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Full text of "Revue celtique"

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Stephen B. Roman 

From the Library of Daniel Binchy 



REVUE CELTIQUE 



TOME XI 




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A\^ FONDEE ^ ^F-v. 

/\ H. GAIDOZ ST^ 

^\^ 1870-1885 rx 

lS^^ publiée sous la direction de .^r\ 

NT rv^ 

H. D'ARBOIS DE JUBAINVILLE ^ 

Membre de l'Institut, Professeur au Collège de France 

AVEC LE CONCOURS DE 

J. LOTH E. ERNAULT 

Professeur à la Faculté Professeur à la Faculté des 

des lettres de Rennes lettres de Poitiers 

ET DE PLUSIEURS SAVANTS DES ILES BRITANNIQUES ET DU CONTINENT 

G. DOTTIN 

Agrégé de l'Univeisité, Secrétaire de la rédaction 

Tome XI 




PARIS 

EMILE BOUILLON, LIBRAIRE-ÉDITEUR 

67, RUE RICHELIEU, 67 
1890 



TABLE DES MATIÈRES 



CONTENUES 

DANS LE TOME XI 



Pages. 
ARTICLES DE FOND. 

La vie de saint Maio, étude critique, par L. Duchesne i 

The Fer Diad épisode of the Tain Bô Cuailnge (suite), by Dr. M. 

Nettlau 23, 318 

Les bracac et les hosae, par E. Saglio 33 

A note about Fiacha Muillethan, by Whitley Stokes 41 

Anciens noëls bretons (suite), par H. de La Villemarqué .... 46 

Notes on Welsh Consonants (suite), by Dr. M. Nettlau .... 68 
Inscription attique relative à l'invasion des Calâtes en Crèce (279-278), 

par S. Reinach 80 

Closes bretonnes, par R. Thurneysen 86 

Etudes bretonnes, VIL Sur l'analogie dans la conjugaison, parE. Er- 

nault 94, 458 

/ Uath Beinne Etair, edited by Kuno Meyer 125 

Les anciennes litanies des saints de Bretagne, par J. Loth . . . . 135 
Les Caulois et les populations qui les ont précédés dans l'Italie du 

nord, étude géograpliique, par H. D'Arbois de Jubainville. . . 1^2 
Essai de classification chronologique de différents groupes de monnaies 

gauloises, par A. de Barthélémy 173 

Versions bretonnes de la parabole de l'Enfant prodigue, par E. Er- 

nault 180 

L'inscription prétendue gauloise de Nîmes — Camaracus — Tndcnlum 

— Calkmarcius — Nancy, par H. d'Arbois de Jubainville . . . 249 

La Création du monde, mystère breton (suite), par l'abbé Eug. Bernard. 254 
Catalogue des mss. celtiques et basques de la bibliothèque nationale, 

par H. Omont 389 

The oldest version of Tochmarc Emire, by Kuno Meyer .... 424 

MÉLANGES. 

Notes sur quelques gloses galloises, par R. Thurneysen .... 203 

Le suffixe d'égalité gallois en -et, par J. Loth 206 

De l'adjectif subissant la mutation initiale après un substantif masculin, 

par J. Loth 207 



VI Table des Matures. 

L'initiale du complément du verbe fléchi subissant rinfectio destituens. 208 

Tene cen coicled — Ni bh-fuU, by Kuno Meyer 209 

Addenda to the Echtra Nerai., by Kuno Meyer 210 

Morgablou, par J. Loth 210 

Note sur un texte de l'historien grec Eusebios relatif au siège d'une 

ville des Gaules par les Francs, par Th. Reinach 211 

Trublobion., par J. Loth 214 

Hercynia, par H. D'Arbois de Jubainville 216 

Le manuscrit luxembourgeois des Hisperidi famina, par H. Gaidoz et 

Bradshaw 219 

Epitaphe britannique chrétienne, par R. Mowat 344 

Rapprochement entre l'épopée irlandaise et les traditions galloises, par 

J. Loth 345 

Saint Amphibalus, par J. Loth 348 

Aguetou, cynneu, par J. Loth 349 

Les noms gaulois en France dans le Roussillon, par H. d'Arbois de 

Jubainville 488 

Saint Branwaiatr, par J. Loth 490 

La conversion de Maeisuthain, par H. D'Arbois de Jubainville . . 492 

Loanwords in early Irish, by Kuno Meyer 493 

Sur un passage du Mabinogi de Kulhwch et Olwen, par J. Loth. . 495 

Vicus Artiacus près de Vérone, par H. D'A. de J 496 

CORRESPONDANCE 

Ch. de Kay, Ccntury Magazine^ p. 221 ; — M. Prou, Andebrinnaco, 
222 ; — S. Reinach, Les Simulacra chez César, 224, 497 ; — S. Rei- 
nach, Brogitaros 497 

BIBLIOGRAPHIE. 

.Mimer (A.) et P. Dissard, Trion. Antiquités découvertes en 1885, 

1886 et antérieurement, au quartier de Lyon dit de Trion. . . 235 

Arbois de Jubainville (H. d'), Les premiers habitants de l'Europe, 

tome premier, deuxième édition 228 

Loth (J.j, Chrestomathie bretonne, première partie, breton armori- 
cain 351 

CHRONIQUE. 

Agde (Inscription grecque d') 386 

Aided Echach mie Maireda 246 

Antuberix et les Antobroges ^05 

Arbois de Jubainville iH. d'i, Recherches sur l'origine de la propriété 

foncière, 381 ; le duel conventionnel 388 

Archaeological Revieiv cesse de paraître 24^ 

Armagh (travaux du P. Hogan sur le livre d'i 239. 384 

Art (I') irlandais en Grande Bretagne 379 



Table des Matières. vu 

Atkiiison, Tri bior-ghaoithe an bhâis, 576; critique par Wh. Slokes, 

387 ; notes de grammaire irlandaise. 506 

Barthélémy (A. de), Manuel de numismatique ancienne 575 

Basse-Bretagne (Les lutins en), 247; (excursion de Gallois en). . 579 

Bellesheim, Gescliichte der katholischen Kirche in Ireland . . . . 511 

Bladud le roi) ^ 378 

Bonnet, Le latin de Grégoire de Tours 378 

Brendan (S.) et Sindbad S05 

Bricomaglos S04 

Brugmann, Morphologische Untersuchungen 384 

Celtique (le), sujet d'examen à l'Université de Londres 245 

Coelho, Etudes celtiques. ^09 

Cucuimne et Cummian 245 

didu (la particule) 374 

Droit irlandais (Résumé d'un cours de) 581 

Duchesne (l'abbé), Les anciens catalogues ép'scopaux de la province 

de Tours 388 

Espérandieu, Epigraphie romaine du Poitou et de la Saintonge. . . 241 

Evans (Gwenogfryn), Livre rouge de Hergest, t. II 504 

Flavius Josèphe et Muirchu 370 

Gaidoz, La rançon au poids 377 

Gallois (excursion de; en Bretagne 379 

Glas (dérivés de) en roman 506 

Grammaire irlandaise du moyen âge. 372 

Grégoire de Tours (Le latin de) 378 

Gwenolé 1 Mystère de S.) 247 

Habert, Marques de potiers gallo romains 246 

Hennessy (la bibliothèque de) 388,498 

Hergest (Livre rouge de) 504 

Hogan (P.), Documents sur saint Patrice 239,384 

Holder, Altceltischer Sprachschatz 386 

Jacu (Vie de S.) 243 

Janssen, Gesammt-Index zu Kluge's etymologischen Wôrterbuch . . 505 

Jullian, Inscriptions romaines de Bordeaux 380 

Kay (de), Irish Kings and brehons 507 

Keating, Tri bior-ghaoithe an bhâis 376 

Kerviler, Bibliographie bretonne 246 

Kluge, Le celtique dans les langues germaniques, 382 ; index. . . 505 

Lausum 508 

Leamy, Irish fairy taies 385 

Lecoat, La Bible traduite en breton 368 

Liban, nymphe de la mer 246 

Lièvre, Inscription gauloise du Vieux Poitiers 386 

Lismore (Lives of saints from the book of) 241 

Loth, Chrestomathie bretonne, 247 ; prix Langlois 248 

Lutins (les) en Basse-Bretagne 247 



VIII Table des Matières. 

Luzel, Mystère de S. Gwenolé 247 

Mac Carthy, Critique de Bellesheim 511 

Mac Innés, Waifs and Strays of Celtic tradition 242 

Meyer (Kuno), Etude sur les mss. Phillips, 572, 573 ; didu . . . 374 

Meyer-Lûbke, Grammaire des langues romanes 500 

Monnaies gauloises de la Bibliothèque nationale 383 

Ms irlandais de Rennes et Celt. 1 , de Paris 507,508 

Muirchu et Flavius Josèphe 370 

Mureaux (allée couverte des) 506 

Newgrange (monument de) 248 

Nutt (A.), Remarques sur des contes écossais, 242 ; Celtic Myth and 

Saga, 383 ; critique par Zimmer 507 

O'Clery (Lughaidh), Vie de O'Donnell 238 

Ogamique (inscription) de l'île de Man 511 

Ogmios 244 

O'Grady, Critique de Whitley Stokes, Lives of saints .... 370 

O'Meagher, L'église S. Patrice de Rouen 506 

Osthoff, Morphologische Untersuchungen 584 

Patrice (documents sur S.), 239, 584; ^église rouennaise de S.). . 506 

Phillips (mss. de Thomas) 372, 373 

Pilot (the) de Boston 509 

Reinach (S.), Les Gaulois dans l'art antique. ....... 244 

Rennes (le ms. irlandais de) 507 

Revue des Deux-Mondes (Le celtique dans la) 508 

Rhys (J.), Leçons d'archéologie de la fondation Rhind, 239, 377, 

501 ; Livre rouge de Hergest 504 

Ronan (Vie de S.) 242 

Roscher, Lexicon der griechischen und rômischen Mythologie. . . 244 

Salamanque (Vies de Saints du ms. de) 374 

Sarmento (travaux de Martins) 510 

Serrure, Essai de grammaire gauloise 240 

Smedt (de) 242,374 

Société pour la conservation de la langue irlandaise 259 

Stokes (Wliitley), Lives of saints from the Bojkof Lismore, 241, 370; 
Gloses irlandaises et bretonnes, 246; critique d'Atkinson, The Pas- 
sions, 387; Hibcnnca 511 

Sullivan (Mort de William Kirby) 367 

Thurneysen, formes verbales sigmatiques 580 

Uraicept na n-eigeas 372 

Vetta t. Victi 504 

Vieux Poitiers (menhir du) 386 

Windisch, le codex Boernerianus, les formules magiques en vieil irlan- 
dais 511 

Zimmer, formes verbales sigmatiques, 380; critique de Nutt, Studies 

on the legcnd of the Holy Grail 507 



LA VIE DE SAINT MALO 

ÉTUDE CRITIQUE 



La vie de saint Malo, écrite au ix^ siècle, a un grand intérêt 
pour l'histoire locale de la Bretagne armoricaine. C'est la plus 
ancienne de toutes les vies de saints bretons, si l'on excepte 
celle de saint Samson. Encore celle-ci, malgré son étendue, 
n'offre-t-elle que peu de pages, on pourrait même dire de 
lignes, qui aient rapport au séjour du saint dans le pays où il 
termina sa carrière. Quoi qu'il en soit, les personnes qui étu- 
dient la formation et le développement des vieilles légendes 
celtiques trouveront dans la vie de saint Malo le premier do- 
cument bien daté^ d'un cycle épique fort célèbre, celui de 
saint Brandan et de ses longs voyages à la recherche de l'île 
Fortunée. C'est assez dire pour attirer leur attention sur les 
rédactions diverses de la légende malouine. 

Deux de ces rédactions nous ont été conservées, l'une signée 
de Bili, diacre d'Alet, l'autre anonyme-. Dans la première, qui 
est distribuée en deux livres, est compris un récit de la trans- 



1. La vie latine de saint Brandan a été publiée par M. Cari Schrôder 
(Sanct Brandan, Erlangen, 1871) d'après un manuscrit du xii'= siècle, qui ne 
doit pas être de beaucoup postérieur à la rédaction du texte qu'il contient. 
Il est à croire que cette rédaction tardive n'est pas le plus ancien document 
de la célèbre légende. Je ne suis pas assez versé dans l'histoire de la litté- 
rature celtique pour dire si des textes irlandais antérieurs au xii'= siècle ont 
été publiés ou signalés. Mais je doute fort que l'on puisse jamais en pro- 
duire qui remontent au delà de l'année 840, c'est-à-dire jusqu'au temps où 
la légende de saint Malo permet d'attemdre. 

2. Publiées ensemble à Rennes (Plihon, 1884), la première par dom 
Plaine, la seconde par M. A. de la Borderie. 

Bxvue Celtique, XI. . i 



2 L. Duchesne. 

lation des reliques du saint, suivi de quelques miracles que le 
narrateur dit avoir eu lieu de son temps. La seconde s'arrête à 
la mort de saint Malo en Saintonge; mais une troisième pièce, 
contenant le récit de la translation, s'y réfère et en forme 
comme le complément. Cette dernière est postérieure au règne 
d'Alain le Grand (f 907) et antérieure au transfert des reli- 
ques à Paris ; elle doit ainsi avoir été écrite dans la première 
moitié du x^ siècle. La rédaction de Bili est dédiée à un 
évêque, Ratwili, que l'on sait, par les chartes de Redon, avoir 
siégé de 866 à 872 environ. Quant à la vie anonyme, sa date 
n'est pas connue directement ; elle peut donner lieu à diverses 
conjectures. Entre elle et la composition de Bili il y a de graves 
différences ; il y a même, sur un point important, une contra- 
diction très nette. Suivant elle, saint Malo aurait été ordonné 
évêque dans le pays de Galles, avant son arrivée dans celui 
d'Alet ; Bili, au contraire, suppose que le saint n'avait reçu 
outre-mer que la prêtrise; il raconte avec de grands détails 
son ordination célébrée à Tours, par Tévêque de ce siège mé- 
tropolitain. 

M. de La Borderie a rattaché ces deux rédactions l'une à Alet, 
l'autre à Saintes ; il explique ainsi leur diversité. D'un texte 
primitif seraient dérivées deux légendes, l'une aléthienne, l'autre 
saintongeaise. Celle-ci serait représentée par la vie anonyme. 

Bili n'est pas le premier qui ait écrit la vie de saint Malo. Il 
dit lui-même, à la fin de son prologue, qu'un autre sage, alius 
sapiens, avait, longtemps avant sa naissance, consigné dans un 
livre « la vie, l'origine, la pérégrination et le séjour en divers 
lieux du saint évêque Malo » ; mais que, plus tard, beaucoup 
s' essayant à l'écrire, elle avait fini par être corrompue. C'est 
à cause de cela qu'il entreprend de la reconstituer. 

A quelle date remontait le travail de ce premier sage ? Sui- 
vant Bili, ce serait longtemps avant sa naissance : longo tem- 
pore antequam nos orti fuissemus. Or Bili était diacre vers l'an- 
née 870; il occupa le siège d'Alet^ dans les dernières années 



I . Dom Plaine l'identifie avec le Bili qui figure dans la liste épiscopale 
de Vannes ; mais cette liste est dépourvue de valeur pour le temps où le 



La Vie de saint Malo. 3 

du ix*^ siècle; cela suppose qu'il naquit aux environs de l'an- 
née 840. Le biographe doit donc avoir vécu au plus tard sous 
Louis le Débonnaire, 

Je ne crois pas, d'autre part, qu'il soit permis de remonter 
beaucoup plus haut que ce règne. Voici pourquoi. Les détails 
liturgiques, dans la description de la messe célébrée par le 
saint sur le dos d'un monstre marin, se rapportent, non à la 
liturgie gallicane qui était celle des Bretons des deux côtés de 
la mer et des églises tranques aux temps mérovingiens, mais 
à la liturgie romaine. VAgnus Dei, venant après le Pater, 
est un trait caractéristique. Nous savons même quand il fut 
introduit dans la messe romaine ; c'est sous le pape Ser- 
gius (687-701), tout à la fin du vu" siècle. Or il est impos- 
sible d'admettre que la liturgie romaine ait été importée à Alet 
avant les derniers temps de Charlemagne. C'est seulement vers 
le VIII* siècle qu'elle pénétra dans les églises de France. Les 
Bretons, encore séparés politiquement du grand corps de l'em- 
pire frank, obstinés de longue date dans une hostilité spéciale 
contre les usages romains, ne durent point l'adopter sponta- 
nément. Son introduction chez eux doit avoir été un des ré- 
sultats de la conquête franque. J'ai même peine à croire 
qu'elle ait été un des résultats les plus rapidement obtenus, et 
je serais disposé à penser qu'il a fallu l'insistance de Louis le 
Débonnaire et le zèle ^ qu'il portait aux choses de cet ordre 
pour que l'on consentit à sacrifier sur ce point les vieux usages 
nationaux. En tout cas, au temps où la vie de saint Malo fut 
écrite, il y avait longtemps qu'on s'était résigné à la confor- 
mité ; les habitudes étaient même si bien prises que l'on ne 
concevait plus une autre façon de célébrer la messe et que l'on 
trouvait tout naturel que saint Malo l'eût célébrée ainsi. Et il 
n'y a pas à dire que ce détail a pu être ajouté par Bili ; il se 
trouve dans les deux rédactions et doit ainsi être considéré 



nom de Bili s'y trouve marqué. L'intérêt que ce personnage porta au re- 
couvrement des reliques de suint Malo et le fait qu'il commença par être 
diacre d'Alet donnent plutôt lieu de croire qu'il devint évêque de ce siège. 
Ceci, du reste, n'empêche nullement de croire qu'un autre Bili ait été 
évêque de Vannes. 

I. Gallia Christ., t. XIV, p. 189 (Instr.). 



4 



L. Ducheme. 



comme remontant à la source commune, la rédaction du pre- 
mier « sage ». 

Celui-ci écrivait donc sous l'empereur Louis et môme à une 
date assez avancée de son règne, plutôt aux approches de 
l'année 840 qu'aux environs de l'année 814. 

Cette manière de voir est confirmée, dans une certaine me- 
sure, par le fait que lors de la révolte de 811, les papiers de 
l'église d'Alet avaient péri par le feu^ 

Aussi ne doit-on pas s'étonner que le premier « sage » ait 
dû tirer de la tradition orale ce qu'il consignait dans son livre, 
sicut ah aliis sapientibus audivit ac didicit scribere curavit. 

La tradition orale, il faut le reconnaître, était une source 
d'information assez trouble, car il y avait environ deux siècles 
que saint Malo était mort. Cependant certains traits caracté- 
ristiques, certains noms d'hommes ou de pays avaient pu se 
conserver. Il est même possible que, bien que nous n'ayions 
là-dessus aucun témoignage, la légende du saint ait été mise 
par écrit avant la conquête franque et que le plus ancien bio- 
graphe connu, Valius sapiens de Bili, ait pu se servir d'une ré- 
daction antérieure à la sienne. Mais ceci n'est qu'une simple 
possibilité, sur laquelle il n'y a rien à fonder. Avec les textes 
dont nous disposons, il n'est pas possible d'atteindre autre 
chose que le témoignage de l'écrivain contemporain de Louis 
le Débonnaire, Encore ne peut-on l'atteindre qu'en dis- 
tinguant, dans la rédaction de Bili, ce qui lui appartient en 
propre de ce que lui fournit son prédécesseur. 

Avant tout, il importe d'être fixé sur la date relative des 
deux rédactions qui sont venues jusqu'à nous. L'origine sain- 
tongeaise de la vie anonyme ne me paraît pas bien démontrée. 
Quand même elle le serait, il n'y aurait rien d'impossible à 
ce que le texte saintongeais fût plus ancien que celui de Bili. 
La question doit donc être examinée, quelle que soit la solu- 
tion que l'on adopte sur la provenance des textes. 

J'ai déjà dit qu'il y a entre les deux rédactions une diffé- 
rence très grave, l'une supposant que saint Malo n'était encore 

I. Gall. chr., l. c, p. 253. 



La Vie de saint Malo. 5 

que prêtre quand il débarqua en Armorique, l'autre le pré- 
sentant comme déjà ordonné évêque. Quelle est celle que 
nous pouvons considérer comme dérivant, sur ce point, de la 
tradition exprimée dans la biographie du premier « sage » ? 
Examinons d'abord l'hypothèse où ce serait la vie anonyme. 

Dans ce cas, il faudrait admettre que Bili a rompu avec la 
tradition existante et introduit de son chef l'ordination de 
saint Malo par l'archevêque de Tours. Ceci ne se conçoit 
guère. Bili a dédié son livre à un évêque d'Alet qui n'avait pas 
reçu à Tours la consécration épiscopale et qui ne reconnaissait 
pas l'archevêque de Tours pour son métropolitain. Quel in- 
térêt aurait-il eu à mettre son attitude en contradiction avec 
celle du saint fondateur ? C'est déjà beaucoup qu'il ait laissé 
subsister dans son livre, où il s'est permis tant de changements, 
un épisode aussi peu d'accord avec le droit canonique in- 
troduit par Nominoé. 

Supposons au contraire qu'il ait trouvé cet épisode dans la 
rédaction du vieux « sage ». Ici sa présence s'explique très 
bien. Au temps de Louis le Débonnaire il n'y avait aucun 
doute. Le métropolitain de Tours était le supérieur hiérar- 
chique de tous les évêques de Bretagne. A lui revenait sans 
conteste le droit de les consacrer. Quelle qu'ait été la réahté 
historique, de quelque façon que les choses se soient passées 
au temps de saint Malo, on comprend très bien qu'un ha- 
giographe écrivant sous le régime frank ait représenté un 
évêque d'Alet comme soumis à la métropole de Tours. 

C'est donc l'anonyme qui aura rompu avec l'usage, 
soit qu'il ait fait revivre une tradition plus ancienne, soit 
qu'il se soit inspiré des relations hiérarchiques de son 
temps pour parler, ou pour se taire, de celles du temps de 
saint Malo. 

Il y a donc, de ce fait, une prévention en faveur de Bili. 
On est du reste frappé, en le lisant, du soin qu'il a d'indiquer 
l'endroit précis où se sont passés les faits qu'il raconte. C'est 
ainsi que le triple miracle du mort ressuscité, de la pierre 
changée en coupe de verre et de l'eau changée en vin, est 
placé par lui à Corseul, tandis que, dans la vie anonyme, le 
lieu de la scène n'est point indiqué. Il en est de même de la 



(3 L. Duchcsnc. 

résurrection de la truie, localisée par lui à I.an-Domnech 
(Saint -Domineuc). Il distingue, ce que ne fait pas l'anonyme, 
entre l'île de Césambre (Sepiember), où il fait aborder le saint, 
et l'île d'Aaron, où il le représente menant la vie de solitaire. 
Il parle aussi des deux fermes appelées Laioc et Guoroc, où 
l'âne de saint Malo allait tout seul faire les commissions de 
son maître. 

De plus, les récits de miracles recueillis par lui sont en bien 
plus grand nombre que ceux qui figurent dans la vie anonyme. 
Il semble donc avoir puisé plus largement dans la tradition, 
soit écrite, soit orale. La première impression lui est plus fa- 
vorable qu'à son collègue. 

Cependant il faut y regarder de plus près et s'assurer que 
l'avantage constaté sur certains détails se vérifie également 
pour l'ensemble de la composition. C'est seulement après cet 
examen que nous pourrons accorder la préférence à Bili chaque 
fois que nous le trouverons en contradiction ou en divergence 
avec l'auteur anonyme. 

A la fin de son prologue il indique les sources d'où il tire 
ses narrations ; c'est d'abord la tradition orale (j-elatione et nar- 
ratione fidclium viroruvi), puis le livre du premier « sage ». On 
serait porté d'après cela à croire que tout ce qui, dans sa ré- 
daction, ne vient pas de ce premier sage, a été emprunté à la 
tradition orale. Or il n'en est point ainsi. Bili s'est servi de 
documents écrits autres que la vie du premier « sage », et cela 
sans en prévenir le lecteur. Son prologue est, pour une très 
grande partie, copié du prologue de la vie de saint Pair 
d'Avranches, par Fortunat. C'est encore à cette vie qu'il a em- 
prunté, sans autre changement que celui des noms propres, 
ses chapitres 42, 43 et 46, sur les austérités du saint, sur le 
pain donné au pauvre, sur l'enfant muet guéri aux environs 
d'Alet. Tous ces passages manquent dans la vie anonyme, ce 
qui porte à croire qu'ils ne se trouvaient pas dans le texte du 
premier « sage ». En eff'et, s'ils s'y étaient trouvés, il serait 
bien étrange que l'anonyme eût eu assez de perspicacité ou 
de chance pour n'y faire absolument aucun emprunt. 

Pour qu'on ne m'accuse pas de calomnier Bili, je vais don- 
ner un spécimen de ses procédés d'assimilation littéraire, en 



Lii Vie de saint Malo. 7 

reproduisant le début de son prologue et celui du prologue de 
la vie de saint Pair par Fortunat^ 



BILI. 

Domino sancto etvenerabili toto- 
que pectoris sinu amplectendo ac 
meo magistro gregorio ^ in sancta 
Trinitate Ratuilio episcopo mihi 
amantissimo, Bili, levita humilis, 
perpetuam salutem. 

Magnitude caritatis profert tes- 
timonium cuius curam in amico nec 
mors subtrahit post sepultum. Qui 
famam amatoris multis ostendere 
studet post obitum, iam ipsam me- 
moriam fortner diligit in defuncto 
qui afîectum in Deo viventis toto 
bibit in pectore propter quod nec 
sepultum abstulitobliviodesermone. 
Quo voto sollicitante, pater vene- 
randissime, de beati Machuti vita 
opinioneque confingere aliqua se- 
cundum nostram impossibilitatem, 
paucis paginis indicantibus, pigri- 
tatem eicientes studuimus. Qui 
certe vir apostolicus nec apud vos 
oblivione nec apud nos absens est in 
virtute, etc. 



FORTUNAT. 

Domino sancto et venerabili me- 
ritis totoque sinu pectoris amplec- 
tendo in Christo patri Martiano ab- 
bati Fortunatus humilis. 



Magnae karitatis profert testimo- 
nium cuius curam in amico nec mors 
subtrahit post sepulchrum; nam 
qui famam amatoris studet post obi- 
tum, ipsam memoriam fortiter dili- 
git in defuncto ; denique affectum 
viventis toto bibit in pectore, quem 
nec sepultum abstulit oblivio de ser- 
mone. Quo voto sollicitante, pater 
venerandissime, de beati Paterni 
opinione tam celebri iniungere non 
distulisti a nobis aliqua loquente pa- 
gina promulgari. Qui certe vir apos- 
tolicus nec apud vos oblivione nec 
apud nos absens est in virtute, etc. 



Ainsi la fraude, car c'en est une, est à mettre au compte de 
Bili. Non seulement il a puisé dans l'œuvre d'autrui les 
phrases étudiées dont il orne son prologue, mais il n'a fait au- 
cune difficulté de transporter à saint Malo les détails que For- 



1 . Edition Krusch, dans les Monumcnta Germ., Auct. Antiqiiissimi, t. IV, 
part. 2, p. 33. 

2. Dom Plaine a pris, erreur excusable, ce mot pour un nom propre. Il 
y a vu un Gfégoire « maître es lettres et es arts », distinct de l'évêque Ra- 
tuili. En fait, il n'est question ici que de ce dernier. Un texte contemporain 
de Bili, la vie de Léon IV dans le Liber pontiftcalis (t. II, p. 109 de mon 
édition) fournit un exemple de grcgorius devenu épithète, dans le sens éty- 
mologique, celui de vigilant. — Je cite, pour ce prologue, celui des deux 
manuscrits de dom Plaine dont il a rejeté la leçon en note. Ces manuscrits 
n'ont été connus de lui que par une collation de dom Chamard. Peut-être 
ne serait-il pas inutile qu'ils fussent revus. 



8 L. Duchcsne. 

tunat donnait sur les austérités de saint Pair et les miracles 
que la tradition d'Avranches lui attribuait. 

Voilà un fait peu propre à encourager la confiance qu'ins- 
pire, au premier abord, l'œuvre de cet hagiographe. Mais étu- 
dions de plus près le rapport de sa rédaction avec la rédaction 
anonyme. 

Au début, elles diffèrent très peu. La naissance de saint Malo, 
son éducation dans le monastère de Lancarvan sous la disci- 
pline de l'abbé saint Brandan, le miracle du jeune saint en- 
touré par la mer et sauvé miraculeusement, l'histoire du psau- 
tier qui va le rejoindre sur son île, toute cette première partie 
se retrouve dans les deux rédactions à peu près dans les mêmes 
termes. Çà et là un synonyme, un tour de phrase plus ou 
moins heureux, c'est tout ce qu'on trouve le plus souvent, en 
fait de différences. Cependant il faut noter que le parentage du 
saint est plus complet dans la vie anonyme : nous y voyons, ce 
que Bili ne nous dit pas, que saint Magloire était, comme saint 
Samson, cousin de saint Malo, la mère de celui-ci étant la sœur 
iï Umbrafel , père de saint Magloire. Quant saint Malo vient 
au monde, sa mère a soixante-cinq ans dans la vie anonyme, 
quarante seulement dans le texte de Bili. La vraisemblance est 
ici du côté de Bili ; est-ce une preuve qu'il soit plus primitif? 
J'en doute fort. Plus loin, pour peindre l'ardeur intérieure 
qui consumait le jeune saint, Bili nous le montre suant à 
grosses gouttes, en plein hiver, et cherchant à se débarrasser 
de son manteau ; l'anonyme dit qu'il n'en portait jamais, et 
qu'il se contentait d'une simple tunique, ce qui ne Tempêchait 
pas d'avoir toujours le front couvert de sueur. Ici encore son 
récit a quelque chose de plus satisfaisant, qui porte à croire qu'il 
se rapproche plus complètement de l'original. Vers la fin de 
l'histoire du psautier miraculeusement transporté, Bili dit que le 
tas d'algues sur lequel le livre sacré avait navigué fut changé 
en une petite île; ce détail est omis dans la vie anonyme. 

En somme, dans cette première partie, tous deux copient le 
même texte, mais avec plus ou moins d'exactitude et de liberté ; 
quelques menus détails, propres à chacun d'eux, s'expliquent, 
ou par une fidélité plus ou moins grande dans la transcription, 
ou par des retouches. 



La Vie de saint Malo. 9 

Entre l'histoire de saint Malo sauvé miraculeusement de la 
marée et celle de son voyage à la recherche de l'île merveil- 
leuse, Bili intercale le récit de son ordination presbytérale, 
tandis que l'anonyme raconte encore un autre miracle de saint 
Malo enfant, le miracle des charbons ardents jetés sur son vê- 
tement sans le brûlera 

Les deux rédactions se rapprochent ensuite pour décrire la 
science, la sainteté et l'enseignement du saint, auquel l'auteur 
anonyme fait confier par saint Brandan, son maître, les fonc- 
tions de prédicateur. Ce dernier détail ne figure pas chez Bili, 
à qui l'ordination presbytérale du saint suffit pour introduire 
ses prédications. Tous les deux entrent ensuite dans le récit 
des pérégrinations à la recherche de la fameuse île d'Yma. 

Ici la rédaction anonyme présente une particularité remar- 
quable. Après avoir décrit le départ du saint et de ses compa- 
gnons, embarqués au nombre de quatre-vingt-quinze sur le 
même navire, elle se borne à dire qu'ils voguèrent très long- 
temps sur la mer, visitèrent les Orcades et autres îles du nord, 
et que, n'ayant pas trouvé ce qu'ils cherchaient, ils revinrent 
dans leur patrie. Puis, saint Malo continuant àse distinguer par 
ses mérites et ses miracles, sa réputation devint si grande que 
les rois et les nobles de la province {rcges et nobilcs illius pro- 
vinciae) l'élurent évêque d'une seule voix. 

Suit un second récit de la pérégrination à la recherche de 
l'île merveilleuse. Eodcin vcro ordinato navalihusque instrmnentis 
paratis, ad predictam insuJam, etc. A partir d'ici la coïncidence 
avec Bili redevient sensible. Il est clair que tous les deux dé- 
rivent, non pas seulement d'une même tradition orale, mais 
d'un texte identique, dont les expressions se retrouvent çà et là. 
Le rédacteur anonyme est, en général, plus prolixe que BiH ; 
cette relation se maintient jusqu'à la fin de l'histoire du géant 
Mildu et à sa réintégration dans son tombeau. 

Mais revenons sur l'étrange foçon dont l'ordination épisco- 
pale de Malo se trouve intercalée, dans la vie anonyme, entre 

I . Ce miracle est attribué à saint Tudual dans la vie de saint Guénolé 
(de la Borderie, !,« trois vies de s. Tudual, p. 113) et à saint Mandé ou 
Mandez dans sa propre légende, récemment publiée par M. U. Robert, Vie 
de saint Mandé, p. 35. 



10 L. Duchesnc. 

deux récits du fameux voyage. Le premier de ces deux récits 
ne supposait pas encore que Malo eût été élevé au sacerdoce, 
le second place le voyage après son ordination à Tépiscopat! 
Chez Bili, les choses se passent d'une façon plus naturelle: 
Malo est déjà ordonné prêtre au moment où il est question 
du voyage, et ce voyage n'est raconté qu'une fois. 

Il me semble que l'irrégularité du récit anonyme se rat- 
tache à la retouche, signalée plus haut, de la tradition sur l'élé- 
vation du saint à l'épiscopat. L'anonyme, selon qui saint Malo 
avait été ordonné évèque dans le pays de Galles, a cru devoir 
supprimer, dans le texte du premier « sage », le passage où il 
était question de son ordination presbytérale, jugeant appa- 
remment qu'un seul récit d'ordination suffisait. Puis, au mo- 
ment d'entrer dans les aventures de saint Malo au cours du 
voyage merveilleux, il se sera rappelé qu'il devait le montrer 
céléb:-ant la messe. Alors il lui a bien fallu s'interrompre pour 
raconter l'ordination, qui était, dans son système, une ordi- 
nation épiscopale. 

Entre la résurrection du géant et la messe célébrée sur le 
monstre, Bili intercale l'histoire de la fontaine enchantée qui 
donne des perles et non de l'eau, et l'épisode de la ronce re- 
cueillie par saint Malo. Il est de nouveau question de cette 
ronce après le retour des voyageurs à Lancarvan. Tout cela 
manque dans la vie anonyme, et, je crois, devait manquer 
aussi dans la rédaction du premier « sage «. En effet, le récit 
de la fontaine enchantée est introduit par une phrase où on 
dit que, la nuit de la septième pâque, les navigateurs, privés 
d'eau depuis longtemps et mourant de soif, abordent sans s'en 
douter sur une côte inconnue. On pourrait croire qu'ils vont 
y rester pour célébrer la fête de Pâques. Du tout : l'épisode 
suivant nous les montre au lever du soleil, le matin du jour 
de Pâques, désolés de se trouver en pleine mer et de ne point 
apercevoir le moindre îlot pour y débarquer et y chanter la 
messe. 

Il y a ici une incohérence évidente. Je l'expliquerais volon- 
tiers par une interpolation. Bili, on l'a vu, se réclame de la 
tradition orale dans son prologue. Ici, à propos de la ronce 
cueillie par saint Malo près de la fontaine aux perles, il dit 



La Vie de sainî Malo. 1 1 

qu'elle fut plantée à Lancarvan et que beaucoup d'Aléthiens 
l'y ont vue : niulli ex nostris regionihus ad illain patriavi euiiles 
viderunt. C'est peut-être un de ces pieux voyageurs qui lui 
aura rapporté l'histoire de cette plante merveilleuse, histoire 
qui est étroitement liée à celle de la fontaine aux perles. Il 
l'aura cousue lui-même, mais mal cousue, au récit du fameux 
voyage. Dans celui-ci, je crois, le texte qui forme le chapitre 26 
de Bili devait suivre immédiatement celui du chapitre 21. 

Le voyage terminé, saint Malo se décide à repartir, mais 
cette fois pour venir en Armorique. Les circonstances 
de son départ sont racontées à peu près de la même façon 
dans les deux vies. Mais pour l'arrivée à la côte d'Alet, il y a 
des différences très grandes. Bili fait débarquer le saint à l'île 
de Césambre, où il extermine un dragon et séjourne trois mois 
parmi les moines de l'abbé Festivus. Puis il vient à Alet, 
abandonné depuis longtemps par ses habitants ; il y fonde, 
tant dant la ville elle-même qu'aux environs, beaucoup de mo- 
nastères et de cellules ; quant à lui, il se retire avec son fami- 
lier Riwan dans les cavernes du voisinage et y mène la vie 
érémitique, tout en gardant une sorte de supériorité sur toutes 
les fondations monastiques de la région. Au cours des visites 
qu'il leur tait se produit l'histoire de la truie. Dans le récit de 
Bili, elle est séparée de ce qui précède par deux chapitres (42 
et 43) copiés dans la vie de saint Pair; un autre chapitre (46), 
emprunté au même document, vient aussitôt après. Ces trois 
chapitres écartés, le récit se développe régulièrement. Malo, 
d'abord directeur des monastères éparpillés dans la région 
d'Alet, les visite de temps en temps ; on raconte un épisode 
de ses tournées, puis vient le récit de son élévation à 
l'épiscopat. 

L'épisode de la truie est, comme je Tai déjà dit, raconté 
avec plus de détails et de précision dans la vie de Bili que 
dans l'autre. Bili connaît le nom du maître de la truie : c'est le 
solitaire Domnech; il sait aussi que Domnech était proprié- 
taire d'un vaste terrain, cadeau de Meliau, prince du pays 
d'Alet. Ceci permet de localiser l'histoire à Saint-Domineuc. 

Après cette histoire, Bili raconte comment le saint fut désigné 
pour l'épiscopat par le roi Judicael, elcctione popiili atque sacer- 



12 L. Duchesne. 

dotum consensu, et envoyé par lui à Tours où il fut ordonné 
par les évoques de ce ressort métropolitain; des guérisons si- 
gnalent son séjour à Tours et auprès du roi Judicael : une co- 
lombe, prodige classique, apparaît au-dessus de sa tête au 
moment où les évêques lui imposent les mains. Il revient 
alors à Alet et s'établit dans l'île d'Aaron, avec son disciple 
Riwan, et un âne qui va tout seul aux provisions. 

L'anonyme fait aborder le saint, non pas à Césambre, mais 
dans l'île d'Aaron, où il reste, en compagnie de ce solitaire, 
jusqu'à ce que l'évêché d'Alet lui soit confié. Ceci est raconté 
très brièvement, puis vient le triple miracle et enfin la résur- 
rection de la truie, sans aucune indication topographique. A 
partir d'ici la comparaison cesse d'être possible, Tanonyme ne 
nous offrant qu'un très petit nombre de récits analogues à ceux 
de Bili. Celui-ci parle d'abord du mauvais traitement que les 
ennemis du saint font subir à son disciple Riwan. Il en est 
question plus loin dans la vie anonyme, et à une place plus 
naturelle. Puis viennent, dans Bili, les chapitres sur le voyage 
de saint Malo à Luxeuil, sur la fondation du monastère de 
Roz (Raus), sur les entreprises du duc de Bretagne contre le 
monastère d'Alet; ce prince est frappé de cécité, puis guéri 
miraculeusement par le saint. 

Dans la vie anonyme, ce dernier épisode se rencontre 
aussi; le duc porte le nom de Hailoc ; Bili l'appelle d'abord 
Rethiuald, le dit fils de JudueJ et le qualifie de roi. Aussitôt après 
il raconte qu'après la mort de JudeJ, parut un impie appelé 
RetJjival, qui voulait tuer tous les fils de Judel, sauf Hailoc, 
destiné par lui à revêtir la dignité royale. Malo parvient à 
sauver un des enfants lorsque déjà six de ses frères ont été 
égorgés ; mais Rethwal le poursuit jusque dans le monastère 
d'Alet, se saisit de l'enfant et le tue ; il meurt lui-même 
trois jours après. 

Il me semble que Bili nous donne ici deux versions du 
même fait; le second récit accentue les raisons politiques de 
la haine vouée au monastère d'Alet par le nouveau prince, 
successeur de Juduel ou Judel, c'est-à-dire de Judicael. Le pre- 
mier, commun aux deux rédactions, est inconciliable avec 
l'autre, sur un point important. Le prince qui, dans ce récit, 



La Vie de saint Mah. 13 

attaque le monastère d'Alet, est frappé de cécité, puis guéri, ne 
peut être le même que celui qui meurt trois jours après la 
violation de l'asile sacré. Comme il n'est pas douteux que 
Rethwald et Rethwal ne soient que deux formes d'un même 
nom, il faut ou que la tradition ait raconté le même fait de 
façons très différentes, ou bien que Bili ait mis Rethwald pour 
Hailoc. En ce cas, l'anonyme serait ici plus correct que lui. 

Suit, dans Bili, une longue série de chapitres (61-91) sur 
la sainteté de Malo, sa prédication, ses miracles; tous ces dé- 
tails, sauf une exception, rentrent dans la catégorie des lieux 
communs de l'hagiographie; ils manquent dans l'anonyme, 
et peut-être qu'en cherchant bien dans les vies des saints anté- 
rieurement composées, on trouverait que Bili les a pillées, 
pour cette partie de son œuvre, comme nous avons vu qu'il 
a pillé la vie de saint Pair. 

L'exception que j'ai mentionnée est celle du triple miracle, 
qui figure aussi dans la vie anonyme et qui est un trait carac- 
téristique de la légende de saint Malo. Bili seul en indique le 
théâtre. C'est à Corseul que ces prodiges ont éclaté. Il indique 
même, comme l'un des témoins, un comte Cunmor, dux 
Domnonicae regionis. Si ce personnage est, comme il semble, 
le même que celui dont parle Grégoire de Tours à propos de 
Chramme et de sa révolte contre Clotaire, il faut croire que 
la tradition qui l'a fourni au biographe était bien altérée, car 
il est impossible que Conmor ait vécu après Judicael. 

On pourrait aussi comparer le chapitre 68 de Bili avec le 
chapitre 18 de l'anonyme: tous deux décrivent une guérison 
de possédé; dans l'un c'est un garçon, dans l'autre une fille : 
la tradition orale a de ces variantes. 

Au chapitre 92 dans Bih, 21 dans la vie anonyme, com- 
mence le récit de l'exil volontaire du saint, de son retour pas- 
sager et de sa mort. Bili, sans recourir aux procédés de rem- 
plissage que nous avons signalés (c. 61-91), est plus long et 
plus détaillé que son collègue, et surtout plus précis dans les 
indications topographiques. L'avantage qu'il avait déjà sur ce 
point pour la partie armoricaine de sa composition, il le con- 
serve pour la partie saintongeaise. Cela n'empêche pas que 
l'anonyme ait çà et là quelques petits détails qui manquent à 



H 



L. Duchesne. 



Bili, et même un épisode tout entier, celui du loup qui croqua 
l'âne de saint Malo et fut, en punition, obligé de se charger 
de son service. Au moment d'entrer dans le récit du départ, 
l'anonyme raconte le mauvais tour joué à Riwan par les en- 
nemis du saint et la malédiction que celui-ci prononça sur les 
gens d'Alet. Puis il s'interrompt pour intercaler tout un nou- 
veau prologue. Peut-être cette vie était-elle, comme celle de 
Bili, divisée en deux livres, pourvus chacun d'un prologue ; 
le second commencerait ici. 

Pourquoi les Aléthiens en voulaient-ils à saint Malo ? L'ano- 
nvme nous dit qu'ils lui reprochaient d'avoir accaparé trop de 
biens-fonds. Bili ne donne aucune expHcation en termes précis. 
Cependant, après avoir raconté la mort du saint, il parle du 
châtiment surnaturel dont fut victime un de ses ennemis. Les 
détails qu'il donne à cet endroit, rapprochés de certains traits 
de l'histoire de Riwan, portent à croire que Malo avait été 
l'objet de calomnies infâmes et insupportables. C'est sans 
doute pour cela que l'anonyme a mis son départ en rapport 
immédiat avec l'histoire de Riwan. 

Le second livre de Bih commence par le récit des premiers 
miracles opérés au tombeau de saint Malo; ils sont indiqués 
en termes généraux à la fin de la vie anonyme. La partie ex- 
clusivement propre à Bili ne commence donc qu'au chapitre 5 
de son deuxième livre. Ici apparaît le roi frank Philibert et le 
récit de la translation commence. Viennent ensuite, depuis le 
chapitre 13 jusqu'à la fin, les miracles posthumes dont Bili 
lui-même a été témoin. 

L'impression qui se dégage de la comparaison des deux 
rédactions est, je crois, qu'elles sont indépendantes l'une de 
l'autre et qu'elles relèvent toutes les deux d'un même texte 
pour le commencement, d'un môme texte ou d'une même tra- 
dition pour la fin. Pour le commencement, les mots, les 
phrases sont le plus souvent identiques. A partir de la grande 
pérégrination à la recherche de l'ile d'Yma, certaines expres- 
sions caractéristiques se rencontrent çà et là dans les deux 
vies et prouvent qu'elles dérivent encore d'une même rédac- 
tion, quoique l'une d'entre elles au moins s'en écarte gran- 



La Vie de saint Malo. x 5 

dément. Depuis que le saint a quitté la Cambrie pour venir en 
Armorique, ces traces fugitives disparaissent elles-mêmes et il 
ne reste plus de commun que les traits généraux du récit. 
Bien que Bili soit plus développé en général et plus précis dans 
ses indications de lieux et de personnes, je ne voudrais pas 
affirmer qu'il reproduise avec plus de fidélité la rédaction du 
premier « sage ». Les faits qu'il est seul à relater ont pu être 
tirés d'autres vies de saints, comme nous pouvons le constater 
pour les passages empruntés à celle de saint Pair ; ils ont pu 
aussi lui être fournis par la tradition orale; et celle-ci a pu 
conserver ou déterminer des localisations que le premier 
« sage » n'avait point enregistrées. 

Cette dernière observation n'atteint pas les localisations de 
la période saintongeaise. Celles-ci supposent une connaissance 
exacte du pays. Si Bili avait voyagé en Saintonge, il est diffi- 
cile qu'il n'en eût rien dit dans son prologue. Il est plus na- 
turel de croire que c'est le premier « sage » qui aura recueilli 
ces traditions si bien classées au point de vue topographique. 

Jusqu'ici je ne me suis occupé que des rapports entre les ré- 
dactions diverses de la vie de saint Malo, celle de l'anonyme, 
celle de Bili et celle du premier « sage », perdue apparemment, 
mais dont l'existence est attestée par le prologue de Bili. Nous 
pouvons ressaisir ainsi soit directement, soit indirectement, 
trois formes de la vie de saint Malo, telle qu'on la racontait 
au monastère d'Alet, dans le courant du ix" siècle. 

Maintenant, quel est le rapport entre ces narrations et la 
réalité historique ? Cette question est bien difficile à résoudre ; 
elle n'est même pas susceptible d'une solution absolument 
sûre et précise. Au moins peut-on indiquer un minimum de 
données certaines, au delà desquelles les traditions, si elles 
contiennent encore des éléments de vérité, les enveloppent 
de tels nuages que les yeux de la science, moins perçants que 
ceux de la foi, ne parviennent pas cà les isoler. 

Deux choses d'abord sont certaines: 1° saint Malo a fondé 
le monastère breton d'Alet et exercé l'épiscopat dans la région 
voisine; 2° saint Malo est mort à Saintes. C'en est assez pour 
justifier le culte dont il a été l'objet en ces deux localités; de 



i6 L. Duchesne. 

ce chef nous sommes en règle avec la tradition liturgique dans 
ce qu'elle a d'essentiel. 

Quant à ses documents écrits, c'est-à-dire à nos légendes, il 
faut avant tout en considérer la finale. Nous y voyons que 
saint Malo fut accueilli à Saintes par un évèque appelé Leontius. 
Cet évêque n'a rien de légendaire, et son relief, même dans 
son propre pays, n'est pas tel que sa mémoire ait pu exercer 
une sorte d'attraction, comme celle de saint Martin, par 
exemple, avec qui on a tenu à mettre en rapport des saints 
très éloignés de son temps. La légende est donc sur ce point 
parfaitement admissible. Ceci est important, car elle nous 
fournit une date approchée pour la mort de saint Malo. En 614, 
au concile de Paris, siégeait un évêque de Saintes nommé 
Audoberthus. Au concile de Chalon, sous Clovis II, c'est-à- 
dire vers le milieu du vii*^ siècle, l'évêque de Saintes s'appelait 
Bertarius. Entre les deux, au concile de Chchy, en 627, nous 
trouvons un évêque de ce même siège, nommé Leontius. C'est 
évidemment le nôtre. Quand a-t-il commencé à siéger? Quand 
est-il mort ? On l'ignore. Ce qui est sûr, c'est que son avè- 
nement doit se placer après 614, sa mort avant le milieu du 
VII'' siècle. 

Avec cette donnée concorde une autre indication chronolo- 
gique propre à Bili, mais qui, comme on l'a vu plus haut, se 
rencontre dans un récit qui figurait aussi dans la vie du pre- 
mier « sage ». Saint Malo fut appelé à l'épiscopat par le roi 
breton Judicael. Or Judicaelest connu ^ pour avoir fait, en 637, 
un voyage à la cour du roi Dagobert. C'est donc en somme 
un contemporain de Leontius, et l'on s'explique très» bien 
qu'il ait été en rapport avec saint Malo. Même en dehors du 
témoignage du biographe, la coïncidence des dates et les rap- 
ports nécessaires entre les évêques et les chefs temporels du 
pays breton autoriseraient à l'admettre. 

Si l'on en croit Bili, Judicael serait mort avant saint Malo. 
En tout cas, les traditions s'accordent à désigner par un autre 
nom que celui de Judicael le prince qui persécuta le saint et 
dirigea contre son monastère des entreprises sacrilèges. Qu'il 

I . Frédégaire, IV, 78. 



La Vie de saint Malo. ij 

faille l'appeler Rethwal ou Hailoc, ceci est secondaire ; c'est en 
tout cas un prince persécuteur, qui succéda au prince bien- 
faiteur, Judicael. Il résulte de là que saint Malo ne partit d'Alet 
qu'après la mort de Judicael, laquelle est postérieure à l'an- 
née 637. C'est donc vers l'année 640 qu'il faut chercher la 
date de sa mort. 

La tradition rapportait qu'il mourut à l'âge de 133 ans. 
C'est là un chiffre mystique, comme ceux de sept ans, de 
quarante ans, de 33 compagnons, que l'on rencontre à divers 
endroits de sa vie. Un phénomène de longévité aussi extraor- 
dinaire ne saurait être admis sur une tradition orale de deux 
siècles de durée et consignée dans un écrit où les fables abon- 
dent. Il est d'ailleurs contredit par les longs voyages que l'on 
fciit faire au saint dans les dernières années de sa vie. Je crois 
donc que ce chiffre doit être écarté, et que, par suite, nous 
n'avons de ce chef aucun moyen de dater la naissance de 
saint Malo. Mort vers le milieu du vii^ siècle, il a dû naître au 
déclin du siècle précédent. C'est un contemporain du roi 
Dagobert et du pape Honorius, 

Il n'y arien, du reste, dans la première partie de la légende 
qui puisse suppléer au défaut de cette indication. Tout ce 
début, tout ce qui regarde la période insulaire de la vie du 
saint, est plein de fables merveilleuses, qui ont leur intérêt 
littéraire et même historique, mais qui ne peuvent servir à 
reconstituer une biographie réelle. La généalogie elle-même 
m'inspire des doutes, car il est difficile, vu la différence d'âge, 
qu'il ait été cousin germain de saint Samson. Cette parenté 
me paraît avoir été imaginée après coup, ou plutôt suggérée par 
le voisinage des deux monastères de Dol et d'Alet. 

Malo naît dans la nuit de Pâques, au moutier de Lancarvan \ 
où sa mère était venue assister à la veille sainte. La noble 
dame galloise était alors âgée de 65 ans; trente-trois jeunes 
femmes lui avaient fait cortège ; elles étaient toutes enceintes ; la 
même nuit elles accouchèrent avec ensemble d'enfants mâles, 



I . Ce monastère se trouvait aux environs de Cardiff, dans la manche de 
Bristol. 

Revue Celtique, XI. Z 



i8 L- Duchesne. 

qui furent élevés avec saint Malo, devinrent ses disciples et 
demeurèrent ses compagnons tout le temps de sa carrière. 

Ici apparaît le nom de saint Brandan, un des plus grands 
noms du monachisme celtique. A un tel disciple il fallait un 
maître de premier ordre. Mais saint Brandan n'a point été abbé 
de Lancarvan dans le pays de Galles. C'est un saint d'Irlande. 
Il a, je crois, été introduit ici avec sa légende pour servir de 
décor à la première partie de la vie du saint d'Alet, dont les 
débuts n'étaient connus par aucune tradition spéciale. Un 
point seulement est à retenir de tous ces récits, c'est que 
saint Malo était venu du monastère de Lancarvan. Tout le 
reste, ou à peu près, n'est qu'une adaptation de la légende 
de saint Brandan. Si saint Malo avait été de bonne heure 
le héros, je ne dis pas de si merveilleuses aventures, mais 
de si merveilleuses légendes, sa renommée eût été un peu 
plus célèbre qu'elle ne l'était encore au milieu du ix" siècle. 
Bili rapporte que l'évèque Dotwoïon, de Saint-Pol de Léon, 
un prélat qu'il avait vu et connu, non seulement ne célébrait 
pas la fête de saint Malo, mais ignorait même le jour où on 
la célébrait à Alet. C'est Bili qui le décida à l'introduire 
dans son église. Saint Malo doit beaucoup à ses biographes du 
ix^ siècle. 

Même dans la période aléthienne de sa légende et dans les 
parties qui, communes aux deux rédactions conservées, pa- 
raissent avoir appartenu à celle du premier « sage » ou tout 
au moins dériver de traditions moins incertaines, il se trouve 
bien des choses qui inspirent de légitimes soupçons. La belle 
histoire du petit oiseau qui vient pondre son œuf sur le man- 
teau du saint et que celui-ci laisse couver tout à son aise se 
retrouve, sous une forme plus merveilleuse et plus primitive, 
dans la légende de saint Kado. Cet épisode est commun aux 
deux rédactions. Celle de Bili est la seule qui parle du dragon 
exterminé par le saint et de l'enfant royal que celui-ci couvre 
de sa protection. On trouve des choses semblables dans les lé- 
gendes de saint Efflam et de saint Méloir. J'ai bien peur qu'une 
étude attentive ne permette de retrouver une à une toutes les 
histoires où nos légendaires ont donné un rôle à saint Malo. 
Mais il est impossible de porter ici un jugement définitif tant 



La Vie de saint Malo. 19 

qu'on n'aura pas une édition quelque peu critique des vies des 
saints bretons. 

Les épisodes saintongeais, de même qu'une bonne partie 
des miracles propres à Bili, sont d'une touche moins merveil- 
leuse, moins poétique. Le saint celte est dépaysé. Sur la terre 
prosaïque d'Aquitaine, il ne tait plus que des miracles ordi- 
naires, des guérisons de muets, d'aveugles, de lépreux. Que 
cette partie du récit relève de traditions locales, je suis tout 
disposé à l'admettre, quoique cependant il y ait encore quel- 
ques traces d'emprunts faits aux légendes voisines. Dans le 
loup qui croque l'âne de saint Malo, et, pour punition, est 
obligé de le remplacer, qui ne reconnaîtra un congénère de 
l'ours de saint Martin ? 

Avouons-le : sur la vie réelle de saint Malo, nous n'avons 
que très peu de détails particuliers. Venu du pays de Galles 
et du monastère de Lancarvan, il fut à Alet un maître de la 
vie monastique, et remplit les fonctions d'évêque au milieu 
des populations bretonnes. Comme tous les saints de son 
temps et de son pays, ce fut un homme d'une foi, d'une piété 
et d'une austérité extraordinaires, un prédicateur énergique, un 
grand protecteur des faibles, une âme fière, capable de parler 
ferme aux représentants de la force brutale et de lutter contre 
eux avec l'ascendant de la vertu. Sa vie se passa dans l'exer- 
cice des oeuvres de religion et de charité. Vers la fin, se sen- 
tant impuissant à dominer des oppositions injustes, il se 
retira en pays frank et y mourut, peu après, d'une mort 
paisible. Avant et après sa mort il fut en grand renom de mi- 
racles. 

Ce qui le caractérise, ce n'est ni sa provenance ni son rôle ; 
tous nos vieux saints bretons viennent d'outre-mer, tous ont 
eu, comme chefs religieux, la même attitude en face des mêmes 
besoins. Malo n'a qu'un trait particulier, c'est son exil volon- 
taire. En général, les saints bretons meurent chez eux; celui-ci 
est allé mourir à l'étranger, après avoir, dit-on, maudit ses 
ouailles ingrates. On ajoute, il est vrai, qu'il leur pardonna 
avant de mourir et même qu'il vint leur apporter ses dernières 
bénédictions. J'ai bien peur que ce dernier trait ne soit une 
atténuation de la tradition primitive et authentique. Les saints 



20 L. Duchesnc. 

bretons n'étaient pas tendres ; c'est beaucoup qu'ils pardonnent 
au lit de mort. 

Quoi qu'il en soit, les Aléthiens ne gardèrent pas rancune à 
leur pasteur; quand ils apprirent que son tombeau était de- 
venu miraculeux, ils se mirent en devoir de faire valoir les 
droits qu'ils avaient sur ses reliques. 

Le roi Philibert — dans les légendes bretonnes, le roi frank 
s'appelle toujours Childebert ou Philibert, et c'est bien perdre 
son temps que de chercher de quel règne il s'agit — le roi Phi- 
Hbert ayant dans son pays un saint aussi considérable, a soin 
de veiller à ce que son sanctuaire soit bien desservi. Il envoie 
même des évèques inspecteurs pour s'assurer que les offices 
sont célébrés suivant toutes les règles ^ Or il arrive que, pen- 
dant une de ces tournées d'inspection, le moine chargé de 
sonner matines au premier chant du coq s'abstient de réveiller 
ses confrères, pour la bonne raison que le coq, croqué par 
maître renard, n'a pu le réveiller lui-même. Le monastère ne 
s'éveille qu'au jour et l'office commence en retard. Voilà 
l'évêque de Saintes et son clergé dans le plus grand embarras : 
les envoyés du roi tie vont pas manquer de les accuser de né- 
gligence. Heureusement saint Malo les tire de peine; le renard 
arrive au chapitre tenant entre ses dents le corps du délit, 
c'est-à-dire celui du coq. Dès lors la responsabilité des moines 
se trouve dégagée. 

Cependant les gens du pays d'Alet se mettent en campagne 
pour récupérer les reliques de leur patron. Ils arrivent à 
Saintes au nombre de vingt-quatre, douze du pays d'Alet pro- 
prement dit, douze du pays d'Outre-forêt (Poutrocoet) ; sept 
prêtres sont du nombre. L'ambassade est conduite par deux 
Aléthiens, Rociantworet et Riwoed. Ce sont tous de bons 
chrétiens, capables de réciter sans broncher leur Credo et leur 
Pater. Les Saintongeais, néanmoins, leur trouvent quelque 
chose d'étrange et les prennent pour des fous. Très interloqués, 
nos Bretons se décident à s'adresser au roi; douze d'entre eux 



I . Ces inspections ressemblent beaucoup à celles que nous voyons fonc- 
tionner sous le résine de Louis le Pieux. 



La Vie de saint Malo. 21 

restent à Saintes, les douze autres vont trouver Philibert. Ils 
le rencontrent à la porte de son palais, partant justement en 
pèlerinage pour le tombeau du saint. Ils y reviennent à sa 
suite. Après un jeûne sévère, les ossements de saint Malo sont 
tirés de sa tombe et placés sur l'autel. Quatre clercs bretons 
s'en approchent et essaient de les soulever ; la tête seule et la 
main droite leur restent entre les mains ; les autres os ne 
peuvent être remués. Ils disparaissent même de dessus l'autel 
et réintègrent d'eux-mêmes leur tombeau. Les Bretons, satis- 
faits de leur part, s'en retournent dans leur pays; sur le pas- 
sage des saintes reliques, des prodiges éclatent en diverses 
localités. Une fois installées dans l'île d'Aaron, elles ne tardent 
pas à y manifester leur vertu surnaturelle; cependant les reli- 
ques restées à Saintes ne perdent pas la leur et les miracles se 
partagent entre les deux tombeaux. 

Telle était, au temps de l'évêque Ratwili, la façon dont on 
racontait la translation des reliques de saint Malo. On se con- 
tentait alors d'avoir sa tète et sa main droite. Sous l'évêque 
Rethwalart, prédécesseur de Ratwili, en un temps de grande 
sécheresse, on avait porté ces reliques en procession dans les 
campagnes aléthiennes ^ et obtenu ainsi une pluie abondante, 
sans parler des guérisons miraculeuses. Bili, qui vivait en ce 
temps-là et qui raconte ces faits, ne marque nulle part que l'on 
enviât à l'égUse de Saintes les autres parties du corps saint. 

Cependant, au x^ siècle, une tradition différente avait pré- 
valu. On disait alors qu'au temps du roi Alain (888-907) et 
de l'évêque Bili, un jeune Aléthien, Ménobred, forcé par des 
revers de fortune de quitter son pays, alla s'établir dans le pays 
de Saintes, où il se mit au service du prêtre qui desservait le 
sanctuaire de saint Malo. A l'instigation de Bili, il profita 
d'une occasion favorable, se saisit du corps saint et s'enfuit à 
Alet, où, comme on le pense bien, il lui fut fait grand accueil. 

Au premier abord, il semble que les deux narrations soient 
conciliables et que la translation opérée par Ménobred n'ait 

I . Bili donne ici le texte de l'antienne que l'on avait chantée pendant la 
procession. Cette antienne se retrouve dans certains manuscrits de l'antipho- 
naire qui porte le nom de saint Grégoire, au jour de la litanie majeure 
(25 avril); v.-Migne, Patrol. ht., t. LXXVIII, p. 685. 



2 2 L. Duc II es ne. 

été que le complément de la précédente. Cependant on doit 
remarquer que le récit de la translation par Ménobred ne fait 
pas la moindre allusion à celle de Rociantworet. Au contraire, 
il suppose que les Aléthiens étaient consternés de n'avoir pas 
le corps de leur évéque : aniiiioconsternati eo quod erant destituti 
ex prescntia sacri corporis beaii Machutis. A diverses reprises, 
l'auteur parle soit du corps de saint Malo reposant à Saintes, 
soit du désir que les Aléthiens ont de le posséder, sans jamais 
donner à entendre qu'il ait le moindre vent d'un partage 
antérieur entre les deux églises. 

Il faut donc sacrifier l'un des deux récits. Le premier a un 
aspect légendaire qui ne dispose pas en sa fliveur; mais on ne 
saurait contester un fait, dont Bili témoigne abondamment, 
c'est qu'à Alet, vers le milieu du ix^ siècle, tout le monde 
croyait avoir d'importantes reliques de saint Malo. 

En ce temps-là, on admettait le partage avec Saintes. A la 
longue, on voulut avoir le saint tout entier. De là l'histoire de 
Ménobred. Vraie ou fiiusse, elle met dans un très mauvais cas 
mes compatriotes du x*-' siècle. Ou bien ils ont perpétré un 
vol de reliques, avec la circonstance aggravante d"un odieux 
abus de confiance; ou bien ils s'en sont vantés sans l'avoir 
commis. Cette dernière hypothèse me semble plus vraisem- 
blable que l'autre. Quel que soit d'ailleurs le péché pour le- 
quel on se décide, les délinquants auront été absous, sans la 
moindre difficulté, par l'opinion de leur temps, fort large, on 
le sait assez, en matière de fraudes pieuses. 

L. DUCHESXE, 

cJericus Aletcnsis. 



P. -S. — Cet article était imprime quand j'ai eu connaissance du mé- 
moire intitulé Zur Brendanus-Legcnde, thèse présentée à l'Université de 
Leipzig par M. Gustav Schirmer, Leipzig, 1888. — Les références de la 
légende brendanienne s'y trouvent discutées; quelques-unes sont, comme je 
l'avais prévu (p. i, n, i), antérieures au xiF siècle, mais aucune n'atteint 
l'âge delà légende malouine. Le ms. Palaliniis 217, indiqué par M. Duffus 
Hardy {Descr. CataL, t. I, n" 458) comme du ix" siècle, est en réalité 
du XII* ; c'est la date marquée dans le catalogue récemment publié par 
M. H. Stevenson iunior (Codiccs Palalini lat. Bibl. Vatic.x. I, 1886, p. 45). 

L. D. 



THE FER DIAD EPISODE 

OF THE TAIN BO CUAILNGE. 
(II. 82 a 21— 88 b 52.) 

(suite) 



[32]. LL. 82 b 28-34. — Lcc. ^^-^ Cid nach srengai feirtsi 
incharp(ait) fo;//thaib 7 mofhogaimen fomchiMd corocodlai7/d 
colleic. monuar fori//gilla is cotlad troch si» arci/zdaigi 7 cua- 
nart sund. Ced on agilla nach tualaing tusu for[f]airi 7 for- 
coniQi à-MH. isam tualai^îg or in gilla acht minathistar anellaib 
no anrer dotindsaigid naticfa id^r anair no aniar dotindsaigid 
cenrabad cenrathug(u)d. Rosrengtlia fertsi acliarp(ait) fothoeb 
7 a fhogaimen fochenn. 7 cided nirochotail abecc. 

Eg. 106 and Eg. 209 = LL. (29 sguir na lieich. 7 cuir 
feirsde an charbuid fûm go ccodhluin/z fliir. uair (32) — ). 

[33]. Eg. 106 ro bhl an giolla ag f(or)aire. Et agfôrchoimh- 
ét dô; cf. Lee. 32. 

[74]. Lee. Dala Cou. c. dob(er)ar ar aird. 

Eg. 106 : Cuehulinn went this night to Enter, ete. : sec 21. 

Eg. 209 = LL. 82 b 35-38. 

[35]. LL. 82 b 38-40. Eg. 106 and 209 =. {Eg. 106,.. 
thug C. c. lamh tar afhormnd. 7 taragheal agii(aidli)... ; Eg. 
209 ... tug lamh tair aghaidh...). 

[36]. LL. 82 b 40-44. — Lee. '^=. maith amopopa a Laig 
geib na heocho 7 i;/dill incarb(at) mata Fer Diad ac arnirr- 
naidi is fada lais, atracht i//gilla 7 rogab na hecho 7 roi/idill 
incarp(at). 



24 Neitldii. 

Eg. 209 = LL. (40 Maith — 41 car(pat). V). 

[37]. LL. 82 b 44-50. — Lee. Cindis C. c. inacharp(at) 7 
tangadar rempo doindsaighidh anatha. 

Èg. 106 and 209 = LL. {Eg. 106, 47 mar domhothui- 
ged^r fiabhol( ) na fola ar an ccraois(igh) ; ... Eg. loé 
geilte glinne; 209 geinte glin;îe ; Eg. 209 Tuatha deadain). 

[38]^ LL. 82 b 51-83 a 7. Lee. IMth//5a giUa Fhir Diad 
nirbo chian do oc f(or)airi cocuala chucu culgairi incharp(ait). 

Eg. 106 and 209 == LL (Eg. 106, 51 an tan do chuala an 
thuaim. 7 an fothra/;;/;. 7 an tair/;/ et an torainn. Et an truim- 
sheasddn .i. sgeallghoire nasgiath. et siansan na sléagh...; 
6 dluthchomhradh; £"0-. 209, 51 goccualaidh anfuaim et an fo- 
thramha agus an fidhrean. iomthora;» an torainn et an tor- 
main .i. sgealgaire na sgiath et sligreach nasleagh (2) ...; 3 et 
ciorgail na ccraoiseach et tromghair na luireach. (3). Et 
fuasgar na bhfoghaaibh et oll ghrioth na nomhnach et iom- 
chumailt(4) ...; 6 dluth chamhradh). 

[39]. LL. 83 a, 8-10. — Lee. robai ic diuscud athigerna. 

Eg. 10 and 209 = LL. 

[40]. LL. 83 a 11-21. — Lee. 7 dorigni in laid; = LL. 
(11 Rocluiwiur — dardruing — 12 uas dreich — 13 dar broi;z 
feir[s]tib broine do chengait int[s]ligi retreb baili — 16 soi- 
ghes — bodeas. demin lim darna eich charp(at) incua dobera 
dund très. Dorairngert onuraid maire. (18) — cubaid. ticfa 
cebed chui;z eu na hEmna (20) — 21 adcluinim roeluin. 

Rocl-). 

[41]. Eg. 106 eirghéas F(er) D. iar sin. 7 ro ehenguil achorp 
ina ehaitheid(edh) edtha. 

Eg. 209 = Eg. 106 (deirghe...). 

[42]. LL. 83 a 40-83 b 3. — Lee. ^^. Tuarascbail char- 
p(ait) Con. c. an;zso intres pr/mcharp(at) na seelaigeaehta for 
tanaieh bo Cu[a]l(nge). 

Cifzdus adehi C. c. arse ar Fer Diad fm araid. Atchiu arse 
inearp(at) {eol. 616) forfliairsiiig fêta li;/dglai/?e eoeui;7g ndor 
ordaib cotarbelaraib umaidib eofersib eredumaib colungetaib 
fiwdruine eona ereit eroes tana eroes tirim cleasaird clocatchai;i 
cuirita aratail[l]fitis .uii. nairm inlatha no inilflatha. Cai?z so- 
sad afhlatha. Contacmaing incarp(at) si» earp(at) Conçu- 



The Fer Diad Episode. 2 5 

l(ainn)/coluas fai;zdle {hcrc begiris the fragment in Ms. H. 2. 12) 
no cliabaigi allaid tarcend machairi maigshlebe ise tr/cius 7 
atcius imoroget daig is chucaijîd imthigit. Dofil dï incarp(at) 
sin f(or) dib echaib cendbeca cruindbeca coirrbega birig bas- 
c'md brui^di d(er)g sesta suaithi«te sogabalta sodain fogrindib 
aillib aen. Andara hech dibsidi ocus se lugaid luathleimnech 
tresmar traigmar fotmar focharrsaid. INtech aile 7 se casmoiig- 
ach caschoel coiseïig seiredach coelcairgdech. Dadreich duba 
dorchaidi sithbe creda cruanatai dathalaind. Da[na]ill norda 
ni?îtlaisi. 

H 2. 12, f. la of the fragment of the T. B. C. (2 fol.) be- 
gins : goluas faindli no eirbi no iarann no cUabhaigÇi) all(aidh) 
tair [ ] sleibe no mâ^rtsighi gaithi g^re gailbidhi adhuaire 

i/;7lui;;/e earraithe tarcenn machaire maizh sleibe. IS e si« ire'iss 
7 vit 7 tairptighi Et t;rabarluas foth(iag)aid naheich si» isi/z 
madhrod g(o)[ ]tsed i;ztalm(ain) tromfodh focraitib letroisi 
anceiz/znighthi b(er)id Et sriazîta cce;»a cruanatha firaluinecor- 
orda friu Et basamalta lem resnear/j^a sithoilti igshnaighi uan- 
fadhach naheach... : Et ba samalta lem rehealtada dodub cnaib 
nafodmaigi dandeis ata fon carb(at) sut cach ceindfiwd crofind 
cœlcosach seng sirc?d casmongach csel drond ndub dual(a)c/; 
falforubh nard ni/;/amnMJ sig[ ] cruanatha bain[ ] uchl- 
glinde foth(iag)aid naheich sm mn inadh rod. Et ata inaroile 
foncarb(at) iar(um) each luath luthmar laig(ir) lenm(e)ch 
maign(e)c/; tairrng(e)c/; tresmar sduagmar/oJwar t[ ] fo- 

luath cechtair cruaigh .i. ahucht buadha forith gansgarand aid- 
bli tened [Ail this and the next 21 Unes are hardly legible and I 
hâve not copied them\ [21 Unes]. 

Eg. 106 and 209 = LL. {Eg. 106 and 209, 40 doibh 

go bthacad^;- chuca — ; 43 gristhirini (106); 44 dhd eâch 
lûatha leimennacha arda uicht leathna bhechroidhecha (209 
bheo croidheachair) bhenwarda (209 bhlein arda) bhaisleathna 
choschaola chruâidh ingnacha (209 bhas leathna for threana 
forran/zacha). Et iad faorgach faobhr(a)ch fornzn^ach foirniata 
rémbûain dfiairshlio^/;/ gâcha hiomuire aramhoille leô go leî- 
ghthi dion/zsuighé aigh no iomghona iad; 48 (209) dar bhainm 
an Liath Mâcha; 49 (209) dar bhainm an Dubh Sithlean?;; 
51 tar maoilinzz macHaire; (209) tair mhuing machaire no 



26 Nettlau. 

vioîgh sleibhe {so in Lee, H. 2. 12 ; not in LL., Ei[. 209); 52 
ré hoigh naliiin« nall(aidh)); 81 b i mar — 3 dirma : not in 
Eg. 106 and 209. 

[43]. Lee. Fil fer fi^îdchas folt lebar inairi?îech incharp(ait) 
si«. Fil di imbisidi brat gorw cruanchorcra. Laigen .i. goi 
coneitib 7 se d(er)g doigerdai inadurn« arderglasad. Faircsi 
tr/folt fair .i. folt dond friatoi;/d achind. folt crod(er)g iarnair- 
medon mbid noir dotuiget^fr intres folt. 

Caiw cocortMJ' innuilt sin cocuirend teora imsrotha mathor- 
mna fiar sellsechtair samalta leam fri horsnath iarndenam ada- 
tha dar orni;zdeona no re buidi mbec cechoen fhi?zda frisatait- 
nend gr/an illaithi samrata taitnem cach oen fhi?ida donult sin. 
un. meoir for cach cois do 7 .un. meir arcach laim 7 ruith- 
nigid tened romoiri imarusc cein cofosaib icruithib aech croib 
glec laich inalamaib. 

Ara carp(ait) adingbala inaliadnaisi. folt cass cirdub fair. 
berrad lethan arfud ach'vid. cochall eitech ïmhe cofuaslucud 
daduilend. echlasc urchain orda in[a]laim 7 brat fi/zdglas wihi 
7 brot ûnd aircit inalaim ici/;dsaidi brot f(or)siw nechraid cech 
conair imateit in milig morglonnach dafil isin[carp(at).]. 

[44]. H 2, 12 ... is miîbid dul a?zdail co;//raig an f/r si;/. 
IS tr/^agh angni;;/ arachinde a F(ir) D. .i. dul do co;;/land anai- 
gi(dh) do comalta cartanaid. is fcrg(a)c/; 7 is feochair is an 
is[aur]lamh istrm is très agaf isleoghman ar îcrg istarb artreisi 
is nathair arneimnigi is mathamain arglond Et is carrag fria 
fosug. is doig frzatesarga[in i]s teine arloisgadh is brisid cnawa 
is doga is losgad is bred is agh is acais fu[ ]g îergi anf/r ud 
ar ingilla 7 an eachaigh d&raib Er(enn) i/zadail ni therncfi- îer 
comna[ ] na indisi sgel dib arculuadha^ 

[45]. Lee. Arsada chaicle atacownaic is bec leis i;mEiriu 7 
fria gilla. Eirig agilla arse f(or) Fer Diad (44) 7 romor mo- 
laisiu s\n it(er) 7 i«dill naharmu isi//nath arachind. Danim- 



I. Cf. LU 98 a, 59,40: 7 ni môr madoernascéola iz/dise;/ scél donafi'a»- 
naib robatar ar tig doib ^z 7 ninior madroirne sceola indisen scel dona di- 
bcrgchaib robat(ar) artig doib (Yclknu B. ofLccaii) =r 7 nimorra«ic dolur/;/ 
i;/disi;; scel do//afian«aib robat(ar) acathugud friu (Stoivc Ms. D 4, 2) n: 7 
nimôr maroéla fer in«isti scel donafhi'annaib rpbâtar icdul f(or) bruidhin 
(Ms. Eg., 1782), Bruidhcn Da Dcrga. 



The Fer Diad Episode. 27 

poi//d maigid illeth ata mochul darlim noragdais fersde inchar- 
p(ait) tr/amchul muinel. 

H. 2. 12 leig as agilla air Fer D(iad) is mor anmola[d] do- 
b(eir) armobidb(adh) afiana[i]si Et is br/atar da;wsa dam(a)d 
bes daw gilla no arad no eachlach do/;/arb(adh) isciaw odo- 
gebtasa bas lem. 

[46]. LL. 83 a, 22-39. — -^^^- Agilla f(or)se ro mor mo- 
laid siu C. c. uair niluag moka darad duit 7 is awlaid robai ic- 
tobairt atuariscbala 7 atb(er)t Çcol. 617) IS mithig etc. (28 in- 
cobair daig in gnïiii ar codail. bi tast is na blodaich daig (29); 
31 uailli frithailfither uai/zdi daig; 32 leiterthar; 33 ni ar; 34 
tic. Gid roga^th inrogand is armaith romolum reithid is ni 
romall imarthorand tricc. Bec nar chonair chonais ara met 
romolais cia flith arathogais othaig isaurissi fuacrait isatait ga- 
fobairt nachtawic dia[f]uapairt acht mad aigith meith). 

[47]. LL. 83 b, 3-4. — Lee. Ni cian iartain coro comrai- 
cedar ar lar annatha. 

H. 2, 12. ISanw tai»ig C. c. gohoiriar anatha. 

Eg. 106 aiid 209 == LL. 

[48]. LL. 83 b, 4-23. — Eg. 106 and 209 = LL. 

[49]. Lee. 7 adubairt F. D. ri Coin cul(ainn) cantici achu 
arse daig cua ai;nn na claine isin tsenguidilc 7 .un. meic im- 
leasan batar isi;z rig rose C. c. Dam(a)c imleasan dibsidi 7 siat 
cl^na 7 nochomo adomaisi do inamaisi doso;;j 7 dambeith ai- 
nib bad mo for Choi//. c. is(edh) rothuibebad fris 7 robai ca- 
thabairt uasaird. 

H. 2. 12. 7 do eonaïc F(er D(iad) ei adubairt ris carabais a 
cua oir cua innin naclai;;e asi;z tsen g^^ilig. .i. seeht m(ei)c im- 
risin doba i;zg(a)c/; suil do 7 da m(a)c iwrisi;z dib oir clasna 7 
nibamo ado/«aisi dosiw nasomaisi 7 àanihetb ni bud modoai- 
nem air dotr/ub[ ] fr/s reheadh nahuaire s'in. 

[50]. LL. 83 b 23-84 a 4. Lee. =. 7 doroi/zdi laid 7 i///re- 
cair C. c. cotarrnaic. Cantici seo achua etc. (27 ren(er)t nua 

— dochua uasanalaib tech. bid atod fri haires. mars: tanic do 
thurus — 30 imtorc toraig tretaig — 3 i mow li;?d — Eirc rit 

— 32 icomruc — 34-36 V — 37 infar — cnetfem. daig do- 
chomruc forath. i;/forrendaib ruada no f(or) claidmib cruada 
dathslaidi ret t[s]luaga mathanic dothrath — 42 rotgabsad ar 



28 NettLw. 

[tfjaillseo — 44 bxgail imberthar fort — 45 bias ni ba toiscch 
tmir oniu coti in brath — 47-49 (str. 7) after 50-52 {str. 8) 
— 51 mochoicli — 52 mac[a]in[c]e tu f(or)me [cailli tu mair- 
sid written above the last luords] ni fuair nam — 47 Bi tast dim 
dorobud — 48 daig indos uas dus[a]. As misi rofitir. it gilla 
congicil acr/di mneom eitig cengaisced — 84 a i faid[i] — 
gaireas — ). 

[5 i]. H 2, 12. Canas ùcidhs'i atsirridi tsiabarta ar C. c. doig 
iscora tusa. dfiarf(a)dh aun so uair as tu n(e)c/; bid ann g(a)r/j 
Lie 7 ni dent[a] ingnad do?;iaisginsi annso ar ¥er D. uair ata- 
maidne agtog(ail) Et ag losg(adh) 7 agu[r]gai7z Uladli 7 Cuail- 
gni 7 Cru'itnQC cearm(a)d o;7lua7z REsamai» gobais nahuaireseo. 
Et t(u)csamrtr lin;/ armbrait, /. ib, 7 armbuar et armbotai;7ti 
airseoit Et air szVmai/7e Et arsean i;zdmM^a 7 dolegsuwî atulcha 
ararneis isnafantaib gorabadar coi;;/sill risna faithib. astusa 
bicrcAch deisi Et misi into'iv 7 nidenta i7Zgn(a)d doz/îaisginsi 
an;7 so diimheîh don(er)t no doniagh ba du duit hadb and^- 
dJmgh docrwibh 7 doorithi acht ata ni cena nir deinta duit dô 
co;,';rug do« indsaigisi Et .x. hoU coiàdh Er(enn) amaighsi 
amaenur Et gi»gogabtha lium is gabtha duit oruw arshadb ad- 
chara 7 adcoigli 7 adco/;zalta caratn(a)c/; da;;zsa. Cidii sin ar 
¥er D. is ecin domsa cojnlann 7 co77îrug riutsa noreseis/r lasch 
is ierr dferaib Er(enn) armarach leo 7 tuitfirliuwsa dacomrigum 
Et dob(er)ai?zdsi comairli maith duit si arfostogh ar cadaigh 7 
arcaradraig ishair icr g{j\)ch las damsa dibh oir is «ja leamsa 
sin nacoMîrag riutsa atx'nar. Mised incodaigh 7 i/îcaradraigh ro- 
baill nocha ne id/r air Ver D. acht ismn damsa co;;/rag riutsu. 
IS tr/zac: in2;ni;;/si;x araci/zde a F/r D. dois;bud tesaroaizz darach 
dodorzmib duitsiu si« 7 budh gad um gaineamh 7 bud teine 
saighnei;/ 7 bu beimh ciwd foraill 7 bud buarach bais duit- 
siu inco7»airlesi;z. ACugugaiu air Ver D, atacualamr7./-ne nar- 
co;«calma cwraid na cath milidh riutsa otangais arsluaigh^^/; 
tana bo Cuailgni gobais nahuaire seo. luigimsi fo;zadeibh da- 
nadhrai/;; ar C. c. n(a)c/; docn7 lia/;zsa doco/zzrugsu do dinga- 
b(ail) nasg(a)r/; a;n dotorca/r amaig(idh) gwsdmsta, ti;zdamaid 
sin aniosa ar Ver D. 

[52]. LL. 84 a 5-6 (— 7 Me(dba)) and 6-8 = Eg. 106, 
Eg. 209. 



The Fer Diad Episode. 29 

Eg. 106 and 209 {after l. 6) dochionn na ngeallt(adh) 
(209 a ngealtaighe). mbregach do nid dhuit ar chomhadhuibh 
fallsa Et ar an i(nge)« farmelladh mordn do dheghdhaoinibh 
(romhatt, 209); 

Eg. 106 ami 209 (after l. 8) amh(ail) chàch. Et a Fhir Dia 
arsQ Mairg dhuitsi do treig mo chairdios. Et mo charadr(adh) 
armhnaoi do racad (209 do reicedh) re. 1. laôch (209 leis na 
ceadaibh laoch ; LL. 84 a 22 raddled do choicait laéch) rom- 
had. Et as fhada go ttrelgfinn si Û\us2. ar an mhnaoi si;/. 

[53]. LL. 84 a, 31 (daig) — 34 (diamair) = Eg. 106, 
209. 

[54]. LL. 84 a 34 (Et is) — 42. Eg. ro6 7 adub(air)t so- 
sios : Robdar coigle croidhe : robdwr cuart( ) i coille — 

robdwr ion«s( ) aireach : os lerg(aibli) gâcha linne. 

Eg. 209 = LL. (35 go ndubhairt an rosg — 36 robadar 
coimhdlieargadli — 37 i ttroimnitir — 39 1^ Sgatliaidlie ro 
ciîinsiomh ceardacomhdiiana. ro chloiseat cruadhchaithr(e)ch 
doceadghonaibh madh cuimlineach cumhaltas comliradhach). 

[55]. LL. 84 a 43-84 b 60. — H. 2. 12 Cagaisgi arar(i)- 
cum aniugh a FzV D. ar C. c. ancu/;iai;/ letsa na cleasa gaile Et 
gaisgid noch doniamais agUathaigh 7 ag Sgath(aigh) 7 og 
Mar. g.^ Manan/î 7 ag Ablaig( )arann 7 ag Abradr^fg 7 
agrigh tiri intsneac/;/aigh 7 ag Eisi a;nci;zd 7 ag Crochthan î 
Monaigh 7 ag Sen(a)c/; tiubra 7 ag Cab Geide 7 ag Cuara 
Aidh 7 ag Aifhi i;zgen Ardge«[ ] do G/'<?gaibh. Ascu;;/ai« 

ar Ver D. Tiagam orta si;/ ar C. c. 7 do cuadar su// araclesaibh 
gaile 7 gaisg/(i[/;] .i. sec/;/ nocar cleasa 7 .7. bîEncleasa 7 .7. 
corp clesa 7.7. fcbair clesa agter/;/ uatha 7 cucu ma;- fogma;- 
gan gaith 7 niteilgidis n(a)c/; ai;;/sidis 7 n[ ]idis n(a)c/; 



I. Is this Get occuring in Forbais Fer Falga ? I shall later on dwell 
further on the names mentioned hère. By the way, the old nom. * Maint- 
for Manann (see Rhys, Hibbcrt lectures, 1888, p. 663, n. 2) occurs evi- 
dently in the Book ofLecan (R. I. Ac), f. 139 a: Ba ri Er(enn) 7 Alban 
Baedan m(a)c Cairill. Giallais do m(a)c Gabrai« .i. Aedan aRosnarig. 
Glanta Maim indala bl(iadain) iarnaecaib dolelcsead Gasdil Manai;/d, etc., 
cf. LL., 330 b, c. This form caii be considered as an error as ind follows 
upon Maim as a part of the next word, and a *Mana in this place of the 
Ms. would undoubtedly hâve to be looked upon as an error, but Manu 
(with u. not fl) deservessome crédit (or is it _::: Mainiu, Maine?) 



30 Nettlau. 

athaiwsidis dorisi gerbathlom aniwgoi?z dobi deahas nahinga- 
bla narf[ ]ar dib Et dobad^r;- marsin araclesaib gaile 7 gais- 
gidh oborbsoillsi na maidni {Ms. maïdni as several tivies be- 
lozv) go[ J lo 7 dolansoillsi. asmitid sgur donaclesaib so 

ar C. c. antrath husaû Ictb sa on [ar] F(er) [D]. IS ann s'in do- 
cuij'eddar aclesa gaile 7 gaisg/J/; alamhaibh angilla 7 rogab- 
[ajtar dasgiath aille iarnaidhi urd^rga 7 rogabadar aslega aible 
arda agglasa snaithslemain caidhe go[ Jnaighnedaibh la;z 

cadaith alamhaib leo. Et rogabadar ada cloitine dirga doilgi 
crwaidh[i] beimnecha .i. fud bas [ ] bas Et gonas g(^)ch 

ier dib aceile. Et gerbathlamh [ ] nahi;;zg07U goran- 

gadar .x. prz'm gona [cach] na;n dib gotai«ig i»buidi dar in- 
gran. anail leth osad dogab(ail) a Cugugai;/ air F(er) D. Asail 
on [ar] C. c. oir anti gahas lamh aragaïsgidh ase dl(igh)^j- 
sgur. IS ann s'in do cuirendar anairm uatha alamaibh angilla 
7 iwdsaighci- g(a)r/; (er dib aceile arlarm(e)doi?z anatha 7 toir- 
heras g(a)c/; f(er) d(ib) teora pog daçeile acu;;muig(udh) aco- 
ma'md 7 acaradraig. Et docuadar naharaid cohicninadh 7 aneich 
an^nsgur 7 iadfein goh:ï;z pubaill gofailid fr/chuw/nech. ISan;z 
si» docoirighei/; aîokhraicedh cr/adh donacwradhaibh 7 alep- 
(a)c/;a urluach doib gofrithadartaib f/Vgowa. Na biadha 7 na 
deocha soblasta dob(er)idis f/r Eir(enn) dP/r D. dob(er)edh 
sun acoibeis reisfei;z do C. c. dib. Et nalosix 7 naluibhe ici 7 
le(gis) dob(er)tai asigbrwgaibh Er(enn) do C. c. doheredh oired 
risfein dFtr D. dib si» dacMzV ancnedaibh 7 inacrolinzmb Et 
dob( )tis i;2c(et) tr/an donaidhchi rethuchb(adh) 7 ret'o'ai;/e 
7 inv'iin tan(aisi) recowîr(a)d 7 recowzairli acomraig 7 intmn 
deiginach di resua» 7 resarcoll(adh), 

Èg. 106 and 209 = LL. (51 anocbt ngoithnidhe, Eg. 209 
a nocht ng.'ethe nfada neid; 52 amhuil bêcha alô ain/zle; 209 
mar bheocha ille ainle ; 84 b 5 nasgiadh slirghér ; 209 a sgiath 
dis gheura ; 9 daig etc. V; 20 go — i;zdi V; 47 Raptar — 49 
aidche V; 49 bhadar marsin anagh(aigh) si». 

[56]. H 2, 12. IS ânn si» cuiris ¥cr D. fesa 7 tef/;/a go- 
hOill(ill) 7 go M. dar(a)dadh si» i»gni;» dogeallus doib aneg- 
mais mucuïnd 7 moceille 7 moco»?airle dogeall//^a he oir ni 
fuil arhetb uile sen hïch dam(a)d/; indraithi coioidedb C. c. leis 
ar/;/ ata ni cena noca. ria ag na eisl(inn)ig o C. c. dab(ar) inn- 



The Fer Diad Episode. 5 1 

dsaighi iw hdb bes F(er) D. aga;/co/;?rug 7 gluaisid fir Er(inn) 
datighibh 7 b(er)id atairb 7 atai/z leo 7 teid gilla ¥ir D. lei- 
si/ztechtairar/;/ si» g(o)hairm araibe Oill(ill) 7 M. 7 ¥crghus 
7 maithi f(er) nEr(enn) 7 ro'mnàis angilla audub(air)t F(er) . 
D. ris. is annsiw [cuiris] [a del.] Oill(ill) arighi 7 arotaisigh 7 
alatha f(er)ai«d cuigi 7 doiwdis s'in doib Et is(e)d/; adubrad^r 
uili datuiti cacli re fer acu nifuicfimaid comr(a)g nadeisi de- 
glœch ut gan heth agafechai» 7 doco;//airlidhar a»gillada àocuir 
le tairb 7 le tai» rompo go Cru:\ch:\iii 7 iad fei« doa;/mai;z 
refechai/z anco;nraig 7 reforcoi/ned fos (/. 2 a) adub(air)t Ffr- 
gus m(a)c R(oich) n(a)c/? r(fl^)cadis le dui;/e airbr//; aiin ac/;/ 
monadechadais, 4. holl co/Vidh Er(enn) uile ann uair is dei- 
min leam n(a)c/; bia do ncn nadoniach/« anxii duiiie ardo?;/an 
fostog(udh) C. c. acht goclui;ïe atairbh 7 atai;/ dobmth uada. 

[57]. H. 2. 12. IMtz^j-a C. c. doeirigh go;;/och i;/lasi« uair 
ba[leis] eirgi ard//s dindsaigi incowraig i//lasi//. Et ni reirigh 
F(er) D. gowoch inhslii 7 dobid C. c. agar(a)d/; reLa2gh. is 
fodaata F(er) D. anri^mais i/zco/;zlai;/d 7 iHco;;îraig. Narab tada 
lethsn e air Lœg oirnifoda bias ategma/V Et ata se cugad F(er) 
D. 7 tabair \et du'md atoitim 7 atuarusgb(ail) 7 t(u)c atua- 
rM5b(ail). dob(er)imsi ahaithne ann. iir sïn ar C. c. .i. is lond 
leogmui;î le bas; urlamh dind Domnan» dai2;h fer falc fala 
F(er) D. dithmilzW/; m(a)c Dawaiw dreach d^rg dogawanraigh 
Inus Downaill. Et is mairg teid andail m ki^ich sin 7 met amen- 
wan 7 luas alam crwas acmidi bailci abuille. 

[58]. H. 2. 12. IS an/zsi/z adub(air)tC. c. reF(er) D. nircoir 
duitsi \.Qd.cht isin comland so airdob( ) adcara 7 adcoigli 7 adco- 
malta bag(a)c/; cartan(a)c/; daceile 7 isana£nleb(aidh) do;zimais 
suan7 coll(adh) 7 fo;-c(e)dul ag Sgath(aigh) 7 ag Uath(aigh). 
leig as aie a Cugugai?z air Ver D. nihurz^ja damsa ga/z cosnam 
lem cairdib 7 nacuiwniigh comanw nacaradmgh na cowtanM,jdam 
festa oir ce cuiwnighi ni coib^ra tu, doedarmarne am. dob( ) 
ortsa s\n ar C. c. gr^^d Fi«dabhr(a)c/; 7 brt'ga M(edba) 7 
bud n(em)tsomai7zeach duitsi s\n 7 nicoir dyit tea^/;f isincom- 
rug so. is firsi;z air Yer D. nara coir damsa comlan;/ na com- 
lag rem gilla fein na remarraidh. oir i/ztan dobamairne agre/z 
foghlaim gaisgidh istusa faharad carbfaid) damsa and. IS cora 
damsa ar Cu. c, uair isromatsa ataitar[ ] 7 ^r[ ] ar- 



& 



3 2 Nettbii. 

neich 7 arn(e)c/;radh arseoid 7 arsarmaine 7 arseni«dm«5a 7 
isti/^a tai?zig acrich coranwcair acein darnindsaighi 7 nabid do- 
gra nadomen/;/a agutsa r'iuni a F/V D. ar C. c. oir ni ci»d- 
î{e)ch me riut. 

[59]. LL. 84 b 51-85 a 3. // 2, 12. Et caisgid arar(i)cam 
aniugh a ¥ir D, ar C. c. letsa dorogha gaisg/Vi[h] ar ¥cr D. oir 
iswisi dorug roga ane. 

Eg. 106 and 209 = LL. (84 b 50-85 b 40 and 47). 

[60]. H. 2, 12. Cid tmcht tiagaid araclesaibii g. 7 g. 7 
dobadar orosin oborb tsoillsi namaidne {Ms. maîdne) muichi 
gotaiwig medon Ix 7 lan soillsi conarha leir dferaib Er(enn) fos 
gnuis eich na gilla na cura na catbm'ûidh d[ib] reisi;î resin le- 
hiumad na clés uathu Et cuca 7 acu. Ni fuilech angaisgi so a 
¥ir D. air C. c. 7 anail let sgur de so. asail antrath bus ail 
lets3. ar F. D. ISandsiw doch«/;'eadar acleasa g. 7 g. uata 
alamhaib angilla. 

[61]. LL. 85 a 3-47. H 2, 12 : 7 dogabad^;- dasgiath aille 
œn geala 7 da cloigeim orduirn indtlais 7 amaiwisi mora 
muirn(e)c/;a W/;an glasa analamaibh leo 7 d[ ]e«sad it:n(a)c/; 
c'md righed dibh gotangadar nahaibne fola t[ir] dtrgi ahina- 
dhaibh nasleg tada febwrglas gorab urd^rg intath si;; taraneis 
Et doc;i;Veadar alama gasda gelmeracha da cloigimib co'in- 
deallt(a)c/;a c;-;/aidgera Et robean g(a)cZ; ïer dib uru;ida fedma 
lir do Civbaibh fola 7 feola dib Et dobadur marsin rehead i;?- 
ca^m kiî gotai;;ig dcredh i;;lai dani;;dsaighi. IS andsi;; doc/;/;'ea- 
dar nagilla goha£ni;;ad 7 naheich goha^n sgur 7 iadfei;^ goktn 
pubul cofliilid f/-/chnu;;;ach go foithmicib c;7a 7 golebaid ur- 
luacni 7 golosaib ici 7 le(gis) og(a)c/; ïcr dib daceile. 

Eg. 106 and 209 = LL. (237 adbeart an laoi an;^ leigem 
(25); Eg. 209 et adubhairt an rann — comhchluidhthe. fria 
formnadh feaidhm — 25 o ros cathar ndeilm; 36 ioptha et 
orrthanna; 209 ioptha et arran;2a); /. 40 Cach — 47 aidche: 
V /;; Eg. loé and 209. 

^ Max Nettlau. 

(A suivre). 



LES BRACAE ET LES HOSAE 

COMMUNICATION 
FAITE A l'académie DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES 

Da7is sa séance du 2 mars iSSS. 



M. d'Arbois de Jubainville a £iit dans une précédente 
séance un appel aux archéologues : il a demandé si l'examen 
des monuments confirme la distinction qu'il a faite, d'après les 
noms qui les désignent dans les langues celtiques et germa- 
niques, entre les hracae et les hosae, les deux termes s'appli- 
quant également à un vêtement qui couvre les jambes. Les 
hracae seraient des pantalons longs ou courts, flottant sur la 
jambe, les hosae des pantalons qui la couvrent toute entière, 
liés à la cheville ou même se projongeant sur le pied ^ 

Notre confi"ère a cité pour exemple les Barbares figurés sur 
la colonne Antonine. Ces bas-reliefs de la colonne Antonine ne 
nous sont connus que par des gravures de la fin du xvii" siècle 
(l'ouvrage qui les contient a été publié en 1704-) et elles n'ont 
pas malheureusement dans les détails la précision nécessaire 
pour résoudre des problèmes tels que celui qui est en ce mo- 
ment posé. Mais la colonne Trajane est véritablement à notre 
disposition. Nous avons, des sculptures qui la couvrent, des 



1 . Voir les Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et 
Belles-Lettres, année 1888, séance du 6 janvier, p. lo-ii. 

2. Columna cochlis M. Aurelio Antonino Jugusto dicaîa... Notis J.-P. Bel- 
lorii illuslrata et a P. Sancto Bartoîo, . . aère incisa. Rome, 1704. 



Revue Celtique, XI. 



54 E. Saglio. 

moulages et des photographies^ où se voient figurés, avec toute 
la netteté possible, les pantalons portés par les Barbares que 
les armées de Trajan rencontrèrent au delà du Danube. 

Ces pantalons descendent de la ceinture au pied, le plus 
ordinairement serrés à la cheville, autour de laquelle ils for- 
ment quelquefois un bourrelet; mais souvent aussi ils sem- 
blent flotter sur la jambe sans être assujettis en bas par aucun 
hen; d'autres fois encore, le pantalon entre dans la chaussure, 
qui en cache l'extrémité. C'est le cas le plus rare: on ne l'ob- 
serve que dans un petit nombre de figures différant dans leur 
ensemble du costume des populations représentées dans la 
plupart des bas-reliefs. Mais je n'ai pas l'intention, à propos de 
la question soulevée en ce moment, de faire des distinctions 
précises entre les peuples divers, Daces ou Sarmates, Quades 
ou Marcomans, qui ont été figurés sur la colonne de Trajan ou 
sur d'autres monuments. C'est là un problème des plus déli- 
cats, pour la solution duquel je crains que l'on n'ait pas en- 
core réuni des documents suffisants. 

Au même temps environ, c'est-à-dire aux règnes de Trajan, 
d'Adrien et de Marc-Aurèle, appartiennent ces statues de pri- 
sonniers barbares, faites de marbres de couleurs variées, de 
porphyre et d'autres matières précieuses, qui décoraient à 
Rome et dans les grandes villes de l'empire des arcs de triomphe, 
des portiques et d'autres somptueux édifices-. Ces captifs sont 
vêtus de pantalons amples, noués à la cheville comme ceux 
des Barbares de la colonne Trajane. 

Nous possédons des monuments romains plus anciens sur 
lesquels on voit des Barbares et notamment des Gaulois. Les 
braies de ceux-ci ne diffèrent pas des pantalons des Daces et 
des autre» peuples représentés dans les sculptures des colonnes 
de Trajan et de Marc-Aurèle. Dans celles de l'arc de triomphe 
d'Orange, par exemple, on peut remarquer parmi les amas de 
dépouilles des vaincus des braies suspendues toutes droites, 
faisant fiice au spectateur 5 ; on y voit très bien que ce vêtement, 

r. W. Froehner, La Colonne Trajane d'après le surmoulage exécuté à Rome 
en 1861-1862, reproduite en phoio-lypographie par G. Arosa. Pins, 1872. 
2. De Clarac, Musée de sculpture, pi. 852-854 c. 
^. Cmsût, Monuments antiques d'Orange. Vaûs, 1856, pi. xvi. 



Les Bracae et les Hosae. 35 

large à la taille et maintenu par une ceinture garnie d'un an- 
neau ou percée d'un oeillet, allait se rétrécissant vers le bas, 
où il n'a que l'ouverture nécessaire pour passer le pied. Sur 
un autre monument un peu moins ancien, le sarcophage du 
musée du Capitule, connu sous le nom de sarcophage de la 
Vigna Amendola^, des Gaulois, bien caractérisés par toutes les 
pièces de leur costume national, portent des braies resserrées 
au-dessus du pied, mais sans attache visible. 

Le sculpteur de ce monument et ceux qui ont travaillé aux 
colonnes commémoratives des victoires de Trajan et de Marc- 
Auréle paraissent s'être efforcés de fliire reconnaître les peuples 
vaincus par leurs traits vraiment caractéristiques. Ailleurs ces 
traits sont plus effacés, et les artistes qui ont travaillé pour les 
Romains, comme leurs devanciers en Grèce, se sont souvent 
contentés de reproduire un type général du Barbare fixé par 
une constante tradition. Or, pour les Grecs et pour les Ro- 
mains, il n'y avait pas de signe qui fit plus expressément re- 
connaître un Barbare que le pantalon. Ils avaient été fi"appés 
de l'habitude qu'avaient les peuples de l'Asie et du nord de 
l'Europe de couvrir toutes les parties du corps et particuliè- 
rement les jambes, qu'eux-mêmes ils gardèrent nues jusqu'au 
temps où, amenés par la guerre et par la conquête dans les 
pays des Barbares et y demeurant avec eux, ils durent se plier 
comme eux aux nécessités du climat. Dès lors, les soldats 
romains portèrent une culotte serrée autour de la taille, pro- 
bablement par une ceinture semblable à celle des braies gau- 
loises et descendant un peu au-dessous du genou. Ce vêtement 
est firéquemment représenté sur les monuments de l'Empire. 
C'est celui qu'on voit constamment représenté dans les bas- 
reliefs de la colonne Trajane. 

Je citerai encore les sculptures qui décorent la colonne de 
Théodose. La meilleure reproduction que nous en possédions 
est une suite de dessins appartenant au Musée du Louvre de 
la main d'un artiste habile du xvi"-' siècle (peut-être Battista 
Franco), qui lui-même les aurait copiés sur ceux qu'avait exé- 
cutés Gentile Bellini pendant le séjour qu'il fit, on le sait, à 

I Monuments de l'Institut de correspondance archéologique, I, pi. xxx. 



-,6 E. Saglio. 

Constantinople. Ces dessins ne manquent pas de précision 
dans les détails ; on peut y avoir confiance au moins pour la 
manière dont y sont représentés, dans de nombreux exemples, 
qui se contrôlent en quelque sorte, les pantalons des Barbares, 
Goths ou Sarmates, conduits captifs dans le cortège triomphal. 
Ces pantalons sont extrêmement amples. On se rappelle en 
les voyant ce que dit Lucain de ceux des Sarmates et des Van- 
gions M « Et qui te Iaxis imitantur Sarmata braccis, Van- 
giones » . Ils rappelleront aussi, à ceux qui ont visité les pays 
voisins du Danube, les larges braies dont les hommes y sont 
encore aujourd'hui vêtus, si larges et si flottantes qu'on les 
prendrait, quand les jambes sont réunies, pour un jupon. Pour 
faciliter leur marche, les prisonniers les ont relevées au 
moyen d'une et quelques-uns de deux jarretières. 

Bien avant le règne de Trajan des Romains avaient adopté 
les braies, mais seulement dans les provinces où elles étaient 
d'un usage général; aussitôt qu'ils quittaient ces provinces, ils 
abandonnaient le costume étranger. Calcina, au miheu du 
I" siècle, se plaisait à porter les braies et la saie gauloise, 
mais il excita les murmures quand il osa, en Italie, s'adresser, 
vêtu comme un Barbare, à ceux qui portaient la toge: « ... in 
superbiam trahebant quod versicolore sagulo, braccas, indu- 
mentum barbarum, indutus, togatos adloqueretur - ». Cepen- 
dant, sous des princes d'origine barbare, la mode des bracae 
s'implanta à Rome et l'on y vit de nombreux tailleurs appelés 
bracarii; mais l'opinion semble avoir toujours résisté à cette 
altération de l'ancien costume romain. Une loi d'Honorius, de 
l'an 397, interdit le port des bracae à l'intérieur de la ville 
(intra urbem venerabilem). Peut-être faut-il voir dans cette loi 
moins une protestation contre une mode à laquelle les yeux 
étaient trop bien accoutumés, qu'une défense contre l'envahis- 
sement de Rome par les Barbares. 

Dans aucun des monuments que j'ai cités je n'ai rencontré 
ce qui peut motiver la distinction proposée entre les bracae et 
les hosae; car on ne peut faire de différence entre des pantalons 



1. Phars., I, 430. 

2. Tac, Hist., II, 20. 



Les Bracae et les Hosae. 37 

serrés à la cheville, quoique sans lien apparent, et d'autres 
visiblement noués et formant un bourrelet au-dessous du 
cordon qui les assujettit ; c'est le même vêtement, auquel on 
n'a pas sans doute donné deux noms. 

M. d'Arbois de Jubainville a bien voulu me dire que l'idée 
de la distinction qu'il a faite lui est venue en voyant, dans 
Y Histoire du Costume en France de Jules, Quicherat (p. 11), la 
représentation de braies assez bien conservées découvertes 
dans les tourbières de Thorsbjerg en Jutland. Qiiicherat y 
reconnaissait une pièce du costume celtique, auquel, dit-il, 
les Cimbres de la péninsule danoise restèrent fidèles jusqu'à 
leur extinction. M. Lindenschmit^, le savant conservateur du 
Musée de Mayence, est disposé à considérer ces braies et 
d'autres parties de vêtement trouvées dans le même endroit 
comme le produit de fabriques romaines provinciales tra- 
vaillant pour les habitants (romains ou non) des pays du nord. 
Il n'importe, nous avons sous les yeux un exemple de braies 
descendant jusqu'au pied, avec un appendice cousu qui s'avance 
comme une espèce de guêtre sur le haut du pied. Mais il faut 
remarquer que l'étoffe dont est fait cet appendice n'est pas 
semblable à celle du pantalon. Le tissu en est plus fin, et l'on 
admettra difficilement qu'il fût destiné à protéger le pied à la 
fliçon d'une guêtre contre le froid, l'humidité et les accidents 
du chemin. Je crois plutôt que ce prolongement devait être 
introduit dans la chaussure, comme on en voit des exemples 
sur la colonne Trajane, et l'on jugera sans doute que cela 
n'était pas inutile avec le soulier des peuples germaniques et 
celtiques, lacé sur le haut du pied et qui le laissait souvent 
en partie découvert. 

C'est d'une matière plus résistante, de cuir, de feutre ou 
même de peau crue, que l'on devait foire des chaussures vrai- 
ment propres à garantir les jambes contre les heurts et contre 
les intempéries : tels furent les cinbades et les enâromides des 
Grecs, les cothurnes de chasse, les udones, les inipilia, les ti- 
bialia, les ocreae des Romains, telles les beuses du moyen âge, 
qui étaient de hautes guêtres ou des bottes portées par-dessus 

I. Handhuch der dculschen Alterthimshuude,\, p. 338. 



38 E. Sjglio. 

les chautses. Les distinctions qu'on peut faire entre tous ces 
noms mériteraient d'être le sujet d'une étude spéciale. Je ne 
veux en ce moment que me rendre compte du rapport qui 
peut exister entre les heuses dont le nom vient se placer natu- 
rellement ici, et les hosae, dont il s'agit de déterminer la diffé- 
rence avec les hracae. 

J'aurais souhaité que M. d'Arbois de Jubainville eût bien 
voulu indiquer les textes les plus anciens où il a rencontré le 
mot hosa ou osa. Pour moi je n'en connais pas où il se trouve 
avant la fin du vi'' ou le commencement du vif siècle, c'est- 
à-dire après les grandes invasions et l'établissement définitif 
des Barbares dans les anciennes provinces de l'empire romain. 
Isidore de Séville^ nomme, sans les décrire, dans le chapitre des 
calciamcnta, les ossae, nom dans lequel on peut reconnaître, et 
l'on a reconnu en effet une orthographe défectueuse de osac-. 
L'empereur Maurice, vers la même époque (vi^-vii^ s.) appelle 
les hosae un vêtement gothique (L>:-:âp'.a ';z-b':/,y. 3). Warnefried, 
Paul Diacre -1, un siècle plus tard, mentionne à son tour les 
hosae dans une phrase qu'il convient de citer toute entière. Il 
parle des Lombards, ses compatriotes, dont il compare le cos- 
tume au vêtement ample des Anglo-Saxons. Leur chaussure, 
dit-il ensuite, était ouverte presque jusqu'au bout de l'orteil 
.(c'est le soulier découvert des peuples du Nord, très différent 
de celui des Romains), et il ajoute : « Postea cœperunt hosis 
uti, super quos equitantes tubrugos birreos mittebant; sed hoc 
de Romanorum consuetudine traxerunt. » (Après cela 'is 
commencèrent à se servir de hoses, par-dessus lesquelles, p.,Lr 
monter à cheval, ils mettaient des tubruques de bure; mais 
c'est là un emprunt qu'ils firent aux usages romains). 

Qu'est-ce au juste que les Lombards empruntèrent aux Ro- 
mains ? Il est clair que ce sont les hosae, ce ne sont pas les 
trabuques ou tubruques (tuhrugi). Pour ce dernier mot il n'y 
a aucun doute; l'explication qu'en donne un contemporain, 

1. Orig., XIX, 34, de Calciamentis. 

2. Du Gange, Gloss. inf. lut. s.v.osa; Quicherat. Addenda kx. lat, 

p. 198. 

3 . Strat., p. 302. 

4. P. Diac, IV, 28. 



Les Bracae et les Hosae. 39 

Isidore ^, la signification qu'il a gardée aux siècles suivants, 
mais surtout l'emploi ici indiqué par Paul Diacre fait bien 
comprendre qu'il s'agit de bas ou de bottes de laine épaisse, 
tirés par-dessus les hoses, de véritables houseaux ; on les met- 
tait pour monter à cheval. 

Mais alors que sDnt les hosae, dont le nom paraît indiquer 
plus précisément encore la botte ou la grande guêtre qui s'est 
toujours appelé heuze et houzeau ? Il y a parenté manifeste 
entre les termes ou, pour mieux dire, c'est le même mot qui 
s'est perpétué depuis l'antiquité avec la même signification. 
Chez les peuples germaniques et Scandinaves, bose, a toujours 
désigné un long bas montant jusqu'au genou, broche hruch, 
brœker, un caleçon ou un haut-de-chausse descendant quel- 
quefois plus bas, ce sont les bracae. Il est vrai que le mot ho- 
sen a pris en allemand le sens général de pantalon ; mais il 
ne l'avait pas encore au moyen âge. Le sens du mot a pu 
varier de même avant de se fixer une première fois. Isidore, 
on l'a vu, place les osae parmi les cakiamenta. L'empereur 
Maurice en parle comme d'un vêtement de corps, un ciiictiis, 

Il fliut se rappeler ce que l'on sait de précis au sujet du cos- 
tume des Lombards. Le même Warnefried- nous apprend que 
dès avant leur arrivée en Italie au vi^ siècle, ils enveloppaient 
leurs jambes jusqu'à la hauteur du genou de chausses ou de 
bas de couleur blanche ou laissaient le genou nu comme les 
Anglo-Saxons, les Burgondes et quelques tribus franques. Dès 
lors aussi, sans doute, ils portaient comme ces peuples des ca- 
leçons ou des braies; ils en avaient au moins dès le vu" siècle; 
Paul Diacre 3 les appelle fcnioraJia; mais ces braies étaient 
courtes, puisqu'elles laissaient les genoux découverts ; peut-être 
comme ces braies que l'on voit encore figurées dans le cos- 
tume des Normands sur la tapisserie de Bayeux, qui sont fort 
amples, mais ne tombent pas plus bas que le genou. Ce sont 
donc, je le pense, les longs pantalons^ alors d'un usage général 



1 . Ori^., XIX, 22, 30. 

2. P. Diac, I. 24. 
?.V, 58. 



40 E. Sai;!io. 

en Italie, que les Lombards se sont appropriés pour compléter 
leur ajustement et que leur historien désigne par le nom de 
hosae. 

Il ne faut pas trop demander au latin des écrivains des pre- 
miers siècles du moyen âge. Ils ont mêlé et confondu plus 
d'une fois les termes qu'ils employaient ou n'ont pas su 
trouver pour les mots de leur propre langue qu'ils avaient à 
traduire des équivalents suffisants. Mais la persistance à travers 
les siècles de dénominations qui signifient les mêmes choses 
est une indication plus sûre. On vient de voir que le mot 
hracac a toujours été le nom d'un pantalon, long ou court, 
tantôt s'arrêtant au genou, tantôt descendant jusqu'au pied ; 
hose a pu avoir anciennement, comme il a encore dans les lan- 
gues germaniques, la même signification; mais il a dès les pre- 
miers temps où on le rencontre et il a toujours gardé une 
autre acception : c'est une chausse étroite haute ou basse, 
puis la botte ou la guêtre qu'on a nommé Ikuslï ou boiiscau, 
recouvrant le bas de chausse. 

E. Saglio. 



A NOTE ABOUT FIACHA MUILLETHAN 



From Prof. D'Arbois de Jubainville's Essai d'un catalogue 
de la littérature épique de l'Irlande, p. 141, I learned the exist- 
ence of the following note, which is hère tninscribed from a 
photograph of p. 337 of the Book of Lecan, a ms. in the 
library of the Royal Irish Academy. The note illustrâtes the 
behef in lucky days. It also gives an instance of the power which 
in the times of paganism Irish fathers appear to hâve exer- 
cised over their daughters. A parallel may be found in the 
Book of Ser Marco Polo, Book II, c. 47, where he says of the 
people of the province of Caindu : « No man considers him- 
self wronged if a foreigner, or any other man, dishonour 
his wife, or daughter, a sister or any woman of his family; 
but on the contrary he deems such intercourse apieceofgood 
fortune. And they say that it brings the favour of their gods 
and idols, and great increase of temporal prosperity. » And 
see Colonel Yule's note 3, vol. II, p. 48, ofthe second édition. 

The epithet muillethan, rectius muill-lethan « broad-crown- 
ed » is interesting as preserving the Irish reflex of the A. S. 
molda or molde « the top of the head » and the Skr. mûrdhan 
« the head » . From mull are derived mullach « hill-top » and 
mullôc « the cover of a paten » . 



BOOK OF LECAN, P. 337, COL. 2. 

Doluid Eogan Mor mac Aililla Vluimm do chath Muigi Mu- 



42 Whitlev Stokes. 

craime. Feraid aigideçht ^ i tig Threith mcic Da Chrega in 
druad. I CarnFhearadaichbai teach Treith^, 7 bai ingen illdeal- 
bach aici .i. Moncha a hainm. Rochuindich Eogan a ingen 
for Treith in aidclii sin, 7 adbeart in Treith fria ingin techt il- 
lebaid 3 Eogain, 7 adb^rt fria co mberad mac d'Eogan 7 com- 
[b]ad ri Mwman in mac sin 7 com[b]ad rigda a cland dia eis, 
7 nod-mw/rfidea he fen i cath Muigi Mucrama. 

Faidid-i Moncha la li-Eogan iarsin, 7berid mac hi cind .ix. 
mis .i. Fiaciia Muilleathan a ainm, ar intan tanic goa lamnad 
adbeart in drai fria : « Mad iniu > b^'ra do matcbid cland druad, 
mad imarach hcrà, bid rig in mac 7 bid rigda a cland. » 

« Mina thi », ar si, « trem thcTb-sa, ni tharga in chonair 
choir coamairech ». 

Beirid Moncha a mac iarnamaireach la t//rcbail ngmni, 
uair^ is airi fa « Muillethan » [fair] uair roleth a cheand for- 
sin cloich, 7 maraid lathrach a chind forsin cloich beos. 

Gabais Fiacha Muillethan flaithiwi Muman iar Cornwc Cas 
mac Aililla Uluimin, 7 is 'na re tanic Cormflc hua Cuind for 
sluaiged a M/^main co Druim n[D]amgairi .i. Long Qiach in- 
dala hainm, cor'gob forbaisi and sin (or Mwmnechaib, co ndea- 
chas o Fhiachaig 7 Muilleathan co Mog Ruith. Is and bai side 
in[D]airpri, 7 tucad do a roga do thirib M//man ar thoideacht 
donchath. Co tanic Mog Ruith iarsin don chath, 7 romemaid/ 
for Covmac 7 for Leath Cuind tre thegasc Moga Ruith, 7 tue 
Cormac geill do Fhiachaig^ Muillethan. Conad and adbcrt 
Feidlimid mac Crimthain : 

Fiacha9 Muilleathan maith-rig 
a hiathaib Lai il-leitrib Crai, 
tucad geill do a Temraig '° thren 



I . 


Ms. aidigecht 


2 . 


Ms. treich 


3 • 


Ms. illebaig. 


4 


ior failli, root svap. 


5- 


Ms. iniug 


6. 


leg. ocus. 


7- 


Ms. romebaid 


8. 


Ms. fiachaid, with dotted f. 


9- 


Ms. fiachaid 


10. 


Ms. tcniraid 



A Note about Fiacha Muilleihan. 4J 

co Fafaind reill. co Rath nai. 
roslecht do ri[g] Thigi Duind, 
Corm^zc hua Cuind cid rom lai. 

Fiacha Fear da liach ainm aile do .i. liach do cach ecbt do- 
rala do .i. mor in t-echt dosom .i. marbad a athar i cath la 
M^7c con 7 marb[ad] a mâthai dia breith. Finit. 

Translation. 

Eogan the Great son of Ailill Bare-ear went to the battle 
ofMagh Mucrame ^ He getteth guesting in the house of the 
wizard Treith son of Dd Crega. On Carn Feradaich^ was 
Treith's house, and he had a very comely daughter, named 
Moncha. Eogan asked Treith for his daughter for that night, 
and Treith told his daughter to go into Eogan's bed. And he 
said to her that she would bear a son to Eogan, and that that 
son would be king of Munster, and that his children after 
him would be royal, and that Eogan himself would be slain 
in the battle of Magh Mucrame. 

Thereafter Moncha sleeps with Eogan, and at the end ot 
nine months she bears a son whose name was Fiacha Broad- 
crown. For when she went to bring him forth the wizard said 
to her : « If thou bear thy son today he will be (only) a wiz- 
ard's child; but if thou bear him tomorrow, the boy will be 
a king and his children will be royal, » 

« Unless », she saith, « he shall corne through my side, he 
shall not go the proper way till the morrow » >. 

On the morrow, at sunrise, Moncha bears her son, and he 
was called « Broadcrown », because his head flattened on the 
stone [on which his mother sat in order to delay his birth,] 
and the site of his head still remains on the stone. 



1. Said to hâve been fought A. D. 195. 

2. In Munster, see O'Donovan note 9, Four Masters, A. M. 3656. 

5 . Hère there is a gap in tlie taie. According to Keating (O'Mahony's 
translation, p. 316). Moncha then « went into a ford upon the river Siuir, 
which flowed by her iather's dwelling, and there sheremained stationary, 
seated upon a stone. And when the auspicious hour had arrived, she carr.e 
forth out of the river, gave birth to her son, and then died immedialely 
on the spot. " 



44 Whitley Stokes. 

Fiacha Broadcrown assumed the lordship of Munster after 
Cormac Cas son of Ailill Bare-ear; and in his time it was that 
Cormac, grandson of Conn [of the Hundred Battles] came 
on a hosting into Munster as flir as Druim Damgaire, the other 
name whereof was Long CHach. And there he began invading 
the Munstermen, so that Fiacha Broadcrown sent [for aid] to 
Mogh Ruith [the wizard,] who then dwelt in Dairbre ^ And 
for coming to the battle there was given him his choice of 
the lands of Munster. So after that Mogh Ruith came to the 
battle, and Cormac and Conn's Half- were routed through 
Mogh Ruith's teaching, and Cormac gave hostages to Fiacha 
Broadcrown. Wherefore Feidhmid son of Cremthann said : 

Fiacha Broad-crown, excellent king, 

From the lands of Lee3, on the slopes of Crai, 

Hostages were brought to him from strong Tara . 

To famous Fafann, to Rath Nai. 

To the king of Donn's House "■■ knelt 

Cormac, Conn's grandson, though... 

Fiacha Fer dà liach, « Man of two sorrows », was another 
name of his, to wit, a grief from each misfortune that hap- 
pened to him (great the misfortune to him), namely, the kil- 
ling of his father in battle by Mac Con, and the killing of his 
mother by bringing him forth. Finit. 



So in a poem preserved, in the Book of Leinster, p. 147'% 
Ailill Olomm says to his grandson Fiacha : 

Da liach deit a n-éc... 
t'athair is do mathair... 
gaet in fer i cath, 
marb in ben dot breith. 



1 . Now the Island of Valencia, co. Kerry. 

2. i. e. the northern half of Ireland. 

5 , Lai, now writen Laoi , a river in Munster. 

4. Tech Duinn now called the Bull Island, otî Bantry B;iy. Sec Chronicon 
Scotorum, éd. Hennessy, p. 12. 



A Note ahoiiî Fiacha Muillelhan. 45 

that is : 

Two sorrows to thee their death : 

Thy fluher and thy mother. 

The man was slain in battle. 

The woman dicd of bringing thee forth ^ 

Whitley Stokes. 

London, 19 sept. 18S9. 

I. Compare O'Clery's Glossary, s. v. Liach, Revue Celtique, t. V,p. ij* 



ANCIENS NOELS BRETONS 

Traduction ' . 



XVÎI '- 

222 Chantons Noël au Roi des Anges avec foi et parfait amour ! 
Un enfant aimable a été mis au monde heureusement 
Par une Fille pure qui a été préservée de tout péché, 

[soyez-en certains. 

223 En fâcheux état, par suite du péché d'Adam, nous étions 

[destinés à cause d'un morceau coupable 
A être sans soutien dans la douleur, dans l'enfer glacé, 

[dans la peine, 
En attendant que dans la fidèle Marie vint la seconde 

[Personne [de la Trinité]. 

224 II y eut cinq mille ans d'angoisse et d'ennuis à attendre 

[Dieu ; 

A mesure que [les hommes] mouraient, ils allaient au feu, 

[tourmentés tout de suite par Satan ; 

Jésus est venu, notre crime est efflicé, et nous sommes 

[rachetés de l'enfer. 

225 Une Vierge sans feinte — comprenez, croyez cela — par 

[humilité 

1. Voir le commencement de cet article aux pages 1-91 et 288-319 du 
précédent volume. 

2. Sur l'air Urhs heala Hierusaîein. 



ANCIENS NOELS BRETONS 

Texte. 



XVII ^ 

222 Quenomp Nouel da Roue'n Aelez gant feiz ha carantez 
Ganet eo sur gant eûr mat hegarad un crouadur [pur ! 
Gant un Merch scier so preservet a pep pechet, bezet sur. 



223 En drouc stat dre pechet Adam ez oamp dre un tam blam- 

[met 
Da bout en hyruout hep souten, en Ifern ien, en penet, 

En désir en Marv guirion han eil Person da donet. 



224 Pemp mil blizien ancquen a voe oz gortoz Doue enouet; 

Beb maz marnent ez eant dan tan buhan gant Sathan poa- 

[niet; 
lesu so deuet, lamet hon crim, maz omp an lim redimet. 



225 Vn Guerches hep fent, ententit, crédit, dre humilité 



I . Nouel voar ton Urbs beat a Hierusalem. 



^8 H. de La Villemarqué . 

Conçut Jésus [venu] du ciel qui paya notre dette sur la 

[croix ; 
Un Ange, avec une grande joie, lui avait révélé cette chose. 

22e La naissance de Jésus est merveilleuse outre mesure : 
Par la volonté de Dieu le Père, il fut conçu, enfant, 

[d'une jeune et bonne Vierge 
Qui conserva sa virginité sainte quand elle l'enfanta, je 

[vous assure. 

227 Le premier lit que Dieu eut fut une étable, pas autre chose ; 
Il naquit de Marie en terre dans une masure, une écurie 

[froide, 

Et ce fut entre des animaux, — comprenez-le bien — 

[lui notre Roi, Dieu et homme. 

228 Mais en même temps les Saints Anges, comme il convenait, 

[vinrent du Paradis 
Vers le Dieu-homme qui devant eux reposait dans une 

[étable. 
Pour célébrer le doux Roi du Ciel du haut des airs, à 

[minuit. 

229 Aussitôt du Ciel près de lui se leva une brillante étoile 
Pour rendre un témoignage certain à notre Dieu et à la 

[bienheureuse Marie, 
Et vers elle vinrent les Trois Rois avec des offrandes pour 

[Dieu le Roi du monde. 

230 Par les Saints Anges fut chanté aux Bergers — le beau 

[chant! — 
« Honneur et gloire à Dieu ! et à Marie : Gloria ! » 
Ils chantaient le petit Enfant, et faisaient fête au Roi des 

[Saints. 

231 Jésus est venu se faire homme et nous racheter de la 

[souffrance ; 



Anciens Noëls bretons. 49 

Jésus an eff a conceuffas a paeas en croas hon die ; 

Dezy an Eal a reuelas gant un joa bras an dra se. 

226 An nativité a Jésus so maruaillus dreyst musur : 
Conceuet Guerch gant un merch mat a perz Doue'n Tat, 

[crouadur, 
En he guerchdet glan ez manas pan ezganas, me hozassur. 

227 Quentaff guele en deffoue Doue un presep voue, ne voue 
Ganet en douar gant Mary en coz ty, merchaucy ien [quen; 

Entr'en mylet, ententet, voue, hac enfF hon Roue, Doue 

[ha den. 

228 Maz deuez yuez an Aelez mat dereat an Barados 

Bete Doue ha den rac enep en un presep oz repos, 

[nos 
Da meuHff Roue'n Tron deboner, dyouz an aer, da hanter 



229 Quen buhan en enff e queffuer ez scauas scier un steren 
Euyt reiff certes ^ testeny hon Doue ny gant Mary guen, 

Maz deuez bet enn y an Try Roue da proff da Doue Roue 

[an glen. 

230 Dr'en Aelez glan ez voe canet dan Pastoret — caezret 

[tra ! 
Da Doue enor ha jolory ha da Mary Gloria; 
Dan Mabic bihan ez canent hac ouz Roue'n sent ez grent 

[joa. 

23 1 Deuet eo Jesu da bout humen hac[a] ancquen don prenaff; 



I . Liseï certen. 

Revue Celtique, XL 



^0 H. de La Villemarcjué. 

Parmi les Juifs, par leur fait, il a été étendu sur une croix 

[de bois, 
Et il est mort durement pour nous, en souffrant la peine 

[la plus grande. 

232 Rendons honneur et gloire avec mille louanges à Marie; 
Adressons-lui nos requêtes, prions-la qu'il lui plaise de 

[supplier 

Jésus, le fils de Dieu, le vrai roi du Ciel, de nous pardonner 

Amen! [en Léon. 



XVIIP 

233 Chantons Noël ! Noël saintement, en toute humilité, 
A la Vierge excellente qui nous a présenté 

Un petit Enfant qui va sauver le monde : 
[Rendons] grâce à la Dame qui a été l'instrument de son 

[avènement. 

234 A cause de notre père Adam nous étions condamnés 
Aux peines de l'enfer, noires, sombres et dures ; 

De nous, ô roi des Anges, vous avez eu pitié : 
Rendons grâce à la Dame... 

235 II y avait cinq mille ans entièrement passés 
Que chacun restait au miheu du feu ; 
Alors le doux Jésus est venu de Nazareth : 
Rendons grâce à la Dame... , 

236 Sans lumière ni feu cet Enflint-ci est né 
Dans une écurie froide où n'habitait personne. 

D'une douce Vierge incomparable, par amour pour nous : 
Rendons grâce à la Dame... 



I . Sur l'air Sacris Soknnis (sic). 



Anciens No'éls bretons. . , 

Entr'en Juzeuyen dre ho penn en croas pren e astennaff, 

Hac euid omp garo ez maruas, poan a souffras an brasasff. 

232 Greomp enor ha gloardaMary ha meuleudy an mu3diaff; 
Entromp requetomp, pedomp hy mar plig gaty suppliaff 

Jesu Map Doue, guir Roue an Tron, e Léon don pardo- 
Amen! ["n^ff. 



XVIII J 

233 Quenomp Nouel ! Nouel santel dre vuheltet 
Dan Guerches excellant he deues presantet 
Deomp ny un Map byhan a saluo breman an bet 
Trugarez an Ytron so moyon de donet. 

234 Dre pen hon tat Adam ez viomp condamnet 
Dan poaniaou infernal, du, tenffal ha calet; 
Ouz omp, Roue an Aelez, truez oz eux bezet : 
Trugarez an Ytron... 

235 Coude pemp mil blizien a yoa plen tremenet 
A pan oa pep unan en creis an tan manet ; 
Jesu so deuet hep mar douar a Nazaret : ' 
Trugarez an Ytron... 

23 e Hep na goulaou na tan an Map man so ganet 
En un merchaucy ien na chomme den an ^ bet 
Gant un Guerches clouar dispar dre hon caret : 
Trugarez an Ytron... 

1 . Nouel voar ton Sacris sohnnis. 

2. Lise:;^ en. 



J2 H. de La ViUemarqué . 

237 Vierge charmante et sainte, qu'il est étrange de voir 
Hélas ! ce petit Enfant venu au monde ici 

Dans une vile écurie où il y a des bêtes ! 
Rendons grâce à la Dame... 

238 Dans le Temple, par Syméon, à la sage Dame, 
Lorsqu'il y fut porté, certes il fut dit 

Que son cœur serait percé d'un glaive de douleur : 
Rendons grâce à la Dame... 

239 Ensuite la prophétie s'accomplit, 

Sur le mont du Calvaire, lorsqu'il fut crucifié, 
Il racheta là tous ceux qui étaient perdus: 
Rendons grâce à la Dame... 

240 Là, le vrai Roi de la terre, notre ami de Nazareth, 
Souffrit la douleur pour racheter le monde ; 

Et il nous délivra de peines infinies : 
Rendons grâce à la Dame... 

241 O Dame, ô Reine bénie, la demande que vous ferez 
A votre Fils Jésus, ne sera pas repoussée ! 
Heureux notre sort en ce monde depuis qu'il est né ! 
Rendons grâce à la Dame... 

242 O vous l'Impératrice, la Maîtresse des Vierges, 
Dans les cieux vous êtes placée près de la Trinité ; 

En votre corps sans aucun doute II est venu par amour 
Rendons grâce à la Dame... [pour nous 

243 Donc, ô douce Marie, priez avec ardeur 

Pour les pécheurs ; ne laissez personne dans l'affliction. 
Quand le Dieu-Homme est venu nous racheter de peine : 
Rendons grâce à la Dame... 



à 



Anciens Noels bretons. 5 3 



237 Guerches plesant santel, dyheuel eo guelet 
Allas ! an Map bihan e bout aman ganet 
Ez ^ un merchaucy vil maz aedy an mylet ! 
Trugarez an Ytron,,. 



'o^ 



238 En Templ gant Symeon dan Ytron raesonnet, 
Pan voe douguet, hep mar, enffa voe lauaret 
Gant an clezeuff a ceuz he calon esteuzet : 
Trugarez an Ytron... 



*&■• 



239 Goude an profecy a voe peur achyuet, 
E menez Calvary pan voe crucifiet 
Eno ez prenas oll quement a yoa collet : 
Trusarez an Ytron... 



'&' 



240 Eno guir Roue'n nouar, lion car a Nazaret, 
A gouzavas anquen euyt dazpren an bet; 
A poanyou infinit hon genre acuytet : 
Trugarez an Ytron... 

241 Ytron, Rouanez guen, an goulen a menhet 
Digant hoz Map Jésus, ne vyhet refuset ! 

Guen hon bet en bet man pan voe heman ganet ! 
Trugarez an Ytron... 

242 Chuy en Impalaezres, Maestres an guercheset, 
En effaou ez ouch din e quiffin an Drindet; 

En hoz corff hep nep mar ez deuez dre hon caret : 
Trugarez an Ytron... 

243 Rac se, clouar Mary, a devry supliet 
Euit an pecherien ; na list den sourprenet, 

Pan eo deuet Doue ha den don dazpren a penet : 
Trugarez an Ytron... 



I . Liser en. 



54 H. de La Villemarqué. 

244 O Marie, quand viendra le jour de notre mort dans ce 

[monde, 
O Vierge, ô Reine bénie, par la prière que vous ferez : 
A votre Fils Jésus, excusez-nous, s'il vous plaît 
Rendons grâce à la Dame... 

245 Priez surtout, Madame, pour les Bretons, 

Afin qu'en Bretagne ils tiennent bon à leur Foi, à leur 

[Loi toujours; 
Oui, priez Dieu, le Roi du monde, de nous garder de péril! 
Rendons grâce à la Dame qui a été l'instrument de son 

[avènement. 



XIX ^ 

246 Chantons Noèl ! Noël ! Noël ! 

A cause de Gabriel, quand il révéla 

Que le Dieu du Ciel était conçu, [remède. 

Dans le sein de la Vierge pure qui nous porta 

247 Sans nulle douleur elle enfanta 
Dans la vile demeure d'un âne 

Notre vrai Roi charmant, sans eau ni feu, 
Jésus lui-même sur du foin. 

248 Hélas ! de la fin au commencement 
Le Seigneur souffrit de grands maux ; 
Depuis sa naissance, soyez-en sûrs. 

Il ne fit qu'endurer la peine. 

249 Le ciel et la terre brillèrent 
Quand vint le Messie, c'est certain; 
Et dans un beau nuage se leva 
Une grande étoile, je vous l'affirme. 

1 . Sur l'air Ave, fuit prima sains. 



Anciens Noels bretons. j j 

244 Mary, pan duy an deiz hon finuez voar an bet, 

Guerches, Rouanes guen, dren peden ha mennet 
Hac ouz ho Map Jésus, haetus hon excuset : 
Trugarez an Ytron... 

245 Ha ! suppHet, Ytron, euit an Bretonnet, 

Maz dalchint ferm en Breiz ho Feiz, ho Reiz bepret ; 

Pedet Doue, Roue an tyr, ouz piril don myret ! 
Trugarez an Ytron so moyon de donet. 



XIX ^ 

24e Quenomp Nouel ! Nouel ! Nouel ! 

Da Gabriel pan reuelas 
Bezaff Doue an enff conceuet. 
En Guerches net hon remedas. 

247 Hep nep poan houman a ganas 
En abry dyfflas un asen 

Hon guir Roue flour, hep dour na tan, 
lesu e hunan voar an fouen. 

248 AUas ! a dyuez da dezraou 

En deffou'en Autraou poanyau bras ; 
A pan voe ganet, bezet sur, 
Nemet laiir ne enduras. 

249 An enff an douar a paras. 
Pan deuez Messias, a tra sur ; 
Hac en coabren brauff ez sauas 
Vn steren bras, nie hoz assur. 

I . Voar ton Ave, fuit prima salus. 



5 6 H. de La Villemarqué. 

250 Pendant treize jours de grands Rois, 
[Venant] de très loin, s'avancèrent religieusement; 
D'Orient ils venaient joyeux, 

Sans mentir, pour voir Notre Seigneur. 

251 Pour offrir de riches présents 

A leur vrai Roi, comme bienvenue 
Vinrent ensemble, n'en doutez pas. 
Ces trois Rois, trois amis aimables. 

252 Jésus, sur la croix nous racheta tous 

Et sages et fous, de peur que nous ne fussions 
Afin de nous tirer de peine. [perdus, 

Il était temps que l'homme fût racheté. 

253 Au nom de Jésus, [faites] l'aumône ! 
Donnez aux pauvres affligés ; 
Pendant sa vie, voyez-vous. Dieu était • 
Dans la pauvreté, selon le monde. 

254 Jésus, un jour, rendra promptement 

A chacun plus que ce qu'il aura donné. 
Prions tous Dieu, le vrai Roi de la terre, 
De nous faire grâce débonnairement, 

255 Les gens du Léon, Bretons, 

Vrais catholiques, au premier [chef], 

Quand ils trépasseront. 

Je vous prie, Roi du Ciel, de leur ^ pardonner. 



XX ^ 

256 Noël! chantons saintement, maintenant, peuples de la 
Par dévotion et d'un cœur pur, [terre, 

1 . Littéralement de nous. 

2. Noël dont l'air est populaire. 



Anciens No'éls bretons . J7 

250 Tryzec deiz an Rouanez bras 
A marchas a pell bras ha saou ; 
Dyouz Orient ez deuent haut 

Da guelet, hep faut, hon Autraou. 

25 1 Da proft offrancc ha chevancçaou 
Do guir Autraou, de dezraou mat, 
E deuez parfet, na lequet mar. 
An Try Roue, try car hegarat. 

252 Jésus en croas hont ^ prenas oU, 
Ha fur ha foU, na vemp collet, 
Huit hon dianc a anquen. 
Mail voa da den bezaffprenet. 

253 En hano Jésus, an alusen ! 
Reyt dan peuryen so anquenet; 
Doue a voe, chetu, e buhez 
En paurentez heruez an bet. 

254 Jésus un dro a rento pront 
Da pep an tu hont e bontez. 
Pedomp oll Doue, guir Roue'n nouar, 
Da reift deomp clouar trugarez : 

255 An pobl a Léon, Bretonet, 
Guyr catholiquet, da quentaff. 
Pan a hint scaff da anaffon, 

Moz pet, Roue'n Tron, don pardonaff. 



256 Nouel ! quenoni glan, breman, pobl an bet, 
Dre deuotion hac a calon net, 

I . Lisci hon. 

2, Nouel pe ahynnyan to so commun. 



58 H. de La Villemarijué. 

Puisqu'il vient de naître le Roi du monde — la belle 

[condition ! — 
OMarie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles!' 

257 La glorieuse Marie, par l'effet de la grâce, 
Fut conçue corps et âme 

Sans aucun péché ; il n'y a pas besoin de garant : 

O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles. 

258 Adam par sa grande faute mérita un châtiment, 

A cause de la pomme fatale, au peuple de ce monde 

Où nous étions unis par beaucoup de soupirs : 

O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles. 

259 Certes, par Marie nous sommes heureux; 
Elle a enfanté le beau Roi du monde ; 
Nous avons donc lieu de nous réjouir : 

O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles. 

260 Joachim, l'homme excellent, fut son père selon la nature; 
Anne avec beaucoup de joie l'enfanta assurément : 
Nulle personne aussi pure qu'elle ne fut créée jamais : 
OMarie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles. 

261 Quel ardent amour a ressenti 

Pour nous Dieu, le Roi de la terre, pour être descendu 
Dans une fille d'une virginité parfaite sans nul doute; 
O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles. 

262 A des gens d'honneur, à une famille de bergers, 
A ceux-là il fut annoncé par l'Ange 

Que le Roi du monde était né — grâce en soit rendue ! 
O Marie, il vous appartient de donner de bonnes nouvelles. 

263 Et sans fliute dans l'étable certes avec Marie 

Ils trouvèrent né le Roi du monde, qui, soyez-en sûrs, 

I , Allusion au vœu du duc de Bretagne, Jean de Montfort, à Notre 
Dame de Bonnes nouvelles (1364). 



Anciens Noëls bretons. 59 

Pan eo s;lan s,inet Roe'n bet — caezret stat ! — 



&* 



Mary, chuy byaou reiff quehezlaou mat. 

257 Mary glorius, dre gratiustet, 

Ha corff hac eneff a voe conceuet 
Hep bech a pechet; ne fel quet cretat : 
Mary, chuy byaou reiff quehezlaou mat. 

258 Adam gant blam bras a deloezas poan, 
Dr'en aual calet, da pobl an bet man 
Maz edoamp un moan en cals huanat : 
Mary, chuy byaou reiff quehezlaou mat. 

259 Gant Mary, sigur, ny so eurus; 

He deues ganet Roue'n bet quenedus, 
Maz dleomp hetus en em joayushat : 
Mary, chuy byaou reiff quehezlaou mat. 

260 Joachim, den prim mat, voe he tat natur; 
Anna gant joa bras he ganas assur; 

Nep den he quent pur sigur ne furmat ; 
Mary, chuy byaou reiff quehezlaou mat. 

261 Strivant carantez en deues bezet 

Ouz omp Doue, Roue'n glen, e bout disquennet 
Gant merch dre guerchdet parfet hep cretat : 
Mary, chuy byaou reiff quehezlaou mat. 

262 Tut plen a enor, cosquor pastoret 
Deze gant [an] Eal ez voe reuelet 
Bezaff glan ganet Roe'n bet, bezet sur^ : 
Mary, chuy byaou reiff quehezlaou mat. 

263 En presep hep sy gant Mary sigur 

Ez quetsont ganet Roue'n bet, bezet sur. 



I . Peut-être faut-il lire grat à cause de la rime. 



6o H. de La Villeinarcjiié. 

Etait plein de misères pour nous guérir : 

O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles. 

264 Trois rois d'Orient sans défaut 

Se rencontrèrent au milieu d'un carrefour 

Cherchant en toute hâte Dieu le Roi des saints: 

O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles. 

265 Joseph qui, de fait, était son vrai mari 
Etait sûrement empressé près d'elle, 
Ayant foi en elle et la respectant : 

O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles. 

266 Poursuivant leur route avec ardeur et amour, 

Au bout de treize jours, selon leur désir les trouvèrent 

Les Saints Rois, sans être en retard : 

O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles. 

267 Hérode, aussitôt qu'il sut [la nouvelle] (?) 
Invita les trois [rois] à venir le voir chez lui, 
Après les avoir renvoyés libres, étonné du cas : 

O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles. 

268 Les Trois Rois aidèrent puissamment le Dieu-Homme 
Avec de l'or, de la myrrhe et de l'encens, apporté géné- 

[reusement, 
Dont ils venaient pieus^m:nt lui faire hommage: 
O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles. 

269 Ils n'avaient tous trois d'autre guide 
Qu'une étoile qui se montra en plein Ciel ; 

Elle leur permit de venir trouver le Fils de Dieu le Père; 
O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles. 

270 II n'en tant pas douter, il était malade d'envie 
Le roi Hérode, il était plein de dépit 

De ce qu'ils étaient venus tous trois chercher leur Sauveur. 
O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles. 



Anciens Noéls bretons. 6i 

Leun voa a laûr euyt hon curât : 
Mary, chuy byaou reifF quehezlaou mat. 

264 Rouanez hep sy try dioux Orient 
Voe en em caffas en creis un croassent 

Oz clasq Doue Roue'n sent hep nep fent quentrat : 
Mary, chuy byaou reifiF quehezlaou mat. 

265 Joseph gant effet he priet detry 
A veze strivant suramant ganty 

Oz douen feiz dezy hy ha he bryhat : 
Mary, chuy byaou reiff" quehezlaou mat. 

266 Ouz poursiff" stryvant gant choant carantez, 
Ez queffsont choantec, da pen trizec dez, 
Glan an Rouanez, hep bout dyuezat : 
Mary, chuy byaou reiff" quehezlaou mat. 

267 Herodes, presant euel maz santas, 
De guelet de ty try a covyas ; 
Dilacc ez caccas, dan cas abassat : 
Mary, chuy byaou reiffi" quehezlaou mat. 

268 An Try Roue Doue [den] plen a soutenas 
Gant aour, myr, esancc, gant un avance bras, 

Maz deuzont dinoas dezaff" da goassat : 
Mary, chuy byaou reiff" quehezlaou mat. 

269 No deff"oue ho try quen occasion 
Nemet un steren a deuez cren en Tron ; 
Honnez vou'en moyen da clasq Map Doue'n Tat : 
Mary, chuy byaou reiff" quehezlaou mat. 

270 Ne fell quet douetaff", claff" voe gant auy 
An Roue Herodes, dre fin frenezy 

Ho bout deuet ho try da clasq ho Siluat : 
Mary, chuy byaou reiff" quehezlaou mat. 



62 H. de La Villemarijiié. 

271 A Bethléem donc avec la douce Marie 

Ils trouvèrent né le Roi du monde, n'en doutez pas, 

Dans l'étable vers laquelle ils avaient été guidés : 

O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles. 

272 Ils étaient épuisés par l'angoisse et la peine, en chemin, 
Cherchant le Roi des astres, comme ses amis ; 

Or, par leur savoir, ils arrivèrent bien : 

O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles. 

273 Au sommeil, pendant le chemin, oui, sachez-le. 
Tous trois se livrèrent fatigués. 

Ayant été décidé d'abord qu'ils perdraient leur sang : 
O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles. 

274 — « O Rois, soyez prompts, changez de chemin », 
Leur fut-il dit doucement par l'Ange, 

« Devant vous qui êtes les premiers amis du Roi des 

[Saints : » 
O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles. 

275 « Dans la maison d'Hérode on est en fureur, 
Et si vous y allez, hélas ! vous serez tués. » 
Et alors tous les trois s'éloignèrent : 

O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles. 

276 Ainsi fut-il fait : il fut ordonné tout de suite 
Qu'on recherchât, qu'on tuât, qu'on massacrât tous 
Les petits enfants pour trouver notre père chéri; 

O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles. 

277 Peuples, écoutez bien les paroles: 
Marie, sans obstacle, alla en Egypte, 
Et son fils, n'en doutez pas, fut sauvé : 

O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles. 



Anciens Noëls bretons. 6j 

271 En Bezleem hep mar gant an goar Mary 
Ez quefsont ganet Roue'n bet, na gret sy, 
En presep en ty dy ho covyat ; 

Mary, chuy byaou reiff quehezlaou mat. 

272 Scuiz voant gant ancquen ha sourpren, en hent, 
Oz clasq Doue Roue'n ster, evel e querent, 

Ha, dre ho squient, ez deuent en[t]mat: 
Mary, chouy byaou reifF quehezhiou mat. 

273 Cousquet, a het hent, hep fent, ententet, 
A gresont ho try hac y castyset, 

Rac dehberet voa ez collsent goat : 
Mary, chouy byaou reiff" quehezlaou mat. 

274 — « Rouanez, hezit ^ escuit, chenchit hent ! » 
Emez voe an Eal vuhel euel quent : 

« Rac chuy so querent da Roue'n Sent quentrat : » 

Mary, chuy byaou reiff" quehezhiou mat, 

275 « En ty Herodes ez eux frenesy. 

Ha, syouas! lazet vyhet mar det dy. » 

Ha neuse ho try ez dispartiat : 

Mary, chuy byaou reiff" quehezlaou mat. 

276 Neuse ez voe gret : ordrenet seder 
Ez vyze lazet, clasquet, muntret scier 

An mybyen tener da clasq hon quer Tat : 
Mary, chouy byaou reiff" quehezlaou mat. 

277 Fier an gueryaou, tudaou, sezlaouit : 
Mary dyampeig a iez en Egypt; 

He map, na goapeyt, voe a acuytat. 
Mary, chouy byaou reiff" quehezlaou mat. 



1 . Lisez berit. 



64 H. de La Villemarqué . 

278 Là demeura sept années entières assurément 
Jésus, le fils de Dieu le Père, comme il convenait. 
Sans aucune faute, on le conçoit, honorablement, avec 

[gloire: 
O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles. 

279 Beaucoup de peines et de profondes afflictions, à cause de 

[notre méchanceté, 
Souffrit le Roi du monde ; croyez-le, sans nul doute. 
C'est à cause de nous qu'il fut déchiré, 
O Marie^, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles, 

280 Jésus par pitié [pour nous] et par grand amour 
S'étendit affreux sur la croix de bois; 

Joyeux de nous racheter au prix de tout son sang : 

O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles. 

281 Gens religieux, chantez; alerte! et livrez-vous à la joie, 
Car il est né le saint Roi du monde, oh ! la belle raison de 
Pour notre salut il s'est livré à l'orage : [se réjouir! 
O Marie, il vous appartient de donner les bonnes nouvelles. 



XXP 

282 Noël ! Avec une foi droite, en cette occasion 
Chantons tous ensemble 

[Un cantique] au petit Enfant nouveau né : 
Noël vient nous rendre visite. 

283 Le petit Enfant glorieux 

Est né à Bethléem, n'en fliites doute. 
Comme cela avait été prédit : 
Noël vient nous rendre visite. 

I . Noël sur l'air Chris feRedemptor. 



Anciens No'éls bretons. 

278 Eno ez chômas seys bloaz bras assant 
Jesu, Map Doue'n Tat, dereat vatant, 
Hep blam suramant, révérant, gant stat : 

Mary, chuy byaou reiff quehezlaou mat. 

279 Cals doan ha poan don dre hon fellony 

En deffoue Roue'n bet; credet, hep quet sy, 
Pahimour deomp ny voe en goulyat : 
Mary, chuy byaou reiff quehezlaou mat. 

280 Jesu dre truez ha quarantez bras 
Dyfflas en croas pren en em astennas; 
Lauen hon prenas her dre padas goat : 
Mary, chuy byaou reiff quehezlaou mat. 

281 Tut deuot, notyt; escuit! ha gryt fest, 
Pan eo glan ganet Roue'n bet, caezret test ! 
Palamour don test en em tempestat : 
Mary, chuy byaou reiff quehezlaou mat'. 



XXI ^ 

282 Nouel ! Dre feiz reiz, an guez man 
Quenomp, commun, guytibunan. 
Dan Map byhan neuez ganet : 
Nouel e quentel don guelet. 

283 An Mabyc byhan damany 

En Bezleem ganet, na gret sy, 
Drez voa devry proficiet : 
Nouel e quentel don guelet. 

I . Nouel voar ton Christe Redemptor. 
Revue Celtique, XL 



6G H. de La Vdkmarqué. 

284 D'une douce fille nommée Marie 
Il naquit pur, assurément, 
Pour être cruellement crucifié : 
Noël vient nous rendre visite. 

285 Et sa virginité elle l'a gardée sainte, 
Aussi pure que la neige, cette fille; 
Quoiqu'elle ait enfanté Celui-ci : 
Noël vient nous rendre visite. 

28e Dans une écurie, dans la firoidure, 

Est né notre Roi Dieu et homme. 
Sans qu'elle souffrît aucune douleur: 
Noël vient nous rendre visite. 

287 C'est pour nous racheter promptement, 
Pour acquitter notre dette et la payer. 
Pour nous racheter dès la première heure 
Noël vient nous rendre visite. 

288 II est né de Marie, notre ami; 
Parlons de sa bonté, à elle. 

Que le Roi du Ciel soit remercié ! 
Noël vient nous rendre visite. 

289 Prions Celui-ci, le saint divin, 

Et sa bonne mère, la douce Marie, 
De nous rendre tous glorieux. 
Noël vient nous rendre visite. 

290 Ayez, Marie, la charité 

De prier Dieu, le vrai roi du Ciel, 
Pour la Dame des Bretons! ^ 
Noël vient nous rendre visite. 



(A suivre.) 



i. Anne de Bretagne (1488-15 14). 



Anciens No'els bretons. 67 

284 A un merch goar hanuet Mary 
Ez voe ganet net, a detry, 

Da bout devry crucifiet : 
Nouel e quentel don guelet. 

285 Ha de ^ guerchdet so chomet glan 
Quen pur han erch gant an merch man, 
Euyt Heman da bout ganet : 

Nouel e quentel don guelet. 

28e En marchauzy, en iennien, 

E ganat hon Roue Doue ha den, 
Ne deffoue plen anquen en bet : 
Nouel e quentel don guelet. 

287 Euyt escuyt hon acuitaff, 
Lamet hon die hac e paeaff, 
Don acuytaff an quentaff" prêt : 
Nouel e quentel don guelet. 

288 Ganet eo hon car gant Mary ; 
Conmsomp madelez a nezy. 
Roue'n velly ra ve gratiet ! 
Nouel e quentel don guelet. 

289 Pedomp Heman glan damany, 
E mam hegar, clouar Mary, 
Don ober ny glorifiet: 
Nouel e quentel don guelet. 

290 Hoz bet, Mary, deuotion 

Da pidiff Doue, guir Roue an Tron, 
Euyt Ytron an Bretonnet ! 
Nouel e quentel don guelet. 



I . Liseï he 



I 



NOTES 

ON 

WELSH CONSONANTS 

BY DR. M. NETTLAU 
(Suite I) 



//. 

75. On the pronunciation of the unilatéral Welsh 11 see 
Salesbury, 1547 and Ellis notes to his description;]. D. Rhys, 
Granim. 1592, p. 24: linguae maiore cuspidis parte in eam 
palati regioncm, quae primoribus dentibus iisque supernis vi- 
cina est, valido nisu impulsa, ita intérim parce diducto rictu, 
ut obscuram quandam rotunditatem prae se ferat, ac quodam 
deinceps veluti ex anserum serpentumque quasi sibili commix- 
tione veluti per crasin constituto halituose densissimo bruti- 
noque sono et per maxillares dentés utriusque, verum magis 
dextrorsum, operoso conatu, emisso; L. Morris, Celtic Rcinains, 
p. Ixxv; Rhys, YC. II, p. 34; Sweet, p. 48. On the différent 
signs used in the B. of Herg. and in other Mss. to dénote 11 
and 1 -|- 1 see Evans, intr. to the Oxford Mah., p. xv. 

76. thl is often used by médiéval English scribes to dénote 
the Sound of 11 and it is still said, that EngHshmen are under 
the impression to hear thl for 11. Cf. the index to the Record of 
Carnarvon (see Zeuss- p. 1063); Arch. Cambr. I, i, p. 105 
Penthlinn, Thlintegid (H 2); I, 2, p. 244 Thloyt, Thlewelyn 

i. Voir t. IX, p. 164; t. X, p. 105. 



Notes on Welsh Consonants. 69 

(1343); I, 4, p. 134 cantredus de Thleen (9E2 = Lleyn) ; 
insula Enthli, Gir. Cambr. VI, p. 124; Cadewalthan see§ 66 ; 
Maghentleyt (Machynlleth) etc. 

77. th is said to be a dialectal (Gwentian) pronunciation 
of 11; in the examples which I am going to quote, r, 1 or 

II occur in the neighbouring syllables ; hence I am unable to 
say whether dissimilation took place or whether a real change 
of sounds must be stated. Cf. Schuchardt in Keltische Briefc, 
Allg. Zeitung, 1876, p. 2323 b: 11 becomes th in Monmouth- 
shire from Penmarc and Llandunod until Gwentlwg (thèse 
boundaries are given in the Cambr. Journ. IV, p. 207); he 
quotesarath; cf. in a text from Ebbw Vale, Monmouthsh., pi. 
erish and erith = erill, sing. arall, Punch Cymraeg Nr. 28, 
29 ; cylleth for cyllell is more generally spread, cf. Y Beirniad 

III (1862) p. 344 pi. cyllith ; S. C. III p. 603 cyllith; arath Yr 
Ariu. 30. 10. 1859. 



c, CH, G T, TH, D, DD, S, H — P, PH, B, F, FF. 

78. Before discussing some flicts relating to the sundry 
guttural, dental and labial consonantsi will give examples 
of the apparent « provectio » of g, d, b in a part of the 
Gwentian dialect, vie. intheeasternpart ofGlamorganshire and 
in Monmouthshire. Some intelligence of the phonetic side of 
this fact may be gathered from Rh^'s, lectures^ p. 45, who 
quotes oti (ydyw), ffetog (arphedog), gatel (gadael), retws 
(rhedodd) and who describes the t as a « t somewhat softened 
towards d ». 

79. In modem 'exts from Monmouthshire and such parts 
of Glamorganshire in which e in final syllables becomes a 
(see Beitr. § 51, 5)1 hâve found : rytag (rhedeg), Y Geninen 
III, p. 19; from Pyle, Glamorgansh. : wettaf, a wetsoch chi, 
gwettwch (dywedaf etc. ; gwedaf is SouthW.), crettu, cy- 
ffretin, mi wettav rhaccor (rhagor, more; in NorthW. rhagor 
means : différence, cf. Ll. y Resol. NorthW. rhagor = gwaha- 
niaeth; h\ SouthW. it means: more, cf. rhagor = ychwa- 



70 Nettlau. 

neg, more, in some parts ot SouthW., Richards dict.; Hu- 
ghes 1822 : SouthW. rhagor — NorthW. chwaneg), accor 
(agor), Y Giuladfiarwr 15, 9, 1860. gwetwch, fi weta chi, 
wetas I, otuch I (= ydych chvvi), otus (ydys), wetyn (wedy 
hyn), precath (pregeth) Y Tyiu. a'r G. I, p. 93, 118). From 
Mynnyddyslwyn, Monmouthsh. : y wetsochchi, pleto (to 
plaid), afnatyw (ofnadwy), otw; dyscedicion VIII, p. 106, yn 
acos nac ym mhell Y Bed., X, p. 9 (185 1); weti, gwetws, \ve- 
todd, otw, otich chi, os to fe (oes do fe), Punch Cymraeg Nr. 
28, 29. — In Neath : gwascarog, hircîl, catw, ipt. âcor: 
agôrwch, fe agorws, llwtwn (:dwr: dyfwn), satwn (sadwrn), 
plur. ailota, sylwata, cymeriata, blota, brotyr; dyletus; dera 
gyta fi (Aberdare: dera geno i) ; trucan (60), jocal (diogel, like 
jofadd = dioddef), etc. 

80. It is not easy to trace this pronunciation in Mss., 
since I know nonc, which may be attributed with certainity 
to tljis section of the Gwentian dialect; the many orthographs 
of suffixes with tenues (-oc -ic etc.), which occur in later 
Mss. may folio w the middleWelsh orthography (-awc, -ic, etc.). 
So I can only give with some hésitation the following forms 
from a Gwentian tcxt, written late in the i6thcent. and in an 
often ahxiost phonetic orthography of which I hâve already 
given many examples, namely Addit. Ms. 24921 : redec, 
rydec, hydec, drwc, rvwoc, bwoc (bywiog), heboc, kafoythoc, 
cyffoythoc, grafayloc, mârchoc, mwnwc, chydic, arferredic, 
o bledic (= o blegid), yn amlwc, golwc, diskwyl, diskwl, 
yskawn (ysgafn), yskwydd, yskwydde (ph), katw f. 55 b (yn 
kad f. 43 b). This Ms. shows otherwise no prédilection for 
historié orthography and so thèse forms may really tend to 
express a local différence from ordinary Welsh in the pronun- 
ciation of thèse sounds. 

8 r . I will also mention hère thèse cases of « provectio» occu- 
ring in the oldest middlewelsh Mss., to which Evander Evans, 
studics in cymric philology § 11 first drew attention. « Provec- 
tio » of the mcdiae after final voiceless consonants in the pre- 
cymric period is a phenomenon tully developed in Cornish 
and in Breton ; therefore a ncarer discussion of the Welsh 
examples can be dispensed with hère. In the, Ms. A of the 



Notes on Welsh Consonants. 71 

Venedotîan Code occur: yn keuuc ac ekaller p. 6, hyd ekallo, 
eckeyll p. 48, e keill p. 79, e kyrryr p. 125 (yd occurs in the 
old poets also before consonants, « infecting » however, where 
it lias been later superseded by y not altering the following 
consonant); o keyll e dyn hunnu prouy p. 13 (oc?, see 
Bcitr. § 56; o aspirâtes the tenues); vrht kerru p. 79, cf. corn, 
ow tybbry, in edendo, Zeuss. Gr. CcJt. - p. 146; peht peccan 
p. 58, peth peccan ib.; ac naskouenhop. 394, oskouyn p. 397 
(inserted pronoun). cf. bei yscuypun arvn, B. of Cann. Nr. 
26; the following cases are not so clear : en e kocled p. 50, 
gur or kocled p. 50, kan bu quell kanthau ef p. 60 (cf. ko- 
quinyat = cychwyniad p. 61), en kerru p. 65 . — B. of Herg. 
col. 1163 y du6 y tiolchaf (= y(d) diolchaf) — dewin plant 
adaf — oe donyeu cuplaf — euraf eryr, in a poem said to be 
bylustusllwyt. Ms. S: ac nystyly y vab f. 82a, kytt asscofynho 
gôedy hynny. ny 6rennde6ir, f. 19 a; Ms. Cleop. B. j: Ar 
dynhyat y gledyf y pygythia y dwircin, f. 67 a. 

82. The only later example of a provective influence of a 
final consonant upon a following initial one, of which I am 
aware, is yll tau for yll ^au (both), cf. Ms. O yllteu (Owen, 
Laws p. 299), Ms. les Coll. 141 illtav f. 27 b, 34 a, illdav, 
illtau f. 61 a; a hwy vyont yll tai etc., Ll. Achau, 1604 p. 16 
(yll dau p. 17). 

c rh <y 
''j '-'•'5 ^' 

83 . C, g, ch are in some parts of Wales, especially in the 
Powysian dialects palatalised betore slender vowels ; thus e. g. 
cienedl (cj^nedl), is given as the pronunciation ofcenedletc. 
As to a palatal pronunciation of other consonants I hâve 
nowhere found it mentioncd, which I do not wonder at, 
since even the palatalisation of gutturals is not expressed in 
Mss. Exception must be taken of two instances obscure to me : 
miawn and biachu (since the I7th cent.), bachgian and ugian 
are somewhat wider spread, occuring also in venedotian dia- 
lects (bachgen and ugain). They help perhaps to fix the time of 
the palatalisation, for this altération probably took place, when 
e (bachgen and ai, pronounced, e, in ugain) had not yet be- 



72 Neitlau. 

corne a in final syllables, as they did in the modem Venedotian 
dialects. 

84. In Y Tracth. III p. 8 examples of ci, gi (cj, gj) before 
a, e, i, u are given : cianys, ciaws, cienedl, giair, giem (engl. 
gem) ; ceirch is pronounced cieirch, cierch etc. ; in Dosparth 
£"û?f3v;z Williams notes ciar (car), iech, ieach (iach) fromPowys, 
ciear, iech, ieach from the dimetian dialect(?) perhaps a mis- 
take for the Gwentiin dialect, since I never found a similar 
statement, but noted from Y Geninen III p, 19 the Glamor- 
ganshire verse : mae 'mrawd yn byw ar fara chiaws — a mi- 
nau ar giaws a bara. Sweet p. 420 says the palatal affection 
of g in basgjad (basket) and bachgjan in Carnarvonshire is 
fully carried out in Merionethshire before stressed a, which 
is however pronounced a in Powys, stQ Beitr. § 31. But he 
gives also for Carnarvonshire kjastin, kjaff, gjard, gjât as the 
dialectal pronunciation of the respective English words 
(casting, gaff, guard, gâte). In an account on the English 
spoken at Llanidloes in the Transactions of the Powysland club 
X, p. 278 cyart (cart), cyap (cap), gyarden, gyarter, tshyarge 
are given ; c, g, to a less extent Engl. ch. before a hâve « a 
peculiar pronunciation by the introduction of an intermediate 
Sound équivalent to i or y ». 

85. From Carnarvonshire texts cf. Yr Anv.: miciyith, hi 
giyiff, miciyiff, mi giyffo 13, 11, 1856; cieiniog 11, 12, 56, 
yn giysio etc. ; pump ar igian, dyigian 17, 7, 56; machgiani ; 
trhigjan (60), Sweet p. 415 etc., trigiarog Punch Cynir. Nr 
3, 3 (ib. also lleidar, gwyhanu, pyrgethu etc.). 

In older prints I only found several times ugien, e. g. Cy- 
faill i'r Cyinro ÇPoiuys, 1765) am ddeg ar hugien p. 22, deu- 
gian p. 41; arhugiain, in the title of an almanack printed at 
Shrewsbury as given by D. S. Evans, Rev. Celt. II, additions 
to Uyfr. s. a. 1760, Nr. 71. 

86. Davies dict. has bachu latere, latitare, in sinuosas late- 
bras se conferre, incurvare se; biachu pro bachu corrupte; 
cf. ir. bacc. — He gives also iâch, vulgo pro ach, to which 
Lewis Morris (Add. Ms. 14944, f. 109 b) adds : a Iach wen- 
wys i'ch wyneb, from Sion Ceri (1520) ; cf. Add. Ms. 14881, 
f. 29 b o lyfr iaclryu Nhegainhl ; Stoiuc Ms. 785 r Jachan 



Notes on Welsh Consonants. 73 

sydd yny llyfr hwn, yn iach gogerddan, yn iach maes my- 
nan etc. — miawn for mewn, mywn is quoted from the Car- 
narvon and Merionethsh. dialects by Williams, Dosp. Ed.; il 
occurs regularly in the dialectal texts (miawn, miewn, Yr 
A nu. and in prose and poetical Mss. down from the lyth 
century, written as is shown also by other signs in Po- 
wysian dialects. Cf. e. g. Add. Ms, 31056 miewn (in Hancs 
y Trwstan), Add. Ms. 14890 meawn f. 100 a, Add. Ms. 31060 
meawn f. 67 a, miawn f. 4 a, 5 b, 9 a; Add. Ms. 15059 
o feawn f. 175 a, miawn f. 175 a, 176 a; Add. Ms. 31058 
miawn f. r 18 a etc. From Southern dialects cf. mwn doi ne dri 
mish, Y Giuladgarwr, 27, 7, 1861 (ib. yr oen ni, osgetyn, 
gweid, wedi neithir, en dysgu, fe wedis i, y Uiad, yr oil 
(heul), oboitu, daw (mae)etc., probably Eastern Carmarthen- 
shire dialect) ; mwn at Neath etc. This isolated word offers 
other difficulties which I am unable to explain; mewn and 
mywn are both fréquent in médiéval Mss. and the loss of d 
(dd), cf. ir. mcdhôn, can not be accounted for. The only 
phonetic explanation of which I am aware would be, to as- 
sume a change of dd to f, which occurs elsewhere; *medd-n-, 
*mef-n-; then the vowel after f was dropped by the shifting 
of the accent in declension and * fn became *wn, like eofn : 
ewn; so *mef-n-, * mefn-, mewn. But I know at the same time 
the improbability of such an explanation and its chronological 
difficulties. 



87. In some words initial tenues and mediae change; this 
may partly hâve been brought about by the influence offollo- 
wing consonants — an argument which must be alwavs reserved 
until the contrary can be proved from the phonetics of the living 
language — and partly, perhaps in most of the cases, by the 
.wrong analogy of the « infected » forms ; if thèse are from 
some reason or the other prevailing in usage over the unin- 
fected ones, they are likely to be held for the original forms 
and are liable to further « destitution ». Or in the contrary an 
original form is thought to be a « destitute » one and accor- 



74 Nettlau. 

dingly an apparent « provection », but in fact only a wrong 
reconstruction took place. 

88. Cf. cosgordd, gosgordd rctinue Sp. ; et. bret. coscor 
Cath., goskôr Sarzeau, R. C. III, p. 59. — crabinio, grabinio 
to grapple, scramble, scrape Sp. — craf, graf garlic Sp. — 
cnawd vulgo perperam pro gnawd, consuetum Davies, dict. ; 
— y Groesffordd (croes-ffordd), n. 1., hence Gresford, Rhys 
Pennants Tour I, p. 387 n. — The Welsh pronunciation of 
English mediae as tenues is wellknown ; cf. koblyn a goblyn, 
Sal. dict. 1547, etc. 

89. trach, the older form of tra like chwech of chwe is 
kept in the expression dramkevyn, drach dy gevyn etc. ; cf. 
YS. Gr. drach dy geuyn p. 275. drach eu keuyn p. 283, 301; 
B. of Herg. drachecheuyn col. 866; Add. Ms. 19709 dra- 
cheukefyn f. 30 a; Sal. A^. T. yno ydd ymchoelodd ef trach 
i gefyn f. 26 b; etc. ; besides thisi only know trach y lavnawr, 
behind his blade (a plural in-awr), B. of An., Gododin 77 and 
oes tragoes B. of Herg., Skene p. 230, which I saw mysclf 
written thus in the Ms. 

90. chwech and chwe occur both since the earliest middle- 
Welsh Mss. In modem Welsh some dialectal différence in 
their use appears to exist, cf. Y Traeth. III, p. 8 NorthW. 
chwech; chwe llath — SouthW. hwech, hwech llath ; ib. 
VII, p. 421 NorthW. chwe throed — SouthW. (c)hwech co- 
syn; D. S. Evans, llytbr. NorthW. chwe dyn, chwe phunt, 
chwephunt, chwe chefîyl — SouthW. chwech d., chwech p., 
chwechpunt, chwech c. — I hâve not collected examples 
to ascertain in what degree thèse différences can be traced 
perhaps in the Middle Welsh Mss. ; as far as I can see, exani- 
ples contrary to thèse rules can easely be brought forward. 
Ci". B. of Herg. chwech wraged col. 722 (ni an whech 723) 
chwech marcha6c 690.- ch6e meib 655, a ch6ethorth o vara 
667; Ms. A chue byu p. 12, 13, 16, 19; whe bu IV 
(Gwentian Code) p. 309; Ll. Giu. Rh. hwech cufyd p. 235, 
yn chwech nyheu p. 290, etc. — The loss of chis to be com- 
pared with the loss of ch in trach, of c in a (ac), o (oc), etc. 
by the généralisation of one form of syntactic doublets etc. 

91. W. Williams, called Caledfryn says in his grammar 



Notes on Welsfi Consonants. 7 <; 

(2 p. 59), that certain people use to add ch to every word 
endingin a vowel. He exemplifies this statement by the sen- 
tence : os ei di i'r bedd yn farwch, fe ddeui i fyny yn fywch. 
To the same kind of « altérations » duwch in the exclamation 
duwch anwyl, quoted by Rhys, lectures ^p. 100 seems to 
belong. I known nothing further on thèse apparently addit- 
ional consonants; Welshmen told me they wish to avoid from 
religious superstition to pronounce words like duw in thèse ex- 
clamations in their proper way, but this is of course a post 
festum cxplanation like the many others every Welshman is 
ready to give of every tact occuring in his language. 

92. g : On g lost in the interior of words between vowels 
see Zeuss, Gr. Cclt.^ p. 85, 86, 140, 141 ; on ou, eu ùom og, 
ug, âg see Rhys, Rev. Celt. VI (boreu, teulu, meudwy, 
breuant, OldW. poulloraur -ir. pôlire, lectures- p. 67). Gis 
certainly lost in teyrnas, brenhin. Teuyrnas, breyenhin and 
breenhin occur in a few old Mss., but g is evidently treated 
otherwise in thèse words than in breuant where eu is constant ; 
for this the différence of the accentuation inay account. I do 
not think that u in teuyrnas is secondary, expressing a sound 
similar to j, developed between the two vowels on account 
of the hiatus. On gwaeanwyn, haearn and gwanwyn, harn 
where e is probably j and takes the place of an old s see 
below. — Gaeaf, winter, pronounced geuaf could stand for 
*gem-af, *gjem-af, *tv;? between vowels becoming eu and *ef; 
thus *gjem would be the old stem, and the ending -af can hâve 
been taken from haf, summer, cf. also the name of the autumn. 
So also daear may contai n the root *dem. 

93. B. of Cann. teyrn p. 10, teern p. 41, teeirn p. 41, 
teernet p. 10, 17, 19, 22, 27, 41, tyirnet, p. 7, tyernet 
p. 39, teernas p. 9(2), tiyrnas p. 46, teernon p. 40. B. 
of Tal. tegyrned truan p. 173 (?) ; Eutegirn gr. Celt.- p. 85, 
S = Add. Ms. 22356 ù deùyrnas f, 61 h, deuyrnas 
f. 71 a, h 3 a; yn deueyrnas(?), f. 87 a, teyarnas f. i b, 
13 b. It is true, eu, ei were pronounced e in the dialect of 
S, see Beitr. § 84, accordingly teuyrnas can be simply teyrnas in 
this Ms. Forms of teyrn- inlater texts are e. g. teyrnwialen, tyr- 
nas, ef y dyrnyssa f. 385 b (Huet), teirnas f. 392 b, teirnasu 



76 Nettlau. 

f. 392 b, a thyrnaswn (Jeyrnaswn) f. 378 b, Sal. N. T.; 
ternes, tyrnas, teyrnas, Gr. Roberts ; ternes Add. Ms. 14973, 
f. 77 b; tyrnas Add. Ms. 15038, f. 49 b, ternas f. 54 b, 
75 b, tarnas f. 50 a, 76 b; see Beitr. § 49. tarnas in Add. 
Ms. 14921, see 1. c. p. 39. Edyrn (Eutegirn) is still stressed 
on the second syllable, since the first syllable of -dcyrn was 
originally stressed. 

94. breenhin (like teernas) occurs in the B. of Carm., 
p. 28 (2), 39, 40, breinhin(?) p. 30. In Add. Ms. 14945 
Lewis Morris transcribes a few lines from an old Chronicl 
Cymreig ; f. 273 b: s. a. 1247 Edward ure3'n}''n Lloegyr ; in 
the same excerpt occur y uloydin honno, y vrovdir, castell 
Maishyueid, y distrywt, blwydyn, tVairnas, so that the lan- 
guage of this SouthWelsh text may be said to be of some 
interest also in other directions. 

95. deuali instead of deall, dyall occurs often in books ot 
the i6th cent., cf. mi a ddeuhelldais, Gr. Roberts gramm. 
p. 81, ni ddeahellir p. (207) etc., onis dehelHr y geiriau yn 
dda p. (207), ni ddehellir ib., mi addehellais p. (212) etc.; 
Athr. Grist. y deuelltir p. 8, a ddeuhelHr, a ddeuhaller 
p. 14 etc. ; dyallt, dealht, Y Drxcb Christ. 1585. In modem 
dialects : S. C. dyall I p. 212, diall II p. 242, 503; YT. a'r 
G. waeth, dw I ddim yn duall y peth dybygwn I; in North- 
wales dallt is commonlv used, see Sp., Yr Anu. etc. Is this 
Word a compound containing gallu, to be able ? 

96. Besides megvs occurs meis, said in the préface to Llyfr 
Gweddi Gyffredin, 1586 to be SouthW. Also o blegid and o 
bleid occur often; is o bledic in Addit. Ms. 1492 1, f. 25 a 
a clérical blunder or a reallv existing form ? 

97. An unexplained phenomenon (provided two words with 
différent endings hâve not been mixed up) is the apparent loss 
of final g (oldw. c) in gwddwg, gwddw, gwddf, neck, throat. 
Cf. léon. gouzoucq, couzoucq (Rostrenen), gouzouk(Troude), 
vann. goucq, coucq (R.), gouk (Tr.). gwddf, gwddyf occur 
in the oldest middleWelsh Mss. and seem to hâve taken their 
origin in the plural : gwddw, gyddf-eu, hence gwddf; at 
any rate gwlw : gwlf, marw : marwol, marfol etc. can be 
compared. Cf Ms. A : gedueu p. 43, 5 (Ms. Tit. D 2) gudyf 



Noies on W'elsh Consonanîs. 77 

f. 46 b, S g6dyf p. 285, Ll. Gw. Rh. y wdyf p. 39 ; 5 0/ 
Herg. G6ineu g6d6c hir, col. 597, Ll. Giu. Rb. y guduc 
p. 274. In later texts : Sal, N. T. gwddwc, gwddwg, gwddwf 
f. 114 b. Y drych christ, ei wdhwg neu ei fynwgl f. 19 b; 
Add. Ms. 14986 gwddw f. 35 h; Ll. Achau gwddwg p. 19; 
Hom. 1606 ar ein gyddygau (marg. gyddfau) I p. 125, gyd- 
dfau (marg. gyddygau) II p. 130, 147. Davies, dict. : gwddf, 
passim gw^ddwg, vulgo gwddw; C. y C. 1672 d'wddwg and 
cynddrwg rhyme, p. 427. In modem dialects : S. C. am'u 
gwddge II, p. 262; gwddw (with vowel w), Sweet p. 429. 

98. The dropping of initial g in the case of « destitution » is 
the cause of the socalled prothetic g, since every word com- 
mencing with a vowel can in certain positions be believcd to 
hâve lost a primitive initial g. By the same reason initial b 
and m change, f being the status infectus common to both. A 
few dialectal instances are : NorthW. gaddo, Rhys, Arch. 
Cavibr. loamuords s. v. altus ; enaid, Silurian genaid, Barddas 
I, p. 196 note; oer, dimet. goer Davies, dict.;gûr in Cardi- 
gansh., iâr Northw., L, Morris, Add. Ms. 14944, f. 93 b 
(SouthW. giar, gieir Sp., dict., Y Traeîh. III, p. 8 etc.) ; geist- 
eddfod is said by Jolo Morganwg in Add. Ms. 15003 (also 
printed in Y Greaî) to be a Monmouthshireword; gwr gon- 
est Add. Ms. 15059, f. 210 a etc., ar fy ngonestrwydd, 
upon my honour, in Anglesey, L. Morris, Add. Ms. 14944, 
f. 94 b; garddwn = arddwrn Sweet p. 429. 

99. Cf. further : allt and gallt, see Rhj^s, loanwords s. v. altus ; 
L. Morris Add. Ms. 14944, f. 20 a : allt, gallt, the side of a 
hill or mountain; also any highlands; but in Cardigansh. the 
hill of wood or coppice; Richards, dict. : the side of a hill, in 
some parts woods; Hughes 1822: SouthW. gallt a cliff, 
Northw. any steep. — genwair an angling rod, E. Lhuyd; 
in the legend of Llyn yr Afangc, printed from Lhuyd's auto- 
graph in the Cambr. Journal, vol. II : genwairiwr, yn gen- 
wairio ; L. Morris, Add.Ms. 14944, f. 91 a (1737): NorthW. 
enwair, gwialen enwair ; and to angle enweirio. — gordd, 
maliet see Rhys Celtic Britain, ^ p. 310 and Pennants Tour I 
p. 4. — elach E. Lhuyd, homuncio ; L. Morris Add. Ms. 14944, 
f. 98 b gellach (11 on account of an etymology which he ima- 



78 Neltlau. 

gines), a littlesorry fellow, a scrub; gelach Sp. — oddigeithr, 
Add. Ms. 15058, f. 59 a (ijth cent., prose); Rowlands 
gramm. 4 116 oddieithr, oddigerth except. — elor, gelor Da- 
vies, dicî., (g)wr gieuanc, Evans, llyfr. s. a. 1764, 5. — ga- 
gen, genaid, gaddewid, see Skene, Four ancient Books II p. 325 
(notes). 

100. The manner in which the primitive groups r-g and 
1-g are treated in Welsh is a problem common to ail bry- 
thonic languages on which see Zeuss -p. 140 and Ernault in 
Revue Celt. VU p. 155-157. The reasons, why serch and 
merch in Welsh are différent from eiry, boly and eira, bola, 
whilst in Breton erc'h and serc'h exist, hâve not yet been 
found. I will. only put forward hère the Welsh materials as 
fully as possible (eira, hela, d:ila occuring besides eiry, bely, 
daly are said to be SouthWelsh forms). 

ICI. Cf. boly, bol; E. Lhuyd, Arcb. Brit. s. v. venter: 
SouthW. bola; brct. see R. C. 7, 155 and 199 : Er hirran a 
gornow/diwenét hi volow Que le plus long des cornes/Dé- 
fende son ventre, Bas-Vannet. 

caly, cala, vulgo cal L. Morris, Add. Ms. 14944, f. 54 b; 
bol, cal, eir, hel in verses, J. D. K\\ys gramm. p. 130, Davies 
gramm. p. 43 like marv(w), car(\v), ber(w), llan(w), cad(\v), 
daly, dal ; E. Lhuyd s. v. teneo : dimet. dalla, dale, hele in 
Ms. A; dala and daly are fréquent in middleWelsh Mss. ; in 
the B. of Hcrg. dala and especially hela largely prevail; cf. 
also delleis col. 747, dellis 3. sing. col. 679, 788, 810; ettel- 
lis col. 803. Ms. Clcop. B 5, laws : os deily y distein wrth 
gyf6reithf. 172 a, o deily dyn f. 196 a; deily f. 196 a, 196 b; 
dalyo f. 196 a etc. 

y dera L p. 278 the staggers ; so /p. 278, /^F(G\vent. Code) 
= Ckop. A 14, f. 69 b etc. : dery O, p. 278. Sp. has dera, 
on, fury, fiend, devil ; the staggers; der, stubborn, froward, 
sullen; inf. derio, deru. dera=diafol W. Lleyn's vocabulary ; 
ir. derg ? 

eiri 5. ofCarm. poem 18; B. ofHerg. eiry col. 672(2), eira 
col. 674(2); eiry, SouthW. eira, Richards, dict.; aira Stowe 
Ms. 672 ; irch, Corn. voc. ; ànn iarh, Sarzeau, R. C. III, 
p. 566. 



Notes on Welsh Consonants. 



79 



hely and hela in micidleWelsh Mss. ; o helg6n B. of Herg. 
col. 710. hella 5, f. 4 a. OldWelsh helcha, heighati. L. Morris 
Add. Ms. 14944 : hele to tiunt, Flintshire dialect, f. 104 b. 

Ilary placid, gentie, meek Sp. ; llara B. of Carni. p. 5 ; 
superl. llariaf p. 40. 

llwrw, bret. lerc'h ; oldbret. ollored ; corn, heliyrchys, 
Rev. Celt. VIII, p. i. 



(^A suivre.') 



Nettlau. 



INSCRIPTION ATTIQUE 



RELATIVE A 



L'INVASION DES CALATES en GRÈCE 

(279-278) 



Dans le récit détaillé que Pausanias nous a laissé de l'in- 
vasion des bandes galatiques en Grèce, il est question de la 
part glorieuse que prirent les troupes athéniennes à la défense 
du passage des Thermophyles ^ Mais, lorsque le défilé eut été 
forcé, les Athéniens se rembarquèrent et Pausanias ne fait plus 
mention d'eux en racontant la défense de Delphes, où figu- 
rèrent seuls les Phocidiens, quatre cents Locridiens d'Amphissa 
et douze cents Etoliens-. Ce n'est qu'après la défaite des Gau- 
lois que les Athéniens, au dire de Pausanias, revinrent, de 
concert avec les Béotiens, pour harceler les Barbares dans 
leur retraite. 

Nous savions cependant, par une inscription découverte à 
Athènes en i86oj, que les Athéniens avaient contribué, avec 
les Etoliens, à la défense du sanctuaire commun de l'Hellade. 



1 . Paus., X, 22. 

2. Paus., X, 23; Droysen, Histoire de l'Hellénisme, trad. franc., t. II. 
p. 653 (où on a écrit par erreur 200 Etoliens). Nous n'entrons pas ici dans 
l'étude des témoignages contradictoires relatifs à la campagne des Gaulois 
contre Delphes; on les trouvera admirablement exposés et discutés dans le 
mémoire de M. Foucart, Archives des Missions, 1865, p. 205 et suiv. 

3 . Corpus inscr. attic, t. II, n" 323. 



Invasion des Calâtes en Grèce. 8i 

Ce texte contient une proposition de Kybernis K.ao\j du dème 
d'Halimuse ; M. Koumanoudis ^ a proposé de restituer K['jS](:u 
et de reconnaître dans l'auteur de la proposition un fils de ce 
Kydias qui tomba vaillamment aux Thermophyles en com- 
battant les Gauloise «Attendu, dit le texte, que le Koinon des 
Étoliens, montrant sa piété envers les dieux, a résolu par 
décret de consacrer la fête des Sotéries à Zeus Sôter et à Apollon 
Pythien3, comme souvenir du combat livré aux barbares qui 
avaient fait une expédition contre les Hellènes et le temple 
d'Apollon commun aux Hellènes, et contre lequel le peuple 
[athénien] a envoyé les soldats d'élite et les chevaliers pour 
prendre part à la lutte qui a eu pour objet le salut commun; 
attendu que le Koinon des Étoliens et le stratège Charixénos ont 
envoyé à ce sujet une ambassade au peuple [athénien].... » 
Le reste de l'inscription est mutilé 4, mais M. Haussoullier a 
pu le restituer d'une manière certaine à l'aide des formules 
d'un décret analogue de Chios5. Nous traduisons: « ont en- 
voyé à ce sujet une ambassade au peuple [athénien] pour prier 
le peuple [athénien] de prendre part aux concours ; le concours 
musical est égal aux jeux pythiques pour les âges et pour les 
honneurs^, le concours gymnique et hippique est de même 
assimilé aux jeux néméens. » 

Le décret de Chios, qui a été découvert à Delphes en 1880 
par M. Haussoullier, est une réponse à l'ambassade étolienne 
qui avait prié les Chiotes, comme les Athéniens, de recon- 
naître les Sotéries et d'y prendre part. Voté la même année que 
le décret d'Athènes traduit plus haut, il présente avec lui des 
analogies frappantes ; seulement, comme l'a finement remarqué 

1 . Koumanoudis, 'ET^typ. iXXr)v. à'jv/.o., 1860, n" 7s ; Foucart, Mém. sur 
les ruines et l'histoire de Delphes, p. 207. 

2. Paus., X, 21. 

3 . L'institution des Sotéries est postérieure de deux ans à la retraite des 
Gaulois ; cf. Haussoullier, Bull, de Corresp. HelUn., 1881, p. 302. 

4. M. Droysen avait renoncé à en rien tirer, op. laud., trad. franc., 
p. 638. 

5. Haussoullier, Bull, de Corresp. HelUn., 1881, p. 307; Dubois, Les 
ligues étolienne et achêenne, Paris, 1885, p. 217. 

6. II s'agit de l'âge exigé de ceux qui concouraient dans les jeux pythi- 
ques et des honneurs décernés par les villes à leurs concitoyens vainqueurs 
(HaussouUier, lac. laud., p. 511). 

Revue Celtique, XL 6 



82 Salomon Reinach. 

le premier éditeur, tandis que le décret de Chios parle d'une 
victoire (ir^ç vtV.-r;?, 1. 6), les Athéniens emploient l'expression 
rq; \iiyr,q et rappellent qu'eux aussi ont combattu pour le salut 
commun. « Il est probable que les députés étoliens, dans le 
discours qu'ils tinrent à l'assemblée, après avoir remis le 
décret de leurs concitoyens, insistèrent sur la part que les 
Athéniens avaient prise à la défense commune, et que l'éloge 
des deux peuples avait tenu la plus grande place dans leurs 
développements oratoires. A Chios, les Etoliens, plus libres 
dans leur langage, avaient seulement parlé des exploits de leur 
nation et présenté leur résistance comme une victoire décidée. 
Ainsi commençait à se former la légende sur le désastre de 
l'expédition gauloise. » ^ 

Nous possédons maintenant un second texte qui atteste 
l'intervention des Athéniens à côté des Etoliens dans la série 
des engagements qui eurent lieu en 278 près de Delphes. 
C'est une inscription gravée s-c;'.'/r,$;v sur deux morceaux de 
marbre pentélique; ils ont été découverts en 1889 près de 
l'entrée de l'Acropole d'Athènes et publiés par M. LoUingdans 
r 'Apyx'.oKo-f.y.ov oeA-io-i (bulletin archéologique), où la Direction 
des Antiquités grecques fait connaître au fur et à mesure les 
principales trouvailles archéologiques 2. Il s'agit d'un décret 
du peuple athénien en l'honneur d'Hérakleitos fils d'Asclé- 
piade du dème d'Athmonée^, qui s'était acquitté avez zèle de 
ses fonctions d'agonothète dans la célébration des Panathénées. 
Mais il avait fiiit plus encore, et c'est ici que le texte est assez 
intéressant pour qu'on le transcrive dans la langue originale ; 
nous adoptons les restitutions excellentes de M. Lolling : 

1. 3 : 7.al àvaTÎO-^T'.v tv;'. 'AO-^vx; rr,'. [y^i-Ar,: Ypçjà:; iycJzx: j-cixvr,- 
[xaTa (5) 'Mi [(p-ît' A'.twXwv 7:)]î-paY;jivojv r.pb: t;jç ^xpôxpzn: 
0::àp ~qq twv EXX'f^vwv zM~r,ç,ixq. 



1. HaussouUicr, loc. laud., p. 308. M. Foucart avait déjà insisté sur ce 
mot (jâyji, Mêm. cité, p 210. 

2. 'Ap/a!0A0YL-/.6v osÀxiov. Athènes, 1889, p. 58. 

3 . Cet Héracleitos est probablement identique à un archonte athénien 
de la seconde moitié du iii' siècle avant J.-C. (Corp. inscr. attic, II, no859.) 
Ce rapprochement est dû à M. Lolling (Aha-;ov. 1889, p. 61.) 



Invasion des GaUies en Grèce. 83 

« [Attendu qu'Hérakleitos] dédie dans le temple d'Athèna 
(Niké ? des peint ?)ures rappelant le souvenir des actions 
[d'éclat] accomplies (de concert avec les Étoliens) contre les 
barbares pour le salut des Hellènes... » 

Les barbares sont incontestablement les Galates; l'expression 
Tzphq xs'j; {ixpSipouq... ii-ïp x'^ç... jwxr^pi'aç se rencontre dans le 
nouveau texte comme dans l'inscription attique que nous avons 
traduite en commençant. Les ex-voto qu'Hérakleitos consacrait 
à Athéna peuvent avoir été des stèles, c'est-à-dire des bas- 
reliefs (jT/jXxç) ou des peintures (ypaça;); M. Lolling s'est dé- 
cidé pour la seconde restitution, qui est de beaucoup la plus 
vraisemblable. L'inscription étant gravée a-or/r^i^/, nous con- 
naissons exactement Tétendue de la lacune, qui est parfai- 
tement remplie par les mots [N(-/.-^'. yp^?]^?; c'est donc dans 
le petit temple d'Athèna Niké sur l'Acropole que ces peintures 
auront été déposées. On peut rappeler que la frise de ce 
temple était précisément décorée de bas-reliefs représentant, 
au nord et au sud, les combats des Athéniens contre les Perses 
pour le salut de l'indépendance hellénique ^ L'inscription a 
d'ailleurs été découverte dans le voisinage immédiat du temple 
d'Athèna Niké (celui qu'on appelle vulgairement « de la Vic- 
toire Aptère »). 

En dehors des lacunes que présente ce texte par suite de la 
brisure du marbre, il y en a plusieurs qui ont été produites 
par un martelage intentionnel. Ainsi, à la ligne 5, les lettres 
(ij.îi' AIto^Xwv ■::) ont été effacées; il en est de même à la 
ligne 13, où revient la mention du peuple étolien. M. Lolling 
a supposé que ces martelages remontent à une époque où 
Athènes eut à se plaindre des Etoliens, mais on ne saurait 
rien affirmer à ce sujet. Il présente d'ailleurs trop peu d'intérêt 
pour que nous y insistions ici. 

En résumé, la nouvelle inscription de l'Acropole confirme 
ce que nous savions sur la coopération des Athéniens avec les 
Etoliens et rend d'autant plus singulier, au premier abord, le 
silence de Pausanias. Mais Pausanias a-t-il altéré la vérité ? 

I. Le Bas-Reinach, Architecture, Athènes, \'^ série, pi. 9-10, p. 127. 



84 Salonwn Reinach. 

Nous ne le croyons pas et nous pensons plutôt que la vanité 
des Athéniens est ici en cause. Pausanias, après avoir raconté 
la terreur panique dont les Gaulois furent victimes \ les montre 
en butte aux attaques des Phocidiens et souffrant d'une 
grande disette, qui les faisait périr par milliers. Il ajoute que 
des Athéniens, venus à Delphes pour voir ce qui se passait, 
étaient retournés chez eux et avaient annoncé les désastres in- 
fligés aux barbares par les dieux. Alors, dit Pausanias, les 
Athéniens se mirent aussitôt en campagne; en traversant la 
Béotie, ils prirent avec eux les Béotiens ; ils commencèrent alors 
tous ensemble à poursuivre les Barbares et, s'embusquantsur leur 
passage, ils tuèrent les retardataires. Brennus s'étant donné la 
mort, les Galates regagnèrent avec peine le Sperchius ; là ils 
furent attaqués vigoureusement par les Etoliens et anéantis. 

Ainsi, d'après le récit de Pausanias, les Athéniens ont bien 
participé à ce qu'on pouvait appeler la campagne de Delphes, et 
ils sont entrés en ligne au moment où les Gaulois n'avaient 
pas encore quitté la Phocide. De là à dire qu'ils avaient lutté 
avec les Etoliens pour la défense du sanctuaire commun de la 
Grèce, il n'y avait assurément pas loin, et les Athéniens ne 
se sont fait aucun scrupule de faire valoir après coup une coo- 
pération qui, pour être tardive, n'en a pas moins été, semble- 
t-il, assez efficace. Il n'y a donc pas contradiction entre le té- 
moignage des inscriptions et celui de Pausanias. Droysen^, 
croyant que l'envoi de soldats d'élite et de chevaliers athéniens, 
dont il est question dans l'inscription citée au début de cet 
article, se rapportait à la défense des Thermophyles, s'est 
étonné que ce texte passât sous silence l'envoi des trirèmes 
athéniennes qui est attesté par Pausanias 3 ; mais c'est là une 
erreur de l'illustre historien, car l'inscription en question, 
comme celle que l'on vient de découvrir, concerne seulement, 
à notre avis, l'envoi de troupes athéniennes en Phocide à la 
suite du premier échec des Gaulois devant Delphes, postérieu- 
rement à l'épisode des Thermopyles. 



1 . Paus., X, 23. 

2. Droysen, Hist. de l'hellénisme, trad. franc., t. II, p 650, note 3. 

3. Paus , X, 20, 3. 



Invasion des Gûlates en Grèce. ' 85 

Dans un travail récent sur les Gaulois dans l'art antique \ 
nous avons énuméré les œuvres d'art connues jusqu'à présent 
où les Grecs ont représenté la défaite des Gaulois devant Del- 
phes (p. 41 du tirage à part). Il fout maintenant y ajouter les 
peintures du temple d'Athéna Niké dédiées vers 250 par Héra- 
kleitos d'Athmonée; elles rappelaient sans doute une des escar- 
mouches heureuses où une fraction de l'armée gauloise en 
retraite avait été battue par les Étoliens et les Athéniens. 

Salomon Reinach. 



I. Revue archéologique, 1888-1889, et à part (Leroux, éditeur, 1889.) 



GLOSES BRETONNES 



I. 

Quelques gloses bretonnes, depuis longtemps publiées, pa- 
raissent avoir échappé jusqu'ici aux celtologues. Ni la Gram- 
matica Celtica ni M. Loth dans son Vocabulaire vieux-breton 
n'en font mention. Elles se trouvent dans un mscr. de Saint- 
Omer (n° GGG'), écrit au x' siècle à Saint-Bertin. Elles sont 
écrites sur un poème alphabétique qui a été pubhé par Beth- 
mann dans la Zeitschrift fur deutsches Alterthum, V (1845), 
p. 206 ss. M. Stowasser, qui vient de donner une nouvehe 
édition du poème dans ses « Stolones latini » (Vindobonae, 
1889^), a eu la complaisance de me les signaler. Je donne le 
poème en entier avec les gloses latines et bretonnes, et à droite 
le texte émendé par M. Stovv'asser. C'est un nouveau spécimen 
de cette latinité artificielle, mêlée avec du grec et de l'hébreu, 
qui paraît avoir fait les délices des latinistes celtiques du 
viii'^ siècle environ; il rappelle de près les Hisperica famina, 
le fragment de Luxembourg- et la Lorica, dite de Gildas. 
J'espère que d'autres réussissent mieux que moi dans l'expli- 
cation des gloses bretonnes. 

Adelphus^ adelpha- moter3 Adelphus, adelpha, meter, 

1. Cp. Archiv fur latein. Lexicographie, VI, 595 s. 

2. M. Stowasser a aussi réédité ces deux textes, le premier sous le titre 
« Incerti auctoris Hisperica Famina » (Vindobonae, 1887), le second dans 
les Wiener Studien IX (1887), p. 309-322. 

I frater 2 soror 3 mater 



Gloses bretonnes. 



87 



pilus4 hius^ tegater^' dronte7 
tanaliter^. 

Blebomom9 agialos^° ni- 
cate^" dodrantibus^^. sic mun- 
di et uita huius. 

CaleuxoiTi ^3 dnm ut det bo- 
len^4 suum nobis auxilium. 

Didaxon^5 sapisure^^ toto 
biblion^7 acute non debes re- 
ticere. 

Equo nomicum^^ epensum^9 
habemus apud deum si autu- 
metimus-° audum-^ 

Fallax est uita mundi. de- 
cipit ut flos feni. permanet 
regnum dei. 

Gibron-- prason-3 agaton-4 
de uita athematon-' ut sis 
fretus in Sion. 

Hipagie^^^ de audo-7 habita 
in cirimonio -^ ut sis hères in 
bapho-9. 

Indiximus 3° est dei qui 
semper seruiens ei et erit in 
sceptro?! poh. 

Kalextratus32 mansie3 3 in 
marttino 34 tempore déficit ut 
uiuoIae5). 

Lamach)^ .ê. Iemna37 
aduubi amartus 38 amentu 39 
dusmi ictatur in luctu. 



— pilus, hius, tegater — 
dronte tanatahter. 

Blepomen agialus — nicate 
dodrantibus : — sic mundi et 
uita huius. 

Cateuchomen dominum, 

— uti det bulen suum — no- 
bis ... auxihum. 

Didaxon, sapiture, — toto 
bibhon acute; — non debes 
reticere. 

Equo nomicum pensum — 
habemus apud deum, — si 
autu metimus audum. 

Fahax est uita mundi, — 
decipit ut flos feni : — per- 
manet regnum dei. 

Gibron praxon agaton, — 
deuita athemiton, — ut sis 
tretus in Sion. 

Hipage, i de audo, — ha- 
bita in cirii nomo, — ut sis 
hères in bamo. 

Inde dimus est dei, — qui 
semper seruiens ei — et erit 
in sceptro poH. 

Kai extratus mansiae — in 
mattino tempore — déficit ut 
uiolae. 

Lamach est lemna adu, — 
ubi amartus amentu — dusmi 
ictatur in luctu. 



4 amicus 5 fillus 6f.lia 7 décadent S mortaliter 9 uidemus lolitus 11 uin- 
citur 12 adsissis .i. adlauou 13 uocamus 14 consilium 13 disce 16 magister 
17 canone 18 coronam 19 raanifestum 20 relinquamus 21 malum 22 homo 
25 fac 24 bonum 25 uir .i. sanguinum 26 dianguet de (dianguetde Bcthm.) 
27 de malo 28 in lege dei 29 in celo 3opopulus 51 regno 32 qualitas 35 uite 
34 nouissimo 35 foeou 36 isel 37 leh 38 pcccator 39 a inues (ainues Betbm.) 



88 R. Thurneysen. 

Metes4o hoc tetrex4i ^j \yQ. Metes hoc tetrex, ad bethen 



mmsu ' 
tu 



then42 postquam transit inte- 
gen43 suma44 aporipsumen45. 

Notalgicus46 est gibra47 et 
obtalmicus4^ ut talpha49 non 
agens dei mandata. 

011a5otoma abia^^ glableus)^ 
in anchreta53 bellantes défen- 
dit peltaH. 

Pile>5 peson56 opéra quae 
deofuerintplacita ut sis lesie>7 
incola. 

Quirius 5^ apemon 59 ana- 
^° apollit*^^ agion^- au- 
sison me ^4 o teos mu ^5. 

Raxas ^^ est ciromerus ^7 
agoniteta^^^ frenumus^'9 qui 
sine labe fit iustus. 

Sarax7°nostracales7^ agitur 
postea agitatur luibus/^ malis 
moritur. 

Tamaxo7) in mente mea 
minus idon74 in terra antro- 
phum sine macula. 

Uonitue75 protenamonum76 
asarum77 nitententem ad ba- 
mum78 agtibaxetam79. secum 
agentem. 

Xenodicium presules breue 
integen habentes achatarbam 
asiam. 



— postquam transit, m ten 
gen — soma aporipsumen. 

Notalgicus est gibra — et 
obtalmicus ut talpa — non 
agens dei mandata. 

Olla, toma, abia — galileus 
in anctera — bellantes défen- 
dit pelta. 

Pile poeson opéra, — quae 
deo fuerint placita, — ut sis 
elesii incola. 

Quirius anomias u — apol- 
lit agion autu : — soson me o 
teos mu. 

Raxas est gibro merus, — 
agoniteta frunemus, — qui 
sine labe fit iustus. 

Sarcx nostra cales agitur — 
postea ... agitatur, — luibus 
malis moritur. 

Tamazo in mente mea : — 
minus idon in terra — antro- 
pum sine macula. 

Uonite proten amnonum — 
asarum nitentem ad bamum 
• — agit pax etamensecum(?). 

Xenodocium presules — 
breue in te ge habentes — ... 



40 medot 41 esatcod 42 animam 45 in terra 44 corpus 45 prospicimus 
(/. proiciemus Sioiu.) 46 surdus 47 homo 48 cecus 49 guod 50 deus 51 deus 
pater 52 christianos 33 catina 54 choer uel scutum 55 amice 56 âge 57 pa- 
radisi 58 deus 59 a nobis 60 iniquitateni 61 dediledet 62 sanctorum 63 eius 
64 saluum me fac 63 deus meus 66 peritus 67 homo 68 campgur 69 pru- 
dens 70 caro 71 bonis 72 doloribus 75 miror 74 uidi 73 intellegite 76 pri- 
mum fidelis 77 beatum 78 ad altum 79 pax amicitia 



Gloses bretonnes. 89 

Z — ....— 

-j- achatarbam agiam^4. 

Et abi^'' aproterion^^ sus- Et abia poterion — suscepit 
cepit periranton^- pro re- periranton — pro redemptione 
demptione antrophon^3, antropon. 

12. dodrantibus gl. adsissis A. adlauou. Assisaesx. « la marée 
montante » selon Isidore, de Ord. Créât. 9, 7. Le mot do- 
drans se trouve avec un sens analogue dans les Hisperica Fa- 
mina, p. 12: vastaque tiimente dodrantc inundat fréta. On atten- 
drait donc *lanuoi{ ou a lanuou, cf. gall. Uaniv, arm. lano lanv 
« marée montante » . Le scribe a pu changer a en ad, comme 
il a écrit idsissis. Il faudrait admettre plus de fautes, si on 
voulait rapprocher le gall. adlif a marée basse ». M. Stowasser 
pense à une erreur pour adluvio. 

25. atbematon gl. uir ./. sanguinum. D'après M. Stowasser, 
qui veut lire atheiniton, le glossateur se serait trompé en pre- 
nant /;«/wfo// pour a'.|j.2T0)v. Il suppose que uir cache un mot 
celtique, ce qui me paraît douteux. 

26. Hipagie ('j-aye) gl. diangiiet de. M. Stowasser propose 
de l'ire dilinque, ide(m). J'incline plutôt à y voir un mot breton, 
mais je ne sais trop lequel. On ne peut guère penser à l'im- 
pératif dianc « échappe « qui demanderait un c au lieu de g et 
qui n'expliquerait pas les lettres suivantes. 

35. liiuolae (violae Stow.) gl. foeou. Il faut peut-être lire 
foeon, cp. arm. moy. foeonnenn « c'est une fleur blanche qui 
chiet tantost, It. ligustrum », arm. mod./^'o?/ « renoncule », 
V. gall. fionou « rosarum », irl. sion « digitale », etc. (Ernault, 
Dict. étym. du bret. moy., s. v. foeonnenn). 

36. Lauiach gl. isel. Les gloses bibliques expHquent le mot 
hébreu par « pauper, humiliatus » (Stowasser, p. xiii), ce qui 
est ici rendu par iseJ « bas ». 

37. lemna adu QJ.[vrr, "Aiou) gl. (sur Jenina) leb. Si le glos- 
sateur a bien compris, on ne peut expliquer leb ni par le mot 



80 deus pater 81 passio 82 uas 83 hominum 84 M. Stowasser prend à 
tort cette ligne pour le reste d'une strophe perdue. Il faut lire « cateruam 
agiam as;entes ». 



90 R. Tliurneysen. 

breton îecb « pierre plate » ni par gall. le, arm. lec'b « lieu ». 
Doit-on lire lob := v. gall. lucb (Stokes, Beitr., VII, 415) pi. 
lîcboH « marais », arm. loc'b Jouc'b « mare d'eau » ? Ou bien 
peut-on comparer arm. kcbid, gall. liai « limon, sédiment »? 

39. amentu gl. a innés. Amentu dusmi est égal à amento dia- 
boli. A inucs pourrait être l'arm. mod. mw~, pi. envesiou « vi- 
role d'outil » avec la préposition a. [Cp. les gloses inubisiou 
(gl. ammenta, ammentis), publiées par Stokes, Academy, 
18 janv. 1890, p. 46]. 

40-42. met es (gl. medot^ boc tetrex (gl. esatcod) ad hetben (gl. 
animani). Ce vers n'est pas clair. M. Stowasser voit dans metes 
l'impératif [).i^zt et dans hetben le mot hébreu betb « maison ». 
Je ne sais que faire de esatcod et je n'ai pas d'explication satis- 
faisante pour luedot « metes ». Serait-ce une forme du verbe 
gall. et arm. )ncdi « moissonner » ? Mais à cette époque on 
attendrait / et non d au milieu du mot. Cp. aussi gall. moy. 
inetbaïud « il périra » Mab., 2, 202. 

49. talpba gl. guod; cp. arm.^f^o^, gall. giuadd « taupe ». 

54. pelta gl. cboer vel scutuiii. Doit-on lire scoet pour cboer? 

61. apollit gl. dediledet. M. Stowasser corrige la glose en 
deJet. Il se peut que deux gloses s'y soient mêlées, l'une 
latine « delet», l'autre bretonne contenant une forme du verbe 
gallois dilëu « abolir, perdre ». 

68. agoiiiteta gl. campgur « homme de combat». 



II. 

Profitant de l'occasion, j'ajoute l'explication de quelques 
gloses publiées par moi dans les Comptes rendus de l'Acad. de 
Munich, 1885, p. 90 ss. Je dois ces corrections à M. JohnRhys. 

P. 96. biligor parocleo. J'avais déjà séparé bi-tig, sans savoir 
expliquer le reste. Il faut lire or pard cled qui serait en gallois 
moderne o'r partb cJedd « du côté gauche »; cp. /;; siiiistra 
parle un peu plus haut dans le texte. La même faute, pour 
d, se trouve dans fniobuide pour findbiiide, p. 103. Or prouve 
que ces gloses ne sont pas armoricaines, comme j'avais supposé, 
mais galloises. 



Gloses bretonnes. 



91 



Ib. am cir biniios, 1. ain-cîrbin[n] nos « vers la nuit » ; cp. 
bet circhinn h guoJkum « usque sub occiduum coeli » Juv. 

D'autres explications que m'a fournies M. Rhys me semblent 
douteuses. Prenant rinn, p. 96, pour le mot gallois rhyn dans 
pcnryii « promontoire » ou pour un adjectif rbyii « stiff or 
rigid », il voit dans gel moi, qui le précède, une mauvaise écri- 
ture du mot gallois gylfin « bec, pointe », écrit correctement 
gîlbin dans les gloses sur Juvencus. 

P. 99. tnhenuljd serait le gall. mod, tzuyn uchcl « a high 
clump or high hillock » . 

D'après le même savant glanasoc (vir sanguinosus) n'est pas 
nécessairement une faute pour galanasoc, puisqu'on dit en 
« colloquial welsh » glanasdni pour galaiiasdra. Il voit l'ar- 
ticle et non, comme moi, la préposition i[n] dans hi giiolt ucbel, 
hi tig, hi dcJrint (p. 96) et traduit ce dernier mot, que j'ai 
identifié au gall. mod. dybyiit « voyage », par « les dents » ou 
« la dent ». 

P. 10^. Jcidii. lïos. Jaicos. M. Gûterbock a vu que le premier 
mot est irlandais et doit être corrigé en laich .i. « laïque ». 

P. 96. viruiii liiscum vel colloculo dcxtera. Je pense qu'il faille 
lire goJl oculo dextcro ; c'est l'irl. goll « borgne ». 



III. 

Après avoir ajouté quelques mots au vocabulaire des anciens 
dialectes bretons, je me vois obligé d'en retrancher plusieurs 
autres. On prend généralement pour du pur gallois les gloses 
sur Juvencus que M. Stokes a publiées dans les Beitrage de 
Kuhn et Schleicher, IV, 385 ss.; VII, 410 ss. Mais le scribe 
était irlandais; il conclut en priant les lecteurs : araut di Nuadu 
« priez pour Nuadu » (IV, 389). En gallois il s'appellerait 
N^iidd. Le caractère gallois de la glose hir ur {ignis focos) a 
déjà été suspect à M. Stokes, qui ajoute à son explication : « if 
this is not Irish » (VII, 414). Le premier miot serait laur (ou 
/(;;■) en gallois, et le mot ur « feu » n'est connu qu'en irlandais. 
En effet, il y a d'autres gloses qui me paraissent indubitable- 
ment irlandaises; ce sont les suivantes : 



92 R. Timrneysen. 

IV, 390. restât A. arta. La forme galloise du verbe se 
montre dans itau, p. 396. 

IV, 394. astrorum obitûs À. occasus g\. funid. Cp. ir\. fuined. 

IV, 398. anbela socrus gl. lobur. En v.-gall. on attendrait 
plutôt lober ou lobir ou lobr (lubi-). 

IV, 40e. Jain lux adveniet propriis (1. properis) mihi cursilis 
instans gl. archinn dies. Cp. irl. ar-chiunn (gall. erbyn') ar~ 
chenn « vis-à-vis, à la rencontre », ail. « entgegen ». 

IV, 410. On trouve trois îois h glose fodeud fodeut fodiud, 
qui n'a pas été expliquée. C'est une note du scribe sans rap- 
port avec le texte; cp. irl. fo-deud fo-diud « à la fin ». Elle est 
opposée à la remarque galloise qui se trouve deux fois (ib.) : 
init oid « c'était le commencement » . 

IVj 415. ira ab ûr Jiomen acccpit hoc est ab igné, ûr enim 
flamma dicitur, etc. V. plus haut. 

IV, 390; VII, 411. moenia gl. aul J. mur bethlem. M. Stokes 
a trouvé aul dans un glossaire irlandais; mais il est vrai que 
cet exemple n'est point sûr. 

IV, 390; VII, 412. La glose da{ni)fraud atius se trouve 
deux fois, la première fois sur subtrahet igni dans le passage : 
Hoc opus, hoc etenim forsan me subtrahet igni Tune, cmn . . des- 
cendet .. Judex .. Christus. Sans pouvoir expliquer le premier 
mot^, il me semble que atius pourrait bien être irlandais : a 
tius « de la chaleur », prép. a et datif de tess. Mais je ne sais 
pas si le second passage (VII, 412) se prête à cette interpré- 
tation; M. Stokes ne cite qu'un seul vers. 

Outre ces mots purement irlandais il s'en trouve d'autres qui 
ont bien l'aspect gallois, mais qu'on n'a jamais rencontrés 
dans d'autres monuments des dialectes bretons ; on ne les 
connaît que sous une forme irlandaise. Ne serait-ce pas que le 
glossateur irlandais ait parlé un gallois « hibernisant », c'est-à- 
dire qu'il ait çà et là « britannisé » des mots irlandais, tout 
comme un Français qui, parlant italien, se servirait de mots 
français italianisés. Je sais bien que cette hypothèse est peu 
sûre, puisque beaucoup de mots de l'ancienne langue bretonne 
se seront perdus plus tard. Mais cp. les gloses suivantes : 

I. Doit-on comparer giW. ffraivdd, 3.x:m. freu^ « tumulte, désordre »? 



Gloses bretonnes. 93 

IV, 392. mitiquam oentun gl. stnitiu. C'est l'irlandais sruith 
inconnu en breton. 

IV, 402. veteris script i monimenta À. hencassou; cf. irl. 
senchas. Même remarque pour le breton. 

IV, 406. fréta fervida gl. anbhhaul. Cet adjectif paraît être 
formé de l'irl. anfud anfuth « tempête ». 

IV, 413. num vescitur gl. anit arber bit; cp. irl. ar-biur 
biiith « je me sers de ». Le gallois moderne emploie dans le 
même sens arfer sans byd (ou biuyd). 

Pour frequens populis À. litimaur (IV, 395) je lirais lin- 
maur = irl. lînmar « nombreux ». Le mot lin « nombre » 
manque aux dialectes bretons. 

IV, 350. obsistit .i. gurthdo résistif. Serait-ce une traduction 
de l'irl. fris-tâ « il résiste ? » 

IV, 393. tribus .i. bcnihed. Bcmhed pouv pemhed (^pemped) 
pourrait traduire l'irl. coiced « province ». 

Je ne donne ces conjectures que pour ce qu'elles sont. 

R. Thurneysen. 
Juillet 1889. 



ETUDES BRETONNES 



VIL 



SUR L ANALOGIE DANS LA CONJUGAISON. 

/. La troisième personne du singulier du futur. 

1. Il y a en moyen breton trois façons de former la troi- 
sième personne singulière de l'indicatif futur, qui est en même 
temps un subjonctif: 

1° en ajoutant o au radical du verbe : car, il aime, caro, il 
aimera, qu'il aime ; 

2° en ajoutant y ou / au radical, ce qui a lieu : quand il 
finit en a, comme dans a, il va, ay, il ira, qu'il aille ; ou en 
eu, dans le seul verbe deu, il vient, tut. deuy ; ou en o, comme 
dans ro, il donne, fut. roy ; 

3° sans voyelle finale : yel, iel, yaJ, il ira. 

Ces trois formes du futur ont des emplois bien délimités, 
sauf que la troisième peut être remplacée par la première. 

2. Au lieu de yel, iel, yal, on trouve à.onc yelo, icio, yâlo. 
Toutes ces formes du verbe aller appartiennent plutôt à la 
conjugaison impersonnelle et au futur (cf. Rev. Celt., IX, 
248, 251), tandis que les autres en et en 3' sont à la fois 
personnelles et impersonnelles, futures et subjonctives. 

Voici, d'ailleurs, des exemples contraires à cette exception, 
en breton moderne : na yélo qet, il n'ira pas, Trajedi Jacob, 
1850, chez Lédan, p. 75 ; n'ielo ket, Gwer'^iou Brei::^-Ixtl , I, 
196; ra yel, qu'il aille, Preparationou d'ar maro, ... troet... 
gant Dom Charles ar Bris, Bel ec a Léon, Quimper, 1784, p. ici. 



Etudes bretonnes. 95 

Yel et yelo sont proprement deux temps différents : (y)el = 
gall. eJ, il va, il ira (présent-futur); (y)elo = gall. clo (jus- 
qu'à ce) qu'il aille, il sera allé (subjonctif-futur antérieur). Yel 
est la seule forme appartenant au premier de ces temps qui 
ait toujours le sens du futur-subjonctif, en breton. Dans les 
autres verbes la forme correspondante est un indicatif présent, 
sauf certaines locutions où l'idée de futur n'est pas exprimée 
dans le verbe, mais résulte nécessairement du contexte : tréc. bi- 
henn nho kiuel ma daoulagad, jamais mes yeux ne vous verront, 
G. B. L, I, 350, cf. 3 40 (et collection Penguern, I, 28), etc.; 
bikenn veut dire « jamais, dans l'avenir »; bikenn n'hen gan 
(j'ai peur que) jamais elle ne le mette au monde, 388; dans 
cette expression le breton n'exige pas, comme le français, un 
subjonctif. Cf. Rev. CcH., IX, 380, 381 ^ 

De même dans les phrases comme pc me cm veu^, pe me na 
rinn (dites-moi) : me noierai-je, ou ne le ferai-je pas ? G. B. 
L, I, 362, pe me em la~, pe iia rinii /cet, me tuerai-je, etc., 3 10, 
le second verbe seul est au futur; il peut d'ailleurs se trouver 
lui aussi au présent : pe me em la:^, pe me na ra, 34e. 

Ce dernier mot rime en a ; le second verbe est à l'imper- 
sonnel, quoique négatif et après son sujet, cf. Rev. Celt., IX, 
251, et B, 804, 467, 641 ; a chiiy na gou:{ye quet, ne saviez- 
vous pas, Nouelou, 76; bikenjne nem goJo, jamais je ne me 
perdrai, Bar:^a:;^ Brei::^, 515; te pini... na droa:^, toi qui ne 
tournas pas, 379; an Egyptianet père nhor sell, les Egyptiens 
qui ne nous regardent (qu'avec horreur), Jacob, 129; ar re 
n observa qet, Traj. Moyses (à la suite de Jacob), ceux qui n'ob- 
serveront pas, 160, maleiir evit an nep père no observo, malheur 



I. Autres exemples en moyen breton avec la ir^ pers. : bishiiyquen ... ne 
pourchaiaf, jamais je n'obtiendrai, Grand Mystère de Jésus, 100; bi:^huyquen 
ne hiienaj, je ne me réjouirai, 187, col. b; =2 bi^uiquen lonenhat neraf, 
Sainte-Barbe, 292. Bikenn et biriuikenn en bret. moderne avec des présents, 
fe pers. sing. en an, ann: G. B. L, I, 18, 20, 130, 180, 182, 234, 314, 
350, 410, 492 (et coll. Peng., I, 59); avec des futurs, v^^ pers. en inn : 
6, 130, 518, 526; 3e pers., en 0: 454, 464; avec as po, tu auras, 436, ho 
po, vous aurez, 338. Croii^uet ont abars bloas ainàn (jamais tu ne verras cet 
âge:) tu seras pendu avant un an d ici, Sarmoun great var ar niaro a Vikeal 
Morin, chez Guilmer, p. 41, est devenu croiigiiet vi dans des éditions plus 
récentes (Sermon Michel Morin, chez Ledan, id. chez Lanoé, p. 40). 



96 E. Ernault. 

à ceux qui, etc., 256; vannetais hé fromesseu ne virai q net, ses 
promesses n'empêchaient pas. Voyage misterius, 85 ; er ré na 
^isclair, ceux qui ne déclarent pas, en 1693, Amiales de Bre- 
tagne, III, 412, etc. ^ 

3. On peut ajouter à yel le bret. moy. et mod. ve:^, sub- 
jonctif « qu'il soit », dans «a ve::^ muy, qu'il n'y ait pas autre 
chose, J 76 b, où ve^ rime en f;^, = na ve:{et quen, B 396 (ve:^et 
est un impératif); nia:(^ve::;^, pour qu'il soit, Sainte-Nonne, 601, 
= ma^ vexp, 919, 1275 ; me a w'~, je serais, me a vé\ het, j'aie 
été, pegueiuent bennac é vé:^-eh het, quoiqu'il ait été, etc.. 
Grammaire du P. Grégoire, Rennes, 1738, p. 85, 86, 129, 
neb a vé7^, quiconque serait, 26, cité à propos de la pronon- 
ciation du ;(; r'am béT^, j'aie, plût à Dieu que j'eusse, p. b. ma 
am béz^ bet, quoique j'aie eu, 2^ pers. a:^ pé:^, y en devé:^^, 
fém. he devé:;^, pi. bon bé:^, bon devé:(^, 2^ p. bo pé:^, y bo devé:^, etc., 
94, 95, 120, 121, et Dictionnaire du même auteur, s. v. 
avoir \ mar c'boantait e w~ ///// ... bo sqiant, si vous voulez que 
votre science soit utile. Imitation ... J.-C, 1836, chez Lédan, 
p. 5, etc. 

Ce mot be:{, ve~ = le présent-futur gall. bydd, a un emploi 
régulier, par exemple dans bi:{l]uyquen ... neni be:;^, jamais je 
n'aurai, J 226 b, cf. qiicn na ue:^aff, jusqu'à ce que je sois, B 
45, birviquen ... nen deve, jamais,il n'aura, Tragédien sant Guil- 
larm, Morlaix, 181 5, p. 76 (= birfiquen ... nen deveus, ms. 
de la même pièce, à M. Bureau, daté de 181 1, f" 61 v°), etc., 
§ 2; mais les cas signalés plus haut sont très différents. Na 
vex_ muy est une 3'-' pers. ; na car muy, n'aime plus, une 2^ A 
r'am- bcx^ (cf. ra yel) devrait répondre * ra car, qui n'existe 



I . Au lieu de pe me etn veu:;^, etc., on lit pc me n'em venin, pe na rin het, 
E. Rolland, Recueil de chansons populaires, III, 64, ^l pe me n'em veuin, pe 
me na rin, Quellien, Chansons et Danses, loi. Il y a ici, au contraire, un 
emploi abusif du personnel, cf. Rev. Celt., IX, 2')6 , et rouanei, pan deuiont, 
amensont, les rois, quand ils arrivèrent, demandèrent, NI 12; hek'icnn V 
Vuriuenn, vel ma kleujont, ur prosession a :^wjont, les prêtres du Bourblanc 
entendant cela, firent une procession, G. B. J., I, 226; lie \isquihien oclê- 
ved ar c'homjo-se, e coue^chont, ses disciples, entendant ces mots, tombèrent, 
Testamant neve, Guingamp, 1853, p. 40; ha neu^e mc'r la^in, et alors je le 
tuerai, Guill., 1815, p. 74 = a neuse mer la^in, ms. 1811, fo 60; et me 
hoc'h etablissa, je vous établis, Jac. 40, rime à qenta} 



Etudes bretonnes. 



97 



pas. Mâf~ car, analogue à mac^ w~, est toujours un indicatif 
présent: « si bien qu'il aime ». 

4. Le :^ de bc:^, fq, ne permet pas d'y voir un conditionnel. 
Ce temps peut remplacer dans certains cas le futur-subjonctif; 
c'est pourquoi le P. Grégoire donne aussi, par exemple, r'en 
deffé, plût à Dieu qu'il eût, ma en dejfé, ma he deffé (encore) 
qu'il, quelle ait (eu), etc., formes de conditionnel. 

En vannetais et en trécorois le :^ doux se supprime ; on ne 
peut donc savoir si dans le van, buiquen henmh ne ue coh deen, 
il ne vivra pas âge d'homme, Chai, ms, et dans le tréc. bikenn 
na ve paour et bikenn paour na ve, jamais il ne sera pauvre, G. 
B. L, I, 470, ve est un présent-futur =: léon. ve:{, cf. mar 
bean, si je suis, 420, ou un conditionnel = léon. ve, cf. mar 
ben, si je suis, 412 (futur bikenn ... na vo paour, 464). Le 
conditionnel breton peut s'employer parfois là où le français 
mettrait le futur : m'arruann . . . binoiken m\ou 'n defe-han, si 
j'arrive (avant lui), jamais il ne recevra (littéralement « il 
n'aurait ») les ordres, 442. Il partage aussi avec le futur la 
faculté d'exprimer le subjonctif. 

5. On aurait tort de joindre à iel et à bex^ certaines expres- 
sions comme c'hom (lisez choni) er guélénep à garo, demeure au 
lit qui voudra, Quiquer, 1690, p. 113. Le verbe peut être ici 
à l'infinitif, c'est ce que prouvent entre autres les phrases 
evelse be:^a grct, ainsi soit-il, Conferançoii curius, chez Lédan 
(édition publiée sous Louis-Philippe, comme on le voit à la 
p. 26), p. 47; he:{a et bea droug gant an eb a garo, que cela dé- 
plaise à qui voudra, collection Penguern, I, 206 ; III, 3 i ; Nini 
a neus c'hoant da vellct true~ Mond di:^iou d'ar chastel neves, 
celui qui veut voir grand pitié, qu'il aille jeudi au château 
neuf, I, 33; trci an acl, que le vent tourne, V, léi, cf. 212, 
treï dan avel, ij^. Cet emploi de l'infinitif pour l'impératif 
n'est pas borné à la 3^ pers. du sing.; cf. Rev. Celt., IV, 299 ; 
e astenn, qu'on l'étende, J 135; e aeren, lions-le, 73 b. On 
dit très souvent en petit Tréguier: dond aman, venez ici; 
c'hastan, ha chomah ke da dortah, hâtez-vous, ne vous arrêtez 
pas (cf. « il n'y a pas à tortiller » ?), etc. 

Après un verbe au futur ou à l'impératif, un second verbe 
à l'infinitif peut exprimer l'idée de ces temps : me ... a gray ... 
Revue Celticjue, XI. 7 



98 E. Ernaiilt. 

ah se:(lou, je ferai et j'entendrai^ N 499-500, pour se:^louo ; 
deomp ... hac ...e lescl, allons et laissons-le, 519-521; na 
hentet na darempret, ne hantez et ne fréquentez, J 21 b. 

Il en est de même, du reste, pour les autres temps ; exemples : 
Moy. br. ho^^ bennigaf ... ha hoÂ^ ober, je vous bénis et je 
vous fais (archevêque), N 1770, 1771 ; ne espernaff ... dekher, 
je n'épargne (lièvre ni renard) ; je prends (les lapereaux), 285, 
28e ; ne credaff ... na doen, je ne crois pas et n'ai (souci de), 
B 105; pan sell ... ha guelet, quand il regarde et voit, 283- 
284; mar da ... ha caffout, si elle va et trouve, 79 ; na diguer 
ha rannaff (qui empêche) qu'il ne s'ouvre et ne se brise, J 34; 
ma^ huesenn ... ha crenaf, tant que je suais et tremblais, 231; 
en doiigenn net hac e caret, je le respectais et l'aimais, N 1145 ; 
no dalchech huy, ha ho diqiiacc (pourquoi) ne les arrêtiez-vous 
pas et ne les ameniez-vous pas, J 219; e:;^ aparissas ... hac he 
admonetas ... yue:^ he assury, il apparut et l'avertit; de plus il 
l'assura, Cathell 13 ; ^^ deu:^ de nem colcry ha da enrage ha gour- 
henien, il se mit en colère et ordonna, 17 ; en querhomp ... e ado- 
rifu, nous l'aimerons et l'adorerons, H 9; na macses ... hac 
ho emplig, n'aurais-tu pas nourri (des animaux) et ne les aurais- 
tu pas employés, B str. 700, vers i et vers 5 ; dans l'inter- 
valle se trouvent d'autres verbes à des temps différents; ne 
lamsct ... nac he rauissaff (de peur) qu'on ne la prît et ne 
l'enlevât, 8. 

Bret. mod. : ma crevas ha mervel marv-miq (si bien) qu'elle 
creva et mourut, de Goësbriand, Fables, 1836, p. i ; me 
lacfe a blat, hac ober dé anaout, je les abattrais, et leur ferais 
reconnaître, Mc»)'5. 176; biskoa::^ ... neuz^hi andurct ... met hi 
chaseal, jamais il ne l'a supportée ... mais il l'a chassée, G. B. 
L, I, 160, cf. 162 ; me gouitafe ... ; houitad ..., mont, je quit- 
terais (mon pays), je le quitterais, j'irais, 138; ma kouskfomp 
... kousket ..., dcbri (la grâce) que nous couchions ... ; que 
nous couchions ..., que nous mangions, 254; a vrcofc ..., 
lakad, il briserait ... et mettrait, 520; brenian pahon di:^ourci, 
ha caout eun tant animer, maintenant que je suis tranquille et 
que j'ai un peu de temps, Chanson ... var ... ann evereiet, i ; 
squiant en dcoa ha gou:^out peur e impligca, il avait de l'esprit 
et savait quand l'employer, Sarnioun, 35, cf. p. 21, etc. On 



Etudes bretonnes. 99 

dit en petit Trég., par exemple, an diid avor a chik, pe vutunat, 
les marins chiquent ou fument, etc. 

Cette construction existe également en comique et en gal- 
lois ; cf. Stokes, Pascon agan Arluth, p. 95 (note à str. 175, 
1. 2); Beunans Meriasek, Furtber corrigenda and addenda, note 
au vers 906. 

On la trouve aussi en français : « Item que si l'on vend et 
allienne du dommayne de l'Eglise et en ce appauvrir les dits 
Ecclésiastiques, ... » (pièce datée d'avril 1573, signée de 
l'évêque de Luçon ; dans les Papiers d'Aquitaine, Recueil ma- 
nuscrit de Dom Fonteneau, t. XIV, p. 714, bibliothèque de 
Poitiers). 

6. Il y a un troisième cas où l'infinitif peut alterner avec 
le futur-subjonctif; c'est après le mot da. 

Doué dû conduo, que Dieu vous conduise, Quiquer, 1690, 
p. 77, cf. 14, a pour synonyme Doué do conduy, 73, où le 
verbe est à l'infinitif, de même que dans Doué da rei, que 
Dieu donne, m (= Doué da roi, 11, 14, 42, da roy Doué, 
12, futur). Doue da rei, Moys. ijo, (= Doue da royo, 309), 
Doue da reï, G. B. L, I, 254, 260, vann. Doue de rein, Voy. 
Diist., II, Do lie de rein, Chalonsms., s. v. allonger, Doi'ié d'hou 
sicourein (= Doiïé hou sicouret) et Doïié de uout guenech, Dieu 
vous assiste. Chai, ms, litt. Dieu soit avec vous, Doue da 
vc~an, Quellicn, 235, Doue da vea, Giiill. 181 1, f" 77 v", 
Doue da vean, Explication an doctrin christen, III (1849), 
p. 288, etc. (=:Doué dave:^o, Quiq., 37, Doïié da véo, 103, cf. 
Doué ra tr~o, 40) ; Doue da renia dêc'h, que Dieu vous rende, 
Moys., 270; Doue da :^istrein, que Dieu détourne, Expl. II 
(1838), p. 176; Doue da xpnt do pca « que Dieu vienne à vous 
récompenser », Guill. 1811, 79 v°, etc. 

Cet emploi de l'infinitif avec da pour rendre l'idée de l'op- 
tatif existait dès le breton moyen : peuch ... da regnaf, que la 
paix règne, J 8. Il provient d'une confusion entre da, parti- 
cule verbale = irl. do, Rev. Celt., IX, 250, et da, préposition 
signifiant à. La construction plus ancienne, avec le futur, se 
trouve aussi à cette époque : do^ greay, qu'il vous fasse, J 9 ; 
da ue^o graet, qu'il soit fait, Middle-Breton Hours, 65 ; Doe 
da:^ saluo, Dieu te salue (i. e. sauve), Catholicon. Autres 



100 E. Erridult. 

exemples de Quiquer, 1690: Doue do miro, Dieu vous garde, 
89, d'b iiiiro, 97; Donc do binnigo, Dieu vous bénisse, 27 ; da 
hinigou, qu'il bénisse, 55 (cf. seruigou, il servira, 53); deut 
îiiat da viet, soyez le bienvenu, 20, 22, 33 (m viel, 97). 

Il n'est pas exact de dire que da « est toujours précédé du 
sujet », Rcv. Celt., IX, 538, ligne 14; on en a la preuve, 
ibid., 1. 3 ^ — Cf. da, particule optative, en slave. 

Il n'est pas impossible, d'un autre côté, que dans clrnn er 
gucle ncp a garo, reste au lit qui voudra, chom soit à la seconde 
personne du singulier. Cette explication paraît la plus naturelle 
dans n'oii gonvertis ncp a garo, se convertisse qui voudra, Dis- 
put ... Molarge (après Chanson go~), chez Lédan, p. 6. On 
trouve des constructions semblables avec la 2^ pers. du pluriel: 
';/;/ /;/;;/ 'n cu~ c'hoanî kavel truc~ It dihin d'ar C'hastcJ-neve:^, 
G. B. L, I, 242, litt. « celui qui veut ..., allez ... », cf. la 
variante de la coll. Peng., citée § 5 ; gourdrou::it an eb a garo, 
murmure qui voudra, coll. Peng., II, 66, gourdrou:(id an eb 
a garo, 69 ; grognit ncp a garo, en grogne qui voudra, Jac. 96, 
clêvit nep a g. (entende), Moys. 239; va ■:;jid, ncmrenjitpc- 
pini, (... na boltronct ini), mes gens, que chacun se range, 
(que personne ne soit lâche), Pcvar niap Eni., anc. éd., 271 ; 
hcuiUiî achanon ncp a garo, me suive qui voudra, 397; recourit 
ho pue, mignonct, ncp a cil, sauve qui peut, amis, 347; va ~ud, 
mar deus ini ani c'har, Laqit c advcrsour pepini d'an douar, mes 
gens, s'il y en a quelqu'un qui m'aime, que chacun terrasse 
son adversaire, 57, cf. 146; choniit, conipagnunc~, pepini en e 
blaç, Riniou ha goulennou chez Lédan (anc. édit.), p. 53, litt. 
« restez, la compagnie, chacun à sa place » ; choniit ta pepini 
qeit ni'o c volonté « restez donc chacun tant que ce sera sa vo- 
lonté », ibid., etc. ^. On dit en petit Tréguier 'n ini 'n e 



1 . On lit dra ve:[in, que je sois, dans l'ancienne édition de Biie\ ar pevar 
map Emon, p. 179 ; dra est un compromis entre da et ra. Une autre com- 
binaison curieuse se montre dans ar blet oiisda tago, que le loup t'étiangle, 
ilnd. 275, pour ar blei da (n:: Ja:^) tago ou ar hlei oti:^ da daga, littéralement 
« le loup à t'étrangler ». 

2. Dans beiit grêt, qu'il soit fait, ib. 20, il y a, je pense, une simple con- 
fusion graphique, pour bf:(et ; cf. «;ori7, on honorait, Pev. m. E., anc. éd. 7, 
et peut-être assurit, assurément (pour assuret, assuré), 29, 167, 182, 212, 
225, 243, 263, 284, 322, 326, 381 (voir § 41). 



Etudes bretonnes. loi 

c'hoahd de gàd prenct hagë pou, litt. « celui qui veut en avoir, 
aclietez et vous aurez ». 

Une tournure analogue existe en français : « Gardez vos 
gants ceux qui en ont «, Labiche, Un chapeau de paille d'Italie, 
acte II, se. 3. 

7. La seconde classe (verbes à futur en_)') se divise en trois 
groupes : radicaux en a, en eu et en 0. 

Exemples: groay, gray, grai, greay, ray, il fera, qu'il fasse; 
disgray, il défera, essa\, il essaiera, hoaiitay, il désirera, lacay, 
il mettra, pellay, il s'éloignera; couffhay, il songera, B 657, 
659 ; dans ce mot seulement ay compte pour deux syllabes 
(rimes a, i), mais cela n'empêche pas les autres d'avoir i 
voyelle, et de rimer en î : « Hac a grai ma deuotion, N 500; 
En ty nia::^ ay, hep fa::jiajf », J 47. La rime intérieure de ^y 
avec fa::^iaff ne suffirait pas, parce qu'elle n'est qu'à la 2" syl- 
labe du vers ; cf. mon Glossaire moyen breton, Préflice. 

Gruy, il fera, J 78, col. b, i syll., rime en i, est dû proba- 
blement à une confusion graphique avec gruy, tu feras, Sainte- 
Nonne, 1149, ry, B 614 (jien gry, J 52, pour na ry, rimes ar, 
i);gry, Cathell, 23 {Rev. Celt., VIII, 88). Va du radical dis- 
paraît à cette seconde personne, mais non à la troisième : y, 
tu iras. 

Le verbe du deuxième groupe, deuy, duey, duy, dui, il vien- 
dra, n'a qu'une syll., qui rime en i, J 49, N 522, etc.; duy, 
tu viendras, en a deux. 

Exemples du troisième groupe : roy, il donnera, scoy, il 
frappera, une syll. ; roy, deux syll., B 292; gouloy, il couvrira, 
trois syll., B 630 (rimes 0, i); troy, il tournera. Poèmes bre- 
tons, 227, peut être compté pour une ou deux syll., parce 
qu'il est suivi d'une voyelle, et qu'en pareil cas la synérèse 
est fréquente. La rime de roy (une syll.) à baeleguie-, N 1688, 
est analogue à celles que nous avons étudiées plus haut. 

Royf, il donnera, une syl., N 708, est une variante pure- 
ment graphique de roy; cf. canef, il chantait, Cathell 3, pour 
cane; a graff, il fait, 8, ^ara 35, auj. a ra. On lit de même 
da roijf, qu'il donne, don preseruofj, qu'il nous préserve, graijf, 
il fera, Quiquer, 1626 (Loth, Annales de Bretagne, III, 249, 
247. 245)- 



102 E. Ernault. 

8. Le comique nous offre dans jvy, qu'il donne, en regard 
de may hallo, pour qu'il puisse, etc., un exemple de la répar- 
tition des suffixes o et 3' en moyen breton. 

En gallois -0 appartient au subjonctif-optatif, que la gram- 
maire de Rowland appelle future pcrfect et qui s'emploie dans 
les propositions dépendantes, cf. Loth, Rev. Celt., VII, 236, 
237: moy. gall. akafo, qu'il aura reçu, duw arodo, que Dieu 
donne! mais aussi jyn)' wyttao, jusqu'à ce qu'il ait mangé, 
Grammatica celtica, 2^ éd., 513, aho, il sera allé, 583. 

La terminaison i appartient, au contraire, au présent-futur, 
que Rowland appelle Juture : bzuytài ef, il mangera. Diction- 
naire de Spurrell. Je suppose qu'on peut joindre à bwyiài aiff 
ou eiff, il ira, gwnaijf, il fera, formes admises par la grammaire 
de Rowland, 3^ éd., Bala, 1865, tandis que les correspondantes 
dans les thèmes consonantiques, comme dysgiff, il apprendra, 
sont regardées comme vulgaires, p. 72. Aiff et gwnaiff étznt 
synonymes de a et g-wna (= les présents bretons a, groa), 
pourraient provenir d'une imitation analogique du rapport ré- 
gulier de ca, il aura (infinitif ra^/), avec caiff, ceiff, il aura (inf. 
caffaeï) = bret. mov. qucff, il trouve ^ Un passage de la gram- 
maire de Griffith Roberts, Milan, 1567, montre combien cette 
analogie devait sembler naturelle : « Quelques-uns, dit l'au- 
teur gallois, forment la y pers. sing. en ajoutant ph à la se- 
conde : ceri [tu aimeras], ceriph [il aimera] ; cai [tu trouveras], 
caiph [il trouvera] » (p. 64 de l'édition originale, 154 de la 
réimpression de la Rev. Celt.'). 

Mais cette influence a pu s'exercer à l'origine sur des for- 
mes de futur, existantes, en -(ci)i\ et n'avoir pour efiet que de 
les augmenter du son /, ce qui les distingua d'ailleurs heu- 
reusement des imparfaits : ai, il allait, gzvnai, il faisait (bret. 
mod. é, gré), et de la 2'' pers. du futur : ai, ci, tu iras, giiniai, 

I . Davies avait à peu près la même idée : « Quodfactum existimo ex... 
prava imitatione anomali caiff, a caffad » (Antiqua lingua britannicce ... ru- 
dimenta, 2^ éd., Oxford, 1809, p. 99). Il esta remarquer que, tout en reje- 
tant en bloc les terminaisons -i(f, il semble regarder aiff. dont il donne un 
exemple, comme plus excusable quQ ceriff; et qu'il mentionne, à ce propos, 
les autres thèmes en a: « Et in futuris verborum in au, rectius duxerunt 
veleres duplicare aa [vel ipsum duplex aa in simplex contrahere (dit-il plus 
loin)], quam dicere iff, ut trislja, laicenhja..., givarha » (p. 100). 



Etudes bretonnes. 105 

tu feras (bret. moy. y, gruy). L'indignation des grammairiens 
devant des futurs comme dysgiff, carif, ceriff (cf. Z^ 510) nous 
est un garant de leur nouveauté relative. Sur l'emploi de cette 
terminaison -ijf, voir Loth, Rev. Celt., VII, 190. 

Le breton moyen, le comique et le gallois paraissent donc 
d'accord pour indiquer la terminaison i du futur comme 
propre aux verbes dont le radical est en a, (eu), 0. 

9. En breton moderne, la distinction des futurs en et en 
/ n'est pas aussi tranchée qu'en bret. moy. ; il se fait entre les 
deux classes des échanges et des compromis. 

Le trécorois ajoute la terminaison 0, ou, à des thèmes en a 
et en .• Iakao, il mettra, G. B. L, II, 8; kuitao, il quittera, 
Histoariou, 225, trugarekao, il remerciera, <)\distroo, il retour- 
nera, 223, G. B. L, I, 68; 'tiverrao, il raccourcira, Revue de 
Bretagne et de Vendée, lvii, 214, etc.; petit Trég. kouitâou, etc., 
rôou, il donnera, skôou, il frappera, golôou, il couvrira, etc. Ces 
formes sont analogues à celles du gall. moyen comme hwyttao, 
il aura mangé (§ 8) = pet. tréc. boetâou, il nourrira. Il y a 
aussi une variante eo pour ao : ni a vcrreo, nous raccourcirons, 
Bue^ ar pêvar viah Einon, ancienne édition, p. 116; pelleo, 
qu'il éloigne. Revue historique de l'Ouest, V, 210, etc. ; v. § 16. 

On trouve de môme en cornouaillais deuo, il viendra, em- 
ployé dans VAlnianach de 1877, concurremment avec deui ; a 
:ieuo, saint Jean, IV, 14, trad. Lecoat, etc. Le léonais (comme 
quelquefois le trécorois) ajoute la première désinence à la 
deuxième, i: rai, il fera, Quiquer, Morlaix, 1690, p. 79, 
ray, 67, etraio, 17, rayo, 69; roi, roy, il donnera, 122, royo, 
72 ; ay et ayo, il ira, ray et rayo, il fera, lacqay et lacqayo, il met- 
tra, caç:;ay et caç^fiyo, il haïra, deuy et deuyo, il viendra, roy et 
royo, il donnera, sqoy et sqoyo, il frappera, etc., P. Grégoire, 
Grammaire, 134, 102, iio, 140; cet auteur regarde les formes 
sans comme dérivées des autres par abréviation. Le Gonidec 
écrit de même lakaiô ou Iakai, etc. Cf. lakaï, G. B. L, I, 
248; lakaïo, 196; qiïittayo, il quittera, tosîayo, il approchera, 
chanson du Juif-Errant, 3, etc. 

Le point de départ de ce cumul d'indices peut avoir été la 
synonymie ancienne de iel et ielo, il ira; d'après le rapport de 
ces deux formes, on aura donné à leur équivalent ay, il ira, une 



104 ^- ^'^nault. 

variante ayo; de môme à deuy, il viendra, une variante 
deuyo, etc. 

10. La correspondance de can-o, il chantera, à can-ot, vous 
chanterez, a été imitée dans deu-yo, il viendra, d'où ma tcuyot, 
que vous veniez, Moys., 173; distro-yo, il retournera, ma tis- 
troyot, que vous retourniez, Jac, 86. 

De même pour les deux autres personnes plurielles du futur, 
qui ont parfois des terminaisons omp, ont, cf. Rev. Cclt., IX, 
262, 264 {ye:io)up, nous serons, GuilL, 181 1, f° 71 v°, = 
Guill., 181 5, p. 88; sonjont, ils penseront, GuilL, 181 1, f° 71, 
= soiicbont, GuilL, 1815, p. 88) : le ;y de ra-yo, il fera, a-yo, 
il ira, a pénétré ces personnes dans rayomp, nous ferons, GuilL, 
1815, p. 62; Pcv. m. E., anc. éd., 325, Moys., 235, ma 
rcïomp, que nous fassions, Meulidiguc:^ qeguin ... ^^an^ ...El 
Liab ..., 7081 (i. e, Le Bail, 1807) p. 14 (une édition plus 
récente, chez Lédan, a raimp); raimp avec un au-dessus de 
1'///, Guill. 181 1, f. 53 v; rêyomp, nous ferons, que nous fas- 
sions, Pcv. m. Em., anc. 39, 119, 336, 341; ayomp, nous 
irons, que nous allions, 28, 132, 149, 383, 386, etc., etc., 
ma chcyomp, 109, ma haïovip, GuilL, 1815, p. 102 (= ma 
chcouip, GuilL, 181 1, f. 82 V.), aionip, GuilL, 181 1, f. 6j v, 
G<);nïomp, GuilL, 181 5, p. 59, 83, 85, 102; deuyomp, nous 
viendrons, Pêv. m. Em. anc. 87, 125; rayant, ils feront, Jac. 
ICI, raïont, GuilL, 1815, p. 45, graïont, 75; rêyont, Pêv. m. 
£. anc, 374; « on dit souvent ^m/on? (qu'ils fassent), surtout 
en Trég. », selon M. l'abbé Hingant, Grammaire, 68, aiont, 
qu'ils aillent, 93 ; deuyont, ils viendront, Grég., Gram., 140, 
daiont, id., QueUien, 135, et même deuchont, id., Peng., II, 
268; laqayont, ils mettront, Pcv. m. E., anc. 166; roïont, 
qu'ils donnent, GuilL, 1815, 56 ^ M. Wmgmt isLit de graioiît 
et aiont des impératifs ; nous avons vu que l'emploi de ce 

I . Il y a une autre terminaison vulgaire -iorit pour ont, à l'indicatif pré- 
sent : pa :(eiiieiont, quand ils se marient, dleioiit, ils doivent, Sitppl. aux dict. 
hret., Landerneau, 1872, p. 92; cf. disqueiel, montrezl GuilL, 1811, 63 v. 
Cette addition de y s'observe encore en dehors du verbe : Dotieyo, dieux, 
Guill. 1815, 29, dkyo, dettes, Expl. I (1833), 168; ak'hueyo, clefs, 275 ; 
ruïoc'h, plus rouge, 2-jc); ^hpioc'h, plus humide, Suppl. 109. Elle paraît due, 
en partie du moins, à diverses analogies (cf. dimeio, des mariages; dleien, je 
devais, ruiah, rougir, etc.). 



Etudes bretonnes. 105 

temps peut parfois alterner avec celui du futur. Cf. consullont, 
qu'ils consultent, Avantiiriou un dcnyaonanq, chez Lédan, anc. 
éd., p. 33 ; sonjont, qu'ils pensent! Cantic ... var ar buretc, 
chez Lédan, p. 4. Il faut ajouter à ces formes ma leuyor, 
pour qu'on vienne, Pêv. m. E., anc, 265. 

11. On peut comparer la transformation de presque tout le 
futur du verbe être, à l'image de la 2'' pers. plurielle, vihot, 
Gramm. de Grég., 82, 87, 127, 153 : 

he'^a é viiin het ou a vihon bet co\, j'aurai été vieux. 
Plur. ire p. — eivi\inip — ou é vihomp — 
3e p. — e:( viiint — ou ^ vihont — 

Sens indéfini : — e^ vc^or — ou. ê vihor — on sera. 

La i""^ pers. plur. analogique vihomp, nous serons, que nous 
soyons, existait déjà en moy. br., J 220 b, Noueloii, 448; j'ai 
eu tort d'y voir un conditionnel. Au lieu de vil^ot, on a sou- 
vent viot, Pcv. m. E. anc. 72, 144, etc. ; de là viomp, nous se- 
rons, que nous soyons (2 syl.), ibid., 142, 178, 257, 275, etc., 
ma viont, pour qu'ils soient, 341, Destruction de Jérusalem 
(Bibl. nat., ms. cclt., n° 61) f" 4, etc.; vior, on sera, Le Go- 
m<\ec, Gramm., 1807, p. 167; Hingant, Gramm., 180, etc. 
La première pers. du sing. vihon, unique en son genre, s'appuie 
sans doute sur Vu aoriste » ancien vioûn, vioirn, je fus, encore 
donné par le P. Maunoir, Grammaire armoriquc, p. 20 
(2*" pers. viout ; pi. viomp, vioc'h, viont, ibid.^ 

12. Il est possible que elot signifie vous irez, J 201 b, en ce 
cas c'est un produit de l'analogie, comparable à deuyot ; le fait 
est certain pour _)'t'Y()^ 7;, vous irez, Pév. m. E. anc. 180, 206, 
Moys. .169, Jac. 8^, ielloc'h, Canaouen ... var an hent-ouarn, 
chez Haslè, str. 8, etc., malgré la présence en gallois du sub- 
jonctif-optatif <'/oc/;, vous serez allé; la racine el a, en cette 
langue, une conjugaison à peu près complète. 

13. Le trécorois et le vannetais changent fréquemment ai 
en ei : tréc. ei, il ira, grei, il fera, Rev. Celt., IX, 248, 254; 
laqey, il mettra, Pév. m. E. anc. 311, Jaqéy 375, c'hoantéi, il 
désirera, 88; quitta, il quittera, Devocion d'ar galon sacr, Saint- 
Brieuc, 185 1, p. 137 (infinitif moy. bret. cuittai); van. id., 
pealley, il s'éloignera, l'A., v. ciel, SuppL, etc. Ceci est con- 



io6 E. Ernault. 

forme à la phonétique : cf. tréc. mein, ils sont = léon. emaint. 
Le trécorois seul ajoute quelquefois o : veto, il fera, G. B. I., 
I, ']G\greyo, Pév. ni. E. anc. 89, gréyo, jy, êyo, il ira, qu'il 
aille, 338, 74; laqueio, il mettra, Rev. Celt., IX, 256, etc. 

14. En dehors du vannetais, je ne vois que deux verbes 
dont le radical n'est pas en a qui puissent présenter au futur 
l'aspect de ceux en a. C'est d'abord le verbe du 2^ groupe de 
la seconde classe dei, il viendra, en pet. Trég. (cf. Rev. bist. 
de l'O., V, 208) et en van. {ètay, van. de 1693, Loth, Ann. 
de Brct., III, 413) et un seul du 3% rci, il donnera, Quiquer, 
79, reï, G. B. L, I, 126, 292, m, 14, 286, ray, Jac, p. 129; 
van. rei. 

En vannetais, certains futurs de verbes du y groupe sont, 
comme rei, assimilés complètement à ceux du i^' : golei, il 
couvrira, gorlei, il attendra (éin ortcye, il m'attendra, Rev. 
Celt.., VIT, 340, v. 91; tréc. ni a c/jortoyo, nous attendrons, 
Pév. m. E. anc. 48). Dans les autres il n'y a qu'une sorte 
d'accommodation, Vo reste et s'adjoint ei et non i : scoey, il 
frappera, l'A., suppL, v. éventer; troci, il tournera, distroei, 
il détournera, Vocab. nouveau, Vannes, 1863, p. 67. 

15. Il y a des verbes qui, ayant deux infinitifs de radicaux 
différents, ont légitimement deux formes de futurs, en breton 
moyen ou en breton moderne : 

Bret. moy. essaeo et essay, il essaiera, inf. essae et essa; le 
premier est le plus ancien ; 

Bret. mod. coveç:(o et coveç^ay, il confessera, Gramm. de 
Grég., 22, inf. cûve:{_ et coveç:{ât, Dict. de Grég., moy. bret. 
cojfes et coffessat; 

Bret. mod. laqai, il mettra, Traj. Moyses, 172, laco, 171; 
lakaï, G. B. I, I, 248, lako, 212, van. lakei et lakou, inf. 
van. lakat et lahin, tréc. lakal, lakout, Gram. de Hingant, 
100; Jak, coll. Peng., V, 112; petit Trég. lakeign. La forme 
en at est la seule ancienne. 

Nous allons voir qu'en moyen breton plusieurs autres verbes 
sont à ajouter à cette liste. Nous verrons aussi que dès lors la 
conjugaison des thèmes en a pouvait, par suite de contractions, 
prendre dans beaucoup de formes verbales une ressemblance 
complète avec la conjugaison des verbes de la première classe. 



Etudes bretonnes. 107 

Ces ressemblances sont plus frappantes encore et plus mul- 
tipliées en vannetais ; d'un autre côté, ce dialecte a étendu la 
terminaison d'infinitif ein à presque tous les verbes, sans dis- 
tinction de classes. 

16. Dans ces conditions, il n'y a pas à s'étonner de trouver 
en vannetais diverses confusions entre les deux terminaisons 
de futur 0, ou et (a)i, (e)i. 

Exemples de ai, ei, pour ou, en vannetais : digorai, il ou- 
vrira, renai, qu'il conduise, Baixa:^ Brci^, 382; honfortai, il 
consolera, 369, Doue d'ho pcnnigai, Dieu vous bénisse, 341; 
arrihuci, il arrivera, Brediah er fé, 1861, p. 192, é virei, il 
gardera, 145; candalhei, il continuera, Apparition ... er Sa- 
lette, 187 1, p. 7, brchonnei, il s'émiettera, 8; carei, il aimera, 
Loth, Mémoires de la Société de linguistique de Paris, V, 134-135; 
sonnei, il sonnera, Livr bugale Mari, 48, e huelei, il verra, 49, 
vanquei, il manquera, Histoer ... J.-C, 58, (=vanquco, ibid.); 
e gucmerei, il prendra, 95 (e- gueniereo, 63); egarçi, il aimera, 
69 (e garrco, 63)^; nie huisquei, je revêtirai, Mélusine, IV, 
^^2; jouissei, il jouira, j^iy, eit niavercbei, pour qu'il marque, 
Chai, nis, v. appuyer, auancei, il avancera, v. appui (auançou, 
s. V. avancer), a goustei et a goustou, il coûtera. Chai, ms ; bas 
van. /()/('/, il jettera, kassei, il mènera, kouskei, il dormira, 
Rev. Celt., VII, 182, 187, 188, etc. ; en 1710, c/t-m^ il en- 
tendra (Loth, Annales de Bref., 111, 419). 

On trouve en cornouaillais a ■:^ishei, il montrera, Bar:^. 
Br., 147, ni :::iskei, nous montrerons, et ni :;jskeio, 37, =^ ni 
\isko, ni a :{iskoi', G. B. I., I, 135 (léon. me :[iskoue':io, B. B., 
471); infinitif van. discoein, léon. diskoue:(_. Ni :iisko doit 
appartenir plutôt au verbe diski, apprendre, enseigner. 

17. Exemples de ou pour / .• van. toou, il couvrira (une 
maison), Maiiuel, 1867, p. }'] ; gueUou, il guérira, 39, mehe- 
Icou, il déshonorera, 36, etc. ; à Batz (Loire-Inférieure), bond a 
rou, il y aura, se dit en même temps que boud ri (= bout rei. 



I. Dans ce livre, imprimé à Lorient en 1818, tous les futurs qui ne 
sont pas en ci sont en eo, sauf t'o, il sera, hou po, vous aurez, 60, 61, etc. 
Peut-être -eo vient-il ici de -ao, cf. § 9 ; il y aurait un curieux mélange de 
-(a)i et de -0. Voir plus loin mon article sur ï Enfant prodigue, II, v. 18. 



io8 E. Ern.mlt. 

de ray, il fera). Dans ce dernier dialecte, qui se rattache au 
vannetais, il n'y a même que trois autres futurs en i : hah gi, 
il ira (ay), ban :;}, il viendra (deuy) et hah ri, il donnera (roy) ; 
tout le reste est en ou. 

On trouve hors du vannetais Doiie da bello fortun et Doue 
ra bello ou ra bellaï fortun, à Dieu ne plaise, litt. que Dieu 
éloigne (la mauvaise) fortune, chez le P. Grég., qui ne donne 
pas d'autre \nÇ[mx\i c[\xq pdlaat, pcUât (écarter), thème en a; 
bac'hato, il bâtonnera, Chanson ... peder vreg, 2; -0 pourrait, 
du reste, être une contraction peu usitée de -ao, -eo. 

18. Pour ces raisons, et pour celles qui seront développées 
plus bas, je ne puis admettre aucune des deux explications 
données pour le vann. carci, Soc. Ling., V, 134, 135; cette 
forme me paraît venir de m; -fl/, imitation analogique de lahai, 
Jahci, = laca -\- i. On peut comparer le gallois ceriff de * cer-i 
d'après gzuna-iff, bzii\tà-i (§ 8). 

La lutte en vannetais des deux suffixes de futur / et 0, avec 
des succès divers, n'est qu'un épisode de l'antagonisme plus 
général entre les thèmes verbaux en a et les autres ; antago- 
nisme qui a son point de départ dans la phonétique, mais qui, 
grâce à l'analogie, a fini par intéresser directement la mor- 
phologie dans ce dialecte. 



2. Les thèmes verbaux en a. 

19. On peut distinguer, dans la conjugaison des thèmes 
verbaux en a du moyen breton, trois sortes de formes : 

1° normales, qui gardent la voyelle finale du thème ; 

2° communes, qui suppriment cette voyelle par contraction; 

3° spéciales, qui par suite de phénomènes de contraction 
au profit de la première voyelle, ou de métathèse, d'assimi- 
lation ou de contamination analogique, se distinguent net- 
tement des autres verbes. 

20. Exemples de formes normales. 

Infinitif: lentaat, £iire lentement, laquaat, mettre, Cathell, 
19; pcUahal, éloigner; cofahat, se souvenir, cité par D. Le 
Pelletier d'après « les vieux livres », s. v. coûn; — essa, es- 



Etudes bretonnes. 109 

sayer. Cf. v. bret. meplao^n, être confondu, gall. mefibau, Rev. 
Celt., VIII, 506. 

Participe : laquaet, mis ; groact, gract, fait, hoaniaet, désiré, 
ledanhact, élargi, etc. Cf. v. bret. inaatoe, gl. ineundum. 

Indicatif présent : (v. bret. lemhaaiu, j'aiguise, nicrgidbaaiii, 
gl. hebesco, datolaham, je rassemble; auj. lakaann, je mets, 
Le Gonidec, lakaan, 3 syll., G. B. L, II, 288; joansaaû et 
joaiisean, je deviens gai, Hingant, 79); — (léon. Iékéi\, tu 
mets) ; — laça, il met, groa, gra, il fait, houanta, il désire (v. 
bret. ar-iianta), etc. ; — kqucomp, nous mettons, grucojup, 
reomp, nous faisons; — (léon. likiit, vous mettez); — grueont, 
greont, ils font; — Jaquacr, on met, graer, on fait. 

21. Exemples de formes communes, en moy. bret., aux 
thèmes en a et aux autres : 

Infinitif: 1° labourai, travailler, arrêta, arrêter (r'' classe) ; 
2° lacat, essa (thèmes en a) ; 

Participe : lahoiirct — Jaquet ; 

Indicatif présent : i""^ pers. : carajf, j'aime, 2" qtiere:^, plur. 
2^ queret ; quefit, vous trouvez ; — lacaff, leque~, leqnet ; gruyt, 
vous faites. Gueler, on voit; — rer, on fait. 

Pour ces deux sortes de formes dans le reste de la conju- 
gaison, on peut voir Dict. étym., s. v. lacat, groaet, cojfessat, 
ioaeussat, goapat, etc. 

22. Exemples de formes spéciales : 

Participe : laquât, mis, contraction de laquaet; laqueat (mé- 
tathèse) ; lequeat, Cathell 3, 5 (assimilation régressive, d'où 
par contamination Icquaet, laequaet). 

Présent: groear, on fait, Cathell 33, grear, Catholicon b, 
s. V. veniin (métathèse) ; graeoinp, nous faisons (mélange des 
deux formes du radical, gra- et grc-). 

Imparfait : great, on faisait (métathèse) ; yea, il allait, gréa, 
il faisait. Dans ces deux derniers mots, il n'y a pas métathèse 
directement, mais imitation analogique des autres personnes 
telles q^uQ great Qi léon. ieann, yAl^is, greami, je faisais, pour 
graet, etc.; car ae final ne devient pas ea. Une analogie du 
même genre se trouve dans le moy. bret. quea, va, d'après le 
pluriel *queat ; voir sur ces mots mon Glossaire moyen breton, 
s. v. leach, quea. 



1 10 E. Ernault. 

Impératif: graeomp, faisons (mélange de gra- et de gre-^ cf. 
greomp); gruemp (contraction de grucomp, cf. denip, « allons », 
et « à nous » de dcomp). 

23. Ce qui distingue le plus en moyen breton la conju- 
gaison des thèmes verbaux en a, en dehors de la 3'' pers. sing. 
du futur, c'est qu'ils gardent cet a quand il est final et aussi 
quand la désinence commence par une consonne; dans ce 
dernier cas Va est souvent changé en e. Exemples 

groa, il fait ; groa, fais ! 

Icqiiesot, tu mis, gresoinp, nous fimes, gruesocb, vous fîtes, 
grmsont, ils firent, groasenn, j'aurais fait, etc. ; 

gruehet, vous ferez, graher, on fera, grahenn, je ferais, etc. 

Je ne compte pas ici les formes comme groahinip, nous fe- 
rons, grahint, ils feront, dont 1'/; vient, par analogie, de celui 
de gruehet. 

24. Les thèmes verbaux en eu et en gardent leur voyelle 
dans les mêmes conditions. 

Quand il y a contraction, si la première voyelle l'emporte, 
il n'y a pas de confusion possible avec les thèmes en a : dent, 
venu, de deuct; (deut, vous venez, Quiquer, 1626, Ann. de 
Bret., III, 247; pa deur, quand on vient, Instr. Christ., 105); 
troff, je tourne, rof, je donne, de roajf, cf. comique rof, 
gall. r/;o/" (Gramm. de Davies, 2" éd., p. 141), et tréc. rôt, 
donné. Le cas contraire se présente rarement; exemple: rtx, tu 
donnes, = léon. nv-;cf. r^:^, tu fais, de *o-roat'~, en comique 
reth. 

25. Smiajf, je vais, et groaff, je fais, à qui mon(c)t et obcr 
servent d'infinitifs, tous les verbes qui ont un thème en a font 
l'infinitif en at, plus rarement a; mais la réciproque n'est pas 
vraie. 

La terminaison -ai indique un thème en a, quand elle a une 
variante -aat, -ahat {ce qui est rare en moyen breton, mais 
on peut s'en rapporter à cet égard au léonais -aat^; ou bien 
-hat. Le plus souvent aussi, -at après une consonne double ou 
une forte comme p, c, t, indique un thème en a. 

Exemples de thèmes en a: crethat, cretat, garantir, prés. 
crcta (mê ho cretay, je vous plaigerai, Quiq., 102); hihanhat, 
bihannat, bihanat, amoindrir, part, -haet; trugarecat, remercier, 



Etudes bretonnes. 1 1 1 

prés, -cca (fut. -ecay, Quiq. 57), et même amiaplat, faire ami- 
tié, de amiahl, aimable, cf. v. bret. meplaom, être confondu, 
de * mebl-ha-om ; âencssat, approcher, dcnessa, approche! cf. 
dinessait, approchez, Q., 24; ho roiaii!ti.'lc~ dinessect, que votre 
règne arrive, e tinessai, il arrivera, Prcp. d'ar inaro, 69. 

L'orthographe -aat est assez fréquente dans Quiquer, éd. 
de 16^0: yselaat, abaisser, p. 129, dou::aat, adoucir, Jessaat, 
allaiter, 130, tostaat, approcher, 132, to'âf/^af, devenir obscur, 
140, gouassaat, empirer, 141, yac'haat, guérir, 146, chue~aat, 
sentir, 163, pasaat, tousser, 165, nettaat, nettoyer, 154, qui- 
taat, quitter, 160, plenaat, unir, 167. Il emploie aussi -abat : 
cassahat, haïr, 147; -bat, -al: bardi:^nat, oser, i^^, gouacquat, 
amoUir, 131; -eat : marc' beat, chevaucher, 91 (cf. viarc'baet, 
vous chevauchez, 90; niairbeomp, chevauchons! 91). Le Bris 
écrit aussi -aat, mais trugarecaat, remercier, n'a que 4 syll., 
Prep. d'ar maro, 100, et aa indique simplement un a long 
accentué, dans hennaac, quelconque, 46, 68, 69, cf. peur- 
bennâc, toutes les fois que, 10 1, bcnnac, 68, 69 {taan, feu. 
Chai, ms., v. bontefeii). On trouve en trécorois -aet : gzuasact, 
empirer, Hist. 200, kaeraet, embellir, 215, covessaet, confesser, 
Me:^ellour an ineo, 162, 165, lakad, mettre, 3 syll., Quellien, 
229. Autres infinitifs, beaucoup plus rares : laoucuai, réjouir. 
Le Coat, S' Luc, XV, 24 et 32; hiwénah, à Kérity en Goello, 
Ann. de Brct., III, 636. 

Exemples de verbes en -at qui sont de la i" classe, en 
moy. bret. : gruyat, coudre, prés, griiy; labourât, travailler, 
impér. labour ! mcnnat, demander, prés, menu ; dinisaî , parler, 
diuis. 

26. Les verbes à l'infinitif en a ne présentent qu'une forme 
caractéristique de la 2"" classe en moyen breton {essay\ mais 
nos textes n'en fournissaient pas d'occasions. 

Dans le dialecte de Tréguier, où je ne vois pas que les 
thèmes en a aient empiété sur les autres, on conjugue comme 
tels les verbes qui expriment l'idée de rassembler, de recueiUir, 
comme pésketa, pêcher, kistina, ramasser des châtaignes, tao- 
:^eta, glaner, nij^Aa, chercher des nids ; ou de mesurer, comme 
dornata, prendre à poignées, marc bâta, marchander, talnieta, 
tâtonner pour chercher (depalmata), blaseta, goûter, c boues' ta, 



112 E. Ernault. 

flairer; troieta, tourner et virer (part, troictaat, Hist., 171); ou 
de pourvoir, comme bouda, nourrir, kerc'ha, fournir d'avoine 
(un cheval), jista, pourvoir de cidre, mesa, faire paître, etc. 

On lit dourea ma marc h, abreuver mon cheval, Quiquer, 
102, dourait, abreuvez, 100; le P. Grég. écrit doura, abreu- 
ver. Cf. tanvca, goûter (2 syl. ), Jac, 88^; et marc'heat,^ 25. 
Le P. Grég. donne boëta, part, boctëct, foire paître; ba~ata et 
ba::^atâ, donner des coups de bâton, part. ba~atet et ba~atéet. 

Ces sortes de verbes sont les seuls qui puissent avoir à l'in- 
finitif ^ï à la lois dans tous les dialectes bretons et en gallois. 

Ils donnent lieu, de même que ceux (a)at, à des dérivés qui 
gardent cet a : je crois qu'il faut analyser léon. pcshet-a-er, 
pêcheur, dour-a-er, porteur d'eau, vendeur d'eau, goap-a-er, 
moqueur, van. amoncnn-a-our, marchand de beurre, etc., et 
non pesket-acr, etc., Etudes grammaticales, 39. Les mots léon. 
breutaer, plaideur, evnetaer, oiseleur, en moy. bret. brcutaour 
(de breutat, plaider), e:^netaer (léon. cvneta, chasser les oiseaux), 
ne peuvent pas avoir le même suffixe que impalaer, empereur, 
moy. bret. eiupala::^r. Il y a eu confusion entre les deux suf- 
fixes d:ins iuipa lad ur es, impératrice. Chai, ms.; cf. rasspaour, 
pi. -aerion, grapilleur, de rasspa, part, -aétt, prés, -a, grapiller, 
L'A. 

27. Il est donc très possible qu'on ait conjugué comme 
thèmes en a, en moy. bret., les verbes tels que pesqueta et 
pesquetaff, pêcher; marchata et -taff, marchander; palfuata, 
manier ; gopra, louer, douarha, acquérir des terres, tescouha et 
-hajf, glaner (pet. Trég. teskoa, part, -ât^ ; bocbataff, souf- 
fleter; boeta et -taff, nourrir. En giWoïs bzvy ta, nourrir, et lla- 
drata, voler, sont aussi des thèmes en a. Le Catholicon donne 
brihadal, embrasser, diff"érent de bryata, bryatât, part. -îéet, 
Grég.; cf. briatffc, il embrasserait, Coll. Peng., I, 131. 

Les deux terminaisons d'infinitifs de la 2" classe, -(h)at et 
-(h)a ont cela de commun qu'elles ne peuvent être précédées 
d'une consonne foible. Les mots moy. bret. cloedat, herser, 



I. Esea, essayer, 2 syl., Bt^he::;^ sant Gwennoté, éd. Luzel, p. 142, est sans 
doute une faute d'impression pour essa, que porte le ms. celt. 62 de la Bi- 
bliothèque nationale. 



Etudes bretonnes. 1 1 5 

ada, hadajf, semer, etc. appartiennent nécessairement à la pre- 
mière classe. Il en est de même sans doute de arat, labourer, 
part, ^//r/ (pet. Trég. /J.), bien qu'on lise cc'h hara, il laboure, 
Conferançoii (ancienne édition publiée sous Charles X), p. 22. 

28. En bret. mod. il y a des cas où une variante -at a été 
donnée à des intinitifs en -a plus anciens, par suite de la su- 
périorité numérique des verbes en -at dans la 2^ classe : tahva 
et tahvat, goûter, Grég., moy. br. tajfha, taffhaff; aç^aëa et 
ceç:(dt, essayer, Grég. (essât, Moys., ijo, pet. Trég. esâ, parti- 
cipe esât), tréc. kerc ha (Hingant, 108) et hrchât, fournir 
d'avoine, etc. ; van. eistra, pêcher des huîtres, l'A., eistrat, 
Vocal), nouv., Vannes, 1863, p. 22; pisqnctat, pêcher, 21, 
mcisclat, pêcher des moules, herheUihat, pêcher des maque- 
reaux, etc., etc., 22; isîrcih, eistra, Grég., cf. chivrietat, 
pêcher des crevettes, i?ey, Celt., III, 58^, etc. 

29. Il n'est pas possible de savoir directement si les dou- 
bles infinitifs blasbat et hla:;ajf, goûter, peuchat et peocha, pa- 
cifier, en moy. bret., correspondaient à des thèmes diflerents. 
Il y a des cas plus clairs ; comme noasha, il nuit, infinitif 
noassat, à côté de noaso, il nuira, inf. mas, noasaff. Cassât, 
haïr, au prés, cassa Cb, v. gueleuiff, ne peut expliquer le con- 
ditionnel cassent, ils haïraient, de * cashcnt et non * casahent 
(cf. lacabe) ; mais il y a un autre infinitif, caset, qui n'est pas 
un thème en a: cf. ca:^, il hait, Maunoir, Tciiip] consacret, 160. 
Coujjhat, penser à, tait au prés, cojfa, fut. coiijjhay ; l'impératif 
couf et le conditionnel coiifhenii se rattachent, au contraire, à 
l'infinitif <:()/7a/ (cf. gallois cojfâu et coffa). Un composé de ce 
verbe, ancoffhat, oublier, part, aiicouffhaet, impér. ancoujha, est 
incompatible avec ancoiijfhet, vous oublierez, que vous oubliiez 
(cf. kqiicljct) et aiicoiijfhenii, j'oublierais. Mais, d'une part, ces 
formes ne peuvent se séparer de celles du verbe simple que 
nous venons de justifier; cf. Imm couffhet nam ancouffhct (je de- 



1. A Sarzeau, de cl)îvnet,^\. de chîvr, ibid. CInvre, non traduit ^4««. de 
Bret., V, 265, rend le franc. « salicot, saliquoque », dans le dict. de l'A., 
ir: ctièvreenn, pi. chivre « chevrette, petit poisson )>, ibid. ; ctievrenn, pi. 
chivr, Troude ; pi. clièor, P. Grég.; chiffrétesen, pi. chiffrètès, du Rusquec; 
pet. Trég. chevreten, pi. clievrelet ; pi. chévret, Vocab. (van.) 22; cheffretes, 
Focab. nouveau, 6« éd., Quimper, 1778, p. 25. 

Revue Celtique, XI. 8 



(14 E. Ernault. 

mande) que vous songiez à moi et que vous ne m'oubliiez 
pas, B 494. D'autre part, on trouve l'infinitif exigé par la 
théorie, ancofua, quoiqu'il ne soit employé que comme nom : 
« oubli ». L'infinitif cojfha, songer à, était en même temps 
substantif: coujjha, le souvenir; le gall. coffa a les deux sens. 
Le représentant gall. de l'infinitif breton coujfhat est cojjdd, qui 
n'est que substantif comme les autres mots en (h)âd. 

En pet. Trég. on dit tosteign, approcher, bien que ce verbe 
se conjugue comme ceux en at. 

30. En Tréguier les thèmes en a font souvent dominer 
cette voyelle dans les contractions : pet. Trég. bop ma kosâs 
inosantâs, plus tu vieillis plus tu deviens bête ; dourât, abreuvé; 
de même goapâr, moqueur, etc. 

31. Il n'y a guère d'exemples de confusions entre les deux 
classes de verbes, en dehors du vannetais, sauf les cas de dou- 
bles thèmes, distincts à l'infinitif. 

On peut citer e^ rencqear, il faut, on doit, Gram. de Grég., 
3, et Dict., s. V. être, repas ; rencqeat, rencqeët, qu'il faille, Dict. 
(ce qui concorde avec le participe vannetais rekeit, dû, Loth, 
Rev. Celt., VI, 511, cf. renca, il doit, Chai, ms, v. charge, 
falloir, et retiqua, v. accroître, admissible, devoir'), à côté de 
rencqer, rancqer, Dict. de Grég., et vann. riket, dû, de renc- 
qout, rancqout, falloir; pligeat gant Doiïe, Dieu veuille, Grég., 
de pligeouî, plaire ;aqiiiteal (il s'est) acquitté, Almanach du 
père Gérard, 1791, p. 77, int. aquita, ibid.; dleat, dû, Grég., 
variante dedleët, ibid., inf. dleout, amenée par l'imitation ana- 
logique de lecqeat, lecqcet, mis, inf. lacqaat. 

Cette analogie a donné lieu à toute une conjugaison nou- 
velle, dans le x erhe savetei, sauver, Grég., Le Bris, Reflexionou 
profitabl, Quimper, chez Y.-J.-L. Derrien, p. 364, Mis maë 
par G. L..., cure Taulé, Brest, 1836, p. 285, savetei, Sarm. 
22, sovetaï, Serm. 23, zpvetei, Pév. m. E. anc. 155, savatein, 
Expl. I, 175, etc., dérivé de savete, sûreté, du v. fr. sauveté; 
part, saveieël, Grég., saveieat, id., prés. :^oveta, Pév. m. E. 
anc. 216, fut. savetaio. Mis maë, 289; à'où.Vin'nnmi savetat, 
Moys., 222, :(ovctdt, 173, sovetat, Rimou, 53, etc. Dans Doue 
d'e Tuvetai, que Dieu le sauve, Moys. 162, le verbe peut être au 
futur ou à l'infinitif, cf. § 6. 



Etudes bretonnes. 1 1 5 

32. En vannerais, les trois groupes de la 2^ classe n'en 
forment plus guère qu'un seul : dan, je viens, ran, je donne, 
se conjuguent comme ^m;7_, je fais. 

Il y a ici évidemment une part d'analogie : si dan pour 
deuah, rah pour roah et les 2^' pers. dès, rès, plur. det, ref, peu- 
vent s'expliquer par des contractions, aucune loi phonétique 
ne rend compte des 3" pers. du sing. da pour deu, ra pourro^ 
qui ont pris la voyelle de gra. Cf. ra, il donne, dans une 
chanson cornouaillaise, à la rime, H. de la Villemarqué, La 
légende celtique, 1864, p. 317. 

On lit a :^efia, qui vient, dans la partie léonaise du Celtic 
Hexapla, VII, 9; mais l'auteur vannetais de cette traduction 
a commis bien des méprises, par exemple dans la même 
phrase, ar ré péhini a ~d_, ceux qui sont, pour ar ré péré a -^ô 
(ou mieux ar ré a :(o); son a ~eî'ia pour a ■:;eû n'est sans doute 
qu'une imitation arbitraire du vannetais e ::^a. 

La confusion des verbes « fliire » et « donner » est complète 
dans certaines variétés vannetaises : à Batz on dit me goua, je 
donne, part, gonat, goiiet, fait, donné, Et. sur le dial. de B., 
24; à l'île de Groixgreit, donnez, Loth, Ann. deBret., IV, 105. 

^}. Quelques verbes du 3'' groupe gardent pourtant Voii la 
3^ pers., comme gortah, j'attends, gorto (impér. gorta, Mart. 
Castelf.,SS,Hlst'.J.-C., 96). 

D'autres n'ont pas de contractions : scoafi, je frappe, troan, 
je tourne, ce qui les fait ressembler aux verbes de la i""^ classe. 
A vrai dire, ils forment une classe intermédiaire, qui a dû 
contribuer à la confusion. Leur 3'^ pers. sing. du présent est 
régulièrement sco, tro; mais ils font aussi scoa (Mart. Castelf., 
GG, 128), troa, par imitation des thèmes en a. Discocin, mon- 
trer, fait souvent au part, discocit et au prés, discoa (Martired 
Castelfidardo , 205), bien que l'A. donne disscoétt et dissco. 
On Ht hum ::j.scou, il se montre, Hist. J.-C, 66, et hum 
^iscoa, 67. 

34. La i'^ classe se conjugue ainsi au présent : caran, 
j'aime, caves, car ou carë (avec e mi-muet d'origine française, 
cf. Rev. Celt., IX, 378, 379); caramb, caret, caratit. 

Ce paradigme est identique à celui de la 2* classe, sauf la 
3^ pers. sing. ; et nous avons vu que les verbes en -oein hésitent 



I i6 È. Ernault. 

entre les deux formes (sco ■== car; scoa, cf. gra, da, ra); cf. ce 
qui a lieu au futur, § 14. 

35. Comme pendant au vannetais carei, il aimera (§ 16), 
on attend, d'après ce qui précède, cara, il aime; cette forme 
existe. M. Loth la donne, Essai sur le verbe néo-celtique, 65, 
dans un paradigme « armoricain » ; elle serait mieux à sa place 
dans celui qui suit, !'« armoricain vannetais ». Cf. bas-van. 
colla, il perd, Loth, Rev. Celt., VII, 199; marna, il meurt. 
Annales de Bretagne, III, 641 ; e gousca, il dort, e gonta, il 
compte, Mélusine, IV, 452, ^01 ;pretein, dîner, a hreta, qui 
dîne; er silien bac er serpant a gonhla, a varra « l'anguille /mjy^ 
avec le serpent », Chai, nis ; heulia, il suit, Hist. J.-C, 131, 
194; et même en haut cornouaillais e :^igouca (le bien) qui 
(me) revient, A}iu. de Bref., III, 637. 

Je crois qu'il faut séparer le breton cara, il aime, du gallois 
cara, il aime, il aimera, et du v. irl. no chara, il aime, parce 
que cara est propre au breton moderne ^, et à un seul dialecte, 
au vannetais, où cette forme se rattache à tout un ensemble 
d'imitation des thèmes en a, dans la conjugaison des autres. 

Remarquons que la phonétique de ce dialecte présentait une 
cause spéciale de confusion. Lors même que la contraction 
donne une apparence identique à des formes de nature diffé- 
rente, les autres dialectes les distinguent au moyen de l'accent: 
tréc. hcrc'hàt, chercher, kerc'hat, donner de l'avoine. Mais 
l'accent vannetais, se portant généralement sur la dernière syl- 
labe, rend impossible cette distinction. 

36. L'influence de la V classe sur la 2" se montre au pré- 
sent comme au futur (§ 16). Exemple : pêl, il éloigne, Livr bu- 
gaJé Mari, 412; (l'A. donne péella, inf. pceUat et péelkin, nous 
avons vu au futur léon. pello et pellaï, § 17); cf. splan, il 
brille, 423, splanna, id., 420 (infin. splannein, 418). 



I . On peut objecter que le v. bret. atesiiauha gl. nauseantein (Stokes, 
The Acadcmy, 1890, p. 45) répond au gall. a lysnafa « qui rend une matière 
muqueuse »', inf. Ilys7iafu, v. bret. {inced-)leslncuioyn {hsluaued gl. nausiam 
= gall. llysiiafedd, mucosité, de llws, pi. llysoii, limon, chose visqueuse, v. 
br. hisoii gl. tramitem, et br. moy. dinou, verser). Mais IV; de la terminaison 
est un indice de thème en a, ci. v. br. Jemhaam, j'aiguise, etc. \ il a dû y 
avoir un autre 'n\ï\n\\\i*]esnauhaoni, cf. § 25. 



Etudes bre'tonnes. 1 1 7 

37. La confasion des deux classes de verbe au présent n'est 
d'ailleurs pas assez complète en vannetais pour empêcher de 
les distinguer, même aujourd'hui, en tenant compte des di- 
verses variétés. Au xyiii*^ siècle le Dictionnaire de l'A. le fait 
par£iitement. Il donne pour chaque verbe la 3^^ pers. sing. du 
présent la plus régulière : car, il aime, coll, il perd, inarhuë, il 
meurt, tro, il tourne, etc. Il est obligé de constater da, il 
vient, ra, il donne ; mais par ailleurs il n'indique un a final 
que dans des verbes qui y ont réellement droit, comme dcura, 
il abreuve, inf. dcura et dcurcin. 

38. L'a des terminaisons de caraiiih, nous aimons, carant, 
ils aiment, est-il dû à l'analogie des thèmes en a, comme 
gramb, graiit ? Cela paraît assez vraisemblable. En effet, le 
moy. bret. a toujours ici -onip, -ont ; le vieux breton a de 
même oin (docordoniui, gl. arcemus), et on (imguparton, se 
abdicant^). Toutefois, il y avait aussi, à cette dernière per- 
sonne, une terminaison aut : condadJaut, gl. conducunt, Aca- 
demy, 1890, p. 46, cf. gall. dadlniit, ils discutent. Le comique 
n'a point a : crcsyn, nous croyons, crcsons, ils croient; le gall. 
ne l'a qu'à la y pers. : crediun, credant. 

Les autres dialectes bretons ne présentent que très rarement 
un a à ces places : léon. be~amp, nous sommes, be:{ant, ils 
sont, variantes de lk':^o)np, bc:;ont, données par Grég., Grain., 
88, et produites sans doute par quelque phonétique spéciale. 

Le petit Trég. hani, nous allons, qui se dit en même temps 
que eom, semble venu de ha, il va, par imitation analogique 
des rapports de hc, il allait, à Inm, nous allions, etc. Cf. van. 
e niant, ils sont, de la 3'' pers. sing. c tna ; en 1693, é maint 
et é niant (Loth, A)in. de Brct., III, 412). 

Si carainb provenait phonétiquement de caronip, on ne voit 
pas pourquoi le vannetais n'eût pas changé également oinb, 
nous sommes, en *anib, ce qui n'a pas lieu. Comme régime 
d'une préposition, on trouve aussi -oinb, nous, plus souvei:it 



I . La racine de ce motetde f^//y'a/7/;gl. ramota, gupartolaid, privilège, etc., 
est restée en bret. moderne dans dibari, choisir, Grég., = gall. dybarthu, sé- 
parer, comique dybartljx, id., et dans le van. debeairh, m., contingence, l'A. ; 
le sens de ce dernier peut provenir de l'idée d'ci échoir ». 



n 8 E. Ernault. 

que -amb^ cf. Gram. de Guillome, 91; cette dernière forme a 
pu être amenée par l'influence de la terminaison verbale. L'o 
ne devient pas a non plus dans chou, besoin, l'A. On trouve 
en van. de 1693 deliivnp, nous devons; e homp, nous sommes; 
a Jmiuimp, de nous ; iic ellant, ils ne peuvent, et autres formes 
en -ant, Auu. de Brct., III, 411, 413, 412. 

On lit en bas-van. skoont, ils frappent, Bai\. Br., 382. 

39. La 2*^ pers. sing. de l'impératif, en vannetais, est géné- 
ralement semblable à la 3" pers. sing. de l'indicatif présent; il 
en est de même de la i'''^ pers. plur. des deux temps. 

La 3"^^ pers. du sing. et celle du pluriel n'ont qu'un para- 
digme pour tous les verbes. 

A la 2" pers. du pluriel il y a deux terminaisons, d et eit : 
caret, aimez, mais giveit, faites, deit, venez, reit, donnez, 
scoeit, frappez. 

L'origine de la diphtongue ei est ici bien claire : elle vient de 
ai, et appartenait d'abord en propre aux thèmes en a, d'où 
elle a passé aux autres groupes de la 2"" classe, comme cela a 
eu lieu au futur : moy. bret. ioaussail ! goapeyt ! Cf. vann. 
goapeit. 

40. En moy. breton, les terminaisons -et et -it s'emploient 
indifleremment pour la 2"' pers. plur. de l'indicatif présent et 
de l'impératif; il en est de même dans les dialectes modernes, 
saut que quelques-uns, comme le trécorois, ont des préférences 
pour la prononciation -et. Le vannetais a fait ici une répartition 
spéciale dans les thèmes en a. Il dit caret, vous aimez, caret, 
aimez, mais goapet, vous vous moquez (pour goapaet) et goa- 
peit, moquez-vous (pour goapait). Des thèmes en «_, cette 
forme eit devenue propre à l'impératif s'est répandue dans 
toute la 2^ classe de la même façon que la terminaison ei du 
futur; mais elle n'a pas gagné la i''' classe \ 

41. En revanche, elle a donné lieu à une forme nouvelle 
de participes, propre aussi à la 2^ classe, et inconnue aux au- 
tres dialectes. D'après le rapport de caret, aimez! à caret, 

I . Le trécorois présente des traces d'une répartition semblable ; il a 
quelques rares formes en -eit qui s'emploient exclusivement à l'impératif: 
pet. Trég. tostcit, approchez, o-or/^//, attendez, reit, donnez (on dit aussi /oj- 
tdet, gorlôet, réel, comme à l'indicatif). 



Etudes bretonnes. i ic) 

aimé, on a dit (^oapeit, moquez-vous, goapeit, moqué ; de là, 
par la même filière analogique tant de fois constatée plus 
haut, deit, venu, rcit, donné, scocit, frappé, etc. Cette termi- 
naison de participe ne sort guère de la 2*" classe. On lit pour- 
tant dishcil, appris, ranneit, partagé, Livrhug. M., 419, cf. 28; 
diskéit se trouve en 1734, Atin. de Br., III, 320. Ce mot peut 
avoir subi l'influence de discoein, montrer, cf. § 16. Goiwit, 
gagné, Baix. Br., 383, pour goncet, de gone~et, a été influencé 
par les mots comme lakeet, lakeit ; cf. § 3 r . 

A Batz on dit plus souvent -eit que -ef, sans distinction de 
classes; mais c'est la conséquence d'une phonétique particu- 
lière : redeit, couru, cf. rcdcit , courir, rcit, il court {Etude, 
p. 6, 25). 

La terminaison -et est assez fréquente au participe en van- 
netais à côté de -eit : cairétt et caireitt, embelli, l'A. ; grocit, 
groit, fiiit, en 1693, groétt rime -étt, et groeïtt, r. -élt, en 1734, 
Ann. de Bret., III, 411, 412, 424. On trouve rarement -cet, 
comme en Léon : hrauéct, embelli, Manuel, 39 = hràucit, 
Vocah., 1863, p. 76. 

En dehors du vannetais je ne vois qu'une forme analogue; 
c'est deit, venu, qui se dit en pet. Trég. et surtout en Goello 
en même temps que dent ; cf. Quellien, 115. 

Le Dict. de l'A. àonwQ eétt, allez, et oueitt, allé; la Grain. 
de Guillome a oiteit dans les deux sens; celle de Grégoire a 
en van. eit et ouëit, allé, p. 72. 

Uo de ce participe d'un thème en a lui est probablement 
venu de l'analogie du verbe gra, il fltit (de g roa), groeit, fait; 
cette analogie était fivorisée en vannetais par une foule de 
rapports spéciaux à ce dialecte entre les thèmes en a et ceux 
en 0. Le P. Grég. cite en vannetais ràïi et roeih, donner, part. 
reit et roëit ; on sait que ce verbe fait au présent ra, il donne. 

42. Les imparfaits vann. careti, j'aimais, gren , je faisais, 
den, je venais, gorten, j'attendais, qui se conjuguent d'une 
façon uniforme, montrent les deux classes réduites à une seule, 
la première. Il reste pourtant une trace du y groupe de la 
2'' classe, dans quelques formes comme troen, je tournais, 
scoen, je frappais. 

43. Il en est <\t mlniie du passé défini à la personne la plus 



I 20 E. Ernaiih. 

usitée (la Y du sing.): caras, p-as, âcis, gortas, — troas, 
scoas. L'abbé Guillonie ne donne pas d'autre personne, et on 
lit dans VEssai sur le verbe nco-ccllique, p. 69, que « les Van- 
netais, à cetemps, neseservcnt quede la forme analytique », 
c'est-à-dire impersonnelle. Il y a pourtant aussi les autres per- 
sonnes ; la seule dont la désinence commence par une voyelle, 
est la première du singulier : me chiielis (depuis) que je vis 
cela, Chai. ms. ; bas-van. gwek:^, je vis, Bar~a~ Brei^, 383 ; au 
xviir^ siècle lariss, je dis, ncvlliss, je ne pus, Loth, Rev. Celt., 
VII, 344, vers 113, 109. Je n'ai pas trouvé d'exemples dans 
des verbes de la 2"-" classe. Voir § 46. 

44. Les deux premières personnes du singulier du futur et 
la 3^ du pluriel ont en vannetais la diphtongue ei, sans dis- 
tinction de classes, sauf que le y groupe de la 2^ garde parfois 
son : 

carein, j'aimerai, grein, dein, gorleiii, — troein ; 

caret, tu aimeras, grei, dei, goriei, — troei ; 

careint, ils aimeront, greint, deint, gorteint, — troeinf. 

Cette dipiîtongue a-t-elle passé de la 2*" classe à la i''' ? Ce 
n'est pas probable pour la i""" pers., le moy. bret. -(^don- 
nant phonétiquement -f/;/, eiii, en vannetais: melein, louer, je 
louerai = nieiilif. 

Pour la 2"" pers., cela paraît vraisemblable, 1'/ final ne de- 
venant fi que dans quelques variétés dialectales, cf. Rev. Celt., 
III, 52. Du reste, cette analogie ne se produit pas toujours, 
M. Loth donne cari, tu aimeras. Elle ne se montre pas dans 
un texte de 1693, où l'on a^ _4^fl!;'v, tu aimeras, ^m/Vj', tu dési- 
reras, vy, tu seras, toiiiy, tu jureras, a gonvessy, tu confes- 
seras, ^;v/o', tu feras, etc., en regard de houantey, tu désireras 
(3 syll.), Ann. de Bret., III, 413, 414. 

A la y pers., on trouve en 1693 -'^crvigeint, ils serviront, 
ihid., 411, mais en 1734 r'uitt, ils feront, 424, ci. doiijint, ils 
craindront, Manuel, 40. La diphtongue peut être aussi due à 
la phonétique, et. heint, ils sont. Science er salvedigueah, 
Vannes, 1821, p. 134, de int. — M. Loth donne une 
i""" pers. pi. carini, sans diphtongue; de même larinip, nous 
dirons. Chai. )ns., v. ample. 

45 . Nous arrivons aux désinences qui commencent par une 



Etudes bretonnes. 121 

consonne en moyen breton, cf. § 23. En vannetais cette con- 
sonne est presque toujours précédée d'une voyelle. Je crois que 
cette voyelle vient, à la i'"'' classe, de l'analogie de la seconde. 
46. Je ne trouve pas d'exemples vannetais des deuxièmes 
pers. du prétérit. 

Exemples de la i''^ pers. du pluriel : antnx^inp, nous en- 
trâmes = ni a antras, et rctoiirnc::^aiiip, nous retournâmes, 
Dict. ms. de Châlons, s. v. rembarquer; a pe gavc::auih, quand 
nous trouvâmes. Voyage inisterius, 65 ; ma b'ùclc~ai)ib, que 
nous vîmes, 54. Ue de antre:^amp peut appartenir au radical : 
le Dict. de l'A. donne l'inf. antréein. 

Exemples de la 3": 1° sans e, na gol:{and-i, ne perdirent- 
ils pas, Rev. Celt., VII, 336, v. 44; avec e justifié par un thème 
en a : chom a hre:(ant, ils restèrent. Manuel, 99 ; avec e analo- 
gique : saoue:{and, ils se levèrent, Rev. Celt., VII, 336, v. 45 ; 
arrihue:{ant , ils arrivèrent, Choége... a gannenneu. Van., 1829, 
p. 89; ari-, Vocab., 118, e resconde:(ant-int, ils répondirent, 
Foy. mist., 56; a pe uéle:(ant, quand ils virent, Histoer a vuhe 
Jesus-Chrouist, Lorient, 181 8, p. 20; sortie^aiit, ils sortirent, 
^2 ; discare:{ant , ils abattirent, Buhe e s., Vannes, 1839, p. 733; 
(que nd) :^igasse:(ant, ils apportèrent, iennesant, ils attirèrent, 
Chai, ms, v. monter; e larc:^ant-ind, ils dirent, Brediah er fé, 
1861, p. 193. Cf. choége, 78, fin; 79, v. 11; 93, fin; 94, 
V. 2, 17 ; etc. 

]Ja de ces terminaisons -(e)::j^xmb, -(e)ant qui répondent à 
-^omp, -:^ont des autres dialectes, moy. bret. -somp, -sont, a été 
amené probablement par Va du présent. Le gall. dysgasant 
présente donc avec le vannetais un double rapport fortuit 
dans ses deux voyelles a, dont la seconde d'ailleurs ne se 
trouve pas à la i''' pers. ^l.'dysgasom. 

47. Ceci nous explique également l'a de la i'" pers. sing. 
du prétérit vcinnetais pcgave:(^an, quand je trouvai, é chome::an, 
je restai, i?fi'. Celt., V, 488; = léon. rejoun, je fis, kavcboun, 
kav:{oun, je trouvai, Troude, s. v. prétérit; pa velson, quand 
je vis, Suppl. aux dict. bret. , 22. 

Il ne faut pas confondre avec pe gave^an, etc., les formes 
van. e houlenne:^en , je demandai, 3'' pers. sing. lare^ai, il dit, 
i'' pi. lah:{cah, vous mîtes, 3"^ intanm\ent, ils incendièrent 



I 22 E. Ernauli. 

(e tistruje:^ent, ils détruisirent, laire:;ent, ils volèrent), Rcv. 
Celt., V, 488, note. Ces formes très distinctes du prétérit 
concordent avec le conditionnel passé; quant au sens, c'est 
celui d'actions passées, avec nuance de fréquentatifs ; le con- 
ditionnel passé breton répond à ces données : cf. tréc. me a 
vije, j'étais toujours, me ain hijc, j'avais toujours (durant sept 
ans), G. B. /., I, 200. 

48. Le conditionnel vannetais est presque toujours terminé 
en -ehen, et le conditionnel passé en -e:;en. M. Loth a donné 
de Ve qui précède 1'/; dans carchc, il aimerait, etc., une expli- 
cation fondée sur l'accent, Rcv. Cclt., VII, 236. Je crois qu'il 
y a là plutôt un fait d'analogie semblable à d'autres du môme 
genre que nous venons de constater. Pour juger de la forma- 
tion de ces deux temps, où le détail des désinences des per- 
sonnes ne nous importe pas ici, nous y joindrons la 2^ pers. 
plur. du futur, qui offre une particularité semblable, l'insertion 
apparente de cet e où l'on a vu une « voyelle irrationnelle ». 
Fut. carehet, vous ^nvutXQz; f^rehct, débet, gortchct ; — troehet; 
cond. carchetî, j'aimerais; grehcii, dehen, gorteben (^Manuel, 40); 
— troehen; cond. passé care-en, j'aurais aimé, lake:(eah, vous 
mîtes. 

Ce dernier temps n'est pas signalé par l'abbé Guillome; 
M. Loth en donne le paradigme, Méni. de la Soc. dcLing., V, 
138, 139. En voici des exemples (cf. §47): negarc~cn quel, je 
n'aurais pas voulu, Fox. iiiist., 64; pe gare::^eb =^p' ou pc:^é caret, 
si vous aviez voulu. Chai. ms.;cil ne ve~é quet, pour qu'il ne 
fût pas, Vocah., 146. 

Lake:^eab n'a pas de svllabe de trop : cf. laquasc, qu'il fît 
(faire), Cathell, 24; bc:^é non plus, = moy. bret. bise. Meit 
mou devc~é bel, pourvu qu'ils eussent eu, n'est pas un exemple 
de conservation de la dentale spirante douce, Rev. Celt., VII, 
319, mais équivaut au tréc. dije, de devise. 

Le V. br. roricscii (^-= ro ricsent /), gl. sulcavissent, montre 
qu'il n'y a pas à chercher dans la voyelle c du van. care:^nt , 
ils auraient aimé, Soc. Ling., V, 139, l'équivalent du second 
a du gall. carasent, ils avaient aimé. 

Le conditionnel passé a souvent le sens du conditionnel 
présent, hors du dialecte de Vannes. Le Gonidec et Troude 



Etudes bretonnes. i 2j 

ÇDict. fr. bret., s, v. conditionnel) ne font pas de différence 
entre karfenn et karjenn. Mais il n'en est pas toujours ainsi : 
Piou en divigc lavaret. . . ? den nel lavarje, qui l'eût dit ? personne 
ne l'eût dit, Sarm., 6 ; nep a welje, on eût vu, G. B. 1., I, 174; 
hri vije ar galon na oelje, dur eût été le cœur qui n'eût pas 
pleuré, ma karjenn na vijenn hct, si j'avais voulu je n'aurais 
pas été, Quellien, 128, 174, etc. 

49. Le procédé analogique qui a fourni une syllabe de plus 
à carhcn n'a pas effacé toute trace un peu ancienne d'une pro- 
nonciation antérieure, comme le montrent les conditionnels 
du siècle dernier : e varhutvnn, je mourrais, Rev. Celt., VII, 
338, V. 52; choufrhainn, je souffrirais, 334, v. 12; aiidurhccnn, 
j'endurerais, rauvachann, je ravagerais, 336, v. 35, 36, ie 
gretai, tu croirais, v. 23, a tc::jrhainn, je désirerais, 320, na 
gochainip, que nous ne tombions, 2 syl., Ann. de Bret., III, 426, 
qui sont conformes au type primitif, contrairement à recehuc- 
haimb, que nous recevions, 425, mé varhuchai, je mourrais, 
Rev. Celt., VII, 334, v. 12, arrihuehai, il arriverait, 336, v. 46. 

D'un autre côté, cette addition d'une voyelle par analogie 
n'est pas absolument propre au vannetais; en voici des exem- 
ples en d'autres dialectes, au conditionnel : tréc. huanadefe, il 
soupirerait, Bai^. Br., 222, cornouaillais dastumefe, il recueil- 
lerait, 143, rannafe, il se briserait, 236; a hadéfé, il durerait, 
Ahnanach de 1877, 27j néc'hla:(éfent quet, ils ne verdiraient pas, 
30, a gresquefé, il accroîtrait, 39 (ce verbe peut être un thème 
en a en vannetais, où il a deux infinitifs, cresquein et crescat, 
Chai, ms, cf. fut. e gresquei, MartiredCastelfidardo, 225; mais 
hors du vannetais il n'a que le correspondant du premier). 

50. De même au futur: cornouaillais ma ho pj-allefimp-ni , 
que nous les mettions en branle, Bar:^. Br., 28z|.; a ::^entefec'h, 
vous obéirez, 179; tréc. respontefomp, nous répondrons, Expl. 
I, 185; perisefet, vous périrez, 260; profitefet, vous profiterez, 
272. 

Nous avons vu, § 23 , qu'en moy. bret. la i""^ et la 3^ pers. 
plur. du futur prenaient quelquefois par analogie Vh propre à 
la 2" plur. de ce temps et au conditionnel. En vannetais le 
môme fait a lieu à la i""" pers. plur. avec changement de la 
voyelle i du futur, qui devient e comme à la 2" pers. pi. et au 



124 



E. Einault. 



conditionnel: carebenib, nous aimerons, comme careheinb, nous 
aimerions, d'après carehet, vous aimerez. Je ne vois pas d'exem- 
ple vannetais de la forme antérieure *carhet ; car dans birhui- 
qiiin n'er havétt, jamais vous ne le trouverez, Rev. Celt., VII, 
338, v. 60, le verbe est au présent, cf. Rev. Celt., IX, 380. 
Mais il y en a une forme analogue au futur * carhemb : on lit 
saludhaimb, nous saluerons, Rev. Celt., VU, 350, v. 184. 

51. La contamination des thèmes verbaux différents par 
ceux en a était favorisée en vannetais par l'influence des deux 
verbes gra, il fait, et da, il vient, dont le second n'est pas en 
a dans les autres dialectes. On connaît l'emploi de gra comme 
auxiliaire; sans être aussi fréquent, celui de da, ailleurs ^^«, 
est bien plus important qu'en français : cf. hep dont d'o esperni, 
sans (venir à) les ménager, Moys., 247; dre bere e teu d'hon 
avcrtissa (paroles) par lesquelles il nous avertit, Imitation... 
J.-C. en cornouaillais, chez Lédan, 1836, p. i; Doue a deuio 
dlio pean, Dieu vous le rendra, Quellien, 193, etc. Carein e 
ra, il aime, a pe -a dchou carein, quand il aime (litt. quand 
vient à lui aimer), fut. carein e rei, a pe :;ei dehou carein, con- 
ditionnel carein e rche, a pe :^ebe dehou carein, etc., ont con- 
tribué sans doute à fiire dire quelquefois cara, il aime, carei, 
il aimera, carebe, il aimerait, care:^e, il aurait aimé, au lieu de 
car, carou, carhe, carse. Il faut tenir compte aussi, pour ces 
deux derniers temps, d'un autre auxihaire, le verbe être, qui 
n'est pas un thème en a, ni même un thème originairement 
en e, mais qui s'est confondu phonétiquement avec ces der- 
niers. Il n'est pas nécessaire d'expliquer par une voyelle irra- 
tionnelle le première de anavehe, il connaîtrait, Rev. Celt., VII, 
236, même avec un m'nnmî anavo ut et non anaveout, puisque 
c'est un composé de bout, être, dont le conditionnel est régu- 
lièrement zv/a^'////, ypeis.vcbaifRev. Celt., VII, 338, v. 61, 67). 

(A suivre.) 

E. Hrnault. 



UATH BEINNE ETAIR 



The foUowing taie, which is now published for the first 
time, is préservée! in the wellknown I5th century MS. Har- 
leian 5280, fo. 35 a, 2 — 35 b, i. I know of no other copy. 
ThoLigh there is no heading to it, O'Curry (MS. Mat. p. 587) 
has rightiy identified it as the Uatb Beinne Etair mentioned 
in the hst of taies, LL. 189 c, 28, as one of the uaiha, or 
taies of hiding (uatl} « retirement », O'R., not « cave », as 
O'Curry thought). 

To the student of Irish literature this short taie will be of 
peculiar interest. It is evidently an isolated épisode of the Os- 
sianic taie knownasthe Tôruigbeacbt Dhianiiudaagus Ghrainne, 
edited and translated by Standish H. O'Grady in the Trans- 
actions of the Ossianic Society, vol. V. The curions fact 
now présents itself that, while this taie as a whole has corne 
down to us in quite a modem form only, the oldest MS., ac- 
cording to Jubainville, Catalogue p. 249, dating from 1736, 
an épisode of it should be found in a MS. of the I5th cen- 
tury ^ 

But we can date the existence of this taie or, at least, of its 
main motive even further back than that. We know that the 
story of Diarmait's and Grainne's love was sung of as early 



I . It is worth mentioning, however, that no such épisode occurs in 
O'Grady's text; nor would it fit in vviih the narrative of that version. The 
Hill of Howth lies quite outside the route pursued by Diarmaid and Grainne 
in theirflight fromFinn. But then leabadlia Dinar uiada agus Grainne are to 
be tound throughout Irehind, according to a modem legend even as many 
of them as there are days in a leap-year (Joyce, Irish Names of Places, I, 
P- 329)- 



126 Kuno Meyer. 

as the iith century. In the gloss upon the Amra Choluimb 
Clîille the following quotation occurs in illustration of the 
Word diutcrcc : 

Ut dixit Grdinne ingen Cormaic fri Find : 

Fil duine 

frismad buide lemm diuderc, 
aratibrinn in m-bith buide, 
huile, huile, cid diubert ^ 

« As Grainne, daughter of Cormac, said to Find : 

There is a man, 

on whom I were thankful to gaze long, 
for whom I would give the fair world, 
ail, ail, though it is a fraud ». 

Thus it is évident that in the iith century a poem existed 
, in which Grainne confesses her love for Diarmait to Finn, 
perhaps in reply to his proposai of marriage. There is again 
no incident like this in O'Grady's version. 

A second point of interest is raised in connection with the 
fine poem contained in our taie. A poem almost identical 
with'it in its opening and last lines occurs in another Ossianic 
taie, copies of which are preserved in two MSS. of the I2ih 
century, LL. 208 a, 11. 37-52, and Rawl. B. 502, fo. 59 b, 
2. The story is shortly this. Find and one attendant, Mac 
Lesc, i. e. « the Lazy Lad », find themselves alone one night 
in Slieve GuUion, separated from the other members of the 
fiann. Find orders his attendant to fetch water, who excuses 
himself on the ground of the terrible state of the weather, in 
verses beginning : 



1. Rawl. B. 502, fo. 56 a, 2. The reading of LU. p. 7 b, and of the 
Liber Hymnorum, Goid. 2 p. 159, varies slightly. Eg. 1782, fo. 6 b reads: 
Fuil duine 

fr/ssbud buid/;i Hnn diûdcrc, 
ara tibrainn in bith buid/;e, 
a mfl/c Muire, cid diub^rt. 



Uath Beirine Etair. 127 

LL. ■ Fuit co brdth ! 

Ro ddil in donend ar cdcli, • 
is dth cach n-ettrigi n-dn 
ocus is lind Idn car/; n-dth. 

« Cold till Doom ! 
The storm has spread over ail, 
A river is every bright furrow, 
And a fuU loch is every ford.. » 

The poem after that differs from that in our taie, but it re- 
turns to the lirst word (fuit « cold ») in the same phrase : 

Rawl. fo. 60 a, i : congab donenn dar cac/; leth, 
conna abair nech acht fuit. 

« The storm has settled on every side, 
So that no one says anything but « cold ! » 

Hère the story ends in LL., but in Rawl. it goes on to say 
that Find tells his servant that he is lying, and begins on his 
part to praise the f^iirness of the weather and season in a 
poem beginning : 

« Summer has come, fair and free. » 

Mac Lesc then had to fetch the water, and when he retur- 
ned, he was bound naked to a standing-stone by Find, and 
was left there till the morning. « Since when there was 
not in the fiann a man quicker and more unwearied than 
he. » 

It would be difficult to say, to which of the two stories the 
poem originally belonged. Probably to neither. The LL. and 
Rawl. story is evidently merely a frame to set the two poems 
in, which are kept quite gênerai. On the other hand, in the 
case of the Uath Beinne Etair, the mention of places so far 
from the scène of action as the vale of Newry and Moylurg 
seems to tell against the assumption that the poem origi- 
nally belonged to the taie. Thèse facts rather seem to show 
that the taie was invented for the sake of the poem, revealing 



128 Kuno Meyer. 

an interesting feature of folk-lore. A poemexists in connection 
with somc story. The poem, or at any rate part of it, is re- 
membered, while the context isforgotten, or no longer consi- 
dered interesting. A new story is invented, towhiclitlie poem 
is suitcd, and in which it is inserted. 

In conclusion, a few words on tlie language of our text will 
not be out of place. Its spelling, possibly based on dialectic 
varieties, is very peculiar. Thus p is used for b; ph for in- 
fected b; ndo, udc, ndi are written for dô, dé, di ; au is written 
for a before m, g, cb, pointing pcrhaps to Munster as the home 
of the writer. di is found several times for the verbal prefix do. 

The following rare words occur. 
aistrech « unsteady », 1. 46. aistrioch « inconstant », O'R. 

from Shaw. go haisdreach, Battle of Moy Leana, p. 84, 3. 

From astar « journey ». 
bridn « a hillock », 1. 15. bri .i. tulach, brîân .1. tulachan, 

H. 3. 18, p. 64 b. 
caimper, 1. 62 .i. coimlonti .i. fer is gnath ac imguin i càni, 

H. 3. 18. (cf. cam .i. comhlann, O'Cl.). Like W. camp 

and caïupiwr borrowed from A. S. camp. 
cluthar, 1. 65, for clithar « shelter, recess ». Cf. a clithar 

diamuir a édaig, Eg. 1782, fo. 21 a, i. cuan clutharmhin, 

Battle of Moy Leana, p. 48, 29. 
cuibiur, 1. 49. cupar .i, senén, Corm. p. 13. cufir .i. sineoin, 

ib., p. 63. cubhar, cufar, cuphar .i. senéun, « an eagle », 

P. O'C. ; « a hawk » O'R. Can this word be contained in 

capercail:je ? The usual explanation capall caille looks like 

a popular etymology. 
curpha, 1. 18 ? 

datdn « fosterfather », 1. 70. datan .i. aiti, Corm. p. 73. 
demh, 1. 18, « protection, shelter » deimh f. O'R. 
di, 1. 9? 
diuais, 1. 65 ? 
doinenn « storm », 1. 26. Anfli mara, doinionn tire, Eg. 158, 

fo. 79 a. Cf. soinenn « fair weather ». sina .i. sonenna, 

Goid p. 164. sith la sonind 7 sobarthan, LBr. 132 a, 5. 
£tth « raiment », 1. 19. foth .i. édach, O'Dav. p. 85. 
ar liarLeid « athwart, across », 1. 20. dar tiarlait na faichthi, 



Uath Beinne Elalr. 1 2q 

LBr. 215 b, 49. ib. 216 a, 15. ar fiarlaid crichi sa;ruaisli 

saxan, Rev. Celt., X, p. 188, 7. Cf. fiarut, fiarldn. 
frac « hand », 1. 58. frag .i. Idmh, O'Cl. 
forti « a cloak », 1. 68. ti .i. brat, Corm. p. 41, and cf. for- 

bratt, fortcha (= for-tuga). 
fuit « cold », 1. 21. 56. fuit fuacht, Corm. p. 10, s. v. culpait. 
langaim « betray », l. 61. lang .i. brég no mebul, Eg. 1782, 

fo. 15b. lang .i. meabhal, O'Cl. gaileng .i. gualang .i. gua 

brég 7 lang fell, H. 3. 18, p. 42 b. Cf. Corm. s. v. gaileng. 
lethanchlaiss « broad-braided », 1. 68. P. O'C. Cf. clais « a 

streak, a stripe ». 
ris « a story », 1. 7. riss .i. cach scél 7 faisnés; risse à\no À. 

scéla, Corm. p. 39. risi .i. scelaigi, LU. 8 a. 
sincreth « an old woman », Lu. 
tuirigin « tongue », 1. 60. tuirgin .i. tur gina .i. tenga, 

Corm. p. 42. tuirighin .i. teanga, O'Cl. 



[UATH BEINNE ET AIR.] . 

Fechtus diaraiu/je D'iermait macDmnn i Duipni ind-uai/M 
Pennl hEdair ier m-breith Gmindi ingeni Corma/c ar ai- 
ihed o Finn. Pai cailliuch lae D'iermait ind mhuid s/We oc 
a forairiu in cech du a m-pid/;. Luid in ca.iï[iiich isan 

5 uamaidh immauc, co m-pui for mullach Pendi Edair. Co 
n-acai ind oen-oclach dia soigid. Is e dhio pui ann, ind rig- 
fendid. Vochtus int sentonn rise nde. « Totocmarc-sai td- 
nac », ol Finn, « 7 cais adp/;dT^ deis dit, \\ocus is^ed is 
ail dauw, do di at oen-bé ocwm ». Credis int sentonw fgrpo 

10 Finn 7 tingeullwj ndo at/?al degniw. IsedrusiW Finnfz^Vri, 
DiermflîzV di nxakned ndo. Foem//i" int si^zcreth sin do, 
\\ocus dop/;fc'/r a ti font sali, hociis lot isan uaiw iarom. 
Fochtus Diarmfl/7 iniiiis nabé ndi. « Is cuphus dini », ol i, 
« nacb hcusai riam 7 nach cechla a fiu ar uairi 7 ain- 

15 ^benaibh. Oir dileth an rend t/zr na brianaip/;, hocus ni fil 

I . adhper MS. 

Revue Celtique, XI. 9 



1 5o ^'/'//o Mcyer. 

maug minreid/; inJ-Elgai uili nach fuil sruth rod routmald 
ew gach da fut/;irp/?i md », ol i. « Ocus ni hgaidh sc" no 
curp/Ai a n-Er///n dem/; ind-uai?;î ma i n-aildu ;/o a n- 
ailén nô i n-inp/;^;- an Falmoig/;. » Crot/;us a fat/; co lirr- 
20 naid/; ar fiarUdd na huam/;u hocus rocan na run;/// ^a sis. 

. ' « Fuit, fuid ! 

ar^rt in snechta. 'nas an slm/'_, 
noc/;a roic/;enn fiad/; a cuid. 

25 Fuid co hrathl 

Rwi-dail in doinen« ar cach, 
apon^7 cech ettrichi a Lui, 
hocus is linn la^? gacb n-ath. 

As muir mor gacb loch phis lân, 
30 hocus is loch làn gacb linn : 

ni roic/;it eic/; tar Atb Rois, 
1 ni mo roic/;it di cois inn. 

SiupW ar iasc Inse Fail, 
ni [f ]uil traïcb nacb tiprai ton« ; 
3 5 a m-proccaibb nicotfl' proc, 

ni leir doc, ni lap^r corr. 

Ni fagaid coiii Coildi Cuan 
siL77t na suan a n-adbpaid con : 
ni fagann in dreen - becc 
40 din da net a Letricb Lon. 

Asmait/; do mcnpaid na n-en 
in gaeth ger 's a[n]t oïcbred fuar : 
ni fagban/z lon drom bad ail, 
din a toib i Co'ûltib Cuan. 

1. inosz MS. 

2. With two dots overthe fïrst e to indicate that the word is dissyllabic. 
Cf. Drccn ïïnaig inniain câcli, LBr. loS b, 67. drean, ib. 274 a, 64. 



Uat'i Beinne FAair. \ ^ i 

45 Sadail ar cairi da drol, 

aisdr/c/; ar Lonletnch cro : 
dimi;/aig snechta coild c/;é, 
decair drci;;; rc [vnnaib/; ^ pô. 

Cuibiur Glindi Ridi riii ( ) ^ 
50 on gosit/; acher^ dogeip len: 

mor a tn^aige ocus a pian, 
int oiccreud dosia 'na bel. 

Eirgi de colcaid 's do clmin 
— tucc dit' u'idh ! — noca ciall duit : 
55 imwad n-aigr/d ar cecli n-atii, 

isse fat/; fan-aprann « fuid ». F. u. i. t. 

Luid int sentonn amauc iersin. Imta/a Graindie im- 
morro, rorait/;id an sentuin/î ar n-imdir/;f 7 douce a frac 
amac/j lassota/n for an tiuMach pô imbpe, Iwrw^ denfwc 

60 for a tuiridin, ^^onfuair plais na tret/;no for a ti. « Dirsan, 
a Diermflf/Y », ol i, « rolancc in sennin fort, \\ocus atr^îig 
co cr/p hocus geub do erriud caimp/r imbat ! » Togene 
Dierma/Y sin. Lod immauc/; ïvisoiain \\ocus Graùidic leis. 
Con-acatwr and rifen/àd/; co fianaip i/;/me ina n-dof/;wm. 

65 Diuais Diermd// seucha ïor in rein [i]m Eriiin, co n-acuu 
i// noi a clut/;ar in rwain 'na comfoc«5'. Luid hocus Graïmiï 
ina (ocbraib ind. Ocnceile ar a cind isin luingin co timtach 
saine?;zail i;;nne, co forti let/;anchlaiss orb/;uide ur a for- 
mna sechtcàr, hocus isse po in^ sin : Oengus an Procc/;ai, 

70 datan Dfrmatai, tain/r:dia oirc/;is£r/;/ on nairne s'in i raib/;ae 
6 Find 7 6 fianaib Erenn. Finit. 



THE HIDING OF THE HILL OF HOWTH. 
Once Diarmaid, son ot Donn the grandson ot Duibne, was 

1 . Or p^rnnaibh? The p is crossed under the Hne. 

2. rûi with sign of abbreviation and dot. The word raust rime with 
gceith in the next line. 

l athr MS. 



I ^ 2 l^uno Meyer. 

in thc cave of the Hill of Howth \ aftcr having carricd oft 
Grainne, the daughterof Cormac, in elopement from Finn. An 
old woman was with Diarmaid at that time, watchingover him 
wherever he would be. The old woman went out of the cave, 
and when she was on the top of the Hill of Howth, she saw 
an armed man coming towards her alone. It was the war- 
rior-king. The old woman asked tidings of him. « To woo 
thee I hâve come », said Finn, « and the cause I will tell thee 
afterwards, and what I désire is that thou shouldst live (?) 
with me as my only wife. » Thc old woman believed the 
words of Finn, and promised him todohis will. This is what 
Finn desired of her, to betray Diarmaid to him. The old hag 
consented to this, and she put her cloak into the sait water, and 
thenwentinto the cave. Diarmaid asked how shejvasso (wet). 
« I confess, » said she, « I never saw or heard the like of it for 
coldandstorms. For thefrost has spread over the hillocks, and 
there is not a smooth plaininall Elga, in whichthere isnota 
long restless river between every two ridges », said she. « And 
no deer or raven(?) in Erinn finds shelter in a cave or in any 
other place, or in an island, or in a bay of Fâlmag ». Craftily 
she shook her raiment across the cave, and sang thèse staves : 

« Cold, coid ! 

Cold to-night is the broad plain of Lurg-, 
Higher the snow than thc mountain-range, 
The deer cannot get at their food. 

1 , One day last August, Mr Henry Stokes, ot Dublin, and I spent some 
time in discovering this cave, which is situated on the Cliffs, about half a 
mile to the west of the Lighthouse. I say « discover », because it is not 
marked on the Ordnance Map. nor did some of the oldest people on the 
peninsula, whom wel asked, know of its existence. The reason of this is 
that the cave is now destroyed, having been blown up at the beginning of 
the century by order of tlie Government, doubtlcssly because it had repea- 
tedly served as a hiding-pluce for fugitive rebels. Among others, Hamihon 
Rowan lav concealed in it for some time, before he escaped to America. 
The entra'nce, which faces the sea. is still perfect, while the roof has hllea 
in and the interior is completely tilled up with the débris. As this is the 
only cave on Howth, there can be no doubt as to its being the leaba Dhiar- 
miida agiis Ghrainne of our taie. 

2. Mag Luire (Lorcmag, LL. 48 a, 10) « Moylurg », nowthe Plains of 
Boyle, co. Roscommon. 



Uath Beinne Etair. 1 33 

Cold till Doom ! 

The storm lias spread over ail : 

A river is each furrow upon the slope, 

Each ford a full pool. 

A great sea is each loch, which is full, 
A full loch is each pool. 
Horses do not get over Ross-ford, 
No more do two feet get there. 

The fishes of Inis Fail are a-roaming, 
There is no marge nor well of waves, 
In the lands there is no land, 
Not a bell is heard, no crâne talks. 

The hounds of Cuan-wood find not 
Rest nor sleep in the dwelling of hounds, 
The little wren cannot find 
Shelter in her nest on Lon-slope. 

On the little company of the birds has broken forth 
Keen wind and cold ice, 

The blackbird cannot get a lee ^ to her liking, 
Shelter at the side in Cuan-woods. 

Cosy our pot on the hook -, 

Crazy the hut on Lon-slope : 

The snow has smoothed the wood hère, 

Toilsome to climb by kine-horned staves ' . 

Glenn Rigi's -^ ancient bird 
From the bitter wind gets grief, 



1 . Lit. « back « or « ridge ». 

2. Lit « our caldron troni its hooi< ». 

5. Lit. « by the horns of kine ». Sucli staves are still nuicli uscd in the 
Highlands. 

4. The Vale of Newry, co. Armagh. 



I J4 ^'""0 Me\er. 

Great her misery and her pain, 
The ice will get into her mouth. 

From flock and from down to rise 

— Take it to heart ! — were folly for thee : 

Ice in heaps on every ford, 

That is why I keep saying « cold » ! » 

The old woman went out after that. As for Grainne, when 
she noticed that the old woman had gone, she put out her 
hand on the garment that was about her, and put it on hei 
tongue, and found the taste of sait on her cloak. « Woe, oh 
Diarmaid ! » shecried,-« the old woman has betrayed thee. 
And arise quickly and take thy warrior's dress about thee ! » 
Diarmaid did so, and went out, and Grainne with him. Then 
they beheld the warrior-king with the fianna around him co- 
ming towards them. Diarmaid glanced(?) aside on the sea 
around Erinn, and saw a skiff in the shelter of the harbour 
near him. He and Grainne with him went into it. One man 
was awaiting them in the little boat with a beautiful raiment 
about him, with a broad-braided golden-yellow mantle over 
his shoulder behind. That was Oengus of the Brug, the fos- 
terfather of Diarmaid, who had come to rescue him from the 
night-watch(?) which he was in from Finn and the fianna 
of Erinn. 

Kuno Meyer. 
Liverpool, November 1889. 

After the above was sent to press, I found in the Bk of Lecan, fo. 181 a 
2, a taie about Find and Grainne, which has not yet been pubHshed. The 
beginning is : Luid Find hua Baiscne do thochmorc Graindi ingine Cormaic 
hui Chuind. . Adbert in ingen na gebad tindscra aili uadh acht lanamain 
cacha fiadmil[a] robai 'san Eri do thobairt i n-nsnimain co m-beith ar tua 
na Temra. — Caihe cosluath accomphshes this, and Grainne is wedded 
to Finn, but retains her hatred against him. The taie ends on fo. 181 b, 1, 
with an obscure dialogue between Grainne and her father, and some gê- 
nerai reflections of Finn on the married state. 

K. M. 



LES 



ANCIENNES LITANIES DES SAINTS 

DE BRETAGNE 



Dans le numéro de janvier 1888, p. 88 et suiv. de la Re- 
vue Celtique^ M. Warren a publié des litanies de saints con- 
servés dans un psautier du x^ siècle, faisant partie de la biblio- 
thèque du « Dean and Chapter of Salisbury ». M, Warren a 
mis en italiques les noms de saints bretons; ces noms, selon 
lui, ne se trouvent pas ailleurs, et, pour leur identification, il 
aurait fait d'inutiles recherches. Or, la plupart de ces noms 
se trouvent ailleurs, et M. Warren aurait pu en identifier un 
certain nombre, s'il avait été au courant de la liturgie et de 
l'hagiographie bretonnes. En comptant les litanies publiées 
par lui, on possède aujourd'hui quatre séries d'anciennes litanies 
contenant des noms de saints bretons. La plus anciennement 
publiée l'a été par Mabillon dans ses Fêtera Analecta (nou- 
velle édition, II, p. 669). Suivant Mabillon, elles dataient à 
son époque d'un millier d'années ; il les a extraites d'un ma- 
nuscrit de Reims. Elles me paraissent du même âge que celles 
de M. Warren, à en juger par la forme des noms bretons, c'est- 
à-dire du x*" siècle. D'autres litanies ont paru dans Les Vies des 
Saints de la Bretagne armorique du père Albert le Grand, réé- 
ditées par M. de Kerdanet en 1837, d'après un missel ma- 
nuscrit, dit de saint Vougay, conservé dans l'église de la pa- 
roisse du même nom, dans l'ancien évèché de Léon (p. 298- 
300). Suivant M. de Kerdanet, ce missel est un manuscrit 



156 



J. Loth. 



in-folio, sur vélin, de la même date que le cartulaire de Lan- 
dévennec ; il contient 46 feuillets sur deux colonnes. On y 
remarque des notations de plain-chant. Ces litanies me pa- 
raissent en effet plus récentes que les autres. Une troisième 
liste de noms de saints a été publiée par M. D'Arbois de Ju- 
bainville, dans la Revue Celtique, III, p. 449, d'après un ma- 
nuscrit du XI'' siècle. Ces quatre séries de litanies se complètent 
et parfois se corrigent les unes les autres. Je les publie ici, par 
ordre alphabétique, en les désignant par le nom de ceux qui 
les ont publiées. Je fais suivre cette liste de remarques sur 
chacun des saints. Les noms ont été assez souvent défigurés, 
ou quelquefois peut-être mal lus. Je n'entre pas dans le détail 
des sources ni des vies des saints ; il faudrait un gros volume 
pour le faire. Je me borne à restituer, autant que possible, la 
vraie forme des noms et à tenter leur identification. 



IVarrcn 


Mabillon 


Kerdanet 


D'Arbois , 
Armine 


Bachla 


Bachla 


Becheve 
Bodiane 


Bili 


Brangualadre 


Branwalatre 


Brangualadre 
Brigita 




Brioce 


Brioce 


Brioce 
Budmaile 


Brioc 


Caoce 


Carnache 




Caoc 


Catoce 


Citawe 




Catroc 


Conocane 




Conocane 




Courentine 


Courentine 


Chourentine 


Courentin 


Dir[c]ille 


Dircille 


Deriane 


Dirchil 


Ediunete 




Idunete 
Eneuere 


Flocan 


Germane 


Germane 






Gilda 


Gildas 




Gildas 
Gueganton 


Guengualoe 


Guinwaloee 


Guingualoee 


Guingualui 



Les anciennes Litanies des Saints de Bretagne. 



n? 



U^arren 


Mabillon 


Kerdanet 


D' Artois de J. 


Guenleue 








Guidguale 


Guoidwale 


Guidguale 






Guoidiane 


Guidiane 




Guidnoue 




Guidnoue 


Guodnou 




Guiniaue 




Guiniau 


Guinnoce 








Gulhuinne 






Gurgualr 
Gurthierne 


Hoeiardone 




Huardone 




Hoeargnoue 




Huarneue 


Hoiarnbiu 


Hoiarnuine (lege 








Hoeiarninne) 








lahoiue 








larnhobri 




leaguele 




Iliaue 








Iltute 






lubudoc 


ludicaele 


Judicaele 




Judicale 


ludoce 








lunanaue 






luti 

Leubri 


Leutierne 


Loutierne 


Lohene 


Lisure 
Loviau 


Macloue 




Machlove 


Macute 

Maccent 

Matith 


Melani 




Melani ' 






Melore 




Meleor 


Meuinne 


Mevinne 




Meguinne 


Munna 


Munna 


Munna 




Ninnoca 


Ninnoca 






Paterne 


Paterne 


Paterne 


Paterne 


Patrici 


Patrici 




Patrici 


Paule 


Paule 










Paulinine 


Paulninan 




Petrane 




Petran 
Pinnuh 




Racatc 




Racat 




Rawele 







138 



J. Lolh. 



JViirren 



Samson 

Tearnmaile 
Toconoce 

Tutgucde 



MabiUoti 



Samson 
Serwane 
Serecine 



Ticiawa 

Toninnane 

Trifina 

Tutwale 



Kerdanet 



Riaucc 
Runare 
Samsone 

Siiliaue 

Teconoce 



D'Arhois de J. 
Rethgualt 

Ronan 

Salmon 
Samsoni 

Suliau 



Tutsual 



Armine. Ce saint m'est inconnu. Il y a lieu de craindre qu'on 
ne soit en présence d'une erreur de scribe, ou que ce saint 
ne soit pas breton. 

Bachla. Peut-être saint Balay, disciple de Winwaloe, honoré 
à Penflour, près Châteaulin (De la Borderie, Annuaire hist. 
et archéol. de Bretagne, 1862, p. xxii). Bachla a dû donner 
Bala comme Machlow, Malo, comme tnachtetb « servante », 
mate:^, comme Mochdreh, Mot reff (près Carhaix). Je ne sais, 
il est vrai, si on prononce Bala ou Balé. 

Bechevc. On a fait de ce saint Vio et Fougay ou Vouga. Sui- 
vant Kerdanet, on prononcerait son nom dans le pays de 
Saint-Vouga, Veho, Vec'ho et Vezo. Si Ve:^o existe, c'est 
une forme analogique. A Priziac, canton de Faouët, Mor- 
bihan, Bechevus est le patron ou un des patrons de l'église 
paroissiale : on prononce Bchièzu, forme régulière de l'ancien 
nom. Sur ses actes, v. Albert-le-Grand, éd. Kerd., p. 296; 
cf. BoU. II, 15 juin, p. 1060. 

Bill. Aurait été évèque de Vannes, d'après le bréviaire de Van- 
nes, imprimé en 1660. Une chapelle lui était dédiée à 
Plaudrcn (Pouillé de Vannes dans le Cart. de Redon ; cf. 
Dom Lobineau, Vies des saints de Bret., append. Saints 
inconnus). Ce nom est bien connu en vieux-breton. C'est 
un nom de baptême encore en usage dans le pays de Van- 



Les anciennes Litanies des Saints de Bretagne. 1 59 

nés. Il est entré dans la formation de plusieurs noms de 
lieux. 

Badiane. Pourrait bien avoir donné son nom à Saint-Bedan, 
paroisse de l'ancien évêché de Saint-Brieuc (Dom Lob., 
Saints inconnus). Saint-Bedan est dans une zone de langue 
française depuis le xi" siècle peut-être : il est fort possible que 
le d n'ait pas subi la mutation pour cette raison. 

Brangnalatre, Bramualatrc. Ce saint me paraît le même que 
saint Brelade de Jersey et saint Broladre de l'ancien évêché 
de Dol. Il a donné son nom à Loc-Brévalaire, dans le pays 
de Léon, au xvr' siècle, Loc-BrcvaIa:{r, ce qui mène à une 
forme vieille bretonne Brewalatr et probablement Brenwalatr 
ou Braniialatr. On a identifié ce saint avec saint Brendan 
et, en eifet, Loc-Brevalazr est traduit en latin par Monas- 
terÏHDi saiicti Brendani (v. de Courson, Fouillé de Léon, 
Cart. de Redon, p. 579). Dom Lobineau (Saints inconnus) 
en constatant qu'une paroisse de l'évêché de Saint-Brieuc 
porte le nom de Saint-Brandan, remarque que ce saint est 
appelé simplement Bran dans les registres de la réformation 
de la noblesse de Saint-Brieuc (cf. pour saint Brieuc les 
noms Briocus et Briomaglus). Pour Brelade, Broladre et 
mieux Breladr, le tr, dr n'a pas subi la mutation, le breton 
ayant disparu de bonne heure dans l'évêché de Dol. Le 
pouillé de Dol, du xiv^ siècle, mentionne la parocchia 5'' 
Broladrii. 

Brigida. Sainte Brigitte, l'irlandaise. Son culte était fort ré- 
pandu en Bretagne. Elle a donné son nom à Samte-Brigitte, 
commune du canton de Cléguerec, Morbihan (en breton 
Birhictt), à Loperhet (Locus Brigida), en Cornouailles. 

Brioce. Saint-Brieuc. V. BolL, i^''' mai, I, p. 92-94; Dom Lo- 
bineau, Vies, p. 11-19; mss. Bibl. publ. à Rouen, n° 79; 
Bibl. nat. franc. 22321, p. 613. Brioc était honoré aussi en 
Cornouailles anglaise (Saint-Breock or S. Briock en Pyder, 
Davies Gilbert, History of Coriiwall). 

Budmaile. Probablement le même que Bothmael, disciple de 
saint Modez (saint irlandais dont le culte a été un des plus 
répandus autrefois en Bretagne). (Dom Lobin., Vies SS., 
p. 84, d'après le Bréviaire de Léon) : à moins que ce ne 



no J. Loth. 

soit saint Budoc, beaucoup plus connu : pour Budoc, Bud- 
mail, cf. Brioc, Briomaglus. Budoc a donne son nom à 
Beuzec? il y a un Budock en Kerrier, Cornouailles anglaise 
(sur S. Budoc: v. dans Lobin., p. 127, d'après Chron. 
Saint-Brieuc et vieux bréviaires ; Bibl. nat. franc. 22321, 
d'après Bréviaires de Léon et Dol.) 
Caoce. A donné son nom à Langueux et Tregueux, évèché de 
Saint-Brieuc (Tregueux est en 1129 Tre-guehuc, A. de 
Barthélémy et Geslin de Bourgogne, Anciens évêchés de Bre- 
tagne, IV, 309; Lan-gueu est pour Lan-geuc, Lan-caoc)? 
Carnache. Peut-être saint Carné, qui a donné son nom à une 
paroisse, Saint-Carné, au sud-ouest de Dol. On en a fait en 
latin Carnetus sur C^r77tf (Fouillé de Dol, cart. Red.). Carné 
pour Carnachus s'expliquerait facilement en zone française. 
En tout cas Carnach paraît être le saint irlandais Carnechus 
(v. Colgan, Acta Sanct., p. 782). 
Catoce. Saint Cadoc, qui a laissé son nom dans Pleu-Cadeuc, 
Morbihan. On l'identifie avec le saint breton Cado. En 
breton, Cado se prononce Cadaiv, ce qui ferait supposer une 
forme Cataïuos. Dans le Cart. de Quimperlé, il est fait men- 
tion d'une vie de Cado, sous le nom de Catuodus (Cat- 
vodu). Cadoc, Cadawc est un nom de saint bien connu des 
hagiographes gallois. Sur les vies anglaises, v. Duffus Hardy, 
Descript. catal. I; cf. Boll. 24 janv., II, p. 602-606; Dom 
Lob., Vies, p. 30. 
Catroc. C'est le saint qui a donné son nom au prieuré de Saint- 
Cadreuc, aujourdjiui village de Saint-Cadreuc, paroisse de 
Ploubalay, ancien évèché de Saint-Malo (le pouillé de 
Saint-Malo porte Cardroc, erreur évidente pour Cadroc), et 
à Saint-Carreuc, trêve de Pledran, ancien évèché de Saint- 
Brieuc. Sur Catroc, v. de la Borderie, Les Deux Saints Ca- 
radec, Paris, 1883 (le nom de Cadroc a été maladroitement 
changé en Caradoc.) 
Citazve, pour Citiaiue. Saint Kigeau, le sanctus Kigavus, du 
Cartul. de Quimperlé. Pour Citiaiu = Kijaiu, cf. Ratian = 
Rajen, dans La-rajen en Coray, autrefois Lan-Ratian ; Tu- 
tian = Tujan, dans Lan-Dujan, auj. Landugcn en Callac; 
Pritient = Prijcnt. Ciliaw est prob, le même saint que le 



Les anciennes Litanies des Saints de Bretagne. 141 

gallois Keydiaiu qui a donné son nom à Cappel Ceidio 
(Myv. arch., p. 417 et suiv.). 

Columcille, Columhane. Saints irlandais connus. 

Conocane. Saint Conogan. Les bréviaires de Bretagne mettent 
sa fête au 15 octobre. Il y a une église de Saint-Conogan 
près Landerneau (v. Dom Lobin., Vies, p. 55, d'après le 
Brév. de Léon; Boll., 15 oct., VII, p. 36) ; cf. Cart. Lan- 
dév., 41. 

Courentiiie. Saint Corentin (en breton Caiurintiii), d'après la 
tradition bretonne, le premier évcque de Cornouailles (v. 
Dom Lobin., Vies, p. 50-55, d'après les Bréviaires de Nantes, 
Saint-Bricuc etDol; ms. Bibl. nat., 12665, ^ol- -3*^j ^^i'^- 
tranç. 22321, fol. 728, d'après Brév. Saint-Brieuc et 
Nantes.) 

Dircilh. 

Deriane. Il est fait mention de Derrien et de son compagnon 
Neventer dans la vie de saint Rioc, comme d'un saint person- 
nage (Kerdanet, Vies des Saints, p. 29). Derrien est un 
nom breton bien connu; dans le Cartul. de Redon, il a la 
forme Dergen; Neventer a laissé son nom à Plou-neventer 
(cf. le nom de lieu gallois Caer-Nevenhyr.) 

Ediunete. D'après le Cart. de Landevennec (charte 2), Ediunet 
était frère de saint Winwaloe; il habitait près de la mon- 
tagne de Nin (Châteaulin, Castel-Lin pour Castel-Nin). Il 
a été confondu avec saint Ethbin, ce qui peut provenir d'une 
fausse lecture : au lieu à'Ed-iunct, on a pu lire Ed-uinet, 
Ed-vinct (v. Ethbin, Dom Lob., Vies, p. 118). 

Eneuere. Eneiuor est le patron de Plonéour, près Quimper, 
dans le Cart. de Landevennec, Plebs sancti Eneguori, et 
PIucii Eiieuur. Ce nom est à rapprocher de Eneuiri que 
donne une vieille inscription chrétienne de Grande-Bretagne 
(Rhys, Lectures^ p. 401). 

Flocan, pour Frogan. Frogan a donné son nom à saint Frogan, 

en Léon (Dom Lob., Vies, p. 46), ou saint Fregan, trêve 

de Guiseny (c'est le même que Fragan père de Winwaloe). 

Germanc. C'est saint Germain d'Auxerre honoré en Grande 

comme en Petite-Bretagne. 
Gilda. Saint bien connu. La forme bretonne de son nom est 



142 J. Loth. 

GweJtas (vannerais Gueltas : u'avec coloration //); il a donné 
son nom à plusieurs lieux. La vie la plus ancienne de ce 
saint a été écrite au xi*" siècle par un moine de saint Gildas 
de Rhuys (sur les sources imprimées et manuscrites, v. J. 
Loth, L'Emi^rat. bretonne, p. 245-246). 
Gueganton. Le calendrier de saint Méen (xV siècle, ap. Dom 
Lob,, Vies, p. 13) met la fête de saint Gucguenton au 
10 mai et lui attribue XII leçons. Ce nom est donné sous 
la forme Winganton (Wiunganton) dans les Script, hist. 
franc, III, p. 344. 
Guengualoe. Le nom sous sa forme la plus ancienne est Win- 
waloe. On retrouve son nom dans Locunolé, Finistère 
(BolL, 3 mars, I, p. 250-261; sur les sources, v. J. Loth, 
L'E migrât, bret., p. 286.) 
Guenleue. Erreur de lecture pour Guenhaek? 
Guidguak, Guoidiuale. La forme la plus ancienne de ce nom 
estWotvval ou Woitwal (Vita Vodoali, Bibl. nat. lat. 1762e, 
fol. 25, x" siècle). Son nom se retrouve dans Locoal, près 
Vannes, en 1037 Locus sancti Guituali, en 1387 Sanctus 
Gudwalus. Guotwal a donné régulièrement Gu:{iual et Goal. 
(Sur ce saint, v. BoU. 6 juin, I, p. 728; sur les sources, v. 
J. Loth, L'Emigr., p. 247.) 
Guoidiane, Guidiane. Probablement saint Gozien, disciple de 
Winwaloe (sur Gozien, v. Dom Lob., Vies, p. 47). 11 y a 
un saint Guilhian ou Gothian, en Cornouailles anglaise (Da- 
vies Gilbert^ Hist. of Cornwall). 

Il est foit mention de saint Guedian dans la Vie de Gur- 
thiern, du Cartul. de Quimperlé. Ses reUques auraient été 
transportées, lors des invasions normandes, à Groix, avec 
celles des saints Winwaloe, Guenhael, Idunet, Symphorien, 
Tenenan, Paulennan, puis retrouvées au milieu du 
xi^ siècle, du temps de Benoît, abbé de Quimperlé. On 
trouve le nom de Guedian sous la forme régulièrement 
évoluée de Goezian, dans le Cart. de Quimper (Bibl. nat., 
9891, fol. 38 v°). Un comte Guedian apparaît aussi dans la 
plus ancienne vie de saint Samson. 
Guidnoue, Guodnou. Saint Goueznou, qui a donné son nom à 
Lan-Gocsnou, aujourd'hui Gouesnou, ancien évéché de Léon. 



Les anciennes Litanies des Saints de Bretagne. 14^ 

L'ancien bréviaire de Léon met la fête de saint Goe~}ioveus, 
évêque de Léon, au 25 octobre (Dom Lob., Vies, p. 112- 
113 ; BibL nat. franc. 22321, p. 733). La forme la plus an- 
cienne du nom se trouve dans la vie de S. Paul Aurélien, 
premier évèque de Léon, suivant la tradition bretonne : 
Woednovius (Revue Celt., V, p. 11, d'après un ms. du 
x*" siècle). Woednovius avait le surnom de Toiuocdocus , nom 
qui se retrouve dans saint Toue:;;ec, patron d'une chapelle 
près de Saint-Brieuc. 

Guinnoc. Saint Giuinnoc ou Winnoc, suivant la plus ancienne 
forme connue de ce nom; de la famille de saint Judicael; 
est honoTé à Bergues-Saint-Winnoc, en Flandre. Sur ses 
actes, V. Mab. aa. o. s. Bened. sitcul. III, I, p. 302-314; 
Dom Lob., Vies, p. 165. Le nom de ce saint apparaît dans 
Lan-Wennoch, auj. Leiuannick, Cornouailles anglaise (Da- 
vies Gilb. Hist. of Cornwall). 

Guiniaue. Peut-être le saint qui a laissé son nom dans 5' Winnoiu, 
Cornouailles anglaise (Davies Gilbert, Hist. of Cornwall). 

Guihuinne. Saint Goulven, évêque de Léon. Il a donné son 
nom à la paroisse de Goulchen. La forme la plus ancienne 
de ce nom est Vulvinus {Martyr, de Castellanus ; cf. BoU. 
I" juillet, I, p. 126; Kerdanet, Vies, p. 367; Dom Lob., 
Vies, p. 204). 

Gurgualr (leg. Gurgualt). C'est l'évêque de Saint-Malo 
connu sous le nom de Gwrwall; il est fait mention de sa 
fête au propre des saints de l'évêché de Saint-Malo, au 6 juin 
(ap. Dom Lob., Vies); cf. ibid. p. 135; Boll. 6 juin, I, 
p. 727; Bibl. nat. fr. 22321, p. 776). Il a été souvent con- 
fondu avec Guoitwal. Un ruisseau porte le nom de Saint- 
Gurval, dans la commune de Guer, Morbihan. 

Gurthierne. Saint Gurthiern est mentionné dans le Cart. de 
Quimperlé, copie Maître, BibL nat. 5283, p. i. C'est aussi 
un émigré insulaire. Il y avait à l'île de Groix, où il aurait 
séjourné, un Loc-Gurthiern, aujourd'hui Loc-Maria; il y en 
a un autre en Kervignac, près Hennebont, Morbihan : Lo- 
coyarn, Loc-Gouziern^ en 1490. Il a été confondu avec 
Gunthiern, prob. Cuntiern (Contigern, Cyndeyrii). Sur Gur- 
thiern, v. Dom Lob., Vies, p. 49. 



144 J- ^oth. 

Hoeiardonc, Huardone. Saint Houardon, d'après Albert le 
Grand, huitième évêque de Léon : c'est tout ce qu'en dit 
Dom Lob. (Saints inconnus). Le Bréviaire de Léon men- 
tionne sa fête en novembre : 5'' Hoar:^oni. Le pouillé de 
Léon mentionne un prieuré de sancto Houardeno, Saint- 
Houardon, une des paroisses de Landerneau (De Courson, 
Cart. Redon; cf. cart. Landév., 41). Le premier terme de 
ce nom composé est Hoiarn « for ». Cf. Hoeargnoue, Hoeiarn- 
niuc. 

Hoeargnoue, Hiiarncue. C'est le saint qui a donné son nom à 
Lam-Houanicau, paroisse de l'évêché de Léon, et à Saint- 
Houarno, trêve de Langoelan, évêché de Vannes. C'est à 
peu prés tout ce qu'on peut dire de lui; .il a été confondu 
avec le saint suivant. . 

Hociarnhiu. C'est évidemment le Hoarveus des Bréviaires. 
Hoeiarn-biii a donné Hoearn-veo, Hicarveo, Houarvc, fort 
régulièrement. Le Bréviaire de Léon met en juin la fête de 
5'' Harvei; celui de Nantes donne une forme plus ancienne : 
Hoarvei. Sur Hoarvé, v. Dom Lob., \'ies, p. m. 

Hoeiarnnine. Saint Isarninos, herninos. De même (\wq* eisarno- 
* ïsanio-, a donné hoiarn, houarn « fer », herninos adonné 
Hoiernin (plus régulier que Hoeiarnin), Houernin, Hernin 
ou Herlin. Ce saint a donné son nom à Vlehs Hoiernin, 860- 
866, Cart. de Red., Huerninen 833, aujourd'hui Pluhcrlin, 
Morbihan; à Saint-Hernin, en Cornouailles, etaLes-Hernin, 

■ 141 1, Treff-leshernin, 1436, trêve de Séghen, Morbihan 
(Rosenzw., Dicî. top.); transformé par la romanonianie 
de notre clergé en Saint-Germain (on prononçait Le^-ernin). 
Sur ce saint, v. Dom Lob., Vies, p. 85, d'après Albert le 
Grand, qui aurait puisé dans un manuscrit de l'église de 
Locarn, près Carhaix). 

lahoiue. C'est le lahoevius de la Vie du ix^ siècle de Paul Au- 
rélien; c'est le nom d'un compagnon du saint (v. sa vie 
par Wrdisten, Revue Celt., V, p. 11). On l'appelle saint 
Jaona dans le pays de Léon (v. sa vie légendaire dans Ker- 
danet, Vies, p. 44.) 

larnhobri. Nom très breton, mais je ne vois aucun saint dont 
le nom se rapproche de cette forme. 



Les anciennes Litanies des Saints de Bretagne. 145 

leaguale. Faute de lecture pour ledgual, forme un peu plus an- 
cienne ludival, nom d'un saint, roi de Domnonée, dont il 
est fait mention dans les Actes de S. Judicael, Judoc, Léo- 
nor, Samson. V. Dom Lob., Vies, p. 92. La fête de Judwal 
était le i" juillet. Il est fait mention dans le Fouillé de 
Saint-Brieuc d'un prieuré Sancti JuguelU ÇC2.i-t. Red.). 

Iliaiic. Sans doute saint Teliau. Dans la Vie du Cartul. de 
Llandaf, il est appelé EUud et Teliau, Teilo. Eliud est prob. 
une faute pour Eliau. Quant à Teliau, c'est Eliau, plus le 
préfixe to, qui, comme le dit le biographe de Paul-Aurélien, 
s'ajoutait souvent aux noms propres : Conocus, Toconocus ; 
Suliau, TosuUau ; Ritien, Toriticn (y. Liber Land., p. 92- 
332; BoU. 9 février, II, p. 303; Dom Lob., Vies, p. 28). 
Ce saint a donné son nom à Lan-deJeau, plus anc. Lan-Te- 
leau dans le Finistère et Llandàlo dans le pays de Galles. 

Iltute. Saint Iltut, le saint gallois bien connu, a donné son 
nom à plusieurs lieux, entre autres Aber-Ildut, Lan-Ildut, 
Finistère, et Llan-ildut, pays de Galles. 

luhudoc. Ce nom est breton et pourrait être pour lud-hudoc; 
mais ce saint n'apparaît nulle part. C'est prob. une faute 
pour ludoc. 

ludicaih, roi de Domnonée. Il a des rapports avec Dagobert 
(Vie de saint Eloi). Sur sa vie, v. Obituaire de Saint-Méen 
de Gaël, Bibl. nat. 9889 (xv"' s.) d'après un vieux ms. de 
l'abbaye; v. Dom Lob., Vies, p. 143. Sa fête se célébrait le 
16 décembre. Ce nom fort commun est auj. Je-^eqiiel et 
Giquel. 

ludoce. ludoc, frère de saint Judicael. Sur la vie curieuse de ce 
saint, V. Dom Lob., Vies, p. 152; Mab. act. s. o. s. B. 
sosc. II, p. 541, d'après un ms. ante sexcentos annos manu 
descripto; pour les sources, v. J. Loth., L'Émigrat. brct., 
p. 248-249. 

lunanaue. lunanau est un nom très breton qui se trouve dans 
le Cart. de Redon, mais je ne connais pas de saint de ce 
nom. Il y a une chapelle de Saint-Junan, en Riantec, men- 
tionnée en 1473 ; et une autre du même saint, qui est restée 
paroisse (mention en 1184), mais au détriment du nom du 
malheureux saint : c'est Saint-Aignan, près Pontivy, Mor- 
Revue Celtique^ XL 10 



14e J- Loth. 

hihan! (Rosenzweg, Dict. iop.'). Il y avait aussi un saint 
Juniavus, mentionné dans la vie de saint Samson et qui a 
donné son nom à une chapelle de S:{n-\x.-Ignaw en Saint- 
Aignan : Igiiaw est devenu Saint-Ignace ! ! 

luti. Ce saint n'est peut-être pas breton. Cependant il y a un 
saint Ind ou ludveus, selon Albert le Grand, 2"" abbé de Lan- 
devennec. Suivant Dom Lobineau, il ne serait que le 4'^ et 
se serait appelé ludiilus (Vies, Saints inconnus). 

Lcîibri. On peut se demander si ce ne serait pas le saint ho- 
noré sous le nom de Lcry, d'autant plus que Lery, dans la vie 
latine assez récente qui lui est consacrée, est appelé Laurus. 
Leubri ou Louhri a pu être déformé par une identification 
mal faite de Lcuri ou Lonri en Léri (v. Dom Lob., Vies, 
p. 157 d'après un bréviaire mss. de l'abbaye de Montfort, 
qui a appartenu à l'église de Saint-Lery.^ 

Leuiierne, Loutîerne. Il est fait mention de Leuthern, évêque, 
au tome 3 des Script, hist. franc, p. 344. Ses reliques 
avaient été transportées hors de Bretagne, avec celles de 
beaucoup d'autres saints, lors de la grande invasion nor- 
n^ande du commencement du x'-' siècle. Hugues Capet, du 
temps de Lothaire, les fait transporter avec d'autres dans 
une église dédiée à saint Bartholomée. 

Lisure? Mauvaise lecture prob. cour Lisine : (persona) Saucti 
Li:(ini de Dolou, charte de 1227, évêché de Saint-Brieuc 
(A. de Barth. et Geslin de Bourg., Anciens évcchés, III, 63). 

Lohene. Ce nom m'inspire des doutes. Il y a cependant un 
Kos-Lohen mentionné dans le Cart. de Landév. Aujourd'hui 
Ros-nocn, près Châteaulin. 

Loviau. Le nom de ce saint varie entre Lcviavus et Levianus. 
Il faut préférer Leviav, plus anciennement Lovinii. M. de 
Garabit dans ses Vies des Saints dit qu'il existe encore en 
Tredarzec une chapelle en son honneur. Il Tappelle Levien 
ou Levias ; il se trompe en tout cas pour une des deux 
formes, peut-être pour toutes les deux. La forme Leviau me 
paraît confirmée encore par l'existence en Plumieuc d'un 
prieuré dédié à saint Leviavus et portant aujourd'hui le nom 
de saint Leau. Duchesne (Script, hist. Franc, III, p. 344) 
mentionne avec les reliques de Leuthern, Samson, Budoc, 



Les anciennes Litanies des Saints de Bretagne. 147 

Gueiihael, Macut, Leonor, Tremor, Melor, Briomaglus, Co- 
rentin, Winganton, dans les Fragiii. hist. Franc, que j'ai 
cités à propos de Leuthern, les reliques de Leviani episcopi. Il 
faut lire Leviavi. 

Macblove. Saint Malo (en breton, on prononce en bas-vanne- 
tais et en Cornouailles Malouî). C'est ce saint qui a donné 
son nom à la ville de Saint-Malo et à d'autres lieux (Saint- 
Malo, Locmalo, Morbihan). Sur les actes de ce saint, v. 
Mabill. Act. s. o. B. sœcul. I, p. 177; sur les sources, v. 
J. Loth, L'Eniigr. bref., p. 249-250. C'est le même saint 
que Maciiiiis, quoiqu'il soit impossible de montrer comment 
le saint est arrivé à cumuler ces deux noms. 

Macceni. Saint autrefois bien connu en Bretagne. Il y avait 
au IX'-' siècle une basilique célèbre de Saint-Maxent (Mac- 
centius ou Maxenthis) en Saint-Maxent, canton de Plélan 
(lUe-et-Vilaine). Il y avait une villa et un cimetière de 
Saint-Maxent en Malansac (Morbihan). Le corps du saint 
est transporté hors de Btetagne, à Poitiers, en 924 (Cart. 
Red., pp. 184, 190, 194, 204, 284). 

Matith ? Serait-ce une faute de scribe pour Matoc ? 

Melaiii. Saint Melaine, le grand évêque de Rennes. Sur ses 
actes, V. Boll. 6 janv. I, p. 327; Dom Lobin., Vies, p. 32; 
sur les mss., v. J. Loth, L'Eiiiigr. bref., p. 250. 

Melore. Saint Meloir ou Mekr a donné son nom à Saint-Me- 
loir, près Dinan, à Saint-Meloir, entre Cancale et le mont 
Saint-Michel, à TremeJcr ou Trcindoir près Saint-Brieuc, à 
Loiiiener, au xii" s. Loc-Melaer, dans l'île de Groix; Loc- 
Melar, trêve de Sizun, pays de Léon (v. Boll. 3 janvier, I. 
p. 136; Dom Lob., Vies, p. 61.) 

Meuinne, Meguinne. Saint Meven, et en zone de langue fran- 
çaise, saint Meen. Ce saint a donné son nom à Saint-Méen 
de Gael, siège d'une des plus célèbres abbayes de Bretagne, 
à Saint-Méen près Rennes, à Trcineven, Plocven (anc. Ploe- 
Meveii), Finistère, et à sept endroits du Morbihan. Il y a 
aussi un Saint-Meiuan, dans la Cornouailles anglaise (Davies 
Gilbert, Hist. of Cornwall). Sur les actes de ce saint, v. Boll. 
21 juin, IV, p. 100 (d'après Albert le Grand; Dom Lob., 
Vies, p. 138; Obit. de saint Méen, Bibl. nat. lat. 9889.) 



148 J. Loîh. 

Munna. C'est le saint irlandais connu sous le nom de Fintan 
et deMunnu ou Munna (Colgan dit Mutina; son monastère 
s'appelait Tcach Munae), et qui paraît avoir joué un rôle 
assez important (BoU. Oct. IX, p. 333 et suiv.). 

Ninnoca. Sainte Ninnoc a laissé son nom à Lan-Nenec et 
Saint-Nencc, Morbihan. Sa vie nous est surtout connue par 
le Cart. de Quimperlé. Bibl. nat. lat. 5283, p. 57 (Vie 
écrite en 1130); cf. Boll. 4 juin, I, p. 407. 

Paterne. Ce nom a été très populaire dans les deux Bretagne 
(Llan-hadarn en Galles); cinq endroits portent son nom 
dans le Morbihan. Deux ou trois saints paraissent avoir été 
confondus sous ce nom. Le plus connu est l'évêque de 
Vannes (Boll. 5 avril, II, p. 378; Dom Lobineau, p. 10.) 

Patrîci. Saint Patrice, l'apôtre de l'Irlande. 

Paule. Saint Paul-Aurélien, d'après les traditions bretonnes, le 
premier évêque de Léon. Voir sa vie, écrite au ix^ siècle, 
dans la Revue Celtique, V; sur les sources, v. J. Loth, 
L'Emigr. bret., p. 252. Il a laissé son nom dans Lampaul, 
Castell-Paol (Saint-Pol-de-Léon), Paul, commune de Cor- 
nouailles, etc. 

Paulinine, Paulninan. Saint Paulcnnan ou Paulinan. Il est 
mention de la découverte des reHques de saint Paulennan 
avec d'autres dans la vie de saint Gurthiern, au Cart. de 
Quimperlé. 

Petrane. Le cart. de Landevennec mentionne une tribus Pe- 
trani. Ce nom se retrouve dans Loc-Pe~ran, 1423, Lopéran, 
1446, aujourd'hui Port-Louis, près Lorient, Morbihan (Ro- 
senzw., Dict. top.). Saint-Péran est une trêve de Paimpont, 
Morbihan. Petran est donné comme disciple de Winwaloe 
(Dom Lob., Vies, p. 47). 

Pinnuh. Si ce nom de saint n'est pas maltraité, il faut le rap- 
procher de saint Pinnock, de la Cornouailles anglaise (Da- 
vies Gilbert, Hist. of Corn.). 

Racate. Racat est certainement pour Riacat, nom qui se re- 
trouve dans Trcff-Riûgat, Cart. de Quimper, Bibl. nat. 
9860, fol. 50, xiv'^ s., aujourd'hui Treffiagat, arrond. de 
Quimper. Riagat était plus anciennement Riocat. 

Rawelc. Cette forme est due probablement à une foute de 



Les anciennes Litanies des Saints de Bretagne. 149 

scribe ou de lecture. Dans une des vies de Winwaloe, le 
roi de Domnonée qui est en contestation avec Fracan s'ap- 
pelle Rauuahis. La forme correcte apparaît dans la vie de 
Wrdisten, Riwalus. Rawale serait-il pour Riovak, comme 
Racate pour Riocate ? 
Rethguaït. Nom breton bien connu; se trouve dans le Cart. de 
Redon. Il s'agit très probablement ici de l'évêque de Dol 
appelé Rethwal et Rcstoald (cette dernière forme est incor- 
recte), contemporain du pape Séverin et qui suivant les 
prétentions bretonnes aurait reçu de lui le pallium (Baudri, 
Chronique de Dol, ap. de la Borderie, Annuaire, 1862, 

P- 157)- 
Riauce. Saint Rioc. Il est foit mention de ce saint dans la 

vie de Winwaloe (v. Dom Lob., Vies, p. 50; cf. Boll. 

12 févr., II, p. éo2, d'après Albert le Grand; cf. Cart. Lan- 

dév., 21). Ce saint a laissé son nom à Riec, et Lan-Riec, 

Finistère. 

Ronan. Saint Renan; a donné son nom à Loc-Ronan, près 
Qiiimper, et à Saint-Renan, près Brest. V. Boll. i" juin, I, 
p. 83; Dom Lob., Vies, p. 41; Bibl. nat. lat. 5275 
(xii" siècle.) 

Runare. Probablement Lunare, dont le nom se retrouve dans 
Saint-Lunaire. Sur Lunaire ou Léonor, v. Boll. i'^' juin, 
I, p. 118-125. 

Samson. Saint Samson, le premier évêque de Dol, le saint le 
plus connu de l'ancienne Bretagne : v. Mab. aa. s. o. Be- 
ned. sœc. I, p. 165-186; Boll. 28 juillet, VI, p. 568. Sur 
les sources mss. v. J. Loth, L'Einigr. hret., p. 253. 

Seriuane. Saint Servan; a donné son nom à la ville du môme 
nom et à une paroisse du Morbihan. C'est un saint d'ori- 
gine irlandaise (Dom Lobin., Saints inconnus). 

Serccine. Je ne vois d'autre trace de ce singulier nom que 
dans Kos-Serecbin, charte 10, du Cart. de Landévennec. 

Suliau. C'est le saint connu en Galles sous le nom de Ty-sylio. 
Il a donné son nom à une paroisse de l'ancien évêché de 
Saint-Malo : Saint-Suliac. La forme véritable et ancienne de 
ce nom de lieu est Saint-SuUau. Les paysans français pro- 
nonçant Saint-Sulia, comme pour les noms de lieux en -ac, 



I <o J. Loth. 

on en a fait Sciint-Suliac. C'est le même procédé qui a donné 
Rotcncuf, autrefois Rotenciic, les paysans prononçant Roteneu. 
Sur ses actes, v. Dom Lobin., Vies, p. no; BoU. i" oct., 
I, p. 196. 

Tearnmailc. C'est le Tigernomaglus de la vie de Paul-Aurélien, 
compagnon d'émigration et successeur du saint comme 
évèque de Léon (Revue Celt., V, 11). L'évêque auquel est 
dédiée la plus ancienne vie de saint Samson s'appelait aussi 
TigeriiomaJns. 

Ticia-iua. Peut-être une faute de lecture. On pourrait lire Ti- 
t'uiiva et identifier cette sainte avec la sainte galloise Tydyeii, 
fille de Brychan Brycheiniawc ? (lolo mss. p. 140). 

Teconocc. Saint Tegonnec a donné son nom à une paroisse du 
pays de Léon. C'était un compagnon de Paul-Aurélien : 
Oiionoco quem alii sub additamento more gentis transma- 
rinae To-qiionociim vocant {Revue Celt., V, 1 1). Sous le nom 
de Coiioc, il a donné son nom à plusieurs noms de lieux 
du Morbihan, du Finistère. 

Toiiiinmne. Le même sans doute que saint Tencnan dont il est 
mention dans la vie de Gurticrn et dans les bréviaires de 
Bretagne. Le Cart. de Redon, à l'année 913, mentionne un 
nionasteriinii sancti Toinnani : il faut lire Toninajii. V. Dom 
Lob., Vies, p. 118; cf. Boll. 16 juillet, IV, p. 179-180. 

Trifina. Sainte Tryphine, la mère de saint Tremeur, plus an- 
ciennement Trechmor, forme qu'on trouve dans la vie de 
Gildas du xi^ siècle ; il est aussi fiiit mention de lui dans la 
vie de saint Léonor : v. Dom Lob., Vies, p. 78. 

Tiitgucde. Faute de lecture évidente pour Tutguale. Sur ce 
saint, voir la publication de M. A. de la Borderie, Les trois 
anciennes vies de saint Tudual, Paris, 1887; et. Boll. 
15 juin, VI, p. 246; Dom Lobin., Vies, p. 56. Ce saint est 
honoré en divers lieux et a laissé son nom notamment à la 
paroisse de Saint-Tiidual, évêché de Vannes. On a écrit 
Saint-Tugdital par suite d'une fluite de lecture : un scribe a 
lu Tugdual au lieu de Tudgual, forme du x^' siècle. 

Une étude complète des noms de trêves et de chapelles ar- 
riverait peut-être à faire retrouver les deux ou trois saints qui 



Les anciennes Litanies des Saints de Bretagne. 1 5 1 

se sont dérobés jusqu'ici à nos recherches. Beaucoup de vieux 
saints bretons ont été évincés au profit de saints romains, 
mais le peuple persiste à invoquer ces intrus sous le nom des ^ 
saints nationaux. Je ne puis mieux témoigner ma reconnais- 
sance à M. Warren pour le service qu'il a rendu par sa publi- 
cation à l'hagiographie bretonne, qu'en lui signalant une 
assez plaisante erreur dans laquelle il est tombé (Tbe liturgy 
and ritual of tbe Celtic cburcb, Oxford, 1881, p. 63 et suiv.). 
Voulant prouver que les moines bretons armoricains avaient 
conservé la tonsure irlandaise, ce qui a été vrai jusqu'au 
ix"^ siècle, au moins, M. Warren renvoie à un passage de Gré- 
goire de Tours qu'il ne me paraît pas avoir lu (Hist. Franc, 
IX, 18). Or, les prétendus moines aux cheveux coupés à la 
bretonne, dont il serait question, sont des soldats saxons de 
Bayeux, envoyés par Fredegonde comme auxiliaires du chef 
des Bretons du Vannetais, Waroc, lors de l'expédition qui se 
termina par la défliite des Francs sous Beppolen et Ebrachaire, 
en 790. Pour que les Francs ne pussent les distinguer dans les 
rangs bretons, on leur avait coupé les cheveux à la mode 
bretonne ! 

J. LOTH. 



LES 

GAULOIS ET LES POPULATIONS 

aUI LES ONT PRÉCÈDES 

DANS L'ITALIE DU NORD' 



ÉTUDE GÉOGRAPHIQUE 



Sommaire: ?! i. Généralités. — ^ 2. Les Ligures. — § 3. Les Raeti, les Euganei, 
les Vencti, les Ombriens, les Etrusques. — § 4. Les Gaulois. 

§ I . Gêner alit es . 

Le pays occupé par les Gaulois dans ITtalie du Nord est 
aujourd'hui presque entièrement compris dans les régions de 
Piémont, Lombardie, Vénétie, Emilie et déborde légèrement 
sur celles des Marches et de Toscane. Il fout y joindre hors 
du royaume dTtalie le Tessin en Suisse, la partie méridionale 
du Tyrol et les environs d'Aquilée dans l'empire d'Autriche. 

Ce pays, à l'époque de la conquête gauloise, au commen- 
cement du IV'' siècle, appartenait en grande partie aux Etrus- 



I . L'idée de cette étude est due à un mémoire de M. Flechia, Di alciine 
forme de' nonii kcaJi dclV ItaJia supcriore, qui a paru en 1871 et dont il a été 
rendu compte dans la Revue Celtique, t. I, p. 460. La base que nous avons 
prise est pour l'Italie le Di-ionario geoc;rafico postale del regno d'Italia, 1880 ; 
pour le Tessin et le Tyrol, la carte de Bâcler Dalbe, 1802, et le Geographisch- 
Statistisches Lexikon de Ritter. 188;. 



Les Gaulois dans l'Italie du Nord. 



•5^ 



ques : nous le savons par Polybe, 1. II, c. 17, § i; et par 
Tite-Live, 1. V, c. 33, § 7-10; mais les Etrusques étaient des 
nouveaux venus superposés à une population plus ancienne. 

La partie occidentale était habitée par les Ligures, celle du 
nord-est par les Raeti, les Euganei, les Veneti, celle du sud-est 
par les Ombriens, et une partie de ces peuples avait été asser- 
vie par les Etrusques, une autre était restée indépendante. 

Pour se faire une idée précise de la situation géographique 
de ces peuples, il faut commencer par se rappeler les divisions 
actuelles du nord du royaume d'Italie. 

Le Piémont comprend les provinces de : i" Turin, Toriiio, 
2° Cuneo, 3° Alexandrie, Alcssaiidria, 4" Novare, Novara, et 
5° celle de Pavie, Pavia, presque entière. 

LaLombardiese compose des provinces de: 1° Corne, Como, 
2° Milan, Milano, 3° Sondrio, 4° Bergame, Bcrgaiiio, 5° Cré- 
mone, Cremona, 6° Brescia, 7° Mantoue, Mantova. 

En Vénétie, Veneto, sont situées les provinces de : 1° Vérone, 
Verona, 2° Vicence, Viccn::a, 3" Padoue, Padova, 4° Rovigo, 
5° Bellune, Bdlnno, 6° Trévise, Treviso, 7° Venise, Vemxia, 
8° Udine. 

A l'Emilie, Eiiiilia, appartiennent les provinces de : 1° Plai- 
sance, Piaci'ii:^a, 2° Parme, Parnia, 3° Reggio, 4°Modène, Mo- 
doia, 5° Bologne, Bologna, 6° Ferrare, Fermm, 7" Ravenne, 
Ravenna, 8" Forli. 

Des Marches dépendent les provinces de: 1° Pesaro et 2°An- 
cona. De la Toscane, la province la plus septentrionale est 
celle de Massa et Carrara. 

Le nom des Ligures reste dans la géographie moderne à la 
région située au sud de l'Apennin. La Ligurie moderne com- 
prend les provinces de : i" Porte-Maurizio, 2" Gènes, Gcnova. 

§ 2. Les Ligures. 

Les Ligures n'ont jamais été dépossédés de la Ligurie mo- 
derne par les Gaulois. Mais, avant la conquête gauloise, ils 
se sont étendus bien loin de là en Italie au nord et à l'est. 
C'est établi par le témoignage des auteurs de l'antiquité et 
par celui des noms de lieux. Les Tauriui, dont Turin était 
la capitale et porte encore le nom, sont des Ligures suivant 



154 ^- d'Arbois de Juhainville. 

Strabon ^ et Pline-. Aux TaHvini appartenaient, suivant Pto- 
lémée% Aiif^iista Bagiennoruin, aujourd'hui Bene Vagienna, 
province de Cuneo; Dertona, aujourd'hui Tortona, province 
d'Alexandrie; Iria, aujourd'hui Voghera, province de Pavie. 

Ces trois localités sont situées au sud du Pô, limite septen- 
trionale de la neuvième région de l'Italie d'Auguste, à laquelle 
était attribué le surnom de Liguria^; mais les textes de l'anti- 
quité suffisent à eux seuls pour nous montrer que les Ligures 
s'étaient autrefois étendus au delà de ces limites. Les Ligures 
ont possédé non seulement la rive droite, c'est-à-dire méridio- 
nale du Pô supérieur, mais aussi la rive gauche ou septentrio- 
nale sur laquelle se trouvent la ville de Turin et l'antique Ti- 
ciniim, aujourd'hui Pavie. Ticiimiii, Pavie, a été fondée, nous 
dit Pline, par deux peuples ligures : les Laevi et les Marici^. 

Plus au nord, Novare, chef-lieu de la province de ce nom, 
avait été fondée par les Vertauiacori, peuple ligure suivant 
Caton qui écrivait au deuxième siècle avant notre ère. Pline, 
plus tard, contesta l'exactitude de cette doctrine, parce qu'il y 
avait, paraît-il, de son temps dans la Gaule transalpine un 
pagus Vertamacorus. Ce ptigits faisait partie de la cité des Vo- 
contii dont les "villes principales étaient Dca, aujourd'hui Die, 
Drôme, et Vaison, Vaucluse. Les Vocoutii étant un peuple 
gaulois, Pline conclut de là que ce sont les Gaulois qui ont 
fondé Novare, mais les Ligures ont précédé les Gaulois en 
Gaule transalpine dans le territoire des Vocoutii ; ainsi le nom 
du pagus Vertamacorus chez les Vocontii en Gaule transalpine 
pouvait être ligure. C'est donc sans bonne raison que Pline 
rejette la doctrine de Caton, suivant laquelle les Vertauiacori, 
fondateurs de Novare, étaient ligures. 

Ainsi il y avait des Ligures au nord de la IX" région de 
l'Italie, dans la XL' ou Transpadane. Enfin, suivant les auteurs 
anciens, des Ligures habitaient sous l'empire romain dans les 
Alpes de l'ouest à la gauche du Pô. Ainsi le royaume de Cot- 

1. Strabon, IV, 6, 6; édition Didot, p. 170, 1. 2-3. 

2. Pline, 1. III, § 123. 

5. Ptolémée, 1. III, c. i, § 31; éd. Didot, t. I, p. 141-142. 

4. Pline, 1. III, § 47-49. 

5. Pline, 1. III, 5 124. 



Les Gaulois dans l'Italie du Nord. 1 5 5 

tins dont Suse, Segusio, était la capitale et qui était situé au 
nord-ouest du Pô, était un territoire ligure ^ 

Au sud du Pô, le pays des Ligures débordait sur la huitième 
région ou Emilie antique, puisque Pline compte parmi les 
peuples ligures les Vekiates dont le nom dérive de Veleia près 
de Montepolo, province de Plaisance. 

Aujourd'hui on peut affirmer que les Ligures ont occupé, 
avant la conquête gauloise, un territoire beaucoup plus étendu 
que celui dont nous venons d'indiquer la circonscription 
d'après les anciens. Le jugement arbitral, rendu par les frères 
Minucius entre les habitants de Gênes et les Veturi Laugciiscs, 
c'est-à-dire les habitants de Langasco en riy av. J.-C, nous 
fait connaître le nom terminé en asca de trois cours d'eau : 
Neviasca, ThIcIûscû, VeragJasca ^. Deux noms analogues se ren- 
contrent dans la table alimentaire de Vdc'ia; il y est question 
de l'Apennin ArcJiascus et Caudalascus >. On en a conclu 
qu'il y avait dans la langue des Ligures un suffixe -ascus em- 
ployé à former des noms de lieu, et cette doctrine a trouvé 
une éloquente confirmation dans ce fait que la région de Li- 
gurie de l'Italie moderne contient au moins trente-trois noms 
de lieux habités qui se terminent en -asco, -asca, -ascbi ; ces 
noms de lieux sont au nombre de trente dans la province de 
Gênes, de trois dans celle de Porto-Maurizio^. 

Des noms de lieux terminés de la même façon se rencon- 



1. Strabon, 1. IV, c. 6, 5 6; édition Didot, p. 17O;, 1. 2-4. 

2. CI. L., V, 7749. 

■ 3. C I. L., XI, 1147, p. 5, 1. 21. 

4. Dans la province de Gènes : 
Amborzasco Ciangiaschi Porciorasco 

Arnasco Cravasco (Campomo- Reizasca 

Benasco rone) Roviasca 

Bogliasco Cravasco (Montoggio) Schiarborasca 

Borlasca Croviasco Teriasca 

Borzonasca Langasco Trensanasca 

Caiasca Magnasco Trensasco 

Campozasco Marinasco Venasca 

Caraschi Morasca Visasco 

Carasco Nasche 

Cerviasca Pogliasca 

Dans la province de Porto-Maurizio : 
Lucinasco Candeasco Nirasca 



156 



H. d'Arbois de Jubainville. 



trent dans les autres provinces de l'Italie moderne où les textes 
de l'antiquité déjà cités attestent l'existence des Ligures. 

Dans la province de Cuneo est située Bene Vagienna, an- 
cienne ville des Taurini, peuple ligure, et cette province était 
située presque tout entière au sud du Pô; par conséquent 
dans la neuvième région ou Ligurie antique. On y trouve 
vingt-trois noms de lieux terminés en -asco ou -asca ^ 

La province d'Alexandrie tout entière au sud du Pô ren- 
ferme Tortona, autrefois Dcrtoiia qui appartenait aux Taurini 
et qui était par conséquent ligure ; on trouve aujourd'hui 
dans cette province dix-sept noms de lieux en -asco ou -asca^. 

Ces faits linguistiques confirment purement et simplement 
la doctrine géographique qui résulte du nom de Ligurie 
donnée dans l'antiquité à la neuvième région de l'Italie. Ceux 
auxquels nous arrivons montrent qu'il y avait des Ligures 
hors de cette région de l'Italie antique. 

La province de Pavie comprend : au sud du Pô, dans la 
Ligurie des Romains, Voghera, autrefois Iria qui appartenait 
aux Taurini et qui par conséquent était ligure, et au nord du 
Pô dans la onzième région, la ville même de Pavie, autrefois 
T/V/nw;/;^ de fondation ligure. Dans la province de Pavie, il y a 
dix-neuf noms de lieux en -aschi, -asco, -asca 5. 



Agliasco 

Airasca 

Bagnaschi 

Bagnasco 

Baibiasco 

Bergagliasco 

Bossolasco 

Bottonasco 

Avolasca 

Bagnasco d'Asti 

Bcrgamasco 

Bignasca 

Casasco 



Bottonasco 

Brossasso 

Camigliasca 

Cervasca 

Cervignasco 

Cherasco 

Gambasca 

Isasca 

Casinasco 

Cassinasco 

Cornegliasca 

Fabiasco 

Gremiasco 



Lagnasco 

Mondurasco 

Piossasco 

Venasca 

Villasco 

Vioraschi 

Voltlgnasco 

Morsasco 

Nirasca 

Prasco 

Revigliasco 

Vergenasco 



Casasco (Camecano) Martinasco 

Benaschi Donelasco Gualdrasco Murisasco 

Bergamasco Garlasca Liconasco Rosasco 

Bornascn Godiasco Martinasca Soriasco 

Bosnasco Gornasco Mandasco Zinasca 

Carisasca Gosnasco Mezenasco 



Les Gaulois dans l'Italie du Nord. 1 57 

La province de Turin a pour capitale la principale ville du 
plus important des peuples ligures d'Italie, elle nous offre 
vingt-cinq noms de lieux habités terminés en -asco ou -asca ; 
le plus grand nombre dans la partie méridionale de cette 
province, c'est-à-dire neuf dans chacun des deux circondnrio 
situés le plus au sud, Pignerol ^ et Turin - ; mais aussi sept 
plus au nord, savoir : deux dans le circondario de Suse 3, cinq 
dans celui d'Ivrée-^; il n'y en a pas dans celui d'Aoste. 

La province de Novare, partie nord-est du Piémont, 
est située au nord du Pô, dans la onzième région de l'Italie 
d'Auguste, et ne contient, sauf Novare, aucune localité dési- 
gnée comme ligure par les anciens ; elle a eu une population 
ligure importante, car on y peut relever vingt-neut noms de 
lieux habités qui se terminent par le suffixe -asco, -asca, -asche 5 . 
En résumé, les cinq provinces du Piémont contiennent cent 
quatorze noms de lieux habités qui se terminent par le suffixe 
-asco, -asca, -aschi, savoir : 

Cuneo 23 

Alexandrie 17 

Pavie 19 

Turin 25 

Novare 29 

Total 113 

I . Airasca Cercenasco Lombriasco 

Baudenasca Famolasco Osasco 

Buriasco Frossasco Pinasca 

■ 2. Beinasco Grugliasco Revigliasco 

Brusasco Piossasco Sivrasco 

Cimenasco Qjuarlasco Tavagnasco 

3 . Bigliasco Tignasco 

4. Craviasco, Gambarasca, Mercenasco, Noasca, Q.uassasco 

5 . Bosnasco Grignasco Rimasco 
Calasca Guargnasco Rivasco 
Camasco Locasca Romagnasco 
Cambiasca Marasco Sagliasco 
Campasca Messasca Salasco 
Casasco Novasco Savagnasco 
Casasco Pansasca Vergnasco 
Cavagliasche Pettenasca Villasco 
Civiasco Pregliasca Zornasco 
Colonnasca Pernasco 



158 H. d'Arbois de Jubainrille. 

Toutes ces localités étant situées au nord de la Ligurie 
actuelle, qui est bornée au nord par l'Apennin, nous attestent 
l'existence d'une Ligurie antique beaucoup plus étendue au 
nord que la Ligurie moderne; cette Ligurie comprend la Li- 
gurie du temps d'Auguste ou huitième région, mais aussi elle 
en dépasse sensiblement les limites, elle déborde sur la onzième 
où sont compris la province de Novare tout entière et la partie 
septentrionale des provinces de Pavie et de Turin. 

En poursuivant cette étude, nous allons voir que, comme le 
Piémont, la Lombardie a autrefois appartenu en grande partie 
aux Ligures. La Lombardie, c'est la portion orientale de la 
Transpadane ou onzième région d'Auguste, et c'est la portion 
occidentale de la dixième région. Les sept provinces de la Lom- 
bardie contiennent au nord du Pô quatre-vingt-quatre lieux 
habités dont les noms se terminent en -asco, -asca, -aschi. 
De ces sept provinces, deux, celles de Come et de Milan 
joignent le Piémont à l'ouest; elles ont jadis appartenu à la 
onzième région ou transpadane. Le nombre de leurs noms 
ligures en -asco, etc., est à peu près le même que dans les pro- 
vinces du Piémont, il y en a trente dans la province de 
Como% vingt et un dans celle de Milan-, total cinquante et 
un, presque autant que dans les provinces réunies de Turin et 
de Novare qui nous donnent un total de cinquante-quatre. 
Mais les cinq autres provinces de la Lombardie ne contiennent 
qu'un total de trente-trois noms en -asco, -asca, -aschi, ce qui 
fait une moyenne de six seulement : douze dans celle de 

1 . Arcellasco Casasco Maciasca 
Bernasca Cattasco Muggiasco 
Beraschine Cavalasca Olgelasca 
Besnasca Dizzasco Olgiasca 
Borlasco Fabbiasco Parlasca 
Bosolasco Garlasca Penasca 
Camesasca Giasca Pianasca 
Camnasco ('Sansiro) Gilasca Pomelasca 
Camnasco (Somana) Ginasca Rovellasca 
Caslasco Lucinasco Valciasca 

2. Basiasco Buccinasco Gomonasca 
Binasco Calvignasco Macciasca 
Boldinasco Coriasco Pantanesca 
Borasca Domenegasco Poasca 
Boraschina Ferronasca ■ Poglionasca 



Les Gaulois dans l'Italie du Nord. 



•59 



Bergame^, onze dans celle de Crémone-, cinq dans celle de 
Brescia3, trois dans celle de Sondrio-^ et deux dans celle de 
Mantoueî. 

Caton cité par Pline dit que Corne et Bergame avaient été 
fondés par les Oniinhovii ; les deux provinces de Corne et de 
Bergame offrent un total de quarante-deux noms de lieu en 
asco, asca, aschc. Les Orumbovii étaient donc Ligures^. 

On trouve aussi des noms en -asco et en -asca dans la partie 
la plus septentrionale de la vallée du Tessin, qui, après avoir 
appartenu à la Transpadane ou onzième région d'Auguste, est 
aujourd'hui comprise dans la Suisse et forme le canton du 
Tessin; nous pouvons en citer treize/. 

Il y en a sept dans la province de Massa et Carrara qui forme 
la partie septentrionale de la Toscane moderne et qui, à l'ouest, 
touche la Ligurie^. Cette province a été comprise sous l'empire 
romain dans l'Etrurie qui est la septième région de l'Italie 
d'Auguste. 

En Emilie, la province de Plaisance contient neuf noms de 
lieux habités en -asco, -asca 9; il y en a huit dans celle de 





Rovagnasco Tolcinasco 




Zavanasco 




Tavernasco Velasca 




Zelasche 


I . 


Albelasco Grabiasco 




Somasca (Ambivere) 




Badalasco Martorasco 




Somasca (Pontida) 




Camasche Muggiasco 




Somasca (Vercurago) 




Curnasco Piazzasco 




Trevasco 


2. 


Bodegasco Livrasco 


Trezzolasco 


Vinzasca 




Boldrasca Livraschino 


Vidolasco 


Vinzaschina 




Boldraschina Porcellasco 


Villasco 




3- 


Cremasca, Cremaschina, Logasca 


, Villasche, 


Villaschetta. 


4- 


Cedrasco, Cresciasca, Pendolasco. 






5- 


Caramasche, Chiericasco. 






6. 


Pline. 1. III, § 124. 






7- 


Albirasco Brugnasco 


Giubasco 


Soliasco 




Bambanasco Cugnasco 


Ossasca 


Verzasca 




Biasca Frasco 


Prugiasco 


Ziebiasca 




Bignasco 






8. 


Barbarasco Gabanasco 


Prowedascc 


) Vallingasca 




Borrasco Gorasco 


Tarasco 




9- 


Bacedasco-al-nord Cremadasca 




Sarmadasco 




Bacedasco-al-sud Lusurasco 




Tavasca 




Calendasco Morasca ■ 




Vernasca 



i6o H. d'Arbois de Jubainville. 

Parme % un dans celle deReggio^. Un document du xiii'^ siècle 
nous en fait connaître un dans celle de Modène^ Cela nous 
donne pour l'Emilie un total de dix-neuf noms ligures en 
-a SCO, etc. 

Le nombre de ces noms est donc : 

en Ligurie 33 

Piémont , . 113 

Lombardie 84 

Tessin 13 

Massa et Carrara 7 

Emilie 19 

Total. . . ; . 269 

§ 3. Les Raeti, les Euganei, les Veneti, les Oiiihriens, les Etrusques. 

Les noms en -nsco, -asca, -nschi font complètement défaut 
dans les quatre provinces orientales de l'Emilie, celles : de 
Bologne, de Ferrare, de Ravenne et de Forli, comme en Vé- 
nétie et dans la partie italienne du Tyrol autrichien. Les textes 
anciens signalent dans cette portion de l'Italie quatre peuples 
antérieurs aux Etrusques et aux Gaulois, ce sont : au sud du 
Pô, les Ombriens ; au nord, les Racti et Euganei, les Veneti. Les 
Raeti ont précédé les Gaulois à Trente 4 et à Vérone qu'ils 
ont partagé avec les Euganei ; Vérone est, comme on le sait, 
le chef-lieu d'une province de la Vénétie5. Padoue, Vicence 
et Bellune ont appartenu aux Vénètes. Les Vénètes ont aussi 
possédé : Ateste, aujourd'hui Este, province de Padoue, Ace- 
lum, aujourd'hui Asolo, Opitcrgiiun, aujourd'hui Oderzo, tous 
deux dans la province de Trévise^. Les Vénètes avaient 
échappé au joug des Etrusques, mais ceux-ci dominaient dans 

1 . Barbarasco Caprendasco Cavadasca 
Boraschi Carpadasco(Soglio;nano) Ceredasco 
Cacciarasca Carpadasco (Varsi) 

2 . Romasco 

3. Picigascus, près de Nonantola, dans une charte de l'année 1242 chez 
Tiraboschi, Storia deW augnsia badia di S. Silvestro di Nonantola, t. Il, 

P- 37)- 

4. Pline, 1. III, S 130; Justin, 1. XX, c. 5, § 8. 

5 . Pline, 1. III, § 130. 

6. Pline, 1. III, '§ 130; cf. Ptolémcc, 1. III, c. i, § 26, p. 357-338. 



Les Gaulois dans V Italie du Nord. i6i 

tout le reste de l'Italie septentrionale; toutefois on n'y connaît 
que sept villes où une population étrusque se soit e^tablie, ce 
sont : au sud du Pô, Parme, Modène, Bologne alors appelée 
Fehina, Ravenne; au nord du Pô, Mantoue, Adria, Spina. 
Chacune de ces villes avait une colonie étrusque et ces colonies, 
plus cinq autres, en tout douze, a-t-on dit, liguées entre elles, 
tenaient sous le joug avant la conquête gauloise toute la partie 
de l'Italie située entre le Pô et les Alpes, le territoire des Vé- 
nères excepté. 

§ 4. Les Gaiiloiî. 

On sait que le plus ancien fait militaire connu de la lutte 
des Gaulois contre les Etrusques date de 396. L'établis- 
sement des Gaulois dans l'Italie du nord paraît devoir se placer 
entre cette année et l'année 3 90 où ils prirent Rome. Les prin- 
cipaux peuples gaulois qui s'emparèrent de l'Italie septentrio- 
nale sont au nombre de dix; nous suivrons l'ordre géogra- 
phique en commençant par le nord-ouest : 1° les Salassi, 2° les 
Lepontii 3" les Libici, 4° les Insubres, 5" les Cenomani, 6° les 
Garni, 7° les Ananes ou Anamares, 8° les Boii, 9° les Lin- 
gones, 10° les Senones. 

I" Les Salassi sont le peuple gaulois chez lequel les Ro- 
mains fondèrent les colonies d'Aiigusta Praetoria, aujourd'hui 
Aoste, qui paraît dater de l'empereur Auguste^ et celle d^Epo- 
redia, aujourd'hui Ivrée, qui remonte à l'an 100 av. J.-C. 2. 
Leur territoire comprenait presque tout le bassin de la Dora 
Baltea, autrefois Diiria, affluent de gauche du Pô et corres- 
pondait à peu près aux deux circondari d'Aoste et d'Ivrée qui 
forment la partie septentrionale de la province de Turin. Les 
Salassi paraissent s'être superposés à une population ligure 
dont nous n'avons pas trouvé de trace dans le circondario 
d'Aoste ; mais dans celui d'Ivrée, on a signalé plus haut cinq 
noms de lieux en -asco, -asca qui semblent d'origine ligure. 

5. Voyez les textes réunis par M. Mommsen dans le C. I. L., t. V, 
P- 756, 757- 

6. Voyez les textes réunis par M. Mommsen, C. I. L., t. V, p. 750, 
751. 

Rivuc Celtique, XL 1 1 



102 H. d^ Artois de Jiibaini'ille. 

On peut considérer comme une trace des Salassi les noms 
de lieux du circondario d'Ivrée qui se terminent en ê ^= acus, 
nous en relevons en note neut dont trois ont une variante ita- 
lianisée en -acco^. Il y en a aussi dans le circondario d'Aoste^, 
mais les Gaulois s'étendirent dans la province de Turin beau- 
coup plus au sud. Ainsi dans le circondario de Suse, capitale 
du royaume ligure de Cottius, se trouve l'emplacement de la 
ville gauloise de [E]scinooniagus ^ que l'on croit avoir été 
située à Exiles, circondario de Suse. Suse même, Segusio -onis 
forte un nom dérivé d'un thème gaulois segusio- qui se re- 
trouve dans un nom de peuple de la Gaule, les Segusiavi. 
Dans le circondario de Turin est compris le village de Monteu 
da Po près duquel était bâti la ville gauloise de Bod'mcomagns , 
connue par Pline ^ et dont le nom se lit en outre dans deux 
inscriptions contemporaines de l'empire romain, ce sont des 
épitaphes, l'une d'un scxvir Bodincomagensis'^, l'autre d'un 
soldat prétorien originaire de Bodinconiagus^^. Dans le même 
circondario, le village de Brenno porte un nom identique à 
l'un des noms d'hommes gaulois les plus célèbres; on y 
trouve aussi quelques villages dont les noms se terminent en 
(' m aciisT. Des Gaulois paraissent également s'être établis 
dans le circondario de Pignerol où la ville de Cavour, dans 
l'antiquité Cahiirrus, porte un nom d'homme gaulois connu 
par César ''^ et où le village de Lussiè est un antique Luciacus. 

Les Gaulois pénétrèrent même dans la province de Cuneo, 
la plus méridionale et, semble-t-il, la plus ligure du Piémont ; 
là au moins six localités ont des noms terminés en è et semblent 



1 . Agliè Drusè ou Drusacco Lugnè ou Lugnacco 
Communie Loranzè Vidrè ou Vidracco 
Cossè Lusiglié Vestignè 

2. Carné, Corè, Lusse. 

3 . Strabon, 1. IV, c. i, § 3 ; édition Didot, p. 148, 1. 41, 43 ; Pline, 1. II, 

§ 244- 

4. Pline, 1. III, § 122. 

5. C. /. L.,V, 7464. 

6. C. I. I., VI, 2613. 

7. Ciriè, Corgnè, Vagliè, Vergnè. 

8. C. /. L., t. V, p. 825. De hello galîico, I, 47. 



Les Gaulois dans l'Italie du Nord. i6^ 

avoir eu dans l'antiquité la finale acus'^; enfin on peut y citer 
une commune de Verduno dont le nom semble identique à 
celui des Verdun français. Les noms de lieu modernes qui 
rappellent le souvenir des Gaulois dans la partie occidentale 
du Piémont sont vingt-deux au moins. 

2° Les Lepontii habitaient le Tessin et les environs de Do- 
modossola, chef-lieu d'un circondario de la province de No- 
varre en Piémont. La vallée Leventina (canton du Tessin) 
qui est la partie supérieure des deux rives du Tessin, porte 
encore leur nom, Domodossola est Oscela que Ptolémée leur 
attribue =. Leur territoire au nord atteignait, suivant César, 
la source du Rhin, c'est-à-dire la partie occidentale du canton 
des Grisons 3; suivant Pline, la source du Rhône, c'est-à- 
dire le haut Valais +. Ils étaient, suivant Caton, de race tau- 
risque 5, c'est-à-dire gauloise. Strabon se trompe quand il fait 
d'eux des Radi. Les Lepontii étaient des Gaulois établis par 
la conquête sur un territoire précédemment ligure. 

Le territoire des Lepontii comprend environ onze noms de 
lieu en ago, aga, par conséquent d'origine gallo-romaine, sa- 
voir deux dans le Tessin''^ et neuf dans le circondario de 
Domodossola 7. 

Mais vingt-trois noms de lieu en -asco, -asca, attestent 
qu'une population ligure a précédé les Celtes dans le terri- 
toire des Lepontii et qu'elle y est restée mêlée à eux. Il y a 
treize de ces noms de lieu dans le Tessin ^ et dix dans le 
circondario de Domodossola 9. 

1 . Cigliè, Cigliè (Prunetto), Ciriè, Nevigliè, Vergnè. 

2. Ptolémée, 1. III. c. i, § 34, éd. Didot, p. 343, 1. -4. 
5 . César, de Bdlo Gallico, 1. IV, c. 10, ^ 3 

4. Pline, ], m, § 135. 

5. Pline,], m, § 134. 

6. Brissago, Cavegnago. 

7. Ardignago Cuzzago Macugnaga 
Auriago Gagliago Saggiago 
Bugliago Laudrago Ventriago 

8. Voy. plus haut p. 159, n. 7. 

9. Calasca Novasco Rivasco 
Colonnasca Pantosca Villasco 
Locasca Pregliasca Zornasco 
Messasca 



164 H- d'Arbois de Jiibainvitle. 

Par conséquent, ce n'est pas dans le territoire des Lepontii 
que nous devons, quoi qu'en dise Strabon, chercher des Raeti. 

3° Les Lihici possédaient les villes de Vercellae, en italien 
Vercelli, en français Verceil^, et probablement de Rigomugus, 
aujourd'hui Trino, toutes deux dans la partie sud-ouest de la 
province de Novare et la ville de LaumcUum, aujourd'hui Lo- 
meilo - dans la partie occidentale de la province de Pavie. On 
peut croire que le territoire des Lihici se composait à peu près 
du circondario de Verceil où est l'emplacement de Rigomagns, 
et du circondario de Mortara où se trouve, outre Lomello, le 
le bourg de Cergnago. Dans cette portion de l'Italie, les Li- 
gures ont, comme nous l'avons vu, précédé les Gaulois. Les 
Ligures avaient aussi la province d'Alexandrie, la seule du 
Piémont où nous n'ayons pas trouvé trace des Gaulois. 

4" Les Insubres. Aux Insubres appartenaient Novare, Come, 
Milan et Ticimtm, aujourd'hui Pavie 3. Nous avons dit plus 
haut que Ticinum est une ancienne fondation ligure. Dans les 
provinces de Novare, Como et Milan, les Ligures ont, on 
vient de le voir, dominé avant les Gaulois. Mais la nomen- 
clature géographique des quatre provinces auxquelles Novare, 
Como, Milan et Pavie ont donné leur nom, contient, à côté 
des noms de lieu ligures en -asco ou -asca, un grand nombre 
de noms de lieu dont la terminaison en -ago, -aga, -agbi atteste 
une origine celtique. Dans la province de Novare, non com- 
pris le circondario de Verceil qui correspond à peu près 
à la partie septentrionale du territoire des Libici et le circon- 
dario de Domodossola qui appartenait aux Lepontii, nous en 
avons compté dix-neuf 4 ; dans la province de Como soixante- 

1. Vovez les textes réunis par M. Mommsen, C. I. L., t. V, p. 736. 

2. Vovez les textes réunis par M. Mommsen, C. I. L., t. V, p. 71$. 

3 . Ptolémée, 1. III, c. i, § 29: éd. Didot, p. 340, L 8, 9 ; p. 341, 1. 1-4; 
cf. Mommsen dans le C. I. L., t V, p. 565, 624, 707, 718, où le savant 
auteur a réuni les principaux textes des auteurs de l'antiquité. 
4. Bellinzago Cavanago Corciago 

Caltignaga Cinzago Cuzzago (Pallanza) 

Capraga Comignago Dulzago 

Carciago Comnago Dulzaghetto 



Les Gaulois dans Vltalie du Nord. 



i6j 



trois '^; dans celle de Milan, déduction faite du circondario de 
Lodi qui paraît avoir appartenu aux Boii, quarante-quatre-; 
dans celle de Pavie, non compris le circondario de Mortara qui 
paraît avoir appartenu aux Libici,et celui de Voghera aux Ana- 
mares ou Ananes, dix-sept 5. Cela fait donc environ cent qua- 



Gognago 

Mercurago 

Ovago 

Arzago 

Asnago 

Barzago 

Bernaga 

Binago 

Bissago 

Bissago 

Bongiaga 

Bresciago 

Brissago 

Cadorago 

Cagiago 

Camlago d'Uggiate 

Camnago Volta 

Camnago 

Camsiraga 

Canzaga 

Capiago 

Carnago 

Casciago 

Casirago 

Albusciago 

Arcagnago 

Arsago ou Arzago 

Assago 

Bellinzago 

Binzago 

Biraga 

Biraghi 

Birago 

Bornago 

Burago 

Busnago 

Cambiago 

Camizzago 

Camnaço 



Sozzago 
Tornaco 

Cassago 

Casternago 

Cazzago 

Colciago 

Cremnago 

Crescenzaga 

Cucciago 

Dolzago 

Durago 

Germignaga 

Gessaga 

Imbersago 

Insiraga 

Lazzago 

Lissago 

Lomnago 

Luisago 

Lurago 

Malnago 

Mariaga 

Marconaga 

Caponago 

Carpenzago 

Cavenago 

Ciskgo 

Colnago 

Conago 

Crescenzago 

Cusago 

Dairago 

Grezzago 

lerago 

Inzago 

Macconago 

Magnago 

Mairaga 



Lodi, Laus Poinpcia, est attribué aux Boii 
raison pour laquelle M. Mommsen (C. 
cette doctrine nous semble arbitraire. 
Buttirago Carpignago 

Calignago Fortunago 



Vacciago 
Valbussaga 

Masciago 

Masnaga 

Masnago 

Mognago 

Mornago 

Mondrago 

Msnago 

Ombriago 

Peslago 

Pugnago 

Rezzago 

Rossaga 

Rozzago 

Solzago 

Subinago 

Tabiago 

Trevisago 

Urago 

Verzago 

Viconago 

Vizzago 

Menedrago 

Menzago 

Mezzago 

Moirago 

Mornago 

Orago 

Ornago 

Parabiago 

Pasturago 

Sacconago 

Senago 

Sumirago 

Tornago 

Vanzago 

par Pline, 1. III, § 124. La 
1. L., t. V, p. 696) conteste 

Gerenzago 

Giussago 



i66 H. cVArbois de JubainviUe. 

rante-trois noms de lieu d'Italie dans le Piémont et la Lom- 
bardie qui paraissent devoir leur origine aux Insubres. 

5° Les CeiiODiniii. Ceux-ci paraissent avoir conquis un ter- 
ritoire précédemment peuplé par les Raeti, les Euganei et les 
Venetiet les Etrusques; ils enlevèrent: Vérone aux Raeti et aux 
Euganei qui, semble-t-il, l'auraient possédée conjointement ^ ; 
Tridentum, Trente, probablement aux Raeti-; Vicence aux 
Veneti'. Mantoue était une colonie étrusque^, il semble que 
les Etrusques y restèrent la population dominante 5, mais elle 
tomba au pouvoir des Cenomani^. Les Cenomani s'établirent 
à Bergame7, Crémone^, Brescia9, Mantoue ^°, Vérone", Vi- 
cence^-, probablement dans leTrentin^3. Dans chacune des 
provinces dont ces villes sont capitales, nous trouvons aujour- 
d'hui un certain nombre de localités dont les noms modernes 
en -aga, -ago, -aghi rappellent le souvenir des Gaulois. Dans 
la province de Bergame, treize ^■+; dans celle de Crémone, colo- 



Gravanago Moriago Spirago 

Lardirago Mossago Tartago 

Marcigiiago Papiago Turago 

Marnago Polinago 

1. Pline, 1. III, § 130; Tite-Live, 1. V, c. 35 ; Justin, 1. XX, c. 5, § 8 : 
cf. Mommsen, C. I. L., t. V, p. 327. 

2. Trente est attribuée aux Raeti par Pline, 1. III, 5 130; aux Gaulois 
par Justin, 1. XX, c. 5, § 8 ; cf. Mommsen, C. /. I., t. V, p. 330. 

3. Cette ville, attribuée aux Veneti par Pline, 1. III, § 130, et par Pto- 
lémée, 1. III, c. i, § 26, p. 337, 1. n, est de fondation gauloise, suivant 
Justin, 1. XX, c. 5,§8. 

4. Pline, I. III, 5 130. 

5. Virgile, Enéide, \, 198. 

6. Ptolcmée, 1. III, c. 1, § 27, p. 339, 1. 8. 

7. Sur riiistoire de cette ville, voir Mommsen, C. 1. L., t. V, p. 547. 

8. Voir Mommsen, C. I. L., t. V, p. 413. 

9. Ibidem, p. 426. 



10. 


Ibidem, p. 


406. 






1 1 . 


Ibidem, p. 


527. 






12. 


Ibidem, p. 


306. 






13- 


Ibidem, p. 


530. 






14. 


Arzago 




Gambirago 


Terzago 




Benago 




Gorlago 


Terzaghetto 




Cavernago 




Odiago 


Valbonaga 




Drizzago 




Palaz^go 


Vercurago 




Filage 









Les Gaulois dans Ntalie du Nord. 



167 



nisée par les Romains dès l'année 218, trois seulement ^ ; dans 
celle de Brescia cinquante-six-; dans la partie septentrionale, 
celle de Mantoue, au nord du Pô, une 5 ; dans celle de Vé- 
rone, vingt ■^; dans celle de Vicence, trois 5 ; dans celle de_ 
Trente, c'est-à-dire dans la partie méridionale du Tyrol, au- 
jourd'hui province de l'empire d'Autriche, sept^. Le nombre 
total des noms de lieu en -ago, -aga dont l'origine peut être 
rapportée aux Cenomani, est de cent trois, dont soixante- 
treize en Lombardie et trente en Vénétie. 

6° Les Canii. Vérone et Vicence, villes des Cenomani, sont 
en Vénétie. Nous ne pouvons déterminer quelle était dans cette 



Bcrinzaga, Cambiago, Carsago, Baldracco et Baldraccone sont des noms 
de lieu du moyen âge dérives de noms germaniques d'homme. 



3 



Artignago Gussago 

Azaga (Corzago) Gussago 
Arzaga (Desenzono) Legnago 
Binzago Lissignaga 

Bogliago (Rivoltella) Lurago 
Bogligo (Gargnago) Macenago 
Bottenago Madergnaga 

Burago Martignaga 

Bussago (Bedizzoe) Marzaghe 
Bussago(Soprazocco) Masciaga 
Cagnaghe Messaga 

Carzago Mognacchi 

Cassaga Mornaga 

Cazzago Molzenago 

Cizzago Moraga 

Cussaga Morgnaga 



Pedenaga 

Pedergnaga 

Persaga 

Porcellaga 

Puegnago 

Quintilago 

Rampcnaga 

Recciago 

Rossaghe 

Terzago (Bovezzo) 

Terzago (Calvagese) 

Terzago (Moscoline) 

Trevisago (Moniga) 

Trevisago (Soiano) 

Urago 

Urago (Brescia) 

Venzago 

Zernago 



Dernago Offlaga 

Formaga Offlaga (Castenedolo) 

Grignaghe Olzenago 

Carzaghetta. La partie sud de la province de Mantoue appartenait aux 

Boii. 



4. Alcenago Ceriago 

Azago Gargagnago 

Borago (Avesa) Giago 
Borago (Castelletto) Legnago 

Boriago Lumiago 

Cambraga Maregnago 

Canzaga Marzago 

$. Asiago, Ignago, Villaga. 

6. Almazzago Cavedago 

Arnago Ciago 

Borzago Dernago 



Mizzago 

Moiago 

Morago 

Sulvago 

Tregnago 

Verago 



Terlago 

Peut-être Fiave zn Fia- 



i68 



H. d'Arbois de Jubainrille. 



région de l'Italie moderne la limite précise entre les Garni et 
lesCenomani. Aux Garni appartenaient probablement, outre les 
provinces d'Udine, de Trévise et de Bellune, les localités cel- 
tiques des provinces de Padoue, de Venise et de Rovigo. Dans 
la province d'Udine, il y a six noms de lieu terminés en -ago'^ 
et quarante-deux terminés en -acco, finale qui dans la plus 
grande partie de cette province est la prononciation moderne 
du suffixe gaulois -ûcos". La province de Trévise renferme 
onze localités dont les noms se terminent en -ago ou -agay. Il 
y en a dix-neuf dans celle de Bellune ■+, seize dans celle de 
Venise 5, cinq dans celle de Padoue^ et deux dans la province 



I . Uardcigo, Uongeagh 


e, Istrago, Maniago, Use 


lasfo, Usago. 


2. Adegliacco 


Fraelacco 


Ponteacco 


Aveacco 


Grimacco 


Popeveacco 


Avosacco 


Laibacco 


Premariacco 


Caporiacco 


Laipacco 


Priraulacco 


Cargnacco 


Lauzacco 


Remanzacco 


Carpacco 


Lazzacco 


Rubignacco 


Carvacco 


Loneriacco 


Segnacco 


Casiacco 


Leonacco 


Tavagnacco 


Cassacco 


Lumignacco 


Tiveriacco 


Chiarisacco 


Luseriacco 


Urbignacco 


Chiazacco 


Martignacco 


Vignacco 


Cussignacco 


Moimacco 


Vergnacco 


Dernazacco 


Montegnacco 


Vidracco 


Faugnacco 


Pagnacco 


Ziracco 


5 . Crcspignaga 


Martignago 


Vedelago 


Lanzago 


Moriago 


Virago 


Limbraga 


Orsago 


Volpago 


Lorenzaga 


Varago 




On peut considérer 


comme un nom celtique 


Venadoro. 


4. Bolago 


Curago 


Pirago 


Callibago 


Lantrago 


Tiago 


Carzaghe 


Lorenzago 


Vinago 


Cavessago 


Madeago 


Villaga 


Colcugnago 


Mercuiago 


Villiago 


Colvago 


Missiago 


Voltago 


Conzago 






5 . Borbiago 


Giussago 


Povenzago 


Carzago 


Grassaga 


Rivago 


Cavernaghi 


Giussago 


Rossignago 


Cazzago 


Marteliago 


Stiago 


Chirignago 


Oriago 


Summaga 


Comenzago 






6. Massanzago =: massa Antiacus et quatre Bussiago. 



Les Gaulois dans l'Italie du Nord. 169 

de Rovigo^. Cela fiiit en Italie un total de cent un noms 
de lieu d'origine celtique et qu'on peut attribuer aux Garni. 

Nous avons trouvé des noms de lieu celtiques dans toutes 
les provinces de la Vénétie sans exception et dans toutes 
celles de la Lombardie, sauf celle de Sondrio. On a déjà signalé 
des noms celtiques dans toutes les provinces du Piémont, sauf 
celle d'Alexandrie. 

8° Les Auanes. Passons au sud du Pô central et oriental. 

Les Ananes ou Anamares sont les premiers à l'ouest. Leur 
ville principale était Clastidium, aujourd'hui Casteggio dans 
la province de Pavie, circondario de Voghera, où il y a trois 
localités à nom gaulois^. Chez les Ananes devait être aussi Ca- 
millomagus connu par la Table de Peutinger et par l'Itiné- 
raire d'Antonin, aujourd'hui Broni, circondario de Voghera'. 

9° Les Boii. Prenons plus à l'est l'Emilie, la huitième région 
d'Auguste. C'est le pays occupé par les Boii et les Lingones. 
Les Lingones établis sur la rive droite du bas Pô ont laissé peu 
de traces dans l'histoire. Les Boii ont lutté bravement et non 
sans gloire contre les Romains. C'est chez eux qu'en 218 les 
Romains ont fondé leur colonie de Plaisance, à eux ont appar- 
tenu Parme, Pnnim, Reggio, Rcj^imii, Modène, Mutina, Bologne, 
Bononia. Reggio parait une fondation gauloise dont le nom 
primitif i^/V/o// aura été déformé par l'influence du latin. Bo- 
logne, d'abord Felsina, est une ville étrusque dont les Gaulois 
ont changé le nom et dont le nom gaulois a été adopté par 
les Romains quand ils établirent une colonie dans cette ville 
en 189. Parme et Modène ont conservé, sous la domination 
gauloise et depuis, leur ancien nom. Outre ces possessions au 
sud du Pô, les Boii avaient un petit territoire au nord du Pô : 



1. Cartirago, Mardimago. 

2. Inveriaghe, Rossago. Stephanago. Sur Clastidium, voyez Polybe, II, 
34, 5- 

3 . "Voyez sur Clastidium et Camillomagus ou Comiilomagus, Mommsen, 
dans le C. /. L., t. V, p. 827-828. 



170 H. d'Arbois de Jiibainville. 

Lodi dans In, province de Milan leur appartenait. Le circon- 
dario de Lodi contient huit villages dont le nom se termine 
en -ago, -aga et paraît par conséquent rappeler le souvenir des 
Boii ^ Dans la province de Plaisance, les localités qui offrent 
la même finale sont au nombre de six 2; nous y signalerons 
aussi le village de Breno qui nous offre une variante du célèbre 
nom d'homme Brennus. 

La table alimentaire de Veleia nous apprend qu'au com- 
mencement du second siècle de notre ère, cette province 
contenait dans le territoire de Veleia et dans celui de Plai- 
sance deux pttgi, un viens, huit fundi et un saltus dont les 
noms étaient gaulois. Des deux villes, la mieux pourvue en 
cette matière historique était Veleia. Plaisance, colonisée 
par les Romains en 218, avait cependant un ptigus et xxnfundus 
à noms gaulois : le pagus Noviodunus et le fuiidus Histridunus. 
Mais à Veleia, on trouvait le viens Caiurniaeus, le peigns Am- 
bitrebius, les fundi Cabardiaens, Caiidiaeae, Crossiliaciis , No- 
niacus, Pisuniacus, Ouintiacns, le fundus Liceo-leueus ou « blanc 
de pierres » et le saltns Nevidunus, Le nom du fundus Cabar- 
diaens de Veleia persiste aujourd'hui dans celui de Caverzago, 
un des six noms en -ago que nous avons mentionnés dans la 
province de Plaisance 3. 

Il y a aujourd'hui six noms de lieu en -ago dans la province 
de Parme 4. Nous ne savons s'il existe encore une trace de la 
eortis appelée MaUiaeo que placent dans le comté de Parme 
deux diplômes du ix" siècle, l'un de 863 5, l'autre de 890^. 

Le nombre actuel des noms de lieu en -ago dans la province 
de Reggio parait être de cinq 7. Il ne faut pas en séparer deux 

1. Camairago, Cavenago, Fissiraga, Livraga, Mairago, Orgnaga, Os- 
sago, Secugnago. 

2. Caverzago, Gravago, Mamago, Marzonago, Sarniago, Tavernago. 

3. C. I.L., XI, p. 

4. Cavignaga, Carzago, Coriago, Lcgnago, Gainago (Mezzani), Gai- 
nago (Torrile). 

5. Tiraboschi, Memorie storichc Modenesi , t. I, Preuves, p. 40. 

6. Tiraboschi, Memorie storiche Modenesi, t. I, Preuves, p. 65. 

7. Cavriago, Civago, Pojago, Simiago, Visiago. Visiago est le Visiliacus 
d'une charte de 1188 (Tiraboschi, Memorie storiche Modenesi, t. III, Preuves, 
p. 107), Simiago est le Similiacum d'une charte de 1208 (Ibid., t. IV, 
Preuves, p. 38). 



Les Gaulois dans l'Italie du Nord. 171 

localités terminées de la même façon dans la partie de la pro- 
vince de Mantoue qui est située au sud du Pô^ Plus à l'est les 
noms en -ago deviennent rares, on en trouve deux dans la 
province de Modène^. Le nombre total des noms de lieu qui 
paraissent rappeler le souvenir des Boii est donc de trente, 
non compris les noms de Bologne et de Reggio. 

Nous ne savons à quel peuple rattacher les noms de lieu 
gaulois de la province de Massa et Carrara; il y en a cinq 5. 

8° Des Lingoncs, il semble ne rien rester, sauf peut-être les 
trois noms de lieu en -aga des provinces de Ravenne-^, Forli^ 
et Ferrare^. Mais des textes du ix" et du x^^ siècle nous font 
connaître trois noms gallo-romains de localités situées dans 
les provinces de Ravenne et de Forli : dans la province de Ra- 
venne une curtis Aiireliacus en 973 7, dans la province de Forli 
une autre curtis Aureliacus en 896*^ et un fuiidits Veriniaca 
en 9749. On peut attribuer aux Lingones l'origine de ces 
trois dénominations. 

9° Des Scnones, le premier peuple gaulois dont le territoire 
ait été colonisé parles Romains, il ne subsiste qu'une trace géo- 
graphique : Siui-gaglia. La colonie romaine de Sena, aujour- 
d'hui Sinigaglia, date de l'an 283 av. J.-C. ^°; celle d'Ari- 
miuiini, Rimini, autre ville des Senones, remonte à 268 ^^ 



1 . Gonzaga, Pegognaga. Gonzaga est appelée Gon~iaga dans une charte 
de 967 (Tiraboschi, Metnorie storiche Modenesi, t. I, Preuves, p. 133), et le 
nom de Pegognaga se trouve écrit P/o-ojz/aca vers 1030 (ibid., t. II, Preuves, 
p. 50). 

2. Arzagola, Polinago, déjà mentionné sous ce nom en 1038 (Tira- 
boschi, Memorie storiche Modenesi, t. II, Preuves, p. 33). 

3. Collegnago, Corlaga, Garbugliaga, Gignago, Turlago. 

4. Basiago. 
5 . Arvaga. 

6. Gambulaga. 

7. Fantuzzi, Monuiiienti Ravennati, t. I, p. 180. 

8. Fantuzzi, ibid., p. 97. 

9. Fantuzzi, ibid., p. 187. 

10. Polybe, 1. II, c. 19, § 12, éd. Didot, p. 83. 

1 1 . Voyez sur Rimini les textes cités par M. E. Bormann, C. 7. L., t. XI, 
p. 76. 



172 H. d'Arbois Je Jubainville. 

Nous terminerons par une récapitulation générale des noms 

de lieux modernes de l'Italie du Nord qui par leur désinence 
rappellent le souvenir des Gaulois : 

1° Salassi 22 

2° Lepontii 11 

3° Libici I 

4° Insubres 143 

5° Cenomani 103 

6° Garni 10 1 

7° Ananes 3 

8° Boii 30 

9° Lingones 3 

10° Senones i 

11° Peuple anonyme dans la pro- 
vince de Massa et Carrara^ . 5 

Total 423 

H. d'Arbois de Jubainville. 



I . Les noms en -ago, comme les noms en -iUco, font défaut dans le reste 
de la Toscane. Voyez Bianchi, Toponimia toscana, dans VArchivio gloUolo- 
gico diretto da G.-L Ascoli, t. X, 1886-1888, p. 34). 



ESSAI DE CLASSIFICATION CHRONOLOGIQUE 

DE DIFFÉRENTS GROUPES DE 

MONNAIES GAULOISES 

MÉMOIRE 
LU A l'académie des INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES 

Dans Su séance du 14 février iS^o. 



Dans une communication que l'Académie a bien voulu en- 
tendre, en octobre dernier, j'ai dit qu'en ce qui concerne le 
classement chronologique des monnaies gauloises, j'essaierai 
de déterminer des dates avec une certaine précision. Je viens, 
aujourd'hui, lui soumettre le résultat de mes premières re- 
cherches. 

Les plus anciennes monnaies frappées en Gaule sont incon- 
testablement celles de Marseille; elles eurent une grande in- 
fluence dans la partie de la Gaule qui devint la Narbonnaise, 
ainsi que sur l'autre versant des Alpes. On ne peut admettre 
que les Phocéens aient apporté l'usage de la monnaie à Mar- 
seille ; La Saussaye le supposait, mais il n'avait pas pensé que 
lorsque Euxène aborda en Gaule, vers l'an 600 avant l'ère 
chrétienne, la monnaie commençait à peine chez les Lydiens 
qui mettaient en circulation les premiers lingots d'or portant 
une marque pondérale officielle; puis chez les Eginètes qui 
fabriquèrent les plus anciens types monétaires d'argenté Je ne 

I. Fr, Lenormant, Les Monnaies dans l'antiquité, I, p, 125 et seq. 



174 ^- '■^^ Barthélémy. 

crois pas que l'on puisse remonter plus haut que le milieu du 
v'' siècle av. J.-C. A cette époque on trouve des traités mo- 
nétaires conclus entre des villes grecques : Phocée est du 
nombre. — On a recueilli, en Provence, soit isolées, soit en 
nombre considérable, des petites pièces en argent que leurs 
types autorisent à classer à des villes d'Asie, de Grèce et 
d'Italie : Clazomène, Lampsaque, Lesbos, Abydos, Colophon, 
Egine, Vélia ; on en a trouvé d'analogues à Volterra en Italie, 
à Morella en Espagne; ces pièces, contemporaines entre elles, 
appartenant à un même système, paraissent procéder de ces 
alliances monétaires et avoir été répandues par le commerce 
sur tout le littoral de la Méditerranée. Dans cette série il s'en 
trouve qui semblent appartenir à Marseille. 

Nous voyons ensuite un autre groupe qui procède des mon- 
naies de Rhoda de Tarraconaise et de la colonie massaliète 
d'Emporium. Ce groupe joue un rôle important dans l'ouest 
et le sud-ouest de la Gaule. Notons que la colonie phocéenne 
ne continua pas le système monétaire de la métropole; les 
monnaies des deux villes que je viens de nommer procèdent 
de celles que les Carthaginois frappaient en Sicile au m'' siècle 
avant l'ère chrétienne. — C'est en effet en Sicile que ceux-ci 
commencèrent à monnayer et, plus tard seulement, ils émi- 
rent à Carthage même des espèces qu'il n'est pas toujours 
facile de distinguer du numéraire insulaire. — Si l'on com- 
parées monnaies frappées en Sicile, entre 317 et 218 par Aga- 
thocles, par Pyrrhus, par Hiéron II avec les premières drach- 
mes de Rhoda et d'Emporium, on ne peut se refuser à constater 
leur analogie. Il n'est pas trop hardi de fixer le commencement 
de la monnaie punico-ibérique vers l'an 280; j'insiste sur ce 
point parce que la monnaie de Rhoda, considérée par quel- 
ques numismatistes comme n'ayant été frappée que pendant 
un quart de siècle, fut cependant copiée de ce côté-ci des Py- 
rénées, jusqu'à la conquête romaine, avec une telle profusion 
qu'il est logique d'en tirer deux conséquences importantes. 

D'abord, c'est qu'entre l'Ibérie et la Gaule occidentale il y 
avait des relations tellement multipliées que la colonie massa- 
liète d'Emporium se garda bien d'inaugurer un monnayage 
différent, comme type et comme poids, de celui qui était déjà 



Différents groupes de monnaies gauloises. 175 

employé dans cette région. — Ensuite, c'est que la diffusion 
de la monnaie de Rhoda est due, sans doute, aux libéralités 
par lesquelles Annibal, vers 220, se préparant à envahir l'Italie 
en passant par la Gaule, se concilia les peuples dont il avait à 
traverser le territoire entre les Pyrénées et les Alpes. Il avait 
affaire à des peuples essentiellement mercenaires et imitateurs 
chez lesquels l'argent était le meilleur passeport. — La première 
et la seconde guerre puniques auraient donc contribué à donner 
naissance au monnayage de la Gaule du sud-ouest et de la 
moitié du littoral méridional. Plus tard, sur les frontières de 
l'Aquitaine et de la Narbonnaise, le type de Marseille et celui 
de Rhoda se combinèrent ^ 

Jusqu'ici, nous n'avons vu que de la monnaie en argent. 
Dans le second siècle avant J.-C. paraît une monnaie en 
bronze dont la fabrication semble circonscrite entre les Pyré- 
nées et l'Hérault. Sur ces pièces, d'assez grand module, on Ht 
deux ethniques et les noms de plusieurs chefs qui prenaient le 
titre de BastAsu;. Cette série, par ses types et sa fabrique, se 
rapproche singulièrement des pièces de Phintias, à Agrigente, 
vers 280, et de Hiéron II, à Syracuse, 275-215 ; leurs proto- 
types ne remontent donc pas au delà du m* siècle. Il semble 
naturel d'attribuer ces monnaies à la tribu gauloise des Volcae 
établis à l'époque à laquelle nous les classons dans le bassin 
de la Haute-Garonne et dans celui du Rhône. Les Volcae 
étaient à Toulouse, à Béziers et à Narbonne depuis l'an 280 
environ. De nombreux mercenaires gaulois unis aux Ligures 
ayant été soudoyés par les Carthaginois prirent part, en Si- 
cile, à la première guerre punique; en 249 ils se trouvaient 
au siège de Lilybée; nous en voyons 4,000, à un certain mo- 
ment, réclamer vainement leur paye et massacrés à Entella où 
ils avaient été envoyés sous prétexte de pillage, mais après 
que les Romains en eurent été traîtreusement avertis. — Les 
ethniques dont je parlais plus haut sont ceux de Béziers, et 
d'un peuple connu seulement par les monnaies jusqu'à ce 
jour; il s'agit des Longostalètes dont le type monétaire, le tré- 



I . Cette combinaison fut favorisée par la confusion de la rose de Rhoda 
avec la roue à quatre rayons de Marseille. 



176 A. de Barthélémy. 

pied, est emprunté à Agrigente. Ces bronzes paraissent avoir 
été frappés assez longtemps, à en juger parla dégénérescence 
des types et l'apparition, sur les moins anciennes, d'un mot 
composé de quatre lettres celtibériennes. 

Nous arrivons maintenant au numéraire d'or, très répandu 
dans une partie de la Gaule, mais dont on ne constate l'usage 
ni dans le sud ni dans le sud-ouest, où ce métal existait, mais 
en très faibles proportions, dans quelques cours d'eau. L'im- 
portation des premières monnaies en or peut être datée, puis- 
qu'elles procèdent des statères de Philippe II, roi de Macédoine 
(359-336 av. J.-C). Les mines exploitées par ce prince en 
Thrace et en Thessalie produisirent une abondance de ce 
métal précieux comparable à l'affluence d'or causée jadis par la 
découverte de l'Amérique et, de nos jours, par les pépites de 
la Californie. Philippe II fit frapper une quantité considérable 
de statères au type du quadrige, souvenir de sa victoire aux 
Jeux Olympiques; il en inonda ses états ainsi que l'Orient; 
on imita dans toute l'Asie les statères macédoniens qui conti- 
nuèrent les dariqucs et devinrent d'un usage général dans le 
commerce antique; ils étaient désignés sous le nom dephilippcs, 
comme nous disons aujourd'hui louis ou napoléons pour indi- 
quer une pièce en or. Valérien écrivait au procurateur de 
Syrie : « dabis Claudio philippos nostri vultus CL. » 

Les Gaulois aimaient l'or: ce métal se trouvait dans leur 
sol et dans leurs rivières et ils s'en servaient pour fabriquer des 
objets de parure, ainsi que de massifs bracelets, longtemps avant 
de savoir le transformer en monnaie ; on pense même que 
ces bracelets d'un usage peu commode pouvaient servir à des 
échanges. Il n'est donc pas étonnant que les statères ayent été 
accueillis avec un certain empressement dans la Gaule. Les 
premières imitations sont assez fidèles; mais, peu à peu, les 
graveurs de coins, plus ou moins habiles, altérèrent leurs 
modèles et arrivèrent à produire à la longue des types telle- 
ment défigurés que, si l'on n'étudie pas la suite des pièces pro- 
gressivement dégénérées, on ne peut deviner que certaines 
monnaies gauloises en or procèdent des statères macédoniens. 
Les empreintes défigurées présentent quelquefois des détails 
tellement fantaisistes que les archéologues qui s'occupent de 



Différents groupes de monnaies gauloises. 177 

symbolisme y trouvent l'occasion de multiplier leurs conjec- 
tures plus ingénieuses que solides. Je ne veux pas prétendre 
que les graveurs gaulois n'aient pas, quelquefois, introduit 
sur leurs coins certains détails inspirés par le milieu dans 
lequel ils se trouvaient, mais c'est très exceptionnel. Nous 
connaissons si fugitivement les croyances gauloises qu'il y a 
plus de danger que d'utilité à établir des hypothèses. Le plus 
sage est de chercher si telle figure, bizarre à première vue, 
ne s'explique pas naturellement par la loi de dégénérescence. 

La plus ancienne et la plus active fabrication de philippes 
gaulois a été chez les Arvernes; il est très probable que 
c'étaient ces pièces que Luern, père de Bituitus, jetait à ses 
sujets lorsque, au 11^ siècle avant J.-C, il sortait pompeusement 
sur son char. 

On a longtemps discuté sur la route suivie par l'or macé- 
donien pour pénétrer en Gaule. On crut d'abord que les Gau- 
lois, après avoir pillé Delphes et ravagé la Grèce (280-272), 
étaient revenus avec un riche butin ; une partie de ces dé- 
pouilles, jetée dans le lac de Toulouse, aurait été prise en 106 
par le consul Cepio. Mais il ne taut pas oublier qu'une inva- 
sion de la Grèce par des Gaulois du sud-ouest n'est nullement 
certaine; on admet aujourd'hui que les Volcae qui guer- 
royaient en Orient venaient de la Germanie, et s'il en était 
parti du sud-ouest de la Gaule, ils n'y seraient certainement 
pas revenus chargés de trésors; j'ajoute que l'on ne trouve 
pas de statères dans le sol toulousain. Comme les Gaulois 
jetaient dans les fontaines, les cours d'eau et les lacs des 
offrandes ou une part du butin, la découverte de Cepio dans 
le lac de Toulouse et l'homonymie des Volcae d'orient et des 
Volcae d'occident ont sans doute donné naissance à la légende 
de l'or de Delphes. 

D'autres savants ont pensé que les philippes avaient pu venir 
par la voie de terre, la vallée du Danube et la Pannonie à la 
suite des migrations gauloises de l'est à l'ouest. Or, on a cons- 
taté que dans tous les pays traversés par les bandes gauloises 
on trouve en quantité des drachmes, des didrachmes et des 
tétradrachmes imités des monnaies grecques, mais pas de sta- 
tères en or. Dans ces régions comme dans le reste de la Ger- 
Revuc Celtique, XL 12 



lyS A. de Barthélémy. 

manie, l'argent monnayé était le métal préféré. Tacite dit, ii 
propos des Germains, « argentum quoque magis quam aurum 
scquuntur ». Plus tard, après la dislocation de l'empire d'Oc- 
cident, cette préférence subsistait. Les Francs et les autres peu- 
ples germains avaient continué d'abord la monnaie romaine 
en or, mais, à la fin, par suite de la centralisation de l'or qui 
eut lieu du fait des classes privilégiées, particulièrement du 
clergé, et de la faveur traditionnelle dont jouissait l'argent, 
ils étaient revenus peu à peu à ce métal que les Carolingiens 
adoptèrent exclusivement. 

J'estime que les ^/;/7z/i^« sont arrivés en Gaule grâce au com- 
merce, par Marseille, le grand entrepôt entre l'Orient et l'Oc- 
cident. Marseille, à la vérité, frappait exclusivement de la 
monnaie d'argent, mais elle se servait de monnaies en or 
étrangères qui avaient cours sur tous les marchés comme, au 
moyen âge, les florins de Florence dont le nom devint aussi 
un terme usuel pour désigner une pièce en or, les ducats de 
Gênes et de Florence, les bezants d'Orient, etc. 

En effet, la plus grosse dot, chez les Massaliètes, d'après 
Strabon, était de loo pièces d'or, plus 50 affectées aux parures 
d'orfèvrerie : les lois de Marseille faisaient donc allusion à des 
monnaies en or employées dans cette ville. Deux romans 
grecs qui ont entre eux une grande analogie, l'un attribué à 
Aristodème de Nyssa, l'autre à Parthenius de Nicée, parlent 
de femmes grecques enlevées par des Gaulois et amenées par 
ceux-ci dans leur pays. Suivant la version la plus ancienne, 
la rançon apportée pour le rachat de la captive était de 
2,000 statères d'or; dans la seconde, le ravisseur porte le nom 
de Cavarus, et la somme dont l'époux s'était muni était de 
2,000 pièces en or. — Les imitations des statères macédo- 
niens cessèrent en Gaule lors de la conquête romaine; les der- 
niers portent les noms de Vercingétorix et de quelques chefs de 
la Belgique, gravés en lettres latines. Dans le nord de la 
Gaule, en Helvétie, en Rhétie et dans le Norique, les copies 
des statères complètement informes paraissent, d'après les 
légendes latines qu'elles portent, avoir persisté jusqu'au milieu 
du i"'' siècle, avant l'ère chrétienne. 

A l'époque beaucoup plus rapprochée des expéditions de 



Différents groupes de monnaies gauloises. 179 

César, époque qui coïncide avec l'établissement des Romains 
dans la Province, les deniers de la République servirent de 
modèles plus ou moins bien imités. Ce penchant d'imitation 
portait quelquefois les Gaulois à graver sur bronze des types 
qui, à Rome, étaient réservés à l'argent. Les deniers gaulois 
auxquels je fais allusion constituent un groupe qui se localise 
dans le sud-est ; ils forment une série nombreuse portant des 
noms de chefs gravés en caractères latins qui paraissent avoir 
été à la tête des tribus connues sous le nom générique d'Al- 
lobroges, de Voconces et de Cavares depuis le commencement 
du second jusqu'au dernier quart du premier siècle avant 
l'ère chrétienne; mon calcul est basé sur ce fait que l'un de 
ces chefs, Diiiiiacos, en même temps qu'il émettait des deniers 
copiés sur des prototypes romains, flibriquait aussi des oboles 
imitées de celles qui étaient frappées à Marseille avec l'em- 
preinte d'une roue. 

Enfin viennent toutes ces monnaies, postérieures à la con- 
quête, frappées par les peuples libres et alliés dont j'ai déjà 
eu l'honneur d'entretenir l'Académie. 

Pour me résumer, j'indique ainsi les dates approximatives 
les plus anciennes des différentes séries de monnaies gau- 
loises que j'ai signalées aujourd'hui; je recevrai avec recon- 
naissance les observations qui auront pour but de rectifier mes 
propositions. — Dans un travail ultérieur, j'examinerai les 
monnaies de la Gaule septentrionale et de l'Armorique. 

Monnaies de Marseille vers 450 avant J.-C. 

Imitation de Rhoda vers 220 — 

Bronze de Beterra et des Longostaletes. . Id. — 

Monnayage d'or 199 — 

Deniers d'argent du sud-est 100 — 

Monnaies autonomes des villes libres et al- 
liées 50 — 

A. de Barthélémy. 



VERSIONS BRETONNES DE LA PARABOLE 

DE 

L'ENFANT PRODIGUE 



L 

M. Loth a publié, Annales de Bretagne, III, 630-642, et IV, 
103-108, dix traductions de ce texte fameux, dans les différents 
dialectes du breton moderne; elles forment les pages 363-380 
de sa Chvestomaihic bretonne. Deux seulement sont des repro- 
ductions : l'une d'après Le Gonidec, en léonais, l'autre d'après 
Le Brigant, revu par Le Gonidec, en trécorois. 

L'œuvre primitive de « teu M. Le Brigant », « revue et cor- 
rigée pour l'orthographe par M. Le Gonidec » (Mémoires de 
l Académie celtique, II, 127), a subi de la main du grammairien 
breton bien des « corrections » qui ne tiennent pas uni- 
quement à l'orthographe. Ainsi c'est à tort que dans le 
deuxième vocabulaire qui suit son utile publication, M. Loth 
attribue l'emploi du mot talvondch dans le sens de « digne » à 
Le Gonidec et à Le Brigant; ce dernier n'y est pour rien. Je 
crois donc bon de donner ici le texte tel qu'il est dans les Elé- 
nieiis de la langue des Celtes Gomérites, ou Bretons ... par M" Le 
Brigant, avocat àTréguier; Strasbourg, 1779, p. 44 et suiv. ; 
j'ajouteseulcment l'indication desversetsdesaint Luc, chap. XV. 

AR MAB PRODIG. 

II. Eun dénn an éfoa daou vab, 



Parabole de r Enfant prodigue. i8i 

12. ar iaouankan à laras de dad : ma zad, reit din al loden 
mado à deu din; ag o fartajas. 

13. A neubed gondé^, ar mab iaouank gant é ail- draou à 
bardas évit éur î vro bell ag enô a daibras, 4 è vado en eur ve- 
van dreist muzur. 

14. A pan efoé dispignet an oU, a deiias ar ghernes er voî 
zé, ag à comensas caout fod. 

15. Ag à as, ag en eun la kaas^ en servi eun dénn euz ar 
vro zé, à énn cassas voar ar mez da vessa ar moh, 

16. ag an éfoa hoant da gargan è goff, euz ar plusk à dai- 
bré ar moh, à dènn na rai déan. 

17. Kend ar fin en eun sonjal en an è unan a laras : nag à 
dud à zo en ti ma zad, an euz bara ar pez à ghèront! ag am- 
man à varvan gant an naon. 

18. Zevel à rin, ag à in dam zad, ag a larin dèan : ma zad, 
pehet emmeuz ouz an ev, à diragoh. 

19. Na véritan kên bèan galvet o mab, leket anon evel 
unan à o mitigien. 

20. Ag en eun zével à deûas da è dad. Pa voa pèll hoas, 
è dad à voèlas an éan/, à leun à druez à rédas, ag ag^ enn bria- 
taas, ag à pokas déan. 

21. Ar mab à laras : ma zad, pehét emmeuz ouz an ev, à di- 
rag oh, na n'on kén dign da véan anvet à map. 

22. An tad à laras daé vitijen, digasset raktal ar gaèran zai, 
ag hé gouisket déan, leket eur bizaour voar è vis à botto en è 
dréid ; 

23. à digasset al loué lard, à lahet an, ma dai promp9, à ma 
réfomp fest. 

24. Rag ar mab^°, man din, èvoa marv, ag an euz adbévet, 
collet évoa, ag é adcavet. Ag à commansjont da ober cher 
vad, 

25. è vap énan évoa er parko, à pa deuai, agà^^ tostaai dàn 
ti à glévas ar iubans à trouz an danso. 



I Liseï goude. — 2 Lis. oU. — 5 Lis. eur. — 4 Cette virgule est de 
trop. — 5 Lis. vro. — 6 Lis. lakaas — 7 Lise^ anéati — 8 Ce mot est ré- 
pété par erreur — 9 Lis. daipromp (de * dcbrhomp) — 10 Cette virgule est 
de trop. — II Lis. ag à 



1 82 E. Ernaiill. 

26. Ag à halvas unan euz ar vitigien, ag a houllas diant an 
pétra à voa zé ? 

27. ag à laras ennes déan : ariv è o preur, ag an euz groet 
ô tad lahan al loue lard, en ascont c retornet iah. 

28. Ma hlazas, à na deur vée^ ket antrènn. c dad et er 
mez, en eun lakaas de bedin. 

29. Ag en en eun ghèmer ar goms à laras da é dad : chetu 
kcment à vlaio a zo o servijan-, biscoas na mcuz trémenet oh 
urzo, a nèp goez no heuz roet din eur mènn da daibrin gant 
ma mignoned ; 

30. maes panne- ariet ar mab man dah, an euz daibret è 
vado gant plahed fall, à heuz lahet èvit an al loué lard. 

31. Maés en à laras dèan : ma map, houi à zo ghènin bep 
coulz, à kèment emmeuz à zo ddh; 

52. maes ret à voa ober fest, à joa, rag o preur man evoa 
marv, ag è adbévet, collet évoa, ag é adcavet. 

C'est là la première en date (1779) des traductions bre- 
tonnes de l'Enfant prodigue qui me soient connues. Ce texte 
ne se ressent aucunement de l'absurde système linguistique 
de son auteur; c'est la preuve qu'on peut à la fois avoir des 
théories philologiques qui ne méritent pas la discussion, et 
être un traducteur breton sérieux et estimable dans son dia- 
lecte natal. Le même contraste s'est rencontré depuis; cf. Rev. 
Celt., I, 279, 280. 

Verset 15. Servi = « (il ... se mit au) service (d'un des 
habitans) », dans la version française qui accompagne le texte 
breton, ne paraît pas être une faute d'impression pour servij , 
cf. servijan, je sers, v. 29. On lit, dans le même ouvrage, 
p. 40, iiiipli, emploi, variante de iiiiplij, cf. van. impie. Le y 
reste toujours dins piij, plieh, il plaît. 

V. 17. Keiid ar fin « à la fin », en petit Tréguier hen ë fin : 
Ari oc'l.) Jcen ë fin! ah vous voilà enfin ! on dit aussi 'hen ë fin. 

V. 19. Mitigien « serviteurs à gages »; daé vilijen « à ses 
domestiques » 22, ar vitigien « (un) des serviteurs », 26. Ce 
mot veut dire proprement « servantes ». On dit de même 

I Lis. deurvée — 2 Lis. pann é 



Parabole de l'Enfant prodigue. 1 8 j 

quelquefois en Léon mitisicii, serviteurs, et à Batz mîtieon, ma- 
teheon dans le même sens, cf. mon Etude sur h dial. de B., 21, 
etRcv. Celt., III, 231, verset 17. De même hé^çk, chevaux, est 
le pluriel de kaT^eh, jument (gall. ccsyg, juments). 

V. 22. Biiftour « bague », qui se retrouve p. 55, est pour 
bi^aoïi, bixpu, peut-être influencé par le mot aour, or. 

V. 25 . Ar jubaus « la symphonie (et le bruit de ceux qui 
dansoient) », cf. eur gri a cabans, un cri de joie, collection 
Penguern, VI, 119. Ce mot semble venir du radical du fran- 
çais jubilalion, jubiler, et de la terminaison -aucc. 

V. 27. En ascont è « parce qu'il est ». On dit encore en 
petit Tréguier en askohd c, id.; en askond da :^c, à cause de 
cela. Composé de coût, compte; cf. l'anglais ou account ofit. Le 
bret. asconch, instruction, doctrine, enseignement, D. Le Pel- 
letier, doit venir d'un pluriel *asconchou, ou d'un verbe dérivé 
*asconcha; cf. pet. Trég. abavanch, un abat-vent, au lieu de 
* abavant, à cause du pluriel abavancho, etc., voir Dictionnaire 
étymologique du breton uw\cn, s. v. rioig ; Glossaire moyen breton, 
s. V. baut, degre:(^. Pour le sens, on peut comparer l'angl. ac- 
count, relation, récit, exposé. Quant à Vs, il vient soit de celui 
du V. fr. cscouter, conter, raconter, soit d'une accommodation 
du V. fr. acoute, compte, récit; acoutcr, compter, rendre 
compte, tenir compte de, raconter, au préfixe breton r/~-, cf. 
a^coue:^, van. acoueh, rechute. 

V. 28. Ma hla^as « ce qui l'aiant fâché ». Le mot-à-mot 
est « si bien qu'il devint bleu (de fureur) » ; cf. Ijag heu ker gla:(_ 
vel ar g]i~iuu « aussi bleu (décolère) que le bluct », Giver'^iou 
Brei~ I::^el, I, 440 ; bag Ijcu ker gla;^ evcl tricbeu « la face verte 
comme l'oseille », Bar~a:;^ Brci::^, éd. de 1867, p. 218; pa\oc'b 
ker gla::^ evit rcjin, ... pa'~ oc'b ker gla::^ bag ar uiaro « quand 
vous êtes vert comme du raisin, ... quand vous êtes pâle 
comme la mort », 316. Dans ce dernier cas il ne s'agit pas 
de colère, mais de douleur. On sait que gla:^ veut dire à la fois 
vert, bleu et gris. 

V. 28. Eneun Jakaas (il) « se mit », pour 01 cm ; eu cun sonjal 
« en pensant », 17, cf. 29, 20, de eu un; confusion fréquente 
en trécorois. Cf. en eur pourvei, se pourvoir, Riniou, anc. éd., 
39, en ur scrabat, s'égratigner, pa n'eur gavont, quand ils se 



184 E. Ernault. 

trouvent, 40; en cur soumeijoni, ils se soumirent, An Avicl, 
18 19, I, 7, pcn eur gavo, quand il se trouvera, ms. celt. 19, 
Bibl. nat. (1815), ï° 15 v", cf. 24, etc. ; ous nem vcrvel en 
mourant, Instr. voar ar hlasphcm, S' Br. 1828, p. 72, pet. 
Trég. ou:(n ini vervel, etc., cf. Rcv. Celt. V, 488. 

II. 

Je trouve de ce même texte une traduction vannetaise datée 
de 18 t8. Elle est aux p. 229-232 d'une concordance des évan- 
giles intitulée Histoer a vuhc Jcsus-Chronist. Dré enn ciitru 
J : GéqneJIeu, ex-c : pr : c : log : E Lorient, è ti Le Coat Sant- 
Haoucn, iniprimourr-Jibrourr. 1818. 

La voici; j'ajoute encore l'indication des versets. 

ER MAB PRODIGE 

1 1 . Un den en doai deu vab 

12. er ïevanquan à nehé e laras di dad : Me zad, hreit deign 
me lod danné péhani e zigoéhe teign. En tad e bartagas enta 
i zanné itre zé. 

13. Un dé benec goudé er ïevanquan, arlèrh en dout pet 
tolpet tout er pèh e oai dehon, e ias de voïageign i méz à vro 
ac e zispeignas in débauche tout er pèh en doai. 

14. Mass, goudé en dout tout dismantet, en hum gavoet e 
ras ir vro-cen ur famin vras ac n'en doai nitra. 

15. Ion e ras enta gobre doh unan ag en habitantet ag er 
vro-ce. Nezen i v;t;str ir hassas di veiterie eit goarne i voh. 

16. Enn ur féçon ma en devezai carzet en devout er pèh e 
zaibai er môh de gargueign i gofr, niîes hanni ne rai dehon. 

17. Antin ion e zistroas doh ton i huenan, enn ur laret : 
Nac à dud e zo i ti me zad ac en dés tout bara inn abon- 
dance, durant ma hon-mé i variièle guet en nean ! 

18. I han enta de bartie, me iei de ti me zad ac me lareo 
dehon : Me zad, me mes péhet inep d'en nian ac inep toh : 

19. ne véritan quet mui bout galûet hou mab : tra;tet-mé 
èl en deùehan à hou serviterion. 

I . Ce titre se trouve à la table, p. 590 (non numérotée). 



Parabole de l'Enfant prodigue. 185 

20. Ion e bartias enta ac e ias de gavoet i dad. I hoai hoàh 
pèle, à p'ir gûélas i dad péhani e gueméras quentèh truhé 
doh ton, e ridas abcn d'ir hemer à vréhad ace vocquas dehon. 

21. Me zad, e laras quentèh er mab dehon, me mes péhet 
inep d'en nian ac inep toh : ne véritan quet mui bout galûet 
hou mab. 

22. Nezen en tad e laras di serviterion : Digasset dehon 
promptemant i ceintur quetan ac laquet hi ar i dro. Arlèrh la- 
queit ur biseû ar i zorn ac botteu enn i dreit. 

23. Digasset ehiie ur laï lard ac làhet hon. Anfin, daibamb 
ac groamp chxr-vad ; 

24. hrac me mab, péhani e uélet azen, e oai marûe ac 
chetu ion hoàh i buhé; collet e oai, ac chetu ion hoàh cavet. 
Hint en hum laquas enta de ober ch^er-vad. 

25. Durant en dra-zen i hoai er mab côhan ir parcq; mass 
à p'en das d'er gùer, él ma tostai d'en ti, ion e gleûas er han 
ac en dance. 

26. Ion e alûas quentèh unan ag^ serviterion ac e oulonas 
guet hon petra e oai en drace. 

27. Nezen er servitour e laras dehon : Arriue ë hou prèr 
ir guèr ac hou tad en dèsgroeit lâheign ur laï lard, hrac m'en 
dès hon hoàh cavet i buhé. 

28. Er mab côhan en hum o;avas enta fachet bras à sue- 
ment-cen ac ne fautai quet dehon onet in ti. Hraccen en tad e 
sortias ac en hum laquas d'ir pedeign. 

29. M:^s, aveit tout réponse, ion e laras di dad : Chetu pe- 
guement à amzer e zo à oudé ma hon doh hou servigeign 
hemp manqueign nitra ager pèh e ordrenèh teign ac noàh ja- 
nic-es ne hués reit deign ur pen devet, eit regaleign me amiet : 

30. ha quentèh mi ma arriue ir gùer er mab-ce péhani en 
dès dismantet tout i dreu guet er merhet débauchet hui e hués 
abén laquet lâheign ur laï lard aveit hon. 

31. Me mab, e laras en tad dehon ehiie, hui e ùai berpet 
gueneign ac tout er pèh e mes e zo doh : 

32. noàh ret mat e oai gober ur laeign ac en hum rejoeis- 

I . Supplée^ er. 



i86 E. Ern.iult. 

seign, hrac hou prcr e ûélet amen e oai marùe ac chctu ion 
hoàh biuet; collet e oai ac chetu ion hoàh cavet. 

^'erset 12. hreit, donnez, cf. hrac, car, 24, 27, 32, hraccen, 
à cause de cela, 28 ; on ne lit r initial qu'après des mots pro- 
duisant une mutation sur la consonne suivante : {/) ras, il fit, 
14, 15 ; (né) rai, il (ne) donnait, 16; (c) ridas, il courut, 20. 
Cependant m/^ donné, 29, et rcî, nécessaire, 32, font excep- 
tion. Cette double façon d'écrire l'initiale hr comme radicale, 
et r avec mutation est la règle dans VHistoer, malgré certaines 
inconséquences. Elle rappelle le traitement du gallois rb, qui 
s'adoucit en r. Le signe hr répond à une prononciation spé- 
ciale, semblable probablement à celle que j'ai signalée autrefois 
en cornouaillais; cf. Rev. Celt., III, 492. 

Quelquefois VHistoer semble présenter aussi /;/ initial, mais 
c'est une illusion : dans ma hiausquas, si bien qu'il lâcha, 
p. 362, ma hJarai, qu'il disait, 165, / hlarco, il dira, 305, / 
hJaquat, en mettant, 61, etc., 1'/; provient du mot précédent, 
cf. ma hanaiicljct, (pour) que vous connaissiez, 164, / ])an, je 
vais, verset 18 de notre texte, i hantréeign, en entrant, 297, etc. 
C'est ainsi qu'en trécorois on dit hé JUstr, hé nnatur, hé rré, son 
navire, sa nature, les siens (à elle), Hingant, Grammaire, 219, 
de *he c'hiestr, *hec'h Icstr, etc., cf. Ijec'h ine, son âme (à elle), 
Rev. Celt., VII, 154. 

V. 16. En deve:(ai car~et, il eût voulu, paraît d'abord une 
faute évidente pour caret; cependant la version de VEnfant 
prodigue en vannetais de Belle-Ile (^Annales de Bretagne, IV, 
107 = Chrcstoni., 379), porte de même en dévéhc câr:^et, et 
M. Loth admet cette forme de participe dans son deuxième 
vocabulaire, s. v. caran. — I gofr, son ventre; cf. cofr, ventre, 
p. 7; à gofr, du ventre, p. 236, etc. 

V. 18. Me lareo, je dirai. La 3^ pers. sing. du futur n'est 
guère en simple, dans VHistoer, que pour les verbes être et 
avoir : e vo, il sera, en do, il aura, p, 131; les autres prennent 
eo : neaheo, il reniera, e gaveo, il trouvera, / holleo, il la perdra, 
p. 131, e garreo, il aimera, saiieo, il se lèvera, p. 63, etc., etc. 
On Ht pourtant antréo, il entrera, p. 239, m^mtii antréeign, 
217, à cause de Ve qui précède la terminaison; cf. antréehct, 
vous entrerez, p. 220. On pourrait s'attendre à trouver, au 



Parabole de l'Enfant prodigue. 1 87 

contraire, e vco, il sera (de vcî^o), en deo, il aura (de devo, dcveo, 
deve:^o), et neaho, etc. 

Quelle est l'origine de cette diphtongue ? Le langage de 
Batz fait un grand usage de co pour aiu accentué à la fin des 
mots, et des doublets syntactiques comme dco (accentué) et 
do (non accentué) « deux » ont donné lieu, par analogie, à 
des formations inverses telles que :^o et ~éo « (il) est » {Etude 
sur le dialecte ... de Bat:^, p. 3). Mais dans VHistoer on ne voit 
pas du tout paraître cette prononciation eo pour aw: les plu- 
riels y sont en eu, « deux » se dit dcu (verset 11), etc. D'un 
autre côté, ce sufiixe de futur est le seul cas où l'on puisse 
supposer une diphtongaison de en eo: cf. iiio, là, p. 131, (• 
:^o, qui est, verset 17, ar i dro, autour de lui, v. 22 de notre 
texte, etc. 

Il fout donc avoir recours à l'analogie. Aurait-on imité le 
rapport des deux formes légitimes veo et vo, il sera, en donnant 
par exemple à ivo, il boira, une variante iveo (p. 50)? Ou 
bien IV intercalé vient-il de ce que toutes les autres personnes 
du même temps ont une terminaison commençant par cette 
voyelle (-nV;7^ -ei ; -ehemb, -ehet, -eint)} D'autres explications 
sont encore possibles : voir plus haut, p. 103, 107. 

V. 28. Ne fautai quel debon onet, il ne voulait pas venir. 
Onet est pour vonet, mutation abusive de inonet ; cf. Glossaire 
moy. bret., s. v. ah {Mémoires de la Société de linguistique de Paris, 
VI, 417, 420). 

V. 29. Aveit tout réponse, pour toute réponse. L'adjectif se 
trouve avant son substantif; construction assez fréquente en 
breton moderne, où elle est souvent un gallicisme : ar barhar 
Pharaon, Jraj.Mo., i^t,, ar c'hruel Pharaon, i6^,d'ar vencrabl 
Jacob, Traj. Jac, 107, prudani Joseph / 13 5 ; van. er bur Su~ane, 
B. er .^..494; divin Jésus ! Hisioer, 3 ; fol vanité, pussunius devccr- 
rance (plaisirs empoisonnés), Voy. mist., 105; ur sod incliiut- 
tion, 57; adorable vertu, 73; hé véritable boid.ieur, 59; en ou 
douce captivité, 82; guet ferme confiance, 116; ur j'ust punition, 
29, ur parf et f délité, 151; hur propr iscldat, 94, cf. 51, i prope 
héritage, Histoer, 14 {ou deulegat prope, 16); certantud, cer- 
taines gens, Voy. mist., 57, cf. 42 ; puissant Jupiter ! Jac, 99, 
cf. hor galloudus roue, notre roi puissant, 65 ; e vras madek^, sa 



i88 E. Ernault. 

grande bonté, 105, van. turel ur bras seèl ar er héd, Vcy. 
misL, 129; ag ouvad volante^ de leur bonne volonté, 75, a ou 
vad ha libr volante, 54; dh queah inean! ô chère âme, 123, 
pi. queih tud, ^} ; en distér satisfactioneu-hont , ces légères satis- 
factions, 38, un distér f al vlas, 47, un distériq dioustemant, un 
léger dégoût, 81 ; ^r ureih i^el, en i^el ureih, la Basse-Bretagne, 
Chai, ms, V. vers; ur grac vesten, une courte veste, Sarm., 8, 
excellant Omnis homo! 34, dispar Michel ! (incomparable), 
Serm., 7, karadek brô! aimable pays, Kanaouennou gant Bri- 
:^eux, Paris, chez Duverger, p. 8, Koantik Elen (gentille) 10, 
ar fur Caton (sage), Rimou, anc. éd., 10, ar seul sujet, 31, 
eun hahil architcct, 45, an eiirus ingalite, l'heureuse égalité, 
Tad Gérard, 28, eun enorm cspern, Catechis ar républicann mad, 
1872, p. 24; a hul'l ligne, de haute lignée, G. B. I., I, 170; 
ar rust amser, le mauvais temps, Introduction d'ar vue~ dévot 
(Le Bris, 1710), p. 419; ar fos avielou, les faux évangiles, ./4n 
Aviel, 1819, I, 6, actou ... a :{iffcrant vertu:{iou, 10, nialheurus 
Judée, 209 ; Trugar Jc::^u:i, klouar Mari, Eiinn dibab toniou, 
p. I (cf. 5rt;-;(. Br., 40, col. 2), etc., cf. Rev. Celt., IV, 162. 
De même en moyen breton: diuers, Cathell, 5,11; adiuers 
ha pell broe:(you, de divers et lointains pays, 12. Cï. principal 
barner, J. 163 b; reuseudic hérétiques, B 125;^;? trugar Jésus, 
le miséricordieux Jésus, Gw. (cité par D. Le Pelletier) ; Dict. 
étyni., s. V. antier, ardant, berr, bras, ca:yr, douar, a)~, cren, 
diuin, don, drouc, fall, fais, fidel, fin, foll, glan, goall, goar, 
goe::^, guiryon, hanter, hec, hegar, haual Çjeuelep), hir, holl, mat, 
meur, neue~, fioa::^, seder, seuen, strivant, vaen, etc. 



m. 

Il y a d'autres traductions bretonnes imprimées de V Enfant 
prodigue qui ne sont pas citées par M. Loth ; je connais les 
suivantes : 

1° Morlaix, 1819, dans An Aviel ha meditacio)wu, Tennet 
eus re challec an Abat Duquesne, Gant an Otrou Richard, Person 
Peurit-ar-Roc'h. Tom tri, chez Lédan (p. 294-322); 

2° Brest, 1851, dans Testainant ncve:^ hou Aotrou hag hor 



Parabole de l'Enfant prodigue. 189 

Salvcr Jésus Christ, chez Ed. Anner (p. 140); réimprimé avec 
très peu de changements, Brest, 1870, chez J.-P. Gadreau; 

3" Guingamp, 1853, dans Testamant neve eus bon Otro hac 
hou Salver Jesus-Christ, chez B. JoUivet (p. 174); 

4° Quimperlé, 1858, d:ins Bue~bor Zalver Je~u:^-Krtst great 
gant kom:{ou ar pevar avicler, par l'abbé Henry, chez Guffanti- 
Breton (p. 236); 

5° Londres, 1883, dans Testamant neve~hon Aotrou bag bon 
Zalver Jestis-Cbrist, par G. Le Coat, imprimé par la Trinitarian 
Bible Society (p. 142). La traduction de saint Luc a paru aussi 
séparément, avec la même pagination, en deux éditions, dont 
l'une porte le français en regard. 

Voici quelques remarques sur ces textes. 

Le n° I traduit « l'Enfant prodigue » par ar Mab Prodig ; 
le n° 3 par eur buguel prodig ; le n° 4 par ar niap tre:{er, ar 
map prodig, p. 239, ar map tre:;enner, p, 417; le P, Grégoire 
donne armapprodicq. Le Gonidec ar uiab giuaU-'::jspiher, Méiii. 
deVAcad. celt., II, 118, cf, 126. 

Verset 18 : da gaout (j'irai) trouver (mon père), n° i et n° 2 
(185 1), dagaoud, n° 2 (1870), da gaout, n°' 3, 5; da gavout, 
n"4; = de gavct, haut vannetais (^Ann. de Bret., IV, 104). 
En petit Tréguier ces mots ont deux prononciations distinctes. 
Lorsque la signification propre de trouver ou atteindre, avoir, 
est assez sensible, comme ici, on dit de gavcd, de gâd; mais 
quand le sens primitif s'est atténué, au point de donner une 
simple préposition de mouvement, on n'entend jamais le / ou 
d final, ni le v, et la contraction de ae se fait en é et non en 
â : xelled de gé kroec'b, regardez vers en haut ; cf, biskoa:(^ mann 
na deua:^ ken eu:( be drouk d'be gae, litt, « jamais rien (la 
moindre attaque) de son mal ne vint plus à lui (le trouver) », 
Bue sant Ervoan, Tréguier, 1867, p. 77, 

Des doublets de même genre sont: tréc. uutt, bien, ma! eh 
bien! van. bama, eh bien = ba ma{f); pet. Trég. eun dén, 
un homme, 'n en, on, quelqu'un : pë ve 'n en, quand on est. 

V, 32, en em iéat, se réjouir, n° 5 ; dérivé de ye, gye, ge, gai; 
cf. carguet a yeoni , plein de gaieté, Avanturiou un denyaouanq, 
Morlaix, chez Lédan, e traon ruar Fur, p. 9. C'est probablement 
cette prononciation gy pour g, qui empêche la mutation dans 



190 E. Ernault. 

re ge, trop gai, G. B. L, I, 368, 374, 376. Cf. icol, herbe, 
de geot, ieuu, marais, de gciin, etc. 



IV. 

Le Gonidec a publié une version de V Enfant prodigue en léo- 
nais, avec explication mot-à-mot et traduction française, dans 
les Mémoires de V Académie celtique, II, 1 18-124, pour répondre 
au désir que lui exprimait le Ministre de l'intérieur, Cretet, 
par lettre du 26 janvier 1808 (imprimée ibid., p. 125). En 
1827 a paru Testaniant neve~ bon Aotrou Jé:;jt:^-Krist, du même 
auteur, à Angoulême, chez F. Trémeau; la parabole (p. 102- 
103) y présente quelques divergences : mots changés, accents 
différents, - pour s finale, etc. 

L'un de ces changements est à noter : va digémérid, re- 
cevez-moi, verset 19, est devenu va -igémer, reçois-moi, avec 
une mutation de d en ~ contraire aux règles posées par l'auteur 
lui-même dans sa Grammaire, Paris, 1807, p. 22. 

L'abus qui consiste à traiter le d comme un t, après les 
mots qui produisent l'aspiration d'une initiale forte, est par- 
faitement réel; je l'ai constaté à Tressignaux, en Goello, où 
l'on dit, par exemple, tnë ~orn, ma main. Cf. va ~orn, Moys., 
149, pi. va :^aoiiarn, 276; va :Jouscouarn, mes oreilles, 294; 
va ~aou vah, mes deux fils, Jac, 82 ; va :;jsohoissançou, mes dés- 
obéissances. An Avicl, 1819, I, 237; ma ::^cl]}ct, (il) m'(a) 
tenu, Quiquer, 1690, p. 124; ho ~cluv, qui les mangera, ho 
:^ivreïno, qui les « dépourrira », G. B. I.,\, 426, etc. De même 
pour la gutturale : va c'hcnou, ma bouche, Jac, 132, mac'hour- 
c'he)neno, mes compliments, G. B. L, I, 542; on dit à Tré- 
vérec, en petit Tréguier, ;;/('' c'haïur, ma chèvre, /;/ c'haivr (et 
/;/ gaun-), sa chèvre à elle, c'Jnnvr (et gazvr^ leur chèvre 
(on dit toujours më griueh, ma femme, mëgar, ma jambe). 

En 1866 (et non 1868, comme l'indique M. Loth) a paru 
à Saint-Brieuc la traduction complète de la Bible par Le Go- 
nidec, revue par Troude et Milin. C'est de cette édition que 
M. Loth a extrait la parabole de V Enfant prodigue. Elle ne dif- 
fère de la précédente que par des détails d'orthographe (vers. 13, 



Parabole de l'Enfant prodigue 1 9 1 

lé, 21, 28), sauf deux mots changés, vers. 17 et 30. Fa :^i- 
gémer y est resté, bien que la reproduction de M. Loth porte 
va digémer. 

Nous avons parlé de la traduction trécoroise de Le Brigant 
(1779), dont la rédaction revue par Le Gonidec (1808) a été 
reproduite par M. Loth. Le Gonidec a fait disparaître presque 
toutes les particularités de la version primitive signalées plus 
haut (§ I). 

Deux autres versions citées par M. Loth se trouvent Revue 
Celtique, III, 48 et suiv., cf. 59 (vannetais de Sarzeau et de 
Saint-Gildas), et III, 230-231 (dialecte de Batz, Loire-Infé- 
rieure). 

1° Vers. 20, el ma oai anou ... piall, comme il était ... 
loin; koU'd oai anou, il était perdu, 24, 32, cf. a p'en duai 
anou chairrët, quand il eut rassemblé (13), p. 59, labour ket 
anei, elle ne travaille pas, etc., p. 59. Ce pronom explétif n'est 
pas absolument propre au dialecte de Vannes : on lit ne xaleas 
quct ane:^i d'eu cm laçât en ur goucnt, elle ne tarda pas à se 
mettre dans un couvent, 5«<?~ ar scent . . . lequet e bre::^onec gant 
an Auirou Messir Clauda-Guillou Marigo, Person eus a barres 
Bcu~ec-Conq, Saint-Brieuc, chez Prud'homme, 1841, p. 127; 
ne ^aleas quet ane:yi goude-se da labourât, elle ne tarda pas ensuite 
à travailler, p. 57e. Dans l'édition vannetaise Bubé er sant. 
Vannes, chez Galles, 1839, les deux passages correspondants, 
p. 160 et 633, portent simplement ne dardas quet, elle ne 
tarda pas, mais il y a n'cllé quet nehou bout, il ne pouvait être 
(plus sévère), p. GG, ne selle quet nehi doh, elle ne regarde pas 
au (privilège), p. 75, etc. 

2° Vers. 14. Em-pa-chei hlcîï = sans le sou, cf. Rev. Celt., 
VIII, 527. — Vers. 17, voir plus haut, § i. 

Vers. 21. Dirag Douhe « devant le ciel », littéralement « de- 
vant Dieu ». Parmi les lacunes remarquables du vocabulaire 
usité dans ce langage spécial, se trouvent les mots « ciel » 
qu'on remplace par « paradis », paradoueis, f., et « arbre », 
qu'on emprunte au français : arbre, pi. arbréo. 

Vers. 23. El un de bane:{eo = comme un jour de noces; de 
*banve~ou, plur. de banves, en léon. « banquet » (Le Gonidec, 
i""^ version, vers. 23, 29, 32; banve:;^ dans les deux autres). Cf. 



ic)2 E. Ernault. 

Etude sur le dial. de B., i6, Rev. Cclt., VII, 309. S'il sub- 
sistait quelque doute sur cette étymologie, il serait levé par 
les passages suivants : en overen haneue:^, à la messe de ma- 
riage, Science er salvedigueah, ... coinposct dré ur person a escopti 
Guénet, Vannes, chez la veuve Bizette, ar el Liceu, 1821, 
p. 262; ér chervat ba7teue~, dans le festin de noces; érbanhue- 
~ieu, dans les noces, ibid. On voit par là qu'en vannetais 
banves « banquet » a pris le sens spécial de « banquet de noces » 
puis simplement de « noces », et que bane:^eo est certai- 
nement un des mots qui ont perdu un v. Inversement, 
on dit en français « faire la noce » pour « foire bombance » 
en général. 

Vers. 27. Mid er goas, dit le serviteur, mid en tat, dit le 
père, 3 1 ; cf. e met er prophète, dit le prophète, e met en dein, 
dit l'homme, Science er s.,y>- xxxvii ; Et. sur le d. de B., 17, 18. 

Les huit versions nouvelles données par M. Loth sont: 
1° en dialecte de Léon (Landerneau) ; 2° en dialecte de Tré- 
guier (pays de Goello) ; 3° en haut cornouaillais (Le Faouët); 
4" en cornouaillais du nord-est (Berrien); 5" en bas-vannetais 
(Guémené-sur-Scorff) ; 6° en haut-vannetais (îles de Houat et 
Hédic); 7" dans le sous-dialecte de l'île de Groix; et 8° en 
breton de Belle-Ile (Locmaria). 

jo Verset 20. Dioc'honnlah (il eut pitié) de lui. Ce mot 
contient deux fois la préposition oc'h, ou~, cf. oc'h outho, à eux, 
Rev. Celt., IV, 468. Quant à Vn, il se trouve aussi dans 
evintan, pour lui, à Morlaix, etc. (évîhtah, 4°, vers. 30). 

2° Vers. 14. E un génies, une famine. Je pense que eu)i est 
une faute d'impression pour eur. 

Vers. 15. En im lakad ... i'n gôp := litt. « se mettre en 
gage » et v. 17, /' n îi me ~dd « dans maison mon père »; il 
faudrait donc écrire in en un mot. 

3" Vers. 28. Ne vénèket taon, il ne voulait pas, cf. 5° et 7°, 
litt. « il ne voulait pas à lui », avec « il » impersonnel. C'est 
un mélange analogique des deux expressions ne véné ket, 8°, 
cf. 6°, = « il ne voulait pas », avec « il » personnel, et ne 
fêlé két daon, 4", cf. 1° et 2°, litt. « il ne fliUait pas à lui ». 
Une autre combinaison possible consistait à dire, inversement, 
nef elle ket « il ne fallait pas » dans le sens personnel de « il 



Parabole de l'Enfant prodigue. 1 9 j 

ne voulait pas », et on n'y a pas manqué. Cf. Rev. Cclt., IX, 
266, ti Etudes hnt., VII, 2^^ article. 

4° Vers. 21. Le mot éna doit être de trop. 

5° Vers. 24, 29, 32. Cheto, voilà. La p. 465 delà Cbrcsto- 
mathie explique ce mot par sclld-ho « voyez-les », « les voilà ». 
Mais cheto ne veut même pas dire « le voilà » ; d'ailleurs on 
attendrait chetè, cf. anehè, d'eux, etrédè, entre eux, v. 12. Je 
crois que cheto vient de chetë = chetii. Uë très bref de chetë, en 
petit ■ Tréguier, est bien près d'un 0. On entend de même, en 
bas Léon et en basse Cornouaille, neu^o, alors, pet. Trég. 
neu:(ë, new^, de neu:^e; en pet. Trég. bromon, maintenant, de 
hrëmarï, hremah; en Trég. melon, jaune, blond, de iiielën, lue- 
kn. Cf. on, un, de eun, un, dans le même dialecte que cheto, 
de chetu, v. ir, 13 ^ La note de la p. 81 de la Chrest. me 
semble poser inexactement les conditions de ce fait phonétique, 
et joindre à tort le haut cornouaillaisj!)0/)^ chaque (vieux bret. 
pop, Rev. Celt., IX, 419) et le trécorois komcret, prenez (moy. 
bret. compret, prendre). 

Il y a une lacune au vers. 29. 

6° Vers. 18. Ne oan ket, je ne suis pas. Oan correspond ici 
en léonais à oun et non à venn. C'est d'une forme analogue 
nën usitée à Auray, que je parlais dans le passage critiqué, Rev. 
Celt., VI, 510. 

Les versets 19, 20 et 21 manquent à cette version et aux 
deux suivantes. Celui qui est marqué 19 au n° 6 est en réa- 
lité le 22'^. Au n° 8 les versets 19 à 28 devraient être comptés 
22 à 32. — Voir plus loin mon article sur la Cbrestoin. bret. 



V. 

J'ai essayé de rendre cette parabole en breton moyen à cause 
de l'intérêt que peut présenter le résultat de ce travail, comme 
point de comparaison avec les dialectes modernes. Je suis l'or- 
thographe la plus commune au x\ '•-xvi'' siècle, et donne en 
note les variantes les plus importantes. Toutes les formes se 

I. Erro, arrivé, rime en 0, Récit varhiie^... Napoléon, 183 1, chez Lédan, 
p. 8, pour erru. 

Revue Celtique, XI. 13 



tÇ)4 K- Ernault. 

lisent avec références dans mon Diciionnaire étymologique, 
sauf celles entre parenthèses, dont le radical seulement se 
trouve dans cet ouvrage. La restitution des terminaisons ne 
donne lieu, d'ailleurs, à aucune difficulté. 



AN iMAP^ PRODIC^. 

11. Un den en deuoa 5 dou4 map. 

12. Hac an^ (youancaff) a lauaras de tat: Ma tat, reit*^ diff 
an lot gloat a die coezaff diff. Hac eff a (rannas) e madou 
entreze". 

13. Ha da penn nebeut dezyou^, an map youanc goude e 
bout dastumet e oll danuez9a yez dun bro pell hac eno ez 
(fritas ^°) e cheuancc o beuaff en lichezry ^^ 

14. Ha pen deuoe^- dispingnet c oll moyen, ez hoarvoe un 
quernez^^ bras ^4 abarz^> en bro liont, hac cfF a dezrouas ezo- 
mecat. 

15. Ha monet a gueure^'' den em lacat enseruigun den an 
bro se, peheny e caccas dun ty oar an maes da miret an 
moch. 

16. Hac etfa (carse) leunyaff^" e coft'gant an (plusq) a (de- 
bre) an moch, hoguen den en bet '^^ no (roe) dezaff. 

17. En diuez pan em soungas ez lauaras ennhatf e unan : 
Peguement a (goestloueryen) so en ty ma tat père o deuez 
bara do goalch, ha me so aman oz meruell gant an naffii! 

18. Seuell a riiî^9 ha monet dauet ma tat, ha me a lauaro 
dezatF: Ma tat, (pechct) cm eux a enep dan netf hac ouz enep. 

19. Ne (dellezaft"-°) quet bout-^ galuct quen oz-- map; ma 
(quemeret) euel unan oz seruigeuryen. 

20. Hac ez sauas ; hac ez aez dauet e tat. Hoguen pan edoa 
hoaz pell, e tat e guelas hac en deuoe truez outaff; hac en un 
redec ez (lammas) de gouzouc hac ez (poquas) dezaff. 



Variantes: i buguel. — 2 relarg. — 3 defîoa, doa — 4 daou. — 5 Hac 
en; han. ^ 6 roit. — 7 (cntrezo) — 8 dezyaou; (dezuezyou) — 9 dan- 
fuez, daffnez — 10 (teuzas) — 11 paillardiez. — 12 "dcffoue, doe — 
13 naounder — 14 meur — 15 ebarz. — 16 guereu, gueureu. — 17 car- 
gafF. — 18 hoguen gour. — 19 grifF, gruif. — 20 (meritaff), (diseruigaft). 
— o.T bezaff — 22 hoz, houz, oz, ouz, ho. 



Parabole de l'Enfant prodigue. 195 

2 1 . Hac e map a lauaras dezaff : Ma tat, (pechet) em eux 
a enep dan neff hac ouz enep, ne (dellezaff) quet bout galuet 
quen oz map. 

22. Hoguen an tat a lauaras de meuelou : (Digaczet) buan 
e sae quentaff ha (guisquit) y^ dezaff; ha lequet^ un goalenn^ 
oar e bes-^ ha botou en e treit. 

23. (Digaczet) iuez5 an lue (lart*^), ha (lazet) aff; (de- 
bromp) ha grueomp' banves. 

24. Rac^ an map man dift a ioa maru, hac ezeu daczor- 
chet; collet edoa, ha caffet eu. Hac o em lequesont dober cher 
mat. 

25. Hoguen an map henaff a ioa en maesou ; a pan (dis- 
troas) ha bezaff tost dan ty, ez cleuas an can han coroll. 

26. Hac ez (galuas) unan an meuelou, ha goulenn outaff 
petra voa deze9 ober se. 

27. Heman a (respontas) dezaff: Oz breuzr a so deut ^° dan 
kaer, hac oz tat en deuz" groaet^- lazaff an lue (lart) dre mazeu 
(retornet) yach ha salu. 

28. Oarse ez deuz den em colery ^5, ha ne deuruihe quet 
antren. Hoguen e tat a yez en maes hac en em laças de pidiff. 

29. Ha hennez en un respont a lauaras de tat: Meur a bloaz 
so aba edoff endan hoz damany, ha biscoaz nemeux (torret) 
hoz gourchemennou, ha nepret noz eux roet diff un menn den 
em louenhat gant ma mignonet. 

30. Hoguen quen tiz mazeu deut an map man deoch^4, pe- 
heny en deux debret e danuez gant mcrchet flill, oz eux lazet 
an lue (lart) euit haff. 

31. Hac an tat a lauaras dezaff : Ma map, huy a uez bepret 
gueneff, haquement ameux a so deoch huy. 

32. Hoguen ret e oa ober banves hac on em reiouissaff, 
rac an breuzr man deoch a ioa maru, hac ez eu daczorchet, 
collet edoa, ha caffet eu. 



Variantes: i aff; sae était des deux genres. — 2 lyquit — 3 besou — 
4 bis — 5 euez — 6 Ce mot ne se trouve que comme substantif, v du lard »; 
mais il y a son dérivé lardaff', engraisser. — 7 greomp, gruemp -^ 8 Er ; 
dre mazoa an map man diff. — 9 dezo — 10 deuet, duet — 11 deueux 
— 12 graet, great, gret, gruet, groat. — 13 J'emprunte cette expression 
au Glossaire nioven-breton. — 14 dich, dech. 



196 È. Érnautt. 

Verset 13. Eno, là (où il est), sans mouvement, léon. eno, 
van. iiiou: bccd inou, jusque-là, Voy. mist., 126, peèl dohinou, 
loin de là, 91, a-inou, delà, d'i}wu, là (avec mouvement), l'A.; 
tréc. eîie (rime à mené), Traj. Moyses, 255, cf. /;/;•/(', aujour- 
d'hui, ane:^e, eux, ibid., = léon. hi':^io, ane~o; tréc. achane, de 
là, léon. ac'hano (moy. br. ahane, ahano; aiie^e, ane:(o; de:(e et 
de:{0, à eux, etc.). Eno veut dire proprement « dans lui, dans 
cela », van. enou, cf. van. dehou, à lui, comique dotho, etc., 
voir Dict. étym., v. ane:(of, de lui, et Loth, Rev. Celt., IX, 361; 
pihiie-benac e gare en danger e hum golloii éii-ou, celui qui aime 
le danger y périra, Bube er s., 260 (i. e. « dans lui », et non 
« là »). 

V. 15. Monet a gueure, il alla, tréc. monet a eure: cf. guervel 
a euré, il appela, verset 26, respond a eure, il répondit, ver- 
set 29, etc., dans le Testamant neve, Guingamp, 1853. 

V. 31. Euit baff, pour lui. Je crois qu'il y a en breton 
moyen deux mots différents : 1° eguet, que, après un compa- 
ratif, léon. egct, = comique âges, agis, et 2° euit, pour, léon. 
evit, ■= comique aiuos, atues. Le second, euit, s'emploie quel- 
quefois en moyen breton à la place du premier, eguet, comme 
cela arrive encore au trécorois eiuit, luit et au vannetais aveit, 
eit; mais l'échange inverse n'a point heu. Le moyen breton 
eguit, mélange de eguet et de euit, se trouve dans les deux sens; 
il est étranger au breton moderne. 



VL 

En dehors des traductions proprement dites, il y a en bre- 
ton, à ma connaissance, deux cantiques et deux pièces drama- 
tiques sur l'Enfant prodigue. 

Le premier cantique se trouve dans les Heuryou de Le Bris 
(approbation de 1724; permission d'imprimer de 1775), p. 135- 
137. Le pécheur repentant s'applique par ahégorie les princi- 
pales circonstances de la parabole évangélique, en s'arrètant 
après le verset 24. Dans les Heuriou Brexpnec, Saint-Brieuc, 
chez Prud'homme, 1856, le texte est reproduit aux mêmes 
pages, sans changement notable. 



Parabole de l'Enfant prodigue. 1 97 

Dans l'intervalle avait paru le livre de l'abbé Henry, Kana- 
OHcniiou sautcl , chez Prud'homme, 1842, qui contient le 
même cantique, p. 108-110, avec beaucoup de changements 
orthographiques et quelques autres. L'air est indiqué ainsi : 
« Ton : Evit digant Doue, 41 », par le commencement du 
cantique, et ne sert que pour celui-là (il est noté p. 25 deEunn 
dibab touiou, chez Prud'homme, 1842); les Heures de Le Bris 
portent : « Var an ton : Brei~-I~el, mam ar saut (air différent 
et commun à deux autres cantiques des Kanaouennoti ; noté 
p. 27, 28 du Dibab, n" 46), La nouvelle édition du recueil de 
l'abbé Henry, Kantikou, Quimperlé, 1865, ne contient plus 
le cantique de Le Bris, et n'indique pour aucun l'air n° 41, 
tandis que l'air 46 reste employé. 

Voici les deux premiers vers de la 4" strophe : ve:^a fouil- 
le~et Va oll vad erguisse, « ayant dissipé tout mon bien ainsi » 
(Heuryou) ; les Heuriou de 1856 ont erguisse; et les Kanaouen- 
nou, O ve~a founilhet Va oU vad er ghi~-se. 

Le mot fouiUc:^et « dissipé » veut dire proprement « ef- 
feuillé » ; ci.fouiUe:^et « plein de feuilles y), foille::tr « effeuilleur, 
lat. frondator », C h, s. v. delyenn. Ne le connaissant pas, 
l'abbé Henry l'a remplacé par un autre, qui lui-même lui a 
semblé avoir besoin d'explication, car dans le petit glossaire 
de termes peu connus qui précède son recueil, il donne : 
« fouuilha. Entonner, dissiper » (p. iv). Le P. Grégoire ne 
cite foiinilla, foulina, entonner, qu'avec le sens propre de 
« verser avec un entonnoir i->,fou}iill, fou! in (== bas lat. *fuii- 
diculiini, pour (in)fu}idibiiJuni, cf. gascon hounilh, etc.), mais 
des figures de ce genre sont familières aux Bretons : tn'~er, pi. 
ou « entonnoir », et aussi « celui qui entonne des bouteilles 
de vin », c'est-à-dire qui boit « beaucoup et goulûment », 
tre~er, pi. cd, prodigue, Grég. Qre~er, prodigue, P. Maunoir), 
= moy. bret. trac:^cr « couloire », d'un bas lat. * tracta r- 
(pour trajectoriuui) d'où aussi l'allemand trichter, anciennement 
trabter (cf. trci~er, entonnoir, Pel., ire:(^a, prodiguer Mau., 
Grég., moy. bret. trei:^i, faire passer, faire faire un trajet en ba- 
teau, van. tréhein, tréhatt^UK., = *trajectare'). De mèmeaolier 
veut dire « un entonnoir » et « un ivrogne » (en Cornouail- 
lais, Twuào), \:in. avouillétte, m. entonnoir, L'A., de avouil- 



198 E. Ernault. 

/aw^ remplir un tonneau... qui a diminué, en français de hrt- 
t3.gne avouiller, L'A., v. franc, aeullier « remplir un tonneau 
jusqu'à l'œil ou bondon », Du Gange, = b. lat. *adoc'lare. 

La parabole de l'Enfant prodigue a été aussi mise en vers 
bretons, sous ce titre: Cantic ar hitguel prodi^ ... var ton ar 
Fais Phividic, chez Lédan, rue ar Pave, 8 pages. Ce cantique 
ne comprend pas la fin de la parabole depuis le verset 25 ; en 
revanche, il contient des détails pittoresques qui ne sont pas 
paroles d'Evangile. En voici un couplet : « C'était un jeune 
homme qui ne s'inquiétait point d'où lui venait le bien, quand 
il ne le gagnait pas : l'argent se dissipait en ses mains comme 
la grêle ou comme la rosée du mois de mai ; il faisait bonne 
chère, il jouait » (p. 2). Ses parents étaient chrétiens, et 
« priaient chaque jour pour lui Jésus et sa mère Marie ». 

Le rôle du père n'est plus si débonnaire que dans l'original : 
son fils lui demande pour la première fois sa portion d'héritage, 
à l'âge de quinze ans, et il ne l'obtient que quand il en a vingt- 
cinq (p. 2, 3). Le contraste est plus frappant encore dans la 
scène du retour. L'enfmt prodigue arrivé devant la maison 
paternelle prie Dieu de lui donner le courage de se présenter à 
son père, puis il entre et s'humilie devant lui, qui est loin 
d'aller à sa rencontre pour l'embrasser, de confiance, comme 
dans l'Evangile. 

Le fils a, du reste, sur la conscience, quelque chose de plus 
que son prototype. Après avoir reçu « trente mille écus en or 
fin et en argent, bien comptés, dans une boursée », et les 
avoir dissipés à l'auberge, chassé de là à coups de bâton, il 
était revenu chez son père, qui l'avait logé une nuit par cha- 
rité, sans le reconnaître, et il était parti la nuit en emportant 
« les plus beaux vases d'or et d'argent » dont il devait manger 
et boire le prix, à la même auberge ! 

Ce second cantique, dont le premier vers est : Enicnlit oll 
Breionet, bac e clêjot cana, n'est pas inconnu du peuple, j'en ai 
entendu des fragments de la bouche de personnes illettrées. 
On colporte aussi en Bretagne un cantique français sur l'En- 
fant prodigue, avec gravure coloriée représentant son retour 
à la maison paternelle (chez Pellerin, Imagerie d'Epinal, n°4); 
il est sur l'air : Un jour le berger Tyrcis, et commence ainsi : 



Parabole de l'Enfant prodigue. 19c) 

« Je suis enfin résolu ». Les versets 25 et suiv. du texte sacré 
n'y sont pas rendus. Mais il ne présente aucune des autres 
particularités signalées dans le second cantique breton. 

Le ms. celtique 19 de la Bibliothèque nationale renferme 
une Trajcdienar inap prodic ; on lit à la fin qu'il a été « corrigé » 
par François Derrien de Guerlesquin, arrondissement de Mor- 
laix, en janvier 181 5. Une note ajoutée au f° 3 porte : « Pièce 
jouée en l'an 1836 et 1837 », Les vers sont en général de 
douze syllabes. Voici un court résumé de cette pièce, qui a 
douze personnages. 

F° 4, premier prologue, pour demander Tindulgence aux 
auditeurs, surtout aux hommes de loi; f° 5 v°, un berger ra- 
conte en gros à une demoiselle l'histoire qu'elle va voir repré- 
senter. 

F° 8. Acte i"''. Trois donzelles engagent le fils prodigue à 
demander son argent à son père. Il prend un domestique qui, 
après avoir hasardé quelques avis timides, est prêt à le suivre. 
F" II. Louis, le prodigue, réclame insolemment son bien, et 
menace d'avoir recours à la justice. « Il a 22 ans, il veut s'amu- 
ser; trois jeunes femmes l'attendent cette nuit même ». Le 
père lui montre sa mère en pleurs, qui le supplie à son tour; 
elle lui parle d'un mariage projeté avec une voisine. Louis 
répond : « Que mon frère la prenne ! » et il adresse des in- 
jures à ce frère. Enfin il reçoit trente mille écus marqués, et 
part. 

F° 14. 2*^ acte. Louis fait bombance avec les trois filles dans 
une auberge où ils boivent du vin de Bordeaux, du café, etc. 
Puis, voulant aller à la chasse, il prend un fusil à deux coups, 
de la poudre et du plomb ; il dédaigne d'emporter ses clefs 
comme le lui conseillait le domestique. Ils partent tous deux. 
Accablés de fatigue, ils reçoivent l'hospitalité dans un château. 
Ensuite, ayant soif, le prodigue voit une fontaine se dessé- 
cher à son approche ; « effet de la malédiction paternelle ! » 
s'écrie son valet. 

F° 10 \°. 'y^ acte. Louis n'avait pas voulu emporter ses clefs 
ni mettre son argent dans un cabinet proposé par l'hôtesse; 
les filles s'entendent avec celle-ci pour le voler. Elle lui pré- 
sente un compte d'apothicaire. Le domestique se récrie : 



200 E. Ernault. 

« Trente mille écus mangés en huit jours avec quatre fem- 
mes ! » Le prodigue ne veut pas que son valet parle mal de ces 
filles. « Viens, dit-il, chez mon père, nous y trouverons de 
l'argent ». F° 20. « Aveugle que vous êtes, reprend le domes- 
sique, vous n'aurez pas de repos qu'elles ne vous aient battu ! » 
L'hôtesse, voyant Louis las et faible,, lui fait, par compassion, 
préparer un souper pour lequel « elle ne lui demande rien ». 
Le malheureux les remercie. « M'est avis, dit le valet, que 
vous avez bien sujet de vous montrer leur obligé, pour la 
charité qu'elles vous font avec votre argent! » 

Ils s'en vont la nuit chez le père. Ne pouvant trouver les 
clefs de l'armoire où est l'argent en espèces, archant gret, Louis 
veut prendre l'argenterie. Mais son domestique a peur de la 
prison; le prodigue le fiit aller au grenier « où il y a du blé 
dont personne ne sait le compte ». Le valet se met à emporter 
des sacs jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus, et qu'il demande 
grâce. Le prodigue voudrait pouvoir tout prendre, a quand 
son père devrait aller chercher son pain ». Son compHce 
est « près de s'évanouir en entendant de pareilles raisons », 
et lui reproche d'être un fils dénaturé. Ils retournent à l'au- 
berge. 

F° 22. Les trois filles jouent aux cartes avec le domestique, 
à condition que celui qui verrait son adversaire tricher gagne- 
rait la partie ; mais cette convention se retournant contre elles, 
elles jettent les hauts cris. Le prodigue entre au bruit et 
blâme son valet de faire affront à des personnes si honorables. 
F° 23. Alors celui-ci en a assez; il demande ses gages, et 
quitte son maître, non sans lui prédire la ruine. F° 23, v°. 
Nouveaux comptes d'apothicaire de l'hôtesse : Louis a épuisé 
le produit de son vol. « Coquines! s'écrie-t-il, si vous ne me 
gardez pas huit jours, j'irai vous dénoncer comme voleuses ! » 
On le dépouille de ses habits, et on le menace de l'échauder 
s'il ne s'éloigne. Alors il reconnaît que les prédictions de son 
père sont accomplies, et maudit mille fois les drôlesses. 

Un fermier à qui il demande de l'ouvrage le traite de déser- 
teur et de mauvais sujet, puis consent enfin à l'emplover « à 
défendre les pourceaux des loups ». 

F° 26. 4^ acte. Manasscs et Neptany s'entretiennent de la 



Parabole de l'Enfant prodigue. 201 

mésaventure du prodigue. Ils vont chasser les cerfs et les per- 
drix, et se flattent de lui faire envie. 

F° 29. 5" acte. Le prodigue est avec ses pourceaux. Il fait 
de sérieuses réflexions et prie le Sauveur et la Vierge Marie. 
Il arrive à la porte de son père et lui parle. « Vous me l'aviez 
bien dit ! » Il demande pardon aussi à son frère et à toute la 
famille. F° 32. Son frère lui pardonne en pleurant, et lui pro- 
pose spontanément de faire un nouveau partage égal des biens 
paternels. Il ne le laisse pas prosterné à ses genoux, mais le 
relève et l'embrasse. F° 33. « Le dernier prologue », ar prolog 
divea. 

Il y a dans cette tragédie quelques expressions mytholo- 
giques ; il y est question de Bacchus, de Cupidon, de Vénus 
et d'Iris. Le vol nocturne dans un grenier peut être une rémi- 
niscence d'un épisode semblable de la Vie de saint GwenoU, 
lequel remonte au moyen âge, cf. D. Le Pelletier, s, v. cit, 
grignol. Le miracle de la fontaine rappelle des prodiges en 
sens contraire opérés par saint Devy et sainte Barbe, dans 
deux autres mystères en moyen breton. Enfin il y a aussi une 
scène de chasseurs dans la Vie de sainte Nonne, et une partie 
de cartes dans Saint Gwennolé (éd. Luzel, p. 184 et suiv.). 

Selon une remarque de Ch. Nisard, appuyée par M. Petit 
de Julleville, les cantiques populaires peuvent être considérés 
comme des débris de l'ancien théâtre religieux. L'Histoire de 
la vie de sainte Barbe présente un exemple breton de ce fait (cf. 
l'Introduction de mon édition du mystère, p. iv-v) ; nous en 
trouvons ici un nouveau. Le second cantique analysé plus 
haut contient des éléments communs au drame populaire : 
somme de 30,000 écus, retour à la même auberge, et d'autres 
de nature semblable, quoique présentés différemment. Le 
cantique le fait dépouiller de ses vêtements et frapper au pre- 
mier voyage à l'auberge, et la tragédie au second, ce qui est 
plus conforme à la vraisemblance dramatique. En revanche, je 
croirais volontiers que le cantique a suivi une version plus 
ancienne que notre ms., en parlant de l'hospitalité donnée au 
prodigue chez son père, et non dans le château d'un étranger, 
et en le faisant accomplir, et non pas seulement projeter le 
vol de l'argenterie. Il semble que Voltaire ait eu connais- 



202 E. Ernault. 

sance de ce dernier trait; car on lit dans sa comédie L'Enfant 
prodif^ue, acte I, scène i : 

Te souvient-il... 

Qu'il te vola... 

Chevaux, habits, linge, meubles, vaisselle. 

Pour équiper la petite Jourdain, 

Qui le quitta le lendemain matin? 

La deuxième tragédie dont il reste à parler a été imprimée 
à Landerneau, en 1883, sous ce titre : Istor ar mah prodic 
(viii-88 p.); l'auteur n'a signé que des initiales B., recteur 
de L. Il a soigneusement observé les trois unités, qui se trou- 
vent même expliquées, p. v. Il y a huit personnages; les vers 
sont des alexandrins. La p. vu contient un résumé de l'action. 
La scène de cette pièce en trois actes se passe dans un bois; 
elle commence naturellement le jour du retour, ce qui force 
à mettre tout ce qui s'est passé précédemment sous forme de 
récits rétrospectifs à des confidents. Il est permis de douter 
que l'intérêt v ait oraorné. 

Quelques traits seulement du drame populaire se sont infil- 
trés dans cette œuvre savante. Deux personnages, dont l'un 
s'appelle encore Manassez, vont chasser la perdrix, p. 24; le 
dénouement, p. 87, est assez conforme au précédent, si ce 
n'est que le rôle du fils aîné est rendu moins sympathique, 
comme dans le texte sacré. La couleur générale est plus bre- 
tonne que biblique, sauf les noms; il est question du « chariot 
de la Mort », p. 26. L'auteur n'a pas voulu laisser à ses chas- 
seurs leurs fusils, et il n'a pas osé les munir d'engins plus ar- 
chaïques, de sorte qu'ils ont un peu l'air de ce personnage de 
la chanson qui « chasse aux oiseaux sans poudre et même 
sans gluaus ». 

Les parties pathétiques ont souvent un accent plein de cha- 
leur et de sincérité; la langue est bonne, sans exagération de 
purisme. 

E. Ernault. 



MÉLANGES 



NOTES SUR QUELQUES GLOSES GALLOISES. 

Les gloses galloises dans le fragment « De mensuris et 
ponderibus quaedam » (Gramm. celt.-, p. 1060) sont, en 
grande partie, restées obscures aux auteurs de la Grammatica 
aussi bien qu'à M. Loth (dans son Focabulaire vieux-breton^. 
Peut-être puis-je éclaircir quelques passages inexpliqués ou 
mal expliqués. 

Dans la première section du texte les gloses sont un peu 
en désordre. Ainsi ki glose de la i'' ligne : /;/'/// tri pimp « il 
y a trois (fois) cinq (onces) » est une correction de la glose 
de la première : îr tri .11., insérée dans le texte: « III .u. in 
libra mellis ». Les trois gloses séparées: i. îréân cânt mél, À. 
is XXX hà guorennh'u^, is trimuceinî hestaiir mel verbi gratta 
devraient se suivre; elles se rapportent toutes les trois au 
texte: seiuper scx .u. in sextario À. hi héstàur mél « il y a 
toujours six fois cinq (onces) dans un sextarius de miel ». Le 
glossateur trouve ce nombre de trente (onces) peu exact ; il 
dit : « (dans un sextarius il y a) le tiers de cent (onces) de 
miel; cela fait trente et des fractions (3 3 1/3); un sextarius àt 
miel n'est donc qu'à peu près (verhi gratia^ trente (onces) ». 



I. Le mot or iiotig a après « qui est ajouté à cette glose pourrait indiquer 
que le reste suit plus bas. 



204 Mélanges. 

Les mots que ces gloses contiennent ont toujours été bien 
compris, excepté trcan que M. Loth (p. 223) croit tiré de triens. 
C'est l'irl, triait, gall. mod. traian tracaii « tiers », cp. irl. 
iani « fer » v.-gall. hcani, gall. mod. haiani haemiiK Ce 
changement de / devant a en e, plus tard en ai ac, n'a eu lieu 
que dans la syllabe accentuée; l'f atone s'est conservé dans le 
gall. mod. iriauu « diviser en trois parties ;;. 

Le glossateur gallois n'est donc pas toujours d'accord avec 
l'auteur latin. Cette différence d'opinion est encore plus 
accentuée dans les deux sections qui suivent. Voici le texte de 
la première : 

Pondeus idem est et depondeus .i. duo semper et semis et 
inde pondeo^ fiunt. Notandum, cum Lucas dicit « nonne .u. 
passeres depondeo veniunt », unusquisque passer obello com- 
paratur. Nec huic Matheus contradicit dicendo « nonne duo 
passeres ab asse veniunt ». As enim unus scrip. est, qui 
dualiter divisus bis obellum redit; quibus duobus obellis .IL 
passeres comparantur. Dou punt pctguar hanther scribl; priait 
hinnoid .lui. aves. Et .u. qui adicit Lucam5, ni choilàm hinnoid 
amser, iscihun argant agit eteriii illûd. irpimphet eterin digiior- 
nurbis Lucas, hegit hunnoid in pretium benedictionis hoid 
hoitou houk'iii atar habeinn cihunn ri. Matheus vero, dou eterinn 
cant hunnoid di assa .i. asse bichan etc. 

Le glossateur n'approuve pas ce calcul avec des ohclli ; il dit: 
« Deux livres (font) quatre demi scripuli; cela achète (= c'est 
le prix de) quatre oiseaux. Et quant au cinquième que saint 
Luc ajoute: je ne croirai jamais cela, que cet oiseau aille vers 
le même argent (= soit payé par la même somme). Le cin- 
quième oiseau que saint Luc a ajouté, celui-ci va in pretium 
benedictionis (= est donné en sus) ». Je ne comprends pas les 
mots hoid Ixritou etc. ; ils semblent expliquer cette dernière 
expression. « Mais quant à saint Mathieu : selon celui-ci deux 
oiseaux (l'eniunt) de asse, id est d'un petit as », etc. 

M. Loth (p. 206) traduit priait hiaaoid par « a été acheté 
celui-là ». Mais hiaaoid est le neutre du masculin huaaoid dans 

1. V. Rhys, Lectures on wclsh phil. 2, p. 418 ss. 

2. L. //; dcpotideo. 

5. L. quein adicit Lucas, 



Mélanges. 205 

hegit hunnoîd « celui-ci (l'oiseau) va », cant hunnoid « selon 
celui-ci (saint Mathieu) » ; cp. masc. bivnn neut. hynn, Gr. ■ 
celt.-, 394. H'uuioid est donc le sujet, IlII.aves le régime; le 
verbe prinît est une 3"= pers. du sing. du présent, comme 
istliiinit (Gl. de Luxemb.), gall. tniigid tricid tyvid chiuarëid. 

Ni choilam, qui reparait dans la 3'' section, serait aujourd'hui 
ni choeliaf « je ne croirai pas ». Le suffixe du verbe moderne 
est différent, mais le sens est le même. Au lieu de ni ..amser 
« ne ..jamais » la langue moderne dit /// ..u)i amser. 

Dans ci-hun armant le premier mot paraît être une prépo- 
sition. Elle se retrouve plus bas dans l'expression ci-hutun 
ci-hitun, qui, pour le sens, ne diffère pas de be-heit he-het 
« jusqu'à ». 

Agit, hegit est la y pers. du sing. du verbe moderne af 
(^agiwi) « j'irai », III pers. à aiff eiff. Peut-être le glossateur 
se sert-il de ce verbe, parce qu'il y a dans le texte latin : nonne 
duo passeres ah asse veniuiit {y^our asse vcncitni). 

La Gramm. celt.- (p. 907) rend diguorniecbis par « testatus 
est », M. Loth (p. 103) par « il a témoigné ». Mais puisque 
le texte latin lit adicit, on devra voir dans digiiormechis le 
passé du verbe gallois qui répondait exactement au v.-irl. 
dofonnaig « il ajoute », dofonugat « ils ajoutent », doformagar 
« est ajouté », etc. La racine de ce verbe paraît être plutôt 
MAG que MAC. Le cl) de diguonnechis serait donc ici le signe 
de la spirante sonore, issue de g entre deux voyelles, et géné- 
ralement rendue par la lettre g. La désignation des spirantes 
a longtemps mis en embarras les scribes celtiques. Notre glos- 
sateur hésite aussi entre / et h; cp. anicibret, guotan amcib- 
à côté deguoifrit (1. guo-[c]ifrit'), gall. mod. cyffred amgyffred. 

Le glossateur n'est pas plus satisfait de l'explication que 
l'auteur latin donne dans la 3^ section. Elle porte sur le fait 
que le talent est égalé une fois à 80 livres, l'autre fois à 
60 livres (attiques). Le Gallois ajoute: de se nichoilàm immet; 
celir nimer'^ bichan giitanirmaur nimer ; vel, etc. « je n'en crois 
pas grand'chose; un petit nombre se cache sous le grand 
nombre (= il y a une faute dans les chiffres); ou bien », etc. 

I. Cel irnimcr Gramm. celt.. 



2o6 Mélanges. 

L'expression de se « de cela » montre que le pronom se 
« cela », conservé en bas-breton, ne manquait pas au vieux- 
gallois. 

Immet est encore un mot qui s'est perdu en gallois; c'est 
le v.-irl. imbed « grande quantité, beaucoup ». 

Les autres mots cités ne demandent pas d'explication. Je 
ne dirai rien sur la quatrième section du texte, où tout ne 
m'est pas clair. 

R. Thurneysex. 

Novembre 1889. 

IL 

LE SUFFIXE D'ÉGALITÉ GALLOIS EX -ET. 

Dans le premier fascicule du tome V des Mémoires de la Société 
de linguistique, sous le titre de Un suffixe de comparaison en 
vannetais, j'ai fait paraître un court article dans lequel je rap- 
prochais le suffixe d'égalité gallois en -et (Kyn-vonhedicket a 
thi) du superlatif d'admiration vannetais en et (hirret un nos) ^ ; 
j'identifiais ce suffixe avec celui des noms de nombre en -to : 
irl. coiced, gall. pummed, bret. pcmped, grec H/.x-z:. La valeur 
comparative etgradative de -to est bien connue (v. Brugmann, 
Gr. der vergl. gr., p. 422). Depuis, une autre origine a été 
attribuée à ce suffixe par M. Rhys dont l'opinion paraît avoir 
été adoptée par M. Whitley Stokes (The neo-celtic verb suhstan- 
tive, p. 27, n. i). Le comparatif d'égalité gallois en -caserait 
identique aux formes irlandaises en -ithcr (ilher ocus, ither Jri) ; 
Vr serait tombé comme dans arad « charrue », d'aratr, braïud 
« frère », pour hraivdr ; trawsfr de transtrum. Au seul point 
de vue du gallois, cette explication me semble des plus hasar- 
dées : à côté à'arad on trouve tout aussi souvent aradr, tandis 
qu'on ne trouve jamais que -et ; pour hraïud et traïust, la chute 
de Vr vient de ce que la langue a voulu éviter dans un mono- 
syllabe deux groupes, consonne -\- r. Le même fait existe en 



I . Ce superlatif était usité partout en moyen breton. En gallois, les for- 
mes en -e/ étaient usitées, comme superlatif d'admiration, également: 
odidoced oedd ei Jîas << que son goût était excellent! » {Giveledigaethati y bardd 
Cicsg, édit. Silvan Evans, p. 73). 



Mélanges. 207 

breton pour treust = iraïust = irâstruni : ici, il y avait deux 
fois le groupe tr, et le breton n'avait pas la ressource de 
changer /;- en ■:^r à cause de Vs précédent. Pour l'armoricain, 
le suffixe -et existant comme suffixe de comparaison, l'hypo- 
thèse de MM. Rhys et Stokes est inadmissible : aratr est de- 
venu partout fifra~r en moyen breton, et aujourd'hui arar ou 
arcr (par aracr ; cf. mor^rch, inoercb) ; * brotr a donné breu~r, 
breur. L'r de breur a disparu à une époque moderne en bas- 
vannetais et dans quelques localités ; mais ce phénomène n'a 
rien à faire avec celui dont je viens déparier : on dit en effet, 
en bas-vannetais, également leii pour leur, gall. llawr. De 
plus, les formes Jeu, breu n'ont pas complètement évincé les 
formes breur, leur. L'hypothèse de M. Rhys écartée, il ne 
reste de possible que celle que j'ai proposée. 

J. LOTH. 

m. 

DE L'ADJECTIF SUBISSANT LA MUTATION INITIALE 
APRÈS UN SUBSTANTIF MASCULIN. 

D'après M. Ernault, dans son Glossaire moyen-breton (xMémoi- 
res de la Société de linguistique, VI, p. 417-418), une règle 
constante, en gallois, serait, qu'après un nom propre, on 
change de forte en faible la première consonne muable d'un 
adjectif qui le qualifie, ou d'un substantif en apposition qui le 
détermine : Hyivel dda, Dafydd frenin. Il ajoute avec raison 
qu"un phénomène analogue se produit en breton ; mais, dans 
l'expression de la règle aussi bien pour le gallois que pour le 
breton, M. Ernault a oublié le point capital : c'est que le quali- 
ficatif ne subit cette mutation que quand // est constamment ap- 
pliqué au substantif, lorsqu'il en est devenu l'épithète habituelle et 
forme avec lui une sorte de composé. Cette règle, mutilée dans 
certaines grammaires galloises, est parfaitement exposée dans 
la Dosparth Edeyrn davod aur publiée par William ab Ithel : 
Common substantives and adjectives, used as agnomens after 
proper names of whatever gender, are put in the soft sound, ex. 
Davydd Goch (p. 250, ss. 15, 34). Ainsi complétée, la règle 
est facile à expliquer. Je m'apprêtais à le £iire dans des addenda 



2o8 Mélanges. 

à ma Chrestomathie, quand j'ai trouvé à la fois la règle et 
l'explication dans les Lectures on ihe origin and growth of reli- 
gion as illustraîcd by Celtic heathendom de M. Rhys. M. Rhys 
constate que l'infection n'atteint après un nom propre masculin 
que les épithètes permanentes. Nous disons, ajoute M. Rhys, 
Maelgîvn Fychan, Maelgwn le Petit, si bychan est Tépithète 
habituelle, le surnom, mais Maelgwn bychan, si bychan n'est 
pas un surnom. Maelgwn Fychan aurait pour équivalent, en 
vieux-celtique, un composé Maglocuno-biccanos ; Maelgwn by- 
chan serait Maglocunos biccanos (p. 12). La mutation du quali- 
ficatif (adjectif ou attribut-substantif), même après un nom 
propre masculin, est donc un simple cas de la loi des com- 
posés ^ 

J. LoTH. 
IV. 

L'INITIALE DU COMPLÉMENT DU VERBE FLÉCHI 
SUBISSANT VINFECTIO DESTITUEKS. 

Une des lois les plus caractéristiques de la syntaxe galloise, 
c'est que le verbe fléchi provoque Vinfectio destituens de son 
objet ou complément. Il y a une trace de cette loi en breton 
armoricain. On dit partout : an dra:;e a ra vad fin « cela me 
fait du bien » ; ra vad, jamais ra mad. Si mad était attribut ad- 
verbial, Yni ne subirait pas la mutation : hen a ra mad, il fait 
bien (ordinairement : mad a ra^. Il est certain que ce phéno- 
mène d'infection n'a dû se produire d'abord qu'à deux condi- 
tions : 1° que le suffixe verbal fût terminé par une voyelle ; 
2° que l'objet suivît immédiatement. L'analogie a généralisé la 
loi. Si la loi est tombée en désuétude en breton, cela peut 
tenir à la fois à ce qu'elle n'a peut-être pas été appliquée aux 
formes verbales terminées primitivement par une consonne; à 
ce que, même là où le suflixe verbal se terminait par une 

I . La ligne de démarcation entre les deux constructions n'est pas tou- 
jours, aujourd'hui, semble-t-il, scrupuleusement respectée en breton. D'après 
les exemples trégorrois cités par M. Ernault, il semble que la terminaison 
du nom propre ait une certaine influence. En bas-vannetais, et ailleurs, en 
plusieurs localités, je crois, il n'y a qu'un certain nombre à'adjectifs-épi- 
thètes à subir la mutation. 



Mélanges. 209 

voyelle, la terminaison consonnantique moderne a pu con- 
trarier la sonorisation; enfin à ce que dans beaucoup de cas 
le verbe est séparé de son objet, auquel cas déjà, anciennement, 
Y infect io ne devait pas avoir lieu. Il y a, il me semble, néan- 
moins, une conclusion à tirer de cette infection généralisée en 
gallois et se produisant même, la plupart du temps, quand 
l'objet ne suit pas immédiatement le verbe; c'est que, en vieux 
celtique, le complément devait le plus souvent suivre le verbe. 
Cette hypothèse n'est pas contredite, mais au contraire justifiée 
par les inscriptions gauloises. Le plus souvent le complément 
suit le verbe (v. d'Arbois de Jubainville, La place du verbe en 
vieux-celtique, Revue Celtique, III, p. 99). 

J. LOTH. 

V. 

TENE CEN COICLED 

(echtra nerai, l. ) 

The meaning of coiclcd « to save » in this connection is 
explained by the use of the word in the modem language for 
what in Anglo-Irish is called « raking » the fire, i. e. kee- 
ping it alive by heaping ashes on it. The common phrase for 
this is coigîlt or ciiigilt (corruptly cuiiigilt ^) na teincadh. 

N! hh-fiiil 

Zimmer has repeatedly denied the existence of this form 
in the spoken language. But his observations of modem Irish 
were evidently very limited. There cannot be the smallest 
doubt that ni bh-fuil is a very common form throughout 
Munster, v^^hile it is rarely or never heard in Connaught. 
This « analogie-bildung » does, however, not stand alone. 
Ni bh-fnair, ni bh-fuigJjead, and ;// bb-faca are pretty fréquent 
both in Munster and Connaught, and Z. might hâve heard 
this pronunciation even in Aran. 

K. M. 

I. Cf. conguint « to gnaw » for coguint. 

Revue Celtiouc, XI . 14 



2 1 Mélanges. 

VI. 

ADDENDA TO THE ECHTRA NERAI. 

The Echtra Nerai is mentioned in the foUowing extract 
from Harl. 5280, fo. 54 a. 

Cair (.i. annaircim) cia boi ind Eriu i flait[h] Conairi no 
cia fot boi Eri cen rig no cia dogab Eri d'es Conaire no cia is 
taeisce Tain no Bruighen no cia ba ri Erind oc inarhad mac 
n-Usnech no cia haeis Conculaind ar Tain no cia fot iar 
Tain co fuair bas? Ni misa emh. Sccht m-hïndmi décc 7 tri 
.XX. di Conaire i rigi n-Emnin 7 .v. bliadhna d' Erind cen rig 
co n-crracht Lugaid Sriab n-Derg 7 re lind Coiiain robith 
maie \j\sncch a n-Emain Mâcha. A cind mis ar di hlhdiia ar 
n-dith Conuiri a m-Bruig/// Sluaigi'^ na Tana in aho loco di- 
citur. xiii. hliadiia .xx. ria Tain 7 .x. m-blia^;/a .xx. ier Tain 
soegai Conculaind in alio loco dicitur. Echtrai Nera 7 Tain 
Bo Fraich 7 Tain Bo FHdhisi 7 Cath Ruis na Righ for Boinn 
7 Cath Findcorad ria Concohitr re hnd Conaire in sin uili. 
Finis. 

1. 95, buiderath. This has nothing to do with raith feni, 
but stands for buiderad (LL. 120 a, 50), a collective 
of buide (LL. 120 b, 33) some plant with a yellow 
flower. Cf. buidhe môr rcseda lutcoJa, O'R. 
1. 113, fodia do betho. Cf. the modem 'se do bheatha bail! 
1. 149, oidchi shamnai dothaet Halloweeii next. Cf the use of 
dochiiaid in adaig cétdine dochûaid last Wednesday 
eve, LBr, 274 a, 67, ib. 274 b, 20. 
1. 154, instead of ad^7/]^ read ado;; = edon that is. 
1. 163, instead of bet read betit, and cf. betit mnaa can a 
muntera, LL. 48 a, 11. 

VIL 

MORGABLOU. 

Mors^abloii dans les gloses du x'^ siècle, découvertes par 
M. Whitle}' Stokes, glose aestuaria. Cette découverte justifie 



Mélanges. 2 1 1 

la traduction que j'ai donnée dans le tome P'' de ma traduction 
des Mahiiiogion (notes critiques, p. 342) du mot gallois mo- 
rau'l, qu'aucun dictionnaire ne donne : je l'ai traduit par es- 
tuaire, en supposant qu'il était pour mar-gawl et en le rap- 
prochant de l'irlandais mor-gohuiJ donné par M. Stokes, Revue 
Celtique, IX, p. 100. Morgahlou supposerait, il est vrai, au 
singulier, iiuv-gavJ, et on aurait aujourd'hui, suivant l'ortho- 
graphe moderne : uwr-afl. Le scribe du Livre Rouge aura ici, 
comme en d'autres endroits, transcrit u par lu, tandis qu'il 
aurait dû le transcrire par v. Quant à gahJ, il me paraît iden- 
tique à l'irlandais gahul (Windisch, Lische Texte) ou gobhal 
(O'Reilly) fourche, fourchette, gallois gafl, fourchette, l'angle 
formé par les deux jambes ; vieux gallois gahiau dans fistl ga- 
blau glosant fistul a hilatrix (Gloses à Matianus Capella) ; ar- 
moricain vaoàemQ gaolot, fourche; \anr\.Qia\s gavelodd, fourche 
à deux branches (L'Armerye). Skeat, dans son Etymological 
dictionary of the english language, attribue une origine celtique 
aux mots anglais gable et gajf. Il est vrai que le celtique n'est 
pas la partie forte de cet ouvrage. 

Quant bigabl, c'est peut-être un dérivé de la racine qui a 
donné en vieil irlandais gaibiin « je saisis », en gallois gafael, 
saisir, en comique o-^tw/^ même sens. 

J. LOTH. 

VIII. 

NOTE SUR UN TEXTE DE L'HISTORIEN GREC 
EUSÉBIOS RELATIF AU SIÈGE D'UNE VILLE DES 
GAULES PAR LES FRANCS ^ 

M. Wescher a publié en 1867 dans sa Poliorcétique des Grecs, 
et l'on a réédité plusieurs fois depuis {Fragmenta historicorum 
graecorum, éd. Didot, t. V, p. 23 ; Extraits des auteurs grecs 
concernant la géographie et l'histoire des Gaules, par E. Cougny, 
tome V, p. 113) un fragment de l'historien grec Eusébios, 
contemporain de Dioclétien, relatif au siège de la ville de Thes- 

I . Cette note est le résumé d'un article plus étendu sur le même sujet 
qui doit paraître incessamment dans la Revue historique. — T. R. 



2 1 2 Mélaiges. 

salonique par les « Scythes », c'est-à-dire par les Goths, au 
milieu du m'' siècle. Ce fragment se termine par le paragraphe 
suivant : 

« Ces derniers engins (il s'agit d'appareils à extinction par 
lesquels les assiégeants protégeaient leurs batteries contre les flèches 
incendiaires), je n'en ai pas ouï parler chez les Macédoniens; 
c'est dans un autre siège que j'ai appris qu'on s'en était servi 
contre les projectiles incendiaires. Les Celtes (Kîatwv) assié- 
geaient une place appelée ville des Tyrrhéniens {rSkv. Tup- 
p-r;v(ov). Elle est située dans le pays des Gaulois d'Occident, 
dans la province de Lugdunaise ('/wp-^; r?;; FaXaTÎ-/;; xwv h 
~f^ EîTTôp-A] /,aT;'.7.r([j.£V(i)v, à'9v£oç tcu Acjyccvcsi'ou). Ce siège eut 
lieu à l'époque où la Gaule entière et les provinces voisines 
n'obéissaient plus à l'empire romain, mais s'étaient séparées et 
faisaient cause commune avec les rebelles. A cette époque 
donc, les Celtes d'outre-Rhin (Kt'k-m -wv rA^■r^') Vr^iyj) ayant 
f:iit une expédition en Gaule, un corps détaché de leur armée 
vint assiéger la ville susdite. Beaucoup de leurs machines 
ayant été incendiées, ils imaginèrent de creuser en arrière de 
leurs batteries des réservoirs qu'ils remplirent d'eau ; puis ils 
firent des conduits en plomb couverts qui recevaient l'eau et 
l'amenaient (au-dessus des machines, pour les inonder au mo- 
ment voulu)... » Le reste est perdu. 

Le premier éditeur a déjà reconnu dans la TriX-.; T'jppy;vwv, 
dont il est question dans ce morceau, la ville de Tours, civitas 
Turonum, située effectivement dans la province de Lugdunaise : 
cette identification devient encore plus certaine en présence 
de la forme Turini, qui se trouve chez Ammien Marcellin 
(XV, XI, 12). Quant aux événements mêmes dont il s'agit, les 
précédents éditeurs se sont ou bien abstenus de toute expli- 
cation ou rangés à l'hypothèse de M. Ch. Mûller, suivant 
laquelle l'épisode raconté par Eusébios se rapporterait à la ré- 
volte des Gaulois sous l'empereur Tibère, en 21 ap. J.-C. La 
ville de Tours fut, d'après Tacite {Ann., III, 40), une de 
celles qui donnèrent le signal de l'insurrection; elle fut écrasée 
par le légat Aviola avec le concours des milices indigènes et 
d'un détachement des légions de Germanie. 

Il est à peine besoin d'insister sur l'invraisemblance de cette 



Mélanges. 2 1 j 

explication : sauf la mention de la ville de Tours, commune 
aux deux épisodes, tout y difîère absolument; d'ailleurs, les 
expressions mêmes de l'historien grec prouvent qu'il s'agit de 
faits beaucoup plus rapprochés de son époque, sur lesquels il 
a pu recueillir des témoignages oculaires. Voici l'explication 
que je propose à mon tour et qui me paraît l'évidence même. 
Il s'agit d'une des expéditions militaires entreprises en Gaule 
par les peuples germaniques, particulièrement par les Francs, 
pendant la période troublée et obscure connue sous le nom 
de « période des trente tyrans » (257-272 après J.-C). A cette 
époque, sous le règne nominal du faible Gallien, l'empire 
romain tombait en pleine dissolution ; toutes ses frontières 
étaient successivement forcées par les barbares. Les Alamans 
inondèrent la vallée du Rhône et pénétrèrent en Italie ; les 
Francs ravagèrent toute la Gaule du Nord (Belgique et Lyon- 
naise), passèrent de là en Espagne, où ils saccagèrent Tarra- 
gone, et poussèrent même une pointe jusqu'en Afrique. Ils 
rencontrèrent, à la vérité, une énergique résistance de la part 
des empereurs nationaux que la Gaule, abandonnée à elle- 
même, finit par se donner ; mais Postumus et ses successeurs 
avaient un pouvoir trop contesté, trop incessamment menacé, 
pour remporter des succès définitifs : souvent ils durent négo- 
cier au lieu de combattre, prendre même à leur service des 
bandes de mercenaires barbares ; l'insécurité générale qui 
régnait dans les provinces gauloises est attestée par le grand 
nombre de trésors monétaires enfouis à cette époque. L'ordre 
ne fut rétabli en Gaule qu'après que Tétricus eut fait sa sou- 
mission au « restaurateur du monde », Aurélien (272). 

On remarquera que les expressions de notre texte s'accor- 
dent à merveille avec cette explication nouvelle. 

1° L'événement était récent; Eusébios, écrivant trente ans 
après ces invasions, pouvait « en avoir entendu parler ». 

2° « La Gaule entière et les provinces voisines s'étaient dé- 
tachées de l'empire ». En effet, nous savons par les médailles 
et les bornes milliaires que Postumus, dont le règne dura 
dix ans, fut reconnu non seulement en Gaule, mais encore 
en Espagne et en Bretagne. 

3° « Les Celtes d'outre-Rhin (Germains) avaient envahi le 



214 Mélanges. 

pays ». On n'a que l'embarras du choix entre les nombreuses 
razzias de cette période; il s'agit sans doute de la grande expé- 
dition entreprise tout au commencement du règne de Postumus 
(258?) et dont les dernières vagues allèrent se perdre en Afrique. 

4" « Un corps détaché vint assiéger Tours ». On vient de 
voir, par l'exemple de Tarragone, que les Francs ne crai- 
gnaient pas de s'attaquer aux places fortes. Plus tard, sous 
Probus, ils se rendront maîtres en Gaule de 70 villes. Ce 
qu'il }• a de curieux et de nouveau dans notre texte, c'est de 
voir que les Francs, dès l'aurore de leur histoire, ne se bor- 
naient nullement aux procédés primitifs depoliorcétique qu'on 
serait tenté de leur attribuer : ils savaient construire des ma- 
chines de siège et même déjouer les moyens de défense des assiégés 
par un artifice ingénieux, renouvelé de Démétrius Poliorcète. 

Il ne reste plus qu'à faire observer que l'expression « Celtes 
d'au delà du Rhin » pour désigner les Germains n'est point 
particulière à notre auteur : c'est le terme constant dont se 
servent Dion Cassius et les écrivains de son école ; voyez par 
exemple Dion, LXXI, 3 : tt^aasi twv j-àp tîv 'Pï;vcv Keatwv. 
Ces auteurs profitèrent de l'existence des deux termes syno- 
nymes, Galates et Celtes, qui, dans l'ancien vocabulaire grec, 
désignaient indifféremment tous les peuples duN.-O. de l'Eu- 
rope, pour distinguer les populations de race différente, sépa- 
rées par le Rhin, sans recourir au mot nouveau Germains, dont 
l'origine gallo-romaine choquait leur purisme : ils appelèrent 
désormais Galates les Gaulois, les peuples situés à l'ouest du 
Rhin, et CeJtesles Germains, les peuples situés à l'est de ce fleuve 
(Dion, XXXIX, 49). Quant au terme de Gciinania, chez Dion, 
il ne désigne que les deux provinces romaines de ce nom, 
situées sur la rive gauche du Rhin. 

Théodore Reinach. 



IX. 

ERUBLOBLION. 

M. Whitley Stokes a publié dans le numéro du 18 jan- 
vier 1890 de l'y:/ azûft'mj' vingt-cinq gloses bretonnes du x'^ siècle, 



Mélanges. 2 1 5 

tirées d'un manuscrit d'Orose de la bibliothèque vaticane, 
coté Regina 296, et trois autres gloses d'un manuscrit de la 
même bibliothèque, du xii*" siècle, coté Regina 691. Ces gloses, 
toutes intéressantes, sont en général d'une explication facile, 
et je laisse au leader celtique le soin de les commenter. Quatre 
seulement lui semblent jusqu'ici inintelligibles, et c'est sur 
elles qu'il appelle l'attention des celtisants : 

enihlobion, gl. proletarios. 
" saillis : in contionem (sainis) protraxit. 

Torntrient : Trinovantum firmissima civitas .i. civitas qua^ 
britannice dicitur Torntrient. 

eusouion, gl. gestatorum (glose du xii^ siècle). 

Pour le moment, je laisse de côté sainis, eusouion, et Tor- 
niient qui soulève diverses questions de géographie ; eru- 
blobion me semble facilement explicable. 

Pour eru-blobion, M. Stokes a supposé une erreur possible 
du scribe et proposé eru-boblioii « le peuple, les gens du sil- 
lon ». Il faut conserver la leçon du manuscrit: erublobion est 
composé àe eru « sillon », gallois moderne eriu, armoricain 
ero, vannerais eriu (lu := il consonne), subst. féminin ; et de 
plobion avec la mutation régulière àe. p en b ; plobion est un 
dérivé de ploeb ^= plèbe, gall. moderne plwyf, armoricain mod. 
ploué, et en composition plou, plo, pieu (y. J. Loth, Chresto- 
inathie bret., pp. 157, 225) : eru-bloblion signifie donc littéra- 
lement : les plébéiens du sillon, de la glèbe. De bonne heure, le 
mot ploeb, ploev, a désigné, en Bretagne, non seulement tous 
les membres du ploeb, de la peuplade, mais plus spécialement 
les campagnards, par opposition aux habitants du bourg, le 
gîi'ic. En Léon surtout, le pays qui a conservé le plus long- 
temps, en Bretagne, le servage, on remplace encore, pour 
désigner le bourg et même, par abus, la commune, plou par 
gzuic : ainsi on dit Guital}ne~eau pour Ploudahih\eau (dans la 
vie de saint Paul-Aurélien par Wrdisten, Pkbs Telniedovia) ; 
Guikerneau pour Plouguerneau, etc. (v. J. Loth, Chrestom. 
bret., p. 210, note 2). Qua.m h plobion pour ploebion, cf. bostol 
glosant belluina, dans le manuscrit d'Orléans, pour boestol, 
dérivé de boest =^ béstia. 

J. Loth. 



2 1 6 Mélanges. 



X. 



HERCYNIA. 

M. Rudolf Much a publié en 1888 dans la Zeitschrift fiir 
deutsches Alterthum und deutschc Liîteratur , t. XXIII, p. 454-462, 
un article qui nous a paru intéressant, bien que la conclusion 
ne nous semble pas certaine. La note qui suit est un arran- 
gement à l'usage des lecteurs étrangers à l'Allemagne. La con- 
clusion diffère sensiblement de celle qu'a proposée M. Much. 

L'expression forêt Hercynios, 'Epy.jv.c; op\}.i: chez Posei- 
donios, désigne les montagnes qui environnent la Bohème. En 
effet, nous savons par Strabon que suivant Poseidonios les Boii 
habitaient la forêt Hercynios au temps de l'invasion des 
Cimbres^ Plus d'un siècle après cela, Maroboduus, roi des 
Marcomans, avait pour domaine la région à laquelle la forêt 
Hercynie formait une enceinte; les Marcomans avaient eu un 
domaine plus étendu à l'ouest avant les conquêtes que firent 
les Romains en Germanie pendant la première partie du règne 
d'Auguste 2. En l'an 6 de J.-C. le César Tibère voulut entre- 
prendre une guerre contre les Marcomans; il projetait d'ar- 
river chez eux par le sud, en partant de Carnuntum en Pan- 
nonie, ville alors comprise dans le royaume de Norique, et 
dont l'emplacement est aujourd'hui dans la Basse-Autriche, à 
Deutsch-Altenburg, près de Haimburg, sur la rive droite du 
Danube, à l'est de Vienne. 

Sentius Saturninus, légat de Germanie, devait les attaquer 
en même temps par l'ouest, en traversant le pays des Cbatti, 
aujourd'hui la Hesse; il avait ordre de s'ouvrir par des abattis 
d'arbres un passage dans la forêt Hercynie et ainsi de pé- 



1. Strabon, 1. VII, c. 2, § 2; éd. Didot, p. 244, 1. 6-9. 

2. Gentem Marcomannorum quœ, Maroboduo duce excita sedibus suis 
atque in interiora refugiens, incinctos Hercynia silva campos incolebat. 
Velleius Paterculus, I. II, c. 108, § i. Strabon, 1. VII, c. i, § 5, dit que 
la forêt Hercynie enveloppe un grand cercle : /.ûxXov -Ep'.XaaÇâvtov (xc'yav 
et qu'au milieu est une région bonne à habiter: Èv [jlecjcu ol ïoyjzx: yojca 
•/.aXoj; o'./.EÎîOat ouyatxc'vT) ; éd. Didot, p. 242, 1. 46-48. 



Mélanges. 217 

nétrer en Bohême ^ On sait que Velleius Paterculus écrivait 
en l'an 30 ou environ de notre ère. Tacite, postérieur à 
Velleius, mais racontant des événements contemporains de 
cet auteur, en l'an 17 deJ.-C, fait dire au célèbre Arminius 
que Maroboduus, abrité par la forêt Hercynie, ne savait pas 
ce que c'était que la guerre-. 

On comprenait sous le nom de forêt Hercynie le Jura de 
Franconie et le Jura de Souabe, Frankischer Jura et Schwa- 
bischer Jura, dont les sommets délimitent au nord le bassin 
du Danube supérieur ; en eftet, nous dit César, la forêt Her- 
cynie atteint le territoire des Helvetii (Suisse), des Raurici 
(Bâle), et des Nemetes (Spire)'. 

Le mot Hercynie désignait aussi, malgré leurs noms spé- 
ciaux, les montagnes qui forment l'enceinte de la Bohême au 
sud-ouest et au nord-ouest; la chaîne de montagnes qui déli- 
mite la Bohême au sud-ouest, le Bôhmerwald, avait un nom 
distinct, Gabréta^, c'est-à-dire la forêt des Chèvres; la chaîne 
de montagnes du nord-ouest portait aussi un nom spécial 
Sudeta > . 

La partie la plus importante de la forêt Hercynie était : 1° le 
Sudeten Gebirge qui borde la Bohême au nord-est et où l'on 
trouve le Schneekopp qui a 1,600 mètres de haut; 2° l'Erzge- 
birge, Sudeta antique, qui borde la Bohême au nord-ouest; 
sur un grand nombre de points sa hauteur dépasse i, 100 mètres, 
le Keilberg atteint 1,275 mètres. Le Jura de Franconie ne 
contient aucune montagne qui s'élève à 700 mètres, et le 
Jura de Souabe n'arrive nulle part à plus de 1,000 et quelques 



1. Sentio Saturnine mandatum, ut per Cattos, excisis continentibus 
Hercynia; silvis, legiones BoiohLEmum (id regioni quam incolebat Maro- 
boduus nomen est) [duceret]. Velleius Paterculus, I. II, c. 109, § 3. 

2. MaroboduumprîEliorumexpertem, Hercyniœlatebrisdefensum. Tacite, 
Annales, 1. II, c. 45. 

3. Oritur ab Helvetiorum et Nemetum et Rauncorum fînibus rectaque 
fluminis Danuvii regione pertinet ad fines Dacoruni (César, 1. VI, c. 25, 
§ 2).^^ 

4. "Ea-; oï v.cL'. àXXr] -Ar^ iiz^iXi] Fa^p^za è::; râos tùv Sofl^wv, ir.éy.zvja 
0' 6 'Ejk'jv'.o? c;pu;j.o';. Strabon, 1. VII, c. i, § 5; éd. Didot, p. 243, 
1. 14-16; cf. Ptolémée, 1. II, c. 11,55; éd. Didot, I, p. 254, 1. i. 

5. Ptolémée, 1. II, c. 11, § 5; p. 253, I. 9. 



2 1 8 Mélanges. 

mètres d'élévation. Les Sudeteii Gebirge ont 400 kilomètres de 
long, l'Erzgebirge 150, le Jura de Franconie 225, le Jura de 
Souabe 210 ^ 

L'Erzgebirge compris dans l'Hercynie, Harcynios suivant 
Aristote au quatrième siècle-, O/rj/z/W suivant Eratosthène au 
troisième siècle j, Hcrcynios suivant Poseidonios au commen- 
cement du premier siècle avant notre ère 4, portait au neu- 
vième siècle de notre ère un nom conservé par la chronique 
de Moissac qui le note Fergunna. En 805, Charlemagne, alors 
à Aix-la-Chapelle, envoie contre les Windes trois armées qui 
passent par Fergunna et atteignent d'abord le fleuve Agara^, 
ensuite l'Elbe. Agara est l'Eger affluent de gauche de l'Ella; 
l'Eger longe l'Erzgebirge au sud et se jette dans l'Elbe au 
nord de Prague. Fergunna est un nom de Erzgebirge qu'il faut 
traverser en Venant d'Aix-la-Chapelle pour atteindre l'Eger et 
l'Elbe. 

Fergunna esile gothique fa irgu ni =fergunia « montagne», 
qui suppose un thème primitif perhi'tnio-; perki'inio- donne à 
la fois en celtique, après la chute du p, ercunio- et en germa- 
nique après la permutation des consonnes, fergunia-. 

Le gothique fairguni, montagne, se retrouve en anglo- 
saxon sous la forme Jirgcn; firgen en anglo-saxon est usité 
dans les composés. On le retrouve en Bavière dans des mo- 
numents du neuvième siècle; sous les formes virgunda, vir- 
cunnia, virgundia, il désigne une suite de collines au nord du 
Danube entre Ellwangen et Ansbach^. 

Ainsi le nom de l'Erzgebirge a pu être d'abord germanique. 
Avant la permutation des consonnes, les Germains appelaient 
l'Erzgebirge percunio-. Ce fut alors que les Gaulois devinrent 
voisins de l'Erzgebirge. Déjà les Gaulois ne pouvaient arti- 
culer le p indo-européen; quand ils voulurent répéter le 



1. Ritter, Gcograp]]isc]i-Statislisc]}cs Lcxicon, 1883, aux mots Er~gcbirge, 
Jiim, Sndckii. 

2. Aristote, Mctcorologiconiiii I, 13. 

3. César, De hello gaÏÏico, 1. VI, c. 24, § 2. 

4. Strabon, 1. VII, c. 2, § 2; éd. Didot, p. 244, 1. 

5. D. Bouquet, V, 81 c. 

6. Fôrstemann, Naiiienluicb, t. II, col. 555. 



Mélanges. 2 1 9 

mot percunio-, ce fut crcunio- qu'ils prononcèrent. Er-cunio- 
dans leur langue signifiait « très haut » et on pouvait à volonté 
dire ar-cunio, or-cunio ou er-cunio, car le suffixe er « très » a 
une variante aur en irlandais, de là les trois orthographes con- 
servées par les auteurs grecs: Aristote, Eratosthène, Posei- 
donios. Si l'on admet cette doctrine, les Germains ont dû pré- 
céder les Gaulois sur les pentes de VEi^gehirge. Il est vrai 
qu'on peut émettre une hypothèse plus probable : penser que 
le nom le plus ancien est arcunio-, crcunio- et que le mot ger- 
manique a été apporté par les Marcomans ; il aura été préféré 
au mot bcrg « montagne » par l'eft'et de l'étymologie populaire. 
Les Marcomans ne comprenant pas le gaulois crcunio- l'auront 
remplacé par le mot fcrgunia-, qui dans leur langue avait une 
signification et qui était synonyme de l'allemand moderne bcrg. 

H. D'A. DE J. 

XI. 

LE MANUSCRIT LUXEMBOURGEOIS 
DES « HISPERICA FAMINA ». 

Pendant un récent séjour à Luxembourg, j'ai eu la curiosité de voir le 
manuscrit avec gloses bretonnes que possède la bibliothèque de cette ville, 
et qui a été étudié par M. Rhys dans le tome I de notre Revue (p. 349 et 
suiv.). Depuis la publication du travail de M. Rhys, ce manuscrit a été 
examiné par M. H. Bradshaw, comme témoignait une notice manuscrite, 
écrite de sa main, et jointe au manuscrit. J'ai pris copie de cette notice, et 
comme tout ce qui émane de l'illustre paléographe est instructif pour les 
celtistes, il me paraît intéressant de la publier ici, comme complément à 
l'article de M. Rhys. 

H. Gaidoz. 
US. 89, 

Hisperica famina, cum glossis britannicis. Sœc. IX-X, 4 fî. 
in-4°. 

Thèse two sheets (four leaves) were discovered in the 
binding of Ms. 109 in this Library, a Ms. of the IX-Xth 
century, which formerly belonged to the monastery founded 
by St. Wiltibrord at the close of the VlIth century, and 
which still bcars the following marks of ownership at the 
beginning : 



2 20 Mélanges. 

Codex sancti JViUibrordi cptcrnacensis ccnobii and : 

A. 20 continct Augustinum super primam quinquagesimam 
psaltcrii. 

The first three leaves contain fragments of a set oi Hisperica 
famina (western utterances) by the same author as those 
• printed by Cardinal Mai in his « Classicorum auctorum ex 
codicibus vaticanis editorum tomus V ». 

The glossa collectif in the last leaf are evidentlv taken from 
a third set of Hisperica famina by the same author; but as 
the scribe has only copied those words which had glosscs, 
and has omitted ail the intervening words of the text, it is 
quite impossible to form mère than a very vague idea of the 
drift of the complète work. 

From the forms of the British glosses, which are hère 
copied by one clearly did not understand what he was copving, 
it seems probable that the original must hâve been glossed in 
Brittany or Cornewall rather than in Wales. But, though the 
text is professedly of origin, thèse uncouth Hisperic words, 
which abound hère, are (sofar as I knew) only found elsewhere 
in the Lorica of Gildas (printed by Mone, Hymni Latiui, 
I, 367, as « Hymnus quem Lathacan Scotigena fecit ») in 
a poem addressed to the redbreast (rubisca) in the Cambridge 
University Library, and in several manuscripts of the Xth 
Century, mère or less closely unnected with Brittany. 

Henry Bradshaw. 
Sept. 27, 1876. 



CORRESPONDANCE 



Monsieur, 

Dans votre numéro de juillet vous aviez bien raison de dire, 
à propos de mes articles de vulgarisation sur l'Irlande dans le 
Centiiry Maga~iiie de New- York, qu'il y a toujours des Irlan- 
dais qui persistent à envisager l'histoire d'Irlande comme des 
écrivains du moyen âge. Mais je ne pensais pas mériter d'être 
classé parmi eux. 

Les Irlandais d'Amérique qui s'adonnent à l'étude des anti- 
quités de leur île natale m'ont môme reproché parfois le scep- 
ticisme avec lequel je nie beaucoup de choses qui ne sont 
point d'accord avec les probabilités, et même qui sont en con- 
tradiction avec la situation possible des races en Europe dans 
ces temps si éloignés. De vives critiques me sont adressées 
parce que je trouve sous la domination celtique une popu- 
lation qui a quelque analogie avec les Finnois, les Hongrois, 
les Turcs. Je trouve leurs traces dans les traditions assez obs- 
cures recueillies par Keating et les Quatre Maîtres (et en gé- 
néral mal comprises par eux) — dans la langue gaélique, dans 
les dieux, fées, héros et sorciers entrevus avec beaucoup de 
difficulté à travers la couche chrétienne — dans les armes de 
guerre, dans l'architecture et les lois. Si vous avez la bonté 
de parcourir les articles publiés depuis dans le Century Maga- 
~ine, en mai, juin et juillet 1889, vous trouverez, si je ne me 
fois pas illusion, que je ne suis ni de ceux qui déduisent Bri- 
tain de Brutus, ni de ces patriotes irlandais qui s'eiforcent de 
trouver les Phéniciens établis en Irlande, parce que les chan- 
sons héroïques parlent de guerriers dits Fenians. 



111 Correspondance. 

Mais, d'autre part, il me semble que les savants modernes 
ont poussé le scepticisme trop loin en refusant toute valeur 
aux légendes populaires et aux récits par lesquels commencent 
l'histoire indigène de l'Irlande. J'aurais lu vos ouvrages bien 
mal. Monsieur, et ceux de M. Henri Gaidoz, pour ne point 
parler d'autres, si je ne comprenais pas que la saine critique 
ne doit pas écarter toute lumière sur le passé ténébreux de 
l'Irlande et delà Gaule, parce que cette lumière tombe à travers 
des fenêtres à l'antique — disons de cuir gratté ou de pierre 
transparente. 

En Américain qui dérive d'une ancienne souche française, 
je raconte l'histoire antique de l'Europe entière plutôt que celle 
d'Irlande; ce sont mes compatriotes que je voudrais intéresser 
aux études celtiques plutôt que les Irlandais, qui ont chez eux 
des antiquaires d'une bien plus profonde érudition. La série 
d'articles qui de temps en temps apparaîtront dans le Century 
Maga::^ine est adressé au grand public. Certes, je ne peux pas 
entrer dans des explications trop longues et savantes, ni tour- 
menter mes aimables lecteurs par trop de noms qui leur sem- 
bleront barbares. En Angleterre et en Amérique, mon sujet 
même, étant irlandais, se heurte à beaucoup de haines de races 
et beaucoup de préjugés politiques. 

Mais j'espère que le moment arrivera où les universités de 
mon pays ouvriront leurs cadres pour admettre l'enseignement 
des vieilles langues de l'Europe, mettant à côté des chaires 
de grec et latin une chaire de langues celtiques. Il n'est que 
juste que les collégiens aient désormais la possibilité d'ap- 
prendre à connaître un peu leurs ancêtres à eux, tout en ne 
négligeant pas le latin, le grec et le sanscrit. 

Charles de Kay. 

New-York, 13 août 1889. 



Paris, le 2 février 1890. 
Monsieur le Professeur, 

Vous connaissez depuis longtemps les tiers de sou méro- 
vingiens attribués par les numismatistes à l'atelier d'Ambernac, 



Correspondance. 22 J 

dans la Charente, et qui portent en légende le nom de lieu 
Antchrcnnaco, Aniehrinnac, Antehrinaco. Permettez-moi d'attirer 
votre attention sur une forme plus ancienne du même nom. 
Un tiers de sou qui est entré au Cabinet de 'France en 1852 
donne la légende ANDEBRINNACO ; un autre, qui était au 
nombre des 1,131 pièces de la collection d'Amécourt acquises 
récemment par le même Cabinet, porte ANDEBRENACV. 
Tous les noms de lieux terminés par le suffixe ac, à l'origine 
desquels on a pu remonter, ont pour racine, comme vous 
l'avez démontré, un nom d'homme latin, gaulois ou franc. 
Ambernac ne doit pas foire exception. Il semble qu'il ait pour 
origine un nom gaulois. Le préfixe Aude a une physionomie 
gauloise ; on le retrouve dans des noms d'hommes tels que 
Andchrogirix, Audcrex, Anddipa et dans plusieurs ethniques 
tels que Andccavi, Andematiiniim, Aiidcritiini. En second 
lieu, la syllabe briiin ou bniin est singulièrement analogue 
au mot qui, chez certains peuples de la Gaule, désignait le 
chef et que les Latins ont rendu par hrcnnus. Aussi n'est-il pas 
étonnant que des noms propres se soient formés sur ce thème. 
Sommes-nous donc autorisés à ajouter Aiidebrcnnos à la liste 
des noms d'hommes gaulois révélés jusqu'ici par la numisma- 
tique, c'est à vous, Monsieur, de décider. 

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Professeur, l'expression 
de mes sentiments de très profond respect et de dévouement. 

Maurice Prou, 

Sous-bibliothêcaire à la Bibliothèque Nationale. 



Ande-breniios, nom d'homme nécessaire pour expliquer le nom de lieu 
dérivé Aiidcbriiinaciis ou Andcbrmacns, est en effet un nom gaulois nouveau 
et ce nom est d'une formation régulière, ainsi que le justifie la comparaison 
avec : 1° Aiide-cainitlos, inscription gauloise de Nevers et en même temps 
nom d'une localité de Gaule, probablement Rançon, Haute-Vienne 
(Orelli, no 1804); 2° Ande-roudiis, connu par une inscription de Padoue 
(C. I. L., V, 291 1). Ces deux noms d'hommes nous offrent, comme A nde- 
brennos, deux éléments dont le premier est le préfixe Ande- et dont le second 
est : 1° Camulus, bien connu comme nom divin, mais qui a été aussi 
employé comme nom de personne (C. /. Z,., III, 4892, 5479; XII, 744); 
2° Roudus, lu sur une marque de potier (Schuermans, Siglcs figiilins, 



224 Correspondance. 

n^ 4741)- Le nom antique de la ville de Langres Anâe-maluninis paraît 
avoir été originairement un nom d'homme formé de la même manière. Le 
second terme Maliinniis est le masculin du surnom féminin Matuna attesté 
en Espagne par une inscription de Séville (C. /. L., II, 1209), ^^ le mas- 
culin Matumis se rencontre une fois avec valeur de nom divin (C. 1. L., 
VII, 995), comme Camulus plus connu. — H. d'A. de J. 



Saint-Germain-en-Laye, 22 février 1890. 
Cher Maître, 

Permettez-moi de contester la légitimité d'une des critiques 
que vous adressez à mon illustre maître Fustel de Coulanges 
dans le dernier cahier de la Réunie Celtique (1889, p. 494.) 

« L'auteur, dites-vous, ne connaît pas tous les documents 
relatifs à son sujet: ainsi, à la page 68 du premier des volumes 
que nous venons de citer, il avance qu'il n'y avait pas de 
statues dans la Gaule barbare avant la conquête, oubliant 
ainsi le passage où César parle des nombreuses statues, plu- 
rinia shnulacra, du dieu gaulois assimilé à Mercure. » 

Je vous ferai observer d'abord que simulacrum n'est pas 
synonyme de statua : le premier mot peut désigner une image 
symbolique, qui n'a pas besoin d'être une statue. Ainsi Pline 
écrit (V, 5,5): Balhus in triumpho gentium uvlnuinque uoniina 
ac SIMVLACRA duxit. Il s'agit ici évidemment d'inscriptions 
rappelant les noms des villes et des peuples et d'images (simu- 
lacra) qui les personnifiaient sans leur ressembler — en un mot 
qui les indiquaioit à la manière de symboles. 

Or, la meilleure preuve que César (ou son autorité) pour 
ce passage n'a pas pu dire autre chose, c'est qu'il n'existe au- 
cune statue de Mercure antérieure à la conquête romaine sur 
le sol de la Gaule. Il est inadmissible qu'on n'en eût pas dé- 
couvert à Bibracte, à Alesia et ailleurs, si le texte de César 
devait être compris comme il l'est en général. L'archéologie 
militante a suffisamment exploré depuis deux siècles le sous- 
sol de la Gaule celtique pour qu'il lui soit permis de conclure 
en toute sécurité qu'il n'y avait pas de statues en Gaule antérieu- 
rement à la conquête. Je l'ai écrit à mon tour dans mon Cata- 
logue sommaire du musée de Saint-Germain (p. 27) et j'affirme 
que ni M. Bertrand ni aucun archéologue ne nïe contrediront 



Correspondance. 22 c 

sur ce point. Les seules sculptures que l'on ait crues antérieures 
à la conquête sont les grossiers bas-reliefs d'Entremont, près 
Aix (Desjardins, Gaule romaine, t. II, p. 112 -et pi. I); mais, 
à supposer que cette opinion soit prouvée, — et elle ne l'est 
point, — il s'agit là d'un monument découvert dans une région 
de la Gaule sur laquelle les influences grecques et romaines 
s'exerçaient depuis une époque fort ancienne. 

Mais alors, que dire du texte de César ? Il serait téméraire, 
je crois, de le récuser, mais il faut l'entendre sans forcer le 
sens du mot simnlacnim. César, qui avait habité la Grèce, qui 
était versé dans les lettres grecques, connaissait parfliitement 
ces piliers rectangulaires et ces accumulations de pierres que 
les Grecs appelaient soit 'Ep;j,aT, soit àpiJ.zTa, ipij.av.îç, èpiJ.xTs-. 
Xôçoi. Il savait aussi que le bloc de pierre debout, plus ou 
moins façonné à l'image d'un ox'ù.oc, passait chez les Grecs 
pour le plus ancien symbole d'Hermès. On peut voir tous les 
textes à ce sujet réunis par Scherer dans le Lexicon der Mytho- 
logie de Roscher, s. v. Hermès, t. I, p. 2392 et suiv. Or, 
sans parler des nombreux obélisques dits menhirs, encore épars 
à la surface du sol de la Gaule, ni des accumulations de 
pierres auxquelles on donne le nom biblique de galgal (cf. 
Revue archéologique, 1850, p. 481), la toponymie seule suffit 
à nous prouver, par la multitude des lieux dits Pierrefiche, 
Pierrefitte, Pierrelevée, etc., combien de monuments analogues 
aux grossiers 'P]p[xai ou 'EpfxxTa durent se présenter en Gaule 
aux yeux de César ou de son auteur. Je ne discute pas ici la 
question de savoir si les 'EpiJ.xT ou 'Ep[j,aTx des Grecs ont 
autre chose qu'un rapport fortuit avec le nom du dieu Hermès; 
peut-être n'y a-t-il là qu'un très vieux calembour, mais ce n'est 
pas la question. César (ou son auteur) voit en Gaule un 
grand nombre de monuments, entourés de pratiques supersti- 
tieuses, qu'il identifie à ceux où les Grecs reconnaissaient 
les symboles d'Hermès; il en conclut naturellement qu'Hermès- 
Mercure est le principal dieu gaulois (ce qui est peut-être une 
erreur) et il parle de nombreux simulacra de ce dieu qui sont 
élevés en Gaule. Nous sommes bien loin de statues ! 

Vous voyez, cher Maître, que je donne parfaitement raison 
à Fustel. Il était trop peu au fait de l'archéologie monumen- 
Revue Celtique, XL 1 ;> 



226 Correspondance. 

taie pour expliquer comme je le fais la phrase de César, mais 
il sentait que le mot sinnihtcni dans ce texte ne dit point ce 
que les commentateurs et traducteurs lui font dire. 

Peut-être l'interprétation que je propose de ce passage n'est- 
elle pas tout à foit sans importance. Sous l'influence d'une 
école qui j sagement réagi contre les folies de Cambry, on 
est allé jusqu'à refuser aux Celtes toute part dans l'érection 
des monuments mégalithiques. J'ai publié l'été dernier, dans 
la République française (24 juillet 1889), une note très courte 
où je me suis inscrit en faux contre cette opinion. Dans leur 
ensemble, dolmens et menhirs appartiennent à une civilisation 
que je crois antérieure à l'époque où la langue celtique fut 
parlée en Gaule (je ne parle pas de race celtique, ne comprenant 
pas ce que le mot de race signifie) ; mais les Celtes adoptèrent 
les pratiques de la religion dolménique, comme les Francs 
adoptèrent le christianisme des gallo-romains. César a pu en- 
core voir de nombreux menhirs, objets des ofl"randes et des 
pratiques superstitieuses des Gaulois. Une preuve de mon 
opinion, que je crois sans réplique, est le fameux menhir de 
Kernuz (Revue archéol., 1879, I, pi. III- V), où une image de 
Mercure en relief a été sculptée à l'époque romaine. Le dieu 
avec son cortège, à la faveur de l'anthropomorphisme gréco- 
romain, est venu prendre possession de \i pierre debout, où on 
l'adorait depuis longtemps sans l'avoir figuré sous des traits 
humains. 

Crovez, cher Maître, à mes sentiments respectueusement 
dévoués. 

Salomon Reinach. 



Le passage de César dont il s'agit ici se trouve au livre VI, c. 17, § i : 
Gain deiuii niaxiine Merciiriiiin colnnt. Hitjus sitnt plurima simiilacra. 
M. S. Reinach propose pour ce texte un sens complètement nouveau. 

M. S. Reinach a un grand avantage sur la plupart des archéologues qui 
s'occupent en France des monuments antérieurs à la conquête romaine, 
c'est qu'il connaît parfaitement l'archéologie grecque ; et il doit à cette 
supériorité d'instruction des vues qui forcément ont manqué à ses prédé- 
cesseurs. On a souvent observé avec étonnement que César paraissait 
n'avoir pas aperçu les monuments mégalitiques de la Gaule. Qu'il n'ait pas 
aperçu les dolmen et les allées couvertes, cela se comprend fort bien : ces 



I 



Correspondance. 227 

monuments devaient encore, au temps de César, être à peu près sans 
exception couverts par des éminences artificielles que depuis cette époque 
des cultures reitérées à nombre incalculable, les pluies et les gelées de dix- 
neuf cents hivers ont nivelées et abaissées presque à la hauteur du sol 
environnant, on voit tout nus les dolmens et les allées couvertes qu'un 
épais manteau de terre dérobait au regard du conquérant de la Gaule. Mais 
les menhir s'offraient sans voile aux yeux, alors comme aujourd'hui ; les 
menhir qui sont tombés et gisent étendus dans la campagne étaient proba- 
blement encore la plupart debout, un grand nombre qui depuis ont fourni 
de la pierre à bâtir, du pavé ou du macadam, étaient encore droits à la place 
où l'art de l'ingénieur préhistorique les avait dressés. César n'avait rien dit 
de ces monuments, croyait-on. On se trompe, répond M. Reinach, les 
menhir, ce sont les sinitdacra dont parle César. 

Nous remercions le savant et jeune archéologue d'avoir choisi la Revue 
Celtique pour porter à la connaissance du public érudit cette doctrine nou- 
velle qui atteste une fois de plus la science de l'auteur et l'originalité de 
son esprit. 

Ce que nous saisissons moins, c'est le rapport qui existe entre cette doc- 
trine, — on pourrait dire probablement cette découverte — et la critique 
que nous avons adressée à M. Fustel de Coulanges. Si le passage précité 
de César avait été présent à la mémoire de l'éloquent professeur, c'est 
avec le sens de « statues « que le mot sinnilacra se serait présenté à son 
esprit. M. Fustel de Coulanges vivra comme écrivain, il est peu probable 
qu'il compte jamais parmi les archéologues dont, en notre siècle, la France 
pourra s'enorgueillir. — H. d'A. de J. 



BIBLIOGRAPHIE 



Les premiers habitants de l'Europe d'après les écrivains 
de l'antiquité et les travaux des linguistes, par H. dAr- 

BOis DE JuBAiNViLLE, seconde édition, corrigée et considérablement aug- 
mentée par l'auteur, avec la collaboration de G. Dottin, secrétaire delà 
rédaction de la Revue Celtique Tome premier : i° Peuples étrangers à la 
race indo-européenne (habitants des cavernes, Ibères, Pélasges, Etrus- 
ques, Phéniciens); 2° Indo-Européens, première partie (Scythes, Thraces, 
Illyriens, Ligures). Paris, Thorin, 1889. gr. in-8, 400 pages. 

Cette seconde édition se distingue de la première, sans 
parler d'un certain nombre de corrections et d'additions, par 
deux innovations principales. Dans l'intérêt de la clarté, 
M. d'Arbois de Jubain ville a divisé les chapitres en para- 
graphes précédés chacun d'un titre qui- en annonce le sujet. 
Réunis au début de chacun des chapitres, les titres des para- 
graphes qui le composent forment un sommaire qui fait em- 
brasser en un coup d'œil l'ensemble du sujet. Une autre modi- 
fication, plus importante, a consisté à imprimer en notes la 
plupart des textes sur lesquels s'appuie l'auteur. 

Les subdivisions m'ont paru trop nombreuses. Très utile 
dans un manuel, dans les livres destinés à l'enseignement, ce 
système est gênant dans un livre d'érudition, lorsqu'il est 
poussé trop loin. Le lecteur a peine à saisir l'ensemble d'une 
exposition ainsi hachée. Le sommaire remédie en partie à ce 
défaut. L'auteur s'est condamné aussi par sa méthode, m'a- 
t-il semblé, à beaucoup de redites ^ 

I . L'auteur a cédé, en coupant ses chapitres, à des conseils d'ami. Si j'en 
avais un à lui donner, je lui conseillerais, dans la troisième édition, d'en 
faire à sa tête. 



Bibliographie. 229 

L'autre innovation ne mérite que des éloges et le lecteur ne 
peut qu'en savoir le plus grand gré à l'auteur ^ 

La seconde édition, d'une lecture assurément plus flicile que 
la première, se distingue par les mêmes qualités : une grande 
conscience dans les recherches, la sincérité la plus parfaite 
dans la discussion, le zèle le plus intatigable pour profiter des 
travaux et des progrès de la science contemporaine, en parti- 
culier de la linguistique : qualités précieuses et rares qui ren- 
dront son œuvre durable et indispensable à consulter pour 
tous ceux qui étudient les antiquités européennes. Elle est ce- 
pendant, si je ne me trompe, entachée de deux défauts, plus 
graves, peut-être, en apparence qu'en réalité : 

1° M. d'A. de J. s'est privé d'une source d'informations des 
plus précieuses, nécessaire même pour contrôler les assertions 
Jorcémcnt contradictoires des auteurs anciens, en laissant de 
côté, en grande partie, les découvertes de l'archéologie con- 
temporaine. 

2° M. d'A. de J. s'est exposé à voir contestée ou amoindrie 
la solidité de ses recherches en négligeant, au moins en appa- 
rence, de nombreux travaux parus, surtout depuis une ving- 
taine d'années, sur les sources auxquelles ont puisé les histo- 
riens et géographes de l'antiquité, sur la critique des textes 
grejcs et latins, au point de vue historique. 

L'auteur, dans sa préfoce, page xvi, déclare bien qu'il a 
laissé de côté l'archéologie préhistorique, ajoutant modeste- 
ment que ce silence n'est pas l'effet du dédain, qu'il est sim- 
plement l'aveu de son incompétence. Mais il ne tient pas ab- 
solument sa promesse, par exemple au chapitre P' : c'était 
d'ailleurs impossible. Mieux eût valu, en effet, ne rien dire 
des habitants de l'Europe avant les races historiques que de 
se contenter, sur ce point, du témoignage des écrivains clas- 
siques. Les textes, même d'Homère, n'ont aucune valeur, en 
ce qui concerne l'Europe, en dehors de la Grèce continentale. 
Les récits sur les Cyclopes, les Sirènes, les îles d'Eole, les 



I . Les textes grecs m'ont paru reproduits avec soin. J'ai remarqué ce- 
pendant çà et là des fautes d'esprit et d'accent, par ex. p. 5, ol'y' pour oî'y'; 
at pour ai'; p. 11, o- pour o'. ; p. 6, Oî^'ôtaîv pour Oîto''[j.îv. 



230 Bibliographie. 

Lestrygons, sont de véritables contes, des épouvantails in- 
ventés en partie ou répandus dans le monde grec, dans un 
dessein facile à comprendre, par les navigateurs phéniciens. 
M. d'A. de J. renvoie, en ce qui concerne l'archéologie pré- 
historique, au livre de M. Bertrand, La Gaule avant les Gaulois. 
Or, M. Bertrand, entre l'homme tertiaire ou quaternaire et 
les races historiques, ne voit pas, comme M. d'A. de J., uni- 
quement des troglodytes; il distingue bien d'autres populations. 
De plus, il ne fait pas des habitants des cavernes le portrait 
terrifiant qu'en trace M. d'Arbois. Il va jusqu'à leur attribuer 
un sentiment des arts développé ! Quant aux néo-lithiques, je 
ne vois pas qu'ils soient très inférieurs à bon nombre d'élec- 
teurs français : ils ont, d'après M. Bertrand, maisons, chevaux 
attelés, bœufs, blé, fromage; ils savent tisser le lin, naviguer; 
leurs armes sont redoutables ; au point de vue moral, ils se 
distinguent par une qualité qui en suppose beaucoup d'autres : 
ils ont le respect et le culte des morts ; ce qui est très conso- 
lant pour nous, ces braves gens constituant, toujours à ce 
qu'assure M. Bertrand, les deux tiers du fonds de la nation 
française. M. d'A. de J. aurait dû aussi dire un mot des dol- 
mens, quand ce n'eût été que pour réserver la question. Il est 
impossible, en effet, de séparer complètement l'époque des ca- 
vernes de celle des dolmens, dans certaines régions : M. J. de 
Baye n'a-t-il pas trouvé dans les cavernes de la Champagne les 
mêmes objets, la même civilisation matérielle que sous les 
dolmens de la Lozère ? Enfin le livre de M. Bertrand, quelque 
utile qu'il soit par les renseignements précieux qu'on y trouve 
condensés, est un des plus discutables qu'on puisse imaginer, 
sans sortir même du domaine de l'archéologie préhistorique ^ 
C'est surtout peut-être à propos des Etrusques qu'il est 



I . M. de Closmadeuc, en réponse à une lettre de M. de Caumont, a dé- 
montré surabondamment la fausseté du système exposé par M. Bertrand 
sur les dolmens dans la Revue archéologique, et légèrement modifié dans 
son livre La Gaule avant les Gaulois (Bulletin de la Société polym. du Mor- 
bihan, 1865). Les faits n'ont pas été suffisamment observés. L'auteur bâtit 
des théories grosses de conséquences sur de véritables pointes d'aiguilles : 
un de ses principaux arguments pour rattacher les Venètes aux Hénètes de 
Paphlagonie, c'est que les paysans bretons d'Auray aujourd'hui attachent leurs 
vêtements avec des espèces de fibules à boudin (épingles anglaises). 



Bibliographie. 2 5 1 

facile de voir combien M. d'A. de J. a été mal inspiré en né- 
gligeant les indications de l'archéologie. Les témoignages des 
anciens sur l'identité des Pelages et des Etrusques sont des plus 
contradictoires. A celui d'Hérodote, qui fliit sortir les Tur- 
sanes de Lydie, on peut opposer, entre autres arguments, le 
silence de Xanthos le Lydien dans ses Lydiaca (Denys, Arch., 
I, 28). Au milieu de ce conflit d'opinions, le dernier mot est 
à l'archéologie proprement dite, la Hnguistique réservant jus- 
qu'à ce moment son jugement. Or, cette science confirme 
l'opinion de Niebuhr; les Etrusques ne sont pas arrivés en 
Italie par mer : ils y sont venus par le nord. Leur civilisation 
primitive n'a rien de lydien. Ce qu'ils ont eu de commun à 
une certaine époque avec la Lydie, ils le doivent aux commer- 
çants de Tyr et de Sidon. C'est la thèse que développe 
M. Martha dans son ouvrage récent sur l'art étrusque. Ce 
sont aussi les idées de deux archéologues éminents, MM. Hel- 
big et Undset (Aniiali dcW Instituto di corresponden:^a archceo- 
lûgia, 1884-1885)^ 

L'archéologie est un moyen de contrôler l'exactitude et la 
valeur des textes anciens. Il y en a un autre : c'est de se 
rendre compte des sources auxquelles ils ont été puisés, ce qui 
est souvent possible. La critique des sources historiques est le 
fondement de toute étude scientifique sur l'antiquité. Mal- 
heureusement, cette branche de la philologie et de l'histoire 
est des plus négligées en France, tandis qu'elle a pris un 
énorme développement en Allemagne. Les colonnes du Rbci- 
nisches Miiscenni, du Pbilologus, de VHennes sont remplies 
d'études de ce genre, sans parler d'un grand nombre de 
thèses et de dissertations qui ont le même objet. Beaucoup de 
ces travaux ne sont guère concluants ; un certain nombre ont 
donné de sérieux résultats. M. d'A. de J. a puisé ses textes 
dans de bonnes éditions ; il connaît les idées courantes sur la 
valeur des historiens. Mais il ne semble pas toujours avoir 
suivi d'assez près le mouvement de la critique des textes histo- 



I . Pour les Pélasges, il y a une grande part de vérité dans la boutade 
de Wilamowitz : sie sind nur da, iim vcrtricben ^u werden. Ce sont les bou- 
che-trous de l'histoire de la Grèce ancienne. 



2 3 2 Bibliographie. 

riques en Allemagne, quoiqu'il connaisse les meilleurs ouvrages 
d'histoire parus dans ce pays jusqu'à ces derniers temps. En 
voici quelques preuves : 

P. 39, en note : Scymnus de Chio, dit l'auteur, s'appuie 
sur Timée. Or, Scvmnus n'est plus considéré comme l'auteur 
du poème géographique qui porte son nom, mais il suit, il est 
vrai, Timée et Ephore (Unger, Die Chronik des Apollodoros, 
Philologus XLI (1882), p. 603). Il n'était pas inutile d'ajouter 
que le vrai Scvmnus vivait probablement au commencement 
du deuxième siècle (Rohde, Rhein. Mus., XXXIV). 

P. 41. Le périple de Scylax serait contemporain d'Hécatée. 
Il est certain que le vrai Scylax de Karyanda en Carie vivait 
du temps de Darius et avait même, sur son ordre, visité les 
côtes du golfe arabique, mais le périple, qui est une description 
générale des côtes, est bien postérieur. D'après des indications 
contenues dans l'ouvrage même, Unger le met vers 356 (Phi- 
lol. 33, p. 29). 

Pour Denys le Périégète, il eût fallu citer les travaux 
récents, notamment la découverte décisive de Leue, établis- 
sant que l'auteur écrivait sous Hadrien (PhiloL, 42, 175). Il 
était bon d'ajouter que nous avons deux versions de l'œuvre 
de Denys, une d'Avienus, une autre plus courte de Priscien 
(Christ, Griech. Litt., p. 507). M. d'A. de J. cite plusieurs 
fois Hécatée, mais ne laisse pas soupçonner que l'authenticité 
de ses écrits a été sérieusement mise en doute. Cobet (Mné- 
mosyne, 1883) rejette tout en bloc. Sittl, dans sa remarquable 
histoire de la littérature grecque (Gr. Litt., I, 349) doute de 
l'authenticité des rt'nx\z^;ix:. De bons critiques ne sont pas de 
cet avis, par exemple. Christ dans sa Gr. Litt. (cf. Diels, 
Hermès, XXII, 411). 

M. d'A. de J. préfère, à propos de l'identité des Sicanes et 
des Ibères, le témoignage de Thucydide et de Philistus qui la 
soutiennent, à celui de Timée de Tauromenium qui la nie, 
parce que les deux premiers sont plus anciens. Timée est en etfet 
postérieur aux deux autres, mais il a mis à profit pour l'his- 
toire de la Sicile la principale autorité de Thucydide et de Phi- 
listus pour l'histoire ancienne de la Sicile, c'est-à-dire Antio- 
chus de Syracuse (sur Antiochus, source de Thucydide, v. 



Bibliographie. 23 j 

Wôlfflin, Ant. vonSyr. und Cœlius Ant. Leipzig, 1870). Il a 
eu beaucoup plus de matériaux à sa disposition. Il a étudié les 
monuments anciens de son pays, les inscriptions même des 
temples et des colonnes (Polybe, XII, 11). Les antiquités phé- 
niciennes et carthaginoises lui étaient connues. Il est reconnu 
aujourd'hui que l'œuvre de Timée était la principale autorité 
pour l'histoire de la Sicile (Classen, Untersurchungen ûber 
Timaios von Tauromenion, Kiel, 1883). M. d'A. de J., si je 
ne me trompe, n'a pas non plus, à côté de l'opinion person- 
nelle de Thucydide, cité le passage où ce même écrivain re- 
connaît que les Sicanes eux-mêmes se disaient autochtones 
(Thucyd., VI, 2, 2). Antiochus de Syracuse tenait aussi les 
Sicanes pour autochtones (Diod., V, 24). Tout ceci d'ailleurs 
ne suffit pas pour renverser la thèse fort bien soutenue de 
M. d'A. de J. Pour corroborer le témoignage de Phihstus, 
l'auteur pouvait encore faire remarquer que l'écrivain syra- 
cusain avait connu les mercenaires ibcrcs de Denys l'ancien ^ 

Sur les questions d'histoire ancienne, M. d'A. de J. me 
semble ajouter trop de foi au témoignage de Strabon. Suivant 
la remarque de Christ (Gr. Litt., 481), Strabon ne paraît avoir 
connu Pythéas, Demetrius de Skepsis, Eudoxus même, que 
par les ouvrages des autres. Sur la géographie de la Grèce an- 
cienne, sa principale autorité est le catalogue des vaisseaux 
d'Homère commenté par Apollodore. 

A propos d'Aristeas de Proconnèse, pourquoi n'avoir pas 
cité le principal travail qui ait été fait sur ce poète, celui de 
M. Tournier (De Aristea Proconnaesio et Arimaspeo poemate, 
Paris, 1863)? 

Il n'eût pas été inutile de faire remarquer que la partie de 
l'Odyssée où il est question de la Sicanie et des Sikeles est la 
plus récente du poème. 



I . Si l'origine ibérique des Sicanes est soutenable, il y a néanmoins de 
sérieuses raisons de croire à la parenté des Sicanes et des Sicules. comme 
le dit Busolt en résumant la discussion (Gr. Gesch., 233, 234). On aurait 
voulu voir M. d'A. de J. discuter les arguments de Holm, Gesch. Siciliens, 
I, 58; de Nissen, Ital. Landeskunde, I, 547. Pour les Sicules, le peu qui 
semble rester de leur langue parait indiquer une parenté avec les Latins 
(Weise, Rhein. Mus., XXXVIII, 538). 



2 34 Bibliographie. 

M. d'A. a aussi négligé parfois, assez rarement m'a-t-il 
semblé, certains textes anciens d'une réelle importance. Cest 
ainsi que, contrairement à la thèse de l'auteur qui fait des Si- 
cules une branche des Ligures, Hellanicus, Fr. 53, présente 
les Sicules comme des Ausones. Or, c'est le nom que don- 
naient les Grecs à la branche osque des Auseli ou Aurunci (v. 
Busolt, Gr. Gesch., p. 238, note 2) ^ 

P. 174, les Cariens, de même race que les Pélasges, dit 
l'auteur, auraient été soumis aux Lélèges. Or, l'écrivain ca- 
rien, Philippe de Suangela, affirme que depuis les temps les 
plus reculés jusqu'à lui, les Lélèges étaient esclaves des Cariens 
(Fragm. I, chez Athénée, VI, 271). A Tralles, le meurtre 
d'un Lélège était racheté par un boisseau de pois, au témoi- 
gnage de Plutarque (Quaest. Gr., 46). Les Lélèges ont été les 
premiers habitants de la Carie, les Cariens seront venus après 
et les auront soumis ; ainsi s'expliquerait l'erreur d'Hérodote 
et de ses autorités en ce qui concerne ces deux peuples. Quant 
aux Cariens, ils se considéraient comme les parents des My- 
siens et des Lydiens. Cariens, Lydiens, Mysiens et Phrygiens 
sont regardés aujourd'hui avec raison par la plupaft des criti- 
ques comme appartenant au groupe indo-européen d'Asie-Mi- 
neure (v. l'état de la question chez Busolt, Gr. Gesch., p. 33). 

L'identité des Cassitérides avec les Iles-Britanniques a été 
mise en doute récemment par Unger (Rhein. Mus., XXXVIII, 
p. 157). L'éminent critique a assurément tort de nier l'iden- 
tité d'Albion et de la Bretagne insulaire, mais il n'en ressort 
pas moins de son étude, à mon avis, qu'il y a eu confusion 
chez plusieurs écrivains de l'antiquité entre Albion, Hierne et 
des îles de la côte ouest de l'Espagne. Pour les îles Œstrym- 
nides la question me paraît encore moins résolue. 

On ne voit pas non plus comment le fleuve Sicanos serait 
devenu, linguistiquement, en gaulois, Scquajia. 



I . L'opinion de Philistus que les Sicules sont des Ligures n'a peut-être 
pas autant de poids que semble lui en attribuer M. d'A. de J. Thucydide 
ayant raconté que les Sicanes avaient été chassés par des Ligures, et les Si- 
canes ayant été effectivement, en Sicile, refoulés parles Sicules, Philistus en 
a conclu que les Sicules étaient Ligures (Busolt, Gr. Gesch., pp. 237-258, 
note 2). 



Bibliographie. 23 s 

Je m'empresse d'ajouter qu'en supposant comblées toutes 
les lacunes que je me permets de signaler, l'œuvre de M. d'A. 
de J. ne serait pas modifiée dans ses traits principaux : des 
détails importants seraient seulement remaniés ; sur quelques 
graves questions, l'auteur, cependant si prudent, serait encore 
moins affirmatif. Le meilleur et le plus juste éloge que l'on 
puisse faire de cette nouvelle édition, c'est qu'elle est sensi- 
blement supérieure à la première, qui avait été si favorablement 
accueillie par le monde savant. 

J. LOTH. 

Trion. Antiquités découvertes en 1885, 1886 et antérieu- 
rement au quartier de Lyon dit de Trion, décrites par 
A.Allmer et P. DissARD, 18S7-1888, deux vol. in-8, CLXViii-641 p.; 
extraits des Mémoires de l'Académie de Lyon. 

Le premier volume débute par une histoire de Lyon romain 
que M. Allmer a écrite avec sa science accoutumée. Vient en- 
suite une étude par le même auteur sur les inscriptions lapi- 
daires trouvées à Trion. Elles sont au nombre de cent quinze. 
Le second volume, rédigé par M. Dissard, contient le cata- 
logue de dix-huit cents articles numérotés 116-1915, tom- 
beaux la plupart anépigraphes, fragments de poteries avec 
marques portant des noms de potiers, quelques-uns inédits, 
monnaies, etc. Il se termine par des tables dans lesquelles on 
remarque l'index des noms et des surnoms contenus dans le 
tome I, p. 1-253; '^^^^^ table renvoie aux pages et non aux 
numéros des inscriptions. Quant aux noms et surtout aux 
surnoms, très nombreux dans le second volume, p. 265-595, 
les auteurs n'ont pas jugé à propos d'en donner un index 
alphabétique. On les trouvera dans les sections intitulées: tom- 
beaux, p. 270-288; conduits d'hypocaustes, antéfixes, terrines, 
p. 317-320; amphores, p. 322-333; urnes, p. 335; vases de 
formes diverses, p. 340^ marques sur poterie rouge, p. 341-468; 
médaillons relatifs aux jeux de l'amphithéâtre, p. 493 ; marques 
sur lampes, p. 508-513. 

Dans son histoire de Lyon romain qui est intitulée Exposé 
préliiiiiiiairc, M. Allmer revient sur sa doctrine relative à l'éty- 
mologie de Lyon. C'est aux pages xx-xxi ; le paragraphe est 



2j6 Bibliograppie. 

intitulé : « Lu^^u et Lukos, le nom du corbeau est le même en 
celtique et en grec. » Voici la conclusion : 

« Le grec lukos répond en latin à monedula, autrement dit 
« corviis monedula qui lui-même répond en allemand au mot 
« dohle et en français au mot choucas. L'identité de lugu et de 
« lukos est manifeste ; elle est manifeste également entre lupi 
« et [l'arabe] loucha ; bien que moins apparente entre lugu et 
« choucas, elle se laisse cependant encore apercevoir. On n'est 
« donc plus admis à venir prétendre que n'existe en aucune 
« langue, pour désigner un corbeau, un mot analogue à lugu, 
« et ce sera peut-être le dénouement, cette fois, de la longue 
« querelle au sujet de l'étymologie du nom antique de Lyon, 
« querelle dans laquelle a été apporté, en ces temps derniers, 
« bien moins un effort sincère pour arriver à la vérité que le 
« malsain désir de sacrifier à cette archéologie de faux aloi, de 
« clinquant et d'aperçus à sensation qui paraît être au goût 
« du jour. » 

Il est exact que le mot grec X'jy.cç, dont le sens ordinaire est 
« loup », mais qui a plusieurs sens accessoires, est donné 
comme un nom du choucas par Aristote, Histoire des animaux, 
livre IX, c. 24 ^ Il y a de ce mot avec le sens de choucas 
une variante Ajy.-.cc qui nous est connue par Hesychius. Mais 
l'identité du thème luco- dans '/.jv.zz et du thème lugu- dans 
Lugu-dunum n'est pas si évidente que paraît le croire le savant 
auteur ; il lui semble qu'on a les deux équations k = g et 
=: H. La conséquence en résulterait qu'en français bac et 
bague seraient deux façons de prononcer le même mot et qu'il 
n'y aurait pas de différence dans la même langue entre butte 
et botte. 

Il paraît établi que la colonie romaine de Lyon avait un 
corbeau pour armoiries. Etait-ce des armes parlantes? Telle 
est la question. Déjà les Scgusiavi avaient, paraît-il, sur leurs 
monnaies, la représentation d'un corbeau {Trion, p. xvii); en 
conclurons-nous que Segusiavus veuille dire « corbeau » ? La 
maison de Bourbon a dans ses armes des fleurs de lis; s'en- 
suit-il que Bourbon soit en français un nom de la fleur de lis? 

I. Édition Didot, t. III, p. 186, 1. 5. 



Bibliographie. 237 

Et de ce que les Plantagenets portaient sur leur écu trois léo- 
pards de gueules, il ne résulte pas qu'en français plantagenet 
soit un nom du léopard. La doctrine empruntée par l'auteur 
anonyme du traité de fluviis à l'inconnu Clitophon est sans 
autorité et on ne peut fonder sur elle une étymologie scienti- 
fique du nom de Lyon. On dira en vain qu'à l'époque où 
cette étymologie a été inventée, on devait à Lyon savoir le 
gaulois. Le livre de M. Allmer semble fait pour démontrer le 
contraire; il le prouve par la rareté des noms gaulois dans les 
deux index qu'il a dressés. D'ailleurs rien au monde n'établit 
que Clitophon fût un Lyonnais. C'est un érudit grec quel- 
conque qui, au fond de son cabinet, entouré de ses livres, 
peut-être un Aristote sous les yeux, et frappé comme M. Allmer 
de la consonance entre 'k'jy.zztlLugu-, a tiré de son cerveau Téty- 
mologie considérée comme évidente par le savant épigraphiste 
de Lyon. Il n'y a pas trace d'un thème lugu- a corbeau « dans 
les dialectes néo-celtiques. 

H. d'Arbois de Jubainville. 



CHRONIQUE 



SOMMAIRE: I. Vie d'Hugues Roe O'Donnell par Lughaidh O'Clery. — II. La Société 
pour la conservation de la langue irlandaise. — III. Leçons d'archéologie de la fon- 
dation Rhuid par M. J. Rhys. — IV. Suite des travaux du P. Hogan sur le livre 
d'Armagh. — V. M. C.-A. Serrure auteur d'une grammaire gauloise. — VI. Epi- 
graphie romaine du Poitou et de la Saintonge par M. Esperandieu. — VII. Vies de 
saints irlandais extraites du livre de Lismore, par M. VVhitley Stokes. — VIII. Epaves 
delà tradition celtique recueillies par le Rév. Mac Innés annotées par M. Alfred Nutt, 
— IX. Vies de saint Ronan et de saint Jacu dans une publication nouvelle du P. De 
Smedt. — X. M. Salomon Reinach et les Gaulois dans l'art antique. — XI. Ogmios 
dans le Dictionnaire de mythologie grecque et romaine de M. W. Roscher. — 
XII. Fusion de VArchaeological Rcview et du Folklore Journal. ■ — XIII. Cucuimne 
et Cummian. — XIV. Le Celtique, sujet d'examen à l'Université de Londres. — 

XV. Une nymphe de la mer dans la mythologie et dans l'histoire;?; d'Irlande. — 

XVI. Gloses irlandaises et bretonnes publiées par M. Whitley Stokes. — XVII. Ré- 
pertoire général de Bio-bibliographie bretonne. — XVIII. Marques de potier pu- 
bliées par M. Habert. — XIX. Mystère de saint Gwénolé édité et traduit par 
M. Luzel. — XX. Chrestomathie bretonne de M. J. Loth. — XXI. Les lutins en Basse- 
Bretagne. — XXII. Le monument mégalithique de Newgrange en Irlande. — 
XXIII. Le prix Langlois décerné par l'Académie française à M. J. Loth. 

I. 

Le rcvcrcnd Denis Murphy, S. J. meinbrc de l'Académie royale d'Irlande, 
prépare une édition du texte irlandais de la vie de Hugh Roe O'Donnell 
par Lughaidh O'Clery. Ce document sera accompagné d'une traduction 
anglaise avec introduction historique et notes. O'Curry a parlé de cette vie 
dans ses Lectures on the Maniiscript Materials of ancient Irish History, p. 22. 
L'original est conservé à la bibliothèque de l'Académie ro^-'ale d'Irlande. 
C'est un petit in-quarto de quatre-vingt-quatre folios, très bien écrit; on y 
reconnaît le beau talent de scribe qui était une sorte d'héritage de famille 
chez les O'Clery. Il contient une biographie d'O'Donnell, chef de Tircon- 
nell, qui à l'âge de trente ans mourut à Simancas en Espagne, probable- 
ment d'un poison administré par un émissaire de Carew, ^gouverneur 
anglais de la province de Munster en Irlande. O'Donnell était allé demander 
aide au roi d'Espagne après la désastreuse bataille de Kinsale (1601). Le 
Père Murphy s'est rendu à Simancas dans le courant de l'été dernier et y a 
trouvé plusieurs lettres originales d'O'Donnel, d'O'Neill et d'autres nobles 
irlandais de ce temps-là. Le récit d'une grande partie des événements qui 
à cette époque forment l'histoire de l'Irlande a été inséré dans les 
Annales des Quatre Maîtres ; mais il y a dans la Fie de Hugh Roe O'Don- 



Chronique. 239 

nell beaucoup de détails qui ne se trouvent point dans ces annales et on y 
verra la vie d'un homme illustre écrite de suite, non plus par fragments 
et avec des interruptions. Cette publication nouvelle n'aura pas seulement 
un intérêt historique ; ce sera un ouvrage de plus à inscrire sur la liste des 
livres écrits en langue irlandaise qui méritent d'attirer l'attention des lin- 
guistes. 

J. C. O'Meagher. 
IL 

Le 4 mars dernier, la Société pour la conservation de la langue irlan- 
daise a tenu au siège de cette Compagnie, 6, Molesworth street, à Dublin, 
une assemblée où M. J. J. Mac Sweeney, son sympathique secrétaire, a 
présenté son douzième rapport. II y constate qu'en 1889 la langue irlan- 
daise est enseignée dans quarante-cinq écoles primaires dites nationales ; le 
nombre des enfants qui se sont présentés à l'examen pour l'irlandais a été 
de 826, dont 512 ont été reçus. Le mouvement s'étend à ce qu'on appelle 
« intermediate éducation », qui est une sorte d'enseignement secondaire. 
Le nombre des élèves de cette catégorie qui ont passé l'examen d'irlandais 
en 1889 est de 273. Ces résultats sont dus en grande partie à l'activité du 
secrétaire, et l'assemblée, sur la proposition du professeur O'Looney, a ter- 
miné la séance en votant à M. J. J. Mac Sweeney de chaleureux remercie- 
ments pour « son dévouement à la cause de la littérature irlandaise et 
u pour le zèle avec lequel il a travaillé avec tant de succès à atteindre le 
« but de la Société depuis sa fondation ». 

III. 

La ScottisJ] Reviciu fera paraître à partir du i"'' avril une série d'articles 
qui contiendront les leçons d'archéologie de la fondation Rhind faites 
dernièrement par notre savant collaborateur, M. John Rhys, professeur à 
l'Université d'Oxford. Ces leçons ont eu pour objet l'ethnologie primitive 
des îles Britanniques, et plus spécialement de l'Irlande et de l'Ecosse, au 
point de vue du langage. M. Rhys s'y préoccupe surtout des traces lais- 
sées en Irlande et en Ecosse par les populations non aryennes qui ont 
précédé les Celtes. Quand cette intéressante publication aura paru, nous 
espérons en parler avec détails. 

IV. 

On sait que le Père Edm. Hogan, S. J., a inséré dans les Anakcta Bol- 
landiana (tome I, 1882, p. 530-585 ; tome II, 1883, p. 35-68, 213-238) la 
Vie de saint Patrice par Muirchu Maccumachtheni et les notes de Tirechan 
sur le même sujet. La base de cette édition est le Livre d'Armagh, ix^ siècle, 
manuscrit qui appartient au collège de la Trinité de Dublin et dont le sa- 
vant jésuite a comblé les lacunes à l'aide du manuscrit no 64 de la biblio- 
thèque royale de Bruxelles, xi^ siècle. De ce travail il y a eu un tirage à 
part. Le Père Hogan prépare depuis sept ans un supplément à cette pre- 



40 Chronique. 

mière publication; on y trouvera les gloses et notes irlandaises du livre 
d'Armagh ; ces notes et gloses se rapportent pour la plus grande partie au 
Nouveau Testament et à la vie de saint Martin qui sont placés dans ce ma- 
nuscrit à la suite des documents relatifs à saint Patrice. La nouvelle publi- 
cation du Père Hogan se termine par un grand travail dont le titre, Index 
et glossariiim bihenncinii, fait connaître suffisamment l'objet et rendra claire 
l'utilité. Nous avons entre les mains une épreuve de la dernière feuille. 

V. 

M. C.-A. Serrure, ancien avocat au barreau de Gand, et aujourd'hui, 
comme il veut bien nous l'apprendre lui-même, « plutôt archéologue et 
numismate que philologue et grammairien », vient de publier un Essai de 
graminaire gauloise d'après les monuments épigraphiqites, suivi d'une reproduction 
des principaux textes, et d'un coup d'œil sur la langue des Gaules depuis César 
jusqu'à Charleinagne ' . Le tout forme une brochure in-octavo de juste 
cent pages, et se vend 3 fr. 50 chez Thorin, 7, rue Médicis, à Paris; je dis 
3 fr. 50, mais on peut même en marchandant un peu — j'en ai fait per- 
sonnellement l'expérience — obtenir cette brochure pour trois francs. J'en 
conseille l'acquisition à tous les linguistes qui voudront, après quelques 
heures d'un travail fatigant, se procurer quelques moments de récréation et 
d'innocente gaieté : aucun ne regrettera ses 3 fr. 50 ou 3 fr. Je suis très 
content de mon achat, malgré l'embarras qu'éprouve ma vieille gravité en 

voyant mon nom cité, je ne sais combien de fois, dans ce documenta 

l'appui des doctrines les plus réjouissantes. Les érudits que M. Ser- 
rure ne cite pas seront plus à l'aise que moi, leur amusement pourra même 
doubler quand ils penseront quelle tête je ferais en les voyant rire du bon 
tour que me joue M. Serrure donnant presque à chaque page des extraits 
de mes écrits pour appuyer ses thèses. 

De ces citations je me bornerai à en reproduire une, elle est imprimée 
sur le titre même de la brochure de M. Serrure : « La Grammatica celtica 
« de Zeuss n'a pas de lecteurs ; presque personne ne sait s'orienter dans ce 
« labyrinthe », d'Arbois de Jubainville, Revue Celtique, t. II, p. 278. — Ces 
deux membres de phrase sont extraits d'une période, un peu longue peut- 
être, où j'exprime le regret que Zeuss ait si peu de disciples ; je dis que la 
cause de la rareté des celtistes sérieux est la difficulté que bien des gens 
éprouvent à lire un livre dont l'auteur a fait comme savant œuvre de génie, 
mais a montré un très faible talent d'exposition. Quelle est la conclusion 
de M. Serrure ? C'est qu'étudier la Grammaire de Zeuss est peine perdue ; 
et sans l'avoir lue, sans avoir aucune idée de la linguistique indo-euro- 
péenne, il prétend traiter le même sujet que Zeuss, en affirmant le contre- 
pied de la doctrine ethnographique du savant allemand, en prenant les 



M 



I. C'est un tirage à part du Muséon. On a déjà parlé des articles de 
. Serrure dans cette revue beige. Voyez Revue Celtique, t. X, p. 263. 



Chronique. 241 

Bretons pour des Cimmériens et en déclarant que les langues néo-celtiques 
écrites et parlées dans les Iles-Britanniques ne peuvent jeter aucune lumière 
sur la langue des Gaulois. 

Oui, me dira M. Serrure, je n'ai pas lu la Gramiiiatica Celtica; j'ai tenu 
à confirmer votre enseignement ; vous avez écrit : « la Grauunatica celtica n'a 
pas de lecteurs »; je me suis bien gardé de contredire, en lisant ce livre, une 
assertion d'un maître ! — Qjue répondrai-je à M. Serrure ? Je n'ai qu'à me 
taire et à passer tout penaud à un autre sujet. 

VI. 

M. le lieutenant Esperandieu a consacré à VEpigraphie romaine du Poitou et 
de la Saiutoiige un volume in-octavo de 411 pages oij il a réuni une suite 
d'articles publiés par lui dans la Revue poitevine et saintougeaise. Ce livre est 
l'œuvre d'un épigraphiste compétent, mais qui ne sait pas se borner. On y 
trouvera un certain nombre de noms gaulois ; ils seront compris dans un 
prochain travail que M. Thédenat promet à la Revue Celtique. 

VII. 

M. Whitley Stokes continue à être l'infatigable et on peut dire mer- 
veilleux érudit que nous connaissons. Les deux volumes de The tripartite 
life of Patrick qui ont paru en 1887 et qui forment un total de 876 pages 
in-8, viennent d'être suivis, à trois ans d'intervalle, par un volume petit in-4 
de CXX-411 pages, Anecdota Oxoniensia: Lijes of saints froin the book of Lis- 
more. Il y a dans ce volume cinq parties : Préface, texte des vies, traduction 
anglaise, notes et index, 1° de matières, 2" de personnes, 3° de noms de 
lieux, 4° des mots irlandais les plus intéressants. Nous comptons donner plus 
tard un compte rendu détaillé de ce livre. Je me bornerai à en dire ici 
quelques mots. La préface commence par la description du manuscrit dit 
Livre de Lismore, qui date comme on sait du xv^ siècle. M. Whitley Stokes 
nous donne un état du contenu feuillet par feuillet, ce qui n'avait pas été 
fait jusqu'ici, et il a soin, quand il s'agit d'une pièce qui se trouve dans 
d'autres manuscrits, d'en donner l'indication. Dans quelques cas excep- 
tionnels, je crois être en mesure de compléter cette bibliographie. 

Ainsi l'histoire de Guaire of Aidne, livre de Lismore, f° 44 b i, se trouve 
aussi dans le ms. de Trinity Cohege Dublin H. 2. 16, col. 795. 

Le traité intitulé : Teanga hithnua « la langue toujours nouvelle », Livre 
de Lismore, {° 46, a été aussi transcrite dans le ms. T. G. D., H. 2. 16, 
col. 700-707. 

De la Vie romanesque de Gharlemagne, Livre de Lismore, fo 54 a, 1-66 
b, 2, on a, je crois, les copies suivantes : T. C. D., H. 2. 12, fragment ; 
Franciscains de Dublin, n" IX du catalogue dressé par M. Gilbert ; le même 
traité paraît se trouver dans le Liber flavus Fergnsorum ; voyez l'analyse 
de ce manuscrit chez O'Curry, Lectures on the Manuscript Materials of an- 
cient Irish Htstory, p. 551. 

Revue Celtique, XL 16 



242 Chronique. 

De l'histoire de l'Antéchrist, Sgdl Ainnte Christ, Livre de Lîsmore, f°68a, 
il y a une autre copie dans le ms. de la R. I. A. coté 23 N. 15 ; ancien 
fonds Betham, n» 22, p. 55. 

L'histoire de Loegaire Liban, livre de Lismore, f" 125 a, est aussi dans le 
livre de Leinster où elle commence p. 275, col. 2, 1. 21. 

Dans les notes sur la Vie de Senan, p. 341, M. Whitley Stokes dit qu'il 
existe deux copies de l'Amra Senain, l'une se trouve dans le Leabar Breacc, 
p. 241 a ; l'autre est une copie faite par Michel O'Clery et a été conservée 
dans le manuscrit de Bruxelles 4190-4200, fo 269 a. Il existe un troisième 
manuscrit plus ancien que celui de Bruxelles, T. C. D.,H. 3. 17, col. 832-83 5. 

Les Vies de saints publiées sont celles de Patrice, Columba, Brigit, Senan, 
Finden, Finchua. Brenan (le fameux saint Brendan), Ciaran de Clonmac- 
nois et Mochua de Balla. Le texte et la traduction de ces vies sont établies 
avec l'exactitude et la précision auxquelles nous ont habitués les publi- 
cations précédentes du savant auteur ; les index abondants qui terminent ce 
volume en rendront l'usage très commode. 

Vin. 

La librairie David Nutt de Londres vient de mettre en vente un ouvrage 
très intéressant pour l'histoire de la littérature épique irlandaise dans les 
montagnes de l'Ecosse. Ce volume est intitulé : Ji\iifs and strays of Celtic 
tradition (Epaves de la tradition celtique). — Argyllshire séries n° 2. — 
Folk and Hero Taies (Contes populaires et héroïques recueillis dans le comté 
d'Argyll). L'auteur est le Rév. D. Mac Innés. Après avoir recueilli lui- 
même le texte gaélique, il le publie avec traduction anglaise en regard ; 
suivent des notes abondantes dues en grande partie à notre savant collabo- 
rateur M. Alfred Nutt. Nous signalerons comme tout particulièrement digne 
de l'attention des érudits l'étude sur la légende de Finn, ses traces les plus 
anciennes en Irlande, les développements relativement récents qu'elle y a 
reçus et sur son histoire en Ecosse. 

IX. 

Le Père de Smedt vient de faire paraître en un volume in-8 le commen- 
cement du Catalogue des vies de Saints conservées dans les manuscrits de 
la Bibliothèque nationale de Paris. Dans ce tomeI<:r il publie le texte des vies 
qui lui paraissent le plus intéressantes. Parmi ces vies deux concernent des 
saints celtiques, saint Ronan (p. 438) et saint Jacu (p. 578). Celle de saint 
Ronan, publiée d'après un manuscrit du treizième siècle, est beaucoup plus 
développée et beaucoup plus intéressante que celle qui a été reproduite 
autrefois par les Bollandistes. 

Une des différences mérite surtout l'attention; elle porte sur un détail 
curieux, parce qu'il nous renseigne sur une croyance populaire chez les Celtes 
du moyen âge. Cette croyance était que certains hommes avaient la faculté 
de se changer en loups. Saint Ronan fut accusé d'avoir, sous forme de loup, 



Chronique. ^4^ 

mangé des moutons et une petite fille de cinq ans. Dans le manuscrit de 
Paris, 5275, quatre paragraphes de la vie de saint Ronan, reproduits par le 
Père de Smedt (p. 443-450), racontent comment le vénérable personnage 
fut accusé, comment il se justifia et par quel acte de miraculeuse charité 
son innocence se vengea de cette calomnie. Le texte publié autrefois par les 
Bollandistes raconte bien que saint Ronan fut accusé d'avoir mangé un 
enfant, mais ne dit pas que ce fut sous forme de loup qu'il aurait commis ce 
crime. Ce texte est en cela inférieur à celui que dom Lobineau avait sous 
les yeux: « Keban.... se plaignit... que Ronan se transformant quand il 
« voulait en bête et courant le pays était le loup qui avait dévoré les bes- 

« tiaux qu'on avait perdus, et qu'elle, plus malheureuse que les autres 

« avait perdu sa fille unique que cet homme abominable avait dévorée. » 
(Vies des Saints de Bretagne, Rennes, 1725, p. 42). 

Dans l'édition du Père de Smedt, Keban s'adressant au roi lui dit : « II- 

« lum quem aiunt Ronanum noveris aliquando converti in lupum et non 

« solum cxdem exercere pecorum, verum etiam filiorum hominum. Nam 
« filiam meam cleptim mihi surripuit, insuper et devoravit. » (p. 444, 
1. 2-6). Albert le Grand, La vie, gestes, mort et nriracles des saints de la Bre- 
tagne Armorique (i''^ édition, 1637, p. 131), exprime la même idée en 
termes plus oratoires, mais au fond peu diff'érents : « Les yeux chassieux de 
« quelques Chrestiens desbauchez ne pouvant supporter l'esclat des vertus 
« dont l'âme de S. Ronan estoit ornée, l'accusèrent malicieusement et à 
« tort devant le Roy Grallon (lequel estoit alors à Kemper auec toute sa 
« cour), le calomniant d'estre sorcier et nécromantien, et que comme les 
« anciens lycantrophes par magie et art diabolique il se transfcrmoit en 
« beste brutte, couroit le garou, et faisoit mille maux par le pays, l'enfant 
« d'vne femme du voisiné estant mort, ils persuadèrent à la mère du défunct 
« que le S. par ses sorcelleries avait tué son fils. » (Comparez l'édition 
publiée par M. de Kerdanet en 1837, p. 287, col. 2). 

La vie latine découverte par le Père de Smedt et publiée par lui est pro- 
bablement la source où ont puisé Albert le Grand et Lobineau. 

La croyance aux loups-garous constatée dans la Bretagne continentale 
par la Vie de saint Ronan, au treizième siècle se retrouve vers la même 
époque en Irlande, comme le prouve un récit conservé par Giraud 
de Cambrie. Un prêtre irlandais raconte-t-il, aurait donné les derniers sacre- 
ments à une louve qui avait été précédemment une femme et qui, avec son 
mari, avait perdu pour sept ans la forme humaine par l'effet d'une malédic- 
tion prononcée par un certain abbé. Giraud raconte que, deux ans après 
l'acte de charité accompH par le prêtre, Giraud, lui-même, se trouvant en 
Irlande dans le comté de Meath, fut consulté par l'évêque sur la question 
de savoir quel traitement cet ecclésiastique méritait. Le fait était connu par 
la confession du coupable. On l'envoya demander l'absolution au pape. 
(Topographia bibernica, Disùncho II, cap. 19; Dimock, Giraldi Camhrensis 
opéra, t. V, p. 101-104.) 

La vie de saint Jacob, ou Jacu suivant une orthographe plus moderne, 
comprend celle de son frère Guethnoc. Ils étaient tous deux frères de saint- 



244 Chronique. 

Gwenolé. Lobineau, Les vies des saints de Bretagne, p. 47, s'exprime ainsi 
à leur sujet : « Les deux frères de saint Guignolé sont aussi dans les calen- 
« driers sacrez saint Jacut ou Jacques au huit de février ou au trois de mars; 
« saint Guethenoc au cinq de novembre, et tous deux ensemble au cinq de 
« juillet. On n'en peut presque rien dire parce qu'on ne sçait rien du 
« détail de leurs vies. » Aujourd'hui on pourra en parler; leur vie occupe 
les cinq pages 578 à 382 du Catalogus du Père De Smedt et leurs miracles 
après leur mort, deux pages et demie 582-585. Mais le manuscrit est 
du treizième siècle et, si la légende y gagne, on peut douter que Thistoire y 
ait beaucoup acquis. 

Dans un récit inédit d'un miracle de saint Hilaire conservé par un 
manuscrit du douzième siècle, M. l'abbé Duchesne m'a fait remarquer 
deux mots bretons de ce temps-là prononcés par un Breton lunatique qui 
venait demander au saint sa guérison. Il criait Hiat altro Hilarius. Hiat 
est une notation prétendue savante du breton ia « oui » et nJtro est le mot 
breton moderne aotroii « monsieur » ; il en figure la prononciation au 
douzième siècle {Catalogiis, p. 9, 1. 29). 

X. 

Nous sommes un peu en retard pour annoncer l'achèvement du travail 
de M. Salomon Reinach sur les Gaulois dans l'art antique. La fin a été 
insérée en deux articles dans le tome XIII (1889) de la Revue archéolo- 
gique, p. 10-22 et p. 317-352. C'est la première fois qu'il parait une œuvre 
d'ensemble sur les monuments figurés qui nous apprennent quelle idée les 
artistes de l'antiquité se faisaient du type celtique et par quels caractères ils 
distinguaient les Gaulois. Il est regrettable que cette publication si utile ne 
soit pas accompagnée de planches plus nombreuses. Une de celles dont nous 
regrettons l'absence se trouve dans un livre du même auteur. Ce livre, 
appelé à rendre de grands services, est intitulé : Bibliolhèque des monuments 
figurés grecs et romains. — Voyage archéologique eu Grèce et en Asie Mineure 
sous la direction de M. Philippe Le Bas, membre de l'Institut (1842-1844), 
planches de topographie, de sculpture et d'architecture gravées d'après les dessins de 
E. Lcindron, publiées et commentées par Salomon Reinach. La figure II de 
la planche 1 3 1 représente une face d'un monument funèbre ; elle est occupée 
par un bas-relief à deux étages; l'étage inférieur rappelle le souvenir d'un 
combat naval : le vaincu est un barbare nu dont le bouclier paraît gaulois. 

XI. 

M. W. H. Roscher vient de terminer le premier volume de son excellent 
dictionnaire de mythologie grecque et romaine : Ausfùhrliches Lexicon der 
griechischen iind rômischen Mythologie, in-8 à deux colonnes de 3024 colonnes 
ou 1)12 pages qui devra se relier en deux parties. Ce volume se termine 
par un grand et instructif travail sur Hercule et ce travail contient un para- 
graphe sur l'Hercule celtique, col. 3020-3023, et notamment sur Ogmios, un 



Chronique. 24 j 

des dieux gaulois qui ont été assimilés à l'Hercule romain. L'auteur 
(R. Peter) parait ignorer que le nom de ce dieu des Gaulois appartient aussi 
à la mythologie irlandaise ; il ne dit rien de l'Ogma des légendes payennes 
que les textes irlandais nous ont conservées. 

XII. 

Nous apprenons avec regret que la Revue archéologique, The archeological 
Revieiv, publiée par la librairie David Nutt de Londres, a cessé de paraître. 
Elle sera désormais fondue avec un autre périodique édité par la même 
maison, The folJdore Journal. De là une revue nouvelle : Folklore, a quaterly 
Review oj Myth, Tradition, Institution and Custoni; et le premier numéro 
porte la date de mars 1890. Nous y remarquons un savant mémoire du 
professeur W. Ridgeway, sur les routes par lesquelles dans l'antiquité le 
commerce o;rec atteignait la Grande Bretas;ne. 



XIII. 

Dans VAcademy du 9 novembre dernier, p. 305, le Rev. B. Mac Carthy 
répond à une question que l'anonyme <1> lui avait adressée de Cambridge 
le 20 septembre précédent par une note insérée dans VAcadeuiy du 28 du 
même mois, p. 206. M. «t demande s'il est bien certain que Cucuimne, 
auteur du manuscrit parisien 12021 de la collection canonique irlandaise, 
est différent du Cummian auteur d'un pénitenciel. C'est une question dont 
nous avons parlé dans le tome X de la Revue Celtique, p. 139. La réponse 
du Rev. Mac Carthy consiste en rapprochements du pénitenciel de Théodore 
avec la collection canonique irlandaise et en rapprochements du pénitenciel 
de Théodore avec celui de Cummian. 

XIV. 

VAcademy du 2 novembre 1889 nous apprend que le sénat de l'Uni- 
versité de Londres a placé le celtique parmi les branches d'examen. Il y a 
pour le candidat deux alternatives : il peut choisir — soit le vieux et le moyen 
irlandais jusqu'à la fin du xvi^ siècle, littérature et langue, en y joignant 
les relations de cette langue avec le gallois, le gaélique, le dialecte de Man 
et les autres langues aryennes ; — soit le gallois jusqu'à la fin du xvi^ siècle, 
littérature et langue, en y joignant les relations de cette langue avec l'irlan- 
dais, le comique, le breton et les autres langues aryennes. — L'Université 
pourra se contenter de l'irlandais moderne et du gallois moderne, à défaut 
des formes et de la littérature ancienne et moyenne de ces deux langues. 

XV. 

Dans r.4o/(/(7»v du 5 octobre 1889, p. 222, M. William Axon avait 
demandé l'explication du passage du Cbronicon Scotoruui où, sous la date de 



246 Chronique. 

565, il est raconte qu'un pêclieur prit dans son filet une nymphe de la mer, 
Liban, fille d'Eochaidh mac Muiredha. Dans le n° du 11 janvier 1890, 
p. 29, M. James Q.uinn répond que ce passage de la chronique est inspiré 
par la légende irlandaise intitulée : Aided Echach iiiic Maireda et il témoigne 
son regret de n'avoir pas pu se procurer une traduction anglaise de ce 
document ; il y en a cependant une qui est à portée de toutes les bourses, 
c'est celle qu'a publiée Joyce dans ses Old ccltic romances, p. 97. 

XVI. 

M. Whitley Stokes a publié dans VAcadcmy du 18 janvier, p. 46-47, un 
recueil de gloses copiées par lui dans des manuscrits de Turin et du Vatican. 
Plusieurs sont irlandaises et viennent de quatre manuscrits, deux à Turin, 
deux au Vatican ; d'autres sont bretonnes et empruntées à deux manuscrits 
du Vatican. Voyez ci-dessus p. 214-215. 

XVII. 

Nous recevons le neuvième fascicule du Répertoire général de Bio-hihliogra- 
phie bretonne par René Kerviler. Si jamais on reproche à l'auteur de n'être 
pas complet, on ne pourra pas dire qu'il se soit ménagé la peine pour 
arriver à ce résultat. Il atteint déjà la page 320 de son tome IV et il est 
encore fort loin d'avoir terminé la lettre B, puisque son dernier mot est 
Bonnemaisoii. 

XVIII. 

Nous pensons annoncer bientôt l'achèvement d'un ouvrage de M. Th. Ha- 
bert dont nous avons entre les mains les bonnes feuilles et les planches et 
qui a pour objet les marques de potiers gallo-romains trouvées dans les 
cinq départements de l'Aube, de la Côte-d'Or, de l'Yonne, de la Marne et 
de la Haute-Marne. Ces marques paraissent reproduites très exactement 
par les planches et dans le texte. Le nombre des numéros est de 1508. Les 
monographies comme celle-ci ont une très grande utilité ; elles sont des- 
tinées à servir de base au volume du Corpus inseripiionum latinaruin qui 
aura pour objet les trois Gaules, et jusqu'à la publication de ce volume de- 
puis si longtemps attendu, elles nous donnent des éléments d'étude qui nous 
faisaient défaut. Notons par exemple que M. Haberta relevé dans la région 
dont il s'occupe cinq exemplaires de la marque du potier Melus connu jus- 
qu'ici seulement par M. Dissard, Trion, t. II, p. 414, n" 918. Ce nom 
d'homme semble être le premier terme du composé Mellosedum, conservé 
par la Table de Peutinger, aujourd'hui Les-Grandes-Sables, commune du 
bourg d'Oisans, Isère 1. Nous ne parlons pas de Melun ; il est très difficile 
de comprendre pourquoi les leçons Mellodumwi, Mellediuiiim et Melodununi 

I. E. Desjardins, Géographie de. la Gaule d'après la Table de Feutinger, 
p. 400; cf. Longnon, Atlas historique de la France, p. 29. 



Chronique. 247 

ont pénétré dans certains manuscrits de César ' . Cette leçon est inconci- 
liable avec les deux passages de Grégoire de Tours où nous trouvons 17 de 
ce mot précédé d'une gutturale, d'où le dérivé MecJcdonensis'^. 

XIX. 

On a vu dans notre tome X, p. 377, que M. Luzel, si connu par ses sa- 
vantes publications sur la littérature populaire de la Bretagne, a publié dans 
le Bulletin Je la Socictc arcbcoJogique du Finislcrc h texte et la traduction d'un 
mystère de saint Gwénolé. Ce travail a été tiré à part à 125 exemplaires et 
forme un volume in-8 de 222 pages. Toutefois, M. Luzel, qui a eu l'ama- 
bilité de m'en adresser un exemplaire, a négligé de faire mettre sur la 
couverture le nom d'un libraire chez lequel son livre se vendrait. Ce livre a 
été imprimé par Charles Cotonnec, place Saint-Corentin, 54, à Quimper. 

XX, 

Nous annoncions dans le numéro précédent la publication prochaine de 
la Chrestomathie bretonne de notre savant collaborateur M. Loth. Ce bel 
et instructif ouvrage vient de paraître à la librairie Bouillon. C'est un vo- 
lume in-8 de 528 pages dont le prix est fixé à dix francs. Nous comptions 
en publier un compte rendu dans cette livraison, mais des circonstances 
indépendantes de notre volonté nous l'ont fait ajourner, et il paraîtra dans 
la livraison prochaine. 

XXI. 

La. Revue des Traditions populaires, t. V, n" 2, p. 101-104, numéro du 
15 février dernier, contient une liste des noms néoceltiques portés par les 
lutins en Basse-Bretagne; ces noms forment une colonne, quatre colonnes 
suivantes nous indiquent pour chacun d'eux : 1° sa forme; 2° son geste ou 
plus exactement sa fonction ; 3° le pays ; 4» la source. Le premier article 
est ankelc'her ; — forme : feu-follet ; — geste (fonction) : égare ; — pays : 
Finistère ; — source : communication de M. Sauvé. — Cet exemple 
montrera l'objet et l'intérêt de ce travail dû à M. Paul Sebillot. On sait 
que ankelc'her, plus anciennement enqueh\r, est identique au comique en- 
chinethel, qui veut dire géant et qui suppose un thème gaulois ande-cenetlo-. 

XXII. 

La Revue Celtique n'est pas la seule en retard dans le groupe littéraire 
auquel elle appartient. Nous recevons à l'instant le numéro d'octobre-jan- 

1. De bello gallico, livre VII, c. 58, 60, 61 ; édition Holder, p. 180-182. 

2. Historia Francorum,W, 31, 32; éd. Arndt, p. 270, 1. 14; 272,1. 22. 
Cf. E. Desjardins, Géographie de la Gaule d'après la Table de Peidinger, 
p. 164, 165; Longnon, Géographie de la Gaule au sixième siècle, p. 322. 



248 Chronique. 

vier du Journal of thc royal, Instorical and archroh^ical Association oj Ireland. 
Nous y trouvons la mcme abondance de renseignements intéressants 
sur les monuments préhistoriques d'Irlande que dans les précédents numé- 
ros. Parmi les nouvelles, il y en a une qui nous a péniblement affectés. 
C'est que le magnifique monument de Newgrange paraît menacer ruine. 
On sait qu'il consiste en une grande chambre construite en gros blocs de 
pierre et surmontée d'une vaste éminence en pierrailles qui couvre près 
d'un hectare de terrain. On accède à la chambre par un chemin couvert où 
on ne peut s'avancer qu'en rampant, mais le plaisir de voir s'élever au 
fond une magnifique salle compense bien l'ennui de marcher quelque 
temps sur les mains et les genoux. Il paraît que la voûte de cette salle 
offre les signes précurseurs d'un prochain éboulement. 

XXIII. 

L'Académie française, dans sa séance du 28 mars dernier, a décerné à 
notre savant collaborateur M. J. Loth, pour son ouvrage en deux volumes 
dont le titre est les Malniiogion, le prix de traduction de la fondation Langlois. 
Ce succès est le troisième qu'obtient M. Loth aux concours de l'Institut de 
France. 

Paris, le i"' avril 1S90. 

H. d'Arbois &e Jubain ville. 



Le Propriétaire-Gérant : E. BOUILLON. 



Chartres. — Imprimerie DURAND. 



VARIÉTÉS 



Sommaire: I. L'inscription prétendue gauloise de Nîmes. — W.Camaracus. — ■ III. Tri- 
dentum. — IV. Callemarcius. — V. Nancy. 

I. — L'inscription prétendue gauloise de Nîmes. 

M. Hirschfeld, dans le tome XII du Corpus inscriptionum 
latinarum, page 383, a donné une nouvelle édition des ins- 
criptions en caractères grecs de Nîmes, La première de ces 
inscriptions commence par deux mots en partie frustes. Le 
premier est probablement le nom d'un Gaulois ; le second 
semble être un adjectif dérivé du nom du père de ce Gaulois ; il 
se termine en -os ; suivent les quatre mots : 

AEAE 
MATPEBO NAMATSIKABO BPATOrAE 

J'ai soutenu que les trois premiers sont latins ^ Je n'ai 
convaincu ni M. Hirschfeld, ni M. Whitley Stokes, ni, je crois, 
M. Windisch; c'est ce qui me décide à exposer ici les raisons 
pour lesquelles je crois devoir maintenir encore aujourd'hui 
ma première doctrine. 

Dede pour dédit est latin archaïque. Le tome I du Corpus 
inscriptionum latinarum nous en offre trois exemples sous les 
numéros 62 b, 169, 180. Il a certainemeut persisté à une date 
postérieure ; e pour / dans la finale verbale it est fréquent dans 
les inscriptions de Pompéi : dicet, leget, pinxset, pugnabet, 
scribet, pour dicit, legit, pinxit, pugnabit, scribit ^ ; et quel- 
quefois le t final y est supprimé : relinque pour relinquit 3 offre 
comme dede e final = it. On a recueilli dans les mêmes ins- 

1. Revue des Sociétés savantes, série VI, t. 4 (1876), p. 266 et suiv. 

2. C. I. L., t. IV, p. 258, col. I. 

3. C. /. L,1V, 1391. 

Revue Celtique, XI. 17 



250 H. d'Arbois de Jubainville. 

criptions d'autres exemples de la chute du / final : ama pour 
amat, nosci pour noscit^. On trouvera des exemples de la finale 
c pour it fournis par d'autres textes, la plupart plus récents chez 
Schuchardt, Der Vohalismus des Vulgàrlateins, t. II, p. 47; 
t. III, p. 181. 

La plupart des savants admettent que dede est un parfait 
celtique 2. Ce ne peut être le parfait de la racine da « donner ». 
L'irlandais ^orfl?, dédit, suppose un T^x'imiixl do-ro-d\ê\dâ avec un 
â et non un e final 3. La racine indo-européenne dhê « mettre » 
(d'où le verbe grec li^-qijx et le sanscrit dadhâmî) qui serait en 
celtique dî ferait aussi à la troisième personne singulier du 
parfait dedd. ô est le résultat de l'apophonie ou ablaut d'g; 
latin sè-men, irlandais si-l « semence » ; parfait grec dorien 
â(p£wxa4. Or â est la notation celtique de Vo long indo-euro- 
péen 5. Dede ne peut donc être celtique. 

C'est également une erreur de considérer comme celtiques 
les mots Matreho Namausicabo. Il faut remarquer que Vs final 
de chacun de ces deux mots est supprimé. Matrebo tient lieu 
de Matrebos et Namausicabo de Namausicabos pour un plus ré- 
gulier Matribus et Namausicabus (comparez deabus, on sait 
que les maires Namausicae sont des divinités). De Matrebos 
rapprochez le navebos de la colonne rostrale, ligne 6 et 8 ^, et 
omnevos pour omnibus dans une inscription chrétienne de 
Briord, Ain 7. 

La suppression de Vs final s'est faite dans l'inscription de 
Nîmes conformément à une loi de la latinité archaïque qui 
était rejetée par les gens bien élevés à l'époque où Cicéron 
écrivait son Orator, c'est-à-dire l'an 55 avant J.-C. : « Sui- 
vant », dit-il « un usage aujourd'hui un peu rustique, mais qui 



1. CI. L., t. IV, p. 259, col. 2. 

2. Voyez par exemple Whitley Stokes, Celtic declension, p. 62 du tirage 
à part; Bezzenberger, Beitrdge :{ur Kiinde der indogermanischen Sprachen, 
t. XI, p. 124. 

3 . Windisch, Irische Texte, t. I, p. 499 ; Thurneysen dans la Revue Cel- 
tique, t. VI, p. 147; Zimmer, Zeitschrift de Kuhii, t. XXX, p. 217-221. 

4. Brugmann, Grundriss, t. I, p. 257. 

5. Brugmann, ihid., p. 85. 

6. C. I.L., t. I, p. 38. 

7. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. II, p. 18. 



Variétés. 251 

alors paraissait un signe de bonne éducation, quand les an- 
ciens avaient à prononcer un mot dont les deux dernières 
lettres étaient celles qui terminent le mot optumus, ils suppri- 
maient la dernière lettre à moins qu'une voyelle ne la suivît. 
Se conformer à cet usage n'était pas dans les vers une faute 
comme aujourd'hui où les poètes l'évitent. On disait qui est 
omnibu princeps et non omnibus princeps ; vita illa dignu locoque 
et non dignus » ^ La suppression de 1'^ dans Matrebo et dans 
Namausicabo est conforme à la règle donnée par Cicéron, 
puisque Matrebo est suivi par Namausicabo et Namausicabo par 
hratoude et que Namausicabo et bratoude commencent chacun 
par une consonne. Or, si la suppression de 1'^ final est con- 
forme au génie de la langue latine, comme l'italien semble le 
démontrer, il est contraire à celui de la langue celtique. Si, à 
l'époque de l'empire romain, 1'^ final avait déjà disparu en 
celtique, les lois phonétiques qui régissent les initiales en ir- 
landais et dans les dialectes bretons seraient inexplicables. On 
ne comprendrait pas comment, dans les composés syntactiques, 
les initiales précédées d'un mot qui finit étymologiquement 
en s sont traitées autrement que les initiales précédées d'un 
mot qui finit étymologiquement par une voyelle. Ces lois de 
permutation n'ont produit leur effet que postérieurement à la 
chute de l'empire romain ; il est donc certain que pendant tout 
l'empire romain Vs final s'est prononcé en celtique. Du rçste 
le nom patronymique gaulois qui est le second mot de l'ins- 
cription de Nîmes se termine en -05^ conserve par conséquent son 
s final bien que précédant un mot, dede, qui commence par une 
consonne; il se distingue ainsi des mots latins dont il est suivi. 
Resterait à expliquer le mot (Spa-rcjos. On croit généralement 
y reconnaître le thème celtique bratu- « jugement » que pos- 
sèdent en commun l'irlandais et le breton. Ce thème serait 
suivi d'une postposition -oe; mais rien ne prouve que nous 



I . Quin etiam, quod jam subrusticum videtur, olim autem politius, 
eorum verborum, quorum eaedem erant postremae duae litterae, quae 
sunt in optumus, postremam litteram detrahebant, nisi vocalis insequebatur. 
Ita non erat ea ofifensio in versibus, quam nunc fugiunt poetae novi. Ita 
enim loquebantur : Oui est omnihu' princeps, non omnibus princeps, et: Vita 
illa iignu' locoque, non dignus, Cicéron, Orator, c. 48. 



252 H. d'Arbois de Jubainville. 

n'ayons point là une expression d'origine italienne. La langue 
osque possédait l'accusatif singulier bratôni et une formule ^raf 
da ta dont nous avons parlé plus haut ^ En tout cas, que ^pa- 
Touoe signifie « par vœu » ou « par jugement », la présence 
d'un terme technique étranger au latin n'a rien d'étonnant. 

L'emploi des caractères grecs dans les inscriptions de 
Nîmes et des environs n'est que très naturel ; il s'explique par 
le voisinage de Marseille qui a même eu pendant quelque 
temps sous sa domination le territoire des Volcae Arecomici. 
Pompée le lui avait attribué au moins en partie-. D'ailleurs il 
est vraisemblable qu'après la prise d'Alexandrie, des soldats 
grecs d'Egypte, servant dans l'armée romaine, furent établis à 
Nîmes comme colons 5. Ces deux faits expliquent ce qu'offre 
d'un peu étrange l'inscription dont nous venons de parler. 

II. — Camaracus. 

J'ai soutenu que Camaracus, Cambrai, est le dérivé en -acus 
d'un cognonien romain Cammarus « crabe ». Cette doctrine 
est confirmée par deux bulles contenues dans le cartulaire de 
l'abbaye de Subiaco. On sait que Subiaco est une petite ville 
d'Italie, près de Rome, dans la province de ce nom. Son car- 
tulaire a été publié par MM. Allodi et Levi dans le recueil in- 
titulé : Bibliotcca délia reale Società romana di Storia pairia, 
en 1885. Une bulle de Jean XII, en 993, et une bulle de 
Grégoire V, en 997, donnent la liste des biens qui appar- 
tenaient à l'abbaye de Subiaco, et chacune de ces bulles com- 
prend dans cette liste un fonds de terre, fundus, appelé au cas 
indirect Camarano4. Camaranus est le dérivé latin de Cam- 
marus dont Camaracus est le dérivé gaulois. 

III. — Tridentum. 

Des textes de Justin, de Pline, Strabon et Ptolémée résumés 
par M. Mommsen, Corpus inscriptionum latmarum, tome V, 
page 530, il semble résulter que Tridentum, Trente en Tyrol, 

1. Revue Celtique, t. IX, p. 295. Voyez cependant Whitley Stokes, chez 
Bezzenberger, Beitrage, t. XI, p. 125. 

2. De hello civili, livre I, c. 35; cf. Hirschfeld, C. I. L., t. XII, p. 381 . 

3. C. 7. I., t. XII, p. 582. 

4. // regesto Sublacense, p. 29, 36. 



Variétés. 25} 

après avoir appartenu aux Raeti, est devenue une possession 
des Cenomani, un des principaux peuples gaulois d'Italie. Un 
fait assez curieux est qu'il paraît avoir existé une localité de 
même nom dans le territoire des Cenomanni de la Gaule trans- 
alpine. Nous l'apprenons par les textes du moyen âge. Les 
Gesta Aldrici, monument du ix^ siècle publié par Mabillon 
dans ses Vetem Analecta et dont MM. Charles et Froger vien- 
nent de donner une nouvelle édition, mentionnent parmi les 
villae dépendant de l'église du Mans une villa que l'évêque 
appelle au nominatif Tredentus^ et à l'ablatif de Tredento^. 
Deux diplômes impériaux, l'un de 838, l'autre de 840, mo- 
difient ce nom sous l'influence d'une fausse étymologie et 
appellent cette localité à l'accusatif Tridentem^ 

IV. — Callemarcius. 
Parmi les noms de plantes conservées par Marcellus de 
Bordeaux se trouve CalUomarcus, qui veut dire « sabot de 
cheval » 4. On paraît avoir tiré de ce nom de plante un gen- 
tilice qui a été employé comme nom de lieu : in Calkniarcio 
dans les Gesta Aldrici (p. 105) ; Calleiiiartiuin avec une ortho- 
graphe moins exacte (Jhid., p. 52). 

V. — Nancy. 
Nancy a dû être primitivement Nantiacus. Je l'ai expliqué 
ainsi ^ après avoir trouvé le nom d'homme au génitif Nanti, 
dans les Inscriptions de Bordeaux de M. Jullian. Une charte 
de l'année 823 conservée par le cartulaire de l'abbaye de Farfa, 
près de Rome, mentionne une curtis appartenant à cette 
abbaye et située in Nanciano^. Nanciano = * Nancianus ou 
* Nanti anus et paraît ne différer de Nancy que par le suffixe. 

H. d'Arbois de Jubain ville. 

1 . Gesta domni Aldrici, Cenomannicae urbis episcopi, a discipulis suis, p. 1 74. 

2. Ibid., p. 39. 

3. Ibid., p. 17s, S3- 

4. Voyez Becker, dans les Beitràge de Kiihn, t. III, p. 205, et Roget de 
Belloguet, Glossaire gaulois, 2" éd., p. 118. 

5. Revue Celtique, t. X, p. 229. 

6. Biblioteca délia Società romana di Storia patria. Il regesto di Farfa 
da I. Giorgi e U. Balzani, vol. II, p. 212. 



ISTOIR D'EUS A CREATION AR BET-MAN 

AR FORMATION AN DEN HAC HE VUE 

AR HENTAN PHILOSOF A VOA ADAM, HAC HE VARO 
HA BUE AR PROF ET HENOC HAC ELI 

AN DILUJ 

HA BUE NOE HAC HE VARO 

(Suite). 



Ar pemvet proloc a comans. 

M'ho salut humblamant, compagnones cristen, 
Dimeus a vouir galon, a bcurs an actorien, 
Père na oufent quet james, en nep feson, 

1890 Reconaisin a-voalc'h ho obligation. 

P'ho defoa comancet ho daou, ho sièges, 
Ar vam guentan Eva en eum gafas brases; 
Daou vap en eur hofat hc defoa da henel, 
Unan a voa Caïn hac un ail voa Abel. 

1895 Eva a houlenne ous Doue ar gourach 

Evit guenel he freus, ma halje, eur veach, 
Donet da ventenin he freus evit he gloar, 
Da tremen ar poanio a soufre en douar. 
Ar Maro voa présent pa hanas he bugale. 



HISTOIRE DE LA CRÉATION DE CE MONDE 

LA FORMATION DE L'HOMME ET SA VIE 

LE PREMIER PHILOSOPHE FUT ADAM, SA MORT 
LA VIE DU PROPHÈTE HÉNOCH ET CELLE D'ELIE 

LE DÉLUGE 

LA VIE DE NOÉ ET SA MORT 
(Suite). 



Le cinquième prologue commence. 

Je vous offre mes humbles salutations, chrétiens qui nous 
entourez, je vous les offre du fond du cœur, de la part des 
acteurs : ils ne sauraient jamais, en aucune manière, recon- 
naître assez les obligations qu'ils vous doivent. 

Lorsque nos premiers parents eurent commencé tous deux 
à tenir ménage, Eve se trouva enceinte, et elle donna le jour 
à deux fils jumeaux : l'un s'appela Caïn et l'autre Abel. Eve 
demandait à Dieu la force de les mettre au jour, afin de pou- 
voir les élever pour sa gloire, et surmonter les douleurs qu'elle 
endurait sur la terre. La Mort était présente à la naissance des 
enfants. « Beaucoup, dit-elle, viendront au monde après toi. 



2^6 L'abbé Eug. Bernard. 

1900 « Cals a deui er bet-man, eme-han, da houde, 
« A renquo couls ha te, bean participant, 
« O henel evel d'out er poanio violant. » * 

Pa voant arri en oat capabl da venajin, 
Ho sut ne vanquent quet bcmdes d'ho instruin, 

1905 Hac e contjont d'eshe ho bue pen da ben, 
Q.uement ho defoa groct, bete ur silabren, 
Hac he laras d'eshe : « Pa 'n d-oc'h ma bugale, 
« E renquet labourât en douar couls ha me, 
« Houesan an dour, ar goat, palamour da Doue, 

19 10 « Ha besan c'hoas parfet bete fin ho pue, 
« Ha rentan sacrifis da Doue éternel. 
« Abalamour d'ar pehet e renquomp holl mervel ; 
« Ma eus ur Barados d'an nep a raio erfat, 
« Mes an nep raio an drouc en defo poan divat. » 

191 5 Ho daou e prometjont obeissan d'ho sat, 
Quement a bropose a guefent a voa mat ; 
Hac hen, ous ho guelet quen fidel a vemoar, 
O tispartian d'he pep a loden douar. 
Labourer e voe Caïn, evit gonit he voet, 

1920 Hac he vreur Abel voa mesaour d'an denvet. 
Hac he lavaras d'eshe, d'an eil ha d'eguile, 
Dont da vevan er bet bepret herve Doue. 

Caïn a voa nehus ha laboure bemde, 
Abel gant he denvet en em divertisse, 

1925 Ma tastumas mado cbars en abondans; 

Mes Caïn quent ar fin en dcfoe ur guall chans, 

Fachan a res ous Abel, o tont da lavaret 

E voa debret he ed casi gant he loënet. 

« Tec'h alesse ractal, na deu quct em goarant, 

1930 « Re a res, eme-han, ober d'in constamant. » 
Doue a lar da Caïn penos e voa re pront. 
« Ha houi ive, Abel, a dlefe cafet spont. 



a. L'oreille du scribe a mal suivi la dictée de ces deux vers, et lui a fait 
les embrouiller ainsi : 

A renquo couls ha te beau participant, 

henel evel d'out beau participant er poanio violant. 



La Création du monde. 257 

« qui. devront partager ton sort, et comme toi enfanter dans 
« la douleur. » 

Caïn et Abel arrivèrent à l'âge de conduire un ménage, et 
leurs parents s'attachèrent chaque jour à les instruire ; ils leur 
racontaient leur vie d'un bout à l'autre, tout ce qu'ils avaient 
fait jusqu'à la dernière syllabe. Adam leur dit : « Vous êtes 
« mes enfants, vous devez travailler la terre tout aussi bien 
« que moi, suer le sang et l'eau pour l'amour de Dieu, de 
« plus, tendre à la perfection jusqu'à la lin de votre vie, et 
« offrir des sacrifices à l'Eternel. A cause du péché tous nous 
« sommes condamnés à mourir. Il y a un Paradis pour qui- 
« conque fera le bien, mais celui qui commettra le mal subira 
« un châtiment terrible. » 

Tous deux promirent d'obéir à leur père, trouvant bon tout 
ce qu'il leur proposait, et Adam, les voyant si fidèles et si do- 
ciles, assigna à chacun une portion de terrain. Caïn fut labou- 
reur pour gagner sa nourriture, et son frère Abel fut pasteur 
de troupeaux. Adam leur recommanda à l'un et à l'autre de 
toujours vivre en ce monde selon Dieu. 



Caïn était triste et travaillait tous les jours : Abel gardait 
ses troupeaux et se divertissait ; il ne tarda pas à amasser des 
biens en abondance. Caïn finit par avoir la malechance, il se 
fâcha contre Abel, déclarant que son blé était presque entiè- 
rement mangé parles troupeaux de son frère. « Retire-toi de 
« là bien vite, ne viens pas à ma rencontre, s'écria-t-il, tu 
« m'en fais faire de trop : je n'ai pas de répit. » 

Dieu reproche à Caïn sa vivacité. « Et vous aussi, Abel, 
« vous devriez vous en effrayer. Je vous préviens, dit-il, que 



2j8 L'abbé Eug. Bernard. 

« Me lar d'ac'h, eme-han, mar en em disoblijet, 
« Dre rigueur ma justis e veet punisset. 

1935 « En em gueret ho taou, eme ar guir Doue, 
« Da un tat, da ur vam houi a so bugale. 
« Deut da sacrifian bepret evit gloar d'in, 
« Ha me produo d'ec'h evit ho sustantin. » 
Hac hint, en eum concluin, assambles da vonet 

1940 Da rentin sacrifis da Doue ar steret. 
Caïn a promctas sacrifian he et, 
Hac Abel ar guellan dimeus a he denvet. 
Ha pa voa prest Caïn evit sacrifian, 
E teu an drouc-speret cren d'he disalian, 

1945 E voa eur sot mar deuje da lesquin he ed mat. 
Nemert an drouc lousou, ar re-se a voa mat. 
Caïn a cafas mat avis an drouc-speret, 
Na houlenne pelloc'h dont da lesquin he et; 
Nemert an drouc lousou n'hen deus sacrifiet, 

1950 Na dalfoa mann an tan, ne re nemert moguet. 
Abel a re tan caer, a save bete an Env, 
Hac a voa agreabl evit ar gouir Doue. 
« Me rent d'ec'h sacrifis, eme-han, er mena, 
« Ar guellan am denvet, gouir Roue an Elle. » 

1955 Caïn dre eur valis hac un anvi ive, 

A assistas he vreur da vonet d'ar mené, 

Hac hen hac o cafet manjouer un asen, 

Hac o rein d'ehan un toi gant-han a dreus he pen. 

Goat Abel a crie memeus bete an Env, 

i960 Evit goulen venjans dirac ar gouir Doue. 

Dont a ra ar Maro d'hen lemel d'eus ar bet. 
Ha Caïn criminel dirac Doue rentet. 

Ine Abel a deu d'eus he corf da quitat 
Evit en eum presantin dirac Doue an Tat. 

1965 a Ma lequet, eme-han, un tu en sauvete, 

« En eur plas didanjer, mar be ho polante. » 
« — El guen, eme Doue, et timat, em requet, 
« Da gas Abel d'al Limo, en eur plas assuret. 
« Pa vo pignet ma map, eme-han, er Calvar, 

1970 « Me deui d'her recev en Env, ebars er gloar. » 



La Création du monde. 2 5 9 

« si vous vous portez préjudice, vous serez punis selon la 
« rigueur de ma justice. Aimez-vous l'un l'autre, ajouta le 
« vrai Dieu; vous êtes les enfants d'un même père, d'une 
« même mère. Ayez toujours soin d'offrir des sacrifices en 
« mon honneur, et je vous fournirai le nécessaire pour vous 
« sustenter. » 

Comme conclusion ils partent ensemble offrir un sacrifice 
au Dieu des étoiles. Caïn promit d'offrir du blé, et Abel la 
meilleure de ses brebis. Mais lorsque Caïn était prêt à com- 
mencer, le mauvais Esprit vint l'en dissuader, disant qu'il 
était un sot, s'il se laissait aller à brûler son grain : de mau- 
vaises herbes, voilà ce qu'il était bon de mettre au feu. Caïn 
approuva l'avis du démon, car son désir n'était certes pas de 
brûler son blé : il n'offrit donc que de mauvaises herbes, et le 
feu qu'il alluma ne valait rien, ne donnait que de la fumée. 
Abel obtenait une flamme brillante qui montait jusqu'au Ciel 
et qui était agréable à l'Eternel. « Je vous offre, dit-il, en sa- 
« crifice sur la montagne, la meilleure de mes brebis, à vous 
« le véritable Roi des Anges. » 



Caïn avait par malice et aussi par envie, accompagné Abel 
sur la montagne : là il trouva une mâchoire d'âne, et la sai- 
sissant, il en porta un coup sur la tête de son frère. Le sang 
d'Abel criait jusqu'au ciel, demandant vengeance devant le 
Tout-Puissant. La Mort vient retirer Abel du monde, et Caïn 
ne fut plus qu'un criminel aux yeux de Dieu. 



L'âme d'Abel abandonne alors son corps pour se présenter 
devant le Très-Haut. « Mettez-moi, dit-elle, quelque part en 
« sûreté, dans un endroit à l'abri du danger, si vous le voulez 
« bien. » 

« Mon bel Ange, dit Dieu, allez vite, je vous l'ordonne, 
« conduire Abel aux Limbes, en un lieu sûr. Lorsque mon 
« fils, ajouta-t-il, sera monté sur le Calvaire, cette âme, je la 
recevrai au Ciel, dans ma gloire. » 



26o 



1975 



1980 



1985 



1990 



1995 



2000 



L'abbé Eug. Bernard. 

Doue a goulen ous Gain pelec'h es e coachet, 
Dont timat dira-s-han, e renque he cafet. 
« Respont d'in-me, Gain, prontamant, pa goulennan, 
« Da vreur iaouanc, Abel, pelec'h e ma breman ? » 

Gain a respontas da Redemptor ar bet : 
Aboe voa et er mené, n'en defoa han quet guelet, 
N'hen defoa quet roet carg d'ehan anehan, 
Evel-se ne voa quet oblijet d'hen rentan. 

Ah ! Gain malurus, te as poa meritet 

SupHso an Ifern balamour d'as pehet! 

Te t'eus asasinet da vreur voar ar mené, 

Dre anvi ha malis ous he brosperite. 

Glevet am eus he voes o tout bete an Env, 

Voa o houlen venjans ha justis diguen-en. 

Abalamour da se te a'veso venjet^ 

Seis gués assuramant quent ma quitaï ar bet. » 

— Pardon, eme Gain, guir Redemptor ar bet, 
Evit ho servijin houi ho poa ma crouet. 
N'am precipitct quet en creis puns an Ifern ! 
Hoant am eus, ma Doue, da ober pinijen, » 

— Abalamour d'as crim, an oreur as pehet, 
E vi, eme Doue, d'eus ar provins exilet 
Da vale dre ar bet evel eur vacabont, 
O hortos ma teui un de da rentan cont. » 

— Ma Doue, eme Gain, p'hoc'h eus ma exilet 
Evel eur vacabont da vale dre ar bet, 

( Quentan den a guifin, a rancontrin quentan, 
( Me requet diguen-ec'h, ma teuio d'am lasan. » 
( — Me a lar d'it, Gain, eme an autro Doue, 

( Ar hentan as touchou d'as lemel a vue ^ 

( Ha quent ma quitaï, te a renq bout siellet, 
( Ma veso dirac an holl remarcabl da voelet. » 
Gonsolet voe alies a beurs an Eternel, 
Gant ar brincet a enor el lec'h celestiel, 



3. Au-dessus de l'expression wn/V/, on lit le mot g luanet, d'une écriture 
différente. 



La Création du monde. 261 

Dieu demande à Caïn où il était caché et l'appelle immé- 
diatement en sa présence : il fallait le trouver. « Réponds-moi, 
« Caïn, sans délai, puisque je t'interroge. Ton jeune frère 
« Abel, où est-il à cette heure ? » 

Caïn répondit au Rédempteur du monde que depuis qu'Abel 
était allé sur la montagne, il ne l'avait pas vu : qu'il n'avait 
pas été chargé de veiller sur lui, que par conséquent il n'était 
pas obligé d'en rendre compte. « Ah ! malheureux Caïn, tu as 
« mérité les suppHces de l'Enfer à cause de ton crime. Tu as 
« assassiné ton frère sur la montagne, par malice et par envie 
« de sa prospérité. J'ai entendu sa voix qui montait jusqu'au 
« Ciel, et elle me demandait vengeance et justice. En puni- 
ce tion, tu seras châtié sept fois assurément avant que tu ne 
« quittes la terre. » 



« Pardon, s'écria Caïn, vrai Rédempteur du monde ! Vous 
« m'aviez créé pour vous servir, ne me précipitez pas dans le 
« puits de l'Enfer. J'ai le désir, mon Dieu, de faire pénitence. » 

« A cause de ton crime, pour l'horreur de ton péché, tu 
« seras, dit Dieu, exilé de cette province, et tu promèneras à 
« travers le monde, pareil à un vagabond, en attendant le 
« jour où tu viendras rendre tes comptes. » 

« Mon Dieu, repartit Caïn, si vous m'exilez et me con- 
« damnez comme un vagabond à errer sur la terre, le premier 
« homme que je trouverai, le premier que je rencontrerai, je 
« vous l'assure, s'empressera de me tuer. » 

« Je te le dis, reprit le Seigneur Dieu, malheur au premier 

« qui portera la main sur toi pour t'ôter la vie Et avant 

« de partir, il faut que tu sois marqué d'un sceau, afin d'être 
« aux yeux de tous facile à reconnaître. » 

Il a souvent été consolé de la part de l'Eternel par des 
princes honorés au céleste séjour, après tant de peines et de 



b. Il y a évidemment ici une lacune, que nous trouvons remplie plus 
loin, au vers 2534. 



202 L'abbé Eug. Bernard. 

2005 Anfin goude quement a boan hac a tourmant, 
Pa hen deus soufrer jenerus ha constant. ^ 

Rac-se, compagnones, an humplan ma hellomp, 
Dimeus a ho silans graço d'ec'h a rentomp, 
O hortos ar seson ma hellomp, Autrone, 

2010 Represanti eun dra herve ho polante. 



Senne I. 



Eva hac Adam a antre. 



Eva a coms. 



Adam, ma guir briet, chanchamant a cafan 
Ebars em holl mempro ; fatic oun ar voes-man, 
Ha ma foan a so bras : allas ! ne harsan quet ! ^ 
Mar pat ous-in tri de, me oar, mervel so ret. 

2015 Reit d'in ho assistans breman, Doue an Tat ! 
Arri eo an amser ma henin merc'h pe vap 2. 

Houi, ma friet Adam, chomet bepret presant. 
Ho presans a ra d'in cals a contantamant. 
Pardon, ma guir Doue ! Ret vo quitat ar bet, 

2020 O henel ar freus-man. Ma Doue ma sicouret 5! 
Houi ho poa ma hrouet da vont exant a poan, 
Mes breman e man 'n amser ma soufran ar muian. 

Adam a coms. 

O ma friet Eva, courachet en ho poanio. 
Ha me, d'eus ma hoste, bepret ho sicouro, 



1 . Ma guentro a so bras. 

2 . Ma hanni merc'h pe vap. 

3 . O genel ar froes-man, sur, ma n'am sicouret. 

a, La mémoire de celui qui dictait nous paraît être encore ici en défaut. 



La Création du monde. 265 

tourments endurés avec constance et générosité. 

C'est pourquoi, compagnons, nous vous rendons, le plus 
humblement possible, grâces pour votre silence, en attendant 
l'époque où nous pourrons, Messieurs, représenter quelque 
chose selon votre volonté. 



Scène 1. 



Adam et Eve entrent. 



Eve. 



Adam, mon cher époux, j'éprouve des douleurs dans tous 
mes membres : je me sens fatiguée cette fois, et ma souffrance 
est extrême ; hélas ! je n'y tiens plus ! Si cela dure trois jours, 
je crois que j'en mourrai. Donnez-moi maintenant votre assis- 
tance. Dieu le Père ! Le moment est venu pour moi d'enfanter 
une fille ou un fils. 

Vous, mon époux, restez toujours là : votre présence me 
procure un grand soulagement. Pardon, mon Dieu ! Il faudra 
quitter la vie en mettant au monde cet enfant ! Mon Dieu, 
secourez-moi ! Vous m'aviez créée pour être exempte de peine : 
mais voici le moment où je souffre davantage. 



Adam. 

Eve, mon épouse, prenez courage dans vos souffrances, et 
moi de mon côté, je vous viendrai toujours en aide. Autrefois, 



1 . Mes douleurs d'enfantement sont grandes. 

2. Que je mette au monde une fille ou un fils. 

î . En donnant le jour à ce fruit, assurément, si vous ne me venez en 
aide. 



264 L'abbé Eug. Bernard. 

2025 Guesall ebars er jardin, nin a voa etirus, 
Breman es omp rentet en ur stat truesus. 
Hogon ho pet courach breman voar an douar, 
Goude fin ho pues houi a ielo d'ar gloar. 

Ar Maro a antre hac a coms. 

Eva, na t'eus micher da donet d'en em glem, 
2030 Rac me eo ar Maro a so deut d'as quichen. 
Ha quement feumeulen a deuio, a dra sur, 
Er bet-man, da houde, savet d'eus da natur, 
A vo participant couls ha te, er poanio ; 
Ha ma carjes e voas en creis an dehso. 

Eva a coms. 

2035 Penos ? Te eo ar Maro a so deut d'am sourpren !. 
O ma friet Adam, deut aman, d'am hichen, 
Reit d'in hoc'h assistans, cresquin ra ma foanio. 
Ret eo renons d'ar bet, rac arri eo ar Maro. 

Ar Maro a coms. 

'Mervel a renquer, sur, an eil hac eguile '■ ; 
2040 Cals a deuio er bet, m'hen assur, da houde, 
A renquo couls ha te, beau participant, 
O henel evel d'out, en poaniou violant. 

Eva a coms. 

O Doue éternel ! m'ho pet, reit d'in courach 
Da henel ar freus-man, ma hilUn, eur veach, 
2045 Donet da veintenin da ofr evit ho gloar, 
Da tremen ar poanio a soufromp en douar. 

Adam a coms. 

Eh bien ! ma friet, fin a vo d'ho poanio, 

Pa sonjet neubeutan, dre c'hras ar guir Autro. 

I . Mervel a renquer, sur, pe genel bugale. 



La Création du monde. 265 

au jardin, nous étions heureux, et à présent nous sommes 
réduits à un état digne de pitié. Ayez donc maintenant cou- 
rage sur la terre, et après la fin de votre vie, vous irez à la 
gloire. 

La Mort entre. 

Eve, tu n'as que faire de venir te plaindre, car c'est moi la 
Mort qui accours à tes côtés. Et, c'est chose assurée, toute 
femme qui naîtra sur la terre après toi, issue de ta race, aura 
part comme toi à ces souffrances. Et si tu avais voulu, tu 
serais au milieu des délices ! 



Eve. 

Comment, c'est toi la Mort qui viens me surprendre... O 
mon époux Adam, tenez-vous ici, près de moi; prêtez-moi 
votre assistance, mes douleurs augmentent. Il faut quitter la 
vie, car voici la Mort arrivée. 

La Mort. 

Certes, il vous faudra mourir l'un et l'autre. Beaucoup 
viendront en ce monde, je te l'assure, après toi, qui parta- 
geront tes souffrances, et enfanteront comme toi dans les dou- 
leurs les plus violentes. 

Eve. 

O Dieu éternel, je vous en prie, donnez-moi du courage 
pour mettre au monde cet enfant! Qae je puisse une fois con- 
tinuer à offrir pour votre gloire et à supporter les peines que 
nous endurons sur la terre. 

Adam. 

Eh bien, mon épouse, vos souffrances auront, lorsque vous 
y penserez le moins, une fin par la grâce de notre Seigneur. 

I . Il faut, certes, mourir ou supporter les douleurs de l'enfantement. 
Revue Celtique, XI. " 18 



266 L'abbé Eug. Bernard. 

Comeret couraj vat, ha me pedo Doue 
2050 Da rei ar iehet d'ec'h gant pep sort carante. 



Eva a coms. 

O ma friet Adam, houi a ra d'in couraj. 
Mes pa consideran, ma foanio a so bras, 
Pa n'am eus nep sicour, allas ! mervel so ret, 
Fin a vo d'am bue, ret eo renons d'ar bet 

2055 Aï ! Aï ! arri an heur, ret e d'in finissan ! 
Ma Doue, ma Crouer, pardon a houlennan ! 
Houi ho poa ma crouet er bet-man a netra, 
Breman es oun rentet en pep sort extrenvoa. 
Me a ofr d'ec'h ma freus, mar gallan he henel. 

2060 M'ho pet d'am exanti d'eus ar poan éternel. 
Reit ar c'hras, ma Doue, ma vesint-hi exant, 
Dimeus am pehejo, dre ma int inosant. 

Adam a coms. 
Courach, courach, Eva ! arri eo an amser ! 

Eva a coms. 
Allas ! ma guir briet, poan vras so o henel ! 

Adsm a coms. 

2065 Mes tevoet, ma friet, breman me ho sicouro. 



Eva a coms. 
Ai ! Ai ! ma guir briet, cresquin ra ma foanio ! 

Adam a coms. 
Gant Doue éternel a vcomp sicouret. 



La Création du monde. 267 

Prenez bon courage, et je prierai Dieu de vous donner la santé 
avec toute sorte de témoignages d'affection. 



Eve. 

O Adam, mon époux, vous me réconfortez. Mais quand je 
les considère, mes douleurs sont grandes, et puisque je n'ai 
aucun secours, hélas ! il flmdra mourir ! Ma vie touche à son 
terme, il va falloir quitter la terre... 

Aï! Aï! l'heure approche, il faut en finir. Mon Dieu, mon 
Créateur, je demande pardon ! Vous m'aviez créée en ce 
monde de rien : maintenant je suis livrée à toute espèce de 
calamités. 

Je vous offre le fruit de mes entrailles, si je puis le mettre 
au jour. Plaise à vous de me préserver des peines éternelles ! 
Accordez-moi la grâce, ô mon Dieu, de garantir mon enfant 
de mes péchés, par cela qu'il est innocent. 

Adam. 
Courage, courage, Eve, voici lé moment arrivé. 

Eve. 
Hélas ! mon cher époux, qu'il y a de douleur à enfanter ! 

Adam. 

Mais calmez-vous, mon épouse, à présent je vous porterai 
secours. 

Eve. 
Aï ! Aï ! mon cher époux, mes souffrances augmentent. 

Adam. 
Le Dieu éternel vous viendra en aide. 



268 L'abbé Eug. Bernard. 

Eva a coms. 

Ma hallen-me soufrin gant pep pasiantet ! . . . ^ 
Quemeret-han diguen-in, dalet-han, me ho pet 2. 

Adam a coms. 
2070 Tremenet eo ho poan, voar a voelan, Eva. 

Eva a coms. 
Ah ! ma friet Adam, hoas e santan un dra5... 

Adam a coms. 

Rentomp gras da Doue, chetu aman daou vap. 
Me roï d'he ho hano dre gras Doue an Tat, 
Ha Caïn hac Abel vo ho hano er bet, 
2075 Pa'n d-int an daou quentan a so gant mam ganet. 

Eva a coms. 

ObHjet omp, certen, da Doue éternel, 
D'am bout lamet a poan, rac me sonje mervel. 
Houi, ma friet Adam, evel ma s-oc'h den fur. 
Me ho pet da soignin d'eus an daou crouadur. 

Adam a coms. 

2080 Pa'n d-oc'h dcHvret a poan, et breman da repos 
En hano ar guir Doue... Me gret eo hanter-nos. 
Ha me pedo Doue bepret a vouir galon. 
Evit n'ho leso quet ebars en abandon. 



1 . Ma calon a soufro gant pep pasiamet. 

2. Le vers suivant est passé sous silence : 

Chetu ase eur map am eus breman ganet. 

3. Allas! ma friet quer, c'hoas e santan un dra. 



La Création du monde. 269 

Eve. 

Si je pouvais souffrir avec patience!... Prenez-le de mes 
mains, tenez-le, je vous en prie. 

Adam. 
Votre mal est passé, à ce que je vois, Eve. 

Eve. 
Ah ! Adam, mon époux, je sens encore quelque chose. 

Adam. 

Remercions Dieu, voici bien deux fils. Je vais leur donner 
des noms par la grâce de Dieu le Père. Ils s'appelleront en ce 
monde Caïn et Abel, puisqu'ils sont les deux premiers nés de 
leur mère. 

Eve. 

Nous devons, certes, de la reconnaissance au Dieu éternel 
de m' avoir tirée de peine, car je croyais mourir. Vous, Adam, 
comme vous êtes un homme sage, je vous prie de prendre 
soin des deux enfants. 

Adam. 

Puisque vous êtes délivrée du mal, allez maintenant vous 
reposer au nom du vrai Dieu... Il est minuit, je crois. Et moi, 
je prierai toujours Dieu de bon cœur afin qu'il ne vous laisse 
pas dans l'abandon. 



1 . Mon cœur souffrira en toute patience. 

2. Voilà là un fils que je viens de mettre au monde. 

3 . Hélas ! mpn cher époux, je sens encore quelque chose. 



2/0 L'abbé Eug. Bernard. 



Eva a coms. 

Allas ! n'am beso quen nep mat a liberté 
2085 Gant va daou vap bihan, ret vo poanian gant-he 
Quen a voint capabl, pa blijo gant Doue, 
Da donet d'hon sicour en bon nécessite. 



Senne II. 

Adam, Caïn hac Abel a antre. 

Adam a declar he vue d'eshe, neuse a coms. 

Clevet, ma bugale : eur vue truesus 

Hon deus bet er bet-man ; mes ret eo bout joaûs. 

2090 Nin voa crouet er bet en pep sort deliso, 

Ha breman, sivoas d'imp ! es omp en miserio. 
Er Barados terestr e voamp quenta crouet ^ 
En pep contantamant hac exant a pehet. 
Ho man a voe eno tentet gant ar serpant, 

2095 Quement-se a so caus d'hon poan ha d'hon tourmant. 
Crouet voamp immortel ha lequet gant Doue, 
Panevert ma pec'homp dre hon frajilite, 
O tibrin un aval. Quement-se so quiriec, 
Sivoas ! antieramant da vout collet ar bet. 

2100 Allas ! ho mam Eva quenta a voe tromplet, 
Ma teuas da dibrin d'eus ar freus difennet. 
Me voe quen miserabl da donet da senti, 
Ma coeïs er pehet, allas ! quercouls hac hi. 

Ma voemp tolet er-meas, dimeus ar plas santel : 

2105 Balamour d'hon pehet hoU e renquomp mervel. 



I Ret vo pourvesin anhe. 

2 E voamp gant Doue crouet. 



La Création du monde. 271 



Eve. 



Hélas ! je n'aurai plus désormais un bon moment de liberté 
avec mes deux petits enfants ! Il faudra se donner du mal pour 
eux, avant qu'ils ne soient capables, quand il plaira à Dieu, de 
nous venir en aide dans nos nécessités. 



Scène IL 

Adam, Caïn et Abel entrent. 

Adam leur raconte sa vie. 

Ecoutez, mes enfants, le récit de la vie lamentable que 
nous avons menée en ce monde : cependant il ne faut pas se 
laisser aller à la tristesse. Nous avions été créés sur la terre, au 
milieu de toute sorte de délices, et à présent, pauvres de nous ! 
nous sommes dans la misère. Nous avions été d'abord placés 
dans le Paradis terrestre, comblés de toutes les joies, et 
exempts de péché. Votre mère se vit en ce lieu tentée par le 
serpent, et ce fut là la cause de notre peine et de nos tour- 
ments. Nous avions été créés immortels, confirmés en cet état 
par Dieu, si nous n'avions point péché par notre faiblesse en 
mangeant une pomme. Ce fut là, hélas ! ce qui entraîna la 
perte du monde entier. Hélas ! votre mère Eve a été la première 
trompée, et elle se laissa aller à manger du fruit défendu. Je 
fus assez misérable pour lui céder également, et je tombai, 
hélas ! dans le péché tout comme elle. 

Nous'fûmes chassés de ce séjour bienheureux, et à cause de 
notre faute, tous nous devons mourir. Nous sommes en ce 



1 . Il faudra pourvoir à leurs besoins. 

2. Nous avions été créés par Dieu. 



272 L'abbé Eug. Bernard. 

Sujet omp d'ar poanio er bet-man, nos ha de, 

Ha bepret e veomp bete fin hor bue. 

Panevert gras Doue so bras en bon andret, 

Da boanio an Ifern e voamp holl condannet. 
21 10 Dre-se e laran d'ec'h, evel ma bugale, 

E renquet labourât an douar couls ha me, 

Houesan an dour, ar goat, balamour da Doue, 

Ha bean passiant bete fin ho pue, 

Ha rentin sacrifis da Crouer ar steret, 
21 15 Ha heuil he hourhemen entre ma veet er bet. 
Promettet en deus d'imp, an Doue éternel, 

E veso fin d'ar bet, hac e renquomp mervel ; 

Hac an nep a vevo herve he volante. 

En defo recompans goudc fin he vue : 
2120 Ma eus ur Barados d'an nep a raï erfat ; 

Mes an nep a raio drouc en eus poanio divat 

Rac-se ho suplian, bevoet herve Doue. 

Ha deut d'en em garet an eil hac eguile. 

Caïn a coms. 

Adam, houi eo an tat, hac a die comandin, 
2125 Ha ni, 'vel guir bugale, a deuio da sentin. 

Discoeset d'imp ar plas ma renquomp labourât, 
Ha me raï gant reson dimeus a galon vat. 

Abel a coms. 

Ma sat, a bon droit me a guemero poan ^, 
Pa'n d-omp sujet d'eshi couls ha houi hoc'h-unan. 
2130 Leret pe sort labour a renquan da ober, 
Ha me ia da comans evel eur guir vugel. 

Adam a coms. 

Deut 'ta, ma bugale, ha me ia guen-ec'h ractal ^ 
Da dispartian d'ec'h pep a loden douar. 



1 . Ma sat, a het ma amser, me a comero poan. 

2. Deut di, ma bugale. 



La Création du monde. 275 

monde condamnés nuit et jour à la peine, et nous y resterons 
jusqu'à la fin de notre vie. Si ce n'était la grâce de Dieu, qui 
est grande à notre égard, nous aurions tous été livrés aux sup- 
plices de l'Enfer. C'est pourquoi je vous le dis, comme mes 
enfants il vous faut travailler la terre aussi bien que moi, suer 
l'eau et le sang pour l'amour de Dieu, vous montrer patients 
jusqu'au terme de votre carrière, offrir des sacrifices au Créa- 
teur des étoiles, et observer ses commandements tant que vous 
serez au monde. 

L'Eternel nous a promis que l'univers aurait une fin et 
qu'il nous faudra mourir. Quiconque vivra selon la divine 
volonté, sera récompensé à la fin de sa vie, car il y a un Pa- 
radis pour celui qui fera le bien : mais celui qui commettra le 
mal sera livré à des peines terribles. Je vous en supplie donc, 
vivez selon Dieu et aimez-vous l'un l'autre. 



Caïn. 

Adam, vous êtes notre père, vous devez commander : 
comme des enfants dociles nous vous obéirons. Montrez-nous 
la place que nous devons labourer, et avec raison, je m'y 
mettrai de bon cœur. 

Abel. 

Mon père, à bon droit je prendrai de la peine, puisque j'y 
suis condamné aussi bien que vous. Dites-moi à quelle espèce 
de travail je dois me livrer, et je vais commencer comme un 
enfant soumis. 

Adam. 

Venez donc, mes enfants. Je vais à l'instant avec vous, vous 
assigner à chacun une part de terre. Il nous faut nous donner 



1 . Mon père, tout le temps de ma vie, je prendrai de la peine. 

2. Venez là, mes enfants. 



274 L'abbé Eug. Bernard. 

Ret eo d'imp soufrin poan evit gonit hor boet, 
2n5 Doue a comand se balamour a hon pehet. 

Ma vusur breman douar hac a coms. 

Caïn, chetu aman ho lot, ma mignon quer, 
Neuse, er hoste ail, a vo d'ho preur Abel ^ 
Ret eo d'imp soufrin poan evit gonit hon boet, 
Rac-se e laran d'ec'h dont da poania bepret, 
2140 Ret eo bevoan bepret herve Doue, 
Hac en em oblijan an eil hac eguile. 
Caïn, houi labouro evit gonit an ed, 
Ha houi, ma map Abel, mesaer d'an denved. 

Abel a coms. 

Ma Doue, ma Crouer, pa'n d-oun laquet er bet, 
2145 Bet an hano a den, en hoc'h imaj crouet, 

He houitat a renquomp pa sonjomp neubeutan. 
Me ofr evit ho gloar bepret quement a ran. 

Caïn a coms 3. 

Autro Doue, ma Crouer, he-man eo ar viser ! 
Terubl omp fal guisquet, ha rust eo an amser. 
2150 Ha hoas hon nouritur a so rust ha calet, 

Nemert dre cals a boan dibrin ne hallan quet^. 



1 , Les quatre vers suivants sont remplacés dans notre vieux manuscrit 
par ces deux-ci : 

Rac-se hen laran d'ac'h, an eil hac eguile, 
Ret eo bevan er bet bopret herve Doue. 

2. Nemert dre cals a boan ne hallo den dibri boet. 

». La mémoire de celui qui dictait le mystère a ici subi une nouvelle 
défaillance : il avait attribué au personnage d'Abel les vers qui précèdent et 
ceux qui suivent. Afin de réparer cette erreur, le scribe a intercalé entre 
deux lignes les mots : « Ca'in a coms, » qui restituent à Caïn la part qu'il 
doit avoir dans le dialogue, témoin notre manuscrit. 

Les inadvertances de ce genre sont nombreuses dans le manuscrit de la 



La Création du monde. 275 

du mal pour gagner notre nourriture. Dieu le veut ainsi à 
cause de notre péché. 

Adam mesure la terre et il reprend. 

Caïn, voici votre part, mon cher ami, et de ce côté sera 
celle de votre frère Abel. Il nous faut mettre notre peine pour 
gagner notre nourriture. C'est pourquoi je vous dis de tou- 
jours travailler. 

Vous devez vivre désormais selon Dieu, et vous rendre 
service l'un à l'autre. Caïn, vous serez laboureur pour cultiver 
le blé, et vous, mon fils Abel, vous garderez les troupeaux. 



Abel. 

Mon Dieu, mon Créateur, je suis mis au monde, et j'ai reçu 
un nom d'homme après avoir été créé à votre image : il faudra 
quitter cette terre quand nous y songerons le moins, je vous 
offre pour votre gloire toujours toutes mes actions. 

Gain. 

Seigneur Dieu, mon Créateur, quelle misère est la nôtre ! 
Je suis bien mal habillé et le temps est rude : notre nourriture 
est dure et grossière, ce n'est qu'à force de peine que je 
pourrai manger. 



I . C'est pourquoi je vous le dis à l'un et à l'autre, il faut vivre en ce 
monde toujours selon Dieu. 

2. Sans beaucoup de peine personne ne pourra manger son pain. 

Bibliothèque Nationale : ainsi, au premier acte. v. 373, après la chute des 
anges rebelles maudissant leur sort, on avait oublié de couper le dialogue, 
d'indiquer l'endroit où finissent leurs lamentations, et où Dieu le Père 
prend la parole pour s'adresser aux bons anges. C'est une main autre qui 
a écrit à la marge ces mots : « Doue an Tat a coms ous an Elle mat, » réta- 
blissant les choses dans l'ordre indiqué par le texte lui-même. 



276 L'abbé Eug. Bernard. 



Senne III, 

Pep-hini a ia d'he labour, Caïn da labourât douar. 

Abel gant he denvet a can voar un ton berjer. 

Me ia breman gant ma denvet, 
En hano Doue hac an Drindet. 
Gras d'eshe da vultiplian, 
2155 Ma sacritiin ar guellan 
Evit enorin ma Doue^ 
Da vo meulet he carante ! 
Hirie ha queit a ma vevoin, 
Me a désir hoc'h adorin. 

Eva a ia da voelet Gain. 

Eva a coms. 

2160 Courach, ma bugale, labourât a so ret, 
Ret eo comeret poan evit gonit ho poet. 
Ma ne rafac'h netra, ne hallac'h quet bevoan, 
Doue, an Eternel, a comand quement-man. 
Me 'm eus true ous-hoc'h gant pep compasion, 

2165 Divisq eo ho corfo dious ar ieneon-. 

Caïn a coms. 

Autro Doue ! ma mam, squis bras en eum cafan ! 
Pell so d'eus an amser aboe ma s-oun er plas-man. 
Aflijet oun terubl, drouc bras am eus em pen. 
Me a ia da hourve aman, voar an dachen. 
2170 Reit d'in eur banac'h dour, ma mam, en han 'Doue, 
Neuse em bo guell courach da labourât arre. 



1 . Aux trois autres vers notre manuscrit substitue celui-ci : 

Da veso meulet hep fine ! 

2. Divisq en ho cafan dirac ar ieneon. 



La Création an monde. 277 



Scène III. 

Chacun va à son travail, Gain laboure la terre. 

Abel mène paître son troupeau et chante sur une air champêtre. 

Je vais maintenant faire paître mon troupeau au nom de 
Dieu et de la sainte Trinité. Grâce à mes brebis de multiplier ! 
Je sacrifierai la plus belle pour honorer Dieu. Que sa charité 
soit louée ! Aujourd'hui et tant que je vivrai, mon désir est de 
l'adorer. 



Eve va voir Caïn. 



Courage, mes enfants, il faut travailler, il faut prendre de 
la peine pour gagner votre nourriture. Si vous ne faisiez rien, 
vous ne pourriez pas vivre. C'est Dieu, c'est l'Eternel qui le 
commande. J'ai pitié de vous, je suis touchée de compassion, 
votre corps est sans vêtement contre la froidure. 



Caïn . 



Seigneur Dieu, ma mère, je me trouve bien fatigué. Il y a 
longtemps que je suis en cet endroit. Je me sens on ne peut 
plus las, j'ai grand mal à la tête. Je vais m'étendre ici, à cette 
place. Donnez-moi un peu d'eau, ma mère, au nom de Dieu; 
alors j'aurai plus de cœur à me mettre à l'ouvrage. 



1 . Qu'il soit loué sans fin ! 

2. Je vous vois sans vêtements contre le froid. 



278 L'abbé Eug. Bernard. 

Eva a coms. 

Hac ho peso, ma map. Me ia gant dilijans, 

Da vit d'ec'h eur banac'h da tremen ho soufrans. 

Ma a da vit dour. 
Pa vo arri e continu. 

Dalet ! chetu ase dour an excelantan 
2175 A quement ha oufet da cafet er vro-man. 

Adieu eia, ma map, quen ar hentan guelet. 
Doue d'ho conservo en peuc'h hac en iehet^ 

Eva a ia da caet Abel. 

Eva a coms. 

Ha d'ec'h, ma map Abel ! Me so deut d'ho caet, 
Pell so em boa désir da donet d'ho guelet, 
2180 Plijadur vras am eus p'ho guelan em presans. 

Doue an Tat da rei d'ec'h moien d'en eum avans -. 

Abel a coms. 

Me promet d'ec'h certen, me am eus cals a joa 
P'ho guelan dira-s-oun breman, ma mam Eva. 
Doue d'ho conservo gant hoU prospérité : 
2185 Ha gras da veintenin bepret evit gloar Doue. 

Eva a quit. 



Senne IV. 

Gain hac Abel a antre asambles. 

Caïn a coms. 

En eum dennet, Abel, breman divoar ma sro, 
Na houlennan en nep gis e teuc'h em goarancho 5, 

1 . Doue d'ho conservo ebars en ho iehet ! 

2. Doue an Tat da rai d'ac'h moyen en abondans ! 

3. Ne goullan en nep gis e teufac'h er meto. 



La Création du monde. 279 

Eve. 

Vous en aurez, mon fils. Je vais en toute hâte vous chercher 
de l'eau pour passer votre souffrance. 

Eve va chercher de l'eau, et à son retour elle continue. 

Tenez, voilà là de l'eau, la meilleure que l'on puisse trouver 
en ce pays. 

Adieu donc, mon fils, jusqu'à la première fois. Que Dieu 
vous conserve en paix et en santé ! 

Eve va trouver Abel. 

Salut à vous, mon fils Abel. Je suis venue vers vous, car 
depuis longtemps j'avais le désir de vous visiter. J'ai grand 
plaisir à vous voir en ma présence. Que Dieu vous donne 
moyen de faire votre chemin ! 

Abel. 

Certes, je vous assure que j'ai beaucoup de joie à vous voir 
à cette heure devant moi, ma mère Eve. Que Dieu vous con- 
serve en toute prospérité et vous fasse la grcâce de toujours tra- 
vailler pour sa gloire ! 

Eve sort. 



Scène IV. 

Gain et Abel entrent ensemble. 

Gain. 

Retirez-vous, Abel, ne restez pas auprès de moi, je ne de- 
mande en aucune manière que vous veniez à ma rencontre... 

1 . Que Dieu vous conserve en bonne santé ! 

2 . Qiie Dieu le Père vous accorde des biens en abondance ! 

3 . Je ne demande en aucune façon à ce que vous veniez sur mes terres. 



28o L'abbé Eug. Bernard. 

Me raï d'it voar da pen mar deus d'am contestin, 
la, hac ur voesall divoallet dious-in. 

Abel a coms. 

2190 Penos, ma breur Gain ? M'ho pet, clevet ous-in, 
Na deuan en nep gis er bet, d'ho contestin. 
Rac-se, a beurs Doue, ebars en pep amser 
E tleomp en em garet evel ma s-omp breuder^ 
Rac-se me a lar d'ec'h, ma breur, mar d-oc'h fachet 

2195 Ous-in en nep feson, es eo, sur, hep sujet. 

Gain a coms. 

Me lar d'it franchamant, e hallan bout fachet; 
Chede debret ma greun aman, gant da denvet, 
Te hel ho evoesat : na eus mann da ober ^, 
Nemert bean bemde o iacres an amser. 
2200 Tec'h divoar ma salar, na deu quet d'am goarant^, 
Re a res ober d'in, ma mignon, constamant. 

Doue an Tat a coms. 

Clevet aman, Gain, houi so re prim ha pront : 

Ha houi ive, Abel, a dlefe cafet spont. 

Me eo, sur, an Autro a die bout enoret 
2205 Gant quement nation a so o ren er bet. 

N'en d-oc'h nemert daou den, bugale da Adam 

Ha d'he priet Eva, couls hac hi hoc'h eus blam. 

Me lar d'ec'h franchamant, ma en eum disoblijet, 

Dre rigueur ma justis e viet punisset. 
2210 Me eo, sur, ho Toue, auteur ar firmamanf^, 

Hac a so ho Grouer, ha na vcc'h quet contant. 

Ma torret en nep gis er bet ma gourhemen, 

Me raï ho punissan da james en Ifern. 



1 . E hellomp en em ober, en em caret fidel. 

2. Te hel ho evesat, ne eus quen da ober. 
3 Ne deu quet em presans. 

Re a res ober d'in, ma mignon, contenans. 
4 Roue ar firmamant. 



La Création du monde. 281 

Je vous donnerai sur la figure si vous me cherchiez affaire : 
oui, et une autre fois, prenez garde à moi. 

Abel. 

Comment, Caïn, mon frère ? Je vous en prie, écoutez-moi. 
Je ne viens en aucune façon au monde, vous chercher affaire. 
Ainsi donc, de la part de Dieu, en tout temps nous devons 
nous aimer comme deux frères que nous sommes. C'est pour- 
quoi je vous le dis, mon frère, si vous êtes en quelque sorte 
fâché contre moi, c'est assurément sans sujet. 

Caïn . 

Je te le dis franchement, je puis être fâché. Voici mon blé 
mangé par ton troupeau. Tu peux le surveiller : tu n'as rien 
à faire, si ce n'est chaque jour, qu'à tuer le temps. Va-t-en 
loin de mes talons, ne viens pas à ma rencontre. Tu m'en 
fais faire de trop, mon ami; je n'ai pas de répit. 



Dieu le Père. 

Ecoutez ici, Caïn. Vous êtes trop vif et trop prompt. Et 
vous aussi, Abel, vous devriez avoir peur. Certes, je suis le 
Seigneur, et j'ai droit aux honneurs de tous les peuples qui se 
meuvent dans le monde. Vous n'êtes que deux hommes, en- 
fants d'Adam et d'Eve, son épouse, et aussi bien qu'eux, vous 
méritez d'être réprimandés. Je vous le dis franchement, si vous 
vous cherchez affaire, selon la rigueur de ma justice vous 
serez punis. Assurément je suis votre Dieu, l'auteur du fir- 
mament : je suis votre Créateur, quand même vous n'en 
seriez pas contents. Si vous transgressez en quelque façon mon 
commandement, je vous ferai châtier à jamais en Enfer. 



1. Nous pouvons nous entendre, nous aimer fidèlement. 

2. Tu peux les garder, tu n'as pas autre chose à faire. 

3 . Ne viens pas en ma présence, tu me fais faire, mon ami, trop d'actes 
de patience. 

4. Roi du firmament. 

Revue Celiique, XI. - 19 



282 L'abbé Eug. Bernard. 

Rac-se en eum gueret evel guir vugale 
2215 Da un tat, da eur vam, hac a eur memeus ligne. 
Deut da sacrifian bepret evit gloar d'in, 
Ha me broduo d'ec'h evit ho sustantin. 

Caïn a coms. 

Demp da sacrifian breman, ma breur Abel, 
Pa 'n d-e comandet d'imp a beurs an Eternel; 
2220 Me a losquo greun hac a deui da voentat, 
Da ober sacrifis en gloar Doue an Tat. 

Abel a coms. 

Me ia da sacrifian ar guellan am denvet ^ 
Evit gloar d'am Doue, pa 'n deus d'in comandet. 
Rac-se, ma breur Caïn, goût a ret couls ha me, 
2225 Eo ret en em garet breman, herve Doue. 
Me ho imolo holl, mar be he volante, 
Da ober sacrifis bepret en gloar Doue. 

Caïn a coms. 

Quement tam ed am eus, ia, quent ma vanquen. 
En enor da Doue voar un dro a losquen. 
2230 Birviquen na cleman, daouest d'am holl poanio. 
Goude fin ma bue recompans am bcso. 

Ma pelleont an eil d'eus eguile. 

Satan a antre hac a coms. 

Me a lar d'it, Caïn, ec'h out un aveurtet, 
Hac e out diavis mont da devin da et. 
Poan a-voalc'h a t'eus bet o tont da labourât. 
2235 Mir da ed da dibrin, assur, e ri erfat. 

Ma den, hir eo ar bla da vesan o hortos 2, 
Ha te a so en poan, hac en de hac en nos. 



1 . Me a sacrifie ar guellan am denvet. 

2. Ma den, hir eo ar bla, pa vesa hortos. 



La Création du monde. 283 

Aimez-vous donc comme les vrais enfants d'un même père, 
d'une même mère et d'un même sang. Songez toujours à 
offrir des sacrifices en mon honneur, et je vous fournirai ce 
qu'il faut pour vous sustenter. 

Gain. 

Allons maintenant, mon frère Abel, offrir un sacrifice, 
puisque l'ordre nous en vient de la part de l'Eternel. Je brû- 
lerai du grain après l'avoir vanné, et ce sera l'offrande que je 
ferai à la gloire de Dieu le Père. 

Abel. 

Je vais immoler la meilleure de mes brebis en l'honneur de 
mon Dieu, puisqu'il me l'a commandé. Ainsi, mon frère 
Caïn, vous le savez aussi bien que moi, nous devons nous 
aimer à présent selon Dieu. Si telle est sa volonté, j'offrirai 
tout mon troupeau en sacrifice continu à sa gloire. 



Gain. 

Tout le blé que je possède, oui, plutôt que de manquer, 
en l'honneur de Dieu je le brûlerai à la fois. Jamais je ne me 
plaindrai en dépit de toutes mes peines. A la fin de ma vie je 
serai récompensé. 

Ils s'éloignent l'un de l'autre, 

Satan entre. 

Je te le dis, Caïn, tu es un imbécile, et de plus un insensé 
d'aller brûler ton grain. Tu as eu du mal assez à cultiver la 
terre. Garde ton blé pour le manger, assurément tu feras 
mieux. 

Mon ami, l'année est longue quand il faut attendre, et toi, 
tu es dans la peine et le jour et la nuit. 



1 . Je sacrifierai le meilleur de mes agneaux. 

2. Mon ami, l'année est longue lorsque l'on attend. 



284 L'abbé Eug. Bernard. 



Gain a cotns. 

Me a sento breman, certen, ous da squient, 
Hervé ma parlantes, em laques voar ma hent. 

2240 Rac ma losquen ma ed a so evit dibrin ^ 

Pa 'n em consideran, he viret so guel d'in. 



Eva hac Adam a antre. 



Eva a coms. 



Ma bugale, m'ho pet, n'en em trubuillet quet 
Sacrifis da Doue bepret a so gleet. 
Rac-se me ho supli da ober guirione, 
2245 Ma broduo davantach gant ar gras a Doue. 

Gain a coms. 

Me a lar d'ac'h, ma mam, ne sacrifiin quet, 
Quen a veso ma lot d'in cren dispartiet. 
Me voel ma breur Abel o comer ar muian. 
Groet d'ehan, mar queret, bemde sacrifian3. 

Adam a coms. 

2250 Caïn, m'ho pet, ha houi ive Abel, 

Franc eo ar vro, quemeret guel, 

Ha pa 'n d-omp couet en iseldet, 

Douar a-voalc'h so er vro, labouret. 

Pa dispartiomp, me a oar erfat ^, 
2255 N'hon boa quet cant devoes arat. 

Ma bugale, me parrajo, 

Ha houi choaso al lodenno. 



I . Rac ma losquen ma ed e venn quit d'he dibrin. 

2 Na debattet quet. 

3. Gret d'eshan, mar guellet, bemde sacrifian. 

a. Déjà le scribe avait commencé à écrire : Ma bubale, et celui qui dictait 
allait passer sous silence le vers suivant, lorsque la mémoire lui est revenue; 
les mots Ma hugde ont été effacés pour reprendre place au vers 2256. 



La Création du monde. 285 



Caïn. 



Je veux maintenant sans hésiter suivre le conseil de ta sa- 
gesse. En parlant ainsi, tu me mets sur mon chemin. Car si 
je brûlais mon blé qui doit être mangé... J'y réfléchis, le 
garder vaut mieux. 

Eve et Adam entrent. 



Eve. 



Mes enfants, je vous en prie, ne vous tourmentez pas. Les 
sacrifices sont toujours dus à Dieu. Rendez-vous donc, je 
vous en supplie, à la vérité, afin que la terre produise davan- 
tage avec la grâce de Dieu. 



Gain. 

Je vous le dis, ma mère, je n'oflrirai point de sacrifice, 
tant que ma part de terre ne m'aura pas été nettement assignée. 
Je vois mon frère Abel en prendre de plus en plus : faites-lui, 
si vous le voulez, sacrifier tous les jours. 

Adam. 

Caïn, je vous en prie, et vous aussi, Abel, le pays est 
vaste, prenez au mieux. Et puisque nous sommes tombés en 
déchéance, la terre ne vous manquera pas, travaillez. Lorsque 
nous avons partagé, je le sais bien, nous n'avions pas cent 
journaux de terre labourable. Mes enfants, je ferai les parts et 
vous choisirez. 



I Car si je brûlais mon blé, je ne serais quitte de le manger. 

2 . Ne vous disputez pas. 

3, Faites-lui, si vous le pouvez, offrir tous les jours des sacrifices. 



286 L'abbé Eug. Bernard. 

Abel, houi, sur, am eus guelet, 
Den abil voar dro ar millet ; 
2260 Ha houi, Gain, pa 'n d-oc'h ingrat, 
Ho po douar da labourât, 
Ha goude-se nin a voelo 
Pehinin muian a prospère. 

Caïn a coms. 

Autro Adam, d'in e leret 
2265 Perac na ve quet permettet 

Da Abel, ma breur, dont da vale 
Dre ar bet-man, quercouls ha me ? 

Adam hac Eva a sorti. 



Senne V. » 



Caïn hac Abel a antre. 



Abel a coms. 



Caïn, ma breur, tec'h veus ma fas, 
Balamour da Doue, rac me a so en noas... 
2270 Demp breman da ober sacrifis, 
Doue a voelo hon ofis^ 
Quemeromp eur goulmic evit ofr da Doue, 
Neuse nin a voelo piou en deus guirione. 



I . Les deux vers suivants manquent au manuscrit de la Bibliothèque 
Nationale: 

Presantomp hon peden en enor d'hon Autro, 
Ha goude quement-se, Doue hon pardono. 

•^. La scène commence autrement dans notre vieux manuscrit. C'est 
Caïn qui dit à son frère : « Abel, ma breur, tec'h veus ma fas, « et Abel lui 
répond : « Demp breman da ober sacrifis. »... 



La Création du monde. 287 

Abel, vous êtes assurément, je l'ai constaté, un homme 
habile à soigner les troupeaux. Vous, Gain, comme vous êtes 
rude, vous travaillerez la terre. Ensuite nous verrons qui pros- 
pérera davantage. 



Caïn. 

Seigneur Adam, dites-moi pourquoi il ne serait pas donné 
à Abel, mon frère, de promener à travers le monde, tout aussi 
bien que moi ? 

Adam et Eve sortent. 



Scène V. 



Caïn et Abel entrent. 



Abel. 

Gain, mon frère, va-t-en de ma présence, car je suis tout 
nu 

Allons à présent offrir un sacrifice, Dieu verra notre bonne 
volonté. Prenons une colombe pour l'offrir à Dieu, et alors 
nous constaterons lequel de nous est dans la vérité. 



I . Présentons notre prière en l'honneur de notre Seigneur, et après cela 
Dieu nous pardonnera. 



2 88 L'abbé Eug. Berna- d. 

Caïn, ma breur, houi a ra gaou em andret, 
2275 Ma talc'homp ar partaj a so entre-omp groet. 

Caïn a coms. 

Ma breur Abel, daou vil basât 
A roen d'it, a galon vat. 
Houi glasq digare da bresec, 
Hac a deu da laëres ma éd. 

Abel a coms. 

2280 Ma breur Caïn, teulet evoes 

Na gouesac'h en buanegues. 

Evit eul laër em quemeres ? 

Me so estonet na t'eus mes. 

Doue a voel petra a reomp, 
2285 Hac a oar penos e vevomp. 

Caïn a coms. 

A-voalc'h a leres d'in, mes me a goll bepret. 
Me n'an d-oun quet en poan evit lesquin ma et. 

Abel voar he saoulin a coms. 

Me m'eus mado a-voalc'h, a drugare Doue, 
Pa pli] gant-han rein d'in, Hervé hc volante, 
2290 Me ho trugarequa, Doue, Roue ar bet ! 

Carguet es eo ma si d'eus a bep sort loenet, 
Me m'eus en abondans, a drugare ma Autre, 
Pep tra ; en liberté me a rcnt d'ec'h graço^ 

Abel a pella un neubeut. 

Caïn a coms. 

Petra eo da Doue rein d'in ar baourente ? 
2295 Aboe ma s-oun er bet o poanian nos ha de, 
Evit quement a ran, ne m'eus nemert miser, 
O sonjal er mado en deus ma breur Abel. 

I . A pep tro, em liberté, me a rem d'ac'h graço. 



La Création du monde. 289 

Gain, mon frère, vous me faites tort si nous nous en tenons 
au partage passé entre nous. 



Caïn. 



Mon frère Abel, deux mille coups de bâton, voilà ce que je 
vous donnerais de bon cœur. Vous cherchez prétexte à discuter, 
et vous venez me voler mon blé. 



Abel. 

Mon frère Gain, gardez-vous de vous mettre en colère. Me 
prenez-vous pour un voleur ? Je m'étonne que vous n'ayez 
pas honte. Dieu voit ce que nous faisons, et il sait comment 
nous vivons. 



Caïn. 

Vous m'en contez assez, mais c'est moi qui perds toujours. 
Je ne me soucie nullement de brûler mon grain. 

Abel se met à genoux. 

J'ai assez de biens, grâce à Dieu, puisqu'il lui plaît de me 
les accorder selon sa volonté. 

Je vous remercie mon Dieu, roi de l'univers ! Ma maison 
est pleine de bêtes de toute espèce; je possède en abondance, 
grâce à mon Seigneur, toutes les choses de la vie : c'est bien 
librement que je vous en exprime ma reconnaissance. 

Abel s'éloigne un peu. 

Caïn, 

Pourquoi Dieu m'envoie-t-il la pauvreté ? Depuis que je 
suis sur la terre, je travaille nuit et jour : pour tout le mal que 
je me donne, je n'ai que misère, en songeant aux biens de 
mon frère Abel. 

I . De toute manière, en ma pleine liberté, je vous rends grâces. 



290 L'abbé Eug. Bernard. 



Abel a coms. 

Me a gret er bet-man n'eus nemert un Doue, 
Hac a sicour an holl herve he volante. 
2300 Piou-bennac hen pedo dimeus a vouir galon, 
E teuio d'hen sicour en pep occasion ^ 

Caïn a coms. 

Aman ec'h omp bon daou, Abel, voar a voelan, 
Arri ebars en poent evit sacrifian. 
Dimeus ar presancho hon deus digant Doue, 
2305 Es e ret rein d'eshan he lot d'eus aneshe. 

Abel a coms. 

En enor da Doue hen deus bet ma c'hrouet, 
Me a deui da hsquin ar guellan am denvet, 
Da ober sacrifis dimeus ma oanic guen, 
Evit rentin enor d'am Roue souveren, 
2310 Evit ar vadeles hen deus en hon andret; 
Dre ar sacrifiso ma veso enoret ! 

Rac-se depech, Caïn, dont d'alumin an tan, 
Evit na tardomp quet mui da sacrifian ^. 

Caïn a coms. 

Me a ia da vit tan, ha te querc'h queuneut timat, 
2315 Ma reomp breman sou'n, aman pep a tantat 

Voar lein ar mene-man, balamour d'an Drindet. 
Me rai ar haëran tan evit ma vo guelet. 

Abel a coms. 

Et eta da vit tan, ha me da vit queunet. 
Ha demp gant dilijans, ma vo sacrifiet. 

Ma eont da vit tan ha queuneut. 

i . Notre manuscrit ajoute les deux vers suivants : 

Hen-nes eo, sur, hon tat, evel hon guir crouer, 
A dcuio d'hon preservi bepret en he amser. 

2 . Evit ne tardomp mui quen hep sacrifian. 



La Création du monde. 291 

Abel. 

Je crois qu'il n'y a en ce monde qu'un Dieu, qui vient en 
aide à chacun, selon sa volonté. Quiconque le priera du fond 
du cœur, sera par lui secouru en toute occasion. 



Caïn, 

Nous sommes ici, Abel, tous deux, à ce que je vois, arrivés 
à point pour offrir un sacrifice. Des présents que nous avons 
reçus de Dieu, il est nécessaire de lui en réserver sa part. 



Abel. 

En l'honneur de Dieu qui m'a créé, je veux offrir en holo- 
causte la meilleure de mes brebis, et sacrifier un petit agneau 
blanc afin de rendre gloire à mon Maître souverain, pour ses 
bontés à mon égard. Qu'il soit honoré par les sacrifices! 



Aussi, dépêchez-vous, Caïn, de venir allumer le feu, afin 
que nous ne tardions pas davantage à remplir ce devoir. 

Caïn. 

Je vais prendre du feu, et vous, cherchez vite du bois, que 
nous fassions à l'instant même, chacun un feu ici, sur le som- 
met de la montagne, en l'honneur de la Sainte Trinité. J'ob- 
tiendrai la plus belle flamme afin qu'elle soit bien visible. 

Abel. 

Allez donc quérir du feu, et moi, je vais ramasser du bois. 
Mettons-y de la diligence pour pouvoir offrir notre sacrifice. 

Ils vont chercher du feu et du bois. 



1. Celui-là est, assurément, notre père, et aussi notre véritable Créateur, 
qui nous préservera toujours en son temps. 

2 . Afin de ne point tarder davantage à offrir notre sacrifice. 



292 L'abbé Eug. Bernard. 

Pa vint arri, Caïn a coms. 

2320 Me rai an tan quentan, n'ho peset nep anvi, 
Me alumo certen, da quentan, ma hini, 
Ha mar d-a ma moguet entrese an envo, 
Credet en assurans, agreabl bras veso. 

Ma ra tan, ma continu da coms. 

M'am bije eur souflet, em bije groet un dra. 
2325 Quen sempl eo ma moguet, 'm eus aon, ne dal netra. 
Da alumin tan cre evit Doue an Tat, 
Quer fal eo ma moguet, na goure quet nep mat. 

Abel a ra tan ive. 

Gain a continu. 

Abel a ra tan gant hueldet : 
Evid-oun na lesquin quet ma et. 
2330 Ma raen, Abel, evel d'out, 
Certenamant e venn eur sot. 

Abel a coms. 

Me a ra a greis ma halon, 
Sacrifis d'am Doue guirion; 
Gant Garante me ofr d'eshan 
2335 Ma holl vat da sacrifian. 

Ma laqua ar maout en tan. Ma continu da coms. 

Chetu ar flamm caer alumet 
Voar ma oanic ques biniguet. 

Ma a voar he saoulin. Ma continu arre. 

Ma Doue, ma Hrouer, a galon ho pedan 
Da cafet agreabl ar sacrifis a ran, 
2340 Pehinin a reomp hirie, voar ar mené. 

Mar greomp dilijans, ho pet ous-imp true ^ ! 

I . Mar greomp neglijans, ho pet ous-imp true. 



La Création du monde. 29 j 

Quand ils sont de retour, Gain prend la parole. 

Je ferai mon feu le premier, n'en soyez point jaloux; assu- 
rément, je l'allumerai le premier, et si la flamme monte vers 
le ciel, croyez-le bien, elle sera agréable à Dieu. 



Il fait du feu et continue. 

Si j'avais un soufflet, je ferais une chose. Ma fumée est si 
légère ! j'en ai peur, mon feu ne vaut rien. Pour allumer un 
bon feu en l'honneur de Dieu le Père, ma flamme est si faible 
qu'elle ne monte pas du tout. 

Abelfait aussi du feu. 

Gain reprend. 

Abel fait du feu qui s'élève dans les airs. Pour moi, je ne 
brûlerai pas mon blé. Si je suivais ton exemple, Abel, je serais 
certes un sot. 



Abel. 

J'offre du fond de mon cœur mon holocauste au Dieu véri- 
table. Avec amour je lui fais le sacrifice de tous mes biens. 



Il place le mouton sur le feu et continue. 
Voilà une belle flamme allumée sur mon petit agneau béni. 



Il se met à genoux et ajoute. 

Mon Dieu, mon Créateur, de cœur je vous prie d'avoir pour 
agréable le sacrifice que nous vous préparons et que nous 
vous ofi'rons aujourd'hui sur la montagne. Si nous le faisons 
avec soin, ayez pitié de nous ! Mon Dieu, je vous prie de venir 

I . Si nous y mettons de la négligence, ayez pitié de nous. 



294 L'abbé Eug. Bernard. 

Ma Doue, me ho pet da dont d'hon instruin; 
A voellan ma hillin, me deui d'ho servijin. 
Eur voes ar bla, hep manquan, me a sacrifio 
2345 Ar guellan am denvet da veulin ho hano. 

Autro Doue, Roue ar bet, 

Ma sacrifis da vo biniguet ! 

Ma aï brao, hep si, ma moguet 

D'an env huel, ma hen guelet ^ 

Doue an Tat a coms. 

2350 Me a voel a hueldet, 

Da sacrifis so biniguet. 
Sacrifiso gant lealdet, 
Certen, hac a plij d'am speret. 
Da sacrifis so meulodius 

2355 Gant eur galon carantesus : 

Er gis-se eo, sur, biniguet 
Guen-im-me ha gant ma Elet. 

Gain a coms. 

Ma ed, certen, pa 'n em sonjan, 
N'oufen quet da sacrifian. 
2360 N'am be quet tredern anehan, 

Ma renquen he sacrifian. 

Abel a coms. 

Me ho trugarequa. Doue, Crouer ar bet, 
D'eus ar madeleso hoc'h eus groet em andret. 
Quement poan a soufi-in entre vin en douar, 
2365 En durant d'am bue, m'hen ofr evit ho cloar. 



I . Ces quatre vers sont ainsi présentés dans notre manuscrit 
Ma sacrifis benefiset, 
Ma aï hep si ma moguet, 
Autro Doue, guir roue ar bet, 
D'an ent, ha huel, ma hen guelet ! 



La Création du monde. 295 

nous instruire : du mieux que je pourrai je veux vous servir. 
Une fois l'an, sans faute, j'immolerai la meilleure de mes 
brebis pour louer votre nom. 

Seigneur Dieu, roi de l'univers, que mon sacrifice soit béni ! 
Que ma fumée monte droit, sans se tordre, jusqu'au plus 
haut des cieux, afin que vous la puissiez voir. 



Dieu le Père. 

Des sommets que j'habite, je regarde ton sacrifice et je le 
bénis. Les sacrifices offerts avec loyauté plaisent assurément à 
mon esprit. Ton sacrifice est à ma louange, il vient d'un cœur 
aimant, c'est pour cela qu'il est, certes, béni par moi et par 
mes anses. 



Gain. 

Mon blé, sans aucun doute, lorsque j'y songe, je ne saurais 
le brûler. Il ne m'en resterait pas un tiers, s'il me fallait 
l'ofirir en sacrifice. 



Abel. 

Je vous remercie Dieu, Créateur du monde, des bienfaits 
dont vous m'avez comblé. Toute la peine que j'aurai à sup- 
porter, tant que je serai sur la terre, pendant ma vie, je l'offre 
pour votre gloire. 



I . Veuillez bénir mon sacrifice, afin que la fumée monte, Seigneur Dieu, 
véritable roi de l'univers, droit vers le ciel et haut, que vous puissiez la voir. 



296 L'abbé Eug. Bernard. 



Senne VI. 

Caïn a antre dre eur coste, Satan dre eur coste ail. 

Satan a coms. 

Caïn, te a so dicriet 
Gant da vreur Abel bep momet% 
En defot na t'eus bet losquet 
En un tantat tan da holl et. 
2370 Mes na t'eus-te quet a galon 

Evit heuil da intantion ? 
Te a hell hen precipitan, 
Ha besan héritier d'eshan. 

Abel a ia da caet Gain. 

Goude voar he saoulin Abel a coms. 

Me a rent d'ac'h graço, Auteur ar bet*», 
2375 Dre ma hoc'h eus ahanon en hoc'h imaj crouet, 
Evit hoc'h adorin er bet-man, nos ha de, 
Ha meuhn ho hano en durant ma bue. 

Gain a coms. 

Penos ? lar d'in, Abel, na squis quet da heno 
O houlen pep momet digant Doue, mado ? 
2380 N'en d-out quet hoas contant a quement a t'eus bet? 
Ha carguet da creier d'eus a bep sort loenet. 

». Le scribe a réuni ces deux vers en un seul ainsi construit : 
Caïn, te a so dicriet gant da vreur Abel, bep momet. 
Il continuait de la même manière à écrire : 
En defot na t'eus bet losquet en un, 

quand il s'est aperçu de son erreur, ou quand on la lui a fait remarquer, 
les deux mots : « en un » sont effacés et transcrits à la ligne pour former 
le vers suivant : 

En un tantat tan da holl éd. 



La Création du monde. 297 



Scène VI. 

Caïn entre par un côté, Satan par un autre. 

Satan. 

Caïn, tu es à tout instant décrié par ton frère Abel pour ce 
que tu n'as pas brûlé en une flambée tout ton grain. Tu n'as 
donc pas de cœur pour accomplir ton dessein ? Tu peux le 
faire disparaître et devenir son héritier. 



Abel va trouver Caïn, puis se met à genoux. 

Je vous rends grâces, Dieu, auteur de l'univers, de ce que 
vous m'avez créé à votre image, pour vous adorer en ce 
monde, nuit et jour, et pour louer votre nom pendant toute 
ma vie. 

Gain. 

Comment ? Dis-moi, Abel, tes lèvres ne se lassent pas à 
demander sans cesse à Dieu des biens ? Tu n'es pas encore 
content de ce que tu as reçu ? et tes étables sont pleines de 
bêtes de toute espèce. 



Cest, à notre avis, là, une preuve irrécusable établissant bien que notre 
mystère breton a été dicté de mémoire. 

b. Le scribe avait d'abord écrit auteur ar gloar; il a effacé gloar pour y 
substituer bet, rimant avec crouet. 

Revue Celtique, XI. 20 



298 L'abbé Eug. Bernard. 

Abel a coms. 

Allas ! ma breur Caïn, houi dlefe couls ha me, 
Suplian a vouir galon bemde ar guir Doue, 
Da digas he graço voar quement mat a ret, 
2385 Voar ho holl labourou, ma prospero hoc'h et. 

Clevet dousamant, ma breur quer, 

Ar pes a rin d'ac'h da compren, 

Ho coler hac ho facheri. 

Gant ar voien d'he surmonti. 
2390 Ar valis so contrel d'an dousder, 

A so, evel m'ho quelenner, 

Un désir da tennan venjans 

Voar ar re a ra d'ac'h ofans. 

An discord dimeus ar goler 
2395 A so, da guentan, oc'h ober 

Cas voar an nep na verit quet, 

Ma n'hen defe hoc'h ofanset ; 

D'an eil, pa fel d'ac'h hoc'h-unan. 

En em venjin, ha punissan 
2400 Dre hoc'h autorite privet, 

Nep n'hen deus quet hoc'h ofanset ^ 

A viscoas es eo bet, guir se ^, 

Difennet ous-imp gant Doue. 

Caïn a coms. 

Deus guen-en d'ar mené, demp d'en em pourmeni. 
2405 Parlant a res erfat, un den savant a ri. 

Domach eo ne voa hoas cals a dut voar ar bet. 
O clevet da comso e vijent ravisset. 

Ma avansont d'ar mené. 



1 . Notre manuscrit intercale ici les deux vers suivants : 

Hac n'hen deus den autorite 
D'en em venjin d'he volante. 

2. A viscoas he man ar gis-se 



La Création du monde. 299 



Abel. 

Hélas ! mon frère Caïn, vous devriez aussi bien que moi 
supplier du fond du cœur, chaque jour, le vrai Dieu, de ré- 
pandre ses grâces sur tout ce que vous faites, et sur chacun 
de vos travaux, afin de vous assurer une moisson prospère. 

Ecoutez avec calme, mon cher frère, ce que je vous ferai 
comprendre touchant votre colère et votre ressentiment, avec 
les moyens de les surmonter. 

La malice, contraire à la douceur, est, ainsi qu'on vous l'ex- 
plique, le désir de tirer vengeance de quiconque vous a offensé. 
Le désordre de la colère consiste d'abord, à prendre en haine 
qui ne le mérite pas, au cas où il ne vous aurait causé aucun 
préjudice : ensuite, à vouloir vous venger vous-même, et 
punir, de votre autorité privée, quelqu'un qui ne vous a nul- 
lement blessé. De tout temps, ces choses, rien n'est plus cer- 
tain, nous ont été défendues par Dieu. 



Caïn. 

Viens avec moi sur la montagne, allons nous promener. Tu 
parles très bien, tu feras un savant. C'est dommage qu'il n'y 
ait pas encore beaucoup de monde sur la terre, à entendre tes 
discours ils seraient ravis. 

Ils avancent sur la montagne. 



1 . Car personne n'a le droit de se venger au gré de ses désirs. 

2. De tout temps pareille manière d'agir 



joo L'abbé Eug. Bernard. 

Caïn a coms. 

Caet am eus aman manchouer un asen ^ ; 
Me a raï d'it gant-han breman, voar da clopen. 
2410 Sacrifi da ine breman da Doue an Tat, 

Rac evit er bet-man ne ri pelloc'h nep mat. 

Caïn a ra un toi voar pen he vreur: ma sorti. 

Abel, pa voa couet, a coms o hervel Doue. 

Ma Doue, ma Crouer, pardon a houlennan 
Dimeus ar pehejo am eus groet er bet-man ! 
Chetu me discaret d'an douar, aman, a blat, 
2415 Gant an tirant Gain ; hou-man so eur galonat ! 
Ma goat a cri venjans memeus bete an Env, 
Enep ma breur Gain, da justis bon Doue. 
Me a houlen pardon ous-hoc'h, ma guir Doue, 
Ho pet misericord breman ous ma ine. 

Ar Maro a antre, hac a coms. 

2420 Me eo ar Maro cri, a so determinet 

Da lahan quement den a deuio voar ar bet. 
Abel vo an hinin a touchin da guentan, 
Pa'n d-e discaret d'in gant he vreur, er plas-man... 
Ghede ase un toi evit da diboanian, 
2425 D'as lemel a vue, ha trubuil ar bet-man. 

Da vreur Gain so caus ma s-oun deut quer buan, 
Ma quites da vue, o quitat ar bet-man. 

He-man eo ar hentan am eus breman touchet. 
Es e'r bederved den a guement so er bet ; 
2430 Ne'n deus nemert tri den pelloch o ren er bet, 
Adam-hont hac Eva, ha Gaïn aheurtet. 

Breman em eus amser un neubeut da hortos, 
Un de a arrio n'am beso tam repos. 
Es inn en un instant dre bevar horn ar.bet, 
2435 Pa vo d'in comandet, es inn en eur momet. 

Ar Maro a sorti. 

I . Josquen a un asen. 



La Création du monde. joi 



Caïn. 



Je trouve ici la mâchoire d'un âne, je vais t'en donner un 
coup sur la tête. Offre maintenant ton âme en sacrifice à 
Dieu le Père, car en ce monde tu ne feras plus rien. 

Gain frappe son frère à la tête. Il sort. 

Abel tombe à terre et parle en invoquant Dieu. 

Mon Dieu, mon Créateur, je demande pardon des péchés 
que j'ai commis en ce monde. Me voici abattu à terre, ici 
couché à plat parle méchant Caïn. Quelle douleur je ressens! 
Mon sang crie vers le Ciel vengeance contre mon frère Caïn, 
et en appelle à la justice de Dieu. Je vous demande pardon, 
mon Dieu ! Ayez maintenant pitié de mon âme. 



La Mort entre. 

Je suis la Mort cruelle, décidée à tuer tout homme qui 
viendra sur la terre. Abel sera le premier que je frapperai, 
puisqu'il s'offre à moi terrassé en ce lieu par son frère. 

Tiens, voilà un coup pour te tirer de peine, pour te sortir 
de la vie et des tribulations de cette terre. Ton frère Caïn est 
cause si je suis venue si vite te faire quitter la vie en aban- 
donnant ce monde. 

Celui-ci est le premier que j'ai frappé, et il est le quatrième 
habitant de la terre ; il n'en reste plus que trois, chargés de 
gouverner l'univers, Adam, Eve et Caïn le criminel. 

A présent )'ai le loisir d'attendre un peu. Le temps viendra 
où je n'aurai aucun repos, où j'irai en un instant aux quatre 
coins du monde; lorsque j'en recevrai l'ordre, j'accourrai en 
un moment. 

La Mort se retire. 

6. La mâchoire d'un âne. 



302 L'abbé Eug. Bernard. 

Ine Abel en tal he corf a coms. 

Adieu eta, ma horf, me a ia d'ho quitat, 
Evit en em presanti dirac Doue an Tat. 
Me ho trugarequa d'eus ar boan hoc'h eus bet^ 
O clasq ma preservin aboe ma oun er bet. 

2440 Crenan ran gant ar spont e vont dirac Doue, 
Evit renti ma hont dirac he Vajeste. 
AHas ! ne oun'n doare pelec'h ec'h inn breman, 
O hortos ma veso redimet ar bet-man ! 

Adieu hoas eur veach, me ia d'hoc'h abandonin ^ : 

2445 Houi a chom en douar, me ne oun'n pelec'h inn... • 
El lec'h ma ordreno Rouear firmamant. 
Ret eo obeissan d'he holl comandamant. 

Ma a da caet Doue an Tat. 

Pa voa arri dira-s-han, e coms voar he daoulin neuse. 

Me en em presant d'ec'h, dirac ho Majesté, 
Doue, Auteur ar gloar, ho pet ous-in true 1 

2450 Me eo ar paour Abel, map Adam hac Eva, 

Père ho poa crouet er bet-man, d'eus netra. * 
Caïn, ma breur henan, en deus bet ma lahet, 
Ma corf so er mené voar an douar manet. 
Ma lequet, ma Doue, eun tu en sauvete, 

2455 En eur plas didanjer, mar be ho polante. 

M'ho pet, n'am quesit quet da soufrin ar poanio 
So breman en Ifern, en mesq an diaoullo. 

Doue an Tat a coms. 

Abel, ma mignon quer, pa 'n d-out dispartiet 5 
Breman dious da corf, ha d'in n'eum presantet, 
2460 M'es laquai' en eur plas, ebars en esperans 
Da jouissan ar gloar evit da recompans. 



I Me ia d'hoc'h ambrassin. 

2. C'hui a iel d'an douar. 

3 Pa'n d-e dispartiet 

Da ine dious da corf. 



La Création du monde. 303 

L'âme d'Abel auprès de son corps. 

Adieu donc, mon corps, je vais me séparer de vous pour 
me présenter devant Dieu le Père. Je vous remercie de la 
peine que vous avez prise en cherchant à me sauvegarder, depuis 
que je suis sur la terre. 

Je tremble d'effroi en allant devant Dieu rendre mes 
comptes à sa Majesté. Hélas ! je ne sais où j'irai à cette heure 
attendre le moment où sera racheté le monde ! 

Adieu encore une fois, je vais vous laisser là. Vous, vous 
restez dans-la terre, moi, je ne sais où je me rendrai... Au 
lieu que désignera le Roi des Cieux. Il faut obéir à tous ses 
commandements. 

Elle va trouver Dieu le Père. 

Arrivée devant lui, elle se met à genoux. 

Je me présente à vous, devant votre Majesté, Dieu, auteur 
de la gloire, ayez pitié de moi ! Je suis le pauvre Abel, fils 
d'Adam et d'Eve, que vous avez au monde créés de rien. 
Caïn, mon frère aîné, m'a tué; mon corps est demeuré à 
terre, sur la montagne. 

Mettez-moi, mon Dieu, en un lieu de sûreté, en un endroit 
à l'abri du danger, si telle est votre volonté. Je vous en prie, 
ne m'envoyez pas souffrir les peines que l'on endure mainte- 
nant en Enfer, au milieu des démons. 

Dieu le Père. 

Abel, mon cher ami, puisque tu es à cette heure séparé de 
ton corps et que tu t'es présenté devant moi, je te placerai en 
bon lieu avec l'espoir de jouir de ma gloire pour ta récom- 



1 . Je vais vous embrasser. 

2. Vous, vous allez en terre. 

3 . Puisque ton âme est séparée de ton corps. 



304 L'abbé Eug. Bernard. 

Goude ma teui ma map da rediman ar bet, 
Er joaio éternel te a vo elevet. 

Tri flas as po bepret er joaïo éternel ^, 

2465 Balamour ma s-out bet fidcl en pep amser; 
Unan d'eus aneshe ous da vean virjin, 
Un ail dre ma s-out bet fidel d'am servijin, 
Hac un ail as peso en renq ar vartiret, 
Père a deuio hoas da goude, voar ar bet. 

2470 Deus aman, Rafaël, que timat, em requet, 
Da gas Abel d'al Lim, en eur plas assuret ; 
Eno e renquo chom quen a vo redimet 
Ar bet antieramant. Da purjin ar pehet^ 
Pa vo pignet ma map voar lein mené Calvar, 

2475 Me deuio d'hen recev en Env, ebars er gloar. 

Rafaël a coms. 

Doue, Auteur ar gloar, reson eo d'in sentin : . 
Me hen rento ractal el lec'h ma leret d'in ; 
Hac hen, ha quement den a varvo he boude, 
Dimeus ho mignonet, a ielo d'ar plas-se. 

Ma avansont ha daou: Satan a red dira-he. 

An El Rafaël a coms. 

2480 Deut eta, guir ine, breman me ho rento 
En neubeut a amser, da antren el Limo. 
Me eo ho cardien evit ho conservin 
Dious an aërouant, mar deu d'hoc'h ataquin. 

Pa vint arri el Lim, Rafaël a coms. 

Chetu ase ar plas, antreet en-han pront, 
2485 N'ho peet nep morhet, na guemeret quet spont. 
Ase houi a chomo quen a deuin arre 
D'ho cas d'ar Barados da veulin ho Toue. 



I . Te as peso tri plas er joaio éternel. 
2 Da prenan ar pec'het. 



La Création du monde. 305 

pense. Lorsque mon fils viendra racheter le monde, tu seras 
appelé aux joies éternelles. 

Dans cette félicité tu auras toujours droit à trois places, 
parce que tu as été fidèle en tout temps : l'une te sera réservée 
parce que tu es vierge ; l'autre, en récompense de ta fidélité à 
mon service : tu tiendras la troisième dans les rangs des mar- 
tyrs qui se succéderont après toi sur la terre. 

Viens ici, Raphaël, va vite sur mon commandement conduire 
Abel aux Limbes, dans un endroit assuré. Il devra demeurer 
là jusqu'à ce que le monde ne soit entièrement racheté. 
Lorsque pour expier le péché, mon Fils sera monté sur le 
sommet de la montagne du Calvaire, je viendrai recevoir Abel 
au Ciel, dans ma gloire. 

Raphaël. 

Dieu, créateur de la gloire, il est raisonnable de vous obéir. 
Je vais le conduire immédiatement au lieu que vous m'in- 
diquez: lui et tous ceux qui mourront dans la suite, du nombre 
de vos amis, iront à cet endroit. 

Ils avancent tous deux. Satan court devant. 

Raphaël. 

Venez donc, âme fidèle, maintenant je vous conduirai en 
peu de temps pour vous faire entrer dans les Limbes. Je suis 
votre gardien, et je vous protégerai contre le démon, s'il vient 
vous attaquer. 

Quand ils sont arrivés aux Limbes, Raphaël reprend. 

Voici la place, entrez-y promptement ; n'ayez aucune in- 
quiétude, ne prenez pas peur. Vous resterez là tant que je ne 
revienne vous conduire au Paradis pour louer votre Dieu. 



1 . Tu auras trois places au séjour des joies éternelles. 

2. Pour racheter les péchés. 



506 L'abbé Eug. Bernard. 

Ine Abel voar he daoulin a coms. 

Ha houi, ma El gardien, me ho trugarequa, 
En ho compagnunes me am eus cals a joa. 
2490 N'am ancoeet quet, en hano ma Doue ! 

Me a renq chom aman, er plas-man, nos ha de^ 



Senne VII. 



Doue an Tat a disquen voar an douar : ma galvo Gain. 

Doue an Tat a coras. 

Pelec'h oud-de. Gain ? Me gret es out coachet^ : 
Deus timat dira-s-oun, me requet da cafet3. 

Gain a coms. 

Chetu me deut aman, Créateur an Envo, 
2495 Crouer ha Rédempteur da guement mat a so, 
Clevet am eus ho moes, reson eo d'in donet 
Ebars en ho presans, p'hoc'h eus ma goulennet. 

Doue an Tat a coms, 

Respont d'in-me, Caïn, aman, pa houlennan : 
Ho preur iaouanc Abel, pelec'h e ma breman ? 
2500 Respontet ac'hanon gant pep humilité, 
Ha na nahet netra en presans ho Toue. 

Gain a coms. 

Aboe ma voamp er mené ne m'eus-han quet guelet 
Dre-se ne oun'n doare pelec'h ec'h e-han et 4. 

1 . Me renq chom ma-unan er plas-man. 

2. Ma oud-de et, Gain? 

3 Me a renq da cafet. 

4. Dre se ne oun'n doare pelec'h he hel bout et. 



La Création du monde. joy 

L'âme d'Abel à genoux. 

Et vous, je vous remercie, mon ange gardien : en votre 
compagnie, je me sens plein de joie. Ne m'oubliez pas, au 
nom de mon Dieu ! Je dois demeurer ici, à cette place, désor- 
mais nuit et jour. 



Scène VII. 



Dieu le Père descend sur la terre : il appelle Caïn. 

Où es-tu, Caïn ? Je crois que tu te caches. Viens vite 
devant moi, je demande à te trouver. 

Caïn. 

Me voici, j'arrive, Créateur des Cieux, auteur et rédempteur 
de toutes choses créées. J'ai entendu votre voix, il est juste 
que j'accoure en votre présence, dès que vous me demandez. 



Dieu le Père. 

Réponds-moi, Caïn, ici, puisque je t'interroge. Ton frère 
Abel, où est-il à cette heure ? Réponds-moi en toute humi- 
lité, et ne déguise rien devant la face de ton Dieu. 



Caïn. 

Depuis que nous étions sur la montagne, je ne l'ai point 
vu. Je ne saurais donc vous dire où il est allé. Vous ne m'aviez 

1 . Il me faut demeurer tout seul, en ce lieu. 

2. Où es-tu allé, Caïn? 

3 . Il faut que je te trouve. 

4. C'est pourquoi je n'ai pas connaissance du lieu où il peut être allé. 



3o8 L'abbé Eug. Bernard. 

N'ho poa quet roet d'in ar garg eus anehan, 
2505 Evel-se n'en d-oun quet oblijet d'hen rentan. 

Doue an Tat a coms. 

Ah ! Gain malurus ! Te a t'eus meritet 
Supliso an Ifern, balamour d'as pehet. 
Te t'eus asasinet da vreur voar ar mené ^, 
Dre anvi ha maHs ous he prospérité. 
2510 Clevet am eus he voes memeus ebars en Env, 
He voat o houlen venjans ha justis diguen-en. 
Abalamour d'ehan te a veso venjet ^ 
Seis gués assuramant quent ma quitaï ar bet. 

Caïn a coms voar he saoulin. 

Ma Doue, ma Crouer, pardon a houlennan ! 

2515 Dre ho misericord humblamant ho pedan, 

Na uset quet dre rigueur ho justis em andret, 
Ha deut d'am pardonin, a galon me ho pet. 
Evit hoc'h adorin houi hoc'h eus ma crouet, 
Mes er hontrel da-se, sivoas d'in ! am eus groet. 

2520 N'am precipitet quet en creis puns an Ifern, 
Contant oun, ma Doue, da ober pinijen. 

Doue ail Tat a coms. 

Abalamour d'as crim, an oreur as pehet, 
Dimeus ar provins-man te a vo exilet 
Da vale dre ar bet, evel eur vacabont, 
2525 Quen a deui dira-s-oun, eur voes, da rentan cont 
Dimeus a guement mat ha drouc as peso groet, 
A renq bout dira-s-oun eur voes represantet. 

Caïn a coms. 

Ma Doue éternel ! p'hoc'h eus ma exilet 
Evel eur vacabont da vale dre ar bet. 



1 . Te a t'eus assommât da vreur voar ar mené. 

2. Abalamour da se te a veso blamet. 



' La Création du monde. 309 

pas chargé du soin de le garder, aussi ne suis-je pas obligé 
d'en rendre compte. 

Dieu le Père, 

Ah ! malheureux Gain, tu as mérité les supplices de l'Enfer, 
en punition de ton péché. Tu as assassiné ton frère sur la 
montagne, par malice et par envie de sa prospérité. J'ai en- 
tendu sa voix qui montait jusqu'au Ciel : son sang me de- 
mandait vengeance et justice. A cause de lui tu seras châtié 
sept fois, bien sûr, avant que tu ne quittes la terre. 



Caïn à genoux. 

Mon Dieu, mon Créateur, je demande pardon. Au nom 
de votre miséricorde, humblement je vous prie de ne pas user 
des rigueurs de votre justice à mon égard. Pardonnez-moi, 
de cœur je vous en prie. Vous m'avez créé pour vous adorer, 
mais hélas ! j'ai fait tout le contraire. Ne me précipitez pas 
au milieu du puits de l'Enfer : je suis content, mon Dieu, de 
faire pénitence. 



Dieu le Père. 

A cause de ton crime, pour l'horreur de ton péché, tu seras 
exilé de cette province, pour errer à travers le monde comme 
un vagabond, jusqu'au moment où tu viendras en ma présence 
rendre compte du bien et du mal que tu auras fait. Tout 
cela une fois devra être représenté devant moi. 



Caïn. 

Mon Dieu éternel, puisque vous m'exilez et me condamnez 
à errer comme un vagabond sur la terre, le premier que je 

I . Tu as assommé ton frère sur la montagne. 
I . A cause de cela tu seras réprimandé. 



j 1 L'abbé Eug. Bernard. 

2530 Quentan den a guifin, a rancontrin quentan, 
Me requet diguen-ec'h, ma teuio d'am lasan. 

Doue an Tat a coms. 

Me a lar d'it, Crïn, ne hoarveo quet se : 

Ar hentan as toucho d'as lemel a vue, 

A veso sur, venjet seitec gués da houde ^. 
2535 Abalamour d'as crim ha d'as méchanceté, 

Evit memor a-se me a ia d'as merquan, 

Ha quent ma quitaï, me renq d'as siellan, 

Ma vesi remercabl da pep den da voelet, 

En quement ha ma i da vale dre ar bet. 
2540 An douar pehinin memeus a labouri. 

Ne broduo netra evit d'as sustanti. 

Doue an Tat siel Caïn hac a ia d'he tron. 

Gain a coms. 

O maleur detestabl ! petra eo quement-man ? 
Ne oun'n pelec'h monet, na petra a son] an. 
Chetu me ar voes-man, gant Doue exilet 

2545 Evel eur vacabant da bourmen dre ar bet 

Me ia da partian, daouest pelec'h es inn : 
Entrese an Oriant, mar gallan, n'em tennin. 
Tri hent a so aman : gant-he es oun doaniet. 
Ma Doue, ma C'hrouer, reit d'in pasiantet ! 

Gain a sorti. 

Adam hac Eva a antre. 

Adam a coms. 

2550 Leret d'in, ma friet, ha houi hoc'h-eus guelet 
Peliso, hon bugale ? Ne oun'n pelec'h int et. 
Hoant am eus d'ho guelet evit ho instruin 
Da caret hon Doue, fidel d'hen servijin. 

a. L'ordre des mots dans ce vers a été interverti par le scribe de la ma- 
nière suivante : 

A veso sur venjet da houde seitec gués. 



La Création du monde. ^ 1 1 

trouverai, le premier que je rencontrerai, je vous en avertis, 
me mettra à mort. 

Dieu le Père. 

Je te le dis, Caïn, cela n'arrivera pas. Le premier qui por- 
tera la main sur toi pour t'ôter la vie, sera assurément puni 
dix-sept fois après toi. A cause de ton crime et de ta perversité, 
en mémoire de cela, je vais te marquer, et avant que tu ne 
partes, il faut que tu portes un signe qui te fera reconnaître 
aux yeux de tout homme, tant que tu t'en iras errant à tra- 
vers le monde. Même la terre que tu cultiveras ne produira 
rien pour te sustenter. 



Dieu le Père marque Gain et retourne à son trône. 

Gain. 

O malheur déplorable ! Qu'est-ce que ceci signifie ? Je ne 
sais où aller, je ne sais que penser. Me voilà cette fois exilé 
par Dieu, et comme un vagabond, condamné à errer sur la 
terre... 

Je va'is partir sans savoir où j'irai. Si je puis, je me diri- 
gerai vers l'Orient. Je vois ici trois chemins : ils me jettent 
dans l'embarras. Mon Dieu, mon Créateur, donnez-moi la 
patience. 

Gain sort. 

Adam et Eve entrent. 

Adam. 

Dites-moi, mon épouse, y a-t-il longtemps que vous n'avez 
vu nos enfants ? Je ne sais où ils sont allés. Je voudrais les 
rencontrer pour leur apprendre à aimer Dieu, à être fidèles à 
le servir. 

Cette forme est défectueuse, car elle empêche le vers de rimer avec celui 
qui suit. 



512 L'abbé Eug. Bernard. 



Eva a coms. 

Demp etrese ar mené, martese ho guelomp ; 
2555 En' da'n em bourmenin a-voecho ec'heont^ 

Abel a die bean eno gant he denvet, 
Pa arrifomp eno e hallemp ho cafet. 

FIN d'eus an DEVOES Q.UENTAN. 



Ar quentam Impiloc d'eus a lavaret bue, a antre hac a coms. 

Compagnones santel, me a eneo erfat, 
Ha dirac pep-hinin an dra-se so anvat, 

2560 Penos es oc'h carguet, certen eo an dra-se, 
Dimeus a vodesti hac a humiHte, 
P'hoc'h eus ar vadeles, gant quement a silans, 
Da chom d'hon enorin dimeus a ho presans, 
Ar pes so detestabl, hac a deu d'hon surpren, 

2565 Eo dre n'hon deus gallet donet en nep moien, • 
Dimeus a hon coste ive da contantin, 
Evel ma sonjemp hoU, sperejo pep-hinin. 
Néanmoins, coulscoude, quement-se n'ampech quet 
Na raï an actoret guel evit ho deus groet. 

2570 Néanmoins hoas hon deus eur consolation. 

Ne oun'n quet hac hi so d'imp re a présomption, 
O tont da esperin e veomp iscuset 
Gant an dut vertuus a so fur ha parfet. 
An treo infinit crouet bars er bet-man, 

2575 Roet da pep-hinin natur evit bevoan. 

An objet cant ha cant, anfin, gant un tremen 
Aboe ar création, e ma int, sur, o tremen ; 



I . Cette version est d'une main différente de celle du scribe, qui avait 
écrit : 

Het deu ntum pourmenin. 



La Création du monde. 3 1 j 

*Eve. 

Allons du côté de la montagne, peut-être les verrons-nous. 
Ils y vont quelquefois se promener. Abel doit être là avec ses 
troupeaux. Quand nous y arriverons, nous pourrons les 
trouver. 

FIN DE I,A PREMIÈRE JOURNÉE. 



L'acteur chargé du premier épilogue de ladite vie entre et parle. 

Saintes gens réunis ici, je sais parfaitement, et aux yeux de 
chacun c'est chose évidente, que vous êtes, cela est certain, 
remplis de modestie et d'humilité, puisque vous avez la bonté 
de garder si bien le silence, en restant nous honorer de votre 
présence. Ce qui est déplorable, et qui vient nous surprendre, 
c'est que nous n'avons pu arriver par aucun moyen à contenter 
également de notre côté, comme nous en avions tous la 
pensée, vos esprits à chacun. Néanmoins, cela n'empêchera 
pas les acteurs de faire mieux qu'ils n'ont fait; néanmoins, 
nous avons encore une consolation : je ne sais si c'est à nous 
trop de présomption d'espérer que nous trouverons notre 
excuse auprès des gens vertueux qui sont sages et parfaits. 



Les choses sans nombre créées dans ce monde et données à 
chacun comme moyens de subsistance, les objets par centaines, 
ayant chacun son terme depuis la création, ne font que passer. 



I . Il est allé se promener. 

Revue Celtique^ XI. 21 



JI4 Vàbbé Eug. Bernard. 

An den so lequet prins voar crouans an natur; 
An holl elemancho evit reh nouritur, 
2580 Ar pesquet bars er mor, hac en ear an evnet, 
Ha da pep jenitur an douar da qucrset, 
Influanço an oahl cr planedenno ; 
Pep-hinin en deus bet tennet consequenso 
Digant mestr ar gloar ha divin ha saluter, 
2585 Da cusan ar vertu pep-hinin en he quefer. 
Ar mor so conduet en he sans naturel, 
Gant ar flu, ar reflu diant an Eternel, 
Hep quemeret o tont, pe ive o vonet, 
Cresquin pe dimunuin. Evel-se e conduet 
2590 Pep-hini ar re-man, a heller lavaret, 

So conduet gant reson bep heur ha bep momet, 
Pep-hini ar re-man a so en fonction, 
Hervé prospérité hac ho intantion ; 
Ma teuont a-voecho da dremen ho courijo, 
2595 Da eclipsan memeus, d'andurin defoto, 
Allas! compagnones meulabl, dirac Doue 
Pep tra holl so crouet herve prospérité, 
Hac evit ma teuomp da enorin bepret, 
Goude fin hor bue en pales an Drindet. 
2600 Hac anfin davantaj es oun hoas quen hardi, 
A beurs an actoret, da dont hoas d'ho pedi. 
Ma teuet holl disul adarre d'hon guelet, 
Humblamant, a galon, da se hoc'h supliet, 
Neuse ho supHan hoas holl hep ancoec'h'', 
2605 Pep a pes houec'h real a digasset guen-ec'h, 
Pecho daousec guennec, roUado dineret, 
Pecho daou voenneien na vint quet refuset, 
Evit dont d'hon sicour da donet da goanian ; 
Ha houi, compagnones, mar queret assistan, 
2610 Da efan pep a vanec'h quent evit hon quitat, 
Nin a rai se, certen, dimeus a galon vat. 



Le scribe a interverti l'ordre des mots dans ce vers, en écrivant 
Neuse hep ancoec'h, holl suplian hoas. 



La Création du monde. î 1 5 

L'homme est établi roi sur les productions de la nature, tous 
les éléments ont pour fin de fournir sa nourriture, les pois- 
sons dans la mer, les oiseaux dans l'air, et à tout être créé la 
terre sert de plancher, les influences des cieux s'exercent sur 
les planètes ; chacun de ces éléments, comme conséquence, a 
reçu du Maître de la gloire, Dieu et Sauveur, le pouvoir de 
renfermer en soi sa vertu particulière. 

La mer est conduite dans son sens naturel par le flux et par 
le reflux que le Moteur éternel a disposés, sans acquérir, en 
allant et en venant, ni augmentation, ni diminution. Ainsi 
est dirigé chacun des éléments ; on peut le dire, chacun est 
régi avec sagesse à toute heure et à tout moment, chacun 
remplit sa fonction avec succès et selon sa fin. S'il leur arrive 
quelquefois de dépasser le but, de s'échpser même, de subir 
des défectuosités, hélas ! Assistants dignes d'éloges, devant Dieu 
tout ici-bas est créé pour le bonheur, et pour nous amener à 
honorer toujours Dieu, au terme de notre existence, dans le 
palais de la Sainte Trinité. 



Enfin, je suis même assez hardi pour vous prier encore, de 
la part des acteurs, de revenir tous dimanche, nous voir jouer. 
Vous y êtes invités humblement et de cœur. Puis, je vous 
supplie tous de ne point l'oublier, d'apporter chacun une pièce 
de trente sous : les pièces de douze sous, les rolets de deniers, 
les pièces de deux sous ne seront pas refusés, afin de nous aider 
à payer notre souper : et vous. Assistants, si vous voulez nous 
tenir compagnie, pour boire chacun un coup, avant de nous 
quitter, nous vous l'offrons, certes, de bon cœur. 



Dans cette forme, le vers ne rime pas avec le suivant. C'est la seconde dis- 
traction de ce genre que nous relevons dans notre manuscrit; toutes deux 
doivem être considérées comme des conséquences de la dictée. V. v. 2534. 



ji6 L'abbé Eug. Bernard. 

Rac-se nep a vanquo, so pedet da digas 
Un tri pe pevoar ail, da ramplissan he blas, 
Car hoas nemert comans n'hon deus groet hon istoir, 

2615 An devoes ail so caëroc'h ebars en pep manier. 
Rac-se, compagnones, a voellan ma hellomp, 
Dimeus a ho silans, graço d'ac'h a rentomp, 
O hortos an de-se, mar guellomp, assuret 
E represantomp guel hoas evit hon deus groet. 

2620 Anfin, adieu a lavaran, sans adieu, coulscoude, 
Quen a veso disul, mar groet d'in ar gras-se: 
Rac an nos so arri, hac an amser a près, 
Poent eo da pep-hinin comeret he conjes. 
Voar-se, compagnones, me a ia da sortian, 

2625 Dimeus a guir calon iscus a houlennan. 



FIN D EUS AN DEVOES Q.UENTAN . 



La Création du monde. 317 

Ainsi donc, quiconque manquera à l'appel, est prié d'en- 
voyer trois ou quatre autres pour occuper sa place, car nous 
n'avons encore fait que commencer notre histoire. L'autre 
journée sera bien plus belle, de toute façon. C'est pourquoi. 
Assistants, du mieux qu'il nous est possible, nous vous remer- 
cions de votre silence, en attendant ce jour, avec l'assurance 
que si nous pouvons, nous donnerons une représentation 
meilleure que nous ne l'avons fait. Enfin, je vous dis adieu, 
sans adieu cependant; au revoir dimanche, si vous nous 
accordez cette faveur. La nuit arrive, le temps presse, il est 
l'heure à chacun de prendre congé. Sur ce. Assistants, je vais 
me retirer, et du fond du cœur je vous demande de m' excuser. 



FIN DE LA PREMIÈRE JOURNÉE. 



THE FER DIAD EPISODE 

OF THE TAIN BO CUAILNGE. 
(II. 82 3 21—88 b 52.) 

(suite) 



[62]. H. 2, 12. ISannsi;? atLvrt C. c. baead ar gaire gomor 
dui«dne oific ele adr^ind. uair dotairniiair airmbuiwe çaiso;id 
dui«d gomad le n(e)c/; againd dot{uï)tïcdh an(e)c/; élc. leig as 
aie ar ¥cr D. oir isfearr Iiu?;zsa docardib Oilill 7 M. nat/vja 7 
Sgath(ach) Et sgiath(a) corcrad doriwde anafaistine s'in. eg- 
coir duitsi sïii dor(a)d ar C. c. oir is ca^mdalta tusa. do Sgath- 
(ach) tu air isai edh dobidmis narndis nartrom coll(adh) afo- 
chair aceile. Eî roteigmis arfi;zdoru//d fis 7 forceduil farîen re- 
Sgath(aigh) aCugai/z airFi'rD. na agu;;; cained oir ni bah«.yuide 
duit no gotaisbenarsa docen// do M. 7 dOilill am(ail) dogeall- 
us. henàacht ort ad«f/;laich nab/'/s cairdes na caradrag na 
comand oru/;zsa uair soch;rid darsnaide ani;/gen ut islemsa do 
torcradar uile Et natarsa cugamsa taraneis uair fuair 1. Isech bas 
lemsa darsnaidmed ani/zgen ut. 

[63]. LL. 85 a 47-85 b 3. — H. 2, 12. rugsad as anaidci 
s'in 7 roeirigh ¥cr D. gomoch i;/lasi;z uair baleis eirgi andail 
i;zco/;/raig 7 nireirig. C. c. i;/lasi// nogor duisid agilla Et roeir- 
(igh) C. c. andail i»co;;zraig Et adub(air)t F(er) D. is meir- 
t(e)c/; imnimhach an(a);w an;/ at ath- an/z adrasta aCugaizz air 
¥cr D. nihi;zgnadh [f. 2 b.] damsa sin air C. c. searg anuilc. 
Et nafingala doden ar moco77?alta ase ata airmots/rig. Et dar 
liuwsa nitici duitsi ïs'vi comrae; so aniuçh nihwrz/sa dazzzsa »an- 



The Fer Diad Episode. 3 1 9 

techt ann muna tmgind soladh baidh Ulud 7 iad feiw isin ces 
naidhin, 

Eg. 106 and 20<) =LL, (46) Tadhbhaisdo C. c. midheilbh 
môr... seoch gach là oile). 

[64]. LL. 85 b 3-22. — Eg. 106. trwagh sin a Fhfr D. ar 
C. c-, as dwrsan dhuit techt anagh(aidh) do chomhdhalta. Et dfir 
comhtha et caradr(aidh) ar chomhairle mnd san dom(ai)«. 
tr«agh sin a C. c. ar Ver D. da ndechuinn si gan deab(aidh) 
uaitsidobheinnfumhiochlù gobmth ag Meidhbh. 7 agmaithibh 
ceithre noll choig(idh) nEir(enn). trwagh siw a Fh/>D. ar C. 
c. air chomhairle flier et bhan an domhainni threigfinnsi tusa. 
Et ni dhenfuinn urchoid dhuit. 7 asbeg n(ach) d^fn(adh) caob 
chrô doma chroidhe tre bheith agcomhr(a)c friot. 

Eg. 209 = LL. (6 lon;z chru — 10 do fhromhadh — 12 ni 
bfliuaras — 13 toighecht — 14 daom chluidhthe — 15 cia 
tu mochomhdlialta a Chu — 17 Nocha ttaird briathar no bladh 
— 19 tolaibh cleas — ro mairneas — 20 air niombladh — 
21 IS gaoi cro — beag nar sgarais re manmain// — 22 lin;î gai. 
a Fhir Dia gâcha tanadh. 

[65]. LL. 85 b 23. — Eg. io6 = (AhaithIeanchomhr(ai)dh 
(209 na laoigiie) sin adub(air)t Fer D. An mheid ataoisi ag 
cesacht ormsa an/w am mhidheilbh. 7 amidhenamh biaidh se 
dobharr ar m6gaisg(idh) 7 adhcrt). 

[66]. LL. 85 b. 24-26. H. 2, 12. Cagaisg/W/; arar(i)cam air 
Fer D. 

Eg. 106 and 209 = LL. 

[67]. H. 2. 12. ar arnoirightibh g. 7 g. ar C. c. Cid tracht 
tiagaid onaetc. r= 60; — uatha 7 acu. anfuil arsgur etc. — 
alamhaib angilla. 

[68]. LL. 85 b, 26 — 36. H. 2, 12 : Et docuadar ara- 
claidiwîib troma tortbuillecha (3 i) 7 cengailtcr naheich 7 cui- 
rit^r nacarb(ait) Et afert bacana iaraind arnacairbth(e)c/;aibh 
n(a)c/; sga'ûedb. ISanwsi» dogabad^r adasgiath (30) corcm cli- 
thir mora orro inhs'in Et acl(aidhm)i g^ra caindlecha com- 
soillsi co7;?arth(a)c/; analamhaibh leo ïnhsin 7 dorindedar 
comrag fr/tir fc;-g(a)c/; forran(a)c/; amnas adhm^^r allata ind- 
saight(e)c/; 7 robagmaid nahairsigha 7 dogab g(a)c/7 ïer dib 
atuargaint aceile. 



320 



Nettlau. 



Eg. 106 and 209 =zLL. (26-37); (28 on chomhthuarguin 
(209 combuaLidh) — coimhdiubhrag(adh) (209 tiomrubadh) 
— 32 ag sloidhe et ag slear/;/adh, ag oirl(ech) Et ag ath- 
chuma acheilé — 34 g(ach) cnoc. 7 g(ach) caobchrô (209 
gach tocht et gach ti;zeadha) — 35 slin/zeûnuibh (209 shlin?/- 
eanaibh)). 

[69]. H. 2, 12. Odoconncadar \ucht nafia;zaisi si« tainig 
emeltMJ mor menwean 7 m^rtigi mor aiwcta doibh sïn refaicsin. 
truagh angni;;/ doniter aniugh arsiad .i. xnco'vidle glanad Gx- 
del 7 lucht a^nfogluma 7 nafir aille andile 7 amean77;a 7 atai- 
ris(ma) daceile go [ ] 7 amhctb nambidbad bunaid da 

ceile oniiigh amach gobrath trc br/atrrtib buidbré'g ti;77gealtacha 
mna cai;//e ceiz/dfinde coi/zzithi 7 tre co;;/adhaib n(em)tso- 
wain(e)c/; donn(e)cb dargcall(adh) iad. 

[70]. LL. 85 b 37-45. H. 2, 12. 7 dobaisi;z cowrug sin 
reïedb [ii[ ]laithi sin gotainig dercdh Ix doib. ISan?zsi7Z adu- 
b(air)t Fer D. is sgiath[ech] arneich 7 ismt^rtnech arngillaidi 
7 is(edh) mairis aga diar[ ] na bo roime arneich 7 cidh 
dui»d antan ba torrs(e)c/; s'vid gansgur. Et do c«zredar anairm 
uatha alamhaib angill(a) Et dosgaradar ga« poig ga» hennacht 
gan caradrad oceile Et taimc sceghal aco7;7aiMd resgaradh na- 
nech 7 nagill(aidh)i 7 nac/^radhoceile 7 nit(u)cadh losa ici na 
slainti o C. c. dFi^r D. anaidhchi si;/ 7 nit(u)cad biadh na 
deoch o ¥er D. dosu?z. 

Eg. 106 and Eg. 209 = LL. 

[71]. LL. 84 b, 45-49. H. 2, 12. Et dobu 'widalucht bia- 
tha F/r D. .i. 4 holl coicidh Er(enn) 7 niraibhi agbiatha C. c. 
a.cht tuathad Br^^ag amai;^ 7 niticidis sin cuigi acht atos(a)c/; no 
1^ no tseac/;/mui;7e. 

[72]. H. 2, 12. ISanu tainig ¥er D. anucbt atsluaigh asoi- 
ch(reidh)i taranath bud des 7 tai/zig M. conamnaïhh. mar 
aroibh ¥er D. 7 t(u)csi aithchi ciuil cuigi d[toirmesg] amen- 
man 7 aai;zcta 7 t(u)cad fidcilla anafia/misi domesgadh 7 do- 
miciali(adh) e do[ ]tibh scrha. suasboga 7 dorinde do dimbn'g 
7 darcaisne do gaisg/W/; C. c. atia//aisi F/r D. Et n/r toirw^^g 
FtT D. sin ctir cem(a)d coir do adt'na[m]. Et nir codail ab(e)c 
anaidhchi sin 7 dam[ad]ail leis nïrlcighcdb do air comairead 
aigi airci/id vicomruig vi miciall mor 7 biûch fergi t(u)c leis 



The Fer Diad Episode. pi 

asin cowrug gom(a)d he dob(er)ad aigi airciwd [in comjraig 
ïnhx arnamairech. 

[73I. H. 2, 12. C. c. .u°. taiwic roiwe taranath budh tuaighi 
7 t(u)c auill(enn) refot coi;;Mi(er)t 7 doleig osnadh egcomXzmà. 
osaird. Cadsi» a C. c. ar Lœg. fuil amor adb^^r ar C. c. mo- 
g^the cro 7 mo gona agtecht riuw 7 ismor intaàhar damh in 
L-ech bmthmi^r mor borrfad(a)c/; ut àotecbt nuni amarach. 
uair niseit/rach s/rcalma me inaaîgi Et imigsi ro;;mt le robad 
7 le ho'ircisecht dUll(taibh) conach rabaid airmuighibh na armor 
reiti tech na armor coitci;/dib nacr/chi conach airgtcr toruwsa 
iad oirni tualaiy/d me aingabail feasda. ISann si;z docrom L^egh 
acenn 7 rocaidh frasa dich;ï7 der 7 torrsi tr^agh n(em)elaigh 
7 mnoirmesg C. c. sin dodena/n uair do ïder fatha innmor im- 
nini fod^ra. ISan/i si?/ do measg Lasgh amera seada sith geala 
acnedaibh 7 acrclin;;tib C. c. 7 docuir losa ici 7 le(gis) inwta 
asahaithle 7 docoirid acxm leab(aidh) cain ndeirighthi C. c. 
7 fa leir dosuw cach aisti 7 tr/thi 7 tairrsi 7 nlileir don(e)c/; 
dfd'raibh Er(enn) esi// innti 7 dobisu» godubhach acai«th(e)c/; 
intisiw gotai/zig an c(et) tr/an daithi 7 dobadar anwsiw beoil 
nacned 7 nacrecht aglaigi araceile 7 naluibhe ici 7 le(gis) agab- 
(ail) nicrecht nua nurda nanabaid. Et docodail C. c. inaidhchi 
sin iarsifz. 

[74]. H. 2, 12. Imtz/ja F/r D. u° do eirigh se seal b(e)c 
re la Et tue atr^alam g. 7 g. leis gohoirearinatha Et dobid aga- 
fiarf(aighe) anfuil an(e)c/; ane aranath so aniugh. Et ni fuair 
n(e)c^ naen dafr^agmd an« on(a)cZ; fuair (end 0/ the H 2, 12 
fragment, /. 2 b). 

[75]. LL. 85 b 46-86 a 25. Eg. ro6 and 209 = LL. {Eg. 
126 : 48 7 bâ dana dibhfeirgech deigh neirt an fer thainig anw 
sin .i. Fer Dia m(a)c Damhain ; 6 Rô ghabh^fidair afhuaith- 
roig niomdhaingin niarnaighe Et ro ghabha^dair anmbûadh 
chl(oich) moir iar sin go mèid chloiche muilinw tarrsa sin 
amuigh aner/;far ar eg\i an ghaoi bulga an la sin; Eg. 209: 
5 ro ghabhastar seacht bpilte licheat do dhamh sheaithe nart- 
mhaire tairissin amuigh. ro gh° s° bp"" f° do luirtheach eagnaidhe 
diaranu aithleidhte tairis sin a muigh. rogh° an bhuaidh liog 
mhor bhudh comhor fria ccloich muiling .i. an liag aidhne 
daideimint tug on Aifric tairis sin amaigh an iotar, nach 



32 2 Nettlau. 

tteasgfadh reanwa no faobhair. diongbhala an ghœi bulga fair. 
rogh° (lo); 13 do chriostal et do liogaibh soilseacha oirthear 
an bheatha; 16 do tteasgfadh fionna a nagaidh srotha air redhe 
et air imgheire (16); mhor mhileata for stuaigh ieirg; 19 tai- 
sealbha. 

[76]. LL. 86 a 15-36. Lee. Asb^'rt Cucul(ainn) iar(u)m fm 
araid aragr^ad antan barnsn fair. Et aramolad intan barœn 
riamh ogcomracc fr/a Fer [Diad]. 

Eg. 106 and 209 = LL. (£>. 209, /. 33-36 before 1. 31-33). 

[77]. Lee. IS iar(u)w aspfrt aaraid (ris. Tet anfer tarât 
am(ail) teti bott tarcatt. Nodnig anfer amail neghar coiffill- 
andai. Not cwra anfer amail cuiress ben boidh am(a)c. Cf. LL. 
86 b 20, and 18-20). 

[78]. LL. 86 a 37-86 b 8. Lee. ISiarom lot(ar) docluithi 
anatha. 

Connigsetindromuin Scath(ach) doib diblinaibli. Cloisid F. 
D. 7 Cuc[u]l[ainn] clesa ingantai. 

Eg. 106 and 209 = LL. {Eg. 106, 51 marasiiil iarthair 
Eorpa fer choisgthe deabhtha. 7 dibheirge do Chonnacbtâihh. 
fer coimhcYa cnndh. 7 cethra dUlltaibh do chuir do chomhraic 
récheile...). 

[79]. LL. 86 b 8-87 a 18. — Lee. Luid C. c. iar(u)/7; co- 
roleblaing inasciath F. D. Focerde F. D. luath isindath cofo- 
thri. Conangresed intara arithisi (/. 18-27) l'i-^tiad 7 infisi 
amail anail illess. Forbrid a medh combamoam oltas F. D. 
(1. 34-38). 

Eg. 106 = LL. (13 amh(àil) mac bheag tar ûr andtha; 17 
amhail en beg...; 20 V (also in Eg. 209); 21 am(ail) mheill- 
îir hra'nh rôcr«aidh amuilion//; 23 rô chuibhrighesdair thû 
amh(ail) chuibhrighes fcithle fiodh (209) feithleann fiodh). 
Roch(uaidh) thriod amh(ail) theid séabhac famhionéunaibh 
go n(ach) bfhuil do dhlùth na dodhùal régoil (25) — 34 cûar 
cera (r/. cûach cera L[7. 79 b 36) (209 ciathastradh) — ; 39- 
42 V; 87 a 4-10 V; 15-16 V (aiso in Eg. 209). 

Eg. 209 = LL. (20 V; 28 an dreaghain a neullaibh ead- 
naibhseach an o^ioir (29); 33 V; 42 gor sgoilteadar et gor 
bhriseadar a sgiatha ; 5 1 gor chuireadar an abhann as a hait 
et as hionadh et as a corpadaibh coibhsidhe coimh chinte gor 



The Fer Diad Episode. 323 

bhudh hionadh ionluice do rinneadh dhi for lar an Ath. co- 
7zach raibhe bainne (i); 4 budh he a nimeasargain fos. gor 
chreathnaidhtheadar et gor uamhnaidhtheadar diosgar shluagh 
fhear nEireanw re fuaim a ndeacracht et a ndasacht gor bhris- 
eadar fos a ngreadhaibh et a nidheaibh et a leithreannaibh. 
do mhaoigheadar et do dhiansgaoileadar fos. mna (8) ; 
16 for a bhrath bheidhmean«aibh et for a bhuaidh bheidh- 
meannaibh mora mear chalma for Chuchulainu). 

[80]. Eg. 106 and 209. Eg. 106 : rô smuain C. c. ar achar- 
uid siothbrogha (209 a shiothchairdibh cumhachtacha et a 
dheisciobail) do ih^cht dia fhoirighthin ualr ba gnath lais at- 
iQcht an72gach eigen ambiodh (209 an tan budh hairc dho isan 
ccanrhlann) (uair ni mô eigen ar[raibhe] ariamh ina an teigen 
sin). Asann sin dorrac/;^ Dolbh et londolbh àinr,mcht 7 dfoiri- 
ghinn C. c. (Et doch(uaidh) ïer diobh arg(ach) taoibh dlié, 
Et do bhad^r ag comhthûarguin Fhir D. na ttriuir. Et ni 
fhac(aidii) Yer D. na iiodli( )the). Et gidh(edh) do mhoth- 
(aigh) toruin/;chles (209 tinneasain) an triair anaointhef/;^ 
aga tuarguin;?(uma sgéith). Et do radh dia uidh. 7 dia aire 
é (Et adub(air)t) (209 et is as a ro eadair) an t(a)M do bhddar 
ag Sgath(aigli) (209 et ag Uatha. et ag Aoife), (aga bfiiogh- 
luim ar aôn do thig(edhi) Dolbii 7 londolbh dfurtac/;/ C. c. as 
g(ach) eigin ambiodh). Adub(air)t Ver D. ni cudrom ar 
ccovnhûtns no ar ccompantî/^ an6s[a] C. c. ar se. crét sin ar 
Ce. (niwse) ar Fer D. docharad shiothbhrogha (209 : shio- 
tharsa ga do thathaidhe) (7 tù f(e)n domthuarguinsi anaoin 
îhecht) 7 nir thaisbhéunais dhomhsa ariamh iad ar ¥er D. ni 
hur«j-a darahsa sin do dhenaw/; ar C. c. uair da ttaisbentar an 
fé fia daoinn(e)ch (209 da ttaispeanainn iad) dom(a)cuibh 
Mil(edh) dorach(aidh) andiamhair. 7 andraoigher/?/ do T. D. 
D. (209 : ni bhiagh gabhailre d°nored° ag neoch do Tuatha 
De Dain) 7 a Fhir D. ar Ce. nir thaisbenaisi coingin chnes 
(209 : an conan cneas) dhamhsa Et ata se diomwrc(adh) goile 
Et gaisgidh agadsa thorumsa. 7 nior thaisbenais aiadh(adh) 
naafhoslag(udh) damh. gorab ann do thaisbens(a)d anuile ghlioc- 
as (7 draoighec/?^) dacheile. go n(ach) r(aibh)e diomarc(adh) 
(209 diamhair) agaroile acht an gd bulga ag C. c. ciodh ira 
acht ôfuaradar na siodh(chair)the. C. c. arna àirtchtn(yigK)- 



324 Neîtlaa. 

adh. thugadar tri tromghona gâcha fir ar an (airs .i.) ar ¥er 
D. Asansin do rddh ¥er D. mcur dà dheis gur mhairbh Dolbh 
don deghurchar siw. Rôbhadflfr an da ghuin. 7 an da fhor- 
ghoin anaoinfhec/;/ dd thoir(e)ch na dhiaigh sin (209 ag a 
chlàoidhe). Asan/i sin do radh ¥er D. urchwr archle C. c. gor 
thrasguir. 7 gorthrenmliarbh andara siod(chair) ar lar anatiia 
donurcw;'sin. gorah dhesi;î adubbhr(adh) ann ran« (209 do ro 
chan an seanchuidhe an ran») : 

Créud fd ndubhradh (209 nabarthar) Ath Fhir Dhia : ris 
andth mar (209 fair) thuit an triar. ni (209 madli) lugha ro 
sliuidhe (209 suidiithe) abliuidhbh (209 i fu[i]dhbh). ath 
Duilbh. 7 dth londhuilbh. 

Ciàhedh od chonnaradar (209 do thuitedar) na haf//;r(ech)a 
caomha cong( )a (209 comhora). Et na beithré cn/adha 
chathbhuadhacha bhad^r ag C. c. do thuitim. do nert(aigli) 
sin go môr mhenma Fhir D. 7 do hheredh dhd bheim fris g(ach) 
beim do C. c, 

[81]. Eg. 136 and 109. idcuas an ni sin do Laogh m(a)c 
Rian gabhra (209 : O do chonairc Laoi mhac Righ an ghabh- 
ra) .i. athigherna dathraoth(adli) (209 ag a throithiugha) do 
bheimion//uibh toin/zseamhla toirbhiort(a)cha Fhir D. Asann 
sin rô imdliéTg L. um Ce. an tan sin (209 rattus na thim- 
cheall. et rogaibh aige gréosugha et aige glamadh Chuchul- 
ain«) : (Roeir(igh) hragh. 7 brigh. 7 borrfadh a Ccoin. c.) 
gor lion at 7 onfuisi é (o mhuill(ech) go Idr) am(hail) lionus 
gaôthonchûôbhelfhosluighthe go nd^rn(adh) sdùaigh duaibh- 
sioch adhuathmar dhô. 7 (209 amh(ai)l stuaigh neimhe ria 
fms fearthan;/a). 7 rô ionns(aigh) C. c. Ver D. mar dramne 
dregan. no mar nert narchon (209 neart ndamh ndighleann 
nomar fhioch narchoin). 

[82]. LL. 87 a 18-22. = Eg. 106 and 209 : As an;/ sin rô 
iarr C. c. angd bulga ar Laoigh mh(a)c Rian gabhra (209 et 
ro thochlaidhe an gaei buadha bulga air Laoi. (19) — 20 Et 
as Idghair achoisi rotheilg(edh) se é. (209 ro theilgfidhe e). 
bhaoi triocha nnn (209 : cuig — LL. .-30 — Lee. 24, see 
belouî) — 22 ni bhentaoi — ). 

[83]. Eg. 106 and 209. Asanw sin rainic Laôigh roimhe go 
heochair iml(ech) anatha (209 na habhanna). 7 go hion(adh) 



The Fer Diad Episode. ]2(; 

naforghalà (200 na forghabhla foran uisge). 7 rolion anlinn. 
7 rô thosd an srwth. 7 rô thoisg œïgeddX anatha (209 et ro 
thocht an sruth. et ro chosg eargla an ath) 7 roinwill an ga 
bulga. rô fhech ara ¥ir D. (.i. aghioUa) ansaoth^r sin. uair 
adub(air)t F^t D. much vath namaidne iris, maith aghioUa 
arse. diong(aibh) si L. dhomsa aniu. 7 dingheubhadsa C. c. 
(209 diotsa et dfearaibh go brath). trwagh siw aran gioUa. 
ni ier diongmhala dô misi. uair as fer comhlain» c(et) eision 
(amesg blifer nEir(enn)) 7 ni hedh misi gidhedh on nocha ria 
abh(e)c da congnamli, da thigerna (209 gus a thighearna) 
thorumsa. 

(As amhl(aidii) robhddar na gioll(aidli)e. ba dias derhhra- 
thar iadsein .i. Aodh m(a)c Rian gahbra. 7 Laoch m(a)c Rian 
.g.), dald Aodii m(a)c Riangabhm. ôd chonzuc L. agdenamii 
na fwrghabhla (209 : blii seisean an trath sin ag feitheam/; a 
bhratara. nogorolion an linn et go ndeachaidhe sios dinweall 
an ghiEi bulga). docii(uaidh) f(e);z (209 : tainic Idhe) sios san 
sruxh. 7 ro fhosgail forsaw fhurgliab(ail). 7 ro leig ainwioll 
onga bulga. doruithnig(edh) (209 Do ruamnaidhe) 7 do àer- 
g(adh) um C. c. ôd coridÀïc ainnioU ag dol ongha bulga. 7 ro- 
lingestair do mhaol talmhain go r(aibh)e ar bile sgeith Fir D. 
da thuarguin go hetïàm. enamh(ail) (209 athlaimh). 7 do 
radh Ver D. croth(adh) anbhail for san sgeith gor theilg Ce. 
ar (adh .9. cceimion?^ tar dth siar (209 sair) sec/?/air. sgairtes 
(209 gaireas) Et sgréacha^ (209 greuchas). Ce. ar. L. fa 
abheith aggabhail alaimh uman gha bulga dinwioll do. reatha^ 
Laôgh gusann linw. 7 rôghabh uirre (go praip). 7 rethai' Aodh 
(209 Idhe chuige). 7 fosgk^ forsansrwth. Sgeimhnios (209 
linges) L. go abhrathair. 7 do chomhruicsiod f(or) san lathair 
sin. heires L. ar Aodh. 7 esonoir(igh)es (209 easonoras) go 
môr é. 7 nior bhûail airm fair (209 nior bhaill leis airm dim- 
irt fair). hnas Fer D. C. c. tarath siar (209 soir) linges C. 
c. tarbhile nasgeithe. croth^j- Fer D. an sgiath gor chuir Ce. 
ïadh .9. eeeimenn tar anâth siar (209 siar). scredùs (209 gair- 
eas) 7 sgreachfli C. e. ar L. 7 rô fhogair do an srwth do- 
chosg). 7 anga dionnioU. 7 nior leig giolla ¥ir D. sïn do. 
iompuigheas L. aris. 7 léages e ar lâr anatha (209 fo thalmhuin). 
7 toirbherei' (209 toirbhreas) maôl dhurna môra mionca dhô. 



3 26 Nettlau. 

tara ghnui's. 7 tar a agh(aidh) gor bhris abhéal. 7 ashrôn. 7 
gor faobh (209 shaobh) arosg. Et a radhairc. 7 gor shaodh 
uadha (209 tiaghaid — uadha) asa haithle. (7 rô thag(aibh) 
na luidhe linin. 7 lan haogh(idh) é) 7 roch(uaidh) f(e);ï gus 
an lin;z. 7 rôlion. 7 ro fhosd an srwth. 7 rô choisg gloir 
chn'oth (209 glor ghrith) na habhann. 7 ro innioU an ga 
bulga. eirghes gioUa F/r D. asa shamh (209 thaimh neall) 
iarsin. 7 tug a Idmh taraghnuis. 7 tara agh(aidh). rô thech 
uadha tar âth an chomhruic. Et zdchonâirc Laôgh agin?noll an- 
gha bulga. 7 reaihas gus an;z lin;z 7 rô leigestair ancl(£edh)i 
(209 cladh) go trie. 7 go tin;zesnach. 7 rômheab(aidh) an 
abhan« ina buin«t'^(ibh) borbghloracha bhedghartha bann- 
dluithe brùaich bhristé aramw^ abhaoithreime (209 bothraidh- 
ibh). do ruithen(igh)edh (209 ruamnaidhe). 7 do roidh<3/'g- 
adh um Chonn. ce. odr/;o;zairc ainnioll ag dol ongha bulga. 
Ro lingestair do chomhthrom talmhan go mbaoi ar bhile 
sgeithe Fhir D. aga thuarguin (209 tair an sgeith anuas). do 
rddh Ver D. buille da ghluin chleith (cf. Z-L. 86 b 16) for san 
sgeith go mbaoi f(or) ocht linntibh andtha (209 go ttarla C° 
fo chleithibh talmhain). dorâdh Ver D. teora tromghona for 
Ce. glioïàhes (209 gaireas et greaehas). C. c. (go hanbhail) 
ar .L. um alamhd do orhabhail uman2;ha bulga dimzioll do. 
fhobair .L. anabhann f( ) dions(aighe) (209 fuabras Laoi 
gus an lin?î). 7 giàhedh nior leig giolla Fhir D. sin do. ferg- 
(aigh)tht' Laôgh (dariribh ria bhrathair) an;z sin. 7 hères 
sidhe (209 et tug sithiugha) dia ionns(aigh)e. 7 iiàas alamha 
laid/re lanchalma (209 leubhra lan ghasda) tairis. 7 trasgraj 
go hathlamh. 7 rô ehrapuill fac(et) oir 7 (rôthaoth uadha asa- 
haithlé) (209 et tug sithiugha go solaimh sarchalma). Rô 
lion an lin;z. 7 rô innioU an ga bulga. 7 rô fhogair do Choin 
.ce. anga bulga do friotheolamh. 7 adbert(209 Laoi so sios): 

[84]. Lee. Fowna angai mbulga olintara doUeein do lasan- 
sr(uth). 

Eg. 106 Fomna fomna an ga bulga a .Ce. chathbhuadh(aigh) 
chleas5amhn(aigh) . 

Eg. 209. Fomna fomna angaei bulga a Cuchulainn chath- 
bhuadhaighe chloidhimh dheairg bhudhdhein 7 c-. 

[85]. Eg, 209 Gabhas an Fear Dia ag cosnamh an Ath for 



The Fer Diad Episode. 327 

Choncculainw gor eirghe an Cucain a nath leim na fainle. et 
a ccaoidh an tsiain chleas a bhfraoithibh na fiormam(in)t gor 
ghaibh leathad a dha bhonu durlaran ath. daimhdeoin an chu- 
raidhe. Fritheolas Cuchulain;^ an ban ghaei bulga tre laghair 
a choise dioghraise deise. fritheoW an Fear Dia an ban gœi 
do reir a théiste, do rad an sgiath lios gottainic tair a bile isan 
sruth Vmn fliuaire. et sileus air Cuchulainn. Et adchonairc a 
clileasaibli nimhe uile air inweall aige. et ni raibhe a fiiios aige 
cia dhiobii do flireigeoradh air ttus. a ne an cliabh giisei bulga. 
no an glaic gheith. no an leathan ghœi lomzsgeith. no an 
ceart gh^ei do lar a bhaise. no an ban ghaei bulga treasan 
sruth. 

[86]. LL. 87 a 23-24. = Eg. loé Od chona'irc ¥cr. D. 
aghiolla ar na thraoth(adh) 7 an ga iarna in;ùoll. dorad beim 
donsgeith sios danacail ior/;/air achuirp. 

[87]. LL. 87 a 19-46). — Lcc. Gaibti Cu fo»aladair 7 imam- 
b(eir) do Fir Diadd àùmnrecht achuirp (35). Tochomlai amail 
oenga comb cetheora randa .xx. (21). Tairindi F. D. sis in- 
sciath sis arsodin (23-24). Atniiara Ce. cuscLungâi osiwsciath 
corrobris acleith nasnai conla tnanaai'de F/r D. (25-28). 
Tren uindes asdodes (38). Maididasnae foidb mochride iscru 
(45). Madroferaw baig dorochair a Chua (46). 

[88]. LL. 87 a 25-46; Eg. io6(-42) = LL. (27 gor bhô 
leir an leth thall dé iar tt;'eagd(adh) achuirp — 30 air néis. 
Rô chaith C. c. an ga bulga alagaira achoisi dionws(aigh)e F/r 
D. (32) — 36 dd thoirnimh — 38 V-42 alamh ganlock um 
len: — ); (43-46): Nicoir taobh retroigh : teid go moch ar 
dth — rémo dhaltân saor seng: do chlaôn Meadhbh molamh 
— Tiocfaigh brain is baidhbh : dthegh(adh) mairm ub ( )- 
da — iosf(adh) infuil is in feoil : mana sgeoil dhuit ahu. 
ahu. 

Eg. 209 =: LL. (25 fuabras Cuchulainn an ceart gh^ei do 
lar a dhearnoinwe. tair bhile na sgeithe et tair bhrollach na 
luiridheet anchonan chneas gear bhudh reail don leith allurdha 
(27) — 30 iar ndeais. et iar ttogbhail a sgeithe suas dFear 
Dia. do ro dhiridhe Cuchulain» an gœi bulga air niotar dion- 
saidhe Fhir Dia go ndeachaidh (32) — 38 is trean uinse as 
do dheis — 41a lamh gan locht — 43 Nicloiseat — ). 



328 Nettlau. 

[89]. LL. 87 a 47-87 b 9. £V. 106 and 209 = Z,Z, (Eg. 
106, 50 ^OM?u agh(aidh) réhdth andes ag feraibh Eir(enn). 
leiges (i) — 3-4 (Et — ddshaigid) V in Eg. 106 and 209). 

[90]. LL. 87 b, 9-25. Eg. 209 = LL. (il cora dhuit a 
mhor mheanma — 14 dom rimirt — daithle — 16 a mhor 
mhaoidheamhtha — 17 rosfhagaibh — ruir(e)c/; — 18 go 
wbeainfeadh molamh — 21 ni bheith). 

[91]. LL. 87 b, 26-36. Eg. 106 and 209 = LL. (35 uair 
asiad rôfhidir moghniomhr(adha) goile. 7 gaisgidhsi; Eg. 209 
IS anw sin adubhairt Cuchulainn. Maith (27)). 

[92]. LL. 87 b, 36-49. Eg. 209 = LL. l^j daig — 40 
Connacht V — 41 et^r — 42 fhidchell V — 42 et a dubhairt 
na teas bhriartha sa aige moladh a nFir Dia go truagh tuir- 
seach. Ni badh (42) — 42 laoch leattrastar — 43 ndeilinn 
datha — 44 buibhreabh baidhbh beuil dearga — 45 ni budh 
cruaidh gheabhas gach — ). 

[93]. LL. 87 b 49 -88 a 2. = Eg. 106 and 209 (50 doradh- 
sad Connachtmgh — ). 

[94]. Eg. 106 and 20^. Gidhedh ni ihiiairw^ aria/;?/; comhrac 
as mo do chuir oram na dochomhr(a)c sa. 7 chomhrac aoin- 
fhir ek .1. maôn m(i)c fein (209 aon mhic Aoife). 

[95]. LL. 88 a 2-18; Eg. 209 =. (3 ardot chla^datli — 5 
budlî dursan air sior sgaradh — 6 ag Sgathaidhe saig Ma- 
nan7mn. iondair — 7 g us an »îbas «ibrass — eascairdeas — 
9 nglanda — 10 taladlia wrlabhra — 11-13 V — 14 o do 
char gai angliadh — 15 aria/;//;). 

[96]. LL. 88 a 19-25. Eg. 106 and 209 ^^ LL. 

[97]. LL. 88 a 26-33. — Lee. Dursan aeo oir a F. D. aain. 
a bailcbemnig chain. babuadach dolam (26, 27). arcomaitw^ 
coem. aairer nasul. dosciath combil oir (30). docloidem ba 
coem. Tornasc arcait bain. i/»mo dolaim soir. Dfliithchell 
bafiu moir (31). DogrMadli corcm choin. Do barr buidechas 
babras (28). ba cai/îsetdo cris duill(ech) mœth. nobith imod- 
thoeb (29). dothoitim fn'aCu. (32)badirsan aLoeg. niranacht 
dosciath. no bid lat f/'/afeidm, arcomracc incor- armaircc asar- 
ndeilm. bacai/x inscal mor. nobristi arcach sluag. nocw/rthea 
fotrmg. dwfsan aeo oir. a Fir D. (33). 

Eg. 106 and 209 = LL. (27 a bhailc beimn(igh) b(adh) 



The Fer Diad Episode. 526 

caoimh ; 209 a bhailc bheidhmean«ach chaoimh (= Lee.') — 
28 Dobharr buidhecas : ba bras bâ caoin séad — 30 Ar ccom- 
altus ba caoimh (so m Lee.}; badh cain, Eg. 209; cain L. 
Z,.), — 32 nir bô cumhac/;fa caoin ; 209 nior bhudh comhaidh- 
is caoimh.). 

[98]. LL. 88 a 34-37. Eg. 106 = LL. — 7 rô bheanw an 
ga bulga as. gon(adh) i sin Oigidh Fhir Dia go nuige sin. 
finit, (endof Eg. 106). 

Eg. 209 ^= LL. 

[99]. LL. 83 a 37-88 b 29. Eg. 209 == LL. (i Rainweall 

— et Ruadha mhacForniuil — 7 daimhneanw is daimhuileanw 

— 9 leathan lantirc — 12 beithdis easarga. idir fein«eadha 
finwealga — 18 ata dhe, do dhaltanaibh Çalso 22) — 19 gan 
aon ni diomluath — 20, 21 V — 23 on ghleo fhrithir thurach- 
ras; — 25 a Chuagain). 

[100]. LL. 88 b 29-52. — Lee. 7 idem : Cluithe cach caine 
cach. co Fer Diad isindath (31). d«rsan uaitne oir f(or) fuir- 
medh f(or) ath (38). Cl(uich)i cach. caiwe cach. co Fer D. 
isindath (42). indar iimsa Ft'r dil Dia(d). isamdiaid nobiad co- 
brath (43). 

Eg. 209 ^= LL. (29 go ndubhairt an laoi — 32 ro dhrui- 
nms rath — 35 ionan?î astar uathadh — after 35 : 37 — san 
Ath. Sgathach tug da sgiath. dhamhsa is dFear Dia trath. + 
40 etc. — 41 baoth iomar bhrat/;; before l. 44 : Cluidhthe gach 
gaine caich. go roiche Fear Dia san Ath — 52 fear no thu. 
Con e sin comhrac Fir Dia agas Choncculain. 



A lyth cent, paper Manuscript, marked Nr. 16 in the Fran- 
ciscan Convent, Dublin contains besides Breislech Mhuige Muir- 
themhne (pp. 5-18), a story about king loruaith, his sons Cod, 
Cead, Michead, about lollann etc. (pp. 23-83), a collection of 
poems (pp. 103-216), and the story of the death of Cerbali and 
Farbhluidh (pp. 217-230; end of the Mss.) the death of Fir 
Diad (pp. 83-102). This text begins thus (p. 83) : 

Comrag Fir Diath et C^07KCul(ainn) andso. 

Revue Celtique, XI. 22 



J30 Nettlau. 

ASandsin dohiomraideadh ag&roibh Eirionw cia budh coir 
dochathughadh et dochr(uadh)chomhrag re Coin ccathbhuagh- 
(ach) Ccul(ainn) amocha na maidne arnamarach. Adubradar 
cach uile gurabe an feidhm n(a)c/; (ulomgiher Et anborbfrea- 
gartach biodhb(adh) 7 an tren mhil(idli) trasgartha trow- 
chomMoin» Et an caghain chneasach ahiorrwj Domhn(an) .i. 
dile 7 dearbhchomhalta C6inchul(ainn) b(udh)dhein Et acheile 
comhghaiscidh. 7 comflioghlama .i. Ver D. m(a)c Domh(ain) 
mie Daire Domnnandoigh .i. an mil(idhi) ar morchalmac/?/ os 
feroibh Domnù.nn uile, ôr ni raibhe clcas goile no gaiscidh ag 
Coin .ce. nachraibhe ag Fior Dh. acht cleas anghaoi bhulga 
nama. gidheadh darleosan. dobi iongabliail anchleasa sin fein 
ag. Fior. Dh. doigh aschneas coghna. 7 cnamha baoi uime 
g(on) nach gondaois airm naidiolfhaebhoir anam catha no 
comhl(ainn) é. 

Arsin faoigheas Meadhbh feasa Et teachda archeand Fir Dh. 
ro ér Et ro aiter Feir D. natec/;/a sin or daithin antadhbhur 
fa raibhe .M. dia tochuir 7 etc. 

and ends (p. 102) : Asa haithle sin adap(air)t. Ce. ni denad 
fir h£'r(enn) fir fear a ccomhl(aun) na feineachus flatha dui»e 
tareis Fhir Diagh do thuiti//i lin?? amhl(aidh sud) (cf. LL. 
87 b 6-7). oir dofheadadar nach bfhuil aca aoinfhfr dar thea- 
cht^i docomhrac riomsa tar eis Fhir Dhiagh. oir ni dingne 
Connacht(a)ch. re cath Mumhan g(an) iomr(adh) re Fear D. 
oir ni dinglamh laoich ledeoraj curna crt'ac 7 ni huaidredb 
baidhbhe beild^rge fa sgoruiph sgathuighe comhr(a)c Fir D. 
gurthuit donlathairsin (cj. LL. 87 b 42-45). 

Asa haithle sin cosguir^j- Laogh e 7 heanas angaoi bulga as 
(cf. LL. 88 a, 36, 37) 7 teid andeaghaidh. Ce. 7. 

iompôighiscrwthdo Coin .ce. aga cloïsieacbt nadeagh(aidh). 

Cidh imandenas in elogh erotha sin aCûagain bar Laogh. dar 
liom ol .Ce. ase Fer D. ata agumthsaighe gaeh leth diattei- 
ghim 7 

as cluithe dhamh g(a)c^ comhrae da ndeirnus riamh gusan 
ccomracsa Fir Dhiag. (cf. LL. 88 b, 27-29). 

cconade comhrae Fhir Dhiagh agas Chonecoll(uinn) go 
nuigesin. 7r. finis. 



i 



The Fer Diad Episode. ^ji 



Notes to i-ioo. 

a. Eg. io6 : on lûan samhuin ; cf. Zimmer pp. 545-6(^1,. 
version). 

b. Conall Cernach is « accriochaibh anaithnidh allmhurdhd 
agtabhach ciosa 7 cdna Ul(adh) » ; this is not mentioned in the 
other versions of the T. B. C, but corresponds to Cath Ross 
na Rïg (LL. iji b; Zhnmcr, pp. 491-2). He is mentioned 
in LL. 87 b 33 together with Loeg and Fergus, no allusion 
being made as to his absence, but that passage is to gênerai 
to allow to décide, whether Conall was really absent accor- 
ding to LL., or whether this be the last trace of his présence 
in LL. too, the others having been eliminated by the immé- 
diate compiler, to make his text square with the later Cath 
Rossna Rîg story. He occurs in Lee. in the list of the Ulstermen 
(LL. 94 b), coL 837 after the enumeration of the hosts of the 
Ulstermen by Mac Roth : « Ni thanic di Conûl Cernach cond. 
mor buidi?z, or M(a)c Roth, nithangadar iri meic Concobar 
ccnatri coectaib cet. Ni thanic ira C(u)c(hulainn) and iarna- 
crechtnug(a)d mn ecowlund » ; col. 640 (after the list, LL. 
102 a) « Imth//ja Concul(ain) im(orro) is(edh) iwdister sund 
coleic. feg dui?zd amopoppa a Loig, cmàus fechta Ulaid in- 
cath i«dosa. is ferda olintara cia conualaindse mocharp(at) 7 
oen ara Conaill Cernaich dï inacharp(at) cotiasmais onoiti (1- 
e, written over o) diaraile di;z diumregad crua na fonnad tr/t » ; 
col. 642 after Cormac Conloinges had saved the life of Con- 
chobar in the way told in LL. 102 b Conall Cernach gives 
the same advise again to Fergus (« Clig natulcha tairrsiu 7 na- 
dusu iwpu, ol Conall C. ; Cormac had said : « Ben a iri tel- 
cha iarsiu di dolaiw slig i;?imud do cach leith » etc.'); Fergus 
acts accordingly and Cuchulinn heard this (LU. version), « no » 
he struck thèse bloms « forsciath Concob(air) fodeisin » (LL. ver- 
sion). So we see for the second time (the first case was the tel- 
ling of the Macgnimrada) Cormac taking the place of Conall 
in the LL. version and in that LL. version which is used in 
LU. and Lee. too (this version I shall henceforward design 



332 Neîtlau. 

by : 11 version). That originally the LU and LL versions 
only differed with regard to this point in Conall being with 
the Ulstermen (LL.) or with Medb (LU.) and that his 
absence as told in Catb Ross na Rïg is a much later story, in- 
vented, may be, to give a basis to that later taie, is, I think, 
shown bythe following from Lee. (col. 625): « 7 am(ac) Co- 
nall Chernach anais lais ocathimthirecht diclochaib 7 gaib », 
se. Amairgin, his father, who had come to fight the Con- 
naughtmen (LL. 92 b 39-93 a 30). This I hold to be taken 
from the XX version and to be a rest of what was told about 
Conall until his name was used for Catb Ross na Rïg. 

c. Fraoich mac Fiodhaigh : ef. Zimmer p. 495 ; he is not 
mentioned in the LL. version; so Eg. 106 coïncides in a) ria 
samhuin andb) Conall Cernach with the LL-, but in c) Fraoich 
w^ith the LU version. 

2. Eg. 106. tuairgain darach do dornaibh, cf. H. 2, 12, // 
« tesargain darach do dornaibh » where other such proverbial 
expressions occur. 

Lee. a) in feidm nach fuilingther : also in the Franciscan 
Couvent Ms., but not in Eg. 106 and 209. 

b") in bairi?zd leccbratha; cf. Eg. 106, i) « as brogh leomh- 
ain. Et as maidhm dibfheirgé. Et as barrann brdtha. Et is 
tonw bhaidhthe biodhb(adh) é » and Zimmer pp. 516-7; (in 
Lee. this word occurs not in the passage corresponding to LL. 
93 'a, 8, 9 « comma frecraidis naclocha ïsm naer »). 

12. Lee. Diatoichle etc. cf. Z. pp. 481-2. To LU. 67 a 
23 etc. corresponds in Lee. : 23 rod bia cadan coleith; 24 dia 
tonda dî iasc annesaib no anindbi^raib rodbia eo .i. bratan etc. 
(LU. version, Z) ; to LU. 68 b 17 etc. corresponds : dia tonda 
iasc isnahaibnib no isnahi;/dbt'raib robia bé coUeith araile. diati 
iall imasf rotbia ca::uth colleith araile. dorun biroir no fémur, 
dorun fochluchta deog[a] degani/n. Teacht innath ardochend 
tis mathecr[a] tim[f]aire coco?;/thola rotbia (LL. version, Z.). 
Ms. Eg. 1782 has (LU. 67 a): caud — diatonda dan- iasc 
aninbera rowbia iech colleth alailiu. Rowbia natngaiss .i. (27); 
27 fochlochta; (LU. 68 b): 18 Dia tonna iasc isnahinbfruib 
rotbia eu coleth arale. Diati iall — 19 cad colleith — 20 dornn 
fothluchto. Ifwe compare the words of Lee. 12 (col. 612) 



The Fer Diad Episode. 3JÎ 

Diatoichle etc. with LL. 71 b 17 etc. and with the two texts 
in LU. we find them agreeing with the LL. text and, since 
they are not found in LL. we seem bound to ascribe them to 
the AÀ version. Certainly their existence inthree différent places 
is better explained if we look at them as an indiffèrent often 
repeated formula, than by using them as a means to establish 
the identity of différent épisodes in différent texts as Zimmer 
does (pp. 481-482). If this passage did occur in LU. where it 
is lost, Z, must needs be to assume that it was first taken 
by Fland Mainistrech from the x version (Lt7. .67 a), then 
from the LL. version {LU. 68 b) and for the third time from 
the aX version (^Lec. col. 612); besides this, as LU. 68 b (LL. 
version) does not agrée with LL. 71b nor with Lee. 612 
(aX version) it must hâve been taken from a LL. version which 
was neither LL. nor XX, the LL. version known elsewhere to 
the compiler ofLt/. (Lee., Eg. 1781). So if the end of theLf/. 
version had not been kept in Lee., Zimmer, pp. 481-2 might 
hâve met with no opposition. A few lines afterwards (LL. 
82 a 13-15) we find : on luan iar sawfaiw (14), in Lee. If we 
may conclude from the différence of the passage quoted (Dia- 
toichle ete.') in LU. 67 a and 68 b and LL. 71 b and the iden- 
tity oî Lee. 612 and LL. 'ji b, that LU. 67 a and 68 b are 
taken fiom the x version and LL 71b and Lee. 612 from the 
XX version (of which LL. seems to be a Ms. a little more uni- 
fied and simplified than the original) we must ascribe iar of 
the LU. version (LL. n') to the compiler of the LU. and Lee. 
texts, who seems to hâve introduced it hère into a XX- passage. 
This fact would enable us to warn to ascribe passages with iar 
samain in ail cases to the x version; the compiler simply had 
the idea that iar samain was right and introduced it in what- 
soever passage it would be necessary. 

50. With this poem the fuU text in the B. of Lecan ends 
(col. 618); the following short account of Fer Diad's final 
struggle with Cuchulinn is written in a hand, similar to that 
of the scribe of the other parts but with more récent ink. 
It comprises eols. 618 and a part of 619, then follows an al- 
most illegible note by one Cathal, mentioning the year 1770; 
the rest of col. 619, col. 620 and the two following cols, (on 



334 



Nettldu. 



the back of this fol.) are blank. The full text recommences 
on col. 619 (= LL. 89 a i) and is complète until the end. 

51. H. 2, 12 owluan REsamai?^. Cf. the notes to 1 and 12. 

80. Dolbh and Indolbh ; on Dolbh see Zimmer, p. 605- 
606. 

83. On Aodh or Idhe see Windisch, Irische Texte, II, 
p. 199, n. 4. 

84. Fomna — this word occurs in Cuchulinn's fight with 
Cùr in LU., written foghna in the corresponding passage of 
Ms. Eg. 93 (which differs in this part bothfromLt/. and LL.}. 



The results of the preceding comparison of our Mss. are 
comprehended in the following synopsis. 



LL. 



81 a 21-45 
81 a 45-81 b 3 



81 b i-./i 



81 b 45-46 
81 b 46-50 



Ms. Eg. 
209 


Eg. 106 

l 


Y. B. 
OF Lecan 


H. 2, 12 


-2, 3 


-2, 3 


«^'2,3 




- 4 
[after 


— 4 
9: (5) 


>4 

— 5 




6 


(=28) 






7 


— 7 
(8) 
(10)] 


— 7 




- 9 
S 
6 

7 


- 9 

— 5 

(=28) 

7 
8 
10 


- 9 
(5) 

(7) 




— II a 








- iib 


- iib 







(introduction) 



(Fer Diad and Medb, on the 

gifts) 
(poem : Feaidhm ismo, etc. 
(Fer DiadgoadedbyMedb's 

lies about Cuchulinn). 
(Fer Diad made drunk by 

Medb) 
(Fer Diad pledged to fight 

with CuchuHnn) 
(poem) 
(see above) 
( - 
( - 
( - 
( - 



i. Parts, marked c-^ agrée more or less with LL. ; parts marked ^ dif- 
fer alltogether from it. 



The Fer Diad Episode. 



ÎÎ5 



LL. 

îi b '50-82 a 9 



82 a 11-17 
82 a 17-18 
82 a 1^-43 



82 a 44 



82a 45-51 

82 a 52-82 b 6 

82 b 7-1 1 

82 b 11-12 

82 b 13 



82 b 1^-2$ 
82 b 26-28 



Ms. Eg. 




Y. B. 




209 


Eg. 106 


OF Lecan 


H. 2, 12 


— 12 


— 12 


>I2 




13 


- 13 


- 13 




— 15 


14 


— 14 




16 


16 


16 




- 17 


— 17 
19 


- 17 
18 




— 20 


— 20 


— 20 






(34) 


— 21 




— 22 


— 22 


<rvû 22 




- 23 


- 23 


c^ 23 




— 24 


- 24 


>24 




- 25 


- 25 






26 


— 26 


- 26 




- 27 


- 27 
28 


29 




- 30 


— 50 


C^2 30 
31 





(dialogue between Fergus 
and Cuchulinn ; on cnes 
congna) 

(dialogue continued) 

(poem) 

(end of the dialogue). 

(Fergus went home that he 
might not be suspected 
to be a traitor if he sta- 
yed longer with Cuchu- 
linn) 

(Cuchulinn on Loeg's ad- 
vise went this night to 
Emer, his wife). 



(ni lia molas duinn, etc.) 

(refers to 10, 8, and the 

poem Feidhm as mô 
etc. (6)). 
(poem) 

(Fer Diad's celebrad do fhe- 
raibh Erenn (thrice); 
dialogue between Aihll 
and Medb ; Fergus went 
to the Ath before Cuchu- 
linn whom he believes to 
hâve left from fear of him; 
his charioteer reminds 
himofCuchulinn's deeds 
of valour in the fights 
with German Garbglas 
(c/.LL. 88346, etc.) and 



?36 



Nettlau. 



82 b 28-34 



82b 35-3 



82 b 38-40 — 35 
82 b 40-44 — 36 
82 b 44-50 — 37 
82 b 51-83 a 7 — 38 
83 a 8-10 I— 39 
8^ a 11-21 



Ms. Eg. y. b 

209 Eg. loé OF Lecan H. 2, 12 



— 32 — 32 

33(-) 



34 



83 a 22-39 
83a 40-83b 3) 



53 a 22-^c) 

83 a 40-83 b 3 

83 b 3-4 

83b 4-23 



8^ h 2^-84 a 4 



41 



34(-) 

- 35 

- 36 

- 37 

- 38 

- 39 

- 41 



(— ) 42 — 42 



(—42 

- 47 



42) 
47 



<32 
(cf. 32) 



(=21) 



<r«o>37 

>38 
^>39 
40 



(46) 

>42 — 

43 - 



45 

46 

-47- 
49 

50 



c^i 42 

[43?] 
44 



c^ 45 
c-o 47 

- 49 



51 



the rechtaireof Scathach. 
Fer Diad blâmes him). 

(Fer Diads charioter ag for- 
aire etc. as he was told 
to do (in 32, Lee). 

(see above ; Cuchulinn 
went to Emer). 



(Lee, cf. 32 and 33.) 

(poem) 

(Fer Diad rises and takes 
his arms). 



(description of Cuchulinn 

and his charioteer). 
(Fer Diads charioteer ex- 

tols Cuchulinn's strengt h 

and valour). 
(He is seriously reproved 

for this by Fer Diad). 
(poem) 



(Fer Diad calls Cuchulinn : 
Cua ; glossarial expia- 
nation ofcwa). 

(poem) (End of the fuller 
text in Lcc). 

(dialogue between Cuchul- 
inn and Fer Diad ; on 
luan re samain; comrac 
re seisir laech etc.). 



The Fer Diad Episode. 



n? 



LL. 

84 a 5-8 
84a 9-31: 53 

84 a 31-34 
84a 43-84 b 50 



Ms. Eg. 

209 

-52 



— 54 - 54 



Eg. 106 
- 52 



55 



84 b 5 1-85 a 3 



85 a 3-47 



85 a 47-85 b 3 

85 b23 
85 b 24-26 



85 b 26-36 



85 b 37-45 
[84 b 45-49] 



— 55 



- 59 



61 



63 

64 

65 
66 



Y. B. 
OF Lecan 



59 



— 61 



-63 
64 

(prose) 
-6s 
— 66 



70 



- 70 



H. 2, 12 



<^ 5S 
56 



57 



58 

c-o 59 
60 



c>o 61 

62 

c-o 63 



c-o 66 

67 



69 



(Fer Diad sends the advise 
to Ailill, to send the 
host with the steer and 
the other spoil away ; 
Fergus warns them against 
doing so as nothing 
would keep back Cu- 
chulinn in case he heard 
that the steer etc. were 
driven away). 

(CuchuHnn rises and speaks 
with Loeg whilst wait- 
ing for Fer Diad). 

(dialogue between Cuchul- 
inn and Fer Diad). 

(Fer Diad and Cuchul- 
inn first display their 
cless's as on the day be- 
fore). 

(dialogue between Cuchul- 
inn and Fer Diad). 



c^o 70 
)-7i 



(^z 60, as on both days 
before). 

(the spectators apprehend 
that the fight now takes 
a serious turn). 

(the Brega are not men- 



3î8 



Netîlau. 



LL. 



85 b 46-86 a 25 
86 a 25-36 



(8)-i8 



Ms. Eg. 

209 


Eg. 106 


Y. B. 
OF Lecan 


H. 2, 12 

72 

73 
74 






(The 
shorte- 
ned text 


(End of 
the frag- 
ment in 






in the- 


Ms. H 2. 






Y. B.of 


12). 






Lecan 








begins) . 




- 75 


— 75 






- 76 


- 76 


oo<76 

77 




78,79 


— 78,79 


c^< 




80 


- 80 


78,79 




81 


- 81 







tioned in Mss. Eg. 106 
and 209). 

(Fer Diad comforted by 
Medb; he cannot sleep 
this night). 

(Cuchulinn wants to send 
Loeg to rise the Ulster- 
man; Loeg cures his 
wounds and he sleeps). 

(Fer Diad went to the Jth 
before Cuchulinn ; [hère 
the Ms. breaks offj). 



(Loeg abuses CuchuHnn, 
as he was told to do un- 
der certain conditions, 
evidently before the fight 
commenced). 



(Dolbh and Inâolhh, two si- 
dhe, went to the right 
and left of Cuchulinn, to 
support him as they al- 
ways did when he was 
in danger. Fer Diad 
when objecting to Cu- 
chulinn, that this was 
not fair play, is reminded 
of his cnes congna. Fi- 
nally Fer Diad kills the 
two sidhe). 
i (When Loeg sees Cuchu- 



The Fer Diad Episode. 



3Î9 



LL. 


Ms. Eg. 
209 


Eg. loé 


87 a 18-22 


- 82 


- 82 




83 


- 83 




84 


-84 




85 




87 a 23-24 
87a 25-46(42) 




86 


- 88 


KJ\J 

—88 


87 a 47 b 9 

87 b Ç-2S 

87 b 26-36 

87 b 36-49 

87 b 49-88 a 2 


- 89 
90 

- 91 

- 92 

- 93 


89 

- 91 

— 95 




94 


— 94 


88 a 2-18 


- 95 




88 a 19-25 


- 96 


- 96 


88 a 26- S3 
88 a 34-37 


- 97 
(poem) 

- 98 


- 97 

(poem) 
- 98 

(End of 

Ms. Eg. 

106). 



Y. B 
OF Lecan 



57 

(85+86+88) 



97' 



H. 2, 12 



linn fiercely attacked by 
Fer Diad, he abuses 
him ; Cuchulinn gets 
angry and is described 
in terms somewhat si- 
milar to thèse of LL. 
86 b [his distortion]. 

(Loeg sets the gae bulga 
upon tlie stream; he is 
several times hindered 
from doing so by his 
brother Aedh, thechario- 
teer of Fer Diad, whom 
he kills at last). 

(Fomnafomnaangai mbul- 
ga, e/c). 

(Fer Diad and Cuchulinn 
with the gae bulga). 



(poem) 



(Cuchulinn remarks, that 
only his fight with his 
and Aoife's son was as 
difficult for him than 
that with Fer Diad). 



340 



Nettlau. 



LL. 

a î7-b 29 
8 b 29-52 



Ms. Eg. 

209 


Eg. 106 


Y. B. 

OF Lecan 


H. : 


, 12 


- 99 

— 100 




100<r>o 













The uncontested fact that the LU text contains the mate- 
rials of LL. and a number of différent versions of épisodes and 
some new épisodes can be tested again by the conclusions which 
it is easy to draw from the preceding synopsis and the extracts 
from the Mss. The manner in which Fer Diad is finally in- 
duced by Medb to pledge himself to fight CuchuHnn, parts of 
the dialogue between Fergus and CuchuHnn, Cuchulinn's 
nightly visittoEmeron Loeg's advise, Fer Diad's taking leave 
from the Connaughtmen and Medb's comments on it to AiHll, 
Fer Diad's conversation with his charioteer on Cuchulinn 
and the réminiscences of their former comradeship told by the 
charioteer (31), Fer Diad's waiting for CuchuHnn on the first 
morning, the description of Cuchulinn and his charioteer, 
thèse and a number of smaller détails of the Y. B. of Lecan 
text (which is a Ms. of the LU. version, independent from 
Lt/.) represent other versions of or additicms to the parts 
of LL. — Mss. Eg. 209 and 106 cannot be separated from 
each other; in a great number of points they agrée only 
amongst themselves and differ from LL. and Lee. In what they 
differ amongst themselves must be partly attributed to the late 
corruption of Ms. Eg. 209 which I hâve found to exist by 
comparing parts of it with Mss. of the same rédaction, like 
Stûwe Ms. 984 and Add. Ms. 18748; whether the same is the 
case with Ms. Eg. 106 a comparison with the numerous other 
Mss, of the Fer Diad épisode will show; f .i. the Franciscan 
copy, the only other one which I hâve as yet seen, differs 
considerably at the end and contains even things not told in 
LL. and Eg. 209 and 106. Eg. 106 and 209 contain on the 
whole the modernised LL. text (as in the rest of Eg. 209, 
Add. Ms. 18748, Stowe Ms. 984) with interpolations from the 
LU. (Lee.) text. Thèse interpolations are for the greater part 
common to both, but it can be plainly seen from e. g. the va- 
riants of the poem (ly) or the account of Cuchulinn's visit to 



The Fer Diad Episode. 341 

Emer etc. that Eg. 106 agrées often with Lee. where Eg. 209 
agrées with LL. To form a right judgment on Eg. 209 it is im- 
portant to know that the whole remaining text of the Tain con- 
tains but a small number oi LU. {Lee.) influences, but some 
undoubtedly exist. If only the Fer Diad épisode oîEg. 209 had 
been kept, what wrong conclusions might hâve been drawn 
from it, as to the interpolations from the L U. version in the 
late LL. texts ! So we know that only just this part has been 
interpolated from Lee. and no other in any larger degree. — 
Things become not clearer by the existence of Ms. H. 2, 12. 
A few words of it (in 42 and the gloss on cua 49) agrée 
with Lee. but otherwise it contains a great number of new 
materials not met with in the other Mss, So the words of Fer 
Diad to his charioteer in 45, the advise of Fer Diad to Ailill 
to send the steer and the other spoil away etc. (56), Fer 
Diad's and Cuchulinn's conversations (55 where a number 
of persons with whom they had fought before are named, and 
58, 62), the cless's displayed every day before the other 
manners of fighting are resorted to (éo, 67), the spectators 
(69, cf. 56), Fer Diad and Medb, the last night (72), Cuchu- 
hnn and Loeg, the last night (73), Fer Diad on the mbr- 
ning of the last day (74), where the fragment ends. It is re- 
grettable that the Lee. text is déficient on most of thèse places, 
but the few corresponding passages kept (42-50) and the 
fact that ?ione of the H 2, 12 additions are interpolated in Eg. 
209 and 106 as many of the Lee. text are, tend to show that 
H 2, 12 contains an independent text. The gloss on eua in 
59 (==: Lee.) on one side, and re samain and the eventual 
fight of Fer Diad with six Connaughtmen in 5 1 (t= LL.) 
show influences oiboth texts on if . 2, 12. I am not surprised 
at the existence of such a text as I know the fragment of the 
Tain in Ms. Eg. 93 which contains numerous independent 
parts together with some agreeing close with in one case LU., 
in the other case LL., but on the whole showing a marked LL. 
influence. I know that Ms. H 2, 17 contains two large frag- 
ments of the Eg. 93 version, of which I hâve no copies; 
perhaps they contain the Fer Diad épisode. At any rate I can 
assert — and from my article on Eg. 93 it shall be seen — that 



342 Nettlau. 

H. 2, 12 is not of the Eg. 93 character in so far, asinthis Ms. 
épisodes of LU. or LL. occur more or less Verbatim. One 
explanation would be that H. 2, 12 (being an £"0-. 93 version) 
followed tlie missing parts of Lee, but this cannot be proved 
and the non existence of interpolations from tlie missing Lee. 
parts in Eg. 209 and 106 is an argument against it. Or are we to 
assume that the deficiency in the Lee. text is old and the non- 
existence of Lee. interpolations in Eg. 209 and 106 is a con- 
séquence of it ? In that case we might hold H 2, 12 for the 
Lee. or the Eg. 93 version text which would be practically 
the same as the Eg. 93 text too would be the Lee. text, per- 
haps with independent additions. Another crucial point is the 
short account of Fer Diad's death in Lee. Extracts from larger 
texts hâve been sometimes made on account of the glossed 
words occurring in them, so trom the Tripart. Life of Patrick 
(see Stokes, I, pp. xlvii-lvii) or from the Cath Catharda in 
Ms. // 3, 18, but the small text in Lee. is not of that cha- 
racter. We cannot hold it for an extiact from the LL. text, 
nor consider it to be independent trom the Lee. text which 
Eg. 209 and loé seem to hâve known in this place again, 
cf. 84, nor hold it to be the real Lee. text. So I think it is 
an extract from a fuller Ms. probably of the Lee. or even the 
aX type ; the language shows that it is rather old. 

The preceding remarks permit thèse conclusions with regard 
to the text of the Fer Diad épisode : 

1. Lee. (up to 50) = LL. -\- other versions of épisodes 
and additions, hke LU. 

2. Eg. 209 and ro6 are based on the LL. text with Lee. 
interpolations (up to 50). 

3. Eg. 209 and 106 are on the whole inséparable from 
each other. 

4. Eg. loé contains Lee. influences, where Eg. 209 agrées 
w LL. ; the contrary does not occur. 

5. i^ 2, 12 agrées partly with Lee. (42-50), contains 
many new materials, and is not used in Eg. 106 and 209. 

6. The interpolations in Eg. 106 and 209 cease where the 
full text in Lee. ceases, except those at the end (Dolb and In- 
dolb, Loeg and Idhe (Aodh) ete., which are not taken ÎTOmLee. 



The Fer Diad Episode. ^43 

7. The shortened text in Lee. ïs taken from an old (^Lec. ?, 
not LL.) Ms., but being entirely individual work ofiers no 
means to décide whether the two accounts of the gae bulga 
struggle and what preceded it, amalgamated in Eg. 209 and 
106, did exist in Lee. (which is probable, but if point 6 is taken 
into account, an argument against the conclusions one might 
draw from 6) or not. 

The most probable genesis oï Eg. 209 and 106 then seems 
to be : from Mss. like Stowe 984 or Eg. 209 of the moder- 
nized LL. text (with small older altérations oftheZ,i7. type) 
the Fer Diad épisode was taken and interpolated as in Eg. 
106 and probably the other Mss. of this épisode. Later on 
this text was intruduced in the Mss. of the whole LL. Tain, 
which was easy enough, as the LL. text remained as the 
basis of the new text; some parts which openly disagreed with 
LL., were omitted (f. i. the visit to Emer) ; hence the LL. in- 
fluences in Eg. 209 and theLee. influences in £"^. 106. Anexa- 
mination of the other Mss. of the LL. Tain and ofthis épisode 
will probably clearup many small divergences etc. between the 
Mss. Eg. 209 and loé which are as it seems only inferior re- 
présentants of the class which they represent. A comparison ot 
parts of Stowe Ms. 984 with Eg. 93 and 209 shows concor- 
dances oî Stowe Ms. 984 with so independent a Ms. as Eg. 93 
which are derfectly obscured by modem corruptions in Eg. 209. 

As to Ms. H 2, 12 it is useless to make further remarks be- 
fore the existence or not existence of this part of the Tain Bo 
Cuailnge in Ms. H 2, 17, our last refuge for this and many 
other questions, is known. 

Max Nettlau. 
March 18, 1889. 



MÉLANGES 



EPITAPHE BRITANNIQUE CHRÉTIENNE. 

Une inscription celto-britannique a été découverte l'au- 
tomne dernier par des excursionistes de la British Archaolo- 
gical Association h. Chesterholm, l'ancienne Vindolana, l'une 
des stations du fameux mur d'Hadrien. Elle est gravée en ca- 
ractères grossiers sur un fragment de pierre dont nous emprun- 
tons le croquis aux Proceedings de la Société des Antiquaires 
de New-Castle-upon-Tyne, vol. IV, 1889, p. 172. 




Le signe W est, à n'en pas douter, un M tourné sens dessus 
dessous, en sorte qu'il faut lire Brigomaglos iacit ... eus. Bri- 
gomaglos est un nom d'homme appartenant au groupe des Bro- 
homagli, Senemagli, Senomagli, Vinnemagli, Vendutitagli ; toutes 
ces formes, au génitif, ont été recueillies sur d'antiques tom- 



Mélanges. 345 

beaux chrétiens de la Grande-Bretagne ^ Quant au texte de 
l'inscription de Chesterholm, on y reconnaît aisément la ré- 
daction chrétienne usitée aux iv*^, W^ et vi'-' siècles. Les monu- 
ments de ce genre sont très rares et doublement intéressants 
tant au point de vue de la celticité que de la christianité. 

Robert Mowat. 

n. • 

RAPPROCHEMENT ENTRE L'ÉPOPÉE IRLANDAISE 
ET LES TRADITIONS GALLOISES. 

A la liste déjà importante des rapprochements qui ont été 
faits entre les traditions irlandaises et galloises, je crois pouvoir 
ajouter les deux suivants, encore inédits, si je ne me trompe. 

Le premier m'est fourni par le Mcsca Ulad or The intoxi- 
cation of thc Ultonians, with translation and introductory notes 
by W.-H. Hennessy, Esq. (Todd Lecture séries, vol. I, 
part. I), Dublin, 1889. Les guerriers d'Ulster, ayant à leur 
tête Cuchulainn, reçoivent l'hospitalité chez Ailill et Medb. On 
les introduit dans une maison de fer où ils trouvent bon ser- 
vice, bon feu, nourriture et boisson en abondance. La nuit 
venue, les nombreux serviteurs qui sont mis à la disposition 
des Ultoniens s'esquivent un à un. Le dernier ferme la porte; 
sept chaînes de fer sont fixées sur la maison et attachées aux 
sept piliers de pierre de la pelouse à l'extérieur. Trois fois 
cinquante forgerons, avec leurs soufflets, commencent à attiser 
le feu. Trois cercles sont établis autour de la maison. Le feu 
s'allume dessus, dessous, dans la maison, etc. Bricriu rompt 
le premier le silence des Ultoniens. Triscatal essaie d'enfoncer 
la porte de fer d'un coup de pied, mais sa tentative ne produit 
aucun effet. Cuchulain, lui, plonge son épée à travers la 
maison de fer et les deux maisons de bois qui l'entouraient. Le 
récit présente ici une lacune fort regrettable, mais il ressort 



I. Hùbner, Inscr. britann. Christ., n°^ 158, 157, 92, 157, 64. 
Revue Celtique, XI. 25 



346 Mélanges. 

de la suite tirée du Lchor na h-Uidre que les Ultoniens s'échap- 
pent grâce à Cuchulainn (Mcsca Ulad, pp. 43-47). 

Je mets en regard de ce curieux épisode le fragment sui- 
vant du Mahinogi de Branwen d'après ma traduction (Mahi- 
nogion, I, p. 76). Bran vient de fliire cadeau à Matholwch du 
chaudron de résurrection : « Seigneur, dit Matholwch à Ben- 
digeit, d'où t'est venu le chaudron que tu m'as donné ?» — 
« Il m'est venu, répondit-il, d'un homme qui a été dans ton 
pays (en Irlande), mais je ne sais si c'est là qu'il l'a trouvé. » 
— Qui était-ce ? — Llasar Llaesgyvnewit. Il est venu ici 
d'Iwerddon, axecKyviideu Kymcinvoll ?, sa femme. Ils s'étaient 
échappés de la maison de fer, en Iwerddon, lorsqu'on l'avait 
chauffée à blanc sur eux. Je serais bien étonné si tu ne savais 
rien à ce sujet. — En effet, seigneur, et je vais te dire tout ce 
que je sais. Un jour que j'étais à la chasse en Iwerddon, sur 
le haut d'un tertre qui dominait un lac appelé Llyiin y Peir 
(le lac du chaudron), j'en vis sortir un grand homme aux 
cheveux roux, portant un chaudron sur le dos. Il était d'une 
taille démesurée et avait l'air d'un malfaiteur. Sa femme était 
encore deux fois plus grande que lui. Ils se dirigèrent vers moi 
et me saluèrent. « Quel voyage est le vôtre ? » leur dis-je. — 
Voici, seigneur, répondit-il. Cette femme sera enceinte dans 
un mois et quinze jours. Celui qui naîtra d'elle au bout d'un 
mois et demi sera un guerrier armé de toutes pièces. » Je me 
chargeai de pourvoir à leur entretien, et ils restèrent une année 
avec moi sans qu'on m'en fit des reproches. Mais, à partir de 
là, on me fit des difficultés à leur sujet. Avant la fin du qua- 
trième mois, ils se firent eux-mêmes haïr en commettant sans 
retenue des excès dans le pays ; en gênant et en causant des 
ennuis aux hommes et aux femmes nobles. A la suite de cela, 
mes vassaux se rassemblèrent et vinrent me sommer de me 
séparer d'eux en me donnant à choisir entre ces gens et eux- 
mêmes. Je laissai au pays le soin de décider de leur sort. Ils 
ne s'en seraient pas allés certainement de bon gré, et ce n'était 
pas non plus en combattant qu'ils auraient été forcés de partir. 
Dans cet embarras, mes vassaux décidèrent de construire une 
maison tout en fer. Quand elle fut prête, ils firent venir tout 
ce qu'il y avait en Irlande de forgerons possédant tenailles et 



Mélanges. 347 

marteaux et firent accumuler tout autour du charbon jusqu'au 
sommet de la maison. Ils passèrent en abondance nourriture 
et boisson à la femme, à l'homme et à ses enfants. Quand ils 
les surent ivres, ils commencèrent à mettre le feu au charbon 
autour de la maison et à faire jouer les soufflets jusqu'à ce que 
tout fut chauffé à blanc. Les étrangers tinrent conseil au milieu 
de la maison. L'homme, lui, y resta jusqu'à ce que la paroi 
de fer fût blanche. La chaleur devenant intolérable, il donna 
un coup d'épaule à la paroi, et sortit en la jetant dehors, suivi 
de sa femme. Personne autre qu'eux n'échappa. » 

Je ne sais si je me trompe, mais il me semble que la tra- 
dition galloise, tout arrangée qu'elle est, est plus près de la 
source que la tradition irlandaise. Il semble en résulter en 
tout cas que l'histoire de la maison de fer est fort ancienne et 
que c'est un des nombreux exemples de Vannexion ou de l'ap- 
propriation d'une antique tradition à un cycle plus ou moins 
historique, ou tout au moins à prétentions historiques comme 
celui de Cuchulainn. 

Le second rapprochement s'appuie également sur un pas- 
sage du mabinogi de Branwen, mahinogi formé de pièces de 
rapport, d'origine et d'époque diverses. Les porchers de Ma- 
tholwch viennent rendre compte à leur maître de ce qu'ils ont 
vu : « Nous avons aperçu un bois sur les eaux, à un endroit 
où auparavant nous n'en avons jamais vu trace. » — Voilà 
une chose surprenante ; c'est tout ce que vous avez vu ? — 
Nous avons vu encore, Seigneur, une grande montagne à côté 
du bois, et cette montagne marchait; sur la montagne, un pic, 
et de chaque côté du pic, un lac. — Il n'y a personne ici à 
rien connaître à cela, si ce n'est Branwen ; interrogez-la. » 
Les messagers se rendirent auprès de Branwen. « Princesse, 
dirent-ils, qu'est-ce que tout cela, à ton avis ? — Ce sont, 
répondit-elle, les hommes de l'île des Forts (île de Bretagne) 
qui traversent l'eau pour venir ici après avoir appris mes souf- 
frances et mon déshonneur. » — Qu'est-ce que ce bois qu'on 
a vu sur les flots ? — Ce sont des vergues et des mâts de na- 
vire. — Oh, dirent-ils, et la montagne que l'on voyait à côté 
des navires ? — C'est Bendigeit Vran, mon frère, marchant à 
gué. Il n'y avait pas de navire dans lequel il pût tenir. — Et le 



54^ Mélanges. 

pic élevé, et les lacs des deux côtés du pic ? — C'est lui jetant 
sur cette île des regards irrités ; les deux lacs des deux côtés 
du pic sont ses yeux de chaque côté de son nez. ») Mab., I, 
p. 84-85). 

Le récit épique Togail hruidne Dà Derga présente quelque 
chose de semblable. Ingcel décrit le champion de Conaire Môr, 
Mac Cecht le géant, et remarque : deux lacs autour d'une 
montagne, deux peaux autour d'un chêne, etc. Ferroga donne 
de cette apparition l'explication suivante : Les deux lacs que tu 
as vus autour de la montagne sont ses deux yeux autour de son 
ne:^; les deux peaux autour du chêne sont ses deux oreilles 
autour de sa tête (Lebor na h-Uidre, 89 a, 10 ff. Cf. Zimmer, 
Keltische Studien ap. Kuhn's Zeitschrift, 1888, pp. 81-82). 

J. LOTH. 

m. 

SAINT AMPHIBALUS. 

On lit dans le De Excidio Brit. de Gildas, c. viii, qu'Alban 
de Verulam, avant donné l'hospitalité dans sa maison à un 
confesseur du Christ poursuivi par des soldats, tut, pour sa 
récompense, touché de la grâce de Dieu, et poussa son dévoue- 
ment à la foi du Christ jusqu'à se présenter aux persécuteurs 
avec le vêtement sacerdotal du confesseur et subir le martyre 
à sa place. Le récit de Bède (Hist. EccL, I, c. vu), n'est 
guère qu'une amplification du récit de Gildas ^ Le vêtement du 
confesseur est appelé chez lui caracalla. Jusqu'à Gaufrey de 
Monmouth, personne n'a su le nom du confesseur, mis lui 
aussi au nombre des martyrs (il aurait subi le martyre plus 
tard que saint Alban, après une carrière d'apostolat). Guil- 
laume de Saint-Alban, dans sa vie de saint Alban et de saint 
Amphibalus, écrite entre 11 66 et 1188, prétend bien s'être 



I. On peut le recommander comme modèle de développement. Il me 
paraît de nature à jeter un certain jour sur la façon dont ce saint personnage 
a composé une partie de son histoire. 



Mélanges. 349 

servi d'une version saxonne de la vie des deux saints, mais il 
reconnaît avoir trouvé le nom du confesseur, Amphibalus, 
chez Gaufrei (sur toute la bibliographie concernant Amphi- 
balus,\. Thomas Duffus Hardy, Descriptive catalogue oj manus- 
cripts relating to the early history of Great-Britain and Ireland, I, 
p. 3 etsuiv.). C'est donc Gaufrei qui, le premier, a appelé le 
saint confesseur sauvé par Alban, Amphibalus. Depuis lui le 
nom a été accepté. Ce nom a paru suspect à bien des écri- 
vains (v. Galfrid. Monum. éd. San-Marte, note 22, au liv. V, 
c. 5). C'est en effet le nom sous lequel on désignait une sorte 
de chasuble, un vêtement sacerdotal (v. Ducange, Gloss.^. On 
ne peut cependant supposer, malgré l'aplomb dont Gaufrei a 
donné tant de preuves, qu'il se soit livré à cette plaisanterie 
d'un goût plus que douteux de désigner le confesseur par le 
nom du vêtement qu'il portait. Il devait ignorer le sens du 
mot amphibalus : a priori c'est à une méprise de lecture qu'il a 
dû sa trouvaille. Il me paraît aujourd'hui certain que le pas- 
sage qui l'a si plaisamment induit en erreur se trouve dans 
VEpistola Gildae. On lit, au début à peu près de ÏEpistola, 
dans ï iiiiprecatio contrele roi deDomnoniaConstanx.'m, qu'entre 
autres forfaits, Constantin aurait commis le suivant : in dua- 
rum venerandis matrum sinibus, ecclesiœ carnalisque, sub 
sancti abbatis Amphibalo, latera regiorum tenerrima puerorum 
vel praecordia crudeliter duoruiu... inter ipsa sacrosancta alta- 
ria nefando ense hastaque, pro dentibus, laceravit. Gaufrei 
aura lu : sub sancto abbafe Amphibalo ; la terminaison, dans le 
manuscrit qu'il avait sous les yeux, pouvait être en abrégé. La 
conjecture se change en certitude, si on se reporte au cha- 
pitre IV, liv. XI de son Hist. : Et (Constantinus) praedictos 
filios Modredi cepit : et alterum juvenem Guintonia; in eccle- 
siam sancti Aniphibali fugientem ante altare trucidavit ; alterum 
vero Londoniis in quarumdam fratrum cœnobio absconditum, 
atque tandem ///.v/a altare inventum, crudeli morte affecit. 

J. LOTH. 

IV. 

AGUETOU, CYNNEU. 
Dans le fascicule d'octobre 1889 (X 4, p. 482) de la Revue 



5 50 Mélanges. 

Celtique, j'ai montré que h forme du moyen-armoricain ague- 
iou, eguelou était pour a-gentou; j'en ai rapproché le comique 
agynsow qui a le même sens. Ageniou est pour a-kentou. On 
trouve la forme correspondante à * heuiou en gallois : c'est le 
mot cynneii, traduit par Lhwyd inexactement par long since 
(^Archaeol. hrit., p. 215). Ce mot ne se trouve dans les dic- 
tionnaires actuels que sous la forme gynncu et on lui donne le 
sens qu'il a couramment dans le langage parlé de a liltle ivhile 
since, just noiu, a little lubile ago. Cynneu est venu de cynteu 
en passant par cyubeu : ec... Minawc ap Lieu a weleis i yma 
gynheii. (Taliessin, ap. Skene, Four anc. books of Wales, II, 
p. 158, vers 5, 6). 

J. LOTH. 



BIBLIOGRAPHIE 



Chrestomathie bretonne (armoricain, gallois, comique). 
Première partie : breton armoricain, parj. Loth, professeur 
à la Faculté des lettres de Rennes. Paris, chez Bouillon, 1890, gr. in-8, 
VI- 5 28 p. 

Cet ouvrage a paru par fragments, d'avril 1886 à no- 
vembre 1889, dans les Annales de Bretagne, comme l'auteur 
nous en avertit tout d'abord. La Revue Celtique ne pouvait 
manquer de les signaler successivement à ses lecteurs ; voir 
t. VII, p. 449; IX, 139, 140; 289, 290; 412, 413; X, 13e. 
Maintenant que le tout se présente sous une forme plus com- 
mode, avec pagination unique, il nous reste à jeter un coup 
d'œil sur ce vaste ensemble, 

M. Loth s'est proposé d'initier les Bretons à la méthode et 
aux principaux résultats de la grammaire comparée, en ce qui 
concerne l'idiome néo-celtique qu'ils parlent encore. Historien 
exact et consciencieux, il a raconté à ses compatriotes les va- 
riations de leur langue, depuis les origines gauloises, en leur 
mettant sous les yeux un abondant assortiment de pièces jus- 
tificatives, dont beaucoup jusque-là inconnues ou peu acces- 
sibles. Avec autant de zèle que de talent, il a ainsi enrichi lui- 
même de façon notable le trésor des faits désormais acquis. 
Deux glossaires qui terminent le volume facilitent les recher- 
ches dans cette multitude d'extraits de nature et d'époque 
diverses. 

Il était bien difficile que, malgré ses mérites, un travail si 
étendu ne prêtât pas à la contradiction sur différents points 
d'importance plus ou moins secondaire. J'ai déjà présenté plu- 
sieurs observations critiques dans un article delà Revue Celtique 



J52 Bibliographie. 

(XI, i8o, etc.) sur V Enfant prodigue, et dans mon Glossaire 
moyen-breton (^Mémoires de la Société de Linguistique, VII, 
122, etc.). En voici quelques autres. 

P. 20. Un mot armoricain moderne hrigen est cité, sans 
indication de dialecte, comme répondant au gallois brig 
« branches les plus élevées d'un arbre, pointes des cheveux ». 
Malgré la confirmation implicite contenue p. 523, je me de- 
mande s'il n'y a pas eu erreur, ou réminiscence de quelque 
variante du mot tout différent brinchin, brincin, blinchen, blen- 
chen « cime et pointe d'une montagne, d'un arbre, d'une 
branche, etc. » D. Le Pelletier, cf. Rcv. Celt., VII, 147. 

P. 33. Amboglanna, nom de lieu en Grande-Bretagne, est 
expliqué par ambo (grec a;j.ç;(o) et glanna = bret. moyen glann, 
rive d'un fleuve. Nous aurions donc là un exemple de termi- 
naison -0 pour le duel en vieux celtique. Il semble plus na- 
turel de rapprocher le premier terme de ce composé de a7?ibe, 
gl. rivo du glossaire d'Endlicher; pour le changement de 
thème, cf. Condato-magus « la plaine du confluent », de Con- 
date. 

P. 3^j c)^, 143. Est-il bien sûr que dans la vie de saint 
Samson la phrase « Juniavus, qui et ipse britannica lingua cum 
iUis lux vocitabatur » veuille dire que le nom de Juniau signi- 
fiait en breton « lumière » ? J'entendrais plutôt que Juniau 
avait un autre nom ayant ce sens ; cf. la citation de la p. 97 : 
« Budocum cognomine Arduum », où arduum est la traduction 
latine d'un mot breton qui n'est pas donné. La signification 
de iun a été, je crois « désir ». En effet, il est difficile de ne 
pas traduire Ediunet, latinisé en Ediunetc (vocatif), x^ siècle, 
Rev. Celt., IX, 91, XI, 136, 141, par « désiré », d'après la 
glose edeiimctic, desideratrix. Il est vrai que cette lecture de 
Bradshaw et de M. Stokes est contestée par M. Loth, qui 
préfère cdemnetic, p. 91, 474, à quoi il compare le bret, moy. 
et moderne c:^om, besoin, p. 479. Mais cette comparaison ne 
peut pas appuyer beaucoup la forme edemn(dic), dont le corres- 
pondant en moyen breton aurait -jjn et non -/;/. D'ailleurs, rien 
ne s'oppose à l'explication de Ediunet par le gall. eidduned, vœu, 
= ed-iunet, cf. bret. moy . goyune:^, vœu, ^=-* guo-iuned. Ediu- 
net s'accorde également avec Adiune... que porte une inscrip- 



Bibliographie. 3 5 ^ 

tion chrétienne de Grande-Bretagne (M. Rhys compare à cette 
dernière forme le gall. mod. Eiddyn, nom masc, que M. Loth 
écrit Eiddin, p. 42). Aux dérivés et composés de iu7i étudiés 
p, 119, 143, 215, 407, on peut ajouter : sanctc Iunanaue,Rev. 
Celt.y IX, 91, XI, 145; lunobrus, scribe du ms. 193 d'Or- 
léans; vieux comique lunitor, Stokes, Rcv. Celt., I, 342. 
M. Loth fait remarquer qu'il y a eu confusion entre les noms 
des deux saints Iniaw (= luniavus), et Ignace; j'ai eu tort 
d'admettre, dans mon Dictionnaire étymologique, cette identi- 
fication qu'on lit dans le Catholicon : « Ingneau cest propre 
nom, 1. Ignacius » ^ 

P. 48. La seconde partie de Vedo-mavi est comparée au gall. 
maw, serviteur. Mais ce mot vient de *magus, v. irl. mtig, et 
la chute de g dans ces conditions est difficile à admettre à 
l'époque des inscriptions chrétiennes. Aussi M. Rhys a-t-il 
rapproché Vedomaui, et Mauoh... que porte une autre ins- 
cription, des noms gallois Mei, Meic, Gwalchmai. Le substantif 
breton niau, dont M. Loth parle, p. loi, 220, se montre en- 
core dans (Ran-) Mauvcdat, en 1245, Rev. Celt., VII, 64, = 
« serviteur de son père », cf. Presel Guennedat, xi^ siècle, 
= « qui tient de son père, » littéralement « race de son 
père » (expliqué autrement, Chrestomatbie, 176; voir Rev. 
Celt., VIII, 504); Mapcdaî, xv^ s., Mahetat, xviii^ s. « fils de 
son père », Rev. Celt., II, 76. 

P. 194, n. 4. Contre le rapprochement de kallouc'h et calch, 
on peut voiri?^'. Celt., VIII, 36. 

P. 241. « (En moyen armoricain) ce final ou c:{ a le son de 
s, ainsi que c devant e ou / ». Les rimes prouvent, au contraire, 
qu'on distinguait les deux sons s tl c doux ; .voir Dict. étyui., 
s. V. ace. Aussi hcgas, odieux (gall. hygas) ne peut-il se con- 
fondre facilement avec hcgacç, agacer, P. Maunoir, comme le 
suppose M. Loth, p. 488. Les Vannetais écrivent, avec un ç, 
haç'hani, le tien, p. 445, hou ç' anhue, votre nom, 342 (Jjou 
shanhue, 330) par suite d'une tradition qui remonte à un fait 
de prononciation (comme Ve final « muet » auquel M. Loth 



I. Il serait naturel de comparer de même au nom propre Eleuc, Chrestom., 
128, le V. bret. eleuc, gl. uitule. 



3 54 Bibliographie. 

refuse toute valeur, p. 343 ; cf. Rev. Celt., IX, 378, 379). Le 
son ç est ordinairement d'origine française; cependant il peut 
venir en breton, i ° de ;^ -|- .r ; moy . br. dac:;pn, écho, cf. da:(sonaff 
« resoner »; dac~orch, ressusciter, :=i da^- et lat. surgo; 2° de 
:^ dur final : moy. br. diouç, de, de diou:^; br. mod. baraç:^, 
baquet, goaç'i, pire, Grég., =; moy. bara:{,goa^; van. houç, votre 
= moy. br. ho:{. Le van. haç^ ton, a peut-être subi l'analogie de 
houç: cf. da dhordeèw, tes ordres, à Locmaria, Chrcstoin., 380, 
àQord (mot omis au vocabulaire). Le rapport inverse se montre 
dans moy. br. tnoe:{, van. hoch, voix, àe*voeth pour *voeç. 

Ce son fait beaucoup plus souvent que 1'^ nasaliser la 
voyelle précédente ; exemples : 

Moy. hr.pencel, pièce; charronce, vesse Ciiis. (charroucc, Ca), 
charrounçc dans le Komenclaior de 1633 ^, p. j6, jaronçç, Pel., 
du v. fr. jarroce; tronc:^ajf, trousser; brunccji an caulenn 
« broisson de choul » ; puncc, puits ; mod. danson « bruit, tel 
que fait une porte fermée durement », Pel., inanç^omier, maçon, 
difcençxon (van.) défiguré, bénçx_, vesce, bJehç:;^ (cap Sizun), 
plaie, blessure, penç:;^, fesse, dinçx^ (tréc), dihs (van.), dé, 
linç:{^, lice, carrière, pihcin, bénitier, bihs, vis, escalier tour- 
nant, buncellat, beugler, Grég., pet. Trég. skiinsen, éclis, = 
moy. br. dac:;pn, mac:^on, dîffaec~on, becc, bkcc, faec:(en7i, dicc, 
licenn, picin, vice, scli:;cenn, bucellat ; mod. droulans, drouk-lans, 
drouk-rahs, m. discorde, dissension et disgrâce, Gon., drou- 
laiiç::^, adversité, d rouera nç~, aliénation, des affections, Grég., 
de droulaç:^, drouc'hraç::^, id., de drouc-c'braç:^ disgrâce, ibid. ; 
blonça, meurtrir, van. lonce, cuiller à pot, L'A., = haut bret. 
blosscr, lousse (Pel.); nionçç, manchot, estropié, émoussé, trom- 
peur, monçça et moussa, émousser un couteau, Pel., pet. 
Trég. klan mous, très malade = fr. mousse ; carrone::^, Grég. 
■= fr. carrosse^ ; buùç', muid, Gr., de * mue, cf. ital. moggio ; 

1. Cet important ouvrage, que M. Loth n'a pas cité, a été signalé en 1882 
par M. Audran dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère, cf. 
Revue de Bretagneet de Vendée, LU, 240, et Mém. de la Soc. deLing.. VI, 416. 
Le P. Grégoire le mentionne dans la liste des auteurs dont il s'est servi 
pour son dictionnaire. 

2. Gronc:^, gronç, absolu, absolument, Grég., se rattache à un dérivé de 
grossus; le moy. hrei. fonce, fonts baptismaux, peut venir d'une confusion 
avec fcnç:^, le londemtnt, Gr.. cl. pet. Trt'g. vers, fond, et ir. Jovccr. L"h du 



Bibliographie. 3 5 5 

gue::^ en (Vis. gue^etî) pnmçc, sapin, Nomencl. 104, prunç, prunss, 
id., Pel., prunsenn, pi. -ou, -ed, et pruhs, « prussier, arbre 
semblable et inférieur au pin », Gr., du nom de la Prusse, 
comme l'angl. spriice, sapin. Cf. Littré, v. pruce, prussier'^ ; 
Skeat, EiymoJogical dict., v. spruce, sprucc-beer. D. Le Pelletier 
cite une prononciation vulgaire plusche en français; cf. pruchc 
en 1612, Godefroy. 

L'affinité de ç et cJ] s'observe encore dans le fr. cucre (xii*^ 
siècle, Littré), sucre = moy. br. c:(ucr, et chucre (xiv^ s., Lit.) 
= van. chucre, l'A., sup., v. bouchet; ital. ^ucchero, etc. C'est 
probablement à cause de cette origine qu'en petit Tréguier on 
prononce suk et non *yuk. De même le moy. br. a scouc (i. e. 
çouk) et chouc, cou, nuque ; cf. ital. ■^iiccolo le haut de la tête. 

Le son ç n'est jamais suivi d'une consonne dans le même 
mot. Il vient de st dans moy. br. bacc, un bât, ce qui permet 
de rapprocher an druill dracc, la course rapide, B 477, de a 
drast hastaff, se hâter vivement; on trouve d'ailleurs drouill- 
drast, à la hâte, en 1807 (Gloss. moy. br.; cf. Mélusine, IV, 
495). Cf. encore Dict. étyni., s. v. bacc 2 et lapoucc. Exemple 
de c = cl) = st : moy. bret., c:^uteU, sifflet, pet. Trég. 
chute! (donner) le sein ; bout de linge qu'on donne à sucer 
aux enfints ; chuielat, téter, sucer, cf. Rcv. celt., IV, 150; 
stuntel, le dernier sou qui reste à jouer; stunteJet, décavé, qui a 
tout perdu au jeu. Ces mots semblent venir d'une sorte d'ono- 
matopée, comme en français r/;/// .' ital. :{iîto ; ci. chôtai, siffler, 
dim. chôterlai, à Montbéliard (Contejean, Gloss. du patois de M.'). 

Le même son alterne avec ;^r dans van. caliç^, calice, 
Grèg., ailleurs caJi:^r, Maunoir; cloç^en, écosse de fèves, etc., 
Grég., moy. br. cIo::^renii ; j'ai eu tort d'admettre pour IV une 
semblable alternance, en comparant le fr. mules (d'où van. et 
haut cornouaillais muled, mules, engelure aux talons, Grég.) 
au bret. moy. niiUkxr, maladie des pieds, lat. porrum. Ce 

moy. bret. roncet, chevaux (rosses), roncin, roussin, existait dans le v. fr. 
roncin (gz\[. rhivnsi). 

I. « Nom vulgaire, dans le.. Finistère, du pin maritime ». Ce mot a été 
usité ailleurs : le dict. vannetais de l'A. donne en français « prussier, espèce 
de pin ». — Boiirlanç:^, cartilage, Gr. ^boiirlas, bonras, m., Gon., hourass, 
Pel., cf. fr. bourras, grosse toile, b. 1. bouratiiiin (et, pour 17, v. fr. boiirlc, 
dim. de bourre). 



356 Bibliographie. 

nom répond au gall. maleithr, makrth, m, tumeur, mules, cf. 
malaith, m. engelure. Maleithr paraît composé de mal, tendre, 
cf. [j.o))vuç et eithr (en outre) = v. irl. {imni)-echta7- extrémité; 
c'est ainsi que le gall. malldorch mules, vient de torch repli^ et 
mail mollesse. 

Le ç, avant de périr, avait fait quelques progrès sur Vs en 
bret. mod. : muç'^ât flairer, Gr., van. mtmsat, L. el Lab., 154, 
172 == moy. br, mussat, id., musiat (r. -al) mendier ; Grég. 
écrit par ç les verbes comme finiç:{a finir, qui ont ordinaire- 
ment s en moy. br. (finissaff) ; on lit pourtant, dès cette 
époque, polissaff et polic^ajf polir. 

P. 250, 251. Le baptême de saint Devy contient ici plu- 
sieurs méprises (cf. Rcv. Celt., VIII, 410-414) : un vers est 
passé après hannech, p. 250; à la note i, lisez Kernch pour 
Kernech; au lieu de dt\ mat, golou « bonjour, lumière », lisez 
de:(_ mat golou « bien le bonjour », « qu'un bon jour luise sur 
vous », cf. N 1725, B 53, on dit encore aujourd'hui hcnide:^ 
choulou « tous les jours que Dieu fait (luire) » ; au lieu de 
eur yen « heure froide », p. 251, lisez ciiryen, bord, cf. Rev. 
Celt., VIII, 508; le reste n'a trait qu'à l'orthographe, sauf une 
erreur rectifiée p. 500 et 525 (anam, le ms. porte anani). 

P. 263. Le mot breig est suivi d'un signe de doute, et il 
manque au vocabulaire. Il est pourtant assuré par la rime dans 
les trois passages en moy. bret. qui nous l'ont conservé; les 
contextes sont d'accord pour indiquer le sens de « faute, man- 
quement entraînant une punition » (cf. Dict. ctyjii., s. v., et 
p. 402). 

P. 272. La correction proposée de :{a donc, en ta, n'est 
pas convaincante : il y a en moy. bret. trois autres exemples 
de ^a pour e:(a (Dict. étym., v. e::a), et pas un seul de ta pour 
enta. J'ai vu dans enta et e:{a une paire de doublets pouvant 
expliquer le rapport de ent et ^;(, particules qui font d'un ad- 
jectif un adverbe; Rev. Celt., IX, 382. M. Loth maintient, 
p. 479, son identification de e:{ avec le gall. ys, il est. Mais la 
phonétique armoricaine exigerait * es ; el je ne comprends pas 
ce qui peut faire attribuer ci q « une sorte de valeur affirma- 
tive » : je n'y vois qu'un indice de la fonction adverbiale, 
ayant un emploi absoknnent identique à celui de ent. 



Bibliographie. 357 

P. 263 et 249. Deus, il vint, lisez deux_ (J 4). 

P. 276. Oarez^, signe, est corrigé en aroe^. Rien de plus 
admissible, pourtant, que l'existence d'une telle variante, 
choisie ici parce que sa première syllabe rime mieux avec 
hoar. A la métathèse de aroe:^^ en oarex^, compare;^ : moy. br. 
nadoe:^, tréc. noade, aiguille ; tréc. kadoer, dialecte de Batz 
gouader, chaise ; cornïquQ baloin, léon. c'hoalenn, sel, etc., Rev. 
Celt., VIII, 34, 35, 508, 509; gall. adwy, f., brèche, passage, 
cornouaillais oade, f. brèche dans une haie, Troude (irl. ath, 
gué, Rev. Celt., II, 321). De oade est venu ode, pi. ou, brèche, 
Maun. ; ode « passage, entrée, particuhèrement d'un champ 
clos, brèche »; ode garr « brèche à une clôture de champ 
pour y faire entrer les charrettes », Pel. ; ode, ^\.odëou « brèche, 
ouverture dans un fossé pour le passage d'une seule bête à la 
fois », Grég. De même le moy. bret. holen vient de hoalen, 
qu'on ne trouve que plus tard dans les textes. Le passage du 
V. bret. inacoer, mur (van. mangoer^ au bret. moy. moguer, 
léon. inoger, semble avoir eu lieu de même par l'intermédiaire 
de *moaguer. M. Loth cite, p. 219, une forme mogaer, du 
xiii^ siècle, qui indiquerait une autre fihère, si l'on regardait Va 
comme ayant sauté de la première syllabe à la seconde ; mais 
l'auteur fait observer avec raison, p. 183, que « souvent ae 
n'exprime qu'un son simple, généralement è français » ; cf. 
le pi. magoaerou, xv^s., ibid. A la p. 148, il faut lire maguae- 
rou et non moguaerou (xm^ s., Cartulaire de Landévennec, 18 ; 
prononcé probablement magweroia). Pour ces contractions, 
de oa, oe en 0, cf. Rev. Celt., VII, 315 ; Et. sur ledial... de 
Bat:î^, 8, 9 ; van. gol, terrible, de goal; tréc. oled, foyer, de 
oalet; goro, traire, de goero, moy. br. go:(ro, v. br. guotro-; 
haut cornouaillais et bas vannetais pore, m., pi. aou, maladie 
subite et forte, maladie contagieuse, Grég., de*poere, *poxre^ 
= comique podreth, plaie, gall. pydredd, pourriture, m., du 
lat. putreo, putridus. Il est probable, enfin, que loaghen, lac, 
marais, forme citée par Pel. et qu'on retrouve jusqu'à nos 
jours Qoaguen, lac. An Aviel, 1819, II, 3, 5, 11; Conferançou, 
éd. anc. 23, éd. nouvelle 19) vient de * lagoen ; la pronon- 
ciation la plus fréquente, lagen, répondrait à celle du haut cor- 
nouaillais halenn, sel. 



358 Bibliographie. 

P. 287 et 497, au lieu de marbr, marbre, lisez mabr (B 28) ; 
pour la chute de Vr, cf. Rcv. Celt., IV, 466; Et. sur ledial... 
de B., 16 ; achited = architecte, Gr. ; mechosi, cité plus bas, etc. 

P. 292, vn emparlet, lisez vn guerhes emparlet ÇCatheW 11). 

P. ^05. Merchaussy, écurie, est corrigé en marchaussy. 
Pourtant les quatre éditions de Quiquer dont il est question 
ont merchaussy; il en est de même de celle de 1690, p. 98; 
trois passages des Nouelou ont également cet e (Dict. étym., v. 
marchaucy) ; le P. Grégoire donne merchauç:^y avant mar- 
chauçiy ; on lit merchossi, Vocab. nonv., 6^ éd., Quimper, 
1778, p. 45 ; et j'ai entendu en dialecte de Léon mechosi et 
mechochi, cf. Mélusine, III, 572, 571. 

P. 318. Diou:(^ Leonis Brei:(is Isell « des Léonais, bas Bre- 
tons », est corrigé en Diou^ Leonis Brei:( Isell « des Léonais de 
basse Bretagne » sans raison suffisante, à mon avis. Diou:;^ 
était à volonté d'une ou de deux syllabes ; la leçon du texte 
donnant une rime intérieure de plus, devait paraître au poète 
avoir des droits fort sérieux à sa préférence. 

P. 333. M. Loth suppose que l'abbé Cillart est l'auteur du 
dict. bret.-fr. publié à Vannes en 1723 sous le nom de « Mon- 
sieur de Châlons », cf. Rev. cclt., VII, 318. Ses raisons sont 
les suivantes : Pierre de Châlons n'était pas breton ; il a parlé, 
dans une approbation de cantiques vannetais, de son peu de 
connaissance de cette langue ; Cillart évitait le bruit autour 
de son nom, et a pris une part active à la pubhcation du dict, 
en question. Ces arguments ne sont pas sans réplique. 

1° Le P. Maunoir, à qui l'on doit la première grammaire 
armoricaine, le premier dict. franc. -bret., et un dict. br.-fr., 
n'avait pas lui-même toujours bretonne, cf. Grég., Gram., 
p. vu; non plus que D. Le Pelletier, qui a composé un autre 
dict. bret.; à ces illustres devanciers, 

Those other two cqual'd luith me in fate, 

on peut ajouter l'auteur dont M. Loth a dit trop de bien, i?a'. 
celt., VI, 512, et qui n'a pas, comme Châlons, résidé 39 ans 
dans un diocèse breton. 

2° « Le peu de connaissance » est une expression modeste, 
mais qu'on doit prendre ici au sens positif, « la petite connais- 



Bibliographie. 359 

sance » et non « le manque de connaissance » (double accep- 
tion prévue dans la règle des participes) ; sans quoi l'appro- 
bation donnée n'aurait eu aucune valeur, et sans doute on ne 
l'eût pas sollicitée. Faut-il contester son dict. au P. Grégoire, 
qui était breton, parce que dans la préface il reconnaît ignorer 
« une infinité de mots bretons » ? 

3° Cillart a signé son dict. franc. -bret. du nom d'un pré- 
tendu « Monsieur L'A*** ». Mais autre chose est de s'abriter 
derrière l'initiale d'un pseudonyme % autre chose d'attribuer 
ses propres œuvres à une personne ayant réellement existé. 
D'ailleurs il n'est pas seul en cause. Une attestation signée de 
six recteurs et d'un curé « de l'évêché de Vannes dans les 
Paroisses Bretonnes », parmi lesquels son nom ne figure qu'en 
cinquième lieu, certifie qu'ils ont « lu et examiné le Diction- 
naire Breton-François, composé par Feu Monsieur de Chalons 
Recteur de Sarzeau » (approbation imprimée du dict. « de 
Châlons »). L'avertissement qui précède cet ouvrage dit que 
« comme Monsieur de Châlons l'a composé étant recteur... de 
Sarzeau, il ne faut pas s'étonner que son langage s'en res- 
sente; le Recteur qui l'a examiné avant de le confier à l'im- 
pression n'a pu ni n'a dû le changer, il a donc fait peu de 
corrections et y a ajouté peu de choses ». Pourquoi révoquer 
en doute ces assertions précises ? Cillart connaissait le ms. du 
dict. « de Châlons », et il le cite dans le sien au mot mariage, 
à propos d'une erreur du P. Grégoire ; mais ce ms. n'est point 
de lui, d'après ce que nous pouvons savoir d'ailleurs, tant sur 
lui-même que sur Châlons. 

I. Ce voile devait être assez transparent pour des contemporains. Cillart 
avait communiqué ses travaux manuscrits au P. Grégoire, qui les cite, en 
louant l'auteur sous son vrai nom, Grauim., p. vu. Celui-ci n'a même pu 
s'empêcher de se trahir secrètement dans son ouvrage anonyme, comme 
Phidias sculptant ses propres traits sur le bouclier de la Pallas qu'il ne doit 
pas signer. On lit, en effet, dans le Dict. de l'A., s. v. obliquement : 
« Pierre posée obliquement ou debout sur son tranchant et non sur son 
assiette, Cillartt... ardctt. m. Commun à Tréguer, peu connu à Vannes ». 
Si l'auteur a admis ainsi un mot surtout trécorois, sans même penser à en 
donner un équivalent plus usuel dans son dialecte, c'est sans doute que ce 
mot lui tenait à cœur : il y trouvait une explication de son nom. La racine 
seule de cillartt se montre en vannetais dans guet sciW er glean « (un coup) 
de tranchant d'épée », Châl. ms., v. espcc ; c'est, je crois, la même que dans 
l'ital. ciglioiie bord, et le fr. sillon, sillage. 



360 Bibliographie. 

C'est qu'en effet P. deChâlonsest donné aussi pour l'auteur 
d'un dict. fr.-bret. ms., qui se trouve Bibl. Nat., f. celt., n°' 67- 
70. Le titre en est semblable à celui de sa contre-partie im- 
primée: « Dictionnaire françois-breton du Diocezede Vannes... 
composé par feu Monsieur de Châlons Recteur... de Sarzeau... 
Revu et corrigé depuis la mort de l'auteur. Avec approba- 
tions ». Et ces approbations ne sont autre chose que l'attesta- 
tion collective imprimée à la suite du dict. br.-fr., dont la 
feuille a été jointe au ms. ; ce texte présente, toutefois, une 
addition significative : après « le dictionnaire breton-françois » 
on lit « et le dictionnaire françois-breton » . Quelles raisons 
graves y a-t-il de tenir pour suspecte une attribution ainsi ga- 
rantie par sept autorités respectables et compétentes ? 

Dira-t-on que Cillart est aussi l'auteur du ms. ? Il nous 
apprend, p. vi, qu'il travaille « au Dictionnaire Breton-Fran- 
çois » et à une grammaire ; ce dict. commencé ne peut être 
celui « de Châlons », qui avait paru depuis plus de vingt ans. 
Quelle apparence que, n'ayant pu terminer ces ouvrages 
annoncés dans la préface de son dict. fr.-bret., il se soit avisé 
de recommencer ce dernier livre et ait eu le temps d'achever 
ce second dict., d'ailleurs tout différent du premier ? 

Le ms. « de Châlons » cite comme autorités M. le Moing, 
M. d'Inguiniel et M. de Queruignac, noms souvent écrits en 
abrégé. Les abréviations Ing. et Oueru. peuvent aussi désigner 
les localités du même nom, car on trouve encore à Ing., à 
Queru. Je crois qu'au fond cela revient au même, ces désigna- 
tions : M. d'Ing., M. de Queru., s'appliquant aux recteurs de 
ces paroisses, qui ont dû renseigner Châlons spécialement sur 
le langage de leurs ouailles ; témoin ce passage : « Epargner, 
arboïdlein, amerhein pour le ménagement a Ing. Il m'a épargné 
beaucoup de peine, ean en des espergnet lo uat a boen din. Je 
voulais dire ar bouilet, mais M''. d'Ing. dit que ce mot, aussi 
bien qu'amerrein, n'est bon que pour le ménagement. » M. d'In- 
guiniel se trouve ainsi être Pierre Barisy, recteur de cette 
paroisse de 1689 à 1719^ et auteur des Cantiqucu spirituel 
manuscrits approuvés par P. de Châlons. De même que les 

I. AbbéLuco, Bull, de la Soc. Polymathiquc du Morbihan, 1877. 



Bibliographie. ^6i 

deux autres, il semole cité comme un personnage vivant; 
P. Barisy étant mort en 171 9, un an après Châlons, il n'est 
guère croyable que ce qui le concerne ait pu être interpolé 
longtemps plus tard ^ Le ms. cite encore le P. Maunoir. 

L'auteur du ms. écrivait à Sarzeau, comme celui du dict. 
imprimé « de Châlons » : car il parle souvent, en son propre 
nom, du langage de cette localité, et il dit, par exemple : 
« gounidec... ici à Sarzeau... signifie communément journa- 
lier ». 

Il est vrai qu'il exprime par une apostrophe Ve mi-muet que 
le dict. imprimé note e ; changement d'orthographe qu'on peut 
d'ailleurs attribuer à l'éditeur. Il reste assez de contrastes entre 
cet auteur et Cillart pour empêcher de les confondre. Ainsi il 
n'indique les genres dans aucun des deux dict., tandis que 
Cillart l'a fait avec soin et a même reproché durement au 
P. Grégoire « cette cruelle omission », p. x. 

Nous avons vu que Châlons cite des autorités ; il n'a pas, 
sur l'orthodoxie grammaticale, des idées arrêtées, et, au mot 
faillir, après avoir constaté que « M''. d'Inguiniel et M*". Le 
Moing prétendent... qu'on ne peut point dire mar a lebeu » 
(plusieurs endroits, avec le nom au pluriel), tandis que 
« M', de Q_ueruignac prétend que si », il ajoute simplement : 
Magno se judice quisque tuetur. Il lui arrive aussi de chercher 
en vain à se rappeler où et quand il a entendu un mot breton 
qu'il emploie à diverses reprises (Voir Gloss. moy. hrct., v. 
dameuli). Tout ceci est bien loin de la tournure d'esprit de 
Cillart. Puriste intolérant, ce dernier n'en croit jamais qu'à lui- 
même : il ne parle que de l'œuvre du P. Grégoire (p. v) et 
c'est pour la juger avec une sévérité qui frise l'injustice. Il 
n'avait pas la largeur de vues du zélé capucin, qui tenait à 
« n'être barbare nulle part ». Non content d'écarter et de con- 
damner trois dialectes bretons sur quatre (Dict., p. v), il 
s'attache à proscrire, dans son exposé, les « usages locaux », 

I. M. de Quervignac est probablement Jacques Davy, recteur de cette 
paroisse de 1695 à 1739 (Soc. Polyin., 1877, p. 138). D'après les recherches 
de M. l'abbé Luco, ibid., 1876, 1877, 1885, il y avait en pays vannetais, 
du temps de Châlons, quatre recteurs du nom de Le Moing (Pierre, deux 
François et Marc). 

Revue Celtique, XL 24 



j62 Bibliographie. 

et même les « mauvais usages, quoiqu'universellement reçus » 
(p. vi) ; la même délicatesse outrée lui fait omettre en prin- 
cipe « les noms dès Poissons, des Pierres, des Arbres, des 
Plantes, etc. » (p. xix). Son dogmatisme imperturbable aime 
à s'exercer sur les questions d'orthographe française et de 
disciphne ecclésiastique. Toutes ces marques bien reconnais- 
sablés de sa griffe, empreintes dans son ouvrage, on en cher- 
cherait vainement des traces dans le dict. ms. « de Châlons». 

J'en conclus que ce ms. n'est pas de Cillart, mais de Châ- 
lons, sauf les remaniements mentionnés par le titre même. Et 
comme qui peut le plus peut le moins, je ne m'étonne point 
que l'auteur de ce ms. étendu et d'une haute valeur scienti- 
fique ait écrit, sans doute pour son coup d'essai, le petit dic- 
tionnaire vannetais-français publié sous le même nom et dont 
le principal mérite est d'être le premier en date pour ce dialecte. 

P. 347. Pa na guery (variante garé) Doue, puisque Dieu ne 
voulait pas. Le vocabulaire ne mentionnant pas cette forme 
guery, p. 455, on doit en conclure que l'auteur la considère 
comme une faute dans ce texte (de 1741). C'est au contraire 
un exemple précieux d'une terminaison verbale rare en moyen 
breton, mais assurée par une rime nécessaire dans ne guyly, 
il ne voyait pas, P 109, gall. ni lueli et dans diguery, il ouvrait, 
J 209 b ; par une rime intérieure facultative, dans a gulchy, 
qui lavait, H 45 et mar guilly, s'il pouvait, B 336; d. goassa 
ma il lin (je vous ai fait) le plus de mal que je pouvais (rime 
diii à moi), GuilL, 181 5, p. 98. Na guery répond au gallois 
ni ceri, il n'aimait pas; cf. Rev. Celt., VIII, 510. 

P. 380 (v. 28). 'n em droèl d'er joè, se livrer à la joie. Cet 
infinitif, qui manque au vocabulaire, est une variante de turel 
jeter, B. er. s., 184, cf. en un drul en jetant, L. et Lab., 124. 
La forme ordinaire en vannetais est turul, ib., 142, Grég., 
l'A., etc. = moy. br. teureul, de teurell ; sur u pour eu, cf. 
Gloss. vioy. br., v. dibunaff. 

P. 445. Aïeule, adore, lisez « adore-le » ; p. 483, glorifie, 
glorifie, lisez « glorifie-le ». 

P. 465. Chinouri « réjouissance, bombance» (île de Croix). 
Ce mot exprime proprement le tumulte de la fête ; il vient de 
chilouri « coacement des grenouilles », chilori « gazouille- 



Bibliographie. 36? 

ment », Châl. ms., du fr. charivari, comme gilivary, jolory 
« charivari », Grég., pet. Trég. chalvari, jalvari. 

P. 469. Diablasder « diablerie ». Cette traduction suggère 
une étymoiogie que je crois fausse : il n'y a pas en breton de 
suffixe -asder. Diablasder, peine, infamie, = dyufflaster, NI 
217; de difflas, dyulas, dihlas, odieux, cruel, écrit diablas, 
J. 78 b, mais la première syllabe rime en iv : astir (var. 
astirv) ha diablas, lisez astriv ha divlas. Cf. Rcv. Celt., IX, 383. 

P. 472. Dius de^aff « libre à lui », de dius, choix (B 381). 
Je tiens encore à la traduction « malgré lui », qui se prête 
mieux au contexte et qui s'appuie sur une locution encore 
très usitée ; voir Glossaire moy. br., v. daoust, cf. dioust pep pi- 
rillou, malgré tous les périls, Maun., Te)npL cons., 31. D. Le 
Pelletier donne bien divis d'oc'h, deïis d'oc'h « vous avez le 
choix » ; mais dans tous les exemples à moi connus de cette 
expression, elle est suivie de l'énumération des partis entre 
lesquels on peut choisir. 

P. 478. Zo, de, dans le vannetais de Croix et dans celui de 
Belle-Ile, est comparé à eus, qui a le même sens en Léon, etc. 
Je crois que ce sont des mots complètement distincts, et que 
70 vient de \oh, a^ph, a-:(ioux_, ci diurth. La chute de Va initial 
ne souffre aucune difficulté : cf. van. nehou, de lui = anehou, 
barh, dans, de abarh, etc. Quant à la chute de Vh, elle se 
montre dès le xvii^ siècle, selon la remarque de M. Loth, 
p. 504, dans le signe du participe présent (van. e), =^ o:(, 
ou^, (g)urth, par conséquent dans le dernier des trois mots 
que je tire de l'analyse de :(o. Il n'est pas plus étonnant de voir 
-rth final réduit ainsi à rien, dans :(o =a diurth, que dans ba, 
dans, = ebarx_, Chrestomathie, p. 374 (bas vannetais), p. 370 
(haut cornouaillais), etc. Cf. dans le dialecte de Batz les locu- 
tions a/^urh mitin de^urh enn nos, du matin au soir; uech her 
du e' nos, six heures du soir (du = diuh, comme ;(o == \oh). 
Etude sur le dialecte... de Bat:^, 32. En Tréguier on dit très 
souvent du^^ = diou^, dans tous les sens du français « de ». 

P. 480. « Finesaff, action de ruser, ancien infinitif, 229 » 
(lisez 292). Finesaff, Cathell, 10, ne me paraît pas plus un 
infinitif que Indaff, l'Inde, Assiriaff, l'Assyrie, assemblaff, as- 
samblaf, ensemble, etc., voir Rev. Celt., VIII, 526; IX, 379. 



364 Bibliographie. 

P. 486. Gîielet n'est pas à l'infinitif dans les deux passages 
où il se trouve, p. 292 et dont le premier devrait avoir guellet : 
j'ai eu tort de traduire « en voyant que » (Cathell, 9, 10), 
il faut « vu que », locution calquée sur le français. 

P. 489. Hoent, joie, bonheur? (cf. gall. hoen). J'ai vu ici, 
après M. de la Villemarqué (P 6), une variante du mot hoant, 
choisie pour multiplier les rimes, et je crois encore que c'est 
le parti le plus sûr. (Jésus s'est incarné) o-^n/ hoent, avec désir, 
c'est-à-dire volontairement, inverse de heb e hoant, contre sa 
volonté; cf. (Jésus est venu nous racheter) c youll mat, de son 
plein gré, B 127. Les diphtongues oa cioe alternent de même, 
en moyen breton, dans coant et coent, joli ; char et clouer, 
clercs (= clêrus, le clergé, collectif servant de pluriel à cloa- 
rec = cléricus) ; loar et locr, lune ; poan et pocn, peine, etc. 

P. 498. « Mese, respect? pudeur? » Dre cals mese, N 695 
= ga7it meste, 15 19, gant maieste, 461, avec respect, d'une 
façon digne; cf. Dict. étym., v. majcsîat. 

P. 505 et 506. Dons ban, depuis que, et peban, d'où, sont 
rapprochés, bien qu'ils contiennent deux éléments très dis- 
tincts : pan, quand, cf. lat. quando, et pan, lieu, endroit, pays, 
Pel., usité seulement dans cette locution, a be ban, pc a ban, 
d'où, de quel lieu, Grég. Le van. paner, village, comparé à ce 
dernier par M. Loth, Vocabulaire vieux breton, 55, vient de 
panner, L. cl lab., 74, r= penhem hameau », Châl. ms.,penhêr 
« hameau, bout du village », Châl., Dict. br.-fr.,pennharr, m. 
« issue », l'A,, penhér « issue, sortie d'un village, espace atte- 
nant au village », Grég., « le haut de l'aire d'une ville », id., 
V. aire; de pcnn, bout, et ker, village, cf. Penher-Losquet, dans 
le Morbihan, en 1429 Penkaer-Lesquoet, Chrest., 224. 

P. 506. Pan petes, si tu le priais, et non « lorsque tu le 
pries », p. 505, n'est pas à l'indicatif présent (pour pede^^) 
mais au conditionnel (de *pethes). 

P. 507. Note sur eun di henac arlerh, quelques jours après: 
« le sens de henac est ici assez singulier : ailleurs qu'à Houat 
cela signifierait un certain jour, un jour, sans préciser », Ceci 
n'est pas exact. On dit dans le même sens qu'à Houat : à Sar- 
zeau, ûndi bmakarlarh, Rev. Celt., III, 48; en petit Tréguier, 
cun dé benak goude; cf. un dé benec goudé, Histoer... J.-C, 



Bibliographie. 365 

Lorient, 1818, p. 230. On lit de même eun derve:{ bennar goude 
dans une trad. léonaise de VEiif. prodigue qu'une obligeante 
communication de M. Alfred Bourgeois me permet d'ajouter 
aux autres citées, Rev. Celt., XI, 189, et qui se trouve p. 207 
de la 2^ éd. de VHistor an icstanmnt co:{ hag an t. neve:{, de 
M. Morvan, Brest, 1871 (la i'" éd. est de 1869). 

P. 512. Gant gouir res est expliqué avec doute par reu:{, 
malheur; je crois qu'il fltut lire gant guir res (elle dit) avec une 
parole nette, i. e. (elle déclara) nettement, expressément. 

P. 513. Il n'y a guère lieu d'hésiter entre les deux mots 
roue-:^^ « don » et « rare » : l'un est un nom, qui a deux syl- 
labes, l'autre un adjectif, qui n'en a qu'une. 

P. 518. Strocat « traîné ». Je traduirais, avec M. Stokes, 
« il fut traîné ». (gl. tractus est). Ce mot pourrait venir du 
lat. extorqncre : cf. stronça ébranler, Pel., tréc. strohsah caho- 
ter, moy. br. stroncer on grincera (des dents) = * extrociare, 
comme trohsah trousser = *trociare. Il rappelle l'espagnol 
estrujar presser = * extrociare. Cf. aussi distroncqiiet défait, 
livide, distroncqa devenir livide, Grég., distrounha décolorer, 
exténuer. Le Gon., pet. Trég. distrohhah essanger, laver à 
moitié, dégraisser le linge avant de le mettre à bouillir, de 
dis tor guère ? 

P. 524. « Il y a une exception apparente à la règle qui veut 
que après un nom masculin, l'initiale de l'adjectif suivant soit 
intacte. On dit parfaitement, par exemple, lann vras, le grand 
Jean, pour lann bras. Mais il faut remarquer que ce fait ne se 
produit qu'autant que bras devient l'épithète habituelle Aq Jean, 
et forme ainsi avec le nom un véritable composé, dans le genre 
des composés anciens Britto-maros, Teuto-matos, etc. Le même 
phénomène se produit en gallois ». J'ai étudié ce fait. Glos- 
saire moy. bret., v. ab, mais sans en chercher l'origine. Celle 
qu'indique M. Loth (cf. Rev. Celt., XI, 207, 208) n'est pas sans 
difficulté. Elle revient à dire que dans lann bras il y a une 
épithète de circonstance, et dans lann vras une épithète de 
nature. Mais alors pourquoi ne distingue-t-on pas ainsi entre 
breur kaer « beau frère », et * breur gaer, beau-frère ? Je pen- 
serais plutôt à une influence analogique de la forme du vo- 
catif dans les thèmes en : lann Vras viendrait d'une imi- 



^66 Bibliographie. 

tation de Pcr Vras, le grand Pierre, qui lui-même serait pro- 
prement « grand Pierre! » = *Petre brase. Dans la déroute 
des déclinaisons, il était assez naturel que l'onomastique con- 
servât une trace phonétique du vocatif. Cf. même en latin le 
nommanï Juppitcr provenant du vocatif = ZsO r^x-zp, à cause 
de la fréquence de cette forme dans les invocations. 

Ces dissidences ne n'empêchent pas de reconnaître l'intérêt 
scientifique de premier ordre que présente la pubHcation de 
M. Loth. Elle est appelée à faciliter grandement l'étude appro- 
fondie de l'armoricain aux Bretons bretonnants et aux autres. 
C'est surtout pour la période si peu connue du ix^ au xv^ siècle 
que ses recherches laborieuses ont été fécondes en résultats 
nouveaux : par sa revision du manuscrit du Cartulaire de 
Redon et son étude sur les textes des chartes et des vies de 
saints (p. 95-236), il a rendu à la science historique du breton 
un service éminent, dont tous les celtistes doivent lui savoir 
gré. 

E. Ernault. 



CHRONIQUE 



SOMMAIRE: I. Mort de William Kirby Sullivan. — II. Traduction de la Bible en 
breton par M. Le Coat. — III. Le slavon balwan et le breton p'ulvaii. — IV. L'ir- 
landais Muirchu, vue siècle, avait-il lu Flavius Josèphe ? — ■ V. Critique par M. Stan- 
dish O'Grady des Lives of saints from the Book of Lismore par M. Whitley Stokes. 

— VI. Un manuscrit inconnu jusqu'ici de la grammaire irlandaise dite Uraicept na 
n-eigeas. — VII. Autres découvertes de M. Kuno Meyer dans les mss. Phillips. — 
VIll. La particule didu. — IX. Liste des vies de saints comprises dans le ms. dit 
de Salamanque. — X. Nouvelle édition du Manuel de numismatique ancienne de 
M. A. de Barthélémy. — XI. Edition par M. R. Atkinson des Tri bior-ghaoithe an 
bhâis de Geoffroy Keating. — XII. L'ethnologie des Iles-Britanniques par M. J. 
Rhys dans la Scottish Review. — XIII. Larançoa au poids suivant M. Gaidoz dans 
le Cymmrodor. — XIV. Le latin de Grégoire de Tours d'après M. Max Bonnet. — 
XV. L'art irlandais dans la Grande-Bretagne anglo-saxonne, les habitations lacus- 
tres en Ecosse. — XVI. Une excursion d'archéologues gallois dans la Bretagne 
continentale. — XVII. Etudes grammaticales de MM. Zimmer et Thurneysen dans 
la Zeitschrijt de Kuhn. — XVIII. Achèvement de l'ouvrage de M. JuUian sur les 
inscriptions romaines de Bordeaux. — XIX. Résumé d'un cours de droit irlandais. 

— XX. Recherches sur la propriété foncière et les noms de lieu en France. — XXI. 
Le celtique dans les langues germaniques suivant M. Kluge. — XXII. Le catalogue 
des monnaies gauloises de la Bibliothèque nationale. — XXIII. Mémoire de M. A. 
Nutt sur la mythologie et les légendes celtiques. — XXIV. Le celtique dans le tome V 
des Recherches morphologiques de MM. Brugmann et Osthoff. — XXV. Achèvement 
des Documents sur saint Patrice recueillis par le Père Hogan. — XXVI. Irish fairy 
taies, par Edmund Leamy. — XX VII. Trésor du vieux-celtique de M. Holder. — 
XXVllI. Inscription grecque d'Agde. — XXIX. Mémoire de MM. Lièvre et Ernault 
sur l'inscription gauloise du Vieux-Poitiers. — XXX. Critique, par M. Whitley 
Stokes, de M. Atkinson, The passions and homilles. — XXXI. Les anciens catalo- 
gues épiscopaux de la province de Tours, par l'abbé Duchesne. — XXXII. Le duel 
conventionnel. — XXXIII. Vente de la bibliothèque de W M. Hennessy. 

I. 

Le mardi 12 mai dernier est mort à l'âge de 68 ans William Kirby Sul- 
livan, président du Collège de la Reine à Cork, mais plus connu dans le 
monde des études celtiques par la publication du livre intitulé On the Man- 
iters and Ciistoms of the ancicnt Irish, trois volumes in-8, 1873. Les deux der- 
niers volumes contiennent une série de leçons faites à lUniversité catho- 
lique d Irlande par Eugène O'Curry de mai 1857 ^ juillet 1862 et qui 
pendant onze ans avaient attendu un éditeur. Le tome premier renferme 
une introduction composée par Sullivan et dont la valeur est beaucoup su- 
périeure à ce que pouvait faire espérer la spécialité de l'auteur. En effet, 
Sullivan était professeur de chimie à l'Université catholique d'Irlande 
et au Royal Collège of Science, de Dublin. C'était surtout comme chimiste qu'il 
avait de la réputation. Après avoir, dit-on, commencé ses études à l'école 



568 Chronicjuc. 

des « Christian Brothers » de Cork, il les avait continuées en Allemagne sous 
la direction de Liebig. Ce n'était pas tout à fait la préparation nécessaire à 
un continuateur d'O'Curry, mais on doit convenir que pour un chimiste de 
profession, l'introduction au livre d'O'Curry est une œuvre fort remar- 
quable, et on devra toujours beaucoup de reconnaissance à Sullivan pour 
la peine qu'il a prise de publier les savantes leçons d'O'Curry. 

II. 

II nous arrive entre les mains un volume in-8 de 1068 pages, imprimé 
sur papier assez fin pour ne pas dépasser l'épaisseur d'un in-8 de 500 pages 
ordinaire. En voici le titre : An Bibl satitel, en pehini ema ar gonvenans ko^ 
hag an hini neve':^, troet en Breiounek (ie^ Treger) herve^ ar mammoii-skrid 
hebre ha grek ha kemmet, gant ar brasa eve^, eii^ an droedigeiiou groet eu^ al 
levr :(e er ie^ou ail, gant 1° talvoudegei ar giriou dishenvel er pevar hrank eux_ 
ar ie:^ Bre^ounek ; 2° diskoue^ou an unvanieia ^o entre ar gonvenans ko:^ hag an 
hini neve:;^; 3° diskleriadure^ an hanoiou hag al lec'hiou hanvet er Bibl. « La 
sainte Bible où sont l'ancien testament et le nouveau, traduite en breton (dia- 
lecte de Tréguier) d'après l'original hébreu et grec et comparée, avec la 
plus grande attention, aux traductions de ce livre en d'autres langues. On y 
trouvera: 1° les mots synonymes dans les quatre dialectes du breton; 
2" la concordance entre l'ancien testament et le nouveau; 3" l'explication 
des noms et des lieux mentionnés dans la Bible ». Le texte est imprimé à 
deux colonnes, entre lesquelles a été réservée une colonne moindre affectée 
aux notes. Le haut de cette colonne médiale est consacré aux notes de la 
colonne de gauche, le bas aux notes de la colonne de droite. C'est là que 
se trouvent les synonymes bretons et les renvois d'un livre à l'autre 

Le nouveau testament est la reproduction de la traduction de M. Le Coat 
imprimée à Londres en 1883 par la Trinitarian Bible Society, et dont 
M. Emile Ernauh a rendu compte dans la Revue Celtiqne, t. VI, p. 582-583. 
Aucune des fautes de traduction signalées par notre savant collaborateur 
n'a été corrigée. Ainsi chez saint Mathieu, IX, 13, on lit : !MâOc-£ -:' sa-riv 
"EXco; OeÀo) /.a't où Ouaiav. « Apprenez ce que veut dire : je veux la miséri- 
corde et non le sacrifice. » Le Gonidec avait traduit : Deskit petra eo da la- 
varout : giiell eo ganen trugare::^ eget a:ieulidioe~ ■ . M. Le Coat a remplacé les 
mois pctraeo da lavard, littéralement « qu'est à dire, » par ceux-ci: ar pe:{ a 
c'hoanta laret ar c'l)o»iiou-ina, littéralement « ce que ces paroles désirent 
dire ». Ar pe~ a c'hoanta laret s'emploie avec une personne et non une chose 
pour sujet, La traduction de Le Gonidec est donc dans ce passage supé- 
rieure à celle de M. Le Coat. 

Celle de M. Le Coat l'emporte sur certains points. Elle est maniable. 
Celle de Le Gonidec imprimée sur papier vergé forme deux volumes, dont 
un surtout, trop épais, ne l'est pas. Enfin M. Le Coat, que nous supposons 

I . Littéralement : » apprenez ce qu'est à dire : mieux est pour moi mi- 
séricorde qu'adoration. » 



Chronique. 369 

être l'auteur de la traduction de l'ancien Testament comme du nouveau, 
s'est attaché à reproduire plutôt comme il le dit dans son titre les originaux 
hébreu et grec que la Vulgate latine. On le voit dès le premier verset de la 
Genèse. Dans la Vulgate : in principio creavit Deus caelum et terrant. C'est à 
peu près exactement la version des Septante : èv àp/fî zT.olr^rsz^i ô Oso; tÔv 
oûpavôv v.ol: tv; y^v. Le Gonidec avait traduit littéralement sans remonter à 
l'hébreu : er penn kenta Doue a groiiai ann env hag ann douar. C'est aussi la 
traduction irlandaise: s' ann tosach do chrûtaidh Dia neamh agus talamh ; « Au- 
commencement Dieu créa le ciel et la terre. » Malheureusement dans ces 
quatre traductions, grecque, latine, bretonne et irlandaise, il y a une grosse 
faute ; en effet le mot hébreu rendu par les mots oj;avov, caelum, env, 
neamh, tous au singulier, est au pluriel. Le rédacteur de la traduction gal- 
loise s'en était aperçu ; aussi a-t-il écrit y nefoedd « les cieux ». M. Le Coat 
Fa également bien vu et de là sa traduction; elle reproduit exactement celle 
de Le Gonidec, mais avec la correction envou pour env: « Dieu créa/t'5 cieux 
et la terre. » Les philologues regretteront dans cette version une inconsé- 
quence. Il est en effet plus exact de rendre par le pluriel envou « les cieux » 
que par env « le ciel » le mot hébreu hashamàim, mais pour être logique il 
faudrait aussi rendre par un pluriel le mot Elohiin, littéralement « les 
dieux ». Quand on est en train de corriger les Septanie et la Vulgate, 
pourquoi s'arrêter ainsi à mi-chemin ? Mais malgré sa prétention de se con- 
former à l'original hébreu, je doute que M. Le Coat fasse droit à cette cri- 
tique plus qu'à celles que lui adressait il y a cinq ans M. Emile Ernault. 

in. 

t 

Dans ï Academy du 15 mars, p. 189, M. H. Krebs se préoccupe de la 
question de savoir s'il n'existe pas dans les langues slaves quelques mots 
d'origine celtique et il signale à l'attention des celtistes qui lisent VAcadsmy 
le sLavon bahvan ou bohvan dont la transcription anglaise serait balvdn. Ce 
mot se rencontre en russe et dans la plupart des dialectes slavoniques, aussi 
bien qu'en lituanien. Sa signification est « bloc de bois ou de pierre, pilier, 
statue, idole » et ce mot viendrait d'un original celtique pcidwan. 

On peut répondre que petdvan n'est pas un mot celtique primitif; c'est 
un composé breton de date récente ; de ses deux éléments, peuî, le premier, 
est identique au hùn palus « poteau » dont l'a long est réguHèrement repré- 
senté par eu en breton. Le second terme est le breton maen, main n pierre ». 
Peiilvan, comme écrit le dictionnaire de Le Gonidec, veut dire « poteau 
de pierre ». Le mot peul « poteau », au p\urïe\ peuliou, existe à l'état isolé 
en breton. Le gMois paivl, poli on est le môme mot. La conclusion, c'est 
que tout rapprochement entre le breton peulvan et le mot slave dont il 
s'agit est caduc. 

IV. 

Dans le fragment de la vie de saint Patrice par M'uirchu découvert à 
Bruxelles par le Père Hogan, on lit que Moneisen, fille d'un roi saxon, était 



Î70 Chronicjue. 

arrivée à la connaissance du vrai Dieu par les seules lumières de la raison : 
« quaerebat namque per naturam totius creaturae factorem, in hoc patriarchae 
Abraham secuta exemplum » '. M. Whitley Stokes 2 croit trouver Forigine 
de cette comparaison avec Abraham dans un passage des Antiquités judaï- 
ques de Flavius Josèphe. On y voit qu'Abraham osa le premier déclarer qu'un 
dieu unique était le créateur de toutes choses ; il concluait l'existence de 
Dieu des faits qui montrent son action sur la terre, sur la mer, sur le soleil 
et sur la lune, et de tous les pliénomcnes qui se produisent dans le ciel 3. 
M. Whitley Stokes conclut que Muirchu avait lu Flavius Josèphe, soit dans 
une traduction, soit dans le texte grec original comme aurait pu le faire 
deux siècles plus tard son compatriote Scot Erigène, le célèbre auteur du 
ïii'A o-ja;w; [jL£>'.a;i.oj 4. L'hypothèse de M. Whitley Stokes peut être con- 
forme à la réalité. Toutefois il serait bon de vérifier si quelque Père de 
l'Eglise, connu par Muirchu, n'aurait pas reproduit la doctrine de Flavius 
Josèphe et si par conséquent l'écrivain irlandais n'aurait pas connu par l'en- 
tremise d'un tiers le texte précité de l'auteur juif. 

V. 

M. Standish O'Grady, dont tout le monde s'accorde à reconnaître la com- 
pétence lorsqu'il s'agit d'irlandais moderne et d'irlandais moyen, a publié 
dans VAcademy du 26 avril, p. 286, sous le titre de Irish Items, un recueil de 
notes critiques sur les Vies de saints irlandais du Livre de Lismore annoncées 
dans notre précédente livraison, p. 241. Certaines de ces critiques paraissent 
quelque peu minutieuses. 

Ainsi, dans la vie de saint Senan, 1. 2226-2228, il est question d'un monstre 
tellement chaud qu'il mettait la mer en ébuUition quand il y entrait : in tan 
no cingedh innte, littéralement: «dans [le] temps [où] il allait en elle ». 
M. Whitley Stokes a traduit comme nous : « Quand il y entrait », « when it 
entered it ». Cette traduction ne vaut rien, dit M. Standish O'Grady: il faut 
dire : « quand il s'avançait dans elle, therein, c'est-à-dire se précipitait à 
travers elle ». 

« Il ne lui avait échappé depuis lors personne qui eût raconté de lui des 
nouvelles » : nech atfessed asccla, « who could tell tidings ofit », « qui pût dire 
des nouvelles de lui », traduit M. Whitley Stokes. Mauvais ! s'écrie M. Stan- 
dish O'Grady : le mot irlandais atfessed ne signifie pas ivho could tell « qui 

1. Analecta Bollandiana, t. L p. 576, 1. 8-9. Whitley Stokes, Tlie tripar- 
tite life of Patrick, p. 497, 1. 2-5. 

2. Academy du 22 mars 1890, p. 207, col. 3. 

3. npoiTo; oùv ToXuà ©côv à~03rîvaaOa'. orjaiOUpyôvTwv ô'Xtovâ'va.. . E'tV.ai^E os 
xaijTa tôt; "t^; yrj; za''. OaAocTTrj; TîxOr'aaa'., loî; x: r.ioi tôv fjXtov xa'i xfjV iî)>r]'vr]v, 
•/.a; ::aat xoî; zax'oùpavov '^'j^^a.ivo-ji'.. Josbphs, Antiquités judaïques, I, 7 ; éd. 
Didot, p. 18, 1. 13-14, 16-19. 

4. Ce traité a été composé en latin malgré son titre. Mais Scot Erigène 
a fait des vers grecs qu'on peut voir chez Migne, Patrologia latina, t. CXXII, 
col. 1225, 1251, 1238-1240. 



Chronicjue. jyi 

pût dire », son sens est en anglais to tell « pour dire », littéralement en 
latin qui narraret. 

Je ne comprends pas bien l'intérêt de cette critique, et M. Whitley Stokes 
{Acadeniy du 3 mai, p. 305), fait observer que dans la traduction proposée 
par M. Standish O Grady pour le premier membre, l'emploi de l'anglais 
therein « dans elle », littéralement « là-dedans » ne rend pas exactement 
l'irlandais innte. Therein correspond au latin in ea, in eo, avec le pronom à 
l'ablatif, tandis que innte veut dire in eam, avec le pronom à l'accusatif (e, 
dans z«n/-e représente un primitif * «an, accusatif singulier féminin). 

Parmi les critiques de M. Standish O'Grady, il y en a certainement de 
plus intéressantes : telles sont par exemple celles qui concernent le membre 
de phrase ni-sn-etfaitis ethra. Il s'agit toujours de ce monstre. M. Whitley 
Stokes rend ainsi : no bouts could catch it : « aucuns bateaux ne pouvaient le 
prendre ». Puis dans ses corrections il ajoute qu'il doit cette traduction à 
M. Standish O'Grady et qu'il la rejette parce que le pluriel d'e//;flr est (;//;aîV, 
non ethra, et qu'il doit s'agir ici d'un mot irlandais d'ailleurs inconnu, 
identique au collectif gallois adar « oiseau », au singulier aderyn. 

M. St. O'Grady conteste l'exactitude de la traduction etfaitis par « could 
catch it », « pourraient le prendre » ; au lieu de catch it « le prendre » il 
faudrait get at it « l'atteindre ». C'est en effet plus exact. Mais M. St. 
O'Grady ne se contente pas de cette rectification et maintient sa traduction 
de ethra par « boats » « bateaux ». La grammaire, dit-il, ne peut pas l'em- 
porter sur le bon sens. Comment voyageaient, se demande-t-il, les pauvres 
gens qui donnèrent la chasse au monstre et qui jamais ne sont venus en 
donner des nouvelles ; était-ce en bateau, pensez-vous, ou à bord d'un 
oiseau ? Mais à cette question spirituelle il y a une réponse. Les deux mem- 
bres de phrase: « aucun oiseau n'aurait pu l'atteindre et « jusqu'à ce jour 
il ne lui a échappé personne qui pût donner de lui des nouvelles », expri- 
ment deux idées indépendantes. Au moyen âge, ethra, dans ce texte, était 
compris avec le sens de « oiseau ». En effet, le manuscrit delà bibliothèque 
Bodléienne qui est coté Laud 610, qui paraît être du xve siècle ', contient 
une copie de la vie de saint Senan à laquelle appartient ce membre de 
phrase, et le mot ethra du manuscrit de Lismore est remplacé dans le ma- 
nuscrit Laud par êna qui signifie incontestablement « oiseaux » -. 

Je me borne à cet échantillon de la discussion érudite entre M. Standish 
O'Grady dans VAcademy du 26 avril et M. Whitley Stokes dans VAcademy 
du 3 mai. Rien n'est plus instructif que cette lutte courtoise entre deux sa- 
vants si compétents, mais dont le point de vue et les procédés scientifiques 
ne sont pas toujours exactement les mêmes. M. Whitley Stokes reconnaît 
du reste le fondement d'une partie des critiques de M. Standish O'Grady et 
il profite de l'occasion pour donner une liste de corrections à son édition 

1 . Gilbert, Facsimiles of national mss. of Ireland, partie III, pi. XLVii ; 
éd. in-8, p. 122. 

2. Dans le ms. de Paris, f» 36 ro, col. 2, 1. 41, le verbe, écrit ni-sn-eit- 
gidis, n'a pas de sujet. 



372 chronique. 

des Vies de saints du livre de Lismore. Un supplément à cette liste de cor- 
rections a été publié par M. Whitley Stokesdans ÏAcademy du lo mai, p. 321. 

VI. 

M. Kuno Meyer a découvert dans le ms. de Thomas Phillipps no 10279 
un exemplaire inconnu jusqu'ici de la Grammaire irlandaise composée au 
moyen âge. Il a publié à ce sujet dans VAcademv du 10 mai, p. 321, une 
notice dent je vais combiner le résultai avec des notes bien insuffisantes que 
j'ai recueillies autrefois, mais qu'un érudit plus jeune que moi pourra utiliser 
en les complétant. 

La grammaire irlandaise composée au moyen âge se divise en quatre 
livres, précédés d'une sorte d'introduction. 

Dans le Livre de Ballymote l'introduction commence, p. 514, col. i,aux 
mots : « Incipit do-na-huraceptaib » et le premier livre se termine p. 321, 
col. I, 1. 46, aux mots: « Finit primus liber «. Dans le Livre de Lecan 
(Royal Irish Academy, 23 .P. 2) l'introduction et le premier livre com- 
mencent au fo 151 t", où on lit : « Incipit auraicept nan-eigeas ». — « Lea- 
bar Cinndfaelad mac Ailella ». Dans le ms. H. 2. 16 du Collège de la 
Trinité de Dublin, l'introduction commence col. 304 aux mots : « Incipit 
eraicept nan-eiges « : le premier livre â la colonne 510; l'auteur et la date 
auxquels ce livre est attribué sont donnés col. 510 : « Cait log acus aimser 
« acus persa acus tucait isgribind ind-uraicept ?. . . Aimser di aimsir Dom- 
« naill meic Aodha, meic Ainm^rec, persa do Cendfaola^i mac A'ûelh. . . » 
L'auteur serait donc Cendfaelad, fils d'Ailill qui vivait sous Domnall, fils 
d'Aedh, fils d'Ainmire, 624-639, suivant la chronologie des Quatre Maîtres. 
Au British Muséum, ms. Egerton, 88, l'introduction commence au f» 62, 
aujourd'hui 65 : « Incipit eraicept nan-eces », et le premier' livre au £■ 64, 
aujourd'hui 63, on y Ht : « Caithe \oc ocus aimser ocus ptrsa. ociis tucait scri- 
« binn in libair sin ? Loc do cedus Doire Luruain, ocus aimsir di aimsir 
« Domttaill, meic Aoda, meic .-Vinmereac; ocw5 pearsa do Cendfaoladh, mac 
« Aik/la ; a tucait scribind, a inqint dermait do bein a cund Cennfaoladh a 
« cath Moige Rath. » Les termes sont à peu près les mêmes que dans le 
Livre d'Aicill (Anctent lazvs of Ireland, t. III, p. 86), où la collaboration de 
Cennfaelad au livre d'Aicill est expliquée par une blessure reçue à la tête 
pendant la bataille de Mag Rath (Moira) 1636, et par une lésion au cer- 
veau, effet de cette blessure. Le livre de Cennfaelad a été évidemment in- 
séré dans le ms. de Thomas Phillips n" 10279; ^^ passage emprunté par 
M. Kuno Meyer au f" 19 a de ce ms., et qui traite des trois genres, est 
exactement transcrit dans leiivre de Ballymote, p. 319 ^, 1 1-5 • L'intro- 
duction doit se trouver aussi dans le ms. Phillips 10279; elle commence 
certainement là où finit le traité de l'Ogam dont le début est signalé par 
M. Kuno Meyer dans le ms. Phillips 10279, au f" i, et se peuthre dans le 
livre de Ballymote, p. 308 b, 1. 44. 

Le livre II attribué à Fercertne est annoncé dans le Livre de Ballymote, 
p. 321 a,\. 46-49; suivant ce texte le livre de Fercertne aurait été composé 



Chronique. J7j 

à Emain Mâcha au temps du roi épique Conchobar Mac Nessa, par consé- 
quent vers le temps de la naissance de J.-C. Il commence dans le même 
ms-, p. 321 ^, 1. I ; dans le Livre de Lecan, au f° 155 v"; dans le ms. 
Egerton 88, au fo 68 h, aujourd'hui 69 h; dans le ms. de T. C. D. coté H. 
2. 16, à la col. 524 ; dans le ms. Phillips 10279, ^^ ^° ^7 ^• 

Le livre III ou livre d'Amergin commence dans le Livre de Lecan au 
fo 157 r". Il est attribué à Amergin Glungeal, personnage imaginaire; 
Amergin aurait été du nombre des premiers Irlandais qui débarquèrent, 
dit-on, dans l'île d'Irlande, environ 1700 ans avant J.-C. suivant la chrono- 
logie des Quatre Maîtres. 

Le livre IV, ou livre de Fenius Farsaid, commenceau fo 70, aujourd'hui 
71, col. 2, 1. 4 du ms. Egerton 88. Ce livre aurait été composé en Asie 
dans la plaine de Senar, au temps où les fils d'Israël sortirent d'Egypte, et 
où les ancêtres des Irlandais habitaient encore l'Asie. 

L'e.xcellent O'Curry, Onthe Manners, t. II, p. 53-54, prend ces dates au 
sérieux, et croit en conséquence qu'il faut ranger les quatre livres dans 
l'ordre inverse de celui qui est traditionnel. Le premier est le seul qu'on 
puisse croire l'œuvre de l'auteur auquel il est attribué, et encore ! 

L'érudit qui prendrait note des premiers mots de chacun de ces livres et 
qui enverrait ce renseignement à la rédaction de la Revue Celtique ferait 
œuvre utile. Je regrette de n'avoir pas pris ces indications dans mon voyage 
aux Iles-Britanniques il y a neuf ans. En connaissant les premiers mots de 
chaque livre, on établirait avec plus de précision la concordance entre les 
mss. où ce traité de grammaire est conservé. 

VII. 

Le ms. 9194 de Thomas Phillips contient, nous apprend M. Kuno Meyer, 
une vie de saint Fechin traduite du latin en irlandais et une homélie irlan- 
daise sur le même personnage. On sait que la fête de saint Fechin se cé- 
lèbre le 20 janvier, et que sa vie latine a été publiée par Colgan, Acta sanc- 
toruin, t. I, p. 130, et par les Bollandistes, janvier, t. II, p. 330. 

Dans le ms. 9195, M. Kuno Meyer a trouvé un fragment d'Annales 
d'Irlande et un exemplaire du Livre des droits, Leabhar na g-ceart dont on 
sait qu'une édition a été donnée par John O'Donovan pour la Celtic Society 
en 1847. 

Le ms. n° 10297, xv« siècle, contient des traités de médecine. 

Le n° 8125 renferme une copie du poème qui commence par le vers Etre 
aird, inis na riogh ! « Noble Irlande ! Ile des rois ! » qui se trouve aussi dans 
le Livre de Leinster, p. 127, dans le Livre de Lecan, fo 303, et dans le 
Livre de Ballymote, p. 45 b. L'auteur en est Gilla Coemain mort en 1072. 

Vin. 

Dans le même numéro de VAcademy, M. Kuno Meyer annonce une inté- 
ressante découverte qu'il a faite à Oxford dans le ms. Rawlinson B. 512 de 



374 Chroniijue. 

la Bibliothèque Bodléicnne, xive-xv siècles. M. Whitley Stokes a donné 
dans The tripartite Life of Patrick, p. xiv-xlv, une table détaillée de ce 
ms., et il y mentionne (p. xxi) un traité sur le psautier, fos4')-47. M. Kuno 
Meyer y a remarqué, f" 47 a i et /' i , deux exemples de la particule didu 
« donc » écrite en toutes lettres. On sait qu'elle est ordinairement notée di 
plus un signe abréviatif, lu par les uns n, par d'autres m, et enfin no. Cette 
particule est identique à celle qui, au ix' siècle, était écrite cinq fois didiii 
et une fois didu dans le ms. de Wurzbourg (Grammatica celtica, 2" édition, 
p. 713-714) comme l'a fait observer M. Thurneysen. Il est intéressant de 
trouver la leçon didu cinq ou six siècles plus tard. 

IX. 

J'ai raconté dans le t. IX de la Revue Celtique, p. 290-291, la publication 
du ms. de Bruxelles dit de Salamanque, qui contient un recueil de vies de 
saints d'Irlande. Dans ce passage de la Revue Celtique, on a vu le titre du 
volume, annoncé au prix de 90 francs. Grâce à l'obligeance du père De 
Smedt, l'un des éditeurs, j'ai pu m'en procurer un exemplaire pour un prix 
très modéré, et je suis en mesure de donner la liste des saints dont la vie s'y 
trouve contenue. Je marque d'une astérisque les vies inédites jusque-là. 

Abbanus, voye:{ Albanus col. 505 

Aidanus, alias Moedoc, episcopus Fernensis (3 1 janvier), 465 

Aldus, episcopus Killarensis (10 nov.), 333 

*Ailbeus, episcopus Imlacensis (12 sept.), 235 

Albanus seu Abbanus, abbas Maghurnuidensis (16 mars), 505 

Baithenus, abbas Hiensis C9 juin), 871 

* Brandanus, abbas Clonfertensis (16 mai), deux vies et un fragment, 

113, 7S9. 945 

Brigida, abbatissa Kildarensis (l février), manque le commencement, i 

*Cainecus, abbas Aghaboensis (i i oct.) 361 

Carthacus, alias Mochuda, episcopus Lismorensis (14 mai), 779 

Catharina Ale.xandritia, 681 

*Cieranus, abbas Cluanensis (9 sept.), 155 

Cieranus, episcopus Saigirensis (5 mars), 805 

*Coemgenus, abbas Glendalochensis (3 juin), 83$ 

*Colmanus Eala, vulgo Colrnanellus, abbas Lann-Ealensis (26 sept.), 415 

Colmanus, alias Mocholmog, episcopus Drumorensis (7 juin), 827 

Columba Cille, abbas Hiensis (9 juin), fragment, 221 

*Columba de Tirdaglas (13 décembre), 445 

*Comgallus, abbas Benchorensis (10 mai), 773 

Cronanus, abbas Roscreensis (28 avril), 541 

Cuannatheus, abbas Lismorensis (4 février), 931 

Dagaeus, abbas Iniskinensis (18 août), 891 

Dairchellus, voye:;^ Moling, 819 

Darerca seu Moninna, abbatissa (6 juillet), 165 



Chronicjue. 375 

Eugenius, episcopus Ardstratensis (23 août), 915 

* Finanus, abbas Kinnitiensis (7 avril), 305 

Finnianus, abbas et episcopus Clonardensis (12 déc), ' 189 

Fintîtius, abbas Clonenaghensis (17 février), 289 

Fintanus, abbas Dunlucensis (3 janvier), 225 

Fintanus, alias Munna, abbas Achadliacensis (21 oct.), 393 

*Flannanus, episcopus Killaloensis ("18 décembre), 643 

Furseus, abbas (16 janvier), 77 

*Laisrianus, alias Molassius, abbas et episcopus Lethglinnensis (18 av.), 791 

*Laurentius, episcopus Dublinensis (14 novembre), 641 

*Lugidus, alias Molua, abbas Clonfertmoluensis (4 août), deux vies, la 

seconde inédite, 261, 879 

Maccarthinus, episcopus Clochorensis (15 août), sans commencement, 799 

Macnissus, episcopus Connerensis (3 sept.), 925 

Malachias, episcopus Ardmachanus (3 nov.), 551 

Mocholmog, voyez Colmanus, 827 

Mochuda, voyei Carthacus, 779 

*Mochulleus, episcopus (12 juin) fragment, 939 

Moedoc, voye^ Aidanus, 463 

Molassius, voye^ Lasrianus, 791 

Moling, alias Dairchellus, episcopus ("17 juin), 819 

Molua, voyei Lugidus, 261, 879 

Moninna, voyez Darerca, 165 

Munna, voye^ Fintanus, 393 

Rodanus, abbas Lothrensis (1$ avril), 319 

Senanus, abbas Iniscathensis (8 mars) 735 

Tigernacus, episcopus Clonesensis (4 avril), 211 

Enfin le ms. de Salamanque contient la curieuse pièce que MM. Arthur 
West Haddan et William Stubbs ont publié dans leurs Coiincils and ecdesias- 
tical docunienls relating io Great Brilain and Ireland, vol. II, part. 11, p. 292- 
294, sous le titre de [Catalogue of irish Saints] et qu'ils datent du milieu du 
viir siècle. On la trouve ici, aux col. 161 -164, sous ce titre : De tribus 
ordinibus sandorum Hiberniae. 



X. 

M. A. de Barthélémy, dont la collaboration à la Revue Celtique est si 
justement appréciée de nos lecteurs, vient de publier à la librairie Roretune 
nouvelle édition de son Manuel de numismatique ancienne. Cette édition, 
mise au courant, a comme la première le mérite de réunir, dans l'espace le 
plus resserré possible, les notions fondamentales d'une science dont la bi- 
bliographie complète est aujourd'hui si considérable. C'estun volume in- 16 
qui n'a pas 500 pages. L'atlas qui y est joint ne comprend que douze plan- 
ches et ne dépasse guère les dimensions ordinaires d'un in-8. On trouve, 
p. 103-129 du Manuel, une étude sur les monnaies celtiques de Gaule, de 



^76 Chronique. 

Bretagne et de Germanie. La liste des noms inscrits sur ces monnaies 
occupe les pages 11 6- 129. Ce livre est appelé à rendre de grands services, 
soit aux débutants, soit aux savants et aux amateurs qui ne font pas de la 
numismatique leur occupation spéciale. 

XI. 

M. Robert Atkinson, dont nous annoncions il y a deux ans (t. IX, p. 127) 
une volumineuse et instructive publication des homélies en irlandais moyen 
d'après un manuscrit du xiv^ siècle, vient de publier un texte irlandais du 
xviie siècle : « Les trois aiguillons de la mort », Tri bior-gaoithe an bhiis, 
de Geoffroy Keating, plus connu comme auteur d'une histoire d'Ir- 
lande. M. A. donne: le texte irlandais, p. 1-298, un — très utile — voca- 
bulaire, p. 299-455; une table des auteurs cités, p. 454-455 ; un index des 
passages de la Bible, p. 456-462; le volume se termine par un appendice 
qui traite du verbe dans la langue de Keating, p. i-xxxii. Cette publication 
est précédée d'une préface dont voici la traduction : « En présentant cet ou- 
« vrage au public, je cherche à mettre à exécution le projet annoncé dans 
« mon mémoire sur la lexicographie irlandaise, p. 34, qui a été une de 
« mes leçons de la fondation Todd. On doit commencer l'étude de l'irlan- 
« dais par les portions les plus faciles, et ce sont indubitablement les por- 
« tions ecclésiastiques. C'est une grande erreur, suivant moi, que font 
« souvent ceux qui étudient l'irlandais, quand ils négligent cette base indis- 
« pensable, ce moyen d'acquérir avec les idiotismes celtiques la familiarité 
« nécessaire, et quand ils se hâtent de chercher la solution difficile et peut- 
« être impossible des problèmes que nous offrent les débris de la littérature 
« celtique. Les textes que j'ai publiés d'après le Leabhar Breac et le texte édité 
« dans le présent volume contiennent certainement une très grande partie 
« de ceux des mots irlandais dont on connaît le sens avec certitude. Mais, 
« outre le vocabulaire, ces textes montrent avec une grande variété la réelle 
« structure du langage. Une connaissance complète de ces pages pré- 
« servera l'étudiant de beaucoup de bévues dans l'analyse de textes plus 
« difficiles. 

« Il y a dans ce livre à peine une ligne dont un Irlandais parlant sa 
« langue nationale ne saisira pas du premier coup la signification. Il est 
« écrit en véritable irlandais, sans contamination de phrases anglaises. 
« L'auteur est un maître dans la langue irlandaise quand cette langue était 
« encore une puissance. Je recommande vivement l'étude de Keating au 
« jeune étudiant qui cherche à pénétrer les secrets de la parole irlandaise. 
« La langue irlandaise n'a pas de formes dont l'étudiant ne trouvera pas un 
« modèle dans cet ouvrage » . 

Les observations du savant auteur sont fort justes. La route qu'il conseille 
de suivre est certainement la plus sûre. Seulement elle a le grand défaut 
d'off'rir peu d'attraits ; les textes épiques irlandais ont une originalité qui 
manque aux textes ecclésiastiques, ceux-ci expriment des idées empruntées 
à la littérature latine, ou qui y ont depuis longtemps pénétré. 



Chronique. ;^j 



XII. 

Nous avons annoncé dans notre précédente chronique, p. 239, la publi- 
cation dans la Scottish Reviezv de leçons de M. John Rhys sur l'ethnologie 
primitive des Iles-Britanniques. La première de ces leçons a paru dans le 
numéro d'avril, p. 235-232. Le savant auteur montre dans ces quelques 
pages le remarquable talent d'exposition qui distingue tous ses écrits. Il se- 
rait difficile de faire mieux comprendre à un lecteur l'histoire du p gallois 
et breton. Il y a toutefois un point sur lequel il m'est impossible de partager 
sa doctrine. D'après lui les Celtae, qui suivant César habitaient entre la 
Seine et la Garonne, et les Celtes d'Espagne appartenaient au même groupe 
que les Irlandais et n'avaient pas transformé le ^ en ^ comme les Belges et 
les Bretons. Cette thèse s'appuie sur deux faits : 1° l'existence en Espagne 
sous l'empire romain d'une ville appelée Equahona, 2° le nom de la 
Seine, Sequana; mais Equabona est un composé dont le premier terme est 
latin comme Julio-bona, Augiisto-bona ; Sequana est un terme préceltique 
comme la plupart des noms de rivière de la Gaule. Les Celtes de Gaule 
comme ceux d'Espagne connaissaient le p^zq. Des noms de peuples comme 
Pelendones, Parisii, Petriicorii, Picli, et des noms d'hommes dont il serait 
facile de dresser la liste, l'établissent péremptoirement. 

XIII. 

La revue Y Cymmrodor, the magazine of the honourable society oi Cym- 
mrodorion for 1889, contient des articles intéressants. Le premier est de 
M. Gaidoz. Il a pour objet l'usage antique de rançons consistant en métal 
précieux dont le poids est égal à celui de la personne rachetée. Cet usage a 
existé en Allemagne suivant Grimm '. Dans l'Inde, suivant une communi- 
cation de M. Barth à M. Gaidoz, ofTrir aux dieux son poids était un acte de 
piété dont la pratique est constatée par plusieurs textes. Le roi Cairpre Cend- 
caitt offrit de racheter son fils qu'il avait fait jeter à la mer et qui avait été 
sauvé ; il aurait donné le poids de l'enfant en argent, plus le tiers du même 
poids en or 2. 

On trouve en Bretagne des traces d'une idée analogue. Ainsi, le duc Sa- 
lomon, ayant fait vœu d'aller en pèlerinage à Rome, envoya à sa place une 
statue d'or aussi haute et aussi grosse que lui. Mais il n'est pas dit qu'elle 
eût son poids 3. On peut rapprocher de l'idée qui a inspiré ce procédé 



1 . Rechts AUerthûmer , 2^ éd., p. 675. Grimm prétend retrouver cet usage 
dans l'Iliade, XXII, 351; mais il n'est pas démontré que ce vers ait le sens 
spécial que le savant allemand lui attribue-, il se rétè:e à une rançon quel- 
conque. 

2. Ro-beraind a-chomthrom de argut dar-a-chend, ocusro-pad trian de 
or. Livre de Leinsier, p. 126, 1. 40-41. 

3. Dom Morice, Preuves de l'histoire de Bretagne, t. I, col. 302-305. 

Revue Celtique, XI. 2 5 



37^ Chronique. 

celle à laquelle recourent deux couples bretons pour avoir des enfants. Dans 
la vie de saint Samson un mari donne à Dieu un bâton d'argent aussi haut 
que sa femme '. Dans la Vie de saint Brieuc, une mère fait faire trois ba- 
guettes, deux d'argent pour elle et pour son mari, la troisième d'or pour 
son fils; elle donne tout de suite les deux premières ; elle donnera la troi- 
sième après la naissance de Fenfant 2. A côté de ces faits, M. Gaidoz, avec 
raison, place un passage du Mahinogi de Branwen, fille de Lyr (traduction 
Guest, t. III, p. 109 ; traduction de Loth, t. I, p. 75-74. Le texte 
gallois a été imprimé dans l'édition de Lady Guest, t. III, p. 86, 1. 14-16, 
et dans l'édition de John Rhys et Gwenogfryn Evans, p. 30, 1. 11-14). Les 
chevaux de Matholwch avaient été mutilés. On lui proposa de lui rendre 
l'équivalent, plus, comme réparation de l'insulte qu'il avait subie, des verbes 
d'argent aussi épaisses et aussi longues que lui et un plat d'or aussi large 
que son visage. Mais de poids il n'est pas question. 

On remarquera aussi dans ce numéro du Cymmrodor une étude de 
M. Sayce sur la légende du roiBIadud, fondateur de Bath (p. 207-221). Ce 
personnage a été connu de Geoffroy de Monmouth. 

XIV. 

M. Max Bonnet, chargé de cours à la Faculté des Lettres de Montpellier, 
vient de faire paraître à la librairie Hachette une thèse de doctorat intitulée : 
Le latin de Grégoire de Tours. C'est un volume gr. in-8 de 787 pages. L'au- 
teur paraît avoir traité son sujet avec soin et d'une façon aussi approfondie 
que détaillée. Quelques-unes des questions dont il s'occupe peuvent avoir 
un intérêt au point de vue celtique. C'est ainsi qu'il donne (p. 226) une no- 
menclature des mots celtiques contenus dans Grégoire. Ailleurs M. Bonnet 
revient sur une question traitée dans le tome I de la Revue Celtique, p. 320 
et suiv., sous ce titre: « Influence de la déclinaison gauloise sur la décli- 
naison latine dans les documents latins de l'époque mérovingienne « ?. 

Certaines différences entre la déclinaison latine classique et la déclinaison 
celtique tiennent à une loi phonétique qui voulait que dans le celtique pri- 
mitif, l'ô indoeuropéen, à la syllabe finale, fût prononcé ;/. C'est en vertu 
de cette loi que nous trouvons en irlandais: biur « je porte », pour *beru, 
indoeuropéen bherô; cà « chien », pour un indo-européen *cvô ; toimtiu 
« pensée », rr: *do-rnntiô dont le second terme est identique au latin mentiû; 
fiur =: *t7rî/ identique au datif latm virU ■\. Voilà pourquoi les inscrip- 



1. Analecta Bollandiana, t. VI, p. 84. 

2. Ibid., t. II, p. 164. 

5 . La doctrine soutenue dans cet article a été exposée d'une façon plus 
détaillée dans une brochure intitulée : La déclinaison latine en Gaule à l'épo- 
que mérovingienne dont on trouvera une critique par M. Schuchardt dans la 
Zeitschrift de Kuhn, t. XXII, p. 153-167. 

4. Bered « qu'il porte » = W;cre/ô[i] =: t^rêffl qui n'avait pas changé son 
d en M parce que cet ô n'était pas primitivement final; comparez Vd de dedâ 



Chronique. 379 

tions gauloises nous fournissent le nominatif Frontu =: FrontU et le datif 
Alisanu =1 Alisanô. Cette loi des finales celtiques concorde avec une loi pho- 
nétique du latin vulgaire que M. Horning dans sa Grammaire de V ancien jran- 
çais, § 70, formule ainsi : « fermé du latin vulgaire répond au latin clas- 
sique ô et u ». Seulement cette loi de la latinité vulgaire est générale et ne 
s'applique pas seulement aux syllabes finales. De là chez M. Max Bonnet, 
p. 126, l'observation que chez Grégoire de Tours ô est rendu par u très 
souvent dans les syllabes ouvertes de toute position et dans les finales fer- 
mées. 



XV. 

Le journal de la Société royale des antiquaires d'Irlande, 5« série, vol. I, 
p. 31-35, contient sous le titre de CeJ tic remains in England un intéressant 
article de M. John L. Robinson sur l'influence exercée par l'art irlandais sur 
la sculpture en Grande-Bretagne pendant la période anglo saxonne ; on y 
trouve jointes des planches représentant des croix sculptées, les unes d'Ir- 
lande, les autres de Grande-Bretagne. Aux pages 83-85, on lit une note 
sur une habitation lacustre récemment découverte en Ecosse à Locha- 
vullin près Oban, comté d'Argyll ; M. Cochran-Patrick se pose à ce sujet 
la question de savoir quelle est la population qui a occupé les habitations 
lacustres de l'Ecosse, et il cite à ce propos un passage du livre de Monro, 
Scottish laJce-dwelUngs (p. 287), où il est constaté que dans les habitations 
lacustres du sud-ouest de l'Ecosse on a trouvé des objets romains; de là il 
résulte que ces habitations ont été occupées postérieurement à la conquête 
romaine. 

XVI. 

Les numéros 25 et 26 de V Archaeologia cainhrensis, 5^ série, rendent 
compte d'une excursion archéologique faite dans la Bretagne continentale au 
mois d'août dernier. Cette excursion a duré dix jours et s'est terminée le 
vendredi 23 août. Le 22, les membres du congrès ont fait visite à M. Renan, 
à Ros-Mapamon, près de Perros-Guirec (Côtes-du-Nord). M. Rhys a pré- 
senté ses confrères à M. Renan. Celui-ci leur a adressé un discours qui 
occupe un peu plus de deux pages de ce journal et, après un thé, quelques 
mots d'adieu ont été adressés à M. Renan par M. l'archidiacre Thomas. 

XVII. 

Dans le tome XXXI de la Zeitschrift fur vcrglcichcndcn Spracbforschnng, 
premier cahier, p. 62-102, notre savant collaborateur M. R. Thurnevsen 
revient sur l'étude des formes verbales sigmatiques en irlandais. Il s'en était 
occupé déjà dans la même revue, t. XXVII, p. 174, où il dit que le grec 

(ci-dessus p. 50) =r dedôe. L't final du datif était tombé quand Vo précédent, 
devenu final, s'est changé en m. 



380 Chroiquc. 

axcî?£(v) vient de l'injonctif *steigh-s-t identique à té dans l'irlandais for- 
don-te; et, tome XXVIII, p. 151-153, oîi il cherche à expliquer les prétérits 
irlandais ro-Jctar, « je sais » ; ni-arlasair, « il n'adressa pas la parole >> ; 
siassair, « il s'assit ». Ce sujet a été de nouveau traité par M. Zimmerdans 
la même revue, t. XXX, p. 112 et suiv., où le savant auteur tire un parti 
considérable de l'injonctif sanscrit (Whitney, Indische Grammatik, trad. 
Zimmer, p. 508,5 892) ; on trouve dans ce travail de M. Zimmer, à côté de 
vues qui font honneur à sa perspicacité, un certain nombre de doctrines 
aventurées. M. Thurneysen, critiqué par lui, le critique à son tour dans l'ar- 
ticle que nous signalons; il conteste, par exemple, avec raison, pourra-t-il 
sembler, la doctrine suivant laquelle les verbes henim et gonim seraient des 
représentants d'une seule et unique racine GHVEN. Je me bornerai à cet 
exemple : résumer les doctrines exposées par M. Zimmer dans l'article précité 
et celles que lui oppose M. Thurneysen demanderait un espace dont je ne 
puis disposer ici. 

XVIII. 

Le premier volume des Inscriptions romaines de Bordeaux, de M. Jullian, 
aparueni887; on en a rendu compte dans le tome VIII, p. 180-185, de la 
Revue celtiqice. Le second volume qui termine ce bel ouvrage vient de 
paraître, in-quarto comme le précédent et plus gros. Le premier avait 
627 pages, le second en a 714. Il comprend : i" les inscriptions chré- 
tiennes ; 2° une étude sur la géographie ancienne du département de la 
Gironde, et les inscriptions qui y ont été trouvées hors de Bordeaux ; 3° la 
critique des inscriptions fausses et un recueil des inscriptions qui existent 
dans le département de la Gironde, mais n'en proviennent point; ce sont 
les quatrième, cinquième et sixième parties de l'ouvrage ; la septième partie, 
intitulée : Histoire et examen des inscriptions romaines de Bordeaux, nous 
fait connaître comment ont été découvertes et conservées ces inscriptions, leur 
paléographie, leur langue, leur rédaction, ce qu'elles nous apprennent sur 
l'histoire de Bordeaux. Suivent un supplément et des index. 

Ce volume est destiné, comme le précédent, à rendre de grands services. 
Toutefois on ne s'étonnera pas si un nombre de pages aussi considérable 
contient quelques assertions qui prêtent à la critique. Suivant l'auteur, 
le nom de Burdigala est ibérique (p. 524); soit, mais que dire de Bitu- 
riges ? Bituriges est celtique ; son premier terme, Intu-, se trouve dans le nom 
du chef gaulois 5//i»7«5 et, ajoute M. Jullian (p. 528), « Zeuss compare ce 
« radical à l'irlandais /'///;, à l'ancien gallois /'//, qu'il traduit par mundus 
« propre ». Tous les celtistes savent que mundus est ici un substantif dont 
la traduction est « monde » en français. M. Jullian donne, aux pages 489- 
495, un recueil de noms gaulois qu'il aurait dû classer par ordre alphabé- 
tique au lieu de vouloir les ranger systématiquement d'après des théories 
nouvelles et imprévues. Ainsi, Biturix serait dérivé d'une racine bit au 
moyen du suffixe iirix (p. 492-494). Deux noms fort intéressants, Atioxtus, 
Atioxta, composés du préfixe (/// ou at''. et du thème octo- qui se retrouve 



Chronique. j8l 

dans Octo-durus ' , Martigny-en-Valais, sont classés dans les dérivés en 
itus et ita et dans les dérivés en -oxitus. M. Jullian n'a pas su reconnaître le 
préfixe ate- dans Ate-vritus ni dans Ate-vrita, dont il donrie une mauvaise 
lecture : Atturita (t. I, p. 286, t. II, p. 493, 672); cf. l'inscription céra- 
mique de Bavai: Vritu Escingos (Bulletin épigraphique, t. I, p. 85). Je persiste 
à croire avec Fôrsteniann, Personennamen, col. 196-199, que le nom du 
monétaire Betto est d'origine germanique, et à considérer comme sans 
valeur les arguments que m'oppose M. Jullian (p. 79). Pour le nom du 
monétaire Seggelenus, la même origine est aussi la plus vraisemblable 
(Fôrstemann, ihid., col. 1085-1102). En général, M. Jullian est plutôt 
épigraphiste et historien que linguiste ; ses idées en fait de phonétique et de 
dérivation manquent de précision et, en cette matière, la rigueur fait défaut 
à ses raisonnements. 

XIX. 

La Revue générale du droit, de la législation et de la jurisprudence en France 
t à l'étranger, qui paraît chez Ernest Thorin, 7, rue Médicis, à Paris, a 
publié dans sa quatorzième année, deuxième livraison, mars-avril 1890, un 
article intitulé : Résumé du cours de droit irlandais, professé au collège de 
France pendant le second semestre de l'année 1887- 1888 et pendant le 
premier semestre de l'année 1888- 1889. 

XX. 

Le même libraire vient d'éditer un volume in-8, intitulé : Recherches 
sur l'origine de la propriété foncière et des noms de lieux habités en France, 
XXXii-703 pages. Les lecteurs de la Revue celtique reconnaîtront dans ce 
volume un certain nombre de doctrines qu'ils connaissent déjà et même 
certains lapsus calami qu'ils ont pu remarquer. Ainsi, à la page 135, comme 
dans la Revue celtique, t. VIII, p. m, Virgile est dit originaire de Padoue, 
malgré la correction Mantoue au même tome de la Revue celtique, p. 404. 

Pendant le cours de l'impression de ce long travail, les idées de l'auteur 
se sont modifiées sur plusieurs points. Le nombre des noms de lieux qui 
doivent être exphqués par des noms d'homme est, dans son opinion actuelle, 
beaucoup plus considérable qu'il ne le croyait d'abord. Ainsi, ce serait à 
tort que dans la Revue celtique, t. VIII, p. 124, on aurait traduit Ahallo 
« Avallon » par « La Pommeraie », Derventio par « La Chesnaie » , Gohanniuni 
par « La Forge », et qu'on aurait admis avec Pline qu' Eporedia, Ivrée, serait 
« la ville des bons dompteurs de chevaux ». Aballo est beaucoup plutôt la 
villa d'Aballus; comparez le nom de potier Abalus (Trion, p. 341). Derventio 
est la villa de Derventius, Derventio a été formé comme Paternio, nom 
d'un fundus de l'abbaye de Farfa, près de Rome, dans un diplôme de l'em- 
pereur Lothaire en 840 (Giorgi e Balzani, // regesto di Farfa, t. II, p. 234); 
Paternio dérive du gentilice Paternius et Derventio du gentilice * Derventius. 

I. De bello gallico, livre III, c. i. 

Revue Celtique, XI. 2$. 



382 Chronique. 

Gohanniuvi est un nom d'homme employé comme nom de lieu ; c'est une 
manière abrégée de dire Gohannio-magus ou Gobannio-diinum. Eporedia 
signifie « château ou propriété d'Eporedios » et tient lieu d'un plus long 
Eporedio-briga, ou Eporedio-hoiia. 

Cependant les doctrines énoncées aux passages précités de la Revue celtique 
se retrouvent dans les Recherches, p. 193 ; c'est seulement à la page 681 
qu'elles ont été rectifiées. Dans un ouvrage qui contient autant de détails, 
il y en aura certainement beaucoup à corriger. C'est ainsi que mon savant 
ami, M. Gaston Paris, m'a déjà fait observer que le nom de lieu écrit Ceped 
ou Cepido, dans les documents du moyen âge (p. 620) et qui, dans les 
notations modernes, conserve son p, a eu un /> double à l'origine et vient 
donc non de cepa, « oignon », mais de cippus, « pieu ». 

XXI. 

Le premier volume non encore terminé du Grundriss der gervmnhchen 
Philologie, publié par M. Hermann Paul, professeur de langue et de littéra- 
ture allemande à l'université de Fribourg en Brisgau, contient, pages 300 
et suivantes, un très intéressant mémoire sur l'histoire la plus ancienne des 
dialectes germaniques. Il a été écrit par M. Friedrich Kluge, auteur d'un 
excellent dictionnaire étymologique de la langue allemande qui est arrivé, 
l'année dernière, à sa quatrième édition. On y trouve, p. 302-305, un 
résumé substantiel, mais peut-être un peu concis, des doctrines reçues 
quant à la parenté du vocabulaire germanique et du vocabulaire celtique. 
M. Kluge s'est beaucoup servi, et avec raison, du savant mémoire que 
M. Thurneysen a intitulé : Keltoromanisches . 

J'ai trop étudié ces matières pour ne pas me trouver, sur quelques points, 
en désaccord avec le savant auteur. 

Comme exemple d'emprunt préhistorique fait par le germanique au cel- 
tique, M. Kluge cite le nom cimbre Mallorix (p. 303). Il faut, je crois, lire 
Boiorix ' . Mallorix ou Malorix est un roi des Frisons nommé deux fois par 
Tacite 2, en parlant des événements de l'année 59 après notre ère, et il est 
difficile d'appeler cette date préhistorique; tandis que, lorsqu'il s'agit des 
Germains, la bataille des Caiiipi Raudii, où périt le brave roi Boiorix ), 
ICI av. J.-C, peut être considérée comme remontant à la préhistoire. 

Il serait peut-être possible d'ajouter quelques mots à la liste que donne- 
M. Kluge. Ainsi le gothique vairths « valeur, prix », est identique au 
vieux-breton w^r/ « valeur, prix », dans le composé enep-wert « prix de 
l'honneur », aujourd'hui en gallois gwerth « valeur » et « vente », en breton 
gwer'^ « vente », 

Le verbe irlandais air-liciin « je prête » zz: * are-lenqucuii, donne à la 

1. Florus, III, 3, 18 (I, 37); Plutarque, Marins, 25. 

2. Annales, XIII, 54, éd. Teubner-Halm, t. I, p. 280, 1. 5, 10 et 
variantes en note. 

3. Mommsen, Rômische Geschichte, 6^ éd., t. II, p. 185. 



■ Chronique. 585 

racine LiNau, leiclu, une valeur juridiq.ue qu'on retrouve dans l'allemand 
leihen et dans l'anglais loan (Cf. Kluge, Etymologisches Worterlntch, 40 éd., 
p. 207, 208). 

Le vieil irlandais fiach « dette » zz: vêco-s paraît identique à l'allemand 
weih -zz * v%as « sacré » (Kluge, ibid., p. 379). Les deux remontent à un 
primitif * veihos. La confusion des deux idées est la conséquence des céré- 
monies religieuses qui accompagnaient originairement les contrats. 

L'allemand Erhe est identique au vieil-irlandais orpe « hereditas » zzi 
*arbio-n, comparez no-m-erpbinii « confido « et coni-arpi « coheredes ». 
Erle, orpe expriment l'idée d'acquisition de propriété. Leur sens est le 
contraire de celui du latin orbus et du grec opaavo; qui expriment l'idée de 
privation. Du rapprochement d'orpe « héritage » avec no-m-erpimm « je 
me confie » on est fondé à conclure que le droit celtique le plus ancien con- 
naissait, comme le droit romain, l'hérédité testamentaire ; cette doctrine 
s'accorde avec ce qu'on sait de la puissance paternelle dans le droit irlandais 
du moyen âge comme chez les Celtes continentaux dans l'antiquité. 

Je me borne à ces quelques exemples, comptant traiter ailleurs la ques- 
tion plus à fond. 

XXIL 

Le Catalogue des monnaies gauloises de la Bibliothèque nationale, rédigé par 
Ernest Muret et publié parles soins de M. A. Chabouillet, conservateur du 
département des médailles et antiques, vient de paraître à la librairie Pion. 
Il est daté de 1889 ; mais cette année était finie quand il m'est arrivé entre 
les mains. C'est un volume in-4 de xxvii-327 pages: d'abord la préface 
aussi savante que sceptique et aussi sceptique que savante de M. Cha- 
bouillet; ensuite le catalogue qui contient 10,413 numéros. Le volume se 
termine par deux tables, l'une des matières, l'autre des légendes ; elles ont 
été rédigées après la mort de M. Muret par M. Henri Delatour, sous- 
bibliothécaire au département des médailles. On regrettera que M. Muret 
soit mort sans avoir rédigé la préface qui nous aurait donné son plan et la 
justification du système de classement qu'il a adopté. 

XXIIL 

Nous recevons le numéro II du Folklore, publié par la librairie David 
Nutt. L'article le plus important pour nous est celui que M. Alfred Nutt a 
publié sous ce titre : Celtic Myth and Saga. M. Nutt résume en 26 pages 
(234-260), avec sa compétence accoutumée, le résultat des études faites 
depuis dix-huit mois sur ce sujet en Allemagne, en Angleterre et en 
Francce. Signalons aussi, p. 197, un mémoire de M. G. L. Gomme sur un 
conte populaire irlandais recueilli par feu J.-F. Campbell. 

XXIV. 

La cinquième et dernière partie du recueil intitulé : Morphologische Unter- 



j84 Chronique. 

stichungen auf dem Gebiete der indogermanischen Sprachen « Recherches mor- 
phologiques dans le domaine des langues indo-européennes )),parMM. H. Os- 
thoff et Karl Brugmann, vient de paraître à la librairie Hirzel, à Leipzig. On 
y trouve des index des mots, l'index celtique occupe trois pages (233-236). 
Il facilitera les recherches des gens pressés. Le premier et le dernier article 
sont de M. Brugmann ; ils ont pour sujet les noms de nombre qui expri- 
ment les dizaines et les centaines dans les langues indo-européennes, les 
noms de nombre néo-celtiques y sont souvent cités et on y rencontre plu- 
sieurs fois, accompagné d'éloges mérités, le nom de notre savant collabo- 
rateur M. Thurneysen '. Le second et le troisième article sont dus à M. Os- 
thoff; ils concernent les groupes 5/- et mr ; des questions celtiques y sont 
fréquemment traitées. Le gaulois /f/rw- « quatre », en composition devant 
une consonne, paraît être une notation de * qetur avec u consonne et r 
voyelle longue (p. 77), comparez le latin quadru- (p. 29-30) 2. 

La préface est de M. Osthoff. Elle jette un jour nouveau sur un certain 
nombre de mots, en établissant qu'à côté des notations déjà connues d'?«, 
n, r, 1, voyelles, en latin et en celtique, il y a des notations ina, na, ra, la, 
d'où cette conséquence pour le latin que magnus « grand » =z mg-nô-s 
avec l'accent sur no, de la même racine que [i-s'y-a-; avec accent sur la racine; 
qu'en irlandais : fraig « mur » = vrg-é[t]s, vient d'une racine verg, qu'on 
retrouve dans àepyvufxi « j'enferme « ; frass, pluie = vrs-ta d'une racine 
VERS, attestée par le grec iip'^ri; fiaith « puissance » ::=.vl-ti-s de la racine 
VEL « vouloir ». On pourrait ajouter traig « pied » rz trg-e\t]-s, d'une 
racine tergh « courir » avec métathèse tregh dans xpe/w. 

XXV. 

Le travail du Père E. Hogan, annoncé dans la précédente livraison, vient 
enfin de paraître 5. Il contient le Liber angueli, dont une première édition 
a déjà été publiée par le même auteur, en 1886, dans la Revue intitulée : 
The Eccksiastical Record, 3e série, volume Vil, p. 846-853. Viennent ensuite 
des extraits de la « confession » de saint Patrice et de la lettre à Coroticus ; ce 



1. Il s'agit de deux mémoires de M. Thurneysen dans la Zeltschrift de 
Kuhn, l'un sur tn, du, en en latin (t. XXVI, p. 301-314), M. Thurneysen 
y étudie les noms de nombre 20-90 ; l'autre est sur le i vocalique en indo- 
germanique (t. XXX, p. 351-353), M. Thurneysen y étudie le grec yilioi. 

2. Petru-eorii, nom antique de Périgueux attesté par deux inscriptions, 
paraît signifier « les quatre troupes » ; coril est le pluriel d'un substantif gau- 
lois qui est en irlandais cuire, mot connu d'O'Davoren, d'0'Cléry,d'0'Brien 
et d'O'Reilly, et dont M. Whitley Stokes a signalé deux exemples dans le 
Saltair na rann. Le nom des Tri-corii, dans la vallée du Drac, au sud de 
Grenoble (Isère), semble vouloir dire « les trois troupes ». On sait que 
les Helvetii, au temps de César, étaient divisés en quatre pagi {De hellogal- 
lico, I, 12, 4). 

3. Il est intitulé : Documenta de S. Patricia Hibernorum apostolo ex libro 
Armachano, pars secunda. Dublin, chez Hodges, Figgis and Co. 



Chronique. 585 

sont les passages qui présentent un intérêt historique. Suit un index chrono- 
logicus conforme aux données légendaires: cent vingt ans de vie, voyage à 
Rome. Ce qu'il y a de plus important dans cette brochure au point de vue 
des études linguistiques vient après ; ce sont les Glossae et notae hihernicae 
codicis Arniachani et ['index et glossarium hihernicuni. Ce glossaire comprend 
tous les mots contenus non seulement dans la seconde partie de l'ouvrage, 
mais dans la première, c'est-à-dire dans la Vk que nous devons à Muirchu 
et dans les notes de Tirechan. On y trouve des mots et des formes qui 
n'ont pas été signalés jusqu'ici. Tels sont dalire « curialis », dérivé de dâl 
« assemblée », delhich « -formis », dérivé de deW « forme », taidb-derce 
« spectacle » (comparez taid-henim « je montre » et derc « œil) » ; Uosc 
« écaille », etc. 

On y peutsignaler d'heureux rapprochements étymologiques; tel est celui 
à'c'inach « assemblée, foire », avec la troisième personne du singulier indi- 
catif présent passif cinachthir « il est uni ». Oinachtir vient d'un verbe 
dénominatif, ôinagim, dérivé d'ôinach, et ôinach est, à proprement parler, 
un adjectif dérivé du nom de nombre 6in ; comparez i ôinach le français 
« réunion ». 

Dans quelques circonstances, le lecteur pourrait désirer que la biblio- 
graphie fût plus complète. C'est ainsi qu'au mot oUann, génitif d'oble, il 
n'y a pas de renvoi à l'article consacré à ce mot par M. Ascoli dans son 
glossaire, page cxxxii. Mais il est possible que les deux articles, l'article 
ohlanii du Père Hogan et l'article obla de M. AscoU, aient été imprimés en 
même temps et sans que l'un des deux érudits eût pu lire l'article de l'au- 
tre. La glose du Livre d'Armagh, qui a motivé l'article du Père Hogan, 
était connue de M. AscoH grâce au choix de gloses du Livre d'Armagh, que 
M. Whitley Stokes a publié, en 1860, dans le volume intitulé : IrishGlosses, 
p. 166. 

Au mot dibcrca, il n'y a pas de renvoi au dictionnaire irlandais de M. Win- 
disch, p. 478, diberg, que ce savant traduit en allemand par Zorn, Anfruhr 
« colère, révolte », et dont il cite la traduction anglaise revenge due à O'Do- 
novan. Voir aussi, dans les Acta sanclorum Hiberniae, publiés par les Pères 
De Smedtet De Backer en 1888, col. 251, Vie de saint Albeiis, § 36, les mots 
« qui votum pessimum vovit, scilicet dibherc ». Ce vœu avait pour objet 
plusieurs homicides. 

Quoi qu'il en soit, le glossaire du Père Hogan est une des plus impor- 
tantes contributions à la lexicographie du vieil irlandais qui se soit pro- 
duite depuis plusieurs années. 

XX VL 

La librairie H. Gill and son de Dublin vient d'éditer : Irish fairy Talcs, 
« Contes de fées irlandais », par Edmund Leamy. Pour quelques détails, 
l'auteur paraît s'être inspiré des textes publiés et traduits par O'Curry et par 
M. Joyce. Du reste, il échappe à la compétence delà Revue celtique. Cepen- 
dant la Revue Celtique peut faire observer que, pour Dinn-seauclms , Dinnoean 
Chus, p. 164, est une singulière transcription. 



386 Chroniciue. 



XXVII. 

Une épreuve de la première feuille de V Alt-celtischer Sprach-schal:^ (Tré- 
sor du vieux celtique), de M. Holder, vient de me passer sous les yeux. Je 
puis donc annoncer que l'impression de ce grand travail est commencée. 
Puisse l'auteur n'être arrêté par aucun obstacle et nous mettre son œuvre 
savante entre les mains aussi tôt que son prospectus nous l'a fait 
espérer. 

XXVIII. 

Le 19 mars dernier, M. Mowat a donné à la Société des Antiquaires de 
France communication d'une découverte qu'il vient de faire à la Bibliothèque 
nationale dans le ms. Dupuy, 667, f" 24. Il s'agit d'une inscription gravée 
en caractères grecs et provenant d'Agde (Hérault). 

AAPHMH 

TPACIKAI 

AIOCKOPOI 

c'est-à-dire "AÔsr] Mr^'pxa: za; A'.ocîy.opo'.[;], « Dédié par Arda aux déesses 
Mères et aux Dioscures ». Le nom d'homme Arda est connu grâce à 
une inscription trouvée à Marclopt (Loire) et publiée par Boissieu {Inscrip- 
tions de Lyon, p. 118). C'est du nom d'homme Arda que vient le nom de 
potier Ardacus, au génitif Ardaci dans des marques recueillies aux musées 
de Bâle, de Zurich (Mommsen, Inscriptioncs hclvcticae, 552, 17) et de Tar- 
ragone (C /. L., II, 4970, 43). Il y a d'Ardaci des variantes abrégées 
Ardac, Ard. 

XXIX. 

Dans le Bulletin de la Fuailte des Lettres de Poitiers pour mars 1890, 
M. A. -F. Lièvre, bibliothécaire de la ville de Poitiers, propose une inter- 
prétation nouvelle pour l'inscription gauloise du menhir du Vieux-Poitiers : 
Ratin hrivatiom frontu tarhelsonios ieiiru. i?û//« suivant lui serait, à l'ac- 
cusatif singulier, le nom gaulois de la pierre levée ou menhir, et hrivatiom 
serait le génitif pluriel d'un nom de peuple, les Brivates. On devrait donc 
traduire : « Fronto, fîls de Tarbelsonos, a fait cette pierre sacrée ou a con- 
sacré cette pierre des Brivates ». 

Le mémoire de M. Lièvre est suivi d'une note philologique par M. Er- 
nault. M. Ernault commence par établir que Frontu est un nominatif et 
représente la prononciation gauloise du latin Fronto. Il fait observer oue 
le nominatif singulier de Pictones devait être Pictû (on peut ajouter que ce 
nominatif explique la variante Pictavi de Pictones; Pictû a dû avoir une 
variante Pictiis, nominatif pluriel Pictoves, que les Romains ont transformé 
en Pictavi, mettant au à la place de ou conformément à l'observation qu'on 
trouve dans la Graminatica celtica, 2<^ éd., p. 32, 54). 

Suivant M. Ernault, Tarbelsonos (et non Taj-beisonos), nom du père de 



Chroniûjue. 587 

Frontu, est un dérivé en -on d'un thème Tarbelso- où l'on trouve deux élé- 
ments : la préposition tar et hdso-, thème d'un substantif. Tar est une pré- 
position qu'on trouve en irlandais, où elle a le sens du latin trans (Gram- 
malica cellica, 2^ éd., p. 653). On la retrouve en gallois, où elle se prononce 
tra {ibid., p. 680). Dans les composés irlandais, la forme tairm est préférée 
(ibid., p. 879). Dans certains composés gallois, tra nz tar a valeur inten- 
sive (ibid., p. 905). M. Ernault croit reconnaître la préposition tar dans le 
nom d'homme Tar-coiidarius, dont le second terme serait formé de la prépo- 
sition com et d'un thème i/ar/o- identique au g&Wo'is daredd « tumulte ». Ce 
second terme se trouve dans le nom d'homme Ver-condari-diibniis . Belso- 
est le thème du nom de potier Bclsits, Bclsa qui, employé avec un sens 
géographique, est le nom primitif de la région de la France qu'on appelle 
Beauce aujourd'hui. Ces explications du mot Tarbelsonios sont intéressantes 
mais ne changent rien au sens universellement admis : « fils de Tarbel- 
sonos )). La seule nouveauté est un changement de lecture : Tarbelsonios 
pour Tarbcisonios avec un / au lieu d'un /. 

Le mot ratin présentait plus de difficulté. On le traduisait généralement 
par « forteresse ». M. Ernault propose l'équation : ratls-zz k'oaai; «amour» 
et, dans VAcademy du 7 juin dernier (p. 392), M. Whitley Stokes complète 
cette hypothèse en citant le sanscrit rdti- « pudenda » et en renvoyant à une 
note de M. Salomon Reinach, dans le dernier numéro de la Revue celtique, 
p. 22^5. Seulement ce rapprochement se heurte à une difficulté phonétique 
qui paraît insurmontable. Le sanscrit rdti se rattache à une racine sanscrite 
RAM « être ou rendre content ». (Whitney, Die Wurieln, Verbalformen und 
primàren Stà))ime der sanskrit Sprache, trad. Zimmer, p. 137), en indo-euro- 
péen REM, en sorte que rdti- = rniti- (Brugmann, dans la Zcitschrift de 
Kuhn, t. XXIII, p. 589). L'équivalent gaulois serait évidemment ranti-, 
comparez * caiito-ii « cent » établi par le dérivé candetum et qui vient de 
kmtô-n. 

Brivatioin serait le génitif pluriel d'un thème Brivati- employé comme 
nom de peuple et dérivé de briva « pont » . 

Les mémoires de MM. Lièvre et Ernault sont ingénieux, instructifs, le 
second surtout; mais la signification du mot ratin restant douteuse, le sens 
de l'inscription n'est point encore définitivement établi, 

XXX. 

On a vu dans le volume précédent de la Revue Celtique, p. 381-582, que 
M. Whitley Stokes a fait paraître dans le recueil des Transactions of the Phi- 
lological Society for iSSç une critique érudite de l'utile publication que 
M. Atkinson a intitulée : The passions and homilies front Leabhar Breac. Une 
nouvelle édition de cette critique corrigée et augmentée a paru dans le 
tome XVI des Bezzenberger's Beitràge, p. 29-64. 

XXXI. 

La librairie Thorin met en vente un volume intitulé : Les anciens cata- 



^88 



Chroni{jue. 



logues cpiscopaux de la province de Tours, in-8 de 102 pages. Les quatre-vingt- 
deux premières pages de ce volume sont consacrées aux évêchés pour les- 
lesquels des manuscrits du moyen âge nous ont conservé des catalogues 
épiscopaux : Vannes et Quimper sont de ce nombre. Un chapitre, p. 81-99, 
a pour sujet les « évêchés de la Bretagne du Nord », ce sont les évêchés 
de la Bretagne continentale qui manquent de catalogues épiscopaux : 
Rennes, Léon (civitas Ossismoruiii), Saint-Malo (Aletitm), Dol, Saint-Brieuc, 
Tréguier. Ces trois derniers sont d'anciens monastères érigés en évêchés 
par Nomenoé. M. Duchesne suppose que l'évêché à'Aletum fut fondé par 
Charlemagne. On sait que celui de Rennes est plus ancien. 

XXXIL 

La Nouz'eUe Revue historique de droit français et étranger, t. XIII, p. 729- 
732, contient un article intitulé Le duel conventionnel en droit irlandais et che^ 
les Celtibériens. 

XXXIII. 

La précieuse bibliothèque du très regretté William M. Hennessv « the 
eminent Irish scholar and archaeologist », dit avec raison le catalogue, 
sera vendue à Dublin les 26 et 27 juin. Signalons 71 numéros de manus- 
crits irlandais en grande partie de la main du sympathique érudit. 



H. d'Arbois de Jubainville. 



Paris, le 12 juin 1890. 



ERRATA, tome XI, p. 219-220. 

Par une circonstance indépendante de ma volonté, l'imprimeur n'a pas 
reçu l'épreuve que j'avais corrigée de la note de M. Bradshaw. On me 
pardonnera de donner ici ces corrections par voie d'errata : 



219, 
220, 



avant la fin, lire : Willibrord 
I , and devrait être à la ligne 
12 et 24, au lieu de : mère — lire : more 
15, lire : by one who clearly 

17, lire : cornwall 

18, lire : professedly of Irish origin, 

19, lire : I know 



H. G. 



Le Propriétaire-Gérant: E. BOUILLON. 



Chartres. — Imprimerie DURAND. 



CATALOGUE 



MSS. CELTIQUES 

ET BASQUES 



DE LA 



BIBLIOTHEQUE NATIONALE 



Le fonds des manuscrits celtiques et basques de la Biblio- 
thèque nationale comprend 105 volumes. Dans ce nombre on 
compte 29 manuscrits irlandais ^ ou relatifs à cette langue, 
73 manuscrits en langue bretonne, dont la plupart renferment 
des textes de mystères'ou de chants populaires de la Bretagne. 
La langue basque est représentée seulement par trois volumes. 

Le plus ancien des manuscrits irlandais de la Bibliothèque 
nationale est depuis longtemps connu, c'est un recueil d'opus- 

I. On trouvera des détails sur quatre manuscrits latins (n^s 10400, 
11411, 12021 et 7960) de la Bibliothèque nationale, qui contiennent d'an- 
ciennes gloses irlandaises, dans l'ouvrage de M. H. d'Arbois de Jubain- 
ville. Essai d'un catalogue de la littérature épique de l'Irlande (Paris, 1883, 
in-8°), p. cxvi-cxviii. Depuis la publication du livre de M. d Arbois de 
Jubainville, la Bibliothèque s'est enrichie, grâce aux heureuses négociations 
de M. L. Delisle, d'un cinquième volume contenant d'anciennes gloses ir- 
landaises (ms. nouv. acq. lat. 1616), qui provient de Libri (L. Delisle, Ca- 
talogue des mss. des fonds Libri et Barrais, 1888, in-80, p. 76, no 45). Rappe- 
lons enfin que le ms. 297 du Supplément grec contient, aux feuillets 229- 
241, une courte grammaire irlandaise en irlandais, dont l'écriture paraît 
dater du xyiii^ siècle. (Cf. d'Arbois, loc. cit.) 

Revue Celtique, XL 26 



J90 H. Omont. 

cules religieux copiés aux xiv, xv^ et xvi^ siècles (n° i)^; les 
manuscrits 6, 71 et loi sont également relatifs à la théologie. 
On peut placer à côté une copie autographiée des textes des 
anciennes lois irlandaises, ou Brehon Laws (n°' 72-88), œuvre 
de John O'Donovan et d'Eugène O'Curry (1853-185 5), en- 
treprise sous les auspices de la Commission des anciennes lois 
d'Irlande. C'est à la libéralité de cette Commission que la 
Bibliothèque nationale doit de posséder ce recueil, dont il n'a 
été tiré que quelques exemplaires ^. L'ancienne poésie épique 
ainsi que l'histoire irlandaises ne sont représentées chacune 
que par deux volumes (n°^ 3 et 4; — n°^ 2 et (>(>) 3. En dernier 
lieu il faut signaler une copie du catalogue, non encore publié, 
des manuscrits du Collège de la Trinité de Dublin, dont l'au- 
teur est John O'Donovan (n°^ 102-105). 

La série des manuscrits bretons est presque entièrement 
formée de deux collections généreusement offertes par 
M. F. -M. Luzel et par le D"" Halléguen. La collection de 
mystères bretons réuni-e par M. Luzel ne comprend pas moins 
de 53 volumes (n°^ 12-41 et 43-65) ; elle est entrée à la Biblio- 
thèque nationale en 1864 et 1865. Un inventaire en a déjà 
été publié dans la Revue Celtique'^. Il en est de même de la 
collection de chants populaires (n°' 89-100) formée par M. de 
Penguern à l'aide de ses propres recherches et de celles de 

1. Voyez une notice de ce ms. par le D"" Todd dans les Proceedings of 
the Royal Irish Academy, 1846, no 53, vol. III, p. 223-229. 

2. C'est en 1852 que furent décidées, sur la proposition de Todd et de 
l'évêque de Limerick, la copie et la publication des anciennes lois d'Irlande. 
Les copies de O'Donovan, formant neuf volumes de 2491 pages, et de 
O'Curry, formant huit volumes de 2906 pages, furent reproduites par le 
procédé, dit aiiastatiqiie. (Voy. l'avertissement en tête des trois premiers 
volumes des Ancient Laws of Ireland, publiés dans la Collection du Maître 
des Rôles.) 

3. Le ms. 66, qui a jadis appartenu au célèbre orientaliste Melchisédech 
Thévenot, est une des plus anciennes copies de l'histoire d'Irlande de Kea- 
ting ; il est daté de 1644. 

4. Tome V (1882), p. 317-320, dans Iol Bibliographie des traditions et de 
la littérature populaire de la Bretagne de MM. H. Gaidoz et Paul Sébillot. 
Cf. aussi tome III (1876), p. 387-389. 

Ces manuscrits sont le fruit d'une mission coiifiée à M. Luzel par le Mi- 
nistre de l'Instruction publique {Archives des Missions, deuxième série, I, 
513). Nous devons à l'obligeante érudition de M. l'abbé E. Bernard 
la revision des notices des mss. des mystères bretons. 



Bibliothèque nationale, Mss. celtiques et basques, n° \ . ^91 

M. Kerambrun et de M""^ de Saint-Prix ^ Cette collection a été 
donnée en 1878 àlaBibliothèquenationalepar leD'Halléguen. 
Les trois volumes en langue basque proviennent de l'an- 
cienne bibliothèque de Colbert ; ce sont les papiers d'un prêtre 
du diocèse de Bourges, Silvain Pouvreau, auteur d'un dic- 
tionnaire basque-français, avec des additions dues à Arnauld 
Oihénart (n°^ 7 et 8) et une traduction en basque de l'Imi- 
tation de Jésus-Christ (n° 9) ^. 

H. Omont. 



1 . Recueil d'opuscules religieux formé de fragments de plu- 
sieurs manuscrits?. 

PREMIÈRE SECTION, fol. 1-8. On en trouvera la suite dans 
la quatrième section. 

1° Fol. I : Staîr chindi Isra.d ou niâc n-Israhel « Histoire 
des enfants d'Israël. » Commence : Is-e seo cmàtàh. ocus comh- 
airem ocus tos3.ch aisneisi na-haisi tanaisti m domain. « Voici 
la détermination, le récit et le commencement de l'histoire du 
second âge du monde. » Une note à la fin (fol. 7 r°) apprend 
que cette pièce a été écrite en 1473 par William mac an 
Legha (fils du médecin) en deux jours d'été : Tri bliadnn décc 
ocus tri XX ocus ceitri C. ocus mi H ^/fadan dis mzic Dé ocus 
is-mi-si Uilliam ma.c an-Legha dosgribh in-sdair-so re dha là 
shamn'iid. Le même morceau se trouve dans le Livre de Bal- 
lymote, p. 236-245 ; cf. T. C. D., H. 2. 16 (Lebar Buide Lc- 
cain), col. 249-280; Leabhar Breac, p. 1 13-132. 

2° Fol. 7 v°, col. I : Tegusg righ Solaimh « Enseignement 
du roi Salomon. » Est interrompu au fol. 8 v°. La fin se 
trouve au foHo 22 r°, col. i. Un texte semblable a été publié 
par M. R. Atkinson sous le titre de Sermo ad reges, dans l'ou- 

1. Revue Celtique, tome V (1882), p. 309-311. 

2. M. J. Vinson a bien voulu revoir et compléter les notices des ma- 
nuscrits basques. 

3 . La notice de cet article a été rédigée par M. d'Arbois de Jubainville, 
et M. Whitley St'okes a bien voulu en revoir une épreuve. 



^c)2 H. Omont. 

vrage intitulé The Passions and homilies from Leabhar Breac, 
p. 151-162, avec traduction anglaise, p. 408. Voyez aussi 
T. C. D., H. 2. 16, col. 863-869. Ici le texte commence par 
les mots : [B]ôi righ amra aire\_g]dha for mzcaih Israhél « Il y 
eut un roi merveilleux, excellent, sur les enfants d'Israël. » 

Les deux articles qui précèdent paraissent écrits de la même 
main. Les suivants sont de mains différentes jusqu'au fol. 
21 r° inclus. 



DEUXIÈME SECTION, fol. 9-I5. 

3° Fol. 9 r°, col. i : Speclair an pecaid, en latin: Specnlum 
pQCcatoris. Commence : Bith a-fis agad « Soit sa science chez 
toi ». Ce traité semble être une imitation du Spéculum pec- 
catoris, écrit anonyme attribué à tort à saint Augustin, Migne, 
Patrologia latina, t. XL, col. 983-992. 

4° Fol. 10 v°, col. I : Bruidd (ou brot) gradha Dé. « Ai- 
guillon de l'amour de Dieu. » Commence : Liber isde [leg. iste] 
stimlius [kg. stimulus] amoris in delectissimum et pium Jesum... 
Is-ann so tinnsgainter m lebar « C'est ainsi que commence le 
livre ». Se termine inachevé, fol. 11 v°, col. 2. 

5° Fol. 12 r°, col. I : Coii- denmadevciet re/iqua. « Juste de 
pratiquer amour, etc. » Fin d'une homélie. Commence : Is 
ar-deirc didiu do-loigter doib-sim a-peccaid o-Crist « C'est donc 
par amour que le Christ leur pardonne leurs péchés. » Finit : 
Ailim twcaire n-Dé, ro-airiltnigim uili in-aentaidh-sin, roisam, 
ro-aitrebam m secuk sec[u]lorum. Amen. « Je prie la miséricorde 
de Dieu que nous méritions tous cette unité, que nous y parve- 
nions, que nous y habitions dans les siècles des siècles. Amen ». 

6° Fol. 14 r°, col. 2 : Agaldaim m cuirp ocus in anma. 
« Dialogue du corps et de l'âme. » Texte partie irlandais, 
partie latin. La portion irlandaise a été publiée par M. Atkin- 
son, d'après le Leabhar Breac : The Passions, p. 266-273 > ^"^^^ 
traduction, p. 507; la partie latine, par M. Dottin, Revue 
Celtique, t. X, p. 466-470. On trouve aussi ce traité dans le 
ms. loi de la Bibhothèque nationale et dans le ms. H. 2, 16, 
col. 852-857, du Collège de la Trinité de Dublin. A la fin 
de ce traité, fol. 14 v°, col. i, est ici une note du scribe qui 



Bibliothèque nationale, Mss. celtiques et basques, n" i. 39} 

nous apprend qu'il s'appelait Flathri et qu'il l'a écrit pour son 
chef et son puissant compagnon Donough, fils de Brian, 
petit-fils de Conor et arrière-petit-fils de Brian. Me F/athn 
do-sgrib-so da-hiath ocus da-îren-companach A. Z)onnc^ad mac- 
Briain mie Con^o^air wic Briain. 

7° Fol. 14 v°, col. 2. Légende de la vierge Marie qui com- 
mence ainsi : [A]raili aimsir, diamboi wathair Crist ac-radh a- 
harnaigbthi « Une autre fois quand la mère du Christ était à 
faire sa prière »; s'arrête inachevée à la fin de la colonne. 

TROISIÈME SECTION, fol. I5-2I. 

8° Fol. 15 r°, col. I : Incipit do shéis procepta « Traité de la 
science de l'enseignement » ; commence : Slanicid in-chi[n]âil 
dôenna hu mac dé athzr, « Le Sauveur du genre humain, 
Jésus, fils de Dieu le Père. » M. Atkinson l'a pubhé d'après 
le Leabbar Brcac dans l'ouvrage déjà cité, p. 274. 

9° Fol. 15 v°, col. 2 : Court traité sur « l'établissement de la 
fête de la Toussaint », FagaW na samna, commence: FrcLtres 
caris\i\mi, crescente relcgione Xpistiaiia, dccreduuim est. — Cf. 
Whitley Stokes, Lives of saints from tbe Book of Lismore, 
p. XIX qui renvoie à une pièce analogue dans le Livre de Lis- 
more, fol. 67 a I. 

10° Fol. lé r°, col. 2 : MirbuH gheni in t-slainiceds. « Mi- 
racles qui accompagnèrent la naissance du Sauveur » ; com- 
mence : Dies ergo solkmpnis. 

11° Fol. 16 v°, col. 2 : Sermon sur le texte: Intrade per 
angustam portum (sic, lisez portani) « Inoitcid tria-san-dorus 
cnmang » (Evangile de S. Mathieu, chap. VII, v. 13). 

12° Fol. 19 r°, col. 2: Forwj' ocus dliged anm-cbairdesa Fer 
n-Erenn. Traité de la direction spirituelle en Irlande ; com- 
mence : Is-é seo forus ocus dliged anmchcirdesa : « Voici la 
science et le droit de direction spirituelle ». 

13° £o\. 21 r°, col. I : Sermon sur trois versets de l'évan- 
gile de saint Jean, 25-27 du chap. XX. Le premier débute par 
les mots Et post dies octo que le scribe a oublié de transcrire 
en sorte que le sermon commence par une phrase irlandaise 
dont voici la traduction : « Les huit jours dont il est ques'ion 



394 W- Omont. 

signifient les huit vertus principales par lesquelles tout juste 
arrive au ciel, ce sont : La foi, la chasteté, l'humilité, la cha- 
rité, la prudence, la tempérance, la force, la justice. » [Nja 
ocht laithi atbemr sunn, iseà dofornet sin na hocht suàilche aereg- 
da txiasa roich cech. firén docum nime, etc. 

14° Fol. 21 v° laissé blanc sur lequel on a transcrit di- 
verses notes : la première est un contrat fait par Domnall 
mac Seaain. 



QUATRIÈME SECTION, fol. 22-29- Suitc de la première section. 

Ici reprend la première main. 

15° Fol. 22 r° : Fin de 1' « enseignement de Salomon » 
(n° 2). 

ié° Fol. 22 r°, col. I : « Défense de détruire et polluer 
l'église sainte » Urghaire malurta ocus eillnithe na hechisi 
noimhe. Homélie sur le texte : Zelus dommus tuae comedit me « ^0- 
m-gabh et immo-do-theghdais , a-Dhé » (Psaume 68, v, 10). 

17° Fol. 24 r°, col. I : « La Langue toujours nouvelle » In 
Tenga hithnua; commence: Airdng m domain « Grand roi 
du monde ». Traité signalé par M. Whitley Stokes dans The 
Lives of saints from the Book of Lismore, p. xvii (Livre de Lismore, 
f°^ 46-52; Egerton, 171, p. 44-65, etc.). Voir ci-dessus, 
Revue Celtique, t. XI, p. 241. M. Whitley Stokes nous ap- 
prend qu'il a trouvé aussi ce traité dans le ms. PhiUips 9754, 
fol. 7 r°-9 r° et dans le manuscrit irlandais de Rennes, fol. 
69^-74^. La langue toujours nouvelle était celle de l'apôtre 
Philippe; elle avait été coupée neuf fois, disait-on. 

18° Fol. 27 v°, col. 2: « Deux chagrins du royaume des 
cieux » Da brôn flatha nimhe; commence: Cid aran-abuïter 
brôn m nim « Pourquoi parle-t-on de chagrin au ciel ? » Il 
s'agit du chagrin d'Enoch et Elie. On trouve un fragment de 
ce texte dans le Lebar na h-Uidre, p. 17-18 ; il est complet 
dans le Livre de Leinster, p. 280-281, et dans le manuscrit du 
Collège de la Trinité de Dublin coté H. 2, 16, col. 770-772; 
enfin Todd l'a signalé dans le Livre de Fermoy, fol. 72 v° 
{Proceedings of the Royal Irish Academy, vol. I, part, i, p. 31). 
A la fin de ce morceau, fol. 28 r°, col. 2, on trouve la note 



Pibliothèi^ue nationale, Mss. celtiques et basques', rf \. ^95 

suivante : Is mi-si Uildiam mac an Lega dosgribh so, tit hona 
nioirte perihit, ailim thu a Dhia, « C'est moi William mac an 
Lega qui ai écrit ceci afin de mourir d'une bonne mort, je t'en 
prie, ô Dieu ! » 

19° Fol. 28 v", col. I : Fosc\ér\ ar bannsgail « Historiette 
concernant une femme. » Il s'agit d'une femme qui se con- 
fessa à un saint moine ; commence : Araile hannscâl dodeachaidh 
do-thabairt a-choibhsen di-araile nianach nôebdhiadha : « Une cer- 
taine femme alla donner sa confession à un autre moine sain- 
tement pieux. » 

20° Fol. 28 v°, col. 2 : Scel inna lenamh « Histoire des en- 
fants. » Légende de l'enfant juif; commence : Fcditus n-aen 
dia-rahhadzx da-lenab a-comchluiche « Une fois deux enfants 
jouaient ensemble. » Publié par H. Gaidoz, Mélusim, t. IV, 
col. 39-41, avec traduction et bibliographie; cf. Whitley 
Stokes, Lives of Saints from the Book of Lismore, p. xx-xxii. 

21° Fol. 29 r°, col. 1 : Histoire d'un enfant qui, tombé dans 
un trou d'eau profond de trois brasses, ne se noya pas grâce à 
la vierge Marie. Début: Fechxus aili dono i-sna-iiribh thâir 
robôi ben ocus a-niic m a-farrad « Une autre fois donc dans les 
pays d'orient était une femme et son fils avec elle. » Le titre 
commence par les mots Fosc[él] annso. 

22° Fol. 29 v°, col. I : Récit légendaire sur saint Brendan, 
intitulé : Fosc[él] ar Brenainn, « Historiette sur Brendan » ; 
commence : Luid Brenainn do-thabûrt antna â^-mathar a-hifern 
« Brendan alla tirer d'enfer l'âme de sa mère. » 

23° Fol. 29 v°, col. 2 : Conirad ar-in aine « Discours sur le 
jeûne ». Commence : Is-si seo in chus im-an-dénait na daine in- 
âiiie « Voici la cause pour laquelle les hommes pratiquent le 
jeûne [du vendredi]. » Publié avec traduction et bibliographie 
par H. Gaidoz, Mélusine, t. IV, col. 133-135. 

Au bas on lit la note suivante : Uilliam imc an-Legha, qui 
sgribbsit, ut bona morte peribit. 



^96 ' H. Omont. 



CINQUIÈME SECTION, Rccucil de vies de saints. On en trouve 

un complément dans la septième section. 

Elle comprend les fol. 30-57; elle paraît tout entière de la 

même main, sauf le fol. 30 r°-v°. 

24° Fol. 30 r°, col. I : Betha Maignenn « Vie de saint Ma- 
gniu » fondateur d'une abbaye qui porta son nom, Cill-Mai- 
gneann, aujourd'hui Kilmainham, prison, près Dublin. Le Mar- 
tyrologe d'Oengus, publié par M..Whitley Stokes, met sa fête 
au 18 décembre. Commence: Maighneand , et Toa, et Cob- 
thach, et Librean cciîri nieic Tuathail, etc. Magniu serait mort 
à la fin du vi^ siècle suivant O'Donovan, Annals ofthe Four 
Mastcrs, note sous l'année 782. On trouve une vie du même 
saint en irlandais au British Muséum, Egerton, 91, fol. 49. 

25° Fol. 32 r° : Btûia Mochua « Vie de Mochua », com- 
mence : [M]uchûa, mac Bécain, maie Bairr, maie Nathi, maïc 
Luigdech.,ma\cDalanndi-Ulltaib. C'est Mochua, abbé de Balla, 
mort en 637 suivant les Annales des Quatre Maîtres et celles 
de Tigernach, en 638 suivant le Chronicon Scotorum. Le Mar- 
tyrologe d'Oengus met sa fête au 30 mars. Cf. Colgan, Acta 
Sanctorum, p. 789. Une homéhe irlandaise sur la vie de ce saint 
a été publiée par M. Whitley Stokes, Lives of saints from the 
Book of Lismore, p. 137-146, avec une traduction, p. 281-289. 
•Pour la bibliographie, woir ibid., p. 360. 

26° Fol. 33 r°, col. 2 : Betha Senàin maie Geirgind « Vie 
de Senan, fils de Gerrgend » ; commence : [M]irabilis Deus in 
sannis (Psaume LXVII, v. 36), « In spirat nocm doroisce cech. 
spirat » a L'esprit saint qui l'emporte sur tout esprit. » Publié 
par M. Whitley Stokes, Lives of saints from the Book of Lis- 
more, p. 54-74, avec traduction, p. 201-221, et biblio- 
graphie, ibid., p. 337. La fête se célébrait le 8 mars. Voyez les 
Bollandistes, t. I de mars, p. 761. 

27° Fol. 38 r°, col. 2 : ^eth^ sancii Seoirsi « Vie de saint 
Georges » ; commence : [Z)]é'Mi' querit eum qui persécutionem pâ- 
tit ur ; en irlandais : larradid [sic, lisez iarraid] Dia in neach 
fodaim ingreim ocus treàblait ar-Dhia. M. Atkinson a publié 
d'après le Leahhar Brcacc une homélie sur la passion de saint 



Bibliothèque nationale, Mss. celti(jues et basques, n° i. ^97 

Georges; il en a donné le texte irlandais dans The Passions, 
p. 71-81, et la traduction, p. 314-324. Un texte semblable au 
nôtre se trouve au British Muséum, dans le manuscrit Eger- 
ton 91, fol. II. Todd en a également signalé un dans le ma- 
nuscrit irlandais connu sous le nom de Book of Fermoy. Voyez 
Atkinson, The Passions, p. 313-314. La fête de saint Georges 
se célébrait le 24 avril comme nous l'apprennent le Martyrologe 
d'Oengus et la passion qu'a publiée M. Atkinson. 

28° Fol. 41, col. I : Betha Grighora « Vie de saint Gré- 
goire le Grand » ; commence : [ T]unc dicet rex his qui a dextris 
^jus sunt, en irlandais; Atbera Hisu Crïst, ri na n-uili dul, inn- 
aithcsc-su risina-fircnachaib il-lô bràtha « Jésus-Christ, roi de 
toutes les créatures, adressera cet ordre aux justes le jour du 
jugement. » (Evangile de S. Mathieu, chap. XXV, v. 34.) La 
fête du pape Grégoire le Grand est inscrite au Martyrologe 
d'Oengus à la date du 12 mars. Cf. H. 2. 16, col. 860-863. 

29° Fol. 42 v°, col. 2 : Btûia Longinus « Vie de saint 
Longin », commence : \p\ia ni-bûi Crist i-croich la-hludaidib 
« Quand Jésus-Christ était en croix chez les Juifs ». Publié 
d'après le Leabhar Breac, par Atkinson, The Passions, p. 60-64, 
avec traduction, p. 300-304. 

30° Fol. 43 v°, col. I : 5etha Iuliana « Vie de sainte Ju- 
Henne de Nicomédie », commence : \K\o-bôi aroiU urraigi dar 
ba coînainm Eîeseus a cathair Nicomedia « Il y eut un certain 
personnage surnommé Elisée, de la ville de Nicomédie. » La 
fête de sainte Julienne est dans le Martyrologe d'Oengus sous 
la date du 16 février. 

31° Fol. 44 v°, col. I : .Betha na IIII Domnall « Vie des 
quatre Donnell », commence: [T]riar ma.c fogluma tangatur 
Choindire « Trois étudiants vinrent de Cuinnire » ; petit traité 
publié d'après le Liber flavus Fergusorum par O'Curry, Lectures 
on the Manuscript Materials, p. 529-531. 

32° Fol. 45 : Stair Nicomed no Joseph de Armatia « Histoire 
de Nicomède ou Joseph d'Arimathie », commence : In 
domad bliadham do-flaithus Tibir Ceszir : « La neuvième année 
du règne de Tibère Caesar ». M. Gaidoz, Mélusine, t. IV, 
col. 24, a fait observer que c'est une traduction complète 
de l'évangile de Nicodème dont il n'y a que la seconde 



398 H. Omont. 

partie chez Atkinson, The Passions, p. 143-150, avec la tra- 
duction, p. 392-400. 

Dans un blanc à la suite de ce morceau, fol. 52 v°, on a 
inséré deux pièces de vers, la première commence : Ni glic 
nach gabuim fam glor, col. i : la seconde: Dia dho choinidhe, 
« Dieu ton Seigneur », col. 2; celle-ci attribuée à Murcher- 
tach ua hlfernain, nous apprend M. Whitley Stokes. 

33° Fol. 53 r°, col. I : Beatha Coluim chilli « Vie de saint 
Columba », commence: Exi de terra tua...; en irlandais: 
Façaib do-thîr... {Genèse, XII, i). M. Whitley Stokes a publié 
deux éditions de ce document ; l'une d'après le Leabhar Breac 
avec traduction anglaise en regard dans Tbree Middle Irish 
Homilies, Calcutta, 1877, p. 90-125; l'autre d'après le ma- 
nuscrit dit Livre de Lismore dans Lives of Saints from the Book 
of Lismore, p. 20-33, avec traduction, p. 168-181. 

A cette vie on a ajouté fol. 56 v°, col. 2, une courte lé- 
gende concernant saint Columba; commence: Laa n-ann 
tainic Coluim Cille a-tiniceald Aime « Un jour Columba venait 
de faire une tournée en Aran. » 

34° Fol. 56 v°, col. 2 : 5ethfl fn môirsheisir « Vie des sept 
dormants », commence : Rogabri croda aindsercach for-sin do- 
mann feacht n-aill ./'. Déic esidein « Un roi cruel et désagréable 
prit autrefois l'empire du monde, c'était Decius. » Publié 
d'après le Leabhar. Breac, par Atkinson, The Passions, le texte 
pp. 68-71; la traduction, p. 309-313. Manque ici la lin. 

SIXIÈME SECTION. Elle Comprend les fol. 58-73 ; elle paraît 
tout entière de la même main. 

35° Fol. 58 r°, col. I : Opuscule commençant : Fox^g[a]/ in 
pnncipio viigo water meo .i. Go fortachtaighi Muiri, bhainn- 
tigema dam, a-tosâch. mh'oibrigthi, mar adeïr Agustin naeiii ; 
« Que Marie, ma dame, m'aide au commencement de mon 
œuvre, comme dit saint Augustin ». M. Whitley Stokes nous 
apprend qu'il a trouvé une autre copie de ce document dans 
le ms. irlandais de Rennes, fol. 23-24. 

36° Fol. 60 r°, col. i: Traité sans titre qui commence: 
Deo pa.tri carissimo Petro Dei gratia Portasenci .1. an-anoir Dia 



Bibliothèijue nationale, Mss. celtiques et basques, n° \. ^99 

athar carthanaig ocus Phetair dartinnsgnudh in-leahzr-so in-an- 
anôir ocus Innocens dobhi iw-a-dheocham ocus in-a-charthanâil 
« En l'honneur de Dieu le père qui nous aime et de Pierre ce 
livre a été commencé en leur honneur et Innocent qui fut un 
diacre et un cardinal. » Finit fol. 72 v°. Suit une note ainsi 
conçue : Uilliam Mhagûibhne docuir in-leab^x-so an-gaeidheilg 
ocus Domnall O'Conaill do-gheabh. Oràit Dia ocus duine /or- 
an-anmannaih. Dobiad blhdna in-tigerna a-sgribhadh an-leab^r- 
so faderedh annso Anno Dom'mi M° CCCC" XL° 3°. C'est- 
à-dire « William Magawney a traduit ce livre en irlandais 
pour Domnall O'Connell. Priez Dieu et homme pour leurs 
âmes; ce livre a été écrit en fin l'an du Seigneur 1443 ». C'est 
le traité De contemptu mundi, sive de miseriis humanae condi- 
tionis composé par Innocent III antérieurement à son élévation 
au souverain pontificat qui eut Heu le 8 janvier 1 198. Ce traité 
a été publié par Migne, Patroîogia latina, t. 217, col. 701-746. 
Il existe du texte irlandais une copie complète dans le ma- 
nuscrit Egerton 1781, p. 113, fol. 57 r°; elle finit p. 150 et 
fol. 75 v°; à la fin comme ici on trouve le nom du traducteur; 
mais dans le manuscrit Egerton 1781 il paraît écrit plus exac- 
tement Uilliam Magduibne et non Magidbne. M. Whitley 
Stokes a signalé un fragment de la même traduction dans le 
manuscrit Egerton 93, fol. 147 a, et dans le manuscrit Eger- 
ton 91, fol. I (The Tripartite Life of Patrick, t. I, p. 45). 

37° Fol. 72 v°, col. I : Agalhmh. an cuir/) ocus an anma 
« Dialogue du corps et de l'âme ». Se termine inachevé 
fol. 73 v°, col. 2. Voir ci-dessus 6°, p. 392. 

SEPTIÈME SECTION, de plusieurs mains, fol. 74-117; suite de la 
cinquième section; commence par trois vies de saints. 

38° Fol. 74 r°, col. I : Betha Patraicc « Homélie sur saint 
Patrice. » Le commencement manque. Une analyse de ce do- 
cument a été publiée par M. Whitley Stokes, The Tripartite Life 
of Patrick, t. I, p. lvii-lxi. Le fragment débute ainsi : di~ 
araile i-sin dail, co-torchzk did'm L fer dib « de l'autre dans 
l'assemblée, en sorte qu'il en mourut cinquante hommes » ; 
cf. The Tripartite Life, t. II, p. 456, 1. 18. 



400 H. Omont. 

39° Fol. 76 v°, col. 2 : Betha Brigdi « Homélie sur la vie de 
sainte Brigite », commence : [H]i sunt qui secuntur agnum quo- 
cumque ieret. « It-iat-so lucht lenait an t-uan neimeilnide cipe co- 
nair deach » (Apocalypse, XIV, 4). Deux éditions de ce docu- 
ment ont été données par M. Whitley Stokes, l'une d'après 
le Leabhar Breac (Three Middle-Irish homilies, p. 50-87); 
l'autre d'après le Livre de Lismore {Lives of Saints from the 
Book of Lismore, p. 34-53). Ces deux éditions sont accom- 
pagnées d'une traduction anglaise, la première en regard du 
texte, la seconde, p. 182-200. La source paraît être la Vie latine 
publiée par les Pères De Smedt et De Backer, Acta Sanctorum 
Hiberniae ex codice Salmanticensi, col. 1-76, et déjà donnée par 
les Bollandistes sous la date du i" février, p. 172, etparColgân 
dans sa Trias Thaumaturga, p. 597. Cette Vie latine paraît 
avoir pour auteur Laurentius Dunelmensis mort en 11 54. 

40° Fol. 81 v°, col. I : Bttha Brénaind « Vie de saint Bren- 
dan »; commence : Beatus qui ti?net Dominxim, in ma[n]datis 
ej us volet nimis. « Is fechtnach ocus is firén finnbeihadach ocus 
is forbthi in Jirén foT~sam-bi ecîai ocusimuaman m Choimded cu- 
ma.chtaig » « Est heureux, jouit d'un vrai bonheur, est parfait le 
juste qui craint et redoute le Seigneur puissant. » (Psaume CXI, 
V. i). Une édition d'un texte légèrement différent a été donnée 
par M. Whitley Stokes, Lives of Saints from the Book of Lis- 
more, p. 99-116, avec une traduction anglaise, p. 247-261. 

41° Fol. 87 v°, col. I : Cumdach na Paitri « Commentaire 
sur le Pater » (littéralement « édifice du Pater ») ; commence : 
Sic ergo vos oràbitis, « Bid amhid-so didïu dognéthi ernaigtbe » 
(Evangile de saint Mathieu, chap. VI, v. 9). M. Atkinson a 
publié ce texte d'après le Leabhar Breac, dans son livre intitulé 
The Passions, p. 259-266, et il en a donné la traduction en an- 
glais, ihid., p. 495-503. 

42° Fol. 90 r°, col. I : Dighail fola Cnst « Vengeance du 
sang du Christ » ; commence : [Z)]a bliadain .xl. bâtir na- 
hludâidi ar-foxbzxt chruidh ocus chlainne « Quarante-deux ans 
furent les Juifs en croissance de fortune et de postérité. » Un 
autre texte de ce traité se trouve dans le Leabhar Breac, fol. 
150-154, il a été signalé dans le Livre de Fermoy, fol. 44 a, 
par Todd, Proceedings of the Royal Irish Academy, Irish Mss. 



Bibliothè(]ue nationale, Mss. celtii^ues et basiques, n° i . 40 1 

séries, vol. I, part I, p. 22, et dans d'autres mss. aussi par 
M. Whitley Stokes, Lives of Saints front the Book of Lismore, 
p. VI, VII. Il a pour objet la destruction de Jérusalem par 
Titus. A la fin, fol. 95 r°, col. i, on lit la souscription sui- 
vante : Mesiu Mailechîaiîin mac Ilîainn mec an-Lega do seul an- 
lebar-so doDonnchad mac Briain Duibi-Briain A. cend enich ocus 
engnuma Ghàll ocus Ghaidhel n-Erend an-bliadain do-marbzà. 
Mac larla Unnuman a-foill k-Buitilerachaib « C'est moi Mela- 
« ghlin, fils de William Mac an Legha, qui ai écrit ce livre-ci 
« pour Donough, fils de Brian Duv O'Brien, le plus hono- 
« rable et le plus brave des Anglais et des Irlandais d'Irlande, 
« l'année où le fils du comte d'Ormond fut tué frauduleu- 
« sèment par les Butler » Nous savons par les Annales des 
Quatre Maîtres, t. V, p. 1836, qu'en 1585 vivait le petit-fils 
de Donough, fils de Brian Duv O'Brien; il s'appelait Brian 
Duv, fils de Mahon, fils de Donough, fils de Brian Duv 
O'Brien. Le scribe William Mac an Legha, père de Melaghlin, 
est mentionné ci-dessus n°' i, 18 et 23, il écrivait en 1473. 
Melaghlin tenait probablement la plume pour Donough vers le 
commencement du xvi^ siècle. Suivant Todd, le meurtre dont 
il s'agit eut lieu en 15 18. 

43" Fol. 95 r°, col. I : Aislingthi Adamnain « Songe 
d'Adamnan », commence : [R]ofaillsiged tm do-shochaidib runi 
ocus derridusa flaiha nime ocus to[d\erna ifîrnn « Les secrets et 
« les mystères du royaume du ciel et les supplices de l'enfer 
« ont été révélés à beaucoup de monde. » Cette pièce a été 
publiée 1° d'après le Lebor na h-Uidre, avec une traduction 
anglaise, par M. Whitley Stokes à Simla en 1870, 2° d'après 
le même manuscrit et d'après le Leabhar Breac par M. Win- 
disch, Irische Texte, t. I, p. 169 et suivantes; ici manque le 
commencement, il faut se reporter à la page 171 de l'édition 
de M. Windisch pour trouver le passage correspondant au 
début qui vient d'être reproduit. 

44° Fol. 98 v°, col. 2 : Exaltation de la Croix; commence : 
[Is^oé sgél innister sunn anosa amû rue ri na-Med ocus na-Pers 
a-slait les an t-irrandus ro-flmcaib Elina don croich an larusalem 
ocus doratsat na Crïstade hi forculu doridhise « Voici une his- 
« toire où est raconté maintenant comment un roi des Mèdes 



402 H. Omont. 

« et des Perses emporta par vol le morceau de la croix qu'Hé- 
« lène avait laissé à Jérusalem et les chrétiens le rapportèrem. » 
Comparez le texte publié par M. Schirmer, Die Kreu^kgenden 
ini Leabhar breac, p. 22-26, avec traduction, p. 47-51. 

45° Fol. loi r°, col, i: [In]cipït liber centenillarum senten- 
siarum, livre écrit en irlandais et divisé en vingt-deux chapitres 
dont les titres sont latins : 1° De-câritate; — 2° De-pasiencia ; 
— 3° De-dilecûone Dei ; — 4° De-humilitate ; — 5° Dé indul- 
gencia; — 6° De-compuncùone; — j° De oraàone; — 8° De- 
confec'ione; — 9° De-penetencia; — 10° De apstenencia; — 
11° De: Relingquisti secnlnm; — 12° De-timore; — 1^° De- 
virginitate; — 14° De-justicia; — 15° De-invidia; — 16° Dé 
insipiencia; — 17° De-superbia; — iS° De-sapiencia; — i^° De- 
iracundia; — 20° De-vana gloria ; — 21° De-fornicacione ; — 
22° De persevera[n]cia. C'est un recueil d'extraits d'un ouvrage 
un peu plus développé, le Scintillarum liber attribué à De- 
fensor, moine de Ligugé, au viii^ siècle. Le Scintillarum liber 
a été pubUé parMigne, Patrologia latina, t. 88, col. 597-718. 

46° Fol. 104 v°, col. I : Don aitnde « De la pénitence », 
commence: Cia cetna ro-forcongair aithrighe do denam ar-tus? 
« Qui a le premier prescrit de faire pénitence? ». Publié 
d'après le Leabhar Breac par Atkinson, The Passions, p. 220, 
avec traduction p. 457. 

47° Fol. 105 v°, col. 2° : Gleo Michil re-sin beist « Combat 
de Michel contre le monstre » ; commence : [D]auith, mac 
lèse, ardrig clzinni hisrahel ocus in pùmfaidh amra. rofjjoills'ig 
in-a-shaltair noim conidh-aingil as-timthiridh don Chomdidh 
« David, fils de Jessé, grand roi des enfants d'Israël, le prin- 
ce cipal et le merveilleux prophète, a montré dans son psautier 
« saint que ce sont les anges qui servent le Seigneur. » Dans 
le Leabhar Breac, p. 201, on trouve le même document pré- 
cédé du texte latin : Angelis suis mandavit de te Deus, ut cus- 
todiant te in omnibus viis tuis (Psaume XC, v. 11); publié par 
Atkinson, The Passions, p. 240, avec une traduction, p. 477. 

Une autre rédaction est dans le Leabhar Breac, p. 72; elle 
commence : Milia milium ministrabant ei et decies milles et cen- 
tena milia astabant ei (Daniel, VII, 10) ; elle a été publiée par 
Atkinson, The Passions, p. 213, avec une traduction p. 451. 



Bibliothèijue nationale, Mss. celdcjues et basques, n° i . 405 

48° Fol. 107 v°, col. I : Imarhus Aidhaimh « Péché 
d'Adam » ; commence : [D]orône Dîa, resiu docruthaiged an 
duine, ocus rothimain ix n-uird ainglide ocus ollamnacht do 
Lucifer « Avant de créer l'homme, Dieu fit et régla les neuf 
ordres angéliques et la principauté de Lucifer. » Se termine 
par un court chapitre, fol, 108 v°, col. 2, qui commence : 
[Djorone Dia talum do Adimi ocus do Eua « Dieu fit la terre 
pour Adam et Eve »; cf. Leahhnr Breac, p. m, col. 2, 
ligne 52. Notre morceau paraît correspondre à celui qui com- 
mence page 109, col. I, du Lcahhar Breac. 

49° Fol. 109 r°, col. I : Bn2d\\ra ar-an sacrabhuic « Paroles 
sur le sacrifice [de la messe] » . Commence : Prima autem die 
a:(emorm'n accesserunt disipuli ad Ibesnm dicentes : ube visparemus 
tihi comedere Pasca (Saint Mathieu, XXVI, 17). Publié d'après 
le Lcabbar Breac, par Atkinson, The Passions, p. 181, avec 
traduction, p. 430. A la fin, fol. 112 v°, col. i, souscription 
de Sean mac indiarrla, « Jean, fils du comte » à Carraaig o 
Coinnell (Carrigogunnell, comté de Limerick en Irlande). 

50° Fol. 1 12 v°, col. I : Stair manâch nd-Eibhit « Histoire des 
moines d'Egypte », commence: [Di]arale la dorala for men- 
main Pasinutius, ab, dol do-chuartugud ditreb na-hEgipti « Un 
autre jour il vint à l'esprit de Pasinutius, abbé, d'aller faire une 
tournée dans les déserts d'Egypte. » M. Atkinson a publié 
d'après le Leabhar Breac deux fragments de ce morceau, The 
Passions, p. 55, et 56-59; les passages correspondants se trou- 
vent ici : 1°, fol. 115 r°, col. 2, 1. 8 et suiv. jusqu'à 115 v°, 
col. I, 1. 22; 2°, fol. 116 r°, col. I, 1. II jusqu'à fol. iiév°, 
col. 2, 1. 12, où notre pièce finit. 

51° Fol. 116 v°, col. 2 : Pièce de vers commençant par les 

mots Easbpuc do-bhi ^acht ele « Il y eut autrefois un évêque. » 

52° Fol. 117 r°: Une main plus récente a écrit une pièce 

qui commence par les mots Gnathach maith a-menma fairsing 

« ordinairement bon son esprit vaste. » 

53° Fol. 117 v° Trois morceaux écrits par trois mains. La 
première main paraît être celle qui a écrit la pièce précé- 
dente ; le morceau (col. i) commence : ^reas er gSLch ceol « Ba- 
taille noble chaque musique » . Le second morceau (col . 2) com- 
mence : C«[i]^ roid ac rochtain ninie « 11 y a cinq routes 



404 H' Omont. 

qui arrivent au ciel. » Le troisième morceau occupe le bas des 
deux colonnes et commence : Is-iad-so an-da-aeine decc « Voici 
les douze jeûnes. » 

Trois fragments de ce manuscrit, réunis sur une même 
planche, ont été reproduits en fac-similé par Silvestre, dans sa 
Paléographie universelle (IV, 130); ce sont les feuillets 58, 
72 v° et 104 v°. Cf. l'édition anglaise donnée par sir Francis 
Madden, Universal paleography, n° 233. 

Une description détaillée de ce ms. a été publiée par le 
D"" Todd dans les Proceedings ofthe Royal Irish Academy, 1846, 
n° 53, vol. III, p. 223-229. Voir aussi sur ce ms. une notice 
intéressante de M. Gaidoz dans Mélusine, t. IV, p. 23-24. 

On a ajouté en tète du volume la note suivante relative à 
sa provenance : « Manuscrit irlandois que les commissaires de 
la section Beaurepaire^ ont trouvé dans une de leurs visites. 
C'est un ouvrage de piété contenant des homélies sur plusieurs 
passages de l'Ecriture sainte, la vie de saint Patrick, de sainte 
Brigite. Les manuscrits irlandais deviennent d'autant plus pré- 
cieux que cette langue tend à se perdre totalement par la pré- 
dominance de la langue anglaise ; aussi les savans de l'Irlande 
et de l'Angleterre recueillent tout ce qu'ils trouvent de mss. 
irlandais, il n'y en a guère que de piété et sur l'histoire. Cette 
langue qui a la plus directe analogie avec celle des Kalmoucs 
et Mongols a un caractère original qui la distingue de toutes 
celles de l'Europe. Ses formes sont simples, très régulières et 
l'idiome en est très énergique; elle s'écrivoit jadis de droite à 
gauche comme l'arabe, l'hébreu, etc., et paroît aussi présenter 
nombre de mots radicaux de ces langues, mais les formes 
d'abbréviations inventées par les copistes la rendent très diffi- 
cile à lire, même aux savans qui l'entendent. Voyez les 
grammaires de Curtin et de Wallencey, écrites en anglais. 

ViLLEBRUNE 2. » 

En tête du premier feuillet se trouve le cachet de cire de la 

1. Du nom du générai français Nic.-Jos. Beaurepaire, mort au siège de 
Verdun, en 1792. 

2. Lefebvre de Villebrune, bibliothécaire national (1793-1795), éditeur 
et traducteur d'Athénée et de Silius Italiens. 



Bibliothèque nationale, Mss. celtiques et basques, nos i_^ ^^q^ 

section Beaurepaire ; le volume est coté « n° 44 » et porte 
à la fin les signatures de quatre membres de la même section 
révolutionnaire. 

xv^ siècle. Parchemin, ity feuillets à deux colonnes. 288 
sur 200 millim. Rel. veau rac, au chiffre de Charles X. (An- 
cien fonds n° 8175'.) 

2. Annales d'Irlande. 

Fol. I. Récit de la bataille de Mocruimé entre Art Mac 
Cuinn et Lugaid Mac Conn (195 ou 218 après J.-C). Voyez 
H. d'Arbois de Jubainville, Essai d'un catalogue de la littéra- 
ture épique de l'Irlande, p. cxx et 75-77. 

Fol. lé. Courtes annales d'Irlande (1025-143 5), incom- 
plètes du commencement et de la fin. 

xix^ siècle. Papier. 44 feuillets. 198 sur 152 miUim. Demi- 
rel. (Ancien Supplément français 966.) 

3. Triallam tiompchul na Fodla. « Faisons le tour de l'Ir- 
lande. » Poème attribué à John O'Dubhaghain (-J- 1372). 

Publié par O'Donovan, The topographical poenis of John 
O'Duhhagain... (DuWin, 1862, in-8°.) 

On a ajouté à la fin une lettre d'envoi de ce manuscrit à 
l'abbé SaUier, bibliothécaire du Roi, datée de Dijon, 26 dé- 
cembre 1739. 

xviii^ siècle. Papier. 59 pages et 2 feuillets. 192 sur 150 mil- 
lim. Demi-rel. (Ancien Supplément français 967.) 

4. Recueil de pièces ossianiques. 

Page I. An bhruighinn chaorthuinn. « Palais enchanté du 
sorbier. » — A la fin, la date, 1824. 

Page 31. Tuarusgabhail catha Gabhra. « Récit de la bataille 
de Gabra. » 

Page 39. Caithreim an Deirg mhoir. « Triomphe de Derg le 
Grand. » 

Page 43. Trâchta air eaglamh na seanôireadha « Traité sur 
la frayeur des vieillards. » — A la fin, la date, 1824. 
Revui Cdtiqut, XI. 27 



406 H Omont. 

Page 56. Notes diverses en irlandais et anglais. — A la 
page 63, la date, 181 7. 

Page 65. Seilg sleibbe Guilinn. « Chasse de la montagne de 
Guilenn. » 

Page 118. Seilg sleibhe Fuaid. « Chasse de la montagne de 
Fuad. » (Le début seulement.) 

Voy. H. d'Arbois de Jubainville, Essai d'un catalogue de la 
littérature épique de l'Irlande, p. cxx-cxxi; cf. p. 203-204 du 
même ouvrage l'indication d'autres manuscrits. 

xix^ siècle. Papier. 120 pages. 185 sur 145 mill. Demi-rel. 
(Ancien Supplément français 19 19.) 

5. Vie de sainte Nonne et de son fils saint Devy (David), ar- 
chevêque de Menevie, en 519. 

Publié d'après ce manuscrit par l'abbé Sionnet et M. Lego- 
nidec. (Paris, 1837, in-8°.) Une nouvelle édition de cette vie 
a été donnée par M. E. Ernault dans h Revue Celtique, 1887, 
t. VIII, p. 230-301 et 405-491. 

A la fin, on lit l'ex-libris plusieurs fois répété : « Buhez 
santés Nonn. Ce presant livre appartient à moy M" Ollivier 
Cloaret demeurant au lieu de la Villeneufve Treflaouvenan(?), 
en la paroisse de Dirinon, le 15* aoust 1697. » 

xvi^ siècle. Papier. 66 feuillets. 190 sur 130 millim. Rel. 
veau rac. (Ancien Supplément français 3127.) 

6. Tri brioghaithe an bhais. « Les trois aiguillons de la 
mort » ; traité religieux de Geofroi Keating. 

Copié en 1730 par John Mac Cosgair pour le Père Richard 
Walhs (Breathnach). 

Une édition du texte de ce traité a été publiée pour l'Aca- 
démie d'Irlande par M. Robert Atkinson, Dublin, 1890, in-8°. 
La traduction est annoncée comme devant paraître prochai- 
nement. 

xviii^ siècle. Papier. 286 pages. 235 sur 180 milHm,. Rel. 
veau brun. (Ancien Supplément français 4260.) 



Bibliothèque nationale, Mss. celtiques et basques, n°^ 5-9. 407 

7. Dictionnaire basque-français, par Silvain Pouvreau, prêtre 
du diocèse de Bourges. 

xvii^ siècle. Papier. 213 feuillets. 265 sur 190 millim. 
Demi-rel. (Ane. Colbert 3104. — Regius 7700, 3.) 

8. Le même dictionnaire- 
Incomplet du commencement et de dix feuillets environ 

aux lettres I-K; le dictionnaire débute au mot Cafarda (fol. 33). 
— Il est daté, à la fin, du 16 octobre 1663. 

Une copie des vocabulaires basques de S. Pouvreau est con- 
servée à la bibliothèque de Rouen, sous le n° 336 du fonds 
Montbret. 

En tête du volume se trouvent un fragment de grammaire 
(fol. 1-3), une liste de noms de lieux basques, et plusieurs 
listes de mots, avec leur traduction française, accompagnées 
d'observations, envoyées à S. Pouvreau par Arnauld Oihé- 
nart et datées « du 30 may 1665 » (fol. 4-32). 

Fol. 201. Fragment de glossaire basque-français, Arrayoa- 
Axtorea. 

Fol. 207. « Les Privilèges de la v[enerable] Mère de D[ieu]. » 
(En français et en basque.) M. J. Vinson a reconnu que c'était 
le commencement du livre de Daniel de Priezac (Paris, 1648, 
in-8°). 

Fol. 237. « I. Gauça familier eta communa da elkar maite 
dutenac elkarrequin vron direnean... » (Sermon en 30 para- 
graphes.) 

A la fin du volume, la date du « 27 9'"'^ 1659. » 

xvii= siècle. Papier. 244 feuillets. 285 sur 180 millim. Rel, 
maroquin rouge, aux armes. (Ane. Colbert. 3105. — Regius 
7700, 4.) 

9. Imitation de Jésus-Christ, en quatre livres, traduite en 
langue basque par Silvain Pouvreau, prêtre du diocèse de 
Bourges. 

Les feuillets de garde (A-H), en tête du volume, sont for- 
més par des thèses de logique de Guillaume Benard de Rezay, 
soutenues au collège de Clermont, à Paris, le 10 janvier 1663. 



4o8 H. Omont. 

xvii^ siècle. Papier. 178 feuillets. 190 sur 125 millim. Rel. 
maroquin rouge, aux armes. (Ane. Colbert, 6295. — Regius 
8087, 3.) 

10. Dictionnaire français-breton (1745). 

A la fin (fol. 146 v°), la date 1745, et l'ex-libris : « A 
^1"^= Jaouha Gabriel Joseph Diverrés, prêtre de la Congréga- 
tion de la Mission. » — Au verso du premier feuillet de 
garde, cette autre note : « A Marseille, 1722, après la peste. 
— A M"" Diverrés, un travail de 6 mois dans ses quart d'heu- 
res indifférentz. » 

On a ajouté à la suite : « Lettre d'un théologien au R. P. 
de Grazac, où on examine si les hérétiques sont excommuniez 
de droit divin. » (5 lettres imprimées; s. 1. n. d., 1737-1738, 
in-4°.) 

xviii^ siècle. Papier. 146 feuillets; 30, 32, 32, 31 et 
23 pages. 190 sur 150 millim. Couvert, parchemin. (Ane. 
Supplément français, 2643.) 

1 1 . Histoire de Napoléon P*", par M. Poher, ancien instituteur 
de la commune de Ploudaniel (Finistère). 1858. 

xix^ siècle. Papier. 126 feuillets. 230 sur 185 millim. Car- 
tonné. (Ancien Supplément français, 5848. — Don de 
M. Poher, 1862.) 

12. Mystère de la Création^. 

Copié en 1825 par Jean Le MouUec de Loguivy-lès-Lannion. 

Publié par M. l'abbé Eug. Bernard dans la Revue Celtique 
(1888), t. IX, p. 149 et suiv. 

xix^ siècle. Papier. 176 pages. 320 sur 210 miUim. Demi- 
rei. 

I. Les mss. 12-42 et 44-65 ont été donnés en 1864 et 1865 à la Biblio- 
thèque nationale. A ces volumes il faut joindre les deux suivants insérés 
dans le fonds français : 

Nouv. acq. franc. 351. « Louis Ennius, ou le Purgatoire de saint Pa- 
trice. Mystère breton en deux journées. (Traduction) », par M. F. -M. Luzel. 

XIX^ siècle. Papier, 105 feuillets. 305 sur 195 millim. Demi-rel. 



Bibliothèque nationale, Mss. celtiijues et basques, n"" io-t6. 409 

13. Mystères de la Passion et de la Résurrection. 

Fol. I. « Tragédien Passion, or Salver Biniguet, en bre- 
sonec, coriget François Derrien... 18 12. » 

Fol. III. « Tragédien ar Resurection Deus an ottro Jésus 
Christ, en bresonnec..., 1812. » — A la fin : « Finis par moi 
François Derrien, le huit novambre mil huit cent douze, de la 
ville et paroisse de Guerlesquin, canton du Pontou, arrondis- 
sement de Morlaix, départemant de Finistaire. » 

xix^ siècle. Papier. 170 feuillets. 280 sur 190 miUim. Demi- 
rel. 

14. Mystère de saint Jean-Baptiste. 

Fol. I. « Commancamant an aviel santel, erves sant Jan 
Badezour. — Copiet erbla 1847. » 

xix^ siècle. Papier. 58 feuillets. 218 sur 150 millim. Demi- 
rel. 

15. Mystère de saint Jean-Baptiste. 

Incomplet du commencement et de la fin. 
xviii^ siècle. Papier. 80 feuillets. 290 sur 150 millim. Demi- 
rel. 

16. « La vie de Jacob et l'histoire de Joseph, suivy de la vie 
de Moyse. » 

A la fin du mystère de Jacob, fol. 80 v°, on lit : « Ce pre- 
sant papier apartient à moy Claude Le Bihan, de la parroisse 
de Pluzunet... le 22 janvier l'année 1765. » En 1835, il appar- 
tenait à « Jean Le Ménager, fournier de Pluzunet. » 

Fol. 81 v°. « L'histoire de Moïse. » Mystère. 

Le texte breton de ce mystère a été publié à Morlaix, chez 
Lédan, en 1850 (in-12, 312 pages), sous ce titre : Trajedi Jacob, 
les hanvet Israël, patriarch Hebrean, rei^et gant A. L. M. Lédan. 



Nouv. acq. franc. 352. « Analyse de saint Guennolé, mystère breton en 
six actes. » Par M. Luzel (25 juin 1865). 

Xixe siècle. Papier. 32 feuillets. 350 sur 215 millim. Demi-rel. 



410 H. Omont. 

Le mystère de Jacob finit à la page 139 et celui de Moïse 
commence à la page 141. 

xviii^ siècle. Papier. 158 feuillets. 310 sur 200 millim. 
Demi-rel. 

17. « La vie de sainte Anne et de sainte Emeransianne, sa 
mère. » 

Copié en 1862 par Dupré, Jean-Marie, de Loguivy-lez- 
Lannion. 

xix^ siècle. Papier. 237 pages. 310 sur 190 millim. Demi- 
rel. 

18. Mystère de la naissance de l'enfant Jésus. 

A la fin, la mention : « Cette cayes apartien a moi François 
Derrien, de la ville et commune de Guerlesquin, canton du 
Pontou, arrondissement de Morlaix, département du Finis- 
taire. Finis ce jour le sept novembre mil huit cent vingt trois. » 
Fol. 63. « Janvier 1812. — Nouel neve, da henevelez on 
Salver Jesus-Christ ; voar an cer gallec. Or dites nous, 
Marie, etc. 

Nouel ar henevelez 
Nostris Salvatoris, ...» 

xix"^ siècle. Papier. 63 feuillets. 235 sur 170 milhm. Demi- 
rel. 

19. Mystère de l'Enfant prodigue. 181 5. 

A la fin, la note ordinaire de François Derrien, 181 5, et une 
autre note de possession de Jean-Francois-Marie Troussel, 
1836. 

xix^ siècle. Papier. 34 feuillets. 205 sur 165 milhm. Demi- 
rel. 

20. Mystère de saint Crépin et saint Crépinien. 

xviii^ siècle. Papier. 37 feuillets. 305 sur 195 milhm. 
Demi-rel. 



Bibliothèque nationale, Mss. celtiques et basi]ues, n"^ 17-24. 411 

21. Mystère de saint Laurent. 

Incomplet du commencement. — A la fin, mention de la 
copie de ce ms. par Yves David, en 1772; puis, fol. 86: 
« Cestte cahier de la vie de saint Lorant apartien à moy Yves 
David de Langoat, ce jour le 13 S*""^ I773- » 

xviii^ siècle. Papier. 86 feuillets. 290 sur 175 millim. 
Demi-rel. 

22. Mystère de sainte Tryphine. 

Le prologue dans le ms. est différent de celui de l'édition. 

^e mystère a été publié à Qiiimperlé, chez Clairet, en 1863 
(in-8, XLiv-454 pages). Le texte de cette édition a été établi 
par l'abbé Henry; la traduction mise en regard du texte et 
l'introduction qui précèdent sont dues à M. Luzel. 

xix^ siècle. Papier. 180 pages. 288 sur 180 miUim. Demi- 
rel. 

23. Mystère de sainte Tryphine. 

Même prologue que le précédent. 

Sur le premier feuillet, on lit : « Ce cahier d'histoire appar- 
tient à Guillaume Lehoanen, demeurant dans la commune de 
Pluzunet. — Ecrit par Çoëlou, Jean, dans l'année... 185 1. » 

On a joint à la fin une brochure imprimée de huit pages, 
in-8° (Morlaix, J. Haslé, s. d.^ : Kloarek koat ar Rannou ha penn- 
herez^Ker:{anton, et Ann hini a garan luar euii ton nevc, par L- 
P.-R. Ar Skour, Barz L-V. Remengol. 

xix^ siècle. Papier. 236 pages. 275 sur 205 millim. Demi- 
rel. 

24. Mystère de sainte Geneviève de Brabant. 

Le titre porte : « La inosans reconu a santés Jenovefa, tra- 
duised a hallec en bresonec rimed vid hoary voar dead, cori- 
ged a neve gand J. Conan, er blaves mil eis cand pemb voar 
nugend, en parous Tredres, canton Plistin, arondisemand La- 
nion, er huesec a vis querdu, sined Jean Conan. » — Copie 
de 1825. 



41 2 H. Omonî. 

Le texte breton de ce mystère a été publié, sans traduction, 
chez Le Goffic, àLannion, en 1864 (in-12, de 298 pages), sous 
ce titre : Bue::;^ sante:^ Genovefa, Tragcdienn en try Act gant eur 
Proloc en pep act. 

xix^ siècle. Papier, 287 pages. 280 sur 170 millim. Demi- 
rel. 

25. Mystère de sainte Geneviève de Brabant. 

Rédaction abrégée, qui débute : « Canomp gant meulo- 
diou à joa... » 

xix^ siècle. Papier. 35 feuillets. 280 sur 190 millim. Demi- 
rel. 



26. Mystère de sainte Geneviève de Brabant. 

Rédaction en prose, intitulée « Vie de Geneviève, praincesse 
de Brabant », et qui débute : « Orsus ta ma friet... » 
A la fin, on lit: « Fait par Jacques LeMoal. 181 9. » 
xix^ siècle. Papier. 200 feuillets. 350 sur 220 millim. 
Demi-rel. 



27. Mystères de saint Martin de Tours et de saint Louis. 

Fol. I. « Bue a tragédie deus a Sant Martin cavallier en co- 
mancamant e amser ac er fine eo bet archescop en Tour, 
composset gane me Job Coat, er blaves mil eis cant pemp var 
nugent (1825), ... en Montroulles... » 

Fol. 43. « Cahier tragédie S' Louis. » 

Fol. 67. Dialogue entre la joie et le chagrin. « Bonjour, ma 
hamarad... » 

xix^ siècle. Papier. 68 feuillets. 295 sur 190 millim. Demi- 
rel. 



28. Mystère d'Eulogius, patron des maçons. 

xix"^ siècle. Papier. 84 feuillets. 222 sur 200 milHm. Demi- 
rel. 



Bibliothèque nationale, Mss. celtiques et basques, n"" 25-32. 41 j 

29. Louis Ennius, ou le Purgatoire de saint Patrice. 

Texte abrégé et différent de l'édition de ce mystère, qui a 
été publiée, sans traduction, à LannionJ chez Le Goffic, en 
1871 (in-i2, léé pages), sous ce titre: Bue^ Louis Eunius 
dijentil ha pécher bras, Trajedien en daou Act, gant eur Proloc 
vit peh Act. 

xix^ siècle. Papier. 41 feuillets. 300 sur 195 millim. Demi- 
rel. 

30. Buez santés Hélèna. Vie ou mystère de sainte Hélène. 

A la fin, la date du 9 décembre 1840, et la mention : « Ap- 
partient à Joseph Prigent, perruquier à Lannion. » 

Le texte breton de ce mystère, un peu différent de celui du 
présent ms., a été publié à Lannion, chez Le Gofïic, en 1862 
(in-i2, 107 pages), sous ce titre: Buhe^sante'^Helena. 

xix^ siècle. Papier. 47 feuillets. 275 sur 175 millim. Demi- 
rel. 

31. Mystère de saint Antoine. 

Au fol. 55, on lit: « Ce présent livre apartient à Jan Le 
Flem, ... demeurant en la parroisse de Pleudaniel, le jour 
22^ de février, l'an 1709. » — Au fol. 52 v°,55 v° et 59 v°, 
autres ex-libris de Maurice Le Flem, datés de 1689, 1699 et 
1700, 

xvii^ siècle. Papier. 59 feuillets. 180 sur 140 millim. Demi- 
rel. 

32. Mystère de Charlemagne et des douze Pairs. 

Texte abrégé. 

Fol. 70. « Belek Guegan. » Le prêtre Guégan, chanson. 

« Mar plich guenach a chilaoufet. . . » 

A la fin, on lit : « Dicté par Fanch ar Roue, à Keram- 
borgne. » — Copie de M. Luzel. 

xviir siècle. Papier. 71 feuillets. 175 sur 140 miUim. Demi- 
rel. 



414 W- Omont. 

33. Mystère de Charlemagne et des douze Pairs. 

A la fin (fol. 58), on lit : « Ce livre apartien à ... François 
Le Hoeroii, ... le 16 avril 1774. » 

Fol. éo. Vie de Malarjé. 

Fol. 93. « Fabien ar butun, digasset deus a Portugal en 
Frans er bloa 1562 dre mest, Jan Nicol, ambassadour da 
Rouannes a Frans mam da Louis pevoarsec. — Disput entre 
Paoul ar butuner a Simon na vutun quet. » Fable du tabac, 
apporté de Portugal en France en l'année 1562, par M'^ Jean 
Nicot, ambassadeur de la reine de France, mère de Louis XIV. 
— Dispute entre Paul qui use de tabac et Simon qui n'en use 
pas. 

xviii^ siècle. Papier. 97 feuillets. 315 sur 190 millim. Demi- 
rel. 

34. Orson et Valentin, tragédie. 

Fol. 214 v", on lit : « Fait par moi Lesquélen, Jean-Marie, 
matelots à Pleudaniel, le 21 juin 1856, après beaucoup d'am- 
barras. Ce livre m'appartient, mais en mon absence Yves 
André pourra s'en servir et le pretter à celui qu'il voudra... » 

Fol. 217. « Ourson a Valentin, tragédien. » — A la fin, la 
date: « Guerlesquin, le 27 septembre 1850. » 

xix^ siècle. Papier. 239 pages. 375 sur 230 millim. Demi- 
rel. 

35. Mystère des quatre fils Ay mon. 

Incomplet du commencement et de la fin. — Texte diffé- 
rent de l'imprimé. 

Le texte breton de ce mystère a eu plusieurs éditions ; la 
dernière a paru à Morlaix, chez Lédan, en 1866 (in-12, 
420 pages), sous ce titre : Bue:^ ar pevar niab Emon, duc 
d'Ordon, laqet eform eun dragcdi, ha rei^et en ur^gant A. L. M. 
Llédaii]. — Cette édition donne l'acte VII en vers, tandis 
que cet acte est en prose dans les éditions publiées par le 
même libraire en 18 18 et en 1833. 

xix^ siècle. Papier. Pages 5-3 11. 330 sur 205 millim. 
Demi-rel. 



Bibliothèque nationale, Mss. celtiques et basques, n"' 33-40. 415 

36. Mystère de Pierre de Provence et de la belle Mague- 
lonne. 

Incomplet du commencement. 

xix^ siècle. Papier. 33 feuillets. 320 sur 200 millim. Demi- 
rel. 

37. Mystère de Jérusalem délivrée, ou Godefroi de Bouillon. 

Incomplet de la fin. 

xix^ siècle. Papier. 274 pages. 325 sur 205 millim. Demi- 
rel. 

38. « Bue ar brinces Athanaïse, merch ar roue Lombardi, 
suivet a vue ar princ Yan, cont a Boëttou a roue a Vre- 
tagne..., composset ganeme Job Coat. En Montroulles, 
1836. » — Vie de la princesse Athenaïsse, fille du roi de 
Lombardie, suivie de la vie du prince Jean, comte de Poitou . 
et roi de Bretagne. 

Incomplet de la fin. 

Fol. 38. Fragment d'un dialogue d'Arlequin. — Cf. le 
n° 52. 

xix^ siècle. Papier. 40 feuillets. 300 sur 225 millim. Demi- 
rel. 

39. Mystère de Cognomerus, ou Comorre et sainte Try- 
phine. 

Le prologue, ajouté, est daté de 1839. 

Au fol. 75 et ailleurs, on lit le nom de « Jacques Le Picard 
de Plouha. » 

Fol. 79 v° « Pour fer l'abrégé des sept péché mortels. » 

xix^ siècle. Papier. 91 feuillets oblongs. 180 sur 220 millim. 
Demi-rel. 

40. Mystère de Chedoni et Helena Rosalba. 

Copié à Lannion, en 1839, par Joseph Prigent. 
xix^ siècle. Papier. 92 pages. 280 sur 180 millim. Demi- 
rel. 



41 6 H. Omont. 

41. Mystère du prince Fadlala. 

Fol. 1-2. « Joseph et ses frères, » (En français.) 

Fol. 90 v°. Règles de comput. — « Proposition pour 

trouver l'heures delà plainne mer... » 

xix^ siècle. Papier. 95 feuillets. 305 sur 200 millim. Demi- 

rel. 

42. Abrégé du « Dictionnaire de la l[angu]e Bretonne, par D. 
[Le] Pelletier, R[eligieux] B[enedictin]. 

Cet abrégé ne contient que les mots : « A-Bale. » — Le 
dictionnaire de Le Pelletier a été publié à Paris, chez Dela- 
guette, en 1752, in-folio, vu- 14 pages, 928 colonnes. 

Fol. 9. « Index onomasticus vocum barbararum et exoti- 
carum qu^ in legendis Benedictinis actibus occurrunt. » — 
« Abbadia-Claxendix. » 

Fol. 17. « Gloss. ex ms. cod. St. Germ. a Pratibus. — 
Abessem, adsensissem... — Antracitis... » 

Fol. 24. Glossaire ancien français. « Ahaniers, ... — ... Voi- 
sent, voient... » 

xvii*-xviii^ siècle. Papier. 55 feuillets. 350 sur 220 millim. 
Demi-rel. (Résidu St. Germain.) 

43. Huon de Bordeaux. « Tragédie a bue Huon a Vourdel, 
composset gane me Job Coat, ... 1824, ... en Montroulés. » 

xix^ siècle. Papier. 37 feuillets. 300 sur 220 miUim. Demi- 
rel. 

44. Mystère des Quatre fils Aymon. 

Incomplet du commencement et de la fin. — Cf. le n° 35. 
XIX' siècle. Papier. 191 feuillets. 300 sur 190 millim. 
Demi-rel. 

45. Louis Ennius, ou le Purgatoire de saint Patrice. 

Copie de Jean Connan, à Ploumilliau (Côtes-du-Nord). — 
Le commencement a été suppléé aux fol. 71-78. — Cf. le 
n° 29. 



Bibliothèque nationale, Mss. celtiques et basques, n°' 41-50. 417 

xix^ siècle. Papier. 78 feuillets. 330 sur 200 millim. Demi- 
rel. 

46. « La vie du patriarche Jacob et de ses douze fils. » 

Le prologue (fol. 1-2) et la fin (fol. 29-45) ont été copiés 
par M. F, -M. Luzel, à Keramborgne, 1844. — Cf. le n° 16. 

xix^ siècle. Papier, 45 feuillets. 320 sur 190 millim. Demi- 
rel. 

47. Mystère de Jacob et de ses fils; suivi de Moïse (fol. 62); 
voy. le ms. éo. 

Incomplet. — Copie de 1758. « Fait par moy Ollivier Le 
Buzulier. » — Cf. le n° 16. 

xviii* siècle. Papier. 131 feuillets. 310 sur 180 millim. 
Demi-rel. 

48. Mystère de sainte Anne. 

Incomplet du commencement. — A la fin, ont été ajoutés 
divers cantiques et prières en breton. 

xix^ siècle. Papier. 188 pages. 310 sur 185 millim. Demi- 
rel. 

49. Mystère de saint Jean-Baptiste. 

Au fol. 93 v°, on lit l'ex-libris de « Claude Le Bihan, de- 
meurant en la parroisse de Pluzunet, ... 1763. » 

xviii^ siècle. Papier. 99 feuillets. 310 sur 195 millim. 
Demi-rel. 

50. Mystère de la conquête de Charlemagne. 

Copie de Jobik Le Coat, de Morlaix. 1825. 

Fol. 30. Boileau, satire sur les Femmes. Traduction en 
breton. 

xix^ siècle. Papier. 37 feuillets. 295 sur 220 millim. 
Demi-rel. 



41 8 H. Omont. 

51. Mystère de Robert le Diable. 

A la fin, on lit : « Fait à Lannion, cejour 25^ octobre 1741. 
A moy Henry Le Guilcher... » 

xviii^ siècle. Papier. 145 feuillets. 280 sur 165 millim. 
Demi-rel. 

52. La Fille aux cinq amoureux (Clémentine et Arlequin.) 

Copie de Jobik Le Coat, de Morlaix. 
xix^ siècle. Papier. 17 feuillets. 295 sur 220 millim. 
Demi-rel. 

53. Vie de saint Guillaume, comte de Poitou. 

Abrégé et arrangé pour la représentation par Jobik Le Coat, 
de Morlaix. 1840. 

Le texte breton de ce mystère a été publié, en 1815, à 
Morlaix, chez Guilmer (in-8, 128 pages), sous ce titre : 
Tragédien sant Guillarm, condt deus a Poetou. Une nouvelle 
édition (même format et même nombre de pages) a paru à 
Morlaix, chez Haslé, en 1872. 

Fol. 28. Résurrection d'Arlequin, ou le squelette ambulant, 
pantomime. 

Fol. 31. Arlequin magicien, pantomime. 

Fol. A et 34. Fragments d'un dialogue d'Arlequin; cf. le 
n° 38. 

Fol. 39. Fragment de la « Jérusalem delivret; » copie de 
« Job Coat, ... en Montroulles. » 

xix^ siècle. Papier. 42 feuillets. 290 sur 180 miUim. 
Demi-rel. 

54. Mystère de saint Pierre et saint Paul. 

Copie de M. Luzel. — Voy. le n° 65 dont ce ms. forme 
le complément. 

xix^ siècle. Papier. 32 feuillets. 203 sur 175 milHm. 
Demi-rel. 



Bibliothè(]ue nationale, Mss. celticjiies et bascjues, n°^ 51-60. 419 

55. Mystère de sainte Hélène. « Bue santés Helena ; tragé- 
dien brezonnek. » 

Copie de M. Luzel; Dinan, 1849. Cf. le n° 30. 
xix^ siècle. Papier. 93 pages. 205 sur 160 millim. 
Demi-rel. 

56. Mystère de Charlemagne. 

Incomplet du commencement. 
A la fin, le nom de « Joseph Coat ». 
xix^ siècle. Papier. 40 feuillets. 280 sur 170 millim. 
Demi-rel. 

57. Mystère du Jugement dernier. 

Copie de M. Luzel. 

xix^ siècle. Papier. 61 feuillets. 205 sur 155 millim. 
Demi-rel. 

58. Mystère de saint Guillaume. « Tragédien sant Guillerme, 
en bresonec... Année 181 1. — A François Derrien, de 
Guerlesquin. » 

Texte abrégé. — Cf. le n° 53. 

xix^ siècle. Papier. 65 feuillets. 220 sur 175 millim. 
Demi-rel. 

59.* Mystère de Jacob. « Tragédien Jacob en bresonec... 
181 I. » 

Texte abrégé. — Cf. le n° 16. 

Avec l'ex-libris de « François Derrien, de Guerlesquin ». 
xix^ siècle. Papier. 63 feuillets. 220 sur 175 millim. 
Demi-rel. 

60. « Moïse, tragédie bretonne. » 

« Dans ce cahier se trouve la fin de la tragédie de Moïsa», 
du ms. 47. — Copie de M. Luzel. Keramborgne, 1844. — 
Cf. le n° lé. 



420 H. Omont. 

xix^ siècle. Papier. 9 feuillets. 220 sur 175 millim. 
Demi-rel. 

61. Mystère de la Destruction de Jérusalem par Titus. 

Incomplet du commencement et de la fin. 

xix^ siècle. Papier. 91 fol. 200 sur 155 millim. Demi-rel. 

62. Mystère de saint Guennolè. 

Texte abrégé. — A la fin, la date du 27 janvier 1839. 

Le mystère de saint Guennolè a été publié avec une tra- 
duction en regard par M. Luzel, Quimper, Charles Cotonnec, 
1889 (in-8, 222 pages), sous ce titre : Buhe^sant Gwennole abad. 
La vie de saint Gwennole, abbé; mystère breton en une journée et six 
actes. 

XIX* siècle. Papier. 50 feuillets. 200 sur 148 millim, 
Demi-rel. 

63. Mystère de saint Guiner. « Buez sant Guigner. » 

Copié par Auguste Lecorre, deLannion. 1839. 
Fol. 65. « La pauvre Bohémienne, romance. » En français, 
xix^ siècle. Papier. 65 feuillets. 200 sur 145 miUim. 
Demi-rel. 

64. Mystère de sainte Tryphine. 

Incomplet du commencement. — Texte différent de l'im- 
primé. — Cf. le n° 22. 

XIX* siècle. Papier. 100 feuillets. 270 sur 175 millim. 
Demi-rel. 

65. « Saint Pierre et saint Paul ; mystère breton. » 

Copie de M. Luzel. Keramborgne, 1844. — Il faut joindre 
à ce ms. le n° 54, qui le complète. 

XIX* siècle. Papier. 68 feuillets. 225 sur 175 millim. 
Demi-rel. 



Bibliothè<^ue nationale, Mss. celtiques et basques, n"' 61-72. 421 

66. Forus Feasa air Eirinn. Histoire d'Irlande, par GeofFroi 
Keating (1644). 

Ce ms. a jadis appartenu à Melchisedech Thévenot, garde 
de la Bibliothèque du roi (cf. Bibliotheca Thevenotiana, 1694, 
in-i2, p. 240). — Voir, sur les autres mss. et les éditions de 
V Histoire d'Irlande de Keating, YEssai d'un catalogue de la lit- 
térature épique de l'Irlande de M. d'Arbois de Jubainville, 
p. 144-146. 

xvii^ siècle. Papier. Feuillets prélim. A-F, xix et 194 feuil- 
lets. 270 sur 180 millim. Rel. veau brun (« Codex Melch. 
Thévenot. » — Regius 10505 b.') 

67-70. « Dictionnaire françois-breton du dioceze de Vannes, 
...composé par feu M. de Chalons, recteur de la paroisse 
de Sarzeau, grand vicaire de... Vannes. Revu et corrigé 
depuis la mort de l'auteur. » (1723.) 

Tome I, A-E ; tome II, F-M ; tome III, N-R ; tome IV, S-Z. 

Au bas du titre : « Ex libris Touzée de Grand'Isle, socii 
Sorbonici. 1774. » Ce ms. a depuis appartenu à Eloi Johan- 
neau, n° 320 du catalogue de vente (1852). 

xviii^ siècle. Papier. 552, 422, 426 et 345 pages. 230 sur 
170 millim. Demi-rel. (Vente Burgaud des Marets, mai 1873, 
n« 1968.) 

71. Défense de la Messe, par GeofFroi Keating, 

Le manuscrit est intitulé : « Clef à bouclier de la Messe 
{Eochair sciath an Aifrinn). » Voy. O'Reilly, dans Transac- 
tions of the Hiberno-Celtic Society, t. I, p. cxciv, et Harris, 
The Writers of Ireland, p. 106, qui le mentionne sous le titre 
de A Defence of the Mass. 

xviii^ siècle. Papier. 14 feuillets et 194 pages. 235 sur 
180 milHm. Rel. veau brun. 

72-88. Copies autographiées des Lois Brehon, etc., par John 
O'Donovan et Eugène O'Curry (185 3-185 5). 

I. 72. « Commentary on Senchus Mor, Septiads. — H. 3. 
17, Trinity Collège, Dublin. [O'Donovan], 1-399. 

Revue Cclitque, XI. 28 



42 2 H. Omont. 

73. «Fragments of Brehon Laws. — H. 3. 17, Trinity 
Collège, Dublin. O'Donovan, 400-688. » 

74. « Fragments of Brehon Laws. — H. 3. 17, Trinity 
Collège, Dublin. O'Donovan, 689-992. » 

75. « Fragments of Senchus Mor, Septiads, etc. — Ms. 
H. 2. 15, Trinity Collège, Dublin. O'Donovan, 993-1224. 

76. « Breatha comhaithehesa, Triads, etc. — E. 3. 5, ms. 
Trinity Collège, Dublin. O'Donovan, 1226-1348. » 

77. « Book of Aicill. — E. 3. 5, ms. Trinity Collège, 
Dublin. [O'Donovan, 1349-15 51,] » 

78. « Fragments of Brehon Laws. — H. 5. 15, H. 2. 12, 
H. 2. 16. Trinity Collège, Dublin. O'Donovan, 1552-175 1. » 

79. « Miscellaneous Brehon Laws Tracts. — Clarend. 15 ; 
Egerton, Plut. 90; Rawlinson, 487; [Cotton,] Nero, A. 7. 
O'Donovan, 1752-2236. » 

80. « Miscellaneous Brehon Laws Tracts. — Rawlinson, 
506, 502, 505, Bodleian Library. O'Donovan, 2237-2491. » 

IL 81. « Miscellaneous Brehon Law Tracts. — H. 3. 18, 
Trinity Collège, Dublin. Curry, 1-239. ^^ 

82. « Miscellaneous Brehon Law Tracts. — H. 3. r8, 
Trinity Collège, Dublin. Curry, 240-755. » 

83. « Miscellaneous Brehon Law Tracts. — H. 3. 18, 
Trinity Collège, Dublin. Curry, 756-1149. » 

84. « Miscellaneous Brehon Law Tracts. — H. 3. 18, 
Trinity Collège, Dubhn ; and Book of Ballymote, Royal Irish 
Academy. Curry, 11 50-1 5 84. » 

85. « Fragments of Brehon Laws. — Mss. Royal Irish 
Academy, 35-5, 43-6; and Liber Lec[ani], fol. 176 a. Curry, 
1585-1944. » 

86. « Miscellaneous Brehon Law Tracts. — H. 4. 22, 
Trinity Collège, DubHn. Curry, 1945-2 13 6. » 

87. « Miscellaneous Brehon Laws Tracts. — British Mu- 
séum, Egerton, 88. Curry, 2137-2603. » 

88. « Miscellaneous Brehon Law Tracts. — British Mu- 
séum, Egerton, 88. Curry, 2604-2906. » 



Bibliothèque nationale, Mss. celtiques et basques, n"^ 7^94- 42^ 

Voyez les Ancient Laws of Ireland, publiées dans la Collec- 
tion du Maître des Rôles (1865-1879, 4 volumes in-8), 
notamment l'avertissement en tête des trois premiers volumes. 

xix^ siècle. (Copies autographiées de John O'Donovan et de 
Eugène O'Curry, 1853-1855.) Papier. 290 sur 220 millim. 
Demi-reliure. 

89-90. Chants populaires de Léon (Bretagne), recueillis par 
M. de Penguern. 

226 pièces. — Une table détaillée renvoyant aux pages est 
en tête de chaque volume. 

xix^ siècle. Papier. 261 et 292 pages. 325 sur 250 millim. 
Demi-rel. 

91. Chants populaires bretons du Trecorrois, du Goello et de 
la Cornouaille (Bretagne), recueillis par M. de Penguern. 

xix^ siècle. Papier. 211 feuillets. 375 sur 250 millim. 
Demi-rel. 

92. Chants populaires Bretons, recueillis par M""^ de Saint- 
Prix, de Morlaix, partie dans les Côtes-du-Nord, à Callac 
et aux environs, partie à Morlaix. 

xix^ siècle. Papier. 122 feuillets. 325 sur 255 millim. 
Demi-rel. 

93. Chansons bretonnes. Fragments divers, papiers et notes 
de MM. de Penguern et Kerambrun. 

xix^ siècle. Papier. 119 feuillets. 330 sur 220 millim. 
Demi-rel. 

94. Chansons bretonnes, recueillies par MM. de Penguern et 

Kerambrun. 

Plusieurs de ces chansons sont accompagnées d'une tra- 
duction française. 

xix^ siècle. Papier. 245 feuillets. 320 sur 220 millim. 
Demi-rel. 



424 H. Omont. 

95. Chansons et dictons bretons, recueillis par MM. de Pen- 
guern et Kerambrun. 

xix^ siècle. Papier. 426 feuillets. 260 sur 200 millim, 
Demi-rel. 

96. Mystère de sainte Geneviève de Brabant. 

Copie faisant partie de la collection de M. de Penguern. — 
Texte différent de l'imprimé. — Cf. le n° 24. 

xix^ siècle. Papier. 314 pages. 290 sur 185 millim. 
Demi-rel. 

97. Mystère de saint Guennolé. 

Copie faisant partie de la collection de M. de Penguern. 
— Texte différent de l'imprimé. — Cf. le n° 62. 

Au fol. 79 v°, mention de la copie du ms. en 1767; au 
fol. 80, on lit : « Ce livre apartien à moy Yves Balcouf de 
Camlez... 1770. » 

Fol. 81. Fragment du Mystère de saint Symphorien. 

xviii^ siècle. Papier. 84 feuillets. 205 sur 170 millim. Demi- 
rel. 

98. Mystère de Charlemagne et des douze Pairs. 

Copie faisant partie de la collection de M. de Penguern. 
xix^ siècle. Papier. 95 feuillets. 202 sur 170 millim. 
Demi-rel. 

99. « Allonzor ha Tilmogina. » Comédie en un acte. 

Fol. 21. « An Inconstanç doubl. Comedy en eun act. » 
(Arlequin et Flavia.) — Cf. les mss. 38 et 53. 

Copie faisant partie de la collection de M. de Penguern. 

xix^ siècle. Papier. 38 feuillets. 190 sur 150 milHm. 
Demi-rel. 

100. Mystère de saint Garand, saint Denis et saint Clément. 

Copie faisant partie de la collection de M. de Penguern. 
xix^ siècle. Papier. 176 feuillets. 470 sur 330 miUim. 
Demi-rel. 



Bibliothèque nationale, Mss. celtiques et bascjues, n"' 95-105 425 
101. Recueil de prières, en irlandais. 

Page 76. Agallamh an chuirp agus an anma. Dialogue du 
corps et de l'âme. — Cf. le n° i, art. 6 et 37. 

Page 113. Traité de prononciation irlandaise, suivi d'une 
liste des principales abréviations usitées dans l'écriture irlan- 
daise (p. 130-132). 

xviii^ siècle. Papier. 132 pages. 150 sur 95 millim. Rel. 
parchemin. (Transmission du Département des Imprimés, 
B. 756 A.). 

102-105. « A descriptive Catalogue oftheirish Manuscripts 
in the Library of Trinity Collège, compiled by the late 
John O'Donovan LLD. (Unpublished.) — Dublin, 185 1. » 
— (Copie de 1880.) 

En tête du premier volume est un portrait au crayon de 
« James Henthorn Todd, DD. » (f 28 juin 1869.) 

A la fin du quatrième volume se trouve un appendice, qui 
contient une bibliographie des publications de O'Donovan et 
des extraits des Reports to R. Irish Academy (1878- 1879). 

xix^ siècle. Papier. 980 et clxxj pages. 200 sur 160 millim. 
Cartonné. 



426 H. Omonl. 



APPENDICE. 



Manuscrit de la bibliothèque de l'Arsenal. 

Parmi les quelques manuscrits anglais que possède la biblio- 
thèque de l'Arsenal, on trouve sous le n° 8103 un in-folio de 
129 feuillets tous écrits sur les deux faces, à l'exception de six 
folios et deux pages restés blancs. Il contient une analyse du 
Livre de Lecan, depuis le folio 9 inclus « the eight first folios 
being lost », jusques et y compris le folio 311 où le manus- 
crit original se termine par le poème de Gilla Moduda : Eire ôg 
inis na nàem « Irlande vierge, île des saints », composé en 11 43, 
dont on trouve un texte dans le Livre de Ballymote, p. 49-5 1 
et qui a été publié d'après le manuscrit 16 de la collection 
Stowe et avec une traduction latine par O'Conor, Rerum hiber- 
nicarum scriptores veteres, Prolegomena, première partie, 
pages cxLVii-CLXxxiii, Le manuscrit de l'Arsenal contient une 
partie de ce poème. On peut se demander si l'analyse du 
Livre de Lecan contenue dans le manuscrit de l'Arsenal n'aura 
pas été écrite au collège des Irlandais, à l'époque où le Livre 
de Lecan se trouvait dans cet établissement. On sait que l'ad- 
ministration du collège des Irlandais à Paris a donné le Livre 
de Lecan à l'Académie d'Irlande en 1787. L'écriture du ma- 
nuscrit de l'Arsenal paraît dater du xviii^ siècle. Mais c'est une 
copie faite par plusieurs mains d'un original dont l'auteur 
nous reste inconnu. Cet auteur a eu en quelques circons- 
tances la prétention de rectifier l'ordre un peu confus suivi par 
l'auteur du Livre de Lecan, en sorte que l'ordre des feuillets 
est quelquefois interverti ^ 

1 Cette notice a été rédigée par M, d'Arbois de Jubainville, 



Bibliothèque nationale, Mss. celtiques et basques. 



427 



IL 

Manuscrit de la bibliothèque Ma:{arine. 

La bibliothèque Mazarine possède un manuscrit irlandais 
(n° 3075), composé en grande partie d'une copie, parDomh- 
nal O'Crobhminn, datée de 1760, de l'Histoire d'Irlande de 
Keating (fol. 32-118). L'ouvrage de Keating est suivi 
(fol. 118 v°) de: Agallaiiih na Seanoraide « Dialogue des 
vieillards ». (Voy. d'Arbois de Jubainville, Essai d'un cata- 
logue de la littérature épique de l'Irlande, p. 3-4.) En tête et à 
la fin du volume ont été copiées différentes poésies pieuses en 
irlandais moderne (fol. 20-29 et 124-139). — xviii^ siècle. 
Papier. 170 feuillets. 320 sur 195 millim. Rel. veau, Ex-libris 
gravé de « T. Cooke, S. F. B. L. I. » 



LISTE DES COPISTES ET POSSESSEURS 

DE MANUSCRITS DE MYSTÈRES BRETONS 



André (Yves), 34. 

Ar Roué (Fanch), 32. 

Balcouf (Yves), 97. 

Cloaret (Olivier), 5. 

Coat (Job), 27, 38, 43, 50, 52, 53. 

Coat (Joseph), 56. 

Conan (Jean), 24, 45. 

David (Yves), 21. 

Derrien (François), 13, 18, 19, 58, 39. 

Dupré (Jean-Marie), 17. 

Goelou (Jean), 23. 

Le Bihan (Claude), 16, 49. 

Le Buzulier (Olivier), 47. 



Le Coat. Foy. Coat. 
Lecorre (Auguste), 63. 
Le Flem (Jean et Maurice), 3 1 
Le Guilcher (Henry), 5 1 . 
Lehoanen (Guillaume), 23. 
Le Hoerou (François), 33. 
Le Ménager (Jean), 16. 
Le Moal (Jacques), 26. 
Le Moullec (Jean), 12. 
Le Picard (Jacques), 39. 
Lesquélen (Jean-Marie), 34. 
Prigent (Joseph), 30, 40. 
Trousscl (Jean-Fr. -Marie), 19. 



428 



H. Omont. 



INDEX ALPHABÉTIQUE. 



Abréviations irlandaises (Liste des 

principales), loi. 
Adam (Péché d'), i (48). 
Adamnain (Songe d'), i (43). 
Aicill (Book of), 77- 
Aiguillon de l'amour de Dieu, i (4). 
AUonzor ha Tilmogina, comédie, 

99. 
Ame. Dialogue du corps et de 

l'âme, I (6 et 37), loi. 
Anne (La vie de sainte), 17, 48, 49. 
Antoine (Mystère de S.), 31. 
Arlequin (Clémentine et), 52. 
Arlequin et Flavia, 99. 
Arlequin (Fragments d'un dialogue 

d'), 38, 53- 

Arlequin (Résurrection d') et Arle- 
quin magicien, pantomine, 55. 

Ar Skour, Poésies, 25. 

Athénaïse, fille du roi de Lombardie 
(Vie d'), 58. 

Aymon (Mystère des quatre fils), 
35, 44- 

Ballymote (Book of), 84. 
Basques (Manuscrits), 7, 8, 9. 
Bède. Scintillarum liber, i (45). 
Bohémienne (La pauvre) ; romance, 

en français, 63. 
Boileau. Satire sur les femmes, en 

breton, 50. 
Breatha Cpmhajthehesa, 76. 



Brehon (Copies autographiées des 

mss. des Lois), 72-88. 
Brendan (Légende de S.), i (22), 

(40). 
Brigitte (Homélie sur sainte) i (39). 

Cantiques, en breton, 48. 

Carnaval (Le); farce, 33. 

Chagrin (Dialogue entre la joie et 
le), 27. 

Chagrins du royaume des cieux 
(Les deux), i (18). 

Chalons (De). Dictionnaire français- 
breton du diocèse de Vannes, 
67-70. 

Chansons bretonnes, recueillies par 
MM. de Penguernet Kerambrun, 

93-95- 

Chants populaires de Léon (Breta- 
gne), recueillis par M. de Pen- 
guern, 89-90. 

Chants populaires bretons du Tre- 
corrois, du Goello et de la Cor- 
nouaille (Bretagne), recueillis par 
M. de Penguern, 91. 

Chants populaires bretons, recueillis 
par Madame de Saint-Prix, de 
Morlaix, 92. 

Charlemagne et des douze Pairs 
(Mystère de), 32, 3}, 56, 98. 

Charlemagne (Mystère de la con- 
quête de), 50. 



Bibliothèt^ue nationale, Mss. celtiques et bascjues. 



429 



Chedoni (Mystère de), 40. 

Chrétien. Voy, Juif. 

Christ (Vengeance du sang du), i 

(42). 

Ciel (Routes du), i (53). 

Clément (Mystère de S.), 100. 

Clémentine et Arlequin, 52. 

Cognomerus (Mystère de), 39. 

Columba (Vie de S.) i (33). 

Comorre (Mystère de), 39. 

Comput (Règles de), 41. 

Confession. Voy. Moine. 

Cooke (T.), possesseur du ms. ap- 
pendice II. 

Corps. Dialogue du corps et de 
l'âme, I (6), (37), loi. 

Création (Mystère de la), 12. 

Crépin et Crépinien (Mystère des 
SS.), 20. 

Croix (Exaltation de la), i (44). 

David (Vie de S.), 5. 

Defensor de Ligugé(?). Liber scin- 
tillarum, i (45). 

Denys (Mystère de S.), 100. 

Derg le grand (Triomphe de), 4. 

Devy (Vie de S.), 5. 

Direction spirituelle en Irlande, i 
(12). 

Diverrés (Gabriel-Joseph). Diction- 
naire français-breton, 10. 

Domnall mac Seaain . Contrat, 1(14). 

Donnell (Vie des quatre), i (31). 

Donough, copiste du ms. i. 

Dormants (Vie des sept), i (34). 

Dublin. Catalogue des mss. irlan- 
dais de Trinity Collège, par John 
O'Donovan, 102-105. 

Eglises (Défense de polluer les), 

I (16). 
Egypte (Moines d'), i (50), 



Elie (Récit de l'état d') au ciel, 1(18). 
Emerentienne (Vie de sainte), 17. 
Enfant (Histoire d'un) sauvé par la 

vierge Marie, i (21). — Voyez 

aussi : Juif. 
Enfant prodigue (Mystère de 1'), 19. 
Enfer (Description del'), i. 
Ennius (Mystère de Louis), 29, 45. 
Enoch (Récit de l'état d') au ciel, i 

(18). 
Enseignement (Science de 1'), i (8). 
Eulogius (Mystère d'), 28. 

Fadlala (Mystère du prince), 41. 

Femme. Voy. Moine. 

Fille aux cinq amoureux (La), 52. 

Flathri, copiste du ms. i. 

Flavia (Arlequin et), 99. 

Fuad (Chasse delà montagne de), 4. 

Cabra (Récit de la bataille de), 4. 
Garand (Mystère de S.), 100. 
Geneviève de Brabant (Mystère de 

sainte), 24, 25, 26, 96. 
Georges (Vie de S.), i (27). 
Godefroid de Bouillon (Mystère de), 

37- 
Grazac (Lettres d'un théologien au 

R. P. de), impr., 10. 
Grégoire le grand (Vie de S.), i (28). 
Guégan (Le prêtre), chanson, 33. 
Guennolé (Mystère de S.), 62, 97. 
Guilenn (Chasse de la montagne 

de), 4- 
Guillaume, comte de Poitou (Vie de 

S.), 53, 58. 
Guiner (Mystère de S.), 63. 

HelenaRosalba (Mystère de Chedoni 

et), 40. 
Hélène (Mystère de sainte), 30, sS- 
Huon de Bordeaux (Mystère de), 43 . 



4?o 



H. Omont. 



Imitation de J.-C, en basque, 9. 
Inconstanç doubl (An), comédie, 99. 
Innocent III. Traité de la misère de 

la condition humaine, i (36). 
Irlande (Annales d'), 2. 



Langue toujours nouvelle, i (17). 
Laurent (Mystère de S.), 21. 
Lecain (Book of), 85 etappendice 1*. 
Lefebvre de Villebrune. Note sur le 
ms. I. 



Irlande (Direction spirituelle en), 1(12). Legha (William mac an), copiste du 



Israël (Histoire des enfants d'), 1(1). 

Jacob (La vie de), 16, 46, 47, 59. 

Jean, fils du comte, copiste du ms. i . 

Jean-Baptiste (Mystère de S.), 14, 15. 

Jean, comte de Poitou et roi de 
Bretagne (Vie de), 38. 

Jérusalem (Histoire de la destruc- 
tion de), I (42). — (Mystère de 
la destruction de Jérusalem), 61. 

Jérusalem délivrée (Mystère de), 37, 53. 

Jésus (Mystère de la naissance de 
l'enfant), 18. 

Jésus-Christ (Imitation de), en bas- 
que, 9. 

Jésus-Christ (Vengeance du sang 
de), I (42). — Voyez : Sauveur. 

Jeûne (Discours sur le), i (23). — 
Jeûnes (Les douze), i (53). 

Joie (Dialogue entre la) et le cha- 
grin, 27. 

Joseph (L'histoire de), 16. 

Joseph et ses frères (en français), 41. 

Joseph d'Arimathie (Histoire de), i 

(32). 
Jugement dernier (Mystère du), 57. 
Juif. Légende de deux enfants, un 

juif et un chrétien, i (20). 
Julienne de Nicomédie (Vie de 

sainte), i (30). 

Keating (Geoffroi). Les aiguillons 
de la mort, 6. — Histoire d'Ir- 
lande, 66 et appendice II. 

Kerambrun (R.-G.). Chansons bre- 
tonnes, 93-95. 



ms. I. 

Le Pelletier (Dom). Dictionnaire de 
la langue bretonne, 42. 

Loch Ce (Annales de), 2. 

Lois Brehon (Copies autographiées 
de mss. des), 72-88. 

Longin (Vie de S.), i (29). 

Louis (Mystère de S.), 27. 

Louis Ennius (Mystère de), 29, 45. 

Luzel (F. -M.). Collection de mys- 
tères bretons, 12-41 et 43-65. 

Mac Cosgair (John), copiste du ms. 
6. 

Magawney, ou Magduibne, (Wil- 
liam), traducteur, i (36). 

Magniu (Vie de S.), i 24. 

Maguelonne (Mystère de Pierre de 
Provence et de la belle), 36. 

Malarjé (Vie de), 33. 

Marie (Légende de la vierge), i (7). 
— Voy. aussi : Enfant. — Privi- 
lèges de la mère de Dieu (français- 
basque), 8. 

Martin de Tours (Mystère de S.), 
27. 

Messe (Paroles sur la), i (49). 

Michel (Combat de S.) et du dra- 
gon, I (47). 

Miroir du pécheur, i (5). 

Mochua (Vie de S.), i (25). 

Moine (Histoire d'une femme qui 
se confesse à un moine), i (19). 

Moines d'Égv'pte (Histoire des), i 
(50). 

Moïse (L'histoire de), 16, 47, 60. 



Bibliothèque nationale, Mss. celtiques et basques 



43" 



Murchertach ua hlfernain. Vers, i 
(32). 

Napoléon I (Histoire de), en bre- 
ton, II. 

Nicodème (Evangile de) ou Nico- 
mède (Histoire de), l (32). 

Noëls bretons, 18. 

Nonne (Vie de sainte), 5. 

O'Connell (Domnall). Ms. copié 
pour lui, I (36). 

O'Crobliminn (Domnal), copiste du 
ms. appendice II. 

O'Curry (Eugène). Copies autogra- 
phiéesdesLoisBrehon, etc., 81-88. 

O'Donovan (John). Copies autogra- 
phiées des Lois Brehon, etc., 72- 
80. — Catalogue des mss. irlan- 
dais de Trinity Collège, Dublin, 
102-105. — Liste des publications 
de O'Donovan. 105. 

O ' Dubhagain (John). Triallam 
tiompchul na Fodla, 3. 

Oihénart (Arnaud). Observations 
sur le Dictionnaire basque-fran- 
çais de S. Pouvreau, 8. 

Orson et Valentin (Mystère d'), 34. 

Ossianiques (Recueil de pièces), 4. 

Passion et de la Résurrection (Mys- 
tère de la), 13. 

Pater (Commentaire sur le), i (41). 

Patrice (Mystère du purgatoire de S .) , 
29, 45. — Homélie sur S. Patrice, 
i (38). 

Paul (Mystère de S. Pierre et S.), 
54, 65. 

Péchés mortels (Abrégé des sept), 

39- 
Penguern (J.-M. de). Chants popu- 
laires bretons, 89-91, 93-95. 



Pénitence (De la"), i (46). 

Perses (Sur les rois des), i. 

Philippe (S.). La langue toujours 
nouvelle, i (17). 

Pierre de Provence (Mystère de), 36. 

Pierre et S. Paul (Mystère de S.), 
54,65. 

Poésies pieuses, en irlandais, ap- 
pendice IL 

Poher. Histoire de Napoléon 1er, n. 

Pouvreau (Silvain). Dictionnaire 
basque-français, 7, 8. — Traduc- 
tion de l'Imitation de J.-C. en 
basque, 9. 

Prières, en breton, 48. 

Priezac (Daniel de). Privilèges de la 
mère de Dieu, 8. 

Prononciation irlandaise (Traité de 
la), ICI. 

Rezay (Thèses de logique de Guil- 
laume Bernard de), 9. 

Robert le Diable (Mystère de), 51. 

Rosalba (Mystère de Chedoni et 
Helena), 40. 

Saint-Prix (Madame de). Chants 
populaires bretons de Morlaix, 92. 

Salomon (Enseignement du roi) i 
(2) et (15). 

Sauveur (Miracles qui accompagnè- 
rent la naissance du), i (10). 

Scintillarum liber, i (45). 

Senan (Vie de S.), i (26). 

Senchus Mor (Commentaires sur 
le), 72. — Fragments, 75. 

Sermons bretons, i (5), (11), (13), 

(35), (49)- 
Sermon, en basque, 8. 
Sorbier (Palais enchanté du), 4. 
Spéculum peccatoris, i (3). 
Stimulus amoris Dei, i (4). 



42? 



H. Omont, Mss. cellicjues et basques. 



Symphorien (Fragments du Mystère 
de S.), 97- 

Tabac (Fable du), 33. 

Todd (J.-H.). Son portrait, 102. 

Toussaint (Sur l'institution de la 

fête de la), i (9). 
Tryphine (Mystère de sainte), 22, 

23, 39, 64. 
Valentin (Mystère d'Orson et), 34. 



Vers (Pièce de), i (51). — Voy. 
Poésies. 

Vieillards (Traité sur la frayeur 
des), 4. — Dialogue des vieil- 
lards, appendice II. 

Villebrune (Lefebvre de). Note sur 
le ms. I. 

William mac an Legha, et William 
Magawney, ou Magduibne, co- 
pistes du ms, I. 



NOTA 



Il y a des gloses bretonnes dans les mss. de la Bibliothèque 
nationale Lat. 3182, 12021, et Nouvelles acquisitions 426. 
Celles des deux premiers ont été publiées par M. Whitley 
Stokes, Old Breton glosses, Calcutta, 1879, p. 2; celles du 
dernier par M. Léopold Delisle, Histoire littéraire de la France, 
t. XXXI, et Mémoires de la Société arcJjéoIogique et historique de 
l'Orléanais, t. XXIII; voir aussi Revue Celtique, t. X, p. 147- 
148. 



THE OLDEST VERSION 



TÔCHMARC EMIRE 



INTRODUCTION. 



Tochmarc Ernire, the Wooing of Emer, is the name of one 
of those Old Irish sagas, which hâve gathered around the Ul- 
ster king Conchobur and the chief heroes of his court. It was 
considered and classified ^, as one of the remscéla or introduc- 
tory taies of the greatest epic of this cycle, the Tàin Bô 
Cûailnge, because its purport is the love of the principal hero 
of the Tdin, Cùchulind. To judge from the considérable num- 
ber of manuscripts — eight in ail — in which the text has 
corne down to us, as well as from références to it in Irish lite- 
rature ^, Tochmarc Emire was a favourite saga with the Irish, 

1 . It is mentioned as such in LL. 245 b, 33 : ^e thochmurc [Emirel, though 
not in the list of remscéla in D. 4, 2, Rev. Celt., VI, p. 191. 

2. It is mentioned in the list of taies published by Jubainville, Catalogue 
p. 262, under the title Tochmarc Emire la Coinctdainn, and in the Intro- 
duction to the Senchus Môr, Ancient Laws I, p. 46, u. In that part of 
the Tain B6 Cûalgne which is called hina Forinolta and in which Fergus 
speaks of Cuchulind's âge, LU. 58 b, 24 (and Eg. 1782, fo. 92 a, 2, which 
seems to be a copy of LU.), thèse words occur : issint sesicd bliadain luid 
do Joglahn gaiscid 7 chless la Scdthaig « in the sixth year he went to learn 
valour and feats with Scathach ». Hère both MSS hâve the foUowing note 
in the margin : Ohicihir Tochmarc Emire deso (doso Eg.), which I take to 
meîn « T. E. contradicts this ». T. E. was used by Cormac in the com- 
pilation of his glossary, as appears from the articles belltaine and ôi ; and it 
was one of the seinscreaptra meamruin, from which O'Clery took his glos- 



4 34 f^^^o Meyer. 

until, like the rest of the heroic taies, it was superseded by 
those of the Ossianic cycle. 

T. E. has not hitherto been edited. Extracts from it wcre 
printed and translated by O'Curry Manners and Customs pass., 
who also gave some account of the contents, ib. III, p, 315. 
A tentative and often erroneous ^ translation of the whole taie 
was published by me two years ago in the first volume ot the 
ArchcwÏGgical Review, n° 1-4. 

Résides, T. E, has recently been treated by Professer Rhys 
in hisHibbert Lectures pp. 448 seqq. He sees in Cûchulind's 
quest of a wife and his expédition to Alba and Scdthach a ver- 
sion of the sunhero's visit to the other world. I know Httle 
of the methods of mythological investigation ; but I would 
point out the fallacy of two arguments, which Professor Rhj^s 
uses for his interprétation. It is true, that Cûchulind travels, 
but it should be pointed out that he does so in the opposite di- 
rection to the sun, from west to east. Secondly, there is nothing 
about Emer or her father to suggest the realms of darkness. 
Professor Rhys in bestowing the epithet « coal-faced king » 



ses, as may be seen by such entries as easomain j. faille, gart .t. eineach, 
gcnide grainne, misimirl J. droichirnirt, etc., which occur in the text of T. 
E. Lastly, I would quote an amusing passage from the H. 5. 17 version of 
Aislinge Mcic Conglinne, in which the appearance of thefuthhaig, who cures 
Mac CongUnne from hisvoracity, is thus described (p. 7^9): cona triiihhus 
do hiiid saibail fo cossaibh, cona assaibh iershsai hiraihe Tain Bù Cùailgne 
ocus Pruigen Dd Derg isin usa robôi fo cois deis, Tochiiiarc Etaine ocus Toch- 
marc Emere isin asa robùifoa cois cli. « With his trousers of pancake around 
his legs, with his shoes made of a hind-quarter, the Tàin Bô Cùailgne and 
Bruiden Dâ Derg in the shoe, which was on his right foot, Tochmarc 
Etaine and Tochmarc Emere in the shoe, which was on his left foot. » 

I . e. g.-^. 69, 3 : class is translated by « fatness » instead of « chase « ; 
cf. adclaidim « I chase », StokesTrip. Life Ind. — p. 70, 18 : rengarodaim 
« reins of agréât ox » is wrongly rendered by « moustache « — • p. 72, 10: 
diibithiy leth dubfolach should hâve been rendered by « as black as the side 
of a black ruin »./o/ac^ is the gen. of/o/ which occurs Rev. Celt. IX, p. 90. 
— p. 74, 29 : « I earn thanks from no one ». Cf. ni taille buidhe jri nach 
rig inti Domnall Breacc, Fled Dùin na n-Géd, p. 54. — p. i)3, 5 : niuir 
druidecl'la rusha fuir co muirseilchc and co n-aicniud suigech leis cosuiged in fer 
cona armgaisciiid Jor LU- a istadbuilc « a magie sea was on it, with a sea- 
turtle in it of a sucking nature, so that it would suck a man with his ar- 
mour on to the ground of its. . . » — P- 154, 7 : is ed dolodnmr-ni « this is 
the way we went ». — p. 155, 35 : amhor « wail, lament», not « music». 
Cf. Rev. Celt. X, p. 367. 



Tochmarc Ernire. 4^ 5 

on Forgall, lias fallen into a serious error. The Irish words 
are iiigcn rîg, richis garta and are applied by Emei to herself : 
« (I am) the daughter of a king, aruddy flame of hospitality. » 
richis never means « black coal », but « live, burning coal or 
embers » ^ ; and garta is the genitive oi gart, often glossed by 
enech or féile « HberaHty, bounty, hospitaUty ». 

But by far the most important treatment T. E. has received 
at the hands of Professor Zimmer in his paper on Teutonic 
influences uponthe Irish heroic sagas, Zeitschrift fiïr Deutsches 
Altcrihum XXXII . Uunfortunately, in this as in other papers of 
the same author, the gold is so mixed up with the dross that it 
is difticultto purge the one from the other. But in spite of the 
wrong statements, hasty conclusions, and idle conjectures 
with which this paper abounds, and some of which I hâve 
pointed out elsewhere, I hold that Zimmer has proved one of 
his main points which concerns us hère, viz. that in several 
of the Irish heroic sagas we can distinguish between a pre- 
Norse and a post-Norse rédaction. As will be shown later on, 
T. E. is one ot thèse. 

The following isa list of theMSS. in which T. E. has corne 
down to us. Only the two first MSS. contain a complète text. 

(i) H, contained in the Harleian MS. 5280, fromfo. 27 a- 
35 b. The MS. was written by Gilla Riabhach O'Clery, as 
appears from the following entry on fo 76 a : « Oraid ar an- 
main an truaghain scribas an cmlmen so dô fen .i. Gilla Ria- 
hach mac Tuaihail maie Taide Caim i Clerich 7 tahrad cech 
oen dia foigena in oraid don scribn/W. » Tuathal O'Clery died 
in 15 12 according to the Four Masters. 

(2) S, contained in the Stowe MS. 992, nowintheR.I. A, 
and classed D. 4. 2, fo. 80 a 1-85 b i. This MS. was written 
at Frankford, King's Co,, in 1300. See my édition of the 
Merugud Uilix, p. V-. 

1. See Windisch s. v. richiss. 

2. I take this opportunity of supplementing the list of contents which I 
gave of this MS. in the Revue Celtique Yl, p. 190. 

fo 25 b, 2 : Crichairecht naMidhe incipit .i. mar teit abann Lifiosin siar 
co hAth Giath 7 o hAth Cliath cusan Righidh [the Rye water] 7 on Righidh 
siar co Cluain Conaire Faolain [Cloncurry] 7 o Chluain Conairi o Faolain 
siar co hAth in MuiUnn in Frangcflî>. 



4j6 Kuno Meyer. 

(3) U, contained in the Lebar na hUidre, from p. 121 a- 
127 b. Part of it is now illegible, and between pp. 124/25 
and 126/27 leaves are lost. 

(4) E, a fragment contained in the Egerton MS. 92, fo. 
24 a, 1-25 b. This MS. was written in 1453, as appears from 
the foUowing entry on fo. 12 b: finitt anno domini m° cccc° 
1° 3°. 

(5) F, a fragment contained in the Book of Fermoy, 
pp. 207 a — 212 b. The beginning is illegible, there is a gap 
between pp. 210/11, and the end is wanting. 

fo. 50 b, 2 : Don scuaib a Fânuid 7 don roth rimach 7 dont saighnen 
teintighi inso. The same text LBr. p. 242 b. Cf. Stokes, Trip. Life, 
p. xxxvii. 

fo. 51 a, I : Senadh Saighri. fo. 51 b, i : Inni di'atâ Cusli- Brighde 7 Ai- 
dhed mie Dhi'choime. Ends fo. 53 b, 2. 

fo. 51 b, 2: Feachtus diatarrla Flann mac Lonain. A taie, of which 
O'Curry. Lectures II, p. 100 gives an abstract. 

fo. 52 b, 2 : (B)ai ri amra for hib Failgi fecht naill .i. Eoch« a ainm. Bui 
ainim mor forsin righ .i. da n-ôô eich (no pill) fair. 

fo. 55 a, 2 : Espucc Etchean cecinit dona tri Colmanaibh an tanccatar o 
Roim. 

fo. 53 b, 2 : Doraidetar do«o na hubduir corub do secht rannaib doronad 
Adam. An cetrand dib do thalmhuin. Ends fo. 54 a, i. 

10. S5 b, I : A poem beginning : Dlegaidh righ a nzrugud Doreir na le- 
genn lebrach, Dlighit filidh fiadhugui, Ferr estecht inda hengach. « A king 
must be obeyed, According to bookish lore, Poets must behonoured, Better 
to listen than to prate. » 

fo. 55 b, 2 : The Dinnsenchus of Lusmag. The same Leb. Lee. p. 258 b, i. 

fo. 56 a, I : The Dinnsenchus of Mag Lenai. The same Leb. Lee. 
p. 259 a, 1. 

fo. 56 a, 2 : The Dinnsenchus of Loch n-Deirgdeirc.The same Leb. Lee. 
p. 242 a, 2. 

fo. 56 b, 2: The Dinnsenchus of Slîab Mairge. The same Leb. Lee, 
p. a34 a, 2. 

ib. The Dinnsenchus of Creehmœl. The same Leb. Lee. p. 249 a, i. 

fo. 61 b, 2 : (R)oboi ri amra for Geist«i/;aib .i. Cainnill a ainm 7 doriacht 
teidm n-adhuathmar a n-aimsir in righ sin gusna Geistei^aib. Ends fo. 
62 b, 2. 

fo. 64 b, I : A quatrain : Mairce chuindgus ni for carait, Minab lainn lis 
a tabairt. Is e déde nostâ de, Miscais oeus oirbire. « Woe to him that seeks 
anything from a friend, unless he is ready to give it. Thèse are the two 
things will fjllow therefrom, hatred and reproach ». 

fo. 64 b, 2 : Boui rechtaire diumsach oe rig Alban 7 dorala gnim n-ing- 
nad n-indiigthech do .i. mad [leg. mag] boui oeci 7 ar da sesrach .x. esi- 
den, conid ed rob ail don rechtaire, ar in muidhe [leg. muighe] sin i n-œnlo 
7 a buain a n-oenlo. Roharad in mad [leg. magj 7 rolaad sil eruithneehta 
ann iarsin, etc. 



Toclimarc Emire. 457 

(é) B, a fragment contained in the vellum quarto classed 
Betham 145 (R. I. A.), pp. 21-26. There is a gap between 
pp. 24/25. 

(7) b. This is a paper MS. bound up with the preceding 
vellum MS. p. 68 : Incipiunt u^rba Scathaige etc. foUowed by 
the épisode beginning Cid diatd Emain Machœ, — p. 70. 
pp. 1 13-128 a fragment of T. E. There is a gap between 
pp. 124/25. 

(8) R. TheBodleian MS. Rawlinson B. 512 contains from 
fo. 117 a, I — 118 a, 2 a version of the second halfof the taie, 
followed by Scdthach's parting words to Cùchulind. That por- 
tion of the MS. to which thèse texts belong was copied in the 
I5th century from the lost Book of Dubdaleithe. This is évi- 
dent from the foUowing heading to the first taie of the layer : 
INcipit di Baili in Scail inso ar slicht hsenlihair Duibdaleithi 
• i. comarpa Patm/c. As O'Curry, MS. Materials p. 19, has 
shown, this Dubdaleithe is almost certainly identical with the 
bishop of Armagh of that name, who filled the see from 
1049- 1064. It is to be assumed that he was the compiler of 
the book named after him. Thus we hâve strong évidence 
that R represents a version existing about the middle of the 
iith century. But there are valid reasons for dating the ori- 
ginal rédaction of this version at least three centuries further 
back. 

An examination of the eight versions enumerated above at 
once reveals the fact that, with one exception, ail contain an 
identical text, and throughout agrée so closely that they must 
hâve sprung from one archetypus. The one MS that stands 
apart and varies from ail the others in such a manner that it 
cannot hâve sprung from the same source, is R. The most 
important points in which it differs are the following. 

1. The text is not glossed. 

2. The style is much simpler. Only the main features of 
the narrative are given, and thèse shortly, and without any 
adornment or répétition. 

3. A large number of incidents and épisodes are not found, 
of which the following are the more important : 

(a) The incident of the drochet ind alla or Cliff Bridge, 

Revut Celtique, XI. 29 



4^8 Kuno Meyer. 

which leads to Scdthach's abode. Scathach docs not dwell on 
an island (Archacological Review, p. 299.) 

(/^) Scdthach's pupils are not enumerated (ib.) 

(c) The name ot CùchuhnJ's and Aifte's son (Connhi in 
ihe other versions) is not given ; nor does the incident with 
the finger-ring occur, nor does Cûchulind put any gessa on 
his son (Arch. Rcv., p. 302.) 

(d) Cùchulind's feats are not enumerated (Jb.^ 

(e) There is no visit to Rûad, the king of the Isles ; the 
épisode of Derbforgaill and the three Fomori does not occur 
{Arch. Rcv., p. 304.) 

(/) Lastly, the end is eut very short. The varions combats 
at the fords, Bricriu's taunt, and the other proceedings at 
Emain are not told (Arch. Rcv., p. 306.) 

To those vv^ho hâve read Zimmer's arguments for the as- 
sumption of a twofold rédaction of Old Irish sagas, a pre- 
Norse and a post-Norse one, the absence in R of the incidents 
mentioned under {e), and possibly under Ça), will be a strong 
argument for regarding B. as the only extant représentative of 
a pre-Norse, and the other versions as representing a post- 
Norse rédaction of Tochmarc Emire. This is rendered certain 
by a considération of the following fact. 

The incident of Forgali Manach's visit at Emain is thus told 
in R. Is de iarom doUuid Forgali Manach dochoin n-Emnai Mâ- 
cha isnahib Gallccuscaib, aniail bitis tcchta rig Gall do accallaim 
Conchabair , co n-immchomarc dô di ôrdulsib y fin Gall. « There- 
fore F. M. went to E. M. in a Gaulish garb, as if it were 
an embassy from the king of the Gauls, to confer with Con- 
chabur, with an oftering to him of golden treasures and wine 
of Gaul. » Hère we hâve clearly a voice from that oldest peri- 
od of Irish history, when Gall was used in its original sensé 
oï Gallus « a Gaul ». Now, ail the other versions give the 
end ofthis passage thus: co n-inimchoinarc dô diôrdi'iisib Finn- 
gall 7 cccha maithiusa archena « with an offering to him of 
golden treasures of the Norwegians, and ail sorts of good 
things besides. » In the interval between the lïrst and second 
rédaction of T. E. the term Gall had changed its meaning to 
that of « Norseman ». The new redactor, having before him 



Tochmarc Emire. 459 

a copy of the old version — as will be shown elsewhere — 
found there an absurdity, viz. « Norse wine » or « wine of 
Norway ». By one stroke of the pen he changed Jîn gall to 
finngall, and altered the sentence accordingly. 

There can be no doubt, then, that in the case of T. E. we 
may distinguish between 

I. a pre-Norse version of, say, the 8th century, represented 
by R, and 

II. a post-Norse version of, say, the iith century, repre- 
sented more or less faithfuUy by ail the other MSS. 

It will now be necessary to show that the language of R 
bears out the resuit arrived at. It must, of course, be borne in 
mind that R was copied in the I5th century, i. e. at the 
threshold of modem Irish, from an iith century MS. But even 
thus there are but few Middle-Irish forms^, and the Old-Irish 
character of the language stands out so clearly that we can 
safely claim the text of R as a pièce of Irish the 8th century. 
A comparison with the language of the Old-Irish glosses will 
show this. 

First, as to sounds and their représentation, notice the fol- 
lowing archaic forms and spellings : 

eu for later eô (Z. 35) in ciilas 51. 

oi for later oc (Z. 3 i) mLoigaire 36, 38, doine 52, oinar 103 . 

/ for infected fl (Z. 4) in trogin 2, the gen. of trogan. 

i for later ai (Z. 6) in sodin 38. 

i for infected e (Z. 10) in slig 27, slige6i, the dat. and gen, 
of sleg, later sleig, sleige. 

du (Z. 638) 90, 140, 146, 71U 74 (Z. 415), ru 65 (Z 441), 
fu 3 (SP. V. 3) for do, no, etc. 

//; for ^ in auslaut (Z. 71) in henaith 137, noherath 130, co- 
rath 136, daunaith 126, milith io^,fedeth 106. 



1 . Such as the spelling limh for Umm 67, an for in, ana or 'na for inna, 
donaioï donaib, for ind ior forsind 64; the masc. dd for the fem. di 87, 89; 
transportée! « after mao- and tech 46, 51 : the datives carpat, tochmarc, Forgall 
for carpiit, tochmarc, Forgull ; in cho-nlaid 60 (nom. pro accus.) the ace. pi. 
Mumain for Mumna, beimmentmi for béimmenn 85, 148; the construction 
latair erdrach a ciimachtai na hingine; do for di in brônach do dith a coiceli ; 
lastly, perhaps, the dative sing talam for talmain. 



44^ Kuno Meyer. 

d for //; in inlaut (Z, 73) in madair 64, iaidslaniai 141. 

ch ioT g in auslaut (Z. 71) in o/?;îV/; 92, Lugdaich 91, J^i^- 
«ûf/V/; 138, d'adaich 66. 

g for c/; in auslaut (Z, 74) in huadag 36. 

auiox û in t/aww 60, daunaith 126, maiati 49, and // for / in 
allaili 43, alJaill 52 are curious. Also notice J/g « day » 
(Z. 270) for dia, 45. 



The forms of the article are, as a ruie, well preserved : 

ind riS^, 93 , ind ncich 8î, innahingine 150. 

dur sa inag 51, 56, etc. 

In the nouns notice the ace. sing. of a féminine i-stem in 
beasti 43, of a c-stem in Lugdaich 91; the gen. sing. of a 
neuter stem in -men in hc'unme 148, of an i-stem in nioro 134 
(mora Sg. 94 a, 3. 112); the dat. sing. ofo-stems in hiud 68, 
eu 61, feur 53, nciich 100, of io-stems in uisciu 68, suidiw^i; 
the ace. dual masc. in la a mac-si « with her two sons » 
108, without dà, a very rare thing; fem. in dà ingin 89; the 
gen. masc. in in dà hrugaid 89, the dat. in cûiia n-dib n-erib 
152, cona dib n-ijigcnaib 153. 



Prépositions. 

di and do are carefully kept apart, except in one case (41) : 
den dig « from the draught » 100, dint set « from the path » 
135, di ôrdâisib « of golden treasures » 14, dia daim « of his 
own will » 38 etc. dua crichaib « to their lands » 140. 

dochom \s always found with transported n : docboni n-Emnai 
12, dochum n-hErend 130, 144. Cf. Wb. 10 a, 22; 11 b, 27, 
and see Windisch s. v. 

frie « towards her », 73. Z. 65 1. The later form is fria. 

trea « through her », 61. tree, tréeZ. 652. The later form 
is trethi, LU. 41 b, 6. 

hûaise « above her » 136. The later form is ûaste, LL. 188 c. 



Tochmarc Emire. 441 



Pronouns. 



Notice the gen. sing. neut. ind neich, 81. For isnahib 13 
instead oiisnaibhi cf. Windisch, s. v. fib. 
The following examples of infixation occur : 
sg. 2. rii-t-tolnastair 65, ro-t-biat 124. 
sg. 3. masc. and neut.: 
a : faruim 88. 
d : du-d-fich 44. 
id : cech-id-epirt 7, ar-id-m-bui 81, con-id-tibset 45, co?z- 

id-furmud 78. 
n ; ni-n-derba 39, da-n-écachae 62, ni-n-acaldastar 63, to- 
n-iiiithirend 68, to-l-leic 135, ato-n-intoi 132. 
sg. 3. fem. 
^iï: a/oci/) 31 for ad-da-op. 
s : fo-s-dichet 119, ni-s-lamair <)i . 
sn : do-sm-bert 120. 
pi. 3. an- : ar-a-selid 71, conam-an-airceba 10. 

û?a .• dodanaicc 6 for do-da-anaicc, cotaocbad 53 for con-da- 

ocbad. 
us : ar-tis-ainic 103. 
Infixation of the relative is seen in the following forms : ho 
a-r-raill 19, nad di-n-giie 44, nad-m-bai 33, do-ni-beft 6^, ar- 
id-m-bui 81, nu-n-geabad 74, //i/a/z ni-bretJm 90. 

Suffixation of pronouns: ///f/j-f 64, gabtb-as 119, perhaps 
luidea 119, craitsiusa 69. 



Dépendent and indépendant forms are distinguished. Exam- 
ples of the former are : contiilid 120, iarmifoacht no, tiiarnic 
144, rt^ww/- 128, of the latter : dufochtrastar 98 {dîuchtraim 
Wind.), d'iadbas 37 (tadbadim Wind.), doasselbthea i {taisscl- 
baim Wind.), addaniair 93. 

Reduplicated Preterites : daiiccacbae 62, conbobig (for row- 
^g/'o/V, from bongini) 6<),faraith 70, o^fw// 135, iorfer 138, etc. 



442 Kuno Meyer. 

S-aorists : (Zimmer, KZ. 30, pp. 129 seqq.) : bi 60 (V beti), 
àochumbai 1 1 5 (conibon^aim Wind.). 

T-preterites : inchoisccht 51, birt 53, etc. 

Secondary S-futures : araressed 53, dochoissed 134. 

Deponential Perfects : addamair 93, nislamair 93. 

T-preterites Passive : sing. : conrecht 96, anacht 148, daad- 
bas 37, etc. 

^\uï. forcéta 25, molta i6,ferthai 15, flf^//;û[ 118. 

In the substantive verb we may notice the absolute form 
bâtir 30, 48, b^tair 39, the secondary présent nombiîh 107, 
the injunctiveform arnabeith 134, and theinfinitive boith 118. 

Lastly, the following Old Irish particle occur : 

cammce « however » 21 ■=cammai^h. 3 d, 8. LU. 23 b, 6. 
121 a, 9. 



TOCHMARC EMIRE 



Do] [fo. 117 a, i] asselb/;thea dine ctchz cethn-e ior se[i]lb 
Be[i]l. Bel-dine iarom .i. belltine. Co Bron Trogin .i. taitifog- 
muir .i. is and dobroni trogan fua tort[h]ib. Tr^gan diu ainw 
do thalam. 

5 Adfiadatar iarom an(a) ingena dona brugadaib int odxch 
dodanaicc issin carpat sainemail. Adfiadatar side do Forgall 
Monac/; cechidepirt i;zd ingen friss. 

« Fir », or Forgall. « INd riastardai o Emai;/ Machiï;. Do 
tanaicc do accalk/;» Eimere 7 'rochar ind ingen. Is aire cot- 
^^ nacalt. Ni ba cobair dô. Doroirbiur-sa fo?7amanairceba », ol 
se. 

IS de iarom dolluid Forgall Manac/; dochom n-Emnai Mâchas 
isnahib Gallecwj'caib amail bitis tec/;ta rig Gall do accalk/w 
Concdhuh co n-i;/zcho;«arc do di orduisib 7 fin Gall. 

I) Ferthai failti fi-is. Triar al-lin. Ho rolaa a muintir as dia 



Tochmarc Etnire. 443 

cammaib « however » 63. Z. 701. 

'diui'i then » 3, 98, 104, ro6, ioï didiu, Z. 712. 

c?ona « then » 16, dono 55. Z. 699. 

noc/; « yet » 58, in the formula noch ba, so fréquent in 

the glosses. Z. 700. 
sech ba « namely » 18, Z. 717. 
Tlie relations ofthe second version of T. E. to the first I 
hope to deal with in an introduction to an édition of the 
complète text, on which I hâve been engaged for some time. 



Kuno Meyer. 

Liverpool, July 1890. 



THE WOOING OF EMER 



The young of every kind of cattle used to be assigned to 
the possession of Bel. Bel-dine, then, i. e. Beltine. To Bron 
Trogin, i. e. the beginning of autumn, viz. it is then the 
earth sorrows under its fruit. Trogan, then, is a name for 
« earth » . 

The maidens afterwards told the lords èntertainers the vv^ar- 
rior had come to them in the splendid chariot. Thèse told 
Forgall theWily everything that the maiden had said to him. 

« True, » said Forgall. « The madman from Emain Mâcha. 
He has come to converse with Emer, and the girl has fallen in 
love. That is why she conversed with him. It 5hall not avail 
him. I shall prevent their meeting, » he said. 

Therefore Forgall the Wily went to Emain Mâcha in a 
Gaulish garb, as if it were an embassy from the king of 
the Gauls, to cpnverse with Conchobur, with an offering to 
him of golden treasures and wine of Gaul. 

Welcome was made to him. Their number was three. 



444 ^"''o Me-jer. 

1res la, molta CvLCu\aind 7 eirrfi hUki fiadai. Asb^/V-som dona 
ba fir 7 ba hawzrai, acht nzmma dana da ris[scd] Cuculaind 
Domnall Mildemail ar Alpi, ro^ad amrade. Sech badofachairt- 
sam son, ar nifowtissed aridisse. Cotsela Forgall, ho arraill 
20 ior Co'mculaind ani ba haccobor leiss. 



Luid camm^ Cuculaind iarom 7 Loegfl/re Buadach 7 Con- 
chabur. IS hed luide Cuculahid dar Bregai ar adall na hingine. 
Adgladasdar Emir ^ oc techt inna noi. Tingell cac/; di alaili a 
genass co comristais. 

25 Ho roancatar Downall, ft;rcéta leiss aill (or lice dercain, 
foseted cet/;arboIcc. Noclistis fuiriiarom, napdar dvba na glassa 
a fond [fo. 117 a, 2]. Aill for slig frisndringtiss, co;iclistiss for 
a rind, na ferad ïor a fon;nb. 



Caraiss Co[\]jichulaind iarom ingen Do;;maill. Dornoll 
30 OUdornai a hainm. Bâtir morai a gluine. A sala reme, a 
traigt[h]i ina diaid. Ba hetig a delb. Atoop Cuculaind. Tind- 
gellaid si a degdigail fair. 

Asmbert Domnall iarom nadmbai foisitiv forcoitil Concu- 
laind conrissed Scath^/V boi fri hAlpai anair. NaloMr da«a a 
35 triur .i. Cuculaind 7 Conchabur rii Emna 7 Loigairi Bvadag 
tar Alpi. 

IS and daadbas dôib Emain Mâchas ar a suil. Ni rucait 
Conchahur 7 Loigflm sech sodin. Luid Cuculaijid dia daim 
huadaib. Ninderba, ni gat ni de, air batair erdrach a cv/;/- 
40 achtai na hingine. Fofer erchoad^do-samj^oscar amuinterfriss. 
O dochoid tar Alpi, ba bronach do dith a coiceli. Anais 
da?za desuidiu o roairigestar. 



1. emer MS. 

2, çrchoat MS, 



Tochmarc Emire. 445 

When he had sent away his men on the third day, Cuchu- 
lind and the chariot-chiefs of the men of Ulster were praised 
before him. Then he said that it was true, and it was won- 
derful, butthenif Cuchuhnd were to go to Domnall the War- 
like in Alba, it would be the more wonderful. Now, it was 
for this that he proposed that, in order that he might not 
come back again. Forgall wen- away, when he had imposed 
on Cuchuhnd what he wished. 

However, Cuchuhnd went then, and Loegaire the Victorious, 
and Conchobur. This is where Cuchuhnd went, across Brega 
to visit the maiden. He spoke with Emer when he went in 
his ship. Each of them promised chastity to the other until 
they should meet again. 

When they had come to Domnall, they were taught by him 
one thing on a flagstone with a small hole, to blow bellows. 
Then they would perform on it till their soles were ail but 
black or livid. Another thing on a spear, on which they would 
climb. They would perform on its point ; or dropping down 
on their soles. 

Then the daughter of Domnall fell in love with Cuchulind. 
Bigfist was her name. Large were her knees. Her heels (tur- 
ned) before her, her feet behind her. Her shape was loath- 
some. Cuchulind refused her. She vows to hâve a good re- 
venge on him. 

Then Domnall said that Cuchulind would not hâve pro- 
fession of instruction until he came to Scathach, who was 
in the east ot Alba. So the three of them went across Alba, 
viz. Cuchulind, and Conchobur, the king of Emain, and 
Loegaire the Victorious. 

There Emain Mâcha appeared to them before their eyes. 
Conchobur and Loegaire do not go beyond that. Cuchulind 
went of his (own) will fromthem. He did not stop, he..., for 
the powers of the maiden were supernatural. She wrought 
harm against him, so that his friends were severed from him. 
When he had gone across Alba, he was sorrowful through the 
loss of his comrades. Therefore he waited when he had not- 
iced it. 



446 Kuno Meyer. 

Fochairt iarom nllaili m-beasti n-vathmair^ amail leoman, 
dudfic/; 7 nad dingne erchoad do. 7 missimbert na maccrada 
45 comdiihset. Die cctharmad lai scarais an beist fris. 

Focairt iarom ïor tech n-and i n-glind. IS and fovanicc ingin. 
Adatngladastar. Ferais failti friss. Ashert-soni can bai dia 
aithgne. Asb^rt si bâtir comaltai dib linaib la hUlbecan Saxa, 
« dia m-bamar matav lais oc foglai;;î bindiz^sa », ol si. 

50 Imarnic dono fri oclaich n-aile. Ferais ind falti fris cetna. 
Is eside inchoisecht eulas do darsa mag n-dobvil ^ bai ar a 
chind. Leth in moige noseccdis doine de. Al-leth allaill co- 
taocbad ïur ind feur. Birt roth leiss ond oclaich, araressed 
amail an roth sin tar leth in maigi, arna rosecce(a)th. Dobert 

55 dono uball do, araliad di lar amail noliad ind uball sin. Cotela 
samln/W tarsa mag fortanaic ar a chind iarsuidiu. 



Asbert fris bui glend mar ar a chind. Oent[s]et coel tairiss, 
noch ba si a chonair do thig Scat/jchai. Tar ard lecde n-uath- 
mar son dana. 
60 Luid dono in set sinnisin. Luidea don daun. Bi in chomlaid 
co n-ev a slige a^luid trea. 

Luid hVathach ingen Scathchai ar a chend. Danecachae. 
Ninacaldastar ar me[i]t dombert to[i]l di an delb. Tafaisig 
cam/;/aibh 7 moisi fria madair. 

65 (( Ruttolnastair in fer », ol a mathair. «Tafeid im' tolc-sai 7 
foid leiss d'adaich ». 

« Ni scith limb-sai indni sin ». 

Toni//?thirend ind ingen co n-uiscm 7 biud. Ferais esomni 

fris fo deilb cobari. Craitsiwj-a co?îbobig am-mer. Eigis ind 

70 ingen. Faraith son ïn dunchare huli coteracht an trenter do 



2. hvathmar MS. 

3. ndobail MS., with v for a correction over a. 



Tochmarc Etnire. 447 

Then he encountered some dreadful beastlikea lion, which 
fought with him, but did him no harm. And the foui play 
of the youths, who laughed at him. On the fourth day the 
beast parted from him. 

Then he came upon a house there in a glen. In it he found 
a maiden. She addressed him. She bade him welcome. He 
asked whence she knew him. She said they had been foster- 
children both with Wulfkin the Saxon, « when I waswith him 
and thou learning sweet speech, » said she. 

Then açain he met a warrior. He made the same welcome 
to him. It is he who taught him the way across the plain of 
Ili-luck which was before him. On the hither half of the plain 
men would freeze fast. On the other half they M-ould be 
raised on the o;rass. He took a wheel with him from the war- 
rior, that he might reach Hke that wheel across one half of 
the plain, so that he would not freeze fast. He also gave him 
an apple that he might follow the ground as that apple would 
follow it. Thus he escaped across the plain, which he found 
before him afterwards. 

He told him there was a large glen before him. One narrow 
path across it, yet that was his way to the house of Scathach. 
Across a terrible stony height besides. 

He then went that way. He went to the dun. He struck 
the door with the shaftof his spear, so that itwent through it. 

Uathach, the daughter of Scathach, wentto meet him. She 
looked at him. She did not speak td him, so much did his 
shape move her désire. However, she went, and praised him 
to her mother. 

« The man has pleased thee », said her mother. « He shall 
corne into my bed, and I will sleep with him to-night. » 

« That (were) not wearisome to me. » 

The maiden served him with water and food. She made 
him welcome in the guise of a servant. He hurt her, and broke 
her finger. The maiden shrieked. This ran through ail the 



44^ Kano Meyer. 

À. ^ Cochor Crufe. Araselid-side 7 Cuchulaind 7 fichi in 
trenfer. 

Ba brônach in ben Saxthach desuidiv co n-ep^rt-seom frie 
nangeahad mamv ind fir dvscer-. Dobcrt iarom ind ingcn 

75 comarli do Co[î]nchu\aind dia tress lau, ma bu dcnaw Ix-ch- 
thachtai dolluid, arateiss^J dochom Scathchai magen a m-bui 
oc forcerai a da mac À. Cuar 7 Cet ar in corad ich n-errcd 
isind ibardoss mor i m-boi si, 7 si foen and, conidfurmud 
eter a da cicli cona cMaideb contardaud a tri indrosc do .i. a 

80 forcetal cin dichell 7 a hernaidw-si co n-icc a ûndscrae 7 epcn 
ind neich aritmbui, ar ba faith si dana. 



Dognith samlafrf huile. 

Is hi ind inhaid si tra boi-som la Scathaig 7 a municrus 
hUathch^e a hingine, is and dolluid alaili ôclaich awrai bai la 
85 Muwain, Lugaid Noes mac Alamaicc, ind ri, doluid aniar 7 
da airrig deacc leiss di airrigaib Muman do thochmarc da 
ingm deacc Corpn Niodfer. Amassa side remib huile. Init- 
chuala-som Forgall Monach, farui/;z do Themair. Arnaiss a 
ingin^ dond rig 7 da ingin deacc in da hrugaid deac olchenas. 



90 Dutheitt ind ri do)i banfeiss a dochumb. Intan m-bretha 
Emer co Lugdaich dochum in chetaich i m-boi do suidiu for 
a laim, gahaid si a da n-gruaid 7 dosmbeir for fir a einich+ 7 
addamair do bad Cuculaiiid charais. Nisla;;/air ind ri iarom 7 
scart/;a de. 

95 Boi cath for Scathaig isind aimsir sin doao fri tuathv elle 
form-ba banflaith Aiffc. 7 fo;/recht la Scathaig Cuculaind 7 
dobreth deog suain do riam, arna teisscJ isin cath, ar nach 
rïssed ni and. Ar choimainchi do^rnit/;. Dufochtrastar d'idiu 



1. doi. MS, 3. ingen MS. 

2. duscar MS. 4. oinich MS. 



Tochmarc Emire. 449 

host of the dun, so that a champion rose up against him, viz. 
Cochor Crufe. He and Cuchulind fought, and the champion 
fell. 

Sorrowful was the woman Scathach at this, so that he said 
to her, he would take (upon himself) the services of the 
man that had fallen. Then on the third day the maiden advi- 
sed CuchuHnd, that if it was to achieve valour that he had 
gone forth, he should go through the chariot-chief 's salmon- 
leap at Scathach in the place where she was teaching her two 
sons, Cuar and Cet, in the great yew tree, when she was 
recHning there ; that he should set his sword between her two 
breasts, until she gave him his three wishes, viz. to teach 
him without neglect, and that she should wed him with pay- 
ment of her dowry, and say everything that would befal 
him ; for she was also a prophetess. 

It was ail done thus. 

Now this was the time when he was with Scathach and 
was the mate of Uathach her daughter, when a certain fa- 
mous warnor who hved in Munster, Lugaid Noes, the son of 
Alamacc, the king, went from the west, and twelve under- 
kings of the underkings of Munster with him, to woo the 
twelve daughters of Corpre Niafer, Ail thèse were betrothed 
(to men) before (they came). When Forgall the Wily heard 
this, he came to Tara. He betrothed his daughter to the king, 
and the twelve daughters of the twelve lords entertainers be- 
sides. 

The king went to the wedding feast to him. When Emer 
was brought to Lugaid to the seat where he was, to sit by his 
side, she takes his two cheeks and lays it on the truth of his 
honour, and confessed tohim that it was Cuchuhnd she loved. 
Then the king dared her not, and they parted hence. 

At that time also Scathach had a feud against other tribes, 
over whom was the princess Aife. And Cuchulind was put in 
bonds by Scathach, and a sleeping potion had been given 
him before, that he might not go to the battle, lest anything 



450 Kuno Meyer. 

ellam inte C\cu\aind. A m-ba mitMssi cet/;eora n-var [fo. ii8 
100 a, rj fiche/ do neuch aili den dig suain hi coûud, ba hoenvair 
do-som. 

Luid iarom la da mac Scat[h]chai ar cend tri mac Ilsuanach 
.i. Cuar, Cet, Cruffe, tri milith Aiffe. Arw^ainic-side a oinar 
a triur. 

105 Luid àidiu arabarach a thriur chetna ar ohend hri mac 
Eissii; Enchende .i. Ciri 7 Biri 7 Bailcne, tri milit/; aili Aiffe. 
Focherded à\dhi Scathach osnaid CQch Idi 7 ni fedeth cid nom- 
bith, co w-bo hiaram notheged-som forsan t[s]ét. Aili on, ba 
boith cin tris fer la a mac-si frisna tn'ru ; aili, ba howan Aiffe 

iio odev banfendith ba handsow bai isin bit/;. 



Luid CnciAaind iarom ar chtnn Aiffe 7 iarmifoacht cid ba 
moam sercc lea riam. 

Asbé?rt Sczûiach: « Is ed is moo serc la HAiffe .i. a hara 7 
a da hech carpaf/. 
115 Fersat iarom cuiwleng forsan t[s]ét, Cuculaind 7 Aiffe. 

Dochvmbai iarom a arm ar Chomcnlaind conna ba sia 
dorn a chlaideb. 

IS an/2 asbert Cnculaind : « Aili am^Ts ! » ol se. « Dorochair 

ara; Aiffe 7 a da ec/; c^irpait fon n-glend, conïd apt/xi huile ». 

120 Decid Aiffi lasodain. Fosdic/;et Cuculaind. Lasodain gabthas 

foa cich, dosmbert tarsna amail aires, contulid co a sluagv 

fadeisin. Aconrodasta(i)r a beim fria talmain. 

« Anmain a n-anmain ! » ol si. 

« Mo t[h]ri indrosc dam-sa ! » ol se. 
125 « Rotbiat. » 

« It he mo thri indroscc. Giallaai do ScathaiV cin nachfr/th- 
orcai??, muintf?rM^ dana frim-sa d'adaich ar belaib do dau- 
naith tein, foruice mac dam. » 

Atmur simlaid, 7 dognith huile. 
130 [fo. 118 a, 2] Asbert si iarom ba torrach. Asbert dana is 
mac noberath 7 arataised dochvm n-hErend in mac dia secht 
m.-hlicid an. 7 fuacaib ainm do. 

Atonintoi iarom. Teit aitherrach. Tofornic sentainde caich 



Tochmarc Emlre. 451 

should happen (to him) there. As a précaution thiswas donc. 
However, Cuchulind awoke promptly. While anybody else 
would hâve slept twenty-four hours from the sleeping potion, 
it was but one hour for iiim. 

Tlien he went witti ttie two sons of Scathach against the 
three sons of Ilsuanu, viz. Cuar, Cet, Crufîe, three warriors 
of Aiffe's. Alone he met them (ail) three. 

On the morrow the same three went against the three 
sons of Eiss Enchend, viz. Ciri and Biri and Bailcne, three 
other warriors of Aiffe's. Now, Scathach would utter a sigh 
every day and knew not what would corne (of it). Then he 
would go on the path. One thing was that there was no 
third man with her two sons against three ; and then she was 
afraid of Aiffe, because she was the hardest woman-warrior 
in the world. 

Then Cuchulind went to meet Aiffe, and asked what it was 
she had ever loved most. Scathach said : « This is what Aiffe 
loves most, her charioteer and her two chariot-horses. » Then 
they fought upon the path, Cuchulind and Aiffe. Then she 
broke Cuchulind's weapon so that his sword was no longer 
than its hilt. Then Cuchulind said : « Woe is me ! » said 
he, « Aiffe's charioteer and her two chariot-horses hâve fallen 
dovN'n the glen, and ail hâve perished. » At that Aiffe looked 
up. At that Cuchulind approached her, seized her under her 
breast, threw her across (his shoulder) like a burden, and 
went to his own host. He... to throw her on the ground. 

« Life for life ! » she said. 

« My three wishes to me ! » said he. 

« Thou shalt hâve them. » 

« Thèse are my three wishes : thou to give hostages to Sca- 
thach without ever again opposing her, to be with me this 
night before thy own dun, and to bear me a son. » 

It is granted thus and was ail donc. Then she said she was 
pregnant. She also said that it was a son she would bear, and 
that the boy would come to Erin that day seven year. And he 
left a name for him. 

He then returned. He went back again. On the path before 



4<2 Kuno Meyer. 

tuathchaic/; ar a chind forsint [s]et. Kshen fris ar ferchaire 
135 arna beith ar a chind. Nacha boi dochoissed isind ail moro. 
Tolleicc sis dint [s]et 7 giuil a ladair aire nawma. A n-doluid 
si hvaise, fornessa a orddai?z arancorath foan alld. Foc/7erd 
iarom ich n-erreth de suas afmhissi 7 benaith a cend dissi. 
Ba si indsin mat/;air ind emd dedenaich docher leis-seom ,i. 
140 Eiss Encliend. 

Lotar iarom int sluaicr la Sca.xh.aîg dua cnchaib 7 anaiss 
denass taidslantai hi foss. 7 asmbert si friss indni aridmbui 
iar tichtain hErend co n-epert si indni Sciûiach : 

Aritossa ollgaba^ 7 ri. atd isind libar. 

145 Tanic-som hroni dochomb n-hErend 7 tuarnic tain bo Cu- 
ailngi. 

Luid iarom amail dorairngert dv Luglochtaib Loga do dun 
Vorgaill Manaig^ Focherd bedg dar na tri lisv 7 bi tri 
beimm<?nnai isinn lis, cotovchair ochtar cach hebnme 7 anacht 

150 fer h(i)medon nonhair, Scibor 7 Ibor 7 Catt, tri derbrathri 
iwna hingine. 7 dob^rt ind ingin^ .i. Emer cona. comaltai comx 
n-dib n-erib di ôr. 7 ïuscerd bedg tarsan treduai ait/;errach 
€0113. dib n-ingenaib. 7 rochomallw^tar na gnima sin hule do- 
rairngert dii, 7 dolluidh co m-boi ind-Emain Machœ. 



1. manach MS. 

2. ingen MS. 



Tochmarc Einire. 4J} 

him he met an old blind woman, blind of her left eye. She 
said to him to beware and not be in her way. There was no 
footing on the cliff of the sea. He let himself down from the 
path, and only his toesclung to it. When she passed over them 
she hit his great toe to throw him down the chff. Then he 
leapt the chariot-chief s salmon-Ieap up again, and strikes her 
head off. She was the mother of the last chariot-chief that had 
fallen by him, vi:^. Eiss Enchend. 

Thereafter the hosts went with Scathach to her land, and 
he stayed there for the day of his recovery. 

And she told him what befel him after he came to Brin, and 
Scathach said this : « Great péril awaits thee » (and the rest, 
which is in the book). 

Then he came, to Erin, and chanced upon the cattle-spoil 
of Cualnge. 

He went then, as he had promised, to Luglochta Loga 
to the dun of Forgall the Wily. He leapt across the three 
ramparts and dealt three blows in the close, so that eight fell 
from each blow, and one man in the midst of ninewas saved, 
Scibor, and Ibor, and Catt, the three brothers of the maiden. 
And he took the maiden Emer with her fostersister, with 
their two loads of gold, and leapt once more across the three 
ramparts with the two maidens. And he fulfiUed ail those 
deeds which he had promised to her, and went until he was 
in Emain Mâcha. 



Revue Celtique, XI. 30 



454 ^uf^o Meyer. 



NOTES 

1 doasselhthea. We may supply the beginning of the sentence from 

Harl. fo. 32a : No co Beldine. Bel diu ainm de idail. Is ann doa- 
selbti dine gâcha ceatra for seilb Beil. « Or to Beldine. Bel, then, 
the name of an idol god. It was on it [viz. on that day] that the 
young of ever)- kind of cattle used to be assigned to the possession 
of Bel ». — For âoaissdbaim « I assign » cf. donaisilbub gl. cum 
adsignavero, \Vb. 7 a, and Atkinson HoMn7ù'5, Ind. s. v. taisselbaim. 
— for. seilb = W. ar helw. 

2 co Bran Trogin. Cf. laithe mis Troghain risi raitir in Lughnasad, Rawl. 

487. ni fada uaim aimser Throghain, LL. 168 marg. inf. Says Finn, 
LL. 205a: 

Dualderg ingen Mairge Moir 

ben sein Smucailli meic Smoil, 

cacha bliadna doni fleid 

dam-sa lathi Brôn Trogain. 
Ib. fogmnr « autumn ». Cf. dia domnaig isin mis medonaig ind fogomair, 
LU. 39b, 18. 

3 dobrénim « I sorrow ». Cf. fer dobbronach, LL. 289b, 5. Hence 

dobronaigim « I sorrow » ; toirsig 7 cnedaig 7 dobrônaig don anfi- 
rinde do denam ina fiadnaise « she (viz. charity) grievcs and sighs 
and sorrows when iniquity is wrought in her présence », a paraphrase 
of « inter iniquitates gemescens », Atkinson Honi. pp. 206 and 445. 

6 In Scél Mucci Mie Dâtho, Rawl. 512, fo. 105 b, 2 the hruiden of For- 

gall Monach is said to hâve been near Lusk (a taehh Luscai). 

7 Monach « tricky, wily ». monach .i. clesamnuch, ut est Forgall 

Monuch, Eg. 1782, fo. 15 b, 2. 

Cach clessach na chanad cheilg 
manach sein [i]sin Gœdilg, LL. 144 b, 26. 
From mon .i. clés, LL. 168 b, 39. Corm. p. 28. 
Ib. cecb idcpirt, misread by the compiler of the later version into conid 
epert. 
9 rochar ind ingen. Harl. has : ruscarustar and ingen esseom 7 iss air sin 

donacolt cach alali dib. 
10 doroirlnur-sa, glossed tainniuscfed-sa in the later versions. Cf. nadat- 
torbad (.i. nachattairmescad) dit ' gaisciud, LL. 262 a, 21. dostor- 
baitis (scil. lénti) a cossa, LL, 55 b, 8. Wind. s. v. torba 2. 
14 orduisib. Cf. dûis f. wealth, riches, jewel, O'R. is tre firinne flatha 
tocbait dûsi ili orda airgdide « through the justice of a prince many 
gold and silver treasures are lifted », LL. 346 b, 3. tucait dana 
cucu... a n-ôrdùse 7 a n-étguda. LL. 54 a, 35. 



Tochmarc Einire. 



455 



i8 vtildemail ^zz militaris, misread fiiildeinon by the later compiler. 
Ib. ropad ainra de. The later version bas : robad amraide a cliss. 
Ib. Instead of sech the later version lias acht chma. 
19 cotsela. Cf. dochum feda conselai .i. rô-elai no rosir, Broccan's Hymn, 

62. selaim r:: W. chwylo « to turn ». 
Ib. ho arraill. Harl, has ho araill. Lit. « when he had come upon C. ». 

Cf. Wind. s. V. taraill. 
26 foscted ziz sufflare. 
Ib. cetharholcc, gen. plur. Biiilc is used of a smith's bellows LL. 117 b, 

48. rabulgsetar a n-61i 7 a srôna mar bulgu goband i certchai 

« their cheeks and noses puffed out like a smith's bellows in a 

forge », LL. 104 a, 2. 

38 dia daim is glossed dia dcoin in the later version. Cf. damim « I 

grant ». 

39 ninderha. Cf. ninderbai di forimim inna n-én « he did not cease from 

chasing the birds », LU. 69 b, 44. The word was not understood 
by the compiler of the later version, wlio altered thus : luid ûaidib 
iarom dia daim i conair n-indeurb (Harl.). 

Ib. ni gat ni de « he took nothing away from it » ? Harl. omits the 
phrase. 

Ib. erdrach, wrongly glossed maith in the copies of the later version. As 
a noun it means « a supernatural being, spirit, spectre », and with 
its cognâtes O. N. draiigr, A. S. gidrog, Germ. trug etc. is to be 
referred to an Indo-Eur. root dhrugh. See Kluge, Wôrterbuch, s. v. 
Trug. Cf. nidom scâl-sa ém 7 nidom urtrach « I am not an appari- 
tion nor am I a spirit », Biile in Scail, Harl. 5280, fo. 71 a. Plur. 
Nom. an tan isit urtraig not malartaigend « when it is spirits that 
harass thee », FB. 67 (Eg.). Ace. na hurtracha, ib. Gen. aurJdrag, 
LU. 60 a, 6. 

44 dudfich. The later version has hère : conacai biastœ ûathmair mâir ina 
dochum amail leoman bôi oc a feithem « which was attending 
him ». Perhaps we ought to read dudfcch « which regarded him ». 

48 Ulhecan Saxa. This passage throws unexpected light on the early 
relations of Saxon and Celt in thèse islands. There can beno doubt 
that Ulhecân is an Irish rendering of an Anglo-Saxon hypocoristic 
form of Wulf. For Ir. Ulb, Olb z= A. S. Wulf, O. N. Ulfr cf. 
Ulbh (Three Fragm. p. 222) =1 O. N. Ulfr; Fredolb, Ir. Nennius, 
p. 76 = A. S. Fridhulf ; Rodolbh, Three Fragm. p. 128 — O. N. 
Hrôdhûlfr ; Odolbh, ib. p. 176 1= O. N. Audhôlfr, etc. For the suffix 
cf. datincan « daddie, dear father », LL. 279 a, 13. For Saxa the 
original MS. seenis to hâve had Seaxs. or Saxa zz A. S. Seaxa ; for 
the reading of Harl. is Saxn, and of Eg. Sexai, Stowe Sexae. 
Does Cuchuhnd learning « bindius » from a Saxon master point to an 
influence of Teutonic on Celtic poetic expression ? Bindius, which 
glosses « sonoritas, euphonia » in the Sg. codex, seems hère to 
refer to singing and recitation of poetry. 



4j6 Kuno Meyer. 

52 seccaim « I parch, dry, freeze » O'R. Cf. sicc « frost ». Sicc m6r, 

Chron. Scot. A. D. 696. is fada lium atâ Emunn amuich sa sic 7 
me fein ac fuirech ris gan mo diner do caithim, a scribe's entry in 
Laudôio, fo. 58 b. Harl. has : noseichtis doine ndei .i. nolendacis 
a cossai. 

53 araressed. ressed :z= roiessed, 3, 59. fut. sec. of sagim « I reach ». See 

Wind. s. V. rosagim. Cf. riasiu sessed dochum talman, LL. 67 a. 
rasessad, Tog. Tr. 64. rosaissed, LL. 250 a, 46. 2. pL fut. rosesaid- 
si uli do for tir, LU. 25 b, 10. rosessid-si, LL. 301 b, rosessidh, 
Rev. Celt. IX. p. 24. 

57 oe)!t[s]ét. Rhys, Hibbert Lectures pp. 450, 451 translates tét in this pas- 
sage as well in 11. 107, 114 by « cord ». But tét is féminine (Ace. 
in téit, LU. 8 b, 42); and would hardly suit the context in 1. 133. 

60 in setsinnisin. The later version has in set sin. 

63 tafaisig (tôscaigim Wind.) is glossed by docrig in the later version. 

66 tolc À. lebaid, H. 3, 18, p. 651. W. twlc « cot ». samaigis i tûlg i 

taeb n-ursainde, LBr. 216 b, 40. Plur. nom. tuile, Alex. 887. tolg 
creduma im a leapaidh 7 seisium innti dogres, Fled Dùin na n-Géd, 
p. 42. — The passage was misread by the later compiler, who 
wrote : tofeit am' toil-se dono. 
Ib. foiiL The later version has : foi less d'adaig, massed condaigthi. 

67 Harl. has : ni scith leum-sa emh, ol si Scathach, massed dotaed a toil 

fen. Stowe : maised dotoet a toil duit fen. 

68 esomni. Harl. has : feraiss eussoman (.i. failti) friss fo delph cofarig (.i. 

la gabail grema de). I take this to mean : she made him welcome 
in the guise of a servant, viz. to move his désire. Cp. asimilar pas- 
sage in Stokes, Lives, 1. 53. Uathach seems to hâve hit upon the 
same stratagem of love as Miss Hardcastle in « She stoops to con- 
quer. » The gen. cohari, cofarig may contain a derivative from cobair 
« help », and mean « assistant, attendant ». 

70 faraith glossed by rosiacht in the later version. 

78 foen « prostrate ». com-bôi fâen fotarsnu isind âth inaligu, LU. 76 b, 
16. beit fir ina fajnligi, LL. 48 a, 26. « outstretched » : dâ slechtain 
déc 7 al-lâma foena fri Dia, Rawl. 512, fo. 43 a, i. dothsegat ind 
aingil ar a cind 7 al-lâma foena, LU. 17 a, 37. « open » : bûirg f^n- 
béla « open-mouthed castles », i. e. with open gâtes, FB. 53, 14. 

81 Instead oi aridiiihii the later version has: bai dô-som ar cinn. 

84 vmntcrus « state of being a busband. » Cf. 1. 126, where it clearly 
means « cohabitation ». Cf. betit mnaa can a muntera « wives shall 
be without their husbands », LL. 48 a, 11. 

91 cetaicb. Cf. ceadaidh .i. suidhe, O'Cl. probably trom this passage. The 
later version has: dochum ind inaid. 

98 coimainche for com-imm-ainche. Cf. iomaineach « coercive », O'R. 

99 ellam « ready, prompt », see Tog. Tr. Ind. s. v. 

109 odev for fodéug ? Harl. has : 7 dono ba homon le Aiffe in bainfendig 
fodeug isside ba hannsom, etc. 



Tochmurc Emue. 457 

109 fosdichet is glossed by rosoich in the later version. Cf. the following 

kenning of Cûchulind in Tochm. Emire : 

« Am nia fir dichet i n-aile hi Ross Bodbae » « I am the nephew 

of him who passes into another in Ross Bodba », thus explained fur- 

ther on: Teit diu Conchobur [the river] i n-DofoIt. Fandichet .i. 

cotmesca; fris conid oensruth fat. « The C. passes into the Dofolt. 

It mixes with it, so that they are one river. » 
120 aires, a mistake for aire, ère « load «? The later version has amail 

asclaing. 
128 atnmr. This was misunderstood as the first person deponential by the 

later compiler, who wrote : atmur-sa amlaid, ol si. 

135 jerchaire = ergaire. Cf. ni ram-irgaire, ar Cûchulaind, LL. 110 z, 47. 
134 isiiid ail vioro. Harl. has: fon ald mor roboifoi. 

Ib. dochoissed. Cf. connach rabi dôib conar dochoistis acht for sligi Mid- 
lûachra, LU. 83 a, 32. 

136 Jornessa for fo-ro-snessa. Cf. fornessa sleig culind isin glind hi coiss 

Conculaind, LU. 73 b, 15. fosnessa sleig culind ina bond traiged, 
LL. 74 b, 40. 
143 atd isind lihar. The « Verba Scâthaige fri Coinculaind » foUow imma- 
diately upon Tochmarc Emire on fo. 118 b, i, beginning : 

Imbe eir hcengaile, 

arutossa ollgabad, 

huathad fri héit n-imlibir. 

Cotvt chaurith ceillfetar, 

fortat bragait bibsatar. 

Bied do chalcc culbeimwen 

cruo[ch] fri sruth Setantce. 

a Thou vv^ilt be a chariot-chief of single combat. 

Great péril awaits thee, 

Alone against a vast herd. 



Thy sword of back-strokes shall be 
Gory at the river Setanta. » 
The end is : 

Atchiu firfeith Finnbennach hOéi 

fria Dond Cuailnge ardbaurach. 

« I see Findbennach of Ai will fight 

Against the loud-bellowlng Donn of Cùalnçe. 



ETUDES BRETONNES 



VII. 

SUR l'analogie dans la conjugaison. 

^. Composés du verbe être. 

52. Le verbe être forme en breton des composés dont le 
premier terme peut être un nom, une ou plusieurs prépo- 
sitions, ou un radical verbal. 

C'est un nom dans le substantif moy. br. gueleuout, couche, 
gésine, van. guJevouît, verbe « faire ses couches », et subst. 
« couches », l'A. ; gulvoud, léon. giïilyoud, guëkoud, subst., 
Grég., gall. gwelyfod, subst., de giuely et bod ; littéralement 
« être en couche ». Comme verbe, ce mot se conjuge en van- 
netais d'après le dérivé ^ulevoudein, l'A. ; = gall. gwelyfodi, 
léon. guÏÏyoïidi (accoucher, v. neutre et actif, Gr.). 

53. C'est une préposition, dans les mots suivants : 

moy. br. hanbout, hainbout, auihoiit, état, manière d'être, 
pouvoir, gall. hanfod, exister, existence, cf. br. moy. a-han-ouf, 
de moi, Stokes, The nco-celtic vcrb siibstantivc, 5 i ; 

moy. br. divout, sujet, dans a:{ divout, à ton sujet, van. a 
:(ivout, au sujet de, cf. v. irl. foblth, à cause de, dont la der- 
nière syllabe a dû signifier être, selon M. Stokes, ibid., 35 '^ ; 

moy br. mar d-eu, s'il est, etc., cf. v. irl. dian-d-id, à qui 
il est, ibid., 49, 48 ; 

moy. br. en de-ve^^, il a habituellement, infinitif en devout, 

I . L'auteur avait comparé fohîth au comique govys^ dont le sens n'est pas 
certain (The Calendar of Oengus, 1880). 



Etudes bretonnes. 459 

en devexput, èndeffout, Grég., van. en dont, avoir, =z « UU 
(masc.) ad-esse », gall. dyfod, venir (pour le sens, cf. osOpo ... 
TzxpiixTiq, hue advenisti, littéralement adstitisti, Iliade, III, 405). 
Cf. Loth, Rev. Celt., VII, 320. 

Il semble que le bret. moy. donet, venir, soit pour *devonet, 
comique devones, composé de bones, être, qui selon M. Stokes 
appartient à une autre racine que br. be^a (ibid., 32). 

Un autre inf. deu s'est formé du radical courant ::= do-ag 
— ou do-b — Rev. Celt., IX, 247, 73 ; VI, 30. L'impér. 
moy. et mod. deu:;^ (corniq.^Mj^ gall. iio.;) devient aussi deu par 
analogie: pet. Trég. ne deu ket ! cf. Peng., VI, 196; Far ar 
pcoc'h, chez Lédan, 2. Deu:^ contient peut-être la racine es, cf. 
lat. adesio. On ne peut l'expliquer par la terminaison -es, Rev. 
Celt., IX, 260, qui est purement armoricaine, bien que très 
répandue dans nos dialectes : gi'oe::^, fais, Rev. de Bret. et de F), 
LVIII, 207, na re~, l'abbé Henry, Gènes, Quimperlé, 1849, 
p. 95 ; na ré:{, Le Gonidec, Bibl, I, 23 ; n'en hum jocntes, ne 
t'associe. Chai, ms., v. anneau,ne glasqués quet, ne cherche pas, 
Voy. 20; né iesquet, ne va pas, Ahn. 1877, p. 37; saves-te, 
lève-toi, G. B. L, I, 356, lares-te, dis, 138, 188, 190, cf. 28e, 
336; pignas-te, monte, Peng., VII, 261; à Sarzeau ne duie- 
chet, ne jure pas, pet. Trég. groes, fais, kes, va^, bes, sois = 
van. bes, Ch. nis, v. suis ; na vaiss, Rev. Celt., VII, 344. Ce 
dernier mot, qui est proprement le conditionnel bes, tu serais, 
(que) tu sois, peut être le point de départ de ces impératifs. 

Sauf dans ce mot « venir », la préposition de, d- n'ajoute en 
breton aucun sens au verbe être, et elle ne se met qu'après 
certains mots : mar deu, mais pan eu, quand il est ; en deue^, 
mais 0^ be-:;^, vous avez habituellement. Il y a quelquefois, 
par suite d'influences analogiques, emploi facultatif des deux 
formes : Ijon bemp et hon defem-ni, que nous ayons, ho be::énd 
et deue^ent, qu'ils aient, Rev. Celt., IX, 262-264; ^^'^-^ ^"-^ ^^ 
ho teveus, ho teus, vous avez, hor boa et hon devoa, nous avions, 
Grég., Grani., 90; tréc. ec'h eus et e teus, tu as, etc. J'ai eu 
tort d'écrire '/ ou, tu auras, Rev. Celt., IX, 253, pour 'tou. 



I. M. Luzel blâme M. Quellien, Mélus., IV, 467, d'avoir écrit kes d'he 
saludi (lis. -difi), va la saluer; j'ai entendu comme M. Quellien. 



460 E. Ernault. 

M. Stokes explique, ibid., 45, le bret. moy. eux, il y a (d'où 
mar d-eux, s'il y a), gall. oes, par une préposition a et iss = 
* esti ; et dans en d-ev-eux, il a, d-ev- par v. gall. -û?fl!m, à lui, 
dans racdam, devant lui. Je suppose plutôt que eux, oes, il y a, 
dérive de eu, il est, d'où aussi bret. eur, oar, on est ; cf. br. 
moy. goux, gous, on sait, van. goui, il sait, br. goar, il sait; 
gall. lias, il fut tué, etc. {Dict. ciym., v. ameur, eux) ; le gall. 
oes, on est, serait à ocâdid, on était, comme gwys, on sait, à 
giuyddid, on savait. Quant à en deveus, j'y verrais un mélange 
de en d-eus et de en de-ve:(_, ce -veus étant formé, comme le 
comique ani bus, j'ai, de la racine de be^a et de celle de eus. 

Cf. br. moy. et mod. boa, voa pour oa, il était, à cause de 
boe, voe, il fut, et oc à cause de oa. On a refait les autres per- 
sonnes du prétérit voiién, -es, -cnip, -éc'b, -ént, Gr. Gram. 81, 
d'après le rapport de voa à voan, etc., ce qui a fait ressembler 
ce temps aux imparfaits réguliers. D'un autre côté, l'analogie 
des autres prétérits a amené les formes du plur. voejomp, Jac. 
Il 6, oéjocl], oéjont, Hingant, 63 ; cette à.Qxmhre,oejont, est très 
usitée en Tréguier. Cf. eurejont, ils firent, Ahn. 83, du sing. 
eure. De même viis, vis, je fus, Maun. Gram. 20. Visont, vi- 
Xpnt, ils .étaient habituellement, Chans. ... ar chi^pu neve^^, 
1863, p. I, doit être le cond. virent, influencé par la termi- 
naison ordinaire du prétérit, cf. kque^ont, ils mettaient, refont, 
faisaient, choulen^^ont , demandaient, ibid. ; e voejent (ils 
croyaient) qu'ils seraient, Récit ... eur c'hrim .... 1840, par Y. 
ar Guen, chez Haslé, p. 3, nous montre, au contraire, le suf- 
fixe du conditionnel greffé sur le prétérit voc. 

La y pers. du v. avoir, en (f. hi, pi. 6) deve^, fut. deve::^o, 
cond. divije, a été imitée ainsi par les autres, à Saint-Pol de 
Léon : i" am (pi. hor) bcvc^, beve::p, bivije ; 2" a^ (pi. ho) pe- 
ve:^, etc., A. Bourgeois, Bull, de la Soc. Acad. de Brest, 1888- 
1889; cf. am beveu:^, Rev. Celt., VI, 79. Inversement, les 
formes non composées (am) be~p, cond. be, bi~e, ont au moins 
beaucoup aidé aux contractions apparentes telles que e te:^o, 
ete'^, e /f:(f, DumouUn;, Gram. 1800, p. 85, 84. 



I. Es te, tu aurais, B. 573, semble une faute d'impression pour «/"f, que 
porte la 2^ éd. ; cf. ostanso, ofTensera, Trag. sacr, 8, etc. 



Etudes bretonnes. 461 

On peut ajouter à ces composés : le moy. br. esue^fiff, être 
absent, cf. exyeiand, pi. ed, absent, exvezançi, absence, Grég. ; 
le trécorois pervcan, être tout à fait ; hadvéan, hadhéah, être de 
nouveau, redevenir, gall. adfod'^, et le v. br. compot, terri- 
toire, commune, gall. cwmvnut, cf. cyminod, être d'accord ; 
accord; bret. mod. hmhût, homhot, étage? Rev. Celt., VII, 
146. Le V. br. indicomit, dicombit, latinisé en in dicombito, sans 
partage, peut avoir un vocalisme semblable à celui du gall. 
cymmydu, associer, ou bien -bit est ici le participe passé, bret. 
moy. et mod. bet. 

54. Le premier élément est formé de plusieurs prépositions, 
dans les composés qui suivent : 

darvout, darvé~out, Le Gon., darvexput, Grég., advenir, 
darvout, darvoiid, accident, d'où darvoudus, accidentel, Grég.; 
gall. darfod, cesser; br, darbout, faillir, être sur le point de, 
Le Gon., gall. darbod, préparer. Dans darfod, darvout, l'ini- 
tiale du dernier mot composant a été adoucie, cf. gall. dar- 
blygu, de lat. plicare, darlith, de 1. lectio ; dans darbod, darbout, 
elle reste intacte, cf. gall. darparu, de lat. parare, darllen, de 
lat. Icgendum ; de même dannerthu, préparer, pourvoir, 
comme anmrthu =■ van. artnerhein ménager, Rev. Celt., 
IX, 375. Il est possible que le bret. moy. arue:(, il considère; 
air, aspect (mod. arve^, inf. et nom fém. par :{ doux) soit 
formé des deux derniers éléments de d-ar-vout, cf. gall. arfod, 
temps opportun ; 

V. br. ercentbidife, tu reconnaîtras, gall. arganfod, percevoir, 
perception. M. Loth, Vocabulaire vieux breton, 122, a proposé 
de rattacher ces mots, comme le gall. canfod, comprendre, irl. 
cétbuith, cétbuid, sentir, à la racine du grec t^zj%o\).v., parce que 
l'emploi du verbe être serait ici « bien étrange » ; mais il ne 
l'est pas plus que celui de la racine de j'étais dans l'allemand 
verstehen, comprendre. Lorsqu'un chercheur français aperçoit 
une solution, une exphcation de faits obscurs, son £'jpY)xa 
n'est-il pas : « J'y suis ! » Sur de nouvelles phases de ce 
« grand débat », voir Rev. Celt., VIII, 199; 

I . Cf. « Oui, vous parlez comme ça ... en attendant que vous resoye^ 
amoureux! » Labiche, Frisette, se. 4 {Théâtre, III, 224). 



4^2 E. Ernault. 

moy. br. dtseuout, penser; disiiiout, opiner, dissîuout, cuy- 
dance, lat. secta, Cb, v. opinion; anciennement diç::^ivoud, hé- 
résie, secte, diç~ivouder, novateur, selon le P. Grég. ; v. irl. 
tcsbuith, manquer, tcscha, qu'il manque. La suite des idées a 
été en breton : « manquer, désirer, demander, penser », cf. 
moy. br. mcnnat, souhaiter, demander, penser. Le comique 
desef, désirer, et le gall. deisyf, demander, demande, n'ont pas 
franchi toutes ces étapes. 

Le gall. dcisyj, demande, correspond au bret. moy. deseu, 
pensée ; il vient de * deisyfod = deseuout, et a donné lieu à un 
nouvel infinitif deisyfu. De même le gall. eisiwo, devenir in- 
digent, vient de eisiiu, eisieu, eissev, besoin (cf. Rev. Celt., IX, 
73), d'un yerhe * cisyjod = irl. eshaith, défaut, et. eseba, qu'il 
manque'^. Un autre dérivé du gall. cisiiu est eisiwed, m., indi- 
gence, dont le correspondant vannetais est e^euêtt, m., disette, 
é^euatt, regret de n'avoir plus une chose, é^ehucett, manque, 
besoin, disette, l'A. 

55. Au bret. dcseu, léon. Jq), résolution, gall. deisyf, de- 
mande, de deseuout, et au gall. eissev, besoin, de *eissevot, irl. 
eshaith, on peut ajouter le gall. gwelyf, couche, de gzvely-fod, 
accoucher, et le bret. moy. dareu, prêt, qui a fini. Celui-ci a 
rapport à la fois aux sens de dnrvout (ce qui est arrivé) et de 
dwbout (ce qui est près d'arriver) : dare voa de:^an. be~a la:^et, il 
failHt d'être tué, Grég., cf. darbet eo d'in koué:(a, j'ai été sur le 
point de tomber, Gon. De là darevi, préparer, cf. gall. deisyfu, 
eisiwo. Comparez aussi br. dianaff, inconnu, Grég., de ana- 
vout, connaître. 

56. A darbout se rattachent encore les dérivés cornouaillais 
darbodi, faire des mariages, darboder, entrenielteur de vnzrhgQS, 
Grég., darbôder, Gon., cf. gall. darbodiad, préparation, darbo- 
dwr, homme prévoyant; pour l'o, cf. v. br. conipot. 

57. Le premier élément est un radical verbal, dans les mots 
suivants du moyen breton, et leurs composés : 

a:^nauout, connaître, auj. anavout, anave^out, anaout, tréc. 
anaveQut, anveout ; anaveah, Troude ; van. hanaouein, hanau, 
l'A. ; d'où moy. bret. a:^nauoudec, connaisseur, a:{nauoudegue~^, 

I . Sur l'origine du second e de eseba, voir Stokes, ibid., 21. 



Etudes bretonnes. 463 

connaissance (pet. Trég. hânneges). De *at-gna-, d'où le par- 
ticipe ha:inat, connu, gaul. Ategnatos ; 

gou:{uout, gou::put, goë:^a, goûe^fi, savoir, auj. gou^put, tréc. 
gouvéout , gouvé (^gou':iVi\, Grég., v. entendre), goût; van. goutt, 
et sans composition ^cz^jymz_, l'A. ; racine vid ; 

hoaruout, advenir, auj. choarvout, choarvexput, comique 
wharjos, cf. sans composition comique whyrys, il arriva (à 
côté de whyrfys) ; 

taluoiit, valoir, auj. talvout, talve~out, talout (jallout, talve:(a, 
van. talvein, talcifi, Gr.) d'où moy. br. taluoudcc, utile, taluou- 
degae:(, valeur (pet. Trég. tàhgcs) ; sans composition : tal, il 
vaut ; 

deuruout, deruout, vouloir ; teurve:^out, eutcurvc:^out, daigner, 
Grég. ; sans composition : nem dcur, je ne veux pas ; gall. 
nymdawr, nymtaïur, où -taiv- =^ taiu, que, proprement « il 
est », cf. Stokes, Nco-cclt. v. suhst., 56, etRcv. Celt., IX, 26e. 

Dans les composés où le premier terme est d'origine ver- 
bale, le mot « être » n'a pas de sens, son rôle se borne à 
celui d'un suffixe auxiliaire de conjugaison. Il s'est ajouté à 
des formes déjà fléchies, mais isolées dans la conjugaison, 
comme deu-r, § 62. 

58. La conjugaison des composés du verbe être en moy, 
bret. présente, comme celle des thèmes verbaux en ^ (§ 19), 
des formes normales, des formes communes et des formes 
spéciales. 

Exemples de formes normales, en considérant -ont comme 
une terminaison d'infinitif, dans la conjugaison de axjtauout, 
deseuout, goii^nout, hoaruout, en moyen breton : 

Indicatif présent : a~nauaff, deseuajf ; 2" pers. c:(]ieue::^, 
3^ e^^ncu, deseu, pi. dcscvoiit. 

Imparfait : 3^ p. dcscve. 

Impératif: 2" p. dcscu, pi. i''' p. cî^ncvomp, 2" t\neuct. 

Conditionnel : i'''=p. gouffenn (■=*gou~uhe?in); 2^ p. gouffes; 
y a~imffe; deurjfe, deurfe; gouffe; hoarfhe, hoarjfc, hoarfe ; ^\. 
V^ p. goufhemp, gouffemp, 2^ gou^feclj. 

On peut ajouter les temps suivants de goûe:;a (tréc, gou- 
véout) : 

Participe: gouc^^et, 3 syll. ; présent: goue~aff; impératif: 



464 E. Ernault. 

2^ p. gou^ue^, pi. 2= p. gouiueict, gouezçt, gouxui:{it ; Futur: 
V^ip.gotu\iff, 2'' gou-ucx,y, y gouxue^p ; gou::uezher, on saura; 

Dérivés : gouy^yec, savant, 3 syll. dont la seconde rime en 
ii; digou-ue:^, ignorant; guy~uy:jgue[~] et gui:^uidiguei, con- 
naissance, probablement par abréviation pour * gui:{ui~-idi 
gue^, cf. pet. Trég. toi 'vedégc:^, fais attention, de *eveiedigei, 
van. brasedigiteh, Ch. ms., hraxédiguiah, l'A., grossesse, de 
* brascscdigei, et Ghss. moy. br. au mot binidigue:^^ (état béni, 
béatitude) pour * biniguidigue^. 

Cette conjugaison normale ne tient pas compte de la com- 
position avec le verbe être : ainsi de gouiue:J}er, il ne faudrait 
pas conclure qu'on ait dit *hc~hcr, on sera; cf. c'hoarvesfe, il 
arriverait, /flc. 27; anavejomp, nous reconnûmes, 116, etc. 

59. Exemples de formes spéciales, en moyen breton : 

Part. : a:(naueiet, hoarue:iet. 

Ind. prés. : y pers. hoarvc^. 

Imparfait : i""^ pers. gou^yenn, y gou^ye, deurie, y pi. gou-^- 
yent ; — (m)doa, deuoa, deffoa, (il) avait. 

Conditionnel: 3^ pers. deuruihe; dmrye, Cathell 3; pi. 2^ 
goux_yech; — gousyet, gouyhet, qu'on sût (j'ai eu tort de mettre 
ces formes avec le futur dans mon Dict. étyin.') ; — (en) divihe, 
(il) aurait, diuise, aurait eu. 

Prétérit: 3^ p. a^navoe ; hoarvoe; deuruoe, dcurfoe ; — (en) 
deuoe, deffoe, (il) eut. 

Impératif: sing. 3^ p. hoaruc^et. 

Futur: 3'' p. a:{nauezp, hoarue^p, talue^o, pi. 2^ a:^navihet ; 
gou:(^iubet, gouviet, gouibef (3 syl.). 

Dérivés : ditaJne~, sans valeur, ditaluc-hat, non valoir, C^. 

Les deux premiers temps cités du verbe avoir ont des formes 
uniques, mais dont nous verrons des analogues en bret. mod. 

Le participe, l'impératif et le futur (sauf la 2*^ pers. pi.) s'ex- 
pliquent tout seuls : leur irrégularité consiste simplement à 
supposer des infinitifs en -ve::^a, comme goûe:{a, ou en -ve::^out, 
qu'on ne trouve qu'en breton moderne. 

Le prétérit et la 2^ pers. pi. du futur ont des terminaisons 
propres au verbe être : voe, il fut, viljet, vous serez ; cf. anave:iîn, 
je connaîtrai, 2'^ pi. anavibot, oue^in, je saurai, ouiot, Maun,, 
Gram., 40, 41. 



Eludes bretonnes. 465 

Nous devons nous attendre à une semblable origine pour 
l'imparfait-conditionnel ; et en eïïeigousyct — gouyhct s'explique 
par *gOM::^-viet, *gou:^-vibet, cf. biheiit, vient, ils seraient. Pour la 
chute du V dans gousyct, cf. l'infinitif goii:{Out = gou:^uout, et 
choare, il arrive, Grég., Rcfl. 400, etc., = c'boarvc~ (pet. 
Trég. c'hoar, sans composition). 

60. Nous sommes en mesure maintenant d'ajouter à la liste 
des composés moy. bret. du verbe être les trois suivants : 

eme, dit-(il), à cause de emei voe an Eal, dit l'ange; 

dkoiit, devoir, malgré ses formes communes : part, dket, 
ind. pr. dkaff, dlee:(, etc. ; imp. dlec, cond. dkhcnn, -hes, etc., 
cond. passé 2^ p. dièses ; à cause du cond. dlcjfen, Cathell 9 
(différent de dlees, tu devrais, 5, = dlcbes); 

Jell, il faut, il manque, à cause de niar falve:^ d'à tat, si le 
père veut. 

Ceci est confirmé par le témoignage du breton moderne : 

eme voa-ê « dit-il, aoriste », eme voa-hy, dit-elle, eme voant-y, 
dirent-ils, dirent-elles, Gr. Dict., v. dire; 

eme ve:(o-èn, dira-t-il, Introd. d'ar v. d. 140-141 ; eme ve^p 
c'hui, direz- vous, 408; eme viot-hu, id., Refl. 393 ; eme vi:^:^int- 
ii, diront-ils, Introd. 360; voir § 73, fin; 

dieyen, je devrais, Traj. Jac. 29, me a dleye, je devrais^ j'au- 
rais dû, Moys. 280, dleien, me ^ dleïe, je devais, Maun., 
Gratn., 48, e tleyé, il devait, Grég.; dlienn, je devais, etc., 
Gon., dlient, ils devaient habituellement, Introd., 144, dliet, 
on devait habituellement, 143 ( dliac'h, vous deviez, Bue:{ Jo- 
seph, chez Lédan, anc. éd., p. 19, est devenu dleac'h dans une 
édition plus récente); 

dJejfe, il devrait. Le Bris, Refl. prof. 204; 

dleoa, il devait, Aviel, 18 19, I, 43, 69, 72, etc.; dlefoa, il 
aurait dû, Bue:is. Genovcfa, Lannion, 1864, p. 5 ; il devait, 
Histoariou, 25, 202, 214, 215, Instr. voar ar hlasphem, Saint- 
Brieuc, 1828, p. 72, Me~elloiir, 183 1, p. 162, etc., pet. Trég. 
glefoa ; e tlefoat, on devrait, Histoar., 202; 

a clefoemp, que nous devions, Tcstamant neve, Guingamp, 
p. 335, col. 2, V. 15, sans doute de dkfoamp, avec accommo- 
dation aux imparfaits en emp ; car le bret. mod. n'a gardé voe 
que dans les verbes être et avoir; 



466 E. Ernault. 

dkvisen, me a dlevise « je dusse, j'eusse dû », Maun., 
Gram., 48; dlevisach, vous auriez dû, Quiquer, 1690, p. 123 
(cf. la forme non composée dlejac'h, vous devriez, G. B. L, I, 
3 14) ; petra dlivisc crruoul, ce qui devait arriver, Refl.prof., 3 5 9 ; 

falve:^out, vouloir, part. falvc~ct, Grég., Gram. 113; Doue 
nefeUie qet deàn, Dieu ne voulait pas, Cantic Judas, 5 ; Disput 
être ur vam hac he merc'h pchinl a falie de:^i deme:^i da eur :(ou- 
dard pe da eur martolod, Dispute entre une mère et sa fille qui 
voulait se marier à un soldat ou à un matelot (chez Lédan) ; 
pa f allie de:^i, puisqu'elle le voulait, Sarm. 12, =- pa fellie d. 
Serm. 14; a falie din, je voulais, Pev. m. Em. anc. 281, a 
faille deoch, 328, a falie de:{àn Hist. ar h. Mi~er, 8, a faille 
de^o, 4; petit tréc. felfoa : cf. afellfoa dean (il dit) qu'il voulait, 
Histoariou, 2^6 ; a fellfoa d'ar plac'h, (ce) que la fille voulait, 
221; petra à falfé dec'h-hu, que vous faudrait-il, Quiq., 50; 
e falfe de:^o, ils voudraient, Introd., 143 ; dans ces ouvrages le 
conditionnel n'est terminé tnfe que dans les verbes dont le ra- 
dical finit par v ou/; cf. ma falfe da... ha ma teue, s('il) vou- 
lait et s'il venait, 11 ; ne falve:ias de~a, il ne voulut pas, 299 ; 
e falve~p ... da, (il) voudra, 143 ; pafelvo ... d'ar Roue, quand 
le roi voudra, Moys., 150, pa falfo deoc'h, quand vous voudrez, 
Quiquer, 1690, p. 128; a falvise din, j'eusse voulu, Maun., 
Gram., 43 ; ne falvi:^e quel de^p, ils n'auraient pas voulu, Bue~^ 
ar sant (de Marigo), 1841, p. 147. 

Outre eme voa, dlefoa et fellfoa, il y a au moins trois im- 
parfaits-conditionnels du même genre : 

a dal foa, il valait, il eût valu. Tragédien sacr (165 1), p. 6; 
sans doute un trécorisme comme les plur. en 0, pechedo, 3,5, 
desiro, 3, gourchemcnno, 4, dleo, 6, et le futur en oint cité Rev. 
Celt., IX, 264; 

n'en anefoahn ket, ils (ses parents) ne le connaissaient pas; 
c'est ainsi qu'Anne Gaillard, fileuse, iigée de 80 ans et illet- 
trée, m'a chanté à Trévérec un passage du cantique de l'En- 
flint prodigue = (c dad) n'en anavee qet, texte chez Ledan, 

P-4' 

e c'halfoas, tu pourrais, tu pouvais. Chanson eus an amitié, 7; 

sur ce verbe, voir § Gè, 75, 76. 

La terminaison -visen se montre encore dans anavisen, -es, 



Etudes bretonnes. 467 

-e « j'eusse connu ou je connusse », Maun., Gram., 40; a 
dalvisen, me dalvise, j'eusse valu, 47 ; a oaruisen, me hoarvise 
« j'arrivasse ou je fusse arrivé », 48. 

61. Voici l'histoire du verhe falvc:(out . 

Il y a en moyen breton un mot fellell, faillir, manquer, par- 
ticipe /^//e^, dont la conjugaison est normale, et nous est par- 
venue d'une façon presque complète. A la 3^ pers. sing., fcll 
répond au fr. il faut, et donne lieu à des expressions comme 
petra fell deoch, que vous f.iut-il, que voulez-vous, mar feîl 
deoch, si vous voulez. C'est dans ce sens seulement que le 
verbe a pris d'abord comme sufBxe auxiliaire le mot être : fel- 
veout a m de, ils veulent, Jac. 74, fcllout de~d, vouloir, Introd. 
33 e, fellout dean, Histoariou 215, e:(^e fûlve:^et dc~d, il a voulu, 
Introd, 337, etc. ; n'en devige quet fallet d'ar penn (autant vau- 
drait) que la tête n'eût pas voulu, Tad Gérard, 19; ne felle 
quet gant 0, ils ne voulaient pas, 65^; ce suffixe a, comme on 
l'a vu, pénétré dès le moyen breton, même au présent, où 
il est inutile. Les formes plus simples qui ne l'ont pas sont 
aussi restées usitées : a f aile dean, il voulait, Bre^l ar Russi, 
chez Ledan, i ; ne fallas de~à)i, il ne voulut pas, Reflexionou 
profitahl, par Le Bris, p. 109, etc. Il n'y a que l'infinitif qui, 
dans ces expressions, garde toujours au moins la terminaison 
-out. Il l'a même prise dans le sens de manquer : falve^out, 
Conf. anc. 35, fallout, Bar^. Br., 117. On trouve jell sans 
complément exprimé, pour « on veut » : pafell en em diuisquaff, 
quand on veut se déshabiller, Nomenclator, Quimper, 1633, 
p. 135 (sous-entendu d'unden^; cf. n'eus quet fallet, on n'a pas 
voulu, T. Ger., 41 ; mar vigefellet, si on avait voulu (ou s'il 
eût fallu), 65 ; e falfe, on voudrait (ou il faudrait), Rimou, 
anc. 55. 

62. A l'infinitif comme aux autres temps, il s'est produit 
un fait fréquent en breton, et dont il est question, Rev. Celt., 
IX, 259 et suiv., 266 : le passage de l'impersonnel au per- 
sonnel. Ceci était d'autant plus facile que les expressions où 



1 . Dans afalveiet din, efah'e:(et din, je voulais, Prep. d'ar maro, 68, /ai 
ve:^et est au passif ou à l'indéfini, pour l'impersonnel /a/w;(c; on peut com- 
parer nemdeur en regard du v. irl. tiTmthà. 



468 E. Ernault. 

ce verbe a le sens de vouloir différaient le plus souvent de celles 
qui gardaient le sens primitif de manquer, faillir. Exemples: 

fallout de:;â, voulant, Intvod., 336, mais fallout, abso- 
lument, vouloir, 387, 442; RcjJ. 327; Juif-Errant, 3, Bax. 
Br., $o},fdloi{l, Mo., 200, 231; T. Ger., jo; falvc^^out, Gr. 
V. cogner, falvcout, Pev. m. Em., anc. 267; fellout a res-té, 
veux-tu, Alm. 1877, p. 26; n'en deus qet falve^^et, il n'a pas 
voulu, Mis Mari, Brest, 1836, p. 99; c'boui fell dcc'h se, vous 
le voulez, Jac. 85, mais Doue a fell ■^, Dieu le veut, 84, Doue 
a fell se, Moy. 156, an nep a fell carout, celui qui veut aimer, 
263, Moyscs fell bea Mestr, Moïse veut être maître, 238; à fel 
coms (un homme) qui veut parler, Quiq., 1690, p. 39; efel, 
il veut, Guill. 1815, p. 8; pa fel, quand il veut, Instr. christ., 
297; Moy ses ne fel le, M. ne voulait pas, Mo. 163; mar falfe 
tànva ar Roue, si le roi voulait goûter, T. Ger., 63, ne falfac'h 
quet, vous ne voudriez pas, 46, fallct, on voulait, 56. Les deux 
constructions sont réunies dans la phrase pa felvas din en em 
oppos da :^e, e felvcnt va laxa, quand je voulus m'y opposer, ils 
voulaient me tuer, Mo. 262. Cf. Rev. Celt., XI, 192, 193. 

Nous trouvons, dans d'autres verbes, des faits analogues. 

d^. Pour les terminaisons d'infinitif -vout, -vc:^out, -out, 
données à un verbe impersonnel au sens français du mot {fell, 
il faut, fellout, falloir, vouloir), on peut comparer : 

moy. br. deren, amener; d'où dere, il (cela) convient (cf. 
lat. conducit), dereout, convenir, Grég. ; cf. van. jaugein, 
haut-corn, jaugeout, Gr., id., du ir. jauger; 

moy. br. pligaff, plaire, plig da, il (cela) plaît à, pligeout, 
plaire ; pligeout a ra, il semble bon et à propos que, Grég. ; cf. 
heta, van. hetout, Gr. ; 

moy. br. cridiff, croire, cret, il croit; a gred din, il me 
semble, je crois, Jac. 113, credi ara din-me, id., Moys., 213; 
moy. br. credout, croire (crcdout, oser, Pev. m. Em., anc. 
334); cf. moy. br. saniaffetsantout, sentir; istimout «cuider», 
Quiq., 138; 

moy. br. am haval, ce me semble, haualout, ressembler 
(Glossaire moy. br.; evclhout, Quiq., 163), cf. van. havalein- 
guetou, imaginer, havale-guenein, je m'imagine, haval g., il 
m'est avis, haval vehai, ce semble, l'A. ; 



Etudes bretonnes. 469 

moy. br. nem deur, je ne veux pas, deuruout, vouloir; 
faut, = il faut, il manque, van. fautout, falloir, Grég., cf. e 
fauté dehou, il voulait, B. er S., 1839, p. 28, 411 ; cf. dcfotout, 
manquer, Pev. m. Em., anc. 287 ; mancqa, tnancqout, Gr. ; 

pet. Trég. :^e sî, =^ cela sied, sioud e ra, id. ; cf. le dérivé 
siab, convenable, séant, Quellien, Chansons, 88 (dereah, id., 
coll. Peng., I, 50); bernout, la^^out, importer, Gr. ; 

ne huyt quet, il est assez bien, huytout a ra, il n'est pas bien, 
huytout, part huytet, n'être pas bien, ne se point porter bien, 
n'être point à son aise, van. dihuytein, dihuytout « décheoir », 
Grég,; cf. Rev. Celt., IV, 150, et gall. chwitho « to feel awk- 
ward », verbe impersonnel : chwithodd arnaf, Davies, Gram., 
III, de chwith, gauche ; 

moy. br. aseblantdijf, il me semble, auj. seblantout 'ra d'eign. 

moy. br. me biou, cela m'appartient, piaoiïout, avoir, pos- 
séder, Grég. Le verbe gallois correspondant, pieu, se compose 
avec l'auxiliaire être : mi a bieufydd, je posséderai. Cf. § 74. 

64. La terminaison d'infinitif -owf n'apparaît guère en moy. 
bret. que dans les verbes qui étaient ainsi disposés par leur 
caractère impersonnel, ou par leur sens, à suivre les composés 
du verbe être, comme arriuout, arriver, qui a pu subir l'in- 
fluence de choarvout, darvout ; cf. digoiie^out, Gr., de digoe^aff. 
Le premier pas de l'analogie, dans cette voie, a été le mélange 
de bou-t et de be^-ajf, être, en be:iout (hïQt. moy.). Cette syllabe 
-ou-t est devenue un sufExe d'infinitif assez commun en bret. 
moderne. 

Je ne sais s'il faut se fier au v de nôaxyout, nuire, variante 
de nôa^out donnée par Le Pelletier : l'auteur a pu l'ajouter de 
son chef d'après gou^vout, gou^put. 

65. Rencout, devoir, peut s'être modelé sur dleout; il est 
possible aussi qu'il vienne de formes impersonnelles. Ce verbe 
est à ajouter à ceux qui peuvent prendre la 6^ conjugaison, 
Rev. Celt., IX, 247-248, comme le montre ce passage de 
D. Le Pelletier : « Q.uand on demande le payement d'une 
« dette, on dit au débiteur Rencout a rân, je fais droit, j'use 
« de mon droit; et si le débiteur ne consent pas de payer, 
« l'autre hausse le ton, et dit : Rencout a rencan, je dois, ou il 
« m'appartient d'user de mon droit ». 

Rtviu Celtique, XL 31 



470 E. Ernault. 

L'auteur entend ici rencout a rcncan par « je suis obligé de 
(vous) obliger (à payer) », « je dois exiger » ; mais rencout 
n'a jamais ce sens actif. Il signifie « devoir, être obligé de », 
anglais / miist, et quelquefois par extension « devoir, être re- 
devable de », / owe, et « avoir besoin de », Iwant ;en le tra- 
duisant par « être en droit, user de son droit », D. Le Pelle- 
tier était influencé par son étymologie d'après une formation 
imaginaire renc-caout « avoir rang, être en droit ». En réalité, 
rencout a rencufi, littéralement « devoir je dois » est un syno- 
nyme plus énergique de rencout a ran, litt. « devoir je fais », 
il me (le) faut, j'(en) ai besoin, expression qui elle-même 
renchérit sur le simple rencan. 

Dleout, lui aussi, présente quelquefois la même construction : 
tleout mad a dleàn o c'harout, je dois bien les aimer, Hist. ar 
bon. Mi:ier, 6. 

Cf. gallout e hell, il peut, T. Gérard (1791), p. 76, gallout a 
helleur, on peut, 39, etc. Le français familier « voyons voir », 
cf. « a dit qu'a verra voir », Petit Journal pour rire, 27 oc- 
tobre 1889, p. I, qu'on serait tenté de comparer, est histori- 
quement tout différent : voir, qui s'ajoute aussi bien à d'autres 
verbes (« montrez voir un peu ! » Moinaux, Les Tribunaux 
comiques, 4" série, 1889, p. 46) = voire, du lat. vere (cf. 
Bréal, Mcm. de la Soc. de Ling., VI, 408). 

GG. Caffout, trouver, avoir, et gallout, pouvoir, viennent 
des variantes en -oet, restées en vannetais et confirmées par le 
comique (galloys, gallos). Le verbe être présente aussi, du 
reste, des formes semblables : comique boys(Pascon, 122, i); 
van. bouet. Chai, ms., v. prévenir {de vet, à être, v. prés ; bet, 
être, Science er salvedigueah. Vannes, 1821, p. 259, etc.). 
M. Loth regarde bout comme venant de bouet, Rev. Celt., 
VII, 320; mais il peut y avoir là influence analogique de caf- 
foet, galloct. 

6j. Il y a en cornouaillais beaucoup d'autres verbes en-out 
comme guelout voir, tec'hout fuir, kcrnerout prendre, lavarout 
dire, mirout garder, sellout regarder. Les autres dialectes ont 
ici la terminaison -et, que Le Gonidec regardait comme abu- 
sive, sans doute parce que l'infinitif a alors la même forme 
que le participe ; mais la majorité des dialectes est d'accord 



Etudes bretonnes. 47 1 

aussi avec le moy. bret. : guelet, cf. le gall.^w/^/fi et le comique 
gweles; d'ailleurs, le cornouaillais lui-même ait gueled-ige:(^, vi- 
sion, ce qui montre que la terminaison -out n'est pas aussi 
solide que dans talvoud, valoir, d'où talvoud-ege::^. 

Le changement analogique de -et en -out a pu, à la rigueur, 
être facilité par la présence d'un ancien * chvout, entendre = 
gall. clybod, à côté de chvet = gall. clywcd. Carout, aimer, 
peut être ancien aussi, d'après l'exemple du comique et un 
autre indice tiré de son impf., § 75. Il est remarquable que, 
parmi les verbes en question, Grég. ne donne de variantes en 
-out que pour ceux-ci : cUvet, clcvout, cUout ; caret, carout. 

68. Le passage de falvexput, etc., du sens impersonnel au 
sens personnel (§ 62) se montre dans un autre composé du 
verbe être, c'boarve:iout, si nous comparons ces deux rédactions 
de la même phrase : C'hoarve a ra gante evel al lou^ctou-ont, 
Seulvuia c'hocnner, sculvui e tivoanont, littéralement « il leur 
arrive comme [à] ces herbes qui plus on les sarcle, plus elles 
poussent », Moy s. 159, et Evcl al lou:^ou fall en oll e c'hoar- 
veont, Sculvui efi c'hocnner, sculvui e tivoanont, il leur arrive 
(litt. « ils arrivent ») tout à fait comme aux (litt. « les ») 
mauvaises herbes, etc., ibid., 145. C'hoarve a ra gante = an- 
glais it happcns to tlmn ; e c'hoarvcont = angl. then happcn \to be\. 

69. De même e plijot exoci (je crois) que vous daignerez 
exaucer (mes prières), Moys. 245, pour e plijo d'ac'h, il vous 
plaira, est semblable à l'anglais luill you phase, ci. evcl a hetot, 
comme il vous plaira, Gr., et Rev. Celt., IX, 266. 

Un verbe personnel peut au contraire simpersonaliser sous 
l'influence d'un synonyme, cf. Rev. Celt., XI, 192. 

Diins plichit gueneoc'h, Maun., Templ cons., 140, pi ijit ga- 
neoch, Aviel, 18 19, I, 149, qu'il vous plaise, plijit gant-och, 
G. B. I., 124, il y a un mélange des deux locutions (= angl. 
* luill you phase you pour luill it phase you') ; cf. be^it gwell 
ganec'h, aimez mieux, 300, == * sitis satins vobis. 

En français « il m'en souvient » et « je me le rappelle » 
ont donné lieu de même à « je m'en souviens » et « je m'en 
rappelle ». Génin remarque, Des variations du langage français, 
1845, p. 429, que je me souviens est de la même force que/e 
m'importe, dans cette phrase qu'une caricature attribuait à un 



472 E. Ernault. 

garde municipal voulant faire descendre un gamin grimpé sur 
le poteau d'un réverbère : Je m'importe peu que tu tombes ! Cette 
manière de dire peut s'autoriser d'un grand nom ; Las Ca'Ses, 
Mémorial de Sainte-Hélène, 1823, IV, 238, donne comme de 
Napoléon cette phrase : « Je voulus agir comme la Providence, 
qui remédie aux maux des mortels par des moyens à son gré, 
parfois violens, et sans s'importer d'aucun jugement ». 

70. Sur les locutions personnalisées, dans le verbe avoir, 
on peut voir le chapitre précédent de ces Etudes; j'ajouterai 
quelques exemples nouveaux. 

Lec'h m'ho poahi laket, où vous l'aviez mise, G. B. I, I, 116, 
impersonnel, = *vobis esset ha?ic positum ; lec'h poa ho laket, 
où vous les aviez mises, 100, poa pour ho poa est relativement 
personnel; lec'h m'hen po laket, où vous l'aurez mise, 98, ici 
po pour ho po est traité comme personnel, et précédé de hen, 
complément direct; = *hanc (vobis) erit positum. De même 
endann hi ^reid ho deu^^ mac'het, elle les a foulés aux pieds, 28, 
pour e deu^^ ho mac'het ; eur peskik gzuenn hi deu^ lonket, un petit 
poisson blanc l'a avalée, Quellien, ici ; ar revolucion dew^^-y 
oll ancounac'heet, la révolution les a toutes oubliées, T. Ger., 
69. Les deux pronoms sont exprimés à la fois dans nho'm eu:{ 
ht pedet, je ne vous ai pas priée, G. B. /., I, 184, = * non 
vos mihi est invitatum (la tournure régulière est : n'am bije ket 
ho pedet, je ne vous aurais pas priée, ibid.'). Cf. c'houi ho pije'n 
din merqet, vous me l'auriez marqué, fait connaître, Son ar 
garante, chez Lédan, p. 2; van. de 1693 eit a vout-y, pour les 
avoir (toi), Chrestom., 331; en dout-hi, l'avoir (elle, à lui), 
B. er s., p. v. ; Rev. Celt., IX, 260. 

N'em boan me bet, n'avais-je pas eu, Riniou anc. 53; (he 
moam-me, que j'avais. Coll. Peng., IV, 117, peut n'être qu'une 
graphie fantaisiste de em oa me). 

N'as bijes ket, tu n'aurais pas^ G. B. L, I, 298, et deux fois, 
p. 302, pour n'as bije ket, 298; 7nar pije^ bed, si tu avais eu, 
Peng., II, 261. 

En evai, il eut, Quellien, Chans., 140, pour enevoe, par accom- 
modation de l'imparfait en eva au prétérit des verbes réguliers 
comme kara:(_, il aima ? Cette forme en eva:{ ne se trouve pas 
dans l'édition sur feuille volante de la chanson (Ar filouter fin). 



Etudes bretonnes. 473 

M'hor bijemp, si nous avions, Moys. 257, mar bijemp, Ar 
feix_hag ar vro, 337, cf. les formes impersonnelles m'hon dije, 
id., et n'hor bije, nous n'aurions pas, ibid. ; hor boamp, nous 
avions, Avanturiou, 32 et 36, Rimou, 53; bcxpmp, ayons, 
Aviel, 1819, I, 103, 27e; nih a nioamp, nous avions, Peng. 
VII, 201 (cf. ni a ielomp, nous irons, I, 36, voir § 12). Cf. 
Rev. Celt., IX, 262, 263. 

Ho pezit, ayez, p. 3 d'une Imitation J.-C. que je possède et 
dont la première page manque, mais sur laquelle deux pro- 
priétaires successifs ont inscrit les dates 1733 et 1747 ; ho peit, 
Moys. 226 (3 syl.), beit (2 s.), 182, Jac. 85 ; mar peuc'h 
c'hoant, si vous avez envie, Kimiad eur soudard , par J.-M. Le 
Borgne (du Fou), p. 7 ; choui he peuc'h enn laeret, vous l'avez 
volé, he poc'h, vous aurez (deux fois), neu^e pe ch enn cavet, 
vous l'auriez donc trouvé, Ar vam Michel, trad. par Visant 
Coat, Morlaix, chez Lanoé (après 3 autres chansons), p. 8, 
cf. Rev. Celt., IX, 263. La forme he peuc'h, peuc'h est venue, 
comme le tréc. meump, nous avons, et le cornouaillais en'eunt, 
neun, ils ont, non par addition de la désinence ordinaire à la 
forme impersonnelle (cf. meux^om, nous avons, pe-c'h, vous 
auriez, he po-c'h, vous aurez, aneu:^-ont, ils ont, etc.), mais 
d'une transformation analogique du thème eus-, réduit ainsi à 
eu-. Il est possible que ceux qui disent he peuc'h, vous avez, et 
he peu::^, tu as (deux fois dans Telenn Guenldan, par Visant 
Coat, chez Lanoé après deux autres chansons, p. 9) croient 
sentir dans le :( de cette dernière forme le signe de la seconde 
personne du singulier. 

No neun, ils n'ont, Peng. IV, 1 1 (cornouaill.) ; nen devoant, 
ils n'avaient, Peng. II, 178, 271, ho devoan, ils avaient (rime 
à an nox_ man), I, 78 ; pa defaint, quand ils eurent. Quel. 1 10, 
pa défont, quand ils auront, 100; vit m'o defjont, pour qu'ils 
aient ou qu'ils eussent, Chanson... an hostis liper (par René ar 
Barz, de Tréguier), chez J. Haslé, p. 3 ; cf. Rev. Celt., 
IX, 265. 

Nous avons vu, Rev. Celt., IX, 263, que même à la 5 ^con- 
jugaison le verbe avoir se conjugue à l'infinitif: hur bout e 
ramb, nous avons, = *nobis esse facimus. On trouve aussi en 
pareil cas l'auxiliaire faire à l'impersonnel : hou poud ra, vous 



474 ^- Ernault. 

avez, Chai. ms. v. distraction, = *vobis esse facit. — On lit 
dans le Doclrinal, Nantes, 1626, p. 19, an daon:^ec Apostol, 
père en deux by composct, les douze apôtres qui l'ont composée; 
d.Rev. Celt., VIII, 43. 

70 bis. Il se passe des faits du même genre, dans les formes 
verbales de sens indéfini, qui parfois s'emploient comme per- 
sonnelles passives : 

moy. br. mirer et mircur (J. 194 b) on garde ; gueîer etgui- 
lir (B 544) on voit, ranquer et ranquir (B 610) on doit, gallei 
et guillir (R 53) on peut (comique geller et gylîyr) ; mod. 
a garer, a guereur, on veut, Grég., v. accroire, a gareur, G. 
B. L, I, 362, dlcor, on doit, hellor, on ^e\it,pechor, on pèche, 
Instr. chr., 18, etc.; mais avec complément c'a;?/ ... anquenem 
bencr, N 894, cf. l'actif estlam am ben, la douleur me point, 
J 127 b. Les Bretons se servent assez souvent en français de 
phrases comme « on m'a dit avec un tel » pour « un tel 
m'a dit », mais dans leur langue actuelle cela répond à des 
passifs composés : lared ^^ou d'eign gand hen ha hen. 

Autre exemple de synonymie des deux passifs : bet laret er 
peh a gareher, er peh a uou caret, qu'on dise ce qu'on voudra. 
Chai, ms., III, 230. 

On trouve aussi c:( conduer, il est conduit, J 124 b, e^ la- 
quacr, elle est mise, B 49 1-492 (« on la met » sevâït elaquaer'), 
et même au pluriel f:^ laquaaer, elles sont mises, H 10, v. 5 
(lisez (?~, pour 0.?). 

Ces deux emplois personnels des formes en -r étaient favo- 
risés par des locutions semblables dans les formes verbales en 
t, qui sont proprement des participes passifs : t'~ barnat dre dcn-, 
J 106 = judicatus [est] ab homine ; a pan ganat, N 1945 = 
ex quo natus [est]. 

Mais l'assimilation des deux séries en r et en t étant devenue 
à peu près complète, on a dit inversement c:(_ carset, tu aurais 
été aimé, en cannât, il fut battu, en aslennat, il fut étendu, o~ 
ganat, vous êtes né, Ia:{ct, ils étaient tués, d'après q laquaher, 
on te mettra, ho:^ treter, on vous traite, J 126, etc.; de même 
en irlandais dombreth, je fus donné, d'après doniberr, on me 
donne, cf. Zimmer, Zeitschrift de Kuhn, 1888, p. 251. On 
lit q stlegatj avec variante en stlegat, il fut étendu, J 76. 



Etudes bretonnes. 475 

Sans cette extension analogique si naturelle, les formes en t 
n'auraient pu servir qu'à la 3'' pers. sing., sauf àla conjugaison 
impersonnelle comme me a furmat, j'ai été formée, B 691 
(:r= c'est moi qui a été formée). 

On pourrait croire que dans ma mab hihan ma en ganer, 
pour que mon petit enfant naisse, N 893, le pronom en est 
une conséquence des locutions pronominales comme en can- 
nât, etc. Mais la présence d'un pronom représentant un nom 
régime déjà exprimé a lieu aussi bien dans les verbes actifs : 
me goar an re se ho quelenn, N 1403, litt. « je sais ceux-là les 
instruire » ; eguidot Jesu inen suppli, pour toi Jésus je le prie, 
183 I, ha de:( ma martyr en mira, et le jour de mon martyre il 
/'honorera, B 657, cf. N 121, 602-603. 

Sur le passage me en heny ameur cruciffiat, c'est moi qui ai 
été crucifié, J 178 (la variante am cruciffiat rendrait le vers trop 
court), passage qui contraste avec i?og ...a crucffiat, ô roi qui 
as été crucifié, 173 b, on peut voir Dict. étym., v. ameur. 

71. La composition de deuruout a eu évidemment pour but 
de donner une conjugaison complète à une forme imperson- 
nelle isolée, nem deur, je ne veux pas, litt. non nieum est, gall. 
nymdaïur, nymtawr, cf. v. irl. nimthâ ; le gall. a gardé dans 
taiu, que (conjonction) un ancien correspondant de l'irl. ta, il 
est. 

Nem deur a fait bande à part, parce qu'il était resté presque 
unique parla forme et par le sens; cette dernière raison seule 
a suffi a créer à ne fcll dm, je ne veux pas, une nouvelle 
famille. 

De là deurve:(it, daignez, Moys. 187, etc. Il est arrivé à ce 
verbe une singulière aventure : c'houi euteur, Pev. m. Em., 
anc. 211, c'houi eteur, 91, clmi euter, voulez-vous, Sermon 
Michel Morin, chez Lanoé, p. 30, 1. 9, qui vient de c'hui eu 
teur, c'hui leur, a donné lieu à te euteur, veux-tu, Pev. ni. 
Em., anc. 206, me euteur, je veux. Gènes 191, me euter Serm. 
M. M., chez Lédan, p. 43, etc., Httéralement mihi vohis-est ; 
Rev. Cclt., IX, 266. 

On lit c'houi veuteur, voulez-vous. Coll. Peng., I, 47, c'hwi 
veutur, VI, 17, VII, 333, et même vutur, je veux. 

72. En gallois on a ajouté directement à towr certaines ter- 



47^ E. Ernault. 

minaisons personnelles : impf. ni ddorwn. Cela arrive quel- 
quefois aussi au breton leur : Sant Cado na euteure quet, saint 
Cado ne voulait pas, Guer^ en hénor da :(ant Cado, chez Lédan, 
str. 10, Cf. rimpartait /e//^^ il voulait, etc. 

Il y a de même quelques formes de eine, dit(-il), conjugué 
sans l'auxiliaire être, à l'impératif: En em humiliit ... allas, 
emit-hu, humiliez-vous; dites: hélas!... Introd. 416, pet. 
Tréc. mëtu. 

73 . Le verbe défectif eme a cela de particulier que le pro- 
nom sujet français est traité en breton comme régime : moy. 
br. eme:(aff, dit-il, léon. eme^an, tréc. 'mean, cf. moy. br. rac- 
Xaff, devant lui, auj. ra^ah, rahah, raktan. Cf. emedoc'h, dites- 
vous, Avant., y, eiRev. Celt., XI, 192. On peut comparer 
l'expression panevetan, sans lui, si ce n'était lui, dont le t reste 
souvent aussi attaché au verbe : pà nevet an drasé, si ce n'était 
cela, panevet an d., Quiq., 1690, p. 42, 85; cornouaillais 
pand, n'était, Bav^. Br., 304, 305, tréc. penamet, panameî, 
sous l'influence de nemet, sinon, voir § 82. Cf. moy. br. pa 
ne ve huy, si ce n'était vous. On intercale souvent r avant le t: 
penevert respeti, n'était (le désir de) respecter, Pev. m. Em., 
anc. 14, panavert ma com:(as, n'était qu'il parla, 27, penever- 
doch, si ce n'était vous, 378 (cf. tréc. nemert, sinon) ; on peut 
ajouter aussi e, il est : peneverte (4 syl.) sur ho liberacion 
« n'était (que c'est), certes, pour vous délivrer », ^jS ; pinevit 
e respeti, Peng., II, 242; pinevit he daoni « n'était (que c'est) 
la peur de damner », I, 115. On dit en petit Tréguier pe ne 
verd e :(e et ^tT^e^ sans cela. 

A la i'^ pers. on a : 

1° émé-:{-oun, dis-je. Le Gon., emioun-me, emoun-me, Grég., 
em'ounn-mé, ém'oîi-mé, éin'e:^-ounn-tné, ém'onn-mé, disais-je, dis- 
je, au passé seulement, selon Hingant, Gram., 103 ; tréc. 
'meoh, 'moh-me ; 

2° eme-me, eme-vé, eme-ven, dis-je, Gr., émé-vé, Gon., van. 
émé-mé, l'A. ; 

3° c mé « dis-je » (en dehors des phrases impératives) et 
« ai- je dit », selon la Gram. vannetaise de l'abbé Guillome, 
p. 83, avec exemple, p. 84. 

A eme-me, comparez le van. heliet me, suivez-moi (comique 



Etudes bretonnes. 477 

holyough ve, gall. dilynwch fi) ; à Batz adrenv me, derrière moi, 
et ter me, par moi, qui est à ter-in, ibid., van. dre onn, l'A., 
léon. dre-x_-oun, comme eme-me à eme-^-oun. Cf. gall. imi, à moi. 

La 3 ^ forme e mé est peut-être venue par abréviation de eme- 
me. Eme veut dire en trécorois disent-ils, dit-on, Ricou, p. 25, 
V. 3, par contraction régulière de eme^e, emexp, cf. ane, ane:(e, 
ane:(o, eux. 

Le gall. meddaf, dis-je, est régulier, cf. comique medhaf ; 
mais le gall. ebe fi se conjugue exactement comme en bret. 
eme ve. Le verbe armoricain emc(^) paraît donc le résultat 
d'une fusion entre deux mots restés dictincts en gallois, medd 
et ebe, heb. 

Remarquons l'expression eme^ Mary, Marie dit. Poèmes 
bretons, 24, littéralement * Maria dixit eam, qu'on peut com- 
parer à Mari e deux^, Marie a, litt. * Maria illi est. 

Le plur. emint-y, dirent-ils, Gr. Dict., van. é-m'en-dïnd, di- 
sent-ils, Foy. mist. 77, é-m'en dind, 85, semble contenir le 
verbe être, cf. n'en dint, ils ne sont, 18. 

74. La construction pronominale se montre dans membieu 
er veûoh (s'il ne faut que jurer), la vache est à nous. Chai, ms, 
litt. * ego-ad-me-pertinet vaccam; an hcol loar ha steret assmet 
men bio (rime 0) le soleil, la lune... sont à moi. Le jugement 
dernier, ms. à M. Bureau; cf. d'er Pap' é bieu clasq', le pape 
doit moyenner. Chai, ms., litt. au pape appartient de cher- 
cher; kement a biaou oux^-hoc'h, tout ce qui vous appartient, 
Gènes, 87. Construction différente : ean bieu ober, c'est à lui 
à faire (les honneurs de la maison), Chai, ms ; le verbe 
qui signifiait « cela appartient » veut dire ici, inversement « il 
possède » ; c'est le seul sens qu'on trouve en moy. bret. La 
conjug. personnelle apparaît rarement : van. e bieuan, je pos- 
sède, Celt. Hexapla, I, 6. On peut comparer les trois expres- 
sions du moy. br. am deseu, il me semble, me deseuQtdeseuaff, 
je pense. 

Le moy. bret. membry « je l'atteste », malgré la varian-le 
moins fréquente men bry, pourrait bien aussi être pronominal 
comme memeus, j'ai. 

75. La terminaison d'imparfait-conditionnel -icn, etc., se 
montre dans les verbes suivants : 



478 E. Ernault. 

vient, qu'ils fussent, J 219 (2 syl.), Cathell 4; quement 
auyc, tout ce qui serait, 25 ; 7neit ma ûicr, pourvu qu'on soit 
(jneit ma ver, id. ; meit ma veher, pourueu qu'on seroit). Chai. 
ms. Il est difficile de séparer le prétérit secondaire comique byen, 
hycs, bye, pi. 2* p. byeuch ; je regarderais ces formes comme 
des imparfaits de la même racine dont le conditionnel 3'' pers. 
sing. est en bret. moy. vihe, et le conditionnel passé vise; 

hc dcfie, qu'elle aurait, Cathell 20 ; /jo;^ de vie (il ordonna 
qu')ils eussent, 11, cf. corniq. nyngyfye, il n'eût pas eu; 

moy. br. goi{~yeiin, je savais, etc., me a vouyê, Grég., givicnii, 
Gon. ; comique godhycn, je savais, cf. ef a zuodhjye, il aurait 
su; Rcv. Cclt., VI, 47; IX^ 69; 

anavien, 2" p. anauiés, 3'' anavic, etc., Maun. Gram., 40, 
anayén, je connaissais, etc., Grég., anaienn, Gon.; raanayén, 
que je connusse, etc., Grég., Gram., 1^6; anaveyen,]e con- 
naissais, Guer:(^var... distro im dcn yaoïiamj (après Chans. pot. 
PlouiUaii), chez Lédan, p. 5, 3^ p. anavcye, Avant. 36; den ne 
anaveyc, personne ne la connaissait, Chanson Mari-Louis, chez 
Lédan, p. 2; anaveien est un mélange de anaveen etana(v)ien; 

fellie, falie da (il) voulait, § 60 ; 

no^deurye quct, ils ne voudraient pas, Cathell, 3, etc. ; 

dlien, je devais, Prcp. d'arni., 69, etc.; cet / passe même 
au présent, dans dleyer, on doit, Instr. chr. 17, c tlier, Bue:(... 
J. Maner par le P. Bleuzen, 2*^ éd., p. xiii, e tlian, je dois, 15 ; 

talie, il valait, Sarm., 48, 39 (= Serm., 46, 38); a dallien, 
me dalie, je valais, Maun., Gram., 47, dalie, GuilL, 18 15, 
p. 127, etc., délie, Peng. VII, 10; 

agarienn, j'aimais, G. B. L, I, 160, 258, 262, am charie, il 
m'aimait, 544, mar harrie bout rot, si elle avait voulu donner, 
70, me hen harrie, je le voudrais, 148, me garie, je voudrais, 
410, 492, me garrie, 68, 204, 236, 240, 256, 386, 392, 540, 
me a garrie, id., 250; Jcarie, il aimait, coll. Peng., I, 4J ; pe- 
guement en carrict (en voyant) combien vous l'aimiez, Jac. 50; 
ne garrie, il n'aimait, Mciil. queg., 13, charye, il les aimait, 
carycnt, ils aimaient, 11; da -ao// :^cn yaoïianc n'cnr garie, pour 
deux jeunes gens qui s'aimaient. Chanson M.-L., i, etc., etc. 
Ce verbe breton n'a de commun, par ailleurs, avec les com- 
posés de bout que l'infinitif karout, en cornouaillais {car ont et 



Etudes bretonnes. 479 

caret, Grég., Gram., 112); en comique il se compose avec 
l'auxiliaire être. Voir § 67; 

ec'b allie, il pourrait, Histor ar bonom M.i::cr, chez Lédan, 
p. 5 ; wa alliet, on ne pouvait, 6, na aillet, Pev. w. Em., 
anc. 103. Ce verbe était exposé, par son mRmtii gallout, à 
être confondu avec ceux comme tallout, valoir, de talve:{out ; 

me ho quelle, je vous voyais, Chaiis. ... an aiii., 7; 

lavariet, on disait (sens fréquentatif), 5rtr//i.^ i^{Senn., 20); 

e compsyemp (je vous ai dit) que nous parlerions, T. Ger., 47; 

chiloku, j'écoutais, Peng. IV, 33 {chiloyet, écoutez, IV, 59); 

bas-van. keuied e dosteie, tout ce qui approchait, Bar::^. Br. 
382 (mais a ■::jdoste, il approchait, 383), pc xple, quand il ve- 
nait, 382. On attendrait dostehe, ::^ebe (conditionnel). 

La terminaison -ien se trouve encore dans les conditionnels 
e^asien (-lés, -le, -Icnip, -lec'h, -lent) « je fusse allé », Maun., 
Gram., 38; « j'irais », « je serais allé (si ce n'était cela) », 
Quiquer, 1690, p. 42, )]ia:^a::iyeut, pour qu'ils allassent, B 183 
(cf. t':( a:{cs, que tu allasses, J 213 b) ; d'or mird na da:{iemp da 
goll, pour nous empêcher de nous perdre, P. Maunoir, Tenipl 
consacret, 140, etc.; ra deu:;^yén, que je vinsse, etc., Grain, de 
Grég., 141, deuxye, qu'il vînt, Cathell 1 1 (cf. deu:[e, B 180, etc.), 
deusyc, Refl., 83, 343, e teusien (-lés, etc.) « je vinsse », 
Maun., Gram., 39; ra:(yé, il aurait fait, Grég., Gram., 151 
(ci. ra raxén, me a ra~é, que je lisse, 102, 103); vi^je, vl^i e, 
(2 syl.) il serait, Trag. sacr, 13 (mélange de vl-^e et de vie^. 

On voit que cette terminaison -ien n'est pas restée entiè- 
rement propre aux composés du verbe être. 

76. Nous allons maintenant passer en revue les termi- 
naisons verbales commençant par un f. 

La plus importante est celle du conditionnel ; voici dans 
quels verbes elle se trouve en moyen breton : 

en deffc, il aurait, ho dcffc, deffhe, ils auraient; dlcffen, je 
devrais (§ 60) ; ncm dcurffc, je ne voudrais pas, pi. 1'''= p. hou 
deu:;rjfe, 2'^ o:{dcurfe; 

gouffcnn, je saurais, gouffcs, gouffe et goffe, gouffcmp et gaii- 
fhemp, gou~ffcch ; hoarffhe, hoarjfc, hoarfe, il arriverait. 

Le seul de ces verbes qui ait une variante du conditionnel 
m -hen, etc., est dleout, devoir. 



480 E. Ernault. 

Le P. Maunoir a de même dleffe, il devrait, et aussi anaffe, 
il connaîtrait, talfe, il vaudrait, me falfe din, je voudrais, 
comme on pouvait s'y attendre. 

Il a de plus me a :^euffe, je viendrais ; et le P. Grégoire donne 
ei teuhén et êieujfén, etc.. Grain. 141. Est-ce une conséquence 
de la composition de donet, qui est semblable à celle de (en) 
deffe ^= ad-esset), cf. comique may teffé, qu'il viendrait, pi. 
may teffens ? 

Le P. Grégoire enseigne. Grain, no, que « le passé im- 
parfait du subjonctif » est en -hé : me a ganhé, je chanterais, 
cf. ra garhén, que j'aimasse, 119, etc. Il donne me a yaé et 
yaffé, j'irais, rahén, raën et raffén, etc., je ferais, 105, 135, 
136; ces mots peuvent avoir suivi deuhén, deuffén. Il emploie 
lavarféch et lavaréch, vous diriez, Dict., v. à. On lit e c'hal- 
fac'h, vous pourriez, Sarm., 15, tandis que les autres con- 
ditionnels de cette pièce n'ont pas d'y ; rancach, vous devriez, 
20, respettach, admirrach, 7, negarren, 40 {mus e falfe deoch, 
30); comparez l'impf. ech allie, § 75. 

Cette terminaison -fen a gagné de proche en proche tous les 
verbes, en breton moderne, sauf dans le dialecte de Vannes ; 
il ne faudrait pas croire, toutefois, qu'elle règne sans partage : 
ma karrfe, s'il voulait, G. B. L, I, 262, mais me garre, je 
voudrais, 322, megare, Colloque fr. et bref., Samt-Bneuc, 1878, 
p. 82, etc., =^ me caré, Q.uiq., 1690, p. 45 ; ha chuic'hoantaë, 
désireriez-vous, G. B. L, I, 30, me raë, je ferais, 384, raën^ 
coll. Peng., I, 129, e kreten, je croirais, II, 97, etc. Me larve, 
je dirais, Rimou 50. On dit en Goello ne choulchen ket, je ne 
voudrais pas. 

Quelques verbes dont le radical finit en v et dont par con- 
séquent le conditionnel est régulièrement en -fen pour -vhen 
ont dû aider à la propagation de cette terminaison. Ce sont 
ceux où le v est précédé dune voyelle et peut quelquefois 
disparaître; comme aprou, éprouver, meaproufe, j'éprouverais; 
cf. moy. br. cond. prouffe, il prouverait, N 1509; nemedot a 
prouphc, à moins que tu ne prouves, Cathell 16 ^ Le vers 1567 

I . Littéralement « si ce n'est toi qui prouvât » ; le pronom sujet en fran- 
çais se trouve complément d'une préposition ; cf. nemedout a garfe, à moins 



Etudes bretonnes. 481 

de Sainte Nonne : Ne gallaf proff (mar) en touhe « je ne puis 
prouver; s'il le jurait » n'a sa rime intérieure que si l'on pro- 
nonce prou, prouver, ou bien tow/(?, il jurerait. C'est le premier 
parti qui est le plus probable. L'expression rimée, commune 
en trécorois, me doufe hag a broufe, j'en jurerais et je le prou- 
verais, nous montre comment des associations de condi- 
tionnels en -fen et en -hen ont pu aider à la généralisation de 
-fen. 

Cf. Loth, Rcv. Celt., VII, 233 et suiv.; et Mélusine,ÏV , 496, 
où il faut lire « débiteurs » au lieu de « créanciers ». 

77. La combinaison de :(_ -\- v donne /aussi bien que celle 
de t' + ^- On a donc régulièrement noujfen, je ne saurais, 
Chai. ms. (v. oiC), =*gou:(-venn, cf. nouffehen, id. v. mourir 
= *gou^-vehen. 

La combinaison de ces deux formes donne m'oufefe, s'il 
savait, G. B. L, I, 520, n'oufefac'h, vous ne sauriez, His- 
toariou, 19, etc. 

Une variante remarquable de la seconde, par aphérèse, est en 
vannetais nefehen, je ne saurais, Chai, ms, v. oti, mourir, prise, 
Livr bug. M. 39, etc.; y p. efehé, 24, efehai, Voy. mist. 35, 
43, nefehai, 126, y>^. fehemb, 112, Bue er s. 74, 104, 2^ fehoh, 
4, 16, 20, 89, féhoh, Xn.,febeob, Voy. mist., 9, iio, y fehênt 
B. er s., 35, 103 ; e fehér, on pourrait, ^o, febêr, id., Livr bug. 
M.^G. Le sens propre de cette dernière forme est « on pourra », 
mais cf. nouffer quet, on ne saurait. Chai, ms., v. indicible 
(nouffet quet, v. inflexible), larein a reher, on dirait, v. voir 
(larcin e reher, on dira, v. on), c ueher, on serait, v. on, c vchcr, 
id., Voy. mist. 106; ecll pé vehairr, comme si on était, l'A., 
Sup., V. description; hors de Vannes, choarsin reffer ... ma 
klefer, on rirait si on entendait, Pcng., II, 192, et à l'impf. 
oair bet, on fut, Voy. 26, litt. « on avait été », Cf. comique 
galser, on aurait pu, au lieu de galsys. 



que tu ne veuilles, P. m. E., anc. 181, nemedoc'h a g., 308, cf. 314, 337 ; 
német-hê vé, à moins qu'ils ne soient (dangereux), Dlsdéracion ... ar roue, 
(1816), Brest, chez P. Anner, p. 20; mar doc'h-hua-unan, evidon :(0 contant, 
si vous êtes tous d'accord, j'y consens, Jac. 115, proprement « pour moi est 
content ». Dans evidon me a ya, pour moi je vais, 138, cf. 236, on pourrait 
aussi bien écrire evidon-me. 



482 E. Ernault. 

On a refait aussi sur les radicaux courants gou-, goui-, d'au- 
tres conditionnels: ne ouhèn, je ne saurais, Voy. mist. 27, 43, 
53, 3^ p. ouhai, 34, 60, pi. ouhemb, 4, 107, 2^ p. ouheoh, 129; 
pêne ouïeheoh quel, si vous ne saviez pas, 139, niouife, s'il 
savait, G. B. L, I, 310, etc. 

78. La 2*^ pers. pi. du futur est la plus exposée à l'influence 
du conditionnel parce que, comme ce temps, elle est carac- 
térisée par un /;. Forme non composée : gouyehct, vous saurez, 
B.er s. 36; composée, go ufef et, G. B. L, I, 522, le second/ 
est emprunté au conditionnel. Cette terminaison -fefet a passé 
à d'autres verbes, dans certaines variétés trécoroises : kar- 
féfet, vous voudrez. Cf. Rev. Celt., V, 488. 

Une forme plus fréquente est -féet en 2 syll. : e talc'hfeet, 
vous tiendrez, a danfafeet, vous goûterez, Histoariou, 21, 
her^feet, vous marcherez, heuJfeet, vous suivrez, i^; na gafeet, 
vous ne trouverez pas, 25 ; c'est la plus usitée en petit Tréguier. 
Je crois qu'elle a la même origine que -féfet, et représente une 
extension des composés de véet, vous serez, avec changement 
de ■yen /amené surtout par l'influence du conditionnel. Elle 
s'ajoute même à des verbes contenant déjà une fois le verbe 
être : ouvefeet, vous saurez. 

Une troisième forme, très fréquente, de cette personne est 
-fet pour -hef^ : pa guerfet, quand vous voudrez, Jac. 124, a 
garfet, Pev. m. Em., anc. 238. Elle se trouve dans le verbe 
être: evit ma vefet, pour que vous soyez, Histoariou, 238. 
Cf. moy. br. queffet, vous trouverez. 

79. On dit aussi -fech: givelfcc'h, vous verrez, Baix- Br., 
345, iefech, vous irez, 246; cf. § 50. 

Cette forme, qui est identique à celle du conditionnel, n'est 
pas isolée : les Bretons échangent parfois les deux terminaisons 
-t et -ch, dont l'une appartient proprement aux temps prin- 
cipaux, et l'autre aux temps secondaires. Exemples : Dre ma 
velen pegernent en carriet, comme je voyais combien vous l'ai- 
miez, Jac. 50 (rime et^, pour carriech; inversement hc c'hon- 
fortech, on la consolait, Bar:^^. Brei~, 167, na gasec'h, on n'en- 

I. Arhiestet et guelhet, J 144 b ne veulent pas dire proprement « on 
verra », mais « vous verrez ». 



Etudes bretonnes. 483 

voyait, 398; el pe xpuguchd, comme si vous portiez, Chai. 
VIS, V. mer; lavarjot, vous dîtes, Jac. 127, lavarjoch, Moys. 
172, larjoc'h, ij^ ; ma vodc'hjot, où vous lavâtes, Pev. m. 
Em., anc. 52, et la::^joch, vous tuâtes, 160; pa lavarjoch ... c 
tigasjot, quand vous dîtes vous envoyâtes, Mo. 162, ne brisjot, 
vous ne daignâtes pas, rejot, vous fîtes, et promeljoc'h, vous 
promîtes, 224, rejoc'h, Jac, 96. etc. La terminaison en oc'h 
est la plus ancienne et se trouve seule en moy. bret. : fell- 
soch, vous vous êtes trompé, B 249 ; alors -sot était du sing, : 
credsot, tu as cru, P 126, guclsot, tu as vu, 201. En breton 
moderne Vo de la 2^ pers. du sing. est devenu ou : leiisout, 
tu lus, Maunoir, car:^oud, tu aimas, resoud, tu fis, Grég., 
Gram. 116; au pluriel lensoch, Maun., car::^oc'h, resoc'h, Grég. ; 
Le Gonidec donne au sing. kar:ioud, harjoud^, pi. kar^ot, 
karjot, et M. l'abbé Hingant mir~od, mirjoch, mirjod, vous 
gardâtes. 

La terminaison -jot a assez souvent le sens indéfini : a goljot, 
qu'on perdit, Jac. 115, rojot, on donna, Cantic Judas, 6 ; e 
tenjot, on tira, Conf. anc. 40, cf. 35; rejot, on fit, Hist. ar 
b. Mi':^er, 6; ne vanqjot, on rie manqua, Guî:(iegue^ ar h. Ri- 
chard, 14, ejot, on alla, Fanch-Cos, 23, cf. 25, teujot, on 
vint, 26, etc., cf. deusyot, Rejî. loi. Ces formes remplacent 
la désinence -at du moyen breton, qui s'est perdue. Hingant 
dit que le prétérit n'a pas d'indéfini, sauf dans le verbe être : 
é oéd, on fut ^ (Gram., 183, 180); le P. Grég. tourne par 
le passif composé : be':ia ê voilé caret, caret a voi'ié great, on aima, 
Gram. 153 ; Le Gon. emploie dans ce sens l'imparfait : kared, 
on aimait, on aima. Rojot, on donna, a été fiiit d'après rojoc'h, 
vous donnâtes, selon l'analogie de roet, on donnait, roec'h, 



1 . L'abbé Perrot, Manuel, 68, donne rejos et rejout, tu fis, pi. rejot. Us 
de rejos est imité de celui des temps secondaires (impf. et conditionnels), 
qui paraît avoir supplanté aussi l'ancien ^ du présent, en vannetais ; cf. sur- 
tout van. ous, tu es, ailleurs out. 

2. En vannetais e oûet veut dire on était, Chai, ms, v. on. La Gram. de 
Guillome, p. 105-107, n'admet que des formes indéfinies en r, conseille 
même de dire lai-et von, plutôt que larèt e hreér, on dira, laret vehé que 
larèt e hrehér, on dirait, et veut qu'on remplace « on était » par « ils 
étaient », etc. ; mais on trouve dont a ret, on venait, Chai, ms., gidlein e 
rait, on voyait, Voy. mist. 55, etc. 



484 E. Ernaiilt. 

vous donniez; rofet, on donnerait, rofec'h, vous donneriez; 
rojet, on aurait donné, on donnerait % 2^ pers. pi. rojech. 

La term. -joc'h a parfois le même sens : e c'hlefjoc'h, on l'en- 
tendit, Ar chev. Rolland, Morlaix, chez Chevalier, p. 2. On 
trouve encore -:^eur, -jeur, d'après le présent : a rêveur ^, on fit, 
5«q ar s., 311 ; ma teujeur, si bien qu'on vint, Bue^Jos., anc. 
13 (nouv. éd. teujot). 

80. Autres variantes de la 2^ pers. pi. du futur avec /au 
lieu de h : 

-fût, pa garfot, quand vous voudrez, Jac. 31, a guerfot, 
Jardin anam., 13, e yeffot, vous irez, Jac. 56, sonchfot, vous pen- 
serez, 20, colfot, vous perdrez, Moys. 254, cf. receffot, vous re- 
cevrez, Prep. d'ar m. 68, Introd. 337 (= recev-hot), ne varfot 
quet, vous ne mourrez pas, Refl. 354, ^ :^oucot, vous porterez, 
164, pa guerrot, quand vous voudrez, iiTwf. ar b. Mi^., 10, 
quemerrot, vous prendrez, Rosera 381, /^jj-o^,, vous laisserez, 
/nfr. 143, wa vellot, que vous voyiez, 270. 

-foch: quittafoc'h, vous quitterez, Co//. Peng., I, 45, J;ow- 
/<?c7?, vous vous arrêterez, Moys. 183, ne golf oc h qet, vous ne 
quitterez pas, 180, na kemerfoch (prenez garde) de ne pas 
prendre, Peng., II, m; pa garfoch Pev. m. Em., anc. 275, 
gerfoc'h,<^6 ; laqfoch, vous mettrez, 297, kqfoc'h, leqefoc'h, 
125, etc.; cf. vihoc'h, que vous soyez, Gr. Gram., 128, et 



1 . Le Gonidec n'a cette forme que dans vijed, vied, on serait, ajed, on 
irait, et le P. Grég. dans caret a raiyéd, on eût aimé (caret a vihé grat, be^a ê 
vihé bet caret, id.; be:{a e^ carhèd, caret a rahèd, on aimerait) ; M. Hingant 
donne karjed, kar\ed, on aimerait (karfed, id.). On lit via vijet, qu'on fût, 
Histoariou, 214 ; hon trétjet (vous ne pensiez pas) qu'on nous traiterait, 
Moys. 1)6, ma teujet da vouga (j'ai ordonné) qu'on étouffât, 166 (cf. § 51); 
a dlejet da garet, qu'on aurait dû aimer, Jac. 5, ar brava a oufjet dagavet. le 
plus beau qu'on pût trouver, 82 ; ma adorjet (pour) qu'on adorât, P. m. E. 
anc. 6, a voiiijet da velct, (le plus brave) qu'on eût pu voir, 157; et même 
neb a velchet, on eût vu (mélange de neb a veiche et de a velchet), Kimiad (Le 
Borgne), p. 6, moy. br. carset, on eût aimé, etc. 

2. L'inf. karédeur « être aimé », cité dans une addition à la Gram. de 
Le Gon., 2^ éd., 37, et dans la Gram. dtBreurie^ Brei^, 1847, p. 31, provient 
sans doute d'une méprise. Kared eur veut dire « on est aimé », Gon., Gram., 
166, 2^ éd., 54; M. de la Villemarqué aura pris trop à la lettre Texpression 
« le verbe kared eur », comme nous disons « le verbe sum » pour « le verbe 
être », en latin. C'est ainsi que Quiquer, éd. 1690, p. 168, traduit « y 
avoir » par bea eus, qui signifie « il y a ». 



Etudes bretonnes. 485 

pour la terminaison caroch, queroch, vous aimerez, Grég., 
Grain., 118, reoc'h, vous ferez, Troude, \. futur; e c'halloc'b, 
vous pourrez, Peng., I, 210, keiiicroc'h, vous prendrez, II, m ; 
vezpc'h, vous serez, Jac. 31, Moys. 154, voch, 307, Jac. 57, 
58, ràncoch, vous devrez, Moj'j-. 219; lakcoch, Can... anhent- 
ouarn, str. 7, etc. ^ 

Le vannetais a la forme -hoh, -ehoh, intermédiaire entre -oc h 
et -foch; mais elle a le sens du conditionnel : pe vehoh, si vous 
étiez, B. er s., 47, é cas ma vehoh, en cas que .vous soyez, 5, 
pe vcnnehoh, si vous vouliez, etc. Cf. mar harforc'h, si vous 
vouliez, Peng., III, 163 ; mar deufoc'h, si vous veniez, II, 259; 
mar veoc'h (i syll.) kontant, si vous êtes content, si vous 
voulez bien, G. B. L, I, 252. Faut-il identifier ces formes au 
comique ina na veugh, pour que vous ne soyez pas, et au gall. 
pei mynnezuch, si vous voulez ? 

81. La première pers. pi. du futur, analogue à -feet, est 
-feonip : awelfcomp, nous verrons, Histoar. 194, leinfeomp, nous 
dînerons, 11, cf. veonip, nous serons, 233, G. B. I., I, 178; 
en petit Trég. karfeoni, nous aimerons, etc., et aussi oiivefeom, 
nous saurons. 

En regard de -fot, on a -fomp : rcjomp, nous ferons, en 
1779, Rev. Celt., XI, 181 ; laqcfomp, nous mettrons, Pev. m. 
Em., anc. 243, ma voefomp, que nous sachions, 370; en em 
divertisfomp , nous nous divertirons, MeuL qiieg. 15 ; pagarfomp, 
quand nous voudrons, Moys. 163, paguerfomp, 183, ma kousk- 
fomp, que nous dormions, G. B. L, I, 254, ma\ iefomp, que 
nous allions, 458, naiefomp ket, nous n'irons pas, 366, etc., cf. 
ken vomp, jusqu'à ce que nous soyons, 108 (moy. br. quef- 
fomp, nous trouverons, de qiiev-homp, cf. labourhomp, nous 
travaillerons). 

De même à la 3^ pers. pi. -font : refont, ils feront, Pev. m. 
Em., anc. 32, e vefont, ils seront, Luc, XII, 20, trad. de Le- 



I . Dans ra c'houioc'h, sachez, T. Ger., 67, cette terminaison de présent- 
prétérit est employée comme futur-subjonctif. L'indicatif fait fonction d'ira- 
pératif-subjonctif dans plich gant Doue e vise deut « pleust a Dieu qu'il fust 
venu », Maun., Did. fr.-hr., c'est encore une explication possible de chom 
et de n'em convertis, Rev. Celt., XI, 97, 100. 

Revue Celtique, XI 32 



486 E. Ernault. 

coat; na oelfont ket (dites-leur) de ne pas pleurer, G. B. I., 
I, 8, etc., cf. vont, lisseront, 36. 

Il y a aussi -fitnp : lavarfimp, nous dirons, Insiructionou 
christen, Quimper, 1824, p. 306; errufinip, nous arriverons, 
Kanaoucnuoii, Saint-Brieuc, 1842, p. 94, ma ho prallefiinp-ni, 
pour que nous les mettions en branle, Bar:^. Br., 284^. Cf. 
rcceffiinp, nous recevrons, Introd. 238 = recev-h-'unp ; pa var- 
fiiiip, quand nous mourrons, Iiislr. var ... ar Rosera, par Le 
Bris, p. 337 (Javarrimp, nous dirons, 206, ve:^:{iinp, nous se- 
rons, 444, ma toiiquimp, que nous portions. An horolach a 
hassion, Le Bris, 1725, p. 19, etc. ; Rev. Celt., XI, no) et à 
la 3"' pcrs. -fini, -Joint , -foink : dispignfint , ils dépenseront, Ins- 
tructionou, 137; sellfoïnk, ils regarderont, Quellien, 170; nal- 
foint, ils ne pourront, Y. Hernot, Kelenmuiuir~, chez H. Man- 
ger, p. 5 ; ma tcu Joint, qu'ils viendront, Guill. 181 5, p. 7, 
cf. voint, Sj (ye:(oïnt, ^^,ve^int, ')0);petoïnt, qu'ils prient, 97; 
pa garrint, Refl. 269, mavellint, 399; ve:(:^int, 130, etc. Le 
rapport de -font à -foint a été imité au prétérit : klcojoink, ils 
entendirent, Peng.,TV, 15. 

L'/ a pénétré aussi la forme indéfinie : ma vclfor, où on 
verra, P. m. Em., anc. 201, m'o banavefer, pour qu'on les re- 
connaisse, 231, c teiifcr, 296, e c'houlenfer, on demandera, 
Luc, XII, 48, Lecoat, cf. moy. br. achifJjcr, achcjheur, on 
achèvera; c c'hanavcssor, on connaîtra. Mis mae, 1836, p. 406, 
vihor, vior, on sera, § 11, etc. -. 

Le singulier, au contraire, ne présente 1/ que dans les com- 

1 . Pour Ve ajouté, cf, § 49, 50, et rankcfet, vous devrez, Kiviiad (de 
Proux), v^ Goftic, I, = reiiJ>:fct-l}u, Bomhard Kerne, 16; ejotcfe din, je vou- 
drais, 0)ans. . . . var . . . ar hreiel, par L. ar Pouenot, de Gourin, chez J. 
Haslé, p. 3. La même addition a lieu parfois dans les formes sans/; e var- 
wehei, tu mourras, Livr et lab., 32, e gaveo, il trouvera, etc., Ikv. Celt., 
XI, 186, 187; caveot, vous trouverez, Devocion d'ar g. s., Saint-Brieuc, 
18) 1, p. 143, revuseot, vous refuserez, 149, na hermeteot, 146, etc.; lîovie- 
reouint, ils prendront, Mêlusine, III, 477. 

2. La terminaison -or devient donc, par diverses analogies, -hor, -for et 
-yor (§ 10, fin) Cette dernière forme est rare, tandis que l'actif -yo est des 
plus fréquents et tend même à élargir ses limites rigoureuses (aiiooio, ilces- 
sera, Ar fei:^hag ar vro, 240, au lieu de ar^avo, cf. hanoiou et Jmiivou, noms). 
Régulièrement, -or s'ajoute au même radical que le suffixe -cr du présent: 
reor, on fera, cor, on ira, Gr. v. on; coveçiaor, on se confessera, v. devant, 
ne :{iioloor, on ne découvrira, v. cacher, etc. 



Etudes bretonnes. 487 

posés du verbe être: e oufei, je saurai, Histoar. 190; m difou, 
il aura, 24, 233, goujco, il saura, Quellien, 86, etc. On lit 
pourtant raparfo, il réparera (ou réparerait), Peiig., IV, 97. 

82. Il y a des cas où l'on peut remplacer le conditionnel 
par l'imparfliit : ma oann chomuict, si j'étais resté, G. B. I., I, 
190, = ma vijenn bet chommet, ibid.; ma oufcnn ... oann et, si 
je savais, j'irais (litt. si je saurais, j'étais allé), . G. B. I., I, 
164; penamet out ... 'moa, n'était que tu es ... j'aurais, 6G; 
m'am bije ... na oac'h ht hct, si j'avais ... nous n'auriez pas 
été, II, 22 ; ma vijtiit ganin brcinan me m boa ho briated, si je 
les avais maintenant, je les embrasserais, I, 360; panamet res- 
pecti ... am boa, si je ne respectais ... j'aurais (déjà), 200; ma 
karjach bout laret ... Jjo poa, si vous aviez voulu dire ... vous 
auriez (sauvé votre vie), 466; ma vijenn ... n' poa ht, si 
j'étais ... vous n'auriez pas, 414. Il en est de même en fran- 
çais : « Si la noblesse eût accepté, le Tiers restait seul contre 
deux », Michelet ^ 

On comprend donc que en dcfe, il aurait, ait fait donner à 
en devoa, il avait, il aurait, une variante en defoa ; de même 
dlefoa, il devait, il devrait, etc. (§ 60). 

D'un autre côté, l'imparfait touche au prétérit, dans le 
verbe être ; en defoa a amené en defoe, il eut, à côté de en devoe. 

Le changement de v en / a lieu, du reste, assez souvent, 
dans le simple voa, il était, voe, il fut, etc., et aussi ve, Userait, 
sous l'influence de la particule e pour e^. 

E. Ernault. 



I . Cf. Grammaire de la langue française d'après de nouveaux principes 
concernant les temps des verbes et leur emploi, par le D^ I -M. Rabbi- 
nowicz, Paris, 1886, p. 120. Je doute qu'on dise comme l'indique l'auteur 
« si j'eusse eu le livre, je l'avais lu », phrase plus bretonne que française. 
D'après ses propres exemples (note 3), il faudrait « je le lisais ». Cf. « S'il 
(Napoléon l") eût enlevé Saint-Jean d'Acre, ... il opérait une révolution 
dans l'Orient » Mémorial de S^'^-Hêlciie, II, 438. 



MÉLANGES 



I. 

LES NOMS DE LIEU GAULOIS EN FRANCE 
DANS LE ROUSSILLON 

M. B, Alart, archiviste du département des Pyrénées- 
Orientales, a fait paraître en 1880, sous le titre de Cartulaire 
Rous sillonnai s, un recueil de quatre-vingt-dix chartes, la plus 
ancienne de 865 et la plus récente de 1106. Les noms 
d'hommes masculins gothiques faibles en -a, -ane comme 
Atila, Dadila, Oliha, Sindila, Fiva~a, Fiti:(a, donnent à ces 
documents une sorte de goût de terroir qui les distingue des 
textes plus septentrionaux où domine la désinence mascuHne 
franque -0, -one. 

Un autre caractère des régions méridionales de la Gaule se 
retrouve ici : la rareté des noms de lieu en -acus ; nous n'en 
avons remarqué que trois : i}i Carriago, in Erbisago dans 
une charte de l'armée 1024^; Fulpiliago en 1067 2. Carriago 
suppose un gentilice Carrius variante de Carius bien connu. 
Cette variante nous est ofierte avec emploi de cognomen dans 
l'Italie du nord, par l'épitaphe Valeriae T[iti] f[ihae] Carriaeî. 
Erbisiago dérive d'un gentilice Erbessius dérivé d'Erbessus^ 
nom d'une ville de Sicile. Ce gentilice est attesté par le nom 



1. p. 44-45. 

2. p. 71. 

3. C. /. L., V, 2459- , . , 

4. 'Epôsaad;, 'Epossao;, 'EpÔTiuao';, "EpêTjao;, De-Vit, Onomasticon, 
t. III, p. 343. 



Mélanges. s 489 

d'Herbisse (Aube) au xii^ siècle Erbicia^. Vulpiliago dérive 
d'un gentilice *Vulpilius dérivé de vuJpcs « renard ». 

Les noms de lieu en -anus apparaissent en beaucoup plus 
grand nombre que ceux en -acus. Tels sont Aguliana (p, 7), 
Albinianus (p. 8), Aurelianus (p. 81) avec la variante gra- 
phique Orelianus (p. 75), Corndianus (p. 46, 47, 77, 114, 
121, 124), Faulianus (p. 32) avec la variante Folianus 
(p. 55, 72, 79), Lupianus (p. 24, 48), Pccilianus (p. 118, 
121, 128), Pedilianus (p. 30) pour Petilianus, Porcinianus 
(p. 43), Santianus (p. 71), Taurinianus (p. 56). Ces noms en 
-anus ne peuvent se reconnaître dans la langue moderne 
qu'avec une attention particulière, car aujourd'hui Vu est 
tombé et la finale primitive ne se distingue que par l'accen- 
tuation de l'a : Cornellià de Cornelianus, Fulhà de 
Folianus, etc. 

Les noms en -anus que nous venons de donner sont au 
nombre de onze contre trois en -ciga, -agus ipouv-aca, -acus. 
Il nous reste à en citer un douzième qui nous semble le plus 
intéressant. 

Il nous est conservé par une charte de l'année 1066. C'est 
Sego-dannianus : de villa Segodanniano (p. 69), aujourd'hui 
Serdynià (Pyrénées-Orientales). Il dérive d'un gentilice Sego- 
dannius dérivé lui-même du nom gaulois Sego-danno-s. 
Sego-danno-s est composé de deux éléments bien connus. 

Le premier terme, sego-, qui désigne « l'acte d'atteindre et 
de vaincre », existe dans les composés Sego-vesus, mentionné 
par Tite Live et par une inscription d'Espagne, et dans le 
nom de peuple Sego-vellauni, dans les noms de villes Sego- 
bodiuni, Sego-hriga, Sego-dunum, Sego-rigium, etc. 

Le second terme danno- se reconnaît dans le cognomen 
Dannus conservé par une inscription de la Prusse rhénane^. 
On trouve aussi damio- comme premier terme dans plusieurs 
composés. Nous citerons Danno-marus à Nîmes 3 et 
Danno-talo-s dans l'inscription gauloise d'Alise Sainte-Reine, 

1. Boutiot et Socard, Dictionnaire topographique de l'Aube, p. 76. 

2. Brambach, 754. 
^.C.I.L., XII, 3884. 



490 Mélanges. 

Côte-d'Or' ; le féminin Dano-tala pour Danno-tala a été 
relevé dans une inscription de Saint-Privat, Gard. Tout le 
monde sait que ce même nom écrit en caractères étrusques, 
Tanotalos, se trouve en Italie dans l'inscription gauloise de 
Briona près Novare-. Le thème danno- a donné un dérivé 
Dannius. On a relevé à Saint-Jean-en-Royans (Drôme) une 
dédicace à Mercure par Dannia Martinaî. Ici Dannia est 
un gentilice. Le masculin Danius, variante de Dannius, est 
encore un gentilice dans une inscription de Borgo S. Dalmazo, 
Piémont, province de Cuneo 4, 

Le gentilice Dannius confirme l'existence du gentilice 
Sego-dannius que nous concluons du dérivé Segodannianus, 
aujourd'hui Serdinyà, Pyrénées-Orientales. 

On peut admettre que dànnio-s a été en gaulois une va- 
riante de dânio-s ; dânio-s serait identique au moyen irlandais 
dâna = dâne = dânio-s « audacieux, hardi )■>>. Sego- 
dannio-s aurait signifié en gaulois « hardi dans l'attaque victo- 
rieuse », « dans la victoire ». 

H. d'Arbois de Jubainville. 

II. 

SAINT BRANWALATR 

Saint Branwalatr, honoré à Jersey sous le nom de Saint 
Brelade, dans l'évèché de Dol sous celui de Saint Broladre, 
a aussi donné son nom à Loc-Brevalaire (J. Loth, Les ancicjines 
litanies des saints de Bretagne, Revue Celt., XI, 139). Il n'est 
pas autrement connu. Je relève son nom dans une pubhcation 
récente: Die Heiligen Englands, von Liebermann, Hannover, 



1. Lejay, Inscriptions antiques de la Côte-d'Or, p. 18. 

2. C. I. L., t. V, p. 719. Whitley Stokes dans Beitràge 7ur Ktinde der 
indogermanischen Sprachen, t. XI, p. 116. 

3. C. I. L., XII, 2215. 

4. C. I. L., V, 7850. 

5. Le génitif de dâna est dàni, ddnai, Whitley Stokes, On the Calendar 
of Oengus, p . CCXL. 



Mélanges. 49 1 

1889. C'est la réédition d'un opuscule sur les saints anglo- 
saxons, composé, au moins pour la partie qui m'intéresse ici, 
au xi^ siècle. L'auteur met en regard de la version latine deux 
versions anglo-saxonnes, désignées l'une par la lettre C, l'autre 
par S. 

C est un manuscrit du Corpus Christi Collège de Cambridge, 
n°20i4 p. 147-15 1, écrit entre 1050 et 1075. S de la collec- 
tion Stowe du British Musaeum, n°96o ^°, f. 58, a été écrit au 
commencement du xi^ siècle. Les seuls saints bretons men- 
tionnés sont saint Melorius enterré à Ambresbyrig (Amesbury, 
Wilts) ; saint Congarus enterré à Cungresbyrig (Congresbury) ; 
saint Petrocus, enterré près du bras de mer de Hcegehniitha 
(Eglemouth ; Petroc a été enterré à Padstow, Cornwal); saint 
Judoc enterré avec Grimbald à Niweminster (Newminster à 
Winchester); enfin saint Braiviualatr à Middeltun (Milton). 
Pour les sources des vies de saint Meloir, saint ludoc, saint 
Petroc, V. J. Loth, L'émigration bretonne, app. ; cf. Hardy, 
Descriptive catalogue, vol. I, p. art. L Petroc a laissé son nom à 
plusieurs lieux en Armorique, notamment à Saint- Perreux ; 
Meloir également, mais ce saint a dû être confondu avec un 
autre saint breton insulaire, ou plutôt sa légende insulaire est 
entièrement fabuleuse. Saint Congar a donné son nom à 
Saint-Congar, Morbihan. Grimbald est un moine de Saint- 
Bertin appelé par Alfred le Grand; il devint abbé de Newmins- 
ter à Winchester et mourut vers 903 (Hardy, Descript. Catal., 
\, p. II). C'est lui qui a dû apporter à Winchester une partie 
des reliques de Saint ludoc, lesquelles, suivant des documents 
respectables, seraient partie à Saint-Martin de Parnes, en 
Vexin, près de Magni ; partie à Saint-Josse, à l'embouchure 
de laCanche (Dom Lobineau, Vies des Saints). ludoc alaissé son 
nom à Lohuxec en Plougras, évêché de Tréguier, écrit aussi 
Loc-Judet, lisez Loc-Judoc. Pour saint Branivalatr, la version 
latine porte simplement : Sanctus que Braniualator episcopus 
in loco qui dicitur Mideltune. — C est plus explicite : Thonne 
is on Middeltune sancte Brangwalatoris héafod, biscopes, and 
smcti Sanisones earm, biscopes and bis cricc : « Est à Milton le 
chef de saint Brangwalator, évèque, et le bras de saint Samson 
évêque, ainsi que sa crosse. « S dit simplement que sanctus 



492 Mélanges. 

Branwalatrus repose au monastère de Mil ton, et ne men- 
tionne pas saint Samson. Il est assez probable que les reliques 
de Branwalatr ont été apportées en Angleterre par les moines 
armoricains fuyant les Normands au x^ siècle. Athelstan était 
très friand de pareils cadeaux. La lettre du préposé à l'évèché 
de Dol, Rohbodus, à Athelstan en l'absence de l'archevêque, 
est très instructive à ce point de vue. Il invoque sa protection 
et lui expédie les reliques de : Sancti Scnaîoris, sancii Paterni 
et du maître de ce dernier Sancti Scubilionis (Migne, Patrologie 
ij<^, p. 1106). Branwalatr a été probablement évêque de Dol. 

J. LoTH. 

m. 

LA CONVERSION DE MAELSUTHAIN 

La pièce qui occupe le fol. 44 v° du mss. fonds Celtique 
n° I, et qui a été publiée d'après un autre mss. par O'Curry, 
Mss. Materials, p. 529-531, avec une traduction, p. 77-79;, 
contient un récit légendaire concernant Mael-suthain, Httéra- 
lement « Esclave de l'Eternel »^, confesseur, ou directeur de 
conscience du célèbre roi d'Irlande Brian Boroimhe au com- 
mencement du onzième siècle. Cet ecclésiastique était peu 
recommandable : professeur, il interpolait les canons ; prêtre il 
avait de mauvaises mœurs, et il ne récitait jamais l'hymne 
Altus. Trois ans et demi avant sa mort une apparition mer- 
veilleuse amena sa conversion. Suivant le texte publié par 
O'Curry voici en quoi cette conversion consista : Maelsuthain 
cessa d'interpoler les canons, il s'imposa la règle de faire cent 
génuflexions par jour, de chanter l'hymne Altus sept fois 
chaque nuit, de jeûner trois fois par semaine: on ne voit pas 
qu'il ait changé de moeurs. Mais le ms. de Paris nous apprend 
qu'il y a une lacune dans le texte d'O'Curry: Maelsuthain 
résolut de ne former de liaison avec aucune femme mariée tant 



I. En traduisant son nom par Calvus Pcrennis, Maelsuthain a commis 
n contresens. Voyez Mss. Materials, p. 653-654. 



Mélanges. 49 5 

qu'il vivrait^ et de chanter tous les jours le psautier en entier*. 
« Ni coimrec fri mnâi ihir, cen-ber béo; gebat dono saltair 
cech lâi ». (Fonds celtique n° i, fol. 44 v°, col. 2, ligue 29-30). 

H. d'Arbois de Jubainville. 



IV. 

LOANWORDS IN EARLY IRISH 

The loanwords collected in the following lists hâve not, 
as far asi know, been noticed before. They will serve a three- 
fold purpose, as witnesses to the extent and character of fo- 
reign influence on Irish, as illustrations of phonetic laws, 
and as contributions to Irish lexicography. 

I. From old norse. 

ârmann m. officer. Ace. armand an dûin, FM. riyo, p. 1176. 
Plur. Nom. armainn .i. oificcigh, O'Cl. From ârmami, the 
oblique form oiàrmadhr « steward ». 

canarad boats : is annsin ro gabustar an laechrad sin a lesugud 
a long 7 a luathglanad a laigeang 7 a niamadh a naitheadh 
7 a dubadh a m-barc^ 7 a picead a primlong 7 a cearta- 
chad a canarad, Stowe D, 4. 2, fo. 66^, i. Evidently a col- 
lective formed from *cana, Dan. kane. For the formation 
cf. cumarad sorroius, from cuma : intan dobatar fon cu- 
maraidh sin, Stowe D. 4. 2, fo. 51'*, 2. 

cnar m. a ship. Collective : re cnarradhaibh, Moy Leana 
p. 48 1. 6. From hiôrr m. « a mercantile vessel ». 

callaire m. a crier, herald. Gen. guth in challari, LBr. 134 a, 51. 
tre guth collaire no m.x^ir, H. 2. 17, p. 400^'. Plur. 
callaireda, LBr. 133'', 55. ¥rom kallari. 

est a horse. adastar .i. comsuidiugh[ud] o ilrannaib fil ann 
.i. adh 7 est 7 or .i. adh doni iss adus, est .i. ech 7 or .i. 
mogg .i. comad si in mong- in e[i]ch seachus im a cend 
« adastar » « halter », i. e. a compound of many parts is 

I. MS. andbarc. 2. MS. moing 



494 Mélanges. 

therein, viz. adh and est and or, viz. adh from adus « fit w'', 

est « horse », and or « mane », viz. it is the mane of the 

horse that passes round his head, H. 3. 18, p. 64 a. 

From hestr. 
mangaire m, a ynongcr, trader. O'R. Hence mangairecht, 

LL. 38a, 27. From mani^ari. 
marggf. march, boundary. Dat. for mairgLagen, LL. 222 a, 53. 

Gen. dolluid co Temraig margi « he went to Tara of the 

march », LL. 202''. From mork f. 
margg f, a mark of money . lx. marg d'airgead bruinnti « sixty 

marks of smelted silver », Tigern. A. D. 1156. From 

77iôrk f. 
marggad m. marhet. See Tog. Tr. Lid. môrmargad gl. 

nundinae, Ir. GL 327. From marhadhr. 
mattal m. a mantJe. Nom. mattal cethirbennach corccra, 

LBr. 148 a, 37. a mattal fillte, ib. 41. Plur. deich matail, 

Hy Many, p. 92. From mottull m. 
Northmann a Nori^egian. LL. 171'', 49. From Nordhinadhr. 
Viskavkiwl ftsber-carl . co dunud na Piscarcarla, LL 172% 5. 

For fiska-harl. p for/ as in the proper name Plat = O. N. 

Flatrport = Fr. fort, ph'ir = Engl. flour, mod. conipôrtach 

= comjor table, etc. 
sadall m. a saddle. Nom. sadall mx^thla for a muin, 

LBr. 217 c, 52. Dat. cona saduU blongi « with his saddle 

of lard », ib. 218^, 6. Plur. Gen. coica sadall corcra, 

LL 253 a. Vi'om sôd bu II m. 
sceir f. a sbarp roc'k in tbc sca. O'R. From sker n. Gen. skerja. 
Sciggire //a' Faroe islanders. LL. 172a, 5. From the Plur. 

skcggjar. See Clcasby- Vigf. s. v. skeggi. 
scut m. //;(' stcni. Plur. Gen. freagartha na dtonn ag agallmhadh 

nasgûd agas na sgiamhthosach « the responses of the waves 

conversing with the sterns and the beautiful prows », 

Moy Leana p. 44, 1. 34. From skidr m. 
scùta f. a cutter. Plur. Nom. a sgùdadha sleamhna, Moy 

Leana p. 44, 1. 24. From sknta f. « a small craft or cutter ». 



I. Cf. aJas gl. non sine rationc, Sg.i6 a. bid adas dait, LU. 67a, 56. 
adhas .i. maith, O'Cl W addas. 



Mélanges. 49 ji 

sniding m. a villain. Cog. G. G. p. 174, 1. 22. From nîdhingr 

with prosthetic s. This identification is due to Stokes. 
stag the stay of a ship. Cath Finntr. 50. From stag n. 
simiT {.ahelm, rudder. Moy Leana, p. 86, 1. 7, Hence stiûraim 

/ steer, direct, Atkinson Ho m. Ind. From styri n. 
stôl m. a stool. Nom. oenstôl becc, LBr. 134b, 25. enstol 

bec cruind for Idr in tigi, ib. 134 a, 42. From stôll m. 
topp m. tuft, crest. métigthir tri rigtecli for lasad cech 

topp tened ticced esti (of a cornet), LBr. 152 a, 25. From 

toppr m. 

Kuno Meyer. 

V. 

SUR UN PASSAGE DU MABINOGI DE KULHWCH 
ET OLWEN 

Le père de Kulhwch conseille à son fils, pour faciliter son 
mariage avec Olwen, d'aller trouver son cousin Arthur, et de lui 
demander de lui couper les cheveux (Mabinog., éd. Rhys-Evans, 
p. 102, 1. II). A ce propos, lady gharlotte Guest fait remar- 
quer, d'après la Cychpaedia de Rees, que la coutume au 
VIII* siècle encore, dans les familles de marque, était de faire 
couper pour lapremière fois les cheveux de leurs enfants par des 
personnes qu'elles avaient en estime particulière: ces personnes 
devenaient comme les pères spirituels ou parrains desenfanis. 
g'est ainsi que gonstantin envoya au pape les cheveux de son 
fils Héraclius, comme un gage qu'il désirait faire de lui, pour 
FleracHus, un père adoptif. Dans ma traduction des Mahin., I, 
p. 190, note 4, j'ai prouvé par un curieux exemple que cette 
opération n'était pas destinée dans l'origine à faire d'un enfant 
un fils spirituel, mais qu'elle était réservée au père ou aux 
parents ou plus exactement au père réel ou au père adoptif. 
get exemple est tiré de Nennius. Guortigern ayant eu un 
fils de sa propre fille, la pousse à aller porter l'enfant à Ger- 
main, en disant qu'il était l'enfant du saint évêque. Germain 
dit à l'enfant : Paler tibiero, necte permittain iiisi novacula cumfor- 
cipe et pectine detur, et ad patron tuiini carnaleni tibi dare liceat. 
L'enflmt va droit à Guortigern et lui dit : « Pater meus es tu, 



496 Mélanges. 

caput meum tonde, et comam capitis mei pecte ÇHistor., XXXIX). 
Le même usage a existé chez les Germains. Lamprecht {Etudes 

économiques sur l'élat de la France pendant la première partie du 
moyen âge, trad. Marignan, p. 49), s'appuyant sur divers 
textes, établit que « che'^ les Francs la chevelure était l'ex- 
pression symbolique de la miriorité: aussi était-il besoin pour les 
couper du consentement des parents. » C'était le signe de 
l'adoption (Wackernagel, Kleine Schriften, I, 14). Couper 
les cheveux d'une jeune fille, ajoute Lamprecht, constituait 
un délit sévèrement puni. Elle ne les coupait qu'au moment 
de son mariage. 

J. LOTH. 

VL 

VICUS ARTIACUS 

EN ITALIE PRÈS DE VERONE 

A la nomenclature des noms de lieu dont la forme primitive 
est Artiacus ou Artiaca et qui sont cités dans la Revue Celti- 
que, t. X, p. 161-162, on peut ajouter le vicus Artiacus 
mentionné en 737, dans une charte de l'église Saint-Zénon 
de Vérone. Cette charte a été publiée par Maffei, Verona 
illustrata, 1732, édition in-4°, t. I, preuves, p. 46. 

H. D'A. DE J. 



CORRESPONDANCE 



Saint-Germain, 29 Juillet 1890. 

Cher maître, 

Voici une petite nouvelle pour votre chronique. La Revue 
celtique (t. II, p. 285) a annoncé la découverte en Asie 
Mineure d'une inscription relative à Brogitaros tétrarque des 
Galates Trocmes (cf. van Geldern, p. 254). J'ai fait venir un 
très bon estampage de ce texte, actuellement encastré dans le 
mur d'une mosquée à Guzel-Hissar en Eolide, entre Cymé et 
Myrina, et notre atelier en a tiré un moulage qui est exposé 
depuis peu (salle des Galates). 

Autre chose. En réponse à ma lettre du 22 février, vous 
avez écrit (Revue celtique, t. XI, p. 227) : « Si le passage de 
César (VI, 17) avait été présent à la mémoire de M. Fustel de 
Coulanges, c'est avec le sens de statue que le mot de simulacra 
se serait présenté à son esprit. » 

J'avais soutenu le contraire, mais d'instinct seulement ; en 
vérité, comme l'a dit quelque part Letronne, je n'en savais 
rien, mais j'en étais sûr. Or, en lisant la collection de la 
Revue celtique, je suis tombé (t. IV, p. 49) sur un passage d'un 
article de Fustel où ce savant cite le texte de César (VI, 17) 
et ajoute : « Il est vrai que le mot simulacrum ne désigne pas 
toujours formellement une statue. » Cette observation est le 
point de départ de toute la théorie que je vous ai soumise et 
à laquelle vous avez paru donner votre approbation. Ainsi, 
non seulement Fustel n'ignorait pas le passage de César, mais 
il avait des doutes légitimes, qui sont allés en s'accentuant, 
sur l'interprétation traditionnelle donnée au mot principal de 
ce texte. 

Respectueusement à vous, 

Salomon Rbinach. 



CHRONIQUE 



SOMMAIRE: I. La bibliothèque de William M. Hennessy. — II. La grammaire des 
langues romanes de M. VVillielm Meyer-Lûbke. — III. L'ethnographie la plus an- 
cienne des Iles-Britanniques, par M. Rhys dans la Scottish Review. — IV. Le se- 
cond volume de l'édition 'du Livre Rouge de Hergest par MM. Rhys et Gweaogfryn 
Evans. — V. L'epitaphe de Bricoma^^los et celle de Vetta f. Victi dans l'ArchiCO- 
logia Cambrensis. — VI. Les index du dictionnaire étymologique allemand de 
M. Kluge par M. Vincent Franz Janssen. — VII. La légende monétaire Antuberi.x 
elles Antohroges d'après M. Maurice Prou. — Vlll. Le voyage de saint Brendan 
et le conte de Sindbad, par M. de Goeje. — IX. Lausum dans Plaute a-t-il une cty- 
mologie celtique. — X. Le néo-celtique glas « bleu » en latin et dans les dialectes 
de l'Italie septentrionale. — XI. L'Eglise Saint- Patrice de Rouen. — Xil. Le pré- 
sent consuetudinal et la troisième personne du singulier relative en-^jdans l'irlandais 
moderne. — XIII. L'allée couverte des .Mureaux, Seine-et-Oise. — XIV. Les rois 
et les brehons irlandais, par M. deKaydans \e Century ilhjstrated nionthly Magazine. 

— XV. Critique par M. Zimmer du livre de M. Nutt sur la légende du saint Graal. 

— XVI. Le ms. irlandais de Rennes et le ms. de Paris, Fonds celtique n° i. — 
XVII. Les études celtiques dans la Revue des Deux-Mondes. — XVIII. Le journal 
américain The Pilot de Boston, et le projet d'un dictionnaire irlandais. — XIX. Les 
travaux celtiques de M. A. Coelho dans la Revista Archeologica de Portugal. — 
XX. Une inscription ogamique de l'île de Man. — XXI. Bellesheim, Histoire de 
r église catholique d'Irlande. 

I. 

La vente de la bibliothèque de William M. Hennessy a eu lieu les 26 et 
27 juin dernier, comme nous l'avons annoncé. Elle a produit 305 livres, 
soit 7,925 francs. Pour les imprimés, le prix a été en général fort conve- 
nable. Hennessy ne possédait que des livres de valeur secondaire au point 
de vue vénal. Les ouvrages qui atteignent dans les ventes des prix élevés, 
ou manquaient complètement à sa bibliothèque, comme les National ma- 
nuscripts of Ireland de M. Gilbert, ou s'y trouvaient incomplets comme les 
Rerum hibernicarum scriptores d'O'Conor, et Colgan, Acta sanctorinn veteris 
et majoris Scotiae seu Hiberniac. Ce qui montre qu'à Dublin le goût des 
études qui ont pour objet la vieille langue irlandaise est cultivé, c'est le prix 
qu'ont atteint les ouvrages modernes relatifs à cette langue. Ainsi un exem- 
plaire de la seconde édition de Zeuss, Grammatica celtica, y compris le glos- 
saire de MM. Gùierbock et Thurneysen, s'est vendu, grâce à des notes 
marginales d'Hennessy, 3 livres 5 shilHngs, un peu plus de 80 francs. Une 
collection incomplète des œuvres de M. Whitley Stokes qui, dans cette 



Chronique. 499 

vente, se présente comme le roi des celtistes modernes, a atteint 9 livres 
12 shillings 6 pence, c'est-à-dire 240 fr. 60, tandis que par exemple le 
recueil des œuvres de sir James Ware, édition de 1705, et édition Harris, 
trois volumes in-folio, 1 706-1 745, s'est vendu seulement 6 livres 6 shillings, 
ou 157 fr. 50. Les œuvres de la plupart des celtistes modernes se sont 
maintenus à peu près dans les prix d'émission, ou, comme on dit, de 
librairie. Ainsi, malgré des notes marginales de Hennessy, les KelHsche 
Siudien et les Glossae hibernicae de M. Zimmer se sont vendus au total i livre 

5 shillings 3 pence, c'est-à-dire 31 fr. 55 ; il paraît que le directeur de la 
Revue Celtique, Jubainville, comme on dit à Dublin, a dans ce pays quelques 
amis, car, sans notes d'Hennessy, ses œuvres celtiques ont été payées seu- 
lement un franc cinquante-cinq de moins que les œuvres de M. Zimmer; 
elles ont monté à i livre 4 shillings, c'est-à-dire 30 francs. Les publications 
celtiques de M. Windisch ont, quoique incomplètes, été vendues 3 shillings 
déplus que celles de M. Zimmer, i livre 8 schillings, soit 35 francs. Les 
livres de MM. Ascoli, Kuno Meyer, R. Atkinson se sont aussi très bien 
soutenus. 

La dispersion de la bibliothèque d'un savant après sa mort est un événe- 
ment pénible, mais c'est une loi générale et à peu près inévitable Les 
amis du défunt sont donc bien obligés de prendre leur parti de ce partage 
de ses dépouilles et c'est une idée avec laquelle leur esprit se familiarise 
bientôt. Mais ce qui est particulièrement triste, c'est de voir sortir des 
mains de la famille les manuscrits mêmes de l'auteur, ces manuscrits qui 
lui ont coûté tant de fatigue, de jours, de mois, d'années et dont il n'a pas 
tiré parti. Il est mort sans avoir pu faire imprimer, et d'autres plus heureux 
accompliront la tâche qu'il avait rêvé d'accomplir et à laquelle n'ont suffi 
ni ses forces, ni sa vie. 

Les notes d'Hennessy sur certains volumes en ont beaucoup augmenté 
le prix. Ainsi deux exemplaires du dictionnaire irlandais-anglais d'O'Reilly, 
première édition, l'un incomplet, c'est-à-dire auquel manque la grammaire, 
mais auquel on a ajouté le supplément d'O'Donovan, l'autre complet, mais 
sans le supplément, ouvrages valant chacun environ une livre, 25 francs, 
ont été vendus l'un 6 livres 15 s