Skip to main content

Full text of "Revue celtique"

See other formats




<D 



u 



g 




the pResence of this Book 



n 



thej.m. kelly Iibrary 

has Been maôe possiBle 

thRouqh the qeneRosity 



of 



Stephen B. Roman 



From the Library of Daniel Binchy 



REVUE CELTIQUE 



TOME IX 




Digitized by the Internet Archive 

in 2011 with funding from 

University of Toronto 



http://www.archive.org/details/revueceltiqu09pari 



^\ FONDEE f J 

► > PAR \j 



^ ~ H. GAIDOZ V/ 

^V 1870-1885 ^>* 



PUBLIEE SOUS LA DIRECTION DE 

H. D'ARBOÏS DE JUBAINVILLE 

Membre de l'Institut, Professeur au Collège de France 
AVEC LE CONCOURS DE 

J. LOTH E. ERNAULT 

Professeur à la Faculté Professeur à la Faculté des 

des lettres de Rennes lettres de Poitiers 

ET DE PLUSIEURS SAVANTS DES ILES BRITANNIQUES ET DU CONTINENT 

G. DOTTIN 
Secrétaire de la rédaction 

Tome IX 




PARIS 

F. VIEWEG, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

E. BOUILLON ET E. VIEWEG, SUCCESSEURS 

67, rue de Richelieu, 67 



TABLE DES MATIÈRES 

Pages. 
ARTICLES DE FOND. 
La légende de la conception de Cûchulainn, par Louis Duvau. . . i 

The voyage of Snedgus and Mac Riagla, edited and translated by 

Whitley Stokes 14 

Légendes des monnaies gauloises, par A. de Barthélémy 26 

Recherches sur l'origine de la propriété foncière et des noms de lieu en 

France, par H. d'Arbois de Jubainville (suite . ... 36, 208, 301 
Notes on Welsh Consonants (premier article), by Dr. M. Nettlau. . 64 
Sur quelques inscriptions de Saintes contenant des noms gaulois, par 

R. Cagnat 77- 

Un monument inédit de la liturgie celtique, par F.-E. Warren. . . 88 
La création du monde, mystère breton, publié et traduit par l'abbé Eu- 
gène Bernard 149, 322 

On the materia medica of the mediaeval Irish, by Whitley Stokes. . 224 
Etudes bretonnes. VI. La conjugaison personnelle et le verbe avoir, 

par Emile Ernault 245 

La procession dite de la Lunade et les feux de la Saint-Jean à Tulle. 
La fête du solstice d'été et le commencement de la période diurne chez 

les Gaulois, par M. Deloche 425 

The voyage of Mael Duin, edited and translated by Whitley Stokes. . 447 

MÉLANGES. 

Zimmeriana, by Whitley Stokes 97 

Corrections of a récent édition of the Wùrzburg glosses, by Wh. 

Stokes 104 

Mamurra, par H. d'Arbois de Jubainville 109 

Marc'h bonal, par J. Loth 110 

Saint Patrice et Sen Patrice, par H. d'Arbois de Jubainville. . . 1 1 1 
Saint Germain, évêque de Paris, dans le F élire Oengusso, par H. d'Ar- 
bois de Jubainville 117 

Le Feiire Oengusso, le martyrologe hiéronyir.ien et la liturgie gallicane, 

par H. d'Arbois de Jubainville 118 

Luguselva, par H. d'Arbois de Jubainville 267 

Le jeûne du mercredi et du vendredi chez les Irlandais du moyen âge, 

par H. d'Arbois de Jubainville 269 

Swllt, soit, sout, par J. Loth 272 

Un cas de provectior. inédit, par J. Loth ... 273 

Rhegddofjdd, rh-gofydd, par J. Loth 274 

Provection de moyennes en spirantes sourdes en breton armoricain, 

par J. Loth 354 

L'expression nevez imprimet dans le titre du Grand Mystère de Jésus et 

du Mystère de sainte Barbe, par J. Loth 356 

Do (de, da) particule verbale en breton armoricain, par J. Loth. . . 357 

De la prononciation des noms en -iac en bas-vannetais, par J. Loth. 358 
Du pronom suffixe de la troisième personne du pluriel et du pronom 

possessif de la troisième personne du singulier en gallois, par J. Loth. 360 
Un cas de génitif du pronom de la troisième personne du singulier en 

gallois, par J. Loth 362 



vi Table des Matières. 

Note on the personal appearance and death of Christ, his apostles and 

others, by Whitley Stokes 364 

Notes on the Wùrzburg glosses, by Whitley Stokes 36$ 

Notes bretonnes à propos du volume VII de la Revue Celtique, par 

E. Ernault 370 

Notes sur le volume VIII de la Revue Celtique, par E. Ernanlt. . . 382 
Le char de guerre des Celtes dans quelques textes historiques, par H. 

d'Arbois de Jubainville 387 

Une version inédite du Peredur gallois, par H. Gaidoz 393 

E. Ernault, Table des mots étudiés dans le tome IX de la Revue cel- 
tique 501 

BIBLIOGRAPHIE. 
Max Nettlau, Battage zum cymrischen Grammatikl (Einleitung und Vo- 

calismus) - 119 

Charles Toubin, Dictionnaire étymologique cl explicatif de la langue fran- 
çaise 120 

E. Ernault, Du parfait en grec et en latin 122 

T. -S. Muir, Ecclesiological notes on some of the islands of Scotland . . 123 

E. Ernault, Le mystère de sainte Barbe 124 

R. Atkinson, The passions and the honi lies from Leabhar Breac. . 127 

K. Meyer, Peredur ah Efrawc 136 

W. -G. Wood-Martin, History ofSligo county and town 138 

H. Kiepert, Manuel de géographie ancienne 277 

A. Scheler, Dictionnaire d'étymologie française. . *. . . 280 
J. Rhys and J.-G. Evans, The textofthe Mabinogio.i from the Red Book 

0/ Hergest 283 

R. Mowat, Notice épigraphique de diverses antiquités gallo-romaines . . 287 

Margaret Stokes, Early Christian Ai t in Ireland 39$ 

E. Windisch, Ueber die Verbalformen mit dtm Charactcr r im Arischen, 

ItalischenundCeltiscb.cn 397 

W.-M. Hennessy, Annals of Ulsler 402 

Mélusine 406 

E. Mùntz, Etudes iconographiques et archéologiques sur le moyen âge. . 40S 

Th von Grienberger, Ueber romamsche Ortsnamen in Salzburg . . . 409 

J. Lecœur, Esquisses du bocage normand 410 

Sir Herbert Eustace Maxwell, Studies in the topography of Galloway . . 410 

CHRONIQUE. 

Académie royale d'Irlande. Ses publications de facsimilés .... 295 

Acta sanctorum Hiberniae 290 

Allmer, noms de divinités celtiques 148 

Analecta Bollandiana 416, 496 

Annales de Bretagne 139, 289, 412 

Annales Cambriae. . 416 

Annals of Ulster 300 

Archaeological Review (The) 299, 300 413 

Ascoli, étymologie de glaive et d'orteil, 146; ms irlandais de l'Ambro- 

sienne, Dictionnaire du vieil irlandais 415, 497-498 

Atectorigiana ala. . . 293 

Atkinson (critiqué par Mac Carthy), 294; discours de M. Atkinson à 

l'Académie royale d'Irlande 296, 297 

Borderie (A. de lai, hagiographie bretonne 291 

Brat da ta 29$ 

Brehons en Irlande au xvn° siècle 143 



Table des Matières. vu 

Brieuc (vie de saint) 416 

Brizeux 499 

Buhot de Kersers, note sur un char de guerre gaulois 423 

Bulletin de la Société archéologique du Finistère 419, 498 

Bulletin mensuel de la Faculté des Lettres de Poitiers 292 

Livre noir'de Carmarthen 297 

Cantique irlandais sur le jugement dernier 413-415 

Celtic Magazine (1887-1 888) 144, 293, 418, 497 

Char de guerre gaulois en Berry 423 

Contes bretons 145, 295, 419, 498 

Corpus inscriptionum latinarum. . . . (t. XIV), 145; (t. XII). 417 

D barré 295 

Dareste, études sur le droit irlandais 141 

Evan Davies, notice nécrologique 41.5 

Derdriu (légende de) 293 

Droit irlandais; degrés de parenté 141 

Duns Scott (étude sur) 145 

Ecosse (littérature épique de I') 144, 293, 418, 497 

Ernault, critique de M. G. Guiilemaud, 292 ; le Parfait en grec et en 

latin; Glossaire moyen breton 423 

Evans (Silvan), Dictionnaire gallois 413 

Glossaire comique 499 

(Evans) Gwenogfryn, Autotype facsimilé of the Black Book of Carmar- 
then 297 

Facsimilés de mss. irlandais 295 

Gabhra (poème gaélique sur la bataille de) 293 

Catien de Tours (évangéliaire de saint) 298 

Gilbert (J.-T.l, discours à l'Académie royale d'Irlande 295 

Gelder (H. van), Galatarum res in Graecia et Asia gestae . . . 148, 299 

Germanique (mots d'origine) en irlandais 420, 499 

Gloses bretonnes dans le ms. Ashburnam 45 419 

Guénolé (vie de saint) 496 

Guiilemaud (critique de M. G.) 292 

Hayne, Observations on the state of Ireland in 1600 143 

Hennessy, Annals of Ulster 300 

Héron de Villefosse, Communicationssur diverses inscriptions gauloises. 293 

Hogan (E.), publication des Hayne's observations 143 

Inscription grecqued'Asie Mineure contenant un nom de peuple gaulois. 299 

Irlandais (Etudes sur le vocabulaire) 422 

Journal ofthe royal historical and archasological Association of Ireland. 419, 499 

Judicael (vie de saint) 416 

Kerviler (R.), Bibliographie bretonne 145 

Légende bretonne 295 

Longnon, Atlas historique de la France (2 e livraison) 418 

Loth (J.), Chrestomathie bretonne 139, 289, 413 

Luzel, contes bretons 145,419, 498 

Macbain, études sur la littérature épique de l'Ecosse. 144, 293, 418, 497 

Mac Carthy, critique de M Atkinson 294 

Martins-Sarmento, Os Argonautas 146 

Masson (Donald), traduction d'un cantique irlandais de 1 571 , . . 414 

Meath (préséance de l'évêque de) 419 

Melorus (vie de saint) 416 

Mercure gaulois 290 

Merlin (roman de) 147 



vin Table des Matières. 

Meven (vie de saint) 416 

Meyer (Kuno), traduction du Tochmarc Emere 299, 413 

Monceaux (P.). études archéologiques 290 

Montréal (Société celtique de) 148 

Morlaix, représentation de sainte Tryphine 292,418 

Mowat, étude d'inscriptions gauloises 29 j 

MùllenhofT, Deutsche Altertumskunde. 146 

Mythologie celtique dans la littérature galloise, 292 ; divinités gau- 
loises 148 

Nettlau, articles sur le verbe gallois 419 

Noms de lieu celtiques 418 

O'Grady, critique de M. Zimmer, 294; critique de M. Donaid Masson. 414 

Ossianiques (poésies) 14$, 293 

Paris (G.) et J. Ulrich, Merlin, roman en prose du xii siècle. . . 147 

Passif en r 293, 497 

Patrice (Vie tripartite de saint) 291 

Pietés, peuple celtique 294 

Piuzanski, essai sur la philosophie de Duns Scott 145 

Revue anthropologique 29$ 

Revue épigraphique 148 

Revue des traditions populaires 294, 498 

Rhys, Lectures on the origin and Growth of Religion, as illustrated 

by Celtic Heathendom " 292 

Richey, A short history of the Irish people 147 

Ch. Robert, notice nécrologique 140 

W.-H. Roscher, Lexicon der griechischen und roemischen Mythologie. 1 46 

Salmanticensis codex 290 

Samson (vie de saint). . 416 

Sauvé, le cimetière des saints, conte breton 145 

Serinent par l'épée 144 

Société des traditions populaires, annuaire pour 1887 145 

Stèles funéraires galates à Alexandrie ' 417 

Stokes (Whitley) 291, 496, 498, 499 

Tain bo Chualnge en Ecosse 418, 497 

Thurneysen (R.), Report on Celtic philology 143 

Tochmarc Emere. . 299, 300, 413 

Transactions of the Gaelic society of Inverness 293 

Tryphine (représentation du mystère de sainte) 292, 418 

Tudual (trois vies de saint) 291 

Usnech (mort des fils) 144 

Versification irlandaise 143 

Vieweg (F.), nécrologie 500 

Windisch (E.) 293, 421, 496 

Volney (prix) 423 

Wood-Martin (W.-G.), Article sur les monuments de pierre non polie 

en Irlande 419, 499 

Zeitschrift fur vergleichende Sprachforschung 420 

Zimmer, Eludes i° surles éléments germaniques en irlandais, 420; sur 

le vocabulaire et la grammaire irlandaise 422, 497 

Yves (saint). . 29; 

Errata • 148, 300, 424, 514 



LA LEGENDE 



DE LA 



CONCEPTION DE CUCHULAINN 



M. Windisch a publié l trois versions de la légende irlan- 
daise connue sous le nom de Compcrt Concidaind, « la con- 
ception de Cûchulainn ». De ces trois versions, l'une nous a été 
conservée par le Lcbor na hUidre (ms. de l'an noo environ), 
les deux autres par le manuscrit Egerion 1782 (xv e siècle) du 
British Muséum. Nous réservons pour la désignation des ma- 
nuscrits les sigles LU et Eg., ordinairement employés, et nous 
désignerons les différentes versions de la légende par les let- 
tres U (pour la version conservée par LU), E et e (pour les 
deux versions conservées par Eg.). 

Pour arriver à déterminer d'une façon certaine les rapports 
des différentes versions de la légende entre elles, il faudrait 
avoir entre les mains» tous les manuscrits qui renferment l'his- 
toire de la conception de Cûchulainn. Mais, avec les textes 
publiés par M. Windisch, on peut déjà, croyons-nous, arriver 
à quelques résultats assez précis. Une analyse succincte per- 
mettra de s'en rendre compte. 

Versions U et E. — Une troupe d'oiseaux merveilleux vient 
un jour dévaster la plaine d'Emain. Conchobar monte sur son 
char avec sa sœur Dechtiré, pour leur donner la chasse ; et, 
accompagné de ses guerriers, il les poursuit jusqu'à la nuit. 

1. Irische Texte, p. 134-145. — Cf. p. 324 s. quelques variantes d'un 
autre manuscrit. 

Revue Celtique, IX 1 



2 Louis Duvau. 

Là, il s'arrête avec ses compagnons dans une maison isolée, 
habitée seulement par un homme et une femme. La iemme 
met au monde un enfant, que Dechtiré emmène avec elle à 
Émain Mâcha. Au bout de quelque temps, l'entant meurt, et 
après différents événements, Dechtiré, devenue la femme de 
Sualdam, met au monde un fils, Setanta, nommé plus tard 
Cûchulainn. 

Jusqu'ici la version U ne présente avec E aucune différence 
essentielle : mais le récit de la naissance de Setanta, qui termine 
la version E, est suivi, dans U, d'une discussion entre les prin- 
cipaux guerriers d'Ulster qui prétendent tous a l'honneur d'élever 
l'enfant. Cette seconde partie se retrouve à peu près exactement 
dans e : mais les détails qui précèdent sont fort différents. 

Version e. — Dechtiré, sœur de Conchobar, a disparu depuis 
trois ans avec cinquante autres jeunes tilles d'Ulster. Un 
jour, elles viennent toutes, sous forme d'oiseaux, dévaster la 
plaine d'Emain.- Conchobar et ses guerriers les poursuivent 
jusqu'à la nuit : alors les oiseaux disparaissent, et les guerriers 
trouvent un abri dans une petite maison habitée seulement 
par un homme et une femme. La maison s'agrandit de taçon 
à permettre à tous les guerriers d'y trouver place avec leurs 
chars. Ils apprennent que c'est l'habitation de Dechtiré et de 
ses compagnes. Pendant la nuit, Dechtiré accouche d'un fils, 
Setanta. Puis vient le récit de la discussion entre les guerriers 
d'Ulster, qui se trouve aussi dansU. 

Les versions U,et E n'ont entre elles d'autre différence essen- 
tielle que la présence ou l'absence de la discussion qui suit la 
naissance de Setanta. Or, dans U, cette discussion a été arti- 
ficiellement soudée à la première partie : elle a été empruntée 
à la version c, qui, par conséquent, existait déjà avant l'an i ioo, 
époque à laquelle a été copié le Lebor mi hUidre. Les vers sui- 
vants l intercalés au milieu du récit de la discussion nous sem- 
blent le prouver d'une façon évidente : 

« Célèbre, belle, pauvre, 

« Bonne fut pour moi Dechtiré. 

I. Windisch, lrischc Texte, p. 140, 1. 10-13, 27-30. 



Légende de la Conception de Cùchulainn. } 

« Elle me protégea avec mes sept chars ; 

« Elle chassa le froid de mes chevaux. 

« Elle nous restaura avec tous les guerriers. 

« Puis un trésor nous est venu, Setanta i. 

Ces paroles de Conchobar ne s'expliquent pas dans la ver- 
sion U : Dechtiré n'a pas donné abri chez elle aux guerriers 
d'Ulster avec leurs chars et leurs chevaux ; elle était avec eux, 
et cherchait elle-même un abri. Dans la version e, c'est au 
contraire une allusion très naturelle à l'hospitalité qu'elle a 
donnée à son frère et à sa suite. 

La première partie de U et E tout entier sont à peu près 
homogènes. Pourtant, vers la fin, E contient une allusion évi- 
dente x au début de e, allusion qui se retrouvait peut-être à 
l'origine dans la version U, mais qui, dans cette dernière, 
aura disparu au moment de la soudure des deux parties hétéro- 
gènes que nous y avons reconnues. Le passage en question 2 
dit de Setanta qu'il était « l'enfant des trois années », allusion 
à l'absence de Dechtiré, qui avait duré trois ans, et dont il 
n'est question que dans e. 

Une autre allusion à e se retrouve îi la fois dans U et dans E. 
Le dieu Lug révèle à Dechtiré > que c'est lui qui l'a enlevée 
avec ses compagnes, ce dont ni U ni E n'avaient fait mention 
auparavant. 

Les indications qui précèdent expliquent pourquoi nous 
suivrons dans notre traduction des textes publiés par M. Win- 
disch un ordre différent de celui qu'avait adopté le savant 
éditeur. La version e étant indépendante des deux autres, qui, 
par contre, supposent son existence, c'est par elle que nous 
commencerons. La base de la traduction sera le texte du ms. 
Egerton, unique pour la première partie, et seul suffisant, 
étant donné le mauvais état du Lebor na hUidre, pour la se- 
conde; les variantes importantes de ce dernier manuscrit se- 
ront indiquées quand il y aura lieu. 

i. Signalée pour la première fois par M. Windisch, Irische Texte, p. 140. 

2. lr. Texte, p. 140, 1. 14. 

3. Ir. Texte, p. 139, 1. 4s. et 21 s. 



4 Louis Duvau. 

Pour les deux autres versions (E et première partie de U) 
nous traduirons d'après le manuscrit le plus ancien, leLeborna 
hUidre, en nous servant du texte récent donné parEg., souvent 
meilleur que celui de LU, chaque fois que nous le jugerons 
nécessaire. 

L'insuffisance actuelle des documents ne permet pas de re- 
constituer la légende sous sa forme primitive. On peut seu- 
lement entrevoir quelques-uns de ses éléments essentiels : 
l'enlèvement de Dechtiré et de ses cinquante compagnes, par 
exemple, qui est le trait le plus caractéristique de la version e, 
et sans lequel rien ne s'explique ; l'apparition du dieu Lûg, 
qui fait si bien suite au récit de l'enlèvement et du retour de 
Dechtiré, et qui par un singulier hasard ne se trouve racontée 
que dans U et E, où elle devient inintelligible. Il ne serait 
pas difficile de multiplier ces exemples ; nous n'avons voulu 
qu'indiquer deux des plus typiques. Un travail d'ensemble ne 
sera pas possible, tant qu'on ne disposera pas d'un plus grand 
nombre de documents. 



I. 



(VERSION e ET DEUXIÈME PARTIE DE LA VERSION U). 

Ci-dessous, l'histoire de La Conception de Cûchulainn, aussi 
appelée: La Fête de la Maison peu riche 1 . 

Dechtiré, sœur de Conchobar, s'enfuit un jour avec cin- 
quante jeunes filles, sans demander la permission des Liâtes 
ni de Conchobar; on ne trouva aucune trace, aucun indice, et 
on resta ainsi trois ans sans rien savoir d'elles. Elles vinrent 
alors sous forme d'oiseaux dans la plaine d'Emain ; et là, 
elles dévorèrent tout, ne laissant pas un brin d'herbe sur la 
terre. Grand fut, à cette vue, le chagrin des Ulates. Ils atte- 
lèrent neuf chars pour poursuivre les oiseaux ; car la chasse des 



i . Ir. Texte, p. 143 ss. 



Légende de la Conception de Cùchulainn. 5 

oiseaux était en usage chez eux. Il y avait là Conchobar et 
Fergus, Amorgin et Blai Briuguig, Senchus et Bricriu. 

Les oiseaux volèrent devant eux vers le sud, au delà de Sliab 
Fuait, par Ath Lethan, par Ath Garach et Mag Gossa, entre 
Fir Roiss et Fir Ardai. Puis la nuit tomba sur les guerriers 
d'Ulster ; la troupe des oiseaux disparut : les Ulates dételèrent 
leurs chars. Fergus se mit en quête d'un abri, et arriva à une 
petite maison. Dans cette maison, il trouva un homme et une 
femme, qui lui souhaitèrent la bienvenue... 1 . « Tu viendras 
dans la maison avec tes compagnons, et ils seront les bien- 
venus. » Fergus sortit alors et les rejoignit; puis il les ramena 
tous avec lui, les hommes avec leurs chars, et ils entrèrent 
dans la maison. 

Bricriu sortit ensuite 2 , et entendit quelque chose, une 
plainte faible. Il entendit ce bruit, et ne sut ce que c'était. Il 
vint alors, guidé par le bruit, vers la maison, et la vit devant 
lui, grande, belle, magnifique. Il se dirige vers une porte qu'il 
remarque dans la maison, et jette un coup d'œil à l'intérieur?. 
Il aperçoit le maître de la maison. Celui-ci, jeune guerrier, 
beau, à l'air noble, lui adresse la parole 4. « Entre dans la 
maison, Bricriu, lui dit-il ; pourquoi regardes-tu de ce côté ? » 

— « Pour moi, certes, dit la femme, tu es ici le bienvenu. » 

— « Pourquoi ta femme me salue-t-elle ? » dit Bricriu. — 
« C'est à cause d'elle que je te souhaite, moi aussi, la bien- 
venue, dit l'homme. Est-ce qu'il ne vous manque personne à 
Emain ?» — « Certes, si, dit Bricriu. Il nous manque cin- 

1 . Ici vient une phrase certainement altérée (le verbe manque) : Fergus 
(demande) delà nourriture ; il n'en trouva pas à cause de {pour?) ses compagnons, 
qui étaient dans ta plaine. 

2. La suite du récit n'est pas parfaitement claire. Quelle est cette grande 
maison que Bricriu voit devant lui? Ce devrait être, semble-t-il, la petite 
maison subitement agrandie ; mais les détails qui suivent s'accordent mal 
avec cette hypothèse : Bricriu, après avoir vu l'homme et la femme, sort 
pour rejoindre ses compagnons. Mais comment ceux-ci n'avaient-ils pas 
déjà vu les habitants de la maison qui avaient reçu Fergus ? Tout cela est 
fort embrouillé. Je serais porté à croire que tout ce qui vient d'être dit de 
Fergus est ajouté ou au moins transposé. 

3. Ce membre de phrase se trouve, dans le texte, après les paroles de la 
femme. 

4. Cette phrase suit immédiatement, dans le texte, le membre de phrase 
que nous avons déplacé. 



6 Louis Duvau, 

quante jeunes filles, et depuis plus de trois ans. » — « Est-ce 
que tu les reconnaîtrais, si tu les voyais ? » dit l'homme. — 
« Si je ne les reconnaissais pas, dit Bricriu, c'est que trois ans 
de plus ou de moins nous empêchent de reconnaître, ou nous 
font hésiter. » — « Cherche à les reconnaître, répondit 
l'homme ; les cinquante jeunes filles sont dans cette maison ; 
cette femme qui est ici en mon pouvoir est leur maîtresse : son 
nom est Deehtiré. Ce sont elles qui, changées en oiseaux, 
sont allées à Émain Mâcha, pour engager les Ulates à venir 
ici. » La femme donna à Bricriu un manteau de pourpre à 
franges d'or ; et il sortit pour aller rejoindre ses compagnons. 
Bricriu, pendant le trajet, songe ainsi dans son esprit : « Con- 
chobar donnerait des trésors considérables pour retrouver les 
cinquante jeunes filles perdues. Je vais lui cacher que je les ai 
retrouvées avec sa sœur. Je dirai seulement que j'ai vu une 
maison avec de belles femmes, et rien de plus. » Conchobar 
demanda à Bricriu des nouvelles de son exploration. « Quelles 
nouvelles rapportes-tu J , ô Bricriu 2 ? » — « Je suis arrivé à 
une maison brillante, belle (?), répondit-il. J'ai vu une reine, 
noble, gracieuse, d'allure vraiment royale, avec de belles 
boucles de cheveux ; puis une troupe de femmes, belles, bien 
parées ; et le maître de la maison, généreux et brillant. — 
« C'est mon vassal, dit Conchobar; cet homme dépend de- 
moi, il habite sur mon territoire. Que sa femme vienne cette 
nuit dormir avec moi. » Mais on ne trouva personne pour se 
charger de cette négociation, sinon Fergus. Celui-ci exposa la 
demande qu'on l'avait chargé de taire. On lui souhaita la bien- 
venue, et la femme vint le trouver : elle se plaignit d'être en 
mal d'enfant. Fergus revint dire à Conchobar qu'elle deman- 
dait un délai'. Puis chacun des Ulates se mit au lit avec sa 



i. Littéralement « Comment es-tu (te tiouves tu) de cela (de ton explo- 
ration) ? » 

2. Nous lisons a au lieu de al. 

3. Il était de principe en droit irlandais que le roi avait ce que les juris- 
consultes du continent ont appelé en latin fus prima noctis, en français 
droit du seigneur s. De plus, le roi, voyageant dans ses Etats, avait le 
droit de coucher avec la femme de chacun de ses vassaux, à moins qu'elle 
ne fût grosse. Voyez dans la Revue archéologique, t. XLII (1881), p. 331-334. 
un article intitulé : « Le droit du roi dans l'épopée irlandaise •. Le file Ai- 



Légende de la Conception de Câchulainn.. 7 

femme, et tous s'endormirent. Quand ils se réveillèrent, ils 
virent quelque chose : un petit enfant qui avait les traits (?) 
de Conchobar I . 

« Prends cet enfant avec toi 2 , Finnchoem 3 », dit Con- 
chobar. 

Finnchoem vit l'enfant auprès de Conchobar. « Mon cœur 
aime déjà ce petit enfant, dit-elle ; il sera pour moi un autre 
Conall Cernach. » — « Il y a peu de différence entre eux, dit 
Brieriu ; cet enfant est fils de ta propre sœur Dechtiré : car 
c'est ici que sont les cinquante jeunes filles absentes d'Emain 
depuis trois ans L » Et alors Conchabar chanta ce qui suit S : 

« Célèbre, puissante 6, quoique pauvre, 

« Bonne fut pour moi Dechtiré. 

« Elle me protégea avec mes sept 7 chars, 

« Elle chassa le froid de mes chevaux. 

a Elle nous restaura avec tous les guerriers. 

« Puis un trésor nous est venu, Setauta. » 

« Prends s l'enfant avec toi, Finnchoem, » répéta Con- 



thirne, qui avait la prétention d'exercer les droits rovaux, ne respectait 
même pas les femmes en couches. Voir un article de M. Whitley Stokes, 
Revue Celtique, t. VIII, p. 48-49. 

1. Ici commence la seconde partie du récit, conservée, comme nous 
l'avons dit plus haut, par le ms. Egerton et par le Lebor na hUidre (Ir. Texte, 
p. 140'', 1. 20 ss. ; p. 140 ', 1. 1 ss.). Nous suivons le texte dums. Egerton, 
en indiquant les principales variantes de LU. 

2. On sait que, d'après la coutume irlandaise, l'enfant n'est jamais élevé 
chez ses parents. 

3. Finnchoem, mère de Conall Cernach, était sœur de Conchobar. 

4. Cette phrase, depuis les mots: car c'est ici..., manque dans LU; mais 
elle doit appartenir à la version primitive. Dans la version U, elle n'avait 
plus aucun sens, aussi a-t-elle été supprimée. Mais le reste même des paroles 
de Brieriu, c'est-à-dire la révélation de la présence de Dechtiré dans la 
maison, ne se comprend bien que si l'on admet, comme nous l'avons fait 
pour d'autres raisons encore, que cette partie du récit était primitivement 
indépendante de la version U. — Après cette phrase vient dans Eg. une 
phrase peu claire, qui manque dans LU : ni fil briç sin Ira, ol Concobur. 

5. Cette phrase manque dans Eg. 

6. Au lieu de brig « puissante », LU lit brec « tachetée (=r belle?) ». 

7. Les deux mss. portent bien sept, quoique plus haut ils se soient ac- 
cordés tous deux à parler de neuf chars. 

8. A partir de cet endroit le Lebor na hUidre est mutilé et beaucoup de 
mots sont devenus illisibles. 



8 Louis Duvau. 

chobar à sa sœur. — « Ce n'est pas elle qui Pélèvera, dit 
Senchus ; c'est moi. Car je suis fort, je suis adroit r , je suis 
habile au combat. Je suis un savant, je suis un sage, je ne suis 
pas oublieux. Je parle à n'importe qui 2 devant le roi. Je veille 
sur sa parole 3. Je juge les combats du roi devant Conchobar 
victorieux. Je suis juge des Ulates ; mais ce n'est pas moi qui 
exécute mes décisions. Personne n'a le droit de me disputer 
la tutelle, que Conchobar. » — « Si c'est moi qui élève l'en- 
fant, dit Blai Briuguig, il n'aura à souffrir ni négligence, ni 
manque desoins. Ce sont mes messagers qui accomplissent les 
désirs de Conchobar. Je convoque les guerriers de tout un 
royaume -* d'Erin. Je puis les nourrir Jurant une semaine, ou 
même pendant dix jours. Je m'occupe de leurs affaires et de 
leurs querelles. Je secours leur honneur, je venge leurs in- 
sultes. » — « Quelle impudence, répondit Fergus s ; ... c'est 
moi qui élèverai l'enfant. Je suis fort, je suis habile. Je suis 
le messager du roi. Personne ne peut lutter avec moi d'hon- 
neurs ni de richesses. Je suis endurci aux combats et à la 
guerre. Je suis bon ouvrier. Je suis digne d'avoir des pupilles. 
Je suis le protecteur de tous les malheureux. Je suis la terreur 
des forts, le soutien des faibles. » — « Eh, quoi ?tu vas main- 
tenant nous écouter, dit Amorgen, puisqu'enrin tu te tais. Je 
suis capable de nourrir mes pupilles comme des rois. On loue- 
en moi les honneurs, la bravoure, le courage, la sagesse ; on 
vante mon bonheur, et mon âge, mon éloquence, mon éclat, la 
vaillance de ma race. Quoique guerrier, je suis poète. Je suis 
digne de la faveur du roi. Je triomphe de tous les guerriers 
combattant sur leurs chars. Je ne rends grâce à personne, qu'à 
Conchobar; je n'obéis à personne qu'au roi. » — - « ... 6 Que 

1 . Ces trois mots manquent dans Eg. 

2. Nous lisons nech avec LU; Eg. porte rig. 

3. Senchus est le conseiller du roi. 

4. Les mots imprimés en italique manquent dans LU. 

>. A partir d'ici, LU fait entièrement défaut. Le texte de Eg. est très 
altéré et souvent peu intelligible, sans ce qui suit. La phrase qui vient im- 
médiatement après celle-ci est particulièrement obscure; littéralement, elle 
signifie : « il a choisi près de lui (un homme) fort. » Il semble que Fergus 
dise que Conchobar doit le choisira cause de sa grande force. 

6. Les premiers mots de Senchus sont inintelligibles. Littéralement ils 
signifient : « Ne fut donc ceci ». 



Légende de la Conception de Cuchulainn. 9 

Finnchoem, dit Senchus, garde l'enfant jusqu'à ce que nous 
soyons à Emain; Morann prendra une décision à son sujet 
lorsque nous serons arrivés. » 

Les Ulates partirent alors pour Emain, Finnchoem ayant 
l'enfant avec elle. Et après leur arrivée, Morann prononça le 
jugement: « C'est à Conchobar, dit-il, de rendre l'enfant il- 
lustre : car il est proche parent de Finnchoem. A Senchus de 
lui enseigner la parole et l'éloquence ; à Blai Briuguig de se 
charger de sa nourriture ; à Fergus de le porter sur ses ge- 
noux J . Amorgin sera son tuteur ; il sera élevé avec Conall 
Cernach 2 : Finnchoem, la mère de Conall a deux mamelles. 
L'enfant sera loué de tous, conducteurs de chars et guerriers, 
rois et savants ; car il sera aimé d'une foule d'hommes. Cet 
entant vengera toutes vos injures ; et il combattra sur vos 
gués ; il combattra tous vos combats. » Et ainsi fut fait. 
Amorgin et Finnchoem emportèrent l'enfant, qui fut élevé 
dans la forteresse de Breth, dans la plaine de Murthemné. Fin. 



IL 

(version E et première partie de la version U). 

Ci-dessous^, l'histoire de la Conception de Cuchulainn ■+, tirée du 
Livre au dos de neige. 

1. Un jour que les nobles d'Ulster étaient réunis autour de 

1 . On remarquera la correspondance assez exacte du rôle de chacun avec 
les aptitudes dont il s'est vanté plus haut. Le fait est frappant pour Senchus 
qui « veille sur la parole du roi », et pour Blai Briuguig qui peut nourrir 
pendant dix jours tout le royaume d'Ulster. 

2. Dans la version U, Conall Cernach est déjà un homme fait (voir 
p. 10, j i, ai fin.}. Cela prouve une fois de plus que le récit de la discussion 
au sujet de la tutelle de l'enfant est artificiellement soudé à la version U 

dans le Lébor na hUidre. 

3. Ir. Texte, p. 136 ss. — Les mots imprimés en italique sont em- 
pruntés au ms. Egerton. Les autres variantes de ce ms. qui peuvent être 
importantes pour la classification des sources déjà connues ou encore à décou- 
vrir seront indiquées en note ; les moins importantes sont entièrement passées 
sous silence. 

4- La suite du titre manque dans Eg. 



io Louis Duvau, 

Conchobar à Émain Mâcha, une troupe d'oiseaux s'abattit 
dans la plaine d'Emain, et dévora tout, ne laissant sur la terre 
ni la racine d'une seule plante ni un seul brin d'herbe. Les 
Ulates, désolés de voir dévaster leur pays, attelèrent neuf 
chars pour poursuivre les oiseaux le jour même : car ils avaient 
l'habitude de la chasse des oiseaux. Conchobar s'assit donc 
dans son char : avec lui était sa sœur Dechtiré, déjà grande 
fille. C'était elle qui servait de cocher à son frère 1 . Les autres 
guerriers Ulates étaient aussi dans leurs chars : il y avait là 
Conall Cernacb, et Fergus^filsde Roch, et Loégairé le Victorieux, 
et Celtchair, fils d'Uithecar, et tous les autres. Bricriu était 
aussi avec eux. 

2. Ils chassèrent devant eux les oiseaux, à travers l'espace 
désolé, au delà de Sliab Puait, au delà de Muirthemne, et d'Ed- 
mann et de Breg. — En ce temps-là, il n'y avait en Erin ni 
fossé, ni clôture, ni mur autour de la terre ; et ce fut ainsi 
jusqu'au temps des fils d'Aéd Slàné :. il n'y avait que la plaine 
tout unie. C'est alors qu'à cause du grand nombre des fa- 
milles, ils entreprirent de tracer les limites des champs en 
Erin 2 . — Gracieuse et belle était la troupe d'oiseaux... k Ils 
étaient neuf fois vingt, et réunis deux à deux par une chaîne 
d'argent : ils allaient par groupes de vingt, et il y avait neui 
de ces groupes ; et en tète de chaque groupe volaient deux 
oiseaux au plumage multicolore, réunis par un joug d'argent '. 

i. Cette phrase manque dans Eg., où se trouvent quelques mots dont le 
sens est obscur. 

2. Cette longue parenthèse manque dans Eg. Elle n'appartenait évi- 
demment pas à la rédaction primitive de notre Légende : c'est sans doute 
une note marginale de quelque lecteur érudit, introduite ensuite par erreur 
dans le texte. — Selon Tigernach, les fils d'Aéd Slàné, Diarmaid et Blath- 
mac auraient régné de 654 à 665 ; d'après le Chronicum Scotorum, ils seraient 
morts en 661 (H. d'Arbois de Jubainville. Le Cycle mythologique irlandais, 
p. 296). 

3. Ici vient dans les deux mss. une phrase inintelligible. On peut seule- 
ment comprendre que dans Eg. il s'agit du chant des oiseaux. 

4. « Par une chaine d'or rouge » selon Eg. — La version e ne donne 
pas tous ces détails, qui sont bien peu vraisemblables, quand il s'agit d'oi- 
seaux venus pour dévaster la plaine d'Émain. Les Ulates ne se seraient sans 
doute pas mis aussi facilement à leur poursuite s'ils avaient vu ces signes 
merveilleux. La description tout entière doit être empruntée à une des nom- 
breuses légendes irlandaises analogues (voir d'Arbois de Jubainville, op. rit.. 
passim). 



Légende de la Conception de Cûchulainn. 1 1 

Trois oiseaux volèrent séparément jusqu'à la nuit : ils allèrent 
devant les chasseurs jusqu'à l'extrémité de la contrée. Et là la 
nuit arriva sur les guerriers d'Ulster. Il tombait une neige 
épaisse l . Conçhobar dit 2 à ses gens de dételer les chars et de 
se mettre à la recherche d'une habitation. 

3 . Conall Cernach et Bricriu se mirent en quête, et trou- 
vèrent une maison toute neuve. Ils y entrèrent 3 et y virent 
un homme et une femme qui leur souhaitèrent la bienvenue. 
Ils retournèrent vers leurs compagnons 4. Bricriu dit qu'il 
n'était pas digne d'eux d'aller dans cette maison, où ils ne 
trouveraient ni manteaux, ni vivres ; elle était de toute façon 
insuffisante S . 

Ils y allèrent cependant, et amenèrent leurs chars avec eux. 
A peine furent-ils dans la maison avec leurs chars, et leurs che- 
vaux et leurs armes, qu'il leur vint toute sorte de biens, et des mets 
ordinaires et extraordinaires, connus et inconnus : de sorte qu'ils 
n'eurent jamais de meilleure nuit. Et alors ils virent quelque 
chose : un jeune guerrier, très beau, à la porte de la cuisine, 
devant eux. Et il leur dit : « Quand vous plaira-t-il défaire les 
parts? » — ■ « Il y a longtemps que cela nous plairait », dit 
Bricriu". 

Ils reçurent à manger et à boire; et après cela ils furent 
ivres, et ils lurent rassasiés. L'homme dit alors aux Ulates 
que sa femme était à la cuisine, dans les douleurs de l'enfan- 
tement : Deçhtiré alla la trouver ; la femme accoucha d'un fils. 
A la porte de la maison était une jument, qui mit au monde 
deux poulains. Les Ulates prirent l'enfant 7 ; le père lui donna 
les poulains pour s'amuser. Deçhtiré éleva l'enfant. 

4. Lorsque vint le matin, ils virent quelque chose : ils étaient là 



i . Cette phrase manque dans Eg. 

2. En style direct dans Eg. 

3. Ces trois mots manquent dans Eg. 

4. « Et leur parlèrent de la maison », Eg. 

5 . Le texte de la fin du paragraphe est très corrompu dans LU ; des 
mots et des irembres de phrase ont été oubliés par le copiste. Le texte de 
Eg. est mieux conservé. 

6. Au lieu de ce dialogue, LU porte simplement : « Quand il fut temps 
de leur apporter la nourriture, il leur fut fait bon accueil, etc. ». 

7. Ces cinq mots manquent dans Eg. 



i 2 Louis Durait. 

sans maison, sans les oiseaux, à l'orient du pays. Ils retournèrent 
à Emain Mâcha, emmenant l'enfant, et la jument avec ses pou- 
lains 1 . Là fut élevé l'enfant; il devint grand. Une maladie - le 
saisit alors. Il en meurt. On célèbre ses funérailles. Grande 
fut la tristesse de Dechtiré à la mort de son pupille. 

5. Elle demanda à boire en revenant des funérailles; elle 
demanda à boire dans un vase d'airain. On lui apporta à 
boire. De quelque manière qu'elle portât le vase à ses lèvres, 
elle sentait une petite bète venir avec la boisson. Et lorsque la 
bête était éloignée de ses lèvres, personne ne voyait plus rien. 
Enfin, la bète sauta tout à coup, entraînée par l'haleine de 
Dechtiré. 

Dechtiré dormit ensuite, et pendant la nuit elle vit quelque 
chose : un homme vint près d'elle et lui adressa la parole K 
Il lui dit qu'elle était enceinte de lui. C'était lui qui l'avait 
emmenée avec ses compagnes! dans le pays 5 ; c'est par lui qu'elles 
avaient été conduites sous forme d'oiseaux. C'était lui l'enfant 
qu'elle avait élevé; et maintenant c'était lui qui allait dans son 
ventre 6 , et qui prendrait le nom de Setanta ". Lui-même était 
Lug, fils d'Ethniu 8 . 

6. La jeune fille devint donc enceinte. Il y eut à ce sujet 
une grande discussion chez les Ulates, car on ne lui con- 
naissait point de mari. Ils craignaient que Conchobar, dans 
un moment d'ivresse, n'eût rendu sa sœur enceinte : car 
elle couchait auprès de lui. Conchobar fiança alors sa sœur 
à Sualdam, fils de Rôg. Grande fut sa honte, d'aller vers 

1. Tout le début de ce paragraphe est traduit sur le texte d'Eg. ; les mê- 
mes détails se retrouvent à peu de chose près dans LU, mais en desordre. 

2. « Une grande maladie, » Eg. 

5. Les paroles qui suivent sont en style direct dans Eg. 

4. Le texte de LU et celui de Eg., quoique tous deux altérés, semblent 
bien signifier: « elles ont été (vous avez été) emmenées » (au pluriel). Il y a 
donc ici une allusion à l'enlèvement de Dechtiré et de ses cinquante com- 
pagnes, enlèvement qui n'est raconté que dans la version e. 

>. La région éloignée où Conchobar a été conduit par les oiseaux mer- 
veilleux. 

6. Avalé en même temps que la boisson. 

7. C'est-à-dire que l'enfant qui naîtrait porterait le nom de Setanta. 

8. LU ajoute : « et que furent nourris les poulains de l'enfant ». Cette 
phrase ne doit pas être ici à sa place : déplus, la construction des deux der- 
niers mots din mac présente quelque difficulté. 



Légende de la Conception de Cûchulainn. i } 

son mari, étant enceinte. Elle alla alors à l'arbre de lin (?) ; 
elle vomit, et perdit le germe qu'elle portait dans son sein r ; 
et ainsi, redevint vierge. Elle alla ensuite vers son mari, et 
devint de nouveau enceinte. Elle mit au monde un fils ; et ce 
fils était l'enfant des trois années 2 . Et il porta le nom de Setanta 
jusqu'à ce qu'il eût tué le chien de Culann le forgeron : c'est seule- 
ment alors qu'il fut nommé « le chien de Culann », Cûchulainn. 
Fin 5 . 

Louis Duvau. 



i . Le texte des deux mss. est altéré et en partie inintelligible. 

2. Nouvelle allusion à la version e (manque dans LU) ; cf. ce que nous 
avons dit dans l'introduction. 

3. Au lieu du passage ici imprimé en italique, LU porte la phrase sui- 
vante destinée à raccorder à ce récit la deuxième partie de la version e : » Les 
Ulates étaient réunis à Émain Mâcha au moment de la naissance de l'en- 
fant. Ils discutèrent pour savoir qui d'entre eux élèverait l'enfant, et firent 
décider la chose par (littéralement: « allèrent en jugement de ») Conchobar. 1 
Suit le récit de la discussion. 



THE VOYAGE 

OF SNEDGUS AND MAC RIAGLA 



The text of the following story, now for the first time 
printed, is taken froma transcript which I madein 1871 from 
the onlv known copy, that, namely, in columns 391-395 of 
H. 2. 16, a manuscript of the fourteenth century preserved in 
thelibrary of Trinity Collège, Dublin, and commonly called 
theYellow Book ofLecan. The story is oneof a ckiss of sagas 
called Imrama, ot which only three other spécimens arc known 
to cxist, and on which Dr Schirmer of St Gallen is about to pu- 
blish a treatise. Like the best known ol thèse sagas, the Imrom 
Maele Duin, our story is twofold, each part of it being iirst 
told in prose and then in verse, which is mil, as usual, of 
chevilles, is often obscure, and is sometimes obviously corrupt. 
In the présent édition the verse is omitted. 



Imrum Snedhghusa ochs Mic Rîagla andso sis. 

1. Bai dochraite mor for FeraibRois iarndith Domnaill mic 
/Edha mic Ainmireach, 7 ba he fochond a ndochraide. Iar 
ngabail Erind do mflcaib Mael Goba tareis Domnaill batar 111/c 
Domnaill ir-righi Chenéoil Conaill 7 Fer Rois .i. Dondchud 7 
Fiacho ; Dondchad ar tir Conaill 7 Fiachû ar feraib Rois. 



The Voyage af Sengus and Mac Riagla. i ) 

The Voyage of Snedgus and Mac Riagla (or Mac Riaguil) fias 
been analysed hy O'Curry in his Lectures, pp. 333, and is 
quoted by him in his Manner s and Customs, III, 385, asgiving 
two instances.of the rare word sianan, some kind of vocal mu- 
sic. Other such words are cuilefaid = culebad (gl. flabellum) r , 
faut « hollow », borrowed from the Welsh pant : comgaire 
« vicinity » : braga (dat. pi. braigtih) « prisoner », aile, 
« fence »; mesrugud « adjudication », forbas « siège », ci si es 
« neglect ». The phrase dia bliadna, literally « (tliat) day of 
(the following) year », and the act. redupl. future pi. 3 gébtait 
may also be noted. 

Some of the persons named in our taie are historical cha- 
racters of theseventh century. King Domnall son of Aed, son 
of S. Colomb cille's rlrst cousin Ainmire, died A. D. 642 (or 
639 according to the Four Masters). His successors, Mael- 
coba's sons, Conall Cael and Cellach, reigned jointly till A. 
D. 659 (or 656). The middle of the seventh century may 
therefore be fixed roughly as the date of the incidents of the 
taie. 

The Men of Ross, whose vengeful act gives rise to the 
story, wereatribe whose territory (according to O'Donovan 2 ) 
« comprised the parishes of Carrickmacross and Clonany, in 
the county of Monaghan, and parts of the adjoining counties 
ofMeath and Louth ». 



The Voyage of Snedgus and Mac Riagla hère below. 

1 . The Men of Ross were under great oppression after the 
decease of Domnall son of Aed son of Ainmire ; and tins was 
the cause of their oppression. When Ireland was taken by Mael 
Coba's sons after Domnall, Domnall's sons, even Donnchad 
and Fiacha, were in the sovranty of Cenél Conaill and the 

1. See the Karlsruhe gloss on the Soliloquia of S. Augustini, éd. Win- 
disch, gl. 86. 

2. Topographicàl Poems, Dublin, 1862, p. xxn, n° 126. 



\G Wliitley Stokes. 



2. Ba mor a ndochraidi-s/Je ic Fiacho, ar ni leicthi arm na 
hedach datha ic neoch dib, ar nîptar riaraîgh do rig riam reme 
sin, 7 ha hadbul meit a foghnoma. 



3. Bliadain do Fiacho ar-righi forro. D\ab\iad)ia tic Fiachtf 
co hlnber mBoinne 7 gaîrmthir chuice Fini Rois. Asbert friu : 

« Dénaid ' foghnom beos ». 

« Ni foil ocoinn ni as mo », ar siat. 

Asbm som friu : « Tabraidh uar sele uile for mo dernaind. » 

Doberad, 7 ba hamlaid bai an scie, 7 a leth di mil. 

4. Asbcrt-somandsidhe : « Ni fuil.uar foghnom techta foraib 
beos, ar ni mil uile an saile. Cuiridh 2 na tulcha isna fantaib 
corop tir. Clandaid 5 fedha isna muighib cor'bad caillte. » 

5. Ba handsin do eirigh os allaid a comgaire doib. Eirgid 
uile muindtfr in righ andiaidh ind ois. Ba handsin gabsat Fir 
Rois a armo fén don righ, ar ni raibe arm ic neoch dibseom, 
7 romarbsat he iarom. 

6. Ba holc la brathair, la Dondchad, an gnim-sin, 7 dothrct 
7 gabais ar braigtib car uile, 7 dober i n-oentech dia loscodh. 

7. B;i andsin asbert-som fesin : « Ni coir dam an gnim-so 
do denom cen chomairle frim anmeharait, fri Colum cille. » 

8. Tiaghar uadh co Colum cille. Ticc Snedhghus 7 Mac 
Riaghla Cholum cille, co comairle léo dô .i. sesca lanamna 
do chor dib isan fairrge 7 co rucad Dia a breith forro. 



1. Ms. denaig. 

2. Ms. Cuirigh. 

3. îsls. clandaig. 



The Voyage of Snedgus and Mac Riagla. 17 

Men of Ross, — Donnchad over Tir-connell and Fiacha over 
the Men of Ross. 

2. Great was their oppression under Fiacha, for neither 
weapon nor coloured raiment x was allowed to any of them ; 
(and they felt this the more) since they had never before that 
been subject to a king; and exceeding was the soreness of their 
servitude. 

3. A year was Fiacha in sovranty over them. At the end of 
the year cornes Fiacha to Boyne-mouth, and the Men of Ross 
are summoned to him. He said to them : « Do service still 
more. » 

« We cannot do more », say they. 

Said he to them : « Let each and ail of you put your 
spittle on my palm. » 

It was put, and thus was the spittle, half of it (composed) 
of blood. 

4. Then he said : « Your service is not proper y et, for ail 
the spittle is not blood. Cast the hills into the hollows that 
they may be (level) land. Plant trees in the plains that they 
may be forests ! » 

5. It was then thatadeer passed near them. Ail the kirig's 
household go after the deer. Then the Men of Ross took his 
own weapons from the king, for none of them had a weapon, 
and so they killed him. 

6. That deed was evil in his brother Donnchad's eyes, and 
he came and took them ail prisoners, and puts them into one 
house to be burnt alive. 

7. Then he himself said : « It is not meet for me to do 
this deed without counsel from my soul-friend, from Colomb 
cille ». 

8. So he sends messengers to Colomb cille. And Snedgus 
and Mac Riagla corne from Colomb cille, having (this) counsel 
for Donnchad, to wit, to cast sixty couples of the Men of Ross 
on the sea, and that God would pass His judgment upon them. 



1 . Compare the tradition about Eochaidh Eudgadhach (Four Masters, 
A. M. 3664) aendath i n-edoighibh moghadh « one colour in the clothes of 
slaves ». 



Revue Celtique, IX 



18 Whitley Stokes. 

9. Doberar eathair becadoib 7 cuirter forsin fairge, 7 tiaghar 
dia coméd cona ristais arculo. 

ro. IMpait forculo Snêdgus 7 Mac Riaghuil do dol co Hi, 
co Colum cille. 

1 1 . Amal batar ina curoch imraidhset eturro dul assa ndeôin 
isand-ociân n-imechtrach a n-ailitZ/ri, amal dochotar in ses'cala- 
namna, cencop assa ndeôin docliotar sidhe. 

12. Impaaid iarum desel, 7 nodô-séiti gxth sel siartûaidh 
isan n-ocian n-imechtrach. 

13. Iar tredhinwj doib iarom nos-geib ellsgodh itad moire, 
cor'bo difulaing doib. 

14. Ba handsin airchisis Crisi doib, 7 dos-ber for sruth 
somblass amal lemnacht, 7 sassaither dhe. Atlaighit buidhe 
do Dia, 7 asbtvfrtjt : « Lecam ar n-imrum do Dia, 7 tabrum ar 
rama inar nôi ». Ocus leac[ad] iarsin a n-imrom aaenur, 7 do- 
berad a rama ina nôi, [col. 392]; 7 iar tiachtain doib 1 is and 
asbert an fer dana : 



Snedhghus 7 Mac Riaghuil 
do munntir Coluim chilli 



15. Doss-corathar iarsin co hindsi n-aile, 7 aile airgid dara 
medon, 7 cora éisc indti, 7 ba stiall archapur d'airged an cora- 
sain, 7 nolingdis frisin coraid ecne mora. Ba medithir colp- 
thaigh firend cech eicne dib, 7 sastai-seom dib. 

16. Imraised iarsin docum indsi aile, 7 oie imda aracind 
isin indsi sin co cendaib cat forro. Aenôcloch goidhelach indti, 
7 dothasd isin traigh 7 ferais failte friu, 7 asbert friu : « Di 
feraib Gaideal damsa », ol se. « Tancamar lucht curaigh 2 
sund, 7 ni mair dib acht missi m'xnur. Dochotar martra la 



1 . Somcthing seems omitted hère. 

2. M s. curaidh. 



The Voyage of Snedgus and Mac Riàgla. 19 

9. Small boats are given to them, and they are set upon the 
sea l , and men go to watch them, so that they should not 
return. 

10. (Then) Snedgus and Mac Riaghla turn back to go to 
Iona, to Colomb cille. 

1 1 . As they were in their coracle they bethought them of 
wending with their own consent into the outer océan on a 
pilgrimage, even as the sixty couples had gone, though thèse 
went not with their own consent. 

12. So they turn right-hand-wise ; and wind wafts them 
for a while north-westwards into the outer océan. 

1 3 . After a space of three days a longing of great thirst 
seizes them, insomuch that they could not endure it. 

14. It was then that Christ took pity on them, and brings 
them to a stream well-tasting like new milk, and therewith 
they are satisfied. They render thanks to God and say : « Let 
us leave our voyage to God, and let us put our oars into our 
boat. » And thereafter their voyage was left alone 2 , and their 
oars were put into their boat ; and after the} - arrived, then 
said the poet : 

Snedgus and Mac Riagla 

Of Colomb cille's community, etc. 



15. Then they are sent to another island, with a fence ol 
silver over the midst thereof, and a fish-weir therein ; and 

that weir was a plank of silver, and againstthe weir huge 

salmon were leaping. Bigger than a bull-calf was each of 
thèse salmon, and thereof they were satisfied. 

16. Thereafter they voyaged to another island, and in that 
island they found many warriors with heads of cats upon 
them. One Gaelic champion was therein, and he came down 
to the strand and made them welcome, and said to them : 
« Of the men of the Gael am I, » saith he. « We came hère 



1. Compare the punishment infiicted by S. Patrick on Maccuil, Book of 
Armagh, fo. 6 a 2. Tripartite Life, p. 222. 

2. i.e. they drifted. 



20 Whitley Stokes. 

hechtrandu aitreabaid in n-innsi-seo ». Ocus dober biadh doib 
issin curach, 7 facbait bewnachtain 7 berait bendachtain. 



17. Nodo-séite an gaeth iarsin co hinnsi a mbûi crand mor 
co n-enlaith alaind. Bûi en mor uaso co cind 6ir 7 co n-etib 
argait, 7 tndisid scela tossaigh domain doib, 7 indisid gein 
Crist 6 Mairi ôigh, 7 a bathais 7 a césadh 7 a eiseirghi. 
Ocwj indisidh scela Bratha; 7 ba handsidhe notuairctis an en- 
laidi uile cona n-eitib a taebo co siltis a mbrauni toîo assa tae- 
buib ar omun airdhe mBratha. Ba comnai 7 ba cretra 1 in fuil- 
sin. Ocus doKv an t-én duillind do duillib an craind-sin dona 
cleirchib, 7 meit seched daim môir an dulind-sin. Ocus asbert 
forsna [col. 393] clcircib a tabairt léo for altôir Coluim cille na 
duille-sin, conid hi cuilefaid Col////// cille andiu : a Cenandus 
ata-sà/c. 



18. Ba bind ceol ina n-cn-sin ic gabail tsalm 7 cantaci ic 
moludh in Choimdhidh, ar ba henlaith muigi nime eat, 7 ni 
crina corp na duille an craind-sin. 

19. Bennachsat iarsain dona henaib, 7 imrait co tir n-uath- 
muiri mbatar daine co cendaib con, co mongaib ceatra foraib. 
Dothajd clereach chucu asinn indsi, la forcongra nDé, dia fori- 
thin, ar ba gabudh doib and cen biadh; 7 dober doib iasc 7 tin 
7 cruithnecht. 

20. Imrait iarsin co rancatar tir a mbatar doine co cendaib 
mucc forro 7 siad [ ], 7 meithle mora acco ic 
buain inn arba a medon an tsamraidh 2 . 

21. Dolotar ass iarsin ina curach, 7 gabait a salmo 7 gui- 
dhit Dia, co rancatar tir a mbatar dine d'feraib Gaedhel, 7 

1. A coinmon phrase (= commun ocus cretair, Rev. Celtique, VIII, 150) 
meaning something very blessed and precious. Comnai or commun is horro- 
wed from Lat. communia, and cretra irom creatura. 

2. Ms. tsamraigh. 



The Voyage of Snedgus and Mac Riagla. 21 

a boat's crew, and thereof remaineth none save me alone. They 
were martyrised by the outlanders who inhabit this island ». 
And lie puts food for them (the clerics) into the boat, and they 
leave a blessing and take a blessing. 

q _ o 

17. Thereafter the wind wafts them to an island wherein 
was a great tree with beautiful birds (on its branches). Atop 
ofit was a great bird with a head of gold and with wings ot 
silver; and he tells them taies of the beginning of the world, 
and tells them of Christ' s birth from Mary Virgin, and of His 
Baptism and His .Passion and His Résurrection. And he tells 
tidings of Doom ; and then ail the birds used to beat their 
sides with their wings, so that showers of blood dropt out of 
their sides for dread of the signs of Doom. « Communion 
and Créature » was that blood. And the bird bestows on the 
clerics a leaf of the ieaves of that tree, and the size of the hide 
of a large ox was that leaf. And the bird told the clerics to take 
that leaf and place it on Colomb cille' s altar. So that is Co- 
lombcille's flabellum to-day. In Kells it is. 

18. Melodious was the music of those birds a-singmg 
psalms and canticles, praising the Lord. For they were the 
birds of the Plain of Heaven, and neither trunk nor leaf ot 
that tree decays. 

19. Thereafter the clerics bade farewell to the birds, and 
they voyage to a fearful land,- wherein dwelt men with heads 
of hounds, with mânes of cattle upon them. By God's com- 
mand, a cleric came to them out of the island to succour 
them, for they were in danger there, without food ; and he 
gives them fish and wine and wheat. 

20. Thereafter they voyage till they reached a land whe- 
rein dwelt men with heads of swine upom them ; and they . . . 
and they had great bands of reapers reaping the corn in the 
midst of the summer. 

21. Afterwards they went thence in their boat, and sing 
their psalms, and pray to God, till they reached a land where- 



22 Whitley Stokes. 

gabsad mua na hindsi sianan doib focetoir, 7 ba bind lasna 
cleirchiu. 

« Canaid l beous », ol an clereach, ar se : « sianan na 
hErcnn andso ». 

« Tiagham, a cliarcho ! » ar na mna, « co teagh rig na 
hindsi, ar ron-bia failte 7 lcsugud and ». 

22. Tiagait na mna 7 an clcirigh isan teach, 7 ferais an ri 
failte frisna cleircho, 7 cuirit a sciss and, 7 iarfaigis doib : 
« Can bar cenel, a clerco ? » 

« D'feraib Erend duind, » ar an cleirich, « ocus do muintir 
Colaim cille. » 

« Cinnus atathar a n-Erind ? » ol se, « ocus cia lin mac 
[col. 394] as beo do Domnall ? » ar an ri. 

Freacrais an cleireach : « It bi tri me'ic do Domnall ; 7 do- 
rochair Fiacha mac Domnaill la Fini Roiss, 7 rocuirit sesca 
lanamna dib forsin fairrgi issan gnim-sin. » 

« IS fir duib, a cleirchiu, an sccl sin. As messi romarb 
mac rig Temrach, 7 as sindi rocuiredh isin fairrgi, 7 as dunn 
as maith, ar bem sund noco ti an mesrugudh T , ar is maith 
atam cen pecadh, cen col, cen gail ar cinadh. Maith an inis a 
tam, ar is indti atâ Hele 7 Énocc, 7 as ûasal in teghdais a foil 
Eile. » 

23. Ocus dorigne failte moir frisna cleirchib 7 adbert : 
« Atait da loch isin tir-seo, loch uisce 7 loch tened, 7 ric- 
fadis o cianaib for Erind mani padh Martain 7 Patraic oc guidhi 
leo ». 

« Ropad maith lind Enoc d'taicsin, » ar an clerich. 
« Ata i n-inud diamair cor-risam uile [don cath] il— lo an 
messa ». 

24. Imrait iarsin on tir-sin co mbatar for tondgor an mara 



1. Cf. ragait fochctôir cen mcsrugud etir ibrro dochom niffrind, ragait 
fochetoir cen mesrugùd etir dochum nimi, Revue Celtique, IV, 250. 



The Voyage of Snedgus and Mac Riagla. 23 

in dwelt a multitude of men of the Gael ; and the women of 
the island straightway sang a sianan to them, and the clerics 
deemed it melodious. 

« Sing ye still », saith the cleric, saith he ; « hère is the 
sianan of Irelarid ! » 

« Let us go, O clerics ! » say the women, « to the house 
of the King of the island, for therein we (leg. ye ?) shall hâve 
welcome and refreshment. » 

22. The women and the clerics enter the house; and the 
king made thé clerics welcome, and they put away their 
weariness there, and he asked them : « What is your race, O 
clerics ? » 

« Of the men of Ireland are we », say the clerics, « and 
of Colomb cille' s community. » 

« How fares it in Ireland ? » saith he, « and how many 
sons of Domnall are alive ? » saith the King. 

The cleric answered : « Three sons of Domnall' s are alive; 
and Fiacha son of Domnall fe 11 by the Men of Ross, and for 
that deed sixty couples of them were set on the sea. » 

« That taie is true for you, O clerics ! It is I that killed the 
son of the King of Tara, and we it is that were set on the 
sea. And well for us was that, for we shall abide hère till the 
Judgment shall corne; for good are we without sin, without 

wickedness, without of our crime. Good is the island 

wherein we are, for in it are Elijah and Enoch, and noble is 
the dwelling wherein is Elijah. » 

2 3 . And he made the clerics very welcome, and said : 
« There are in this land two lakes, a lake of water and a 
lake of fire, and they would hâve corne long ago over Ire- 
land had not Martin and Patrick been praying for them (the 
Irish). » 

« We would fain see Enoch, » say the clerics. 

« He is m a secret place until we shall ail go to the battle, 
on the Day of Judgment. » 

24. Thereafter they voyage from that land, and were in 



24 Whitley Stokes. 

fri re ciana co wdorala furtacht mor o Dia doib, ar roptar sci- 
tha, co n-acatar inis moir n-aird, 7 ba haibind 7 ba noemda bis 
indti. 

25. Ba maith an ri bûi isin insi, 7 ba noemda 7 ba firian, 
7 ba mor a sluag, 7 ba huasal teghdhais an rig-sin, ar boi cet 
dorus isin tigh-sin, 7 altoir oc gach doruss, 7 fer graid ic cach 
altoir ic idpuirt chuirp Christ. 

26. Dolotar iarum isan tegh-sin an chleirig, 7 bendachais 
cach dib dia chele, 7 dolotar uile iarsin, ct/r mnai 7 fer, an 
sluag mor sin do laim occonn aifriunn. 

27. Dakar fin forro iarsin, 7 adber in ri frisna clércho : 
« Apraidh », ar se, « fri fini Erind dos-fil digal mor foruib. 
Dosn-icbad allmaraigh dar muir 7 trebfaid cô leth an n-indse, 
7 gebtait forbais foraib, 7 is ed dober doib an dighal sin, a 
meit doberat eislis for timna nDé 7 fora forcetol. Mi for blia- 
dain atathi for fairrgi 7 rosessidh : inlan 2 , 7 indisid bar scela 
uile d'feraib Eirind ». 



1 . Ms. rosessigh. 

2. Ms. leg. imlan? ■ 



The Voyage of Snedgus and Mac Riagla. 25 

the roaring waves x of the sea for a long time, until great re- 
lief came to them from God, for they were weary. And they 
beheld a great lofty island, and ail therein was delightful and 
hallowed. 

25. Good'was the King that abode in the island, and he 
was holy and righteous ; and great was his host, and noble 
was the dwelling of that King, for there were a hundred 
doors in that house, and an altar at every door, and a priest 
at every altar offering Christ's Body. 

26. So the clerics entered that house, and each of them 
(host and guests) blessed the other ; and thereafter the 
whole of that great host, both woman and man, went to 
communion at the Mass. 

27. Then wine is dealt out to them, and the king saith to 

the clerics : « Tell the men of Ireland, » saith he, « that a 

great vengeance is about to fall on you. Foreigners will corne 

over sea and inhabit half the island ; and they will lay siège to 

you 2 . And this is what brings that vengeance upon them (the 

Irish), the great neglect they shcw to God's Testament and to 

His teaching. A month and a year ye shall be at sea, and ye 

shall arrive safely ; and (then) tell ail your tidings to the men 

of Ireland. » 

Whitley Stokes. 
16 Sept. 1887. 



1 . Literally • the wave-voice » . 

2. This probably refers to the Anglo-norman invasion. 



LÉGENDES 



DES 



MONNAIES GAULOISES 

(1887). 



Il y a seize ans, dans le premier volume de la Revue Celtique, 
j'ai publié un travail dont celui-ci n'est, par le fait, qu'une 
nouvelle édition ; mais je ne crains pas que mes lecteurs m'en 
sachent mauvais gré. Depuis 1871, des monnaies, jusque-là 
inédites, ont été recueillies; des observations judicieuses ont 
été présentées par plusieurs de mes confrères, principalement 
par MM. Hucher et Muret; j'ai pu reviser avec soin les lectures 
faites par ceux qui sont mes devanciers dans l'étude de la nu- 
mismatique gauloise. Le recueil que je publie aujourd'hui, aug- 
menté de légendes nouvelles, débarrassé de lectures fautives, 
peut être considéré comme aussi complet que possible et au 
courant des recherches scientifiques faites jusqu'en 1887. 

Si on n'y trouve pas certaines légendes répétées un peu 
partout, principalement dans les livres déjà anciens, c'est que 
ces légendes ne sont plus admises ; des exemplaires mieux 
conservés, un examen plus attentif, ont permis de les faire 
disparaître. En effet, dans une énumération de ce genre, des- 
tinée à être consultée par les savants qui s'occupent de philo- 
logie celtique, il importe de ne faire figurer que des formes 
certaines. J'ai dû omettre certaines légendes encore incom- 
plètes ; espérons que, plus tard, elles pourront prendre place, 
avec de nouvelles découvertes, dans un supplément. 



Légendes des Monnaies gauloises. 27 

On remarquera que les légendes monétaires paraissent assez 
tard sur les monnaies gauloises ; les ethniques y sont assez 
rares ; ils se lisent surtout dans le Midi, au premier siècle 
avant l'ère chrétienne, ainsi que dans la Belgique, mais, pour 
cette région, après la conquête ; les noms propres d'hommes 
sont en très grande majorité, quelquefois accompagnés de mots 
dans lesquels des numismatistes autorisés voient des titres ou 
des indications de fonctions : vercobretos, arcanlodan. Quel- 
quefois on lit des mots qui ont un sens géographique : San- 
tonos, Turenos, par exemple ; les monnaies qui les portent ne 
se trouvent pas sur le territoire de la Saintonge et de la Tou- 
raine de manière à permettre d'y reconnaître une monnaie lo- 
cale : serait-ce un souvenir de lieu d'origine attribué à un per- 
sonnage, appelé, hors de son pays, à remplir certaines fonctions ? 

J'ai dû résister au désir de rechercher dans les grands re- 
cueils épigraphiques les noms, et il y en a plus d'un, qui 
sont gravés sur les monnaies ; il m'a semblé que j'aurais em- 
piété sur le domaine des philologues ; il appartient à des 
érudits, comme le Directeur de la Revue Celtique, de faire un 
pareil travail et d'en tirer toutes les conséquences qui peuvent 
servir à la science. 

A. de B. 

Ouvrages consultés : ' 

Annuaire de la Société française de numismatique. 

L'Art gaulois, ou les Gaulois d'après leurs médailles, par E. Hucher. 

C. I. L., Corpus inscriptionum lalinaruiu. 

Duchalais, Description des médailles gauloises faisant par lie de la collection de 
la Bibliothèque royale. 

Evans (J.), The coins of the ancient Britons. 

Gaule éSarb., Numismatique de la Gaule Narbonnaise, par L. delà Saussaye. 

Heiss (Aloiss). Description générale des monnaies antiques de l'Espagne. 

Lambert (E.), Essai sur la numismatique gauloise du nord-ouest de la France. 

Lagoy (marquis Rog. de), Essai de monographie d'une série de médailles 
gauloises d'argent, imitées îles deniers consulaires au type des dioscures ; avec un 
supplément. 

1 . Dans cette courte bibliographie nous avons voulu simplement indiquer 
les ouvrages les plus récents auxquels renvoie la liste qui suit. Il nous a 
paru inutile, pour ce travail, de mentionner les nombreuses publications qui 
ont précédé et dont, par le fait, les indications sont relatées dans les livres 
et dans les brochures énumérés ici. 



28 A. de Barthélémy. 

Lelewel (Joachim), Etudes numismatiques et archéologiques : type gaulois ou 
celtique. 

Nutn. chron., Numismatic chroniclc 

Pevghoux, Essai sur les monnaies des .-h verni. 

Rev. arch., Revue archéologique. 

R. n. f., Revue numismatique française. 

R. u. b., Revue belge de numismatique. 

Robert (Ch.), Numismatique de la province de Languedoc: la période an- 
tique (extr. du t. 2 de la nouvelle édition de l' Histoire générale du Languedoc). 

La Sizeranne (le comte de), Le trésor de Laveyron (extr. du Bulletin de la 
Société d'archéologie de la Drôme). 



* ABALLO. Voy. Caballos. 
AbVCATO, or. Rev. num. fr. 1836, pi. 2. 

On a proposé de lire Abugato. 

ABVDOS, ABVDS, or, br. Lelewel, pi. 7, 
44; Art gaulois, 1" partie, pi. 79, 1. 

ACEDOMAPAT1S, GAIV.Ii, ar .Rev. num. 
1862, pi. 1, 6; 1883, 1, s 

[A]CINCOVEPVS-PETRVCORl OU PER- 
RVCORl, ar. Art gaulois, V e partie, 
pi. 80, 2. La Saussaye et Longpérier 
lisaient Petrucori, ce qui est contesté. 

* ACVNO. Lambert, 2 e partie, pi. 17, 

1 1. Voy. Acussros. 

ACVSSROS, br. R. n. f. 1838, pi. 21. 

ACVTIOS, br. Art gaulois, pi. 52, 2. 

ADDEDOMAROS, ADDIDOM, or. Bre- 
tagne, J. Evans, pi. 14, 1 à 9; Num. 
Chron., 1856, p. 1 50. 

ADIETVANVS: REX ADIETVANVS FE- 

SOTIOTA, ar. Art gaulois, pi. 90, 2. 
ADNAMATI, ar. Pannonie, Lelewel, pi. 3, 

12. Suse, ADNAMA TROVC1LL1 F.,C. 
/. L., V, 2" p., 7269. Cisalpine. 

AESV, ar. Bretagne. J. Evans, pi. 15, 8. 

AFHA, br. R. n. f. 1844, p. 365. 

*AIAOYIN. voy. vinpia. 

AINORIX, ar. Pannonie, Cab. imp. de 
Vienne. 

*ALABBOAIIOS. Voy. le suivant. 

ALABPOAIIOC-NIDE, ar. Lelewel, 
pi. 6, 12 ; Duchalais, p. 18. 

ALAV, ALAVCOS, br. Art gaulois, i r0 par- 
tie, pi. 19, 2, 2" partie, 17 h. 

AMBACTVS; AMBACTVS-ARC, br. Lele- 
wel, pi. 9, 9. Bretagne, Mon. gaul. 
inédites de Strasbourg, 1882. (Extr. 
des Mémoires delà Soc.d'arch. lorraine). 

AMBILIEBVRO ; AMB1LO-EBVRO, ar. 
Lelewel, pi. 6, 17. 



47 



Voy. 
Lelewel, 



* AMBIORIX. Voy. Ambili. 

AMEN, or. Salasses. R. n. f. 1861, 

P- 344- 

AMIûRIX, or. Pannonie. Cabinet de 

France. 
AMM1, billon. R. n. fr. 1884, pi. s, 40. 
AM, AMM1, AMMINVS-DVN, ar., br. 

Bretagne, J. Evans, pi. 5, 1 et 2. 
AMYTO BA(5'.Xc'j;), br. Cab. de France. 

* AND. Voy. C IND. 

* ANDECA. Lelewel, pi. 14, 

le suivant. 

ANDECOMBO-ANDECOM, ar. 
pi. S, 44 et 4$; 4, 47. 

ANDOBRV. Voy. Garmanos. 

AND, ANDO, ANDOCO, or, ar., br. Bre- 
tagne. J. Evans, pi 5, 4 à 6. 

ANDV, ar. Cabinet de France. 

ANDVGOVONI-CEL1ICORIX, ar. Dict. 
d'arch. celt., n" 68. 

ANNAROVECI, hr.R. n.b. 1862, pi. 4, 1. 

ANNICOIOS, ANNICCOIOS, br. Lelewel, 
pi. 9, 23. 

ANORBO. Voy. Dubnoreix. 

ANSALI,ar. Pannonie, Art gaulois, 2" par- 
tie, 72 

ANTE0, ANTED ; ANTEDR1GV, or, 
ar. Bretagne, J. Evans, pi. 1,7 et 8; 

ANÎ in AÉn -11' AHM, ar. Gaul. 

narbonnaise, pi. n" ! 11 à 17. 
AOPA, br. R. n. f. 1863, p. 159- 
AOYEN1AO; AOYE, AYE, ar. Lelewel, 

pi. S, 17. br. Cab. de France. 
AftAMOC-LMVNAT, br. Mil. de 

Num., 1, p. 326. 
AP (en monogramme), or. Art gaulois, 

pi. 101, 8 et 9. 
ARC, br. Voy. Ambactu. 



1. Ou AGEDOMAPATIS. 



Légendes des Monnaies gauloises. 



29 



ARKANT, ARCANTODAN, ARCANTO- 
DAN-ROVECA, ARCANTODA-MAV- 
FENN, br. R. n. f. 1860, p. 352 ; Art 
gaulois, i re partie, pi. 48, 1 ; Bull, de 
la Soc. d'agriculture de la Sarthe, 
1857; R. n. /., 1862, pi. 9, 1, 1 bis 
et 4. 

ARDA, or, br. Lelewel, pi. 9, ? 1 a 34. 
R. n.f., 1885, pi. 6, 14. 

AREC. Voy. Volcae. 

* AREMAC10S. Voy. le suivant. 
AUEM AGIOS, br. Art gaulois, pi. 182, 1. 
APHT0IAM02-NAMAY, br. Du- 

chalais, p. 81 et 85. 
ARIVOS. Voy. Santonos. 
ARTOS, br. R. n.f., 1842, pi. 21. 

* ARTVE-COMVN. Monnaies de Paestum 

de Lucanie. 
ARVS. Voy. Segvsia. 
*ACTICO. Voy. KowmAo. 
? ATAV, or. Bull, de la Soc. d'agr. de la 

Sarthe, 1857, p. 107. 
ATECTORI, br. Lelewel, pi. 9, 24. 
A0IIDIACI-A. HIR. IMP, br. Dict. 

d'arch. celt., n n 120; R. n.f., 18)8, 

p. 443. 
ATEPILOS. Voy. Tovtobocio. 
ATESOS, br. Mil. de Numismatique, t. 1. 
ATEVLA-VLATOS, ar. Lelewel, pi. 3, 

43 ; 5, 10. ATVLA. Inc. chr. Crémone. 

C. /. L. V, r" partie, 41 17. Cisalp. 
À0EN, br. Cab. de France. 
*A0HPIAC. Voy. A0HDIACI. 

ATH1RIMP. Voy. A0HDIACI. 

ATISIOS. Toy. Remos. 

*A0ORI. Voy. Addedomarus. 

AITIII, or. Cab. de Fr. 

ATP1LLIF. Voy. Orgetûrix. 

ATPI, Gaul. Narb., pi. 1, 32. 

ATTA, ar. Pannonie. Ann. de la Soc. 

Num. 1868. ATTA. 1ns. chrét. à Milan. 

C. I. L. V, 2 e partie, 6183. Cisalpine. 
ATVLLOS, or. Pannonie. 
*.AVAR1IC0 ou AVACIICO, ar. Lelewel, 

pi. 7, 72 ; Duchalais, p. 7. Lectures 

très incertaines. 

* [AVJARICI. Voy. Viriciu. 

* [AlVARICO. Voy. Vaciico. 
AVAVCIA, br. Lelewel, pi. 9, 26. 

* AVDA1ACOS. Voy. Durnacos. 
AVDOS, br. R. n.f. 1S47, pi. II. 
AVGII, ar. R. n. b. 1885, pi. 13, 5. 

AVGE. Vérone. Cl. L. V, i r " partie, 
3398, 1927, 2 S9 1 , 8342 Cisalp. 
AVLERCOS. AVL1RCV; AVLIRCO-EBV- 
ROVICO, br. Art gaulois, 2" partie, 
p 5 4 et j s ; Lelewel, pi. 9, 46 et 47. 
— Une légende lue Aulercos, Lamb. 



i. re partie, pi. 8, 25 est de Nercod; 

voy. ce nom. 
AVLOIV. Voy. LLWAOIB. 
AVN, ar. br. Bretagne, J. Evans, pi. 17, 

8. 
AVOT on TOVA, br. Cabinet de France. 

* AVRATO. Voy. Cassisuratos. 

AVRC, ar. Art gaulois, p. 75 ; Lelewel, 

pi. 1, 10. 
*AVRO, Lelewel, 1, 10. Voy. le précédent. 
AVSC, AVSCRO, AVSCROCOS, AVS- 

CROCVS. Voy. Durnacos. 

BAO, br. R. n. f. 1859, pi. 2, n. 
BILINOS, BHINOC, ar. Lelewel, pi. 7, 

4; Duchalais, p. J9; Lambert, r" 1 p., 

pi. 11, 16. 
BHTAPPAT1C, br. Ch. Robert, pi. 4, 20. 
BIATEC, ar. Pannonie, Lelewel. pi. 1, 

4; 3, IJ- 

BIRAGOS, ar. R. n. f. 1860, pi. 8, n. 

*BISO, br. R. n.f. 1837, p. 491 ; Lele- 
wel, pi. 7, 73. Cette légende n'existe 
pas. 

BITOYIOC BACIAEY, br. Ch. Robert, 
pi. iv, 16. 

B1TOYCOC BACI, br. Ch. Robert, p. $8. 

BODVO, BODVOC, or, ar. J. Evans, 
p. 135, pi. 1, 2 et 3. 

BOIO, ar. Cab. imp. de Vienne. 

B12KIOC. Voy. AoYYO<7TaX7]Ttov. 

* BOYIBILON. Voy. le suivant. 
BOYIB1TOY, ar. Lambert, i ra partie, 

pi. 9, 16 ; Art gaulois, pi. 73, n" 54. 

* BPI1NOS, ar. Lecture très douteuse. 
BRICA, br. Coll. Ledain, à Metz. 
BRI-BRI: BRIG-COMAN; BRI-COMA; 

BRICO-COMA, ar. Lagoy. 
BRIGIOS, br. Art gaulois, pi. 98, 1. 
BVGIOS. br. Ait gaulois, 2" partie, p. $t- 
BVSV, BVSSV, BVSSVMARVS, ar. Pan- 
nonie, Lelewel, pi. 3, 14. Cab. imp. 
de Vienne. 

CABaLLOS, br. R. n.f. 1855, pi. 8, 4. 
CABE COL, CABE-LEPI, ar., br. Cabel- 

lio colonia, Lelewel, pi. 8, 14, 26; 

Num. de la Gaule narbonnaise,p\. 7. 
CA-1VR ou AVR,ar. Art gaulois, p. 75. 

* CACIAC-CII. Voy. Caliagiiic. 
CAL-MOR ou ROVV, ar. R. n.f. 1860, 

p. 417. Quelques personnes pensent 
que Cal est l'abrégé de Calitix. 

CALEDV, CALEDV-SENODON, ar R. 
n. f. 1847, pages 167, 1677, et 178, 
187. Lelewel, pi. 3, 5 1 ; R. n. f. 1860, 
p. 188. 

CALIIDV, br. Lelewel, pi. 7, 1 1 ; Art 
gaulois, p. 5 1 . 



3° 



A. de Barthélémy. 



CALIACI1S, br. R. n. f. 1855, p. 365 . 
CAL1TIX. Voy, Cosii. 
CALLE. Voy. Eppil. 
CALMINOXOV, br. Cab. de France. 
*CAAOY, CAAOYA-MAN, br. Lec- 
tures inexactes d'une légende très dif- 
ficile à déchiffrer dans laquelle Saulcy 
croyait retrouver le nom de Galba, roi 
des Suessions. R. n.f. 1859, p. 401. 
CAM, ar. Lelewel, pi. 8, 2 ; R. n. f. 

1836.pl. 8, 11. 
* CAMaON. Voy. Cambil 
CAMBIL, br. Dict. d'arch. celt., n" 135. 
CAMBOTRE, ar. Lelewel, p. $, 11; 

Art gaulois, pi. 64. 2. 
CAMVL-CVN0BEL1N1 ; CAMV-CVNO ; 
CAMVLODVNO-CVNO, or, ar., br. 
Bretagne, Lelewel, pi. 8, 51, 5? à $6; 
J. Evans, pi. 9, 1 à 3 et 14 ; 1 1, i à 
4 ; 12, 9 à 14 •. 13, 1 à 4. — Voyez 
aussi Cunobelini. 
CAMVLO, or. R. n. f. 1863, p. 501 ; 

Art gaulois, pi. 101, 6. 
CAND, ar. Art gaulois, p. 82. Il se pour- 
rait que cette légende lue à rebours 
DNAC, fut une abréviation àzDumac; 
le type autorise cette hypothèse. 
CANT0R1X. Voyez Turonos. 
CARMaNOS. Voyez Garmanos. 
CARS1CI0S-|C0|MMI0S, ar. Duchalais, 

n° 45- 
CASouGAS, or. R. n.f. 1863, pi. 16. 

2. 1848, p. 1 so. 
CASSISVRATOS-. . . LANTCS, ar. R. n.f. 

1883, pi. 1, 7. 
CATAL, br. Art gaulois, pi. 5, 1 et 2. 
*CATAV. Voyez Catal. 
CATTI, or. Bretagne. Lelewel, pi. 8. 

17 : J. Evans, 1, 4. 
CATTOS. Voyez Cisiambos. 
' CAV. 1 r Cal et ,\rsc. 
? CAVLN, ar. R. n. f. 1860, p. 2(9. 
Ann. de la Soc. de r.um. 1867. Lecture 
très conjecturale de Saulcy. 
"CAVNG ou CNVO. Voyez Cn. Vol. 
CELIIGORIX. Voyez Andugovoni. 
CELNVM-ZE, or. Pannonie, Art gau- 
lois, p. 24. 
'CEVARIX. Voyez Varixce. 
CICIIDVBRIIIPAD, br. Duchalais, n» $; 

Art gaulois, pi. 20, 2. 
C1CVTAN0S, br. R. n. f. 1883, pi. 1,4. 
CIECIM. or. Pannonie. Art gaulois, p. i\. 
'C1NCVNV. Voyez Caliagiis. 
CISIAMBOS; CJSIAMBOS CATTO VER- 
COBRETO, br. R. n. f. 1837, p. 12 ; 
1857, p. 403: 1861, p. 165; 1862, 
p. 177; Lelewel, pi. 8, 41 et 42 ; Art 
gaulois, pi. 56, 1. 



'CISIARECO. Voyez Cisiambos. 

'CISIARIX, id. 

C.I.V,br. Colonia Julia Viennensis, Num. 

de la Gaule Narb., pi. 1 s, 2. 
CN.VOL. Voyez Volvnt. 
COBROVOMARVS. ar. Pannonie. R. n. 

f. 1840, pi. 19, 9. Duchalais, p. 406. 

Ann. de la Soc. de Num. 1868. 
"COGESTIVS. Voy. le suivant. 
COGESTLVS, ar. Pannonie, Lelewel, 

pi. 7, 38. Ann. de la Soc. de numism. 

1868. 
C010S. Voyez Orgetorix. 
' COISA, ar. Pannonie, Cab. de France. 
s. Voyez Cose, Bric, Coom, Ved. 
M10S. Voyez Garmano, Tino, Viri, 

Verica, Carsicios ? 
COMMIOS. or. Bretagne. J. Evans, 

pi. 1. 10. 
COMVX, or. Bretagne. J. Evans, pi. 1, 5. 
"CONA. Voyez Conta. 
CONAT, br. R. n.f. 1859, pi. 13, 18. 
CONE. .D, br. Lambert, r" partie, 

pi. 10, 4. R. n. f. 1865, p. 148. 
CONGE, CONGESA, ar. Ann. de la Soc. 

de Num. Lelewel, p. 2S2. 
CONTA ou CONTVA, ar. R. n.f. 1844, 

p. 404; 18.47, p. 266. 
CONNO. EPILLOS-SEDVLVS, br. R. n. 

f. 186$, p. 137. 
'CONTOVIOS. Voyez Contovtos. 
CONTOVTOS, br. Art gaulois, pi. 20, 1. 
COOM-COMAN, ar. R. n.f. 1860, p 417. 
COPO, ar. Ami. de la Soc. de num. 

1868, p. 7. 
CORIARCOC [CIIVICOVI] — A. H1R. 

IMP, br. R. n. f. 1858, p. 144. 
'CORILISSOS. Voyez Coriarcos. 
C0SI1-CALITIX, 3f. R. n. f. 185 1, pi. I, 

6; 1860, p. 417. Art gaulois, p. 81. 
COSII-CONIAN, ar. Art gaulois, p. 81. 
COVED, COVEDJM. ar. Num. de Lan- 

guedoc, pi. 3, 14 à 17. 
COVNOS, ar. Ann. de la Soc. de Num., 

1868. 
COVRA ou COLRA, ar. Num. du Lan- 
guedoc, pi. III, 20 et 21. 
CRAB, ar. Bretagne, J. Evans, pi. 5,3. 

* CRAMITOS. Voyez Karnitos. 
CRIf.R,CRICRV,CRICIRO, CRICIRONI, 

CRICIRV, or, ar., br. R. n. f. 188$, 
pi. 6. 

* CRITVRIX. Voyez INECRITRVIX. 
CVBIIO, br. R. n. f. 1868. pi. 1, 13. 
CVBIOS, ar. R. n. f. 1866, p. 248. 
CVNOBELI-CVN;CVNO-SOLIDV;CVNO- 

BEL1NVS REX-TASC; CVNOBELINI- 
TASC10; CVNO-TASCF; CVNO-TAS- 
CIO; CV.N0BIL-TASC.F1L; CVNOBE- 



Légendes des Monnaies gauloises. 



ii 



LINI-TASCIOVANI.F; CVNOB-TAS- 

CIIOVAMT1S, or, ar., br. Bretagne. J. 

Evans, pi. 20, 1 à 14; il, e> à (4; 

12, 1 à 7. 
'CVNVANOS. Voyez Dcanaunos. 
CVPlNACIOS-VL,ATOS, br. Mèm. de la 

Soc. des Antiq. de l'Ouest, t. 37, 

n°* 41 et 42. 

DARA. Voyez Diarilos. 

DCANAVNOS, DCANAOS, br. Art gaulois, 

p. 89. 
AEIOYGIIAGOC, br. R. n.f. i8 S4 , 

p. 85; 18J9, pi. 13, 2; Art gaulois, 

p. 68. 

* AEIOYN, AEIOYIX. Voyez le nom 
précédent. 

DEVIL, ar. Pannonie, Cab. de France. 

* DIAOVLOS. Voyez Diasulos. 
DIARILOS-DARA, ar. Art gaulois, pi. 

86, 1. 
D1ASVLOS, ar. R. n.f. 1852, p. 28; 

Rev. arch. 1868, p. 130. 
*AIAY. AIAVGOS. Voyez alaucos. 

* DICOMJ pour DICOI, DIKOA, ar. Ci- 

salpine. R. n.f. 1861, p. 333 et 345. 
DNAC. Voyez Cand et Durnac. 
DOC1 ; Q. DOCI-SAMF, ar., br. R. n. f. 

1860, p. 179 ; 1861. p. 88 ; Art gau- 
lois, p. 107. 
DOMISA. ar. Pannonie. 
DONNADV, br. Péghoux, n° 38. 
DONNVS-ESlANNIIou ESIANNIF,ar. Art 

gaulois, p. 83. C'est par erreur que 

l'on a joint ce nom à celui de Dur- 

nacus. 
AOYBXO, ar. R. n.f. 1866, p. 237; 

Art gaulois, p. 132. 
DRVCCA; DRVCCA-TVRONA, br. R. n. 

f. 1846, pi. 7, 3 et 4. 
DVBXOCOV. Voyez Dubnoueix. 
DVBNOREIX-DVBNOCOV; DVBNORJX- 

ANORBOS; DVBNORI, ar. R. n. f. 

18^3, P- S J '866, p. 244. 
DVBN, DVBNO, DVBNOVHLLAVNOS, 

ar. Pannonie et Bretagne. Lelewel, 

pi. 8, 20; J. Evans, pi. IV, 6 à 12. 
DVMN-TIG1PSENO, or. Bretagne, J. 

Evans, pi. 17, 3. 
DVMNOCOVEROS, Voyez Vousios. 
DVMNOVEROS. or. Bretagne, J. Evans, 

pi. 17, 2. 
DVN. Voyez Amminus. 
DVRaT-IVLIOS, ar. Art gaulois, pi. 90, 

1 ; Lelewel, pi. 7, 12. 

* DVRATO. Voyez Cassisurato. 
DVRNACOS-AVSCRO, AVSCROCOS, DVR- 

NAC-EBVRO et EBVROV, DVRN- 
AVSC, DVRNAC-AVG1I, DVRNACVS- 



DONNVS, DVRNACVS-AVSCROCVS, 
ar. R. n. f. 1862, p. 9; 1853, P- 5 ; 
1869, p. 2 ; R. n. b. 186c, pi. 13, 5. 

* DVRNOCOV Voyez Dvbnocov. 

EAB1ARI, ar. Pannonie. Ann. de la Soc. 

de Num. 1868. 
?IIARO, br. Art gaulois, p. 76. Lecture 

très douteuse. 
EBVRO, EBVROV. Voyez Ambilli, Dvr- 

nacos et RlCANT. 
EBVROV1CO. Voyez avlircvs. 
ECCAIOS, ECCAIO. 1ICCA10, ar., br. 

R.n.f. 1867, p. 173 ; Pannonie. Ann. 

de la Soc. de Num. 1868. 
ECEN, ECE, br. Bretagne, J. Evans, 

pi. 15, 1 à 5 
HCOYArEn, br. r. n. f. 1865, 

p. 151. 

* IICVIX. Lambert, r" partie, pi. 9, 1. 

Voyez Ibruix. 
EDV1S-ORGETIRI, ar. R. n. f. 1860, 

P 97- 
'EINOONNDOC. Voy. IlevvoouivSoç. 
EIVICIAC, br. R. n.f. 1868, p. 407. 
EKPITO, br. R.n.f. 1868, p. 409. 
EIOJTIAICO, or. R. n.f. 1852, p. 201. 
HAIKIOY MA2S, br. Cab. de Fr. 

* ELIOCAOI. Voyez Veliocathi. 
EAKESOOYIS-TASGIITIOC, br. 

R. n. f. 1864, p. 25 1. Art gaulois, 

pi. 2, 1. 
ELViOMAR, ar. Pannonie, Ann. de la 

Soc. de Num. 1868. 
EMBAV, br. Cab. de France. 

* EMB1TO ou EMPITO. Voyez Ekrito. 
EPAD, ar., br. Art gaulois, pi. 3, 2; 

2" partie, p. 9$. IIPAD. Voyez Cicimu- 
Bri. 

Ei'AïI, TASC.1F-EPATICCV, or, ar. Bre- 
tagne, J. Evans, pi. 8, 12 à 14. 

EPENOS, EPENVS-EniINOC, 
EIIHN, br. R. n.f. 18J9, p. 81 et 10. 

EPI. br, Mil. de Num., 1878. 

EPILLOS. Voyez Conno. 

IIPOS, br. Cab. de France. 

EI1IIA, br. Lagoy, Not. pi. n° 2. 

EPP1L COMF, EPPILLVS COMF, EPPI 
COMF, EPP REX CALLE,or, ar., br. 
Breiagne, J. Evans, pi. 3, 8 à 13, 4, 
2 à 5. 

I1POMIIDVOS, ar. R. n. f. 1843, P- 4' G 
1864, p. 349. 

* IIPOM11AOS. Voyez Epomedvos. 

* ERCOD. Voyez Nercod. 
ESIANNI. Voyez Donnvs. 

IISVPAS. Bretagne. Art gaulois, 2 e par- 
tie, p. 149. 



32 



A. de Barthélémy. 



ESV10S, ar. Mil. de Num., t. I, p. }ll; 
R. n. 188} . pi. I, 3. 

EVOIVRIX, ar. Pannonie. Ann. de la 

Soc. de Num. 
EVORNOS, br. R. n. f. 1886, pi. Il, 2. 

* FABIARI. Voyez Eabiari. 

GARMANOS-COMIOS ou COMMIOS, ar. 
Art gaulois, pi. 62, 2, et 2" partie, 
p. 100. 

GARMANO--ANDOBRV, br. Art gaulois, 
p. 162. 

"GELISVC. Voyez Segisuc. 

GERMANVS-INDVT1LLIF, br. Art gau- 
lois, pi. $0, 2. 

G1AMILOS, GIAMILO-SIINVI, ar.. br. 
Art gaulois, pi. 82, 2. Bull, de la Soc. 
des Antiq. de l'Ouest, 1877. 

rAANIKON, ar. Lelewel, pi. 3, 8. 

GOTT1NA, or. Lelewel, pi. 4, 25. 

Hirtius. A. HIR. 1MP. br. Voyez Athe- 

DIACI, COS.1ARCO, INECRITVRIX. 
IBRVIX. 

* 1CRITVR1X. Voy. Iniicritvrix. 

* IEMEP. Voyez Smer. 
IFELITOVES1, IFLKOVESI, IFNKOVE, 

ar. Cisalpine, Lelewel, pi. 7, 8. 

* 1LENTOS. Voyez Cassisvrato. 

? IMIOC1, ar. R. n f. 1862, p. 22. Cette 
légende, très douteuse, pourrait être, 
suivant M. Ch. Robert, KwKOCHX '. 

INAM, or. Bretagne. J. Evans, p. 149. 

INDVTILL1F. Voyez Germanvs. 

INIICRITVRIX. A. HIR. IMP. br. R. n. 
f. 1858, p. 144. 

IOTVRIX, ar. Pannonie. 

? IOVERC, br. R. n. b. 1864, p. 437. 
Duchalais, page 269. 

[RAVSCI, ar. Pannonie. 

? 1RNERIX, ar. Lelewel, pi. 6, n. 

ISVNIS, br. Dict. d'arch. celt., n° 147. 

IVLIOS. IVLIV, 1VLIVS. Voyez Dvrat, 
Acedomapatis, Togirix. 

KABAAA, or. Cabinet de France. 
KABE (Cavaillon\ br. Art gaulois, p. 128. 
KAIANTOAOY BASfAEÛS, br. 

Robert, Num. du Lang., pi. 4, 18 

et io. 
KAINIKHTÛN, ar. Lelewel, pi. 3,9. 
KAA, KAAETEAOY, ar. R. n. f. 

1858, p. 281 ; Lelewel, pi. 4, 40 et 

41. Art gaulois, pi. 58, i à 4. 
KARI0A, br. Ait gaulois, pi. 18, 2. 

* KAPNITOC ou KAPONTOC. Voyez To- 

GICA10T0S. 



KASILOI, or. Salasses. R. n. f. 1861, 

P- Î44- 

KaSIOS, ar. Cisalpine. Cab.de France. 

KACTIAO (T. TAAY), M. Voyez 
Samnaget. 

KAT, or. Salasses, ibid. 

? KENVEIA, br. Lelewel, pi. 4, JJ. Lec- 
ture très incertaine. 

KEKVA, br. Cab. de France. 

* KERA, KERATIX. Voyez Epat, Epati. 
KOIIAKA. br. R. n. f. 1863, pi. 16, j. 
K0I10C, ar. Cab. de France. 
KcoKOCIÔC. Voyez Imioci. 
KONAT, br. R. n. f. 18J9, P- 404. 
KRACCVSrREMOS? br. R. n. f. 1851, 

pi. 1, 5; Art gaulois, p. 131. Mil. de 
Num. t. I"', p. 163. 

* KP AMI TOC. Voyez Karnitoc. 
KPISSOou KPISSO, br. R. n. f. 

1866, pi. 13, 1, et 1869, p. 10. 

AAKVAQN, ar. Num. de la Gaule 
Narb. pi. 1 , 20. 

LAVOMARVS. ar. Pannonie. Ann. de 
la Soc. de Num. 1868, p. 20. Ducha- 
lais avait lu LANORVIARVS. 

LEMISOEXSC,ar. Mil. de Num., t.I.p. 86. 

LEXOVIO (Semissos Lexovio publico, Si- 
missos publicos I.ixovio), br. Art gau- 
lois, p. $6, 1 ; R. n. f. 1861, p. l6j; 
1862, p. 177. 

'LIAVS1I. Voyez Ravit. 

* LICVTANOS. Voyez Cicvtanos. 

* L1H0VI-MACCA. Voyez MaaaaX'.rjwv. 

* L1PEK0. Voyez Pirvcos. 

* LISCVS. Lelewel, 1, 16. — Mauvaise 

lecture. 

LIT A, LITAV, L1TAVICVS, ar. R. n. f. 
1860, pi. 4 et 5. 

LIXOVIATIS, br. R. n. f. 1862, pi. 6, 
S et 8 bis. 

AOrrOCTAAHTQN-BQKIOC, ou 
AOYKOTÎOC; AOrrOSTAAH- 
PAVRP, br. Num. du Languedoc. 

AOM, br. R. n.f. i856, p. 416. 

AOSS, br. Type massaliète. Cab. de 
France. 

AOYKOTIOC. Voyez Longostaleti. 

LVCIOS, LVCCIOS, ar. A', n. f. 1862, 
p. 25; Art gaulois, p\. 22, 2 et 2" par- 
tie, p. 98. 

LVCOTIOS, ar. R. n. f. i86j, pi. 2, 
140 et 14 1 . 

LVCVDVNI, ar. Duchalais, p. 136. 

LVXTI1RI0S, ar., br. Duchalais, p. 13; 
Revue celtique, t. 4, p. 317. Quelques 
personnes croient qu'il faut lire LVX- 
TIIKIOS. 



Légendes des Monnaies gauloises. 



n 



M, MA, ar. Num. de la Gaule Narbon- 
naise. MA, br. R. n. f. 1860, p. 166. 

"MADVBI1N0S. Voyez Matvcenos. 

MAGVRIX, br. Art gaulois, p. 45. 

? MAGVS, ar. R. n. f. 1840, p. 16. 
L'authenticité de cette pièce est très 
douteuse. 

MACCA, MASSA. MAS2AAIH- 
TQN, ar. Num. de la Gaule Narb. 

MATVCIINOS ou MATVGIINOS, br. Le- 
lewe!, pi. 6, 45. 

MAV, br. R. n. f. 1856, pi. 3, 13. 

MAVC. Voyez Ninno. 

MAVFENN1VS. Voyez Arcantodan. 

MEDIO, MEDIOMA, br. Lelewel, pi. 6, 
41 et 42. 

MOR. Voyez Volvnt. 

MOTV1DIAC, br. Cab. de France. 

MVNAT (L. Munatius). Voyez apamos. 

MVR, MVRI110, ari R. n. f. 1847, 
pi. 13, 8; 1868, p. 416. Ann. delà 
Soc. de Num. 1867. 

? MVRINO. Voyez le nom précédent : lec- 
ture très douteuse. 

NAMA. Voyez Aretoilmos. 

NAMASAT, br. Num. de la Gaule Narb. 

pi. 19, 2 à 4. 
* NEIOVIOOAIIAAOC. voyez p™- 

NOOVINDOS. 

NEMAY, NEM COL, ar., br. Num. de la 

Gaule narb. 
NERCOD-NERCOD, ar. Mèm. de la Soc. 

des Antiq. de l'Ouest, t. 37, n° jç. 
NEDENCN ou NERENCN, en caract. 

celtib., br. Dict. d'arch. celt., n° 30; A. 

Heiss. p. 434. 
N1DE. Voyez Alabrodeos. 
NINNO-MAVSAIIOC, ar. Bull, de la Soc. 

d'agr. de la Sarthe, 1857 ; Art gaulois, 

P- 67. 
NIREI MVTINVS, br. Cab. de France. 
NONNO, NONNOC, NONNOS, ar. Pan- 

nonie. Ann. de la Soc. de Num. 1868. 
? NOVIIOD, ar. R. n. f. 1859, pi. 13, 6. 

Légende douteuse. 
'NVCOTNVIOS, mauvaise lecture de Ar- 
cantodan. 

'ODCODRIL-SIIGIIDI. Voyez Orcopril- 

Sesedu. 
'OBDVRV. Voy. Oltvba. 
OIOIXVO, ar. R. n.f. 1863, p. 15s. 
*OISAM,br. Lelewel, p. 7, 47. Mauvaise 

lecture pour Q. SAM. 
*OAAIOS. Lelewel, pi. 3, 13. Voyez 

NONNOS. 

OLTIRIO, ar. Salasses. R. n.f. 1861. 
OLTVBA, ar. Cab. de France. Peut-être 

Revue Celtique, IX 



la même pièce que celle lue OBDVRV 

par M. de la Sizeranne. 
'OMOPATIS. Voyez Acedomapatis. 
OMAOS ou OMAOS, br. Duchalais, 

n. 550. 
POMONOION ou OMONDON, or. Art 

gaulois, i re partie, pi. 101, 2. Lecture 

très douteuse ; on a proposé aussi 

...DMONSON. 
ONN1N. Voyez Ninno. 
ONOBA, ar. Cab. de France. 
ORCOPR1L-SIIS1IDI, ar. R. n. f. 1884, 

pi. V, 1. 
ORGET, ORGETIR1X-ATPILLIF, ORCII- 

TIRIX-COlOS, ORGETIRIX-EDVIS, 

ORETIR-ATPILLIF, ar., br. R. n. 

1860, p. 97. 
OSNAll, br. Bull, de la Soc. d'agr. de 

la Sarthe, 1857, p. 109. 
OY1 KY. ar. Ait gaulois, p. 73. 

* OVACIA. Voy. Macca. 
'OVANDIL. Voyez Vindia. 
OYOAE. or. Cab. de France. 

* OX1B11. Voyez Oltirio. 

* n.VROS. Voyez iiapos. 

PARP ou PAVRP. Voyez Longostaleti. 
nAVLOIB-SOLIM, or. Art. gaulois, 

pi. 72, 2. 
PENNILE-RVP1L, ar. R. n. f. 1883, 

pi. 1, 16. 
IIENNOOVINAOC, ar. Art gaulois, 

pi. 76, 2. 
PETRVCORI. Voyez Acincovepvs 
4>IAinnOY, or. Statères arvernes. 

Cab. de France. 
P1CT1LOS, ar. P1XTIL, PIXTILOC, 

P1XT1LOS, br. Art gaulois, pi. 36, 2; 

3, 1, 23, 1 et 2, 26, 1 et i, 32, 1 et 

2, 33, 2, $6, 2, 101, 5. 
P1RVKOS ou P1RAKOS, ar. Cisalpine. 

Journal des Savants, 1877, p. 63 j e/ 

seq. 
PIRVKOI, ar. Salasses. R. n. f. i86i,t 

P- 345. 
T. POM-SEX. F. br. R. n. j. 1860, 

p. 175, 1866, p. S7- 
PRIKOV, or. Salasses. R. n. f. 1861, 

P- H3- 

0^. D0C1. Voyez Doci. 
Q_ SAM. Voyez Sam. 

RATVMACOS-SVTICOS, br. Art gaulois, 

pp. 4S et 48. 
RAVIS, ar. Pannonia. Art gaulois,p. J2- 
REMO-REMO, br. Art gaulois, p. 103. 
REM0S-ATIS10S, br. Lelewel, pi. 7, 10. 
PirANTIKO, br. Lelewel, 7, 36; .R. 

> 



34 



A. de Barthélémy, 



n. f. i S s 6. p. 3. Num. du Languedoc, 

pi. 4, 19. 
RICANT-EBVRO,ar. A\ n. f. 1860, p. 415. 
RICOA, ar. Cisalpine. Num. de la Gaule 

Narb., pi. 14. 

* RICOM, ar. Voy. Epomedvos. R. n. f. 

1843, p. 411. 
RICON. Voyez Tascio. 
RICOV, ar. Salasses. R. n. f. 1861, p. 34$. 
ROVECA-ARCANTODAN, br. — ROVE- 

CA, POOY1KA, or, ar. Bull, de la 

Soc. d'agr. de la Sarthe, 18 $7; Art 

gaulois, pi. jo, 1, et 66, 2. 
? ROV1CV, or. Cab. de Saint-Germain. 
ROVV, ROM ou MOR. Voyez Volvnt. 
RVB1VS, br. R. n. b. 1865, pi. 4, 

n"* 169 et 173. 
RVFI, RVFS, br. Bretagne. J. Evans, 

pi. 7, 12 et 14 ; 8, n° 1. 

* RVS (col. Rus). Mauvaise lecture d'une 

monnaie de Berytus de Phénicie. 

SA. or. Art gaulois, pi. 41, I. 

SACTO, SACTNOS, br. R. n. f. 1853, 

pi. 1,7. 
SAEMV ou SAFMV, ar. Bretagne. J. 

Evans, pi. 15, 7. 
SAM F. Voyez Q\ Doci. — Q. SAM. R.n. 

f. 1838, p. 1; 1861, p. 87. 
LAMNArHT-r. KAAV. KACTI- 

KO;ÏÏAM, br. R.n.f. 1863, p. I S 3- 
SANTONOS, SANTONO-ARI VOS, ar. Art 

gaulois, pi. 40,, 1 ; 2" partie, p. 72. 
SEDVLLVS. Voyez Conno Epillos. 
SEGO. TASC10-SEGO, or, ar. J. Evans. 

pi. 8, 10 et 11. 
CÉrOBI, ar. Num. de la Gaule Narb., 

pi. 14. 
SEGVSIAVS-ARVS, ar. Art gaulois, 

pi. 7, 2. 
SEL1SV, br. Lelewel, pi. 7. 4S ; Art gau- 
lois, pi. 28, 2. 
SEMISSOS, S1MISSOS. Voyez Lexovio. 
SUN ou NUS, or. Statère arverne ; Cab. 

de France. 
SENAS, ar. Lelewel, pi. 9, 1 et 2. 
SENODON. Voyez Caledv. 
SI IN VI. Voyez Giamilos. 
SENV, SIINVS, br. R. n. fr. 1863, 

p. 297. Voyez Giamilos. 
SEQVANOIOTVOS, ar. Artgaulois, pi. 78, 

2. 
CES1COV, br. R. n. f. 1883, pi. 1, 10. 
SETV, ar. Cab. de France. 
S EX F. Voyez Pom. 

* SIRATOS. Voyez Stratus. 
SLAMB-GIANTOS, br. Art gaulois, p. 90. 

La légende du revers pourrait être la 
fin du nom Togiantos. Voyez ce mot. 



CEMEP, br. R. n. f. 1857, p. 389, 1866, 

p. 41 j . Artgaulois, p. 120. 
' SOBISOVOMARVS. Voyez Cobrovo- 

marus. 
SOBIVS. Voyez Togiant. 
SOLIDO. Voyez Cuno. 
SOLIMA, COLIMA, or, ar. Artgaulois, 

pi. 70, 1 et 2, et 2' partie, p. 134. 

Voyez aussi Pauloib 
SOLLOS-SOLLOS, br. R. n. f. 1844, 

p 85. Rev. arch. 1884.pl. 3, 16. 
SONA, SONCAT, SONTCa, br. Cabinet 

de France. 
SOSO, br. Cab. de France. 

* SOSTI. Voy Epos. R.n.f. 1857, pi. 11,4. 
SOTIOTa. Voyez Adietvanvs. 
STRATOS, br. Art gaulois, p. 187. Il 

n'est pas sûr que l'on doive lire Stratos 

ou Siratos. 
SVEI, br. Bretagne. J. Evans, pi. 1, 9. 
SVICCA, ar Pannonie. Ann. de la Soc. 

de Num. 1868. 
SVT1COS, SVT1COS. Voyez Ratumacos 

et Veliorathi. 

* TAMBIL. Voyez Ambili. 

TASCIO. Voyez Cvnobelinvs, Sëgo, Epat- 
ticu, Ver. 

TAS, TASC, TASCIA, TASCIA, TASCIA- 
VA, TASCIOVAN, TASCIO VRICON, 
TASCIRICONI TAXCI. or, ar., br. Bre- 
tagne, J. Evans, pi. 5, 7 à 14; 6, } à 
9 ; 8, 6 à 9. 

TASGET1, br. R. n.f. 1864, p. 251. — 
TASGI1T10S. Voyez Elkesooviz. 

TAT1NOS, br. Duchalais, p. 110. 

TEVT, br. Cab. de France. 

TIGIPSENO. Voyez Dumn. 

TINC-COMMIF, TIN-COMF, TINC-C.F, 
TIN-COM, or. Bretagne, J. Evans, 
pi. 1, 1 à 14; 2, 1 à 8. 

T1NDV, or. J. Evans, pi. 1, 10. 

TOC-TOC, br. Art gaulois, p. 106. 

TOCIANTou TOGIANT-SOBIVS, br. Art 
gaulois, p. j6. Ce nom semble accom- 
pagner sur une autre pièce celui de 
Slamb. 

TOriKAIOITOC, br. Mil. de Num.. 
1878. 

TOGIRIX-TOGIRI, 1VLIV TOG1R, ar., 
br. R. n. f. 1802, p. 12. 

tovaii. Voyez avot. 

TOVTOBOC10-ATEPILOS, br. Art gau- 
lois, pi. 59, 2. 

TR1CCOS. Vo)c Tvronos. 

TRIKO, TRI. ar. Art gaulois, p. 124; 
R. n. f. 1863, p. 1 n- 

TVROCA-VIRODV, ar. A', n. f. 1869, 
p. 4. 



Légendes des Monnaies gauloises. 



35 



TVRONA. Voyez Drugca. 
TVRONOS-TR1CCOS, TVRONOS, CAN- 

TORIX, br. Art gaulois, pi. $4, 1 et 2 ; 

Lelewel, pi. 4. $8 et <,, 12. 

VACIICO, br. Lelewel, pi. 7, 72 ; Du- 
chalais, pi. 1 , n° 2. 

* VACCA, Voyez Massa. 
VADNIILOS, VADNAIILOS, VANDIILOS, 

VANDHAIOS, VANDIIAI.OS, br. 
Art gaulois, pi. 10, 1 et 2 e partie, 
p. 71. 

"VANESIA. Voyez Vadnelos. 

PVALETIAC, br. Ann. de la Soc. de 
Num., 1867. Légende très douteuse. 

' VAHE. Lelewel, pi. 4, 5. Voyez Vad- 
nelos. 

* VARIXCE. Voyez le suivant. 
VARTICE, br. R. n. f. 1847, p. 324. 

* VBIOS. Voyez Cubios. 

* VCCETIO. Voyez Tasgetio. 
'VDECOM. Lelewel, pi. 3,44 et 4$. Voy. 

Andecom. 
VJ1D-COMA, ar. Art gaulois, p. 88. 

* VEDANTOS. Voyez Cassisvratos ; la 

légende incomplète ne laisse deviner 

que ...LANTOS. 
•VIIGOTAL. Voyez Verotalo. 
VELIOCA0I-SVTICCOS, br. Arîgaulois, 

p. 103. 
'VENEXTOS, br. R. n. f. 1858, p. 437 

et 1868, p. 406. M. Hucher propose de 

lire YiLXE'XTOC ™ YIIANEX- 

TOC. 
VEP-CORF, or. Bretagne. J. Evans, pi. 17,. 

5 à 6. 
VERCINGETOR1XS, or. Art gaulois, 

pi. 59, 1. 
VERCOBRETO. Voyez Cisiambos. 
VERGa, br. Art gaulois, pi. 36, 1. 
VERIC-COMF REX, VERICA-COMMIF 

REX, or, ar. Bretagne. J Evans, pi. 2, 

n et 12 ; 3, 3, 5 et 6. 
V11RICO, br. Bull, de la Soc. d'agr. de 

la Sarthe, 1857. 
VER, VER-DIAS, VER-TASCIA, VER- 

LAMIO, VIIR, V-TAS, or, ar., br. 

Bretagne, J. Evans, pi. 6, 11, 12 et 

14; 7, i, 2, 3, 7 à 11. 



* yerosdymno. Voyez Dvmnoveros. 
YIIPOTALO, ar. Art gaulois, pi. 22, 1; 

86, 2 et 2" partie, p. 46. 
VIND1A, br. Duchalais, p. 289. 
VIREDISOS, VIREDIOS, VIRETIOS, br. 

Art gaulois, pi. 30, 2. 
V1RICOF. VIRRE COM-F, VIR COMF, 

YI-COMF, VI RI. or, ar. Bretagne. 

J. Evans, pi. 1, 9, 10, 11, 13 et 14; 

3, 1, 2 et 4. 

VIRICIV, br. Art gaulois, p. 102. 

* VIRINN. Voyez Viretios. 

VIRO, VIROT, br. R.n. f. 1860, pi. 6,7. 
VIRODV. Voyez Tvroga. 
VIROS-VIROS, or. R. n. b. 1864. pi. 23, 

120 à 126. 
VIRRI-EPPICOMF.br. J. Evans, pi. 3, 7. 
VITRIHA, A. Hirtiu. retourné. 
VLATOS. Voyez Atevla et Cvpinacios. 
VLKOS, or. Salasses. R. n. f. 1861, 

p. !44. 
VLLVCCI, VLLVCCIS.br. R. n. f. 1859, 

pi. 2, 12. 
VOCARANA, or. R. n. b. i86j, pi. 2, 

138 à 141. 
VOCORIX ou V0C0R10, or. J. Evans, 

pi. 1, 6. 
V0CVN1LI0S, br. Cab. de France. 

* VOCVNT. Voyez Volvntillvs. 
•VOCONTII. Lambert, i r " partie, pi. 10, 

4. Voyez Conno Eppillos. 

VOL, VOLCAE-AREC, VOLC, VOLC- 
AR, ar., br. Num. de la Gaule Narb., 
pi. 18. 

VOLISIOS-DVMNOCVVEROS, or. Bre- 
tagne, J. Evans, pi. 17, 1. 

Volvntillvs. ROVV ou MOR-VOLVNT, 
ROVV ou MOR-CN.VOL. ar. Lagoy, 
Notice, 1847, pp. 7 et 8 ; R. n. f. 
1860, p. 43s. 

VOOC, ar. Num. delà Narb. pi. 16. 

V0S11N0S, OR. Bretagne, J. Evans, 
pi. 4, H et 14. 

* VOTOMOPATIS. Voyez Acedomapatis. 

? VOVERC, br. Duchalais, n° s 641 et 
642 ; lu VEROIO par Lelewel, pi. 1, 8. 

YILVEXTOC. Voyez Venextos. 

VRDO-RE, ar. R. n. f. 1862, p. 177; 
1869, p. 8. 

VRIPPANOS, br. Art gaulois, p. 98. 



REC H E RC H E S 

sur l'origine de 

LA PROPRIÉTÉ FONCIÈRE 

ET DES NOMS DE LIEU EN FRANCE 

Troisième article 



Malliacus, plus tard Maillé, puis du nom de ses ducs, de- 
puis le xvn L ' siècle, Luynes, avait au temps de Grégoire de 
Tours, c'est-à-dire au VI e siècle, un monastère entouré de vieux 
édifices en ruines 1 . Un autre Malliacus, situé dans le Berry, 
à deux milles du Cher, apparaît dans un diplôme faux que le 
roi Dagobert I er aurait donné à l'abbaye de Saint-Denis, en 635-. 
Un troisième Malliacus au pays d'Arcis, Aube, tut donne .1 la 
cathédrale de Châlons-sur-Marne par un bienfaiteur dont 
Charles le Chauve confirma la libéralité en 859 ï. 

Mallius est un gentilice souvent confondu avec Manlius. 
Cn. Mallius fut consul l'an 105 avant notre ère. L'ortho- 
graphe exacte de son nom, — écrit Manlius et Manilius chez 
certains auteurs, tandis que d'autres écrivent Mallius 1, — est 
donnée par une inscription de Pouzzoles, aujourd'hui con- 
servée au musée de Naples, en tête de laquelle on lit : P. lvu- 

1. Grégoire de Tours, De gîoria conf essor um, c. 21, chez Bordier, Les 
livres des miracles, t. II, p. 384; édition Arndt et Krusch, p. 760, 1. 18. 
Cf. Longnon, Géographie de la Gaule au sixième siècle, p. 277. 

2. Pardessus, Diplomata, t. II, p. 36. Pertz, Diplomatum imperii lomus 
pri m u s, p. 155, ligne 43. 

3. D'Arbois de Jubainville. Pouillé du diocèse de Troyes, p. 312. Cf. Bou- 
tiot et Socard, Dictionnaire topographique du département île l'Aube, p. 90. 

4. Corpus inscriptionum latinarum, t. I, pages 536-337. 



Propriété foncière et noms de lieu en France. 57 

tilio, Cn. Mallio cos 1 . Cicéron, dans son discours pro Cn. 
Plancio, parle de Cn. Mallius avec le plus profond mépris: 
C'était, dit-il, un homme sans mérite ni talent et d'une vie 
honteuse 2 . Un autre Mallius était centurion et partisan de 
Catilina3. Ce gentilice se rencontre dans les inscriptions de 
l'époque impériale. On a trouvé à Worms une dédicace à Ju- 
piter par Mallius Fofio-i. Deux inscriptions d'Espagne nous 
fournissent les noms de l'affranchie Mallia Galla S et de P. 
Malius Fortunatus 6 . Dans ce dernier monument, Malins est 
écrit avec une seule /. On trouve la même orthographe dans 
l'épitaphe de Malia Severa, récemment trouvée à Allègre, 
Gard ~. 

Outre le nom de Mailly, Aube, dont nous avons parlé déjà, 
MaJJiacus a donné à la France moderne les noms de com- 
munes suivants: trois Maillé, Indre-et-Loire, Vendée, Vienne; 
un Mailley, Haute-Saône; huit Mailly: les départements de la 
Côte-d'Or, de la Marne, de Meurthe-et-Moselle, de Saône-et- 
Loire en possèdent un chacun ; il y en a deux dans la Somme 
et autant dans l'Yonne ; en ajoutant Mailhae, Aude, et Mailhac, 
Haute-Vienne, on trouve en France seize communes dont le 
nom remonte à un primitif Malliacus. Maillanne, Bouches- 
du-Rhône, est une ancienne villa Malliana. 

Maxciacus, nom d'une villa donnée à la basilique de Saint- 
Germain du Mans, en 615, par le testament de l'évèque Ber- 
tramne 8 , a dû s'écrire primitivement *Mantiacus. 

Ce nom de lieu dérive du gentilice Mantius. Sur une 
pierre découverte près de Ventimille, on lit les noms de O. 
Mantius Placidus, édile, duumvir, et prêtre de Lanuvium 9. A 
Saint-Pons, Alpes-Maritimes, se trouve l'épitaphe de G. Man- 



1 . Corpus, t. I, n° 577: X, n° 1781. 

2. Pro Cn. Plancio, c 5, § 12. 

3. Première Catilinaire, c. 3, § 7. Cf. Salluste, Catilina, c. 30. 

4. Brambach, 881. 

5. Corpus, II, 358. 

6. Corpus, II, 4970, 292. 

7. Allmer, Revue èpigraphique, t. II, p. 78, n° 515. 

8. Pardessus, Diplowata, t. I, p. 209. 

9. Corpus, V, 7814. 



3 S H. d'Arbois de Jubainville. 

tins Paternus, duumvir, et flamine 1 . Le musée de Tebessa, en 
Algérie, possède une inscription qui contient une dédicace à 
Jupiter, et dans laquelle on lit le nom de O. Mantius 2 . Il 
existe à Lambessa l'épitaphe de la femme du légionnaire Man- 
lius Hispanus faite aux frais de L. Mantius Caecilianus, son 
fils ? et l'épitaphe de L. Mantius Victorinus*. 

Mantiacus est probablement la forme primitive du nom des 
communes de Maincy, Seine-et-Marne, Mancey, Saône-et- 
Loire, Mancy, Marne. 

* Marcelliacus, dont le dérivé Marcelliacenses se lit dans un 
diplôme attribué à Domnolus, évêque du Mans au VI e siècle, 
(diplôme certainement interpolé) S, se rapporte probablement 
dans ce texte à Marcillé, Mayenne. On trouve plus souvent 
Marciliacus ou Marcilliacus. 

Ainsi une vie de saint Didier, évêque de Cahors, écrite au 
vii c siècle, raconte la fondation de l'-abbaye de Marcillac qu'elle 
appelle Marciliacense coenobium 6 . En 834, un diplôme de Louis 
le Débonnaire nous montre aux environs de Langrcs une villa 
appelée Marcilliacus'/ , aujourd'hui Marcillv, Haute-Marne. 

Marciliacus est le nom d'une dépendance de l'abbaye de 
Moissac, dans un diplôme de Pépin II, roi d'Aquitaine, 
en 844 8 . En 867, un diplôme de Charles le Chauve men- 
tionne une villa Marciliacus parmi les localités où l'abbaye de 
Saint-Armand de Tournay était propriétaire 9. 

De ces trois orthographes, Marcelliacus, Marcilliacus et Mar- 
ciliacus, la plus ancienne est Marcelliacus. Ce nom dérive du 
gentilice assez rare Marccllius qui, lui-même, est dérivé du 
cognomen Marcel lus illustré par plusieurs membres de la gens 



1 . Corpus, V, 7913. 

2. Corpus, VIII, 1839. 

3. Corpus, VIII, 2939. 

4. Corpus, VIII, 3886. 

5. Pardessus, Diplomata, t. I, p. 134. 

6. Dom Bouquet, III, 531 c. 

7. Dom Bouquet, VI, 595 e. Cf. Sicktl } Acta Karolinorum, t. II, p. 183, 
n<> 322. 

8. Dom Bouquet, VIII, 357 a. 

9. Dom Bouquet, VIII, 604 a. 



Propriété foncière et noms de lieu en France. 39 

Claudia. Le musée de Milan possède une dédicace à Hercule 
par 0. MarceUius Ru fi 11 us 1 . Une inscription de Novare nous 
fournit les noms de MarceUius Marcel linus 2 . Ce gentilice ap- 
paraît au génitif Marcelin dans une inscription de Milan?. On 
a trouvé à Echagnieu Pépitaphe de Marcellia Catta posée par 
ordre de son père et de sa mère MarceUius Ingéniais et Mar- 
cellia Petroniana 4. 

MarceUiacus est devenu en France Marcillac, Marcillat, 
Marcillé, Marcilly et Marsilly. Il y a sept communes de Mar- 
cillac, savoir : deux dans la Corrèze, et une dans chacun des 
cinq départements de l'Avevron, de la Charente, de la Dor- 
dogne, de la Gironde et du Lot ; deux communes de Mar- 
cillat, l'une dans l'Allier, l'autre dans le Puy-de-Dôme ; trois 
communes de Marcillé dont une dans la Mayenne et deux 
dans l'Ille-et-Vilaine ; dix-sept communes de Marcilly dans les 
départements suivants, savoir : Côte-d'Or, Eure, Loir-et-Cher 
et Saône-et-Loire qui en contiennent chacun deux ; Aube, 
Cher, Indre-et-Loire, Isère, Loire, Loiret, Manche, Haute- 
Marne, Rhône, Seine-et-Marne qui en contiennent une chacun. 
Marsilly, Charente-Inférieure, a la même origine ; cela fait 
trente communes dont le nom primitif est MarceUiacus. Les 
trois communes de Marseillan, Gers, Hérault, Hautes-Pyrénées, 
doivent être d'anciens fundi Marcelliani, avec la désinence ro- 
maine -anus au lieu de la désinence eallo romaine -acus. 

De *Marciacus dérive l'adjectif marciacensis, épithète de 
domus, et qui, chez Grégoire de Tours, désigne une localité 
de l'Auvergne ; il s'y trouvait une chapelle de la Vierge où 
l'historien Grégoire de Tours raconte qu'il alla prier 5. C'est 
aujourd'hui Marsat, Puy-de-Dôme 6 , qu'on reconnaît aussi 
dans la villa Marciagus... in pago Arvernico, d'un diplôme de 



1. Corpus inscriptionum latinarum, t. V, p. 1085, n° 5642. 

2. Corpus, V, 6543 a - 
3 . Corpus, V, 6038. 

4. Allmer, Inscriptions de Vienne, t. III, p. 449. 

5 . Degloria martyrum, c. 9; Bordier, Les livres des miracles, 1. 1, pp. 28, 29; 
chez Arndt et Krusch, c. 8, p. 493, 1. 20. 

6. Longnon, Géographie de la Gaule au sixième siècle, p. 504. 



40 H. d'Arbois Je Jubainville. 

Pépin I, roi d'Aquitaine, en 828 I et dans le Marciaciis d'un 
diplôme de Charles le Chauve en 869 2 . Une villa arcia- 
censis qui, comme nous l'apprend Grégoire de Tours, était de 
son temps située dans le territoire de Bordeaux, et qui avait 
une église dédiée à saint Martin, a été reconnue identique à 
Marsas, Gironde 3. Un ager Marciacensis, en Maçonnais, figure 
en 892 dans une charte de l'abbaye de Clunv >. Dans les 
textes de la basse latinité, il n'y a pas de distinction à faire 
entre l'orthographe Marciaciis par un c qu'on trouve dans les 
documents précités et l'orthographe Martiacus par un / qu'on 
rencontre dans la vie de saint Melaine, êvêque de Rennes, con- 
temporain du roi Clovis I er . Dans cette vie, Maillants est le 
nom d'un castrum situé dans le Vannetais > ; on prononce au- 
jourd'hui Marsac ; c'est un village qui fait partie de la com- 
mune de Carentoir, Morbihan 6 . 

Marciaciis ou Martiacus dérivent du gentilice Marcius ou 
du gentilice Marti us. 

On trouve dans les textes latins ces deux gentilices. Marcius 
est le plus ancien des deux ; il dérive du prénom Marcus et il 
est le seul qu'on rencontre dans les inscriptions antérieures à 
la période impériale". Parmi les nombreux Marcius dont l'his- 
toire de la république romaine nous a conservé le souvenir, 
nous citerons C. Marcius Rutilus, quatre fois consul, de 
l'an 357 à l'an 342 avant J.-C. Il était d'origine plébéienne, 
ce qui ne l'empêcha pas d'être élevé à la dictature et d'être élu 
censeur, dignités auxquelles aucun plébéien n'était parvenu 
avant lui 8 . Il obtint deux fois les honneurs triomphaux 9. Un 



1 . Dom Bouquet, VI, 666 e. 

2. Dom Bouquet, VIII, 613 b. 

3. De virtutibus sancli Martini, liv. III,. c. 33 ; chez Bordicr, Les livres 
des miracles, t. II ,p. 234 ; Arndt et Krusch, p. 640, 1. 16. Cf. Longnon, 
Géographie de la Gaule au sixième siècle, p. 547. 

4. Brucl, Recueil des Charles de l'abbaye de Cluny, t. I, p. 72-73. 

5. Dom Bouquet, t. III, p. 395. 

6. Longnon, Atlas historique de la France, texte explicatif, première li- 
vraison, p. 29. 

7. Voyez les exemples réunis dans le Corpus, t. I, index, p. 383, col. 3 . 

8. Tité-Live, liv. VII, c. 16, 17, 21, 22, 28, 38. Cf. Corpus, t. I, 
pp. 510-313- 

9. Corpus, t. I, p. 455. 



Propriété foncière et noms de lieu en France. 41 

autre C. Marcius Rutilus, consul en 310 1 , fut nommé pontife 
en 300 2 ; censeur quelques années plus tard, il fit avec son 
collègue le dix-neuvième recensement de la population de 
Rome. C'était, en 293 3. Un autre membre de la gens Marcia, 
Q. Marcius Tremulus, consul en 306, battit les Herniques, et 
obtint les honneurs du triomphe 4. A une date moins éloignée, 
Q. Marcius Philippus fut deux fois élevé au consulat : la pre- 
mière en 186, la seconde en 169). Battu honteusement par 
les Ligures, il laissa son nom au théâtre de sa défaite, Saltus 
marcius 6 . Il y a une monnaie romaine frappée à son nom 7. 
D'autres monnaies portent le nom de C. Marcius Censorinus, 
consul l'an 8 avant J.-C. 8 . 

Le gentilice Marcius est des plus répandus dans les ins- 
criptions du temps de l'empire. On en a trouvé, sans compter 
les femmes, vingt-sept exemples en Espagne, trente-neuf en 
Afrique, quatre en Grande-Bretagne. On le rencontre aussi 
en Gaule ; le musée de Lyon possède une inscription que Q. 
Marcius Donatianus fit graver en l'honneur d'un procurateur 
des provinces de Lyonnaise et d'Aquitaine ; il était attaché à 
ce personnage en qualité â'eques cornicularius9. Une inscription 
de Grésy-sur-Isère, Savoie, est Pépitaphe que s'est fait graver de 
son vivant T. Marcius Taurinus, tribun militaire de la sixième 
légion victrix I0 . Les noms de Marcius Modestus sont con- 
servés par une inscription de Gebensdorf, en Suisse 11 . On a 
trouvé près d'Aix-la-Chapelle une inscription qui rappelait la 
construction d'un temple par L. Marcius Similis I2 . Le musée 
de Bonn possède une inscription provenant des environs de 



1. Tite-Live, liv. IX, c. 33. 

2. Tite-Live, liv. X, c. 9. 

3. Tite-Live, liv. X, c. 17. 

4. Tite-Live, liv. IX, c. 42, 43. Corpus, t. I, pp. 456, 515. 

5. Tite-Live, liv. XXXIX, c. 6; liv. XL1II, c. 13. Corpus, t. I, 
pp. 326-529. 

6. Tite-Live, liv. XXXIX, c. 20. 

7. Corpus, t. I, p. 133, n° 3 >4- 

8. Corpus, p. 137, n J 432. Cf. pp. 346, 547. 

9. Boissieu, Inscriptions de Lyon, p. 236. 

10. Allmer, Inscriptions de Vienne, t. II, p. 229. 

1 1. Mommsen, Inscriptiones helveticae, 11° 254. 

12. Brambach, n° 637. 



42 H. d'Arbais de Jubainville. 

Cologne qui rappelle l'acquittement d'un vœu par L. Marcius 
Verecundus, légionnaire r . 

Quelques inscriptions nous offrent l'orthographe Martius. 
Telle est, en Alsace, celle qui nous apprend que Q. Martius 
Optatus avait, par son testament, fait élever une colonne et 
une statue pour rendre honneur à la maison impériale, au 
génie du vicus Canabbarum et a.uxvicaniCanahbenses 2 . Des ins- 
criptions du musée de Mayence nous conservent les noms de 
Martius Marcellus3 et de Martius Severus-*. Il existe au musée 
de Bonn une inscription datée de l'an 2 30 et qui est une dé- 
dicace à Jupiter par Martius Victor, porte-étendard de la légion 
trente Severiana A lexandrictf . Uneépithaphede Yirieu-le-Grand, 
Ain, a été gravée par l'ordre de Martius Saturnus 6 . 

L'orthographe Martius ne peut s'expliquer dans les textes 
les plus anciens que par un dérivé du nom du dieu Mars. Car 
dans les monuments de la bonne latinité la confusion entre- 
les groupes du et tin est impossible. Il me semble difficile 
d'admettre que cette confusion ait été faite dans l'inscription 
d'Iglitza, aujourd'hui à la Bibliothèque nationale de Paris, qui 
se place entre les années 161 et 169 et où nous lisons les 
noms d'un lieutenant impérial, au génitif Marti Veri. Il s'agit 
de P. Martius Yerus qui fut consul en 179/". 

DeMarciaciis ou Martiacus viennent les noms de communes 
suivants : Marçav, Indre-et-Loire, Marçay, Vienne ; Marcé, 
Indre-et-Loire, Marcé, Maine-et-Loire, Marcé, Manche ; Mar- 
cey, Orne; Marciac, Gers; Marcieu, Isère; Marcieux, Savoie; 
deux Marcy dans l'Aisne, autant dans le Rhône, un dans la 
Nièvre; sept Marsac, Charente, Creuse, Dordogne, Loire-In- 
férieure, Puy-de-Dôme, Hautes-Pyrénées, Tarn-et-Garonne ; 
trois Marsas, Drôme, Gironde, Hautes-Pyrénées.; Marsac, 
Tarn ; Maxey-sur-Vaize, Meuse, appelé Marcey au xiv e siècle 8 ; 

1 . Brambach, n" 541. 

2. Brambach, n° 1891. Cf. Corpus, t. III, p. 183, n° 1008. 

3. Brambach, n° 1330. 

4. Brambach, n° 1331a. 
5 . Brambach, n° 202. 

6. Allmcr, Inscriptions de Vienne, t. III, p. 399. 

7. Corpus, III, dido. 

5. Liénard, Di graphique du département delà, Meuse, p. 143. 



Propriété fancière et noms de lieu en France. 43 

Maxey-sur-Meuse, Vosges ; deux Mercy, Meurthe-et-Moselle 
et un Mercy, Lorraine allemande, pour lesquels on a l'ortho- 
graphe plus ancienne Marciacus et Marceium r . On peut donc 
aussi rattacher à la même origine Mercy, Allier, Mercy, 
Yonne, et les trois Mercey de l'Eure, du Doubs et de la 
Haute-Saône. Nous avons ainsi en France trente-quatre noms 
de communes qui supposent un primitif Marciacus ou Mar- 
ti aciis. 

La forme romaine de cet adjectif, marcianus ou martianus 
nous est donnée, au féminin pluriel, par le nom de Mar- 
chiennes, Nord (c'est-à-dire a l'accusatif villas ou domos mar- 
çianas ou martianas); au masculin singulier, par Marsan, Gers, 
à l'accusatif fundum marcianum ou martianum. Les Romains 
disaient aussi, comme nous l'apprend Tite-Live, salttts mar- 
c'uts, en transformant le gentilice en adjectif, et en le faisant 
accorder avec un nom commun. Maixe, Meurthe-et-Moselle, 
dont la prononciation vulgaire est Mâche, en donnant à ch le 
son de gutturale spirante, s'est écrit Marches du xn e siècle 
au xv L ' 2 et peut s'expliquer par un primitif Marciae, sous-en- 
tendu domus ou vïllae. L'.v a, dans ce mot, la même valeur 
que dans Maxey-sur-Meuse et Maxey-sur-Vaize. 

Mariacus est le nom d'une villa où Raoul, archevêque de 
Bourges, avait des propriétés qu'il donna à l'abbaye de Dèvre, 
près Yierzon, Cher, comme nous l'apprend un diplôme de 
Charles le Chauve 3. Un lieu appelé Mariacus, dans le 'pavs 
de Nîmes, est mentionné dans un diplôme de Charles le 
Chauve en 845 4. Un autre Mariacus, situé, soit en Franche- 
Comté, soit en Suisse, soit dans les environs de Lyon, apparaît 
en 866 dans un diplôme de Lothaire, roi de Lorraine 5. 

Mariacus est dérivé de Marins, gentilice romain, illustré 
par le vainqueur des Cimbres. Il fut très répandu en Gaule 



1 . Bouteiller, Dictionnaire topographique du département de la Moselle, 
pp. 165, 166. 

2. I.epage, Dictionnaire topographique'du département de la Meurthe, p. 84. 

3. Dom Bouquet, t. VIII, p. 447 b. " 

4. Dom Bouquet, t. VIII, p. 467 b. 

5. Dom Bouquet, Ylll, 412 d. 



44 H. iïArbols de Jubainville. 

comme l'atteste le savant recueil des inscriptions antiques de 
Vienne, par M. Allmer, où Ton en voit réunis neuf exemples. 
Trois nous sont fournis par une inscription du musée de 
Vienne où sont mentionnés l'édile Sex. Marins Navus ' et 
deux personnages dont la qualité n'est pas indiquée et qui 
s'appelaient tous deux D. Marius Martinus 2 . A Aix-les-Bains 
on a conservé l'épitaphe de M. Marius Taracio>. Sur une 
épitaphe de Lyon on lit les noms de T. Marius Tiro4, etc. 

C'est de Mariacus que vient une partie des noms des com- 
munes appelées Maire, Mairv, Maray,- Marey, Mariac, Méré, 
Merey, Méry. Ces communes sont au nombre de vingt-quatre, 
savoir : deux Maire, Deux-Sèvres, Vienne ; trois Mairy, Ar- 
dennes, Marne, Meurthe-et-Moselle ; Maray, Loir-et-Cher ; 
trois Marey, dont deux dans la Côte-d'Or et Un dans les 
Vosges; Mariac, Ardèche; deux Méré, Seine-et-Oise, Yonne; 
trois Mérey, dont deux dans le Doubs, un dans l'Eure ; neuf 
Méry, deux dans le Cher, un dans- chacun des départements 
de l'Aube, du Calvados, de la Marne, de l'Oise, de la Savoie, 
de Seine-et-Marne et de Seine-et-Oise. Plusieurs de ces noms 
de lieux ont dû perdre une dentale avant IV et doivent s'ex- 
pliquer par un primitif * Maiviacus, écrit Madriacus dès 
l'époque mérovingienne, comme l'attestent les diplômes relatifs 
au pagus madriacensis. Dans cette catégorie se place Méré, 
Yonne 5. * Matriacus est dérivé de Mai ri us, gentilice connu 
par une inscription de S. Gennano, près du mont Cassin, où 
est mentionné le duumvir juridicundo L. Matrius 6 . Cest 
aussi à Matriacus que nous font remonter certainement Merry- 
la-Vallée et Merry-le-Sec, Yonne 7 ; et probablement Merry- 
sur- Yonne, même département ; Merrey, Aube ; Merrey, 
Haute-Marne ; Merri, Orne. 

MARINIACUS est une curtis située dans le royaume des Bur- 

i . Allmer, Inscriptions de Vienne, t. II, p. 261. 

2. Allmer, Inscriptions de Vienne, t. II, p. 261. 

3. Allmer, Inscriptions de Vienne, t. III, p. 5 II. 

4. Allmer, Inscriptions de Vienne, t. III, p. 29. 

5. Quantin, Dictionnaire topograpbique du département de V Yonne, p. 81. 

6. Corpus, X. 51 59. 

7 . Quantin, Dictionnaire topographique du département de /' Yonne, p. 81 , 82. 



Propriété foncière et noms de lieu en France. 4 5 

gondes suivant un diplôme qui aurait été donné par le roi Si- 
gismond en 523 et dont l'authenticité est contestée 1 . En 667, 
Leodebodus, abbé de Saint-Aignan d'Orléans, donne à cette 
abbaye une portion de terre appelée Mari 11 ici en s et située dans 
le territoire de Bourges 2 . Une villa iiiariniacus est donnée à la 
cathédrale d'Autun, par saint Léger, évêque de cette ville, aux 
termes d'un testament qui daterait de 676, mais qui a dû être 
fabriqué au ix e siècle'. Ce Mariniacus enlevé à cette église lui 
est rendu en 883 par le roi Karloman ■*, et le pape Jean X, dans 
une bulle de l'année 919, comprend Mariniacus parmi les 
propriétés de la cathédrale d'Autun 5. Il s'agit probablement de 
Marigny, Saône-et-Loire. Un autre Mariniacus est mentionné 
dans l'acte de fondation .de l'hôpital de Pont-sur-Seine par 
Alcuin, vers l'année 804 6 . C'est aujourd'hui Marigny-le-Chàtel, 
Aube. 

Mariniacus dérive de Marinius, gentilice romain, dérivé 
lui-même du surnom Marinas. Marinius, qu'on ne trouve pas 
à Rome dans les documents du temps de la république, se 
rencontre quelquefois en Gaule sous l'empire. On a trouvé à 
Vienne Pépitaphe du grammairien L. Marinius Italicensis 
dont le fils s'appelait Marinius Claudianus 7. A Lyon, a été 
découverte l'inscription du monument élevé par Marinius De- 
metrius à sa sœur Marinia 8 . Un légionnaire d'origine proba- 
blement gauloise, L. Marinius Mariniacus, éleva sur la rive 
droite du Rhin, non loin de Mayence, une stèle en l'honneur 
de la maison impériale et du dieu gaulois Apollon Toutiorix 9. 

C'est par un primitif Mariniacus, dérivé de Marinius, que 
s'expliquent probablement la plupart des trente-trois noms de 
communes suivants : cinq Marignac, dont deux dans la Haute- 

1 . Pardessus, Diplomate, t. I, p. 70. 

2. Pardessus, DipIomata,t. II, p. 143. 

3. Pardessus, Diploinata, t. II, p. 174. 

4. Dom Bouquet, IX, 430 c. 

5. Dora Bouquet, IX, 215 a. 

6. Mabillon, Acta sanctorum ordinis sancti Benedicti, sxc. IV, partie I, 
p. 177. Migne, Patrologia latina, t. C, col. 71 b ; t. CI, col. 1432 c. Cf. 
Mabille, La pancarte noire de Saint-Martin de Tours, pp. 153, 228. 

7. Allmer, Inscriptions de Vienne, t. II, p. 537. 

8. Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon, p. 516. 

9. Brambach, n° 1529. 



46 H. d'Arbois de Jubainville. 

Garonne, et les trois autres dans la Charente-Inférieure, la 
Drôme et Tarn-et-Garonne ; deux Marigna, Haute-Garonne, 
Jura ; deux Marigné, Maine-et-Loire, Sarthe ; Marignier, 

Haute-Savoie ; dix-sept Marigny ; il y en a deux dans la Côte- 
d'Or, deux dans la Nièvre et deux dans la Vienne ; un dans 
chacun des départements suivants : Aisne, Allier, Aube, Deux- 
Sèvres, Indre-et-Loire, Jura, Loiret, Manche, Marne, Saône- 
et-Loire, Haute-Savoie ; trois Mérignac, Charente, Charente- 
Inférieure, Gironde ; Mérignas, Gironde ; deux Mérignat, Ain, 
Creuse ; Mérigny, Indre. 

Toutefois, parmi ces noms modernes, un certain nombre 
peut s'expliquer par un primitif Matriniacus, tout aussi bien 
que par Mariniacus. En regard du gallo-romain Mariniacus, 
se place l'adjectif latin mariniamts dont nous avons parlé plus 
haut 1 . 

De Martixiacus, dérive l'adjectif mari i ni icensis, qui sert 
d'épithète à villa, dans un passage de Grégoire de Tours où 
ces deux mots désignent une localité située près de Tours 2 , 
aujourd'hui Martignv, commune de Fondettes, Indre-et- 
Loire?. Une autre villa Martiriiacus est donnée par Hadoind, 
êvêque du Mans, à la basilique Saint-Pierre et Saint-Paul de 
cette ville, en 642 4. Une troisième localité appelée Marti- 
niacus, située dans le Cotentin, est mentionnée dans un acte 
du commencement du vin 1 -' siècle, qui nous a été conservé 
parle cartulaire de Saint-Florent-le-Vieil, au diocèse d'Angers*. 
Une monnaie mérovingienne porte en légende le nom de lieu 
Martiniaco 6 . Plus tard Martiniacus est une des villae dans les- 
quelles l'église cathédrale du Mans a droit de dîme, suivant un 
diplôme donné par Charlemagne en 802 7. Dans le pays de 



1. Revue Celtique, t. VIII, p. 131. 

2. De ghria confessorum, § 8; chez Bordier, Les livres des miracles, t. II, 
p. 358; chez Arndt et Krusch, p. 753, 1. 16-17. 

3. Longnon, Géographie de la Gaule au sixième siècle, p. 279. 

4. Pardessus, Diplomata, t. II, p. 70. 

5. Pardessus, Diplomata, t. II, p. 450. 

6. Barthélémy, dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, t. XXVI, p. 458. 

7. Dom Bouquet, V, 769 a. Cl". Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 67, 
n' 181. 



Propriété foncière et noms de lieu en France. 47 

Nîmes il y avait, en 845, une colonial appelée à la fois Aman- 
tianicus et Martiniacus qui appartenait alors à l'abbaye de 
Psalmodi, suivant un diplôme de Charles le Chauve 1 . 

Le gentilice Martinius, d'où vient Martiniacus, est rare. On 
en a cependant recueilli quelques exemples. L'un nous est 
fourni par le cachet de l'oculiste Sp. Martinius Ablaptus, 
trouvé à Vieux, Calvados, et conservé au musée de Caen 2 . 
Une femme, appelée Martinia Martiname, figure dans une 
inscription votive de l'an 276 de notre ère; ce monument a 
été découvert à Mayence et il est conservé au musée de cette 
ville 3. Les noms de Mar[ti]nius Senocondus se lisent sur une 
table de marbre qui appartient au même musée 4. Une épi- 
taphe trouvée à Lvon a été gravée par ordre d'une femme ap- 
pelée Martinia Lea>. Ce gentilice dérive du cognomen beau- 
coup plus fréquent, Martinus. Un exemple du procédé nous 
est offert par une inscription de Worms : c'est l'épitaphe de 
C. Candidius Martinus; sa fille y est nommée; elle s'appelle 
Candidia sive Martinia Dignilla 6 . 

C'est par Martiniacus que s'expliquent en France quatorze 
noms de communes : Martigna, Jura ; Martignas, Gironde ; 
Martignat, Ain ; trois Martigné, Ille-et- Vilaine, Maine-et- 
Loire, Mayenne ; et huit Martigny, savoir : deux dans l'Aisne, 
deux dans les Vosges et les quatre autres dans les quatre dé- 
partements du Calvados, de la Manche, de Saône-et-Loire et 
de la Seine-Inférieure. Nous citerons hors de France Mar- 
tigny, Valais. Quant à Martignac, variante méridionale de 
Martigny, rendue célèbre par un homme politique français 
qui donna son nom au ministère du 4 janvier 1828, ce n'est 
pas un nom de commune. Le dictionnaire des postes indique 
deux Martignac ; ce sont deux hameaux, l'un du département 
de l'Ariège, l'autre de celui du Lot. 



1 . Dom Bouquet, VIII, 467 b. 

2. Héron de Villefosse et Thédenat, Cachet: d'oculistes romains, t. I, 
pp. 116, 117. 

3 . Brambach, n° 1 130. 

4. Brambach, n° 1330. 

5 . Boissieu, Inscriptions de Lyon, p. 424. 

6. Brambach, n° 904. 



48 H. d'Arbois de Jubainville. 

*Matriacus paraît être le nom primitif d'une localité qui 
donna son nom au pagits madriacensis, mentionné dans quel- 
ques documents du VIII e siècle, tels sont un jugement rendu 
par Pépin le Pref vers 75 1 ', un diplôme de Karloman en 771 2 , 
deux diplômes donnés par Charlemagne, l'un en 774 î, l'autre 
en 775 4 . Il est question de cepagus dans divers documents posté- 
rieurs. Lepagus Madriacensis était situé entre la Seine et l'Eure. 

* Matriacus est dérivé de Matrius, gentilice rare qui nous 
est conservé par une inscription datée de l'an 714 de Rome, 
50 av. J.-C. et trouvée à Saint-Gennano, près du mont Cassin. 
Elle nous apprend qu'à cette date L. Matrius était duumvir 
juri dicundo du municipe deCasinumï. Matriolae, Marolles, 
semble être un autre dérivé du même gentilice. 

Mauriacus est le nom de la localité où Attila fut battu par 
Aétius en 451. La première mention se trouve dans une loi 
•burgonde écrite probablement entre 488 et 490 6 . Une se- 
conde mention apparaît au siècle suivant chez Grégoire de 
Tours". Nous en lisons une troisième au vn c siècle dans la 
compilation connue sous le nom de Frédégaire 8 . On a émis 
l'hypothèse que Mauriacus devait être reconnu dans Moirev 
qui a été au moyen âge le chef-lieu d'une paroisse au diocèse 
de Troyes ; son emplacement est aujourd'hui compris dans le 
territoire de la commune de Dierrey-saint-Julien, Aube 9. Un 
autre Mauriacus, que l'on croit être Mon', Seine-et-Marne, 
commune de Mitry, est compris en 982 dans une liste des 
domaines de la cathédrale de Paris I0 . 



1. Tardif, Monuments historiques, p. 45, col. 2. 

2. Dom Bouquet, V, 721 b. Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 15, n° 12. 

3 . Dom Bouquet, V, 726 e. Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 2s, n" ^ }. 

4. Dom Bouquet, V, 734 a. Sickel, Acta Karolinorum, t. II. p. 28, n" 43. 

5. Corpus, X, 5159. 

6. Lex Burgundionum, t. 17, § 1, chez Dom Bouquet, IV, 261 c. Pertz, 
Leges, t. III, p. 540, 1. 10. Cf. Binding, Dus burgunaisch-romanisebe Koeni- 
greich, t. I, pp. 26, 43, 46. 

7. Historia ecclesiastica Francorum, liv. II, c. 7, chez Dom Bouquet, 
t. II, p 162 a: Arndt, p. 69, 1. 13. 

8. Dom Bouquet, II, 462 d. 

9. Longnon, Géographie de !■: Gaule au sixième siècle, pp. 334-340. 

10. Cartulaire de Notre-Dame de Paris, t. I, p. 273 ; t. IV, pp. 396, 401. 



Propriété foncière et noms de\lieu en France. 49 

Mauriac us dérive de Maurius, gentilice conservé par une 
inscription d'Ain-Temuschent, en Algérie, qui est l'épitaphe 
d'un personnage appelé Maurius Cocidius 1 . Maurius vient lui- 
même de Mourus, surnom plus fréquent qui a donné plusieurs 
autres dérivés tels que Mauriuus et Maurentius. 

Mauriacus est la forme primitive de treize noms de com- 
munes : deux Mauriac, Cantal et Gironde ; un Mauriat, Puy- 
de-Dôme ; Moreac, Morbihan, appelé Moriacum dans un acte 
de l'année 1008 2 ; quatre Morey, Côte-d'Or, Meurthe-et-Mo- 
selle, Haute-Saône, Saône-et-Loire ; deux Mory, Oise, Pas- 
de-Calais ; Moiré, Rhône ; Moirey, Meuse ; Moiry, Ardennes. 

Melliacus est une potestas que Leodebodus, abbé de Saint- 
Aignan d'Orléans, raconte avoir achetée, et dont il fait do- 
nation par acte de l'année 6675. Ce nom, qui doit ici désigner 
une localité située près d'Orléans, paraît identique à celui de 
Miliacus, porté par un fisc royal du pays de Béziers, qui de- 
vint propriété de l'abbaye d'Aniane, suivant un diplôme émané 
en 807 de Louis le Pieux, alors roi d'Aquitaine 4, et comme 
nous le rappellent trois autres diplômes donnés par le même 
prince après son élévation à l'empire 5. 

Melliacus, où 17 a été probablement doublé pour compenser 
l'abrègement de Ye, est, comme Miliacus, dérivé de Mœlius, 
gentilice romain, connu à la fois par les auteurs et par les ins- 
criptions.. 

En l'année 439 avant notre ère, le chevalier Sp. Maelius, 
un des plus riches habitants de Rome, fit distribuer du blé 
au peuple et, accusé pour cette raison d'aspirer à la royauté, 
fut tué par le maître de la cavalerie 6 . P. Maelius, son fils, 
devint deux fois tribun militaire avec puissance consulaire : 



1. Corpus inscriptionum latinarum, t. VIII, n° 9814. 

2. Rosenzweig, Dictionnaire topographique du département du Morbihan, 
p. 183. 

3 . Pardessus, Diplomata, t. II. p. 144. 

4. Dom Bouquet, VI, 454 b ; Sickel, ActaKarolinorum, t. II, p. 86, n° 2. 

5. i° 814, Dom Bouquet, VI, 457 a; 2° 822, Dom Bouquet, VI, 527 c!; 
3° 837, Dom Bouquet, V, 616 a; Sickel, Acta Karoh'norum, t. II, pp. 86, 
137, 194, n" s 8, 177, 355. 

6. Tite-Live, liv. IV, c. 13, 14. 

Revue Celtique, IX 4 



jo H. d'Arbois de Jubainville. 

d'abord l'an 400, ensuite l'an 396 avant J.-C. l . Q. Maelins était 
tribun du peuple en 320 2 . 

Ce gentilice se répandit dans les provinces où nous le mon- 
trent les inscriptions du temps de l'empire. Telles sont en 
Espagne l'épitaphe de Maelia Tcrtulla 3 et celle qui était gravée 
sur le monument que Maelia Martialis avait élevé à sa mère 4. 
Sur une tuile trouvée près de Verceil, en Italie, on a lu les 
noms de M. Maelius Attiacus 5. En France, les noms de Maelia 
Secundina nous sont fournis par une inscription de Chazey 6 . 
Ceux de Cn. Maelius Pudens et de Cn. Maelius Flavus par une 
inscription de Camoins-les-Bains, Bouches-du-Rhône 7. 

Quelques monuments nous offrent l'orthographe Melius, 
par e au lieu d'ae : Melius Zosimus à Lyon 8 ; Melius Marti- 
nianus, qui, étant augure de la colonie de Vienne, Isère, dédia 
à Mercure un autel conservé encore aujourd'hui près d'Am- 
blagnieu, Isère 9; Melia Anniana, dans une inscription de 
Zara, Dalmatie I0 ; Q. Melius Auetus dans une épitaphe re- 
cueillie près de Vérone ". 

Melliacus ou Miliacus pour Macliacus est devenu en France 
Meilhac, Haute-Vienne; Meillac, Ille-et-Vilaine ; Meilly, 
Côte-d'Or ; Milhac, noms de deux communes de la Dordogne 
et d'une commune du Lot ; Millac, Vienne ; Milly, nom de 
six communes, Manche, Meuse, Oise, Saône-et-Loire, Seine- 
et-Oise, Yonne. 

Montiniacus, nom d'une villa donnée à l'église du Mans 
par l'évèque Bertramme en 615 I2 , doit probablement être re- 
connu dans Montigné, Mayenne. Au même siècle, Berchaire, 



1 . Corpus, t. I, p. 502. 

2. Tite-Live, liv. IX, c. 8. 

3 . Corpus, II, 121. 

4. Corpus, II, 385. 

5. Corpus, V, 8110, 393. 

6. Allmer, Inscriptions de Vienne, t. III, p. 416. 

7. Allmer, Revue èpigraphique, t. II, p. 78, n° 515. 

8. BoissicLi, Inscriptions de Lyon, p. 513. 

g. Allmer, Inscriptions de Vienne, t. II, p. 285. 

10. CoipllS, III, 2C)22. 

1 1 . Corpus, V, 3680. 

12. Pardessus, Diplomala, t. I, p. 211. 



Propriété foncière et noms de lieu en France. 5 1 

abbé de Montier-en-Der, avait une propriété dans une localité 
appelée Montiniacus, et située au sud-ouest de la Loire 1 . Une 
monnaie mérovingienne a été frappée dans un lieu appelé Mon- 
tiniacus que l'on suppose être Montignac, Creuse 2 . Une église 
Saint-Christophe de Montiniacus appartenait en 819 à l'abbaye 
de Conques, Aveyron, comme nous le voyons par un diplôme 
de Louis le Débonnaire 3. C'est aujourd'hui Montignac, com- 
mune de Conques, Aveyron. En 830, une autre villa Monti- 
niacus, située dans le pays de Meaux, appartenait à l'abbaye de 
Charroux, Vienne, ainsi que nous l'apprend une confirmation 
émanée de Louis le Pieux et de Lothaire, son fils 4. 

Avant de prononcer Montiniacus, on a dû dire Montaniacus 
en plaçant après le t un a qui s'est plus tard assimilé à 1'/ de 
la syllabe suivante. C'est l'orthographe de la chronique de 
Bèze écrite au xn e siècle, mais probablement à l'aide de do- 
cuments plus anciens, et elle désigne par le nom de villa mou- 
taniacus'y, Montagny-lès-Seurre, Côte-d'Or 6 . 

Montaniacus dont Montiniacus est une variante est un dérivé 
de Montanius, gentilice rare, mais dont l'existence est cons- 
tatée. On le trouve dans une inscription de la Dacie 7. Une 
épitaphe découverte à Milan nous fait connaître les noms de 
M. Montanius Primus 8 ; une inscription de Cagliari, en Sar- 
daigne, ceux de Q. Montanius Pollio 9. Le gentilice Montanius 
est dérivé du cognomen Montanus, très fréquent dans les ins- 
criptions. Ce surnom était déjà usité au siècle d'Auguste. Ju- 
lius Montanus, poète élégiaque et en même temps épique, est 
mentionné par Ovide et par les deux Sénèque 10 . De Montanus 



1 . Pardessus, Diplomata, t. II, p. 159. 

2. A. de Barthélémy dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, vingt- 
sixième année, p. 459, n° 444. 

3. Gustave Desjardins, Cartulaire de l'abbaye de Conques, p. 410. Dom 
Bouquet, VI, 517 d. Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 123, n° 135. 

4. Dom Bouquet, VI, )66d;Sickel. Acta Karolinoi um, t. II, p. 167,^271. 

5 . Migne, Patrologia latina, t. CLXII, col. 866 a. 

6. Garnier, Nomenclature historique des communes, etc., du département de 
la Côte-d'Or, p. 200, n° 438. Cf. p. 109, même numéro. 

7. Corpus, t. III, n° 792. 

8. Corpus, V, 6043. 

9. Corpus, X, 7580. 

10. Teuffel, Geschichte der rœmischen Literatur, troisième édition, p. 539. 



52 H. d'Artois de Jubainville. 

est dérivé * Montanacus, aujourd'hui Montenay, Mayenne, 
tandis que Montanius a donné Montaniacus et Montiniacus . 

De Montaniacus sont venus les vingt-quatre noms de com- 
munes suivants : six Montagnac, savoir : deux dans la Dor- 
dogne, deux dans le Lot-et-Garonne, un dans les Basses-Alpes, 
un dans l'Hérault ; deuxMontagna, Jura; un Montagnat, Ain; 
deux Montagney, un dans le Douhs, l'autre dans la Haute- 
Saône ; deux Montagnieu, Ain, Isère ; onze Montagny, savoir : 
trois dans Saône-et-Loire, deux dans la Côte-d'Or, autant 
dans l'Oise, un dans chacun des départements de la Loire, 
du Rhône, de la Savoie et de la Haute-Savoie. 

C'est par Montiniacus que s'expliquent les noms de qua- 
rante-neuf communes : sept Montignac, savoir : deux dans la 
Charente, autant dans Lot-et-Garonne ; un dans la Dordogne, 
autant dans la Charente et les Hautes-Pyrénées ; cinq Mon- 
tigné, savoir : deux dans Maine-et-Loire, un dans chacun des 
trois départements de la Charente, delà Mayenne et des Deux- 
Sèvres ; quarante-neuf Montigny, savoir : six dans l'Aisne, 
cinq dans la Côte-d'Or, trois dans chacun des départements 
d'Eure-et-Loir, de la Nièvre et de Seine-et-Marne ; deux dans 
les Ardennes, autant dans le Jura, dans Meurthe-et-Moselle, 
dans la Meuse, dans le Nord, dans la Haute-Saône, dans 
Seine-et-Oise et dans la Somme ; un dans chacun des dépar- 
tements de l'Aube, du Calvados, du Cher, du Loiret, de la 
Manche, de la Haute-Marne, de la Marne, de l'Oise, du Pas- 
de-Calais, de la Sarthe, de la Seine-Inférieure, des Deux- 
Sèvres et de l'Yonne. 

Ainsi, au total, les noms de soixante-treize communes dé- 
rivent du çentilice Montanius. 



&* 



Musciace est le nom d'un vicus qui avait une église, et, 
dans cette église, un personnage arverne, nommé Nunninus, 
qui vivait dans la seconde moitié du vi e siècle, déposa une re- 
lique de saint Germain d'Auxerre; c'était un fragment du tom- 
beau de ce saint 1 . 

i. Grégoire de Tours, De gloria coufessorum, c. 41. Chez Bordier, Les 
livris des miracles, t. II, pp. 422-425 Arndt et Krusch, p. 773, 1. 20. Cf. 
Longnon, Géographie de la Gaule an sixième siècle, pp. 506-507. 



Propriété foncière et noms de lieu en France. $ 3 

Muscicae, sous-entendu domus, au singulier Musciacus, sous- 
entendu vicus, et plus anciennement fundus, est probablement 
aujourd'hui Moissat, Puy-de-Dôme. Parmi les localités situées 
au sud-est de la Loire, et qu'en 673 Berchaire donna à l'ab- 
baye de Montier-en-Der, se trouve un certain Musciacus 1 . Le 
monasteriuiu musciacum qui fut l'objet des libéralités de Louis 
le Débonnaire 2 était situé à Moissac, Tarn-et-Garonne. 

Musciacus s'explique par le gentilice Mustius. C. Mustius 
Tettianus fit deux dédicaces, l'une à Jupiter, l'autre à Epona, 
qui ont été trouvées à Cilly, en StyrieS. Les inscriptions 
d'Afrique nous font connaître plusieurs Mustius : à Lambessa, 
C. Mustius Fortunatus4 ; à Sadjar, Q_. Mustius 5 ; à Arsacal, 
G. Mustius Rusticus 6 ; à Beni-Ziad, A. Mustius 7. Mustius a 
donné le dérivé *Mustiacus dont Musciacus n'est qu'une va- 
riante orthographique. 

De Musciacus viennent les noms de communes suivants : 
trois Moissac, Lozère, Tarn-et-Garonne, Tarn ; Moissat, Puy- 
de-Dôme ; Moissey, Jura ; Moissieu, Isère ; Moissy, Seine-et- 
Marne, Nièvre ; peut-être Moussac, Gard, et Vienne; Moussey, 
Aube et Vosges ; enfin probablement six Moussy, dont deux 
dans Seine-et-Marne et un dans chacun des quatre départements 
de l'Aisne, de la Marne, de la Nièvre et de Seine-et-Oise. 
Moussy, Aisne, est appelé Musceium dans la vie anonyme de 
saint Rigobert, archevêque de Reims, mort en 749 8 . Le 
groupe se que nous offre cette orthographe est d'accord avec 
Pétymologie que nous proposons. Cette étymologie est con- 
tredite par l'orthographe MuJciacum, Molcàum, du nom de 
Moussey, Aube, dans des textes du xn e siècle 9 ; mais cette or- 
thographe est peut-être le résultat d'une hypothèse étymolo- 

1. Pardessus, Diplomata, t. II, p. 159. 

2. Vie de ce prince par l'Astronome, chez Dom Bouquet, t. VI, p. 95 c. 
Constitutiodemonasteriis, en 817, ibid., 409 a. 

3. Corpus, III, 5175, 5176. 

4. Corpus, VIII, 2949, 3204. 

5. Corpus, VIII, 6022. 

6. Corpus, VIII, 6152. 

7. Corpus, VIII, 6532. 

8. Matton, Dictionnaire topographique du département de l'Aisne, p. 194. 

9. Boutiot et Socard, Dictionnaire topographique du département de V Aube, 
p. 109. 



J4 H. d'Arbois de Jubainville. 

gique, plutôt que le reflet de la tradition. Cependant Mul- 
ciacum peut s'expliquer par un primitif * Molliciacus qui déri- 
verait de Mollicius, gentilice connu par quelques inscriptions 1 . 

Une colonica du nom de Noniacus appartenait à l'abbé Aridius, 
qui vivait au vi e siècle ; elle était probablement située en Li- 
mousin. Voilà ce que nous apprend une vie de ce personnage 
attribuée à Grégoire de Tours 2 . Cette localité est encore men- 
tionnée dans le texte qu'on nous a conservé du testament du 
même Aridius 3. 

Nonius est un gentilice romain qu'on rencontre quelquefois. 
En l'an 50 avant notre ère, M. Nonius Suffenas était pro- 
préteur de Crète et de Cyrène 4-. Un sénateur du nom de No- 
nius fut proscrit par Antoine'. Auguste gratifia d'un collier 
d'or Nonius Asprenas 6 . Deux ou trois Nonius Asprenas figu- 
rent dans la liste des consuls, aux années 6, 29 et 38 après 
notre ère". Ce gentilice fut porté chez nous par M. Nonius 
Gallus qui fut gouverneur de la Gaule transalpine en l'an 29 
avant notre ère, et qui soumit les Treveri ; il reçut pour cette 
raison le titre à'imperator^. Deux inscriptions de Lyon con- 
tiennent le nom de Nonius précédé du prénom Caius et suivi 
dans l'une d'elles du surnom Euposius9. Une inscription de 
Trêves nous offre l'orthographe Nonnius avec deux // et le 
surnom Germanus 10 . 

Nogna, Jura, suppose un plus ancien Noniacus. 

Noviacum castrnm fut en 752 donné à l'abbaye de Prùm 
par le roi Pépin le Bref 11 . 

1 . Mollicius, Corpus, III, 341, 342 ; V, 1305 ; Mollicia. X, 6501. 

2. Vita sancti Aridii abbatis, c. vin, chez Bordier, Les livres des miracles, 
t. IV, p. 175. 

3. Pardessus. Diphmata, t. I, p. 138. On y lit Konniacus avec deux n; 
cf. Longnon, Géographie delà Gaule au sixième siècle, p. 527. 

4. Cicéron, A. Atticus, liv. VI, lettre 1. 

5. Pline, Histoire naturelle, liv. XXXVII, c. 81. 

6. Suétone, Auguste, c. 43. 

7. Joseph Klein, Fasti consulares, pp. 17, 27, 30. 

8. Voyez Desjardins, Géographie historique et administrative de la Gaule ro- 
maine, t. III, pp. 40, 45. 

9. Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon, pp. 18, 53. 

10. Brambach, n° 833. ' 

11. Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 2, 11" 4. 



Propriété foncière et noms de lieu en France. 5 5 

Les auteurs et les inscriptions nous font connaître de nom- 
breux exemples du gentilice Novius. Tels sont le poète co- 
mique Q. Novius qui vivait au commencement du I er siècle 
avant notre ère x . En 58 avant notre ère, L. Novius était tribun 
du peuple comme nous l'apprend Asconius 2 . Novius Niger 
était questeur au temps de la conjuration de Catilina en l'an 56 
avant J.-C. >. Ce nom se répandit dans les provinces. Deux 
inscriptions de Spalatro, l'ancienne Salona, nous font connaître 
les noms de Novius Persicus et de P. Novius Laurus4. Dans 
une inscription des environs de Bude, on lit les noms du lé- 
gionnaire Novius Provincialis 5 . Une inscription de Worms 
rappelle un vœu de Novia Prisca 6 . A Schwanden, dans le Pa- 
latinat, on a trouvé l'épitaphe d'une femme appelée Novia". 
Nous nous bornons à ces exemples, dont il serait facile d'aug- 
menter le nombre. 

De Novius est dérivé Noviacus qui est devenu Neuvy, dans 
dix-neuf noms de communes, savoir : trois dans le Cher, deux 
dans l'Eure-et-Loir et dans l'Indre ; un dans chacun des dépar- 
tements de l'Allier, des Deux-Sèvres, de l'Indre-et-Loire, de 
Loir-et-Cher, du Loiret, de Maine-et-Loire, de la Nièvre, de 
l'Orne, de Saône-et-Loire, de la Sarthe et de l'Yonne. A la 
même origine se rattachent Neufvy, Oise ; Novy, Ardennes ; 
et probablement les deux Nevy, du Jura. 

Au ix e siècle, la véritable étymologie de Noviacus était ou- 
bliée, et on considérait ce mot comme un dérivé de Fadjectii 
latin novus. C'est pour cela que Jérémie, archevêque de Sens, 
imagina d'appeler Noviacus l'abbaye qu'il fonda en 818, à 
Mauriacus, en Auvergne 8 . Mais cette dénomination nouvelle, 
qu'une erreur avait inspirée, ne fut pas adoptée par la popu- 
lation, et l'ancien nom de Mauriacus persiste encore, à peine 
modifié, dans celui de Mauriac, Cantal. 

1. Teuffel, Geschichte der rœmischen Literalur, 3 e édition, p. 243. 

2 . Asconius, Sur le Pro Milone de Cicérou. 

3. Suétone, César, c. 17. 

4. Corpus, III, 251 1, 2552. 
5 . Corpus, III, 3556. 

6. Brarnbach, n° 907. 

7. Brarnbach, n° 1765. 

8. Chronique de Saint-Pierre-le- Vif àe Sens; chez Dom Bouquet, VI, 237 a. 



$6 H. d'Arbois de Jubainville. 

La villa Novilliacus fut donnée à l'église cathédrale de 
Reims par le Roi Karloman en 771, et Charlemagne confirma 
cette libéralité. Les diplômes aujourd'hui perdus sont analysés 
dans l'appendice à Flodoard, écrit vers la fin du x e siècle 1 . Ce 
nom de lieu est assez fréquent, mais le plus souvent altéré. On 
le trouve écrit avec une seule 1, Noviliacus. Ainsi Grégoire de 
Tours écrit Noviliacus le nom de deux vici qui auraient été, 
suivant lui, fondés, c'est-à-dire probablement dont les paroisses 
auraient été créées par les évéques Injuriosus et Baudinus, 
tous deux ses prédécesseurs, l'un de 529 a 546, l'autre de 546 
à 552 2 . On remarque la même orthographe dans le diplôme 
de Clotaire III pour l'abbaye de Bèze, en 664, tel que nous 
l'a conservé la chronique de cette abbaye 3 ; dans la charte ori- 
ginale contenant les donations faites par Wandmir et Ercam- 
berte a diverses églises en 689 -* ; dans les diplômes donnés en 
705 par Childebert III a l'abbaye de Saint-Serge et de Saint- 
Médard d'Angers 5; en 802, par Charlemagne 6 , en 832, par 
Louis le Débonnaire, à la cathédrale du Mans 7. Au lieu de 
Noviliacus, on a écrit quelquefois Nobiliacus iwcc un b au lieu 
d'un v, phénomène fréquent dans la basse latinité. Cette or- 
thographe se rencontre dans certains manuscrits de Grégoire 
de Tours 8 , dans un diplôme de l'année 680 en faveur de l'ab- 
baye de Saint-Waast d'Arras 9, et dans la vie de Louis le Dé- 
bonnaire dite de l'Astronome, où l'abbaye de Saint-Yaast est 
appelée monasterium nobiliacum I0 . 

1. Dom Bouquet, t. V, p. 362 b c; cf. t. VI, p. 216 c d; Sickel, Acta 
Karolinorum, t. II, p. 380. 

2. Historia ecchsiastica Francorum ,liv. X, c. 3 1,§ 15, édition Arndt, p. 447, 
lignes 13-20. Cf. Longnon, Géographie delà Gaule au sixième siècle, p. 282. 

3. Pertz, Diplomatum imperii tomus primus, p. 40, 1. 25. 

4. Tardif, Monuments historiques, p. 637, col. 1. 

<j . Pertz, Diplomatum imperii tonius primus, p. 65, 1. 44. 

6. Dom Bouquet, V, 768 e. Cf. Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 67, 
n° 181. 

7. Dom Bouquet, VI, 585 e. Cf. Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 179, 
n° 308. 

8. Voyez les notes placées par Arndt au bas de la page 447 citée plus 
haut. Cf. De gloria conjessorum, c. 7. Chez Bordier, Les livres des miracles, 
t. II, p. 358. 

9. Pardessus, Diplomata, t. II, p. 181. 
10. Dom Bouquet, VI, 93 c. 



Propriété foncière et noms de lieu en France. $7 

Le gentilice d'où est dérivé le nom de lieu qui se présente 
dans les textes sous ces trois formes a été porté sous le règne 
de l'empereur Tibère par Novellius Torquatus, de Milan, qui 
devint préteur et proconsul et qui dut une grande notoriété, 
non à l'habileté avec laquelle il s'acquittait de ses hautes fonc- 
tions, mais au talent qu'il avait de boire d'un trait, en se con- 
formant à toutes les règles de l'art, trois congés, c'est-à-dire 
environ neuf litres de vin. Pline, dans son Histoire naturelle, 
s'étend avec détails sur les faits qui attestent combien Novellius 
s'acquittait consciencieusement de cette tâche glorieuse, vraie 
merveille dont l'empereur lui-même fut témoin 1 . D'autres No- 
vellius, moins célèbres, nous sont connus par les inscriptions. 
Tels sont Novellius Optatus, dont Pépitaphe a été trouvée 
près de Salzbourg 2 ; Novellius Aequalis >, Novellius Agilis, 
Novellius Euodius dont les épitaphes ont été recueillies à 
Milan-*. Il serait trop long d'énumérer tous les autres exemples 
de ce gentilice que l'Italie nous offre. Nous nous bornerons à 
la Gaule. Nous citerons C. Novellius Amphio dans une ins- 
cription de Genève S L. Novellius Hispelo 6 et M. Novellius 7 
au musée de Mayence. 

* Novell iacus, Noviliacus, dérivé de Novellius, peut se re- 
connaître dans trente-sept noms de communes : Neuillac, Cha- 
rente-Inférieure, Neuillay, Indre, deuxNeuillé, Indre-et-Loire, 
Neuillé, Maine-et-Loire, Neuilli, Orne ; vingt-trois Neuilly, 
savoir : deux dans chacun des départements de l'Allier, du 
Calvados, du Cher, de la Haute-Marne, de l'Oise, de Seine- 
et-Oise et de la Somme ; un seulement dans chacun des dépar- 
tements suivants : Aisne, Côte-d'Or, Eure, Indre-et-Loire, 
Mayenne, Nièvre, Orne, Seine, Yonne ; Neulliac, Morbihan ; 
Neuvilley, Jura ; Neuvilly, Meuse, et Neuvilly, Nord ; trois 



1 . Pline, Histoire naturelle, liv. XIV, § 144-146. 

2. Corpus, t. III, n° 5626. 

3 . Corpus, V, 6051. 

4. Corpus, V, 6054. 

5. Mommsen, Inscriptiones confédéral iouis helveticae, n° 92; Allmer, Ins- 
criptions antiques de Vienne, t. II, p. 31g. 

6. Brambach, n" 1201. 

7. Brambach, n° 12 16. 



58 H. d'Arbois de Jubainville. 

Nuillé, dont un dans la Sarthe et deux dans la Mayenne ; enfin 
Nully, Haute-Marne. 

De ces noms de lieux il faut distinguer Nouaillé, Vienne, 
au vm e siècle Novaliacus, comme nous l'apprend un diplôme 
émané en 794 de Louis le Débonnaire, alors roi d'Aquitaine 1 . 
Novaliacus suppose un gentilice * Novalius dérivé de l'adjectif 
novalis. 

Piciacus est le nom d'une localité située dans le Perche et 
où saint Avit, mort vers l'année 527, mena la vie érémitique, 
comme nous l'apprend une vie anonyme, à peu près contem- 
poraine 2 . On ignore où était l'emplacement précis de Piciacus. 

Ce mot est dérivé de Pitius. On a trouvé à Veglia, île voi- 
sine de la côte de Dalmatie, l'épitaphe du décurion P. Pitius 
Marullus ^ 7 ; à Petronell, en Autriche, celle de l'affranchi C. 
Pitius Hilarus4. On conserve à Ebersdorf, Autriche, celle de 
l'affranchi C. Pitius Jucundusî. 

De Pitius on a tiré * Pitiacus, puis par effet de Passibilation 
et avec substitution du c au t, Piciacus. Peut-être ce nom ex- 
plique-t-il celui de Pécy, Seine-et-Marne. On doit aussi pro- 
' bablement le reconnaître dans les deux Pessac du département 
de la Gironde ; dans Pessat, Puy-de-Dôme ; dans Pissy, 
Somme et Seine-Inférieure. Pissy, Somme, est vraisembla- 
blement le Pisciacus qu'un diplôme émané de Pépin le Bref 
en 751 met dans le pagus Anibiauciisis 6 . Mais cette ortho- 
graphe peut être le résultat d'une étymologie populaire qui 
rapprochait le nom de lieu Pissy du latin pisàs, poisson, bien 
connu à une époque où depuis longtemps le gentilice Pilius 
était oublié. Nous terminerons par Pizy, Yonne, qui, suivant 
M. Quantin, s'est appelé Piciacuiu au vn e siècle 7. 



1 . Dom Bouquet, VI, 452 c. Cf. Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 84, 
n° 1. 

2. Dora Bouquet, t. III, p. 439 b. Cf. Longnon, Géographie de la Gaule 
au sixième siècle, pp. 328, 329. 

3. Corpus, III, 3128. 

4. Corpus, III, 4518. 

5 . Corpus, III, 4602. 

6. Pertz, Diplomatum imperii tomus primas, p. 109, 1. 16. 

7. Dictionnaire lopographique du département de l'Yonne, p. 99. 



Propriété foncière et noms de lieu en France. 59 

Pociacus est le nom d'une des vil lac qui, au vin e siècle, ap- 
partenaient à l'abbaye de Saint-Martin, de Tours. Nous l'ap- 
prenons par un diplôme de Charlemagne qui remonte à l'an- 
née 775 r . La situation de Pociacus est inconnue. 

Ce mot peut être dérivé du gentilice Paucius, dérivé lui- 
même de l'adjectif paucus. Une inscription de Bénévent con- 
tient le nom du décurion Q_. Paucius 2 . 

Poissy, Seine-et-Oise, appelé dans les textes latins Pisciacus 
dès le xi° siècle 3, peut être un ancien * Pauciacus, plus tard 
Pociacus. 

Pompeiacum est le nom d'un castrum où, suivant les actes 
du martyre de saint Vincent d'Agen, le corps de ce saint mis 
à mort sous Dioclétien aurait été transféré et serait devenu 
l'objet d'un culte vers le milieu du V e siècle-*. Ce castrum était 
situé, suivant M. Longnon, au Mas d'Agenais, Lot-et-Ga- 
ronne 5. En 829, Pépin I er , roi d'Aquitaine, confirma l'abbaye 
de Saint-Maur-les-Fossés dans la possession du quart d'une 
propriété que son diplôme appelle Ponpeiaci villa 6 . La vie de 
saint Theuderius, abbé de Vienne, Isère, au vi e siècle, écrite 
trois siècles plus tard, met dans le voisinage de Vienne, Isère, 
alors bien fortifiée, cinq forts destinés en cas de guerre à tenir 
l'assiégeant à distance ; un de ces forts s'appelait Pompciacusi . 

Pompeiacus dérive du gentilice d'abord obscur Pompeius, 
qui est d'origine ombrienne et dérive du nom de nombre 
* pompe = quiuqitc, cinq. D'abord à peu près inconnu avant 
les deux consuls Cn. Pompeius Strabo et Q_. Pompeius 
Rufus, investis de la première magistrature de Rome l'un, 
l'an 89, l'autre, l'an 88 avant J.-C, ce nom d'homme dut 



1. Dom Bouquet, V, 737 c. Cf. Sickel, Acta Carolinorum, t. II, p. 27, 
n° 42. Cf. Mabille, La pancarte noire de saint Martin de Tours, pp. 69, 106, 
107. 

2. Corpus, IX, 1653. 

3. Tardif, Monuments historiques, p. 164, col. 1. 

4. Voir les Actes du martyre de saint Vincent, dans les Bollandistes, 
t. II de juin, pp. 166-168. 

5. Géographie de la Gaule au sixième siècle, pp. 549-552. 

6. Tardif, Monuments historiques, n° 121, p. 84, col. 1. 

7. Dom Bouquet, t. III, p. 470 b. 



6o H. d'Arbois de Jubainville. 

surtout sa célébrité au fils du premier des deux, Cn. Pom- 
peius, surnommé le Grand. Entre autres affaires importantes 
dont il fut chargé, une des plus graves lut la guerre contre 
Sertorius, en Espagne. Elle l'occupa de 77 à 72, et pendant ce 
temps il paraît avoir exercé l'autorité suprême en Gaule, alors 
administrée sous ses ordres par le propréteur Fonteius 1 . C'est 
à cette date que paraît remonter l'introduction en Gaule du 
gentilice Pompeius. Un des monuments antiques les plus cu- 
rieux de la France est la porte d'entrée de la sépulture d'une 
famille Pompeia, à Aix, en Savoie. L: Pompeius Campanus la 
fit construire de son vivant, et les épitaphes d'un certain 
nombre de ses parents s'y lisent encore aujourd'hui 2 . Nous 
citerons ensuite Sex. Pompeius Macrinus, connu par une 
inscription de Novairy 3 ; Ponpeius Octavmnus, dont l'épi- 
taphe a été trouvée près de Chozeau, Isère 4; Q. Pompeius 
Adjutor, dont les noms se lisent dans une inscription d'An- 
necy 5; Pompeia Dativa, dont l'épitaphe vient d'être décou- 
verte a Arles 6 ; une autre Pompeia dont le musée de Bordeaux 
possède l'épitaphe". Je me bornerai à ces exemples qui suffi- 
sent pour expliquer l'origine du nom de lieu Pompeiacus. 

De Pompeiacus viennent les noms de Pompejac, Gironde, et 
Pompiac, Gers. 

Poxciacus est une villa dépendant de l'église du Mans, aux 
termes d'un diplôme de Louis le Débonnaire en 832 8 . C'est 
probablement aujourd'hui Poncé, Sarthe. 

Ce nom de lieu dérive du gentilice Pont i us qui est latin, 
mais d'origine samnite9 et vient du thème ombrien * ponlo- 

1 . E. Desjardins, Géographie de la Gaule romaine, t. II, pp. 330-334, 347. 

2. E. Desjardins, Géographie de la Gaule romaine, t. III, p. 118. Cl. 
Allmer, Inscriptions antiques de Vienne, t. III, p. 312-317. 

3. Allmer, Inscriptions antiques de Vienne, t. III, p. 245. 

4. Allmer, Inscriptions antiques de Vienne, t. III, p. 182. 

5. Allmer, Inscriptions antiques de Vienne, t. III, p. 3^0. 

6. Allmer, Revue èpigraphique, t. I, p. 268, n° 298. 

7. Allmer, Revue èpigraphique, t. II, p. 22, n 

8. Dom Bouquet, VI, 586 a; Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 179. 

9. Corssen, Ueber Aussprache, Vokalismus und Betonung àer lateinischen 
Sprache, .seconde édition, t. I, p. 116. Ponto- est pour * Pomp-to- comme 
Ouintus pour * Quinqu-tus. 



Propriété foncière et noms de lieu en France. 6 1 

identique au thème latin * quinto- du nom de nombre ordinal 
signifiant cinquième. C'est la forme ombrienne du gentilice 
latin Quintius ou mieux Ouinctius. Le plus célèbre personnage 
de ce nom que l'on rencontre dans l'histoire de la république 
romaine est C. Pondus, fils d'Herrennius, qui commandait les 
Samnites quand ils firent l'armée romaine prisonnière aux 
Fourches Caudines, l'an 321 avant J.-C 1 . Ce gentilice avait 
pénétré à Rome de fort bonne heure ; dès le siège de Rome 
par les Gaulois en l'an 390 avant notre ère, un jeune et ardent 
patriote romain, Pontius Cominius, rendit son nom histo- 
rique par l'heureuse audace avec laquelle, trompant la sur- 
veillance des assiégeants, il pénétra dans le Capitule 2 . Plus 
tard, L. Pontius Aquila fut du nombre des meurtriers sous les 
coups desquels César perdit la vie, l'an 44 avant notre ère 3. 
Enfin tout le monde connaît le nom du procurateur de Judée, 
Pontius Pilatus^. 

On rencontre ce gentilice dans les inscriptions de Rome et 
des provinces, Q. Pontius Severus, à Tarragone 5 ; P. Pontius 
Blandus, P. Pontius Pontianus, P. Pontius Secundinus, dans 
une inscription de Hongrie 6 . On a trouvé nombre de fois en 
Gaule et en Grande-Bretagne la marque du potier Pontius. 

De Pontius on a fait * Politiciens, écrit Ponciacus au moyen 
âge. De là probablement, outre le nom de Poncé, Sarthe, déjà 
cité, ceux de Pontiacq, Basses-Pyrénées, Poinchy, Yonne, 
Poincy, Seine-et-Marne, et Poncey, Côte-d'Or. Poncey-lez- 
Pellerey, autre commune du même département, paraît devoir 
s'expliquer par un primitif: 

Podentiacus 7, lisez Pudentiacus dérivé de Pudentius qui 
est encore un gentilice romain, probablement d'assez basse 
époque : Pudentius Maximinus, vétéran, fit à Hercule une dé- 

1. Tite-Live, liv. IX, c. 1 et suivants. 

2. Tite-Live, liv. V, c. 46. 

3. Suétone, César, c. 78; édition Teubner-Roth, p. 32, 1. 3-4. 

4. Tacite, Annales, liv. XV, c. 44. 

5 . Corpus, II, 4937. 

6. Corpus, III, 6271. 

7. Cartulaire de Saint-Seine cité par Garnier, Nomenclature historique, etc., 
du département de la Côte-d'Or, p. 5 1 . 



Gi H. d'Arbois de Jubainville. 

dicace trouvée près de Salzbourg 1 . C'est aussi le nom d'un 
saint qui fut martyrisé à Alexandrie et dont on célèbre la fête 
le 29 avril 2 . 

Pouancay, Vienne, et Pouancé, Maine-et-Loire, peuvent 
être d'anciens Pudentiacus. 

Posthimiagus est le nom d'un locus de situation inconnue 
donné à l'abbaye de Limours, Seine-et-Oise, aux termes de 
l'acte de fondation par Gammon en 697 5. Un diplôme de 
Charles le Gros en faveur de l'abbaye de Saint-Etienne de 
Dijon en 885 nous donne le même nom de lieu avec l'ortho- 
graphe un peu plus archaïque Postumiacus* ; il s'agirait ici de 
Potangey, commune d'Aiserey, Côte-d'Or, suivant M. Gar- 
nier, le savant archiviste de ce département 5. 

Postbumiacus vient de Postumius. La gens Postumia était pa- 
tricienne. Elle atteignit de très bonne heure aux plus hautes 
magistratures de Rome. Le premier consul qu'elle donna à la 
république romaine fut P. Postumius Tubertus, élevé à cette 
dignité d'abord l'an 249 de Rome (avant J.-C. 505) puis en 
252-503, et qui obtint deux fois les honneurs du triomphe 6 . 
Quelques années plus tard (en 496 avant J.-C), le dictateur 
A. Postumius Albus, fils du précédent, battait les Latins près 
du lac Régille et en triomphait/. Nous nous bornons à ces 
deux exemples. La gens Postumia donna son nom à un des 
plus anciens monuments de la législation de Rome, une des 
lois somptuaires attribuées à Numa 8 . Le même nom fut aussi 
porté par une des grandes routes de la Gaule Cisalpine, la via 
postumia construite, à ce que l'on croit, par le consul Sp. Pos- 

1 . Corpus, III, 5531. 

2. Bollandistes, avril, t. III, p. 617. 

3. Pardessus, Diplomata, t. il, p. 244. 

4. Dom Bouquet, IX, 336 c. 

3. Garnier, Nomenclature historique des communes du département de la 
Côte-d'Or, p. 19. 

6. Ïite-Live, livre II, c. 16; Pline, livre XV, § 125 Cf. Acta trium- 
phorum capitolina dans le Corpus, t. I, p. 434. Fastes consulaires, ibid., 
p. 486-487. 

7. Tite-Live, livre II, c. 19, 20, et Acta triumphorum capitolina dans le 
Corpus, t. I, p. 454. . 

8. Pline, livre XIV, §88. 



Propriété foncière et noms de lieu en France. 63 

tumius Albinus, l'an 148 avant notre ère 1 . Le gentiliee Pos- 
tumius persista sous l'empire ; ainsi, au second siècle de notre 
ère, Postumius Festus fut célèbre par son éloquence 2 . On 
trouve ce nom fréquemment dans les inscriptions d'Espagne?, 
d'Afrique 4, d'Italie 5, de Grande-Bretagne 6 , etc. 7. Nous si- 
gnalerons en Gaule deux exemples : l'un est une dédicace à 
Diane par Q. Postumius Potens ; elle a été trouvée près de 
Trêves 8 ; l'autre qui existe encore dans la ville d'Avenche, en 
Suisse, est aussi une dédicace à des dieux ; ses auteurs sont 
Q_. Postumius Hyginus et Postumius Hermès 9. 

H. d'Arbois de Jubaixville. 
(A suivre). 



1 . Voyez ce que dit de cette route M. Mommsen dans le Corpus, t V. 
p. 827. 

2. Aulu-Gelle, livre XIX, c. 13. Comparez le passage de Fronton cité par 
Teuffel, Geschichte der roemischcn Literatur, troisième édition, p. 848. 

3 . Corpus, 1. II, index, p. 728, col. 4. 

4. Corpus, t. VIII, index, p. 1012, col. 2. 

5. Corpus, t. V, index, pp. 1123, col. 4, 1124, col. 1; t. IX, index, 
p. 723, col. 1 ; t. X, p. 1032, col. 2, 1065, col. 4. 

6. Corpus, t. VII, index, p. 320, col. 1. 

7. Corpus, t. III, index, p. 1082, col. 2. 

8. Brambach, n' 844. 

9. Mommsen, Inscriptiones helveticae, n° 164. 



NOTES 

ON 

WELSH CONSONANTS 

BY DR. M. NETTLÂU 



(Vienna, III, Rennweg, 2. May 28, 1887) 

Introductory Remarks. 

As to information about the manuscripts and books quoted 
in the following notes I refer the reader to the introduction 
of my « Beitràge zur cymrischen grammatik. I (einleitung 
und vocalismus). Leipzig, Marz-April 1887, 79 pp. 8° » 
(p. 4-33). The following abbreviations are used for some ot 
the more frequently cited sources : 

Manuscripts : A : the oldest Ms. of the Venedotian Law- 
code, printed in «Ancient Laws and Institutes of Wales... éd. 
by Aneurin Owen» London, 1841, fol. (« Beitr. », p. 11). 

B : Ms. Cott. Tit. D 2, Venedotian Code (1. c, p. 12). 

Cleop. B j : a Gwentian 15 th. cent. Ms. (1. c, p. 16). 

E : Addit. Ms. 1493 1, Venedotian Code (1. c, p. 12). 

B. of Herg. : the Red Book of Hergest ; the parts of this 
Ms. edited by John Rhys and J. Gwenogfryn Evans (Oxford, 
1887, vol. I) hâve been principally quoted; on other edited 
and not edited parts see 1. c, p. 13-15. 

Hgt. 202 : a i4th. cent. Ms. edited by E. B. Phillimore in 
YC, vol. VII. 

les. Coll. 141 : a late 1 5 tli. cent. Ms. (1. c, p. 14). 

L : Cott., Tit. D 9, printed in Owen's Ancient Laws (Di- 
metian Code). 



Notes on Welsh Consonants. 65 

Lczu. Dwnn : the autograph of a part of L. D.'s heraldic 
visitations, printed in the first volume of « Heraldic Visi- 
tations of Wales and the Marches in the time of Queen Eli- 
sabeth' and James I by Lewis Dwnn, éd. by Sir Samuel Rush 
Meyrick, 1846 » (1. c, p. 21). 

Ll. Achau : Llyfr Achau, printed in the Ilnd volume of the 
Heraldic Visitations; cf. p. 58: « by me Hopkin ab Eignon 
of Breknock in y Countie of Brcknock, painter, finished y 
ffirst of November Anno Dni 1602 » (1. c, p. 21). 

Ll. Gw. Rh. : Llyfr Gwyn Rhydderch, parts of which are 
edited in the Ilnd volume of Robert Williams' Sélections from 
Hengwrt Manuscripts (1. c. p. 16). 

S : Add. Ms. 22356, a Cardiganshire-manuscript of the Di- 
metian Code (1. c, p. 13). 

777. D 22 : a Cottonian manuscript, parts of which are 
printed in Rees « Lifes of the Cambro-British Saints, » 1853 
and in YC. vol. III and VIII (éd. by Powel) (1. c, p. 16). 

Y S. Gr. : Y Seint Greal, éd. by R. Williams, 1876 (1. 
c, p. 16). 

Addit. Ms. 14913: a i6th. and iyth. cent. Southwclsh 
Ms., containing médical tracts, etc. 

I4p2r: a i6th. cent. Gwentian Ms., containing a trans- 
lation of John Maundeville's travels (fragment) (1. c, p. 33). 

1497} : a Soutlrwelsh Ms. (about 1640), in which amongst 
many other texts poems of Rees Prichard (author of Cann- 
wyll y Cymry) occur (1. c, p. 20). 

14986 : a r6th. cent. Ms., containing two religious In- 
terludes (1. c, p. 19-20). 

19709 : a 14-15 th. cent, historical Ms. (Gwentian dialect) 
(1. c. p. 16). 

Add. Mss. 14909, 14923, 14944, 14945 and others : gram- 
matical and lexical collections by Lewis Morris and his bro- 
thers (1. c, p. 29-30). 

Several other manuscripts are referred to occasionally ; ail 
quotations giving the folio of the Ms. I hâve seen myself. 

Books : C. fw. T. : Caban fewythr Tomos gan William 
Rees, 1853 (Merionethsh. dialect). 

C. y. C. : Cannwyll y Cymry, 1672 (1. c, p. 20). 
Revue Celtique, IX 5 



66 Nettlau. 

D. S. Evans, llythr. : Llythyraeth yr iaeth Gymraeg gan D. 

S. Evans, 1 86 1 . 

Hom. 1606 : Pregethau a osodwyd allan txwy awdurdod... 
(translated bv) Edward James (1. c, p. 24). 

Hughes, 1S22 : An essay on the ancient and présent state ot 
the Welsh language, with particular référence to its dialects, 
being the subject proposed by the Cambrian Society for the 
year 1822 (l. c, p. 26). 

Gl. Gif. G. : Llyfr Gweddi Gyffredin, the book of Com- 
mon Prayer in Welsh, extracts of \yhich are reprinted in 
Y Traeth. (1. c, p. 24). 

Ll. y Res. : Llyfr y Resolution (Parson's Christian Resolu- 
tions) (translated bv) J. D. (se. John Davies), 2 i684, 

containing in the appendix a dialectal glossary (1. c, p. 28). 

S al lex., N. T., prou. : William Salesbury's Welsh dictio- 
nary (1547, reprinted 1877), Testament Newydd, 1567 and 
on english pronunciation (reprinted in Ellis' Early Engl. 

Pron.). 

Sp. : William SpurreH's Welsh dictionaries (1859, 1861). 
Sweet : Sweet's Spoken Northwelsh in Transactions of the 
Philological Society, 1882-4. 

Y drych Christ. : Y drych Christianogawl. Ed. bv Rosier 
Smith, 1585 (1. c, p. 23-24). 

Periodicals : Yr A nu. : Yr Arweinydd sel Newyddiadur 
wythnosol, Pwllheli, 1856-9 (1. c, p. 32). 

Y Bed. : Y Bedyddiwr, Caerdydd 1849 sqq. 

Y Gen. : Y Geninen, Caernarfon (vol. III, 1884-5). 

Y. C. : Y Cymmrodor, the Magazine of the Hon. Society 
of Cymmrodorion. London, 1877 sqq. 

Y Giuyl. : Y Gwyliedydd, Bala, vol. VI, 1828 containing 
a dialectal glossary (1. c, p. 31). 

S. C. : Seren Cymru, Newyddiadur Teuluaidd Pythefnosol, 
Caerfyrddin, 1856-60. 

Y Traeth. : Y Traethodydd, Dinbych, Treflynnon, 1845, etc. 

Y T. a'r G. : Y Tywysydd a'r Gymraes, Llanelli, 1852, etc 1 . 



1. The weekly \Velsh periodicals not being entered in the General Cata- 
logue of the British Muséum (Yr Arweinydd however is), I stated in 



Notes on Welsh Consonants. 67 



I. — I AXD W (j AND Y), CHW. 

1 . J is of îuost fréquent occurence in ail the Brythonic lan- 
guages before a number of suffixes (Welsh -iaeth, -ion, 
-iad, etc.) ; in most of the cases it is of no etymological value 
but only spread by analogy. I hâve not to discuss hère whence 
this analogy first sprang from, as this is a pre-Cymric ques- 
tion. The dialects of North- and Southwales greatly differ 
as to the pronunciation of this secondary j ; it is said to suffer 
from the North to the South a constant loss in strength of 
sound, culminating in its dropping in the southern dialects, 
in which it is very often not expressed in writing. No détails 
of the description and délimitation of the intermediate sounds 
hâve as yet been given, and so it isvery difficulttoform a pro- 
per opinion on thèse Southwelsh orthographies. J may either 
hâve never been transferred into thèse forms or owing to its pro- 
nunciation being very feeble and perhaps only palatalising the 
consonant upon which it follovs it was not written. For a 
number of j's before suffixes existed certainly, as is shown by 
the Dimetian plural sgidshe, the Eastern-gwentian scitshia (so 
occuring in popular texts, see § 5) = esgid-iau; also unstressed 
u and y before vowels are becoming j, and t is palatalised into 
sh by them, cf. sha = tu a ; so the phonetic altérations on 
which Zeuss, gr. C. 2 , p. 1 69-1 71 (de zetacismo) treats with 
regard to the Cornish and Breton languages are not absent 
in Welsh. J is said to be inserted in Northwelsh dialects in 
« wrong » places by improper extension of his usage. In mé- 
diéval southern Mss. too, such extraordinary insertions of j 
occur as in eidyaw, tr6ydya6, d6ylya6, idia6, etc. ; it is 



a Beitr. » p. 31, that they were mostly not kept in this library. Thisis a 
mistake, since they are entered in the spécial Catalogue of British News- 
papers, received at the Muséum. If I had known this before, I might hâve 
spared much tirae which I spent in looking over nearly the buïk of the 
monthly papers, characterised 1. c. and might hâve found much information 
about dialects. I am now going to use tbis source of information too. 
Cf. The Periodical Literature of Wales during the Présent Century, in 
Trans. of the Cardif Eisteddf. (held 1883), pp. 214-236. [30.11.87.] 



68 Nettlau. 

probable to me that thèse js were only inserted in writing by 
the Southwelsh scribes, who themselves pronounced theletter 
very feebry or not at ail and inserted it therefore sometimes 
where it had no place. In the contrary in the Venedotian Ms. 
A ot the Howelian Laws, doython occurs besides doythyon ; 
this must be compared with the $rd sing.-ws and with ona- 
dunt etc. in this text, thèse being later only Southwelsh too 
and want a spécial examination ; on onadunt sec YC. Mil, 
p. 135 squ._ 

2. The following références illustrate the above said. D. S. 
Evans, llvthvriaeth, § 189 has : Xorthw. tewion — Southw. 
tewon, etc. Some Middlewelsh forms differing from the mo- 
dem literary language are : L p. 176, offeirat, p. 178 kein- 
na6c, kyureitheu a breinheu ; U p. 336 keissa6, p. 337 
arîeitheu, p. 342 keina6c, p. 348 eidon, etc., but y (j) is also 
written very often in the same Mss. A careful scribe dénotes 
still an indistinctly pronounced j, which another omits alto- 
gether. Each Ms. must be separatelv examined on this point, 
as single examples cannot décide the question where j is due 
to the dialect and where to the scribe. 

3 . Rhys points out in his Welsh loanwords (Arch. Cambr.), 
s. v. cera^ium, that the insertion of j before terminations 
commencing with a vowel is « carried to an extensive extent 
in some of the dialects of Northwales » and gives jachjau, 
hirjaethu, ceirjos 1 — Southw. ceiros (cerasium), etc.; effiei- 
thio is mentioned Y Traeth II, p. 34 (Th. Charles). 

4. From Mss. cf. ynyaléch a diffieitbéch didram6yeit, Red 
B. otHerg., col. 655 (Mab.); eidyawis of fréquent occurence, 
cf. my article on the Welsh pronouns in Y Cymmrodor \lll, 
p. 140, where also tr6ydya6 and even d6ylya6, occuring 
several times in Didrefn Casgliad are quoted. I add from S 
(Addit. Ms. 22356) : A g6edy liynny dylbdatty neb ae benn- 

1. Besides ceirios (the literary form given by Spurrell, dict.) exists the 
later surian, pi. suriain (Sp.) from engl. cheriy. Cf. sirianen a chery, Sa- 
lesbury, lex. 1547; E. Lhuyd, Arch. Brit. 1706 s. v. cerasuni : Southw. 
Keiroesen (pron. keirosen? ) — Northw. sirianen; Hughes essay 1822: 
Northw. sirion — Southw. ceirios (i from the lit. form). Breton qeresen, 
qirisen (Rostr.); Corn, not in Jago ; gael. sirist; manx. shillish; ir. shilin, 
Lluyd, silîn (Begley, Foley). 



Notes on Welsh Consonants. 69 

ffygia6d ida6 acheissiaô gantaô dyfod y 6rantu y march idiaê 
neu daly y da yr benffygi6r f. 100 a; a oes vn anifieil f. 
82 b (enifeil, anefeil f. 89 b); idiav Ms. T, Medd. Myddfai, 
1, § 129. Y Seint Greal : aelyodeu § 2, twrneimyeint § 20, 21 
(see Zeuss 2 , p. 86), mi a wasanaethyeis § 19, haedyeist 
§ 15, etc.; it is just this manuscript in which forms like 
oedvwn, aethyost, wydyem, doethyant occur oftener than in 
anv other published hitherto ; on thèse forms see Rhys, Rev. 
Celt., VI, p. 47 n., who compares corn, wothyen to cymr. 
wydywn, gwyddyat, etc.; at an} r rate the pleonastic use of y 
in this text discrédits somewhat this comparison as far as re- 
gards to this text, the other reasons in its favour and against 
it remaining of course unaltered by this fact. — en er eidial, 
Cleop. B 5, f 3 b, 4 a, tu ar eidial f. 2 b; Addit. Ms.12193 
(15 10), translation of a work of Rolewinck : i wladychv yr 
Eidial f. 13 b, Eidial f. 35 b (Eidal f. 38 b, 40 b, etc.): 
ynydywyssyrç r aeth, E, Addit. Ms. 1493 1, f. 1 a, etc.; iyth 
cent. : Jachiawdwr, Add. Ms. 15005, f. 63 a. 

5 . As to the Southwelsh altération of t — {— j before vowels 
intosh, cf. Lewis Morris, Addit. Ms. 14923, f. 134a: Southw. 
sïwnti beyond = Northw. tuhwnt i ; he intends to dénote 
sh by sï as is proved by Southw. issïel == isel (ib. f. 133 b), 
cf. gwishgo in modem dialects, s before and after slender vo- 
wels and j becoming sh in Sôuthwales ; shwnti from * tj-wnti, 
* ti-wnti, u and i being nearly identical in Southw. pronun- 
ciation, see « Beitr. » § 67, 70. Cf. S. C. (dimet.) ac fe a'th 
shag adre I, p. 292 ; pwy newy sy sha Llunden yna 'nawr I, 
p. 232 ; gai ffordd glir i fyned shag adre I, p. 271, mynd sha 
gadre I, p. 332, etc. (= tu ag adref) ; sgidshe I, p. 449, etc. 
(= esgidiau), from *sgidje. Y Gen. (gwent.) sha'r Hen- 
dra III, p. 19 in Eastèrn Glamorganshire = tu a'r Hendref, 
sha'r Bont, scitsha(— esgidiau). S. C. be'sharnati I, p. 272, be 
sharnat ti I, p. 291 (=_pa beth sydd arnat ti) ; sharnat from 
*sj-arnat, *sy-ârnat. — R. Williams, lex. Cornubr. remarks 
to modem corn, jawl, jowl (E. Lhuyd : dzhiawl) = cymr. 
diawl, that ofthis pronunciation of dj « are traces in collo- 
quial Welsh » (p. 102 b), but he gives no further particulars. 

6. In Middlewelsh Mss., even in those written in Southw. 



70 Nettlau. 

dialects e is not seldom used to dénote y (j) ; see Rhys, 
lect. 2 , p. 234. It is not clear to me whether e is the ortho- 
graph of a dialect in which j was distinctly pronounccd and 
of nearly syllabic value or whether, e being used in northern 
Mss. for the obscure sound of y (henny = hynny, etc.) it 
wasalso written by transcribers for y =]. In S = Addit. Ms. 
22356 also u is used for j : dydueu, f. 17 a (dvdieu ib.), since 
in this Ms. u and i as vowels are nearly identical, cf. « Beitr. » 
§ 67, bigel f. 54 b, r6ùmedic f. 7 b, etc. 

7. Cf. B — Tit. D 2 deneon f. 30 b, kynedeon f . 5 a (ib. 
canes f. 19 b, ene f. 26 a, etc.) ; Hgt Ms. 406 (B. Gruff. ap. 
Cyn.), Arch. Cambr. 1866 : weitheon, p. 34, meibeon, p. 36, 
deneon, p. 42 (ib. yd adeihvs, y kerdus, emchuelus, arannwt, 
a dothoedent, urth, etc., Southwelsh forms and very old or- 
thographs, cf. u for w ; on the text sec « Beitr. » p. 15, 7). 
B. of Herg. tri hualogeon, hualogyon col. 595 (Y Cymmr. 
III). Ll. G\v. Rh. Keinneadaeth p. io. Y S.Gr. redeat § 12, 
ot oedewch § 68. Tit. D 22 medeant f. 1 b. Cleop. B 5 wei- 
theon, y eithaueoed f. 98 a, medeant f 103 a, ymplith y rei- 
duseon f. 104 a, areant f. 106 a, tAwyssogeon f. 10S a, etc. 

In Sal. lex., 1547 arean and anean occur ; hère e certainly 
tends to express the thick syllabic sound of j in a northern 
dialect. 

8. Initial j before e, i, u and w before u in English loan- 
words and in the vulgar English spoken by native Welshmen 
are not pronounccd ; et = yet, ood = wood, etc. Cf. Rhys 
in Report of the schools inspected, etc. (Academy, 9, 9., 
1876) : ood, ooman, ee (wood, woman, ye) in Carnarvon- 
shire. In the English of Llanidloes in Powvs, on which sec 
Collections... relating to Montgomerys., vol. X, 'et, 'ee, 'u, 
'eeld (yet, ye, you, yield) p. 311 and 'ool, 'ood, 'ooman 
(wool, etc.) p. 309 are used. For Southwales cf. The Red 
Dragon, vol. II, p. 38-40; also Ellis, Early. E. Pron. in a 
note to Sal. pron., 1547 : ye-, woo- becomes, ï, û. 

9. This peculiarity dates from Middlewelsh. Cf. Red B. of 
Herg. ac wtward y6 ary koet h6nn6, col. 630. wdward=wood- 
ward is given in the index of English loanwords in Dafydd ab 
Gwilym's Poems (Llundain, 1789). In the often edited 1 5 th 



Notes on Welsh Consonnants. 7 1 

cent. English Poem in Welsh orthography J printed by Ellis, 
Trans. Phil. Soc. 1880 from a Hengwrt Ms. wld occurs 1. 60 
besides ei would 1. 15, wi wowld 1. 67. — In Lewis Dwnn's 
Herald. Visitât. (Eg. Ms. 2585) occur: off Wlffsdal (Wolfs- 
dale) I p. 163 (éd. Meyrick), off Wdstok p. 163, off Wdstock 
p. 146, v(erch) Robart off The Wd ap Gibon Wd p. 126, etc. 



10. Pre-Cymric v in inlaut between vowels is altered in 
Welsh in two différent ways, on which see Zeuss 2 , p. 106, 
128 ; the resuit of v and the vowel before it is au, ou or aw, 
e\v (av, ev) ; also besides final -eu in historié welsh (keneu) 
-aw- occurs in inlaut (kenawon), see Zeuss 2 , p. 129. This 
différence is of difficult explanation. I shall give hère the ma- 
terials I collected towards its illustration and a few susses- 
tionsasto conditions etc. of thèse doublets, skr. yuvaçds = in- 
doeurop. juv;/kôs, lat. juvencus (gaul. Jovincillus etc., Zeuss 2 , 
p. 128) becomes in Welsh * jovanc- jouanc, jeuanc and *je- 
wanc, hence *iwanc, ifanc. 

1 1 . The following forms of this word and its dérivâtes are 
worthof attention : Cleop. B 5 gwas ieuwanc f. 60 a (ieuang 
f. 68 b) ; this form is supported by deuwei etc. in ony deu- 
wei f. 75 a, ny deuwei ib., o deuwant f. 61 a; beuwyd f . 3 a 
for bywyd looks very strange, but also deuheu occurs in this 
Ms., on which see « Beitr. » § 84, where o Ddeuheubarth, 
Her. Yisit. II, p. 246 (1685) may be added ; eu seems writ- 
ten for e, as final — eu was pronounced — e ; so beuwyd is 
for bewyd, bâwyd ? then ieuwanc would be = *iewanc. Ll. 
Gw. Rh. gwreic yangk dec. p. 139 Y S. Gr. ieueyngtid § 30; 
S iegtid, Owen p. 296 ; Jes. Coll. 141 plur. jeueink f. 60 b. 

1. Cf. Cambrian Register II, p. 299-304; The Cambro Briton ; Hyna- 
iion Cymreig p. 13-16 ; Arch Cambr. II, 1, p. 304-7 ; Trans. Phil. Soc. 
(reprinted in Arch. Cambr.) ; Wilkins, lit. ofWalesp. 106 squ. — InAddit. 
Ms. 14866, f. 23a is a copy of it, beginning : meichti ladi owr leding 
tw haf, at hefn owr abeiding, whilst Ellis' Ms. (Hgt. Nr. 294) runs thus : 
O michdi ladi our leding to haf at hefn owr abeiding etc., so that an édition 
from the Addit. Ms. would be of interest. It is said there, f 25 a ; Jeuan 
ap hywel Swrdwal ai cant. medd eraill Jevan ap Rytherch ap Joan Lloyd. 



-2 Nettlau. 

12. Sal., N. T. ieunctit f. 310 b, ieuntit f. 319 a, ifieugtit 
f. 314 a; (R. Davies) ieuanc f. 313 a, plur. ievainc f. 314 a. 
Addit. Ms. 14913, i6th. cent., southw. yviengtit f. 53 a; 
Addit. Ms. 14986, i6th. cent, iyfangc f . 8 a ; Addit. Ms. 
14973, 1640 iengtid f. 73 a, ientit f. 69 a; Addit. Ms. 14987 
(Powys) om hienc/d f. 81 b; Add. Ms. 15005 gwr ifenge f. 
74 a, yr ifenge f. 132 a; Jfieintid f. 40 b, Jfieintid f. 53 a, 
jfieintid f. 79 b; Addit. Ms. 15059, 18 th. cent, ifiengtyd 
f. 212 a, ifiengedd f. 225 a. Ll. Dwnn, Her. Vis. I, iengetyd 
p. 9, iangafp. 113, 134, 135, etc. (more than 14 times), 
ianngafp. 170; (iengav vol. II p. 123, 1685); jevank p. 21, 
ievank p. 171 ; jevaf p. 157 ; ifonk p. 153, 190. Llyfr Achau, 
1602, Breconsh. ieyangk p. 57, ieanck p. 36, yeia p. 47, 
ivank p. 16, ifank p. 11, 57, ifanck p. 26. Davies, lex. 1621 
(and Richards lex. 1753) gives ieuange — iau, ieuangach — 
ieuaf, passim ifaf ; E. Lhuvd, Arch. Brit. uses ivange (dimet. 
dial.). 

In modem dialects : S.C. (dimet.) yn ifenc (plur.) I, 
p. 373, ie'nctyd I, p. 292, 331. Carnarvonsh. ifangk, jengach 
(Sweet). Merionethsh. i'r bobol ifinc, Cab. few. T. p. 258, 
hogenod ifinc p. 290, plurals like bychin, erill, llvgid being 
used in the northern dialects. 

13. The w = v in * iewanc, the doublet of ieuanc became 
f, like w in cenafon besides cenawon etc., see below. *iefanc 
becarne ifanc like Ithel from Judhael etc. jenctyd seems to 
corne from jeuenc-tyd by dropping the first unstressed vowel : 
j(eu)énctyd, like cylodi, *cfodi, codi, see below. jang is per- 
haps a secondary abstraction from iengtyd, forms like gwan 
and gwendid etc. being the model. — The loanword Jo- 
hannes (Iwovvtîç) exhibits the same double altération of a form 
*Jovan-, vie. Jeuan, Jouan, Jevan, Jfan, Jwan, as the forms 
are given in the pref. to Ll. G\v. G., 1586. See also Rhys, 
Arch. Cambr., loanwords s. v. : Jowan (L. Land. Jouhan), 
Jeuan (now only used as a hardie name), Ifan (engl. Evan), 
Jeian (in common use until a récent time) ; Ifan and Jwan 
in Cardiganshire. 

14. Cl. funher peues and powys (state of rest), Zeuss -, 
p. 128; deual, 3. sing. daw and Southwelsh dawaf want a 



Noies on Welsh Consonnants. 7 3 

spécial inquiry; see my article on the verb (YC, vol. IX). 
In the oldest texts deuaf, 3 . sing. daw and doaf are the only 
forms used; in Cleop. B 5 deuwei etc. occurs, see § 11. Dawaf 
is fréquent in Southwelsh texts sinceSal. N. T. (dawaf, dewi, 
daw, dawn, dewch, dawant). I think, dawaf is a new form, 
based on the 3rd sing. daw; the older forms, showing the proper 
treatment of an aw in pretonic syllables (tlawd, tlodion) are 
doaf etc. So deuaf and daw only rest and appear to be the 
exact counterparts of trawaf, 3. sing. tereu (Ll. Gw. Rh. 
p. 53), adawaf, ef a edeu ib. p. 87, gwrandawaf, y gwerendeu 
p. 38 etc., see Zeuss 2 , p. 129. The forms of the other Bry- 
thonic languages prove the composition of a verb with do- 
in deuaf to be preCymric. In older Welsh forms of the verb 
subst. with do- in the sensé of « to corne » are fréquent ; cf. 
dybu ; a dvui Tal. 205 ; Richards lex. 1753 says, that ië dybi, 
« it is to be sure » is still used in Glamorganshire. deuaf, 
daw would permit to be brought from * dov-, * dob- ; the 
form of the verb subst. can not be ascertained, since the or- 
dinary termination -af lias been introduced. Deuaf could 
also possibly corne from *do(a)gaf, cf. doeth, see below; but 
daw would then rest unexplained, eu from *og not being 
elsewhere treated like eu from * ov. 

15. Ceneu and cenaw, cub whelp (Zeuss 2 , p. 129) : plur. 
kynawon, a, chynawon B. ofHerg., col. 722; cenawon, im- 
perite cenafon (cynghanedd : cynfyn) Davies lex. ; kena, Sweet 
p. 42 5 . — In « Beitr. » § 93 I gave examples of gewvn : 
geuyn, Uysewyn : Llyseuyn and of eisieu : eisio, to which 
may be added : giewyn, B. of Herg. col. 760 ; this is said by 
Rhys (Y C. MI, p. 19) to be still used in a part of North- 
wales, cf. gï-en gi-au. Llessewyn, Ll. Gw. Rh. p. 244, llyse- 
wyn p. 73 ; llyseuoed p. 50. The Northwelsh eisio I think 
now to be like taro, gaddo (Sweet p. 425) identical with an 
older eisiaw, the doublet of eisieu, like *giaw (giewyn) : gieu. 
Of this obscure word note also eissev, eissywed B. of Carm. 
p. 45, eissiwet B. of Herg. col. 819, 830, eissvwedic col. 820; 
Ll. Gw. Rh. eissywed igy on p. 110, eissydedic p. 223 (? ; 
d = dd, 1 from w ?) diessiwau, dieissiwau Ms. A, p. 66. — 
Cf. also clowed, clywed and cigleu, *elov-. 



74 NettLw. 

16. Ceiri is said by Rhys to be the plural of cawr (giant) 
in the Carnarvonshire dialect ; rhiw geiri o ddynion occurs in 
a local newspaper, cf. the références in « Beitr. » § ioo. On 
cawr sec Zeuss 2 , p. 129 and of late, H. d'Arbois de Jub. in 
Mém. de la Soc. de Ling. de Paris, V, p. 121-123, where 
the respective Gaul. names are fully given. I think ceiri can 
be explained thus : *eavaro- is to be compared in structure 
with trigaranus (:ycp2Vo;), Welsh taradr (: -i^i-zy/) etc.; 
*cava- cf. skr. çâvi-ra- and cura-, * KevA- and *KvA (de 
Saussure, Mém. p. 260). *cavaro- resulted in Welsh into the 
doublets *cawar- and *cauar-, who lost the a probably by 
an earlier stress-shift in the declination. ceiri then is *ceuri 
from *caur, the doublet of cawr. 

17. Pre-Cymric b and m between vowèls became either f 
or with the preceding vowel eu, cf. neuadd, hall, Old- Welsh 
nouodou (M. Cap.), ir. nemed, vejj.e-cov ; y newad occurs B. 
of Herg., col. 689, a strange form, as w for u (i'i) is not 
used in this Ms. (cf. new = neu, Calig. A 13 etc.), if it is 
no error; cf. *iewanc etc. — Goreu, best seems to be a super- 
lative and -eu : -af is to be explained like edeu : edaf, Old-W. 
etem, Zeuss 2 , p. 821. 

18. To ir. claidhebh correspond Welsh cleddyf and cleddeu, 
given both by Spurrell. Cf. B. of Herg. ae gledeu col. 559; 
Ll. Gw. Rh. cledeu p. 136(3), 138, 148, 264, 282; Sal. N. 
T. cleddey (marg. cleddyf), f. 388 a (Huet). Other forms of 
this word are : plur. clefvdeu : B. of Herg. a thvnnu clefvdeu 
ac ymfFust col. 644, moess6ch attafi a6ch clefvdeu col. 644, 
645 ; in Yst. de Car. M. clefvdeu col. 420, clevydeu col. 423, 
klevydeu col. 450; Ll. Gw. Rh. cleuydeu p. 70, torof a 
chleuvdeu p. 253. Cleddyddeu : Llyfr. IIuw Llyn (written it 
is said by Guttyn Owain, the herald bard of the abbeys of 
Basingwerk and Ystrad Flur, late I5thcent.): kleddyddav f. 
129 b r; jes. Coll. 141 kleddyddav. f. 40 b, cleddyddeu f. 61 
a (kleddei 1. 40 b). Cf. Peredur penwetic, B. of Carm. p. 30 
and Pwyll bendeddig Dyved, Ll. Achau, 1602, p. 64, and 
see below. 

19. I think the suffix denoting the instrument and the agent 
of any thing, the modem form of which is -ai (cf. arwyddai 



Notes on Welsh Consonants. 75 

ensign, cymhellai spur, nofai, clepai, cecrai, meddalai etc.) is 
an old m-suffix, the doublet ofwhich is -yf, cf. oldcorn. ne- 
dim, gl. ascia, Zeuss 2 , p. 821 and W. neddai et neddyf dola- 
bella ; naddu asciare, dolare (Davies) ; neddei i naddy, an 
addys (adze), Sal. lex. Spurrell has also ulai hydrogen and 
ulyf, the remains of anything burnt ; carbon. — (Atter this 
had been written in November 1886 I first saw in March 1887 
the article of E. Ernault in Revue Celt. VII, 4, p. 311, who 
notes similar doublets in Breton. They want fuller considé- 
ration, than I can bestow upon them in this article restricted 
to the Welsh language). 



20. Some w between vowels are dialectically changed into f. 
Cf. Northw. llifo, brifo = lliwo, briwo, D. S. Evans, llythr., 
index ; llifio = lliwio colorare (lliw), Davies ; brifo Swoet 
p. 429 to break (briwo). Southw. kawad = Northw. kafod, 
E. Lhuyd, Arch. Br. s. v. imber, see « Beitr. » § 60 and 
ga[e]af kawada6c Hgt 202, f. 25 bi. cenafon see § 15. Da- 
vies : berywon = barcuttanod milvi ; beryfon ; (bery, -on 
kite, Sp.). dwvwol, dwyfol, ib. (cf. Devardoeu Dubr duiu, 
meuddwyetc, Rhys Lect 2 . p. 407-412). bvfolieth, biography 
C. f'ew. T. p. 106 ; gorfadd = gorwedd, Sweet p. 429. On 
ifanc and Ifan see § 12, 13. — cvrafol, cyrafon serviceberries ; 
cyrawol the same, cyrawel, -en berries Sp. ; ib. rhafon servi- 
cetreeberries, rhawol cluster, bunch ; cerddin, id. quod criafol, 
opulus arbor Davies ; criafol and cvriafol ; criafonllwyn cwrf 
vnlliw, Gutto 'r Glynn, ib.; E. Lhuyd, Arch. Br. : Southw. 
pen crawel ; L. Morris, Addit. Ms. 14923 Southw. crawol, 
white thorn berries = Northw. ogfaen, f. 133 b. 

W. Salesbury, pron. 1547 (in Ellis Early Engl. Pron.) 
says s. lit. w. : Northw. tavlu or tarlu (iacio). — Southw. 
tavvly ; in South welsh « they résolve v into their wonted vo- 
wel vv » ; the reverse was the case in Southw. devnvdd or 
defnydd, substantia, « and some corrupters denvydd » = 
Northw. deunydd; s. lit. f : in Southw. « they use rather v, 
Northw. writers commonly occupye f». Davies lex. gives def- 
nydd et deunydd materia, passim denfydd ; Y Traeth. II, 



76 Nettlau. 

p. 34 denfydd is also mcntioned. On tawlu, towlu = taflu, 
see « Beitr. » § 97. 

21. Sometimes w betwecn vowels is omitted in Mss., es- 
pecially in n. pr. ; particulars from the living dialccts must be 
expected, before the phonetic value of thèse orthographs can 
be discussed. Cf. Loarch lien, Vesp. A 14, f. lia (de situ 
Brecb.); na6 niarnod S (Addit. Ms. 22356), f. 73 b, deesb6yd 
f. 70 a (d6esb6yd often) ; Hoell, Hoel, Ll. Achau (nearly al- 
ways). Rhys, Y Traeth. 1884, 479 conneets the n. 1. Llifon, 
Llion, Lliwon or Lliwan with llif, lli and Llyn Llion (tria- 
des), ffrydiau Lliw or Llyw (Mab. K. ac Ol.)-" 

22. On initial gw -f- r, 1 see Zeuss 2 , p. 130. Initial g\v -f- r, 
1, n are pronounced in Northw. grw, glw, gnw (« rw : the 
two conss. being uttered simultaneously » Swet, p. 418, 
grwaig), in Southw. gr, gl, gn. 

Cf. glwâd, gnwico, grwaig in Carnarvonsh., Sweet, p. 410. 
Such orthographs occur in the Venedot. Ms. A : grueic 
p. 40, grueyc p. 38 (thrice), gruaget p. 48 besides greyc 
p. 38 (twice), eny greickao p. 38, guedy e greycaho p. 38, 
graget p. 49; gluat T p. 59, o gluad arall p. 125 besides gla- 
doet p. 50, gleduchu p. 4, gluan (fleece) 2 p. 132. 

In the iyth cent. Battledoor (1660) nwithur, a nwaid 
(= wnaeth), nwithir, grwaig, ir gwr ac ir nvaig occur 
p. 3, 4, 6 ; but otherwise thfs text is Gwentian. In Southw. 
texts cf. gl6b6r, Tit. D 22 (see YC. III), — gwlybwr, dial. 
glybwr (Powel). In modem dialects : graig, grando (Hughes, 
1822); ygneithetc, S. C. — gnythyr often in Addit. Ms. 
14921 (16 cent.). 

(A suivre). Nettlau. 

1. Rhvs remarks in Pennants Jour II, p. 21$, that gwladhad now only 
the sensé of rus ; gwledig rusticus. In Hanes y ffvdd, x6~j Northwelsh 
gwladaidd is explainedin the glossary bycywilyadus (scandalous). 

2. Flannel is held by Thurnevsen also Wedgwood etc., to be of Celtic 
origin ; on tliis point see also Schuchardt. Lit. blatt f. g. u. rom. Phil., 
1885, p. 118. It is curions to note flannen, whicli is given in Byegones, 
1880-81, p. 160 from the English of Towyn, Merionethsh. of 1678 and 
said to be still used ; it is not a hvbrid form between flannel and gwlanen 
to ail apparence, as it is said to occur in older English generallv. Remera- 
bering graget in Ms. A *gl. and not lll would be expected in an English 
loanword. 



SUR QUELQUES INSCRIPTIONS DE SAINTES 

CONTENANT DES NOMS GAULOIS 



Les fouilles heureuses que conduit en ce moment, à Saintes, 
M. le chanoine Julien-Laferrière, ont fait connaître un certain 
nombre d'inscriptions latines, quelques-unes d'autant plus in- 
téressantes qu'elles remontent au commencement du I er siècle 
de notre ère. Curieux à plus d'un titre, ces textes épigra- 
phiques ont ceci de caractéristique qu'ils contiennent plusieurs 
noms propres gaulois ; le fait ne peut guère étonner dans une 
ville qui possède un arc de triomphe élevé par C. Julius Ru- 
jus, C. Juli Otuaneuni filins, C. Jnli Gedemonis ncpos, Epot- 
sorovidi prouepos 1 ; mais il n'en est pas moins utile à signaler. 

Ces inscriptions ont déjà été publiées pour la plupart, soit par 
les archéologues du pays, soit à Paris, à la suite de communi- 
cations faites à l'Académie, des Inscriptions et Belles-Lettres 
ou à la Société des Antiquaires de France. Ayant eu l'occasion 
d'étudier sur place le texte de ces monuments épigraphiques 
dont quelques-unes soulèvent des difficultés de détail non en- 
core résolues, je ne crois pas inutile d'y revenir afin d'élucider 
certains points qui intéressent l'onomastique gauloise. Si je 
suis assez heureux pour y apporter quelque lumière, les Cel- 
tistes pourront, peut-être, y trouver quelque intérêt. 

I. 

Le plus beau document épigraphique qui ait été rencontré 
dans les fouilles est une grande inscription provenant d'un 

i . Wilmanns, 885. 



78 R. Cagnat. 

monument funéraire qui a dû être considérable 1 . Le texte se 
compose de six lignes dont la première est à moitié illisible à 
cause des accidents qui sont arrivés à la pierre. Les autres, au 
contraire, sont très profondément gravées et ne donnent lieu à 
aucun doute de lecture. On peut les développer ainsi: 

Sant(oni), duplicario alae Atectorigiana[é\, stipendi(i)s 

emeritis XXXII, aère incisso, evocat[o] Gesatorum sexcentorum 
Raetorum castello Ircavio, clup[eo], coronis, aenulis (sic) aureis 
donato a commiliton[ib(usj], Julia Matrona f(ilia) , C. Jul(ius) 
Primulus l(ibertus), h(eredes), e(x) t(estatnento) [p(osuerunt)]. 

Cette partie de l'inscription, sur laquelle il y aurait beau- 
coup à dire, si je ne tenais à me renfermer dans les limites 
que je me suis tracées, contient deux noms propres qui ne sont 
pas romains, Atectorix déjà connu par les monnaies 2 , et Ir- 
cavium, ethnique que je n'ai rencontré nulle part. 

La première ligne, que j'ai omise à dessein dans la trans- 
cription que je viens de donner, est ainsi conçue : 

V.IVLIU AUL )lL'~-' 'rtMALRU 

c'est-à-dire qu'après le prénom et le nom du personnage qui 
s'appelait C. Julius, ayant reçu la cité romaine de César ou 
d'Auguste, viennent une suite de lettres à demi-brisées ou ef- 
facées, suivies elles-mêmes de sept lettres environ complè- 
tement illisibles. La fin de la ligne AMACRO contient cer- 
tainement le surnom du personnage : Macro. 

L'A qui précède ne me paraît pouvoir appartenir qu'au nom 
de la tribu où C. Julius était inscrit, puisqu'il ne peut faire partie 

i . Cette inscription a été signalée pour la première fois par M. Héron 
de Villefosse au Comité des Travaux historiques du Ministère de l'Instruc- 
tion publique et ensuite à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 
et plusieurs fois reproduite depuis. Cf. Espérandieu, Note sur les inscrip- 
tions de Saintes, p. 13 ; Hild, Bulletin de la Société de Poitiers, 1887, p. 295; 
Audiat, Revue de Saintonge et d'Aunis, 1887, p. 346 et suiv. ; Mommsen, 
Korrespondenjblatt der Westd. Zeitschrift, VI, p. 205. 

2. Ch. Robert, Monnaies gauloises, p. 43 ; Revue Celtique, 1881, p. 116; 
Revue Archéologique, 1878 (XXXV), p. 18S. Cf. Revue Celtique, 1887, p. 137. 



Sur quelques inscriptions de Saintes. 79 

ni de son surnom, ni de sa filiation; il faut pourtant remarquer 
que dans certaines des inscriptions analogues, trouvées à 
Saintes 1 , la tribu n'est pas indiquée, mais ce n'est pas là un 
argument décisif, puisqu'elle figure dans certaines autres. Reste 
à trouver le nom de cette tribu. Si le graveur, suivant les usages 
habituels, l'avait écrit en abrégé, et en supposant que l'abré- 
viation fût conforme aux règles établies, nous n'avons à 
choisir qu'entre deux tribus, la tribu Claudia et la tribu Scaptia, 
les seules dont l'abréviation se termine par un A (CLA, SCA) 2 . 
La tribu Claudia peut être éliminée sans hésitation ; car elle 
ne convient ni à un citoyen romain qui tenait le droit de cité 
de César ou d'Auguste, ni à un habitant de Saintes. On ne 
peut être aussi affirmant pour la tribu Scaptia, qui fut peut- 
être celle à laquelle Auguste appartenait avant son adoption 3; 
cependant on ne voit pas que les citoyens qui reçurent le 
droit de cité de lui ou de son père adoptif aient été inscrits 
dans cette tribu. Les C. Julii sont rangés dans la tribu Fabia4. 
Il y a donc de sérieuses difficultés à admettre ici la présence 
de l'abréviation SCA. 

On peut se demander, dans ces conditions, si le nom de la 
tribu n'était pas écrit en toutes lettres comme il arrive parfois. 
En ce cas on doit songer avant tout à la tribu Voltiuia à la- 
quelle appartiennent les autres C. Julius de Saintes 5 et qui 
paraît avoir été la tribu réservée à la ville. Mais le mot Vol- 
tiuia, même en supposant des ligatures, remplirait complè- 
tement, dépasserait même la lacune qui existe à la première 
ligne de l'inscription, de sorte qu'on n'aurait plus la place né- 
cessaire pour compléter la filiation du personnage. Voltiuia 

1 . Cf. par exemple l'inscription de l'arc de triomphe rappelée plus haut. 

2. Si l'abréviation de la tribu était irrégulière, il y aurait plusieurs noms 
qui conviendraient : Galeriu. (GA), Horatia (ORA), Papiria (PA). Cf. Ku- 
bitschek, De romanarum tribuum origine ac propagatione, p. 3 5 et suiv., mais 
on ne peut sainement raisonner dans cette hypothèse. 

3. Suét., Oct., 40. Cf. Kubitschek, op. cit., p. 118, et Mommsen, 
Epbem. epigr., III, p. 232. Peut-être même est-ce la tribu à laquelle ap- 
partenait César. Cf. Mommsen, Eph. epigr., IV, p. 222. 

4. Cf. Kubitschek; op. cit., p. 116 et suiv. 

5. Cf. Audiat, Epigraphie Santone, p. 18; Mowat, Revue Celtique, 1881, 
p. 113, et les inscriptions publiées par Espérandieu, op. cit., p. 6 et §, et 
Audiat, Fouilles dans les remparts gallo-romains de Saintes, p. 9 et 10. 



So R. Cagnat. 

doit être abandonné, à son tour. Peut-être faut-il admettre 
Fabia qui n'est pas impossible à restituer, ainsi qu'il résulte 
de ce que nous avons dit quelques lignes plus haut, et dont la 
longueur conviendrait assez pour l'espace disponible, mais on 
ne saurait être plus affirmant. 

Cette question, qui semble n'avoir aucun rapport direct avec 
le point particulier auquel je veux m' attacher dans cette note, 
est au contraire très importante à résoudre. Car de la longueur 
du mot qui précède Macro, dépend en grande partie la lon- 
gueur de celui, qui suivait Julio, c'est-à-dire du nom gaulois 
sous lequel le père de C. Julius Macer était ici désigné. Faute 
de pouvoir déterminer la tribu, nous ne pourrons être fixés 
d'une façon certaine sur ce nom. On peut pourtant arriver à 
une demi-solution. 

Si l'on réserve avant le mot Fabia, que j'admets provisoi- 
rement, la place nécessaire pour la lettre F, indiquant la filia- 
tion du personnage, qui précédait le -nom de la tribu — FIL 
serait trop long avec FABIA, et ne pourrait être restitué que si 
l'on admet SCA — on voit qu'il ne peut manquer que deux 
lettres après le dernier L \isible du nom gaulois que nous 
cherchons : LI conviendrait fort bien ; ce qui nous donnerait 
la terminaison Mus, fréquente dans les noms propres de 
Gaule l . D'un autre côté, le caractère qui précède le groupe IL 
est un O ou un D ; la première lettre nous conduit à un mot 
comme AGLOILLI qui serait tout à fait nouveau, la seconde 
au contraire au nom AGEDILLI qui, non seulement, contient 
un élément AGED 2 déjà rencontré en composition^, mais 
même que l'on a lu en entier sur des inscriptions -t. Ainsi il est 

i. Zeuss, Gramm. celt., p. 767. Cf. des noms analogues comme AbJu- 
cillus, Toutillus, Troue Mus, Exeingilla, Caravillus, MogetiXla, Carantillus, etc. 

2. 'Ayrjo se lit sur des monnaies grecques (Revue Je Numismatique, IX, 
p. 365) ; cf. de Longpérier, Rev. de philologie, II, p. 336; Gluck, Keltisch. 
Namen, p. 16, et Zeuss, Gramm. celt., y. 36. 

3. Il est entré dans le nom de ville bien connu Agedincum, et dans le 
nom propre Agedomapas admis par M. Robert (Monnaies gauloises, p. 38 ; 
cf.de Barthélémy, Revue numismat., 1884, p. 177 et suiv.). 

4. C. I. L , II, 4436 avec un commentaire, et VII, 1356, 24. Cf. la 
liste de noms gaulois tirés des inscriptions publiée dans la Revue Celtique, 
1887, p. 133 et suiv. et le complément qu'en donne actuellement M. l'abbé 
Thédenat (ibid., 1887, p. 180). Il signale la forme AGISILLVS. 



Sur quelques inscriptions de Saintes . 8 1 

plus que probable que le père de C. Julius Macer se nommait 
Agedillus .La première ligne du texte peut donc se lire C. Julio, 
Âgedil[li f(ilio) , Fabi ? ?]a Macro ouC. Julio, AgediJ[U Jil(io), 
Sc]a(piia) Macro. 

IL 

Une seconde inscription qui remonte aussi certainement au 
début de l'empire porte, en lettre de o m, 15 et o m, 10: 

CIVLIOCON 

PATIS • NEPOTI • P 
ROMAE-ET- AVG 

On voit, du premier coup d'œil, qu'il s'agit dans ce texte 
d'un prêtre de Rome et d'Auguste, s' appelant C. Julius, dont 
le père devait porter un nom commençant par Cou, tandis que 
celui du grand-père se terminait en pas. 

Or, le musée de Saintes possède un fragment découvert 
« dans la partie du mur du jardin de l'hôpital demeurée in- 
tacte », c'est-à-dire dans le rempart qui taisait suite à celui 
qu'on démolit actuellement. Chaudruc de Crazannes l'a fait 
connaître le premier 1 , et plusieurs auteurs l'ont reproduit 
après lui 2 . La copie que j'en ai prise porte : 

ONNETODVBNI 

FECTO • FABRVM ■ TRIBV 
1 1 • AD ■ CONFLVENTEM ■ C ■ 

Les deux fragments, aujourd'hui rapprochés l'un de l'autre 
au musée, se raccordent parfaitement pour la hauteur des let- 



1 . Rev. Arch., III, p. 246. 

2. Cf. par exemple Magasin encych, 1817, p. 230; Jouannet, Bulletin 
monumental, X, p. 540; Audiat, Epigr. Santone, p. 15 : Espérandieu, op. 
cit., p. 10. 

Revue Celtique, IX 6 



82 R. Cagnat. 

très, la disposition des caractères et la gravure ; il y a seule- 
ment entre les deux pierres une petite lacune qui se comble 
aisément. Réunies, ces deux pièces offrent l'inscription sui- 
vante, mutilée gravement à droite : 

C ■ IVLIO • CON .ONNETODVBNI 

PATIS -NEPOTI- P/wFECTO-FABRVM -TRIBV 
ROMAE -ET- AVGusil ' AD • CONFLVENTEjM • C' 

Le nom du père est Conconnetodubnus, qui était déjà connu, 
au moins sous la forme Conconnetodumnus l , et qui a été lon- 
guement étudié par Gluck 2 ; nous le retrouverons encore plus 
bas. 

Le nom de l'aïeul se terminait en pas (gén. patis). Il est 
difficile de le déterminer, le nombre de lettres qui se lisaient à 
la fin de la ligne étant presque impossible à fixer exactement 
et le surnom de C. Julius étant inconnu. La fin de la se- 
conde ligne était certainement : 

no militum sacerdoti, 

mais ces mots pouvaient être abrégés. Militum était peut- 
être écrit mil ou milit ; sacerdoti se présentait peut-être sous 
les formes sac ou sacerd. Cependant, aucun des autres mots 
de l'inscription n'est abrégé ; c'est un fait à retenir. De plus, 
à la fin de la troisième ligne, on lisait le nom de celui qui a 
élevé le monument, probablement Julius, peut-être Jul, son 
surnom qui ne pouvait guère avoir moins de quatre lettres, 
un qualificatif comme libertus ou hères, peut-être les deux, puis 
le verbe fecit (F) précédé ou suivi de quelqu'une des formules 
qui l'accompagnaient d'habitude en pareil cas. Je serais donc 
assez disposé à croire que la seconde ligne ne comportait pas 
plus d'abréviation que les autres, ce qui fixe le nombre des 
lettres disparues à la fin de chacune d'elles à dix-huit environ. 

i. Caes, Bel. Gai, III, 7. 
2. Keltisch. Kamen, p. 63-83. 



Sur quelques inscriptions de Saintes. 8} 

En en retranchant les cinq qui composent le mot filio, com- 
plément nécessaire de Conconnetodubni — nepoti étant écrit en 
entier, il faut supposer qu'il en était de môme de filio — il 
reste douze ou' treize lettres qu'il faut répartir entre le cog- 
nomcn du personnage et le début du nom de son aïeul 1 . Si le 
premier était long, le second devait être court ; dans ce cas, 
un mot comme \Uni\patis 2 conviendrait; si, au contraire, le 
cognomen de C. Julius ne comprenait que peu de lettres, le 
nom de l'aïeul devait en renfermer un plus grand nombre, et 
il faudrait songer, par exemple, à [Agcdoma]patis>. Enfin on 
peut croire que le nombre de lettres dont nous disposons était 
également partagé entre les deux ; [Esumo] patis ou tel autre 
de la même longueur ne serait pas alors déplacé. De toute 
façon, on ne peut arriver à un résultat certain. 

Pourtant il ne faut pas désespérer de voir la question résolue 
quelque jour. En premier lieu la pierre qui forme la fin de 
cette inscription peut se retrouver dans le mur que l'on va 
continuer à démolir. Mais même si elle a été détruite, tout 
espoir n'est pas perdu. Il est possible, en effet, que l'inscription 
du fils de Conconnetodubnus ait été deux fois répétée sur les 
faces de son monument funéraire. On peut, il semble, le 
conjecturer d'après un fragment découvert autrefois, lui aussi, 
dans les fouilles de l'hôpital 4 et publié par Chaudruc de Cra- 
zannes : 



C 1VL 
PATI 
SAC 



Il paraît bien que ce début d'inscription est la première 
partie d'un texte identique à celui qui fait l'objet de ce para- 

i . Je ne fais pas entrer en compte le nom de la tribu, parce qu'il n'est 
pas certain qu'elle ait été inscrite (cf. l'inscription de l'arc de triomphe) ; 
mais on pourrait aussi songer à la faire figurer avant le surnom. 

2. Héron de Villefosse, Répertoire des travaux historiques, 1882, p. 50. 

3. Robert, Monnaies gauloises, p. 58. 

4. Antiq. de Saintes, p. 34, pi. IV, fig. 3 ; Audiat, Epigr. Santone,^. 26 
d'après Bourignon. Celui-ci donne PATR à la deuxième ligne. 



84 R. Cagnat. 

graphe ; la disposition seule de la seconde et de la troisième 
ligne y aurait été légèrement modifiée. Peut-être verrons- 
nous prochainement sortir du mur les autres fragments de 
cette inscription. On peut espérer, en tout cas, quelle que soit 
la trouvaille que l'avenir nous réserve, que, d'une façon ou 
de l'autre, nous serons fixés sur le début du mot dont il 
semble que nous possédions deux fois la terminaison : patis. 
L'épitaphe de C. Julius, Conconrietodubni filins... peut sug- 
gérer, relativement aux noms du personnage, une dernière re- 
marque. On sait que d'habitude, dans la suite des dénomi- 
nations des citoyens romains, le surnom ne figure qu'après la 
filiation, même quand celle-ci comprend la désignation de 
l'aïeul et du bisaïeul. Ici, au contraire, le nom de l'aïeul suivi 
du mot nepoti était certainement rejeté après le cognomen. Il 
en était de même dans l'inscription de l'arc de triomphe où 
on lit : C. Julius, C. Juli Otuancitn-i f., Rufus, C. Juli Gede- 
monis nepos, Epotsorovidi pron(epos) x . Il y a là une irrégularité, 
qui tient sans doute à des habitudes locales et à l'ignorance 
relative où l'on était des usages de la capitale. Dans une autre 
épitaphe de Saintes, le nom même du père est rejeté après le 
cognomen du fils 2 . L. Aemilio Paterno, Verteri f(ilio) suisque 
posteris ; M. Acm(ilius) Palcrnus et L. Aemil(ius) Scvcrus fe- 
cerunt. Au reste, des irrégularités de cette nature pourraient 
être relevées dans toutes les parties de l'empire romain. 



III. 

Le nom Conconnctodubnus se retrouve aussi sur une ins- 
cription honorifique élevée à Néron que l'on a rencontrée 
dans les mêmes fouilles; elle a été bien publiée par MM. Espe- 
randieu > et Audiat -* : 



1. Willmanns, 885. 

2. Audiat, Epigraphit Santone, p. 6: 

3. Op. cit., p. 8. 

4. Op. cit., p. 10. 



Sur quelques inscriptions de Saintes. 8 5 

n e r n i 
c l a a d i 

d r V S O • G E r 

M A N I C O 

c A E S A R I (an 51/54) 

c .////?I VS-CONCO 
hi'/oDVBNI • F • VOLT 

Au-dessous de cette ligne la' pierre est brisée. 

On a voulu rapprocher de ce piédestal mutilé par le bas 
une autre pierre dépourvue de sa partie supérieure et où on lit 
seulement, au ras même de la cassure : 

GIDVBNVS 1 , 

La conséquence de ce rapprochement est que le dédicant se 
serait appelé C. fulius \C6\gidubnus . Ce dernier nom est bien 
connu 2 . Je ne pense pas, pour mon compte, après avoir exa- 
miné de près l'original avec M. le chanoine Julien-Laferrière, 
que ces deux morceaux fassent partie du même monument. On 
remarquera d'abord que l'usure de la pierre avant GIDVBNVS 
n'est que superficielle et que, par suite, il serait possible de 
saisir quelques traces de lettres, s'il en avait jamais existé à 
cet endroit ; or on ne distingue absolument rien. Le début de 
ce nom gaulois, qui est indubitablement Cogidubnus, devait 
donc être gravé à la fin de la ligne précédente, ce qu'il est 
impossible d'admettre pour la dédicace à Néron, puisque le 
mot VOLT touche l'angle extrême de la pierre. Un second 
argument, plus décisif encore, peut se tirer de la largeur des 
deux fragments de base ; celui qui porte la dédicace à Néron 
mesure o m, 70 ; l'autre où se lit Gidubnus, o m, 78. 

Celui-ci fait partie d'un autre piédestal, peut-être élevé à un 
personnage de la famille impériale de la même époque. C'est 
ce que la suite des fouilles nous apprendra sans doute. 

1. Espérandieu, loc, cil. 

2. C. I. L. ; VII, 11 ; Tac, Agric, 14; Gluck, Keltiscb. Namen, p. 71. 



86 R. Cagnat. 

On a voulu identifier l'auteur de la dédicace à Néron, en- 
core César, à celui dont l'épitaphe fait le sujet de l'article pré- 
cédent ; cette assimilation paraît peu probable si l'on songe 
que ce dernier, dont le père n'était pas citoyen romain — il 
ne porte pas le nom de C. Julius, sur la pierre funéraire de son 
fils — avait vraisemblablement reçu la cité romaine de César 
ou d'Auguste ; il était donc sans doute mort en l'an 5 1. 



IV. 

Je rapporterai, pour terminer, une épitaphe trouvée égale- 
ment à Saintes, antérieurement aux travaux actuels. Elle vient 
aussi du mur de l'hôpital, d'où elle a été envoyée au musée 
en 1862. Mais elle y était placée de telle sorte qu'on ne pou- 
vait la voir. C'est en transportant les objets de l'ancien local 
dans les salles qui viennent d'être mises à la disposition du 
conservateur, qu'on l'a pour ainsi dire remise au jour. M. le 
chanoine Julien-Laferrière a eu l'amabilité d'en faire à mon 
intention un excellent estampage. Je la rapporterai en entier, 
car le texte n'en a été publié qu'une fois r . 

Haut, des lettres : i re ligne : o m, 09 ; les autres, o m, 05 . 

CVS CAIIIVSSI 

OMNERTI FIL' VIVO 
M CAPPI • COMNERTI FILI L 
CVNDINAE • FILIAE ■ VIXSIT ■ V 
XX • ITEM ' MEMORIAE ■ IVLIA 
CONIVGI- CARISSIMAE • M 

[Mar]cus? Cappius. Si \C\ommrti fil(io), vivo; [et inc- 

moriac M. Cappi, Comncrti frfi(i), L , [item memoriae 



1. Audiat, Bpigr . Sanione, p. 4: 






Sur quelques inscriptions de Saintes. 87 

Se]cundinae filiae : vixsit XX; item memoriae Juîia[e 

conjugi carissimae. M... 

Bien qu'il soit impossible de restituer les lacunes de cette 
épitaphe et même de fixer exactement la longueur des lignes, 
on voit que c'était un monument élevé probablement par un 

homme, [Mar]cus? Cappius Si , à l'intention de plusieurs 

personnes, l'une désignée à la seconde ligne, encore vivante, 
les autres mortes, puisque les noms sont au génitif, et pré- 
cédés de la formule memoriae. L'âge de l'un des défunts est 
même indiqué. 

Tout l'intérêt du texte est dans le nom Comnertus qui s'y 
lit par deux fois. A vrai dire, dans les deux cas, et par un 
fâcheux hasard, la lettre qui suit leR n'est point nette, de telle 
sorte que l'on pourrait lire un I aussi bien qu'un T, ce qui 
donnerait Comneri; pourtant, sur l'estampage, il paraît bien y 
avoir un T dans le mot, surtout à la troisième ligne. 

Comnertus est aussi inconnu que Comnerius ; mais ce ne 
peut être qu'une forme de Cobncrtus qui, lui, est fréquent 1 . 
Nous avons vu plus haut un exemple de la permutation du b et 
du m devant la consonne n, dans les mots Conconnctodubnus 
et Conconncîoditnmiis ; le nom Comnertus nous en fournirait un 
nouveau. L'assimilation que ces échanges de lettres trahissent 
est de toutes les langues et s'est déjà souvent rencontrée dans 
les noms gaulois. 

Cobnertns se retrouve dans les inscriptions sous les formes 
Covinertus 2 , Covnertus ou Counertusî et Conertus^. 

R. Cagnat. 



1 . CI. L., III, 6010, 66 ; laser. Helvet., 351, 7 ; C. I. L., VII, 1336, 
324, 325 et 1337, 21 ?; Bramb., 1027 et 1902 ; Rev. èpigr., 1885, p. 152. 
Cf. Gluck, Keltisch. Kamcn, p. 81 et 168. 

2. CI. L., III, 4999. 

3. Ibîd., 4778, 4901, 4988, 4902, etc. 

4. Ibid., 5646. 



UN MONUMENT INÉDIT 

DE LA LITURGIE CELTIQUE 



Les litanies suivantes se trouvent à la fin d'un Psautier 
du x c siècle, conservé dans la bibliothèque du « Dean and 
Chapter of Salisbury ». On le croit d'origine française. 

Nous v ajoutons une description tirée du catalogue imprimé, 
par M. Maunde Thompson, œuvre exacte de référence. 

N° 180 

« Vellum 15 1/4X12 3/4 inches. 173 ff. in double col. 
« France. X century. 

« Psalterium ; a double version, the Gallican and Hebrew 
of Jerome's translation, written in parallel columns preceded 
by the préface of Hieronymus, Epistles of Damasus and 
:< Hieronymus, and other introductory matter (ff. 1-17) and 
( followed by the Psalm « Pusillus » (t. 164 a) Canticles 
( (f. 164 b) « Ymnus ad matutinum diebus Dominicis » the 
c Te Deum (f. 168 b) « Ymnus in diebus festis ad missam » 
Gloria in excelsis (f. 169 a) Lord's Prayer and Apostles 
Creed (f. 169 b) Fides Catholica or Athanasian Creed 
(f. 169 b) Litany and Prayers (f. 170 b) The Psalter begins 
( imperfectly in Ps. ii. 2. The Litany contains the names 
of mahy Breton Saints. The last leaf is an addition of the 
XI century. There are some [Latin] marginal comme ntaries. 
Ornemental initial letters are added with twisted designs, 
pendent leaves ée. Some are in the form offishes and some 
are coloured red. » 



Un monument inédit de la liturgie celtique. 



89 



Plusieurs saints bretons parmi les Confesseurs, dans cette Li- 
tanie qui n'a jamais été publiée, ne se trouvent pas ailleurs, et 
pour leur identification, j'ai fait d'inutiles recherches. Les 
courtes « Oraisons » ou « Prières » qui suivent les Litanies 
sont gallicanes de forme et de diction. Les savants liturgistes 
seront sûrement bien reconnaissants envers la direction de la 
Revue Celtique si elle les fait imprimer. 

Qui sont les « rex et regina » (x e siècle) pour lesquels on 
demande les prières ? Où était le monastère (monâsteriuni, 
p. 94) dans lequel ces prières étaient dites ? 



(Fol. 170 b). 
Incipiunt letanias. 
Kyrri eleison. 
Christe eleison. 
Kyrri eleison. 
Christe audi nos. 
Sancta Maria, ora pro [nobisj. 
Sancte Michael — 

— Gabriel — 

— Raphaël — 

Oranes Sancti Angeli. orate pro' L nobis] 

— Sancîi Archangeli. — 

— Sancte Uirtutes. — 

— Sancti Throni. — 

— Sanctae Dominationes. — 

— Sancti Principatus. — 

— Sanctae Potestates. 

— Sancta; Sedes. — 

— Sancti Cheruphim. — 

— — Zeraphim. — 

— — OrdinesCaelorum. — 
' — — Patriarche. — 

— — Prophète. — 
Sancte Petre. ora pro fnobis] 

— Paule. 

— Andréa. — 

— Iohannes (f. 171 a a). — 

— Philippe. 

— Bartholomee. — 

— Mathee. — 

— Thoma. — 

— Iacobe. — 

— Tathee. — 



Sancte Symon, 

— Iacobe. 

— Mathia. 
Omnes Sancti Apostoli. 
Sancte Iohannes Baptista 

— Marce. 

— Luca. 

— Barnaba. 

— Stéphane. 

— Line. 

— Clete. 

— Anaclete. 

— Ignati. 

— Clemens. 

— Sixte. 

— Hermas. 

— Corneli. 

— Cypriane. 

— Laurenti. 

— Ippolite. 

— Ualeriane. 

— Fabiane. 

— Sebastiane. 

— Geruasi (f 

— Protasi. 

— Iohannes. 

— Paule. 

— Cosnia. 

— Damiane. 

— Félix. 

— Adriane. 

— Dionisi. 

— Rustice. 



ora pro [nobis] 



171 a b). — 



9 o 



F.-E. Warren. 



SancteTite. ra pro [nobisj 

— Ambacuc. 

— Timothee. 

— Eleut(h)eri. _ 

— Uincenti. 

— Maurici. 

— Crispine. 

— Crispinianc. 

— Saturnine. 

— Marcelle. 

— Romane. 

— Donatiane. 

— Rogatiane. — 

— Uitalis. 

— Ciriace. 

— Quintine. 

— Albane. 

— Pancrati. 

— Quirine. 

— Proti. 

— Iacincte (f. 171 a c). — 

— Processi. _ 

— Martiniane. 

— Nicostrate. 

— Georgi. 

— Fortunate. 

— Exsuperi. 

— Candide. 

— Eustachi. 

— Uictor. 

— Simphoriane. — 

— Hermès. 

— Felicissime. 

— Audacte. 

— Froiecte. 

— Eusebi. 

— Ualeri. 

— Luci. 

— Quiriace. — 

— Neree. 

— Achillee. 

— Iuuenalis. 

— Alexander. 

— Euenti. __ 

— Gordiane. 

— Prime. 



Sancte Feliciane. 

— Naboris. 

— Basilidis. 

— Agapite. 

— Gereon (f. 171 ad). 

— Fiorenti. 

— Leodegari. 

— Bonefaci. 

— Luciane. 

— Faustine. 

— Uictorine. 

— Martialis. 

— Iuliane. 

— Urbane. 

— Simplicis. 

— Menna. 

— Nicomedis. 

— Crisogone. 

— Théodore. 

— Arnulfe. 

— Claudi. 

— Albine. 

— Antonine. 

— Theodosi. 
Omnes Sancti Martires. 
Sancte Léo. 

— Siluester. 

— Innocenti. 

— Cirille 

— Donate. 

— Euchœri. 

— Hieronime. 

— Augustine. 

— Columbane. 

— Paule (f. 171 a e). 

— Antoni. 

— Machari. 

— Effrem. 

— Basili. 

— Bénédicte. 

— Gregori. 

— Hylari. 

— Martine. 

— Brici. 

— Remegi. 

— Anniane, 



ora pro [nobisj 



Un monument inédit de la liturgie celtique. 



ora pro [nobisl 



Sancte Atanasi. 

— Florenti. 

— Germane. 

— Filiberte. 

— Uedastc 

— Amande. 

— Ricari. 

— Gutborte. 

— Launomare. 

— Audomare. 

— Namnetis. 

— Medarde. 

— Albane. 

— Trudo. 

— Landebcrte. 

— Pauline. 

— Sulpici. 

— Seuere. 

— Honorate (f. 171 b a) 

— Cirine. 

— Appollonaris. 

— Ambrosi. 

— Isidore. 

— Eusebi. 

— Postomiane. 

— Anastasi. 

— Paterne. 

— Melani. 

— Samson. 

— Gilda . 

— Brioce. 

— Caoce. 

— Macloue. 

— Meuinne. 

— ludicale. 

— Tutgucde. 

— Paule. 

— Guidguale. 

— Gacv.vualoe. 

— Courentine. 

— Leutierne. 

— Guenîeue. 

— Ediunete. 



91 

Sancte Iunanaue. ora pro [nobisj 

— Indoce. — 

— Guinnoce. — 

— Di(r)cille. — 

— larnhobri. — 

— Bachla (f. 171 b b). — 

— Mitnna. — 

— G nid noue. — 

— Gulhuinne. — 

— Conocane. — 

— Iliaue. — 

— Hoeiardone. — 

— Hocianiuiue. — 

— Toconoce. — 

— Hoeargnouc. — 

— Iaboine. — 

— Tearnmaile. — 

— Pat r ici . — 

— Columcille. — 

— Augustine ! . — 

— Dauid. — 

— Théodore '. — 

— Laurenti ' . — 

— Cutbercte. — 

— Columbane. — 

— Iltute. — 

— Catoce. — 

— Brangualadre. — 
Omnes Sancti Confessores. — 
Sancta Maria. — 

— Regina mundi. — 

— Saluatrix mundi. — 

— Redemptrix mundi. — 

— Félicitas. — 

— Perpétua. — 

— Petronella (f. 17 b c). — 

— Agnes. — 

— Agatha. — 

— Cecilia. — 

— Sauina. — 

— Prudentiana. — 

— Anastasia. — 

— Iustina. — 



1 . Premier, septième et deuxième archevêques de Cantorbéry. Voyez 
Stouv Missal, fol. 31 b. 



9 2 



F.-E. [Varren. 



SanctaTecla. ora pro [nobis] 

— Columba. — 

— Sophia. — 

— Margarita. — 

— Scholastica. — 

— Soteris. — 

— Praxidis. — 

— Genetrudis. — 

— Prisca. — 

— Lucia. — 

— Beatrix. — 

— Gaudentia. — 

— Candida. — 

— Basilissa. — 

— Affra. — 

— Chionia. — 

— Benedicta. — 

— Balbina. — 

— Maria. — 

— Blandina. — 

— Formosa. — 

— Iuliana. — 

— Benigna (f. 171 b d). — 

— Casta. — 

— Helena. — 

— Brigitta. — 

— Martina. — 

— Potentiana. — 

— Susanna. — 

— Daria. — 

— Eulalia. — 

— Ninnoca. 

— Eugenia. — 

— Cristina. — 

— Corona. — 

— Uictoria. — 
Omnes Sanctae Uirgincs. — 

— Uidue. — 
■ — Continentes. — 

Omnes Sancti, orate. 

Propitius esto, libéra nos, Domine. 

— parce nobis — 
Ab omni malo, libéra nos, — 
Ab hoste — — 
Ab insidiis diabolî — — 
A morbo malo — • — 



Ab omni temptatione diaboli. 

Ab omni inpugnatione diaboli. 

Ab omni aduersitate libéra. 

Ab omni cogitatione mala. 

Ab omni iniquitate, libéra nos, Do- 
mine. 

Ab omni tribulatione, libéra nos, 
Domine. 

(F. 172 a a). Ab omni inmundicia 
cordis et corporis. 

Ab omni pestilentia et famé. 

Ab omni clade, libéra nos, Domine. 

A captivitate — 

A morte perpétua — 

A periculo mortis — 

Ab instantibus pcriculis — 

Per natiuitatem tuam — 

Percircumcisionemtuam — 

Per baptismum tuum — 

Per ieiunium tuum — 

Per crucem tuam — 

Per resurrectioncm tuam — 

Per ascenscionem tuam — 

Peccatorcs, te rogamus, audi nos. 

Ut pacem nobis donare digneris, Do- 
mine ihesu, te rogamus, audi nos. 

Ut auertas iram tuam a nobis, Do- 
mine ihesu, te rogamus, audi nos. 

Ut nobis miseris peccatoribus mise- 
reri digneris, Domine ihesu, te ro- 
gamus, audi nos. 

Ut spatium penitentie nobis donare 
[digneris Domine ihesu] te ro- 
gamus [audi nos). 

Ut remissionem peccatorum nostro- 
rum nobis dones, te rogamus, 
audi nos. 

Ut nos in omni tribulatione nostra 
exaudire digneris, domine ihesu, 
te rogamus. 

Fili dei, te rogamus, audi nos. iii. 

Agne dei, qui tolhs peccata mundi, 
exaudi nos, domine. 

Agne dei, qui tollis peccata mundi, 
libéra nos domine. 

(F. 172 a b),Agne dei, qui tollis peç- 



Un monument inédit de la liturgie celtique. 93 

cata mundi, parce nobis domine. Christe audi nos. iii. 
Agne dei, qui tollis peccata mundi, Kyrie eleison, iii. 
miserere nobis. Christe eleison, iii. 

Oratio communis. 

Pie et exaudibilis domine deus noster ihesu christe, cle- 
mentiam tuam cum omni supplicatione deposcimus ut per in- 
teruentum et [meritum beatae marias gloriosse semperque uir- 
ginis, et omnium sanctorum angelorum ac archangelorum, 
omniumque ordinum celestium, necnon patriarcharum, pro- 
phetarum, apostolorum, martyrum, confessorum, uirginum, 
monachorum, et omnium ciuium supernorum, ecclesiaa tuae 
sanctce catholicse fidem augeas, pacem rectoribus nostris tri- 
buas, remissionem et indulgentiampeccatorum nostrorum nobis 
concédas, infirmantibus salutem, lapsis reparationem, naui- 
gantibus atque iter agentibusfidelibus iter prosperum acsalutis 
portum tribulantibus gaudium, oppressis releuationem, cap- 
tiuis uinctis et peregrinis remissionem atque absolutionem, et 
ad patriam reuersionem, orfanis, uiduis, pupillis sustenta- 
tionem simul et consolationem, discordantibus mutuam cari- 
tatem, infidelibus ueram fidem, et defunctis fidelibus nostris 
amicis, omnibusque in christo quiescentibus requiem sempi- 
ternam propitius donare digneris, qui cum pâtre et spiritu 
sancto uiuis et régnas. 

(f. 172 b a). Oremus pro omni gradu ecclesiastico, et pro 
omnibus sacerdotibus, et pro omnibus fratribus et sororibus 
nostris spiritalibus [ut près ?] tet illis deus in ordine ecclesias- 
tico [cas ?] te uiuere et in caritate et in castitate perseuerare 
concédât. R. Amen. 

Oremus pro regibus et principibus et omni populo chris- 
tiano, ut rex regum et dominus dominantium tribuat illis pa- 
cem et tranquillitatem in terra diebus ac [temporibus nostris ?] 
dignetur resistere omnibus gentibus paganis et hereticis, ut 
non[arripiant ?] potestatem nec uictoriam super ecclesiam dei, 
nec super populum christianum in tempore nostro. R. Amen. 

Oremus pro rege nostro ut dextera domini sua clementia 
dignetur eum defendere de manibus inimicorum omnium, de 
gladio maligno, et de omni periculo, donet ei auxilium 



94 F.-E. Warren. 

contra omnes aduersarios eius, concédât illi uitam et spatium 
ad eius salutem et nostram consolationem. [R. Amen]. 

Oremus pro regina nostra ut pietas domini sua clementia 
dignetur saluare, et custodire animam eius et corpus, et liberet 
eam de periculo et de peccato, et conseruet eam in omnibus 
operibus bonis. R. Amen. 

Oremus pro pastore nostro ut dominus qui est omnium 
pastorum pastor lumine claritatis suoe cor illius illustret, 
(f. 172 bb) uirtutibus quoque celestibusin presenti corroboret, 
pariterque cum clero aut plèbe per uiam iustitie dirigat, et in 
futuro ad superna uitas cœlestis pascua féliciter cum omnibus 
sanctis peruenire concédât. R. Amen. 

Oremus pro omnibus fratribus nostris presbiteris, diaco- 
nibus, subdiaconibus, acolitis, exorcistis, lectoribus, [ostijariis 
defunctis ut in œterna * illos mereamur cognoscere participes 
cum electis dei. R. Amen. 

Oremus * * is fratribus qui nobis. assidue deseruiunt, et 
quicumquein nostras nécessitâtes succurrunt, et pro omnibus 
seruientibus * * , et uirtus domini illos defendat de gladio ma- 
ligno, et de omni periculo ; deleat illorum peccata pro illis la- 
boribuset iniuriis multis quas pro nobis sustinent. [R.JAmen. 

Oremus pro nostris elemosinariis, et pro omnibus benefac- 
toribus et pro omni populo christiano in hoc mundo elemo- 
sinam facientibus, ut dominum ihesum christum nostrum 
habeant retributorem bonorum omnium in hoc seculo, et in 
futuro perpetuo pro cuius amore et timoré elemosinas nobis 
pauperibus christi largiuntur. [R.] Amen. 

Oremus pro isto manasterio, et omni populo habitanti in eo, 
uel qui conveniunt, ut dominus liberet eos ab omnibus malis 
atque periculis, et qui négligentes sunt deus conuertat corda 
illorum ad uiam ueritatis, et dignetur illuminare ad uiam sa- 
lutis. R. Amen. 

(f. 173 a a) 1 Oremus pro nobis inuieem, ut deus qui cunc- 
torum est uia et uita uolentibus remeare dignetur respicere et 
miserer, deleat omnia nostra peccata sicut se promisit peten- 
tibus exaudire, et in precibus eorum adesse ; illi enim soli de 

1 . Cette dernière page a été écrite en caractères du xi c siècle. 



Un monument inédit de la liturgie celtique. 95 

omnibus curas, eo quod omnium dominus est, liberet nos de 
percussionibus diaboli, de uariis languoribus, de incendio, de 
manibus omnium inimicorum, prestet nobis bonam perseue- 
rantiam in suo sancto seruitio, finem pacificum christianumque. 
R. Amen. 

Oremus pro his qui nos blasphémantes et calumniantes sunt, 
ut dominus ihesus christus, mediator dei et hominum tribuat 
nobis ueram patientiam et ueram indulgentiam eontra illos, et 
illis ueram emendationem de illorum uitiis. R. Amen. 

Oremus et pro his (qui) in tribulationibus huius seculi cons- 
tituti sunt, egrotis, captiuis peregrinis, orfanis, pupillis, uiduis, 
et his qui in uera pœnitentia sunt, et nomen domini nostri 
ihesu christi inuocent, auxiliatorem omnium deum sentiant, et 
pro nauigantibus in bono iter agentibus ut deus portum pietatis 
sue prestet innocantibus nomen sanctum suum. R. Amen. 

Oremus pro omnibus animabus defunctorum christianorum, 
quorumcumque elemosinam recepimus, uel in quorum (f. 173 
a b) memoria fuimus, ut ueniant in memoriam ante dominum 
ihesum christum, gaudium et letitiam sempiternam possideant 
cum suis sanctis electis. R. Amen. 

Oremus ut misericordia domini nos potius perueniat quam 
ira, et propter admirabilem pietatem per quam nos fecit, 
ignoscat peccantibus, ut opéra manuum suarum non faciat in- 
terire pestilentia et famé, et propitius auertat a nobis hanc tri- 
bulationem, ut ab ipso mereamur inuenire consolationem. R. 
Amen. 

Oremus domini clementiam, ut terrain quam uidemus nos- 
tris iniquitatibus tabescentem a peste et famé replere dignetur 
abundantia ubertatis, ut necessaria humani generis bénéficia 
eam sua gratia fructificare faceat in augmentum. R. Amen. 

Mis[erere m]ei deus secundum. 

Deus, qui caritatis dona per gratiam sancti spiritus tuorum 
cordibus fidelium infudisti, da famulis tuis, pro quibus tuam 
deprecamur clementiam salutem mentis et corporis, ut te tota 
uirtute diligant, et que tibi placita sunt tota dilectione perfi- 
ciant. Per. 



96 F.-E. Warren. 

Il paraît que le dernier en date des Saints à qui on s'adresse 
dans cette litanie est saint Boniface, qui mourut en 775. 

L'ornementation du manuscrit n'offre aucun caractère spé- 
cial dont on pourrait se servir pour rattacher les litanies à une 
localité particulière. 

Le manuscrit est écrit d'un bout à l'autre en doubles co- 
lonnes parallèles, mais dans fol. 171 a il y a cinq colonnes, et 
dans fol. 171 b quatre seulement. 

F.-E. Warren. 

Frenchay Rectory, Bristol. Oct. 1887. 



MÉLANGES 
I. 

ZIMMERIANA. 

London, 16 September 1887. 

I visited the Bodleian yesterday, and, after finishing some 
more important work, I collated with the original mss. (Raw- 
linson B. 512 and Rawl. B. 502) the extracts from those mss. 
which Prof. Zimmer has published in the Gœttingischc Gelehrte 
An^eigen, for 1 Mardi 1887. 

As in the case of his publications from the Old-Irish mss. 
at Wùrzburg and Carlsruhe r , St-Gallen and Berne 2 , and the 
Middle-Irish Liber Hyiiinorum?, I found his work untrust- 
worthy, from the linguistic, aswell as from the palaeographical, 
point ofview. 

At p. 182 of the Gœtt. Gel. An^eigen lie gives the title of a 
taie in Rawl. B. 512, fo. 101 a, thus : 

<( Incip(it) dihaih inscail inso arslicht hisenlib(ur) Duibda- 
leitius .1. coarpa Patr(aic) ». 

Hère lie lias made no less than four mistakes. The title 
stands thus in the codex : 

Incip//di Baile inScail inso arslicht hsenlibwzVDuibda leithi 
.i. co(;w)arpa4 Patrafr, literally « Incipit of the Champion's 
Frenzy this, according to (the) old book of Dub-da-lethe, to 
wit, a successor of Patrick ». 

1. Literarisches Centralblatt, 24 Nov. 1883, col. 1672-1675. 

2. The Academy, 2 Oct. 1886, p. 228. 

3. Revue Celtique, VI, 264. 

4. Thisword is on the top margin, and the m (a curved Une over 0) has 
been eut off by the bookbinder. 

Revue Celtique, IX 7 



98 Mélanges. 

Hère arslicht is a nominal préposition governing the gene- 
tive, and infecting the following consonant. Prof. Zimmer s 
arslicht hisenlibÇur) is not Irish, nor indeed any other lan- 
guage. He obviously was not familiar with the occasional use 
of hs for the aspirated s: so by inserting without notice an i 
he turns the/; into the proposition « in », and then, wantinga 
dative, he extends the following compendium as -ur. His 
« Duibdaleitius » is due to ignorance of the common fashion 
of writing hihy h with an i placed under, and connected with, 
the second downstroke. 

P. 183. Hère he quotes from the same Ms. fo. 101, 1, 
laithiu as an example of an Old-Irish ace. plural. This shews 
that Prof. Zimmer supposes laithe to be a masc. stem in io. 
But it is a neuter ï'o-stem (G. C 2 . 232), and its ace. pi. is 
laithe. The passage from which he quotes laithiu is : ni sluind- 
fid dou co cenn .L. laithiu « to the end of fifty days », where 
laithiu is, not an accusative, but a côrrupt Middle-Irish gen. 
plural. 

I now proceed to Rawl. B. 502, which he quotes in p. 1S4 
of the Gœit. Gel. Anqeigen. Hère there are so many mistakes 
that I must resort to parallel columns. 



Prof. Zimmer 

P. 184, 1. 4, Ccrbail. 

— 1. 8, Geir.ein.un Fin.! mec 
Cumaill. 

— 1. 15, Orguin... Mœlodran. 

— 1. 16, muilend (gen. sg.) 

— 1-33) Cainecb. 

— 1. 34, innorthainnse... Cai- 
necb. 

— 1- 35» dorigne. 

— 1. 42, ondfein icortln. 
P. 185, 1. 2, indu{sc\). 



Codex 

Cerbaill. 

Genemain Find meic huma/1. 



muilinn. 

Cainnech. 
innorthainse. 



Cainnech. 



dorigw. 

ond fein icoirthi. 
indusa. 

11. 4, 5, Hère the following verse is mistaken for prose andprinted 
as such : 

Fuitt cobrath. 

ismo in donenn arcach. (leg. edeh) 

is ob cach etrice an, 

is loch lan cacb âth. 



Mélanges. 99 

a Cold till Doom ! Greater is the storm on every one. Every fiery fur- 
row is a river. Every ford is a full lake » . 



P. 185, 1. 7, laatbracb. 

— 1.8, sncchtai Fini. [« Find's 
snows »]. 

— 1. 15, oui. 



lattrach. 

snechta finn. [« white snow 

cuy. 



Of thèse mistakes the penultimate is the most instructive. 
The poem in which the words snechta finn (« white snow ») 
occur is a description of a wintry night, and the half-quatrain 
is as follows : 

na helta ni[co]sta din : 
snechta finn fir doroich tôin. 

i. e. « the flocks, they hâve no shelter : pure white snow 
reaches up to the breech ». Professor Zimmer not under- 
standing the poem, but having made out from the easy prose 
préface thatFind son of Cumal had something to do with it, mis- 
takes the epithet_/zn« for a proper name, and spells it, accor- 
dingly, with an initial capital. He seems, indeed, to hâve Find 
(whom, like Macpherson, he miscalls Fingal) on the brain, 
for in p. 173 of his paper, 1. 15, he prints the an-Oilfinn (« in 
Elphin ») ofthe ms. as anoil Finn, and in p. 170 of his paper, 
1. 13, he makes the following quotation from the margin cf 
the Franciscan manuscrip't of the Dialogue of the Old Men : 
Mo mheallacht ort aPhinn, and then gives this amazing commen- 
tary « Wenn man bedenkt, dasz zahlreiche Episoden des Textes 
von den galanten Abenteuern des Finn Mac Cumail, Oisin, 
Cailte und anderer Helden handeln, dann wird man begreifen, 
wie ein streng denkender Klosterbruder, in asketischem Eifer 
sich zu den Worten « Sei verflucht o Fingal » konnte hin- 
reiszen lassen ». 

It is hardly necessary to say that the Irish words are clearly 
in the ms. mo mhallacht ort a phinn : that they are the scri- 
be's imprécation on one of his tools : that they mean « My 
curse on thee, o pen ! » that the learned Celtologue has mis- 
taken a phinn, the voc. sing. oîpenn l (which is masculine in 

1 . I am indebted to Mr. S. H. O'Grady for pointing this out. See now 
theAcADEMY, Oct. 8, 1887, pp. 236, 237. 



100 



Mélanges. 



modem Irish), for the name of Ossian's famous father ; and 
that, accordingly, the « streng denkender Klosterbruder », the 
« ascetic zeal » and ail the rest of it, pass (to use the pathetic 
phrase of one of his own poets *) « afay in de Ewigkeit ! ». 

Pages 172, 173, are nearly filled with the titles of 69 Os- 
sianic poems contained in this codex. Of thèse titles Prof. Zim- 
mer has given fifty one inexactly. I hâve only room to give a 
few spécimens (for which I am indebted to Mr S. H. O'Grady) 
of the mistakes hère referred to : 



Codex 
sgribhinn [« scriptionem »]. 

buidc cas. 
Lorcâin. 
trfar. 

cuill [« of holly »]. 
as. 

ffionn. 
Gulbain. 
fir moir. 

a bhend na nuabharr ccruthach [O 
hillof thebrightshupelysummits!]. 
do bhi. 



Prof. Zimmer 

P. 172, 11. 17, 38, sgribh inn [« scri- 
be nos » !] 

— 1. 27, buidecas. 

— 1. 40, Lorchâin. 

— 1. 42, triâr. 
P. 173, 1. 1, cuti [a of incest »]. 

— 1. 18, is. 

— 1. 19.. fionn. 

— 1. 22, GulbÇen). 

— 1. 24, firmoir. » 

— 1. 2y,abend nanuabhar [« O 
hill of the prides! »]. 

— 1. 30, dabî. 

Prof. Zimmer's récent contributions to Kuhn's Zcitschrift 
fur vergl. sprachforschung now require notice : 

Zeitschr. XXVII, 461, note 2: Hère Prof. Z. quotes the 
gloss dutiagat muir gobuilind, Ml. 45 d 12, and says : « heisst 
da etwa : adeunt [se. aquae] mare ut sint in eo ? Dann wàre 
gobuil = neuir. go bh-fuil und der redendste beweis fur das 
vorhandensein der eclipsis nasalis im altirischen. » 

Hère muir-gobuil is a compound noun, meaning « séa-iniets » 
or « friths », « aestuaria » ; and gobuil (for gôbcuil ?) is the pi. 
nom. of O'Clery's goibél .1. bel na fairrge. O'Clery also has 
gô .1. muir no fairrge, and goaïts gen. sg. occursibid. s. v. nim. 

Zeitschr. XXVII 467 note. Hère braflacc (G. C 2 . XXI, 
note) is rendered by « colaphum in oculum (schlag ins auge) » 
and for lebennib in tige coiteenn by « in circuitu monasterii ». 

braflacc (a cferivative of brafal » treachery, deceit », 



1 . Hans Breitmann. 



Mélanges. i o i 

O'Reilly, from * mrathal, * m ratio-) means a pitfall (fovea). It 
occurs also in the Tripartite Life, p. 186, 1. 25, of my édition, 
as brathlang. 

lebennib is the pi. dat. of lebenn, a common word mea- 
ning, « scaffold, platform, deck ». 

tige coitcenn is the gen. sg. of tech coitchenn, lit. domus com- 
munis, the Italian luogo commune, « a privy » (latrina). 

Prof. Zimmer obviously has not a notion of the meaning of 
the note in which the words in question occur. It records a prac- 
tical joke played upon its writer by the scoloca of a continental 
monastery, who had arranged the platforms of the monastic 
privy so that he tumbled with the planks into the subjacent 
faeces. Like a true patriot, he consoles himself with thethought 
that the stercus had been produced by his own countrymen 
(sed grattas ago, nec mer sus sum in stercore Francorum !). 

Zeitschrift XXVIII. 3 13-376. This seems to me a really va- 
luable essay, and I frankly admit the force of Prof. Zimmer's 
arguments against the existence of preterites in b and u. It is, 
however, to be regretted that so good a paper should be de- 
formed, not only by vulgar insolence to Prof. Windisch, but 
by many omissions and mistakes shewing that Prof. Zimmer's 
knowledge of the Irish vocabulary and grammar is by no 
means as profound as he himself believes. For instance : 
P. 349, 1. 8, 7 mobrô is left untranslated. It means « and my 

quern ». 
P. 355, 1. 10, mar râdit sium « wie sie gesagt wurden ». 

This means « wie sie saçen »• 
P. 366, 1. 19, Hère gessa « er wurde gebeten » is made the 
prêt. part, passive of guidim. This seems to me pho- 
netically impossible. Gessa is the prêt. part. pass. of 
gessim, whence dia ngessid-si Ml. 53 b 19, and the 
passive forms ngesar (gl. orari) Ml. 51* 17, and isgessi 
(gl. adorandus) Ml. 26 b 3 . The cognate personal noun 
is gessid, gen. gessedo, pi. n. gessidi. The prae-Celtic 
form of gessim may hâve been * ghedhsô, cognate with 
8é<y<yacj0ai. See Brugmann, Grundriss, § 429. 
P. 367, 1. 8, testa is hère rendered by « wurde zerstreut » (ei- 
gentl. ausgegossen zu tessmim) and in p. 370, 1. 2 



1 02 Mélanges. 

Zimmer asserts, that it stands for ba testa. It means 

fehlte (do-es-ta), and is simply the third sg. prêt, of a 

common compound of the root tel = stâ. 
P. 370, note, fidehuaich, LL, 108 a 3 1, is rendered by « methbe- 

chers » — « worin sehr intéressant die tônende labialspi- 

rans — hier aus m entstanden ». The word means 

« wald kukukes, i. e. habichtes », fid = Eng. zuood. 

The nom. sg. fidehuach, occurs in LL. 251 b. | |. 
P. 371, 1. 14, in caich cath « in jeder schlacht ». The ms. has 

in cach cath. 
Zeitschrift XXVIII, 417 et seq. Thisessây is more valuable 
from the literary, than from the linguistic point ofview. Take 
the following instances : 
P. 422, last line, « einen kleinen knaben in der dulbrôc des 

Concubar ». The word meant is ulbroc. Thed belonçs 

to the preceding article. 
P. 425, note 1, 1. 4, nogellis. Ms. nogeltis. 
Pp. 433, 434. There are nine mistakes in the passage hère quo- 

ted from LL. 245 a. 
P. 434, 11. 15, 16, in ba mebor ko « ob sie... wùssten », should 

be « ob sie erinnerten ». 
P. 489, 1. 10, « iarnarailîu [slicht] ». The ms. is right : iar- 

n-arailin means « secundum alios ». 
P. 498, 1. p. 24, in pet ta 11-eoin is rendered by « den zahmen 

vogel ». It means « den Zartelvogel », in English, li- 

terally, « the pet of a bird ». 
Pp. 516, 517, bairendlecca is rendered by « die zornsteins- 

tùcke », and forbarendclochaib by « vor den zornfel- 

senstûcken ». 

Prof. Zimmer has hère confounded bar a « anger », 

gen. barann, with barend or bairend, now boireauu, 

« rock » : barcnd-Jecc means « rock-flag », barend-clocb 

means « rock-stone ». Compare bairne nadoch, To- 

gail Troi (H. 2. 16), lines 1481, 1S66, and see 

O'Don. Supp. s. v. Boireann. 
P. 544, 11. 6, 7, « resislog doididnad ». This is not Irish, 

though it is in the facsimile of L. U. 57 b . Read : re- 

siw slôg do iwididnad. 



Mélanges. j 05 

P. 564, 11. 19, 2, « ôruc buaid rlg alathûatbi 1 , rendered by « da 
er den sieg ùber den Kônig eines fremden volkes... 
brachte ». Read ô rue buaid rig A la Clûathi, d. h. « da 
er den Sieg ùber den Kônig von Ail Clûade (Dum- 
barton) brachte ». 
P. 565, 1. 10, adainther, read adainter. 

— 1. 13, hintenid, read hitenid. 
P. 565, 1. 1, «for Dat coinaltac Conairi », sagte Dat, der pfle- 

çebruder Conaire's ». 
P. 566, 1. 26, « hier [LU. 85 15 n] heisst er Dat mac Duind 

Dêsa « Dat der sohn des Dond Desa » . 
PP. 574, 11. 22, 23, for Daf mac Duind Desa. 

Thèse three last are perhaps the most amusing of the Pro- 
fessons blunders. In each place the ms. h&sfordat unie « say 
(the) sons », i. e. the seven or, according to one recension, 
the three sons of Donn Desa, Conaire's fosterbrothers. 

Fordat, LU. 85 b 11, 87* 42, = ordat LU. 8c> b 22, is the 
pi. 3 of the imperfect verbforÇd), or(d) inquit, cognate with 
the Latin verbum from *verfum } *verdbuni, cognate also with 
the Eng. word, German zuort. Prof. Zimmer's « Dat » may 
take its place beside « gadtar », « doairchntais », « adgladstàr », 
and other beautiful vocables with which lie has eniïched the 
Old-Irish vocabulary. 

P. 577, note 1, (( inairiur Breg « im hafen von Breg », was 
in zusammenhang Unsinn giebt. Es ist zu bessern 
inairthiur Breç « im osten von Breg ». No « besse- 
rung » is needed, as inairiur Breg means « in the ter- 
ritory of B. » airiur being the dat. sg. oîairer « ter- 
ritory, district », a common word which we hâve in 
Ar-gyle (Airer Gôidel). 
P. 593, 11. 8, 10, dîamis « nach einen Monat ». Ms. dia mis 

« that day month » . 
PP. 616, 1. 38, 679, 1. 3, Lebor Bude testo as incarcair « das 
gelbe buch des zeugnisses aus dem kerker ». Hère 
Prof. Zimmer has mistaken a verb (= testa supra, 
p. 102) for the gen. sg. of test = testis. The words 

1 . Sic in MS. 



104 Mélanges. 

mean : « the Yellow Book which was missing (or ab- 
sent) from the Prison ». 

P. 617. Lebor Bude Slanc « das gelbe Buch der errettung ». It 
means « the Yellow Book of Slane », a little town 
in the county Meath. 

P. 653,1. 11. Hère Prof. Zimmer sneers at Windisch, for gi- 
ving in lus Wôrterbuch lahnaiJc with the meaning of 
« irdisch ». In tins, as usual, Windisch is right and 
Zimmer ludicrously wrong. Take the following exam- 
ples from Lebar Brecc 198 11 : O rogenir immorro rig 
nime for talmain rofuasnaiged in rig talmaide, uair 
is énirt cech flaith talmaide i n-aithfégad flaithiusa 
nemdai « Now when Heaven's King was boni on 
earth the earthly king was perturbed, for every ear- 
thly prince is strengthless in comparison with a hea- 
venly princedom ». sce also LB. i75 h : ni ni talmaide 
110 collaide iarraim « nothing earthly or carnal do I 
seek ». 

Whitley Stokes. 

II. 

CORRECTIONS OF A RECENT EDITION OF THE 
WUERZBURG GLOSSES. 

TO THE DIRECTOR OF THE RôVUÔ CeltiqilC. 

Dear Sir, 

In tins Revue, t. VIII, p. 532, note 2, you were kind 
enough to print for me two corrections of typographical er- 
rors in the hrst part of my édition of the Old-Irish Glosses 
on the Wùrzburg Codex Paulinus. I hâve now to beg you to 
publish the following corrections oi several mistakes in that 
book, which are due, not to the printer, but to my own inad- 
vertence or ignorance. I am far from believing that my list is 
complète; and I shall gratefully acknowledge any further cor- 
rections which Celtic scholars may send me before I go to 
press with the index verborum. 
P. 17, 1. 1 ofgioss, for 10 , read 8 . 



Mélanges. 105 

P. 23, gl. 4 d 26, read êcen taniccside. 

P. 37, gl. 7 a 14, rard «in Iudeam. 

P. 239, 1. 12, for 13. What rtW that quod facit alius . 

32, /or hominis raz^ hominum. 
P. 242, 1. S, /or lie is gracious His razd it is a grâce, He. 

32, for toward read with. 
P. 243, 11. 3, 4, /cr excess established itself, read it was com- 
)letely established. 
. 10, for in razi For. 

. n, for « Passione . There », read « Passione there ». 
. 20, for ye are read be ye. 
P. 244, 11. 20, 21,/orcovenant rcadway of life (consuetudo : 

cornai rbirt for comairbirt HutJj). 
P. 245, gl. 3 d 8, /or it is part lie finds, read, itis a slight incli- 
nation : (airic gen. sg. oîairec « désire, impulse, in- 
clination », O'Don. Supp. to O'Reilly). 

— 1. 26, after justification insert which. 
P. 246, 1. 22, for lie read it. 

P. 247, 1. 20, for from it read from us. 

(ônni for the more usual ûanni « a nobis », 24 a 32). 
P. 249, 1. 3, for live read be. 

— 1. 14, for should escape read would rise again. 

— 1 14, for should escape, read would hâve repented. 

— 1. 24, for As to read Unto. 

— 11. 30, 31, for besides he came not ofnecessity, read 
it is not necessary : besides he hath corne. 

P. 250, 1. 23, for believed read would believe. 

P. 252, 11. 26, 27, for he deservingness read to boast of 

his merit helpeth no one there. 

— 1. 35, for disposition, read hidden meaning Qathar À. 
gach ciail inchkithe, O'Cl.). 

P. 255, 1. 3, for firstfruits (?) read is to be perceived. 

(some word seems omitted after arigthi, which is 

lut. part, passive oiairigini). 
P. 259, 1. 7, for Gentiles are nurtured read foreigners [pro- 

selytos]. 



1 . Literally « a share (cuit) of inclination » . So cuit adill, cuit eperte, cuit pêne. 



io6 



P. 260, 
P. 261, 
P. 262, 



P. 268, 

P. 273, 

P. 277, 

P. 281, 

P. 283, 

P. 287, 

P. 287, 



P. 288, 

P. 289, 

P. 290, 

P. 291, 



P. 292, 
P. 293, 
P. 294, 



Mélanges. 

ailithir-genti is a noun compounded of ailither 

anàgentin. pi. ofthe prêt. part. pass. oî genim. 
1. 32, for minds read souis. 
1. 21, for of read to. 

I. 27, for scumrcad excréments (purgamenta) (octarche 
for ochîrache, pi. nom. of ochlrach, Ml. 129 e 2, later 
oirach) . 

II. 14, 23, for unclean read common. 
1. 2, for they read ye. 

1. 13, for from which I deem it désirable read since I 
hâve a désire. 

1. 24, for His own body which receives every seed read 
its own body which every seed receives. 
1. 26, for yours [is] read theirs [was]. 
1. 2, for « mortem, and » /m/ « vilain, and ». 
1. 21, /or he, Paul, deems it meet to receive a mes- 
sage read fitting seems to him (God) to send us on 
missions. 

(fait, dat. sg. ond fait (gl. misione) Ml. 34 a 6, 
iania esfôit, Ml. 44 a 10). 
1. 22, 23, for it is in ... transgression read it avenges 
lis sin on every onc, and there is punishment in 
futuro through transgressing it. 

10, for ... who read Israël, or ail who. 
9, for may overcome read might corne over. 
25 , for it seems to us désirable read we bave a désire. 
24, for who is not with thee read which thou hast 
not. 

. 26, for him... from read it... with. 
. 3, for that read the. 
.21, l'or asking read lauding. 
. 22, for deem it désirable read bave a désire. 
. 25, for say read should say. 
1. 36, 37, for according to the measure (appointed 
to read in comparison with. 
1, dclc which. 
. 9, for worst oîread worse to. 
Cancel note 1. 



Mélanges. 107 

P. 295, 1. 13, for it protected [Paul] read pannier. 

ainches (gl. fiscina) Sg. 37 b = * ani-cista, where ani 
from (p)ani may be cognate with Latin /MZffû and penus. 

P. 296, 1. 22, for ihem read y ou. 

P. 297, 1. I9> for lecture read study. 

— 1. 29, for first razd prior. 

P. 298, 1. 6, for making them unclean(?) read living in com- 

mon with them. 
P. 299, 1. 1, for prophesied read promised. 
P. 300, 1. 29, for désire read covetousness. 

— 1. 34, for there be read thou. 
P. 309, 1. 3, for this is read ye are. 

— L30, for against read according to. 

P. 311,1. 2, for out of fellowship read when ye communicate 
(a confodli\d\) . 

— 1. 19, for paet of read little. 

P. 313,1. 4, for our being raïd that we were to be. 

— 1. 19, for it is to abound in love read the abounding 
in love is for this. 

P. 314, 1. 1, for who read they. 

— -1. 8, for that nv/a' : it. 
P. 316, 11. 22, 25, 26, /or He, His, Him read he, his, him. 
(the référence is to Antichrist). 

— 1. 27, for on high read on the spot. 

(airt= a'pv.r). 
P. 317, 1. 27, for penance read penance for it. 
P. 318, gl. 26 b. 30, let you hâve peace with every one, and 
(let) everyone (hâve peace) with you. 

— gl. 26 b. 31. So that this below hère was written 
that it might be well known to them. In every epistle 
stands that spécial sign (salutatio). 

P. 320, 1. 10, read couches. 

— 1. 17, for the heresy read this burden. 

— 1. 23, for this read the. 

P. 324, 1. 2i, for evil-speakers read slow of speech. 

(dulbair opposite to sulbair). 
P. 325, 11. 29, 30, for if there be anything for which read if 
so be that. 



108 Mélanges. 

P. 328, 1. 9, for no ... read no happiness (accur, of which 

O'Reillv's an-acar « affliction » is the opposite). 
P. 332, 1. 7, /<?r utter razJ follow. 

— 1. 10, for mendicancy or of rtad begging the. 

For most of the above corrections I ara indebted to one or 
other of the following scholars : Prof. Ascoli, Prof. Windisch, 
Rev. E. Hogan S. J., of St Stanislaus' Collège, Tullamore, 
and the Rev. Thomas Olden, of Ballyclough Vicarage, Mallqw. 
Mr Hogan further points out that in the gloss 2 b 22 the ré- 
férence is to Ezechiel xxxvi, 26, that in 4 d 25 the référence is 
to Deut. xxx. 12, that in 8 d 22 the référence is to Jeremias 
xyii, 16 and that in 25 b 26 the référence is to 1 Cor. xv. 52. 
And Prof. d'Arbois de Jubainville lias referred me to the fol- 
io wing passage in Dom Calmet's commentai'}' on 2 Thess. 
ii. 7, which to some extent explains the gloss 26 a 12 (p. 150 
of my édition) : 

« D'autres en plus grand nombre et mieux fondez, ont cru 
que les hérétiques sont des Ante-Christs, qu'ils sont des sup- 
pôts, des ministres de cet homme de péché, qui commencent 
des-à-présent le mystère d'iniquité dans l'Eglise de JESUS- 
CHRIST par les erreurs qu'ils y répandent, par le scandale 
qu'ils y causent, par l'apostasie de plusieurs, qu'ils attirent 
dans leur parti. Les Pères appellent communément les héré- 
tiques précurseurs de l'Ante-Christ ». 

On a cursory inspection of Dr Swete's édition of Théo- 
dore of Mopsuestia's Commentaries on the Minor Epistles 
of St. Paul, vol. I. Cambridge, 1880, it seems to me pro- 
bable that those commentaries also will throw light on our 
Irish glosses. That Theodore's commentaries were known to 
the Irish Church of the ninth century is tolerably certain, 
first, because Sedulius Scotus Junior, at Gai. IV. 25, copies 
from Théodore, and, secondly, because this Sedulius is now 
believed to hâve flourished about the year 818. He is pos- 
sibly the scribe of a Gneco-Latin psalter of the ninth century 
preserved in the library of the Arsenal in Paris, which is said 
to bear the inscription CIIAYAIOO CKOTTOC- EPar 
ErPA^FA. 

Whitley Stokes. 



Mélanges. 109 



III. 

MAMURRA. 

Une des causes qui ont amené le succès de César dans la 
guerre des Gaules a été la supériorité des Romains dans les 
travaux qui se rattachent au génie militaire. Quand on lit les 
Commentaires, il semble que c'est à César que revient l'hon- 
neur d'avoir dirigé ces travaux si bien conçus. Diodore de Si- 
cile, qui était à peu près contemporain, parle avec admiration 
du pont jeté par ordre de César sur le Rhin et paraît rap- 
porter exclusivement au général romain la gloire de cette en- 
treprise hardie. Mais nous savons par Pline, Histoire Naturelle, 
1. XXXVI, § 48, le nom de l'ingénieur dont César a eu soin 
de taire le nom et auquel il doit en grande partie ses succès. 
C'était le chevalier romain Mamurra : Primum Romae pa- 
rietes crusta marmoris operuisse totos domus suae in Caelio 
monte Cornélius Nepos tradit Mamurram Formiis natum, 
equitem Romanum, praefectum fabrum C. Caesaris in Gallia, 
ne quid indignitati desit tali auctore inventa re. Hic namque 
est Mamurra Catulli Veroniensis carminibus proscissus quem, 
ut res est, domus ipsius clarius quam Catullus dixit habere 
quidquid habuisset comata Gallia I . 

On connaît les vers de Catulle, XXIX, 1-4 : 

Quis hoc potest videre, quis potest pati, 
Nisi impudicus et vorax et aleo, 
Mamurram habere quod comata Gallia 
HabeBat ante et ultima Britannia ? 

Cf. XLI, 4 ;XLIII, 5 etLVII, 4. 

M. E. Benoist a inséré une savante étude sur Mamurra 
dans le Catulle de M. Rostan (t. II, p. 440 et suivantes), qui 
a été publié à Paris en 1882 2 et dont la fin paraîtra bientôt. 

1 . Edition Teubner Jahn, t. V, p. 114. Un critique m'a fait observer qu'au 
temps où écrivait Pline, l'expression C. Caesar désignait Caligula. Cette ex- 
pression n'a pas la même valeur au temps de Cornélius Nepos, mort vingt- 
quatre ans avant notre ère, et auquel Pline emprunte ce renseignement. 

2. Marquardt, Handbucb der roemischen Alterthùmcr, t. V (Roemische 



no Mélanges. 

Nous la devrons à M. Emile Thomas, professeur à la Faculté 
des Lettres de Lille, connu par de remarquables travaux sur 
le grammairien Servius et sur deux discours de Cicéron. 

H. d'A. dej. 

IV. 

MARCH-BONAL. 

La forme exacte de ce mot est actuellement non pas mac'h- 
bonal, comme je l'ai écrit dans mon vocabulaire vieux-breton, 
mais marc h bondi; tout rapprochement avec mach « caution » 
est donc impossible. Le r suivi de c'h en bas-vannetais et 
dans une partie de la haute Cornouailles a pris un son guttural 
qui permet très difficilement de le percevoir nettement. Sa 
présence ne se fait même souvent sentir que par la plus 
grande brièveté de la voyelle précédente. Pour march-bonal, 
il n'y a aucune hésitation à avoir ; on dit pour une entremet- 
teuse ka^ek dimignow. Pour l'entremetteur, on dit indiffé- 
remment marc'h bonal ou march dimignow ou simplement er 
marc'h. Cette expression viendrait de ce que, particulièrement, 
le deuxième ou le troisième jour des noces, l'entremetteur 
doit faire le bouffon, gambader, se livrer à des contorsions ; 
on lui met des os sur le chapeau ou autour du cou ; on lui fait 
même, m'a-t-on dit, quelquefois porter un licol. Au Faouët, 
en haute Cornouailles, on dit au lieu de ober er marc'h « faire 
le cheval », « être l'entremetteur » : ober er aor « faire la 
chèvre ». L'expression potred er bihier bonal (les gars aux bâtons 
de genêt) pour « entremetteurs » est encore connue en bas- 
vannetais, mais peu usitée. L'équivalent vannetais du léonard 
ba~-valan eût été bac'h-vonal. Il me semble d'autant plus diffi- 
cile d'admettre avec M. Ernault que mach est pour bach = ba~ 
« bâton », que le mot bac' h existait seul et que le peuple con- 
naissait parfaitement le sens des deux termes composants, à 

Staatsverwaltung. t. II, deuxième édition, p. $15, note 6) est un peu bref 
sur Mamurra. Dans l'introduction au De belh gallico de Kraner, onzième 
édition, p. 50, § 22, Die Fabri, le nom même de Mamurra n'est pas men- 
tionné. Outre les textes cités plus haut, on peut consulter sur Mamurra, Ho- 
race, Satires, I, 5, 37; Cicéron, Ad Atticum, VII, 7, et Suétone, César, 73. 



Mélanges. 1 1 1 

tel point même qu'il en a fait deux mots séparés. De plus il 
faudrait supposer une autre confusion aussi peu vraisemblable 
entre mac h, bach et marc h « cheval ». M initial pour b ou b 
pour m peut s'admettre pour les mots dont la consonne ini- 
tiale varie syntactiquement. Ce phénomène s'est produit pour 
des mots commençant par d'autres consonnes. J'ai observé le 
passage de b initial en m également dans deux cas : i° dans le 
groupe moderne initial mr pour br : Merlevene~, commune 
du Morbihan, en 1370 Brelevenez ; 2° par dissimulation, ex.: 
Banenberen, 13 91, aujourd'hui Manenberen, village en Lan- 
guidic, Morbihan r . 

J. LOTH. 

V. 

SAINT PATRICE ET SEN PATRICC. 

Il y a deux saints Patrice, apôtres de l'Irlande : l'un est le 
saint Patrice de l'histoire, l'autre celui de la légende. Du pre- 
mier, nous avons deux écrits, la Confessio et l'épître à Coroticus. 
Le saint Patrice de l'histoire arriva en Irlande sous le règne de 
Loegaire, fils de Niall 2 , vers l'année 432 de notre ère 3. Il 
mourut deux ou cinq ans avant Loegaire. Or, le règne de Loe- 
gaire paraît avoir duré trente-six ans 4, avoir fini par consé- 
quent au plus tard trente-six ans après l'arrivée de saint Pa- 
trice, c'est-à-dire en 468. 

Si l'on met en 468 la fin du règne de Loegaire (et c'est la 
date la plus rapprochée de nous qu'on puisse adopter), la 
mort de saint Patrice (personnage historique s'entend) a dû 

1 . Voir Annales de Bretagne, juillet 1887, n° 4, pp. 523, 526. 

2. Vie de saint Patrice par Muirchu Maccumactheni dédiée à Aed, évê- 
que, mort en 698, édition donnée par le P. E. Hogan dans Analecta Bollan- 
diana, t. I, p. 545, 1. 2 ; cf. p. 542, 1. 25-27. 

3. Cronicnm Scotorum, édition donnée par M. Hennessy, p. 20-23. 

4 . Voilà ce que nous lisons dans les notes de Tirechan qui reproduisent 
les enseignements donnés tant par écrit que de vive voix par l'évèque Ultan 
mort en 656. La formule deux ou cinq ans dénote une source écrite et non 
orale: u — « cinq » ressemble à il — a deux ». Voyez l'édition de Tire- 
chan donnée par E. Hogan dans les Analecta Bollandiana, t. II, p. 36, 11. 15- 
17. Sur l'époque où vivait Tirechan, voyez les observations du même E. Ho- 
gan : Analecta, t. I, p. 543, 11. 4-8. 



1 1 2 Mélanges . 

arriver soit deux ans, soit cinq ans avant 468 : la date extrême 
de cette mort est donc ou 463 ou 466 au plus tard. Mais pour 
atteindre l'une ou l'autre de ces deux dates, il faut supposer que 
saint Patrice est arrivé en Irlande la première année du règne 
de Loegaire; on atteint un chiffre moins élevé, si on fait com- 
mencer la mission de saint Patrice un an ou plus d'un an 
après l'avènement de Loegaire. Suivant plusieurs historiens 
irlandais, Loegaire n'a survécu que trente ans au début de la 
mission de saint Patrice r . Ce prince aurait donc commencé à 
régner six ans avant l'arrivée de saint Patrice en Irlande. Il 
aurait ainsi terminé ses trente-six ans de règne en cessant de 
vivre en 462. Par conséquent, saint Patrice mourant soit deux, 
soit cinq ans plus tôt que Loegaire, aurait quitté cette vie soit 
en 460 si Loegaire lui a survécu deux ans, soit en 457 si Loe- 
gaire lui a survécu cinq ans. La date de 457 est celle à laquelle 
nous conduit un passage du Cronicum Scotorum : on voit dans 
ce document que l'épidémie connue sous le nom de Buide 
Conaill commença deux cent trois ans après la mort de saint 
Patrice : A morte Patricii. Or, il résulte des calculs chronolo- 
giques faits par le savant éditeur M. Hennessy que cette ma- 
ladie commença en 660 : donc saint Patrice était mort deux 
cent trois ans avant 660, c'est-à-dire en 457 -. 

Cette date s'accorde avec celle de la mort des premiers suc- 
cesseurs du saint évèque sur le siège épiscopal d'Armagh. Bé- 
nignus, le premier d'entre eux, mourut en 465 3 ou en 4674; 
Iarlaith, le second, mourut en 481 >. 

Ainsi 457 est la date où probablement a dû mourir le saint 
Patrice de l'histoire. Le saint Patrice de la légende est mort 



1 . Tel est en premier lieu l'auteur du traité intitulé : Do fhlaithcsaib octis 
amseraib Erend iar creitim dans le livre de Leinster, p. 24, col. 1, 11. 45, 4b. 
Nous citerons ensuite le Cronicum Scotorum, p. 20, et les Annales des 
Quatre Maîtres, édition d'O'Donovan, 185 1, t. I, p. 144. 

2. Cronicum Scotorum, p. 98-99. Bède nous apprend que cette épidémie 
pénétra en Grande-Bretagne et y sévit en 664. Historia eccksiastica, livre III, 
c. 27; Pétrie, Monumenta historien hritannica, p. 204-205. 

3. Cronicum Scotorum, p. 26-27. 

4. Annales des Quatre Maîtres, t. I, p. 146-147; cf. Harris, The works 
of sic James Jl'are concerning Ireland (1759), t- I, p. 34- 

5. Ibidem, p. 1 50-151; cf. Harris, t. I, p. 35- 



Mélanges. 1 1 3 

en 489 : ou en 493 2 , à l'âge de cent vingt' ou même cent 
vingt-deux ans 4. 

Cette longévité extraordinaire est le résultat du procédé lit- 
téraire qui a fourni plusieurs traits de la légende de saint Pa- 
trice. Les hagiographes irlandais des premiers temps du moyen 
âge n'ont pas puisé. dans leur imagination tous les détails à 
l'aide desquels ils ont créé peu à peu le récit fantastique que 
nous trouvons déjà avant la fin du vn e siècle dans la compi- 
lation de Muirchu Maccumactheni et dont la vie tripartite et la 
vie composée par Jocelin sont les rédactions les plus complètes. 
Ils ont souvent fait usage d'une méthode plus simple : ils ont 
copié ou imité. Et de quoi ont-ils pris copie ? Qu'ont-ils 
imité ? Ils avaient peu de vies de saints à leur disposition. Ils 
ont difficilement pu faire comme tant d' hagiographes conti- 
nentaux qui ont embelli si souvent une vie de saint en y in- 
tercalant des miracles tirés d'une autre vie de saint. 

Je dis qu'ils avaient peu de vies de saints à leur disposition. 
On peut s'en assurer en lisant le Martyrologe d'Oengus. 
L'auteur de ce martyrologe a consacré un quatrain à chaque 
jour de l'année. Il avait sous les yeux un martyrologe hiéro- 
nymien, c'est-à-dire un martyrologe qui ne contenait qu'une 
liste de saints sans autre indication sur chacun d'eux que leur 
qualité d'évêque, confesseur, diacre, etc., et la mention du 
lieu de leur mort ; à ces indications, il n'a su rien ajouter que 
des amplifications de rhétorique r > . 

A quelles sources se sont donc adressés les biographes de 
saint Patrice pour suppléer à l'insuffisance de leur imagination ? 
Une de leurs principales sources a été la Bible. 

Les cent vingt ans attribués à saint Patrice, c'est l'âge de 
Moïse quand il mourut : Dcutèronome, chap. 34, v. 7. 

1. Cronicum Scotorutn, p. 32-33. 

2. Annales des Quatre Maîtres, p. 158-159. Cf. Harris, t. I, p. 22; 
Todd, S 1 Patrick apostle of Ireîand, p. 494 et suivantes. 

3. Vie de saint Patrice par Muirchu Maccumactheni, livre II. c. 6; 
dans Analecta Bollandiana, t. I, p. 581, 1. 3. Notes deTirechan, ïbià., t. II, 
p. (y, 11. 3 et 8. Cf. Nennius. c. 62, chez Giles, History of the ancient Evi- 
tons, t. II, p. 333 ; chez Pétrie, p. 72 D. 

4. Annales des Quatre Maîtres, p. 156-157; Cronicum Scotorum, p. 32-33. 

5. Je dois cette observation à M. l'abbé Duchesne, le savant professeur 
de Flnstitut catholique et de l'Ecole des Hautes Etudes. 

Revue Celtique, IX 8 



1 1 4 Mélanges. 

L'ange Victor adressa la parole à Patrice au milieu d'un 
buisson ardent J . Voyez Exode, chap. 3, v. 2. 

La lutte de Patrice contre les Druides 2 est un arrangement 
irlandais du chapitre 7 de Y Exode. 

Le soleil s'arrête le jour de la mort de saint Patrice 3. C'est 
un emprunt au livre de Josué, chap. 10, y. 12-13. 

Patrice est comme Moïse législateur. Le Senchus Môr est 
rédigé sur sa demande par une Commission de neuf membres 
dont il est le premier 4. 

De même que tous les héros des légendes hagiographiques, 
le saint Patrice légendaire est sur quelques points supérieur à 
ses modèles. Certains auteurs le font vivre plus longtemps 
que Moïse. Le saint Patrice historique n'avait pu convertir le 
roi Loegaire 5 ; Moïse n'avait pas eu plus de succès près du roi 
d'Egypte : le saint Patrice de la légende parvint à convaincre 
le roi Loegaire et le baptisa 6 , etc., etc. 

Le saint Patrice légendaire était à peu près complètement 
formé dans les dernières années du vn e siècle. On le trouve 
déjà dans les notes de Tirechan dont quelques traits seulement 
nous ramènent au Patrice historique ; et ces notes ont été 
écrites, paraît-il, peu après l'année 656. La légende règne en 
maîtresse dans la vie composée par Muirchu Maccumactheni 
qui a été rédigée, semble-t-il, au plus tard en 698. L'hymne 
attribué à Fiacc, et qui chante le Patrice légendaire, est proba- 
blement l'œuvre d'un contemporain de Muirchu, sinon elle a 
été écrite quelque temps après. 

Cet hymne nous offre un détail très amusant et qui nous 
montre dans quel embarras se trouvaient les écrivains irlandais 
du temps entre leurs deux saints Patrice, c'est la rencontre de 
ces deux personnages : on ne pouvait identifier ces deux bien- 



1. Hymne de Fiacc, vers 47-48. Windisch, Irische Texte, p. 15. Muirchu 
Maccumactheni, livre II, c. 4: Analecta Bollandiana, t. I, p. 5S0, 1 10-19. 

2. Muirchu Maccumactheni, 1. II, c. 15-17, 19; Analecta Bollandiana, 
î. I, p. 562-564, 566-568. 

3 . Hymne de Fiacc, vers 55-60; Windisch, Irische Texte, p. 15. Muirchu 
Maccumactheni, livre II, c. 7; Analecta Bollandiana, t. I, p. 581, 11. 5-13. 

4. Ancient laivs of Ireland, t. I, p. 14-17. 

5. Notes de Tirechan, c. 12; Analecta Bollandiana, t. II, p. 41, 1. 1-9. 

6. Muirchu Maccumactheni, 1. 1, c. 20; Analecta Bollandiana, t. I, p. 568. 



Mélanges. 1 1 5 

heureux, puisque celui de l'histoire, qui n'avait pas vécu cent 
vingt ans, était mort plus de trente ans avant celui de la 
légende. Un hasard heureux avait fait trouver aux savants ir- 
landais du moyen âge la solution de la difficulté. 

Vers la fin du vi e siècle ou le commencement du vn e , il 
était arrivé de Gaule en Irlande un exemplaire du Martyrologe 
Hiéronymien : dans cet exemplaire avaient pénétré certains 
saints français, tels que saint Agrippin, évoque d'Autun, mort 
en 5 5 8 x , et le roi Gontran, mort en 593 2 . 

Or ce martyrologe mentionnait deux saints Patrice. L'un 
était l'apôtre de l'Irlande, mort le 17 mars?; l'autre était un 
certain abbé, inconnu d'ailleurs, mort le 24 août 4. Suivant 
une rédaction ce serait à Nevers qu'aurait eu lieu son décès S. 
De ce personnage obscur une leçon irlandaise en fait deux : 
Patrice, abbé et évêque de Rosdalla ; Patrice, portier et abbé 
d'Armagh 6 . D'autres Irlandais imaginèrent que le Patrice, 
mort le 24 août, était un évêque de Glastonbury 7. Mais au 
milieu de ces divergences de détail une idée prévalut en Irlande, 
c'est que le Patrice du 24 août était un prédécesseur du grand 
saint de môme nom. 

Les hagiographes irlandais mettant à la date historique du 
1 7 mars la mort de leur apôtre légendaire, supposèrent que leur 
Patrice historique, mort en 457 sans avoir converti le roi Loe- 
gaire, était celui dont le martyrologe plaçait la fête au 24 août. 
Le Patrice historique, étant mort le premier, devint le vieux 

1. On célébrait sa fête le i p r janvier. Voir le Martyrologe de Tallacht 
dans le livre de Leinster, p. 355, col. 3 : Agripini. Cf. l'article correspon- 
dant chez Migne, Patrologia Latina, t. XXX, col. 438. 

2 . On célébrait sa fête le 28 mars Voyez Migne, Patrologia Latina, t. XXX, 
col. 449 C. Dans le Martyrologe de Tallacht, livre de Leinster, p. 357, col. 6, 
le copiste a fait du nom de ce roi deux articles : Guntari. Mini, régis. 

3 . In Scotia Patrici episcopi. Bibliothèque Nationale de Paris, ma- 
nuscrit latin 10837 (vin siècle). — Depositio Patricii episcopi confessons. 
Patrologia Latina, t. XXX, col. 448 C. — Patricii episcopi. Martyrologe de 
Tallacht, dans le livre de Leinster, p. 357, col. 2. 

4. Patrici abbatis. Bibliothèque nationale, manuscrit latin 10837. 

5 . Neverno civitate depositio Patricii abbatis. Migne, Patrologia Latina, 
t. XXX, col. 472 B. 

6. Patricii abbatis et episcopi Ruisdela. Patricii hostiarii et abbatis Aird- 
mache. Martyrologe de Tallacht, dans le livre de Leinster, p. 361, col. 7. 

7. Cronicum Scotorum, p. 24-25. Cf. Cormac, suh v° Mogheime. 



1 16 Mélanges. 

Patrice, Sen-Patricc, quoique mort le plus jeune des deux ; le 
vieux Patrice avait dû être le maître, et le grand Patrice, le 
Patrice légendaire était son élève 1 . Scn Patrice, le vieux Pa- 
trice, avait, dit-on, cessé de vivre en 457 2 le 24 août. Patrice, 
archevêque et apôtre légendaire de l'Irlande, était passé de vie 
à trépas en 493 3 le 17 mars. Le vieux Patrice avait donc, 
suivant l'ordre exigé par la chronologie historique, précédé 
l'autre dans le tombeau. Quand l'apôtre légendaire arriva au 
ciel, avant d'aller se présenter au bon Dieu, il commença par 
faire visite à son homonyme, le vieux Patrice ou le Patrice de 
l'histoire, qui était entré avant lui dans le Paradis, et les deux 
Patrice se présentèrent ensemble au fils de Marie 4. 

H. d'A. de J. 

PIÈCE JUSTIFICATIVE. 

IncipzY do f/;lait/;esaib ocus awseraib hErend \ar creitim. 

Loegaire mac Néill xxx annos regnww Hib^rniae porf ad- 
ventuw P^ricii tenuit. Ardmac/?a fundata est. Secundi/zw5 et 
senex Vatnùus qwiewruwt. DorochazV Loegaire i taeb C/;asseS 
et caetera. 

AïWill Molt, mac Dathi, xx bliadna, co torebair i cat/; Oc/;a 
la Lugaid, mac Locgairij ocus Mur chertach, mac Erca ; ocus la 
Ferg/fj" Cerbél, mac Cowaill Cremthainne; ocus la Fiac/;raig 
Lond, mac Caelbad, rig DaiWaide ; ocus la Crimthand, mac 
Ennai, rig Lagen 6 . 

Eogan mac Neil moritur. Qwies Bmgni, secundî episcopi. 
Mors Cowaill Chremthaind maie Neill. Qwies Iarlat/;i terûi 
episcopi. Bcllum OcIja in quo eccidit Aill/// [Molt] 7. 

Lugaid, mac Loegairi, xxii [annos], co torebair \n Ac/;ud 



1 . C'est la doctrine que nous trouvons dans le Martyrologe d'Oengus, à la 
date du 24 août : Sen-Phatraicc cing catha, coem-aite ar-srotha : édition 
Whitley Stokes, p. cxxv. 

2. Cronicum Scotorum, p. 24-25. 

3. Ibid., p. 32-33. 

4. Hymne de Fiacc, v. 65-66 ; Windisch, Irische Texte, t. I, p. 16. 

5. En 458 suivant les Quatre Maîtres. 

6. En 478 suivant les mêmes. 

7. En 478 comme nous venons de le dire. 



Mélanges. 1 1 7 

¥orcba dum tre mirbail Patrie 1 . Muridac/? mac Eogain mo- 
nter. Bellum Cell Osnaid 2 . P atncius Scottor um episcopus quievit. 

Cormac iprimus abbas. Qjà?s Ibari episcopi. 

Murchmac/; mac Erca XXIIII [annos]?. 

L. L. p. 24, col. 1-2. 

VI. 

SAINT GERMAIN, ÉVÊQUE DE PARIS, DANS LE 
FELIRE OENGUSSO. 

La Gaule au moyen âge a eu deux évêques du nom de Ger- 
main qui ont été, chacun, vénérés comme saints et ont acquis 
une grande notoriété. Le premier est un évêque d'Auxerre, 
mort en 448, et dont on célèbre la fête le 3 1 juillet. Le se- 
cond est un évêque de Paris, mort en 576 et dont la fête a 
lieu le 28 mai. 

Tous deux figurent au martyrologe hiéronymien publié 
par Migne dans le t. XXX de sa Patrologia latina : 

Pridie kalendas augusti (31 juillet)... Autisiodero, sancti 
Germani, episcopi et confessons (col. 468-469). 

V. kalendas junii (28 mai)... In civitate Parisius depositio 
sancti Germani episcopi et confessons (col. 459). 

Nous ne pouvons dire en quels termes le martyrologe de 
Tallacht parlait de ces deux fêtes. Au milieu de ce martyrologe, 
il y a une lacune qui va du 20 mai au I er août. Le martyro- 
loge de Tallacht mentionnait-il la fête de saint Germain 
d'Auxerre au 3 1 juillet? Nous n'en savons rien. Mais ce que 
nous pouvons considérer comme certain, je crois, c'est que le 
martyrologe de Tallacht parlait de saint Germain, évêque de 
Paris, sous la date du 28 mai. En effet, le Felire Oengusso con- 
sacre à ce saint son quatrain du 28 mai : « Puisse nous pro- 
« téger jusqu'au séjour des anges, de cette troupe si aimable 
« et si heureuse, Germain, soleil de nos sages, père nourricier 
« de Patrice d'Armagh (éd. de Whitley Stokes, p. lxxxi) ». 

1. En 503 suivant les Quatre Maîtres. 

2. Livrée en 489 suivant les Quatre Maîtres. 

3 . Son avènement en 504 suivant les Quatre Maîtres. 



1 1 8 Mélanges. 

Ce qu'il v a de curieux ici et qui montre combien les savants 
irlandais du haut moyen âge connaissaient mal l'hagiographie, 
c'est que l'auteur du Felire confond ici saint Germain de Paris 
avec saint Germain d'Auxerre. C'est de saint Germain 
d'Auxerre que saint Patrice a pu recevoir les leçons. Il n'a 
pas reçu celles de saint Germain de Paris mort plus d'un 
siècle après lui. Ceux qui douteraient que le saint Germain du 
28 mai soit, comme nous le disons, saint Germain de Paris, 
peuvent consulter les martyrologes : de Bède (Patrologia latina, 
t. XCIV, col. 929); d'Adon de Vienne (Ibid., t. CXXIII, 
col. 271 B), et d'Usuard (Ibid., t. CXXIV, col. 95-96). 
Quant à la fête de saint Germain d'Auxerre, le 31 juillet, le 
Felire ne la mentionne même pas 1 . 

H. D'A. de J. 

VII. 

LE FELIRE OENGUSSO, LE MARTYROLOGE 
HIÉRONYMIEN ET LA LITURGIE GALLICANE. 

On trouve dans le Felire Oengusso comme dans le martyro- 
loge hiéronymien plusieurs des caractères distinctils de la li- 
turgie gallicane signalés par M. l'abbé Duchesne, Les sources 
du martyrologe hiéronymien, p. 43. La Passion et la Résurrection 
de J.-C. sont des fêtes fixes célébrées l'une le 25 et l'autre le 
27 mars. Le I er janvier on célèbre la Circoncision de J.-C. 
et non l'octave de Noël. Tandis que les calendriers de Rome 
et de Carthage ne contiennent aucune fête de la Vierge, le mar- 
tyrologe hiéronymien en a une le 18 janvier. Le plus caracté- 
ristique peut-être est la fête fixe de la Résurrection le 27 mars. 
Grégoire de Tours la mentionne dans l'abrégé qu'il donne du 
calendrier de son église au livre X, c. 3 1 de son Histoire des 
Francs, édition Arndt, t. I, p. 445, 1. 15 ; ci. Felire Oengusso, 
édit. Whitley Stokes, p. lviii. 

H. D'A. deJ. 

1 . Outre la fête de saint Germain d'Auxerre qui se célèbre le 31 juillet, 
il yen avait une autre le r' 1 ' octobre ; celle-ci se trouve dans le Felire, p. cmlix, 
cliv. qui l'a prise dans le Martyrologe hiéronymien {Patrologia latina, 
t. XXX, col. 477 D; ci. Martyrologe deTallacht, dans le Livre de Leinster, 
p. 363, col. 4, ligne 2). 



BIBLIOGRAPHIE 



Beitraege zur cymrischen grammatik I (Einleitung und 

vocalismus), von Max Nettlau, D r phil. Leipzig, 1887, 2 mark. 

Le titre exact de cette première partie du travail de M. Nettlau 
serait : Recueil de matériaux pour l'étude des particularités 
dialectales du gallois dans les textes en gallois moyen et mo- 
derne. A ce point de vue, son travail a une réelle valeur. 
M. Nettlau connaît bien les sources imprimées et manuscrites 
du gallois ; il est facile de voir qu'il a été à bonne école et 
qu'il a eu des guides expérimentés. Il est d'autant plus singu- 
lier qu'il n'ait pas senti que son travail manquerait de solidité 
et d'une base indispensable, s'il ne commençait par étudier 
sur place le gallois parlé. Il est impossible aujourd'hui, et cela 
ressort clairement même des études de M. Nettlau, de se faire 
une idée exacte du gallois parlé d'après les livres et à plus 
forte raison de ses nombreuses variétés dialectales ; les maté- 
riaux écrits sofit absolument insuffisants. Or, M. Nettlau part, 
et avec raison, du gallois moderne pour pénétrer des particu- 
larités dialectales du moyen gallois. Il est juste de reconnaître, 
à la décharge de M. Nettlau, qu'une étude des dialectes gallois 
actuels demanderait plusieurs années de séjour dans le pays. 

Il est regrettable aussi que M. Nettlau n'ait pas étudié plus 
sérieusement les particularités dialectales du breton armoricain ; 
il y eût trouvé de précieuses indications pour l'explication de 
certains phénomènes gallois. M. Nettlau a été obligé lui-même 
d'avoir recours au breton et au comique pour établir la relation 
de Voi, vieux gallois, oe moyen gallois, au gallois moderne 
wy. Il est vrai que pour le breton armoricain lui-même les 



120 Bibliographie. 

livres ne suffiraient pas. L'orthographe dissimule encore sou- 
vent la valeur phonétique réelle des sons, par exemple pour Ye 
dans les mots vannetais koer, koct. Koer « cire » = léonard 
koar = gall. cwyr se prononce Jcoér; coèt se prononce coet abso- 
lument comme en gallois ; boed se prononce en haut-vannetais 
huit, en bas-vannetais boet avec e muet français. Quelle est la 
raison de ces variations de prononciation ? Elle doit être cher- 
chée en partie dans la diversité d'origine étymologique, partie 
dans l'influence de la voyelle de la syllabe suivante, partie 
dans l'accent. 

M. Nettlau adopte l'hypothèse de M. Rhys qu'au vn c siècle 
la tribu bretonne des Ordovices aurait bretonnisé les tribus 
des Silures, Demètes, des Vencdotiens et des habitants du ter- 
ritoire qui a porté plus tard le nom de Powys. En supposant 
que ce fait fût établi, et il ne l'est pas le moins du monde, 
tant s'en faut, on ne voit pas bien quelle influence il aurait pu 
avoir sur la constitution des quatre principaux dialectes gallois : 
Powys, Gwent, Dyved, Gwynedd. 

J. Loth. 

Dictionnaire étymologique et explicatif de la langue fran- 
çaise, et spécialement du langage populaire, par Charles Toubin, offi- 
cier de l'instruction publique. Paris, Leroux, 1SS6, gr. in-S, xv-775 p. 

Il semble que depuis quelques années, certaines études cel- 
tiques qui procèdent des ouvrages du fameux La Tour d'Au- 
vergne aient un regain de nouveauté. La publication de la 
Grcmuuatica ccltica n'a pas fait disparaître en France la race de 
ces intrépides celtologues qui donnaient le breton armoricain 
pour fondement aux études romanes. Depuis le siècle dernier, 
la théorie n'a point changé : le celtique est toujours la langue 
qui doit expliquer les noms de lieu et les mots du dictionnaire 
français. La forme seule de la doctrine est un peu modifiée. 
Les nouveaux celtologues citent la Gnviuiiatica ccltica en tète 
de leurs ouvrages ou au bas de leurs pages, et les plus hardis 
substituent au breton de France l'irlandais comme représentant 
plus fidèle de la langue des Gaulois et de la nôtre. 

Nous avons eu l'occasion de parler dans cette Revue de 
quelques ouvrages de ce genre, dans lesquels les noms de lieu 



Bibliographie. i 2 1 

s'expliquaient facilement par le breton moderne, avec l'aide 
d'une phonétique spéciale. Le livre considérable dont nous 
rendons compte aujourd'hui nous offre l'application à la plu- 
part des mots du langage populaire, de la théorie des nou- 
veaux celtologues. 

M. T., s' appuyant sur les raisons suivantes, d'ordre différent 
et de valeur plus ou moins contestable, — savoir : que la Bo- 
hême a conservé sa langue sous la domination autrichienne, 
que les Espagnols ne parlent point arabe, et que les Irlandais 
annexés à l'Angleterre conservent leur langue, sœur de la nôtre, 
aussi vivace qu'aux jours de leur indépendance, — M. T. 
conclut que les choses n'ont pu se passer autrement dans la 
Gaule romaine, et, dès lors, ajoute-t-il, « il parait impossible 
« que le celtique ait dans le français une part aussi restreinte 
« que celle que lui assigne l'école étymologique actuelle. » 

M. T. applique surtout cette thèse aux mots populaires 
pour lesquels nous n'avons point les équivalents latins. C'est 
ainsi que par suite de la ressemblance relative et fortuite de 
mots gaéliques et de mots français, croquemort, gosse, rou- 
blard, etc., se trouvent venir du celtique. Cf. irl. crochard 
« brancard », gall. givas « garçon », gaél. ro, augmentatif, et 
brath « trompeur ». Malheureusement, en général, les mots 
celtiques provenant du dictionnaire gaélique d'Armstrong, du 
dictionnaire irlandais d'O'Reilly et du dictionnaire gallois 
d'Owen Pughe, ressemblent en général assez peu aux mots 
français, à moins que ces mots celtiques ne soient empruntés 
au latin. Dans ce dernier cas, M. T. triomphe aisément. Mais 
s'il n'y a point de mot celtique ressemblant au mot français en 
question, M. T. est forcé de se rejeter sur le sanscrit où, par 
suite de la grande richesse du vocabulaire, il trouve facilement 
un mot qui offre à l'œil, dans un système particulier de trans- 
cription, une identité suffisante avec le mot français. C'est ce 
qui arrive le plus fréquemment, et si, en théorie, M. T. tire le 
français du celtique, en pratique, il le fait dériver du sanscrit. 

Aussi n'avons-nous relevé dans ce livre qu'un petit nombre 
d'exemples où l'irlandais se trouve seul en face du mot fran- 
çais auquel il est censé avoir donné naissance. Le premier 
terme de bacca-lauréat s'expliquerait par bcag, irl. mod. « petit », 



122 Bibliographie. 

qui pour M. T. est à peu près la même chose que bu-guel, 
armor. primitivement « bouvier », cf. fio'j-xâXoç. Cela suffit à 
donner une idée de la phonétique propre à M. T., laquelle 
d'ailleurs est exposée aux pages 41-54 de son livre. Ajoutons, 
pour satisfaire la curiosité du lecteur, que le second terme 
de baccalauréat est le latin laurea. 

Il est triste de constater en finissant comme les idées de lin- 
guistique historique ont peu pénétré dans le public. M. T. ne 
songe pas à séparer les mots empruntés des mots appartenant au 
fond même de la langue. Il applique aux- uns et aux autres la 
même phonétique. D'autre part, la Revue des Deux-Mondes 
s'est réjouie de la publication du livre de M. Toubin qui aurait 
au moins le résultat d'inquiéter les linguistes sur la solidité de 
leurs positions. Enfin, un éminent critique dramatique com- 
mençait ainsi très sérieusement son compte rendu de l'œuvre de 
M. T. : « Je serais bien ingrat si je ne remerciais pas M. Tou- 
« bin des bonnes heures qu'il me donne en ce moment. » Cet 
exorde peut nous servir de conclusion. 

G. Dottix. 

Bibliothèque de l'Ecole des Hautes-Études. Soixante-septième fascicule. Du 
parfait en grec et en latin, par Emile Èrnault, chargé de confé- 
rences à la Faculté des Lettres de Poitiers. Paris, Vieweg, 1886; gr. in-8, 
vi-200 p. 

M. E., en étudiant spécialement l'histoire du parfait grec et 
latin, n'a pas négligé les rapprochements avec les langues con- 
génères. Parmi ces langues, le celtique, comme on pouvait s'y 
attendre, occupe une place assez considérable dans la thèse de 
M. E. Si la doctrine de l'unité gréco-italo-celtique que soutient 
l'auteur peut être contestée dans certains cas, dans la question 
du parfait, cette doctrine est plus vraisemblable. L'irlandais a, 
en général, mieux conservé que le latin le parfait indo-euro- 
péen, et donne lieu parfois à d'intéressantes comparaisons avec 
le grec : l'auteur ne paraît pas admettre la doctrine suivent la- 
quelle l'a du parfait irlandais, au lieu d'être identique à Vo 
grec, serait une voyelle irrationnelle. 

La deuxième personne du singulier du prétérit gallois, ex. 
clyweis-t « tu as entendu », amène M. E. à expliquer quel- 



Bibliographie. 1 2 3 

ques formes du prétérit irlandais en -s. A la 3 e p. du s. de 
ce prétérit, on a, à côté de la forme conjointe car, la forme 
absolue caris ou carats. Les langues bretonnes qui ont con- 
servé pour les autres personnes de ce temps la forme conjointe 
(i re p. s. caris = irl. carus) nous offrent pour la 3 e p. du s. 
caris, caras, formes correspondant à la forme irlandaise ab- 
solue caris ou carats. D'autre part, on trouve au futur en -s, 
temps qui offre en irlandais les mêmes désinences que le pré- 
térit sigmatique, quelques exemples de troisièmes personnes 
du singulier en -si, ex. ainsi-um « il nous protégera ». Il de- 
vrait de même avoir existé au prétérit irlandais une 3 e p. du 
s. en -si, * car si « il a aimé », cf. cr-ceiçsi, et cette forme se- 
rait absolue et identique à la 2 e p. absolue du s. car si « tu as 
aimé », cf. rcstçatç. Or la forme employée comme absolue à 
la 3 e p. du s., caris, se trouve identique à la deuxième per- 
sonne conjointe, caris. Il est donc assez vraisemblable qu'à 
l'origine caris « il a aimé » était une forme conjointe, et 
qu'il existait à côté une forme absolue *carsi. La troisième per- 
sonne conjointe caris, qu'on ne pouvait distinguer de la se- 
conde personne conjointe caris a disparu, par raison de clarté, 
de la conjugaison conjointe pour remplacer dans la conju- 
gaison absolue *carsi qui prêtait aussi à une confusion avec la 
seconde personne absolue, mais caris a subsisté dans les lan- 
gues bretonnes. Les langues du rameau gaélique auraient alors 
crée une troisième personne conjointe, car. 

Cet exemple suffit pour montrer l'intérêt de la thèse de 
M. E. au point de vue des études celtiques.. Signalons encore 
en terminant une note (p. 64-65) sur la double représentation 
.en celtique par ci et î de Yë indo-européen : rî à côté de roc, 
hir à côté de hwyr, sil à côté de hocdl. 

G. D. 

Ecclesiological notes on some of the islands of Scotland, 

by T.-S. Muir. Edinburgh. David Douglas, 1885, xii-316 p. et 55 pi. 

Ce volume est un recueil de notes archéologiques sur les 
monuments religieux de quelques îles de l'Ecosse. La plupart 
de ces notes avaient déjà été publiées dans des brochures, tirées 
à un très petit nombre d'exemplaires et distribuées seulement 



1 24 Bibliographie. 

aux amis de l'auteur. En tête de ces notes, M. T. -S. Muir a 
placé une longue introduction, où il examine rapidement les 
principales îles de l'Ecosse qui renferment des édifices religieux 
intéressants au point de vue archéologique. 

L'ouvrage est donc divisé en deux parties. La première 
partie, Notices générales, occupe les pages 1-79. Quatre-vingts 
îles environ y sont successivement passées en revue. La seconde 
partie (p. 79-309) est divisée en treize chapitres, chaque cha- 
pitre traitant d'une île ou d'une' portion d'île. Le plus im- 
portant article est consacré aux îles Shetland (p. 1 19-174). 

Comme l'indique le titre, l'auteur n'a point suivi de plan 
méthodique; la forme qu'il a adoptée est celle d'un journal de 
voyage. Les préoccupations archéologiques ne l'empêchent 
point d'exprimer ses sentiments personnels. Le savant est 
doublé d'un touriste qui ne se refuse pas le plaisir d'admirer 
un paysage avant d'examiner en détail un monument. Les des- 
criptions techniques sont d'ailleurs rendues vivantes par de 
nombreuses gravures dans le texte et trente-cinq planches hors 
texte, reproduites d'après les dessins mêmes de l'auteur. 

Un index très complet facilite les recherches. Nous y re- 
marquons une longue et intéressante liste de saints celtiques 
auxquels sont dédiés divers sanctuaires des îles écossaises. 

Le livre de M. T. -S. Muir est une œuvre considérable, sa 
première notice par ordre chronologique est du 9 sep- 
tembre 1850; la dernière est datée du mois de juillet 1871. 
Le rapprochement de ces deux dates suffit pour montrer com- 
bien a été long le travail dont ce précieux recueil est le résultat. 

G. D. 

Le Mystère de Sainte Barbe, tragédie bretonne, texte de 1557 pu- 
blié avec traduction française, introduction et dictionnaire étymologique 
du breton moyen, par Emile Ernault, professeur à la Faculté des Let- 
tres de Poitiers. Paris, Thorin, 1887 ; in-4, xu-404 p. 

L'ouvrage de M. E. se compose de deux parties bien dis- 
tinctes : le mystère de sainte Barbe (p. 1-187), et le diction- 
naire du moyen breton (p. 193-400). Il contient en outre 
une introduction, p. i-xn, et un errata, p. 400-404. 



Bibliographie. 1 2 <; 

La première édition connue du mystère de sainte Barbe a été 
imprimée à Paris en 1557. M. de La Villemarqué a pu en faire 
la copie sur un exemplaire incomplet appartenant à un parti- 
culier. C'est cette copie que M. E. publie aujourd'hui en com- 
blant les lacunes qu'elle présente au moyen d'une seconde édi- 
tion parue en 1647 chez Ian Hardovyn, à Morlaix 1 . M. E. a 
reproduit pour les bibliophiles le texte de l'édition de 1557. Les 
fautes de ce texte sont corrigées en note pour les celtistes. Les 
variantes de la seconde édition (1647) sont reproduites éga- 
lement en notes. Peut-être .pouvons-nous regretter, en qualité 
de celtiste, que M. E. ne nous ait pas donné une véritable 
édition du mystère de sainte Barbe, en faisant passer dans le 
texte les bonnes leçons de l'édition de 1647 et les corrections 
qu'il nous propose, et en réservant pour les notes les variantes 
peu importantes de l'édition de 1647 ou les leçons fautives de 
l'édition originale. 

Il est intéressant de rapprocher le mystère breton de sainte 
Barbe des deux mystères français du même nom, l'un ma- 
nuscrit, l'autre imprimé, qui se trouvent à la Bibliothèque 
nationale 2 . Le mystère français manuscrit, en cinq journées, 
est beaucoup plus développé que le mystère breton, il n'a point 
le même plan et contient un grand nombre d'épisodes qui ne 
se rencontrent point dans ce dernier. Le mystère français im- 
primé, au contraire, se rapproche beaucoup du mystère breton. 
Cependant le mystère breton n'est pas dérivé du mystère fran- 
çais imprimé tel que nous le possédons. Le mystère français 
imprimé et le mystère breton dérivent d'une source commune 
qui n'est pas la source du mystère français manuscrit. Le plan 
est à peu près le même dans les deux, et la plupart des épisodes 
leur sont communs. Mais le mystère breton et le mystère 
français contiennent chacun un certain nombre d'innovations. 

Les personnages du maître d'école, d'Origène, de Valentin, 
de la Conscience, ne figurent point dans le mystère français. 
Les noms des tyrans, comme les noms de bergers, ne sont 

1 . Cette édition se trouve à la Bibliothèque nationale ; elle est cotée Y. 
6186. Réserve. 

2. Le manuscrit est coté fr. 976, ancien 7299, 3. Cangé 11. L'imprimé 
est coté acquisitions 29234. Réserve. 



I2 6 Bibliographie. 

point les mêmes dans le mystère français et dans le mystère 
breton. D'autre part, le mystère français contient plusieurs 
épisodes qu'on ne retrouve point dans le mystère breton, tels 
que la scène entre les trois suivantes de Barbe qui jouent aux 
cartes, et des personnages nouveaux : la reine, l'empereur 
Marcian, la folle femme. 

Au point de vue littéraire, le mystère français est bien su- 
périeur au mystère breton pour la vivacité du dialogue et 
l'originalité de l'expression. Le mystère français est débarrassé 
de toutes les longueurs qui gâtent les plus belles scènes du 
mystère breton. Le long discours pédantesque que dans le 
mystère breton Barbe tient à son père, lorsqu'elle est sur le 
point de mourir, est remplacé dans le mystère français par 
quelques paroles touchantes. Au lieu de réfuter logiquement 
les raisons que lui donne son père et de le couvrir d'injures 
quand elle voit qu'elle ne peut le fléchir, Barbe, dans le 
mystère français, invoque pour toute raison les liens du 
san<* : « Pitié devez avoir de moi qui suis issue de votre 
nature ». Les détails réalistes du martyre de sainte Barbe 
sont encore exagérés dans le mystère breton qui, sur les points 
communs aux deux mystères, est en général une amplifi- 
cation assez maladroite du mystère français. 

Quoi qu'il en soit de la valeur littéraire du mystère breton 
de sainte Barbe, son importance est considérable au point de 
vue de l'étude du moyen breton. 

Le dictionnaire étymologique qui accompagne la vie de 
sainte Barbe est tiré pour la plus grande partie des mystères 
moyen bretons imprimés jusqu'ici et du Catholicon. Il ne con- 
tient pas le relevé des mots que l'on rencontre dans les cartu- 
laires du moyen âge. C'est ainsi qu'on peut s'étonner de ne 
pas y trouver le mot trev « territoire d'une succursale », qui 
est très commun dans les chartes. 

Mais si on excepte les quarante-deux pages de glossaire 
mises par M. Wh. Stokes à la fin de ses Middle Breton hours, 
c'est la première fois qu'un dictionnaire breton contient des 
rapprochements scientifiques avec les autres langues indo-euro- 
péennes. Ces rapprochements sont en général heureux, et quel- 
ques-uns sont nouveaux. Ainsi M. E. compare avec raison 



Bibliographie. 1 27 

l'irlandais airde = * arevidion au breton argoe% « intersigne » ; 

le breton argourou « dot » = ar-go-b\e]rou au grec çepvrç, etc. 

Nous soumettrons néanmoins quelques critiques à l'auteur. 

P. 238, au mot cadarn. Le point d'interrogation que se pose 

M. E., après avoir comparé catus et yipw, me semble 

fort bien placé. 
P. 248, au mot cleçeff. L'irlandais claideb représente non pas 

cladivo-s mais * cladibos, gallois cleddyf. 
P. 250. M. E. cite au mot œil « perte » le gaélique caill. Il 

aurait aussi pu rapprocher l'irlandais œil qui semble 

bien être le même mot que le breton coll. 
Peut-être pourrait-on encore regretter la fâcheuse disposition 
typographique du dictionnaire. Des mots absolument diffé- 
rents se trouvent confondus dans le même article, sans doute 
pour ne pas perdre de place. L'emploi des caractères gras pour 
distinguer les mots qui font l'objet d'un article ne remédie 
qu'en partie à cet inconvénient. De plus, le même mot n'est 
pas répété plusieurs lois s'il a plusieurs orthographes. Il est 
quelquefois difficile de trouver rapidement un mot dans une 
de ces grandes pages. 

Comme on le voit, nos critiques ne portent que sur quel- 
ques points de détail. La publication de M. Ernault n'en est 
pas moins une œuvre considérable qui a fait entrer la lexicogra- 
phie bretonne dans une voie nouvelle et vraiment scientifique. 

G. D. 

Royal Itish Academy. Todd lecture séries. Vol. II, part. 11. The pas- 
sions and the homiîies from Leabhar Breac : text, transla- 
tion and glossary, by Robert Atkinson, M. A., LL. D., professor of 
Sanscrit and Comparative Philology in the University of Dublin and 
Royal Irish Academy 's Todd Professor of the Celtic Languages. Lon- 
dres, Williams and Norgate, 1887; gr. in-8, vi-958 p. 

Ce volume, dont l'utilité ne peut être contestée, se com- 
pose de trois parties principales : i° reproduction de textes ir- 
landais, p. 41-275 ; 2° traduction anglaise de ces textes, 
p. 277-514; 3 glossaire irlandais-anglais des mots compris 
dans les textes qui composent la première partie, p. 515-950. 
On trouve en outre une préface, p. iii-iv; une table des ma- 



1 28 Bibliographie. 

tières, p. v-vi ; une introduction, p. 1-40; un index des noms 
propres, p. 951-957; et un errata, p. 958. La plus grande 
partie de l'introduction a été déjà publiée sous le titre de 
Irish Lexicography , et il en a été rendu compte dans la Revue 
critique 1 . Nous allons ici la laisser de côté et nous occuper 
des trois sections fondamentales du livre de M. Atkinson : 
textes, traduction, glossaire. 1 

Les textes appartiennent tous sans exception à la littérature 
ecclésiastique. Le but que s'est proposé l'éditeur en les pu- 
bliant a été d'offrir aux débutants un sujet d'étude qui leur 
présente peu de difficultés. Il est certain que ces textes sont 
plus aisés à comprendre que les documents réunis par les sa- 
vants auxquels nous devons les Irische Texte. Le défaut des 
pièces que nous donne M. Atkinson est de manquer d'origi- 
nalité. Il les a classés en deux sections : les passions, au 
nombre de quinze ; les sermons, au nombre de vingt-un ; or, 
aucun de ces morceaux ne concerne un saint irlandais. Les 
auteurs ont été inspirés par des documents latins composés 
sur le continent. M. Atkinson indique lui-même une partie de 
ces documents latins en tête de ses traductions 2 . 

Comme le titre l'annonce, M. A. s'est borné à reproduire 
un seul manuscrit; il s'est cependant préoccupé de la ques- 
tion de savoir si les documents qu'il publie ne nous auraient 
pas été conservés ailleurs que dans le Leabhar Breac, et ses re- 
cherches à ce sujet lui ont appris que dans les manuscrits : 
i° du British Muséum, Egerton 91', 92-+, 136^; 2 du col- 
lège de la Trinité de Dublin, H. 2. 16 (Livre jaune de Lc- 
can) 6 , enfin dans le Book of Fermoy de l'Académie royale 
d'Irlande 7 se trouvent d'autres copies ou d'autres rédactions 
des morceaux conservés par le Leabhar Breac. Il nous donne, 
p. 948, quelques variantes des mss. Egerton. Il réserve pro- 
bablement les autres variantes pour une publication supplé- 

1. Voir année 18S6, p. 95-96. 

2. P. 277, 286, 293, 29s, 300, 304, 309, 313-314, 3 2 4, 3 2 9> 359» 39 2 - 

3. Voyez p. 293, 300, 304, 309, 313, 329 du livre de M. A. 

4. P. 293 du livre de M. A. 

5. P. 300 du livre de M.. A. 

6. P. 304 et 359 du livre de M. A. 

7. P. 314 du livre de M. A. 



Bibliographie. 129 

mentaire. Je ne suis pas d'ailleurs convaincu que M. Atkinson 
donne l'indication complète des manuscrits. Ainsi, à propos des 
Passions de Jésus-Christ publiées p. 113 et suiv. et dont on trouve 
la traduction 'à partir de la page 3 59, le savant éditeur ne dit rien 
du manuscrit H. 2. 17 du collège de la Trinité de Dublin, recueil 
de fragments du xv e et du xvi e siècle. Or, dans ce manuscrit, p. 99, 
col. 2, il y a, suivant la copie du catalogue d'O'Donovan que je 
possède, le commencement de : « an account of the passion of 
Christ » qui se termine inachevé p. 1 10 b. Si je m'en rapporte 
aux notes que j'ai prises autrefois à Dublin et qui m'ont attiré 
une si verte semonce de M. Zimmer, le titre de ce document 
est ainsi conçu : Incipit do pais Crist andso sis. On retrouve 
encore la Passion de Jésus-Christ dans le même manuscrit, 
p. 400-422. Quel rapport y a-t-il entre ces morceaux et la 
Pacio XPI secundum Bernardum conservée par le manuscrit 
Egerton 1781, fol. 38, ou, si l'on veut, p. 75 ? Je suis très 
mal placé pour contrôler les recherches de M. A. lorsqu'il 
s'agit de manuscrits conservés dans les Iles Britanniques. 
Mais ce que je crois pouvoir dire est que, lorsqu'on voudra 
donner une édition définitive des textes publiés par M. A., 
on fera bien de consulter à la Bibliothèque nationale le ma- 
nuscrit fonds celtique, n° 1 . On peut dresser le tableau de 
concordance suivant, qu'une étude plus approfondie pourra 
compléter ou même rectifier 1 . 



TITRE 



Pages de l'édition Folio du ms. fonds 
de M. A. celtique n° i 

Sermon sur la Cène 181 109 r° 

Sermon sur la Pénitence 220 104 v° 

Sermon sur l'Oraison Dominicale 259 87 v° 

Sermon sur la Mort (dialogue du corps et de 

l'âme) 266 12 v° et 72 v° * 

Sermon sur le Jeûne 274 15 r° 

Je suis loin d'avoir collationné avec le fac-similé du Lea- 

1 . Le manuscrit fonds celtique n° 1 étant actuellement sorti, je n'ai pu 
faire entre ce manuscrit et l'édition de M. Atkinson la collation à laquelle 
j'aurais procédé s'il m'avait été possible d'emprunter ce manuscrit. 

2. Dans le fonds celtique n° 1, ce document commence ainsi : Domine 
quis habitabit in tabemaculo tuo aut quis requiescet in monte sancto tuo. 

Revue Celtique, IX 9 



i jo Bibliographie. 

bhar Brcac la totalité de l'édition donnée par M. A. Mais à en 
juger par les vérifications que j'ai faites, le nombre des erreurs 
commises par lui ne dépasse pas ce qui est inévitable. Je si- 
gnalerai par exemple à la page 259, ligne 7831, le génitif 
deiuna de l'infinitif dénum ; il est écrit avec un apex sur Yc : 
dénma. Cet apex manque dans le fac-similé, p. 248, col. 1, 

1 59-. . 

Voici une critique un peu plus sérieuse : M. A. a adopté un 

système qui me semble dans un certain nombre de cas 
changer sans avantage aucun la forme ' des documents qu'il 
publie. Souvent, comme les prédicateurs catholiques mo- 
dernes, l'auteur du document irlandais cite en latin des pas- 
sages de la Bible, puis il donne, immédiatement après, la tra- 
duction irlandaise de ces textes latins. M. A. retranche ces 
textes latins des documents irlandais et les rejette dans sa tra- 
duction anglaise où il les intercale, et il croit inutile de nous 
dire en anglais comment en irlandais ces textes ont été 
traduits. 

Il y a pourtant des circonstances où il pourrait être inté- 
ressant de savoir comment un texte biblique a été compris au 
moyen âge par les théologiens irlandais. J'en emprunterai un 
exemple à un morceau bien connu de tous les chrétiens. C'est 
le premier membre de phrase de saint Mathieu, c. VI, ver- 
set 13, c'est-à-dire l'avant-dernier article de l'oraison domi- 
nicale : ym [ayj ebsviyy.Y]; r^aç el; zeipaspiv ; dans la Vulgate : et 
ne nos inducas in tentationem. Je crois qu'il n'y a pas beaucoup 
de passages de la Bible qui ait davantage attiré l'attention des 
théologiens. La Vulgate est simplement un calque du texte 
grec ; on peut en dire autant de la traduction française vul- 
gaire : « et ne nous induisez point en tentation ». La traduction 
irlandaise du Lcabhar Breac, p. 248, col. 1, 1. 54-55 : ocus ni- 

Ro fiarsaid Daibit mac Iase. C'est le début du morceau publié par M. At- 
kinson, p. 266. Dans le manuscrit H. 2. 16 du collège de la Trinité de Du- 
blin, col. 851, sur la dernière ligne, on trouve le titre : Akalla/w in chuirp 
acus na-hanma anso. Puis se trouve, col. 852-857, un traité que termine la 
date de 1391 inscrite par le scribe auquel nous devons cette copie. Ce traité 
est-il le même que celui qu'a publié M. Atkinson ? Si je comprends bien mes 
notes, le texte du ms. H: 2. 16 commencerait par les mots : Unicuique ani- 
mae duo exercitus occurrunt. A vérifier. 



Bibliographie. 1 5 1 

r-lecea sinà in.-am.us n-dofulflf/;/ai : « et nous abandonnez pas 
dans une tentation insupportable » est un véritable commen- 
taire, d'une valeur bien supérieure à celle de la vieille version 
française que me signale M. Samuel Berger : « ne souffrez 
mie que nous soyons conduits en tentation ». Or, en consé- 
quence du système que nous venons de signaler, M. A. n'a 
pas traduit l'irlandais : ocus ni-r-lecea siwd in-amw n-dofu- 
lacbtai. Dans sa traduction anglaise, à la page 495, au lieu de 
la traduction du passage irlandais que nous venons de citer, 
nous trouvons reproduit le texte latin enlevé du texte irlandais 
où il était intercalé : et ne nos inducas in temptationem. 

Les parties de la traduction anglaise que j'ai lues jusqu'à 
présent m'ont satisfait. Il me semble qu'en un certain nombre 
de cas on pourrait en français serrer le texte de plus près, je 
n'oserais dire qu'en anglais ce soit la même chose. Il y a une 
circonstance où je prends le parti de M. A., auteur de la tra- 
duction, contre M. A., auteur du dictionnaire. Dans la Pas- 
sion de saint Philippe, on voit qu'avant de mourir saint Phi- 
lippe convoqua les prêtres, les diacres et les évêques des cités 
voisines et leur dit : « Rappelez-vous l'enseignement de Jésus- 
Christ ». Biid siu cuim[n]igt/;i \-iorcet\A i;z-c6imded Lu Crist. 
(Leabhar-Breac , p. 180, col. 1, ligne dernière, col. 2, 1. 1 ; 
cf. Atkinson, p. 112, 1. 2.537-2538). La traduction de M. A. 
est: « Remember ye the teaching of the Lord » (p. 357). 
« Rappelez-vous l'enseignement du seigneur (j'aurais ajouté 
Jésus-Christ). Dans son glossaire, p. 620, col. 1, au mot 
cuindrigim, M. A., revenant sur sa première impression, qui 
était, je crois, la bonne, propose de corriger cuim[n]igtbi en 
cuinrigthi et de traduire : « be ye chastened in the instruc- 
tion of the Lord ». C'est-à-dire : soyez châtiés dans l'ensei- 
gnement du Seigneur ». Il aurait mieux fait de placer cuim- 
\_n\igthi à la page précédente (619) dans l'article consacré au 
mot cuimnigim, en comprenant que les paroles mises dans la 
bouche de saint Philippe sont une répétition abrégée du ver- 
set 17 de Pépitre de saint Jude : 'Yjjieïç ci ôyoïcirjToi |A9ifc(h[te xm 
pY](xaTO)V twv 7:pos'.Cï][jt.iva}7 Otto twv ^7:c7icXoi)v toD y.'jptcu vj^ûv 'Iy]-cj 
Xpiarou. 

Le glossaire sera, je crois, la partie du livre qui rendra le 



Ij2 Bibliographie. 

plus de services. C'est du reste celle qui a donné le plus de 
peine à l'auteur. Ce glossaire comprend 436 pages à deux co- 
lonnes, de 48 lignes chacune. Celui que M. Windisch a mis à la 
fin du tome premier des Irische Texte et qui a fait faire aux 
études celtiques un si grand progrès est aussi à deux colonnes, 
il n'a que 110 pages de plus. Chaque page doit contenir à 
peu près la même quantité de matière ; car si M. Windisch a 
dans ses pages six lignes de plus que M. Atkinson, les lignes 
de M. A. contiennent quelques lettres de, plus que celles de 
M. Windisch. 

Le glossaire de M. A. est loin de renfermer tous les mots 
qui sont dans celui de M. Windisch, mais par compensation 
il en donne un certain nombre qui manquent chez M. Win- 
disch. Ainsi je signalerai à la page 521 de M. A. le mot Abb- 
daine « abbotship », « supremacy » qui manque chez M. W. ; 
on le trouve, il est vrai, chez O'Reilly , mais avec un sens er- 
roné « the religious belonging to an abbey ». A la môme page 
de M. A. le mot abstanait (abstinentia) fait également défaut 
chez M. W. *. Dans certains articles dont le correspondant 
existe chez M. W., M. A. ajoute quelques bonnes observations 
à celles que M. W. a déjà faites. Ainsi M. Windisch, p. 338, 
col. 2, dans le savant article qu'il consacre au pronom pos- 
sessif de la troisième personne du singulier a « son », fait 
observer que, joint à l'infinitif, ce pronom désigne l'objet. La 
règle donnée par M. A., p. 516, col. 2, est plus complète: 
« It is in very common use before infinitives to dénote the 
subject or the object ofthe verb, accordingas itis intransitive 
or transitive ». Quand le verbe est transitif, a désigne l'objet ; 
quand le verbe est intransitif, a désigne le sujet. 

Chez M. W., p. 343, col. 1, on lit acarb = latin acerbus. 
M. A., p. 521, col. 2, nous dit: « acarb, probably ath-garb, 
with admixture of Latin acerbus ». Il y a là une légère erreur. 
Le préfixe tonique aîh- n'existe pas. Le savant celtiste a 
voulu écrire ad-; * ad-garb donne accarb avec deux c (Revue 
Celtique, VI, 136). Dans son article Acarb, M. A. a réuni 

1 . On trouve ces deux mots dans les excellents Indices de MM. Gùterbork 
et Thurneysen, mais sans traduction. 



Bibliographie. i j j 

trois exemples de la variante accarb avec deux c. Le latin acer- 
bus donnerait acharb en irlandais ; comparez acher = latin 
acer, Windisch, p. 343, col. 2. On peut donc croire, contrai- 
rement à 4a doctrine de M. Windisch, que l'irlandais acarb 
est un composé d'origine irlandaise. 

Nous venons de signaler dans cet article acarb une petite 
erreur, th pour à. Les formules dont M. A. se sert manquent 
quelquefois de précision ou même d'exactitude. Ainsi, p. 521, 
à l'article acall- : « the enclitic form is from the root ad- 
glad- ». Il n'y a pas de racine ad-glad et s'exprimer ainsi est- 
dangereux devant de jeunes étudiants. A la page 578, col. 1, 
M. A. prétend que cengul est l'infinitif de cenglaim. Il serait 
plus exact de dire que cenglaim est un verbe dénominatif dé- 
rivé de cengul qui est le latin cingulum. Cornus « power », 
p. 606, col. 1, vient non pas de la racine mid par i, comme le 
dit M. A., mais de la racide med, pars. Le simple mess, p. 800, 
col. 1 (d'où cornus, grâce au préfixe accentué com-} = *med- 
tu- et non *mid-tu-. * Mid-tu- donnerait miss comme *bitu-, 
bith ; *-vidu-, fid. 

Je penche à croire que le verbe aichnim « to commend », 
p. 526, col. 2 (L. B., p. 162, col. 2, 1. 57; p. 167, col. 1, 
1. 41), n'existe point et qu'il faut lire aithnim par un t. Ce verbe 
estle même que le verbe aithnim « to order », p. 535, col. 2, 
qui a été étudié par M. Thurneysen, R. C, t. VI, p. 137, 
et par M. Windisch dans son glossaire, p. 357. Cf. timna chez 
Windisch, p. 824, 825, et chez Atkinson, p. 921, col. 2 1 . 

Je terminerai par une observation qui a rapport à un des 
grands progrès que les études celtiques ont faits dans ces der- 
niers temps. Il s'agit de la loi de l'accent déjà en partie saisie 
par M. Windisch à l'époque où il a rédigé son excellente 
grammaire élémentaire du vieil irlandais (1879), mais qui a 
été pour la première fois exposée avec tous les développements 
qu'elle mérite cinq ans plus tard, par M. Zimmer dans la se- 
conde livraison de ses Keltische Studien et par M. Thurneysen 



1. Aithnc veut dire à la fois « dépôt, mandat et commandement ». Le 
vieil irlandais confond ces trois idées, que la langue plus précise du droit 
romain et du droit moderne distingue nettement. 



134 Bibliographie. 

dans le tome VI de la Revue Celtique. Ces deux savants ont 
fait d'une manière indépendante chacun les mêmes décou- 
vertes. M. A. a voulu profiter de leurs travaux si remarquables. 
On sait maintenant qu'en général, sauf les verbes dénomi- 
natifs, tous les verbes composés se présentent en vieil et moyen 
irlandais sous deux formes, l'une accentuée sur le premier 
terme et l'autre accentuée sur le second et que la chute de la 
voyelle posttonique rend quelquefois très difficile la constata- 
tion de la communauté d'origine de ces deux formes. 

M. A. paraît s'être proposé pour but de réunir en un seul 
article les deux formes de chaque verbe ; malheureusement il 
met cet article unique tantôt à la place où l'ordre alphabétique 
appelle la forme accentuée sur le second terme, tantôt à la 
place qu'exige la forme accentuée sur le premier terme. 
Ainsi, à la page 644, col. 1, nous trouvons diluigim « to for- 
give » forme accentuée sur le premier terme, et l'article com- 
prend un exemple de forme accentuée sur le second terme : 
dollogfailher. On chercherait inutilement a la page 667 doluigim 
dont doUogfaither est le futur passif à la troisième personne 
du singulier. 

Mais ce n'est pas le procédé ordinaire de M. A. 
' Ordinairement, quand M. A. a recueilli dans ses textes les 
deux formes d'un verbe, l'article qui concerne ce verbe se ren- 
contre à l'endroit où l'ordre alphabétique appelle la forme 
dont le premier terme est atone ; et quand on arrive à l'en- 
droit où, suivant l'ordre alphabétique, la forme accentuée sur 
le premier terme se présente, on trouve un renvoi à la pre- 
mière forme, par exemple sous dogniin, p. 665-666, on trouve 
dènahn, etc. ; sous doberim, p. 661-662, tabair, etc. A la 
p. 634, l'article délia consiste en un simple renvoi à dognim ; 
à la p. 890, l'article tabair se borne à nous renvoyer a do- 
berim. 

Mais fort souvent M. A. n'a relevé dans ses textes que la 
forme accentuée sur le premier terme, et alors l'article se 
trouve là où l'ordre alphabétique exige la présence de cette 
forme. M. A. a donc suivi deux systèmes de classement, il ex- 
pose par là ses lecteurs à des pertes de temps qu'il leur au- 
rait évitées en adoptant toujours l'ordre alphabétique demande 



Bibliographie . 135 

par la forme qui porte l'accent sur le premier terme, sauf à 
renvoyer, s'il y a lieu, de l'autre forme à celle-là. . 

M. A. a cru devoir, en certains cas, renvoyer aux Keïtische 
Studien, II, de M. Zimmer, et au t. VI de la R. C. (article 
de M. Thurneysen) où sont réunis de nombreux exemples des 
deux formes verbales tirées de textes vieil irlandais. Ainsi, 
à l'article diluigim, cité plus haut, nous trouvons le renvoi à 
R. C, VI, 141, et à K. St., II, 42 et suivantes, où ce verbe 
est savamment étudié ; de même à l'article acall-, M. A. ren- 
voie à R. C, VI, 136, et à .Zimmer [II], 17, 68. Je ne puis 
deviner pourquoi à l'article condaigïm, il n'est rien dit de K. 
St., II, 87-89; ni de R. C, VI, 140; — pourquoi à l'article 
conicim, il n'est pas mention de K. St., II, 74-80, ni de R. 
C, VI, 140; — pourquoi à l'article dobcrim manque le renvoi 
à K. St., II, 112-114; et à R. C, VI, 147-148; — pourquoi 
à l'article dognim il n'est pas question de K. St., II, 98-108; 
ni de R. C, II, 140-141 ; — pourquoi à l'article tormaig, le 
silence est gardé sur K. St., II, 44; et sur R. C, VI, 149, etc. 

Ce qui me parait surtout singulier, c'est de voir dans un 
nombre considérable de cas M. A. renvoyer à la R. C, VI, 
c'est-à-dire à l'article de M. Thurneysen et ne rien dire des 
K. St. Pour mon goût, je préfère de beaucoup le mémoire si 
judicieux de M. Thurneysen à celui de M. Zimmer qui mêle à 
une science et à une verve incontestables des fantaisies gram- 
maticales et historiques souvent si étranges, mais ce n'est pas 
une raison pour refuser de rendre justice à ce savant. Si, une 
fée, d'un coup de baguette, faisait de moi un jeune homme à 
marier, changeait M. Zimmer en une jeune et jolie fille pour 
me l'offrir en mariage, je n'hésiterais pas un instant à répondre 
par un refus ; mais cela ne m'empêche pas de constater que 
dans K. St., II, 47-49, air mini est étudié plus complètement 
que dans la R. C, VI [136], à laquelle, p. 533, M. A. renvoie. 
Même dans les cas où MM. Zimmer et Thurneysen ont re- 
levé le même nombre d'exemples et dans ceux où M. Thur- 
neysen a la supériorité, il me semble qu'à la place de M. At- 
kinson je les aurais cités tous les deux. 

Ces quelques critiques ne portent que sur des détails acces- 
soires, et il ne faut pas hésiter à féliciter M. Atkinson de son 



1 36 Bibliographie. 

intéressante et utile publication. Elle rendra grand service à 
bien des celtistes, débutant ou non ; elle sera trouvée bien 
commode par les personnes pour lesquelles les traductions al- 
lemandes de M. Windisch sont un épouvantail. Hélas ! la 
vieille maxime est toujours vraie : graecum est, non legiiur : et 
même en France on ne dit pas cela de l'anglais. 

H. d'Arbois de Jubain ville. 

Peredur ab Efrawc, edited with a glossary,- by Kuno Meyer. Leip- 
zig, Hirzel, 1887; in-8, iv-84 p. 

Ce volume se compose de trois parties principales : le texte, 
p. 1-39, les remarques grammaticales sur le texte, p. 40-44, 
le glossaire, p. 45-82. Il contient aussi un index des noms 
propres, p. 83, et une liste de corrections, p. 84. 

Le texte publié par M. Kuno Meyer est établi d'après une 
collation, faite par lui en 1884, du manuscrit original avec 
l'édition de Lady Guest. Il est regrettable que M. Kuno 
Meyer n'ait pu profiter à temps de la reproduction du livre 
rouge d'Hergest publiée par M. Gwenogfryn Evans. M. Kuno 
Meyer a dû se borner à donner dans sa prélace une liste de 
corrections où il substitue à son texte les leçons de l'édition 
de M. Gwenogfryn Evans quand ces leçons ne sont pas des 
fautes manifestes du scribe. Ainsi dans Peredur (édition Kuno 
Meyer, p. 36, 1. 5), la reproduction du livre rouge porte 
chfranc (éd. Evans, p. 238, 1. 20) ; ce mot a été corrigé avec 
raison en chyfranc par M. K. M. 

Dans les remarques grammaticales, M. Kuno Meyer relève 
soigneusement les différentes notations orthographiques du 
même son qui se rencontrent dans le texte, et signale les prin- 
cipales particularités de la déclinaison et de la conjugaison. Il 
donne les équivalents en gallois moderne des tonnes du gal- 
lois moyen. 

Le glossaire est la partie la plus intéressante du livre de 
M. Kuno Meyer. Les mots y sont relevés avec renvoi aux 
passages où ils se trouvent. L'étymologie des mots est, s'il y 
a lieu, sommairement. indiquée. L'irlandais et le latin tiennent 
la première place parmi les langues qui donnent lieu à d'in- 



Bibliographie. 1 37 

téressants rapprochements. Ces rapprochements sont en gé- 
néral exacts. Nous ferons cependant quelques critiques à 
l'auteur. 

P. 47. M.. K. M. compare l'irlandais ansa, v. i. anse = *an- 
asse au gallois anaivdd « difficile ». Il semble bien pourtant 
que ces deux mots n'aient aucun rapport entre eux. L'irlandais 
asse est peut-être parent du gothique a%éts par lequel on ex- 
plique le français aisé. Quant au mot gallois, faut-il le recon- 
naître dans le premier terme de l'irlandais sâd-aile « ease » ? 

P. 58, au mot di-anc. On attendrait pour le second terme 
la comparaison avec l'irlandais icim, parfait anac. Le gallois 
anc nous offrirait la forme faible de la racine. 

P. 73. Nés « plus près » est identique à l'irlandais nessa 
auquel M. K. M. ne renvoie point. 

P. 59. Au mot diwarnaivt M. Kuno Meyer ne cite point le 
latin diurnata, participe féminin de diurnare. Il est pourtant 
intéressant de constater que le mot gallois vient du latin et 
n'est point emprunté du français journée, plus anciennement 
joméde. 

P. 77. De même M. K. M. ne dit pas que le gallois ryfel 
est vraisemblablement emprunté au bas latin rebellum ou même 
à l'adjectif latin classique rebellis. 

P. 51. Le mot cann est expliqué par le latin canere. Il est 
bien difficile de ne pas considérer comme d'origine celtique 
l'irlandais canim dont M. K. M. ne dit rien et qui a fourni 
de nombreux composés. 

P. 73. Il est de même assez invraisemblable que nos soit la 
transcription galloise du latin nox, puisque ce mot existe 
dans les autres dialectes celtiques. L'irlandais nocht représen- 
terait un cas oblique celtique à rapprocher du latin noctem et 
de même nos représenterait le nominatif celtique qui corres- 
pond au nominatif latin nox. On trouve le cas indirect dans 
l'adverbe composé he-no (p. 67) dont M. K. M. n'a pas cité 
l'équivalent irlandais innocht. 

P. 72. Enfin, bien que M. K. M. s'abstienne de citer le 

breton de France, il peut être nécessaire néanmoins de donner 

la forme armoricaine quand elle est mieux conservée que la 

forme galloise. C'est ainsi qu'au mot mynydd M. K. M. aurait 

Revue Celtique, IX 9. 



1 38 Bibliographie. 

pu citer le vieux breton monta que l'on trouve comme second 
terme du composé Win-monid dans une charte de 852 (Car- 
tulaire de Redon, p. 367). 

Ces critiques ne portent en général que sur des omissions 
d'importance secondaire. Le livre de M. Kuno Meyer est une 
excellente publication qui rendra de grands services aux étu- 
diants et contribuera à faciliter l'étude du gallois moyen. 

G. D. 

History of Sligo county and town from the earliest âges 
to the close of the reign oî queen Elisabeth, by W.-G. Wood- 
Martix. Dublin, Hodges, Figgis and Co. 1882. in-8, xiv-411 pages, 
avec planches et cartes. 

Cet ouvrage, qui nous arrive un peu tardivement, est écrit 
avec talent. On le lit avec plaisir. Bien que l'auteur soit re- 
monté aux sources, il a composé un ouvrage de littérature 
plutôt qu'un livre d'érudition. A la page 153, ce savant re- 
produit une inscription publiée par Miss Margaret Stokes, 
Christian inscriptions in the Irish language, t. II, p. 15, et 

pi. IX, n° 17, Omit DO MUREDACH HU ChOMOCAIM — HIC 

dormit. « Priez pour Muredach, petit-fils de Comocan. Il dort 
ici ». M. Wood Martin traduit hù Chomocain « petit-fils de 
Comocan » par « grandson of Chomocain ». Les lois de la 
grammaire irlandaise veulent que Comocan soit mis au génitif 
et que son initiale devienne spirante ; mais ces lois n'existent 
pas en anglais. L'éminent archéologue n'est pas linguiste. En 
m'envoyant son livre, il m'a demandé un coup de scalpel, le 
voilà. 

H. D'A. de J. 



CHRONIQUE 



SOMMAIRE : I. Les Annales de Bretagne ; — II. Mort de M. Charles Robert; — III. Mémoire 
de M. R. Dareste dans le Journal des Savants sur le droit irlandais; — IV. Rapport de M. Thur- 
neysen sur la Philologie Celtique; — V. Hayne's observations ou the slate ofïreland; — VI. The 
Celtic Magasine et la littérature irlandaise en Ecosse ; — VII. Thèse de M. Pluzanski sur Duns 
Scot; — VIII. Le Répertoire de bio-bibliographie bretonne de M. Kerviler ; — IX. La société 
des traditions populaires ; — X. Le tome XIV du C. I. L. et l'étymologie du nom d'Avenav 
(Marne) ; — XI. Le dictionnaire de mythplogie grecque et romaine de M. Roscher ; — XII. L.: 
Deutsche Altertumskunde de K. Mùllenhoff; — XIII. Le livre de M. Martins Sarmento sur les Argo- 
nautes ; — XIV. Nouvelles étymologies celto-romanes par M. Ascoli ; — XV. Etudes de M. G. 
Paris et de ses élèves sur le cycle de la Table Ronde ; — XVI. Une œuvre posthume de 
M. Richey ; — XVII. Les noms des divinités gauloises du midi de la France ; — XVIII. Une 
thèse de doctorat sur les Galates ; — XIX. La Société celtique de Montréal. 

I. 

Le tome II des Annales de Bretagne publiées par la Faculté des Lettres de 
Rennes (novembre 1886 à juillet 1887) contient de nombreux articles inté- 
ressant la philologie celtique qui sont dus pour la plupart à notre savant 
collaborateur, M. Lolh. 

M. Loth avait commencé dans le tome premier des Annales de Bretagne 
la publication d'une chrestomathie bretonne (Armoricain, Gallois, Cor- 
nique) ' . Après avoir donné dans ce volume une introduction traitant des 
changements phonétiques causés par le déplacement de l'accent en breton, 
et un examen des principales particularités du vieux celtique (gaulois du 
continent et des Iles-Britanniques), M. Loth publie dans le tome II les plus 
importants documents écrits en vieil armoricain et commence l'étude du 
breton moyen par des extraits de documents antérieurs au XV e siècle. Les 
documents du vieil armoricain, outre une dizaine d'inscriptions lapidaires 
qui ne comprennent guère que des noms propres et sont pour la plupart 
d'une lecture douteuse, comprennent les gloses armoricaines (p. 54-62); la 
liste alphabétique des principaux noms bretons contenus dans les vies des 
saints (p. 227-234) et dans les chartes p. 234-254, 378-436). 

M. Loth ne donne dans sa Chrestomathie que les plus importantes des 
gloses et celles dont la lecture ou le sens ne sont point douteux. La liste 
des noms contenus dans les vies des saints et dans les chartes est d'une im- 
portance considérable pour nos études. Elle rectifie sur un grand nombre de 
points des leçons fausses ou des lectures mauvaises. Les vies des saints qui 
ont servi de base à ce travail sont, par ordre chronologique, celles de saint 
Samson, saint Paul-Aurélien (Revue Celtique, V, 413), saint Winwaloe, 
saint Ninnoc, saint Gildas, saint Brieuc. 

1 . Voir Revue Celtique, t. VII, pp. 285, 449. 



140 Chronique. 

Les chartes consultées sont celles du Cartulaire de Redon et du Cartulaire 
de Landévennec. M. Loth a mis aussi à profit une charte originale du 
xi<= siècle publiée par M. de la Borderie dans les Mémoires de la Société ar- 
chéologique d'IUe-et-V Haine, t. XVII, 1885, p. 17-19. M. Loth a collationné 
le Cartulaire de Redon et nous fournit de nombreuses et utiles corrections au 
texte de l'édition donnée par M. de Courson. C'est ainsi qu'il lit Halanau 
dérivé de Alan (p. 237) le nom écrit à tort Balandu par M. de Courson 
Les erreurs de ce genre sont fort nombreuses dans l'édition de Courson, et 
nous devons savoir gré à M. Loth de nous donner un texte sûr pour les 
mots bretons du Cartulaire de Redon, en attendant que nous possédions 
une édition correcte de ce document. 

Jusqu'au xv e siècle, l'armoricain moyen n'a d'autres monuments que des 
chartes. Les mots publiés par M. Loth (p. 516-570) sont tirés: 1" du Car- 
tulaire de Quimperlé (xn e -xin c siècles) ; 2" des trois Cartulaires de Quimper 
(xin c et xiv e siècles) ; 3° du Cartulaire de l'abbaye de Prières (xm e siècle) ; 
enfin de différents autres recueils appartenant soit à des particuliers, soit à 
des églises, et du Dictionnaire topographique du département du Morbihan, par 
M. Rosenzweig. 

Outre la Chresloniathie de M. Loth, les Annales de Bretagne contiennent en- 
core quelques articles de philologie bretonne. M. Loth donne (p. 255) un 
extrait d'un poème inédit en moyen breton, qui est actuellement possédé 
par Mesdemoiselles de Kerdanet, et dont l'existence a été signalée par M. de 
la Villemarqué. Voici le titre exact de ce poème : Le mirover de la mort, eu 
breton, auquel doctement et dcuotement est trecté des quatre fins de l'home : c'est à 
scauoyr de la mort, du dernier jugement, du iressacre Paradis et de l'horible 
prison de l'Enfer et ses infinis Tourments. 

En Maru, en Barn, en Iffern yen 
Preder map den, ha na enoe ; 
Ha nepret nep lech ne pechy, 
Gant lacquat da spy en ty Doe. 

Imprimet e S. Frances Cuburien 1575. 

Ce livre a été composé en l'an 1 5 19 par maître Jehan le vieil archer de la 
paroisse de Ploegonuen. Espérons que bientôt le livre entier, qui compte 
environ 3360 vers, pourra être reproduit. En attendant, M. Ernaulta pu le 
mettre à profit pour son Dictionnaire étymologique du moyen breton. 

Ajoutons que les Annales de Bretagne ont donné (p. 63) quelques chan- 
sons bretonnes inédites communiquées par MM. Luzel et Loth. Enfin, à la 
page 299, commence la publication des lettres celtiques de M. Hugo Sehu- 
chardt traduites en français par M. J. Firmery. G. Dottin. 

II 

Au moment de mettre sous presse, nous apprenons avec douleur la mort 
de notre savant collaborateur, M. Charles Robert. Néà Bar-le-Duc en 181 2, 



Chronique. 141 

il fut admis à l'Ecole Polytechnique, devint officier du génie, professeur à 
l'Ecole d'application de l'artillerie et du génie de Metz, puis passa dans 
l'intendance où il termina sa carrière militaire en qualité d'inspecteur général 
après avoir été intendant en chef de l'armée de la Loire en 1871. Les ins- 
criptions romaines et la numismatique furent d'abord pour lui un sujet de 
distraction, plus tard elles devinrent son occupation principale et lui ouvri- 
rent les portes de l'Académie des Inscriptions. Nous signalerons, dans l'ordre 
de nos études, son Epigraphie romaine de la Moselle, un volume in-4 dont la 
dernière livraison est sous presse ; son Mémoire sur les inscriptions de Bor- 
deaux renfermant des noms gaulois {Bulletin épigraphique, t. I, p. 149); ses 
dissertations intitulées Sirona (Revue Celtique, t. IV, p. 133, cf. pp. 265, 
479), et L'inscription de Voltino et ses interprétations (Ibid., t. VII, p. 436). 
M. Robert apportait dans ses travaux archéologiques la haute intelligence 
et le sens droit qui, dans une carrière bien différente, l'avaient élevé au plus 
haut degré de la hiérarchie. Il est mort subitement à Paris le 1 $ dé- 
cembre 1887. 

III. 

M. R. Dareste, conseiller à la Cour de Cassation et membre de l'Aca- 
démie des Sciences Morales et Politiques, publiedepuis 1878 dans le Journal 
des Savants une série d'articles fort remarquables consacrés à l'exposition 
des caractères les plus saillants que nous offrent les anciennes législations 
de divers peuples. Il a d'abord traité du droit criminel athénien, 1878, puis 
des anciennes lois suédoises, 1880; des anciennes lois du Danemark, de la 
Norvège, de l'Islande, 1881 ; du code musulman, 1882; des papyrus gréco- 
égyptiens, de la loi salique, 1883 ; des anciens codes brahmaniques, du 
code rabbinique, 1884 ; des anciennes lois des Slaves, 1885-1886; de celles 
des Arméniens, des Géorgiens, des Ossétes, et enfin des Irlandais, en 1887. 
De ce dernier mémoire, nous extrayons le passage suivant : 

« Un des traités les plus importants de tout ce recueil [des Anciennes 
lois de l'Irlande] ... est celui des divisions de la famille ou, si l'on veut, 
des degrés de parenté ' ■ 

« En le combinant avec quelques données fournies par le livre d'Aicill, 
on peut se faire une idée delà famille irlandaise. Au premier abord la chose 
paraît assez difficile, et les savants anglais et américains qui ont abordé la 
question, M. Sumner Maine, M. Mac Lennan, M. Sullivan, ont donné des 
explications différentes et peu satisfaisantes. Leur tort commun consiste, 
selon nous, en ce qu'ils ont cherché une création originale dans une insti- 
tution qui est évidemment empruntée au droit canonique et qui ressemble 
aux institutions analogues des autres branches de la race indo-européenne. 
Elle consiste en ceci : la parenté, en Irlande, comprend dix-sept personnes 
qui forment quatre groupes. Le premier, composé de cinq personnes, s'ap- 
pelle geiljine, c'est-à-dire la parenté de la main ; le second, derbhfine, com- 



1. Ancient laivs of Ireland, t. IV, p. 282-293. 



14 2 Chronique. 

prend quatre personnes. Il en est de même du troisième, iarfine, et du qua- 
trième et dernier, indfine. Chacun de ces trois derniers groupes répond à 
l'une des phalanges des quatre doigts (le pouce excepté). Au delà la pa- 
renté cesse... Le texte ajoute que le premier groupe de la parenté, geilfine, 
comprend les plus jeunes, et que le dernier groupe, indfine, se compose des 
plus âgés. Cette constitution de la famille sert de base à l'attribution des 
droits de succession et à la répartition du prix du sang. 

« Reste à expliquer le système. Les savants anglais qui ont abordé le pro- 
blème sont tous partis de cette supposition que les dix-sept personnes dont 
parle le texte sont dix-sept individus, supposition qui paraît, au surplus, 
avoir été admise par la glose. Mais c'est là une erreur fondamentale, qui 
conduit aux conséquences les plus extravagantes. En effet, si chaque groupe 
ne peut se composer que d'un nombre fixe d'individus, il faut admettre que 
la survenance d'un nouvel individu dans un des groupes fait reculer dans le 
groupe ultérieur l'individu qui se trouve désormais en trop. La parenté se 
trouverait ainsi dans une incertitude et une fluctuation perpétuelles. Com- 
ment n'a-t-on pas vu que le mot personne a un sens abstrait, et signifie 
tous les individus, quel qu'en soit le nombre, qui sont désignés sous un 
même nom dans le tableau de la parenté? Ainsi le fils est une personne, le 
frère en est une autre. Peu importe le nombre des frères ou des fils. C'est, 
au surplus, le langage du droit romain, qui comptait quatre personnes au 
premier degré, douze au second, trente-deux au troisième, quatre-vingts au 
quatrième, cent quatre-vingt-quatre au cinquième, quatre cent quarante- 
huit au sixième, et enfin mille vingt-quatre au septième. Le jurisconsulte 
Paul, qui nous donne ces calculs, nous montre bien que chaque personne 
peut se composer de plusieurs individus. « Primo gradu cognationis », dit- 
il, « sunt susum versum duo, pater et irater, deorsum versum duo, filius 
et filia : qui tamen et plures esse possunt ' ». 

« De tout temps on a cherché à se représenter la parenté d'une manière 
sensible, en la comparant aux membres du corps humain. Chez les Ro- 
mains, on considérait le corps entier. Dans le miroir de Souabe, comme 
dans le droit irlandais, c'est le bras et la main jusqu'à l'ongle qui servent 
de type. 

« Cela posé, il n'est pas très difficile de reconstruire tout le système ir- 
landais. Chacun des quatre groupes répond à ce qu'on appelait, au moyen 
âge et en droit canonique, une parentèle, parentiïla. Le premier groupe 
comprend, outre le de cujus, quatre descendants en ligne directe, à sa\oir 
le fils, le petit-fils, l'arrière-petit-fils et le fils de l'arrière petit-fils. Le second 
groupe comprend le père, le frère, le fils du frère et le petit-fils du frère, le 
troisième groupe comprend l'aïeul, l'oncle, le fils et le petit-fils de l'oncle. 
Enfin le quatrième groupe se compose du bisaïeul, du grand-oncle, du fils 
et du petit-fils de ce dernier. Ces quatre groupes s'emboîtent en quelque 



i. L. io, § 12. au Digeste, livre XXXVIII. titre X, De gradibus et ad- 
finibus et nominibus corum. 



Chronique. 143 

sorte l'un dans l'autre, et le premier comprend effectivement les plus 
jeunes, le dernier des plus âgés. 

« Il ne s'agit, bien entendu, que de l'agnation, c'est-à-dire de la parenté 
par les mâles. » 

IV. 

Les Transactions delà PUlological Society pour 1885-1886 contiennent, 
p. 3 s 6 - 3 9 3 , unfort intéressant bien que trop court rapport de M. R. Thur- 
neysen sur les travaux concernant la philologie celtique qui ont paru de 
1880 à 1886. Le savant auteur constate comme nous qu'en dépit des vio- 
lentes attaques de M H. Zimmer, le glossaire de M. E. Windisch dans ses 
Irische Texte occupe le premier rang, parmi les travaux lexicographiques 
"dont l'irlandais a été l'objet. Contrairement à l'opinion de M. Zimmer, qui 
considère la versification irlandaise comme un héritage indo-européen, 
M. Thurneysen maintient que cette versification tire son origine de la versi- 
fication populaire latine dont le type nous est donné par le vers célèbre : 

Caesar Gallias subégit, Nicomedes Caésarem '. 

On sait que les grammairiens ont cru reconnaître dans ce vers le tétra- 
mètre catalectique trochaïque des Grecs 2 . On regrette que le savant profes- 
seur ne songe pas à nous donner l'étude annoncée par lui sur les Amra qui 
sont probablement le dernier vestige d'une versification irlandaise indépen- 
dante de la versification latine ;. 

Nous avons lu avec plaisir l'éloge donné par M. Thurneysen à l'étude de 
notre savant collaborateur, M. Gaidoz, surle Dieu gaulois du Soleil; notre 
devoir est d'ajouter que dans cet écrit, suivant l'érudit professeur allemand, 
l'ancien directeur de la Revue Celtique a marché sur un terrain plus solide 
que ne l'a fait le directeur actuel dans son livre intitulé : Le Cycle mytholo- 
gique irlandais. 



Dans the Irish ecclesiastical Record, numéro de décembre 1887, le révérend 
E. Hogan, S. J.. a publié le commencement d'un document très intéressant 
pour l'histoire de l'Irlande : Hayne' s observation: on the state of Ireland in 1600. 
L'auteur de ce document prétend qu'une des causes de la situation déplo- 
rable où se trouve l'Irlande A l'époque où il écrit est le respect des Ir- 
landais pour la loi des Brehons. Ainsi : lorsqu'un meurtre est commis, un 
brehon intervient, fait payer par le meurtrier une certaine somme aux pa- 
rents du mort, et moyennant cela, le meurtre reste impuni ; les dignités. 

1 . Havet et Duvau, Cours élémentaire de métrique grecque et latine, 2 e édi- 
tion, p. 88-89, et 180, § 80, 178. 

2. Suétone. Divus Julius, 49. 

3 . Revue Celtique, VI, 347. je connais trois Amra, celui de Columba et 
celui de Senan, tous deux publiés, celui de Cûroi qui est inédit. 



144 Chronique. 

héréditaires ailleurs, sont électives, le détenteur à vie ne peut les transmettre 
à ses héritiers et les successeurs ne se considèrent pas comme liés par les 
engagements que leurs prédécesseurs ont pris^p. 1114) ; le chef de famille 
est responsable de tous les crimes commis par les membres de la famille 
(p. 1 120). On savait bien déjà que la loi des Brehons était encore appliquée 
en Irlande, malgré les Anglais, au commencement du XVII e siècle, mais 
les documents qui établissent la persistance de cette vieille législation dans 
les temps modernes seront toujours lus avec intérêt. 

Hayne croyait que la loi des Brehons n'était pas écrite et qu'elle se trans- 
mettait exclusivement par tradition.- Suivant lui, elle avait quelquefois 
une grande apparence d'équité ; mais en beaucoup de choses, ajoute-t-il, 
elle ne s'accorde ni avec la loi divine, ni avec la loi humaine. 

Une des observations les plus curieuses de Hayne est que les Irlandais 
avaient coutume de jurer par leurs épées « they sweare by their Swordes » 
(p. 1121). Cet usage est très ancien et il explique le passage du Serglige 
Conculainn, § 2, chez Windisch, Irische Texte, t. I, p. 206, 1. 1-2, où on 
voit l'épée des Irlandais qui mentent se tourner contre eux. Ces menteurs 
ont juré sur leur épée, quoique le texte n'en dise rien. Les anciens Ger- 
mains juraient l'épée à la main ou sur leur épée : J. Grimm, Deutsche Rechts- 
allerthûmcr (Einl., chap. IV, § U 1; 1. VI, t. VII, § C, 3 ; deuxième édi- 
tion, p. 166, 896) a réuni un certain nombre de textes sur ce sujet si curieux. 

VI. 

Nous avons sous les yeux les livraisons du Celtic Magasine de novembre 
et décembre 1887 et de janvier 1888. Cette revue continue à être fort inté- 
ressante, et ce qui nous semble avoir surtout une grande valeur, c'est l'étude 
commencée par le directeur, M. Alex. Macbain, sur la littérature épique ir- 
landaise en Ecosse. Le titre adopté par lui est : The hero taies ofthe Gael (p. 1-7, 
69-77, 129-138). Le savant auteur constate que jusqu'à la Réforme, au 
xvi e siècle, les Irlandais et les Gaëls d'Ecosse ne formaient au point de vue 
littéraire qu'une seule nation, dont la Réforme a détruit l'unité. Le centre 
était en Irlande. C'était en Irlande que les poèmes épiques étaient composés 
et écrits. C'était d'Irlande que les trouvères néo-celtes apportaient dans les 
High'ands de l'Ecosse leurs récits, leurs chants et leurs manuscrits. Le der- 
nier de ces poètes nomades a été Aonghus nan aoir qui vivait dans la se- 
conde moitié du xvi' siècle. Depuis lors, l'Ecosse est restée étrangère au 
mouvement littéraire irlandais. Ainsi des trois histoires tristes qui, dans la 
littérature irlandaise moderne, forment une sorte de trilogie : la mort des 
fils d'Usnech (autrement dit mort de Derdriu). la mort des fils de Ler, et la 
mort des fils de Tuirend, la première seule a pénétré en Ecosse. M. Alexander 
Macbain donne de la première de ces compositions une rédaction recueillie 
dans la tradition orale gaélique d'Ecosse ; un point curieux à établir serait 
de déterminer d'une façon précise quelle relation existe entre le texte écrit 
et la version orale. Le conteur avait-il lu le texte écrit ? ou tenait-il sa re- 
lation de quelqu'un qui l'avait lu ? — ou y a-t-il entre le narrateur et le 
texte écrit un nombre plus considérable d'intermédiaires ? 



Chronique. 14$ 



VII. 

M. Pluzanski, professeur de philosophie au lycée de Rennes, a soutenu 
avec succès devant la Faculté des lettres de Paris, il y a quelques mois, une 
thèse sur les doctrines d'un philosophe qui a eu au moyen âge une 
grande célébrité. Il s'agit de Duns Scot mort à Cologne le 8 novembre 1 308. 
Harris, The history of the writers qf Ireland, Dublin, 1764, p. 78-81, le place 
dans sa liste des écrivains irlandais ; Alfred Webb le mentionne dans son 
Compendium of Irish Biography. Mais ni l'un ni l'autre ne peuvent dire avec 
certitude où il est né. M. Pluzanski n'a pas davantage éclairci la question 1. 

VIII. 

M. René Kerviler fait paraître à Rennes, librairie générale de J. Plihon 
et L. Hervé, un répertoire général de bio-bibliographie bretonne qui sera 
beaucoup plus complet que la biographie bretonne de M. Levot. La lettre A 
forme un volume in-8 de 417 pages qui a paru en trois fascicules; le der- 
nier de ces fascicules comprend, outre la fin de la lettre A, les cent douze 
premières pages de la lettre B. 

IX. 

La Société des traditions populaires a publié un annuaire pour 1887 dans 
lequel nous trouvons deux contes bretons : Le cimetière des saints, p. 20 
(Sauvé); La princesse enchantée, p. 53 (Luzel). De la revue publiée par 
la même société, il a déjà été question dans le tome VIII de la Revue Cel- 
tique, p. 190. Nous nous arrêtions au numéro de mars 1887. Dans les 
numéros suivants, nous signalerons : Jeanne Cotjc, légende de la Basse-Bre- 
tagne (Sauvé), p. 267 ; Payer le tribut à César, conte breton (Luzel), p. 346; 
quatre chansons bretonnes publiées par l'abbé Abgrall, p. 3 10-3 11, 397- 
599 ; une étude sur les héros d'Ossian par Loys Brueyre, p. 385-396, 
444-45 5- 

X. 

En attendant que nous voyions enfin paraître les tomes du Corpus ins- 
criptionuui latinarum relatifs à la Gaule, les savants éditeurs, pour nous 
faire prendre patience, nous ont mis entre les mains le tome XIV qui con- 
tient les inscriptions du Latium. Je signalerai, parmi les gentilices réunis dans 
l'index, Abenna ; ce n'est pas que je considère ce mot comme celtique; mais 
dans le tome VIII de la R. C. , p. 393 , j'ai parlé du nom de lieu écrit Avenna- 
cum au ix e et au x e siècle, aujourd'hui Avenay, Marne, et je l'ai rattaché à une 
variante hypothétique Avennus d'Avenus ou d'Avena (Corpus inscript ionum 



1. La thèse de M. Pluzanski a paru à Paris, chez Thorin, sous ce titre: 
Essai sur la philosophie de Duns Scot, 1887, in-8, 296 pages. 



1 46 Chronique. 

latinarum, IX, 2379 ; V, 33S2). Avennaoum peut s'expliquer tout aussi bien 
par Abenna, XIV, 331 1. 

XI. 

Le dictionnaire de mythologie grecque et romaine (Ausfûhrliches Lexicon 
der griechischen und rœmischen Mythologie, qui se publie à Leipzig chezTeub- 
ner, sous la direction de M. W.-H. Roscher, vient d'atteindre sa douzième 
livraison et sa colonne 2 112 avec l'article Hera. Dans ce savant recueil on 
n'a pas négligé les divinités celtiques. Nous citerons par exemple les articles 
Belatucader, Bikinis (col. 7 > 5) ; Bdisama (col. 757); Camulus (col. 850); 
Cemunnos (col. 866); Esus (col. 1386). 

XII. 

M. Max Rcediger vient de faire paraître à la librairie Weidmann, de 
Berlin, le second volume de la Deutsche Altertumskunde, de feu K. Mùllenhoft, 
dont le premier volume avait été mis en vente dès 1870. Ces deux volumes 
nous donnent, malgré leur titre, beaucoup plus de renseignements préc<ssur 
l'histoire des Gaulois que sur celle des Germains. On y trouve peut-être 
l'étude la plus approfondie qui ait été faite jusqu'ici de la plupart des textes 
historiques les plus anciens relatifs à la race celtique. 

XIII. 

M. F. Martins Sarmento. auquel on doit une étude sur la partie de YOra 
maritima de Festus Avienus qui concerne la Gallice et le Portugal ', vient 
de publier sous le titre de : Os Argonautas subsidios para antigua historia do 
Occidente, un volume in-8 de xxxi-292 pages, consacré à des études géo- 
graphiques sur les dixième et onzième travaux d'Hercule (Géryon et les 
pommes des Hespérides), sur les voyages d'Ulysse et sur l'expédition des 
Argonautes. Le onzième chapitre de cet ouvrage : O occidente no tempo 
dos Argonautas ; questôes ethnographicas ; et le douzième : A civiliçao do 
Occidente no tempo dos Argonautas, traitent un sujet très intéressant qui 
est inséparable de la plus ancienne histoire des Celtes. 

XIV. 

Dans la dernière livraison de son Archivio gbttoîogico (t. X, p. 270-273), 
M. Ascoli propose d'expliquer les mots français : « glaive et orteil » en leur 
supposant une origine gauloise. Les mots gaulois d'où ils viendraient se- 
raient ceux dont la forme en vieil irlandais est claideb, orddu = or tu. 
Claideb traduit gladiitm, dans le ms. de Wurzbourg, fol. 6 a, glose 13 (éd. 
"Whitley Stokes, p. 31). Orddu lâtnae, littéralement « gros doigt de la 

1 . R. Festus Avienus, Ora maritima... Estudo deste poema na parte res- 
pectiva a Galliza e Portugal. Porto, Antonio José da Silva Teixeira, 1880, 
in-8, 93 pages et une carte. 



Chronique. 1 47 

main » est la traduction de poîlex dans le Priscien de Saint-Gall, fol. 68 b, 
glose 13, édition donnée par M. Ascoli, p. 62 '. D'après le même savant 
(Arch. glottologico, t. X, p. 260-269) le type gallo-romain « seuv » =r sêbo, 
« suif », que les Gaulois auraient prononcé sèbu, serait dû à l'influence 
d'une loi phonétique celtique, celle qui donne à l'irlandais binr — beru ; au- 
trement dit: seuv est à stbu comme biur à beru. 



XV. 

La Société des anciens textes français vient de publier sous la date de 1886 
une rédaction en prose du roman de Merlin composé au début du xm e siècle 
par Robert de Boron et une suite à ce roman* d'après un ms. inédit 2. Les 
éditeurs sont MM. G. Paris et Jacob Ulrich. L'introduction, datée du 
14 juillet 1887, est signée G. Paris ; elle intéressera vivement ceux qui dé- 
sirent savoir quelle est l'origine des fictions qui composent le cycle de la 
Table Ronde. C'est un complément aux savantes études sur les romans de la 
Table Ronde que M. G. Paris et plusieurs de ses élèves ont publiées dans le 
tome XV de la Remania, p. 1-24, 481-602, en 1887, sous la date fictive de 
1886, imaginée sans doute pour consoler tous les éditeurs des revues qui 
paraissent avec un retard. 

XVI. 

M. Alexander George Richey, professeur de droit féodal et de loi anglaise 
à l'Université de Dublin est mort dernièrement. Il avait été chargé de la pu- 
blication des anciennes lois irlandaises ; il partage avec Th. O'Mahony la 
responsabilité des tomes III et IV. 

Nous venons de recevoir un volume qui sera pour M. Richey un meilleur 
titre à la renommée. Ce volume est intitulé : A short history ofthe Irish pcople 
dùiun to the date oj "the plantation of Ulster 3. Sa publication est due aux soins 
pieux de M. Robert Romney Kane, élève de l'auteur défunt. Les cinq pre- 
miers chapitres qui traitent de l'histoire d'Irlande depuis les temps les plus 
anciens jusqu'à l'invasion anglo-normande (p. 4-125), manquent un peu 
d'originalité; mais des dernières années du XII e siècle au commencement du 
xvii e où le récit se termine (p. 126-619), M. Richey marche sur un terrain 
qu'il connaît bien ; le professeur de droit féodal et anglais expose avec talent 
l'histoire de la législation oppressive qu'il était chargé d'enseigner, mais 
dont l'iniquité froissait sa conscience d'honnête homme et sa loyauté de 
jurisconsulte. 

1 . Le renvoi donné par la Gr. C*., p. 765, est inexact. 

2. Merlin, roman en prose du xiii c siècle, publié avec la mise en prose 
du poème de Merlin par Robert de Boron d'après le ms. appartenant à 
M. Alfred H. Huth par Gaston Paris et Jacob Ulrich, deux volumes in-8 de 
xci-280 et 308 pages. 

3. Un volume in-8 de x-623 pages chez Longmans, Green and Co., 
Londres. 



148 Chronique. 



XVII. 

Les cinq dernières livraisons (janvier-décembre 1887) de la Revue èpigra- 

phiquc du midi de la France, publiée à Lyon par M. Allmer, contiennent une 
liste de noms de divinités celtiques relevés dans les inscriptions de la France 
méridionale (p. 262-264, 284-286, 298-299, 316-320, 337-338). Cette liste 
comprend soixante-quinze noms, la plupart géographiques ; plusieurs étaient 
peu connus jusqu'ici. Ce travail sera continué. 

XVIII. 

Le 17 janvier, M. Hendrik van Gelder soutiendra à l'Université d'Ams- 
terdam une thèse de doctorat sur l'histoire des Galates en Grèce et en Asie 
jusqu'au milieu du second siècle avant J.-C. Cette thèse, rédigée en latin, 
est un volume in-octavo de 303 pages. L'auteur connaît les sources et n'a 
pas négligé l'étude des livres modernes où son sujet a été traité. 

XIX. 

Il s'est formé à Montréal au Canada, en 1883, une société celtique qui 
paraît considérable, à en juger par le nombre de ses fonctionnaires; elle en 
a quatorze ; la liste commence par le président honoraire qui n'est rien 
moins qu'un ancien gouverneur de l'Ontario et elle finit par le barde. Cette 
savante compagnie vient de publier un recueil des principaux mémoires lus 
en ses séances pendant les deux années 1884-1883 et 18S5-1 886 : ils for- 
ment un volume de 231 pages, dont 139 sont dues à la plume du professeur 
Campbell. Ce docte personnage a découvert que le célèbre texte ombrien 
des Tables Eugubines s'explique très facilement par l'irlandais moderne, que 
les Khéta des bords de l'Oronte sont des Ibères, c'est-à-dire des Basques, 
que les inscriptions étrusques d'Italie et les inscriptions runiques de l'île de 
Man ont été rédigées en basque. La jeune société celtique de Montréal, 
dans une introduction placée en tête de son volume, ne peut, malgré sa 
modestie, s'empêcher de dire combien elle est fière de jeter un flot de lu- 
mière « flood of light » sur des questions d'ethnographie et de linguistique 
si mal traitées jusqu'ici par les savants de la vieille Europe ! ! ! 

H. D'A. deJ. 

Erratum : page 33 colonne 1, lignes 28-29, au '' cu ^e Pennoovtndos 
avec deux avant le v, lisez Pennovixdos avec un seul avant le ; p . 



Le Propriétaire-Gérant : F. VIEWEG. 



Chartres. — Imprimerie DURAND. 



LA CRÉATION DU MONDE 

MYSTÈRE BRETON 



La littérature celtique ne comprend guère, dans la péninsule 
armoricaine, que des œuvres se rattachant aux genres lyrique, 
élégiaque et dramatique. Ce sont à peu près les seules com- 
positions qui aient un caractère original ; les autres doivent 
leur naissance à l'inspiration et surtout à l'imitation française. 

M. de La Villemarqué dans le Bar%as-Breis } et M. Luzel 
dans les Chants populaires de la Basse-Bretagne, ont recueilli les 
chants bretons qui respirent l'ardeur guerrière, qui rappellent 
le tumulte des camps ou le fracas des armes; ils y ont joint 
les guer%pu et les soniou qui expriment les joies, les espérances 
de l'amour, les tristesses de l'absence, les lamentations de la 
douleur. 

Xous avons sous les yeux quelques échantillons de la poésie 
dramatique : dix ou douze mystères bretons ont déjà vu le 
jour, grâce aux soins intelligents qui les ont livrés à l'im- 
pression. Ce sont : la Vie de sainte Nonne, Sainte Trvphine 
et le roi Arthur, Jacob, Sainte Geneviève de Brabant, Saint 
Guillaume du Poitou, les quatre Fils Avmon, Louis Eunius, 
Sainte Hélène, la Naissance, la Passion et la Résurrection de 
Notre Seigneur. Mais la Bibliothèque nationale renferme dans 
la collection de ses manuscrits, des trésors jusqu'à ce jour 
inexplorés. 

M. D'Arbois de Jubainville nous a engagé à profiter de 
notre connaissance de la langue bretonne, pour passer en revue 
ces richesses encore inconnues, rassemblées, en grande partie, 
par les patientes recherches de notre compatriote M. Luzel, 

Revue Celtique, IX io 



150 L'abbé Eug. Bernard. 

et léguées à la postérité par sa généreuse libéralité. La tâche 
nous a été rendue facile par la bienveillance de M. Léopold 
Delisle, et par la grâce parfaite du conservateur, M. Deprez. 

Les Mystères bretons déposés au Cabinet des Manuscrits, 
sont au nombre de soixante-huit ; ils se partagent en deux 
classes : les compositions religieuses, comme la Création du 
monde, Moyse, Sainte Anne, Saint Jean-Baptiste, Saint Pierre et 
Saint Paul, Saint Antoine, Saint Martin, Saint Guénolé, etc.; 
les pièces chevaleresques, comme Charlemagne, la Jérusalem 
délivrée, Pierre de Provence, Huon de Bordeaux, Robert le 
Diable, etc. Les premières mettent en scène un sujet emprunté 
à l'Ecriture-Sainte ou à l'Histoire ecclésiastique. Ce sont les 
plus nombreux. En les parcourant, notre attention s'est portée 
sur le Mystère de la Création du Monde, qui s'y trouve natu- 
rellement en première ligne sous le titre de : Istoir d'eus a 
Création ar bel r . La pièce embrasse l'espace de temps qui s'est 
écoulé depuis le commencement du -monde jusqu'à la mort de 
Noé. On la jouait en deux journées; elle se divise en sept 
actes, cinq pour le premier jour et deux pour le second : 
chaque acte est précédé d'un prologue; chaque journée se ter- 
mine par un épilogue. Elle est écrite en vers de douze syl- 
labes ; plusieurs scènes sont en vers de huit syllabes; on ren- 
contre par-ci par-là quelques vers de dix syllabes. 

Nous lisons dans la savante Introduction dont M. E. Picot a 
fait précéder le Mistèredu Fiel Testament, dédié par M. le baron 
James de Rothschild aux membres de la Société des Anciens 
Textes 2 : « Trois pièces celtiques nous offrent la représentation 
dramatique de la création. La première, qui remonte au 
xv 1 -' siècle, Y Ordinale de Origine Mundi, est une sorte de Créa- 
tion abrégée, c'est-à-dire un résumé très rapide de l'Ancien 
Testament. On n'y voit pas figurer les anges rebelles, bien 
que l'auteur ait accordé une large place à d'autres traditions 
apocryphes : le Voyage de Seth et l'Aventure de Maximilla?. 
Le second mystère, qui appartient aussi à la Cornouaille, se 

1. Biblioth. nat.. fonds celtique, rr 12, in-fol. de 175 pages écrit par 
Jean le Moullec de Loguivv-lès-Lannion. 

2. Le. Mistère du Viel .Testament, Introduction, p. xlviii. 

3. The ancient Cornish Drama, Oxlord, 1859, 1 vol. in-8. 



La Création du monde. 1 $ 1 

rapproche, au contraire, de notre grand drame. Il contient 
l'histoire de la création des anges et de l'homme et s'étend 
jusqu'au déluge 1 . Cette pièce a été imprimée d'après un ma- 
nuscrit daté de, 161 1, mais, comme l'a remarqué déjà M. Ede- 
lestand du Meril, elle est probablement plus ancienne. Il en 
est de même de Y Histoire de la Création, qui se trouve dans un 
des manuscrits recueillis en Bretagne par M. Luzel, et dont la 
copie appartient au xix e siècle 2 . Cette Histoire a la même étendue 
que le texte successivement publié par MM. D. Gilbert et W. 
Stokes : il serait curieux de l'en rapprocher. » 

La perspective de voir notre peine récompensée par quelque 
découverte intéressante, nous a conduit à étudier ce mystère 
celtique, et nous avons eu le plaisir de constater qu'il porte 
les marques d'une originalité particulière, qu'il se distingue 
par des caractères essentiellement bretons, empruntés aux 
mœurs, aux coutumes, aux travaux, à la religion de l'Armo- 
rique. 

Une observation nous a semblé digne d'être mise en lumière, 
parce qu'elle répond à la pensée de M. Picot : c'est qu'il nous 
a été facile de noter certaines analogies, vraiment curieuses à 
établir, entre le drame comique The Création of the World, et 
la pièce bretonne Istoir d'eus a Création ar bet. Les deux auteurs 
ont évidemment puisé aux mêmes sources, ou bien la muse 
de l'un a certainement aidé l'imagination de l'autre. Les liens 
de parenté qui les unissent, se retrouvent dans la série des 
noms donnés par Adam, sur l'ordre de Dieu, aux différents 
animaux delà création. L'idée de nomenclature est commune: 
toutefois l'auteur comique ne rappelle que quelques noms de 
mammifères, d'oiseaux et de poissons, tandis que le poète 
breton y ajoute encore le nom des plantes, et qu'engagé dans 
cette voie, il épuise ses connaissances dans la faune et dans la 
flore armoricaines. 

Les textes comique et breton présentent les mêmes traits de 
ressemblance dans les passages qui se rapportent à la tentation 
d'Eve, au serpent, qu'ils placent dans l'arbre de vie, à la 



1. The Création of the World, a Cornish mystery, London, 1864, in-8. 

2. Origines du théâtre moderne, p. 34. 



i j2 L'abbé Eug. Bernard. 

création de la Mort, au sacrifice de Gain et d'Abel, au voyage 
de Seth au Paradis terrestre, aux trois pépins à déposer dans 
la bouche et dans les yeux d'Adam après sa mort. 

Le poète armoricain avait pris connaissance des mystères 
venus du pays de France. Divers emprunts attestent une lecture 
approfondie, sans que l'on puisse attacher à l'imitation l'épi— 
thète de servile. L'inspiration française apparaît dans la révolte 
des anges, dans l'expression de l'orgueil de Lucifer, dans le 
conseil tenu par les démons, à l'effet d'amener la chute de nos 
premiers parents, dans les répugnances de Caïn à offrir son blé 
en sacrifice à l'Eternel. Ailleurs, les traces de similitude sont 
plus effacées, et ne se laissent apercevoir que dans certaines 
réminiscences du mystère français. 

Le manuscrit breton que nous avons entre les mains, n'ac- 
cuse pas une haute antiquité, puisqu'il ne date que de 1825 : 
mais ce n'est ici qu'une copie écrite sous la dictée, et elle sup- 
pose l'existence d'un original beaucoup plus ancien. Ce mys- 
tère avait été confié à la garde d'une mémoire fidèle, confor- 
mément à l'usage pratiqué de tout temps chez nos ancêtres, 
par les Druides et par les Bardes. Il s'est conservé dans ces 
conditions renouvelées des anciens Aèdes, qui nous ont ainsi 
transmis les poèmes d'Homère. Parvenu à notre connaissance 
grâce à ce procédé mnémonique, Je drame breton, assurément 
postérieur au mystère français du Fiel Testament, est-il anté- 
rieur à la pièce comique ? A quelle époque en faut-il taire re- 
monter la composition ? Le problème est difficile, pour ne pas 
dire impossible à résoudre. Notre manuscrit, dû à la plume 
de plusieurs scribes écrivant des vers qu'on leur récitait de 
vive voix, nous donne-t-il l'Histoire de la Création du monde 
telle qu'elle fut, à l'origine, jouée sur la scène, devant la foule 
religieusement recueillie de nos aïeux ? Le drame ne s'est-il 
pas modifié dans sa forme primitive, altérée par suite d'une 
longue série de représentations successives ? N'a-t-il pas subi 
des suppressions amenées par le défaut de mémoire, ou des 
augmentations introduites par un acteur en verve et jaloux d'y 
mettre un peu du sien, comme nous le constatons dans les 
différentes versions du Mistère du Fiel Testament? 

Le manuscrit comique est de 161 1 : est-ce lui qui a cm- 



La Création du monde. 1 5 5 

prunté au breton les caractères de ressemblance qu'ils pré- 
sentent l'un et l'autre ? Le mystère français ne paraît pas re- 
monter plus haut que 1550 : c'est lui quia, sans aucun doute, 
fourni au breton les analogies qu'il est facile de surprendre 
dans le dialogue et dans le caractère des personnages. 

La légende de Seth allant au paradis terrestre chercher l'huile 
de miséricorde pour Adam vieilli et à la veille de terminer sa 
carrière, est fort ancienne dans l'histoire littéraire 1 , et elle dé- 
rive d'un livre apocryphe, célèbre au moyen âge sous le titre 
de Pénitence d'Adam 2 ; mais le poète breton a su rajeunir le 
vieux récit par la pensée d'introduire Seth dans le Paradis, 
dont il lui fait explorer les différentes parties, sous la conduite 
et avec les explications du Chérubin. Est-ce là une réminiscence 
de Virgile parcourant les Champs-Elysées, ou de Dante accom- 
pagné du poète latin, puis de Béatrix, à travers les diverses 
régions de l'autre monde ? 

La haine de Lucifer contre Dieu se donne un libre cours 
dans la pièce celtique : ce langage si énergique, si violent et si 
vrai dans la bouche de l'archange rebelle, est-il un emprunt 
fait à Milton, dans le Paradis perdu, ou bien a-t-il été inspiré 
au poète anglais par le dramaturge breton ? L'idée d'attri- 
buer à Dieu la création de la Mort est commune aux mystères 
breton et comique; elle se retrouve également dans Milton. 
Auquel des trois auteurs faut-ii renvoyer le mérite de cette in- 
vention ? 

L'auteur de YHistoire de la Création a su imprimer à son 
œuvre un cachet d'originalité, par le soin qu'il a pris de dé- 
velopper le texte du livre de la Genèse, en suivant le conseil: 
« Non nova, sed nove ». Ce souci éveille son imagination ; cette 
préoccupation lui lait créer des incidents, des épisodes, des 
développements appropriés au tempérament des auditeurs, qui 
viendront assister à la représentation de sa pièce. Ainsi il doit 
à son invention personnelle le rôle très actif qu'il attribue aux 
démons dans le cours du drame, le personnage effrayant qu'il 

1 . Voyage de Seth au Paradis terrestre. Migne, Dictionnaire des Apocryphes, 
t. I, p. .387. 

2. Livre de ta Pénitence ou du Conduit d'Adam. Aligne, Dictionnaire des 
Apocryphes, t. I, p. 289. 



1 54 L'abbé Eug. Bernard. 

fait jouer à la Mort dans sa création par Dieu, sa visite à Adam 
et à Eve dans la vallée d'Hébron, sa présence auprès de la 
couche où Eve va mettre au monde ses deux jumeaux, Caïn 
et Abel, dans sa première manifestation devant le cadavre 
d'Abel tué par son frère Caïn ; toutes ces apparitions sont 
autant de témoignages lugubres que la Mort donne de sa puis- 
sance sur le genre humain, quand aux yeux des spectateurs 
saisis d'effroi, elle se montre sur la scène, pour frapper succes- 
sivement Abel, Adam, Eve, Seth, Làmech et Noé. 

La couleur locale de notre mystère s'éclaire de plus en plus, 
par le rapprochement d'une multitude de détails: les uns ont 
trait au culte des morts et à la coutume de se rendre en masse 
aux cérémonies de l'enterrement, manifestation religieuse spé- 
ciale à la Bretagne ; les autres nous font assister aux travaux 
des champs usités chez les Bretons : semailles, moisson, bat- 
tage, vannage et mouture; ceux-ci se rapportent aux soins du 
ménage, aux divertissements de la vie, ceux-là rappellent cer- 
tains métiers, les occupations des artisans et la manière de les 
payer de leur peine dans la Basse-Bretagne. Les outils sont 
bretons, les instruments de labour sont bretons, les ustensiles 
de ménage sont bretons, les vêtements sont bretons ; les fruits 
nommés par Ada et par Sella sont particuliers à la Bretagne, 
et les exercices de la lutte auxquels se livrent les deux bergers 
sur la scène, sont disposés pour conquérir la faveur d'un au- 
ditoire breton, admirateur enthousiaste de ces sortes de joutes. 
Tout est bien breton, tout, jusqu'à la bonne amie, ho mestres, 
dont parle le courtisan, que le paysan de Léon, de Cornouailles, 
de Vannes et de Tréguier, doit rencontrer sur son chemin, 
aux jours de foire, aux aires neuves ou aux pardons. 

La seule inspection du texte manuscrit, jointe à l'examen 
de l'orthographe phonétique employée par le copiste, suffit 
pour établir qu'il écrivait sous la dictée. Peut-être plusieurs 
personnes ont-elles prêté le concours de leur mémoire : à coup 
sûr, des mains différentes s'y sont employées, comme il est 
aisé de s'en convaincre par la diversité des écritures. De là 
naissent les variantes qui se laissent apercevoir dans l'ortho- 
graphe : quencouls et quercouls, pehet et pec'het, sivoas et siouas, 
nemert et ne met, arru et a ni, etc. ; mais elles prouvent que 



La Création du monde. i ) 5 

le scribe s'ingéniait à toujours fixer sur le papier le son qui 
venait frapper son oreille. 

Ce procédé, n'est pas sans donner lieu à de nombreuses con- 
fusions. Ainsi a préposition, a troisième personne du singulier 
de l'indicatif présent du verbe mont, aller, a particule et ha 
conjonction, ha signifiant le pronom relatif, s'écrivent tous de 
la même façon : a. 

La particule e, la préposition e, la conjonction e, e troisième 
personne du singulier de l'indicatif présent du verbe besa, être, 
et ht pronom personnel, he pronom possessif, ht première 
partie du pronom démonstratif he-man se trouvent également 
tous écrits de la même manière : e. 

Le mot i, deuxième personne du futur du verbe mont, aller, 
et hi pronom personnel s'écrivent sans aucune différence : i. 

La particule 0, la conjonction 0, la préposition et ho pro- 
nom personnel, ho pronom possessif, s'écrivent sans distinc- 
tion : 0. 

Par suite de cette façon d'entendre l'orthographe, nous ren- 
controns ane pour ha ne et pour anhe, abréviation de aneshe; 
eue pour en ht; eno pour en ho ; 1110 pour m' ho; po pour p'ho; do 
pour d'ho ; don pour d'hon. 

La préposition oc' h, la conjonction oe'h, oc h seconde per- 
sonne du pluriel du présent de l'indicatif du verbe besa, être, 
et hoe'h pronom personnel s'écrivent simplement 0, tandis que 
l'aspiration est reportée sur le mot suivant : heva, en buvant, 
pour oc h eva ; htus, vous avez, pour hôc'h eus. 

Cette orthographe phonétique se dénonce presque à chaque 
vers du manuscrit. C'est ainsi que nous lisons amtus pour am 
eus, émeus pour em eus, eneus pour en eus, neueus pour n'en eus, 
paineus pour p'am eus, esint pour es int, mason pour ma s-ouu, 
en nevo pour en euvo, da loenet pour d'al loenet, a ranet pour 
ar ranet, a nos pour au nos, alun pour a! luu, eu lijion pour 
eul lijion, gant an ueut pour ga ni au hent. 

Le scribe écrivant sous la dictée et ne tenant compte que de 
la prononciation, ne prend aucun souci de séparer les procli- 
tiques ou les enclitiques, du mot sur lequel ces particules doi- 
vent s'appuyer. C'est pourquoi il écrit evoelas pour t voelas, 
otont pour tout, ehai pour e ai, thin pour e in, evi pour e vi, 



156 L'abbé Eug. Bernard. 

pandocb pour pan d-oc'h et pan d'boc'b, ous cvout pour 011s hen 
vont, se nevê pour se ne ve, aracse pour ha rac se, boni acl pour 
l)on i a heîl. 

Pour la même raison, des mots bien distincts se trouvent 
n'en plus former qu'un, comme radit pour ra d'il, nebon pour 
neb aon, oloneus pour bail bon eus, selan pour sell ban, bace- 
veso pour bac e veso, dabu pour d'ac'b-bu, èveltan pour evcl t-ban, 
incarnons pour me am eus, abomc pour ain bo nie, ouscrec'b pour 
ous crcc'b. D'autres mots, au contraire,, voient leurs parties in- 
tégrantes disjointes et écrites séparément, de manière à ne plus 
présenter aucun sens, par exemple e vel pour evel, a darepouï 
adarre, a lèse pour alèse, quer couls pour qucrcouls, a banonip 
pour acbanomp, e me pour cuic, dis Ical pour dislcal, a ri pour 
arri. 

L'insuffisance du scribe n'a pas commis que ces seules 
fautes ; elle se manifeste encore dans la transcription de quel- 
ques vers de huit syllabes, dont il lui arrive de réunir deux 
en un seul : dans la manière fantaisiste qu'il met à écrire des 
mots dont il ne parvenait pas à rendre l'assonance, ainsi nia 
scro pour ma %ro, jurubin, cbeurubin, churubin, jerubin pour 
chérubin, ou bien qu'il entendait prononcer de différentes laçons, 
comme bopret et bepret : corner, cerner et quemer : gle et die : 
guesal et beageal : bcllomp et guellomp. 

Son inexpérience éclate dans la structure de certains vers, 
dont il fait les uns trop longs et les autres trop courts. A 
moins toutefois de dire à sa décharge, que ces irrégularités sont 
amenées par la prononciation particulière à celui qui dictait, 
selon le soin qu'il prenait de taire lui-même eu de laisser faire 
les élisions et les contractions si nombreuses dans la langue 
celtique. 

Ces négligences retombent sur le scribe qui s'en est rendu 
coupable; mais l'examen du manuscrit, sa forme matérielle, 
l'aspect de ses pages suffisent pour indiquer souvent que la 
mémoire de celui qui dictait s'est trouvée en défaut. De là des 
mots d'abord passés sous silence, ensuite rétablis, des expres- 
sions répétées, puis corrigées ; de là des vers à demi ou entiè- 
rement effacés, pouf être transportés plus loin ; de là certains 
passages d'abord insérés dans le dialogue, puis supprimés pour 



La Création du monde. i $ 7 

être reportés ailleurs, là où ils se rencontraient véritablement 
à leur place. 

Faut-il attribuer à cette transmission mnémonique du drame 
breton le grand nombre de mots français, habillés à la bre- 
tonne, qu'il est facile de relever au courant de la pièce, alors 
que l'expression celtique entrait parfaitement dans la mesure 
du vers ? Ces mots se sont-ils multipliés suivant le tour d'es- 
prit de ceux qui conservaient le drame gravé dans leur mé- 
moire ? Les ont-ils employés en raison /les progrès accomplis 
par la langue française dans des différentes régions de l'Armo- 
rique ? Il y a mieux : le mot français se trouve quelquefois à 
côté de l'expression bretonne, néanmoins, couscoude : adieu a 
lavarau, sans adieu, couscoude. Etait-ce une marque de savoir, 
de distinction, d'élégance, de mêler ainsi le français au breton ? 
Si dans leurs pièces farcies, les auteurs de la langue d'oïl et 
de la langue d'oc se montraient heureux d'unir le latin au 
texte français, peut-être ne déplaisait-il pas aux Bretons d'as- 
socier dans leurs œuvres le français et le celtique. 

La pensée ne nous est pas venue de restituer le manuscrit 
breton dans une forme plus correcte en certains endroits, 
moins défectueuse en d'autres. Nous avons voulu conservet 
le drame celtique tel qu'il a été dicté, tel qu'il a été reproduir 
par les scribes. En le transcrivant, nous nous sommes permis 
de corriger les consonnances impropres ou vicieuses, de 
rompre les alliances illégitimes, de supprimer les séparations 
impossibles, et dans ces cas-là seulement, nous avons rétabli 
la véritable orthographe, afin d'éviter au lecteur les embarras 
où nous nous sommes trouvé pour l'intelligence du texte, dont 
le sens ne se précisait souvent qu'à la lecture de la phrase 
entière. 

Ces difficultés s'augmentaient encore par l'absence complète 
de toute ponctuation, qui rend la lecture du manuscrit exces- 
sivement pénible. Cet enchaînement extravagant de pensées 
qui se succèdent sans pauses et sans arrêts, nous semble une 
nouvelle preuve à l'appui de notre opinion que Y Histoire de la 
Création a été dictée de mémoire et transcrite ainsi par la 
main des scribes. Nous ne dissimulerons pas que ce manque 
absolu de ponctuation nous a parfois mis l'esprit à une rude 



iç8 L'abbé Eug. Bernard. 

épreuve. L'intelligence du texte, entendu de telle ou telle façon, 
selon la place occupée par un point ou par une virgule, n'était 
pas sans nous causer certaines inquiétudes, sans nous suggérer 
quelques scrupules sur la vérité de la traduction que nous 
nous préparions à adopter. Afin de couper court à ces hésita- 
tions et pour empêcher nos lecteurs de tomber dans les mêmes 
incertitudes, nous nous sommes décidé à rétablir la ponctuation 
qui fait défaut. Avons-nous toujours réussi à déterminer le sens 
exact et vrai ? Il y aurait présomption à le penser et surtout à 
le dire. Nous aimons mieux nous en rapporter humblement à 
l'avis des critiques plus fins, plus déliés, plus initiés aux déli- 
catesses de la langue bretonne. 

Nous n'avons fait qu'effleurer ces questions d'antiquité, 
d'originalité, d'imitation auxquelles l'Histoire de la Création du 
monde fournit prétexte et matière. Nous aurons occasion de 
les reprendre, lorsque le texte et la traduction auront été pu- 
bliés entièrement. Nous pourrons alors y renvoyer le lecteur, 
et, lui mettant les pièces en mains, nous le laisserons en der- 
nier ressort juge de nos appréciations. 

M. Petit de Julleville, avec la science qui le distingue en ces 
matières, a épuisé, on peut le dire, la vaste question des mys- 
tères à l'origine de notre théâtre. Il a merveilleusement expliqué 
la nature de ces compositions dramatiques, leur caractère reli- 
gieux, la place importante qu'elles occupaient au moyen âge, 
dans la société, dans les mœurs, dans la littérature. Poursuivant 
ses études sur ce sujet si intéressant et si divers, il écrit 1 : « Il 
n'est pas de ville qui n'ait tenté un jour de monter un mystère; 
il n'est presque pas de bourg où l'on n'ait maintes fois joué des 
farces. Comment se donnaient ces spectacles ? Etait-ce aux frais 
des villes, des confréries, des particuliers ? Quels acteurs y te- 
naient les rôles ? Des comédiens de profession ou des artisans, 
des bourgeois s'offrant pour la circonstance? Où s'élevait le 
théâtre et comment se réglait la décoration, la mise en scène 
de ces interminables mystères? Quels auteurs les écrivaient, 
comment étaient-ils rétribués, et quelle part prenaient-ils de 
leur personne à la représentation ? Comment se composait l'as- 

i . Petit de Julleville, Les Mystères, t. I, p. 15. 



La Création du monde. 1 59 

sistance ? Le spectacle était-il gratuit, ou payait-on sa place ? 
Enfin quelle faveur obtenait le théâtre, et comment était-il 
jugé ? Quel objet se proposaient les princes, les prélats, les 
abbés, les échevins qui instituaient ou protégeaient les repré- 
sentations ? Ce sont là autant de questions difficiles qu'il n'est 
pas possible de résoudre encore entièrement. Trop de docu- 
ments restent inconnus, enfouis dans les registres des conseils 
de ville, dans les minutes des notaires, dans les livres de comptes 
ou les mémoires particuliers encore inédits. » Nous serons heu- 
reux de cueillir au courant du mystère celtique Istoir d'eus a 
Création ar bel, dans les prologues surtout et dans les épilogues, 
les réponses fournies par le poète breton aux nombreux points 
d'interrogation qui se sont posés à l'esprit du savant professeur 
à la Sorbonne. 

L'abbé Eug. Bernard, 
docteur es lettres et en théologie, lauréat de l'Académie française. 



6o L'abbé Eug. Bernard. 



ISTOIR D'EUS A CREATION AR BET-MAN 

AR FORMATION AN DEN HAC HE VUE 

AR HENTAN PHILOSOF A VOA ADAM, .HAC HE VARO 
HA BUE AR PROF ET HENOC HAC EUI 

AN DILUJ 

HA BUE NOE HAC HE VARO 



Ar proloc a comans breman. 

Compagnones santel, p'hoc'h eus bet madeles 
Bean deut d'hon hlevet hirie holl assambles, 
Nin a represanto d'ec'h Création ar bet, 
Bue an tat Adam, hac Eva, lie briet. 
5 Mes quent avansi davantaj ma bomso, 
Em eus hoant da çoulen assistans an envo, 
Presantin ma regret dirac an Eternel, 
Da goulen diont-han eur gras particulier. 

Ma avanser er creis voar lie saoulin ha ma coms. 

Ma Doue, ma Hrouer, me houl ho assistans, 
10 Ho penediction, ho cras, ho puissans, 

Ma hellomp discleria, en antier, voar he het. 
An istoir pehini bon deus antreprenet. 
Ma savo en lie sa. 

Guelet hoe'h eus guesall acteurien, tut vaillant, 
Subtil voar ho theat, ha guisquet excelant : 



La Création du monde. 161 



HISTOIRE DE LA CRÉATION DE CE MONDE 

LA FORMATION DE L'HOMME ET SA VIE 

LE PREMIER PHILOSOPHE FUT ADAM, SA MORT 
LA VIE DU PROPHÈTE HÉNOCH ET CELLE D'ELIE 

LE DÉLUGE 

LA VIE DE NOË ET SA MORT 



Le prologue commence. 

Sainte compagnie, puisque vous avez eu la complaisance 
de venir nous entendre aujourd'hui, tous ensemble, nous vous 
représenterons la Création du monde, la vie de notre père 
Adam et celle d'Eve, son épouse. 

Mais avant de poursuivre mon discours, je veux implorer 
l'assistance du Ciel, offrir mes regrets à l'Eternel et solliciter 
de lui une grâce particulière. 

Il s'avance au milieu de la scène, se met à genoux et continue. 

Mon Dieu, mon Créateur, je demande votre assistance, 
votre bénédiction, votre grâce, votre puissance ! Qu'il nous 
soit donné de raconter dans son ensemble et dans ses détails, 
l'histoire que nous avons entrepris de retracer. 

Il se lève debout. 

Autrefois vous avez vu sur votre théâtre, des acteurs au 
cœur vaillant, à l'esprit délié et revêtus de magnifiques cos- 



;62 Vabbé Eug. Bernard. 

15 Elocans ar re-se hac ho c'habacite, 

A ra d'in coll ar coms an devoes a hiric. 
Tut omp d'eus ar hanton, goût a ret lion doare, 
Nin a rei hon possipl gant ar gras a Doue, 
Evit rentin contant sperejo pep-hinin, 

20 Dre eurs an actoret, se eo lion fantasi ; 
Ret eo avanturin, mar be caer an amser, 
Ar voellan ma hellomp, e reomp lion deveur. 
Ebars er bla presant hon deus-hi composet, 
Tennet divoar ar Bipl, e verio bresonec. 

25 Trivoac'h cant pemp voar n'uguent bla, aboe ma teuas 
Ar protêt et bet-man, hanvoet ar Messias, 
Da guemer quic humen en corf santés Mari, 
Da prenan ar bec'herien, e teuas d'en eum incarnin. 
Pevoar mil bla diaroc e voe erouet ar bet, 

30 An env hac an douar, licol, loar hac ar steret : 
An de da sclerian, an nos da reposin, 
An han hac ar gouan, ha quement so en-hi. 

Doue holl puissant, en euvo inspiret, 
Da ocmantin he hloar, e crouas an Elet. 

35 Lucibel voa ar chef, prins ar Cherubinet, 
Dre hloar ha vanité cm rentas reprouvet 
Dre ma voa un El caer, leun a superbite, 
E fellas d'ehan pignal quen huel ha Doue, 
Ha bean gant ar re-all bep amser enoret, 

40 Evel ar guir Doue lien defoa ho hrouet. 
Sperejo malurus, a soupson miliguet 
A tromplas en antier eul lijion Elet. 
Ho Hrouer, pa santas ho sonj freneusius, 
O tout d'ho miligan, ho rentas malurus. 

45 Er mes ar Barados e voent cren sexvenet, 
En calon an douar e voent holl distolet : 
Satan ha Belsebut, Lucifer miliguet, 
So breman diaoulien en Ifern anfonset. 
Pa voelas ar Hrouer videt ar sigeno, 

50 Eul lijion Elet sortiet voar un dro, 

E tisquennas ous traon, hac e formas ar bet, 
Dre vertu he pouer, hep aretin quamet. 



La Création du monde. i6j 

tûmes. Au souvenir de leur éloquence et de leurs talents, en 
ce jour la parole me fait défaut. Nous sommes, nous, des ha- 
bitants du canton ; vous nous connaissez. Nous mettrons notre 
peine avec la, grâce de Dieu, pour vous contenter les uns et 
les autres. Par ordre des acteurs, puisque tel est notre dessein, 
nous allons tenter l'aventure, si le temps est beau. Nous fe- 
rons de notre mieux pour remplir notre tâche. 

Cette pièce a été composée par nous, dans le courant de 
l'année; nous en avons emprunté le sujet à la Bible, et nous 
l'avons mis en vers bretons. Dix-huit cent vingt-cinq ans se 
sont écoulés depuis que le prophète par excellence est descendu 
sur cette terre ; il s'appelait le Messie, et revêtit la nature hu- 
maine dans le sein de la Vierge Marie : il s'incarnait pour ra- 
cheter les pécheurs. 

Quatre mille ans auparavant, le monde avait été créé, le ciel 
et la terre, le soleil, la lune et les étoiles, le jour pour éclairer, 
la nuit pour se reposer, l'été, l'hiver et tout ce que renferme 
l'univers. 

Dieu tout-puissant eut dans les hauteurs des Cieux la pensée 
d'augmenter sa gloire, il créa les Anges. Lucibel était le chef, 
le prince des Chérubins, par orgueil et par vanité, il devint 
réprouvé. Parce qu'il était un ange parfait, plein d'une audace 
superbe, il voulut s'élever aussi haut que Dieu, et recevoir en 
tout temps les hommages des autres Anges, comme le vrai 
Dieu qui l'avait créé. Esprits malheureux, toute une légion 
d'Anges fut déçue par cette espérance criminelle. Le Créateur 
n'eut pas plus tôt saisi leur projet insensé, qu'il les maudit et 
leur enleva ainsi le bonheur. Ils furent à l'instant chassés du 
Paradis et précipités tous dans les entrailles de la terre. Satan, 
Beelzébut et Lucifer maudit sont maintenant des diables 
plongés dans l'enfer. 



Lorsque le Créateur vit les places vides et une légion 
d'Anges d'un coup expulsés, il descendit du Ciel, et en vertu 
de sa puissance, il forma l'univers sans un instant d'arrêt. 



1 64 L'abbé Eug. Bernard. 

« Chetu, eme Doue, sigeno disoloet 

« Gant ar re valurus en deus ma ofancet : 
55 « Me deui d'ho ramplissan, evel ma s-oun Doue, 

« Rac an den a formin breman, corf hac ine ». 
Da guentan e teuas da formin ar sclerijen, 

Ha da henvoel anhan plijadures an den-. 

Neuse an heol a formas a so illuminant, 
60 Hac a ro sclerijen dious ar firmamant ; 

Neuse hanvoas an nos pehini so tefal, 

Hac en deus al lumier dious steret ha loar : 

An nos dre lie vertu a so tevalijen, 

Hac a ro an amser da repos da bep den. 
65 Separet voa neuse an nos dious an de, 

Ha d'al loenet brutal e roas liberté. 

Neuse e cafas mat rein ho hano d'esho, 

Ha goude e formas an holl elemancho. 

Al km eo ar hentan, ar meurs, ar merher, ar iaou, 
70 Ar guener, ar sadorn, ha neuse ar sulio. 

Ha neuse e formas an holl anevalct, 

Al loenet en douar, er mot bras ar pesquet, 

Ar ranet en dour dous da ganan meulodi 

Dre ho moes ravissant, da dont d'he enorin. 
75 Neuse e formas an den henvel ous he poltret, 

Démens un tam douar : Adam e voe hanvet. 
« Adam, eme Doue, saf en sa prontamant : 

« Me am eus da crouet cm imaj excelant, 

« Voar loenet an douar e vi victorius, 
80 « Goude-se te a veso en envo eùrus. 

« Te a so ma mignon, hac a viquen e vi, 

« Rac se toll eves mat da dont d'am ofancin. 

« Er Barados terestr me ro d'it liberté 

« Quercouls voar ar freus mat ha voar al loenet goue. 
85 « An douar dre natur, a deui da broduin 

« A bep sort louson mat evit da substantin. 

« Quement a vo formet er bet antieramant 

« A vo, eme Doue, d'id-de obéissant. 

« Debr hac cf, ma mignon, ar sort goût a guéri, 
90 « Ar voeen a vue, hon-nes a reservi. 



La Création du monde. 16$ 

« Voici, dit le Seigneur, des places abandonnées parles mi- 
ce sérables qui m'ont offensé : je les ferai occuper, aussi vrai 
« que je suis Dieu, car je vais maintenant façonner l'homme, 
« corps et âme. » 

Dieu commença -par créer la lumière, et il l'appela la joie 
de l'homme, puis le soleil qui resplendit, et qui répand la lu- 
mière du haut du firmament. Il nomma la nuit qui est obs- 
cure, qui reçoit la clarté de la lune et des étoiles, la nuit qui 
par elle-même n'est que ténèbres, et qui fournit à chacun le 
temps de se reposer. 



La nuit fut séparée du jour, et Dieu donna la liberté aux 
bêtes féroces, auxquelles il trouva bon d'attribuer des noms. 
Il créa ensuite tous les éléments. Le Lundi fut le premier jour, 
après se succédèrent le Mardi, le Mercredi, le Jeudi, le Ven- 
dredi, le Samedi et le Dimanche. Alors il fit sortir du néant 
tous les animaux, les bètes sur la terre, les poissons dans la 
grande mer, dans l'eau douce les grenouilles pour chanter ses 
louanges et l'honorer par leurs voix ravissantes. Puis il forma 
l'homme d'un peu de terre, à sa ressemblance, et l'appela 
Adam. 



« Adam, dit Dieu, lève-toi promptement. Je t'ai créé à 
« mon image : sur les animaux de la terre tu exerceras ton 
« empire, et dans la suite tu seras heureux au Ciel. Tu es 
« mon ami, tu le seras à jamais, prends donc bien garde de 
« m'offenser. Le Paradis terrestre sera ton séjour, tu y vivras 
« libre, et les meilleurs fruits aussi bien que les bêtes sauvages 
« seront à ta disposition. La terre, par sa fécondité, produira 
« toute espèce de plantes pour te sustenter. Tout ce qui 
« sera créé au monde, tout sans exception, sera, dit le Sei- 
« gneur, soumis à tes lois. Bois et mange, mon ami, tout ce 
« qui flattera ton goût, l'arbre de vie seul, celui-là, tu n'y 
« toucheras pas. 



Revue Celtique, IX 1 1 



1 66 L'abbé Eug. Bernard. 

« Te a vo immortel entre ma vi em graço, 
« Hac hallo jouissan a bep sort deliço ». 

— « Ma Mest, eme Adam, me ho trugarequa 
« Evit ma bean crouet er bet-man, a netra ; 

95 « Ha rac-se, ma Doue, me bromet ho caret, 
« Ha bout obéissant da guement a leret » . 

— « P'am eus, eme Doue, ho laquet voar ar bet, 
« Da vean evurus a viquen, ma queret, 

« Quement a so crouet et bet .bete vreman, 
ioo « E comandan d'cshe d'ac'h-hu obeissan. 
« Reit d'eshe ho hano er feson ma queret, 
« Obéissant voint d'ar pes a comandet. 
« Me am eus ho confirmet gant pep sort carante, 
« Beet obéissant bepret d'ho guir Doue ». 
105 — « Ma Doue, eme Adam, p'hoc'h eus bet ma crouet, 
« Ha ma laquet da vest voar quement so er bet, 
« Me rai d'he ho hano herve ma bolante, 
a Ha houi da bep amser glorifiet gant-he ». 
Neuse e ai Adam da henvoel al loenet 
no Quement a so er bet, nac a so da donet ; 
Quement a so er bet crouet gant ma Doue, 
Hon tat quentan Adam a hanvoas neuse. 

Doue a concilias dre liras ar Speret gloan, 
He vignon bras Adam, ous lien vont e-unan, 

1 1 5 Dont da formin eur verh da vean d'ehan priet, 
Dre er memeus natur da dont d'en eum garet. 
Ha pa bedas Adam da repos er jardin, 
Ha da asten he corf voar un tam lousou fin, 
Voar ben ma tifunas e cafas chanchamant, 

120 E voelas he briet eur feumeulen vaillant. 
Pa reposas Adam, Doue a ies d'hen caet, 
Evel ma e subtil, ha n'hen difunas quet: 
A eur gosten d'ehan en eus formet he bar, 
Quercouls evel Adam, d'eus un ternie douar. 

125 Ha pa'n defoa subtilament tennet 

Eur gosten da Adam, e formas he briet : 
« Sao alèse, groec veo, hac e voeli da par, 



La Création du monde. \6~j 

« Tu seras immortel, tarit que tu conserveras ma grâce, et tu 
« pourras jouir de toute sorte de délices. » 

« Mon maître, répond Adam, je vous remercie de m' avoir 
« en ce monde créé de rien. C'est pourquoi, mon Dieu, je 
« promets de vous aimer et d'obéir à tout ce que vous direz. » 

« Je vous ai mis sur la terre, dit Dieu, pour être toujours 

« heureux, si vous le voulez. A tout ce qui jusqu'à présent a 

« été créé dans l'univers, à tout, je commande de vous obéir. 

« Donnez-leur des noms, de la façon qui vous conviendra, et 

« ils seront soumis à vos ordres. Mon amour pour vous, vous 

« assure tous ces biens, soyez donc toujours obéissant à votre 

« Dieu. » 

« Mon Dieu, reprend Adam, puisque vous m'avez créé et 
« constitué maître sur tout ce qu'il y a au monde, je donnerai 
« à chaque être son nom suivant mon bon plaisir, et vous, 
« puissiez-vous être par eux à tout jamais glorifié ! » 

Adam s'en ira distribuer des noms aux animaux, à ceux qui 
existent et à ceux qui naîtront à la vie, et à tout ce qui a été 
créé par Dieu sur la terre. 



Dieu décida par la grâce de l'Esprit Saint, de créer pour son 
grand ami Adam, par cela qu'il était seul, de créer une jeune 
fille, de la lui donner pour épouse, et de les faire s'aimer l'un 
l'autre, en vertu de leur commune nature. Il invita donc 
Adam à se reposer au jardin, et à étendre ses membres sur 
une poignée d'herbes odoriférantes. 

A son réveil, Adam trouva du changement, il se vit en face 
de son épouse, une superbe vierge. Pendant qu'Adam reposait, 
Dieu s'en approcha, et comme il est esprit, il n'éveilla pas le 
dormeur. Il lui enleva une côte, pour en former la première 
femme, comme il avait créé le premier homme d'un peu de 
terre. 

Quand d'une côte d'Adam doucement arrachée, son épouse 
eût été ainsi formée, « Lève-toi, femme vivante, dit Dieu, 
« lève-toi, et tu verras ton pareil. Son corps repose encore, 



i68 



130 



135 



140 



145 



L'abbé Eug. Bernard. 

He corf hoas o repos, sell-han voar an douar. 
Deus da drugarequat neuse ar guir Doue, 
Ous da vean crouet er bet, corf hac ine, 
Ha te laquet memeus, herve he naturel, 
Da vout, corf hac ine, evel-t-han, immortel. 
Houi a rejouisso breman er Baradoes. 

< Teulet evoes ouspen petra a laran hoas : 
Ma crouadurien pur, eme an Autro Doue, 
Me am eus ho crouet er memeus dignité ; 
Mes deus da exantin ar voeen a vue. 
Voar ar re-all er bet me ra d'it liberté : 

:< Hon-nes, eme Doue, ar voeen immortel, 
Hac ma touchet ont-hi, e teuet da vervoel, 
Houi a gollo ma graço, ha privet d'eus ma gloar, 

< A retorn adarre en poult hac en douar. 

< Pa m'eus ho piniguet ha laquet ho taou par, 
Creet, multipliet da peuplin an douar. 

Ha houi ive, Eva, gant ar fres a douguet, 
Houi a voelioudou hac a poan exantet. 



CONCLUSION. 



Mar beet atantif, em-berr e remerquet 

A représentation ar pes am eus laret. 

Breman houi a voelo un darn dimeus ma gloar, 
150 Doue hac an Elle a comans an istoir, 

Evit an act quentan a voelan finisset. 

Prologo so da bep act ; en seis es int laquet, 

A vo represantet, mar bermet an amser (ho silans). 

Beet atantif guen-imp, o prestan ho silans. 
155 Quent avans davantaj, cm eus hoant da guentan, 

Da houlen dian-ec'h ar pes a disiran. 

Nen d-oun quet dificil, mar be ho polante, 

Ne garac'h ma refus evit quen neubeut-se, 

Ne houlennomp netra na gleomp da gaet : 
160 Recevet ahanomp en ho pasiantet, 

Balamour da Doue ; comprenet, en-hi 

Ho prolit a reet ha non pas hon hini. 

Me eo ar simplan den a speret, mes holl en eum doutomp, 



La Création du monde. 169 

« vois-le étendu à terre. Viens à l'instant remercier le vrai 
« Dieu de t'avoir créée corps et âme, et même, dans sa bonté, 
« de t'avoir faite, corps et âme, immortelle comme lui. Main- 
ce tenant vous serez la joie du Paradis. De plus, prenez bien 
ce garde à ce que je vais dire. Vous êtes mes créatures, dit le 
ce Seigneur Dieu, je vous ai créés en possession d'une égale 
ce dignité. Mais je me réserve l'arbre de vie. Sur tout le reste 
ce au monde, je vous donne pouvoir. Cet arbre seul, dit Dieu, 
ce cet arbre est immortel, et si vous y goûtez, vous mourrez, 
ce Vous perdrez ma grâce, et dépouillés de ma gloire vous 
ce retournerez en terre et en poussière. Maintenant que je vous 
ce ai bénis, et fait de vous deux époux, croissez, multipliez 
ce pour peupler la terre. Et vous, Eve, avec les fruits que vous 
ce engendrerez, vous serez à l'abri des douleurs de l'enfan- 
ce tement. » 



CONCLUSION. 

Si vous êtes attentifs, vous verrez tout à l'heure la mise en 
scène de ce que je vous ai exposé en paroles. Maintenant 
vous allez admirer une partie de ma gloire, Dieu et ses Anges 
commencent l'histoire au premier acte, dont j'ai bientôt ter- 
miné l'exposition. Un prologue précède chaque acte : il y en 
a sept qui seront représentés, si le temps le permet. Gardez 
donc le silence et prêtez-nous votre attention. 

Avant de terminer, j'ai envie de vous dire ce que je sou- 
haite. Je ne suis pas difficile, et votre bonne volonté aidant, 
vous ne voudrez pas me refuser pour si peu de chose. Nous 
ne demandons rien que nous ne devions obtenir. Accueillez- 
nous avec patience, pour l'amour de Dieu, et comprenez que 
ce sera plus à votre profit qu'à notre avantage. 



Je suis l'homme le plus simple d'esprit : mais tous, nous 



170 L'abbé Eug. Bernard. 

Rac-semar manquomp dre ignorans, na gleomp da gaet spont 
165 Pardonet ahanomp, mar be ho polante, 
Ha nin a bedo Jésus, m' ho pardono ive. 
An nep a ve ressan voar lie gondition, 
A vanc avoijo pa ve ar brassan compt. 

En eum den a goste a gafan e poent d'in, 
170 Re bell es-on chomet, comans a ret nehin 
Pa ne deu ar re-all ; a bliche d'ho speret, 
Me gare e rafent, allas ! me ne ran quet. 
Escus a houlennan, rac me ia d'ho quitat, 
Da rein plas da antren breman Doue an Tat. 



Senxe I 



Doue an Tat ous he Elle. 



175 Me am eus crouet an env, heol, steret ha loar, 
Quercouls ar firmamant, ar mor hac an douar : 
Me gomant d'an douar donet da broduin 
Pep tra en he seson, evel ma comandin. 
Ha quercouls ar mor bras, daouest d'he violans, 

180 A renco chom bepret, d'in vo obéissant. 

Ha houi, ma holl Elle, me am eus ho crouet 
Evit ma enorin, ha ma meulin bepret. 
D'ar re-all e vo fin, mes d'ec'h na vo james, 
Houi a vo bepret guen-in em Baradoes. 

185 Rac-se, me ho supli, canet joaiissamant 

Meulodi d'ho Crouer, gant eur voes trionfant. 

An Elle a gano tout assambles. 

Nin a rent graço joaùssamant 
Breman da Roue ar firmamant, 
Pehinin en eus hon hrouet, 
190 Ma veso drei-omp enoret ! 

Da veso meulet ma Doue, 
Bepret ha het an éternité ! 



La Création du monde. 171 

doutons de nos forces, c'est pourquoi s'il nous arrive de pécher 
par ignorance, nous ne devons pas nous en effrayer. Par- 
donnez-nous donc, si vous le voulez bien. Nous prierons 
Jésus pour vous, qu'il vous pardonne aussi. Quiconque est 
trop susceptible en ce qui touche à sa condition, se trouve 
parfois en faute quand il a le plus grand compte à rendre. 

Il est maintenant, je pense, temps de me retirer à l'écart. Je 
me suis trop attardé, vous commencez à regretter de ne pas 
voir paraître les autres acteurs. Qu'ils plaisent à vos esprits, je 
le désire pour eux; hélas! je n'ai pas ce bonheur. Excusez-moi, 
je vous prie, je quitte la place pour laisser entrer Dieu le Père. 



Scène I. 

Dieu le Père parle à ses Anges. 

J'ai créé le ciel, le soleil, la lune et les étoiles, et aussi le 
firmament, la terre et la mer. J'ordonne à la terre de produire 
chaque chose en son temps, selon mon commandement, et la 
grande mer, en dépit de ses fureurs, devra s'apaiser, et tou- 
jours me demeurer obéissante. 

Vous tous, mes Anges, je vous ai créés pour m'honorer et 
pour célébrer mes louanges. Les autres êtres auront une fin : 
pour vous il n'y en aura jamais, vous serez toujours avec moi 
dans mon Paradis. Aussi je vous y convie : que vos voix 
■triomphantes chantent avec allégresse les louanges de votre 
Créateur. 

Les Anges chantent en chœur. 

Nous rendons avec joie grâces au Roi du firmament, qui 
nous a créés : qu'il soit par nous honoré ! Que notre Dieu 
soit loué toujours et pendant toute l'éternité ! 



1 7 2 L'abbé Eug. Bernard. 



Doue an Tat a coms. 



Sur, ma crouadurien, me m'eus contantamant, 
Rejouisset e oun giien-ec'h breman er firmamaiït ; 

195 Jubile a reet holl, mar deut d'am enorin, 

N'en eus na droue na vat, me voar, hep laret d'in. 



An El sant Michel a coms. 

Me a rent d'ac'h graço, Prins, Auteur souveren, 
D'am besan bet crouet gant ho crouadurien, 
Hac a rent d'ac'h graço gant eur galon joaùs, 
200 Hac ho trugarequa d'am bout groet cvurus. 

An El sant Gabriel a coms. 

Nin a rent graço en pep amser 
D'ec'h-hu, Doue, hon guir crouer, 
D'hon bean groet caer dreist pep-hinin, 
Hac ho meulodi netra ne desti. 

An El Rafaël a coms. 

205 Pa consideromp Roue ar firmamant, 

Holl hon eus dre ho cras, pep sort contantamant ; 
Nin ho trugarequa, hac ha rent d'ec'h graço, 
Demeus a pep faveur, dre hon meulodio. 

An El Chérubin a coms. 

Prins hac Auteur ar bet demeus a pep amser, 
210 Nin a rent omaj, pa'n d-oc'h hon guir Croirer, 
Ha quement lijion hoc'h eus breman crouet, 
Gant-he, en pep amser, e veet enoret. 

An El Séraphin a coms. 

O Doue, ma Crouer, peguer bras sclerijen ! 

Na peguement a joa am eus en ho quichen ! 

215 Houi rent d'ho crouadur pep sort contantamant, 

Houi hell bean enoret partout er firmamant. 



La Cféation du monde. 173 

Dieu le Père. 

Certainement, Anges créées par moi, je suis satisfait, et vous 
me réjouissez dans les splendeurs du firmament. Vous ferez 
tous fête, si vous venez me rendre hommage. Il n'y a ni bien 
ni mal que je ne sache, sans que vous me le disiez. 

L'Ange saint Michel. 

Je vous rends grâces, Prince, Auteur souverain, de m'avoir 
donné l'être avec vos autres' créatures, je vous rends grâces le 
cœur rempli de joie, et je vous remercie de la félicité dont 
vous me comblez. 

L'Ange saint Gabriel. 

Nous vous rendons grâces en tout temps, à vous, Dieu, 
notre Créateur, de nous avoir créés plus beaux que tous les 
autres : nous vous bénissons, et rien ne saurait arrêter nos 
louanges. 



'5* 



L'Ange Raphaël. 

Quand nous vous contemplons, Roi du firmament, tous 
par votre grâce, nous jouissons d'un bonheur parlait. Nous 
vous disons merci, et par nos louanges, nous vous rendons 
grâces de tous vos bienfaits. 

Un Chérubin. 

. Prince, et de tout temps Auteur du monde, nous vous ren- 
dons hommage à vous, notre Créateur. Que chaque légion 
d'Anges créés à cette heure par vous, ne cesse jamais de vous 
honorer ! 

Un Séraphin. 

O Dieu, mon Créateur ! Quelle lumière éclatante ! Quelle 
joie nous goûtons auprès de vous ! Vous donnez à vos créa- 
tures une félicité sans bornes, et vous méritez d'être honoré 
dans toute l'étendue des Cieux. 



174 L'abbé Eug. Bernard. 



Lucibel a coms. 

Gant reson bras d'in em spi a disqucr : 

Me a so scier ha fin ha dign d'eus al lumier, 

Me so caer ha puissant ha savet tout antier, 
220 Ne n'eus El groet en env evel d'oun, en eur guer; 

Me a so El groet en env, esper a guemeran 

Da sevel huelloc'h, em eus avis breman. 

Me a bretant monet en quefer Doue an Tat, 

Pa'n d'oun quen caer hac hen, se a voelet erfat : 
225 Pa'n d'oun caer ha subtil, gentil, abil ha net, 

E in en lie quichen, reson eo d'in monet. 
Me so scier, me so dign, me so illuminant, 

Me a so caerran El so crouet er firmamant, 

Me a gle quentan, ia, ne doutet quet, 
230 Bean oun pur savant, e dlean bout enoret, 

Hac evel un Doue me a gle bout puissant, 

Ha dreist an holl Elle me die bout trionfant. 
A nep ardeur na ve formet, 

Quen caer ha me ne cafet quet. 
235 Me a ia huel, hac em guelet, 

Gant ho cusul ive guiriec. 

Hervé ho santimant hac ho tiscretion, 

Arhele, deut d'am spi ha d'am ompinion. 

Me a rai ma folis pur, hac herve ar reson, 
240 Dirac Doue en eur si, da vout en lie quichen. 

Me a tell d'in bean en quefer, 

Er plas-se, hep si, em gueler. 
Me eo Lucibel, arc'hel mat, 

A ia da roue gant Doue an Tat. 
245 Cos Elle glan! me ia ous crec'h, 

Na chommin mui aman guen-ec'h. 

Me a hell, certen, hep doutans, 

P'am eus speret ha puissans, 

Monet ous crec'h en fors Doue, 
250 Ha bout enoret couls hac hen. 

Deut holl breman da contemplin 



La Création du monde. 1 7 $ 



Lucibel. 



J'ai grande raison de me le bien mettre dans l'esprit : je 
suis brillant, intelligent et digne de toute splendeur. Oui, je 
suis beau, puissant, merveilleusement doué, et, en un mot, 
au Ciel il n'y a pas un Ange a m'égaler. Ma place est au Ciel, 
et j'ai l'espoir de monter plus haut; j'en arrête maintenant le 
dessein. Je prétends m'élever auprès de Dieu le Père, car je 
suis aussi beau que lui, vous le voyez parfaitement. Puisque 
je suis beau, intelligent, gracieux, habile et sans tache, je mon- 
terai m'asseoir a ses côtés. 

Je suis brillant, parfait, resplendissant, je suis l'Ange le plus 
beau créé au firmament, je dois être le premier, oui, n'en 
doutez pas, je suis un vrai savant, je dois être honoré comme 
tel; comme un Dieu je dois être puissant, et au-dessus de tous 
les Anges, je dois poser en triomphateur. 

Aucune flamme ne pourrait donner naissance à un Ange 
aussi beau que moi ; mon pareil, vous ne sauriez le trouver. 
Je vais monter, et vous en serez témoins, suivant vos conseils 
dictés par la vérité. Laissez-vous conduire par votre sentiment 
et par votre sagesse, Archanges, rangez-vous à mon avis et à 
mon opinion. Je réaliserai ma folle idée, et, en toute justice, 
je vais, d'un bond, m'élancer devant Dieu, m'asseoir à ses 
côtés. Je veux être auprès de lui, et, sans peine, on me verra 
occuper cette place. 

Je suis Lucibel, le brillant Archange, je vais partager la 
royauté de Dieu le Père. Pauvres Anges ! je monte plus haut, 
je ne reste pas davantage ici, avec vous. Je peux assurément, 
sans aucun doute, puisque j'ai esprit et puissance, m'élever 
envers et contre Dieu, et recevoir les mêmes honneurs que 
lui. 



Venez tous maintenant me contempler dans la gloire qui 



176 L'abbé Eug. Bernard. 

Ebars er gloar a recevin. 
Me ia da cresquin ma joaio, 
Hac em quichen me ho plaço. 

Saut Michel a coms. 

255 Ah! Lucibel, pes esperans 

So deut d'it ? M'oud-de hep doutans ? 
Toll plet o tont d'en eum avans, 
Ne raes fot dre arogans. 

Ar quentan El fall a coms. 

D'en eum avans na douj reson, 
260 Da jujin arri n'e quistion. 

Gant Doue, hep si, birviquen, 
Hac evurus en he quichen. 

Lucibel a coms. 

Me ia da sevel d'a-vreman, 
Gant Doue, en degré huellan. 
265 Ha pebes ébat am bo-me, 
Pa vesin hanval ous Doue ! 

An El Gabriel a coms. 

Elle direson, hep gonit, 
Dout bras am eus na viet evit. 
Rebelant oc'h ous ho Roue, 
270 En deus ho crouet, couls ha me. 

An eil El fall a coms. 

Arsa ! sao, ha groa da profit, 
Me lar es eo gaou a lar d'it. 
Te a so quer savant ha ma e Dont, 
Pa'n d'out caer, jolis er guis-se : 
275 Quen caer ha Doue as crouas, 
Out, certen, dre ordrenans vras. 
Goure, ha deus,' ne aret quet, 
El lec'h ma vi çlorifiet. 



La Création du monde. 177 

m'attend : je vais accroître ma félicité, et je vous donnerai 
place auprès de moi. 

Saint Michel. 

Ah ! Lucibel ! Quelle espérance est la tienne ? N'as-tu pas de 
crainte ? Prends garde ; en voulant avancer, tu pourrais tomber 
par orgueil. 

Le premer Ange mauvais. 

D'avancer rien ne saurait l'empêcher. De le juger une fois 
arrivé, il n'en est pas question. Sans peine, à tout jamais, il 
sera avec Dieu et a ses côtés éternellement heureux. 

Lucibel. 

Je vais m'élever à l'instant même à la plus haute place, 
auprès de Dieu. Quels ne seront pas mes transports d'allé- 
gresse, lorsque je serai semblable à Dieu ? 

L'Ange Gabriel. 

Anges insensés, je crains bien que vous ne vous en tiriez 
sans succès. Vous vous révoltez contre votre Roi qui vous a 
créés aussi bien que moi. 

Le second Ange mauvais. 

Or çà ! Lève-toi et fais-en ton profit : tout cela n'est que 
mensonge. Tu es aussi savant que Dieu. Tu es beau, gracieux 
dans tes manières ; aussi beau que Dieu qui t'a créé, tu l'es 
certes, par une disposition merveilleuse. Monte donc, et viens, 
sans arrêter, à la place où tu seras glorifié. 



78 L'abbé Eug. Bernard. 



An El Rafaël a coms. 

Lucibel, se ne ve quet mat : 
280 Houi a deu da ofansiu Doue an Tat. 
Teulet evoes, daouest d'ho gloar, 
Na goesac'h en profont an douar. 
Daouest d'as cheonin, nac ive d'as guenet, 
Teulet plet, mar queret, n'en eum cafac'h tromplet. 

An trivet El fall a coms. 

285 Te a so mat, hanvat natur, 
Te a so jentil ha bel ha fur. 
Me a lar d'it, mar credes d'in, 
E helles ober hep doutin. 

Lucibel a coms. 

Hanvat oun en natur, assur, ha pur ha net, 
290 Na quen caer gant Doue biscoas ne voe crouet. 
Avis a ra guen-en, demeus a sclerijen 
Carguet ar Barados, assur, divoar ma len. 
Rac-se, me ho pet holl, pa'm guelet o sevel, 
Ha me prest da pignal voar an tron éternel, 
295 Houi a veso presant, pa vesin curunet 
Da Doue, da roue gant an holl enoret. 
Clevet ous ma feden, mar queret ma senti n : 
Ar sigen huellan, credet, so gleet d'in, 
Rac em-berr em guelet, gleet eo d'in se, 
300 En eur gador excelant, ha me prins ha Doue. 
Breman me ia ractal, pelloc'h ne dartin quet, 
Deut guen-en assambles da vout glorifiet. 

Ar hentan fos El a coms. 

Quen caer pep quentel a voelan, 
Evel an Doue advouan : 
305 Ha mar d'out, pign pa guéri, 
Me a so prest d'as segondin. 



La Création du monde. 179 



L'Ange Raphaël. 

Lucibel, ce ne serait pas bien ! Vous allez offenser Dieu le 
Père. Gardez-vous, en dépit de votre gloire, de tomber au 
plus profond de la terre. Malgré votre beauté, malgré votre 
splendeur, prenez garde, si vous m'en croyez, de vous trouver 
déçu. 



Le troisième mauvais Ange. 

Tu es bon, très bon par nature. Tu es gracieux. Tu es 
beau, tu es sage. Je te le dis, si tu veux m'en croire, tu peux 
agir sans hésiter. 



Lucibel. 

Je suis très bon par nature, c'est vrai, et brillant, et sans 
tache. Jamais rien d'aussi beau ne fut créé par Dieu. Il me 
semble, en vérité, que le Paradis est tout resplendissant de la 
lumière qui rayonne sur ma tète. Aussi, je vous en prie tous, 
lorsque vous me verrez m' élever, et prêt à monter sur le trône 
de l'Eternel, soyez présents à mon couronnement, quand, 
Dieu et Roi, je recevrai tous les hommages. Rendez-vous à 
mon invitation, si vous voulez m'obéir. La plus haute place, 
croyez-le, m'est bien due. C'est pourquoi, dans un instant 
vous me contemplerez, oui, cela m'est bien dû, assis sur un 
siège étincelant, et je serai Prince et Dieu. J'y vais de suite, 
je ne différerai pas davantage ; venez tous avec moi afin d'être 
glorifiés. 



Le premier Ange mauvais. 

Tu es, pour tout dire, aussi beau que Dieu, je le vois. 
Oui, je te reconnais Dieu. Si tu l'es en vérité, monte quand 
il te plaira, je suis prêt à te soutenir. 



1 8o Vabbè Eug. Bernard. 

An eil ios El a coms. 

Pignet, pa gueret, Lucibel, 
En quefer an Tat Eternel ; 
Houi a so dign evit monet, 
310 Ha bean guen-imp-ni enoret. 

Lucibel a coms. 

Arsa ! ma lijion choaset, 
Ha houi a so eta preparet ? 
Houi am eus choaset gratius 
Da vean guen-en evurus. 

Sant Michel a coms 

315 Lucibel drouc a studies, 

Hac ous gual cusul e sentes : • 
Me a lar d'it hoas divoallan, 
Rac Doue a liell da punissan. 

An trivet ibs El a coms. 

Lucibel, breman na lequet si, 
320 Groet-hu breman ho fantasi. 
Houi a verit bean enoret 
Gant an heol, loar ha steret. 

An El Séraphin a coms. 

O Doue, ma Crouer, houi die bean enoret 
Gant quement so breman, nac a veso er bet. 

325 Mes breman me a voel ho crouadur méchant 
Enep ho polante, sivoas ! so rebelant. 
Mes houi en deus pouvoir voar quement mat a so, 
Quencouls et firmamant hac er planedenno, 
Hac a hell punissan an holl criminalet 

330 A so o concluin aman holl, ho enep. 

An El Chérubin a coms. 
Clevet hoas, Lucibel, me ho pet a galon, 



La Création du monde. 181 

Le second Ange mauvais. 

Montez, Lucibel, montez quand vous voudrez, auprès du 
Père Eternel; vous êtes digne d'aller y prendre place, et vous 
méritez que chacun de nous vous rende ses hommages. 



Lucibel. 

Or ça ! ma légion d'élus, êtes-vous prêts ? Je vous ai choisis 
par faveur, pour partager avec vous ma félicité. 



Saint Michel. 

Lucibel, c'est mal ce que tu entreprends, et tu suis de mau- 
vais conseils. Je te le redis encore, prends garde, Dieu pour- 
rait te châtier. 



Le troisième Ange mauvais. 

Lucibel, à présent ne vous mettez plus en peine, et faites 
donc à votre fantaisie. Vous méritez d'être entouré d'honneurs 
par le soleil, la lune et les étoiles. 



L'Ange Séraphin. 

O Dieu, mon Créateur, vous devez être honoré par tout ce 
qui est et qui sera dans le monde. Et en ce moment, je vois 
vos créatures perverses se révolter, hélas ! contre votre volonté. 
Mais vous avez puissance sur tout ce qui existe, vous régnez 
au firmament, vous commandez sur les planètes, vous pouvez 
punir tous les coupables unis ici pour comploter contre vous. 



L'Ange Chérubin. 

Ecoutez encore, Lucibel, du fond du cœur, je vous en prie. 
Revue Celtioue, IX 12 



1 8 2 L'abbé Eug. Bernard. 

En eu m strinquet d'an daoulin, evit goulen pardon 
Ous an Tat Eternel, en deveus ho crouet, 
Hac ho groet ar caerran demeus an holl Elet. 

Lucibel a coms. 

335 Caer hoc'h eus, Chérubin, parlant pelloc'h ous-in : 
Er sigen huellan breman eo e pignin ; 
Me a prêtant penos e vesin enoret 
Couls ha Doue an Tat en deveus ma crouet, 
Ha bean evurus couls hac hen en envo, 

340 Hac me gret e vin mest voar ar planedenno... 
Houi a so prest, preparet, ma mignonet, 
Da dont da choas plas en pales an Drindet ? 
Me a rei d'ac'h eno pep a curun neve, 
Nemet m'anaveet evit ar guir Doue. 

345 Demp breman assambles, ha ne aretomp quen : 
Me voel Doue an Tat, hac a ia d'he quichen. 

Ar fos Elle ha Lucibel a ia da gaet Doue an Tat. 

Doue an Tat a coms. 

Aret, aret, crouadur disleal ! 

Me a so mest hac auteur d'ar gloar, 

Hac a verit ive ma vesin enoret 
350 Gant quement mat ara eus crouet. 

Ma carjes te a voa em presans evurus, 

Ha breman te a vo birviquen malurus ; 

Te, ha da lijion, assambles a goeo 

En profont an Ifern, en tan hac er flamo. 
355 En pep sort deliço te poa contantamant : 

Birviquen, m'es assur, n'as pe nemet tourmant. 

Da hano am boa laquet em presans, Lucibel : 

Mes te a vo birviquen Lucifer. 

Te am boa-de lequet an enoran am lijion : 
360 Te vo an teruplan a vo en Ifern don. 

Me am boaroet d'it pep sort contantamant, 

Mes birviquen pelloc'h n'as pe nemet tourmant. 



La Création du monde. 183 

Jetez-vous à genoux et demandez pardon au Père Eternel qui 
vous a créé, et a fait de vous le plus beau de ses Anges. 



Lucibel. 

Tu as beau parler, Chérubin : inutile d'insister davantage 
près de moi. Je vais maintenant monter à la place la plus 
élevée. Je prétends être honoré tout comme Dieu le Père qui 
m'a créé, être tout comme lui, heureux au Ciel, et j'entends 
même étendre mon empire sur les planètes... 

Et vous, mes amis, êtes-vous préparés ? Etes-vous prêts à 
venir choisir vos places dans le palais de la Trinité ? Là, je 
vous distribuerai à chacun une belle couronne, à condition 
toutefois, que vous me reconnaissiez pour vrai Dieu. 

Allons à l'instant tous ensemble, ne tardons pas davantage. 
Je vois Dieu le Père, et je monte m'asseoir à ses côtés. 
Lucibel et les Mauvais Anges se dirigent vers Dieu le Père. 

Dieu le Père. 

Arrête, arrête ! Créature déloyale ! Je suis maître ici, je suis 
l'auteur de la gloire, je mérite aussi d'être honoré par tout ce 
qui existe, par tout ce que j'ai créé. Quant à toi, si tu l'avais 
voulu, tu aurais en ma présence, joui d'une félicité sans limites, 
et maintenant tu seras à jamais malheureux. Toi et toute ta 
légion d'Anges, vous serez précipités au fond des Enfers, au 
milieu du feu et des flammes. Toutes sortes de délices étaient 
ton partage et te donnaient pleine satisfaction : désormais, je 
te l'affirme, tu n'auras que tourments. Je t'avais appelé Lu- 
cibel pour te tenir en ma présence : désormais ton nom sera 
Lucifer. Je t'avais créé le plus beau de tous mes Anges : tu 
seras le plus terrible habitant des Enfers. Je t'avais accordé 
toute espèce de joies : désormais tu ne vivras que pour souffrir. 



184 L'abbé Eug. Bernard. 

Me a laqua eur chaden dira-out, da voelet 
Birviquen na ve fin d'as tourmancho calet. 
365 llac se me gomant d'ac'h breman, incontinant, 
Da goean voar da pen en crois ar flam ardant ; 
Te disquenno ebars, quencouls da lijion, 
Me ro guen-it breman ma malédiction. 

Aman e coeont tout en Ifern, ha ma criont tout. 

Fors ! fors ! ar goms-man, assur, a so poner ! 
370 Ar valediction diant un Doue éternel. 

Gant eur goms hep mui quen, en deus bon strinquet 
Da goean er poanio brassan a oufet da gaet. 

Doue an Tat a corns ous an Elle mat. 

Goude, ma holl Elle, goude an devoes bras, 

Hae ar maleur arri voar nep am ofansas, 
375 Memeus dre ho ourgouil hae ho superbite, 

Ho deto an tan flam entre ma vin Doue. 

Mes houi, ma mignonet, père so bet fidel, 

Am anevet bepret evit ho guir crouer. 

Me ho confirm breman, Elle gloan ; hep anvi, 
380 Ha gras ar Speret gloan, groet can ha meulodi, 

Rentet graço laouen, quen certen pep-hinin, 

D'ho Crouer, d'ho Doue, ho mir bac ho casti. 

Guelet hoc' h eus suplis an nep n'am anve quet : 

Mes houi so bet fidel, perseveret bepret. 
385 Concluet em eus, dre gras ar Speret gloan, 

Da lemel pep-hinin a danjer bac a poan ; 

Birviquen, m'ho assur, na veso ataquet 

Nicun er Barados, gant ourgouil na pec'het; 

Disquaret am eus tout soursen ar vanité, 
390 M'ho conservo bepret, evel ma oun Doue. 

An Elle a cano. 

Drindet santel, Auteur ar gloar, 
Crouer d'an env ha d'an douar, 
Nin gant joa, a voir galon, 
A rai meulodi da Roue au trou, 



Llî Création du monde. 18$ 

Devant toi j'attache une chaîne pour montrer qu'il n'y aura 
pas de fin à tes tortures. Maintenant donc, à l'instant, sur 
mon commandement tombez la tête la première au milieu des 
flammes ardentes, toi, Lucifer, avec tous tes partisans, et je 
vous donne ma malédiction. 

Ici ils tombent tous en Enfer, et tous crient: 

Malheur ! Malheur ! Que cette parole est écrasante ! La ma- 
lédiction d'un Dieu éternel ! D'un mot seul il nous a préci- 
pités et plongés dans la souffrance la plus grande qui se puisse 
imaginer. 

Dieu le Père s'adresse aux bons Anges. 

Mes Anges, après ce grand jour où j'ai châtié tous ceux qui 
m'ont offensé par leur audace et leur orgueil, les flammes ar- 
dentes seront leur séjour tant que je serai Dieu. Mais vous, 
mes amis, vous qui m'êtes restés fidèles, reconnaissez toujours 
en moi votre véritable Créateur. 

Esprits célestes, je vous confirme maintenant en grâce. 
Sans hésiter et par la vertu de l'Esprit-Saint, chantez en chœur, 
célébrez mes louanges, rendez grâces, tous sans exception, 
d'une voix joyeuse, a votre Créateur, à votre Dieu, qui vous 
garde et qui vous corrige. Vous avez été témoins de la puni- 
tion de ceux qui ne me reconnaissaient point. J'ai décidé, par 
la grâce de l'Esprit-Saint, de vous soustraire tous à la peine et 
au danger. Jamais, je vous le jure, aucun de vous ne sera sol- 
licité au Paradis par une tentation d'orgueil ou d'autre péché. 
J'ai séché toutes les sources de la vanité. Je vous sauvegar- 
derai toujours, vrai, comme je suis Dieu. 



Les Anges chanteront en chœur. 

Trinité sainte, Auteur de la gloire, Créateur du ciel et de 
la terre, tous ensemble, avec grande joie et de bon cœur, 
nous célébrons les louanges du Roi tout-puissant, 



1 86 L'abbé Eug. Bernard. 

395 En deus bon hrouet a netra, 

Hac hon miret ous estrenvoa. 



An El sant Michel a coins. 

Doue éternel, da vout meulet ! 

Nin so guen-ec'h-hu beniguet, 

Nin a so caer ha livrin ha sinet, 
400 Hac a viquen leun a henet. 

Hon holl respet eo guelet Doue, 

Evel hon Crouer, hon Roue. 
Me eo Michel, prins an Elle, 

D'ec'h, Doue an Tat, e credan se, 
405 A rent graço, joaio neve, 

Pa'n d-omp, certen, en levene. 

Chérubin a coms. 

Tat éternel, na doutomp quet, 
Houi, sur, a gle boutenoret; 
Rac dre ho puissans divin, 
410 Houi en deus hon laquet, hep lin, 
Da jouissan pep meulodi, 
Hep caet tourmant nac anvoi. 

Séraphin a coms. 

Goudt an holl disir an Drindet. 
Presant gant Doue nin so crouet, 

415 Hac ous pep piril divoallet, 
Hac Elle glan ha biniguet. 
Rac-se rentomp d'ehan graço, 
D'hon bean crouet en envo, 
Hon preservet ous an danjer 

420 A so arriet gant Lucifer. 



La Création du monde. 187 

qui nous a créés de rien et préservés de la perdition. 



L'Ange saint Michel. 



Dieu éternel, soyez loué ! Votre bénédiction s'est répandue 
sur nous, nous sommes brillants, joyeux, confirmés en grâce 
et pour toujours resplendissants de beauté. Tout notre bon- 
heur est de voir Dieu, notre Créateur et notre Roi. 



[e suis Michel, prince des Anges. A vous, Dieu le Père, à 
vous, en qui je crois fermement, je rends grâces par de nou- 
veaux cantiques d'allégresse, puisque nos cœurs sont assuré- 
ment tous dans la jubilation. 

Un Chérubin. 

Père éternel, nous n'en doutons pas, vous êtes digne de 
tout honneur. Par un effet de votre puissance souveraine, 
vous nous avez constitués pour chanter perpétuellement vos 
louanges, sans crainte, sans ennui. 



Un Séraphin. 

Tel est l'unique désir de la sainte Trinité. Dieu nous a 
créés, il nous a protégés de tout péril, et bénis comme Anges 
sans tache. C'est pourquoi rendons-lui grâces de nous avoir 
placés au Ciel et préservés du danger où a succombé Lucifer. 



1 88 L'abbé Eug. Bernard. 

Senne II. 
An diaoulien a antre en eur grial ous ar bet. 

Satanas a coms. 

I [aro ! ha gant ar fin hac araj arajet ! 
Chede nin d'eus an envo en douar discaret, 
Da soufrin an tan flam, ar cruellan poanio : 
Ha ma carjemp e voamp evurus en envo. 

Berit a coms. 

425 Satanas miliguet, gant da holl vanité, 

Dre ma voas ar caerran demeus an holl Elle. 
Sell breman da figur, quencouls hac hon hinin : 
Ha hoas beout er flam birviquen o lesquin. 

Astarot a coms. 

Satanas miliguet, mallos ar firmamaut 
430 Da goeso hoas voar-n-out ! te so caus d'han tourmant, 
Mar carjes, nin a voa o c;\n;\n meulodi : 
Ha chede nin breman en Ifern o lesquin. 

Belsibut a coms. 

Mil malédiction a ran d'it, Satanas, 
Rac te a so quiriec d'hon tourmancho divlas, 
435 A rencomp da soufrin, hep caet esperans 
Da garet mui Doue, na guelet he presans. 

Asmode a coms. 

Satanas, ha te a so breman contant 
Bout renoncet d'ar firmamaut ? 
Te a lare bout eur veach curunet 
440 En envo huellan, ha voar an holl Elet : 
Collet eo guen-it da curun, 
Ha te cr poanio disaun. 



La Création du monde. 189 

Scène II. 
Les diables entrent en criant malédiction contre le monde. 

Satan. 

Haro ! Et pour tout dire, fureur et rage! Nous voici préci- 
pités du Ciel dans les abîmes, pour souffrir au milieu des 
flammes ardentes, les plus cruels supplices. Et si nous l'avions 
voulu, nous serions encore heureux au Ciel ! 

Berit. 

Satan, maudit sois-tu avec tout ton orgueil, parce que tu 
étais le plus beau des Anges. Regarde maintenant ta figure 
aussi bien que la nôtre. Et de plus, être condamnés à brûler 
éternellement dans les flammes ! 

Astarot. 

Satan maudit, que la malédiction du ciel tombe encore sur 
toi ! Tu es la cause de notre ruine. Si tu l'avais voulu, nous 
serions au Ciel à chanter des hymnes de louantes. Et nous voici 
maintenant en Enfer, où nous brûlons au milieu des flammes. 

Beelzébut. 

Mille malédictions sur toi, Satan, car c'est toi la cause des 
intolérables tourments qu'il nous faut endurer, sans plus avoir 
l'espérance d'aimer Dieu, de jouir de sa présence. 

Asmodée. 

Satan, dis, es-tu content d'avoir quitté le Ciel ? Tu te van- 
tais d'être couronné là-haut, à la place la plus élevée, au- 
dessus de tous les Anges. Tu as perdu ta couronne, et tu es 
tombé en proie à des tortures éternelles. 



190 L'abbé Eug. Bernard. 

Jupiter a coms. 

Mallos ar steret hac al loar, 
Mallos an env hac an douar, 
445 D'an nep so caus ma s-omp collet, 
Hac a bresans Doue ha da vean privet ! 

Mahom a coms. 

Oh ! pa consideran en joaio an envo, 
Chetu nin quitet demeus a hon plaço ! 
O vont bet rebelant a enep an Drindet ; 
450 Birviquen na oufemp bout gant-han pardonet. 

Satanas a coms. 

Guir a leres ; certen, achu eo quement-se, 

Birviquen nep pardon n'hon bo digant Doue. 

Groeomp goassan hellomp, rac soufrin a so ret. 

Birviquen me veso adversour d'an Drindet : 
45 5 Ma hallen eur veach antren er Baradoes, 

Nin raë ar bresel da Doue, d'an Eles. 

Pa ne hallomp monet da jouissan he gloar, 

Beomp adversourien d'ehan voar an douar. 

Mallos Doue an Tat hac an elemancho, 
460 Voar-n-hoc'h, ma consortet, a viquen ho peso. 

Houi a consantas guen-in e voa mat ma avis, 

Ha breman e omp holl en araj, en suplis. 



Senne III. 



Doue an Tat a coms. 



Chetu ar sigeno ar voes-man disoloet 
Gant ar re valurus en deus ma ofancet. 
465 Me deui d'ho ramplissan, evel ma oun Doue, 
Rac an den a formin memeus corf hac ine. 
Ret eo d'in da guentan formin ar sclerijen, 



La Création du monde. 191 

Jupiter. 

Malédiction des étoiles, malédiction de la lune, malédiction 
du Ciel, malédiction de la terre, sur celui qui est cause si nous 
sommes perdus, et à jamais privés de la présence de Dieu ! 

Mahom. 

Ah ! lorsque je reporte mes regards vers les joies du Ciel, 
je vois que nous sommes chassés de ce délicieux séjour, pour 
nous être révoltés ^contre la Trinité. Non, jamais nous ne 
pourrons obtenir notre pardon ! 

Satan. 

Tu dis vrai. Certes, c'est bien fini, jamais Dieu ne nous 
pardonnera. Faisons donc le plus de mal qu'il nous sera pos- 
sible, puisque nous sommes condamnés à souffrir. Je veux être 
à jamais l'adversaire de la Trinité. S'il nous était donné d'en- 
trer une fois encore au Paradis, nous ferions la guerre à Dieu 
et à ses Anges. Puisqu'il nous est interdit de retourner jouir 
de sa gloire, soyons ses ennemis sur la terre. La malédiction 
de Dieu le Père, la malédiction des éléments pèsera sur vous, 
camarades, pendant toute l'éternité. Vous avez été de mon 
avis pour trouver bon mon projet de révolte, maintenant nous 
sommes tous voués à la rage et aux supplices. 



Scèxe III. 



Dieu le Père. 



Voilà les places cette fois abandonnées par les malheureux 
qui m'ont offensé. Je les ferai occuper, aussi vrai que je suis 
Dieu, car je vais créer l'homme de rien, son corps et son âme. 

D'abord, je veux créer la lumière, qui s'appellera la joie de 



192 L'abbé £u£. Bernard. 

Hac a veso hanvoet holl plijadures an den, 

Hac an heol memeus a so illuminant, 
470 Hac a rei sclerijen ebars ar firmamant. 

Goude e hinvoin an nos pehini so tefal, 

Hen defo al lumier dious steret ha loar : 

An nos dre lie vertu a so tefalijen, 

En amser-man a rai he repos da bep den... 
475 Separet eo breman an nos dious an de, 

Ha d'al loenet brutal e roan liberté. 

Breman e quefin mat rein ho hano d'an deio, 

Ha goude e formin an holl planedenno ; 

Al lun eo ar hentan, ar meurs, ar merher, ar iaou, 
480 Ar guener, ar sadorn, hac ive ar sulio. 
Ha breman e formin an holl anevalet, 

Ad labouset nij en er, er mor bras ar pesquet, 

Ar ranet en dour dous, da ganan meulodi, 

Dre ho moes ravissant a deui d'am enorin. 
485 Me ia da formin an den em imaj diviset, 

Demeus a un tam douar, Adam e vo hauvoet : 

Voar loenet an douar e vo victorius, 

Goude hen a veso en envo evurus. 

Doue a disquenno d'eus he tron er Barados terest. hac a formo an den, ha 

ma coms. 

Adam, me as conjur da sevel prontamant, 
490 Rac te a so crouet em imaj excelant. 

Te a so ma mignon, ha birviquen e vi : 

Hogon toll evoes mat da dont d'am ofanci. 
■ Er Barados terest me ro d'it liberté, 

Quercouls voar ar fres mat, ha voar loenet goue. 
495 An douar dre he natur, a deui da produin 

A bep sort lousou mat evit da recrein. 
Quement a so crouet er bet antieramant, 

A veso, ma mignon, d'id-de obéissant. 

Debr hac ef, ma mignon, ar sort goût a guéri, 
500 Ar voeen a vue so ret da exantin. 

Te a so immortel entre vi em graço, 

Te hallo jouissan a bep sort deliço. 



La Création du monde. 19? 

l'homme, le soleil dans les deux pour illuminer tout et pour 
répandre la lumière à travers le firmament. Ensuite, je don- 
nerai son nom à la nuit qui est obscure, et qui empruntera sa 
clarté à la 'lune et aux étoiles. La nuit par sa nature est té- 
nèbres, et en ce temps-ci, elle procurera le repos à chacun... 



La nuit et le jour sont maintenant séparés, et je mets en 
liberté les animaux féroces. Il me plaît d'appeler les jours par 
leurs noms, après quoi je créerai toutes les planètes. Le Lundi 
est le premier jour, puis suivront le Mardi, le Mercredi, le 
Jeudi, le Vendredi, le Samedi et le Dimanche. 

A cette heure, je veux créer tous les animaux, les oiseaux 
qui volent dans l'air, les poissons dans la grande mer, dans 
l'eau douce les grenouilles, pour chanter mes louanges, et me 
rendre honneur par leurs concerts ravissants. 

Je vais former l'homme, le laçonner à mon image, le tirer 
d'un peu de terre : il s'appellera Adam. Il aura puissance sur 
les animaux de l'univers, et dans la suite, il sera heureux au 
Ciel. 

Dieu descendra de son trône, dans le Paradis terrestre, et formera l'homme. 
Ensuite il parle. 

Adam, je te l'ordonne, lève-toi piomptement. Je t'ai créé 
ressemblant à mon image divine. Tu es mon ami, et tu le 
seras toujours, mais prends bien garde de te laisser aller à 
m'offenser. Au Paradis terrestre je te donne la libre disposition 
des fruits de choix et des animaux sauvages. La terre, de sa 
nature, produira toute espèce de légumes pour ta nourriture. 



Tout ce qui existe au monde, tout, mon ami, sera soumis 
à tes lois. Mange et bois, mon ami, ce qui te fera plaisir : à 
l'arbre de vie seul, tu ne toucheras pas. L'immortalité est et 
sera ton partage, tant que tu resteras en état de grâce, et tu 
pourras jouir de toutes sortes de délices. 



194 L'abbé Etog. Bernard. 

Adam a coms. 

Ma Mest ha ma Autro, me ho trugarequa 
Evit ma bout crouet, me a voel, a netra, 
505 Ha ma bean laquet en pep sort deliço : 

Demeus a bep amser me a rent d'ac'h graço, 
Hac a promet aman, ma Doue, ho caret, 
Ha bout obéissant da guement a leret. 

Doue an Tat a coms. 

Adam, houi eo ar hentan am eus laquet er bet, 
5 10 Da vean evurus a viquen, ma queret ; 

Me 'm eus ho confirmet gant pep sort carante, 
Beet obéissant bepret, d'ho guir Doue. 
Quement a so crouet er bet bete vreman, 
Me a gomant d'eshe d'ec'h-hu obeissan : 
5 1 5 Reit d'esho ho hano er feson ma queret, 
Obéissant voint d'ar pes a comandet. 

Adam a coms, rein ho hano d'al loenet. 

O Doue, ma Crouer, p'hoc'h eus bet madeles 
Da ma laquât mest voar quement so er bet, 
Me ro ho hano d'he, herve ma bolante, 

520 Ha houi da bep amser glorifiet gant-he ! 
Me a hanvo ar goulm a so loen dereat, 
Pa 'm eus bet ar hras diant Doue an Tat, 
Ha neuse an estic gant he voes ravissant, 
A enoro bepret Roue ar rirmamant, 

525 Ar vran hac ar piquet, ar pabor, ar gueguin, 
Ar voualc'h, ar golven, hac ive ar pincin : 
Goude an eunic-glas veso ar peroquet, 
Neuse ar glujuri, hac ar hefeleguet : 
Goude ar guenili hac an ehoederet, 

530 Ar sparfel hac ar scoul hac an tursunelet ; 
N'en d-eo quet necesser holl o represantin, 
Ha nep en eum servijo, a hanvo pep-hinin. 
Goai hac houidi a hanvoan tout espres, 



La Création du inonde. 195 



Adam. 



Mon Maître et mon Seigneur, je vous remercie de m'avoir, 
je le vois, créé de rien, et de m'avoir placé dans ce jardin de 
délices, c'est pourquoi je vous rendrai grâces en tout temps. 
Je vous promets ici, mon Dieu, de vous aimer et d'obéir à 
tout ce que vous ordonnerez. 



Dfeu le Père. 

Adam, tu es le premier que j'ai mis sur la terre pour être à 
jamais heureux, si tu le veux bien. Je t'ai entouré de témoi- 
gnages d'affection : sois-moi donc toujours obéissant, à moi, 
ton Dieu véritable. A tous les êtres créés au monde jusqu'à 
présent, je commande de t'obéir sans hésiter ; donne-leur des 
noms comme il te conviendra, et chacun s'empressera de 5e 
soumettre à tes ordres. 



Adam donne des noms aux animaux. 

O Dieu, mon Créateur, puisque vous avez eu la bonté de 
me constituer maître sur tous les êtres de la création, je vais 
les appeler du nom qui me plaira. Puissent-ils, Seigneur, vous 
glorifier à jamais ! 

Je nomme la colombe, c'est un oiseau gracieux, en vertu du 
pouvoir que m'a donné Dieu le Père, le rossignol, dont la voix 
mélodieuse chantera toujours les louanges du Roi des Cieux, 
le corbeau, la pie, le bouvreuil, le geai, le merle, le moineau, 
le pinson, le martin-pêcheur, le perroquet, la perdrix, la bé- 
casse, l'hirondelle, l'alouette, l'épervier, le milan, la tourte- 
relle. Il n'est pas nécessaire de les représenter tous, celui qui 
s'en servira les nommera l'un après l'autre. J'appelle aussi ex- 
pressément de leur nom les oies et les canards, 



1 96 L'abbé Eug. Bernard. 

Patin, coc ha iar, hac ive ier Indes, 
535 Ha breman ar gaouen, Iierve lie naturel, 
Pa 'm eus bet ar hras digant an Eternel. 
Breman e hinvoin hoas hep mar, an houperic, 
Un eunic a so bail, lie hano, an estic : 
Ar vilvoit hac an dret hac a craperic-gue, 
540 Bete ar gasec-coat, me ro ho hano d'he. 
Breman e hanvoan hoas an eunic Canaper, 
Ar gudon, ar guïoch, couls an eun linaer, 
An austruch hac ar grue hac ar grifon cruel, 
Ar iar-dour, so mui quen a so ret da henvoel : 
545 Hac ar foeteric-dour, quencouls hac ar fidan, 
Ar molegan, ar haoil, neuse al laouenan : 
Ar hefeleguet-mor hac an houidi-goue, 
Ar garheis pesqueter, me ro ho hano d'he : 
Hac an toreric-craon a hinvoin hoas breman, 
550 Davantaj ar bic-spern hac ar straqueric-lan, 
Ar boru-buric, ar sign, budor hac al levren. 

Breman e hinvoin hoas, pa e d'in comandet, 
Al loenet violant so gant Doue crouet : 
Al leon hac an ours, an tigr hac al licorn, 
555 Daouest d'ho holl furi a chom dindan ma dorn ; 
Ar haro, ar iourc'h, ar blei hac an heies, 
Ar hat hac al louarn, ha consort assambles, 
Bete ar goniflet, ar broc n, an ermini, 
A renc obeissan d'ar pes a comandin. 
560 Breman e hanvoan hoas chatal, saout ha quesec, 
Ar mul hac an asen, moe'h hac ohenet, 
Ar re-se a veso da servi j in an den, 
A vo e pep amser voar-n-eshe souveren : 
Ha neuse levrini, dogueset, so hoas bras, 
565 Hac al leopardet, chas munut, ar re vras, 
Ar merien a douar, hac a bep sort houillet, 
Ar fubu, ar helien, hac ive ar prevet. 
Breman e hinvoin hoas ive ar sardonen, 
Ar guenan, ar goespet, queonit, ha garlosten, 
570 Ha neuse davantaj gueor, lampereset, 

Ar busuc, ar bolbos, ar melvet, ar scrillet: 



La Création du monde. ! 97 

le paon, le coq et la poule, les dindons, le chat-huant, selon 
sa nature, puisque l'Eternel m'a chargé de ce soin. Je nomme 
encore, sans arrêter, la huppe, un petit oiseau qui porte une 
tache blanche au front, c'est le rossignol de muraille, la grive, 
l'étourneau, le grimpereau, le pivert. Je nomme également 
le chardonneret, le pigeon-ramier, la bécassine, la linotte, 
l'autruche, la grue, le griffon cruel, la poule d'eau, il n'en 
reste plus à nommer. Encore la bergeronnette, le bruant, le 
verdier, la caille, le roitelet, le courlis, le canard sauvage, le 
héron, qui vit de poisson, le .casse-noisette, la pie-grièche, le 
landier, le rouge-gorge, le cygne, le butor et la cigogne. 



Maintenant, pour accomplir les ordres que j'ai reçus, je 
nomme les bètes féroces créées par Dieu, le lion, l'ours, le tigre, 
la licorne : malgré leur instinct sauvage, ils me resteront sous 
la main ; le cerf, le chevreuil, le loup, la biche, le lièvre, le 
renard et leurs pareils jusqu'au lapin, le blaireau, l'hermine, 
qui doivent obéir à mon commandement. Je nomme encore 
les troupeaux, vaches et chevaux, mulets, ânes, cochons, 
bœufs ; ceux-là seront attachés au service de l'homme qui les 
tiendra toujours en sa puissance ; puis les lévriers, les dogues 
qui sont de taille, les léopards, les chiens, grands et petits; 
les -fourmis de terre, les hannetons de toute espèce, les mou- 
cherons, les mouches, les vers; et encore les frelons, les 
abeilles, les guêpes, les araignées, les perce-oreilles, les cigales, 
les sauterelles, les vers de terre, les mites, les limaces, les 
grillons ; 



Revue Celtique, IX 1 3 



198 L'abbé Eug. Bernard. 

Breman an défont, ar marmous, an denvet, 
Neuse ar bouc'h, ar haor, ive an haerelet, 
GouJe an uruson, memeus ar guiveret, 

575 An aer hac an aspic, ar sourt, hac an tonsec. 
Breman e hanvoan hoas, pa'n e d'in comandet, 
Scorpion ha quiger, basilic, serpantet, 
Ar goet, al logot, hutugan, morsellet, 
Groahet, voalet, tavoan, malvinier ha raset, 

580 Ha breman er mor bras e eus lies pesquet, 
Ar balam, ar seren, silio ha touilhet, 
Ar moroe'h, ar somon, goan, var ha moruet, 
Neuse ar bresili, pladis hac harinquet, 
Ha neuse ar marc'h-mor hac ar hoariellet, 

585 Ar raë, an dofin, ar horp, hac ar brohet, 
Sardinet hac ormel, hac hist croguillec, 
Brinic ha tousec-mor, ha neuse ar groahet. 

Breman hoas en dour dous e hanvoan glesqueret, 
Glasardet ha quirelaouen, ha neuse ar ranet. 

590 A bep sort natur a so crouet gant Doue, 
Me ro ho hano d ne, herve ma bolante. 
Quement bete vreman so crouet gant Doue, 
Goude eur som amser, a veso fin d'eshe ; 
N'en deus nemert an den, hen-nes so immortel, 

595 En deveus bet ar riras diant an Eternel. 

Breman, Drindet santel, chetu acomplisset 
An holl ordrenanço ho poa d'in comandet : 
Roet 'm eus ho hano d'he, herve ma bolante, 
Bepret evit ho gloar me veinteno anhe. 

600 Breman hoas e hanvoin a bep sort frejo mat, 
Al lousou er jardin so crouet délicat, 
Ar resin, ar figues, an avalo, ar per, 
A reit d'in, ma Doue, demeus a bep amser : 
Queres, babioles, bete prun ha groegon, 

605 Ar spezet, ar framboes, castrilles hac oignon, 
Goude-se ar histin, craon-gallec, ar re coat, 
Ar re alamandes, a so holl frejo mat, 
Ar pèches, ar hivig, ar mouar, an illin, 
Me ro ho hano d'he abeurs an Tat divin : 



La Création du monde. ! 99 

j'ajoute l'éléphant, le singe, les moutons, le houe, la chèvre, 
la belette, le hérisson, l'écureuil, la couleuvre, l'aspic, la sala- 
mandre, le crapaud ; je termine par le scorpion, l'orvet, le 
basilic, les serpents, les taupes, les souris, les loirs, les mulots, 
les cloportes, les tiques, les taons, les papillons et les rats. 



Dans la grande mer il y a nombre de poissons, la baleine, 
l'esturgeon, le congre, les roussettes, le marsouin, le sau- 
mon, le turbot, le bar, la morue, les maquereaux, les plies, les 
harengs, le cheval de mer, les rougets, la raie, le dauphin, le 
thon, les mulets, la sardine; puis les ormeaux, les huîtres à 
coquilles, les patelles, le crapaud de mer et les vieilles. 



Dans l'eau douce, je nomme les grenouilles, les lézards, les 
sangsues, les reinettes. 

Dieu a formé les êtres de toute espèce, je donne à chacun 
son nom selon ma volonté. Tous les êtres, jusqu'à présent 
créés par Dieu, auront une fin après un certain temps ; 
l'homme seul est immortel, il en a reçu la grâce de l'Eternel. 



Trinité sainte, j'ai maintenant exécuté les ordres que vous 
m'avez transmis, j'ai nommé tous les êtres comme j'ai voulu ; 
je vous promets de les faire servir toujours à votre gloire. 

•Je veux encore distribuer des noms aux fruits de choix et 
aux plantes créées dans le jardin, le raisin, les figues, les 
pommes, les poires que vous me donnez, mon Dieu, depuis le 
premier moment, les cerises, les guignes, les prunes et les be- 
losses, les groseilles, les framboises, les castilles et les oignons, 
les châtaignes, les noix, les noisettes, les amandes, qui tous 
sont fruits excellents, les pèches, les sorbes, les mûres et les 
prunelles, je les nomme tous au nom du Tout-Puissant. 



200 L'abbé Eug. Bernard. 

6 io Goude ar col pome, trinchin ha col commun, 
Petes ha saladen, ar re-se so commun, 
Ar pouraches, neuse munudic ha sourcil, 
Bout bras, ar re vunut, ha goude-se pouril, 

Turcantin, marjolcn, ha lavant cotonnec, 

615 Neuse ar genofle, hac al lavant musquet: 
Foudrelis a so hoas, ha ros ru, ar re voen, 
Quereouls ar fao, ar pis, a servijo d'an den : 
Neuse ar basfilic, tulipes, pempis glas, 
Arvoat, hac ar sivi, fanvoil ha col choas, 

620 Parpic, buglose, hac ar bascantes, 

Trao mat, hac ho die bout hanvoet tout espres. 
Breman e hinvoin hoas serfil hac silles, 
Seliri ha cors-noir, panes ha carotes, 
Passe-ros, viollie, levren, 

625 Neuse trantefeilles, hac an éternel guen. 

Breman e hinvoin hoas an dero so coat mat, 
Ha goude-se an til, ar fo, ar hoat sab, 
Goude spern, ar beus, halec hac an evor, 
Couls ar hoat greneres, hoat sab an Nord, 

630 Me ia da henvoel hoas palm, cedrus, olivet, 
Ar vercus hac al lore musquet. 

Anfin, en gênerai, quement mat so formet 
Gant an Tat éternel, am eus breman hanvoet. 



Doue an Tat a coms. 



Concluet em eus, dre gras ar Speret glan, 
635 Ma mignon bras Adam so du-hont e-hunan, 

Ret eo formin eur verc'h da vont d'ehan priet, 

Hervé ho naturel, da dont d'en eum garet... 
Adam, me as pet breman, da repos er jardin, 

Ha da asten da corfvoar un torch lousou tin. 
640 Voar bars natii'uni, c quiii chanchamant, 

E voeli da briet, eur feumeulen vaillant. 



La Création du inonde. 201 

Je veux y joindre les choux-pomme, l'oseille, les choux ordi- 
naires, les bettes, la laitue, tout cela est commun, la bourrache, 
le serpolet, le souci, les navets, grands et petits, le poireau, le 
thym, la marjolaine, la lavande cotonneuse, les giroflées, la 
lavande musquée, les lis, les roses rouges et blanches, les ha- 
ricots, les pois qui seront à l'usage de l'homme, le basilic, les 
tulipes, la quinte-feuille verte, la tanaisie, les fraises, le fenouil 
et les choux frisés, le persil, la bugloseet les asperges, plantes 
excellentes qui méritent d'être expressément nommées ; ensuite 
le cerfeuil, les ciboules, le céleri, le radis noir, les panais et les 
carottes, les passe-roses, les violiers, le lilas, la trentefeuille et 
la blanche immortelle. 



Je veux aussi nommer le chêne, qui est un bon bois, l'or- 
meau, le hêtre, le pin, l'aubépine, le buis, le saule, la bour- 
daine, le tremble et le sapin du Nord. J'y ajoute encore le 
palmier, le cèdre, l'olivier, le myrte et le laurier parfumé. 



Enfin, tout ce que le Père éternel a créé, tout a maintenant 
de moi reçu un nom particulier. 



Dieu le Père. 



J'ai décidé ceci avec le concours de l'Esprit-Saint. Mon 
grand ami Adam est là-bas tout seul, il faut que je forme une 
jeune fille pour devenir son épouse, et suivant leur nature, ils 
s'aimeront l'un l'autre. 

Adam, je t'invite à présent à te reposer dans le jardin, à 
étendre ton corps sur un fiisceau d'herbes choisies. Lorsque 
tu t'éveilleras, tu trouveras du changement, tu verras ton 
épouse, une femme superbe. 



202 L'abbé Eug. Bernard. 



Adam er jardin a coms. 



Ma Doue, ma Crouer, n'ioun petra eo se ; 
Hoant am eus da repos, me lar gant guirione, 
Me a strinquo aman, voar un torch lousou tin. 
645 En cousquet, en difun, me ofr d'ec 'h ma feden. 

Doue an Tat a coms. 

Reposet eo Adam... Me a ia d 'lien caet..., 
Me ielo quen subtil, ha ne difuno quet ; 
Me denno eur gosten, hac a formo lie bar, 
Quercouls evel Adam, d'eus un tamic douar. 

Ma tisquen, ma a da caet Adam, ma ten eur gosten d'eshan, ma continuo 

da coms. 

650 Adam ma difun quet... Me rai quen exeelant 

Aman da voir briet, quen caer ha quer charmant, 
Ma vevoent assambles d'eur memeus union, 
Ma vo rejouisset an douar hac an tron... 
Chetu costen Adam subtilamant tennet : 
655 Er memeus calite me a form lie briet... 

Sao alesse, groee veo, hac e voeli da par, 
He corf hoas o repos, sell-han, voar an douar. 

Eva a savo hac a coms. 

Auteur ar firmamant, houi eo sur an Drindet, 

Da vout crouet ma corf, hac ive ma speret, 
660 Ha ma laquet memeus, herve an naturel, 

Da vout, corf hac ine, evel-d-hoc'h immortel. 

Breman, ma gouir Crouer, me a rent d'ec'h graço, 

Dimeus a voir galon, em holl actiono. 

Da guement a leret, me vo obéissant, 
665 Rac me eneo es oc'h Crouer ar firmamant. 

Doue an Tat a coms. 

Ma crouadures pur, pa'm eus bet ho crouet, 
Ma mignon bras Adam ho peso da briet : 



La Création du monde. 20$ 

Adam au jardin. 

Mon Dieu, mon Créateur, je ne sais ce que cela veut dire. 
J'ai envie de me reposer, je le dis en vérité ; je vais m'étendre 
ici, sur une gerbe d'herbes parfumées. Que je dorme, que je 
veille, je vous offre ma prière. 

Dieu le Père. 

Adam repose... Je vais le trouver... J'irai si doucement 
qu'il ne s'éveillera pas. Je tirerai une de ses côtes et j'en for- 
merai sa compagne, tout comme Adam, que j'ai créé d'un 
peu de terre. 

Il descend, va trouver Adam, lui enlève une côte et continue : 

Adam ne s'éveille pas... Je veux lui créer une épouse si 
parfaite, si belle, si charmante, qu'ils vivront ensemble dans 
une douce union qui réjouira la terre et les cieux... 

Voici la côte d'Adam délicatement enlevée : j'en forme pour 
lui une épouse de même nature... 

Lève-toi, femme vivante, et tu verras ton pareil. Son corps, 
regarde-le, repose encore sur la terre. 

Eve s'étant levée parle. 

Auteur du firmament, vous êtes sans doute la Trinité. Vous 
avez créé mon corps et aussi mon esprit ; vous me destinez 
même, suivant ma nature, à être, corps et âme, immortelle 
comme vous. Maintenant, mon Créateur, je vous rends, du 
fond du cœur, grâces en toutes mes actions. A tout ce que 
vous direz, je me montrerai obéissante, car, je le reconnais, 
vous êtes le Créateur des Cieux. 



Dieu le Père. 

Vous êtes bien l'ouvrage de mes mains, et si je vous ai 
créée, c'est pour que vous soyez l'épouse de mon grand ami 



204 L'abbé Eus. Bernard. 

Houi veso unisset d'eur memeus bolante, 
Rae-se en eum gueret an cil hac eguile. 



Eva a coms. 

670 Ma Doue, ma Crouer, me nâ refusin quet, 
Me a obeisso da guement a leret. 
Houi en deus ma crouet en pep sort deliço, 
Reson eo observin ho holl ordrenanço. 

Doue an Tat a coms. 

Adam, Adam, ditun ! Chede compagnones! 

675 Houi a rejouisso breman ar Baradoes. 

En eum gueret ho taou, ha credet en Doue, 
Ho freus a ramplisso sigeno an Elle. 
Lucibel gueasall, en env am boa crouet 
Ar caerran crouadur a guement a gafet : 

680 Pa deuas d'am ofansin, hen strinquis ous traon 
Hac hen dihollis cren en creis an Ifern don. 
Ha nep vo rebelant enep ma bolante, 
A veso punisset, evel ma s-oun Doue. 

Adam a coms. 

Me am eus cals a joa, Créateur ar steret, 
685 Pa voelan ar vroec-man, es oun rejouisset. 
Hou-man so eur presant dian-ec'h, ma Doue, 
Pa ret d'in eur priet quen caer evel an de ; 
Dcmeus a voir galon breman he recevjn, 
Hac e teuomp hon daou breman d 'ho enorin. 

Eva a coms. 

690 Ha me, ma guir Autro, gant eur galon parfet, 
A comeran Adam evit ma guir briet. 
P'hoc'h eus hon crouet er bet-man pur ha net, 
Exant dimeus a boan ; na tomder, nac anvoet, 
Xac ilboet, na sehet na santomp er plas-man : 

695 Me am eus dian-ec'h ar goût a disiran. 



La Création du monde. 205 

Adam. Vous serez unis dans une même volonté. Aimez-vous 
donc l'un l'autre. 



Eve. 

Mon Dieu, mon Créateur, je ne m'y refuserai pas. J'obéirai 
toujours à tout ce que vous direz. Vous m'avez créée au milieu 
de toutes sortes de délices, il est raisonnable que j'observe 
tous vos commandements. 

Dieu le Père. 

Adam, Adam, éveille-toi. Voici de la compagnie. Vous ferez 
maintenant la joie du Paradis. Aimez-vous l'un l'autre et 
croyez en Dieu. Votre race occupera les places perdues par les 
Anges. Lucifer, jadis au Ciel, je l'avais créé le plus bel être 
qu'il fût possible d'imaginer. Il m'offensa, je le précipitai dans 
les abîmes et le plongeai d'un trait au plus profond de l'Enfer. 
Quiconque se révoltera contre ma volonté sera puni, vrai, 
comme je suis Dieu. 



Adam. 

Mon cœur tressaille de joie, Créateur des étoiles, et en 
voyant cette femme, je me sens bien heureux. C'est là un 
présent digne de vous, ô mon Dieu, de me donner une épouse 
belle comme le jour. Je la reçois de bon cœur, et tous deux 
nous ne cesserons pas de vous honorer. 



Eve. 

Et moi, mon Seigneur, c'est avec un consentement parfait 
que je prends Adam pour mon époux ; et puisque vous nous 
avez créés en ce monde, sans tache et sans défaut, exempts de 
toute peine, nous ne sentirons ici ni chaleur ni froidure, ni 
faim, ni soif. J'ai de vous tout ce que je désire. 



206 L'abbé Eug. Bernard. 

Doue an Tat a coms. 

M'ho peso birviquen entre veet em graço, 
Rac-se teulet evoes eur vech, ous ma comso : 
Me deu da exantin ar voeen a vue, 
Voar ar re-all er bet me ro d'ec'h liberté ; 
700 Rae-se teulet plet mat, hon-nes so immortel, 
Ha mar touchet ont-hi e teufet da vervoel : 
Houi a gollo ma graço, ha privet d'eus ma gloar, 
A retorn adarre en poult hac en douar. 

Doue an Tat a vinic aneshe er Barados terest, ha goude e comso. 

Breman, Adam, Eva, me ho pinic quefret, 
705 Me ho confirm ho taou, rac-se perseveret. 
Groet multipliai! da peuplin an douar, 
Bete ar firmamant da ocmantin ma gloar, 

Adam houi so den fur; çhetu houi biniguet, 
Rac se teulet plet mat d'ar pes am eus laret. 
710 Ha houi ive, Eva, gant ar fireus a douguet, 
Houi a voelioudou hac hep poan exantet 
Entre veet em graço. Me ro d'ec'h liberté, 
Baleet ha reposet hac en nos hac en de. 

Doue a sorti. 



La Création du monde. 207 

Dieu le Père. 

Et vous l'aurez toujours, tant que vous serez en état de 
grâce. C'est pourquoi, faites bien attention à mes paroles. Je 
réserve l'arbre de vie. Sur tous les autres au monde je vous 
donne pouvoir, vous êtes libres d'en disposer. Prenez donc 
garde, cet arbre est immortel, et si vous y touchez, vous 
mourrez. Vous perdrez ma grâce, et privés de ma gloire, vous 
retournerez en terre et en poussière. 



Dieu le Père les bénit dans le Paradis terrestre, ensuite il dit : 

Maintenant, Adam et Eve, je vous bénis de compagnie. Je 
vous confirme tous deux dans mes bonnes grâces, vous n'avez 
qu'à persévérer. Croissez, multipliez pour peupler la terre, pour 
augmenter ma gloire jusques aux sommets des deux. 

Adam, vous êtes un homme sage : vous voilà béni, prenez 
donc bien garde à ce que je vous ai dit. Et vous, Eve, les 
fruits que vous porterez, vous les mettrez au monde sans dou- 
leurs, tant que vous serez en grâce avec moi. Allez, vous êtes 
libres ; marchez, reposez-vous à votre gré, et la nuit et le jour. 



Dieu sort. 



RECHERCHES 

sur l'origine de 

LA PROPRIÉTÉ FONCIÈRE 

ET DES NOMS DE LIEU EN FRANCE 

Quatrième article 



Pontiliacus est le nom d'un palais d'où Charles le Chauve 
data en 873 un diplôme en laveur des églises Saint-Mammès 
de Langres, et Saint-Etienne de Dijon 1 . C'est aujourd'hui 
Pontailler-sur-Saône, Côte-d'Or. La forme latine correspon- 
dant à ce nom de lieu gallo-romain est Pontilianus, nom d'une 
villa située dans le Roussillon, comme nous l'apprend un di- 
plôme du roi Lothaire donné en 982 2 . 

Pontiliacus et Pontilianus sont dérivés de Pontilius, genti- 
lice romain dérivé lui-même de Pou lins. Le plus ancien 
exemple de Pontilius nous est offert par une inscription re- 
cueillie en Espagne, près de Carthagène?. On le trouve deux 
fois répété dans une inscription d'Afrique*. Il apparaît dans 
plusieurs inscriptions d'Italie 5. 

Primiacus est une villa mentionnée dans un diplôme donné 



1. Dom Bouquet. VIII. 643 d. 

2. Dom Bouquet, IX, 649 b. 

3 . Corpus, I, [478; 11,-3-43 5 . 

4. Corpus, VIII, 8799. 

5. Corpus, IX, 5799 ; X, 47, 363, 364. 



Propriété foncière et noms de Heu en France. 209 

en 834 par Louis le Débonnaire en faveur d'Albéric, évêque 
de Langres 1 . C'est aujourd'hui Prangey, Haute-Marne. Une 
autre villa, du nom de Primiacus, tut donnée en 866 par Lo- 
thaire, roi de Lorraine, à sa femme Theodeberge 2 . 

Ce nom de lieu dérive de Primius, gentilice tiré du surnom 
Primus, et qu'une inscription découverte en Autriche nous 
montre dans le nom de femme Primia Honorata 5 . Nous le 
retrouvons dans une inscription du musée de Mannheim qui 
débute par le nom de femme Primia Accepta -+ ; dans une ins- 
cription d'Oppenheim, en Hesse, qui nous fait connaître le 
nom de femme Primia AmmillaS. On a découvert à Mevlan, ' 
Isère, l'épitaphe de L. Primius Valerius gravée par ordre de 
son fils Primius Vassillus et de sa fille Primia Valeria 6 . On a 
recueilli à Lyon l'épitaphe de M. Primius Secundianus, sévir 
augustal, gravée par les soins de M. Primius Augustus, son 
fils 7 5 et celle de P. Primius Eglectianus, affranchi de P. Pri- 
mius Cupitus 8 . 

Le nom Prcmiacus d'une localité située dans le pagus aure- 
lianensis suivant un diplôme de l'année 6S9 9 paraît être une 
variante orthographique de Primiacus. C'est par un primitif 
Primiacus que semble devoir s'expliquer le nom des trois com- 
munes de Pringy situées dans les départements de la Marne, 
de la Haute-Savoie et de Seine-et-Marne. 

Prisciacus est une villa d'Auvergne donnée à l'église Saint- 
Etienne, de Châlons-sur-Marne, par Elaiîus, évêque de la 
même ville, en 565 I0 . Un autre Prisciacus, dans le pays de 



1 . Dom Bouquet, VI, 596 a. Cf. Sickel, Acta Karolinorum,\.. II, p. 183, 
n° 322. 

2. Dom Bouquet. VIII, 412 d. 
3 . Corpus, III, 3606. 

4. Brambach, n° 868. 

5 . Brambach, n° 917. 

6. Allmer, Inscriptions de Vienne, t. III, p. 176. 

7. Boissieu, pp. 203, 204. 

8. Boissieu, p. 49/]. 

9. Tardit, Monuments historiques, p. 637. Cf. Pardessus, Dipiomata. t. II, 
p. 209. 

10. Pardessus, Dipiomata, t. II, p. 423. 



210 H. d'Arbois de Jubainville. 

Chambly, Oise, apparaît dans un diplôme de l'année 689 : . 
Une villa Prisciacus qui forme aujourd'hui deux communes, 
Précy-Notre-Dame et Précy-Saint-Martin, Aube, appartenait 
au IX e siècle à l'abbaye de Montier-en-Der, comme nous l'ap- 
prennent deux diplômes de Charles le Chauve donnés l'un 
en 845, l'autre en 854 2 . Une villa Prisciacus, située dans le 
Poitou, fut donnée pour partie à l'abbaye de Noirmoutier par 
Charles le Chauve en 8545. Une villa Prisciacus, dans l'Au- 
tunois, apparaît dans une charte de Cluny au commencement 
du x e siècle 4. 

Prisciacus est dérivé du gentilice Priscius, venant lui-même 
de Prise us, usité d'abord comme surnom : P. Servilius Priseus 
fut consul l'an 495 avant J.-C>. T. Numicius Priseus rem- 
plit la même fonction en 469 e . Priscius est beaucoup plus ré- 
cent, et nous n'en avons pas constaté l'existence avant réta- 
blissement de l'empire. On conserve près de Klagenfurt, en 
Stvrie, l'épitaphe de C. Priscius Surio/. On a recueilli près 
de Leibnitz, dans la même province, l'épitaphe de Priscia 
Albina 8 . 

Prisciacus parait être la forme ancienne du nom : i° de huit 
communes appelées aujourd'hui Précy, savoir : deux dans 
l'Aube, deux dans l'Yonne, et une dans chacun des quatre dé- 
partements du Cher, de la Côte-d'Or, de l'Oise et de Seine- 
et-Marne ; 2° des deux communes de Pressy, Pas-de-Calais, 
Saône-et-Loire ; enfin des communes de Précey, Manche ; 
Pressac, Vienne ; Prétieux et Preyssac, Dordogne ; total, qua- 
torze communes, dont le nom actuel tient lieu d'un primitit 
Prisciacus. 



1. Tardif, Monuments historiques, p. 637,001.2. Pardessus, Diplomata, 

t. Il, p. 210. 

2. Dora Bouquet, VIII, 477 a, 329 e. 

3. Dom Bouquet, VII, 344 a ; VIII, 529 a. 

4. Bruel, Recueil des Chartes de l'abbaye de Cluny, t. I, p. 164. 

5. Denvs d'Halicarnasse, 1. VI, c. 23. Corpus, t. I, p. 4S7. 

6. Tite-Live, 1. II, c.63; Denys d'Halicarnasse, 1. IX, c. 36. Cf. Corpus, 
t. I, p. 491. 

7. Corpus, III, 4951. 

8. Corpus, III, 5362. ' 



Propriété foncière et noms de lieu en France. 2 1 1 

De *Priscixiacus dérive ïad]ect'ûprisciniacensis employé avec 
le substantif viens par Grégoire de Tours, pour désigner un 
bourg de son diocèse dans l'église duquel il mit des reliques 
de saint Nizier, évêque de Lyon, mort en 573 r . Il s'agit soit 
du Grand-Pressigny, soit du Petit-Pressigny, Indre-et-Loire 2 . 
Un second Prisciniacus, aujourd'hui Pressagny-1' Orgueilleux, 
Eure, était situé dans le Yexin, et dès le VII e siècle appartenait 
pour moitié à l'abbaye de Saint-Denis, comme l'atteste une 
charte donnée en 682 ou 683 î. Un troisième Prisciniacus dé- 
pendait de l'abbaye de Saint-Martin, de Tours ; c'est aujour- 
d'hui Précigné, Sarthe-*; il en est question pour la première' 
tois dans un diplôme donné par Charlemagne en 775 >. Xous 
le retrouvons mentionné dans des diplômes de Charles le 
Simple en 903 6 , en 9047 et en 919 8 et dans un diplôme du 
roi Raoul en 931 9. Un quatrième Prisciniacus dépendait de 
l'abbaye de Saint-Ouen de Rouen, comme nous le voyons 
dans un diplôme donné par Charles le Chauve en 876 I0 . Un 
cinquième Prisciniacus appartenait à l'église d'Orléans, ainsi 
qu'il résulte d'un diplôme du roi Louis Y, daté de 979 IX . 

Ce nom de lieu dérive du gentilice Priscinius qui nous est 
connu par une inscription de Neuss où l'on trouve mentionné 
le vétéran Priscinius Florus I2 . Priscinius vient lui-même du 
surnom Priscinus qui est plus fréquent l K 

Les communes dont le nom moderne parait tenir lieu d'un 



1. Vitae patrum, c. VIII, § 11. Bordier, Les livres des miracles, t. III, 
p. 250. Edition Arndt et Krusch, t. II, p. 700, 1. 15. 

2. Longnon, Géographie de la Gaule au sixième siècle,' pp. 285, 286. 

3. Tardif, Monuments historiques, p. 19, col. 2. Marquis de Blosseville, 
Dictionnaire topographique du département de l'Eure, p. 175. 

4. Mabille, La pancarte noire de saint Martin de Tours, p. 231. 

3. Dom Bouquet, V, 737 c. Cf. Sickel, Acta Carolinorum, t. II, p. 27, 
n° 42. Cf. Mabille, La pancarte noire de saint Martin de Tours, pp. 67, 106- 
107. 

6. Dom Bouquet, IX, 497 b. 

7. Dom Bouquet, IX, 311 c. Mabille, La pancarte noire, p. 88, n° XLV. 

8. Dom Bouquet, IX, 343 b. Cf. Mabille, La pancarte noire, p. 58, n° VII. 

9 . Dom Bouquet, IX. 374 e. Cf. Mabille, La Pancarte noire, p. 57, n° VI. 

10. Dom Bouquet, VIII, 630 e. 

1 1 . Dom Bouquet, IX, 660 d. 

12. Brambach, n° 263. 

13. Corpus, VIII, 9476; IX, 338, 3, 36; 2132, 2153, 3180. 



212 H. d'Artois de Jubainville. 

primitif Prisciniaciis sont au nombre de neuf, savoir : Précigné, 
Sarthe, et Pressagny, Eure, déjà cités ; deux Pressignac, Cha- 
rente et Dordogne, et cinq Pressignv, sur lesquels deux dans 
l'Indre-et-Loire, dont il a été déjà question, et les trois autres 
dans les départements du Loiret, de la Haute-Marne et des 
Deux-Sèvres. 

Romaniacus, chez Grégoire de Tours, est un adjectif qui 
sert d'épithète au substantif campus et qui désigne un endroit 
où, en l'année 560, deux armées de sauterelles se livrèrent 
bataille, dit-on, non sans éprouver de part et d'autre de 
grandes avaries 1 . C'est aujourd'hui Romagnat, Puy-de- 
Dôme 2 . 

La variante Rominiacus, avec i pour a dans la seconde syllabe, 
nous est fournie par un diplôme de Charles le Chauve pour 
l'abbaye de saint Médard de Soissons^. C'est aujourd'hui Ro- 
meny, Aisne, au xvi e siècle Romigni,-Roumigny4. La forme 
romaine de ce nom est écrite Romagnanus pour * Romanianus 
en 899 dans un diplôme de Charles le Simple où elle désigne 
une villa située dans le comté de Besalu, en Catalogne). 

* Romanianus et Romaniacus dérivent de Romauius, gentilice 
dérivé lui-même du cognomeu Romauus et qui existait déjà au 
commencement de l'empire, comme l'atteste le nom de Ro- 
manius Hispo, délateur et rhéteur souvent cité par Sénèque 
le rhéteur et dont la première mention datée remonte à l'an 14 
de notre ère 6 . D'autres Romanius nous sont connus par les 
inscriptions, par exemple L. Romanius Justus, dans une ins- 
cription de Patras en Grèce"; M. Romanius Encolpus, dans 
une inscription d'Hermannstadt, en Hongrie s ; Q. Romanius 



1. Bistoria Francorum, 1. IV, c. 20; édition Arndt, p. 157, 1. 12. 

2. Longnon, Géographie de la Gaule au sixième siècle, p. 510. 

3. Tardif, Monuments historiques, p. 136. 

4. Matton, Dictionnaire topographique du département de V Aisne, p. 235. 
3 . Dom Bouquet, t. IX, 484 b. 

6. Tacite, Annales, liv. I, c. 74. Voir l'édition de Sénèque le Rhéteur 
donnée chez Teubner par Kiessling, p. 351 (Index). 

7. Corpus, III, 503. 

8. Corpus, ÏII, 161 3. 



Propriété foncière et noms de lieu en France. 2 1 5 

Verecundus, dans une inscription de Gebensdorf en Suisse ' ; 
Q. Romanius Probus, dans une inscription du musée de Mann- 
heim 2 ; C. Romanius Capito dans une inscription du musée 
de Mayence3 ; T. Romanius Epictetus^et Romanius Sollemnis5 
dans des inscriptions de Lyon. On a trouvé à Saint-Aubin-sur- 
Gaillon, Eure, le cachet de l'oculiste Sex. Romanius Sym- 
forus 6 . 

A Romaniacus remontent les huit noms de communes sui- 
vants : Romagnat, Puy-de-Dôme ; Romagné, Ille-et-Vilaine ; 
Romagnieu, Isère; Romagny, Manche et territoire de Béfort; 
Romigny, Marne; Rumigny, Ardennes et Somme. 

Romiliacus est une villa où, en 629, le roi Dagobert I er 
répudia Gomatrude, sa femme, et la remplaça parNanthilde7. 
On doit probablement reconnaître le même nom, malgré la 
différence d'orthographe, dans un locus rumliacus sis au pays 
de Thérouanne et acheté par l'abbaye de Saint-Bertin, en 704 8 . 
On lit Rumeliqcus dans un diplôme de Charles le Chauve en 
842 9, Rumiliacus dans un diplôme de Louis de Germanie 
en 875 I0 , tous deux en laveur de l'abbaye de Saint- Arnoud, 
de Metz, et dans ces deux documents il s'agit de Remillv, 
Moselle, aujourd'hui Alsace-Lorraine 11 . 

Romiliacus, Rumiliacus, Rumcliacus, Rumliacus dérivent de 
Romilius ou Romulius, un des plus anciens gentilices romains 
qui donna son nom à une tribu, du nombre des rustiques ; le 
territoire de cette tribu était au nord du Tibre. A cette cens 



1. Mommsem Inscriptiones helveticae, n° 254. 

2. Brambach, n° 600. 

3 . Brambach, n° 1229. 

4. Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon, p. 189. 
>. Boissieu, ib'nl., p. 477. 

6. Héron de Villeibsse et Thédenat, Cachets d'oculistes romains, t. I, 
pp. 193-198. 

7. Frédégaire, c. 38, chez Dom Bouquet, t. II, p. 436 b. Gesta Dago- 
bert i I c. 22, ibid., p. 383 c. 

8. Pardessus, Diplomata, t. II, p. 263. 

9. Dom Bouquet, VIII, 430 b. 

10. Dom Bouquet, VIII, 424 c. 

11. De Bouteiller, Dictionnaire topographique de l'ancien département de la 
Moselle, p. 215. 

Revue Celtique, IX. 14 



2i4 H. d'Artois de Jubainville. 

appartenait T. Romilius ou Romulius consul l'an 455 avant 
notre ère, décemvir en 451 I . Ce nom se rencontre rarement 
depuis. Cependant Tacite parle d'un centurion appelé Romilius 
Marcellus qui, en 70, lors de l'insurrection par laquelle 
Galba fut renversé, défendit en vain les images de ce prince 
contre les soldats révoltés 2 . On a trouvé en Hongrie une dé- 
dicace à Jupiter par L. Romulius Quintus'. Une inscription 
recueillie aux environs de Milan nous fait connaître les noms 
de C. Romilius Calla4. 

Romiliacus ou * Romuliaeus est la forme primitive des dix- 
sept noms de communes qui suivent : Romillé, Ille-et-Vilaine; 
cinq Romilfy, sur lesquels deux dans l'Eure et un dans chacun 
des trois départements de l'Aube, d'Eure-et-Loir et de Loir- 
et-Cher; quatre Rumilly, Aube, Nord, Pas-de-Calais, Haute- 
Savoie ; sept Remilly, sur lesquels deux dans les Ardennes, 
autant dans la Côte-d'Or, et trois dans chacun des départe- 
ments de la Manche, de la Nièvre et du Pas-de-Calais. 

Rufiacus ou Ruffiaeus est une villa où étaient situés des biens 
qui lurent donnés en 715 à l'abbaye de Saint-Bénigne, de 
Dijon5. C'est aujourd'hui Ruffey-lez-Echirey, Côte-d'Or b . 
Une monnaie mérovingienne a été frappée à Ritfiaeu, que l'on 
croit être Roufiac, Cantal ~. Une église de Rufiae apparaît en 
860 ou 866 dans le Cartulaire de Redon 8 . La paroisse de 
Rufiae, plebs Rufiae, est mentionnée dans une autre charte du 
même Cartulaire en 867. Cette paroisse est aujourd'hui la 



1 . Voyez les textes cités par Mommsen, Corpus, t. I, pp. 492, 493. 

2. Tacite, Histoires, 1. I, c. 56. 

3 . Corpus, III, 1352. 

4. Corpus, V, 6026. 

5 . Pardessus, Diplomata, t. II, p. 300. Voir aussi sur la même localité la 
Chronique de saint Bénigne, chez Dom Bouquet, VII, 830 d, elle nous offre 
l'analyse d'un diplôme de Charles le Chauve dont on trouve le texte chez 
Dom Bouquet, VIII, 618. 

6. Gamier, Nomenclature historique des communes du département de la 
Côte-d'Or, p. 8. 

7. Deloche, cité par M. de Barthélémy dans la Bibliothèque de l'Ecole 
des Chartes, t. XXVI, p. 460. 

8. De Courson, Cartulaire de l'abbaye de Redon, p. 106. 



Propriété foncière et noms de lieu en France. 2 1 5 

commune de Ruffiac, Morbihan 1 . La même année, Charles le 
Chauve donne un diplôme dans la villa Rufiacus dont on 
ignore la situation 2 . Rufiacus a une variante Rofiacus; un 
fundus rofiacus apparaît en 575 dans le testament du fondateur 
de l'abbaye de Saint-Yrieix, Haute-Vienne 3. Il est question 
d'une villa Rofiacus en 891 dans une charte de l'abbaye de 
Cluny. Cette villa était située dans le Maçonnais 4. 

Le gentilice Rufius est rare sous la république. Cependant 
une inscription qui le mentionne et qui a été trouvée près de 
Pérouse paraît antérieure à la période impériale 5. Sous Claude, 
le chevalier Rufius Crispinus fut préfet du prétoire 6 ; élevé à 
la préture par cet empereur 7, il devint sous Néron le mari de 
la trop célèbre Poppée 8 . Ce gentilice est très fréquent dans les 
inscriptions. On le trouve notamment en Gaule : à Genève, 
une inscription nous a conservé les noms de Rufia Aquilina9; 
à Chazey, Ain, on voit encore l'épitaphe de M. Rufius Cas- 
siolus IO ; à Murs, Ain, celle de Rufius Catullus IX ; à Uriage, 
celle de M. Rufius Marcianus 12 . L'/ est quelquefois doublé; 
deux exemples de cette orthographe nous sont fournis par 
l'épitaphe du gladiateur Ruffius Ruffianus J 3. Le double/ se 
rencontre aussi dans une marque du potier Ruffi m[anu] T -*. 

De Rufiacus ou Rufjiacus viennent les dix-neuf noms de 
communes suivants : Roffey, Yonne ; Roffiac, Cantal ; sept 
Rouffiac, sur lesquels deux dans l'Aude et cinq dans chacun 



1. De Courson, ïbid., pp. 106, 747. 

2. Tardif, Monuments historiques, p. 129, col. 2. Cf. Dom Bouquet, 
VIII, 602 c, 603 a. M. Matton, Dictionnaire topographique du département de 
V.Aisntj p. 238, émet l'hypothèse que ce serait Rouy, commune d'Amigny, 
Aisne. 

3. Pardessus, Diplomata, t. I, p. 138. 

4. Bruel, Recueil des Chartes de l'abbaye de Cluny, t. I, pp. 51, 52. 

5. Corpus, t. I, n° 1394. 

6. Tacite, Annales, liv. XI, ci. 

7. Tacite, ïbid., liv. XI, c 4. 

8. Tacite, ibid.. liv. XIII, c. 43. 

9. Mommsen, Inscriptiones helveticae, n° 76. 

10. Allmer, Inscriptions de Vienne, t. III, p. 417. 

11. Allmer, Inscriptions de Vienne, t. III, p. 435. 

12. Allmer, Inscriptions de Vienne, t. IV, p. 479. 

13. Allmer, Inscriptions de Vienne, t. III, p. 397. 

14. Boissieu, Inscriptions de Lyon, p. 435, n° 119. 



2 1 6 H. d'Arbois de Jubainville. 

des cinq départements du Cantal, de la Charente, de Charente- 
Inférieure, de Haute-Garonne et du Lot ; Rouffy, Marne ; 
deux Ruffec, Charente, Indre ; trois Ruffey, sur lesquels deux 
dans la Côte-d'Or, un dans le Jura; deux Ruffiac, Lot-et-Ga- 
ronne, Morbihan; Ruffieu, Ain; Ruffieux, Savoie. Vou de 
Rouffiac et de Rouffy s'explique par le redoublement de Vf 
qui compensait l'abrègement de Vu primitivement long du 
latin Ritfiis, Rufius. Nous avons cité plus haut, d'après des 
textes qui remontent à l'époque romaine, trois exemples de ce 
redoublement de Vf, dans le nom Rujjius et dans son dérivé 
R'ijfianus. Quant à l'orthographe française Ruffec, Ruffey, 
Ruffiac, Ruffieu et Ruffieux par double/, elle est défectueuse, 
Vu de ces mots suppose en latin un u long suivi d'un /simple, 
Rufiacus dérivé de Rufius, ce qui est la bonne orthographe 
latine. 

Rulliacus est un agellus situé dans le territoire de Troyes 
et mentionné en 635 dans une charte de Palladius, évêque 
d'Auxerre I . On suppose que c'est Rouilly-Saint-Loup, Aube 2 . 
Un autre Rulliacus apparaît en 877 dans un diplôme de 
Charles le Chauve pour l'abbaye de Marchiennes>. L'ortho- 
graphe Ruilliacum nous est offerte par un diplôme faux, attribué 
au roi Dagobert I er +. On lit Rulliacus dans un diplôme de 
Louis le Débonnaire pour l'église du Mans en 832 >. La va- 
riante Roliacus, qui nous est donnée deux fois dans la vie de 
Charlemagne par le moine d'Angouléme, appartenait à l'ab- 
baye de Saint-Cybard-lez-Angoulème. Dans un passage où est 
résumé un diplôme de Charlemagne en faveur de cette abbaye, 
il est question de deux localités, appelées l'une Roliacus 6 , 
l'autre Roliacus minorl. Elles reparaissent dans un diplôme de 

1. Pardessus, Diplomata,t. II, p. 37. 

2. Boutiot et Socard, Dictionnaire topographique au département de l'Aube, 
p. 138. 

3. Dom Bouquet. VIII, 667 c. 

4. Pertz, Diplomatum imperii totnus primus, p 163, 1. 20. 

j. Dom Bouquet, VI, 586 a. Ci. Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 179, 
n° 308. 

6. Dom Bouquet, V, 184 e. 

7. Dom Bouquet, V, 185 a. 



Propriété foncière et noms de lieu en France. 217 

Charles le Chauve en 852 et y sont appelées l'une Roliacus 
super Noir am, et l'autre Ruïiacus Minor 1 . 

On voit que ce nom de lieu a été écrit tantôt avec double / 
et probablement a bref, tantôt avec / simple et probablement 
a long. L'orthographe étymologique est avec double /. Le 
gentilice RitUius, d'où le nom de lieu dérive, est lui-même 
un dérivé de l'adjectif rullus, rural, rustique, employé quel- 
quefois comme surnom. Le plus ancien exemple du gentilice 
RuUius nous est offert par une inscription du temps de la ré- 
publique, qui a été découverte à Aquino, en Italie. On y lit le 
nom de M. RuUius M. filins 2 . Nous trouvons ensuite C. Ral- 
lias Commuais, à Capoue 5 ; Rail lus Celer, à Formies^; Rallia 
Galla, a Aquilée'; Cn. RuUius Calais, à Isernia 6 ; P. Rallias 
Faustus, en Afrique 7. 

Rallias, avec double /, a donné le dérivé RulUacus d'où, 
en France, Roilly, Côte-d'Or; Rouillac, Charente et Côtes- 
du-Nord ; Rouillé, Vienne ; deux Rouilly, Aube ; un troisième, 
Seine-et-Marne. De la variante Rnlius par u long et simple / 
est venu Ruïiacus également par a long et simple l, en fran- 
çais de l'ouest, Ruillé, nom de quatre communes, deux dans 
la Sarthe et autant dans la Mayenne ; ailleurs Rully, nom de 
trois communes : Calvados, Oise, Saône-et-Loire. Ainsi le 
nombre des communes qui tirent leur origine du gentilice 
Rallias, Ralias, est de quatorze. 

Sabiacus est une villa qui, dès l'année 769, appartenait à 
l'abbaye de Saint-Aubin, d'Angers, comme l'atteste à cette 
date un diplôme de Charlemagne 8 . Ce nom de lieu a proba- 
blement la même origine que celui de Saviacus porté par une 



1. Dom Bouquet. VIII. 321 e. 

2. Corpus, I, 1 181. 

3 . Corpus, X, 4319. 

4. Corpus, X, 6097. 

5 . Corpus, V, 1 170. 

6. Corpus, IX, 2682. 

7 . Corpus, VIII, 1533. 

8. Sickel, Acta Karolinorum, p. 17,11° 4; Dom Bouquet, V, 717 b. 



2 1 8 H. d' Ai lois de Jubainville. 

localité des environs de Lyon où étaient situés deux manscs 
qu'en 878 Louis le Bègue donna à l'église de Màcon l . 

Ces noms de lieux supposent un gentilice Sapins, en basse 
latinité Sabius ou Savius. Sapins, adjectif signifiant sage, qui 
se rencontre dans le composé nesapius « dépourvu de sagesse 
ou de science », a été employé comme gentilice, exemple: M. 
Sapius Maximus dans une inscription de Turin 2 . La variante 
par b = p est constatée par le nom de femme Sabia Optata 
portée par une affranchie de Sabius Plaetor dans une inscrip- 
tion d'Aquiléeî. 

De Sapius, Sabius ou Savius est venu Sapiacus, Sabiacus ou 
Saviacus. De Sabiacus ou Saviacus sont venus probablement en 
français Savy, nom de deux communes, l'une dans l'Aisne, 
l'autre dans le Pas-de-Calais, et Sagy, aussi nom de deux com- 
munes, Saône-et-Loire et Seine-et-Oise. Quant à Sapiacus, 
c'est de cette forme que paraissent venir Sache, Indre-et-Loire, 
et Sachy, Ardennes. 

Saciagus est le nom d'une villa dont Vigile, évêque 
d'Auxerre, dispose par une charte de l'année 670 4. C'est au- 
jourd'hui Sacy, Yonne. Saciacus, variante archaïque de ce 
nom, désigne un locus du Beauvaisis dans une charte de Pépin 
le Bref, en faveur de l'abbaye de Saint-Denis, en 751 5. Dans 
un diplôme de Charles le Chauve pour l'abbaye de Compiègne, 
en 877, apparaît une villa Sacciacus, également située en 
Beauvaisis, qui est probablement différente 6 . En 892, un di- 
plôme de Louis, roi de Provence, nous montre l'église de 
Lyon en possession d'une Saciacus villa, près de Valence 7. 
En 912, une charte de l'abbaye de Cluny mentionne une villa 
Saciagus dans le Maçonnais s . En 926, une Saciacus villa 



1 . Dom Bouquet, IX, 411e. 

2. Corpus, V, 7192. 
3 . Corpus, V, 1359. 

4. Pardessus, t. II, p. 154. 

5. Pertz, Diplomatiun itnperii tomus pritnus, p. 109, 1. 9. 

6. Dom Bouquet, VIII, 660 c. 

7. Dom Bouquet, IX, 674 e. 

8. Bruel, Recueil des Chartes de l'abbaye de Choix, p. 175. 



Propriété foncière et noms de lieu en France. 219 

appartenait à l'église Saint-Bénigne, de Dijon, comme nous 
l'apprend une charte du roi Raoul 1 . 

De ce nom de lieu, l'orthographe la plus ancienne, bien 
que nous n'en ayons rencontré qu'un exemple, paraît être Sac- 
ciacus, dérivé du gentilice Saccius, conservé par l'inscription 
d'Igel, près Trêves, où se lisent les noms de L. Saccius Mo- 
destus 2 . Saccius a donné le dérivé Sacciarius employé comme 
cognomen dans une inscription de Leybach^. Il est dérivé de 
Saccus, autre cognomen porté par un chrétien d'Afrique qui fut 
martyrisé et dont le culte est célébré le 27 mai. Le cognomen 
Saccus est probablement identique au nom commun signifiant 
sac. De Saccus vient le dérivé Sacco employé à titre de cognomen 
dans une inscription de Terracine 4, d'où le gentilice Sacconius 
dans deux inscriptions, l'une de Naples>, l'autre de Lyon 6 . 

De Sacciacus viennent les noms de Sacé, Mayenne, Sacey, 
Manche, et de quatre communes de Sacy, deux dans l'Oise, 
les deux autres dans la Marne et l'Yonne. 

Salviacus, où l'abbaye de Saint-Denis posséda une église 
dédiée à saint Martial et que mentionnent deux diplômes faux, 
l'un de Dagobert I er 7, l'autre de Clovis II 8 , est aujourd'hui 
Saujat, commune de Montluçon, Allier 9. 

Le gentilice Salvius, d'où Salviacus, remonte à la période 
de la république, comme le prouve l'épitaphe de C. Salvius 
Cassiae gn[atus] I0 et l'inscription de Pescina qui nous a con- 
servé les noms de A. Salvius Cledus 11 . Ce gentilice, d'abord 
obscur, fut rendu célèbre par l'empereur Othon, dont le règne 
éphémère appartient, comme on le sait, à l'an 70 de notre 

1. Dom Bouquet, IX, 570 c. 

2. Brambach, n r ' 830. 

3. Corpus, III, 3874. 

4. Corpus, X, 6394. 

5 . Corpus, X, 2198. 

6. Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon, p. 241. 

7. Pertz, Diptomatum imperii lonius primas, p. 159, I. 36. 

8. Pertz, Diplomatum imperii tomits primas, p. 180, 1. 45. 

9. Longnon, Examen géographique du tome premier des diphmata imperii , 

P- 33- 

10. Corpus, I, 1383. 

11 . Corpus, I, 1541 a. 



220 H. d'Arbois de Jubainville. 

ère. Ce prince s'appelait M. Salvius Otho. Son père, L. Sal- 
vius Otho Titianus, avait été consul en 52, et son grand-père 
avait été préteur 1 . Un certain Salvius fut chargé du gouver- 
nement de l'Aquitaine avec titre de légat sous l'empereur Ha- 
drien, 1 17-138. Xous avons encore l'analyse d'un rescrit que 
lui adressa cet empereur 2 . On pense que ce Salvius est iden- 
tique au célèbre jurisconsulte Salvius Julianus '. Le gentilice 
Salvius n'est pas rare dans les inscriptions du temps de l'em- 
pire -K Ce gentilice pénétra en Gaule, comme l'atteste l'épitaphe 
de C. Salvius Mercurius, trouvée à Fourvières et conservée au 
palais des Arts, à Lyon >. 

De Salviacus, la forme moderne dans les régions méridio- 
nales de la France est Salviac, Lot ; Sauviac, Gers, Gironde ; 
Sauviat, Puy-de-Dôme, Haute-Vienne; Saujac, Aveyron, sept 
noms de communes, sans compter les écarts; parmi ceux-ci, 
nous citerons Saugey, Savoie et Haute-Savoie qui nous 
offrent une forme septentrionale de ce nom; la variante ro- 
maine est Sdlvianus, qui a donné Sauvian, Hérault. 

Salviniacus est une villa du Tonnerrois qui appartenait au 
ix e siècle à l'abbaye de Montier-la-Celle, comme nous l'ap- 
prend un diplôme de Charles le Chauve 6 . 

Salvinius, d'où Salviniacus dérive, n'est pas un gentilice 
commun ; on l'a trouvé dans une inscription de Constantine 
qui nous apprend les noms de P. Salvinius Arat[or] ". Salvi- 
nius est dérivé de Salvinus, qui acte employé comme surnom, 
exemple : Ulpius Salvinus dans une inscription de Karlsbourg 8 . 

1. Tacite. Histoires, 1. II, c. 50. Cf Josephus Klein, Fasti consuîares, 

P- 35- 

2. Callistrate. livre \ de cognitionibus , passage reproduit au Digeste, 
ivr. XLVIII. titre III. loi 12. 

3. Desjardins, Géographie historique et administrative de là Gaule romaine, 
"t. III, p. 2)3. Voir Teuffel. Geschichte der rœmischen Literatur, 3 e édition, 
p. 817. 

.| . ~\ ovez les index du Corpus, t. II, p. 729, col 3 : t. III, p. 1083, 
col. 2; t. V, p. 1 1 3 3 . col. 4; t. VII, p. 370, col. 1; t. VIII, p. 1013, 
col. 3 ; t IX. p. 724. col. 2 : t. X, p 1034, col 1 . 

3. Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon, p. 184. 

6. Dom Bouquet. VIT. 642 e. 

7. Corpus, VIII, 7706. • 

8. Corpus, III. I 143. 



Propriété foncière et noms de lieu en France. 22 1 

Salvinus, nom d'un évêque de Vérone mort vers 562, et d'un 
évêque de Verdun qui vivait au siècle précédent, n'est autre 
chose que ce cognomen dont le gentilice Salvinius est un 
dérivé l . 

De Salviniacus viennent les noms de communes suivants : 
Sauvignac, Charente ; deux Sauvigney, Haute-Saône ; et 
quatre Sauvigny, sur lesquels deux dans l'Yonne 2 , un dans 
la Meuse >, un dans la Nièvre 4. 

Sansiacus est le nom d'une des propriétés de l'abbaye de 
Saint-Ouen, de Rouen, aux termes d'un diplôme donné par 
Charles le Chauve en 876 5. Sansiacus tient probablement lieu 
d'un plus ancien * Sanctiacus, dont la forme romaine était 
Sanctianus ; ce dernier mot a conservé son t dans l'ortho- 
graphe Santianac, d'un nom de lieu que mentionne, vers 
l'année 846, un diplôme de l'empereur Lothaire en faveur 
d'un archevêque de Lyon 6 . 

Ces noms de lieux dérivent du gentilice Sanctius dont un 
exemple nous est conservé par une inscription de la Bavière 
rhénane où figure un personnage appelé Sanctius Honoratus ' . 
On en trouve un autre exemple dans une dédicace conservée 
au musée de Genève et qui a pour auteur L. Sanctius Marcus 8 . 
Ce gentilice est lui-même dérivé du cognomen Sanctus, plus 
fréquent. 

* Sanctiacus a donné à la géographie moderne de la France 
les huit noms de communes suivants : deux Sansac, Cantal ; 
Sansais, Deux-Sèvres; Sanssac, Haute-Loire ; Sanssat, Allier, 
Sanxay, Vienne ; Sanzay, Deux-Sèvres, et Sanzey, Meurthe- 
et-Moselle. * Sanctianus a donné Sansan, Gers. 

1 . Ces évêques ont été placés au nombre des saints ; leurs fêtes ont été 
mises l'une au 12 octobre, l'autre au 4 septembre. 

2. Salvigniacum, 1217, Quantin, Dictionnaire topographique de l'Yonne, 
p. 121 . 

3. Salviniaco, S46, Liénard, Dictionnaire topographique delà Meuse, p. 219. 

4. Salviniacum, 817, Soultrait, Dictionnaire topugniphique de la Nièvre, 
p. 172. 

5. Dom Bouquet, VIII, 650 e. 

6. Dom Bouquet. VIII, 384 a. 

7. Brambach, 1764. 

8. Mommsen, Inscriptiones helveticae, n° 73. 



222 H. d'Arbois de Jubainville. 

Secundiaca est le nom d'une cors, c'est-à-dire d'une villa 
mentionnée dans le diplôme de fondation de l'abbaye de la 
Sainte-Trinité, de Poitiers, vers l'année 962 r . Cette localité 
était située près de Melle, Deux-Sèvres. 

Secundiacus est dérivé de Secundius, gentilice qui n'est pas 
rare dans les inscriptions et qui est dérivé du surnom plus fré- 
quent encore Secundus. Nous citerons : Secundius Crispus, 
dans une inscription de Trêves 2 ; Secundius Ursio, au musée 
de Bonn 3 ; Secundius Agricola, à Wiesbaden-J ; M. Secundius 
Saturninus, M. Secundius Acceptus dans une inscription de 
Lyon 5. 

De Secundius est venu Secundiacus qui, dans le midi de la 
France, a donné Segonzac, Charente, Corrèze et Dordogne. 
Quant à Secondigné et Secondigny, Deux-Sèvres, ils suppo- 
sent un primitif *Secundiniacus, dérivé de Secundinius qu'on 
trouve dans la dédicace lyonnaise a Mithra, par Aur. Secun- 
dinius Donatus 6 , et dans plusieurs autres inscriptions 7. Il peut 
se faire que dans le diplôme cité plus haut on ait imprimé Se- 
cundiacus pour Secuiidiniacus, et que la localité mentionnée 
soit Secondigné, Deux-Sèvres, arrondissement de Melle. 

Securiacus est un locus situé en Brabant, comme nous l'ap- 
prennent deux diplômes, l'un de Louis le Débonnaire, qui 
parait dater de l'année 822 8 , l'autre de Charles le Chauve 
en 8479. Dans un diplôme de Charles le Simple, en 899, Se- 
curiacus est qualifié de villa I0 . 

Ce nom de lieu dérive du gentilice Sccurius qui paraît très 
rare. Le seul exemple rigoureusement certain que nous en 

1 . Dom Bouquet, t. IX, p. 626 d. 

2. Brambach, n" 825. 

3 . Brambach, n° 846. 

4. Brambach, n" 1526. 

5. Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon, p. 521. 

6. Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon, d. 40. 

7. Voyez les Index du Corpus, t. III, p. 1083, col. 2; t. V, p. 1 126, 
col. 1. 

8. Dom Bouquet, VI, 530e. Cf. Sickel, Acla Karolinorum, t. II, p. 138, 
n° 180. 

9. Dom Bouquet, VIII, 488 e. 
10. Dom Bouquet, IX, 474 b. 



Propriété foncière et noms de lieu en France. 223 

puissions signaler se rencontre dans une dédicace à Jupiter 
trouvée près de Mayence. L'auteur de cette dédicace est le lé- 
gionnaire Securius Carantus 1 . On suppose que le même gen- 
tilice était 'inscrit dans une épitaphe recueillie à Neumayer, 
Prusse rhénane. Cette épitaphe aurait été gravée par les soins 
de Securius Novellus ; mais quand a été trouvée cette ins- 
cription aujourd'hui perdue, le commencement de la ligne où 
ce nom avait été gravé manquait, et dans cette lacune était 
comprise la lettre initiale s de Securius 2 . 

* Silvaniacus est probablement l'orthographe primitive du 
nom de lieu écrit Selvaniacus dans un diplôme accordé par 
Louis le Débonnaire à l'abbaye de Conques, en 8195. En 
effet, nous trouvons le même nom de lieu écrit à l'ablatif Sil- 
vaniago, avec un i à la première syllabe, dans une charte du 
xi e siècle conservée par le cartulaire de Conques 4. Le nom 
actuel de cette localité estt Savignac, c'est une dépendance de 
la commune d'Asprières, Aveyron. 

Silvaniacus est dérivé du gentilice Silvanius, dérivé lui- 
même du surnom Silvanus. L'épitaphe de Silvanius Fortu- 
natus existe encore à Vienne, Isère 5. Les noms deL. Silvanius 
Probus nous ont été conservés par une inscription de Rheïn- 
zabern, en Bavière rhénane 6 . 



(A suivre). 



H. d'Arbois de Jubainville. 



1 . Brambach, n° 921. 

2. Brambach, n° 858. 

3. Dom Bouquet, VI, 717e. Gustave Desjardins, Cartulaire de l'abbaye 
de Conques, p. 410. 

4. Desjardins, Cartulaire de Conques, p. 81. 

5. Allraer, Inscriptions antiques de Vienne, t. III, p. 6. 

6. Brambach, n u 181 4. 



ON THE MATERIA MEDICA 

OF THE MEDIAEVAL IRISH. 



The first of the following lists of articles employée! in the 
practice of medicine by the mediaeval Irish is taken from 
Additional 15,403, a small vellum manuscript in the British 
Muséum, to whieh my attention was directed by M. Gaidoz's 
notice in the Revue Celtique, VII, 165, 166. This ms. 
contains 72 folios in a hand of the fourteenth or fifteenth 
century, and is a treatise, in the Irish language, not only on 
the healing properties of various plants, but on those ot 
various trees, metals, gums and stones, of sait, eggs, milk, 
butter, leaven : of hare-flesh and cantharides ; bran and 
acorns, etc., etc. So that, instead of calling it an « Herbier 
médical », it should be described as a treatise on materia 
medica. 

The second of thèse lists is taken from the pharmacological 
treatise in H. 2. 17, a ms. belonging to Trinity Collège, Du- 
blin, and described in Irische Texte, zweite série, I. Helt, p. 1. 

As most of the names are given both in Latin and in Irish, 
and many of the Irish words are not found in the published 
dictionaries, thèse treatises are important both for Irish lexico- 
graphers and for students of mediaeval latinity. Their value 
for the historian of Irish medicine can only be determined by 
a man likeDr. Norman Moore, equally skilled as a leech and 
a linguist, from whom Celtic scholars would gratefully receive 
an édition of both Works. Hère I can only give the titles of the 
sections into which thev are divided. In explaining the Latin 
names I hâve bcen aided chiefly by Mr. Mowat's éditions, in the 



On the Irish Matai a medica. 22^ 

Anccdota Oxoniensia, of the Sinonoma Bartbolomei, 1882, and 
the Alphita, 1887. Of thèse books, the former will bedenoted 
by S. B., the latter by A. 

In explaining the Irish names I hâve been helped chieflv 
by Peter O'Connell's ms. dictionary, of which there is a copv 
by John O'Donovan in the library of the British Muséum. 

ADDITIOXAL 15, 403 

Fol. 3 b Auripimentum l arsenicum 2 .i. anman«a in airged- 

\à\l)l 3. 

4 a Arracia4 atriplex 5 .i. in clctreog 6 . 

Argentum uiu[u]m .i. in t-airget beo7. 
5 a Asufetida 8 .i. guwcroin«9. 
5 b Aristoloia longa. Avistoloia rotunda I0 .i. in sdoinsi 

cruintt 7 in sdoinsi fada 11 . 
6 b Artemecia mater herbanw» 12 .i. in buafallan liath x >. 
7 a Atanasia ^ tanesctum T > .i. lus na frange 16 . 

COMMENTARY 

1. auripigmentum « orpiment », yellow sulphuret of ar- 
senic. — 2. auri pigmentum, S. B. 11. — 3. « names of the 
airgedlam » (?) 

4. = arache. — 5. the explanation of atriplex, S. $. 12, 
and probably the Eng. ôrach « wild spinach ». — 6. eletreog 
= O'Reilly's « elefleog s. f. stinking orach ; artiplex [leg. 
atriplex] olida ». 

7. « the live (quick) silver. » W. arian byiu. 

8. assa-toetida. — 9. « gum of a tree. » 

10. aristologia = zpianokcyix « birthwort » ? — ri. « the 
round stoinsi and the long stoinsi ». P. O'Connell gives stoinnse 
as synonymous with copôg nimhe « bestort the greater, or 
snakeweed ». 

12. Artemisia« mugwort». — 13. the grey buafallan, O'Reil- 
ly's «buafanân liath, mugwort; Artemisia vulgaris». Fr. ar- 
moise commune. Buabhall ragweed. P. O'C. dimin. buabhlan. 

14. àOovasia. — 15. tanacetum A. 16. s. v. atanasia. — 
16. « the herb of the Franks » = O'R.'s « lus na ffranc com- 
mon tansey ». 



226 Whitley Stokes. 

7 h Athasar 1 / pole[giu]m régule 18 .i. puliol ruighel 1 ?. 

8 a Auancia gariofilata 20 .i. in wacall". 

8 b Auellana nux barua 22 .i. in chnu gaeidhiluch 2 ?. 

Auena .i. in coirce 2 ^. 
9 a Auricala mûris 2 ) .i. in liathlus .i. in liathlus beag 26 . 

Auram 2 " .i. in t-or 28 . 

9 b Balanon 2 9 glans adhon mesoga na n-darach 5°. 

Balsamum .i. gum croinn fhasas isiw baibiloi// e? 1 . 
io a Barba filicana? 2 plantagho maigher33 .i. in cruach 

patraic 34. 
io b Barba [u]rsina35 .i. lus nalaeghî 6 . 

ij. athasar? — 18. pulegium regale (A. 150). — 19. trom 
which puliol ruighel is borrowed, though the u in Ir. ruighel 
is strange. Puliol re-occurs fo. 6$ h . 

20. avencia, avens caryophyllata. — 21. O'Reilly's « mâ- 
chai l ftadhain common avens, herb bennet, geum urbanum ». 
P. O'C. has machall coille wood avens, machall uisce water 
avens. W. mabcoll. 

22. avellana est coruli fructus, S. B. 12 : « barva» forparva. 
— 23. « the Irish nut » the hazel nut. A au't francach oc- 
curs infra fol. 58 b . 

24. the oat: coirche= W. ceirchen, pi. ceirch. 

25. auriculus mûris, S. B. 12, auricula mûris, A. 17, Fr. 
pilosellc. Eng. creeping mouse-ear. — 26. lit. « the grey plant, 
the little grey plant ». The cognate Cornish lot-les glosses 
artemisia. And according to P. O'C. the Irish liathlus môr is 
artemisia, while liathlus beag is the mouse-ear. 

27. aurum. — 28. « the gold ». 

29. (3iXavoç. — 30. « to wit, the acorns of the oaktrees ». 

31. « gum of a tree which grows in Babylon it (is) ». 

32. « Barba filicana » seems a synonym for plantago 
major. — 34. P. O'C. 's cruach Phàdraic, Ô'R.'s cruacb-pha- 
druig s. the herb plantain Plantago latifolia. 

35. barba ursina (hircina), eng. buckestonge, A. 21. — 
36. « the plant of the calves ». O'R. explains lus na laogh by 
1. orpine (sedum telephium). 2. golden saxifrage. 



On the Irish Materia medica. 227 

n a Barba siluana?" .i. in glasair œ'ûled^. 

n b Barba iouis semptv uiua 39 adho/; 111 teneacaH . 

Bardana^ 1 .i. in weacun tughaw4 2 . 
I2 a Branca ursina43 .i. in gallfothan«an44. 
i2 b Betaetpleta45 etsicla46 .i. trihanman«ainbiatM5a47. 
i3 a Blionia molena4 8 adhon in coinweall muire49. 

Bolus arminicw^ >° .i. uir sleibhi armewiaî 1 . 
i3 b Borax .i. gum cro'mn e5 2 . 

Betonica. 
I4 a Bursa pastoris adhon lus in sparai«>3 

37. « barba siluana » I hâve not found elsewhere. — 
38. = O'K.'s glasair coille « wood betony ». 

39. barba Iovis, Fr. ioubarbe, Eng. houseleek, semperviva, 
Fr. sempervive. — 40. in teneacal = in tenecal infra fo. 46 . 
P. O'C.'s kincagal. 

41. Bardana, farfara, ungula equina A. 21. — 42. meacun 
tughan is = O'R's mcacân tuan great common burdock, P. 
O'C's mcacan tua. 

43 . sic A. 25 . Fr. branche-ursine « acanthus mollis », Littré. 
— 44. lit. « the foreign thistle » (fothanmîii). This is P. O'C's 
gallfôthadân and gallfôthanân the herb bearsbreech or bear's 
foot. 

45. beta major vel bleta uel bletis, atriplex agrestis vel do- 
mestica idem. Gall. arache blanc, A. 22. — 46. sicla .i. beta 
maior, A. 171. — 47. « Three names of the betony ». 
« biatas, biatuis, s. m. betony; beetroot, sea-beet, beta mari- 
tima », O'R. W. beatus. 

48. Blionia is perhaps for brionia « briony » : molena is 
obscure to me. — 49. lit. « the candie of (the B. V.) Mary ». 
according to P. O'C. the herb mullen, torchweed or high 
taper, Lat. ver base uni. 

50. bolus armenicus, « quedam uena terre que in Armenia 
reperitur [et] per centum annos potest seruari » A. 24. — 
5 1 « mould of a mountain of Armenia ». 

52. « gum of a tree it (is). » 

53. « to wit, the plant of the purse ». Eng. shepherd's 
purse. 



228 Whitley Stokes. 

Betonica .i. [i]n bitoine 54. 
i5 a Balsamita ' > .i. in cardan?/) 6 . 

Burneta 57 .i. in lus crée 5 8 . 
i6 a Bibolca>9 .i. in fochlug 60 . 
i6 b Butirum 61 .i. in t-im 62 . 

i7 a Calamentum 6 3 .i. an cailement 6 *. 

i7 ,J Ciclamen malum [in top marg. terrae] .i. inculard// 6 >. 

i8 a Cameactis ebulwj 66 .i. in ualabort 6 7. 

i9 a Cardinis 68 beneàictus [in top tmrgin : labrwm venins] 

.i. an torcd// 6 9. 

54. « the betony ». 

55. « balsamita, salmentica, sisimbrium, menta aquatica ». 
A. 19. 

56. « the water-mint », O'R's cartloinn. 

57. « burnet », A. 25. 

58. « the herb of... « luscre maie speedwell ; Veronica of- 
ficinalis », O'R. 

59. obscure to me. — 60. « the brooklime » ? a kind of 
veronica. 

61. butyrum. — 62. « the butter »,imm, imb=-\it. unguen. 

63. calamintha, naXajx(vGYj. — 64. « the calamint ». 

65. cyclamen, malum panis terrae (ms. terra pans) porcin//^ 
calsamus(?) i. e. the earth-apple ? O'R. has cularain « cu- 
cumbers », and in Irish Glosses N° cularan glosses cucuiiier. 
But P. O'C. explains cularan, clorân by earthchestnut, earth- 
nut, pignut, Connecting it with W. cular. Bret. koJoren, keler 
« noix de terre », Legon. 

66. Cameactis [yx\).x:x/-r„ Diosc. R T , 172] interpretatur hu- 
milis sambucus [i. actis (ày.t^) enim] ebulus dicitur, gallice 
eble, anglice wellewort uel walwort, A. 28. — 67. the wal- 
wort or ground-elder. The Ir. ualabort is borrowed from the 
English. P. O'C. gives it as ualuârd, balbhârd and malbhàrd. 

68. sic, i. e. Cardo benedictus A. 24, the Eng. groundsel. 
— 69. I know not whèther we hâve hère orcàn or torcân : P. 
O'C. 's organ seems borrowed from lat. origânum wild marjo- 
ram : for groundsel Mac Curtin eives çronnlus. 



On the Irish Materia tnedica. 229 

Camedreus7° [in righi margin: quercula minor ger- 

mandrea] .i. mdairgiw bcg/ 1 . 
20 a Camapiteus 7 2 [in top margin : germa'ndrea quercula 

rriaior] .i. in dairghiw môr/5. 
2o b Camâmilla [in top margin : antehum atenis bebonici"4] 

.i. lus 75. 
2i a Campora [in top margin: canabus canabum76] j 

lus 77. 

2i b Camolea quinq//cfolium7 8 .i. in coicldhach 79. 

22 a Caniculata [in top margin : simponica 'uisyamus casi- 

lago insana 8 °] .i. \n gabfan/; 8r . 
23* Cantarides .i. nacuile 82 . 

Cantubrum 8 3 [in top margin: furfur tritici] .i. \n 

bran 8 4. 



70. i.e. chamaedrys yx[j.x(opj;, camedreos A. 28. — 71. the 
great dairgin « the lesser germander ? » 

72. yx[j.x:- : .-j; camepiteos A. 28. — 73 « the greater ger- 
mander ». dairghin na subh, a kind of berry-bearing shrub', 
P. O'C. 

74. antenum and atenis seem corruptions of ôvOejw* : bebonici 
is obscure to me. — 75. « a- plant ». 

76. « canabaria similis est in foliis canabo » A. 30, where 
Mr. Mowat conjectures that canabaria may be v.rny.y.: âypîa, 
of which Diosc. III, 156 says -.'y. Il çj'/j.y. ojjwta -f t r^.izu). But 
our campora may be camphora A. 33. 

78. camolee [yxj.i/.y.'.y], quinquefolium, pentaphilon [icevca- 
s'jXXov] idem, A. 27. — 79. « the cinquefoil ». 

80. caniculata, iusquiamus [i>z; v.jy.y.î:], cassilago, simpho- 
nita [leg. -ica ? cf. srxç-wr.r/.r,] dens caballinus idem. — 81. 
« the henbane », O'R.'s gafann henbane; hyoscyamus niger. 
This is the gahen (gl. simphoniaca) of the Cornish Vocabu- 
Iary. 

82. cantharides .i. e. the (spanisli) Aies » : cuil (W. cylioii) 
cognate with Lat. culex. 

83. cantabrum furfur tritici A. 33. — 84. « the bran » : 
bran chaff, O'R., bran, P. O'C. 

Revue Celtique, IX. 15 



2 jo Whitley Stokes. 

23 b Canopodium pes corui 8 5 [in top margin : apiuw ema- 

roidarwra] .i. in gairgiw 86 . 
24* Caprifolium mater silua[e] [in top margin : uolubilis 

maior 8 7 gorrgiola 88 ] .i. duilk feithi 8 9. 
24 b Carui [in top margin: cemella bipmla ameos9°] .i. 

an carabûaidb^ 1 . 
Cacia fistula9 2 . 

25 b Diegreidium93 .i. sugh luibe 9-4. 

i6 a Dens leonis94 .i. in serban mue 95. 

Diuretieam .i. gach luibh a fuil brigb togairmthi in 
fuail 7 briste na cloch mar ata sil melo;/es 7 si- 
tfuilli 7 cucurmis 7 cicurbit 7 sil fenel 7 merse 7 
ainis 7 persil h' 7 elestront 7 prema herrimi 7 milbh- 



85. Perhaps this should be Chenopodium, cf. -/t^otzo'j; 
« goosefoot ». Apium emaroidarum (i. e. haeniorrhoidarum) 
pes corui, A. ri. — 86. « the crowfoot », O'R's gairgin. 

87. « caprifolium... mater siluana, uolubilis maior idem ». 
A. 29. — 88. gorrgiola must mean « honeysuckle » or 
« woodbine » ; but I hâve never met the word elsewhere. 
— 89. « the woodbine ». 

90. carui agreste cumnella ameos, A. 30, where the editor 
connects carui with -/.xp;; and ameos with a;;.;;.-., Diosc. III, 59, 
63. Our cemella must be = the cumnella of A. Our biperda is 
obscure to me. — 91. « the caraway », arab. al-karavia from 
lat. careum (D'iezyo). Aïter carabiiaidh the Irish author writes : 
et adubairt Au. Cum caraui carui nunecum [i. e. nunquam] 
sine febre fui .i. anfad dobadhus can carabuaidh dochaithim 
nir sgarus re fiabras. — 92. cassia iistula, A. 35, S. B. 14. 

93. diagridium scamonia idem, A. 50. « diacridium id est 
scamonea preparata acridium antiquitus dicebatur scamoneâ», 
Matth. Silv. cited ibid. 211. — 94. « juice ofan herb ». 

94. dandelion. — 95. literally « the pigs'oats ». dandelion 
« succory ». P. O'C. serban À. coirce, O'Cl. serban .i. cenel 
n-arba, 7 ba doig co mbad e in corci, O'Mulc. H. 2, 16, 
col. 121. 



On the Irish Mater ia medica. 231 

bocain 7 b'ûur 7 sil raideogi 7 fuil bocai// [i6 h ] 7 
casra eighin;/ na crand 7 g//rmaille 9 6 . 

26 b Diptan/z/^ - pulegium97 martis .i. da ainm in eli- 
t/*onta9 8 . 

27* Dragantum99 .i. in copnrrus 100 . 

28 a Ebulus cameactis. adhon da ainm in ualuaird 101 . 

29 a Edera arborea adhon eigheand na cran/z 102 . 

29 b Edera tearrastris .i. in t-eigen// talma?/ I0 3. 

30 a Eliborus nigher .i. in t-athabha dubh I0 4. 

30 b Endiuia. 

3i a Elena campana [superscribed Enula ca///pana] .i. in// 

eillin// 10 >. 

3i b Epaitica .i. £eabund 106, 

96. Diureticum .i. e. every herb in which there is power of 
calling forth the urine and breaking the stones, such as melon- 
seed and pumpkin 1 , and cucumber, and gourd, and fennel- 
seed, and smallage, and anise, and parsley, and iris (?), and 
roots of ... and mallow, and cress, and myrtle-seed, and blood 
of toadstool, and the berries of tree-ivy, and gromwell (Fr. 
grémil, W. gromiî). 

-97. « Diptannum multi dicunt pulegium agreste ». A. — 
98. « The two names of the elitront » (?) A ms. in the Royal 
Irish Academy has Diptano .i. in elitronda. 

99. Dragantum, uitriolum A. 48. — 100. copperas, P. 
O'C.'s copras, W. copras, Fr. couperose, cupri rosa, -/%i:/.t^k 

10 i. Ebulus and chamacactis, to wit, the two names of the 
walwort. 

102. (i the ivy of the trees. » eighenn, gen. eighinn, infra 
fol. 26% should be eidhenn. W. eiddew. 

103. « Hedera terrestris i. e. the ground ivy. » 

104. « Helleborus niger i. e. the black hellébore. » 

105. « the elecampane. » 

106. Hepatica « livenvort » : ae aband would mean « hepar 
amnis ». 

1 . sitruiïli — Fr. citrouille. 



232 Whitley Siokes. 

Epitimen .i. blath iw time I0 7. 
32 a Esula .i. in esbeorna 108 . 
32'* Euforbium .i. gum croind I0 9. 
33 a Es ustum .i. umha lo'isgtbe 1I0 . 

Ematites .i. cloch IIJ . 
3 3 b Emblici 112 .i. toradh cro'mnhsus anwsa dowan mor 11 *. 
34 a Eruca .i. in cerrbocan "4. 

34 a Ferrum ferrugo et -scama ferri .i. in t-iaranw 7 in 
slaidhi 7 in tuirenn ir >. - 



107. Iiuî8'j[ji.ov i. e. the flower of the thyme. 

108. Esula « petty spurge ». esbeorna is obscure. The R. I. 
Academy ms. above cited lias Asula et sebran(?) .i. da hainm 
na hespcoma. 

109. eùçôpôtov i. e. gum of a tree. 

110. Aes ustum i. e. burnt brass (xexaufiivoç yz/.v.ï;). 
ni. Haematites i. e. a stone (x[j.y.-i-r t ; Xftfeç). 

112. Emblici sunt fructus crescentes ultra mare, purgant 
flegma et malencoliam, et est species mirabolanorum. A. 55. 
— 113. « fruit of a tree which grows in the great world (the 
Continent, « ultra mare »). 

1 14. « the colewort ? cerr-bocan, cf. mill-bocaïn, fuil-bocain ». 
P. O'C. has cearbhacân a skirwick or skirret (= Mid. En- 
glish skirwhit, S. B. 20), and O'R. has cearracan « carrot », 
which may possibly be a modem corruption of our cerrbocan. 

115. « the iron, and the iron rust, and the spark from an 
anvil » iarann = O. Ir. iarn, slaidhi (slaigbi?) cf. slaighthech 
infra : tuirenn = O'R's tuireann. This woird occurs in the 
following verse quoted by Dr. Todd (Lib. Hymn. 90) from 
the Betham MS. 22 a : 

Geibidh tennehair caor nduibhdheirg 
ima ndregaid alla uird. 
sceinnidh tuireann ar gach leith, 
imasech seinnid na builg. 

i. e. Tongs grasp a black-red bar whereon huge sledges con- 






^ 



On the Irish Materia medica. 23 ; 

5 5 a Ferrarium II6 .i. in ladh bis a n-ir/;/ar an umair ina 
mbaiter in t-iarand "7. 

Flamula .i. in seibheall ulsgi II8 . 

Feriugregum .i. pis gregach IJ 9. 
35 b Fragaria 120 .i luss na subh tûman I21 . 
36* Fraxinus .i. in fuin/zseog I22 . 

Farinum ordi .i. in min eorna I2 3. 
37 a Feniculus .i. in fenel I2 4. 
37 b Feniculus porcinus adhcw fenel muc 12 5. 

tend I A spark springs up on evcry side : ail around the 
bellows sing. 

116. Ferra[r]ium est quod invenitur in trunco in quo faber 
réfrigérât forcipes, unde illa aqua dicitur ferraria ; et illa aqua 
mundata ualet contra opilaciones splenis et epatis cum herbis 
contra illam egritudinem coctis. A. 64. — 117. « the ladbÇty 
which is in the bottom of the vessel wherein the ironisdipt ». 

118. Flammula is some plant which, when chewed, burns 
the tongue : see A, 63. The Irish œibheall means « a spark » : 
uisci is the gen. sg. of uiscc « water » : so that œibheall uisci 
must mcan some waterplant with acrid juice. P. O'C. renders 
aoibheal uiscc by marshpenny-wort (a hvdrocotvle). 

119. « Faenum-graecum i. e. a Greek pea. » O'R. hssfenéil 
griagach. 

120. Fragaria, gall. fresere, angl. st[r]auberie, cuius succus 
uel fructus ualet contra telam in oculo, A. 63. — 121. « an 
herb or a strawberry » : sub talman is exactly the German Erd- 
bcerc. With sub cf. W. svjî (fraga), sg. syfien. 

122. « the common ashtree ». 

123. « Farina hordei .i. e. the meal of barley. » 

124. « the fennel ». O'R's fencul, fenéil griagach. 

125. « to wit, sow-fennel » also called fciucal srâide, P. 
O'C., who gives names for three other kinds of fennel, viz. 
feinealcûrda sweet fennel, feintai fathaigh giant fennel, feineal 
muirc flixweed. W. ffenigl y môch. 

1. dreagaid À. comraicid, Stowe Ms. XIX. 



« 



2}4 Whitley Stokes. 

38* Fermentum .i. laibhin 7 do plur cruithner/;/a do- 
nner e 7 d'uisoi 7 do thshakz«n I26 . 

Fel .i. domblas a; gach ainmidhe I2 7. 

Filipendula. 
38 b Fumus terrae .i. in fuimitora " 8 . 
39 a Fu ualeriana .i. in caerthanw curruidh I2 9. 
39 b Fugha demonum I ?° .i. in bithnwad 1 ? 1 . 

Fructus iuniperi .i. caera an ibhuir craigi 1 * 2 . 
40 a Ficus .i. na figda I 33 (the à is written over the ,<, T ). 

40 b Galbanum adhon sugh luibhi e r 34. 
4i a Galanga .i. gailingan 1 ^. 

Galitricum .i. in exin cir co'ûlig 1 ^. 
41 1 ' Gladiolus .i. soilestrach T 37. 



126. « leaven; and it is made of the flour of wheat, and of 
water and of sait » . 

127. « bitterness of every animal's liver », v.Ir. Gl. n°975. 

128. Fr. fumiterre, Eng. fumitory. 

129. caerîhann is a common word for « rowan » ; and 
curruidh is toi' curraigh,gtn. sg. of currach: caerthann curruidh 
(= coerthand curruigh, infra note 170) is P. O'C.'s caorthann 
curraigh the herb valerian, polemonium caerultum, in English 
Bl ne Jacob' s ladder. 

130. Fuga demonum ypericon idem, A. 68, 78. ûicipeix.ov 
St. John s Wori. — 131. literally « the ever-new ». P. O'C.'s 
biothnuaidh and beathnuaidh. 

132. « berries of the Juniper », or, literally « of the yew 
of the crag». Compare one of O'R.'s wordsfor Juniper, iubhar 
beinne, lit. « yew of the peak ». 

133. « the figs » . 

134. « to wit, the juice of an herb it (is) ». 

135. « galingale ». gaïleanga, gaileangan, P. O'C. 

136. « the bright cock's-comb », crista galli, sometimes 

called in England yellow rutile, from the colour ot the flower 
and the rattling of the seeds in the capsule. 

137. gladiolus is the English sword-lily. Soi lest rach is a de- 



On the Irish Materia medica. 23 5 

42 a Gariofilns in clobus : 3 8 . 
42'' Genciana .i. coirci lacha[n] r 39. 

43 a Guimi .i. gum 7 intan adcrar gu/// a focul coitcen/z 
is do gum araibi is coir a tuicsin 1 * . 
Git .i. in cogal 1 -* 1 . 
43 b Genestula .i. m gilcach 1 ** 2 . 

44 a He[r]modactuli .i. in tene talman 1 ^. 
44 b Herba sancti pétri .i. in sobairgin r +4. 
45 a Hipia madior .i. in flidh r 45. 
Hipia minor .i. rind ruisg 1 ^ 6 . 

45 b Isopus .i. isoip x 47. 



rivative of soilestar (gl. gladiolum) Ir. Gl. n° 775, O'R.'s 
soiliosdar. P. O'C.'s sëileastar or feileastar. W. clcstr. 

138. jtapuôçuXXov « theclove ». clobhas, P. O'C. W. clowsen. 

139. « gentiana i. e. duck's oats. » 

140. « gummi i. e. gum; and when «r gum » is said as a 
common word « gum arabic » is to be understood. » 

141. ^//7; (A. 75) the corn-cockle (agrostemma githago) : 
the Irish word is borrowed from the English, or from A. S. 
coccel, coccl. 

142. « the broom. » P. O'C. lias giolcach sléibhe « broom » 
and giolcach nimbe « butcher's broom ». 

143. Hcrmodactilis, A. 82, and so in H. 2. 17, p. 282, tene 
talman (gl. hermodactilis). Perhaps meadow-saffron.The Irish 
words literally mean « fire of earth ». 

144. « the cowslip » (primula veris). 

145. « Hippia major, i. e. the pimpernel » (anagallis?). 

146. « Hippia minor, i. e. chickweed. » The Irish glosses 
seem tohave been transposed, for flidh (= W. gzulydd') is chick- 
weed : so perhaps rindruisg, lit. « eye's point », may be pim- 
pernel. P. O'C., however, explains rinn cuise bv « eyebright » 
(euphrasia). 

147. hyssop. iosôip, P. O'C. W. isop. 



2]G Whitley Stokes. 

46 a Ipoquisdidos .i. lus na meacan 1 '* 8 . 
46 b louis barba .i. in temral x 49. 
47 a Iris .i. gloriam I î°. 

Ipofila .i. bi\nr muirc t S I . 

47 b Lac .i. in bainwe 1 * 2 . 

48 a Lactuca .i. letw* 1 *?. 

48 b Laudanum. 

49 a Lapa[ciu]m acutum ,i. in corrcopôg *S4. 

49 b Lapis laxuili .i. cloch 1 ^. 

Lapis maighnetis À. cloch darab ainwi maighnes I > 6 . 
50 a Langciolata .i. in slanlus 1 '^. 
5o b Lauriola .i. crand 1 * 8 . 
5i a Lenticula acaitica .i. in ros lachan I î9. 



148. j-;/.'.7t(: « tbe fungous excrescence growing from the 
root of the dogrose, A. 86 s. v. ipoquistidos. The Irish words 
mean « the plant of the roots ». 

149. « the house-leek. » 

150. gloriam, P. O'C.'s gloiriam « swordgrass », must be 
a loan, but from what ? 

151. The Latin word is obscure to me : the Irish means 
« Mary's cress ». O'R. explaius it by « brooklime ; veronica 
beccabunga ». bilur also occurs supra n° 26 a and infra to. 57*. 

152. « the milk ». 

153. « lettuce », from winch word the Irish is borrowed. 

154. « lappacium acutum, parella, paradella idem g e paiele, 
anglice reddokke » A. 94 (red dock) — seems Rumex sangiu- 
neus. But the Irish cqrr-chopôg, literally a dock (copôg) with 
pointed leaves (corr snout, bill, beak, O'R.), means « the 
great waterplantain », P. O'C. 

155. Lapis lazuli, i. e. a stone. 

r)6. Lapis magnetis, a stone named magnes. 

157. « Lanceolata, i. e. the ribgrass, ribwort plantain: 
Plantago lanceolata », O'R. 

158. « Laureola.(A. 95), i. e. a tree. 

159. Lenticula aquatica, i. e. the (iesser) duckweed (Jcinna 



On the Irish Matériel medica. 2 $7 

)i b Leuisticus .i. lubh l6 °. 

Lepus .i. in mil maige lèl . 
52 a Lapis agaptis .i. cloch agapitis 162 . 
52 b - Licium .i. gum crainw l6 3. 
53 a Lilium .i. in lili l6 4. 

Linga auis pigla .i. tenga enain l6 $. 
53 b Litairgerum .i. shïghtecb in airgid l66 . 
54 a Licricia .i. licoiris 16 /. 

Lapa .i. in chopog l68 . 
54 b Linga bouina .i. in t-oghradh l6 9. 

55 a Mas. 

Maculta treisfolium .i. in eachsemar I /°. 

minor). This is the third ross mentioned in Cormac's Glossary, 
as found only on stagnant water (jiibî acht for marb-uisce). 

160. Levisticus (Engl. lavage) i. e. an herb. 

161. « the hare » (lit. « the beast of the plain »). 

162. Lapis agapis (A. 90) i.e. (the) stone agapitis (?) 

163. /.jv.-.cv i. e. gum of a tree, succus caprifolii, A. 99. 

164. « the lily ». 

165. Lingua avis, pigula (idem), stitchwort. The Irish 
words mean literally « little bird's tongue ». 

166. « XtôâpYupoç, i. e. the slaighthech of the silver ». Litharge 
(lat. spuma argentt) is the vitrified lead collected in the pro- 
cess of separating lead from silver. P. O'C. has also slaigh- 
theach air, slaightheach stain, slaightheach luaighe (leg. luaidhè). 

167. liquiritia i. e. liquorice. 

168. lappa i. e. the dock : ci. corr-chopôg supra. 

169. The Latin seems = Lingua bovis, bugloss : the Irish 
is obscure. It is written odrad in L. B. 101 cited infra. 

170. Maculatum trifolium ? i. e. the horse-clover, P. 
O'C. 's seamar chapall. The name of this plant occurs in the 
gen. pi. in Lebar Brecc, 101, in the lower margin : Denam 
bechlossa .i. L. mur 7 echsemmar 7 duille na sub talmaw 
7 na sub craeb 7 murdraigèn 7 odrad nir bun 7 barr 7 
druchtain na monad 7 mindt//s 7 cammamilla 7 coerthand 
curraig 7 duillebflr chrànd cumra 7 erand plima 7 imm lôci 



2?8 Whitley Stokcs. 

55 b Manna. 

56 a Malagranta .i. na hubhla grainneacha I 7 I . 

56 b Marubium .i. in t-orafunt T " 2 . 

57 a Nasturcium adhon in bilur uisgi J 7>. 

Napeum sinapium .i. da ainm in musdàrd l 74. 
57 b Nenufar .i. blath na raibhi uisgi x 75. 
)8 a Nepta .i. in[n]eipt I / 6 . 
58 b Nox magna .i. in chnu frangcach x 77. 
59 a Nus muscata .i. nutamuic I 7 8 . 
59 b Nux longa .i. almont milis I /9. 

6o b Olibanum. 

6i a Opoponax 7 is inann opoisi// g/eig7sugh 7 isinanw 

ponax isiw tengaidh cétna 7 luib oir sudh luibhi 

e l8 ° 
6i b Oua .i. na huisjhi lSl . 



belltaine 7 loei feil na croche 7 na luibe do buain laa belltaine. 
Hère murdraigen means agrimonv. 

171. mala granata (A. 108) ,i. e. the graniferous apples. 

172. marrubium (A. 110) ,i. e. the orafunt horehound ? 

173. « to wit, the water-cress ». 

174. « the two names of the mustard ». 

175. nénuphar flos ungule caballineaquatice idem (A. 124), 
« the rlower of the water-rue ». raibh, rue P. O'C. 

176. nepeta « the catmint ». 

177. nux magna (A. 126) i. e. the French nut » (\V. meuen 
ffrengig), a walnut. 

178. nux muscata (A. 124) i. e. nutmeg» {noix muguette). 
Th. Irish nutamuic is a loan trom the Earlv En^lish note- 
muge. 

179. « a sweet almond ». 

180. z-z-hx"- « and opo in the Greek is the saine as « juice » 
and in the same tongue ponax is the same as « herb » ; for it 
(is the) juice of an herb. » 

181. « the eggs ». (^ T a neut. i-stem, pi. n. uigc. 



On the Irisk Materia medica. 239 

62 a Os de cerui corde .i. in cnai/// bis a craidhi in fia- 

dha 182 . 
62 b Ordiam [superscribed : ordiuw] .i. ineorna 18 ?. 

Paninus [corrected: Pawpinus] .i. duilk na finemh- 
m l8 4. 
63* Pes accipidris .i. columbi/z l8 5. 

Petrosellinum .i. prrsilli l86 . 
63 b Pulegi[um] muntanum .i. puliol muntan lS 7. 

Piper nighrum .i. pibwr dubh l88 . 
64 b Pullicaria .i. in millsen monadh l8 9. 

Paritaria .i. paratari T 9°. 
65* Polipoidium .i. in sgim^ 1 . 
65 b Pipinella .i. in t-ecnmJ9 2 . 
66* Politricum .i. gne don dubhcosach^s. 

Porrum .i. in lus ^4. 



182. « the bone that is in the heart of the deer. » 

183. « bordeum ,i. e. the barley. » 

184. pampinus ,i.e. the leaf of the vine. 

185. pes accipitris, i. e. the columbine. 

186. pclrosclinmn, i. e. parsley. P. O'C.'s peirsille.W '. persli. 
1S7. brotherwort. The Ir. puliol is borrowed from English 

or French. 

188. « black pepper ». 

189. « the bog lîoney-suckle », according to O'R. P. O'C. 
bas milséan nuira a sort of sweet scaweed. 

190. parictaria wall-pellitory; 

191. polypodium .i. e. « the polypody », a kind of fern. 
So in scim (gl. polepodium) H. 2. 17, p. 297. P. O'C.'s 
sceamh. 

192. pimpinella .i. e. the pimpernel : ecrim, P. O'C.'s 
eigrim, the herb burnet or stone parsley. 

193. « polytricum (.i. adiantum », A. 147 a) .i. e. a kind 
of the black maidenhair, in dubcosach(g\. capillus Veneris) H. 
2. 17, p. 286. 

194. « the leek ». 



240 Whitley Stokes. 

67* Pingedo .i. methrad^). 

Pira .i. na iperedha. I 9 6 . 
6j h Plumbum .i. in luaidhe 1 ??. 

Quercus .i. in dair^ 8 . 

68 a Rafanos adhon ragam r 99. 

68 b Ros marina .i. ross marina 200 . 

69 a Reubarbarum. 

6<) h Rosa rubia .i. in ros d^rg 201 . 

70 a Rubia maior .i. in ///adra 202 . 

70 b Ruta .i. ruibh 2 °3. 

7i a Repercusiua .i. gach ni ina fuil bn^ frithbuailt&:& 2a * . 

Sambucus adhon trom 20 '. 
7i b Sal .i. salunw 206 . 
72 a Sarca colla .i. guw cfain« 20 7. 

Scamonia. 
72 b Sateiria .i. sabhr...i 2 ° 8 ? 

195. pinguedo « fatness ». 

196. « the pears ». 

197. « the lead ». 

198. « the oak ». 

199. raphanus « horse-radish ». So in ragum (gl. rafanus), 
H. 2. 17, p. 280. 

200. « rosemary ». W. rhosmari. 

201. « the red rose ». 

202. « the madder ». 

203. « the rue ». 

204. « everything in which there is a repercussive force. » 

205. « to wit, an elder-tree ». 

206. « sait ». 

207. zxo-Azv.i'tXx ,i. e. gum of a tree. » 

208. satureia. The Irish word I cannot decipher. 



On the Irish Materia medica. 241 



H. 2. 17 



The pharmacological tractate in H. 2. 17 begins thus : 
Circa presens negocium in simplicibus medicinis mundum 
uersatur pre[p]ossitum... Simplex medicina est quae talis na- 

tura precedit. 

P. 279. Flamula .i. in ibell 1 . 

P. 280. Cuscute .i. claman in lin... 7 iderar ris fos potagra 
lirii, ar is e bus im cois in lin 2 . 

Rafanus .i. in ragum.3. 

Uiola .i. in uioiH. 

Malua .i. in leamach muighiJ. 

r. a mistake for ôibell or àibell, W. ufel-yn. 

2. Cuscuta (« dodder » a parasitical plant allied to the con- 
volvulus) « i. e. the mange of the flax, and it is also called po- 
dagra Uni, for it is at the foot of the flax. » O'R. h as « clamaiu 
in lin dodder, witherwind ». P. O'C. has clamhan dodder, 
clamhan dearg, red dodder. 

3. « horse-radish », ragam = racine, radicina, with the 
regular medialization of c, and change of n to hard ni, as in 
membmmm = membrana. So in Welsh : latwm, offnum, saf- 
frwm, Beitr. v. 219. 

4. The gen. sg. uiola occurs in H. 2. 17, p. 289, col. 1 : 
ola na uiola 7 na roisi do cur isin mortel, « the oil of the vio- 
let and of the rose to be put into the mortar ». W. fioled. 

5. « the mallow of the rield ». O'R. has « leamhadb marsh 
mallows. Althaea ». P. O'C. has leamhach bhuidhe marsh mallow. 



242 Whitley Stokes. 

P. 281. Aurotanus .1. liat[h]lus mara 6 . 

P. 282. Argentum uiu[u]m .i. in t-airged beo. 

Linga auis .i. in teanga enan. 

Hermo dactilis .i. in tene talman .i. in gairgin 7. 

Striguum, morella, solatrum. domnidhi .i. aenluib 
inand sin 8 . 
P. 283. Sulfur .i. in traif9. 

Siloes siler mondtanus .i. in rait I0 . 
P. 284. Petrosilinum .i. ptrsilli. 

Iarus barba .i. in gegar". 

Cicuta .i. bindmer 12 . 
P. 285. Enula .i. in ellend. 
P. 286. Cuminum .i. in cuimin. 

Capillus Ueniris .i. in dubcosach. 

Accetum [.i.] in finegra r 3. 

6. literally « sea mugwort ». 

7. a gairgin crowfoot », O'R. Gairgin P. O'C. 

8. Striguum (a scribal error for Strignum i. e. uxpjyvsç), 
morella, solatrum (nigrum), a kind oflupine. Domnidhi is obs- 
cure to me. 

9. in t[f\raif, where sraifis possibly == the sraib in O'Da- 
voren's sraibtine do neim À. an Une saighnein, the lightning, 
and thesrop in srop-tenid, LB. 215 a 15. Probablya loan (with 
metathesis ot r) from Fr. soufre from Lat. sulphur. 

10. Siloes perhaps for Sisclcos, which seems in A 169, 171, 
to be a synonym of siler montanùm (oui* « mondtanus »). Si- 
ler is said to be a kind of brook-willow. rait, P. O'C. 's raid 
bog-myrtle, bog-poppv, wild myrtle, sweet-gale. 

11. Iarus, and Barba [Aron] are given in A. 84 as syno- 
nyms of gigarus, whence, or from the Ital. gigora, the Ir. ge- 
gar is borrowed. It is said to be the English cokkowespitte (now 
cuckoospittle ?), Fr. pied de veau. 

12. bindmer « hemlock » is = O'R. 's minmhear common 
hemlock : Conium maculatum. He also lias minnbear « hem- 
lock ». 

13. « the vinegar »,' finegra (W. gwinegr) borrowed from 
Fr. vinaigre. 



On the Irish Miïeria medica. 24} 

P. 288. Artimesia .i. in buafallan liath. 

Acasia .i. sugh na n-airnedh n-anabaidh I4 . 

Alumen .i. in atramail *>. 
P. 289. Plumbum .i. in luaidhi. 

Pix .i. in picc l6 . 

Olibanum ditius .i. gumi croind l 7. 
P. 290. Pomum citrinum .i. in t-ubull buidhi l8 . 

Semper uiua .i. in tenegul *9. 

Rubus .i. in feirdris 2 °. 
P. 291. De absintico .i. donn aibsint 21 . 
P. 292. De uritica .i. don neandtoig 22 . 

P. 294. Cosc ar carraigi .i. ruse feithlinde [7] in eidhind 7 
scertar a forrusc de 7 brister go min iat 7 berbthar 
ar finegra 7 cu'mcr 'mon cheand 2 3. 

Menta .i. in mima 24 . 
P. 295. Epitimum .i. in duilli fetha 2 $. 

14. Acacia (.i. succus dessiccatus prunellarum agrestium 
immaturarum, A. 1) « the juice ofthe unripe sloes ». 

15. atramail : the gen. sg. na hatramaili occurs in the ms. 
four Unes below the gloss. I hâve not met tliis word else- 
where. 

16. picc, like W. pyg, is borrowed from an oblique case ot 
Lat. pix. 

17. « gum of a tree », frankincense. 

18. « the yellow apple ». 

19. Semper uiua is houseleek. 

20. feirdris is O'R. 5 s féirdhris a bramble, briar, P. O'C.'s 
eirrdhris feirrdhris the dogbriar, buckbrier or wild rose, a com- 
pound oîdris « briar », and some word obscure to me. 

21. « of the absinth » . 

22. « de urtica ofthe nettle » (nenntog). 

23. « Coscar[leg. Coscar?] carraigi i. e. the bark of honey- 
suckle and of the ivy, and its rind (?) is separated from it, 
and they are broken small and boiled in vinegar, and put 
round the head ». 

24. « the mint ». 

25. « the leaf of honeysuckle ». 



244 Whitley Stokes. 

P. 297. Polepodium .i. in scim 26 . 
P. 298. Fraxinus .i. in uindsend. 

Sambucus .i. in trom. 

De uomitis .i. don sceat[h]raidh 2 7. 

Calmentum .i. in émir sleibi 28 . 
P. 300. Ros [ms. Rosa] marinus .i. in ros muiridi 2 9. 

26. Poly podium is a kind of fern. 

27. « of the vomitings ». Scethrad a noun of multitude, 
from sctth, W. chwyd, vomitus. 

28. literally « the mountain émir » (calamint ?) 

29. « the rosemary ». 



ÉTUDES BRETONNES 



VI 



LA CONJUGAISON PERSONNELLE ET LE VERBE « AVOIR » 

i. Les six conjugaisons bretonnes. 

Il y a six façons de conjuguer les verbes bretons à l'indicatif 
actif. Ce sont : 

i° La conjugaison personnelle, avec formes verbales dis- 
tinctes pour chaque personne; exemple, kanafi « je chante » 
(latin cano) ; 

2° La conjugaison impersonnelle, où chaque temps a pour 
forme verbale unique celle qui est la troisième du singulier 
dans la conjugaison personnelle : nie a gan ou me 'gan « je 
chante » (= * ego canif) ; 

3° La conjugaison avec l'auxiliaire «être «variable, le verbe 
restant au participe présent : o kanah on, 'kanah on, etc. « je 
chante » = canens su ni ; 

' 4" La conjugaison avec l'auxiliaire « être » à l'infinitif, le 
verbe se mettant au personnel : léonnais be^a e kanann « je 
chante » = * esse cano ; 

5° La conjugaison avec l'auxiliaire « faire » au personnel, 
le verbe restant à l'infinitif: kaua 'rah « je chante » = * canere 
facio. 

6° La conjugaison du verbe avec lui-même comme auxi- 
liaire : goud a ou^on « je sais » = * scire scio. 

La première de ces conjugaisons (personnelle, kanafi) est la 
plus ancienne, et encore aujourd'hui la plus usitée. 

Revue Celtique, IX 16 



246 E. Ernaull. 

La deuxième (impersonnelle, me (a) gan) dérive de la pre- 
mière; ce sont les deux plus importantes, les quatre dernières 
s'y rattachent quant à la forme des éléments qu'elles combi- 
nent de diverses façons. 

Dans la troisième (0 kanan on, etc.), l'auxiliaire « être » peut 
avoir n'importe quelle forme et se mettre avant ou après le 
verbe; il peut aussi en être séparé par un ou plusieurs mots. 
Cette conjugaison répond aux locutions anglaises comme 
zuhat is he doing ? et françaises comme Qu'est-ce qu'il est à faire? 
en breton de Tréguier Pesoni email 'c'h ober? ou 'Sord 'mah 
'h ober ? Les grammairiens l'ont omise ; elle existe pourtant 
aussi en Léon et se trouve déjà en breton moyen. Il serait 
souvent impossible de la rendre littéralement en français, aussi 
bien que les expressions anglaises correspondantes. Exemples : 

Trécorois 'mah 'tout « il vient », « le voilà qui vient » = 
angl. he is coming ; 

Léonnais/># oann 'sevel var gorre V ros « comme je montais 
au sommet de la colline » (chanson populaire, Mélusine, III, 
572) = angl. when I was ascending, etc. ; 

Breton moyen : Tut Jesu so o~ concluaf « les gens de Jésus 
veulent (nous déshériter) », Sainte Barbe, 25 ; tut... so ou^ e 
heul pepret « des gens le suivent toujours, sont toujours à le 
suivre », Grand Mystère de Jésus, 17 b, cf. 11, 61 b, Poèmes 
bretons du moyen âge, 35, Sainte Catherine, 33, 34, etc. 

Comparez les expressions galloises comme y mae (efe) yn 
dysgu, et dysgu y mae efe « il apprend ». 

La quatrième conjugaison (be%a e kanann) est très peu 
connue en trécorois. Je n'en ai pas trouvé d'exemple certain en 
moyen breton. Elle est donnée dans la grammaire de Le Go- 
nidec, et dans celle du P. Grégoire de Rostrenen, Rennes, 
1738 : be~a e^carah « j'aime », etc., p. 115 et suiv., cf. 108, 
132, etc. Autre exemple ancien : be-a e tleoinp « nous devons », 
Introduction d'ar viu\ dévot, Quimper, chez Derrien, p. 350, 
et. 279; les approbations de cet ouvrage sont datées de 1710. 

La cinquième conjugaison (kaua 'raïi) répond à l'anglais / 
do sing. Elle est très usitée. Quelquefois elle est accompagnée 
d'un changement dans la forme infinitive. 

Ainsi certaines localités de Cornouaille qui, par ailleurs, 



Etudes bretonnes. 



247 



préfèrent la terminaison -0 pour l'infinitif, lui donnent plutôt 
une désinence -ek quand il est suivi de l'auxiliaire « faire » et 
aussi quand il se trouve de même, mais pour une autre raison, 
au commencement de la phrase : c'boar~ek a ra « il rit » ; la- 
bour eh a so red « il fout travailler », à Saint-Maveux, etc. (Voir 
Etude sur le dialecte... de Bat^, p. 15). 

En petit Tréguier, on emploie souvent, à cette cinquième 
conjugaison, la racine verbale sans aucune terminaison, lors 
même que cette forme d'infinitif est par ailleurs tout à fait inu- 
sitée : gwel ë raù et gwelet ë,ran « je vois », ~ell et %elled ë ran 
« je regarde », klev et klevet ë ran « j'entends », ker~ et ker~et 
ë ran « je marche », gouvé et gouvéed ë ran « je sais », anav, 
auaved et arivè ë raù « je connais », gall et galled ë raù « je 
puis », iv ë raù et ivan raù « je bois », joùj et joùjal ë raù «je 
pense » ; mais on _dit toujours, par exemple, red e gwelet, Rel- 
ief, etc. « il faut voir, regarder », etc. Notons l'expression 
deu 'ra « il vient », plus spéciale aux cas comme deu 'ra jist 
« il vient du cidre (du robinet) » ; par ailleurs on dit mieux 
dohd ë ra ou don 'ra (et toujours red e dont). 

Cette cinquième conjugaison existait en moyen breton, non 
seulement à l'indicatif, mais aussi à l'impératif, ce qui n'a plus 
lieu aujourd'hui : ma sintij groa « obéis-moi », Sainte Barbe, 
225, gret e aeren « liez-le », Gr. Myst. de Jésus, 82, etc. Elle 
existe aussi en gallois : gwnaethxm ddysgu « j'appris » ; et en 
comique: 11a wra ladhê « ne tue pas ». 

La sixième conjugaison (goud a ou~on) rappelle les expres- 
sions hébraïques comme « mourir tu mourras », Genèse, chap. il, 
vers. 17. Les grammairiens bretons n'en parlent pas. Elle ne 
se trouve que dans un petit nombre de verbes, en breton mo- 
derne et en breton moyen : 

goud a owçpn « (savoir) je sais », cf. goût a ouïe a elle sa- 
vait », P. D. de Goësbriand, Fables choisies de La Foulai ne tra- 
duites eu vers bretons, Morlaix, 1836, p. 6 ; 

gallout ellet « (pouvoir) vous pouvez », Me~ellour au Ineo, 
Saint-Brieuc, 185 1, p. 1 6 7, gallout ellont « ils peuvent », 153, 
gallout a it les « tu peux >>, Tragédien ar hiniveles ar uiabic Jésus, 
manuscrit dont je dois communication à l'obligeance de 
M. Bureau (scène entre les enfants et Hérode), etc. ; 



248 E. Ernault. 

donet a duy « (venir) il viendra », Sainte Nonne, v. 291 
(Rev. Oit., VIII, 260) ; 

be%a ei on « (être) je suis », bc^a c~ eus « (être) il est, il y 
a », be%a am eus « (avoir) j'ai ». Ceci pourrait paraître rentrer 
dans la troisième conjugaison (be^ae kanaiï); mais le trécorois, 
à qui elle est étrangère, emploie ces locutions : beau on « je 
suis », bean 'm eus « j'ai », etc. On lit dans le Dict. et Col- 
loque, Morlaix, 1690, be~a eo « il est », p. 124; besa es eus « il 
y a », 122; be^a on eus « nous avons », 97; 

en devout e lm\ hui « (avoir) avez-vbus », Guyot-Jomard, 
Manuel (vannetais) 1867, p. 122; = *illi-esse vobis-est (cf. 
Rev. ait., VIII, 43). 

Ober a rah « (faire) je fais » rentre, au contraire, parfaite- 
ment dans la cinquième conjugaison (kana 'raîi) et ne repro- 
duit que par hasard le type de la sixième, comme l'anglais 
how do you do? et le français je vais aller. 

Les deux premières conjugaisons bretonnes (personnelle et 
impersonnelle) ont un seul point commun : la troisième per- 
sonne du singulier. Il y a à ce principe deux sortes d'excep- 
tions : 

i° Le choix des divers mots qui veulent dire « il est » 
n'est pas indifférent, au point de vue des deux conjugaisons en 
question : par exemple me eo signifie « c'est moi », et me ^0 
« je suis » ; eo est toujours de la conjugaison personnelle, le 
mot précédent ne peut pas être son sujet. 

2° En léonnais surtout, et déjà en moyen breton, on met 
souvent un i ou un y devant l'imparfait impersonnel du verbe 
« être » et devant tous les temps de l'indicatif du verbe « aller », 
ce qui ne se fait pas au personnel : me a ioa « j'étais », me a ia 
« je vais », etc. Cela n'a guère lieu en trécorois que dans me 
ias ou me (a) ie% « j'allai », et me iei « j'irai ». La forme de 
futur iel, ielo est exclusivement propre à l'impersonnel ; c'est 
la seule qui n'ait pas au personnel de correspondant sans i 
initial. 

Ces deux catégories d'exceptions ne sont pas, d'ailleurs, tout 
à fait absolues. La différence entre eo, e, etso,%p, par exemple, 
ne tient pas toujours à la conjugaison employée. Ainsi pred e 
veut dire « il est temps » ; am%er %pu « il y a du temps »; me 



Etudes bretonnes. 249 

gond 'h e pred « je crois qu'il est temps » ; me gond \ou am^er 
« je crois qu'il y a du temps ». Dans cette dernière phrase, 
~ou est employé avec sens personnel, et cela peut lui arriver 
quand il signifie « il y a », et qu'il a pour attribut un subs- 
tantif et non un adjectif. 

Quant à 1'/ de me a ioa, etc., on le trouve parfois dans des 
formes personnelles : léon. me ne iann « je ne vais pas » 
(chanson populaire, Mélusine, III, 572) ; ne ieas ket « il n'alla 
pas », A. Drezen, Bue~ Dont Michel Noblet^ (1879), p. 232 ; 
pa ieas « quand il alla », -Kanaouennou santel, Saint-Brieuc, 
1842, p. 106; vann. eit ma veiu « pour que j'aille », Bnhé er 
sœnt, Vannes, 1839, p. 14 (cf. p. vm, 18, 24), etc. 

2. Emploi des deux principales conjugaisons {personnelle 
et impersonnelle). 

La conjugaison personnelle règne à peu près sans partage à 
l'impératif, même dans le dialecte de Batz (presqu'île du 
Croisic, Loire-Inférieure) où par ailleurs cette conjugaison a 
presque complètement péri. 

L'impératif s'accorde donc avec le sujet, que celui-ci soit 
avant ou après, ou sous-entendu. Exemples : 

An peoryen be~ent ... soutenet « que les pauvres soient se- 
courus », Sainte Nonne, 618; ar rc père devais grague^, lè- 
vent evel pa no deffe quel « que ceux qui ont des femmes vivent 
comme s'ils n'en avaient pas », Introduction d'ar vue% dévot 
(17 10), p. 349, = trécorois ar re en eus grague, béent evel 
p'ha n'ho defe quet, Testamant neve, Guingamp, 1853, P- 3^5 ; 
ar re père en cm servich eus ar bet-mâ, ... bevent evel pa n'eu an 
lervichcnt quet aneçàn « que ceux qui se servent de ce monde 
vivent comme s'ils ne s'en servaient pas », Introd. d'arv.d., 
p. 350. 

Lequeaut eve~ ni ad ann eneou pur-^e « que ces âmes pures 
prennent bien garde », ibid., p. 217. 

Cependant il vaut mieux mettre le singulier dans ce dernier 
cas, comme cela a lieu aussi au subjonctif et à l'indicatif pour 
tout verbe qui précède son sujet de la troisième personne plu- 
rielle, à moins que ce sujet ne soit le pronom « ils, elles » : 



2 $o £. Ernault. 

na vé%et két diner~et da ^aouarn « que tes mains ne se relâchent 
point », Le Gonidec, = gallois na laesed dy ddwylaw (Sopho- 
niaSj III, i6);vann. deèt en 61 speredeu « viennent tous les es- 
prits », B. er s. 41; ci. Sainte Nonne, vers 1644. 

Le Dictionnaire et colloque françois et breton de G. Quiquer, 
de Roscoff, Morlaix, 1690, donne à la page 173 le paradigme 
suivant : 

Té bés sois 

é biset qu'il soit 

ny besé soyons 

c'huy bèsit soyez 

v besent qu'ils soient 

Il v a là une seule forme impersonnelle, c'est ny besé 
« sovons » dont le correspondant personnel est bé^émp-ny 
« sovons », Grammaire du P. Grégoire, Rennes, 1758, p. 128 
(— vann. béemb « sovons », Grammaire française-bretonne de 
Guillome, Vannes, 1836, p. 43). 

Un autre mode où domine aussi la conjugaison personnelle 
est le subjonctif, qui a d'ailleurs de grandes affinités avec l'im- 
pératif. Ce mode est précédé des particules verbales ra et da, 
emplovées de même en moyen breton, et identiques aux pré- 
rixes du vieil irlandais ro et do : Doué d'ho conduo « Dieu vous 
conduise », Doué da roi no% mat deoe'h « Dieu vous doint bon 
soir », Dict. et coll. de Quiquer, 1690, p. 14, deut mat da viei 
« sovez le bien venu », p. 20, ci. p. 37, etc. (voy. mon édi- 
tion de Sainte Barbe, p. 260, 403)- 

On trouve pourtant parfois le personnel après la particule ra 
précédée du sujet: huy ra ve « que vous soyez », Gr. Myst. 
de Jésus, 183 b, huy raue, SB 514, me pet drouc darnnou ... ra 
disquenno, 293 « je souhaite que quelques tuiles (vous) tom- 
bent », et merafonto « que je fonde », Gwer%. Br.-I;., II, 12, 
sont dans le même cas que ux besé cité plus haut. Nous 
avons vu aussi que, par suite d'un principe qui domine tout 
le verbe breton, on dit, par exemple, au singulier, ra véxp berréet 
hé çeisiou « que ses jours soient abrégés » = gall. ychydig fyddo 
ei ddyddiau (Ps. cvin, v. 8 de la Vulgate). 

Exemples de l'application de cette règle à l'indicatif: léon. 



Etudes bretonnes. 2$ i 

é-c'hî~ ma ni ar bilpou^ed « comme font les hypocrites », tréc. 
evel ma raan hypocrited, gall.fel y gwnay rhagrithwyr, Matth., 
VI, 2. 

Voici un' passage où elle n'a pas été suivie : evel a résout bobl 
Israël père a gollas couraich pa oaut arru « comme fit le peuple 
d'Israël, qui perdit courage quand il était arrivé », Instructionou 
christen, Quimper, 1824, p. 104. Ce pluriel du verbe parait 
d'autant plus singulier que le sujet n'est qu'un collectif, pobl 
(cf. Ste Cath. 25). 

A l'indicatif, la conjugaison personnelle s'emploie : 

i° Quand il y a négation : ne ganah ket ou 'ganah ket « je 
ne chante pas ». 

C'est seulement dans ce cas que le dialecte de Batz fait usage, 
à l'indicatif et très rarement, du reste, des quelques débris de 
la conjugaison personnelle qu'il a gardés, en dehors des verbes 
« être » et « avoir » (Etude sur le dialecte... de Bat^, p. 23 et 
suiv.). 

Cependant le moyen breton met parfois l'impersonnel avec 
la négation, après le sujet : an re nen care « ceux qui ne l'ai- 
maient pas », Gr. Myst. de Jésus, 84; a tenu cret « ne crois-tu 
pas », ibid., 74 b; a te na goar « ne sais-tu pas », Sainte 
Barbe, 614; huy naguel, Gr. Myst. de /.. 147 b (mais a huy na 
guelet, S. B., 479). On lit encore ha c'hui na vel « ne voyez- 
vous pas », dans X Introduction d'ar vue% dévot, p. 158, 276; 
et dans l'ouvrage de Le Bris intitulé Instruction var... ar Ra- 
sera (Quimper, chez Perier), 2 e partie, p. 79; à c'huy naoar 
« ne savez-vous pas », Quiquer, 1690, p. 59; c'houi na ielo 
kel « vous n'irez pas », Bar~. Br., 1867, p. 428, col. 1; 
c'houi na ici ket, 290; ar re nagomçpket « ceux qui ne parleront 
pas », A hnanach de Léon et de Comouaille, Brest, 1877, p. 53. 

2° Après la plupart des conjonctions : kridign c ra e kanaii 
« il croit que je chante », pa ganafi « quand je chante », mar 
kanan « si je chante », etc. 

On lit pourtant mar d'ar re he gass huit a ~o bugale de-hau 
« si ceux qui le chassent sont ses entants », A. Drezen, Bue^ 
Dom Michel Noblet^ (1879), p. 208, ce qui semble un galli- 
cisme, comme pa hegofa \o « quand son ventre est », Sauvé, 
Proverbes et dictons, n° 241. 



252 E. Ernault. 

Il y a des conjonctions comme « et, mais, car », etc., qui 
sont plutôt suivies de l'impersonnel, et qui ne prennent même 
! . personnel qu'en se faisant accompagner de e, particule ver- 
bale signifiant proprement « que » : ha me rei ou bag e reign 
« et je ferai »; er me goar « car je sais », Sainte Barbe, 28, etc. 

On trouve rarement la 5 e conjugaison au lieu delà première : 
pa en em laçai a ra (et pa en em laça) « quand il se met », Instr. 
christ., 96. 

Le subjonctif n'a pas de formes spéciales : c'est le futur ou 
un des conditionnels, auquel on préfixé ordinairement ra ou 
da, comme en français « que », et c'est pour cela que ce mode 
est régulièrement personnel. 

3 Après la particule verbale t'~ ou e, qui s'emploie d'ordi- 
naire quand la proposition commence par un attribut, un 
complément indirect ou une proposition incidente : joaus c ha- 
nah « je chante joyeux, joyeusement » ; 'nid-out e kanah « je 
chante pour toi », pa veah joaus e kànan « quand je suis gai, 
je chante ». Dans tous ces cas, on peut dire aussi avec l'im- 
personnel, et surtout en poésie, joaus me (a) gan } etc. \aman... 
me chomo « ici je resterai », Sainte Nonne, 525 ; alors on ne 
met pas la particule c, f~. On peut aussi dire me (a) gan 
joaus, etc. Mais s'il va un mot interrogatif (sauf ha « est-ce 
que »), on est obligé de le placer en tète de la proposition, et 
si ce mot n'est pas sujet, le verbe sera nécessairement per- 
sonnel ; e, e- peut être exprimé ou sous-entendu. Exemples : 

Da biv c hom^ei ? « A qui parlez-vous ? » Peno% e ret? « com- 
ment vous portez-vous », littéralement « comment faites- 
vous », comme en anglais ; léon. ne ouçonn ket peleac'h e~ it 
« je ne sais pas où vous allez », etc. 

Cette dernière phrase est en petit Tréguier n'onn ke' p'iac'h 
'h et ; 'h est ici pour ecb, variante de <'~. Une autre forme équi- 
valente est en, qui s'emploie devant un pronom: livirit devait 
en é trugarecan « dites-lui que je le remercie », Dict. et coll. 
de Quiquer, 1690, p. 41, cl. no, 1. 7, 11, et Rev. Celt., 

vin, u-46, 82, 83. 

4° Après la particule verbale tf, exprimée ou sous-entendue, 
quand celle-ci suit le. complément direct du verbe : cur ~on a 
ganan je chante une chanson ». On peut dire aussi, avec le 



Etudes bretonnes. 253 

personnel, me (a) gan eur ^on, et même (surtout en poésie) 
eur %on me a gan. Mais le personnel est obligatoire dans les 
expressions telles que petra 'larah « que dis-je ? », na oi<~oîit 
ket petra 'rcoùt « ils ne savent ce qu'ils font », etc. 

5° Le verbe (e)m(a)oh, (e)m(a)oud, (e)ma ou (e)man « je 
suis (actuellement) », etc., peut commencer une phrase; il 
en est de même, en trécorois, du moins, de quelques autres 
formes du verbe « être », et du verbe « aller » : 'Man 'tiski hi 
gentel « il apprend sa leçon », (gall. y mac yn dysgu) ; 'h an 
'rok « je pars », 7; a 'glâ d'aùpdt « la pluie va augmenter » 
(an pat — *amplaat « devenir abondant », du franc, ample); 
'h a 'glâ d'ober « il va taire de la pluie » ; 'h é% de gousket ? « tu 
vas te coucher ? » ; 7; èr ie « on va aussi » (se dit quand on 
rencontre quelqu'un sur la route) ; 'ver leinan « on déjeune » 
(en entrant dans une maison où l'on est à table) ; 'ver gaht-hi 
« on y est » ; 7; er d'ei « on y va » ; 'oc h gaht-hi « vous êtes 
avec elle » et aussi « vousv êtes » ; 'omp paoues merniah « nous 
venons de. dîner (à midi) », etc.; Oant « ils étaient », Emgann 
Kcrgidu, II, 287; de même Eller « on peut », Ahn., 1877, 
p. 31, 12, d. 27, 1. 19; 33, 1. 30. 

6° Quand on veut affirmer une chose qui vient d'être niée 
ou révoquée en doute, on emploie le verbe au personnel, sous 
sa forme radicale (sans mutation initiale), ce qui prouve qu'il 
n'y a pas de particule verbale sous-entendue, contrairement à 
ce que nous avons vu jusqu'ici. On peut aussi, comme en 
gallois, répondre par l'auxiliaire « faire », traité de la même 
façon. Exemples : 

'Ver ket. — Ber « on n'est pas. — Si, on est » ; 'oann ket. 

— Boa^ a je n'étais pas. — Tu étais ! » ; 'veign ket. — Bi ou 
béet « je ne serai pas. — Tu seras! ou vous serez! »; beign 
« si, je serai », bomnt « si, ils seront », etc. ; (yévou ket). 

— Bévou « si, il vivra », etc. 

Les troisièmes personnes du singulier boa, bou, bije, répon- 
dent non seulement à une négation de la personne corres- 
pondante du verbe « être », mais aussi à celle d'une personne 
quelconque du verbe « avoir » ; ainsi bou veut dire à la fois 
« si, il ou elle, ou cela sera », « si, j'aurai », « si, tu auras », 
« si, il ou elle aura », etc. : 7 ou ked 'vara? — Bou « Ne 



254 £• Ernault. 

veux-tu pas (littéralement n'auras-tu pas) de pain ? — Si, 
j'en veux » ; 'm ou ket. — Bon « je n'aurai pas. — Si, tu 
auras, ou vous aurez », 'm a ket. — Boa « je n'avais pas. — Si, tu 
avais, ou vous aviez », etc., proprement non mihi trot. — 
Erat ! Cette décomposition exacte de syllabes aussi usées que 
mou = cm bon « mihi erit », témoigne que la langue n'a pas 
perdu conscience de leur formation. Le b de boa (pour oa) est 
dû sans doute à l'influence des formes comme bon, où il est 
primitif. 

Autres exemples : N'ouvées ket. — Gouvéan « tu ne sais pas. 

— Si, je sais » ; (na oar ket). — Goar « si, il sait » (n'alli 
ket). — Galicien « si, je pourrai » ; 'rei ket. — Grci « il ne 
fera pas. — Si, il fera «.Nous avons vu que ce dernier verbe 
peut en remplacer un autre : Ne dal quet quement-sé. — Gra 
sur. « H ne vaut pas tant. — Si fait », Dict. et coll. de Qui- 
quer, 1690, p. 78; riarriou ket. — Grci « Il n'arrivera pas. 

— Si, il le fera, il arrivera ». Plusieurs verbes commençant 
par une voyelle peuvent, en pareil cas, prendre par analogie 
un g- initial ; ainsi on dit non seulement arriou « si, il arri- 
vera », mais aussi garriou. On dit le plus souvent gah « si, je 
vais », geign « si, j'irai », gofi, gond, gc « si, je suis, tu es, il 
est », etc., pour an, eign, on, oud, è, etc. De même gens « si, 
il v a », et aussi « si, j'ai, tu as, il a », etc., parce que ce mot 
répond aussi bien à la négation de '/// eus ket « je n'ai pas », 
littéralement « il n'y a pas à moi », etc., qu'à n'eus ket c< il 
n'y a pas (en général) » ; c'est le même fait que nous avons 
vu plus haut pour bon, boa, etc. 

Ce g initial se trouve déjà chez le P. Grégoire, qui donne 
eo, gueo, vannetais gueii, guiv « si, si lait », et dans le Dic- 
tionnaire vannetais de L'A., qui a gihuë « si ». De même le 
vannetais gués, P. Grég., ghis, gbc's, D. Le Pell., « si », cor- 
respond au trécorois gens « si, il y a », etc. 

Une autre circonstance fait apparaître aussi l'initiale primi- 
tive de verbes qui, par ailleurs, subissent presque toujours une 
mutation; c'est lorsque ces verbes sont précédés de mar « si » 
(conjonction) : mar be « s'il est », mar groa, mar gra « s'il 
fait », mar gallan « si je puis », etc. Les additions analogiques 
qui viennent d'être signalées ont souvent lieu encore ici : mar 



Etudes bretonnes . 2^5 

boa « s'il en était, s'il y en avait » ; tréc. niar gon « si je 
suis », mar gan « si je vais », mar ga « s'il va », mar garri 
« s'il arrive »; mar guerru, id., Introd. d'ar vut~ dévot, 
p. 279. Ce' g se montre même en dehors des deux cas en 
question, dans me ga « je vais », etc. (vannetais et dialecte de 
Batz), tréc. na gueondi quel « n'iront-ils pas », Testatnani neve 
Guingamp, 1853 (Luc, vi, 39); ne ges « il n'y a pas », me 
goua « je donne », dial. de Batz, synonyme de me ra, par 
suite de l'analogie de la forme groa « il fait », restée en van- 
netais et en trécorois, dans certaines locutions. 

Les mots eo « si, il est ou cela est », et eus « si, il y a », 
ont subi en vannetais, outre la préfixation du g-, qui n'est pas 
spéciale à ce dialecte, l'addition de la syllabe -an; ce qui a 
donné guéouann (L'A.), gheouan P. Grèg., « si », = g-eo-an; 
et gut\an « si », « oui », ne gue%an I « nenni », P. Grég. ; 
gheqân « si », ne ghe^ân « non fait », selon D. Le Pelletier, qui 
dit qu'on prononce g~àn ; = g-eus-an. Cette svllabe -an se 
trouve aussi dans un autre mot vannetais d'emploi analogue 
aux précédents ; c'est pa^ann « non », que l'auteur du diction- 
naire de L'A. nous dit, p. vu, être du mauvais breton usité 
à Gran-Champ, au lieu de nonpass (== français non pas) ; pa- 
~ann-=: pas-an. Ce suffixe bizarre vient peut-être de l'analogie 
du synonyme breton, nann « non ». 

La conjugaison impersonnelle est rarement obligatoire, en 
dehors du dialecte de Batz. On ne peut guère citer que le cas 
où le sujet est un mot interrogatif du pluriel, comme dans 
père a Jeu ? « Lesquels viennent ? » Il faut rappeler aussi qu'un 
verbe est nécessairement à l'impersonnel lorsqu'il précède un 
sujet de la troisième personne du pluriel, autre que le pronom 
« ils » ou « elles » : Perak na deuont-hi ? « Pourquoi ne vien- 
nent-ils pas ? » Perak na deu ket ho preudeur ? « Pourquoi vos 
frères ne viennent-ils pas ? » Encore lit-on ne ve^int quel ar seuri 
tud se, « (qui pourrait croire) que ces gens-là ne seront pas », 
Instr. christ., 117, 118; littéralement, sans doute, « qu'ils ne 
seront pas, ces gens-là ». 



1. Cf. plus haut ne ges « il n'y a pas >■ . me ga « je vais ». dial. de 
Batz. etc. Le g a fini ici par faire corps avec la racine. 



256 E. Ernault. 

On peut dire qu'en général quand le sujet est placé avant 
un verbe affirmatif, ce verbe doit être conjugué à l'imper- 
sonnel. Mais nous avons vu une exception, à l'impératif. Il 
faut ajouter que, si le sujet est un peu long et de la troisième 
personne du pluriel, le verbe se trouve quelquefois au per- 
sonnel ; exemples : 

Hac ar groague a ve poagnet, en poan a vugale, 
Hac a laqueio fianç, a vo guir quement-se, 
A delho mat dar-lizer, scrivet gant hoû Salver ; 
In on gafoint delivret, en eur momet anizer. 

« Et les femmes en mal d'enfant, qui auront confiance en 
la vérité de ceci, et qui tiendront à la lettre écrite par notre 
Sauveur, elles se trouveront délivrées à l'instant », Récit... var 
sujet eur mirael arruet, Guingamp, chez Jollivet, str. 20 (par 
Yan ar Guen). 

Ar mann a vreine founuz, ken ar re a felle deze hen miret 
euz an eil de d'egile, hen kevent... leun a gontron, « la manne 
se corrompait si vite, que ceux qui en voulaient garder d'un 
jour à l'autre (ils) la trouvaient pleine de vers ». Histoariou, 
27, 28. 

Cf. Sauvé, Prov. 433 ;Alni. 1877, p. 30, 1. 12; 39, 1. 7, etc.; 
et même sans que le sujet soit éloigné du verbe : hor tiéien a 
réont « nos cultivateurs font », p. 30, et. 25, 1. 13 ; 29, 1. 15; 
p. 45, 46, 47, 48, 51. 

}. Origine de la conjugaison impersonnelle. 

Une expression comme Doue a gar a à la fois quatre sens : 
« Dieu aime » (conjugaison impersonnelle) ; « il aime Dieu » 
(conjugaison personnelle); « Dieu qui aime » (impers.), et 
« Dieu qu'il aime » (pers.). 

Le sens impersonnel « Dieu aime », dérive de l'autre sens 
impersonnel « Dieu qui aime » ; nie a gar Doue = « moi qui 
aime Dieu », d'où « j'aime Dieu » ; on voit que le verbe 
« être » est sous-entendu dans la seconde construction : Dens 
(est) qui amat et *ego (est) quiamat « (c'est) Dieu qui aime », 
« (c'est) moi qui aime Dieu ». 



Etudes bretonnes. 257 

La locution complète, en deux propositions dont la pre- 
mière contient le verbe « être », se trouve, par exemple, dans 
pan ve huy... bon lesse, Gr. Myst. de Jésus, 72 b « si vous nous 
laissiez », littéralement « si c'était vous qui nous laissât »; 
ma~ vête a ayiaffe « si c'était toi qui connût », « si tu connais- 
sais », Sainte Catherine, § 4, Rev. Celt., VIII, 78 r . Quelquefois 
même, le verbe « être » est répété : mar be huy ve a rahe, 
Sainte Barbe, 548, « si vous faisiez », mot-à-mot « si c'était 
vous que ce fût qui fit », cf. Gr. Myst., 72 b. Des tournures 
de ce genre sont fréquentes en vieil irlandais; M. Loth a signalé 
cette analogie et montré ainsi l'origine de la conjugaison im- 
personnelle, Mémoires de la Société de Linguistique de Paris, 1 880, 
t. IV, p. 366, 367 ; Essai sur le verbe néo-celtique, Paris, 1882, 
p. 87, 88. 

Il y a là trois phénomènes grammaticaux : i° l'addition du 
verbe « être » ; 2° la suppression de ce mot; et 3 la généra- 
lisation de la troisième personne du singulier, au second verbe. 
Exemple : breton primitif *is mi a caram; gallois mi a garaf ; 
breton armoricain meagar, nie 'gar « j'aime ». 

i° Le français présente des analogies remarquables avec les 
constructions comme *is mi a caram = « c'est moi qui aime » 
pour « j'aime ». Exemples: 

C'est la mère Michel qui a perdu son chat, 

Qui crie par la fenêtre qui est-ce qui le lui rendra ; 

C'est le père Lustucru qui lui a répondu. . . . 

C'était une bergère. . . qui gardait ses moutons. 

(Chansons populaires). 

Les enfants emploient familièrement cette tournure dans les 
phrases exclamatives comme « c'est moi qui sais un beau 
nid! » « C'est lui qui a une belle toupie! », etc. 

On peut citer, dans le style élevé : 

Vingt ans il fut 
Celui que portait la victoire 
Sur un affût. 

Victor Hugo. 

1 . La note 1, Rev. Celt., VIII, 83, est à corriger en conséquence : « quand 
ce serait toi qui fût » . 



25 S E. Ërnaalt. 

Mais pour sauver ta tête du trépas, 
S'il ne fallait qu'une seule parole, 
Je suis celui qui ne parlerais pas. 

Creuzé de Lesser, La Table ronde, 4 e éd. Paris, 1829, p. 97. 

Quant à la répétition du verbe « être », on peut comparer 
le français « qu'est-ce que c'est que cela? » « qu'est-ce que 
c'est qu'il a dit? », etc. • — Cf. J. Rhvs, Rev. Ccll., VI, 5 S, 54. 

2° Le phénomène contraire, la suppression du verbe « être » 
dans le gallois mi a garaf et dans le breton Doue a gar « Dieu 
aime », se trouve aussi en français très familier, par exemple 
dans la chanson C'était une bergère : 

Le chat qui la regarde. . . et rit d'un air fripon. 

3 Enfin le changement de mi a garaf, ego qui cano, en me a 
gar = *ego qui canit a lieu également dans plusieurs langues. 

En allemand, par exemple, on peut dire (/// der krank isi = 
« toi qui est malade ». En français, les grammairiens n'ap- 
prouvent pas des phrases comme « ce ne serait pas moi qui 
se ferait prier », bien que Molière, Racine et Voltaire s'en 
soient servis (cf. Littré, s. v. qui, 4 ) ; mais le peuple les em- 
ploie. En voici un exemple tiré du journal La Caricature, du 
15 octobre 1887. C'est la légende d'un dessin relatif à « La 
sécurité au théâtre », et qui représente un pompier trouvant 
un monsieur avec une actrice ornée de bijoux : « Si c'est vous 
qu'a donné ces diamants, faut filer d'ici, M'sieu, les gens qu'a 
de la braise, n'en faut plus dans les coulisses ». On pourrait 
rendre littéralement « les gens qu'a de la braise », en petit 
Tréguier, par ami dud eu eus luteq (////<'</ veut dire à la fois 
« chandelle de résine » et « argent, monnaie », cf. Rev. Celt., 
IV, 161). 

4. Le verbe « avoir ». 

L'idée d'« avoir » est très souvent exprimée, dans toutes 
les langues néo-celtiques, par des tournures avec le verbe 
« être ». 

Dans l'irlandais rotbiat ... âinige « tu auras des honneurs », 
le verbe est au pluriel et le mot âinige au nominatif, ce qui 



Etudes bretonnes. 



259 



montre que c'est bien le sujet ; littéralement « tibi erunt ho- 
nores » (Stokes, The neo-ceîtic verb substantive, p. 34). On peut 
voir dans cet intéressant travail, p. 34 et 39, d'autres formes 
irlandaises de ce genre, qui rappellent fortement le breton : 
par exemple manim-bc « à moins que je n'aie », cf. bret. ma 
nain bc. 

De même le gallois pcditar mab ar hugeint am bu « j'eus 
vingt-quatre fils », ms. de Herghest (H. de la Villemarqué, 
Les bardes bretons, p. 150) est analogue au breton pewar mab 
war-n-ugent am boe. 

Mais c'est seulement en breton et en comique que ces lo- 
cutions se sont développées de façon à donner lieu à un verbe 
nouveau, ayant une conjugaison à part. Bien que cette con- 
jugaison soit restée souvent impersonnelle, l'analogie des au- 
tres verbes lui a fait donner en breton comme en comique 
des formes plus ou moins complètement personnalisées, que 
nous allons passer en revue. 

i ,c pers. sing. 

bain be~if « que j'aie », Gr. Myst. de Jésus, p. 198, v. ri, 
littéralement « mihi sim », au lieu de bain be%o « mihi sit », 
forme ordinaire, cf. Sainte Nonne, 302, 448, etc. C'est pro- 
prement une première personne d'impératif, et nous avons vu 
que la conjugaison personnelle domine à ce mode. 

em bijenn-me « j'aurais », abbé Henry, Kanaouennou santel, 
Saint-Brieuc, 1842, p. 3, 1. 4; au lieu de em bije. 

ne beh keit « je n'aurai pas », dialecte de Batz; la forme or- 
dinaire est me bon keit. Le mot beh est identique au moyen 
breton be~if dans bam beçif; le pronom régime a disparu. 
Dans ce dialecte, les formes du verbe « être » qui commen- 
çaient originairement par un b ont toujours cette initiale dans 
le sens d'x avoir >>, même après la particule verbale a, et 
prennent / (venant de v, mutation de b) quand elles expri- 
ment l'idée du verbe substantif. 

Comparez le comique a m bef, am beff « habui », nain buef 
« non habui »; am been « quod haberem », nain vetben « ut 
haberem », Grainm. celt., 2 e éd., 568. Ces formes correspon- 
dent au moyen breton bam be%if. 



2 6o E. Ernault. 

2 e pers. sing. 

hopysy dans l'Avocat Pathelin, Rev. Celt., IV, 454, lisez e 
pyxy « tu auras » ? Ce serait la seconde personne de ham be%if, 
qui pour la forme est un futur employé comme subjonctif. 

ha%ue% « aie », Catholicon, s. v. Crist ; = vann. bé-vé dans 
hé-véoupé cbonge « souviens-toi », L'A. Ceci est un impératif, 
et par conséquent fait suite à ham be^if ; de * a% bi\, avec affai- 
blissement de b en v ; cette lettre a été, au contraire, renforcée 
en p, dans le léonnais a% pe%, e%pe% « aie », Le Gonidec ; epe 
« aye », Le Jeune, Rudiment du Finistère, Brest, chez Ma- 
lassis, an VIII, p. 34. 

ha pcès « aie », en vann., Grammaire de Guillome, p. 52, 
hapèes, Manuel bret. fr. de Guyot-Jomard, 2 e éd., p. 28, etc., 
de *a% be^ès, avec une terminaison de conditionnel. Les im- 
pératifs en -£( sont fréquents en trécorois. 

da ve\ « aie », Middle-Breton Hoitrs, p. 20, da-ve, Expli- 
cation an doctrin christen, Guingamp, 1838, p. 89 ; de * àa\ be~, 
d'où aussi dape%, P. Grég., da pe, P. Maunoir, = « tibi sis ». 
La forme régulière de l'impératif se trouve aussi quelquefois : 
na% be^et « n'aie », Sainte Barbe, 636, nave%et } Sainte Cath., 
27 (cf. 18), etc., — « ne tibi sit ». 

b&\ « aie »; tréc. bè, bê, Gramm. de Hingant, p. 57; be;, 
Bar~. Br., 502, v. 13. Le pronom manque, comme dans;/*' 
beh keit, etc. 

e pe^-te « que tu aies », Histor... sante^ Barba, chez Ledan, 
p. 6; pour efo) pe-te, cf. cm bijenn-mc. 

Comparez le comique a fus « quam habuisti », ny fyes 

« non haberes «, Z 2 , 568, 569, formes qui répondent à 

be\, etc. 

3 e pers. sing. 

ho deu^-bi dirogei « elle les a déchirés », Gwer^iou Breiç- 
I^el, IT, 18, de deui « elle a », forme personnelle, + bi, sujet 
redondant; la forme régulière est e d-eùs-bi « elle a », ibid., 
II, 402; ho est le complément du participe suivant, dirogei. 
C'est l'inverse de la construction régulière am boa-han planlel 
Qtplantet am boa 'n eban « je l'avais planté », ibid., II, 436. 

On trouve de même, sans que le complément indirect du 



Etudes bretonnes . 261 

verbe « être » soit exprimé d'aucune manière, m 'ho pije laket 
« je vous aurais mis », ibid., II, 22 ; ni er bije miret « nous 
l'aurions gardé », Bue% ar pêvar mab Emon, Morlaix, 1866, 
p. 209 ; cf. comique y 11 berna « (je te dirai comment) je l'ai 
eu », Z 2 568. 

besel « qu'il ait », Le Jeune, Rudiment du F., 34. 

bc~o, béo « qu'il ou qu'elle ait », Hingant, Gramm., 57. 
Pour l'emploi à l'impératif de cette terminaison -0 de futur, 
cf. Dict. et coll., 1690, y ho déveso « qu'ils ayent », p. 171, 
et na deffoto à netra « qu'il n'ait faut(e) de rien », p. 108; 
bè%p « qu'il soit », Sauvé, Prov. 127. 

i rR pers. plur. 

'm eus-om « nous avons » : tréc. gwelloc'h \uit 'm eus-om 
<rroet « mieux que nous ne l'avons fait » ; meuzom, An disput... 
entre diou plac'h, veuve Le Goffic, p. 2. Ce mot est formé de 
'm eus « j'ai », = « mihi est », et de la terminaison -omp de 
kanomp « nous chantons ». 

n'eusomp « nous avons », Disput cire Jake~ Lamrog, etc., 
Brest, p. 15, 48, 56 (en cornouaillais). Ici on est parti, non 
de la première personne, mais de la troisième, 'n eus « il a », 
= « illi est », et on a imité le rapport de kan « il chante », 
à kanomp. 

meump « nous avons » : ur buguel meump garni « un enfant 
que nous avons mis au monde », Givei\. Br.-Izcl, II, 496 ; 
dalek ma meump « du moment que nous avons », Histoariou 
ha parabolenou... Saint-Brieuc, 1857, p. 7; hirie am meump 
« aujourd'hui nous avons », p. 202, ar pt\ a meump « ce 
que nous avons », 18. Cette forme est fréquente en trécorois. 
On l'emploie même après le pronom sujet ni : ni meum « nous 
avons » ; ni meump, Giver^. Br.-I^., II, 350, ni a meump, I, 
50. Il est vrai que ni am-eump équivaut à la forme ordinaire 
ni hon-cus, où bon eus est aussi relativement personnel. Les 
Vannetais et les Trécorois disent aussi ni en eus, ni en des, 
avec la troisième personne du singulier, c'est-à-dire l'imper- 
sonnel, ce qui est plus conforme aux règles générales. Am- 
eump, 'm-ewnp ne doit pas être une contraction de 'm eus-om, 
contraction qui serait très peu conforme à la phonétique tré- 
Revue Celtique, IX 17 



262 E. Ërnault. 

coroise; c'est plutôt une imitation analogique du rapport des au- 
tres formes de ce genre ayant un /;/ au commencement, comme 
mamp, am ocuip, etc., avec le singulier 'ma, am oc, etc. 

a m'oamp « nous avions », Hisloariou, 191 ; m'amp, Chan- 
son neve var sujet eur bromese..., veuve Le Goffic, str. 22. 

am oemp « nous eûmes», Testamant neve, Guingamp, 1853, 

P- 334- 

c incomp « nous aurons »,. Lecoat, Ar govesion, Lannion, 
1881, p. 4; momp » nous aurons », Chanson... an evere^et, Le 
Goffic, str. 7; betek ma momp « pourvu que nous ayons », 
Hisloariou, ij ; na momp ket « nous n'aurons pas », HisL, 
230; in'omp « que nous ayons », Quimiad goasset... Rou- 
douakc, chez Haslé, str. 10 ; petit Tréguier 'm 011m « nous 
aurons ». Ces formes paraîtraient doublement étranges en 
Léon, où la première personne plurielle du futur est en -imp; 
mais les Trécorois disent e vcom(p) « nous serons », etc. (ci. 
vcomp, Hist., 233), de sorte qu'ils n'ont pas eu à changer la 
voyelle du singulier 'm 0, 'm ou « j'aurai ». 

va cm bemp « habeamus », Dumoulin, Grammatica îatino- 
ccllica, Prague, 1800, p. 83 ; ememp « (je voudrais) que nous 
ayons », Vie de David, ms. à M. Bureau (1850), p. 6; ha 
m'emp ket « nous n'aurions pas », Hist., 178. 

cm bijcmp « que nous eussions », Lecoat, Testamant neve^, 
1883 (Actes, ch. m, v. 12); petit Trég. cm ijemp. 

m' hor homp « que nous ayons », Chanson an dançou, chez 
Ledan, p. 5. Ici commence une nouvelle série, où les formes 
personnelles proviennent directement des formes imperson- 
nelles correspondantes : m'hor bomp « ut nobis simus » est 
pour m'hor bo « ut nobis sit ». 

m' or bemp « que nous ayons », en cas ni or bemp « en cas 
que nous ayons », à u\ bon bemp « ô si nous eussions », Dict. 
et coll. de Quiquer, 1690, p. 171; = vann. l.uir bemb 
« ayons », Livr bugale Mari, Rennes, 1881, p. 253, 431. 

hun béemb « ayons » (vann.), Gramm. de Guillome, p. 52; 
Manuel de Guyot-Jomard, p. 28; hur béemb, B.crs. 43. Ceci 
est la forme qui correspond à la 2 e pers. du sing. ha pecs 
« aie », tandis que hur bemb répond à hc-vc. 
pa nom boum « quand nous n'avions pas », Vie de David. 






Etudes bretonnes. 263 

bon defem-ni « (vous voulez) que nous ayons », Enig. Ker- 
gidu, II, 63. 

bé~omp, béomp « ayons », en trécorois, Hingant, Grain m., 
57; léon. bexpmp, I.-M. Lejean, Parosian, Rennes, 1874, 
p. 953. Le pronom est supprimé, comme au singulier be% 
« aie », etc. 

betnp « ayons », Maro kriann AotroneDone... 1875, dernière 
strophe, v. 1 et 2 (trécorois), cf. vann. hurbemb. 

niar bijemp « si nous avions », A. Durand, Ar fei? hag ar 
vro, p. 337. 

Comparez comique nam beyn « ne habeamus », Z 2 , 568, 
569. 

2 e pers. plur. 

ho poac'h-hu « aviez-vous », Mis maë... gat G. L... curé 
Tanlé, Brest, 1836, p. 254, 258; id. } dans l'édition de 1854; 
cf. plus haut cm bijenn-me, c pe^-te, bon defem-ni; et la forme 
régulière no pise bu quel « n'auriez-vous pas », P. Maunoir, 
Te m pi consacre! ..., p . 159. 

m%o pijet « si vous aviez », bo pi jet » vous auriez », Avan- 
turiou eiiuu Jeu yaouanq, Morlaix, Lanoc, p. 21. 

bo pe%id « avez », P. Grég., Gramm., Rennes, 1738, p. 92; 
bopexit, Vocabulaire nouveau, 6 L ' éd., Quimper, 1778, p. 120; 
Lejean, Parosian, p. 945, '946, 949, 952, 954, etc. 

Le trécorois bopet « ayez » et le vann. hou péet, Gramm. de 
Guillome, 52, Manuel de Guyot-Jomard, 28, peuvent s'expli- 
quera la fois par ho pe%et = ho pexit (personnel) et par bo pe~et 
— « vobis sit », cf. ho be%et, Nouelou, 562, bo bel, 542; no~ 
be%et, Sainte Nonne, 321. 

be~it « ayez », Parosian, 939, 949 ; Lescour, Telenn Given- 
gani, 256; Récit circonstanciel var... ar nialeurioit ...er bloa 
1833, chez Lédan, p. 5 ; tréc. bèid, bed, Hingant, Gramm., 
57 ; be%et, Hist., 13 ; on dit aussi beet. 

pi-re boe'b hui?« Lesquels aurez-vous ? » (dialecte deBatz). 

Comparez le comique asbetheugh wby « quam habebitis 
vos ». Z 2 567, où -betheugh why = le breton boe'h hui. 

3 e pers. plur. 
eu%_ int « ils ont », Congrès celtique, Saint-Brieuc, 1868, 



264 E. Ernault. 

annexes, p. 9 ; d'am nao a vugaligou N'eu^-int bel « à mes 

neuf entants qui n'en ont pas eu (de pain) », Bar^a~ Brei\, 
p. 400 (dialecte de Cornouaille). 

n'eusont « ils ont », Disput... Jàke^, p. 50, a n'eu%pnt } id. } 
p. 56. Cette forme cornouaillaise correspond à n'eusomp «nous 
avons ». 

en'eunt « ils ont », Chanson neve% var sujet ar bre%el } 1871, 
chez J. Haslé, Morlaix, str. 28; par Louis ar Pouenot, de 
Gourin; qitcn n'uni « jusqu'à ce qu'ils .ont », Quimiad goas- 
scl... Roudoualec, str. 12. Ceci répond au trécorois incuinp 
« nous avons ». 

en devoant « ils avaient », Bai\. Br., 495, v. 5. 

en cas men deffeni « en cas qu'ils ayent », Dict. et coll. de 
Quiquer, 1690, p. 173. 

n'i^ent « ils auraient », Disput... Jake~, 54. 

ho âevont « ils auront », Chanson... an evere^et, str. 9. Ceci 
ne vient plus de la 3 e pers. du sing., mais de celle du pluriel, 
ho devo « ils auront », = Mis erit. La terminaison -ont est 
usitée en trécorois en même temps que -ouint 1 , à la 3 e pers. 
plur. du futur : « ils ne seront pas » se dit na vouint ou r.a 
vont, ou même na vohlc (cf. ordinal e vonq « ils seront tou- 
jours », Récit... var... eur mirael, Guingamp, chez Jollivet, 
str. 18). 

ho dijent « ils auraient», Chanson... var... ar bre~el, str. 11. 

ho be^énd, 0^ be~eaud « qu'ils ayent », P. Grég., Grainin., 
p. 92. 

pliget gant Doue mar ô defent « Dieu veuille qu'ils ayent», Dict. 
et coll., 1690, p. 171; ho deffént « qu'ils ayent », P. Grég., 
Gram ni., p. 92, deffent, Le Jeune, p. 34, hô défeht, Le Go- 
nidec, Grainin., 1807, p. 82 ; y deueçent, id., Dictionnaire et 
colloque de Quiquer, Saint-Brieuc, chez Doublet, 1640; vann. 
ou deent « qu'ils aient », Guillome, Graniin., 52; Guyot-Jo- 
mard, Manuel, 28. L'expression y deueçenl rappelle ni meump 
« nous avons » ; mais on a vu plus haut qu'à l'impératif un 

1 . Cf. crescoiiit 1 ils accroîtront n . Tragédien sacr, par Cadec, natif en 
Escopty Treguer, Brest (approbation de 165 1), p. 6; bèoint « ils seront », 
èoint « ils iront >, Elémens de la langue des Celtes, par Le Brigant, avocat à 
Tréguier, Strasbourg, 1779, p. 1 3 ; Rev. Celt., V, 488, Mélusine, III, 477, etc. 



Etudes bretonnes. 265 

verbe quelconque peut rester à la 3 e pers. du pluriel après son 
sujet. 

défaut « ils avaient », Bar^a^Brei^, 338, 388 (Cornouaille); 
doant, id., Ouimiad goasset... Roudoualec, par N. Naour, str. 9. 

ma faotred défini « mes fils auront », Bar~. Br., 319 (en 
cornouaillais). Remarquons le changement de voyelle : defint 
est pour ho defo, cf. ho devant, d'après kaniht « ils chanteront. » 

bé%pnt, béont « qu'ils aient », Hingant, Grain m., 57. 

Infinitif. 

L'infinitif régulier du verbe avoir est endevezput, endevout 
« avoir », mot de même formation que par exemple le future 
deve^o, en devo « il aura » . Cette troisième personne du sin- 
gulier endevexput, endevout « illi esse », s'est généralisée et ap- 
pliquée aussi aux autres personnes, excepté dans le dialecte de 
Vannes, où cet infinitif se conjugue (cf. Granun. de Guil- 
lome, p. 53; Rcv. Celt., VIII, 43): cm bout ou m cm bout 
« mihi esse », cf. cm eus et m'em eus « j'ai », ha pout « tibi 
esse », endevout (Manuel, 29), en dout « avoir (à lui) », bidout 
« avoir (à elle) » ; hun bout, hur bout (Gucr~cnncu cid ol ci- 
blai, Vannes, 1864, p. 45), « nobis esse », hou pout « vobis 
esse », ou devout (Choége nehué a gannenneu, Vannes, 1829, 
p. 57), ou dout « illis esse », même avec l'auxiliaire « faire » : 
hur bout e retmb « nous avons », B. cr s. 49 = * nobis esse faci- 
mus, cf. 59, 62, etc. Dans en devout c rehê m'anemisèd, Rcv. Celt., 
VIII, 43, n. 2, l'infinitif est au singulier, comme son auxi- 
liaire; = * illi-esse-faceret (i. e. haberent) met inimici. 

Mais à côté de ces infinitifs impersonnels, où le verbe garde 
le sens primitif d'« être », il y en a un autre qui correspond 
aux formes personnelles comme beh « j'aurai », bé~ « aie », 
bè%p « qu'il ait », bèxpmp « avons », bé~it « ayez », bc~onl 
« qu'ils aient ». C'est bc~a « avoir ». En léonnais, keu% am 
r//~ da ve~a laeret, veut dire à la fois « je regrette d'être volé » 
= vann. de vont lairet et « ft avoir volé » = vann. d'em bout 
lairet. En léonnais et déjà en moyen breton, un pronom qui 
précède /'(•,;</ est le complément du participe suivant : /.y//- am 
eus d'ho pe~u laeret « je regrette de vous avoir volé », en vann. 
d'em bout hou lairet; oe'h t~be%a gret « pour l'avoir faite », (e 



266 E. Ernaulî. 

« elle », la prière) Introd. d'ar v. dévot, 344, dam beçaf noue! 
« de m'avoir extrémisé », Sainte Nonne, 13 11; cf. plus haut 
(p. 261) les expressions comme m' ho pi je laket « je vous au- 
rais mis », etc. 

D'autres locutions impersonnelles ont donne lieu, comme 
em eus « mihi est », à des formes personnelles; exemple : moy. 
bret. nem deur « je ne veux pas », gall. nymdawi , nymtâwr « peu 
m'importe », == peut-être *ni-m tâ-r « non meum est » (dépo- 
nent), cf. v. irl. nïmthâ; d'où l'imparfait gall. ni ddorwn, hret. 
r;\'~fui qet, ne deurvan qet « je ne veux pas », etc., P. Grég., 
lia t-éurvesit quel « ne veuillez pas », Quiquer, 1690, p. 56. L'im- 
personnel huy 0: deur « vous voulez », SB 226, c'huy ôteurQ_ 
1690, p. 35, 86, chuy teur 68, c'huy ho-teur 103, chuy oteur 79, 
est devenu, par assimilation, c'hui euteur, Vocab., 1778, p. 105. 
De l.i diverses méprises de la langue : c'hui a euteur 9 1 , c'huy a eu- 
teur Grég. s. v. daigner ; ne euteur qet « il ne daigne pas » ; euteur- 
vout « daigner » (= * vobis-estur-essel), part, euteurvëet, ib.; 
Euteur, absolument, sans c'hui, « voulez-vous ? » Voc. nouv. 
119; Hurleur (par assimilation plus complète), « voulez- 
vous?», 82, 91, 101, 102, 130, 131, 138, 139, c'hui a eurteur 
82. Ajoutons c'huy a deurve;, c'huy deurv, c'huy deur Grég., 
c'hui'teur, Voc. nouv. 116. Cf. vutur fontan « je veux tondre 
(comme beurre, si ...) », coll. Penguern; l'expression revient 
deux fois, comme merafonto, id., G. B. I., II, 12. 

On trouve en d'autres langues le passage de l'impersonnel 

au personnel : je me souviens de il nie souvient, je m'ennuie de il 

m'ennuie, je me repens de lat. ///(' (re)pœnitet; misereor = me nii- 

, [j.i-y.[j.i).:[j.y.'. — \).~y.\>X/>ï. y.:'., angl. will you phase -=- will il 

phase you, etc. 

E. Ernault. 



MÉLANGES 



. i. 

LUGUSELVA. 

Tous les savants qui s'occupent des origines de notre his- 
toire connaissent le précieux recueil auquel M. Allmer a donné 
le titre de Revue épigraphique du midi de la France. Dans le 
tome I er , p. 14. de cette publication savante, ce compétent 
érudit a donné sous le n° 23 le texte d'une inscription du 
musée de Périgueux qui est très intéressante pour l'histoire du 
culte du dieu Lugu-s chez les Celtes du continent. C'est l'épi- 
taphe d'une femme appelée Julia Lugu-selva. Lugu-selva veut 
dire « propriété, possession.de Lugu-s », « celle qui appartient 
à Lugu-s ». On peut comparer le nom propre grec 'Sii-zzj'/.z; 
« esclave de Dieu » et le nom propre franc Anse-deus « esclave 
des Anses » c'est-à-dire « des dieux ». Selva est identique au 
vieil irlandais selb, prononcez selv ou selw, thème féminin en 
a qui veut dire « propriété, possession ». En gallois, helw, 
qui a le même sens, est le même mot, avec cette seule diffé- 
rence qu'il est masculin. L7; initial de helw tient lieu d'une s 
primitive. Julia Lugu-selva à Périgueux fait pendant à Valerius 
Luguadicus., dont le fils Valerius Anno, né à Osma, en Es- 
pagne, nous est connu par son épitaphe conservée à Ségovie '. 
Lugu-selva est un composé dont Lugu-s est le premier terme. 
Luguadicus est un dérivé de Lugu-s. Le suffixe -adicus, dans 
Lugu-adicus, peut être considéré comme identique au suffixe 

1 . Corpus inscriptionum lalimirum, t. II. n° 2732. 



268 Mélanges. 

-aticcus dans Epaticcus. Epaticcus a été signalé dans une légende 
monétaire de la Grande-Bretagne T et dans les inscriptions du tré- 
sor de Bernav 2 . Epaticcus est presque le même mot que l'irlandais 
Eochaid = * Equatex, génitif Echdach = * Equalcc-os. L'irlandais 
a aussi un nom propre Lugaid = * Luguatex, génitif Lugdach = 
* Luguatecosî . Lugaid est à Luguadicus l\ peu près comme Eo- 
chaid h Epaticcus. Eochaid est presque le même mot que le latin 
eques, equit-is « cavalier ». Luguadicus peut être comparé aux 
noms propres grecs dérivés de noms divins tels que Ir^.r-y.z:, 
AtovJfftsç, Iloçe'.âawoç, Krr.aviç, Epp^aiavoç. Les Grecs n'avaient 
pas le monopole des noms dérivés de noms divins. Les Gaulois 
en formaient aussi. Tel est Esuvius d'Esus. Esuvius a été- 
rendu célèbre par les deux empereurs gaulois Tetricus dont il 
était le gentilice-K Nous citerons encore le gentilice Camulinius 
dérive de Cauiulus dans une inscription du musée de Trêves \ 
et de ce gentilice on peut rapprocher le gentilice Camullius 
dans une inscription du musée de Vaison. Cette inscription a 
été publiée par M. Allmer dans son excellente Revue épigra- 
phiquek laquelle il faut souvent revenir lorsque, dans les ques- 
tions celtiques, on veut établir les saines doctrines sur des bases 
solides 6 . 

Quant à des noms d'hommes gaulois composés dont le 
premier terme est un nom divin, on peut comparer à Lugu- 
selva : Esu-ucrlus « celui qui a la force d'Esus »/, Esu-magius^ 
« celui qui est puissant comme Esus », Totati-gens « fils de 
Teutates » 9. 

H. d'Arbois de Jubainville. 



i. A. de Barthélémy dans Revue Celtique, t. IX, p. 31, col. 2. 

2. R. Mowat, Notice èpigraphique, p. \b6. 

3 . Lugudeccas dans une inscription ogamique citée par Whitley Stokes, 
Celtic Declension, 2- édition, p. 87. 

4. Voir l'article que leur a consacré Vincent De-Vit. Onomasticon, t. II. 
p. 76}. 

5 . Brambach, n' 825. 

6. Revue èpigraphique, t. I, p. 269, n° 300. 

7. Allmer, Inscriptions de Vienne, III, 246. 

.S. Revue archéologique-, nouvelle série, t. IV (1861), p. 138. 
9. Corpus inscriptionum latinarum, t. VI, n° 2407. 



Mélanges. 269 

II. 

LE JEUNE DU MERCREDI ET DU VENDREDI CHEZ 
LES IRLANDAIS DU MOYEN AGE. 

En irlandais, au onzième siècle, le mercredi, dont le nom 
liturgique est feriaquarta, s'appelle cet-ain, c'est-à-dire « premier 
jeûne » r . On écrit aujourd'hui dia ceadaoin. Le vendredi s'ap- 
pelait en irlandais à cette date « dernier jeûne » àin-didin. 
Nous n'avons pas d'exemple de cette formule avant le on- 
zième siècle 2 . Mais on a signalé dans le manuscrit irlandais de 
Milan, qui peut dater du huitième siècle, la formule équiva- 
lente dia oine didine « jour du dernier jeûne » >. L'expression 
irlandaise moderne est aoine. De là pour le jeudi le nom de 
jour « entre les deux jeûnes » dardôen* ou dardâin*» au moins 
dès le xi e siècle; aujourd'hui diardaoin pour dia dardaoin qui 
suppose un plus ancien dia elar dâ ôin. 

L'usage auquel ces expressions se réfèrent est constaté par 
le document le plus ancien que nous possédions sur la disci- 
pline ecclésiastique irlandaise. La collection canonique publiée 
par M. Wasserschleben consacre au jeûne son livre XII et on 
y trouve reproduit au c. xi un fragment de saint Paul aux Ro- 
mains, chapitre xiv, verset 5 : Nain alius judicat diem inter 
diem, alius judicat omnem diem. L'auteur de la collection ca- 
nonique explique les mots diem inter diem par deux jours dans 
la semaine, tandis que suivant luiomnem diem veut dire absti- 

1. Bèdede Vienne, fol, 1, v°, col. 1; chez Whitley Stokes, Goidelica, 
deuxième édition, p. 32; Zimmer, Glossae hibernicae, y. 255 ; — Psautier de 
Southampton, fol. 39 a; chez Zimmer, Glossae hibernicae, p. 209; chez Whit- 
ley Stokes, Goidelica, deuxième édition, p. 38. Le premier de ces deux do- 
cuments parait dater du xr siècle, et le second, du x e ou du XI e . Cf. At- 
kinson, The Passions, p. 628, au mot dardâin. 

2 . Epîtres de saint Paul de Vienne, chez Zimmer, Glossae hibernicae, p. 284. 
On disait au génitif âin-didine, Atkinson, The Passions and homilies, p. 143. 
1. 3726; à l'accusatif et au datif àin-didin ou oindidin, ibid., p. 81, 1. 1439. 

3. Manuscrit de Milan, fol. 113 c. dans un article de M. H. Zimmer, 
Zeitschrift fur vergleichende Sprachjorschung, t. XXVII, p. 461. 

4. Chronique de Marianus Scotus, fol. 33 a, chez Zimmer, Glossae hiber- 
nicae, p. 274. 

3. Saint Paul de Vienne, 1' 141 a, chez Zimmer, Glossae hibernicae, 
p. 284; cf. Atkinson, The Passions, p. 30, 1. 327 ; p. 628, au mot dardâin. 



270 Mélanges. 

nence perpétuelle 1 . Et de quels jours dans la semaine s'agit- 
il ? On trouve la réponse au livre quarante-six, de ratione ma- 
trimonii dont le chapitre onze est intitulé de temporibus in qui- 
bus continere se debent conjugati. Le synode irlandais a décidé 
que ce serait i° pendant les trois carêmes, 2° le dimanche, le 
mercredi et le vendredi 2 . La continence est gardée le dimanche 
par respect, le mercredi et le vendredi par mortification. 

Le jeûne du mercredi et du vendredi est une des plus an- 
ciennes coutumes de l'église chrétienne. On peut voir dans 
le glossaire de Ducange à l'article intitulé jejunium feriae 
quartae et sextae l'indication des principaux textes qui la cons- 
tatent. Mais, au commencement du V e siècle, le jeûne du mer- 
credi disparut à Rome et fut remplacé par celui du samedi. 
Or, il est intéressant de faire observer que l'église irlandaise 
du moyen âge conservait sur ce point les usages de l'église 
primitive qui, à Rome, avaient été grandement modifiés. 

Ces usages sont constatés au 111 e siècle par Tertullien3. 
Dans la langue ecclésiastique du iv e siècle, chez Rufin, ils por- 
tent le nom de jeûnes légaux, jejunia légitima*. De là l'ex- 
pression de légitimité feriae pour désigner le mercredi et le 
vendredi dans un Pénitentiel attribué à Théodore, archevêque 
de Canterbury >, 668-690, mais qui parait être une compilation 
faite en France au ix e siècle 6 . 



1 . Id est aut duos dies in ebdomada, aut abstinentiara usque ad mortem. 
Deuxième édition de Wasserschleben, p. 36. 

2. In tribus quadragesimis anni, et in dominica die et in feriis quartis et 
in sextis feriis conjuges continere se debent. Deuxième édition de Was- 
serschleben, p. 187. 

3 . Sic etapostolos observasse, nullum aliud imponentes jugum certorum 
et in commune omnibus obeundorum jejuniorum ; proiode nec stationum 
quae et ipsae suos quidem dies habebant quartae feriae et sextae. De jeju- 
niis, c. 2; chez Migne, Patrologia latina, t. II, col. 956. 

4. Jejunia sane légitima, id est quarta et sexta feria monebat non esse 
solvenda. nisi grandis aliqua nécessitas fieret, quia quarta feria Judas de tra- 
ditione Domini cogitaverat et sexta feria crucifixus sit Salvator. - Recom- 
mandations faites par un certain abbé nommé Apollonius. Rufin, Historia 
monachorum, c. 7; chez Migne. Patroïogia latina, t. XXI. col. 419. 

5 . Feria quarta et sexta quae legitimae sunt, c. 17, § 1 ; Ancieni laws and 
institutes of England, t. II, p. 12. Cum legitimis t'eriis, c. 19, § 7; ibid., 
p. 17; — c. 23, § 19 ; ibid . p. 29. 

6. Arthur West Haddan and William Stubbs. Connais and ecclesiastical 
documents retating to Great Britain and Irelaud, t. III, p. 173, col. 2. 



Mélanges. 271 

Vers la fin du iv e siècle ou environ, l'usage s'introduisit à 
Rome chez les gens très pieux de jeûner non seulement le 
mercredi et le vendredi, mais encore le samedi 1 . Le pape Inno- 
cent I, 402-4Ï7, trouva cette mortification exagérée, et il ré- 
duisit ces trois jours de jeûne à deux, qui furent le vendredi 
et le samedi 2 . Dès lors l'église romaine ne conserva plus le 
jeûne du mercredi que pour les Quatre-Temps 3 . 

Ce n'est pas la discipline de l'église gallicane au V e et au 
vi e siècle, telle que nous la connaissons par le règlement de 
l'archevêque de Tours, Perpetuus, 464-494; ce règlement était 
encore en vigueur au temps de Grégoire de Tours, 573-5 95 > 
qui Ta reproduit dans son Histoire des Francs. Suivant ce rè- 
glement, l'usage de jeûner trois fois par semaine est spécial 
au carême de la saint Martin qui commence le 1 1 novembre 
et se termine à Noël. Le jeûne le plus fréquent est celui qui 
se pratique deux fois par semaine, le mercredi et le vendredi, 
savoir : de la Pentecôte au 24 juin, du I er septembre au 1 1 no- 
vembre, et du 13 janvier au milieu de février -L 

Il faut rapprocher de ce règlement de l'église de Tours, le 
pénitentiel gallican du IX e siècle attribué à tort à l'archevêque 
Théodore de Canterburv, 011 comme nous l'avons dit, le mer- 
credi et le vendredi sont appelés légitimité feriae. 

Ainsi, la coutume irlandaise de jeûner le mercredi et le 
vendredi pendant toute l'année est la continuation d'un usage 
général de l'Eglise avant le pape Innocent I, 402-417, et qui, 
modifié par ce pape, s'est cependant maintenu en théorie dans 
l'église gallicane au moins jusqu'au ix e siècle. — H. d'A. de J. 

1 . Christianus qui quarta et sexta et ipso sabbato jejunare consuevit, 
quod fréquenter rornana plebs facit Lettres de saint Augustin, 1. II, ep. 36, 
c. 4, j S ; chez Migne, Patrologia latina, t. XXXIII, col. 139. 

2. Lettre du pape Innocent I à l'évêque Decentius, ch. 4, dans le Codex 
canonum ecclesiasticorum et constitutorutn sanctae sedis apostolicae quesnellianus, 
c. 23, chez Migne, Patrologia latina, t. LVI, col. 516. Cf. Collectio decreto- 
rum pontificum romanorum, par Denis Petit, chez Migne, t. LXVII, col. 239. 

3 . Annua nobis est dilectissimi jejuniorum celebranda festivitas quam 
mensis septimi solemnis recursus indicit. Quarta igitur et sexta feria succe- 
dente, solitis eamdem conventibus exsequamur. Liber sacramentorum du pape 
Léon le Grand, 440-461, cap. XXVII, chez Migne, Patrologia latina, t. LV, 
col. iO). Cf. col. 109 D et col. 41 A, 43 B. 

4. Historia Francorum, I. X, c. 31 ; édition Arndt, p. 445. 



272 Mélanges. 

III. 
SWLLT, SOLT, S DUT. 

Swllt a eu en gallois non seulement le sens actuel de shel- 
ling, mais aussi celui de trésor; ex. ac ynteu a gerdawd byd yg 
Kaerwyni lie y doed swllt y brenhim ac vrenhinolyon oludoed 
(Brut y Tvwysogion, Myv. Archael., 2 e éd., p. 606, col. r) 
« et lui, il alla jusqu'à Winchester où était le trésor du roi et 
ses richesses royales ». On rencontre dans les chartes bre- 
tonnes un terme identique comme origine au mot gallois : cart. 
de Landevennec, éd. Le Men et Ernault : Soit Hinuarn, 18 ; 
Soit Gneuer (probabL^/tv/tr ?), 14. L devant / s'est vocalisée : 
Soult-alarun, cart. de Quimperlé, p. 44, aujourd'hui trans- 
formé en Sant-Alarun en Guiscriff, Morbihan; Sout-Wenhaes 
(in il la parte perochie que sont (sic) Wenhaes vnlgariter nun- 
cupatur (en Kerfeunteun, près Quimper), cart. de Quimper, 
Bibl. nat. 9891, fol. 35 r°, année 1228. Ce sont tous des 
noms de lieu. Si on songe au sens de swllt en moyen gallois, 
on est amené à supposer un sens analogue dans le terme 
breton. Soif, sont a évidemment la valeur de fi sens de l'époque 
carolingienne. Le Fiscus était un ensemble de biens fonds ap- 
partenant à un même propriétaire, soumis à un même svstème 
de redevances ; quand il se composait de plusieurs territoires, 
il y avait un chef-lieu. Les Fisci étaient de grandeur inégale 
(v. Guérard, Polyptique d'Irminon, chap. III, p. 39). La glose 
socitl du manuscrit d'Orléans est sur Jiscns, mais il est impos- 
sible d'identifier soeul avec soit, sont, si on ne suppose une er- 
reur du scribe ou un mot incomplet (la glose est de seconde 
main et postérieure d'un siècle au moins, selon toute probabi- 
lité, à celles de première main). On peut supposer socnl[t] ou 
soeut. L'orthographe oc présente une sérieuse difficulté. On 
trouve cependant poe pour pou = pagus dans le cart. de Quim- 
per : Banadloc in poe Carnoet, Bibl. nat., 9S90, fol. 6 r°, à 
l'année 1216. Il est vrai qu'ici poe est en quelque sorte encli- 
tique et que oc peut fort bien indiquer une prononciation eu 
français (ô). Swllt, soit viennent de solidus ou plutôt de soldus. 

J. LOTH. 



Mélanges. 27 3 



IV. 



UN CAS DE PROVECTION INÉDIT. 

Tout récemment, au Faouët, paroisse aujourd'hui du dio- 
cèse de Vannes, mais avant la Révolution du diocèse de 
Quimper, et parlant le dialecte de la haute Cornouailles, avec 
des particularités des plus remarquables, je fus frappé du trai- 
tement que subissent les explosives sonores, ou moyennes b 
d g, après le pronom possessif féminin hi. Si tous les dialectes 
breton, gallois, comique, armoricain, changent en spirantes 
sourdes les ténues ou explosives sourdes p t k après ce pro- 
nom, tous aussi laissent intactes après lui les explosives sonores : 
hi fenn, hi dont. Au Faouët, on suit bien la règle générale pour 
les ténues, mais on change les moyennes en ténues : tout le 
monde dit : hi torn « sa main », hi car « sa jambe », hi prec 7; 
« son bras ». La théorie la plus répandue aujourd'hui attribue 
à l'influence d'un s disparu le changement des ténues en spi- 
rantes et au contraire la conservation des moyennes. Le fait 
curieux que je cite vient à l'appui de cette théorie. La provec- 
tion des moyennes en ténues a eu lieu avant la disparition de 
Ys ; Y s a disparu ensuite. C'est un fait analogue à celui qui 
s'est produit en breton après o~ « votre », devenu os comme le 
montre encore le vannetais hos (prononcez s sourd) dans des 
expressions comme hos un 1er « votre autel ». Us de os après 
avoir produit la provection de la moyenne en ténue s'est assi- 
milé à la ténue puis a disparu : ho%_ breuy, hos preur, ho preur 
(d. Ebel, Cornica, Beitrâge, V, p. 145 et suiv.). Le langage 
de Faouët présente beaucoup de traits curieux, qui demandent 
une étude détaillée. Le fait de provection que je viens de si- 
gnaler me paraît général dans la partie cornouaillaise du can- 
ton de Faouët, c'est-à-dire celle qui est sur la rive droite de 
l'Ellé; il ne franchit pas l'Ellé et est inconnu aux gens du Bro- 
werec ou vannetais breton sur la rive gauche. 

J. LOTH. 



274 Mélanges. 



V. 



RHEGDDOFYDD, RHEGOFYDD. 

Lady Guest, qui a souvent corrigé dans sa traduction les dé- 
fectuosités de son texte, ne me paraît pas avoir été aussi heu- 
reuse dans le début du curieux récit de Kulhwch et Clwen. 
La femme du prince Kilvdd, père de Kulhwch, à son lit de mort, 
appelle près d'elle son mari et lui dit : manu uydaf i o'r cleuyi 
hii'iiii. A giureic arall a uynny ditheu. A recdouydyni y gwraged 
weithon. Drive yw itti hagen llygru dy uab. Lady Guest traduit : 
« Of this sickness Ishall die, andthou wilt take another wife. 
Xow wives are the gift of the Lord, but it would be wrong 
for thee to harm thy son ». La réflexion de cette femme mou- 
rante et qui va user d'un artifice ingénieux pour empêcher son 
mari de se remarier, que les femmes sont un présent du ciel, 
est au moins bizarre. Le weithon qui signifie « en ce moment » 
ne s'explique pas bien non plus. La solution de la difficulté 
est dans recdouyd. Les auteurs de vocabulaires l'ont traduit les 
uns par « présent de Dieu », les autres, tellement ce sens leur 
paraissait peu naturel, par « malédiction de Dieu ». Le sens vé- 
ritable est « maître, arbitre des présents », et il faut traduire : 
« Je vais mourir de cette maladie, et toi tu voudras une lemme. 
â présent, ce sont les femmes qui sont les arbitres des largesses 
(qui tiennent les clefs en quelque sorte); ce serait mal à toi 
cependant de faire tort 1 à ton fils ». Ree douyt ou avec l'ortho- 
graphe moderne rheg-ddofydd est la même expression que 
rheg-ofydd que j'ai relevée plusieurs fois dans les poésies im- 
primées dans le Myv. archœology. Le poète Cyndelw (1150- 
1200) en parlant de Cadwallawn qu'il vient de perdre, dit : 

Recouit 2 oetwn oe daioni 

Gan gyueisor por, pawb ae gwely. 



1. Pour llygru dans ce sens, cf. Ancient laïus, éd. Oven, p. 152, 292. 

2. =regov\dd d'après l'orthographe habituelle de ces poésies; de même 
pour mit dans le Livre Noir. 



Mélanges. 275 

« J'étais le distributeur, l'arbitre des présents, de son bien 
avec un seigneur qui me faisait son égal, chacun le voyait » 
(Myv. arch., p. 159, col. 2). 

Ibid., p. 227, col. 2 ; en parlant de la Vierge Marie : 

hi yn uam uy tliad 
hi yn uvry heb uad 
hi yn rec ouyt 
hi yn hollaul rad 

« Elle qui est mère .de son père, 
Elle qui est vierge sans contestation 
Elle qui est ['arbitre des présents, 
Elle toute grâce. » 

Ibid, p. 231, col. 1, Duw douyt recouyi « Dieu le maître, 
l'arbitre des grâces » ; 

Ibid., p. 181, col. 2, Judea rex regovyd hygar, id., p. 239, 
col. 2. 

On trouve ofydd avec bien d'autres mots: Myv. arch., p. 164, 
col. 1. Hil Kedwyn cad ouyt « la race de Kedwyn, maîtresse 
des combats » ; cred ouyd, Myv., p. 179, col. 2; nwyl ouyt, 
p. 249, col. 1; cf. Livre noir, llid ouit, cred ouii cités par 
J. Rhys, Lectures, p. 293-294. M. Rhys voit dans Ofydd un 
vieux celtique *ogmios, vieux gallois * ogmidd, * omydd, iden- 
tique à l'irlandais ogma. Il me semble qu'il y a à ce rappro- 
chement séduisant une double difficulté : 1'/// n'eût pas dû de- 
venir spirant, étant précédé de g, et l'accent avant été après 
/// :cf. les dérivés en men (y. Whitley Stokes, The verb substan- 
livc, p. 31); Yo bref eût dû être infecté : cf. newydd = *novio; 
niynxdd, en vieil armoricain monid, etc. Quoi qu'il en soit, 
regdofydd doit être rapproché de galltovydd « mécanicien, ar- 
tiste en mécanique ». On trouve en effet les formes galltovydd, 
galldovydd etgallovydd. ]la forme galldovydd n'est pas correcte 
comme l'a fait remarquer M. Rhys; on reste en présence de 
galltovydd et gallovydd. Le t de galltovydd peut s'expliquer par 
un Ij primitif; gai lu est en effet de la même origine que le li- 
thuanien galiù « je puis » (Rhys, Lect., p. 203). Pour l'ab- 
sence de / on peut comparer ferylliaeth et ferylltiaeth « al- 



276 Mélanges. 

chimie et chimie », dérivés de Fferyttt = Fergiljus. Mais on 
ne saurait donner la même explication pour les deux formes 
recdouyd et recovyd. On peut songer à une erreur du scribe 
dans les Mabinogion, et lire reg-ovydd (c'est ce que j'avais fait 
d'abord); on peut aussi supposer, sans erreur du scribe, une 
influence analogique de gaïltovydd et gallovydd, mais on res- 
terait toujours en face d'un ovydd inexplicable, * ogmios étant 
rejeté. Je serais, pour ma part, très disposé à voir dans les for- 
mes en ovydd ou le nom du poète Ovidius ou plutôt une évo- 
lution de dovydd par analogie sous l'influence â'ovydd. On ap- 
pelait ovydd un gradé dans la hiérarchie des lettrés qui n'était 
ni barde ni druide. Ovide a été aussi célèbre au moyen âge 
que Virgile qui a donné son nom à l'alchimie. Ojydd, le poète, 
est à chaque instant cité ou rappelé par des bardes qui ne 
l'avaient sûrement jamais lu en latin, comme Dalydd ab 
Gwilym ; son nom est devenu synonyme d' « homme habile, 
maître dans l'art de ... ». Petit à petit ovydd est devenu l'équi- 
valent du mot très gallois de dovydd. Dofydd est une expres- 
sion qui accompagne très fréquemment le nom de Dieu et doit 
être rapproché du gallois dof « apprivoisé », et ses congénères 
vieux breton dometic « domito », latin domare, etc. Dofydd 
suppose un vieux celtique domios et signifierait « le domp- 
teur », le maître en tous sens; cL dominiis à côté de domitus. 
L'o serait long (= â vieux celtique), et n'aurait pas, à ce 
titre, été influencé par -j.o : on peut comparer l'irlandais dàrri 
« barde » (Windisch, Irische Texte, Wort.) ; irl. mod. daim 
(daimh) « poet, learned man », O'Reilly. Dans les composés, 
dovydd aurait été peu à peu influencé et supplanté par ovydd qui 
avait le même sens. 

J. Lotii. 



BIBLIOGRAPHIE 



Henri Kiepert. Manuel de géographie ancienne, traduit par 
Emile Ernault, maître de conférences à la Faculté des Lettres de Poitiers, 
ouvrage accompagné d'un avant-propos et remanié en ce qui concerne 
la Gaule, par Auguste Longnon, membre de l'Institut. Paris, Vieweg, 
1887 ; in-8, vii-365 p. 

On doit à M. Henri Kiepert deux traités élémentaires de 
géographie ancienne : l'un, intitulé : Lehrbuch der alten Geo- 
graphie qui a paru à Berlin en 1878, est un volume in-8 de 
xvi-544 pages; l'autre, abrégé du premier, est intitulé Leitfaden 
der alten Géographie et n'a que vni-279 pages; il est destiné aux 
élèves des gymnases. M. Vieweg a voulu mettre cet ouvrage 
à la disposition des élèves de nos lycées et de nos collèges, 
voilà pourquoi il en a demandé une traduction à notre savant 
collaborateur M. Ernault. Toutefois, pour les Français, la 
partie de ce livre consacrée à la Gaule était trop succincte, en 
sorte que M. Ernault dans sa traduction a substitué à la 
Gaule du Leitfaden celle du Lehrbuch qui est plus développée. 
Enfin, depuis 1878, la géographie de la Gaule a été l'objet 
d'importants travaux qui ont modifié l'état de nos connais- 
sances; aussi M. Vieweg a-t-il prié M. Longnon, dont la com- 
pétence est si connue, de reviser la description due à M. Kie- 
pert et de la mettre au courant. C'est ainsi que Acunum, An- 
conne, Lehrbuch, § 438, note 1, p. 508, est devenu Acunum, 
Aygu, Manuel, note 1 de la p. 279, § 260; que de la même 
note ont été retranchés: AJbici, Aulps, et Vediantii, Venee, 
qui ont été remplacés par Vinàasca, Venasque, et par Vorda, 
Gordes. A la n. 3 du paragraphe 439, p. 509, du Lehrbuch 
qui est devenue la n. 1 de la p. 280 du Manuel, § 261, ont été 
Revue Celtique, IX 18 



278 Bibliographie. 

ajoutés les noms tfAlbinnum, Albens; Bergusium, Bourgoin; 
Bovis riras, Le Bœuf; Luminis pagus, Limonv; Turedonnum, 
Tourdan. La note 6 du paragraphe 440, p. 510 du Lehrbuch 
est devenue la note 2, p. 282, § 262 du Manuel ; Ambrussum, 
traduit par Ambroix dans l'original, est rendu par Pont Am- 
bruis dans la traduction; Vindomagus qui, suivant Kiepert, 
serait Le Vigan, n'a pas d'équivalent moderne connu jusqu'ici 
d'après M. Longnon ; et celui-ci, à la nomenclature du savant 
allemand, ajoute dans cette note Andusia, Anduze ; Aramo, 
Aramon; Mesua, Mèze; TreviJum, Trêves; etc., etc.. 

Si j'ai une critique à adresser à M. Longnon, elle sera de 
n'avoir pas fait dans le texte original plus de corrections. 
Ainsi il n'est pas vrai qu'en Gaule existât l'usage de faire 
monter sur le char de guerre trois hommes, deux combattants 
et un conducteur, Lehrbuch, § 433, note 4, p. 503 ; Mit miel, 
note 1 de la page 272, § 255. Le texte qui a inspiré cette as- 
sertion, Pausanias, livre X, c. 19, § 9-12, édition Didot, 
p. 516-517, ne parle ni de chars ni de conducteurs de chars; 
il v est question de trois guerriers à cheval. D'ailleurs ce- 
texte appartient au récit d'une expédition en Grèce, et il n'est 
nullement prouvé que l'armée gauloise envahissante vint des 
pays situés à l'ouest du Rhin. 

M. Kiepert, Lehrbuch, § 434, p. 503 ; Manuel, § 256, p. 273, 
dit qu'en Gaule les terres se partageaient annuellement. Cette 
assertion est le résultat d'une confusion. C'est aux Germains 
et non aux Gaulois que César attribue cet usage, De bello gal- 
lico, livre VI, c. 22, § 2. 

Au même paragraphe 434, p. 504 du Lehrbuch, § 526, 
p. 273 du Manuel, M. Kiepert prétend que les Druides avaient 
dans chaque cité un chef élu à vie qui souvent remplaçait les 
rois. Ce n'est point le sens du passage de César relatif à l'élec- 
tion du chef des Druides. Dans ce passage, De bello gallico, 
livre VI, c. 13, § 8, il s'agit d'un chef unique élu pour tous 
les Druides de la Gaule. 

Dans le Lehrbuch, § 448, note 1, p. 5 17, et dans le Manuel, 
p. 294, note 2, §270, on trouve reproduite l'opinion généra- 
lement admise que' l'ile de Sena (Pomponius Mêla, livre III, 
§ 48; éd. Teubner-Friek, p. 66, 1. 28) est identique à l'ile de 



Bibliographie. 279 

Sein, canton de Pont-Croix, arrondissement de Quimper, Fi- 
nistère. Cette doctrine ne peut s'accorder avec le nom breton de 
l'île de Sein, en breton Si~mi, au xi e siècle Seidhun, dans le Car- 
tulaire de Landévennec. Voyez l'index placé par M. Ernault à la 
suite de son Cartulaire de Landévennec (Mélanges publiés dans 
les Documents inédits sur l'histoire de France, t. V, p. 296, col. 2). 
Un passage du texte de Kiepert a été l'objet d'une correc- 
tion fort légitime, mais qui ne me paraît pas suffisante. Zeuss, 
Die Deittschen, p. 168, après avoir parlé des Ibères et des Li- 
gures établis au V e et au iv e siècle sur les côtes aujourd'hui 
françaises de la Méditerranée, ajoute : « à cette époque primi- 
« tive les Celtes étaient encore loin de ces peuples maritimes. 
« On n'en trouve point dans la liste des auxiliaires d'Amilcar 
« chez Hérodote, livre VII, c. 165 ». Puis il reproduit le pas- 
sage d'Hérodote où sont mentionnés les Ibères, ensuite les 
Ligures, enfin les Helisyci et les Sardonii, les premiers, Ibères 
ou Ligures, les seconds, probablement Ibères. C'était en 480. 
Avec ces troupes Amilçar vint en Sicile assiéger Himère (cf. 
Diodore de Sicile, livre XI, c. 20). Or voici comment Kie- 
pert, Lehrbuch, § 433, note 2, p. 503, rend la doctrine de 
Zeuss : « Il y avait déjà des mercenaires celtes au v e siècle 
« dans les armées carthaginoises en Sicile; vraisemblablement 
« ils avaient été enrôlés en Espagne, car les Celtes ne touchaient 
« point alors à la Méditerranée. » M. Ernault s'est aperçu 
qu'il y avait là une doctrine sujette à caution et il a retranché 
la date, V e siècle. Il aurait mieux fait de supprimer complè- 
tement cette note {Manuel, § 255, p. 271, note 1). Telle 
qu'elle est rédigée maintenant, elle reste inexacte. Elle pourrait 
permettre à un critique malveillant de supposer qu'elle s'ap- 
plique aux mercenaires gaulois employés par les Carthaginois 
dans la première guerre punique, par exemple au siège de Li- 
lybéeen 249 av. J.-C. (Polybe, 1. 1, c. 43, § 4, édition Didot, 
p. 34; cf. Mommsen, Roemische Geschichte, 6 e édition, t. I, 
p. 526 et suiv. ; Amédée Thierry, Histoire des Gaulois, livre II, 
c. m). Or il n'y a aucune preuve qu'en 249 les Gaulois 
n'eussent pas atteint les côtes françaises de la Méditerranée, 
qu'incontestablement ils occupaient au début de la seconde 
guerre punique en 218 (Tite-Live, XXI, 26). 



280 Bibliographie. 

Nous espérons qu'on trouvera dans ces critiques la preuve 
de l'intérêt que nous portons à la savante publication de 
MM. Longnon et Ernault, et de l'attention avec laquelle 
nous l'avons lue. L'ouvrage de M. Kiepert est une des plus 
utiles publications qu'on doive à un des plus savants géo- 
graphes de notre temps. Cet ouvrage, grâce à la collaboration 
de MM. Longnon et Ernault, est mis à la portée des étudiants 
français avec des modifications qui le rendent beaucoup su- 
périeur à l'original. 

H. D'A. DE J. 

Dictionnaire d'étymologie française d'après les résultats 
de la science moderne, par Auguste Scheler; troisième édition. 
Paris, Vieweg, 1888; gr. in-8, 527 p. 

L'ouvrage de M. Scheler est le plus considérable qui existe 
dans ce genre. C'est une compilation où sous chaque mot 
français on trouve l'indication des différentes explications éty- 
mologiques dont il a été l'objet. Un recueil ainsi constitué 
rendra toujours de grands services, quand même l'auteur, 
faute d'une science personnelle suffisante et d'une critique un 
peu rigoureuse, aurait été souvent dans l'impossibilité de taire 
un choix entre des solutions diverses issues de systèmes con- 
tradictoires. 

Ici nous n'avons à apprécier ce livre qu'au point de vue cel- 
tique. Il est fort regrettable que l'érudit belge croyant nous 
donner, comme il dit, « les résultats Je la science moderne » 
n'ait pas connu le savant mémoire publié en 1884 par 
M. Thurneysen sous le titre de Keltoromanïsehes. Ce mémoire 
a dû paraître environ trois ans avant le jour d'octobre 1887 
où Al. Scheler a écrit sa préface. 

Voici quelques exemples des cas où M. Scheler aurait bien 
fait de consulter Al. Thurneysen. 

Au mot ambassade, p. 21, AI. Scheler renvoie au mot fictif 
ambact qu'il explique par l'allemand ambacht (?)*, par le go- 
thique and-bahti et par le vieux haut-allemand am-paht, aujour- 



1 . Il voulait dire, je suppose: par le substantif neutre vieil allemand am- 
baht ou ambabti. 



Bibliographie. 281 

d'hui ami ; et il ne paraît pas se douter des difficultés de son 
sujet. L'embarras est grand quand on veut donner du mot alle- 
mand am-baht, ami, une étymologie germanique, même si l'on 
adopte comme, primitive la forme gothique. En effet, cette 
forme gothique qui résout la difficulté pour le premier terme 
en remplaçant am- par and-, la laisse subsister pour le second, 
qui reste inexplicable r . Avec les langues celtiques, on est plus 
heureux. On y trouve les deux termes du composé gaulois 
amb-actus qui a été connu des Romains. Le premier terme est 
ambi « autour de », qui existe à la fois en gaulois et dans les 
langues néo-celtiques. Le second est *acto-s, participe passé 
d'une racine ag que le vieil irlandais possède en commun avec 
le latin. César avait présent à l'esprit le sens du premier terme 
quand il écrivait : plurimos circum se ambactos clientesquehabet 2 . 
Il est difficile de ne pas tenir compte enfin de deux faits ; 
l'un est que le mot ambactus a été employé par Ennius, or 
Ennius est mort l'an 169 avant J.-C, c'est-à-dire à une date 
antérieure aux premières relations de Rome avec les Ger- 
mains. Le second fait est que, suivant Festus, le mot ambactus 
est gaulois 3. La question a été traitée par M. Thurneysen, 
Keltoromanisches , p. 29-30, avec quelques développements de 
plus que nous n'en donnons ici. Nous avons ajouté à ce qu'a 
dit le savant romaniste quelques indications secondaires qui 
confirment sa doctrine restée inconnue à M. Scheler. 

Au mot balai, M. Scheler cite le breton balan « genêt » ; 
mais balan tient lieu d'un plus ancien *banadl. Le Balandu, 
relevé dans l'index du Cartulaire Je Redon, doit être corrigé en 
Halanau, comme l'a constaté M. Loth. L'étymologie du mot 
balai reste donc à expliquer. Ce sujet a été traité par 
M. Thurneysen, mémoire cité plus haut, p. 89. 



1. Fr. Kluge, Etymologisches IVœrterbuch der deidschen Sprache, 3 e édition, 
p. 7. 

2. De bello galhco, livre VI, c. 15, §2. Comparez: Dumnorigem. . . 
magnum numerum equitatus suo sumptu semper alere et circum se habere. 
Ibid., livre I, c. 18, § 3, 3. Les équités dont il s'agit dans ce passage étaient 
les ambacti de Dumnorix. 

3 . Voici les passages de l'abrégé de Festus par Paul Diacre : ambactus 
apud Ennium lingua gallica servus appellatur. — Am\b\ prepositio loquc- 
laris signiflcat circum, unde supra servus ambactus, id est circumactus dicitur. 



282 Bibliographie. 

Chemise vient du mot latin camisia. Le plus ancien exemple 
de ce mot paraît se trouver chez saint Jérôme, epistula LXIV, 
de veste sacerdotali, § 11 : « Soient militantes habere lineas quas 
camisias vacant, sic aptas membris et adstrictas corporibus, ut 
expediti sint vel ad cursum, vel ad praelia, dirigendo jaculo, 
tenendo clypeo, ense vibrando, et quoeumque nécessitas tra- 
xerit. Ergo et sacerdotes, parati in ministerium Dei, utuntur 
hac tunica 1 ». Saint Jérôme a écrit ces mots en 396 ou en 397 2 . 
Le mot camisia se trouve chez Paul Diacre dans son abrégé 
de Festus; mais c'est une glose étrangère au texte original 
et qui appartient en propre à l'abréviateur. Il n'y a pas de 
preuve qui établisse que ce mot ait existé en latin avant 
l'époque où saint Jérôme l'a employé, c'est-à-dire avant les 
dernières années du IV e siècle. Les prêtres contemporains de 
ce docteur qui ont évangélisé l'Irlande y ont porté l'usage sa- 
cerdotal de la camisia constaté par le fragment de Y epistula LXIV 
cité plus haut. C'est en qualité de mot savant et emprunté que 
l'irlandais caimmse a conservé son s. Si ce mot était d'origine 
celtique, cet s placé entre deux voyelles n'aurait pu subsister. 
Cette observation est de M. Thurneysen, ouvrage précité, 
p. 51. M. Scheler a écrit son article chemise sans se douter de 
la difficulté signalée par le savant professeur de Fribourg. 

Nous terminerons par le mot lai, genre de poésie. M. Sche- 
ler nous dit que ce mot est d'origine celtique. Il cite d'abord 
le gallois liais qui ne peut être qu'emprunté au français, puis, 
l'irlandais laoith, lisez laoidh ; il serait préférable de parler du 
vieil irlandais laid, signalé depuis longtemps dans un des 
petits poèmes du manuscrit 904 de Saint-Gall, p. 203 :ix e siè- 
cle). Du mot irlandais, M. Scheler rapproche d'après Die- 
fenbach le verbe dérivé gothique Huhtôn, lisez liuthôn. Il ne se 
doute pas de la difficulté qu'offre la différence de dentale; 
liuthôn suppose un thème germanique leutha-, avant la pre- 
mière substitution des consonnes leitla qui est nécessairement 
le primitif de l'allemand Liedl. Pour attribuer à ce mot la 
même origine que l'irlandais lôid, il faut admettre un emprunt 

1. Migne, Patrologia latina, t. XXII, col. 614. 

2. Migne, Patrologia latina, t. XXII, col. lxvi. 

3 . Thurneysen, KettoYomanisches, p. 104. 



Bibliographie. 28$ 

du celtique au germanique, quand celui-ci avait déjà opéré 
la première substitution de consonnes. Nous aurions donc 
un celtique * leudi-s venant du germanique * leutha-s. Le tb de 
la seconde syllabe du mot germanique aurait été traité par la 
race celtique comme le tb initial du nom propre sugambre 
Theudorix écrit par Strabon \ulzzCz l au commencement du 
premier siècle de notre ère. On constate le même phénomène au 
VI e siècle dans le leudos de Fortunat 2 . Le celtique * levais est de- 
venu régulièrement * louais, *lôdis, en irlandais /c'/V/(ix e siècle), 
enfin laid (vers 1100) d'où viendrait le mot français. 

Je me bornerai à ces exemples pour montrer ce qui manque 
à la publication d'ailleurs estimable et utile de M. Scheler. 

H. d'Arbois de Jubain ville. 

The t'ixt of the Mabinogion and other Welsh Taies from 
the Red Book of Hergest, edited by John Rhys, M. A., and J. 
Gwenogfryn Evans, xx-355 p. in-8, Oxford, 1887 (Issued to subscribers 
onlv). 

Le point de départ de la philologie historique est dans les 
bons textes. De toutes les littératures anciennes que l'on 
étudie, la littérature galloise est peut-être la plus mal partagée 
à cet égard, et celle où l'esprit critique de notre temps a été 
le plus lent à se répandre. Nous ne voulons pas pour cela ra- 
baisser le mérite de Gallois patriotes dont les œuvres brillent 
comme des phares dans l'histoire de la littérature galloise, les 
auteurs de la Myfyrian Archaiology (1801), Ladv Charlotte 
Guest et ses Mabinogion, et les éditeurs des volumes de la 
Welsl) Tt'.xl Society. Ils publiaient leurs textes comme on le 
faisait généralement de leur temps, c'est-à-dire par à-peu-près, 
se préoccupant du sens plus que des mots, ne se gênant pas 
pour rétablir le texte suivant leurs présomptions, sans avertir 
le lecteur de ces restitutions. Ce défaut était celui de leur 



1 Livre VII, cl, 5 4; éd. Didot, p. 242, 1. 52. — Cf. Maroboduus 

("Tacite, Annales, II, 26) prononciation gauloise du germanique Maràbatu-s. 

2. Fortunat. Carmina. 1 VII, 8. vers 69, éd. Léo. p. 163 (cf. praefatio, 

p. 2, 1. 14) : Nos tibi versiculos, dent barbara carmina leudos. 



284 Bibliographie. 

époque plus que le leur propre; il serait injuste de le leur re- 
procher; car pour nous, modernes, qui nous sommes instruits 
à leur école et profitons tous les jours encore de leurs travaux, 
ce serait (pour reprendre la comparaison d'un écrivain fran- 
çais) ressembler à ces entants qui, devenus drus et forts du 
lait de leur mère, battent le sein qui les a nourris. 

Les éditeurs de notre temps sont plus justiciables de la cri- 
tique. M. Skene, dans son livre The four ancieni BoohsofWales 
(1868), — livre qui, malgré ses défauts, reste une œuvre con- 
sidérable dont on doit savoir grand gré à l'érudit écossais, — 
M. Skene s'était proposé de reproduire, lettre pour lettre, le 
texte Je ces mss. L'intention était excellente; malheureu- 
sement M. Skene a souvent mal lu ses mss., et l'édition pro- 
chaine que M. Gwenogfryn Evans annonce du Black Booh of 
Carmarthen va, pour un de ces mss., corriger l'œuvre de 
M. Skene. Le ms. étant de lecture difficile, et un unicum, 
M. Gwenogfryn Evans désarme par avance la critique en le 
reproduisant par la photographie. Solem quis dicere falsum 
audeat ? 

Dans cette histoire de la philologie galloise, M. Robert Wil- 
liam serait! moins aisément innocenté avec ses Welsh Texts 
(1874 et années suivantes). A cette date, les règles de la pu- 
blication d'un texte étaient connues : marquer d'une façon 
précise, avec cote, le ms. que l'on publie, établir sa date, in- 
diquer dans l'édition les feuillets correspondants du ms., dis- 
tinguer les différentes mains des copistes, donner en note le 
texte original du ms. lorsqu'on le modifie... M. Robert Wil- 
liams ne s'est pas strictement attaché à ces règles, et il n'est 
même pas sûr qu'il ait toujours exactement copié ses mss. Sa 
publication, restée inachevée, est cependant utile pour l'his- 
toire générale de la littérature; car, formée de textes traduits 
pour la plupart du latin ou du français, elle permet de suivre 
le gulf-stream de la littérature du moyen âge, mais elle ne 
fournit pas de textes sûrs aux philologues, de textes qui ap- 
portent leurs preuves avec eux-mêmes. 

C'est cet état de désordre de la philologie galloise qui a ins- 
piré à MM. Gwenogfryn Evans et Rhys l'idée d'une publi- 
cation dont les Mabpnogiàn du Livre Rouge de Hergest for- 



Bibliographie. 285 

meut le premier volume. Le titre général de la collection est 
Diplomatie Reproductions of Old-Welsh Texts, et une série de 
neuf volumes est annoncée du même coup comme étant en 
préparation. Le système adopté par MM. Gwenogfryn Evans 
et Rhvs aboutit à de nombreux doubles emplois. Ainsi après 
avoir reproduit dans le premier volume le texte des Mabino- 
gion d'après le Livre Rouge, on donnera dans le troisième vo- 
lume une autre version de plusieurs d'entre eux d'après un 
autre ms. ; puis les volumes V et VI seront consacrés à un 
« Texte critique des Mabinogion ». Pour nous, ces volumes 
V et VI auraient suffi, surtout si nous avions en note les le- 
çons des divers mss. ; c'est ainsi que sont faites les éditions 
critiques des textes grecs et latins, et leurs éditeurs gardent gé- 
néralement pour eux-mêmes les copies qu'ils ont faites des 
mss. originaux. Les éditeurs des Welsh Tcxts ont préféré 
n'épargner ni leur papier et leur temps, ni l'argent de leurs 
souscripteurs. D'un excès de négligence, la philologie galloise 
passe ainsi à un excès de minutie. Cette critique taite sur le 
plan de l'œuvre, nous devons reconnaître que le plan choisi a 
été admirablement exécuté. 

A la fin du siècle dernier ou au commencement de celui-ci, 
le célèbre Owen Pughe avait préparé une édition et une tra- 
duction des Mabinogion, et nous sommes étonné qu'on n'ait pas 
rappelé ce fait dans la prélace du volume que nous annon- 
çons; car l'hommage rendu aux ancêtres ne diminue pas le 
mérite des nouvelles générations. Cette édition est restée iné- 
dite dans les papiers de la famille Owen (voir Cambrian 
Journal, t. IV, 1857, p. 158, 197 et 285). Ce fait explique 
pourquoi dans son dictionnaire Owen Pughe a donné de 
nombreux exemples pris aux Mabinogion, alors inédits. Le 
premier tiers du Mahinogi de Pwyll, prince de Dyfed, a été 
publié (texte et traduction) dans le Cambrian Register (vo- 
lumes de 1795 et 1796, sans signature; mais il a été réim- 
primé avec le nom de Pughe dans le Cambro-Briton, t. II 
(1821), p. 271 et suivantes 1 . 

1 . Notons aussi que le Mahinogi de Math, fils de Mathonwy, avait été 
publié, texte gallois et traduction anglaise, dans le Cambrian Quarterly Ma- 
ga^itie, t. I (1829), mais sans aucun nom d'auteur 



286 Bibliographie. 

Quoiqu'il en soit, l'édition de Lady Guest (années 1838 et 
suiv.) peut être regardée comme l'édition princeps des Mabi- 
nogion ; une traduction anglaise qui se lit avec autant de 
charme qu'une œuvre originale, et un commentaire excessi- 
vement riche et intéressant au point de vue de l'histoire litté- 
raire, en font une œuvre que rien ne remplacera; et le nom 
de Lady Guest sera indissolublement attaché à la perle de la 
littérature galloise. Mais malgré le soin avec lequel le texte 
avait été copié pour Lady Guest par le Rév. John Jones (Te- 
gid), il contenait des erreurs évidentes, et ces erreurs ren- 
daient défiant pour le reste (voir Zeuss, Grammatica Celtica, 
2 e éd., p. 139). Or ce texte est, jusqu'ici, le plus important 
que l'on possède pour l'histoire du gallois-moyen. 

L'édition de MM. Rhys et Gwenogfryn Evans supplée à ces 
imperfections; elle est faite pour les philologues et vise à leur 
donner une représentation du texte aussi fidèle qu'on peut l'at- 
teindre sans recourir à la photographie ou au fac-similé. Pour 
rendre les diverses particularités de l'écriture, les éditeurs ont 
eu recours à neuf sortes de caractères. Du moment qu'on 
voulait donner une édition diplomatique, cette minutie 
n'était pas de trop; car la forme des lettres (dans des mss. 
où plusieurs signes sont employés pour représenter la même 
lettre) est un élément important pour les restitutions de la 
critique verbale. Le système suivi par M. Gwenogfryn 
Evans est assez compliqué et a dû lui demander une grande 
peine d'exécution ; mais il a pour résultat de donner une édi- 
tion après laquelle un m s. peut périr sans que le dommage 
soit irréparable. 

Cette édition étant faite au point de vue philologique, nous 
n'avons pas à parler ici des Mabinogion au point de vue litté- 
raire. Pourtant nous pouvons faire remarquer que la nouvelle 
édition contribuera à mieux faire apprécier et connaître ces 
poétiques récits. D'abord, il y a un index des noms propres 
d'homme et de lieu, ce qui comble une lacune de l'œuvre de 
Lady Guest et permet de mieux suivre l'histoire et les actions 
des personnages. Ensuite, un texte plus correct améliore le 
sens en plusieurs endroits ; nous n'en donnerons qu'un exemple 
emprunté au début de Kulhwch et Ohven. La reine, mère du 



Bibliographie. 287 

héros, est sur le point de mourir. Je cite maintenant la tra- 
duction de Lady Guest. 

« Je te recommande, dit-elle à son mari, de ne pas te re- 
« marier jusqu'à ce que tu voies un églantier avec deux bou- 
« tons sur ma tombe. » Il le lui promit. Après cela, elle le 
« pria de faire nettoyer sa tombe tous les ans pour que rien 
« n'y pût pousser. La reine mourut. Le roi envoyait un ser- 
« viteur chaque matin pour voir si quelque chose poussait sur 
« la tombe ». 

Lady Guest a traduit exactement le texte qu'elle donne ; 
mais dans ce texte une demi-ligne avait été passée, et celle-ci 
rétablie, on a ce sens : 

« Il le lui promit. Après cela, elle rit appeler son confesseur, 
« et le pria de foire nettoyer sa tombe, etc. » 

Tout de la sorte devient clair et raisonnable, autant du 
moins qu'il peut être raisonnable chez une femme de vouloir 
empêcher son mari veuf de se remarier. 

Nous aurions beaucoup à dire sur le fonds même des Ma- 
binogion, aujourd'hui surtout que la littérature comparée a fait 
tant de progrès et que la science des contes est en train de se 
constituer. Des études délicates et approfondies de M. Alired 
Nutt ont déjà montré l'intérêt de ces recherches. Nous ne de- 
vons pas allonger davantage cet article. Il nous suffit d'avoir 
montré la valeur et l'originalité de cette publication de textes. 
Si MM. Gwenogfryn Evans et Rhys peuvent achever toute la 
série qu'ils projettent, ils auront rendu un grand service à la 
fois à la philologie galloise et à la littérature comparée. 

H. Gaidoz. 

Notice épigraphique de diverses antiquités gallo-ro- 
maines, accompagnée de sept planches et de quarante figures dans le 
texte, par Robert Mowat. Paris, Champion, 1S87; in-8, 178 pages. 

M. Mowat a réuni dans ce volume cinq mémoires, tous 
fort intéressants, qui avaient été précédemment publiés par lui 
dans le Bulletin monumental et dans le compte rendu du Congres 
archéologique de France de 1879. Les deux premiers de ces mé- 
moires concernent le culte de Mercure en Gaule; le troisième. 



288 Bibliographie. 

les inscriptions romaines du Maine; le quatrième contient un 
recueil de vingt et une inscriptions pointillées sur des objets 
votifs en bronze; le cinquième est une étude sur les inscriptions 
des trésors d'argenterie de Bernay et de Notre-Dame d'Alençon. 

On sait que sur le Puy-de-Dôme il y avait un temple de Mer- 
cure, Mercurius Dumias 1 . On a supposé que là s'élevait la statue 
colossale de Mercure due au sculpteur grec Zénodore : « Om- 
nem amplitudinem statuarum ejus generis vicit aetate nostra 
Zenodorus Mercurio facto in eivitate Galliae Arvernis » 2 . La 
statue de Zénodore paraît avoir été connue sous le nom de 
Mercurius Arvernus, qui semble avoir désigné le même objet 
que Mercurius Dumias, et on a recueilli tant en Bavière que 
dans la Prusse rhénane et en Hollande cinq dédicaces au 
Mercure Arverne. Une de ces inscriptions, celle de Hollande, 
trouvée à Horn, est placée au-dessous d'un bas-relief qui, pro- 
bablement, reproduit la statue exécutée par Zénodore. Le Mer- 
cure Arverne de Horn est assis, tel devait être celui de Zénodore. 

Dans les inscriptions du Maine, on peut signaler quelques 
noms celtiques, par exemple ceux des potiers : Banvius dérivé 
d'un nom commun signifiant « cochon », en breton bauo, en 
gallois banw, en irlandais banbh; Atepomarus, nom composé de 
trois éléments bien connus, aie, epo-, uiâro-. 

Parmi les noms contenus dans les inscriptions pointillées, 
on peut remarquer les noms d'homme Vindoinîssa, Romogil- 
Uns, etc., et les noms divins Ounio-rix, Segomo, Ad-smerius, 
Alisanus, Dexsiva. 

Le trésor de Bernay contient plusieurs dédicaces au dieu 
Mercurius Kanetonnessis. Kanetonnessis est probablement dérivé 
de Caueloiuiuiu, qui doit être un nom de lieu. On remarque 
parmi les noms d'hommes et de femmes, Camulp-gnata (fémi- 
nin), Combaro-marus, Epaticcus, Germanissa, Sacco, etc. 

H. D'A. DE J. 



i . Revue archéologique, t. XXVIII (1874). p. 332; t. XXIX (1875), p. 33. 
Paul Monceaux, Le Grand temple du Puy-de-Dôme, dans la Revue histo- 
rique, t. XXXV (1887), p. 225-262; et t.' XXXVI (1888). p. 1-28. 

2. Pline, Histoire naturelle, 1. XXXIV, § 45. 



CHRONIQUE 



SOMMAIRE: I. Publications de MM. Loth et Luzel dans les Annales de Bretagne. — II. Etude 
de M. Paul Monceaux sur le Mercure gaulois. — III. Les Acla sanctorum Hibemiae. — IV. Vie 
tripartite de saint Patrice et documents sur ce saint publiés par M. Whitley Stokes. — V. Nou- 
velles publications de M. de la Borderie. — VI. Les leçons de M. Rhys sur la mythologie cel- 
tique. — VII. Deux mystères bretons au théâtre de Morlaix. — VIII. Critique par M. Ernault 
du mémoire de M. Guillemaud sur les inscriptions gauloises. — IX. Communications Je M. Hé- 
ron de Villefosse à la Société des Antiquaires de France et à l'Académie des Inscriptions : 
Camulogenus, wuvol et l'ala Atcclorigiana. — X. Le Celiic Magasine. — XI. La société gaélique 
d'Inverness. — XII. Réplique de M. Standish O'Grady à M. Zimmer. — XIII. Critique de 
M. R. Atkinson par le Rev. B. Mac Carthy. — XIV. La Revue des traditions populaires. — 
XV. La Revue anthropologique. — XVI. Observations de M. Mowat sur le d barré et sur le 
mot bratoude. — XVII. L'Académie d'Irlande et les facsimilés des manuscrits irlandais. — 
XVIII. Facsimilé du Livre noir de Carmarthen. — XIX. L'évangéliaire irlandais de Saint- 
Gatien de Tours. — XX. La Society for the préservation of the Irish language. — XXI. l'n nom 
de peuple gaulois dans une inscription grecque d'Asie Mineure. — XXII. La thèse de M. H. 
van Gelder sur les Galates. — XXIII. The archaehgical Review. — XXIV. Les Annales d'Uhter 
éditées par M. W. M. Hennessv. 

I. 

Au mois de novembre 1887, les Annales de Bretagne sont entrées dans 
leur troisième année. 

La Chrestomathie de M. Loth continue à être dans cette revue la partie 
qui intéresse plus spécialement les lecteurs de la Revue Celtique. Après avoir 
étudié les principaux cartulaires qui nous ont conservé des mots bretons (cf. 
Revue Celtique, IX, 1 39-140), M. Loth aborde les textes suivis. Nous n'avons 
pour le breton armoricain aucun document de ce genre qui soit antérieur 
à la fin du XV e siècle. M. Loth donne d'abord des extraits de tous les ou- 
vrages en moyen armoricain qui nous sont parvenus. Il laisse de coté quel- 
ques fragments par trop mutilés et altérés. 

Pour le xv 2 siècle, nous avons: la vie de sainte Nonn {Annales de Bre- 
tagne, t. III, p. 59-72) •' et l'inscription bretonne de Sainte Triphine déjà 
étudiée dans la Revue Celtique (VII, 277-279) 2 . 

Du xvi e siècle datent les textes publiés par M. Wh. Stokes sous le titre 
de Middle-Breton hours et qui comprennent : r les heures proprement dites 

1 . Ce texte aétépublié dans la Revue Celtique, VIII, p. 230-301, 406-491. 

2. Le texte de cette inscription doit être rétabli comme il suit : an ma- 

TERI A STUDIAFF, IHS, p'e PREDERAF A CAFAF GARU : GOUDE HO.\ HOLL FET 
EN BET MAN, DIVEZ PEB VNAN EU AN MARU. 



290 Chronique. 

(Annales de Bretagne, p. 73-78); 2° un extrait du Missel de Léon de 1526 
(ibid., p. 78-79); 3 un catéchisme imprimé en ï^j6(ibid., p. 79-81). Puis 
viennent : le Grand Mystère de Jésus (ibid., p. 81-87) ; tr °i s poèmes publiés 
par M. de la Villemarqué sous le titre de Poèmes bretons du moyen âge 
(ibid., p. 205-214); le mystère de sainte Barbe (ibid., p. 214-224) ' ; la vie 
de sainte Catherine (ibid., p. 224-231)2 ; le Miroir de la mon (ibid., p 231- 

233)- 

Les textes du xvn e siècle que nous fait connaître M. Loth dans le numéro 
de janvier des Annales de Bretagne sont: le Miroir de la confession, imprimé 
à Morlaix en 1621 (ibid., p. 233-235); la Doctrine des chrétiens, Morlaix, 
1622 (ibid., p. 235-238). le Dictionnaire et colloques français et breton. 
Morlaix, 1626 (ibid., p. 238-250). 

Comme on le voit, la Chrestomathie de M. Loth donnera une idée très 
exacte des textes bretons qui nous sont parvenus. La première partie de sa 
Chrestomathie était intéressante au point de vue phonétique, la seconde partie 
peut surtout donner matière à des rapprochements littéraires. Malheureu- 
sement le plus souvent nous n'avons point les textes français ou latins qui 
ont servi directement à la rédaction du texte armoricain. Aussi est-il assez 
difficile de déterminer quelle part d'originalité revient à l'imitateur breton. 

Le tome III des Annales de Bretagne contient encore, à côté d'intéressants 
articles historiques ou littéraires 5, un logogriphe breton français de la fin 
du xvi e siècle, publié par M. Loth, et une chanson bretonne inédite, Pen- 
11ères Coadale\ recueillie et traduite par M. Luzel (p. 251-260). 

G. D. 
II. 

La Revue historique, n° s de novembre-décembre 1887 et de janvier-fé- 
vrier 1888, a publié une étude très instructive, de M. Paul Monceaux sur 
le grand temple gallo-romain du Puy-de-Dôme et sur le culte du Mercure 
gaulois. Nous constatons avec satisfaction le succès d'un écrivain de talent 
qui a étudié les travaux de l'érudition celtique et qui les fait connaître dans 
un monde près duquel d'ordinaire elles passent inaperçues. Nous ferons 
cependant des réserves sur quelques étymologies un peu risquées (n # de 
janvier-février, p. 14-17; ou p. 51-53 du tirage à part). 

III. 

La Société de Saint-Augustin, Lille-Bruges, vient de faire paraître sous 
la date de février 18S8 un catalogue où se trouve l'annonce suivante: 

« Acta sanctorum hiberniae ex codice Salmanticensi nunc primum 
« intègre édita opéra Caroli De Smedt et Josephi De Backer, S. J., hagio- 
« graphorum bollandianorum, impensis Joannis Patricii Marchiouis Bo- 
« thae. In-4 , IV-975. 

1. Voyez Revue Celtique, IX, 124-127. 

2. Ce texte a été publié dans la Revue Celtique, VIII, 76-95 . 

3. Nous signalerons par exemple l'étude de M. J. Duchesne intitulée: 
Un premier maître de La Fontaine découvert à la bibliothèque de Rennes. 



Chronique. 291 

« Le Codex Salmanticensis est un manuscrit du xiv c siècle renfermant 
« des vies de saints d'Irlande ; il porte ce nom parce qu'il vient du collège 
« des Irlandais de Salamanque; il se trouve aujourd'hui à la Bibliothèque 
« de Bourgogne à Bruxelles. 

« Les Bollandistes avaient eu souvent l'occasion de s'en servir; ils vien- 
« nent de l'éditer intégralement sur l'initiative et aux frais du noble marquis 
« de Bute qui s'intéresse d une manière si intelligente aux antiquités irlan- 
« daises. Le texte a été reproduit avec la fidélité la plus scrupuleuse ; chaque 
« document est analysé à la marge avec une grande exactitude ; les variantes 
« sont indiquées au bas des pages. Un triple index des noms de personnes, 
« des noms de lieux et des vies des saints en facilite l'usage aux travailleurs. 

« L'ouvrage est imprimé sur beau papier in-4, à deux colonnes, avec 
« double filet rouge ; tel qu'il se présente, ce volume est digne du Mécène 
« qui l'a fait exécuter et des savants qui lui ont donné leurs soins ». 

Ce volume se vend quatre-vingt-dix francs. Par faveur spéciale, on fait 
aux travailleurs une remise de dix pour cent ; net : quatre-vingt-un francs. 
Les historiens de l'antiquité ne nous ont pas dit quel prix le Mécène authen- 
tique faisait payer aux amateurs de poésie les œuvres d'Horace. 

IV. 

Nous recevons à l'instant l'ouvrage depuis longtemps annoncé et si impa- 
tiemment attendu de notre savant collaborateur, M. Whitley Stokes : The 
Triparti te Life of Patrick with other Documents relating to that Saint, deux vo- 
lumes in-8 de cxcix et 676 pages. Cette publication est de tous points digne 
de l'auteur et du sujet. Nous en ferons à loisir ultérieurement un compte 
rendu détaillé. En attendant, nous féliciterons l'auteur de l'indépendance 
d'esprit dont il a fait preuve en écrivant p. cxxxv : « Patrick aimait et res- 
v pectait l'église de Rome : il n'y a pas de raison pour refuser de croire à 
« son désir d'obtenir pour sa mission l'appui de l'autorité romaine ; on au- 
« rait tort de mettre en question l'authenticité de ses décrets portant que, 
« lorsqu'il s'élèverait en Irlande des questions difficiles, elles seraient en 
« dernier ressort portées au siège apostolique ». 

V. 

M. de La Borderie a fait sur l'hagiographie bretonne deux travaux im- 
portants dont la Revue Celtique a rendu compte: un mémoire sur deux saints 
Caradec (R. C, t. V, p. 501), et une édition d'une vie de saint Malo (R. 
C, t. VI, p. 384). Les Monuments originaux de l'histoire de saint Yves, an- 
noncés dans notre tome VIII, p. 393, contiennent de lui une savante intro- 
duction de lxxvi pages '. Il vient de se créer de nouveaux titres à la recon- 
naissance des érudits en faisant paraître chez Champion : Les trois anciennes 
vies de saint Tudual, texte latin et commentaire historique, 1887, in-8, 134 pa- 
ges. Nous espérons qu'il terminera prochainement son édition du précieux 

1 . Elle a été tout récemment réimprimée dans le volume intitulé: Etudes 
historiques bretonnes, Paris, Champion, 1888, in-8, vi-237 pages. 



292 Chronique. 

manuscrit de la bibliothèque de Quimper qui contient la vie de saint Gué- 
nolé et le cartulaire de l'abbaye de Landévennec. 

VI. 

Une note insérée dans le t. VII delà R. C, p. 392-393, a prévenu nos 
lecteurs qu'en 1886 notre savant collaborateur. M. J.Rhys, avait été chargé 
des leçons connues sous le nom de H ibbert- Lectures, et elle a donné le pro- 
gramme de ces leçons qui avaient pour objet la mythologie celtique, étudiée 
principalement dans la littérature galloise. Ces leçons ont été publiées aux 
frais de la fondation Hibbert. Le volume qui les contient vient de paraître 
à la librairie Williams and Norgate de Londres qui l'annonce sous le titre 
suivant : Lectures on thc Origin and Growih of Religion as illustrated by Celtic 
Heatbendom . 

VIL 

M. Paul Sébillot, si connu par ses travaux sur les traditions populaires, 
nous apprend la nouvelle suivante, extraite par lui d'un journal breton, qui 
l'a publiée sous la date du 28 février dernier : 

« Des fêtes seront données à l'occasion de l'inauguration du théâtre en 
« construction à Morlaix. 

« Une troupe de curieux artistes bretons, découverts aux environs de 
« Plouaret et qui jouent en breton des façons de mystères moyen âge, prê- 
« teront leur concours à ces fêtes. C'est désormais chose entendue. Ils sont 
« quatorze; ils joueront leur répertoire en costumes appropriés aux sujets 
« des pièces. Deux représentations seront offertes au public morlaisien 
« dans l'ancien théâtre. 

« Elles auront lieu, la première, le soir de l'inauguration de la nouvelle 
« salle, simultanément avec le spectacle donné rue de Brest, la seconde en 
« matinée le 15 avril, c'est-à-dire dans le courant de la journée. 

« Des livrets en français seront mis à la disposition des spectateurs et don- 
ce neront, pour les personnes peu familières avec le langage de ces pitto- 
« resques acteurs, la traduction des pièces bretonnes représentées. » 

VIII. 

Le Bulletin mensuel de la Faculté des Lettres de Poitiers contient, t. V, 
p. 391-396, une critique des travaux de M. J. Guillemaud sur les inscrip- 
tions gauloises dans la Revue archéologique. M. E. Ernault, auteur de cette 
critique, commence par féliciter M. J. G. de la découverte par lui faite d'une 
inscription gauloise à Nîmes (Revue archéologique, 18S6. t. VIII, p- 360- 
363). Il passe ensuite à l'étude d'ensemble de M. G. sur les inscriptions 
gauloises découvertes jusqu'ici (Revue archéologique, 1887, t. IX, p. 210- 
229; 299-316; t. X, p. 217-228). Il est d'accord avec nous pour constater 
la déplorable faiblesse de- cette dissertation grammaticale, écrite par un ar- 
chéologue qui n'a pas de la grammaire celtique la plus élémentaire notion. 



Chronique. 29$ 

IX. 

M. Héron de Villefosse a apporté à la Société des Antiquaires de France, 
dans la séance du 8 février dernier, une casserole d'argent découverte à Has- 
tings, près Douvres, et qui porte l'inscription suivante tracée à la pointe: 

NVMZfl* AVGVS// DEO Marti ROMVLVS CAMVLOGEKI FILÏUS POSVIT. 

Il est intéressant de trouver en Grande-Bretagne sous la domination ro- 
maine un nom d'homme identique à celui d'un chef Aulerque, qui com- 
battit contre les Romains et perdit la vie en défendant contre eux l'indépen- 
dance gauloise, l'an 52 av. J.-C. (De bello gàllico, VII, 57, 59, 62). 

Dans le tome XV (1887), p. 251-255, des Comptes rendus des séances de 
l'Académie des Inscriptions, on pourra lire la note de M. Héron de Ville- 
fosse sur les inscriptions qui contiennent le mot gaulois avvot ou avot. 
Dans le même tome, p. 307-308, on verra le résumé de sa note sur l'épi— 
taphe d'un soldat de ïala atectorigiana. Il a été question de ces deux com- 
munications dans notre vol. VIII, p. 536-537, et le texte de l'épitaphe 
dont nous venons de parlera été publié par M. Cagnat dans la dernière livrai- 
son de la Revue Celtique, p. 78. 

X. 

Le Celtic Magasine de février dernier contient entre autres mémoires : 
i° un résumé par M. Thomas Cockburn de la savante dissertation de 
M. Windisch sur le passif en r dont un de nos collaborateurs nous a pro- 
mis un compte rendu et que jusqu'à présent nous nous sommes bornés à 
annoncer, t. VIII, p. 529 ; — 2 un poème gaélique sur la bataille de Gabhra ; 
ce poème a été dicté en 1868 par un vieillard âgé de quatre-vingts ans; 
l'éditeur est le Rev. J. Campbell ; on sait que ce morceau appartient à la litté- 
rature ossianique, et qu'un poème irlandais qui porte le même titre a été pu- 
blié dans les Transactions qf tbe Ossianic Society for theyear 1853 (vol. 1); — 
3° une étude sur les versions diverses de la légende de Derdriu par M. A. 
Macbain; comparez à la rédaction gaélique publiée par le même érudit, Celtic 
Magasine de décembre 1887 (p. 69-77) et de janvier 1888 (p. 129-138) les 
leçons données par MM. E. Windisch et Whitley Stokes dans les 1. 1, p. 67- 
81, et II, p. 109-184, des Irische Texte. 

XI. 

La Société gaélique d'Inverness vient de faire paraître le tome XIII de 
ses transactions. On y trouve plusieurs mémoires intéressants ; mais ce qui 
en première ligne nous a semblé digne d'attention, c'est (p. 241-257) le 
texte original de la légende de Derdriu, dont M. A. Macbain a donné la 
traduction dans le Celtic Magasine. L'éditeur de ce texte est M. Carmichael 
qui l'a recueilli il y a vingt ans de la bouche d'un vieillard âgé de quatre- 
vingt-trois ans. — Nous signalerons ensuite la dissertation du prévôt Mac 
Andrew sur les Pietés (p. 230-240); cette dissertation a déjà paru dans le 
Celtic Magasine de mai et juin 1887, et la même revue a donné quatre ar- 
ticles de M. A. Macbain sur le rrême sujet dans les numéros suivants : 

Revue Celtique, IX 19 



294 Chronique. 

juillet, août, septembre et octobre. — Nous n'avons pu dans notre chro- 
nique parler de ces numéros qui nous sont parvenus avec plusieurs mois de 
retard. — La conclusion du prévôt Mac Andrew est que les Pietés étaient 
un peuple celtique du rameau gaélique. M. A. Macbain soutient que les 
Pietés devaient parler un dialecte du rameau gaulois fort proche parent du 
gallois. — Le Rev. Alex. Cameron a communiqué un recueil de ballades 
ossianiques, p. 269-300, et le Rev. D 1 ' Stewart un recueil de chansons gaé- 
liques inédites, p. 301-312. — Nous terminerons en mentionnant un mé- 
moire de M. Liddall, sur le verbe en gaélique d'Ecosse, p. 8-42, et une 
étude de M. A. Macbain, éditeur du Celtic Magasine, sur les contes popu- 
laires en général, p. 103-122. 

XII. 

Nous ne savons quelle distraction nous a fait oublier dans notre dernière 
chronique le n° de YAcademy du 8 octobre 1887 et la lettre qu'y a insérée 
M. St. O'Grady à l'adresse de notre aimable confrère M. H. Zimmer. Le sa- 
vant irlandais constate que le professeur allemand s'est exprimé sur son compte 
en termes tels qu'en fait d'impertinence on ne pourrait désirer mieux. 

Entre autres choses, M. Z. a traité d'ignorant ce pauvre M. St. O'Grady. 

M. O'Grady a été chez les Franciscains de Dublin vérifier l'exactitude 
des citations faites par M. Z. de deux mss. ossianiques, l'un du xv e , l'autre 
du XVII e siècle. Voici entre autres choses ce qu'il a constaté. Le second des 
deux mss. contient soixante-neuf poèmes. M. Z. a copié les commencements 
de chacun, et sur les soixante-neuf, cinquante et un sont copiés de travers. 
M. O. Grady ajoute : M. Zimmer a imprimé un grand nombre de gloses 
marginales de ces deux mss., j'en ai traduit une pour lui ; je le mets au défi 
de traduire les autres sans se faire aider, soit par ce bon M. Hennessy, soit 
par tel autre qui réellement sache l'irlandais. 

XIII. 

Dans YAcademy du 31 décembre 1887, p. 442, col. 2-3, a paru une lettre 
du Rev. B. Mac-Carthy, successeur de M. R. Atkinson comme TodJ- 
Professor. Le savant ecclésiastique irlandais constate que M. Atkinson, Todd- 
Lectures, II, p. 87, 1. 1630, a lu itathalaind Juil au lieu de i-tert kalaind Iuiî 
(Leabhar Breac, p. 172, col. 2, 1. 67), en sorte que M. A., p. 330 de sa 
traduction, a mis la fête de saint Pierre et saint Paul au i<= r juillet au lieu 
du 29 juin. M. B. Mac Carthy est dans son droit en relevant ce lapsus ; en 
le faisant il nous rend service; mais il manque de mesure dans sa critique, 
il paraît oublier qu'en matière d'études celtiques comme ailleurs, et même 
plus que partout ailleurs, irrare humanum est. Pour ne pas écrire d'erreurs, 
il n'y a qu'un procédé, c'est de ne rien écrire du tout. 

XIV. 

La Revue des Traditions populaires, dans son numéro de janvier 1888, a 
donné, p. 45-51, un article de M. Le Calvez sur les usages relatifs aux fu- 



Chronique. 295 

nérailles et au culte des morts en Basse Bretagne. Dans le n° de février, 
p. 103, M. J.-M. Comault a publié : Lechâleau sous lamer, légende bretonne. 

XV. 

La Revue anthropologique dirigée par le docteur Topinard a publié pendant 
l'année 1887 quelques articles qui touchent plus ou moins directement aux 
études celtiques. Tels sont les mémoires de M. Pompeo Castelfranco : i°sur 
les fonds de cabane; 2 1 sur les villages lacustres et les terramare en Italie, 
p. 182-200, p. 607-619: ceux de MM. Julien Fraipont et Ivan Braconier 
sur la poterie en Belgique à l'âge du mammouth, p. 385-407. Enfin le 
n du 15 janvier 1888 contient, p. 59-72, un résumé par M. Deniker des 
travaux les plus récents sur les monuments préhistoriques de l'Allemagne. 
Ces mémoires donnent de précieuses indications sur les peuples qui ont 
précédé la race celtique dans les régions occupées par elle aux temps histo- 
riques. 

XVI. 

M. Mowat, dans le Bulletin critique du 1 er septembre dernier, a renou- 
velé deux observations déjà faites mais auxquelles les celtistes ne paraissent 
pas donner assez d'attention : i° Lei barré de l'épigraphie gauloise a été 
remarqué dans l'inscription Pélignienne, n° 11 (p. 19). du recueil de Zve- 
taieff. Inscriptiones Italiae inferioris dialecticae ; 2° l'inscription vestine, n n 9 
(p. 15. cf. p. 85-86). du mèmerecueil, nous offre une formule brat da ta, qui 
présente une singulière ressemblance avec le bratoude de la Gaule méridio- 
nale : P. VIITIO'DVNO 'DIDIIT ! HERCLO || IOVIO |] BRAT [| DA 
TA. P. Vetins dono dédit Hcrculi Jovio brat da ta. 

XVII. 

Le 23 janvier dernier, l'Académie royale d'Irlande a tenu une séance où 
un de ses membres les plus autorisés a fait une motion d'une haute gravité. 
Ce membre est M. J.-T. Gilbert, auteur de la savante publication intitulée 
Facsimiles of national manuscripts oflreland, cinq volumes grand in-folio ; il 
a donné dans la collection du Maître des Rôles, en 1870, Historié and muni- 
cipal Documents of Ireland, from the Archives of the city of Dublin, 1 1 72-1 3 20 ; 
en 1884 et 1885. Chartularies o/St. Mary' s abbey, Dublin, etc., prescrved 
in the Bodkian Library and British Muséum, deux volumes in-8 Ce n'est 
qu'une partie de ses ouvrages; une liste complète serait trop longue ici. 

Il a fait observer que les quatre volumes de facsimiles de manuscrits ir- 
landais publiés par 1" Académie, Leabhar na h-Uidre, Leabhar Breac, Livre de 
Leinster, Livre de Ballymote, n'étant pas accompagnés de traductions an- 
glaises, restaient sans utilité pour la masse du public. En conséquence, il a 
proposé à l'Académie d'inviter son conseil à mettre à l'étude la question de 
savoir si l'on pourrait faire faire et publier des traductions de ces manuscrits 
en y employant les quatre cents livres (10.000 francs) que la Chambre des 
Communes alloue annuellement à l'Académie pour des travaux concernant 
les manuscrits irlandais. On pourrait même, a-t-il ajouté, consacrer à cet 
objet une partie des intérêts de la fondation Cunningham. 



296 Chronique. 

* C'est moi, a-t-il continué, qui, il y a bien des années, voulant donner 
une impulsion aux études celtiques, ai proposé à l'Académie de reproduire 
en facsimilé la totalité du contenu de quelques-uns de ses principaux ma- 
nuscrits irlandais. Mes propositions ont étéacceptées et on a toutlieu d'être 
satisfait des résultats. Ces résultats n'ont pas été seulement la production de 
quatre beaux volumes. De ces quatre volumes, il n'existait d'abord qu'un 
seul exemplaire exposé à beaucoup d'accidents et accessible seulement à 
Dublin. Maintenant, d'exacts facsimilés de ces livres existent en grand 
nombre et chacun peut se les procurer dans toutes les parties du monde. Ils 
contiennent les leçons les meilleures et les plus authentiques des œuvres 
composées par les anciens auteurs irlandais sur l'histoire et la littérature de 
leur pays avant l'établissement des Anglo-Normands. Ces œuvres n'ont ja- 
mais été traduites, et il est clair que tant qu'elles n'auront pas été rendues 
accessibles par des traductions anglaises, les Irlandais ne pourront avoir au- 
cune connaissance exacte de leur île et de ses habitants dans les temps an- 
ciens. La publication des facsimilés de l'Académie et l'étude des gloses en 
vieil irlandais conservées sur le continent a donné à d'actifs érudits en Ir- 
lande et hors d'Irlande le moyen d'éclaircir les obscurités des anciens écrits 
irlandais et d'en publier des spécimens qui ont une haute valeur pour l'étude 
du vocabulaire. Les noms de ces éditeurs sont bien connus dans le monde 
des lettres, et j'ai des raisons de croire qu'ils donneraient avec joie leur 
concours à l'Académie pour publier les documents qui seraient plus spécia- 
lement de leur compétence. Suivant moi, l'Académie devrait se mettre en 
rapport avec les savants qui par leurs éditions de vieux textes irlandais ont 
attesté leurs connaissances spéciales dans cette branche de la science. On 
les inviterait à faire connaître les titres des pièces historiques contenues 
dans les facsimilés qu'ils voudraient traduire et publier avec des glossaires. 
Ces glossaires réunis fourniraient les matériaux d'un dictionnaire général 
du vieil irlandais qui. par l'emploi de ce procédé, acquerrait plus de valeur 
que par tout autre mode de préparation, puisqu'on y trouverait réunis les 
résultats de la mûre expérience et de l'érudition des principaux celtistes de 
notre temps. Chaque traduction et chaque glossaire serait publié avec le 
nom de l'auteur, par ses soins et sous sa responsabilité. La rémunération 
pourrait être réglée d'après le tarif établi par l'Académie pour la traduction 
des Annales d'Ulster. Elle serait payée, comme les frais d'impression, sur 
les fonds alloués annuellement par le Parlement à l'Académie pour des tra- 
vaux relatifs à la langue irlandaise. Par le moyen que j'indique, l'Académie 
pourrait, dans une période relativement courte, faire traduire et publier les 
principaux monuments qui subsistent de la vieille histoire et de la littérature 
de l'Irlande. Elle repousserait ainsi le reproche de n'avoir pas su porter la 
lumière sur les vénérables et intéressants écrits qui concernent les annales 
du pays et de la race à laquelle ses membres appartiennent. » 

Des applaudissements accueillirent cette motion. Le docteur Atkinson 
parla dans le sens contraire. Suivant lui, il était inutile de traduire aux frais 
de i' Académie les anciens monuments delà littérature irlandaise; car un 
grand nombre de savants, dans toute l'Europe, avaient entrepris de les tra- 



Chronique. 297 

duire gratuitement. Il ne voyait donc pas l'utilité de la dépense. C'était la 
seule raison qu'il eût pour s'opposer à la motion. Certainement, tout le 
monde admettrait qu'il désirait autant que n'importe qui concourir au pro- 
grès des études irlandaises. 

Malgré ces observations, la motion de M. Gilbert a été adoptée. 

La question posée devant l'Académie d'Irlande est de savoir si l'on pu- 
bliera ou non le facsimilé du Livre de Lecan. Il est certain que dans ce 
manuscrit comme dans le Leabhar Breac et dans le Livre de Ballymote, à 
côté de documents d'une importance considérable, il s'en trouve un certain 
nombre d'un intérêt secondaire. La littérature irlandaise est partie originale, 
partie une imitation de la littérature du continent. La première catégorie 
mérite beaucoup plus que la seconde l'attention des érudits. Le gros volume 
qu'a publié tout dernièrement M. Atkinson rendra de grands services à ceux 
qui veulent étudier la langue irlandaise, mais les documents qui y sont 
réunis manquent tout à fait d'originalité. Ce qui fera prendre un jour à l'Ir- 
lande une place dans l'histoire littéraire de l'Europe, ce sont ses monuments 
épiques et ses traités de droit. Les traités de droit sont l'objet d'une publi- 
cation dont nous n'avons rien à dire ici, puisque l'Académie d'Irlande n'en 
est point chargée. Ce que, suivant nous, l'Académie devrait entreprendre, 
c'est la publication des monuments de la littérature épique. Mais elle ne de- 
vrait pas pour cela renoncer d'une façon absolue à donner des facsimilés. Bien 
au contraire. 

Voici un exemple. Supposons que l'Académie décide la publication 
de l'épopée qui porte le titre de Orgain Bruidne ui Derga. Le plus ancien 
manuscrit est le Leabhar na h-Uihdre, p. 83-99, rnais le commencement fait 
défaut. 11 y a cinq autres manuscrits du xiv e au xvi e siècle. L'Académie 
devrait publier en facsimilés la partie de chacun de ces manuscrits qui con- 
cerne ce document; elle mettrait ainsi un éditeur à même d'établir un texte 
critique et dont tout le monde pourrait contrôler les variantes. Ce serait une 
dépense incomparablement moins élevée que de publier le livre de Lecan. 
et elle donnerait un résultat immédiat. L'éditeur pourrait en toute sécurité 
accompagner son texte d'une traduction. Une fois ce document publié, 
on entreprendrait une opération identique pour un autre document de 
même catégorie et de même valeur : ceux qui connaissent les publications 
d'O'Curry n'auraient que l'embarras du choix. 

XVIII. 
Le I er mars, fête de saint David, le grand évêque gallois, notre savant 
collaborateur. M. Gwenogfryn Evans a mis en distribution le facsimilé du 
Livre noir de Carmarthen, le plus ancien manuscrit de la littérature lvrique 
galloise, xn c siècle. Le titre de cette publication est : Autotype facsimilé of 
the Black Book of Carmarthen. On la trouve chez l'éditeur, 7, Clarendon 
Villas, Oxford. Il en a été tiré 250 exemplaires, dont 100 grand in-8 à 
52 shillings 1/2 et 1 50 in-8 ordinaire à 33 shillings. 

XIX. 

On sait que grâce à la science et à la persévérante habileté de M. Léopold 



298 Chronique. 

Delisle, administrateur de la Bibliothèque nationale, la France vient de 
rentrer en possession d'environ deux cents numéros de la bibliothèque de 
lord Ashburnham enlevés à diverses bibliothèques françaises, un peu avant 
le milieu du siècle courant, par des voleurs dont le principal est Libri. Un 
de ces manuscrits est le numéro VI de la Notice sur les manuscrits disparus 
de la bibliothèque de Tours, publiée en 1883 par M. Delisle dans le t. XXXI, 
première partie, p. 19-22 de la collection intitulée: Notices et extraits des 
manuscrits. C'est un évangéliaire du vir ou du vm siècle qui appartenait 
avant la Révolution à l'église cathédrale Saint-Gatien de Tours et qui de là 
était passé dans la bibliothèque de la ville. Les bénédictins auteurs du Nou- 
veau traité de diplomatique le considéraient comme anglo-saxon. Mais il 
semble plutôt irlandais. Les peintures qui ornent la première page de chacun 
des quatre évangiles paraissent l'œuvre d'une main irlandaise. L'abré- 
viation de Vm est conforme à l'usage des scribes irlandais. Le doublement 
de \'s dans les mots comme quassi, possita, la réduction du double 5 à un seul 
s, rcmisius pour remissius, est une faute constante dans les manuscrits ir- 
landais. Le nom du scribe, Holcundus, n'a pas été signalé en Irlande à notre 
connaissance, mais s'expliquerait par un composé irlandais oll-chond dont 
le premier terme signifierait « beaucoup, très, » et dont le second serait le 
terme technique pour désigner la personne sui juris: oll-chond, écrit Hol- 
cundus dans la souscription du manuscrit, voudrait dire optimo jure vir. 

Le manuscrit de Saint-Gatien de Tours est un de ceux dont Sabatier et 
Blanchini ont fait usage dans leurs travaux sur les anciennes versions de la 
Bible. Mais s'il est bien établi que ce manuscrit est irlandais, et non anglo- 
saxon, il peut en résulter des conséquences intéressantes pour l'histoire du 
texte latin de la Bible dans les Iles Britanniques. 

Ce ras. se compose de onze cahiers formant un total de ni feuillets 
numérotés. Chaque cahier, sauf le dernier, porte à la fin une signature 
consistant en une lettre capitale de l'alphabet latin; la première est A, la 
dernière K. 

XX. 

Le 28 février dernier, M. Mac Sweeney a lu en séance de la Society for 
the préservation of the Irish language son rapport sur les travaux de cette 
compagnie et sur les résultats obtenus par elle en 1887. Le nombre des en- 
fants qui passent avec succès l'examen pour la langue irlandaise dans les 
écoles nationales d'Irlande augmente lentement, mais d'une façon continue. 
Il était de 321 en 1886, il a été de 371 en 1887. Vingt-six maîtres d'école 
ont reçu en 1887 le certificat d'aptitude à l'enseignement de l'irlandais. 

XXI. 

La Chronique d'Orient de M. Salomon Reinach, dans la Revue archéologique 
de janvier-février dernier, publie d'après VEphêmeris d'Athènes du i ur aoùt 
1887 l'inscription suivante trouvée à Héraclée du Pont. On y trouve la 
mention de la 7:0X1; OùXoxâas'.vo;. 



Chronique. 299 

Comparez le pagus Vilcassinus ' ou Velcassinus 2 des documents méro- 
vingiens. Vihassinus ou Velcassinus, en français Vexin, est un adjectif dé- 
rivé du nom de peuple Veliocasses (Debello gallico, II, 4; VIII, 7), Velio- 
cassi (De bello gallico, VII, 65)' ou probablement plus exactement * Velio- 
cassis, au génitif pluriel Véliocassiutn dans une inscription 5. 

Voici le texte du monument qui vient d'être découvert : 

Saêivto xw TOfopwvt 

é^'jtoj x,aTe<jxeûaaa[ç] 

TO XaTO[JLlOV £"/. TtoV 

èauTOîî.' Aefyejûvoç 
~£U)-y;ç Mewep6[t]as 
fpou[xevTaptç, A'j- 
YOUjtoç /wpaç Aou- 
(âo-jvou. XaTpe rcoXïta 
rSkeoa; OùXoxaîï- 

fflVOU. 

XXII. 

Dans notre précédent numéro, nous avons annoncé que le 17 janvier 
dernier, M. H. van Gelder soutiendrait une thèse sur l'histoire des Ga- 
lates. Cette thèse a paru à Amsterdam, chez J.-M. de Bussy. C'est un vol. 
in-8 de 302 pages. Son titre est : Galatarum res in Graecia et Asia gestae 
usque ad médium saeculum secundum ante Christum. 

XXIII. 

Au moment de donner le bon à tirer de cette chronique, nous recevons 
la première livraison du recueil périodique intitulé : The archaeological Review, 
a Journal of historié and prehistoric Antiqnities ; elle est datée de mars 1888 et 
vient de paraître chez David Nutt, à Londres. M. G. Laurence Gomme, 
directeur de cette publication, a mis en tête un avertissement destiné à faire 
connaître le but de son œuvre ; il veut créer un trait d'union entre les diffé- 
rentes sociétés archéologiques de la Grande-Bretagne. Nous sommes heu- 
reux de signaler dans sa première livraison deux articles qui intéressent les 
celtistes: l'un, p. 48-54, est une étude de M. C. Elton sur les Pietés de 
Galloway ; l'autre, p. 68-75, est le commencement d'une traduction de la 
composition épique irlandaise connue sous le nom de Tochmarc Emere « De- 

1 . Testament du fils d'Idda vers 690, chez Tardif, Monuments historiques, 
n° 26, p. 21, col. 1 et 2. 

2. Testament précité du fils d'Idda, chez Tardif, ibid., p. 21, col. 2; et 
jugement rendu vers 751 par Pépin, maire du palais, ibid., p. 45, col. 2. 

3. Gluck, Die keltischen Namen, p. 161 -163. 



300 Chronique. 

mande en mariage d'Emer par le héros Cûchulainn ». L'auteur de cette 
traduction est M. Kuno Meyer. Des mss. de ce document un seul a été 
publié, c'est en facsimilé, et personne ne l'avait traduit jusqu'ici. 

XXIV. 

Le bulletin d'annonces (Advertiscments) qui accompagne la première li- 
vraison de V Archacological Revieiu nous apprend la mise en vente du pre- 
mier volume d'un ouvrage dont la publication était annoncée comme pro- 
chaine il y a quelques mois (Revue Celtique, t. VIII, p. 529). Ce sont les 
Annales d'Ulster par M. Hennessy. En voici le titre complet : The Annals 
of Ulster, a Chronical of Irish Affairs from A. D. 431 to A. D. 1 540, edited 
with a translation and index par W. M. Hennessy, M. R. I. A. Vol. I. — 
Dès que cet ouvrage sera parvenu à Paris, la Revue Celtique en rendra compte, 
en y donnant l'attention que méritent les travaux du savant auteur. 

Paris, le 20 mars 1888. 

H. d'Arbois de Jubain ville. 



ERRATA DE LA LIVRAISON PRECEDENTE. 

Page 9, ligne 21, au lieu de Livre au dos de neige, lise% Livre de Druim- 
snechta (nom de lieu). 

P. 15, note 1, au lieu de Augustini, lise% Augustine. 
P. 25, 1. 14, au lieu de then, lise% thereafter. 
1. 16, après come, insère^ to them. 
1. 20, au lieu de His, lise% its. 
P. 88, 1. 25, au lieu de ornemental, Hse% ornamental. 
P. 91, 1. 36, au lieu de Tudgucde, lese\ Tutguale. 
P. 100, 1. 16, au lieu de holly, lise\ hazel. 
P. 105, 1. 3, devant that, insère^ 10. 

1. 23, à supprimer. 
P. 132, note 1, au lieu de Gùterbork, lise\ Gùterbock. 

W. S. 

ERRATUM DE LA PRÉSENTE LIVRAISON. 
P. 153, ligne 3, au lieu de 1550, lise\ 1450. 

Le Propriétaire-Gérant : F. VIEWEG. 



Chartres. — Imprimerie DURAND. 



RECHERCHES 

sur l'origine de 

LA PROPRIÉTÉ FONCIÈRE 

ET DES NOMS DE LIEU EN FRANCE 

Cinquième article (a) 



Les noms de lieux dérivés du gentilice Silvanius offrent une 
grande analogie avec ceux qui sont tirés de Silvinius, et il 
doit être souvent difficile de les en distinguer. 

Silviniaçus est le nom d'une villa dépendant de l'abbaye 
de Saint-Aubin d'Angers, comme on le voit par un diplôme 
émané de Charles le Chauve en 851 I . Une autre villa Silvi- 
niaçus était située dans le Tonnerrois et dépendait de l'abbaye 
de Montier-la-Celle, Aube, à laquelle elle fut donnée en 85 e 
par le même roi 2 . Un troisième Silviniaçus appartenait à 
l'église d'Autun et, à la fin du IX e siècle, était possédé à titre 
de précaire par une femme noble ; le roi Eude la maintint 
en possession de ce bien en 890?. En 979, le roi Louis V 
comprend un quatrième Silviniaçus dans la nomenclature, 
qu'il donne, des propriétés de l'église d'Orléans 4, 

La forme romaine de ce nom de lieu est Silvinianus, et 



(a) Voyez t. VIII, p. 96 et 302; t. IX, p. 36 et 208. 

1. Dom Bouquet, VIII, 518 b. 

2. Dom Bouquet, VIII, 547 c. 

3. Dom Bouquet, IX, 454 b. 

4. Dom Bouquet, IX, 660 e. 661 a 

Revue Celtique, IX, 20 



502 H. d'Arbois de Jubainvdle. 

nous la trouvons en 814 dans un diplôme de Louis le Débon- 
naire concernant une abbaye située à Brescia, et une autre 
abbaye à Nonantola, près de Modène l . 

Silviniacus est dérivé de Silvinius. Une femme dont l'épi 1 
taphe a été trouvée à Lyon avait pour mari un certain Silvi- 
nius Balbinus 2 . Une dédicace par L. Silvinius Respectus est 
conservée au musée de Cologne ? . On a recueilli dans la Ba- 
vière rhénane une autre dédicace par deux Silvinius surnommés 
l'un Justus et l'autre Dubitatus^. 

De Silviniacus vient Selvigny, nom d'une commune du dé- 
partement du Nord. 

Sentiacus, aujourd'hui Sinzig, près de Coblenz5, est une 
localité où se trouvait un palais d'où Pépin le Bref a daté un 
diplôme en 762 6 . Sentiacus est aussi mentionné dans un autre 
diplôme du même prince et de la même année 7. L'empe- 
reur Lothaire y fit un séjour en 842, et en nous rapportant ce 
fait, les Annales de Saint-Bertin se servent de l'expression Sen- 
tiacuni palatium 8 , les Annales de Fulde emploient celle de villa 
sentiaca9. Mais la forme masculine était la plus usitée : en 876, 
nous la retrouvons encore; Louis, fils de Louis le Germa- 
nique, allant d'Andernach à Aix-la-Chapelle, passe à Sin- 
ciacus I0 . 

La forme romaine de ce nom est Sent ia nus, nom d'une 
station de l'Italie méridionale, non loin de Bénévent 11 . 

1. Migne, Patrologia latina, t. CIV, col. 1007. Sickel, Acta Karolinorum, 
t. II, pp. 87, 88, n» 12. 

2. Boissieu, Inscriptions de Lyon, p. (313. 

3 . Brambach, n J 406.. 

4. Brambach, n° 1790. 

5. Sickel, Acta Karolinorum, x. II, p. 4S3. Cf. Mabillon, De re diploma- 
tica, liv. IV, § cxxxi. 

6. Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 6, n° 19. 

7. Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 6, n° 20. Migne, Palrologia latina, 
t. XCVI, col. 1539 d - 

8. Dora Bouquet, VII, 60 d. 

9. Dom Bouquet, VII, 160 a. 

10. Migne, Patrologia latina, t. CXXV, col. 1280 b; Annales de Saint- 
Bertin, chez Dom bouquet, VII, 122 e. 

11. Itinéraire d' Antonin, édition Parthev et Pinder, p. 112; cf. Corpus, 
t. IX, p. 637. 



Propriété foncière et noms de lien en France. 303 

Sentiacus dérive du gentilice romain Sentius. Le préteur 
C. Sentius, connu surtout parce que, comme le raconte Var- 
ron, il ne buvait de vin de Chio que par ordonnance de mé- 
decin I , fut battu par les Thraces l'an 89 avant notre ère 2 . On 
lit sur des monnaies romaines les noms de L. Sentius C. 
filius?. C. Sentius Saturninus obtint les honneurs consulaires 
l'an 19 avant J.-C. 4. Un autre C. Sentius fut préteur de Syrie 
trente-huit ans plus tard). Ce gentilice, fréquent dans les 
inscriptions de la période impériale 6 , pénétra en Gaule. Un 
certain C. Sentius apparaît dans une inscription du musée de 
Mayence?; Sentius Ursio, dans une inscription de Cologne 8 ; 
Sentius Successianus dans une épitaphe trouvée à Fully, près 
Martigny, en Suisse 9 ; C. Sentius Diadumenus, médecin, lit à 
Mars une dédicace dont on signale l'existence à Yverdun dans 
le même pays I0 . 

Sentiacus, dérivé de Senîius, n'a pas laissé en France de 
traces certaines. Il est cependant possible que Sincey, Côte- 
d'Or, soit un ancien Sentiacus 11 . En général, on peut croire 
qu'en français Sentiacus s'est confondu avec * Sancliacus, traité 
plus haut. 

Severiacus est le nom d'une villa située près de Tours et 
qui appartenait à l'église de Paris au vi e siècle, comme nous 
le voyons par la vie de saint Germain, évêque de Paris, 



1 . Pline, Histoire naturelle, livre XIV, § 96. 

2. Tite-Live, epitome du livre LXX. Cf. Cicéron, in Verrem, II, 93 ; 
in Pisonem, 34; et Mommsen, Histoire romaine, sixième édition, t. II, p. 285. 
•3 . Corpus, I, 409. 

4. Corpus, t. I, n os 742, 743, pp. 346, 547; c'est sous son consulat que 
mourut Virgile. Voyez les fragments de Suétone dans l'édition de cet au- 
teur donnée par L. Roth chez Teubner, p. 796. 

5. Tacite, Annales, II, 74. 

6. Corpus, t. V, p. 1126, col. 1 et 2 ; t. VIII, p. ion, col. 1 ; t. X, 
p. 1054, col. 3 et 4; p. 1063, col. 4. 

7. Brambach, n & 78. 

8. Brambach, n° 361. 

9. Mommsen, Inscriptiones helveticae, n" 13. 

10. Mommsen, ibid., n° 136. 

1 1 . Cette hypothèse n'est pas admise par Garnier, Nomenclature historique 
des communes, etc., du département de la Côte-d'Or, p. 171, n'' 677. 



304 H. d'Arbois de Jubainville. 

qu'écrivit Fortunat 1 . Des documents de l'époque carlovin- 
gienne et du commencement de la période capétienne con- 
servés par le cartulaire de l'abbaye de Conques, Aveyron, nous 
font connaître trois Severiacus situés dans le voisinage de ce 
monastère 2 . 

Severiacus est dérivé de Severius, gentilice romain dérivé 
lui-même du cognomen plus ancien Sereins >. Le gentilice 
Severius se trouve en Italie ; on a recueilli par exemple à 
Milan l'épitaphe de Q. Severius Saturianus 4 . Ce nom pénétra 
en Gaule. Le musée de Nîmes possède l'épitaphe de L. Seve- 
rius Severinus, édile de la colonie de Nîmes 5. Celui d'Avi- 
gnon, l'épitaphe de Severius Viator 6 . On a trouvé à Die l'épi- 
taphe de Severius Myron 7. Le musée de Genève possède une 
dédicace au dieu Liber par P. Severius Lucanus. Elle a été 
trouvée à Saint-Prex, dans l'ancien territoire de la colonie de 
Noviodunum, aujourd'hui N} r on 8 . L. Severius Martius fit faire 
à sa femme une épitaphe découverte il y a plus de deux siècles 
près d'Avenche, en Suisse 9. Non loin de là, à Wifelsburg, on 
a lu jadis une épitaphe que Severius Marcianus fit graver pour 
sa sœur 10 . Le musée de Chalon-sur-Saône possède l'épitaphe 
de Severia Severa 11 . Une seconde Severia Severa figure dans 
une autre épitaphe trouvée à Lyon I2 . L'épitaphe de Severia 
Fuscina existe au palais des Arts, à Lyon 1 ?. M. Germer Du- 
rand a lu, il y a quelques années, les noms de L. Severius Se- 



1. Vita sancti Germani parisiensis episcopi, c. 64; Migne, Patrologia latina, 
t. LXXXVIII, col. 474 c; éd. de Fortunat donnée par B. Krusch dans les 
Monumenia Germaniae, in-4 , t. II, p. 24. Cf. Longnon, Géographie de Li Gaule 
au sixième siècle, p. 292. 

2. Desjardins, Cartulaire de l'abbaye de Conques, p. 55, 155, 136, 185, 
192, 505. 

3. Voyez par exemple Corpus, t. I, n" 1422. 

4. Corpus, V, 5962. 

5. Herzog, Galliae Xarboncnsis . . . historia, t. II, p. 35, n" 140. 

6. Herzog, ibid.., p. 74, n" 337. 

7. Herzog, ibid., p. 98, n° 461. 

8. Mommsen, Inscriptiones belvelicae, n» 113. 

9. Mommsen, ibid., n" 191. 

10. Mommsen, ibid., n" 202. 

11. Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon, p. 217. 

12. Boissieu, ibid., p. 421. 

13. Boissieu, ibid., p. 523. 



Propriété foncière et noms de lieu en France. 30$ 

verus dans une inscription de Bruges, commune de Palhers, 
Lozère l . 

Suivant M. Longnon, le Severiacus dont parle Fortunat, au 
vi e siècle, est Civray-sur-Cher, Indre-et-Loire. Le même dé- 
partement contient une autre commune dont le nom s'ex- 
plique par la même étymologie, c'est Civray-sur-Esve. Il y a 
encore en France deux autres communes de Civray, l'une 
dans le Cher, l'autre dans la Vienne, et le nom de chacune a 
probablement la même origine. Dans le Midi, Severiacus a 
donné Civrac; on compte dans la Gironde trois communes de 
Civrac ; ailleurs, la désinence -acus est devenu -ieux ou -y : 
nous citerons deux Civrieux, Ain, Rhône ; quatre Civry, 
Côte-d'Or, Eure-et-Loir 2 , Seine-et-Oise, Yonne 3. Dans tous 
ces noms, IV initial a été supplanté par un c. Us persiste dans 
les suivants : Sevrai, Orne; Sevrey, Saône-et-Loire ; Sévrv, 
Cher; deux Séverac dans l'Aveyron-L 

On pourrait expliquer aussi par Severiacus le nom de six 
communes de Sivrv, parmi lesquelles deux dans la Meuse et 
quatre dans les départements des Ardennes, de la Marne, de 
Meurthe-et-Moselle et de Seine-et-Marne. 

Toutefois, le nom d'une de ces communes remonte à une 
autre origine. Sivry-sur-Meuse, dans le département de la 
Meuse, s'est appelé superiacus au x e , au xi e et au xn e siècle. 
Uu de la première syllabe n'a commencé à se prononcer i 
qu'au xiii e siècle, comme l'établit M. Liénard dans son Diction- 
naire topographique du département de la Meuse, page 224. Supe- 
riacus est dérivé de Superius, gentilice que nous fait connaître 
une épitaphe africaine, celle de Superius Flavianus >. On ne 
peut donc comprendre Sivry-sur-Meuse dans la liste des noms 
de communes qui offrent la forme moderne d'un primitif 



1. Bulletin èpigraphique, t. I, p. 74. 

2. Siveriacum vers 1230. Lucien Merlet, Dictionnaire topographique du dé- 
partement d'Eure-et-Loir, p. 49. 

3. Sivriacum en 11 70. Quantin, Dictionnaire topographique du département 
de l'Yonne, p. 36. 

4. Ce sont deux des Severiacus du Cartulaire de Conques. Severac, Loire- 
Inférieure, suppose un ancien * Severacus dérivé de Severus ; voyez Cartulaire 
de Redon, p. 314. 

5. Corpus, t. VIII, n° 9639. 



jo6 H. d'Artois de Jubainville. 

Severiacus. Il en reste vingt-trois. Il est possible que dans le 
nombre quelques-uns soient, comme Sivry-sur-Meuse, d'an- 
ciens Snperiacus, cependant le gentilice Superius étant beau- 
coup plus rare que le gentilice Severius, le dérivé Severiacus a 
dû être plus fréquent que le dérivé Superiacus. 

*Sexciacus est un nom de fundus, d'où vient le nom du 
viens sexciacensis situé dans le Bigorre, c'est-à-dire probable- 
ment dans le département des Hautes-Pyrénées. Vers la fin du 
vi c siècle, Grégoire de Tours nous rapporte que là fut enterré 
le prêtre saint Justin et que, dans une dépendance de ce viens, 
le prêtre saint Sévère fit bâtir une église 1 . *Sexciacus est une or- 
thographe de basse époque pour *Sextiacus. L'orthographe plus 
altérée encore, Sessiacus, nous est offerte en 854 par un di- 
plôme de l'empereur Lothaire pour l'abbaye de Saint-Claude 2 . 

Ces noms de lieux sont dérivés du gentilice romain Sexlius, 
porté par une famille plébéienne. Dès l'an 339 avant notre ère, 
L. Sextius était tribun du peuple à Rome?. Un autre L. Sex- 
tius, tribun du peuple en 377, se rendit célèbre par l'ardeur et 
le succès de sa lutte contre les patriciens •+ ; il fut le premier 
plébéien élevé au consulat, l'an 366 avant notre ère>. C. Sex- 
tius Calvinus, consul l'an 124 avant notre ère 6 , porta ce nom 
en Gaule ; il y fut proconsul les deux années qui suivirent son 
consulat, et y fonda la ville à'Aqucte Sexliae, aujourd'hui Aix 
en Provence, le premier établissement des Romains dans la ré- 
gion qui est devenue la France". On a recueilli quelques ins- 
criptions qui attestent l'existence en Gaule du gentilice de ce 
consul : telles sont l'épitaphe de M. Sextius Atticus, trouvée à 
Yerenay, Rhône 8 ; les marques de fabrique de C. Sex[tius] 



1. De ghria confessorum, c. 49, 50; Bordier, Les livres des miracles, t. II, 
pp. 436, 438; éd. Arndt et Krusch, c. |<S. 49, p. 777, 1. 3, 11. 

2. Dam Bouquet, VIII, 394 a. 

3 . Tite-Live. liv. IV, c. 49, § 6. 
4. Tite-Live, liv. VI, c. 33. 
3 Tite-Live, liv. VII, c. 1. 

6. Corpus, t. I, pp. 334, 333. Cf. n" 632. 

7. Voyez l'étude faite sur lui par M. E. Desjardins, Géographie historique 
et administrative de la Gaule romaine, t. II, pp. 271-273. 

8. Allmer, Inscriptions de Vienne, t. III, p. 5. 



Propriété foncière et noms de lieu en France. 307 

Eutvches r , et de C. Sext[ius] Post[umus] au musée de 
Vienne (Isère) 2 . Une inscription de Lyon nous a conservé 
les noms de P. Sextius Florus 5 ; une inscription d'Ingweiler, 
Alsace, ceux, de L. Sextius Marcianus4; une inscription d'Hut- 
tich, en Hesse, ceux de L. Sextius PerwincusJ. 

C'est d'un primitif * Sextiacus que viennent probablement 
les noms de deux communes de Sexey, Meurthe-et-Moselle, 
appelées chacune Sessiacum en 105 o 6 . Sissy, Aisne, est aussi 
appelé Sessiacum en 11 68". Peut-être Cessey, Doubs, et Ces- 
sieu, Isère, ont-ils la môme origine. On explique autrement 
le nom de Cessey-sur-Tille, Côte-d'Or 8 , et de Cessy-les-Bois, 
Xicvre 9. 

Siliacus est un locus dépendant de Lagny-le-Sec, Oise, aux 
termes d'un diplôme de Thierry III qui remonte à 688 io . Un 
diplôme de Charlemagne pour l'abbaye de Saint-Calais, en 774, 
nous transporte dans le Maine « in condita siliacense ». Dans 
cette condita se trouve une villa appelée curte Bosane 11 . Un di- 
plôme de Charles le Gros, en faveur de l'abbaye de Saint- 
Etienne de Dijon, en 885, nous montre en Bourgogne un autre 
Siliacus situé « in comiîatu uscarensi », c'est-à-dire un peu au 
sud de Dijon I2 . 

Siliacus vient de Silius, gentiliçe qui apparaît dans les der- 
niers temps de la république romaine, et qui n'était pas rare 



1. Allmer, Inscriptions de Vienne, t. IV, p. 9. 

2. Allmer, Inscriptions de Vienne, t. IV, p. 194. 

3. Boissieu, Inscriptions de Lyon, p. 194. 

4. Brambach, Inscriptiones rhenanae, n° 1878. 

5. Brambach, n° 1088. 

6. Lepage, Dictionnaire topographique du département de la Meurthe, p. 129. 

7. Matton. Dictionnairi topographique du département de l'Aisne, p. 261. 

8. Saciacus. Garnier, Nomenclature historique des communes, etc., du dépar- 
tement de la Côte-d'Or, p. 20, n° 80. 

9 . Sassiacense monasterium, cenobium Saxiacense. Souhrait, Dictionnaire 
topographique du département de la Nièvre, p. 32. 

10. Pardessus. Diplomata, t. II, p. 20S : Tardif, Monuments historiques, 
p. 20, col. 2. Pertz. Diplomatum imperii tomus primas, p. 51, ligne 32. Cf. 
Longnon, Examen gèograpliique, p. 26. 

11. Dom Bouquet, V, 724 b. Cf. Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 22, 
n° 22. 

12. Dom Bouquet, IX, 336 c. 



508 H. d'Arbois de Jubainrille. 

sous l'empire. Ainsi, sous la république, P. Silius Nerva, élevé 
à la préture l'an 59 avant notre ère, fut, quelques années 
après, avec le titre de propréteur, chargé de l'administration 
de la Bithynie et du Pont. C'était un des amis de Cicéron 1 . 
Le grand orateur eut des relations d'affaires avec un autre Si- 
lius dont le prénom était Aulus 2 . Sous l'empire, on trouve 
dans les fastes consulaires, en l'an 20 avant J.-C, P. Silius 
Nerva s. P. Silius fut consul suffectus en l'an 3 après J. C.4 
C. Silius parvint au consulat en l'an 13 de notre ère 5. P. Si- 
lius Nerva obtint la même dignité en' l'an 28 6 . Sous Claude, 
C. Silius, consul désigné, dut une célébrité scandaleuse à son 
mariage avec Messaline7. Le poète Silius Italicus acquit par 
ses vers d'autres titres à la notoriété ; il n'était pas seulement 
homme de lettres, il obtint les honneurs consulaires en l'an 68 
de notre ère 8 . 

Les noms de lieux que nous avons cités attestent que ce 
gentilice pénétra en Gaule. Nous" ignorons si ce fut par l'in- 
fluence de l'un des personnages que nous venons de .men- 
tionner; ce que nous savons, c'est que le C. Silius, consul en 
l'an 13, commanda l'armée de la Germanie supérieure, avec 
titre de légat, pendant sept ans, de l'an 14 à l'an 21 de notre 
ère 9. 

Siliacus, dérivé de Silius, est devenu dans le Midi Silhac ; 
c'est le nom d'une commune du département de l'Ardèche; 
dans le Nord, d'autres formes modernes de Siliacus nous sont 
offertes par Sillé, nom de deux communes de la Sarthe ; 
Silley, nom de deux communes du Doubs ; Silli, nom d'une 
commune de l'Orne ; Silly, nom porté par trois communes, 



1. Cicéron, Ad jamiliares, liv. VII, ep. 21; Uv. IX, ep. 16; liv. XIII, 
ep. 61, 62, 63, 64, 65. 

2. Ad Atticum, liv. XII, ep. 24-31, 35, }$. 

3. Corpus, t. I, pp. 540, 547. Josephus Klein. Fasti consuîares, p. 9. 

4. Corpus, t. I, p. 548. Josephus Klein, p. 13. 

5. Corpus, t. I, pp. 330, 351, n° s 762, 763. Josephus Klein, p. 20. 

6. Josephus Klein, p. 2b. 

7. Tacite, Annales, liv. XI, c. 26, 27. 

8. Josephus Klein, p. 41. 

9. E. Desjardins, Géographie historique et administrative delà Gaule ro- 
maine, t. III, p. 248. 



Propriété foncière et noms de lieu en France. 309 

deux dans l'Oise, une dans l'Aisne. Le nombre total de ces 
communes s'élève à neuf. 

Silviagus, orthographe de basse époque pour Silviacus, est 
le nom d'un viens où étaient situées des vignes qu'en 615 
Bertramne, évêque du Mans, donna à la basilique de Saint- 
Germain, fondée par lui près de la ville du Mans 1 . La légende 
Silviaco se lit sur une monnaie mérovingienne 2 , et nous 
ignorons où était située la localité que désigne cette légende 
monétaire. Mais il est vraisemblable que le Silviacus inscrit 
en 832 dans la liste des villae et des vici dépendant de l'église 
du Mans que nous a conservée un diplôme de Louis le Débon- 
naire 3 est identique au Silviagus du testament de Bertramne. 
Un autre Silviacus est aujourd'hui Servais, Aisne 4; les empe- 
reurs carlovingiens y avaient un palais dont il est question 
pour la première fois sous le règne de Louis le Débonnaire. 
Ce prince data du palais royal de Silviacus deux diplômes, le 
premier en 820 >, le second en 830 6 . Plusieurs diplômes de 
Charles le Chauve ont été donnés au palais de Silviacus en 
846 7, en 847 8 , en 872 9. On peut considérer comme défec- 
tueuse l'orthographe Silvaico palatio, dans un diplôme du 
même roi en 850 I0 , et l'orthographe Silvacus employée pour 
désigner le nom du lieu où aurait été promulgué aussi par 
Charles le Chauve un célèbre capitulaire de l'année 853 ri . Un 
troisième Silviacus, situé dans une tout autre partie de la 
France, dépendait en 967 du monastère de Saint-Pierre de 



1. Pardessus, Diphmata, t. I, p. 209. 

2. A. de Barthélémy, Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, t. XXVI, p. 462, 
n° 599- 

3. Dom Bouquet, VI, 585 e. Cf. Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 179, 
n° 308. 

4. Manon, Dictionnaire topographique du département de l'Aisne, p. 260. 

5. Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 132, n° 162. 

6. Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 166, n° 270. 

7. Dom Bouquet, VIII, 484 e. 

8. Dom Bouquet, VIII, 492 b. 

9. Dom Bouquet, VIII, 636 d. 

10. Dom Bouquet, VIII, 508 e. 

11. Dom Bouquet, VII, 613 c. Comparez Mabillon, De rc diplomatica, 
livre IV, c. 132. 



3 1 o H. d'Arbois de Jubainvillc. 

Vienne, Isère; nous l'apprenons par un diplôme de Conrad le 
Pacifique, roi de Bourgogne transjurane et de Provence 1 . 

Silvius, d'où Silviacus, est un nom qui appartient d'abord 
à l'histoire mythologique de Rome. Le fils d'Ascagne, fils lui- 
même d'Enée, s'appelle Silvius, règne sur les Latins, et après 
lui, Silvius devient un surnom commun à ses successeurs 2 . 
C'est dans les inscriptions du temps de l'empire que le genti- 
lice Silvius apparaît. La Gaule nous en offre quelques exem- 
ples. Le musée du mont Saint-Bernard contient une dédicace 
à Jupiter Poeninus par Q_. Silvius Perennius, iabellarius de la 
colonie des Séquanes 3. Une inscription d' Yverdun nous a con- 
servé les noms de T. Silvius Similis 4. Ceux de Q_. Silvius 
Spe[ratus], centurion de la première cohorte des Belges, nous 
sont connus par une inscription de l'île de Brazza sur la côte 
de Dalmatie >. On a trouvé plusieurs fois, tant en Gaule qu'en 
Angleterre, la marque du potier Silvius 6 . 

Simplicciacus est le nom d'une villa placée dans le Maine 
en 658 par un diplôme de Clotaire III 7. Elle reparait en 862 
dans un diplôme de Charles le Chauve où son nom est écrit 
sans doublement du c de la troisième syllabe, Siiupliciaco 8 . 

Siniplicius, d'où Simpliciacus est dérivé, est un gentilice peu 
fréquent, mais usité en Gaule ; ainsi on a trouvé en Gueldre 
deux dédicaces émanées de personnages qui avaient ce genti- 
lice. L'une a pour auteur Siniplicius Superus, decurio alae Vo- 
contiorum dans l'armée de Bretagne 9; on sait que lesVocontii 
habitaient Yaison, Yaucluse et les environs. L'autre dédicace 
a été faite par Siniplicius Ingenuus I0 . L'épitaphe de Simplicia 



1. Dom Bouquet. IX, 702 b. 

2. Tite-Live, liv. I. c. 3. § 6, 7, 8 Cf. Virgile. Enéide, VI. 705. 769. 

5. Corpus, Y, 6887 Mommsen. Inscriptiones Helvelicae, n 1 42. 
4. Mommsen. Inscriptiones helvelicae, n° 13S. 

) . Corpus, III. 5093. 

6. Schuermans. Siglesfigulins, p 248, n 0i 5240-3240. 

7. Tardif. Monuments historiques, p. 13, col. 1. Pertz. Diplomatum im- 
perii tomus primus, p 35. lignes 40. 41. 

8. Tardif. Monuments historiques, p. 117. col. 2. 

9. Brambach, n° b~. 
10. Brambach, n° 97. 



Propriété foncière et noms de lieu en France. 3 1 1 

Acutilla, conservée à Milan I , nous offre encore un exemple 
du gentilice Simplicius. Dans d'autres monuments c'est un 
cognomen. 

Sociacus est une villa qu'un testament, écrit vers l'année 690, 
met en Vexin 2 . Un autre Sociacus, qualifié de colonia, appar- 
tenait à l'église Saint-Martin de Tours, en 862, comme on le 
voit par un diplôme de Charles le Chauve 3. On croit que 
c'est Sausay, commune de Montrichard, Loir-et-Cher. 

Sociacus est dérivé de Sociits, gentilice peu commun dont la 
forme féminine nous est conservée par une inscription de 
Pola, en Istrie, où on lit les noms de Soda Maximal La va- 
riante Soccius résulte d'une inscription de Cherasco où l'on 
trouve les noms de Soccia Modesta>. 

Un gentilice qui présente avec celui-là une grande ressem- 
blance de son, et qui a été beaucoup plus fréquent, est Sosius, 
nom par exemple d'un des deux partisans d'Antoine qui, à la 
bataille d'Actium, commandaient sa flotte 6 . 

Dç Sosius on a pu tirer le nom de lieu dérivé Sosiacus qui, 
à une basse époque, devait se confondre avec Sociacus. C'est 
par l'un ou l'autre que doivent probablement s'expliquer les 
noms des trois Soisy du département de Seine-et-Oise ; de 
Soisy, Seine-et-Marne; de Soizé, Eure-et-Loir; Soizy, Marne. 

De * Solle.mxiacus, par abus * Solemniacus, dérive l'adjectif 
solemniacensis , épithéte d'un ager situé en Limousin, suivant 
l'acte de fondation de l'abbaye de Solignac, Haute-Vienne, 
par saint Eloi, en 631 7. Solignac est une forme moderne de 
.Solemniacus* . Un autre ager solemniacensis, situé dans le Ton- 

1 . Corpus, V, 6093. 

2. Tardif, Monuments historiques, p. 21, col. 1. 

3. Dora Bouquet, VIII, 573 a. Cf. Mabille, La pancarte noire de Saint- 
Martin de Tours, p. 63, n° XIV, p. 139, n° 61, p. 235. 

4. Corpus, V, 141 . 

3 . Corpus, V, 7678. 

6. Velleius Paterculus, liv. II, c. 83, § 2. Cf. c. 86, § 3. 

7. Fardessus, Diplomata, t. II, p. 11. 

8. Voir sur la même abbaye un diplôme de Louis le Débonnaire en 817, 
Dom Bouquet. VI, 504. Son nom est écrit avec deux / : Sollemniacus . Cf. 
Sickel, Acta Karolinorum, t. II, p. 117, n° ni. 



312 



H. d'Arbois de Jubainville. 



nerrois, est mentionné dans un acte de Vigile, évêque 
d'Auxerre, en faveur de l'abbaye de Notre-Dame, fondée par 
lui près de cette ville en 670 r . Une villa Sollemniacus, située 
en Anjou, fut donnée à l'abbaye de Saint-Maur-sur-Loire, par 
Charles le Chauve en 850 2 . 

Solcmiiiacus, ou mieux Sollemniacus, dérive de Sôllemnius, 
gentilice assez rare. Une inscription d'Arabie nous a conservé 
les noms de Cl. Sollemnius Pac[atianus], légal us Àugusti pro 
praetoreî. On a trouvé dans une inscription de la Bavière rhé- 
nane, la mention d'une femme appelée Sollemnia Justa*. L'épi- 
taphe de Solemnius Fidus paraît exister encore à Lyon 5. 

A l'exception de Solignac, Haute-Vienne, nous ne pouvons 
affirmer avec certitude quelles sont les localités de la France 
moderne dans lesquelles on doit reconnaître d'anciens Sollem- 
niacus. 

*Soliacus est le nom de lieu que suppose l'adjectif solia- 
censis dans le livre second des miracles de saint Benoît écrit 
au temps d'Archambauld de Sully, archevêque de Tours, 981- 
1005 6 . Ce castrum est aujourd'hui Sully-sur-Loire, Loiret. Un 
autre Soliacus, moins connu, aujourd'hui Souillac, Lot, est 
mentionné en 962 dans le testament de Raimond I, comte de 
Rodez/. 

Soliacus paraît dériver de Solius, gentilice conservé par une 
inscription du musée de Mannheim qui nous apprend les 
noms de P. Solius Suavis 8 . Cependant, l'orthographe la plus 
fréquente est Sollius par deux /. L. Sollius Secundo, dans une 
inscription de Vérone 9; M. Sollius Atticus, dans une ins- 



1. Pardessus, Diplomata, t. Il, p. 153. 

2. Tardif, Monuments historiques, p. 103, col. 2. 

3. Corpus, t. III, n° 94; Additamenta, p. 969. 

4. Brambach. n° 1764. 

5. Boissicu, Inscriptions antiques de Lyon, p. 299. 

6. E. De Certain, Les miracles de suint Beno't, p. 107. Cf. Dom Bou- 
quet, IX, 140 c. 

7. Dom Bouquet, IX, 727 c. 

8. Brambach, 1382. 

9. Corpus, Y, 3469. 



Propriété foncière et noms de lieu en France. 3 1 3 

cription de Nereto, Italie centrale 1 ; Sollia Salvia, à Milan 2 ; 
G. Sollius Marculus et G. Sollius Marcus, à Grenoble 3 ; Sex. 
Sollius Demosthenianus, à Cheyssieu, Isère-* ; M. Sollius Mar- 
cellus et G. Sollius Verus, à La Chapelle-Blanche, Savoie. 5 
Soliacus ou * Solliacus, dérivés de Solius ou de Sollius, a 
donné les noms de communes : Souillac, Lot, dont le dimi- 
nutif est Souillaguet, même département ; Souillé, Sarthe ; 
Souilly, Meuse 6 ; enfin six Sully, savoir: deux dans le Loi- 
ret, les autres dans les départements du Calvados, de la Nièvre, 
de l'Oise, de Saône-et-Loire. 

Tauryacus est le nom d'une villa située en Orléanais et 
donnée à l'abbaye de Saint-Denis, par Dagobert I, en 635 7. 
Un second Tauriacus, situé dans le Maine, est mentionné 
dans un diplôme donné par Clotaire III, en 658, et qui nous 
apprend que c'était une villa, propriété de l'abbaye de Saint- 
Denis et détenue indûment par un tiers 8 . Ce Tauriacus est 
peut-être le même que celui dont il est question en 615, dans 
le testament de Bertramne, évèque du Mans 9. Un troisième 
Tauriacus appartenait à l'abbaye de Saint-Martin de Tours. 
Nous en trouvons la première mention dans un diplôme de 
Charlemagne en 775 io . Son nom reparaît dans deux diplômes 
de Charles le Chauve en 862. L'un de ces diplômes nous ap- 
prend que cette villa était située en Touraine 11 . Une quatrième 
villa de ce nom appartenait à l'abbaye de Sainte-Colombe de 

1 . Corpus, IX, 5155. 
2 . Corpus, V, 6094. 

3. Allmer, Inscriptions antiques de Vienne, t. I, p. 329. 
• 4. Allmer, ibid., t. III, p. 100. 

5. Allmer, ibid., t. III, p. 470. 

6. M. Liénard, Dictionnaire topographique du département de la Meuse, 
p. 227, propose de rapporter à Souilly la monnaie mérovingienne où l'on 
trouve la légende Sauliaco vico. Mais dans tous les autres textes qu'il cite le 
nom de Souilly est écrit avec et non au. 

7. Pertz, Diplomatum imperii tomus primus, p. 18, 1. 22. 

S. Pertz, Diplomatum imperii tomus primus, p. 33, 11. 41, 44. 
9. Pardessus, Diplomata, t. I, p. 210. 

10. Dom Bouquet, V, 737 c, où l'on a imprimé Tauciacus. Cf. Mabille, 
La Pancarte noire de Saint-Martin de Tours, p. 69, n° xvm ; p. 151, n° 18; 
p. 236, col. 1. 

11. Dom Bouquet, VIII, 576 e. Cf. 573 a. 



314 H. d'Arboïs de Jubainville. 

Sens, comme le constate un diplôme de Louis le Débonnaire 
en 83 6 x . Un cinquième Tauriacus était situé dans le diocèse 
de Rodez; l'abbaye de Joncelle y avait une église dans la pos- 
session de laquelle elle lut confirmée par un diplôme du roi 
Raoul en 891 2 . 

Tauriacus dérive de Taurins. Ce gentilice, bien qu'assez 
rare, apparaît déjà avant la fin de la république romaine, dans 
une inscription de Carthagène, où se lisent les noms de L. 
Taurius Aefolan[us], c'est-à-dire originaire d'Aefula, dans le 
Latium.3. P. Taurius Secundus figure- dans une inscription 
trouvée près d'Aquilée4; C. Taurius Ursinus, dans une ins- 
cription des environs d'Esté 5. Une épitaphe trouvée à Viel- 
Arzew, en Afrique, nous fait connaître les noms de Taurius 
Senecio 6 . 

Tauriacus est devenu dans le midi de la France Tauriac, 
nom de quatre communes, savoir : deux dans l'Aveyron, un 
dans chacun des départements de la- Gironde et du Lot. On 
doit probablement attribuer la même origine aux deux Thoiré 
du département de la Sarthe ; aux trois Thoiry de l'Ain, de 
la Savoie et de Seine-et-Oise ; à Thoré, Loir-et-Cher ; à cinq 
Thorey, dont trois dans la Côte-d'Or, un dans chacun des 
deux départements de Meurthe-et-Moselle et d'Yonne ; à deux 
Thoury, Loir-et-Cher, Seine-et-Marne ; à Thuré, Vienne ; 
Thurey, Doubs, Saône-et-Loire; à cinq Thury, sur lesquels 
deux dans l'Oise, un dans chacun des départements du Cal- 
vados, de la Côte-d'Or et de l'Yonne 7; enfin trois Toury dont 
un dans l'Eure-et-Loir 8 , les deux autres dans la Nièvre 9. 



1. Dom Bouquet, VI, 611 a. Cf. Sickel, Acta Karolinarum, t. II, p. 191, 
no 347. 

2. Dom Bouquet, IX, 456 a. 

3. Corpus, t. I, p. 564, n° 1535; t. II, n° 3408. 

4. Corpus, V, 8253. 
5 . Corpus, V, 2702. 

6. Coi-pus, VIII, 9765. 

7. Thury, Yonne, s'est d'abord appelé Tauriacus. Quantin, Dictionnaire 
topographique du département de l'Yonne, p. 12S. 

8. Thauriacus, vers 1020, Merlet, Dictionnaire topographique du départe- 
ment d'Eure-et-Loir, p. 180. 

9. Toury-sur-Abron, Nièvre, est appelé Tauriacus par une charte de 
l'année 1103. Soultrait, Dictionnaire du département de la Nièvre, p. 181. 



Propriété foncière et noms de lieu en France. 3 1 5 

Cela forme un total de vingt-huit noms de communes dérivés 
du gentilice Taurins qui paraît avoir été fort répandu en Gaule 
à l'époque romaine. 

Tauricci'acus est une villa mentionnée dans un jugement 
du roi Clotaire III, en 638 I . 

Tauricciacus dont le c a été doublé pour représenter le double 
son qu'avait pris le c en s'assibilant, dérive de Tauricius, gen- 
tilice conservé par une inscription dédicatoire qui a été jadis 
trouvée dans un endroit inconnu, sur les bords du Rhin infé- 
rieur, où on lit les noms de C. Tauricius Verus 2 , et par une 
inscription de Lyon où se trouvent les noms de L. Tauricius 
Florentius >. 

De Tauricius on forma le dérivé Tauriciacus , par lequel 
s'expliquent les noms de trois communes appelées Torcé, Ille- 
et-Vilaine, Mayenne, Sarthe; de Torcieu, Ain; de neuf com- 
munes du nom de Torcy : deux dans l'Aube, deux dans la 
Seine-Inférieure ; les cinq autres dans l'Aisne, la Côte-d'Or, le 
Pas-de-Calais, Saône-et-Loire, Seine-et-Marne ; Torsac, Cha- 
rente ; Torciac, Haute-Loire ; Torxé, Charente-Inférieure. Le 
total de ces noms s'élève à seize 4. 

Taurisiacus , nom d'un viens du diocèse de Tours où une 
église aurait été construite par ordre de l'archevêque Euphro- 
nius, 556-573 5 est vraisemblablement une variante de Tauri- 
ciacus. 

Tauriniacus est un nom de lieu mentionné vers l'année 700 
dans le testament d'Erminthrude qui est daté de Paris 6 et qui 
paraît concerner des biens situés à peu de distance de cette 



1. Tardif, Monuments historiques, p. 12, col. 2. Pertz, Diplomatum im- 
perii tomus prunus, p. 32, 1. 44. 

2. Brambach, n° 1993. 

3. Boissieu, Inscriptions de Lyon, p. 239. 

4. Cf. Longnon, Examen géographique du tome premier des diplomata im- 
per ii, p. 36. 

5. Grégoire de Tours, liv. X, c. 3 1 ; édition Arndt, p. 44S, 1. 3. Les 
précédents éditeurs avaient préféré la variante Tauriacus. 

6. Pardessus, Diplomata, t. II, pp. 236, 237. Tardif, Monuments histo- 
riques, p. 33. 



3 1 <5 H. d' Artois de Jubainville. 

ville. Vers la même époque, c'est-à-dire en 692, Aiglibert, 
évêque du Mans, dispose des dîmes de plusieurs églises, entre 
autres Tauriniacus, qui paraît ici être le nom d'une paroisse 
de son diocèse l . 

Tauriniacus dérive du gentilice Taurinius dont nous ne 
pouvons citer qu'un exemple, c'est l'épitaphe de Taurinius 
Montanus, à Augsbourg 2 . Taurinius est dérivé de Taurinus, 
surnom que l'on rencontre quelquefois ; par exemple dans une 
inscription de Fontaine près Grésy-sur-Isère 3. 

Tauriniacus est le nom primitif de dix communes de France; 
cinq Thorigné, Ille-et-Vilaine, Maine-et-Loire, Mayenne 4, 
Sarthe, Deux-Sèvres ; quatre Thoriguy, Seine-et-Marne, 
Deux-Sèvres, Vendée, Yonne; Torigny, Manche. 

La forme romaine correspondant au gallo-romain Tauri- 
niacus est Taurinianus, nom de lieu mentionné en 871 dans 
un diplôme de Charles le Chauve qui approuve la fondation 
du monastère de Saint-André au diocèse d'Elne, Pyrénées- 
Orientales 5. C'est peut-être Taurinya, Pyrénées-Orientales. 
Le nom des deux communes de Taurignan, Ariège, est 
mieux conservé. 

Turiliacus est le nom d'un vïllart situé en Vexin et donné 
à l'abbaye de Saint-Denis vers l'année 690 par le testament du 
filsd'Idda 6 . 

Turiliacus est dérivé de Turdius, gentilice rare, mais dont 
on rencontre les variantes TureUius et Turillius. Un certain 
Turelius Flavinus était, en l'an 188 de notre ère, curiale à 
Savaria, aujourd'hui Stein-am-Anger, en Hongrie". L'épi- 
taphe de M. Turellius Maximus a été trouvée à Guelma, en 

1 . Pardessus, Diplomata, t. II, p. 226. 

2. Corpus, III, 5820. 

3. Allmer, Inscriptions de Vienne, t. II, p. 227. 

4. M. L. Maître, Dictionnaire topographique du département delà Mayenne, 
p. 512, donne deux exemples de la diphtongue au à la prennère syllabe du 
nom de ce village; Tauriniacus, XII e siècle, Taurigné, 1217. Turiniacus, 802, 
est probablement une mauvaise leçon. 

5. Dom Bouquet, VIII, 637 a. 

6. Tardif, Monuments historiques, p. 21 , col. 2. Pardessus, Diplomata, t. II, 
p. 211. 

7. Corpus, III, 4150. 



Propiété foncière et noms de lieu en France. 3 17 

Algérie I ; celle de Turillius Caeso est conservée au musée de 
Vérone 2 ; celle de Tuiàllius Amiantus a été trouvée à Monte- 
lione, dans l'Italie méridionale 3. 

C'est par • Turiliacùs, dérivé de Turelius, que s'expliquent 
les noms de Tourliac, Lot-et-Garonne, et de Tourly, Oise. 

Victoriacus est le nom d'une forteresse, castrum,- qui servit 
de retraite à Munderic prétendant à la royauté vers 532 •*. 
M. Longnon pense que ce castrum est Vitry-le-Brûlé, Marne s. 
Un second Victoriacus était, situé près d'Arras ; c'était au 
vi e siècle une villa publica servant quelquefois de résidence 
aux rois des Francs. Clotaire I y épousa sainte Radegonde 
en 5 3 8 ô . Sigebert I y fut assassiné en 575 par deux émissaires 
de Frédégonde 7. En 584, Chilpérie donna Tordre d'y élever 
son fils nouveau-né 8 . Un troisième Victoriacus était situé près 
de Brioude; il est qualifié de castrum en 825, dans un diplôme 
de Louis le Débonnaire 9. 

Victoriacus dérive de Victorius, gentilice qui existe déjà sous 
la république. En l'année 194 avant notre ère, Q. Victorius, 
centurion de la seconde légion, se distingua dans une bataille 
contre les Gaulois 10 . Sous l'empire, vers la fin du premier 
siècle de l'ère chrétienne, Quinti-lien dédia à Victorius Mar- 
cellus ses douze livres Inslilulionis oraioriac. Ce gentilice se 
rencontre dans les inscriptions. On a trouvé à Altenbourg, en 

1 . Corpus, VIII, 5466. 

2. Corpus, V, 882S. 

3 . Corpus, X, 85. 

4. Historia Francorutn, livre III, c. 14; M. Arndt, p. 120, 1. 24, a im- 
prime Victuiiaci castri, au génitif, pour Victoriaci castri, avec Vu tenant 
lieu à'o qu'on rencontre si souvent à l'époque mérovingienne. 

5. Géographie de ta Gaule au sixième' siècle, pp. 409. 410. 

6. Fortunat, Vie de sainte Radegonde, liv. I, c. 2. Dom Bouquet, t. III, 
p. 456 c; édition Krusch, t. II, p. 39, 1. 8. 

7. Villam cui nomen est Victuriacon. Grégoire de Tours, Historia Fran- 
corutn, 1. IV, c. 51; édition Arndt, p. 186, 1. 13. Cf. liv. V, c. 1, ibid., 
p. 191, 1. 14. Jonas, Vila sancti Columbani, c. 3 1 ; Dom Bouquet, t. III, 
p. 478 b c. 

8. Grégoire de Tours, Historia Francorutn, liv. VI, c. 41 ; édition Arndt, 
p. 28 1 , 11. 19, 20. 

9. Dom Bouquet, VI, 547 b. Cf. Sickel, Acla Karolinorum, t. II, p. 149 
n° 216. 

10. Tite-Live, liv. XXXIV, c. 46. 

Revue Celtique, IX. 21 



3 18 H. d'Arbois de Jubainville. 

Hongrie, l'épitaphe du vétéran G. Victorius Urso r . Le musée 
de Wiesbaden possède une dédicace à Jupiter par G. Victorius 
Januarius 2 ; le musée de Trêves, une dédicace à la déesse 
Calva, par M. Victorius Pollentinus, monument gravé l'an 124 
de notre ère 3. On a trouvé à Huttich, en Hesse rhénane, 
l'épitaphe du vétéran Victorius Cassianus-*. Une inscription 
de Lyon nous a conservé les noms de deux femmes qui, toutes 
les deux, avaient le gentilice Victoria; elles y joignaient, l'une, 
un surnom commençant par les trois lettres Lam...; la se- 
conde, fille de la première, le surnom de Novella >. 

Le nom de lieu Victoriacus, dérivé de Victorius, paraît 
avoir, dès le ix e siècle, perdu dans la prononciation Yo de la 
seconde syllabe, témoin les distiques d'Ermoldus Nigellus 
dans son poème sur Louis le Débonnaire : 

Aurelianenses sensim dehinc visitât agros, 
Victriacum villam jam pius ingreditur b . 

En règle générale, dans la langue moderne de la France, 
Victoriacus perd Yo de la seconde syllabe. Il devient Vitrac 
dans le Midi. C'est le nom de cinq communes, Aveyron, 
Cantal, Charente, Corrèze, Dordogne, Puy-de-Dôme. Dans le 
Nord, la désinence varie : Vitray est le nom d'une commune 
du département de l'Orne; on compte deux communes de Vi- 
tray dans l'Eure-et-Loir, une dans l'Allier ; il y a une com- 
mune de Vitré dans l'Ille-et-Vilaine, une autre dans les Deux- 
Sèvres ; le Jura nous offre la variante Vitreux ; Meurthe-et- 
Moselle et la Haute-Saône ont chacun une commune de Vitrey. 
La forme la plus fréquente est Vitry. Ce nom est porté par 
douze communes : trois dans chacun des départements de la 
Marne et de Saône-et-Loire ; deux dans la Haute-Marne; les 
quatre autres dans l'Aube, le Loiret, le Pas-de-Calais et la 



1 . Corpus, III, 4489. 

2. Brambach, n° 1452. 

3. Brambach, n° 853. 

4. Brambach, n° 1064. 

5. Boissieu, p. 507, n° xxiv. 

6. De rébus gestis Lvdovici Pu, liv. III, vers 275, 276. Dom Bouquet, 
VI, 43 b. Il s'agit de Vitry-aux-Loges, Loiret. 



Propriété foncière et noms de lieu en France. 3 1 9 

Seine. Le nombre total des communes dont le nom offre une 
forme moderne du primitif Victoriacus es.t de vingt-six. 

ViNCiACLfs est un locus situé aux environs de Cambrai et où 
Charles-Martel battit Chilpéric II et Rainfroi, maire de Neustrie 
en 717 I . La même localité reparaît dans un diplôme faux de 
Dagobert I 2 . C'est aujourd'hui Vincy, commune de Crève- 
cœur, Nord?. 

Le bas latin Vinciacus est dérivé de Vintius ou de Vencius. 
Une inscription de l'Italie méridionale nous fait connaître les 
noms de l'affranchi M. Vintius Acceptus et de sa patronne 
Vintia Saturnia4; et une inscription de Die, ceux de Sex. Ven- 
cius Juventianus 5. 

Il y a en France trois communes dont le nom dérive du 
bas latin Vinciacus. Ce sont Vincey, Vosges, Vincy, Aisne, 
et Vincy, Seine-et-Marne. 

Vindiciacus est le nom d'une localité d'Auvergne où l'on 
battit monnaie à l'époque mérovingienne ainsi que l'atteste la 
légende monétaire Vindiciaco 6 . Ce nom de lieu a donné le dé- 
rivé vindiciacensis, épithète de doinùs dans un manuscrit des 
Vitae patrum de Grégoire de Tours 7. Dans le passage de Gré- 
goire de Tours dont il s'agit ici, c'est encore d'une localité 
d'Auvergne qu'il est question. 

Vindiciacus est dérivé de Vindicius. Vindicius est le nom de 
l'esclave qui, en l'année 509 avant notre ère, découvrit une 
conspiration pour le rétablissement de la royauté 8 . Vindicius, 



1 . Continuation de Frédégaire, c. 106. Chez Dom Bouquet, II, 454 a. 
Cf. Paul Diacre, De Gestis Langobardorum , liv. VI, c. 42; ibid., p. 639 a. 

2. Pertz, Diplomatum imperii tomus primus, p. 168, 1. 21. Cf. Pardessus, 
DipJomata, t. II, p. 58. 

3. Longnon, Examen géographique, p. 39. 

4. Corpus, X, 431. 

5. Herzog, Galliae Narbonensis ... historia, t. II, p. 97, n° 453. 

6. A. de Barthélémy dans la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, t. XXVI, 
p. 464, n« 707. 

7. C. 12, § 3. Bordier, Les livres des miracles, t. III, p. 296. Comparez 
Arndt et Krusch, p. 713, 1. 33, et Longnon, Géographie de la Gaule au 
sixième siècle, p. 517. 

8. Tite-Live, liv. II, c. 5, § 10. 



320 H. d'Arbois de Jubainville. 

sous l'empire, est un gentilice que l'on rencontre dans quel- 
ques inscriptions ; par exemple, en Afrique, dans les noms de 
femme Vindicia Theodora 1 , Vindicia Victorina 2 ; à Lyon, 
Vindicia LupercaS. On trouve aussi le nom d'homme P. Vin- 
dicius4. 

Vindecy, Saône-et-Loire, est probablement un ancien Vin- 
diciacus. 

Certains manuscrits de Grégoire de Tours écrivent vixdia- 
censis l'adjectif dérivé dont nous avons cité la leçon vindicia- 
censis. Vindiacensis suppose un nom de lieu Vindiacus, dérivé 
lui-même de Vindius. Tandis que Vindicius, dérivé de l r iudex, 
est d'origine latine, Vindius paraît d'origine gauloise et dérivé 
de l'adjectif vindos qui, dans cette langue, a dû signifier 
« blanc », et par extension « beau, heureux ». On a trouvé à 
Vérone une inscription votive à Hercule par l'affranchi C. 
Vindius Prisais 5. Une inscription de Pavic nous conserve les 
noms de Vindia Secunda 6 . 

Vindey, Marne, paraît être un ancien Vindiacus. 

Wariacus est le nom d'un locus situé dans le pagus Tellau, 
aujourd'hui compris dans le département de la Seine-Inférieure. 
Ce locus appartenait à l'abbaye de Saint-Denis en 775, comme 
on le voit par un diplôme de Charlemagne 7. Ce même nom 
est écrit Guariacus dans un jugement rendu par Pépin le Bref 
en faveur de l'abbaye de Saint-Denis vers l'année 75 1, et où il 
s'agit évidemment de la même localité 8 . 

Wariacus ou Guariacus tiennent lieu d'un primitif* Variacus, 
dérivé du gentilice Varius, déjà usité à Rome au premier siècle 
avant notre ère. On trouve déjà six Varius mentionnés dans 
les œuvres de Cicéron. Le plus connu est Q. Varius Hybrida, 

I . Corpus, VIII, 1 12. 

2. Corpus, VIII, 323. 

3. Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon, p. 527. 

4. Allmer, Revue èpigraphique, t. I, n° 209. 

5 . Corpus, Y, 3 2 2 S. 

6. Corpus, V, 6457. 

7. Dom Bouquet, V. 73 | a. Sickel, Acta Karoliuoruni.X. IL p. 28,11045. 

8. Fcrtz. Diplomatum impeni tomus primus, p. 109, 1. 14. Tardif, Monu- 
ments historiques, p. 45, col. 2. 



Propriété foncière et noms de lieu en France. 321 

tribun du peuple l'an 91 avant notre ère, grand orateur, très 
influent, et qui, après avoir commis deux assassinats, finit par 
le dernier supplice 1 . Le poète tragique L. Varius Rufus fut 
contemporain de César et d'Auguste et se rendit célèbre par 
sa pièce intitulée Thyestes, plus encore peut-être par sa liaison 
avec Virgile et Horace 2 . Un des premiers Romains qui por- 
tèrent ce nom en Gaule fut le propréteur Varius Cotylo, c'est- 
à-dire « le buveur », légat d'Antoine en Gaule, l'an 43 avant 
notre ère^. Une inscription gravée sur un rocher à Groslée, 
Ain, nous apprend qu'un certain L. Varius Lucanus a fait 
dès la période romaine les travaux de canalisation qui four- 
nissent encore aujourd'hui de l'eau de source aux habitants de 
ce village 4. M. Varius Capito, étant préteur et duumvir à 
Narbonne, dirigea avec son collègue des travaux publics dont 
une inscription conservée au musée de cette ville perpétue la 
mémoire 5. Inutile de citer les nombreux exemples qui attes- 
tent combien ce gentilice fut répandu dans les provinces au 
temps de l'empire 6 . 

De Varius on a fait le dérivé * Variacus d'où les noms de 
communes Vayrac, Lot; Vairé, Vendée; et Verry, Meuse, ou 
mieux Véry, qui est en outre le nom de trois hameaux, Loire, 
Haute-Savoie, Vaucluse. La variante Guéry, correspondant à 
l'orthographe Guariacus du diplôme de Charlemagne cité plus 
haut, est conservée par le- nom de deux hameaux, Cher, Lot- 
et-Garonne. 

H. d'Arbois de Jubainville. 



1 . Cicéron, De Oratore, liv. I, c. ! 5, § 117; Brutus, c. 62, § 221 ; De 
natura Débrum, liv. II, c. 33, § 81. 

2. Teuftel, Geschichte der rœmischm Literatur, troisième édition, pp. 453, 
4)4- 

3 . Voyez les textes réunis par M. E. Desjardins, Géographie historique et 
administrative de la Gaule romaine, t. III, p. 34. 

4. Allmer, Inscriptions de Vienne, t. III, p. 441. 

3. Herzog, Galliae Narbouensis ... historia, t. II, p. 8, n° 16. 

6. Voir les Index du Corpus, t. III, t. V, t. VII, t. VIII, t. IX, t. X. 



522 L'abbé Eug. Bernard. 



ISTOIR D'EUS A CREATION AR BET-MAN 

AR FORMATION AN DEN HAC HE VUE 

AR HENTAN PHILOSOF A VOA ADAM, HAC HE VARO 
HA BUE AR PROFET HENOC HAC ELI 

AN DILUJ 

HA BUE NOE HAC HE VARO 
(Suite). 



An eil proloc a comans. 

Breman, assistantes en eil act e voelet 
715 Hon tat quentan Adam hac Eva he priet, 
O tonet assambles d'en eum antreteni 
An eil gant eguile, dre bep sort materi. 

Adam, compagnones, gant pep rejouissans, 
En defoa bet pep tra en he obeissans ; 
720 E voant en eur plas brao, en ho hontantamant, 
Voar bep sort deliço hi a voa trionfant. 
Crouet voant gant Doue, caer ha delicius, 
Da vean birviquen assambles evurus : 
Lequet e voaint gant-han en pep sort deliço, 
725 M'ho devije heuliet rcs he gourhemeno. 
Mes an diaoul ifernal ,so en anvi bepret, 
A enep un Doue hac he holl vignonet. 



La Création du monde. 32} 



HISTOIRE DE LA CRÉATION DE CE MONDE 

LA FORMATION DE L'HOMME ET SA VIE 

LE PREMIER PHILOSOPHE FUT ADAM, SA MORT 

LA VIE DU PROPHÈTE HËNOCH ET CELLE D'ELIE 
LE DÉLUGE 

LA VIE DE NOÉ ET SA MORT 
(Suite). 



Le second prologue commence. 

Assistants, le second acte va maintenant se dérouler sous 
vos yeux. Adam, notre premier père, et Eve, son épouse, 
viennent ensemble s'entretenir sur différents sujets. 

Adam, mes amis, goûtait un bonheur parfait et voyait toutes 
choses rangées sou? son obéissance. Avec Eve, il se trouvait 
dans un lieu charmant; ils avaient tout à souhait, et pouvaient, 
à leur gré, savourer toute sorte de délices. Dieu les avait créés 
beaux et intelligents, pour être ensemble heureux à jamais: il 
leur avait promis une félicité sans bornes, s'ils étaient fidèles à 
observer ses commandements. Mais l'esprit infernal est toujours 
dévoré d'envie contre l'Eternel et contre ses amis : il cherche 
nuit et jour l'occasion de tenter en ce monde les serviteurs de 
Dieu. 



m 



L'abbé Eug. Bernard. 



730 



E man o clasq an tu ordinal, nos ha de, 
Da denti er bet-man servicherien Doue. 

Pa quitaas Doue ar jardin a Eden, 
Hac Adam da cousquet dindan sqeut eur voeen, 
E teuas an aërouant da vean consultet *, 
Da ataquin Eva, a guefent imparfet. 
En tri form diferant teu d'en eum presantin 
735 Da Eva, er jardin, evit he ataquin : 

En guis eul leopart e teu ar voes 'quentan, 
Evit-han he laquât gant eston da spontan; 
An eil gués ma teuas, voa en guis d'eur minist, 
En feson un den cos, ma rentas Eva trist ; 
740 En tervet gués ma teuas, en guis da eur serpant, 
Da saludin aneshi dre gomso eloquant, 
Oc 'h houlen diont-hi : « Feumeulen, d'in e leret 
Ha houi eo an auteures, pa 'n d-och ous ho miret, 
Ar freus caer, excelant, hac ar plantiso, 
Ar fleurio délicat hac an holl deliço ? » 
Ma respontas Eva : « Salocroas, n'en d-oun quct, 
Créateur an envo eo en deus he crouet : 
Hen-nes eo an auteur a bep sort materi, 
Ha n'en deus nemert-han conditor voar 'neshi. » 
« — Itron, me ar serpant, houi a so puissant 
Voar quement so crouet ebars er firmamant : 
Ne ousoe'h quet an nombr, me Iar d'ec'h guirione, 
Perac eo excelant ar voeen a vue. 
En istant ma tepret, houi deui da possedi 
Ebars er Barados, a bep sort materi; 
Houi a goufeo an holl deio da donet, 
Evel ar guir Doue en deveus ho crouet. 
Doue en defoa aon na vijac'h re savant, 
Ha na vijac'h mestres ebars er firmament. 
Rac-se, me ar serpant, me lar d'ec'h guirione, 
Mar credet ahanon, houi debro ar treus-se. » 
Eva deu da houlen ous ar serpant neuse : 



7 45 



/) 



/)) 



760 



1 . L'élision de a dans an, que le scribe n'a point laite, donne à ce vers 
treize syllabes. Cet accident se renouvelle si souvent que nous n'y revien- 
drons pas. 



La Création du monde. 525 



Lorsque ,1e Seigneur eut quitté le jardin d'Eden, Adam 
s'était couché à l'ombre d'un arbre. L'Enfer tint conseil, et 
Satan fut chargé de diriger une attaque contre Eve, qui pa- 
raissait moins capable de résister. Il se présenta donc à elle au 
jardin, sous trois formes différentes, pour l'entraîner au mal. 
La première fois, il vint semblable à un léopard pour l'étonner 
et l'effraver : la seconde, il prit les airs d'un ministre, l'aspect 
d'un vieillard, qui rendit Eve toute triste : la troisième fois, 
il parut sous la figure d'un serpent, et la salua en termes flat- 
teurs, lui demandant : « Femme, dites-moi si c'est vous qui 
« avez créé, puisque vous en avez la garde, ces fruits su- 
« perbes, exquis, ces plantes, ces fleurs délicates, et toutes ces 
« merveilles délicieuses ? » 



Eve répondit : « Non, ce n'est pas moi. Le Créateur du 
Ciel les a tirés du néant : c'est lui l'auteur de toute chose, et 
il n'y a que lui qui soit maître de la création. » 

« Madame, reprit le serpent, vous avez puissance sur tout 
ce qui est créé au monde, mais vous ne savez pas, je vous le 
dis en vérité, pourquoi les fruits de l'arbre de vie sont excel- 
lents ? A l'instant où vous en auriez mangé, vous entreriez 
en possession, au Paradis, d'avantages de toute sorte. Vous 
connaîtriez la suite des jours à venir, aussi bien que Dieu qui 
vous a créée. Il craignait que vous ne fussiez trop savante, et 
que vous ne devinssiez maîtresse au firmament. C'est pour- 
quoi, ajouta le serpent, je vous le dis en vérité, si vous m'en 
croyez, vous mangerez de ce fruit. » 



Eve interroge alors le serpent : « D'où es-tu ? Tu ne viens 



326 



L'abbé Eug. Bernard. 



765 



770 



775 



780 



785 



790 



795 



800 



< Pe a nation oud-de ? N'out quet a beurs Doue, 
:< Pa fell d'it e torren cren he hourhemen. 

:< Mes caer ac'h eus presec, birviquen ne rafen. 

< Hon-nes, eme Eva, so eur freus immortel, 

:< Ha mar touchomp ont-hi, e teufomp da vervoel, 
Ha ma fried Adam, quencouls hon bugale, 
Ha hoas bean privet demeus a gras Doue. » 
« — Tevet, neb aon, Eva, mervoel na reet quet. 
Hac ho priet ha houi, hardiamant debret, 
Hac e veet égal d'ho Crouer beniguet. » 
— Evel, eme Eva, en eum gafan er bet, 

< Pa 'n d-oun impaleres voar quement so crouet. 
Me so groet a netra, hac assuret breman 
Voar quement so crouet er bet, bete breman. 
Me am eus, eme Eva, ha squiant, ha guenet, 
Doue ho roas d'in aboe en heur ma voan crouet : 
Mes bean hueloc'h ebars er firmamant, 
Goût an deio da donet, a se e ven contant. » 
« — Neb aon, me ar serpant, n'ho peso drouc a-bet, 
Houi veso ar vestres en pales an Drindet. 
Dalet an aval-man, he-man so excelant, 
Queset lot d'ho priet breman, presantamant. » 
Donet a ra Eva da guemer an aval, 

Ha cas lot d'he friet, mont d ne cafet ractal, 

Ha laret da Adam voa an excelantan 

En defoa taleet biscoas voar ar bet-man. 

« Eva, eme Adam, petra eo quement-se ? 

« N'en d-eo quet ar sort-se a debromp d'ar beure. 

« Eur vorhet vras am eus n'en d-oe'h, siouas ! tentet 

« Gant an drouc Satanas, ha n'hoc'h eus transgresset. » 

Cals a boan e defoa Eva, pa intentas 
Adam, he guir briet, da dibrin an aval glas : 
Mes hi lare bopret : « N'ho peset nep doutans, 
« Debret quercouls ha me, n'ho peso nep ofans. » 

« — Me so groet, eme-han, gant Doue puissant, 
« A so Prins hac Autro dindân ar firmamant: 
« Monet d'he ofansi evit un tam aval, 
« A ve ur gourmandis, lec'h d'eshan d'am tamal. » 



La Création du monde. 327 

pas de la part de Dieu, puisque tu veux me faire transgresser 
ses commandements ; mais tu auras beau prêcher, tu n'y réus- 
siras pas. Ce fruit, continue Eve, est immortel, et si nous y 
touchons, il nous faudra mourir, et Adam, mon époux, et 
nos enfants, et de plus, nous serions privés de la grâce de 
Dieu. » 

« Taisez-vous, et n'ayez pas peur, Eve, vous ne mourrez 
pas, ni vous, ni votre époux : mangez hardiment, et vous se- 
rez l'égale de votre divin Créateur. » 

« Comme je le suis déjà en ce monde, réplique Eve, puis- 
que je règne en impératrice sur tout ce qui existe. Je suis faite 
de rien, et mon pouvoir est assuré sur tout ce qui a été créé 
jusqu'à présent. Je possède, ajoute-t-elle, la science et la 
beauté ; Dieu me les a données au moment même où il me 
forma. Mais me voir placée plus haut dans le Ciel, connaître 
les jours à venir, cela ne me déplairait point. 



» 



« Ne craignez rien, reprit le serpent, vous n'aurez aucun 
mal, et vous serez maîtresse au palais de la Trinité. Prenez 
cette pomme, elle est excellente, et portez-en immédiatement 
sa part à votre époux. » 

Eve cueille la pomme, et pour la partager avec son 
mari, se dirige aussitôt vers lui, disant que c'était le fruit le 
plus exquis que jamais elle eût goûté sur la terre. « Eve, 
s'écrie Adam, qu'est-ce que cela signifie ? Ce n'est pas de 
cette espèce de fruit que nous avons mangé ce matin. J'ai 
grand'peur, hélas ! que vous n'ayez été tentée par Satan, 
l'esprit du mal, et que vous n'ayez désobéi. » 

Eve eut beaucoup de peine à décider Adam, son époux, à 
manger la pomme ; mais elle répétait sans cesse : « Ne crai- 
gnez donc rien, mangez comme moi, il ne vous arrivera 
aucun mal. » 

« Je suis, dit Adam, l'ouvrage du Dieu puissant, prince et 
seigneur de ce qui existe sous le firmament : risquer de l'of- 
fenser pour un morceau de pomme, serait une gourmandise 
qu'il aurait raison de me reprocher. » 



28 L'abbé Eug. Bernard. 

« — Adam, eme Eva, na veet quet tamalet : 
« Debret hardiamant, rac me am eus debret. 
« Me lar d'ec'h, eme-s-hi, mar debret an tam-se, 
« E vesot qucn savant ha quen fur ha Doue. » 

805 Dont a ra d'he data, ha laret d'he briet : 

« Me ho car fidelamant, dreist quement so er bet, 
« Pa laret d'in eta, me ia da acceptin, 
« Pa n'en deus nep doutans, eouls ha houi, da dibrin. » 
O maleur detestabl d'anveouf tentation ! 

810 Blam a res he briet, a voa bet ocasion. 

Coll a rejont ar e'hfas souden, incontinant, 
Hep gallout jouissan ar joaio trionfant. 
Eva a houlenne mallos an holl Elle 
D'ar serpant ifernal, a voa bet caus da se, 

815 Rac ar hef miliguet a lavants d'eshi, 

Hac he friet hac hi, hardi, hellent dibri. 

« Nin a voa, eme Adam, ar re quentan crouet 

« Gant Doue éternel, en he gras confirmet : 

« Allas ! hac es omp caus, sivoas ! divar bon peu, 

820 « An holl quitibunan a ielo d'an Ifern. » 

Collet ar e'hras ho detba, hi a voie erfat se : 
Pa deunt d'en em sellet an cil ous cguile, 
En em quctjont en noas, gant ar contusion, 
Pa voa ret d'eshe mont dirac Roue an tron. 

825 Guelet a rejont Doue o tonet d'ho cafet, 

Ha moïiet dirac-han, gant mes, na eredent quet. 
Dindan ar gue figues 'n em lequejont ho daou, 
Evit en em holo eno, en mesq an deliou. 
« Adam, eme Doue, sao alesse timat ! 

830 « Collet e t'eus breman graso Doue an Tat, 
« Maleur e voe d'it biscoas ma beau ofanset ! 
« Gant reson competant te a vo punisset. » 

« — Pardon, eme Adam, ma Doue, a houlennan ! 
« P'am eus clevet ho moes, es oun deut da erenan. 

835 « Pardonet ma ine, n'en dei quet d'an Itern, 
« Ha ma lequet en tu da ober pinijen. » 

« — Adam, eme Doue, perac ma out deut a-ben 
« Da transgressin breman quer cren ma gourhemen ? 



La Création du monde. 329 

« Il ne vous reprochera rien, Adam, reprend Eve : mangez 
hardiment, puisque j'en ai mangé. Je vous assure, continue- 
t-elle, que si vous mangez ce morceau, vous serez aussi savant, 
aussi sage que Dieu. » 

Adam se laisse aller à manger en disant à son épouse : « Je 
vous aime de cœur, par-dessus tout au monde ; puisque vous 
me le dites, j'accepte la pomme, et dès qu'il n'y a rien à 
craindre, comme vous, je vais la manger. » 

O malheur détestable d'avoir cédé à la tentation ! Adam re- 
proche à son épouse d'avoir été pour lui une occasion de 
chute. Ils perdirent immédiatement la grâce et ne purent plus 
jouir des joies triomphantes du Paradis. Eve appelait les malé- 
dictions de tous les Anges sur le serpent infernal ; n'avait-il 
pas été cause de ce malheur ? car c'était ce maudit qui lui avait 
dit qu'elle et son mari pouvaient sans crainte manger la 
pomme. « Nous étions, disait Adam, les premiers créés par 
l'Eternel et confirmés dans sa grâce. Hélas ! nous avons agi de 
telle façon que par notre faute tout le genre humain s'en ira 
en Enfer. » 

Ils avaient perdu la grâce et ne pouvaient l'ignorer. Quand 
ils se regardèrent l'un l'autre, ils se virent tout nus, pleins de 
confusion à la pensée qu'il leur fallait se présenter devant le 
Roi des Cieux. Ils aperçurent Dieu qui arrivait les trouver : 
la honte les empêchait de se montrer à lui, et ils coururent 
l'un et l'autre sous un figuier, pour se cacher là au milieu des 
feuilles. 

« Adam, dit le Seigneur, lève-toi et viens vite. Tu as main- 
tenant perdu la grâce de Dieu le Père. Malheur à toi pour 
toujours, de m'avoir offensé! Tu seras puni comme tu le mé- 
rites. » 

« Pardon, s'écrie Adam, mon Dieu ! Je vous demande 
pardon ! Lorsque j'ai entendu votre voix, je me suis senti 
trembler. Pardonnez à mon âme, qu'elle n'aille pas en Enfer, 
et mettez-moi en mesure de faire pénitence. » 

« Adam, demande Dieu, pourquoi es-tu venu à bout de 
transgresser si bien mon commandement ? Il te faudra mourir, 



5 ]0 L'abbé Eug. Bernard. 

« Te a renquo mervel, ha quement crouadur 

840 « A deui voar an douar, er bet, d'eus da natur. 

« — Ma Doue, eme Adam, guen-e mar permettet, 
« Ma friet a so caus, en deus ma foursivet. » 

« — Eva, eme Doue, perac m'hoe'h eus debret 
« Demeus an aval-se, ha roet d'ho priet ? » 

845 « — Ar serpant, eme-s-hi, hen-nes a laras d'in 
« Quemeret an aval, hardi heUen dibrin : 
« Ha me creguin en-han hac o tibrin un tam, 
« Hac e quessis ar rest d'am guir briet Adam. » 
Doue a deuas da vlam ar serpant miliguet : 

850 « Te vo dindan an treit quement loen so er bet. 
« Birviquen, eme-han, das poanio na ve fin, 
« Hac hep na dorn na troat, quers-se voar da beutrin. » 

Auditoret meulabl, me gret, ous ho guelet, 
E carac'h hep dale, guelet an actoret, 

855 Pep hini en he renq, da housout guirione 
Ma froloc, hac lien a so conformet diont-he. 
Ha mar d-oun bet tardin, lia mar d-oun bet re bel, 
Quentan hinin a deui, martese a rai guel. 



Senne I 



Adam hac Eva antre. 



Adam a coms. 



Ha ! ma friet Eva, gant pep rejouissans ! 
860 Chetu pep tra breman en non obeissans ! 

Ec'h omp en plas brao, leun a contantamant, 
Voar bep sort deliço nin a so trionfant. 

Eva a coms. 
Sur, ma fried Adam, me am eus cals a joa, 



La Création du monde. 33 1 

toi et tous les enfants qui, sur la terre, naîtront de ta race. » 

« Mon Dieu, répond Adam, si vous le permettez, mon 
épouse Eve en est cause, c'est elle qui m'a fourvoyé. » 

« Eve, dit le Seigneur, pourquoi as-tu mangé cette 
pomme, et en as-tu donné à ton mari ? » 

« Le serpent, répond-elle, c'est lui qui m'a dit de prendre 
hardiment la pomme, que je pouvais la manger. Et moi de la 
cueillir, d'en manger un .morceau, et j'ai porté le reste à 
Adam, mon époux. » 

Dieu alors réprimanda le serpent maudit : « Tu seras, lui 
dit-il, sous les pieds de tout animal vivant sur la terre. Ton 
supplice n'aura jamais de fin, et sans pieds, sans mains, tu te 
traîneras sur le ventre. » 

Vous tous qui m'écoutez, vous êtes dignes d'éloges ; mais 
il me semble, en vous observant, comprendre que vous seriez 
aises de voir sans délai apparaître les acteurs, chacun dans son 
rôle, afin de constater la vérité de mon prologue, et de vous 
assurer qu'il est conforme à leurs personnages. Si je me suis 
attardé, si j'ai parlé trop longtemps, le premier qui se présen- 
tera fera peut-être mieux. 



Scène I 



Adam et Eve entrent. 



Adam. 



Ah ! Eve, mon épouse, quelle n'est pas notre joie de voir 
toutes choses maintenant rangées sous notre obéissance ! Nous 
sommes en un lieu charmant, nous avons tout à souhait, nous 
pouvons à notre gré savourer toutes sortes de délices. 

Eve. 
Certes, Adam, mon époux, mon cœur est plein d'allégresse 



332 L'abbé Eug. Bernard. 

Hac er mister bras-man, pa hen consideran : 
065 Crouet gant Doue, caer ha dilicius, 

Da vesan birviquen assambles eurus ; 

Chetu nin pur ha net, chetu nin immortel, 

Rac-se teulomp eves ofansin hon C'hrouer. 

Laquet es omp gant-han en pep sort deliço, 
870 Ha nin heuliomp bepret. he holl gourhemeno. 

Adam hac Eva a sorti. 

Belsibut a antre e unan, hac a coms. 

Harao ! harao ! Pen bras so hanvet Satanas ! 
Berit ha Belsibut, ha quement so el las, 
Astarot, Asmode, Mahom ha Jupiter, 
Tostaet holl aman ebars en ber amser. 

An diaoulien a antre. 

Belsibut a continu. 

875 Ret e d'imp conferin : un dra so a neve ; 

P 'ho peso clevet holl, leret ho polante. 

Me a so oc 'h arajin, evel disesperet, 

Ma ne cafan conseil, ne ou'nn pelec'h monet. 

Stinet holl ho lasso, ha divoallet erfat, 
880 Ar voes-man hon deus holl ar bet da evessat. 

Satanas a coms. 

Ah ! Belsibut disesperet ! 
Petra a neve so hoarveet ? 
Un dra benac hoc 'h eus, certen, 
Pa 'n d-oc'h deut aman evel-hen ; 
885 Rac-se lar d'imp petra so guir, 
Nin a so sperejo subtil. 

Belsibut a coms. 

Me lar d'ech, evit ma intentet, 
Adam hac Eva so crouet, 
Laquet immortel gant Doue, 
890 Hac int quer caer evel an Elle ; 



La Création du monde. 3 5 3 

en présence de ce grand mystère, lorsque j'y réfléchis ; Dieu 
nous a créés beaux et intelligents, pour être ensemble, heu- 
reux à jamais. Nous sommes sans tache et sans souillure, nous 
sommes immortels. Prenons donc garde d'offenser notre 
Créateur : il nous a placés dans un séjour de délices, à nous 
d'observer toujours tous ses commandements. 



Adam et Eve sortent. 



Beelzébut entre seul. 






Haro ! Haro ! Notre grand chef s'appelle Satan. Berit et 
Beelzébut, et vous tous qui êtes pris dans le filet, Astarot, As- 
modée, Mahom et Jupiter, approchez tous dans le plus bref 
délai. 

Les diables entrent. 

Beelzébut continue. 

Il nous faut tenir conseil. Voici une chose nouvelle; lorsque 
vous la saurez, vous donnerez votre avis. Pour moi, j'enrage, 
je suis au désespoir. Si je ne trouve un bon conseil, je ne 
sais vraiment de quel côté me tourner. Tendez tous vos la- 
cets et prenez bien garde ; cette fois nous avons tous le monde 
à surveiller. 

Satan. 

Ah ! Beelzébut au désespoir ! Qu'y a-t-il donc de nouveau ? 
Vous avez sans doute quelque chose pour vous être ainsi as- 
semblés en ce lieu. C'est pourquoi tu n'as qu'à nous dire ce 
qui est vrai, nous sommes des esprits déliés. 



Beelzébut. 

Je vous l'apprends, afin que vous m'écoutiez avec attention ; 
Adam et Eve ont été créés, Dieu les a faits immortels, et ils 
sont aussi beaux que les Anges. Il leur a dit que par eux et 

Revue Celtique, IX 22 



334 L'abbé Eug. Bernard. 

Laret en deus d'eshe e vije ramplisset 
Gant-he ha gant ho freus, hor hadorio collet. 
Hac ec'h ann en araj, evel eur hi arajet, 
Ma na veont tentet da goean en pehet. 

Berit a coms. 

895 Penos ? Int so en pep sort deliço, 

Ha nin a so aman o soufrin ar poanio, 

Me renoncin a gren d'ar bet, ha d'an douar, 

Ma ne ou'nn an adres d'ho laquât en glahar. 

Astarot a coms. 

Ar voeen a vue so ont-he difennet, 
900 Ha mar touchont ont-hi, e vesint holl collet : 
Rac-s'e formin breman a bep sort materi, 
Mar guellomp voar nep guis da donet d'ho senti. 

Asmode a coms. 

Pa la tetebiac'h ! Penos eshe a so ? 
Poent e d'imp difuna, ha monet voar ho sro. 
905 Adam a so den fin, a se ne doutet quet, 

Mes quen abil hac hen, a so guesall trompet. 

Satanas a coms. 

Mar guellomp dont a-ben eur vo'es d'eus an afer-se, 
Ni hor bo ar bet-man ebars en liberté ; 
Ha quement crouadur a deui, divoar ho fen 
910 A deui en eur vriat guen-emp-nî d'an Itern. 

Berit a coms. 

Satanas, te eo ar finan, 
Rac-se me cornant d'it breman : 
Que ractal d'ar Barados terestr, 
A goues erfat an adres, 
915 Que pront d'ar voeen a vue : 
Mes toi pie mat ous quement-se, 



La Création du monde. 3 5 5 

par leur race, seraient occupés les sièges que nous avons per- 
dus. Cela me met en fureur : je suis comme un chien enragé, 
si l'on n'arrive pas à les tenter pour les faire tomber dans le 
péché. 

Berit. 

Comment ? Ils sont dans les délices de toute sorte, et nous, 
nous sommes ici dans les tourments. Je renonce net au 
monde, à la terre, si je n'ai pas l'adresse de les plonger dans 
la douleur. 

Astarot. 

L'arbre de vie leur est défendu, et s'ils y touchent, ils se- 
ront tous perdus. Il faut donc maintenant chercher de toute 
manière comment nous pourrons réussir à les faire succomber 
à la tentation. 

Asmodée. 

Par la tête bleue ! Comment, il en est ainsi d'eux ? Il est 
temps de nous réveiller et de nous mettre à leurs trousses. 
Adam est un homme rusé., vous n'en doutez pas : mais aussi 
fin que lui s'est jadis laissé tromper. 

Satan. 

Si nous pouvons une fois mener à bien cette affaire, nous 
aurons le monde à notre entière disposition, et toutes les 
créatures qui naîtront, viendront, grâce à eux, dans une brassée 
avec nous en Enfer. 

Berit. 

Satan, tu es, toi, le plus malin. Je te l'ordonne donc à cette 
heure : va de suite au Paradis terrestre, tu sais parfaitement 
où il est situé, va vite à l'arbre de vie, mais prends bien garde 



j $6 L'abbé Eug. Bernard. 

Rac mar deus a-ben a Eva, 
Quent ar fin nin a raio un dra. 

Astarot a coms. 

Hen-nes a ve d'imp un toi caer ! 
920 Que en form eur serpant, pe un aër, 
Que da Eva, ha lar d'eshi, 
E hell franchamant da gredi ; . 
Ma car dibrin un tam aval, 
E vo mestres en env quercouls hac en douar. 

Satanas a coms. 

925 Or sa ! Me ia ractal bete an tat Adam, 
An hini so den pur, hac a behet divlam; 
Ha mar gallan dre art, dont a-ben anehan, 
Me a veso ar mest partout voar ar bet-man. 
Mes dious a voelin, ne d-inn quet voar he dro, 

930 Ha d'he briet Eva neuse me disclerio. 

Hon-nes so frajiloc'h ; martese dre douster, 
E hallen dont a-ben da lormin ma matier. 



Senne II 

Adam hac Eva er Barados terestr. 

Adam a coms. 

A drugare Doue, ma Frins ha ma Autro, 
A so a bep amser er gloar d'eus an envo ! 

935 Ha me a so aman gant pep contantamant, 

N'em eus nac aon, na spont, nac anvoi, na tourmant. 
Rac-se, ma guir briet, divoallet couls ha me, 
Ret veso exantin ar voeen a vue : 
Hou-man eo an hinin a voa bet difennet 

940 Ous-imp, a bep amser, d'eus a beurs an Drindet. 



La Création du inonde. $37 

à ceci : si tu viens à bout d'Eve, avant de terminer nous fe- 
rons une affaire. 

Astarot. 

Ce sera là pour nous un bon coup. Va sous la forme d'un 
serpent ou d'une couleuvre, va trouver Eve et dis-lui qu'elle 
peut franchement te croire, que si elle veut manger un mor- 
ceau de pomme, elle sera maîtresse au ciel aussi bien que sur 
la terre. 



Satan. 

Or ça ! Je vais à l'instant vers le père Adam, l'homme sans 
tache et sans péché, et si je puis par artifice, l'amener à mes 
fins, je serai le maître en tous lieux dans ce monde. Mais, 
d'après ce que je verrai, je n'irai pas m' attaquer à lui, et alors 
je m'en prendrai à Eve, son épouse. Elle est plus faible : par 
douceur, je pourrai peut-être réussir dans mon entreprise. 



Scène II. 



Adam et Eve au Paradis terrestre. 



Adam. 



Merci, mon Dieu, mon Prince et mon Seigneur, qui règne 
éternellement dans la gloire des Cieux ! Pour moi, je vis ici 
au gré de mes désirs, je n'éprouve ni peur, ni effroi, ni en- 
nui, ni tourment. Par conséquent, ma chère épouse, il faut 
ne point toucher à l'arbre de vie. C'est lui qui dès le premier 
jour, nous a été défendu par la Trinité. 



5 3 S L'abbé Eug. Bernard. 

Eva a coms. 

Ha ! ma fried Adam, guir a leveret d'in : 
Na vin quet quer frajil donet da transgressin 
Gourhemen ma Autro, en deveus ma c'hrouet. 
Demeus a bep amser da vesan enoret ! 

Adam hac Eva a sorti. 

Ar serpant en em presant, hac a coms. 

945 Guelet am eus Adam, mes prest eo retornet ; 
O clevet he comso, tostat na greden quet. 
Birviquen am eus aon, evit he fantasi, 
Ne hallan dont a-ben da donet d'he tenti. 



Senne III 
Eva e-unan o pourmen er Barados terestr. a coms. 

O Doue éternel ! Pa ho consideran 

950 Ebars er blijadur am eus voar ar bet-man ! 
Me so impaleres voar quement so er bet, 
Mestres, superiores voar quement so crouet. 
Ha me ne voan quen nemert un tam douar, 
Ec'h OLin-me lequeet gant Prins, Roue ar gloar, 

955 Un itron puissant voar quement so er bet. 
Er mor hac en douar me a so enoret : 
An evnet nij en er, er mor bras ar pesquet, 
Hac al loenet brutal père a so crouet, 
Hac int loenet mortel, evel ma comandin, 

960 Gant ur goms hep mui quen, a obeïsso d'in. 
Chetu ar frejo mat, a pep sort materi r , 
Me a hell em souet, donet d'ho fossedi. 

! . Le scribe avait répété les mots a pep sort ; il les a effacés la première 
fois pour les remplacer par mat. 



La Création du monde. 339 

Eve. 

Ha ! Adam, mon époux, vous dites vrai : je ne serai pas 
assez faible pour en venir à transgresser le commandement de 
mon Seigneur, dont je suis la créature. Puisse-t-il être éter- 
nellement honoré ! 

Adam et Eve sortent. 

Le serpent se présente. 

J'ai vu Adam, mais il s'est aussitôt détourné. A l'entendre 
parler, je n'osais pas approcher. J'ai bien peur, vu son carac- 
tère, de n'arriver jamais à le faire succomber à la tentation. 



Scène III. 



Eve se promène seule au Paradis terrestre. 

O Dieu éternel ! Un cri de reconnaissance s'échappe de 
mes lèvres, lorsque je vous contemple du sein de la félicité que 
je goûte en ce monde. Je suis impératrice sur tout ce qui 
existe ; maîtresse, souveraine de tout ce qui est créé. Et moi 
qui n'étais qu'un peu de terre, je me trouve être, de par le 
Prince, le Roi de la gloire, une dame puissante sur tout 
l'univers. Je suis honorée sur terre et sur mer. Les oiseaux 
qui volent dans les airs, les poissons dans la grande mer, les 
bêtes féroces sorties des mains du Créateur, sont tous des 
êtres mortels, et suivant mon commandement, ils m'obéiront, 
sur une parole, sans plus, tombée de ma bouche. 

Voici les fruits exquis, de différentes espèces, je puis m'en 
servir à mon souhait. Rien ne m'a été défendu sur la terre, si 



340 L'abbé Eug. Bernard. 

N'en deus netra ous-in er bet-man difennet, 
Nemert ar voen a vue, pa e-hi biniguet, 
965 Ha ma touchen ont-hi, e ven en danjer bras 
Da vesan tourmantet gant supliso divlas. 

Ar serpant er voen a coms. 

Clevet aman, Eva : houi a so puissant 

Voar quement so crouet dindan ar firmamant. 

Na ousoc'h quet an holl, me lar gant guirione, 

970 Perac ma eo exantet ar voeen a vue ? 

Me a justifi mar debret, houi deui da possedi 
Ebars er Barados, a bep sort materi; 
Houi a voeso an holl, tremenet ha da donet, 
Evel ma oar Doue en deveus ho crouet. 

975 Rac hen en defoa aon na vijac'h re savant, 
Ha ma vijac'h mestres ebars er firmamant ; 
Rac-se, me a lar d'ec'h breman ar virione, 
Mar credet ac'hanon, houi rai ho polante. 

Eva a coms. 

A pelec'h oud-de, pa gomses er guis-se ? 
980 Me a gret n'out quet a beurs Doue, 

Pa fell d'it e torren breman lie hourhemen. 

Mes caer ac'h eus presec, ne raen birviquen. 

Me a lar d'it, certen, hon-nes so immortel, 

Ha mar touchomp ont-hi, nin a renquo mervoel 
985 Ha ma friet ha me, quencouls hon bugale, 

Ha hoas bean privet demeus a gras Doue. 

Ar serpant a coms. 

Tevet, neb aon, Eva, mervoel na reet quet, 
Me lar gant guirione dira-hoe'h assurct. 
Hac ho prict ha houi, debret hardiamant, 
990 Hac e veet engal da Roue ar firmamant. 

Eva a coms. 
Me lar d'ech certen, an dra-se na rin quet, 



La Création du monde. 341 

ce n'est l'arbre de vie, parce qu'il est béni, et si je venais à y 
toucher, je serais en grand danger de me voir précipiter dans 
des supplices insupportables. 



Le serpent dans l'arbre. 

Venez ici, Eve, et écoutez-moi. Vous êtes puissante sur 
tout ce qui existe sous la voûte des cieux. Vous ne savez pas 
tout, je le dis en vérité : pourquoi l'arbre de vie vous est-il 
défendu ? Je vous garantis que, si vous en mangez, vous ac- 
querrez au Paradis terrestre, toute sorte de connaissances; 
vous connaîtrez tout, le passé et l'avenir, comme Dieu qui 
vous a créée. Il avait peur de vous voir trop savante et arri- 
ver à être maîtresse au Ciel. C'est pourquoi, je vous dis main- 
tenant la vérité, si vous m'en croyez, vous ferez à votre guise. 



Eve. 

D'où es-tu, toi, pour me tenir ce langage ? Je ne crois pas 
que tu viennes de la part' de Dieu, puisque tu voudrais me 
faire transgresser son commandement. Mais tu as beau prê- 
cher, je n'en ferai jamais rien. Je te le dis, sans aucun doute, 
cet arbre est immortel, et si nous y touchons, il nous faudra 
mourir, et mon époux et moi, et aussi nos enfants, et de 
plus, nous voir privés de la grâce de Dieu. 



Le serpent. 

Taisez-vous, et n'ayez pas peur, Eve ; vous ne mourrez 
point, je vous le dis en vérité, et l'assure en votre présence. 
Et votre époux et vous, mangez hardiment, et vous serez les 
égaux du Roi du firmament. 

Eve. 
Je vous le dis avec certitude, je ne ferai pas cela. Dieu 



342 Vabbé Eug. Bernard. 

Doue memeusamant en deus-han difennet. 
Ha ma friet ha me, en deus groet promesse 
Da vout obéissant bepret d'he Vajeste. 

Ar scrpant a coms. 

995 Me a so un El guen en deus chanchet figur, 
Evit donet aman d'ho cafet, an dra sur. 
Me lar gant guirione, ha d'ec'h, ha da Adam, 
Debret au aval-man, n'ho peso quet a vlam ; 
Houi a veso quen fur goude bean debret, 
iooo Impalares dous evel heol, loar hac ar steret. 

Eva a coms. 

Me a lar d'ec'h certen, neuse na greten quet 
En eum presantin e nep guis, d'am priet, 
Pehinin a garan evel d-oun ma-unan ; 
Hac em eus aon goude, rac na ven pell en poan. 

Ar serpant a coms. 

1005 Me a lar d'ec'h certen, groet a gueret, Eva : 
Me n'ho poursuivin mui, na na lerin netra, 
Nemert hoc'h avantaj, mar queret ma sentiu, 
Voar an treo excelant houi a hell possedin. 

Eva a coms. 

Huel en eum cafan laqueet voar ar bet, 
10 10 Pa'n d-oun impalares da guement so crouet : 
Me so lequet mestres, hac assuret breman, 
Da guement so er bet crouet bete breman : 
Me, ne defot quet d'in na squient, na guenct, 
Doue ho roas d'in en heur ma voan crouet. 
1015 Mes bean hueloc'h ebars er firmamant, 

Goût an deio da donet, a se e ven contant. 

Ar serpant a coms. 

Neb aon, certenamant n'ho peso drouc a-bet, 
Te a vo ar vestres en pales an Drindet. 



La Création du monde. 34$ 

nous l'a formellement défendu. Et mon époux et moi, nous 
avons promis d'obéir toujours à sa Majesté. 



Le serpent. 

Je suis un ange du Ciel qui a changé de forme pour venir 
ici vous trouver, je vous l'assure. Je vous le répète en vérité, 
à vous et à Adam, goûtez cette pomme, vous ne serez point 
réprimandée; après en avoir' mangé, vous serez aussi sage que 
Dieu, vous serez impératrice, brillante comme le soleil, la 
lune et les étoiles. 

Eve. 

Je vous le redis avec assurance, si je le faisais, je n'oserais 
en aucune façon me présenter à mon époux, que j'aime au- 
tant que moi-même. Et j'ai peur ensuite de me sentir long- 
temps en peine. 

Le serpent. 

Je vous l'affirme encore, Eve, faites ce qui vous plaira : je 
n'insisterai pas davantage, et je n'ajouterai rien. Je cherche 
seulement votre profit dans les choses excellentes que vous 
pouvez vous approprier. 

Eve. 

Je me trouve haut placée dans le monde, puisque je suis 
impératrice de toute la création. J'ai été établie maîtresse, et 
maintenant confirmée dans ce rang sur tout ce qui existe dans 
l'univers. Il ne me manque ni science, ni beauté : Dieu me 
les a données au moment où il m'a formée. Mais être placée 
plus haut dans le firmament, connaître les jours à venir, cela 
me ferait plaisir. 



Le serpent. 

Soyez sans crainte : certainement vous n'aurez aucun mal, 
et vous serez la maîtresse dans le palais de la Trinité. Prenez 



344 L'abbé Eug. Bernard. 

Quemer an aval-man pehini so excelant, 
1020 Quesset lot d'ho priet bréman presantamant, 
Leret d'eshan dibrin : ia, na doutet quet, 
Birviquen evit se, certen, na vi blamet. 

Eva a guemer an avat hac a coms. 

He-man so un aval glas,, mes brao eo dreist musur, 

Me a ia d'hen tafan, me gret en deus natur 

1025 P'am eus-han tafeet, ha laquet em gueno, 
Me casso lot d'am priet, couls ha me, e tebro. 

Adam a antre. 

Eva a ia d'hen caet, hac an aval gant-hi en he dorn, hac a coms. 

Adam, ma faradur, me so deut d'ho caet breman, 
Me ho pet da dibrin dimeus ar fresen-man ; 
Evit-hen da vout glas, eo an excelantan 
1030 Am boa biscoas debret aboe ma s-oun aman. 

Adam a coms. 

Eva, ma faradur, petra eo quement-se ? 
N'en d-eo quet ar sort-se a debromp d'ar beure. 
Ha doutans vras am eus n'en d-oc'h siouas ! tentet 
Gant an drouc Satanas, ha n'hoc'h eus transgresset, 
1035 Hac ar gomandamant d'hon Prins ha d'hon Roue, 
Hen defoa difennet ar voeen a vue. 
Leret d'in a pelec'h hoc'h eus-han comeret ? 
Ha teulet eves mat rac na vec'h desevet. 

Eva a coms. 

Clevet hoas, ma friet, n'ho peset nep doutans, 
1040 Debret quencouls ha me, n'ho peso neb otans, 
Rac ar serpant, certen en deus promettet d'in, 
Ha houi ha me, bon daou, hardi, hellimp dibrin. 

Adam a coms. 

Chetu petra a so : me ne d-oun quet quiriec 
Mar hoc'h eus ofanset bon Crouer biniguet : 



La Création du monde. 345 

donc cette pomme, elle est excellente, portez-en part à votre 
époux, ne tardez pas et dites-lui d'en manger. Oui, n'hésitez 
pas ; jamais' assurément pour cela vous n'encourrez de blâme. 



Eve prend la pomme. 

Cette pomme est verte, mais elle est merveilleusement 
belle; je vais y goûter, car je la crois de bonne qualité... 

Puisque je l'ai portée à mes lèvres, je vais en faire part à 
mon époux, et comme moi il en mangera. 

Adam entre. 

Eve va vers lui tenant la pomme à la main. 

Adam, mon époux, je viens à vous en ce moment pour 
vous prier de goûter à ce fruit; il est vert, néanmoins c'est le 
meilleur que j'aie encore mangé depuis que je suis ici. 



Adam. 

Eve, mon épouse, qu'est-ce que cela signifie ? Ce n'est pas 
de cette espèce que nous avons mangé ce matin. J'ai grand' 
peur, hélas l.que vous n'ayez été tentée par l'esprit du mal, 
par Satan, et que vous n'ayez transgressé le commandement 
de notre Prince, de notre Roi : il nous avait défendu l'arbre de 
vie. Dites-moi donc d'où vous avez cueilli cette pomme ? 
Prenez bien garde d'avoir été trompée. 



Eve 

Ecoutez encore, mon époux, et n'ayez aucune crainte, 
mangez comme moi, et vous n'aurez pas de mal. C'est le 
serpent qui m'a garanti que vous et moi, tous deux, nous 
pouvions hardiment en manger. 

Adam. 

Voilà ce que c'est. Je ne suis pas coupable si vous avez 
offensé notre bon Créateur. De cette pomme je ne mangerai 



346 L'abbé Eug. Bernard. 

1045 Me ne debrin hesquen pa dlefen perissan, 

Rac doutans vras am eus na deufe d'am lasan. 
Me so laquet er bet gant Doue puissant, 
A so Prins hac Autro dindan ar firmamant : 
Monet d'hen ofansin evit un tam aval, 

1050 A ve eur gourmandis, lec'h d'ehan d'am samal. 

Eva a coms. 

N'ho peset quet a dout da vean tamalet. 

Debret neb aon ho lot, rac me am eus debret. 

Me lar d'ec'h, ma friet, mar debret an tam-se, 

E veet quer savant ha quen fur ha Doue, 
1055 Ha bean ouspen-se evurus evel-t-han. 

Rac-se, ma guir briet, debret pa ho pedan. 

Nin so guir priedo, ha laquet assambles, 

A gle en eum garet ebars ar Baradoes ; 

Rac-se, m' ho pet, Adam, debret an tam aval : 
1060 Birviquen evit-se n'ho peso nep scandai. 

Adam a coms. 

Certenamant, Eva, evel ma guir priet, 
M'ho car iidelamant dreist quement so er bet. 
E veet quer savant ha quen fur ha Doue, 
Ne oufen birviquen donet da credin se. 
1065 Pa leret d'in eta, me ia da acceptin, 

Pa n'en deus nep danjer, couls ha houi, hen dibrin. 

Ma teb an aval, ha goude e coms. 

O maleur detestabl da voelet dentation ! 
O ma friet Eva, te so occasion. 
Collet hon deus ar gras breman, incontinant, 
1070 Birviquen na jouissomp er joaio montant. 
Chetu nin en noas beo, gant ar contusion, 
Pa vo ret d'imp monet dirac Roue an tron. 

Eva a coms. 
Mallos ar tirmamant, ha couls an holl Elle, 



La Création du monde. 347 

pas une miette, quand je devrais perdre la vie, car j'ai bien 
peur que Dieu ne me fasse mourir. Je suis par lui placé sur la 
terre, il est puissant, seigneur et maître sous la voûte des 
cieux ; risquer de l'offenser pour un morceau de pomme, ce 
serait une gourmandise, et il aurait raison de m'en vouloir. 



Eve. 

Il ne vous en voudra pas, ne craignez rien. Mangez votre 
part et n'ayez point peur, car moi, j'en ai mangé. Je vous le 
dis, mon époux, si vous mangez ce morceau, vous serez 
aussi savant et aussi sage que Dieu, et de plus aussi heureux 
que lui. C'est pourquoi, mon cher mari, mangez, puisque je 
vous en prie : nous sommes de vrais époux, destinés à vivre 
ensemble, et nous devons nous aimer dans le Paradis. Aussi, 
je vous le demande, Adam, mangez ce morceau de pomme : 
jamais pour cela vous ne recevrez de reproche. 



Adam. 

Sans aucun doute, Eve, comme ma chère épouse, je vous 
aime sincèrement, et plus que tout au monde. Que vous 
soyez aussi savante et aussi sage que Dieu, je n'en croirai ja- 
mais rien. Mais, puisque vous me le dites, j'accepte, et dès 
qu'il n'y a aucun danger, comme vous, je vais en manger. 

Adam mange la pomme. 

Il reprend. 

O malheur détestable d'avoir cédé à la tentation ! O Eve, 
mon épouse, c'est vous qui en êtes cause : nous avons main- 
tenant, à l'instant, perdu la grâce. Jamais nous ne goûterons 
plus les jouissances dont nous étions comblés. Nous voici 
tout nus, et quelle confusion pour nous quand il faudra 
nous présenter devant le Roi des Cieux ! 

Eve. 

Malédiction du Ciel, malédiction des Anges sur le serpent 



348 L'abbé Eug. Bernard. 

D'ar serpant ifernal so caus da guement-se ! 
1075 Rac ar hef miliguet, hen-nes a laras d'in, 

Ha ma friet ha me, hardi, hcllemp dibrin 

Un tam aval dimeus ar voeen a vue. 

Chetu pe voar feson so arriet guen-e. 

Ha me voe quen liger donet da credin d'han, 
1080 Ha breman e oun caus da coll tout er bet-man. 

Nin voa ar re guentan voa en douar crouet 

Gant Doue éternel, hac en gras confirmet ; 

Allas ! ha ma oun caus, siouas ! divoar hon pen, 

An holl quitibunan a ielo d'an Ifern. 

Doue an Tat a ia da caet anhe. 

Adam a coms. 

1085 He-man eo ar maleur coet voar-n-omp hon daou, 
Ha voar quement, siouas ! hon goude a deuiou ! 
Me voell Doue an Tat o tonet d'hon guelet : 
Me ia d'en em cusan, gant mes na creten quet 
Chom aman dira-s-han, d'he vesan ofanset, 

1090 Rac hor mes a so bras balamour d'hon pehet. 
Demp breman a goste, en toes an delio, 
Dindan ar gue figues da coach hon figurio. 

Doue an Tat a coms. 

Ma oud-de et, Adam ? Me gret e out coachet. 
Ha sonj al a res-te n'oufen quet da voelet ? 
1095 Ma oud-de et, Adam ? Sao alesse timat. 
Collet e t'eus breman sraco Doue an Tat. 
Maleur vo d'it biscoas ma besan ofanset ; 
Gant reson competant e vesi punisset. 

Adam a coms. 

Pardon, misericord houlennan, ma Doue! 
1 100 Gant pep compassion ho pet ous-in true ! 

P'am eus clevet ho moes, e oun deut da grenan, 
Ha gant oreur ha spont e oun deut da goean. 
Me so sur regretant ha d'ar pes am eus groët ; 



La Création du monde. 349 

infernal qui est cause de tout cela. Car c'est ce prince maudit, 
c'est lui qui m'a dit que mon époux et moi, nous pouvions 
hardiment manger une pomme de l'arbre de vie. Voilà de 
quelle manière la chose m'est arrivée. Et moi, j'ai été assez 
légère pour croire à ses paroles ! Maintenant, par ma faute, 
tout est perdu au monde. Nous étions créés sur terre, les pre- 
miers que Dieu éternel eût confirmés en grâce, hélas ! c'est 
moi qui suis cause si tous les hommes ensemble iront en 
Enfer. 



Dieu le Père va les trouver. 



Adam. 



Quel malheur est venu fondre sur nous deux, et sur tous 
ceux, hélas ! qui naîtront après nous ! 

Je vois Dieu le Père qui se dirige de notre côté : je vais 
me cacher, j'ai honte, je n'oserais pas rester ici en sa pré- 
sence, après l'avoir offensé. Notre confusion est grande à cause 
de notre péché. Retirons-nous à l'écart, au milieu des feuilles, 
sous les figuiers, afin de nous mettre à couvert. 



Dieu le Père. 

Où es-tu allé, Adam? Je crois que tu te caches. Penses-tu 
donc que je ne puisse te voir ? Où es-tu allé, Adam ? Lève-toi 
de. là vite. Tu as maintenant perdu la grâce de Dieu le Père. 
Malheur à jamais pour toi de m'avoir offensé, tu seras puni 
comme tu le mérites. 



Adam. 

Pardon ! Miséricorde ! je vous le demande, ô mon Dieu ! 
Soyez compatissant, ayez pitié de nous ! Lorsque j'ai entendu 
votre voix, je me suis senti trembler; d'horreur et d'épou- 
vante je me suis laissé tomber. Je regrette amèrement ce que 

Revue Celtique, IX. 23 



}$o L'abbé Eug. Bernard. 

Queun am eus em halon d'ho pean ofanset. 
1105 Pardonet ma ine! na n' d-inn quet d'an Ifern, 
Ha ma lequet en tu da ober pinijen. 

Doue an Tat a coms. 

Lavar d'in-me, Adam, petra poa esperet 
Da dont da transgressin ma gourhemen roet ? 
Te a renquo mervel, ha queme.nt crouadur 
11 10 A deuio voar ar bet, ha dimeus da natur. 

Adam a coms. 

Me a lavaro d'ec 'h, ma Doue, ia, mar pcrmettet, 
Ma friet a so caus, he deus ma foursivet. 
Evid-oun-me, certen, ne rajen birviquen; 
Me ne falfoa quet d'in terrin- ho courhemen. 

Doue an Tat a coms. 

11 15 Eva, lavar d'in-me perac e t'eus debret 
Demeus an aval-se, ha roet d'as priet ? 

Eva a coms. 

Autro Doue, nep hor c'hrouas, 
Ar speret ifernal, hen-nes hon desevas, 
O corner an aval, hoc o presanti d'in, 
1120 Ma lavaras, hep blam e haljen he sibrin ; 
Ma creguis en aval, ha me dibrin un tam, 
Ha me digas ar rest d'am guir priet Adam; 
Allas ! hac hen pedis dre ali Satanas, 
Hac hen dibrin he lod dimeus an aval glas. 

Doue an Tat a coms ous ar serpant. 

1125 Pa t'eus groet quement-se, serpant, bes miliguet! 
Te vo dindan vacsin quement loen so er bet. 
Birviquen coulscoudc d'as poanio na ve fin, 
Hac nep na dorn na troat, quers-se voar da beutrin. 

Doue a sorti. 
Ar serpant cr voeen a gri. 



La Création du inonde. 3 5 1 

j'ai fait, j'ai le cœur contrit de vous avoir offensé. Pardonnez à 
mon âme ! Que je n'aille pas en Enfer, et mettez-moi en me- 
sure de foire pénitence. 

Dieu le Père. 

Dis-moi, Adam, qu'espérais-tu donc en transgressant ainsi 
mon ordre formel ? Il te faudra mourir, avec toutes les créa- 
tures qui, de ta race, viendront au monde. 



Adam. 

Je vous le dirai, mon Dieu, oui, si vous me le permettez: 
mon épouse Eve est cause, c'est elle qui m'a fourvoyé. Pour 
moi, assurément, je ne l'aurais jamais fait : je ne voulais 
point violer votre commandement. 

Dieu le Père. 

Eve, dis-moi, pourquoi as-tu mangé cette pomme, et pour- 
quoi en as-tu donné à ton mari ? 

. Eve. 

Seigneur Dieu, qui nous avez créés, c'est l'esprit infernal, 
c'est lui qui nous a trompés. Il cueillit la pomme et me la 
présenta en disant que, sans encourir aucun blâme, je pouvais 
en manger. Je pris donc la pomme, j'en mangeai un morceau, 
et je portai le reste à mon époux Adam. Hélas, je le priai sur 
le conseil de Satan, et il mangea sa part de la pomme verte. 



Dieu le Père au serpent. 

Puisque tu as fait cela, serpent, sois maudit. Tu seras 
foulé par tous les animaux de la terre, jamais il n'y aura de 
lin à ton supplice, et, sans pieds, sans mains, tu marcheras 
sur ton ventre. 

Dieu sort. 
Le serpent crie dans l'arbre. 



3 ) 2 L'abbé Eug. Bernard. 

Belsibut a antre, hac a coms. 

Harao ! harao da Satanas ! 
1130 Diaoulien an Ifern, deut holl, bihan ha bras, 
Da guerhat ar serpant, pa na hell mui querset, 
Rac gant Doue an Tat hen a so miliguet. 

An diaoulien a corhs. 

Diaoulien an Ifern, deut holl quitibunan, 
Da querhat ar serpant a so manet en poan. 
1 1 3 5 Manet eo er jardin, cr voeen a vue, 

Mes laquet eo ar bet dindan hon liberté. 

Astarot a coms. 

Cregomp en-han breman, pa na hell quet querset, 
M'hen quessomp d'an Ifern, rac-se ma sicouret. 



FIX D EUS AN EIL ACT. 



La Création du monde. $5 $ 



Beelzébut entre. 

Haro ! Haro à Satan ! Diables de l'Enfer, venez tous, petits 
et grands, chercher le serpent, puisqu'il ne peut plus marcher. 
Il a été maudit par Dieu le Père. 



Les Diables. 

Diables de l'Enfer, venez tous ensemble chercher le serpent 
qui se trouve maléficié. Il est resté au jardin, dans l'arbre de 
vie ; mais le monde est désormais placé sous notre dépen- 
dance. 

Astarot. 

Prenons-le maintenant dans nos mains, puisqu'il ne peut 
plus marcher, et portons-le en Enfer. Venez donc à mon se- 
cours. 



FIN DU SECOND ACTE. 



MÉLANGES 



I. 

PROVECTIOX DE MOYENNES EX SPIRAXTES 
SOURDES EX BRETOX ARMORICAIX. 

Dans son admirable étude sur l'effet des terminaisons sur la 
consonne initiale en comique (Kuhn Beitrâge, V, p. 162 et 
suiv.), Ehel établit le parlait accord du comique avec le breton 
armoricain dans les différents phénomènes qui font l'objet de 
son étude, sauf en un point : le comique fait passer b à f, ;;/ 
à f par l'intermédiaire de v ; gw suit l'analogie de g qui 
peut passer à /; et devient w et hiu. Si on prend l'ensemble du 
breton armoricain, Ebel a raison de considérer ces faits comme 
propres au comique, mais cette mutation est loin d'être in- 
connue sur le territoire breton. Je l'ai observée en bas-van- 
netais et en haute Cornouailles, à Guémené et au Faouët. 
Ainsi on ne dit pas dans ces régions : ma e valo « il est en 
train de moudre », mais ma c falo = e ma o~ valo ou valaff 
en armoricain moyen. De même on dira à Guémené ma efa- 
hatat anehon « il est en train de le battre » = ma 0^ va~atat 
(bahatai = léonard habitat, de ba% bâton), etc.; me gred e 
ferwa en dour « je crois que l'eau bout » (Faouët); eferwa = 
r~ verwa ; de même à Guémené eferwa en daor. 

L'explication donnée par Ebel pour ces phénomènes en cor- 
nique s'applique naturellement à ceux que je signale: le ^ 
final de c~ par sa situation de finale a passé à s, et a assimilé 
la spirante suivante ; par son influence v est devenu /. On 
pourrait expliquer ces faits autrement, mais ici les choses se 



Mélanges. i, 5 ç 

sont bien passées comme Ebel l'indique. Le x. du pronom pos- 
sessif de la 2 e personne du pluriel a été incontestablement s 
avant de disparaître ; ho% breuzr « votre frère » a passé par la 
phase hos breuy avant de devenir ho preur;le haut-vannetais en 
fournit une preuve irrécusable : on dit en effet encore dans 
cette zone du vannetais : ho us ciuter « votre autel » et non 
ho% ctuter (écrit hou ç'auter). 

Ce fait dialectal se présente très fréquemment dans le mys- 
tère de Sainte Barbe ; en voici quelques exemples : 

P. 14, strophe 58 (éd. Ernault), pe effemp glan manet (pe ef- 

fcmp = pe e~ vemp) ; 
P. 15, str. 62 : dan amser maz querhet, effe~o net commencet 

(effexp — ei ve~o) ; 
P. 16, str. 65 : effixjff (ez viziff) ; 
P. 17, str. 71 : ha me preder ... effe un termen avenant (effe 

= e~ ve) ; 
P. 20, str. 84 : pan guelhe effe prêt (effe = e~ ve) ; 
P. 26, str. 108 : ne cafïarï quet ... effeni doeou (effent = e~ 

vent) ; 
P. 34, str. 140: certen ouf ... effen lacaet ... dan maru (effen 

== e~ veu) ; 
P. 37, str. 152 : e/foc = e% voe ; 
P. 81, str. 344: effioni = e~ vient; 
Ibià., str. 342 : effile = £~ vi~e; 
P. 93, str. 402 : effemp = e~ve^o; 
P. 53, str. 220 : effe% = e~ ve~ (présent d'habitude). 

Il y a bon nombre d'autres exemples à citer. M. Ernault 
n'en a donné qu'un petit nombre dans son dictionnaire sous 
e~. Il ressort très clairement de ces citations que l'auteur pro- 
nonçait partout fie v initial du verbe bout, be^affen construc- 
tion avec e~, tout en l'écrivant souvent v et qu'il appartenait à 
une zone où avaient lieu les phénomènes que j'ai relevés à 
Guémené et au Faouët. Il y a tout justement à deux kilo- 
mètres du Faouët un pèlerinage célèbre de sainte Barbe. La 
chapelle a été érigée à la fin du xv° siècle par le seigneur de 
Toulbodou, près Guémené, qui, surpris par un orage épou- 
vantable dans la vallée de l'Ellé, avait fait vœu de construire 



j$6 Mélanges. 

sur les lieux même une chapelle à la patronne de la foudre. 
L'auteur du mystère serait-il de la haute Cornouaillcs ? Il est 
bien possible, il est vrai, et même probable que ces phéno- 
mènes de provection se produisent ailleurs sur le territoire 
breton. On voit en tout cas que le seul phénomène dans le 
traitement des consonnes initiales qui parût séparer le cor- 
nique du breton armoricain n'est point étranger à celui-ci. 
Quelques celtisants semblent considérer le comique comme 
une transition entre le gallois du sud et le breton armoricain. 
En réalité, le comique est infiniment plus rapproché de l'ar- 
moricain que du gallois, et dans sa phonétique et dans ses 
formes et dans sa syntaxe. Si l'on voulait établir des groupe- 
ments dans les langues bretonnes, on devrait mettre d'un côté 
le gallois et de l'autre le comique et l'armoricain, ce qui ne 
surprendra personne tant soit peu au courant de l'histoire de 
la Cornouailles et de l'Armorique. Une des principales divi- 
sions de notre pays porte le même nom que la Cornouailles 
anglaise; notre Kcrnco — Kernyw, nom que les Gallois don- 
nent encore à leurs voisins ; de plus, il y a bon nombre des 
noms de lieux identiques dans notre Kerneo et la Kernyw in- 
sulaire. 

J. LOTH. 

IL 

L'EXPRESSION NEVEZ IMPRIMET DANS LE TITRE 
DU GRAND MYSTÈRE DE JÉSUS ET DU MYSTÈRE 
DE SAINTE BARBE. 

La date de l'impression du Grand Mystère est de 1530. 
M. de La Yillemarqué a argué de l'expression a neve% imprimet 
du titre qu'il s'agissait d'une reimpression. 

Or, cette expression indique simplement une nouveauté. 
C'est l'application à l'imprimerie, d'un idiotisme breton bien 
connu indiquant une chanson nouvelle; dans un très grand 
nombre de chansons, on trouve au début : a ncvr~ sauet, a 
iicuc- composet « nouvellement composée ». La vie de sainte 
Nonne en fournit un exemple des plus clairs. Le prêtre cherche 
en vain de l'eau pour baptiser Devy ; une source jaillit sous 



Mélanges. 357 

ses yeux, et il s'écrie : setu vn feunteum eyennet ...a neue% 
savet, credet sur « voici une source qui a jailli ... fraîchement 
(à l'instant)' sortie de terre, croyez bien ». Il n'y a donc aucune 
raison pour croire la version bretonne du Mystère plus an- 
cienne que 1530. M. Paul Meyer (Revue celtique, 1866, p. 210) 
a montré que l'auteur breton a suivi la rédaction d'Arnoul 
Gresban ou plutôt celle de Jean Michel, jouée à Angers en 
i486 et bientôt après imprimée par Vérard. 

Le titre du mystère de sainte Barbe offre un nouvel exemple 
de cette locution. La première édition de 1557 porte dans la 
Bibliographie bretonne de MM. Gaidoz et Sébillot ce titre : E 
Paris neue^ imprimet gant Bernard de leuae. Imprimet e Paris 
euit Bernard de Leau pehiny a chom e montroulles var pont 
bourret en bloaz MDLVII. L'édition de 1647 ne porte pas les 
mots neue^ imprimet. Il est parfaitement clair que cette expres- 
sion ici a le même sens que dans le titre du Grand Mystère. 
L'édition de M. Ernault ne donne pas le titre complet de la 
première édition dont une copie a été communiquée à l'auteur 
par M. de La Villemarqué. 

J. LOTH. 

III. 

DO (DE, DA) PARTICULE VERBALE EN BRETON 
ARMORICAIN. 

Zeuss (Gramm. Celt. 2, p. 417) signale l'emploi de du (do) 
comme particule verbale à la place de roen irlandais. Mais per- 
sonne, à ma connaissance, n'en a fait la remarque pour le 
breton armoricain. Cela tient à ce que l'emploi de do comme 
particule verbale est extrêmement restreint et ne s'observe que 
dans des formules de souhait. Aujourd'hui, on ne s'en sert 
que dans des formules comme : Doué d'o pennigo « que Dieu 
vous bénisse », Doué d'en bennigo. Il est impossible de prendre 
ces formes en pour des infinitifs, l'infinitif n'étant réguliè- 
rement en qu'en haute Cornouailles. Les Colloques de Qui- 
quer de Roscoff qui donnent le langage familier en offrent un 
certain nombre d'exemples; je me sers de l'édition de 1632, 
imprimée à Morlaix, chez George Alliennc : 



5$8 Mélanges. 

P. 185, Doué da ve~o meulet « Dieu soit loué », au lieu de 

Doué ra vexp meulet ; 
P. 70, nos mai da roi ' Doue déchu « Dieu vous doint bonne 

nuict » ; 
P. 16, Doué da roiff 1 nos mal dech « Dieu vous doit (leg. 

doint) bonsoir, la phrase précédente est Doué r'ho 

conduyo ; 
P. 31, Doué do benniguo « Dieu vous bénie », etc. 

L'emploi de do se bornant à ces formules optatives, il n'y a 
pas lieu de s'étonner qu'on n'en trouve pas d'exemple dans la 
Vie de sainte Nonne ou le Grand Mystère de Jésus. Je n'af- 
firmerais pas d'ailleurs qu'une lecture attentive de ces textes 
et de ceux de la même époque n'en découvrit quelques-uns. 

Il est à remarquer que da pour ra est toujours précédé du sujet. 

L'emploi de da avec le futur-conjonctif en se restreint au- 
jourd'hui de plus en plus ; dans certaines parties de la Bre- 
tagne, le futur est remplacé par l'infinitif et la forme en 
n'apparaît que dans des formules consacrées, comme Doué d'o 
peu ni go. J. Loth. 

IV. 

DE LA PRONONCIATION DES NOMS EN IAC EN 
BAS-VANNETAIS. 

Dans le n° 1-3 du tome VIII de la Revue Celtique, p. 113, 
M. D'Arbois de Jubainville fait la remarque en passant que 
« c'est un phénomène moderne qui, dans Brieç (au XI e siècle 
Britbiac) a fait triompher sur la prononciation gallo-romaine 
des bas-temps la prononciation néo-celtique de l'a long dans 
le suffixe âcus, tandis que la prononciation gallo-romaine de la 
fin de l'empire persiste dans Avessac, Campénéac, Peillac ». 

Je ne sais pas comment, à Briec même, on prononce Yec 
finale. Il faudrait, pour en être sûr, faire le voyage de Briec 

1. On lit voit, faute d'impression évidente. Le futur-conjonctif de ce 
verbe dans Quiquier est écrit ordinairement roiff. L'ff n'a ici aucune valeur 
étymologique, comme il est facile de s'en convaincre en feuilletant les Col- 
loques. L'ff ne se prononçant plus dans un grand nombre de cas, a été em- 
ployé à tort et à travers. La forme de l'infinitif de ce verbe est reiff. 



Mélanges. 359 

même. Mais il existe des noms en iac dans le bas-vannetais 
que j'ai entendu cent fois prononcer, par exemple Priziac et 
Silfiac (arrondissement de Pontivy). Ces noms ont conservé 
l'orthographe traditionnelle, mais ils sont arrivés réellement à 
kcomme Brithiac; on devrait écrire, si on se conformait à la 
prononciation : Prijec, Sillec (/ mouillé). LV de ce dans ces 
noms en iac se distingue très nettement de IV de ce = âco 
breton ; Ye de Prijec, Silice, se prononce très ouvert comme Ye 
de fer, père, mère, et s'écrirait à la française : Prijec, Sillèc. Au 
contraire Ye de ec = oc •= âco, se prononce comme l'e muet 
français (ô) bref; on prononcerait, en bas-vannetais, Brièc = 
Brithiac, mais on dit : Sam-Briec (prononcez Briôc) « Saint- 
Brieuc ». 

Bricc sortant de Brithiac a dû avoir la même histoire que 
Priziac et Silfiac, mais en Cornouailles l'accent étant très for- 
tement expiratoire et énergique sur la pénultième, il est fort 
probable qu'aujourd'hui on prononce à Briec même Bride avec 
Yô très bref, peut-être Brik avec l'i long, et un e à peine per- 
ceptible. Dans un récent voyage à Quimper, j'ai en vain es- 
sayé d'avoir la prononciation réelle de Briec à Briec même. 
Pour Avessae, Campénéac, Peillac, ils sont dans une zone de- 
puis très longtemps française. On y prononce Avessa, Cam- 
pegna, Peilla. C'est la prononciation de ce pays également 
pour les noms bretons en avos : Saint-Thuria, Saint-Sulia. 

Cette prononciation identique des noms en âvo- et des 
noms gallo-romains en âco a même amené de singulières 
erreurs d'orthographe : ainsi on écrit officiellement Saint-Suliac, 
tandis que la vraie forme est Saint-Suliau. 

Il y en a eu de plus amusantes encore pour une raison ana- 
logue, dans la transcription des noms bretons figés sous la 
forme eue z= oc dans une zone où le breton a disparu vers le 
xi l -xn e siècle. On prononce eu dans ce pays ; l'orthographe 
officielle a fait de plusieurs de ces noms des noms en euf: ainsi, 
dans l'Ille-et-Vilaine, Rotheneuf dont l'orthographe ancienne 
est Roteneuc, prononcé Roteneu. Tout récemment, M. Orain, 
dans sa Géographie pittoresque d'Ille-et-Vilaine, ouvrage dont 
on ne saurait dire trop de mal, a fait venir Rotheneuf de 
rota nova ! J. Lotii. 



360 Mélanges. 



V. 



DU PRONOM SUFFIXE DE LA TROISIÈME PERSONNE 
DU PLURIEL ET DU PRONOM POSSESSIF DE LA 
TROISIÈME PERSONNE DU SINGULIER EN GALLOIS. 

Sous le titre de Observai ions on ihc welsh pronouns, M. Max 
Nettlau a publié dans le vol. VIII, 2 e partie, 1887, des Mé- 
moires de la Société des Cvmmrodorion, un travail curieux 
donnant beaucoup de formes dialectales qu'on chercherait vai- 
nement dans la grammaire de Zeuss. M. Max Nettlau a trouvé 
dans le dictionnaire de Davies des formes de la troisième per- 
sonne du pluriel du pronom suffixe en -udd qu'il déclare mo- 
destement ne pas pouvoir expliquer (c'est une des seules 
choses qu'il n'explique pas). Il va même jusqu'à mettre en 
doute leur existence. Sur ce dernier point, il ne saurait cepen- 
dant y avoir de contestation. M. Nettlau a eu le tort dans ses 
recherches de laisser de côté la très importante collection des 
poésies en moyen gallois de la Myvyrian Arehaeology of 
Wales. Les formes en -// et en -udd y sont fréquentes. Je re- 
lève dans la deuxième édition les suivantes : 

Je prends seulement les formes finales assonant en -udd, 
de façon à ce qu'il ne puisse y avoir de difficulté. 

P. 169, col. 2 : raedut 1 « devant eux » assonant avec gystui 
(gall. moderne gystudd) ; dans la même série : ////// « à eux » ; 
kyfryngthut « entre eux »; dans l'intérieur du vers eitut. 

P. 186, col. 2, raedut; ganthutj arnadut. 

P. 187, col. 1, eidut; trostut. 

P. 220, col. 1, avec une orthographe moderne: ganthudd. 

P. 250, col. 1, daw gant itt eu but (dans l'intérieur du 
vers) . 

Les formes en -u ne sont pas rares. Comme personne ne 
songea les rejeter, je n'en cite pas (v. Myv. Arch., p. 193, 

1 . Le / pour dd est la rèçle dans le Livre noir et est aussi très fréquent 
dans les plus anciens mss. des Lois et chez plusieurs poètes de la Myv. 



Mélanges. 361 

col. 2; 273, col. 1). La forme la plus ancienne se trouve très 
probablement dans les extraits du manuscrit de Lichfield, pu- 
bliés en appendice dans le Liber Land, p. 271 : ni be cas 
igridu; il faut, selon toute vraisemblance, lire irigdu et tra- 
duire : « pour qu'il n'y ait pas de haine entre eux ». Quelle 
est l'explication de ces formes suffixées en u, propres au gal- 
lois ? J'en hasarde une, sans m'en dissimuler le caractère aven- 
tureux. Il est certain que les formes en -0 du breton armo- 
ricain (de~o, varne^o, gurthdo? Gloses à Juv. : cf. irl. impii) 
sont des accusatifs. Les prépositions gouvernaient tantôt l'ac- 
cusatif, tantôt le datif. L'armoricain nous a conservé l'accu- 
satif; le gallois dans ses formes en u aurait conservé le datif 
pluriel en -b = vieux celtique *bis. En partant d'une forme 
en *ù-b, on arrive régulièrement à une forme u; comme 
M. Whitley Stokes l'a montré pour ù accentué : ù -j- b devient 
il 1 : ex. du — irl. dub (ann. Cambriae, Cat Dubgint), grec 
xuçXéç; on peut ajouter l'armoricain Jagû et Jegi'i — Jacob 
(Jegou vient de Jedegou, dérivé àejudic). 

Les formes en -udd sont très probablement des formations 
analogues au comique dotho (haut vannetais dehou — de^o), 
arm. dc^etff (arm. mod. cle~au et b&s-vannet. dehori). Il est 
vraisemblable qu'à une époque ancienne le gallois, obéissant à 
un instinct qui ne l'a pas quitté, a ajouté au pronom suffixe 
de la troisième personne du pluriel une nota augens, c'est-à- 
dire un pronom de même origine et de même formation que 
les formes en du, à un cas différent. C'est la forme non accen- 
tuée qui naturellement a été suffixée comme pour de^af = 
do -f- dam, puisqu'à un certain moment elle a été la seule en 
usage : du (* tûbis) -f- di ? La nota augens se serait peu à peu 
soudée au pronom suffixe : c'est l'histoire de dam — proba- 
blement do -f- sam. La voyelle finale, la soudure faite, aura 
disparu. Les pronoms renforçant ont une tendance visible en- 
core à s'user. M. Nettlau en a beaucoup d'exemples: hwyn- 
thwy a donné hivyntwy, yul-wy, ynbw, nhiv, etc. (v. Cymm- 
rodor, VIII, p. 120, 121). 

Le haut-vannetais a int comme pronom sujet (cf. irland. iat). 

1 . The verbsubst., p. 23, 26. 



362 Mélanges. 



VI. 



UN CAS DE GÉNITIF DU PRONOM DE LA TROISIÈME 
PERSONNE DU SINGULIER EN GALLOIS. 

Zeuss, Gr. Celt., 2° éd., p. 373, suppose un emploi du gé- 
nitif de la troisième personne du singulier dans l'exemple sui- 
vant tiré du Liber Landavensis, p. 113, 114 : pop cyfreith a vo 
ilx brennih Morgannhuc yn lys ou, ... tout droit qui sera au roi 
de Glamorgan dans sa cour (in aula ejits). Le livre de Ta- 
liessin offre un emploi semblable de ou sous la forme régulière 
en moyen gallois eu (Four ancient books of Wales, II, p. 189, 
vers 2). Après avoir montré son héros Urien partout triom- 
phant, causant tout l'émoi et les cris que l'on entend de 
toutes parts, le poète ajoute : 

nac vn trew na deu 

ny naivd y rac eu. 

c'est-à-dire : « ni un éternuement ni deux ne sont une pro- 
tection devant lui ». 

Rac joue le rôle de substantif, y est pour dy. Ce passage 
n'a pas été compris par Skene qui a traduit comme s'il 
y avait eu y rac angeu « ne sont une protection devant la 
mort », ce qui violente le texte, la métrique, et n'offre 
aucun sens. L'auteur veut dire que rien n'arrête Urien, qu'il 
ne se laisse arrêter par aucune crainte, pas même par ['éter- 
nuement. L'éternuement chez les anciens Gallois, au rebours 
des Grecs de Xénophon, était considéré comme un présage 
extrêmement néfaste. En voici deux preuves. La plus claire 
se trouve dans le Livre noir de Caermarthcn (Skene, Four 
anc. books of Wales, II, p. 43). L'auteur du poème en 
question se met lui-même en scène : il part pour un long 
voyage, pour Rome, semble-t-il; il entend un éternuement (un 
trev a glyuaw), mais, armé de la croix, il s'écrie aussitôt: 
« Ce n'est pas mon Dieu, je ne le croirai pas » ; et plus loin: 
« Où il y a nez, il y a éternuement » (iiiyn yd uo truin yduo 
trev). Le vers le plus caractéristique est le suivant: « ce n'est 



Mélanges. 363 

pas un obstacle pour le brave qu'un vain éternuement (ny lut 
ar lev trev direid). Skene n'a rien compris à ce poème : il 
traduit trev 'tantôt comme tref « demeure », ce qui est con- 
traire à l'assonance, aux habitudes orthographiques du scribe 
et au sens général, tantôt par éternuement. Un autre passage 
de Taliessin (Skene, II, p. 20, v. 25 et suiv.) semble bien 
inspiré par la même superstition. Le poète se plaint de la 
perte qu'il a faite en Cunedda : avant sa mort, dit-il : 

Rymafei biw blith yr haf 
Rymafei edystrawt yr gayaf 
Rymafei win gloyw ac olew 
Rymafei torof keith rac untrew. 

« il me donnait ? une vache laitière l'été, 
il me donnait un coursier l'hiver, 
. il me donnait vin brillant et huile, 
il me donnait contre l'éternuement ». 

Torof keith signifierait littéralement une troupe d'esclaves. 
Mais keith est très probablement une faute de copiste pour kerth 
« sur » . Torof est ici bien extraordinaire (peut-être toron « man- 
teau » : le copiste aura lu torou au lieu de toron, moderne 
torrrî). En l'absence d'un texte diplomatique sûr, je m'abstiens 
de corrections. Ce qui est certain, c'est la terreur que cause 
l'éternuement au poète. L'expression rag eu dans le sens de de- 
vant me parait se trouver également chez Taliess., p. 211, v. 22 : 

raçeu 

rac y va r an r es 

« devant lui, devant ses files de soldats ». Le passage, il est 
vrai, ne semble pas clair. Le proverbe gallois de la Myv. Arch., 
2 e éd., p. 854, col. 1 : nid a un trew a dau i'r angau « un 
éternuement ni deux ne vont à la mort » ne sont présages de 
mort, semble une protestation chrétienne contre cette vieille 
superstition. Le sens de eu dans le vers de Taliessin me semble 
donc bien établi. M. Whitley Stokes a rapproché le pronom 
personnel irlandais de la troisième personne au génitif ai du 
possessif gallois ci, i, armoricain he, hl ; il n'a pas cité ou, eu 
qui sont beaucoup plus caractéristiques comme forme et em- 



364 Mélanges. 

ploi. Ei, masculin, comme il l'a fait remarquer, égale le sans- 
crit asyct; ei, i féminin = asyâs. Ou, eu représentent le génitif 
irlandais ai de la façon la plus exacte ; cela tient à ce que ou, 
eu ne sont pas proclitiques comme i, ei ; de plus, leur emploi 
est indiscutablement celui d'un génitif. 

J. LOTH. 

VII. 

NOTE ON THE PERSONAL APPEARANCE AND DEATH 
OF CHRIST, HIS APOSTLES AND OTHERS. 

The following note from the Yellow Book of Leean, 
col. 332, may be added to those printed in this Revue, VIII, 
362, 363. I transcribe it from a photograph. 



Christus folt dub et barba rufx longa. 
Petrus liath uile. barba non longa. 
Paulus mael oisinech longa barba. 
Andréas dub longa barba. 
IAcobus dub barba longa. 
dormiuit. Hiorumnés folt dub sine barba. 
Pilipus derg longa barba. 
Partholomeus derg barba, non longa. 
Tomas cas dub derg. non longa barba. 
IAcobus Alphei gluinech. mong liath fair et barba 

longa. 
IOhannes bab/ma. folt dub et barba longs.. 
Matheus euangelista. 
Tatheus. 



crux. 
crux. 
gladius. 

crux. 
gladius. 



crux. 
fenwad. 

gladius. 
sonn. 



gladius 
pais. 

lapidés 

crux. 

lapidés 



Simon. 
Zefonus. 



[i. e. Stephanus]. 



Wh. St. 



London, 8 nov. ii 



VIII. 



NOTES ON THE WUERZBURG GLOSSES. 

The following notes, in continuation of those published in 
this Revue, IX, 104-108, are, for the most part, due to the 



Mélanges. 365 

Rev. Edmund Hogan, S. J. of St. Stanislaus' Collège, Tulla- 
more, who lias brought great acuteness and learning to bear on 
the many difficult problems presented by the Old-Irish glosses 
on the Wùrzburg Codex Paulinus. 

A. CONJECTURAL EMEXDATIOXS OF THE TEXT. 

5 b 1, for inii read indi « they ». 

6 d 6, read do thaidbsiu as fir dia, « to shew forth that God 

is true ». 
7 e 4, for cobriih read cobrich [= cuibrig bond]. 
8 a 7, read argebaid [ô]inscoI for arèli, « lor one school will 

overtake the other ». 
n a 11, read ni am:A inni àsôircc \aier\ « not like him who 

beats the air ». 
11 e 10, read ambith cenchor\o\in ished tfmielare asbeirsom « the 

being without a coronal tonsure, this is the uelare 

which he mentions ». 
11 e 19, read ni forcain aiened « a thing which nature teaches ». 
I2 b 8, read bore is oin (a)chorp « because its body is one ». 
13 1 ' 1, read ... (doadb)adar intaidbsiu hisiu ira do(naib) coic 

cetaib (fer) robôi, etc. 
13 e 4, read .i. peccatis immefolnget bas vel [peccatoribus qui 

ante mortem habebant baptismi] uoluntatem. 
13 e 17, caiii m(ebo)l lib ambuid (li)b cenprecept doib (rûne) ind 

besséirgi « hâve ye no shame that they are with y ou 

without teaching them the mvstery of the Résur- 
rection ? » . 
14-' 25, nipa ainmith[ig]iu intain roniefea « it will not be more 

unseasonable when he shall corne. » 
16 e 26, iiipn lugu a chuitsi\dë\ ai « not less was his share of it » 

(i. e. the manna). 
20 b 7, digail .i. ad[aig]fether do « vengeance, i. e. it will be 

inflicted upon him ». cf. atom-aig adigit me io d , aiaig 

taithbeim did claidiub doib, Serglige Coneulainn, 6. 
24 e 13, [cofarjfâiltisi « with your gladness » : cf. 24 b 26 : co 

failli. 
2) d 10, isfir\i\on « it is just ». 

Revue Celtique, IX 24 



366 Mélanges. 

26 b 21, ... cenbiad ma(nl)... 

33 e 4, is hé a\s]sacart « it is he who is a priest ». 



B. — CORRECTIONS OF THE TRANSLATION. 

i a 4, (p. 238) _/br that put acolon(i). 
2 b 19, (p. 241) storide (literally « historical ») is better ren- 
dered by « material » : so in. i) b 2 (p. 258) stoirideûd 
« materiality ». 
2 b 28, « his faith (is)to be justified ». 
3 b 6, (p. 243) bad bii « be ye alive ». 
3 e 19, (p. 244) « is it a sin ? non ». 
3 e 23, (p. 244)/)/' acting rcad committing (it). 
4 b 13, (p. 247) for He would not hâve corne well, rcad it 

would not hâve happened to Him. 
4 b 17, is nessa do imii lemm = is nessa lium do inni (gl. pu- 
tius) Ml. 46 e 18. So in Ml. 54 11 n : an as nessa lium 
fréquenter indas plerumque. 
4 e 38, (p. 248) « those for whom He destined mercy ». 
a 2, (p. 250) « the teachers ». 
a 10, cretim do geintïb, lit. « belief to the Gentiles », i. e. 

that the Gentiles would believe. 
b 34, (p. 252) « wherein are Iudaei, etc. ». 
b 40, (p. 252) « for God can do it ». 
c 15, « no one knows them ». 
c 23, (p. 253) for every thing rcad anything. 
a 24, 25, (p. 254) _/(>/- thee ;v</J von. 
d 35, bid ados farmbâich « there will be success in attacking 
(bàch) you » . 
5 a 35, (p. 254) for them readhim. 
6 e 1, (p. 256) for tins rcad ye. 

6 e 18, nâch l'eir for nach u-clc « do not pass judgment on am- 
odier ». 
6 d 2, (p. 2)6) for did rcad did it. 

7 e 4, (p. 258) lasc dombeir dia cobrich [vas. cobrith] n-occo 
« when Godputs a bond upon him « (scil. Satan) : cf. 
Apocal. XX 2, et ligavit eum per annos mille. 
The Ir. cobrich —cuiiiirig, ace. sg. of cuimrech. 



Mélanges. 367 

7 d 3, (p. 259) « it is a marvel to me the grâce of God 

(which is) with you ». 
y d 8, /or « his hatred », ... « his love » read « hatred of 

them »..., « love of them ». 
7 d 15, hi tossuch « at first » has dropt out. 
8 a 7, (p. 260) (ubi sapiens) apparebit gentilis de Graecis ? i. e. 
itis a question which he (Paul) asked, for one school 
will overtake the other. 
8 a 14, « that which men cduld not do hy their wisdom till 

it came by His Cross », etc. 
8 b 10, (p. 261) « in that wise hein whom isthe Holy Spirit 

knows the mysteries of God » . 
8 e 16, cotofutaircsi ■= co-toh-futhairc-si « hewatersyou » : cf. 

fothraicim. Cancel the note. 
8 e 18, « a building is adjusted to the foundation ». 
8 d 2, « he that washes away (conutu-nig) minor sins ». 
8 d 3, dernum « great injury » : cf. nom infra, at i6 b 6. 
8 d 16, 17, « the vita » ... « the mors » (/i is the neuter article). 
9 b 23, (p. 264) for eating read dining. 
9 e 3, (p. 264) for they read ye. 
9 e 10, (p. 264) for them... they read him... he. Cancel the 

note. 
9 d 5, (p. 265) for, « she strips it not off read « he leaves her 

not then ». 
9 d 19, for opérations raïdfrauds. 
io a 11, (p. 266) amal fo-n-d-rodil in Comdiu « as the Lord 

distributed it ». 
io b 8, (p. 267) « as if they used not ». 
10 e 3, 6, for « eat, eats », read « use, uses ». 
10 e 12, frisor(r)the « ye would offend ». 
10 e 13, 14, (p. 269) diltud, diltod «scandai » (as in 5 b 7): arna 

derlinn lest I should scandalize ». 
1 i a 10, (p. 270) is glé limsa rombia bitaid « it is clear to me that 

I shall hâve victory ». 
u a 11, (p. 270) for boxes read beats (the air). 
n b 14, 15 (p. 271) for enjoying read partaking of. 
n b 18, (p. 272) ... « though he hath a désire to partake of 
the foods let him not consume (them) ». 



368 




ii c 


4> 


II e 


10, 


II e 


H, 


I2 a 


i, 


I2 a 


H, 


I2 a 


22 



Mélanges. 

(p. 272) « indulgence to the weak in faith is glory to 

God and strength of faith ». Compare io b 28. 

« the being without a tonsure, this is the vei are wh'ich 

he mentions ». 

« it is a sign of evading (the marriage-)bond » éelutha 

gen. sg. of élud. 

(p. 273) cidcalléic « even at présent ». 

« Christ hath one body, i. e-. sancti et iusti ». 

(p. 274) « as though, saith he (Paul), it were not of 

the body; but it is ofit ». 
12 e 18, (p. 275) « ye may teach ». 
12 e 31, (p. 276) brig « privilège, advantage ». 
I2 d 4, 5, (p. 276) « in this world ». 
I2 d 13, (p. 277) » though thou sayest ». 
I2 d 24, (p. 277) irmith « that ye-reckon ». 
I2 d 25, (p. 277) nis-tuccin « Ishould not understand them ». 

Note 2 should be caneelled. 
I2 d 39, (p. 277 « that morality ». 
I3 b 24, (p. 280) it primiti « they are first fruits » i. e. nomcii 

plurale. 
I4 b 7, (p. 283) foàlïna « supplies it ». 
i4 b 27, « confident in nobis ». 

14 e 16, (p. 284) no-b-tà « which is in store for y ou ». 
14 e 31, (p. 285)/^ justice read truth. 
I4 d 10, (p. 286) « it was juster that I should hâve joy from 

you than grief » . 
I4 d 37, (p. 287) ni dia môidem dosom « this is not to boast of 

him(selt) ». 
15" 2, taccit « I affirm ». So in i9 a 17 (p. 298). 
15 e 25, (p. 289) « no facewill be covered », 
I5 d 10, « we are certain ». 
i) d 12, aithis « reproach ». 
i5 d 20, (p. 290) ciasberthe peccatum di « though it should be 

cailed peccatum. 
16 11 7, iarfir « truly ». 
i6 a 8, 9, nochti, nocti « nakedness ». 
16* 10, «we hâve a désire to teach you teachings. » 
l6 b 6, (p. 291) « there being no damage (nom), I had no re- 



Mélanges. 369 

gret ». O'Reilly has nom « destruction », and der- 
nitni (gl. detrimentum) occurs in Wb. 8 d 3. 

i6 d 4, (p. 292) nobertis « they were bringing ». 

i7 b 1, (p. 293) \anasberinn « what I said ». 

iy b 6, iar richte ni bar scéuil-si « after the arrivai of some ti- 
dings of you ». 

i8 a 9, (p. 295) indoich « is itlikely? ». 

i8 a 24, (p. 296) intan arallegthar « when itis read out » (prac- 
legitur) 

i8 b 5, 22 (p. 296) indib, indibsi « in you ». 

18 e 7, (p. 296) « which is nothing». 

I9 b 22, (p. 298) co nocomalnide « that it might be fulfilled ». 

20 b 13, (p. t,oo)' amafoirenea for crabud «lestyour pietyshould 
end ». 

20 b 15, « take ye heed of that » . 

20 e 4, (p. 300) « lest thou sin ». 

20 e 23, (p. 301) « they désire ». 

2i a 9, (p. 302), for elear rend keen. 

21 e 21, (p. 303) « thay they might understand it. 

2i J 1, (p. 303) a comairberi biuth « theirway of life » begins 
a new gloss. 

2i d 4, « every créature, in.heaven and on earth, which is 
called by the name « father », it is from the Father 
(the name cornes) to it ». 

22 a 4, (p. 304) « to him ». 

22 a 21, « it is Est indeed ». 

22 b 5, tarési dw « in place of God ». 

22 b 7, (p. 305) taraessi « in place of it ». 

22 b 8, do deilb spir[to] « in the image ofthe Spirit ». 

22 b 14, na bad hed a mêit nâd mbœ ri. This is an instance in 
Irish ofthe use ofthe double négation in order to in- 
tensify or continue négation. In English the second 
négative must be omitted : « let it not be so much as 
that it should be (mentioned), etc. Compare Greek 
phrases like si 7. ïz-':i cjssv v.z-J.zz^i r t -)ï\).v. rSkv.. 

22 d 2, (p. 306) « so that domini may be the more obedient 
mandai is Dei ». 

22 d 3, « since He is présent with His servants, they do no- 



570 Mélanges. 

thing that He will not know ». In p. 306, line 5, of 
my translation « sure » is a misprint for « since ». 

2 3 b x 5> (P- 3°'/) <( f° r S 00 ^ w ^ w - 

23 b 26, Hère /rï/Zwr perhapsmeans « secret meaning », as in 5 e 16. 

23 e 11, (p. 308) saigid « he says ». 

23 d 27, 28, (p. 309) niba, ni ba « it is not ». 

2) b 4, (p. 313) « for such they are ». 

26 a 9, (p. 316) ni nàch cumdn lib « a thing which ye remember 

not ». 
26 a 20, amaldo-n-d-rigénsat druid « as wizards hâve donc them». 
26 b 20, pennit dé « penance for it ». 

26 e 5, 9, 2j b 26, (pp. 3 18, 320) « ofknowledge »: dele note 1. 
26 d 2, (p. 318) « so that it is He who », etc. 
2j h 16, (p. 320) « the raiment ». 
27 e 9, (p. 321) « it is not tantum when ve arc before (his) 

eye that ye should do your master's will. 
28 a 7, (p. 323) « that I might preach His glory ». 
28 b 1, matchobra « if He desires it ». 
32 d 12, (p. 335) « so that He may forgive them their sin ». 
33 h li (P- 33^) C( so tnat ne mentions (the) name of rest 

there ». 
33 d 8, (p. 337) « which he has imparted hitherto ». cf. 
19 e 8. 

Whitley Stokes. 

30 January 1888. 

IX. 

NOTES BRETONNES A PROPOS DU VOLUME VII 
DE LA REVUE CELTIQUE. 

I. Trois mots d'origine bretonne dans l'Ille-et -Vilaine.— II. Le groupe rm. 
— III. Chansons vannetaises. — IV. Expressions vannetaises. — V. Un 
^ « liquide » en moyen breton. 

/. Trois mois d'origine bretonne dans l'Ille-et-Vilaine. 

Rev. Ccli., VII, 44- Le mot gwammel « femme mariée », 
en argot de La Roche, semble identique au gallo couamelh 

« femme bavarde », usité à Rennes (Glossaire patois... d'Ille- 



Mélanges. 371 

et-Vilainc, par Ad. Orain, Paris, 1886, p. 130). Je crois que 
l'emprunt a eu lieu du côté du haut bret. ; et. Rev. Cclt., II, 141 . 

Le livre de. M. Orain contient quelques autres mots bretons 
passés dans le langage d'Ille-et- Vilaine, par exemple agouvreux, 
s. m. « ménage de la mariée qu'on conduit chez le marié » (à 
Bain); la p. 186 du même ouvrage donne une chanson où 
ce mot est employé. Il vient du vannetais argouvreu « dot » 
= gallois argyfreu ; le son v a péri dans le correspondant 
léonnais ar gourou, qui est déjà dans le Catholicon. Ce doublet 
argouvreu-argourou suppose une forme antérieure argôbrou (cf. 
Rev. Cclt., VII, 309), que D. Le Pelletier dit avoir lue dans 
plusieurs imprimés. Argôbrou lui-même doit provenir de *ar- 
cobrou, * are-co-br-ov(es) , même racine que le grec ozp-rr n pro- 
prement « apport ». * Are-vo-qr-oves (Etudes grammaticales, 17) 
aurait sans doute abouti à *arobrou. 

La finale vannetaise à' agouvreux se retrouve dans un autre 
mot du même département : c'est bénilleux « espèce de mu- 
sette » (Liste ... de ... mots en usage à Rennes, publiée par M. F. 
A. Le Mière de Corvev, en 1824, dans les Mémoires de la So- 
ciété royale des Antiquaires de France, t. VI, p. 238, cf. 237, 
241, 248, 272); du vannetais benieu « cornemuse ». Le même 
auteur donne aussi, p. 238, la variante benilloux, qui se rat- 
tache mieux à la forme léonnaise biniou (pour IV, cf. tréco- 
rois benio). Manet écrit binyou, biniou et bénigueux, Hist. de 
la Petite-Bretagne, 1834, I, 213; plur. binious, II, 595. 

Le mot biniou, que l'Académie ne mentionne pas, est bien 
connu en haute Bretagne. Le Supplément de Littré et La- 
rousse le font prononcer bi-ui-ou ; V. Hugo lui a donné aussi 
trois syllabes, L'art d'être grand-père, II, 2. Brizeux, au con- 
traire, le fait de deux syllabes, Les Bretons, chant VII, v. 202, 
235 ; de même que l'auteur d'une chanson, devenue assez po- 
pulaire, sur « un biniou de cornouiller ». 

Une prononciation plus amollie encore est biguou, cf. le 
journal de Paris, L'Orphéon, 5 avril 1887, p. r, où se trouvent 
d'intéressants détails sur cet instrument. On lit déjà la forme 
biguou, dans le Lxcéc armoricain, vol. IX, Nantes, 1827, 
p. 382, et vol. X, p. 266. 

Biniou est-il un doublet de binviou « instruments », avec 



372 Mélanges. 

chute du v? M. Quellicn, dans son estimable travail sur l'argot 
de La Roche, est disposé à rejeter cette explication. Il est pro- 
bable, en effet, que nous avons là deux racines différentes. 

i. Le Catholicon donne le singulier benny « corne, lat. 
musa, cornemus », qui peut se rattacher à la même racine 
que le gallois ban, irlandais benn « corne ». En breton korn- 
boud est le nom du gros bourdon du biniou, et Brizeux l'em- 
ploie en français pour l'instrument tout entier, que lui rappelle 
la piva ou cornemuse italienne : 

Un jour, si le corn-boud chante aux brouillards d'Arvor... 

(Histoires poétiques, 1. V, Les Cornemuses.) 

2. Le mot benhuep « instrument, outil », Catholicon, van- 
netais, id., léon. benveh, m., est identique au vieux comique 
binfic = latin beneficium, et au gallois benthyg « un prêt ». 

Le pluriel est en breton moyen binhuyou « outils », trois 
syllabes (par exemple Sainte Barbe, 67, Grand Mystère de 
Jésus, 135 b) ; en léon. binviou, tréc. binwio. Le P. Grégoire 
de Rostrenen donne les variantes plus complètes, vannetais 
bennhuëcqeù, léon. benvijoit. On dit binvijou à Gourin (Cor- 
nouaille). 

Pour nous rendre compte du traitement qu'a subi ici Vf 
latin, et aussi des rapports de ces formes plurielles, examinons 
l'histoire des descendants du latin deficio dans les idiomes 
bretons. 

i° V. gall. dificiuou « diminutiones » ; -uou est une nota- 
tion défectueuse du suffixe de pluriel, cf. v. gall. dameirchin- 
1111011 « détours », amenée par la combinaison des deux va- 
riantes graphiques -ou et -ito, cf. v. bret. dadlou et dadluo 
« lieux de réunion ». Le vieux breton devait avoir un pluriel 
*binficiou « bienfaits, choses utiles » (quatre syllabes). 

2° Gall. diffygio « manquer », diffygiol « fatigué, épuisé »; 
vannetais dihuiguiêtl « épuisé », dihuiguiadurr « épuisement 
(de forces) », Dictionnaire de L'A. Ici le son h du latin de- 
ficio a été affaibli en g, entre lus deux voyelles. Le degré cor- 
respondant, pour. la descendance de beneficium, serait *binhui- 
guyou en trois syllabes. 

3 Moy. bret. diffigo «■ (le bien) manquera, s'épuisera, fera 



Mélanges. 37$ 

défaut », Poèmes bret., 284, prononcez diffijo, l'avant-dernière 
syllabe rime avec trig =■ français triche 1 . Nous voyons que les 
sons igyo ont donné ijo. Diffigo a pour pendant le pluriel ben- 
vijou « instruments », P. Grég., cornouaillais binvijoit. 

4 Mov. bret. diffiet « (évêché) vacant », Sainte Nonne, 
1742, 3 syll., cf. 1277, = trécorois diviet « épuisé, tari, lassé », 
cf. Rev. Cclt., IV, 151; c'est probablement le sens du nom 
propre Diviet, en 1268 (Rev. Celt., III, 408). Les deux syllabes 
igye sont devenues ici iye, ie (deux syllabes). Correspondant 
phonétique : moy. bret. binhuyou, léon. binviou, tréc. binwio. 
Cf. moy. bret. bekyen «prêtres », auj. id., de * baeleguyen. 

Pour identifier biniou avec binviou, il faudrait admettre que 
le singulier bènny « cornemuse », en moyen breton, ait été tiré 
du pluriel * bennyou, qui lui-même serait pour * benviou, de 
*benviguiou, *benficiou. Le seul argument qui puisse appuyer 
cette explication, c'est le passage de Sainte Barbe, str. 369: 
me benuyo « je ferai de la musique », qui suppose un verbe 
* benùyaff tiré de *benuy' } singulier nouveau extrait du pluriel 
binhuyou. Il semble plus probable que benuyo est pour *bennyo, 
du singulier benny, mais qu'il a subi l'influence analogique du 
mot binhuyou « instruments ». 



//. Le groupe rm. 

Rev. Celt., VII, 150-15 1. M. Loth a montré, Rev. Cell., 
VIII, 172-174, que la seule forme bretonne correspondant au 
gaulois Aremori-ca est arvor « lieu sur le bord de la mer », 
Anuor étant dû à l'influence de la prononciation française; et 
que, d'un autre côté, l'unique forme gauloise attestée par des 
textes anciens était Arcinorica, d'où, plus tard seulement, Ton 
fit Armorica. Ce sont là deux rectifications importantes, que je 
suis heureux d'avoir provoquées de la part de mon savant 
compatriote. 

Mais je dois dire que je ne vois pas encore l'erreur de prin- 



1. J'ai donné, Dict. ètym. du bret. moy., une autre explication; je me 
rallie à celle de M. de la Villemarqué et' je crois maintenant que disycb, 
Nouelou 350, est une faute pour difych, « il manque ». 



574 Mélanges. 

cipe qu'il y a à croire que rm celtique peut donner phonéti- 
quement à la fois ru et rm en breton, par suite d'anciens dou- 
blets avec rm et rmw, quelle que soit d'ailleurs la raison d'être 
de ces doublets. Examinons les faits. 

Quelle raison force à séparer le gallois gwrm « brun », de 
l'irlandais gorm ? Est-ce Ym final ? Mais le nominatif pluriel 
irlandais garni uni, Irische Texte, I, 600, justifie cet m en gal- 
lois et en breton. Est-ce l'existence de variantes worm-, wrm-, 
dans ces deux langages ? Mais ils fortt un si grand emploi 
de ces initiales, qu'un peu d'extension abusive n'a rien 
d'étonnant, même dans les deux à la fois. Certaines formes du 
mot gaou « mensonge », présentent, en breton et en comique, 
une irrégularité absolument semblable (Rev. Celt., VII, 150); 
il faudrait donc aussi séparer gaou de l'irlandais go ? Il s'est 
passé des phénomènes analogues après une gutturale suivie 
d'une liquide. Le tréeorois hroec'h «'en haut », vient de farec'h 
pour cnech, v. irl. enocc. Il ne faut pas attribuer le son w de 
kroec'h (prononcé hrwech, une syllabe) à la survivance de Vu 
du primitif * cuuo-ccos, mais bien à l'influence analogique des 
mots bretons comme grorg « femme », où le son w est régu- 
lier et n'a jamais péri entièrement. L'histoire du moderne 
hroec'h est la même que celle du moyen breton czpeaff « créer », 
vann. croue'ein, L'A., léon. kroui ; moy. brut, croeadur « créa- 
ture », aujourd'hui krouadur, de *cream } *creatur } gall. creit, 
creadur, du lat. crëare, creatura 1 . L'explication donnée de 
croeaff, Éludes grammaticales, 9, ne tient pas compte de cette 
analogie phonétique, dont il y a d'autres exemples modernes 
et anciens, tels que vann. Jcsuss-Croiristt « Jésus-Christ », au- 
tres dialectes et bret. moyen Christ, du lat. Christ us; vann. 
scrouïtur, scruïtur « écriture », P. Grég., moy. bret. scriptur, 
léon. skritur ; moy. bret. scruitoer, scruytouer « écritoire », 
scruiualj « écrire », du lat. scribere ; salocroas « nenni, non », 
litt. « sauf votre grâce », Quiquer, 1690, p. 71, salocroas 106, 
de salo crus 81, salo graçç 1 > } ; salit ô grâce, éJit. de 1626; 



1 . Le Catholicon donne en français la forme croecr pour créer, ce qui ne 
peut être qu'un bretonnisme, de même que haie — bret. bal « crachat », de 
*halv, halo (liai, halo, Grég.) zz: lat. saliva. 



Mélanges. 375 

salv ho graç édit. i6yi(Loth, Annales de Bretagne, III, 247); 
vann. salecrés etsalecroes, P. Grég.; du français grâce. On dit 
aujourd'hui .salokras et, par « étymologie populaire », salud- 
kroas(=« salut, croix»). Cf. Rev. Celt., IV, 102. 

Le gallois cwlm, breton koulm « nœud », se rattache à une 
prononciation semblable à celle du vieil irlandais colmmene. 

Le breton, comique et gallois garni « cri » n'est pas de for- 
mation obscure. C'est le représentant d'un celtique * garmme 
venant de * gar-nie = v. irl. gainn, qui sert d'infinitif au verbe 
gairim « j'appelle », même racine que yYjpyu>. 

Dira-t-on qu'il y a contradiction entre cette étymologie et 
celle du gallois cwrw « bière » = gaulois y.zjzj;.. v.zyj.y., v. irl. 
coirm, cuinn, de * cur-me ? Mais la question est précisément de 
savoir si cette contradiction est un fait. Je le crois, et cette 
antinomie me semble provenir de deux prononciations qui 
ont coexisté à une certaine époque. Quant à demander pour- 
quoi le gallois n'a pas les variantes théoriquement légitimes 
*garw et * cwrm, autant vaudrait demander pourquoi le breton 
n'a pas mois « mouton », comme le comique, à côté de 
maout = v. irl. molt, tandis qu'il a bols « voûte », à côté de 
baot, du bas latin vol ta (Rev. Celt., VII, 152), et pourquoi 
toutes les séries étudiées Rev. Celt., VII, 155-157, ne sont 
pas aussi complètes que celle-ci : bret. orgueil, oryade^ « amou- 
rette », P. Grég.; orchaedis « galanterie coupable » Sainte 
Barbe, 217. 

Le vann. arnierhein « ménager » — gall. arnierthu « pour- 
voir » semble bien formé du préfixe ar ; ci. léon. mer^out 
« apercevoir », diver^ « imperceptible » P. Grég. 

Voici quelques autres mots bretons intéressés dans cette 
question de l'histoire de nn : 

Helw.oï « s'accouder », helmoùer « accoudoir », pi. eu, 
P. Grég.; helmoi, bel/nouer, m., plur. ou, Le Gonidec ; cf. 
anglais elbow « coude », elbow-chair « fauteuil », allemand 
ell(en)bogeu « coude », ellenbogenpolster « accoudoir ». Le mot 
breton semble d'origine germanique, quoique manquant aux 
dialectes celtiques de la Grande-Bretagne ; il serait ainsi dans 
le même cas que/;™/-/ « consoler », Rev. Celt., VII, 153, et 
scal « rasoir » Rev. Celt., VIII, 35. 



$76 Mélanges. 

Térmal « ahaner », vann. fermai, fermein, P. Grég.. Pcll., 
auj. fermai « être essoufflé, haletant » ; du français, cf. frimer. 

Fourondec « fromage », Catholicon ms et éd. a, fouloudec 
Cath. b et c (forme répétée deux fois dans chacune de ces 
deux éditions), du bas latin formai ieitm. L'm s'est ici vocalisé, 
comme dans aluçen « aumône », moy. bret. al usai, gall. 
alwysen, ehtseu, du lat. eleemosxua. 

III. Chansons vannetaises. 

Rev. Celt., VII, 179-180. Cette chanson « Le rossignol » 
est composée de distiques ; chaque vers a treize syllabes, avec 
césure à la septième. 

P. 189-19 1. Voici le sens des premiers couplets de la chan- 
son « Les naufragés » : 

1. Un bâtiment de cinq cents tonneaux, ho! — Un bâti- 
ment de cinq cents tonneaux — A péri dans la rivière de 
Bordeaux. 

2. Il y avait à bord cinq cents matelots, ho ! — Tous ont 
été noyés, sauf quatre. 

3. Vous allez à la maison, moi je n'y vais pas, ho! — 
Vous ferez là-bas mes compliments. 

4. Vous ferez mes compliments, [ho!] — A ma douce Ma- 
rie et à ma sœur Jeannette. 

Sur le troisième couplet, M. Loth observe que « par une 
inspiration fort hardie et dramatique, le chanteur fait parler 
les morts ». Ce serait en effet d'autant plus hardi qu'il le ferait 
sans le dire. Mais cette explication est contestable. D'ailleurs, 
si le chanteur peut paraître évoquer les morts, ou plutôt un 
mort, frère de Jeannette et époux de Marie, c'est probable- 
ment parce qu'il n'a pas su évoquer ses propres souvenirs. La 
chanson en question n'est, en effet, qu'un fragment de celle 
qui se trouve dans les Gwer^iou Brei^-I^el, t. II, p. 174-181. 
Les trois noms propres du texte vannetais se retrouvent, avec 
des emplois différents, dans la version trécoroise. Le navire 
des « Naufragés » se perd dans la rivière de Bordeaux ; Marie 
est la femme et Jeannette la sœur du héros de la chanson ; 
tandis que dans la rédaction qu'a fait connaître M. Luzel, le 



Mélanges. 377 

navire est « chargé de vin de Bordeaux » (la traduction porte, 
par inadvertance, du vin d'Espagne, p. 179); Marie est le nom 
du navire, et Jeannette la femme du capitaine 1 . C'est ce der- 
nier, Jean PArc'hantec, qui prononce ces pathétiques adieux 
qui sont presque identiques dans les deux dialectes. Il les pro- 
nonce à un moment où il voit la mort de près, mais où ce- 
pendant il est encore vivant, puisqu'il finit même par arriver 
au port sain et sauf. 

J'ai recueilli, en 1886, une variante léonnaise de la der- 
nière partie de cette chanson ; mon chanteur, M. Uguen, de 
Lesnéven, âgé de vingt-quatre ans, n'en connaissait que ce 
fragment : 

1 . Martolodet divar ar mor, 
C'houi ia d'ar ger, me ne d-ann ket. 

2. C'houi ia d'ar ger, me ne d-ann ket; 
Grit va goulc'hemenou d'am priet. 

3 . Grit va goulc'hemenou da dud ann ti 
Ha d'am pried paour dreist pep hini. 

4. Lavaret d'ei kas he map da skol, 
Demezi he merc'h d'eunn den a vor, 

5 . Ma talc'h chonch deus komehou he zad 
A zo er mor trivac'h gourât. 

Traduction. 

1. Matelots de sur la mer, — Vous allez à la maison, moi 
je n'y vais pas. 

2. Vous allez à la maison, moi je n'y vais pas 2 ; — Faites 
mes compliments à ma femme. 

3. Faites mes compliments aux gens de la maison, — Et à 
ma pauvre femme plus qu'à personne. 

1. M. Luzel cite, p. 180, une variante tirée d'une version différente et 
où il est question d'un fils du capitaine, qu'on ne pourra empêcher d'être 
« homme de mer, comme son père » ; comparez les couplets sept et sui- 
vants de la version de M. Loth. 

2. Ce vers se trouve dans le Bar^a~Brciz, éd. de 1867, p. 209; il manque 
dans la version trécoroise correspondante recueillie par M. Luzel et publiée 
par M. d'Arbois de Jubainville, Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, 1869, 
p. 621 et suiv. 



378 Mélanges. 

4. Dites-lui d'envoyer son fils à l'école — Et de marier sa 
fille à un homme de mer. 

5 . Si elle se souvient des paroles de son père — Qui est 
dans la mer, à dix-huit brasses 1 . 

Il est probable que l' avant-dernier couplet est altère, et que 
son second vers dit le contraire de ce qu'il devrait dire : « Et 
de [ne pas] marier sa fille à un homme de mer ». Je crois que 
l'auteur du dernier vers a voulu dire « qui sera au fond de la 
mer, alors » (quand on transmettra ses dernières paroles à sa 
famille). 

IF. Expressions vannetaises. 

Rev. Celt., VII, 326, 1. 5, Mistr[ed] « maîtres ». S'il man- 
que quelque chose ace mot mistr, c'est un simple e mi-muet. 
La « Vie des trois rois » est de 174-5 ; le Dictionnaire françois- 
breton ... du dialecte de Vannes, par M. L'A***, daté de Leide, 
1744, donne uniquement au pluriel de mœstre « maître » les 
formes meistre et inistre (cf. Rev. Celt., VII, 101). 

Il est dit (Rev. Celt., VII, 322), que les e correspondant à 
Ye final français, dans le texte de la Vie des trois rois, n'exis- 
tent pas en réalité dans la prononciation. Il serait plus exact 
de remarquer qu'ils ne comptent 'jamais devant une voyelle 
et pas toujours devant une consonne. Ainsi au v. 8 (p. 334) 
(ci) veistre « (le) fiel » compte pour une syllabe devant une 
consonne; au vers 58 (p. 338), incsire « maître » pour une 
syllabe devant une voyelle; et aux vers 11 et 136 (p. 346) 
Mœstre « maître », pour deux syllabes devant une consonne. 
Les autres exemples de cette valeur d'une syllabe donnée à IV 
final, dans cette pièce, sont : atwrse « rechercher », p. 346, 
v. 150; douje « crains! », p. 336, v. 46; cure «or », p. 344, 
v. 127; p. 356, v. 241; élance « encens », p. 354, v. 215 ; 
inourable « honorable », p. 350, v. 170; lausque « laisse! », 
p. 344, v. 117; poble « peuple », p. 356, v. 238; a ~égasse 
« qui apporte », p. 340, v. 84. Les cas où IV ne compte pas 

1 . Cf. Bar~. Br., p. 347, « Il est à trente brasses au fond de la mer » ; 
le passage correspondant dans les Gtveirjou Brei^-lyt, t. 1 (Jann. Skolan) 
contient une idée différente. 



Mélanges. ^jy 

devant une consonne, dans le corps du vers, sont des excep- 
tions assez rares : leine « lire », p. 334, v. 9; élance « encens », 
p. 354, v. 209; né glasque « il ne cherche », p. 356, v. 232. 
A la fin de chaque hémistiche, ïe ne compte jamais (exemples 
à'e au premier hémistiche : Mœstre « Maître », p. 344, v. 110; 
autres mots, p. 342, v. 105 ; p. 350, v. 168; p. 352, v. 188). 
On sait que l'ancienne poésie française avait la même licence. 
Le son final hue ne forme point syllabe dans l'unique passage 
où il n'est pas à l'hémistiche: arihue « arrivé », p. 344, v. 125. 
Il compte pour une syllabe, Bar^a^ Brei~, p. 369, 1. 4 (piue 
« qui », deux lois); p. 383, dernière ligne (morue « mort », 
rime en e); p. 467, col. 2, 1. 5 (marne « morte », devant une 
voyelle). Dans les deux premiers cas, il Faut écrire sans aucun 
doute pihue e bon konfortai, pihue e rei ; dans le troisième, 
marhne peut être pour marhue e « /'/ est mort » ; dans le 
dernier, pour marhuet. 

Tous les exemples de la prononciation de cet e que nous 
fournit la Vie des trois rois appartiennent à des mots qui ne 
sont pas d'origine celtique. Il y a là une influence française. 
Les deux dernières syllabes de a ~égasse « qu'il apporte », 
viennent de -casse « il envoie », correspondant du français « il 
chasse », bas latin captiat.- C'est une prononciation intermé- 
diaire entre celle de chas « chiens » et chose « chasse », tous 
deux du français chasse (= vann. chasse « chiens », chache, 
m., « chasse, terme de marine », casse, m., « mouvement, 
agitation », L'A.; c'est le français vulgaire chasse « chaleur, 
rut »). 

LV français mi-muet donne aussi en breton a (Rev. Celt., 
YIII, 526), an /moy. bret. mandamant, familiarament, Sainte 
Nonne, 49; enorablement Sainte Catherine, 31; vœna gloar 
Quiquer, 1690, p. '166, moy. bret. vaene gloar; syra Sainte 
Nonne, 293, syr P. Grég., vann. sire L'A (cf. comique sira, 
v. franc, sendra, etc.); Glanda Claude, blavèola bluet P. Grég., 
du fr. blavéole (Littré) ; moy. bret. Indaff, finesaff Sainte Cath. 
10; tréc. Annan, Barbah, Radegontan, Jenovefan, vann. Anna, 
Barbe, Radegonde , Jeneveu ; Basil a et Basil, « Basile », P. 
Grég., etc. 

P. 330. A ^rebiergoug béd er grouiss veut dire « depuis le 



$8o Mélanges. 

cou jusqu'à la ceinture >>, et a %rebi er pœnn bcd er grouiss, 
p. 326 « depuis la tête jusqu'à la ceinture ». La même expres- 
sion se trouve plusieurs fois dans le Dictionnaire de L'A.; par 
exemple : « (On prend la sardine... sur la côte de Bretagne), 
depuis Belle-Isle jusqu'à Brest, ... à Tjebu er Guœrvérr béti 
Breste », s. v. sardine. Elle est écrite encore a yebu, s. v. cu- 
lasse (au supplément); à-^rebi, s. v. buste, à qrebu et à %rebi, 
s. v. brisis (au supplément) ; açrebi Galile « depuis la Galilée », 
Aviel rêvé sant Maheu, Londres, 1857 ( c ^- xxvn, v. 55). 
Elle correspond à la locution vulgaire en français du depuis ; a 
veut dire « de », et %rebi, %rebu vient par mutation de *drebui, 
emprunté au français depuis. Pour l'insertion de IV après un 
d initial, cf. vannetais drespétt = « dépit », Rev. Celt., VII, 
334, v. 5 ; on dit à Mûr drillaou « feuilles », de deliou. Pour 
u et i venant de ui français, comparez cundu, f. « conduite », 
P. Grég., vann. a gondi « qui conduit », Rev. Celt., VII, 
334, v. 18. 

P. 342. Le mot hilguannat est une variante de hilguœnnein 
par lequel le Dictionnaire de L'A. traduit « tirailler » ; le sup- 
plément de ce même ouvrage donne le dérivé hilguœnnereah 
« tiraillement ». Peut-être pour *hœlquinnat, dérivé de la 
mesnie Helquin, cf. v. franc, herliquiner, que M. Godefroy sup- 
pose avoir signifié « disputer ». 

P. 348, n. 4. L'emploi du présent au lieu du futur, avec 
le mot « jamais », est assez fréquent en breton moyen et en 
breton actuel : bi^huiquen ne louenhaff « jamais je ne me ré- 
jouirai », Sainte Barbe, 45 ; bikenn n'ho kwelan er bed-tnan 
« jamais je ne vous verrai en ce monde », Giver^iou Brei^- 
I^el, II, 402. Dans ce dernier vers, qui est répété deux fois, 
la rime ne peut être cause du changement de temps; cf. les 
phrases françaises comme « demain je vais chez vous », etc. 

D. Le Pelletier cite, au mot bar%, un dicton à rimes inté- 
rieures, Birvik, birviken Riwal Far~ ne chour^ oui den « jamais, 
jamais Riwal le barde ne se moquera plus de personne ». Ce 
dicton fait allusion à un « ménestrel ambulant » du commen- 
cement du xvi e siècle, cf. H. de la Villemarqué, Bulletin de la 
Société archéologique du Finistère, 1883, p. 14, 15. Il faut lire 
choai\ au présent. De même dans Bikenn n'ho kwel' ma daou- 



M é Linge s. 38 1 

lagad « jamais mes yeux ne vous reverront », Gwer^iou Brei~- 
I^el, II, 398, kiuel n'est pas par apocope pour huelo. 

Le présent' dans le sens du futur se trouve dans d'autres 
expressions comme seul ma% ve~aff « tant que j'existerai », 
Sainte Barbe, 199; cf. 740, v. 1; 386, v. 6, et l'anglais so 
long as I live, allemand so lange ich lebe, etc. 

V. Un z « liquide » en moyen breton. 

P. 235, 1. 6, 7. Ici l'expression nafizy, Poèmes bretons, 261, 
est expliquée par *na%_bi%y « tu n'auras pas ». Le texte est : 
Na fi^y pynvi~yc en nygun. M. de la Villemarqué avait traduit 
« Tu ne seras plus riche » . Je crois que le sens est « Ne te fie, 
ô riche, à" personne ». 

Le vers doit avoir, comme les autres du même poème, huit 
syllabes ; il en a une de trop, si l'on prend fi^y pour la 2 e per- 
sonne du singulier du futur de be^ctff. 

Il faut donc prononcer/^ y en une seule syllabe, avec y demi- 
consonne ; ou plutôt fi~' par % mouillé ou liquide, selon l'ex- 
pression de Le Gonidec dans sa Grammaire. En effet, il y a 
là une première rime intérieure « Na f/~' pynvz'-yc ». C'est un 
ornement fréquent dans cette versification savante, plus fré- 
quent qu'il ne semble au premier abord, car il se rapporte à la 
prononciation, et non à l'écriture: ainsi à la strophe 265, le 
vers Ouen co~ bac ho tat ne patent « ils ne vivront pas aussi 
vieux que leurs pères » se disait certainement comme aujour- 
d'hui « Ken ko^ hak ho ^at ». 

Levers 19 15 de Sainte Nonne est analogue à celui du poème 
qui nous occupe ; c'est Na fi~i quel aman bed an hoa% « ne te 
fie pas au lendemain ici-bas ». Il doit avoir huit syllabes, par 
conséquent Jî~i est un monosyllabe, comme le^y en question. 

Une troisième façon d'écrire le même mot est fi~, qui se 
trouve dans le Mirouer de la Mort, f° 3 , au sens de « il se fie » 
(en, dans) r . 

E. Ernault. 

1 . Je dois la connaissance d'une copie partielle de cet ouvrage en moyen 
breton à une obligeante communication de M. le vicomte H. delà Ville- 
marqué. 

Revue Celtioue, IX. 25 



382 Mélanges. 



X. 



NOTES SUR LE VOLUME VIII DE LA 
REVUE CELTIQUE. 

P. 16, n. 1. Le gallois ys gwir veut dire « c'est vrai », de 
*iss wir, pour *esti vtron. Il est impossible d'identifier ce mot 
ys « il est », v. gall. iss, is, v. bret. is, avec le moyen breton 
e.~, particule qui, placée devant un adjectif, en fait un adverbe; 
car le ^ ici est bien certain. Il y avait en moyen breton un 
autre mot ayant absolument la même fonction que e%; c'est 
ent, cf. le breton moderne end-eùn « précisément » ; en vieux 
breton int = grec xrJ. (Stokes). Le moyen breton e~ vient 
sans doute de *eth = *ett pour, ent; comparez le doublet 
moyen breton e%a et enta « donc » (enta existe encore en van- 
netais). C'est ainsi qu'en gallois ewythr « oncle » répond au 
breton eohtr, dugaul. *avuntros= lat. avunculus pour *avuntlos. 

On peut citer, comme exemple d'assimilation de nasale, 
donnant lieu à une aspirée, le vieux breton truch, gl. obtusi, 
d'où aujourd'hui troue ha « couper », du lat. truncus ; et peut- 
être le v. bret. cofrit = moy. bret. queffret « ensemble », de 
* copprit pour * comprit = moy. bret. compret « prendre » (de 
*com-bri-t, *com-bre-i). Le b du v. gall. ameibret = gall. mod. 
amgyffred « comprendre » peut représenter ph, comme à re- 
présente th dans le v. gall. henoid « cette nuit » ; *-ciphret, auj. 
cyffred « comprendre », de compret, équivaudrait à v. gall. ci- 
thremmet, gl. libra, de * con-irum-; gall. mod. cythrawl = bret. 
kontrol, v. bret. control-, du lat. contrarïus, etc. 

Au doublet breton enta-c^a « donc », on peut comparer en 
gallois cethrëu « pousser » — canre « poursuite », cf. bret. 
cantren, participe cantreet « courir ça et là », Pell., moy. bret. 
quant ren « fureur » ; vann. cantrecin « hanter », L'A. 

P. 30. Le correspondant du vannetais maleu « béquilles » 
existe en Goello, à Pléhédel, sous la forme malou. 

P. 34. Le latin' âlum « ail sauvage », vient de *anshm se- 
lon M. Brugmann, Grundriss der vergleichenden Grammatik der 
indogermanischen Sprachen, t. I, Strasbourg, 1886, p. 177. 



Mélanges. 38$ 

P. 36. Le Gonidec donne geler, m., plur. iou « tréteaux (fu- 
nèbres) », mais en annonçant qu'il ne connaît ce mot que par 
D. Le Pelletier, qui l'écrit ghelher. J'ai entendu ar c 'bêler, dans 
une chanson populaire du Léon : Penn ar c'heler eo daoulinet 
« il s'est agenouillé près de la bière ». Cette forme indique 
un féminin, genre du gallois (g)elor. 

P. 36, 1. 8, lisez *callu-ccos. 

P. 80-81, n. 10; p. 92, 1. 2. Le moyen breton onestant est 
aujourd'hui enostant (Trévérec, etc.) par exemple dans le pro- 
verbe 

Enostant d'ar vest 
Moderasion ve onest 

« Malgré la fête » (c'est-à-dire l'abondance et la bonne qua- 
lité de la nourriture) « il est bon de se modérer » ; formule 
usitée à Saint-Gilles-les-Bois pour refuser poliment ce qui est 
offert à table. 

P. 162-163. Les curieux fragments en moyen breton que 
M. Loth fait connaître sont à peu près dans le même état que 
les premières pages de Sainte Nonne, Rev. Celt., VIII, 230- 
240 ; c'est dire qu'ils auraient besoin d'une médication éner- 
gique, mais d'un autre côté l'absence d'un contexte suffisant 
oblige à les traiter avec prudence. 

Il semble probable que ces deux fragments appartiennent à 
la même pièce, puisqu'ils contiennent tous les deux le nom 
propre Jahanic ; et c'est le n° 1 qui devait terminer cette pièce, 
comme l'indique la formule finale. Etudions-les dans cet 
ordre. 

(II, 1. 1) nep bezoet gay 

.. diffalas ? em casser 

men : er a ober joyae 

Il est possible que nep bezoet soit pour hep be^out. La seconde 
ligne est analogue à diblas en caset « vous le haïssez cruelle- 
lement », Grand Mystère de Jésus, 119, v. 3; diffalas est pour 
diffalas, voyez Dictionnaire étymologique du breton moyen, s. v. 
diblas. 



384 Mélanges. 

Les lignes 2 et 3 peuvent ne foire qu'un vers, la finale du 
premier hémistiche, casser, rime régulièrement avec deux syl- 
labes suivantes dont une est l' avant-dernière du vers: men: 

er a ober joyae (ce mot, = joae, rime très bien avec gay = 
gae). 

Traduction : « sans(?) être gai 

. . on me hait cruellement 
(?) de me réjouir ». 

(1. 4) .. Jahanic me oz pet 

tavarnen na hoateit quet 
. a palamour den davarn 
. a : er bedis ouz ho barn. 

Ce couplet diffère du précédent ; il est composé de quatre 
vers rimant deux à deux et sans rimes intérieures. 

Peut-être tavarnen est-il pour tavarnen, pluriel vannetais, 
et hoateit pour bantett. Le commencement des deux dernières 
lignes pouvait être [rac] a palamour et [<•///]#[//] er bedis. Er se- 
rait l'article; pour IV, cf. 1. 6, den davarn; pour Yr, cf. 1. 14, 
er bet. 

Trad. « .. Jahanic, je vous prie, 

ne hantez pas les cabarets ; 
[car] à cause du cabaret 
les gens vous jugent (litt. sont à vous juger) » . 

La traduction proposée par M. Loth « les habitants du 
monde vont hors de leur jugement » suppose une autre resti- 
tution, (/-] a er bedis. Mais ou% voulant dire en moyen breton 
« contre, envers, à », et non « hors de », le sens serait : « les 
gens vont à leur condamnation ». 

(1. 8) ..' al merch flam en pep amser 

... casser en lion bro ny 
. . . quement den a so en h y 
[bras] ha bihan a pet gant hi. 



Mélanges. 38$ 

Ici reparaissent les rimes intérieures. Un troisième système 
est employé pour l'arrangement des rimes finales ; amser rime 
avec le couplet suivant. 

Trad. «... fille pure en tout temps 

... on hait(?) dans notre pays; 
... tous les gens qui y sont 
[grands] et petits prient pour elle » . 

On disait en moyen breton, par exemple pi 'dif gant an anaj- 
fuon « prier pour les défunts », Sainte Nonne, 1267, comme 
on dit aujourd'hui pidcin gahd an anaon. 

(1. 12) [Fur ?] nez mat ha habaster 

hanet en pep amser 

... ha lavenez er bet man 

Trad. « sagesse (?) et patience 

... et pur (?) en tout temps 
... et joie en ce monde ». 

(I, 1. 1) de nep a amao... 

ha deze ol gotib[unan] 
nep a solicita en dra. 

Il faut corriger au derniers vers solicita en solicito, cf. ap- 
presset pour oppresset, Rev. Celt., VIII, 232, note 1 1 ; et en 
en an, cf. ibid., n. 5, et p. 80, 1. 5,6. Les lignes 2 et 3 de ce 
fragment semblent ne faire qu'un vers, où gotibunB.H rime 
avec an; comparez le premier couplet de l'autre fragment. 

Trad. « à celui qui .... 

et à eux tous, sans exception, 

qui solliciteront la chose ». 
(1. 4) adieu Jahanic deffet 

an autru doe ro si[cou]ro 

Jésus map doe roey en ... 

roz sicoro ouz ho tiege. 
Amen. 



$ 86 Mélanges. 

La forme autru serait un indice du dialecte vannetais, s'il 
n'était probable que sa finale rime avec sicow.ro. Le mot roey 
est pour roe, cf. edoay « il était », Rcv. Celt., VIII, 92, 1. 31, 
= edoa, p. 78, 1. 13, etc. Dcffct, s'il n'est pas pour en effet, 
pourrait être le franc, de fait, voy. D/V/. étym. du bref, moy., 
s. v. defaet. Rimes intérieures : adieu (adeo), defïet, cf. Sainte 
Nonne, 1074; autr(o)u, sicou.ro; doe, roey. Le système 
des rimes finales n'est pas facile à déterminer. 

Trad. « adieu, Jahanic, certes (?) 

que le seigneur Dieu vous aide, 
que Jésus fils de Dieu, roi de ... [... ant). 

vous soulage de votre ... (ou vous aide, en vous 
Amen ». 

P. 230, n. 6. La restitution conjecturale des trois premiers 
vers n'est pas exacte, car si le troisième finit par detry il faut 
que les deux premiers soient en et; lisez Autrone^ parfet Dcoch 
e% vexp net 1 

P. 271, v. 434. Au lieu de « Il parlera si bien, que je ne 
puis l'exprimer (?) », lisez : « Si bien qu'il dira franchement : 
Je ne puis prononcer une parole » . Cette correction est due à 
M. Loth, Annales de Bretagne, III, 65. 

P. 370-374. Ce jeu gallois est la mise en scène d'une ran- 
donnée bien connue en français ; j'ai entendu chanter ainsi la 
finale de chaque couplet : 

Ah ! ah ! tu sortiras, biquon, biquette, 
Ah ! ah ! tu sortiras de ces choux-là ! 

Cf. Julien Vinson, Le folk-lore du pays basque, Paris, 1883, 
p. 216-220 : 

« La mort est venue là — ■ pour tuer le boucher ; — la 
mort (tue) le boucher, — le boucher le bœuf, — le bœuf l'eau, 
— l'eau le feu, — le feu le bâton, — le bâton le chien, — le 
chien le loup, — le loup le bouc, — le bouc le maïs : — ôtez 
le bouc, ôtez, ôtez ! — le maïs était à nous ». 



Mélanges. 387 

Comparez aussi les randonnées publiées par M. E. Rolland, 
Rimes et jeux de l'enfance, Paris, 1883, p. 115-118 et 124-125 : 

« ... le chat a pris la souris; — la souris a rongé la cour- 
roie ; — la courroie a lié le bœuf; — le bœuf a bu la rivière; 
— la rivière a éteint le feu ; — le feu a brûlé le bâton ; — le 
bâton a fessé le chien; — le chien a aboyé le loup ; — le loup 
a mangé Pété — qui était dans le bois et qui ne voulait pas 
s'en venir » (Maine). 

« Je te vends la mort qui a pris le boucher qui a pris la 
masse pour tuer le bœuf qui a bu l'eau qui a éteint le feu qui 
a brûlé le bâton qui a tué le chien qui a tué le chat qui a 
mangé le rat qui a mangé la souris » (Loiret). 

P. 372, n. 3. La forme bac' h « bâton », dans un document 
populaire qui contient le mot cas « chat », est remarquable, 
mais c'est un emprunt au dialecte de Vannes. Ceci n'a rien 
d'étrange, dans un pays où le cornouaillais est si voisin du 
vannetais; d'autres formes du même genre, quoique moins 
accusées, sont, dans ce texte, l'article en, er, eideit « venez ». 

P. 384 « [r]PÀ2EA02 ? », voyez Rev. Celt., VII, 106-108. 
Il y a bien des inconvénients à mettre, dans une liste de 
noms gaulois, tous les mots au nominatif; cela préjuge la 
question d'interprétation. 

P. 403, 1. 5, 22 avril, lise% 20 mâl - 

P. 486, v. 19 10, lisez pnsoniet en bet man. 

P. 550, lisez roiau « des bêches ». 



E. Ernault. 



XL 



LE CHAR DE GUERRE DES CELTES DANS QUELQUES 
TEXTES HISTORIQUES. 

§ I. — Les Grecs et les Romains. 

Combattre à cheval est chez les Européens un usage relati- 
vement récent. Les chars de guerre ont précédé la cavalerie. 



3 88 Mélanges. 

Dans Y Iliade, le char de guerre porte deux hommes : le cocher, 
■fjvisyéç 1 , et le guerrier, r.oiçx'M-zrfc 2 , ou h-zj;>, et la dernière 
de ces expressions, employée au pluriel, peut comprendre avec 
les guerriers les cochers 4. 

A l'époque historique en Grèce, le char de guerre est aban- 
donné, et le cheval de guerre n'est plus une bête de trait, il 
est monté par un guerrier; mais en l'an 424 av. J.-C, on con- 
servait encore en Béotie le souvenir de la tactique ancienne 
par une dénomination caractéristique : la troupe d'élite des 
3éotiens se composait de trois cents hommes qu'on appelait en- 
core tyioyci et zap6i-;c. et qui passaient en tète du reste de 
l'armée 5 comme autrefois leurs homonymes dans Y Iliade 6 . 

A Rome, le seul souvenir du char de guerre, que les insti- 
tutions eussent conservé, était, semble-t-il, l'usage du char 
dans la pompe triomphale; c'était dans un char que le général 
vainqueur s'avançait vers le Capitole. Dès les époques les plus 
anciennes, eques paraît avoir signifié « cavalier » et non 
« guerrier combattant en char », comme le grec i—EJr. Il est 
vaisemblable que ce phénomène est purement apparent, il a 
pour cause l'état fragmentaire dans lequel nous sont parvenus 
les plus anciens monuments de l'histoire romaine et les re- 
touches que ces monuments ont subies avant d'arriver jusqu'à 
nous. 

Nous sommes plus heureux pour la race celtique. Comme 
dans Y Iliade, c'est en char qu'apparaissent les guerriers dans la 
plus ancienne littérature épique de l'Irlande. La mention de 
l'équitation est dans cette littérature un des indices d'une com- 
position relativement récente. Les historiens grecs et les his- 
toriens romains sont d'accord avec la littérature épique irlan- 
daise pour constater l'usage du char de guerre chez' les Celtes 
dans l'antiquité. 



1. Iliade, V, 580; XI, 45; XXIII, 132. 

2. Iliade, XXIII, 132. 

3. Iliade, XI, 52; XXIII, 135. 

4. Iliade, XV, 2 58,, 270. 

3. Diodore de Sicile, V, 70, § 1 ; édition Didot, t. I, p. 455; cf. Adolf 
Bauer, dans l'Encyclopédie d'Ivan Mùller, t. IV. r e partie, p. 296. 

6. Iliade, XXIII, 132-133. 



Mélanges. 389 

Toutefois, comme ces textes antiques grecs et latins se rap- 
portent à des populations celtiques auxquelles le contact avec 
les Grecs et. les Romains, avait appris les inconvénients du 
char de guerre, ils nous montrent chez les Celtes la cavalerie 
concurremment avec ce char.. 

§ II. — Les Gaulois d'Italie. 

La bataille de Sentinum, 295 avant J.-C, est la première 
des batailles livrées par les Romains aux Gaulois dont le récit 
semble autre chose qu'une œuvre d'imagination. Tite-Live 
emprunte probablement son récit à Fabius Pictor; celui-ci, né 
trente ans après cette bataille, avait pu s'entretenir avec des 
témoins oculaires. Or, suivant l'historien romain, les Gaulois 
y avaient une cavalerie, equiiatum l , et des guerriers montés 
sur des chars de guerre, essedis carrisque superstans armatus 
hostis, le bruit que faisaient les chevaux et les roues de ces 
chars effraya les chevaux des cavaliers romains 2 . Ces chars 
étaient, dit-on, au nombre de mille 3. Un détail caractéristique 
qui nous est donné par Tite-Live semble bien indiquer l'em- 
ploi d'une source originale par cet écrivain. Avant le récit de 
la bataille, Tite-Live dépeint l'arrivée des cavaliers gaulois : 
vainqueurs dans une première rencontre, ces cavaliers por- 
tent suspendues au poitrail de leurs chevaux ou fixées au 
bout de leurs lances les tètes des légionnaires qu'ils ont tués 
et ils chantent des hymnes 4. Ils furent vaincus. 

Au récit de la bataille de Sentinum, il est curieux de com- 
parer celui de la bataille de l'Allia, qui n'est qu'une amplifi- 
cation de rhétorique. Evidemment Tite-Live ne connaissait de 
la bataille de l'Allia que le nom, la date et le résultat), tandis 
qu'en écrivant son tableau de la bataille de Sentinum, il avait 
sous les yeux un récit détaillé dû à un auteur plus ancien. 
A la bataille de Télamon, en 225, les Gaulois avaient, outre 



1 . Bis avertere Gallicum equitatum, Tite-Live, X, c. 28, § 8. 

2. Tite-Live, X, c. 28, § 9. 

3. Tite-Live, X, c. 30, § 5. 

4. Tite-Live, X, 26. 

5. Tite-Live, V, 38; ci'. Plutarque, Camille, 18. 



390 Mélanges. 

cinquante mille fantassins, vingt mille guerriers, tant à cheval 
qu'en char 1 ; mais ils se défiaient de leurs chars qui, à Sen- 
tinum, n'avaient pu leur assurer la victoire, ils ne les lancè- 
rent pas contre l'armée ennemie; ils les partagèrent en deux 
groupes qu'ils placèrent l'un à. droite, l'autre à gauche du 
corps de bataille 2 . Malgré cette précaution, ils ne furent pas 
plus heureux qu'à Sentinum. 

En 222, à la bataille de Clastidium, ils ne semblent avoir 
mis en ligne aucune troupe de guerriers montés sur des chars. 
Plutarque, reproduisant plus complètement que Polybe le récit 
de Fabius Pictor, nous parle de leur cavalerie plus nombreuse 
que celle des Romains 3 et de l'infanterie mêlée à cette cava- 
lerie 4. De chars de guerre il ne dit mot. Toutefois, nous sa- 
vons qu'à cette bataille le roi Virdumarus était en char : ce 
fut du haut d'un char qu'il menaça de son gresum le consul 
Claudius Marcellus. Celui-ci, qui était à cheval, prévint son 
adversaire, le frappa d'un premier coup de lance, le renversa, 
puis lui donna deux autres coups dont le dernier fut mortel >. 
C'est, je crois, le dernier exemple connu d'un Gaulois com- 
battant en char en Italie. 

§ III. — Les Gaulois en Grèce. 

Dans la péninsule des Balkans, les Gaulois arrivèrent avec 
des chariots, mais ce n'étaient probablement point des 
chars de guerre. Lors de l'expédition contre Delphes, en 279, 
Brennus avait, dit-on, cent cinquante mille fantassins, dix mille 
cavaliers et deux mille chariots destinés, semble-t-il, au trans- 
port des bagages. Voilà ce que nous apprend Diodore de 
Sicile, et celui-ci nous donne vraisemblablement un arrangement 
du texte de Timée, auteur contemporain de cette guerre célèbre 6 . 

Nous devons à Pausanias un autre arrangement du texte de 

1. Polvbe, 1. II, c. 23, §4, édition Didot, p. 84. 

2. Polybe, 1. II. c. 28, § 5, éd. Didot, p. 88. 

3. Plutarque, Marcellus, c. 6, § 5, édition Didot, p. 359. 

4. Plutarque, Marcellus, c. 7, § 4, édition Didot, p. 360. 

5. Plutarque, Marcellus, c. 7, § 2, édition Didot, p. 359; cf. Properce, 
livre IV, élégie 11, v. 39-44. 

6. 'A^xÇûv v.-j/'./.i'tov. Diodore. 1. XXII, c 9, edit . Didot, t. II, p. 457-438. 



Mélanges. 391 

Timée ; les chariots y sont négligés. En effet, suivant Pau- 
sanias, l'armée gauloise se composait de cent cinquante-deux 
mille fantassins et de vingt mille quatre cents cavaliers 1 . En 
combinant la rédaction de Diodore avec celle de Pausanias 
et en les complétant l'une par l'autre, on peut arriver à ce ré- 
sultat que Timée attribuait à Brennus cent cinquante-deux 
mille fantassins, vingt mille quatre cents cavaliers et deux 
mille chariots. Pausanias a négligé les deux mille chariots 
qu'il considérait comme peu intéressants au point de vue stra- 
tégique; Diodore, afin de donner des chiffres ronds, a écrit 
pour les fantassins cent cinquante mille au lieu de cent cin- 
quante-deux mille, et pour les cavaliers il en a supprimé 
quatre cents. Quant à dix mille, [/.ùpHûv, chez le même Dio- 
dore, c'est une faute de copie pour Siap/jpiwv, vingt mille. 

Dans l'armée de Brennus, en 279, la cavalerie gauloise 
avait une organisation dont il n'est question nulle part ailleurs. 
Chacun des vingt mille quatre cents cavaliers était accompagné 
de deux domestiques à cheval, en sorte que l'effectif réel de la 
cavalerie était triple de l'effectif nominal et comprenait 
soixante et un mille deux cents hommes et autant de chevaux. 
Cette organisation spéciale de la cavalerie gauloise est un ré- 
sultat de la suppression du char de guerre. Le cocher qui ac- 
compagnait le guerrier sur le char est doublé d'un aide, et 
tous deux montent à cheval comme leur maître. 

$ IV. — Les Gaulois dans la Gaule transalpine et dans les Iles-Britanniques. 

Quand Posidonius fit son voyage dans le sud de la Gaule 
transalpine, c'est-à-dire peu après l'année 100 avant notre ère, 
il trouva dans ce pays, qui devait être un jour la France méri- 
dionale, des corps de troupes combattant en char. Chacun de 
ces chars portait un cocher et un guerrier. Le guerrier lançait 
son javelot du haut du char, puis il mettait pied à terre pour 
se battre à l'épée. Nous lisons l'exposé de cette tactique chez 
Diodore de Sicile, qui l'a tiré de Posidonius comme le reste de 
sa description des mœurs gauloises 2 . Il y a un exemple célèbre 

1 . Pausanias, livre X, c. 19, § 9; éd. Didot, p. $16. 

2. Diodore, 1. V, c. 29; édition Didot, t. I, p. 271. Cf. Strabon, 1. IV, 



392 Mélanges. 

du char de guerre chez les Gaulois de la Transalpine à une 
date peu antérieure à celle où écrivait Posidonius. Nous vou- 
lons parler du char où combattit le roi des Arvernes, Bituitus, 
le 8 août 121. En cette journée, Bituitus fut vaincu par le 
consul Q. Fabius Maximus 1 . L'année suivante, Fabius obtint 
les honneurs du triomphe, et, dit Florus, Bituitus y figura, 
assis sur son char de guerre, qui était d'argent 2 . 

Les savants travaux de M. Alexandre Bertrand sur les chars 
de guerre dans les sépultures gauloises ont donné à Diodore 
de Sicile et à Posidonius une éclatante confirmation. 

Quand César arriva dans la Gaule transalpine l'an 58 avant 
notre ère, il n'y trouva pas de chars de guerre. L'usage en 
avait disparu. Les troupes gauloises se composaient exclusi- 
vement de fantassins et de cavalerie. Mais le char de guerre 
était encore usité en Grande-Bretagne. Les Bretons avaient à 
la fois et des cavaliers et des essedarii>, c'est-à-dire des guer- 
riers qui combattaient sur des esseda* ou chars. Suivant l'au- 
teur des Commentaires, le roi breton Cassivellaunus aurait eu 
sous ses ordres en l'an 54 avant J.-C. environ quatre mille es- 
sedarii 5, c'est-à-dire deux mille chars de guerre, à deux hom- 
mes par char, en comptant le cocher avec le guerrier. C'était 
le double du nombre de chars que les Gaulois avaient mis en 
ligne contre les Romains à Sentinum 240 ans plus tôt. Suivant 
Tacite, au temps d'Agricola (78-84), c'est-à-dire plus d'un siècle 
après César, l'usage du char de guerre persistait chez quelques 
nations bretonnes 6 . 

Le char de guerre apparaît souvent plus tard dans la plus 
ancienne littérature épique de l'Irlande. C'est en char que nous 
y voyons toujours combattre les guerriers. Le cavalier n'in- 



C. 5,§ 2, éd. Didot, p. 166, 1. 37-38: -:ô; oï ~o : j; -oÀsWj; [ïlpi-TH/O:] 
a-ïjvai; y '.ilivu: to Tzkiov, v.x^xr.ip /.a: KsXxàiv evtoi. 

1 . Mommsen, Roemiscbe Gescbicbte, 6 e éd., t. II, p. 162. 

2. Argenteo carpento qualis pugnaverat. Florus, livre I, c. 36 (111, 
2, édition Iahn, p. 39, 1. 26-28). Cf. Acta triumpborum Capitolina, dans le 
Corpus inscriptionutn latinatum, t. I, p. 460. 

3. De bello gallico, IV, 24; V, 13, 19. 

4. De bello gallico, IV, 33 ; V, 9, 16, 17. 

5. De bello gallico, V, 19 

6. In pedito robur : quaedam nationes et curru praeliantur. Agricole, 12. 



Mélanges. 395 

tervient dans les monuments de cette littérature que par l'effet 
d'additions .postérieures aux rédactions primitives. Le char de 
guerre dans l'épopée irlandaise, comme dans Ylliadc, et chez 
Posidonius, porte deux hommes : le guerrier et le cocher 1 . 

H. d'Arbois de Jubainville. 



XII. 

UNE VERSION INÉDITE DU PÉRÉDUR GALLOIS. 

A l'occasion du Pérédur gallois récemment donné par 
M. Kuno Meyer, il y a une observation à faire que je n'ai 
point vue dans les comptes rendus publiés sur ce livre. C'est 
que M. Kuno Meyer a ignoré l'existence d'un autre ms. où se 
trouve également ce texte. Pourtant la collation de ce ms. lui 
aurait permis d'établir plus sûrement son texte et aurait donné 
à son édition une valeur originale. 

Nous présentons cette observation comme renseignement, 
non comme critique adressée à M. Kuno Meyer. En effet, les 
mss. gallois se rencontrent surtout dans des collections parti- 
culières, et si des catalogues sommaires — très sommaires — 
des principales de ces collections ont été publiés autrefois dans 
diverses revues, les découvertes récentes d'anciens mss. gal- 
lois ont le plus souvent passé inaperçues. 

En janvier 1876, l' Archœologia Cambrensis (4 e série, t. VII, 
p. 79) annonçait que parmi les mss. de la vente de Brony- 
rhwylfaen 1875, mss. acquis par M. Breese, se trouvait un ms. 
contenant « quatre Mabinogion qui ne figuraient pas dans le 
recueil de Lady Guest ». Nous écrivîmes aussitôt à M. Silvan 
Evans pour avoir des renseignements plus circonstanciés. Il 
nous répondit que ce ms. contenait cinq Mabinogion : Bown 
oHamtwn; — Peredur ab Efrog; — Caer yr Anrhyfeddodau a 
Gwiddonod Cacvloau; — Ysloria Ysgan ab Asgo ; — SelyJ a 
Marcholff. 

1. Le char de guerre assyrien porte trois et quatre personnes. G. Perrot. 
et Ch. Chipiez, Histoire de l'art dans l'antiquité, t. II, p. 463, 491, et pi. X. 



394 Mélanges. 

C'est-à-dire : 

i° Beuve d'Hamton; 

2° Pérédur fils d'Efrog; 

3° La ville des merveilles et les sorcières de Gloucester 
(histoire qui est probablement le développement d'un épisode 
de Pérédur); 

4° Histoire d'Ysgan fils d'Asgo; 

5° Salomon et Morolf (ce dernier texte est incomplet). 

M. Breese, à son tour, est mort en 1881, et en annonçant 
sa mort dans la nécrologie de cette Revue (t. V, p. 156) nous 
disions : « il laisse une belle collection de livres et de ma- 
nuscrits gallois : les journaux du pays expriment l'espoir que 
cette collection sera acquise par un établissement public ». 

Cet espoir n'a pas été réalisé, car nous recevons le cata- 
logue de vente de la bibliothèque de M. Ed. Breese qui doit 
se disperser aux enchères à Londres, le 31 mai 1888. Ce ca- 
talogue rie ressemble en rien aux catalogues faits avec tant de 
soin par nos libraires-experts de Paris et qui gardent une va- 
leur bibliographique après la vente. Le catalogue de la vente 
Breese est des plus succincts et les manuscrits y figurent pêle- 
mêle avec les livres. Nous croyons pourtant y retrouver le 
manuscrit en question dans ce titre, malgré la date récente 
qu'on lui attribue : 

N° 214. Mabinogion or Juvénile Talcs in Welsh. Mamis- 
cript. 1844. 

Il sort encore de temps à autre des vieilles bibliothèques, sinon 
des mss. complets, au moins des feuillets d'anciens mss. gallois. 
Au mois de septembre dernier (1887) nous avons vu chez un 
libraire de Galles du Nord plusieurs feuillets de mss. gallois 
qui nous ont paru être du xv e siècle; ce n'étaient malheureu- 
sement pas des Mabinogion, mais des textes religieux. Le li- 
braire n'a pas voulu du reste nous en dire un prix; car il les 
réservait à un bibliophile qui a dû les lui acheter depuis. 

H. Gaidoz. 



BIBLIOGRAPHIE. 



South Kensington Muséum art handbooks. — Early Christian 
Art in Ireland by Margaret Stokes, avec cent six gravures sur bois, 
publié pour le comité du Conseil d'Education, par Chapman et Hall, 
h Henrietta Street, Covent Garden, 1S87, in-8, xvi-210 pages. 

Ce charmant volume est un résumé de l'histoire des arts en 
Irlande depuis l'introduction du christianisme jusqu'à la con- 
quête anglo-normande et l'importation de l'architecture et de 
l'écriture gothique. On peut y distinguer quatre parties, la 
première traite des manuscrits et 'principalement de leurs mi- 
niatures, la seconde des objets métalliques, la troisième de la 
sculpture sur pierre, la quatrième de l'architecture. 

La première partie consiste en une étude sur les plus an- 
ciens manuscrits en écriture irlandaise conservés tant dans les 
Iles-Britanniques que sur le continent. M le Stokes résiste cou- 
rageusement à la tendance générale qui porte ses compa- 
triotes à exagérer l'ancienneté de leurs manuscrits ; cependant 
je- penche à croire que certains de ces manuscrits sont encore 
moins anciens que le savant auteur ne l'admet. Il me semble 
que, par exemple, le livre de Kells ne remonte pas à la fin 
du vii e siècle, et qu'il ne peut être antérieur au IX e . 

Parmi les objets métalliques dont traite la seconde partie, 
on remarque en premier lieu les cloches, d'abord en fer forgé 1 , 
à commencer par celle de Saint-Patrice, V e siècle, puis en bronze 
fondu depuis le X e siècle. Un certain nombre de cloches en fer 
forgé étaient considérées comme des reliques et conservées 

1 . Il en existe encore cinquante-six en Irlande. 



3 9 6 Bibliographie. 

dans des châsses, et six de ces châsses existent encore aujour- 
d'hui : elles ont été fabriquées du x e au xn e siècle. 

La belle époque de l'orfèvrerie irlandaise commence, sui- 
vant JVl le Stokes, au vn e siècle et finit avec le ix e ; à cette pé- 
riode appartiennent la broche de Tara et le calice d'Ardagh. 
Les boites de livres {cumdacl}) en orfèvrerie paraissent posté- 
rieures à cette période, les .plus anciennes qui subsistent 
datent du xi e siècle, et les textes n'en .mentionnent point qui 
aient été fabriquées avant les dernières années du ix e . Les 
plus anciennes crosses épiscopales ou abbatiales ne sem- 
blent pas remonter au delà de la fin du x e siècle ou du com- 
mencement du xi e . S'il y a une exception, elle est unique, 
c'est la crosse de saint Berach qui est une canne d'if couverte 
de bronze, elle est sans valeur artistique. La plus belle des 
crosses d'Irlande est celle de l'abbaye de Clonmacnois con- 
servée au musée de l'Académie d'Irlande. 

M le Stokes ne cite que trois reliquaires et une croix de pro- 
cession antérieurs à la conquête anglo-normande, quant aux 
reliures de livres en orfèvrerie de la même époque, on n'en a 
guère que des débris. 

Les monuments de la sculpture consistent en tombes, en 
autels et en croix monumentales. Ces croix ont souvent une 
valeur artistique, on en compte quarante-cinq. M !e Stokes 
donne de treize d'entre elles une description détaillée. 

L'architecture irlandaise débute par les dolmen qui parais- 
sent abriter pour la plupart des sépultures par inhumation. 
Viennent ensuite les tumuli qui, quelquefois, recèlent dans 
leurs flancs de vastes chambres ; ce sont des sépultures par 
incinération qu'on y trouve, des urnes y renferment les cen- 
dres des morts. Dans les chambres des tumuli les parois sont 
décorées de figures variées, parmi lesquelles on chercherait inu- 
tilement la divergent spiral ou le trumpet pattern, caractère dis- 
tinctif de la décoration celtique dès le n e siècle avant J.-C, 
suivant M le Stokes (p. 73, 121, 147-148), et qui restèrent en 
usage en Irlande jusqu'au commencement du xi c siècle. 

Dans l'architecture chrétienne d'Irlande, on peut distinguer 
trois époques: la première ne connaît ni l'usage du mortier ni 
la taille de la pierre. La seconde époque commence au vi% au 



Bibliographie. 397 

vii e ou au vin e siècle et se termine dans le courant du xi e . 
Elle comprend des édifices composés d'une seule chambre sans 
distinction architecturale entre le chœur et la nef, et à partir 
du x e siècle on leur adjoint une tour ronde en maçonnerie 
qui est à la fois un clocher et un donjon. Au XI e siècle, on 
commence à construire des églises romanes imitées de celles 
du continent. 

Le livre de M le Stokes résumant sous la forme d'un ouvrage 
élémentaire les nombreux travaux et la science acquise par la 
longue pratique archéologique du savant auteur, se recommande 
à l'attention de toutes les personnes qu'intéresse en général 
l'histoire de l'art en Europe et spécialement l'histoire de l'art 
dans les régions celtiques. 

H. d'Arbois de Jubaix ville. 

Ernst Windisch. Ueber die Verbalformen mit dem Cha- 
racter 9* im Arischen. îtalischen und Geltischen (Abhand- 
lungen der philolog.-histor. Classe der Kœnigl. Saechs. Gesellschaft der 
Wissenschaften, p. 447-512). Leipzig, Hirzel, 1887, 66 p. in-4; prix: 
3 mark. 

Un des principaux traits communs à la fois aux langues 
celtiques et aux langues italiques, et qui leur donne une phy- 
sionomie à part dans l'ensemble des langues de l'Europe, est 
la présence d'un r dans la plupart des formes médio-passives 
du verbe. Bopp, le premier, émit l'hypothèse que cet r, en 
latin, venait de Y s du pronom réfléchi de la troisième personne : 
amatur serait pour amat-sc, u étant « voyelle de liaison ». Le 
rhotacisme de Y s intervocalique étant de règle en latin, cette 
explication ne soulève pas de trop graves difficultés : d'ail- 
leurs, les langues letto-slaves, qui ont formé leur passif par 
un procédé analogue, les tournures françaises et allemandes 
comme « cela se vend bien » ou « das verkauft sich gut » 
montrent avec quelle facilité les peuples les plus divers passent 
de l'idée réfléchie à l'idée purement passive. 

M. Whitley Stokes a été le premier à contester l'exactitude 
de cette théorie. Dans les Beitràge %ur vergleichenden Sprach- 
forschung (t. VII, p. 56 ss.), il fit remarquer que, phonéti- 
quement admissible pour le latin et pour l'ombrien qui suit 
Revue Celtique, IX. 26 



398 Bibliographie. 

les mêmes règles de rhotacisme que le latin, psychologi- 
quement possible pour toutes les langues, l'explication de 
Bopp ne peut s'appliquer ni à l'osque ni aux langues cel- 
tiques : car, dans ces langues, IV du médio-passif serait le seul 
à provenir d'un ancien s, tous les autres s ayant subi d'une 
manière parfaitement constante un traitement différent. Ainsi 
en osque, s intervocalique devient ~ (noté tantôt par s, tantôt 
par ^) : l'infinitif de la racine es- « être » est L\-um, non er-um 
comme en ombrien ; le génitif pluriel des thèmes en a- (sans- 
crit tâscuii) est en -asum ou -a%um } jamais en -arum (ombrien 
et latin -arum). On trouve dans une même inscription (Zve- 
taieff, Sylloge inscriplionum oscarum, n° 142) à la 1. /^comparas- 
custer (futur antérieur passif: cf. les formes actives comme 
fefacusl) et à la 1. 11 e~um : cette même inscription contient de 
plus quatre ou cinq exemples de l'adjectif démonstratif (en 
sanscrit esha avec sh provenant de s) qui en ombrien est régu- 
lièrement ero- (Bréal, Tables Eugubiues, p. 354), mais qui en 
osque est ei%p- l . Dans les langues celtiques, Y s intervocalique 
est tombé de bonne heure (comme en grec); jamais il n'est de- 
venu r : comparer au gothique eisaru « fer » le vieil irlandais 
iarn et le vieux gallois hearn; au sanscrit svasâ « sœur » (latin 
soror avec le changement régulier de s intervocalique en r) le 
vieil irlandais siur et le vieux gallois chiuaer. 

De là il résulte qu'il faut ou bien séparer les formes médio- 
passives en r du latin et de l'ombrien des formes analogues 
non seulement des langues celtiques, mais aussi de l'osque 2 , 
ou bien trouver à ces formes une origine commune, en par- 
tant du principe que la consonne qui le caractérise était dès le 

1 . L'exemple, cité par M. Windisch, d'une inscription où se trouvent côte 
à côte sakahiter « sacratur » et aasas « arae » n'est pas suffisamment pro- 
bant, car on trouve ce même mot asa constamment écrit par s sur les Ta- 
bles Eugubines, où le rhotacisme de s intervocalique est pourtant de règle. 
Le rapport de asa avec le latin ara n'est pas encore clairement connu. 

2. Et cela dans l'hypothèse la plus favorable à la théorie de Bopp, en 
admettant que la voyelle qui suivait Y s n'est tombée qu'assez tard. Car s'il 
s'agissait du changement de 5 final en r, non seulement la phonétique de 
l'osque et des langues celtiques, mais celle même du latin et de l'ombrien 
(qui présente des "formes médio-passives en r dans les tables en écriture 
étrusque où le rhotacisme de s final est en principe inconnu) s'opposeraient 
à cette théorie. 



Bibliographie. ^yy 

début le seul son qui puisse apparaître à la fois dans toutes 
ces langues sous la forme r, c'est-à-dire un r. Quelles que 
soient les raisons psychologiques qui militent en faveur de 
l'opinion de Bopp, force nous est de reconnaître qu'elle est en 
contradiction formelle avec tout ce que nous savons de certain 
sur la phonétique italo-celtique. 

Un peu après M. Whitley Stokes, M. E. Windisch, repre- 
nant l'étude du même sujet (Beitràge ~. vgl. Sprachj., t. VIII, 
p. 465 ss.) fit ressortir la singulière ressemblance des troi- 
sièmes personnes du partait indien comme mënirê « ils pen- 
sèrent », jajhirë « ils furent enfantés », avec les formes 
médio-passives italiques et celtiques : v. irland. do-ménar « je 
pensai », latin gignuntur « ils sont enfantés ». C'est cette idée 
qu'il reprend et qu'il développe dans le mémoire dont nous 
avons transcrit le titre en tète de cet article. 

Les formes verbales en r sont assez nombreuses en sanscrit : 
mais à l'exception d'une seule, ur, qui se trouve à la troisième 
personne du pluriel du parfait et de l'optatif, toutes ces formes 
présentent avec les formes en r des langues italo-celtiques une 
différence essentielle : l'élément caractéristique r se trouve en 
sanscrit avant la désinence ordinaire du verbe, dans les lan- 
gues italo-celtiques il est placé après. Une forme indienne 
comme âvavrt-r-anta ne diffère du latin uert-untu-r que par la 
place de IV: et c'est la plus grosse difficulté de la théorie de 
M. Windisch, qui présente d'autre part tant de vraisemblance 
qu'on est peut-être autorisé à négliger cette différence dans la 
place de l'élément r. D'ailleurs ces formations ayant disparu à 
l'époque historique de presque toutes les langues indo-euro- 
péennes, c'est un indice que vers la fin de la période d'unité 
elles n'étaient déjà plus guère en usage, et il n'y a rien de sur- 
prenant à ce qu'une des familles de langues n'ait conservé 
qu'une partie de ces formations, tandis que l'autre en con- 
servait une autre partie. Ce qu'il y a de caractéristique pour 
leur signification, c'est qu'on trouve au moins quelques-unes 
de ces formes dans le Kig-Fëda avec le sens moyen ou, plus 
rarement, le sens passif: ainsi àadhirê dans ce vers (III, 51, 6), 
tûbhyam brâhmâni gira indra îi'tbhyam satrâ àadhirê « à toi des 
prières, à toi, Indra, des hymnes ont été offerts en même 



400 Bibliographie. 

temps ». Mais jamais le sujet logique de l'action (complément 
du verbe passif) ne se trouve à l'instrumental comme il l'est 
d'ordinaire après les vrais passifs : d'ailleurs, dans de telles 
constructions, le sens passif est le plus souvent mêlé au sens 
moyen, et assez difficile à en dégager. 

Il faudrait reproduire en entier ce que M. W. dit du détail 
des formes celtiques en r : nous nous contenterons d'indiquer 
quelques-uns des résultats les plus intéressants. Et d'abord il a 
rendu à peu près certain que la caractéristique r était primi- 
tivement réservée dans ces langues à la troisième personne, et 
probablement à la troisième personne du pluriel : car l'a de 
do-berar, par exemple, ne peut représenter que la voyelle thé- 
matique, laquelle était o (celtique a) au pluriel, mais e au sin- 
gulier. Une autre question est de savoir si IV était final : et 
cette question nous semble avoir été résolue par M. W. avec 
beaucoup de sagacité. Dans les langues italiques la voyelle que 
suivait r a pu tomber comme celle de puer(os) sans laisser de 
traces de son existence. Il n'en est pas de même en celtique. 
Berair opposé à do-berar présente dans la seconde syllabe un i 
difficile à expliquer : il n'est pas dû à l'influence de Yc de la 
première syllabe, puisque do-berar se maintient intact dans les 
mêmes conditions. Il faut donc admettre qu'après IV de berair 
se trouvait un son c ou i qui a disparu après avoir altéré l'a 
de la syllabe pénultième : berair se trouverait ainsi remonter à 
une ancienne forme * berari tout à fait comparable aux formes 
indiennes en -rë. Le parallélisme sera complet si, comme la 
phonétique nous y autorise, on restitue pour -berar un proto- 
type *berara (védique aduh-rd). La différence de la forme ab- 
solue berair et de la forme conjointe -berar remonte ainsi en 
dernière analyse à la différence des désinences primaires et 
secondaires (grec ospe-cai, koip—z). — Au pariait déponent, l'ir- 
landais menair (pour * nieiiari) correspond de même tout à fait 
au parfait indien (3 e p. pi.) nie 11 ire. 

On peut objecter que dans les formes indiennes la voyelle 
thématique (indo-européen 0, celtique a, sanscrit a ou û sui- 
vant la structure de la syllabe) manque toujours dans les 
formes en r, tandis qu'elle se trouve régulièrement dans les 
langues italo-celtiques. Mais cette objection ne suffit pas à dé- 



Bibliographie. 40 1 

truire les ressemblances profondes qui existent pour ces formes 
entre les deux groupes de langues : la différence que nous si- 
gnalons est due à ce que les idiomes italo-celtiques ont presque 
complètement perdu toute trace de la conjugaison athéma- 
tique ; la présence de la voyelle thématique dans les formes 
en r n'a rien de plus extraordinaire que sa présence dans toute 
la conjugaison de tant de verbes où elle manquait à l'époque 
indo-européenne. On a d'ailleurs en Inde même un fait exac- 
tement comparable à celui qui s'est produit dans l'Europe occi- 
dentale : le pâli et les divers prâcrits ont généralisé l'emploi de 
IV dans la conjugaison thématique. 

La partie du travail de M. W. qui concerne le latin est 
malgré ses mérites moins intéressante et moins neuve. Il faut 
remarquer toutefois un nouvel argument apporté en faveur 
de l'ancienneté relative de la troisième personne parmi les 
formes en r : c'est que le latin a ajouté la caractéristique du 
médio-passif à la troisième personne, alors que le moyen était 
encore en usage (agïtu-r, aguntu-r; cf. ifre-rs, r t yo*no), tandis 
que la première personne est formée sur l'actif: ago-r. 

M. Windisch termine par quelques réflexions sur l'origine 
de ces formes en r ; il voudrait identifier la finale -va (indo- 
europ. -va ou -ro?) du sanscrit avec le suffixe nominal de même 
forme (indo-europ. -ro-). Il est certain que les adjectifs comme 
kshiprâ- « rapide », proprement « se lançant » (rac. hship 
« jeter, lancer »), chidrâ « fendu » (rac. chid « fendre ») ont 
pu être employés sans verbe auxiliaire, comme en latin legimiiii 
(= /.£7:;j.£v;'.) et prendre peu à peu le sens verbal : mais tout 
cela est bien hasardé. Le principal argument de M. W., l'iden- 
tification qu'il emprunte a M. Ascoli du participe neutre pluriel 
bharanti « les portants, ceux qui portent », et de la 3 e pers. 
plur. bharauîi « ils portent » n'est pas flûte pour diminuer nos 
doutes : car ces deux formes, identiques en sanscrit, ne le sont 
que par hasard. A l'époque indo-européenne elles différaient 
notablement. L7 final du participe neutre pluriel a la même 
origine que 1'/ âepita « père », que le second i de iti « ainsi » : 
il est représenté dans les langues de l'Europe par un a bref: 
grec çizzT.z, ~-x-.r,p; latin pater, ita. Ui final de la troisième 
personne du pluriel de l'indicatif présent actif est un i véri- 



402 Bibliographie. 

table, comme le premier i de iti, et celui de itnâs « nous allons », 
conservé sous cette forme dans les langues de l'Europe : dorien 
çépovTi, latin ita, grec commun î'^ev. 

Mais cette hypothèse n'est qu'accessoire dans le travail de 
M. Windisch, qui est en général un modèle de sagacité, de 
prudence et de clarté. 

Louis Duvau. 

Annala Uladh, Annals of Ulster, otherwise Annala Sé- 
riait, Annals of Sénat, a chronicle of Irish affairs from 
A. D. 431 to A. D. 1540, edited with a translation and notes by 
William M. Hennessy, M. R. I. A, the assistant deputy Keeper of the 
Records. Vol. I, A. D. 431-1056, published by the authorityof the Lords 
Commissioners of Her Majesty's Treasury under the direction of the 
Council of the Royal Irish Academy. Dublin, Hodges, Figgis and Co. 
1887; gr. in-8, m- 5 99 p. 

Quand j'ai pour la première fois appris que le savant 
M. Hennessy préparait une édition de cette chronique, je 
n'ai pu retenir l'expression d'un étonnement. En voici la cause. 
La partie la plus ancienne de la chronique d'Ulster a été com- 
posée à la fin du xv e siècle. Je me demandais pourquoi 
M. Hennessy ne préférait pas entreprendre une édition de la 
chronique de Tigernach qui remonte au xi c siècle. 

La chronique de Tigernach et les Annales d'Ulster ont été 
publiées toutes deux par O'Conor dans ses Rerum hibernicarum 
scriptores, la première, dans le tome II, la seconde, dans le 
tome IV. Mais on ne peut donner qu'une très médiocre con- 
fiance aux textes d'O'Conor. Leur défectuosité a été mise en 
évidence dès 1874 quand M. Gilbert, dans ses Facsimiles of 
national manuscripts oflrclaud, première partie, planches XLIII 
et XLIV, a donné le facsimilé d'un feuillet des Annales de 
Tigernach, f° 6 du manuscrit Rawlinson B. 502 de la Biblio- 
thèque Bodléienne d'Oxford. 

Une nouvelle édition des Annales de Tigernach est néces- 
saire et urgente. Pourquoi M. Hennessy a-t-il préféré nous 
donner les Annales d'Ulster ?I1 a eu, je suppose, deux raisons. 
L'une est que les Annales d'Ulster n'ont été publiées par 
O'Conor que d'une façon incomplète ; l'édition donnée par ce 
savant s'arrête à l'année 1131, tandis que le manuscrit dont il 



Bibliographie. 40 $ 

s'est servi (Bibliothèque Bodléienne d'Oxford, Rawlinson 
B. 489) 1 va jusqu'à l'année 1 541 . L'autre motif qui aura décidé 
M. Hennessy est que la partie la plus ancienne de la chro- 
nique d'Ulster est bien plutôt une compilation qu'une com- 
position originale. L'auteur s'est en général borné à réunir en 
les copiant des fragments de chroniques diverses aujourd'hui 
perdues. Ces textes, lorsqu'il s'agit des premiers siècles, sont 
presque exclusivement latins. Cependant on y rencontre quel- 
ques mots irlandais, et ces mots sont notés de temps en temps 
avec une orthographe archaïque ; cette orthographe nous fait 
remonter à une période bien antérieure à celle où écrivait le 
compilateur. C'est ainsi qu'à la page 108, ligne 3, nous lisons: 
Duncath aue Rouai 11 jugulatus. Aue est l'orthographe en vieil 
irlandais du mot écrit ûa en irlandais moyen, en irlandais 
moderne, et qui veut dire « petit-fils ». Dans ce passage, il 
s'agit d'un événement qui se produisit au milieu du VII e siècle, 
et qui fut probablement noté par un contemporain dans la 
chronique d'une abbaye. La même orthographe avec une 
légère variante, aime, se retrouve à la page 148, ligne 13, où 
il est question de faits datés de l'an 700 de notre ère. A la 
page 62, 1. 12, aeu est une faute d'impression pour aue. 

La plupart du temps, l'auteur des Annales d'Ulster ne dit 
pas où il a pris les fragments de chroniques monastiques dont 
la juxtaposition constitue son oeuvre. Il cite cependant quelques 
autorités, et la plus intéressante, comme l'ont déjà fait observer 
dans les deux siècles qui nous ont précédés Ware et Harris 2 , 
et plus récemment O'Donovan 3, est le livre de Cuana, scribe 
de l'abbaye de Trevet au comté de Meath. Cuana mourut en 
7384. Il est cité treize fois dans les Annales d'Ulster; la pre- 
mière sous la date de 467, la dernière sous la date de 628. 

Un autre auteur un peu plus récent est Dubdalethe, troisième 



1. Catalogi codicum manuscriptorum B'Miothccac Bodleianae partis quintae 
fasciculus pritnus. Confecit Gnill. Macray, col. 709. 

2. The history ofthe writers of Ireland, Dublin, 1764, p. 26. 

3. Annals of the Kingdom of Ireland, by the ibur masters, i8> 1, t. I, 
p. 46. 

4. Cuana, nepos Bessain scriba Treoit pausat. Hennessy. Annales d'Uls- 
ter, t. I, p. 196, 197. 



404 Bibliographie. 

du nom, archevêque d'Armagh, mort en 1065 suivant Harris 1 , 
en 1064 suivant les Annales des Quatre Maîtres et celles de 
Tigernach 2 , et en 106 1 suivant le Cronicum Scotorumî. Les 

Annales d'Ulster citent le livre de Dubdalethe sous les années 
6284, 9625 et 1021 6 . Le catalogue des manuscrits de la Bi- 
bliothèque Bodléienne, fascicule premier de la cinquième partie, 
par Macray, 1862, col. 730, nous apprend qu'outre une chro- 
nique, le livre de Dubdalethe contenait le récit légendaire inti- 
tulé Balle in Scâil. Cette mention appartient au numéro 33 de 
l'analyse du manuscrit Rawlinson B. 5 12 7. 

Un troisième auteur, qui n'est cité qu'une fois, c'est Mauc- 
teus ou Mochte, dont l'auteur des Annales d'Ulster aurait eu 
entre les mains une lettre commençant ainsi : Maucteus pec- 
cator, prespiter, sancti Patriciidiscipulus, in Domino salutem 8 . 
Ce monument serait le plus ancien que nous possédions du 
culte de saint Patrice. Car Mochta- mourut en 534 ou en 536 
suivant les Annales d'Ulster, en 534 suivant celles de Tiger- 
nach 9. Ce texte a du reste été déjà signalé par Usserius, après 
lui par les Bollandistes 10 , et en dernier lieu par O'Donovan. 



1. The works of Sir James Ware concerning heland, t. I, 1739, p. 30. 

2. Edition O'Donovan, 1851, t. II. p. 886. — O'Conor, Rcrum hiber- 
nicarum scriptorcs, t. II, p. 305. 

3. Edition Hennessy, p. 286, 287. 

4. Edition O'Conor, p. 44; édition Hennessy, p. 98, 99. 

5. Edition O'Conor, p. 275; éd. Hennessy, p. 478. 

6. Edition O'Conor. p. 372; éd. Hennessy, p. 346. Voir sur le même 
événement les Annales de Loch Ce, éd. Hennessy, t. I, p. 20. 22. On y 
trouve aussi un renvoi à Dubdalethe et il est fort intéressant de comparer 
les deux textes. 

7. M. Zimmer, dans les Gcettingische gelehrte An\eigen du 1 " mars 1887, 
p. 182, a découvert que Macray avait négligé de mentionner le nom de 
Dubdalethe et qu'il n'y avait eu que deux évêques d'Armagh de ce nom. 
Voyez, sur les trois Dubdalethe, Harris, The works of Sir James Ware, p. 42, 
48-30, et les Annales d'Ulster, éd. Hennessy, p. 272. 304, 588. Cf. Harris, 
Theuriters of Ireland, p. 63, 66, et Revue Celtique, t. IX, p. 97-98. 

8. Page 46. La même formule initiale est citée dans les Annales de Ti- 
gernach avec une légère différence d'orthographe : Moctews p<:rcator, p/rspi- 
Xcr, sancti Pfl/ricii discip»h/s in Domino salutem. O'Conor, Rcrum hiberni- 
carum scriptores, t. II, p. 134-133. 

9 Voyez les renvois contenus dans la note précédente. 
10. Tome III d'août, p. 759. La iète se faisait le 19 août. Martyrologe d'I )en- 
gus, édition Whitlev Stokes, p. cxxiv, cxxxn. Cf. Vie de saint Columba par 
Adamaan, édition Reeves, p. 6. Todd. Saint Patrick, p. 29. Harris, The 



Bibliographie. 405 

Mais il avait été défiguré par O'Donovan qui, au lieu de 
Maucteus, écrit Macutenus. 

Mentionnons aussi le Liber monachorum auquel il est ren- 
voyé sous la date de 5 r 1 x , et le Liber Mochod dont il est 
question sous la date de 527 2 . 

Enfin l'auteur des Annales d'Ulster, sans nommer ses au- 
torités, parle de temps en temps des contradictions qui exis- 
tent entre elles. Une étude sur les sources des chroniques ir- 
landaises qui nous ont été .conservées serait un travail plein 
d'intérêt, et de cette étude on trouverait probablement dans les 
Annales d'Ulster les principaux éléments. 

M. Hennessy n'a pas mis de préface à son édition. Un aver- 
tissement d'une demi-page nous prévient que l'introduction 
paraîtra quand l'édition sera terminée, et qu'elle contiendra 
une étude sur les sources des Annales d'Ulster et sur les 
manuscrits qui ont servi de base au texte adopté par le savant 
éditeur. Il y aurait certainement témérité de notre part à pré- 
tendre devancer ici l'érudit irlandais. Nous nous bornerons 
à une observation. 

Des Annales d'Ulster, il y a deux manuscrits principaux. 
L'un, qu'O'Conor considérait comme le meilleur, est celui dont 
ce savant a reproduit le texte?. C'est, comme nous l'avons 
dit, le manuscrit Rawlinson B. 489 de la Bibliothèque Bod- 
léienne d'Oxford-*. L'autre appartient au Collège de la Trinité 
de Dublin où il porte la cote H. 1. 8. Un feuillet en a été 
reproduit par M. Gilbert dans ses Facsimiles of National Ma- 
nit script s of Ireland, troisième partie, planche lxxvii. Ce ma- 
nuscrit paraît être resté inconnu à O'Conor. L'usage qu'en a 
dû faire M. Hennessy constitue pour ce savant une grande su- 
périorité sur son devancier. 



works of ] ornes Jl'are, t. I, p. 19, 182. Il fut, dit-on, le premier évêque de 
Louth, Annales des Quatre Maîtres sous l'année 534; éd. O'Donovan 
(185 1), t. I. p. 17b. 

1 . Page 36. 

2. Page 42. 

3 . Rerum bibernicarum scriptores veteres, t. I, seconde partie Prolegomena, 
pars I, p. clxix. Cf. O'Curry, Lectures on the manuscript materials, p. 83, 84. 

4. Il a été décrit par Macray dans son catalogue précité, col. 709-710. 
Cet érudit le date des xv c et xvi e siècles. 



406 Bibliographie . 

Le texte est accompagné d'une traduction anglaise en regard. 
Il paraît avoir été fixé avec l'exactitude à laquelle les précé- 
dentes publications du savant auteur nous ont habitué. Nous 
signalerons cependant les fautes d'impression :pegni pour regni, 
p. 4, 1. 3 ; moritus pour moriiur, p. 92, 1. 7 ; nerotum pour ne- 
potum, p. 150, 1. 4. Les fautes de ce genre sont une consé- 
quence inévitable de l'emploi des caractères irlandais ; et fran- 
chement, nous ne comprenons pas l'utilité de cet emploi, 
surtout quand il s'agit d'imprimer un texte latin. 

H. d'Arbois de Jubainville. 



MÉLUSINE. Revue de mythologie, littérature populaire, 
traditions et usages fondée par H. Gaidoz et E. Rolland, 1877- 
1887, dirigée par Henri Gaidoz. Paraît -le 5 de chaque mois, à Paris, 
chez E. Lechevalier, par livraisons de 12 pages in-4. Prix de l'abon- 
nement pour un an: France et Union postale, 12 fr. 

Depuis que nous annoncions à nos lecteurs la résurrection 
de ce recueil en 1884, il a poursuivi régulièrement sa féconde 
carrière. Les tomes II et III se composent chacun de 24 nu- 
méros parus en deux années consécutives; le tome IV a com- 
mencé avec 1888, sous la direction unique de M. Gaidoz. 

Ce que nous disions alors (Revue Celtique, VI, 391), à 
propos du tome II de Mél usine, de l'intérêt que présente cette 
publication au point de vue spécial des études celtologiques, 
n'a pas cessé d'être vrai. Voici, par exemple, l'indication des 
articles du tome III relatifs à la Basse-Bretagne : 

Chansons populaires (texte, sauf pour la 4 e , et traduction; 
souvent aussi l'air noté) : « Le navire du Port-Blanc », col. 77- 
82 ; « Noël pour demander ses étrènnes », 82-83 '■> <( Le 
meunier de Kergantec », 161- 162; « La lavandière qui avait 
oublié de prier Jésus », 162-163; (( Le plongeur », 182-184, 
et 453-455; « La nourrice et les voleurs », 184-188; 
« L'amant éconduit », 208-210 et 570-573 ; « La maîtresse 
pauvre », 260-262.; chansonnette », 327-328; « La rage », 
350-352 et 393-395; « L'embrassade », 421-422; « La jeune 
amoureuse », 477-478. 



Bibliographie. 407 

Devinettes, col. 88-89, 132-133, 235 ; Inscription en breton 
moyen, col. 92-93; Sur Guionvac'h, col. 145-150 et 207-208; 
Proverbes, .col. 232-233; Prière populaire, col. 236; Usages 
de la féodalité, col. 274-276. 

Superstitions : « Précautions à prendre quand on doit 
voyager de nuit », col. 358; « L'enfance et les enfants », 
374-376 et 568; Le mariage, 376-379; La coqueluche, le ra- 
chitisme, 380-381. 

Contes populaires, col. 474-476; Alexandre le Grand, 487- 
496; Les conseils d'un père mourant, 529-537. 

M. Gaidoz commence, dans le tome IV de Mélusine, la pu- 
blication d'une série d'anciens textes irlandais qu'il traduit et 
commente avec sa double compétence de celtisant et de folk- 
loriste. Il nous a donné déjà deux légendes chrétiennes fort 
curieuses « Les trois clercs et le chat », d'après le Livre de 
Leinster et le Livre de Lismore (Mélusine, IV, 5-1 1; 41-42); 
et « L'enfant juif», d'après un manuscrit du xv e siècle, de la 
Bibliothèque Nationale {Mil., IV, 39-41). 

Signalons encore, dans ce même tome, col. 62-65, un ar ~ 
ticle très instructif de M. Loth sur les présages fâcheux que 
les anciens Gallois tiraient de l'éternuement. L'auteur repro- 
duit le texte d'un poème du Livre noir de Caermarthen 
(n° xxvii des Four ancient books of Wales) et corrige heureu- 
sement la traduction de Skene. Qu'il me permette cependant 
une petite observation. Il traduit les premiers vers des strophes 
6 et 7 : 

Dyrcheuid bran y hasgell 
Dyrcheuid bran y hadein 

par « Que le corbeau élève ses ailes ». Comme le fait re- 
marquer M. Gaidoz, il s'agit d'un mauvais présage, qui n'ar- 
rête pas un chrétien sur le point d'aller où Dieu l'appelle. Ces 
vers sont donc à comparer au 2 e de la str. 2 : ■ 

« C'est au profit de mon roi que je m'habille 
« Aujourd'hui: j'entends un éternuement... 

str. 3 ... « je ne crois pas à un présage... 

str. 5 ... « le devoir victorieux sera mon maître »; 



408 Bibliographie. 

et puisque dans un trev a glyuaiv « j'entends un éternueraent » 
le verbe est à l'indicatif, le contexte demande, aux str. 6 et 7, 
la traduction 

« Le corbeau élève son aile ». 

On sait, d'ailleurs, que le vieux gallois avait, comme le vieil 
irlandais, des troisièmes personnes du singulier de l'indicatif 
présent en -ici (conjugaison absolue). 

E. Erxault. 



Etudes iconographiques et archéologiques sur le moyen 
âge, par Eugène Mùktz, conservateur de l'Ecole nationale des Beaux- 
Arts. Première série. Paris, Ernest Leroux, 1887, in-16, vi-i 73 p. 

Sous ce titre, le savant auteur a réuni quatre mémoires. 
Les trois premiers sont étrangers 'aux sujets dont s'occupe 
la Revue Celtique. Ils concernent : les pavements historiés 
du IV e au xn e siècle; la décoration d'une basilique arienne 
(Sancta Agatha in Suburra, à Rome) au V e siècle; la légende 
de Charlemagne dans l'art du moyen âge. Mais le dernier est 
une étude sur la miniature irlandaise et anglo-saxonne au 
ix e siècle. M. Mùntz s'était déjà occupé sommairement de 
cette matière dans le tome III de la Revue Celtique où il a 
publié, p. 243-245, d'intéressantes « Recherches sur l'origine 
des ornements connus sous le nom d'entrelacs ». Il démontre 
que l'entrelacs est un genre d'ornement usité bien avant 
l'époque où il commence à paraître dans les monuments cel- 
tiques. L'entrelacs était déjà connu des artistes chaldéens. On 
le trouve en Syrie et dans les monuments de l'art romain à 
une date antérieure aux plus anciens manuscrits irlandais. 

Sur la spirale, M. Mùntz est moins affirmatif et il n'ose pas 
déclarer mal fondée la doctrine de M ,le Stokes (voir plus haut, 
p. 396). En effet, on a tiré des tombeaux de Hallstatt des 
fibules à spirale qui paraissent celtiques et qui peuvent remonter 
au 11 e siècle avant J.-C. Cela n'empêche pas que la spirale n'ait 
été employée ailleurs dans l'antiquité, par exemple à Rhodes 
et chez les Chaldéens. 

H. n'A. de J. 



Bibliographie. 409 

Ueber romanische Ortsnamen in Salzburg von Theodor von 
Grienberger. Salzburg, Dieter, 1886, in-16, 62 p. 

Salzbourg était situé dans le Norique, c'est-à-dire dans une 
région celtique. On doit donc s'attendre à y trouver des noms 
de lieu formés de la même façon que ceux de la Gaule. C'est 
ce qui résulte du mémoire de M. Grienberger. Morzg s'appe- 
lait en 800 Marciagus. C'est un dérivé gaulois très fréquent en 
France du gentilice romain Marcius comme on l'a pu voir 
dans ce volume, p. 39-43. La variante romaine de ce nom de 
fundus est Mavcianus, d'où le français Marchiènnes, Nord 
(l'illae Marcianae, p. 43); cette variante se trouve aux envi- 
rons de Salzbourg, au xiv u et au xv c siècle, avec les ortho- 
graphes Martzan et Marczan. Après les suffixes géographiques 
-acus et anus, d'autres suffixes qu'on trouve quelquefois en 
France et dont nous n'avons point parle jusqu'ici, sont les 
suffixes -lus et -avus. Ainsi, les textes du moyen âge nous 
montrent en Limousin un ruisseau appelé Marciolis 1 . Milhau, 
Avevron, est un ancien Aemiliavus ; Belleneuve, Côte-d'Or, 
est un ancien Belenavus 2 . Nous retrouvons ces suffixes près de 
Salzbourg. Une localité appelée aujourd'hui Marzoll est nom- 
mée ad Marciolas en 788 (p. 48); Campanif, près de Salz- 
bourg, s'écrivait ad Campanavam, en 930 (p. 12). A côté de 
ces noms d'origine romaine on en peut signaler d'autres qui 
paraissent gaulois. Anif s'appelait Anava au xn c siècle : ad vil- 
lam quac vocatur Anava ubi fontes decurrunt. Anava est proba- 
blement identique au mot gallois anaw « harmonie » si fré- 
quent au ix e siècle dans les noms d'hommes du Cartulaire de 
Redonl et plus tard dans ceux du Liber Landavensis*. Comparez 
le cognomen Anaus dans une inscription d'Espagne 5 et le nom 
de peuple Anauni dans l'Italie du nord 6 . Kuchl, le CuciiUc 
(Cucullaé) de la Table de Peutinger, au datif Cucullis chez Eu- 

1 . Deloche, Etudes sur la géographie historique de la Gaule, deuxième 
partie, p. 517. 

2. Ecrit à tort avec deux / dans la Chronique de Be%e; Garnier, Nomen- 
clature historique.., p. 40, n' 174. 

3 . Voir l'index, p. 632. 

4. Grammatica celttca, deuxième édition, p. 129. 

5. Corpus inscriptioniuu latinarum, t. II, n* 1690. 

6. Corpus inscriptionum latinarum, t. V. p. 537-538. 



4 1 o Bibliographie. 

gippiuS; Vita Severini; ad CucuUas dans un document de 
Tannée 800, nous offre la forme féminine du cucullus de Ju- 

vénal : 

Tempora Santonico vêlas adoperta cucullo 1 . 

Le féminin a été préféré par les auteurs ecclésiastiques, qui 
écrivent cuculla, d'où en français la coule monastique. 

H. D'A. DE J. 

Esquisses du Bocage normand, par Jules Lecœur. II. Paris, 
Emile Leehevalier, 1887, gr. in-8, 440 p., avec gravures hors texte. 

Dans ce gros volume, M. J. Lecœur a réuni d'intéressantes 
scènes de mœurs villageoises et de nombreux renseignements 
sur les croyances et superstitions populaires dans le Bocage 
normand. Son livre offre donc un double attrait; le littérateur 
y trouvera avec plaisir des portraits bien tracés et très vivants 
et le folkloriste pourra y découvrir quelque document impor- 
tant pour la science des traditions. Il nous serait fort agréable 
de nous arrêter quelque temps à regarder ces types villageois 
que nous connaissons bien et que M. L. nous remet devant 
les yeux: le taupier (p. 141), le faucheur (p. 232), le pâtour 
(p. 276). Malheureusement M. L. ne touche que fort rare- 
ment à quelque partie du folklore celtique ou plus particu- 
lièrement du folklore breton. Aussi nous nous bornons à an- 
noncer ce livre écrit sans prétention scientifique et qui se lit 
avec un çrand plaisir. 

G. D. 



Studies in the Topography of Galloway being a list of nearly 
4000 Names of Places with Remarks on their origin and meaning and 
anlntroductory Essayby Sir Herbert Eustace Maxwell. Bart. of Monreith. 
M. P., F. S. A. etc. Edimbourg, David Douglas, 1887, in-8,xv, 340 p. 

On a parlé gaélique en Galloway jusqu'au commencement 
du xvi e siècle. Il y a donc en Galloway un nombre considé- 

1. Satire VIII, vers 145. 



Bibliographie. 41 1 

rable de noms de lieux d'origine gaélique ou irlandaise. Mal- 
heureusement les documents remontant à cette époque sont 
très rares dans cette région des Iles-Britanniques, et souvent 
il est difficile de reconnaître les mots néo-celtiques sous la 
forme orthographique que leur a donné la notation anglaise. 
Se rigure-t-on Bordeaux écrit Bazudoc, Rouen représenté par 
Roweng, Richelieu par Reeshleiu, etc. Sir Herbert Maxwell a 
étudié la toponomastique irlandaise qui est relativement bien 
documentée, et par la comparaison des noms de lieux de l'Ir- 
lande avec ceux de Galloway, il paraît avoir jeté sur son sujet 
beaucoup plus de lumière qu'on n'aurait pu l'espérer. Son 
œuvre nous semble raisonnable ; il est bien rare qu'on puisse 
dire cela d'un recueil d'étymologies. 



CHRONIQUE 



SOMMAIRE : I. Les Annales de Bretagne et la Chrestomathie bretonne de M. Loth. — II. Le 
dictionnaire gallois de M. Silvan Evans. — III. Publications de M. Ascoli. — IV. Le Tochmarc 
Emert traduit par M. Kuno Meyer. — V. Cantique irlandais du XVI e siècle publié par M. Do- 
nald Masson dans V Archaeological Revieui, critique de la traduction de M. Donald Masson par 
M. Standish O'Gradv. — VI. Mort de M. Evan Davies. — VII. Vies de saints bretons dans 
les Analecta Bollandiana. — VIII. Nouvelle édition des Annales Cambriae par M. |.-B. Philli- 
more. — IX. Tombes de Gaulois trouvées à Alexandrie, en Egypte. — X. Tome XII du 
Corpus inscriptionum latmarum (Narbonnaise). — XI. Atlas historique de la France par M. Lon- 
gnon. — XII. L'épopée irlandaise dans le Celtic Magazine. — X1IL Le mystère breton de 
sainte Tryphine au théâtre de Morlaix. — XIV. Un nouveau mémoire de M. Nettlau. — 
XV. Gloses bretonnes inédites du IX e siècle. — XVI. Un conte breton publié par M. Luzel. 

— XVII. The Journal of the Royal historical and archaeological Association of Ireland. — 
XVIII. Nouvelles publications de M. Zimmer. — XIX. Prix Volney décerné à M. E. Emault. 

— XX. Le char de guerre gaulois d'Issoudun (Indre). 



I. 

La troisième livraison du tome III des Annales de Bretagne a paru au 
mois d'avril dernier. Dans la dernière livraison (janvier) M. Loth avait 
commencé à donner des extraits de textes du xvir siècle. 11 continue dans 
celle-ci en nous faisant connaître : i° (p. 396-59.9) un recueil de Cantiques 
bretons publiés à Quimper en 1642. Les airs de ces cantiques sont d'après 
l' Advertissement au lecteur empruntés en grande partie à Claude le Jeune, 
musicien de Henri III. — 2° (p. 399-400) An noveîou ancient ha dévot gant 
TanguvGuegen. EQemper Caurintin,gant G. Allienne, 1650. — 3 (p. 401- 
405) Le sacré collège de Jésus divisé en cinq classes ov l'on enseigne en langue 
armorique les leçons chrestiennes avec les 3 clefs pour y entre/ , vn Dictionnaire, 
vue grammaire, et syntaxe en même langue. Composé par le R. P. Mien Mav- 
noir ... Quimper-Corentin, chez Jean Hardouin, 1659. On peut dater de 
ce livre le commencement de la période de l'armoricain moderne. Le pre- 
mier, le P. Maunoir écrit régulièrement les mutations de consonnes ini- 
tiales. — 4°(p- 406-408) Canticou spirituel hac instructionou profitai! evitdisqui 
an béni da vont d'ar barados, composet gant an Tat Julian Maner. Quemper. 
Jan Perier vers 1686. 5 (p. 408-414) Un formulaire de prône en breton de 
Vannes conservé dans un manuscrit de 1693 qui appartient au chapitre de 
Vannes. C'est le texte suivi le plus ancien en dialecte de Vannes. M. Loth 
le donne en entier. 

Pour le xvni c siècle, la langue étant à peu près dans le même état qu'au- 
jourd'hui, M. Loth se bornera à un petit nombre d'extraits. Voici les ou 



Chronique. 41$ 

vrages appartenant à cette époque que la troisième livraison des Annales de 
Bretagne nous fait connaître : i° (p. 4.14-420) Cantiqueu spirituel ar deverieu 
ar christen eu quenver an autrou Doué, en quenver e hunon, bac en quenver e 
nessan, composet dre Per Barisy, person à Pares Inguiniel, escopti aGuenet, 
MDCCX. C'est un manuscrit appartenant à la bibliothèque de Quimper. — 
2 (p. 421-427) Pedennou bac Instructionou christen evit serviebout da Heuryou 
Breymec e favêr ar £\>/>/ composet gant M. Ch. ar B. Belec eus a escopti 
Léon 17 12. G. D. 

II. 

La première livraison du dictionnaire gallois du Rev. Silvan Evans a paru 
l'année dernière. Elle contenait la lettre A. La seconde livraison, contenant 
la lettre B et atteignant la page 608 du tome I, vient d'être publiée. 

III. 

M. Ascoli vient de mettre au jour la quatrième livraison de son excel- 
lente édition du manuscrit irlandais de la bibliothèque Ambrosienne. A 
cette livraison sont annexées les trois premières feuilles de son dictionnaire 
du vieil irlandais dédié à M. Whitley Stokes et destiné à rendre de grands 
services aux celtistes. Nous en espérons le prochain achèvement. 

En même temps, M. Ascoli a fait paraître un recueil de corrections aux 
trois premières livraisons du ms. irlandais de l'Ambrosienne. Ce recueil, 
inséré dans les Mémoires de l'Institut Lombard, classe des sciences morales 
et historiques, t. XVII, p. 11 3-128. a été tiré à part. 

IV. 

Dans le n* il de YArcbaeological Review, p. 150-155, M. Kuno Meyer 
continue la traduction de la « Demande en mariage d'Emer » Tocbmarc 
Emere qu'il avait commencée dans le numéro précédent. 

V. 

Dans le même numéro de YArchaeological Review, p. 147-149, M. Donald 
Masson a publié les premiers quatrains d'un cantique irlandais sur le juge- 
ment dernier imprimé à Dublin en 1 5 7 1 . Ce document a été découvert par 
Henry Bradshaw, le regretté bibliothécaire de Cambridge, dans les papiers 
de l'archevêque Parker à la bibliothèque du Corpus Christi Collège de 
Cambridge. L'exemplaire de l'archevêque Parker est probablement le seul 
qui existe aujourd'hui. L'imprimeur, Seon Uiser, comme on écrivait en 
irlandais, c'est-à-dire John Ussher, des presses duquel il est sorti, fit pa- 
raître la même année le catéchisme irlandais de John O'Kearnagh, qui est 
considéré comme le premier livre imprimé en Irlande 1 . L'édition de 
M. Donald Masson est accompagnée d'un essai de traduction anglaise. 



1. Gilbert, History of Dublin, t. I, p. 385. Cf. Richard Robert Madden, 
Tbe history of Irish periodical Literature, t. I, p. 105-108. 

Revue Celtique, IX 27 



414 Chronique. 

M. Standish O'Grady, un des hommes qui, aujourd'hui, savent le mieux 
l'irlandais, a critiqué dans VAcademy du 12 mai dernier la traduction de 
M. Donald Masson et en a proposé une autre qui a d'abord le mérite d'être 
claire, qui ensuite est beaucoup plus conforme au sens du texte irlandais. 
Voici quelques exemples : commençons par le premier distique du troi- 
sième quatrain : 

An cheandsachd chaitheas rinde 
is grian angar dhilinde 

« La mansuétude qu'il exerce envers nous 
est [comme le] soleil prés du déluge ». 

M. Donald Masson a traduit le second vers par : « a sun (?) is of long 
indignation », « est un soleil (?) de longue indignation ». Il a pris l'irlan- 
dais angar « près de » (O'Reilly: angar, near, hard bye) pour le gaé- 
lique d'Ecosse angar, qui est emprunté à l'anglais, qui n'est autre chose que 
l'anglais anger, colère (Dictionnaire gaélique de l'Highland Society, t. I, 
p. 55), il a confondu dilinde ou dilinda, génitif du moderne dilion « dé- 
luge » (autrefois dili, gén. dilenri) avec les adverbes dilin (O'Reilly), gu dile 
(Highland Society) « toujours ». Des quatre mots dont se compose le se- 
cond vers du distique, il n'en a compris que deux: is « est », grian « so- 
leil », et pour le second sa traduction lui a paru douteuse, il l'a fait suivre' 
d'un point d'interrogation. La faute en est au gaélique d'Ecosse angar 
(colère), mot qui n'est point irlandais. 

Un autre mot avec lequel M. Donald Masson a joué de malheur est 
adhaint (quatrain 5) aussi écrit adbuint (quatrain 14). M. St. O'Grady y a 
reconnu avec raison un substantif dérivé du verbe adahainm j'allume» dont 
O'Reilly note l'infinitif adanad et le participe passé adanta. Ce verbe, comme 
l'a fait observer M. Whitley Stokes, est un dérivé d'adann « torche », mot 
expliqué dans le Glossaire de Cormac. M. Donald Masson a dans un endroit 
confondu adhaint avec le gaélique d'Ecosse statuin « loi » ; dans un autre 
avec je ne sais quel temps du verbe dûnaim « j'enferme, je mets en sûreté ». 
Voici le premier passage, quatrain 5 : 

Fogus d'à fherg ah- adhaint, 
dhuinn ni cuirthe a gcunntabhairt : 
La na togharma dho theachd, 
a-chomarrdha ata ag toigheachd. 

Littéralement : « Près de sa colère son feu. — A nous n'était pas mis 
« leur doute : — jour de l'appel venir, — son signe est arrivant » ; c'est-à- 
dire: « Sa colère est près de s'allumer. — Nous ne pouvons douter de deux 
« choses : — le jour de l'appel approche, — le signe précurseur arrive ». 
M. Donald Masson a traduit: « Près de sa colère est sa loi, ce qui ne nous 
« était pas assigné n'a pas été envoyé », etc. Le reste de sa traduction de 
ce passage est bon. 



Chronique. 415 

Passons au quatrain 14: 

Gach anam — is he a-bhunadh — 

tiocfais — trathd ha nothugadh (correction de M. St. O'Grady 
La an tobhaigh — ar-ceand a chuirp — ; [pour motugad) 
gearr o n-fholaidh a hadhuint. 

Littéralement : « chaque Ame (c'est sa nature originelle) — viendra (mo- 
« ment de sa notation) : — jour de l'exaction, devant son corps ; — court de 
« la substance son feu » ; c'est-à-dire « chaque âme (ainsi le veut sa na- 
« ture) — viendra (il est temps d'en prendre note) — au jour du jugement 
« se réunir à son corps. — Peu après la matière prendra feu ». M. Donald 
Masson a entendu à peu près le premier distique, mais suivant lui le second 
veut dire : « Le jour où mis en liberté sera aussi le corps près du vide 
«• qui est fermé ». Ce n'est pas seulement un contre-sens, c'est un non- 
sens. 

Ce cantique est en général difficile à comprendre, cependant il y a des 
passages qui semblent ne l'être guère. Voici le dernier quatrain : 

Suidhfidh a-neullaibh nimhe 

os ciond na n-ord n-ainglidhe : 
Gairm shluaghaidh ar chach cuire, 

fàth uamhain a iondhsuighe. 

Littéralement : « Il sera assis dans les nuages du ciel — au-dessus des 
« ordres angéliques ; — cri de convocation guerrière pour chaque troupe, 
« — cause de terreur sa visite ». 

M. Donald Masson a traduit suidhfidh « il sera assis » par he shall ride 
« il dirigera », et os ciond na n-ord n-ainglidhe « sur les ordres angé- 
liques », par above the order oj angcls « au-dessus de l'ordre des anges », 
ne s'apercevant pas que ord est au pluriel. L'auteur du cantique irlandais 
admettait la doctrine du pape saint Grégoire le Grand : Koveni vero angelo- 
runi ordincs dixinius, etc. (Homélie 54 sur les évangiles, Migne, Patrologia 
laiina, t. 76, col. 1249 D.) 

M. St. O'Grady a eu raison de protester contre les erreurs de traduction 
commises par M. Donald Masson. 



VI. 

Le 23 février dernier est mort à Pontypridd, dans le comté de Clamorgan, 
M. Evan Davies, ou, comme il se faisait appeler, Mvfyr Morganwg. Il avait 
acquis une célébrité bizarre en prétendant rétablir la religion druidique et 
en s'en faisant grand-prêtre. Il avait trouvé un certain nombre de disciples 
qui se réunissaient à des dates déterminées à Pontypridd pour célébrer le 
culte druidique dont il croyait avoir retrouvé les rites mystérieux. 



4i 6 Chronique. 



VII. 

Depuis 1882, les savants continuateurs des Bollandistes font paraître, à 
côté des Acta sanctorum, une publication d'un format plus modeste et qui 
est appelé à rendre de grands services aux érudits. Ce sont les Analecta Bol- 
landiana, recueil de documents hagiographiques réunis sans ordre de ma- 
tières, au fur et à mesure des découvertes et des travaux qui se produisent. 
C'est dans ce recueil qu'ont été imprimés les documents sur saint Patrice, 
extraits du Livre d'Armagh par le P. Edmund Hogan. S. J. (t. I, p. 531— 
585, t. II, p. 35-68, p. 213-238). Nous avons eu plusieurs fois l'occasion 
de citer le travail du P. Hogan qui a été fort utile en donnant pour la pre- 
mière fois des bases certaines à la critique hagiographique en ce qui con- 
cerne l'origine de la légende de saint Patrice. 

Les Analecta Bollandiana contiennent aussi un certain nombre de textes 
relatifs à la Bretagne française. Nous ne parlerons pas de la Vie de saint 
Paul de Léon publiée par Dom Plaine (t. I. p. 208-238, c\. t. IL p. 191- 
194) et dont une meilleure édition a été donnée par M. Cuissard dans la 
Revue Celtique (t. V, p. 417-438). Mais nous citerons les Vies de saint 
Brieuc (t. II, p. 101-190), de saint Meven (t. III. p. 141-1 56), de saint Ju- 
dicael (extrait), t. III, p. 157-158, de saint Melorus ou Melorius (t. V, 
p. 165-176), de saint Samson (t. VI, p. 77-150) publiés par Dom Plaine. 

Dans chaque volume des Analecta Bollandiana, à partir du tome II, on 
trouve comme appendice, avec une pagination séparée, le catalogue des 
manuscrits hagiographiques de la Bibliothèque royale de Bruxelles. Ce ca- 
talogue forme déjà un premier volume de 614 pages, et le commencement 
d'un second volume qui en atteint 288. On y a décrit les manuscrits d'après 
lesquels a été établi le texte d'une grande partie des vies de saints publiées 
dans les Acta sanctorum. Des tables alphabétiques donnent le moyen de s'y 
reconnaître. Nous signalerons dans le tome VI des Analecta, seconde partie, 
c'est-à-dire tome II du Catalogus codicum bagiographicorum Bibliothecae regiae 
Bruxellensis, p. 126, 127, la notice consacrée au manuscrit coté 7672-7074. 
C'est le fameux codex Sahnanticensis qui contient un recueil de vies de saints 
irlandais (voir plus haut, p. 290-291). 

VIII. 

M. J.-B. Phillimore vient de donner dans le tome IX, première partie, 
du Cymmrodor, une édition des Annales Cambriae et des Généalogies gal- 
loises contenues dans le manuscrit Harléien 3859. Il reproduit ce manuscrit 
lettre pour lettre, ligne pour ligne, en respectant les abréviations. Le ma- 
nuscrit Harléien 38.59 est celui qui a servi de base à l'édition de Pétrie, 
Monumenta historica britannica, 18 18, in-folio, p. 830-840, ci. préface, 
p. 92, et à celle du Rev. John Williams Ab Ithel dans la collection in-8 du 
Maître des rôles, 1860. 



Chronique. 4 1 7 



IX. 

M. Salomon Reinach, le savant et zélé conservateur adjoint du musée de 
Saint-Germain, m'a signalé dans Y American Journal of Archaeology, vol. III, 
juillet-décembre 1887, n os 3 and 4, p. 261-298, un article de M. Augustus C. 
Merian sur des stèles sépulcrales peintes trouvées en Egypte, à Alexandrie. 
Ces stèles sont au nombre de six. Elles proviennent toutes du même cime- 
tière. Elles appartiennent à M. E.-E. Farman, ancien consul des Etats-Unis 
d'Amérique, en Egypte, qui les a exposées quelque temps au musée mé- 
tropolitain de New-York. Trois d'entre elles proviennent des tombes de 
Galates, peut-être, croit-on, de soldats au service des Ptolémées (?). Une 
des inscriptions se lit complètement : Bl'to; Àoitoiex Y<ùÂnt\c,. Les deux 
autres sont en partie effacées, on lit sur l'une : 

.... 'Ia;'otop'>; 

.... FaXxTT]; 
sur l'autre : 

.... Xat7] ; 

D'autres stèles de la même provenance sont arrivées au musée du Louvre. 
Sur une d'elles on lit àeuiq; «Xto;. Sur une autre Xeto'tcio; yaXarr];; ces 
lectures sont de M. Héron de Villefosse. 

Enfin quelques épaves de même origine ont été acquises par le musée de 
Saint-Germain. Suivant M. Reinach, elles pourraient bien ne pas remonter 
au delà du premier siècle avant notre ère. M. Héron de Villefosse penche à 
croire que l'ensemble de la trouvaille est postérieure à cette date. 

Les stèles acquises par le musée de Saint-Germain sont au nombre de 
quatre. Deux portent des inscriptions. Sur l'une M. de Villefosse a lu : 



f&tXoj . 

avo yaXaTOu 

sur l'autre : 



uvr, .... ojvo: 



i'aXatTr, ; 



X. 

Le tome XII du Corpus inscriptionum latinarum, dont l'impression est de- 
puis si longtemps commencée, est enfin arrivé à Paris. Il contient quatre 
provinces : les Alpes Maritimae, les Alpes Cottiae, les Alpes Graine et Poeni- 
nae et la Gallia Narbonensis. Quand verrons-nous enfin paraître la Lyon- 
naise, l'Aquitaine et la Belgique? 

Ce volume, qui est dû àM. Hirschfeld, ne renferme pas beaucoup d'ins- 
criptions inédites. Il y en a cependant quelques-unes. On peut citer un 
exemple nouveau du nom divin Belenus, n' 5693, 12. C'est une décou- 

Revue Celtioue, IX. 27. 



41 8 Chronique. 

verte de M. Allmer, elle a été faite à Nimes. La dédicace au même dieu 
découverte a Narbonne par M. Lebègue (R. C, t. VIII, p. 392) porte le 
n° 5958. Ce sont les seules inscriptions de la Gaule où soit mentionné 
le dieu Bélénus. 

XI. 

M. Longnon vient de publier à la librairie Hachette la seconde livraison 
de son Atlas historique de la France. Elle concerne la Gaule au ix e et au 
x e siècle. La première livraison qui traitait de la géographie de la Gaule 
depuis et y compris l'époque de César jusques et y compris l'époque de 
Charlemagne, avait paru en 1884. La première livraison est par conséquent 
celle qui concerne le plus directement les études celtiques. Mais on se 
tromperait grandement si l'on croyait que la seconde livraison est sans in- 
térêt pour elles. Elle comprend en effet une étude sur les pagi de la Gaule, 
dont un certain nombre portent des noms celtiques et peuvent remonter à 
l'époque celtique. Parmi les noms de lieux, un grand nombre d'origine cel- 
tique apparaissent pour la première fois dans les documents carlovingiens, 
et par conséquent sont mentionnés dans -la seconde livraison, tandis qu'il 
n'en est pas question dans la première. Dans la seconde livraison, les noms 
composés dont le second terme est dunum sont au nombre de trente-six, 
ceux dont le second terme est dura, durum sont au nombre de dix, ceux 
dont le second terme est magus ou ses équivalents, dont -mutn est le plus 
fréquent, sont au nombre de trente-quatre. Nous croyons avoir reconnu 
sept exemples des équivalents du terme -briga, comme bria, bra, brum: 
Nous avons compté 618 exemples de noms en -'niais, 67 de noms en 
-acus, 40 de noms de lieu identiques à des gentilices, 20 de noms de lieu 
identiques à des cognomina. 

Cette publication est de tout point digne du savant auteur. Nous n'avons 
guère à lui adresser qu'une critique. C'est d'avoir quelquefois donné à des 
noms de lieux bretons une forme qui n'est pas antérieure au xn c siècle. 

XII. 

Dans la livraison de mai du Céltic Maga-iue, M. Alex. Macbain a com- 
mencé, p. 319-326, la traduction d'une rédaction du Tain bô Ciialnge re- 
cueillie dans les Highlands par M. Carmichael ; et un auteur anonyme a 
donné (p. 327-333) une étude sur les mots celtiques empruntés par l'anglais. 

XIII. 

La représentation de mvstère breton annoncée à Morlaix pour le mois 
d'avril dernier a effectivement eu lieu les 14 et 13 de ce mois. La pièce 
représentée a été sainte Tryphine, publiée avec une traduction française en 
1863 par M. Luzel et par l'abbé Henry, un volume in-12 de 433 pages. 
M. Luzel avait composé pour la circonstance un prologue en vers bretons 
qui a paru accompagné d'une traduction française à Morlaix chez lîaslé et 
qui forme une brochure de treize pages. On y retrouve l'élégance du poète 



Chronique. 419 

breton que les années ont blanchi et dont elles ont fait, hélas ! un érudit et 
un archiviste, Le Monde illustré du 24 avril dernier a donné un compte 
rendu de cette représentation avec plusieurs gravures, où l'on voit le por- 
trait des acteurs revêtus de leurs costumes et leur jeu dans quelques scènes. 

XIV. 

Notre collaborateur, M. Nettlau, a publié dans le tome IX des Cym'mro- 
dorion (p. 56-119) un recueil de savantes observations sur le verbe gallois. 

XV. 

M. L. Delisle, le savant administrateur de la Bibliothèque Nationale, nous 
a signalé quelques gloses bretonnes dans le manuscrit 45 du fonds Ashburn- 
ham nouvellement acquis, ix° siècle. La principale est au f° 7 r° sur les 
mots numéros notis singulis ; elle est ainsi conçue : not do pop un trimer, lit- 
téralement : » note à chacun nombre ». Nous citerons ensuite, f° 6 r° : ait 
sur palme artum, blein sur summitatem. 

XVI. 

M. Luzel a publié dans le Bulletin de la Société archéologique, n" de 
mars 1848, un fort joli conte breton: Marie, Yvon et la Sirène, avec des 
notes de M. Reinhold Koehler et de M. le vicomte de la Villemarqué. 

XVII. 

Le numéro de janvier-avril du Journal of ihe Roval historical and arcbaeo- 
logical Association of Ireland contient (p. 238-240) un très intéressant ar- 
ticle du Rev. Charles Scott sur le droit de préséance autrefois reconnu aux 
évèques de Meath, c'est-à-dire d'un canton primitivement assigné au roi 
suprême d'Irlande. Si l'église d'Irlande se fût conformée à la pratique suivie 
dans l'empire romain, l'évêque de Meath aurait été primat d'Irlande. La 
primauté fut donnée à l'archevêque d'Armagh. Le siège de Meath ne de- 
vint pas même archiépiscopal, mais l'évêque de Meath eut le pas sur les 
autres évêques. 

Le principal article du numéro est la suite d'un travail de M. V.-G. Wood 
Martin sur les monuments de pierre non polie d'Irlande, p. 254-299. 
Nous regrettons de ne pas connaître le commencement de ce savant mé- 
moire qui est l'œuvre d'un archéologue de grand talent. L'auteur y cons- 
tate notamment que la population à laquelle on doit les chambres funé- 
raires construites dans les tombelles irlandaises avait l'habitude de brûler 
ses morts. C'est la coutume qui a précédé sur le continent l'usage gaulois 
de l'incinération. Nous continuons à regretter que M. Wood Martin, si 
compétent quand il s'agit d'archéologie, continue à négliger le côté linguis- 
tique de ses études. Leabaigh, p. 259, note 1, est une mauvaise leçon pour 



420 Chronique. 

leabaid, plus anciennement lepad, avec un db au lieu d'un gh final; mais 
c'est une vétille. Nous ne comprenons pas que l'association archéologique 
d'Irlande soit sans relations avec les sociétés françaises analogues. Les Français 
y gagneraient certainement beaucoup. Les Irlandais pensent-ils qu'ils n'y 
apprendraient rien ? 

XVIII. 

M. Zimrner vient de publier deux articles intéressants quoique peut-être 
un peu longs: l'un dans la Zeitschrift fur deutsches Alterthumund Litteraiur, 
t. XXXII, p. 196-334; l'autre dans la Zeitschrift fur vergleichende Sprach- 
for&hung, t. XXX, p. 1-292. Cela forme un total de quatre cent trente et 
une pages, un joli petit volume in-8. 

Le premier article a pour objet une étude sur les éléments germaniques 
dans la tradition épique irlandaise. Le second est un recueil de trois mé- 
moires : i" contributions à l'étude du vocabulaire moyen irlandais (p. 1); 
2° l'aoriste sigmatique indo-européen en celtique et le prétérit celtique en s 
(p. 112); à ce mémoire se rattachent trois appendices : sur le prétérit en / 
(p. 198); sur dorât « il donna » (p. 217 ; sur rofetar « je sais » (p. 221); 
3° le passif et le déponent italo-celtique (p. 224). On aurait tort d'oublier 
un postscriptum où la première question traitée par M. Zimmer est la ques- 
tion la plus importante à ses yeux et par conséquent aux yeux de ses bons 
amis comme nous, c'est de savoir si pour l'étude du passil et du déponent 
celtique la priorité appartient à M. Windisch ou à lui. Le mémoire de 
M. Windisch a paru environ six mois avant celui de M. Zimmer; c'est une 
injustice du sort. M. Zimmer croit que son mémoire était achevé deux mois 
avant celui de M. Windisch et que par conséquent sur ce point, comme sur 
tant d'autres, c'est lui, Zimmer, qui l'emporte sur le professeur de Leipzig. 
Cette conviction chronologique et personnelle fait le bonheur de M. Zimmer 
et, certainement, elle ne causera au public aucun chagrin. 

Les amis de M. Zimmer, parmi lesquels nous serions heureux qu'il voulût 
bien nous compter, regretteront peut-être que ce grammairien érudit, si lé- 
gitimement attentif quand il s'agit de défendre ses prétentions à la priorité, 
laisse à ses critiques le soin de remplir pour lui ce devoir de tout homme 
courtois qui consiste à signaler, le cas échéant, la priorité des autres. Pre- 
nons comme exemple son travail sur les noms communs d'origine germa- 
nique dans les monuments épiques les plus anciens de l'Irlande. M. Zimmer 
a relevé vingt-quatre de ces noms, p. 267-28S du tome XXXII de la Zeit- 
schrift fur deutsches Alterthum. Or il y en a quatorze qui figurent dans le 
glossaire placé par M. Windisch à la suite des Irische Texte, et M. Zimmer, 
ce farouche défenseur du droit de priorité, ne renvoie qu'une fois à ce 
glossaire. C'est à la page 273, au mot ammor, amor, au sujet duquel il a 
une critique à adresser à M. Windisch. Les lecteurs de M. Zimmer qui 
croiraient que l'article ammor du vocabulaire de M. Windisch ait été le seul 
articlede ce vocabulaire consulté par M. Zimmer, se tromperaient malheureu- 
sement beaucoup. Ainsi de M. Zimmer, p. 270, commence son article r 7 
en disant que ce mot est masculin. Or il l'a appris par un passage du Felirt 



Chronique. 42 1 

Oenguso où l'on rencontre l'accusatif pluriel rôtu, et ce passage est cité par 
M. Windisch. M. Zimmer doit donc à M. Windisch la connaissance du genre 
de rôt, à moins qu'il ne Fait acquise dans l'index du Felirc par M. Whitley 
Stokes qu'il ne cite pas davantage. Quant aux exemples du mot rôt aux- 
quels renvoie M. Zimmer, ils sont au nombre de sept, deux de plus que 
dans le glossaire de M. Windisch. Mais sur les sept, trois se trouvaient déjà 
chez M. Windisch: Cormac; L. U. 104'' 8, 106a 3 (deux passages du Fled 
Bricrend, chez Windisch. F. B. 34, 47); deux sont étrangers à la littérature 
épique, ce sont L. L. jo8 a 43, 308 1, 37. Ainsi le contingent de M. Zimmer 
se réduit à deux articles, l'un emprunté au Tochmarc Emere, L. U. I22 b 7, 
où se trouve l'expression riad root mentionnée par M. Windisch d'après L.' 
U. 106" 3 ; l'autre au Cath Ruis na Rig, L. L. 1 7 5 b u. où on lit cend rôit, 
c'est-à-dire rôit au génitif singulier. C'est même là la seule addition sé- 
rieuse de M. Zimmer à l'article de M. Windisch. L'article de M. Zimmer 
pourrait être conçu ainsi : « Sur le mot rôt, voyez Windisch, Irische Texte, 
« t. I, p. 748, col. 1. Aux exemples de cas cités par le savant auteur, 
« ajoutez le génitif singulier rôit, L. L. 1 7 5 b 1 1 ». Rédigé de cette manière, 
il serait moins long, moins prétentieux et plus équitable envers un prédé- 
cesseur de l'auteur. 

Mais, dira-t-on, M. Zimmer a eu le premier le mérite de reconnaître que 
les vingt-quatre mots qu'il a étudiés étaient d'origine germanique. Il est re- 
grettable que cela ne soit pas certain pour la totalité de ces vingt-quatre 
mots. Ainsi les savants qui ont traduit jusqu'ici penning par penny, comme 
O'Donovan et M. Windisch, ont entendu que penning était d'origine ger- 
manique, et cette doctrine était déjà énoncée en 1881 dans une brochure 
publiée à Paris sous le titre d'Etudes sur le droit celtique, p. 33. 34. On y 
voit que la monnaie dont il s'agit est mentionnée dons la glose du Senchus 
mer et que son nom « est d'importation germanique ». 

Le mot rossai « morse », en allemand « Wallross », donne lieu à la 
même observation. C'est M. Windisch qui a proposé l'identification avec le 
mot allemand en donnant d'après Y Attira Choluimbchiïle, § 60, publié par 
M. Whitley Stokes, Goidelica 2 , p. 164, l'orthographe ros-ualt qui se rap- 
proche beaucoup plus de la source germanique que l'orthographe rossâl du 
Cath Ruis na Rig, L. L. 172 11 , auquel renvoie M. Ziminer. M. Zimmer fait 
le rapprochement des deux formes, mais c'est à M. Windisch qu'il doit la 
connaissance de ros-ualt comme la traduction et l'étymologie Wallross. 
C'est en vain que pour donner le change aux ignorants, au lieu de ren- 
voyer comme M. Windisch à l'édition de YAmra donnée par M. Whitley 
Stokes, M. Zimmer cite le facsimilé du Lébor na h-Uidre qui contient le 
même texte. La leçon du Lébor na h-Uidre est connue depuis longtemps, 
même de ceux qui n'ont pas entre les mains le facsimilé publié par l'Aca- 
démie d'Irlande et qui apprécient l'avantage de trouver une traduction en 
regard d'un texte irlandais, puisqu'en 1871 O'Beirne Crowe a publié une 
édition de ce texte avec traduction anglaise. Cela n'a pas empêché M. Zim- 
mer de consacrer quinze lignes à la reproduction du texte irlandais et à sa 
traduction imitée de celle d'O'Beirne Crowe, qu'il dédaigne trop pour le 



422 Chronique. 

citer. Entre sa copie et celle d'O'Beirne Crowe ou celle de M. Whitley 
Stokes, on ne peut guère remarquer qu'une différence. Elle porte sur le gé- 
nitif pluriel du substantif qui veut dire « année ». Ce génitif dans les deux 
manuscrits (Liber hymnorum du Collège de la Trinité de Dublin et Lebor na 
b-i'idre) est écrit blia avec un signe d'abréviation. La copie de M. "Whitley 
Stokes porte bliadan en plaçant ce mot dans la déclinaison féminine en </. 
La copie d'O'Beirne Crowe donne bliadna, en mettant ce mot dans la dé- 
clinaison en i. Il y a des autorités pour chacun des deux svstèmes. M. Zim- 
mer ne voulant se prononcer ni pour l'un ni pour l'autre a écrit bliad, c'est 
une des grandes découvertes qui sont destinées à illustrer son nom. 

11 n'est pas certain que les étymologies germaniques de M. Zimmer 
soient admises toutes sans exception. Mais nous en avons assez dit sur cet 
article pour craindre de fatiguer le lecteur et nous passons aux savantes 
études sur le vocabulaire irlandais qui occupent les cent dauze premières 
pages du tome XXX de la Zeitschrift de Kuhn. 

M. Zimmer commence par l'expression dia bliadna « dans un an à pareil 
jour ». Il revient par conséquent sur une question qui a déjà été traitée 
dans la Revue Celtique, t. VII, p. 282, à propos d'une note publiée par 
M. Standish O'Gradv dans YAcademy du 14 novembre 1 S85 , p. 324-325. 
La question était de savoir comment il fallait lire et traduire la formule dia 
/'/avec un signe abréviatif dans le Livre de Leinster, p. 114, col. 1, 1. 25. 
M. "Windisch a lu dia bîiadain. La faute était peu grave : il fallait dia bliadna 
« dans un an à pareil jour ». M. Zimmer, Keltische Studien, I, p. 35, 1881, 
proposa de lire di Ailill, c'est-à-dire: « à Ailill, roi de Connaught » en se 
moquant agréablement du savant professeur de Leipzig qui n'avait pas su 
faire cette belle découverte. 

La vérité avait été connue il y a trente ans par O'Currv (Manners and 
Customs, III, 372) et c'est à M. Standish O'Gradv que revient l'honneur 
de l'avoir établie scientifiquement. Il s'est appuyé pour cela d'abord sur la 
formule dia mis « dans un mois à pareil jour », Book of Leinster, p. 288, 
col. 2, 1. 33. Cf. Windisch, Irische Texte, t. I, p. 477, col. 1. Puis il a 
réuni huit exemples de la formule dia bliadna, l'un est emprunté au Livre 
de Leinster, p. 106, col. 1, 1. 44; un autre au Lebor na h-Uidre. p. 122, 
col. 1,1. 4; les autres aux manuscrits Egerton 92, 1782 et Harleian 5280 
du Musée britannique. M. Zimmer a recueilli sept exemples de dia bliadna: 
deux sont les mêmes que ceux de M. Standish O'Gradv. Il est très méri- 
toire pour M. Zimmer d'avouer en 1888 l'exactitude d'une doctrine traitée 
par lui d'absurde en 1881. Ce n'est rien encore. M. Zimmer nous apprend 
qu'il a fait cette bonne action avant de connaître l'article publié par 
M. O'Grady en 18S3 et peut-être avant que l'article de M. O'Grady 
n'existât. Partout, même quand il s'agit de réfuter ses propres thèses, 
M. Zimmer a la priorité, et. si les apparences sont contre lui, c'est la faute 
des imprimeurs. 

Le second mot dont parle M. Zimmer dans la Zeitschrift de Kuhn, i8S8. 
est cennide : il a trouvé que ce mot qui a pour équivalent cathbarr dans certains 
mss. veut dire « couvre chef ». Mais cette traduction a été donnée au Col- 



Chronique. 42 3 

lège de France pendant l'année scolaire 1885-1886 par un professeur dont 
l'incapacité, unfahigkeit, est, suivant M. Zimmer, chose établie. Il y a dans 
Paris quelqu'un qui a reçu de Leipzig, sous la date du 17 décembre 1886, 
une lettre où on lit : « Au sujet de cennide vous avez raison : dans le ms. 
« Rawlinson on lit : Is and sin ro l.i Conchabar a chathbarr dia chend ». De 
là vient que dans la traduction du Scèl mucci macDâthà publiée par M. Duvau 
dans la Revue archéologique, numéro de novembre-décembre 1886, p. 342, 
cennide est traduit par « couronne » ; il s'agit d'un roi ; on trouve cathbarr 
désignant la coiffure d'une reine, et O'Curry a rendu ce mot par diadem 
(Manners and customs, t. III, p. 394). Ainsi la découverte de M. Zimmer était . 
dans le domaine public dix-huit'mois avant d'être imprimée par lui. 

M. Zimmer n'a pas de chance. Il fait continuellement le premier des 
trouvailles qu'il admire ; d'autres, bien inférieurs à ce grand homme, font ces 
découvertes après lui et les portent avant lui à la connaissance du public. 
Mais il a pour lui sa conscience et la conviction de sa supériorité sur ses 
concurrents au milieu d'une injustice presque universelle; il en résulte 
qu'il est le plus content des hommes. La Revue Celtique est heureuse de le 
constater. On aurait tort de supposer à cette revue d'autres sentiments ; ce 
ne seraient pas de petites mésaventures comme celles dont elle vient de 
parler qui pourraient troubler la majestueuse quiétude de l'illustre professeur 
de Greifswald. 

XIX. 

Nous avons le plaisir d'annoncer que la Commission chargée par l'Ins- 
titut de France d'examiner les ouvrages envoyés au concours fondé par 
Volney, vient de décerner le prix à notre collaborateur M. E. Ernault, pro- 
fesseur à la Faculté des lettres de Poitiers. Les travaux qui lui ont mérité 
cette distinction sont : 1° sa thèse de doctorat sur le Parfait en grec et en latin, 
qui a paru dans la Bibliothèque de l'Ecole des Hautes-Etudes, chez F. 
Vieweg ; 2° et le glossaire moyen breton placé à la suite du Mystère de 
Sainte Barbe, librairie Thorin. 

XX. 

Au moment de mettre sous presse, nous recevons de M. Buhot de Ker- 
sers, le savant archéologue de Bourges, une lettre où il donne des détails 
circonstanciés sur une découverte faite à Issoudun (Indre) en 1874, et si- 
gnalée pour la première fois beaucoup plus tard par cet érudit dans sa bro- 
chure intitulée : « Note sur trois épées de bronze et un mors de bride 
« gaulois, trouvés en Berry. » Il s'agit d'une sépulture gauloise contenant 
un char de guerre. On a trouvé les débris de chars de guerre gaulois dans 
les départements de la Marne, l'Aisne, la Côte-d'Or, en Suisse et en Alle- 
magne 1. On n'en avait pas signalé dans le centre de la France. 

1. Mazard, Essai sur les chars gaulois de la Marne, Revue archéologique, 
t. XXXIII (1877), p. 154-172, 217-229. 



424 Chronique. 

En 1874, on taisait des fouilles pour construire un bâtiment destiné à la 
malterie de la brasserie d'Issoudun (Indre). Ces fouilles mirent à jour: 
i° les deux cercles de fer qui entouraient les roues d'un char, 2 les boites 
de 1er qui servaient au passage de l'essieu, 3 des fragments de mors de 
bride en bronze, enfin quelques autres débris métalliques. Les cercles ont 
été laissés sur place. On a recueilli les boites et les fragments de mors. Le 
mieux conservé de ces fragments de mors a été publié par M. Buhot de 
Kersers dans la brochure dont nous avons donné le titre. 



Paris, le 7 juin iSSS. 

H. d'Arbois de Jubaixville. 



ERRATA DE LA LIVRAISON PRECEDENTE. 

P. 230, 1. 13, for hivrimi, read hec, rimi. 

note 91, for Au. read AuicentUl. 
P. 233, notes, 1. 1, for « springs up », read' « Aies off ». 

1. 6, for « ladh (?) », read « rusty sédiment ». 
1. 16, for « an herb or a strawberry », read « the plant of 
the strawberries ». 
P. 234, 1. 9, for « figda », read « figt'da ». 

1. 12, for « coill/f », read « co'iWcd ». 
P. 235, notes, 1. 6, for « common word », read « generic terni ». 
P. 236, notes, 1. 13, read sanguineus. 
P. 239, notes, 1. 10, for milsêan, read milsein. 
P. 240, 1. 2, for peredha, read piredha. 

last line, The Irish word is sabhrai. 
P. 243, note 23, Cosc ar carraigi « a remedy for the scab ». 
For most of the above corrections I am indebted to M. St. H. O'Grady. 

Wh. St. 



Le Propriétaire-Gérant : F. VIEWEG. 



Chartres. — Imprimerie DURAND. 



LA PROCESSION DITE DE LA LUNADE 

ET 

LES FEUX DELA SAINT-JEAN 

A TULLE (BAS LIMOUSIN). 

LA FÊTE DU SOLSTICE D'ÉTÉ 

ET 
LE COMMENCEMENT DE LA PÉRIODE DIURNE 

CHEZ LES GAULOIS. 



Le sujet du présent mémoire est de ceux qui paraissent tou 
d'abord n'offrir qu'un intérêt local, mais dont l'étude peu 
conduire à des conclusions d'une importance générale au point 
de vue de notre histoire nationale. Par l'époque de l'année et 
l'heure où elle est célébrée, par le rite suivant lequel on l'ac- 
complissait dans les siècles passés et où elle s'accomplit en- 
core, la solennité religieuse dont nous allons nous occuper se 
rattache aux pratiques superstitieuses de nos aïeux, et nous 
montre la persistance au moyen âge, voire même jusqu'à nos 
jours, de cérémonies païennes et du système usité pour la 
mesure du temps dans l'ancienne Gaule. 



I. 

Depuis une date fort reculée et qui, nous le montrerons 
bientôt, remonte au moins à quatre siècles, on célèbre chaque 
année a Tulle, en bas Limousin, le soir du 23 juin, une fête 
Revue Celtique, IX 28 



426 M. Deloche. 

appelée le Tour de la Lunade. C'est une procession qui a lieu 
en l'honneur de saint Jean-Baptiste, la veille de sa Nativité. 

Après le coucher du soleil et dès que la lune paraît à l'ho- 
rizon, le clergé de la cathédrale et des trois autres paroisses de 
la ville, les confréries de pénitents blancs et bleus, les congré- 
gations religieuses, suivies d'un nombreux concours de fidèles, 
sortent de l'église cathédrale, portant en grande pompe la 
statue du saint Précurseur. Cette statue, en bois de chêne, 
grossièrement sculptée et noircie par le temps, est vêtue, 
comme une madone italienne, d'une robe, ou plus exactement 
d'un riche manteau de soie, noué au cou et ne laissant paraître 
ni les bras ni la taille. La tète est ceinte d'un diadème en ar- 
gent ou cuivre doré. 

En 1680, un ecclésiastique du pays, le P. Béril, publia un 
opuscule intitulé la Sainte Lunade de S. Jean-Baptiste, qu'il 
adressa à Etienne Baluze et qui est à la Bibliothèque Natio- 
nale parmi les manuscrits de l'illustre érudit 1 . Suivant l'itiné- 
raire qui y est minutieusement décrit et" qui est actuellement 
encore, ou du moins était naguère observé, le cortège gravit 
les rampes abruptes d'un faubourg situé à l'est de la ville, 
parcourt les hauts plateaux qui la dominent, et après des sta- 
tions faites devant sept oratoires ou chapelles 2 établis sur son 
passage, rentre dans l'église, où l'on replace la statue du saint 
sur l'autel qui lui est consacré. 

Quelle est l'origine de cette curieuse solennité, la plus po- 
pulaire assurément de la contrée ? 

La plus ancienne mention que j'en aie rencontrée jusqu'ici, se 



1. Volume 263, fol. 177 et suivants. Le P. Béril était curé de Saint- 
Salvadour, paroisse rurale voisine de Tulle. Cette brochure de 36 pages fut 
imprimée « à Tulle, chez Jean Dalw, imprimeur du clergé et du collège 
« de Mauriac, en 1680 ». 

2. Voici, d'après l'opuscule précité du P. Béril, l'ordre dans lequel les 
Stations étaient placées, du moins au XVII e siècle: la première était la cha- 
pelle dédiée à saint Jean; la seconde une chapelle sise au faubourg d'Al- 
verge et nommée de la Présentation Notre-Dame; la troisième l'oratoire dit 
de Saint-Jean, bâti sur un petit coteau appelé Je petit Calvaire; la quatrième 
l'oratoire dit de la Malaurie, situé au milieu d'un bois; la cinquième l'ora- 
toire dit de Breyge, construit à l'entrée du plateau ; la sixième l'oratoire dit 
de la Bachellerie; la septième la chapelle des Malades, qui avait pris depuis 
peu le nom de Notre-Dame de la Santé. 



La Procession dite de la Lunade. 427 

trouve dans un extrait de registres des actes de notaires de 
Tulle. Un acte daté du 27 juin 1490, désigne les confron- 
tations d'une terre et d'une vigne, notamment « avec un 
« chemin appelé le chemin de la Lunade », « et cum itinere 
« vocato h chami de' lo Lounado. x » 

Nous sommes ainsi assuré que la procession dont il s'agit 
ici remonte à une époque antérieure à 1490; mais à cela se 
bornent, en réalité, les notions précises et certaines que nous 
possédons sur ses commencements. 

D'après le P. Béril déjà cité, le vœu de la Lunade aurait été 
fait en l'honneur de S. Jean-Baptiste, « en 1340, à cause de 
« la peste, de la famine et de la guerre qui ravageaient le D 
« mosin 2 », et l'écrivain produit à l'appui de cette énonciation '. 
i° un prétendu titre qu'il désigne en ces termes : « Extrait du 
« livre de S. Jean Baptiste, en lettre Gothique (sic) sur le 
« parchemin, en vieux Limosin » ; 2° une déclaration d'un 
habitant notable de Tulle attestant la tradition établie à ce sujet. 

Voici, telle qu'elle est rapportée par le P. Béril, la première 
de ces pièces qui, nous le ferons voir, a dû être confectionnée 
à une époque de beaucoup postérieure à celle des faits qui 
nous occupent. 

« L'an millo très cent quarante, en lo citât et villo de Tulo, 
« et en tout lo part olentour, avia granda aversitat, tant dé 
« guerra, dé fomina, que dé mortalitat, et fut avisa et or- 
« donnât per los prud'hommes et dévots de la d. citât, una 
« solemnitat etconfraria ol'honnour dé Diu, dé nostraDama, 
« et dé Monseignour S. Jean Baptista, chacun an, el moustié 
« de Tulo, ofin que Monseignour S. Jean Baptista fut inter- 
« cessour dé lous préserva dé la dita adversitat; et incontinent 
« quoguérou commençât ia dita Festa, la dita Citât et Pays 
« tourneren en grendo prospéritat per lo intercessiu dé Mon- 
« seignour S. Jean; e fara si Diou play. Dé laquella Festa s'en 
« seguentlas Ordonnanças, & a (sic) > ». 

1. Arch. départent, de la Corrè^c, Registres des actes de notaires de Tulle 
des xvi e et xvn^ siècles; Reg. 50, fol. 153, v°. 

2. Ubi supra, p. 6 de la brochure du curé de Saint-Salvadour. 

3. Page 7 de l'opuscule du P. Béril. Voici la traduction de cette notice: 
« L'an mil trois cent quarante, en la cité et ville de Tulle, et dans tout 



428 M. Deloche. 

La deuxième pièce intitulée : « Attestation de M e Jean 
« Brossard, advocat », est ainsi conçue : 

« Nous attestons comme quoy des Personnes fort âgées, de 
« tout sexe, nous ont déclaré, a diverses fois, qu'un religieux 
« du Monastère de S. Benoist de la présent ville de Tulle, à 
« présent sécularisé, qui passait pour un saint religieux, célé- 
« brant la sainte Messe sur un autel qui est à côté des orgues 
« de la dite église, à présent la Cathédrale, contre la chapelle 
« de l'Assomption N. Dame, il eut révélation que, pour taire 
« cesser la peste qui désolait la présent ville et toute la pro- 
« vince, il falloir porter l'image de S. Jean, dans un lieu que 
« Dieu lui avoit inspiré, en Procession, à laquelle les habi- 
« tants assisteraient en chemise et nuds pieds, ce qui fut 
« exécuté; et d'abord la peste cessa, et du depuis la même 
« procession fut instituée, dans la forme insérée dans le titre 
« qui fut trouvé dans la châsse de S. Ulphard 1 : ce que nous 
« attestons avoir appris par la tradition de notre père et autres 
« anciens habitants de la présent ville. 

« Signé Brossard attestant ce dessus 2 . » 

Baluze, qui non seulement avait connaissance du livre du 
P. Béril, mais en tenait, comme nous l'avons dit, un exem- 
plaire des mains de l'auteur 3, s'est borné, dans son Histoire de 



le pays d'alentour, il y avait grande adversité, tant de guerre et de famine 
que de mortalité ; et il fut conçu et ordonné par les prud'hommes et 
gens dévots de ladite cité, une solennité et confrérie en l'honneur de Dieu, 
deNotre-Dame et de Monseigneur S. Jean-Baptiste, enacun an, au monas- 
tère de Tulle, afin que Monseigneur S. Jean-Baptiste, intercédât, pour les 
préserver de ladite adversité. Et aussitôt qu'ils eurent commencé ladite 
Fête, ladite cité et le pavs tournèrent en grande prospérité par l'inter- 
cession de Monseigneur S. Jean. Et ainsi en sera fait, à l'avenir, si Dieu 
plaît. De laquelle Fête s'ensuivent les Ordonnances, etc., etc. ». 

1. Saint Ulphard était un des patrons de l'église et de la ville de Tulle, 
dont la cathédrale possédait des reliques. 

2. Page 36 du livret du P. Béril. 

3. Voici la lettre d'envoi qui est à la suite du livret, dans les mss. de 
Baluze, volume 263, fol. 195 : 

« Monsieur,' 
» De l'advis d'un de vos parents, j'ay la hardyesse de vous présenter mon 
livret de la Lunade de Tulle, que je vous prie d'accepter. J'ay fait une 
prose de la sainte Résurrection que je vous fairay tenir si le désirés. Je 



La Procession dite de la Lunade. 429 

Tulle publiée en 17 17, à reproduire la tradition ci-dessus, en 
transportant toutefois à l'année 1348 l'événement que le 
P. Béril avait placé en 1340 : nous traduisons le passage qu'il 
a consacré à ce sujet : 

« L'année 1348, dit-il, est tristement célèbre r non seule- 
« ment par les guerres qui troublaient notre contrée, mais 
« surtout à cause de la famine et de la peste. Au milieu de la 
« consternation générale, il est certain qu'il vint à l'esprit de 
« nos concitoyens d'implorer le secours de saint Jean-Bap- 
« tiste. On est peu fixé (pantin compertum habetur) sur la ma- 
te nière dont les choses se passèrent. Ceux qui disent tenir la 
« tradition de plus anciens déclarent qu'un moine de Tulle, 
« réputé pour sa sainteté... » (suit le récit de Brossard touchant 
la révélation annoncée par le religieux, la cérémonie accom- 
plie et la cessation du fléau). 

« Ce qui est constant, ajoute Baluze, c'est qu'alors et dans 
« cette pensée, les habitants de la ville établirent en Thon- 
ce neur de Dieu, de la bienheureuse Vierge Marie et de saint 

« Jean-Baptiste, une confrérie qui subsiste encore Nous 

« ne devons pas omettre de dire qu'il existe dans notre 
« ville deux congrégations religieuses de Pénitents : l'une 
« de Pénitents gris 1 , l'autre de Pénitents blancs. Les pre- 
« miers font le tour de la Lunade la veille de la Nativité de 
« saint Jean-Baptiste, avec le clergé et le peuple, les autres le 
« jour même de cet anniversaire. 

« Par la même cause fut instituée dans l'église de Saint- 
ce. Pierre 2 une confrérie de S. Léger, évêque d'Autun, qui fai- 

vous auray obligation si, vous souvenant de l'amitié du temps passé, vous 
me tenès encore au nombre de 'ceux qui vous sont acquis comme restant, 
« Monsieur, 
« Votre très humble et très obéyssant serviteur, 

« Béril, curé de St-Salvadour. 
« Le 26 septembre 1680 ». 

1 . Ces pénitents ont été remplacés par les Pénitents bleus, dont la cha- 
pelle est au Puv-Saint-Clair, dans l'enclos du cimetière ; ils ont pour patron 
saint Jérôme ; saint Jean-Baptiste est le patron des Pénitents blancs, dont 
l'ancienne chapelle, placée sous ce_ vocable, a été érigée récemment en pa- 
roisse. 

2. Cette église, qui était la plus ancienne des églises de Tulle, a été dé- 
truite pendant la Révolution; elle était située dans l'ancien caslrum, sur 



4}0 M. Deloche. 

« sait dans ce temps-là de fréquents miracles. Cette confrérie 
« subsiste également de nos jours 1 . » 

Ce dernier fait est attesté par une notice en langue romane, 
que Baluze a publiée à la fin de son ouvrage, et dont voici le 
texte : 

« En l'an de nostre Seignor, mial et ccc e xlviii, éraguerra 
« en Francis et de Angleterra; e lo jorn de la festa de tots 
« Senhs, la vila fo presa pels Angles 2 . E el quai an mccc et 
« xlviii, fo mortoudat universal per tôt lo mon et grande 
« fems e pestillesa. Per che li prodome de la ciptat de Tulla, 
« regardan lo péril en que estavo, recoguéro a nostre Seignor, 
« ordonero e establiro entre loi* que, a la honor de Diou e 
« de Nostra Dama e de touta la court celestial companya, fo 
« fâcha un a confreyria de Mosseignor Saint Legier, loqual 
« ovio fach e fosia e fay tout journ grand cop de bels miracles 3 . » 

Ce document se traduit ainsi : 

« En l'an de Notre Seigneur, mil trois cent et quarante- 
« huit, il y avait guerre en France avec l'Angleterre; et le 
« jour de la fête de tous les Saints, la ville fut prise par les 
« Anglais. Et dans cette année mil trois cent et quarante-huit, 
« il y eut mortalité universelle par tout le monde, et grande 
« famine et pestillence. C'est pourquoi les prud'hommes de la 
« cité de Tulle, considérant le péril où ils étaient, recoururent 
« à Notre Seigneur, ordonnèrent et établirent entre eux que, 
« en l'honneur de Dieu et de Notre Dame et de toute la cour 
« de la céleste compagnie, il fût fait une confrérie de Mon- 
« seigneur Saint Léger, lequel avait fait, et faisait et fait tou- 
« jours, un grand nombre de beaux miracles. » 

le plateau qui est au confluent de la Corrèze et d'une petite rivière appelée 
la Solane, et qui a gardé le nom de « Quartier Saint-Pierre ». 
i. Htst. Tutti. , p. 199-200. 

2. Baluze a pensé qu'il fallait remplacer la date de 1 $48 par celle de 1346, 
par le motif que, dans cette dernière année, la ville fut prise par les Anglais. 
(//>/</., Appendice, col. 718 in fine.) Nous crovons qu'il faut maintenir la 
date de 1348 : 1» parce qu'elle a été inscrite en deux endroits de la notice, 
ce qui exclut la probabilité d'une inadvertance ; 2° parce que rien ne s'op- 
pose historiquement à ce que la ville ait été prise une première fois en 
1346, abandonnée et puis reprise en 1348. De pareils laits étaient fréquents 
dans la longue et calamiteuse guerre contre les Anglais. 

3. Hist. Tu tel., Append., col. 717-718. 



La Procession dite de la Lunade. 43 1 



IL 



Les passages du récit de Baluze que nous avons mis sous les 
yeux du lecteur suggèrent des observations importantes. 

Notre historien a reproduit, en modifiant seulement la date 
de l'événement, la tradition rapportée par le P. Béril, mais il 
s'est abstenu de publier, à l'appui, le vieux titre inséré dans la 
notice de cet écrivain; il ne le mentionne même pas, ce qui 
dénote chez l'habile diplomatiste de très grands doutes rela- 
tivement à son authenticité. 

Cette pièce a disparu depuis longtemps I , et nous n'avons 
aucun moyen d'en vérifier le caractère et la valeur. Mais, telle 
qu'elle est présentée par le P. Béril, qui était sans doute peu 
compétent pour l'apprécier, elle soulève les plus sérieuses ob- 
jections. 

Et d'abord, la date de 1340 qui y est énoncée est difficile à 
justifier; elle ne s'accorde ni avec celle de 1348, que porte la 
notice concernant la confrérie de Saint-Léger, ni avec celle de 
1346, que Baluze, à tort selon nous, a proposé d'y substituer 2 . 

Quant à la langue romane limousine, dans laquelle la 
pièce dont il s'agit a été rédigée, elle diffère essentiellement de 
la notice précitée, qui est pourtant également écrite en langue 
limousine'. Or, une telle diversité entre deux documents qui 
auraient été rédigés dans la même localité et presque au 
même moment, est absolument inadmissible, à ce point que 
l'un des deux documents doit être, suivant nous, nécessai- 
rement considéré comme faux. Ce ne peut être la notice de la 



1. La châsse de S. Ulphard ou Ulfard, où cet acte était conservé, au 
dire de M e Brossard, a dû être enlevée et probablement détruite, en 1793, 
comme les autres châsses qui ornaient l'église cathédrale de Tulle. 

2. Voir ci-dessus, p. 420, note 2. 

3. Ainsi dans la notice de la confrérie de Saint-Léger on lit: midi (mille), 
moiioudat (mortalité), prodomc (prud'hommes), la bon or (l'honneur), con- 
frayria (confrérie), mosseignor (monseigneur). — Dans le ms. de la châsse 
de saint Ulphard, ces mêmes mots sont écrits : millo, mortalitat, prud'hom- 
mes, l'bonnour, confraria, monseigneur ; autant de formes d'un patois beau- 
coup plus moderne, et ne remontant guère qu'au xvi e siècle. 



432 M. Deloche. 

contrérie de Saint-Léger, qui est écrite dans un idiome beau- 
coup plus ancien que l'autre, et que Baluze, qui l'a eue sous 
les yeux I , n'a certainement éditée qu'à bon escient. Donc, c'est 
l'autre notice qui est fausse. 

Il me semble même que la pièce attestant la création d'une 
confrérie sous l'invocation de S. Léger, à l'époque et à l'oc- 
casion des malheurs que subissait la ville, rend invraisemblable 
la fondation, au même instant et pour les mêmes causes, d'une 
deuxième confrérie sous l'invocation de S. Jean-Baptiste, et 
surtout d'une cérémonie telle que la procession de la Lunade, 
dont l'importance et la solennité étaient autrement grandes 
et sur laquelle on ne comprendrait pas que le rédacteur de 
cette pièce eût gardé le silence. 

Cette notice doit être conséquemment écartée, et la tradition 
orale restant le seul appui du récit du P. Béril, il nous paraît 
difficile de le regarder comme ayant une valeur historique. 

Néanmoins, et pour des raisons qu'il nous a laissé ignorer, 
Baluze a accepté comme faits avérés l'appel des Tullistes à 
l'intercession de S. Jean et l'établissement d'une congrégation 
nouvelle sous son patronage. 

Nous verrons plus loin comment ces deux faits pourraient 
se concilier avec une explication différente de celle que l'ho- 
norable ecclésiastique limousin a donnée des causes et de la date 
de la procession de la Lunade. 

Il nous suffit, pour le moment, d'avoir montré qu'en l'ab- 
sence de preuve positive, cette question d'origine reste ouverte 
aux investigations de l'archéologue et de l'historien. 



III. 

Dans l'étude à laquelle nous allons procéder, notre attention 
s'arrêtera particulièrement sur le jour de l'année où a lieu la 
procession de la Lunade, l'heure à laquelle elle commence, le 



i. Baluze annonce qu'il publie ce document ex veteri codice Tutelensi dis.; 
Hist. Tut eh y Append., col. 717. 



La Procession dite de la Lunade. 433 

cérémonial qu'on y observe et sa relation avec certaines cou- 
tumes païennes des Gaulois. 

Le soleil fut longtemps, on le sait, l'objet de l'adoration 
des hommes et en particulier des populations celtiques. Notre 
savant confrère, M. d'Arbois de Jubainville, nous fait con- 
naître, dans son Cours de littérature celtique, que le roi suprême 
de l'Irlande, Loégairé, contemporain de saint Patrice (43 1- 
464) r , ayant été fait prisonnier par les habitants de Leinster 
révoltés, n'obtint sa liberté qu'en prêtant serment de ne plus 
exiger la redevance qui avait motivé la révolte ; voici la for- 
mule de ce serment, qui nous a été conservée : « Il jura par 
« le Soleil et la Lune, l'eau et l'air, le jour et la nuit, la mer 
« et la terre 2 ». 

Au vu 6 siècle, le culte du Soleil et de la Lune était encore 
pratiqué en Gaule, puisque saint Eloi, dans une des homélies 
qui lui ont été attribuées par l'auteur de sa Vie, défend aux 
fidèles « d'appeler Seigneurs (c'est-à-dire Dieux) le Soleil et la 
« Lune, ou de jurer par eux; car, ajoute-t-il, ils sont des 
« créatures de Dieu, et par l'ordre de Dieu servent aux be- 
« soins des Hommes. » — « Nullus Dominos Solem aut 
« Lunam vocet, neque per eos juret, quia creaturae Dei sunt, 
« et necessitatibus hominum jussu Dei inserviunt 3. » 

La fête du Soleil se célébrait au solstice d'été; le 24 juin 
est le jour où tombe le solstice, où le soleil est au tropique 
du Cancer, arrivé à son plus grand éloignement de l'Equateur, 
et paraît, pendant quelques jours, y être stationnaire4. 

1. S. Patrice a commencé sa prédication vers 431 et est mort vers 464. 

2. Introduct. à la littèrat. celtique, p. 181. Cf. Le Cycle mythologique ir- 
landais, du même auteur, p. 251. 

3. Vita S. Eligii, auctore Audoëno, dans D'Achery, Spicilegium, édit. 
in-4, t. V. p. 216. D'après une opinion développée par M. O. Reich dans 
une thèse soutenue en 1872, certaines parties de la Vie de S. Eloi date- 
raient bien de la période mérovingienne, mais d'autres y auraient été ajou- 
tées ou intercalées sous les Carolingiens (Uber Audoens Lébensbeschreibung 
des Hciligen Eligius. Inaugural dissertation, Halle, 1872). Cette circons- 
tance serait ici indifférente, et même la date plus récente des sermons at- 
tribués à S. Eloi prouverait une persistance plus prolongée des pratiques 
païennes en Gaule au moyen âge, persistmce qui ressort d'ailleurs de nom- 
breux documents de la période féodale. 

4. Solstitium signifie proprement « arrêt du soleil » de sol, soleil, et de 
siare, rester debout, s'arrêter. 



434 M. Deloche. 

« Quel temps plus propice pour cette solennité, suivant la 
« remarque de Leber, que celui où le soleil parait dans son 
« plus grand éclat..., où la terre présente tant de richesses et 
« tant d'espérances, où, de plus, ce point de sa course est 
« facile à saisir et ne demande pas d'observation délicate! J ». 
Aussi, comme l'ont dit J. Grimm 2 et après lui M. Gaidoz>, 
« le solstice d'été fut-il généralement, chez les nations indo- 
ce européennes, l'époque de l'année à. laquelle on rendait un 
« culte particulier à l'astre-roi. » M. A. Breuil, dans un im- 
portant mémoire sur le Culte de S. Jean-Baptiste et les usages 
profanes qui s'y rattachent, s'exprime ainsi : « Les peuples de l'an- 
tiquité qui avaient fondé leurs diverses religions sur l'obser- 
vation des phénomènes de la nature, et dont les principales 
divinités étaient des personnifications du Soleil, célébraient de 
grandes fêtes aux moments les plus .considérables du cours de 
cet astre, notamment à l'époque du solstice d'hiver et à celle 
du solstice d'été 4 » . 

Longtemps après l'établissement du christianisme, cette der- 
nière fête conservait un tel prestige et exerçait encore un tel em- 
pire sur l'esprit des foules, qu'au milieu du vn e siècle, dans 
un des sermons déjà cités, saint Eloi en faisait l'objet d'une pro- 
hibition spéciale. « Que nul, dit-il, à la fête de S. Jean ou 
« dans des solennités quelconques, ne célèbre les Solstices et 
« ne se livre à des danses tournantes ou sautantes, ou à des 
« carauïes ou à des chants diaboliques. » — « Nullus infesti- 
« vitate sancti Joannis, vel quibuslibetsolemnitatibus, Solsticia, 
« aut vallationes vel saltationes, aut caraulas, aut cantica dia- 
« bolica exerceat » . 



i . Article de Leber, dans la Collection des meilleures dessertations relatives 
à l'histoire de France, par Leber, J.-B. Salguy et J. Cohen, t. VIII, an- 
née icS2Ô, p. 477-481. 

2. Deutsche Mythologie, deuxième édition, p. 583. 

3. Gargantua. Essai de mythologie celtique ; dans la Rev. archéol., 2 e série, 
année 1808, t. I, p. 190. — Le Dieu gaulois du Soleil et le symbolisme de la 
roue; dans la Rer. archéol., 3e série, année 1884, t. II, p. 19; nous faisons 
ici toutes réserves touchant le passage de ce savant mémoire, où l'auteur 
fait dériver la fête du solstice d'été chez les anciens peuples d'une idée qui, 
d'après nous, n'est point la vraie. 

4. Mém. de la Soc. des Antiquaires de Picardie, t. VIII, p. 199. 



La Procession dite de la Lunade. 435 

Ces défenses impliquent évidemment que les actes con- 
damnés par le prédicateur étaient fréquents, sinon usuels. 
Nous y trouvons donc la preuve de la persistance, parmi les 
populations, de l'adoration du Soleil et de la célébration du 
Solstice d'été. 

L'Église chrétienne s'appliqua, avec le concours actif et 
énergique de l'autorité royale, à déraciner ces restes des an- 
ciens cultes ; mais, quand elle eut reconnu l'inanité de ses 
efforts, « elle laissa subsister ces vieilles coutumes et se con- 
« tenta de les sanctifier en leur donnant un sens chrétien 1 ». 
« Les feux de Bélénus furent dédiés à S. Jean-Baptiste, dont 
« la fête tombe au solstice d'été 2 ». 

Telle est l'origine des Feux de la Saint-Jean, de ces nom- 
breux bûchers qu'on allume encore, à cette époque de l'année, 
sur les places, dans les carrefours et les rues de petites villes 
et de bourgades de plusieurs de nos provinces. C'est là assu- 
rément, et de l'avis unanime des érudits, une des pratiques 
survivantes du paganisme gaulois. 3 

Il convient de noter ici un détail qui se produit, ou du 
moins se produisait jadis à la procession de la Lunade, et dont 
j'ai été souvent témoin dans mon enfance. Les fidèles faisant 
partie du cortège ne manquaient pas, quand ils passaient au- 
près des Feux de la Saint-Jean, de faire toucher par les flam- 
mes des branches de noyer ou de ehâtaigner qu'ils tenaient 
ensuite pour des rameaux bénits, et qu'ils conservaient pieu- 
sement dans leur demeure, comme une sauvegarde contre les 
dangers de maladie ou autres. 

L'abbé Lebeuf, qui, dans le Journal historique de Verdun, a 
consacré à ce sujet deux dissertations, cite, dans la première, 
deux anciens auteurs : Durand de Chartres, évêque de Mende 



1 . Leber, ubi supra. 

2. Mémoire de M. T. Pinard sur la commune de Saint-Germain-le-vieux- 
Corbeil (Seine-et-Oise) ; dans la Revue archéol., première série, année 1848, 

P- 74 5- 

3. « Les ieux qu on allumait alors représentaient la chaleur brûlante de 
l'astre. Quel moyen plus naturel de célébrer sa fête que d'allumer ces feux 
qui en sont l'image? ». Leber, dans la Collection de dissertations déjà citée, 
t. VIII, p. 480. 



4}6 M. Deloche. 

en 1290 T , et le docteur Jean Beleth (xn e siècle) 2 , d'après les- 
quels, à la fête de saint Jean, la coutume était de porter des 
flambeaux allumés 3. 

Dans sa deuxième dissertation, le même savant cite le livre 
des Antiquités de Paris, où Sauvai décrit la manière dont se 
faisait le Feu de la Grève et reproduit le mémoire des frais de 
ce feu et des accessoires, dressé d'après un rôle de 1573 et 
comprenant, entre autres détails, « la symphonie, les bouquets, 
« les chapels de roses, les torches de cire jaune et de cire 
« blanche, le baril d'artifices, les dragées, etc., etc. 4 ». 

Il est intéressant de rapprocher ces détails de la description 
que le P. Béril nous a laissée de la procession de la Lunade 
à Tulle, au xvn e siècle. Il y signale : « la grande quan- 
« tité de feux de joye dont les rues sont toutes parées ». On 
y voit les représentants des confréries de la ville, portant ce des 
« cierges de cire allumés à quatre mèches et garnis de ver- 
ce dure et de fleurs ; les porteurs de la statue du saint, cou- 
ce ronnés de guirlandes de cire ou de fleurs, et de jeunes gar- 
ce çons portant en outre des chaperons de fleurs de camomille 
ce en forme d'écharpes; les femmes marchant pieds nus, le 
ce front ceint de guirlandes de cire et la taille ornée de cein- 
ce tures d'herbes entremêlées de fleurs ; le Roy de la fête, ayant 
ce au bras gauche un chaperon de fleurs, tenant de la main 
ce droite une chandelle allumée, et suivi d'une bande de 
ce violons; le jeu des pièces d'artillerie et des fusées volant en 
ce l'air comme des serpents de feu, et les feux d'artifice; enfin 
« (ce qui rappelle la symphonie du feu de la Grève), les flûtes, 
ee phiphres, tambours, hautbois, trompettes et clairons qui sont 
ce aux tourelles du grand clocher, qui, à raison de sa hauteur, 
ce domine sur toute la ville, et font unanimement une ar- 



1. Rationale divinorum officiorum. 

2. Sutnma de divinis officlis, c. 137. Ce livre a été écrit en 1162. 

3. Journal hist. de Verdun, t. 65, année 1749, p. 428. Voir aussi la Col- 
lection des meilleures dissertai, relatives à l'hist. de France, par C. Leber et 
autres, t. VIII, année 1826, p. 472 et suiv. 

4. Journal histor. de Verdun, t. 70, année 175 1, et Collection des meilleures 
dissertations, etc., t. VIII, p. 476 et note. 



La Procession dite de la Lunade. 437 

« monie si douce à l'ouye que vous diriez que c'est un 
« concert d'anges suspendu dans l'air 1 ». 

Dans un 'autre endroit de sa deuxième lettre, l'abbé Lebeuf 
fait observer que, chez les Gaulois, les fêtes et les réjouis- 
sances qui avaient lieu à l'époque du solstice d'été, avaient 
pour but d'attirer les populations aux grandes assemblées na- 
tionales fixées à cette date si solennelle, et qu'elles furent 
transformées et sanctifiées par le christianisme 2 . 

Si les fêtes et réjouissances et les feux de la veille de la Na- 
tivité de S. Jean sont la reproduction des cérémonies païennes 
de la veille du solstice d'été chez les Gaulois, il est, ce semble, 
tout naturel de penser que la procession de la Lunade, qui se 
célébrait le même jour, au même moment, et suivant un rite sem- 
blable, avait le même caractère et la même origine. 

Nous allons voir qu'il y en a d'autres indices. 



IV. 

Nous rappellerons, en premier lieu, que les processions à 
travers les bourgades et dans les champs, avec port de simu- 
lacra, c'est-à-dire de représentations matérielles de divinités 
païennes, d'animaux ou d'objets divinisés, étaient une des 
pratiques superstitieuses encore usitées dans le haut moyen 
âge. 

Nous en avons un témoignage dans un passage de la Vie 
de S. Martin, où Sulpice Sévère (commencement du V e siècle) 
raconte le miracle suivant: Un jour S. Martin rencontra 
sur son chemin le cortège funèbre d'un Gentil : il s'arrêta à la 
distance d'environ 500 pas, et comme il voyait s'avancer une 
troupe de gens de la campagne et que le linceul jeté sur le 
corps du défunt était agité par le vent, « il crut que ces gens se 
« livraient aux pratiques profanes des sacrifices, parce que c'était 
« la coutume des paysans gaulois de porter à travers leurs champs 



1. Mss. de laBiblioth. Nat. Arm. de Baluze, t. 263, fol. 195 et suiv. 

2. Journ. histor. de Verdun, t. 70, p. 130 et 131. Voir aussi la Collection 
des meilleures dissertât., etc., ubi supra. 



4$ 8 M. Deloche. 

a les misérables simulacres des faux dieux, œuvres de leur dé- 
« mence, couverts d'un voile blanc ». Martin ayant de la main 
marqué au devant d'eux le signe de la croix, ils furent arrêtés 
subitement comme changés en pierres, et s'efforçant de mar- 
cher, ils tournaient ridiculement sur eux-mêmes, jusqu'à ce 
que, vaincus, ils eurent déposé à terre le cadavre qu'ils por- 
taient. Mais lorsque le saint homme eut reconnu son erreur, 
il éleva de nouveau la main et donna au cortège le pouvoir de 
continuer sa marche et d'enlever le corps. 

Voici le texte du passage que nous avons souligné comme 
se rapportant directement à notre sujet : « Profanos sacrifi- 
ce ciorum ritus agi credidit : quia esset haec Gallorum rusticis 
« consuctudo, siinulacra daemonum candido tecta velamine 
« misera per agros suos circumferre dementia 1 ». 

Cette môme pratique se trouve mentionnée dans YIndiculus 
superstitionum et paganianim, qui parait avoir été rédigé au 
ix c siècle et dont l'art. XXVIII est ainsi conçu : « De siniu- 
« lacro quod per campos portant 2 ». L'autorité séculière sé- 
vissait contre les actes que l'Eglise condamnait, ainsi que l'at- 
teste le titre IV du capitulaire de Karloman, de 743 5, édicté 
d'ailleurs après d'autres dispositions analogues. 

On peut voir un usage semblable dans le cérémonial du 
Tour de la Lunade, où l'on portait la vieille statue, le simu- 
lai rum de S. Jean, à travers la campagne. 



1. Voir l'édition des œuvres de Sulpice Sévère, par C. Halm; dans le 
Corpus scriptor. eeclesiasticor . latinor., t. I, Vienne (Autriche), 1866, p. 122, 
Fortunat (fin du vie siècle), qui, dans sa Vie de S. Martin, a mis en vers 
celle de Sulpice Sévère, reproduit dans le vers suivant le passage par nous 
cité: 

« Dum putat inde vehi cultu simuïacra profana ». 

Moniim. Germon. Instar. , édit. in-4 . Auctor. antiq., t. IV, première 
partie, p. 303-404. 

2. Edition de Borétius, dans Monument. Germaniae historié., in-4, Capi- 
tulai-, reg. Franc., t. I, p. 223. 

3. « Decrevimus quoque, quod et pater meus ante praecipiebat, ut qui 
pavanas observât lotus in aliqua re fecerit, multetur et damnetur quindecim 
solidis ». Ubi supra, p. 28; Pertz, Monum. germai'., historié., Leg., t. I, 
p. 20; Baluze, Capital. Reg. Franc, t. I, col. 1 50. 



La Procession dite de la Lunade. 439 



V. 



Un trait encore plus caractéristique est l'heure à laquelle la 
solennité limousine devait commencer. 

Baluze énonce qu'elle « avait tiré son nom de ce qu'elle 
« s'accomplissait après que le Soleil avait disparu et fait place 
« à la lune » ; « quia fit postquam sol recessit et lunae locum 
« fecit 1 ». 

Le P. Béril a déterminé avec plus de précision cette partie 
du cérémonial. « Ce doit être, dit-il, à sept heures du soir prê- 
te cisèmeut, que le clergé se rend à la chapelle S. Jean, baise 
« l'autel et sort par ordre 2 . » 

Cette particularité de l'ouverture de la procession, fixée à la 
veille de la Nativité de S. Jean, c'est-à-dire du solstice d'été, 
au moment du lever de la Lune, c'est-à-dire au commencement 
de la nuit, n'a fait, que je sache, l'objet d'aucune réflexion de 
la part des historiens >. Ils n'ont pas recherché la raison pour 
laquelle cette solennité, à la différence des autres cérémonies 
du culte chrétien, avait lieu la veille au soir et non le jour de 
l'anniversaire. C'était là pourtant un fait digne de remarque 
et qui appelait une explication. 

Cette explication, nous croyons pouvoir la donner. 

C'est d'abord parce que, chez les Gaulois, la Lune était 



1. Hist. Tutel., p. 200. Le P. Béril a donné des explications de ce nom, 
plus bizarres et plus inadmissibles les unes que les autres : i° la procession 
passait dans les bois et le tour qu'on y fait « ressemble à un croissant de 
lune » ; 2° en faisant le vœu, on a invoqué conjointement avec S. Jean la 
Vierge Marie, qui est cette « mystique et belle Lune, pulchra ut Lima, qui, 
dans nos adversités, nous a communiqué les influences de la miséricorde de 
Dieu « ; 3 les habitants allumaient anciennement et quelques-uns allu- 
ment encore aux fenêtres, lorsque la « vénérable image de saint Jean est 
reportée de la procession, des luminaires, sive Luns en Limosin ». Dans 
l'opuscule cité, La sainte Lunade, etc., p. 9 et 10. 

2. Ubi supra. 

3. M. René Fage, qui a publié en 1885 une intéressante brochure inti- 
tulée Les Anglais à Tulle, La Lunade (Limoges, Barbou et C ic ), n'a point 
touché cette question. 



440 



M. Deloche, 



l'objet d'un culte fervent *, et qu'elle était même par eux 
adorée à l'égal du Soleil 2 . S. Eloi les réunit dans une même 
prohibition, qui nous fait voir qu'ils étaient réunis dans un 
culte commun. « Que nul, dit-il dans un passage déjà cité de 
« ses homélies, n'appelle Seigneurs (c'est-à-dire Dieux) le Soleil 
« et la Lune et ne jure par eux. » — « Nullus Dominos Solem 
« et Lunam vocet, neque per eos juret>. » En commençant la 
procession au lever de la Lune, on préludait, par l'adoration 
de la déesse, à l'adoration du Dieu-Soleil. 

S. Eloi insiste d'ailleurs beaucoup sur d'autres superstitions 
qui se rattachaient aux influences de la Lune, à ses diverses 
phases et à ses éclipses, de manière à nous faire comprendre 
la grande place qu'elle occupait dans l'imagination et les 
croyances populaires. 

« Que l'on ne soit, s'écrie-t-il, si superstitieux que de 
« pousser des cris quand la Lune s'obscurcit et perd sa 
« lumière; d'autant qu'à certaines époques, suivant les dis- 
« positions divines, elle s'éclipse. Et que personne ne fasse 
« difficulté d'entreprendre un ouvrage quelconque à la non- 
ce velle Lune 4, Dieu ayant créé la Lune pour désigner et mar- 
te quer les temps et pour diminuer l'obscurité des nuits, et non 
« pour empêcher aucun travail de l'homme ou mettre son 
« esprit en démence, comme le pensent les gens ignorants qui 



i. On ne devait faire l'importante cérémonie de la cueillette du gui de 
chêne qu'au sixième jour de la lune ; c'était également à ce jour que com- 
mençaient, en Gaule, les mois, les années et les siècles (Pline, Histoire 
naturelle, livre XVI, § 250; éd. Ianus, t. III, p. 45). Au reste, les Anciens 
attribuaient à la Lune le pouvoir de communiquer la fertilité à la terre, 
d'influer sur toutes ses productions et de procurer l'accroissement et la 
végétation. Dom J. Martin ,Religion des Gaulois, t. I, p. 367, cite à ce sujet 
Porphyre, De abstinentia, II, p. 248, et Macrobe, Somn. Scip., I, 19. 

2. « Les anciens monuments allient ordinairement ces deux astres. » 
Dom J. Martin, Op. cit., t. I, p. 369. 

3. Vit. S. Eligii, dans D'Achery, Spicileg., édit. in-4, t. V, p. 217. 

4. Les Germains avaient au contraire la coutume de se réunir, à moins 
d'empêchement fortuit et subit, les jours de nouvelle et de pleine lune : 
« Coeunt, nisi quid fortuitum et subitum incident, certis diebus, cum aut 
inchoatur Luna aut impletur. Nam agendis rébus hoc auspicatissimum ini- 
tium credunt ». Tacite, Germon., XI; Tacite, Opéra, édit. Halm, collcct. 
Teubner, t. II, p. 197. 



La Procession dite de la Lunade. 441 

« estiment que les personnes possédées des démons souffrent 
« par l'influence de la Lune 1 ». 

Si l'on objectait que S. Eloi, évêque de Noyon, s'adressait 
à des populations du nord de la Gaule, adonnées à des pra- 
tiques ignorées peut-être de celles du Centre, je répondrais : 

En premier lieu, d'après ce qui nous est connu des croyan- 
ces, des usages comme des institutions et du langage des ha- 
bitants de cette contrée, les tribus de la confédération auto- 
nome ne différaient que peu ou point les unes des autres. 
Quand César, Tite-Live, Pline, Ammien Marcellin nous ap- 
prennent un trait des mœurs gauloises, ils ne distinguent 
point entre les diverses parties du domaine de nos ancêtres. 

En second lieu, l'on ne doit pas perdre de vue que S. Eloi 
était né en Limousin, dans le village de Chatelat, « villa Ca- 
talacensis », situé à peu de distance de Limoges; que son en- 
fance et sa jeunesse s'écoulèrent dans ce village et à Limoges, 
où il travailla, comme on sait, sous la direction d'Abbon, alors 
chef de l'atelier public des monnaies de cette cité. 

Il avait donc assisté, durant bien des années, aux pratiques 
superstitieuses qui abondent dans les régions montagneuses 
du massif central. Il avait dû même sans doute y prendre 
part, et il est tout naturel de penser qu'en décrivant les cou- 
tumes païennes qu'il interdisait à son troupeau, il s'inspirait 
beaucoup des souvenirs des premières périodes de sa propre 
existence. 

Il est même à remarquer que, parmi les prélats du haut 
moyen âge dont les discours nous ont été conservés, il est un 
de ceux qui se sont le plus étendus sur ce sujet. 

Nous sommes conséquemment autorisé à croire que lorsqu'il 
condamnait avec tant de véhémence des superstitions invé- 
térées, S. Eloi avait présentes à sa mémoire celles de son 
pays natal. 



1. « Nullus, si quando Luna obscuratur, vociferare praesumat, quia Dco 
jubente certis tcmporibus obscuratur, nec Lunâ nova quisquam timcat ali- 
quid operis arripere quia Deus ad hoc Lunam fecit, ut tempora designet 
et noctium tenebras temperct, non ut alicujus opus impediat, aut demen- 
tem faciat hominem, sicut stulti putant, qui a dacmonibus invasos a Luna 
pati arbitrantur ». D'Achery, loc. cit., p. 216. 

Revue Celtique, IX. 29 



442 M. Deloche. 

Nous avons enfin quelques témoignages de la persistance, 
dans cette région, d'usages qui prouvent le rôle important at- 
tribué à la lune l . 

S. Eloi disait, comme on l'a vu plus haut, qu'elle « servait 
« à désigner et à marquer les temps ». « Deus ad hoc lunam 
« fecit, ut tempora designet » 2 . 

En voici un exemple. A Tulle, au moyen âge, on men- 
tionnait, dans l'acte de présentation d'un nouveau-né sur les 
fonds du baptême, la phase lunaire pendant laquelle la nais- 
sance avait eu lieu : Les registres des actes de notaires du 
xv e siècle en contiennent plusieurs : l'un d'eux, daté du 18 fé- 
vrier 1473 (n. s.), porte ces mots : « Luna erat in descensu, 
« in tercio quartierio 5 » . 

Un deuxième fait à noter est le suivant: dans les marchés 
passés entre les marchands de bois et les entrepreneurs de flot- 
tage sur la haute Dordogne et ses affluents, les délais pour le 
transport et la livraison se comptent encore, non par jours, 
mais par lunes. 

Quelle est la raison de ce mode de computation ? C'est que 
la Lune est la reine, la déesse de la nuit, et que, chez les 



1 . Dans les métairies des environs de Tulle, quand une des bêtes à 
cornes est malade, le paysan va la nuit dans le champ le plus voisin, où il 
sait que croît la camomille, et, à la clarté de la lune, il cueille une gerbe de 
fleurs de cette plante et en fait, sur place, une couronne qu'il passe au cou 
de l'animal malade. Je ne sais si cet usage s'est maintenu, mais il existait 
encore il y a trente ans, d'après les récits que m'en ont fait des paysans. Il 
est à remarquer que, dans son Livret de la Lunade, le F. Béril nous apprend 
« que suivant la tradition de père à fils, quelques hommes vieux et plusieurs 
jeunes garçons en grand nombre ont gardé jusqu'à présent la sainte et 
louable coutume d'aller à la Lunade, en chemise..., ceints de ceinture, 
pies nus, tête nue, portant par-dessus leur habit blanc de grands chaperons 
de fleurs de camomille en forme d'écharpes ». 

2. Vit. S. Eligii, dans D'Acherv, Spicileg., édit. in-4, t. V, p. 216. 

5. Voici le texte entier de cet acte intéressant: « Die iS a februarii, anno 
1472, circa auroram diei sive alouïba (à l'aube), natus est Petrus Octavus 
Genitus;eum levaverunt de fontibus dominus Petrus Arnaldi presbiter et 
Isabellis de Saquet, filia Johannis Saquet Tutelle. Luna erat in descensu, in 
tercio quartierio. Sextarium siliginis valebat 5 solidoset 6 d ; sextar. i'rumenti, 
8 S 4 d ; sextar. avene, 4 S ' et 4 d ; pinto vini 3 d ». Arch. départ, delà Corrè\e, 
Registres des actes des notaires publics de Tulle aux xve e t XVI e siècles, 
liasse 81, fol. 36. Il y a des actes conformes à celui que nous rapportons, 
aux années 1460, 1465 et 1475- 



La Procession dite de la Lunade. 443 

Gaulois, la période diurne, au lieu de commencer, ainsi que 
cela a eu lieu depuis, suivant le système romain, au milieu delà 
nuit, commençait avec la nuit même, et finissait quand le jour 
finissait. 

Cette dernière remarque nous conduit à exposer la deuxième 
et principale raison de la fixation du commencement de la 
procession de la Lunade au lever de la Lune, c'est-à-dire à 
l'entrée de la nuit. 

VI. 

« Dans la doctrine druidique, nous dit M. d'Arbois de Ju- 
« bainville, la mort précède la vie; la mort engendre la vie, 
« et, comme la mort est identique à la nuit, et la vie identique 
« au jour, la nuit précède et engendre le jour. De même, dans 
« le monde divin des Irlandais, les Fomôré, dieux de la nuit 
« et de la mort, sont chronologiquement antérieurs aux 
« Tuâtha de Danann, dieux du jour et de la vie 1 . » 

Cela nous fait bien comprendre le passage suivant du livre VI 
des Commentaires de la guerre des Gaules, où César a donné, 
comme on sait, un tableau comparatif des croyances, des ins- 
titutions et des mœurs des Gaulois et des Germains : 

« Les Gaulois, dit-il, se proclament tous issus de Dis pater 
« (le Jupiter infernal ou Pluton), et disent tenir cette tradition 
« de leurs druides. Pour cette cause, ils mesurent les inter- 
« valles de tout temps (c'est-à-dire de toute période), non par 
' « le nombre de jours, mais par le nombre de nuits ; et ils mar- 
« quent les jours de naissance et les commencements des 
« mois et des années de la vie, de façon que le jour suit la 
« nuit. » — « Galli se omnes ab Dite pâtre prognatos praedicant, 
« idque ab druidibus proditumdicunt. Ob eam causam spatia 
« omnis temporis non numéro dierum sed noctium finiunt; dies 
« natales et mensium et annorum initia sic observant, ut 
« noctem dies subsequatur 2 . » 

1. Cours de littérature celtique, t. II (Le cycle mythologique irland. et la 
mytholog. celtiq.), p. 104. 

2. Caesar, de Bello Gallico, VI, 18; édit. de C. Nipperdey, p. 393; éd. 
de D. Dinter, dans la collect. Teubner, p. 114. 



444 M. Deloche. 

Ce que César a si formellement constaté chez les Gaulois, 
Tacite l'a observé chez les anciens Germains : « Ce n'est 
« point, dit-il, par le nombre des jours, comme nous le fai- 
« sons, mais par le nombre de nuits qu'ils comptent; ils ont 
« établi cette règle qui est observée de tous : la nuit semble 
« précéder le jour. » — « Nec dierum numéro, ut nos, sed 
« noctium computant. Sic constituunt, sic condicunt : nox 
« ducere diem videtur r . » 

C'est pourquoi nous retrouvons le même système de com- 
putation dans la Loi Salique 2 , dans les Capitulaires des rois 
mérovingiens, additionnels à cette loi 3, dans les traités de 
paix et décrets de ces princes 4, dans l'Appendice aux Formules 
de Marculfe 5 et dans la Lex emendata, édictée par Charle- 
magne 6 . 

De là vient aussi que, suivant la remarque de Jérôme Bi- 
gnon, beaucoup de personnes disaient encore de son temps 
(première moitié du xvn e siècle): Anuicî, comme hac nocte 
(cette nuit) pour aujourd'hui 7. Enfin, dans le patois du bas 
Limousin, où nuit s'exprime par ne, on emploie, pour dire au- 
jourd'hui, le mot onè, par abréviation pour oquesto ni, qui si- 
gnifie proprement cette nuit, comme on parlait autour du sa- 
vant jurisconsulte parisien 8 . 

Ainsi s'explique ce fait que le solstice d'été, qui tombe le 
24 juin, était célébré par les Gaulois le 2) au soir : c'est 



1. De morîbus Germaniae, cap. xi. Edit. des Œuvres de Tacite par C. 
Halm, dans la collect. Teubner, 1875, t. II, p. 197. 

2. Voir dans Behrend et Boretius, Lex Salica, etc., le Pactus Legis Sali- 
cae, tit. XXXVI, XXXVII, XLV, L, LU, LVI; p. 44, 45> 49, 59, 65, 69 
et 73. 

3. Ibid., p. 91, 96, 114. 

4. Ibid., p. 101, 103, 107, 109. 

5. E. de Rozière, form. cccclxxix, t. II, p. 581. 

6. Tit. XXXIX, XLII, XLVII, XLIX, LU, LIV, LIX. Pardessus, La 
Loi salique, p. 301, 303, 308, 310, 311, 313 et 316. 

7. « Quo fit ut ad haec usque tempora plerique anuict, quasi hac nocte 
pro hodie, usurpent. » Hieronvmi Bignonii notae ad Appendicem Marculfi. 
Cf. Baluze, Capitul. reg. Francor., t. II, col. 955. J. Bignon, né en 1589, 
est mort en 1656. Son édition des Formules de Marculfe a paru en 1610. 

8. Mes savants confrères, MM. Hauréau, Pavet de Courteille et Siméon 
Luce m'ont fait connaître que l'on se servait de termes analogues dans les 
patois du Maine et de Normandie. 



La Procession dite de la Lunade. 445 

parce que, à ce moment, en réalité, s'ouvrait chez eux la pé- 
riode diurne du solstice du 24 juin. 

C'est pour le môme motif que les feux de la Saint-Jean 
étaient et sont encore allumés la veille au soir et non le jour 
de la Nativité du Précurseur, c'est-à-dire du solstice. 

Enfin, telle est sans doute l'origine de cet usage général de 
célébrer les fêtes patronales des particuliers et de leur porter 
les offrandes avec les vœux des parents et des amis, non pas 
le jour, mais la veille au soir de leur fête. 

Des développements qui' précèdent, ressort cette conclusion 
que, suivant toutes les probabilités, la procession limousine de 
la Lunade tire, comme les Feux de la Saint-Jean, son origine 
première de la cérémonie païenne du Solstice d'été, que 
l'Eglise a simplement transformée en une fête consacrée à 
S. Jean-Baptiste. 

VII. 

A quelle époque cette transformation s'est-elle opérée ? Nous 
n'avons aucun moyen de l'indiquer, même approximativement. 

A partir du moment où la Nativité de S. Jean-Br.ptiste eut 
été mise au rang des fêtes chrétiennes (ce qui remonte au 
moins au premier tiers du v e siècle) 1 et que la célébration en 
eut été fixée au 24 juin, c'est-à-dire au jour de la grande fête 
gauloise du solstice d'été, l'Église s'efforça de faire disparaître 
les pratiques païennes que les populations s'obstinaient à ob- 
server à cette date. L'histoire nous enseigne que ses efforts 
restèrent longtemps infructueux. Il en dut être ainsi, plus 
qu'en toute autre contrée, parmi les habitants du centre de la 
Gaule, qui furent toujours les derniers à renoncer à leurs 
vieilles coutumes. Aussi est-il à présumer que, jusque dans 
une période assez récente du moyen âge, on célébrait encore 



1. Voir, dans le mémoire de M. Breuil, cité plus haut (p. 434), les ren- 
seignements concernant l'ancienneté de la fête de la Nativité de S. Jean 
(Mém. de la Soc. des Antiquaires de Picardie, t. VIII, p. 161-162. Cet écri- 
vain l'a fait remonter au IV e siècle ; mais nous croyons qu'il convient de 
s'en tenir au commencement du V e siècle, où s'arrêtent les preuves. 



446 M. Deloche. 

à Tulle et en bas Limousin la fête du solstice, la veille de la 
Saint-Jean. 

En l'absence de tout document historique qui permette de 
déterminer l'époque de l'institution de la cérémonie religieuse 
de la Lunade, on peut, ce semble, comme nous l'avons an- 
noncé dans la première partie du présent mémoire, concilier 
notre thèse avec le récit légendaire du P. Béril. 

En effet, d'après la notice.de la confrérie de S. Léger, 
publiée par Baluze, la guerre, la famine et une épidémie 
meurtrière causaient, en 1348, de terribles ravages dans le bas 
Limousin, et comme les populations continuaient de célébrer, 
le 23 juin au soir, la fête païenne du Solstice d'été, rien n'em- 
pêche de supposer qu'aux approches de ce jour, un des reli- 
gieux de l'abbaye de Saint-Martin de Tulle imagina de mettre 
à profit l'épouvante qui régnait alors dans le pays pour déter- 
miner les habitants à changer la procession annuelle du Sols- 
tice en une procession destinée à honorer le saint précurseur 
du Christ. La nouvelle cérémonie religieuse aurait été natu- 
rellement réglée de manière à s'effectuer le même jour, au 
même moment que l'ancienne, et suivant un rite se rappro- 
chant autant que possible du rite gaulois. 

Dans cette circonstance, comme dans beaucoup d'autres, 
l'Eglise aurait rattaché au culte chrétien une solennité païenne 
dont elle n'avait pu, jusque-là, obtenir l'abandon. 

M. Deloche. 



THE VOYAGE OF MAEL DUIN 



The following ancient story, now for the first time published 
in thc original, is said to hâve been arrangée! by one Aed 
the Fair, chief sage (ardeenaid) of Ireland. Of him I know 
nothing, the onlv Aed Finn mentioned in the Annals having 
been the chief of Dal Riata, who died A. D. 771, andwhowas 
probably more given to making raids and beheading his foes 
than to composing imaginative literature. The author seems 
to hâve been a layman, for had lie been a cleric he would 
hardly hâve called one of his own body after the malignant 
Briccne of the Conchobar-cycle; and he would hardly hâve 
recounted the incidents in the introduction and chap. xxvm 
with such a total absence of professional denunciation. But 
he seems to hâve had some classical culture, for he cites Vergil 
and the Vulgate. 

The text is taken from four vellums, ail more or less defect- 
ive, which are hère denoted respectively by LU., YBL., H., 
and E. 

LU., the Lebor na hUidre, is a ms. written about 1100, 
and preserved in the library of the Royal Irish Academy, 
Dublin. This codex contains two large fragments of our story, 
namely, in p. 22 the first halfofthe introduction, and in 
pp. 23-26 (which are divided into chapters numbered with 
roman mimerais) the latter half of chap. X, the whole of 
chapters XI-XXVI, and the beginning of chap. XXVII. I 
hâve transcribed from the lithographie facsimile published 
in 1870. 

YBL., the Yellow Book of Lecan, is a ms. in the library of 
Trinity Collège, Dublin, marked H. 2. 16. This codex is of 



448 Whitley Stokes. 

various dates. Columns 370-340 contain the whole ofour story 
except its last two sentences, and seem to hâve been written 
in the fourteenth century. I hâve transcribed from a photo- 
graph made for me by Mr Mercer of 30 Westmoreland Street, 
Dublin. 

H. is a fifteenth century ms. in the British Muséum, marked 
Harleian 5280. Our story begins at fo. i a and ends imper- 
fectly at fo. 20 b , with the sixth line of the verses following 
chap. XXXI. 

E. is another ms. in the British Muséum, marked Egerton 
1782, and written in the fifteenth orbeginning of the sixteenth 
century. It contains two fragments of our story. The first 
fragment (fo. 124% i24 b ) comprises the latter half of 
chap. XVII, chapters XVIII-XXV and the beginning of 
chap. XXVI. The second fragment (fo. 125% 125 b ) com- 
prises the latter part of chap. XXXII, and the whole of 
chap. XXXIII. 

There are no verses in the copies contained in LU. and E. 
But the copies in YBL. and H., at the end of each chapter, 
give its substance in Irish verse. The latter copies, moreover, 
prefix to the story a poem in four stanzas, each consisting 
of two twelve-syllabled rhyming lines. Of thèse stanzas the 
following is the first : 

Ardri uasal na n-uile 1 , tustidhe 2 in 3 domuin, 
in gach aimsir, is in4 gach re, ron-be a chobairS ! 

that is : 

The noble overking of ail things, the parent of the world, 
In every time and in every season may we hâve His help ! 

The story seems to me full of fancy and even ot Imagina- 
tive power; and I am unable to make more than a tew guesses 
at the sources of the author's inspiration. 



1 . uasol inanuile, H. 

2. Sic H. tuistidhi, YBL. 
3 . Sic H, an YBL. , 

4. Sic W, an YBL. 

5 . Sic H. imachobair YBL. 



The Voyage of Mael Duin. 449 

Two of the incidents (in ce. XXI and XXVIII) may hâve 
been suggested by the words oi Calypso and the cast made 
by the Gyclops in the Odyssey. The intoxicating fruits 
(chap. XXIX), and the need of mingling their juice with 
water, remind one of the fishes in Lucian's Vera Historia, oi'vw 
[jS/dz'x xat tyjv xpwàv xat tïjv yeùavi 7cpoaectxéTaç. The enormous 
nuts cast into the sea (chap. XXIV) recall the nutshells used 
by the Kapuavau-ta'. as boats : the ants as large as foals (chap. II) 
the 'iTciucp.ûppjxeç. The acçount (chap. X) of the swine-like 
beasts that shook with their tails the golden apples from 
the trees may be compared with that of the mysterious animais 
of Taprobanê which (in fragment LIX of Megasthenes, éd. 
Schwanbeck) coil their tails round the date-palms and shake 
them so violently that the ripe fruit cornes tumbling down. 
The serpents of enormous size mentioned in the -same frag- 
ment, « of which some kinds seize the cattle when at pasture 
and devour them », may bave suggested the description in 
chap. XXIII of the tree-python seizing and devouring the ox. 
The pilgrim « whose clothing was his hair » (chap. XIX) re- 
minds one of S. Mâcarius (Wright, St Patrick's Purgatory, 

P- 97)- 

From otlier Irish stories the wrker may hâve taken the 
name Briccne, which is = Briccriu Nemthenga (« poison- 
tongue », « bisweilen Bricni geschrieben 1 ») of the Con- 
chobar-cycle. The incident of the lady drawing back her 
departing lover by means of the thread of a magie clew 
(chap. XXVIII) occurs also in the story of Bran mac Febail 
(LU., p. I2i a ), and in the account of the Argonautic expé- 
dition prefïxLd to the Togail Trot, Book of Leinster, 22 i b . 
The accounts of the mill and the Miller of Hell (chap. XIV) 
the Island ot weeping (chap. XV), and the Island of laughter 
(chap. XXXI) are tound also in the Imram hua Corra, Book 
of Fermoy, ff. io5 a -io8 b . And the notion of the food that 
tastes as the eater prefers (chap. XVI) occurs elsevhere in 
Irish literature. So does the fancy that the soûls of the 



Windisch, Wœrterbuch, p. 871. 



450 Whiîley Stokes. 

departed abide hère in the forms of birds (chap. XIX). The 

incident in chap. XII, of the white sheep becoming black, 
and the black sheep becoming white reminds one of passage 
in the Mabinogi of Peredur, R. B. Mab. 225, Guest's Mab., 

I> 344- 

But the pièce from which our author has apparently drawn 
most is the Perigrinatio (or Navigatio) sancti Brandani Ab- 
batis, a Latin romance, of which one copy, said to be of the 
ninth century 1 , ispreserved in the Vatican (Regin. Christinae, 
217, vell. 4 t0 ): another of the twelfth century (Ms. 2333, A. 
Colbert) has been published by M. Achille Jubinal 2 and Dr 
Moran 5 ; and a third, also of the twelfth century (in the 
« Ms. 844 der Pauliner Bibliothek zu Leipzig »), by Dr 
Cari Schrôder4. The passages of this romance which seem 
to hâve been imitated by, or known to, Aed Finn are quoted 
in the notes to the following translation. 

Two or three small portions of the text now printed hâve 
been published, with more or less incorrectness, by Dr Pé- 
trie 5, O'Curry 6 , and Crowe/. 

A translation of the whole text by Crowe, which I hâve 
never seen, is said to be in the library of the Royal Iiïsh Aca- 
demy. The so-ealled translation printed in Dr Joyce's Old 
Celiic Romances, pp. 1 12-176, is intended for popular reading, 
not serious criticism. One may, at ail events, say that it has 
suggested to a great English fili, Lord Tennyson, a poem — 
The Voyage of Maeldune — which is full of colour and music, 
— full, too, ofwise counsel for the Irish, — though it bears, 
as we shall see, only a remote relation tothe original. 



1 . Hardy's Descriptive Catalogue of Materials relating to the bistory oj 
Great Britain and Ireîand, i. 159. 

2. La Légende latine de S. Brandaines. Paris, 1856. 

3. Acta Sancta Brendani. Dublin, 1872, pp. 85-131. Dr Moran mentions 
another ms. in the Bibl. Sessoriana, Rome, no. 114, « probably of the 
nt'h century ». 

4. Sanct Brandan, Erlangen, 1871. 
3. Round Toïcers, p. 378. 

6. Manners and Customs, III, pp. 159, 164. 

7 . In a note to his édition of the Siabarcharpat Concuhinn, p. 440. 



The Voyage of Mael Duin. 
CONTENTS. 



45' 



Introduction. Mael duin's conception. His father's murder. 

Mael duin's birth and rearing. He sets out 

by sea to avenge his father. 
Chap. I. He finds the murderers in an island, but be- 

fore he can slay them is driven away to 

the océan by a storm. 
IL The Island of the enormous Ants. 

III. The Island of the great Birds. 

IV. The horselike Monster. 

V. The Démons' Horserace. 

VI. The House of the Salmon. 
VIL The wondrous Fruit. 

VIII. The feats of the Island Beast. 

IX. The Fighting Horses. 

X. The Fiery Beasts and the Golden Apples. 
XL The Guardian Cat. 

XII. The Transformed Sheep and Rods. 

XIII. The Island of th,e Swine, the Burning River 

and the enormous Calves. 

XIV. The Mill for grinding begrudged Wealth. 

XV. The Island of the black Wailers. 
XVL The Island of the Four Fences. 

XVII. The Magic Bridge and thebeautiful Hostess. 

XVIII. The Island of the chanting Birds. 

XIX. The Island of the lonely Pilgrim. 

XX. The Island ofthe wondrous Fountain. 

XXI. The Island of the savage Smiths. 

XXII. The Sea ofGlass. 

XXIII. The Sea of Cloud and the Tree-python. 

XXIV. The Cliffs of Water and the terrified Islanders. 

XXV. The Water-Arch and the Salmon. 

XXVI. The Silver Column and the Silver Net. 

XXVII. The Island on the Pedestal. 

XXVIII. The Island Queen and her Seventeen Daugh- 

ters. 

XXIX. The Intoxicating Fruits. 

XXX. The Hermit and the Ancient Eagle. 

XXXI. The Island of the Laughers. 

XXXII. The Island ofthe RevolvingRampart of Fire. 

XXXIII. The Hermit from Torach. 

XXXIV. The Return to Ireland. 



4$ 2 Whitley Stokes. 



[L. U. 22*.] 

IMmram Curaig Mailduin inso 1 . 

tri bliadna 7 .w/;/ mis iss ft/ bôi fbr'merogod issind ocian-. 

Bai fer amra di Eoganacht Ninussa (.1. Éoganacht na 
n-Arand) .1. Ailill Ochair Aga a ainm>. Trén milid sede,j 
lséch-thigerna a thuathi 7 a cenéoil fein, Mac-caillech banair- 
chinnech cilli caillech rochomraic-seom fria. Bai mac saine- 
mail etorro diblinaib .1. Miel duin mac Ailella esside. 

Iss e cruth iarsa luid a chomp^rt-som 7 a gein Maili duin 4. 

Fechtus dolluid ri Eoganachta ior tiri hi crich 7 hi cenda- 
thaig n-aile5, 7 Ailill Ochair Agai [22 b ] ina choemtecht. 
Scorsit 7 gabsit dûnad hi sleib and. Bôi cell chaillech hi com- 
îocus don tsleib-sin 6 . Medôn-aidchi iarom, o roan cach do im- 
techt is dùnud, luid Ailill don chill. Is é trâth sôndodeochaid 
in chaillech/ do béim chluic do iarmérgi. Gabais Ailill a ldim 8 , 
7 dos-tascar9 3 7 dogéni a coblige. Asbtvt in banscdl fris: « Ni 



1 . Incipit do imrum (de nauigatione. H.) curaig Mael duin andso, YBL 

2. De navigatione Mxl duin anno intigro et .iiii. mensibus, et de mir- 
builibus (mirapilibus, //.) ighnotis quae indiuisa Trinitas illi ostenndit in 
ociano intînito, YBL. 

3 . Do Eoganacht Ninais do Madduin ar in bunadzw. Aïïill acher agha a 
athair. 

4. For rochomraic... duin, YBL. has : a matha/r. IS amlaid d'idiu for- 
caemnacair a compert-so»z. 

5. for creich 7 innrud ilchendadach, YBL. 

6. isan maighin-sin .i. cell dara aniu, YBL. 

7. tanic an banaircindeach, YBL. 

8. doscuir do Ailill, 7 gabais Ailill a laim lais, YBL. 

9. dodatrascair. YBL. dodotascuir, H. 



The Voyage of Mael Duin. 45 3 



THE VOYAGE OF MAEL DUIN S BOAT THIS. 

Three years and sevcn months was H wandering in the océan. 

There was a famous man of the Eoganacht of Ninuss (that 
is, the Eoganacht of the Arans) : his name was Ailill of the 
Edge of Battle 1 . A mighty soldier was he, and a hero-lord of 
his own tribe and kindred. And there was a young nun, the 
prioress of a church of nuns, with whom he met. Between 
them both there was a noble boy, Mael duin, son of Ailill, 
was he. 

This is the way according to which Mael duin's conception 
and his birth came to pass. 

Once upon a time the king ofthe Eoganacht wenton a raid 
into another district and province 2 , and with him fared Ailill 
of the Edge of Battle. They unyoked and encamped on an 
upland therein. There was a church of nuns near to that 
upland'. At midnight, then, wheneveryone had ceased from 
moving in the camp, Ailill went to the church. It was the 
hour that the (aforesaid) nun went to strike4 the bellfornoc- 
.turn. Ailill caught her hand, and threw her down, and lay 



1. ochair gen. of ochar « edge » =: W. ochr, Skr. açri-s, Gr. a/po;, 
a/p.:, o/.-.;:, occurs in composition in ochar-clsss one of Cûchulainn's feats : 
cf. faebor-chless. àga sg. gen. of âg cognate with âytov and Skr dji-s. 

2. LU. hère seems corrupt. YBL. « upon a raid and inroad on main- 
provinces ». 

3 . YBL. has « in that place, even Kildare today. » 

4. to strike (not to ring) the bell, which was tongueless, asstill in Coptic 
churches. 



4$4 Whitley Stokes, 

scgda ar cor 1 », ol si: « amser chomprrta damsa inso 2 », ol 
si. « Can do chenel 7 cia th'ainm? » ol si. 

Asbrrt in lséch: « Ailill Ochir Aga mo ainm-se », ol se: 
« di Eoganacht Ninussa> (.1. a tûath-mumain) ». 

Luid iarom in ri dia chrich.4 iar n-inriud 7 giallai do 5, 
7 Ailill dam? lais. 

Gair iar richtain do Ailill dia thûaith nan-ortatar ditwcaig 
lôinçse. Loscit Dubcluâin fair 6 . 

Tofuisim a mbanscdl mac cind nôi mis, 7 dobtrt ainm fair 7; 
Maél dûin esede. Bretha in mac iarsin fô chlith cûa bancharait 
.i. co rigain ind rig, 7 alt-som la sudi, 7 asbtTt bd si amdthair. 



Rodn-alt iarom oen mumme éseom 7 tri maie ind rig i 
n-6enchliab 7 for éënchich 7 îor énchûd 8 . 

Alaind àidiu a delb-som, 7 is infechtain ma roboi hi col- 
aind nech bed chomalaind dô. Asais iarom co mbu oclâch [7] 
co mbu thûalaing airb/Vt9 gascid. Ba môr aa.no a aine 7 a uall- 
chas 7 a chluichechaire. Bd forggaine for 'câch a cluiche 10 , 
et/r imarchor liathrdite 7 rith 7 leim 7 cur liac 7 imrim ech. 
Bd leis, tri, Luiaid cech cluchi dib-sin. 

Laa n-ôen and roformdigestdr alaile oclasch amsach friss 11 ,^ 



1 . comruc, YBL. 

2. annosa, YBL, indossa, H. 

3 . Minais dam, YBL. 

4. tigh, YBL. 

5. iar n-innrud na enche 7 iar ngialladh do, YBL. 

6. Gar bec iarum iar riachtain do Ailill dia tig rod-marbsad dibergaig 
Laigsi, 7 loiscit fair in chill dianadh ainm Dubcluâin, YBL. 

7. Tic dawo amser tuismidh (tuismedho, H.) do (don, H.) caillig a cind 
noi m's, 7 berig [leg. beridj mac, 7 doberar ainm fair, YBL. 

S. 7 xn glun, YBL. 
9. imberta, YBL. 

10. 7 ba fortail for cach in gach cluiche dognitis, YBL. 
1 1 . gabais formud (format fris. H.) oclach diumsach don macraid fris, 
YBL. 



The Voyage of Mael Duin. 45 5 

with her. Said the woman to him : « Unblessed is our state 1 », 
saith she, « (for 2 ) this is the time for my conceiving. Whence 
is thy race and what is thy name ? » 

Said the hero : « Ailill of the Edge of Battle is my name, 
(and I am) of the Eoganacht of Ninuss in Thomond. » 

Then after ravaging and taking hostages, the king returncd 
to his district, Ailill also being with him. 

Soon after Ailill had reached his tribe, marauders of Leix3 
slewhim. They burn (the church named) Dubcluain upon him. 

At the end 4 of nine months the woman brought forth a 
boy, and gave him a name, Mael duin was he. The boy was 
afterwards taken secretly to her friendess, even to the king's 
queen; and by her Mael. duin was reared; and she gave out 
that she was his mother. 

Now the one fostermother reared him and the king's three 
sons, in one cradle, and on one breast, and on one lap 5. 

Beautiful, indeed, was his form; and it is doubtful 6 if there 
hath been in flesh anyone as beautiful as he. So he grew up 
till he was a young warrior and lit to use weapons. Great, 
then, was his brightness and his gaiety" and his playfulness 8 ». 
In his play he outwent9 ail his comrades, both in throwing 
balls, and running, and leaping, and putting stones, and racing 
horses. Hc had, in sooth, the victory in each of those games. 

One day, then, a certain soldier IO -warrior grew envious 



1 . segda seems to mean « sained » (gesegnet), and thence « lucky », 
« fortunate ». 

2. cor state, condition, circumstance, situation, predicament, etc. P. O'C. 

5. LU. lias, corruptly, « marauders of a fleet » (loingse). YBL. and H.: 
« marauders from Laigis », which seems to bave been on the seacoast, 
and cannot, therefore. be identified with the modem Leix part of the 
présent Queen's County. 

4. cind locative sg. of cenn. 

) . For cûd (which I hâve not met elsewhere, and which seems for 
* scùd =Nhg. scJmosi) YBL. hasglun « knee ». 

6. infechtain or inbechtain. inbheachtain .i. contabhairt, P. O'C. and see 
other belegstellen in Ir. Texte, zweite série, 1 Heft, p. 135. 

7. uallchas — uallachas, still living in the Highlands. 

8. cluichechaire an abstract fprmed from cluichech « playful, gamesome ». 

9. jorggaive (lit. superior?) which I hâve not met elsewhere, corresponds 
with ihefortail of YBL. 

10. 1 suspect the amsach of LU. is a scribal error for diumsach « haughty ». 



4$ 6 Whitley Stokes. 

n-epert la recht 7 feirg 1 : « T/^su », ol se, « ndd fess ca/zcland 
nd cene'l duic, jniconîcs [dojmdtair ndhathair, do giallud îorni 2 
in cech ôen chluchi, cid ior tir, cid (or usci, cid for fidchill, 
côtrisam fris ». 

Sôchtais Msél dûin iarom, ar doruménair^ co sin co mbd 
mac dond rig hé 7 don rigdin, dia mumme. Asb^rt iarom fria 
mummi : « Ni praindigiub-sa 7 ni ib ni co «-erbara frim », ol 
se, « mo mdthair 7 m'athaii'4 ». 

« Inge », ol si, « cid notai do iarmôracht indi-sin? Nd 
tabair dot menmam briathra na n-ôclach ndiumsach. Messe do 
mdthair », ol si. « Ni fulliu serc am-mac la dôinein tireandas 
do serc-so limsa5 ». 

« Doecmaic 6 ani-sin », [ol sesium], « ocus arai fessa dam 
mo thwmdi féin ». 

Dolluid a iaummi leis iarom, co /zda-tdrat il-laim a mathar7, 

[YBL. col. 370] 7 co n-atacht iarsin amathazV con-erbar- 
adh fris a athair ». 

« Ba;th », ol si, « inni fora tdi, ar cia rofessair h' athazV ni 
fuil ba duit de, 7 ni bat failte de, ar as cian uad o ramarb 8 ». 

« As fer-di9 liumsa a fis », ol se, « cip si cruth ». 

Asben iarsin a mathflzV fris o firindi. « Ai//ll Ochair Aga 
h'athrt/V », ol si, « do Eogaiw/;/ Nindais ». 

Luid iarsin dia athar-[col. 37i]-du 7 dia forba fein, 7 a co- 



1 . co feirg 7 loniitt* fris, YBL. 

2. 7 na fes cia eu rod-cHWJtusmi (rot-chac, H.) for otrach, do derscud- 
ugh (-ugudh. H.) dinn, YBL. 

3 . dorumeidhir. H. 

4 . conna caithfid biadh na digh co n-erbaradh fris a mathair 7 a athair, 
YBL. 

5. nocho n-uilliu lind serc duine oldas do sliercc, YBL. 

6. dofomaiwg, YBL. defomaiwg, H. 

7. Her ends the tirst fragment in LU. 

8. os marb, //. 9. Is ferrde, H. 



The Voyage of Mael Duin. 457 

against him, and he said in transport 1 and anger : « Thou », 
saith he, « whose clan and kindred no one knows, whose 
mother and father no one knows, to vanquish us in every 
game, whether we contend with thee on land or on water, or 
on the draughtboard ! » 

So then Mael duin was si lent, for till then he had thought 
that he was a son of the king and of the queen his foster- 
mother. Then he said to his fostermother : « I will not dine 
and I will not drink until thou tell me, » saith he, « my 
mother and my father. » 

« But » 2 , saith she, » why art thou inquiring afterthat ? Do 
not take to heart the words of the haughty warriors. I am 
thy mother, » saith she. « The love of the people of the 
earth for their sons is no greater than the love Ibear to thee ». 

« That may be, » saith he : « nevertheless, make known 
my parents to me ». 

So his fostermother went with him, and delivered him into 
his (own) mother's hand; and thereafter he entreated his 
mother to déclare his father to him. 

« Silly, » saith she, « is what thou art doing, for if thou 
shouldst know thy father thou hast no good 3 of him, and 
thou wilt not be the gladder, for he died long ago ». 

« 'Tis the better for me to know it, » saith he, « however 
it be ». 

Then his mother told him the truth. « Ailillof the Edge of 
Battle was thy father », saith she — « of the Eoganacht of 
Ninuss ». 

Then Mael duin went to his fatherland and to his own her- 



1. recht zzl O'Clery's reacht .i. cumas « power, might, strength: also an 
ungovernable fit, frake or transport of joy or grief, laughing or crying ». 
P. O'C. 

2. inçe— ingi .i. acht, LU. H9 b 37. Ane. Laws, I, 90, I. 30. 

3. ba, .i. maith, O'CL, better ba or baa, LL. 240 b , 242 b . 

Revue Celtique, IX. 30 



4j8 Whitley Stokes. 

maltai leis, 7 ba hoclaich casma cid iatsidhe. Ocus ba failidh a 
cenel frissium iarom, 7 dobertatar mesnig moir ann. 

I N-araile amsir iarsin robatar lin oclach i relie chille Dub- 
cluana i[c] cor liac. hxsised iarum a cos Maile duin for folaig 
n-athloisc[th]e na hecailsi, 7 ba tairrsi noleicedh an lice. Alaile 
fer nemthengthach do muindt/V na cille, Briccne a ainm, as- 
bert-sidi fri Mael duin : « Bad ferr », ol se, « ba da digail do- 
gnethea inn fir roloiscedh sundinas cor liac tara cnamaibloma 
loistighi I ». 

« Cia son? » ar Mael duin. 

« Ailill », or se, « h' athair-si ». 

« Cia rod-marb? » ol Ma.4 duin. 

Asbcrt Briccne : « Dibergaig do Laighis 2 », ol se, « ocus 
rodn-ortadar isin lathrach-sa ». 

Leicis uada an lice iarom, 7 gabais a brat uime 7 a gaiscedh 
fair, 7 ba bronach de. Ocus imcomaircis conair do asenam do 
Laigis, 7 asbtTtadar eoLz/Vr fris nad bai a techt achi for muir. 



Luid iarom i tir Corcomruadh do fiarfaighî 5 seoin 7 solaigi 
do druid bai ann, do tindscedal denma nôi .i. Nuca ainm an 
druadh, 7 is uad ainmni[g]ter BoirendNucca. AsbtTt-sidi fris là 
ina tinnscanad^ me, 7 lin an ûollaig cou-tesed> indti .i. scebt 
fir dec, no sesca iar foirinn aile, 7 asbcrt fris na dics^f lin bud 
lia nach bud uaiti oldas sin, 7 asbtrt fris an là notesft/ fo[r] 
muir. 



Dogni d'idiu noi trechodlidi, 7 batar urlaim leis daiw inni 



1. tarachnamhalomaloiscthe,W. 4. tinnscanfad, H. 

2. Laighsi, H. 5. noihesed, H. 

3 . fïarfuidhigh, YBL. fliiarfa/ge, 
H. 



The Voyage of Mael Duin. 459 

itage, having his (three) fosterbrothers with him ; and beloved 
warriors were they. And then his kindred welcomed him, and 
bade him be of good cheer 1 . 

At a certain time afterwards there was a number of war- 
riors in the graveyard of the church of Dubcluain, putting 
stones. So Mael duin's foot was planted on the scorched ruin 2 
of the church, and over it he was flinging the stone. A cer- 
tain poison-tongued man of the community of the church, — 
Briccne was his name — said to Mael duin : « It were better, » 
saith he, » to avenge the man who was burnt there than to 
cast stones over his bare burnt bones ». 

« Who (was) that ? » saith Mael duin. 

« Ailill », saith he, « thine (own) father ». 

« Who killed him ? » asked Mael duin. 

Briccne replied : « Marauders of Leix, » saith he, « and 
they destroyed him on this spot ». 

Then Mael duin threw away the stone (which he was about 
to cast), and took his mande round him, and his armour on 
him; and he was mournful thereat. And he asked the way to 
wend to Leix, and the guides told him that he could only go 
by sea. 

So he went into the country of Corcomroe to seek a charm 
and a blessing 3 of a wizard who dwelt there, to begin building 
a boat. (Nuca was the wizard's name, and it is from him that 
Boirenn Nuca is named). He told Mael duin the day on 
which he should begin the boat, and the number of the crew 
that should go in her, to wit, seventeen men, or sixty accord- 
ing to others. And he (also) told him that no number 
greater or less than that should go ; and he (lastly) told him 
the day he should set to sea. 

Then Mael duin builds a three-skinned boat 4; and they who 



1. lit. « gave great courage (meisnecb) there ». 

2. folaig seem ace. sg. of fol À. fulebrith ruina, H. 2. 16, col. 111. 

3 . solaigi should, be solaidh ; cf. Ra airnaidit andsain sèna 7 soloda 7 lith- 
latheda ldna ra airthriall imthechta, LL., 219 11 . 

4. i. e. a large canoë of wickerwork, covered with three folds or layers 
of hide. 



460 Whitley Stokes. 

noragtais ina comaitec/;/ inti. Bai and ém German 7 Diuran 
Leccerd. 

Luid tra for muir iarom an la asbm fris an drui imtecht. 
Amal dolotar biucan o thir, iar tocbail an tseoil, is and tan- 
catar isin purt inaneis a tri comalta-som, tri maie a aite 7 a 
muime, 7 congairtetar fair co tistais andochom doridisi arculo 
aracend do tecbt léo. 

[« Airc/V/h do far tichc 1 ,] ar cia risam forculu », ar Mœl 
duin, « ni raga limsa acht an lin atam sund ». 

« Ragmuid-ne at degaig isin muir conorrh-bâit/r 2 and mina 
tisiu cuccaind ». 

Dos-corad3 a triur iarom isin muir, 7 snaghid^ cocian o 
thir. O'tro/zairc iarom Masl duin [anni sin s] impais cuco aracend 
arna robaiditis, 7 do[s]brrt 6 cuci ina curach iat. 



Batar al-la-sin co fescwr ic7 imrum 7 an adhaig ina diaidh co 
medonaidche, co fuaratar da indsi beca majla, 7 da dun 8 
inntib, co cualatar iarom isna9 dûinib amach nuall 7 fogur na 
mesca 7 na m\\ed 7 na comrum. Oats ba hedh 10 asbt'rt in fer 
fria celé : « An dim, tra », ol se, « am ferrdo laech[dai] XI andai, 
ar k me romarb Ai/fll Ochair Agha, 7 roloisc Dubcluain fair, 



1 . Sic H. 7 . oc, H. 

2. conorbatar, H. 8. da ndûn, H. 

3. Duscorat, H. 9. co colatar iarsin asna, H. 

4. snaised, H. 10. hann, H. 

5 . Sic H. 1 1 . im ferr do laeedhai, H. 

6. àusb'ir, H. 



The Voyage of Mael Duin. 461 

were to go in it in his company were ready. Germdn was 
there and Diuràn the Rhymer 1 . 

So then he went to sea on the day that the wizard had told 
him to set out. When they had gone a little from land, 
after hoisting the sail, then came into the harbour after them 
his three fosterbrothers 2 , the three sons of his fosterfather and 
fostermother; and theyshouted to themto corne back again to 
them to the end that they might go with them. 

« Get you home, » saith Mael duin; « for even though we 
should return (to land), only the number we hâve hère shall 
go with me » . 

« We will go after thee into the sea and be drowned î there- 
in, unless thou come unto us ». 

Then the three of them cast themselves into the sea, and 
they swim4 far from land. When Mael duin saw that, he turn- 
ed towards them so that they might not be drowned s, and 
he broudit them into his boat. 



I. 

That day till vespers they were a-rowing, and the night 
after it till midnight, when they found two small bare 6 is- 
lands, with two forts in them; and then they heard out of 
the forts the noise and outcry of the intoxication, and the sol- 
diers, and the trophies7. And this was what one man said to 
the other : « Stand off 8 from me, » saith he, « for I am a 
better hero9 than thou, for it is I that slew Ailill of the Edge 

1 leccerd — leith-cerd a half-poet. This was a name for the ansruth- 
poet, because he had half the knowledge of the ollomh, O'Don. Supp. 

2. So très fratres come from Brendan's monastery, when ali his crew 
had embarked, Perigrinatio, 6 

3. con-orm-bd.iter. The infîxed pronoun of the ist pi. or, orn is not 
uncommon in Middle Irish. So con-or-tinôltar (gï. locemur) L.H. 3 b . 

4. snaghid for snàît, près. ind. pi. 3 of snàim rz Skr. snâmi, Gr. vaw. 

5. baiditis, the passive 2dy près. pi. 3 of bâidim. 

6. lit. bald. 

7. i. e. the boasting of the heroes as they displayed their trophies. 

8. lit. stay. 

9. lit. « better of heroism ». 



462 Whiîley Stokes. 

7 ni dernad olc [col. 372] frium ind cosse o[a] cheneol 1 , 7 ni 
dernais a samail-sin » . 

« Coscor illama anni-seo », ar German 7 ar Diuran Lec- 
cerd. « As diriuch don-fuc Dia 7 roghab Dia ar crannàn 2 re- 
moinn. Tiagam 7 orgem an [dâ] dun sa', o rofoillsigh4 Dia 
duinn ar naimdiu [indiph S]. 

Ama/ robatar-som forsna briathraib sin 6 , dosn-anic gaeth 
mor, co mbatar for imarchor an aidche? co maitin. Ocus cid 
iar maidin iarom ni facatar tir na talmain, 7 ni fhindtais cia 
leath teis;hdis. Ba hand adbwt 8 Masl duin : « Leicid in noi ina 
tost cen imrum, 7 an leth bus ail do Dia a brith, beraidh9. 

Lotar iarom isan ocian I0 môr neimWcendach 11 , 7 osbert Mael 
duin iarsin fri[a] comaltaib : « Sibsi foruair duinne so, for 
telgadh 12 dun isin curuch tar breitlïir an tsenaire 7 an druadh. 
Adb^/t frind ni tismais isan curach acht an lin bamar arbar- 
cindsi 1 ?. 

Ni raibe freacra accosom 1 ^, acht bit[h] ina tost bic I 5. 



IL 

Tri la 7 .iii. haidhche doib, 7 ni fuaratar tir na talmain. 
Matain iarom an très ke co cualatar iogur uaidhib soirtuaidh. 
« Gair thuindi f/ia tir so », ol German. Intan iarom ba lasolus 
doib doscuicsed 16 don tir. Ama/ batar oc cor chrandchoir dits 
cia noraghad dib a tir, is andsin dolotar ealta mor de sengan- 
aib x 7, 7 meit serraig cechai dib, isa[n] lS traigh andochum 

1. oachinel, H. 10. isin oicen, H. 

2. ar cradn an, H. 11 . naforcendach, H. 

3. in dâ dun sa, H. 12. telcad, H. 

4. ar rofaillsig. 13. bômar arforcindsi, H. 

5. Sic H. 14. freccra agaibsium, H. 

6. so, H. 15 i . H omits. 

7. in océin, H. 16. doscuichsit, H. 

8. ispert, H. 17. sengannuib, H. 

9. beraigh, YBL. 18. isin, H. 



The Voyaqe of Mael Duin. 46$ 

of Battle, and burnt Dubcluain on him ; and no evil hath 
hitherto been done to me therefor by his kindred ; and thou 
hast never'done the like of that! » 

« We hâve the victory in our hands ! » saith Germdn and 
saith Diuran the Rhymer. « God hath brought us direct, and 
God hath guided our barque. Let us go and wreck thèse two 
forts, since God hath revealed to us our enemies in them ! » 

As they were saying thèse words, a great wind came upon 
them, so that they were driven (over the sea, ail) that night 
until morning. And even after morning they saw nor earth nor 
land, and they knew not whither they were going. Then said 
Mael duin: « Leave the boat still 1 , without rowing; and whith- 
ersoever it shall please God to bring it, bring ». 

Then they entered the great, endless océan ; and Mael duin 
afterwards said to his fosterbrothers : « Ye hâve caused this 
to us, casting 2 yourselves upon us in the boat in spite of the 
word of the enchanter 3 and wizard, who told us that on 
board the boat we should go only the number that we were 
before you came ». 

They had no answer, save only to be silent for a little 
space4. 

II. 

Thrce daysand three nights were they, and they found neither 
land nor ground. Then on the morning of the third day they 
heard a sound Irom the north-east. « This is the voice of a 
wave against a shore, » said Mael duin. Now when the day 
was bright they made towards land. As they were casting lots 
to see which of them should go on shore, there came a great 
swarm of ants, each of them the size of a foal, down to the 
strand towards them, and into the sea. What the ants desired 



1 . i. e. let her drii't. So Brendan : « Mittite intus omnes rémiges et gu- 
bernacula, tantum dimittite vêla extensa, et faciat Deus sicut vult de servis 
suis et de sua navi, » Perigrinatio. p. 7. 

2. telcad, telgad ■ tealgadh .L caitheamh « a casting or hurling », P. O'C. 

3 . sénaire a derivative of sén ~ signum. 

4. lit. « to be in their little silence ». 



464 Whitley Stokes. 

ocus l isan muir. A n-adcobairsed a n-ithi cona nôi, 7 techit 
iarom tri la ele 2 7 teoro aidchi doib, 7 ni facatar tir na talom. 



[III.] 

Matan an treas lai co cualatar fogwr tuindi ina tracht, 7 
conacatar la soillsi lai indsi n-aird moir, 7 forscamon im- 
macuairt impi. Issliu cachae achele dib, 7 line do crandaibî 
impe, 7 eoin mora imda forsna crandaib[sin]4. Ocus bôi com- 
airle leo dus cia noraghad do fromudh na hindsi 7 roptar 
cendsa na heoin. « Messi ragas », ar Mail duin. Doluidh 
iarom Mael duin, 7 dofoichlenn an innsi, 7 ni fuair ni do ulcc 
indti, 7 rosasta [o na henaiph*,] 7 dobtrtadar alaile dib leo ina 
nôi. 



[IV.] 

Tri lai 7 teora aidche doib îor muir iarsin. Matan 6 iarom 
an ce//?ramudh lai rathaigsit indsi moir n-aile. Ganemdha a 
talum. Im tancatar do tracht na hindsi, adchonncatar an- 
manda isinn indsi anuz/7 each7. Cossa fondai leis, co n-ingnib 
garbaib gerraib/, 7 ba mor a failti [sium] 8 friu, 7 nobid ic 
surdlaig ina fiadhnaise, ar ba saint les 7 a n-ithi cona nôi. « Ni 
bronach atathar ararcind », ar Macl duin: « tiadham on 
n-indsi arculo «, ar Ma:l duin. Dogn[iJad 9 annisin, 7 o ro- 
vathaig an t-anmanda teichedh doibsi/mi, doluith isin t/aigh, 



1. H omits. 6. immaitin, H. 

2. oili, H. 7. H omits. 

3. line cranna, H. 8. Sic H. 

4. Sic H. 9.7 dogniat, H. 

5 . Sic H. 



The Voyage of Mael Duin. 465 

was to eat the crew and their boat : so the sailors flee for three 
days and three nights; and they saw nor land nor ground. 



in. 

On the morning of the third day they heard the sound of 
a wave against the beach, and with the daylight they saw 
an island high and great;.and terraces 1 ail round aboutit. 
Lower was each of them than the other, and there was a row 
of trees around it, and many great birds on thèse trees. And 
they were taking counsel as to who should go to explore the 
island and see whether the birds were gentle. « I will go, » 
saith Mael duin. So Mael duin went, and and warily searched 2 
the island, and found nothing evil therein. And they ate 
their fill of the birds, and brought some of them on board their 
boat. 

IV. 

Three days thereafter, and three nights were they at sea. 
But on the morning of the fourth day they perceived another 
great island. Sandy was its soil. \Vhen3 they came to the 
shore of the island they saw therein a beast like a horse. The 
legs of a hound he had, with rough, sharp nails ; and great 
was his jov at seeing them. And he was prancing(?)4 before 
them, for he longed to devour them and their boat>. « He is 
not sorry to meet us, » saith Mael duin ; « let us go back 
from the island ». That was done; and when the beast per- 
ceived them fleeing, he went down to the strand and began 



1 . forscamon seems the neut. pi. of a compound of the prep. for and 
scamon cognate with Latin scamtiutn « a bank or ridge of earth » ; but I hâve 
not met the word elsewhere. 

2. do-foichlenn : cf. foichlim in Windisch's Wœrterbuch. W. di-ogel. 

3 . im for amal ? 

4. surdlaig. What is this ? 

5 . Which, be it remembered, was covered with a triple layer of edible 
hide. 



466 Whitley Stokes. 

7 gabais tochlaidh in trachta cona ingnib gerraib * 7 oca ndiu- 
brucadh, 7 nir' sailset[som] 2 eludh uad. 



[V-] 

Raisid' a cein iarsin, 7 adchiat maiginis moir uaidhib. Do- 
chuir iarom do German droch crandcor dul do descin na 
hinnse-sin. « Ragmait dib linaib », ar £)iuran Leeerd, « co nde- 
caissi4 liumsa nach fer/;/ n-aile a n-indsi dom-ria crands ». 
Lotar iarom a ndis isan innsi. Mor a met 7 a lethed, 7 cona.- 
catar faichthi fota moir indti 7 fuilliuchta dermara each indti, 
Meit seolbrait luingi fo[l]liucht 6 crui gach eich/, con accatar 
and aa.no blasscafcol. 372] cno mor 8 amal côedi 7 cowacadar9 
daiio tuartha mora do preid daine 10 n-imda and. Ataigsidar 11 
iarom anni a[d]condcatar 7 congartadar a mumdtir cuco [do] 
descin 12 a[n] neich adchonneatar. Bâtard imeclaigh, da.no, iar 
n-aicsin an neich adcondcatar; 7 lotar as uile codian dein- 
mnitach ina curach. 



O dolotar biucan o thir x 4 cona.ca.tax dirim moir iarsin muir 
don innsi, 7 feraiset grafaind tar riachtain faigthi na hindsi. 
Ocus luaithiu x 5 gasth gach 16 ech, 7 ba mor a nuall 7 a ùgair 7 
a ïogur, co clos 1 / iarom do Majl duin bemenda lS na n-eachlasc 
ocon «enach, 7 rochuala dano a n-adbeiridh cach dib .i. « Tue 
ind-each nglass! » « Uig in gabair n-uidir thall! » « Tue in 
ngabuir ngil! » « As luaithe mo each-sa! » « Ferr leim 
moeich-si! » O'tchualatar na briat/a sin, lotar ass fo nert 



1. geraiph, H. 10. preidh doeni, H. 

2. Sic H. 11. Ataigsetar, H. 

3. Raisit, H. 12. do deiscin, H. 

4. dechuisiu, H. 15. bôtar, H. 

5. isininsidomruaacrannchor,//. 14. on tir, H. 

6 ïnWhcbt, H. 15. luathithir, H. 

7. cith, YBL. • 10. cach. 

8. mora, h. 17. cloistis, H. 

9. conacotar, H. 18. bemind, H. , 



The]Voyage of Mael Duin. 46 7 

digging up the beach with his sharp nails, and pelting them 
(with the pebbles), and they didnot cxpect to escapefrom him. 



V. 

Thereaftcr they rowed afar, and a great, flat island they 
see before them. Then to German fell an ill lot to go and 
look at that island. « Both of us will go, » saith Diuran the 
Rhymer, « and thou wilt corne with me some other time into 
an island which it falls to my lot to explore » x . So the two of 
them entered the island. Great was its size and its breadth, 
and they saw therein a long, great green, with vast hoof- 
marks of horses upon it. As large as the sail of a ship was the 
mark of the hoof of each horse. They saw, moreover, the 
shells of huge nuts like..., and they saw there, also, 
great leavings 2 (?)of theplunder of many men. So they dread- 
ed that which they saw, and they called their people to 
them to see what they beheld. They were afraid then, after 
seeing what they beheld, and they ail, swiftly, hastily, went 
on board their boat. 

When they had gone a little from land, they beheld (rush- 
ing) along the sea to the island a great multitude, which, 
after reaching the green of the island, held a horse-race. And 
swifter than the wind was each horse, and great was the 
shouting (of the multitude) and their outery and noise. And 
then the strokes of their horse-rods at the meeting were heard 
by Mael-duin, and lie heard, moreover, what each of them 
was saying : « Bring the grey steed ! » « Drive the dun horse 
there ! » a Bring the w 7 hite horse ! » « My steed is faster ! » 
« My horse leaps better > ! » When the wanderers heard those 



1 . ci'iedi : cf. cona côidib crèduma fairsin anuas, LL. 29) b . 

2. tiiartha: ci' tuartheit « remnant, remainder, jmanet?) O'Don. Supp. 
ni tuairthet and iarsin acht se lathi trichât, LB. 47^: bô 7 tri scxcpaill iss ed 
tuarteit ann, Harl. 452, fo. i6 a (= Laws, i. 246, 1. ^),tiruairsi « remnant », 
Laws II. 212. 

3 . lit. « Better (is) my horse' s leap ! » 



468 Whitley Stokes. 

a mbagh 1 , ar ba derb leo ba hxnach demna adconncatar. 



VI. 

Sechtmuin lan doib iarsin ic imrum i ngorta 7 i n-itaidh 2 , 
co fuaratar indsi moir n-aird 7 teach mor indti i traigh an 
mara, 7 dorus asan tig hi maigreidh na hinnsi, 7 dorus n-aill 
isan muir, 7 comla lecdhà f/isin dorus n-isin. Boi dercc tresan 
comluith sin forsa tochratis tonna an mara na heicne? isin 
tech-sin ar medhon. Lotar som isin teach sin, 7 ni fuaratar 
neach and. Gwacatar iar suidhiu lighi cumtachta do aircind- 
each an tighe a asnur, 7 ligi gach thrir do 4 muntir, 7 biadh 
gach t/ïr arbelaib gac[h] imda, 7 lestar glaine S co ndeglind ar 
belaib gâcha imdha 6 , 7 dalem di glain for gach lestar. Praind- 
ighsed 7 iarom a mbiadh sin 7 a lind, 7 atlaigit buidhi do Dia 
mlecumachtach rodus-foir on gorto. 



[VIL] 

A ndolotar ond indsi sin batar sel môr oc imrum ceri biadh 
cogortach, co fuaratar indsi 7 allt 8 mor uimpi do gach 9 leith, 
7 fidh Céel fota i suidhiu, 7 mor a tôt 7 a caile. Gabais Mael 
duin slait amal tarraigh don fidbuith sin ina laim ic I0 tocht 10 
seacho 10 . Tri la 7 teoro n-aidhche bûi an tslat ina ldim, 7 an 
curach fo seol la taeb in alla, 7 isan treaslô fuair crobung 



1. fonertabagh. H. b. cecha himdei, H. 

2. anitaigh. YBL. 7. 7 praindicsit, H. 
}. in mara ina écne, H. 8. ailld, H. 

4. dia, H. 9. impi di cech, H. 

3. glain, H. 10. H omits. 



The Voyage of Mael Duin. 469 

words, they went away with ail their might l , for they felt sure 
it was a meeting of démons they beheld. 



VI. 

A full week were they voyaging, in hunger and in thirst, 
when they discovered a great, high island with a great house 
therein on the seashore and a doorway out of the house 
into the plain 2 of the island and another door (opening) into 
the sea, and against that door there was a valve of stone. 
That valve was pierced by an aperture, through which the sea- 
waves were flinging the salmon into the midst of that house. 
Mael duin and his men entered that house, and therein they 
found no one. After this they beheld a testered bed for the 
chief of the house alone, and a bed for every three of his 
household, and food for three before every bed, and a vessel 
of glass with good liquor before every bed, and a cup3 of glass 
on every vessel. So they dined off that food and liquor, and 
they give thanks to Almighty God, who had helped them from 
the hunger. 

VII. 

When they went from the island they were a long while4 
voyaging, without food, hungrily, till they found (another) 
island, with a great cliff round it on every side, and therein 
was a long, narrow wood, and great was its length and its 
narrowness. When Mael duin reachedî that wood he took 
(from it) a rod in his hand as he passed it. Three days and 
three nights the rod remained in his hand, while the boat was 
under sail, coasting the cliff, and on the third day he found a 

1. cf. a nertaïb bâghfear, infra. c. ix. 

2. maig-rêidh, lit. plain-level : cf. maig-sliab. 

3 . dailetn, usually « cupbearer » hère seems to mean a cup used for 
distributing liquor. 

4. sel ~ W. chwyl « versio », Davies. 

5. tarraigh for tarraidh « traf, ùberfkl, holte ein », Windisch's Wœr- 
terbuch, 811. 



470 Whiiley Stokes. 

.iii. n-uboll for ind naslaitte. Cetracha aidhci nodo-sâs çach 1 
uball 2 diib. 

[vin.] 

[col. 374]. Fuaratar [dna3] iarsin indsi n-aile, 7 sondach 
leacdha uimpe4. A ndolotar a comfpc«j di atraig anmanda 
môr isind indsi 7 cor-reithft/ imon indsi immacuairt. Ba luai- 
thi la Majl duin oldas [an] 5 gasth, 7 luid iarom i n-ard na 6 
hinnsi 7 dirgis creit and .i. a cend siss 7 a cosa suas, 7 is am- 
\aid nobidh, imsoadh ina crocend7 [.i.] an leoil 7 na cnama 
do impodh, in crocund ivamorro diamr/tfair cen scibiudh. No 
an croiçend fer/;/ 8 n-aile dawp dianer/j/air do impudh amfl/ 
muilend9 do impudh, na cnami 7 an féol ina tairisium 10 . 

Orobai cocian in cruth sin, atraclit suas dorisi IX 7 reithidh I2 
timcell na hindsi immachuairt r 3 arnai dorighne artûs. Luidh 
dano doridhisi isan inad cétna., 7 an îccht sin an leath dia 
crocund nobidh sis cen scibiudh 7 an leath n-aill nobid suas 
imrethedh imacuairt araaî lice muilind. Ba hisin tra a abair[t] J 4 
antan bidh ic timcholl na hindsi. Teichis Mail duin cona 
muindtzr a nertaib bdghfear, 7 rathaigis 1 ? an t-anmanda tech- 
eadh doib[sium] l6 7 doluid isin tracht dia tiwnicbtam, 7 gabais 
esorgain iat, [7] dibruicidh : " 7 sraighl/J di clochaib na caladh 18 



I . 


rotasas cech, 


H. 






1 1 . arisi, H. 


2. 


ugall, YBL. 








12. Sic H. reitigh, YBL. 


3 ■ 


Sic H. 








13. H omits. 


4. 


impi. H. 








14. abuirt, H. 


s. 


Sic H. 








15 . rathuighsit, H. 


6. 


inna H. 








16. Sic H. 


7- 


immasoad ina crocann, 


H. 


17. dibruicigh, YBL. 


8. 


fes. YBL. fecht. 


H. 




18. 7 dibura'dh 7 sraigled di clo- 


9- 


muilind, //. 








chaib inna cairce, H. 



10. Sic H. tairijwsium, YBL. 



The Voyage of Mael Duin. 471 

cluster 1 of three apples at the end of the rod. For forty nights 
each of thèse apples sufficed them. 



VIII. 

Thereafter, then, they found another island, with a fence 
of stone around it. When they drew near it a huge beast 
sprang up in the island, and races round about the island. To 
Mael duin it seemed swifter than the wind. And then it went 
to the height of the island and there it performed (the feat 
called) « straightening of body » 2 , to wit, its head below and 
its feet above; and thus it used to be : it turned in its skin, 
that is, the flesh and the bones revolved, but the skin outside 
was unmoved. Or at another time the skin outside turned 
like a mill, the bones and the flesh remaining still. 

When it had been for long in that wise, it sprang up again 
and races round about the island as it had done at first. Then 
it returned to the same place ; and that time the lower half of 
its skin was unmoved, and the other half above ran round 
and round like a millstone. That, then, was its practice? when 
it was going round the island. 

Mael duin and his people fled with ail their might, and the 
beast perceived them fieeing, and it went into the beach to 
seize 4 them, and began to smite them, and it casts and lashes 



1 . crobung, properly a cluster of nuts : O chall cain na crobang cas, Book 
of Fenagh, p. 396, 1. n.bang .i.. crû, ut est crobhang, H. 3. 18, p. 633, 
col. 1. O'Reilly explains this word by « a strong-handed man » ! P. O'C. 
has « crobhaing a bunch or cluster of berries, derived from crobh, W. cra- 
ving a claw or clutch. Crobhaùigeach of or belonging to clusters or bunches ». 

2 . Cf. dirgiud crette foi a rind « straightening of body on his spear- 
point, » one of Cûchulainn's feats catalogued in LU. 73 a . 

3. abairt .i. bés, H. 3. 18, p. 5i b .i. ealadha no bés, O'Cl. abairt .i. ab 
airte [leg. arte] .i. issi abairt doni .i. elada, H. 2. 16, col. 88. Roboth 
ocond reib sin 7 ocond abairt on t/âth co(a)raile, LU. 71 13 14. It é d\diu 
dorigensat ind abairt sin etorro andis, LU. 71 b 27. dognith abairt dia si'r- 
sellad, LU. 129b 43. 

4. tarrachtain : cf. fri tarrachtain drechta dib dîa n-airlech, LU. 72». can 
tarrachtain « without being caught >■>, O'Don. Supp. O'Clery's tarrachtain 
.i.di oghail « vengeance » seems a bad guess. 



472 Whitley Stokes. 

inandiaidh. Luid cloch dib iarom ina 1 curach co rotreag- 
dastair 2 sciath Masl duin 7 co ndechaidhî [is]an4 drumluirg 
in curaig. 

[IX.] 

Ni bu cian iarsin dano co fuaratar indsi n-aird aile, is si aib- 
ind, 7 anmanda mora imda indte cosmaile frî heocho. No- 
gaibcdh gâchas dib mir a tasb alaile, 7 no beridh conx croc- 
end > 7 coin teoil leis 6 , co maidhitis7 a srotho fola fordergi 
asa tcebaib co mba lan an talom di. 

Facsat 8 dano an indsi sin codian, dremun, denmnitach, 
toirrsig, geranaig, mertnigh; 7 ni fedatar cia leth isan bith 
noragtais, 7 cia baile i fuigebtais cobair no tir no talmuin. 



[X.j 

Rancatar da.no indsi moir [n-] aie 9, iar scis môir do gorto 
7 itaid doib, ité I0 toirsig", geranaig, iar mben^cheillefdoib^] 
do chobair. Cranda imda isan indsi sin: ite tortoirthech : 
ubla mora orda foraib. Geirrmila derga amail mucco fo na 
crandaib sin. Nocoisitis 1 ^ iarum frisna crando sin, 7 nos-bentais 



I . 


isin, H. 




8. 


Facbuigsiut, H. 


2 


corotregtastar, H. 




9- 


n-aili, H. 


3 • 


ndechaigh, YBL. 




10. 


7 ate, H. 


4- 


isin, H. 




1 1 . 


toirsid, KBL,tairsz^mertnig,/y. 


5. 


chrocund, H. 




12. 


mbein, H. 


6. 


H omits. 




13- 


Sic H. 


7- 


Sic H. muighitis. 


YBL. 


14. 


nuscoisitis, H. 



The Voyage of Mael Duin. 475 

after them with stones of the harbour 1 . Now one of thèse 
stones came into their boat, and pierced through Mael duin's 
shield, and lodged in the keel 2 of the curragh. 



IX. 

Now, not long after that they found another lofty island, 
and itwas delightful, and therein were many great animais 
like unto horses. Each of them would take a pièce out of 
another' s side, and carry it away with its skin and its flesh, so 
that out of their sides streams of crimson blood were breaking, 
and thereof the ground was full>. 

So they left that island swiftly, madly, hastily (and they 
were) sad, complaining4, feeble; and they knew not whither 
in the world they were going and in what stead they should 
find aidance or land or eround. 



X. 

Now they came to another great island, after great weari- 
ness of hunger and thirst, and they sad and sighing, having 
lost ail hope of aidance. In that island were many trees : 
fullfruited were they 5, with great golden apples upon them. 
Red short animais like swine 6 were under those trees. Now 
they used to go7(?) to those trees and strike them with 



1 . caladb gen. sg. of cala. Caladb .i. cuan, a port, harbour or haven : 
shore or strand. O'Cl. 

2. drumluirg I hâve not met elsewhere. It seems the ace. sg. oîdruim- 
lorg. 

5 . A réminiscence of the ecbtress « horse-fight » of the ancient Irish, 
which corresponded with the hestavig of the Icelanders. 

4. gerânaig pi. oïgerânach, a deriv. oîgeran a complaint, groan, P. O'C. 

5 . tortoirtech, perhaps a scribal error for toirthech. 

6. It appears from the sequel that they were wholly or in part composed 
of fire. A sentence to this effect has probably dropt out hère. 

7. no-coisitis seems 2dy près. pi. 3 of the simplex of do-chôid, ad-chuaid. 

Revue Celtique, IX 31 



474 Whitley Stokes. 

cona. n-iarluib, co tuititis a n-ublai 1 diib, 7 conos-caithdis 2 
iarsin. O matairi co fuinid îlgrene dognitis andsin. O fuinedh 
grene bxunorro co maitin ni artraigtiss et/V, acht nobitis a 
fochlaib talmunî. Eoin imda for fosnam4 immon indsi sin 
immacuairt forsna tonda imuig. O matain co nonai sia 'sa sia 
nosnaidis on innsis. O nonai immorro co fescor neso 'sa neso 
ticdis don indsi [LU., p. 23] co téigtis iar funiud gréne issin 
n-insi. 

Nolomraitis iarwm na hubla 6 7 nos'-ithitis/. « Tiagam », ar 
Maél dûin, « isin n-insi [itait ind eoin 8 ]. Ni hansu dûn oldds 
dona hénaib ». Luid fer dib 9 do déicsinnahinsi 7 dogair-side I0 
achéli 11 chucai i tir. Te in talam fua cossaib-som, [7 nir' fedsat 
atrab and ara thés, 12 ] fôbith ba tir tentidi [hé, 7] 1 ' ind an- 
mannai 7 notheigtis in tâlmain ûasaib. 

Tob«rtatâr I 4 bec dini x 5 hublaib léo a cétld nos-ithitis inna 
curuch 16 . Intan bd solus in matandollotdr ind éoin ond insi 
for sndm isam-muir. La sodain tocaibtis ind anmannai thentidi 
a cenna asa fochluib, ocus no-ittis na hubla co funed ngrJne. 
Intan adcuirtis inna fochlôi notheigtis ind éoin daranessi do 
ithi na n-ubull x 7. Dolluid 18 àano Mœl dûin cona muint/V 7 tec- 
mallsat 1 ? an ba dina hublaib in n-aidchi sin. Cumma arang- 
gairtis gortai 7 ittaid dib na hubla. Iss ed ani linsait a curach 
dina hublaib ama/ bd mellach léo 20 , 7 lotair îor muir afridisi. 



I . 


n-ublaib, YBL. 


9- 


uaidhib, YBL. 


2. 


condas-itis, H. 


10. 


dogart-sidhe, YBL. diarard- 


S. 


hi fochlaib fo talmain, H. 


side, 


H. 


4- 


fbttnadh, H. 


11 . 


fer aile, YBL. 


5« 


ond inse, H. 


12. 


Sic H. 


6. 


cranna, H. crannu, YBL. 


H- 


Sic H. 


7- 


nohithetisiersin. //. 


14. 


Doberaid, YBL. Doberad, H. 


8. 


Sic H. 






5- 


dona, YBL. 







16. For t a cétlâ... curuch », YBL. has : 7 tiaghaid ana curach, ciar bo 
lesc leo, arînirjbo din iar scis e doib, acht ba iar ngorta moir 7 sœthar 
thuind do thuinn doib. 

17. For « ocus... n-ubull », YBL. has: do thochaithem na n-ubull o 
maitin co fescor; o fescor immurro co maitin tictis an eoin do ithi na 
n-uboll. 

18. Dothaed, YBL. . 

19. teclomsad, YBL. 

20. For... « cumma... afridisi », YBL. has: 7 linsad a curach dona hu- 



The Voyage of Mael Duin. 47$ 

their hindlegs 1 so that the apples would fall from the trees, 
and then they would consume them. From dawn to sunset the 
animais did not appear at ail, but they used to stay in the 
caverns of the ground. Round about that island many birds 
were swimming 2 out on the waves. From matins to none, 
further and further they used to swim from the island. But 
from none to vespers nearer and nearer they used to come to 
the island, and arrive therein after sunset. 

Then they used to strip .offthe apples and eat them. « Let 
us go, » saith Mael duin, « into the island wherein the birds 
are. Not harder for us (to do so) than for the birds ». One 
of the crew went to see the island, and he called hiscomrade to 
him on shore. Hot was the ground under their feet, and they 
could not dwell there for its warmth, because it was a fiery 
land, and the animais used to heat the ground above them. 

On the first day they brought with them a few of the apples 
which they were eating in their boat. When the morning was 
bright the birds went from the island swimming to sea. With 
that the fiery animais were upraising their heads out of the 
caves, and kept eating the apples till sundown. When they 
were put back into their caves the birds use to come in place 
of them, to eat the apples. Then Mael duin went with his 
people, and they collected ail the apples that were there that 
night. Alike did the apples forbid> hunger and thirst from 
them. So then they filled their boat with the apples as seemed 
good4 to them, and went again to sea. 



1 . iarhiib I hâve never met elsewhere. It is the dat. pi. of a word which 
must mean either « hind-leg », or •< tail ». 

2. fosnam is perhaps a scribal error for the jonnadh of H. This is ex- 
plained by « gluasacht no sinbhal a going, proceeding, moving, walking », 
P. O'C. cf. Eng. ivend. If fosnam be right, it may be — snam •• swimming », 
with the diminutivc prefix/o — Ono-. 

3 . ar-ang-gairtis, 2dy près. pi. 3 of air-gairim, with infixed relative 

4. mellach from meldach « gratus » H. 10, 



476 Whitley Stokes. 



XI. 

INtan iarwm arrochiûirtdr na hubla hisin *, 7 bd môr a 
ngorta 7 a n-itu 2 , 7 intan bâtir ldna a mbéoil 7 a srôna di 
bréntaid in mara, atchiat insi nar'bu môr, 7 dùn indi, 7 mûr 
gel ard im sodain amal bad du aél chombruithiu dognethe, no 
amal bed oen chloch calca uile. Mdr a dicsa3 on muir acht nad 
roched néolu*. Oebela robôi indi'in. Tige snechtaidi mdrgela 5 
immdm-mûr. Al-lotdr is-tech 6 bd moam dib, ni con facatâr 
nech and acht catt bec bôi forsind ldr oc cluchiu forsna cethe- 
ôraib uditnib? lecdaib bdtar and. Nolinged di cech uditniu fora- 
raili. Dofécai 8 biucdn na9 firu, 7 nin-tairmesc 10 dia chluchiu. 
Qw-accatâr iarsin téora sretha isind[t];aigid in taige 11 immd- 
cuaird ônd ursaind diarali I2 . Sreth and chetum/tf di bretnas- 
aib ôir 7 argit, 7 a cosa isind fraigid, 7 sreth di muntorcaib 
ôir 7 argit, mar chirclu dabcha cechae^. In très sreth di 



b\aib, oir rancatar a les gorta 7 itaid do beim dib, 7 lotar focctoir doridisi 
for muir intan ba mithig leou. 

1. Inbuidh tairnectair doib na hubia sin, YBL. 

2. YBL inserts : bai foraib, 7 batar mugaighti (mudaigh, H.) acht becan 
(biucan, H.). 

3. airde, YBL. 

4. niullo nime, YBL. 

5 . glegela and, YBL. 

6. Dolotar isan teach. YBL. 

7 . for ceitri uaitneb, YBL. 

8. Dechais, YBL. 

9. inna, YBL. 

10. ni rotairmisc, YBL. 

! 1 . for fraighidh an tighi, YBL. 

12. co araile, YBL. 

1 3 . Srcath aile dawo di muncib moraib amn/ chirclu daibche di ôr 7 di 
airged. YBL. 



The Voyage of Mael Duin. 477 



XI. 



Nowwhenthose apples failed 1 , and their hunger and thirst 
were great, and when their mouths and their noses were 
full of the stench of the sea, they sight an island which was 
not large, and therein (stood) a fort surrounded by a white, 
high rampart as if it were ' built of burnt 2 lime, or as if it 
were ail one rock of chalk. Great was its height s from the 
sea : it ail but reached the clouds. The fort was open wide. 
Round the rampart were great, snow-white houses. When 
they entcred the largest of thèse they saw no one there, 
save a small cat which was in the midst of the house, 
playing on the four stone pillars that were there. It was 
leaping from each pillar to the other. It looked a little at 
the men, and did not stop itself from its play. Atter that 
they saw three rows on the wall of the house round about, 
from one doorpost to the other. Arow there, flrst, ofbrooches 
of gold and of silver, with their pins in the wall, and a row of 
neck-torques of gold and of silver : like hoops of a vat was each 
of them. The third row (Vas) of great swords, with hilts of 



1. ar-ro-chiùirtar pi. 3 perf. of ar-chrinim. The sg. 3, ar-ro-chiuir, is in 
the Félire Oengusso, prol. 67, 127. Skr. çrndti, çaçre, Windisch in Kuhn's 
Zeitschrift, XXIII, 205. 

2. combruitbiu, dat. sg. m. of com-briiithe, for com-bruighthe, bruighim rz 
3f ûyw ? 

3. dîcsa, a deriv. of digas « high » : digas (gl. edito) Ml. 41 e 9: digas 
no ard (gl. edito) Ml. 47 e 19. 



478 Whitley Stokes. 

claidbib môraib co n-imdornaib ôir 7 airgit. Ldna inna himda 
di cholcthib gelaib 7 di tlachtaib etrochtaib 1 . Dam bruthe 
da.no 7 tinne forsind ldr, 7 lestra mâra co 7zdeglind inmesca. 
« In dunni forracbad so ? » ol Msèl duin frisin cat. Dosn-cca- 
cha talmaidiu 7 gabais cluche arisi 2 . Atgéoin iarom Méldûin 
ba doib {orrmsedi in praind. Prain[dig]sit4 iarom 7 ibsit 7 
con- [p. 23 b ] toilset. Dobmatdr diurad ind lcnna isna paitti 7 
docosechtatar diurad in biid.Intan asbcrtsat iarom imthechtî, 
asbert a thris comalta Mdili dûin : a In be'rsa lemm mûince di- 
naib muincib-se? » « Ni thô », ol Mœl dûin, « ni œn chomet 
atâ a tech ». Doben cammai 6 corrici ldr ind lis. Dolluid in 
cat inandidid, 7 lebling trit amal saigit tentidi, 7 loiscthi 7 co 
mbu lûathred, 7 luid arisi cor-rabi 8 îor a uditni. Rôailgenaig 
\-\rom Maèlduin coni briathraib in cat9, 7 sudigestdr in muince 
ina inad, 7 glanais a lûathred di ldr ind lis, 7 fochairt i n-alt 
in maro I0 . 



Lotâr iarwm inna curach am-moltais 7 an-n-adamraigtis in 
Comdid 11 . 

xn. 

Matan moch tres-ldi iarsin atchiat insi n-aili 7 sonnach 



1 . Lana na himdagha an tighi di cluim gil 7 di tlachtaib gelaib. Cona- 
catar iarsin dam etc., YBL. 

2 . For tins sentence, YBL. has : 7 nir tairmeisc an cat dia cluiche. 

3. foracbudh. YBL. 

4. praindighsed, YBL. -sid, H. 

5 . 7 contascitar forgradh (furgrad) an bidh, 7 imraidhsid iarom imtedtf, 
YBL. 

6. Dober (dobir, H.) leis araisin, YBL. 

7. nus-loisc, YBL. 

8. condesidh, YBL. 

9. Acallais Mœlduin he o briathraib, YBL. 
10. 7 focherd isan ail mara, YBL. 

n . 7 lotar iarom ina nôi, 7 molaid 7 aitchid an Comdigh 7 beraid buidi 
do, YBL. 



The Voyage oj Mael Duin. 479 

gold and of silver. The rooms were full of white quilts and 
shining garments. A roasted ox, moreover, and a flitch in 
the midst ôf the house, and great vessels with good intoxic- 
ating liquor. « Hath this been left for us ? » saith Mael duin 
to the cat. It looked at him suddenly and began to play again. 
Then Mael duin recognised that it was for them that the 
dinner had been left 1 . So they dined and drank and slept. 
They put the leavings(?) 2 of the liquor into the pots?, and 
stored up the leavings(?) 'of the food. Now when they pro- 
posed to go, Mael duin's third fosterbrother said : « Shall I 
take with me a necklace of thèse necklaces ? » « Nay, » saith 
Mael duin, « not without a guard is the house». Howbeithe 
took it as far as the middle of the enclosure. The cat followed 
them, and leapt through him (the fosterbrother) like a fiery 
arrow, and burnt him so that he became ashes, and (then) 
went back till it was on its pillar. Then Maelduin soothed 
the cat with his words, and set the necklace in its place, and 
cleansed the ashes from the floor of the enclosure, and cast 
them on the shore of the sea4. 

Then they went on board their boat, praising and magni- 
fying5 the Lord. 

XII. 

Early on the morning of the third day after that they espy 
another island, with a brazen palisade over the midst of it 



I translate the fo-r-acbad of YBL. The forruised of LU. is obscure to 



me. 



2. diurad: cf. diurtha .i. rét becc (a little thing), O'Dav. 77. 

3 . paitti pi. ace. of pait in petit meda LU. $4 b — paitt meda, LL. 1 17a : da 
phait fina, LB. I29 a 35. fon pait foilethi, so Laws i. 152. 1. 28. 

4. Compare the story of Brendan's wicked monk who steals an argtn- 
teum frenum, Perigrinatio, p. S 

> . As to expressing the présent participle with the aid of the conjunction 
an, see Kuhn's Zeitschrift, XXIX, 37b. 



480 Whitley Stokes. 

umaide tara medôn ros-rand l in n-insi in 2 dé, 7 atchiat tréta 
môra di chairib inti .i. trèt dub fri sonnach adiu 7 tret gel 
f/*i sonnach denall. Oc us con2.cc2x.il fer mdr oc et/Vgle;?* > na 
csérech. An focherded cairig find tar sonnach desiu côsna duba 
bd dub fôchetôir. An docured d3.n0 cairig nduib tarsin sonnach 
ille bd find fôchetôir. Bdtir immecal-som^ oc aicsin ind ni- 
sin5. « IS ed as maith [dun] », ol Maél dûin, « cuirem dd 
bunsaig 6 isin n-insi. Dia côemchlôt 7, dath awclôechbam-ni 8 
dia tiasam indi ». Fochartatdr ian/m bunsaig ccr-nisc dub isa 
leth i mbdtdr na finna 7 finnais fôchetôir. Fochartatdr da.no 
bunsaig snaisi gil issa leth i mbdtdr na duba, 7 ba dub fôche- 
tôir?. « Ni sechbaid », ol Maél dûin, [in promad sin] I0 nd 
dechammar isin n-insi. Bes ni bad ferr ol ndath-ni olddti 11 na 
bunsacha ». 



Tollotdr forcûlu ônd insi la himeclai I2 . 



XIII. 



Très lou iarsin dano rathaigsit araili insi mdir lethain, 7 trèt 
mucc n-dlaind indi. Gegnait-son banb bec dib. Asro[m]us hrNin 



1 . rorand, YBL. 

2. ardô.YBL. 

3. ic dtl'iugud, YBL. 

4. i meaglaigh-sium, YBL. imedai-sium, H. 

5. oga fégad sin, YBL. 

6. ar mbunsacha, YBL. 

7. claechload, YBL. claemhclat, H. 

8. clœclilobamuiine, YBL. claechlamaitne, H. 

9. Focerdatur bundsacha [con\z ruse dub isin leth i rabatar na finda 7 
batar finda focht : /oir, 7 cuirit bundsacha finda isan leith a mbatar na cairig 
duba 7 batar duba ibehetoir, YBL. 

10. an fVomudh sin, YBL. in l'romadh sin, H. 

1 1 . nibud ferr arndath oldate, YBL. 

12. Lotar foracula doridhisi ate mertnig, scitha, imeclaig 7 ate gortaig, 
acorcho, YBL. 



The Voyage of Mael Duin. 481 

which divided the island in two, and they espy great flocks ot 
sheep therein, even a black flock on this side of the fence and 
a white flock on the far side 1 . And they saw a big man se- 
parating the flocks. When he used to fling a white sheep 
over the fence from this side to the black sheep it became 
black at once. So, when he used to cast a black sheep over the 
fence to the far side, it became white at once. The men were 
adread at seeing that. « This were well for us (to do), » saith 
Mael duin: « let us cast' two rods 2 into the island. If they 
change colour we (also) shall change if we land on it ». So 
they flung a rod with black bark on the side wherein were 
the white sheep, and it became white at once. Then they 
flung a peeled ?, white rod on the side wherein were the black 
sheep, and it became black atonce. « Not fortunate(?)4 was 
that experiment, » saith Mael duin : « let us not land on the 
island. Doubtless our5 colour would not hâve fared betterthan 
the rods ». 

They went back from the island in terror 6 . 



XIII. 

On the third day afterwards they perceived another island 
great and wide, with a herd of bcautiful swine therein. Of 
thèse they kill a small pig. Then they were unable7 tocarry 8 



1 . fri... adiu... fri... denall : cf. adi'u 7 anall, LU. 127* 15. denall rz: do- 
anall G. C. 611. 

2. bunsaig, dual ace. of bunsach t rod ». « pôle, switch, wattle, », 
P. O'C. 

3. snaisi (ex * snaid-ti), part. prêt. pass. of snaidim — W. naddu « as- 
ciare, dolare ». 

4. sechbaid zz: scchfaid, Trp. Life, p. 228, 1. 25. 

5 . oln for arn seems a scribal error. 

b Aocording to YBL. « They went back again, mournful, wearied, fear- 
ful, hungry, famished. » 

7. Asro(ni)us seems prêt. pass. sg. 3 oi*as-medim, of which èmdim (W'in- 
disch's Woerterbuch) is the dépendent form. 

8 . brith « bearing, carrying » . Even a small spécimen of thèse swine 
required the whole crew to carry it ! 



4 82 Whitley Stokes. 

a brith dia doud 1 , co tuidchetar uli imbi. Fannôiset 7 nam- 
bertatâr inna curach cucu. 

Atchiat ûadib iarsin sliab mdr isind insi, 7 imrdidset techt 
dia déicsin na hindseass 2 . Al-lotdr ian/m Diurdn Leccerd 7 
Germdn [p. 24 a ] do ascnam in tslébi arrecat abaiad let[h]ain 
nâd bo domain aracind. Tummis German irlund a çai issin 
n-abaind, 7 immd/z-dibdai dp fôchétôir amal bid tene nod- 
loscad), 7 ni lotdr ni bad sire. Co/jaccatar and da.no frisin 
n-abaind anall daumu môra mêla ina ligu. 7 fer môr ina 
sadiu occaib. Bi Germdn iar sudiu crand f/'ia sciath do bup- 
thad na ndam-*. « Cid dia mbûpthai> na baéth-laegu ? » ol in 
t-aégaire mdr hi-sin. « Cairm hi rat ammaithre 6 nal-loeg-sa ? » 
ol Germdne. « Atdt frisa sliab ucut, » olse, « anall ». Tollotdr 
afrisi coa céli, 7 adfiadar seéla doib 7. 



Dollotdr ass iar«m 8 . 



XIV. 

Fûaratdr insi nir' bu chian iarsin, 7 mulend mdr grainne 
and, 7 mulleôir mdr brûichnech grainne and 9. Immufoacht 10 
do : « Cid mulend so ? » « Nicô dm, » ol se, « ni nach 
eolach iarmifôich ni nach aithgenaid-si, » ol se. « Ndtho, » 
ol seat-som 11 . « Leth n-etha îor tire dm, » ol se, « is sunda 
melair. Ndch ni b<res cesacht de isin muilind-sa conmélair. » 

1 . gegnaitw (gegnaid. H.) banb leo (beu, H ) dib 7 nom-beraid (nus-beraid. 
H.) leo dia fuine, YBL. 

2. For « ass », YBL, bas da siriudh. 

3 . 7 cthaidh a ma/ bidh tene noloiscedh an gœ. 7 batar a (hi , H.) socht, 
YBL. 

4. Binais achrundu (a crandœ. H.) fria sciath do ubtadh (di fubtadh, H.) 
na ndam. 

>. fubthai. YBL. 6. a maithrecha, YBL. 

7. YBL. adds: « Ni ricfom eter, » ol Mael duin. « in indsi isa scel sin ». 

8. Imraiset iarsin ond indsi sin co scith atoirsech, YBL. 

9 . 7 muillcoir bruichneach gruganach garb croblom cringranna and, YBL. 
io. Imcomairsed. YBL. imcomairctis^ H. 

1 1 . For this and thc preceding sentence. YBL. has : muilenn Innbir tre se- 
pant andso, ol an muilleoir. 



The Voyage of Mael Duin. 483 

it to be roasted 1 , so they ail came round it. They cooked it 2 
and bore it into their boat. 

Then they see a great mountain in the island, and they 
proposed to go and view the island from it. Now when Diu- 
ran the Rhymer and Germdn went to visit the mountain 
they find before them a broad river which was not deep. 
Into this river Germdn dipt the handle of his spear, and at 
once it was consumed? as if fire had burnt it. And (so) they 
went no further. Then, too, they saw, on the other side of 
the river, great hornless oxen lying down, and a huge man 
sitting by them. Germdn after thisstruck his spear-shaft against 
his shield to frighten the oxen. « Why dost thou frighten the 
silly calves? » saith that huge herdsman^. « Where are the 
dams of thèse calves ? » saith Germdne. « They are on the 
other side of yonder mountain, » saith he. Diuran and Ger- 
mdn return to their comrades, and tell them the tidingsï. 

So thence they (ail) went 6 . 



XIV. 

Not long thereafter they found an island, with a great hid- 
eous mill wherein was a miller huge, . . .7, hideous. They 
asked him: « what mill is this? » « Not. . . indeed » saith 
he, . . . asks what ve shall not know ». « Nay » say they. 
« Half the corn of your country, » saith he, « is ground hère. 
Every thing which is begrudged is ground in this mill ». 

1 . (îoud (now written dogbadh) burning, singeing. scorching. 

2 fa-n-nôiset : cf. orce... fonoiset for beraib cairthind, LL. p. I20 a 12 
of the facsimile. 

5. imm.in-dibdai, près. ind. act. sg. 3 of imm-dibdaim, with infixed pron. 
of ^d sg. 

4. lit. « shepherd », but generalised into « herd », like (3ooxoXo; in 
ht —qoou/.oào:. 

5 . YBL. adds . 1 Wc will not go at ail, » saith Maelduin, « into an is- 
land of which that is the news. » 

6 . YBL. lias : « Then they vovagcd from that island wearily (and) 
sadly ». This chapter isobviûusly incomplète as to the swine and the calves. 

7. brûichnech ~ bruighneach riotous, quarrelsome, P. O'C. YBL. bas : 
« and a miller... rough, barehanded, withered and hideous therein. » 



484 Whitley Stokes. 

La sodain atchiat na heriu tromma diarmidi * (or echaib 7 
dôinib don mulinn 7 âad da;/o afrisi : achl ani dobtrthe ûad is 
siar nobmhe. Imcomarctàr atheruch cia ainm in mulind-se. 
« Mnlcnn Inbir tre cena/zd, » ar mulleôir. 

Noda-sénsat iarsin ô airdiu c/'oiche Cvist iarsinni o'tchûal- 
atdr7 ô'tchoncatdrnahuli-sea 2 , Lotdr (or intech > inna curach. 



XV. 

Al-lotar4 da;/o ond insi sin in mul/;w fûaratar insi mair 7 
sochaide môr di ddinib indi. Hit é duba et/V churpu 7 etach. 
Cennaithi 5 imma cenna 7 ni chumsantais di chui 6 . Dofuit 
di-cra»dchor7 don dala comaltai Mdili duin dul isin n-insi. 
Al-luid side cusna dôini robdtdr oc côi ba cz/mthach friu fô~ 
chétoir 7 gabais côi léo. Foite dias dia thabairt ass 7 nin-athgen- 
atdr et/r a célib [p. 24 b ] fecsit cadesne (or côi 8 . Ba hand as- 
bert Mxl duin : « Tét cethrar uaib », ol se, « co n-armaib 7 tucaid 
na fini arecin, 7 nd décid in talmain nach in n-acr, 7 tabrid 
(or n-étaige immôbar srôna, 7 immôbar mbcolu, 7 na siigid 
aér in tire 9, 7 [na] gataid (or sella do (or feraib fodeisne IO ». 



1 . dogach leith, YBL. 

2 . iar n-aicsin in muilind-sin doib 7 iar cloistecht a sccl, YBL. 

3. for teichedh iarsin, YBL. 

4. Amail dolotar, YBL. 

5 . 7 cendpaite, YBL. 7 cendpati, H. 

6. 7 siad ic sirchài 7 toirsi cen airisium, YBL. 

7. Dochuir do crandchur, VBL. 

8. For Alluid... cûi. V3L. has: cosnadainib robatar acon côi 7 ba com- 
dath é friu lbcetoir 7 gabais i coi leo. 

9. arnaro suighti an a