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Full text of "Revue catalane"

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TOME XIV 

ANNEE. 1920 




REVUE 
CATALANE 



LANGUE #5 LITTERATURE 
HISTOIRE & ARCHEOLOGIE 



V 



ORGANE DE 
LA SOCIÉTÉ 
D'ETUDES &S 
CATALANES 



PERPIGNAN 
IMPRIMERIE CATALANE 







^> R A 






MOV 2 i 1357 



Table des Matières 

Liste des Membres du Conseil d'Administration, i . 
Les « Pasquetes catalanes » à Perpignan, 12. 

L'Hommage de fraternité catalane à l'occasion des Jeux Floraux de Barce- 
lone présidés par le Maréchal Joffre, 18. 
Pages choisies, 10, 62, 16"^, i83, 212, 236. 
Les prochains travaux de nos collaborateurs, 27. 
Le Comité d'initiative de l'Université de Perpignan, 28. 
Les œuvres d'art de Louis Delfau, 43. 
Nécrologie, 53, 62. 
Notre Bureau, 61. 

La T^evue Catalane, son programme, ses collaborateurs, ses amis, ^3. 
Catalougna-Lengadoc, 96. 

La visite du roi d'Espagne à Barcelone et la question catalane, 175. 
A propos de l'Université catalane de Perpignan, 190. 
Prochaines fêtes catalanes à Perpignan, 198. 
Cours de langue catalane par correspondance, 208. 
Cotisations, 209, 225. 

Bulletin historique des Pyrénées-Orientales, 209. 
Nouveau succès, 212. 

La Renaisssance Catalane dans l'Enseignement public et privé, 225. 
Dans la Légion d'Honneur, 235. 
Pensaments, 237. 
Bibliographie, 240. 

Algû. — A la mar nostra, 46. 

Aragon (Henry). — L'art du maître Déodat de Séverac, 129. 

La délégatio/i roussillonnaise à Barcelone, i35. 

« Les gestes de JofFre d'Arria et de son fils Joffre le Poilu », par 
Pierre Vidal, 14b. 

Documents historiques sur la Ville Je Perpignan, 191. 
Avalri (Jean d'). — Les Danses catalanes, i53. 
B. (J.) — Les provatures d'en Xiquet, 88, 144. 
Bausil (Albert). — L'Adagio dans la nuit, 62. 
Bonafont (Chanoine). — La Maintenance du Roussillon, 177. 
Bourget (Paul). — a L'Infante » ou Inès de Llar, de Louis Bertrand, 2o3. 
Calmette (J.). — Comment le Roussillon devint catalan, 49. 



211 — 

Delgas (B.). — El Torpedeix, i58. 

Gibrat (Joseph). — La seigneurie et la paroisse du Soler (suite), 22, 47, 

93, aoo, 244. 
Grandô (Caries). — Formula, 1 i. 
L'Adagio dins la nit, 62. 
Guiu (Charles). — L'Université de Perpignan, 2. 
Lacvivier (R. de). — Notre-Dame de Belloch et le Couvent des Capucins 

d'Elne, 29. 64, 80. 
Pastorellet de la ValJ d'Arles (Lo). — Goigs de la Mare de Deu dei 

Pesebre, 25. 
Pastre Louis. — Un Ouvrier Poète, 255. 
Père de Malloles (Enj. — Ecoles et Concours de Danses et de Chansons 

catalanes, 209. 
Pons (J.-S.). — La Biblioteca i el Museu, 9. 

Commentaire des « Absences Paternelles », i65. • 
Notes del Poble : L'Home de la Primavçra, jpS. 
Riols (F.). — Petits échos, 24, i5i, 224. 
Salvat (Francès). — L'Amfora, 92. 

Sonets, 142. 
Sarrète (Jean). — Apôtres et Artisans de la Renaissance Catalane, i3. 
La Confrérie du Rosaire en Cerdagne, 39, 221, 238. 
Nouvelles acquisitions de la Bibliothèque Nationale intéressant le 
Roussillon, 68. 
Vidal (Pierre). — Chroniqueurs et Historiens catalans des xiii' et xiv' siè- 
cles, 54, 76, 161, 184, 214, 227, 241. 

NUMÉRO SPÉCIAL 
Les Fêtes de Barcelone, n° i63, pp. 97-128. 

HORS-TEXTE 

Pastre (Louis). — Enseignement de la langue catalane par la méthode des 
doubles textes, n" 167, 168, 169, 170. 

GRAVURES 

Porte de l'église de N.-D. de Belloch, 83. 
Plan du couvent des Capucins d'Elne, 85. 

Portraits du D' Sole y Pla, de Guimerà et de Joan-Maria Guasch (hors- 
texte), n* i63. 



14* Aimée. N" 1^9 Janvier 1920 

Les Mïnuscrits non insérés ^^^ ^^^^V V^ m ^»^ 

ne sont Das rendus. St^^ W^ v/ I I B^ 

Les Articles parus dans iz Revue ^ ▼ 2^ ^1^ ^^ T 3^ 1^1 ï? 

n'engagent que ieurs auteurs. ^H^AlL A 4jkJI^9AjLX^V J^ 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. — Cotisation : 10 fr. par an 



Conseil d'Administration 



DE LA SOCIETE D ETUDES CATALANES 

MM. 

J906. Amade Jean, professeur agrégé à l'Université de Montpellier. 
I«914. Aragon Henri, propriétaire, à Château-Roussillon, près Perpignan. 
1906. Boix Emile (docteur), avenue Mozart, 9, Paris. 
1906. BoNAFONT Joseph, chanoine honoraire, Félibre Majorai, curé-doyen 

d'Ille-sur-Tet. Vice-P résident. 
1906. Calmette Joseph, professeur à la Faculté des Lettres de l'Université 

de Toulouse, 65, rue du Taur. Secrétaire général. 

1906. Campanaud Laurent, propriétaire, rue Petite-la- Real, Perpignan. 
"Président. 

1906. DE Carsalade du Pont Jules (Mgr), évêque de Perpignan. 

1906. CoMET Joachim, Imprimerie Catalane, rue de la Poste, Perpignan. 

1915. Francis P., 5, rue de l'Avenir, Perpignan. Trésorier. 

1912. Grando Charles, rue des Augustins, "iy, Perpignan. 

1906. DE Lacvivier Raymond, propriétaire, Elne. 

1906. Pastre Louis, instituteur, école Paul-Bert, Perpignan. .Archiviste. 

1906. Payré Joseph, avoué, rue de la République, Perpignan. 

1906. Pépratx Justin, notaire, rue Alsace-Lorraine, Perpignan. 

1906. Pons Joseph, agrégé d'Espagnol, professeur au lycée de Montpellier. 

1906. Sarrète Jean (abbé), aumônier du Bon-Pasteur, avenue Maréchal- 

Joffre, Perpignan. Secrétaire, directeur de la T{evue. 

1907. SuDRiA J., Directeur de l'Ecole d'Electricité, 26, rue de Staël, 

Paris (XV). 
1 906. Vidal Pierre, bibliothécaire de la Ville, rue Petite-la- Real, Perpignan. 
1906. Violet Gustave, sculpteur, Prades. "Vice-Président. 
J906. DE WiTTWER de Froutiguen Jules, le Boix-Saint-Sauvcur, Prats-de- 

Mollo. 

N.-B. — A la place de la liste des membres de notre Société, que nous avions l'habitude 
de publier chaque année au mois de janvier et qui occuperait trop de place dans notre Revue, 
nONS-iious contCNtons de donner les n»ms des membres de notre Conseil d'Adminijtrfction, 



ON FOYER DE VIE CATALANE 

L'Université de Perpignan 



Cette résurrection de l'Université de Perpignan, que de bons 
esprits appellent de tous leurs vœux et s'emploient à promou- 
voir, faut-il la classer au nombre des réalisations possibles et 
prochaines, ou simplement parmi ces mirages dont aime à se parer 
la terre catalane, mais qui ne donnent jamais que des fleurs, 
des espérances et des regrets ? 

Question éminemment actuelle, grosse de conséquences, et qui 
mérite, non seulement de la part des techniciens de l'enseigne- 
ment, mais aussi et surtout de la part de tous ceux qui pensent et 
qui agissent en fils diligents de la petite patrie, une étude et une 
décision. 

L'heure en est venue, parce que jamais circonstances plus favo- 
rables ne se représenteront. 

Par son double contact avec les frontières de terre et de mer, 
par sa situation de sentinelle avancée de la civilisation française, 
par ses affinités de langue et de race avec les provinces espagno- 
les dont il fut définitivememt détaché, i] y a deux siècles et demi, 
notre Roussillon occupe une place spéciale dont nous nous per- 
mettrons de souligner les rapports avec notre sujet. 

A défaut d'autres proies, la gloutonnerie teutonne, a jeté son 
dévolu sur l'Espagne et plus particulièrement sur la Catalogne. 
C'est un fait contre lequel nous devons nous défendre et essayer 
de défendre nos amis d'outre-Pyrénées, que ce danger épouvante, 
et qui sont un peu dans la situation de l'homme qui s'enlise lente- 
ment dans un marécage. 

Tous les moyens de séduction, de pénétration, de pression et 
d'achat sont employés. Les classes instruites sont les premières 
visées et les plus faciles à atteindre : la réputation usurpée de la 
science allemande a survécu partiellement à la guerre. On accorde 
beaucoup encore à l'outrecuidance du Herr Professer, et ce spec- 



— 3 - 

tacle d'avant-guerre qui m'indigna si fort, d'un teuton prétendant 
apprendre à un Catalan du Vallespir la bonne manière de pro- 
noncer sa langue, on peut le savourer tous les jours à Barce- 
lone. 

C'est vers Barcelone que se tournent l'esprit et le cœur de nos 
cousins d'Espagne. C'est très bien ainsi, et nous n'avons rien à y 
redire. Mais si ce même phénomène d'attraction venait à se pro- 
duire sur certains d'entre nous, un danger apparaîtrait : indirecte- 
ment et sans nous en douter, mais non sans dommage, nous 
risquerions de subir des influences venues non point des bords 
ensoleillés de la mer bleue, mais des rives brumeuses de la Sprée. 

Et ceux d'entre nous qui courraient ce risque sont précisé- 
ment parmi les meilleurs : c'est la vigueur même de leur afl^ection 
pour les gloires et les vertus de la race catalane qui fixerait leurs 
regards sur la Cité Comtale. Elle fut pendant des siècles la 
a Capitale ». Elle ajoute aujourd'hui à ce titre le lustre des nou- 
veaux foyers d'études catalanes, où l'ardeur de nos frères se 
dépense en initiatives souvent admirables, mais sur lesquels, 
malheureusement, nos ennemis ne sont pas sans action, puisque, 
fleurs vénéneuses, articles d'importation, certains de ces préten- 
dus centres littéraires sont surtout, il faut bien le dire, des cen- 
tres d'action, de renseignements et de pénétration. 

11 faut continuer à lutter contre eux, à Barcelone même, et de 
bon Français s'y emploient, non sans succès. 

Mais il faut surtout donner aux hommes de chez nous, sans 
sortir de France, tout ce que leur cœur de Catalans va chercher 
au dehors, au risque de rapporter plus d'ivraie que de bon grain. 

Ce froment savoureux dont ils ont une faim inassouvie, qui 
pourrait l'ensemencer, le cultiver et le moudre mieux que l'Uni- 
versité de Perpignan, enfin rendue à la vie ? 



« Université » ne veut pas dire nécessairement réunion dans un 
centre de tous les enseignements supérieurs : Lettres, Sciences, 
Droit, Médecine, Beaux-Arts, etc. Nous avons déjà Toulouse 
et Montpellier. Nous leur devons beaucoup, et nous ne saurions 
sans ingratitude leur dresser une rivale qui se trouverait un peu 
à l'étroit dans nos Pyrénées, et s'y anémierait certainement. 



_ 4 — 

Mais cette Histoire de la Méditerranée occidentale, si hardi- 
ment sillonnée, dans tous les âges, par les marins de notre race; 
cette Littérature catalane aux riches et harmonieuses couleurs •; 
cette langue sonore, limpide et énergique, si proche parente 
encore du latin qu'elle a eu l'audace d'abréger, si possible, en 
réduisant les substantifs à leur seul radical, ne valent-elles pas la 
peine qu'on les fasse revivre sur leur teiTe nourricière, qu'on les 
enseigne au bord de cette mer qui en berça les fastes et les rêves, 
au pied de ce Canigou et de ces Albères dont les cimes enca- 
drent et défendent sj bien leur berceau ? 

Cette Archéologie et cette Numismatique qui ont lu avec 
amour tout ce que racontent les pierres de nos monuments, les 
légendes et les symboles de nos vieilles monnaies, qui ont trouve 
sur notre sol des ruines fécondes, de précieux vestiges des âges 
disparus, et — aussi — les compétences qui ont exhumé et fait 
parler ces vénérables débris. 

Cette Géographie de la moitié orientale des Pyrénées, dont 
les chaînons se précipitent de chute en chute de la région des 
hauts sommets aux croupes qui plongent leurs rochers dans la 
mer, et déchirent la Côte vermeille en une frange de havres, de 
criques et de plages, qui font la joie des yeux. 

Cette Géologie, cette Stratigraphie, cette Minéralogie qui pos- 
sèdent dans nos vallées et nos montagnes de tels terrains d'élec- 
tion qu'un maître à la compétence très sûre, M. O. Mengel, a 
pu dire, non sans orgueil, que ces régions peuvent fournir à la 
science et à l'industrie tout ce qu'on voudra bien leur demander. 

Cette technique agricole, viticole, forestière et pastorale qui 
montre avec une égale fierté la vigne, parure royale de la plaine 
et des coteaux ; le liège, le micocoulier, le maïs du Tech infé- 
rieur ; le châtaignier des pentes vallespiriennes, le chêne et le 
pin des vallées de la Tet et de l'Agly ; les élevages de Cerda- 
gne, du Capcir et du Pla-Guilhem. 

Cette technique de l'utilisation des chutes d'eau qui sont appe- 
lées à devenir les fécondes nourrices de nos usines méridionales, 
à la place de la houille défaillante ou trop chère, et à permettre 
la transplantation des industries textiles du Nord et de l'Est, 
Filatures et Tissages, dans nos vallées pyrénéennes qui leur offrent 
des eaux si pures, une main d'oeuvre toute prête à s'employer, et 



cette sécurité du lendemain que les départements dévastés n'osent 
plus se promettre. 

Cette technique de l'exploitation de la zone ferrifère du Cani- 
gou, si précieuse à la défense nationale pendant la guerre, et qui 
recèle encore des trésors insoupçonnés d'« hématite », c'est-à-dire, 
au point de vue industriel, du meilleur des minerais de fer. 

Cette technique des laboratoires marins, route jeune encore, 
mais qui a rendu tant de services à nos pêcheurs et qui peut et 
veut leur en rendre bien d'autres. 

Cet art décoratif qui s'est mis si heureusement à l'école de la 
Flore du Canigou et qui a reçu, dans les planches encore inédi- 
tes du jeune maître Castan, de si savoureuses interprétations ; ces 
inspirations puisées dans le terroir Roussillonnais par les artistes 
qui ont ouvré les marbres, les faïences, les grès, les poteries dont 
nous regrettons de ne pouvoir dire ici tout le bien que nous 
pensons. 

Ne méritent-ils pas, toutes et tous, de sortir du demi-jour des 
revues spéciales et de trouver à Perpignan des chaires et des 
auditeurs, d'y recevoir enfin les honneurs d'un enseignement 
régulier ? 

Pour faire revivre l'ancienne Université de Perpignan et lui 
assurer tout le succès désiré, — dans le cadre et suivant les moda- 
lités que nous venons d'envisager avec tous ceux qui se préoccupent 
de sa restauration — nous pouvons certainement compter d'ores 
et déjà — nous en avons même la certitude — sur les puissantes 
influences du ministre catalan, le si actif et si sympathique 
M. Emmanuel Brousse, sur le dévouement de tous nos représen- 
tants au Parlement, sur la bienveillance de M. Tainturier, le 
nouveau préfet des Pyrénées-Orientales, sur la haute autorité de 
M. Sicrnoret, le nouvel Insoecteur d'Académie du Déoartement, 
sur le savant patronage de Monseigneur de Carsaiade du Pont. 

Est-ce que nous ne pouvons pas compter aussi sur le dévoue- 
ment des talents et des compétences : universitaires, hommes de 
lettres, artistes et savants, que, en si grand nombre, compte le 
Roussillon? Chacun dans sa spécialité ne pourrait-il pas, au besoin, 
se charger de cours qui seraient à la fois un enseignement et un 
régal, plus encore, un hommage aux vertus, aux charmes, aux 
richesses de la Terre Catalane, un rappel permanent de ses fils 



— 6 — 

à leurs devoirs envers Elle, un effort sans trêve vers des avenirs 
de grandeur et de beauté ? 

En outre, sur un plan secondaire, mais sans manquer ni d'utilité, 
ni d'auditeurs, des cours de lilléraiure et d'histoire générales, de 
mathématiques, de physique et de chimie, donneraient à tous ceux 
qui n'ont point renoncé à compléter leur bagage, et surtout aux 
jeunes gens et aux jeunes filles qui n'ont pas la faculté d'aller 
achever leurs études dans un centre universitaire, un complément 
d'éducation dont le besoin est vivement ressenti. 



Un homme d'esprit et de cœur me citait dernièrement, comme 
une indication inquiétante, cette réponse cent fois répétée, à 
l'jnsu les uns des autres, par des mobilisés des Basses-Pyrénées, 
à qui l'on demandait quel était leur département d'origime : « Le 
pays Basque, mon Commandant î » 

Et mon interlocuteur généralisait ainsi : « Votre « Catalogne 
Française » et leur « Pays Basque » constituent, à mon sens, deux 
dangers. Chacune de ces contrées ne représente qu'une petite 
partie de la Catalogne totale et du pays Basque intégral. Le sur- 
plus, c'est-à-dire le très gros morceau, se trouve de l'autre côté 
de la frontière. 

« Au moment historique que nous vivons, où les nationalités se 
recristallisent sur une carte d'Europe profondément remaniée, ne 
faut-il pas craindre l'attraction fatale de la Navarre et de la Bis- 
caye sur notre petit pays basque, de la vaste Catalogne espagnole 
sur votre Roussilion de si modeste superficie ? Tout ce qui con- 
tribue à la survivance des traditions basques et catalanes est donc 
un ferment de division, une épine qui, le jour venu, pourrait bles- 
ser la France sur une frontière que nous voulons maintenir dans 
son intégrité et sa paix actuelles ». 

Cette thèse pessimiste appelle la victorieuse réponse que me fit 
le professeur Calmette quand j'eus récemment l'honneur de la lui 
soumettre : « Un danger? Certes oui, je le vois aussi, mais au 
point opposé de l'horizon. Il est, à mes yeux, naturel et légitime 
que le Basque ou le Catalan avoue son origine et en soit fier. 
Les mieux individualisées de nos vieilles provinces comptent 
parmi les plus noblement françaises. Les Basques et les Catalans 



— 7 — 
ne sont pas moins bons français que les Alsaciens et les Bretons, 
Et c'est parce qu'en chacun de nous se concilient, en une parfaite 
synthèse, le culte de la petite patrie et le dévouement à la 
grande, que la France est ce que nous la voyons et la sentons, 
une personne morale à la fois une et multiple, d'autant plus forte 
et d'autant plus féconde. 

« Précisément parce que l'amour du sol natal et l'amour de la 
France sont inséparables dans nos âmes, il faut que la culture 
locale et la culture générale s'associent étroitement. Ce serait en 
les disjoignant que vous iriez à créer ce danger redoutable que 
vous croyez apercevoir où il n'est pas. Bannissez, par exemple, en 
Roussillon, la langue et l'histoire locales, et c'est vers Barcelone 
que vous obligez le Roussillonnais à regarder ; c'est votre fausse 
sagesse qui livre à l'influence étrangère ceux-là mêmes qui ne 
demandent qu'à s'en abstraire. 

« Car le danger n'est point dans les chers souvenirs du passé ; 
il est dans les manœuvres sournoises du présent, il est dans les 
séductions masquées de nos ennemis aux aguets. Laisser le Rous- 
sillon dépourvu de vie intellectuelle sous prétexte de lui faire 
oublier — prétention vaine — sa langue et son histoire, c'est 
décupler la force d'attraction exercée par Barcelone, c'est vou- 
loir que nos lettres et nos sciences deviennent choses d'Espagne, 
en partie, peut-être, choses de Berlin. 

(( Au contaire, qu'un foyer de vie intellectuelle s'allume à Per- 
pignan, il sera Catalan et pourtant purement français. Une force 
nouvelle naîtra, qui s'opposera à toute force centrifuge. Aussi 
bien ce n'est pas, tant s'en faut, affaire de masse, et les lois de 
Newton n'ont rien à voir dans l'aventure. C'est une pure ques- 
tion d'organisation : Le jour où nous aurons créé à Perpignan le 
centre d'études supérieures qui coordonnera et réunira en faisceau 
toutes les bonnes volontés qui agissent et quelques autres qui ne 
se soupçonnent même pas elles-mêmes, nous aurons détruit le 
mirage et supprimé cette menace de « glissement » sous une 
influence étrangère. 

« Barcelone continuera à avoir sa vie débordante, sa puissante 
originalité que nous sommes les premiers à admirer et dont nous 
resterons solidaires. 

« Perpignam, ayant pris conscience de sa valeur propre, prcsen- 



_ 8 — 

tera à ses enfants une coupe assez large et assez profonde pour 
qu'ils puissent enfin étancher leur longue soif dans des eaux qui 
leur viendront directement du Canigou, sans aromates étrangers. 
« D'autres voudront-ils y boire aussi ? On n'y contredira point. 
Qu'ils viennent de France ou d'Espagne, on leur fera place bien 
volontiers auprès des sources pures. 

« Vous y applaudirez si des destins propices nous permettent 
de donner un corps à cette double série d'enseignements aue nous 
ambitionnons d'organiser : enseignement de tout ce qui concerne 
la petite patrie catalane dans le passé et dans le présent, dans les 
lettres, les arts, les sciences, l'industrie, l'agriculture ; et d'autre 
part, enseignement des grandes branches du savoir humain, des- 
tiné à permettre à l'élite de la jeunesse catalane de recevoir une 
part de cette culture supérieure dont il y aurait injustice à la pri- 
ver. Car vous verrez se retourner la situation qui inquiétait votre 
ami, cette attraction changer de pôle en faveur de Perpignan. 
Combien sont-elles les familles espagnoles qui nous confieraient 
bien volontiers leurs enfants, si elles trouvaient à Perpignan, 
c'est-à-dire dans un milieu où ils bénéficieraient d'une culture, dif- 
férente sans être dépaysés, et où ils pourraient continuer à par- 
ler leur^ langue, l'équivalent de ce que leur offrent les villes 
universitaires? 

« Chassez donc tout souci, et considérez au contraire que l'ar- 
gument tiré du danger que présenteraient la glorification et la sur- 
vie de la patrie catalane se retourne en faveur des modestes 
ouvriers qui se sont donné cette tâche. » 

Très bien ! Nous ne demandions qu'à nous laisser convaincre. 
Car enfin, Catalans, mes frères, ne vous sentez-vous point Fran- 
çais et très Français? Pendant ces rudes et glorieuses années, 
votre sang, si généreusement versé, ne s'est-il pas égalé, une fois 
de plus, au plus beau sang de France ? 

Vous plairait-il de changer de drapeau? Et si vous paraissez 
quelquefois redresser votre panache un peu plus haut que la mode 
ne le permet, n'est-ce point parce que vous ajoutez, à votre légi- 
time fierté d'être nés Catalans, votre orgueil profond, votre joie 
souveraine d'être Français depuis des siècles et pour toujours ! 

Puisse bientôt renaître et prospérer l'Université de Perpignan ! 

Charles Guiu. 



La Biblioteca i el Nuseu 

/ 

Ara per ara hem sabut que la nova munidpalitat de Perpinyà 
s'interessaria — i ferm — à la Biblioteca i al Museu. Bé cal que 
n'hom pensi â abrigar els llibres i els cuadrets. Per atraure i con- 
gregar els llegidors â la Biblioteca, els visitants al nostre Museu, 
serîa convenient d'edificar de nou els dits monuments en els llochs 
usurpats pels vanidosos casais de la corrupciô, ont sovintegen els 
espectacles mes répugnants ; i aquesta serîa la millor manera de 
tornar â la vila l'antiga noblesa, que li roben en les noves avin- 
gudes tal i tal edifici artificiôs i de barroques ornamentacions. 

Feu el somni d'un bonic Museu d'art cataiâ, i catalâ de fora i 
dintre, dels cûssols â la barbacana, reialment obert dins l'asso- 
leiament de les « Platanes » 1 Feu tal somni. Bé ens fora grat 
d'esser acullit en el peristil per les blanques estâtues, ja que els 
mestres de l'esculptura no escasejen pas â casa nostra, i s'anome- 
nen Maillol, de Banyuls, Violet, de Prades, i Clara, d'Olot ; 
quina armonia la que sobreeixirfa de Durs obres juntades ! Aquest 
diu la puresa extasiada dels ritmes, l'altre la vida i ses internes 
palpitacions, i aquell ens torna les efigies tant vives de les velles 
humils i arrufides ! 

] quina claretat, quina llùm colorada en les sales ! Tota l'his- 
■ toria dels pobres monuments que s'arrelen tant pacients, i ranciejen 
en els caires de l'aspre serra, hf séria trassada fil per randa. Una 
profusiô de gravats mostrarîa els nostres campanars romani es, i les 
portalades amb eis pilars florits, i els claustres arquejats ; i d'aitres 
encare les barbacanes esculpturades, les finestrelles agermanades 
per la columneta fina com un rebrot de palmera ; i rot l'art 
herâldic de Mallorca, patria de les majôliques d'or, de l'Arago 
d'en ]aume, cenvit de barres de sanc. Unes fines i curoses 
reproduccions dels retaules de Rossellô, de l'edat-mitjana ai 
segle xvni, desgranarîen tantes riqueses que no s'han pas estu- 
diades encare, que ho serân demâ. Desitjarîa que una sala fos 
reservada al Rossellô rural, â sos carrerons, als masos de mun- 
tanya, als xals de brodadura groga, a les cofes i cofets ; s'hi dre- 
çarîa la ben plantada catalana de i83o, d'aquell temps ont ne 



lO 

sabîa de la manera de s'engalanar amb colors, aixîs comme ho fa 
cada matî l'Albera pairal. Quin Museu mes plaent ! Els forasters 
el seguirien de cap â cap. En Terrus, qui sab el secret dels colors 
transparents, de les acuareles d'enamorada senzillesa, i en de 
Montfreid i en Bausil, amb la palpitaciô de les pinzellades hî 
fixarien ia lluminositat de la terra. Ala, amies, â pintar ! Aqui un 
oliu biau, alla les plassetes de Céret amb el cantussol de les fonts, 
j el presseguer de Sant-Jaume, l'arrevellit pomer d'Arles, el 
xiprer solâtic d'Elna, el ciure del Volé, i les canyes que remo- 
rejen tant dolç en les margenades del Tech. Oh la sancnosa fres- 
cor de les pintures ! Com hî riurîen les Très Germanes de cara 
divina ! Quin plaent somni, â fe ! Fos el mestre, fos l'inspirador 
d'aital casa, s'hî trobaria l'estancia de les cansons populars. 

Impreses sobre uns papers verginals, amb Hêtres de color, 
miniatures i aigues-forts, farîen naixer en l'anima del vianant el 
desitg de llegir-les. ] pot se fer que els nins s'hi arrotllessin, per 
oir el Pardal. El text de cada canço serîa curosament establert. 
Aleshores no s'oirîan pas mes aquelles falsejades Montanyes T{ega- 
lades que repeteixen els nostres chors catalans, sens cap conside- 
raciô per l'imne de la terra. Ademés, per obra i desitg de l'ins- 
pector d'Academîa, qui s'ha de catalanitzar com ho ha sabut fer 
el Bisbe de Sant-Marti, el nostre imne serîa explicat en tota 
escoia, de Salces â Sant-Llorens, d'igual manera que s'explica 
un idil de Virgili, una anacreontica de Teos. 1 com que no ? 
Mireu ho bé, rossellonesos, si en cap llibre hi heu encertat una 
frase mes ample i enternidora que la segiient : 

Montanyes régalades, 
son les de Canigô, 
que tôt l'istiu floreixen, 
primavera i tarder ! 

L'estancia dels cants populars ens menarîa, maravellats tots els 
sentits, âlaLlibreria allandada. Aquî ens saludarîa en Père Vidal, 
del qui s'haurien reconegut les rellevants qualitats i el mestratge. 
Aquell revelador de l'historia rossellonesa, amb l'ample barret, i 
alçats SOS braços de pare de llegendes, serîa mes gran que el mes 
sapât dels sants de retaula ! 1 en la gran sala, ont els llums ben 
distrijbuits banyarien amb suavitat els llibres, tota la flor de Ros- 



— 1 1 



sellé s'hî vindrîa â juntar. Tots els entusiasmes hî desclourîen, 
com els timos dins l'abrilada de muntanya, i que m'escapçin 
aquesta ma dreta, servidora de mon somni, si cada foraster no 
deia : Perpinyà sj que es una vila. Té una tradicio i tôt ensemps 
una ambiciô. 

Joseph-S. Pons. 

Formula 



També les coses tenen anima, 
la dels recorts que s'hi arrelen 
y tornen viure, al costat nostre, 
la vida noslra altra vegada. 

Un ritme universal hi ha 
entre *1 plich-ploch de la fonteta, 
l'ampla remor de l'oliveda 
y '1 clar tirolî de! pinsà, 

en la vispa frunzint les prades, 
al repicat bail dels flageils, 
y al balanceig blanch de les vêles, 
y al sait sonor dels cascabells ; 

Riu en ganvidets de bressola 
o plora en cruixits de boès mort, 
quan mitj-corcat, el Hit dels pares, 
flanca y craqueja y nos sanchglassa, 

També les coses tenen anima, 
son vida nostra altra vegada... 

Eli mirall de la nostra vida, 
en l'escampiil ritmat dels dies, 
es fet de lo qu'ens entorneja 
en lo conjunt d'ahir y d'ara ; 



— 12 — 

Entre lo que sem y lo qu'erem, 
entre lo que resta y '1 que passa, 
aleteja l'eterna formula 
d'aqueixa infinita dinàmica. 

Tôt lo passât viu y palpita 
entre parets de remembrances 
y su '1 Jlindâ, '1 pedriç batega 
hont, per fer mitja, seya l'àvia. 

També les coses tenen anima. 

Caries Grandô. 



LESfPASQVETES CATALANES 9 A PERPIGNAN 

Une heureuse indiscrétion nous permet d'annoncer, pour le 
dimanche de Pasqueles, i i avril prochain : la "Fête de la "Langue 
Catalane et la Conférence Calmetîe sur « la Renaissance de l'Uni- 
versité littéraire de Perpignan », dont il a été parlé dans la T(evue 
Catalane. 

M. le professeur Joseph Calmette, de l'Université de Tou- 
louse, sera accompagné de plusieurs autres personnalités univer- 
sitaires du Midi, aui prendront aussi la parole. 

Tous nos Parlementaires catalans seront alors en Roussillon 
et pourront ainsi honorer ces fêtes de leur présence. Suivant le 
vœu de tous, nous aimons à espérer que Son Excellence le 
Ministre, M. Emmanuel Brousse, voudra bien en accepter la 
présidence. 

Perpignan inaugurerait ainsi, de très brillante façon, les sym- 
boliques Pâques de toutes les Renaissances roussillonnaises et 
catalanes, intellectuelles et autres. 




Apôtres ^ Artisans 

de la 

Renaissance Catalane 

M. Jules Pams, ancien Ministre, Sénateur des Pyrénées-Orientales 

Nous sommes heureux d'enregistrer, dans les annales historiques 
du Roussillon, quelques-unes des paroles si éloquentes et si auto- 
risées qu'a prononcées, à la séance du Conseil Général des Pyré- 
nées-Orientales, le 5 de ce mois de janvier, à Perpignan même, 
notre éminent compatriote, M. Jules Pawis, ancien ministre, 
sénateur du département et conseiller général du canton d'Argelès- 
sur-mer. 

... Nous commençons — a-t-il dit — à recueillir les fruits de cette poli- 
tique (d'apaisement et d'union sacrée que j'ai pratiquée et que je crois utile 
à la prospérité de notre département). 

Développons-la, en mettant en œuvre tout ce qui reste de force latente, 
en valeur tout ce qui gît de richesse inexplorée dans cette région où se ren- 
contrent tous les aspects et tous les climats. Bien administrée par des hommes 
dont les sentiments, divers ou contraires, doivent se fondre en une même 
passion pour leur sol natal, notre petite patrie peut devenir la porte vermeille de 
la Trance ouverte sur toutes nos possessions de l'Afrique du Nord, le point 
central de presque tous les échanges commerciaux avec l'Espagne, la grande 
voie de transit international, comme elle a été dans les temps anciens la 
grande voie de passage des races. 

... La tâche est immense. Soit. Elle n'est qu'une petite partie de celle que 
le Président du Conseil a tracée d'un mot : la "France à refaire. 

Abordons avec courage et conviction notre large part du labeur commun. 
Préparons à notre T^oussillon une belle et grande place dans la patrie renaissante, 
dont les lignes harmonieuses se devinent déjà sous la douloureuse chrysa- 
lide où s'élabore sa transformation. C'est de la synthèse de nos initiatives 
provinciales que cette renaissance française surgira, pour étonner le monde 
anxieux, par sa force à vouloir revivre, après avoir forcé son admiration par 
sa grandeur à savoir mourir. 

Notre reconstitution ne doit pas être seulement économique et financière, mais 
aussi et d'abord politique et administrative. Il faut envisager des changements 



— »4 — 

de nos méthodes et de nos mœurs d'avant-guerre, si profonds et si complets 
qu'ils doivent apparaître, comme une véritable révolution dans certaines de 
nos idées et de nos habitudes, qui est déjà en train, dont nous sommes les 
acteurs, que nous ne devons pas repousser, mais diriger de façon qu'elle ne 
prenne pas de caractère de violence "qui lui enlèverait toute fécondité. 

... Ici, comme conseillers généraux, nous avons à aménager ce beau jardin 
qu'est notre J^oussitlon. J^ous devons le faire avec amour. Commençons d'un seul 
cœur, avec la noble ambition d'offrir ce joyau à la Trance imm^ortelle. 

Décidément, ce jour-là, 5 janvier 1920, M. le ministre Pams 
s'est officiellement affirmé, non seulement régionaliste et décen- 
tralisateur, mais encore grand apôtre de notre Renaissance catalane, 
telle que nous la concevons nous-mêmes à la Société d'Etudes 
Catalanes. 

Membre de notre Société d'ailleurs, M. Pams en suit avec 
intérêt, nous le savons, les doctrines et les initiatives. Nous som- 
mes certain que, le jour prochain où seront posées les assises de 
la future Ifniversiié litîéraire de Perpignan, notre éminent compa- 
triote ne résistera pas au plaisir et à l'honneur d'en être l'un des 
parrains et des Mécènes du plus haut rang. 



M. Emmanuel Brousse, Sous-Secrétaire d'Etat aux Finances 

Notre vaillant compatriote M. Emmanuel Brousse, député des 
Pvrénées-Orientales, est entré au ministère Millerand comme 
Sous-Secrétaire d'Etat aux Finances. Cette nomination a eu une 
si bonne presse, que nous ne connaissons pas d'organe politique 
qui ait osé la désapprouver. Elle constitue un grand honneur 
pour le Roussillon, où M. E. Brousse ne compte que des admi- 
rateurs et des amis, quel que soit le parti auquel on appartienne. 
Ce choix si heureux est aussi un honneur pour notre Société 
d'Etudes Catalanes, puisque M. E. Brousse en est un des mem- 
bres de la première heure et qu'il partage absolument toutes les 
idées qui nous sont chères sur notre Renaissance catalane. 11 est 
tout particulièrement avec nous, de cœur et d'âme, sur la question 
de la future Université catalane de Perpignan, dont nous lui 
avons récemment exposé le programme. Pour sa prochaine renais- 
sance, nous pouvons dire, d'ores et déjà, que le concours du 



- i5 - 

nouveau Sous-Secrétaire d'Etat aux Finances est absolument 
acquis. 

Nous nous en voudrions de ne point reproduire ici le portrait 
S) fidèle que, dans l'Evénement (janvier 1920), le sénateur de 
l'Ariège, M- Raynaud, a tracé de notre émirent homme d'Etat. 

Ce n'est pas une figure banale dans le Parlement que celle d'Emmanuel 
Brousse; ce Catalan, âpre au travail, pétri d'énergie, se fit une place par 
son obstiné labeur et la sûreté de son jugement. Son front volontaire marque 
la ténacité dans les desseins. 

Brousse a l'habitude de mener à bien ce qu'il entreprend ; avec cela, c'est 
la gaieté cordiale et la simplicité naturelle qui le désignent dès l'abord à la 
sympathie. 

Aussi compte-t-il lui-même de nombreux amis, tant à Paris que dans le 
Roussillon. C'est îà qu'il faut l'avoir vu, dans ses Pyrénées, dans la Cerdagne, 
pour comprendre ce que peut être l'action d'un homme et sa popularité. 

Il manie avec un rare bonheur la langue catalane et il trouve moyen de 
demeurer sincère dans cette langue pleine d'images, de soleil et de sonorités. J'en 
apporte ici mon personnel témoignage. 

Quiconque désire voir entrer dans les Conseils du Gouvernement de bons 
serviteurs du pays, saluera dans le nouveau Sous-Secrétaire d'Etat aux 
Finances un homme dont la vie est faite de probité et de travail. 

Réjouissons-nous que notre langue catalane ait trouvé un apolo- 
giste tel que M. le sénateur Reynaud, et un apôtre convaincu de 
la trempe de M. Emmanuel Brousse. Par lui désormais — comme 
hier par M. Pams — notre chère langue catalane aura, pour la 
seconde fois, forcé les portes de bronze du Ministère. Ce nous 
est un ferme garant des glorieuses espérances que nous fondons 
pour le plein succès de notre Renaissance catalane. Sur le haut 
prestige dont jouit à présent M. Brousse dans les Conseils du 
Gouvernement, nous fondons notre espoir: T que notre langue- 
mère obtiendra sous peu le certificat officiel à'ulilité nationale que 
nous revendiquons depuis longtemps en Roussillon ; z' que le 
concours financier du Ministère, dont M. Brousse est lui-même 
la cheville ouvrière, ne tardera pas à être acquis à la dotation de 
notre future Université catalane de Perpignan. 

C'est sous les auspices de ces grands espoirs que la Société 
d'Etudes Catalanes place les respectueuses et confraternelles féli- 
citations que tous ses membres sont heureux d'offrir à M. Emma- 
nuel Brousse, pour le choix éminent dont il vient d'être l'objet. 



- i6 — 

Le Docteur Massot, ojîcier ^ le Docteur de Lamer, chevalier 
de la Légion d'honneur 

Nous avons appris avec une vive joie la promotion de M. le 
D' Joseph Massot au grade d'officier de la Légion d'honneur, et 
de M. le D' Paul de Lamer à celui de chevalier du même ordre. 

Cette distinction vient justement récompenser les services 
exceptionnels par eux rendus, depuis longues années et surtout 
pendant la grande guerre, aux hôpitaux, aux pauvres, aux indi- 
gents de notre ville, avec un dévouement et un désintéressement 
exemplaires. 

Nous devons ajouter, ne serait-ce que pour mémoire, que nos 
deux distingués confrères sont l'un et l'autre des érudits de tout 
premier ordre, on ne peut plus dévoués à la cause de la Renais- 
sance catalane, ayant rendu au pays des services qui, pour n'en 
être que d'un ordre purement intellectuel, ne leur en constituent 
pas moins des droits acquis à la reconnaissance roussiilonnaise et 
au mérite national. Dans la numismatique roussiilonnaise et cata- 
lane, le D' Massot compte comme l'un des meilleurs maîtres. 
Dans les domafnes scientifique, agricole et communal, le D' de 
Lamer n'en a pas moins prouvé sa compétence. 

Nos deux distingués légionnaires sont membres de notre Société 
d'Etudes Catalanes. A ce titre, il nous est doublement agréable 
de leur offrir, avec les respectueuses félicitations de tous leurs 
confrères, le traditionnel souhait de nos pères : 

Ver moHs anys ! 

Joseph-SébasUen Pons, professeur-agrégé au Lycée de Montpellier 

Au moment même où la T^evue Catalane (n° de décembre) était 
sous presse, nous apprenions que notre sympathique collaborateur 
et confrère, M. Joseph-Sébastien Pons, précédemment professeur- 
agrégé au lycée de Carcassonne, venait d'être nommé en la même 
qualité au lycée de Montpellier, en remplacement de son propre 
compatriote, M. Jean Amade qui, de son côté, était appelé à 



— 17 — 

occuper la chaire d'Espagnol à ia Faculté des Lettres de l'Uni- 
versité de cette même ville. 

Que notre jeune et distingué confrère qui est, lui aussi, avec 
M. Amade, l'un des plus actifs artisans de notre Renaissance 
catalane, veuille bien trouver ici, comme gage de leurs plus cor- 
diales sympathies, les félicitations chaleureuses de tous les mem- 
bres de la Société d'Etudes Catalanes, pour l'avancement si 
rapide et si mérité dont il vient d'être l'objet. 

A Montpellier, l'un des foyers les plus intenses de la vie 
intellectuelle, nos deux brillants compatriotes ne pourront que 
plus activement travailler au développement des idées dont ils se 
sont fait depuis longtemps les ardents champions, et que parta- 
gent tous les amis de la petite patrie. Dans peu, la décentralisa- 
tion intellectuelle aura ainsi fait un grand pas. 

Notre Confrère La Renaissance Catalane 

Traitant des « Revendications catalanes » et du « Pan-Régiona- 
lisme roussillonnais », le nouveau et vaillant directeur de la T^enais- 
sance Catalane, M. P. Francis y Ayrol, a écrit, à la date du 
26 décembre 1919, les réflexions suivantes, très justes, et aux- 
quelles la J^evue Catalane souscrit aussi pleinement : 

Le programme de ce séparatisme roussillonnais — purement moral — 
comprend la rénovation de la langue, ia création de chaires de Catalan dans 
les écoles roussillonnaises, d'une Université, la résurrection des coutumes 
ancestrales, l'appui matériel et moral du Roussillon en faveur de la mère 
Catalogne pour le triomphe de ses revendications — comme le disait coura- 
geusement Monseigneur de Carsalade — enfin le triomphe de l'idée régiona- 
liste en France avec la belle institution des franchises provinciales. 

Qui donc pourrait s'offusquer d'un tel programme et médire de ses 
conceptions? Qui les trouverait dangereuses?... 

Quiconque raisonne à froid et connaît la question ne peut logi- 
quement s'offusquer d'un tel programme, ni le trouver hardi, pas 
plus qu'irréalisable. 

On voit, par tout ce que nous venons d'exposer ci-dessus, 
quelle belle et distinguée pléiade d'artisans convaincus et dévoués 
compte à cette heure, dans notre département, la si noble cause 



— i8 — 

(de la Renaissance catalane, telle que la conçoit la Société d'Etudes 
Catalanes et telle que nous l'avons précisée dans la J(evue Calalane. 
Qui ne se rallierait donc à un tel panache, tout « sang et or » ? 

Nous savons en plus que le nouvel Inspecteur d'Académie de 
Perpignan, M- Signoret, que la réputation d'un esprit très avisé 
avait déjà précédé chez nous et qui l'a, depuis, consacrée par 
des preuves manifestes, s'est déclaré absolument acquis à nos 
idées autant' que dévoué à nos projets. C'est ce dont tout le Rous- 
sillon lui saura gré. 

Nous aurons d'ailleurs l'occasion de revenir sur ce sujet, afin 
de mieux disposer les esprits à la Conférence que projette de 
faire, assez prochainement, dans notre ville, notre sympathique 
et très éminent confrère, M. le professeur Joseph Calmette, de 
la Faculté des Lettres de Toulouse, sur « la Renaissance de l'Uni- 
versité catalane de Perpignan ». Jean Sarrète. 



L'Hommage de Fraternité Catalane 

à Toccasion des Jeux Floraux de Barcelone 

présidés par le Maréchal Joffre 

le 2 mai 1920 

Suivant le désir que nous avions exprimé au numéro de décem- 
bre de la J^evue Catalane, un Comité s'est formé, à Perpignan, 
dans le but d'offrir — au nom de tous les catalans du Roussillon, 
le 2 mai prochain, à l'occasion des Jeux Tloraux qui se tiendront 
ce jour-là à Barcelone — un Hommage de Traierniié J{oussillon- 
naise aux Catalans de cette ville et de l'Espagne. 

C'est notre éminent compatriote rivesaltais, le maréchal Joffre, 
comme on l'a déjà appris, qui présidera ces Jeux Tloraux 
catalans. 

Le Comité de l'Hommage a été organisé par nos confrères 
Albert Bausil, directeur du Coq Catalan, et qui en est l'âme, 
Francis y Ayrol, directeur de La T^enaiasance Catalane, Jules Del- 
pont, directeur de Montanyes T^egalades, et les membres du Bureau 



— 19 — 

de notre Société d'Etudes Catalanes, spécialement représenté 
par Charles Grande, le talentueux poète catalan de notre T(evue 
Catalane et déjà lauréat des Jochs Tlorals de Barcelone. 

L'Hommage consistera en un exemplaire de luxe des GcstCS 
de Joffre=d'Arria et de son fils Joffre=le=PoiIu, Comtes de Barce- 
lone et de Gothie. Chronique légendaire du ix' siècle, par Pierre Vidal, 
bibliothécaire de la Ville de Perpignan, en qui le monde savant 
est unanime à reconnaître le plus compétent — avec Calmette — 
des historiens du Roussillon antique. 

L'ouvrage de Pierre Vidal constitue un document unique de 
l'Histoire de la Catalogne au moyen âge. Pour le faire éditer, le 
Comité de l'Hommage s'adresse aux amis de VArt et de la Tra- 
dition, à tous ceux qui s'intéressent à VMme Catalane. Il les prie 
de vouloir bien souscrire à la publication de ce savant ouvrage. 
Celui-ci ne sera tiré qu'à un nombre très restreint d'exemplaires, 
sur papier de luxe, avec illustrations de Gustave Violet, vice- 
président de notre Société d'Etudes Catalanes, le maître ès-arts 
catalans, si apprécié des amis du Beau. 

On peut d'ores et déjà souscrire, par une lettre d'adhésion 
adressée à l'Imprimerie Catalane, rue la Poste, en y joignant un 
mandat-poste de 5 fr. 5o. Sitôt paru, le livre de Pierre Vidal 
sera envoyé franco de port aux souscripteurs. 

]] n'est pas un roussillonnais qui ne connaisse déjà la légende 
historique dont s'est inspiré l'auteur de cet ouvrage. Comme 
rappel de mémoire, nous en donnons cependant ici une succincte 
analyse. 

La Légende de Jo|fre-lc-Poilu 

Appelé à la cour de Charles le Chauve, Jojfre d'Arria — il s'agit du vil- 
lage roussillonnais actuel de 1{ia. près Prades — comte de Barcelone 
et marquis de Gothie, avait quitté Barcelone accompagné de son fils, Joffre- 
le-Poiîu. alors âgé de dix ans. En route, près Le Puy en Velay, le comte- 
marquis fut assassiné, sous les yeux de l'enfant, par des chevaliers francs au 
service de Salomon, comte de Roussillon et de Cerdagne, qui convoitait 
ardemment sa place de marquis de la Marche de Gothie. 

Le roi de France, indignement trompé par ses courtisans, amis de Salo- 
mon, donna à ce dernier la succession de sa victime, le jeune Joffre-le-Poilu. 

Or, celui-ci avait juré de venger la mort de son père, le comte d'Arria. 

Parvenu à l'âge d'homme, le fougueux gentilhomme quitte la cour de 
Baudoin, comte de Flandre — auquel le roi Charles le Chauve l'avait confié 
— et se met en route pour s'en revenir à Barcelone accomplir son serment. 



20 — 



«18*^ 



Nous donnons ici, d'après la Yeu de Catalunya, la liste des 
Mainteneurs des Jeux Floraux pour l'année J920: 

Président : le Maréchal Joffre. 

Assesseurs : Angel Guimerà, Apeles Mestres, Lluis Millet, 
Ramon Miquel y Planas, Moliner y Brazès, Antoni Rubio. 

Le discours final, dit «de gracies», sera prononcé par le grand 
dramaturge Angel Guimerà, que, avec les Perpignanais qui furent 
présents à la petite soirée artistique et littéraire de l'Hôtel de la 
Main de Fer, lors des mémorables Fêtes Joffre, nous avons eu 
le bonheur de saluer et d'admirer, encore tout plein de vigueur 
et de génie. 

Voici le nom des personnalités roussillonnaises qui composent 
le Comité de l'Hommage et iront porter à nos frères de Catalo- 
gne, en Hommage de Traterniîé Calaîane, le savant ouvrage de 
Pierre Vidal : 

Jean Amade, Louis et Albert Bausil, le chanoine Joseph Bona- 
font, P. Francis, Charles Grando, Henry Muchart, Louis Pas- 
tre, Joseph-S. Pons, l'abbé Jean Sarrète, Déodat de Sévérac, 
François Tresserre, Pierre Vidal, Gustave Violet, etc. 

L'Anima es meva 

(Fragment inédit) 

Al bressol de la Pâtria 
S'hi trova un nou infant. 
Els avis tots moriren : 
la rassa va endavant. 
El sol vermeil apunta, 
la lluna es va apagant, 
la mare vetlla y fila 
el bressol engronxant. 
— Bim bam, bim bam, — 
amb veu que surt de l'anima cantant. 



21 

« O fill de mes entranyes î 
(ccls pits tinch abundants. 
« Ta Terra sera têva, 
« que a tu no et mataran. 
« Sos heroes y sos martyrs 
« fins morts s'aixecaran. 
« Jo filo la bandera 
« els dits mullats de sanch. » 

— Bim bam, bim bam, — 
jo sento la bandera espetegant. 

La mare bressa y canta ; 
el nin la va escoltant. 
« Minaires : vinga ferro, 
« que el dia jà va entrant. » 
La farga ja s'arbora 
y el mal! va repicant. 
Les eynes de la guerra 
amb quin délit que es fan ! 

— Bim ban, bim bam, -^ 

y a l'entorn les espurnes van saltant. 

La lluna sembla morta 
al front dels musulmans. 
El nin, les mans en l'ayre, 
va amb la mare cantant. 
Rebaten les campanes 
per muntanyes y planes; 
les armes espeteguen ; 
fins les dones s'hi fan. 

— Pim pam, pim pam, — 

y el sol ja es nostre en mig del cel triunfant. 

Angel QuiMBUA. 




La seigneurie ^ la paroisse du Soler 

<efSfe5- {SUITE) 

Dans un acte, daté du 3 décembre 1277, Bernard, évêque 
d'Elne, reconnaît avoir reçu satisfaction des exécuteurs testamen- 
taires de Pons Pauc au sujet des usures et exactions de Pierre 
Pauc, aïeul du dit Pons, à qui on avait donné en gage les lieux du 
Soler et de Baixas, par égard pour Pons Pauc, jadis archidiacre 
d'Elne. L'évêque d'Elne donne quittance pour trois mille sous de 
Barcelone, « de qua moneia lxd solidi vi denarii valent unam mar- 
chatn argenîi fini recîi pensi Perpiniani » (1). 

Le 19 août 1278, Jausberg, fils de feu Guillaume, chevalier, 
habitant du Soler, vend aux Templiers des droits qu'il possède à 
Orle (2). Cette vente comprend notamment plusieurs vignes, les 
unes soumises au septième, les autres qui devaient le septième et 
qui ne doivent plus que l'agrier ou un cens. 

Le )5 juin j3i5, frère Arnald du Soler, revêtu* du titre de 
« Précepteur du Mas Deu et de son bailliage (dépendances) », 
fait un acte de procuration en faveur de frère Bérenger 
d'Alenya (3). 

A cette époque, l'évêque d'Elne avait mis l'interdit sur la ville 
de Perpignan et sur d'autres localités du Roussillon. A la suite 
de cet interdit, le gouverneur et le viguier avaient fait saisir les 
temporalités de l'évêché et du chapitre d'Elne. Mais le roi d'Ara- 
gon enjoint à ces officiers de restituer ce qui a été saisi et de 
remettre tout dans l'ancien état à Elne, Latour, St-Cyprien, le 
So/er,Trouillas et Baixas, l'évêque ayant consenti à suspendre l'inter- 
dit. L'official de Perpignan est autorisé à faire sonner les cloches 
dans cette ville et dans les autres paroisses frappées d'interdit (4). 

Dans l'enceinte du château du Soler d'Amont il y avait un 

(i) Ar:hives des Pyr.-Or., G. 40. 

(2) Cart. Templ., fol. 65-66. — Brutails, Etude sur la condition des popu- 
lations rurales etc., p. 147, note 6. 

(3) Archives des Pyr.-Or., Tonds de l'ordre de Malte. — Alart, Suppres- 
sion de l'ordre du Temple, p. 66. 

(4) Archives des Pyr.-Or., B. 119. 



- 25 - 

hôpital dédié à saint Julien. Des legs sont faits à cet hôpital en 
i32o (i) et i323 (2). 

Des particuliers possédaient aussi des biens dans le territoire. 
Ainsi, en i324, Bernard Paschal, du Soler d'Amont, vend à 
Sclarmunda, épouse de Roger Ignace, bourgeois de Perpignan, 
deux champs « quorum unum est in termina S" Juliani de Soîerio 
superiori (3). 

Les droits de l'évcque d'Elne sur le Soler d'Amont sont tou- 
jours respectés. En 1 340, une maison est vendue « salvo jure D. 
D. episcopi yy (4). Le 10 juin i352, Pierre de Cadelha, prévôt de 
Baixas, est admis par le chapitre et il prête serment en qualité 
de procureur de l'évêque élu d'Elne. 11 jure de respecter les privi- 
lèges du chapitre et de les tenir secrets, de payer la pension du 
Soler, de garder l'accord intervenu entre Gui, évêque décédé, et 
les chanoines (5). 

Le procureur de l'évêque d'Elne accordait aussi, à titre d'em- 
phythéose, des terres sises au Soler d'Amont. Ainsi, le 19 mai 
1376, Dominique Syma, procureur de Pierre, évêque d'Elne, 
accorde divers champs, notamment une olivette confrontant avec 
le fossé du château (6). 

En i385, le Soler d'Amont possédait treize feux (7)- Quoique 
son importance ne fut pas bien grande, cette localité était affer- 
mée par l'évêque d'Elne. Nous trouvons, en i388, un billet 
d'enchères pour le bail à ferme du lieu du Soler d'Amont et de 
quelques cens perçus par les évêques d'Elne à Villeneuve et à 
Toulouges, à cause de leurs droits sur le lieu du Soler : l'adjudi- 
cataire devra porter le prix du fermage à Elne à ses risques et 
périls (8). 

Pendant le xv' siècle, le château du Soler d'Amont fut complè- 
tement négligé ; il se trouvait dans un état lamentable au commen- 

(1) Alart, Cart, rouss. ms., t. xni, p. 86. 

(2) Alart, Cart. rouss. ms., t. p, p. 216. 

(3) Alart, Cart. rouss. ms., t. xiii, p. 255. 

(4) Alart, Cart. rouss. ms., t. xm, p. 586. 

(5) Archives des Pyr.-Or., G. 9. 

(6) Archives des Pyr.-Or., G. 40. 

(7) Alart, Géographie historique du J^oussiilon. p. i5. Mélanges, m. 

(8) Archives des Pyr.-Or., G. 40. 



^ u — 

cernent du siècle suivant. Le 2 décembre i534, ^e neveu et fondé 
de pouvoir de l'évêque Jacques Rich accorde, à titre de fief, à 
Jacques la Torra, le château ruiné du Soler que les ressources de 
la mense épiscopale ne suffisent point à restaurer. Jacques la 
Torra, « domiceUum sive infanson », payera par an un denier de 
cens. Il est investi du fief par la remise d'une épée (i). 

(A suivre) Joseph Gibrat. 

(i) Archives des Pyr.-Or., G. 40. 



Petits échos 

Le Chœur Catalan 

A l'égal de Barcelone, Perpignan aura son Orfeo català. 

Le Chœur Catalan, composé de 1 5o membres, s'est rapidement 
constitué sur l'initiative de deux membres de la Société d'Etudes 
Catalanes et de quelques autres personnalités ; les études ont 
aussitôt commencé en vue de l'exécution prochaine de l'œuvre 
admirable de Déodat de Sévérac, poème d'Amade : Lo Canl del 
Yailespir. L'on passera ensuite à l'étude de la Jfiorf de VEscoîà et 
de la JHissa de! "Papa Marcel, de Palestrina. 

Le bureau est ainsi composé : Président, M. Déodat de Sévé- 
r-ac ; Vic«-prési dents. M'" Izarn, M. Albert Bausil ; Trésorier, 
M.. Charles Grande ; Secrétaires, M "" Jenny Portes et Jenny 
Sartre ; Directeur, M. Fontbernat. 

Lo Chor Català 

Au cours d'un concert récemment donné au théâtre municipal 
par la Croix-l^ose, au profit des pays envahis, lo Chor Català, 
dirigé pxar le brillant maître Fontbernat, a obtenu un vif succès 
dans les chansons populaires catalanes, Els 1res lamhors, Maria- 
Anneta, et les chœurs exécutés : L'Empordà, Tiers de Maig, de 
Morera, Canl de Gloria, de Fontbernat, poème de Ch. Grando. 

Nos Artistes 

M"' Marguerite Parent-Danyach, de Céret, vient de faire éditer 
une magnifique valse, Crois-moi, qui lui a valu les félicitations 
unanimes des maîtres roussillonnais. Tous nos compliments à la 
jeune artiste cérétane. F. Riols. 

L« Gcnuit, COMET. — Imprimerie Catalane, COMET, rue de la Poste, Perpignan 



14' Année- S' 160 Février 1920 

Les Manuscrits non insérés 
ne sonc cas rendu» 



REVUE 



Les Articles oarus aans ia Revue M' "^ ^h. ^^^ J^ T J^ l^l m^ 

n'engagent que leurs auteurs. ^s^A Jk A A ÉkA^A X^m^t Mà^ 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. — Cotisation : 10 fr. par an 



GOIGS 

de la Mare de Oeu del Pesebre 

amanlameni venerada à Sani-Miquel-de-Cuxà 

Après avoir chanté "Los dos Campanars, Verdaguer rêvait de 
leur donner un pendant sous la forme traditionnelle de deux 
goigs qu'il aurait consacrés à h Mare de Dsu del Pesebre et au 
thaumaturge des Gaules. Il mourut sans avoir vu la restauration 
de nos deux célèbres abbayes. 11 est vrai qu'il ne croyait pas 
que leur résurrection fut possible. 

Sant Martî à un pobre ha donat 
De son mantell la meytat : 
L'altre meytat li prengueren 
Montanya amunt del Vernet 

Y ara té fret... 
Caygueren les imatges d'alabastre 
y s'apagâ sa llantia com un astre 
Que en Canigo no s'encendra may mes. 

Lorsqu'il écrivait à Casteil le onzième chant du Canigô, il 
adressait à un de ses disciples de prédilection ces lignes qu'on a 
placées en vedette dans sa chambre mortuaire de Vallvidrera, 
aujourd'hui convertie en Musée Verdaguerench : (x Jie visi jo en 
eslas alluras molls paslors de les ovelles, pero lo noslre Pastorellet 
no l'he visi en ningun lloch. Vingua V . refilât per lo pobre poêla 
alacaygul y desmayal un dels seus ays y un canl d'esperansa... » 

Hélas ! le Pastorellet vint mais ie grand Cinh n'entendit pas 



— îb — 

le chant de cette strophe, composée les larmes aux yeux et le 
cœur en deuil : 

Dos fiUs : lo payral Poeta 
Y '1 Bisbe may prou amat 
Vostra corona han refeta, 
Vostre lloch han realsat : 
L'un ab un cant qu'enamora, 
L'altra ab sa veu de Pastor. 

Les Goigs de Sant-Marii ont eux aussi un pendant littéraire, 
dont nous sommes heureux de donner la primeur aux lecteurs de 
la T^evue Catalane. 



(«>&. 



Puix d'eixa vall regalada 
Sou la joya singular : 
Del Pesebre anomenada, 
Venim, Mare, vos pregar. 



1 



III 



Haveu recobrat, Senyora, 
Lo vostre altar tan preuhat, 
Y '] Confient ten à sa vora 
Son monestir anyorat : 
No deixau maymès l'estada 



A vostrcs peus, sols la cera 
Voliau que se cremés, 
Y l'oli, d'eixa manera, 
Pel sagrarj 's reselvés : 
Mes y mes d'una vegada 



Que 'Is monjos vos v;-n llestar. Ho vareu manifestar. 



II 

Nou Bethlem, vostra capella 
Estôja un divî trésor : 
Cinch planxetas enclou ella 
Del bressol del Salvador. 
De Nadal, Verge estimada, 
Sempre vos fa recordar. 



IV 

Un ciri trencat, un dîa, 
Cala foch per tot-arreu, 
La vostra Imatge, Maria, 
Sola sensé dany se veu ; 
Per tal prodigi salvada 
En Vos qui 'ns voJdrâ fiar ! 



— ^7 



A.SSÎ Romuald vetllava 
Xh sant Père Orseolô ; 
A.SSÎ tothom sospjrava 
A.)cansar de Vos un dô, 
Ningû Vos ha suplicada 
Sens qu'heu dignat l'escoltar. 

VI 

Mes ay ! quin baf de tristesa 
Entelâ lo monestir ! 
A.y ! quin dol, quina pobresa 
Per tôt se van espargir ; 
D'ensâ qu'ereu desterrada 
/Vssj, ay, quin malestar ! 

Vil 

Lo Magnificat, Marîa, 
\h la Salve avuy cantem ; 
Deu vol que, ab desmasîa, 
Lo Te Deum, ju*hts, clamem 
En esta hora senyalada 
Hont Vos tornem contemplar. 



VIII 

Ohiu ? Les campanes sonen... 
Sant-Martî y Sant-Miquel 
Se criden y se responen, 
Creuhant los ayres del cel. 
May, may mes sigui callada 
Llur veu, suau trillejar ! 

IX 

Benehiu, Verge Marîa, 
Lo Bisbe que, adelerat, 
Les portes d'eixa abadîa 
Ha obert de bat à bat ; 
Dels nous angels la niuhada 
Cuydau sempre assî guardar ! 

TORNADA 

Puix d'eixa vall regalada 
Sou la joya singular : 
Del Pesebre anomenada, 
Venim, Mare, vos pregar. 



Lo Pastorellet de la Vall d'Arles. 



^vfr^<V</g)'r</^'Vt^'V*'§î''V«'&'^"«^'^^«^'V«'©5 VC'^'V1'§}> V</&'^<'^'V</& ^<,^ 'V<^^<^ 



Les prochains travaux de nos Collaborateurs 

La 7{evue Catalane va publier, à partir du prochain numéro, les travaux 
suivants de nos savants collaborateurs : Comment le T(oussillon devint catalan, 
par Joseph Calmette, de l'Université de Toulouse; Chroniqueurs et poètes 
catalans des xiiT et xiv' siècles, par Pierre Vidal, bibliothécaire de la ville de 
Perpignan ; Les Troubadours en Pays Catalans, par A. Jeanroy, de la Sor- 
bonne ; Lleys d'amor. par J. Anglade. de l'Université de Toulouse; Le 
7{oussillon à travers Livres et Revues, par Joseph Calmette et Pierre Vidal. 



Le Comité d*iniHaHve 
de rUniversité de Perpignan 

Nous avons précédemment indiqué, comme base fondamentale 
et préparatoire à la prochaine restauration de l'Université litté- 
raire de Perpignan, la constitution d'un grand Comité d'initiative. 
M. Signoret, le nouvel Inspecteur d'Académie du département, 
a bien voulu se charger de réunir les éléments nécessaires à cette 
organisation préalable." Ce Comité se composera des principales 
personnalités départementales et perpignanaises, des présidents 
de toutes les Sociétés intellectuelles, artistiques, commerciales, 
industrielles, etc., etc., sur le terrain de ï union sacrée ; car tou- 
tes ces sociétés sont au premier chef intéressées à rallumer, au 
chef-lieu du département, le grand foyer de vie catalane qui cou- 
vait sous des cendres à demi éteintes et à redonner à notre ville 
la prospérité et la gloire dont elle rayonnait autrefois. 

Que ceux qui seront touchés par l'invitation du Président du 
dit Comité — M. Signoret lui-même, — veuillent bien y répon- 
dre d'un élan généreux et patriotique, égal à celui que met 
M. l'Inspecteur d'Académie à prendre à coeur et en mains une 
si belle cause : lés intérêts de notre petite patrie. Nous pouvons 
d'autant plus compter sur le dévouement éclairé et absolu de 
M. Signoret, qu'il est non seulement un professionnel hautement 
apprécié de l'enseignement, mais encore un de nos plus distin- 
gués « cousins » de Provence, grand admirateur de Mistral, un 
familier de ses oeuvres devenues en quelque sorte ses livres de 
chevet, et surtout un fervent du régionalisme intellectuel. En plus, 
depuis le peu de temps qu'il est parmi nous, M. l'Inspecteur 
d'Académie s'est déjà épris d'enthousiasme pour notre beau Rous- 
siilon, pour sa langue, ses traditions, son histoire, ses « incompa- 
rables » richesses artistiques. A vrai dire, il aime notre terre 
catalane comme « sa seconde Provence ». Nous pouvons donc 
faire confiance totale et absolue à un tel « catalan d'adoption ». 

Toutes ces raisons, s'ajoutant à tant d'autres, nous mettent au 
cœur la ferme persuasion que l'avenir de l'Université de Perpi- 
gnan est, à cette heure, tout à l'espérance ; il frôle déjà même le 
seuil de la réalité. ha T^evue. 



Notre-Dame de Belloch 
^ le Couvent des Capucins d*Elne 

Au moment où l'enclos de l'ancien couvent des Capucins 
d'Elne, aujourd'hui si morne, va reprendre une certaine 
animation (i), nous voudrions faire revivre, en quelques 
lignes, le passé de ce vieux coin de la Cité antique et fixer 
quelques détails épars le concernant. 

Nous nous servirons principalement, à cet effet, de l'ou- 
vrage de Mgr Tolra de Bordas, L'Ordre de saint Trançois 
d'assise en J{oussillon, que nous aurons à discuter, de la 
supplique de 1729 du frère-gardien Léon de Pézénas 
(Arch. Dép. C. 759), du fonds des notaires d'Elne (mêmes 
archives), mais surtout des registres municipaux de la Com- 
munauté des habitants, que nous avons dépouillés et déjà 
analysés sur d'autres points, et qui fournissent toujours des 
détails locaux des plus intéressants. 

♦ 

Les Capucins, dont l'institution remonte à i525, étaient 
depuis longtemps établis en Catalogne lorsqu'ils vinrent, 
en 1590, fonder à Elne un couvent de leur ordre. 

]] existait à Elne, hors les murs et à une « portée de 
fusil » de la ville, um ancienne chapelle, dite de Notre- 
Dame du Pont et dont nous avons déjà signalé tout l'inté- 
rêt, dans ce lieu et sous ce vocable (2) : c'était un empla- 

(i) 11 s'y établit une manufacture de treillis et ouvrages en roseaux. 

(2) Voir : J{evue d'Jiist. et d'Arch. du J(oussiUon. avril 1900. ■ — On y fai- 
sait un petit clocher en 1416 (Arch. Départ., G. 112). — L'évêque Sala y 
Raboster s'y agenouillait, en se rendant à Elne. en iSgi |G. 84 — Même 
revue, février 1900J. 



— 3o — 

cément bas et marécageux, voisin de quelque ancien bras 
du Tech, ou, plus probablement, de quelque lit d'inonda- 
tion de cette rivière, dirigé vers Mossellôs et l'étang de 
Saint-Nazaire ; on trouve couramment la dénomination de 
(T Tech vell » appliquée à ce quartier dans les actes des xvi* 
et xvii* siècles. 

C'est là que les Capucins établirent leur couvent et s'ins- 
tallèrent, après avoir clos de murs les terrains dépendant 
de la chapelle : ces murs subsistent encore en partie et 
l'endroit porte encore aujourd'hui le nom de « Jlls Caput- 
xins velis ». L'on trouve en ]6oi (i) un paiement relatif 
à des frais de construction du dit couvent. 

Mais ils ne purent y rester longtemps ; soit à cause de 
l'insalubrité du lieu, soit à cause de l'insécurité de la posi- 
tion, ouverte, dans ces temps de guerre continuelle, à 
toutes les incursions de bandes armées et exposée à tous 
les pillages, ils ne tardèrent pas à devoir demander un asile 
à l'abri et à l'intérieur des remparts de la cité. 



Dans un saillant de l'enceinte de la ville haute, du côté 
nord, existait une vieille église abandonnée, N.-D. de 
Belloch, dont l'existence remontait au xii' siècle, et qui 
avait été l'une des quatre églises paroissiales d'Elne (2). 

On la trouve mentionnée au Cartulaire d'Elne (3) dès 
1145, date où elle recevait un legs de Rambaud Miro, 
Caput scola (cabiscol), en même temps que les églises Sainte- 
Marie de Palol, Sainte-Eugénie de Tresmals et Sainte- 
Eugénie d'Ortaffa. 

(i) Arch. Départ. G. i lo. 

(a) Les trois autres étaient : la Ca'-hédrale (Sainte-Eulalie), Saint-Etienne 
et Saint-Jacques. 

^3) Cartulaire: charte n* >«^9. 



— 3i — 

En i3i 1 l'on trouve un autre legs fait pour la cloche et 
le cimetière de cette église (i). 

En 1421, le 26 janvier, il est tenu dans le cimetière un 
conseil général de la Communauté, avec iSo présents (2). 

Il est encore fait mention de N.-D. de Belloch en 
.430(3). 

Mais déjà en 1462 elle avait cessé de servir au culte. 
Nous en avons pour preuve l'installation qui y fut faite 
alors, par les soins des consuls, et en prévision d'un siège, 
d'un (( Jffoli de sanch », c'est-à-dire un moulin à bras. Nous 
avons déjà publié le curieux compte rendu que nous a laissé 
de ce travail le notaire Bolet (4). 

Le cimetière de cette église servait surtout pour les inhu- 
mations des morts de l'hôpital, situé tout à côté ; on y 
enterrait aussi les lépreux, les morts de mort violente, les 
étrangers, les inconnus, les domestiques, les soldats, etc. 

Ce fut cet emplacement et cette vieille église délabrée 
avec une construction contiguë, dite : La casa del Jlrdiaco- 
nat, qui fut offert aux Capucins pour leur installation. En 
attendant la restauration et l'appropriation des lieux, ils 
furent logés dans les bâtiments du Palais épiscopai. 

♦ 

A quelle date précise eut lieu ce changement de domicile 
et l'abandon du couvent primitif? Tout porte à croire qu'il 
ne fut pas antérieur à 1602, date du transfert du Siège à 
Perpignan, qui rendit définitivement vacant et libre le 
Palais d'Elne. 

(1) Arch. Départ., Ampeyre, notaire, n* 19. 
(a) Arch. Départ., Bolosum, notaire, n* 1759. 

(3) Arch. Départ., G. 228. 

(4) Arch. Départ., Notaires,, n" igSo. C'est bien de N.-D. de BeJloch 
qu'il s'agissait dans ce document, et non de la chapelle de l'hôpital qui a 
toujours été sous le vocable de saint Georges. 



— 32 — 

Nous trouvons d'autre part, dans les Registres d'Elne, à 
la date du 14 février i6o3, le document suivant, intéressant 
à plus d'un titre : (1) 

Scriptura fêta de voluntat y ordinatio de Mons" Rev"" de 
Elna (2), en presencia dels Honors Consols de la pnt Ciutar de 
Elna, laquai es de la forma devall escrita he seguent, en favor 
dels pares Capotxins del monestir de dita Ciutat. 

Et primo volem y es nra intentio no obstant los légats pios 
per les persones deffuntes dixiats al Spital dels pobres de la 
présent Ciutat de Elna, losquals son dixiats a dit Spital per la 
subventio dels pobres malalts de aquell, volem, statuim y orde- 
nam que d'esta hora al devant, ates en dit Spital no y ha pobres, 
que quiscun dijous de quiscuna sammana haia de despendre lo 
Spitaler qui vuy es y per temps seran [cinch] sous lesquals haian 
de servir per obs y charitat de dits Capotxins del Monestir de 
dita Ciutat. 

Y esta es la voluntat de dit Mons" Rev'"" loqual ha manat que 
la présenta scriptura sia descrlpta y continuada en lo présent 
libre de la Ciutat, en presentia del Hon. Antoni de Sant Marti, 
batlle de dit Mons" Rev" y de Père Delgran lo corrent any 
spitaler de dit spital. 

Fêta en lo Palau episcopal de dit Mons" Rev"°, en presentia 
de dit Mons" qui posa en la présent scriptura son décret y auto- 
ritat, avuy que comptam als quatorze de febrer de 1602. 

C'était non seulement comme Evêque, mais aussi comme 
Seigneur d'Elnc q :e l'Evêque ordonnait ainsi, solennelle- 
ment, mais un peu arbitrairement, ce virement de fonds 
inutilisés par l'hôpital. 

Or, comment interpréter les mots « Monestir de dita 
Ciutat», deux fois répétés dans le document? Il semble 
difficile, d'un côté, d'admettre qu'ils s'appliquaient au loge- 

(i) En marge : T^oia : Prov.'sio que fa lo bisbe, ques do als Pares Caput- 
xins cinch [sous] cada dijous, del spital. 
(aj Onuphre Réart. 



— 33 — 

ment provisoire trouvé par les Capucins au Palais épiscopal : 
nous savons, d'autre part, que le nouveau couvent ne fut 
terminé et ne les reçut qu'en 1645. Il ne reste donc qu'à 
penser que ces mots s'appliquent à l'ancien couvent, hors 
les murs, et que les Pères y étaient encore en i6o3. 

♦ 

Nous devons relever ici une confusion qui s'est produite 
dans les notes de Mgr Tolra de Bordas. 

11 dit en effet que, déjà en J642, le nouveau couvent était 
terminé et occupé, lorsqu'il fut entièrement démoli en exé- 
cution d'un ordre royal, à la suite de la conquête du Roussil- 
lon : de sorte que le couvent où les Capucins entrèrent en 
1645 (comme nous le verrons) n'était qu'une reconstruction 
(cette fois très rapide) du couvent démoli trois ans aupa- 
ravant. 

Mais cette affirmation n'est pas fondée et ne provient 
que d'une erreur ; nous savons, par la supplique de 17^9 
du frère gardien (C. 759), que le couvent démoli (à une 
date, il est vrai, qu'il n'indique pas, mais que rien n'empê- 
che être celle de 1642) fut V ancien couvent, celui qui était 
situé hors ville et qui était abandonné ; l'église de cet 
ancien couvent (c'est-à-dire N.-D. du Pont) servit de gre- 
nier à fourrage pour les troupes d'occupation. 

Enfin, le 14 septembre 1645, les Capucins prirent pos- 
session de leur nouveau couvent, avec l'église restaurée et 
le cimetière converti en partie en jardin. Ils devaient y faire 
un premier séjour de 29 ans. et y éprouver ensuite bien 
des vicissitudes. 

En 1 65 1 , ils achetaient un cortal contigu à leur enclos ( 1 ). 

(1^ Arch. Départ., Albafulla, notaire (8 juillet i65i). 



- 34 - 
Notons en passant le changement important qui se pro- 
duisit dans l'Ordre en i663. Le couvent d'Elne fut distrait 
de la Province de Catalogne et rattaché à celle de Langue- 
doc : et de plus, par mesure générale, tous les supérieurs 
de couvent durent être Français. 

Nous avons étudié, à propos de l'occupation par les 
Capucins, les Registres d'inhumations existant à la Mairie 
d'Elne pour nous rendre compte du rôle réservé au cime- 
tière de N.-D. de Belloch. 

Voici les indications que nous avons relevées. 

De i6o3 à i635 inclus, sur io85 décès, 208 inhumations 
y ont eu lieu, et 43 sur 401 décès, de i636 à 1642. 

L'année 1643 manque. 

A partir de 1644 ^^ pendant tout le temps du séjour des 
Capucins, il ne se trouve plus aucune mention de ce cime- 
tière (1). Les inhumations y reprennent en 1675, et sont 
au nombre de j6 sur 3o4 décès jusqu'en i685. 

( I ) Et cependant, pendant cette période, du moins de 1644 a 1670 (car 
les registres des années 1670, 1671, 1672, 1673 et 1674 manquent), le 
nombre des décès a été de 758. 11 est vrai que 224 de ceux-ci sont au 
compte exceptionnel de l'année i653, l'année de la peste, qui fut beaucoup 
plus terrible à Elne que celle de i63i. 

Les chiffres ci-dessus donnent une moyenne de 34 décès par an pour la 
i" période (i6o3-i636), et de 5y par an pour la 2' période (1636-1643) ; 
mais cette période comprend 65 décès de soldats. La moyenne de la 3' pé- 
riode ( 1 644- 1 67c) est de 29 ou de 20, suivant que l'on tient compte ou non 
de la peste de i653 ; cel!» de la 4' période (1675-1685) est de 3o par an. 

Ces données peuvent servir à fixer les idées sur le chiffre plus ou moins 
grand de la population d'Elne à cette époque. 

Les actes de décès donnent assez souvent des renseignements sur les 
causes de la mort, accident, meurtre, exécution militaire, etc. On y trouve 
aussi quelques précisions sur les sépultures de la cathédrale et du cloître. 
Citons un acte de i638, où il s'agit de: Un soldat de natio Napolitana, 
lo mataren per orde de la justicia per haver fugit de la companya ab un 
altre soldat, losquals se jogaran ha sort ab daus, y toca la sort ha ell : li 
tiraran moscatadas devant lo portai de Coplliura, estacat i lligat en lo arbre . 



— 55 — 



En 1674, la guerre s'était rallumée avec les Espagnols et 
ceux-ci étaient déjà en Vallespir. Elnc dut être mis en état 
de défense, et les mesures de dégagement des remparts 
ordonnées par Schomberg ne s'arrêtèrent pas devant l'en- 
clos des Capucins, qui fut éventré. Ceux-ci voyant leur 
clôture ouverte et rendue impossible, et fuyant aussi, sans 
doute, devant la guerre, prirent le parti de quitter le cou- 
vent et la ville. 

Après leur départ, la démolition de l'église et du couvent 
qu'ils venaient de laisser à l'abandon fut décidée ; ce qui 
resta debout des bâtiments fut utilisé pour le fourrage de 
la troupe. Le retable de l'autel fut porté à i'églii^e Saint- 
Jacques, où il était encore en 1695. Un peu plus tard 
encore, d'après la lettre du frère Léon de Pézenas, un 
incendie acheva de ruiner cette vieille masse de bâti- 
ments (i). 

♦ 

Le départ des Capucins remontait déjà à quatorze ans, 
et le couvent était toujours ruiné et désert, lorsque la cité, 
reconnaissant par expérience l'utilité, la nécessité même de 

de la morera. Esta contrit y résignât en patir la mort per amor de Deu. » 
Voici encore un extrait du registre de i636 qui mérite d'être connu: 
« Als 19 de novembre, fmori] lo Exe" S°' Don fray Lelio Brancacho mar- 
ques de Montesilvano, règne de Napols, mestre de camp y général en los 
comptats de Chatalunya, Rossellô y Cerdanya ; loqual se era retirât en 
d" ciutat, per mes quietut. Lo aportaran en Perpinya. y lo enterraren en 
la iglesia de la religio de Sant Joan, que es lo Temple, ahont los officis se 
feran ab gran grandesa y magestat. Lo sobredit fra Lelio esta tingut per un 
gran servent de Deu, y ab opinio de verge. Es mort en edat de 69 anys. 
Despres de très dias mort estava que de les mans y peus H fchian fer qual- 
sevol actio, co,sa may vista ; y trobaren en sa persona estava llagat dels 
cilicis aportava, y las espallas negras de las disciplinas. C. A. R. 1. P. 
(Jacet P"', in ecclesia B. Marie de Templo, ordinis S'' Joannis). 
I ]) Voir ci-après, document du 3 octobre 1688, note. 



— 36 - 

la présence à Elne d'un ordre religieux, entra en pourpar- 
lers avec les Carmes déchaussés pour la fondation à Elne 
d'un de leurs couvents. 

Voici la délibération prise à ce sujet par un Conseil géné- 
ral des Caps de casa de la cité, au nombre de 79 présents (i), 
réunis dans l'église Saint-Georges de l'Hôpital. 

Du 7 mars 1688. 
Per la nécessitât que y ha de confessors, tant en lo temps de 
la Quaresma quant durant tôt lo any, tant de Francesos, per no 
haver hi algun que entenga la llengua francesa (2), quant de 
Catalans, per esser pochs, y la nécessitât que hi ha de personas 
per ajudar a ben morir als agonitzants, tant per los habitants de 
la Ciutat que per los passatgers y tropas de sa Magestat que 
passan de Perpinya ha Coblliure com de Coblliure ha Perpinya, 
losquals moites occasions restan per soletjar se en dita Ciutat, 
havem sercats molts médis per subvenir a tantas necessitats, y no 
havem trobat ningun de millor que de pregar als Pares Carme- 
litas descalsos de venir ha fundar en dita Ciutat : Lesquals de 
bona gana se son offerts de venir ha fundar, obtingudas las per- 
missions necessaries y assistentias del poble ; y en consequentia 
an obtinguda llicentia de Uur provincial. Y se son comferits en 
dita Ciutat per saber lo lloch ahont podrien fundar, y las assis- 
tentias podrien tenir. Perso se représenta a V. M. y présent 
Conseil lo que aserca dels prédits se es fet y obrat, per que 

(1) Les 79 noms de famille sont les suivants: Alis, Beneits, Benezet, 
Bennes, Bertran, Blanch, Bo, Boher (a fois), Bosc, Brinsels, Cabussot, 
Cardinells, Cruzat, Danju. Delaris (notari), Delcos, Delpla, Delre, Denis 
(2 fois), Deulosal, Esteve, Enbraigues, Flamant, Fondecave, Forgas, Fort, 
Fulla, Furnie, Garau, Garaudet, Gelabert, Ginesto, Hubert, Ivet, Jorda, 
Lacoste, Lafon, Lafont, Lautié, Llara, Malet, March (notari). Maris, 
Marti, Mas, Matheu, Mauri, Montanyer, Oliver, Oriols (2 fois), Palat 
(3 fois), Parot, Patau, Pla, Primart, Pus, Régences (2 fois), Rius, Rocha, 
Rufia, Sarreta, Tixedor, ligueras, Valenti, Vedel, Velis, Verges, Vilaroja 
(2 fois), Vinyas, Xaupi. 

(2) Les progrès de la francisation étaient donc bien lents, puisqu'aucun 
des membres du clergé d'Elne n'était capable d'entendre les confessions en 
franfais. 



-37- 

deliberen lo ques deura fer per major servey de Deu, de sa 
Magestat X'°% que Deu guarde, y benefici publich. 

Hoyda dita propositio, tots unanimes y concordes, y ningu de 
dits habitants discrepant, es estât resoit que, en nom de dita 
IXniversitat y de tôt lo comu de aquelia, consentan a ladita fun- 
datio, per resultar de aquelia un gran servey de Deu, de sa 
Magestat y del benefici publich, al lloch trobaran mes aproposit 

y convenient, obtinguda primer la permissio y que per 

fundar se donen les assistentias necessaries y que convindran a 
dits Pares Carmelitas descalsos. 

De lesquals coses an requerit continuar lo prit acte : Testimonis 
Joseph Rocha, verguer des dits Hon' Consols, Miquel Vinyeta, 
brasser de dita Ciutat, y jo Bernât March, notari y secretari. 

C'était donc la répudiation formelle des Pères Capucins ! 

Aussi, dès que ceux-ci eurent connaissance de la chose, 
accoururent-ils pour essayer de maintenir et faire prévaloir 
leurs droits éventuels pour un retour : leur tentative, où se 
montre quelque rudesse, et ses résultats défavorables sont 
consignés dans une délibération du 3 octobre suivant, prise, 
cette fois, par le Conseil spécial de la cité. 

Es estada fêta la propositio seguent : No obstant que, ab 
resolutio presa per lo Magnif. Conseil gênerai de la pnt Univer- 
sitat, als 7 de mars prop passât, tôt lo comu concenti a la fundatio 
entenian y entenen fer en la pnt Ciutat los Pares Carmelitas 
delcalsos al lloch se trobara mes ha proposit y convenient. y que 
perso se donas a dits religiosos totas las assistentias necessaries, 
y per tôt lo que convindra fer y tractar foren nomcnats en comis- 
saris los S"' Bernât March, Joan Baptista Delaris y Miquel Oli- 
ver, y que tôt se fes baix lo beneplacit de sa Magestat X""', que 
Deu guarde, o de los ministres, de Mens" lllust" y Rev"" Bisbe 
y molt 111' Capitol de Elna, S"" de la pnt Ciutat, y demes pcr- 
sones que convinga, y que, havent représentât lo predict y la 
convenicntia que es la dita fundatio per lo servey de Deu, del 
Rey y benefici publich a Mons" l'Intendant, a dits Mons" lo 
Bisbe y Capitol, aquells an trobats aproposit que cercassen tots 



- 38 — 

los médis convenients per la eflFectuatio de dita fundatio ; y estant 
aquella a bon estât, lo Pare Président del Convent dels Pares 
Caputxins de Perpinya y un company se son comferits en la pnt 
Ciutat, y nos an exposât que ells eran aqui per fer residentia en 
dita Ciutat, y que, perso, attes que le convent es pie de palla (i) 
pel servey del Rey, que los donassem una casa per evitar. Nos 
altres los responguerem com aixis ells venien per residir sens 
permissio dels Ministres de sa Magestat y de Mons" le Bisbe y 
molt Iji' Capitol, S"' d'esta Ciutat ; Nos respongueren que no 
tenien menester permissio de persona. 

Vists y ohits los prédits, anarem à Perpinya per représentât 
lo prédit à Mons" l'Intendant y S"" Bisbe y Capitol ; y trobarem 
que Mons" l'Intendant era partit per Monlluis ; ne parlarem y 
referirem à Mons" lo Bisbe y comissaris de molt 111' Capitol lo 
que passava, losquals sentiren molt la actio dels Pares Caputxins, 
y que ara que la fundatio de dits Pares Carmelitas descalsos esta 
ha bon estât, y dits S"' se son interessats a dita fundatio, y tôt 
lo poble havia consentit, ells se sien moguts, y ab tant de temps 
no havien dit cosa ; y perso nos digueren que en ninguna manera 
lo Comu los donas lloch per havitar y residir en la pnt Ciutat 
sens orde exprès dels Ministres de sa Magestat, de dit Mons"' 
Bisbe y Capitol ; y que en nom de la pnt Ciutat los decjarassem 
que lo Comu nols demana, antesbe que ha consentit a la fundatio 
dels Pares descalsos. Perso se représenta tôt lo prédit, affi que 
V. M. sien servits resoldre en quina manera tornassem resposta 
a dits Pares Caputxins. 

Hoyda dita propositio, es estât resolt, tots unanimes y con- 
cordes, y ningu de aquells discrepant, que en ninguna manera la 
Ciutat los done consentiment, y que, en cas tinguessen permissio 
dels Ministres de sa Magestat y de Mons" lo Bisbe y Capitol 
per tornar ha habitar lad. Ciutat, que sels déclare que lo Comu 
nols vol donar casa ni acistir los en cosa, antesbe que en tôt se 
observe y posa en executio la resolutio del Conseil gênerai aserca 
de la fundatio entenen fer dits Pares descalsos. 

(A suivre) R. de Lacvivier. 

(i ) Il résulte de ce détail que l'incendie signalé, sans date, par la lettre du 
f. Léon de Pézenas n'était pas encore survenu en 1688. Ce nouvel incendie 
n'est, du reste, signalé nulle part ailleurs. "^^ -j^° 



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La Confrérie du Rosaire à Osséja 

(1681 ^ 1789) 

Entre toutes les populations de la Cerdagne franco-espagnole, 
Osséja était, en j 680, — après Puigcerda — la plus impor- 
tante. A cette époque-là, le nombre de ses habitants s'élevait 
environ à près de 600, puisque, en 3 7^3, sa population avait 
atteint ce chiffre, suivant ce que nous apprennent les statistiques 
officielles. Ce pays devint très prospère dans la suite ; en i85o, 
il ne comptait pas moins de m 9 habitants. Grâce aux produits 
agricoles et industriels, on y vivait, somme toute, dans une 
modeste aisance qui mettait les plus pauvres à l'abri de la misère, 
même durant la saison des frimas et des neiges hivernales. 

Au point de vue religieux, la paroisse d'Osséja marchait de 
pair avec sa noble voisine, Puigcerda, dont les nombreux cou- 
vents projetaient sur la contrée un vaste rayonnement de science 
et de vertus morales que ni les temps, ni les hommes n'ont point 
fait pâlir. Les prédications des Dominicains de cette ville, aux- 
quels les curés d'Osséja eurent souvent recours pour les besoins 
de leur ministère pastoral, finirent par orienter la piété des fidè- 
les d'Osséja vers la dévotion particulièrement chère à ces reli- 
gieux, c'est-à-dire celle de Notre-Dame du Rosaire, et promou- 
voir, dans cette paroisse, l'établissement de la Confrérie du 
Rosaire, dont nous publions aujourd'hui le présent mémoire (i). 



La date de fondation de cette Confrérie à Osséja est difficile à 
préciser, faute de documents d'archives. Nous ne possédons que 
le texte des indulgences dont le pape Innocent XI enrichit cette 
mariale association. L'induit pontifical est du 14 janvier 1680. Il 

(1) A moins de références contraires, le lecteur voudra bien se reporter, 
pour cette étude, au registre manuscrit des archives paroissiales d'Osséja. 
dont le titre est ainsi libellé : Llibre de comptes de la Ohra de Sant Pera v 
T{oser de Osséja, de l'any 1703. 



— 4° — 
est manuscrit, rédigé sur un vieux parchemin (o'Sy X o''29), soi- 
gneusement encadré sous verre et actuellement conservé dans la 
sacristie de l'église d'Osséja. 

En marge du verso, on lit la mention suivante manuscrite, : 
« Al primer de agost j68i. Yist y resliluhii. (Signé) Debadia », puis 
celle-ci : « Concessio de la Conf varia de TV" S"" del 7{oser, en lloch de 
Osseja, per Innocencio XV » . 

11 résulte donc de la première de ces deux mentions, que ce 
parchemin n'est point le document original émanant de Rome, 
attendu que, par ailleurs, il ne porte aucune signature, ni trace 
de sceau de la curie romaine. Le texte de cette pièce ne serait 
que la copie du document pontifical, dûment restituée et approu- 
vée par la chancellerie épiscopale d'Urgell, dont l'évêque, en 
i68), avait encore juridiction spirituelle sur toutes les paroisses 
de la Cerdagne franco-espagnole, malgré les clauses du traité des 
Pyrénées conclu, en 1659, par les plénipotentiaires de France et 
d'Espagne. 

Par conséquent, la date précise de la fondation de la Confrérie 
d'Osséja demeurant ignorée, on doit la supposer antérieure de 
plusieurs années à 1680, eu égard aux multiples formalités cano- 
niques exigées pour de telles fondations, et ?ux nombreuses dif- 
ficultés des communications existantes entre Rome et Urgell, sur- 
tout à cette époque où l'on n'avait pas les facilités d'informations 
rapides que nous possédons aujourd'hui. 



D'après l'exposé de cet Induit pontifical, la Confrérie d'Osséja 
avait son siège principal dans l'église de cette paroisse, à l'autel 
de la Sainte Vierge qu'on y érigea dans la suite. 

L'Association était ouverte aussi bien aux hommes qu'aux fem- 
mes. Elle jouissait de privilèges particuliers, attachés à certaines 
pratiques de piété chrétienne. 

Suivant le texte de i'indult de 1680, Innocent XI avait accordé 
aux Confrères d'Osséja : j* Une indulgence plénière le jour de 
leur réception à la Confrérie ; à l'article de la mort, en invocant 
le nom de Jésus, de bouche ou du moins de cœur ; le jour de la 
fête de l'Association, en visitant l'église ou la chapelle de la 
Confrérie, depuis la veille aux premières vêpres, jusqu'au jour 



— 4» — 

de dite fête au coucher du soleil, en y priant aux intentions du 
Souverain Pontife. 

2* Sept ans et sept quarantaines d'indulgences partielles, en 
visitant la même église ou la même chapelle en certains autres 
jours, fixés à quatre, et déterminés par l'Ordinaire diocésain. 

3° Soixante jours d'indulgences partielles à ceux qui assiste- 
raient aux messes ou offices divins, célébrés en dites église ou 
chapelle pour la Confrérie ; à ceux qui recueilleraient les pauvres 
dans un hôpital ou travailleraient à la réconciliation des ennemis ; 
pour toute assistance aux funérailles chrétiennes d'un confrère, 
aux processions, au viatique des confrères malades, et à ceux qui, 
étant convoqués mais empêchés d'y assister, réciteraient, au sigaal 
de la cloche, "^cinq Pater et ^ve pour les confrères défunts ; à 
ceux qui travailleraient à la conversion des pécheurs, qui pourvoi- 
raient à l'instruction religieuse des ignorants ou qui accompliraient 
un acte quelconque de religion ou de charité. 

Toutes ces indulgences étaient applicables aux âmes du purga- 
toire et valides à perpétuité. 

Cette concession d'indulgences fut ensuite soumise au visa de 
l'officialité épiscopale d'Urgell ; le 6 novembre i685, l'ordinaire 
diocésain lui donnait son approbation et en ordonnait la publica- 
tion solennelle dans l'église d'Osséja. 

CONCESSIO DE LA CoNFRARJA DE N. S" DEL RoSER, 
EN LLOCH DE OsSÉjA, PER InNOCENCIO XI' 

Innocentius p. p. XI 

Ad perpetuam rei memoriam, cum (sicut accepimus) in Ecclesia parro- 
chiali sancti Pétri, loci de Ossegia, Urgellen diaecesis. una pia et devota 
utriusque sexus Xristi fidelium confraternitas, sub titulo Beatae Marix de 
Rosario, (non tamen pro hominibus unius specialis artis), canonice erecla 
sive crigenda existât, cuius Confratres et Consorores quamplurima pietatis 
et charitatis opéra exercere consueverunt. Nos, ut Confraternitas honoiis 
majoris in dies suscipiat incrementa, de omnipotentis Dei misericordia ac 
Beatorum Pétri et Pauli Apostolorum eius auctoritatc confisi. omnibus 
utriusque sexus Xristi fidelibus qui dictam Confraternitatem in posterum 
ingredientur, die primo ingressus, si vere pœnitentes et confessi sacra- 
mentum Eucharistiae sacramentum susceperint, plcnariam, ac tam descriptis 



— 42 — 
quam pro temporc describendis in dicta Confraternitate Confratribus et 
Consororibus in cujuslibet eorum mortis articule, si vere quoque pœnitentes 
et confessi ac sacra communione refecti, vel quatenus id facere nequiverint 
saltem contriti non\en Jesu ore si potuerint, sin minus corde dévote invoca- 
verint, etiam plenarian» ; necnon eisdem nunc et pro tempore existentibus 
Confratribus et Consororibus vere etiam pcenitentibus et confessis ac sacra 
communione refectis qui prœdictse Confraternitatis Ecclesiam seu Capellam 
vel oratorium die festo principali dictae Confraternitatis per eosdem Confra- 
tres semel, tum eligendo et ab Ordinario approbando, a primis vesperis 
usque ad occasum solis diei hujusmodi singulis annis dévote visitaverint et 
pro Xristianorum, Principum concordia, hœresum exterminatione ac Sanctae 
Matris Ecclesiae exaltatione pias ad Deum preces effuderint, plenariam 
similiter omnium peccatorum suorum Indulgentiam et remissionem miseri- 
corditer in perpetuum concedimus. 

Insuper dictis Confratribus et Consororibus, vere pariter pœnitentibus et 
confessis ac sacra communione refectis, Ecclesiam seu Capellam vel orato- 
rium hujusmodi loci, in quatuor aliis anni festis vel non festis diebus per 
memoratos Confratres semel, tune etiam eligendis et ab eodem Ordinario 
approbandis, ut semel visitantibus et orantibus qua voluntate pastorum id 
egerint septem annos et totidem quadragenas. Quoties vero missio et aliis 
djvinisofficiis dicta Ecclesia seu Capella vel oratorio pro tempore celebrandis 
et recitandis seu Congregationibus publicis vel privatis ejusdem Confrater- 
nitatis ubivis faciendis interfuerint aut pauperes hospitio susceperint vel 
pacem inter inimicos composuerint seu componi fecerint vel procuraverint 
necnom etiam qui corpora defunctorum tam Confratrum et Consororum 
prœteritorum ad sepulturam associaverint aut quœcumque processiones de 
de licentia Ordinarii faciendas sanctumque Eucharistiae sacramentum tam 
in processionibus quam cum ad infirmos aut alias ubicumque et quomodo- 
cumque pro tempore deferetur convocati fuerint, aut si impediti, campanae, 
ad id signo dato, semel orationem Dominicam et salutationem Angelicam 
dixerint aut etiam quinquies orationem et salutationem easdem pro animalius 
defunctorum Confratrum et Consororum prœteritorum recitaverint aut si 
aliquem ad viam salutis reduxerint et ignorantes prœcepta Dei et ea quse ad 
salutem aut docuerint aut quodcumque aliud pietatis vel charitatis opus 
exercuerint, toties pro quolibet prœteritorum operibus exercicio sexaginta 
dies de injunctis eis seu alias quomodolibet delictis pœnitentis in forma 
Ecclesize consueta relaxamus, prœsentibus perpetuis futuris temporibus vali- 
turis. Volumus autem ut si alias dictis Confratribus et Consororibus prœ- 
missa peragens aliqua alia Indulgentia perpetuo vel ad tempus nondum 
elapsum duratura concessa fuerit prœdecessores nuliae sint, utque si dicta 
Confraternitas alicui Archiconfraternitati aggregata fuerit vel in posterum 
aggregetur, seu quamvis alia ratione iniatur aut etiam .... instituatur. 



- 43 - 

présentes et quœvis aliae litterae Apostolicae nullatenus suffragcntur 

sed ex tune eo ipso sint. 

Datum Romae apud S. Petrum sub Annulo Piscatoris die XXIV januarii 
MDCLXXX Pontificatus. 



Die 6 ^'x-" j685 

Publicent hujusmodi Indulgentiarum largitionum et concessionum litterae 
apostolicae ex decreto Domini officialis et v. g. Urgellis, qui . . . duobus 
domini de capituio ita fieri statuit et decreverit approbando festum présente 
die 3o junii et alios quatuor dies per Confratres prœsentes electos, vide- 
licet : dies sequens post Purificationem, dies sequens post Annuntiationem, 
dies sequens post Assumptionem, et ultima dies post Nativitatem B. M. Vir- 
ginis. 

De Cruyllas, Off. et Vie. Gen. 
Fluvius. 
secret. Offic. 

[M suivre) Jean Sarrète. 



CHRONIQUE D'ART CATALAN 

Les Œuvres d*arl de Louis Delfau 

au Salon Roussillonnais 

(Janvier 1920) 

Ce n'est pas, à vrai dire, un Salon J{oussiIlonnais qui fut affecté 
à l'exposition des œuvres d'art de notre artiste-peintre perpigna- 
nais, M. Louis Delfau, mais simplement une salle insuffisante et 
mal ajourée, vulgairement appelée le « péristyle de la salle 
Arago » de l'Hôtel de Ville. Les visiteurs ont une fois de plus 
regretté que nous n'ayons pas à Perpignan un « Salon » propre _ 
ment dit pour de telles expositions. C'est une lacune de plus, 
parmi tant d'autres, que nos édiles ne manqueront certainement 
pas, dès que les finances municipales le permettront, de combler 
de façon définitive. 11 faut à Perpignan, de toute, nécessité, un 
Tiôlel des Sociétés et un Salon Catalan. 



— 44 -' 



Comme tant d'autres, épris d'art catalan, je suis allé visiter l'ex- 
position Delfau dans ce soi-disant Salon Perpignanais, et, comme 
eux, j'ai été fort captivé par les belles œuvres de notre sympa- 
thique confrère de la Société d'Etudes Catalanes. Je n'ai pas 
l'honneur de le connaître personnellement. Ce n'est plus un jeune 
— dit-on — puisqu'il doit bien avoir la cinquantaine. Somme 
toute, il est dans la pleine maturité de son âge et de son talent. 
On le dit encore trop modeste. Ce n'est pas un mal, car les vrais 
talents s'ignorent toujours eux-mêmes, et c'est là déjà un grand 
mérite. 

Parmi ses œuvres, il en est qui ont la touche des grands maî- 
tres. Les portraits sont remarquables de sincérité : tous justes, 
dessin impeccable, facture large et pleine. Il semble même que, 
voulant s'identifier avec son sujet, l'artiste a trop le scrupule de 
bien faire. Les portraits de MM. Amédée Aragon et Nérel sont 
néanmoins d'une identité si parfaite qu'on les dirait vivants, par- 
lants, entrant en commerce, tant leurs regards sont pleins de 
vigueur, avec les spectateurs qui les considèrent fixement. Il en 
est pareillement de MM. Dot, de Lazerme, Nicolau, de Romeu, 
Sarrat, Trénet (père), si caractéristique par la belle couronne de 
cheveux argentés qui orne son front d'architecte. 

Là où M. Delfau semble avoir mis toute son affection, tout son 
talent de psychologue et d'artiste, c'est, à mon avis, dans la noble 
figure de l'évêque de Perpignan, Monseigneur de Carsalade du 
Pont. Majestueusement drapé dans sa superbe Cappa magna, cou- 
leur mauve, aux plis larges, ondulés et soyeux, le prélat est assis 
dans son cabinet de travail timbré de ses armes de famille et -où 
tout le mobilier est à l'antique. Assis dans son classique fauteuil 
cannelé, il laisse un instant en repos son missel enluminé, ou plu- 
tôt son livre d'étude, grandement ouvert sur un antique pupitre, 
pour se retourner de mi-face vers son visiteur et l'entretenir du 
sujet qu'il médite. Et sur sa figure émaciée, mais rayonnante des 
vastes'pensées qui s'accumulent dans son puissant cerveau, celles- 
ci viennent tour à tour se fixer, pour se traduire ensuite, sur ses 
doctes lèvres, en effusion de paroles qui vous captivent et vous 



- 45 - 

conquièrent par leur charme prenant. Ses petits yeux d'azur, à 
demi-clos tout d'abord, peu à peu s'animent et s'ouvrent pleins de 
feu, d'idées qui vous pénètrent et ne tardent pas à vous commu- 
niquer les vibrations d'une grande âme. Qui ne l'a éprouvé au 
sortir de l'un de ces doux cœur à coeur auxquels notre évêquc 
n'est nullement rebelle ! Tel, le docte et saint Mgr de Flamen- 
ville, d'EIne, immortalisé par le pinceau de notre génial et 
immortel H. Rigaud. 

Parmi les autres oeuvres exposées par M. Delfau, nous avons 
admiré de très beaux paysages, pris dans la zone de nos incom- 
parables contrées roussillonnaises. 

Son coin de i'Albère avec ses chênes-lièges, son mas de VAnglade, 
son mas de la Garrigue, son Collioure avec son église et son châ- 
teau antiques, sa côte Yermeille avec ses landes et ses flots azurés, 
etc., etc., toutes ces petites toiles, lumineuses, ensoleillées, sont 
d'un coloris exquis, très pittoresque. 

11 en est de même de sa partie de cartes, de sa vierge orientale, 
de ses deux espagnoles. Qui n'a admiré surtout sa bonne vieille 
catalane, ravaudant des bas près de sa fenêtre et enfilant son 
aiguille avec une attention si captivante ? Quel est le visiteur qui 
ne s'est dit, en la voyant : « Voilà ma bonne vieille grand'mère 
d'autrefois ! C'est elle ! » Pourquoi nos artistes modernes sem- 
blent-ils délaisser ces vrais types de la race catalane ? Remercions 
M. Delfau de leur avoir ainsi rappelé ces leçons d'affection à la 
petite patrie. 

Delfau, m'a-t-on dit, n'était pas connu du public ; une modes- 
tie exagérée l'avait toujours tenu éloigné de ce qui pouvait res- 
sembler à une réclame. Son exposition de 1916, que quelques 
amis avaient organisée malgré lui, fut une révélation ; les sympa- 
thies allèrent nombreuses à l'artiste consciencieux et modeste dont 
le talent était ainsi révélé. 

Son exposition de janvier dernier (1920) n'a été que la confir- 
mation du premier succès, assure-t-on. 

A tous les éloges que les critiques d'art et les visiteurs perpi- 
gnanais ont déjà unanimement adressés à M. Delfau, nous joignons 
les nôtres et ceux de la Société d'Etudes Catalanes, que son 
talent honore si bien. Elève, dit-on, de Bonnat. il est digne d'un 
tel maître. Jl ne fait pas moins d'honneur à notre H. Rigaud 



- 46- 

catalan, que Bonnat lui-même n'a pas certainement dédaigné. Au 
reste, l'illustre Rigaud n'eut point d'autre modèle que Van Dyck, 
type classique de nos anciens peintres roussilionnais, comme il 
devrait l'être toujours de nos contemporains portraitistes qui aspi- 
rent à la vraie gloire. Ils ne trouveront pas de meilleures sources 
d'inspiration ailleurs que dans les chefs-d'œuvre de nos anciens 
maîtres classiques. C'est une grave erreur que de prétendre le 
contraire. J- S. 

 la mar nostra 

M'agrades, mar, quan petoneges 
Nostres sorrals de Rossellô 

que sobre 'Is penyals blanqueges 
Ton aigua blava i murmureges 

Ta mateixa eternal cançô. 

M'agrada te veure agitada, 
Oir ton bram molt horrorôs 

1 flairar l'amarga halenada 

Que 'ns portes amb la gran ruixada 
De la teua ona al bes ploros. 

M'agrada ton espill de plata 
Reflectant l'alba a l'Orient 

el sol vermeil quan tart s'acata 
De l'altre banda i s'enforata 
Dintre dels monts de l'Occident. 

Perd molt mes t'estimarîa 
Si, dant al mariner la pau, 
Estaves quieta i nit i dia 

1 si, sobre '1 teu si, podîa 
Lliscar sens temença sa nau. 

Alqù, 



La seigneurie ^ la paroisse du Scier 

06=^3^- {SÏ4JTE) 

L'évcque d'Elne avait toujours un représentant ou baille au 
Soler d'Amont. Le 17 décembre 1548, une criée est faite par 
ordre du batlle défendant d'élever des porcs sur le territoire du 
Soler d'Amont, de garder, à partir du i5 janvier, ceux qui peu- 
vent s'y trouver et de laver dans le canal de la fontaine (i). D'un 
autre côté, Jean Ballestar, batlle général de la mense épiscopale, 
-délègue, le 3i mai iSSq, ses pouvoirs à Jean Malet pour juger 
dans la batllie du Soler les causes civiles dont l'objet n'est pas 
supérieur à 40 sous (2). En iSjo, le batlle de la mense épisco- 
pale reçoit la reconnaissance d'une maison sise sur la route qui 
va du chemin royal de Confient à l'ancienne église du château (3). 

A la fin du xvi' siècle, une mainmise est opérée «ur divers 
biens de la mense épiscopale vacants par suite de la translation 
de François Robuster et Sala à l'évêché de Vich. A cet effet, 
Philippe Jordi, archidiacre de Confient et sous-collecteur de la 
Chambre apostolique, se présente devant le château du Soler 
d'Amont, le 21 octobre 1598. Le viguier de Roussillon le prend 
par la main droite et l'introduit dans l'intérieur du château. Là, 
on ramasse un peu de terre et on la jette aux quatre vents. 
Ensuite, en signe de mère et mixte empire, une épée tirée du 
fourreau et des gants sont présentés à Philippe Jordi. Enfin, en 
signe de propriétaire de la dîme, on offre au sous-collecteur 
une poignée de froment (4). 

(1) Archives des Pyr.-Or., G. 40. 

(2) Archives des Pyr.-Or., G. 148. 

(3) Archives des Pyr.-Or., G. 41 . — Nous verrons plus loin que l'église 
du casirum, dédiée à saint Julien et sainte Baselisse, fut abandonnée. On 
bâtit alors l'église actuelle dont la première pierre fut placée le 5 juillet 1 554. 

(4) Archives des Pyr.-Or., G. 24. — Accepit. dictum revcrendum domrnum 
subcollectorem per manum dexteram et intus dictum castrum eum intrcmisit et inlus 
diclum castrum se spaciaverunt terram erigendo et dispert^endo. et in signum meri 
et mixti imperii eusem evaginatam eidem domino subcollecton et unas ohirolecas 
tradendo ; et in signum décime eidem unum pugnum Iritici Iradendo, 



— 4^ — ^ 

Le château en question était presque complètement ruiné, puis- 
que, le 16 janvier 1608, on trouve des criées provenant de la 
concession projetée d'une pièce de terre dans l'enceinte du châ- 
teau (j). Bien plus, le 19 novembre ]6c8, on procède à une 
enquête contre des personnes qui ont pratiqué des passages dans 
les murailles (2). 

Le batlle de l'évèque n'avait aucun droit sur les particuliers 
qui habitaient des maisons soumises à une juridiction étrangère. 
En 1628, on porte plainte contre le sous-batlle de l'évèque qui a 
commandé de garde un tisserand qui habitait une maison soumise 
à la juridiction du seigneur du Soler d'Avall (3). 

La peste faisait des ravages dans le Roussillon. Aussi, le 
23 novembre 3628, le juge épiscopal dans la Cour du Soler 
enjoint au batlle et au sous-batlle de cette localité de veiller avec 
soin à l'occasion de ce fléau (4). 

Le 10 janvier i638, le représentant de la Chambre apostolique 
prend possession du Soler d'Amont. Aussitôt une criée est publiée 
en son nom pour défendre de blasphémer, de jouer pendant les 
offices, de chasser en temps prohibé et de pêcher sans la permis- 
sion du dit représentant (5). 

L'administration communale, exercée par les consuls, était sou- 
mise à l'approbation de l'évèque ou de son procureur. C'est pour- 
quoi les consuls demandent l'autorisation épiscopale quand ils 
prennent la résolution, en i65o, de rétablir les droits de logis 
ou hôtel, de boulangerie, de boucherie, de gabelle, droits que 
la communauté possède depuis longtemps, mais qui s'étaient per- 
dus à l'occasion des guerres passées ou par négligence (6). En 
1654, ces droits sont aff^ermés par les consuls Dominique Perra- 
mon et Raymond Carbonell : « Arrendameni de î'hostal, fleca y 
gavella del Soler novameni imposât en virlul de la llicencia concedida 
per lo rev. T^afel prevere y canonge de la iglesia de Elna, la sede 
épiscopal vacant, collector de las rendas del bisbai de lElna » (7). 
(A suivre) Joseph Gibrat. 

(i) (2) (3) Archives des Pyr.-Or., G. 40. 
(4) (5) Archives des Pyr.-Or., G. 43. 

(6) Archives des Pyr.-Or., C. i85o. 

(7) Archives des Pyr.-Or., Fonds d'Oms. 

Le Gérant, COMET. — Imprimerie Catalane, COMET, rue de la Poste, Perpignan 



14' Année- N' 161 Hars 192Ô 

Les Manuscrits non insérés ^m^ ^F%^ V^ tf ^^^ 

ne sont oas rendu». t^T Wi ^Lr I I M^ 



CATALANE 



Lrs Àrrides oarus dans ia Revue 
n'engagem oue leurs auteurs. 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. — Cotisation : 10 fr. par an 



Comment le Roussillon devint catalan 



Dans un article précédent (i), j'ai montré quelle était la signi- 
fication de l'événement historique que marque, pour le Roussillon, 
le tournant de 865. Le Roussillon, terre gauloise, est adminis- 
trativément soudé par Charles le Chauve aux comtés hispaniques 
créés de l'autre côté des Albères et dont le centre de gravité 
devait être Barcelone. 

Mais l'acte de 865 n'aurait pas eu les conséquences qu'il a eues 
réellement, si des circonstances particulières n'avaient facilité cette 
sorte de glissement historique de la terre roussillonnaise vers le 
sud. 

Et tout d'abord, nous relevons parmi ces circonstances le fait 
que le midi de la France, et spécialement le sud de l'ancienne 
Septimanie, avait fait partie de l'Etat wisigothique ; le fait aussi 
que cette même région avait subi au même degré, et presque 
dans les mêmes conditions, la domination sarrasine. La reconquête 
carolingienne (2) qui refoule le Maure va presque d'im élan, en 
quelques années, de Narbonne à l'Ebre. Dégagés en même temps, 
— ou peu s'en faut, — le sud de l'ancienne Septimanie et le 
nord de l'ancienne Tarraconnaise trouvent dans ctrtte communauté 
de destins une raison nouvelle de fraterniser. 

Mais il y a plus. C'est dans le comté de Roussillon et dans 
les comtés transpyrénéens que viennent affluer les réfugiés espa- 

(i) Une date de l'histoire du Roussillon : le Tournant de 865, dans la T^evue 
Catalane, \5 novembre i9'9- 

(2) La frontière pyrénéenne entre la "France et l Aragon, dans la T^^evue des 
"Pyrénées, 1 o 1 3 . 



- 5o - 

gnols que la prévoyance carolingienne, par d'habiles mesures, 
attire en pays rédimé (i). Pour des motifs à la fois militaires et 
agricoles, pour avoir prête à la défensive ou à l'offensive une 
armée des Pyrénées, et aussi pour fournir à une contrée mal 
pourvue de main-d'œuvre les bras nécessaires à son relèvement 
économique, Charlemagne et ses successeurs font miroiter des 
avantages séduisants et d'ailleurs substantiels à ceux qui, de l'Es- 
pagne musulmane, accourent à eux : ils seront, sur la terre fran- 
que, chrétiens et sujets libres, ils peupleront et cultiveront le 
pays reconquis. Tout un système de colonisation, fondé sur le 
droit dit d'aprision, est prévu, appliqué avec persévérance au 
grand bénéfice de la renaissance économique qui succède à la | 
crise, et, sans entrer pour le moment dans le détail de cet effort 
dont les créations monastiques doublent l'efficacité, il apparaît 
qu'une immigration intense de ceux que les textes appellent Gothi 
sive Jiispani, — Goths ou Espagnols, — se produit durant les 
viu' et ix' siècles, tant au nord qu'au sud des Albères. 

Certes, il serait excessif, — et même inexact, — de croire 
que cette immigration a détruit le fonds gaulois de l'âge précé- 
dent. 11 n'en est rien, et l'événement l'a prouvé. Le fond celtique 
n'a pas plus été anéanti chez nous par l'élément venu d'Espagne 
quil ne l'a été en Alsace'par l'élément germanique (2). 11 ne faut 
point sacrifier les habitants indigènes aux nouveaux venus, les 
Pagenses aux Jiispani de nos documents. Une certaine modification 
ethnique a cependant suivi, sans aucun doute, cette intrusion 
d'apports espagnols abondants et actifs, rapprochant, par voie de 
conséquence logique, l'ethnographie roussiilonnaise et l'ethno- 
graphie catalane. 

Par là a été rendue possible et féconde l'union du Roussillon 
et de la Catalogne, par là aussi a été rendue possible la différen- 
ciation du Roussillon à l'égard de la partie plus septentrionale de 
l'antique Septimanie, devenue à l'âge suivant le Bas-Languedoc. 

En d'autres termes, tout en restant au fond gauloise en vertu 



(1) Melchior, Les Etablissements des Espagnols dans les Pyrénées méditerra- 
néennes, Montpellier, 1919. 

(2) Sur le saisissant parallélisme de l'histoire de l'Alsace et du Roussillon, 
cf. mon article Deux prox'inces soeurs, dans Montanyes T(egalades, 1919. 



- 5i — 

d'ofigînes imfifesctiptibles, la population roussillonnaise, mâtinée 
de gothique par le reflux de l'époque carolingienne, s'est difé- 
renciée de la population de la Narbonaise et s'est rapprochée de 
la population des comtés trans-pyrénéens. Le Roussillon est 
désormais quelque chose de spécial, d'unique, une etiHié historique 
nettement spécifiée, capable de se souder soit à la France à rai- 
son de son fond gaulois, soit à la Catalogne à cause de l'alluvion 
hispanique superposée à ce fonds. Au lendemaiiT de 865, comme 
il fallait s'y attendre, c'est ce dernier élément, actif et frais, qui 
l'emporte, d'autant plus que le geste de Charles le Chauve a 
orienté administrativement le Roussillon vers Barcelone, et, au 
x' siècle, c'est vers Barcelone que le Roussillon et la Catalogne 
regardent, c'est le sort de la Catalogne en formation que nos 
comtés partagent politiquement, socialement, intellectuellement. 

C'est en effet l'époque où du latin va se dégageant la langue 
romane : le parler de Perpignan naissant sera celui de Barcelone. 
Le Roussillon devient catalan. Pendant des siècles il suivra la 
destinée catalane. 

Un homme a incarné, au moment décisif, dans l'ordre politique 
et peut-être moral, les aspirations de la Catalogne en devenir : 
cet homme, brillant dans l'histoire et plus encore dans la légende, 
c'est le célèbre JOFFRE-LE-POILU (i). 

Comte de Barcelone et de Gérone, marquis de la Marche, 
Joffre fit donner le comté de Roussillon à l'un de ses frères, 
Miron. Celui-ci devint la tête d'une lignée comtale dont la 
dépendance vis à vis de Barcelone résulte de cette parenté même. 
La distribution des pays (pagi) de la Marche est d'ailleurs varia- 
ble, à chaque génération, entre les membres de la famille de 
Joffre. Un comté que Ion a coutume d'appeler comté d'Empo- 
ries-Roussillon et qui comprenait, sur les deux versants des 
Albères, la côte et la plaine, conserva son homogénéité jusque 
vers 990, s'opposant au comté de Cerdagne, échu à un fils de 
Joffre. Ce comté, dont la ville principale était Hix, ajoutait à la 
Cerdagne propre le Confient, le Capcir, le Fenouiilèdes et la 
partie haute du Roussillon. Vers 990, les deux lots ainsi formés 

■ h) La T(evue Catalane, i5 janvier 1920, a annonce l'ouvrage attachant 
que va faire paraître Pierre Vidal sur ce personnage. 



— $2 — 

furent divisés chacun en deux portions, afin de pourvoir d*unê 
part les deux fils d'Oliva Cabreta, comte de Cerdagne, et d'autre 
part les deux fils de Guifre, comte d'Empories-Roussillon. Des 
deux fils d'Oliva Cabreta, l'un, Jcffre, eut la Cerdagne et le 
Confient ; l'autre, Bernard, surnommé Taillefer, eut le reste, y 
compris par conséquent le Vallespir, la haute vallée du Tech 
jusqu'au Perthus, le pays des Aspres et la haute plaine du Rous- 
sillon avec Thuir, 111e, Millas et Saint-Féliu ; il prit le titre de 
comte de Besalu, et, de ce coté-ci des Pyrénées, il fit probable- 
ment du château de Castelnou, — bâti à cette époque, — le 
centre de sa domination. Des deux fils de Guifre, l'un, Hugues, 
prit Empories et Peralada ; l'autre, Guila'oert 1", garda la basse 
plaine du Roussillon avec le titre de comte de Roussillon. 

Des quatre lots ainsi formés, — et dont il n'y a pas lieu de 
suivre ici les vicissitudes (i ), — le plus durable fut celui précisé- 
ment qui semble avoir été territorialement le plus modeste : celui 
de Guilabert. 

Dès Jiii, la maison de Barcelone annexait à ses domaines 
ceux des comtes de Besalu, et, en i j 1 7, ceux des comtes de 
Cerdagne, tandis que la dynastie issue de Guilabert se perpétua 
jusqu'à l'année 1172. Mais une invincible force d'attraction 
s'exerçait depuis le temps de Charles le Chauve et de Joffre le 
Poilu, et vouait les comtés dépendant de la Marche de joffre à 
venir s'agglutiner au comté majeur de Barcelone. 

En 1 172 sonne cette heure pour le comté roussiilonnais. L'hé- 
ritage des descendants de Miron vient aux mains du comte de 
Barcelone qui, par surcroît, n'est autre maintenant qu'un très 
grand prince : Alphonse d'Aragon-Catalogne. En lui, la qualité 
comtale venue de Joffre s'allie à la dignité royale. Ainsi, à l'épo- 
que précise où le Roussillon s'adjoint au conglomérat des comtés 
transpyrénéens constitué en Principal de Catalogne (2), le Prin- 
cipat lui-même vient de faire union avec la monarchie aragonaise. 

Or, si la puissante individualité de la Catalogne excluait 

( 1 ) Sur un épisode particulièrement curieux de ces variations de la carte, 
cf. ^ propos d'un duché de J^oussillon au x' siècle, dans T^uscino, 1913. 

(2) On admet généralement que le mot d'assez mystérieuse origine Cata- 
logne provient d'une forme hypothétique, Gotholania, ce qui donnerait aux 
Gçthi de nos textes un rôle capital dans le Principat. 



— 53 — 

d'avance toute possibilité de fusion avec l'Aragon, de même 
l'individualité du Roussillon et de la Cerdagne, conservée au 
ix' siècle, s'affirme à l'égard du Principat. Malgré la communauté 
de langue, de civilisation et de vicissitudes politiques, le titre 
comtal de T^oussillon et Cerdagne subsiste et se perpétue, au lieu 
de s'absorber, comme les autres titres comtaux de la Marche, 
dans le titre comtal barcelonais. 

Comment le T^oussilhn devint catalan, c'est donc ce que les faits 
dûment interprétés permettent de comprendre, et, du même coup, 
il est aisé de saisir dans quelle mesure il le devint, car il appa- 
raît nettement pourquoi et de quelle manière le Roussillon a pu 
sauvegarder, à travers les siècles, cette originalité propre dont 
l'avait doté l'histoire et par quoi, demeurant catalan, il n'a pas 
cessé d'être roussillonnais. 

J. Calmette, 
' Professeur à la Faculté des Lettres 

de l'Université de Toulouse. 



NÉCROLOGIE 

C'est avec un profond regret que nous avons appris, le mois 
dernier — 19 février — la mort de M. Justin Pépratx, notaire 
à Perpignan. Il était venu à nous en 1910, et depuis lors il s'in- 
téressait beaucoup à notre Société et à notre T^evue Catalane. 
C'était d'ailleurs un esprit très ouvert aux choses de la pensée. 
Il s'était surtout adonné à l'art musical, en lequel il excellait par- 
ticulièrement. ]] fut l'un des fondateurs de VEstudianrina perpi- 
gnanaise, dont il devint le directeur apprécié de tous. Notre 
défunt confrère était de race. Son père, Justin Pépratx, est le 
traducteur de VJftlantide du grand génie catalan, Mossen Cinto 
Verdaguer ; il a ainsi beaucoup contribué a vulgariser les œuvres 
de l'immortel chantre de la terre catalane, le « Père de notre 
renaissance catalane ». 

A tous ceux que la perte de notre regretté confrère laisse 
aujourd'hui dans un deuil si profond, la Société d'Etudes Cata- 
lanes adresse ses biens sincères condoléances. 



Chroniqueurs et Historiens Catalans 

des Xlir ^ XIV^ siècles ) 

1 
L'Ecole historique de Ripoll 

Le monastère de Sainte-Marie de Ripoll, qui fut le panthéon 
des Comtes de Barcelone, fur aussi le berceau de l'historiographie 
catalane. Dès les premières années du xi' siècle, l'un des abbés, 
le célèbre Oliva, y avait organisé une bibliothèque et un scriplo- 
rium où les moines rédigeaient jour à jour des notes annalistiques 
concernant les faits et aestes des comtes catalans. 

Ces notes nous sont parvenues sous la forme de deux chroni- 
ques : le Chronicon 7{ivipuilense (Chronique de Ripoll) (2) et les 
Gesta Comilum Barcinonensium (Gestes des Comtes de Barcelone) (3). 

(i) Cambouliu (F.-R.), Essai sur l'histoire de la littérature catalane... 
Deuxième édition, Paris, Durand, i858, in-8° ; — Tourtoulon (Ch. de), 
Jacme i" le Conquérant, roi d'Aragon, comte de "Barcelone , seigneur de Mont- 
pellier, d'après les Chroniques et les documents inédits. "Première partie : la jeu- 
nesse de Jacme le Conquérant. Montpellier, Gras, i863, in-8° ; — Ticknor 
(G.), Jiistoire de la littérature espagnole. . . traduite de l'anglais en français pour 
la première fois... par J.-G. Magnabal. Paris, A. Durand, 1864, 3 vol. 
in-8° ; t. I, ch. xvi : — Baret (Eugène), Les troubadours et leur influence sur 
la littérature du midi de l'Europe avec des extraits et des pièces rares et inédites. 
Paris, Didier et C", 1867, in-16; — Massô Torrents (Jaume), Tiistorio- 
grafia de Catalunya en català durant l'época nacional, dans la 7(evue hispanique, 
t. XV (année 1906), pp. 486-613 ; — Rusio y Lluch (Antoni), Documents per 
l'historia de la cultura calalana mtgeval. Institut d'Estiidis Catalans, Palau de 
la Diputacio, Barcelona, 1908, gr. in-4°. 

(2) Inséré par le P. Villanueva dans son Tiaje literario a las iglesias de 
Espana, t. v, pp. 241-249. 

(3) Insérés par Baluze en appendice dans le Marca hispanica, col. 537- 
58o, d'après un manuscrit provenant de Ripoll, aujourd'hui à la Bibliothè- 
que Nationale de Paris (fonds latin, n° 5941 ). — M. Barrau-Dihigo a 
retrouvé des fragments inédits des Gesta ; il les a publiés dans la J{evue his- 
panique de l'année 1902, t. ix de la collection. 



— 55 — 

Le Chronicon s'arrête à l'année 1191 ; les Gesia se poursuivent 
jusqu'à l'année 1299. Les Gesla laissent moins de place à la 
légende que le Chronicon, et ils ont joui d'une grande faveur 
auprès des bons historiens du Principat, qui, comme Bernât Boa- 
des (commencement du xv' siècle), les utilisèrent avec profit. 

Les deux chroniques sont en latin, mais il existe une version 
catalane des Gesia faite probablement dans les dernières années 
du xiiT siècle, du moins pour toute la partie qui va jusqu'à la 
mort de Jacques le Conquérant, en 1276. On en possède quatre 
manuscrits dont deux sont conservés aux Archives municipales de 
Barcelone (j). La version catalane des Gesia n'a jamais été impri- 
mée. Elle suit de très près le texte latin, avec des variantes assez 
insignifiantes dans les manuscrits. Elle commence ainsi : 

« Del Casiell d'Ariia, que es en Caialunya en lerriiori de Comfleni, 
cosia h flum que es apellat Tei, era un cavalier rich, bon d'armes e 
de gran conseyl, per nom Guiffre (2) « . D'après les Gesia, ce Guif- 
fre, que nous appelons Joffre d'Arria, fut le premier comte de 
Barcelone, mais tout ce qu'ils en rapportent paraît être légendaire ; 
il n'en est pas de même de ce qu'ils disent de son prétendu fils 
Guifïre ou Joffre lo Pelos, qui fut le véritable fondateur de la 
maison comtale de Barcelone. 

Vers i'éooque où l'un des moines de Ripoll traduisait les Gesia 
en langue vulgaire, « en romans », comme on disait alors, Père 
Ribéra de Peroeja composait dans la même langue une Croniqua 
de Espanya, adaptation de ia Chronique latine de l'archevêque 
Rodrigue de Tolède, mort en 1247 (3). Ribéra l'avait augmentée 
de certains détails relatifs à l'Aragon et à la Catalogne que 
Rodriguez avait négligés. 

(i) Voyez à ce sujet YTiisioriografia de M. Massô Torrents, pp. 493- 
498. 

(2) Texte latin des Gesla : « Temporibus siquidem retroactis fuit quidam 
nulles nomine Guifredus de villa quae dicitur Arrianum, quae est sita in terri- 
torio Confluente, juxta amnem qui vocatur Thetis. Hic miles divitiis, armis 
et consilio opinatissimus... m 

(3) La Croniqua de Espanya est inédite ; le manuscrit qui nous l'a conservée 
est à la Bilbiothèque Nationale de Paris. M. Alfred Morel Fatio l'a vague- 
guement signalé dans son Catalogue des manuscrits espagnols et portugais de ce 
dépôt, n° 41 ; M. Massô Torrents (loco cit.. pp. 498-502) en a donné une 
intéressante description. 



— 5b — 

On peut encore citer, de la même époque, une traduction cata- 
lane de la Chronique latine dite de Marti de Troppau, dont le 
manuscrit est à la Bibliothèque Saint-Laurent de l'Escurial. 

Tous ces essais indiquent les efforts faits par quelques lettrés 
pour élever la littérature catalane jusqu'à l'histoire ; ils montrent 
que l'historiographie en langue vulgaire n'était pas chose nouvelle 
en Catalogne lorsque Jacques 1" prit Ja plume pour rédiger ses 
« Mémoires » ; mais la littérature catalane ne naîtra véritablement 
qu'avec le livre de cet illustre et royal écrivain. 



]] 

La Chronique de Jacques I" le Conquérant 

Le fils de Pierre II «le Catholique » et de Marie de Mont- 
pellier n'avait que six ans lorsque son père mourut à l'échauffourée 
de Muret en 121 3. Délivré des mains de Simon de Montfort, 
affranchi de la tutelle du Grand Maître du Temple, auquel 
l'avaient confié les Corh de Lleyda, et, en dernier lieu, de la 
régence de son oncle Sanxo, Jacques 1" soumit la noblesse arago- 
naise rebelle à son autorité, mit ainsi fin aux luttes intestines qui 
agitaient le royaume d'Aragon, se maria, en 1221, avec Eiéonore, 
fille d'Alphonse VI 11 de Castille, et prit hardiment les rênes du 
gouvernement. 

Ce prince illustra son nom par ses éclatantes prouesses et sa 
bravoure militaire qui trouvèrent un heureux complément dans 
son remarquable talent d'organisateur et de législateur. La posté- 
rité a donné le surnom de « Le Conquérant », Lo Conqueridor, à 
ce grand roi d'Aragon qui enleva successivement aux Sarrasins 
Majorque, "Valence et Murcie. 

C'était « lo pus belî princep del mon, e lo pus savi, e lo pus gra- 
cias, e lo pus drelurer, e cell qui fo mas <fmat de rotes genls, axi dels 
seus sotmesos com d'attres eslranys e privades genls, que rey qui 
hanch fos ( i ) ». 

Dans les dernières années de sa vie, Jacques 1" écrivit une chro- 
nique ou commentaire des principaux événements de son règne. 

(i) Chronique de Ramon Muntaner, ch. vu. 



-57- 

C'est une belle oèuvfe littéraire, écrite dans un style simple et 
vigoureux qui, sans prétention à l'élégance, nous met sous les 
yeux les événements avec un air de vivante réalité (i). 

Le livre est divisé en quatre parties. La première porte 
sur les troubles qui ont suivi son avènement au trône après une 
longue minorité, sur la reprise de Majorque et de Minorque 
sur les Sarrasins, de 1229 à j 2 33 ; la seconde roule sur la 
conquête du royaume de Valence, définitivement vaincu en 1239, 
de sorte que les mécréants détestés n'eurent jamais plus un 
établissement solide dans la partie nord-est de la Péninsule ; la 
troisième traite de la guerre que le roi d'Aragon poursuivit à 
Murcie jusqu'en i 266 pour le compte et au bénéfice de son 
parent Alphonse le Sage, roi de Castille ; enfin, la dernière par- 
tie expose les ambassades que Jacques reçut du khan de Tartarie 
et de Michel Paléologue, empereur de Constantinople, sur les 
tentatives de Jacques lui-même, en 1 268, pour conduire une expé- , 
dition en Palestine, expédition qui fut détruite par la tempête. 
L'histoire se continue jusqu'à la fin de son règne par de courtes 
notices qui, excepté la dernière, présentent le caractère d'une 
autobiographie (2). 

Une lecture attentive et suivie de la Chronica donne bien l'impres- 
sion que le roi écrivait de mémoire, tant il y a de charmante sim- 
plicité dans le récit de ses souvenirs et de ses conversations d'antan. 
11 dit, à un endroit, que « Tlquesi libre es aylaî que coses de menude- 

()) La première édition de la Chronica de Jacques l"est celle de Valence, 
année 1557. Elle est devenue très rare. On trouve plus facilement celle qu'a 
publiée M. Marian Aguilo y Fuster en 1873 avec ce titre : Cronica comen- 
taris del gloriosissim e invictissim rey en Jacme primer, rey Darago, de Mallor- 
ques e de Yalencia, compte de Barcetona e de Montpesler, Diclada per aquell en 
sa Uengua nalural, e de nou feyta estampar per Marian Jlguilô y Fuster. Bar- 
ceîona, any m.dccc.lxxiii. C'est l'édition que j'ai suivie pour les citations. 

En 1905. M. Ferrer y Vidal a donné une édition populaire de la Chro- 
nica royale, en deux volumes, formant le premier et le second d'une Biblio- 
teca Classica Catalana. 

(2) Lors de son voyage à Lyon, le roi Jacques accompagné de son fils 
Pierre, s'arrêta à Perpignan : « E quan fom a Gerona l'infant en P. [«re| 
fiyl nostre convidans lo dia de Paschua a Torroela, e ali cstiguem ab ell. 
Puys exim dali, e anam nos ne ves Perpinya, e ell seguins tro la ; e aqui 
manamli que sen tornas. E nos anam nosen vcs Montpcylcr. e aqui esti- 
guem VIII dies, puys metem nos en cami ». (Chronica, éd. Aguilo, p. 5o4J. 



— 58 -• 

ries no y deu hom melre w.Ce qui ne l'empêche pas de nous donner 
souvent des détails intimes sur sa personne, par exemple quand il 
nous informe que pendant le siège de Valence il souffrait des 
yeux : « E nos lavores haviem mal ah uyls, e noîs podiem obrir menys 
d'aygua calda quels nos lavavem (i) ». Ailleurs, il nous dit com- 
ment il a supporté la faim et la soif, comment, un jour, un Sar- 
rasin lui fit présent de raisins qui « eren aylals quels aduyen en 
sachs e nos irencaven ne s'afolaven ». 

Son âme sensible se révèle dans plusieurs circonstances. Au 
moment de lever le camp du Puig de la Cebolla pour retourner à 
Burriana, le roi s'aperçut qu'une hirondelle avait construit son 
nid dans sa tente ; il défendit de l'enlever jusqu'à ce que la bes- 
tiole s'en fût allée avec ses petits, puisqu'elle avait mis sa con- 
fiance en lui : « E quan vench quen volguem levar la osl, una orenela 
havia feyi niu prop de la escudela en lo tendal, e manam que no levas- 
sen la tenda Iro que ella sen fos anada ab sos fiyls, pus en nosha fe 
era venguda » (2). 

Le roi avait quelquefois le mot pour plaisanter. Lorsqu'il arriva 
devant Valence pour en faire le siège, l'un de ses conseillers de 
la noblesse proposa au roi de s'emparer d'abord des villages 
environnants, mais son avis était de prendre la ville tout de 
suite : « y^xi, disait-il, haurem la galina e puys los poleis (3) ». Un 
autre jour que ces mêmes conseillers lui faisaient compliment de 
ce qu'il savait pénétrer les desseins de l'ennemi, il leur fit cette 
réponse : « Yal mes qui ho devina que qui ho cerca » . 

L'écrivain et le poète se montrent à chaque pas dans la Chro- 
nica. L'évocation de la flotte réunie dans le port de Salou pour 
aller à l'attaque de Majorque lui dicte cette jolie phrase : « E 
quan viren los de Tarragona els de Cambrils que lesiol movia de 
Salou fer en vêla, e faya ho bel veer a aquells que romanien en terra 
e a nos, que iota la mar semblava blancha de les vêles, ian era gran 
lestol {4) ». Mais bientôt la flotte est assaillie par une bourrasque : 
« E, quan fo entre ora nona e vespres, enforiis la mar pel creximeni del 

(1) Chronica, édition Aguilô, p. 298. 

(2) Ibidem, p. 258. 

(3) Ibidem, p. 288. 

(4) Ibidem, p. 90. 



- 59 - 

vent, e feu iania de mar que en la lerça pari de la galea de pari de 
proa, que passava dessus la aygua de les grans ondes de la mar canl 
venien (3) ». 

Le beau temps revint, mais ne fut pas de longue durée : 

E quant vench a la mija nuyt vim entre naus e galeas e tarides be. xxx. 
tro en xl. E faya bêla luna, e vench nos i. oreg de vent de part de garbi, e 
dixemlos nos que ab aquel poriem anar à Polença, que aixi era estât acordat 
quel estol arribas a Polença, E faem vêla, e aixi con la vaeren fer a nos, fae- 
renla aquels qui pogueren veer la nostra vêla qui eren en aquela mar en que 
nos erem. E nos que anavem ab aquela bonança, e ab aquel dolç temps 
que haviem, vench una nuu contra vent de Proença, e dix i. mariner 
de la galea, en Bgn. Gayran per nom, qui era comit : Nom afaut daquela 
nuu que veg de part de vent de Proença. E ell mana que estiguessen los 
mariners apparaylats los uns à la puja. los altres a la orça de popa els 
altres a la orça de proa. E quant ach ordenada sa galea, que estiguessen 
apparaylats, vench lo vent de sobre part de la vêla, e al venir del vent 
crida 1 comit : cala, cala ! E les naus e els lenys que venien entorn de 
nos foren en gran enbarch e en gran pena decalar. E havia gran crida entre 
els, car lo vent los vench soptosament, car era bel nuu. E calam nos, e tots 
los altres, e feu mala mar que referia aquest vent a la Proença al vent de 
libeig que feyt havia. E totes les naus, e les galees, e els lenys que eren 
entorn de nos e en lestol estigueren a arbre sech. E daquel vent a la Proença 
feu mala mar, e nuyl hom en la galea en que nos erem no parlava ne deya 
re, e estaven tuyt suau ; e anaven los lenys en roda... » (al 

( 1 ) Ibidem, p. 92. 

,(2) Et quand il fut minuit nous vîmes jusqu'à trente ou quarante vaisseaux 
entre nefs, galères ou tartanes. Il faisait un beau clair de lune. Alors vint 
un coup de vent de garbi, et nous comprîmes que grâce à lui, nous pour- 
rions arriver à Pollença, car il avait été décide que nous aborderions à cet 
endroit. Notre galère fit voile, et toutes les galères qui étaient en cette mer 
firent voile aussitôt qu'elles purent voir la nôtre. Et pendant que nous 
marchions avec ce beau temps et cette douce bise, une nuée se forma contre 
vent de Provence, ce qui fit dire à un marin de notre galère, Berniguer Gay- 
ran, qui en était le capitaine : « Je me méfie de ce nuage que je vois venir du 
côté du vent de Provence ». Et il ordonna que les mariniers se tinssent prêts, 
les uns à la proue, les autres au château de poupe. Et quand il eut ainsi 
ordonné sur la galère que chacun se tint prêt, le vent prit la voile par des- 
sus, et, en voyant le vent venir ainsi, le capitaine cria : Cargue ! cargue ! 
Et les navires et les bateaux qui étaient autour de nous furent en grand 
embarras et en grande peine de carguer les voiles, et il y avait grands cris 
entre eux, car le vent vint à l'improviste, et le nuage était grand. Et nous 
carguàmes les voiles ainsi que tous les autres, et la mer fut mauvaise, parce 
que ce vent de Provence lutta contre le vent de llabeig qu'il faisait déjà. Et 



— 6o — 

Alors Jacques se tourna vers Notre-Seigneur et sa Mère et Itur 
adressa une touchante prière ; il abandonna le projet primitif de 
débarquer à PoUenza, et, sur le conseil de Bérenguer Gayran, 
capitaine de sa galère, le roi donna ordre d'aborder sur un 
point tout opposé, c'est-à-dire au port de la Palomera. 

Le roi Jacques i" a été compté quelquefois au nombre des 
poètes de son siècle ; il est possible qu'il en soit réellement ainsi 
quoique aucune de ses poésies ne nous ait été conservée ; mais sa 
vraie poésie est semée un peu partout dans sa Chronica, ainsi 
qu'on a pu le voir par les quelques extraits que nous en avons 
donnés. Ses descriptions offrent souvent un relief pittoresque et 
une vivacité de coloris que bien des poètes en vers n'ont pas 
égalés. 

Ses jugements sur les personnes étaient aussi justes que courts. 
D'un mot il caractérise ses sujets d'Aragon ; « dura geni a entendre 
la rao » ; les Castillans ((son de gran ufana e erguyloses » (i). 

11 parle avec franchise et humilité des premières années de son 
règne, époque où « nous étions incapable, dit-il, de donner conseil 
à autrui ni à nous-même », que no haviem aqueî seny que sabessem 
dar conseyl a nos ne a altry (2). Mais, c'est avec un accent de 
noble orgueil qu'il rappelle le souvenir de son père tué à Muret: 
« E aqui mort nostre pare, car axi ho ha usai nosfre liynaige toîz temps 
que en les batayles quels an jeytes ne nos farem, de vençre morir » (3). 

Le royal chroniqueur excelle surtout dans la préparation ou la 
description d'une bataille. La prise de Majorque, la conquête de 
Valence sont des récits faits avec ordre, clarté et vivacité, reflé- 
tant l'impression toute fraîche des événements. Dans les circons- 
tances douteuses, il écoutait l'avis de ses conseillers, mais lorsqu'il 
avait arrêté une résolution il était inflexible. Un jour qu'il 
avait décidé de s'emparer de la ville de Borriana, on voulut l'en 

toutes les nefs et bateaux qui étaient autour de nous et dans la flotte se sou- 
tinrent à mât sec. Et ce vent de Provence faisait la mer mauvaise ; et nul 
homme dans la galère où nous étions ne parlait ni ne disait rien ; ils restaient 
hébétés et silencieux. Et tout les bâtiments tournaient en rond ». {Chronica, 
éd. Aguilô, p. 94j. 

(i) Chronica, éd. Aguilô, p. 196. 

(2) Ibidem, p. 23. 

(3) Ibidem, p. 18. 



- 6i — 

dissuader ; mais lui se récria fort, disant qu'il appellerait auprès 
de lui des hommes de confiance qui l'aideront à mener à bout son 
entreprise: <( E aixis, ajoutait-il, penirem Burriana a pesar del 
"Diable e deîs mais homens quens conseylen mal » . 

Partout il se fit remarquer par l'activité, le sang-froid, l'intré- 
pidité qu'il déployait en toute occasion, et l'on a déjà vu que ses 
conseillers le félicitaient de la façon dont il dépistait les projets 
des Sarrasins. 

Jacques i" le Conquérant protégea les troubadours, et les trou- 
badours, à leur tour, lui décernèrent des éloges et l'honorèrent 
dans leurs écrits. Ce prince, qui passa la moitié de sa vie sur les 
champs de bataille, faisait plus de cas d'un savant que d'un cheva- 
lier. Au moment où il engageait des négociations avec le gouver- 
neur de Xativa pour la reddition de la place, celui-ci envoya 
un messager au roi d'Aragon ; c'était « un savi moro qui havia nom 
Tllmosoys, e era el pus savi de Xaiiva e dels meylors homens », Le 
roi le reçut avec les marques de la plus grande considération et 
lui dit : « AlmosoMS, vos sots savi hom, e sembla ho per dues coses : 
la una per la fama que nhavels, e l'altra per que wosîral be vosira 
rao » (i). 

Jacques le Conquérant fut le véritable fondateur de la puis- 
sance et de la nationalité catalanes, et, en se servant de l'idiome 
catalan pour écrire sa Chronique, il le mit en honneur et en fit, 
en quelque sorte, la langue nationale du royaume d'Aragon. La 
littérature catalane était fondée. 

(M, suivre) Pierre Vidal. 

(i) Chronica, éd. Aguilô, p. 36i. 



Notre Bureau 

Le Bureau de notre Société vient d'être ainsi complété : 
Président: M. Pierre Vidal, bibliothécaire de la Ville ; Vice- 
présidents : MM. le chanoine Bonafont. félibre majorai, curé- 
doyen d'Ille-sur-Tet, Gustave Violet, Louis Pastre ; Secréjaire 
général : M. Joseph Calmette, de l'Université de Toulouse ; 
Secrétaire adjoint et directeur de la 1{evue : M. l'abbé Jean Sar- 
rète ; Trésorier : M- P. Francis ; Archiviste : M. Ch. Grando. 



L*"" Adagio "* dans la nuit 

L'Adagio du clair de lune... Tout s'est tu. 
L'orchestre est là, sur la terrasse qu'on devine, 
Le violon prélude et s'exalte en sourdine ; 
c'est l'âme de la nuit qui sanglote. Entends-tu 
La voix de Beethoven glisser dans les glycines? 

Nuit pathétique! Nuit divine! L'on dirait 
que les notes sont de l'extase qui se pose... 
Le rêve de mon coeur, l'archet du virtuose 
communient en l'ardeur du grand jardin secret 
La voix de Beethoven passe parmi le roses. 

Les lumières se sont éteintes une a une... 
Le parc est bleu. Pas une brise, je suis seul 
La lune est un frisson d'argent sur les tilleuls ; 
et dans le jet d'eau clair qui monte vers la lune, 
ia voix de Beethoven pleure sur les glaïeuls. 

A Ibert Bausil, 
Vernet-les- Bains, septembre 1919. 



Les cartes de la gitana 



PAGES CHOISIES 



De tant en tant hi anava alguna xicota a ferse tirar les cartes, 
laquai amb atenciô religiosa escoltava )o que li deia aquella dona, 
que no ténia altre objecte que cobrar els vint o trenta centims 
que feia pagar. També hi anaven dones molt pobres, de les que 
cujlen papers o arrepleguen fems. An aquestes sempre 'Is ténia 
de dir el secret d'un trésor, i, pobretes, daven els seus pocs 
diners a cambi d'una falaguera prometença d'estar millor. 

La manera que ténia de tirar les cartes era '1 mes conegut. 



L**" Adagio"* dins la nit 

Es l'Adagio del clar de Uuna... Calma y oblit. 
Aquî l'orquestra, en la miranda s'endevina : 
el violi preludia, espletint-se a sordina ; 
es l'anima de la nit que plora ! No ets ohit 
la veu de Beethoven llisar per les glicines ? 

Nit exceisa v divina î En l'ecstàtich secret, 
cada nota voleja y com una aie 's posa. 
El somni de mon cor y del mestre l'arquet 
combreguen en i'encantament del jardî quiet : 
La veu de Beethoven escallimpa les roses! 

Els llumenets se son aclucats ells per ells : 
blau es lo parch, y ni una fressa, y solet fora. 
La lluna es una vibraciô de plata en-mitg dels tells, 
y'n lo sait d'aygua clar que vers ella s'arbora, 
la veu de Beethoven sobre dels glàdis plora I... 

Traducciô catalana de 

Caries Grandô. 



fiantse mes de les paraules que s'inventava que de lo que represen- 
taven les cartes. Feia quatre piles, treia una carta de cada pila, 
i les quatre les remenava sensé que les vegés la que consultava, i 
amb la ma esquerra la destapava. Si, per exemple, era '1 dos de 
bastos, volia dir que sobria la mort d'una persona que estimava 
molt ; si era '1 cinc d'espases, que '1 marit o el promès li era infi- 
del ; si la sota d'oros, petit disgust ; si '1 rei de copcs, disgust 
per celos. Entre aquestes i moites altres combinacions endevi- 
nava lo que tenien interès en saber. 

J. V. CoLOMiNAs, Soia Montjuic. 



Notre-Dame de Bellocb 
^ le Couvent des Capucins d*Elne 

(SUITE) 

Cependant, malgré l'échec des Capucins, et pour des 
causes que nous ignorons, les pourparlers avec les Carmes 
déchaussés ne reçurent aucune solution et le projet n'eut 
pas de suite. 

La question resta ainsi enterrée pendant plusieurs années, 
jusqu'au moment où de nouvelles propositions de retour 
se produisirent de la part des Capucins, en 1697; elles 
furent cette fois mieux accueillies, et nous voyons, à la date 
du 14 avril de la dite année, cette délibération : 

Es estât resolt que, attes que los Pares Caputxins tenen desitg 
de tornar a continuar sa residencia a Elna, y efectivament séria 
un gran consuelo (sic) spiritual per los habitants de Elna, que per 
ara los Magnif. Consols hi fassen las diiigencias necessarias tant 
ab Mons" lo Bisbe com ab lo S" Intendant y ab qui convinga, 
sens empero reduhir cosa per escrit ; y quant dits Pares Caput- 
xins vindran, lo Conseil tractara de fer tôt lo que se podra y 
sera necessari per la facilitât y la comodStat de llur residencia, 
de casa, iglesia y provisions, com dei demes ; y que, per ara, nos 
junta Conseil gênerai. 

Mais il devait falloir, pour aboutir, encore bien du temps 
et bien des négociations, ainsi que le montrent les dates 
successives des délibérations suivantes : 

Dii 1 3 janvier 1700 : 

Es estât proposât per lo Magnif. Hyacinto Vaquer, doctor 
en medecina, que ten rebuda una carta del Pare Agatangel de 
Labau, religios Caputxin conventual à Vinsa, ab laquai insinua lo 
bon efecte y aficio ten a esta Ciutat y lo desitg ten de redificar 



— 65 — 

lo Convent démolit de dits Pares Caoutxins, y que marca de son 
bon zel es que ten ja la permissio de venir ab religiosos, si la 
Ciutat ne es contenta ; y que convindria presentar los una requesta 
per demanar los que, fent élis las obligacions acostumaven fer, la 
Ciutat fara lo que antes ténia acostumat fer y donar. 

Laquai proposicio ohida, es estât resolt que responga al dit 
S" religios Pare Agatangel de Labau que la Ciutat ten molt desig 
de tenir religiosos, que offereix abrassar los quan vindran, los 
donara encontinent lo que acostumave donar en temps que lo 
Cornu ère en peu, fent élis lo que acostumaven fer, com son los 
sermons y assistencias, y los afavorira de tôt lo que li sera pos- 
sible, y en arribar los abrassara ab lo amor, y los assistara de 
que podra, y per liur habitacio y sustento {sic) : y se dona a 
missio al dit S" Vaquer de respondre en conformitat de la pré- 
sent resolucio. 

Du 23 octobre 1704 (1) : On a écrit aux Pères Capucins, 
au sujet de la réédification du couvent ; le Rév. Père Pro- 
vincial a répondu que le Chapitre Provincial, tenu à Car- 
cassonne, a fait commission au R. P. Irénéc de Bereges 
de se transporter sur les lieux pour conférer de cette 
affaire. 

Du 23 novembre «704 : Délibération à l'unanimité, con- 
formément à plusieurs résolutions antérieures, que les reli- 
gieux viennent le plus tôt possible : 

Il leur sera donné les deux livres de moton pour semaine et 
tout ce que se acostume donner pour les sermons de la Quaresme 
et autres acostumés, que, en tout, fait la somme de cent livres 
Franse par an, compris la dite viande... Et pour leur demeure, 
en attendant qu'ils puissent rentrer à leur couvent, qui à présent 
se trouve entièrement démoli, leur soit payé l'arrentement d'une 
maison commode, le tout à la conduite des Consuls... et que cet 
arrentement leur soit donné pour quatre années seulement. 

(1) Cette délibération et les suivantes sont rédigées en Français (?), en 
vertu de l'ordre royal de 1700 couché au registre. 



66 - 



Ils arrivèrent enfin. Ils furent provisoirement logés par 
les Consuls dans une maison contiguë à l'Hôpital, dont ils 
eurent l'église à leur disposition, et ils se mirent à déblayer 
leur ancien couvent, où tout était à terre. 

En 1706, la cité paie des travaux exécutés pour eux. 

En 1712, le couvent n'était encore qu'en partie res- 
tauré ; mais les religieux y avaient déjà 8 chambres, et ils 
avaient établi une petite chapelle au bas des locaux. Ils y 
entrèrent à cette date. 

En 1723, ils y étaient au nombre de six (1). 

En 1728, surgit une difficulté : Les Capucins, qui étaient 
tenus, d'après les accords faits avec la Cité, de faire prê- 
cher à Elne les sermons de l'Avent, du Carême, des 
Quatre-Temps, « et les sermons de tahlet (2) », ne purent 
fournir aucun prédicateur pour prêcher en catalan ; ils n'en 
avaient que de français : Ils déclarent donc aux Consuls 
qu'ils leur laissent toute liberté pour en trouver un ; et les 
consuls de répondre que les religieux doivent, dans ce cas, 
renoncer en due forme aux 100 livres convenues pour leur 
prédication (3). 

Le 29 août, les Consuls en cherchaient un, qui serait 
payé sur les 104 livres de mouton que la Cité allouait aux 
Capucins « à bon compte de 100 livres ». 

Il faut croire qu'ils n'en trouvèrent pas, puisqu'on leur 
voit prendre, le 16 juin suivant, la décision d'appliquer 
ces 104 livres de mouton aux malades de l'hôpital. 

C'est en J729 que le F. Gardien (Léon de Pézénas), 

(1) Arch. Départ., C. iSîS. 

(2) Nous n'avons pu avoir l'explication de ce terme, un peu extraordi- 
naire. 

(3) Registre de 1728. 25 janvier. 



- 07 - 
voyant que les travaux n'avançaient pas, adressa à l'inten- 
dant la supplique plus haut mentionnée. Comme nous en 
avons déjà publié le texte (i), il suffit de rappeler ici qu'a- 
près avoir retracé l'historique du couvent, il terminait ainsi : 
« Mais la charité des fidèles s'est tellement ralentie que 
l'on ne peut finir le travail. Je viens supplier votre Emi- 
nence de nous faire aider de quelques secours : Je crois 
que 2000 livres suffiront pour finir la maison de Dieu et 
loger les pauvres religieux. — A Elne, ce 9 octobre 1729. » 
Le secours demandé dut être obtenu, car les travaux 
furent achevés. 

Mais une tribulation nouvelle ne tarda pas à venir acca- 
bler les religieux. 

En 1734, un incendie amena de nouveau la ruine du 
couvent. Laissons parler le registre : 

Le 26 (août), le couvent des Capucins a brûlé et a été entière- 
ment démoli par un terrible incendie pendant la nuit. C'est chose 
triste et pitoyable, et il y a maintenant à trouver une maison 
pour loger et mettre à couvert les Rev" Pères. — 11 est décidé 
qu'ils seront logés dans la maison des pauvres de l'Hôpital, où il 
y a plusieurs chambres et une église, et qu'ils acceptent. On 
demandera l'assentiment de l'Evéque et la permission de l'Inten- 
dant, pour les réparations. 

Au mois d'octobre suivant, les Capucins demandèrent 
à la Cité de leur allouer de 600 à 800 livres pour la réfec- 
tion des toitures, afin d'éviter un accroissement des dom- 
mages pendant la saison d'hiver. Il ne put leur être 
accordé que 5oo livres « attendu la pobretté de la ville ». 

C'est de ce secours qu'il est question dans une délibéra- 

(]) 1{evue Catalane, juin 1908. 



- 68 — 

tion du 28 avril 1743, à propos de l'incident suivant : Le 
P. Gardien des Capucins réclame les honoraires d'une 
exhortation qu'il fit, à la demande des Commissaires, lors 
des prières publiques de l'année passée. On croyait qu'il 
l'avait faite gratis, comme le fait la communauté des prê- 
tres et comme le fit le curé Girbe lorsqu'on alla cher- 
cher le dévot Crucifix à la ville basse lors des prières 
pour la pluie. Comme les prières sont générales, la ville 
ne paie alors que les messes et la cire, et personne 
n'exige aucun salaire de ses peines. Le P. Gardien oublie 
les bienfaits de la communauté lorsque le couvent fut brûlé. 
— On paiera ; mais on réclamera aux R. P. Capucins les 
détériorations qu'ils ont faites à l'hôpital, lorsqu'ils y 
furent logés. 

(A suivre) R. de Lacvivier. 

Nouvelles acquisitions de la Bibliothèque Nationale 
intéressant le Roussillon 

Le département des manuscrits de la Bibliothèque Nationale 
vient de s'enrichir de la précieuse collection Alexandre Bixio(i), 
qui lui a été généreusement offerte par les deux filles de celui 
qui l'a formée, Mmes Raven-Bixio et Depret-Bixio. Eu égard 
à son importance, cette collection a été inventoriée pièce par 
pièce. Elle se compose de lettres autographes, documents, por- 
traits et gravures d'inégale valeur, il est vrai, mais, sauf un certain 
nombre de portraits de la fin du xviu' et du xjx' siècle, elle n'est 
pas sans offrir un intérêt réel. 

(1) La Collection Alexandre "Bixio. à la "Bibliothèque T^ationale (Départe- 
ment des Manuscrits. Nouvelles acquisitions françaises, ms 22734-22741), 
dans "Bulletin "Philologique et Historique du Corn, des Trav. Tiisi. et Se, 1916, 
p. 276. 



-69- 

Cette collection est l'oeuvre patiente et laborieuse d'Alexandre 
Bixio. ]1 naquit à Chiavari, près de Gènes, dans le département 
des Apennins, le 20 novembre 1808, et était fils de Tomasi Bixio 
et de Columba Cafarelli, tous deux d'origine française. 

11 fit ses études à Paris, au collège Sainte-Barbe, dont il 
devint plus tard l'un des plus insignes bienfaiteurs, puis à l'Ecole 
de Médecine, où il fut reçu docteur. 

Le progrès agricole fut tout d'abord la passion de sa vie, mais 
la politique le disputa chez lui de bonne heure à l'agronomie. Le 
département du Doubs le nomma député de l'Assemblée Consti- 
tuante, et il en devint vice-président après les Journées de juin. Dès 
son avènement à la présidence de la République, le prince Louis- 
Napoléon (]o décembre 1848) le nomme Ministre du Commerce 
et de l'Agriculture. 

Peu après l'expédition de Rome qu'il désapprouva secrètement, 
Alexandre Bixio quitta la politique pour reprendre ses recherches 
scientifiques ; il se donna alors tout entier à la direction de la 
Librairie Agricole et à l'administration de diverses sociétés indus- 
trielles et financières. Ainsi, peu à peu, l'aisance qu'il avait 
acquise devint une belle fortune, et sa situation sociale le mit en 
rapport avec nombre d'écrivains et d'artistes. C'est vers cette 
époque (i852) qu'il commença à former la collection qui vient 
d'entrer à la Bibliothèque Nationale. 11 mourut à Paris, le 
]6 décembre i865. 

Les premières études de Bixio l'ont amené à recueillir quel- 
ques documents officiels, relatifs à l'histoire des sciences et des 
savants. Ainsi s'expliquent la lettre, les notes et le portrait de 
notre éminent compatriote François Arago, que nous trouvons 
dans son recueil. 

De même, ses idées libérales et son passage aux affaires le 
conduisirent tout naturellement à rechercher les pièces relatives 
aux révolutionnaires, aux grands chefs de la Révolution, aux 
réformateurs des temps modernes, tels que J.-B. Bessières, 
Joseph Dugua, Pierre Delbrel, etc. 

La seconde partie de la carrière de Bixio, passé de l'aisance à 
la fortune et libéré des soucis parlementaires, nous a très oroba- 
blement valu les plus curieuses et les plus intéressantes pièces de 
sa collection. Aussi bien la série des dessins et des gravures des 



- 7° - 
jivi'-Xix* siècles est-elle fort riche. Elle comprend des oeuvres 
signées des peintres et des graveurs les plus célèbres, souvent en 
des exemplaires de choix, tels que le peintre catalan H. Rigaud 
et Edelinck, qui a illustré beaucoup de ses chef^s-d'œuvre par la 
gravure. 

Dans ce beau recueil qui vient d'entrer au département des 
manuscrits de la Bibliothèque Nationale, se rencontrent un grand 
nombre de documents ayant un rapport direct avec notre Rous- 
sjllon ; c'est pourquoi nous avons cru faire œuvre utile, pour les 
historiens futurs de notre petite patrie, de dresser ici la liste de 
toutes ces intéressantes pièces, autographes, peintures et gravures, 
et d'y ajouter en référence quelques courtes notes biographiques. 

I. Nouvelles acquisitions françaises. 32.734 

Trançois Mrago (1). 

1. Lettre au baron de Lindenaud [sic), chambellan du duc de 
Saxe-Gotha et directeur de l'observatoire de Seeberg (2) ; Institut 
(de France). (Fol. 25.) 

2. Note sur la polarisation. A la fin : « Vu le i3 février i8j5. 
— Delambre » (3). (Fol. 27.) 

3. Note sur les aurores boréales. (Fol. 29.) 

4. Portrait: « S. Cornu (4) del'. — Pollet se. ». (Fol. 3i,) 

5. Esquisse, sur papier, d'un monument funéraire pour Ara go ». 
(Fol. 32.) 

(i) Vrançois-'Dominique Arago, astronome et physicien, l'un des plus 
grands savants du xix' siècle, né à Estagel en 1786, mort en i853, dont le 
hkve Jacques, né aussi à Estagel (1790-1855), fut un grand écrivain. 

(2) Bernard-Auguste de Lindenaud, homme politique et astronome allemand, 
naquit et mourut à Altenbourg (1780-1454). 

{3 ) Jean-Baptiste-Joseph Delambre, astronome français, né à Amiens, en 
1749, mourut à Paris en )822. 11 mesura avec Méchain un arc de méridien, 
pour servir à l'établissement du système métrique. Cuvier a dit de lui que sa 
probité scientifique n'avait d'égale que sa modestie. 

(4) 11 y eut Marie-Alfred Cornu, physicien français, né à Montélimar en 
184J et mort dans cette même ville en 1902, auquel nous devons de remar- 
quables travaux sur la lumière, puis Maxime Cornu, astronome français, né 
à Orléans en 1843 et mort à Paris en 1901, qui a beaucoup publié sur les 
cryptogames et les maladies des plantes. 



j.-B. Bessières (i), duc d'istric, maréchal de France. 

1. Lettre au général de division (Joseph) Dugua, représentant 
du peuple, à Perpignan ; Toulouse, i" floréal an ii ; cachet. 
(Fol. 149.) 

Jacques-Bénigne Bossuet, évêque de Meaux. 

2. Portrait: « Peint par Tf. T^igaulf (2). — Gravé par le cheva- 
lier Edelinck (3) ». (Fol. 193.) 

II. Nouvelles acquisitions françaises. 22.736 
Dagobert (4) de Fontenille (Louis), général de brigade. 

1. Lettre à un « citoyen ministre » ; Perpignan, 12 mai 1793. 
(Fol. I.) 

2. Portrait gravé: « Peint par Maurin (5) » (Extrait de la gale- 
rie historique de Versailles). (Fol. 3.) 

De "La Tosse (Charles), peintre (6). 
Portrait : « Peint par Hyacinthe T^gaud. Gravé par Duchange 
pour sa réception à l'Académie en 1707 ». (Fol. 52.) 

(^) Né à Prayssac (Lot) en 1766 ; un des meilleurs lieutenants de Napo- 
léon 1", tué à Lutzen en 181 3. 

(2 ) L'illustre artiste peintre catalan, gloire du Roussillon, que tous ses 
compatriotes connaissent bien ; né à Perpignan et y baptisé le 20 juillet 1 659 ; 
mort le 29 décembre 1743. Sur la place du Blé, dite Rigaud aujourd'hui, 
la ville de Perpignan lui a élevé une statue en bronze, œuvre du perpigna- 
nais Gabriel Farail ; elle fut inaugurée par le ministre de l'Instruction Publi- 
que et des Beaux-Arts, M. Léon Bourgeois, le 20 juillet 1890. 

(3) "Edelinck (Gérard), peintre russe d'histoire et de gravure, né à Hel- 
singfors en 1854, mort à Borgo zn 1905. 11 a traduit avec une remar- 
quable exactitude des scènes de la vie du Nord. 

(4) Luc-Siméon-Augusle-Dagobert de Tonlanille naquit à La Chapelle, près 
Saint-Lô. le 8 mars 1736, et mourut à Puigcerda, le 28 avril 1794, en com- 
battant les Espagnols ; célèbre par ses campagnes en Roussillon et en Cer- 
dagne. Un monument funéraire, sous forme de pyramide quadrangulaire, 
lui a été élevé à Mont-Louis, sur la place publique, en face l'église. Sa 
dépouille mortelle repose, à côté de celle du général Dugommier, dans un 
monumental tombeau pyramidal, au cimetière Saint-Martin de Perpignan. 

( 5) 11 y eut à Perpignan trois peintres et lithographes de ce nom : Jlntoine 
Maurin, né à Perpignan, le 4 novembre 1793 ; Laurent-Jean-Jacques 
Maurin, né le 18 octobre 1795 ; Jacquea-'Elienne-'Nicolas-'Eugéne Maurin. né 
le 18 octobre 182 1 . Cf. P. Vidal, Histoire de la Tille de Perpignan, p. 485 ; 
Paris, Welter, 1898. 

(6j Peintre d'histoire français, né et mort à Paris (1636-1716). Ses meil- 



- 7i - 
ï)elbrel (P'iZTTc), conventionnel (i). 

2. Lettre par lui adressée au Comité de Salut public, comme 
représentant du peuple près l'armée des Pyrénées-Orientales ; 
« Lagullana r> , i8 novembre 1794. (Fol. 55.) 

Tléchier (Esprit) (2). 

3. Portrait : Hyacinthe J^igaut (sic) pinxit. Edelinck sculpsit 
C. P. R. ». (Fol. 2o5.) 

La Tonîaine (Jean de) (3). 
2. Portrait : « Hiacinte [sic) 7{fgaut{sic) pinx. Fiquet(4) sculp. ». 
En bas : « Le Loup et l'Agneau ». (Fol. J2.) 
Louis XV, roi de France. 
2. Portraits gravés: a « Peint par Hyacinthe T^igaud..., gravé 
par Daullé, 1737 ». (Fol. i65); h «.v Hyacinthe T^igauîi [sic) pinxit, 
1720 ». N. Larmesin (5) fils, sculpsit». (Fol. 166.) 

Luxembourg (François- Henri de Montmorency, duc de 
Piney-Luxembourg, dit le Maréchal de) (6). 
2. Portrait : « Hyacinte [sic) T^igaud pinxit. Edelinck. C. P. R. ». 
(Fol. 221.) Jean Sarrète. 

leures œuvres : Auguste faisant construire le pont de Misène, etc., figurent au 
château de Versailles. Il eut un talent remarquable, mais gâté par son succès 
même. 

(1} « Elu dans le Tarn-et-Garonne par 19.000 voix sur 60.000 (rue 
Saint-Germain-des-Prés), avocat distingué de Moissac, M. "Deîbrel n'avait 
pas attendu le 24 février pour appeler de ses vœux l'établissement de la 
République. 11 fut néanmoins, et dans l'intérêt de la République elle-même, 
un partisan de l'ordre et un homme de modération ». Cf. Profils critiques et 
biographiques des 900 représentants du Peuple, par un vétéran de la Presse ; 
Paris, Garnier, 1848, p. 87. 

(2) Valentin-Esprit Tléchier, orateur sacré de grand renom, évêque de 
Nîmes, né à Pernes (comtat d'Avignon), mort à Montpellier (1632-1710). 

(3) Né à Château-Thierry en 1621, mort à Paris en 1695, auteur des 
Tables connues de tous et devenues classiques. 

(4) Etienne Tiquet, graveur de portraits, né et mort à Paris ( 1719-1794). 

(5) Lamerssin ou "L' Armessin (T^icolas 1" de), dessinateur et graveur fran- 
çais, né et mort à Paris (1640-1725). Son fils. Tricotas 77 (1684-1755), a 
gravé d'après Watteau, Lancret, Boucher et H. Rigault. 

(6) Né à Paris en 1628, mort à Versailles en 1695, fils du comte de 
Bouteville. décapité comme duelliste par ordre de Richelieu. 

Le Gérant, COMET. — Imprimerie Catalane, COMET, rue de la Poste, Perpignan 



14* Année- N* 162 Avril 192Ô 

Les Manuscrits non insérés ^m^ ^^^^P V^ tf ^v^ 

ne sont pas rendu». M^L MT* ^V m. J B^ 



CATALANE 



Les Articles oarus aans ia Revue 
n'engagent que leurs auteurs. 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. — Cotisation : 10 fr. par an 



Xa Revue Catalane 

Son Programme — Ses Collaborateurs --> Ses Amis 

La 7{evue Catalane fut fondée, en 1906, par un groupe d'éru- 
dits roussillonnais, en tête desquels se trouvait M. Pierre Vidal, 
bibliothécaire de la ville. Elle succéda à la T^evue d'Histoire et 
d'archéologie du T^oussillon, qui venait de mourir après un passé 
très glorieux, et dont M. P. Vidal avait été lui-même, dès J900, 
co-fondateur et collaborateur avec MM. le chanoine Ph. Tor- 
reilles, P. Masnou et P. Pallustre. 

D'après la première circulaire-programme alors (1906) envoyée 
aux érudits roussillonnais, la T^evue Catalane devait avoir pour 
objet : l'étude de la langue, de la littérature, de l'histoire et de 
l'archéologie du vieux Roussillon et des autres pays de race cata- 
lane, c'est-à-dire tout ce qui composait le programme de la pré- 
cédente revue, son aînée. 

En même temps fut créée la Société d'Etudes Catalanes, dont 
la J^evue Catalane devint l'organe attitré. Celle-ci a publié, durant 
les quatorze années (1907-1920) d'existence continue et active 
qu'elle possède actuellement, des travaux très sérieux, pleins 
d'érudition et de science technique. Ses dévoués collaborateurs 
ont ainsi apporté leur très large part de labeur opiniâtre à la 
renaissance intellectuelle, qu'ils avaient alors entreprise avec 
ardeur dans le domaine des études locales, au moment où elle se 
dessinait manifestement en plusieurs autres régions françaises, 
notamment dans nos provinces méridionales. 

Les généreux artisans de cette résurrection catalane, — après 



Ceux qui avaient formé la phalange initiatrice de la T^evue d'Tiis- 
toire et d Mrchéologie, — furent : les Amade, les Boix, les chanoine 
Bonafont, les Leguiel, les Pastre, les Pons, les Violet, les de 
"Witwer, les Vergés de Ricaudy, etc. Ces noms demeureront à 
tout jamais gravés au frontispice de la J(evue Catalane. 

En ce moment, dans toute l'étendue de la France, l'action se 
fait plus intense encore autour des reconstitutions provinciales, 
aussi bien dans le domaine intellectuel qu'administratif et écono- 
mique. Ce qu'il y a de particulièrement encourageant, c'est que 
les initiatives paraissent venir aujourd'hui des pouvoirs publics 
eux-mêmes. Pour certaines régions-frontières, comme la nôtre, la 
décentralisation intellectuelle n'est pas sans se heurter peut-être à 
quelques difficultés plus apparentes que réelles ; mais le temps et 
la « sagesse des nations » en viendront certainement à bout. 

]] nous a donc paru opportun et nécessaire d'accentuer la mar- 
che en avant de la J^evue Catalane dans la voie du régionalisme 
intellectuel — qu'on voudra bien ne pas confondre avec «sépara- 
tisme », ce dont aucun catalan de France ne saurait jamais rêver 
— et de l'évolution scientifique, suivant le programme précité de 
notre revue. 

C'est pourquoi la Société d'Etudes Catalanes a déjà donné à 
cette publication mensuelle plus d'étendue, en assurant à tous ses 
travaux (i) une belle tenue, scientifique et littéraire, que plusieurs 
ont déjà appréciée. 

Les lecteurs n'ont pas été sans avoir remarqué, en effet, les 
remarquables études de notre éminent compatriote, M. Joseph 
Calmette, de l'Université de Toulouse, sur les origines, si com- 
plexes, souvent mal définies, de notre province roussillonnaise et 
sur la renaissance de l'Université littéraire de Perpignan. Nous 
sommes assurés que notre distingué Secrétaire général ne laissera 
pas de donner une suite à ses préliminaires études d'histoire 
locale, suivant le vœu de tous ses lecteurs. 

Trop longtemps, M. Pierre Vidal s'était confiné dans sa 
modeste retraite de silencieux « bénédictin laïque », entre un 



(i) Tous nos remerciements à VJndépendant et à la T{enaissance Catalane. 
qui ont bien voulu, à diverses reprises, s'en faire les échos fidèles et sympa- 
thiques. 



- 75 - 

Ramon Lull et un Dom Brial. Nous avons réussi à lui faire une 
douce violence. Notre excellent ami a donc définitivement accepté 
de devenir le Président effectif de notre Société, — il en est « le 
père » à vrai dire, — en remplacement de M. Laurent Campa- 
naud qui, au décès du regretté D' Lutrand, n'avait consenti à 
l'être qu'à titre intérimaire, pendant la guerre seulement, ce dont 
nous ne saurions trop le remercier ici, au nom du Bureau et de 
tous ses confrères de notre honorable compagnie. 

Autant la nomination de M. P. Vidal a été accueillie avec la 
plus entière satisfaction par ses admirateurs et ses amis, autant 
ceux-ci ont éprouvé de bonheur à retrouver, dans le dernier 
numéro de la J(evue Catalane, l'amorce d'une des plus captivan- 
tes études de notre si compétent historien catalan. 

D'autres talents, dont il serait trop long de dresser ici la liste, 
sont venus depuis se joindre spontanément à la phalange de nos 
anciens collaborateurs. On ne tardera pas à s'en apercevoir par 
les remarquables articles qui seront ultérieurement publiés ici. 

A ces précieux apports intellectuels nous devons ajouter encore 
de nouveaux concours, non moins appréciables, quoique d'un 
autre ordre, que plusieurs honorables commerçants de la ville 
ont bien voulu nous consentir le plus aimablement du monde. On 
trouvera leurs noms inscrits en beau relief sur les pages bleues 
de notre revue. Ils sont, à eux seuls, significatifs de solidarité 
catalane et de dévouement aux grands intérêts de la petite patrie 
roussillonnaise. A ces bienfaiteurs si sympathiques, la Société 
d'Etudes Catalanes adresse son plus reconnaissant merci. 

Nous espérons que d'autres amis viendront nous aider de leur 
crédit financier à promouvoir, à mieux soutenir les belles initiati- 
ves de renaissance provinciale, littéraire et économique, qui, — 
à l'instar de la future Université de Perpignan, plus que jamais 
à l'ordre dû jour... officiel, — contribueront efficacement à rehaus- 
ser le prestige intelUctuel de notre cité et de notre département, 
à leur assurer la plus grande somme de prospérité, matérielle et 
morale. En nous prêtant de si précieux appuis, c'est pour lui- 
même que travaille, en définitive, le commerce roussillonnais. 

La J^evue. 



^t't'^t'^t't't't't't'e't't't'e'^^^^^t't't't't't't't't't'i't't't'^^t't't't't't'^t' 



Chroniqueurs et Historiens Catalans 

des Xlir ^ XIV^ siècles ) 

c22^Sî^ {SUITE) 

]]] 
La Chronique de Bernât Desclot^'^ 

Dans le prologue, Bernât Desclot annonce qu'il va écrire un 
livre contenant le récit cr de les grans baialles e dels grans feis 
d'armes e de les grans conquestes que foren sobre serrayns e sobre 
altres genls, e de dos nobles reys que bac en ^rago qui foren del ail 
linaîge del comte de Barcelona. » Ces deux rois dont Desclot va 
nous dire « les grands combats, les grands faits d'armes et les 
grandes conquêtes » sont Jacques le Conquérant et son fils 
Pierre 111 qui lui succéda sur le trône d'Aragon, à sa mort sur- 
venue le 2 novembre 1276. 

Desclot a consacré plusieurs chapitres de sa Cronica à la vie 
de Jacques le Conquérant, et il est visible qu'il a utilisé, en les 
abrégeant, les Mémoires du royal écrivain en plusieurs endroits ; 
mais, s'il est plus court, il est plus précis. 11 nous a laissé du 
plus grand des rois d'Aragon un portrait d'une saisissante réalité ; 
le voici : 

Aquest rey de Arago En Jaume fo lo pus bel! hom del mon ; que ell 
era major que altre hom hun palm, e cra molt be format e complit de tots 
SOS menbres ; que ell havia molt gran cara e vermella e flamencha, e lo nas 
Hong e molt dret, e gran bocha e ben feyta, e grans dens e molt blanques 
que semblaven perles, e los ulls nègres, e los cabells rosos, semblant a fi 

( I ) La première édition delà Chronique de Bernât Desclot a été publiée 
par J. A. C. Buchon dans le volume des Chroniques étrangères relatives aux 
expéditions françaises pendant le xiiT siècle, qui fait partie de la collection dite 
du « Panthéon littéraire », Paris, Auguste Desrez, 1840, sous le titre de 
Cronica del 7{ey En Père e dels seus antecessors passais. 

Pour son édition, Buchon s'est servi du manuscrit de la Bibliothèque 
Nationale de Paris (Fonds espagnol, n° SaS du catalogue de M. Morel- 
Fatio) ; c'est une copie du xv' siècle sur papier. Les autres manuscrits de la 
Chronique de Desclot, au nombre de neuf, se trouvent en Espagne. Voyez 



— 77 - 

d'or, e grans spalles, e Hong cos e delgat (i), e los braços groços e ben fets, 
e belles mans, e llonchs dits, e les cuxes grosses e ben fêtes, e les cames lon- 
gues e dretes e groses per lurs mesures, e los peus llonchs e bens feyts e 
gint (2) calsats. E fou molt ardit et prous de ses armes ; e fo valent e larch 
de donar, e agradable a tota gent, e molt misericordios ; e hac tôt son cor 
e sa voluntat de guerejar ab Sarrayns (3). 

Tout le reste de la Cronica del T^ey en Père e deïs sens anteces- 
sors passafs est consacrée à Pierre 111 qui régna de 1276 à i285, 
règne assez court mais marqué par des événements de la plus 
haute importance : les Vêpres siciliennes, l'expulsion des Français 
de Sicile par le roi Pierre 111, les succès de son amiral Roger de 
Loria, la prise du prince royal de Naples, l'affaire du duel de 
Charles d'Anjou, à Bordeaux, avec le roi d'Aragon, l'excommu- 
nication de ce dernier, la concession de son royaume par le Pape 
à Charles de Valois, second fils de Philippe le Hardi, enfin la 
désastreuse invasion de la Catalogne par Philippe le Hardi, et sa 
mort à Perpignan. Peu d'époques assurément offrent en si peu 
d'années un tel nombre de grands événements accumulés. 

Desclot les a racontés dans une langue précise, sévère et nette, 
quelquefois pleine de pittoresque, d'éclat et de souplesse. Beau- 
coup moins vif, beaucoup moins coloré que Ramon Muntaner, 
qui a retracé les mêmes événements, il est plus exact et il cherche 
à se rendre compte de tout avec une impartialité qui fait souvent 
défaut à Muntaner. 

Nous devons à Desclot de connaître certaines actions du roi 
Pierre, qui, comme les suivantes, nous donnent une idée peu 
flatteuse des moeurs de ce prince : 

El rey d'Arago qui era llavors en la ciutat de Barcelona, e tots los de 
la ciutat quant saberen les novelles hagueren molt gran goig. e ne fo mara- 
vella. E al bon mati feu pendre aquells trecens homens naffrats que havia 
presos en les galères, e traguels en terra, e feu los infilar en huna corda, e 

à ce sujet VTtistoriografia catalana, déjà citée, de M. Massé Torrents, 
pp. 527-531. L'édition de Buchon est loin d'être irréprochable, mais elle est 
encore meilleure que celle qu'a publiée La T{enaixensa de Barcelone en i885 
avec le même titre. 

(1) Délié. 

(2) Elégamment. 

(3) Cronica, ch. xii. 



- 78- 

puix ligals a huna popa de huna galera, e feu los rastrar dins en mar a vista 
de tôt hom que veureu volgues. E moriren tots aqui. E puix près tots 
aquells docents xixanta homens que romanien que no eren nafFrats, e feu los 
traure a tots los ulls, e enfilats en huna corda ; e hac un hom de aquells en 
leix(j), a qui no trasch sino la hun ull per tal que menas los alîres. E tots 
enfilats la hu devant l'altre, trames los per presentalles al rey de França ; e 
loscinquanta que romanien tench los prisoners per tal com eren bons homens 
e honrats. E aquells docents xixanta que eren tots cechs (2) vengueren al 
rey de França e presentaren se a ell. E quant lo rey de França e el cardenal 
los veren e hagueren entes que tota llur armada era desbaratada per hun 
poch ne perderen lo seny. E el rey de França donas tant de mal saber que 
sempre fou malalt, e hanch pus nos lleva tro que fo mort segons que avant 
oyrets (3). 

Muntaner se garde bien de raconter cette noyade de trois cents 
blessés ordonnée par le roi d'Aragon et exécutée sous ses yeux ; 
il ne parle pas non plus des deux cent soixante autres prisonniers 
qu'il renvoya au roi de France après leur avoir fait arracher les 
deux veux, en leur donnant pour guide l'un d'entre eux auquel 
il se contenta de faire arracher un œil. 

Bernât Desclot raconte tout cela sans s'en étonner. Il est le 
plus impersonnel des chroniqueurs du moyen âge : il ne fait 
jamais de réflexions, il ne conclut pas ; les faits parieront assez 
d'eux-mêmes et le lecteur les jugera librement. 

Certains nassages de la Chronique de Desclot sont des modèles 
de narration où l'auteur arrive à l'effet le plus saisissant par la 
justesse et la simplicité même. Il a certainement assisté au moins 
à la plupart des actions qu'il raconte ; c'est un témoin dont on a 
pu constater la véracité par des documents publiés dans la suite. 
Le seul endroit de la Chronique où il parle de lui, c'est dans le 
récit qu'il nous donne de l'un des nombreux combats survenus 

() ) "En îeix, l'un d'eux, qu'il avait mis à part. 

(2) Cechs, aveugles. 

(3) Cronica, ch. clxvi. Au chapitre suivant, Desclot nous dit qu'après la 
défaite de l'armée française au col de Panissars, près du Perthus, celle-ci 
se retira à Perpignan où Philippe le Hardi mourut : E aqui aytantost com hi 
joren entrais, en l'altre jorn mort lo rey de 'França de la malallia que havia 
guanyada en Caialunya, jatsia que alguns digueren que mori a Castello de 
^mpuries ; e altres deyen que mori a Kilanova prop Peralada ; e allres deyen que 
mori al passant del coll de Panissars, en la gabia hon lo portaven malalt ; mas 
la la primera raho es pus vera. 



— 79 — 
entre les troupes de Philippe le Hardi et de Pierre 111 en 
Ampurdan : 

Entrels altres colps que s'i feren sin feu lo rey d'Arago dos molt bells 
e naturals : que, axi com vengueren a la primera junta, lo rey ana ferir hun 
senyaler frances qui aportava huna gran senyera vermella ab una bara blan- 
cha de argent que y havia de llonch en aquella senyera. E el rey donali tal 
colp per mig les pits que no li valgueren cuyraces, ni buch, ne negun guar- 
niment que portas ; que be li 'n passa de tras miga brassa, si que la senyera 
caech en terra. E els cavaliers del rey d'Arago, qui veren la senyera dels 
Francesos caure, hagueren gran goig e tengueren lur fet guanyat. 

... E entrels altres vench hun Navarres qui era ab los cavaliers francesos 
e vestia hun esberch de ferre ab son capmall e ab huna cervellera en son cap. 
E viu quel rey d'Arago les feya gran mal de ses mans, e acostas a el e tra- 
mesli huna escona muntera que aportava en la ma, e donali tal colp en l'arço 
de la sella denant que de l'altra li 'n passa be hun dit. E no plach a Deu que 
li fes negun dan ne mal ; car be sapiats que si dos dits fos venguda pus alta 
la esquona, e lo rey que no era ben guarnit de part a part lo haguera tôt 
passât sens tôt si. E lo rey près la escona ab la ma, e tira la tant fort que 
dos troços feu de ferre, si que n lo arço ne romas be très dits. E de aço fa 
testimoni celï qui aço recomta en aquesi libre, qui vehe la sella del rey e el ferre 
que y era romas. E pux lo rey puny son cavall dels espérons e acostas pode- 
rosament vers aquell qui la escona li havia tramesa, e donali tal colp de massa 
de coure sus al cap que sempre lo abate a terra mig mort per lo coll del 
cavall. 

Dans le dernier chapitre de sa Cronica, Desclot, en un style 
plein d'une noble simplicité, raconte de façon émotionnante la 
mort de son héros. Le roi se trouvait malade à Villefranche del 
Panades : « "E la malaliia s'enfortia e s'agraviava sobrel rey d'Arago 
durameni ». Un messager se présente pour lui annoncer que le 
prince de Morée, qu'on avait fait prisonnier en Sicile et qu'on 
avait amené à Barcelone, le saluait bien et avait exprimé le désir 
de le voir : 

E quant lo missatge hac dites les novelles derant lo rey, lo rey entes ho 
a maies pênes, que tant era feble que ja havia perdut lo veher e lo oyr gran 
res. E no y poch respondre res de paraula, mas que gita los braços encruats 
sobre los pits, e obri los ulls vers lo cel, e feu senyal que molt ho agraya a 
Deu. E lo rey d'Arago hanch no dix moites paraules. car no podia. E estech 
axi tro lendema a hora de compléta que passa de aquest segle. E aço fo en 
dia de disapte, que era la vespra de Sent-Marti, en lo any de Nostre Scnyor 
1285 (2 novembre). 

E quant fo mort aquell noble rey En Père d'Arago e de Cecilia. ajus- 



taren se en la cambra hon ell jaya tots los prélats e els richs homens de la 
terra ; e mogueren aqui !o major plor e el major dol que hanch hom ves... 
E aportaren lo los richs homens e cavaliers al coll tro sus que foren al mones- 
tir de Sentes Creus ; e aqui mogueren sobrel cos Uur dol e llurs crits e llur 
plant, que hanch semblant dol no fo vist ne oyt... Ab tant saberen per tota 
la terra les maies novelles quel noble rey En Perc de Arago e de Cecilia 
era mort. E menaren gran dol e gran plor cavaliers e burgesos e ciuta- 
dans e altres homens de vila de la mort de aquell noble senyor d'amunt dit ; 
e plangueren lo mes que hanch rey que fos estât en Espanya. Tan ne fo plan- 
gut que sols no poria esser dit ne comtat lo dol ne desconfort que romas 
en la terre. 

Ainsi finit la Cronica del 7{ey En Perc écrite par Desclot, et de 
ce grand écrivain catalan, de ce chroniqueur qui ressemble tant à 
un historien nous ne savons rien ; il ne nous a laissé que son 
livre où nous pouvons simplement nous assurer qu'il vivait en i 285 
et qu'il fit partie de l'armée opposée à celle de Philippe le 
Hardi. 

(A suivre) Pierre Vidal. 



Notre-Dame de Belloch 

^ le Couvent des Capucins d*Eine 

C2^4^ (SUITE er rm) 

Cependant, les religieux avaient fini par pouvoir réparer 
les dégâts de l'incendie et rentrer chez eux. Alors s'ouvrit 
pour eux une période de tranquillité, pendant laquelle les 
registres n'en font guère plus mention : Heureux ceux qui 
n'ont point d'histoire ! 

Mais ce calme prit fin à la Révolution, où les ordres reli- 
gieux furent sécularisés. 

Un décret préparatoire à cette mesure, rendu le 26 mars 
1790. ordonna aux municipalités de dresser inventaire des 
biens des religieux et de recueillir les déclarations de 
ceux-ci touchant leur sécularisation. 



— 8i — 

La municipalité d'Elne (Georget, maire) se transporta 
donc au couvent, et voici, à la date du 27 mai, le procès- 
verbal de cette visite : 

Inventaire chez les Capucins : — Déclarations de revenus : 
Une rente de 9 1. et une autre de 3 1. — Pas d'argenterie. — 
Argent monnayé : 6 1. pour toute ressource. — Sacristie : un 
soleil, un calice, un ciboire, 10 chasubles, 4 aubes, un pluvial, le 
tout simple et usé. — Un encensoir de cuivre. — 182 volumes 
divers. — Point de meubles précieux. — Pas de dettes. 

Jl y a deux religieux : P. Stanislas, 33 ans, gardien, et F. Fran- 
çois, 53 ans, frère lai, qui ont déclaré vouloir rester et mourir 
dans la religion ; il y a de la place pour cinq religieux. 

Quelques mois plus tard, la sécularisation est décrétée ; 
l'évacuation du couvent et la confiscation en sont la suite. 
La municipalité retourne alors au couvent pour dresser 
l'inventaire définitif ci-après de ce que les religieux avaient 
dû délaisser : 

Du 22 janvier J791 : Inventaire chez les Capucins, conformé- 
ment au décret du 26 mars 1790. 

A la cuisine : (Chaudron, poêlon, 2 casseroles en cuivre, che- 
nets, servante, crémaillère, tournebroche, gril, poêle en fer, 
chandelier d'étain, mortier en pierre, 8 chaises, une table, un 
moule à hosties, 5 cuillères, 3 fourchettes, une barrique à vinai- 

A ta dépense : {4,3 serviettes, 6 nappes, 9 torchons). 

Au réfectoire : (3 tables, une pliante, un tableau de la Sainte 
Vierge). 

^ la cave : (7 tonneaux de 2 charges, 2 jarres avec demi dourq 
d'huile, un garde-manger). 

A la bibliothèque : (Une paillasse, 3 bancs, une chaise). 

A la chambre St-Bonavenlure : (Une paillasse, une couverture, 
un coussin, une chaise, un petit bureau). 

A la chambre du Provincial: (Un lit avec paillasse et matelas, 
deux chaises, une table, un bureau). 



— 82 — 

A la chambre Si-Séraphin : (Un prie-Dieu, une table petite). 

A la chambre du Frère François : (Un lit, une paillasse, deux 
couvertures, un prie-Dieu, 4 chaises, un bureau). 

^ la chambre du Père Gardien : (Un lit avec paillasse et matelas, 
1 couvertures, 2 chaises, un bureau, une bibliothèque). 

A la sacristie : (4 nappes, une boîte des Saintes Huiles, en 
argent, 3 livres de cire, un devant d'autel en taffetas blanc à fleurs 
rouges et bleues). 

Au bûcher : (40 quintaux de bois, j5o fagots). 

Le Père Gardien a déclaré vouloir rester dans la maison. Le 
frère lai a dit avoir l'intention de se retirer. 

Le Père Gardien demande à être déchargé des vases sacrés 
dont il est dépositaire, sauf du calice pour son usage. Le S' Cro- 
zat, maire, prendra les dits vases, d'après l'inventaire du 27 mai 
1790, pour les mettre avec ceux de l'église. 

L'histoire des Capucins d'Elne finirait là, si nous ne 
trouvions encore, à Ja date du 6 février suivant, la mention 
d'un récolement d'inventaire d'après une lettre du direc- 
toire du District. Cette lettre prescrit l'envoi des vases 
sacrés à la Monnaie. Les livres, tableaux, médailles seront 
envoyés au dépôt de Saint-Jean, en attendant les ordres de 
l'Assemblée. 

L'immeuble fut vendu révolutionnairement. 

Nous avons, pour terminer, à signaler quelques particu- 
larités de l'église, des bâtiments et aussi de leur sous-sol. 

1° L'église de N.-D. de Belloch est un simple bâtiment 
quadrangulaire de 29"" environ de longueur sur 7'"5o de 
largeur, et orienté du Nord au Sud. Elle a été reconstruite 
visiblement (en 1729) avec les matériaux de l'église ancienne, 
épars sur le sol depuis 1674 ; c'est ainsi que les quatre an- 
gles de la bâtisse sont constitués par des blocs de marbre 
taillé de même apparence que les marbres du cloître de la 
cathédrale. Le chevet, au nord, est marqué par une légère 
surélévation du bâtiment et un mur de refend. 



83 — 



Elle est couverte en charpente qui porte sur trois arcs 
doubleaux, dont celui du nord, plus bas que les deux autres, 
forme un tympan où l'on voit encore l'inscription : « JlUare 
privilegiatum » datant des Capucins. La charpente est cachée 




par une fausse voûte en briques. Le mur du côté du cou- 
chant est percé de trois arceaux en briques, qui s'ouvraient 
sur des chapelles latérales. 

La porte, sur la façade sud, est remontée aussi avec 



des atatéxiaux primitifs. Sc5 dimensions sont de i^jS sut 
2"3o. On V remarque surtout le linteau monolithe, beau 

morceau de marbre de i"^^ de iong sur o"52 de hauteur 
et o"3o de largeur, orné d'une simple gerce rectiîigr.c et 
d'un chanfrein. 

Il semble qu'elle devait être, primitivement, surmontée 
d'un tympan demi-circulaire qui manquerait. 

L'intérieur de l'église, maintes fois remanié, n'offre rien 
à signaler. 

IP Le couvent était ccntigu à l'église, du côté du levant. 
Les bâtiments, aujourd'hui ruinés ou'remaniés. encadraient. 
au moins de rrois côtés, une cour intérieure dans le sol de 
laquelle était établie une oteme dont l'orifice s'ouvrait, 
comme un puits carré, au milieu de la cour. Les dimen- 
sions en sont considérables : j'^So sur 4"'5o de côtés e: 
6-'"5o de hauteur intérieure (i), avec î^So d'épaisseur de 
voûte et de terre au-dessus. Le daJlage et le revêtement 
des f>arois sont tout entiers en marbre. 

111'' Le bâtiment qui forme le côté est de la cour est de 
réédifîcation récente, sur d'anciens fondements. II a j^io 
de largeur et 18™ de long. 

A noter, en dehors de ce bàtime.-:, a environ ;™ 2 l'est 
des murs, un puits profond creusé dans le tuf. 

Mais, dans l'angle S.-O. ie ce bâtiment s'ouvre dans le 
sol un orifice donnant accès à des gaJeries souterraines de 
nature à retenir l'attention. 

C'est d'abord un escaJier en briaues, sous voûte, de 0^80 
de largeur et composé de i3 à 14 marches, qui descend dans 
le sol à environ 5^ de profondeur totale. 11 amené à une 
sorte de palier ou carrefour en pente, sur lequel débou- 



: Ce <pï représeate «ae txmtaamcc *pp T aâi mHiM i de 3000 Iwctofitres, 

compte czmt ds cïatre de la Toôte. 



— Sè- 
chent ou se raccordent trois autres galeries, simplement 
creusées dans le tuf. 

La première, à droite, étroite et basse, et longue de 4 à 
5 mètres, atteint, à son extrémité, la paroi du puits exté- 
rieur que nous avons mentionné ci-dessus : Le trou par 
lequel cette galerie débouche dans le puits se trouve à 
7"'5o en contrebas du sol extérieur. Cette galerie n'est 
évidemment qu'une conduite destinée à ramener dans le 
puits les eaux d'infiltration. 

Elle communique, par une décharge, avec un ouvrage 
que l'on remarque en amont, au pied même de l'escalier 
voûté. C'est un bassin long de 2*", large de 4"" sur o"'8o de 
hauteur : 11 est pratiqué dans le tuf, et il est fermé sur le 
devant par un mur dans lequel on a ménagé une ouverture 
ou regard, qui permet de l'explorer. Il peut être considéré 
comme un bassin de retenue et de décantation d'eaux d'in- 
filtration. 

Le rôle de la deuxième galerie, aussi à droite, est plus 
difficile à préciser : celle-ci, longue aussi de 5"* environ et 
dirigée vers le N.-E., remonte vers le sol ; son extrémité, qui 
doit se trouver à 2"* environ en contrebas du sol, aboutit 
au fonds d'un trou vertical comblé avec de gros cailloux, et 
pratiqué non loin du puits extérieur. On peut y voir une 
sorte de puits-sec et un système de captage des eaux de 
surface pour les amener au puits après filtration. 

La troisième galerie est celle qui offre plus d'intérêt : 
Elle est haute de 2"* et large de i*", et d'un travail soigné, 
avec niches et sièges de repos. Elle s'ouvre à gauche du 
carrefour et se dirige vers l'ouest, en retour très prononcé 
sur la direction de l'escalier voûté. Sa longueur actuelle 
est de 8"", en s'enfonçant encore de 3 ou 4"" dans le sol. 
Mais là, c'est-à-dire à une profondeur totale de 10"" envi- 
ron sous terre, l'on se trouve brusquement arrêté par un 



- 87 - 
mur transversal de barrage qui porte toutes les marques 
d'avoir été fait non pas du côté où l'on se trouve dans la 
galerie, mais du côté opposé. C'est une preuve que la 
galerie se prolongeait plus loin. 

Or, dans cette direction et à peu près en ce point se 
trouve la citerne de la cour. Faut-il donc croire que la gale- 
rie a été interceptée par la construction de la citerne (que 
l'on peut estimer, en effet, de date postérieure), et que le 
mur devant lequel nous nous trouvons est la paroi même 
de la citerne, ou du moins un mur de contrefort établi 
lors de la construction de la citerne ? C'est probable. 

L'on est alors amené à se demander où pouvait aboutir, 
auparavant, la galerie ; mais on ne peut actuellement répon- 
dre que par des suppositions : 

L'on ne peut s'empêcher de songer qu'au point où nous 
nous trouvons nous sommes à 25"" seulement du rempart, 
dont la courtine domine encore d'environ 7"" le terrain en 
contrebas, bien que ce terrain ne soit pas le fond du fossé 
de la place, lequel a été comblé lors du démantèlement 
d'Elne, en 1677. De sorte que l'on pourrait croire à l'exis- 
tence d'une communication souterraine, par quelque poterne, 
entre la place et le fossé. 

L'on ne peut même s'empêcher de songer qu'à 35"" seu- 
lement de là se trouve le curieux bastion de 1544, cons- 
truit dans le fossé peut-être pour abriter un point de ravi- 
taillement en eau. Nous avons déjà signalé (1) l'existence 
et l'intérêt de ce bastion, dit « Pou de les Encantades » ; et 
nous rappelons simplement que nous avons relevé dans 
l'intérieur de cet ouvrage, à la gorge, des entrées de gale- 
ries comblées montant vers le corps de place. Peut-être y 
a-t-il quelque relation entre ces divers vestiges souterrains. 

R. DE Lacvivier. 

(1) 7(evue d'Hist. et d'Arch. du J{oussUlon, juin 1900. 



Les provatures d*en Xiquet 

Un cop hi havia un rey molt vell qu'estava governant un pahîs 
de part de lia de la mar y que no se quin es perqué vos ho dire 
ras y curt : amb allé d'esser l'historia del mon prou y prou enfas- 
tigada de preguntes y respostes, no som may pogut m'atrevir à 
li demanar. 

Aquest rey s'anomenava Xiquet y creyeu qu'estava molt cap- 
ficat de que, per assegurar sa dinastia, no hagués cap rebrot mas- 
culî, sinô dos filles : la Doloretes, senzilla y humil com una viola, 
y la Mireumé, ufana com l'aie de les cingleres. 

Veusaqui qu'un dia son fillol, en Feshobé, marqués d'una colla 
de comarques, després de dos o très anys d'anar de camî pel 
mon a s'instruir, va arribar en el palau reyal. Aqueix princep, si 
era rich de titols, no n'era, ni mica, de diners, perqué ja 's sab 
qu'amb allô de viatges llarchs s'hi sol gastar una djnerada boja. 

Al cap y a la fi, qu'cl rey rebés maguificament el seu fillol, no 
li estalviant cap mena de gentileses, no s'en pot tenir ni l'ombra 
d'un dupte, que desde llarga temporada 's posava mais de cap 
sobre mais de cap, tôt anant cercant un hereter de sa corona 
amb un espôs per una o altra de ses filles, y mes que tôt per la 
Mireumé, qu'el seu anar y 'Is seus modos no li agradaven gayre. ' 

Y de sapiguer qu'el seu fillol era un home distingit, tocat y 
posât, y feya goig de '1 veure, se va cuytar de li dir : 

— Fillol estimadîssim, ecsigeix el protocol quel rey imposi 
très provatures an el home amb qui té ideyes de casar la seua 
filla. Amb aixô d'ideyes, no anesses a creure qu'en tingui cap de 
darrera del clatell, ay no ! Ja 't crech home d'enteniment y 
judici, y sensé cap recansa t'entregaré les guîes del reaime. Mes 
amb tôt y possehir la meua confiansa, cal que fassis lo que 't digui. 

— Que 'm cal fer, padrî ? va preguntar desseguit en Feshobé. 

— Ca 1 ben poca cosa. 

— Mani y disposi sa Majestat del seu humil servent. 



- 89- 

— Dies passais, mentres cassavi dintre del bosch, he vist un 
aybre qu'hi havia de massa. Ves a '1 cercar y portalo acî. 

— Per un aybre ray, ja estarâ llestament fet... Quin vol sa 
Maj estât ? 

— Es aquî l'ail, diu la ceba. A tu te pertoca de '1 descobrir. 

— Mes facil me séria de trobar una agulla per un palier. 

— Sapiguis, home, qu'un princep ha de veure lo qu'hom li 
amaga y sentir lo qu'hom li calla. Una tal qualitat, si per mala 
Ventura no la possehies, allô de prétendre an el meu seti, millor 
valdria qu'ho deixesses cotiu. 

Aquestes darreres paraules essent dites amb un to d'allé mes 
solemne, ja veu el fillol que no hi ha cap altre remey que 
d'obehir. 

Trasca que trascarâs, pensa que pensarâs, en Feshobé arriba 
an el bosch. Y quin bé de Deu d'aybres de tota mena, petits, 
petitets, grossos, grossassos, y per tôt arreu aybres y mes aybres 
a drcta, a esquerra, part devant y part darrera î Un aybre !... un 
aybre !... per cert s'hi hagués de ben coneixer qui '1 volgués 
trobar ! 

Trasca que trascarâs, pensa que pensarâs, sota un roure ufanôs 
brolla una font dins la verda filigrana de les herbes. Un ocell 
bonich, bonich com s'en veu pochs, se va rabejant en l'aygua de 
cristall y arreu s'en puja cap al bell cim de l'aybre, tôt fent uns 
refilets que de tan suaus un hom diria un violî del cel. 

— Es aquî l'aybre del meu cor ! — s'esclama el fillol commogut 
de ta) bellesa ; — trenqueulo arran de soca, y arri, cap al palau ! 

Y sensé demanar cambi, s'arrebossant de brassos y escupint a 
les mans permor que no 'Is hi rellisqués el manech de l'eyna. 
aixequen els llenyaters les picases ben enlayre, y ardit, que no 
han de tenir fites. 

Mentres s'en torna cap al palau reyal, en Feshobé va amanya- 
gant el seu esplet amb la mirada, sentint una escalfor li pessi- 
golar la boca del cor. 

Amb quina gana se posa de genolls devant el rey ; mes 
aquest, enfurismat : 

— Groller, mes que groller ! El meu roure trencat !... El meu 



— 9° — 
roure, sote '1 quai anavi tan soviny a pendre la fresca a vora de 
sa font gelada !... 

— Pare, pare ! — va interrompre la Doloretes, — el vostre 
fillol no ha tan de tort com vos ho sembla de primer : que no li 
heu dit de llestar l'aybre que volgués? 

— Aixô si que son rahons de donetes ! Jo 'm creya qu'aqueix 
borrech que 'm fa dir me portaria el poli d'italia que va s'aixe- 
cant com un pal mestre de bastiment, treyent el cap de vint 
pams per sobre de tots els demés aybres. Es aqueix aybre tan 
orgullôs que 'm fa ombra a ma gloria... 

— Si, si, — se cuyta d'afegir la Mireumé ; — lo que vé de 
succehir es un crim que crida venjansa. E! vostre fillol... 

— Calla, que m'enfades... Que no sabs qu'el meu fillol encare 
ha de fer dos provatures... Demâ, ohes, fiilol ? iras a me cercar 
una flor, tan sols una flor, i mira de llestar millor. 

Sensé fer ni una ni dos, en Feshobé, a punta d'alba, s'en va 
cap a l'hort, ben segur qu'aquesta vegada li es menester, com se 
diu, de posar el peu ben pla per que no caygui. 

Y bé n'es de bonich, aqueix hort, amb unes clapes de Hors 
Uuentes encare de l'ayguatge de la nit y amarades en les primeres 
rialles del sol !... 

Una flor ! tan sols una flor !... Totes ne son de fresquetes y 
embalsemades... Si per ell hagués anat, de cert que les hagués 
cuUides y fins a la darrera. 

Rumia que rumiarâs, veusaquî que 's ficsa sa mirada sus d'un 
cardô bort al bell mitg de l'hort. 

— Ja hi som, ja hi som : la sola herba dolenta de l'hort, el 
cardô bort, no s'en pot duptar ni una estona que no sigui '1 simbol 
de la maldat, y en tôt aixô bé caldrâ qu'el meu padri hi veji 
mostra de ma lleyaltat, 

Tal dit, tal fet : ell que cul! la flor y va 's l'emportant cap el 
palau. 

— De mes en mes forta ! — s'esclama '1 rey. — Amb un aybre 
mort que ja m'has aportat, me calia, fa, perqué som vell, una 
flor sensé cap mena de perfum !... Prou qu'hi perdre la gana ; y 
com ne podria tenir amb una tal enrabiada que 'm va assecant la 



- 9» — 
boca y fcnt un nû a la gargamella ?... A fi de comptes, puix un 
rey, per tant que li 'n fassin, ha d'esser sempre magnânim, vaig 
a t'imposar la darrera provatura, 

— Quina, padrî ? — fa en Feshobé amb un esborronament de 

— Un ou !... No 't demani sinô qu'un ou. 

— Un ou ! Un ou ! Amb quina m'en sali sa Majestat ? 

— Quines coses de dir ! Te sembla que 't demani d'anar a me 
cercar la lluna... Dins el meu reaime, tothom, fins als mes tontos, 
prou me portarien un ou, y una dotzena, y cent dotzenes, si ho 
calgués. 

— Un ou ! Y de que, padrî ? 

— Te faré '1 favor de '1 llestar tu mateix... Y mira : com de 
ta jovenesa ne tinch molt esguart, te donaré trente nits per hi 
reflectir y trente dies per te donar de cames. 

Ah ! fillets, creyeuho com si no : tôt aixô, en comptes de '1 
calmar, va anar l'encenent y entristint, a n'en Feshobé. Qu'un 
hom sab com hagués acabat amb aquelles ideyes del rey, si no 
hagués près el determini de s'armar de paciencia ? Perqué, la 
paciencia, com ho diuhen els vells, alcansa lo que la rahô no pot. 

— El padrî ha dit una paraula que 'm sembla d'or d'allé mes 
fi : « Tothom, dins el reaime, fins als mes tontos, prou me por- 
tarien un ou, y una dotzena, y cent dotzenes, si ho calgués. » 
Donques iré an el mas mes aprop, hi pendre un ou del dia, y 
bona nit, caragols ! 

Tal dit, tal fet : s'en entra dintre d'un galliner y agafa un ou 
en el ponedor. 

Mes vetisaquî que 's li va ficsant dins el clatell una ideya que 
mes l'en vol treure, mes se li enfonsa : 

— Lo que vinch de fer, ja ho hagués fet un infanto de quatre 
anys. Quina vergonya lo que 'm passaria si jo hagués d'oferir an 
el rey un ou de gallina, que tothom ja ho sab qu'es un oceil 
comûî... Lo que 'm se nécessita de fer, d'anar a plegar al bell 
cim de la montanya un ou d'âliga, simbol de ma valentia. 



— 92 — 

Al endema, després de tôt ho haver parât per l'escursiô y quan 
se disposa a marxar, veusaqui que comensa a caure una d'aquelles 
plujes espesses y menudes. Tôt el sant dia no fa que ploure, y 
mentres espéra la fi dei plujat, dins del seu cap se capbucen 
noves ideyes. 

— Qui sab si valdria millor un ou que no sigués d'âliga?... 
perqué amb tôt y aixô d'esser un ocell de rapinya, potser serîa 
de mal auguri pel padri... Belleu un ou de rossinyol..., de pica- 
figues..., de pinsâ..., de verderol..., que fa uns refilets!... 

Rumia que rumiarâs, passen dies y dies. Y a les nits, ous y 
ous en desmasia : en Feshobé no somia sinô qu'ous. 

Mes al cap y a la fi de les trente nits, prou qu'ha de pendre 
un determini. 

IJl finir) j. B. 



L'Âmfora 



En les terres de febra y de xardor, 
hont els casots, com la bugada estesa 
suis etzavares de la plana encesa, 
esclaten y enlluhernen de blancor, 

dins la penombra blava y la frescor 
d'emblanquinades sales, la bellesa 
de l'àmfora présida, igual deesa 
en l'altar casolà de l'antigor. 

Sobre els seus flanchs perfects de verge nua, 
l'aygua del pou vehî, fresca, traspua, 
fent l'hi un vestit de platejats ribets... 

Y an el gerrer traçut portant enveja, 
per hi tancâ '1 meu cor l'esprit torneja, 
àmfores ideals, eixos sonets. 

Francis Salyat. 



La seigneurie ^ la paroisse du Soler 

<^^i^ (SUITE) 

Quelque temps après, les revenus de la mense épiscopale furent 
séquestrés. Le 5 avril ]663, le séquestre de ces revenus prit pos- 
session du lieu du Soler en présence des consuls et de la popula- 
tion réunis « intus forlaliiiam » (i). 

Dix ans après, l'évêque d'Elne était maître de ses revenus, 
puisque, le lo juillet 1673, Louis de Bruel, prieur de Panissas, 
administrateur de la mense épiscopale, prend possession de la 
juridiction du Soler en sortant une épée du fourreau, en mettant 
des gants et en jetant aux quatre vents une poignée de monnaie 
et une autre de terre (2). 

En j683, à l'occasion de la guerre contre le comte d'Empu- 
rias, le Soler d'Amont est imposé pour i3 feux, un florin d'or 
par feu et par mois (3). 

Le batlle, en 1691, afferme la boucherie : Ab pactes que vendra 
la lluira de molto sel sous y sis diners moneda de Trança, per lliura 
de cresiai y lliura de feda 4 sous y sis diners, lliura de cabra 3 sous 
y sis diners, lliura de bou 5 sous de la maleixa moneda ». En tant 
que clavaires, les consuls s'opposent avec toute diligence à ce 
qu'on achète ailleurs. Le boucher, durant son afferme, sera dis- 
pensé de toute fonction, charge, obligation, logement de soldats : 
il paiera i3 livres 10 sous (4). La gabelle est affermée par les 
consuls en 1709. Le fermier vendra « poibre, salages, doux de 
girofla, huile, eau-de-vie, esclops ou sabots ». Personne ne pourra 
vendre de ces denrées « à la menuda ni en gros » si ce n'est de 
leur propre cru, sous peine de 6 livres. Toutes les fois qu'il vien- 
dra un étranger pour vendre « marlusse, sarde, arengade et autres 
choses tocant à la gavella », le dit fermier ne pourra acheter 
qu'après un jour entier (5). En 1709, l'université s'assemblait dans 

(1) Arch. des Pyr.-Or., G. 42. 

(2) Ibidem. 

(3) Arch. des Pyr.-Or., Fonds d'Oms. 

(4) Arch. des Pyr.-Or., C. 1860. 

(5) Ibidem. 



— 94 — 
« le four » qui devint le lieu ordinaire des réunions (i). C'est là 
que l'on afferma le logis et le four. Quant au logis ou hostal, le 
fermier devait acheter le vin aux habitants du Soler, avoir tou- 
jours du pain et du vin à vendre sous peine de trois livres d'ar- 
gent ; il devait avoir aussi de bons lits et une écurie. Aucune 
autre personne ne pouvait loger des étrangers (a). Quant au four, 
voici les conditions imposées au fermier : « Jtem no li sia licit y 
permès de exigtr ni pendrer per dret de arrendamenî mes de un pa per 
viniena... item donarà à la diia obra de l'iglesia très atxas de cera 
blanca de pès de sis lliures per illuminar lo santissim sagrament lo dia 
del Dijous Sani y lo dia de Corpus Christi » (3). 

En 1756, la communauté du Soler et de l'Eula est imposée 
pour le vingtième, à savoir : Marquis de Montferrer fils, 1 1. 
10 d. ; le S' de Chavigny, i5 1. 5 d. ; le S' Desprez de Pome- 
riol, II 1. 5 d. ; le S' don François d'Oms et de Foix, 1 1 3 1. 6 d. ; 
le S' de Roquebrune, en Espagne, 42 1. 12 d. ; le S' Dédies, 
prêtre, j 1. ; le S' Cavalier, docteur en théologie, curé du Soler, 
27 1. 5 d. Viennent ensuite : Respaut, Clanet, Godail, Valette, 
Gaixet, Sabardeil, Berges, Badie, Vidal, Bonnefont, Loste, 
Parayre, etc. En tout 192 imposés. Total de l'imposition, 
8i3 1. 18 d. (4). 

Les consuls s'occupent aussi de la maison curiale. Cette maison 
était sur le talus de la rivière et menaçait de crouler. Un héritier 
de feu M.' Cabestany est chargé des réparations de cette maison. 
Ceci se passait en 1760. Deux ans après, le viguier se transporte 
au Soler et reconnaît que l'ancienne maison curiale ne peut être 
rebâtie sur le même endroit, attendu que la terre a été enlevée 
par les inondations : toute la maison est menacée d'une ruine pro- 
chaine. On demande à l'évêque d'Elne, seigneur du lieu, de tro- 
quer tel autre terrain qui conviendra pour cela. 11 y a vingt ans, 
dit l'expert, on voyait derrière la dite maison une longueur de 
terrain suffisante pour le passage d'une charrette. Aujourd'hui, un 
homme ne peut y passer sans danger de tomber dans le précipice 

(i) Arch. des Pyr.-Or., C. 1860. 

(2) 7b idem. 

(3) Ibidem. 
^4) Ibidem. 



-95- 

creusé parles eaux. L'Intendant décide, malgré tous les avis con- 
traires, d'utiliser la partie antérieure de la maison et de l'appro- 
prier en un logement convenable (i). 

Il faut reconnaître que la communauté du Soler n'avait pas des 
revenus importants, puisque, en 1761, Pierre Laurent, maître 
d'école cX greffier de la communauté à raison de 10 livres par an, 
avoue qu'il n'a pas été payé de trois ans « parce que la dite com- 
munauté n'avait aucun revenu » (2). 

En 1776, on dressa la liste des habitants corvéables de la com- 
munauté, des voitures, des bêtes de trait ou de somme, etc. 
Cette liste comprend : 

Chefs de famille, 96 noms. 

Propriétés (ayminates), 5io 1/2, 

Montant de la capitation, 728 1., 

Montant des cotes d'impositions ordinaires, 348 1. 6 d., 

Nombre des corvéables dont les familles sont composées (ce 
qui doit comprendre les enfants et les domestiques), 141, 

Nombre de charrettes attelées de mules, mulets, boeufs, etc., 1, 

Nombre de mules, mulets ou chevaux de trait, 3, 

Nombre de mules, mulets, chevaux de transport, 48, 

Bêtes de somme (ânes ou bourriques), 93, 

Chacun des contribuables, à 12 journées chacun par an, chaque 
journée de )o deniers, 846, 

82 bêtes de transport ou de somme, à 12 journées chacune par 

an, chaque journée de i5 deniers, 728. 

Total : 1574. 

Quelques professions : maréchal, garde, réguier du ruisseau de 
las Canals, fermier du bureau du sel et du tabac, coupeur de 
bois pour le four de Malie. 

Enfin, le )5 août 1787, on nomme un syndic et les autres mem- 
bres qui doivent composer l'assemblée municipale en exécution 
d'un règlement de Sa Majesté. Vingt-sept personnes sont présen- 
tes, parmi lesquelles François Respaut, batlle du Soler d'Amont, 
B. Bobo et J. Comes, consuls. La communauté comptait alors 
140 feux (3). 

(A suivre) Joseph Gibrat. 

(i) Arch. des Pyr.-Or., Fonds d'Oms. 
(a) (3) Arch. des Pyr.-Or., C. i86i. 



Catalougna-Lengadoc 



En tournant dau Coungrès de-z-Ais, lou pouèta e patriota 
catalan En Joan Estelrich nous a fach l'amistat de passa à Mount- 
Pcliè la journada dau dimàs )3 d'abriéu. 

Lous coulabouraires dau Gai i an fach las ounous de la ciéutat 
de Jaume lou Counquistaire ounte a agut grand gau de se res- 
countrà tamben emé lous Roussilhouneses d'elèi que soun lou 
proufessou Jan Amade e lou pouèta Jousé Pons. 

Lou vèspre, à la roustissariè Sant-Roc, un dinnà amistous nous 
acampava. De brindes seguèroun pourtats pèr Jan Estelrich e 
Pèire Azèma, Jousè Pons e Delpon-Delascabras. Se cantèt lous 
refrins dau païs e, pèr bella finida, Los Segadors e lou Cani de la 
Coupo. 

Aqueste mandadis seguèt pioi sinnat pèr lous taulejaires e 
remés à noste amie catalan : 

Lous felibres jouves de JJfount-Peliè, acampats à l'entour 
d'En Joan Estelrich, en souvenença de las journadas glouriousas 
dau printems 1 878, ounte En Jllbert de Quintana reçachèt la 
jota de las Testas Latinas sus l'Esplanada dau Peirou de 
Mount-Veliè, renouvelloun tou sarrament de frairetat qu'unis 
lous felibres de Lengadoc as patriotas catalans e souvètoun de 
tout soun cor de relaciouns sempre mai entimas e mai amis- 
tousas entre eles, pèr la gloria dau Verbe d'oc e l'ounou de la 
Terra d'amour que bagna la Mar miechterrana. 

Aquelas relaciouns, n'avèn l'espèr, se van renousà de mai en 
mai, au mens entre lous Clapassiès e sous amies de Barcelouna. 

De nostas charradas emé Joan Estelrich, d'aquel escàmbie 
d'idèias, d'empressiouns e de pantais d'aveni, demourarà, mai 
qu'un agradiéu souveni, la realitat d'una amistança viventa e 
agissenta. L. Ch. 

Extrait de "Lou Gat, journal du Languedoc. j3 avril 1920. 

Le Gérant, COMET. — Imprimerie Catalane, COMET, rue de la Poste, Perpignan 



14' Atlrtèe. N' I6é Mai 1920 

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DE BARCELONE 

En route 

Vendredi, 3o avrH. 

Nous quittons Perpignan à i i h., salués à la gare par nos amis 
Bausil et Francis, les deux proscrits, et par Payret qui devait 
se joindre à nous le lendemain et que nous ne revîmes plus. Si 
ce n'était le regret de laisser à Perpignan deux de nos camarades, 
une joie communicative nous anime et nous déride vite. 

La délégation est ainsi composée : MM. Jean Amade, profes- 
seur à la Faculté des Lettres de Montpellier, Henry Aragon, 
président de la Société d'Archéologie, Horace Chauvet, de 
V Indépendant des Pyrénées-Orientales, Docteur Carbonneil, Char- 
les Grando, de la Société d'Etudes Catalanes, Déodat de Séve- 
rac, compositeur de musique, Henry Muchart, avocat, L. Payret, 
directeur du Courrier franco-espagnol. 

Quelques incidents amusants égayent notre voyage. Ainsi, dès 
que nous pénétrons dans un tunnel, une lampe électrique est bra- 
quée sur nous par un inconnu... Mystère ! Nous croyons revivre 
un film de la JHain qui éireint. Serait-ce un détective espagnol, et 
nous prendrait-on pour des conspirateurs ? 

A Cerbère, visite méticuleuse de la douane française et arrêt 
exagéré, sans doute prévu, pour manquer la correspondance à 
Port-Bou. Là, Déodat de Séverac, questionné sur son métier 
répond flegmatiquement : musich. Amade parlemente. — Nous 



-98- 

devons, dans Cette première station espagnole, à son initiative et 
à la complaisance du chef de gare qui retarde le départ du train 
jusqu'à l'accomplissement de toutes les formalités, de prendre le 
< correu » qui doit nous déposer à Barcelone à 7 heures. 

Les plages catalanes, les criques splendides, la magnifique baie 
de Llansa dominée par le massif verdoyant de Rosas, dont les 
premières croupes, dévalant vers la mer en gradins fleuris s'épa- 
nouissant au soleil de tout l'or de leurs genêts, éblouissent nos 
regards, et Muchart dit des vers de ses Balcons sur la Mer, et 
Grando lui donne la réplique par l'un des chants de ses Yeus de 
la Terra. 

A Figuères, nous prenons une musique militaire. L'ardent soleil 
du littoral, qui darde maintenant ses rayons de feu sur la vaste et 
riante plaine de J'Ampourdan et les premiers mamelons cendrés 
de Roca-Corva, nous a fortement altérés. 

Et le « musich » Déodat de Séverac, en compagnie du « cate- 
dratich » Amade ont bu notre dernière bouteille î De Gérone 
nous admirons bien, au passage, le fouillis pittoresquement étage 
des vieilles maisons de la ville haute, superposant leurs façades 
délabrées, bariolées d'oripeaux séchant au soleil, du bord de 
rOna, qui en baigne les premières assises, jusqu'à la belle cathé- 
drale gothique à l'escalier monumental qui les domine ; mais, sauf 
M- Aragon, tout à son archéologie, nous goûterions aussi bien, 
tant notre soif est cruelle, le charme rafraîchissant d'une canette 
de bière. 

Enfin nous pouvons à Enpalme, où la buffetière lève les bras 
au ciel en nous voyant vider les chopes, satisfaire notre soif ; et 
le docteur Carbonneil reprend sa sérénité. 

Nous avons rencontré, en cours de route, notre compatriote 
Molinier, de Rivesaltes, cousin du Maréchal JoflFre ; il se joint à 
à la caravane et, naturellement, Chauvet interviewe : nous appre- 
nons que le Maréchal descendra au Ritz où un appartement splen- 
dide a été aménagé. 

L'on saura par la suite que l'autorité militaire espagnole garda 
le Maréchal a la Capitanîa General, malgré l'absence du général 
Weyler. La diplomatie a de ces mystères. 

Ce sont maintenant les sommets bleutés du Montseny qui limi- 
tent l'horizon. Derrière les rangées de pins qui boisent les coteaux 



fecuits de Sant-Celoni. Phébus coule un Ruissellement unique de 
lumière, passant du blanc au rouge vif d'un brasier, dans une 
gamme flamboyante de demi-teintes qui incendie tout le couchant. 
Bientôt, sur le flanc opposé, se dessine la silhouette sombre du 
Montjuich. 

Et nous voici dans les faubourgs de la grande cité dont nous 
allons être les hôtes, "et où nous allons passer des heures inou- 
bliables. 

L'accueil qui nous fut fait dépassa toute attente et notre aima- 
ble compagnon de route Horace Chauvet vous le dira. 

Caries de la Real. 



A BARCELONE 

Barcelone, 3o avril. 

Bien que la presse de Catalogne annonce l'arrivée de la déléga- 
tion perpignanaise en termes pompeux et qualifie chacun d'entre 
nous « d'éminent » et « d'illustre » au superlatif, il n'en est pas 
un, dans la caravane venant du Roussillon, qui mérite comme Déo- 
dat de Séverac de recevoir sous le nez des nuages d'encens ; et 
c'est justement le plus timide et le plus eff^acé. 

Fort heureusement, celui qu'on prenait à Port-Bou pour un vul- 
gaire clarinettiste de cobla catalane s'est trouvé, en gare de Bar- 
celone, en présence de personnalités empressées qui le connais- 
saient et ont rendu hommage à son talent. 

Je dois le dire pour ce qui en rejaillit sur la petite patrie rous- 
sillonnaise : la délégation venant de Perpignan a été accueillie 
avec un déploiement luxueux de courtoisie. Dès leur descente du 
train, les compatriotes du maréchal Joff^re, reçus par les délégués 
de la Mancommunitat (majordome et maître dr.s cérémonies en 
tête), par les représentants de la presse, par les commissaires du 
Comité des fêtes, ont été conduits aux colxes qui leur étaient 
réservés, et il y avait aux portières et sur les sièges des carrosses 
de la municipalité un véritable bataillon de gardes urbains, 
galonnés sur toutes les coutures et enveloppés d'uniformes ver- 
meils. Nous serrons la main à MM. Puig y Estéve, représentant 



lOO — 



l'Alcalde ; aux artistes Rusinol, Casas, Utrillo, à Soler y Plà, à 
l'abbé Caseponce, à M. Dorgebray, président de la Colonie 
française, Georges Foret, O. Lecomte, Alcàntara, Ribé Tort, 
Cardunets, Carbonneil, Sansô, Castanyer, Brousse fils, Duran y 
Tortajada, etc. Quand l'hospitalité a de telles prémices, je laisse 
'à votre perspicacité le soin d'en déduire toute l'amplification. 

Il n'y a qu'à Barcelone qu'on puisse avoir des gestes aussi gran- 
dioses pour recevoir des visiteurs. 

J'imagine que le maréchal JofFre, qui arrive ce matin à Barce- 
lone, sera reçu comme le dieu Mars descendant sur la terre. 

La Publicidad insiste pour qu'on réserve au maréchal Jofîre un 
accueil triomphal, ajoutant qu'il manquait à la gloire du grand 
capitaine de passer par la voie sacrée de la rambla. 

La Yeu de Calalunya voit en lui la glorification des vertus de 
la race catalane et s'enorgueillit de sa popularité mondiale. 

h,''Esquella de la Torratxa, qui consacre un numéro spécial à 
Joffre, en fait une description amusante : « 11 ne porte point de 
cosmétique aux moustaches ; il a un air de vieux propriétaire rural 
de nos montagnes, un air catalan patriarcal et bonhomme ; il doit 
rappeler aux enfants ces généraux des contes de fées qui leur 
laissent des jouets dans les bottines ». 



SK 



V arrivée de ] offre 



Barcelone, i" mai. 

On a ici l'impression très nette que le maréchal JoflFre repré- 
sente, à l'heure actuelle, la plus grande force d'attraction du monde 
entier ; il est l'homme le plus populaire, il est celui sans qui la 
victoire des Alliés n'eut pas été possible. 

Les acclamations que le vainqueur de la Marne a cueillies 
aujourd'hui, avec les plus belles fleurs de la Catalogne que lui 
présentaient les délégations diverses, avec le sourire le plus exquis 
des barcelonaises accoudées aux balcons pavoises, ont été aussi 
vibrantes qu'elles pouvaient l'être. Dans la foule massée sur le 
passage des voitures officielles, les applaudissements se réper- 
cutaient au loin comme les vagues qui se bousculent. , 



lOl 

« Viva lo Mariscal Joffre, Salvador de l'humanitat ! » 

« Viva França ! Viva Joffre! », crie-t-on de tous côtés. 

Joffre répond par des saluts affectueux et de cordiales paroles. 

A Guimerà, qui le reçoit à la gare par ces mots : « Mra seu ben 
nosire ! Seu a casa vostra / » il répond : « Sont casibé calalà de 
Barcelona. » 

A l'Alcalde qui lui souhaite la bienvenue au Palais de l'Ajunta- 
ment, il dit : a M'agrada parlar català, me sembla que parti a ma 
mare ». 

Au président de la Mancommunitat, qui le salue à son tour, il 
déclare que son plus grand plaisir est de fouler la terre catalane. 

Au délégué sud-américain, qui lui offre un objet d'art au nom 
de la colonie catalane, il adresse des félicitations : a lieu ben 
parlai y heu proval ara que la llenga calaîana es la mes bonica de 
tôles ». 

Et les Catalans d'acclamer, de chanter la Marseillaise, d'enton- 
ner E/s Segadors, tandis que, profitant d'un aparté propice, le 
maréchal appelle auprès de lui son parent Molinié, de Rivesaltes, 
pour lui demander « si la padragada ha pas trossejat les seues 
vifiyes » . 

A tout ce 'peuple qui exalte l'amour de la terre catalane il 
apparaît comme l'homme de la terre ; il plaît surtout par la simpli- 
cité de sa tenue (képi, dolman et pantalons rouges) qui contraste 
avec les uniformes chamarrés de ceux qui l'accompagnent. Ceux- 
ci ont la poitrine constellée de décorations, grosses comme des 
ostensoirs : lui ne porte que la médaille militaire et la croix de 
guerre. 

Cette modestie plaît beaucoup plus que tous les discours 
enflammés qu'il pourrait faire. 

Madame la Maréchale produit la meilleure impression, cha- 
peautée de blanc et vêtue de soie noire. Pour elle tout ce que 
Barcelone compte de gracieux a été mobilisé et elle en paraît 
éblouie. 

A notre tour nous approchons du héros de la fête avec la délé- 
gation perpignanaise : le maréchal Joffre, en voyant ses compa- 
triotes, nous produit l'effet du passager qui a eu le mal de mer 
et qui est heureux de mettre le pied sur la terre ferme : « Ah ! 
vous êtes là, tant mieux. Je suis surmené, mais pas fatigué. Je 



— 102 — 

tiens. Ma joue droite s'est enflée visiblement ; c'est une fluxion 
qu'un courant d'air de train m'a procurée. 

« Comme je suis heureux de vous voir ! dites à Perpignan com- 
bien est grande ma joie d'un accueil si grandiose. J'arriverai en 
Roussillon le 6. En attendant, je reçois des délégations ». 

Quelle corvée que la gloire, même à travers la voie sacrée de 
la Rambla, par cette délicieuse journée d'été ! 

Horace Chauvet. 

Quelques manifestations ont eu lieu sur la Rambla dont le cor- 
tège devait parcourir l'allée centrale. 

Les manifestants catalans crient qu'on leur a confisqué JofFre, 
que l'on conduit à la Capitania gênerai (où décidément il logera), 
soulevant l'exaltation affectueuse de tout un peuple. Car dans ces 
tiraillements sa personnalité reste intacte. H. C. 



:&< 



"Les 1\éceptions 

A l'Ajuntament 

Dès ] 1 heures la foule se presse devant la Mairie où le Maré- 
chal Joffre ne va pas tarder à venir saluer la Municipalité. 

Au bout d'une demi-heure, d'enthousiastes vivats et les applau- 
dissements redoublés qui montent de la place Sant-Jaume nous 
annoncent l'arrivée de notre illustre compatriote, qui est accom- 
pagné de M. de Saint-Aulaire, ambassadeur de France. 

Au salon, l'Alcalde, M. Maurice Domingo, salue M. l'Ambas- 
sadeur en castillan et JofFre en catalan. Le Maréchal s'exprime 
en roussillonnais. 

La foule le réclame au balcon où il est encore acclamé. De 
magnifiques corbeilles de fleurs et un admirable album-souvenir 
lui sont offerts. 

Allocution de M. Marlinez Domingo, alcalde de "Barcelone 

En trobar-vos a Barcelona, us trobeu en la ciutat cap i casai de Cata- 
lunya, centre de tota la vida catalana. Jo us dono la mes coral benvinguda. 
Estigueu segur, Mariscal, que la vostra visita estrenyerà els llaços d'amor i 
simpatia entre els pobles vostre i nostre ; i es refermarà el sentiment d'amor 
que envers la França teniem en aquells dies dificils, en els quais la vostra 



- io3 — 

anima forta i serena no desmaià, salvant aixi la França i els alts ideals dels 
pobles Uatins. 

Barcelona reb un gran honor de poder-vos donar hospitalitat, i la vostra 
visita servira per ajuntar mes aquests dos pobles, units ja per la historia i 
per la raça. 

T^éponse du Maréchal Joffre 

Permeteu-me que vos digui uns mots amb el llenguatge català nostre, que 
es igual que el llenguatge català vostre. Jo no pue mes que aderir-me a les 
manifestacions que acaba de fer el senyor ambaixador de la França, i ho die 
en català perquè en parlar i sentir parlar aquesta llengua, sempre me pensi 
que s6c al meu pais. 

A la Mancomunitat 

Dans l'enceinte historique du magnifique palais de la « Gene- 
ralitat » eut lieu la plus vibrante des manifestations en l'honneur 
du héros de la Marne. 

Deux heures durant, de quatre à six, les ovations succédèrent 
aux ovations, les « Segadors » à la « Marseillaise » ; l'enthou- 
siasme était au paroxysme. « L'émolion éïaii intense, dit A. Coutet 
de la Dépêche, des larmes coulaient. » 

M. Puig y Cadafalch, président de la Mancomunitat, pro- 
nonça le beau discours suivant : 

Senyor Mariscal, 

En aquest moment, Catalunya reb l'honor de la vostra visita, i en aques- 
tes sales s'hi troba tota representada, pels scus senadors i diputats a les 
Corts d'Espanya, pels seus diputats a la Mancomunitat de Catalunya, per 
les sèves ciutats, i al davant d'elles la de Barcelona, per les sèves institucions 
de Govern, pels seus Instituts d'investigacions i estudi, per les sèves Corpo- 
racions i Societats, per la joventut i el poble. Jo us presento a tots ells en 
aquest moment, i, per l'autoritat del meu carrée, représente tota la nostra 
terra organitzada. 

Aqui també hi ha els vostres compatriotes, que tambe ho son nostres, de 
la Catalunya de França. que, com nosaltres, en aquella mémorable festa 
dels Plàtans de Perpinyà han volgut acompanyar-vos en el vostra pas per 
les nostres rambles, consagrades avui novament com a via sacra i triomfal 
de Barcelona. 

També hi ha aqui els catalans de les Amériques que, en missatgc trames 
d'ultramar signât per habitants de set Républiques, us aclamen i us ofrenen 
en homenatge un magnifie présent. 

També estan présents els ferits i mutilats catalans que sota les vostres 
banderes lluitàren pel gran idéal de la civilitzaciô i de llibertat d'individus i 
pobles, i aqui també es troben les ombres dels milers de catalans morts per 



— I04 — 

la França : llurs animes héroïques contemplen en aquest Palau, plë de mèmo- 
ries de tota la nostra historia, l'heroi català triomfant en les mes formida- 
bles batalles de la guerra passada, i ùltima, aixi ho creiem, de la Humanitat. 

Senyors : Es necessari recordar aquells moments terribles de la invasiô, 
es necessari evocar aquella ordre de morir en son Hoc, donada pel capità de 
l'exèrcit major que el mon hagi contemplât en lluita. 

Es necessari recordar aquell replegament seré, tranquil, aquell atac 
instantani formidable que feu del Marne el riu de la victôria. 

Penseu l'organitzaciô que aixô signifîca, el pla preconcebut, la retenciô 
sobrehumana, violenta d'énergies, d'explosiô entusiàstica en el moment de 
la lluita. Tôt fou obra d'aquest home, d'aquest gran català en el quai es 
conczntren les qualitats de la raça i del quai no m'atreviré a dir vell, perquè 
el seu cos i el seu esperit han sofert impàvids el desfilar d'uns anys que 
equivalen, per llur intensitat, a segles. EU, cap generalissim, havia abans 
format els homes i els tempéraments per a fer possible el gran moment. 

Eli, abans de començar-la, per la ciència i per la preparaciô moral dels 
seus homes, ha guanyat la batalla. 

Jo voldria, senyor Mariscal, trobar en la Uengua que parlàren el vostre 
pare i la vostra mare, que parlen els vostres amies d'infància en aquells llocs 
de Rivesaltes, en la llengua que es la de Catalunya i de totes dues bandes 
del Pireneu i fou la de tants grans homes, giôria de la nostra terra i de la 
vostra, nous accents mes pénétrants, mes afînats, per a expressar-vos que la 
vostra auréola noble de vencedor es un xic nostra i que pàMidament ens 
ii'lumina. 

Rebeu, senyor Mariscal, en aquest acte, l'homenatge de tôt un poble que 
aclama en vos Catalunya i la noble terra de França, i que us dona mercès 
per haver volgut acceptar, si no el mes ait dels vostres triomfs, el mes 
amorôs, sota aquest cel blau de la ciutat de Barcelona, capital dels Catalans 
de tôt el mon. 

Le glorieux hôte répondit en langue catalane et ses paroles 
furent accueillies par de vives acclamations. 

A4.. Folguera y Duran salua en J offre l'apôtre de la liberté des 
peuples et lui offrit un superbe objet d'art au nom dès Catalans 
d'Amérique. 

Et alors commença un interminable défilé de représentants de 
toutes les Administrations, organisations, Sociétés, etc.. de Bar- 
celone. 

Le Maréchal vit le peuple! de la grande cité, l'approcher, lui par- 
ler, lui manifester son admiration et l'on ne savait qui était lé 
plus ému du Maréchal ou de ceux qui passaient. 



— io5 — 
Au Consulat de France 

La journée touchait à sa fin quand le Maréchal Joffre rentra au 
Consulat de France, où l'attendait en foule la colonie française 
avec son parterre de jolies fleurs. Tour à tour. Je consul de 
France, M. Philippi, le président de la colonie, M. Dorgebray, 
saluèrent leur hôte illustre. Le Maréchal répondit en faisant 
l'éloge des Français de Barcelone, qui se sont bien conduits pen- 
dant la guerre et qui savent accroître toujours le prestige de la 
France. 

M. de Saint-Aulaire, ambassadeur de France à Madrid, évo- 
qua ensuite, devant tous, la figure populaire du Maréchal, qui a 
sauvé la patrie parce qu'il a su tenir éveillée dans ses soldats 
l'Ame française. 

Il faudrait des pages pour essayer de retracer tout cela. 

Le vainqueur de la Marne a dû apparaître à la soirée de gala 
donnée au Théâtre du Liceo en son honneur et où àe trouve 
réunie la plus riche et la plus élégante société de Barcelone. 

La nuit s'avance. Quel contraste que celui de cette féerie de 
lumière et d'élégance avec tant d'autres nuits déjà lointaines, sur 
la brave ligne de bataille aux matinals réveils, sous lesquelles le 
grand soldat sauvait le pays 1 

Alex CouTET. 



it< 



Les *' Joe h s Vloraîs 



Le dimanche i mai, à 3 heures, se sont tenus, au Palais des 
Beaux-Arts, les Jochs Florals traditionnels, sous la présidence du 
Maréchal Joff^re. 

Nous arrivons avec l'une des premières voitures du cortège, 
précédant le Consistoire de quelques minutes. 

L'aspect de la salle immense, décorée de tentures aux couleurs 
provinciales, fourmillant d'une foule énorme où l'élément féminin 
tient une large place, est déjà imposant. Une estrade est placée 
au fond du hall. Un trône la domine: c'est une haute chaise 



— io6 — 

gothique soiis un baldaquin aux couleurs sang et of ; c'est là que 
siégera la reine. 

Bientôt, une rumeur parcourt la foule. Voici le cortège officiel ; 
il y a là les mainteneurs — ils sont sept, cbmme les troubadours 
— il y a la municipalité, les délégations et !e grand Invité qui 
paraît, cette fois, en brillant uniforme. 

Quel merveilleux spectacle que le Maréchal Joflfre pénétrant 
dans l'immense salle du Palais des Beaux-Arts pour présider les 
Jeux Floraux, se présentant au milieu d'une foule de 4.000 per- 
sonnes levées pour l'acclamer, recevant de l'élite du peuple cata- 
lan l'hommase flatteur des vivats. Au cours de cette cérémonie 
littéraire, qui s'est déroulée dans un cadre unique d'ampleur et de 
finesse, qui a été un pur régal pour l'esprit, un autre personnage 
a eu les honneurs de la popularité : c'est le grand poète Guimera, 
toujours admiré de la foule, et dont on a lu un manifeste vibrant 
et enflammé pour la gloire de la Catalogne ; puis le poète Jean- 
Marie Guasch, meslre en gay saber, et qui a eu pour la neuvième 
fois la fleur naturelle, a ravi l'auditoire des strophes idylliques de 
sa Branca d' Mmor, qui est un poème d'une douce sensibilité. 

Mais une nouvelle manifestation grandiose s'est produite lors- 
que le lauréat Guasch, choisissant la reine des Jeux Floraux, est 
allé off^rir son bouquet de fleurs naturelles, aux rubans de la Cata- 
logne, à la Maréchale JoiTre. Très digne et très émue, coiflFée de 
la riche mantiîla de punies, entourée de ses demoiselles d'honneur, 
la Maréchale s'est assise sur son trône au milieu d'une ovation 
formidable. Ce cérémonial moyenâgeux était très pittoresque. 

Siégeant au milieu d'un jardin de roses, de lilas et d'iris, enca- 
drée par deux orangers, la Maréchale a procédé à la remise des 
prix aux lauréats. 

Le poète Tous y Marotô remporte l'accessit unique à l'Eglan- 
tine et la Violette d'argent. Les écrivains Girbal Jaume et Llo- 
renç Riber obtiennent le prix de prose. M. Pous y Pages se voit 
décerner le prix Fastenrath pour la belle comédie Papellones. 

Guimera a écrit un imposant discours exaltant la patrîe catalane, 
dont nous donnons les principaux passages. 

La sortie fut un peu mouvementée. Il est pénible de constater 
que des paroles et des chants entraînent encore des moulinets de 
sabre. 



— 1Û7 — 

ï>iscoun de M,. îe Maréchal Jojfre, Président des jeux "Floraux 
(lu par le jeune E. Brousse) 

Gentils dames. 
Honorables senyors, 

Ja pensi que vos esperéu pas un llarch diseurs de part meua. 

Quan me vareu fer l'honor de m'oferir a ne mi, soldat, la Presidencia de 
la vostra tan agradosa festa literâria, prou sabieu que séria pas lo mante- 
nedor tradicional, que amb la seva eloqiiencia vos té l'aie parada y vos 
encanta. 

Mes, vaig veure en aquesta atenciô el testimoni dels vostres fondos y 
nobles sentiments d'amor a la França, avuy victoriosa de la mes terrible 
lluyta que hagi coneguda la defensa del Dret esbocinat y de la Llibertat 
amenaçada. 

Y vaig acceptar, perque me semblava qu'enlloch mes els nostrcs dos 
pobles no eren tan estretament lligats. 

Catala de França com som, les mateixes paraules vostres me venen als 
llavis, per expressar la igual admiraciô de les nostres dues Patries per tôt 
lo qu'es gran y bell, y 's fonen en nosaltres llurs aspiracions vers un idéal 
de treball profites, de pau civilisadora. 

Aquest idéal, lo cantarân los vostres poètes. 

Mes, me penediria si no retreya aqui '1 rccort del malaguanyat Mistral, 
que tantes recances va deixar. Quina desgracia que no pugui esser avuy 
aqui, per barrejar una vegada mes la seva veu d'apôstol a la dels vostres 
literats, dins aqueixa magnifica ciutat, tan escayenta, en sa riquesa, per 
l'entusiasta manifestaciô d'art que celebrém. 

Barcelona, « en bellesa ûnica », — com ha dit l'immortal Cervantes — 
la teua esplendor esclata en aqueixes festes de glorificaciô del teu poeta 
llorejat. 

Floreix d'un nou encis la gracia de l'amable Cort de barcelonines, 
devant qui m'inclini ab la mes dolça emociô. 

Le Maréchal, ovationné par l'assistance, se leva et ajouta en 
roussillonnais : 

Antes d'acabar, vos dire en català del Rossellô, qu'es germa del vostre, 
tota la reconeixença que tinch per la rebuda que m'heu fet. 



it< 



— io8 — 
Poèmes ayant obtenu la « Flor Natural 9 

BRANCA FLORIDA 

Camperola 

Pluja d'or, branca florida. 
Bat el sol a plè janer. 
Sota '1 fret canta la vida 
tôt l'amor de) vell fruyter. 

D'un idili de blancura 
y una gota de carmî, 
tôt ei goig qu'ara fulgura 
sera fruyta per cullî'. 

Passarà la jovenesa 
d'aquest viure enlluernador, 
cada flor una promesa 
per quan vingui la Tarder. 

Que la vida camperola 
ens darà la plenitut, 
de l'atmetlla, que viu sola 
dintre capsa de vellut. 

De l'atmetlla fredolica, 
que sera '1 miilor présent 
per la teva boca xica... 
Cau la flor de mica en mica, 
y la fruyta va crexent. 

J\it de lluna, Flor d'argent 

Nit de lluna, flor d'argent, 
blava nit de galania ; 
si ara fes un xich de vent, 
tôt el bosch s'aclariria. 



— 109 — 

Sota '1 gran rccullimcnt 
el meu cor s'axamplaria, 
y segujnt el riu lluheiit, 
com el riu me'n aniria. 

Perfum de murtra y de pi. 
Trobaria '1 vell Molî 
qu'es la casa mes déserta. 

Molinera no hi té por ; 
riu y canta en la foscor 
ab la porta ben oberta. 

Cançô del viure clar 

Una vida, dues vides, 
quantes vides teniu Vos ? 
Vos teniu la meva vida 
y la vida de tots dos. 

Vos teniu la vida xica 
d'un infant que ve de lluny, 
flor d'amor, fruyta bonica, 
com les cireres pel juny. 

Vos sou la branca que 's torça 
en senyal de plenitut. 
Vos teniu tota la força 
de la meva joventut. 

Vos portèu en la mirada 
tôt el goig del viure cla' 
y en la falda curullada 
la cullita de demà. 



— no — 



L'amor que 'ns omple de joya 
s'ha tornat prometcdor. 
Un infant corn una toya 
ab els ulls plens de claror. 

Una vida, dues vides, 
quantes vides teniu Vos ? 
Vos teniu la meva vida 

y la vida de tots dos. 

Vano antich 

Com una flor que s'esberla 
s'obre '1 vano dolçament, 
branilJes de mareperla 
y rubins per lligament. 

Un jardî de gran marquesa 
ab uns arbres desmayats, 
cada vert una finesa, 
y un amor tots ejjs plegats. 

Sota '1 vert, voltat de lliris, 
s'hi desclou el broDador, 
y una mica de pois d'iris, 
l'espurneja de claror. 

Cau la llum tornassolada, 
y damunt del marbre llis 
creix la molsa veilutada 
sota '1 plor del degotiç. 

L'aygua cau, y '1 vent destria 
pel silenci capvespral 
la superba galania 
d'un amor fet madrigal. 



— I i 1 — 

D'un amor tôt pie de vida 
que perdura Uargament 
sota la roba florida 
y les perruques d'argent. 

Y '1 galan cerca l'oferta 
d'un desjg en promissiô, 
qu'ella té la flor oberta 
d'un escot marejadô'. 

Pro la dama d'ulls encesos 
]j allarga tan sols la ma... 
Quan la ma s'omple de besos 
l'aygua para de cantà'... 

La tarda tomba tranquila 
tôt abrigant el jardî. 
Hi ha una estrella que vigila 
y un aucell que vol fugi". 

J.-M. GUASCH. 

Discours du poète Gutmerà 
(Extraits) 

Senyors, 

Tenim un any mes dels Jocs Florals de Barcelona. Un any mes de la 
vida de nostra Catalunya. 

1 cada any, tal dia com avuy, sensé dir-nos-ho amb paraules uns als 
altres, meditant-ho sensé que 'ns surti al exterior, ens dihem els que esti- 
mem amb força la nostra Patria per sobre de tôt lo créât, Uevat del amor de 
familia : ens diem, torno a dir : la nostra Terra va fent cami dintre d'aquest 
Univers del que forma part, per la ma de Deu mateix colocada a on se 
troba. ] nosaltres, cada any que avença, hi veiem mes clara la nostra perso- 
nalitat i com concreta les sèves Unies caractéristiques en lànima dels homes... 

Ens trobem que la indiferéncia que hi havia aqui per les coses de casa 
va desapareixent, donant Hoc, per ûltim, a un moviment despertador. 

Avans, el moviment patriôtic era una força que anava de les grans ciutats, 
sobre tôt de Barcelona, aïs pobles, arribant devegadcs. amb prou feines, 
al cor de les montanyes, que sempre es Hoc ahont han arrelat mes enfons les 
llibertats dels pobles. 



— J J2 — 

Doncs, ara, aquest moviment patriôtic se transforma radicalment, i es a 
dintre dels pobles a on la Ilevor forta i sanitosa d'amor a la nostra Terra 
grilla i grifola. 

Aneu de poble en poble, pels Uocs mes arreconats de Catalunya, i tro- 
vareu que per tôt, principalment en mig de la joventut plena de vida sani- 
tosa. s'han despertat per a la Patria els fills de la Terra. Jo 'Is escoltava 
amb l'anima glatint d'entusiasme sentint-los com enviaven a la ciutat alenades 
d'amor purîssim. 

1 aquest moviment febrôs que se sent per tota Catalunya, se sobreix 
d'ella i '1 sentireu si poseu la ma sobre 'I cor de Valencia i de Mallorca, 
ahont la Patria tampoc es morta i 's desperta, i 'n surtin alenades vigoroses 
d'amor per ella. Per tota la Terra valenciana, igual que per tota Catalunya, 
mes cada una en son casai, cadascû vol esser com es, com els hi ve del 
passât, amb ses costums propies, que cada una val mes per sos fills, perqué 
Deu els hi ha dat, que qualsevol altra de forastera. 

] mes paraules, al parlar de Valencia, son les mateixes que vos die amb 
igual amor i esperit germanivol de Mallorca, i lo que vos die de nosaltres, 
de Catalunya i de nostres germans de Valencia i Mallorca, vos ho die del 
Rossellô, amb veu mes alta avuy per tenir entre nosaltres a aquest català, 
gloria al présent de la civilizacio de tota la Terra. 

Donchs, S), senyors : no perqué 'Is etzars de la vida 'ns hagin séparât de 
les terres rosselloneses, deixan de ser catalanes, com les d'aci baix, les que 
faldegen el Canigc. No hi vol dir rés qu'ells i nosaltres formem part de dos 
Estats diferents. 

Mentrestant, conservém nosaltres aquest esperit de germanor a travers 
dels anys i dels segles i de les lluites socials dels pobles, que no l'acabaran, 
no, l'anima de Catalunya. 

Les nacions modernes que visquen com puguin entre mig de ses miseries, 
i que vagin enterrant en sos Escorials ses grandeses que viuen ja mig des- 
fetes. Els pobles nô que no 's desfan : els pobles son eterns i no 's cor- 
rompen. 

LE DINER DES JEUX FLORAUX 

Le banquet des Jeux Floraux, qui devait être le clou des fêtes, 
se transforme, par suite de l'absence des autorités et de la pru- 
dence dictée par l'énorme déploiement de police et de gendar- 
merie qui entourait le restaurant du Parc, en un dîner cordial. 
Aucun discours ne fut prononcé. 

Nos lecteurs ont déjà lu, dans les journaux, la relation des 
incidents qui motivèrent la suspension d'une partie des fêtes offi- 
cielles. Nous ne reviendrons pas sur ces faits. 



— ii3 — 

La délégation roussillonnaise put saluer MM. Matheu, Lopez- 
Picô, Llongueras, Miquel y Planas, Iglesias, Rahola, Guasch, 
Masse y Torrents, Massô y Ventés, Nicolas d'Olwer, Sole y 
Pla, Rosendo Serra, les maîtres Millet et Morera, etc. qui 
étaient parmi les convives. 

Les J(pussiUonnais à Sitges 

(De la "F eu de Catalunya) 

L'Arribada 

Ahir els nostres il-lustres hostes de la Catalunya de França 
anaren a Sitges, la bella platja nacional, l'excelsa Subur, on sem- 
pre arreu hi transpua un esclat d'art i distincié. 

El poble, presidit pel batlle, els esperava a l'estacié amb una 
orquestra. 

En arribar els expedicionaris la banda intzrpTCtk La Marsellesa. 

Es forma la comitava, i al seu pas, pels carrers de la vila, la 
gent s'ajuntava a l'entusiàstica manifestacié. Aleshores l'orquestra 
deixà sentir les notes de La Madeîon. 

Banquet i Parlaments 

A l'Hôtel Subur se célébra l'apat ofert als compatricis del 
Rossellô, per En Santiago Rusinol i l'Alcaldia. 

Hi assistiren : 

La deiegaciô rossellonesa, composta dels senyors Muchart, Joan 
Amade, doctor Carbonell, Caries Grande, Horaci Chauvet, 
Deodat de Severac, Robert Subiras i senyora, Enric Aragon i 
Mossen Caseponce. 

De Barcelona hi havia N' Enric Morera, senyora i filla Maria, 
Santiago Rusifiol, Manuel Alcàntara, Antoni Carbonell, Josep 
Castanyer i Ponç Berga. 

De Sitges hi assistiren el batlle Bonaventura Julià, Miquel 
Utrillo, el jutge Josep Ferret, Josep Planas, Salvador Robert i 
el doctor Joan Benaprès. 

A l'hora dels brindis parlaren els delegats rosscllonesos senyors 
Amade, Chauvet, Grande, Carbonell i Muchart ; l'alcalde i En 



— 114 — 

Santiago Rusinol. No cal dir que, a l'ensems que es referma el 
sentiment de catalanitat, es feren vots perqué l'amor d'ara, del 
quai n'es simbol En J offre, perduri. 

Cal remarcar dels discursos esmentats el del senyor Chauvet i 
el d'en Rusinol pie de l'humorisme seu. 

Heu's aquî el parlament de l'Horaci Chauvet : 

Discours de M. Horace Chauvet 

Estimats amies, 

Si, en Hoc d'esser un vulgar prosista, eri jo un poeta, eom molts de 
vosaltres ho son, me vindria a bé de fer parlât tots els arbres de Rossellô, 
mon terrer nadiu, aixi com d'altres s'han imaginât de fer bavardejar els 
animais. 

Si eri poeta, animaria amb la paraula les « Platanes » del gran passeig 
public de Perpinyà, aquells arbres gegantins i d'ombra amantament véné- 
rable, glôria i orguU nostre, i els donaria el carrée d'endreçar un salut fra- 
tern a les magnifiques palmeres de les avingudes de Sitges i de Barcelona. 
Ja de temps, en efecte, les nostres platanes i les palmeres vostres veuen 
rondinejar les nissagues catalanes, que lliguen tantes afinitats de costums i 
parlen el mateix llenguatge sonor i ferreny. 

Els faria enraonar com a bons veins, com a germans, el pi de les altes 
muntanyes rosselloneses, i el pi arrelat en l'altre vessant dels Pireneus, a 
Catalunya. I junts confegirien els records d'aquells temps ja emboirats, on 
llurs soques servien per a fabricar els pals de les naus i galères catalanes, 
aquelles naus que amb tôt un equipatge de mariners catalans eixien en aplec 
germanivol, aixi mateix de Coplliurc i Port-Vendres, com de Barcelona, 
per anar a fer comerç i mercadejar amb l'Orient, Mediterrani enllà. 

Després establiria amable conversa entre la figuera d'ombra rodona i 
fresquivola del territori de Rivesaltes, on va a descansar de vegades el 
mariscal Joffre, amb aquell oliu de l'Empordà, del quai el gran dramaturg 
Ignaci Iglesias ens volgué portar un bonic petit ram, pel febrer de 191 6, a 
la Casa Comuna de Perpinyà, amb en Rusiiiol, n'Utrillo, mossén Casaponce, 
que son aqui. ] a l'oliu li diria la figuera : <( Mercès, gran mercès, pel teu 
gest d'amistat i germanor, pel teu gest de pau, perquè ha ajudat França a 
quedar forta al mig de la tormenta, a servar la confiança dins l'atronador 
temporal. » 

Bons amies, no pue parlar sensé gran emociô de la meva gran pàtria que 
es França, perquè, per nosaltres Rossellonesos, França es la primera dins 
lo cor. 

M'apar que el Rossellô, pais nostre i del mariscal Joffre, es com un infant 
que hauria mamat la llet de dues dides : entre la dida catalana i la dida 
francesa, ell ha migpartit sa tendresa. 

Ve't aqui la primera, una pagesa sapada i ferrenya, nada en l'agre de la 



— Ji5 — 

terra, que lî ha fet amar de tôt cor el reconet de terra dels avis, l'Albera 
tan bonica, i li ha inspirât l'enamorament de les valls canigonenques, mentre 
el gronxolava amb l'aire ennaigador de les Muntanyes T^egalades. 

1 ve't aqui l'altra dida, que es filla de França, de potents i fecundes 
mamelles, que li ha allendat els ulls amb sa generosa clartat, li ha allargat 
els limits de l'esperit, li ha remorejat amb una llengua formosissima unes 
paraules d'amor, unes atractivoles paraules d'ends, i tan mateix l'ha asso- 
ciât a una histôria mai prou alabada. I veus aqui que amb ella ha compartit 
la bona i la mala sort, i al seu cos de mare el nin s'arrapa amb un abraç 
indestructible. 

Quan l'una el deté amb aquell llaç misteriôs de la tradiciô, l'altra l'encap- 
tiva amb l'encartt de la cordialitat la mes estreta, i per tant, la tendresa 
maternai de cadascuna no els dôna pas enveja, no les fa pas géloses l'una 
de l'altra. 

1 ve't aquî perquè, tôt déclarant- nos profundament francesos, podem avui 
donar fiança de la voluntat que portem a la terra catalana, de l'amor que 
ens lliga als germans de cria hem trobat aci. 

En el gran pais de França presumim i vanagloriem de quedar sempre el 
que som, sempre iguals, amb les nostres usances i costums, i les danses, 
i les cançons, i la llengua. 

No ens arreconem pas, no, amb una mena de mûrria o de queixa, en el 
régalât reconet de França ; al contrari, i sigui com se vulgui, formem una 
petita nacionalitat, i ben distinta que es, ben propia i original. 

] si per cas el régionalisme se realitza a casa nostra, d'ell mateix el 
Rossellô formaria una regiô dins la unitat francesa, com ho era antany. 

Aquest aire d'independència, qui l'haurà escampat, sinô els diaris de 
Perpinyà, qui tenen la missio de mantenir la cohesiô de la petita pàtria, es 
a dir, de servar l'esperit de familia, de cuidar que en Hoc de s'atudar la 
llengua pairal se vivifiqui mes i mes. de donar un aliment de bona llenya a 
les fogueres sempre vives del passât ? 

En nom de la prempsa rossellonesa, en nom de la delegaciô de Perpinyà, 
aixecaré la copa en honor dels bons amies que vingueren a Perpinyà en 
febrer de l'any 1916, dels senyors Utrillo i Rusiiiol, de l'alcade de Sitges, 
de tots els que ens han tan ben rebut a Barcelona i de tots els germans de 
llengua catalana. 

Si mai l'hospitalitat era esborrada de la terra, la trobariem sempre arre- 
lada en terra de Sitges i de Barcelona. 



En Caries Grande, e! notable poeta, Hegî, com a recort de 
Sitges, les seguents estrofes inspirades en la gaia vila del Medi- 
terrani : 



— ii6 — 
L'Avia 

Escolteu l'àvia, mare, mare, 
empeltant mitges su'i pedris. 

Com canta encara, 
brandant la testa, ara per ara, 
amb un tremol enyoradis 
escolteu-la com canta encara... 

Vo'n aneu pas, fills, del pais, 
daquest pais que al sol s'acara 

amb un somris. 
Vo'n aneu pas, fills, del pais ! 
Collint punts, la broca no para ; 
la veu decau, com si es moris... 

Vo'n aneu pas, fills, del bressol 
y serveu la tradiciô santa 

que s'ageganta 
alçant-se dei mar a la planta 
de penya en penya, en excels vol, 
Canigo amunt, de cara al soi. 

Collint punts, la broca no para ; 
la veu decau com si es moris... 

Ai, mare, mare, 
la lluna es clara. 
Vestit de neu, 
com un sant frare 
s'encaparutxa el Pireneu. 

Y la veu passa, 

la veu se mor... 

mes el jovent reprèn mes fort 

la canço forta de la raça 

y l'imne sant esdevé un chor. 

Caries Grandô. 
Els convidats visitaren « Mar y Cel » y el « Cau Ferrât », 



— 117 — 

Chez Santiago J{usinol 
{El Cau Terrai) 

On sait bien que, là-haut, dans ia salie déserte, 

Médite Madeleine au tableau du Greco ; 

Que fleurissent les frais 'jardins de Santiaao 

Et que se penche un pâle Christ, la plaie ouverte. 

Les sonores anneaux des heurtoirs ouvragées, 
La porte verrouillée aux ferrures antiques, 
Les saintes et les dédorures des tryptiques, 
Les rudes chandeliers martelés et forgés 

Y doivent réjouir entre eux leur âme obscure 
Et converser, ainsi que des amis de choix 
Rassemblés par leur hôte et faisant, à mi-voix. 
Tinter le fer, craquer le bois et la peinture. 

Le Passé dort dans les vitrines du salon, 

Il exhale une odeur tenace et délicate 

De résine, de bandelette et d'aromate, 

Comme si les dieux morts embaumaient la maison. 

— En bas, la double arcade en ogive découvre. 
Sous la sombre fraîcheur tombant du plafond bleu, 
La balustrade, avec la vasque et l'eau qui pleut 
...Et tout l'azur marin quand la fenêtre s'ouvre. 

C'est ici le séjour des artistes divins 
Et des sages harmonieux de Catalogne 
Qui viennent y goiiter, après l'âpre besogne, 
Les plaisirs de l'esprit et l'arôme des vins. 

Ils devisent de la couleur des majoliques, 
D'une damasquinure au poignard tolédan. 
De l'art de marier le verbe avec le chant, 
Des rumeurs du forum et des luttes civiques. 



1 1 



8 -- 



lis dissertent cncor des dieux Olympiens * 
Leur lèvre se parfume au miel de l'ambroisie ; 
La glace rafraîchit le vin de Malvoisie 
Et Minerve préside aux doctes entretiens. 

Parfois, à l'heure exquise où brûlent les havanes, 
Dans le tendre et léger clair de lune d'argent, 
Un violon frémit sous l'archet diligent, 
La nuit s'émeut d'une musique de sardanes. 

Sur l'épaule de Déodat de Séverac, 
Rusinol a posé la main ; la plage est calme. 
Dans les dattiers, un souffle d'air froisse une palme, 
La musique soupire au rythme du ressac, 

Et comme des pêcheurs ont vu, près des carènes. 
Se rompre leurs filets et flotter des cheveux 
Sur une gorge nue ou des reins écailleux, 
Morera va peut-être attirer les Sirènes. 

Henry Muchart. 

îff-< 



Auprès de Jojfre 



La délégation perpignanaise est de retour à Perpignan. 

Elle a été heureuse de se grouper autour du Maréchal JoflFre 
à Barcelone et ce n'est pas le moindre plaisir éprouvé par celui- 
ci d'avoir pu rencontrer des compatriotes au-delà des Pyrénées. 

Un des premiers devoirs des délégués fut de demander 
audience au Maréchal, à la Capitania gênerai, pour lui remettre 
un livre de Pierre Vidal (édition du Coq Calalan) sur "Les gestes 
de Joffre d'Mria et de son fils loffre le Poilu. Le Maréchal fut 
charmé de cette visite et déclara qu'il prendrait grand plaisir à 
lire les exploits du grand capitaine catalan dont, par une heureuse 
coïncidence, il est l'homonyme. 

Cette entrevue fut touchante de simplicité et de cordialité. 
JoflFre évoqua des souvenirs du Collège de Perpignan (où il con- 
nut Pierre Vidal), parla de la belle réception qui lui avait été 



- 119 - 

faite à Madrid et se déclara enchanté de l'accueil des Catalans 
à son arrivée à Barcelone. Quant aux incidents soulevés autour 
de lui, il avait pris le bon parti d'y rester étranger. 

M. l'abbé Caseponce — si estimé dans la colonie barcelonaise 
— ayant eu l'amabilité d'accompagner la délégation, le Maréchal 
profita de cette occasion pour le remercier d'avoir accompagné 
Madame la Maréchale au moment où celle-ci, en qualité de reine 
des Jeux Floraux, devait aller déposer son bouquet de fleurs natu- 
relles, suivant l'usage, devant l'autel de la Vierge de la Mercé. 

Comme l'abbé Caseponce lui demandait des renseignements 
sur sa mère, le Maréchal fut amené à parler des siens et raconta 
ce détail curieux : 

— « Chez moi, comme dans toutes les familles, chacun était 
appelé par son prénom, sauf moi. Pour mes parents, pour mes 
frères, je n'étais pas « Joseph», j'étais « Joffre » tout court ». 

Déjà ! 

Nous avons dit que la délégation perpignanaise avait été fêtée 
à Sitges ; pour elle VOrfeo Caîala avait donné une audition 
spéciale. 

'Les Visites 

Au Caù Ferrât comme au Palais de la Musique catalane, le 
maître Déodat de Sévérac fut prié de jouer à l'orgue quelques mor- 
ceaux de sa composition ; il exécuta des variations sur le Canl del 
Vallespir et le Cant dels Aucelîs qui enchantèrent les auditeurs. 

La caravane fut invitée à visiter aussi VlnsHlut d'Esludis Cata- 
lans, qui contient une très importante bibliothèque ; les archives 
de la couronne d'Aragon, où sont conservés de précieux docu- 
ments concernant le Roussillon ; le cercle de l'Ateneu luxueuse- 
ment installé et le Centre autonomiste, qui est un centre d'études 
professionnelles très important dû à l'initiative privée. M. Jean 
Amade, professeur à la Faculté des Lettres de l'Université de 
Montpellier, y prononça le discours suivant : 

Amichs del cor, 
Quan jo n'eri petitet. â ne la meua bona avia. tota carregada d'anys. — 
una d'aquelles dones de la « lley vella ». com dihem nosaltros Catalans, — 



120 

li agradaba molt de me cantar y ensenyar cançons populars de la nostra 
terra : eixes cançons pastades de sentiment, tan fresques y perfumades, que 
sempre nos saben conmoure ambe la Uur tendre senzillesa. Me cantaba 
sobretot la del J^ossinyol : 

Rossinyol que vas â França, 

Rossinyol, 
Encomaname â la mare, 
Rossinyol d'un bel bocatge, 
Rossinyol 
D'un vol... 

Mes d'una vegada m'habia ella contât c6m me gronxolava en la breçola, 
tôt cantantme eixa cançé, quan la meua mare, en temps passât, ocupada 
ambe les feynes de casa, me confiaba â ne les seues mans. Ay ! dolça avia 
meua, tan catalaiia de cor !... 

Una diada d'estiu, en la montanya de Ceret (ont solîem anar per l'agost 
al mas de la « Selva », — aixis, en efecte, anomenat, — y ont passabi tôt 
mon temps ambe la maynada dels masovers, fills de montanya que m'ense- 
nyaben â coneixer la natura), va volguer, en una excursiô que varem fer 
amb ella, menarme fins â cert turô d'ont se descubri'a lo paisatge. Ambe lo 
dit senyalant-me donchs aquella terra qu'aixj's s'oferia al devant nostre, — 
montanyes armoniosament onduloses, totes regades de llum, — me va dir : 
« Ho veus, manyach, ja no es terra nostra, sine Espanya ; y portant alla 
també s'hi parla la meteixa Uengua catalana que per assî, y s'hi canten les 
meteixes boniques cançons. » 

Vaig volguer coneixer aquella terra, y molt me va sorpendre, en efecte, 
quan hi vaig anar un dîa, d'ohir traginers, contrabandistes, carboners y 
boscayrols (que s'aplegaben alla, en la cuyna de certes masies tôt ennegrida 
pel fum, afi d'hi beure un got d'ayguardent 6 d'hi menjar un plat d'ollada) 
fent sonar entre llurs llabis lo meteix idioma qu'el nostre, y, després de 
menjar y beure, quan venia l'hora de l'expansiua intimitat, posantse â cantar 
amb veu unissonant les meteixes mélodies populars que les que cantem 
nosaltros. 

Y vaig compendre allavores qu'aqueixos homes representaben la meteixa 
raça que la de la nostra terra, encare qu'haguessim deixat la frontera derrera 
de nosaltros. Y me recordi que vaig tenir l'intim sensaciô qu'hi ha fronteres 
artificials, obres de la diplomacia y de l'historia, no de la natura. Sigui lo 
que sigui, no existeixen fronteres pels cors que s'aymen. Aixô meteix nos 
passa ara ambe vosaltros : nostra vinguda aqui no nos ha fet, no, cambiar 
de familia, y les *^Êfcs. geogrâfiques (6 mes ben dit « internacionals ») no 
poden enterbolir de cap manera ni les nostres ideyes ni la nostra vida afec- 
tiua. 





D' SOLÉ Y Pi 



Angel Guimera 



mr-.' 




■ iiViVtfi'fr iiY'ii 



w 



;....... ...i. ^ r^' 



Joan-Maria Guascm 



— 121 — 

Y" la proba de lo que vos dich, es qu'anem a cantar jiïnts una d'àqueixeS 
cançons velles que nos han conservât lo millor dels nostres antepassats (per 
nos convidar belleu â pensar m'es y mes ambe la nostra gérnianor, â cultivar 
di'ns dels nostres cors lo sentiment d'aqueixa germanor, com eixos clavells 
hermosos qu'espelleixen baix la lliim del sol entre la blancor dels nostres 
terrats). Cantarem justament, si ' aixîs vos plau, eix T^ossinyol que, fa un' 
Moment, jo vos recordabi, cançô tan bonica, — verîtat ? — tan anyoradiça 
y enternidora ? 

La poesia popular es l'expressiô de l'anima catalana : eixa mûsica, be ho 
p'odem dir, es lligam dels cors. Ay ! quina bona disciplina trobarîem nosal- 
tros eh ella ! Tôt cantant junts eixes melopeyes, nos sentim mes aprop y mes 
pâreixîts entre nosaltros; mes solidaris del meteix idéal. Los camins mes 
segurs son los de la mûsica : menen tôt dret â les mes pures inspiracions, a 
l'alegrfa mes ditxosa de la vida interior. Gracies â la mûsica, podrem rea- 
litzar una estona, entre vosaltros y nosaltros, eix enllaç, eixa confusiô de 
pensaments y sentiments, combregant en la metcixa fé, amb lo meteix vi y 
lo meteix pâ. Vos convidi, benvolguts amichs, à vos apropar ambe jo de 
l'altar de la nostra santa mare la terra y â cantar amb veu unissonant lo 
meteix cântich, com solien fer los nostres avis comuns. 

Au Café Continental eut lieu une réception des délégués par 
les jeunes poètes catalans qui se groupent autour de la T^evisia. 

Dans tous ces milieux ils reçurent l'accueil le plus sympathique 
et le plus cordial et furent fêtés comme le sont des parents. 

Tlc Banquet de la Presse 

La manifestation ia plus cordiale entre roussillonnais et catalans 
eut lieu au restaurant Martin, où la presse barcelonaise offrait un 
banquet aux confrères venus aux fêtes JofFre et aux délégués per- 
pignanais. 

Ce fut une belle fête de confraternité artistique et littéraire, 
de vraie camaraderie. 

Au Champagne, M. Ferrer et Betoni lut le discours suivant : 

Ghers Confrères, 
La « Casa de la Prensa y Belles Artes de Barcelone » ressent aujourd'hui 
uhè double satisfaction : celle de saluer le glorieux maréchal JofFre. victo- 
rieux soldat'de France, et celle de vous ofFrir à vous, collaborateurs ignorés 



— 1 22 — 

de la grande victoire, un affectueux hommage de confraternité, faible écho 
de la reconnaissance que vous gardent les journalistes catalans pour le splen- 
dide accueil dont ils furent l'objet à Perpignan, en JC)i6. 

Les journalistes et les artistes, aussi sobres de paroles que riches de sen- 
timents, ne veulent pas faire montre de verbosité, mais simplement synthé- 
tiser l'affection et le sentiment de solidarité qui, pour des raisons de race et 
de profession, les unissent à ceux qui, sur l'autre versant des Pyrénées, 
luttent avec les mêmes armes spirituelles qu'eux, pour le bien et la grandeur 
de la Patrie. 

Qu'il nous soit permis, chers Confrères, en ce moment d'effusion et en 
levant notre coupe en votre honneur, d'oublier tout ce qui n'est pas paix et 
amour et de ne donner qu'une note d'abstraction spirituelle condensée dans 
le cri vibrant de « Vive la France ! » 

Le poète roussillonnais Charles Grande répondit, au nom de 
ses camarades, par le discours suivant : 

Honorables Senyors, 

Les Hêtres y arts rosselloneses mereixien, per portar-vos llur salutaciô, 
que fos escullida una veu mes poetica, mes ay ! no ha pogut deixar la seva 
vall enriolada el nostre Pastorellet, ni la seua catedra En Josep-Sebastià 
Pons, el délités poeta de l'horta florida d'illa, y m'ha pertocat a ne mi, el 
mes humil, donar-vos les gracies en nom dels nostres escriptors y artistes. 

Per retre-us el franch homenatge de nostra terra, haguès cisellat En Violet 
unes frases limpides com la pura linia de sos marbres ; y quin escorcoll de 
llegendes vos haguès amanit En Père Vidal, nostre mestre ; y En Deodat 
de Severac, que mitg s'amaga darrera d'un fuU de miisica, teixit hauria 
unes harmonies divinials en alabansa vostra ; N'Enric Aragon, Amade, 
Enric Muchart, Chauvet y demés, que somrients m'escolten, prou que 
haurien trobat, en les fonts catalanes, la sublim inspiraciô d'un elogi, la 
calorosa emociô d'un regraciament o la vibrant fogositat d'un himne d'amor. 

No mes podré expressar-vos malament lo que sentim en aquestes hores y 
obrir-vos de bat a bat nostra anima germana, per a mor que llegiu a dintre 
lo que 'Is llavis no diràn. 

Quan es festa major als nostres endrets, tota la familia s'aplega a la vella 
casa payral ; y quin goig, oy ! entorn de les tovalles blanques ! Y quines 
abraçades pels nebots ! 

Avuy es assi la llar familiar, y hem vingut nosaltres an aquesta festa de 
llahor a les virtuts de la rassa, en aquejta festa major dels esperits, per a 
sentar-nos amb vosaltres a la taula dels avis. 

Com la mes propera parentat, hem vingut per celebrar amb vostés, ger- 
mans nostres, tant el Català de Rivesaltes com l'heroe del Marne. 



— 123 — 

Hem vingut per testimoniar-vos nostra reconeixença pels actes de ger- 
manor que cumplieu a favor nostre, a favor de França, durant la tràgica 
guerra mundial ; pel carinyo encoratjador amb que endolsieu nostres pla- 
gues ; per l'entusiasma afogarat que ens portaveu durant vostres visites, a 
les hores les mes angunioses de la retirada. Ah ! en aqueixes hores, com 
nos bressava y ens reviscolava vostra paraula dolça y suau com una mel de 
montanya ! 

Hem vingut per saludar la terra d'aquells valents que se sacrificaren per 
nosaltres, per inclinar-nos davant dels pares, de les esposes, dels germans 
dels voluntaris cayguts al camp d'Honor. Vos la deviem, aquesta visita, 
soldats de l'Idéal somniadors d'un mon mellor, que vareu regar amb vostra 
sang generosa les planes de l'Artois y els turons de Xampanya... Martres 
de la Llibertat, pau a vostres animes y gloria eterna a vostra pàtria. 

Y ara em venen a l'esperit noms de poètes, noms admirats r veig aqueixa 
soleyada passant sus la purpura dels brasers avuy apagats : Guimerà llençant 
el crit de « Amunt les armes fins matar la guerra ! » ; Apeles Mestres gitant 
al vent la seva energica profecia a No passareu ! v ; Rusinol batallant, amb 
sa pluma d'acer, desde la trinxera de VEsquella ; Iglesias abrandant el cor 
dels Voluntaris y portant-nos el ram d'olivera Empordanès ; y d'altres 
encara, clamant en enceses estrofes venjança pel Dret trepitjat. 

Hem cumplert avuy aqueix pelegrinatge de gratitut, d'amor y germanor 
que 't deviem, Catalunya ! 

N'ets de bella, Catalunya, deessa auriolada de llum, destacant ta nobla 
figura en la serenor del cel llatî, filant, filant somniosa, vora el Meditcrrà, 
la mirada clavada als lliures horitzons. 

En aqueix dia de glorificaciô de la rassa, simbolitzada pel geni de Nostre 
Joffre, nos inclinem devant tu, en nom dels artistes de Rossellô, en nom 
dels Catalans de França. 

Horace Chauvet, dans une belle improvisation, salua les journa- 
listes catalans et français au nom de la presse roussillonnaise. ]l 
déclara que pour les membres de la presse il n'y avait pas de 
Pyrénées, les effluves de leur sympathie étant comme les ondes 
de la télégraphie sans fil. 

M. Santiago Russinol, homme de lettres et artiste peintre, 
déclara qu'on avait essayé de montrer aux roussillonnais tout ce 
qu'il y avait de curieux à Barcelone et regretta spirituellement 
qu'on n'eut pu leur montrer ni explosion de bombes, ni assassinat 
de fabricant : 

— « Ce n'est pas de notre faute, ajoutat-il, mais nous n'avons 



— 124 — 

pu trouver un seul fabricant qui consentit à se dévouer pour nous 
offrir ce spectacle ». 

Puis Russinol retourna sa verve contre les militaires qui avaient 
empêché les Catalans de serrer le Maréchal Joffre sur leur cœur. 

M. Noguères Oller, Isart Bula, Soldevila lurent des poésies 
dédiées à Joffre. 

M. Jean Amade dit son émouvant « Plany d'una Mare ». 

M. Henry Muchart prononça le discours suivant : 

Messieurs, 

Le Roussillon s'excuse de n'être que bilingue, car deux langues... c'est 
bien peu pour vous exprimer toute la gratitude dont notre cœur déborde, 
depuis que nous connaissons la douceur et la magnificence de l'hospitalité 
barcelonaise. 

Hier, nous a-t-on dit, une diplomatie prudente a tenu closes les lèvres 
officielles, mais nous ne sommes pas des personnages officiels, nous sommes 
de simples » poilus » roussillonnais qui vous prient de transmettre leur fer- 
vent hommage d'enthousiasme, d'admiration, de reconnaissance et d'amour 
à ceux qui furent à la fois leurs frères de race et leurs frères d'armes. 

Je veux parler de ces sublimes volontaires, catalans par le sang, mais 
français par la manière dont ils l'ont versé. 

Que les enfants légitimes de notre douce patrie se soient ofFerts pour elle 
en holocauste, qui s'en étonnerait, puisque nous défendions contre l'invasion 
barbare notre unité, notre langue et nos foyers ? 

Mais c'est un émouvant miracle que de voir quinze mille héros, 
quinze mille courtisans du péril et de la mort demander à la France envahie 
de devenir ses fils adoptifs par la grâce sainte de leur baptême sanglant. 

L'esprit confondu hésite au bord de ce mystère d'abnégation et de 
sacrifice. 

Comment, Messieurs ! ces vaillants entre les vaillants vivaient en paix 
dans la plus belle des patries, sous un ciel indulgent, sur une terre opulente 
que caressent les franges de la mer, que le soleil — sauf aujourd'hui — 
pavoise de tous ses rayons, où éclate l'or des oranges et frémit, à la brise, 
le pâle argent des oliviers ; ils goûtaient l'enchantement de votre climat for- 
tuné... et voilà qu'un jour ils ont pris leurs armes et nous ont suivis vers les 
brumes du Nord, vers la glaise molle des champs de carnage, vers ces 
mornes pays de la désolation et de l'épouvante où, dans l'aube grise, à 
l'heure trouble de l'assaut, ils grelottaient... non pas de peur, mais de 
froid, sous la trame fine de la pluie. 

Pourquoi ? Dites-moi pourquoi ils ont ainsi choisi de devenir les martyrs 
volontaires d'une cause qui ne semblait pas la vôtre? 



— 125 — 

J'imagine que, — par dessus l'esprit particulariste, le patriotisme rétréci 
et l'amour borné d'un coin de terre, — ces beaux chevaliers du Droit 
avaient aperçu l'idéal latin que vous. Messieurs, représentez ici avec tant 
d'éclat, cet idéal des races patriciennes par qui toute civilisation a fleuri dans 
le monde ! 

N'est-ce pas que c'est toute la splendeur méditerranéenne et la culture 
classique qu'ils voulaient sauver des hordes germaines ! 

Ils ont eu foi en l'avenir ; ils ont compris qu'une mission providentielle 
semblait bien dévolue aux Catalans, puisque le soleil de gloire qui s'était 
levé jadis à l'Orient, qui avait brillé, au cours des âges, de l'est à l'ouest, 
sur l'Egypte des Pharaons, sur la divine Hellade... et sur Rome... et sur 
la Corse de Bonaparte, venait de s'arrêter, enfin, au bord occidental de 
notre mer mélodieuse, sur cette petite ville de la nativité qui s'appelle 
Rivesaltes. 

Héritiers authentiques des fils de la louve romaine, ayant, comme ces 
anciens maîtres du monde, la force dominatrice, le génie réalisateur, la 
ténacité indomptable et le courage que rien n'abat, vous avez jeté dans la 
fournaise le métal neuf de vos ardentes énergies. 

Et c'est, maintenant, la coulée triomphale du bronze celtibère, c'est la 
fusion des âmes latines qui bouillonne et s'élabore aux creusets de notre 
forge catalane. 

Honneur aux ouvriers de la première heure ! Honneur aux mâles forge- 
rons... qui n'ont pas eu peur du feu ! 

Je bois d'abord à l'admirable élite intellectuelle qui nous accueille aujour- 
d'hui ; je bois à notre Catalogne bien-aimée, mystiquement unie à la France 
dans les cendres des dix mille volontaires qui jonchent la terre française et 
dans les membres meurtris des augustes mutilés de la guerre. 

je bois à nos deux races confondues, vivant d'une vie unique, baignées 
des ondes vermeilles d'un même sang, pensant l'une et l'autre par le même 
génial cerveau et respirant d'un même souffle en la personne sacrée du grand 
Maréchal. 

Yisca nottre Jojfre, aqueix peïos tan valent que l'altre pelos de lez quatre 
barres . 

M. Henry Aragon donna lecture des lignes suivantes : 

Messieurs, 
Au nom des membres de la Société d'Archéologie, d'Histoire du Rous- 
siilon et de Philologie catalane, au nom des membres de la Société Agricole, 
Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales, qui compte près d'un 
siècle d'existence, au nom de la Société d'Etudes Catalanes, si dignement 
représentée aujourd'hui par tous les délégués qui sont venus escorter l'illustre 



-- ia6 — 

Maréchal, je viérts vous apporter notre tribut de sympathie, de gratitude et 
d'admiration envers le grand capitaine français, « el Vencedor del Marne », 
et nos plus chaleureux remerciements à la noble et très fidèle cité de Bar- 
celone qui a l'insigne honneur de le recevoir aujourd'hui. 

Au milieu des fêtes splendides qui se déroulent, nous sommes venus 
acclamer le Maréchal et lui témoigner toute notre admiration pour l'œuvre 
qu'il a merveilleusement conçue et qui est son œuvre géniale. 

Le génie est, avant tout, le pouvoir de créer ; J offre a eu ce génie : il a 
su, par cette supériorité de puissance de perception, créer un plan formi- 
dable qui a arrêté net l'avalanche des hordes barbares. Le génie, a dit 
Buffon, n'est qu'une longue patience ; mais ajoutons : la patience invincible 
à la poursuite d'un même but, unie à la persistance de la méditation sur une 
même idée, sur un même plan qui a pour effet de donner à la pensée, par 
cette concentration même, une puissance qu'elle n'aurait jamais atteinte sans 
cela. 

En concentrant l'effort intellectuel sur un point circonscrit, Joffre est 
arrivé à cette manœuvre qui dénote ce je ne sais -quoi de génial, de spontané, 
d'insHnclif, dont la réalisation absolue s'impose dans les œuvres de génie, et 
où l'on trouve comme une intuition lumineuse de la personnalité même du 
grand chef de l'Armée française. 

Comme tous les hommes de génie, en vertu de cette supériorité intellec- 
tuelle, Joffre a échappé à la domination des passions mesquines et basses de 
régoTsme et de la vanité, et s'est trouvé naturellement porté dans des régions 
plus hautes : il s'est voué à la France tout entière. « L'homme, s'écriait 
« Mirabeau, qui combat pour la patrie; celui qui a conscience d'avoir bien 
« mérité de son pays et de lui être utile ; celui que ne rassasie pas une vaine 
« célébrité et qui dédaigne les succès d'un jour pour la véritable gloire..., 
« cet homme porte avec lui la récompense de ses services, le charme de ses 
« peines et le prix de ses dangers ; il ne doit attendre sa moisson, sa des- 
« tinée, la seule qui l'intéresse, la destinée de son nom, que du temps, ce 
« juge incorruptible qui fait justice à tous. » 

Aujourd'hui Barcelone acclame Joffre et lui décerne le titre impérissable 
de a Salvador de t'Jiumanitat ». En effet, le glorieux Catalan, par ce plan 
habilement conçu, a su nous faire voir quelle était la mesure exacte de la 
valeur de l'homme, et quelle fut sa puissance créatrice au moment opportun 
et décisif, à l'instant le plus critique et le plus périlleux, à l'heure la plus 
troublante et la plus angoissante où se jouaient les destinées de la France. 

En exécutant la manœuvre, en démasquant même Paris, le grand chef a 
fait une action géniale : son plan, le plan qui a sauvé la France de l'invasion 
barbare, c'est lui-même élevé à sa plus haute expression. 

Joffre a eu ce génie ! Nous devons, nous tous. Français et Alliés, éter- 



— lî^ — 

nellemeht lui savoir gfe d'avoir sauvé la France au moment du péril le pluS 
émouvant. 

Je bois à la santé des membres de la presse, à cette presse qui est le 
rouage de la vie, la vie même d'un peuple qui a le droit de défendre de 
généreuses idées. 

je bois à tous les Catalans qui nous ont si chaleureusement accueillis et 
qui nous répètent tous les jours, le cœur exultant de joie et de bonté : « Ma 
maison est la vôtre ». 

Je bois. Messieurs, à notre illustr» compatriote, à notre JofFre, le 
Catalan du Roussillon, de soca y d'arrel, au Maréchal de France. 

M. le docteur Carbonneil fit une curieuse dissertation humo- 
ristique, très goûtée ; et le poète Joseph Carner prononça de 
gentilles paroles d'amitié. Il exprima son admiration pour la 
France qui conserva dans la guerre toute sa grâce, fit l'éloge de 
JofFre, sauveur des démocraties. 

L'abbé Caseponce prononça des paroles d'amour et de frater- 
nité. 

La fête prit fin dans la plus franche allégresse, au milieu des 
chants et des démontrations les plus cordiales. 



Le T(etour 

Avant de quitter Barcelone, le Maréchal JoflFre a assisté au 
banquet des Mutilés et a reçu la visite du Conseil Municipal de 
cette ville. 

11 a remis la croix de Chevalier de la Légion d'Honneur à 
diverses personnalités, entr'autres à MM. Puig y Cadafalch, pré- 
sident de la Mancomunitat, Martinez Domingo, alcalde, Matheu, 
des Jeux Floraux, R. Jorri, publiciste, etc. 

11 a promis de revenir à Barcelone, lors de l'ouverture de 
l'Exposition d'Electricité, et a déclaré qu'il était enchanté de 
se trouver en Catalogne, qu'il considérait comme la continuation 
de son pays. 

Le 6 mai à 9 h., le Maréchal et Madame Joffre ont quitté la 
capitale catalane, accompagnés des plus hautes personnalités de 



Barcelone, de la délégation roussillonnaise et de quelques journa- 
listes. 

A Gérone et à Figuères, les plus vives acclamations ont retenti 
au passage du train. 

A Port-Bou, M. Orlandi, fils, agent consulaire, et M. "Marti 
Inglès, député provincial de Figuères, ont salué le Maréchal, le 
premier au nom de la Colonie française, le deuxième au nom 
des populations de l'Ampourdan. 

A Cerbère, même accueil enthousiaste. 

Le Maréchal est arrivé à Perpignan à i 5 h. i 2 et est descendu 
au Grand-Hôtel, où il a reçu la visite des autorités. 

Il est reparti le lendemain 7, pour Paris. 

Nous avons eu le plaisir de recevoir la visite de M. Fondevila, 
de la Publicidad ; F. Madrid, de E/ Sol; Costa (Picarol), carrica- 
turiste de VEsqueîîa de la Torraixa ; P. Turull, de Messidor, .i\\x\ 
étaient venus accompagner le Maréchal JoflFre à Perpignan. 

■Hemerciemenh 

Les délégués perpignanais sont heureux d'adresser leurs remer- 
ciements les plus chaleureux à l'Ajuntament, à la Mancomunitat 
et aux Catalans de Barcelone qui les ont accueillis avec un empres- 
sement et une cordialité dont ils ont été très touchés. 

Us ne peuvent s'empêcher de leur adresser un témoignage 
public de gratitude, car les égards dont ils ont été l'objet s'adres- 
saient à tous les Roussillonnais. 






L« Gcrtnt, — COMET. Imprimerie Cata)aae, COMET, rue de la Poste, Perpignan 



14* Année. N' 164 Juin 1920 

Les Mxnu»cnts non snserés 



REVUE 

CATi^LABIE 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. — Cotisation : 10 fr. par an 



ne sont oas renaus. 

L.rs Arncles parus dans ia Revue 
n'engagent que leurs auteurs. 



L'Art du maître Déôdat de Séverac 



(0 



Je n irai pas jusqu à dire que nous ignorons nos grands maîtres. 
Les œuvres (2) de notre compatriote sont assez connues pour que 
j'ose les commenter. 

Je veux simplement faire ressortir tout l'art que l'on découvre 
dans ses compositions si subtiles. Faut-il affirmer de suite que 
cette musique est d'une facture puissante, d'une harmonie vibrante, 
d'où se dégage une mélodie qui vous charme, vous saisit ?f dans 
laquelle on sent jaillir toute l'âme de l'artiste ? 

La musique de Déodat de Séverac éveille des sensations vives 
et complètes ; elle communique par cette harmonie, qui est pro- 
pre à l'auteur, une puissance particulière de vibrations qui se 
répand infailliblement dans tout l'organisme physique, et qui pro- 
duit par cette vibration même une variété infinie de sensations, 
de sentiments et même d'idées dont on peut aisément saisir les 
rapports logiques avec l'impression physique qui leur donne nais- 
sance. 

( I ) Déodat de Séverac a fait partie de la délégation aux fctes de Barce- 
lone. 

(2) Les principales œuvres de Séverac sont : Yieitles chansons de Vrance ; 
Jiéïiogabaïe, joué aux arènes de Béziers (1910) ; "Hélène de Sparte, joué en 
1912 à rOpéra-Comique ; le poème gcorgique, pièce lyrique, du Chant de 
ta Terre ; En Languedoc ; Cerdana et ses chansons populaires ; trois drames 
lyriques : Mugueto, La Fille de la Terre, le Cœur du Moulin représente en 
1911 à rOpèra-Comique. Telles sont les œuvres de « notre plus puissant, 
notre plus original rustique » dans la musique moderne ; « le plus grand 
spécialiste de l'agriculture musicale b. J'ajouterai : « notre Virgile musical », 



Avec Déodat de Sévcrac la musique ne se borne pas à des 
agencements de rythmes et de sons ayant pour seul eflFet de com- 
muniquer à l'oreille des sensations agréables ; elle cherche et 
atteint l'expression ; si, avec le grand maître, elle est tenue, 
comme pour tous les arts, comme pour la sculpture elle-même, à 
la recherche de certaines qualités de forme en quelque sorte 
extérieure, elle n'en est pas moins un langage qui parle à l'âme 
par une émotion communicative. 

On peut dire, en général, que toute œuvre d'art est expressive 
en ce sens qu'elle manifeste, la manière dont chaque artiste com- 
prend la sensation ou le sentiment auxquels il s'est attaché, et 
qu'elle donne la mesure de l'impression qu'il a éprouvée et de 
la puissance d'expansion qui lui est propre. 

Rien n'est plus vrai en thèse générale. Pour Déodat de Séve- 
rac, toutes ses œuvres, depuis ses chansons jusqu'à ses poèmes 
rustiques et ses drames lyriques, doivent être rangées dans la 
catégorie des œuvres expressives, parce qu'elles portent la mar- 
que d'une imagination et d'une sensibilité qui dépassent le niveau 
moyen. Mais ce n'est pas tout ; aucune de ses œuvres ne peut 
être classée comme banale, car on éprouve devant elles le senti- 
ment d'une individualité nettement accusée ; et la conséquence 
qui s'impose d'elle-même, c'est que toutes les œuvres de Déodat, 
quels que soient d'ailleurs ses mérites, sont expressives dans le 
sens vrai du mot. 

D'où provient donc le plaisir que nous fait éprouver l'audition 
de ses œuvres ? De ce sentiment plus ou moins inconscient, mais 
parfaitement réel, de sympathie humaine, qui nous associe invo- 
lontairement aux joies, aux peines, aux souffrances que nous res- 
sentons. Toutefois la personnalité de l'artiste reste hors de cause, 
car plus il a réussi à rendre cette absence d'effort, plus nous nous 
laissons envahir par le sentiment de bien-être qui en est la con- 
séquence et moins par la raison que nous songeons à lui. Pour 
Déodat, il semble qu'il soit arrivé à ce résultat tout naturelle- 
ment, sans l'avoir cherché, ce qui donne à son œuvre une simple 
apparence d'impersonnalité. 

Suivant ces données, on peut dire que l'œuvre de Déodat est 
doublement expressive, puisque, en même temps que l'artiste 
exprime, par les sons, les sentiments et les idées des personnages 



— i3i — 

qu'il met en scène, il donne, par la puissance et par le caractère 
même de cette expression, la mesure de sa propre sensibilité, de 
sa propre imagination, de sa propre intelligence. 11 faut en 
déduire qu'il y a un fait qui est irrécusable : c'est l'analogie de la 
musique de chacun des grands compositeurs avec leur propre 
caractère, leurs habitudes d'esprit et leurs sentiments ordinaires. 

Les impressions de ce grand musicien sont précises, sont pal- 
pables en quelque sorte : c'est lui-même qu'il manifeste par son 
art avec toute la série des émotions par lesquelles il passe, et 
qu'il manifeste avec d'autant plus de puissance que ces émotions 
sont plus vives et plus profondes. 

Dans la musique de Déodat, on suit, pour ainsi dire, son tra- 
vail, c'est-à-dire la partie scientifique de sa musique. Je m'expli- 
que : une sensation fait naître des idées et des émotions qui en 
éveillent d'autres à leur tour, dont le flot successif se suit et 
se remplace par un effort absolument indépendant de notre 
volonté. 

Chez cet artiste, le choix des sons n'est jamais livré au hasard, 
contrairement à certains théoriciens qui ne voient dans la musique 
que les rapports mathématiques des sons et qui la réduisent tout 
entière au dessin mélodique. On sent, dans toutes ses composi- 
tions, que l'artiste a mis en œuvre les matériaux que lui fournit 
la réalité sans autre préoccupation que l'émotion qui le tient, et 
de plus il les a choisis instinctivement par une habitude non réflé- 
chie de leur signification particulière : et c'est à cause de cela 
que nous arrivons à saisir sa pensée, à nous en pénétrer et à 
distinguer tout ce qu'il y a de sain et d'énergique dans les œu- 
vres qu'il nous a livrées. 

On y trouve réunies les notions d'ordre, d'harmonie, de pro- 
portion, de convenance, de variété, de vie, qui sont, en un mot, 
toutes les règles de la production artistique. Or. ce sont précisé- 
ment ces éléments combinés qui constituent le caractère de la 
sensation esthétique, et c'est parce qu'ils y sont tous compris 
dans les œuvres du maître que cette sensation est pour nous un 
plaisir. 

Du reste, toute œuvre — et c'est précisément le cas de Déodat 
— qui produit sur nous une impression où se retrouvent ces élé- 
ments, nous paraît belle dans la proportion même où ils cocxis- 



— l32 — 

tent. Chez Déodat, on peut, sans crainte d'exagération, affirnier 
que cette œuvre est parfaite, précisément parce que chaque élé- 
ment y est représenté dans la mesure la plus complète et dans la 
combinaison la plus concordante que nous puissions imaginer. Et, 
dans ces conditions, la jouissance que nous fait éprouver la beauté 
de l'oeuvre se double d'un autre sentiment qui constitue propre- 
ment le plaisir esthétique, l'admiration sympathique pour la supé- 
riorité des facultés qui ont permis a l'artiste d'exécuter un pareil 
ouvrage. 

Du reste, sans s'inquiéter des conventions et des recettes acadé- 
miques, Déodat, absolument libre dans son domaine, nous appa- 
raît tout à fait sincère en ne cherchant à exprimer que des idées, 
des sentiments et des émotions qui lui sont propres. Il a subi 
naturellement l'influence ambiante dont il a su largement profiter, 
en donnant à la musique une direction nouvelle (agencement des 
instruments prima, ténor, flabiol, etc.) avec la prédominance crois- 
sante de l'expression dans l'art : il s'est appliqué avec un eff^ort 
visible à rester dans le domaine purement humain, de la vie des 
champs, de la nature même dans laquelle il a puisé naturellement 
ses plus belles inspirations ; c'est particulièrement dans ce domaine 
qu'il a su éveiller les sympathies sans lesquelles le talent n'est pas 
préservé de l'oubli, le seul d'ailleurs où l'artiste a pu puiser 
directement les émotions sincères et profondes qui suscitent en 
lui le besoin et la faculté de créer. 

Ce qui frappe surtout, chez ce maître, c'est l'originalité indivi- 
duelle et la façon dont il a conçu son oeuvre, dans la pleine indé- 
pendance de son inspiration personnelle et dans la mesure de son 
génie propre. En créant ses chansons, ses pastorales et ses drames 
lyriques, Déodat s'est senti plus puissant et plus inspiré parce 
qu'il s'est trouvé en communauté d'impressions avec l'entourage 
où il vivait : il devait donc réussir, car jamais l'art n'a été plus 
grand que quand il s'est attaqué aux idées et aux sentiments qui 
pénètrent et dominent le milieu dans lequel on vit. 

Déodat (et c'est là son plus grand mérite) chez qui l'on retrouve 
intégrale la personnalité de l'artiste, n'a cherché à rendre que ce 
qui le touche et l'émeut réellement : il nous communique ainsi 
directement son émotion et son impression personnelle. 

Cette intervention se manifeste dans toutes ses œuvres par le 



— i33 — 

choix même qu'il a fait du sujet et, de plus, par la disposition et 
la proportion des parties, par l'importance qu'il donne aux unes 
et qu'il refuse aux autres : c'est précisément et uniquement par ce 
caractère, par ces préférences instinctives (j) et par ces particula- 
rités d'impression qui en résultent pour l'auditeur que l'œuvre de 
Déodat devient une œuvre d'art. L'artiste seul, tel que Déodat, 
peut rendre l'effet et l'impression, parce que sa nature consiste 
précisément à être plus sensible que les autres aux effets et aux 
impressions ; et il les rend naturellement en les composant de 
sonorités particulières, qui sont celles de sa nature propre, de 
son tempérament, de sa personnalité. 

C'est par là qu'il est réellement artiste, parce que sa person- 
nalité possède toute la vigueur et tout l'accent qui distinguent 
également ses grands contemporains. En un mot, c'est la valeur 
de l'artiste qui fait pour la plus grande partie celle de i'œuvre, 
et c'est par celles des facultés et des qualités de l'artiste dont 
elle porte l'empreinte que l'œuvre nous attire et nous saisit. Et 
de plus, comme il est doué d'une sensibilité et d'une imagination 
vives, il interprète la nature ou le sujet qu'il a choisi de préfé- 
rence à tout autre, avec cette empreinte particulière qui constitue 
sa personnalité. 

Pour Déodat, l'harmonie se combine si bien avec la mélodie 
que l'on y trouve la précision nette et tranchée de ses concep- 
tions analytiques. Je prouve, d'ailleurs, ce que j'avance : 

On a souvent comparé au dessin la mélodie qui dispose les 
sons, et à la couleur l'harmonie qui les combine : mais pour l'ar- 
tiste qui considère la musique comme un moyen d'expression, 
entre les mains d'un musicien de talent comme Déodat, l'har- 
monie ajoute un secours puissant à la signification de la mélodie, 
et lui donne une puissance et une largeur d'accent que la pre- 
mière ne saurait atteindre sans l'autre. 

Pour rester dans le vrai, il faut dire que la musique a, comme 
tous les arts, son domaine spécial, qu'elle s'adresse à une couche 
particulière de sentiments auxquels correspondent admirablement 
les moyens d'expression dont elle dispose, et qu'il est impossible 
d'exprimer autrement. 

(i) De Séverac. « musicien jusqu'aux moelles », possède ce don innc de 
vibrer aux harmonies cparses et subtiles de la Nature. 



- i34 - 

Ce qui nous frappe et nous attire dans ses œuvres, c'est la 
personnalité de l'artiste qui, dans la multiplicité complexe de ses 
travaux, y éclate par une originalité puissante et par l'énergie 
avec laquelle elle manifeste le tempérament et le caractère d'une 
impression individuelle : on y sent tout à la fois et la main et le 
génie de l'auteur. On conçoit que l'artiste, véritablement ému, a 
exprimé son émotion toute vivante avec les sons dont elle s'est 
emparée dans son imagination : ce cachet d'origine, quelque 
étrange qu'il puisse être, sera toujours auprès des connaisseurs la 
plus puissante des recommandations. 

En somme, le sentiment d'admiration que nous trouvons dans 
les œuvres du maître s'explique par cette approximation même 
d'une perfection qui n'est pour nous qu'un idéal, mais surtout par 
l'étonnement sympathique que nous procure la constatation des 
mérites divers de l'artiste, dont la personnalité se reflète dans 
son œuvre. 

Le plaisir que nous cause l'audition de ses œuvres est d'autant 
plus profond et complet que ces impressions sont nombreuses, 
variées, intenses et concordantes ; et nous concluerons que de 
Séverac, vraiment ému, n"a eu qu'à s'abandonner à son émotion 
pour que son émotion devienne contagieuse et qu'il ait pu, à 
juste titre, recueillir les applaudissements auxquels il a droit. Son 
œuvre est belle parce quelle porte nettement la marque de la 
personnalité permanente de l'artiste : à cet égard il mérite les 
éloges les plus chaleureux (i). 

Henry Aragon. 



^ 



(i) Tout récemment, P. Camo a fait paraître une critique fort élogieuse 
sur la nouvelle composition du maître Séverac, « Pour les lauriers roses » : 
y] se range, dit-il, à côté des plus classiques parmi les esprits français. 



La Délégation Roussillonnaise 

A BARCELONE 1-7 Mai 1920 

Fêtes en l'honneur du Maréchal Jofre — > Les Jeux Floraux 
IMPRESSIONS 

l'ai encore gravée dans ma mémoire cette belle définition que 
M. Barbut, mon professeur de philosophie du Lycée de Tou- 
louse, en 1880, avait dictée dans son remarquable cours. Je la 
cite, comme si je l'entendais encore après quelque quarante ans. 
« L'association des idées, nous disait-il, est le pouvoir intellec- 
tuel en vertu duquel nos idées se provoquent, se suscitent et for- 
ment un ensemble de réseau tel que, si l'une vient d'apparaître, 
elle est immédiatement suivie d'une multitude d'autres. » 

Parler philosophie à propos de ces fêtes grandioses, paraît 
illusoire, et cependant il y a un lien : malgré la bizarrerie étrange 
et multiple de tous les événements contradictoires qui se sont 
déroulés, malgré l'opposition bien nette des aspirations et des 
sentiments de tout un peuple, de toute une nation, l'idée maî- 
tresse qui domine dans toute cette désunion apparente, c'est 
l'amour de la terre catalane pour le Catalan, l'amour de la 
petite patrie qu'il voudrait grande et libre. 

Les fêtes qui ont eu lieu nous prouvent surabondamment ce 
que l'avance. 

J'ai voulu citer cette belle définition si claire et si précise pour 
faire voir que, malgré la diversité des réceptions officielles ou 
intimes, si grandioses et si émotionnantes, malgré les événements 
et les incidents pénibles qui se sont précipités dans une furie 
irrésistible, nous avons pu dérouler cet écheveau de faits emmêlé, 
inextricable, qui représente les journées mémorables que nous 
avons passées avec nos si sympathiques et si dévoués amis Cata- 
lans. 



— i36 — 

Nous avons, en effet, vécu des heures inoubliables parmi tous 
ces Catalans qui luttent énergiquement et sans répit pour leur 
droit et leur indépendance, et qui protestent sans cesse à cause 
de la violation de leurs libertés méconnues : « Amb el cor i 
pensa, amb l'enteniment i tota la nostra anima, protestem devant 
de Dcu i dels homes tots de bona voluntat i recte seny, de l'in- 
digne atropell del nostre Dret per un Estât desconeixedor de 
nostra propia vida i modo d'esser » (i). 

Tout en demandant son indépendance — la independencia 
d'una pâtria aixis desagraida, — Barcelone a tenu à honorer notre 
grand chef et à le glorifier dans des journées solennelles : « Bar- 
celona honrarà la glôria de l'iMustre fill de Rivesaltes, del 
Vencedor del Marne, amb la cordiaiitat i la serenitat, amb 
l'entusiasme i el seny de la nostra terra ; i la glorificaciô del gran 
Cabdill sera també la glorificaciô, la vindicaciô i la justificacio de 
la Raça. » 

Tout le peuple de Catalogne s'unit pour célébrer, malgré 
l'étreinte qui l'opprime, le grand Français : « A vos, Mariscal, 
us estimem malgrat les cadenes que ara us lliguen ; i per damunt ; 
d'elles, besem la vostra ma que un dia senyalava camins de 
llibertat. » 

Au milieu de toutes ces fêtes splendides, uniques, impression- 
nantes qui ont eu lieu en l'honneur de notre illustre compatriote, 
le Maréchal Joffre. pour en faire la synthèse réelle, nos idées 
se croisent, se poursuivent, s'enchevêtrent dans un inextricable 
réseau, et il en résulte un sentiment fait de joie profonde et de 
grande tristesse à la fois. 

Nous avons vu, en effet, le grand Chef de l'Armée française 
acclamé, ovationné comme dans une apothéose, par une foule 
débordante de joie ; nous avons entendu les paroles les plus 
nobles et les plus enthousiastes prononcées en l'honneur du 
Vainqueur de la Marne, le grand Capitaine français. 

Et ce fut un triomphe immense tout le long de la voie sacrée, 
où Win vit défiler le grand général, celui que les Catalans appel- 
lent <( le sauveur de l'humanité ». 

Mais, par contre, nos cœurs de Catalans se sont serrés en 

(j) Communication envoyée, le 6 mai i 920, au Président «delà Academia 
dt Jurisprudencia y Legislacio ». 



^ .57- 

Voyant l'armée espagnole, après une imposante cérémonie, cKargelf 
stupidement et furieusement une foule innocente dont le seul 
tort était de proclamer un peu haut ses droits à la liberté qu'on 
lui a totalement ravie. 

Le cœur saigne en entendant ce peuple Catalan, vibrant 
d'enthousiasme pour une cause sacrée, crier tout haut, bien haut : 
« Délivrez-nous de ces Barbares, qui veulent nous désunir : "Per 
a comhalre la germanor entre lots eh Catalans. » 

Et puis, tournant leurs regards vers ces Pyrénées qui nous ont 
si longtemps séparés, ils s'écrient : « Unissez-vous à nous, pro- 
tégez-nous, frères français ». C'est qu'en effet le peuple enchaîné 
de la Catalogne, dont les aspirations sont si nobles et si géné- 
reuses, voudrait briser les chaînes qui l'entravent, le rendent 
impuissant et l'empêchent de se mouvoir : la Catalogne veut être 
libre (1) ; elle veut secouer son joug. 

Toutes ces fêtes, par leur enthousiasme populaire, nous ont 
fait connaître l'amour immense de ce peuple pour notre grand 
chef qui incarnait, symbolisait la France ; mais aussi, par un con- 
traste frappant, elles nous ont démontré jusqu'à quel point abou- 
tissait la répression excessive de toutes ces mâles aspirations, de 
tous ces beaux sentiments de liberté, au moyen de la force bru- 
tale, de la force armée, dégaînant, se précipitant avec une furie 
sauvage sur une foule inoffensive, pénétrant baïonnette au canon 
dans une enceinte sacrée, dans un palais tout chaud encore, tout 
vibrant, tout imprégné des beautés et de la pureté de la langue 
catalane, ligotant, à la manière des inquisiteurs, les bons et bra- 
ves serviteurs du pouvoir civil qui étaient là, tout dévoués, a leur 
poste périlleux, pour garder et protéger les fervents catalanistes 
qui avaient eu l'immense joie d'entendre proclamer les lauréats de 
cette grande et noble institution des jeux Floraux. 

Privés déjà de quelques sympathiques amis qui, par un veto 
excessif, n'avaient pu franchir la frontière, nous avons dû encore, 
nous autres délégués roussillonnais, assister à ce îristt spectacle 
de voir notre grand chef étroitement gardé à )a Capitainerie Géné- 
rale, dans le but, éminemment notoire, de le soustraire à l'enthou- 
siasme du public catalan : « Poble de Catalunya, écrivaient-ils, el 

(1) « Nostra personalitat imborable i inconfundible. » 



— i38 — 

nosrrc joflFre, victoriôs dels alemanys, es presoner dels espanyols : 
deslliurem-lo » {»)• 

Mais nos impressions ne s'arrêtent pas là : en nous élevant au- 
dessus de ces viles et basses mesquineries, de ces stupides tracas- 
series qui ne servent qu'à exalter la foule et qui fréquemment, 
dans cette superbe cité de Barcelone, aboutissent à des luttes 
sanglantes, en respirant une atmosphère plus pure d'où l'élément 
militaire est exclu, tous nos cœurs s'épanouissent en songeant à 
la réception si cordiale dont toute la délégation française fut 
partout l'objet. Partout où nous fûmes conduits, partout l'enthou- 
siasme se déchaîna : c'était partout la France que l'on acclamait 
dans des strophes vibrantes, dans des chansons populaires où se 
dessinait l'amour de notre terre roussillonnaise, soeur de la terre 
dé Catalogne : auteurs, compositeurs, musiciens, poètes, etc., 
tous entonnèrent leurs hymnes divers, glorifiant la fête de notre 
JoflFre, acclamant avec lui la France dans le plus ardent lyrisme, 
dans la plus pure des inspirations. 

De toutes ces fêtes, en somme, l'impression qui se dégage 
nettement, c'est surtout la profonde affection, la grande amitié 
que nous ont vouées les Catalans qui représentent, avec notre 
race, toutes nos aspirations: à tout cela se joint le sentiment 
pénible d'une sorte d'esclavage auquel la Catalogne tout entière 
se voit condamnée et dont nous souhaitons, dans un jour heureux, 
la cessation. Ils nous ont reçus avec joie, comme ils le disent 
eux-mêmes, dans une mâle et fière expression, en parlant notre 
propre langue, parce qu'elle est la parole bien aimée et qu'elle 
nous appartient comme nous lui appartenons : « 1 us saludem en 
nostra parla per que es la nostra ben estimada, que ella es nostra 
com nosaltres d'ella ». Ils ont entonné devant nous des hymnes 
de louange et de gloire, dans un langage semblable à celui que 
nos mères ont parlé, le langage de la libération et de l'héroïsme, 
le langage de la science et des arts, le langage de la paix, a 1 en 
la vostra (parla) també, per que es parla d'herois i de llibertadors ; 
que nosaltres, desprès del Català que es el sant idïoma que havem 
après de la mare quan ens breçà, estimem el Francès, la parla del 

(i) « Salut, presoner de guerra que entreu en un poble de pau freturôs 
di justicia ! Rebeu la benvinguda dels qui es veuen forçosament allunyats de 
ia vostra senzillesa. » L'Hoste. i" mai 1920. 



- ,39 - 

Comerç i de la Ciencia, de l'Art i de l'indùstria, i que es encare, 
i sera sempre, el Verb de la Pau. » 

Pendant de longues heures, de longues journées, nous avons 
été entourés, encerclés par cette bande d'amis, toute palpitante 
d'affection et de joie sincères, par tous ces Catalans de cette 
« race avide de liberté, els fills d'aquesi poble frefuràs de lliherial », 
par ces mêmes hommes qui saluaient en nous, ces jours-ci, avec 
enthousiasme, « la nation qui libérera le monde de toutes les 
injustices, de la tyrannie et de tous les maux : Saludem en vosal- 
tres el poble que lé d'alliberar el mon de les injuslicies, i deh impen'a- 
Usmes, i de les opressions. » Nous avons été pour eux les bienvenus 
dans leur Patrie Catalane, dans leur douce Patrie : « Benvinguts 
a la Pàtria nostra Catalunya sigueu, els nostres amies. » Et nous 
avons, dans une étreinte pleine d'abandon confiant, poussé le cri 
de ralliement: Visca Catalunya ! qui se confondait harmonieuse- 
ment avec le cri de Visca la "Franco ! 

Ils veulent, eux aussi, les Catalans, nos frères, nos amis, que 
la Catalogne soit la terre de Paix, comme la France héroïque 
a toujours été la terre de la sainte Paix qu'une race criminelle a 
essayé de bannir de notre sol sacré : a Terra de pau es Catalunya, 
com terra de pau es la vosîra "Pàtria, la heràica Trança... "La sanîa 
Pau que els malvais han volgul foragitar de la vostra terra beneïda. » 

Nous avons pu, dans toutes ces réunions intimes auxquelles 
nos Germans Catalans nous ont conviés, voir combien ce peuple 
ami de la paix, devant l'oppression qui l'étouffé, lutte sans cesse 
pour sa liberté. C'est dans des mots sublimes qu'en s'adressant 
aux délégués qui représentent la France ils crient de toutes leurs 
forces: « Benvinguts a la nostra Pàtria, veniu, veniu... Nosal- 
tres, amies de la Pau, també volem guerrejar per la llibertar, i 
morir, i vèncer. » 

Mais, au milieu de toutes ces fêtes solennelles, pompeuses, 
enthousiastes, il y eut aussi la fête intime, toute pétillante d'es- 
prit, de saine gaîté, d'un savoureux et spirituel humour, de verve 
originale. La délégation française, tout en conservant le caractère 
officiel, s'était transformée en un groupe intime d'amis où, comme 
à la Tour de Babel, tous les noms et tous les titres furent con- 
fondus : comme dans ces métamorphoses créées par la légende 
que le délicieux poète Ovide nous a laissées, le music, dans une 



— 140 — 

valse enivrante, alternait ses chants avec ie poeia ; le sympathique 
reporter se substituait à Vbishriador ; le majesiic se confondait avec 
\c cafhedralic ; seul demeurait grave et impassible el senyor dochr{i). 

Et cette confusion voulue de tous ces titres et de tous ces 
noms auréolés empruntait à notre groupe joyeux un air fait de 
pure amitié ; pendant toutes ces journées inoubliables, nos cœurs 
battirent à l'unisson, exultant d'une joie empreinte d'un pur 
patriotisme et d'une affection vive et sincère pour tous les Cata- 
lans qui nous avaient si cordialement reçus. Je n'oublierai jamais 
ces heures vraiment charmantes pendant lesquelles nous nous 
sommes ainsi trouvés tous réunis dans une seconde patrie, où nos 
deux langues sont sœurs, « que ella (parla) es nostra com nosal- 
tres délia ». Par ce contact précieux, on y découvre parfois de 
généreuses amitiés ; on voit ainsi se resserrer les liens de celles 
que l'on possède déjà ; et cette amitié fut d'autant plus féconde 
que nous étions tous des Catalans, enfants vrais ou adoptifs du 
Roussi lion. 

Du plus petit au plus grand, du grand poète, du grand drama- 
turge, du grand compositeur au sympathique directeur du Centre 
industriel, dont l'institution très complète ressemble à une Univer- 
sité populaire, en nommant le si dévoué chef des Volontaires 
Catalane, le D' Sole y Pla, le grand médecin et remarquable 
littérateur M' Joseph Roca, en citant les maîtres Rusifiol, 
M.orera, Iglesias, Matheu, Millet (2) et, a la tête de tous ces 
poètes zt dramaturges catalans, la grande et noble figure du célè- 
bre Guimerà, tous se montrèrent des amis passionnés de la 
France : ce fut pour nous tous, roussillonnais, la réception 
familiale, cordiale, touchante dans sa simplicité et émouvante à la 
fois, où nous eûmes le grand honneur et la joie intime d'entendre 
débiter ou jouer les œuvres mêmes par leurs remarquables 
auteurs (3). 

(1) L'auteur fait allusion à certaine interversion involontaire typogra- 
phique relative aux fonctions de chaque délégué. 

(2) Tous ces remarquables musiciens qui ont pour devise: o Esser amie 
de la musica es contribuir a la civilitat de Catalunya ». 

(3) Les fêtes officielles n'ayant pas eu lieu à cause des troubles qui suivi- 
rent la fête des Jeux Floraux, le concert de gala en l'honneur du Maréchal 
et sotts l'habile directio/i de M. Lluis Millet se convertit en une audition 
intime où tous les auteurs et compositeurs se firent entendre. 



— 141 — 

Nous n'oublierons jamais l'accueil que nous fir le grand maître 
Rusinol, aussi merveilleux conteur que peintre délicat, dans sa 
prjncière villa de Sitges, fièrement campée sur un rocher qui 
domine la mer, d'où le grand maître puise toutes ses sublimes 
inspirations et se recueille en même temps avant de brosser ses 
toiles remarquables, toutes empreintes de l'art le plus pur. 

Nous avons pu entendre et admirer tous ces poètes, tous ces 
artistes aux sentiments généreux, entraînant derrière eux les foules 
qui les acclament, les ovationnent et les portent en triomphe. 
C'est qu'ils proclament tout haut les droits, les libertés de la 
Catalogne menacés. C'est qu'ils luttent noblement et sans cesse 
pour leurs droits méconnus, comme ils le disent si bien : « pro 
dret catala, desitjant que aquesta protesta unanime que a florit 
alhora en el cor de tots els fills de Catalunya es cristallitze en 
fets i no paraules. » 

Dans ces heures inoubliables, nous avons su reconnaître l'affec- 
tion vraie, émotionnante dont nous étions entourés, et mainte- 
nant que nous avons quitté nos frères Catalans, maintenant que, 
par ce précieux contact, nous avons pu sonder et leurs coeurs et 
leurs âmes, nous confondrons dans un même élan d'amour ce cri 
enthousiaste qui sort sans cesse de leurs poitrines d'airain : 
Visca la França Heroical Visca Catalunya ! 

Henry Aragon. 
7 mai 1 920. 





Sonets 



Jlls aybres nos ires 

Aybres damunt dcis quais vetllen dccses, 
fills hermosos de) sol, branques esteses 
sobre '1 devantal blau del mar Uatî ; 
rams que remorejeu un cant divi, 

estrofes dels poètes vells apreses ; 
filoses fosques dels xiprers enceses 
a la posta del sol ; vellut del pi ; 
soques quels vents del Nord poden torçî, 

mes que s'arrelen ferm a dintre terra ; 
brancams remingolats ; fruyts que en la gerra 
l'oli 'n fareu rajar, sagrats olius ; 

aybres que 'n feu gloriosa la garriga, 
sempre vos veig teixir una ombra amiga 
sobre el frontô d'un temple a cayres vius. 



Les muntanyes 

Muntanyes régalades 
Son les deJ Canigô. 

La Hum divina es en extàsis suis serrats 
y suaument décanta, y deixa iMuminada, 
sola, al bès del seu raig, l'alta pica nevada, 
corona de rubins sobre els cingles morats. 



' — 14^ — 

Y ia plana s'adorm en l'hora envellutada... 
La vostra serenor, oh ! munts arrenglerats, 
fa s'enlayrar al devant uns recorts anyorars 
y dels meus llavis n'ix prediJecte tonada. 

Aixis dins son exil, solitari pastor, 
canta, sus del flaviol, son infeliça amor ; 
devant serrats estranys canto mes serrelades. 

Mes per vos alabar, voldria que tinguès 

aquella anima, jo, del pintor Japonès 

qui '1 seu Fusi-Yama pintà tantes vegades. 



T'anyoro^ mar,.. 

Dins ma freda presô d'aspres muntanyes, 
volguda mar, anyoro ta remor ; 
anyoro el vano blau de la maror 
llençant son ayre tebi a les campanyes. 

Anyoro els ports, y les pobres cabanyes 
dels marins qui mendiquen ton favor, 
y reflectat mil cops, el salomô 
de l'esblaymada lluna que treu banyes. 

Y en mon recô, me sembla ohir els xiulets 
de l'ona enverinada, y 'Is rauchs bufets 
del vent cançonejant ses rudes copies... 

Ay ! quan s'axequi, mar, aquell bell jorn 
ont aniré seguint, fent passos dobles, 
ta blava ruta, anunciant el Retorn. 

Francès Salvat. 



..*^'* 



Les provahires d'en Xiquet 

o<^i«.' (smTB cr rm) 

Y are, mireu quina una s'en pensa I 

A n'el rey s'en va a li oferir un ou que no sembla a cap altre : 
un ou de xicolata d'unes cinq lîjures, 

— Aixurit ! — que li fa '1 rey, — bé m'en fa de llâstima 
d'esser ton padrî ! Quan un hom demana un ou, fins a les cuy- 
neres mes grolleres ja ho saben que no 's tracta sinô d'un ou de 
gallina. 

A n'en Feshobé, les llâgrimes se li escapen de valent. Y 
mentres cerca '1 mocador per s'axugar els ulls, veusaquî qu'enso- 
pega dintre de la butxaca una cosa... rodona. 

Quina ditxa es la seua ! qu'es l'ou de gallina que l'havja 
descuydat de desar. 

— Padrî ! padrî ! el desitg de Sa Majestat, prou que jo l'havJa 
endevinat. 

Y 's posant de genolls, li va oferint l'ou de gallina. 

— Desseguit, — mana '1 rey a n'els servents, — desseguit 
aporteumé aci mateix una taula, una ouera, una cullereta amb sal, 
mantega y una llesqueta de pa. Desseguit, ohiu, que 'm triga de 
tastar l'ofrena del meu fillol, que prou qu'ho veig are qu'es ben 
entés per tenir les guies del reaime î 

Mes ay ! arreu qu'hagi obert l'ou : 

— llj, ui ! — crjda '1 rey, en se tapant els narius. 

-r- Ui, ui ! — crida la Mireumé amb un posât d'allé mes des- 
denyôs, mentres la Doloretes va girant sus d'en Feshobé una 
dolsa y llarga mirada de compassiô. 

— Poch-seny î repropi ! — guinyola en Xiquet ; — un ou 
covat ! un ou podrit ! 

— Pobret de mi ! — s'atreveix a contestar el fillol ; bé 'n 
ténia de rahô mon pare dihent que l'ideya millora es sempre la 
primera ! Pobret de mi ! Si hagués sapigut seguir el meu impuis 
de primer, aportant desseguit aqueix ou de gallina ! 

Mes el rey, li engegant unes lletanies de malediccions que si 



— 145 — 

haguessen arribat a 's cumplir prou qu'hagués tingut mai per anys 
y panys, tota sa voluntat va haver d'hi posar per no 's deixar 
emportât pel desitg de l'ensopegar y '1 deixar esllomat. Y quan 
va veure que 's li escapava sensé ni 's regirar, no mes una ideya, 
tan sols una ideya li va quedar, punyenta y li cremant el cervell : 
que no tornaria may a venir el fillol. 

En Feshobé, sentint sus de ses espatlles el feix d'una cosa 
irréparable que venia de capgirar del tôt lo seu devenir, va correr 
tôt el sant dia sensé tastar res ni s'adonar del camî que feya. 

A posta de sol, de tan cansat, se va ajaure sote d'un aybre y 
va plorar lo mateix com un désespérât. Y després de li haver 
tornat el pensament, la seua primera intenciô va ser recular cap 
al palau ; mes la temor de que '1 fessen agafar el va détenir, y 
rendit se va adormir de cap sobre 'Is genolls. 

Tota la nit va plorar la Doloretes, se '1 figurant malalt del 
tractament del seu pare y sensé que ningû s'acostés a li donar 
una set d'ayga. 

Al enqtemâ, a trench d'alba, a n'en Feshobé li aporten, sis 
cavaliers, un missatge escrit de la ma mateixa del rey : « Fillol 
estimadissim, del considerar qu'un rey hà d'esser magnânim fins a 
la fj, ne résulta que de provatures no 'n tindré compte sinô 
d'aquesta : que llestis qualsevol de les meues dos filles amb qui 't 
casis per mor d'esser l'hereter de) reaime, que ja ho sabs que 'm 
faig vell. » 

Prou s'endcvina qu'en Feshobé no ho deixa caure a l'ayga, y 
no triga a venir. 

— Moites gracies, padrî ! — fa desseguit, mentres va besant 
la ma de la Doloretes. 

Mes, molt enfadat de lo que succeheix qu'el fillol no hagi 
llestat la Mireumé, s'esclama el rey, encegat de rabia, y 's diri- 
gint a n'els trente senyors del palau que fan de ministres : 

— Quin de vosaltres vol ser el meu hereter de la corona ? 

— Jo, jo, jo, — criden tots ells am una mateixa veu. 

— Calleu, calleu, tontos, — contesta '1 rey qu'amb la seua 
rabia veu qu'ha anat massa endevant dins la via del concedir. 

— Y are, — afegeix en Feshobé, — si ho pot, que llesti 
Sa Majestat ! 

Y crich-crach : el conte es acabat. J- B. 



Les Gestes de Joffre d'Ârria 

ET DE SOM FILS 

J offre le Poilu 

<î^^©» par Pierre VIDAL 



Dans un livre (j) écrit d'un style élégant et alerte, qui tient à 
la fois de l'histoire et de la légende, le sympathique et dévoué 
bibliothécaire de la ville de Perpignan nous raconte, d'une façon 
fort savante et très judicieuse, les faits et gestes du descendant 
des comtes de Barcelone, l'illustre Joffre le Poilu. 

Pierre Vidal a puisé, avec un rare bonheur, dans les chroniques 
diverses des auteurs catalans qui nous racontent les exploits de 
l'éminent guerrier. 

L'auteur de ce beau livre se joue avec aisance de toutes les 
notices fabuleuses, véridiques ou même essentiellement vraies, que 
l'on trouve à profusion dans tous les ouvrages qui .racontent les 
faits mémorables des comtes et marquis fameux de haute renom- 
mée. Il a choisi, pour honorer Joffre d'Arria et son fils Joffre le 
Poilu, tout ce qu'il y avait de beau, de bon, de noble dans les 
Histoires et les Conquêtes des rois catholiques d'Aragon et de leurs 
prédécesseurs les Comtes de Barcelone (2) ; il a su extraire, dans 
un heureux choix de légendes, tout ce que la légende même avait 
créé de glorieux et de magnanime pour fêter son illustre héros ; 
il a merveilleusement fait jouer le rôle important que devait tenir 
son personnage, en s'inspirant de la Chronique universelle de la 
Principauté de Catalogne que Geromino Pujades (3), le fameux 

()) Un exemplaire de luxe a été remis le 3 mai au Maréchal Joffre par 
les délégués français qui l'accompagnèrent. 

(2) Historias compiiadas per lo honorable historié Mossen Père Tomich, 
cavalier. 

(3) Crônica universal del Principado de Caialuha. Barcelona, i 83 1 . 



— «47 — 
compilateur, avait reproduite au commencement du xvn' siècle, et 
de l'histoire que Fray "Francisco Diego (}) avait écrite sur les 
anciens comtes de Barcelone, en )6o3. 

Au milieu de ce dédale inextricable de contes merveilleux, 
d'épopées fantaisistes, de drames sanglants et d'exploits grandio- 
ses, Pierre Vidal a su, avec une habileté consciencieuse d'écri- 
vain et de fouilleur persévérant, faire revivre des faits qui se rat- 
tachent plutôt à la légende, mais qui, présentés par une plume 
habile et avec une imagination féconde, donnent l'illusion com- 
plète, absolue, d'une histoire authentique et vécue. 

Et l'on se demande alors si, en lisant ces pages pleines d'hé- 
roïsme, si en franchissant quelques siècles d'un seul bond, si, en 
transportant soudain la scène du ix' siècle sur le théâtre actuel de 
la guerre oîi viennent de se jouer, de se décider les destinées de 
la France, on ne se retrouve pas tout d'un coup en présence du 
vainqueur de la Marne, de Joffre le Po'lu, de notre Joffre, le 
« gran catalâ de França, el fil! del Canigô. » 

Nous aurons eu, du moins, nous autres Roussiilonnais, un ins- 
tant cette douce illusion, car l'auteur nous ramène vite à la réalité. 
La légende s'efface bientôt et disparaît ; l'historien scrupuleux se 
décèle : il avoue qu'il n'y a, dans toute cette histoire, qu'une 
« rencontre fortuite de noms et de surnoms. Le Maréchal Joffre 
appartient à la race de Joffre le Poilu ; il est catalan comme lui, 
et calalà de soca y d'arrel. » 

Nous saurons gré à M. Vidal de nous avoir bercés de cette 
douce illusion et d'avoir cru lire, dans toutes ces pages si palpi- 
tantes et si vivantes, les exploits du chef illustre de la France : 
« cela doit nous suffire, conclut judicieusement l'auteur, à nous 
Catalans des deu)^' versants des Albères ». Cette conclusion est 
tout à fait séduisante. 

En effet, nous assistons avec l'auteur à la naissance de Joffre le 
Poilu, de « celui qui devint l'un des meilleurs princes et l'un des 
plus fameux guerriers qu'ait eu la chrétienté, digne fils d'un père 
qui s'était illustré par d'admirables exploits (2) ». Ce prince 

(1) Tfistoria de los victoriosissimos antiguos condes de Barcehna. Barcelona, 
i6o3. 

(2) Digno hijo de tal padre esclarecido en sangre ilustre por sus obras. 
(PujADEs, liv.^xi, ch. XII ; P. ViDAi., op. cil., p. 28. note 1.) 



- ,48 - 

devait être un jour le principal chef des chrétiens, qui, dans les 
montagnes de 1? Catalogne, donnaient la chasse aux Maures et 
en faisaient de grandes hécatombes. 

En lisant certains passages de ce livre, on croirait revivre les 
sournées mémorables pendant lesquelles, au moment décisif où le 
jort de la France était en jeu, JofFre le Poilu donnait le signal 
de l'attaque, à cet instant suprême et émotionnant où JoflFre le 
Catalan allait avoir raison de l'Allemagne épuisée. 

JofFre venait de donner le signal de l'attaque. 

« Après un moment d'arrêt, écrit le Chroniqueur catalan, la 
lutte reprit violente, acharnée. Vers le soir, les chrétiens, accablés 
par le nombre, commençaient à céder le terrain... Alors, vous 
auriez pu voir une épouvantable mêlée, et les soldats de JoflFre 
d'Arria firent un carnage si horrible que ce fut merveille. Sur le 
front de bataille principal, où la lutte avait été très opiniâtre, la 
frayeur et le désordre se mirent dans les rangs des Sarrasins qui 
furent fauchés comme des épis de blé. » 

Le grand capitaine, dit la chronique, a en homme expérimenté 
et qui sait profiter de la victoire, coupa la retraite aux survivants, 
qu'il attaquait et taillait en pièces ». Pour obtenir un tel résultat, 
Joffre venait de haranguer de bataillon à bataillon ses hommes : 
« Nous allons, disait-il, livrer bataille a nos ennemis, et il faut 
que de cette bataille vienne grand profit à la Catalogne et à la 
Chrétienté... Nous sommes résolus de vaincre ou de mourir ; 
mieux vaut avoir la tête tranchée que de reculer... » Courons, 
frappons-les ; ils seront en nos mains : « Firam, firam, que tots 
seran nostres ! » 

En dehors des faits historiques ou purement légendaires de 
tous ces récits, M. Vidal décrit (et ce n'est pas là le moindre de 
ses mérites) toutes les beautés de la plaine du Roussillon qui 
s'étale aux pieds de cette montagne si célèbre du Canigou, de ce 
superbe géant couvert de neige qui domine et garde le Rous- 
sillon. 

En véritable peintre qui brosse son tableau, P. Vidal dépeint, 
d'un style frais et riant, toutes les voies que doit parcourir son 
illustre guerrier, depuis la plaine de Rivesaltes jusqu'aux fraîches 
et riantes montagnes qui le conduiront à la demeure princière 
du château d'Arria, fièrement campé sur son immuable rocher. 



- ,49 — 

Nous parcourons avec une douce joie ce charmant paysage, ces 
campagnes fertiles, ces « champs couverts de moissons, ces ver- 
gers chargés de fruits mûrissants et ces jardins où des fleurs aux 
couleurs éclatantes se mêlaient à des plantes potagères de la plus 
luxuriante végétation. Des haies de grenadiers rouges comme le 
feu et le sang, des rideaux de jeunes peupliers longs et minces 
comme des roseaux bordaientf des canaux d'arrosage où courait 
une eau abondante et claire ». 

Ici l'historien s'efface et cède la place au poète, s'inspirant, 
pour cette prose pleine d'harmonie, des réminiscences d'Ovide, 
quand le grand poète parle de ces eaux pures où se miraient les 
Naïades de l'antiquité : ir Fons eral illimis, nilidisque argenleus 
undis. i> 

Après avoir fait parcourir à son héros les vallées fraîches et 
profondes qui amenaient à la Tet les eaux claires du Canigou, et 
dépassé les pentes des grands bois qui se rattachaient aux vastes 
forêts de pins de la vallée de Balatg, Joffre aborde le château 
de ses pères, au pied du mont majestueux du Canigou, qui 
4 s'élançait d'un jet vers le ciel lumineux, avec cette netteté 
particulière inconnue aux régions du Nord. » 

Par quel heureux hasard les Chroniqueurs Catalans ont-ils fait 
parcourir à leur valeureux et illustre guerrier cette plaine aujour- 
d'hui célèbre de J^ipas allas, où devait naître plus tard le plus 
grand capitaine de notre siècle ? 

L'habile commentateur fait arrêter fortuitement son héros dans 
la ferme de T^ipas allas, dont Charlemagne avait cédé les terres 
aux bénédictins de la Grasse. En traversant l'antique via Domitia, 
JofFre, à un moment donné, reconnaît l'état des lieux: « il éiaii 
en T^oussillon, en terre catalane, la vraie pairie de son dme de guer- 
rier ! Jt> 

C'est de là que le puissant seigneur contemple ce mont superbe 
inondé de lumière et de pourpre, qui domine la basse vallée de 
la Tet s'étendant en un paysage infini de Verdure : c'était pour 
le jeune cavalier un émerveillement, et toute la majestueuse 
beauté de la nature faisait croire au jeune guerrier qu'il entrait 
dans un monde nouveau. 

Tout en célébrant les richesses et les beautés du RoussMlon, 
l'auteur nous dépeint son héros, Joffre le chevalier, homme très 



— 1 5o — 

vaillant dans le métier des armes et rempli de sagesse (hom molt 
bo en armes e molt savi) (0 : « il gagnait, en actions chevaleres- 
ques, plus de considération et de renommée que les autres che- 
valiers (2). » 

C'est ainsi que l'auteur, dérogeant un instant à ses fonctions et 
à SCS goûts d'historien, s'applique à faire revivre cette légende, 
en l'agrémentant parfois de faits historiques, comme pour donner 
à cette légende de la consistance et de la vie. 

Mais de cette épopée fantaisiste, de ces faits à la fois imagi- 
naires et véridiques, M. Vidal a su en tirer un parti merveilleux. 
Sans parler de l'élégance et de la noblesse du style, il a su nous 
intéresser ; il nous a transporté dans une époque où la légende 
serre de près l'histoire, et, avec ce style concis, clair et lumineux 
dont sont semées les pages pleines des faits et gestes de son 
héros, avec ces descriptions pleines d'un charme poétique qui 
donnent au Roussillon l'illusion d'un pays de fées, l'auteur nous 
ramène à dix siècles plus rapprochés et l'on entrevoit, comme 
dans une apothéose, le généralissime, le descendant hypothétique 
des comtes de Barcelone et marquis de la Marche, celui dont le 
génie a eu raison de l'Allemagne anéantie. 

En faisant largement dans son œuvre, en dehors des faits pure- 
ment historiques, des descriptions si variées qui donnent un air 
de parure nouveau à notre cher Roussillon, Pierre Vidal a su, 
avec bonheur, agrémenter son récit légendaire de pages pleines 
d'une douce et charmeuse poésie. 

Avec l'auteur, le Roussillon apparaît comme une terre promise ; 
avec Joffre, elle est devenue la terre glorieuse et fertile en héros. 

Remercions bien vivement M. Vidal et félicitons-le en même 
temps de nous avoir donné une œuvre, je devrais dire un élégant 
poème épique et héroïque à la fois, qui renferme les fictions avec 
le style harmonieux et figuré de la poésie : cette épopée nous 
conduit d'une façon saisissante et naturelle à un épilogue double- 
ment attrayant pour nous, puisque l'auteur conclut, par toutes 
ces hautes actions, à la gloire de l'illustre comte de Barcelone, 

(1) Père Tomich, Hittorias y Conquestas, t. xxv. — P. Vidal, op. cit., 
p. 14, note 1 . 

(2) P. Vidal, op. cit., p. 14, note 2. 



— i5i — 

dont l'influence devait être immense pour les destinées de la 
Catalogne, et, par un rapprochement de noms involontaire, mais 
bien naturel, au rayonnement immense, sur notre petite patrie 
roussillonnaise, du génie de Joffre, le vainqueur de la Marne, de 
notre Joffre, « el Catalâ del Rossello ». 

Henry Aragon. 

Petits échos 

Jeux Floraux 

Les Jeux Floraux de Provence ont eu lieu cette année à Alais, 
au milieu d'un immense concours de lettrés de la Lansue d'Oc. 
Notre distingué félibre majorai, M. le chanoine Bonafont, qui y 
a dignement représenté le Roussillon, dous en donnera le compte 
rendu qui paraîtra dans le numéro de septembre. 

M. Emile Riperl à rAcadémie de Marseille 

Notre confrère et ami de Provence, M- Emile Ripert, a été 
reçu à l'Académie de Marseille le j" février 1920. 

Nous en reparlerons prochainement, mais nous adressons dès 
aujourd'hui nos plus sincères félicitations au nouvel académicien 
provençal. 

Travaux géologiques 

En raison de ses travaux géologiques sur les pays catalans, 
M. Octave Mengel, directeur de l'Observatoire de Perpignan, a 
été nommé membre correspondant de l'Académie des Sciences de 
Barcelone. (Séance du 29 avril 1920.) Nos meilleurs compliments 
à notre distingué confrère. 

Les œuvres de Belloc 

M~' veuve J.-B. Belloc-Petit, demeurant à Paris, a bien voulu 
offrir au Musée de Perpignan quelques oeuvres de son regretté 
mari, le sculpteur Belloc. En voici l'énumération : 

I. Victoire (la Marne) ; 2. Statue équestre du Maréchal Joffre 
(maquette de la statue qui est au musée de l'armée, aux Inva- 
lides) ; 3. Buste du Maréchal Joffre ; 4. L'Afrique Occidentale 



~ i5i — 

(fragment du monument à l'Expansion coloniale qui sera prochai- 
nement érigé à Paris) ; 5. Buste de M"' J.-B. Belloc ; 6. Portrait 
(statuette) de M"' Joncet ; 7. Médaillon d'enfant. 

Toutes ces œuvres sont en plâtre. Elles sont déjà arrivées à 
Perpignan et seront placées par M. Blanquer dans la salle du 
Musée qu'il se propose d'aménager pour les sculpteurs du Rous- 
sillon. 

La Ville a accepté les dons de M"' veuve Belloc avec recon- 
naissance, et tout particulièrement la Victoire qui est une très 
belle œuvre. 

La pieuse pensée qui vaut à notre Musée perpignanaïs de nou- 
veaux souvenirs de Belloc doit être enregistrée avec la plus vive 
gratitude. 

Nous avons appris avec une bien vive satisfaction que l'Aca- 
démie des Beaux-Arts a décerné, cette année, le prix Marié de 
La Peyrouse (destiné aux professeurs de piano femmes les plus 
distinguées) à notre compatriote M"" veuve Antoinette Belloc, 
née Petit, professeur à Paris. 

Nous lui adressons, ainsi qu'à M. Emile Petit, nos compli- 
ments les meilleurs. 

Une bibliothèque catalane à Perpignan 

La Yeu de Cafalunya, de Barcelone, a publié la note suivante : 

Le maire de Perpignan n'étant pas venu à Barcelone, le groupe Tiostre 
"Paria lui a envoyé une lettre lui disant que le Conseil d'administration a 
décidé d'offrir à la ville de Perpignan toutes les œuvres catalanes qu'elle 
pourra recueillir pour créer une bibliothèque catalane. 

Tiostre "Parla, qui représente les éléments de toutes les terres catalanes, a 
cru que, pour perpétuer le souvenir du dernier voyage des délégués rous- 
sillonnaîs en Catalogne, il n'était rien de mieux que d'offrir une telle collec- 
tion. 

Quand les livres seront réunis, on organisera une caravane de Barcelonais 
qui se rendra à Perpignan pomr la remise officielle de la bibliothèque. 

Il est fort possible que la délégation d'amis barcelonais dont 
parle ha Yeu de Cafalunya profite de son voyage en Roussilîon 
pour apporter à Saint-Martin du Canigou la cloche de cette 
abbaye qui a été retrouvée à Olor, 

U* G«rmMt, -- COMET. li«prim«ri« Catalane, COMET, rue de la Po«t«, Perpignan 



14* Année. N" 165 Juillet 1920 

Les Manuscrits non insérés 4N^ 4P^^ V^ # ^r^ 

ne sonr oas rendu». v^T V^ vr ■ M W^ 

Les Àrricles parus dans ia Revue ^^» ^a. ^^^ 7^ ■ ^^ H^J Itf^ 

n'engagent que leurs auteurs. ^Q^A Jb A A AA^^^«LJl^9 Mt^ 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. — Cotisation : 10 fr. par an 

Les Danses Catalanes 

dConlrepas» et eBall de ramellelù 



Ils dansèrent les danses de leur pays. 
Fénelon, Télémaque, chant vu. 

Un antique dicton assure que « le Catalan naît pour danser 
comme l'oiseau pour voler». Le mot est vrai, non seulement de 
l'habitant des anciens comtés de Rbussillon et de Cerdagne, mais 
de ses frères d'au-delà des monts. C'est pour la danse qu'il n'y a 
pas de Pyrénées. La danse — en catalan : les halles — est le 
plaisir le plus doux que puissent goûter ces fils d'une race labo- 
rieuse et sage, mais ardente, au cœur chaud, aux mouvements 
souples, aux muscles élastiques. 

Je mentirais bien inutilement, — car l'on ne me croirait pas, 
— si je disais que je n'aime pas danser. J'aimerais bien danser, 
mais je ne sais point. Et combien de Catalans aujourd'hui en 
devraient, comme moi, faire l'humble aveu ? C'est un secret 
qu'avec bien d'autres nos aïeux ont emporté dans la tombe. Qui 
nous rendra les nobles et belles danses d'autrefois I 

Je n'en parlerai que par ouï dire, d'après ce qu'au coin du feu 
les paysans, très vieux, de Cerdagne et de Vallespir, ont conté 
à ma mère. C'est elle qui me l'a redit. La chaîne de la tradition 
n'est donc composée que de quelques anneaux. 

Nous voici transportés où l'on voudra : au fond dz la vallée 
du Tech ou sur l'un des contreforts du majestueux Canigou : à 



— 1^4 — 

Prats-de-Mollo ou à Mont-Louis, à Céret ou à Prades, à PalaU- 
de-Cerdagne ou à Serralongue. Une rumeur d'allégresse est 
montée, dès le matin, dans les airs. L'aube toute rose, réveillée 
en sursaut, s'est avancée dans le ciel aux sons d'une musique 
sautillante. Des jeunes filles, à moitié endormies comme elle, se 
sont mises à leur fenêtre pour la voir et la saluer. Les cloches, 
lancées à toute volée, ont fait joyeusement retentir les échos 
d'alentour. Dans les rues, pareilles à des bandes de moineaux 
querelleurs et pillards, des troupes d'enfants rôdent avec des 
mines gourmandes. Un délicieux fumet de lapins sautés et de vin 
blanc, de poulets rôtis et de caramel embaume l'atmosphère. 
L'heureux village célèbre sa fête locale. 

Onze heures tintent lentement à l'horloge du vieux clocher. 
Les portes de l'église s'ouvrent. Un flot d'assistants se répand au 
dehors. Des branches vertes, des arbres entiers, des guirlandes 
de buis, de houx ou de sureau ornent la petite place soigneuse- 
ment balayée. A l'une des extrémités, sur une estrade, la cobla 
des jutglars accorde ses instruments. Les têtes de ces pieux chré- 
tiens, aux figures graves, se sont tout à coup redressées. Les 
jambes frétillent, une longue acclamation s'élève à laquelle répond 
la musique des jutglars. 

a En avant I En avant ! », semble crier le hautbois de sa voix 
nasillarde. <i En avant I les jeunes et les vieux ! En avant ! les 
fiancées et les grand'mères î » Et les turbulents violons, et les 
enragées castagnettes répètent : « En avant ! 11 y aura de la joie 
pour tous î » 

C'est h bail de î'Offici et h bail de ramallet. Les châles cha- 
toyants, les riches coiffes de Tlandres et de Malines, les foulards 
de soie multicolores, comme d'immenses papillons aux ailes dia- 
prées, vont tourbillonner autour des barreiinas éclatantes, que l'on 
dirait faites de coquelicots et de bleuets, cueillis parmi les mois- 
sons blondes. 

Le bal commence ordinairement par ce qu'on appelle lo con- 
trepas. Imaginons une sorte de balancement, grave et comme 



\ 



— i55 — 

mélancolique, exécuté par une file de danseurs, conduits ordinai- 
rement par deux paysans, aux cheveux grisonnants mais au teint 
fleuri, à l'œil clair et plein de malice sous les sourcils en brous- 
saille. Les danseurs, se tenant par la main, vont et reviennent, se 
quittent un moment et se reprennent, s'abandonnent bientôt pour 
se reprendre de nouveau. La phalange, à la fois libre et captive, 
tant les mouvements apparaissent harmonieusement liés et souples, 
ondule, s'arrête, ondule encore, toujours docile, au son des ins- 
truments qui la mènent. 

L'air du conlrepas dure environ vingt minutes, pendant les- 
quelles le chœur des figurants exécute le même manège, en fai- 
sant le pas appelé l'aspardanyeta, du nom de la chaussure de 
corde que nos aïeux portaient même les jours de grande liesse. 
Ce pas est le triomphe de l'agilité catalane. Le danseur, tenant 
toujours la tête bien droite, fléchit légèrement les genoux, croise 
les jambes et, d'un mouvement rapide, fait alternativement vol- 
tiger les talons autour des cou-de-pied. 

Rien de plus gracieux que cette figure exécutée avec ensemble. 
C'est le symbole de la force et de la mesure ; le juste équilibre 
de la raison et de l'imagination, de la joie et de la décence. La 
virilité latine s'unit, pour nous charmer, à la grâce athénienne. 
Qui eût cru qu'un pas de danse permit au spectateur émerveillé 
de découvrir de si belles choses et de retrouver, dans le danseur, 
toutes les qualités traditionnelles de la race? 

L'air du conlrepas, tantôt sérieux et grave, tantôt alerte et 
accéléré, rappelle ces brusques souffles de îa Iramonlane qui tantôt 
se traîne, se lamente et meurt au fond des gorges montagneuses, 
tantôt se précipite et tourbillonne au-dessus des bois qui se cour- 
bent et des épis qui ondulent sous son haleine puissante. Ou plu- 
tôt, ce contraste est l'image de l'âme catalane elle-même, tantôt 
insouciante et légère, tantôt bercée par cette mélancolie des 
âmes, du large et comme de l'exil : sentiments alternants qui lui 
ont inspiré la mélopée douce et triste de Monlanyes régalades et 
les cris joyeux, le fol battement des séguedilles. 

L'illustre Cervantes parle du conlrepas comme d'une merveille 
depuis peu révélée à la Castille. 11 ne savait pas qu'elle était née, 
comme l'antique déesse dont notre joli port a conservé le nom, 
de la blanche écume de la mer. J'imagine qu'elle vint au monde 



— i56 — 

en ces longues journées et durant ces nuits solitaires où, loin du 
foyer, loin de leurs épouses, de leurs soeurs et de leurs fiancées, 
les hardis compagnons de Guifre-le-Velu surveillaient sur les 
frontières les mouvements des houles Sarrazines. 

Que faire en ses ennuis, à moins que l'on ne danse? Et nos 
aïeux, sous le ciel plein d'étoiles, dansaient entre eux, loin de 
celles qu'ils languissaient, avant de mourir pour elles. 

Nous venons d'admirer les dansenrs. Mais regardons les spec- 
tateurs eux-mêmes. On se croirait transporté au milieu d'une 
cérémonie religieuse. Point de cris, tout le monde est attentif et 
comme recueilli. 

Ce n'est plus une danse. C'est quelque chose de plus qu'un 
délassement ou qu'un plaisir : un rite sacré, un héritage des 
ancêtres. 

Avec les derniers accords, prolongés en un solennel point 
d'orgue, les danseurs s'arrêtent, se saluent d'un bref signe de 
tête et se retirent. 



«-Ç. 



Maintenant la petite place, soulevée par l'entraînante musique 
des juiglars, vibre, bruit et s'agite, comme une ruche affairée au 
printemps. Tous s'apprêtent pour le bal!, sorte de ronde qu'exé- 
cutent à la fois des couples de danseurs avec leurs danseuses. 
Chacune de celles-ci arbore, sur la poitrine, le bouquet de fleurs 
en soie ou en papier que lui vient d'offrir son cavalier. De là le 
nom frais et pimpant donné à cette danse : lo bail de ramellet. 
C'était, jadis, la danse populaire par excellence. Le nombre des 
couples s'élevait parfois à plusieurs centaines. 

Cavaliers et dames, vis à vis, avancent et reculent, sans faire 
ce qu'on appelle des « pas », mais d'une allure dégagée, avec un 
léger balancement de la tête et du buste. Les danseurs et les 
danseuses se croisent, se perdent et se retrouvent. Au point 
d'orgue final, plusieurs couples se rassemblent et se forment en 
rond pour le saut qui clôture chaque bail. Ce saut demande plus 
d'adresse et d'agilité que de force. Souriantes et bien droites, 
les danseuses appuient leurs mains sur l'épaule des cavaliers placés 
à côté d'elles. Tout à coup elles s'élancent çn l'air, soulevées par 



les danseurs qui leur ont placé la main sous l'aisselle. Un instant, 
CCS fleurs vivantes apparaissent con^me les reines du jour aux yeux 
charniés des mères. Puis chacune retombe légère sur le sol. La 
musique reprend et une nouvelle ronde recommence. 

De graves auteurs donnent à cette danse une origine maure ou 
wisigothique. Dans ses passes et son manège, dans ses allers et 
SCS retours, dans sei bouderies et ses agaceries, ils ont voulu 
découvrir comme le langage de l'amour d'un fiancé qui cherche 
et trouve, perd et retrouve enfin, pour i'élever sur le pavois, 
celle qu'il s'est choisie. Est-ce vrai ? Nos aïeules nous le pour- 
raient dire. Mais leurs lèvres sont depuis longtemps muettes. Où 
sont les neiges d'antan ? 

Je m'arrête pour déplorer la perte de ces traditions qui remon- 
tent au berceau nicme de ia race. Qu'on nous Jcs rende et qu'on 
renonce à ces produits exotiques dont les noms deshonorent la 
plume, fruits monstrueux d'une civilisation opposée à la nôtre, 
que nos aïeux auraient repoussés avec horreur. 

a Ils dansèrent les danses de leur pays », dit ou plutôt chante 
l'harmonieux auteur de Télémaque. Ex dans ce mot, le génie de 
Fénelon, ce génie pénétrant et subtil, nous a peut-être livré tout 
le secret de cette merveilleuse endurance des héros grecs, qui 
tinrent victorieusement, dix années durant, sous les murs imprena- 
bles de Troie. 

Héros de l'Yser et de la Marne, de l'Izonso et doSalonique, 
que n'avez-vous dansé les danses de votre pays! Les intermina- 
bles heures et les étés brûlants, durant lesquels mûrissait lente- 
ment la victoire, vous eussent paru plus courts, et Barbusse lui- 
même eût été moins morose. 

Jean d'Avalri 



cfë^ 



*.IBB^ ^ff-^*:U= ^'>'>^^''<^ ^;**,^j:^' *!S^.JSSj^ ^fmé^^S^ ^'.^SSÊp *S$^J'P' 

El Torpcdcix 

Ei cel s'es ennegrir ; pas una estrella 
s'ovira en l'ampla volta, que esbadella, 
de sopte, el zigzagueix de fûigit Ilamp. 
Ressona per l'espai la veu geganta 
del trô, que fa somoure la pesanta 
ihuntanya, amb la potencia del seu bram. 

La mar, amb grans udols, com posseida 

d'algun mal esperit, esfereida, 

se llença escumejanta terra endins, 

rompent en el seu pas tôt ço que oposa 

obstacles a sa cursa esgarrifosa 

com tropa d'afamats monstres marins. 

I en terra, uns pescadors, com si cerquessin 
la llum d'un far ignot, on hi trobessin 
la ruta ja perduda que duu a port, 
escruten les ténèbres per si veuen 
aquells pobres companys que potser deuen 
lluitar entre les urpes de la mort. 

De sopte, pei cantô de la muntanya, 
oviren cap al lluny, com llum estranya 
'que 's mou bellugadiça en la foscô ; 
seràn potsè els companys que am ardidesa 
Iluitant com a valents, de l'escomesa 
del mar sabran lliurar-s'en amb brahô ? 

Mes, ràpid, la llum blava i fugitiva 
d'un Ilamp, illuminant tota la riva, 
esborra d'aquests pobres el recort, 
monstrant d'un gran vaixell la silueta 
que en mig de les onades, clara i neta, 
dibuixa 's com tità ferit de mort. 



— j59 — 

1 en mig del desesper d'algunes dônes 
que veuen els marits, entre les ones 
furientes, ja per sempre sepultats, 
s'esmuny d'una embransiaa gigantesca 
la nau, que al primer colp, com una ilesca, 
parteix la forta onada en dues meirats. 

La mar que com un monstre 's debatega, 
apar que amb ses onades ensopega 
amb l'ampla i negra volta d'aqueix cel, 
en tant, la pobra nau, com una palla, 
del cim d'immensa onada 's veu devalla, 
semblant, amb el seu Hum, caigut estel. 

Mes torna una altra volta a remontar-se, 
lluitant amb desesper per a repropar-se 
del lioc on mor d'angoixa tanta gent, 
mes ai ! traidorament la mar s'hi oposa, 
i sembla cada volta mes furiosa, 
juntant-se a sos bramuls j'udol del vent. 

1 els pobres pescadors, sentint que els braços 
cansats de tan remor ja cauen laços, 
recorden les parauîes del patrô, 
quan ve, com monstre irat, una ona immensa 
bâtent sobre la nau, que ja indefensa 
capgira 's a l'embat demoledô. 

] moren com a herois els que Iluitaren 

amb esta mar traidora, on hi trobaren 

la tomba tantes vides d'ignocents ; 

sa llosa fou la onada escumejanta 

que amb veu ronca i potenta encare canta 

la fî d'aquesta colla de valents. 



B. Delqas. 



Blancs, agost ■ 919- 




Chroniqueurs et Hislûriens Catalans 

des Xlir ^ XIV' siècles 

cJ2S^Si^ {SWTE) 

IV 
La "Chronique' de Ramon Nuntaner^'^ 

I. — Le contenu de la Chronique el autobiographie de son auteur. 

Si Bernât Desclot ne nous a rien appris de lui dans sa Cronica 
deî T(ey En Père e dels seus antecessors passa ts, si rien n'est venu 
jusqu'ici suppléer à son silence, la Cronica deh T^eys d'Mrago de 
Ramon Muntaner fourmille de détails sur le compte de son auteur, 
et sa biographie ressort en grande partie de scn livre, et divers 
documents d'archives servent à la compléter. 

Ramon Muntaner raconte au début ds. sa Chronique comment, 
déjà avancé en âge et après une vie remplie par les plus grandes 
aventures, il fut amené à écrire l'histoire des événements de son 

(i) Voici le titre de la première édition : Chronica o descripcio deh fets, e 
hazanyes del Incîyi J{ey don Jaume primer, J{ey Daragô, de Mallorques e de 
Valencia, compte de Barcelona e de MunipesUer, e de molis de sos descendents. 
Tela per lo magnifich "En 7{amort Muntaner, loqual servi axi al dit Jnclyt J{ey 
don Jaume, com a sos fitts, e descendents ; es froba présent a tes coses contengudes 
en la présent historia. "Es llibre molt antich, e ah iota veritat scrit, e digne desser 
vist per aquells qui ah tota veritat desijen saher los de la coronna d'Jlragô, e det 
règne de Sicilia. Ara novament sljmpat En Talencta. En casa de la Viuda de 
Joan Mey flandro, i558 In- fol. de 2 55-i6 ff. 

Quatre ans après parut une seconde édition à Barcelone : Chronica, o 
descripcio dels fets, e hazanyes del inclyt J^ey don Jaume primer T(ey "Daragô, de 
JHallorques e de "Valencia : Compte de "Barcelona, e de Muntpesller : e de molts 
de sos descendents. Veta per lo Magnifich en J^amon Muntaner, lo quai servi axi 
al dit Jnclyl T^ey don Jaume, com a sos fills. e descendents : es troha présent a les 
coses contengudes en la présent historia. Ici la marque de l'imprimeur. En 
Barcelona, En casa de Jaume Cortey "Librater. Any i562. A la fin : Tonch 
stampada y ah molta diltgencia revista la présent Chronica dels 7{eys de Arago 
fêta per T^amon Muntaner autor de visia en la insigne ciutat de Barcelona, per 
Jaume Cortey impressor, en lany M.D.LXIJ. ln-4°. 248 ff. — La Bibliothèque 



— i6i — 

, temps, et principalement ceux auxquels il avait été mêlé. « Je me- 
trouvais un jour, dit-il, en un mien domaine appelé Xiluela, situé 
aux environs de Valence. Là, étant en mon lit et dormant, m'appa- 
rut un vieillard vêtu de blanc, qui me dit : Muntaner, lève-toi et 
pense à faire un livre des grandes merveilles dont tu as été témoin 
et que Dieu a faites dans les guerres où tu as été, car il plaît à 
Dieu que ces choses soient manifestées par toi (j). » D'abord 
Muntaner n'obéit pas à cette vision céleste et ne se laissa pas 
émouvoir par les raisons flatteuses qu'elle lui adressait, dont l'une 
était qu'il n'y avait pas homme vivant qui fût capable de dire 
ces merveilleuses aventures avec autant de vérité que lui. « Mais, 
un autre jour, dit-il, et dans le même lieu, je vis le même pru- 
d'homme qui me dit : O mon fils, que fais-tu? Pourquoi négliges- 
tu mes ordres ? Lève-toi et fais ce que je t'ordonne. Sache que 
si tu obéis, toi, tes enfants, tes parents, tes amis en recueille- 
ront le bon mérite devant Dieu en récompense des peines et des 
soins que tu te oeras donnés, et toi tu en recueilleras le bon 
mérite devant tous les seigneurs qui sont issus et sortiront de la 
maison d'Aragon (2). » Ainsi averti une seconde fois, Muntaner 

municipale de Perpignan possède un exemplaire de cette édition de i562, 
devenue rarissime comme celle de i558. 

Le journal La T(enaixensa de Barcelone a publié en 1 886 une édition de 
la Chronique avec ce titre : Cronica d'En T^amon Muntaner ah un prefaci per 
Joseph Coroleu. Le texte est le même dans les trois éditions, et il est loin 
d'être satisfaisant. 

Il existe de cette Chronique une traduction française due à Buchon ; on la 
trouvera dans le volume des Chroniques étrangères relatives aux expéditions 
françaises pendant le xni' siècle, qui contient le texte de Desclot et que j'ai 
déjà cité. 

On connaît actuellement sept manuscrits de la Chronica d"En l^amon Mun- 
taner : un à la Bibliothèque de l'Escurial, un à Catane, un à la Bibliothèque 
nationale de Madrid ; les autres, à Barcelone. 

(1) Un dia estant yo en una mia alqueria per iiom Xiluella, qui es en la 
horta de Valencia, e durmint en mon Mit, a mi vench en visio un prohom 
vell, vestit de blanch quim dix : « Muntaner, Ueva sus e pensa de fer un 
llibre de les grans maravelles que has vistes, que Deus a fcytes en les guerres 
hon tu es estât, com a Deu plau que per tu sia manifestât » (Chronica. ch. !.) 

(2) E aitre dia en aquell lloch mateix en visio yo viu lo dit prohom quim 
dix : a O fin, que fas ? Perque menysprees lo meu manament ? Llevat e fes 
ço que yo t man. E sapies que siu fas que tu e tos infants e tots tos parents 



— 162 — 

entreprit son oeuvre à l'âge de soixante ans. 11 la commença le 
quinzième jour de mai i325. 

La Chronicadeh T^eys d'Aragû embrasse un espace de cent vingt ans, 
depuis la naissance de Jacques 1" en 1204 jusqu'au couronnement 
d'Alphonse IV Lo Bénigne en iS^y. Elle comprend donc les 
règnes de Jacques 1" le Conquérant (1208-1276), de Pierre 111 
Lo Gran (1276-1285), d'Alphonse ]]] (1285-1291) et de Jacquesll 
(1291-1327). Desciot a raconté les mêmes événements jusqu'à la 
mort de Pierre III le Grand en 1285. Les récits des deux chro- 
niqueurs, pour cette période, s'éclairent l'un par l'autre, et il faut 
les fondre ensemble si l'on veut avoir une relation complète des 
événements survenus sous les règnes de Jacques le Conquérant et 
de Pierre 111, notamment de la guerre de i285. 

« Je commence ma Chronique, dit Muntaner, avec le roi Jacques 
parce que je l'ai vu moi même. J'étais encore fort jeune lorsque 
le dit seigneur roi vint au bourg de Péralada. lieu de ma nais- 
sance, et logea à l'hôtel de mon père Jean Muntaner, qui était 
un des plus grands hôtels de l'endroit et situé au haut de la place; 
je dis cela afin que chacun sache que j'ai vu ce roi et que je puis 
dire ce* que j'ai vu de lui et ce qui est arrivé depuis, car je ne 
veux me mêler que de ce qui s'est passé de mon temps (1). » 

Muntaner étsjit né à Péralada, en Ampurdan ou "Empordà, 
comme écrivent les Catalans, en i265, et l'on sait que Jacques I" 
mourut en 1276 ; il devait être, en effet, fort jeune lorsque le 
Conquérant vint loger dans sa maison, mais il avait gardé un 
profond souvenir de cette visite, qui explique en partie le rôle' 
important qu'il joua dans la suite et aussi le culte qu'il voua à la 
Maison d'Aragon, îo Casai d'Mrago. La famille de Muntaner alla 



e amichs n auran bons merits de Deu del affany e del treball que tu passa- 
ras ; E encara n auras bon merits de tots los senyors qui son exits ne exiran 
en la casa de Arago » (Jhidem) . 

(i) E per ço començ al feyt del dit senyor Rey En Jacme, com ycl viu, 
€ asenyaladament essent yo fadri, e lo dit senyor Rey essent a la dita vila de 
Pzralada hon yo naxqui e posa en 1 alberch de mon pare, En Joan Mun- 
taner, qui era dels majors alberchs daquell Iloch, e era al cap de la plaça. E 
per ço recompte yo aquestes coses que cascu sapia que yo viu lo dit senyor 
Rey e que puch dir ço que dell viu e aconsegui, que dais yo nom vull entra- 
metre si no daço que en mon temps ses fayt (Chronica, ch. 11). 



— i63 — 

s'établir à Valence l'année même de la mort du Conquérant. Ce 
ne fut toutefois que dix ans après, et lorsque Péralada eut été 
entièrement ravagé par des almugavares en révolte au moment de 
rinv?sion française de i285, que Muntaner l'abandonna pour tou- 
jours. 11 exprime d'une manière simple et touchante ses regrets 
de quitter sa patrie : « Aussi moi et tant d'autres qui y perdîmes 
la plus grande partie de notre avoir n'y avons plus remis les pieds 
depuis, et nous avons couru le monde, cherchant fortune avec de 
grands maux et nous exposant à de grands dangers ; et au milieu 
de ces aventures la majeure partie a succombé dans ces guerres 
de la maison d'Aragon (i). » 

Jean Muntaner était un bourgeois notable de Péralada et son 
fils fut un bourgeois puissant à Valence ; bien qu'il ait eu sous ses 
ordres des chevaliers, bien qu'il ait eu la souveraineté de l'île des 
Gerbes ou Djerbi et commandé à des hommes de haut rang et 
de haut parage, Ramon Muntaner ne fut jamais cavalier, c'est-à- 
dire « noble ». Nous le retrouverons aux fêtes du couronnement 
d'Alphonse 111, tenant une modeste place parmi les députés de 
la bourgeoisie valencienne venus pour assister à ces fêtes, qu'il a 
superbement décrites dans les derniers chapitres de sa Chronique. 

Lorsque, à la suite de la guerre de 1285, il quitta définitive- 
ment Péralada, Muntaner était âgé de vingt ans, mais il n'indique 
à aucun endroit qu'il ait joué un rôle actif à cette époque ; il ne 
se met jamais en scène dans, cette partie de sa Chronique, pas 
plus, d'aiDeurs, que dans celle où il raconte le reste du règne de 
Pierre 111 et le règne entier d'Alphonse 111 ; il nous faut arriver 
à l'année i3oo, sous Jacques 11, pour avoir à son sujet un rensei- 
gnement personnel, car il nous dit que, cette même année, il se 
fiança à une jeune fille de Valence. 



A partir de cette année i3oo, la Chronique est une sorte 
d'autobiographie de l'auteur et nous pouvons le suivre pour ainsi 

( ) ) ...Que yo e daltres, qui en aquella perdem gï"an res de ço que haviem, 
no hi som tenguts tornar puix, ans som anats pcr lo mon cercant conseil ab 
molt mal treball, c ab molts perills quen havem passais, dels quais la major 
part ne son morts en les guerres aquestes de la Casa d'Arago (Chronica, 
ch. cxxv). 



— i<5| — - 

6hc. pas à pas. Quelques jours ^près ses fiançaiHes, il part pour ■ 
la Sicile où il devjf.nt fondé de pouvoirs du général templier 
Roger de Flor au servie*» du ro» de Sicile Frédéric 111, auquel 
Charles d'Anjou disputait la couronne. Il est dès lors initié à 
toutes les affaires importantes de cet illustre aventurier. Cette 
guerre avait amené d'Espagne en Sicile une véritable armée com^ 
posée de Catalans, de Roussillonnais, d'Aragonais et de Navar- 
rais venue au secours de Frédéric 111, avec le consentement du 
roi d'Aragon Jacques j1, son frère. Parmi ces aventuriers on 
distinguait les >^/mi/^^i'tfr€s, ainsi appelés d'un étrange nom, 
peut-être arabe, qui servait à désigner les gens de pied recrutés 
en Espagne durant le moyen âge ; ils formèrent une bande à 
part dans la Companya, comme Muntaner appelle l'armée de 
Roger de Flor, armée d'ailleurs fort bien organisée sous la 
direction de chefs excellents. Tous ces soldats, suivant leur cou- 
tume séculaire, emmenaient avec eux leurs femmes, leurs maî- 
tresses et leurs enfants. 

Muntaner concourut vaillamment à la défense de Messine, où 
Charles d'Anjou subit un tel échec qu'il se vit obligé de demander 
la paix. Elle fut conclue en i3o2 à Calatabellota. 

(A suivre) Pierre Vidal. 

Bail de gitanos 

El Roig ballava al mitg de la sala... Ballava amb una noia 
pfctitona que, no obstant i tindre uns vintivuit anys, anâva ves- 
tida de curt i duia trena penjant com si fos una nena. 

La parella feia rotllo. Eli, excitât i nerviés, suât, que la suor 
li regalava cara avall, agarbonat amb la dona, donava voltes, cor- 
ria tot-d'una, anava creixent el seu entusiasme i sa excitaciô, i era 
tanta sa febre que, arrapant la balladora per sota l'aixella, li feia 
dar voltes sensé que toqués de peus a terra. La roba, amb la furia 
de voltar, se li aixecava, i els que miraven reien. Les dones cri- 
daven, el pianista cop va i cop ve, i l'home de la brusa ncgra i 
roig de cara i pel, com un monstre imaginât, no calmava '1 seu 
neguit, amb la vista fixa a la dona que ténia entre ses urpes. De 
mica en mica s'anava encorbant per aproparse a la cara d'clla, i 
aquclls' dos sers que talmtnt rodolaven, eren l'admiraciô de la 
concurrencia. J. V. Colominas, Sota Montjuic. 



La Poésie Catalane moderne 

Commentaire 

des "^ Absences Paternelles* 



M. Lopez-Picô veut-il nous surprendre ? Son dernier recueil 
de poésies, un recueil de quatre-vingt quinze pages, bellement 
édité par la maison Francesc Altès de Barcelone, s'intitule, en 
caractères rouges et noirs : "Les Mhsències Paternals. Faut-il tra- 
duire : les absences paternelles? Sans doute, et cela ne peut 
signifier : les absences du père. Car ces absences ont la qualité 
de ce qui est paternel : elles sont, elles restent paternelles. Voilà 
donc un titre spécieux et rare ! Et tel est le caractère des poè- 
mes qui suivent. Il m'a paru que le premier était un éloge des 
pleurs et de la pluie. De même que les paysages, après la pluie, 
deviennent précis et clairs, de même les pleurs donnent à l'affec- 
tion un renouveau limpide. 

Perquè hem plorat mai no em seras absent. 

L'absence est une distraction de l'esprit. Alors que la femme 
vit dans les préoccupations concrètes, celles du foyer, le poète 
s'éloigne — au figuré — et dans sa pensée il recueille l'infini qui 
vient de la vie des autres. 

Jo l'infinit recoljîa, que ve 
de la vida dels altres... 

Le caractère des poèmes est ainsi indiqué. Ils sont psycholo- 
giques. Ils veulent fixer l'agitation de l'esprit. Lopez-Picô vase 
donner beaucoup de mal. Vivre dans la réalité, la regarder avec 
deis yeux naïfs, tels étaient les vœux du poète lyrique ; tels 
étaient même les voeux du candide et bourbeux Verlaine, héritier 
déchu de Pascal. Mais le poète ne vit pas seul dans la merveille 
du monde. 11 n'est pas son maître. 11 n'est pas davantage un dieu 
amusé, le dieu intérieur de lui-même. S'il était seul, sa pensée 



— j66 — 

serait simple ; elle se nourrirait de sa propre substance. Mais 
il vit avec des semblables par la chair et par l'esprit. Il n'est pas 
de vérité plus commune, mais bien des lyriques l'ignorent. 

Et d'abord, voici la rue qui proclame l'égalité des hommes. 
[El Crit del Carrer.] Même oisiveté chez tous, mêmes tentations, 
mêmes folies. C'est une égalité qui pèse à chacun. Cependant, le 
poète, dont la contemplation pénètre, ordonne et crée à nouveau 
dans la mobilité des jours, se délie, s'évade de cette loi d'égalité 
et sait distinguer des qualités d'ordre différent, sans doute dans 
un domaine spirituel. 

Loin d'éprouver un sentiment d'oppression et d'angoisse, il 
ressentira l'enchantement d'une délivrance et un plaisir intellec- 
tuel toujours renaissant. 

Ces trois poèmes [El Comiat — Absències Paternals — El Crit 
del Carrer], il m'a paru bon d'en discerner la note intellectuelle, 
parce que, placés en vedette, ils semblent déterminer ceux qui 
suivent. Aussitôt après, l'auteur place vingt compositions, numé- 
rotées en caractères romains, sauf la première et la dernière, 
sous le titre : Les meves Troballes. Et je vais en essayer l'ana- 
lyse, sachant bien que je n'y réussirai que si je ne suis pas 
déconcerté par les tours presque exclusivement elliptiques et 
hardis qui sont chers, qui sont trop chers au poète. 



La première merveille est une reconnaissance matinale de la 
rue encore libre. L'homme sent ses pas ; il choisit, il a la certi- 
tude de sa liberté et attend l'imprévU, lorsque commencent à 
poindre les clartés du jour. 

Tôt, adormit, es mes a prop del cel. 

Puis, la rumeur de la rue monte à toutes les fenêtres et invite 
l'homme au travail ; une naïve bonté préside à cette heure. 

Si no em vols creure, lleva 't de mati. 
Quan seras crèdul, no viuràs debades. 

« Si tu veux me croire, sois matinal. Lorsque tu seras crédule, 
ta vie ne sera pas vaine. » Le poète se place dans le domaine de 
l'imprévu et de la liberté, à la source du jour, qui est pareille- 



— 167 — 

ment la source de la foi, à l'heure qui précède la détermination 
accablante et rigoureuse de la rue. 

Ce besoin de confiance qui nous fait gravir le sommet des 
montagnes, car une impulsion nous guide souvent et même lors- 
que nous n'en avons pas la conscience éclairée, il réussit à le 
satisfaire dans la ville natale, dans la cité dont il ne veut pas 
s'éloigner, avec laquelle il veut toujours vivre. 

La sérénité du ciel, à l'heure matinale, se retrouve sur le 
visage qui semble l'enfanter ; les architectures ont une grâce nou- 
velle et vivante ; l'heure nous appartient. Notre moi fugace et 
momentané domine l'heure encore rose et bleue sur la rue, et la 
lumière est notre propre cortège. 

Cependant c'est un leurre. Une jeune fille vient à passer. Elle 
est déjà femme, elle chante, les mains ouvertes, fleur de pléni- 
tude, et elle est son propre joyau ; elle se suffit à elle-même, 
plus innocemment encore. Mais qu'importe I il faut se résigner à 
être heureux. 

Cal resignarse â ser feliç, no obstant. 

Et j'ajoute, car la glose est nécessaire, qu'il faut se résigner à 
être heureux, malgré le panthéisme, la pluralité, les affirmations 
du dehors sur lequel nous n'avons prise. Et pour être heureux, 
dans la crédulité, il faut soutenir, affirmer, élever et purifier son 
moi. 

"Voici, crois-je, un principe de mystique, principe égoïste, mais 
libre, du moi devenu l'acteur du monde, principe du dialogue 
.«ntre le moi isolé et Dieu. 

Le poète rencontre d'ailleurs la porte ouverte de l'église, qu'il 
ne craint pas d'appeler le temple ; il ne discute pas la croyance. 
C'est après avoir établi la croyance, la liberté, le personnalisme 
(et il me plaît d'opposer ici au panthéisme ce mot si lumineux de 
Renouvier), c'est en pleine possession de la foi commune à la 
cité qu'il agite ses introspections si intellectuelles, ses inquisitions 
si aiguës. Dans de telles préoccupations, croyants et incroyants 
se rejoignent parfois. 

Respôn Ta Passiô 
al crit que et feia l'home. 
Ta veu no sap dir no 
a l'home. 



i68 



A dins tornen cantar. 
El cant i la cridôria 
et fan un sol altar 
de glôria. 

est-il dit dans un poème qui, dégagé de l'abstraction pure par le 
mouvement lui-même du rythme, est l'une des pièces les plus 
caractéristiques du talent de Lopez-Picô. 

Et voici, maintenant, dans leur ordre énigmatique, la série des 
préceptes : Bâtissons notre solitude. Un nom ne nous donne pas 
la connaissance d'une créature (ce qui signifie qu'il faut se défier 
des conventions de l'intelligence) ; nous la connaîtrons mieux lors- 
qu'elle sera au loin, si nous la regardons comme un arbre au loin. 

Si el miro corn un arbre en llunyania (v). 

Recueillons-nous, donnant- au désir même mesure, dans les 
quatre murs qui limitent notre bonheur, comme ils seront plus 
tard la limite de la fosse (vj). — Gardons avec ferveur toute 
naïveté et toute simplicité, car telle est la pensée des vers fami- 
liers qui suivent et que je ne traduis pas : 

Caidrà que endrecis totes les jogumes 
perquè Jesûs vol els teus jocs ; i quan 
vindrà li facis, com a un altre infant, 
la cavalcada de cavalls i nines. 

Que pugui dir als àngels, dalt del cel. 

fent amb estrelles pim i toc de baies : 

— Jo mes m'estimo els meus companys sensé aies 

i de la casa on viuen fer-mc el cel (vu). 

Respectons le silence : car la parole est la messagère des puis- 
sances obscures et montre notre faiblesse. Pensée de Vlmitaiion, 
que l'auteur rend vivante en la situant (viii). — Nous ne nous 
laisserons pas émouvoir par la mobilité et le bruissement de la 
place si nous la traversons avec l'esprit purifié de la veuve voilée 
(ix). — Voici la courtisane qui passe ; mais que nous reste~t-il de 
sa lumière, de sa nudité, de ses draperies ? 

Dona llisquent de les ofrenes, 

femme glissante des offrandes, son invitation adressée à tous ne 
peut avoir un sens pour chacun (x). — La sûreté d'un amour 



— 169 — 

accepté retient le désir chez la jeune femme qui passe, et sort 
regard est doux comme la lumière ciradint dei arbre-> dans les 
jardins (xi). — La triste tue de la débauche, semblable a tant 
d'autres, avec ses arcs voltaïques, attire la jeunesse pour lui ravir 
cet éclat qu'elle ne possède pas (xu). — Au lendemain d'un triom- 
phe, lorsque le ciel est clair dans l'honnête solitude, nous éprou- 
vons une tristesse qui nous élèvera (xni). — L'homme qui parle 
seul dans la rue, et dont le signe de tête est une négation cons- 
tante, et qui va emporté par un élan intérieur, est gouverné par 
l'inconscient désir d'une confession libératrice (xiv) (i). * — Si nous 
rencontrons l'ami qui a perdu son fils, il ne s'appartient pas ; il a 
un sentiment aigu de sa vieillesse, la mort ayant séparé une moitié 
de sa chair, et il déraisonne, car la douleur ne trouve aucune 
satisfaction, aucune explication sur terre (xv). — La cité semble 
malléable, à l'heure matinale et joyeuse où elle appartient à 
l'apprenti, et il la modèle : or, c'est avec cette hardiesse et cette 
joie qu'il faut agir (xvi). — Dans une fête de quartier, rose et 
jaune, suivons du regard la lanterne vénitienne, indécise, bercée 
comme la volonté ; mais elle est seule ; l'enfant qui, le lendemain, 
trouvera ce papier de couleur fera un voyage imaginaire (xvii). — 
Le soir, dans l'ombre de la rue, se colore des stridences d'une 
musique ; les ouvriers ferment leurs paupières, enivrés par les 
odorantes poussières du soir ; une promesse d'oubli et de volupté 
jaillit d'un beau rire de femme (xvni). — (Dans ces deux derniers 
poèmes, la pensée directrice échappe à l'auteur ou m'échappe ; 
un art pénétrant y domine, et le mouvement. Par je ne sais 
quelle cruelle mélancolie de la volupté, ils rejoignent tels des 
Caprices de Goya, dont on connaît la note si aiguë). — Aimons- 
nous ou non le fait-divers, les rixes de la rue? Fuyons-les, pour 
ne pas en subir la contagion (xix). — Et le vingtième poème ou 
fragment est celui du jour qui finit, mugissant comme la conque 
marine ; les désirs de la pensée et des sens y font ce bruissement 
confus er clangorant, et pourraient consumer la vie si le jour 
n'avait pas de lendemain. Mais le ciel nu, la promesse de la 
femme ont construit un au-delà ; la nuit silencieuse monte avec 
l'amour, comme une auréole sur nos destinées. 

(1) Rapprocher cette poésie de Mig-Dîa [Espectacles i. JHitolagies]. 



— lyo — 

Ainsi le poète chante la grâce du matin et de la lumière ; sans 
la lumière, le mouvement de la rue est d'une dureté qui nous 
annihile. Mais vienne le crépuscule avec sa grâce nouvelle ! 
Reprenons confiance en nous-mêmes, et comme à l'aube nous 
entendrons le souffle des fées ; la vie est un conte de fées, si 
notre regard en pénètre le sens et la crée à sa guise. La nuit 
venue, portant comme une couronne les pleurs des étoiles, le 
démon de l'analyse disparaît : voici que surgit le royaume de 
l'ineffable. 

Tel est, me semb)e-t-il, le sens du poème qui vient clore cette 
série. J'en arrive à une partie qui est la cime du livre, à une suite 
de huit poèmes, rares et curieux ; elle est intitulée o Les Sorpreses 
de la Nit ». 



Mélodie jaillissante de la nuit 1 Puissant repos des glèbes ! 
Innombrables clartés du ciel !... Parce qu'elle fait jaillir 'une 
telle mélodie au-dessus de ses poèmes, la muse de Lopez-Picô 
m'est particulièrement chère ; elle vient puiser à la source d'un 
lyrisme que j'aime. La nuit n'est-elle pas la source de tout lyrisme 
pur et personnel ? On ne saurait parler d'elle, en toute naïveté et 
en toute simplicité, sans que la mélodie ne vienne ordonner les 
syllabes, dérouler pacifiquement les vers. Et voici les premiers 
de cette suite : 

...Claire nuit d'été, parcelle du temps : 
J'ombre des jardins a des fraîcheurs de mousse ; 
la chair des melons est faite' de lune ; 
les jardins sont clos par les citrons doux, 
et semble un regard chaque fruit de prune.,. 

Sincère et douce mélodie, toute vêtue de grâce poétique, et 
que je sens fraternelle I Chaque nuit, l'eau courante recueille le 
rêve des fruits, dans le mirifique repos de la ville, le bonheur 
des fruits ; et le cœur qui s'oublie est comme un fruit bienheu- 
reux de la nuit, un trésor d'enchantement, une étincelle parmi les 
étoiles de la paix nocturne (i). — Pleine nuit d'été. Le ciel est une 
moisson où l'on cueille deux épis qui ne donnent pas leur grain 
lumineux et inaccessible, et les deux enfants dorment, comme 
s'ils avaient été cueillis dans l'au-delà, et ils nous sont un ciel 



— 17' — 
plus clair que le ciel des étoiles (u). — La nuit de Saint-Jean, Jâ 
plus ardente dans l'ordre des nuits, invite fidèlement à allumer 
des feux ; le souvenir de la passion s'élève comme une flamme, 
vers la même étoile ; la passion adolescente revient fidèle comme 
le feu, avec le même rythme (m). — La nuit venue est la déli- 
vrance. Le monde externe s'évanouit, l'esprit se retrouve, le 
même silence est sur toutes choses, et les hommes se compren- 
nent, sachant qu'ils regardent tous la même clarté (iv). — Les 
nuits de l'esprit ont la sérénité des grands paysages ; les pensées 
ont la sûreté des croupes, la volonté s'arrête comme les chemins, 
les souvenirs sommeillent, comme des greniers odorants ; et cepen- 
dant, un frisson d'étoile, d'herbe, de pas émeut le silence, et les 
chiens aboient, et les désirs cheminent (v). — La nuit est vaste 
et nue, et pour en connaître la mesure, le poète a demandé un 
arbre. Comme l'arbre, il monte, soutenu par la simplicité du 
chant des grillons, et dans la profusion, des étoiles glissent et 
tombent de ses mains (vi). — C'est dans le désir de la possession 
que les nuits se rejoignent. Le désir élève et retient à la terre, 
pareil à l'arbre enraciné. Le vent passe. L'arbre plonge toujours 
plus profondément ses racines, le désir reste. La mélodie des 
branches s'accorde au large ciel étoile, et le poète voudrait à 
telle heure que le secret de la nuit tombe à jamais dans son âme, 
étincelle de l'amour éternel (vji). — 11 est semblable au voyageur 
isolé dans la nuit ; en écoutant ses propres voix, il obtient sa 
délivrance. Au-delà des rues, la nuit livre son mystère ; les arbres 
veillent sur l'étendue immense des clartés fulgurantes ; le ciel et 
la cité apparaissent comme une seule et même chose. Et le poète 
voyageur éprouve la joie de ne pas être seul. 11 recueille des 
jonchées d'étoiles aux foyers innombrables de l'amour illumina- 
teur du silence. Le Magnificat s'élève puissamment. L'amour 
pénètre dans les âmes, comme les clartés chantent sur les bran- 
ches. Le poète est devenu cet arbre chaste et prodigue, élevant 
au ciel, dans l'élan de sa sève, les clartés de la terre. L'astre et 
la braise purifiée du foyer se fixent dans une exacte harmonie (vni). 



Maintenant, le poète revient auprès de ses enfants et leur 
avoue sa faiblesse. Car la vie n'est pas purement spirituelle. Dans 



— }yi — 

ia chambre où ils se sont endormis, il demande que le rythme 
large et confiant du sommeil éloigne l'effroi et veille sur eux (El 
Retorn). Les derniers poèmes de ce livre où l'intelligence aiguë 
rejoint la mystique s'intitulent : El Conhort de l'Absència — 
L'endemà que es festa — Darrera Pagina. Ici encore, je voudrais 
saisir les intentions de l'auteur La consolation de l'absence : la 
mort est venue. Et cependant, tout est semblable. La mort 
apporte elle-même les médecines de la consolation. Tout est 
désert dans la chambre, la fenêtre ouverte au ciel bleuâtre, les 
chaises vides. Dans son lit, le défunt au visage serein comme s'il 
attendait un hôte, immobile, plus beau que jamais, vêtu de la foi. 
La main garde un repos intelligent et semble dire : reste ! Dans 
l'au-delà, je te suis présent. Seule l'épouse, tranquille, mainte- 
nant sereine, comprend ce geste, retrouve cette foi et prie, déli- 
vrée de tout mal. Elle seule, dans l'élan de son amour, dit la 
litanie ; plus tard, dans la nudité simple de son âme, seule, elle 
•fera la véritable découverte du défunt. 

Le poète va au-delà de la cité. Les champs cultivés y ordon- 
nent la lumière. Le silence y chante, de la terre au ciel. Tout y 
est un humble exemple d'acceptation et de foi. — - Enfin, les 
quatre vers qui servent d'épilogue à ce petit volume disent que, 
malgré les sages résolutions, malgré la pureté d'un cœur juste, 
les lèvres désirent toujours, l'esprit reste assoiffé. Et c'est là 
encore une pensée mystique : Le désir restera toujours la pre- 
mière condition de l'amour. 



J'ai analysé ce livre d'aussi près que je l'ai pu. Une poésie qui 
n'est qu'une effusion, qu'un jaillissement, ne requiert pas une aria- 
Ivse exacte ; un lien commun la résume. Une poésie qui traduit 
le mouvement du cœur peut se résoudre facilement, et si on n'en 
capte pas l'élan ou la couleur, du moins peut-on déterminer son 
ressort initiai. Mais cette poésie est d'un mysticisme plus intel- 
lectuel. D'ordinaire, le contemplatif se dégage du monde concret, 
ou tout au moins recherche une solitude douce, le paysage des 
montagnes. On se souviendra de tous les contemplatifs de notre 
calendrier, de saint Augustin à Fray Luis de Léon, qui chantait 
sur les rives du Tormes, à quelques lieues de Salamanque. 



— i7 — 

Cette fois, le poète a bravé les démons. Il est resté dans la 
cité, où il a découvert les symboles de la foi, dans la pureté 
matinale et dans l'éclat nocturne. Il a créé sa solitude dans la rue, 
au-dessus des hommes. II s'est toujours appliqué à regarder avec 
des yeux de chair, afin de ne pas être dupe de l'esprit. Sa 
méthode est demeurée intellectuelle. 11 a établi les interroga- 
tions, les contradictions, les logiques adverses du moi et des 
objets, méthode déjà acclimatée en Catalogne, voici plusieurs 
siècles, par Ausîas March, car la poésie d'Ausîas March use 
toujours de la raison raisonnante, et ses « estramps » ne sont 
qu'un incessant et inquisitorial dialogue de la chair et de l'esprit. 
J.-M. Lopez-Picô reprend son dialogue, ce dialogue ascendant 
et actif, sans user exactement des mêmes procédés. Le raisonne- 
ment ne garde pas chez lui son habituel appareil syntaxique et 
logique. Le style est toujours déclaratif et épigrammatique, et 
c'est ainsi qu'il peut en assurer la plasticité. J'ai déjà signalé 
l'abus des ellipses dans l'ordre lui-même de la pensée. Le prin- 
cipe et le résultat s'y joignent et la copulation est sous-entendue. 

Nous nous trouvons en présence d'un procédé impressionniste, 
purement personnel, et qui exige une adaptation de l'intelligence, 
une vivante souplesse de l'esprit. Cet art n'est pas une façon de 
sentir ; il est une façon de penser. Une telle poésie ne s'adresse 
qu'à de rares lecteurs. Les poètes qui cultivent un tel lyrisme ne 
sont accessibles qu'à leurs véritables frères, qu'aux philosophes 
spiritualistes, qu'aux religieux qui ont raisonné intérieurement 
leur croyance, dans l'esprit et dans la chair. 

Il est probable que des troubadours comme Guiraut de Borneil 
n'étaient compris que d'une école et par quelques belles dames 
intelligentes, peut-être plus nombreuses que de nos jours. Le 
public courtois pouvait goûter la galanterie ondoyante de leurs 
propos, l'habileté trop visible de leur art et la caressante mélodie 
de leurs tensons. 

Nous ne devons pas nous plaindre de ne pas avoir d'auteurs 
obscurs dans nos littératures méridionales. Dante sollicite les 
commentateurs, Gongora appelle les gloses, le jésuite Baithasar 
Graciàn a écrit avec une précision plus farouche et plus hermé- 
tique que La Bruyère. Bouhours déclare que Lope de Vega lui- 
même, le clair, dramatique et populaire Lope de Vega, interrogé 



— «74 — 
par Jean-Pierre Camus sur le sens de l'un de ses sonnets, 
(( l'ayant lu et relu plusieurs fois, avoua qu'il ne l'entendait pas 
lui-même». Ce n'était peut-être qu'une boutade, et le fécond 
Lope de Vega avait bien le droit de ne pas attacher trop de prix 
à la ciselure d'un sonnet. Mais il est certain que l'on ne peut 
discerner le sens de très nombreuses strophes de Lopez-Picô 
qu'après une lecture attentive et répétée. Si sa poésie n'a pas 
une mistralienne et lumineuse générosité, du moins conserve-t-elle 
un haut caractère de dignité et d'aristocratie. Nous devons être 
assez compréhensifs pour l'admettre, alors même que nos goûts 
seraient différents, car les voies de l'intelligence sont ardues et 
complexes. Lopez-Picô conçoit la poésie comme un exercice 
intérieur, comme un effort ; il attache le plus haut prix à l'élan 
de l'intelligence. 11 renouvelle le pétrarquisme. Son austérité, 
son obstination et souvent même son vocabulaire l'apparentent à 
Ausias March. Et toutefois son art de penser est complètement 
régi par son art de voir. Il excelle à dégager la pensée des objets 
concrets, il la situe dans les visions momentanées et fugaces. Il 
déploie, dans cette alliance du concret et de l'abstrait, une habi- 
leté singulière. On a dit qu'il aimait les paysages spirituels. Ces 
paysages sont le plus souvent des fusains, des eaux-fortes où le 
trait vif et incisif ne s'applique pas à faire jaillir des formes, 
mais accuse des réalités imprévues. S'il me paraît accorder trop 
d'importance à un simple mouvement, s'il est trop volontairement 
mesuré, sa vision n'en est pas moins originale et d'une étrange 
lucidité. On pourra objecter qu'une poésie sans art est préférable 
à une poésie spécieuse. Lopez-Picô, qui est l'un des premiers 
poètes de Catalogne, sait bien que la subtilité des troubadours a 
été vaine, que Mistral n'a jamais pensé à la renouveler, qu'il ne 
reste guère du moyen âge que l'accent naïf des pastourelles, le 
simple charme des chansons de toile, l'envol d'une aubade de mai 
aux gardes de la tour, et dans les cathédrales, la fraîche humilité 
de toutes les voix. 



Joseph-S. Pons. 



Mai 



101 



919. 




La visite du roi d'Espagne à Barcelone 

27-28 juin 1920 

4 la OuesHon Catalane 

7. La Catalogne espagnole, loul en acclamant son roi, proclame ses 
aspirations autonomistes. 

Voici, en effet, la note que la Mancomunitat a fait publier, à 
l'occasion de la visite d'Alphonse XI 11 à Barcelone : 

Alphonse XI 11 est arrivé à Barcelone le dimanche 27 juin pour passer 
deux jours dans la capitale de la Catalogne. La cité n'a vu là qu'une simple 
visite du chef de l'Etat à une des provinces du royaume et a accueilli 
Alphonse Xlll avec courtoisie. 

Au même moment, les Catalans ont fait une démonstration de leurs senti- 
ments autonomistes. Profitant de la visite du roi, ils ont orné les façades et 
les balcons de leurs maisons de draperies et drapeaux aux couleurs catalanes. 
Cette manifestation a eu cette signification de déclarer devant le roi la volonté de 
la Catalogne tendant à une complète autonomie administrative et politique. Dans 
ce sentiment, la démonstration a eu un grand succès ; d'autre part, c'est par 
milliers que les maisons ont été ornées exclusivement de la bandera catalane, 
tandis que celles qui exhibaient d'autres insignes étaient, en dehors des 
édifices officiels, fort peu nombreuses. 

Le lundi 28, à midi, le roi étant encore à Barcelone, se réunirent dans 
leurs palais respectifs les quatre « députations » de Catalogne (conseils géné- 
raux). Au cours de ces réunions, on prit, d'un commun accord, la résolu- 
tion d'insister pour le transfert des services de ces organismes à la Manco- 
munitat catalane, transfert qu'avait tenté d'annuler le ministre de l'intérieur 
du ministère Dato. De plus, chacune des quatre a députations » approuva, 
soit à l'unanimité, soit à la grande majorité des votants, une déclaration 
réclamant l'autonomie de la Catalogne. 

Voici le texte de cette déclaration : 

« La députation proclame de nouveau son aspiration à V autonomis de la 
« Catalogne, conformément aux vœux des membres de la Mancomunitat, 
« des députés et sénateurs de Catalogne, ratifiés par toutes les municipalités 
« catalanes au cours des mémorables journées de décembre 1918 et jan- 
« vier I 919. 

« Elle acclame la Mancomunitat de Catalogne, laquelle, seule, constitue 
« une solution intérieure parce qu'elle est l'organe unique symbolisant la 
« terre catalane ; elle fait le vœu que ses attributions soient étendues à tous 
« les services et à toutes les fonctions publiques que le statut approuvé le 
« 25 janvier 1919 désigne comme propres à la région. » 

Assistaient à ces réunions, outre les conseillers généraux, les députés aux 



— ] 76 — 

Cortès et sénateurs, à qui on a confié la mission de porter au Parlement la 
volonté de Catalogne. 

Ces réunions simultanées ont donné lieu à des manifestations patriotiques. 
La foule barcelonaise stationnait devant le Palais de la Députation, applau- 
dissant et acclamant à leur entrée et à leur sortie les personnages les plus 
représentatifs de la politique catalane. 

Des groupes entonnèrent des chants patriotiques et spécialement l'hymne 
catalan E/s Segadors. 

77, <( Le 7{oi a reconquis la Catalogne », dit la presse madrilène. 
C'est ce qu'affirme la Correspondance "Etrangère : 

Le voyage du roi aura mis toutes choses au point. La Catalogne a, une 
fois de plus, l'assurance la plus autorisée que ses intérêts ne seront pas 
négligés. Elle reconnaît que cfcs intérêts ne sauraient pas être en désaccord 
avec les intérêts comuns de l'Espagne. L'opposition que certains croyaient 
voir entre l'intérêt local et l'intérêt général était donc imaginaire, et la 
Catalogne fut profondément heureuse d'être reconquise par son roi. 

C'est un très grand succès pour la personne du roi et pour la monarchie. 
C'en est un aussi pour le Président du Conseil, qui pourrait bien avoir 
obtenu du coup le décret de dissolution qui lui permettra de constituer un 
parlement plus propre à gouverner que le parlement actuel, où il n'existe 
pas de majorité. C'est la justification pour ceux qui, en France, croyaient 
pouvoir aimer et admirer la Catalogne et tout ee qu'elle a d'original en 
déclinant toute solidarité avec le séparatisme de quelques-uns. C'est, par là 
même, une condition favorable de plus pour les rapports cordiaux et sans 
arrière-pensée des deux nations. 

La note dominante de toute la presse madrilène non prévenue 
et de tous points impartiale, c'est aussi que, par sa visite, le roi 
Alphonse IJJ a reconquis la Catalogne. 

777, Ce qu'en disent les Catalans de "France, et particulièrement la 

Société d'Etudes Catalanes de Perpignan. 

Ils se réjouissent du plein succès de cette visite royale avec 
d'autant plus de satisfaction que, très sincèrement, ils aiment et 
admirent leur province-soeur d'au-delà les Pyrénées. 

Ils déclinent et repoussent toute solid'arité avec les projets 
séparatistes de quelques-uns de leurs frères d'Espagne. 

Leur unique devise est : Catalans et Français, toujours ! Sépara- 
tistes, jamais ! ha T^evue. 

Le Gérant, — COMET. Imprimerie Catalane, COMET, rue de la Poste, Perpignan 



14' Anaëe. N* 166 Août 1920 

Les Manuscrits non insérés ^^ ^F^^- V^ ^ ^^^ 

ne sont pas rendue . M^^ mTa «r 1 J M^ 



CATALANE 



Lrs Articles oarus aans ia Revue 
n'engagent que ieurs auteurs. 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. — Cotisation : 10 fr. par an 



La Maintenance du Koussiîlon 

La Maintenance du Roussillon, désirée et attendue depuis si 
longtemps, a été créée et votée à l'unanimité dans le Consistoire 
des Majoraux, réunis le 23 mai dernier à A lais, pour la fête 
annuelle de la Sainte-Estelle. La réunion plénière des Catala-» 
nistes et de l'élite des écrivains roussillonnais aura lieu à Perpi- 
gnan en novembre prochain, au siège de la Société d'Etudes 
Catalanes. Un avis ultérieur et personnel fera connaître en temps 
opportun la date de cette assemblée générale, où seront nommés 
le syndic et les membres qui formeront le bureau de notre 
Maintenance. 

Je me fais un devoir et un plaisir d'obtempérer aujourd'hui à 
l'invitation de M. le directeur de la T^evue Calalane en donnant 
ici, pour les profanes, les éclaircissements suivants. 

Le Téîihrige 

Le 2 1 mai j854, au château de Fontségune, à quelques kilo- 
mètres de l'ancienne cité papale, sept enfants du même pays 
fondaient le Félibrige. 11 y avait là des poètes et des amateurs : 
Frédéric Mistral, Joseph Roumanille, Théodore Aubanel, An- 
selme Mathieu, Alphonse Tavan, Paul Giéra et Jean Brunet. 
Comme il fallait qualifier le groupement naissant, Mistral se 
souvint d'une ancienne prière du pays, VOraison de saint Anselme, 
entendue jadis, et où il est parlé des « Sept Félibres », c'est-à- 
dire des sept docteurs de la loi. L'Ecole lui dut son nom. Ses 



_ 178 — 

statuts, lentement élaborés, affirmaient en 1862 : « Le Félibrige 
a pour but de conserver à la Provence sa langue, son caractère, 
sa liberté d'allure, son honneur national et sa hauteur d'intelli- 
gence, car, telle qu'elle est, la Provence nous plaît. » 

Les fondateurs ajoutaient : a Par Provence, nous entendons le 
Midi de la France tout entier. » 

C'est de la croyance à l'influence de la langue sur l'attache- 
ment au sol qu'est né le Félibrige. Ce n'est pas une illusion de 
croire que le langage a une influence considérable sur l'attache- 
ment au sol, au foyer, à la patrie. On a dit justement : Qui tient 
l'enseignement tient le pays. 11 n'est pas moins vrai de dire : Qui 
tient la langue tient le pays. Et la preuve de cette vérité, l'his- 
toire ellç-même nous l'apporte. N'est-ce pas en leur apportant sa 
langue et sa civilisation que Rome s'assimilait et absorbait les 
peuples ? N'est-ce pas en lui enlevant sa langue que les puis- 
sances qui se sonit partagé la Pologne se sont appliquées à y 
éteindre l'esprit national ? N'est-ce pas en interdisant l'emploi 
du Français dans l'Alsace-Lorraine que les Allemands, sans y 
réussir grâce à Dieu, s'eff^orçaient de détacher de la France les 
jeunes générations ? N'est-ce pas, enfin, en enseignant la langue 
française que nos missionnaires, en Orient, à Madagascar, dans 
tous les pays qu'ils évangélisent, implantent l'influence et l'amour 
de la France ? 

« Vous comprenez maintenant, disait Mistral, la profondeur, 
la force de l'idée félibréenne. Le Félibrige, enveloppé dans la 
langue du peuple comme en une forteresse, c'est la seule résis- 
tance sérieuse qu'il y ait contre le despotisme et l'attirance des 
centres. Ma conviction est que le Félibrige porte en lui la solu- 
tion des grandes questions politiques et sociales qui agitent 
l'humanité. Comme politique générale, nous devons porter nos 
visées et nos désirs vers le système fédéral : fédération des peu- 
ples, confédération latine et renaissance des provinces dans une 
libre et naturelle fraternité. Tenons-nous-en, surtout, à la ques- 
tion de langue et luttons hardiment pour la remettre en honneur. 
Et rappelez-vous que, la langue sauvée, toutes les libertés en 
jailliront à leur moment. » 



— 179 — 

Symbole du Télibrige 

Une étoile à sept rayons est le symbole du Félibrigc, en 
mémoire des sept félibres qui le fondèrent à Fontsegune, des 
sept troubadours qui établirent jadis les Jeux Floraux toulousains 
et des sept mainteneurs qui les restaurèrent à Barcelone en 1859. 

Organisation générale 

Les membres de la Société se distinguent en félibres majoraux 
et en félibres mainteneurs. 

Les félibres majoraux sont au nombre de cinquante. 
Les félibres mainteneurs sont en nombre illimité. 

"Les "Félibres Majoraux 

La réunion des cinquante félibres majoraux forment le Consis- 
toire. 

A chaque siège de majorai est attaché le nom traditionnel 
d'une cigale d'or qui reste la propriété du titulaire jusqu'à sa 
mort. 

Le Consistoire 

Le Consistoire est établi pour sauvegarder la tradition féli- 
bréenne. 

Le Consistoire se réunit au moins une fois par an ; mais le 
Capoulié peut le convoquer autant de fois qu'il le juge utile. 

"Les Maintenances 

On appelle maintenances les sections territoriales qui réunissent 
tous les félibres majoraux ou mainteneurs de la même contrée. 

Les mainteneurs sont choisis parmi les tenants de la cause féli- 
bréenne et qui se sont particulièrement distingués par leurs tra- 
vaux. 

Chaque maintenance a un bureau qui se compose d'un syndic, 
de deux vice-syndics et d'un secrétaire-trésorier. 

Les syndics portent pour insigne une étoile d'argent à sept 
rayons. 



— i8o — 

Le bureau général du Télibrige 

Le Capoulié, le bayle, l'assesseur de chaque maintenance et le 
syndic constituent le bureau du Félibrige. 

Le Capoulié a pour insigne une étoile d'or à sept rayons. 



Jlctes du Consistoire d'Jllais 

Réunis dans la splendide salle des Etats de Provence, les 
majoraux procédèrent d'abord au remplacement des majoraux 
décédés durant l'année J920. 

Le docteur Fallen, capoulié, grand maître du Félibrige, prési- 
dait lé Consistoire. 

Furent nommés majoraux : M. René Lavaud, agrégé de l'Uni- 
versité, en remplacement de M. Joseph Soulet, de Cette ; 
M. Firmin Palay, en remplacement de M. Maurice Faure, 
ancien ministre de l'Instruction publique ; et M. le chanoine 
Payan, curé-doyen de Valréas, en remplacement du célèbre 
grammairien Lhermite. 

M. le chanoine Bonafont fut nommé assesseur de la Mainte- 
nance du Roussillon et M. Alcide Blavet de celle du Velay. 

Le Banquet 

Le banquet fut servi dans la salle d'honneur du Lycée ; il était 
présidé par M"" Frédéric Mistral. De nombreux brindes furent 
portés et l'élection des nouveaux majoraux fut proclamée par 
M. Jouveau, bayle du Félibrige. 

La Cour d'amour 

Après le banquet eut lieu, dans le parc du Lycée, la Cour 
d'Amour. 

M. Jouveau proclama le palmarès des Jeux Floraux. 

Enregistrons une fois de plus le succès de nos prêtres catala- 
nistes et catalanisants. Deux d'entre eux, M. l'abbé Martin 
Jampy, curé de Saint-Féliu-d'Avall, et M. l'abbé Jean Blazy, 
curé de Cornella-du-Conflent, obtinrent une médaille de bronze. 



— j8i — 

La T^evue Catalane eut aussi sa part d'honneur dans la personne 
de M. Charles Grando, le poète si populaire en Roussillon et 
tra-los-montes, qui obtint le grand diplôme. 

Le docteur Pélissier, lauréat des Jeux Floraux, proclama reine 
du Félibrige Mademoiselle Marie Vinas. 

La nouvelle reine du Félibrige est une languedocienne du 
biterrois. Elle est la fille du félibre majorai Jean Vinas, médecin- 
major de i" classe, propriétaire-viticulteur à Bassan. 

Elle parle merveilleusement le dialecte de Béziers, dans lequel 
son père a écrit de nombreuses études. 

C'est la première reine que le Languedoc donne au Félibrige 
et la septième reine appelée à présider aux destinées littéraires 
de la Terre d'Oc. 

Ses devancières sont : M""' Frédéric Mistral, M'" Thérèse 
Roumaniile, M'" Marie Girard, M'" Thérèse de Chevigné, 
M'" Magali de Baroncelli, qui présida à Perpignan les inoublia- 
bles fêtes félibréennes de 1910, toutes de Provence, et M'" Mar- 
guerite Priolo, du Limouzin. 

Vœux présentés par M. Mistral 

Avant de se séparer, le Consistoire des majoraux a acclamé et 
fait siens les vœux que M. Frédéric Mistral, de Maillane, neveu 
du fondateur du Félibrige, avait formulés au Congrès des Jeu- 
nesses Régionalistes d'Aix-en-Provence : 

j" Que l'on puisse se servir officiellement de la langue d'Oc 
pour mieux enseigner le Français ; 

2° Que la langue d'Oc soit inscrite dans la liste des langues 
vivantes pour le certificat d'études, les brevets et le baccalauréat, 
dans les pays de langue d'Oc ; 

3° Qu'une place d'honneur soit faite dans les écoles de tout 
degré à notre histoire et à notre littérature ; 

4° Que le nombre des chaires de langue d'Oc soit accru ; 

5° Que la renaissance des moeurs, coutumes, costumes, dans 
tout ce qu'ils ont de meilleur pour l'élan à donner au pays, soit 
encouragée au lieu d'être combattue par les pouvoirs publics. 

Ma qualité de majorai me donnant voix au chapitre, je dis, 
après avoir applaudi des deux mains, combien j'étais heureux de 



— l82 — 

retrouver dans ces vœux la quintessence : du magistral discours 
que, en mai 1914, prononça, aux Jeux Floraux de Barcelone, 
Mgr de Carsalade du Pont, évêque de Perpignan ; des articles 
remarquables — et remarqués à juste titre par tous les intellec- 
tuels des deux versants — que M. l'abbé Sarrète, notre distingué 
directeur, publiait naguère dans la 7{evue Caîaîane sur VUniversiîé 
de Perpignan; et de l'ouvrage qui, par la force des choses, est 
destiné à devenir classique : Le Catalan à l'Ecole, de M. Louis 
Pastre. 



Jlimons notre langue 

Avant de mettre au point final cet article déjà trop long, ma 
plume regimbe sous l'emprise de la tentation qui m'incite à répon- 
dre du tac au_ tac aux objections courantes de ceux qui préten- 
dent qu'il pourrait y avoir, dans la renaissance de notre langue, 
un danger réel pour l'unité de notre pays. 

II y a peu de temps, un publiciste perpignanais qui traite tous 
les jours au pied levé et avec une parfaite aisance les questions 
les plus embrouillées de la politique, du régionalisme intellectuel, 
administratif, artistique et social, se voilait la face et faisait les 
plus expresses réserves à la lecture d'un article plein d'humour 
du docteur Boix sur la langue catalahe. 

Non : notre langue n'est pas plus un danger pour l'unité du 
pays, que l'amour du village, du foyer, du clocher, de tout ce 
qui constitue la petite patrie n'est un danger pour la grande. 
L'amour de l'une conduit à l'amour de l'autre, l'accroît, le sou- 
tient, le fortifie, et quand on a cessé d'aimer la langue de son 
village, on est bien près d'oublier la grande patrie. 

Oui, c'est notre langue qui anime, vivifie le foyer et tout ce 
qu'il contient, qui ajoute à la petite patrie ce charme intime par 
lequel le jeune homme s'y sent retenu, cet attrait puissant grâce 
auquel, quand il l'a quittée, il aspire à y revenir. 

Et certes, à cette heure où nos campagnes se dépeuplent, où 
tant de fils de cultivateurs ne songent qu'à les déserter, où l'on 
s'émeut justement de cet exode et où ceux qui ont des terres se 
demandent avec anxiété par qui, dans quelques années, ils les 



— i83 — 

feront travailler, n'est-ce pas faire une œuvre vraiment actuelle, 
utile, patriotique, que de travailler à empêcher de se rompre, en 
le consolidant et le resserrant, ce dernier lien du langage qui 
rattache encore à sa maison, à ses champs le jeune paysan, alors 
qu'il éprouve si fort la tentation de les quitter, fasciné qu'il est 
par les plaisirs et les séductions de la ville, où il va, le plus sou- 
vent, perdre, avec son petit avoir, ses forces, sa santé, sa gaieté, 
tout son bonheur. 

En attendant, allons au peuple, faisons un effort vigoureux, 
persévérant pour l'atteindre, le saisir, le pénétrer, pour lui rap- 
peler les beautés de sa langue, le respect, la vénération et 
l'amour qu'il lui doit, et les services qu'il pourra en retour 
attendre d'elle. 

Chanoine Bonafont, 
Majorai du Téîibrige. 



PAGES CHOISIES 

Les caramelles 

Els fadrins van a vessar l'alegria de sos cors de casa en casa i 
de masîa en masîa, cantant com un vol d'orenetes que acaba 
d'arribar. 

Mireu-los pujar a la pagesia per entre 'Is presseguers i pruners 

florits que ombregen el cami de la quintana : van tots ells amb sa 

roba de cada festa i amb el cap cobert amb l'airosa barretina del 

color del clavell que vermelleja, junt amb un brot d'alfabrega en 

la botonera mes alta de l'ermilla. Un dels mes gallarts i de bona 

llavia porta la cistella, que ha guarnit la pabordesa del Roser 

amb tots sos flocs i cintes i rams de monja ; i darrera la colla ve 

tôt estufat el traginer, tirant el ronçal del matxo, que, guarnit 

amb sa cabeçada vermella nova i flamanta, estrenada el dia de 

Sant Antoni, a cada cop de cap fa sentir d'un quart lluny ses 

cascabellades i rengles de picarols. Sobre '1 bast, també nou i 

enribetat, van els arganells, plens de blanquissims ous, coberts 

amb una manta blava. Arribant a la masia, truquen i per tôt 

Deu-vos-guard se posen a cantar els Set goigs de la Mare de 

Deu. 

J. Verdaquer, Excursions. 



rammmmïmumt'îmîï 

Chroniqueurs et Hisbriens Catalans 

des Xlir ^ XIV siècles 

cSSÇ^SLa {SUITE) 

Le roi d'Aragon s'était engagé à faire vider l'île aux almuga- 
vares et à leurs compagnons, tous ses sujets. Mais ceux-ci n'étaient 
pas disposés à revenir chez eux. Ils saisirent donc avec empresse- 
ment une occasion qui se présentait de faire la guerre ailleurs. 
Les Turcs, maîtres de l'Asie Mineure, menaçaient Constantino- 
ple. L'empereur Andronic appela à son secours Roger de Flor 
et ses troupes. Muntaner suivit Roger de Flor et lui resta étroi- 
tement lié ; « Ce fut, dit-il, le plus généreux homme qui fut 
jamais, car tout ce qu'il gagnait il le partageait en don entre les 
notables chevaliers du Temple ou avec les nombreux amis qu'il 
savait se faire », que aquesi /rare T\oger /o lo pus îlarch hom que 
hanch naixques... e toi quant ell guanya deparlia e donava per los 
honrats cavaliers del Temple e de molls amichs quen sahia guanyar [\). 
Roger de Flor fut fait « mégaduc » (grand duc) par Andronic, 
qui lui donna en mariage une princesse de la famille impériale. 

« La Grande Compagnie Catalane » passa aussitôt en Anatolie 
pour combattre les Turcs (i2o3). Alors commença cette étrange 
et héroïque expédition des Catalans et Aragonais en Orient dont 
Muntaner fut le brillant et naïf historiographe {2). Son récit 
constitue l'épisode fondamental de sa Chronica. 

Débarqués en Asie, sur le rivage de Marmara, au promontoire 
de Cyzique, qu'on appelait alors Artaki, La Compagnie ne tarda 
pas à fondre sur les Turcs dont cinq mille furent tués (derniers 
jours d'octobre i3o3). Au mois de mai de l'année suivante, l'ar- 
mée turque fut encore vaincue, et Roger marcha sur Philadelphie, 
où il les décima : des huit mille cavaliers et douze mille hommes 
de pied, il ne s'en échappa que mille cavaliers et cinq cents pié- 
tons, au dire de Muntaner qui, évidemment, exagère. 

(1) Chronica, ch. cxciv. 

(2) Ibidtm, à partir du ch. cxcix. 



— i85 — 

L'un des chefs catalans, Bérenger de Rocafort, qui était resté 
en Sicile pour régler quelques affaires, venait d'arriver à Cons- 
tantinople avec deux galères et deux cents hommes de cheval 
bien équipés de tout leur harnais, moins les chevaux, et environ 
mille almugavares. L'empereur lui donna l'ordre d'aller rejoindre 
le mégaduc Roger de Flor et la Companya qui venaient d'infliger 
de grandes pertes aux Turcs près de Philadelphie et à Thira^ 
l'antique Teira. Muntaner alla au-devant de Rocafort et le con- 
duisit à Ephèse, hon es îo monimenf de Mosenyer Sanct Joan "Evan- 
gelisia (i). Le mégaduc créa Bérenger de Rocafort senescal de la 
ost. Les Turcs avaient réuni une nouvelle armée, évaluée à 
dix mille hommes de cheval et à vingt mille hommes de pied. Le 
mégaduc avec sa cavalerie fondit sur les cavaliers turcs, tandis 
que Bérenger de Rocafort, avec ses almugavares, attaqua les 
hommes de pied. « Et là, dit Muntaner, vous auriez pu voir 
des faits d'armes tels que jamais nul homme n'en vit de pareils », 
e aqui vaereh feyls darmes que jatnes tal cosa no vae nul hom. Cette 
bataille eut lieu au lieu dit « la Porte de Fer, passage qui sépare 
l'Anatolie du royaume d'Arménie ». Là dix-huit mille Turcs res- 
tèrent sur le terrain, et les Catalans s'emparèrent d'un immense 
butin, y compris toute sorte de provisions ; ce qui fait que « la 
Compagnie passa une bonne nuit sur le champ de bataille », E axi 
aquella nuyi la Companya hagren hona nuyt, quels Turchs perderen 
lotes les viandes e ells besîiars (2). C'était la défaite définitive de 
l'armée turque. 

L'empereur rappela le mégaduc et ses troupes à Constantino- 
ple. Celui-ci quitta l'Anatolie, établit ses quartiers à Gallipoli et 
vint trouver l'empereur dans son palais avec quelques hommes de 
sa suite. L'Empereur Andronic, reconnaissant ou effrayé, revêtit 
Roger de la dignité de César, tandis que le titre de mégaduc fut 
attribué à l'un des plus distingués chefs de l'armée catalane, 
Bérenger d'Entença, allié à la maison d'Aragon par la reine. 
Avant de rejoindre ses troupes à Gallipoli, Roger de Flor vou- 
lut aller prendre congé de Michel, le fils d'Andronic, qui était à 
Andrinople. Michel n'avait pu lui pardonner des succès qui 

(1) Chronica, ch. ccvi. 
(a) Ibidem, ch. ccvn. 



— i86 — 

étaient sa propre humiliation, et Roger fut assassiné dans le palais 
du prince (premiers jours d'avril i 3o5) par des soldats aJains au 
service de Michel. 

Muntaner était resté à Gallipoli avec le gros de l'armée cata- 
laae, qui se vit bientôt attaquée par les troupes impériales ; mais 
il tint bon, fortifia la ville, et « la Compagnie » décida d'envoyer 
à l'empereur un défi qui fut porté à Constantinople par des délé- 
gués, parmi lesquels deux chefs almugavares... « Ils défièrent 
l'empereur, dit Muntaner, et puis ils l'accusèrent de foî-mentie 
et déclarèrent que dix contre dix et cent contre cent ils étaient 
prêts à prouver « que mauvaisement et faussement il avait fait 
tuer le César et les autres gens qui l'avaient accompagné, et qu'il 
avait fait faire des courses sur la Compagnie sans défi préalable, 
et qu'ainsi il avait menti à sa foi, et qu'à dater de ce jour ils se 
détachaient de lui... Et l'empereur s'excusa, protestant qu'il ne 
l'avait point fait. Et voyez comme il pouvait s'excuser ! Ce jour 
même il fit tuer tout ce qu'il y avait de Catalans et Aragonais à 
Constantinople et aussi l'amiral Ferran d'Aunes», desafiaren Vem- 
perador, e puix lo reptaren de fe, es proferien que deu per deu e c. 
per c. que eren aparellah de provar que malament e falsa havien 
malai lo César e les altres gens qui ah ell eren anals, e havien corre- 
guda la Companya sens desafiar, e axi quen -valia menys sa fe, e que 
daqui avanl ques desixien dell. . . E lemperador escusas que ell nou 
havia fèi. Veus corn sen podia escusar ! e aquell dia maieix feu malar 
lois quants Calhalans e Aragonesos havia en Constanlinoble ah "En 
Terran Daunès Mlmirall (i). 

Sur ces entrefaites, le brave Bérenger d'Entença s'aventura dans 
une excursion maritime et fut pris en trahison par les Génois 
qui l'emmenèrent à Péra et, de là, à Gênes. Muntaner offrit en 
vain aux Génois dix mille perpres d'or pour la rançon de son 
ami. Alors les Catalans, privés de leurs deux chefs les plus capa- 
bles, se tournèrent vers Muntaner dont ils connaissaient bien la 
loyauté de caractère, l'intelligence et l'esprit d'ordre, de conci- 
liation et de fermeté, et le sollicitèrent de diriger la Compagnie. 
Dans ce moment de trouble, la plupart étaient d'avis de quitter 
Gallipoli et de se transporter avec toutes leurs nefs dans l'île de 

(i) Chronica, ch. ccxvi. 



— 187 -- 

Lesbos pour, de là, faire la guerre à l'empereur. L'autre avis, qui 
fut celui de Muntaner, « était, dit-il, que grande honte serait à 
nous si, après avoir perdu deux hauts seigneurs et tant de bra- 
ves gens qu'on nous avait tués par si haute trahison, nous ne les 
vengions pas ou si nous ne mourions pas avec eux ; qu'il n'y avait 
personne qui ne dût nous en lapider, surtout étant gens de haute 
réputation comme nous étions, et la justice étant de notre côté, 
et qu'ainsi il valait mieux mourir avec honneur que vivre avec 
déshonneur. Que vous dirai-je ? Le résultat du Conseil fut qu'il 
fallait décidément combattre et poursuivre la guerre, et que tout 
homme qui dirait autrement devait mourir >, E l'alire conseil era 
aquesi : que gran vergonya séria nosîra que haguessem perdul dos 
senyors e îanta de hona gent quens havien morla en lant gran Iraycio, 
e que nols venjassem o mûrissent ab ells, que no havia gent el mon 
que notis degues a lapidar, e majormenî que fossem genis de aylal 
fama com erem e quel drel fos de la nosîra part, e axi que mes valia 
mûrir a honor que viure ab deshonor. Queus dire ? La fi del conseil fo 
que de lot en toi nos combatessem e prenguessem la guerra, e que toi 
hom mûris qui ah hi dixes (j). 

C'était à peine s'il restait trois mille trois cents combattants 
valides à Gallipoli, tant cavaliers que piétons et matelots, et 
cette poignée d'intrépides soldats osa entrer en lutte avec l'empire 
byzantin tout entier î Partout, à partir de ce moment, on voit 
Muntaner revêtu de la confiance des siens pour les postes les 
plus difficiles. « Gallipoli, dit-il, était le chef-lieu de toute l'ar- 
mée, et moi j'étais à Gallipoli avec toute ma maison et tous les 
secrétaires de l'ost, et j'étais capitaine de Gallipoli ; et tant que 
l'armée y était, tous devaient reconnaître mon autorité, du plus 
grand au plus petit », Galipol era cap de Iota la hosl, e a Galipol eslava 
yo e lot mon alherch e lots los escrivans de la hosl, e yo era capila de 
Galipol, que com la hosl hi era, luyt havien fer drel en mon poder, 
del major al menor (2). 

Michel attaqua les Catalans qui lui tuèrent, au dire de Mun- 
taner, vingt-six mille hommes entre gens de pied ou de cheval. 
Les vainqueurs allèrent ravager Rodorto, cette cité où les députés 

(1) Chronica. ch. ccxix. 

(2) Ibidem, ch. ccxxv. 



- i88 — 

de la Compagnie « avaient été tués, coupés en quartiers et sus- 
pendus dans la boucherie », JHes fe la Companya en cor que anas 
barrejar la ciufal de 7{edisco, lia bon los nostres missagers havien 
morts e esquarîerah e posais en la carniceria a quarîers (i). 

Pendant ce temps, « Bérenger de Rocafort était allé courir bien 
à une journée de là, en un lieu qui est dans la Aler Majeure (la 
Mer Noire) et qui a nom Stenia, où se font toutes les nefs, téri- 
des et galères qui se construisent en Romanie ; et il y avait à 
Stenia plus de deux cent cinquante lins, entre uns et autres, et 
les brûlèrent tous, et ils incendièrent toute la ville et toutes les 
maisons de campagne du pays et ils s'en retournèrent avec d'im- 
menses prises, et ils y firent un tel butin que ce fut sans fin et 
sans compte», Menlre aço se feu, En J^ocafori era anal a correr be 
una Jornada en un lloch qui es en Mar Major qui a nom "Lestenayre, 
bon se fan lotes les naus e terides ei galees quis fan en J^omania. E 
baviaki en Lestenayre mes de CL. lenys, entre uns e altres, e lots los 
cremaren e prengueren lots los nostres e affegaren toia la vila e eh 
casais d'aquell lloch, e tornarensen ab gràn presa, e guanyaren fan 
que fo sens fi (2). 

Peu de jours après, la Compagnie décida d'aller combattre les 
Alains et leur chef Gitcon qui avaient aidé à l'assassinat de 
Roger de Flor et des nombreux Catalans habitant Andrinople et 
Constantinople. « Nous nous mîmes en tête, dit Muntaner, Roca- 
fort, Ferran Ximenès, moi et les autres, que tout ce que nous 
avions fait n'était rien si nous n'allions combattre les Alains qui 
nous avaient tué le César. Et finalement l'accord fut pris et nous 
mîmes à l'instant la chose en œuvre », Metemnos tuyt en cor En 
T^ocafort e En Terran Eximenis e els altres que tôt quant haviem feyt 
no valia res si nons anavem combatre ab los Alans quins havien mort 
lo César. E finalmenl lacord fo près et de présent la cosa melem en 
obra (3). L'armée catalane courut sus aux Alains « sur les terres 
du roi des Bulgares ». Ils atteignirent l'ennemi quelques jours 
après, tuèrent Gircon et massacrèrent toute sa troupe. 

Muntaner était resté à Gallipoli, qui était devenu le chef-lieu 

(i) Chronica, ch. ccxxii. 

(2) Ibidem, ch. ccxxv. 

(3) Ibidem. 



— 1Ô9 — 

de toute l'armée, et on ne lui laissa pour toute garnison que 
deux mille femmes et deux cents hommes. 11 y fut attaqué par les 
Génois ; nous verrons plus loin comment il sut défendre la ville. 



Alphonse 111, roi d'Aragon, avait obtenu la liberté de Béren- 
ger d'Entença qui se hâta de venir rejoindre la Compagnie à Gal- 
lipoli. 

« Quand il fut arrivé à Gallipoli, dit Muntaner, je le reçus fort 
honorablement en homme que je devais regarder comme chef 
supérieur. Mais Rocafort ne voulut point, lui, le reconnaître pour 
chef et supérieur, et il prétendit que c'était lui-même qui était 
chef et devait être chef. Et le débat fut grand entre eux. Et 
moi, ainsi que les douze chefs du conseil de l'host nous leur 
recommandâmes de vivre entre eux comme frères... Mais Roca- 
fort, en homme plein d'expérience, s'attacha tellement les almu- 
gavares que tous lui faisaient comme une garde... Rocafort était 
le chef le plus fameux de notre armée, de sorte que de là en 
avant, ils ne connurent aucun seigneur en opposition à lui », E 
com fo a Galipol yo reehiî moll honradamenl axi corn aqueîl que dévia 
tenir per cap e per major ; e En T^ochaforl nol vol reebre per cap, 
ans entes que ell era cap e que ell dévia esser cap ; e axi aqueîl con- 
irast fo gran entre amdos. "E yo e aquells XJ1. consellers de la hosi 
adobamîos axi que tots fossin axi com /rares (i). 

Durant ces dissensions, l'Infant Ferran de Majorque, fils du 
roi Sanche, roi de Majorque, débarqua à Gallipoli. 11 apportait, 
dit Muntaner, a un diplôme écrit, adressé à Bérenger d'Entença, 
à Ferran Ximenès, à Rocafort et à moi de la part du seigneur 
roi de Sicile pour nous prier de recevoir le seigneur Infant 
Ferran pour chef et seigneur comme si c'était lui-même », E axi 
lo senyor Infant vench a Galipol e porta caria an Berenguer Dentença 
e an Terran "Eximenis e an J^ochafott e a mi de pari del Senyor 7{ey 
de Sicilia que reebessem lo Senyor Infant En Terrando per senyor axi 
com la sua persona (2). 

(A suivre) Pierre Vidal. 

(i) Chronica, ch. ccxxix, 
(2) Ibidem, ch. ccxxx. 



A propos de l'Université Catalane 
de Perpignan 

On lira avec satisfaction la belle et réconfortante lettre ci- 
jointe du très distingué académicien provençal, M. Emile Ripert, 
que le directeur de la 7{evue Catalane a reçue, il y a quelque 
temps, à propos de ses divers articles parus ici même, sur ïUni- 
versifé de Perpignan, foyer de vie catalane. 

Marseille, le îS avril 1910. 
Monsieur l'Abbé et cher Confrère, 

J'ai .été très sensible à l'aimable envoi de votre brochure sur VUniversitê 
de Perpignan. Elle est du plus haut intérêt et j'espère bien qu'elle sera la 
préface de l'œuvre à réaliser et qui peut, qui doit être réalisée. 

Quel gain pour l'esprit public dans quelques années, si vos prêtres et vos 
instituteurs pouvaient être initiés, par les soins d'un Institut semblable à 
celui que vous préconisez, à la langue, à la littérature, à l'histoire de leur 
pays natal ! 

C'est l'œuvre que je veux tâcher de réaliser en Provence, en m'appuyant 
sur ce qui existe, mais en le mettant au point et en le développant ; c'est 
l'œuvre que vous avez à créer chez vous de toutes pièces. Mais courage ! 
Vous ne manquez ni d'hommes, ni d'argent en Roussillon : vous pouvez 
espérer beaucoup. 

Je parlerai de votre idée en Avignon où je vais, jeudi prochain, ouvrir le 
cours de littérature provençale à l'a Institut du Palais des Papes », qui se 
propose un but semblable à celui que vous préconisez. Marchons ainsi « la 
man dins la man » à la conquête des libertés locales et des moyens d'action 
qui nous sont nécessaires pour rendre à nos beaux pays leur gloire intellec- 
tuelle. 

Soyez assuré de ma très vive sympat'nie et recevez, je vous prie. 
Monsieur l'Abbé et cher Confrère, l'expression de mes sentiments les plus 
distingués et tout dévoués. Emile Ripert. 

Les amis de la petite patrie roussillonnaise se réjouiront avec 
nous du grand intérêt que témoigne à nos projets de renaissance 
catalane une personnalité telle que le signataire de la lettre qu'on 
vient de lire. Nos amis de Provence s'y intéressent de même 
façon, comme bien d'autres encore de toutes les régions de France, 
voire de l'étranger, qui nous en ont exprimé leur admiration et 
leur vif désir de voir notre œuvre soutenue, appuyée comme elle 
le mérite par les pouvoirs compétents, afin qu'elle devienne sous 
peu une vivante réalité. Au nom de ceux qui aiment vraiment 
leur patrie catalane, nous prions notre cher confrère et ami de 
Provence de trouver ici l'expression de notre très sympathique 
reconnaissance pour l'apprécié réconfort qu'il vient de nous don- 
ner une fois de plus. J. S. 



DOCUMENTS HISTORIQUES 

sur la Ville de Perpignan 

l>o ' (SUITE) 



XX. Ordonnance concernant tes travaux à exécuter pour obvier aux inondations 
de la Tet ; impût du Tait. 

Après les sentences du bayle et des consuls de Perpignan, en 
i335 et 1378, et les procès-verbaux relatifs au redressement de 
la rivière de la Tet, de nouvelles réparations s'imposaient : aussi, 
le 27 janvier 1440, une ordonnance était promulguée, relative aiix 
réparations et constructions des digues nécessaires à enrayer les 
inondations de la rivière et au Tall ou impôt direct auquel étaient 
assujettis les diflFérents tenanciers, riverains du fleuve. 

Voici le document in extenso : 

27 janvier 1440 

En Père Roure, lochtinent del molt honorable mossen Bernât 
Albert, cavalier, Procurador Reyal e Maestre de les Aygues en 
los comtats de RossellovC de Cerdanya, En Steve Mir, licenciât 
en décrets, jutge del Patrimoni Reyal en los dits comtats. Als 
honorables consols de la universitat de la vila de Perpenya c 
regidors de la taula comuna de cambi de la dita vila, salut e pros- 
peritat. Com per obviar aïs grans e irréparables dampnatges, los 
quais, per diluvis d'aygues discorrents en lo fluvi de la Tet, sovin 
se acustumen seguir en moites e diverses terres e possessions 
circumstants al dit fluvi de la Tet, sien stades ordinades e delibe- 
rades certes resclauses e altres obres e reparacions per direccio e 
conservacio del dit fluvi necessariament faedores, e per dar com- 
pliment e bona expedicio en aquelles, per utilitat de la cosa 
publica, sien stats ordinats e fets certs talls de e per les dites 
terres e pocessions e, per semblant, per los censés e dretes senyo- 
ries de les dites terres e possessions en certes quantitats de peccu- 
nies pegadores per los possehidors e detenidors de aquelles. E 
per la honorable madona Anna, muller del honorable mossen Se- 



— 191 — 

guer de Perapertusa, cavalier, quondam, axi com à possehidora 
de moites terres e possessions e de diverses censés e dretes senyo- 
ries al dit tall tengudes e obligades, sien degudes lx lliures 1111 dî- 
ners, les quais, jatsie li sie stat fet manament de pagar aquelles 
al cullidor del dit tall, ha recusades pagar, en gran prejudici del 
dit tall e manifesta turbacio de les obres e reparacions damont 
dites ; e com la dite honorable madona Anna, segons som infor- 
mats, hage acustumat reebre sobre la universitat de la dita vila 
decem libres de censal cascun any à xxi de janer ; e, per raho 
del dit censal sien degudes à la dita madona Anna decem libres 
per la paga de xxi dia de janer prop passât : per tant, de part 
del senyor rey e, per auctoritat dels ofifîcis dels quais usam, à ins- 
tancia e requesta d'En Bernât Genset, obrer gênerai de les dites 
obres e reparecions, e d'En Barthomeu Stapat, cullidor e reebe- 
dor de les peccunies del dit tall, à vosaltres dehim e manam 
expressament e de certa sciencia que com per los dits obrer e 
cullidor requests serets, en continent paguets e deslliurets al dit 
cullidor e reebedor les dites decem lliures per raho del dit tall 
compensadores à la dita madona Anna e deduidores per lo dit 
cullidor e reebedor de les desus dites lx lliures iiii diners. E aço 
no dilatets, com nos attesa la seleritat de les dites obres e repa- 
racions, e, considérant lo perill que es en la triga, axi per jus- 
ticia hajam desliberat que s' faça ; cobrants empero vosaltres del 
dit cullidor e reebedor, en lo deliurament de les dites deu lliures, 
apocha ab la présent per cautela suficient. 

Dada en Perpenya, à xxvu de janer del any de la nativitat de 
Nostre Senyor M. CCCC. quaranta. 

Vidit Stephanus (i). 

Archives des Pyrénées-Orientales, B. 254. Procuracio real, registre VII, 
f° 167 v°. 

Henry Aragon. 

(i) Cf. sur ce tall, ordonné pour les réparations de la Tet, divers autres 
documents de la même époque, B. 254, passim. 



Le Gérant, ~ COMET. Imprimerie Catalane, COMET, rue de la Poste. Perpignan 



14' Année. N^ 167 Septembre I9lè 

Les Manuscrits non inscréi ^^ ^P^^ V^ 4 ^^^ 

ne sont pas rendus. M^L mTa ^W 1 J M^^ 



CATALANE 



Les Articles parus dans ia Revue 
n'engagent que ieurs auteurs. 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. — Cotisation : 10 fr. par an 



NOTES DEL POBLE 

L'home de la Primavera 



El poeta qui vol flabiolejar la primavera es un infeliç, es un 
dcsgraciat. Perqué, per mes que s'hî cnginyi amb un vocabulari 
d'allô mes triât, no hî reixirà â encaptivar la primavera, una noia 
de génit tant festiu i rialler, qu'ara canta assi seguda en la rama, 
disant els braços humits de verdor, qu'ara s'enfîla alla sobre una 
roca, lluint al sol com un vidre de porronet, i ara us desperta de 
matinada amb els glops de! rossinyol, i ara refila nit avall, refila. 
El poeta qui caça la primavera es un desgraciat. 

Te recorda aquell home qu'hem vist sota els Escatllars, al 
temps ont el presseguer treu flor ? Era un home petit, humil, 
vestit de pellingots rossencs, qu'havfen atrapat el color i la forma 
d'un tcrroç regirat per* l'aixada ; i espellifat i mal-clenxat com 
era, tenîa les aparençes d'una rata d'herbâm 6 d'un simiot. Mes 
lluny hi havia à l'estaca, â una vora de les userdes, una burra 
pentinada pels carts de marge i els argelacs de terra magre, 
coberta l'esquena d'una sarri esfîlagarçada, i del mateix color 
rossenc que la vestidura de l'amo. 

1 jo t'he dit : aquella burra es la burra de l'homenot. 1 es tant 
clar que son de mateixa pasta I 

El gos que seguia, el farô, tenîa cl pel mes escampat qu'una 
fîlosa. Les très criatures s'agermanaven, com sant Roc amb cl câ, 
sant Antôni amb cl porcell. I bé, mai ho dirîcs, aquell home era 
l'home de la Primavera, i mal que no ho volguis, no m'ho treu- 
rias de! magî. 



— «94 — 
T'cxplicaré aquêt secret. Seguia la vora de les canals, cap al 
mas de l'Adroer. Aquells marges van sempre vestits de fullàm. 
Ja el coneixes, el caminot d'armonîes verdes i callades, ont n'hom 
va, les parpelles mitg-cluques, per la dolcesa que s'hî respira, j 
les elres, j els tendres avellaners, i els roures, i les albes empla- 
taiades que s'hi crîen. Tôt allô es tant graciés que els boscassaires 
hî tenen respecte, com si unes mans insospitades i de clara i verda 
tendresa els deturessin l'eina. No hî passa persona que no s'hî 
trobi cor-presa ; hî murmuregen amantament unes veus deiicioses, 
njt i dîa, en les forques dels brancs, en cada sospir de fulla alada. 
Jo el seguia, aquell caminot, pensant que l'encantada bé s'hî mos- 
trarîa com ne té costiim, quan te veig alla, sota el cobert de rama 
fresca, un home petit, que caminava a pulidet, amb un farcell i 
una corda que li penjava del braç ; i â vegades semblava s'aturar 
per mirar la lluissor del riu, entre les mates de salit. 

Aviat l'havîa desconseguit, i vetaloquî que s'arrima honestament 
per me fer pas, palplantat en el marge, i ens acarem de cop i 
volta. Encare que l'haguès vist una sola vegada, i de lluny, prou 
que l'havîa reconegut ; era l'homenot dels Escatllars. Verge Marîa, 
i quina figura d'altre temps ! Bé te '1 voldrîa mostrar, amb sa 
carassa trencada de clots i rufes. El pel li eixîa de les orelles i 
de les narius ; li puntejava à les cordes de la gargamella, com les 
agulles en un coixinet, li feia â cada galta un tofell moflet sem- 
blant â un niu de cardines, i del cugot li baixava una broça des- 
tenyida i répugnant en l'ample i arrodonit espatller. Era tôt un 
matasser d'espines i forçats. Quina raresa d'home primitiu ! Petit, 
acossegat, aixancat â tall d'alzina, els calsots de burell li baixaven 
sobre les espardenyes de corda que traginava â ran d'herba ; i 
amb aixô posava prou ferm les plantes, calcigava la terra â la 
manera del bou, que té temps i paciencia ; i en aquella cara gra- 
ciosa, tallada d'esquerdes i crelhes, sota el ram de les cilles, els 
ullets hî lluîen curiosament, amb la claror del vî ranci â mitg- 
porrô. 

— « I aneu pel reparo, fa ; aquî à les canals es â l'abric del 
vcntoler ! » 

] quin parlar estrany ! Rauquejava aixîs com un garguinyol 
abscondit entre penyes. De bon principi, com l'havîa deixat passar 
devant, no li podîa seguir l'enraonament, que l'aire i la fressa 



- .9^ - 

de les canals se li enduien les paraules bon punt eixîen dels lla- 
viots ; mes, per me tornar la cortesîa, me deixà el pas aitre 
vegada, i aixis el podîa oir millor, per tal que me girava 6 dete- 
nia, culHnt la flor de sos aforismes i advertencies. 

Ensopegar un boscairol i li fer companyîa, no es altre el vot 
del poeta quan va pels marges primaverencs ; es allavors que amb 
la llur colla s'hî vé a afegir la silvestre sirena de bosc, i ella 
murmureja mes amistosa, amb la veu engorjada dels ocellets i 
l'imperceptible vibraciô de la rama. Es allavors que groguejen 
mes amablement els cucuts senzils i clars com l'aigua de taronja, 
i s'anuncien les maduixetes de marge, i tôt lluenteja, i tôt es 
suavitat i placidesa i calma en l'espessa profunditat de les soca- 
lades... 

Anavem pel bosc, el simiot i jo ; baldament ens haguessin 
seguit el farô de pel estarrufat i la sauma de la sarri esfilagar- 
çada, tôt gent de bona pasta camperola ! El nostre home — 
posem que se deia Galdric, i tal si li escau el nom del sant de 
les plujes — en Galdric m'havia encantat â primera vista. A fe 
que m'honorava de li fer costat. « Es ara, me deia, que s'alegraràn 
les merles i els rossinyols. Quan eri petit i que anava â regar, 
nit entrada, era un goig d'oir els rossinyolets ; tôt s'estava callat, 
mes ells tenien el mestratge dels brancs, i feia lluna... » 

] mira-assj que en Galdric s'aturava, somniant les delicades 
impressions de jovenesa, i en sa veu rauca i rogallosa hî posava 
no se quines manyagueries : « Feien aixis els rossinyols : chitt ! 
chi-itt ! chi-i-itt ! Vatûa 1 Qui els seguirîa ! » Per contrafer el 
xiuladiç, avançava la llengota â frec de liavi, entre les dents, i 
mentrestant, una claror resquitllava de sos ullets, una claror dolça, 
com dos gotes de raig de Iluna. Per cert en Galdric era tôt un 
felibre. 

Avans d'arribar â les coves de la canal, alla ont tôt llambrus- 
queja en la penombra, entre vesUums de frondositats i d'aiguës 
mitg-assoleiades, bon recès per les Uudries i les sarcetes, varem 
passar per la palanca que tû coneixes, mitg-coberta d'un llensolet 
de tuire i graber, i cami amunt, cap al sol alegre, entre bardisses 1 

En trobar aquells cirerers selvatges, que, essent mai cullits, 
deixen pel juliol tota una estesa de fruita seca a terra, en Galdric 
encare hi rumiava â sos ocellets. « Aviat s'enrogiràn les cireretes. 



— 196 — 

Êls ocells seràn contents. Ja s'hi regalaràn, pellucant i bacarre- 
jant amb un tirit-tirit ! » 

] bé, tôt repensât, cal haver viscut anys i anys en el bosc per 
parlar aixis dels ocells, amb tal afectuosa manyagueria ; cal 
qu'hagin estât els companys alats de totes les feines del cam- 
pestre, de les hores matineres del llaurar, de la mitja-diada enso- 
pida i brunzinadora, de la quietut tardanera, i de la nit ben 
entrada, quan el pages afanyat s'acâta corn una ombra per obrir 
l'ullal i donar l'aigua â les feixes. Pita-roig ensangrentat com la 
cirera, oriol que porta els paraments de la tarder en la pluma, 
merla impregnada amb l'aiguatge de les liâtes movediçes, pinsans 
grocs i bbus, corderelles del terroç i pardalets de roca, bosquetes 
lleugeres com una capsa que fa volejar el ventijol, alegres com- 
panys alats, qui us estima mes que el pobre Galdric ? Qui sab 
millor els vostres misteris, ocells de la punta d'alba, bonic 
sementer escampat pel cel ?... 

Aixîs ens estavem, entornejats de poesîa. Bardissa avall, sota 
les figueres ramudes, que tant han medrat â la fresca, encare que 
tôt hî vingui atapeît per l'elra, el saùc i el lliga-bosc, hî rajava la 
font que no té nom i descapdella una aigua tant fina. 

Mes fina es per en Galdric la del baixador de Bola. Aqui jo 
li anava â l'encontre, perqué la font de les Amoretes no es mes 
qu'un bassal ; les besties de llana hî trepitgen tôt entorn i els 
cans hî van a fer la llepada, amb un glop-glop seguit ; ademés, 
un cap-bou que baixa de flor d'aigua, remingolant la cûa, sempre 
que n'hom s'hî acata, un sabater que rondineja en son mirall, una 
aranya de les grogues que dança i 's régira, esparverada en son 
teler, un bri d'herba movediç que fa descloure una bolva d'aire, 
color de vidre, i tal vegada, algunâ salimandra que somiqueja à 
la fresca del veinât, tôt aixô son coses ben naturals i criatures de 
Deu, mes que us espanten la set: Ara tii me diras que en Galdric 
no era pas gaire délicat. ] bé, filla, se cal deixar de tais raons. 
Per tant que sapiga apreciar la finor de les fonts, segura que no li 
desplau el vî, Quan volîa que cantés les alabançes de l'aigua, veta- 
quî que me feu girar la conversa sobre la beguda que la fa verde- 
jar. Parlava poc, l'home, i no trobava per cert totes les paraules 
volgudes, talment tinguès unes mastagueres mal empassades al clôt 
del canyô, mes â sa manera sabîa posar el coté quan ho calîa. 



— '97 — 

El) demanava noves de l'absinta, que n'era privât de prou 
temps, i el problema l'atormentava : tornarîa 6 no â trobar 
absinta ? Potsefer que pensés que jo era del govern i li podia 
tornar resposta. 1 com me mirava de fit â fit, com m'escorcollava 
i parava orella, el bon confrare î — Mireu, si s'ha suprimida 
l'absinta, sera per una raô, li deia jo, i si la raô ha valgut anys 
enrera, me sembla que pervaldrà mes endavant. — No era un 
escura-tinells el bon Galdric. Mes al temps que el vî anava 
a cara », gran goig de ne crompar una botellota d'absinta ; i li va 
durar prou temps, perqué ne barrejava unes poques gotetes amb 
aigua, per passar el jornal. Bon Galdric, ja ho coneixia que feies 
penitencia i que te faltava la rajada flairosa del vî. Altre temps, 
la bota cantava per tothom, pel digne senyor rector com pels 
pobres mes espallotits qui tenen la casa mitg-arruinada, penjada 
al cimbori del poble, amb un parral que s'hî encranca. Aixé era 
al temps de les figues seques, arrufides pel sol lleuger d'ivern en 
els escarramells del finestrô mitg-cluc, el temps de les tartanes 
que pujavcn camî de Cerdanya, amb els fores d'ail i ceba, i gerres 
d'oli, i fruita i llegûm de tôt color, un temps régalât, bon Gal- 
dric, un temps beneît de vi ranci, i Deu sab si tornarà â Rossellô î 

Bon home, haguès tingut una borratxa â la ma, ell haurîa refilât 
com el rei dels ocells. 1 lo que xerren les fonts d'amagatotis, lo 
que remoreja la verda i enamorada encantada del fullàm, â l'hora 
del silenci mes aquietat, lo que tritlloleja el rossinyol manyac, 
en la nit callada, quan n'hom va â regar, tôt, m'ho haurîa tôt 
contât. Perqué ne ting la segurança, petit i acossegat com era, 
amb tôt el pel corrediç i tumultuôs en les rufes i barballeres de 
sa cara, son gec i sos calsots decaiguts, tant humil i tant primitiu, 
en Galdric era l'home de la Primavera. 

En aquella hora, i mentres l'enraonava, no me n'havîa fet 
carrée, mes bon punt l'havîa deixat, vora aquells cirerers selvatges 
ont hî tenîa el conreu, no me podîa sostraure de tal pensament. 
Malaguanyat Galdric I Per mes que anés bosc amunt, cap â la 
guillera, en aquelles margenades d'albes i roures que entornejen 
â manera de falceta un ample mirall d'aigua estesa en la conca, 
no hi trobava un altre Galdric. A l'ombra d'un casot, entre olius, 
hî havia un home ben allargat que ni girava la cara al meu pas. 
Mes amunt, alla ont s'apreten les muntanyes de costellàm pelât, 



— 198 — 

un altre home s'estava cap-jup, l'esquena doblegada en un clôt 
aspre de vinya, i dos cans ajassats sobre una penya, les potes 
devanteres i les orelles caigudes, ni alçaven els ulls, com si fos 
l'estiu ben entrât i el mes de la cigala. No se quin sentiment de 
buidor me cor-secava, quina contrarietat m'afligîa. Tôt me causava 
un efecte de tristesa, de desencant i de no-rès ; i la cendre d'al- 
tres dies desconcertats grisejava en mon esperit. El pont' de la 
Bau me semblava mes esmolinat qu'altre temps. Çà i enllà el vent 
xiulava, entre penyes i rams d'alzina ; sorollejaven les aiguës en 
la fondaria o rondinejaven, preses i magnetisades per la calma 
esglaiadora del gorc de l'ombra. Tôt era soletat ; els olius s'enyo- 
raven en l'aspritut de la vessant ; ni un buf, ni una ala de prima- 
ver a. 

Tornant pel mateix camî, ni vaig tenir gana de baixar â la 
font 6 d'aplegar una mata fresca de cucuts. En Galdric no hî era 
pas mes ; aquell homenot mal girbit s'havîa endut la Primavera. 
Jo tôt sol, encare que els amies m'hagin anomenat poeta, no 
ténia pas prou força per la fer neixer de mon cor. Malaguanyat 
Galdric ! 

Joseph-S. Pons. 
1919. 

Notes del Poble. Cf. J{evue Catalane, u, 9, 226, 393 ; vi, 68, 272, 324; 
VII, 73, 32 1 ; VII), 1 9. 



Prochaines Fêles Catalanes à Perpignan 

Une imposante délégation de Catalans de Barcelone viendra à 
Perpignan, les 16, 17 et 18 octobre prochain, pour remettre à la 
municipalité de notre ville toute une bibliothèque d'ouvrages en 
langue catalane, d'histoire, d'archéologie, de littérature et de 
sciences diverses intéressant la Catalogne franco-espagnole. 

Cette visite de nos amis d'Espagne sera l'occasion de grandes 
fêtes, que préparent en ce moment le Comité et les Commissions 
à ce spécialement désignés. De ce Comité font partie tous les 



— 199 — 

membres du Bureau de la Société d'Etudes Catalanes ; son 
Bureau a pour président M. Henry Aragon et pour vice- 
président M. Louis Pastre, l'un et l'autre membres de notre 
Société. 

De généreux et nombreux dévouements se sont offerts, — sur 
l'appel d'un communiqué de la presse locale, — pour l'organisa- 
tion de ces fêtes. Tous les présidents des Sociétés de la ville 
ont, en effet, assisté à la réunion préparatoire. 

A l'occasion de ces fêtes, dont le programme détaillé sera 
annoncé par les journaux, VOrfeo Caîalà de Barcelone nous fera 
entendre, le dimanche 17, à la cathédrale, l'une des plus belles 
messes de son répertoire. 

Au théâtre municipal, il y aura aussi de grandes solennités, où 
la langue et la littérature catalanes trouveront des interprètes de 
haut talent. 

Nous qui avions rêvé, pour cette année même, d'une grande 
fêle de la "Langue Calalane, au cœur du Roussillon, nous voilà 
donc bien servi à souhait. Les circonstances ne pouvaient être 
plus favorables pour réaliser ce rêve et lui donner tout l'éclat 
désiré. C'est en outre sous les auspices et la bannière de sanlGal- 
drtch, l'insigne patron de notre province catalano-roussillonnaise, 
16 octobre prochain, que s'ouvrira le cycle de ces grandes fêtes 
catalanes. Heureux coïncidence ! 

Ce faisant, ce seront encore les Catalans des deux nations voi- 
sines qui offriront aux diplomates la plus excellente des occa- 
sions de cimenter l'amitié franco-espagnole et de préparer le plus 
efficacement du monde la future alliance de la France et de l'Es- 
pagne. Puisse enfin, de ces prochaines fêtes, jaillir, comme un fruit 
mûr, l'Université Catalane de Perpignan, également tant désirée 
par tous les Catalans de France ! 

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La seigneurie ^ la paroisse du Soler 

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Paroisse du. Soler d'Jlmont 

a) Ancienne église 

Au début, la paroisse du Soler d'Amont n'était pas bien éten- 
due ; elle était renfermée dans l'enceinte du château. C'est dans 
le caslrum que fut construite l'église paroissiale, la belle église 
romane dont les ruines subsistent encore. Cette église était dédiée 
à saint Julien et à sainte Baselisse. 

La tradition locale veut que saint Dominique ait prêché dans 
l'ancienne église du Soler. A l'appui de cette tradition, on pour- 
rait alléguer la dévotion persévérante de la paroisse à saint Domi- 
nique et au Rosaire (i). Voici un document important de i258. 
Bernard de Berga, évêque d'Elne et seigneur du Soler, bâtit une 
chapelle dans le caslrum « ad honorent Beati "Dominici » et fonde 
un bénéfice pour le pràtre qui doit desservir cette chapelle ; il 
fonde également une rente pour l'entretien d'une lampe devant 
la statue de saint Dominique et lègue une somme considérable 
pour fournir d'ornements cette chapelle, et cela, peu d'années 
après la mort de saint Dominique (saint Dominique est mort le 
6 août 12a j). 

En présence de ce document, on est fondé à croire que le 
pieux évêque a voulu sauver de l'oubli, dans son caslrum du Soler, 
un souvenir très précieux (2). 

Pendant plusieurs siècles, les cérémonies religieuses de la 
paroisse du Soler d'Amont furent célébrées dans l'église du cas- 
lrum par divers ecclésiastiques qui portaient le nom de curés : 

1. Bernard Casanovas (i 329-1 333) (3). 

2. Pierre Mera, 1387 (4). 

(1) Voir ma brochure : Une paroisse dominicaine en T^oussillon, 191 6. 

(2) Arch. des Pyr.-Or., G. 48. 

(3) Alart, Cart. rouss. ms., t. xiii, p. 348. 

(4) Alart, Cart. rouss. ms., t. A, p. 38. 



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3. Raymond Squiu (1402-1406) (i). 

4. Paul Daret, 1418 (2). — Le 19 octobre 1418, un contrat 
est passé entre les consuls et les obrers du Soler et « maeslre Peyre 
Licho del toc del hosc de Senfa Maria del reaume de Transsa », pour 
la fonte d'une cloche (3), 

5. Gabriel Thoyr, 1423. — Il résigne son bénéfice en faveur 
de Fernand Roca, « sacrista eccl. S** Columbae de Siurana, diœc. 
Gerund. (4) ». 

6. Guillaume Orts, 1429. 

7. Hugo DuRAN, 1448 (5). 

8. Barthélémy Real, 1465. — Le 26 novembre 1465, nous trou- 
vons la collation d'un bénéfice de Saint-Jacques de Perpignan par 
Antoine Taqui, fondé de pouvoirs de l'évêque de Spolète, com- 
missaire apostolique, en faveur de Barthélémy Real, pourvu de 
la cure du Soler (6). 

9. Michel Benêt, 1546. — Le 5 novembre 1546, des lettres 
de maintenue sont expédiées en faveur de Michel Benêt, cha- 
noine de Barcelone, pourvu par autorité apostolique de la recto- 
rie du Soler et du bénéfice de Saint-Dominique dans l'église du 
même lieu (7). Cette église possédait aussi une chapelle dédiée à 
la Sainte Vierge. 11 est dit dans le testament de François Roma- 
guera : « Relinquo capellae intitulata Beataz Mariai, olim vero 
Sancti Jacobi, in ecclesia loci de Solerio constructaz omnes illas 
duas eyminas ordei de censu quas recipio et recipere consuevi in 
et super molendino et possessionibus quae fuerunt hon. Raphaëlis 
Clenya, ut fiant per meos manumissores quœdam luminaria in 
dicta capella » (8). Les fidèles du Soler ont toujours eu une grande 
dévotion pour la Sainte Vierge et pour saint Dominique. 

(1) En 1402, Pierre Thomas reçoit de l'évêque d'Elne le bénéfice fondé 
dans l'église du Soler par Bernard Trévila, prêtre du Soler, et Nicolas 
Jalabert, seigneur « de Tanyeris t. 

(2) Alart, Cart. rouss. ms., t. xviii, p. 326. 

(3) Arch. des Pyr.-Or., G. 878. 

(4) Arch. des Pyr.-Or., G. 878. 

(5) Alart, Cart. rouss. ms., t. xxi, p. 259. 

(6) Arch. des Pyr.-Or.. G. 514. 

(7) Arch. des Pyr.-Or.. G. 878. 
8) Arch, des Pyr.-Or., G. 878. 



— 202 — 

b) Nouvelle église 

Vers le milieu du xvi' siècle, le château du Soler était complè- 
tement ruiné, et les revenus de la mense épiscopale ne suffisaient 
pas à le restaurer (i). 11 fallut donc abandonner l'ancienne église 
du castrum. On bâtit, alors, l'église actuelle dont la première 
pierre fut placée le 5 juillet i 554, comme l'indique l'inscription 
gravée à côté de la porte d'entrée : 

Père Miquel Fabre 

-|- a 5 de mes 

de juliol ]554 

ce commensa 

la p"' esgle 

sia i posa la pri 

mera pedra. 

]1 importe de remarquer que primitivement, la porte d'entrée, 
de l'église se trouvait à la chapelle actuelle du Christ et que le 
clocher fut commencé en même temps que l'église au-dessus de 
la sacristie : ce clocher n'a jamais été terminé. 

Continuons la liste des curés : 

lo. Joseph ViLALBA (i58o-i6oo). — Le testament de cet ecclé- 
siastique, rédigé en 1589, déclare formellement qu'il veut être 
enterré avec sa mère dans le cimetière du Soler et qu'un certain 
nombre de messes basses doivent être célébrées pour le repos de 
son âme, à savoir : huit messes de requiem le jour de son enterre- 
ment, huit le jour de la neuvaine, huit l'année suivante, au jour 
anniversaire. Le test?teur ajoute : « Item per dret de superioritat 
y prelatuta y per tôt, y qualsevols drets deix à mon R'" S. bisbc 
de Elna y a sa mensa episcopal dos florins » (2). Le 3 juillet 1589, 
un marché est conclu avec Jean-Pierre Pujol, orfèvre de Perpi- 
gnan, relatif à la fabrication d'une croix d'argent pour l'église du 
Soler (3). Enfin, le 22 octobre 1598, une plainte est formulée 

(i) Arch. des Pyr.-Or., G. 40. 

(2) Arch. des Pyr.-Or., G. 878. 

(3) Arch. des Pyr.-Or., G. 878. 



— 2o3 

par les consuls du Soler centre le recteur Joseph Vilalba, qui 
s'est approprié divers objets appartenant à la Fabrique de 
l'église (i). 

II. Martin Claper (1600-1607). 

(A suivre) Joseph Gibrat. 

(1) Arch. des Pyr.-Or., G. 878. 

Un grand roman catalan 

'* L'Infante " ou Inès de Llar ^'' 

de Louis BERTRAND 

11 n'est certainemeut pas un roussillonnais, pour si peu cultivé 
qu'il soit, qui n'ait lu à cette heure ce grand roman catalan de 
Louis Bertrand. Nous ne saurions mieux faire, pour en rendre 
compte, que de laisser parler un des maîtres de la pensée fran- 
çaise. Donnons aujourd'hui la parole à Paul Bourget, de l'Aca- 
démie française. Sous la rubrique f^éflexions sur le roman historique, 
il a publié dans l'Echo de Paris du 14 juillet dernier, à propos de 
ce beau roman, le magistral article que nous sommes heureux de 
reproduire in extenso. 

Les lecteurs de l'Echo de "Paris n'ont pas oublié le beau roman de 
M. Louis Bertrand, l'Jnfante, paru en feuilleton ici même. Je voudrais en 
prendre texte, non point pour en donner une analyse qui serait inutile, 
mais pour leur soumettre quelques réflexions sur le genre dont ce livre 
relève : le roman historique. 



Mais d'abord, y a-t-il un roman qui, en un certain sens, ne soit pas 
historique-? Balzac disait, dans sa Cofrespondance : a On commence à recon- 
naître que je suis beaucoup plus un historien qu'un romancier. » C'est qu'en 
effet le roman de moeurs, te! qu'il l'a conçu et traité, suppose des coutumes, 

(1) Un vol, chez Fayard. 



204 — 

un pays, une date, des lois, tous les éléments dont se fait l'histoire. Le 
Ménage de Garçon implique la Restauration, comme les Parents Pauvres la 
monarchie de Juillet. De même l'Education Sentimentale, de Gustave Flau- 
bert, suppose la Révolution de 48 et le Second Empire à ses débuts. Ce qui 
est vrai du roman de mœurs ne l'est pas moins du roman d'analyse qui 
semble, par définition, plus dégagé du temps et de ses influences. 11 ne l'est 
pas. Les maîtres du genre l'ont si bien compris qu'ils ont tous situé leurs 
personnages dans un moment très caractérisé. L'Amaury de Tolupté est un 
jeune homme du Consulat, de cette époque d'incertitude et de reconstruc- 
tion, le vrai milieu pour cette âme malade, hésitante et qui cependant veut 
guérir. L'Octave de la Confession d'un "Enfant du siècle est, au contraire, un 
Français d'après 181 5 dont la plaie intime s'avive et s'empoisonne des ger- 
mes de désespoir émanés de la grande blessure nationale. Quand M"' de La 
Fayette voulut peindre le romanesque amour de sa M"" de Clèves, elle eut 
soin de placer son récit à la cour de Henri 1], de ce roi sentimental que 
Brantôme nous montre, à quarante ans passés, « portant pour livrée », au 
tournoi où il devait trouver laimort, a blanc et noir, à cause de la belle vefve 
qu'il sert^ait d. C'étaient les couleurs adoptées par la duchesse de Valentinois, 
depuis la mort de son mari, Louis de Brézé. .Une étude récemment parue 
de M'" Valentine Poizat sur la féritabte Princesse de Clèves (1) nous prouve 
que le choix de cette époque ne fut pas arbitraire. Très vraisemblablement, 
la princesse de Clèves ne fait qu'un avec la duchesse de Guise. Quoi qu'il 
en soit de ce petit problème d'identité, les emprunts à Brantôme, si abon- 
dants, si précis, démontrent assez avec quelle lucidité l'amie de La Roche- 
foucauld a vu nettement cette loi de technique littéraire : ne jamais séparer 
le cas individuel des conditions générales qui l'ont rendu possible. Mais 
n'en va-t-il pas de même du roman d'idées et même du roman à thèse ? 
Candide, c'est, avec le fantastique de quelques incidents,- un chapitre de 
l'histoire de la Société européenne au xviii' siècle, et les Misérables évoluent 
si bien dans la France du xix' que le récit de la bataille de Waterloo et le 
portrait du roi Louis-Philippe n'y font pas hors-d'œuvre. 

Si tout roman est historique en un certain sens, pourquoi parle-t-on du 
roman historique comme d'un genre particulier ? Procédons de nouveau 
par des exemples. En regard des ouvrages dont le viens de citer les titres si 
divers, il suffit de mentionner des livres comme le Waverley, les Puritains, la 
Prison d'Edimbourg de Walter Scott, la Salammbô de Flaubert, les Chouans 
de Balzac, la Guerre et la Paix de Tolstoï, pour reconnaître le principe 
légitime de cette distinction. Marquons-le nettement. Dans ces romans-ci, 
le cas individuel n'est plus au premier plan ; il est subordonné aux condi- 

(1) Un vol., à la Renaissance du Livre. 



— 265 

tions générales qui deviennent l'objet propre de l'étude. Quand Balzac écrit 
Un Ménage de Garçon, il fait bien, de Philippe Bridau, un demi-solde ; mais 
ce qui l'intéresse, dans le personnage et son aventure, ce n'est pas le demi- 
solde, c'est, dans les données qu'une telle situation implique, le drame des 
deux frères : Philippe et Joseph, inégalement aimés par leur mère. C'est le 
problème que le veuvage pose devant la mère de famille. C'est, parallèle- 
ment, la peinture de l'esclavage où le célibataire Rouget se laisse réduire 
par une servante-maîtresse. La portion historique du récit recule à l'arrière 
du tableau. Elle occupe le premier rang dans les Chouans, comme dans 
Waverley, comme dans Salammbô, comme dans Guerre et "Paix, comme dans 
l'Infante à laquelle j'arrive et qui peut être considérée comme un type remar- 
quable de cette forme d'art. 
• 

II 

On se souvient. C'est au lendemain de l'annexion du Roussillon et de la 
Cerdagne à la France, dans la seconde moitié par conséquent du xvii' siècle, 
que M. Louis Bertrand situe son récit. Une tragédie d'amour en est le 
nœud : la passion d'Inès de Llar, une jeune fille d'une des petites cités de 
cette marche de l'Espagne, Villefranche, pour un Français lieutenant du 
roi au pays récemment conquis, M. de Parlan. Les parents d'Inès, qui sont 
parmi les nobles du terroir, ont formé, avec leurs proches et leurs amis, un 
complot pour livrer la place aux Espagnols. Par terreur du danger que 
court celui qu'elle aime, Inès révèle ce complot et elle est la cause de l'exé- 
cution de son père, dont elle obtient la grâce, mais trop tard. Ce sanglant 
fantôme dressé entre les amants les sépare à jamais. Nous voici devant une 
anecdote comme celles que Mérimée lisait avec délices, dans le T{egistre- 
Journal de Pierre de Lestoile. Le romancier-historien la regarde, cette 
anecdote. 11 la creuse et il aperçoit par delà une tragédie plus vaste, la ren- 
contre et le conflit de deux races, de deux royaumes. Ce bourg fortifié de 
Villefranche ressemble à ce Saracoli dont parle Montluc, à la dernière page 
de ses Commentaires. Quelles phrases et si pathétiques, sous la plume du 
vieux maréchal ! o Bien souvent, il me prenait fantaisie de faire retraite, 
pour n'avoir pas le déplaisir d'ouïr tant de fâcheuses nouvelles et la ruine 
de mon pauvre pays. Il me ressouvenait toujours d'un prieuré assis dans la 
montagne, que j'avais vu autrefois, partie en Espagne et partie en France, 
nommé Saracoli. J'avais fantaisie de me retirer là en repos. J'eusse vu la 
France et l'Espagne en même temps. Si Dieu me prête vie encore, je ne 
sais ce que je ferai. » C'est en contemplant un double horizon, comme celui 
dont rêvait Monluc, mitoyen de la France à la fois et de l'Espagne, que 
l'auteur de l'Infante aperçut tout d'un coup la signification profonde de 
l'aventure d'Inès, laquelle tient trois lignes dans le guide. Le prologue où il 



— 2o6 

raconte cette soudaine révélation nous donne un document de premier ordre 
sur l'éveil d'un récit épique dans l'imagination d'un romancier de race. 
Celui-ci, par de longs corridors de rochers, par des prairies, par des sen- 
tier: en escaliers, est en train de rejoindre l'évêque de Perpignan, Mgr de 
Carsalade du Pont, qui l'attend, debout, contre la tour de la vieille abbaye 
pyrénéenne de Saint-Martin du Canigou. Les villages parmi les platanes, 
les châteaux sur les crêtes, les causses, les vallées se développent, à perte de 
vue et de rêve. 

— « Mon diocèse finit là », dit l'évêque en montrant les murs infranchis- 
sables de la montagne proche. « Derrière, c'est l'Andorre, le pays d'Urgel, 
l'Espagne. » 

— « Mes Espagnes !... » songe le romancier. Et comme ce mes est un 
beau cri d'artiste littéraire qui prend possession d'une terre et de ses trésors 
de songe ! 11 considère, plus près de lui, le sombre bourg farouchement 
tapi sous le fort de Villefranche, et un fantôme surgit, celui de la petite 
patricienne passionnée dont la destinée s'est jouée là. La pâle figure aux 
grands yeux tristes lui apparaît derrière les meurtrières des remparts. Elle 
ramasse en elle toute la poésie tragique de cette cité de frontière. L'Espagne 
est en elle, dans cette fleur d'aristocratie éclose sur le vieil arbre enraciné 
ici, durant des siècles. La France aussi, puisqu'elle aime l'officier du roi, 
jusqu'à lui sacrifier les siens et sa patrie. L'écrivain parle tout haut sa 
pensée, il prononce le nom d'Inès. Et il entend l'évêque lui répondre : 

— « 11 f^aut que vous racontiez cette histoire. » 

— « Et je sentis », dit M. Louis Bertrand, « qu'il le fallait, en effet. » 

]]) 

Ce verbe impératif n'est pas là pour la rhétorique. 11 exprime cette 
nécessité imaginative sans laquelle toute création d'art n'est que jeu arbitraire. 
On a souvent accusé le roman historique d'artifice et de convention. Quand 
il s'impose ainsi à l'écrivain avec cette force d'obsession, il devient aussi 
naturel que le roman contemporain le plus personnel. Pour que cette néces- 
sité se produise, un travail préalable de cristallisation a dû s'accomplir dans 
cet écrivain, dont M. Bertrand nous donne une analyse très fine. « Toutes 
les impressions catalanes », dit-il, « que j'accumulais depuis tant d'années, 
tout cela s'était ramassé autour de la figure énigmatique d'Inès de Llar ». Et 
il continue, lyrique : « Pays de Cerdagne et du Roussillon, terre de Notre- 
Dame de Vie, lourde d'opulence et de fécondité, pays des rétables dorés et 
des madones vêtues de brocart, pays du vin, des harnais éclatants et des 
gourdes de cuir, pays des muletiers et des contrebandiers... » C'est le com- 
mentaire du mes de tout à l'heure. Nous comprenons, à lire ces phrases et 
celles qui suivent, que la forte prise d'une contrée domine le conteur, que 



— 167 — 

cette contrée est une force vivante et qui veut s'exprimer par lut. Le roman his- 
torique sort, ici, de l'aspect des lieux. D'autres fois, c'est la légende orale 
qui le produit, non moins nécessairement. Ainsi pour les récits de Scott, 
ainsi pour ce chef-d'œuvre de Barbey d'Aurevilly, le Chevalier Des Touches. 
D'autres fois encore, c'est un texte ancien : « Je venais de lire un assez 
grand nombre de mémoires et de pamphlets relatifs à la fin du xvi* siècle. 
J'ai voulu faire un extrait de mes lectures, et cet extrait, le voici. » Mérimée 
nous prései^te en ces termes sa Chronique du règne de Charles JX. Leur froi- 
deur voulue est démentie aussitôt par le frémissement avec lequel il recopie 
une note de son cher Lestoile sur une demoiselle de Châteauneuf qui, amou- 
reuse de son mari et le trouvant avec une maîtresse, a le tua virilement de 
ses propres mains ». Non. Cette Chronique de Charles TX n'est pas un extrait 
de lectures savantes. Elle est, comme tous les romans historiques vraiment 
dignes de ce nom, une hallucination copiée. 

IV 

La valeur représentative de cette hallucination fait le plus ou moins de 
valeur de cette sorte de romans. Si les Waverley et les T^edgauntlet du jaco- 
bite Scott sont des livres de tout premier ordre, la raison en est qu'ils font 
revivre avec un relief singulier, et l'Ecosse du xviii' siècle, et l'aventure du 
Prétendant. Pareillement le Des Touches de d'Aurevilly éclaire d'un jour 
saisissant la Chouannerie normande et l'équipée de l'héroïque et malheureux 
Fotté. Pareillement encore, l'Infante, par-dessus et par-delà le heurt des 
soldats de Louis XI Y et des gentillâtres du Roussillon, évoque pour nous, 
je l'ai dit plus haut, la France et l'Espagne, en face l'une de l'autre. Le 
récit des amours d'Inès de Llar et du lieutenant du roi court, à travers le 
livre, comme un fil d'or à travers l'étoffe, mais l'étoffe, — si je peux 
employer cette métaphore, — la trame même du roman, c'est l'époque tout 
entière qui la fournit. Le livre fermé, toutes sortes d'idées s'élèvent dans 
votre pensée. Vous vous rendez compte que ce petit coin de frontière a 
comme affronté deux variétés du type latin, toutes voisines et cependant 
irréductibles l'une à l'autre. Les portraits de ces nobles Roussillonnais cons- 
pirant contre les gavaches s'animent pour vous dans ces petites salles tapis- 
sées d'azulejos, dont le romancier dénombre tous les meubles, tous les 
ustensiles, toutes les armes. Leur expression prudente et taciturne, défiante 
jusqu'à en être sournoise, passionnée jusqu'à en être illuminée, contraste, 
non moins que leurs costumes et leurs coutumes, avec les physionomies 
gaies et les allures libres des garnisaires français qui campent dans ces 
mêmes vergers, sous ces mêmes cyprès arrosés d'eaux courantes. Quel 
contraste encore que le fastueux et lumineux Versailles, où Inès vient implo- 
rer la grâce de son pèrr, et le sombre Escurial où son frère François va 
demander, lui, la permission d'attaquer les soldats de M. de Parlari ! 



— lo8 — 

De ces oppositions de caractère et de décors, le romancier ne tire pas cle 
conclusion. 11 ne prétend rien vous démontrer. 11 n'est pas un romancier à 
thèse. Mais un involontaire enseignement émane de ces pages, tour à tour 
pittoresques et ardentes, fortement chargées de couleur et délicatement 
nuancées. Le rôle que joue la France au xvii' siècle — déjà magnétique de 
rayonnement heureux — et celui de l'Espagne vous sont rendus percepti- 
bles. Perceptible, la différence des deux génies. Le romancier ne vous a 
parlé ni de Cervantes, ni de Caldéron, ni de Vélasquez, et, après l'avoir lu, 
vous sentez mieux en quoi réside l'originalité nationale de ces artistes si 
locaux et à quel degré ceux des nôtres qui semblent avoir subi l'influence 
venue tra loi montes, le grand Corneille, par exemple, en diffèrent et pour- 
quoi. C'est la force du beau roman historique qu'il se dépasse ainsi lui- 
même, qu'il fournisse prétexte à des interprétations à côté qui vont très 
avant dans les profondeurs du passé, et l'Infante est un très beau roman 
historique. 11 se raccorde vigoureusement à la puissante enquête menée par 
son auteur sur la Latinité, autour de la Méditerranée, de ce lac sacré aux 
bords duquel s'est formée la seule civilisation dont nous puissions être. 
Mieux la comprendre, c'est mieux la défendre. M. Louis Bertrand est un 
des meilleurs ouvriers de cette tâche. En est-il une qui soit plus française ? 

Paul BOURGET, 

de l'Académie française. 



COURS DE LANGUE CATALANE 

par correspondance 

permettant d'étudier seul, chez soi et à temps perdu, 
la langue et la littérature catalanes 

Pour répondre au désir souvent exprimé par un certain nom- 
bre de lecteurs qui ne peuvent se déranger pour assister à un 
cours public, mais qui cependant seraient heureux, si on leur en 
fournissait les moyens, d'étudier seuls, chez eux et à temps 
perdu, la langue et la littérature catalanes, la J^evue Catalane 
commence aujourd'hui, hors texte, une publication que nous 
recommandons à tous nos amis. 

Les personnes qui désirent se faire inscrire pour ce cours sont 
priées de le faire dès aujourd'hui. Tous les renseignements 
nécessaires leur seront adressés aussitôt. Joindre un timbre pour 
la réponse. 

U GcvMit, — COMET. Imprimerie Catalane, COMET, rue de la Po«te, Perpignan 



14- Aimée. N' 168 Octobre 1920 

Les Manuscrits non insérés ^^^ ^IF^^V V^P 4 VF% 

ne sont oas rendu». M^teiT» ^m M. J ffT« 

Lrs Articles parus aans ia Revue ^^ ^^ T[^ J^ ■ J^ H^] ■3* 

n'engagent que leurs auteurs. ^S^A Jk Jk A WkMb^A WkA^w ^m^ 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. — Cotisation : 10 fr. par an 

Ecoles ^ Concours de Danses 

if de Chansons Catalanes 

Cet été dernier, la ville de Pézenas, dans l'Hérault, a inscrit 
au programme de ses fêtes ses traditionnels « concours de iam- 
bourins » depuis longtemps interrompus. A ce sujet, un profes- 
sionnel du régionalisme, M. Claude Peyras, a écrit dans l'Eclair 
de Montpellier : 

Voilà un événement qui devrait avoir, pour notre région, une importance 
au moins égale à celle qu'on accorda, pour le pays tout entier, au rétablisse- 
ment du « Tour de France cycliste », par exemple, ou des grands a mat- 
ches » de football. 

Nous ne sommes pas exclusifs, ni ennemis de la nouveauté. Notre jeu- 
nesse, de tout temps destinée aux exercices de plein air par la douceur de 
notre climat, a eu vite fait d'adopter les « sports » qui nous sont venus de 
la brumeuse Angleterre. Même certaines équipes de Roussillon et de Lan- 
guedoc ont su se classer parmi les premières compagnies sportives de 
France. 

Mais sachons conserver notre personnalité. 

Sur les ruines de leurs villages, à côté des masures de tôle et de bois, nos 
concitoyens de l'Artois et de la Picardie ont recommencé à tirer à l'arc, le 
dimanche. Sans négliger la bicyclette, ni le ballon rond ou ovale, ni le 
tennis, nous pouvons être a sportifs » autant qu'il le faut en pratiquant nos 
jeux traditionnels. 

Nos grand'mères, il est vrai, se complurent à certaines danses 
exotiques, telles que la valse germanique, la slave masourke et la 
polka, encore en usage dans nos pays ; mais elles gardaient aussi, 
dans leurs fêtes votives, une bonne place aux danses de chez 



210 

nous. Ces danses du terroir, ne les laissons pas nous-mêmes 
périmer. 

Regardez au programme de ces fêtes que l'été de 1920 a ramenées, après 
six ans d'interruption, dans nos villages et dans les quartiers de nos villes : 
on fait appel aux danseurs des « treilles » de Montpellier ou de Valros ; 
aux farandoleurs de Générac ou de la Grand'Combe. La Salvetat annonce 
qu'on terminera les réjouissances par le « butoban », danse locale, et Banyuls 
se réjouit de ressusciter, par ces temps de tango, l'antique et si gracieux a bail 
des rosières ». 

Nous lisons d'autre part, dans l'Aclion T^égionalisle de juin 1920, 
sous la plume de M. L. de Nussac, à propos des danses limou- 
sines. 

La compagnie musicale les Chanteurs limousins de Paris, que préside 
M. Jean Clément, se donnait déjà pour tâche la rénovation artistique des 
airs et chansons du pays natal ; elle ajoute désormais à aon programme une 
écçle de danses locales, à la suite de curieuses circonstances. 

Les dames limous-nes et marchoises de Paris faisaient donner, le i5 avril 
dernier, par les jeunes filles de leur patronage, une matinée récréative au 
Cercle du Luxembourg. Au public mondain qu'elles mêlaient à leur clien- 
tèle populaire, elles voulurent montrer la valeur esthétique de la chorégra- 
phie traditionniste pour l'opposer aux danses exotiques en vogue, stigma- 
tisées par l'Episcopat. Pour cette démonstration, on avait demandé à la 
compagnie de M. Jean Clément des volontaires qui connussent la bourrée, 
la danse caractéristique du Limousin et de tout le Plateau central. Quatre 
couples s'étaient offerts, les jeunes filles portant le barbichet, l'élégante coiffe 
limousine. Mais, comme chacun des danseurs connaissait une variété de 
bourrée, ils durent s'accorder pour composer un spectacle du plus heureux 
effet. Un vielleur de talent, le compositeur Léon Branchet, accompagna de 
son instrument la vaillante troupe. Le succès fut tel que l'expérience fut 
renouvelée, le 9 mai, à la fête des Chanteurs limousins et, le i3 mai, à un 
concert de l'Association corrézienne. 

L'élan est donné et, sur la demande générale, des cours de danses limou- 
sines s'ouvriront à la rentrée d'octobre, non seulement pour les Chanteurs 
limousins, mais pour les gens du monde séduits par notre art traditionnel. 
Une active propagande s'organise dans les salons. On peut, d'ores et déjà, 
pour l'inscription aux cours, s'adresser à M. Jean Clément, 25, rue Priant. 

Les exemples précités sont fort suggestifs. Nous pensons, nous 
qui sommes pour le maintien intégral de la tradition, que l'on 
pourrait utilement créer à Perpignan un foyer de nos traditions 
locales par le moyen d'une 'Ecole de danses catalanes. 



— 11 1 — 

On connaît la spirituelle boutade de M"' Jules Pams, au concert 
qui lui fut donné le 29 août dernier, à Banyuls-sur-mer et à Port- 
Vendres, à l'ancien Ministre de l'Intérieur, M. Jules Pams, et à 
M.. Emmanuel Brousse, notre actuel Sous-Secrétaire d'Etat aux 
Finances. Les Pabordes et Pabordesses du Rosaire de ces deux 
villes firent à ces hautes personnalités roussillonnaises l'agréable 
«urprise de danser, en leur présence, le traditionnel bail de les 
Pabordesses. M"" Jules Pams trouva si bien cette vieille danse 
catalane qu'elle ne put s'empêcher de s'écrier : « C'est tout de 
même mieux que le tango. » Evidemment. Mais la leçon, venant de 
si haut, sera-t-elle comprise ? C'est à désirer. 11 n'en ressort 
davantage que, pour mieux vulgariser le goût de ces sortes de 
danses locales, trop délaissées, les dames de la société devraient 
être les premières à en ramener le retour en Roussillon, par les 
moyens qu'ont adoptés les dames limousines et marchoises de 
Paris à l'égard des anciennes danses de leur pays. 

Quoi de plus pittoresque, de plus caractéristique, de plus 
inoffensif que le contrepas, le bail de tamallet, le bail de les Pabor- 
desses, etc., qui constituaient autrefois le « clou » de toutes nos 
fêtes catalanes ! Avec bonheur nous en saluons aujourd'hui l'heu- 
reuse rénovation en beaucoup de nos villages roussillonnais ! 
N'oublions pas leurs accessoires nécessaires : l'élégante coiffe 
catalane des danseuses, les anciens airs et instruments, y compris 
le tambourin, de nos si pittoresques çoblas, ni non plus les bonnes 
chansons du pays : lo Pardal, la Bepa, Montantes T^egalades, etc. 
De timides essais ont été faits pour nous ramener le retour de 
ces belles traditions d'antan. Espérons qu'elles se propageront 
avec plus d'activité là où elles ne sont qu'à l'état de simple sou- 
venir, à l'occasion surtout de toutes nos fêtes locales. Non, rien 
ne vaudrait, pour stimuler les ardeurs de tous, comme l'établisse- 
ment, à Perpignan, d'une école de danses et de chansons cata- 
lanes, sur le modèle de celle que nous venons d'indiquer. A quand 
la première inscription, la première représentation et le premier 
concours dans notre grande cité pyrénéenne ? Sera-ce pour la 
prochaine « Saint^Martin » ? Ce serait si moral, si réjouissant, si 
exquis pour tous les âges et pour toutes les classes de la société ! 

^xi si gui, donchs ! 

"En Père de Mallolcs, 



La Lktania dels Rosers 



Té la nit clarors d'argent 
brufada de rou de lluna. 
y porta un vel esplendent 
a damunt la vesta bruna. 

El cel de maig safirî, 
puntejat de pedreria, 
sembla un dosser de sati 
pcr a un bell Mes de Maria. 

Ara fan oraciô, 

a dins els jardins, les roses, 

qui, plenes d'emocio, 

de prima nit s'han descloses. 

Amb un bri de llum subtil 
la lluna les ha engarçades 
formant un collar gentil 
tôt de gemmes irisades. 

Y l'aigo, sonorament, 
brollant dins eures y molsa, 
com un orgue, el prech fervent 
de les Alors rima amb veu dolça. 

Com ara, enjoyats rosers, 
vostres flayroses tanyades 
cxhalen, com a encensers, 
les essencies mes preades ? 

Tal volta dins el cel clar, 
als nostres ulls amagada, 
la Verge surt a guaylar 
vostra florida cmbaumada ? 



La Verge de cabells d'or 
y de mirada serena, 
Regina de! nostre cor, 
de beutat y gracia plena ! 

Concentrât mon esperit, 
de les flors sent la pregària 
que, per l'espay infinit, 
puja a l'hora solitària. 

Cada rosa de sati, 

per on la brisa llenega, 

es un llavi purpuri 

o un llavi exàngixe qui prega. 

Ofrenant la vermellor 

diuen les roses cruentes : 

« Dels Màrtirs duhim la color, 

son llurs ferides roentes. 

Quan, en bull d'amor y fe, 
llur sang l'arena enrogia ; 
Senyora ! feu-nos mercè 
de vostra mirada pia. » 

Amb vestidura de llî, 
tremoloses de puresa, 
les roses blanques, cap cli', 
aixi preguen amb dolcesa : 

« Regina dels Serafins, 
Espill que ja may s'entela, 
vullau que els nostres destins 
sien, amb flayrosa estela, 



(i) Cette poésie a obtenu la Violette d'argent aux Jeux Floraux de 1910. 



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Dels vostres peus liiials 
senyalar cada petjada 
suan, pels grahons eternals, 
pujau blanca y coronada. » 

Una espurna en cada flor 
el roser groc irradia, 
irradia llambreigs d'or 
sobre règia sederia, 



Les Héroïnes cantant 
de la Sagrada Escriptura 
van eixes flors evocant 
de Maria la figura. 

Y al clar de lluna esplendent 
ressona la melodia 
dels rosers que, lentament, 
entonen la lletania. 



dient : « D'aquesta color Cada prech una color, 

es la tùnica brodada ■ cada color una rosa, 

de los Angels del Senyor, cada rosa un pom d'olor 

vostres patges, Reyna amada. » formant la sagrada glosa 



Dins roses d'obscur matîs 
l'ull profetal s'hi congria, 
l'ull pregon amb tôt l'encjs 
del qui l'avenir destria. 



que s'enlayra, cel endins, 
repetint les meravelles 
de Maria, pels camins 
que il-luminen les estrelles. 

Josep Tous Y Marots. 



Nouveau succès 

Nous avons reçu de Barcelone une très agréable nouvelle, 
toute à l'honneur de notre jeune poète perpignanais, M. Charles 
Grando, aussi bien que de notre Société d'Etudes Catalanes, 
dont il est l'un des meilleurs membres. 

On se souvient que déjà, il y a quelques années, Vlnslilul 
d'Estudfs Catalans avait gratifié l'un de ses travaux d'un prix de 
3oo pessetas. Voici que, tout récemment, les Veus de la Terra 
de M. Grando viennent de remporter le Prix de l'Alcalde de Bar- 
celone au Jeux Floraux de l'Ateneu du 2' District. De ce nouveau 
succès, on ne peut plus mérité, les catalans et catalanisants du 
Roussillon seront certainement unanimes à féliciter avec nous le 
sympathique et distingué lauréat. Espérons que M. Charles 
Grando ne s'endormira pas sur de tels lauriers et que, sous peu, 
nous aurons le plaisir de lui voter encore d'autres félicitations. 






Chroniqueurs et Historiens Catalans 

des Xlir 4 XIV^ siècles 

cii^Sî^ {SUITE) 

L'arrivée de l'Infant ne put réunir les esprits. Bérenger d'En- 
tença et Ferran Ximenès reconnurent l'autorité de l'Infant, mais 
Rocafort et ses almugavares refusèrent de s'y soumettre. Alors 
on pria l'Infant de se porter comme conciliateur et de préparer 
le départ de Gallipoli, qu'on avait complètement épuisé, pour aller 
chercher des lieux mieux approvisionnés. « 11 est bien vrai, dit 
Muntaner, que nous avions séjourné au cap de Gallipoli et dans 
cette contrée pendant sept ans depuis la mort du César ; nous y 
avions vécu pendant cinq ans à bouche-que-veux-tu, et en même 
temps nous avions dévasté toute la contrée à dix journées à la 
ronde, et nous avions détruit les habitants, si bien qu'on ne pou- 
vait plus rien y cueillir ; il fallait donc forcément abandonner ce 
pays-là », Ara es verilal que nos havietn estai al cap de Galipol e en 
aquella enconlrada vji. anys despuix que César fo morî, e haviemhi 
visent v. anys de renadiu, e axi maieix haviem desabitada iota aquella 
encontrada x. jornades de tôles parts, que haviem iota la gent consu- 
mada si que res no si cullia, perque convenia per força que desempa- 
ressem aquell pays (i). 

C'est une lecture qui a tout l'intérêt d'un roman de Chevalerie 
que celle du fragment de sa Chronique dans lequel Muntaner 
décrit la migration des Catalans de Gallipoli à Christopolis et au 
cap Kassandria, leur hivernage sur ce cap, leur marche à travers 
la Macédoine jusqu'au pied de l'Olympe et de l'Ossa, et, de là, 
à travers les délicieuses vallées de la Thessalie, jusqu'à leur arrivée 
dans le duché d'Athènes où ils livrèrent bataille au duc Gauthier 
de Brienne qui fut tué ainsi qu'un grand nombre de chevaliers 
français, et, enfin, leur prise de possession du duché. Ces récits 
procèdent de témoins oculaires, car Muntaner avait quitté ses 
compatriotes presque en sortant de Gallipoli ; c'était lui, en effet, 

(i) Chronica, ch. ccxxxi. 



— 2j5 — 

qui, pendant que les autres se faisaient voie par terre, était 
chargé de l'escorte de mer. Avant de partir, il devait démolir et 
incendier le château de Gallipoli, le château de Maditos et tous 
les villages qui restaient debout dans la presqu'île. Sa commission 
exécutée avec décision et intelligence, Muntaner quitta Gallipoli 
et arriva à l'île de Thassos, où l'historien grec Thucydide avait 
jadis vécu pendant plusieurs années. 

Ce même jour arrivait dans l'île l'Infant Ferran de Majorque, 
qui avait quitté l'armée catalane à la suite des intrigues de Roca- 
fort, persistant à ne pas reconnaître son autorité, et de la mort 
de Bérenger d'Entença, tué par les almugavares dans un combat 
fratricide entre les bandes des deux chefs catalans. Muntaner 
résolut de quitter la Companya et de ne point se séparer de 
l'Infant, représentant de la maison d'Aragon: Mais il n'était pas 
homme à le faire sans avoir pris ses précautions pour la défense 
de ceux dont les intérêts lui étaient confiés. 11 pria donc l'Infant 
de l'attendre quelques jours à Thassos, où il recommanda à son 
ami Zaccaria de le bien traiter, puis il se rendit à l'armée et, là, 
il fit donner garantie à tous ceux qui n'étaient pas du parti domi- 
nant et les fit accompagner en lieu sûr en leur donnant chariots 
et barques pour eux et leurs effets ; puis il convoqua toute l'armée : 

E en presencia de iuyt yols reii lo sagell de la communilal que yo 
tenta, e lois los libres, eh lexe los escrivans e près comiat de luyl ; e 
pregaren me que nom parlis delh, e sobre lois los Turchs e els Turco- 
ples qui vengren a mi ploranl, pregant me que nols desemparas, quells 
feyen compte de mi axi corn de pare. E per veritat que ells nom 
appellaven mas lo Cala, que vol aylant dir en Turquesch com pare ; 
si quen veritat a mim près major enyorament dells que de neguns, per 
ço com en mon poder eren entrais e Iota hora havien hauda major fe 
en mi quen hom de la hosl dels Chreslians (i). » Sourd à toutes ces 
prières, il appela tous les chefs, leur reprocha hautement l'indi- 
gnité de leur conduite et « leur dit que pour rien au monde il ne 
consentirait à rester avec eux, ne pouvant faillir en sa foi au sei- 
gneur Infant, qui était son seigneur », E yo dix los que per res no 
podia romandre, que yo no podia fallir al senyor Infant qui era mon 
Senyor (2). 

(1) Chronica, ch. ccxxxin. 
(7) Ibidem. 



Après avoir pris congé selon toutes les formes et avoir laissé 
ses amis dans ce pays tout neuf à exploiter, Muntaner vint 
rejoindre l'infant à Thassos, et tous deux passèrent au port 
d'Armiro, sur la côte thessalienne. Muntaner montait la meilleure 
galère après celle .de l'infan. D'Armiro, la petite flotte s'en 
vint à la petite île de Skopélos, puis elle mit le cap sur la grande 
île de Négrepont, l'antique Eubée, où -les Vénitiens étaient les 
maîtres. Malgré les instances de tous, l'Infant s'obstina à vouloir 
aborder dans la cité même de Négrepont, l'antique Chalcis, 
caoitale de l'île. « A la maie heure nous prîmes cette route, dit 
Muntaner, et nous nous mîmes la corde au cou de notre pleine 
science », E axi a la mala hoja nos faem aquella via, e'ns meiem la 
corda al coyll havenl visla noslra (i). 

Et ici Muntaner observe que « c'est toujours grand danger de 
marcher avec fils de roi quand ils sont jeunes, car ils se trouvent 
de si bon sang qu'ils ne peuvent se persuader que pour rien au 
monde aucun homme doive leur faire de la peine ». 

Pour le malheur de l'Infant et de ses compagnons, le hasard 
voulut qu'il se trouvât également de passage à Négrepont un autre 
grand seigneur qui leur était absolument hostile. C'était noble 
homme Thibaut de Chepoy, ancien grand maître des arbalétriers 
du roi Philippe le Bel, maintenant passé au service du frère de 
celui-ci, très haut et puissant Charles de Valois, empereur titu- 
laire de Constantinopie, ce prince qui, après avoir espéré succes- 
sivement être roi d'Aragon, puis de Sicile, puis empereur 
d'Orient, ne fut définitivement, comme le dit Muntaner, que 
« roi du vent ». 

Thibaut avait été, par Charles, dépêché en Orient à la tête 
d'une flotte vénitienne pour chercher à préparer les voies à cette 
revendication de l'Empire de Bysance auquel Valois prétendait 
du chef de sa femme, la dernière des Courteriay, l'impératrice 
titulaire Catherine, fille de l'empereur Philippe de Courtenay- 
Constantinople. Thibaut avait comme principale et presque capi- 
tale instruction de rejoindre la célèbre Compagnie catalane et de 
s'aboucher avec elle pour rechercher à tout prix son amitié et 
tenter de l'embaucher au service de Charles de Vgilois. L'Infant 

(i) Chronica, ch. ccxxxv. 



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— 217 — 

et Muntaner se trouvaient dans une fâcheuse situation. Chepoy 
les invita à descendre à terre, mais à peine eurent-ils débarqué 
que l'Infant fut saisi et enfermé au château de Saint-Omer, dans 
la ville de Thèbes ; quant à Muntaner, il fut complètement pillé 
de tout, et Chepoy crut le frapper plus cruellement en le condui- 
sant à la grande Compagnie catalane, car il pensait qu'il y serait 
fort mal reçu, attendu que le bruit courait que Muntaner avait 
emporté une bonne partie du trésor de l'armée ; mais cette pensée 
de vengeance fut une occasion de triomphe pour Muntaner. 

En eflFet, il fut reçu à bras ouverts par tous, principalement 
par Rocafort, devenu le chef unique de la Compagnie catalane. 
Toutefois, Rocafort, voyant qu'il s'était aliéné les maisons de 
Sicile, d'Aragon et de Majorque, ainsi que toute la Catalogne, 
résolut de se rapprocher de messire Charles de France et, à son 
grand dam, fit reconnaître par serment pour capitaine de toute 
la Compagnie Thibaut de Chepoy au nom de messire Charles de 
"France (i). 

Thibaut de Chepoy donna la liberté à Muntaner, le suppliant 
de rester à Kassandria, où était réunie la Compagnie, et de s'en- 
tendre avec lui et l'intraitable Rocafort. En vain les Turcs et les 
Turkopoules joignirent leurs prières à celles de l'envoyé de 
Charles de Valois. Muntaner leur répondit que pour rien au 
monde il ne le ferait, e yo dix que per res nou faria (2). 11 put 
regagner Négrepont sur une des galères vénitiennes et les capi- 
taines de cette flotte, afin d'exécuter les ordres que leur avait 
donnés Chepoy, firent publier à son de trompe, par le baile de 
Venise et les seigneurs tierciers d'Eubée, « que tout homme qui 
avait en quoi que -ce soit du bien de Muntaner eût à le lui rendre 
sous peine de corps et de biens ». Mais, en fin de compte, per- 
sonne ne lui restitua rien. Alors Muntaner put aller à Thèbes 
prendre congé de l'Infant et obtenir qu'on le traitât avec honneur. 
« Je pris, dit-il, congé du seigneur Infant avec grande douleur, 
car peu s'en fallut que le coeur ne s'en brisàr », puys corn hagui 
estai dos jorns, près comiat dell ab gran dolor, que per pocb lo cor 
nom esclala. 11 prit à part le cuisinier du prince et lui fit jurer 
sur l'Evangile qu'il se laisserait plutôt couper la tète que de souf- 

(i) Chronica. ch. ccxxxvi. 
(2) Ibidem. 



— 2l8 — 

frir qu'il arrivât malheur à l'Infant pour avoir mangé d'aucuns 
mets préparés par lui (i). 

Revenu à Négrepont, Muntaner s'embarqua pour aller en 
Sicile. ]l débarqua à Messine et alla aussitôt voir le roi dans sa 
maison de plaisance de Castro-Nuovo et passa plusieurs jours 
avec lui à s'occuper des affaires de l'Infant. 11 songea ensuite 
aux siennes et demanda la permission de se rendre en Catalogne 
pour y épouser sa femme, avec laquelle il avait été fiancé sept ans 
auparavant, lorsqu'elle était enfant, en la cité de Valence. Mais 
le roi de Sicile préféra d'abord l'envoyer défendre contre les 
Maures ses îles de Djerbi et de Querquena sur les côtes d'Afri- 
que. « 11 n'est personne en tout notre royaume, lui dit Frédéric, 
qui puisse nous donner là-dessus aussi bonne assistance que vous ; 
et cela pour bien des raisons : d'abord, surtout, parce que vous 
avez plus vu de guerres qu'homme qui soit en notre royaume ; 
puis, parce que vous avez longtemps gouverné des gens d'armes 
et savez comment il faut les conduire, puis vous connaissez la 
langue sarrasine et vous pouvez ainsi, sans truchement, faire vos 
propres affaires, soit en ce qui concerne les espions, soit de toute 
autre façon, dans l'île de Djerbi ; et, enfin, par beaucoup d'autres 
raisons qui sont en vous », ...Perque nos havem posai en noslre cor 
que nos no havem negu en noslre règne qui ah la ajuda de Deus nos 
hi pusca lanl bon conseyll ddnar corn vos per molles rahons : e assenya- 
ladamenl per ço com vos havel's mes visl e oyl en guerres que hom que 
sia en noslra terra, e dalira pari que havels senyorejada genl darmes 
llonch de lemps e sabels com san a comporlar ; e dalira pari que sabels 
sarrahinesch perque podels menys de lorsymanys fer voslres affers, axi 
en spies com en les allres guises en la illa de Gerha ; e molles dallres 
bones rahons que ha en vos (2). 

Muntaner accepta el reçut l'investiture de l'île de Djerbi qu'il 
sut défendre avec un rare courage pendant plus de trois ans. 
Alors seulement il obtint son congé pour aller se marier. Sur sa 
route, à Majorque, il trouva le roi Jacques et l'Infant Ferran qui 
avait d'abord été envoyé par le duc d'Athènes au roi Robert de 
Naples, dont il avait été fort bien traité, et qui, par suite de 
négociations mises en mouvement par Muntaner, avait enfin été 

(1) Chronica, ch. ccxxxvm. 
(1) Ibidem, ch. ccli. 



— 219 — 

rendu à la liberté et à son pays natal. A Valence, notre historien 
resta vingt-deux jours à faire célébrer ses noces, puis repartit 
avec sa femme pour la Sicile et, de là, pour son étrange seigneurie 
de Djerbi, cette grande île basse, peuplée d'oliviers superbes où, 
en véritables souverains, ils firent ensemble leur joyeuse entrée. 

Cependant la guerre s'était rallumée en Sicile par le roi Robert 
de Naples, et Ferran de Majorque était arrivé dans l'île pour 
secourir son ami, le roi Frédéric. Une trêve négociée par la 
reine, mère du roi Robert et belle-mère du roi d'Aragon et du 
roi de Sicile, ayant mis un terme aux hostilités, l'Infant Ferran 
de Majorque, qui n'avait qu'un établissement peu considérable, 
soit en Aragon, soit en Sicile où Frédéric lui avait donné la ville 
de Catane, tourna de nouveau ses yeux vers la Morée. 

La plus jeune des filles du prince Guillaume de Ville-Hardoin, 
Marguerite de Matagrifon, venait de perdre son mari, le comte 
d'Andria, de la famille des Baux, et il lui restait de lui une 
jeune fille âgée de quinze ans qui, en vertu du testament du 
prince Guillaume, avait aussi des droits éventuels à faire valoir 
sur la principauté de Morée. Marguerite résolut de remettre la 
défense de ses droits à un protecteur puissant et songea à Ferran 
de Majorque ; elle imagina de lui donner en mariage sa fille 
Isabelle qu'elle amena à la cour de Sicile pour la présenter au 
prince majorquin qui ne tarda pas à s'en amouracher, car « elle 
était bien, dit Muntaner, la plus belle créature de quatorze ans 
que l'on pût jamais voir, la plus blanche, la plus rose et la mieux 
faite, et, de plus, pour son âge, la plus habile fille qui fui au 
monde », E no fo maraveyîîa si ne fo enamoral que aquesla era be la 
pus bella creaiura de xnn. anys que hanch hom pogues veure, e la pus 
blancha, e la pus rosa e la tvillor ; e pus fo la mes savia dels dies que 
era que donzella qui hanch /os el mon (i).' 

Le mariage eut lieu au mois de février i3i4. Marguerite, 
belle-mère du prince, partit peu de mois après, et Ferran se 
disposa à la suivre avec des troupes suffisantes. Muntaner, qui en 
fut informé dans sa seigneurie de Djerbi, se hâta d'aller rejoin- 
dre' son ami ; il laissa son gouvernement de l'île bien gardé et 
vint offrir ses services à l'Infant. La princesse Isabelle était déjà 
fort avancée dans sa grossesse ; elle accoucha, treize mois après 

(i) Chronica, ch. cclxiii. 



220 

son mariage, le premier samedi du mois d'avril i3i5, de l'Infant 
Jacques de Majorque. Marguerite venait de mourir en Morée et 
sa fille Isabelle mourut deux mois après en Sicile des suites de 
ses couches, laissant son fils, et, à défaut de son fils, son mari 
Ferran, héritier de ses droits sur la Morée. La mort de Margue- 
rite et d'Isabelle ne fit que fortifier le désir de Ferran d'aller en 
personne s'assurer de la Morée, qui allait lui être disputée par 
un concurrent redoutable, Louis de Bourgogne, mari de Mathilde 
de Hainaut, fille d'Isabelle de Ville-Hardoin et petite-fille, 
comme Isabelle de Matagrifon, du prince Guillaume, mais de la 
branche aînée. Muntaner aurait voulu suivre en Morée son ami 
Ferran, mais celui-ci jugea que ses services pourraient lui être 
plus précieux ailleurs. Il faut lire dans la Chronique le morceau 
touchant dans lequel Muntaner raconte comment l'Infant Ferran 
le chargea de conduire son fils Jacques, à peine âgé de quelques 
mois, à sa grand'mère la reine, qui était au château royal de 
Majorque, à Perpignan. La description des soins tout maternels 
pris pendant le voyage de mer d'abord, puis pour le transport 
par terre, par le vieux guerrier, est toute remplie de naturel et 
de grâce. Le chapitre de la livraison de l'Infant à sa grand'mère, 
avec toute la solennité due, est surtout pleine de charme (i). 

Aussitôt sa missioa terminée, il revint à Valence où il ne tarda 
pas à faire ses préparatifs pour aller rejoindre l'Infant Ferran en 
Morée. Mais son projet de voyage fut arrêté par la nouvelle de 
la mort de ce prince. 

A dater de cette année i3i5, je ne retrouve plus Muntaner 
dans la vie active. Après ces quinze années d'agitation, il rentra 
dans la vie municipale, qui était celle de sa famille, car Munta- 
ner, quoiqu'il eût commandé en chef à des chevaliers, ne fut jamais 
chevalier. Muntaner était simplement un notable dans Valence. 
En i3i8, on le voit aux fêtes du couronnement d'Alphonse tenant 
sa place parmi les députés de la bourgeoisie. 11 nous a laissé une 
relation exacte et vivante de ces fêtes, qui se terminèrent par un 
banquet et les chants de deux juglars, En Romaset et En Comi 
qui était « l'homme de Catalogne qui chantait le mieux ». La 
Chronique se termine avec ces brillantes fêtes du couronnement. 
(A suivre) Pierre Vidal. 

(i) Cbronica, ch. cclxvi. 



La Confrérie du Rosaire à Osséja 

'-^^jP*-" (SWTE) 

Dès ce moment, la Confrérie devint très prospère. Elle recru- 
tait ses membres, non seulement parmi les habitants d'Osséja, 
mais encore parmi ceux qui composaient ce qu'on appelait alors 
a la vallée d'Osséja », c'est-à-dire parmi les habitants du village 
de Valcebollère, du hameau du Puig et des importantes fermes 
de Mascareill et de Conceliabre. Les autres villages du voisi- 
nage, Nahuja et Palau, fournirent encore à la pieuse association 
de nombreux adhérents. L'exemple était donné par les consuls 
et la noblesse. C'est ainsi que nous trouvons sur les registres de 
la Confrérie les noms des nobles : de Barutell, de Péra, de Pont, 
de Ferran. Beaucoup d'autres notables d'Osséja et de ses envi- 
rons en faisaient également partie. Au fur et à mesure, les res- 
sources affluèrent, grâce aux cotisations annuelles, aux quêtes 
faites à domicile par les Pabordes et les Pabordesses aux princi- 
pales fêtes de l'année, aux dons et aux legs généreux dont les 
confrères firent bénéficier la Confrérie. 

Au moyen de ces ressources, on put construire, en 1691, 
dans les bas-côtés de l'église (sud), une chapelle spécialement 
dédiée à Notre-Dame du Rosaire ; en 1699, on la dota d'un 
beau retable en bois, que Joseph Sufier sculpta dans son atelier 
de Prades, comme nous l'apprennent les deux notes suivantes 
écrites par le curé d'Osséja : 

Vui, als 20 de j^re 1691, ses fêta la capella de la Confraria del Roser, 
essent Pabordes lo S' Francisco (de) Pont y Joan Forn, batlle de Osséja ; 
ses pagat tôt dels dîners de la Confraria que ningu no i a posât ninguna 
cosa. Del que faù fer jo Bernât Gregori, prevere vicari de Osséja. Ita es 
acentat al llibre de la Confraria. 

Vui, als 12 de y^^^ 1699, ses fet lo altar del Roser, de preu de qua- 
ranta una dobla y mitja, als S' Joseph Sunier, escultor ; ses treballat a la 
vila de Prada ; se es pagat dels dîners de la Confraria del Roser, essent 
vicari lo R' Bernât Gregori, y Pabordes Frances Muntet y Gll Puget y 
Frances Lianes, y nIngu volgué anar a cercar lo retaule a Prada, sino los 



— Î22 

traginers de Osseja que son Gil Puget y Francès Forn y Frances Muntet 
y Père Puget y Joan Tapis, tots traginers de Osseja, pagan lo gasto lo 
Paborde dels dines de la Confraria ; del quen fau fe jo Bernât Gregori, 
vicari de Osseja ( i ). 

Cet ouvrage de sculpture, composé de plusieurs panneaux 
représentant divers mystères du Rosaire, fut peint et doré, en 
1703, par Augustin Bosil, originaire de Ripoll, pour le prix de 
42 doubles espagnoles, ainsi que le relate le vicaire perpétuel 
d'Osséja, le Révérend Balles, dont le zèle pour son église ne 
paraît pas moins édifiant que celui de son prédécesseur, le Révé- 
rend Bernard Gregori. 

Lo dit any J703, essent Pabordes : lo S' D' Farran (2) y Joan Delcor, 
havent ejls trobat en dita Confraria 1 6 dobles en especie de molts anys 
antesedents, se determinaren en fer deurar lo retaule per Agusti Bosil, de 
Ripoll, ab lo quai convingueren per preu de 42 doples en especie, y los 
sobredits Pabordes ab sas diligencies aplegaren dita quantitat y de axo 
donaren dit compte ab sas rebudas, entenent en aço lo que arreplegaren 
las Pabordessas de dit any, las quais foren Francisca Delcor y Joanna-Anna 
Balles, alias Oriol, lasquals per sa part donaren compte de 23 escuts. Ita 
est. Balles, vicari de Osseja (3). 



Le registre des comptes de la Confrérie, commencé en lyo'i, 
nous fait connaître les recettes et les dépenses de cette associa- 
tion jusqu'en l'année 1845. Nous nous bornerons à n'en citer 
ici que quelques extraits, qui nous donneront d'utiles indications 
sur les mœurs et les coutumes anciennes des pays cerdans, non 
seulement sur les ressources et la gestion financière de la Con- 

(i) Reg. n° 3, 3* partie, p. 108 ; Arch. comm. d'Osscja. 

(2) 11 s'agit du D' Joseph Ferrant, marié à Raphaële de Pont, d'Osséja. 
Son fils, Emmanuel Ferran y de Pont, fonda, le 2 3 mars «740, un béné- 
fice à Perpignan, à la chapelle dite de l'Evêque. (Arch. des Pyr.-Or., 
G. 373.) 

(3) Pourquoi faut-il que des mains inhabiles aient, malgré les meilleures 
intentions, malencontreusement barbouillé ce magnifique retable du Rosaire 
et tant d'autres œuvres d'art, dignes d'être classées comme monuments 
historiques, de l'église d'Osséja ? Comme c'est regrettable ! Il faut en dire 
autant de la belle statue gothique (xv' siècle) de sainte Marguerite, de 
Palau-de-Cerdagne. 



— iii — 

frérie, mais encore sur le nombre, la qualité et le mode d'élec- 
tion de ses pabordes et pabordesses, sur ses cérémonies particulières, 
sur ses fondations pieuses ou revêtant un caractère purement 
social, comme aussi sur le système et la valeur monétaires de 
l'époque, en Cerdagne. 

Année 1704-1705 : Recettes des pabordes: 2 écus d'or, î char- 
ges et 2 cosses de blé ; recettes des pabordesses : 10 écus, 5 réaux. 
Dépenses: pour la cire, 10 écus; honoraires du prédicateur de 
la fête, 1 écu ; anniversaires pour les confrères défunts et pro- 
cessions, 8 écus. 

En 1709, la reddition des comptes fut faite le 8 du mois d'oc- 
tobre, par les anciens pabordes et pabordesses, en présence des 
prévôts et rosières nouvellement élus pour l'annét suivante, de 
plusieurs notables du village appelés comme témoins et du Révé- 
rend Jacques (de) Girvès, vicaire perpétuel de la paroisse. Total 
des recettes: pS 1. )o s. 6 d., en monnaie française. 

En 1711, le produit «de la aplega acosiuman a fer tolas las 
/estas» fut de 61 1. 4 s., et la dépense de 1 5 1. 10 s. pour (( pa 
heneit » . 

Le 9 octobre 1712, Onufre Dezu, paborda major, Jean-Isidore 
Augusti, paborda mener, Marie-Anne Puig, pabordessa major, 
Marie Albi, pabordessa me«or, 'présentent leur comptes en pré- 
sence de François Llondres, consul major, de Jean-Isidore Augusti, 
consul menor, et du D' Farrant, paborda major, élus pour l'année 
suivante, et du Révérend Jacques Vidal, prêtre et vicaire d'Osséja. 
Recettes: 38 1., 4 charges de blé et j37 1. 10 s. du produit 
de la vente du blé qu'on avait recueilli, du basi y llibre de la 
Confrérie, c'est-à-dire des quêtes faites à l'église par les pabordes 
et des cotisations des confrères. Dépenses: 3o 1. i3 s. pour 
achat de la cire, 11 1. jo s. pour achat d'huile de la lampe de la 
chapelle du Rosaire; 18 1. 6 s. pour anniversaires des défunts 
et pour les processions de la Confrérie; 1 1. 10 s. « per adobar 
la guarnissa y mans de fusler », en la chapelle du Rosaire, le jour 
de la fête ; 9 1. 12 s. <( per la carilat se acosluma a donar ah sacer- 
dols de la desena y al predicador », c'est-à-dire aux prêtres du 
doyenné et au prédicateur appelés le jour de la fête de dite 
association. Total des dépenses: 71 1. 17 s., en monnaie fran- 
çaise. Reliquat : 66 1. et 6 charges de blé. 



224 

Recettes de l'année 1720: 41 1. 5 s. et 1 pesseia espagnola, qui 
servirent à payer « los anniversaris (que) se son diis per los Confrares 
diffunls y les professons de! cap del mes, Goigs y Anliphonas, y aixi 
mateix los capellans de la desena, so es, dos reals plaîa a quiscun lo 
die del T{oser, losquals son satisfels y lo 7^ Mossen Pera Grau te rebut 
de dita quanîiiai 1 2 /r. per los anniversaris [que) se son dits [en) dit 
any y encare te de cohrar mes ». 

Dépenses de l'année jjSo : pour «professons dels primers diu- 
menges [del mes), dies de A'' S", Goix y antifonas, 7 reals y mig y 
4 reals y mig » ; pour les « musichs » et « per lo dinar del dia del 
7(oser 9, que l'on servait à ces musiciens : i3 1. ; puis celles de 
jy33, pour « missas y sermo lo dia del T{oser » ; 1 1 livres. 
{/7 suivre) Jean Sarrète. 

Echos 

Avec un véritable plaisir nous avons appris la nomination au 
titre de Chevalier de la Légion d'Honneur de M. Déodat de 
Sévérac, l'un des plus actifs artisans de la renaissance musicale 
catalane, compositeur de talent. A ce nouveau légionnaire, grand 
admirateur du Roussillon, nous adressons nos plus vives félicita- 
tions. Per molts an\is ! 

♦ 

Nous avons eu la joie d'apprendre que la ville de Paris vient 
d'acquérir une nouvelle œuvre de notre éminent compatriote, 
l'artiste sculpteur Raymond Sudre : une figure en marbre poly- 
chrome, les Trophées de Salem, qui avait été exposée par l'auteur 
au dernier Salon des Artistes Français. Cette statuette est des- 
tinée au musée du Petit Palais. 

En outre, des travaux d'embellissement ont été récemment 
effectués au Jardin de Bagatelle qui mettront encore plus en 
valeur sa 'Fontaine aux Amours, dont s'orne depuis longtemps sa 
gracieuse et célèbre roseraie. 

Toutes nos félicitations à notre distingué compatriote pour cet 
accroissement de gloire qui lui revient ainsi de toutes parts dans 
la capitale du monde artistique. La J^evue. 

LcGcmnt, COMET. Imprimerie Catalane, COMET, rue de la Poste, Perpignan 



14' Atmée. N' 169 Novembre 1920 

Les Manuscrits non insérés ^^^ ^F^^V V^F ^ ^F% 

ne son: oas rendus . t^T m^ ^v ■ J M^^ 

Les Articles parus dans ia Revue ^^^ ^k ^J^ ^^ T ^^ T^J >4 

n'engagent aue leurs auteurs. ^■^Ajk Jl A Aalk^A JkJL^9 A^ 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. — Cotisation : 40 fr. par an 

COTISATIONS 

A cause des gros frais des quittances à domicile qui sont de 
1 fr. 5o, nous n'avons pas encore fait le recouvrement général 
des cotisations, lin certain nombre cependant nous ont payé 
directement ou par l'envoi d'un chèque postal dont le coût n'est 
que de i5 centimes. Les retardataires trouveront inclus un 
mandat-carte rose qu'il leur suffit de remettre au bureau de poste 
ou au facteur lui-même. Le récépissé délivré tient lieu d'acquit. 

Le Bureau voudrait clôturer au plus tôt les comptes de 1920. 

On peut aussi y joindre la cotisation de 1921. 

La Renaissance Catalane 

dans l'Enseignement public ^ privé 
en Roussillon 

Nous avons le plaisir d'enregistrer d'ores et déjà, ici, deux 
beaux gestes de Renaissance catalane émanant, l'un et l'autre, de 
deux administrations distinctes, mais officielles, chacune agissant 
dans sa respective sphère d'action. 11 y a là deux indices très 
manifestes de vitalité catalane dans l'enseignement public et privé 
de notre département, qu'il n'est au pouvoir de personne de 
négliger. 

r Au mois • d'octobre dernier il y a eu un an que, d'après la 
Semaine T^eligieuse de Perpignan, organe officiel de l'évèché diocé- 
sain, une chaire d'éloquence catalane a été établie au grand Sémi- 
naire par Monseigneur de Carsalade du Pont, et que les prières 



— 126 — 

usuelles y sont publiquement récitées en catalan. Les résultats 
constatés en ont été des plus heureux. Nos futurs curés seront 
ainsi mieux armés pour être de bons catéchistes, d'excellents 
prédicateurs et les meilleurs artisans de rénovation sociale dans 
les paroisses qui leur seront plus tard confiées. Nous savons que 
d'autres initiatives épiscopales ne tarderont pas à s'ajouter aux 
précédentes, sur le terrain même de l'enseignement et de la diffu- 
sion des Belles-Lettres et de la Tradition catalanes. 

2' Par décision récente de M. l'Inspecteur primaire de Céret, 
les instituteurs de son ressort académique viennent d'avoir à rédi- 
ger, comme sujet de conférences pédagogiques, la monographie 
historique et archéologique du pays où ils tiennent école. Aussi 
bien, bibliothèques et archives municipales sont-elles devenues, 
depuis quelque temps, un foyer de fervents travailleurs. 

On voit par là combien avisé se montre M. l'Inspecteur de 
Céret. Comme base première à donner à de telles initiatives, il 
y aurait à établir dans chaque école communale : i" une classe 
de "Langue catalane ; une classe d'Histoire roussillonnaise, à supposer 
qu'elle n'y fonctionne encore point. 

Afin que MM. les Instituteurs soient eux-mêmes mieux pré- 
parés à ce genre d'études, il y aurait à fonder, dans toutes les 
Ecoles Normales du département, les deux cours précités en y 
ajoutant un cours à'Mrchéologie générale. 

Par ce moyen, la rédaction des monographies locales devien- 
drait plus aisée et la recherche des documents à ce nécessaires 
n'en serait que plus facilitée. L'habitude aidant, il y aurait plaisir 
et délassement pour tous à se livrer à de telles études. Chacun 
aimerait son école et son village comme son vrai foyer. On vou- 
drait en faire son « chez soi » quasi perpétuel, à l'exemple des 
Denaclara et des Vilalte d'autrefois. Il y aurait à souhaiter enfin 
que l'exemple de M. l'Inspecteur de Céret soit imité de tousses 
honorables collègues. 

Si chaque instituteur et chaque curé se faisait ainsi l'historien 
de sa commune et de sa paroisse, nous aurions d'abord un bel 
exemple d'union et d'action sacrées entre le presbytère et l'école, 
et, au surplus, dans peu, serait faite, comme par enchantement, 
la Grande Histoire du T^oussillon, depuis longtemps attendue. 

La Revue. 



uuuuutuuuuuuuutuuuuuuuuu 
Chroniqueurs et Historiens Catalans 

des Xlir if XIV^ siècles 

e^S^Si^ [SUITE) 

2. — "Valeur historique de la Chronique. 

Ce qui caractérise avant tout Muntaner, c'est son inébranlable 
fidélité envers la maison d'Aragon et son admiration pour son 
pays, la Catalogne. « Qu'on ne s'imagine pas, dit-il, que la Cata- 
logne soit une province peu importante ; sachez, au contraire, 
que le peuple qui l'habite est généralement plus riche qu'aucun 
autre que je sache ou aie vu, quoique la plupart des gens le 
prétendent pauvre. Il est vrai qu'on ne voit pas en Catalogne, 
comme il y en a ailleurs, des hommes puissants posséder de très 
grandes richesses en argent, mais l'ensemble de la population 
est dans l'aisance plus que partout ailleurs ; les habitants vivent 
dans leurs maisons, en compagnie de leurs femmes et de leurs 
enfants, avec plus d'aisance et plus de tranquillité que tout autre 
peuple ; vous serez, en outre, étonnés de ce que je vais vous 
dire, et cependant, si vous observez bien vous trouverez que cela 
est vrai, c'est que nulle part il n'y a autant de gens qui parlent 
un seul et même langage qu'il y en a en Catalogne (i). » 

Muntaner se faisait une haute idée de la langue catalane qu'il 
appelle, à un endroit, lo bell caialanesch ; le catalan était déjà 
pourvu d'une littérature propre et de tous les moyens d'expres- 
sion nécessaires à une langue de culture. 

(i) E negu nos pens que Cathalunya sia poca provincia, ans vull que sapia 
tothom quen Cathalunya ha comunament pus rich poble que negu poble que 
yo sapia ne haja vist de neguna provincia, si be les gents de! mon la major 
part los fan pobres. Ver es que Cathalunya no ha aquelles grans riqueses de 
moneda de certs homens senyalats com ha en altres terres, mas la commu- 
nitat del poble es lo pus benenant que poble del mon, e aqui vivcn mills e 
pus ordonadament en llur alberch ab Durs mullers e ab llurs fills que poble 
qui el mon sia. Daltra part, vos maravellarets duna cosa queus dire, empero 
si be ho cercats axiu trobarets, que dun llenguatge sol de negunes gents non 
son tantes com Cathalans. (Chronica, ch. xxix.) 



— 228 — 

L'un des chapitres les plus remarquables de la Chronica dels 
T^ys d'Mrago est celui où Muntaner juge les causes qui, de son 
temps, donnèrent à l'Aragon une sorte de prépondérance dans le 
Midi de l'Europe, et cette prépondérance, l'Aragon en était 
redevable à ses rois : « Les bons seigneurs, dit-il, contribuent 
beaucoup à faire les bons vassaux, et les seigneurs d'Aragon 
encore plus que les autres, car on dirait qu'ils ne sont pas leurs 
maîtres, mais leurs amis. Si on pensait combien les autres rois 
sont durs et cruels envers leurs peuples, et combien de grâces, 
au contraire, lès rois d'Aragon prodiguent à leurs sujets, on 
devrait baiser la terre qu'ils foulent... ' Ils tiennent «les riches 
hommes », les nobles, les prélats, les chevaliers, les citoyens, les 
bourgeois et les gens des campagnes plus en vérité et en droiture 
qu'aucun autre seigneur du monde... Aussi, leurs sujets sont 
pleins d'amour pour eux et ne craignent point de mourir pour 
élever leur honneur et leur puissance, et aucun obstacle ne peut 
les arrêter, fallut-il supporter le froid et le chaud et courir tous 
les dangers. Voilà pourquoi Dieu favorise leurs actions et leurs 
peuples et leur accorde des victoires (i). » 

Muntaner se montre toujours l'écrivain religieux par conviction 
qui, loin de recourir à l'aveugle fatalité, reconnaît la Providence 
comme la source de tous les événements qu'il décrit : « Qui 
mesure le pouvoir de Dieu et le pouvoir des hommes, dit-il, doit 
penser facilement qu'il n'y a au monde que Dieu et sa puis- 
sance (2). » Au moment où l'amiral Corral de Llança va livrer un 

(i) Car certs siats quels bons senyors ajuden molt affer Durs vassalls 
bons ; sobre tots senyors ho han aquells del Casai d'Arago que nous dire 
que sien senyors de Durs vassalls que enans son llurs companyons ; que qui 
be pensa los altres Reys del mon com estan cars e crus a llurs vassalls, es 
pensa hom los senyors del Casai d'Arago quantes gracies fan a llurs sots- 
mesos, la terra deurian besar quells calciguen... Tenen los richs homens, 
prélats, cavaliers e ciutadans e homens de vilas e de mases mills en veritat c 
en dretura que neguns altres senyors del mon... E per ço llurs sotsmesos 
son enflamats de llur amor que no temen mort per exalçar llur honor e 
senyoria, ans en res no guarden pont ne palanca, ne temen a soffrir fret ne 
calor ne null perill perque Deus creix e millora en tots feyts els llurs pobles 
els dona Victoria. (Chronica, ch. xx.) 

(2) Car qui pensa lo poder de Deus e pensa lo poder nostre, llaugera- 
ment pot cascu pensar que no es als mas Deus e son poder. (Ibidem, ch. 1.) 



— 229 — 

combat à la flotte Sarrasine, il s'adresse ainsi à ses équipages : 
« Le roi* d'Aragon est présent avec vous sur les galères puisque 
voici son étendard qui le représente, et le roi d'Aragon étant 
avec vous, la grâce de Dieu vous aidera et vous donnera la vic- 
toire (i). » Muntaner attribue une immense importance aux rois 
et aux hommes d'action ; ce sont eux qui font l'histoire, mais la 
Providence les protège, les aide et les guide. 

Muntaner ne comprend pas l'histoire à la manière de Bernât 
Desclot dont l'impartialité touche trop souvent à l'indifférence. 
Il compose son livre pour célébrer les hauts faits de sa nation et 
de ses souverains, et il ne s'écarte pas de la voie tracée, mais de 
là résultent un optimisme, des exagérations et d.es réticences que 
nous sommes en droit de lui reprocher. 

Lorsque se présentent des faits peu glorieux pour la Maison 
d'Aragon, il les passe sous silence. J'ai déjà montré qu'il n'a 
point parlé de l'atroce supplice que Pierre 1]] infligea, un jour, 
à des soldats français et la noyade qu'il fit subir à leurs cama- 
rades (2) ; il s'est bien gardé aussi de raconter la guerre que se 
firent les deux frères Jacques 11, roi d'Aragon, et Frédéric 111, 
roi de Sicile ; il passe sur tous ces événements aussi rapidement 
que sur des charbons ardents. A propos de la brouille survenue 
entre l'Empereur Frédéric et le Pape Grégoire en 1229, Mun- 
taner nous dit que « le Diable fit naître la discorde entre eux b, 
et il ajoute tout simplement : « De quel côté fut le tort, je ne 
saurais le dire ; je ne vous en dirai donc rien si ce n'est que la 
guerre crût et s'envenima entre le Pape et l'Empereur, et cela 
dura longtemps (3). » 11 ne veut pas nous dire non plus pour 



(i ) E lo dit En Corral de LIança los dix : Vos altres, senyors, sabets que 
la gracia de Deus es ab lo senyor Rey d'Arago e ab tots sos sotsmesos ; e 
sabets quantes victories ha hagudes de sobre Sarrahins ; ben podets saber 
quel senyor Rey d'Arago es présent ab nos en estes galees, que veus aqui lo 
scu estandart qui représenta la sua persona, e axi quel) sia ab vos, la gracia 
de Deus, e eJi en dara Victoria. (Chronica, ch. xix.) 

(2) 7{evue Catalane, n° 162, p. 78. 

(3) Per obra del Diable mochsc entre ell e el Papa discordia ; de quai 
part vench lo tort no tany a mi queus ho diga, perque nous en diria res, 
mas io treball e la guerra multiplica e creixque entre la Sancta Sglesia e 
Lemperador, e aço dura molt de temps. (Ibidem, ch. xxxii.) 



— îSo — 

quelle raison l'Empereur, qui était allé en Terre Sainte et y 
avait pris la couronne de « Roi de Jérusalem », s'en retourna 
après y avoir fait un assez long séjour : « Je ne vous dirai point 
par la faute de qui ni pour quelle raison, mais si vous cherchez 
bien vous trouverez qui vous le dira (i). » 

Comme il est très intelligent et fort honnête homme, Mun- 
taner a prévu le reproche qu'on ne manquerait pas de lui adresser 
à propos de ses réticences ; aussi, prend-il les devants : « Com- 
ment se fait-il donc que Muntaner passe si sommairement sur ces 
faits ? Et si c'est à moi que cette question fût posée, je répon- 
drais qu'il est des demandes qui ne méritent pas de réponse (2). » 
Cicéron, que Muntaner avait peut-être lu, car il ne manque pas 
d'une certaine culture intellectuelle, Cicéron avait résumé en une 
phrase courte et frappante les obligations de l'historien : « TVe 
quid falsi dicere audeat, ne quid vert non audeat (3) », qu'il se 
garde bien de dire quelque chose de faux, qu'il se garde bien 
de taire quelque chose de vrai ; dire la vérité, toute la vérité^ 
mais sans réticence. Muntaner ne se conforme qu'en partie à 
cette règle suprême, et .il le fait délibérément ; il n'est donc pas 
un historien complet. 

11 semble bien qu'il exagère souvent le nombre des ennemis 
tués dans les combats livrés par la Compagnie catalane. Je n'en 
citerai ici qu'un seul exemple, d'autant plus caractéristique que 
Muntaner assistait à l'action : « Nous attaquâmes tous en masse, 
dit-il, et donnâmes si vigoureusement au milieu d'eux qu'il sem- 
blait que notre fort lui-même s'écroulait tout entier ; de leur 
côté, ils nous heurtèrent très vigoureusement. Que vous dirai-je? 
Pour leur péché et notre bon droit ils furent vaincus. A peine 
leur avant-garde fut-elle battue que, tous ensemble, ils tournèrent 
le dos (4). » La poursuite fut si terrible que « nul ne levait les 

( I ) Per colpa de qui ne per quai raho axi poch vos en diria res, mas be 
trobarets quius ho dira si be cercats. (Chronica, ch. xxxii.) 

(2) E alcuns diran : Com se passa En Muntaner axi sumariament daquests 
feyts ? E si a mi ho deyen, yo diria que paraules hi ha que no han resposta. 
(Chronica, ch. clxxxvi.) 

(3) T>e Oralore. 11, i5. 

(4) E com los senyals foren feyts qui ereri ordonats, pensam de ferir tots 
ensemps en un burs ; e donam tal en mig dells que parech que tôt lo castell 



— i3i — » 

mains sans entamer chair d'homme ». Arrivés au pied d'une col- 
line, les Catalans rencontrèrent la réserve ennemie qui accourait 
à la rescousse des fuyards, si bien qu'ils craignirent d'être débor- 
dés ; « mais, dit Muntaner, une voix s'éleva parmi nous et, tous 
ensemble, nous criâmes à la fois : En avant ! En avant ! Aragon ! 
Aragon ! Saint Georges ! Saint Georges ! Ainsi nous reprîmes 
vigueur et allâmes férir rudement sur eux ; et ils cédèrent, et 
alors nous n'eûmes plus qu'à frapper (i). » La poursuite dura 
jusqu'à la nuit. 

Le récit de Muntaner est très beau, très vivant. En voici la 
conclusion : « Nous vîmes que nous n'avions perdu qu'un homme 
de cheval et deux de pied ; et nous trouvâmes qu'ils avaient bien 
certainement perdu plus de six mille hommes de cheval et plus 
de vingt mille de pied (2). » Cela paraît bien extraordinaire ; 
Muntaner lui-même trouve surprenante cette quantité de morts ; 
il en donne une explication assez inattendue : « Et ce fut, dit-il, 
la colère de Dieu qui tomba sur eux, car nous ne pouvions nulle- 
ment supposer qu'il y eût autant de morts, et nous crûmes qu'ils 
avaient dû s'étouflFer les uns les autres (3). » Quoi qu'il en soit, 
l'exagération semble ici hors de toute proportion. 

Muntaner ne veut pas que ses amis aient tort. On a vu plus 
haut le magnifique éloge qu'il a fait de Roger de Flor, « le plus 
généreux homme qui naquit jamais ». Or, de graves accusations 
ont été portées contre Roger par les contemporains : on l'accu- 

ne vengues en terra. E ells feriren axi mateix molt vigorosament. Queus 
dire ? Que per pecat llur e per bon dret nostre que nos haviem. vanse ven- 
cre ; e puix la davantera fo vençuda, tots giraren a colp, e nos pensam de 
ferir que nul hom no llevava la ma que no feris en carn. (Chronica, ch. ccxx.) 
(i) Mas una veu vench entre nos que tuyt cridam : Via sus ! Via sus ! 
Arago ! Arago ! Sanct Jordi ! Sanct Jordi ! E axi prenguem vigoria e anam 
tuyt ferir fermament a ells, e axi mateix vencerensen ; e llavors nons calech 
mas ferir. (Ibidem.) 

(2) E lendema reconeguem nostra companya, e no trobam que haguessem 
perdut mas un hom de cavall e dos de peu ; e anam llevar lo camp. E segu- 
rament tota hora trobam que hagrem morts be vi. milia homens a cavall e 
mes de xx. milia de peu. (Ibidem, ch. ccxx.) 

(3) E aço fo yra de Deus que vench sobrells, que nos per res nons podiem 
pensar que tanta gent hi hagues morta, ans nos pensavem que los uns affe- 
gassen los altres. (Ibidem.) 



232 

sait notamment d'avoir extorqué aux malheureuses chrétiennes qui 
se réfugaient à son bord des sommes considérables, fondement 
de son immense fortune. Nous avons à ce sujet le témoignage 
défavorable des historiens grecs du temps ; mais Muntaner pré- 
sente ces accusations comme l'œuvre d'envieux de la gloire de 
Roger (i). 

Muntaner montre quelquefois une crédulité naturelle qui lui 
fait croire des choses impossibles que de prétendus témoins lui 
ont rapportées. Je vais en citer un exemple. Nous avons vu qu'il 
était allé à Ephèse, d'évangélique mémoire, où s'élevait alors la 
ville d'Ayasolouk, résidence des princes turkomans d'Aïdin. 
« C'est ici, dit-il, que se trouve le tombeau dans lequel Monsei- 
gneur Saint Jean l'Evangéliste se plaça quand il eut pris congé 
du peuple ; et puis on vit un nuage comme de feu, et la croyance 
chrétienne est que ce fut dans ce nuage qu'il monta au Ciel en 
corps et en âme. Et cela paraît bien par le miracle que l'on voit 
chaque année à ce même tombeau. » Ce miracle consiste en ceci : 
Le jour de Saint Etienne, au moment où l'on commence à dire 
les vêpres de Saint Jean, il sort du tombeau une manne sablon- 
neuse, comme un filet d'eau. « Cette manne est merveilleusement 
bonne pour beaucoup de bonnes choses, c'est à savoir que qui en 
boit quand il sent venir la fièvre, jamais cette fièvre ne lui vient ; 
et, d'autre part, si une femme est en travail d'enfant et ne peut 
accoucher, elle n'a qu'à en boire avec de l'eau ou avec du vjn, et 
elle est aussitôt délivrée ; et, d'autre part, celui qui est assailli 
en mer par une tempête n'a qu'à en jeter trois fois dans la mer, 
au nom de la Très Sainte Trinité, de Madame Sainte Marie et 
du Bienheureux Saint Jean l'Evangéliste, et aussitôt la tempête 
cessera ; et si quelqu'un a mal à la vessie, il n'a qu'à en boire en 
invoquant les mêmes noms, et aussitôt il sera guéri (2). » 



Par les observations qui précèdent, jç n'ai point entendu 
rabaisser les mérites de Muntaner. Tout d'abord ses défauts 

(i) Chronica, ch. cxcim. 

(2) Tiotice sur J{amon Muntaner, dans le volume des Chroniques étrangères, 
p. L. 



— 233 — 

trouvent, dans une certaine mesure, leur explication et leur excuse 
dans le caractère même du livre qu'il écrivait, caractère suffisam- 
ment indiqué ci-dessus. Ces défauts n'enlèvent rien, non seule- 
ment au charme littéraire, mais même à l'intérêt historique. « J'ai 
soigneusement comparé son récit avec celui des historiens grecs 
du temps, dit Buchon, et j'ai toujours reconnu à Muntaner l'avan- 
tage, non seulement d'un esprit plus judicieux et d'un caractère 
plus ferme, mais aussi d'un jugement plus impartial envers ses 
ennemis eux-mêmes et d'un respect plus persévérant et plus 
laborieux de la vérité (j). » 

La véracité de ses récits est donc confirmée par les historiens 
contemporains ; elle l'est aussi par les documents d'archives. 
11 y a d'ailleurs, dans le livre de Muntaner, un accent d'honnête 
homme qui inspire confiance, et nous ne sommes pas en droit de 
supposer qu'il ait jamais voulu nous tromper. 11 nous a dit, à 
plusieurs reprises, que ce qu'il va écrire « est chose véritable et 
que nul ne doit en douter », que lot es verilal axi corn ho Iroba- 
reis per escrit, e no y meiels dupte nengu (2). Si quelquefois il 
s'éloigne un peu trop de la vérité, c'est quand il parle de ce qu'il 
n'a pas vu, de ce qu'il tient de témoins plus ou moins sûrs et, 
enfin, de ce qu'il a puisé dans d'autres livres, car il nous dit lui- 
même, à propos de Jacques le Conquérant, qu' « on a déjà fait 
beaucoup de livres sur sa vie, ses conquêtes, son courage, ses 
efforts et ses prouesses (3). 

Muntaner ne manque point d'esprit critique : voyez au cha- 

(i) En lo dit lloch de Epheso es lo moniment en que Monsenyer Sanct 
joan Evangelista se mes com hach près comiat del pople. E puix vaeren una 
nuu en semblança de foch ; don es opinio quen aquella sen muntas al cel en 
cors e en anima. E par ho be en lo miracle que en lo moniment feu se 
demostra cascun any... E aquella manna es bona maravellosament a moites 
bones coses, ço es a saber quin beu com se sent febra venir, que james la 
febra aquella no li torna ; e daltra part, si dona va en part e no pot fillar, 
quen bega ab aygua o ab vi, tantost es deslliurada ; e daltra part, que si es 
fortuna de mar en gita hom en la mar très vegades en nom de la Sancta 
Trinitat e de Madona Sancta Maria e del beneyt Sanct Joan Evangelista. 
tantost cessa la fortuna. E encare qui ha mal de vexigues en beu en lo dit 
nom, tantost es guarit. (Chronica, ch. ccvi.) 

(2) Chronica, ch. xix. 

(3) Ibidem, au début du ch. vu. 



— 2^4 — 

pitre Lxxn avec quelle pénétration il entre dans les motifs de la 
conduite de Charles d'Anjou après la prise de Messine, et com- 
ment il juge avec décision la faute où fut entraîné par inexpé- 
rience le roi Pierre ]]] en acceptant le défi que lui avait envoyé 
l'Angevin aux abois : 

« Il avait affaire avec un roi âgé et expérimenté en toutes 
choses, car je veux que vous sachiez que l'expérience est d'un 
grand poids dans toutes les affaires du monde, et le roi Charles, 
qui avait eu à soutenir de longues guerres, était âgé et pesait 
mûrement tous ses projets. Sans doute le roi d'Aragon était 
pourvu tout autant que lui de toutes qualités et de tous avantages, 
mais il était jeune, son sang était bouillant, et il n'avait pas tant 
épuisé de ce sang généreux que l'avait fait le roi Charles. 11 ne 
suffit pas de songer au momeut présent, et tout prince, ainsi que 
tout autre personne, doit embrasser à la fois dans sa pensée le 
passé, le présent et l'avenir ; s'il fait ainsi, et qu'en même temps 
il prie Dieu de le seconder, il est bien assuré de réussir dans ce 
qu'il entreprendra fi). » 

Or, Pierre 111, en la circonstance, ne considéra pas le présent, 
« car si sa pensée se fût arrêtée sur le présent, il se fut bien 
gardé de consentir à ce combat, car il eut vu aussi que ce présent 
était tel que le roi Charles était sur le point de perdre tout son 
royaume et qu'il était dans une position si difficile qu'il ne pou- 
vait manquer d'en venir à se remettre au pouvoir du roi d'Aragon 
sans que ce dernier eût un coup à férir ou la moindre dépense à 
faire, puisque tout le pays était sur le point de se soulever (2). » 

(i) Havia a fer ab lo Rey antich e molt savi de tots feyts, cum vull que 
sapiats que la longa pratica val molt a tots los feyts del mon. E lo Rey 
Caries havia llongam«nt continuât en guerres, e era vell e madur en tots los 
feyts. E lo senyor Rey d'Arago segurament era axi be bastat de totes bon- 
dats e de tots bens comell era, mas es ver que era jove e la sanch li bollia 
que no lavia tant escabrentada com lo Rey Caries. Perque no pensa en lo 
temps présent. E creats que tôt savi princep e tota altra persona, de qualque 
condicio que sia, deu fermar son enteniment en lo temps passât, en el pré- 
sent e en lesdevenidor. E si ho fa. ab que tota vegada requira Deus, el prech 
que sia de la sua part, no vendra a menys de son enteniment. (Chrouica, 

Ch. LXXIl.) 

(2) E lo senyor Rey d'Arago no guarda mes dos temps, ço es lo passât e 
lesdevenidor, e lexa lo présent. Que si en lo présent li anas lo cor, bes 



— 235 — 

]] dit, à un autre endroit : « Et qu'on ne pense pas qu'il suffise 
à un prince d'être bon homme d'armes ; il lui faut encore de 
l'intelligence, de la sagesse et de l'habileté, et il doit savoir saisir 
le moment favorable pour la guerre (i). » 

(A suivre) Pierre Vidal. 

guardara que no faera aquestes batalles que be podia ell vaer quel temps 
présent era ta! quel Rey Caries perdia tota la terra, e encara era en tal punt 
que segurament quen aço vengra quen poder sagra a mètre del Rey d'Arago 
sens colp e sens costa, que tota la terra estava en revelarsen. (Cronica, 
ch. Lxxn.) 

(j) E negu nos pens que solament Senyor haja mester que sia bo darmes, 
ans ha mester seny e bondat e saviesa, e que sapia triar en les guerres a son 
avantatge. (Chronica, ch. xxi.) 



Dans la Légion d*Honneur 

La croix de la Légion d'Honneur vient d'être décernée à 
M, Henri de Çagarriga, avec le beau motif que voici : 

(( De Çagarriga [Mntoine-T^aymond-fienri), présideni du Comité des 
Œuvres de Guerre : A dirigé la Croix-T^ouge pendant la guérie avec 
le plus grand dévouement, organisé les secours aux premiers envois de 
blessés, n'a cessé d'apporter le plus vif concours aux blessés de guerre 
el aux œuvres des mutilés et anciens combattants. » 

Rappelons que M. Henri de Çagarriga est depuis longtemps 
membre de notre Société d'Etudes Catalanes et qu'il lui est 
fidèlement attaché. 

Nous ne saurions oublier encore que le nouveau et très distin- 
gué légionnaire est aussi, à cette heure, l'une des plus brillantes 
personnifications de cette si chevaleresque race et de cette si 
illustre tradition catalanes, dont les membres de notre honorable 
compagnie ont pris à coeur de réveiller les gloires historiques. 

Aussi bien, est-ce avec un sentiment de légitime fierté que la 
Société d'Etudes Catalanes se réjouit de l'insigne croix d'hon- 
neur, si hautement méritée, que la France reconnaissante vient 
de fixer au séculaire et illustre blason du digne héritier des 
« chevaliers de Saint-Louis », François, Gaétan et Augustin 
de Çagarriga. 

Au nom de la 7{evue et de la Société d'Etudes Catalanes, 
nous adressons donc à notre distingué confrère et à tous les siens 
l'hommage de notre respectueuse admiration. J. S. 



Planch de Pons de Mataplana 



(Complainte du xiii^ siècle) 



Cossirôs cant, e plàng e plor, 
pêl dol que m(h)a sazit e près 
al cor per la mort mon marques 
en Pons, lo près de Mataplana, 
que z éra francs, lares e certes 
e ab totz bôs capteneméns, 
e tengutz per un dels millors 
que fôs de Sant-Martî de Tors 
tro Cerdai" e la terra plana. 

Lôncs cossiriers ab gréu dolor. 

(h)a laissât, e nostre paés 

sens conort, que no n'(h)i (h)â gés, 

en Pons, lo près de Mataplana. 

Pagans l'an mort, o mas Dieu l'a près 

a sa part, que '1 sera garens 

dels grans forfagz e dels menors ; 

que 'Is àngels li fôron autors, 

car mantenc la lei cristiana. 

Marques, s'ieu dis de vos folor 
ni mots vilans ni mal après, 
de tôt ai mentit e mesprès ; 
qu'anc, pos Diéus basti Maiaplana, 
no (h)i ac vassal que tan(t) valgués, 
ni que tan(t) fôs près ni valéns 
ni tan onratz sobre 'Is aussors (]), 
ja 's fôsso rie vostr' ancessors (2) : 
et non (h)o die gés per ufana. 

(i) Sobre los mes alts. 

(2) Per molt que valguéssen vostres antecessors. 



- .37- 

Marques, la vostra desamor 
e l'ira que é (i) nos dos se mes 
volgra ben, se a Dieu plagués, 
ans eissisets de Mataplana, 
fôs del tôt patz pcr bona fès : 
que '1 cor n'ai trist et vauc dolens, 
car no fui ab vostre secôrs ; 
quar ja no 'm tengra pahors 
no 'us valgués de la gent trufana. 

En Paradis, el (2) loc meiilor, 
lai o '1 bon rei de Fransa es (3) 
prop de Rotlan sai que l'arm' es 
de vos marques de Mataplana ; 
e mon joglar de Ripolés 
e mon Sabata eissaméns 
estan ab las donas gensors 
sobre pâli cubert de flors 
josta 'n Olivier de Lausana. 

Guillèm DE Bergada. 

(1) Entre. 

(2) En lo. 

(3) Lia 6n lo bon rey de França (Caries Magne) es. 



Pensaments 

De les nostres misérables virtuts trayem-ne lo que devem al 
tempérament, a l'honor, a l'opiniô, a l'orgull, a l'impotencia y a 
les circumstancies, que 'n quedarà ? Ben poca cosa. 

X. DE Maistre. 

La salut no es mes que un nom ; ia vida, un somni ; la gloria, 
una aparencia ; les gracies y els plaers, un divertiment perillôs. 

BOSSUET. 

Una injusticia fêta a un home es una amenaça fêta a l'huma- 
nitat. Montesquieu. 

El desitg es el pare del poder. Chateaubriand, 



La Confrérie du Rosaire à Osséja 

(SUITE cr rm) 



Afin d'augmenter l'éclat de la fête et de donner à la proces- 
sion du dehors plus de splendeur, la Confrérie y invitait dix 
prêtres des paroisses voisines. La cérémonie était ainsi avec 
diacre et sous-diacre, dès lors plus imposante. 

Suivant un usage autrefois fort répandu en nos pays catalans, 
mais à peu près disparu aujourd'hui, sauf en quelques paroisses 
de la Cerdagne française, les jeunes gens, auxquels était dévolu 
l'honneur de porter l'étendard — penon — de la Confrérie ou 
bien la statue de la Vierge, se revêtaient, tout comme le diacre 
et le sous-diacre, d'une aube et d'une dalmatique blanches. Ces 
détails nous ont été consignés dans les deux notes suivantes, 
dont nous reproduisons ici le texte, destiné à perpétuer le sou- 
venir de ces vieilles et curieuses coutumes cerdanes : 

Noto que se ha gastat de la Confraria del Roser, fins la hora présent, es 
lo seguent : primo, per las dalmaticas de damas blanch 26 fr. ; per lo gasto 
foldras, céda, fil y mans, 43 fr. ; deutos per un camis, amit y draps que 
serveixan demunt lo altar, deu franchs y mig. Las dalmatiquas se son fêtas 
essen Paborde Francisco Delcor, lo any 1735. 

Mes se ha fet las dalmaticas riquas per los minyons de remellot, monta, 
compres tôt lo foldra y mans, i3 fr., Tubau sen paborde, Josep Domenech 
sastra. La capa de remellot blanch de N" S'" del Roser costa, galo, foldra, 
céda y mans, 27 fr. 

Cette dernière mention indique clairement que, à cette époque, 
la statue de Notre-Dame du Rosaire était habillée, suivant les 
coutumes anciennes de nos pays catalans. 

En 1737 il fut dépensé, pour les gâteaux ou pains particuliers 
— - « per la coca del die del T^oser » — que le célébrant bénissait 
à l'offertoire de la grand'messe et que les pabordes distribuaient 
aux fidèles durant cette cérémonie, Sy 1. 10 s., et « per comprar 
un pendero y adobar lo vell y cascabells per los penderos » 10 1. 5 s. 



— 239 — 
Les membres et les dons en nature ou en argent étant devenus 
plus nombreux, les recettes de la Confrérie s'élèvent à l'impor- 
tante somme de iSî 1. ii s. en l'année 1752. 



"Fondations pieuses. — Une messe hebdomadaire, missa semma- 
nera », devait être célébrée à la chapelle du Rosaire tous les mer- 
credis pour le repos de l'âme de n Dona Theresa {de) Ponl y de 
Morer-ù, qui en avait assuré la fondation, le 20 mars 1721, par 
acte notarié déposé chez M' Jérôme Vergés, notaire de Puig- 
cerda. La noble testatrice avait affecté, au paiement de cette 
messe, une rente annuelle au taux de 9 1. 3 s. 4 d., solvable le 
1" octobre, que Jacques Gélabert, de Puigcerda, payait depuis 
longtemps déjà, « a la casa de Morer de dila vila », d'après acte 
déposé, le 8 juillet 1682, à l'étude de M' Joseph Mas, notaire 
de Barcelone. 

Joseph Granés faisait, pour la même fondation, un censal de 
pension annuelle de 3 1. 3 s., payables le 1" octobre, qu'il retirait 
de la maison qu'il possédait à Puigcerda, à la rue dite den Calva, 
suivant acte reçu chez M' Raphaël Farrant, notaire de cette ville. 

Joseph Borrell, maître-maçon, mesire de casas, faisait aussi pour 
ces messes un censal de pension annuelle de 3 1. qu'il payait, pour 
le dit Morer de Puigcerda, sur les maisons qu'il possédait dans 
cette ville, « en la placeîa den Corlinas », suivant acte reçu chez 
M' François Puig, notaire à Puigcerda, en date du 4 octo- 
bre 1669. 

En 1756, il fut célébré 22 messes anniversaires, dont 4 « de las 
Mare de Deus», c'est-à-dire devant être célébrées le jour des 
4 grandes fêtes de la Vierge solennisées par la dite Confrérie 
d'Osséja, à savoir : la Purification, 2 février ; l'Annonciation, 
25 mars; l'Assomption, i5 août; la Nativité, 8 septembre. 11 
fut en outre célébré plusieurs autres messes pour divers confrères 
défunts. La dépense totale pour ces messes fut de 36 fr. , en 
monnaie française. 

Parmi les fondations qui étaient faites en faveur de la Con- 
frérie d'Osséja, il en est une qui mérite une mention particulière, 
à cause de son caractère particulièrement social : c'est celle 
qu'avait fondée le docteur Pierre Bernole, d'Osséja, en faveur 



— 240 — 
de 4 jeunes filles pauvres à marier. 11 avait légué à la Confrérie un 
capital à la rente annuelle de 100 1., en monnaie espagnole. Ces. 
intérêts devaient être répartis, par les soins du curé de la paroisse, 
à ces 4 jeunes filles, le jour de leur mariage, comme en fait foi 
la note suivante : 

En presencia de nosaltres, lo Révérend Baptista (de) Girvès, vicari secun- 
dari de Osseja, y Gil Alart, consul de dit Uoch, lo Révérend Père Llondres, 
vicari perpetuo, a entregat a Francisco Anglada, dél lloch de Palau, com a 
espos de Theresa Soliguer y Anglada, la suma de 2 5 lliuras, moneda de 
Espanya, les que dit Francisco Anglada a acceptât com a dot y en nom de 
tôt de sa muller Theresa Soliguer y Anglada, lasquals lliuras 11 entrega dit 
Llondres de aquelks 100 que lo D' Père Barnola deixa en son testament 
per distribuir a 4 minyonas pobras de Osseja, y sos annexas, y per que 
constia sempre que convinguia firman lo présent a Osseja, als 3 de maitg 
de 1789: Joan Baptista (d?) Girvès, vicari secundari, Gil Alart, consul, 
Llondres vicari perpetuo de Osseja. (Suivent les signatures.) 

Jean Sarrète. 

(i) Cet ecclésiastique, originaire de Bolquère, était vicaire perpétuel 
d'Osséja, en i656. 11 devint plus tard Prévôt du monastère de la Pobla de 
Lillet (provincia de Barcelona). Cf. Llibre de comptes de la Obra de Sanl Pera, 
P 24, r° et v° ; Arch. paroiss. d'Osséja. 

Bibliographie 

La Sirène Blessée, poèmes, par Emile Ripert. Pion, éditeur, Paris, 
I volume, 7 fr. 5o. 

Sous ce titre évocateur, l'auteur de La Terre des Lauriers, qui obtint en 
191 2 le prix national de poésie, publie ce nouveau recueil de poèmes, que 
les événements ont fait la suite logique du précédent volume écrit à la gloire 
de la Provence. 

La Terre des Lauriers, c'était l'histoire héroïque et légendaire de la Pro- 
vence à travers les âges. La Sirène "Blessée est l'évocation du même pays 
lumineux et charmant, au cours des tragiques années qui ont souvent attristé 
son cœur. Le volume, qui s'ouvre par un magnifique poème sur la mort de 
Mistral, célèbre tour à tour tous ceux qui sont tombés de 19143 1919 
pour la défense de la civilisation et de la Méditerranée latine. Dans un 
émouvant et curieux poème dramatique en quatre tableaux, qui donne son 
nom au volume, le poète évoque cette Méditerranée souillée par les navires 
des Barbares et se dressant indignée contre eux. 

Ce nouveau recueil classe définitivement Emile Ripert parmi les meilleurs 
poètes de notre temps. 

L«G«nuit, — COMET. Imprimerie Catalane, COMET, rue de la PoMc, Perpignan 



14- Aimée. N* l7ô Décembre 1920 

REVUE 

CATALANE 



Les Manuscrits non inscrés 
ne sont oas rendus. 



Les Articles parus dans ia Revue 
n'engagent que leurs auteurs. 

Organe de ia Société d'Etudes Cataianes. — Cotisation : 10 fr. par an 



Chroaiqueurs et Historiens Catalans 

des Xlir ^ XIV^ siècles 

^JS^SXd (Suile et Tin) 

3. — Valeur liiiéraiie de la « Chronica » ei caractère de son auteur. 

S'il y a lieu de faire quelque réserve au sujet de la valeur his- 
torique du livre de Muntaner, personne n'en conteste les qualités 
littéraires. Et pourtant cet intrépide soldat n'est homme de plume 
que par occasion ; son aversion pour tout ce qui ressemblerait à un 
développement de rhétorique, pour tout ce qui sent l'homme de 
lettres est peut-être le trait le plus saillant de Muntaner. Jamais 
cependant historien n'écrivit d'un style plus personnel et plus 
digne à la fois ; il trouve pour certains faits des expressions har- 
dies et pittoresques, des comparaisons pleines de vivacité. Si 
quelquefois son style présente des obscurités, la faute en est 
presque toujours à l'étonnante infidélité des textes que nous pos- 
sédons. Muntaner a un sens très vif du mouvement, de la couleur ; 
il voit admirablement le détail et lui donne un relief merveilleux; 
il présente et relie entre eux ses récits avec simplicité et clarté, 
ce qui exige chez l'historien beaucoup de netteté dans l'esprit et 
aussi une connaissance parfaite des événements qu'il raconte. A 
ces qualités Muntaner joint la puissance dramatique et l'imagina- 
tion, ce qui donne à son récit « je ne sais quoi de l'intérêt du 
roman uni à la magnificence de l'épopée » (i)- 

Chez lui» tout est noté et mis sous nos yeux : les faits, les 
hommes et les lieux sont retracés au vif et avec leur véritable 
physionomie. Certains de ses récits, comme le défi adressé 

(ly Cambouliu, ouv. cité, p. 28. 



— 242 — 

à Pierre 111 par Charles d'Anjou et la remise du petit Infant de 
Majorque à sa grand'mère la reine Esclarmonde, constituent des 
scènes de mœurs qui font du livre de Muntaner une des Chro- 
niques les plus précieuses du moyen âge. Dans la description des 
batailles il échauffe eJt entraîne le lecteur ; on sent, en les lisant, 
qu'il se plaît aux combats et ces combats sont souvent des batailles^ 
épiques, comme celles qui amenèrent la ruine des armées turques 
des émirs d'Anatolie, puis celle des troupes grecques de Michel, 
le fils aîné de l'empereur Andronic. Le récit de la défense de 
Gallipoli dont il fut l'àme est admirable de mouvement, de viva- 
cité et de précision. 

Mais le plus grand attrait du livre de Muntaner, c'est qu'il s'y 
est mis lui-même, ainsi qu'on peut s'en rendre compte par l'ana- 
lyse que j'en ai donnée plus haut ; sa physionomie^ s'y détache en 
pleine lumière ; il s'y montre tout entier avec ses qualités et ses 
défauts. Après avoir lu la Chronica, on sait que Muntaner était 
modeste, car tout ce qu'il dit de soi est plein de bon sens ; on 
sait qu'il était courageux, ne reculant jamais devant ce qu'il 
croyait être son devoir. On voit par plusieurs passages de son 
livre qu'il était charitable ; sa gaieté d'humeur, son amour de 
l'éclat, et aussi, du butin se révèlent en plusieurs endroits de sa 
Chronica. Parlant de la sanglante défaite que les Catalans venaient 
d'infliger aux Grecs devenus leurs ennemis, Muntaner dit : « Le 
butin que nous fîmes en cette bataille fut si grand que nul ne 
pourrait en faire le compte ; nous passâmes bien huit jours à 
piller leur camp. Nous n'étions occupés qu'à enlever l'or et l'ar- 
gent que ces gens portaient sur eux ; car toutes les ceintures des 
gens de cheval, les épées, les selles et les freins et toutes leurs 
armes sont garnis d'or et d'argent... Et ainsi ce que l'on gagna 
fut sans fin et sans nombre » (1). C'était la guerre ! 

Fidèle et loyal serviteur de ses rois et de sa patrie, il a une 
très grande confiance en l'avenir de la puissance catalane. Ce sen- 

(]) Queus dire? Quel guany fo axi gran que en aquella batalla faem que 
nombre negu no si poria mètre ; que viii. jorns furcam a llevar lo camp ; que 
no calia mas llevar aur e argent que squelles gents portaven desus ; que totes 
les cintes dels homens de cavall e les espases e les seylles e les frens e totes 
llurs armadures son guarnides dor e dargent... E axi fo sens fi ço que s' 
guanyâ. d {Chronica, ch. ccxx.) 



^ .4^ - 

timent patriotique et national, qu'on entrevoit chez Jacques le 
Conquérant et chez Desclot, s'affirme et s'accentue chez Mun- 
taner. Il a la vue nette des faits ; il en scrute les causes et en 
déduit les conséquences ; il blâme les opérations en homme clair- 
voyant et en aperçoit l'incohérence. L'homme se montre surtout 
dans cette touchante vision d'un « prud'homme » vêtu de blanc qui, 
à deux reprises, l'invite à écrire son livre ; mais nulle part son 
âme bonne et généreuse n'apparaît plus humaine que dans la rela- 
tion de son voyage de Catane à Perpignan pour porter à la reine 
Esclarmonde le fils de Ferran de Majorque, la remise de son 
précieux fardeau, sa séparation d'un enfant à peine âgé de quel- 
ques mois ; ce sont là des scènes admirables qui excitent l'émotion 
et provoquent la sympathie pour l'écrivain, le poète et l'homme ; 
on lui pardonne bien volontiers ses inexactitudes et ses exagéra- 
tions en faveur de son patriotisme et son excellent coeur (i). 

Pierre Vidal. 

(i) Sur Muntaner, en outre des livres déjà cités, on doit consulter : 
Moncada (Francisco de). "Expedicion de los Catalanes y Aragoneses contra 
Turcos y Griegos, Barcelona, Lorenço Deu, jéaS, petit in-4°. 

Expédition des Catalans et des Arragonats (sic) contre les Turcs et les Grecs 
par Moncada, traduit de l'espagnol par M. le comte de Champfeu. Paris, 
C. J. Trouvé, 1828, 1 vol. in-8'. 

Moncada a rajeuni et développé le livre de Muntaner. 11 a connu et utilisé 
deux historiens grecs contemporains des événements qu'il raconte ; ce sont : 
I* Pachymère, qui a écrit l'histoire de l'empereur Michel Paléologue et 
celle des vingt-six premières années du règne d'Andronic 11 ; 2° Nicéphore 
Grégoras, auteur d'une Histoire de Constantinople. 

Schlumberger (Gustave). Expédition des « Almugavares s ou routiers 
catalans en Orient, de l'an i3o2 à l'an i3)i. Paris, Plon-Nourrit et C", 
>902, in-8''. 

11 est fait principalement au moyen d'extraits de Muntaner, de Moncada, 
de Pachymère et de Nicéphore Grégoras. M. Schlumberger a combiné les 
récits de ces quatre écrivains et a composé un livre d'une lecture agréable. 

Depuis longtemps M. Antoni Rubio y Lluch, l'homme d'Espagne qui 
connaît le mieux l'histoire et la littérature médiévales de la Catalogne, s'occupe 
de cette fameuse expédition des Catalans en Grèce. 11 a déjà publié : T^oticia 
geografica de l'Orient segons en Muntaner (dans les tomes 1 et 11 du Butlleti del 
Centre Excursionista de Catalunya) ; La expedicion y dominaciôn de los Cata- 
lanes en Oriente juzgadas por los Griegos (dans les Memorias de la T^eal Aca- 
demia de Buenas Letras de Barcelona, t. iv, année iS8y) ; Catalunya a Grecia 
(un petit volume de la Biblioteca popular t l'Jlvenç ». Barcelona, 1906). La 
partie consacrée à La llengua i la cultura catalana en el xiv* segle est du plus 
grand intérêt. 



La seigneurie ^ h paroisse du Soler 

<^^S^ (Suite et Tin) 

12. François Farrer (1608-1628). — Il rédige son testament le 
24 août 1610(1). Une transaction est opérée, le 28 juillet 1621, 
entre François Farrer et Bernard de Bonameiso, pages de 
Saint-Féiiu d'Avall, laquelle est vendue à Dominique Denbach 
alias Bajet, cultivateur du Soler (2). 

i3. Jean Rocha de Rodilla, docteur en théologie et officiai de 
l'Inquisition (1628-1634). — Le 4 mai 1628, il contracte une 
assurance sur la vie pour l'espace d'un an. Le contractant ne 
pourra « navegar per mar ni dins ni fora del bisbal de "Elna » ; il ne 
pourra sortir par voie de terre qu'une seule fois pour aller au- 
devant de l'évêque d'Elne François Lopès de Mendoça « fins a la 
ciulai de Barcelona lani solameni, anant y tornant sempre per h cami 
real » (3). Curieuses, en vérité, les conditions de cette assurance ! 

14. Jean Torrent (1634-1639). — On afferme, en i636, le four 
à cuire le pain appartenant à la Fabrique (4). 

i5. — Christophe Rausich, docteur et commissaire de l'Inqui- 
sition (ib39-i652). — A la requête présentée par Christophe 
Rausich, Jacques Cavalier répond, en 1647, qu'il est prêt à reven- 
dre les deux propriétés mentionnées dans la requête sous condi- 
tion expresse de remboursement de 81 livres de la vente, des 
foriscapis et des frais d'acte, et sous réserve du tiers des grains (5). 
Christophe Rausich rédige son testament en i652. Il veut 
3oo messes et il laisse un pré à l'église à charge de 200 cantas 
par an pour le repos de son âme : ce pré confronte « lo cami de 
Tuhir » (6). 

16. Thomas Cavaller (1653-1669). — Les fruits de la rectorie 
du Soler sont affermés, en i655, à l'exception des olives et des 

(i) Arch. des Pyr.-Or., G. Ô78. 

(2) Ibidem. 

(3) Ihidem. 

(4) Ibidem. 

(5) Ibidem. 

(6) Ibidem. 



- 745 - 

raisins : « Tôt aquell delme o part de délme tocant y expectant 
a] R. Thomas Cavalier, prevere y rector de la présent iglesia del 
lioch del Soler, com son de blats, ordis, civadas, miils, excepto 
lo delme de oly, vi, rahims y olivas v>. Le fermier devra donner, 
le i5 août, 8 charges de blé « als frares de Sant Bernât del con- 
vent de N' S" de Eula de PP' ». Le prix de l'afferme est de 
trois doubles d'or (j). Frère Michel Vidal, prieur de Notre- 
Dame de l'Eula, avait essayé d'enlever à Thomas Cavalier une 
partie de la dîme des fruits et des grains du Soler. Une sen- 
tence, datée de i65y, ne donne pas raison à frère Michel 
Vidal (2). En 1661, Thomas Cavalier afferme le four aux condi- 
tions suivantes: « Sapia dit arrendador que haura de tenir pro- 
vehit lo dit forn de bonas llefiyas a gastos seus propris, y haura 
de courer quiscun dia lo pa, y lo pa que desaprofitera, sia poch 
cuyt o sia cremat, aquell haura de pagar lo que judicaran los hon. 
consols del dit lloch, item sapia dit arrendador que ninguna per- 
sona podra courer pa en altre forn sino que lo tinga en sa casa 
mateixa, fora la pena de très Iliures moneda de plata applica- 
dores, ço es la tercera part à la obra de l'iglesia, l'altre tercera 
part à la cort del hon. batlla de dit lloch y la restant tercera part 
a l'arrendador : lo forn tocant y expectant la obra de la iglesia 
parroquial » (3). Le 23 février 1662, François Cavalier donne 
une procuration à Jacques Bosch pour le représenter en jus- 
tice (4). 

17. Biaise Lla7G, prêtre bénéficier de Pézilla-la-Rivière, résida 
au Soler, en qualité d'économe, du 9 septembre 1669 jusqu'au 
2 novembre 1670. 

18. Emmanuel Mandil (2 novembre 1670-12 août 1671). — 
Le 16 avril 1671, un marché est conclu entre le recteur 
Emmanuel Mandil, le batlle, les consuls et un obrer du Soler, 
d'une part, et Louis Générés, sculpteur de Perpignan, d'autre 
part, au sujet de la fabrication d'un retable pour la chapelle de 
Saint Dominique : ce saint avait aussi son autel dans la nouvelle 

(1) Arch. des Pyr.-Or., Fonds d'Oms. 

(2) Arch. des Pyr.-Or.. G. 878. 

(3) Arch. des Pyr.-Or.. C. 1860. 

(4) Arch. des Pyr.-Or., G. 878. 



— 246 — 

église. Le retable devait être exécuté pour la somme de 4$ dou- 
bles d'or, à raison de 33 réaux d'argent par double, et devai,t 
être terminé pour la Saint-Jean prochaine. En outre, il est stipulé 
que le retable aura la hauteur de la chapelle de Saint-Dominique 
et la largeur qui sera nécessaire. 11 aura six niches, trois en haut 
et trois en bas. Au milieu des niches d'en haut, Générés placera 
la statue de l'Immaculée Conception (Notre-Dame de la Con- 
ception) ; ensuite, à droite, la statue de saint Sébastien et, à 
gauche, la statue de saint Roch, que la Fabrique de l'église pos- 
sède déjà ; mais Générés sera obligé de sculpter la statue de 
Notre-Dame de la Conception, Les niches d'en bas posséderont: 
celle du milieu la statue de saint Dominique, celle de droite la 
statue de saint Joseph, celle de gauche la statue de saint Gau- 
dérique, et ces trois statues devront être scupltées par Générés. 
De plus, le retable sera garni de colonnes, de corniches et de 
tous les ornements qui figurent dans le dessin signé par Générés 
et le curé(i). Le retable de Saint-Dominique fut doré peu de 
temps après sa mise en place dans la chapelle. — Emmanuel Man- 
dil rédige son testament le 27 février 1672 (2). Trois mois après, 
il donne procuration à Thomas Cavalier, ancien curé du Soler et 
son oncle, pour résigner la cure du Soler (3). Enfin, le 5 octo- 
bre 1672, Dominique Collarès, clerc d'Elne, pourvu par autorité 
apostolique de la rectorie du Soler, résigne cette rectorie en 
faveur de Joseph Mandil, bénéficier de Saint-Jean de Perpi- 
gnan (4). 

19. Joseph Mandii- (11 décembre 1672-3 août 1711)- — Cet 
ecclésiçistique occupait, en 1676, un bénéfice fondé à Saint-Jean 
de Perpignan par Bérenger de Palma (5). En 1680, il afferme 
les dîmes de la rectorie, à l'exception du blé. Le preneur don- 
nera au curé quatre « dourchs » d'huile pour « la llantia del altar 
major ». Le prix de l'afferme est de i5o doubles d'or (6). — La 



(1) Arch. des Pyr.-Or., G. 878. 

(1) Ibidem. 

(3) Ibidem. 

(4) Ibidem. 

(5) Arch. des Pyr.-Or.. G. 37S. 

(6) Arch. des Pyr.-Or.. G. 878. 



— 247 — 
confrérie dels Desempara ts, dont le siège était dans l'église de 
Saint-Jacques de Perpignan, possédait des propriétés au Soler. 
Un billet d'enchères pour l'afferme de ces biens en i683 dit que 
le fermier portera les redevances payables en nature « a la casa 
ahont Nostra Senyora dels Desemparats té ios graus en la présent 
vila de PP' » (i). 

La Confrérie du Rosaire avait été fondée dans l'église du 
Soler en 1682. Le 3 mai i683, les membres de cette confrérie 
se réunissent dans l'église paroissiale, au son de la cloche selon 
l'habitude, pour obéir aux ordres des consuls Godail et Victor 
Font et après avoir reçu l'autorisation du vicaire-général de Rous- 
sillon et Vallespir. Dominique Valeta, barlle de la localité, assiste 
à la réunion. Dans cette réunion on. rédige et on approuve les 
statuts de la confrérie du Rosaire. En même temps, le curé 
Joseph Mandil et les habitants décident que chaque premier 
dimanche du mois on ferait une procession du Rosaire, et déter- 
minent l'itinéraire de cette procession : les deux grandes proces- 
sions du Rosaire d'octobre et de mai suivront le parcours du 
Corpus Chrisli. 

Le retable de la chapelle du Rosaire devait être doré. C'est 
pourquoi, le 3 janvier 1687, un marché est conclu avec Jean 
Scriba pour dorer ce retable : « Los S" rector, batlle y pabor- 
des donan a dorar al dit Scriba lo retaula de la dita capella (del 
Roser) construhit dins dita iglesia... sera dorât de or a fons junt 
ab la estafadura de expolins y brocat y pinturas fînas. Ab pacte 
que se obliga lo dit scriba dorar la cadireta y la figura de 
N" S" del Roser que es en dita Confraria del Roser ». 

îo. Jean Berta et P. Maron (3 août 171J-30 janvier iJiS). 

21, Pierre Cabestany (29 janvier I7i5-i3 avril 1753). — Il 
prend possession de sa cure le 29 janvier 1715 (2). Peu de temps 
après, Pierre Cabestany n'est pas d'accord avec les habitants 
pour l'entretien de la lampe qui doit brûler devant le Saint- 
Sacrement (3). Après enquête, l'entente s'établit. 

22. Antoine Cavaller (i3 avril 1753-20 décembre 1765). — 

(1) Archives des Pyr.-Or., G. 546. 

(2) Arch. des Pyr.-Or., G. 878. 

(3) Arch. des Pyr.-Or., C. 1860. 



— 248 — 

La prise de possession de ce curé est datée du 6 mai lyS'i (i). 
La porte d'entrée de l'église est portée, en 1763, à l'autel actuel 
de Saint-Jean-Baptiste. 

23. Bonaventure QuÈs (20 décembre ijéS-S mai 1791).' — 
Pourvu par autorité apostolique, il prend possession de sa cure 
le 20 décembre 1765 (2). On afferme, en 1783, le pré appelé lo 
prai gros appartenant à la marguillerie de l'église et confrontant 
avec Fr. Rougé, avec messire de Roquebrune et avec un autre 
pré de la Fabrique, agulla entre deux. Le preneur paiera en sus 
du prix de l'adjudication un flambeau de cire blanche du poids 
de 4 livres et deux cierges de cire blanche d'une livre chacun. 
Prix : 67 livres 10 sous par an (3). En 1784, on met aux enchè- 
res les pressoirs appartenant à la Confrérie du Rosaire, Le 
bail est passé par les prévôts de la Confrérie. L'adjudicataire 
payera le prix de son offre pour le plus tard le 25 décembre ; il 
pavera en outre deux flambeaux de cire blanche du poids de 
6 livres chacui' et deux livres de cire blanche pour cierges (4). 

24. — Gaudérique Bigorre (8 mai ij^i). — « Commença, dit 
une relation rédigée en catalan, als 8 maig 179) fins als 18 sep- 
tembre de dit any, en loqual vingué la infelice revolutio de França. 
Los sacerdots foren obligats de fugirse en terras estranyas. Del 
numéro fou Galderich Bigorre. Dins laquai circumstancia vingué 
l'intrus frare Grau que commença als 18 septembre 1791 y se 
retira à Toulouges lo 5 octobre J792. Lo 6 octobre J792, la 
parroquia es restada sens sacerdots, mes lo 23 octobre 1800, lo 
rector Galderic Bigorre (Bonaparta governant) es rentrât de 
Espagne y ha residit dès eix dia fins als 24 de juny 1826. La 
grossa campana fou fêta durant son rectorat de 1822. » 

L'église du Soler fut agrandie en 1829 : c'est alors que la 
porte d'entrée fut mise à la place qu'elle occupe aujourd'hui. 

Le clocher fut placé sur le sol du presbytère actuel (cuisine) : 
il y resta jusqu'à 1829. On y accédait de la tribune par une brè- 
che dans la voûte (en forme de fenêtre) qu'on voit encore dans 
l'intérieur de la Sitge. 

(i) Arch. des Pyr.-Or., G. 878. 
(3) Jbidem. 

(3) Arch. des Pyr.-Or., C. 1860. 

(4) Archives Badie et Respaut, du Soler. 



— 249 — 

En 1829, la nef centrale fut allongée de sept n êtres environ, 
telle qu'elle se trouve encore aujourd'hui. 

La date de la construction de la chapelle de Saint-Gaudérique 
est inconnue : elle eut lieu peut-être en même temps que la cha- 
pelle du Christ. 

Casa de l'obra (chapelles actuelles de N.-D. de Lourdes et Tri- 
nité). Cette maison fut bâtie par la Fabrique de lySi à 1754. La 
note des dépenses se trouve aux archives de la Fabrique. A l'épo- 
que de la Révolution, la commune s'en empara et y établit une 
maison d'école. Quand l'ordre fut rétabli en France, la commune, 
sachant très bien que cet immeuble ne lui appartenait pas, paya 
chaque année 60 francs de loyer à la Fabrique. En 1873, la com- 
mune fut mise en demeure par la Fabrique d'avoir à évacuer 
l'immeuble et la casa de l'obra fut ajoutée à l'église. C'est à cette 
époque qu'on pratiqua les deux arceaux actuels en face de 
N.-D. de Lourdes et de la Trinité. Il n'y avait primitivement, 
en place de ces arceaux, que deux petites niches où étaient pla- 
cées les statues de saint Honorât et de sainte Philomène. 

Vers 1840, le presbytère actuel fut construit par la commune. 
En 1843, la Fabrique acheva l'appropriation du local. 

En i856, on ajouta à l'église l'emplacement occupé actuelle- 
ment par les fonts baptismaux et l'appartement des chaises. 

La chapelle des fonts baptismaux fut construite en i858. Le 
bénitier, en marbre rouge, placé devant les fonts baptismaux, a 
une certaine valeur. 

Par conséquent, l'église du Soler fut agrandie à mesure que la 
population augmentait. Ce qui fait que ce monument manque 
absolument d'unité et de régularité ; toutefois la nef primitive 
n'est pas dénuée de beauté architecturale. 

La seigneurie du Soler d'Avall 

Cette seigneurie est ancienne. Mais, pour étudier son histoire 
d'une manière suivie, il faut partir du xiv' siècle. 

En 1357, le château du Soler d'Avall est affermé : « Caslrum 
de Solerio inferiori arrendatur » (i)- 

(1) Alart, Cart. rouss. mi., t. xiv, p. 536. 



— îSo — 

Bernard Beringuer de Perapertusa figure comme « senyor del 
Soler d'Avall » en i36o. 

A partir de cette date, on distingue plusieurs familles seigneu- 
riales. 

Famille de Fenollet 

En i362, André de Fenollet met son épouse Sibille en pos- 
session du Soler d'Avall (i). Peu de temps après, le même sei- 
gneur reconnaît devoir à G. de Villelonga 40 livres, tous les ans, 
sur les revenus du Soler d'Avall (2). Cette localité comprenait 
cinq feux en i385. Elle fut taxée pour ce nombre de feux lors 
de l'expédition contre le comte d'Empurias et l'entrée de gens 
armés (3). Il est donc certain que la population du Soler d'Avall 
n'était pas bien importante. Elle se composait d'agriculteurs qui 
travaillaient la vigne et récoltaient surtout du froment, de l'orge 
et du blé. Pour améliorer leurs terres, ils employaient tous les 
moyens. L'arrosage était un moyen essentiel, de premier ordre. 
Le seigneur l'avait compris. C'est pourquoi, le 29 novembre 1402, 
Pierre de Fenollet fait une concessijon d'eau aux habitants du 
Soler d'Avall. Cette concession vise l'établissement d'un moulin 
à farine et l'arrosage des terres : « Don Pera de Fenollet, ves- 
comte d'ille y Canet y senyor del Soler de Vall, concedi aïs 
consuls de Soler de Vall (y consols de (Soler de mont) lo poder 
de fer un rech y pendre l'aygua defore lo moli de Sant Feliu 
per fer en lo terme de Soler de vall un moli per lo senyor ves- 
comte y per que de aquella pugan regar llurs proprietats, ab 
pacte que degan pagar al dit S" vescomte una mesura de ordi 
per ayminata de terra, y que lo reguer feran se dega régir per 
ell » (4). 

]] convient de noter qu'un moulin à farine était indispensable 
aux populations agricoles : il devait leur rendre les plus grands 
services. Le seigneur seul pouvait le bâtir et le faire marcher. 

Après la mort de Pierre de Fenollet, la seigneurie du Soler 
d'Avall passe à la maison de Perellos. 

(1) Alart, Cart. rouss. ms., t. xv, p. 606. 

(2) Alart, Cari, rouss. ms., t. xv, p. 347. 
(3j Notule de G. Carol. 

(4J Arch. Dép., Fonds d'Oms. 



— î5i — 

Famille de Perellos 

Le 6 août 141 5, le vicomte de Perellos vend à Arnald de Llu- 
pia les pasquiers du Soler d'Avall(i). En i433, Arnald de Llu- 
pia revend à Bernard de Llupia tout ce qu'il avait acheté au 
vicomte de Perellos en 1415 (2). Dix ans plus tard — 11 sep- 
tembre 1443 — Alphonse, roi d'Aragon, accorde l'eau du ruis- 
seau de Perpignan aux habitants du Soler d'Avall et du Soler 
d'Amont moyennant douze deniers par ayminate de terre (3). 

Louis de Perellos, vicomte d'Ille et de Canet, vend plusieurs 
terres. En 1448, Bernard Riambau lui achète une propriété de 
trois ayminates (4). Enfin, le 23 mai 1454, Bernard Riambau 
acquiert de Louis de Perellos la seigneurie du Soler d'Avall pour 
la somme de 2000 livres monnaie de Barcelone (5). Le vicomte 
d'Ille lui fait donation de tous ses droits sur le Soler d'Avall (6). 

Famille Riambau 

Un papier-terrier de i455, dressé par ordre de Bernard Riam- 
bau, énumère les propriétés suivantes : 1 10 ayminates de champ, 
1 ayminate d'olivette, 5 ayminates d'eras, 14 maisons dans le fort 
du Soler d'Avall (7). 

Bernard Riambau est signalé comme seigneur du Soler d'Avall 
dans plusieurs actes de 1465 et de 1472. Ensuite, la seigneurie 
est vendue à François Saguer. 

Famille Saquer 

Le 4 février i52o, François Saguer est mis en possession, par 
Charles Guim, du Soler d'Avall et de toutes les juridictions civiles 
et criminelles de cette localité (8). 

Etienne de Senespleda succède à François Saguer. 

(1) ibidem. 

(2) ibidem. 

(3) ibidem. 

(4) ibidem. 

(5) Arch. Dép., Fonds d'Oms. 

(6) ibidem. 

(7) ibidem. 

(8) ibidem. 



252 

Famille de Senespleda 

François Saguer avait eu des démêlés avec le procureur royal. 
Etienne de Senespleda en subit les conséquences. Le 3 juil- 
let 1591, il se plaint d'avoir été dépouillé injustement de la sei- 
gneurie du Soler d'Avall. 11 demande à être remis en possession 
de cette seigneurie ; il intente même un procès au procureur fis- 
cal du Patrimoine royal (1). Sans doute, Etienne de Senespleda 
fut écouté, puisque, le 9 juin i595, il vend à Guillaume Perios, 
du Soler, les pasquiers et les herms (terres incultes) pour la 
somme de 100 livres monnaie de Peroignan. 

Peu de temps après. Antoine de Vilaplana de Copons achète 
la seigneurie. 

' Famille de Vilaplana 

Le 23 mars 1602, Etienne de Senespleda vend à Antoine de 
Vilaplana de Copons, donzell, domicilié à Barcelone tous les 
droits seigneuriaux et la plus-value de toutes les terres apparte- 
nant à la seigneurie du Soler d'Avall moyennant la somme de 
23oo livres. 

A Antoine de Vilaplana succède son fils François de Vilaplana ; 

A François de Vilaplana succède sa fille Jeanne de Vilaplana. 

A Jeanne de Vilaplana, mariée à don de Foix de Descamps, 
succède Françoise de Vilaplana de Foix de Descamps, sa fille ; 

A Françoise Vilaplana de Foix, mariée à don Jean d'Oms 
et Toqui, succède don François d'Oms, son fils aîné ; 

A François d'Oms succède Joseph d'Oms, son fils. 

En i632, Antoine de Vilaplana de Copons, « dominus loci del 
Soler de Vall » vend une maison située au Soler d'Amont. 
Jeanne de Béarn de Vilaplana a pour tuteur Alexis de Senes- 
terra qui afferme, en léSp, les terres du Soler d'Avall. Qua- 
tre ans après — i663 — don François de Foix de Béarn de Des- 
camps se marie avec dona Johanna de Vilaplana. Don François 
de Foix reçoit un numéraire 5725 livres 10 deniers; il reçoit 
aussi 22 charges de blé de la valeur de 400 livres, 21 dourchs 

( I ) ibidem . 



— 253 - 

d'huile évalués à 200 livres, diverses sommes s'élevant à 6 1 3 1 livres 
10 deniers, soit un total de 15207 ^'vres 6 deniers (1). 

En )668, les habitants du Soler d'Avall prennent une délibé- 
ration relative au procès contre dame Jeanne Béarn de Foix et 
Vilaplana pour maintenir la communauté en ses droits sur la par- 
tie du territoire que ladite dame veut tenir en devèse. On vote 
une contribution extraordinaire pour soutenir le procès (2). 

Le viguier accorde au Soler pour dommages causés par les 
eaux en 1764,860 livres, en 1765, 86 livres, en 1766,209 livres (3). 

Des criées publiques furent faites en 1772 (4). François Blay, 
avocat à la cour, juge du lieu et terroir du Soler d'Avall, vu le 
réquisitoire du procureur fiscal de cette juridiction du 24 et vu 
les criées de cette juridiction du 3 avril 1691, défend à toutes 
personnes, de quelque état ou condition qu'elles soient, de blas- 
phémer le saint nom de Dieu, de la Sainte Vierge et des saints, 
sous peine 'de 10 livres contre chaque contrevenant et à chaque 
contravention ; il défend encore à toutes personnes de jouer 
publiquement ou en cachette à aucun jeu défendu ni à aucun jeu 
permis pendant la célébration des offices divins sous la même 
peine; il défend aussi aux hôtes ou cabaretiers de donner à man- 
ger ou à boire aux habitants et de donner à jouer à quelques 
personnes que ce soient, savoir en hiver après 9 heures du soir et 
en été après 10 heures, sous la même peine. 

Le 29 mars 1772, Peret, huissier en la Cour, accompagné de 
Dordan, crieur public et juré de la ville de Perpignan, se pré- 
senta devant la porte de la maison seigneuriale du Soler d'Avall. 
Là, Dordan ayant sonné de la trompe, Peret lut et publia l'or- 
donnance signée par François Blay. Puis, il en afficha une copie 
sur la porte de la maison seigneuriale afin que personne ne puisse 
l'ignorer (5). 



(1) Arch. Dép., Fonds d'Oms. 

(a) Arch. Dép., C. 1860. 

(3; Arch. Dép., Fonds d'Oms. 

(4) Arch. Dép., Fonds d'Oms. 

(5) Arch. Dép., Fonds d'Oms. 



- .<4 - 

Sainte Eugénie 

La chapelle de Sainte- Eugénie est ancienne. Le 24 août io5i, 
un serment est prêté sur l'autel de Sainte-Eugénie. La forme du 
serment, qui était prêté sur l'autel, procédait d'une idée reli- 
gieuse (1). 

Il est certain cependant que cette chapelle était peu de chose 
en iî58. En eflFet, dans son testament, rédigé en iî85, Bernard 
de Berga, évêque d'Elne, réserve à l'autel de saint Dominique, 
qu'il a fait élever dans l'église du Soler, l'église abandonnée — 
heremam — de Sainte-Eugénie avec obligation pour le prêtre des- 
servant l'autel de saint Dominique de venir célébrer la messe 
deux fois par semaine dans l'église de Sainte-Eugénie (2). 

En i324, Bernard Pascal, du Soler d'Amont, vend à Sclar- 
monde, épouse de Roger Ignace, bougeois de Perpignan, deux 
champs qui se trouvent dans le décimaire de Sainte-Eugénie : in 
décimait Sanctx "Eugenix (3). 

La localité de Sainte-Eugénie se composait de sept feux en 
i385 (4) et possédait un château, caslrum. En 1456, J. Bou, mer- 
cadier de la ville de Perpignan, donne à Claire, son épouse, le 
château de Sainte-Eugénie avec ses dîmes et ses dépendances : 
7. Bou, mercader vill. Perpiniani donacione pura dono vobis Cîare 
uxori mex caslrum de S'" Eugenia cum decimis eî pertinenciis suis [5). 
En iSîS, Rosa Vilanova, épouse de J. Vilanova, était la maî- 
tresse du lieu de Sainte-Eugénie : /. Vilanova donzell marit 
de la senora 7(osa, senyora del lloch de Sanla-Eugenia (S). Un cap- 
breu fut rédigé, en 1681, in Castro de Santa-Eugenia, au profit de 
domina Francisca de Foix de Bearn de Vilaplana, fille de Fran- 
çois de Béarn, épouse de Jean d'Oms de Taqui (7). 

La population de Sainte-Eugénie n'avait pas augmenté depuis 

(1) Brutails, Etude sur la condition des populations rurales, etc., p. xxi, 
note 7. 

(a) Arch. Dép., G. 48. 

(3) Alart, Cart. rouss. ms., t, xin, p. 255. 

(4) Alart, Géographie historique du J{oussillon, 

(5) Arch. Dép., Fonds d'Oms. 

(6) ibidem. 
[y) ibidem. 



— 255 — 

la fin du xiv' siècle. En i385, elle se composait de sept feux ; 
nous y trouvons le même nombre de feux en i683, à l'occasion 
de la guerre contre le comte d'Empurias, un florin d'or par feu 
et par mois (i). 

La seigneurie de Sainte-Eugénie passe à diverses familles, sans 
jouer un rôle important dans l'histoire roussillonnaise, jusqu'à la 
Révolution Française. 

De nos jours, on admire, sur les lieux, un château moderne. 
L'ancien château a été complètement détruit et l'église primitive 
n'existe plus. 11 serait bien difficile de reconnaître l'emplacement 
du caslrum et de l'église. 

Joseph GiBRAT. 



Un Ouvrier Poète 

J'eus le très grand plaisir d'assister, le 2 septembre dernier, 
en compagnie de MM. Alaman et Millas, délégués de Barcelone, 
et de MM. Horace Chauvet et Calveyrach, à une intéressante 
« Vetllada » que donnait ce jour-là le Casai caialà de Perpignan, 
sous la présidence de notre ami Francis. 

Plusieurs orateurs prirent la parole en catalan à cette soirée 
intime. Tour à tour, Francis, Alaman et Chauvet nous parlèrent 
de la fraternité catalano-roussillonnaise, puis Calveyrach nous 
lut un beau poème de J.-Sébastia Pons que l'auditoire souligna 
de frénétiques applaudissements. 

Enfin, après quelques paroles bien senties de M. Batlle, 
membre du Bureau du Casai caialà, un concert fut improvisé à 
notre intention, concert très réussi, au cours duquel il nous fut 
agréable d'applaudir plus particulièrement la Marseillaise en 
catalan, chantée en choeur et debout par tous les assistants, et 
quelques chansonnettes catalanes délicatement interprêtées par 
une jeune dame, qui se fit accompagner sur le piano par sa 
fillette, une virtuose de 14 ans. 

Mais une plus grande surprise nous attendait : tout à coup, 
un homme d'un certain âge, un modeste ouvrier, s'avança et 

(I) Arch. Dep. B. 143. p. 84. 



- 2^6 — 

demanda à Francis l'autorisation de lire quelques petits poèmes 
catalans de sa composition. Je crus tout d'abord que nous allions 
subir une longue et ennuyeuse audition de quelque élucubration 
sans valeur et, malgré moi, mes regards se tournèrent vers la 
porte de la salle ou j'entrevoyais le salut, non seulement pour 
moi, mais pour l'ami Chauvet qui regardait d'un œil consterné 
les nombreux feuillets où le poète avait griffonné d'interminables 
vers. 

J'avoue cependant que, le premier moment de stupeur passé, 
je pris plaisir à écouter cette lecture et que je ne tardai pas 
à être vivement impressionné. Les strophes iff succédèrent aux 
strophes pendant un bon quart d'heure et ce fut pour tous un 
véritable régal. Une diction parfaite ajoutait son charme à la 
musique du vers et l'on sentait bien que ces petits poèmes, 
partis du cœur, allaient droit au cœur de l'auditoire. 

Je m'empressai de féliciter l'ouvrier-poète, M. Miquel Robert, 
et je le priai de me donner, pour les lecteurs de la Revue 
catalane, quelques-uns des poèmes dont il venait de nous faire 
la lecture. Ma proposition fut acceptée, et peu de temps après, 
je recevais une copie de ces poèmes, accompagnée d'une lettre 
charmante, dans laquelle, après m'avoir dit comment il avait été 
amené à la poésie, le poète apprécie ainsi son œuyre : « JVo 
haveu vist mai deh camins a les vorades que ht neixen humilment 
unes fîoreles ? Dels qui passen per alli que pocs s'hi fixen ! Com que 
tantes n'hi han de mes hermoses !... "Doncs, com aquetles flors son 
les meues poésies. » 

La Société d'Etudes Catalanes qui, depuis bientôt quinze ans, 
poursuit son œuvre d'encouragement à l'étude de la langue, ne 
saurait dédaigner ces humbles « floretes » qui poussent au bord 
du chemin. Aussi, est-ce avec plaisir qu'elle en cueillera une 
pour l'offrir aux lecteurs de la J^evue Catalane dans le prochain 
numéro (i). Et ce sera pour nous la meilleure façon de remercier 
le nouveau poète dont nous venons d'enregistrer le nom. 

Louis Pastre 

( I ) Adeusiau. poésie de M. Miquel Robert, paraîtra dans le numéro de 
janvier 1921. 

LcGéfMit, — COMET. Imprimerie Catalane, COMET, rue de la P<Mte, Pcrpégnan 

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DP Revue catalane 

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