 11 n'y avait pas de fours au Tint, et c'est sans 
doute pour le desservir que les Templiers firent construire les « fours neufs » 
dans les anciers murs, sur la rive droite de la Basse, sur l'emplacement de 
la maison actuelle du Bon Pasteur. (P. Vidal, Perpignan, 1898.) 

(2) Voir mon étude "La seigneurie de Castell T(psseUo : capbreu et vidimus. 
Ed. Privât,, Toulouse, «917. 

(3) Je reproduis à la fin de cette étude le document écrit en latin, appen- 
dice xxvii, § 2. 

(4) Les teinturiers (lincturerii), comme les maîtres pareurs (paralores, 
parayres), avaient eu primitivement leurs tiradors près de l'église Sainte- 
Marie du Pont, au faubourg du Tint (actuellement rue de la Tet), et ensuite 
dans le carrer dels Bayns (actuellement rue du Bastion Saint-Dominique). 

D'après les documents les plus anciens (je remonte à i25o), on peut 
affirmer qu'il y avait eu, avant i25o, des teinturiers et des pareurs établis 
entre la Basse (Vâssa) et la Tet, et que tout ce quartier avait réuni une 
population considérable sous les rois de Majorque ; cependant, à l'époque 
de la convention de 1247 avec l'ordre du Temple, sous le roi Jacques, au 
sujet des fours de la nouvelle poblacio, établie en dehors des murs de l'an- 
cienne ville, les habitants de ce quartier devaient être peu nombreux, puis- 
que les Templiers n'avaient pas encore construit de fours ; ce ne fut que 



— lai — 

plusieurs fois sollicité du roi de Majorque, Jacques II, comte de 
Roussillon et de Cerdagne, seigneur de Montpellier, la faveur 
de faire consolider et agrandir le mur situé le long de la rivière 
de la Tet, afin d'éviter le redoutable fléau des inondations, en 
imposant tous ceux qui devaient contribuer à ces travaux. C'est 
dans ce but que l'on fit connaître les décisions, avis, et déclara- 
tions des habitants des dits lieux au chancelier Pierre- Raymond 
de Montbrun et à André Giter, conseiller du Roi. 

Voici la requête qui fut adressée aux deux représentants de la 
royauté par les habitants de la rue des Teinturiers et des rues 
avoisinantes, à seule fin de faire exhausser et de consolider le mur 
qui était construit le long de la rivière de la Tet, et de faire 
exécuter les travaux et plantations nécessaires pour s'opposer aux 
ravages causés par les eaux de la dite rivière. 

On réunit tous les habitants de ce quartier, ainsi que tous les 
propriétaires des immeubles situés dans l'île où était bâtie la cha- 
pelle de "Noire-Dame du Pont, qui possédaient des terrains jus- 
qu'au Couvent des "Frères Mineurs (i), de Perpignan, y compris 
toutes les personnes alentour qui devaient contribuer aux répara- 
tions de ce mur, pour éviter le dommage considérable que pour- 
rait occasionner le débordement simultané de la Tet et de la 
Basse. 

plus tard que ceux-ci, pour desservir la population du quartier du Tint, 
firent construire les forns nous, dans les anciens murs et sur la rive droite de 
la Basse, sur l'emplacement de la maison actuelle dite du Bon Pasteur. On 
sait que le vieux Perpignan, compris dans l'enceinte des anciens murs et dans 
la paroisse primitive de Saint-Jean, avait conserve seul le nom de ville et que 
tout le reste fut designé d'abord sous le nom de Ville neuve hors les murs ; 
jusqu'au xiv* siècle, tous les pobladors établis en dehors des anciens murs 
furent englobés dans la paroisse primitive de Saint-Jean. Cf. à ce sujet 
Alari, Privilèges et titres, 1878 ; Jacques ]", roi d'Aragon, page i63. 

( 1 ) Le couvent des Frères Mineurs, connu sous le nom de couvent de 
Saint-François (convent de Sant Francesch), et qui existait dès l'an ia35, 
aurait été établi dans la partie du faubourg où se trouvait la chapelle de 
Sainte-Marie des Anges appartenant à la famille Grimau qui, dit-on, l'offrit 
a saint François d'Assise, de passage à Perpignan, vers l'an 1219. (Cf. 
P. Vidal, Perpignan, 1898.) Par un acte de 1286, le roi Jacques 1" de 
Majorque fit prendre une partie du jardin des "Frères Mineurs (couvent de 
Saint-François), que les c clavaires de la cisa » (officiers de police) occupè- 
rent pour faire la muraille de la ville, le long de la Basse. ( P. Vidal, op. cit.) 



— 122 — 

A cet effet, on procéda à l'élection de six probomens (j) de Per- 
pignan, Bernard Roure, Arnald Jaufre, Maillol Cadany, Pierre 
Erbussol, Guilhem Bonet et Guilhem Adalbert : ceux-ci allèrent 
visiter les lieux et vinrent .rendre compte au Roi de leur mission 
relative à la construction et à la réparation projetées de ce mur, 
ainsi qu'aux charges qui incomberaient à chaque contribuable pour 
l'entreprise de ces travaux. 

Voici la déclaration qui fut faite, d'un commun accord, par les 
dits commissaires, après l'inspection des locaux en question : 
d'abord, ils décidèrent que le mur était de toute nécessité, et 
devait être maintenu en bon état pour écarter à l'avenir tout dan- 
ger d'inondation ; de plus, ce mur serait exhaussé et atteindrait 
le niveau du mur du jardin de Jean Calmes, jusqu'à la partie 
récemment construite, sur une longueur de trente-trois cannes de 
Montpellier : cette portion de bâtisse devrait être un tant soit 
peu plus élevée que l'autre partie du dit mur. 

On proposa également de supprimer complètement l'ouverture 
du portail qui servait d'entrée au jardin situé au-dessus de la 
rivière de la Tet, et de renforcer à l'intérieur la partie du mur 
comprise entre le colombier de Raymond de Vernet et le jardin de 
Pierre Aulomar ; en cas de dommage causé par les eaux, chacun de- 
vrait contribuer, suivant l'étendue du mal, à la réfection de ce mur. 

Pour la construction et les réparations indispensables à faire à 
ce mur, dans la partie comprise entre le jardin de Jean de Cal- 
mes et celui de Pierre Aulomar, d'une contenance de 96 cannes 
de Montpellier, les propriétaires des immeubles situés dans l'île 
où est bâtie la chapelle de Noire-Dame du Pont (2) et les posses- 
seurs des moulins dits d'En Vernel devraient payer une contribu- 
tion de six deniers. 

(i) Les probi homines étaient les principaux habitants de la ville en 102 5 ; 
en 1 145, on retrouve ces personnages revêtus de pouvoir politique ou civil. 
Voir à ce sujet mon étude : L'organisation municipale de Perpignan, imp. 
Barrière, 1919. 

(2) Cette église dédiée à Noire-Dame du Pont de la Tet se trouvait au fau- 
bourg du Tint. « C'était d'abord un oratoire transformé un peu plus tard 
en chapelle, vers 1265. » Les teinturiers partis, ce quartier perdit son nom 
et prit celui de Notre-Dame. Voir à l'appendice, xxvi, la charte de Pierre II , 
donnant une partie du rivage de la Tet aux frères et procureur de l'œuvre 
du Pont de la Tet à Perpignan. 



- \il — 

Les propriétaires des jardins, bosquets (i) et des locaux des 
moulins de l'Hôpital (2), situés en contre-bas des jardins du Cou- 
vent des Frères Prêcheurs (3), ainsi que tous ceux qui possédaient 
un terrain entre le dit jardin et la rivière de la Tet, seraient 
assujettis à une contribution de quatre deniers. 

Les propriétaires des hospices et des terrains des nouveaux 
liradors contigus à ces hospices, qui sont situés tout le long de 
la rivière de la Tet et confrontent le sol (4) même de la Tet, 
paieraient pour ces travaux une redevance de quatre deniers à la 
livre (5). 

Les riverains de la Basse, dont les immeubles étaient situés au- 
dessus des hospices déjà désignés jusqu'à la fontaine dite du 
Toro (6), seraient imposés pour une somme de deux deniers. 

Tous les habitants possesseurs de jardins et vergers sis entre 
la dite fontaine du Thoro (7) et les vergers (8) de Vital Grimald, 
bourgeois de Perpignan, et Bugarell, dont les terres sont très 
exposées aux inondations de la Tet, devraient payer une contri- 
bution d'un denier à la livre. 

(1 ) Viridaria. 

(2) Ces moulins del Spiial ont été détruits au xyii* siècle, lorsqu'on agran- 
dit les fortifications de la ville. 

(3) Voir à l'appendice, xxvi, § 3, Yinstrumentum fratrum predicatorum Perpi- 
niani, 2 des calendes de juin, 1279. Arch. Corn., AA. 3, livre vert mineur, 

F 48-49- 

C'est dans la maison des Frères Prêcheurs que les principaux actes du roi 
Jacques 1" ou de l'infant héritier se faisaient, lorsqu'ils se trouvaient à Per- 
pignan. A ce moment, la construction du château royal était commencée, 
mais il est probable que cette demeure était encore inhabitable. D'après la 
chronique de Bernard Dez Clôt, la famille royale ne fut installée qu'en 
1 284 au château royal. 

(4) Affrontant in grava. 

(5| La législation catalane admettait le taux de 4 deniers à la livre et au 
mois ; Jacques I" avait prescrit ce taux en 1 224, dans un article fondamental : 
Cerfs de Tarragone, art 20, Corls de Girone, art. 1 : Constitutions. 

(6) La fontaine del Torô (toro, mamelon, tertre) était dans le quartier 
des tanneries, à côté du Pont del Torô qui s'ouvrait dans l'ancienne muraille 
du xii* siècle, au bout de la rue dite carrer del Toro. ou del Portai del Torô 
ifonlem vocatum lo Toro). 

(7) Lo Thoro. 

(8) Viridaria. 



— 124 — 

Les propriétaires de terrains situés entre le manse (i) dit d'En 
Alomar, de la ville de Perpignan, et la cure de Saint-Jean de 
Perpignan, ainsi que tous ceux qui possédaient le dit manse, 
exposé aux inondations, seraient tenus de payer un impôt d'un 
denier. De même ceux qui avaient des terrains situés entre le 
manse ci-dessus désigné et le jardin du Couvent des Trères 
Mineurs (2), suivant une équitable estimation de ces biens, devraient 
payer une contribution d'une obole. 

Quant aux tenanciers de terres en directe seigneurie, qui 
n'étaient assujettis seulement qu'aux droits de foriscap, ceux-ci 
devraient payer intégralement les impôts pour la réfection du dit 
mur, suivant l'usage des paiements faits par les fermiers censi- 
taires. 

11 fut décidé que les travaux de la portion du mur qui s'étend 
depuis le jardin de Pierre Allomar jusqu'au pont dit pont de- 
Saint-Augustin (3), dans le cas où il serait agrandi, reconstruit ou 
réparé, n'incomberaient qu'aux seuls propriétaires de l'île où est 
située Notre-Dame du Pont. 

En outre, les dits commissaires se réservèrent le droit de dis- 
cuter ce qui pourrait être décidé en cas d'élargissement ou d'em- 
piétement du lit de la Basse, et ce qui serait convenu au sujet de 
l'enlèvement des arbres et de la suppression des immeubles qui 
pourraient être un obstacle pour le cours d'eau. Us se réservèrent 
également le droit de discuter quelle serait la quote-part afférente 
à chaque habitant imposé en cas d'agrandissement ou de répara- 
tion de ce mur. 

En cas de contestation ou de difficultés quelconques de la part 
des propriétaires imposés, on résoudrait les questions au mieux 
des intérêts généraux. . 

Cette déclaration fut faite à Perpignan, au domicile du Chance- 
lier du roi, le 6 des Ides d'avril de l'an i 335, en présence des 
témoins, le donzell Jean Rigau, Jean Baudos et Volo, peaussiers, 
Rubée Amillot, clerc, Pierre Giter, de Torreilles, Bernard 
Pages, François Gaucerand et Jacques Vital, scribes, Raymond 

(1) Le manse ou mas en catalan. 

(2) Jnter mansum et ortum fratrum minorum conventus Perpiniani. 

(3) Ponlem vocatum Sancti Auguslini. 



- ni - 

Pensa, Guilhem de Puig-Auluch, de Perpignan, et Perpignan 
Imbert, notaire. 

L'acte fut rédigé par François Gaucerand, témoin ci-dessus 
désigné, en remplacement du notaire public, Pierre Montaigu, 
qui l'a souscrit et signé de son seing manuel (i). 

3. — Sentence du baile et des consuls de Perpignan sur l'ali- 
gnement de la Tet, dont la largeur fut fixée à 60 cannes de 

Montpellier (2). 

18 des kalendes de mai 1 338. 

Le 18 des calendes de mai de l'an 1 338, une supplique fut 
adressée au roi de Majorque et à son conseiller qui la retourna 
au vénérable et discret Pierre Guilhem de Seignobos, bayle de 
Perpignan. En voici la teneur : 

a Les soussignés Pierre Mir, directeur de l'Hospice des pau- 
vres, Jacques Sabater, Pierre Raymond, Pierre Mora, Pierre 
Guasch, Jean d'Aldicard et dame Gil, veuve de Maître Gil, ancien 
chirurgien du roi, au nom de tous les propriétaires des jardins 
et immeubles sis en deçà de la rivière de la Tet, du côté de la 
ville, sous les moulins du dit hôpital, adressent au roi cette sup- 
plique, le priant de vouloir bien les autoriser à enlever le gravier 
et arracher tous les bois et jeunes plantations d'arbres qui se 
trouvaient entre les jardins des intéressés et la rivière, pour sau- 
vegarder leurs propriétés, donnant à comprendre que toute cette 
partie de terrain est composée de tuf, et que c'est là que doit 
passer le lit de la rivière. Ceux-ci prient le roi de faire visiter 
les lieux par le bayle de Perpignan avec son assesseur, les con- 
suls et les prohomens. » 

La requête une fois remise à Pierre Guilhem de Stagnobos, 

(1) Voir appendice, $ 2, document in extenso. Archives des Pyr.-Or., 
B. 276, f" 178-179. Erection en chapelle de l'oratoire construit près du 
Pont de la Tet, sous réserve des droits de la paroisse Saint-Jean. 21 octo- 
bre i2b5. Instrumentum ecclesie Ponlis. 

(2) Je reproduis in extenso le document en latin, à la suite de l'acte pré- 
cédent. Appendice, xxvn, § 3. Sentencia e declaracio fêta per lo batlle e con- 
sols de Perpenya per vigor de commissio reyal, per la quai apper que lo lit 
de la Tet o termens d'aquell deu haver lx canes d'ample. Arch. des Pvr- 
Or., B. 276, f" 173-174. 



~ !î6 — 

damoiseau, bayle de Perpignan, celui-ci, accompagné de Jacques 
Jaufre, maître de la juridiction de la curie du dit bayle, de Béren- 
ger Fava, de Dominique Seigneur, de Ricolf Olibe et de Jacques 
Armengaud, consuls de la ville de Perpignan, se rendit sur les 
lieux, objets de ce débat ; et l'on décide, après avoir inspecté les 
lieux et pris l'avis de chaque consul, que des borties soient placées 
suivant une ligne droite, depuis la partie du sol composé de tuf 
qui se trouve en amont du bois de François d'Oms jusqu'au colom- 
bier d'En Vernet, où commence le mur du Tincl de Perpignan. 

D'un commun accord, les consuls et le bayle donnèrent l'ordre 
de faire planter aux endroits sus indiqués des bornes en pierre, 
de façon à ce qu'elles pussent résister aux inondations de la Tet. 
Ce travail fut confié à Bernard de Vernet, menuisier de Per- 
pignan et François d'Orle, jardinier de Perpignan, qui, en vertu 
de ce mandat, placèrent ces bornes, et même plantèrent sur le 
franc-bord de la rivière des pieux près de ces bornes, afin de 
pouvoir repérer l'emplacement du lit même de la rivière. 

Un mois après environ, le 14 des kalendes de juin de la même 
année, Pierre Borro et André Guiter, conseillers du roi de 
Majorque, le damoiseau Pierre Guilhem de Stagnobos, bayle de 
Perpignan, Jacques Jaufred, juge de la curie du dit bayle, sur la 
demande faite par certains héritiers possesseurs de terrains le long 
de la rivière, et sur le désir exprimé par le seigneur Pierre de 
Fonollet, vicomte d'Ule (i) et lieutenant du roi de Majorque, se 
rendirent sur les lieux où l'on avait placé les bornes et les pieux. 
Après avoir constaté que ces pieux pourraient être facilement 
emportés, ce qui pourrait être à l'avenir la cause de fréquents pro- 
cès et de contestations au sujet de la plus ou moins grande lar- 
geur du lit de la rivière, tous décidèrent que' l'on fît disparaître 
le jardin de Guilhem Cogombre, jardinier de Perpignan, dont les 
terres étaient comprises dans cette portion de tuf, de façon à ce 
que le lit de la rivière soit définitivement fixé à soixante cannes de 
Montpellier. 

(j ) Pierre de Fenouillet avait été le premier vicomte d'Ule, en i 3 1 5. Ct 
fut Sanche, roi de Majorque, qui érigea cette vicomte. C'était le père d'An- 
dré de Fenouillet, vicomte de Canet, dont j'ai transcrit l'acte de vente 
important concernant les tenures sises au terroir de Castel Roussillon 
(5 mars 1 357). 



- ai - 

Les dits commissaires décidèrent également qu'une ligne droite 
devait partir, invariablement, de ce tuf jusqu'au colombier d'En 
Vernet, en conservant toujours une largeur de 60 cannes d'une rive 
à l'autre, espace dans lequel il était interdit de planter quoi que 
ce soit. On chargea François d'Orles et Raymond Seguer, jar- 
diniers, de faire ce bornage dans les terrains ci-dessus men- 
tionnés. 

(% suivre) Henry Aragon. 

Quelques noms de plantes # synonymes 

Catalans-Français # Français-Catalans 

<fe$3^ (SUITE) 

H 

iiaricot- — mongeta, fasol, bajoca. 

hellébore. — voir ellébore. 

hépatique- — herba del fetge, ranuncle blanca, buixol. 

herniaire. — granalluda, cent en granes, herba turca, herba de 

la pedra. 
herse. — voir tribule. 

hêtre. — faig. 

hièble. — ebol, ebul, carnosa. Voir aussi sureau. 

houblon. — vidaula, vidaura, esparguls, llupol, lupo), cervesa, 

piragues. 
h0UX. — grèvol, boix-grèvol, agrifoli. 

» petit. — galzeran, gatzeram, gallarà, boix mascle, brusca, 

mata-aranyes. 

hysope. — hisop. 

I 

if. — teix. 

immortelle. — perpetuina, sempreviva. 
impératoire. — herba de Santa-Catarina. 
inule. — ull de cavall, herba de l'ala. 
iris. — bruyol, lliri blau. 



— iî8 — 

iris faux-acore. — Hiri groc, contell groc, ribaner. 
ÎVette. — iva, mirambeil, hcrba flatera. 
ivraie. — jull, zizania, margall. 



jasmitl- — jassemi, gessami, llessami, englantina. 
jonc — jonc, aldisia. 
jonse — voir souchet. 
joubarbe. — mai-morrà. 
jujubier. — ginjoler, arbre de vida. 

jusquiame. — velesa, mata-gallines, herba caxalera, herba quei 
xalera, herba de la ira, herba de era. 



laiterOU. — lletissô, Uetsô, llacsô, herba lletera, Ueterola. 
laitue. — lletuga, enciam. 
lampourde. — herba a très claus. 
larmes de Job. — mariera. 
laurier. — llorer, bacalia. 

» Cerise. — llorer real, llorer cirerer. 

». rose. — baladre. 

» tifl. — llorer bort, marfull. 

lavande aspic. — aspit, barballô, espigol. 

> Stœchas. — timossa, tomani, tomanyi, cardigases, 

caps de borro. 
lenticule. — voir lentille d'eau. 
lentille. — llentia, nantilla. 

> d'eau. — ballarida. 

lentisque. — Uentiscle, Uentrisca, festuc, cornicabra, mata de 

cabrit, mata, llampadona. Voir aussi genêt lentisque. 
liège. — voir chêne-liège. 
lierre. — elra, eura, edra, cendrosa. 

lilas- — lilà. 
lin. — Hi. 

lis. — Hiri, llir. 

> martagOU. — Hiri morat, marcoris, marcolic. 
liseron. — campanetes, vermellons, fanalets, enredadora, corret-' 

jola, corritxola. 
lunaire. — pecetes, herba de la plata. 
lunetière. — herba de les llunetes. 
lupins. — llovins, Uohissos, tramussos. 

luzerne. — auzerda, aufals, alfals, melgô, melga, meuca, rasçlet. 
lyCOperdon. — pet de Hop, lluFa. (M suivra 

Le Gérant, COMET. — Imprimerie Catalane, COMET, rue de la Poste, Perpignan 



13" Année. N 152 15 Juin 1919 

Les Manuscrits non insères ^^ » , — v«r 4 ■ ^ 

ne sont oas rendu». M^ta mT« ^» I mT» 

Les Articles oarus aans la Revue M "* J^ ^B^ /V I /% iWl M>é 

n'engagent que ieurs auteurs. f %^AA A *TL A^<ftjLX^ JL»/ 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. — Cotisation : 10 fr. par an 

LE PROBLÈME 

de la Renaissance universitaire 

à Perpignan 

D'après les échos qui en sont à tous déjà parvenus, l'idée d'une 
renaissance de notre antique Université perpignanaise a été très 
favorablement accueillie dans les milieux intellectuels roussillon- 
nais. Au lendemain même de la parution à la 7{evue Catalane de 
mon modeste article sur ce projet, M. le chanoine Joseph Bona- 
font, curé-doyen d'Ille-sur-Tet, le très compétent Majorai des 
Félibres roussillonnais, m'écrivit, tout le premier, son enthou- 
siaste et entière adhésion, tandis que, peu après, paraissait dans 
la même J^evue une lettre, également approbative, d'un des non 
moins autorisés de nos compatriotes, M. Joseph Calmette, profes- 
seur à la Faculté des Lettres de Toulouse. Ce document de tout 
premier ordre, émanant très spontanément d'un si haut talent et 
d'un si distingué technicien des Universités, parut être à plusieurs 
comme la première pierre posée à la restauration de la future 
Aiwa mater roussillonnaise. 11 enthousiasma les fervents et ranima 
les timorés. Notre excellent périodique régional, L'Eclair de 
Montpellier, le publiait aussitôt intégralement dans ses colonnes. 
La revue catalaniste de Perpignan, Monlanyes T^egalades, lui don- 
nait récemment son entière adhésion par la voix de son directeur. 
Enfin, la Semaine T(eligteuse, qui est le miroir fidèle de la pensée 
de notre évêque diocésain, Monseigneur de Carsalade du Pont, 
— somme toute l'insigne promoteur, depuis quatre lustres, de 
la Renaissance Catalane en Roussiilon, et dont une plume on 



- ,3o — 

ne peut plus érudite de la capitale m'écrivait naguère que 
nous avions en lui « un historien, un prélat éminent», ce que 
tout roussillonnais n'ignorait point déjà, — lui octroyait, en ter- 
mes laudatifs, sa consécration on ne peu^t plus autorisée. De tels 
encouragements ne doivent pas être dédaignés. Us prouvent que 
l'entreprise ne saurait être considérée comme une utopie. Si l'on 
veut réellement assurer à notre petite patrie un renouveau de 
bien-être intellectuel, moral, industriel et commercial, on ne 
saurait assez faire pour accréditer, auprès des masses populaires 
autant qu'auprès des professionnels de l'étude, la possibilité et 
les immenses avantages d'une telle œuvre. Quand les hautes com- 
pétences et les « techniciens de nos modernes Universités » 
s'évertuent à nous en assurer le succès, eu égard aux modalités que 
les mœurs actuelles seraient susceptibles de lui faire subir, on- ne 
peut pas hésiter à mettre au service d'une si belle cause les 
meilleures volontés et les crédits indispensables. 

De cette possibilité on se convaincra d'autant plus que, préci- 
sément dans une nouvelle lettre, à moi directement adressée 
depuis peu, — sur demande de renseignements complémentaires, 
— M. Calmette répond par avance aux quelques objections que 
certains pessimistes seraient portés à soulever contre le projet en 
question. 

Tant est grande l'autorité qui s'attache au moindre des écrits 
de l'éminent professeur universitaire de Toulouse, que je ne puis 
me défendre des pressantes invitations qui me sollicitent de livrer 
à la publicité cette importante lettre, malgré qu'elle n'y fut point 
intentionnellement destinée. 

Toulouse, le 28 avril 1919. 
Monsieur l'Abbé et cher Confrère, 
Je réponds sans retard à votre aimable lettre, désirant me mettre entière- 
ment à la disposition de tous ceux qui veulent donner une réalité aux idées 
lancées par vous et précisées par moi. 

Une enquête peut avoir son intérêt, surtout pour saisir le public ; mais 
l'essentiel est de constituer le Comité d'initiative dont j'ai parlé et qui, réu- 
nissant les bonnes volontés, doit être l'armature de la réalisation. En adhé- 
rant au Comité, les intellectuels auxquels vous faites allusion répondraient 



— i 3 1 — 

par le fait même à l'enquête et leur avis développe ne pourrait que toucher 
aux modalités. On peut réussir sans l'enquête, mais non sans le Comité. 

Celui-ci peut se former d'abord d'un petit noyau de personnalités variées, 
— telles que celles que vous me nommez, — autour desquelles saggrège- 
ront ensuite celles qui, jugées nécessaires et sollicitées de se joindre, accep- 
teront cette sorte de patronage de l'entreprise. 

C'est une fois ce premier pas accompli qu'on pourra songer aux mesures 
à prendre et aux moyens à adopter. 

Personnellement, je suis tout prêt à répondre aux questions qui pour- 
raient mètre posées et à jouer le rôle d'une sorte de « Conseil technique » 
du Comité, étant professionnellement, je crois bien, le mieux placé pour 
apercevoir la solution lorsqu'un problème surgirait. 

Le local, comme vous le dites, serait assez facile à trouver, et comme vous, 
j'aurais un faible pour la traditionnelle Université qui garde, dans l'onomas- 
tique locale, le souvenir de ce qu'il s'agit de ressusciter, en la transposant 
bien entendu suivant la donnée contemporaine. 

Un point important sera le problème financier, sans la solution duquel 
aucun autre ne serait à envisager et qu'il faut bien placer à son plan. Il y 
aurait un minimum de ressource» à prévoir hors desquelles rien ne naîtrait 
qui fut viable. Mais j'ai la conviction que ce minimum est à portée et qu'on 
ne sera pas arrêté par une telle considération. D'autres villes ont des Ecoles 
de Médecine qu'elles entretiennent et qui représentent des frais sans com- 
paraison aucune avec la dotation qu'il faudrait à l'Université perpignanaise 
dans le cadre où nous la concevons. 

Si les choses en arrivent à la phase du positif, je n'hésiterai pas, malgré 
mes très pressantes et absorbantes occupations actuelles, à venir passer une 
journée à Perpignan pour examiner, avec les tenants de la fondation proje- 
tée, les éléments primordiaux dont il y aurait lieu de faire état. 

Croyez, Monsieur l'Abbé et cher Confrère, à l'assurance de mes senti- 
ments très cordiaux et dévoués. 

Joseph Calmette. 

<&>&> 

Il me paraît utile de rappeler ici, ne serait-ce que pour 
mémoire plus fidèle au passé, la JMotice historique sur le rétablisse- 
ment de l'Université de Perpignan sous la domination française, que, 
en j85j, publia l'érudit archiviste des Pvrénées-Orientales, 
M. Morer(j), afin d'en dégager quelques enseignements fort uti- 
les a la solution du problème qui nous préoccupe. L'histoire est 
un perpétuel recommencement de calamités et d'héroïsme de 
toute sorte. L'époque que nous vivons a un tel rapprochement 

( i ) Cf. Bulletin de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées- 
Orientales, VU 1' vol. . I 85 I , pp. 201 200. 



- i3a — 

avec celle que traversèrent, vers 1659, les tenants de la restaura- 
tion universitaire en Roussillon, que, aux mêmes maux on peut 
encore opposer les mêmes remèdes et aux mêmes difficultés les 
mêmes moyens de succès. 

« Le Roussillon, — dit la charte de fondation de l'Université 
de Perpignan (i), — est remarquable non seulement par la ferti- 
lité du sol, mais aussi par les hommes de mérite qu'il produit ». 
Notre pays, en effet, à l'égal de celui de l'Ariège, « ne produit 
pas seulement du fer, mais des hommes». 11 en est aujourd'hui 
comme il en fut dans tous les temps. 

Les guerres franco-espagnoles qui, au xvn' siècle, de 1640 sur- 
tout à 1659, avaient ravagé notre Roussillon et finalement abou- 
tirent à l'annexion diplomatique de notre province à la France, 
par le traité des Pyrénées, 1659, avaient tellement mis la pertur- 
bation dans toute notre contrée, que le goût des sciences et des 
lettres avait presque entièrement disparu. « Les esprits, inces- 
samment préoccupés de luttes sanglantes qui mettaient en ques- 
tion la fortune et l'avenir de leur pays, oubliaient dans le bruit 
des armes les beaux-arts, enfants de la paix. Le peuple, ruiné et 
forcé de se battre, n'avait plus le temps de se livrer à l'étude ; 
et les hommes d'élite se retiraient bien loin du tumulte, ou cher- 
chaient dans l'enceinte du cloître le calme nécessaire à leur 
bonheur et à leurs travaux. 

« Après l'occupation, la France devait surmonter de grands 
obstacles pour ramener à elle l'esprit des habitants ; car il ne. 
faudrait pas croire, par une vaine illusion, que, dès les commen- 
cements, les Roussillonnais aient embrassé avec ardeur la cause 
des Français : ils restaient toujours Catalans au fond du coeur, et 
vaincus, mais non soumis, leurs secrètes pensées étaient pour l'an- 
cien gouvernement... Ce n'est que peu à peu, et lorsque les usa- 
ges et les moeurs de la nouvelle patrie s'implantaient par le con- 
tact au cœur du Roussillon, que la France put être assurée de 
posséder réellement cette province. 

« Pour hâter cet heureux résultat, le moyen le plus simple 
était de rétablir l'Université et de familiariser ainsi le peuple, 

(1) L'Université de Perpignan avait été canoniquement érigée, à la prière 
du roi d'Aragon, par l'antipape d'Avignon, Clément VU, en 1379, puis 
reconnue par les papes légitimes. 



— .33 - 

par l'enseignement, à une nouvelle langue. Louis XIV le comprit ; 
et, peu de temps après la conquête, il ordonna aux consuls de la 
très fidèle ville de Perpignan, et autres villes de la Province, d'es- 
tablir des écoîles royales en chiscune des diites villes pour apprendre 
aux enfants la langue françoise, la doctrine chrestienne, à lire et à 
écrire. Cet enseignement devait être gratuit ; et c'était aux villes 
et communautés à pourvoir au logement et au salaire des profes- 
seurs. 

« L'Université fut en même temps réorganisée pour les hautes 
études. On y enseignait la philosophie, la théologie, le droit 
canon, le droit civil et la médecine. On y ajouta successivement 
plusieurs autres cnaires. 

Les revenus annuels de l'Université ne dépassaient pas 
3ooo livres ou 9000 fr. de notre monnaie d'avant-guerre, et les 
appointements des professeurs 200 livres ou 600 francs de notre 
monnaie d'avant-guerre. Au reste, les exigences de ces maîtres 
ne s'élevaient pas plus haut que leurs besoins, tout étant relatif à 
une époque où chacun savait se constituer dans son logis une 
« médiocrité dorée ». Aussi bien est-il particulièrement instructif 
de signaler ici, avec M. Morer, « le noble désintéressement de 
l'homme savant et dévoué à son pays, de ce recteur qui, en 1743, 
parlant en son nom et au nom de tous les professeurs, disait au 
ministre de Louis XV : « Je ne vous demande rien, ni pour moi, ni 
pour les professeurs : nous serons contents, pourvu que nous ayons un 
bâtiment convenable pour y faire nos exercices littéraires, et que nous 
puissions voir notre Université rétablie. » Ce recteur, que M. Morer 
ne nomme pas, est sans nul doute Pierre Garriga, qui exerçait les 
fonctions de rectorat, en 1739, et dont le successeur, en 1750, 
fut Joseph de Gaffard (1). 

L'Université était alors en effet dans une situation précaire. 
Comme on avait installé dans ses locaux — rue Petile-de-la-Monnaie 
actuelle — l'Hôtel des Monnaies, les professeurs n'eurent pour 
y faire leurs classes qu'une maison sombre, humide et insuffisante ; 
force fut aux professeurs de droit de demander asile à l'Hôtel 
de Ville pour leurs cours ; la classe de médecine fut même sup- 
primée, faute de local. 

( 1) Livre det quatre claus, ms., liste des recteurs ; Bibliothèque de la Ville 
de Perpignan. 



- ,3 4 - 

Ce pénible état de choses traîna en durée. Ce que ne purent 
faire des Roussillonnais, par manque de ressources, d'initiative ou 
bonne volonté, il fut donné à un illustre étranger de le réaliser. 
Cet homme de haut talent et de haut crédit auprès des pouvoirs 
publics fut le Maréchal Comte de Mailly, que le gouvernement 
de Louis XV avait envoyé à Perpignan, en 1749, comme gouver- 
neur particulier du Roussillon, tandis que le Comte de Noailles 
en était gouverneur général, lui aussi très dévoué à la cause de 
l'Université. 

De bonne heure, le Comte de Mailly s'était identifié avec les 
intérêts du pays, il en comprit les besoins et le caractère très 
attachant. « Toujours actif et vigilant comme un père, pour tout 
ce qui concernait le Roussillon, il intercéda : grâce à cette puis- 
sante intervention, l'Université fut entièrement reconstituée », à 
l'endroit même où se trouvent aujourd'hui le Musée et la biblio- 
thèque de la Ville. 

La pose de la première pierre eut lieu le 27 juin 1760 et la 
bénédiction solennelle, par Mgr de Gouy d'Avrincourt, chan- 
celier-né de l'Université, le 10 janvier 1763. 

Les anciennes Facultés : 1° de Théologie (Ecriture sainte, dogme 
et morale) ; 2' de Droit (romain, français, droit canon et civil) ; 
3° de Philosophie ou des Arts; 4° de Médecine (chirurgie, médecine) 
reprirent leurs classes avec un renouveau d'entrain. On y ajouta 
même un Muséum d'histoire naturelle, un jardin des plantes, 
des cours de botanique, de physique, de chimie, de mathémati- 
ques, un cours gratuit d'accouchement pour les sage-femmes. 

Toutes les classes de ia société rivalisèrent de zèle pour le bon 
fonctionnement de l'oeuvre. Grâce aux générosités du roi, de 
l'évêque diocésain, de la municipalité, du comte de Maill-y, du 
comte de Noailles et d'autres nombreuses personnalités, ecclé- 
siastiques et laïques, dont certaines archives testamentaires nous 
ont conservé les noms, les revenus annuels de l'Université montè- 
rent, dès 1759, de 3ooo livres à 24.000, c'est-à-dire à j 20.000 fr. 
environ de notre monnaie d'après-guerre. Le traitement des pro- 
fesseurs s'éleva lui aussi de 3oo livres à 5oo et même à 1000, 
c'est-à-dire à 5ooo fr. environ de notre monnaie actuelle (d'après- 
guerre). Encore faut-il remarquer que, pour augmenter leurs 
honoraires, ces professeurs pouvaient cumuler avec d'autres trai- 



- i35 - 

tements ; c'est ainsi que les ecclésiastiques étaient en même temps 
ou chanoines, ou simples feenéficiers, et jouissaient de ce fait 
d'une double prébende. Les laïques, professeurs de droit, de 
médecine et de chirurgie, exerçaient, d'un cours à l'autre, leur 
métier respectif en ville ; leur renommée d'universitaires ne fai- 
sait qu'y augmenter d'autant le nombre de leurs clients et le chif- 
fre de leurs revenus. Les professeurs de sciences faisaient mar- 
cher de pair leurs classes du collège avec leurs cours de l'Univer- 
sité. Par où l'on voit quelle pourrait être aujourd'hui la marche à 
suivre, soit pour le recrutement des professeurs, soit pour l'éta- 
blissement de leurs moyens d'existence, dans la nouvelle Univer- 
sité dont rêvent les amis du Roussillon. 

Quant au chiffre des élèves, il se maintint, comme par le passé, 
entre 3oo et 400, de 1759 à 1789. Us se recrutaient non seule- 
ment en Roussillon, mais encore en Catalogne espagnole et dans 
tout ie Midi français, tant était universelle la bonne renommée 
de leurs professeurs. 

Une si bienfaisante et si utile institution ne devait point survi- 
vre, hélas ! à la révolution de 89. S'il est vrai qu'elle fut rem- 
placée par d'autres « qui ont produit d'immenses résultats », il 
faut convenir cependant, avec M. Morer, <i que sous le rapport 
scientifique et littéraire, nos pertes ne sont pas encore toutes répa- 
rées. Autrefois, les enfants, après avoir reçu une instruction gra- 
tuite au milieu de leurs familles, pouvaient encore, au sortir de 
leurs premières études, embrasser la carrière libérale la plus 
convenable à leurs goûts et à leur capacité ». Us y étaient d'ail- 
leurs admis à peu de frais, et, quand ils étaient indigents, gratui- 
tement. « Des professeurs habiles et presque fous nés dans le pays 
se livraient avec succès à l'enseignement, et toutes les branches 
des sciences avaient un interprète. Aussi ce vide a-t-il été vive- 
ment senti ! » Sans doute, — ajouterai-je, en suivant la pensée de 
M. Morer, — malgré la disparition de notre Université, il y 
eut, — il y a encore de nos jours, — chez nous, des hommes 
éminents, voués de coeur à la prospérité du pays, travaillant sans 
relâche au perfectionnement de l'industrie, à l'agrandissement 
du domaine intellectuel et civilisateur. Par leurs talents, par leur 



— i 36 — - 

zèle, par l'opiniâtreté de leurs efforts, ils ont prouvé que la 
science et l'amour du progrès avaient trouvé en eux de dignes 
représentants, susceptibles de soutenir la comparaison avec l'élite 
intellectuelle des autres provinces françaises. 

Par ailleurs, si l'on pouvait aujourd'hui douter de la générosité 
des Roussillonnais à l'égard de la future Université dont, au fond 
du cœur, ils souhaitent certainement tous la renaissance, il n'y 
aurait qu'à se ressouvenir des largesses immenses que, au cours 
des deux derniers siècles, leur pays a prodiguées au bénéfice 
d'ceuvres humanitaires, industrielles, sociales ou autres, multiples 
et grandioses, soit dans la vaste étendue du département, soit au 
centre de son chef-lieu. Ces dons et ces charités de toute sorte 
proclament de la manière la plus éloquente, par eux-mêmes, et le 
génie de la race, et la fécondité de la terre catalane, et l'inlassa- 
ble générosité de ses valeureux fils. 11 ne saurait venir en pensée 
à quiconque les a vus et admirés de près, de méconnaître non 
plus l'héroïsme des catalans du Roussillon, au cours de ces 
quatre dernières années de guerre, sur les champs de bataille où 
le devoir les appela. Pas davantage, on ne peut fermer les yeux 
sur les merveilles accomplies, durant ces années terribles, par la 
charité roussillonnaise en faveur de la patrie et de ses héros. 
Bien osé serait-on à prétendre dresser le bilan minutieux des 
millions catalans qui, amoureusement, anonymement parfois, se 
sont penchés sur les infortunes, innombrables et cruelles, que 
créèrent ces tragiques événements. Autant vaut aussi renoncer au 
dénombrement des multiples miracles de charité pieuse, dont les 
murs et les églises, tant du Roussillon que des pays dévastés, 
porteront à tout jamais l'empreinte, -sans préjudice des villages- 
martyrs adoptés par elle. 

C'est justement dans cet envol sublime de tous les cœurs rous- 
sillonnais vers un si haut idéal, charitable et patriotique, qu'il 
sied en définitive de fonder les plus fermes espérances pour l'heu- 
reuse restauration de l'antique Université perpignanaise. Le passé 
et le présent sont le plus sûr garant du succès à venir, dans le 
plus troublant des problèmes qui puisse surgir, en ce moment, 
celui de la question financière, comme on le devine. 11 ne s'agit, 
avant tout, que de se mettre à l'œuvre avec confiance, sans retard, 
par l'organisation préalable d'un Comité a" initiative, ainsi que nous 



- ,3 7 - 

y convie le professeur Calmette. Nu) autre que lui-même n'en 
saurait être la cheville ouvrière. A tous les amis, à tous les 
enfants de la petite patrie de se mettre maintenant sur les rangs 
et de répondre a l'appel d'un tel « maître ». 

Jean Sarrète. 



El Ram nuvial 

A na J^enée Llech. 

Avui, tothom te mira al cantô del carrer, 

i sota el lladoner murmureja la vella : 

Que es guapa, angel del cel ! La Verge del Roser 

passa amb el manto estes. Quina flor de donzella ! 

L'angel agenollat, bressolant à la ma 
l'encenser cisellat i de plata anunciava 
l'hora plena de gracia, i l'has vist â l'altar, 
aquell angel daurat i la Verge tant blava. 

Desitjaria aixis que tingués el meu cant 

una virtut de prometençes misterioses ; 

6 bé me veurâs tû, si no pue reixer â tant, 

escampillar à tos peus un fresc eixâm de roses. 

I ara doncs vetaqui mon primer ramellet ; 
com una neu es blanc â Nadal esbandida ; 
l'he escapçat en l'honor de l'abundosa llet 
que ens feia regalar una mateixa dida. 

A la dida, ja i tal ! li plau un ta! record ; 
i te somnia encar, menuda i primadeta, 
quan penjava al bressol la cirera de l'hort 
envermellida, que arrapava ta maneta. 

Tôt aquell bonic temps no l'ha pas descuidat ; 
i avui, prou presumida amb sa cofa planxada, 
té â la vora en Tia, son home, cap-al^at, 
valent, dret com un fus, content de sa llaurada. 



— .38 — 

Eli es l'exemple ferm del brau treballador 
que va conjuminant les cullites segures ; 
ella, amb son ampla teta i plena de saô, 
ni un sol dia ha parât de criar criatures. 

1 lo que en die, ja ho se, no s'ho pendràn per mal, 
que sempre ens han mirât com la propria mainada ; 
i tu els-hi tornarâs, amb complaença igual, 
en honor de la llet una rosa nevada. 

La llet es lo primer que te cal desitjar 
pel nodriment d'infants, corona de la dona, 
i la dida ho veurâs que un dia te dura 
les ametlles que fan la llet mes fina i bona. 

Un segôn ramellet encare t'he lligat, 

als marges corbeirancs ; i es tôt de satalies, 

per que no oblidis mai, Nuvia, en ton nou estât, 

que en els mateixos rams altre temps les cullies. 

Esbraven dolçament un baume enyoradiç ; 
neixen en els roquers, tôt entorn de Corbera, 
i pinten coma aval! un troc de paradis, 
i pujen pels graons de Ilosa à Graolera. 

Se repenjen damunt l'aigua de Sant Juliâ, 
quan floreixen oiius i riuen cogullades ; 
i a Corbera de Dalt tôt enrunat n'hi hâ 

demét de! pedruscall de les cases nafrades. 

Quan corries pels cims i els aires, sens' afanys, 
morena, blanc-vestida, i la trena desfeta, 
amb tota la bondat de la claror dels anys, 
engalanaven el teu ces, oh minyoneta ! 

Aixis guardis tôt temps l'amor del teu pais, 
l'humilitat, la senzillesa i l'alegria ; 
i si algûn fill t'endressa el seu primer somriç, 
que floreixi, tôt nu, com una satalia ! 



- ,3 9 - 

Oh Nuvia, res no val aquêt clôt muntanyés, 
l'ombrivola ciureda al cami de Corbera, 
el castell que estén l'ombra en la penya. Mai mes 
ho dcscuidis, si vas en terra forastera. 

En tos somnis veurâs Sant Maurici enclotat, 
sa terrada en planiol i la font rubillosa, 
el corriol esquerp que va â la Trinitat, 
i l'iglesia d'amunt daurada i silenciosa. 

A l'iglesia d'amunt, ont resaven avans, 

arrimats â l'altar, tos avis i mos avis, 

un dia t'hi veurém, rodejada d'infants, 

que de pensar en els vells els tornarâ mes savis. 

Ensenya-els sobretot nostra llengua pairal !, 
que la fassin rajar dels llavis, fresca i neta, 
que sapigan llegir mon aire nuvial. 
] aixô, mira-t'hi prou, qu'es mon vot de poeta. 

Doncs, ara he prou parlât. No era tant sols per mi, 
que la dida amb ma veu te feia enraonfa. 
Tôt el senzill Corbera avui t'ha volgut dir 
sa primitiva i embalsemada poesia. 

Mes no t'he fet flairar tôt el ram. Tant se val ! 
El mes bonic sancneja amb la rosa pororada ; 
ja la sabra triar dins l'ombra nuvial 
el teu mestre i senyor al qui t'haurâs lligada. 

Joseph-S- Pons. 
Maig 1919. 




DOCUMENTS HISTORIQUES 

sur la Ville de Perpignan 

<^^ SUITE) 

Le huit des calendes de juin de la même année, les nommés 
François d'Orles et Raymond Seguer, en vertu du mandat qu'ils 
avaient reçu des dits délégués, se rendirent au jardin de Martin 
de Morella, où ils placèrent le long de ce terrain une borne en 
pierre, distante de trois cannes et demie de Montpellier d'un cer- 
tain pieu placé sur le bord de la dite rivière. Cette borne en 
pierre fut scellée dans le jardin même du dit Martin à une dis- 
tance d'une canne de Montpellier. 

De là, les délégués allèrent au chemin qui était attenant au 
jardin de Raymond d'Orles, où l'on avait déjà placé une borne 
en pierre, distante du lit de la rivière de quatre cannes de Mont- 
pellier. 

Après avoir vérifié l'emplacement de la borne située sur la 
limite du bien-fonds de Bernard Pollestres, mercier de Perpi- 
gnan, on mesura la distance qui existait entre le franc-bord de la 
rivière et la dite borne, qui se trouvait être à une distance de 
trois cannes. 

On prit également les distances des bornes placées le long des 
biens de Raymond Sera et Jacques Narbonès, jardiniers, évaluées 
à trois cannes de Montpellier. Sur les terrains de Jacques Narbo- 
nès et d'En Arnat, la distance était de cinq cannes; sur les biens 
de Pierre Raymond et- de Guilhem André, la distance était de 
trois cannes. La borne qui séparait les biens de Guilhem André 
et de l'Hôpital des pauvres de la ville de Perpignan était distante 
du lit de la rivière de huit cannes et demie ; celle qui séparait le 
bien de Pierre Mir et du dit Hôpital était distante du lit de dix- 
sept cannes. 

Les bornes de Pierre Guasch et Pierre Mora, jardiniers, étaient 
distantes du lit de la rivière de 20 cannes ; celles de Pierre Ray- 
mond et de la veuve Jeanne Gil étaient distantes de 19 cannes 
de Montpellier. 



— 1 4 1 - 

Les biens de Guilhem Maso, de la famille du roi de Majorque 
et Jean d'Aldiard, négociant de Perpignan, se trouvaient à une 
distance de onze cannes. 

Le bornage une fois terminé, tous les clavarii de Perpignan, 
ainsi que les jardiniers Jean Aicard, Pierre Raymond, Pierre 
Guasch, Pierre Mora et tous les propriétaires riverains de la 
Tet prièrent le juge de rédiger un acte relatif à cet accord et 
d'en délivrer un à chaque intéressé. 

Cet acte fut rédigé par Bernard Brandi, en présence des 
témoins Jacques Vaquer, de Bason, Guilhem Olibe, roulier, 
Pierre Boule de Saint-Estève, Arnald Magench, boucher, Ber- 
nard Brandi, scribe, et Bérenger Jean, nonce de la curie du bayle 
de Perpignan. 

L'acte fut souscrit par Bernard de Lillet, scribe de la curie du 
bayle de Perpignan, qui, à la requête des parties contractantes, a 
apposé son seing manuel. 

A la suite de ce document, d'une écriture postérieure d'un siè- 
cle environ, on désigne en catalan toutes les propriétés qui furent 
délimitées à cette époque. 

En aquesta carta son nomanades les possessions que lavores 
foren termanades e en aquelles posades pedres biaves, et quantes 
canes deu haver de les dites pedres fins al terma de les lx canes 
del lit de la Tet en la orta de Mayoles (i). 

4. — Remise faite par Raymond Serda, jurisconsulte, lieute- 
nant du Procureur Royal, aux deux « ouvriers » de l'alignement 
de la Tet, de tout le droit appartenant au Roi sur l'ancien et sur 
le nouveau lit de cette rivière, moyennant quatre cents florins 
Aragonais. 

1Q mars 1 378 (1) 

(Remissio fêta per lo Lochtinent de Procurador Reyal del lit 
de la Tet veyll e novell.) 

Suivant l'acte dressé a Perpignan, le 20, décembre 1378, et 

( 1 1 Archives des Pyr.-Or., B. 276, f"' 173-174. 

(2) Le document en latin est intégralement reproduit a lu fin de cette 
étude, a la suite des autres pièces justificatives : appendice xxvii, $ 4. Arch. 
des Pyr.-Or., B. 376, f' 174. 



— i 4 2 — 

reçu par André Romei, notaire public de Perpignan, Raymond 
Serda, avocat de Perpignan, lieutenant de Bérenger de Maga- 
role, procureur royal dans les Comtés de Roussillon et de Cer- 
dagne, fit la remise de tout le droit appartenant au Roi sur le 
nouveau et sur l'ancien lit de la rivière à Jean Magench et 
Guilhem Vidal, qui avaient procédé à l'alignement du fleuve de 
la Tel, au nom de tous les propriétaires des terrains situés dans 
la Salanque, en Roussillon, du côté du château de Bompas, qui 
possédaient des biens fonds, des cens et honneurs dans la dite 
Salanque. 

Le dit Serda reconnaît avoir reçu, des dits ouvriers ci-dessus 
désignés, une somme de 400 florins d'or aragonais, dont cent flo- 
rins ont été payés comptant, et le solde, soit trois cents florins, 
ont été déposés et devront être payés par les diverses personnes 
qui devaient contribuer aux différents travaux. 

Après avoir approuvé et confirmé la dite transaction, relative 
au nouveau tracé de la rivière, faite par le chevalier Raymond de 
Périllos, Gouverneur des dits Comtés de Roussillon et de Cerda- 
gne, le dit Raymond Serda déclare réserver les droits du Roi 
intégralement. 

L'acte fut passé à Perpignan, le 19 mars 1378 (année de la 
Nativité), et approuvé par Raymond Serda qui l'a signé, en pré- 
sence des témoins Bernard Oltzina, bayle de Prade, Raymond 
Girone, avocat, et François Blanquet, notaire (1). 

(^ suivre) Henry Aragon. 

(1) Arch. des Pyr.-Or., B. 276, P 174. 

Renaissance 

Au grand poète catala J.-Sebastia Pons. 

D'autres avaient sculpté les cueilleuses d'olives 

Aux profils sarrasins, 
Les vignerons velus, fumants de pourpres vives. 

Qui foulaient des raisins ; 



- , 4 3 - 

Le pâtre de montagne en son manteau de bure 

Et, dans l'air qui brûlait, 
Le muletier chargeant des blocs de neige pure 

Au dos de son mulet. 

Us avaient, dans le bois, tailJé de sombres Vierges, 

Des Christ au dur dessin, 
Gémissant, pieds cloués, sous les flammes des cierges, 

Le jour du Jeudi-Saint 

Mais le marbre des vers d'où naissent leurs sculptures 

Sous le ciseau qui mord, 
Comme leur bois vermillonné d'enluminures 

Leur arrivent du Nord. 

Us peignent leur français de couleurs catalanes, 

Quand vous, Sébastia, 
Vous demandez son buis amer à Marquixanes 

Et son marbre à Ria. 

C'est pourquoi votre strophe a ce parfum agreste 

A nul autre pareil 
Et pourquoi votre marbre est si vivant qu'il reste 

Attiédi de soleil. 

Il est rose et veiné comme une chair surprise 

Qu'un dieu pétrifia, 
Et la Nvmphe captive en l'olivette grise 

Renaît, Sébastia, 

Si, d'un arbre tordu fouillant la rude écorce, 

Vous sculptez sans dessein, 
Au gré du bois noueux, la cambrure d'un torse, 

Ou la grâce d'un sein, 

Ainsi, quand vous taillez ces fraîcheurs verdissantes, 

La sève y perle encor, 
Mais nous, les bûcherons des langues vieillissantes, 

Nous coupons du bois mort 

Et, pour vous seulement que la Dryade accueille, 

Refleurit, à l'écart, 
Le renaissant laurier qui ceignit de sa feuille 

Les tempes de Ronsard. 

Henry Muchart. 



Quelques noms de plantes $ synonymes 

Catalans-Français # Français-Catalans 

<^$S^ [SUITE) 

M 

mâche. - — dolceta, benc. 

maïs. — blat d'india, blat de moro, mil) gruà, dacsa. 
marguerite. — margarida, margarideta, margaridoya. 
marjolaine. — majorana, moraduix, marduix. 
marronnier. — castanyer d'india, castanyer bort. 
marrube. — malrubi, malroig, marreus, mata-porcs, col de may- 
natge. 

martagon. — voir lis. 

massette. — boga, bova, balca. 

matricaire. — camamilla borda. 

mauve. — malva. 

mélie. — arbre sant. 

mélilot. — almegô, corona de rei, herba de les abelles. 

» bleu. — herba de ventura. 

mélisse. — voir citronelle. 

melon. — meiô. 

» d'eau. — sindria. 
menthe. — menta, mentorala, rementola, rementerola, herba 
bona, herba sana. 
» COq. — voir tanaisie. 

» Sauvage. — mentastra, mentrasta, menta borda, menta 

de borro. Voir aussi pouliot. 
mercuriale. — morterol, murtarol, malcoratge, tarra, vina-me- 

querrer. 
merisier. — cirerêr. 
micocoulier. — lladoner. 

millepertuis. — trescam, trescames, trescalam, transflorina, pin- 
gell, pericô groc, herba de Sant-Joan. 

millet (petit). — mill. 

> (gros). — voir maïs. 



- » 4 5 - 

molène. — blenera-candeiera, candelera, juvénal. 

momordique. — cogombre boig. 

morelie d0UCe=amère. — solana, moreila de marge. 

morille — mûrgula, rabassoia. 

mouron. — morrellô, picapoll, pic de gallina. 

moutarde. — mostarda. mostassa, mostaga. 

muflier. — badelis, conillets, gos, gingoll. 

mûrier. — morera, amorera. 

muSCUri. — ail de colobra, barralets, calabruxes, viola de pastor. 

myrte. — murtra. 

myrtille. — voir airelle. 

N 

îiard. — nart. 

nasitort. — voir cresson alénois. 

navet. — nap. 

néflier. — nespler, nesprer. 

népète. — herba dels g?ts, nepta. 

nerprun. — aladern, lladern, acader, ivreta, trauca-perols, grana 

d'Avinyô. 
niella. — nielle. 
nigelle. — aranyes. 
noisetier. — avellaner, auran. 
noyer. — noguer (pacana). 

o 

œillet- — clavell, clavelliner. 
Oignon. — ceba. 
Olivier. — oliu, olivera. 

> Sauvage. — ollasrre, ullastre. 

ombellifères. — pampes. 

Ombilic. — barrer de capellà, orella de monja. 

OphryS- — abelles, mosques d'ase. 

Oranger- — taronger. 

OTCanette. — roja marina, raspeta. I 

OrchiS- — pentecosta. 

Orge. — ordi. 

> Sauvage. — voir brome. 



— J46 — 

Origan. — orenga. Voir aussi marjolaine. 

OrmCSU, orme. — olm, om, olmissà, olmisser, aumisser. 

Orobanche. — orobanca, frare, cap de frare, margalida. 

oronge. — oriol. 

Orpin. — crespinell, bona ventura, herba de la cremadura. 
Ortie. — estrigol, ortiga, ortigol, xiripia. 
Oseille. — agrella, agreta. 
OSier. — vim, vimen. 

> Saille. — vimet, sarga, sarguera. 
OSyriS. — ginestola, retrama. [M suivre) 



Desesper 



Pel pis rost 
d'un torrent, 
a sol post 
vaig, gement 
i plorant 
davallant. 



A on vaig i 
Se me'n duu, 
com un raig 
de vent cru, 
l'aspre horror 
del dolor. 






M'ha trait 
mon amor, 
i en la nit 
del meif cor 
xiscla fer 
desesper. 



Vora el tronc 
d'un pi bord, 
que amb un ronc 
llarg i sord 
l'aire bat, 
m'he aturat. 






1 aîli, mut, 
test, fred, groc, 
assegut 
sobre un roc, 
l'alba ha vist 
mon cos trist. 



Joaquim Ruyra. 



«*"'•» 



Llevant de taula 

Nous recevons la T^evista du i" juin 1919 (any V). (Corts Cata- 
lanes, 61 3, Baixos, Barcelona.) — Cette même revue a édité, en 
janvier, un Mlmanac de la 7{evista pour l'année 1919, qui est très 
curieux, qui recueille les diverses directions de la pensée et de 
l'art barcelonais et est illustré de reproductions de tableaux et 
sculptures de l'école moderne ; nous y avons notamment remarqué 
« La Femme Assise », du sculpteur roussillonnais Aristide Maillol. 

♦ 

Dans ce numéro, Ferran Soldevila signale une nouvelle orien- 
tation des études historiques, ce qu'il appelle une « Restauraciô 
de Valors ». Les historiens espagnols, les historiens étrangers à 
leur suite, considéraient la couronne catalano-aragonaise comme 
un royaume sans histoire ; ils en faisaient une « Coronilla de« 
Aragon ». Sur les livres de classe, en auréole autour des cartes 
de la Péninsule, les images des rois primitifs, mais nulle effigie 
du « Conqueridor » ou du « Cérémonies ». Aujourd'hui, et même 
à l'étranger, on donne à l'histoire une orientation plus juste et 
plus sincère. Ferran Soldevila cite : Die Jlùssere Politik Alfcnsus 777 
von Aragonen (Berlin, Leipzig, 1911-12) de Lûdwig Kiiipfel et 
The J^ise of Ihe Spanish Empire (New- York, 1918) de Roger Bige- 
low Merriman, professeur à l'université de Harvard. 11 extrait de 
ce dernier ouvrage une page où sont comparés le génie catalan 
et le génie aragonais. Les catalans sont plus audacieux et plus 
cosmopolites ; les aragonais plus obstinés et conservateurs. F. Sol- 
devila aurait pu justement se souvenir des travaux de l'école fran- 
çaise, de l'œuvre de notre collaborateur Joseph Calmette, pro- 
fesseur à la faculté de Toulouse, et de la Junte Supérieure de 
Catalogne de G. Desdevises du Dézert, doyen de la faculté de 
Clermont-Ferrand (New-York, Paris, 1910.) D. du Dézert établit, 
dans le même esprit, une comparaison entre la Junte aragonaise 
réunie à Teruel en 1809 et la Junte catalane, et il dit : « la Junte 
catalane ne déploie pas tant d'éloquence, elle est plus pratique et 
plus simple et fait sa besogne sans inutile fracas ». 



- 148 — 

Nous reproduisons une notule de cette même T(evista. 

« CAL ESMENTAR — Que à Catalunya han tingut els fran- 
cesos les mes vives, generoses i eficients simpaties d'Espanya, tôt 
el temps de la guerra. 

] a desgrat de la comprensiô catalana, podem veure per vota- 
cions com les del llibre La Hiiéraiure de guerre de Jean Vie, que 
la bibliografia francesa des de l'agost de 1914 a l'agost de 1916 
no ofereix ni una sola donada un xic per damunt de les espanyo- 
lades de Blasco Jbanez i de reciprocitat amb el sentit espiritual 
de Catalunya. » 

Contentons-nous d'observer que cette exacte, attentive et cour- 
toise réciprocité était difficile, surtout de 1914 à 1919. La plu- 
part de nos écrivains étaient au front. Mais nous croyons pouvoir 
annoncer que l'un de nos collaborateurs prépare un ouvrage sur 
l'Espagne et la guerre. Nous espérons que les sympathies de la 
Catalogne y seront mentionnées. 

♦ 

Joaquîm Ruyra nous annonce une nouvelle édition de ses Tulles 
Venlisses. Il publiera incessamment un nouveau recueil de nou- 
velles ; nous lirons avec joie ces pages de l'auteur de Marines y 
'Boscalges, l'un des maîtres de la prose catalane. 

Notre ami Caries Riba, qui a traduit les Eglogues de Virgile, 
nous promet également son Primer Llibre d'Estances. 

♦ 

Nous apprenons que le Docteur Joseph Fallen a été nommé 
« capoulié » par le Consistoire du Félibrige. Nous espérons que 
Je nouveau « capoulié » sera favorable à la cause de notre Main- 
tenance ; Valère Bernard, Je bel artiste que nous aimons tous ici, 
nous écrivait d'ailleurs, le 18 mai J919, à propos de cette même 
Manienenço Telibrenco dou 7{oussihoun : « Es peréu un de mi grand 
desi e sariéu urous de la vèire s'ourganisa souto li darnié jour de 
moun gouvêr » ... « N'en parlarai à noste acamp counsistourian 
de la Santo-Estello que celebraren per Pandecousto à Marsiho. » 
Cette Maintenance pourrait être organisée si elle réunissait 
vingt-cinq adhérents. 

g J.-S. P. 

Le Gérant, COMET. — Imprimerie Catalane, COMET, rue de la Poste, Perpignan 



13' Année. N' 153 15 Juillet 1919 



Les Manuscrits non insères 
ne son: dis rendu*. 



REVUE 

Les Articles Darus dans ia Revue M "* ^^ ^T^ J^L | ^% I^J B^" 

n'engagent que leurs auteurs \/*» A i»J^iH™ A^* 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. — Cotisation : 40 fr. par an 

«>i<S«^c8J^t taTNi.t8J^«K8(^i «^Ni.tS'ïvi. c8fa^. W^S» «SJtnS. <8fa^.<8f>ic8f'»^ <8j^Ni- «j'^i. «r>^ 

LLUM 

Fiat lux ! 

Joguinejant sus la ventalla closa, 
un raig de sol llisca per una escletxa 
y triomfadora en la cambra s'en entra 

sa fletxa d'or. 

Els miralls s'en estranyen, 
mes la claror una anima los torna 
y tota cosa ara sembla renaixer 

a la llum pura. 

Aixî en ton anima, o dolça Catalunya, 
poguès el sol de gloria y de justicia, 
d'un raig sagrat de llum Uibertadora, 

llevar el vel nègre ; 

y aixis ton digne poble 
poguès, de nou, sentir en ses entranyes 
encendre's flama santa y nova vida 

amb eixa aurora. 



Y l'oraciô per l'infinit s'en munta 
de la llum nostra : 

O llum serena y benfactora, 
eterna mare, 
llum creadora, 



— 1 5o — 

jà que '1 mateix sol per tots brilla, 

pels forts y '1s dèbils, 
fes que Uiurament poguem viure 
y morir sus d'aquesta terra, 
o Hum eterna, esguard de dalt, 
y que la nit s'esvanaeixi 

del cor dels homes, 

del cor dels pobles, 
y cayguin totes les cadenes, 

y mori el mal. 
Llum serena, Hum d'idéal, 

ix-nos de l'ombra ! 
♦ 
Que s'esbatani la ventalla, 
de bat a bat que s'obri el cor, 
y que '1 sol inondi la cambra, 
y que la llum nos torni forts, 
y que dels esperits, mes cultes, 
s'en munti l'oraciô d'amor 
a la llum santa, a la llum d'or. 

Llum serena, llum d'idéal, 
ix-nos de l'ombra ! 

Caries Grando. 

Curiositats 

Heusaqui els anys que van viure uns quants escriptors immortels : 
Ariost, l'autor de Orlando furiôs, poeta italiâ, 5o. anys ; Balzac, 
novelista francés, 5) anys ; Boileau, poeta francés, j5 anys; 
Byron, l'autor del Don Joan, poeta angles, 63 anys ; Camoens, de 
Os Lusiades, portugués, en va viure 55 ; Cervantes, 69 ; Corneille, 
trâgic francés, 78 anys ; Dant Alighieri, el gran autor de la 
Divina comedia, italiâ, 56 anys ; Dikens, novelista angles, 58 anys ; 
Gœthe, autor del Tausl, poeta alemany, va viure 83 anys ; 
Petrarca, el cantor de Laura, italiâ, 70 anys ; Shakespeare, l'autor 
de Tiamlel, angles, 52 anys ; Milton, l'autor del Paradis perdui, 66. 






L'article EL ou LO ? 

Le titre de £/ Bon Pedriç a été régulièrement corrigé Lo Bon 
Pedriç par la vaillante revue Montantes T\egalades et le non moins 
vaillant Coq Catalan. Ce souci de purisme ne me déplaît pas. On 
m'apprend donc qu'il existe deux formes de l'articie défini en 
catalan. M. Pierre Vidal, qui aime et qui lit les manuscrits et les 
vieux textes, et dont nous connaissons tous la haute compétence, 
est partisan de cette forme lo. 11 faut reconnaître qu'elle réunit 
presque tous les suffrages en Roussillon. Il n'en est pas de même 
en Catalogne, où la plupart des écrivains, et même les érudits, 
par exemple Miquel y Planas, le fastueux éditeur de nos clas- 
siques, ont adopté la forme el. 



Il est certain que l'article lo, los est la forme normale du vieux 
catalan. 11 est non moins certain que l'article el, els, est la forme 
normale actuelle, chez les écrivains. Que dit le peuple ? La forme 
lo est presque perdue à Barcelone ; elle subsiste en Roussillon 
concurremment avec la forme el ; les majorquins disent es, sa, au 
pluriel es, ses. Mais les poètes des Baléares, partisans de l'unité, 
oublient cette forme insulaire dans leurs poèmes. C'est là d'ail- 
leurs une facile concession, mais encore faut-il la signaler. En Rous- 
sillon, Mossén Caseponce, qui a voulu écrire du langage vivant, 
a adopté la forme el, tout simplement parce qu'il l'entendait 
autour de lui (El Ferrer de Figueras — Els Reis d'Orient — 
Els très Conseils). Si donc i'écrivain roussillonnais veut écrire un 
langage vivant, s'il a le souci des normes actuelles du catalan lit- 
téraire, toutes ses faveurs iront à cette dernière forme. 



Halte-la! Et la Tradition? Et la leçon de nos chroniqueurs? 
Vous voulez attaquer le génie lui-même de la langue ? — Le 
moins du monde ! Mais une langue est un organisme vivant, une 
langue évolue. Vous ne prétendez pas rénover la morphologie du 



— .52 — 

vieux français ? Vous acceptez la morphologie d'Anatole France ? 
Pourquoi donc, lorsque vous écrivez catalan, changez-vous d'opi- 
nion et préférez-vous Ausias March à Joan Maragall ? 



11 est évident que l'article el est plus euphonique que l'article 
lo. L'ancien catalan connaissait d'ailleurs, lui aussi, la forme el : 

e scondudament el Rey de Granada havia endreçat... (j) 

[Cr. Jacme.] 

Mais il l'employait surtout après la conjonction copulative, ou 
après la préposition en [en lo = el] : 

E eh bisbes e els richs homens qui vengueren ab ele, vezren. 

[Cr. Jacme.] 

Parfois même cette conjonction n'était pas indiquée, mais il 
faut reconnaître que el avait encore la valeur de e el : 

Vos pregam per la amor que vos nos devets, el be queus havem feyt, el 
deute que es entre vos e nos. [Cr. Jacme.] 

Cette existence de l'article el dans la chronique de Jacme nous 
prouve que sa généralisation actuelle n'est pas due, comme on le 
craint, à l'influence du castillan. S'il est peut-être possible d'ad- 
mettre que le castillan a favorisé cette généralisation, il faut tou- 
jours observer que el est conforme au génie de la langue catalane, 
qu'il est le résultat normal d'une contraction, qu'il devait fatale- 
ment s'étendre par analogie. 

L'ancien catalan réduisait encore l'article neutre lo après une 
voyelle : 

Fer mes de I possible [Tirant lo blanck.] 

Natura havia fet tôt lo que fer podia, que en res no havia fallit quant al 
gênerai e molt menys en lo particular. [Tirant.] 

Aujourd'hui, dans les deux cas, nous emploierions l'article neu- 
tre lo ; mais les partisans de la tradition inamovible devraient le 
réduire après une voyelle ; je ne crois pas qu'ils se soumettent à 
cette loi. 

(i)Cet exemple et ceux qui suivent sont tirés de la belle grammaire 
catalane de Pompeu Fabra. 



- 1 53 — 

♦ 

En résumé, on respecte aussi bien la tradition en écrivant el 
qu'en écrivant lo. On respecte aussi la naturelle évolution de la 
langue. Enfin, on se soumet à la norme actuelle du catalan litté- 
raire. Certes, nous avons droit à un certain particularisme dans 
la syntaxe, j'en conviens. Et nous nous y soumettons, à ce parti- 
cularisme, afin d'être compris de nos lecteurs, afin d'assurer la 
diffusion de notre langue (i). Nous savons qu'il est des conces- 
sions nécessaires, mais nous connaissons aussi la logique de l'unité. 
Or, cette logique de l'unité, l'exemple du peuple et la tradition 
bien comprise nous indiquent sûrement l'emploi de l'article el. 
D'ailleurs, que l'on emploie l'une ou l'autre de ces deux formes, 
les œuvres d'art seront toujours des œuvres d'art. C'est le privi- 
lège des artistes de s'élever au-dessus de ces discussions gramma- 
ticales, de ne pas confondre la forme et l'essence. 

11 serait regrettable que les catalanistes du Roussillon se sépa- 
rent les uns des autres pour une semblable querelle, pour la forme 
d'un article (el ou lo), l'écriture d'une préposition (amb ou ab), 
ou d'une conjonction (i ou y — pourquoi pas e ?), la suppression 
d'une lettre parasite (h)... 11 me semble que nos idées, notre 
amour de la terre et d'une langue savoureuse et bien construite, 
dominent ces signes et ces conventions orthographiques. 7-a T{evue 
Catalane l'a heureusement ainsi compris. Elle a récemment déclaré 
n'imposer aucun système d'orthographe ; elle demeure ouverte à 
tous nos écrivains. Ainsi, tous ceux qui placent Tes soins de notre 
cause commune au-dessus de querelles d'un ordre différent nous 
comprendront. J.-S. P. 

| i Les partisans de LO par tradition devraient, dans le même esprit, 
toujours postposer le pronom complément. Ils ne le font pas. Pourquoi ? 

Nacionalitat de flors, arbusls i arbres 

El clavell prové d'italia ; el Uiri, de Siria ; la marguerida, de 
Xina ; el tulipàn, d'Assia ; el llorer. de la illa de Crcta ; la rosa 
cornu. d'Europa ; la de cent fuiles. del Càucas ; el narcis, d'italia ; 
la hortensia, de Xina ; l'heliotrop, del Perù ; la sempreviva. de 
Orient ; el jacinto, de Turquia ; la lila, de India ; el mirt, d'Assia ; 
la olivera. de Grecia ; el taronger, de Xina ; cl girassol, del Pcru ; 
la resella. d'Arabia ; el xiprer. de Tartaria ; el geçami. de India ; 
l'acacia, de Berberia. 






DOCUMENTS HISTORIQUES 

sur la Ville de Perpignan 

^^^» (SUITE) 

Procès-verbal de Valïgnemeni du lit de la Tel 

depuis la "Basse jusqu'à Casie!-T(oussillon (i) 

j3 7 8 

5. — Ordinatio fêta sobre la reparacio de) llit de la Tet, del 
cap de la Vassa an avall tirant a la volta de la Salancha. 

Con esperientia nos mostra que lo fluvi del aygua appellada la 
Tet ha trencat de nou en vers les costes de Bajoles e de Castell 
Rosseylo ; per la quai cosa es estât tractât e rahonat moites e 
diverses vegades entre los hereters de la part de vers Bonpas e 
de la Salancha d'una part, e los hereters de la part de les costes 
damunt dites, d'altre, de venir a concordia ; e a fi que la dita 
Tet tenga via dreta vers les parts de Bajoles e de Castell Ros- 
sello, com sia pus profitos que lixar-la axi com esta, ni encare 
mudar-la per altre part ; em per amor d'ayso l'onrat mossen 
Ramon de Perellos, cavalier, governador en los comtats de Ros- 
sello e de Cerdanya per lo molt ait senyor Rey, ab conseil del 
honrat misser P. Comte, assessor seu, qui à hull han vista la dita 
aygua, volents, présents, requirents e consentents les parts d'avall 
scrites, ordona sobre les causes damunt dites e d'aval! scrites, per 
la manera seguent : 

Primo, vol e ordona que aquells devers la Salancha pusquen 
mètre l'aygua de la Tet en esta manera : ço es que del cap de la 
Vassa en dret lo lit de la aygua al cap del ort d'En Boffill vers 
la tremuntana, e d'aqui a dreta linya vers la torra de Castell- 
Rossello dins lo correch qui es devant los albans d'En Perestor- 
tes, a dreta linya xxxx canes de lit entro e dins lo dit correch 
davant los dits albans, e del dit correch entro a la mara veyla, 
fora de la mota de Castell-Rossello, e x canes de bosch de cada 

(i) Je reproduis dans une autre étude la traduction d'une partie de ce 
document, cette traduction se trouvant également dans les archives. 



— i 55 

part per fortalici del dit lit ; e tôt ço que s' pendra per lit de la 
dita aygua e per padincs (?) (i) o fortalici del dit lit, se prena e 
sia estimât en franch aiou. 

Item, que si trench o trenchs, ribella o ribelles se fasien, de 
les quais ho per les quais lo moli d'En P. Macip (2) ho rech 
d'aquell e aquells qui han possessions dins los dechs (?) contenguts 
en lo présent capitol, hagués dampnatge are ho en temps ende- 
venidor, del lavador de Bajoles tro a la volta qui pren lo rech 
dejos lo dit moli, que aquells de la part devers la Salancha sien 
tenguts de pagar les dos parts de la messio que s' faria per ado- 
bar e reparar los dits trench o trenchs, ribella o ribelles, e '1 dit 
moli o els hereters d'aquell la romanent tercera part. 

Item, que atés que En P. Macip hi ha millor causa e major 
que negun altre, e axi matex que pren de présent major damp- 
natge que negun altre, en espéra mes à pendre per ço cor li par- 
tex hom sa possessio, ordona lo dit mossen lo governador que 
aytant com pendràn de les sues possessions als o bones o correchs 
per mètre la dita aygua o lit o padmes (?) que sien scituades axi 
com les millors qui sien dins la estima que s' fara per lo dit lit o 
padmes (?). 

Item, que de les x canes de padmes les quais serân ordonades 
de la part vers les costes e de la part vers la Salancha, aytant 
quant te la possessio o frontera d'En Appia e de son nabot, 
En Catalâ, al dit P. Macip sien donades ad acapte, axi com als 
autres aytantes com voira ni mester n'aura per conservacio del dit 
seu moli. 

Item, que de les dites x canes que seràn per barreres estien e 
hajen à estar tost temps en bosch e assocades del ait de mija cana. 

Item, que les x canes d'ample de cascuna part sien dades novella- 
ment ad acapte en franch alou als frontalers, si pendre ho volien, 
sino ad altres persones, exceptât ço que voira penre en P. Macip ; 
e que ells sien tenguts de tenir les piantades e assocades tost 
temps del ait de miga cana, e que tôt so que s'aura dels dits 
acaptes sia e déjà esser d'aquells de la part de Bonpas e de la 

(1) Probablement : francs-bords. On- peut lire : padines, padmes, padnes, 
padiveres. 

(i) En Macip était propriétaire du moulin de Castell-Rossello. Voir mon 
étude Caslell-T^ossello au moyen-âge. 11' série, pp. "Q-8 - . 






— i56 — 

Salancha, en ajutori de la dita obra, pusque ells les compren, e 
que sien tenguts de plantar la dita frontera per tôt aquest ivern 
qui ve, aytant com sera bo à plantar. 

Item, que'ls frontalers de la dita Tzt qui pendrân ad acapte de 
cascuna part les dites deu canes d'ample que serân en bosch plan- 
tades per padiveres (?) del dit lit de la Tet fasedor, que si aybres, 
lenyes, fustes o rebugades se posaven dins les dites xl canes del 
lit de la Tet, que aquelles los dits frontalers livarân o livar farân 
de présent à lurs propries messions e despeses, per tal manera 
que en Io dit lit de les dites xxxx canes no haja algun empatxer, 
e que les dites lenyes e fustes sien dels dits frontalers, si donchs 
aquells de qui serien no volien pagar la messio e 1' dampnatge 
que les dites lenyes e fustes haurien donats. 

Item, que los dits compradors arrancarân e arrancar farân tots 
aybres, plantes qui sien dins lo dit llit de xxxx canes, qui serân 
ordonades per les persones en aço eletes. 

Item, que dins lo dit llit fasedor, segons que sera mesurât e 
assignat per les persones qui s'i deuen elegir segons la forma desus 
dita, que en aquell lit de xl canes se haja à fer rech o rechs per 
on passas l'aygua de la Tet una vegada tan solament, a coneguda 
dels stimadors qui hi serân per abdos les parts elegits. 

Item, que à l'aygua qui va à Tayneres no sia empatxada ne 
tapada, fins que 1' lit de la dita Tet fahedor sia complit e acabat, 
à coneguda de les persones que serân sobre aço eletes. 

Item, que les dites xl canes de Mont Peyler d'ample, e aytan- 
tes con sera de lonch, de la boca de la Vassa fins fora la terra 
de Castell-Rossello, les quais pendra hom per lit e padineres de 
ia dita Tet, sien stimades per nu bons homens, dos de cascuna 
part, elegidors so es per la part deves Bajoles en Perpenya Boys, 
en G. Laurador, ortolâs, e per la part de la Salancha Jacme 
Bajoles e Bernât Spert, ortolâs ; e, en cas que no s'avenguessen, 
per terser en Johan Nom-de-Deu. E que tots los nu bons homens 
elegits per les dites parts e i' tersser fassen e sien tenguts de fer 
segrament e homenatge, en poder nostre, que be e lialment se 
haurân en les coses damont dites e d'avall scrites. 

Item, que 1' lit vell e padines (?) sia e haja à romandre als 
compradors del lit nou, ço es en aquells qui y contriburân à 
pagar al lit nou, e que aquells lo puguen vendre e dar ad acapte 



- ,5 7 - 

per ço que d'aço que s'en haura se ajue de pagar ço que costarâ 
lo lit nou de fer, e la compra d'aquell ; e que els hereters de la 
part de les Costes de Bajoles e de Castell Rossello hajen a deffi- 
nir e remetre tôt dret que en aquell haguessen, per tal manera 
que la remissio valla e tenga a coneguda d'un savi. 

Empero que si l'aygua de la dita Tet se mudava per altre part, 
que lo dit lit nou fasedor de présent fos d'aquells de la part de 
ves Bompas e de la Salancha. 

Item, que les pagues dels preus de les possessions qui s* pen- 
drân per lo lit e padmes de la Tet se paguen pusque estimades 
serân, ço es del dia que s' començarâ la obra a très meses 
seguents, la mitât à les persones de qui s' pendrân les dites pos- 
sessions, e l'altre meytat del dia que s' començarâ la dita obra à 
cinch meses prop seguents. E si persones misérables, pobres hi 
havia, que sien pagades de présent con la obra sera començada, 
à coneguda nostra. 

Item, que totes persones qui profit pendrân del dit mudament 
de Tet, à coneguda de les damunt dites persones eletes, pagarân 
al dit mudament are de présent fasedor segons mes e menys, ad 
arbitre dels damunt dits : e aço sens tota appellacio. 

Item, que si negun hereter d'aquells de qui hom pendra de lurs 
possessions per fer lo lit e padmes (?) de la Tet noveilament fase- 
dor no volia ço que li sobraria de la dita possessio. que en aquell 
cars ho haguessen à pendre los vesins o vesi d'aquell, à coneguda 
de les persones damont elegides, e aquelles haguessen à pagar an 
aquell de qui pendrien la terra o ço que sobraria de la dita pos- 
sessio, ço que séria estimât per los dits elets. 

Es entencio nostra que per aquesta présent ordinacio no ente- 
nem perjudicar en res als senyors de Castell Rossello e de Bajo- 
les, ni a d'altres senyors qui dins los termens de Bajoles e de 
Castell Rossello hajen senyories, en res ; ans d'aytant dampnatge 
con pendrân dins lo lit e padmes (?) noveilament fasedora, sia 
satisfet à ells, à coneguda nostra e dels elets ; e si profit ne pre- 
nen, que sia comtat à coneguda nostra e dels elets. 

(% suivre) Henrv Aragon. 



(i) Archives des Pyr.-Or., B. 276, f" 175-176. 



Quelques noms de plantes tf synonymes 

Catalans-Français tf Français-Catalans 

«^$3^ (SUITE) 



paliure. — arn, espi, espinavessa, espinavis. 
palmier dattier. — palmer, palmera. 

» nain. — bargallô, margalio, fasser. 
panacée. — voir berse. 
panais. — pastanaga salvatge. 
panic. — sarrcig, sarrell, potes de gallina. 
panicaut. — panicalt, penical, espinacalt, espinacart, cart corre- 

dor, cent caps. 
paniS- — voir setaire. 
pâquerette. — voir marguerite. 
pariétaire. — morella roquera, herba de paret, herba de la Mare 

de Deu, herba de Nostra Dona, granadella, camaroja, cama- 

roig. 
passerage. — herba de la fluxiô. 
passiflore. — passionera, flor de la Passio. 
pastel. — pastell. 

patience. — «paciencia, panadella (et aussi llengua de béu). 
paumelle. — pàmula, palmula. 
pavie. — pavia. 

pavot. — cascall, herba dormidora. 
pêcher. — presseguer. Voir aussi alberge et pavie. 
pensée. — pensament, herba de la Trinitat. 
persicaire. — sanguinari, pebre d'aigua. 
persil. — givert, julivert. 
pervenche. — pervinca, herba de primavera, vinca-pervinca. 

petit poivre. — aloci 

peuplier. — poil, pull, pollanc, pollancre, xôp. 

» blanc — alber, poil blanc, arbre blanc. 

phlomiS blanche. — salvia d'Arago. 
phytolaque. — arbre de tinta, rahims de borro. 



— 1 59 — 
picridie- — voir chicorée sauvage. 

pied d'alouette. — espucla. 

> de COQ- — voir panic. 
piloselle. — pelosella. 
piment- — voir poivron, 
pimprenelle. — pimpinella, pantinella. 
pin. — pi, pinatell. 
pissenlit- — pixallit, masteguera, mastec, dent de lleé, llacsô 

d'ase, colitx. 
pivoine. — ebutiscla, peonia, llamponi, llampudul, herba de 

Santa Rosa. 
plantagO- — matifôc. 
plantain. — plantatge. 

i pucier. — seragatona, herba de les puces, pucera. 

poireau. — porre, porro, cevallot. 
poirée. — voir blette. 
poirier. — perer. 
poiS- — pesol, peso, tirabec. 

» chiche. — ciurô, cigrô, sairô. 
poivron. — pebrot, pebrina, bitxo. 
pomme de terre. — patana, trumfa. 
pommier. — pomer. Voir aussi calville. 
potentille. — agram de porc, cinc en rama, 
potiron. — voir citrouille. 
pOUliot. — poliol, puliot, purriol. 
pourpier. — verdolaga. 

prêle. — sannua, aspereta, aspreta, cua de rata, cua de cavall. 
primevère. — cucut, herba del cucut, herba de Sant Pau, pri- 

mavera, primula. 
prunelier. — ars nègre, aranyoner. 
prunier. — pruner, prunera. 
pSOralier. — cabruna, herba cabrera. 
pulicaire. — herba de Sant Roc. 
pulmonaire. — herba pulmonera, pulmonaria. 
pyrèthre. — pelitre. A suivre) 



Repichs 

CÇO 

Nos poètes roussillonnais 

Notre Secrétaire Général, M. Charles Grande», vient de rem- 
porter un beau succès aux Jeux Floraux de l'Ateneu du District 11 
de Barcelone. Son envoi : Llum, que nous donnons dans le pré- 
sent numéro, a obtenu le i" accessit à l'Eglantine (premi de la 
Pàtria). 

Diction et chants catalans 

Nous constatons avec joie que la langue catalane est toujours 
en honneur dans nos fêtes. 

Au grand Concert-bal de la Fédération des Groupes Amicaux 
des Pyrénées-Orientales, le jeune Noguès a interprété avec talent 
des poésies et monologues de nos auteurs roussillonnais. 

Le groupement choral des Caniayres Catalans a prêté son con- 
cours à la Conférence-Exposition organisée par l'Œuvre des 
Eglises dévastées. Les œuvres exécutées, parmi lesquelles figu- 
raient La Cofa Catalana de Batlle et "ElJSostre ] offre de P. Francis, 
ont obtenu un vif succès. 

Les Cantayres Catalans d'Antoine Batlle ont également parti- 
cipé à la grande fête scolaire du 6 juillet et ont été fort applaudis. 
Un fait à retenir : les élèves de l'Ecole Normale de jeunes filles 
ont chanté à trois voix le choeur catalan Montantes régalades. C'est 
la première fois qu'une institution d'enseignement public inter- 
prète publiquement un chant catalan. Nous adressons à Mesdemoi- 
selles les Elèves-Maîtresses de l'Ecole Normale de Perpignan nos 
plus sincères éloges. 

Musique et danses catalanes 

Les petits danseurs catalans ont reparu à l'occasion de la fête 
des Platanes et ont évoqué à nos yeux de bien agréables souve- 
nirs d'enfance. 

11 n'est pas jusqu'aux sardanes, organinées par le Chor Català, 
qui ne nous aient longuement captivés, autant par le charme ber- 



— loi — 

cêur de leur rythme que par la belle leçon qu'elles offrent éri 
spectacle. La sardana est le symbole de l'union des classes dans 
un idéal commun d'harmonie et de beauté. 

Signalons enfin le succès obtenu, aux fêtes de Céret, par la 
Mascarade d'Héliogabale, avec partition d'instruments catalans, 
de notre ami le compositeur Déodat de Sévérac. 

Série locale du Coq Catalan 

Nous applaudissons de tout cœur à l'initiative de notre excel- 
lent confrère Le Coq Catalan qui inaugure une série de numéros 
sur les coutumes locales et le folk-lore roussillonnais. Le premier 
numéro, auquel ont collaboré la plupart de nos écrivains catalans, 
est consacré à la Cuisine Catalane. F. Riols. 



Quadret 



Quenouille, de Pallas la compagne et l'amie... 

Aime-laine, aime-fil, aime-estaim, maisonnière, 
Longue, palladienne, enflée, chansonnière. 
Ronsard. 



Sota els dits de l'avia, l'antiga filosa 

fa '1 seu molinet. 
La nina, a sa vora, broda, silenciosa, 

estrany ramallet. 

El fil se desrotlla... floreix una rosa 

su 1 mocadoret... 
Un poal d'aygua fresca es sus d'una liosa 

per cas de la set. 

La filosa gira y '1 seu torn ganyida. 

L'avieta arrufida 
canta amb sa veu flaca ayre anyoradiç... 

Aixis, altre temps, la meua padrina 

sus del vell pedriç, 
y també ma mare quan n'era una nina. 

Fr. Salvat. 
Makedonia, 1918. 



Llevant de Taula 

Nous nous voyons dans l'obligation de renvoyer à l'un de nos 
plus prochains numéros le compte-rendu d'un recueil de poésies 
t de Lopez-Picô, Les absencies Paternals. 

♦ 

On lit avec plaisir dans la T^evue Catalane un glossaire de notre 
Botanique. 11 nous est agréable de nous familiariser toujours 
davantage avec les noms des herbes, des oiseaux, de tous les 
rustiques. Il serait curieux aussi d'en déterminer les étymologies. 
Bien souvent leur origine est métaphorique, et de gracieux rap- 
ports ont suscité ces beaux noms. Ici l'étymologiste et le folkio- 
riste se rejoignent. Un oiseau d'automne, l'oriol... oriol veut 
dire : oiseau d'or. 11 est appelé horloge d'or en Espagne : oro- 
péndola. Le français dit : loriot ; et le mot est composé par une 
agglutination de l'article [cf. lierre, elra (cat.)]. L'alouette huppée 
est chez nous la cogullada, et le mot catalan contient la méta- 
phore [cf. cogul, cornu]. Le chardonneret et la cardina volent aux 
chardons. Un insecte, le cloporte, fait de son corps une boule 
[clausus porcus] ; il est d'ailleurs connu sous le nom de goret, 
dialectalement, et de porcellana chez nous, sans doute parce qu'il 
vit dans l'humidité de la terre. La fouine, fagina, reçoit son nom 
du hêtre. La musaraigne porte sa moustache comme une araignée 
[mus-aranea] ; le catalan réserve une semblable métaphore à la 
belette [fr. : petite belle ; comadreja (esp.), petite commèrej ; elle 
est chez nous le rat étoile [mus-stella]. On constate donc, avec 
Remy de Gourmont \"Esthétique de ta Langue "Française], que ces 
métaphores sont souvent les mêmes dans les langues novolatines. 
Mais si une étude plus approfondie établissait ces concordances, 
elle noterait aussi des métaphores particulières à chaque langue. 

Quant aux noms de plantes, il n'est pas douteux que certains 
sont connus en Roussillon et ignorés en Catalogne espagnole. Il 
est des littérateurs qui écrivent : rododendràn, vinya selvatge, pour 
pentecostera, llambrusca. Us emploient le mot savant et non le mot 
populaire. Il serait bien imprudent d'écrire oliu selvatge lorsque 



— io3 — 

le latin oleaster nous a légué un mot si virgilien : ollaslre. Le mot 
marjolaine est- il vraiment traduit moraduix ou marduix par nos 
paysans ? E. Boix a employé majorana dans sa fière Cantate au 
Roussillon. Je lis dans une poésie de J. Carner : 

... ja sembla coberta — d'un moraduix escampat d'Himeneu. 

(J. Carner, JHonljoies.) 

Le mot est de provenance arabe (almoraduj, en espagnol) — mora- 
duix, et par suppression de a prétonique, morduix, ou mieux 
marduix. On sait qu'il ne faut pas abuser de l'influence arabe. 
Mais les arabes, qui étaient jardiniers, ont baptisé les plantes 
d'Allah et parfois les simples des vieux couvents d'Espagne. 

♦ 

fllmanac de la Poesia, 1919, Barcelone : obsequi de l'impressor 
F. Altés .Alabart als seus clients i amies. F. Altès i Alabart est 
vraiment un aimable imprimeur. Voilà plusieurs années qu'il nous 
donne ce poétique almanach, où il recueille « les vibrations des 
livres originaux et des traductions catalanes ». On y lira des 
extraits de traductions de la Divine Comédie, par N. Verdaguer 
Callis ; des fables de La Fontaine, par le très souple J. Carner; 
du Cantique des Cantiques, par Frédéric Clascar ; des poésies de 
R. Dehmel, et de Hermann et Dorothée, par josep Lleonart ; 
des Poèmes et Sonnets de John Keats, par Maria Manent ; de 
VTznéide, par Llorenç Riber ; et des Géorgiques Chrétiennes de 
Francis-Jammes, par Maria-Antonia Salvâ. 

Voici comment J. Carner traduit La Cigale et la Fourmi. 

La Cigala i la Formiga 

La cigala, tôt cançô 
en el temps de la calô, 
no es trobà gens endegada 
quan vingué la fredorada : 
; ni un trosset, en son xopluc, 
de mosqueta o be de eue ! 
Entera de sa fadiga 
sa veïna la formiga : 
l per manlleu li donarà 
ta! vegada un poc de gra 
fins que el temps es giraria ? 
— Jo — diu ella — pagaria 



— 164 — 

ans d'Agost (fe d'animal !) 
interès i capital. 
Cap formiga es deixadora : 
el deixar no se 1s adiu. 

— ] que feies a l'istiu ? 
digue a l'enmanllevadora. 

— Dia i nit, tota gaubança, 
hi cantava a bell esclat. 

— Cantaves, no es veritat ? 
Esta be. doncs ara dansa. 

Josep Carner. 

Il nous est agréable que J. Carner ait traduit notre fabuliste. 
11 n'est pas de plus belle langue que celle de l'auteur de Philé- 
mon et Baucis. La Fontaine avait déjà été traduit en catalan. On 
se souvient des savoureuses versions de Paul Bergue, l'ingénieux 
traducteur qui ne recule pas devant les Epîtres de Clément Marot. 
Mais ce n'est pas tout. On nous annonce une nouvelle traduction, 
écrite par un conteur roussillonnais. Car on peut aimer à la fois 
Perrault et La Fontaine, les Anciens et les Modernes. J'ai encore 
remarqué dans ce friand recueil une charmante poésie de Narcîs 
Massé i Valenti, Temps de "Nadal, et L'alia Llibertat de Clemen- 
tina Arderiu, et Pisa, de Josep Aragay. 11 me semble que ces 
trois poètes ont du talent. 

♦ 

Nous avons appris que J. Bofill i Matas avait été élu député 
à la Mancomunitat catalane. Bofill i Matas obtint le premier prix 
aux Jeux Floraux du Roussillon, et on n'a pas oublié ici ses poé- 
sies d'une expression toujours ingénieuse, d'une virtuosité toujours 
élégante. Nous adressons à Bofill i Matas nos félicitations rous- 
sillonnaises, convaincus qu'il saura transposer dans son nouvel 
office la clarté de sa strophe. J.-S. P. 

Publicacions de l'Ensenyança Catalana 

Jlritmètica i Geometria, d'En Josep Gali Fabra 

Havem rebut aquest volum nou que ve a enriquir la coHecciô dels publi- 
cats per l'Associaciô Protectora de l'Ensenyança Catalana, per mitjâ de la 
seva Secciô Editoral. 

Es un llibre que es fa notar entre els destinats als infans per la claretat de 
l'exposiciô, iHustrada amb forses gravats i al ensems per la seva honestadat 
cientinca, i la encertada ponderaciô del contigut. 

i,« Gérant, COMET. — Imprimerie Catalane, COMET, rue de la Poste. Perpignan 



13' Année S' 154 15 Août 1919 



Les Manuscrits nor. inserci ^^^ V*%4V W 4 V^ 



IV 



CATALANE 



Les Articles Darus aaas iz Revue 
n'engagent aue leurs auteurs 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. -- Cotisation : 10 l'r. par an 



UN FOYER DE VIE CATALANE 

L'Université de Perpignan 

La T\evue Catalane a bien voulu me servir d'intermédiaire pour, 
faire patienter les nombreux compatriotes qui m'avaient fait l'hon- 
neur de m'écrire au sujet de la lettre publiée sous ma signature 
dans le numéro du i5 avril, et précisément sous le titre que je 
reprends aujourd'hui. 

Il s'agit du problème de « l'Université de Perpignan » soulevé 
par la T\evue Catalane et mis par elle a l'ordre du jour des préoc- 
cupations locales. En présence de cette initiative, je m'étais 
empressé de donner mon avis. "Mes correspondants m'ont adressé 
à ce propos des questions, — quelques objections aussi, — j'ai 
le devoir d'y répondre. Je n'ai pu le faire plus tôt, a cause des 
occupations multiples aune fin d'année scolaire couronnée par la 
session d'examens la plus lourde que les fastes toulousains aient 
jamais eu a enregistrer : je m'excuse et j'entre immédiatement 
dans le vif de la question. 

« L'institution d'un enseignement supérieur catalan, — ai-je dit, 
— serait la meilleure façon de promouvoir le cuite de la langue, 
de l'histoire et de la littérature de la petite patrie. » Par là 
même, j'entendais définir ce que doit être, de nos jours, le centre 
d'une université roussiiionnaise ; au coeur de cet organisme doit 
se placer cette triple fonction : langue, littérature, histoire du 
Roussillon. 



— i66 — 

Le Roussillon a une langue, une littérature, une histoire qui 
lui sont propres ; et cette langue, cette littérature, cette histoire 
ne sont enseignées nulle part en France. Or, le Roussillonnais 
est légitimement attaché a. sa langue, à sa littérature, à son his- 
toire. 11 a droit à les connaître. 

Beaucoup de villes, sièges d'Université, ont créé des cours 
pour faire connaître l'histoire et la littérature locale ou régionale. 
A Toulouse, à côté d'une chaire d'histoire méridionale à domaine 
étendu, des subventions locales ont permis de créer une chaire 
de langue et littérature méridionale, et un cours municipal d'histoire 
populaire de Toulouse a été parallèlement institué ; enfin un ensem- 
ble d'enseignements a été constitué sous le titre d'Jnsiitut d'études 
méridionales, comprenant philologie, lettres, histoire, art et archéo- 
logie, droit, paléographie et diplomatiaue. A Dijon, une chaire 
d'histoire de la Bourgogne et de l'art bourguignon a été fondée par 
les soins combinés du Conseil Général de la Côte-d'Or et d'une 
Société privée dite Société des Amis de ïlluiversité, largement 
subventionnée elle-même par la Ville. En outre, une libéralité 
récente a flanqué cette chaire d'un cours régulier de littérature 
bourguignonne. La plupart des capitales de nos vieilles provinces 
sont dotées de façon analogue. 

Certes, dans ces villes, l'existence d'une Faculté facilite de 
telles initiatives. Mais est-il indispensable que des Facultés offi- 
cielles existent pour que la culture locale soit possible ? Autre- 
ment dit, la culture locale doit-elle être et rester, en France, un 
privilège exclusif des chefs-lieux d'Académie ? 

Pareil privilège ne serait nullement fondé en raison. Le passé 
roussillonnais a autant de titres à servir d'objet d'étude et d'ensei- 
gnement que le passé lillois ou dauphinois, et les Perpignanais 
ne s'intéressent pas moins à leur pays que les Auvergnats ou les 
Poitevins. 



Aussi bien, à cette heure où les bienfaits qu'un régionalisme 
intelligent peut prodiguer semblent enfin apparaître à tous, la 
connaissance du passé local prend une signification nouvelle. Pour 
que la région vive, il faut qu'elle ait conscience d'être. Et la 
région n'est pas seulement un être matériel, un organisme pure- 



— 1 1>7 — 
ment économique, — autant dire animal, — la région a une àme : 
cette àme lui vient de son sol et de son passé. Mieux elle se 
connaîtra, plus intensément elle vivra. Le passé éclaire le présent 
et assure l'avenir. 

Quelle que soit la grande région officielle dont fera partie demain 
le Roussillon, il sera toujours, à lui seul, une région dans la 
région ; il sera un tour en soi, parce qu'ainsi le veulent la géogra- 
phie et l'histoire ; parce que, s'il a son sol, il a son histoire et sa 
langue. 

Ainsi, le problème d'un enseignement supérieur local n'est pas 
seulement digne de passionner des érudits et des curieux, il est 
digne de promouvoir l'action des dirigeants, de tout homme 
réfléchi, de quiconque veut que le Roussillon subsiste avec sa 
personnalité et sa force propre dans la France puissante de 
demain. 

L'enseignement de notre passé historique et artistique, de notre 
langue et de notre littérature doit donc être organisé, et c'est 
là précisément le centre d'une Université locale transposée dans 
la donnée moderne. 

Autour de ce centre, des enseignements de culture générale 
seraient tout indiqués : histoire de France, littérature française, 
art français au premier plan ; puis, suivant les occasions ou les 
possibilités, telle ou telle autre matière propre à élargir l'horizon 
intellectuel d'un auditoire désireux d'avoir « des clartés de tout ». 

Car, la région, si elle a sa personnalité et sa vie, n'en est pas 
moins une partie d'un ensemble. L'unité française n'a rien à 
redouter du régionalisme. Bien au contraire. Plus vibrera la 
région, mieux resonnera la voix de la France. C'est la combinai- 
son de régions merveilleusement complémentaires qui fait l'admira- 
ble et féconde unité française, comme l'accord parfait en musique 
doit sa sonorité et sa richesse à des notes pourtant bien nettement 
différenciées de la gamme. 

Et c'est justement pourquoi la crainte qu'un enseignement local 
ne nuise à l'intérêt national ne saurait être retenue. La leçon 
finale qui ressortira de l'histoire du Roussillon sera précisément 
celle d'une vocation lointaine et irrésistible vers la France : ce 
n'est pas, au demeurant, la patrie de Rigaud, d'Arago et de Joffre 



— j68 — 

qui a besoin de jeter un voile sur son passé pour se sentir plus 
française. 

Croirait-on plus national de dire au Roussillonnais : si tu veux 
connaître ton passé et ta langue, va donc à Barcelone ? 

Au surplus, l'histoire de Barcelone n'est la nôtre que pendant 
quelques siècles, — et encore pour partie, — et quant à la lan- 
gue, celle de Barcelone commence à n'être plus la nôtre tout à 
fait : le T^pussillonnais, plus pur à bien des égards que le Barcelo- 
nais trop empreint de castillan, vaut d'être étudié, cultivé et per- 
pétué tel quel. 

I 

Voici donc, en gros, comment j'imaginerais une Université 
répondant aux besoins que j'ai essayé de définir. 

Au centre, nous plaçons V enseignement proprement local : 

i cours d'histoire du Roussillon ; 

i cours de langue et littérature catalane ; 

j cours d'archéologie et histoire de l'art en Roussillon ; 

1 cours de sciences auxiliaires de l'histoire. 

En second lieu, l'enseignement de culture générale comprend au 
moins : 

i cours de littérature française ; 

î cours d'histoire de la France et de l'art français. 

Autour de ces enseignements (qu'ils soient semestriels ou 
annuels) s'adjoindraient des cours occasionnels, réguliers ou libres, 
qui pourraient varier de semestre à semestre ou de mois à mois. 

Les enseignements que je viens d'énumérer se définissent 
d'eux-mêmes. Seul celui que j'intitule Sciences auxiliaires exige 
peut-être une explication. Il s'agit surtout de la paléographie et 
de la diplomatique appliquées, sciences nécessaires à la lecture et 
à l'interprétation des documents. Toutes les villes d'Université 
possèdent ce cours, en sorte que les éludiants et les amateurs ont 
la possibilité de s'exercer au déchiffrement et au commentaire 
des textes. ]] est indispensable que nos compatriotes aient la 
même possibilité. 

Un tel ensemble d'enseignement — qu'il soit un peu plus ou un 
peu moins développé dans les débuts — peut être facilement mis 
sur pied. 11 suffit de faire fonds sur les compétences qui se sont 



— J 69 — 

révélées sur place et de demander le concours de quelques pro- 
fesseurs de Toulouse ou de Montpellier, — voire de Barcelone, 
— pour quelques leçons soit plus générales, soit plus spéciales. 
Les dépenses qu'entraînerait cette organisation seraient aisément 
équilibrées en faisant appel, comme on l'a fait ailleurs, aux bon- 
nes volontés locales et à la générosité éclairée des corps élus. A 
coup sûr, nos conseillers ne seraient pas moins soucieux de la cul- 
ture locale que leurs collègues des villes auxquelles j'ai fait allu- 
sion. 

Reste la question de l'auditoire. A qui s'adresserait l'enseigne- 
ment ? 

Ce n'est pas avant d'avoir serré de plus près l'organisation pra- 
tique et concrète qu'il convient de se demander s'il y aurait lieu 
de distinguer des cours publics et des conférences, comme on le 
fait dans nos Facultés. Du moins, j'aperçois tout de suite une 
catégorie d'auditeurs tout désignés : les futurs curés de nos parois- 
ses, les futurs maîtres de nos écoles. Savoir ce qu'est le pays où ils 
exerceront les uns leur ministère, les autres leurs fonctions, c'est ce 
qui leur convient au premier chef. Nul doute que ceux qui prési- 
dent a leur formation ne les y engagent ; s'il est nécessaire de 
l'invoquer, le précédent existe dans les Facultés. 

A côté de ces ecclésiastiques et de ces universitaires — 
dont la rencontre serait, ici aussi, d'un bel exemple, — et qui 
représenteraient pour ainsi dire les professionnels, tous ceux et 
celies qui le désirent pourraient suivre l'enseignement à des condi- 
tions a déterminer. Volontiers j'imagine que bien des jeunes filles 
y prendraient goût, a en iuger par l'affluence de celles qui fré- 
quentent nos cours toulousains. Encore ici, le privilège du chef- 
iieu académique n'est point un dogme et le droit à la culture est 
égal. 

<&*± 

Mais, dira-t-on, l'enseignement ainsi esquissé, s'il ne manque 
ni d'attrait, ni même de cohésion, manque pourtant d'un appoint 
très appréciable : il n'aura point de sanctions. Celui qui l'aura suivi 
le plus consciencieusement du monde n'en emportera même pas la 
preuve. Les Facultés délivrent des diplômes, l'enseignement rous- 



— 170 — 

sillonnais en sera privé. L'inconvénient n'est-il point d'importance ? 
11 est aisé d'y parer. A feuilleter seulement Y Annuaire de l'Uni- 
versité de Toulouse, j'y relève au moins deux diplômes qu'il est 
très facile d'adapter à l'enseignement dont j'ai tracé l'ébauche et 
auxquels cet enseignement peut préparer de la façon la plus satis- 
faisante : l'un de ces diplômes est un diplôme d'Etat, le diplôme 
d'études supérieures d'histoire ; l'autre un diplôme d'Université, le 
diplôme supérieur d'études méridionales. L'enseignement roussillon- 
nais ne sera donc en aucune manière dépourvu de sanctions : ceux 
des auditeurs — disons maintenant étudiants, - qui en auraient 
l'ambition, n'auraient qu'à postuler l'un ou l'autre des titres que 
je viens d'énoncer. 

11 me paraît bon de me borner pour l'instant aux précisions qui 
précèdent : elles répondent, me semble-t-il, aux points d'interro- 
gations que j'ai sous les yeux. Les modalités d'exécution et les 
mises au point ne pourront être examinées que par le Comité d'ini- 
tiative dont j'ai souhaité la formation et qui, sous ce titre ou sous 
tout autre, pourra se constituer lorsque seront suffisamment expli- 
cites les adhésions aux principes fondamentaux qui viennent 
d'être posés. J. Calmette, 

Professeur à la Faculté des Lettres 
de l'Université de Toulouse. 



Compte-rendu des Séances 

J(éunion du Bureau du 10 août 1919 

Présidence de M. Laurent Campanaud, président 

Le Bureau de la Société d'Etudes Catalanes s'est réuni le 
dimanche 10 août, à 10 heures du matin, au Siège de la Société, 
pour statuer sur une proposition de M. Calmette, professeur à 
l'Université de Toulouse. Jl s'agit de rétablir l'ancienne Univer- 
sité de Perpignan. 



— i 7 » — 

Lecture est donnée de cet intéressant mémoire qui sera repro- 
duit dans la J(evue Catalane. Le Bureau est d'avis de constituer 
un Comité d'initiative dont ses membres feront tous partie et 
auquel pourront s'adjoindre les personnes qui désirent faire revivre 
ce foyer de vie catalane. Le mémoire leur sera adressé, ainsi 
qu'à toute personne qui en fera la demande au Siège de la Société. 

M. Grando prie l'assemblée de vouloir bien désigner un succes- 
seur pour les fonctions de Secrétaire, qu'il est dans l'impossibi- 
lité matérielle d'assurer désormais pour un temps assez long. 

Le Bureau, reconnaissant le bien fondé de la demande de 
M. Grando, le remercie du dévouement apporté à la revue et à 
la Société pendant les cinq années de guerre et nomme à l'unani- 
mité : Secrétaire Général : M. le professeur Calmette ; Secrétaire 
Adjoint : M. l'abbé Sarrète. 

Le Président : L. Campanaud. 

Quelques noms de plantes # synonymes 

Catalans-Français tf Français-Catalans 

<«£$£» (SUITE) 



râdi§. — rave, ravec. . 

raifort- — voir radis. 

raiponce. — Yepunxô, rapuntic, nap bort. Voir aussi herba del 

moro. 
raisin d'OUrS. — voir arbousier. 
ravenelle. — ravenissa, ravell. 
redoul. — voir corroyère. 
réglisse. — regalicia. 

reine des prés. — voir spirée. 

renoncule. — ranuncle. 

> flammette. — mata-anyells. 

» flottante. — herba de les granyotes. 






— 1J2 — 

renOllée. — passa-cami, herba caminadora, herba caminaire, 
herba de cent nusos, trava-cavalls, estira-velles, escanya-velles, 
presseguera. 

renouée persicaire. — voir persicaire. 

réséda. — herba del amor, marduji. 

> raiponce. — herba del moro. 

> gaude. — gauda, herba de la gauda. 
rhododendron. — boixerica, pentecostera, talabard, gavet, boix 

de la Mare de Deu, muixereta, salaberta, naret. 
rhubarbe. — rabarbre, ruibarbre. 
Hein. — figuera del dimoni, enfiter. 
romarin. — romani. 
ronce. — romaguera, arsa, sarsa, esbarzer, aristôl, roser de pas- 

tor, morera saivatge. 

roquette. — ruca. 

roseau. — canya. 

» Sauvage. — canyavera, canyota, canyoca, canoca, càrritx. 

rose trémière. — malva-rosa. 

rosier. — roser, satalia. 

rue. — ruda. 

rutnex. — voir patience. 

S 

Sadrée. — voir sarriette. 

safran. — safrà. 

Sainfoin. — esparcet, esparceta, esparsa, trepadella, pellagra, 

pepirigall. 
Salicaire. — meca de pioc. 

Salicorne. — salicorn, herba de salobre, saiat. Voiï aussi soude. 
Salsepareille. - - sarsa-parella, arinjol, aritja, aritjo), mata-vellcs. 
Salsifis. — saisifis. 

» des prés. — barballa, barba de cabra, cuxa-barba, apa- 

gallums. 
» noir. — voir scorsonère. 
Sanguinaire. — sanguinari. 
Sanicle. — sanicula, herba de Sant-Llorens. 

Santoline. — espernallac, botja de Sant-Joan, herba cuquera, 
guarda-roba. 



- , 7 3 - 

Sapin. — abet, bet, pibet. 

Saponaire. — saboneta, herba sabonera. 

SaiTazin. — fajol, blat nègre. 

Sarriette. — sarrieta, satureya, siretja, sajulida, sejulida. 

SaugC — sàlvia, cresta, madrona, gallo. 

Saule. — salze, salser, saulà, salie, salit, salguer, salguera. 

> OSier. — voir osier. 

» petit. — gatsalzer. 
Saxifrage. — trenca-rocs. 
SCabieuse. — viuda, viudeta, escabiosa. Voir aussi herba de 

J'enaigament. 
SCandix. — pinta, agulles de pastor. 

sceau de Salomon. — trencaios. 

SCille. — cebeta, ceba marina, escilla. 

Scolopendre. — herba de la melsa, herba melsera, llengua de 

cervo. 
Scorsonère. — escorsonera. 
Scrofulaire. — setja, herba de les scrofules. 
Seigle. — segol, segle. 
Séné- — senet. 

Séneçon. — herba cana, herba de les cardines. 
Sénevé. — sanabre, senabre. 
Seringa. — xeringuilla. 

Serpolet- — serpoli, serpol, salsa de pastor. Voir aussi cerfeuil. 
Setaire. — paniça, paniçoia. 

Silène. — colitxos, esclafidôs, patacs, coniveiles. 
Sinaigrette. — herba del coté. 
SmilaX. — voir salsepareille. 
Soleil- — voir tournesol. 
Sorbier. — seivier, server, servera. 
SOUChet- — jonsa, junsa, castanyola. 

^OUCÎ- — garronada, boixacs, maravelles, goyets, graujets. 
SOUde. — sosa. barrella, espinadella. Voir aussi salicorne. 

spartier. — espart. 

Spergule. — voir mourron. 

Spirée. — herba del pobre home, ulmaria. 

Staphysaigre. — paparra, herba dels poils, cibadella. 

SUmaC — voir corroyère. 

Sureau. — saiic, saùquer, sabuquer. [M finir) 



> ^v^^^^^é*^^^^^v^v^^^^^^^^^^^^vvvT>vr'Z»« > ^ r l ,t vt( 



DOCUMENTS HISTORIQUES 

sur la Ville de Perpignan 

«^$^a (SUITE) 

Traduction partielle de la transaction passée entre les tenan- 
ciers des terroirs de Bajoles et Castel-Roussillon, et ceux de 
la Salanque, homologuée par Raymond de Périllos, gouverneur 
de la province, touchant le nouveau cours de la Tet, sa largeur, 
l'indemnité à fournir aux propriétaires intéressés. 
14 (?) 4 février 1 3y8 

« Titre concernant le cours de la rivière de la Tet ». 

Pactes contenus dans la transaction faite entre les tenanciers 
du terroir de Bajples et Castell-Rossello d'une part, et ceux de 
Bompas, de Vilielongue et de la Salanque d'autre part, Je 
14 février 1378 ; Jes dits pactes faits et accordés par le Gouver- 
neur de la Province. 

Premièrement il est ordonné que l'eau de la rivière de la Tet 
sera conduitte, sçavoir que son lict sera tiré droit du bout du ruis- 
seau appelé la Basse au bout du jardin de Bofii vers la tramon- 
tane ; et de là en droite ligne vers la tour de Castell-Rossello, 
dans le correch ou le ravin qui est devant les Albans de Peres- 
tortas, avec quarante cannes de lict et dix cannes de chaque 
costé plantées en bois pour renfermer ledit lict ; pour raison de 
quoy, tout ce que l'on prendra sera estimé en franc-aleu. 

Que s'il se faisoit quelqu'ouverture par laquelle le moulin de 
Pierre Massip, ou le ruisseau d'iceluy, et de ceux qui ont des 
propriétés dans le terrain mentionné au présent article, souffri- 
roient du dommage à l'avenir, depuis le territoire de Bajolas jus- 
qu'au détour que prend le ruisseau dessous ledit moulin, ceux 
de la Salanque seroient tenus de payer les deux tiers des frais 
qui se feroient pour réparer lesdites ouvertures, et les proprié- 
taires dudit moulin l'autre tiers. 

Qu'attendu que Pierre Massip contribue et souffre plus du 
dommage que tout autre, en ce que l'on luy partage la propriété, 



- '75 - 
il est ordonné qu'autant de terre qui luy sera prise, soit bonne 
ou faisant partie de celle dudit ravin, sera estimée sur le pied 
des meilleures terres. 

Que les dix cannes qui seront marquées des deux costés pour 
les bords de ladite rivière, seront en emphiteose au dit Pierre 
Massip comme aux autres particuliers, et qu'il en pourra prendre 
autant qu'il en aura besoin pour la conservation de son dit 
moulin. 

Que ces dix cannes de bords seront plantées et resteront à per- 
pétuité en bois et en souches de la hauteur de demy canne. 

Que ces mêmes dix cannes de bords seront données en emphi- 
théose en franc-aleu aux confrontans qui en voudront, sinon à 
d'autres (excepté néantmoins ce que ledit Pierre Massip voudra 
en prendre), lesquels seront tous obligés de tenir les bois et sou- 
ches de la hauteur de demy canne, et que tout ce qui proviendra 
desdites emphitéoses appartiendra aux habitans de Bonpas et de 
la Salanque, pour les ayder, en considération de ce qu'ils les 
acheptent et doivent faire cet ouvrage ; qu'au surplus ces bois 
seront plantés dans l'hiver prochain. 

Que lorsqu'il se trouvera dans ce lict de ladite rivière des 
arbres, bois, broussailles et autres embaras, lesdits confrontants 
seront obligés de faire nettoyer à leurs frais quarantes cannes de 
lict. au moyen de quoy lesdits bois et arbres leur appartiendront, 
à moins que les maîtres des arbres et bois ne voulussent payer les 
frais et dommages qu'ils auroient pu faire. 

Que lesdits achepteurs seront obligés de faire arracher tous les 
arbres et boisages qui seront dans l'espace des quarante cannes qui 
seront marquées pour le lict par les personnes à cet effet nom- 
mées. 

Que dans ledit lict de quarante cannes qui sera mesuré par les- 
dites personnes qui seront choisies, il sera fait un ou plusieurs 
ruisseaux ou fossés, par où l'eau de la Tet puisse passer une fois 
seulement. 

Que l'eau qui va à Taineras ( i ) ne sera point arrestée ny détour- 
née, jusqu'à ce que le lict de ladite rivière soit achevé. 

Que les susdites soixante cannes de largeur qui seront prises 

( i ; Saint-Genis de Tanyères. Le document en catalan porte a à Tayneres ». 



— 1 76 — 

pour faire le lict et les bords de cette rivière, et tant qu'il s'y en 
Trouvera ie long au bord de la Basse et jusques hors la terre de 
Casteli-Rossello, seront estimées par quatre hommes (i), et s'ils 
ne pouvoient convenir, par un tiers, qui seront tenus de prester 
serment. 

Que le vieux lict et ses bords appartiendront à ceux qui con- 
tribueront a payer le nouveau lict. et qu'ils pouront le vendre et 
donner en emphitéose ; auquel effet les habitants des Costes de 
Bajolas et Casteli-Rossello seront, obligés de leur céder et remet- 
tre tout le droit qu'ils pouroient y avoir ; et s'il arrivoit que le 
cours de l'eau de ladite rivière de la Tet vinst à changer, ledit 
Jict nouveau qui doit se faire appartiendra aux habitans et voisins 
de Bonpas et de la Salanque. 

Que le prix des propriétés que l'on prendra pour faire le dit 
lict et ses bords sera payé après que l'estimation aura esté faite, 
scavoir la moitié dans trois mois à compter du jour que l'on com- 
mencera à v travailler, l'autre moitié cinq mois après ; et que s'il 
y a quelques personnes pauvres, elles seront payées sur le champ. 

Que toutes personnes qui retireront quelque proffit dudit chan- 
gement qui doit se faire, seront tenues de payer plus ou moins à 
l'arbitrage des personnes cy-dessus nommées, sans appel. 

Que si quelque possesseur des propriétés que l'on prendra ne 
vouloit pas garder ce qui en restera, en ce cas les voisins seront 
obligés de les prendre, et d'en payer la valeur au dire des mes- 
mes experts (2). 

Henry Aragon. 

(1) Le document dit : les deux bons homens élus, pour la rive du côté de 
Bayoles, sont : En Perpenya Boys et en G. Laurador. jardiniers ; pour la 
partie de la Salanque, Jacques Bajoles et Bernard Spert ; en cas de contes- 
tation, en Jean Nom-de-Deu. 

2) Archives des Pyr.-Or., C. 1204. — Cette transaction, ainsi qu'on 
l'a vu dans le texte, sî termine par des considérants intéressants qui stipu- 
lent qu'en faisant cet accord, on n'a point l'intention de porter le moindre 
préjudice aux seigneurs de Castell Rossello et de Bajoles, ni aux autres sei- 
gneurs qui possèdent des seigneuries dans le terroir de Bajoles et de Castell 
Rossello. 




Llevant de Taula 

T^uscino (janv.-déc. 1918) 

Nous remarquons dans ce numéro d'intéressantes pages de 
Joseph de Copons sur Prosper Mérimée et la Vénus d'ille. La 
documentation en est sûre. Cependant, nous ne croyons pas que 
cette iegende à la fois païenne et scolastique ait inspiré Juan 
Vaiera et le prodigieux critique qu'est Marcelino Menéndez y 
Pelayo. Par contre, nous signalerons à M. Joseph de Copons 
une version très savoureuse dans les Conies "Espagnols de Jean 
Richepin. Le sujet suscite de nombreux problèmes d'histoire 
littéraire. 

M. l'abbé Pierre Fouché continue son Essai de Grammaire 
Historique de la Langue Catalane. Nous sommes heureux qu'un 
roussiilonnais ait entrepris ce travail philologique. Il est mené 
avec une méthode sûre et une patience qui n'exclut pas la viva- 
cité. Au lieu de grouper les consonnes en initiales, intérieurs, 
finales, de les relier par les lois générales, l'abbé P. Fouché 
étudie séparément les divers traitements de chaque consonne. 

Page Si : à propos de l'origine du changement de S initial en 
(î) : syringa, xiringa (cast. jeringa), écarte comme peu sérieuse 
l'explication de Menéndez v Pidai, qui veut qu'elle provienne 
d'une influence arabe. Cependant, Menéndez y Pidal dit « Les 
Maures prononçaient toujours x : « xean llevadox todox estox » 
\El Poema de Y ûçuf. 7{evista de Archivos, vi, p. 117), et son 
observation est donnée pour certains mots espagnols. L'argument 
historique, fondé sur les graphies, ne nous paraît pas dénué de 
valeur. Bourciez \Elémenis de ling. romane] donne la même expli- 
cation. 

Le travail de l'abbé P. Fouché est très complet. A propos 
des groupes initiaux se, st, sp, signale l'apparition d'une voyelle 
accessoire, variabie dans nos dialectes. Nous savons que le latin 
vulgaire possédait déjà cette voyelle, comme en témoignent les 
inscriptions. Pourquoi M. l'abbé P. Fouché croit-il ne pas devoir 
nous donner des exemples? [Speculu-espill . 

Page 85, au contraire, pourrait grouper 5' SP et 6' ST, puis- 



_ ! 7 8 — 

que le traitement est identique. — Nous relevons dans l'étude 
du consonantisme des observations qui appartiennent aux para- 
digmes, ce qui nous fait penser que le travail est terminé. — 

Page 95, est bien insuffisant en déclarant que D semble s'être 
amuï de très bonne heure dans le roussillonnais [Vay : vadeo]. 

Nous sommes pleinement d'accord avec l'abbé P. Fouché lors- 
qu'il constate l'abus de h graphique, et note la tendance générale 
a n'employer que h étymologique. Après notre ami Paul Bergue, 
l'abbé P. Fouché s'engage dans une voie très sûre et nous l'en 
félicitons. Nous apprenons d'autre part que le présent travail de 
P. Fouché n'est qu'une esquisse, et sans doute nos précédentes 
observations sont-elles inopportunes. Nous retiendrons toutefois 
un fait capital : élève de M. Joseph Anglade, P. Fouché en 
applique les leçons à l'étude du catalan, et il démontre ainsi à tel 
ou tel philologue de Barcelone ou des Baléares que toute science 
des choses romanes n'est pas l'apanage exclusif des séminaires 
d'outre-Rhin. C'est par une collaboration de plus en plus étroite 
de Barcelone et de nos centres universitaires du Midi que l'étude 
de la philologie catalane deviendra féconde et agissante ; il appar- 
tient en effet aux philologues de jouer un rôle vraiment actif. Le 
peuvent-ils ? 

Lorsque collaboreront cigales et fourmis, ce sera un beau jour 
de « soulel d'or » sur les belles rives du Rhône et de la Garonne. 
Les savants et les jeunes gens étonnés commenceront à vraiment 
découvrir l'œuvre d'un fin poète qui s'appelait Frédéric Mistral 
de Maillane. 

♦ 

Messidor (juny-juliol 1919) Barcelone 
Messidor, « revue latino-anglo saxonne, admet toute collabora- 
tion en langues néo-latines ainsi qu'en langue anglaise ». Cette 
confusion des langues que l'on remarquait à la Conférence de 
Paris, dans les revues de philologie, dans le Poesia, organe de 
Marinetti et du futurisme, nous la retrouvons dans Messidor. Est- 
ce un bien? Forse che si, forse che no. Mais les rédacteurs de 
Messidor n'avaient pas prévu un article très curieux de M. Jean 
Bonnafous sur YOrtografia Caialana, écrit en dialecte quercynol. 
Un beau dialecte, d'ailleurs, celui de notre cher Antonin Perbosc. 
M. Jean Bonnafous y défend l'idée d'une orthographe propre à 



— 179 — 
réconcilier tous les dialectes du Midi, aquitains et provençaux. 11 
s'insurge contre certaines particularités de la langue catalane, et 
l'emploi du quercynol donne à sa phrase un joli mouvement. Il 
rougirait d'employer l'article el pour lo. Ah ! le beau sujet de 
querelle grammaticale ! Il considère comme de véritables mons- 
tres les formes es (per s') = se, ens (per n's) == nos. Ils sont 
terribles, en effet, si on les considère au microscope. On sait que 
ces pronoms atones deviennent asyllabiques après un mot terminé 
par une voyelle. Cette attraction explique l'emploi de l'apostrophe 
prépositive (que 's — que 'ns) ; l'adjonction de la voyelle e est 
une façon tout aussi commode d'indiquer l'attraction. On trouve 
dans les vieux textes quens, en un seul mot. N'est-ce pas mons- 
trueux ? Quant à la graphie n's, j'en voudrais bien voir des exem- 
ples. Elle me paraît un peu compliquée. Au fait, pourquoi ne 
représenterair-on pas par une apostrophe toute disparition d'une 
voyelle atone à l'intérieur d'un mot? Ce serait charmant. La forme 
composée HA estât pour ES estât me parait également irrépro- 
chable. En tout cas, ce monstre aurait été introduit par notre 
premier maître, par Ramôn Lull, qui, employant sa langue natu- 
relle, pouvait se faire entendre à Montpellier. 

On remarquera, dans ce numéro de Messidor, deux ou trois 
pages de A. Schneeberger intitulées « La Sensibibité chez les 
jeunes poètes catalans ». L'auteur y cite, traduits en français, 
quelques extraits de l'œuvre d'Aifons Maseras et de M. Perez- 
Jorba, mais ils ne suffisent pas à nous faire, connaître leur sensi- 
bilité. 

♦ 

M. Emile Ripert, belle cigale de Provence, a dit toutes les 
gloires du Roussillon dans son Au Pays de Joffre. 11 a parcouru 
nos principales vallées, avec un esprit barrésien. Mais pourquoi 
dit-il que le retable de Saint-Jean évoque toute l'Espagne ? Ce 
retable est d'un pur goût italien. Pourquoi écrit-il que l'un des 
premiers romans du moyen âge, « Gérard de Roussillon », a pris 
naissance dans notre pays ? Ce Roussillon n'est qu'un village, 
situé quelque part, peut-être même dans la vallée du Rhône. Ces 
confusions sont inévitables, et l'hommage d'Emile Ripert n'en est 
pas moins lumineux, enthousiaste et fièrement provençal. 



— léô — 

Le félibre Jousèp Soûler a écrir sur Cerre un livre débordant 
de joie félibréenne, intituleras Cansous (Ressouns Cetoris) (1917), 
et illustré par Ed. Marsal. On ne saurait jamais trop louer la 
bonhomie et l'enthousiasme des félibres. Jousèp Soulet nous dit 
dans son A-propos : « Save bé que s'avièu pas publicat aquestas 
cansous, la terra auriè toujour virât. » Sans doute, mais avec de 
telles chansons la terre tourne et vire heureusement. Et je com- 
mence à croire que la bonne humeur est préférable à la poésie, 
et que les félibres ne sont pas des poètes, comme on le croit 
communément, mais de véritables philosophes. Voici un précepte 

cettois : 

Lous ancians disièn : 
Per èstre urous, te eau très causes : 
Saches pas jamai quand es d'ouras, 
Ni quant as begut de cops, 
Ni quant as d'argent dins la pocha. 

Il faut signaler dans ce recueil deux illustrations : la première 
nous présente les félibres Cettois qui gravissent la colline de 
Saint-Clair, bannière en tête. La seconde nous les montre vêtus 
de blanc, célestes, accueillis grâce à leurs bonnes œuvres par le 
portier du Paradis. Aixi sia. 

Les Contes Populaires de la Vallée du Lambon, recueillis par la 
Société traditionniste de Comberouger, traduits par M. Antonin 
Perbosc, bibliothécaire-archiviste de la ville de Montauban, for- 
ment un ouvrage agréable et exemplaire, et viennent nous révéler 
les humbles trésors du félibrige. Tout y est merveilleux. D'abord, 
cette Société traditionniste de Comberouger, qui groupair de 
simples écoliers « dans le but de recueillir, dans la commune, 
tout ce qui se rapporte à 1 histoire et particulièrement au tradi- 
tionnisme ». En s'adressant à des enfants, dont la mémoire est 
claire, M. Antonin Perbosc a pu contrôler toutes les variantes 
ou altérations d'un même conte populaire. En leur faisant obser- 
ver tout ce qui les entourait, il leur apprenait l'amour du terroir. 
11 est certain que ces enfants doivent se souvenir d'un tel maître. 
Ecole rustique de Comberouger, la plus belle école de France ! 

J.-S. P. 

lc Gérant, COMET. — Imprimerie Catalane, COMET, rue de la Poste, Perpignan 



13' Année. N' 155 15 Septembre 1919 

Les Manuscrits non insères ^_^ I» <. tl W 4 ^r^ 

ne sont oas rendu». Ï^T B' ^^w I ■' 

Lrs Articles oarus aans ia Revue M "* ^^ ^^^ V% 1 ^V lWj »4 

n'engagent que leurs auteurs. \^AA A A &JLi^ JL A ^ JL^ 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. — Cotisation : 10 fr. par an 

A propos 

d'un Cours de Provençal 

au Lycée de Marseille 

De source autorisée, on annonçait, dans la première quinzaine 
du mois d'août dernier, que le ministre de l'Instruction publique 
avait décidé la création d'un cours de « provençal » au lycée de 
Marseille, devant fonctionner dès la rentrée d'octobre. Je ne sais 
si les Roussillonnais ont prêté toute l'attention nécessaire à ces 
quelques lignes qu'ont publiées, en petite dépêche, les journaux 
régionaux et certains autres de notre département. 

C'est une « heureuse innovation », écrit un très distingué féli- 
bre provençal, M. Jules Véran, dans VEclair de Montpellier 
(18 août 1919). 

« Jusqu'ici, — dit-il, — l'étude du provençal était réservée à 
l'enseignement supérieur. Encore faut-il s'entendre. Le provençal 
n'était enseigné, dans les Facultés des Lettres, que comme une 
branche des langues romanes et une branche morte. On l'étudiait 
dans sa formation, dans les formes qu'il avait aux xif et xni' siècies et 
dans la littérature des troubadours. Sans doute le plus illustre de 
nos romanistes, Gaston Paris, a-t-ii laissé un livre excellent sur 
Mistral, et sans doute encore les revues spéciales nous ont-elles 
offert plus d'une étude sur le parler actuel de tel et tel coin du 
Midi. Mais, dans les chaires, il n'était et il n'est question que du 
provençal mort, jamais du provençal vivant. 

« Récemment M. André Lefèvre, député d'Aix-en-Provence, 
déposait une demande de crédits pour la création d'une chaire de 



— l82 — 

provençal à la Faculté des Lettres de cette ville. Car, chose 
incroyable, l'Université de Provence, l'Université qui a son siège 
dans l'ancienne capitale de la Provence, n'a pas de chaire de 
provençal. Un professeur, M. Léopold Constans, y faisait bien 
un cours de provençal, mais de sa propre initiative, car il était 
titulaire de la chaire de latin. Depuis la mort de cet excellent 
homme, survenue il y a deux ou trois ans, ce cours n'a pas été 
repris. M. André Lefèvre a eu donc une excellente idée. Mais 
il entend, et il l'a dit à la Chambre et au ministre, qu'on ensei- 
gne à Aix le provençal de Mistral, le provençal qu'on parle 
aujourd'hui et non celui de Bertrand de Born et du xm' siècle. 

« En causant avec lui de son projet, auquel le ministre s'est 
d'ailleurs montré pleinement favorable, je lui ai fait observer que 
l'enseignement supérieur avait un caractère spécial et un but spé- 
cial : il est consacré à la critique scientifique et il doit former 
des travailleurs ; nos Facultés, même celles des Lettres, sont des 
laboratoires, où on travaille à la fois au progrès de la science et 
à la formation des professeurs. Un jeune homme quelconque, un 
homme du monde peut lire et étudier Mistral en lui-même, et il 
y trouvera plaisir et profit, mais un étudiant d'enseignement 
supérieur doit être muni, pour aborder ce sujet, de connaissances 
spéciales parce qu'il doit l'étudier de façon spéciale. 

«M. André Lefèvre confondait l'enseignement supérieur avec 
l'enseignement secondaire. Au lycée, les études sont toutes diffé- 
rentes. Pourvu que les élèves aient des connaissances générales, 
cela suffit. On ne leur demande pas d'être des savants : il suffit 
qu'ils soient instruits. 11 serait tout à fait exagéré de leur appren- 
dre la grammaire du provençal du moyen âge et d'exiger qu'ils 
sachent lire les troubadours dans le texte. Mais on peut leur 
enseigner la littérature provençale, y compris celle des trouba- 
dours, et on doit leur faire lire nos grands poètes et prosateurs 
modernes de langue d'oc. C'est pitié de voir ces richesses cachées 
à nos jeunes gens. C'est une honte pour notre enseignement public 
de laisser, à la porte des écoles, des poètes qui sont admirés par 
le monde entier et traduits dans toutes les langues. 

« La création de l'enseignement provençal au lycée de Mar- 
seille met fin à cet ostracisme impie. Le mouvement est donné ; 
il s'étendra ». 



* 18* - 

Presque au même moment où paraissaient les si justes réflexions 
de notre distingué confrère de Montpellier, voici qu'un non 
moins avisé félibre de Toulouse, M. Rozès de Brousse, lui fai- 
sait écho, en réclamant le même privilège pour la capitale lan- 
guedocienne. 

« Il serait vivement à souhaiter, écrivait-il dans Le Télégramme 
de Toulouse, à la date du 16 octobre 1919, qu'un cours de 
ce genre fut organisé à Toulouse pour le languedocien. On sait 
que l'enseignement de nos dialectes occitans facilite, par leur 
communauté d'origine, l'enseignement conjugé du latin et du 
français. 

« Comme, en outre, il est souverainement ridicule que les jeu- 
nes gens de Toulouse et du Languedoc ignorent la langue, la 
littérature, l'histoire de l'art de leur patrie locale, nous deman- 
dons la création, au lycée de Toulouse, d'un cours secondaire de 
langue, de littérature et d'art occitans. Cela est d'autant plus 
logique que, pour l'enseignement supérieur, des cours de ce genre 
existent à la Faculté des Lettres de Toulouse, a la section dite 
« Institut des Etudes Méridionales », où enseignent avec éclat 
les professeurs J. Anglade, majorai du Féiibrige, Graillot et 
Calmetre. » 

Nous avons tenu à mettre sous les yeux des lecteUfs de là 
T{evue Catalane ces appréciations si autorisées, pour mieux leur 
donner une idée exacte et complète du grana mouvement qui se 
produit, a l'heure présente, en vue de la décentralisation intellec- 
tuelle et au bénéfice de nos parlers régionaux, trop longtemps 
tenus en suspicion. Et comme nous avons les mêmes raisons que 
nos confrères et amis des pays de Mistral et de Clémence Isaure 
pour faire valoir notre si belle langue maternelle, nous reclamons, 
nous aussi, pour le catalan, la même faveur que les fèlibres de 
Marseille ont obtenue pour leur chère langue provençale. En 
d'autres termes, nous demandons qu'un Cours Je Catalan soit créé 
au lycée ^collège actuel) de Perpignan. 



- ,«4_ 

Ce cours secondaire ne nuirait aucunement à ceux qui, simul- 
tanément, seraient faits à la future Université de cette ville. U 
serait au contraire une excellente et nécessaire préparation à l'en- 
seignement supérieur qui serait donné en celle-ci. 

Nous aimons à espérer que, grâce au bienveillant appui des 
députés et des sénateurs du département, et de toutes les autori- 
tés compétentes, Monsieur le Ministre de l'Instruction publique 
daignera sans délai faire droit à la demande de la Société d'Etu- 
des Catalanes de Perpignan : la création d'un cours de « Catalan » 
au lycée de Perpignan. C'est logique et de toute première néces- 
sité. Jean Sarrète. 

Les Félibres Pyrénéens et le Maréchal Foch 

Les félibres de VEscolo deras Pireneos ont organisé, le mois 
dernier, une fête à Valentine (Haute-Garonne), à l'occasion de la 
pose d'une plaque commémorative sur la maison natale du maré- 
chal Foch. Ce fut un beau jour pour l'illustre vainqueur dé 
France et le félibre pyrénéen. 

Devant la maison désormais historique où, très aimablement, 
la sceur aînée du maréchal reçut les félibres, des discours furent 
prononcés par MM. Adoue, maire de Valentine, au nom de 
VEscolo ; Armand Praviel, de l'Académie des Jeux Floraux ; 
Rozes de Brousse, majorai du Félibrige ; Moudon, président de 
la Société des Etudes de Cominges. 

Après un banquet auquel assistèrent les plus hautes personna- 
lités du Félibrige du Midi, eurent lieu les Jeux Floraux sous la 
présidence de Mademoiselle Foch, qui avait accepté le titre de 
Reine du Félibrige pyrénéen décerné par VEscolo deras Pyreneos. 
Le rapport avait été présenté par M. Sarrien, capiscol, auquel 
revient pour une grande part le succès de cette fête. 

Les Catalans du Roussillon s'associent de tout cœur au beau 
geste de leurs sympathiques confrères de VEscolo deras Pyreneos ; 
ils se disent tout heureux de saluer du beau titre de Théine du 
Félibrige pyrénéen la très distinguée M"' Foch, en même temps 
qu'ils adressent à l'illustre maréchal, a l'éminent académicien 
J'hommage de leur patriotique et reconnaissante admiration. 




* **«$**• •»«^§S?*«* *»«*3k?*»* *»«Çff*«* 



JOFFRE 



Quan jogava an el taller 
de son parc toneller, 

— are mireu qui s'hi fia — 
al coneixer tan petit, 
aquells dies qui haguès dit 
que tan gran séria un dia ! 

— L'àvi, vos en recordeu ? 

— Qui no se n recordaria 1 



Cançô popular 

Polytechnica '1 vegé 

lo ninet del « Taronger », 

lo gran fili de Rivesaltes ! 

Y, ascendit de cim en cim, 

fins a generalissim 

coneix les glories mes altes. 



— L" 



avi, ja vos animeu 



Fillets, mon cor sobresalta. 



Jo anavi al Col'legi amb ell : 

aixurit com passarell, 

era alegra companyia ; 

s'estimava Perpinyà 

y parlava català 

mes soviny que s'hi valia. 

— L'àvi, vos en alegreu ! 

— Qui no se'n alegraria ! 



Y van arriva '1s mais anys : 
pochs soldats y prou afanys 
y... de! Maine la Yicloria... 
D'un cop mestre ben donat, 
en salvant I'humanitat, 
Joffre entre viu dins YHistoha ! 

— L'àvi, jà no'n recordem. 

— Fills, serveu-ne la memoria. 



Avuy, nins, quan passarà, 

giteu llorer càtaià, 

nines, giteu-li floretes, 

y com riurà, envieu-li 

petonets de serafi 

amb vostres blanques manetes ! 

— Per vos ii farem un bès. 
- — Per lot Ttyssellô, ninetes ! 

Caries Grandô. 



SUR LE BANC DE PIERRE 

Lettre au poète J. -S. Pons, auteur de « El Bon Pedriç » 

Mon cher Ami, 

Je ferme maintenant votre livre ; je l'ai assez lu, assez creusé ; 
j'en suis comme imprégné ; il me sera facile d'exprimer l'émotion 
profonde qu'il me cause, et vous ne serez ni surpris, ni mécon- 
tent si je le fais souvent en réminiscences de vos vers délicieux. 

Comme il devait vous tarder, et que vous êtes heureux de vous 
rasseoir chaque jour, à l'heure où le soleil mourant dore les toits, 
sur le banc de pierre qui entoure le vieil ormeau du village natal ! 
Combien je vous envie ! Le Canigou, là-bas, se teinte de violet, 
dans la ligne de lumière qui le découpe ; les paysans s'en revien- 
nent avec leur faulx ; l'on entend le chant amical des rainettes. 
C'est par hasard que vous vous êtes assis sur ce banc de pierre, 
dites-vous? Non. Il est votre ami, comme il est le mien. Tout 
comme le bon paysan, à la rude poigne, nous avons le droit d'y 
prendre place. Il nous sera accueillant, parce qu'il sait que, nous 
aussi, nous fouillons et ramenons au baiser du soleil la glèbe 
maternelle, et que, le bras sur la bêche, nous savons aussi goûter 
la douce contemplation de la montagne bleue. Certes le vin que 
nous buvons à la régalade, entre deux « juntes », est bien le vin 
nôtre. Mais notre frère de la terre se blase peu à peu, par l'ac- 
coutumance, à ce spectacle émerveillant du royaume des cimes 
calmes, alors que, vous, il vous a fallu lui donner la vie de la 
pensée dans vos exils intermittents de la carrière universitaire ou 
dans l'affreux et long cauchemar de votre glorieuse captivité. Elle 
a besoin d'être bien puissante, cette vitalité de l'imagination poé- 
tique, pour vaincre ainsi l'épuisement corporel !... 

Pour une fois, asseoyons-nous donc côte à côte sur le banc de 
pierre qui garde votre seuil. La journée est belle et nous parle à 
tous deux le même langage. Toutes vos peines seront miennes ; 
toutes vos joies seront mes joies. Cette vieille église qui vous 
charme, je la connais, quoique je n'y entre plus guère qu'à la 



_ ,8 7 - 

poursuite des souvenirs de l'enfance ; je l'aime, l'église poudreuse, 
avec son brillant retable qui montre en scènes compliquées votre 
patron lardé de flèches cruelles, avec ses autres saints écarquillant 
leurs paupières d'or, avec son étrange Christ endormi les pieds 
meurtris bien joints, avec sa Vierge d'avril qui regarde comme 
une amie. 

Non ; il fait trop beau ; allons par les rues du village, par les 
rues que relie leur étroitesse et qui montent, inégales, entre les 
maisons noircies. C'est le gai matin. Les toits à peine rougis, où 
flotte harmonieusement la première clarté du jour, vont bientôt 
s'offrir comme un brasier à tout le bleu d'un lumineux foyer. Les 
treilles noueuses dégoulinent sur les passants. Il glisse un souffle 
d'air qui rêve. Ah ! voici une brave vieille sur sa chaise basse, au 
pas de la porte, avec le foulard noué encadrant sa face recuite, 
et ses deux mains reposant sur les genoux. Sur la fenêtre une 
fleur s'ouvre, dans un toupin écaudé. Déjà des cheminées la fumée 
bleue monte. Là-bas, l'eau court parmi l'herbe, les houes brillent 
dans le feuillage des vergers, et les ânesses vont et viennent avec 
leur bât. Là-haut, par le fenestron béant d'un grenier, on voit le 
maïs jouer avec le soleil. Ah ! cher grenier ;. grenier des vieux 
outils, crible, quenouille, meubles désuets et robustes ; grenier 
des provisions rustiques, tas d'avoine, olives et figues sèches ; 
grenier traditionnel ! L'hirondelle est ta familière, car tu es tout 
clarté. Tu retentis du chant des cloches. Et ton fenestron est si 
propice pour contempler la montagne neigeuse, pour recevoir le 
baptême de la bonne terre! 

Mais des femmes reviennent déjà du frais Ribéral, aussi fraî- 
ches que lui, jambes nues, yeux vifs et figure hàlée. Quel noble 
balancement de hanches !... Nous voici sur la place ! Ce n'est 
pas un ormeau, mais un micocoulier centenaire qui l'ombrage ; il 
v a bien le banc de pierre. Feuillage clair, tu renfermes tout un 
regret du passé... Voici encore des femmes ; elles s'asseoient à 
l'ombre et se mettent à repriser, à babiller aussi. Et il y a une 
fillette en jupon, avec des yeux d'alicante... 

Maintenant des jeunes filles s'avancent, une à une, attentives à 
leurs pas ; les bras haut-levés, elles portent sur un plateau trois 
cabas, ou repose le trésor de la pâte du pain. Cependant, à la 
fontaine, les cruches coupent, chacune à son tour, le jet clair. 



— .88 - 

Quel lumineux silence ! Qu'on est bien, à rêver sur ce fruste banc 
de pierre ! Qui donc fait un si beau corps à nos jeunes vierges 
latines allant puiser aux sources ! A votre avis, cher poète, c'est 
le vent salé de la mer, ce vent salutaire qui saute par dessus la 
crique d'opale où reposent les toits teintés d'oranger, par dessus 
le village enchaîné dans un noble silence, par dessus les pierres 
des coteaux qui semblent en contemplation, par dessus la plaine 
verte. C'est lui, le vent salobre. Ainsi de ce banc de pierre notre 
rêverie s'évade un moment jusqu'à la mer salée. 

Mais la campagne nous appelle. Les parfums de la luzerne 
montent dans le vent. Où aller d'abord ? Par le Ribéral aux bois 
mystérieux, où la libellule pose son vol sur les aulnes ou sur les 
bouleaux qui bruissent comme un rêve ? Non, montons vers la 
garrigue. C'est l'avril, le mois léger, pureté et honneur du ver- 
ger blanc, l'avril de Rémi Belleau, le mois plein du bourdonne- 
ment des abeilles, de clairs arbres et de sources. O sérénité du 
matin ! La bergeronnette chante entre les blancè cerisiers. Voici 
la bonne terre d'argile où l'olivier et le grenache s'ensoleillent 
parmi le genêt. Salut, oliviers antiques, semés parmi les terrains 
d'abeilles ! Oliviers qui chantez partout la paix sereine et magni- 
fique, le poète vous salue. Sa pensée est un chant qui a la terre 
pour, racine ; c'est l'haleine de la feuille sous le ciel ; le noyer 
est son frère ; mais c'est à toi surtout qu'il ressemble, olivier 
ami, tranquille et joyeusement feuillu. Serein commue un dieu, le 
poète étale sa divine frondaison. 

Vous aussi, salut, amandiers noirs et noueux, qui vous pom- 
ponnez de blanc, inclinés sur le versant rougeâtre en rangée har- 
monieuse ! Cette terre de la garrigue nous parle au cœur, comme 
une épouse ou comme une sœur câline. 

Du haut de ce coteau tapissé de vigne et d'oliviers suivons le 
cours des saisons. L'aube d'août luit, silencieuse et sûre. C'est la 
moisson. Bien plus belle elle est sur la montagne. Sur la monta- 
gne nous irons plus tard voir lier les gerbes devant les crêtes et 
les cols dressés dans la lumière. 

L'automne approche. Son or pare déjà de joyaux les mûriers 
du chemin. Le jaune muscat pend au soleil sur le bord des ravi- 
nes. Oh ! le doux temps des vendanges î La libellule émaillée 
est défunte. Tout le monde est au travail sur le versant de la 



— ,89 — 

garrigue hàiée, non loin des ruines de l'église romane où vibrent 
les oliviers au feuillage tranquille. Laissons, ô ami, laissons san- 
gloter les Drvades. Vous croyez à ces divinités ? Notre mytho- 
logie, c'est la vibration de notre àme devant la nature. Plus de 
nymphes riant sur la mousse, ni de sirènes accroupies au fond de 
la mer enchantée. La terre et la mer sont si belles par elles- 
mêmes, par la communion de notre àme !... 

L'automne est venu. Ciel de verrière, rouilleux ou d'un bleu 
de languison. La feuille tombe lentement. La source pleure et 
pleure. La maraîchère saute les flaques d'eau. La tristesse appro- 
che. Mais non ; l'hiver lui-même aura ses joies. La troupe d'oli- 
verelles arrive sur le coteau ; elle étend un drap au pied de l'ar- 
bre généreux ; les échelles sont dressées et les mains se trémous- 
sent. La Dryade n'est pas morte ; je vous l'accorde, en faveur 
de ce curieux rythme de ai syllabes en 7 anapestes, que vous 
avez si artistement renouvelé du grand Maragall. L'olivier une 
fois dépouillé, cette Dryade va apparaître, pour montrer ses char- 
mantes formes, je veux bien cela aussi ; et elle enseignera encore 
aux jeunes filles le chant de la brave Terre qui se dépouille pour 
renaître. C'est fini ; les oliverelles s'en reviennent. La plus jeune 
s'arrête près de l'amandier pour rêver et laisser s'exhaler son nou- 
vel amour, telle la violette déployant sa capuche bleue. 

Que ne dit-elle pas à nos âmes, la terre du Ribéral et de la 
garrigue ? Mais les montagnes de Canigou brillent là-haut, dans 
leur paix et leur sérénité. Elles nous appellent, ces blanches dées- 
ses découpant leur nudité sur le ciel. O chère montagne, si bien 
enracinée dans le coeur de l'exilé, au pied de tes larges versants, 
la-bas, loin, brillent les ermitages désolés, aux dalles de schiste, 
les ermitages qui plaisent au rêve parce qu'ils ont de mystérieu- 
ses voix antiques... 

La montagne, c'est votre doux pèlerinage d'amour, cher jeune 
poète. Comme je vous ai suivi avec tendresse, avec la oeur de 
troubler votre enchantement ! Vous nous dites, avant tout, votre 
passion, votre dévotion aux pins solitaires, qui découpent le soir 
dans le silence blanc leur majestueuse ténèbre. Leur feuillage 
mouvant vous parle du ciel bleu du passé. A leur pied, vous 
attendiez, adolescent, la nymphe au corps potelé, qui ne venait 
toujours pas. 



— 190 — 

Et tout de suite commencent les intimes rendez-vous. La pluie 
chante. Vous voici tous deux innocemment sous un figuier. Mais 
il n'y en a pas dans la montagne ! Sans doute : c'est encore 
au Ribéral. Le ruisseau coule, endormi, sous les noyers épais. 11 
pleut ; et comme c'est gai, cette pluie ! Oh ! les doux distiques ! 
On dirait de poétiques litanies. 

Plou, plou ; la pluja es sanitosa 
] te dona un color de rosa. 



Si tant trigues, que te diran ? 
Pare i mare te renyaran. 

Mes deixa fer, que es ta mirada 
De blavor nova il-luminada. 

Veuràs en el cel espellir 

El gai arquet de Sant Marti. 

Mai t'havia vist tant hermosa ; 
Ton llavi es moll com una rosa. 

Le soleil de Montalba n'a pas besoin de luire ; il est dans vos cœurs. 

Une autre fois elle est de blanc vêtue, l'amie aux cheveux 
blonds. Vous allez sur la garrigue guetter les premiers grains mûrs 
du raisin et le vol bruyant de la perdrix dans les pentes en ter- 
rasse. Comme l'arbre au vent, elle'chante la joie infinie de l'ado- 
lescence. Matin de Saint-Roch ! Les cloches font leurs trilles. 
Allons cueiilir les figues-fleurs ! De la solitude, cette garrigue ? 
Voyez : les airs font la fête. Les arbres sont grêles, mais ce sont 
de bons amis. La bien-aimée trotte de ci, de là : une amande 
oubliée ; une rose ; et son bras lumineux s'allonge ; et le soleil 
baise sa joue. Cependant le panier reste vide de figues ; elles 
sont encore vertes... comme les illusions. 

La jeunesse éclot. C'est le vrai matin. Le chant s'est fait fort 
comme la montagne, blanc comme les glaciers. La vigne bour- 
geonne ; pêchers et cerisiers sont en fleurs ; tout chante, les clo- 
ches et le vent ; les ruisselets courent, les fraises embaument. 
Doux matin de la montagne et de la garrigue ! La tendre blonde 
aux yeux d'eau bleue, le fruit plein de saveur, la jarre de miel 
fin, vous l'avez enfin pressée sur votre poitrine ; douces lèvres 
humides ; coeur battant ; bras mollement étendu ; tresse détressée. 
O parfum de printemps ! 



— 19» — 

L'idylle exquise se prolonge. Comment se lasser de l'amou- 
reuse au corps d'argile fine, de clarté de neige, belle pèche mûre, 
août doré, de ce corps si doux a la sève roussillonnaise ? 11 fait 
si bon être assis sur le banc de pierre, toujours seuls ! C'est un 
soir d'août, au silence blanc... 

Vienne septembre, le mois de la clarté ! Hymne triomphant du 
vent qui secoue le grand cyprès et bruit dans les roseaux. Doux 
temps pour les folies d'amour ! Avec le rythme de son corps elle 
vous dit toute la pureté du soir dans un grand baiser voluptueux. 

Mais l'amour n'est pas toujours gai. Elle est venue, aussi belle 
que jamais, avec sa démarche plus divine qu'une danse, avec la 
grâce sereine des pêchers ; et ses baisers furent une pluie de 
pétales que vous recueillîtes comme une jarre d'argile. Lasse, elle 
s'est affalée à l'ombre des cyprès, ces cyprès au noir de velours 
et qui sont une tristesse douce de notre Ribéral. C'est l'heure où 
le bleu du jour s'étiole sur la montagne. La Douleur fait son 
entrée sournoise. Quelle douleur donc ? Le tendre mal qui la 
pâlit, et la fait plus nette et plus noble : l'Annonciation radieuse ! 

Cela va se préciser plus loin. Au milieu du paysage reposant, 
au bord du ruisseau qui mire une grande fleur rose, sous le noyer 
qui s'émerveille de l'ombre qu'il projette, elle dort, l'épouse 
adorée, la joue au creux de la main, le tablier plié sous la nuque ; 
elle écrase l'herbe sous le poids de son corps, comme la caille 
fait là-haut dans la prairie. L'enfant frémit dans le sein maternel. 
Et toute la montagne en exhale un suave murmure. 

Et dorénavant vous guetterez avec tendresse tout geste de la 
future mère. Elle s'est encore endormie. Vous aimez tant la con- 
templer ainsi ! Mais le sommeil ressemble si bien à la mort ! Oh ! 
cette mort de silence et de terre ! Maudit Baudelaire, qui évo- 
quez si àprement ces images affreuses !... Non, non. La lumière 
s'épanouit entre les arbres, et notre cœur s'apaise soudain devant 
cette sérénité. 

C'est que vous aimez tout ce qui est clair, tout ce qui est 
calme. Le clair de lune vous enchante ; c'est votre idéal. Ainsi 
doit être l'au-deià, pensez-vous : tout lune sainte et rythme pro- 
fond, mélodie muette, aérienne, amicale, afin que la pensée ne 
soit plus esclave et que la haute pureté d'un ciel à peine bleu air 
l'accueil d'une idéale épouse. 



— 19Î — 

Tel est votre rêve, noble rêve de calme et de sérénité. Je relis 
votre incomparable Pregaria de la tarde, où vous invoquez Jésus, 
le Jésus en qui vous cessâtes de croire, mais dont la vertu vous 
est chère, ce Dieu des ancêtres, ce Dieu oublié, ce voyageur 
mystérieux qui vient le soir prendre humblement place sur le banc 
de pierre du village. Jésus qui donnais à nos aïeux consolation 
pour toute peine, sois loué alors que tu ne serais que l'impossi- 
ble désir du cœur humain ! 

Que de fois vous y revenez, à ce rêve de paix sereine ! Ce 
que vous voudriez, c'est avoir la sève de l'arbre, la luminosité de 
la mer, l'ensoleillement des cimes. Ce que vous demandez à la 
terre, c'est de vous conseiller la joie et de vous verser l'illusion, 
en ne gardant en vous que la clarté de la pensée, telle la lueur 
nocturne d'une étoile entre le feuillage. 

Ce rayon de soleil, cette étoile, c'est aussi la branche de rosier 
qu'abrite le mur du mas abandonné. Oh ! la triste demeure des 
hauteurs, qui, dans l'austère solitude, contemple le silence clair de 
l'espace ! Et cette ombre des pins qui l'entoure, le long du sol ! 
Ombre hallucinante : 

And my soûl from out that shadow that lies floating on the floor 
Shall be lifted — néver more. 

Jamais plus! Le papillon noir bat funèbrement des ailes. Jamais 
plus la vie de la foi ne renaîtra dans ce mas abandonné : ni le 
dressoir aux plats de faïence peints de fleurs et d'oiseaux, et 
l'éclair humide des cruches rouges et vertes ; ni les pendeloques 
de raisins clairs, et les beaux rires d'enfants, et l'ondulation des 
troupeaux. Les amandiers aux blanches promesses -sont plus secs 
que la roche. Jamais plus !... 

Qu'importe? La nature est si belle au dehors! Sans doute 

l'automne de la vie arrive. L'arbre endormi dans l'oubli du frais 

i 

matin, avec l'offrande d'or de son feuillage, c'est le bon repos 
pour cette âme désaccoutumée de croire. Avec une épouse chasie 
et un bel enfant, le jour va se lever plus harmonieux. L'amour, 
l'amour conjugal, l'amour paternel, tout est là. Hors de là, point 
de vraie science. 

Venez donc, tendre épouse au corps blanc, avec l'enfant au 
bras, fleur hâtive. C'est le temps des parfums : l'amandier, ô joie ! 






- , 9 3 - 

commence à refleurir; la violette énamourée agite son encensoir ; 
l'abeille blonde vole avec un murmure enivré. Qu'un baiser 
fécond scelle chacune de vos paroles ! Charmanl pêcher rose, 
l'eau de la vanne t'arrosera bien doucement. Ils ne sont même 
point de trop, là, tout auprès, les noirs cyprès contemplatifs, 
rangée austère qui est comme suspendue en l'air ; ils donnent le 
goût de l'Infini... 

Et voilà le mas définitivement ensoleillé... 

Livre de calme et de sérénité, et livre d'exquises peintures 
rurales, tel est votre Bon Pedriç, noble poète et cher ami. La 
pensée sereine s'y mêle aux touches du pavsage vers par vers, 
pour ne faire qu'un, en une communion que vous avez d'ailleurs 
admirablement définie. Poursuivez donc dans la paix recouvrée 
votre oeuvre si belle. Vos chants ont déjà trouvé de l'écho dans 
la langue maternelle renouvelée, et d'autres écoutent votre voix, 
en souhaitant ardemment toujours l'entendre. 

Quand vous dormirez votre sommeil dans la glèbe schisteuse 
de la garrigue, au tintement des clochettes des chéores, tout près 
de la source au constant murmure, au pied du figuier dont l'om- 
bre suit l'heure fidèlement, l'épouse tendre ne sera pas seule à 
venir vous y parler... Mais non. Chasssons ces tristes pensées 
Mussétiennes. L'amandier est en floraison. Aussi, désormais, lors- 
que nos rêves à nous iront, comme un essaim d'abeilles flottant 
dans le firmament lumineux, iront là-bas où l'Albère déploie ses 
roches violettes, lorsque la pluie fine de mai sous un ciel d'ar- 
doise viendra remouiller nos souvenirs d'enfance, ce sont vos 
vers qui chanteront dans notre mémoire. Certes nous la voyions 
déjà bien belle, notre terre de Roussillon. Vous nous l'avez mon- 
trée plus noblement belle, et plus sereinement, et plus clairement, 
car elle l'est sans limites. Aussi, n'ayez crainte, a Toute la terre 
que mon cœur aime », comme a dit Verdaguer, surtout la garri- 
gue, le figuier et la source parleront à jamais pour vous. 

Paul Bergue. 
Hanoï, 8 juin 1919. 




La Confrérie du Rosaire 

A ESTAVAR (1607) 

L'une des plus anciennes Confréries du Rosaire que nous con- 
naissions en Cerdagne française, en dehors de la Confrérie-mère 
de Puigcerda, est celle du petit village d'Estavar. 

Mais hélas ! je n'ai pu trouver le moindre document d'archives 
qui puisse nous renseigner sur les constitutions, statuts, fêtes et 
sur la situation financière de cette mariale association. Les archi- 
ves paroissiales "d'Estavar sont si pauvres qu'elles ne se composent 
aujourd'hui que de quelques cahiers et liasses de comptes. C'est 
dans l'une de ces liasses que j'ai eu la bonne fortune de trouver 
la date de fondation de la Confrérie du Rosaire. Celle-ci fut 
établie à Estavar en l'année 1607 ; elle est donc la plus ancienne 
que je connaisse, du moins à ce jour, en Cerdagne, parmi les 
filiales de celle de Puigcerda. 

Faute d'autres documents, il suffira d'appliquer à la Confrérie 
d'Estavar ce que nous connaissons des statuts et ordinations de 
Bolvir, d'Osséja et d'Enveigt, pour avoir de la première les 
détails qui, par ailleurs, nous font défaut, attendu que ces sortes 
d'associations se ressemblent toutes plus ou moins par l'identité 
même de leurs règles constitutives. 

A BOLVIR (1612-1793) 

Comme celle d'Estavar, la Confrérie de Bolvir se réclame 
d'une origine fort respectable, puisqu'elle existait déjà en 1612. 
En effet, dans un vieux manuscrit conservé dans l'église de cette 
paroisse, un chroniqueur a transcrit la note suivante : 

« Noto que per les guerres del Principat de Cathalunya, i 

(1) Village faisant aujourd'hui partie de la Cerdagne espagnole, situé au 
nord-ouest de Puigcerda, à i 1 i5 mètres d'altitude, i3o habitants. 11 est cité 
au ix' siècle, dans une bulle du pape Jean XV, comme dépendant de Saint- 
Michel de Cuxa (Confient). 



- ,»5- 

contagi, que los secrets fonc servit Nostre Senyor enviar en lô 
Doc de Bolvir, i altres del Comptât de Cerdanya, en lo any 1612, 
entre altres coses, foren perdudes moites escripturas de la iglesia, 
i comuna de dit Hoc, i particularment los llibres, i comptes de 
dita Confraria. » 

Cette pieuse association fut réorganisée le 17 décembre 1617, 
comme l'indique l'acte ci-après : 

« En lo any 1617, y als 17 del mes de dezembre, lo Révèrent 
Pare Fra Jacinto Quès, de la Orde de Predicadors, aben près sa 
llicentia y autoritat del molt Révèrent Pare Fra Joan del Valle, 
provincial de la Provincia de Arago, funda la Confraria de Nostra 
Senyora del Roser, en la iglesia parrochial de Santa Cecilia del 
lloch de Bolvir, terTa de Cerdanya y bisbat de Urgell, sent rec- 
tor de dita parrochia lo Révèrent Mossen Niubo, balle Domingo 
Jordana, y consols ae dit lloch Antony Sunyer y Cosma Casa- 
mitjana. 

« Consta dita fundacio ab acta autentic près per M' Domingo 
Montaner, notari de. Puigcerda, als 17 de dezembre 1617 (1). » 



Les statuts propres à la Confrérie du Rosaire de Bolvir étaient 
basés sur les constitutions établies précédemment par les Souve- 
rains Pontifes, depuis Sixte IV, en 1417. Ils ont trait à la 
réception, aux obligations et privilèges des associés, aux fêtes de 
l'association. Voici le texte de ces constitutions : 

< Constitucions y Ordinations que han de guardar los Confrares 
de la Confraria de JVostra Senyora del T(oser, lesquals son confirmadas 
ab autoriiat aposlolica, per Sixte Quart, a 3o de maig, any 141 y, 
Innocenlio Ociau, en la fesla de Pentecostes, any 1484, i lois los 

(1) Cet acte et le précèdent ont été transcrits, d'après d'autres vieux 
manuscrits sauvés du désastre de 1612, d'un registre portant la mention 
suivante : * Llibre en lo quai estan acenlats los Confrares del 7(oser de la parrc- 
quial Je S" Cecilia Je Bolvir. comensat al i3 de agcst ibSb, sent reclcr lo 
J^everent Senyor Miquel Pcrlana. y preJicaJor : lo levèrent Paré Tra Benel 
Marti, présentât de la Orde Je PreJicaJors ». (Arch. paroiss. de Bolvir.) — 
Tous les détails de notre présent Mémoire, sauf indications contraires, sont 
extraits de ce même registre paroissial. 



-~ 196 — . 

Jemes Ponlificèe que à estôs han succeit, lesquals constilucions y ordi- 
nations son les seguénis ' 

Coristitucio I 

« Primerament, ordenam que totes les persones de qualsevol 
grau 6 condicio que sien, pugan ser Confrares desta S 1 ' Confraria, 
fentse escriura en lo llibre de ella per algun religios de la Orde 
de Predicadors que tinga autoritat 6 licencia de religio à qual- 
sevol altra persona que tinga esta facultat, laquai, en esta Parro- 
chia, te lo Senyor Rector que vuy y en temps dsdevenidor sera ; 
y asso sie sens pagar cosa ninguna a la entrada, sino allô que 
graciosament voldran pagar. Axi ho declararen lo Pape Léo X, 
en lo Breu que comensa Pastoris Œterni, y lo Sant Pio V, en lo 
Breu Jnjunciis JSJobis. 

Constitucio 2 

« Mes avant, constituim y ordenam que qualsevol Confrare 
estiga obligat â dir, cada semmana, un Rosari cumplit, çô es : 
cent sinquante Ave Maria, y quinze Pare nostre ; y si no pot tôt 
junt, lo diga dividit, y de la manera que puga, avertint que la 
semmana que aquell dira, sera participant de tots los bens y festi- 
vals, com son : dejunis, oracions, almoynes, penitencias, sacrificis, 
y les demes bones obres que dins tôt lo mon faran los Confrares 
desta Santa Confraria. Axi ho aprova Léo X, en la Bulla Pastoris 
Œterni. 

« Los Reverendissims Gênerais de la Orde de Predicadors, 
als sobredits Confrares que diran lo Rosari de Nostra Senyora, 
los admeten y fan participans de totes les misses, merces, dejunis, 
disciplinas, officis divins, o, de totes les demes obres que en tota 
la Orde faran los religiosos y religiosas de aquella. 

« Noto que, si deixan de dir lo Rosari no peccan, sino que 
restan privats de tôt lo be espiritual sobredit, si lo dexar de dit 
Rosari sera per culpa y propria negligencia. Pero, si lo dexar 
de dirlo, sera ab justa causa, y no poden lo dir, procurara que 
altra persona, en son nom, lo diga, no restara privât de la sobre- 
dita participacio dels bens espirituals. 

Constitucio 3 

« Item, ordenam que, si algun Confrare voldra dir lo Rosari 



- 197 - 
per algun difunt, primer lo fasse escriure en lo llibre de la Cort- 
fraria, si no es que ja en ell antes estiguera escrit ; y que escrit 
en lo llibre de la Confraria, la semmana que per lo tal difunt 
dira lo Rosari enter, participe en lo Purgatori, per tnodum sufra- 
gii, lo que participan assi los vius, que es la communicacio dels 
bens espirituals, y guanye les indulgencies, com si personalment 
aquell difunt digues lo Rosari. 

Constituai) 4 

« Item, ordenam ques fassen quatre anniversaris per los Con- 
frares difunts : lo primer, lo die seguent dempres la Purificacio 
de Nostra Senyora ; io segon, dempres la Annunciacio ; lo tercer, 
dempres de la Assumptio ; y lo quart, dempres de la Nativitat de 
Nostra Senyora. Y âmes de estos quatre anniversaris, volem que, 
quant algun Confrare morira, los demes, y cada un en particular, 
diga per la anima de tal difunt: un Rosari, loqual cuidara lo 
senyor Rector amonestar al poble, lo diumenge, festa manada, 
dempres de les demes cosas que amonestara. 

Constitucio 6 

« Item, nostre S. S. P. Gregori Xlll, ab son motu propri, 
que comensa Monet Aposîolus, mana que : en totas las iglesias, en 
lesquals estara fundada esta Santa Confraria, tots los anys, lo pri- 
mer diumenge de octubre, se célèbre festa solemnissima, en nom 
del Rosari, iaquel se célèbre com doble major y ab nou Hissons, 
en memoria y agraiment de aquella insigna Victoria que alcansa, 
en semblant dia, la Christiandiat contre del Turch y del Moro, 
laquai Victoria se creu piadosament ser alcansada per los merits 
de Maria Santissima y oracions del Rosari. 

Constitucio 7 

« Item, ordenam que tots los anys, si no tindran predicador, 
lo dia de la festa del Roser, un dels Pabordes ô alrre persona, 
portin lo llibre, en lo quai estan escrits los Confrares, al convcnt 
mes cercant de la Ordc de Predicadors, pera que lo Prior o 
principal Président del Convent, aprove de nou, quiscun anv, los 
Confrares escrits, firmant alli son nom. 

^ suivre) J. Sarrète, 



Quelques noms de plantes tf synonymes 

Catalans-Français tf Français-Catalans 

(SUITE er FZ7V) 



tamarin. — tamariu, tamarill, tamarit, tamarisc, tamarell, gatell. 
tanaisie. — tanarida, tanavell, herba deis vernts, herba de Santa- 

Maria. 
térébinthe — voir lentisque. 

thym. — farigola, frigola, frigoleta, frigol, timô. 
thlaspi — traspic, herba del passarell, bolseta de pastor. 
tilleul. — tiler, tiller, tilà, tilià, farot. 
tomate. — tomata, poma d'amor, tomaquet, tomatec. 
topinambour. — nyàmara, nyama. 
tournesol. — girassol. 
trèfle. — trevol, tri volet, melilot. 

» incarnat- — fe, alfe, ferratge. 
tremble. — trèmol, trèmbol. 
tHbule. — abriulls, abrulls, candells, rodets, punxa-claus, caxals 

de vella. 
trigonelle. — trigonella, banya de cabra. 
troène. — olivella, albena, alsena, troana. 
truffe. — tofona, trufa. 
tussilage. — peu (pota) de cavall, de mula. 
typha. — voir massette. 



u 



ulmaire — voir spirée. 



Valériane. — ■ va)eriariâ< 
vératre. — voir ellébore. 
Véronique. — té de muntanya; 
verveine. — verbena, herba berbera, 
> Odorante. — maria-lluisa. 



— IQ9 — 

VeSCC — vessa, pedrassa, arvelles. 

Violette. — viola, viola boscana. 

violiei*. — violer. 

viorne. — voir laurier-tin. 

vipérine. — alcansa, llengua de llebre. 

VOliède. — voir pastel. 

Vtllpin. — cua de guilla, cua de guineu. 



yèble. — voir hièble. 

yeUSC — voir chêne-vert. R. de Lacvivier. 



ECHOS 

Le Doctor Sole y Pla Chevalier de la Légion d'honneur 

Avec infiniment de plaisir, nous avons appris la récente nomi- 
nation du Doctor Sole y Pla, le vaillant président des Volon- 
taires Catalans, bien connu et apprécié des roussillonnais en parti- 
culier, à l'éminente dignité de Chevalier de la Légion d'Honneur. 

Le Gouvernement français ne pouvait mieux s'honorer lui- 
même qu'en reconnaissant, comme il l'a si opportunément fait, 
les talents et les mérites d'une des plus hautes personnalités de 
la francophilie espagnole qui, durant la Grande Guerre, par son 
généreux concours apporté à la France amie, a si largement 
contribué à sa définitive victoire. C'est un honneur qui rejaillit 
en même temps sur tous ses généreux Volontaires et un hommage 
rendu à ses glorieux morts. 

Que notre éminent ami et collaborateur veuille bien trouver 
ici l'expression de nos plus confraternelles félicitations pour la 
haute récompense dont il vient d'être si justement l'objet. 

Mort du Majorai J. Soulet 

Le mois dernier, nous avons appris avec une profonde tristesse 
la mort du félibre majorai J. Soulet, de Cette (Hérault), décédé 
dans cette ville à l'âge de 68 ans. 



200 

J. Soulet était le Capiscol ou président du groupe félibréen de 
Cette, la Telibrenca de Sent-Cla, qui publiait VArmana Cetori. 
Cette petite, mais vaillante Revue annuelle en était à sa i8' année 
en 1914. 

C'est le 19 mai 1907, à la Sainte-Estelle de Périgueux, que 
J. Soulet avait été élu majorai. Il était titulaire de la Cigalo de la 
JVarbouneso, créée en 1881 et tenue successivement avec honneur 
par Camille Laforgue et Sernin Santy. 

L'Université de Perpignan tf la Presse locale 

Parmi les périodiques du département, déjà cités, qui veulent 
bien s'intéresser à notre projet de rétablissement de l'ancienne 
Université de Perpignan et lui donnent leur entière adhésion, 
nous avons le plaisir de citer l'Indépendant. Dans son numéro du 
i3 août dernier, M. Charles Guiu a publié dans ce sens un excel- 
lent article (sur lequel nous reviendrons prochainement) sous la 
rubrique Choses du 7{oussilhn, ayant pour titre : Perpignan, centre 
d'Etudes Supérieures. 

Qu'on veuille bien nous transmettre tout ce qui sera publié sur 
cette importante question. J. S. 

• 

Un jeune : Jusf Calveyrach 

Notre confrère la 7{enaissance Catalane a publié un beau poème 
du jeune poète roussillonnais Just Calveyrach, et ce poème est 
une révélation. 

Mais le jeune poète écrit aussi en catalan. Disciple enthousiaste 
des maîtres roussillonnais, s'inspirant de Muchart et d'Albert 
Bausil en français, mais ayant déjà une originalité qui lui est 
propre, il va publier un livre de vers catalans dédié aux deux 
jeunes rénovateurs du parler saint : Grando et Francis. 

Albert Janicot. 

Nous rappelons aux auteurs d'ouvrages d'histoire, d'archéologie, de 
littérature et d'art catalans qui voudront bien en adresser deux exemplaires 
à la 7{evue Catalane, rue de la Poste, 7, Perpignan, qu'il en sera rendu 
compte en dite Revue. 11 en sera de même des Revues ayant le même objet. 

Le Gérant, COMET. — Imprimerie Catalane, COMET, rue de la Poste, Perpignan 



13' Année. N' 156 15 Octobre 1919 

Les Manuscrits non insères , -» «r^ W W < W^ 

ne sont oas rendue. M^^ ml * ^m I M^* 

Les Articles oarus aans 12 Revue m^ ^^ T ■ ' ^^ 1 ^^ TWl B4'* 

n'engagent que icurs auteurs. ^fc^ A A JL ak ■■••Al ^ A^ 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. — Cotisation : 10 fr. par an 



L'Hommage du Roussillon 

à J OFFRE-LE -GRAND 



Les 11 et 12 octobre, le Roussillon tout entier a vécu, à Per- 
pignan, des jours sublimes et historiques. Sublimes, parce que, 
d'un commun élan d'enthousiasme et d'union sacrée, tous les 
Roussillonnais se sont rencontrés, au cœur même du département, 
étroitement groupés autour de la personne de. leur auguste com- 
patriote Joffre-le-Grand, — ainsi que Maurice Barrés, son émi- 
nent confrère de l'Académie, l'a surnommé — pour lui offrir 
l'hommage public de leur admiration, de leur reconnaissance, de 
leur inaltérable affection. Historiques, parce que, depuis que sur 
son génie la gloire a reposé son diadème, notre Jojfre, sauveur de 
la France et sauveur des deux mondes, est par là même entré d'un 
bond dans le domaine de l'Histoire et de l'Immortalité. De la 
petite patrie roussillonnaise, la postérité dira aussi que le Héros 
rivesaltais est la première, la plus éclatante des gloires histori- 
ques. Quelque brillante que soit leur étoile, les Joffre de Ria 
pâliront à tout jamais devant l'incomparable soleil de Joffre de 
Rivesaltes. 

Aussi bien, pour autant que l'on remonte dans les antiques 
annales de notre histoire locale et provinciale, il faut avouer que 
jamais la fierté des Catalans du Roussillon n'avait eu lieu de 
s'affirmer en si haut point et de s'épanouir en de si magnifiques 
envolées que durant ces radieuses journées de l'Hommage rous- 
sillonnais à leur illustre compatriote : le Maréchal Joffre, vain- 
queur de la Marne, de l'Yser et de Verdun. 



— 202 — 

A ces fêtes, à ce tribut d'hommages, la Société d'Etudes Catalanes 
s'est largement associée. Elle a eu sa place marquée au cortège 
officiel, au défilé triomphal à travers les rues pavoisées de la ville, 
-A sur l'estrade d'honneur, aux Platanes. Autour de son Président 
et de son premier Vice-Président, M. le Chanoine Bonafont, 
Majorai des félibres catalans et Curé-doyen d'Ille-sur-Tet, tous 
les membres du Bureau de notre honorable Compagnie se sont 
rangés. 

Parmi les orateurs et ies poètes dont le talent a magnifiquement 
rehaussé l'éclat de ces solennités, il nous est agréable d'en citer 
plusieurs qui font partie de notre Société : Mgr de Carsalade du 
Pont, l'éminent évêque catalaniste de Perpignan, très applaudi 
aux Platanes et à l'Hôtel historique de Mossen Sanche, MM. Albert 
Bausil, Charles Bauby, P. Francis, Charles Grando, J.-S. Pons, 
professeur agrégé au lycée de Carcassonne, Henry Muchart, 
délégué des Jeux Floraux de Toulouse, dont les poésies, les unes 
en langue catalane, les autres en langue française, furent d'un 
charme exquis. Ajoutons à ces noms celui de notre non moins 
distingué confrère et compatriote, M. Jean Amade, professeur 
au Lycée de Montpellier et titulaire de la chaire d"Etudes Méri- 
dionales. Tout le monde a lu, dans les journaux du département 
et de la région, son admirable sonnet à « l'Epée de Joffre », 
Tzspasa francesa, îluenta y galana, digne des Verdaguer et des 
Guimerà, si pénétré de souffle patriotique et d'ardeur martiale. 

De nombreuses personnalités, provençales et barcelonaises, 
étaient aussi venues associer leurs provinces-sceurs à l'hommage 
roussillonnais en l'honneur de notre illustre Maréchal. Les Pro- 
vençaux lui ont offert une très artistique Epée d'honneur, en argent 
massif ciselé, œuvre du sculpteur M. Valère Bernard, ex-capoulié 
de Provence, et présentée par M. Paul Ruât, félibre majorai 
de Marseille. Le docteur Fallen, nouveau capoulié, lui offrit le 
Livre d'or du Félibrige. Parmi nos amis de Barcelone se trou- 
vaient MM. Puig y Cadafalch, président de la Mancomunitat, 
et le poète Angel Guimerà. Dans l'impossibilité de citer ici tous 
les noms des délégués de nos deux provinces sœurs, je me con- 
tenterai d'annoncer, d'ores et déjà, la parution prochaine d'un 
fascicule particulier de la T\evue Catalane, où il sera longuement 
rendu compte de ces récentes fêtes. Nous y publierons in-extenso 



— 20$ — 

tous les discours et poésies entendus à cette même occasion. 
Chacun aura ainsi un Mémorial illustré, très vivant, de ces inoublia- 
bles journées. Ce sera le meilleur souvenir de l'éminent compa- 
triote que nous, Catalans, tant nous aimons, et qui, à de si légi- 
times titres, s'est acquis le droit d'être à tout jamais célébré dans 
l'Histoire, comme la gloire, la joie, l'honneur — gloria, lœtilia, 
bonorificentia — de la grande et de la petite patrie. Par lui enfin, 
tout le monde aura sous les yeux les fortes leçons de bravoure, 
de travail, de modestie et de bonté exquise dont l'illustre guer- 
rier fut et demeure un exemple vivant. Ces enseignements seront 
l'évangile des grands comme des petits, de nos contemporains 
Comme des générations futures. 

Au Vainqueur de la Marne, au sauveur de la France et de la 
civilisation latine, à l'éminent Académicien, au Catalan magna- 
nime, Jojfre-le-Grand, l'hommage respectueux de la Société a" "Eludes 
Catalanes de Perpignan. 

La Revue. 

La fondation d'une Maintenance au Félibrige 
en Roussillon 

La Société d'Etudes Catalanes* a convenu, avec les délégués 
Provençaux venus aux fêtes de Joffre, de fonder à Perpignan 
une Maintenance au Félibrige autonome, qui serait toutefois affi- 
liée à celle de Provence. Nous demandons à tous les membres de 
notre Société de ne pas hésiter à donner leur adhésion à ce nou- 
veau groupement. Tous les lettrés, littérateurs, poètes, archéolo- 
gues, artistes, de l'un ou de l'autre sexe, peuvent en faire partie. 
La cotisation annuelle n'est que de 3 fr. On peut se faire ins- 
crire d'ores et déjà, soit au siège de notre Société, 7, rue de la 
Poste, Perpignan, soit en écrivant à M. Marius Jouveau, baïle 
du Félibrige, à Aix (Bouches-du-Rhône). 

Cette Maintenance s'impose d'autant plus que nous aurons à 
organiser les Jeux Tloraux, que nos amis de Provence ont bien 
voulu nous promettre, par un tour de faveur, pour 1921, à Per- 
pignan. 



A propos 

du récent Congrès Régionalisa 

de Marseille 



On sait qu'un congrès régionaliste s'est tenu à Marseille, fin 
septembre dernier. 

Les séances consacrées à l'étude de la discussion des rapporls 
se sont poursuivies avec la plus grande activité. Elles ont abouti 
à une série de vœux dont voici les plus importants : 

T^égionalisme administra iif. - La région doit être constituée par 
le groupement des départements présentant entre eux des com- 
munautés d'intérêts susceptibles de créer la solidarité en s'inspi- 
rant des divers vœux exprimés par les populations. 

.Les départements sont supprimés. 

L'administration provinciale sera confiée à un préfet régional. 

Le Congrès supprime les sous-préfets. 

T^égionalisme économique. — L'organisation économique de la 
région ne doit pas être distincte de l'organisation administrative. 

Avant toute délimitation régionale, il y a lieu de laisser la vie 
régionale s'affirmer dans une action tangible qui ne soit pas gênée 
par des limites toujours discutables par quelque point. 

Les intérêts de la région doivent être représentés par une 
assemblée régionale recrutée sur la forme de la représentation 
proportionnelle. 

Dans cette assemblée siégeront des représentants des Chambres 
de Commerce et d'Agriculture, des Syndicats patronaux et ouvriers, 
des Associations professionnelles, des Chambres de propriétaires, 
Syndicats de locataires, de fonctionnaires, etc. 

L'assemblée régionale doit être dotée des plus larges pouvoirs 
pour défendre et développer les intérêts et les besoins économi- 
ques de la région, et n'être soumise au contrôle du pouvoir 
central que dans la mesure indispensable à la sauvegarde des inté- 
rêts généraux de la nation. 

Dans chaque région, il y aura un administrateur de la région. 



205 

Elu par l'assemblée, il est chargé d'exécuter ses décisions, et le 
préfet, ou commissaire régional, sera exclusivement l'agent du 
pouvoir central. 

Section de délimitation. — Le Congrès émet le vceu que, pour 
constituer les régions, on s'inspire des éléments suivants combinés, 
sans exclusion d'aucun d'eux : 

La géographie, l'histoire, la question économique comprenant 
le commerce, l'industrie, l'agriculture, le tourisme, etc., etc., 
enfin le vceu des populations. 

T(egionalisme intellectuel et artistique. — Le Congrès forme le 
vceu que l'Université d'Aix-Marseille s'appelle désormais Univer- 
sité de Provence. 

Que les idiomes locaux qui ont valeur de langue soient ,accep- 
tés comme langue à option dans les examens. 

Qu'il soit créé à l'Université de Provence une chaire de Pro- 
vençal, comme il existe déjà une chaire de Breton à l'Université 
de Rennes. 

Que dans les écoles une place importante soit réservée à l'his- 
toire régionale et locale ainsi qu'à l'histoire de l'art régional. 

Qu'il soit créé, dans chaque centre régional, un cours de décla- 
mation de l'idiome local et que les scènes subventionnées soient 
tenues de jouer, une ou plusieurs fois par an, des pièces dans cet 
idiome ou s'inspirant de l'esprit régional. 

— La section du régionalisme intellectuel au Congrès avait 
pour président M. Pessemesse, inspecteur d'Académie, de Mar- 
seille, et pour vice-président M. Emile Ripert, professeur à la 
Faculté des Lettres d'Aix. 

Le félibre Lhermitte-Savinien, majorai du Félibrige, auteur de 
nombreux ouvrages appréciés pour l'éducation et l'instruction des 
jeunes fils du Midi, a présenté et fait adopter par le Congrès, 
dans sa séance du 19 septembre, le vœu de Mistral, tel qu'il 
l'avait formulé dans sa retentissante requête de 1900 au ministre 
de l'Instruction publique : « Que l'étude comparée du français au 
moyen des parlers de langues d'oc soit instituée comme faculta- 
tive dans les écoles du Midi ». 

Ce vceu a déjà reçu un sérieux commencement d'exécution, puis- 
qu'il y a des cours de langue provençale au Lycée de Marseille 
et au Lycée d'Aix. 

Voilà qui est du bon travail. 



îo6 — 



<&hi. 



11 importe que les Roussillonnais prennent exemple des leçons 
que d'autres leur donnent, surtout quand celles-ci leur viennent 
de frères par le sang et par la langue, héritiers et gardiens d'un 
même patrimoine, intellectuel, artistique, économique et moral. 

11 serait donc grandement à souhaiter que, comme Marseille, 
Perpignan eut son congrès régionaliste, sitôt que possible, dès que 
les préoccupations électorales auront fait place au calme à ce 
nécessaire. A ces assises solennelles seraient convoquées toutes 
les sociétés industrielles, commerciales, littéraires, archéologiques 
et artistiques, c'est-à-dire toutes les « compétences » du Roussil- 
lon, ainsi que les représentants des pouvoirs publics et des admi- 
nistrations officielles du pays, pour y traiter les grandes et si 
importantes questions qui viennent d'être discutées et mises en 
bonne lumière à Marseille. Les vœux qui y ont été adoptés me 
paraissent devoir être du meilleur effet pour notre décentralisa- 
tion provinciale et pour la mise en valeur de nos Pyrénées, celles- 
ci demeurant encore, hélas ! pour beaucoup trop d'étrangers, ce 
que M. Emmanuel Brousse, le très actif député de notre dépar- 
tement, a un jour appelé, dans son intéressante Cerdagne française, 
les Pyrénées inconnues. 

Toutefois, que l'on se garde bien de donner dans l'erreur de 
certains qui, voulant fixer les Régions naturelles de la Trance méri- 
dionale, seraient tentés d'englober notre Roussillon dans ce qu'ils 
appellent la Septimanie, ancienne et nouvelle. Celle-ci, d'après 
eux, aurait pour frontières notre chaîne pyrénéenne et les rives 
du Rhône ; elle comprendrait les départements qui s'échelonnent 
au nord, depuis notre immortel Canigou jusqu'à Castelnaudary, 
Millau et Montélimar. Qu'au point de vue administratif et éco- 
nomique on adopte de telles agglomérations et de telles limites, 
on pourrait y souscrire. Mais combien de roussillonnais s'y refu- 
seront ! Ce serait ne vouloir que d'une décentralisation amoindrie 
et prétendre allier des intérêts, somme toute par trop étendus et 
par trop divergents. Quoiqu'il en soit, il ne manquera certaine- 
ment pas de personnalités, fort compétentes, pour discuter un tel 
système de décentralisation, administrative et économique. 



— Î07 — 

Jamais du reste, géographiquement parlant, le Roussillon ne fit 
partie ni du Languedoc, ni de la Septimanie proprements dits. 

Sous le régime français, après son annexion à la France, quand 
celle-ci fut divisée en 3î gouvernements, le Roussillon vécut somme 
toute en province autonome, comme par le passé, conservant ses 
privilèges locaux que Louis XIV déclara intangibles, et, malgré 
une forte répression gouvernementale, sa propre langue catalane, 
aussi longtemps qu'il put résister aux ukases royaux, dans tous les 
actes officiels de son administration. 

Tour à tour, sous la domination espagnole, le Roussillon se 
rattacha à la Catalogne d'Espagne, à l'Aragon, au comté de Bar- 
celone, suivant les époques et les événements. 

Si l'on prend la Septimanie, telle que les géographes nous la 
présentent sous Charlemagne, on voit qu'elle ne remontait pas 
plus haut qu'à Avignon, comprenant les départements actuels de 
l'Aude, de l'Hérault et du Gard. Plus au nord, c'était le royaume 
d'Aquitaine. 

La Septimanie englobait, il est vrai, le Roussillon, sous les rois 
Mérovingiens, mais c'était l'époque où notre pays n'avait point 
encore pris conscience de lui-même et n'avait pas encore reçu sa 
nationalité propre. Ce n'est que plus tard que celle-ci s'affirmera, 
c'est-à-dire quand notre langue catalane se sera cristallisée pour 
devenir une vraie langue, celle des troubadours, des poètes, des 
littérateurs, dts historiens et des prédicateurs. Ce fut l'époque où, 
se dégageant du latin barbare ou du bas-latin, le catalan devien- 
dra la langue parlée et écrite, la « langue vulgaire », c'est-à-dire 
dès le ix' siècle, pour devenir, au xni' siècle, la langue élégante, 
régulière et parfaite, qui jamais ne se confondit avec le dialecte 
du Midi de la France, mais qui fut un idiome particulier et d'un 
caractère spécifique. En dépit des frontières diplomatiques, jamais 
le Roussillon ne perdit ce caractère essentiel à sa langue. On 
voit par là quelles furent jadis et quelles devraient être les « limi- 
tes naturelles » du Roussillon. Sous les réserves indiquées, rien 
n'empêche cependant aujourd'hui, par une décentralisation bien 
ordonnée, de rattacher notre département à quelques autres dépar- 
tements voisins, — sans trop en augmenter le nombre, il est vrai, 
— au point de vue administratif et économique. 

A plus forte raison, tout catalan-roussillonnais se refusera-t-jl 



— 208 — 

à vouloir que, au point de vue purement intellectuel, le Roussillon 
fusionne avec tous les autres départements que l'on entend englo- 
ber dans la susdite Septimanie. Ce ne serait ni avantageux pour 
nous, ni logique. Notre langue n'est pas et ne fut jamais celle 
que parlèrent jadis et que parlent encore, qu'écrivirent et qu'écri- 
vent aujourd'hui les intellectuels et le peuple des autres départe- 
ments voisins, l'Aude, l'Hérault, etc., malgré les anciens liens 
d'affinité qui nous rattachent à eux. 11 en est de même de notre 
art. 

Le Roussillon est, en effet, une entité qui eut et doit toujours 
avoir, — à ces deux points de vue au moins, langue et art — sa 
personnalité propre. Par ces deux caractères essentiels à notre 
race, notre province penche plutôt vers les pays d'au-delà les 
Pyrénées que vers ceux d'en-deçà. La vie catalane du Roussillon 
naquit en définitive à Barcelone ; mais elle expire à Salses, limite- 
frontière de l'antique Catalogne, ou de notre vrai berceau familial. 

Notre langue catalane, parlée dans toutes les provinces de la 
Catalogne espagnole, est incomprise au-delà des Corbières, où 
commence ce que nos pères appelaient par ironie le gavaîch. 
Cela est si vrai que, dans les cantons de Latour-de-France, de 
Saint- Paul-de-Fenouillet, de Sournia, de Formiguères, pays de 
l'ancienne France, la langue catalane n'y fut et n'y est jamais 
parlée, ou si mal, qu'elle n'est plus qu'un patois francisé. 

Quant à l'art catalan, il suffit de l'avoir quelque peu étudié et 
d'ouvrir les quelques manuels que nous en possédons, pour se 
convaincre que, à lui seul, il constitua jadis un art autonome, 
circonscrit dans les seules limites de notre terroir, et ayant son 
école particulière, unique, exclusive de tout art étranger. Les 
grands maîtres de l'archéologie, qui se sont occupés de nos jours 
de cette question, ont tous convenu de cette vérité. 

Toutes ces raisons militent en faveur de notre thèse : le Rous- 
sillon étant une entité qui a sa vie propre, une langue et un art 
particuliers à sa race, doit, en toute logique, demeurer une pro- 
vince autonome, au moins au point de vue de la décentralisation 
intellectuelle. 

11 faudrait donc : r Qu'une Université catalane se fondât à 
Perpignan, où seraient enseignées, comme le veut M. Calmette, 
la langue, l'histoire, l'art, l'archéologie, la diplomatie, la paléo- 



— 2oq — 

graphie, la littérature, le droit catalans, sans préjudice des sciences 
annexes : histoire et art français. 

2' Que dans tous les lycées et collèges, dans toutes les écoles 
d'enseignement secondaire et primaire des deux sexes, du Rous- 
sillon, une place importante fut réservée à l'histoire locale et 
régionale, ainsi qu'à l'histoire de l'art local et régional, et à l'étude 
de la langue catalane. 

3" Que la langue catalane, qui est une véritable langue, soit 
acceptée comme langue à option dans les examens. 

4* Que, à Perpignan en particulier, il soit créé un cours de 
déclamation de la langue catalane et que les scènes de théâtre 
subventionnées soient tenues de jouf.r, plusieurs fois par an, des 
pièces dans cette même langue. Notre littérature catalane abonde 
en pièces de ce genre : la Presa de VTiori, Sant Julia v santa Basi- 
lissa, Sant Cosma y sant Damia, Athalia, etc., etc.. pour ne parler 
que des plus connues. 

5' Que les pouvoirs publics encouragent et subventionnent tou- 
tes les initiatives et sociétés ayant pour objet la langue, l'histoire 
et l'art catalans, qui sont le meilleur mode de la mise en valeur de 
notre département. 

Tels sont les voeux susceptibles d'être adoptés, au mieux des 
intérêts de notre pays, à un prochain Congrès régionaliste qui se 
tiendrait à Perpignan. Jean Sarrète. 

La Cigala i el Cucut 

Diu que una vegada la Cigala i el Cucut tenien un camp de forment. 
Quan l'hagueren segat en bona companyia, anaren per dur les garbes a l'era, 
o sia per garbejar. La Cigala estava dalt de la carreta posant be les garbes. 
i el Cucut les hi donava. Mes aquest no anava prou depressa, i la Cigala, 
enfadada, li digue fent un revolt : « Puja tu a la carreta i aparella les gar- 
bes : ja te les donare jo. » El Cucut hi pujà, i la Cigala li porta la primera 
garba dient-li : a Te d, i tôt seguit la segona i la tercera : « Te, té, té. » I 
ell, no entenent-se de feina, li responia llastimosament : « No pue ! » 1 la 
Cigala li en duia mes : « Té, té, té, té, té, » fins que el Cucut, esglaiat de 
la feinada, fugi dient : « No pue ! No pue ! » 1 des d'aquell moment els 
pagesos de la banda de Targa li diuen el No pue, i mai mes s'és vist des de 
que els segadors lliguen la primera garba. 

En canvi la Cigala, com si li donés encara dalt de la carreta, va dient tôt 
l'istiu, i cada dia mes depressa : « Té-té-té-té-té ». (Folklore) 






La seigneurie $ la paroisse du Soler 

Les premières opérations que doit entreprendre un agriculteur, 
lorsqu'il se trouve en face d'une terre à l'état de nature, sont le 
défrichement et l'assainissement. Le défrichement dégage le sol 
de toutes les plantes (arbres, ronces, herbes, etc.) que la nature 
y a fait pousser : l'assainissement "le débarrasse des eaux qui y 
sont en excès. 

A quelle époque ces grands travaux furent-ils exécutés sur le 
territoire du Soler ? Faut-il remonter aux siècles lointains de la 
première colonisation de notre Province ? Nous ne le pensons 
pas. Le défrichement et l'assainissement de ces terres eut lieu, 
sans doute, assez tard. Si les premiers colons de nos plaines s'y 
appliquèrent, ce ne fut que partiellement et très imparfaitement : 
leur peine fut d'ailleurs perdue par le fait de l'invasion des bar- 
bares, des migrations constantes des anciens peuples, de la pério- 
dicité des guerres. Sans remonter aussi haut, les anciens du vil- 
lage se souviennent du creusement du T^ec nou, du canal de 
Munyas, du J^ec deh Toulougencs et surtout du drainage de VEula 
par M. Denis Hainaut. Pour faire de ce territoire l'un des plus 
beaux et des plus riches du département, les anciens ont dû 
accomplir des travaux gigantesques : le temps et un labeur acharné 
ont seuls réussi à mener cette oeuvre à bonne fin. 

Reportons-nous à quelques siècles en arrière et jetons un coup 
d'oeil sur ce coin charmant du Roussillon. Sur un petit plateau, 
situé sur la rive droite de la Tet, s'élevait un petit bourg fortifié 
ayant ses remparts, ses portes, ses ponts-levis, son église, son 
château et ses tours : c'est le vieux Soler. De ce point élevé on 
aperçoit d'abord la Tel qui, à cette époque, n'était pas saignée 
par les nombreux canaux d'irrigation greffés sur ses bords : elle 
coulait au pied de ces murs ses eaux torrentueuses ; puis Pézilla, 
autre ville fortifiée, et la riche plaine de la rive gauche. A l'est 
et à l'ouest s'étend, parallèlement à la rivière, une suite de mame- 
lons et de tertres : ce sont les hauteurs de Sainle-Eugénie, las 
Coronas, l'Hospitalel et Campellanes. Ces hauteurs ont été, selon 



— 211 — 

toute apparence, les premiers points défrichés par les anciens et 
leurs premiers champs. La terre, de nature silico-argileuse, de 
consistance moyenne et facile à travailler, devait être déjà et est 
encore d'une grande fertilité. 

Plus tard, lorsque des défrichements nouveaux furent exécutés 
dans la plaine et que la culture de l'olivier fut rétablie, ces ter- 
rains furent plantés. On les appelle encore les Olivedes. La culture 
de l'olivier ayant fait son temps, ces terres furent transformées en 
vignes : elle constituent actuellement le meilleur du vignoble du 
Soler. Il convient d'ajouter que la majeure partie de ces terrains 
a subi le même sort que le vieux Soler : le temps, les pluies, les 
gelées, les vents et la Tel y ont exercé leur action destructrice et 
ils ont été entraînés à la mer avec les pierres qui avaient servi 
d'abri aux anciens de la localité. 11 en sera de même du nouveau 
Soler et de ce qui reste encore de ses terres. Le temps nivelle 
dans l'éternité les existences les plus glorieuses comme les plus 
hautes montagnes. 

En se tournant vers le sud, on aperçoit, attenants aux murailles 
du vieux Soler, de jolis et riants jardins, els Tiorls, puis une vaste 
plaine boisée, darrera dels Jiorts (i). 

Demandons-nous tout de suite quelle est Yantiquité du Soler et 
quelle est son élymologie. 

Un document très ancien, que l'on suppose remonter à l'an 85o, 
parle du Soler : « Jn comilalu 7{ossilionnensi allodium ad Soler supe- 
riori cum molendinis » (2). A cette époque, le Soler n'était qu'une 
simple villa où divers propriétaires possédaient des alleux. 

En 959, Ratefred et Richilde, son épouse, donnent à Rieulfe, 
évêque d'Elne, leurs alleux situés à Palleian (Soler), à Monner et 
à Stagel, dans le comté de Roussillon, avec les eaux, moyennant 
la cession d'autres fonds appartenant à l'église d'Elne dans le ter- 
ritoire de Calce, le v des calendes de mai de l'an v' du régne de 
Lothaire : « Alodem ncslrum quod nos habemus in comilalu T^ossillio- 
nensi in villa Palleiano... propter mansum quem habel Sancla Tzulalia 

(i) "L'Echo du Soler, mai 1907. 

(1) Alart, Cari. roua. ms. t. 1. p. 212. — Extrait d'un inventaire très 
vieux des possessions du monastère de la Grasse dépose aux Archives de 
l'Aude. Cette pièce est probablement de 85o, époque ou Prades fut donné 
à ce monastère. 



— 212 



in villa Petra Cake» (i). Ce document prouve l'allodialité des 
héritages en Roussillon au x' siècle et la propriété privée des eaux 
qui coulaient dans les terres possédées en alleu. Le lieu de Pal- 
leian est le même, que celui appelé aujourd'hui Soler (2). 

Quelle est donc l'étymologie du mot Soler ? Plaute et Térence 
emploient le mot latin solarium dans le sens de terrasse. Or, bâti 
sur le point culminant de la plaine, sur l'épaisse couche d'argile 
qui domine la Tet et commande une partie de la vallée, le Soler 
forma, en tout temps, comme aujourd'hui, une vaste terrasse. 11 
fut donc assez naturel de lui en donner le nom. 

Le mot Soler signifie-t-il cadran solaire ? On l'a prétendu. Ce 
qui a contribué à accréditer cette signification, c'est la décision 
prise par le seigneur en créant son blason. Le seigneur, en effet, 
choisit pour armes : D'azur, au besant d'or, chargé d'un cercle ou 
cadran d'argenl, marqué de douze heures de sable, l'aiguille de même. 

Quoi qu'il en soit, le Soler comprenait deux agglomérations 
distinctes : le Soler d'Amont et le Soler d'Avall. Chaque agglomé- 
ration avait un seigneur distinct. 

Le Soler d'Amont était bâti, presque tout entier, sur le lit de 
la Tet et confrontait, au nord, le sol du village actuel. Les pluies, 
les inondations et le vent ont fait disparaître la partie la plus 
importante de cette localité, mais de belles ruines sont encore 
debout : elles nous donnent une idée suffisante de son importance 
et nous permettent de reconstituer son aspect général. Comme la 
plus grande partie des villages du Roussillon, le Soler d'Amont, 
au moyen âge, était fortifié. 11 était un castrum, une jorcia, c'est- 
à-dire un château-fort entouré de puissantes et solides murailles 
dans l'enceinte desquelles étaient englobées l'église, la maison sei- 
gneuriale, l'hôpital et quelques rares constructions. Les maisons 
d'habitation, qui s'élevèrent sans ordre et sans alignement en 
dehors de l'enceinte fortifiée ou sur les abords du castrum, étaient 
placées dans le barri, c'est-à-dire dans le faubourg. Les provi- 
sions, les cuves à vin se trouvaient dans le réduit fortifié, dans la 
cellera. En contemplant la longue ligne des murailles, qui relie 
encore à la tour de guet les ruines du Portalel, il faut reconnaître 

(1) Cartutaire d'Elne, f" 120 et 121 v°. Collection Moreau, t. ix, p. y5. 

(2) Cartutaire majeur de Cuxa, P 60. 



- 2l3 — 

que le casirum du Soler d'Amont avait une étendue considérable 
et mesurait environ 400 mètres de front. Le chàteau-fort était 
défendu suffisamment au nord par les profondes falaises creu- 
sées à sa base par la rivière. Par conséquent, tout l'effort de la 
défense avait dû se porter sur le point opposé, et c'est là préci- 
sément que l'on trouve, avec l'église incasleilaia, le Porlalel, les 
substructions du château et la tour. 

Le Soler d'Avall a tout à fait disparu depuis plusieurs siècles, 
et il serait difficile, même à l'aide des capbreus ou papiers-terriers 
les plus anciens, d'en fixer avec exactitude l'emplacement. On 
peut affirmer cependant que cet ancien village était situé sur le iit 
actuel de la Tet, entre la briqueterie et le château de Sainte- 
Eugénie. La chapelle de Saint-Pierre, dont les ruines se voient 
encore au milieu de la vigne de las Capellas, servait d'église 
paroissiale aux habitants du Soler d'Avall et de Sainte-Eugénie, 
vers le milieu du xiv' siècle. 

En conséquence, il importe de donner un aperçu historique sur 
la seigneurie et la paroisse du Soler d'Amont, sur la seigneurie 
du Soler d'Avall et de Sainte-Eugénie. 

(A suivre) Joseph Gjbrat. 

La Confrérie du Rosaire en Cerdagne 

~*4^ (SUITE) 

Constituai) 8 

a Item, ordenam que, si en aquest lloch, en lo quai esta fun- 
dada esta Santa Confraria, en algun temps si edificava Convent 
de la Orde de Predicadors, que en tal cas, en lo présent, se 
passe y translade al dit Convent esta Santa Confraria, tots sus 
émoluments, mobles e immobles, no obstant qualsevol altra insti- 
tue i o 6 concessio que en contrari sie obtinguda. Axi mana se fes 
lo Sant Pontifice Gregori Xlll, en son Breu que comensa : 
Dudum Siquidem, 



— 214 — 

Constîtucio 9 

« Item, ordenam y volem que los pobles, en losquals esta fun- 
dada esta Santa Contraria, senyalen un dia en loqual quiscun any 
se celebrara y fara una molt solemne professo de Nostra Senyora 
del Rosari, portant en ella la sua Santa Imatge. Faran, en aquest 
dia, tots los regositjos y festas possibles, en honra y alabança de 
Maria Santissima y del seu Santissim Rosari, peraque axi, com 
en lo dia de Corpus es alabat, engrandit y adorât lo Fill, en esta 
festa sia alabada, engrandida y reverada la Mare, ab les mostres 
possibles de alegria. » 

Comme, à peu de chose près, ces Constitutions étaient les 
mêmes pour toutes les associations du Rosaire établies alors en 
Cerdagne, on voit combien la publication de ce document est 
importante pour nous faire mieux connaître le fonctionnement 
des autres confréries de l'antique province dominicaine d'Aragon. 

♦ 

En vertu de plusieurs autres Bulles pontificales fort anciennes, 
les Confrères du Rosaire jouissaient encore de certains privilèges 
particuliers qui, d'après le texte publié ci-après, se référaient au 
temps d'interdit lancé quelquefois par l'Evêque sur tout ou partie 
de son diocèse. 

« Cîausula texlual de la Bulla 6 privilegi, com los Confrares de 
JVoslra Senyora del 7{oser, en temps de enlredit posai per h Ordinari, 
poden oir missa, i esser sepultats ab moderala pompa. 

« Lo Pape Clément Sete, en la Bulla primera que despedi i 
mana publicar en favor dels Confraris del Roser, laquai comensa : 

Ad Perpetuam rei memoriam, data anno Domini i5ip, dedmo 

kalendas aprilis, pontificatus sui anno septimo, concedeix als dits 
Confrares que, en temps de entredit posât per lo Ordinari, 
pugan, si seran sacerdots, celebrar i dir missa ab veu baixa, tan- 
cades les portes de la iglesia, i no tocant campanes ; i, si no seran 
sacerdots, la pugan oir, aportar ab si â ella la familia i criats que 
en la casa serveixen. 

« Aixi mateix, concedeix als dits Confrares : que pugan ser 
enterrats en la ecclesiastica sepultura ab honesta y moderata 
pompa, i asso hont se vulla ques trobaran averhi entredit. 



— 2l5 — 

« Les paraules ab que lo Pontifice ho concedeix, i son les 
mateixes de la Bulla, son les seguents : « Ht quiîibei ex diclis 
Confia tribus, qui ad. loca ecclesiastica inierdicta Ordinaria aucloriiale 
supposita declinaverunt, in illis clauiis januis, non pulsalis campanis, 
et submissa voce, excommunicatis, ac inierdiciis exclusis, dummodo ipse 
causant hujusmodi interdicti non dederit, nec per iltum, et quominus 
interdictum observetur et illi parcatur missas et alia divina officia in 
sua et familiarum ac domesticorum suorum presentia per setpsum si 
presbiier fuerit, aut proprium vel aîium sacerdoiem celebrare, et cele- 
brare facere libéré et licite valeal. Quodque si hujusmodi interdicto 
durante, in loco ubi illud opposilum fueril coniingai ab humants disce- 
dere, illius corpus cum modesla funerali pompa ecclesiaslicx sepullutx 
iradi possil concedimus non obsianiibus, etc. » 



A l'occasion de la fondation de la Confrérie de Bolvir, il fut 
conclu, entre les habitants de ce lieu et les Frères-Prêcheurs de 
Puigcerda, l'accord suivant que signèrent les parties intéressées : 

< Acte de fundacio, ço (es) capitulacio, fêta per los Pares 
de Sant Domingo de la Orde de Predicadors de la Vila de 
Puigcerda, ab los homens, o, Comuna del Hoc de Bolvir, terra 
de Cerdanya, bisbat de Urgell, en i sobre la institucio de la 
Contraria de Nostra Senyora del Roser, en la iglesia parro- 
quial de Santa Cecilia de dit Hoc, instituida y fundada als 
17 de desembre de 1617 (i). 

« En i sobre la fundacio, i ordinatio de la Confraria de Nostra 
Senyora del Roser, fundada en la iglesia parroquial de Santa 
Cecilia del présent Hoc de Bolvir, per i entre los Pares i Con- 
vent del monastir de Sant Domingo de la Villa de Puigcerda, i 
los homens i Comuna de dit Hoc de Bolvir, son estats fets los 
capitols i pactes seguents : 

« Et primo, es pactat que dita Comuna se obligaria, com de 
présent se obliga, en donar, i contribuir a dit Convent i Pares 

(i) On voit par là que c'est bien à cette date que fut fondée à Bolvir la 
Confrérie du Rosaire, avec des statuts propres à elle, indépendamment de 
celle de Puigcerda, qui était la Confrérie-mère des sociétés similaires de la 
Cerdagne. 



— 2 l6 — 

de aquell, quiscun any, mitja carrega de segla del que se aplegara 
per dita Confraria, o, del que a dita Comuna ben vist sera. 

« Item, que dita Comuna aja de tenir, i illuminar dita iglesia 
decentment. 

« Item, que en dita Confraria, se haja de crear un Prior, 
loqual, en absentia del Pare Prior, qui vuy es, o, per avant sera, 
tinga carrech de scriure los Confrares en lo llibre que per dit 
effecte se fara, i quiscun any, passada dita festa, lo aja de aportar 
en dit monastir, pera donar compta, i raho, del que en aquel se 
aura fet. 

« Item, mes avant lo Pare Fra Hyacinto Ques, usant per adeno 
de la Uicencia, i facultat, a ell concedida per lo Pare Provincial 
de dit monestir, anomena, pera Prior Provincial de dita Confraria, 
al Révèrent M' Miquel Niubo, rector de dit Hoc, loqual en dit 
nom exercesca i fassa tôt lo demun dit. 

« Item, dit Pare Fra Hyacinto Ques, usant de la potestat pre- 
dita, créa y anomena, per paborde de dita Confraria : a Domingo 
Jordana, batlle de dit Hoc, i a Miquel Bosom, consol del mateix 
Hoc ; i per ajudants de estos : a Jaume Bosom, i a Valenti Vaquer, 
fadrins ; i per pabordessas : a Raphaela Casamitjana, i a Mada- 
lena Sunyera ; i per ajudants de estas : a Margarida Managada, 
i a Isabel Pujola, fadrinas ; tots losquals prédits tingan carrech, 
i cuidado, de aplegar per dita Confraria lo que poran. 

« Testium firma : Dominici Jordana, bajuli dicti loci, Antonii 
Aimar, Cosmat Casamitjana, consulis loci predicti..., Pétri 
Sunyer..., Francise! Sunyer, omnes agricolae dicti loci de Bolvir, 
qui firmarunt, die dominica 17° decembris millessimo sexentessimo 
septimo. » 

[71 suivre) J. Sarrètb. 




Le Gérant, COMET. — Imprimerie Catalane, COMET, rue de la Poste, Perpignan 



13' Année. N' 157 15 Novembre 1919 

Les Manuscrits non insérer . » m, ^ — •••> ^ ^ ^ 

ne sont pas rendu*. F^T J^ ^^/ I w* 

Les Articles parus aans ia Revue M "* ^^ ^T^ ^% 1 ^V f^J »4 

n'engagent que leurs auteurs. ^b^A • A A»JL#*»1™ A^ 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. — Cotisation : 10 fr. par an 

Une date de l'histoire du Roussillon 

Le tournant de 865 

Peu de chapitres de l'histoire du Roussillon ont été moins 
étudiés que celui qui traite de l'époque carolingienne. En dehors 
de la chronologie des comtes et de quelques problèmes de topo- 
graphie, d'onomastique ou de diplomatique, cette période a été 
singulièrement négligée chez nous. Certes, l'étude en est ingrate 
dans le détail ; l'insuffisance des sources, la difficulté extrême de 
leur critique, l'enchevêtrement des faits et l'émiettement des épi- 
sodes, tout contribue à paralyser les efforts des chercheurs, à obs- 
curcir la vue des historiens. Pourtant, .nul âge n'a été plus fécond, 
plus riche en conséquences d'avenir. Et il est au ix' siècle une 
date qui tient peu de place dans nos annales et qui marque 
cependant un des plus graves tournants de notre évolution histo- 
rique : c'est l'importance exceptionnelle de ce tournant de 865 
que je voudrais ici brièvement mettre en lumière. 

Le Roussillon avait toujours fait partie de la Gaule, car la fron- 
tière naturelle de la Gaule s'appuyait aux Pyrénées sur toute 
l'étendue de la chaîne. Le premier épisode nettement historique 
de notre passé nous montre précisément notre pays comme le 
seuil même de la Gaule. 

Annibal, en 218 avant Jésus-Christ, après avoir pris et brûlé 
Sagonte, ville alliée des Romains, s'apprêtait à passer d'Espagne 
en Gaule, afin de marcher sur l'Italie : le passage des Pyrénée 



— 2l8 — 

et du Pas de Salces était le premier point délicat de son pro- 
gramme. Rome essaya d'y faire échec. Cinq vieux sénateurs, 
envoyés en ambassade, vinrent user sur nos rives leur éloquence 
à la Caton, s'efforçant d'exercer une pression sur les tribus qui 
habitaient notre sol, afin que le passage fût refusé aux Carthagi- 
nois. Mais Rome était loin, les Carthaginois étaient proches. La 
mission échoua. Annibal apparaît, asseoit son camp à Illibéris 
(Elne) ; il vient à Ruscino, et le brillant chef d'armée à l'aurore 
de sa gloire conclut sans peine un arrangement à son gré avec 
ceux qui n'ont pas craint d'éconduire les graves sénateurs. 

Dans cette aventure, les Albères apparaissent clairement comme 
la frontière d'Espagne, et Ruscino comme la première étape de 
la marche à travers la Gaule vers les Alpes. 

Les Romains, vainqueurs dans les guerres puniques, mettent à 
leur tour la main sur le littoral de la Méditerranée. Entre i 54 et 
12) avant Jésus-Christ, toute la côte des Alpes aux Pyrénées est 
conquise ; le proconsul Domitius Ahenobarbus — celui qui 
donne son nom à la célèbre voie Domitienne — organise la Pro- 
vence, c'est-à-dire la province (provinfia) dont le nom officiel est 
celui de Gaule JVarbonnaise, avec la grande ville de Narbonne 
pour centre. Le pays de Ruscino (pagus J^uscinencis) n'est que la 
pointe sud de cette vaste circonscription, plus tard seulement 
divisée. 

Ainsi, un second fait capital s'affirme au 1" siècle avant notre 
ère : la frontière pyrénéenne, ancienne frontière gauloise, reste 
frontière romaine. 

Mais voici que la domination romaine s'étend. L'Espagne, à 
son tour, passe sous l'autorité du Sénat. Une province nouvelle 
est constituée, la Tarraconnaise, symétrique à la Narbonnaise de 
l'autre côté des Albères. La Cerdagne, avec Llivia pour cen- 
tre, y est annexée. Ce fut la première coupure entre la Cerda- 
gne et le Roussillon, coupure qui demeura, d'ailleurs, purement 
administrative. La même civilisation se développait désormais 
dans tout l'occident latin. Ruscino en était le centre pour notre 
région, et les belles fouilles qui nous révèlent la vie intime de 
cette humble mais intéressante sous-préfecture des temps impé-, 
riaux attestent assez éloqu'emment la pénétration de la latinité 
dans notre vieux sol gaulois. 



-— 2 JÛ, 



<^Ni 



Les invasions barbares entraînèrent un bouleversement complet 
de tous les cadres anciens de la géographie historique. Au hasard 
des dominations fragiles qui s'échaffaudaient dans l'entrecroise- 
ment des migrations, le choc des guerres et le déchaînement des 
violences, les frontières mal tracées se déplaçaient sans cesse : 
soumis successivement aux Wisigoths, aux Arabes, aux Francs, 
notre pays fit partie d'Etats éphémères dont il était tantôt le nord 
et tantôt le sud, et qui, dessinés par l'épée seule, tenaient aussi 
peu compte de la configuration du sol que des différences de races 
ou des affinités économiques. 

Mais, de même que le Temps se venge, dit-on, des oeuvres 
édifiées sans son concours, de même les Empires nés au gré des 
seules contingences, au mépris des lois profondes et éternelles 
qui conditionnent la terre et les hommes, passent et s'effacent. 
L'effort carolingien, vigoureux, balaye le flot arabe et le littoral 
méditerranéen perdu du Rhône aux Albères est à nouveau 
recouvré ; ce pays, que l'on appelle maintenant la Seplimanie, se 
reforme d'un seul tenant, comme aux temps romains. Puis, c'est 
la grande oeuvre carolingienne contre l'Islam, c'est la reconquête 
espagnole qui commence, c'est l'Arabe refoulé jusqu'à l'Ebre, 
c'est la formation des comtés hispaniques : Gérone, Barcelone, 
Vich, Urgel, etc. 

Conformément au système franc, en effet, l'organisation admi- 
nistrative du pays reconquis s'est faite sous forme de comtés. En 
outre, comme il est d'usage alors au voisinage des frontières, le 
commandement militaire a été concentré entre les mains de l'un 
des comtes de la marche revêtu du titre de duc ou de marquis, 
termes rigoureusement synonymes dans la langue officielle du 
temps. Sous Charlemagne, le puissant duc de Toulouse, saint 
Guilhem, cumula en un seul tous les commandements militaires du 
Midi face aux Arabes. Après lui, ce commandement unique fut 
décomposé en deux. Parallèlement au duché de Toulouse, il y 
eut un duché dit de Septimanie ou de Gothic, débordant jusqu'à 
l'Ebre, et l'un des comtes de ce ressort nouveau reçut la dighité 
ducale : d'abord Béra, comte de Barcelone ; pui-- Rampon, comte 






de Girone ; Bernard, comte de Barcelone ; Gaucelme, comte de 
Girone et de Roussillon. Ces deux derniers étaient fils de saint 
Guilhem. Sous Charles le Chauve, les trois premiers titulaires du 
marquisat gothique furent Sunifred, comte d'Urgel, puis Aleran 
et Béranger. 

Or, en 865, pour affaiblir la puissance du marquisat, qui lui 
faisait ombrage, Charles le Chauve coupa en deux la marche 
gothique (1), et, par une fâcheuse méconnaissance de l'histoire et 
de la géographie, au lieu de fixer aux A Ibères la limite des deux 
nouveaux commandements, il fixa cette limite aux Corbières : 
ainsi, le sud composé des comtés hispaniques et du Roussillon 
constitua la marche d'Espagne, tandis que le nord, avec Narbonne 
et tout le pays jusqu'au Rhône formait la Gothie propre. 

Le geste de Charles le Chauve était infiniment grave. 11 
croyait ne tracer qu'une limite administrative à l'intérieur de son 
royaume. En réalité, il opérait une coupure en pleine chair de 
l'ancienne Gaule. Le Roussillon était arraché, du coup, à la Sep- 
timanie, à l'antique Narbonnaise, à la Proviniia romaine. 11 était, 
avec la Cerdagne, artificiellement soudé à ce groupe des comtés 
hispaniques dont Barcelone allait devenir, à partir du x' siècle, le 
centre de gravité, et qui, se séparant de la France, devait se cris- 
talliser sous la forme de la Catalogne, lin fragment de l'ancienne 
Gaule indépendante, de l'ancienne Gaule romaine, était détaché 
pour être accolé à l'ancienne Tarraconnaise. Le sort de notre 
Moyen Age était fixé. 

Mais il y avait, dans l'acte de 865, un vice originel inexpiable. 
Le jx' siècle léguait à l'avenir cette malfaçon, d'où surgit la ques- 
tion des Pyrénées. Le redressement de l'erreur de Charles le 
Chauve a beau avoir été ient et pénible, il n'en devait pas moins 
être acquis un jour : le traité des Pyrénées devait rétablir presque 
en son intégrité la frontière gauloise et romaine. 

La date de 865 domine donc notre histoire locale. La signifi- 
cation en est claire. C'est à Charles le Chauve que le Roussillon 

(i) Annales Bertiniani, anno 865. 



doit d'avoir été catalan. Mais il n'était au pouvoir de personne 
de faire qu'il ne fut point français, parce qu'il avait été gaulois. 
Tout en conservant l'individualité que lui confère la perpétuité 
de sa qualité comtale (i) jusque dans la monarchie aragonaise, le 
Roussillon n'adopta pas seulement la langue catalane, mais encore 
il s'associa pendant plusieurs siècles aux élans, aux progrès 
sociaux, aux épreuves et aux gloires du Principat. Comment 
s'étonner toutefois du retour des choses qui suit l'application des 
maximes de Richelieu ? Si le Roussillon, s'étant redonné à la 
France au xvn' siècle, est devenu si facilement et si indestructi- 
blement français, c'est qu'au fond il n'avait jamais cessé de l'être 
et que l'empreinte de l'Antiquité avait été trop forte pour jamais 
être périmée. 

Catalans et Français, à vrai dire la conciliation de cette double 
qualité — nullement contradictoire — résulte pour nous de l'his- 
toire elle-même. C'est au tournant de 865 qu'il faut se placer 
pour voir se dérouler comme en un vaste panorama la série des 
siècles antérieurs au ix" et la série des siècles postérieurs ; alors 
apparaît nettement de quelles fibres est faite la trame de notre 
passé ; alors s'explique l'originalité de l'âme Roussillonnaise : 
car, demeuré fraternel aux Catalans d'au-delà les Albères, le 
Roussillonnais — fils de Gaulois — est naturellement et substan- 
tiellement si Français qu'en aucune province de France nul ne 
saurait l'être davantage. 

J. Calmette, 
Professeur à la Faculté des Lettres 
de l'Université de Toulouse. 

(i) 11 est remarquable que, tous les autres comtés de la Marche étant 
absorbés dans celui de Barcelone, — témoin les formules de la chancellerie 
aragonaise, — seuls les Comtés de J^oussillon et de Cerdagne restent qualifiés 
tels, en sorte qu'ils ne se confondent point dans le Principat, tout en faisant 
administrativement partie de ce même Principat : trace curieuse et fort 
instructive de la réalité profonde dans ce formalisme précieux que Paul 
Viollet appelait si justement « le musée de l'histoire ». 




Le Provençal au Lycée 

Les journaux nous apprennent la création, au lycée de Mar- 
seille, d'une chaire de langue provençale et la nomination à cette 
chaire du distingué Capoulié du Félibrige, M. le D' Fallen. 

Ces quelques lignes, dans un journal, cela ne constitue pas pré- 
cisément, pour le grand public, ce que l'on est convenu d'appeler 
un fait sensationnel. Elles marquent cependant une véritable petite 
révolution, conséquence logique de Yaclion continue du Régiona- 
lisme grandissant. Elles marquent — disons-le bien haut, dussent, 
les profanes, en sourire — un grand pas en avant vers le Pro- 
grès. Ces deux mots : action, révolution, ne sont-ils pas intime- 
ment liés à l'idée de marche en avant ? Sans action, pas de révo- 
lution, et sans révolution, pas de progrès possible. 

C'est bien, en effet, par une suite ininterrompue d'efforts indi- 
viduels se groupant, se coordonnant, que l'action collective se 
précise avec force et produit, lentement peut-être, mais sûrement, 
la révolution désirée. Et c'est bien par de petites révolutions 
successives, par de petits renversements successifs d'idées et de 
choses existantes que s'affirme, par étapes, le Progrès, ce Pro- 
grès toujours poursuivi, jamais complètement atteint. 

La création d'une chaire de Provençal au lycée de Marseille 
est une de ces étapes, une de ces victoires dont l'annonce dans 
un journal nous comble de joie, nous autres, régionalistes, tout 
en nous procurant une grande surprise : Comment ! une chaire de 
Provençal dans un lycée ? Est-ce bien vrai ? Avons-nous bien lu? 
Telles sont les questions que, tout d'abord, chacun de nous se 
pose en présence d'un tel fait. 

Ah ! qui l'eût cru, il y a cinquante ans, quand le grand Mis- 
tral, déplorant le peu d'énergie des militants, disait : 

Ah ! si me sabien entendre ! 
Ah ! si me voulien segui 1 

Aurait-il pu supposer, notre regretté Maître, qu'à peine cinq 
ans après sa mort, un de ses successeurs au Capouliérat serait 
chargé d'expliquer aux lycéens de la grande cité phocéenne l'im- 



^^ 2 2 3 — — 

mortel poème de Mireille et de leur en faire goûter les incom- 
parables beautés ? Cela lui eût paru incroyable, inimaginable, et 
cependant cela est parce que les régionalistes l'ont voulu et que, 
par leur action, ils l'ont imposé aux pouvoirs publics. 



L'action pédagogique félibréenne avait eu d'abord raison des 
résistances officielles en ce qui concerne les Facultés : création 
de chaires de langues romanes, soutenances de thèses de doctorat 
en provençal, c'était déjà un progrès. La voici maintenant forçant 
la porte du lycée. 11 ne lui reste plus qu'à conquérir le droit, 
pour la langue du peuple, de pénétrer dans l'école du peuple. 

Pénétrer dans l'Ecole, c'est là certainement la partie la plus 
difficile de la grande tâche. Mais le jour viendra, n'en doutons 
pas, où notre désir, si longtemps exprimé, se réalisera tout à coup, 
grâce à l'action méthodique qui se poursuit inlassablement, tous 
les jours et un peu partout. 

D'ailleurs le siège de l'Ecole est commencé depuis longtemps. 
La lutte engagée entre les Félibres et les Régionalistes d'une part 
et les pouvoirs publics de l'autre, nous a déjà donné quelques 
résultats appréciables qui méritent d'être signalés : 

i" résultat. — Dans la presque totalité des écoles du Midi, les 
maîtres ne punissent plus les élèves qui parlent l'idiome local 
dans la cour de récréation. 

Ce changement de mentalité qui, grâce à l'action des Félibres, 
se manifeste de plus en plus dans le corps enseignant, ce renver- 
sement des usages précédemment établis, cette petite révolution 
qui supprime un article fameux du sacro-saint règlement scolaire, 
sans que les chefs universitaires essaient d'élever la moindre pro- 
testation, nous devons l'enregistrer comme un réel progrès et nous 
pouvons en être fiers, car c'est notre œuvre. Ce n'est pas pour 
rien que nos innombrables cigales ont chanté!... 

2' résultat. — Lés circulaires ministérielles recommandent 
d'adapter l'enseignement au milieu, c'est-à-dire au « pays », à la 
« région ». 

Pour obtenir cette réforme pédagogique dont on ne peut con- 
tester la nécessité, il a fallu que les Félibres et les Régionalistes 
se remuent pendant longtemps et secouent la torpeur des bureaux 



— 224 ~ 

du Ministère de l'Instruction publique. 11 a fallu leur action 
énergique, opiniâtre, pour que s'opère ce renversement des prin- 
cipes absurdes et cependant admis qui voulaient que les program- 
mes scolaires fussent identiques pour toutes les écoles de France 
sans distinction de régions, au nord comme au midi, à la monta- 
gne comme à la plaine, dans les régions où l'on cultive les céréa- 
les, les betteraves ou les pommes à cidre comme dans le pays de 
la vigne, du mûrier ou de l'olivier. Ce résultat est très apprécia- 
ble. 11 doit être compté comme une victoire régionaliste. 

3' résultat. — Une circulaire ministérielle ordonne l'introduction 
dans les programmes scolaires de l'histoire et de la géographie 
locales. 

C'est là encore une victoire remportée, comme la précédente, 
par la logique régionaliste sur la routine administrative. 

Les confectionneurs de programmes n'avaient pas compris 
qu'avant d'aimer la France, sa patrie, l'enfant aime d'abord, et 
tout naturellement, son village parce que c'est là qu'il est né et 
que s'est écoulée sa première enfance, dans un cadre familier, au 
milieu de ses parents et de ses petits amis. Ce village, il l'aime 
à tel point qu'il le trouve plus beau, malgré ses imperfections, 
que tous les villages environnants. 

Aymé moun vilatje 
May que toun vilatje, 
a dit le poète. 

Pourquoi donc ne pas enseigner, tout d'abord, à l'enfant, l'his- 
toire et la géographie de cette « petite France » qu'il aime et qui 
est bien à lui, avant de lui parler de l'autre, plus lointaine et plus 
difficile à comprendre ? N'est-ce pas là l'application du fameux 
principe pédagogique qui veut que l'on aille du connu à l'inconnu, 
du concret à l'abstrait, du simple au composé? N'est-ce pas là 
de la bonne, de la saine pédagogie régionaliste? Oui, certes. Et 
cependant il a fallu que, sans se lasser, Félibres et Régionalistes 
demandent, chaque année, dans leurs Congrès, l'inscription de 
cette réforme dans les programmes de l'école primaire. Que dis- 
je ! il a fallu qu'un Félibre majorai, M. Maurice Faure, devienne 
Ministre de l'Instruction publique pour que se réalise enfin un 
vœu si longtemps exprimé. 

Le Félibrige est donc victorieux sur ces trois points. Il lésera, 



225 

n'en doutons pas, sur le quatrième, le plus important : l'introduc- 
tion de la langue d'oc dans l'école. 

Il serait, en effet, souverainement injuste de refuser à l'ensei- 
gnement primaire ce qui est déjà accordé à l'enseignement secon- 
daire. 

N'oublions pas cependant qu'il faudra encore batailler, qu'il 
faudra agir vigoureusement sur les pouvoirs publics pour que le 
Catalan, banni des écoles du 7{oussillon comme étant un obstacle à l'en- 
seignement du Français, pénètre dans ces mêmes écoles comme étant le 
meilleur auxiliaire de l'enseignement de notre langue nationale. Et ce 
sera là l'ultime petite révolution scolaire due à l'action bienfaisante 
des groupements régionalistes et félibréens. 

En attendant, et puisque nous avons un précédent à invoquer, 
occupons-nous de l'enseignement secondaire et demandons la créa- 
tion d'une chaire de Catalan au collège de Perpignan (i). 

Louis Pastre. 

(i) A mon avis, la demande adressée au Ministre doit être faite sous 
forme de pétitionnement et le Bureau de la Société d'Etudes Catalanes doit 
recueillir le plus grand nombre possible de signatures. Je crois inutile d'ajou- 
ter que les noms des sénateurs et des députés du département doivent 
figurer parmi les signataires. 



Des professeurs bénévoles de Catalan 

pour nos Collèges 



A l'article ci-dessus de M. Louis Pastre, un vrai technicien 
de l'enseignement français et catalan, nous nous permettons 
d'ajouter les quelques lignes suivantes. Nous croyons qu'on y 
trouvera le meilleur moyen pratique d'assurer, dès qu'on le 
voudra, l'entrée du catalan dans nos collèges roussillonnais. 

Ce moyen-là, nous l'avons demandé à nos amis de Provence, 
venus aux récentes fêtes de Joffre ; M. Paul Ruât, le sympa- 
thique félibre majorai de Marseille, que tous les catalanistes du 



226 — 

Roussillon connaissent bien, a daigné nous le faire connaître en 
nous adressant les renseignements suivants qui sont tout un 
programme. 

♦ 

« En juillet 1918, lors de la distribution des prix au grand 
lycée de Marseille, une chorale de cent cinquante enfants 
exécuta des chants provençaux sous la direction du professeur 
Bloch, et ce fut une véritable merveille que d'ouïr cette musique 
locale alliée à la musique de la langue. 

« Le proviseur d'alors, M. Maluski, qui était le promoteur de 
ces chants, avait l'idée d'organiser des conférences de provençal 
à l'usage des professeurs et des candidats au baccalauréat, pour 
bien démontrer qu'il s'agissait d'une langue littéraire et non d'un 
patois, comme on le croyait généralement; mais M. Maluski 
fut appelé à la direction d'un lycée de Paris et remplacé par 
M. Brugeas, proviseur du lycée de Brest. 

« Ce dernier, qui arrivait avec peut-être le regret qu'il n'y 
eût pas de cours de breton dans les lycées de Bretagne, constata 
que plus, de cent étudiants américains étaient venus à Marseille 
et à Aix pour perfectionner leurs études de provençal, et qu'il 
n'y avait, ni à Aix, ni à Marseille, des cours en cette langue 
comparables à ceux qui existent dans les universités d'Amérique. 

« Ayant appris, d'autre part, que le Félibrige réclamait ces 
cours depuis près de cinquante ans sans obtenir de résultat, 
M. Brugeas en fit la demande à M. Laferre, ministre de 
l'Instruction publique — demande appuyée, sans doute, par 
l'inspecteur Pessemesse et le recteur Payot — et, au mois d'août 
dernier, arrivait l'autorisation d'ouvrir un cours annexe de 
provençal au lycée de Marseille. 

« L'inauguration en a été faite le mardi 28 octobre ; il a lieu 
le mardi et le vendredi, à 4 h. 3o, et c'est M. le docteur Fallen, 
capouiié du Félibrige, qui en est le professeur bénévole, avec le 
majorai Ruât comme professeur suppléant. 

« Ce cours, entièrement facultatif, est réservé pour le moment 
aux élèves de quatrième et de troisième. Le nombre des inscrip- 
tions a été tel qu'on a dû refuser les étudiants le seconde et de 
première qui désiraient y assister ; ce qui démontre qu'un second 
cours de provençal sera bientôt nécessaire. 



« Dès la première leçon, les élèves ont été séduits par la 
douceur de la langue et aussi de la facilité des études par la 
comparaison du provençal, langue intermédiaire, et le français. 
Simplement, avec les mots cabro, casleu, drapeu, chivau, on a 
fortifié leurs études de latin, et la prononciation provençale a 
permis d'écrire ces mots en français sans faute d'orthographe. 

« A bref délai s'imposera la création d'un cours de litté- 
rature provençale pour voir cette belle floraison de poètes et 
de prosateurs qui ont noms Mistral, Aubanel, Roumanille, Félix 
Gras, Baptiste Bonnet, Don Xavier, etc. Nos étudiants pourront 
ainsi lire et commenter dans leur texte cette bible de l'humanité 
qui s'appelle Mireille, les exploits du pêcheur Calendal, de 
Cassis, l'épopée du poème du Rhône, des Rouges du Midi, 
œuvres illuminées par le soleil d'or de notre Provence et par le 
doux parler de nos pères, qui fut celui des rois, des cours 
d'amour et des troubadours. » 

♦ 

C'est donc, on le voit, par leur ténacité et leur concours 
purement désintéressé, que les Provençaux de Marseille sont 
parvenus à faire reconnaître comme classique leur langue mater- 
nelle. 

Qu'il se trouve à Perpignan quelques bonnes volontés de ce 
genre, et nous ne doutons pas que le succès ne vienne, sous peu, 
couronner la belle campagne, si vaillamment menée depuis long- 
temps par M. Pastre lui-même, dans la T^evue Catalane. Des 
professeurs bénévoles pour l'enseignement du catalan : langue, his- 
toire, art, voilà, nous semble-t-il, le plus rapide, le plus efficace 
moyen de faire agréer cet enseignement dans tous nos collèges. 
Le reste viendra par surcroît. Envers de tels bienfaiteurs de la 
jeunesse et de la petite patrie, les familles et les pouvoirs inté- 
resses ne manqueront pas, d'ailleurs, un jour, de comprendre 
leurs devoirs de reconnaissance et d'attachement. 

Jean Sarrète. 




La seigneurie $ la paroisse du Soler 

<Sê%3& {SUITE) 

Seigneurie du Soler d'Jlmont 

Les seigneurs du Soler d'Amont portaient le nom de cette 
localité. 

En i 184, Guillaume du Soler, précepteur du Mas Deu, reçoit 
de nombreuses donations pour le Temple (1). 

Guillaume Jorda du Soler est archidiacre d'Elne et prévôt de 
Trouillas en 1212(2). 11 accorde en acapte, le 18 mars 121 3, à 
la maison de Saint-Sauveur de Sira la garrigue dite de Comba- 
Auriola, au terroir de Trouillas (3). 

Un frère de Guillaume Jorda, appelé Pierre du Soler, est cha- 
pelain à Saint-Jean de Perpignan en 1214. 

A cette époque, le château du Soler existait dans ses vastes 
proportions. Le 3 des ides d'avril 1223, Guillaume Jorda du Soler, 
archidiacre d'Elne, cède à l'église d'Elne et à Arnald de Serra- 
longue, évêque élu d'Elne, les droits d'hypothèque qu'il avait sur 
le château du Soler contre les héritiers de Ferrand du Soler, son 
frère : « "El tibi Mrnaldo de Serralonga Tzlnen. electo et omnibus suc- 
cessoribus omnia jura et acliones tnihi compétentes contra heredem Ter- 
randi de Solerio fralris mei et res et possessiones ipsius ratione 1 2 millium 
solidorum Barcb. quod solvi domui Tontisfrigidi nomine Peiri Pauci 
quondam, pro quibus denariis fraier meus obligavit eidem Pétri Pauci 
castrum de Solerio cum suis juribus et pertinenciis et bonis... (4) Guil- 
laume Jorda du Soler reconnaît qu'il a dépensé une somme impor- 
tante pour améliorer le château, « in melioracione dicti casiri », et 
les moulins qui en dépendaient, « et molendinorum periinentium ad 
ipsum castrum ». Cette cession est mentionnée dans l'épitaphe de 
Guillaume Jorda du Soler (1226), galerie sud du cloître d'Elne: 

(1) Cari. Temp.. P î58. 

(2) Cari. Temp., f° 1 2. 

(3) Cari. Temp., f° 12. — Brutails, "Elude sur la condition des populations 
rurales du T^oussillon, p. i3, note 2. 

(4) Fonds d'Oms. — Alart, "Notices historiques, 2' série, p. 145. 



— 229 — 

« Qui dedil episcopo et ecclesix eînensi casîrum de Solerio ». A partir 
de cette époque, l'évêque d'Elne sera le seigneur du château et 
même du territoire du Soler d'Amont. Cependant, la famille 
seigneuriale du Soler conservera encore quelques droits et quel- 
ques fiefs dans le territoire. Ainsi, en 1243, Guillaume du Soler, 
chevalier, « miles », accepte en fief, pour lui et les siens, de 
Jacques, roi d'Aragon, tout ce qu'il possède dans l'intérieur de 
la villa du Soler d'Amont: « inlus villam de Solerio superiori » : 
pour ce fief, il se reconnaît vassal du Roi (1). 

(A suivre) Joseph Gibrat. 

(1) Liber feudorum, C. f' 68. 

NÉCROLOGIE 

Dans les premiers jours de ce mois de novembre, nous avons 
eu à déplorer la perte d'un des membres-fondateurs et ancien 
vice-président de notre Société d'Etudes Caialanes : M. Amédée 
Aragon, décédé à Perpignan à l'âge de 60 ans. 

Esprit cultivé et très érudit, notre distingué confrère était, en 
outre, un fervent des belles-lettres catalanes. Son excessive 
modestie l'empêcha seule de livrer à la publicité le fruit de ses 
études. Néanmoins, sa "Nadalela témoigne hautement de sa grande 
compétence en matière de vieux Noëls catalans. Il s'en était fait 
une collection très riche qui, ajoutée à celle de nos vieux Goigs, 
constitua la plus belle parure de son inappréciable bibliothèque 
catalane, où il avait accumulé tout ce que l'imprimerie du Rous- 
sillon et de la Catalogne presque entière avait produit d'ouvrages 
anciens et rares. Ces livres de la Terre catalane étaient, en quel- 
que sorte, « ses plus beaux jovaux » ; d'eux encore, il se plaisait 
à dire à ses visiteurs, non sans un sentiment de jalouse fierté : 
g Son les flors de casa. » 

Nous adressons à sa famille et tout particulièrement à son 
frère, M. Henry Aragon, notre si dévoué collaborateur, nos 
condoléances attristées. 



La Confrérie du Rosaire en Cerdagne 

**%?&•* (SUITE) 

Outre les détails historiques relatifs à la guerre et à la peste 
qui désolèrent Bolvir en 1612, le registre de la Confrérie du 
Rosaire de cette paroisse nous révèle plusieurs noms de person- 
nages importants du pays qui faisaient partie de la pieuse asso- 
ciation. C'est: en 1616, « Miquel Portaria », curé de Bolvir, et 
son vicaire « Joan Berenguer ; Miquel Niubo », recteur de dite 
paroisse en 1617 ; « Père Calvet, baille ; Maria-Anna », son épouse 
et leurs cinq enfants : « Gaspar, Anna, Hieronima, Catharina, 
Margarida » ; puis « Miquel Manegat », son épouse : « Joana- 
Anna », et leurs trois enfants: «Miquel, Isidro, Cecilia». 

Durant tout le xvn' et le xvin' siècles, les Sunyer, famille très 
répandue dans la Cerdagne, et non des moins notables, fournis- 
sent à la Confrérie mariale de Bolvij une suite ininterrompue de 
membres associés. Tels sont : « Raphaël Sunyer, agricola dicti 
loci, Joana (son épouse, et leurs enfants): Anna (161 6), Magda- 
lena, pabordessa, Francès (1618); Père Sunyer, paborde (1660- 
1680); Pera Sufier (sic), minor (1687); Joseph Palau-y-Suner, 
pages (1734); Pere-Joan Sufier (1745); Joseph Sufier-y-Calvet 
(1763) ». 

Les de Péra (i) figurent comme membres de la Confrérie de 
Bolvir, en 1700, sous le nom de Joan Pera-y-Mir, son épouse et 
ses enfants. 

Nous possédons fort peu de documents aujourd'hui sur l'ancien 
couvent des Dominicains de Puigcerda ; les très riches archives 
de ce monastère ont disparu durant la tourmente révolutionnaire 
de 1793 qui eut dans cette ville, parmi les Espagnols eux-mêmes, 
de chauds partisans devenus en même temps vandales fanatiques 
et iconoclastes forcenés. Cette regrettable lacune est en partie 
comblée par le manuscrit de la Confrérie de Bolvir en particulier. 

(1) Originaires d'Osséja. La branche établie ensuite à Palau-de-Cerdagne 
portait le titre de <r cavaliers militars t. Une autre branche cadette se fixa peu 
après à Bolvir : elle était alliée aux « de Canal » de ce lieu et aux a de Mir » 
de Caldégas. 



- ih - 

Ce registre nous apprend, en effet, que cette maison monastique 
de Puigcerda dépendait, en 1617, de la province d'Aragon, dont 
le Provincial avait nom, à cette époque : « Fra Joan del Valle », 
lequel conféra ses pouvoirs au « R. P. Jacinto Qués », de Puig- 
cerda, pour l'érection canonique de la Confrérie de Bolvir. 

Signalons encore, dans le même document déjà cité, le nom de 
nombreux dominicains du couvent de Puigcerda envoyés à Bolvir, 
soit à titre de prédicateurs des fêtes de la Confrérie, soit de 
visiteurs de la pieuse association. Tels, les R R. PP.: « Fra 
Benêt Marti s, 24 septembre 1616 et i3 août 1 656 ; « Fra 
Domingo Casamitjana », 17 décembre 1617 ; « Fra Francés 
Fabre », 24 septembre 1618 ; « Fra Thomas Soler, lector en 
santa theologia, y prior », 5 septembre 1666 ; « Fra ... Cotxet, 
1679 ; Fra Joseph Ribot (1), prior, 3 setembre 1725 ; Fra Jose- 
phus Bosom, superior del real convent de Predicadors de Puig- 
cerda, 5 setembre 1726 ; Fra Franciscus Biel, sanctae theologiae 
prior, 6 setembre 1728; Fra Joseph Alabau, lector en sagrada 
theologia », <jui prêcha, en iy55, le sermon du Rosaire à Bolvir, 
« ab gran doctrina, erudicio y zel ; Fra Joseph Tusdea, prior, 
5 mars 1756 ; Fra Raymundus Vergés, prior, 27 dezembre 1756 ; 
Fra Jacinto Pallès, 1762 ; Fra Bonaventura Laribal, prior, 
24 setembre 1770 ». 



Comme on le voit par ces diverses dates que nous venons de 
donner, la grande fête du Rosaire de Bolvir variait assez d'une 
année à l'autre. Ordinairement, elle se célébrait, il est vrai, le 
premier dimanche d'octobre, primitivement du moins ; ainsi le 
prouvent notamment les statuts établis en 1617. Mais à partir de 

(1) Mossen Agusti Puyol y Safont (mort en l'année 1903, curé d'Alp. 
dans la Cerdagne espagnole) cite dans ses Tiijos illustres de Cerdana, p. 1 10, 
le nom d'un autre P. José Ribot, né à Montellâ (Cerdagne espagnole) vers 
la fin du xvu' siècle ; puis, après avoir embrassé la carrière ecclésiastique, il 
fut nommé curé d'Urtg et du Vilar ; il entra peu après dans la Congrégation 
de Saint Philippe de Néri, à Vich, où il composa deux ouvrages de haute 
spiritualité qui furent imprimés a Barcelone, l'un en 1729. 1 autre en 1732. 
— Cf. aussi Diccionarw critico de los "Escritores catalanes, par Torres y Amat, 
édition de i83b, tome 1, p. 5.+o, col. 1 et a. 



23î — 

1701, cette solennité fut fixée au premier dimanche de septem- 
bre, et en 1708-1724, au dernier dimanche de novembre; en 
1725, au mois de septembre, comme antérieurement. Cette règle 
souffrait des exceptions, selon que les circonstances de l'époque 
le commandaient. Quelquefois même, la fête est supprimée, 
comme en 1734, 1739, 1740, 1742, « per la calamitat del temps ». 

Le jour de la fête principale du Rosaire avait lieu pour la 
Confrérie le règlement des comptes et le renouvellement des 
pabordes et pabordesses, en présence des : visiteur canonique, curé, 
batlle, consuls et dignitaires anciens de la société dont le mandat 
expirait à ce moment. 

La liste des recettes et dépenses de l'œuvre pie nous renseigne 
sur certains usages, jadis en vigueur à Bolvir et aussi dans toute 
la Cerdagne. Ainsi, à la fête, à la procession du Rosaire, assis- 
tent au moins huit prêtres du voisinage, une cobla de musiciens, 
tous rétribués par les pabordes, y compris le repas. 

De plus, chaque année, peu avant la fête de la Confrérie, les 
pabordesses font, dans le village, une quête de blé ; elles en recueil- 
lent jusqu'à trois mesures ordinairement. Ce blé, remis aux 
« flaquers » de Puigcerda, est ensuite transformé en délicieux 
gâteaux — cocas — sortes de petits pains dans la composition 
desquels entre, en outre, une certaine quantité d'oeufs, de sucre. 

Parmi les recettes de la Confrérie, nous trouvons, en 1675, la 
somme de 9 1. 5 s. 6 d., équivalant à « una dobla, que dona en 
or lo Senyor Duch de Mediceloni, quant estava en Bolvir ». 

Au nombre des dépenses figurent, en 1684, « per fer lo pan- 
dero, 23 reals y mitg » : 2 1. 7 s. ; puis, en 173 j , 2 1. 2 s. pour 
la rétribution des musiciens. 

Les cérémonies du Rosaire se célébraient dans la chapelle 
affectée à la Confrérie et placée sous le vocable de Notre-Dame 
du Rosaire. 

Ce sanctuaire, pratiqué dans le mur de droite — côté sud — 
de l'église paroissiale, sur l'emplacement même de celui de Notre- 
Dame d'Espérance, était en construction en 1673. 11 formait à 
cette époque le bras droit du transept et reçut des proportions 
assez vastes, des embellissements nombreux, grâce aux largesses 
des Confrères et des autres habitants de Bolvir. 

Le i5 décembre 1673, les pabordes achetèrent 3o charges de 



- a33 — 

chaux, payèrent « una dobla al Senyor Visitador, per la llicencia 
de foradar la iglesia de Nostra Senyora de Esperansa per fer 
una capella de Nostra Senyora del Roser». D'autres sommes 
sont mises en réserve, en 1674, «per fer la capella de Nostra 

Senvora del Roser ». 

j 

L'autel du Rosaire s'embellit d'un beau retable en bois, com- 
posé de quatre panneaux représentant les mystères joyeux, de 
colonnes avec anges et raisins héraldiques, de deux gradins ornés 
de tètes d'anges et de roses symboliques. Cette œuvre, entière- 
ment sculptée avec art, rappelle les divers retables du Rosaire, 
nombreux en Confient, Cerdagne, dans les contrées de Ribas et 
de Vich, dûs généralement au ciseau et à la palette artistiques de 
nos Suner catalans. 

En 1684, la Confrérie de Bolvir effectuait un paiement de 
« 2 escuts, per fer pintar las imatges de N' S 1 del Roser », et 
d'autres encore en 1687, à un peintre décorateur dont le nom n.e 
nous a point été transmis, pour son travail de « pintar la mitât 
de la capella » et le a pâlit del Roser ». 

Cette chapelle existe encore aujourd'hui, dans un excellent 
état de conservation. 

{M suivre) J. Sarrète. 



Llevanl de Taula 

L'Art Régional 
Dans YJndépendani du mardi 21 octobre 1919, une chronique 
d'art de M. Jean Catel, que nous nous faisons un plaisir de 
signaler. 11 y est question de M. André Masson, un jeune pein- 
tre converti par notre lumière cérétane. « Sa nature artiste, dit 
M. Jean Catel, s'est précisée au toucher rude du Vallespir. 11 
le sait, il le dit. » Et le critique fait cette observation : « La lit- 
térature régionale trouvera dans l'art de notre ami une preuve 
qu'on peut, en restant profondément français, traduire l'àme du 
sol et des choses catalanes. » 

Mais cette pensée mériterait d'être précisée. Pourquoi est-il 



- »3 4 - 

question de littérature régionale à propos des toiles d'un nouvel 
artiste? N'est-ce pas une confusion de valeurs? Et que veut-on 
au juste nous prouver? Que l'on peut traduire l'âme catalane en 
restant profondément français ? Sans doute, car tout est permis. 
On peut de même traduire l'âme italienne en restant profondé- 
ment français, ou l'àme espagnole. Tout de même, un Paul Bour- 
get à Barcelone ne nous ferait pas sentir l'âme catalane comme 
Joaquim Ruyra dans sa « Parada » ou Père Corominas, dans ses' 
a Gracies de l'Empordâ ». Le grand Manet à l'école de Goya 
n'a peut-être pas traduit l'Espagne et l'âme espagnole comme 
Goya. Nous ne le pensons pas. Jean Aicard, écrivain français, 
n'a fait que singer Frédéric Mistral. Hélas! Mais la Provence 
nous offre ce rare exemple d'un grand écrivain qui est profondé- 
ment provençal et profondément français. 11 s'agit d'Alphonse 
Daudet. Ce généreux et sensible romancier connaissait d'ailleurs 
le provençal, et il traduisait au besoin les conteurs de Provence. 
Il n'est pas difficile de voir qu'un même esprit jaillit de la même 
source dans les "Lettres de mon Moulin et dans les Mémoires et "Récits 
de Mistral. Et c'est l'esprit provençal, l'un des plus profondé- 
ment français qui soient au royaume de France. — Faut-il une 
conclusion à tout ceci ? La voici : Catalans du Roussillon, et vous 
surtout, artistes et poètes, ne dédaignez pas notre langue, ne la 
croyez pas trop basse et humble. Montaigne ne dédaignait pas 
le gascon. Et Rabelais adorait tous les parlers de France. Exer- 
cez en toutes choses ce don sacré de la sympathie, qui fait tous 
les miracles. Lisez le catalan. Essayez-vous à l'écrire, si toutefois 
vous sentez en vous l'âme de la race. En vérité ce n'est pas l'âme 
des Malgaches que reflète notre parler roman. Non, c'est le beau 
sang de nos ancêtres qui jaillit à travers les mots catalans. Et 
nous croyons que M. Jean Catel pense exactement comme nous. 
Dans le cas contraire, et s'il en voit la nécessité, il lui sera loi- 
sible de défendre sa thèse ici-même. Car un tel débat ne nous 
déplairait pas. 

La Minerve Française 

Dans l'un des récents numéros de la Minerve "Française, nous 
remarquons des poèmes de Pierre Camo, un catalan de race 
devenu profondément français de style à l'école de Racine et de 
Chénier. 



— 235 — 

Pierre Camo publiera les Odes et les Sonnets, où nous sommes 
déjà assurés de retrouver le pur accent des "Beaux Jours et i'hori- 
zon de l'Albère. Ce sera une fête pour les rares amis de la vraie 
poésie. 

Un sonnet de Verhaeren 
Le parti de l'Intelligence 

Nous transcrivons pour nos lecteurs la traduction catalane d'un 
sonnet d'Emile Verhaeren, un grand poète français profondément 
flamand. Nous l'avons recueilli dans le premier numéro d'octobre 
de la J^evista et nous le devons à Josep Flo Termens, qui débute 
ainsi dans les lettres catalanes. Ce n est pas un mauvais début. 

La Cuita del Pa 

(d'Emile Verhaeren) 

Pasten les noies, els dies de festa, 
llet i farina de blat del millor, 
nusos els côlzers i els rulls de la testa 
tots empolsats i amarats de suor. 

Cota la faç pel treball enrogida, 
i ertes les gorges dejûs els vestits, 
colguen els braços dessota l'humida 
pasta, tôt fent-ne rodols corn Uurs pits. 

Son devinguts els tions brases roges 
i adelerades les moces, com boges 
llancen al forn, a palades, els pans ; 

mentres sorgeixen les fiâmes sagnantes 

— llengiies de foc d'unes goles gegantes — 

per a besâ 1s hi el rostre i les mans. 

Josep Flo Termens. 

Cette même 7(evista a récemment publié la traduction d'un très 
curieux poème d'André Spire. A propos du manifeste du Parti 
de l'Intelligence, notre ami J.-M. Lôpez-Picô, le poète spiritua- 
liste et pétrarquisant, écrit une belle page dont nous voulons 
extraire ces quelques lignes : « 1 si França fou capdavantera del 
sacrifici, ha volgut també fer-se portantveu de tots els desigs que 
criden l'esdevenidor. — Veus franceses han dit al mon, superant 
totes les limitacions i tots els interessos, la voluntat alliberadora 
d'afirmar la independencia de l'esperit. — De tôt, el que ens inté- 
ressa mes es el fet que hagi estât francesa aquesta frisança de 



• _ 2 36 — 

ultrapassar la ceguera de l'esdevenidor i de no voler anar a les 
palpantes. 1 que, d'esser francesa, el guany ne sigui universal ». 
Ces justes paroles, pleines de mesure, pleines de la vision de 
la France et de son rôle historique, sont également un honneur 
pour l'intelligence catalane. 

Une erreur 

La Tramontane de septembre et octobre 1919 publie une liste 
des artistes roussillonnais contemporains. La liste est un peu lon- 
gue. Et afin de l'allonger, on y a ajouté le compositeur espagnol 
Albeniz. Certes, Albeniz était un si bel artiste... qu'il méritait 
d'être roussillonnais. Par ailleurs, nous observons dans cette revue 
un louable effort de régionalisme. Puisse-t-eile avoir la vigueur 
de son beau titre I Xiula, xiula, tramontana. 

Emile Sicard et Louis Codet 

Les provençaux et les catalans réunis dans le vieil hôtel de la 
Main-de-Fer n'oublieront pas le beau serment fédéraliste, le 
serment de la Main-de-Fer, que sollicita M. Emile Sicard. Ce 
fut le premier geste de l'idéale épée dont la poignée réunit dans 
un même baiser la Catalogne et la Provence, 

Emile Sicard sait aimer le Roussillon. 11 a publié dans le Teu 
du 1" octobte 1919 un article intitulé « L'Exemple et le Souve- 
nir de Louis Codet». Nous-même nous avons vu passer le sou- 
venir de Louis Codet, du « bon maître », dans la belle maison 
catalane de Finestret. Codet, blessé à Ypres a en secourant un de 
ses hommes », adressait à ses amis, avant sa mort, de l'hôpital du 
Havre, des lettres calmes et émouvantes. Avant la guerre, il avait 
notamment écrit la Chanson des Belles Taïences, l'une des plus déli- 
cates poésies de la lyrique moderne. 11 n'est rien de plus tou- 
chant que le souvenir d'un esprit rare qui persiste dans la maison 
de ses amis. Gardons tous ce souvenir et cet exemple. 

J.-S. Pons. 




Le Gérant, COMET. — Imprimerie Catalane, COMET, rue de la Poste, Perpignan 






13* Année- N' 158 15 Décembre 1919 

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Les Articles Darus aans la Revue M "* y^ ^ ■ ' ^^ 1 ^^ TWj ï< 

n'engagent auc leurs auteurs. ^b*^A J» A A AA^A J» JL ^ Mmf 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. — Cotisation : 10 fr. par an 

Le Maréchal Jojfre 

président des Jeux Floraux de Barcelone en 1920 

Telle est la nouvelle que les roussillonnais ont déjà apprise par 
la voix de la presse. Nous nous empressons de la consigner dans 
les pages de la T(evue Catalane. Ce nouveau titre de gloire, tout 
au bénéfice de l'éminent Académicien de France, honore d'au- 
tant sa petite patrie roussillonnaise que ceux qui ont eu la déli- 
cate pensée de le lui conférer. 

A cette même occasion, de brillantes fêtes seront célébrées à 
Barcelone, au printemps prochain. Elles se doubleront de celles 
qui auront pour objet la pose de la première pierre du Monu- 
ment aux Volontaires Catalans, morts en combattant pour la 
France, au cours de la grande guerre. 

Afin de mieux déterminer la part que pourraient prendre à ces 
fêtes les diverses sociétés littéraires, artistiques et musicales du 
Roussillon, il apoartiendrait tout d'abord à un grand Comité des 
Têtes de prendre des initiatives. 

La Société d'Etudes Catalanes sera toute heureuse de répon- 
dre à l'appel qui lui sera adressé. 

N.-B. — A notre avis, ce Comité devrait se composer des 
membres du Bureau de toutes les Sociétés, déjà existantes, ayant 
un but défini : littéraire, artistique, archéologique, musical, etc. 
Il devrait être permanent, en vue des fêtes à venir dans notre 
département ou ailleurs. 11 serait temps d'agir dans ce but, pour 
marcher avec ensemble. A quand YTiâtel des Société* tant promis ? 



Poésies 

1. Un timo senzillet 

A n'en Trancesc Salvai. 

Jo se que un dia — oh Salvat — ben florit, 
penyes amunt, en les valls de l'Albera, 
t'hauràs quedat una mica entristit 
per ma cansô esfullada i presonera, 
lluny de! cel nostre, en un pais malvat ; 
j tu has obert mon llibret de la rosa 
com un record, oh bon amie Salvat, 
llibret ont l'ombra dels xiprers reposa. 
I tant se val ! L'Albera, en un cel clar, 
no la veus espellir, primaverenca, 
tota bellesa, â vora de la mar, 
al mitg de l'abundor vallespirenca ? 
Segueix, amie, el corriol profôn 
que puja entre les mates muntanyeses, 
mes fresc que tots els llibres d'aquêt mon, 
sempre oferint les llibertats promeses. 
] veuràs â muntanya que el meu cant 
no tindrà mai l'ennaigadora flaire 
d'un timo senzillet que 's va arrelant, 
el mes petit, d'una penya al bell caire. 
abril 1919. 

II. Al terrisser de Sant-Marti 

Bon amie terrisser, faràs per mi un plat groc, 

no gaire diferent d'una antiga escudella, 

i que la llepissada armoniosa del foc, 

hi deixi el rôs color d'una bresca d'abella. 

Que corri tôt entorn un senzill filet blau ; 
hi pintaràs al mitg un ram d'oliu selvatge, 
una mica argentat. Ja que ha tornat la pau, 
ne vull al meu devant sempre tenir l'imatge. 



- — î3c> — 

Arrapa en el vernis una cigala d'or. 

Si ho vols agafaré en la parra del meu hort 

per servir de model la que mes atabala. 

Per l'amplaria del plat, mira, per tu farâs, 
perqué ni un sol de mes dels pressées xuclaràs, 
que els que t'hi oferiràn l'oliu i la cigala. 

III. Minyona, vé l'abril 

Minyona, vé l'Abril... A cada pas que hom fa, 
n'hom encerta un aibret blanc-florit que enamora. 
L'aigua joga amb el sol i mitg-riu i mitg-plora, 
i la guilla amb el llop ja se volen casar. 

No hi hâ flor com la flor del cirerer selvatge. 
Sa rama estesa i nuvial sol blanquejar 
damunt de la canal, i lluny de tôt mirar, 
amaga bosc amunt son bonic donzellatge. 

No hi hâ flor com la flor del codonver tôt vert, 
escampada en els brancs ; son calze es mitg obert ; 
rica d'un fruit pesant es la mes vergonyosa. 

Minyona, i que dirèm del presseguer mullà, 

tant rosa en el conreu que el bou s'en vé à Uaurar ? 

No hi hâ flor com la flor de ta boca amorosa P 

Joseph-S. Pons. 
111a, i5 mars 1919. 

Une fête de la Langue Catalane à Perpignan 

Elle vient d'être décidée à Barcelone. C'est une très belle 
idée, de nature â promouvoir et à mieux propager l'amour de 
la langue et de la patrie catalanes. La Société d'Etudes Catalanes 
de Perpignan ne saurait être indifférente à de telles initiatives. 
Nous espérons donc pouvoir réaliser, nous aussi, à Perpignan, des 
1920, la Tête de la Langue Catalane, et nous comptons, pour l'or- 
ganiser, sur le bienveillant concours de nos confrères en régiona- 
lisme et les dirigeants de la Presse locale, sans distinction de 
partis. Un seul drapeau doit en cela rallier sous ses plis tous les 
esprits et tous les coeurs roussillonnais : celui de la petite patrie 
catalane. A ce prix, l'union fera notre force dans le succès a 
venir. 






Le professeur Jean Amade 

à l'Université de Montpellier 



Tous les patriotes roussillonnais souscriront des deux mains 
au bel éloge que la Vie Montpellier aine vient de consacrer à notre 
éminent compatriote et confrère, Jean Amade, récemment nommé 
professeur agrégé d'espagnol à la Faculté des Lettres de l'Uni- 
versité de Montpellier. Nous ne pouvons mieux faire que de 
reproduire ici cette intéressante page d'histoire locale : 

« C'est un très heureux choix que vient de faire la Faculté 
des Lettres de Montpellier en appelant à elle M. Jean ftmade, 
professeur agrégé d'espagnol au Lycée. Notre ami Jean Amade n'est 
pas seulement un professeur, mais c'est aussi un lettré délicat, un 
fin conteur, un poète sobre et discret et c'est aussi un nom qui 
s'inscrit avec honneur dans les annales de notre littérature méri- 
dionale. 

« Avant tout, par-dessus tout, J. Amade est un fils fidèle et 
passionné de notre Midi méditerranéen. Il est né dans ce Rous- 
sillon où se trempent les âmes droites et fières ; il a tiré d'elle 
cette fougue toujours tempérée par un bon sens à toute épreuve, 
cette générosité d'esprit, cette pureté et cette simplicité de senti- 
ments, cette clarté lumineuse des idées qui sont la marque essen- 
tielle de notre génie latin. S'il en partage les aspirations et les 
sympathies, il en épouse aussi, comme le dit Alceste, les « haines 
généreuses ». Il ne serait pas Catalan s'il n'aimait ardemment sa 
petite patrie, s'il ne haïssait aussi fortement tout ce qui tend à offus- 
quer et à obnubiler la culture latine et française. Et c'est pourquoi 
il est bien l'homme qu'il fallait pour « illustrer » à la Faculté la 
chaire de langue et de littérature espagnoles occupée avant lui 
par deux maîtres réputés, MM. Martinenche et Henri Mérimée. 

« Qu'il nous suffise de rappeler que, tout jeune étudiant, i] 
publia dans la 7(evue de Paris ses fraîches et délicieuses Arieiies 
Catalanes ; qu'il s'essaya dans le genre des contes en faisant cou- 
ronner par l'Académie française son charmant recueil de Pastoure 



— 24' — 
et son maître, où, parmi tant de paysages si joliment évoqués, 
s'exhale toute sa tendresse pour sa terre catalane. Dans le genre 
sérieux et érudit, il ne réussit pas moins. Ses remarquables Etu- 
des Je littérature méridionale montraient à tous ceux qui étaient 
hypnotisés par les littératures du Nord, qu'il y avait une littéra- 
ture du Midi, espagnole, catalane, provençale — et qui méritait 
non seulement l'étude, mais l'admiration. A l'heure où ce livre 
paraissait, où il était de mode, parmi les milieux intellectuels, de. 
persifler le génie latin, de parler de « crise du génie latin b, cette 
étude, mettant en pleine lumière la mesure et la beauté harmo- 
nieuse de notre idéal latin, était presque un acte de courage. 

« Et devant cet obscurcissement de la pensée latine, par une 
autre pensée, éclose dans les brouillards du Nord, J. Amade se 
retournait vers le remède suprême qui devait effectuer le retour 
à l'esprit de notre race : le "Régionalisme, le Régionalisme, comme 
il disait, « seul fécond, source inépuisable de pittoresque et 
d'originalité ». 

« C'est désormais vers le régionalisme que J. Amade tendit de 
toutes les forces de son esprit et de son âme. Dans cette nou- 
velle bataille littéraire, politique, économique, où idées et théo- 
ries s'entrechoquent au grand soleil de notre Midi, Amade fut 
toujours au premier rang, soit par la plume, soit par la parole. 
Et peut-être les progrès continus et récents de l'idée régiona- 
liste en Roussillon et en Languedoc sont-ils, pour une bonne 
part, un peu dus à son action personnelle. 

« Comme tant d'universitaires que hante le mirage de la capitale, 
J. Amade aurait pu aller à Paris et — transfuge du régionalisme 
— y faire de la « décentralisation sur place ». 11 ne l'a pas voulu. 
Il a préféré rester parmi nous, où, dans le milieu qu'il s'est choisi, 
il fera œuvre féconde. Préférer Montpellier à Paris, n'est-ce 
pas là acte de bon régionaliste et tout à l'honneur de ce profes- 
seur qui — on ne saurait l'en blâmer — a conformé ses actes à 
ses théories ? 

«J. Amade est universellement aimé à Montpellier. 11 ne se 
connaît pas d'ennemis ; on ne lui en connaît pas. Sa physiono- 
mie, empreinte de loyauté, est le miroir de son âme. Ce profes- 
seur érudit, poète exquis à ses heures, ne connaît qu'un seul che- 
min dans la vie, celui de la droiture. Toujours bienveillant et 
obligeant pour tous ceux qui font appel a lui, il est l'image du 
parfait « honnête homme ». N. R. 



LEÇONS BILINGUES 

pour l'enseignement simultané du Français et du Catalan 

Sous ce titre, notre collaborateur et ami, M. Louis Pastre, se 
propose de publier, par fascicules, un ouvrage dont il nous a 
communiqué le manuscrit et qui rendra certainement de grands 
services. Afin de donner à nos lecteurs une idée exacte de ce tra- 
vail, nous insérons ci-dessous la préface de l'auteur, la marche à 
suivre pour l'emploi de la méthode et les deux premières leçons. 

Les textes de ces leçons (tous en prose) sont empruntés aux 
œuvres des meilleurs écrivains dans les deux langues. Parmi les 
auteurs catalans cités, nous relevons les noms suivants : Jacinto 
Verdaguer, Victor Catalâ, Angel Guimerâ, Santiago Rusinol, 
Joaquîm Ruyra, Ramon Casellas, Gabriel Alomar, Narcis Oller, 
Joseph Aladern, Enrich de Fuentes, Père Manaut, Dolors Mon- 
serdâ de Maciâ, Joseph Pons, Paul Bergue, Jean Amade, Etienne 
Caseponce, Joseph Bonafont, Charles Grando, Francis i Ayrol, 
Père de Fenollet, J. de Sant-Salvador, etc. 

Parmi les auteurs français : Alphonse Daudet, Lamartine, Cha- 
teaubriand, Lamennais, Fénelon, Bernardin de Saint-Pierre, 
Molière, La Fontaine,- Diderot, Buffon, JVV" de Sévigné, Pascal, 
Bossuet, Elisée Reclus, Emile Zola, Jean Racine, Augustin 
Thierry, Gustave Flaubert, Paul Arène, Joseph Fabre, Jean 
Richepin, Victor Hugo, Guy de Maupassant, Hector Malot, 
Balzac, J.-J. Rousseau, Anatole France, Michelet, George Sand, 
André Theuriet, Pjerre Loti, Ferdinand Buisson, Edmond 
About, Xavier de Maistre, etc. 

On peut juger de l'importance de l'ouvrage par cette longue 
liste d'écrivains à qui l'auteur a emprunté plus de 200 textes choi- 
sis avec soin. Nous en reparlerons ici même lors de la publica- 
tion du premier fascicule. J- S. 



- 2 4 3 - 

PRÉFACE 

Le présent ouvrage s'adresse aux Catalans et aux Français, 
mais plus particulièrement aux Catalans de Catalogne immigrés 
en Roussillon et aux Français non Roussillonnais résidant dans 
notre province. 

Il a pour but d'enseigner aux uns et aux autres la langue qui 
leur est étrangère, ou imparfaitement connue, et de les rendre 
rapidement bilingues, c'est-à-dire Roussillonnais. 

Chacune de nos leçons comprend un texte littéraire très court 
et de nombreux exercices sur ce texte (traduction, reproduction, 
lecture, récitation, conjugaison, conversation et remarques gram- 
maticales sur les deux langues). 

Cette méthode d'enseignement par les textes, qui n'est autre 
chose que la combinaison de plusieurs méthodes différentes 
employées jusqu'ici, fournira à ceux qui voudront bien la suivre 
le moyen d'étudier, d'une manière pratique et intéressante, la 
langue étrangère dont ils ont besoin. ^ 

Elle leur procurera aussi l'occasion de revoir, en passant, et 
par comparaison, les règles de leur propre langue, s'ils les ont 
oubliées ; de sorte qu'il y aura double profit pour eux. 

Enfin elle permettra au Professeur, et cela dès le début, de 
faire bénéficier ses deux catégories d'auditeurs des avantages 
que présentent les divers modes d'enseignement : individuel, 
simultané et mutuel. Enseignement individuel, quand l'élève tra- 
vaille seul au tableau noir, sous la direction du Professeur, pen- 
dant que ses camarades suivent sur leur livre ; enseignement 
simultané ou collectif, quand le Professeur, se servant des deux 
langues, s'adresse à tous les élèves ; enfin enseignement mutuel, 
quand le Professeur invite les élèves des deux groupes à se 
poser des questions et à y répondre dans les deux langues. 

Telle est notre modeste tentative. Nous la soumettons aux 
intéressés avec l'espoir qu'ils voudront bien lui réserver bon 
accueil. Louis Pastre. 



— *44 — 

Marche à suivre 

A. — Pour les Français 

I. — Lire le texte français pour en bien saisir Je sens 
général. 

II. — Relire lentement le texte français en suivant mot 
par mot sur le texte catalan inconnu. 

III. — Parcourir des yeux et très attentivement le texte 
catalan et essayer de le traduire oralement en s'aidant le 
moins possible du texte français. 

IV. — Traduire le texte catalan par écrit au tableau noir 
sans le secours du texte français. 

V. — Reproduire le texte catalan par écrit au tableau 
noir en suivant sur le texte français inscrit sur un autre 
tableau. 

VI. — Lire plusieurs fois à haute voix le texte catalan 
avec l'aide du Professeur. 

Vil. — Apprendre par cceur le texte catalan. 

VI II. — S'exercer à la conjugaison des verbes catalans 
avec l'aide du Professeur. 

IX. — Répondre en catalan aux questions posées par le 
Professeur ou par les élèves. Voir l'exercice de conversation 
catalane (a). 

X. — Trouver en catalan les questions correspondantes 
aux réponses préparées d'avance par le Professeur ou par 
les élèves. Voir l'exercice de conversation catalane (b). 



- î4 5 - 



Marche à suivre 

B. — Pour les Catalans 

I. — Lire Je texte catalan pour en bien saisir le sens 
général. 

II. — Relire lentement le texte catalan en suivant mot 
par mot sur le texte français inconnu. 

III. — Parcourir des yeux et très attentivement le texte 
français et essayer de le traduire oralement en s'aidant le 
moins possible du texte catalan. 

IV. — Traduire le texte français par écrit au tableau 
noir sans le secours du texte catalan. 

V. — Reproduire le texte français par écrit au tableau 
noir en suivant sur le texte catalan inscrit sur un autre 
tableau. 

VI. — Lire plusieurs fois à haute voix le texte français 
avec l'aide du Professeur. 

Vil. — Apprendre par cœur le texte français. 

VI II. — "S'exercer à la conjugaison des verbes français 
avec l'aide du Professeur. 

IX. — Répondre en français aux questions posées par le 
Professeur ou par les élèves. Voir l'exercice de conversation 
française (a). 

X. — Trouver en français les questions correspondantes 
aux réponses préparées d'avance par le Professeur ou par 
les élèves. Voir l'exercice de conversation française (b). 



^ 



— 246 — 
TEXT CATALA 

El meu jardi 

La meva cambra — té un balcô — que dona a mig-dia, 
— sobre un jardî — on lçs plantes creixen — a son Uiure 
albir, — ufanosament, — primitivament, — sens passar — 
la crudel tortura — de les mans del jardiner ; — un jardî — 
plé d'esquisides roses, — blanques, grogues, carmesinés, — 
i d'uns estranys llirs — de color de foc, — que baden — 
amb voluptat — l'esplendor — de son calze ■ — a totes les 
papellones envellutades — que aletegen vora d'ells. 

Victor Catala. 
EXERCIC1S 

1. 11. Lectura del text catalâ i comparaciô amb el text francés. 

]]]. IV. V. VI. Vil. Traducciô (oral i escrita), reproduccié, 
lectura i recitaciô del text francés. 

VIII. Exercici de conjugaciô catalana : Verb tenir. 

Tinc, tens, té, tenim, teniu, tenen. 

Ténia, tenies, ténia, teniem, tem'eu, tenien. 

Tingui, tinguéres, tingué, tinguérem, tinguéreu, tingueren. 

Tindré, tindràs, tindrà, tindrem, tindreu, tindràn. 

Tindria, tindries, tindria, tindriem, tindrieu, tindrien. 

Té, tinguem, teniu. 

Que tingui, que tinguis, que tingui, que tinguem, que tingueu, que tinguin 

Q. tingués, q. tinguessis, q. tingués, q. tinguéssim, q. tinguéssiu, q. tinguessin. 

Tenir. Tenint. Tingut. 

IX. X. Exercici de conversaciô catalana sobre '1 text. 

a) Pregunies del Professor (i). Trobar les contestes corresponents. 

1 . On dona el balcô de la vostra cambra ? 

2. Sobre que dona aqueix balco ? 

3. Que hi ha en el vostre jardi ? 

4. Com creixen les plantes del vostre jardi ? 

5. El jardiner conresa les plantes del jardi 1 

b) Contestes preparades pel Professor. Trobar les preguntes corres- 
ponents. 

1. En el meu jardi tinc unes roses esquisides i uns llirs estranys. 

2. Les roses del teu jardi son blanques, grogues i carmesinés. 

3. Els llirs del seu jardi son de color de foc. 

4. Els meus llirs baden son calze a les papellones envellutades. 

5. Les papellones'aletegen vora dels llirs del meu jardi. 

(i)^O dels^alumnes. 



— 247 — 
TEXTE FRANÇAIS 

Mon jardin 

Ma chambre — a un balcon — qui donne au midi, — 
sur un jardin — où les plantes croissent — à volonté, — 
vigoureusement, — primitivement, — sans subir — la 
cruelle torture — des mains du jardinier ; — un jardin — 
plein d'exquises roses, — blanches, jaunes, cramoisies, — 
et d'étranges lys — couleur de feu, — qui entr'ouvrent — 
avec volupté — la splendeur — de leur calice, — à tous 
les papillons veloutés — qui voltigent auprès d'eux. 

EXERCICES 

1.11. Lecture du texte français et compar. avec le texte catalan. 
111. IV. V. VI. Vil. Traduccion (orale et écrite), reproduc- 
tion, lecture et récitation du texte catalan. 

VI II. Exercice de conjugaison française : Verbe avoir (sens de 
posséder). 

J'ai, tu as, il a, nous avons, vous avez, ils ont. 

J'avais, tu avais, il avait, nous avions, vous aviez, ils avaient. 

J'eus, tu eus, il eut, nous eûmes, vous eûtes, ils eurent. 

J'aurai, tu auras, il aura, nous aurons, vous aurez, ils auront. 

J'aurais, tu aurais, il aurait, nous aurions, vous auriez, ils auraient. 

Aie, ayons, ayez. 

Que j'aie, que tu aies, qu'il ait, que nous ayons, que vous ayez, qu'ils aient. 

Q. j'eusse, q. tu eusses, qu'il eût, q. n. eussions, q. y. eussiez, qu'ils eussent. 

Avoir. Ayant. Eu. 

IX. X. Exercice de conversation française sur le texte. 

a) Questions du Professeur (î). Trouver les réponses correspondantes. 

i . Où donne le balcon de votre chambre ? 

2. Sur quoi donne ce balcon ? 

3. Qu'y a-t-il dans votre jardin ? 

4. Comment croissent les plantes de votre jardin ? 

5. Le jardinier cu!tive-t-il les plantes du jardin ? 

b) Réponses préparées par le Professeur. Trouver les questions 
correspondantes. 

1 . Dans mon jardin j'ai des roses exquises et des lys étranges. 

2. Les roses de ton jardin sont blanches, jaunes et cramoisies. 

3. Les lys de son jardin sont couleur de feu. 

4. Mes lys entr'ouvrent leur calice aux papillons veloutés. 

5. Les papillons voltigent auprès des lys de mon jardin. 

( 1 ) Ou des élèves. 



— 248 — 
TEXT CATALA 

Miniatura 

La barca nostra — anava lentament, — molt lentament, 

— demunt de l'aigua negra, — sota '1 ce) sensc lluna. — 
Els pals dels bastiments amarrats, — i que la mar breçolava, 

— brandaven — amb pauses ritmades, — l'un prop de l'al- 
tre, — sensé tocarse mai, — com braços d'enamorats — 
que 's dalissin pera abraçarse — r- i no goséssin. — Els Uums 
de les embarcacions — semblaven ulls de dimoni. — La 
cantarella — endormiscada — d'invisible mariner — feia 
pensar en el plany — d'un presoner de les reines d'aigua, 

— d'un ofegat qu'ai fons del mar — patis vida d'amor — en 
els llabis sempre humits — d'una sirena assedegada de 
petons. Enrich de Fuentes. 

EXERC1C1S 

I. II. Lectura del text catalâ i comparaciô amb el text francès. 
111. IV. V. VI. Vil. Traducciô (oral i escrita), reproducciô, 
lectura i recitaciô del text francés. 

VI II. Exercici de conjugaciô catalana : Verb breçolar. 

Breçolo, breçoles, breçola, breçolem, breçoleu, breçolen. 

Breçolava, breçolaves, breçolava, breçolàvem, breçolàveu, breçolaven. 

Breçoli, breçolares, breçolà, breçolàrem, breçolàreu, breçolaren. 

Breçolaré, breçolaràs, breçolarà, breçolàrem, breçolàreu, breçolaràn. 

Breçolaria, breçolaries, breçolaria, breçolariem, breçolarieu, breçolarien. 

Breçola, breçolem, breçoleu. 

Q. breçoli, q. breçolis, q. breçoli, q. breçolem, q. breçoleu, q. breçolin. 

Que breçoles, que breçolessis, que breçoles, que breçoléssim, que breçolessiu, 

que breçolessin. 
Breçolar. Breçolant. Breçolat. 

IX. X. Exercici de conversaciô catalana sobre '1 text. 

a) Preguntes del Professer. Trobar les contestes corresponents. 
1 . Com anava la barca nostra ? 

2. Com estava l'aigua ? 

3. Com estava el cel ? 

4. Que feia la mar ? 

5. Que feien els pals dels bastiments amarrats ? 

b) Contestes preparades pel Professor. Trobar les preguntes corres- 
ponents. 

1 . Els pals dels bastiments amarrats estaven l'un prop de l'altre. 

2. Els llums de les embarcacions semblaven ulls de dimoni. 

3. El mariner estava invisible perqué feia nit. 

4. La seua cantarella endormiscada feia pensar en el plany d'un presoner de 

les reines d'aigua. 

5. Els llabis de la sirena son sempre humits. 



— 249 — 

TEXTE FRANÇAIS 

JHiniature 

Notre barque — allait lentement, — très lentement, — 
au-dessus de l'eau noire, — sous le ciel sans lune. — Les 
vergues des bâtiments amarrés, — et que la mer berçait, 

— oscillaient — en cadence, — l'une près de l'autre, — 
sans jamais se toucher, — comme des bras d'amoureux — 
qui auraient envie de s'enlacer — et qui n'oseraient pas. 

— Les lumières des embarcations — ressemblaient à des 
yeux de démon. — Le chant monotone — et somnolent — 
de l'invisible marin — faisait penser à la plainte — d'un 
prisonnier des reines de l'eau — d'un noyé qui, au fond de 
la mer, — souffrirait d'une vie d'amour — sur les lèvres 
toujours humides — d'une sirène assoiffée de baisers. 

EXERCICES 

1.11. Lecture du texte français et compar. avec le texte catalan. 
111. IV. V. VI. Vil. Traduction (orale et écrite), reproduc- 
tion, lecture et récitation du texte catalan. 

VIII. Exercice de conjugaison française : Verbe bercer. 
Je berce, tu berces, il berce, nous berçons, vous bercez, ils bercent. 

Je berçais, tu berçais, il berçait, nous bercions, vous berciez, ils berçaient. 
Je berçai, tu berças, il berça, nous berçâmes, vous berçâtes, ils bercèrent. 
Je bercerai, tu berceras, il bercera, n. bercerons, v. bercerez, ils berceront. 
Je bercerais, tu bercerais, il bercerait, n. bercerions, v. berceriez, ils berceraient 
Berce, berçons, bercez. 

Q. je berce, q. tu berces, qu'il berce, q. n. bercions, q. v. berciez, qu'ils bercent. 
Que je berçasse, que tu berçasses, qu'il berçât, que nous berçassions, que 

berçassiez, qu ils berçassent. 
Bercer. Berçant. Bercé. 

IX. X. Exercice de conversation française sur le texte. 

a) Questions du Professeur. Trouver les réponses correspondantes. 

i. Comment notre barque allait-elle? 

2. Comment était l'eau ? 

3. Comment était le ciel ? 

4. Que faisait la mer ? 

5. Que faisaient les vergues des bâtiments amarrés ? 

b) T(éponses préparées par le Professeur. Trouver les questions 
correspondantes. 

1. Les vergues des bâtiments amarrés étaient l'une près de l'autre. 

2. Les lumières des embarcations ressemblaient à des yeux de démon. 

3. Le marin était invisible parce qu'il faisait nuit. 

4. Son chant monotone et somnolent faisait penser à la plainte d'un prison- 

nier des reines de l'eau. 
Les lèvres de la sirène sont toujours humides. 



J.-M. Brutails à l'Institut 

Nul n'ignore l'affection très vive que l'ancien archiviste des 
Pyrénées-Orientales, aujourd'hui de la Gironde, n'a cessé de 
témoigner à notre petite patrie catalane, où, quoique éloigné, il 
ne compte que des admirateurs et des amis. Les ouvrages que 
M. Brutails a autrefois publiés sur l'histoire et l'archéologie du 
Roussillon sont nombreux ; ils font autorité ; on y recourt sans 
cesse comme à un fonds documentaire et à un jugement sans 
appel. Quoique fixé à Bordeaux, M. Brutails n'a pas discontinué 
de publier de très savantes études sur l'archéologie et les beaux- 
arts en Roussillon. Ces travaux multiples témoignent non seule- 
ment de l'activité et du haut talent de notre ancien archiviste 
départemental, mais encore de son culte admiratif pour l'histoire 
de notre province roussillonnaise et pour les artistiques richesses 
qui en constituent « l'incomparable joyau ». 

Tous les Roussillonnais seront donc particulièrement heureux 
d'apprendre la nouvelle, toute récente, de la nomination de 
M. Brutails à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, et 
en féliciteront l'éminent archéologue-historien. Une de ses der- 
nières lettres nous disait que de tous les titres qui lui ont valu 
un tel honneur, le Roussillon en a la plus large part. On ne peut 
plus flatteur pour notre pays, cet aveu n'en constitue pas moins, 
sous la plume d'un si haut talent, un excès de délicatesse et une 
preuve de plus de sa grande affection pour la terre qui fut le 
berceau de sa gloire. De si élevés sentiments sont dignes d'une 
reconnaissance sans égale ; c'est à quoi le Roussillon ne faillira 
pas. 

La Société d'Etudes Catalanes a le très grand honneur de 
compter M. Brutails parmi ses amis de la première heure, et la 
T^evue Catalane parmi ses collaborateurs de demain. Ce nous est 
donc une raison de plus de lui offrir les respectueuses félicitations 
et les vceux affectueux de tous les membres de notre chère Com- 
pagnie. J. S. 



Bibliographie 

Nos Collaborateurs-compatriotes et la grande Presse 

E/ Bon PeJriç, de J.-S. Pons 

Dans sa chronique des Lettres d'Oc, Orion, de YAction Fran- 
çaise (i i décembre 1919), fait ainsi l'éloge de notre cher et dis- 
tingué collaborateur, J.-S. Pons, professeur-agrégé au lycée de 
Carcassonne : 

...Mais non, ô Joseph-S. Pons, pas n'est strictement besoin, pour savourer 
votre beau recueil de poèmes catalans : El Bon Pedriç (le Banc de pierre), 
de s'en repaître en un coin rustique. Moi, j'irai jusqu'à vous dire que c'est 
chose infiniment douce de le lire — mais oui — dans la grise atmosphère de 
Paris. Quand on le feuillette sous nos mornes latitudes, l'atmosphère, « la 
fleur de vos songes » aidant, s'enrichit — je vous jure — de reflets et de 
rayons inconnus, où l'on se réchauffe comme au flanc de quelque Solana cer- 
dane, dont le roi du jour dore les seigles. 

Après vous avoir lu, ô Joseph-S. Pons, je garde plein les yeux du sou- 
venir des bergers en vagabondage au faîte des Albères. des belles filles de 
chez vous, des vieilles Catalanes fripées, assises sur leur chaise basse au pas 
de vos portes, et de vos gosses dont la petite langue, déjà bien pendue, lance 
le tonnerre de vos r si vigoureusement roulés. 

C'est un beau livre, que votre livre, ô Joseph-S. Pons, un beau livre d'un 
haut lyrisme, où votre individualité, pourtant forte, se blotit discrètement à 
l'ombre des grands thèmes traditionnels, renonçant généreusement à s'étaler. 
Vous vous êtes souvenu que le lyrisme, le vrai, le grand, n'est pas forcément 
personnel, et que volontiers il célèbre les émois des vastes collectivités 
humaines : religieuses ou nationales. Tel fut celui de David, de Pindare et 
de Mistral. 

Laissez-moi vous dire, ô Joseph-S. Pons, que vous suivez magnifiquement 
la voie frayée par ces grands modèles. Orion. 

Le Retour de Joffre au Pays de JoJJ're 

Tel est le titre de l'article maqjstral que notre sympathique 
confrère de l'Université d'Aix-Provence, Emiie Ripert, vient de 
publier dans la T(evue Hebdomadaire du i5 novembre dernier. 
C'est le compte-rendu, à grands et larges traits, de l'Hommage 
roussillonnais, catalan et provençal à l'illustre Maréchal. Les 



— 25* — 

pensées en sont élevées et le style tantôt doux et harmonieux 
comme une cigale de Provence, tantôt vibrant comme un clairon 
de guerre. D'une page à l'autre, c'est toujours une musique qui 
enchante et transporte. A vrai dire, ce sont de ces « royautés 
musicales » qui, transportées sur le rythme de la littérature, vous 
provoquent en de muettes admirations et en d'incompréhensibles 
saisissements d'âme. On sent, en définitive, que, entre le chantre 
de la Terre des Lauriers et l'artiste cavaillonnais Joseph d'Ortigue 
(grand ami et condisciple de notre illustre Gerbet), il y a des 
affinités de race, d'idées et de sentiments on ne peut plus étroites. 
Félicitons-nous donc que notre 1 offre et notre « pays de J offre » 
aient trouvé, en M. E. Ripert, un ménestrel de si haut talent. 

J. S. 

Bulletin Historique 

Notre distingué collaborateur et ami, M. Henry Aragon, 
publie depuis quelques mois une revue qui ne manque pas d'ori- 
ginalité. Au lieu de mettre les articles à la suite l'un de l'autre, 
comme il est de coutume, chacun constitue une feuille de 8 pages 
qui commence et finit où cela tombe : la réunion de ces feuilles, 
parues chaque mois, forme à la fin un volume complet avec sa 
table, son titre, sa couverture, prêt à mettre en bibliothèque. 

Quelques travaux sont terminés : Le jeu du ballon chez les anciens 
et le foot-ball moderne ; Une rue de Perpignan en 1 8oy ; M. Héron 
de Villefosse et les fouilles de T{uscino ; JMotes préhistoriques : Sculp- 
tures dans la craie de Champagne, la Chèvre d'or de Ttyscino, les 
trésors cachés du Veau d'or. 

D'autres sont en cours de publication : Un monument à "Robes- 
pierre projeté sur le pic du Canigou ; Aperçu historique sur l'Abbaye 
d'Arles-sur-Tech ; L'flrl Tiagiologique en T^pussillon ; Saint-] ean-pla- 
de-Corls historique et pittoresque ; Sainl-Tlippolyie de la Salanque, 
d'après un « Livre de raison » des XVffl' et "XTX' siècles ; Les danses 
ei fêtes de la vie antique; danses catalanes ; La campagne de 1719 
des armées de T(oussillon et d'Espagne. 

Un certain nombre sont annoncés pour paraître prochainement. 

Inutile de dire que tous ces travaux présentent le plus vif inté- 
rêt pour l'histoire de notre pays, car les auteurs sont très avan- 
tageusement connus de tous les membres de la Société d'Etudes 
Catalanes, comme collaborateurs de notre Revue. 

On souscrit à l'Imprimerie Catalane, rue de la Poste, à Perpignan. 

Le Gérant, COMET. — Imprimerie Catalane, COMET, rue de la Poste, Perpignan 



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DJt- Revue catalane 

302 

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1. 13 



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