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of 



Stephen B. Roman 

From the Library of Daniel Binchy 






REVUE CELTIQUE 




Digitized by the Internet Archive 

in 2011 with funding from 

University of Toronto 



http://www.archive.org/details/revueceltiqu34pari 






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FONDÉE 

PAR 

H. GAIDOZ 

1870-1885 

CONTINUÉE PAR 

H. D'ARBOIS DE JUBAIXVILLE 
1886-1910 

DIRIGÉE PAR 

J. LOTH 

Professeur au Collège de France 



Q 






& 

& 



AVEC LE CONCOURS DE 

G. DOTTIN E. ERNAULT 

Doven de la Faculté des Professeur à l'Université 
Lettres de Rennes de Poitiers 



J. VENDRYES 

Chargé de cours 
l'Université de Paris 



ET DE PLUSIEURS SAVANTS DES ILES BRITANNIQUES ET DU CONTINENT 



Année 1913. — Vol. XXXIV 




PARIS 

LIBRAIRIE Honoré CHAMPION, ÉDITEUR 

5, QUAI MALAQUAIS (6 e ) 

1913 

Téléphone : 828-20 



NOTES 
D'ARCHÉOLOGIE ET DE PHILOLOGIE CELTIQUES 



GWEIL-GI, L'OCÉAN, ET LE CARNASSIER AXDROPHAGE ' 

L'une des plaques extérieures du vase de Gundestrup 2 repré- 
sente un personnage à la barbe bouclée, qui tient, de ses deux 
bras levés, le cou de deux chevaux marins (fig. pi. I). Au-des- 
sous, un carnassier fantastique, à deux tètes, tient un homme 
à la ceinture dans chacune de ses gueules svmétriques. M. S. 
Reinach l'a joint aux carnassiers androphages, qu'il a baptisés 
et dénombrés, il y a quelques années, dans cette Revue 3 . 

Assis ou passant, tenant dans leurs mâchoires un corps ou des 
membres humains, on les rencontre sur les situles de la 
Haute-Italie ; ils figurent, chez les Etrusques, dans le décor 
habituel de la céramique et du mobilier. A défaut de monu- 
ments, l'Asie Mineure fournit à leur liste le mythe lydien du roi 



i. Ce travail a été présenté, sous une forme abrégée, au Congrès d'an- 
thropologie et d'archéologie préhistoriques, qui s'est tenu à Genève, du g au 
12 septembre 191 2. 

2. Sophus Muller, Dct store selvkar fra Gundestrup ijylland, in XorJiske 
Fortidsminder, I, 2, pi. XII, 2. 

3. S. Reinach, Les carnassiers androphages dans l'art gallo-romain, in Revue 
Celtique, 1904, p. 208-224; id.. Cultes, Mythes et Religions, t. I, p. 279- 
298. Je citerai ce travail d'après l'édition de Cultes et Mythes. — Sur ie vase 
de Gundestrup, voir Sophus Muller, 0. I. ; A. Bertrand, La Religion des Gau- 
lois, p. 376 sqq ; S. Reinach, 0. /., p. 280 sqq : C. Jullian, Le vase de Gun- 
destrup {Notes Gallo-romaines), in Revue des Etudes anciennes, 1908, p. 73 
sqq ; G. Kossinna. Zur Wochengôttervase von Fliegenherg bei Troisdorf (Sieg. 
kreis), in Mauuus, 1910, II, p. 201 sqq. 

Revue Celtique, XXXII'. I 



2 H, Hubert. 

loup-garou, Cainblès. Deux statuettes de bronze 1 , une poignée 
de clef -, l'étrange statue du « lion de Noves 5 », repré- 
sentent dans le catalogue de M. Reinach les pays celtiques. 
Le vase de Gundestrup est en territoire contesté. 

Les exemplaires occidentaux ou septentrionaux du carnassier 
androphage diffèrent entre eux par la taille, l'état et la position de 
la victime. Considérons-les avec M. Reinach comme les variantes 
d'un même thème librement traité; la légitimité de leur appa- 
rentement apparaîtra plus clairement tout à l'heure. La série s'est 
d'ailleurs allongée de nouveaux monuments gallo-romains 4 . 
Par la s'est corroborée l'hypothèse de M. Reinach qu'ils 
expriment une notion mythologique propre aux Celtes. D'autre 
part, l'un de ces monuments, fragment d'un tombeau, où la 
figure du carnassier, dévorant un enfant, s'encadre dans un 
fronton, en confirme le caractère funéraire s . Si le dieu au mail- 
let est bien un Dispater 6 , le chien ou le loup qui s'accroupit 
respectueusement à ses pieds est un congénère du carnassier 
androphage, si toutefois en Gaule celui-ci est celtique. 

Etant à l'affût des dieux de Gundestrup et de leur faune 
sacrée, j'ai vu, je crois, passer un autre congénère de leur car- 
nassier infernal ou marin. 

I 

Lion en Italie, monstre indéfinissable en Provence, les petits 
bronzes de Fouqueure et d'Oxford, le tombeau d'Arlon donnent 
au carnassier les traits d'un loup et c'est encore un loup, si ce 

:. Oxford. British Muséum, S. Reinach, o. /., fig. i ; Fouqueure (Cha- 
rente), Musée d'Angoulème, II>id.,fig. 3. 

2. Siders (Suisse), Indicateur d'antiquités suisses, 1874, pi. III. 1. 

3. S. Reinach, 0. /., fig 12 ; Èspérandieu, Recueil des bas-reliefs de la Gaule 
romaine, t. I, 121 . 

4. Espérandieu, Recueil des Bas-Reliefs, I, 262, Mornas (Vaucluse) : loup 
flairant une tête coupée; Id., //>/</., 411, Panossas (Isère), Mas du Loup : 
stèle grossière représentant un loup et une tête coupée . 

5. G. Welter, Notes de mythologie gallo-romaine, \ : Le carnassier andro- 
phage sur un bas-relief funéraire à Arlon, in Revue archéologique, 191 1, 1, 
p. S 5 sqq . 

6. S. Reinach, Sucellus et Nantosuelta, in Cultes., t. I, p. 225 sqq (Revue 
Celtique, 1895 . p. 45 sqq >. 



Notes d'archéologie et de philologie celtiques. 3 

n'est un chien, que représente le vase de Gundestrup. Loup 
de Silvairi, chien du dieu au maillet, Cerbère du Pluton dont 
le dieu gaulois épouse les fonctions et adopte les attributs, la 
nature de l'animal en pays celtique, est indécise entre chien et 
loup. C'est un chien-loup, dirons-nous volontiers et c'est ainsi 
que l'ont conçu et, je crois, dénommé les Celtes. 

L'irlandais possède un mot facl-chii (en gaélique faol-clrii), 
mot composé qui signifie exactement loup-chien et veut dire 
loup. Aussi bien, le nom propre du loup, fâel (/&>/), ancien 
thème en -u- ', est-il sorti d'usage 2 . Il semble que les Irlandais 
aient évité d'appeler le loup tout droit par son nom. Les Gal- 
lois en ont fait autant >. En tout cas, au fael-chû goidélique 
correspond, terme pour terme, en britonnique, le mot gweil- 
gi 4 . Gweil-gi est féminin. Mais gweil-gi, la louve-chienne, n'est 
pas un animal ordinaire; c'est un animal mythique apparem- 
ment. Son nom est l'un de ceux que l'on donne à l'Océan ». 

C'est là un mot qui s'est maintenu dans la langue poétique. 
Est-ce un mot de poète, trouvaille individuelle d'un chercheur 
d'expressions ? Je crois plutôt que c'est une relique, mot témoin 
d'un vocabulaire ancien. Mais encore, s'agit-il d'une image 
descriptive de la mer, analogue à celle de la Cavale bleue, ar 
gaxfk glas 6 , ou des moutons qui broutent les vagues ? J'en 
doute. Je ne crois pas, en tout cas, que la nature seule ait fourni 
les éléments de la comparaison qui a produit l'image expres- 
sive. Le mot est, à mon sens, une sorte de nom propre ou d'ap- 

1. Kuno Meyer, Situer, d. preuss. Akaà. à. Wissensch., 191 2, p. 798. 

2. Cf. Maebain, Etymological Gaelic Dictionary, 2 e édition, p. 164. Le 
nom ordinaire du loup en irlandais, comme en gaélique d'Ecosse est aujour- 
d'hui « chien sauvage »(cû-allaidh, madàdh-âllaidti) ou bien « fils de la terre » 
(mac tire). On rencontre dans la littérature d'autres noms variés : bréch, 
criun on cri an, fiamloin, cliabhach, etc. ; mais l'ancien nom indo-européen 
du loup n'a pas subsisté en celtique. 

3. Epithétes et mots composés : Blaiâd (Mai, ravager); bêla (bêla, lutter, 
ravager); bleiddgi, fém. bleiddast (= bleidd-gast) ; cidwm (vorace). 

4. Stokes, Urkeltischer Sprachschat^, 260. 

5. Gweil-gi est employé dans ce sens par les Mabinogion : Red Book, 1, 26, 
5; 69, 29; 72, 17 = While Book, 38, 18 ; 95, 33 ; 99, 13 ; Black Blook of 
Carmarthen, p. 76, 13 Evans : gweilgi dowyn r= gtueïïgi ddofn (gall. mod.) 
« l'océan profond ». 

6. Sébillot, Légendes de la mer, t. I, p. 27-28. 



4 H. Hubert. 

pellatif mythologique, le nom d'une personne divine pris 
pour la chose qui est son domaine. L'autre nom de l'Océan, 1er, 
en irlandais, llyr en gallois, est précisément encore le nom du 
dieu qui le régit ; il nous offre, dans la même tranche du 
vocabulaire, l'exemple topique d'un même mot désignant à la 
fois la chose et sa personne. Elles étaient sans doute peu dis- 
tinctes ; la chose était personnelle. Je suppose, par analogie, 
que giveil-gi désigne la mer en évoquant l'un des animaux 
sacres, prédécesseurs, substituts ou associés de son dieu. 

Or, de l'association d'un chien -loup et d'un être marin le 
vase de Gundestrup nous a déjà donné l'exemple-. Il n'est pas 
à démontrer que ses plaques extérieures représentent des 
dieux'. C'est donc un dieu marin que le carnassier andro- 
phage y accompagne. Pour peu que la juxtaposition des figures 
sur le vase de Gundestrup soit dans quelques cas signifiante et 
nécessaire, ayant rapproché ce nom, gweil-gi, de cette image, 
je conclus que la chienne-louve de l'Océan gallois est sœur 
du carnassier androphage de l'iconographie mythologique des 
Celtes, d'où il suivra que celui-ci, par contre, se place naturelle- 
ment dans la suite des dieux marins. Encore faut-il, pour que 
le rapprochement soit légitime et concluant, que le vase de 
Gundestrup soit celtique, ou tout au moins ce qu'il représente. 
Mais j'ajouterai, par contre-choc, aux raisons de croire qu'il 
l'est. 



II 

On déciderait aisément que le vase de Gundestrup est cel- 
tique, s'il n'avait été trouvé en Danemark et si l'on ne pensait 
communément qu'il est du pays même ou on l'a trouvé 2 . 
Quelle que soit la date qu'on lui suppose entre le II e siècle 
avant notre ère etlevm c siècle après, il est téméraire d'assigner 

i. Sophus Muller, o. /., p. 51. La démonstration, qui n'est qu'indiquée 
par M. Sophus Muller, résulterait de la comparaison des ligures extérieures 
avec celles des figures intérieures qui sont manifestement divines. — Le 
caractère divin des figures est admis Je piano par MM. Jullian et Kossinna 
qui les considèrent comme des représentations des dieux du jour ; voir plus 
liant, p. 3, n. 1. 

2. Sophus Muller, 0. !.. p. 60 et 67. 



Notes d'archéologie et de philologie celtiques. 5 

aux Celtes à pareille époque des frontières qui se soient étendues 
jusque là. On l'a fait' ; mais, pour peu qu'on soit archéologue 
ou ethnographe, on ne le fera plus sans hésitation \ Or, depuis 
M. Sophus Muller, qui le premier a publié le monument en 
question, chacun y a signalé des celtisnies et M. Jullian même 
n'a pas manqué d'en ajouter, bien qu'il y proclame des dieux 
germaniques, qu'il n'identifie pas, et l'attribue aux Cimbres. 
Mais les Cimbres étaient-ils de purs Germains > ? Miroir de 
civilisation celtique en pays germanique, trésor d'une colonie 
celtique ou d'une arrière-garde isolée, pour concilier les don- 
nées contradictoires du problème, plus d'un système se pré- 
sente. Les Scandinaves, au temps des Yikings, visiteurs armés 
de l'Irlande, en sont revenus la tête et les mains pleines 4 . Les 
conquêtes de Sigovèse en Germanie ne sont peut-être pas légen- 
daires \ Le cas des Cotini, groupe de Celtes, perdus à côté des 
Sarmates n'est sans doute pas unique 6 . Bref, les frontières du 
c'eltisme et du germanisme ont été certainemement très enche- 
vêtrées. Historien, linguiste ou archéologue, qui pourrait se 
flatter d'en dessiner exactement le tracé ? 

A mon avis un tait domine le problème. C'est la représen- 
tation, en très bonne place, d'un dieu gaulois, au caractère 
duquel il n'y a pas à se méprendre, le dieu aux cornes de 
cerf 7 ; il tient dans sa main le serpenta tête de bélier, qui est 
également propre a l'iconographie religieuse des Gaulois, et 
celui-ci se répète sur une autre face du vase. On démontrera 



1. Cf. L. Pineau, Les vieux chants populaires Scandinaves, I, p. 3 2_| sqq. et 
spécialement n. 3. 

2. Cf. G. Kossinna, Die Herhunft der Germanen, 191 1. La carte montre, 
entre autres, quelle position on peut à peu près assigner à la limite orientale 
des Celtes vers 1000 av. J.-.C. 

3. A. Bertrand, 0. /., p. 275. Mûllenhoff. Deutsche Aliertumshunde, 
t. II, p. 112 sqq. 

4. S. Reinach, ( ». /., p. 282. 
3. Tite Live, V, 34. 

6. Tacite, Germanie, XLIII ; IbiJ., XLV : les /Estii quibus rittts 

babitusque Suevorum, lingua Britanniae propice Insigne supers litionis 

formas aprorum gestant... Cf. A. Schakhmatof, in Archiv fur Slavische Philo- 
logie, XXXIII, 1-2, p. )i. 

7. A. Bertrand. 0. /., p. 375. 



6 H. Hubert. 

peut-être que les représentations qu'il porte sont mixtes. En 
attendant, l'importance de celles-ci, dont l'identité est si claire, 
est telle, qu'elle doit faire préjuger de l'origine du reste. 
Mais ce n'est pas pour nous dispenser d'un essai de démons- 
tration. 

III 

La mythologie germanique connaît un loup androphage, 
Fenrir, qui coupe d'un coup de dent la main droite du dieu 
Tyr \ Fenrir a quelques rapports avec la mer; à l'approche 
de la catastrophe finale, il doit venir de l'Ouest sur les eaux 2 . 
Mais il n'est pas à la suite d'un dieu marin. On ne rencontre 
donc pas dans ce que nous connaissons de la mythologie ger- 
manique la même association d'êtres divins que sur le vase de 
Gundestrup. 

Il s'agit de la rechercher dans la mythologie celtique. Celle-ci 
est assez riche en dieux marins pour nous assurer au besoin 
que le dieu aux chevaux marins est bien un dieu de la mer, 
ce qui a priori n'est pas certain \ 

D'un dieu de la mer chez les Gaulois continentaux nous 
pouvons tout au plus admettre l'existence. Les figures de Nep- 
tune sont infiniment rares dans la plastique gallo-romaine ; 
encore quelques-unes sont-elles décoratives et presque toutes 
purement romaines. Ses inscriptions sont un peu plus significa- 
tives. Mais sur son nom, ses mythes, les particularités de son 
culte, le silence est complet. 

Les Goidels et les Bretons des îles ont en commun trois 
dieux, dont l'un est peut-être, les deux autres sont certaine- 
ment des dieux de la mer. C'est Nuadu-Nodens-Lludd, d'une 
part, Ler-Llyr et Manannan-Manawyddan, d'autre part. 

La faune marine d'une mosaïque, les Tritons, qui escortent, 
sur un bas-relief, un dieu traîné par quatre chevaux, donnent à 

i. Cf. Chantepie de la Saussaie. The Religion of the Tenions, p. 261- 
264. 

2. Ibid., p. 330 ; Powell-Vigusson, Corpus Poeticum Boréale, I, p. 298, 
150 : Rhvs, Cellic Heathendom, p. 615. 

3. V. plus loin, p. 1 1 . 



Notes d'archéologie et de philologie celtiques. 7 

penser que le dieu du temple de Lvdnev Park, Nodons ou 
Nudens, était un Neptune '. Sir John Rhvs a cru Trouver le 
nom de Neptune associé à celui de Nuadit dans le nom d'un 
poète héroïque irlandais Nuadu Necbt, qui peut-être est iden- 
tique à Nechtan, le possesseur mythique de la fontaine dont 
la Bovne est sortie 2 . Or, une tablette de bronze, trouvée a 
Lydnev Park, et portant une dédicace au dieu Nudens, montre 
un chien ou un loup encadré dans un fronton \ Mais, somme 
toute, c'est encore trop peu pour assimiler Nuadu-Nodens-Lludd 
au dieu de Gundestrup ; il reste même incertain que ce soit une 
divinité marine. La meilleure raison qu'on en puisse donner 
est que le Lhtdd gallois se confond assez régulièrement avec 
Llyr *. 

De celui-ci, Ler ou Llyr, nous savons si peu qu'il vaut mieux 
le passer sous silence. Il est aussi vague qu'important. 

Son fils, Manannan-Manawyddan, est une figure vraiment 
précise. Sa qualité est bien attestée. Ses gestes sont ceux de 
sa qualité >. Son culte, fortement établi, est un de ceux qui 
ont le mieux résisté au temps et au christianisme 6 . Son aspect 
et son nom se sont imposés aux formes locales des dieux 
marins. C'est un grand dieu, des plus grands ; ce fut, en 
Irlande, un roi des dieux, successeur de Nuadu, battant son 
père, Ler, dans la compétition pour le trône. Dieu de premier 
plan, ancien, commun, peut-être panceltique, c'est lui que 
je voudrais reconnaître sur le vase de Gundestrup, si je me 
hasardais à en nommer les dieux. 

Manannan mac Lir est bien pourvu d'attributs magiques, 
outils de sa puissance ' . Une formule en donne la liste. Il a 
deux javelots, une épée, un bateau, un cheval qu'il prête 

1. Bathurst, Roman Antiquities at Lydney Park, 1879. Sur le bas-relief, 
cf. Hûbner, in Bonner Jahrbùcher, 67, p. 45. 

2. Rhys, Celtic Heathendom, p. 123. Sir John Rhvs compare Nuadu à 
Tvr, Nuadu ayant perdu sa droite en combattant les Fomore, monstres 
sous-marins : Nuadu Argal-him, Lludd-Llawereint, à la main d'argent. 

3. C. I. L. VII, 139; Hùbner, Exempta, n° 944. 

4. Mac Culloch, Célts, in Hastings, Encyctopaedia, III, p. 287. 

5. Mac Culloch, The Religion of the Ancient Celts, p. 86. 

6. Ph. Squire, The Mytbology of the British Irlands, p. 240 sqq. 

7. Mac Culloch. Celts, 0. /.. p. 284: Squire. 0. /., p. 60. 



8 H. Hubert. 

volontiers. Le chien ne figure pas dans leur compte. Mais le 
dieu nous apparaît, au moins une fois dans un cas d'importance, 
escorté et servi par un chien. 

C'est dans l'une des versions de l'histoire de Mongan '. 
Mongan, fils putatif de Fiachna, roi d'Ulster, est le fils naturel 
de Manannan. Les circonstances de sa naissance sont un thème 
à récit légendaire, qui évidemment a plu aux Irlandais. La ver- 
sion qui m'intéresse raconte que, Fiachna étant en expédition 
contre le roi de Lochlann, Manannan fit marché avec lui de 
s'introduire chez sa femme en récompense de son aide divine. 
Pour venir à bout d'un troupeau magique lancé contre les 
guerriers d'Ulster, Manannan lâcha sur lui une chienne 
furieuse (brot-chti), une chienne-louve, qu'il cachait sous son 
manteau. 

A. Nutt, qui a commenté ce récit avec M. Kuno Mever, 
v voit une version d'un mythe panceltique dont les histoires 
galloises de Pwyll et de son fils Pryderi dériveraient égale- 
ment 2 . J'attache donc quelque importance à ce récit et je 
suis disposé à croire que le dieu y parait sous des traits anciens 
et essentiels . 

Mais peut-être le dieu de la mer se trouve-t-il ailleurs en 
condition d'être escorté par le chien-loup. 

Mongan est l'un des héros qui ont vécu au pays des morts. 
Leurs légendes ont des traits communs et forment une 
famille 3 .Or, le dieu que rencontrent, soit en chemin, chevau- 
chant sur les vagues, soit au bout du vovage les aventureux 
qui, comme Bran et Cormac, se sont laissés tenter par les pro- 
messes de l'Elysée celtique, c'est Manannan, qui règne sur 
l'autre monde ou L'une de ses provinces. Dans cette famille 
d'écrits, Manannan est un dieu des morts en même temps qu'un 
dieu de la mer 4 . 

i. The conception of Mongan and Dut' Lacha's love for Mongan, in A. Nutt 
et K. Meyer, The voyage of Bran, I, p. 70 sqq. 

2. A. Nutt et K. Meyer, 0. /., t. II, p. 13 sqq. 

3. Mac Culloch, Religion, p. 962 sqq. — Cf. A. Nutt et K. Meyer, The 
Voyage of Bran. t. I et II, passim. 

4. Manannan est donné dans la Tain bo Cûalnge, 1. 2587, comme le roi 
de la Terre de Lumière (Tir na Sorcha), qui est la même que la Terre de 
promesse (Tir tairngire), où Manannan aurait sa ville, suivant VAcaïlamh 
an Senôrach, 1. 3786 et suiv. 



Notes d'archéologie et de philologie celtiques. 9 

Son répondant britonnique, Manawyddan, est un dieu des 
morts et fréquente les dieux des morts '. Le Mabinogi, dont il 
est le héros - et qui fait pendant dans la tradition galloise à la 
légende de Mongan, racontecomment, avec Rhiannon et Pryderi, 
la femme et le rils de Pwyll, qui fut roi temporaire de l'Annwfn, 
pays des morts, il vécut de sa miraculeuse adresse dans un 
exil magique, qui vengeait l'issue d'un de ces combats, où 
l'on se plaît à reconnaître les luttes mythiques des dieux de 
l'enfer et de la lumière. Quand Manawyddan ne brode pas 
des chaussures ou des selles, il chasse et sa meute, qui est celle 
de Pwvll, est la meute de l'Hades. 

Les grands meneurs de chiens, dans la mythologie galloise, 
Arawn, roi d'Annwm, Pwyll, Gwyn ap Nudd, vivent et 
régnent dans L'autre monde >. Ce sont les chiens de l'autre 
monde qui se distinguent entre tous les chiens épiques par des 
particularités notables et merveilleuses 4 . En Irlande la chienne 
que Manannan met au service de Fiachna est sans doute aussi 
infernale que le troupeau qu'elle combat. Au surplus, il a aussi 
sa meute (conart Manannairi), dont il est question dans les 
Dindshenchas >. Enfin je ne puis m'empècher de me rappeler 
encore que Mongan, fils de Manannan, réincarne Fionn 
Mac Cumhail 6 , descendant de Xuadu Necht ; que Fionn a 
pour auxiliaire indéfectible sa chienne Bran, de naissance 
merveilleuse et qui a des homonymes dans la famille et 
le cycle de Manannan-Manawvddan; que Oisin, fils de Fionn, 
est le demi-frère de Bran, et de supposer derrière le voile con- 
fus de ces parentés, réincarnations, hononymies, dont la tra- 
dition celtique surabonde, réglant la retombée de ces images 
associées de flots, de loups, de chiens, de dieux et de héros, 



1. L'un des hauts faits qu'on lui prête est la construction de la forteresse 
d'Oeth et d'Anoeth, labyrinthe et prison, maçonnée avec des os, où il 
enferme ceux qui transgressent ses limites : Squire, 0. I. p. 270. 

2. Loth, Les Mabinogion, t. I (D'Arbois de Jubainville, Cours de littérature 
celtique, t. III), p. 97 sqq. 

3. Mac Culloch, 0. /., p. 110, 115 . 

4. Les oreilles rouges : Loth, 0. /., p. 30. 

5. Rev. Celtique, t. XV. p. 475. Cf. Silva Gadelica, t. II. p. 467-468. 

6. Mac Culloch, 0. /.. p. 350: A. Xutt. K. Mever. 0. /., I, p. 45 sq. 



10 H. Hubert. 

un jeu de logique mythique, combinant les concepts de mer, 
d'autre monde et de mort. Les mêmes alliages de symbolisme 
se sont d'ailleurs produits pour les chevaux marins '. 

Bref, Manannan-Manawyddan a des chiens. Ce sont les chiens 
du dieu des morts sans doute. Mais n'importe; car la repré- 
sentation, familière aux Celtes, d'un autre monde situé sous 
la mer ou au delà des mers a transformé nécessairement les 
dieux marins en dieux des morts et assimilé les images funé- 
raires aux images marines. 

C'en est assez, en tout cas, pour signifier que le rapproche- 
ment d'images présenté par le vase de Gundestrup n'est pas 
étranger aux Celtes, incompatible avec la mythologie celtique, 
mais encore qu'il est conforme à ce que nous savons de celle-ci. 
S'il s'ensuit que l'Océan Gweil-gi doit son nom gallois au 
chien d'un dieu des mers, un nouveau parallèle s'ajoute au 
petit faisceau de faits qui m'encouragent à croire au caractère 
celtique de cette représentation. Mais il est à peu près éta- 
bli, d'autre part, que les monuments gaulois et bretons du 
carnassier androphage représentent l'un de ces chiens et de 
ces loups de l'autre monde que nous venons de voir dans la 
suite du dieu des mers ; comme il y a lieu de croire que 
Gweil-gi leur ressemble, il faut croire également que le car- 
nassier de Gundestrup n'est pas d'une autre espèce que ses 
confrères occidentaux. 

Quant à l'image du carnassier androphage, je déduis de 
ces diverses considérations qu'elle n'a pas été, chez les Celtes, 
spécialisée dans la plastique et cantonnée dans l'imagerie reli- 
gieuse ; le mot témoin, qui en porte le reflet, prouve qu'elle 
n'a pas été seulement expressive, mais encore usuelle, en tout 
cas assez pour s'oblitérer. Si les Celtes l'ont empruntée, ils 
l'ont assez bien adoptée et fait vivre pour la faire leur. 

IV 

M. S. Reinach a fait remarquer, dans l'article que nous 
avons signalé plus haut, qu'un trop long intervalle séparait les 

i. Rhvs, Celtic Folk-Lore, I, ch. vu, Triumphs of the Water- World ; 
Hendcrson, Survivais in beliej atnong the Celts, p. 161. 



Notes d'archéologie et de philologie celtiques. 1 1 

ligures celtiques de carnassiers androphages des figures ita- 
liennes pour qu'on puisse croire sans hésitation que celles-ci ont 
servi de modèles à celles-là. Mais la plaque du vase de Gundes- 
trup que nous avons étudiée répond à son scrupule. S'il est 
incertain que la figure du carnassier soit empruntée, celle des 
chevaux marins l'est certainement. Or, elle dérive de modèles 
qui datent au moins du v e siècle av. J.-C, car ils sont ailés. Fami- 
liers à l'art archaïque des Grecs, les chevaux marins ailés ont fait 
place à un type sans ailes ' . Les peuples du Nord ont gardé long- 
temps les modèles empruntés aux civilisations du Midi et il 
est constant que le type italien de la situleàzones d'animaux a 
subsisté chez les Bretons jusqu'à une date qui n'est pas de beau- 
coup antérieure à celles des loups androphages gallo- et britanno- 
romains, témoin le seau de Marlborough (Wilts.), sur lequel 
sont figurés des chevaux à la bouche desquels est attachée 
une volute 2 . Ils sont imités de figures qui alternent dans l'art 
italien du vi c siècle avec le carnassier androphage. 

J'admets donc comme probable que l'image celtique du car- 
nassier androphage est une image d'emprunt, comme celle du 
cheval marin et probablement de la même source. 

Même, le rapprochement iconographique du cheval marin et 
du carnassier androphage a pu être également fourni aux 
Celtes par la symbolique funéraire des Etrusques, dont le cheval 
marin est un élément \ 

De ce fait je ne conclus pas que le dieu aux chevaux marins 
n'est pas un dieu marin. Trouvant sur un monumentqui présente 
quelques traits celtiques un nombre limité de figures divines dont 
l'une a des attributs marins, je me crois obligé d'y voir non pas 
une sorte de Saturne, mais un dieu marin cousin de Manannan. 

Pour le carnassier androphage, si l'image en est empruntée 
je ne vais pas jusqu'à en induire que les Celtes n'eussent pas 



i. Saglio, Hippocampe, va. Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines. 
Dùmmler, in Athenische Mittheilungen, 1886, p. 176. On trouve des hippo- 
campes ailés sur des monuments récents, comme le tombeau des Jules à 
Saint-Rémi; mais ce ne sont pas a proprement parler des chevaux marins. 

2. British Muséum, Guidetoearly lion âge, p. 28. 

3. Montelius, La civilisation primitive en Italie, t. I, pi. 101, 8 c; Ducati, 
Le piètre funerarie feîsinee, in Monument! antichi, XX. 191 1, p. 357 sqq. 



12 H. Hubert 

rêvé, avant de connaître les situles italiennes, d'un chien-loup 
funéraire et marin; mais je m'explique plus facilement que je 

n'aie pas trouvé d'épisode dans la légende celtique qui donne 
aux chiens de la chasse infernale, que le dieu marin mène 
quelquefois, son attitude iconographique. Dans ce cas, comme 
dans tant d'autres, les Celtes ont emprunté les contours précis 
des arts méditerranéens pour emprisonner leurs images flot- 
tantes. 

Ils n'en ont pas d'ailleurs usé sans fantaisie. 

V 

Tandis que la mythologie germanique gardait fidèlement, en 
bonne place, l'image du carnassier puissance infernale, cette 
image s'atténuait dans la mythologie des Celtes, parce qu'elle y 
perdait ses raisons de vivre. Des terreurs et des espoirs qu'inspire 
l'idée d'une autre vie, la pensée celtique, dans ses plus hautes 
régions, n'a gardé que les espoirs; de l'autre monde, elle a 
oublié le Tartare et n'a rêvé que l'Elysée, réservoir de vie, 
terre de promesse et d'élection. De la mer ravageuse qui l'en- 
toure ou le cache, elle a fait une plaine fleurie où jouent les 
âmes invisibles l . Elle a civilisé Manannan, apprivoisé sa louve, 
rélégué dans les contes, plus exactement dans certaines familles 
de contes, l'image du méchant chien-loup. 

Il en est une où je suis tenté de le reconnaître. Des géants 
et des monstres hideux y tiennent enfermées dans des châteaux 
magiques des princesses plus belles que le jour, qui sont leurs 
filles ou leurs victimes. La porte du château est gardée par des 
carnassiers, qui sont des loups ou qui sont des lions. Ils font 
boucherie des prétendants qui s'empressent à forcer la garde. 
Quand le conteur s'inquiète de situer le château quelque part, 
il le place â l'ouest, en Espagne, en Grèce, c'est-à-dire au pays 
magique et au pays des morts. Pour s'y rendre, souvent il 
faut passer la mer. Le maître du château est une sorte de roi 
des morts; il ressemble au Manannan mac Lir qui règne sur 
l'Ile des Bienheureux. Tel est Yspadadden Penkawr, dans le 

i. A. Nutt et K. Meyer, Voyage of Bran, t. I, p. 4 sqq. 



Notes d'archéologie et de philologie celtiques. 13 

plus vieux des romans arthuriens, le Mabinogi de Kulhwch 
et Ohven. Ces personnages sont peut-être les équivalents gro- 
tesques et fantastiques des dieux nobles, aux belles formes, au 
maintien majestueux qui peuplent les étages supérieurs de 
l'épopée et du roman. Différence d'étiage littéraire! Différence 
peut-être aussi d'origine, car la nationalité des contes et de 
pareils contes en particulier est incertaine. 

Au surplus, je ne suis pas sûr que la figure du chien ou du 
loup mangeurs de cadavres, thème de la symbolique infernale 
des Grecs et des Latins, qu'ils ont laissé en héritage à l'image- 
rie chrétienne, soit exactement celle que nous avons rencontrée 
chez les Celtes et je me propose de chercher une autre fois ce 
que tient dans sa gueule le carnassier androphage et comment 
il sert le dieu de l'Elysée ultramarin. 

H. Hubert. 

ÇA suivre.) 



REPERTOIRE 

DES 

FAC-SIMILÉS DES MANUSCRITS IRLANDAIS 



J'indique, dans ce répertoire, tous les fac-similés que j'ai 
pu découvrir de l'écriture, des lettres ornées et des minia- 
tures des manuscrits irlandais, j'entends des manuscrits exé- 
cutés par des Irlandais, écrits soit en latin, soit en irlandais. 

Je m'occupe, pour commencer, des fac-similés des manu- 
scrits conservés en Irlande, autant dire des manuscrits con- 
servés dans les bibliothèques de Dublin, puisque je n'ai à 
mentionner qu'un seul manuscrit ayant été l'objet de quelques 
reproductions en fac-similé qui soit localisé ailleurs dans 
l'île, savoir le Livre de Lismore, lequel appartient à la biblio- 
thèque du château de Lismore (comté de Waterford). 

Les manuscrits irlandais de Dublin sont remarquables entre 
.tous par leur nombre, comme aussi par leur ancienneté et 
par leur valeur littéraire ou artistique. 

Non content de dresser des listes de fac-similés, j'ai dû 
examiner, un à un, les manuscrits eux-mêmes, afin de pou- 
voir, à propos de chaque fac-similé, indiquer le numéro du 
feuillet (ou de la page) ainsi que la nature du texte ou le 
caractère de l'ornementation qu'il présente, indications que 
bien peu d'éditeurs de fac-similés ont pris la peine de donner 
avec toute la précision désirable. 

C'est grâce à la libéralité d'un noble personnage toujours 
prêt à encourager les recherches ayant pour objet l'ancienne 
littérature celtique que j'ai pu me livrer tout à loisir à ce 
travail d'identification et de vérification dans les bibliothèques 
de Dublin, je prie M. le marquis de Bute, qui a ainsi singu- 



Répertoire des fac-similés des manuscrits Irlandais. 15 

lièrement facilité l'exécution de cette portion de mon travail, 
d'agréer l'expression de ma très vive reconnaissance. 

Je dois aussi des remerciements à M. Alfred C. de Burgh 
et au R.P.T. A.O'Reillv, O.F.M., dont l'empressement a 
rendu très aisées les recherches que j'avais à faire dans 
les collections confiées à leur garde éclairée et vigilante. 
M.J.J. O'Neill s'est montré également fort obligeant à la 
Bibliothèque de l'Académie royale. 

Je dois beaucoup, d'autre part, au savoir et au dévouement 
de mes amis, MM. R. I. Best et Mario Esposito, qui ont fait 
pour moi plusieurs vérifications et m'ont, en outre, signalé 
plusieurs fac-similés qui m'eussent échappé. 

Enfin j'ai contracté, durant mon séjour en Irlande, envers 
le très hospitalier chanoine Dunne, président de Holy Cross 
Collège (Clonliffe), une dette de gratitude que je me plais à 
reconnaître ici. 

Je livre présentement au public le tiers environ du travail 
que je me suis assigné. 

Pour compléter ce répertoire, il me restera à indiquer les 
fac-similés des manuscrits irlandais conservés dans les biblio- 
thèques de l'Angleterre et de l'Ecosse, puis, dans une troi- 
sième série, les fac-similés des manuscrits irlandais conservés 
dans les bibliothèques du continent. Mes dépouillements en 
vue de ces deux séries complémentaires sont déjà fort avancés; 
mais il me reste à accomplir cet ultime et indispensable travail 
de vérification sur les manuscrits dont j'ai parlé plus haut. 

Anciennement certains manuscrits irlandais étaient tenus 
enfermés dans des coffrets plus ou moins richement décorés 
appelés « cumdach ». J'ai indiqué les « cumdach » qui sont 
actuellement encore existants en Irlande, ainsi que les figures 
qui en ont été données. 

ABREVIATIONS 

Betham = Sir William Betham, Irish Antiquarian Resear- 
ches, 2 vol. 8°, Dublin, 1827. 

Bruun = J. A. Bruun, An Inquiry in the Art of the illutni- 
nated Manuscripts of the Middle Ages; Part. I, Celtic illumina- 
ted Manuscripts, Stockholm, 1897, 4"- 



[6 L. Gougaud, 

Examples = Examples of Celtic Omament (reduced) from the 

Books of Kells and Durrow, Dublin, 1892, 8°. 

Gilbert = J. T. Gilbert, Facsimiles of National Manuscripls 
of Ireland, 5 vol. f°, London, 1 874-1 884. 

Kells — Celtic Omament s from the Book of Kells, Dublin et 
London, 1892-1S95, 8°, avec une préface de T. K. Abbott. 

Lindsay == W. M. Lindsay, Early Irish Minuscule Scripl 
(S* Andrews University Publications, VI), Oxford, 19 10, 8°. 

O'Curry = Eugène OCurry, Lectures on the Manuscript 
Materials of ancieut Irish History, Dublin, 1 86 1, 8°; 2 e éd., 
1878. 

Pal. S. = Paiaeçraphical Society. Facsimiles of Manuscripls 
and Inscriptions, London, 1873, etc., f°. 

Pétrie, Christ. Ins. = George Pétrie, Christian Inscriptions 
in the Irish Language from the car! /'est known to the end of the 
twelfth century. Edited with introd. by Margaret Stokes, 2 vol. 
4 , Dublin, 1870-78. 

Robinson = Stanford F. N. Robinson, Celtic IUumiuative 
Art in the Gospel Boi'ks of Durrow, Lindisfarne and Kells, 
Dublin, 1908, f°. 

Westwood, P. S. P., = J. O. Westwood, Palaeographia 
sacra picloria..., London, 1885. 4 . 

Westwood, M. 0., = Le même, Facsimiles of Miniatures 
and Ornaments in Anglo-Saxon ami Irish Manuscripls, London, 
1868, f°. 



MANUSCRITS CONSERVÉS EN IRLANDE 

DUBLIN 

I 
BIBLIOTHÈQUE DE TRIN1TY COLLEGE 

1. — A. 1. 6. Livre de Kells (viu/vnr siècles). 
Evangéliaire latin. 



Répertoire tics fac-similés des manuscrits Irlandais. 17 

Fac-similés de l'écriture : 

Fol. 6 V (Chartes en irlandais : éd. et trad. J. O'Donovan, 
The Miscellany of the Irish ArchacologicaJ Society, Dublin, 1846, 
p. 127-158), Gilbert, II, pi. Lix. — Fol. 7 r (idem) Gilbert, 
II, pi. lx. — Fol. ll v (Capitula in evangelium secundum 
Mattheum) Pal. S., I, pi. 56. — Fol. 19 v (Capit. in ev. s. 
Johan. ; avec lettres ornées) Gilbert, I, pi. vin. — Fol. 24 r 
(Capit. in ev. s. Johannem ; avec initiales ornées) Pal. S., I, 
pi. lxxxviii. — Fol. 27 r (Chartes en irlandais) Gilbert, II, 
pi. lxi. — Fol. 46' (Mat. vi, 19-20; avec initiales ornées) 
O'Curry, pi. 2, c. — Fol. 89 r (Mat., xx, 18-22; av. une 
init. ornée et un cavalier) Robinson, pi. xx. — Fol. 112 r 
(Mat. xxvi, 10-15 J av - ' mlt - ornées) Robinson, pi. xvn ; Kells, 
pi. xxiv ; Franz Steftens, Lateinische Palàographie, Trier, s. 
d., pi. 30 a. -Fol. 112 v (Mat. xxvi, 15-21 ; av. init. ornées) 
Robinson, pi. Xvm ; Kells, pi. xxv. -- Fol. 113 r (Mat. xxvi, 
21-25 '■> av - in ^' ornées) Robinson, pi. xix. - - Fol. 124' 
(Mat. xxvn, 38-43; av. init. ornées) Gilbert, I, pi. xn. — 
Fol. 146 r (Marc, vi, 10-14; av. init. ornées) Kells pi. xlvii; 
Edward Johnston, Writing and illuminating and lettering, 
2 e éd., London, 1908, pi. vi. 

Fac-similés de lettres ornées : 

Alphabet de petites initiales : Cabrol et Leclercq, Diction- 
naire d' Archéologie chrétienne et de Liturgie, Paris, 19 10, t. II, 
fig. 2335. — Choix d'initiales : Kells, pi. xxvi, xxxi, xxxn, 
xxxv, xxxviii ; Marg. Stokes, Early Christian Art in Ireland, 
London, 1875, fig. 6 (p. 15) et 8 (p. 17); Richard Lowett, 
Irish Pictures drawn with pen andpencil, London, 1888, p. 24. 
— Choix de petites initiales en couleur : Westwood, P. S. P., 
Book of Kells, pi. 11; Robinson.pl. xlvi-li; Gilbert, I, pi. xm- 
XVII. — Initiales et ornements : E. A. D'Alton, History of 
Ireland, London, 19 10, t. I, i re partie, frontispice. 

Fol. 8 r (Nativitas Christi in Bethléem Iitdae, avec un person- 
nage assis) Kells, pi. x; Examples, pi. 15; Robinson, pi. xxix; 
The Book of Trinity Collège (1591-1891), Belfast, 1892, 

Revue Celtique, XXXIV. z 



îS L. Gougaud. 

p. r6i. — Fol. 13'' (Et erat Iohannes baptisais) Kells, pi. ix ; 
Robinson, pi. xxvn; Pal. S., I, pi. 55; Henry O'Neill, The 
mosl interesting of the ancient Crosses of ancient Ireland, London, 
1853-57, p. 64. — Fol. 16 v (Lucas syrus natione) Kells, 
pi. xliv. — Fol. 29 r (Mat. 1, 1, avec deux personnages) 
Kells, pi. xxxiii ; Robinson, pi. xxx-xxxi ; Examples, pi. 29. 
- Fol. 34 r (Mat. 1, 18) Kells, pi. xxi-xxiii; Robinson, pi. 
xl-xlv; Examples, pi. 30; Gilbert, I, pi. vu; Pal. S., I, 
pi. 58 ; J. H. Todd, Remarks on Illuminations in some Irish 
Biblical Mss. (Society of Antiquaries of London : Vetusta Monu- 
menta, etc.), t. VI [1869], pi. xliii; Marg. Stokes, Early 
Christian Art in Ireland, London, 1875, fig. 5 (p. 13); la 
même, Six Months in the Apennines in scarch of the Irish Saints 
in llaly, London, 1892 (frontispice) ; Richard Lowett, Irish 
Pict ares drawn ivith peu and pencil, London, [888, p. 25 ; 
Cabrol et Leclercq, Dictionnaire d'archéologie chrétienne cl de 
liturgie, Paris, 1910, t. II, fig. 2334; L. Gougaud, Vart cel- 
tique chrétien (Revue de l'art chrétien, 191 1, p. 107); Walter 
Crâne, On the décorative illustration of Books old and ueiv, Lon- 
don, 1901, i re pi. de l'appendice. — Fol. 114 v (Mat., xxvi, 
31) Westwood, P. S. P., Book of Kells, pi. 1, 4; Kells, pi. 
xiii ; Robinson, pi. xxxvm. — Fol. 123 r (Mat., xxvn, 33- 
37) Gilbert, I, pi. x. -- Fol. 124 r (Mat., xxvn, 38; avec 
personnages) Gilbert, I, pi. xi ; Westwood, P. S. P., B. o) 
K., pi. 1, 2 ; Kells, pi. xxxvi. — Fol. 130 r (Marc 1, 1 ; avec 
un personnage assis) Kells, pi. 1, 11, xlv; Robinson, pi. 
xxxii et xxxiii ; Examplcs, pi. 18; The Harmsworth Encyclo- 
paedia, London [1906]. t. VI, p. 355. — Fol. 148 v (Marc vi, 
44-47) L. Gougaud, Kart celtique chrétien (Revue de Fart chré- 
tien, 191 1, p. 106). — Fol. 183 v (Marc, xv. 25-28) Kells, 
pi. xx ; Examples, pi. 17 et 22. — Fol. 188 1 ' (Luc, 1, 1, av. 
plus, personnages) Kells, pi. vi et vu ; Pal. S., I, pi. 89 ; 
Robinson, pi. xxxiv et xxxv; Examples, pi. 19. — Fol. 20O 
(Luc, in, 22 sq.) Gilbert, I, pi. ix; Westwood, M. O., pi. 8; 
Kells, pi. ni, iv, xlv] ; Robinson, pi. xxi et xxn ; Examples, 
pi. 20; Catholic Encyclopaedia, New- York [19 10], t. VIII, en 
f. de p. 614. — Fol. 250 v (Luc, xv, 9-12) Kells, pi. xv ; 
Robinson, pi. xxm; Examples, pi. 12 ; Franz Sterîens, Latei- 



Répertoire des fac-similés des manuscrits Irlandais. 19 

nische Palàographie, Trier, s. d., pi. 30 b. — Fol. 255 v (Luc, 
xvii. 2-7 ; av. un cavalier), Kells, pi. vin, xliii ; Robinson, 
pi. xxvi. — Fol. 262 v (Luc, xix, 12-13), Robinson, pi. xxv. 
— Fol. 273 v (Luc, xxii, 3). Robinson, pi. xxiv et xxv. — 
Fol. 285 r (Luc, xxiv, 1 ; avec quatre anges) Kells, pi. xlii, 
Examples, pi. 16. — Fol. 292 r (Jean, 1, 1; avec un person- 
nage) Kells, pi. xi et xn; Robinson, pi. xxxvi et xxxvn ; 
Examples, pi. 21. 

Fac-similés des autres peintures : 

Fol. 2 r (Canons d'Eusèbe) Kells, pi. xxxvn. — Fol. 2 V 
(Canons d'Eusèbe et emblèmes de trois évangélistes) Kells 
pi. xxxi. — Fol. 4 r (Canons d'Eusèbe) Kells, pi. xlviii. 
Fol. 4 V (idem) Kells, pi. xlix. — Fol. 5 r (idem) Kells, 
pi. xxx. — Fol 7 V (La Vierge Marie et l'Enfant Jésus) West- 
wood, P. S. P., pi. 1, 1 ; Kells, pi. xxvn ; Pal. S., I, pi. 57 ; 
Examples, pi. 24 ; Bruun, pi. ix (p. 64); L. Gougaud, L'art. 
celtique chrétien (Revue de l'art chrétien, 191 1, p. ior). — 
Fol. 27 v (Emblèmes des quatre évangélistes dans des compar- 
timents carrés) Kells, pi. xiv ; Robinson, pi. xn. — Fol. 28 v 
(Portrait de S. Matthieu) Westwood, M. 0., pi. 10; Kells, 
pi. xviii ; Robinson, pi. xin ; Stephan Beissel, Geschichte der 
Evaugelieubucher in der ersten Hcilfte des Mittelalters, Freiburg- 
im-Brisgau. 1906, pi. 28. — Fol. 32 v (Portrait douteux : 
S. Marc ou S. Luc) Kells, pi. xxvm et xxix; Robinson, 
pi. xv. — Fol. 33 r (Croix a double croisillon avec huit 
cercles) Kells, pi. xvi et xvn ; Examples, pi. 26. — Fol. 89 
(Cheval caparaçonné et cavalier) W. R. Wilde, A descriptive 
Catalogue of the Antiquities in the Royal Irish Academy Muséum, 
Dublin, 1863, t. I, fig. 192 (p. 300). — Fol. 114 r (Arresta- 
tion de Jésus) Westwood, M. 0., pi. 51; Kells, pi. xli ; 
Robinson, pi. xvi ; Beissel, Geschichte der Evangelienbiicher , 
pi. 29. — Fol. 129 v (Emblèmes des quatre évangélistes dans 
des compartiments carrés) Westwood, P. S. P., pi. 11; Kells, 
pi. xix ; Examples, pi. 25 ; Bruun, pi. vu (p. 56); J. A. Her- 
bert, Iliumimited Manuscripls {The Connoisseurs Library), Lon- 
don [1911], pi. vu. — Fol. 183 r (Ange tenant un livre; 



20 L. Gougaud. 

Marc, xv, 2^)KcUs, pi. v; Robinson, pl.xxvm. — Fol. 187 v 

(Dernière page de S. Marc : Ange tenant un livre et lion) 
lu Ils, pi. l. — Fol. 200' (Figure de soldat armé d'une lance) 
W. R. Wilde, A descriptive Catalogue, t. I, fig. 190 (p. 299). 
— Fol. 201 v (Figure d'homme assis), Wilde, op. cil, fig. 191 
(p. 299). — Fol, 202 v (Tentation de Jésus sur le pinacle du 
Temple) Westwood, M. O., pi. 11 ; Kells, pi. kl; Examples, 
pi. 23 ; L. Gougaud, L'art celtique chrétien {Revue de Fart chré- 
tien, t. i.xii, 191 1, p. 103). Le temple seul, dans Archeologia, 
t. xliii, p. 139 et chez Westlakè, Mural Painting, t. 11, 
p. ccxx. — Fol. 255 (Cheval caparaçonné et cavalier) 
Wilde, op. cit., fig. 193 (p. 300). — Fol. 290 v (Emblèmes 
des quatre évangélistes dans des compartiments triangu- 
laires avec, au centre, un losange) Westwood, M. O., 
pi. 9; Kells, pi. xxxix ; Bruun, pi. vin. — Fol. 291 v (Portrait 
de S. Jean) Westwood, P. S. P., Book of Kells, p. 5 ; Kells, 
pi. xxxiv ; Robinson, pi. xiv. 

2. — A. 4. 5. - Livre de Durrow (vi e /vn e siècles). — 
Évangéliaire latin. 

Ecriture : 

Fol. 12 v (Capitula in evangel. sec. Iohannem) Gilbert, I, 
pi. vi, 2. — Fol. 107 v , (Marc, xm, 32-33) O'Currv, pi. d. — 
Fol. 173 r (Luc, xxiv, 49-53, et note en irlandais) Gilbert, I, 
pi. vi, 1; O'Currv, pi. e. — Fol. 244^ (Probatio peiiuae en latin) 
O'Curry, pi. f. 

Lettres orxées : 

Fol. 14' (Mat., 1, 1) Gilbert, I, pi. v, 1 ; Westwood, 
P. S. P. (Ir. Bibl. Mss.) pi. 11, 1; Beissel, Geschichte der Evan- 
gelienbûcher ni der ersten Hàlfte des Mittelallers, pi. 27. — 
Fol. 78 r (Marc, 1, 1) W r est\vood, M. O.. pi. 6; Robinson, 
pi. 1; Examples, pi. 10; Sterling de Courcy Williams, The 
Termon of Durrow (fouru. of the Roy. Soc. of Antiquartes of 
Ireland, 5 e série, t. IX, 1899, planche en face de p. 46). — 
Fol. 118 r (Luc, 1, 1) Westwood, M. O., pi. 6; Gilbert. I, 



Répertoire des fac-similés des manuscrits Irlandais. 21 

pi. v, 2; Robinson, pi. n. b. — Fol. 118 r (Lettres F et O), 
Rohinson, (frontispice). — Fol. 175" (Jean 1, 1) Robinson, 

pi. m, b; Examples, pi. n. 

Autres peintures : 

Fol. 2 r (Emblèmes des quatre évangélistes) Westwood, 
P. S. P. (Ir. Bibl. Mss.), p. 6; Smith, Dict. Chr. Ant., 
p. 1 1 89. — Fol. 2 V (Croix à double croisillon entourée d'en- 
trelacs) Westwood, M. O.. pi. 7 ; John Smart, Sculptural 
Sternes of Scotlaud (Spaldiug Club), London, 1836-67, t. Il, 
pi. 1. — Fol. 3 r (Spirales et trumpet patterns) Westwood, 
M. O., pi. 7; Stuart, op. cit., t. II. pi. ni; Examples, pi. 9; 
Marg. Stokes, Earlx Christian Art in Ireland, fig. 9 (p. 19); 
Richard Lovett, Irish Piétines, p. 28. — Fol. 13 r (Dessins 
géométriques ; vingt-huit croix de saint André) Westwood, 
M. O., pi. 6. —Fol. 76 v (Aigle), Westwood, M. O., pi. 5; 
Robinson, pi. iv. — Fol. 77 v (Quinze cercles avec entrelacs) 
Westwood, M. O., pi. 4; Robinson. pi. i; Bruun, pi. 1 
(p. 8); Examples, pi. 8; Sterling de Courcv Williams, The 
Termonoj Durrow (recueil cité, planche en face de p. _|4). — 
Fol. 116 (Bœuf) Westwood, M. O., pi. 5. — Fol. 117v(Huit 
rectangles et entrelacs) Westwood, M. O., pi. 5 ; Robinson, 
pi. n a. — Fol. 173- (Lion) Westwood, M. O., pi. 4. — 
Fol. 174 v (Cercle au centre et ornements zoomorphiques) 
Westwood, M. O., pi. 7; Stuart, Sculptured Stones of Scotlaud, 
t. II, pi. n ; Robinson, pi. in; Examples,^. 7; Bruun, pi. n 
(p. 16). — Fol. 245 v (Figure de personnage incertain aux 
vêtements ornes de damiers), Westwood, M. O., pi. 4. 

3. — A. 4. 6. — Guirlande de Howth (ix e /x e siècles). - 
Évangéliaire latin. 

Écriture : 

Fol. 19 v (Mat. xxvii, 4-9) T. K. Abbott. Evaugeliorum 
versio antehieronymiana ex codice usseriano, Dublini, 1884, 
planche en tête du t. IL — Fol. 55 r (Luc, vi, 23-24) West- 
wood, P. S. P. (Ir. bibl. Mss.), pi. n, 3. 



22 L. Gougaud. 

Lettres ornées : 

Fol.l r (Mat. i , i S : Christi aillent generatid) Todd, Remarks 
on Illuminations in some Irish Biblical Mss. (Society of Antiqua- 
ries of London : ï r etnsta Monumenta, etc.), t. VI [1869J, pi. 
xlv); Robert Cochrane, The Ecclesiastical Antiquilies in the 
Parish of Howth (foitm. of the Roy. Soc. of Antiquaries of Ire- 
landj 5 e série, t. III, 1893, p. 40e, fig. 22). — Fol. 22 r 
(Marc, 1, 1) Todd, op. cil., pi. xliv ; Cochrane, op. cit., p. 404, 
fig. 21. 

4. — A. 4. 15. — Codex Usserianus (vi e /vn e siècles?). 

— Évangéliaire latin. 

Écriture : 

Fol. 26 r (Mat. xxvi, 33-41) T. K. Abbott, Evangeliorum 
versio antehieronymiana ex codice usseriano, Dublini, 1884, pi. en 
tête du t. I er . — Fol. 64 v (Jean, xm, 31-xiv. 2) Pal. S., II, 
pi. 33; H. Smith Williams, Manuscripts, Inscriptions and 
Mnniments : the history of the Art of luriting ; III, Médiéval Séries, 
London, s. d., pi. 102; — Fol. 110 v (Luc, x, 38-42) Gilbert, 
I, pi. 11, 1. — Fol. lll r (Luc, xi, 1-8) Gilbert, I, pi. 11, 2. 

— Fol. lll v (Luc, xi, 10-15) Pal. S., II, pi. 33; H. Smith 
Williams, op. cit., pi. 102. — Fol. 113 v (Luc, xi, 39-40) 
Westwood, P. S. P. (Jr. MM. Mss.), pi. 11, 4. 

5. A. 4. 20. Psautier de Ricemarch (xi e /xn c 

siècles). -- Psautier et diverses pièces en latin. 

Écriture : 

Fol. 5 V (Calendrier, avec une initiale ornée) Gilbert, II, 
Append.. pi. 1, 1. — Fol. 133 v (Ps. 115, 116, 117, avec 
initiales ornées) Gilbert, IL Append. 1. 3). 

Lettres ornées : 

Choix de lettres ornées : Owen Jones, The Grammar of 
Ornaincnt, London | 1865], pi. 65, n" 16; Westwood, P. S. P. 



Répertoire des fac-similés des manuscrits Irlandais. 23 

(Psalters of S. Ouen and Ricemarch), n. 4; le même, Notice 
on a Ms. of the Lai in Psalter written by John brother of Rhydd- 
mach, etc. (Archxolpgia cambrensis, i re série, t. I, 1846, 
p. 116). 

Fol. 35 r (Début du Ps. 1) Todd, Vetusîa Monnnicnta, pi. 
xlvi, fig. 1 ; Bruun, pi. x (p. 72). — Fol. 73 v (Ps. 48, 19 
à 49, 8) Lindsav, Early Welsh Script, Oxford, 19 12, pi. xvn. 
- Fol. 76 r (Ps. 51, 3-4) Westwood, P. S. P. (Ps. of S f Ouen 
and Rie), fig. 2. — Fol. 112 v (Début du Ps. 92) Westwood, 
P. S. P. (Ps. o/S. Ouen and Rie), fig. 3. -Fol. 118 r 
(Début du Ps. 101) Gilbert. II, App. I, 2. — Fol. 135 r (Début 
du Ps. 119) Todd, Vetusta Monumenta. pi. xlvi, fig. 2. 

6. — A. 4. 23. — Livre de Dimma (vm e /ix e siècles). 
Evangëliaire latin : pièces latines liturgiques avec quelques 
mots irlandais. 

Écriture : 

Fol. 2^ (Mat., II, 8-9) O'Curry, pi. g. — Fol. 4 r (Mat. vi, 
9 et Pater Nostcr) O'Curry, pi. 11. - Fol. 15 r (Mat. xxvn, 
48-66-xxvin, 1-20) Gilbert, I, pi. xix, 2; O'Curry, pi. j. 
— Fol. 16 r (Marc, 1, 4 ; avec une initiale ornée) Westwood, 
P. 5". P. (Ir. bibl. Mss.), pi. 11, 7. -- Fol. 18' (Marc, iv. 16- 
3 5)Lindsay pi. v. -- Fol. 50 v {De visitatione infirmorum. 
Éd. F. E. Warren, The Liturgy and Ritital of the Celtic 
Church, Oxford, 1881, p. 167-171), O'Curry. PI. 1. - 
Fol. 53 v (Jean, 1, 18-38) Gilbert, I, pi. xvm, 22. — Fol. 64' 
(Jean, vin, 14-33) Lindsay, pi. vi. — Fol. 74 v (Jean, 
xxi, 25) O'Curry, pi. k. 

Lettres ornées : 

Fol. 3' (Mat. 1, 1) Westwood, P. S. P. (Ir. Bibl. Mss, 11, 
7). — Fol. 16' (Marc, 1, 1-3) O'Curry, pi. l. — Fol. 53 r 
(Jean, 1, 1-17) Gilbert, 1, pi. xvm, 1 ; Betham, pi. v. 

Autres peintures : 
Fol. l v (Portrait de S. Matthieu) Betham, pi. 1. -- Fol. 



2.) L. Gougaud. 

15 (Portrait de S. Marc) Betham, pi. n. — Fol. 28 v (Por- 
trait de S. Luc) Betham, pi. m. — Fol. 52 v (Aigle) Gilbert, I, 
pi. xix, i ; Betham, pi. iv. 

Le « Cumdach » du livre de Dimma est conservé à la biblio- 
thèque de Trinity Collège, de Dublin. On le trouve représenté 
dans les ouvrages suivants : M. I. Monck Mason, Description 
of a rich andancient Box containing a Latin Copy ofthe Gospels, etc. 
(Transact. ofthe Roy. Ir. Acad., t. XIII, pi. en face de p. 175); 
Betham, pi. vi; Pétrie, Christ. Ins., t. II, p. 101 et pi. xlv; 
Marg. Stokes, Early Christian Art in Ireland, fig. 38 (p. 97); 
The Booh of Trinity Collège, Dublin (ijyi-iSyi), p. 165. 

7. — F. 3. 5 (xv e siècle). — Mélanges irlandais. 

Ecriture : 

Fol. 11 r (Texte juridique irlandais du livre d'Aicill : éd. 
et trad. Ancient Laïcs of Ireland, t. III, p. 82-84) O'Curry, 
pi. 15, mm. — Fol. 19 r (Idem : éd. et tnid., Ancient Laws, 
t. III, p. 278 sq.) Ancient Laws of Ireland, Dublin, 1873, en 
tête du t. III. 

8. — E. 4. 2. — (xn e siècle). — Hvmnaire comprenant 
des pièces latines et irlandaises. 

Écriture : 

Fol. 6 V (Texte latin : Hymne de Cuchuimne; préface en 
irlandais et commencement de YYninuui dicat ; avec une ini- 
tiale ornée) J. Bernard et R. Atkinson, The Irish Liber Hxm- 
normu, London, 1898, t. I, pi. 1 : éd. et trad., t. I, p. 18, 
t. II, p. 33 sq. — Fol. 9 V (Magnificat) Westwood, P. S. P. 
(Ir. Bïbl. Mss., pi. 11, 2). — Fol. 15 r (Prière : Domine, 
domine, défende nos a malts; préface de l'hymne de Fiacc ; ini- 
tiale ornée : éd. et trad., Bernard et Atkinson, op. cit., t. II, 
p. 94-96, t. I, p. 31) Gilbert, I, pi. xxxn. Fol. 15 v -16 r 
(Hymne de Fiacc, en irlandais : éd. et trad., Bernard et Atkin- 
son, t. II, p. 97 sq., t. I, p. 32 sq.) Gilbert, I, pi. xxxm et xxxiv; 
O'Curry, pi. a. — Fol. 19 v (Hymne de Patrice, en irlandais; 



Répertoire des fac-similés îles manuscrits Irlandais. 25 

initiale ornée : éd. et trad., Bernard et Akinson, t. I, p. 133 sq., 
t. II, p. 49 sq.), Westwood, P. S. P. (Ir. Bibl. Mss., pi. 11, 

2)- ' 

Lettres ornées : 

Gilbert I, pi. xxxv et xxxvi ; J. H. Todd, The Book oj 
Hymns of the anc. Church of Ireland (Irish Archxlogical and 
Celtic Society), Dublin, 1855 et 1869, p. ri, 57, 73, 95, 123, 
139, 151, 167, 172, 179, 191, 205, 256, 262, 268, 284. 

9. — H. 1. 8 (xv e -xvi c siècle) Annales d'Ulster et fragment 
des Annales de Tigernaeh en irlandais. 

Ecriture : 

Fol. 12 r , col. 1 et 4 (Annales de Tigernach : éd. et trad. 
Whitley Stokes, The Annal s of Tigernach, dans Rev. Celt., 
t. XVIII, 1897, p. 374-376) O'Curry, pi. ié, fig. o_Qet rr. — 
Fol. 139 v (Annales d'Ulster, de 1497 et 1498 : éd. et trad., 
Annals of Ulster, éd. B. Mac Carthy, Dublin, 1895, t. III, 
p. 412 sq) Gilbert, III, pi. lxxvii ; O'Curry, pi. 17, fig. vv. 

10. — H. 1. 18 — (xvn e siècle). - - Annales en irlan- 
dais. 

Écriture : 

Page 234 (Écriture de Duald Mac Firbis), O'Curry, pi. 22, 
ccc. — P. 282 (Texte du Chronicum Scotorum : éd. et trad., 
W. M. Hennessy, Chronicum Scotorum, London, 1866. p. 152- 
157) W. M. Hennessy, op. cit. (frontispice). 

n. — H. 1. 19 (xvi e siècle). — Annales de Kilronan, ou 
de Loch Ce, en irlandais. 

Écriture : 

Fol. 46 v (Texte des Annales de Loch Ce : éd. et trad., 

W. H. Hennessy, The Annales of Loch Ce, London, 1870, 

t. I, p. 408-409) O'Currv, pi. 18, xx. — Fol. 47 v (Idem : 

éd. et trad., W. H. Henessy, op. cit., p. 414-419) W. H. 

Hennessy, op. cit. (frontispice du t. I er ). 



26 /.. Gougaud. 

12. — H. 2. 7 (xv e siècle). Mélanges irlandais. 

Écriture : 

Fol. 196 r (Poème irlandais: éd. et trad. O'Currv, p. 658) 
O'Currv, pi. 13, hh. 

13. — H. 2. 13 (xv e /xvi e siècles). — Mélanges irlan- 
dais. 

Écriture : 

Page 75 (Fragments grammaticaux; mots latins avec mots 
irlandais correspondants : éd. Whitley Stokes, Irish Glosses, 
a mediaeval Tract on Latin Declension, Dublin, 1860, p. 28- 
33). Gilbert, III, pi. lix. 

14. — H. 2. i) (xiv e siècle). — Mélanges irlandais. 

Écriture : 

Fol. 7 r (Texte juridique en irlandais, avec une initiale 
ornée) O'Curry, pi. 8, v : Éd. et trad., p. 655 — Fol. 24 v 
(Texte juridique en irlandais, Senchus Môr : vassalité servile) 
Gilbert, III, pi. vm. — Fol. 27 v (Senchus Môr ; relations 
sociales) Ancient Laws of Ireland. Dublin, t. II, pi. 2. — 
Fol. 58 v -59 r (Texte d'une langue artificielle basée sur l'irlan- 
dais) Kuno Meyer, The Secret Languages of Ireland (Journal 
of ihe Gypsy Lore Society, nouv. série, t. II, 1909, fac-similé 
placé entre les pages 244 et 245). Texte édité par Whitlev 
Stokes, Goidelica, London, 1872, p. 75. 

15. — H. 2. 16. — Livre jaune de Lecan, écrit vers 1390. 
— Mélanges irlandais. 

Ce manuscrit a été intégralement reproduit en fac-similé 
par R. Atkinson : The Yellow Book ofLecan, etc. Dublin, 189e. 

Autres fac-similés : 

Col. 338 j p. 327du fac-similé d'Atkinson] (Prière deColga, 
en irlandais: éd. et trad., Scûap chrâbaid, dans Otia Mersciana; 



Répertoire des fàc-sïmilés des manuscrits Irlandais. 2~ 

the Publications of the Arts Faculty of University Collège Liver- 
pool, t. II, 1900-1901, p. 92-105) O'Curry, pi. aa. — Col. 
896 [p. 185 du fac-similé] (Aventures du roi Cormac, en irl.) 
O'Curry, pi. bb : éd. et trad. Wh. Stokes, Irische Texte, IIP 
sér. I, Leipzig, 1891, p. 199 et 217. — Col. 243 et 244 [p. 418 
du fac-similé] (Plan de la salle des banquets à Tara) Gilbert, III, 
xxiv ; G. Pétrie, On the history and antiquities of Tara Hill, 
Dublin, 1839, pi. ix, en face de p. 207. 

16. — H. 2. 17 (xiv e siècle). — Mélanges irlandais. 

Ecriture : 

P. 365 (Texte du Cogadh Gaedhel re Gallaibh : éd. et trad. 
J. H.Todd, Cogadh Gaedhel, etc. The War of the Gaedhil with 
the Gaill, London, 1867 p. 62-67) D. H. Todd, op. cit., 
pi. 2. 

Je dois faire observer que certains exemplaires de l'édition 
de cet ouvrage donnée en 1867 ne contiennent point de fac- 
similé. 

17. — H. 2. 18. — Livre de Leinster (Milieu du xn c 
siècle). — Mélanges irlandais. 

Ce manuscrit a été intégralement publié en fac-similé par 
Robert Atkinson (Dublin, 1880). 

Autres fac-similés : 

Fol. 10 v [p. 20] (Récit de la fondation du palais d'Emain 
Mâcha; avec une initiale ornée : éd. et trad. O'Curry, p. 526- 
528) O'Curry, pi. 8, t. — Fol. 15 r [p. 29] (Description delà 
salle des banquets à Tara ; avec une figure) Gilbert, II, pi. lui, 
avec traduction. — Fol. 23 r [p. 45] (Poème de Dubtach Ua 
Lugair; initiale ornée) O'Curry, pi. 8, u. — Fol. 148 r [p. 
295] (Le Boroma de Leinster: éd. et trad. Wh. Stokes, The 
Boroma, dans Rev. Celt., t. XIII, 1892, p. 38-43) Gilbert-, II, 
pi. liv. -- P. 309 col. 1 (Texte irl. du Cogadh Gaedhel re Gal- 
laibh ; avec une initiale ornée) J. H. Todd, Cogadh Gae- 
dhel, etc. The Wars of the Gaedhel with the Gaill, London, 1867, 



28 /.. Gougaud. 

pi. i'. - Fol. 173' 1 347] (Généalogies de saints irlandais) 
Gilbert, II, pi. lv, avec une traduction anglaise partielle. 

18. — H. 3. 17 (xvi/xvi e siècle). — Mélanges irlandais : 

Écriture : 

Col. 198-199 (Texte juridique) Gilbert, III, pi. lviii, avec 
éd. et trad. — Col. 218-219 (Texte juridique glosé) Ancient 
Laws, t. II, pi. 3. — Col. 765 (Passage du Tâ'ui Bô Cualgni) 
O'Curry, pi. 8, \v\v : éd. et trad. p. 508. 

19. — H. 3. 18 (xvi e siècle). — Mélanges irlandais. 

Écriture : 

Page 47 (Histoire de Bailé Mac Buain. Éd. et tr. O'Currv 
p. 472-475) O'Currv, pi. 16, uu. 

20. — Livre de Mulling (vm e siècle ?) 2 . — Évangéliaire et 
prières en latin. 

Écriture : 

Fol. 4 V (Argument de l'évangile de S. Jean; av. une ini- 
tiale ornée) O'Curry, pi. 5, m. — Fol. 18 v (Mat. vi, 9 sq. : 
Pater noster) O'Curry, PI. n ; Westwood, P. S. P. (Ir. Bibl. 
Mss. pi. 11, 6). — Fol. 28 r (Mat. xvm, 8-27) Gilbert, I, 
pi. xx, 2. —Fol. 28 v (Mat. xvm, 27-35 et xix, 1-16), Gil- 
bert I, pi. xxi, 1. — Fol. 38 v (Mat. xm, 16-35) Lindsay, 
pi. vu. — Fol. 48 r (Mat. xxvi, 58-xxn, 10) H. J. Lawlor, 
Cbaplers on the Booh of Mulling, Edinburgh, 1897 (frontispice). 
— Fol. 88 v (Jean, ix, 8-x. 12) Lindsay, pi. vm. — Fol. 94 r 
(Jean, xxi, 13-25) Gilbert, I, pi. xxi, 2. 

Lettres ornées : 

Fol. 101' (Début des fragments trouvés avec le Livre de 
Mulling et reliés à sa suite) Westwood P. S. P. (Irish Bibl. 
Mss : pi. 11, 5). 

1 . Tous les exemplaires de cet ouvrage ne contiennent pas ce fac-similé. 

2. Les deux manuscrits suivants ne portent pas de cote. 



Répertoire des fac-similés des manuscrits Irlandais. 29 

Autres peintures : 
Fol. 51 r (Portrait d'un évangéliste) Gilbert, I, pi. xx, 1. 

21. -- Livre d'Armagh, écrit vers 807. - - Mélanges en 
latin et en irlandais. 

Écriture : 

Spécimens de l'écriture : Betham, pi. xn. 

Fol. 16 v (Texte latin : Additions à Tirechan : éd. 
Wh. Stokes, The Triparti le Life of St Patrick luiih other Docu- 
ments, London, 1887, p. 335-336) O'Curry, pi. r; Gilbert, 
I, pi. xxv. -- Fol. 18 (Textes latins et irlandais : Additions 
à Tirechan : éd. et trad. Wh. Stokes, op. cit., p. 342-349) 
O'Curry, pi. o; Gilbert, 1, pi. xxvi et xxvn ; Betham, 
pi. xn, n" 2. — Fol. 21 v (Texte latin du Liber Angueli : éd. 
Wh. Stokes, op. cit., p. 354-356) O'Curry, pi. p. — Fol. 36' 
(Mat. vi, 7-32 : Pater en latin, mais écrit en lettres grecques) 
Gilbert, I, pi. xxvm, 2 ; Betham, pi. xi, 3 ; Westwood, 
P. S. P. (Ir. Bibl. Mss., 11, 10); Catholic Eucyclopaedia, t. I 
[1907], pi. en face de p. 734. Fol 102' (Jean, xvm, 20- 
xix, 6) Lindsay, pi. ix. -- Fol. 104' (Jean, xxi, 20-25, avec 
un extrait de Moralia de S. Grégoire) Gilbert, I, pi. xxix. 

Lettres ornées : 

On trouvera des fac-similés d'un grand nombre d'initiales 
ornées dans l'édition diplomatique, non encore publiée, du 
Livre d'Armagh, préparée par le D' Gwvnn, aux fol. 20 r , 
25', 70', 91 ,106', 109', 116', 123', 128% 130% 133% 135', 
136% 137% 139', 139 , 141', 142% 143', 144', 151% 153', 
155% 156', 158% 158% 159% 172% 192% 192% 201% 215% 
220 \ 

Fol. 33' (Mat. 1, 1 : Liber çenerationis) Gwynn, Book of 
Ârmagh, fol. 33'; Betham, pi. xi, n° 2. — Fol. 33 v (Mat. I, 
18 : Chrisli autem generatio) Betham, pi. xn, n° _| ; Gwvnn, 
33'. — Fol. 55'' (Marc, 1, 1) Betham, pi. xn, n° 1 ; Gwynn, 
55 r . — Fol. 161 r (Début de l'Apocalypse) Betham, pi. xi, 



30 /.. Gougaud. 

n° i; Westwood, P. S. P., (Ir. Bibl. Mss.; pi. n, 9); 

Gwvnn, 161'. 

Autres peintures : 

Fol. 32 v (Emblèmes des quatre évangélistes) Betham 
pi. x; Gilbert, I, pi, xxvni, 1; Catholic Encyclopaedia, t. I 
[1907] pi. en face de p. 734, Gwynn; 32 v . — Fol. 54 v (Lion 
ailé) Gwvnn, 54 v . — Fol. 69 v (Veau ailé) Gwynn, 69 v . - 
Fol. 91 r (Aigle) Westwood, M. O., pi. 53, iig. I0 ; Gwynn 
91 \ 

Le « cumdaeh » du Livre d'Armagh est perdu, mais on 
conserve, à Trinity Collège, un sac de cuir très travaillé, où 
le manuscrit était autrefois renfermé. Ce sac est figuré dans 
les ouvrages suivants : G. Pétrie, The Ecclesiastical Architecture 
of Ire! and... comprising an Essay on... the Round Tower s of Ire- 
land, Dublin, 1845, p. 329 et 330; Richard Lowett, Irish 
Pictures drawn with pen and pencil, London, 1888, p. 29 ; The 
Book of Trinity Collège, Belfast, 1892, p. 164; P. W. Joyce, 
A Social History of ancien! Irelaml, London, 1903, t. I, 
p. 488. 

II 

BIBLIOTHÈQUE DE L'ACADÉMIE ROYALE D'IRLANDE 

1. — 23. E. 25. Leabhar na h-Uidre, ou Livre de la 
vache brune (xi e /xn e siècle). -- Mélanges irlandais. 

Ce manuscrit a été reproduit tout entier en fac-similé : 
Leabhar na h-Uidri, etc., Dublin, 1870. 

Autres fac-similés : 

Fol. 19 r [p. 37J (Histoire de la résurrection du genre 
humain et prière pour Moelmuire, en irlandais : éd. et trad., 
Wh. Stokes, Tidings of the Résurrection, dans Rev. Cell., 
t. \xv, 190^, p. 250-255) Gilbert, I, pi. xxxix ; O'Curry, 
pi. 9, fig. w (Prière seulement chez O'C). — Fol. 22 r et 22 v 
[p. 43 et 44] (La maladie de Cuchulain, en irl.) Gilbert, I, 
pi. xxxvii et xxxvin : E. O' Curry, The Sich-bed of Cuchulainn 



Répertoire des fac-similés des manuscrits Irlandais. 31 

(Atlantis I et II, 1858-1859) : trad. G. Dottin, Cuchulainn 
malade et alité chez d'Arbois de Jubainville, L Epopée celtique en 
Irlande, Paris, 1892. — Fol. 27 r [p. 55] (Tâin Bô Cualgne, avec 
une initiale ornée), O'Curry, pi. 7, s : éd. et trad. p. 654-655. 

2. — 23. F. 13 (xiv e siècle). — Fragment d'un traité d'as- 
tronomie en irlandais ; titres des chapitres en latin. 

Ecriture avec un diagramme : 

Fol. 6 r du fragment [p. 312J (Traité d'astronomie) O'Cur- 
ry, pi. 13, gg ; Gilbert, III, pi. xxm. 

3 . — 23. P. 2. — Livre de Lecan (xv c siècle) — Mélanges 
irlandais. 

Écriture : 

Fol. 10 r [p. 19] (Synchronisme des' diverses colonisations 
irlandaises avec les rois des autres nations, en irl.) O'Currv, 
pi. 14, fig. il — Fol. 77 v [p. 144] (Généalogies en irl.) 
O'Curry, 14, jj. — Fol. 155' [p. 309] (Traité de grammaire 
en irl.) O'Curry, 14, kk. -- Fol. 189 v [p. 378] (Traité sur 
les privilèges des rois d'Ulster et de Tara, en irl.) Gilbert, 
III, pi. XLV. 

Lettres ornées : 

Alphabet constitué au moyen des initiales peintes du 
Livre de Lecan chez Gilbert III, pi. xi.vi. 

4. — 23. P. 3 (1467). — Mélanges irlandais. 

Ecriture : 

Fol. 11' (Colophon du rhs. Cf. Wh. Stokes, The Martyro- 
logy of Oengits, London, 1905, p. xx) O'Curry, pi. 15, 00. 

5. — 23. P. 12. — Livre de Ballymote — Ecrit en 1390. 
— Mélanges irlandais. 

Ce manuscrit a été intégralement publié en fac-similé litho- 



3- L. Gougaud. 

graphique par Robert Atkinson, The Book of Ballymote, a Col- 
lection oj pitres in tl.v Irish Language, etc. Dublin, 1881. 

Écriture : 

Fol. 11' |p. 21] (La première femme qui trouva Erin, 
texte irl.) O'Currv, pi. 9. x : éd. et trad., p. 656. — Fol. 34' 
[p. 67] (Généalogie, des O'Keill, texte latin et irl. ; avec 
deux inhales ornées, Gilbert, III, pi. xxv. — Fol. 132' [p. 263] 
(Description du roi Cormac mac Airt, en irl. ; av. une initiale 
ornée) O'Currv, pi. 10, y : éd. et trad. \Yh. Stokes, Irische 
Texte, y sér., I, Leipzig, 1891, p. 185 et 203. - Fol. 176 v 
[p. 352] (Prière irl. de Cinaed ùa hArtagàin) O'Currv, 
pi. 10, z : : éd. et trad. E. Gwvnn, The Metrical Dindsenchas, 
Dublin, 1906, r re part., p. 46 sq. 

Lettres ornées : 
Choix de lettres ornées chez Gilbert, III, pi. xxvi et 

XXVII. 

Fac-similés des oghams contenus dans ce manuscrit chez 
Atkinson, Some Account of Ancient Trealises of Ogham writing 
illustrated by tracings from ihe Original Mss. (Joiirn. of the Roy. 
histor. and archaeol. Association of Ireland, _p' série, t. III, 1876, 
p. 202-236, pi. 1, 11, m et iv). 

6. - - 23. P. 16. — Leabhar Breac, ou Livre tacheté, 
(xiv L siècle). — Mélanges en latin et en irlandais. 

Ce manuscrit a été reproduit intégralement en fac-similé : 
The Leabhar Breac ihe Speckled Book, etc., 2 parties, Dublin, 
1872-1876. 

Ecriture : 

Fol. 38 r |p. 75I (Prologue et préface du Félire d'Oengus, 
en irlandais, avec trois initiales ornées : éd. et trad. 
Wh. Stokes, The Martyrology of Oengus the Culdee, London, 
1905, p. 1 sq et 17) Gilbert, III, pi. xxvni ; O'Currv, pi. 12, 
ce, dd. — Fol. 42 v |p. 84] (Félire d'Oengus : 17 mars : éd. 
et trad. Wh. Stokes, op. cit., p. 82) O'Currv, pi. 12, ee. 



Répertoire des fac-similés des manuscrits Irlandais. 33 

Lettres ornées : 
Choix de lettres ornées chez Gilbert, III, pi. xxix. 

7. — Leabhar Breac II, fragment du Leabhar Breac (cf. 
H. d'Arbois de Jubainville, Essai d'un catalogue de la littérature 
épique de F Irlande, Paris, 1883, p. xlvii). — (xiv e siècle). — 
Mélanges irlandais. 

Ce fragment a été reproduit en fac-similé à la suite de la 
publication en fac-similé du Leabhar Breac donnée en 1876, 
2° partie, p. 263-280. 

P. 3 du fragment = p. 265 du fac-similé (Glossaire de 
Cormac) Gilbert, III, pi. xxx : éd. Wh. Stokes, Jhreelrish Gloss- 
aries, London, 1862, p. 10-14; trad. O'Donovan, Connues 
Glossary, Calcutta, 1868, p. 33-42. 

8. — 24. Q. 23 — Domnach Airgid (vm e siècle ?). — 
Evangéliaire latin : 

Écriture : 

Fol. l r (Mat. 1, 1-3) Gilbert, I, pi. 1. — Fol. 2' (Mat. I, 
15-17) O'Currv, pi. 1, a. — Fol. 14 (Marc, 11, 2-6) Ber- 
nard, On the Domnach Airgid ManuscripL (Trans. of the Royal 
Irish Jcad., t. XXX, 1893, pi. xx). — Fol. 14 (Marc, m, 
21-25) Bernard, op. cit., pi. xx. 

Le « cumdach » de ce manuscrit est conservé au National 
Muséum de Dublin. On le trouvera reproduit dans les 
ouvrages suivants : G. Pétrie, An accouut of an aneient Irish 
Reliquary called the Domnach Airgid (Trausact. of the Roy. Irish 
Acad., t. XVIII; Antiquities, 1839, pi- l > 2 > 3 et 4) j Le même, 
Christian inscript., t. II, pi. xlv, fig. 93; J. E. Mac Kenna, 
The Clogher Relies (Ulsler Journal of Archavlogx, nouv. série, 
t. VII, 1901, p. 120-123); George Coffey, Guide to the Celtic 
Antiquities of the Christian Period preserved in the National 
Muséum, Dublin, Dublin, 19 10, pi. xvn. 

9. — D. IL 3. Missel de Stowe (ix e /xi e siècle). — Mis- 
sel, rituel et evangéliaire; textes latins et irlandais. 

Revue Celtique, XXXIV. 5 



}4 /.. Gougaud. 

Le missel qui forme la partie principale de ce manuscrit a 

été publié intégralement en fac-similé par M. G. F. Warner : 

The Stowe Missal (Henry Bradshaw Society) t. I, Facsimile, 
London, 1906. 

Écriture : 

Spécimens des diverses mains : B. Mac Carthy, On the Stowe 
Missal (Trans. of the Roy. Irish Acad., t. xxvn, Literature 
and Antiquities, t. VII, 1877-1886, pi. vi. — Fol. 20 v (Texte 
du missel) F. E. Warren, The Liturgy and Ritnal of the Cel- 
tic Church, Oxford, 1881 (frontispice). 

Le « cumdach » du Stowe Missal appartient à l'Académie 
royale d'Irlande. Il est représenté dans les ouvrages suivants : 
Ch. O'Connor, Renim hibernicarnm sefiptores veteres, Buckin- 
ghamiae, 1814-26, t. II, à la fin du volume; Catalogne of the 
important Collection of Mannscripts front Stowe..., London, 
1849, en frontispice et à la fin du volume; Westwood, M. O., 
pi. 51 n° 9 (détail); Pétrie, Christ. Ins., t. II, pi. xliii et 
xliv et fig. 91 a (p. 95) ; Margaret Stokes, Early Christian Art 
in Ireland, fig. 37 (p. 95). 

10. Liber flavus Fergusiorum ' (x\ c siècle). 
Mélanges irlandais. 

Écriture : 

Vol. I, fol. 11 [64] v (Histoire de Maelsuthain ; texte irlan- 
dais), O'Curry, pi. 14, fig. ll. 

11. — Livre de Fermoy (xv e siècle). — Mélanges irlan- 
dais. 

Écriture : 

Fol. 109 v [nouvelle pagination, p. 178] (Première strophe 
d'un poème irlandais attribué à Mo-Cholmôc : éd. et trad., 
Wh. Stokes, The Voyage o f the Hni Corra, dans Rev. Cell., 
t. XIV, 1893, p. 62-63. 

1 . Ce manuscrit et les deux suivants sont dépourvus de cote. 



Répertoire des fac-similés des manuscrits Irlandais. 35 

12. — Cathach, ou Psautier de Saint Columba. 
(vn e siècle (?). — Psautier latin. 

Écriture et initiales ornées : 

Fol. 19 r (Ps. 53, 3-5)0'Curry, pi. 1, fig. b. — Fol. 41 r 
(Ps. 80, 2-12) Gilbert, I, pi. ni, 1. — Fol. 48 r (Ps. 89, 15- 
17 et Ps. 90, 1-7) Gilbert, I, pi. ni, 2. — Fol. 48 r (Ps. 90, 1) 
Westwood, P. S. P : Ir. Bibl. Mss., n, 8. — Fol. 50 
(Ps. 94, 1-11) Gilbert I, pi. iv, 1. — Fol. 51 e (Ps. 95, 
1-11) Gilbert, I, pi. iv, 2. — Fol 54 v (Ps. 103, 1-2), Betham, 
pi. VIII. 

Le « Cumdach » du Psautier de Saint Columba appartient à 
la Royal Irish Academy. On le trouvera représenté dans les 
ouvrages suivants : Betham, pi. vu ; G. Pétrie, Christ. Ins., 
t. II, pi. xlii, fig. 90. 



III 



BIBLIOTHÈQUE DU COUVENT DES FRANCISCAINS 
(MERCHANTS' OJJAY) 

1. — Liber hymnorum (xi e /xn c siècle). — Hymnes en 
latin et en irlandais. 

Écriture : 

Fol. 14 v (Hymne latine à la louange des saints Pierre et 
Paul ; préface en irlandais et commencement de l'hymne de 
Colman : Sén Dé; avec nne initiale ornée) Bernard et Atkin- 
son, The Irish Liber Hymnorum {Henry Bradshaw Society), Lon • 
don, 1898, t. I, pi. 11 : éd. et trad., t. I, p. 198-199, 25 sq. 
t. II, p. 12 sq. 

2. - Fragment du Livre de Leinster (xn e siècle). — 
Martyrologe de Tallaght, en irlandais. 

Tout ce manuscrit a été publié en fac-similé par R. Atkin- 
son dans The Book of Leinster, Dublin, 1880, p. 355-376. 



36 L. Gougaud. 

CHATEAU DE LISMORE' 

Livre de Lismore (seconde moitié du xv e siècle). — 
Mélanges irlandais. 

Écriture : 

Fol. 30 r (Passage de la vie de S. Findchua de Bri-Gobann) 
Wh. Stokes, Lives of Saints from the Booik of Lismore (Anec- 
dola Oxoniensid). Oxford, 1890 (frontispice) : éd., p. 96-98; 
trad., p. 244 246. — Fol. 106 r (Histoire de la guerre de Cel- 
lachân contre les Danois ; avec une initiale ornée) Gilbert, 
III, pi. lvii; O'Curry, pi. 16, ss. Cf. E. O'Curry, ()// the 
Manners and Customs oj the ancient Irish, London, 1873, t. II, 
p. 276 et Wh. Stokes, op. cit., p. xxxn. 

APPENDICES 
I 

Il existe deux « cumdach » de manuscrits irlandais actuel- 
lement perdus : i° Le cumdach du Calendrier de Cairnech, 
appelé Meeshac ou Miosach, qui est maintenant la propriété du 
collège de Saint-Columba, à Rathfarnham, près Dublin. Il est 
représenté chez Betham, pi. ix. — 2 celui de l'évangéliaire de 
Saint Molaise (Soiscel Molaise), qui se voit au National 
Muséum de Dublin. Il est figuré dans les ouvrages suivants : 
Pétrie, Christ. Ins., t. II, pi. xlii, fig. 89; Richard Lowett, 
Irish Picl ures draicu luith pen and pencil, London, 1888, p. 39 ; 
Westwood, M. 0., pi. 53, n° 6; Marg. Stokes, Early Chris- 
tian Art in Ireland, fig. 36 (p. 93) ; La même, Observations on 
lii'o ancient Irish works of art, dans Archaeologia, t. XLIII, 1871, 
pi. xix, xx, xxi et fig. de la p. 150; George Coffey, Guide to 
the Celtic Antiquities of the Christian Period preserved in the natio- 
nal Muséum, Dublin, Dublin, 19 10, pi. vm ; J. R. Green, Short 
Hist. of the Engl. people, London, 1892, t. I, p. 120. 

1. Propriété du duc de Devonshirc, dans le comte de Waterford. 



Répertoire des fac-similés dey manuscrits irlandais. 37 

II 

On trouvera dans les deux ouvrages suivants de Henry 
O'Xeill des planches de lettres ornées tirées de divers manu- 
scrits irlandais de Dublin : The Fine Arts and Civilisation of 
ancient Ireland, London et Dublin, 1863, p. 64 et 65 ; A Des- 
criptive Catalogue of Illustrations of the Fine Arts of Ancient 
Ireland, Dublin, 1855 (frontispice). 

III 

Addenda. — Fac-similés du Livre de Kells : Maunde 
Thompson, Handbook of Greek and Latin Palaeography (Lon- 
don, 1893); le même An Introd. ta Greek and Lat. Pal., 
Oxford, 191 2, p. 375 ; Reusens, Eléments de paléographie. 
Louvain, 1899, p. 48 ; J. R. Green, Short History, p. 44. - 
Codex Usserianus : M. Thompson, Handbook, p. 373. - 
Livre d'Armagh : M. Thompson, Handbook, p. 378. — Lea- 
bhar na h-Uidre : R. I. Best, Notes on the Script of Lebor na 
h-Uidre, dans Éria, t. VI, 191 3 (7 planches). — Liber Hym- 
norum (bibl. des Franciscains) : Gilbert, IV, 2, Append., 
pi. xxi. — Psautier de S. Gaimin : xi e s. ? (Franciscains) : 
Gilbert, ibid., pi. xxn. 

L. GOUGAUD. 



LES TETES COUPEES 

ET 

LES TROPHÉES EN GAULE 







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Depuis qu'à la lumière de l'ethnographie comparée on com- 
mence à mieux comprendre les coutumes des populations 
celtiques, trop souvent faussées par les explications qui les 
comparaient aux usages de la civilisation classique au lieu de les 
rapprocher de ceux des populations sauvages ou à demi-civili- 
sées, l'interprétation de certaines sculptures et de certaines 
monnaies a fait parler du rite celtique des têtes coupées. Mais on 
n'a pas encore assemblé, dans une étude S3 r stématique, l'en- 
semble des textes et des monuments qui peuvent nous éclairer 
sur cette coutume. Au cours de recherches sur le caractère reli- 
gieux dont les guerres, avec les armes qu'on y emploie et les 
conventions qui les règlent, étaient revêtues cà l'origine, il m'a 
semblé que la meilleure façon de retrouver la valeur originelle 
de ce rite des têtes coupées serait de grouper tous les documents 
qui le concernent autour des quelques textes précis et des monu- 
ments bien connus qui en montrent la persistance en Gaule à la 
veille de la conquête romaine. On espère qu'ainsi comprise cette 
étude ne se bornera pas à fournir une interprétation exacte de ces 
textes et de ces monuments plus souvent allégués que bien expli- 
qués ; quelque lumière en pourra rejaillir sur l'ensemble des rites 
et coutumes concernant les trophées de guerre dont l'importance 
pour l'histoire de nos origines n'a pas besoin d'être signalée. 





< 




i. Le trophée au scalp du sarcophage Ammeiidoh 



PL. IL 




2. Une des têtes coupées de l'Arc d'Orange. 



Les têtes coupées. 39 

Commençons par traduire et par commenter les deux textes 
capitaux de Diodore et de Strabon. On sait qu'ils résument 
celui de Posidonios d'Apamée qui voyagea en Gaule une dizaine 
d'années avant la conquête romaine (v. 80-70). Mais on ne se 
dit peut-être pas assez que les observations de ce philosophe 
stoïcien doivent être traitées avec le même respect que celles 
d'un Mac Lennan, d'un Skeat ou d'un Taylor. 

Voici donc ce que Posidonios nous dit d'après Diodore, tra- 
duit aussi exactement que possible ' : « Aux ennemis tombés 
ils coupent la tête et l'attachent au cou de leurs chevaux. 
Quant aux dépouilles maculées de sang, ils les remettent à 
leurs écuyers et les emportent en butin 2 en exécutant une 
marche triomphale et chantant un hymne de victoire 5 ; pour 

1. Diodore, V 29, 5 : Twv oï Jïeaovïtov -oÀsutrov ~k; xsçaÀà; àçcupôuvTSç 
nsotâTZTOU'j! to?; axiyiai xtov ir.-^rr ;i 81 ■jXjÀa toi; Ospânouac ~aoaoo7T£; 
7)aa YjjiÉva, XaçupaYtoyouacv, ifttjratavtÇovTE; xaî ï'Sovtsç ujjlvov ijtivtxtov, 
7.7.': :i xxpoGivia TXJTa xai; oîxiatç -pojr,Xojcr'.v o'J7-£p o ; . Èv xuvr ( yia'.; nal 
/.-. I £■. o*ij;jl=voi Ta 9rjc:'a. Twv 8è èjtiçavwraTwv JîoXepuiov xeSptoaavxeç (ici le Vinào- 
bonensis II ajoute xai xeSpivw 0TJX7] 'evSaXXdvTsç, glose née d'une interpréta" 
tion erronée de xsSptoaavTôç) Ta; xsçaÀà; '—'.uî/.ro; rï)pooaiv iv Xâpvaxi, xaî toïç 
Çsvoiç irttSetxvuouat, ffeu.vuvdp.evoi O'.dxt Trjao; xîjç v.îz.yjJ i ; :wv jtpoydvwv tu 
r^ naTr,o xa : . xJto; JUoXXà /or^j-aTa 8i8du.eva oux IXa6e. <I»a7 ; - oi Ttvoç aùxt&v 
xa-jy àiOa: oiot; ypjTov àvxîffxa8u.ov Trj; xeçaXîjj oùx ISéÇavxo, Sapêapdv Xtva 
[xsvaXoJiuviav 'eftiSeixvuuevor ou vàp to ;j.t, jîtoXeîv ;i auaarju.a ttjç apexîjç 
s'jvsve;, àÀÀâ to rcoXeugcv to ôixdtpuXov tethÀ£^tt,xÔ; 6r)pi(î>8e£. 

2. On ne considère donc proprement comme butin, Xdçupov, que les 
vêtements. On distingue la tête et les armes pour leur faire un sort 
particulier. Les têtes sont tenues pour des prémices, àx-poôivta. Diodore 
n'a pas employé ce mot sans raison : pour des Grecs de son temps le 
Xdçupov c'est le butin que les soldats se partagent, les àxpoOîvia les pré- 
mices réservés aux dieux, exactement le haut du — ou des — tas formés 
avec les dépouilles. On verra que les Gaulois avaient précisément l'habi- 
tude de former un monceau de toutes les dépouilles. 

5. Ici aussi, il ne faut pas confondre les deux termes employés. Chacun 
doit avoir sa valeur propre : puisque aSovxeç up.vov Itcivcxiov ne peut désigner que 
le chant de victoire — c'est Vouantes moris sui carminé et Vouantes tout court 
des textes de Tite Live cités plus bas (peut-être le rappel des victoires des 
ancêtres comme le font les Coralles de Val. Flaccus,X, 90), — 'eTciJîaiavi'Çovxeç 
doit désigner la danse guerrière qui l'accompagnait. Notre terme de marche 
triomphale a précisément le même double sens : à la fois un pas particu- 
lier et l'air qui le cadence. Ces danses guerrières comprenaient des hurle- 
ments et des bondissements cadencés, des entrechoquements de glaives et 
boucliers comme il résulte de Liv. V, 38 ; VII, 23 ; XXI, 28 et 42 



40 Adolphe Reinach. 

les trophées ils les clouent à leurs maisons comme on le tait 
à l'égard de certains animaux tués à la chasse '. Pour les têtes 
des ennemis les plus illustres, ils les embaument soigneuse- 
ment avec de l'huile de cèdre et les conservent dans une 
caisse. Ils les montrent aux étrangers en se glorifiant de ce 
que telle tète, l'un de leurs ancêtres, ou leur père ou quelque 
autre, n'a pas voulu la vendre, quelque argent qu'on lui en 
offrît. Il en est même qui se vantent de ne pas avoir voulu 
céder une tète pour son pesant d'or, montrant en cela un 
orgueil de sauvages 2 . Car, s'il est noble de ne pas mettre à 
prix les insignes de la bravoure, faire la guerre aux gens 
de sa race même morts, c'est un acte de bête féroce 5 . » 

Cette réflexion dénote bien le philosophe stoïcien et la 
taçon dont est rappelée la jactance des Gaulois a toute l'allure 
de souvenirs personnels. Cette impression est confirmée par 
le texte de Strabon : « A cette absence de réflexion - - Stra- 

XXIII, 36; XXV, 17; XXXVIII, 17; Polyb. II, 29 et 50 (il emploie 
c7U}j.7tatavîÇovToç) ; III, 43 ; VI, 24; Sil. Ital. VII, 346; IV, 215 ; X, 230; 
App. Celt. 8 ; Tac. Hist. IV, 18 (peut-être aussi le choc de talons de lances 
en forme de sphères creuses, cf. Rev. Et. Ane, 1912, 282). 

:. Littéralement, il faudrait traduire comme ceux qui coupent pour eux les 
animaux dans certaines chasses. Dans l'antiquité, comme aujourd'hui, tous 
les animaux n'étaient pas admis dans les trophées de chasse : les monu- 
ments ne montrent guère fixés aux arbres de Diane chasseresse que des têtes 
d'animaux à bois ou ramure ou des têtes de bêtes féroces, ours, loups ou 
sangliers (cf. Roscher, Lexikon, I, 311 ; Boetticher, Bauinkultus). Les textes 
apprennent qu'on y clouait la peau, la tête et les pieds (Diodore, IV, 22 ; 
Schol. Aristoph., Pïutus, 943 ; Philostrate, Imag. I, 28 ; Anth. ht. VI, 96, 
m, 112, 255). 

2. On pourrait aussi comprendre « une sorte de grandeur d'âme bar- 
bare »; mais le sens péjoratif ne semble plus indiqué par le contexte. 

3. Ce qui, dans l'esprit de l'auteur grec, est digne d'une bête féroce, 
c'est non pas de tuer un concitoyen, mais de le poursuivre même après sa 
mort. On sait quelle horreur avait causé, chez les Grecs habitués aux 
trêves permettant d'ensevelir religieusement ceux qui étaient tombés dans 
le combat, l'indifférence des Gaulois comme des Romains en ces matières. 
Les Grecs adressaient aux Romains les mêmes reproches après la défaite de 
Philippe V à Kyuoscéphales (Liv. XXXVI, 8) et celle d'Antiochos III aux 
Thermopyles (d'où la légende de Scipion, le vainqueur, dévoré en punition 
par un loup, comme je l'ai montré Bull. Corr. Ilell., 1910, p. 277). 
Pausanias, X, 21, s'étonne de même que les Gaulois aient « tenu pour 
indifférent d'être ensevelis à terre ou d'être la proie des bêtes fauves et des 
oiseaux de proie ». 



Les têtes cou près. 41 

bon vient de rappeler que les Gaulois sont aussi insuppor- 
tables d'orgueil dans leurs victoires que vite accablés par la 
défaite — s'ajoute une coutume barbare et inhumaine, qui se 
retrouve chez la plupart des nations du Nord : au sortir du 
combat ils suspendent au cou de leurs chevaux les têtes des 
ennemis qu'ils ont tués et les rapportent avec eux pour les 
fixer en spectacle au grand portail de leurs maisons '. — Posi- 
donios dit en avoir été souvent témoin et avoir été 
long à se faire à cette vue ; toutefois, l'habitude avait fini par 
l'y rendre insensible. — Quant aux têtes des grands person- 
nages, ils les montraient aux étrangers conservées dans de 
l'huile de cèdre 2 et se refusaient à les vendre, fût-ce au poids 
de l'or. Les Romains ont mit un terme à ces pratiques ; » 

1. IlforoSXaia ne doit pas être rendu par porte comme le fait Tardieu 
dans sa traduction française ou par vestïbulis aedium selon la trad. latine du 
Didot. Il s'agit d'une porte qui est au devant de celle de la maison ; je 
penserais à celle de la cour qui s'étendait au devant des bâtiments plutôt qu'à 
des auvents en bois ombrageant et précédant la grande porte comme le 
fait Jullian, Hist. de la Gaule, II, p. 322, 5. Nous verrons que la signification 
religieuse de ces trophées implique qu'ils soient placés sur le seuil même, 
du moins sur ce pourtour de la propriété qui en formait la limite sacrée. 

2. On aurait dû mettre ce fait davantage en lumière : l'huile de cèdre est 
celle dont les Égvptiens se servent pour embaumer (Hérod. II, 81 ; Diod. 
I, 91, 6; Plin. XXIV, 17; Dioscor. I, 105) sans doute parce que Osiris pas- 
sait pour avoir été enseveli dans un cèdre (cf. K. Sethe, Aeçxpt. Zeitschrift, 
1908, p. 13). Les anciens celtomanes y voyaient une preuve de plus des 
connexions lointaines entre Gaulois et Égyptiens (à ajoutera celles que j'ai 
rappelées, Rev. d. Et. anc, 191 1). Ce qui est certain, c'est que le cèdre 
ne poussait qu'en Svric et en Cilicie, en Chypre et en Crète, en Afrique, 
peut-être aussi en Phrvgie et en Thrace. Si ce n'est pas un autre arbre 
résineux que Posidonios désignait sous le nom de x.éooo; (il est confondu 
notamment parfois avec le genévrier), le fait rapporté est à ajouter à tous 
ceux qui montrent l'étendue des relations commerciales des Gaulois : leurs 
frères de Thrace, de Phrvgie ou d'Egypte n'avaient-ils pu leur faire con- 
naître la recette ? Les Perses savaient aussi embaumer la tète de leurs enne- 
mis, comme il résulte de ce qu'Hérodote écrit de la tète d'Histiée, II, 30. 

3. Strabon, IV, 4, 5 : IH03177'. 8s rîj ivoîa x.a ; . xo (îap6apov x&t 76 
IxcpuXov, toïç ivpoaSdppoi; eôv&jt ;rapaxoXoo(hï 7uXeî<n:ov, 70 arro 7/,: \>~J-/t { ~- 
à-'.o'/7a; 7a; r.EçpaXà; :wv jroXEutwv \:i~-.i'./ iv. tôv xuyévwv rwv "■-.-•■>■/, 
2co[it<ravTaç 01 Kpoar.aT-aXeûsiv -.'>■_; rcpoftuXatoiç. ']'/,-■- youv Qoaet8wvtoç 
a'j7o; îSstv rauT7)V tt]v Oiav TioXXayou, v.i\ rô [L£V nv'hov àï,0'.'T=a'Jat, 
;j.;7a ok 7aCi7a spépsiv jtpacoç o'.a 7/,v uuvrjôstav. Ta: 0= xwi'V IvBdSwv •/.£57.Aà; 
xeSpoù'vTEç izeSstzvuov ~dîq Hevotç, /.t.: ou8s rrio: îaotàcriov ypuaov aîroXuTpouv 
riçcouv. Ka ; . -oûtcov 8'l7ïau<Tav oiùroùc 'Pwaaîoi. 



42 Adolphe Reinàch. 

On a montré ailleurs 1 que cette dernière remarque a dû être 
ajoutée par Strabon, quand, vers l'an 21, il mit la dernière 
main à son œuvre. Elle nous fournit la limite extrême pour 
l'usage de la décollation de l'ennemi tué. 

L'usage, ainsi constaté pour les Gaulois du temps de César, 
remontait au moins à ceux du IV e siècle. En 295, avant cette 
bataille de Sentinumoù Décius n'allait pouvoir arracher l'armée 
romaine à la fureur gauloise qu'en se dévouant aux dieux infer- 
naux, une légion entière fut surprise par les Gaulois et anéantie 
jusqu'au dernier homme. Les consuls n'en furent avertis que lors- 
qu'ils furent en vue des Gaulois, cutn in conspectu fuere Gallorum 
équités, pectoribus cqiwntm suspensa gestantes capila et lanceis infixa, 
ovantesques morts sui carminé 2 . Si les cavaliers portaient les têtes 
coupées au poitrail de leurs montures, c'étaient sans doute des 
tantassins qui les fichaient à la pointe de leurs lances. Quelques 
années plus tard, même coutume chez les Gaulois qui envahissent 
non plus l'Italie, mais la Grèce : la tète du roi macédonien 
vaincu, Ptolémée Kéraunos, est promenée par les vainqueurs au 
bout d'une pique, lancea fixant tota acie, ad terroreni hostium cir- 
cumfertur \ Avant Télamon, on voit les Gaesates rapporter à 
leurs rois la tête du consul Atilius tué dans un engagement 4 . 

Une troisième variété du rite qui nous occupe est signalée par 
Tite Live à propos de la surprise où, en 216, le consul L. Pos- 
tumius périt avec deux légions sous les coups des Boïens: spolia 
corporis caputqtte ducis praecisum Boii ovanles templo, quod sanctis- 
simum est apnd eos, intulere : purgato inde capite ut mos iis est, 
calvam aura caelavere. Idque sacrum zas iis erat, quo solemnibus 
libarent ; pocui unique idem sacerdoti esse ac templi aniistibns \ 

1. Cf. A. Reinach, Revue archéologique, 1912, II, p. 230. 

2. Tite Live, X, 26, 11. 

3. Justin, XXIV, 5. 

4. Polvbe, II, 28(136), Cf. III, 67 (les Gaulois agissent de même après 
la bataille du Tésin). 

5. Liv. XXIII, 24. C'est d'après lui que Silius Italicus écrit, Pitu., 
XIII, 481-2. 

At Celtae vacui capitis circumdare gaudent 
Ossa (nef as) auro, ac metisis ea pocula servant . 
Kroum le Bulgare buvait de même dans le crâne de Nicéphorel enchâssé 

d'un cercle d'or. Cf. p. 47. — Pour la discussion de ces textes, voir la 

seconde partie de ce travail. 



Les têtes coupées. 43 

C'était donc une habitude des Gaulois que de consacrer dans 
leurs temples la tète coupée du chef ennemi : on garnissait 
d'or le crâne et il servait ainsi aux prêtres et à ses acolytes pour 
les libations solennelles. C'est évidemment à cet usage que 
fait allusion Florus, quand, parmi les traits de férocité des 
Gaulois Scordisques, il rapporte qu'ils propitiaient les dieux 
par du sang humain et buvaient dans des crânes, litare dits 
sanguine humano, bibere in ossibus capitum l . 

Avec les Scordisques nous sommes sortis des Gaules. 

Nous avons vu, d'ailleurs, que, selon Posidonios, cette cou- 
tume aurait été répandue chez la plupart des peuples du Nord. 
Un faisceau de textes vient corroborer son affirmation. 

Chez les Germains, dans la plus fameuse de leurs victoires, 
celle de la forêt de Teutobourg, le rite a dû être appliqué. Ger- 
manicus, en l'an 21, retrouve, au milieu des ruines du camp 
de Varus, les ossements blanchis des morts, à l'endroit même 
où ils avaient succombé, les fragments d'armes, les membres 
des chevaux, « des têtes fixées aux troncs des arbres et, 
dans les bois voisins, les autels sur lesquels les Germains 
avaient immolé les tribuns et les premiers centurions z ». Il 
est manifeste que les Germains ont jeté sur le champ de 
bataille un de ces interdits religieux qui empêchent d'y rien 
toucher 5 : tout, consacré aux dieux, était resté en place. 

1. Florus, III, 4, 2. Ammien emploie presque les mêmes termes, 
XXVII, 4, 4 : hostiis captivorum Bellonae litantes et Marti, humanunque, 
sanguînem in ossibus capitum cavis bibentes aviJius, et Orose, 358 : raptis, 
cum poculo opus esset, humanorum capitum ossibus cruentis capillatisque adhuc 
ac per interiores cavemas maie effuso cerébro oblitis utébantur (cf. Landulfus 
dans les Auctores antiquissimi, II, p. 275 des Moiiumeuta Germaniaé). L'usage 
de boire dans un crâne était pratiqué en Gaule dès l'époque paléolithique 
(Breuil et Obermaier, U Anthropologie, 1909, 210-525); on le retrouve 
dans des tombes de l'époque du bronze (Bomier Jahrb., IX, p. 131, XXX, 
p. 214, LVII, p. 185) ; il est attesté en Syrie vers 570 (l'évêque de Jéru- 
salem Jacob buvant dans le crâne de la martyre Théodota) et vers 1108 
pour Tugtakin de Damas, (cf. Kremer, Mittelsyrien, p. 38) ; on l'a signalé 
chez les Fidjiens, Andamans, Fuégiens, chez les Konds de l'Inde, au Nou- 
veau-Mecklembourg, en Guinée ; on trouve aussi chez les sauvages beau- 
coup d'amulettes faites avec des crânes, cf. L'Anthropologie, 1898, p. 592; 
Z.f. Ethnol, XL1I, p. 638. 

2. Tacite, Ann. I, 61 : Truncis arborum antefixa ora. 

3. Peut-être était-ce le résultat d'un vœu antérieur. Ainsi, au dire de 



44 Adolphe Reinach. 

Comme l'armée maudite, toute entière, surtout ses chefs, 
devait leur appartenir, on avait immolé sur des autels les offi- 
ciers prisonniers : que ce soient leurs têtes qu'il faille reconnaître 
dans celles qui étaient clouées aux arbres, j'enverrais un indice 
dans le soin que les Germains prirent de couper celle de Varus : 
ils allèrent jusqu'à l'exhumer pour qu'elle ne manquât pas à 
leur triomphe '. 

Cette coutume persista dans les régions rhénanes chez les 
Alamans : on voit Grégoire le Grand écrire à Brunehaut 
d'empêcher « les holocaustes sacrilèges de têtes coupées 2 . » 
Le scalp, ce que l'on appelait la decalvatio, paraît aussi pra- 
tiqué chez les envahisseurs d'Outre-Rhin > : capillos et cutem 

Florus, IV, 12, avant de partir en guerre contre Drusus, les Chérusques, les 
Suèves et les Sicambres s'étaient, en brûlant vifs vingt centurions, partagés 
d'avance le butin : les Cbérusques avaient choisi les chevaux, les Suèves l'or 
et l'argent, les Sicambres les prisonniers. Chaque peuple devait sans 
doute consacrer, et non garder, sa part. Un indice qu'Arminius avait voué 
aux dieux infernaux toute l'armée romaine c'est qu'il ne semble pas 
qu'il eût gardé des prisonniers : tous paraissent avoir été ou pendus ou 
enterrés vivants (cf. le quot patihula captivis, quae scrdbes de Tacite. Les 
prisonniers dont Velleius parle, II, 120, sont ceux faits à Aliso). 

1. C'est ce qui résulte des récits de Florus, IV, 12 et de Velleius, II, 
1 19. D'après ce dernier, la tète de Varus fut envovée par Arminius à 
Marbod. — D'après la scholie bien connue de Lucain, la pendaison à un 
arbre serait précisément le supplice préféré par le Mars gaulois : Hesus Murs 
sic placatur : bomo in arbore supenditur. — Les Thuringiens qui dévastent la 
Lorraine sous Thierrv I pendent encore les enfants aux arbres. 

2. Grégoire,^. IX, 11. On peut conclure qu'il doit s'agir surtout des 
Alamans d'un passage d'Agathias où il leur attribue le sacrifice des têtes 
coupées (ap. Muratori, I, p. 383). 

3. Pour la decalvatio comme peine chez les Alamans, Burgondeset Visi- 
goths, voir les Leges Visigothorum, Burgundiorum, Alamanum dans la sec- 
tion V ; (Le g es) des MonumentQ Gertnaniae aux indices sous ce mot ; encore en 
890 on voit un évèque de Constance finir sa lettre à un intendant par ces mots : 
« que tout soit prêt, si cutem et capillos habere voïueris » (section V, Formulae 
p. 419). On sait que le roi des Lombards Alboin fit une coupe avec le crâne 
du roi des Gépides qu'il avait tué et qu'il obligea sa fille Rosemonde à y 
boire (cf. Paul Diacre, I, 27; II, 28); dans le poème des Niebelungen, la 
Burgonde Goudroun transforme en coupes les crânes des enfants d'Atli 
(Etzel ou Attila, jvoir p. 47 n. 3) et les donne à leur père (X. Marinier, 
Chants populaires du Nord, p. 280). Pour les Vandales, en dehors du texte 
de Fulgence cité p. 38 n. 1, on peut trouver deux allusions dans deux vers 
de Corippus, VII, 404 et VIII, 569. 



Les têtes coupées. 45 

dclrahcrc est prévu comme peine dans le code des Visigoths. 
Si la tonsure ecclésiastique a paru aux Francs chevelus, nou- 
veaux maîtres de la Gallia comata, une si profonde déchéance 
pour leurs princes, n'est-ce point par quelque souvenir de la 
valeur particulière attachée à la chevelure ? 

A l'autre extrémité du monde germanique cette coutume 
est attestée pour les Daces par la Colonne Trajane où l'on voit 
des tètes fichées sur les pieux de leurs remparts ' et par un 
des vases du trésor de Nagy Szent Miklos où un cavalier tient 
dans la même main un captif par les cheveux, et une tète cou- 
pée 2 . On sait que les Daces étaient mélangés de Moesiens et 
de Thraces : pour les premiers on les voit, avant la bataille, 
vouer à leurs divinités les entrailles des généraux tués > ; pour 
les seconds, on nous les montre, après un combat de cavalerie 
contre les Romains, en 171 av. J.-C, ramener en chantant — 
comme les Gaulois — la tête d'un général tué, à la pointe d'une 
pique 4 . On se rappelle que c'est du culte thrace de Dionysos 
que dérive la coutume de porter aux processions bacchiques des 
têtes coupées : après avoir été les têtes grimaçantes des vic- 
times déchirées et mangées rituellement, elles devinrent des 
tètes grotesques de Satyres ou de Silènes, soit façonnées en 

1. S. Reinach, Rép. des Reliefs, I, p. 331, 21 ; 338. 23 : 348, 53. Il faut 
peut-être voir un rite préparatoire dans 342, 37 où les femmes Daces brûlent 
les cheveux des prisonniers Romains; d'après 315, 33 où on présente a Marc 
Aurele une tête de Sarmate, les Romains se seraient appropriés l'usage, ce 
qui résulte aussi d'une des métopes du Teropaeiim Trajani, ibid. 430, 7. 

2. S. ReinaclT, Rép. des Reliefs. I. p. 189, 3. 

3. Velleius, IV, 12. Voir aussi ce que Diodore rapporte des cruautés âv. 
roi thrace Diégylis, XX.MII, 14. 

4. Tite Live, XLII, 60. Doit-on rappeler ici que Diomède, héros thrace, 
décapite Dolon ? Je reviendrai plus loin sur Persée, dieu de la guerre d'une 
peuplade thrace. coupant la tête de Méduse, et sur les Ménades thraces cou- 
pant celle d'Orphée. 

On peut relever, d'ailleurs, dans la Rome primitive et chez ses voisins, 
quelques traces du même usage : ainsi le consul Cossus, après avoir tué 
et dépouillé Tolumnius, roi des Véiens, porte sa tête au bout de sa lance 
(Liv. IV, 19): à la même époque on voit les Èques promener triompha- 
lement la tête coupée du légat Furius (III, 3) ; encore en 21 j Tib . Grac- 
chus promet la liberté à ceux des esclaves formés en deux légions qui rap- 
porteront une tète d'ennemi (XXIV. 14-13) (t. IV, p. 603, 18 Didot). En 
207, la tête d'Asdrubal est jetée dans le camp d'Annibal (XXVII, 52). 



.|6 Adolphe Reinach. 

masques de comédie, soit sculptées sur ces disques de marbre 
qui conservèrent le nom à' oscilla « tètes mouvantes ». 

Aux contins opposés du monde celtique, Ibérie et Scythie, la 
tète coupée se retrouve. Il faut donner ici le passage d'Héro- 
dote ' relatif aux Scythes, qui, voisins, sinon parents desThraces 
et des Celtes, ont eu tant d'usages analogues. « Le guerrier 
Scythe boit le sang du premier ennemi qu'il jette a terre au 
combat. Quel que soit le nombre de ceux qu'il tue, il leur coupe 
à tous la tête et la porte au roi : c'est par là qu'il a droit à une 
part du butin, part à laquelle il perd tout titre s'il ne peut exhi- 
ber de tête coupée. Pour dépouiller le crâne du cuir chevelu, il 
fait une entaille tout autour au dessus des oreilles et, le saisissant 
(par les cheveux), il en tire le crâne ; alors, avec une côte de 
bœuf, il nettoie le scalp de toute chair et, l'amollissant en le frot- 
tant entre ses mains, il l'emploie désormais comme serviette 2 . Le 
Scythe s'enorgueillit de ces scalps et les suspend à sa bride ; 
plus un homme peut montrer de pareils essuie-mains, plus il 
est estimé. Beaucoup s'en font des manteaux en en cousant une 

quantité ensemble Quant aux crânes de leurs ennemis, non 

de tous, mais des plus redoutés, ils leur font subir le traitement 
suivant : après avoir enlevé la portion comprise sous les orbites 
et nettoyé l'intérieur, quand le guerrier est pauvre il recouvre 
l'intérieur de cuir ; quand il est riche, il revêt aussi l'intérieur 
d'or ; dans les deux cas, le crâne sert comme coupe. Ils agissent 
de même avec les crânes de leurs parents et alliés, s'ils les ont 
tués dans un duel par devant le roi. Quand des étrangers qu'ils 
veulent honorer les viennent visiter, ils leur font passer ces 
crânes et l'hôte leur raconte comment il les a conquis sur des 
parents en guerre avec lui : tout cela est considéré comme preuve 
de valeur. Une fois l'an, le gouverneur de chaque province, en 
un lieu déterminé, vient remplir une coupe de vin où ne peuvent 
boire que les Scythes qui ont tué des ennemis. Ceux qui en 
ont tué beaucoup ont droit â boire deux coupes. » 

i . Hérodote, IV, 64-6. Sur la coupeque les Scythes n'ont le droit de boire 
qu'après avoir coupé une tête, cf. Aristote, VII, 2, 6. Les Massagètes, 
qui passaient pour avoir coupé la tête de Cyrus, apportent à Alexandre celle 
de Spitaménès (Arrien, IV, 18). 

2. De là l'expression t/.jQ'.t:; pçipofiaxTpov (Hesvch. s. v. ; Sophocle, 



Les tètes coupées. 47 

Autour de ce texte si complet, il suffit de grouper ce que 
disent, et Pline des anthropophages vivant à dix journées au 
nord du Borvsthène qui boivent dans des crânes humains 
dont la chevelure leur sert de serviette ', et Hérodote lui- 
même des Issédones, voisins des Arimaspes, chez qui les 
parents du mort, après avoir découpé son cadavre et l'avoir 
mangé avec du mouton, conservent précieusement son crâne 
enchâssé d'or pour s'en servir au banquet annuel donné en 
mémoire du mort 2 ; Strabon affirme aussi pour les Scythes 
l'usage de se nourrir de la chair des étrangers et de boire dans 
leurs crânes 3 . Divers sarcophages, représentant les aventures 
d'Iphigénie et d'Oreste en Tauride, montrent les têtes des 
étrangers immolés, suspendues à l'arbre d'Artémis tauropole 4 . 

C'est sans doute encore à une pénétration thrace dans le 
monde classique qu'on doit les têtes coupées dressées sur les 
murs du palais d'Oenomaos > — il s'agit de celles des pré- 

ap. Athen. IX, 18, p. 410) et le verbe iîîooxuBîÇeiv dans le sens de « scal- 
per » (Ath. XII, 27, p. 524, d'où Suidas et Etienne de Byzance : rô l-:-ii.iv> 
70 i-'./.iç x/.a'.ov Sspjxa cniv 9pîÇiv). 

1. Pline, VII, 2, 4 (d'après Isigonos de Xicée). 

2. Hérodote, IV, 26. Cf. Mêla, II, 1, 9 et Solin, 15, 13 (capitum ossa 
auro cincla in poculorum ministerium ; les Issédones avec les crânes de 
leurs parents, les Scvthes avec ceux des ennemis). 

Les soldats Illvriens de Septime Sévère coupent la tète d'Albinus, que l'em- 
pereur fait exposer au forum au bout d'un poteau, Herodien, III, 23. Avan 
Arbèles, le chef des Péoniens rapporte à Alexandre la tête de Satropatès, le 
chef de la cavalerie perse (Quinte Curce, IV. 10; cf. Plutarque, Alex. 39). 

3. Strabon, VII, 2, 7. On sait que des éléments Mongols se sont mêlés 
de bonne heure aux populations scythiques ; on peut donc rappeler 
ici qu'un roi des Huns, avant tué dans un combat celui des Yue-chi, fit du 
crâne de ce prince une coupe dont il se servait aux grandes cérémonies (Soc. 
de Géographie, 1847, p. 1313). Les Turcomans pendent les scalps à leur 
selle . Le roi des Petchenégues qui tua Sviatoslav, le premier grand prince 
des Slaves, se servit de son crâne enchâssé d'or comme d'une coupe. 

4. Overbeck, Ant. Bïldw., A XXX, 1-2 ; Furtwaengler, Beschr. à. 
Glyptothék, p. 341. 

5. A la tradition littéraire (Apollodore, Izpit. 11,4 : Schol.Pind. hth. III, 
92, IV, <)2 et 01. I, 114; Philostr. Im. I. 17 et 30) selon laquelle les têtes 
auraient étésuspenduessoit au palais d'Oenomaos, soitau temple de Poséidon, 
soit àcelui d'Ares, se conforment les monuments. Voir leur bibliographie à 
propos d'un sarcophage de Tipasa, Mél. deVEc. de Rome, 1894, p. 438. — 
L'antre de Cacus est également décoré de tètes coupées. Virg., Aen., VIII. 196. 



.|N Adolphe Reinach. 

tendants vaincus à la course par ce fils d'Ares — ou suspen- 
dues au chêne sous lequel le Phlégven Phorbas accomplit ses 
sinistres exploits l . Enfin, il faut rappeler ici le rôle attribué à 
la tète de la Gorgone : sans doute, le pouvoir de foudroyer sur 
place quiconque l'a entrevue vient de ce que, avec les serpents 
qui dardent tout autour d'elle, elle est une personnification 
de l'orage grondant au milieu des éclairs qui zèbrent le ciel 
et sifflent comme des serpent de feu. Mais la coutume de pla- 
cer un gorgoneion au milieu du bouclier ne remonte-t-elle pas 
aussi à une croyance des ancêtres des Grecs à la valeur apotro- 
païque de la tète coupée 2 ? 

Passons du sud-est au sud-ouest du monde celtique. En 
Ibéiïe, nous ignorons si les Celtibères coupaient, ainsi que 
leurs frères de Gaule, les têtes des ennemis tués ; mais, dans la 
population non celtique, la coutume paraît avoir existé. Par 
Strabon on sait seulement que les Lusitaniens coupaient, 
pour la consacrer au dieu, la main droite des prisonniers 
qu'ils n'immolaient pas à leur Mars ; ; Diodore nous montre, 
à la prise de Sélinonte en 409, les mercenaires Ibères 
de Carthage mutilant les cadavres pour planter les tètes sur 
leurs javelines et attacher les mains en paquets à leurs cein- 
tures. Comme Diodore associe dans cet épisode les Libyens 
aux Ibères 4 et qu'on sait toutes les affinités africaines des 

:. Philostrate, lut. II, 19. Même légende pour Kyknos, autre fils d'Ares. 

2. Quelques faits à l'appui de cette h vpothèse peuvent se trouver dans 
tous ceux que Sidney Hartland a groupés dans les chap. xix et xx de sa 
Legetid of Perseus, t. III. Pour le gorgoneion comme apotropaion voir ce que 
j'ai dit dans mon mémoire Itanos et V Inventio Scuti (Rev. de VHist. des Reli- 
gions, 1910 : p. 70 du t. a p. ). 

3. Strabon, III, 3, 6-7. Les Romains coupaient les deux mains à leur 
prisonniers, Gaulois ou Ibères, Appien, Hisp.,40; Caesar, Bell. gall. VIII 
44, peut-être par représailles. On a pu se demander s'il ne fallait pas cher- 
cher dans cet usage l'origine des mains peintes sur des grottes préhisto- 
riques d'Espagne comme celle d'Altamira, L'Anthropologie, 1904, 643. 

4. Diodore, XIII, 57, c(. XIX, 103. Silius Italicus, II, 203, montre un 
Sagontin plantant une tête celsa basta. Pour les Libyens Panébiens, quand 
un de leurs rois mourait, avant de l'enterrer ou coupait sa tète qu'on con- 
sacrait, couverte d'or, dans un sanctuaire, Xicolas de Damas, dans FHG, 
III, 463. On trouvera des faits semblables empruntés aux Soudanais actuels 
dans Frazer, The Evolution of Kingship, p. 362 et The Dying God, p. 202. 



Les têtes coupées. 49 

Ibères, on doit peut-être rapprocher cette coutume ibéro- 
lïbyenne de ces piles de mains droites et de phallus qu'on 
voit dresser à la fin des scènes de batailles sur les bas- 
reliefs égyptiens r . Il s'y agit sans doute seulement pour le 
soldat du Pharaon de faire savoir combien il a tué d'ennemis 
ou même fait de prisonniers, puisque ce sont là des mutila- 
tions qui réduisent à l'impuissance sans atteindre nécessaire- 
ment la vie. La tête a eu en Egypte une bien autre impor- 
tance religieuse 2 : il suffit de rappeler le rite prédynastique 
de la décapitation du mort ; les tètes en pierre, indestructibles, 
déposées dans le tombeau ; le « porteur du chef royal » qui, 
dans le cortège des premiers Pharaons, parait avoir porté une 
image de la tète du roi vivant; l'interdiction de manger la tète 
des animaux sacrifiés; le reliquaire, enfin, dressé dans toutes les 
villes où régnait Osiris, ce fameux dadou, énorme fétiche en 
bois taillé de façon à représenter la colonne vertébrale du 
dieu supportant une tête monstrueuse où la sienne passait pour 
enfermée. On verra plus loin l'action lointaine qu'à eue en 
Gaule ce pilier réduit souvent à la tète osirienne autour 
duquel on égorgeait les « rouges », les étrangers que leurs 
cheveux blond-roux désignaient comme les fauteurs de Seth 
— Tvphon, le frère ennemi d'Osiris. 



Xous avons passé en revue tous les textes classiques qui 
peuvent renseigner sur la coutume de couper la tète des 
ennemis morts chez les Celtes et les peuples voisins ou appa- 
rentés. Il nous reste à examiner les documents émanant des 
Gaulois eux-mêmes : d'une part, la littérature celtique du 

i . Pour la phallotomie dans l'Egypte antique et l'Abyssinie moderne, 
voir Letourneau, La Guerre dans les diverses races (1895). p. 286-298. 

2. Voir en dernier lieu, Amèlineau, Prolégomènes a l'étude de la religion 
égyptienne, 1908, p. 396: E. Xaville, Les têtes de pierre des tombeaux égyp- 
tiens, Genève. 1910; Wiedemann, Orient. Lit;eit.. XI, p. 112. L'usage de 
couper les tètes des ennemis et de les apporter en niasse au roi se retrouve 
aussi en Assyrie (cf. Lavard, Ninevehand Bdbylon, p. 547, 456) et un des 
reliefs du palais assyro-hètéen de Sindjerli . — Pour les Juifs, il suffit de 
rappeler Judith coupant la tète d'Holofeme et David celle de Goliath. 
Revue Celtique. XXXIV. 4 



)0 Adolphe Reinach, 

moyen âge, qui a pu conserver des traditions relatives à la 
tete coupée; d'autre part, les monuments élevés par les Gaulois 
ou les Gallo-Romains qui se rapportent à ce rite guerrier. 

Dans le peu que j'ai parcouru de l'épopée des Celtes de 
Galles et d'Irlande, j'ai trouvé sans peine des légendes qui 
signalent l'importance symbolique de la tète : elles sont rela- 
tives aux deux héros nationaux, le Gallois Bran et l'Irlandais 
Cuchulaînn. 

Bran -- le Bran de la Geste du Graal — était assis sur 
la roche de Harlech en Merioneth quand parut une flotte 
qui escortait Matholwch, roi d'Irlande. Le roi venait demander 
la main de Branwen, la Brangaine du Tristan, la sœur 
de Bran ; le géant la lui accorda sans quitter son rocher. 
Au bout de quelques années, Branwen fut disgraciée par 
Matholwch, et reléguée parmi les filles de cuisine. Quant 
Bran l'apprit, il résolut de venger sa sœur. Ses hommes 
prirent la mer; mais, comme aucun navire n'était de taille 
à le recevoir, il se mit à traverser la mer à pied. Bientôt 
les porchers d'Erinn allèrent annoncer à leur roi qu'ils 
avaient vu une forêt s'avancer sur la mer; à côté d'elle, une 
grande montagne flanquée de deux lacs, de part et d'autre 
d'un éperon. Seule Branwen put expliquer le prodige : la 
forêt était formée des mâts des navires de ses compatriotes ; 
la montagne était la tête de son frère, l'éperon son nez, 
les lacs ses yeux. Après de nombreuses aventures, Bran réus- 
sit à sauver sa sœur ; mais il reçut dans le pied une flèche 
empoisonnée. Alors il ordonna aux survivants de son armée 
de lui couper la tète et de la remporter au pays. Ils n'auraient 
qu'à l'installer à Harlech « et sa compagnie leur serait aussi 
agréable qu'elle l'avait jamais été avant qu'elle fût séparée de 
son corps » '. De Harlech, ils devaient l'emporter à Gwales, 
File actuelle de Gresholm au large de la côte de Pembro- 
keshire; là, ils resteraient à festover en compagnie de sa tète tant 

i. Joseph Loth, Les Mabinogion, I, 65-96. Cf. l'Uthr Penn « La tête 
miraculeuse » du ras. du xiv e siècle dit Livre de Taliessin, Skene, Four 
ancient books ofWales, II, 203-4. Voir aussi Orc Trèith, Cormac's Glossary, 
p. 129-30 de la trad. O'Donovan (éd. Stokes), et comparez le père 
du roi Arthur Uthr-penn-dragon. 



Les têtes coupées. 5 1 

qu'ils n'ouvriraient pas certaine porte regardant vers la Cor- 
no uai lies. Une fois cette porte ouverte, il leur faudrait se 
mettre en route vers Londres et là, dans la WhiteHill, enter- 
rer sa tète les yeux tournés vers la France. Tant que la tête 
resterait en cette position, la Grande Bretagne n'aurait rien à 
redouter d'une invasion d'Outre Mer. 

C'est alors que commence, dans le Mabinogi, l'histoire 
dite de YUrdawl Penn, la « Tête Vénérable », où l'on voit ses 
compagnons festoyer autour delà tête qui les préside comme 
si elle était vivante . 

La grande épopée de Cuchulainn montre, en plusieurs pas- 
sages, que la tête coupée n'était pas réputée moins puissante 
chez les Irlandais que chez les Gallois. Ainsi, quand Cuchu- 
lainn a abattu, d'un seul revers de son épée, la tête des fils de 
Néra, éclaireurs de l'armée ennemie, laissant leur cadavre et 
leurs dépouilles sur leur char, il n'emporte que les têtes san- 
glantes. — Quand, malgré l'interdiction religieuse, le roi 
ennemi prend la parole avant son druide, son bouclier, de 
lui-même, lui tranche la tête '. 

Il faut rapprocher de ces légendes le souvenir de la grande 
idole irlandaise que saint Patrick aurait frappée 2 : déjà son nom 
de Penn crûach, « la tête sanglante », est significatif; elle est 
sanglante parce qu'on devait lui sacrifier des victimes humaines 
comme aux Fomôré ou Goborcbind, démons à tête de chèvre ; 
et, si l'idole était appelée « la tète » >, c'est sans doute qu'elle 

1. Tàin /><> Cuàlnge (l'Enlèvement des vaches de Coolev), éd. Win- 
disch, p. 83. Dans sa traduction (Revue celtique, 1907, p. 170J d'Arbois de 
Jubainville comprend les quatre tètes comme celles des deux jeunes gens 
et de leurs deux cochers ; plus loin, dans l'épisode des fils de Gara (ibid., 
1908, 156), c'est sa tète que le héros tranche d'un seul coup. Dans les deux 
épisodes il enfonce les tètes sur les pointes d'une fourche pour les ramener 
en triomphe (Tain, éd. Windisch, p. 177). Sur les boucliers animés, cf. 
J. Loth, Revue celtique, 1911, p. 297. Sur l'épisoJe où Findabair doit couper 
la tète de Cuchulainn, cf. Zimmer, Sit~. ber. d. Berl. Akad., 191 1, p. 190. 

2. H. d'Arbois de Jubainville, Le cycle mythologique irlandais, p. 106. 

3. L'analogie entre Bran et Kernunnos a déjà été indiquée par John 
Rhys, Celtic Folklore, p. 532; il rappelle, p. 83, que Heimdal, le dieu cerf 
que les Scandinaves considéraient comme le père de leur race, était repré- 
senté combattant avec sa tête cornue : mais, dans cet ouvrage, aucune sec- 
tion n'est consacrée à la tète coupée. Pour la tète divine entre deux oiseaux, 



S- Adolphe Rciuach. 

ne consistait qu'en une tête colossale : puisqu'on nous dit 
qu'au moment où Patrick la frappa, les autres idoles qui l'en- 
touraient plongèrent en terre jusqu'au cou et, ajoute l'hagio- 
graphe, c'est encore dans cet état qu'on les voit aujourd'hui. 

\"v a-t-il pas là un souvenir évident du dieu accroupi 
et cornu des Gaulois, Kernunnos ? On sait que sa tête est 
toujours énorme, démesurée pour le corps, qu'elle soit triple 
ou seulement à trois visages; parfois la tête seule est figurée; 
parfois elle est encadrée entre deux oiseaux, conseillers ou 
messagers du dieu '. 

Quand on se rappelle que la tête de Bran ensevelie sous 
une porte de Londres y passait au Moyen âge pour un 
talisman contre tout ennemi d'Outre Mer, on peut se deman- 
der si « le chet de Monsieur Saint Denys » conservé aux portes 
de Paris ne devait pas en partie sa réputation à une survivance 
de la vénération par les Gaulois d'un dieu réduit à la tête, 
vénération que les Parisii ont pu partager, à en croire un des 
autels de Notre-Dame où figurent des têtes coupées 2 . 

voir Espérandieu, Recueil, III, n. 2208, 2354, 2355, 2377; pour les divi- 
nités tricéphales et triprosôpes ses indices. 

1. Je ne sais s'il faut rattacher aux envahisseurs Germaniques ou aux 
Celtes conquis les superstitions dont on trouve l'écho dans le poème de 
Beowulf. On sait que le principal épisode est le combat que Beowulf livre 
d'abord au monstre Grendel, monstre invulnérable qui engloutit à la fois 
jusqu'à trente guerriers, puis à sa mère, monstre des marais et sorcière comme 
lui. Tandis qu'il combat Grendel corps à corps, son écuyer tranche la tète 
au monstre. Quant à sa mère, c'est en vain qu'il la poursuit dans sa grotte 
sous-marine, son glaive empoisonné à la main ; il ne peut lui couper la tète 
qu'avec un glaive qu'elle-même a fabriqué et qui est sans doute en pierre : 
« quatre de ses compagnons soutenaient avec peine la tête monstrueuse au 
bout du pieu fatal» (H. Pierquin, Le poème de Beowulf, 191 2, II, p. 492). 

2. Cet autel est reproduit dans Espérandieu, Recueil, III, n. 3138. Quant à 
la tète de S 1 Denvs, je ne puis entrer ici dans des développements à ce sujet. 
Il suffît de remarquer : i° combien la popularité de ce saint grec est étrange 
si elle n'a pas pu se superposer à quelque culte indigène : 2° qu'en fait saint 
Denvs n'a atteint sa réputation que grâce aux ambassades du pape Paul à 
Pépin le Bref (758) et de l'empereur Michel le Bègue a Louis le Débon- 
naire ('S27); 3" que l'Eglise, pour autoriser le culte des saints céphalophores 
n'a trouvé qu'une phrase de saint Jean Chrvsostome où il est dit que les 
martyrs peuvent se présenter avec confiance au tribunal de Dieu portant 
entre les mains leur tète coupée, témoin de leur supplice pour la foi. C'est 



Les tel es coupées. 53 



En passant aux monuments, commençons par les plus 
anciens : ces monnaies de la Gaule indépendante qui peuvent 
remonter au iv L siècle. Dans le Traité de Blanchet, on ne ren- 
contre qu'une lois une tête coupée certaine isolée : c'est une 
tête placée de lace au-dessus d'un cheval courant sur un 
bronze des Véliocasses; du bas de la tête descend une sorte de 
fuseau qui représente sans doute le sang qui s'en échappe ï . 
Chez les Lémoviques on trouve la tète au-dessus ou au- 
dessous du cheval' ; mais, comme elle est de profil et porte la 
trace d'un torques, comme sur d'autres pièces du même peuple 
on voit parfois partir de dessous la tète un bras qui élève 
un énorme camyx, il est possible que nous avions plutôt à 
faire à quelque génie de la guerre \ C'est le dieu de la 
guerre entourée de tètes coupées — combinaison bien natu- 
relle des deux symboles — que je verrais dans les pièces où 
une grande tète échevelée, qui rappelle celle du Palier ou 
Pavor 4 romain, se trouve encadrée par une chaîne aux nom- 
breux replisà laquelle des têtes — on en compte jusqu'à quatre 
— paraissent attachés 5 . On sait qu'on a proposé de reconnaître 
sur ces monnaies le fameux Ogmios 6 que Lucien décrit traînant 
par des chaînes, qui partent de sa bouche pour passer dans 
leurs oreilles, ceux qu'il a captivés par son éloquence. Il v a 

bien peu pour expliquer l'extension du culte de saint Denvs et des autres 
saints céphalophores (le P. Cahier n'en compte pas moins de quatre-vingts. 
Cf. A. Maurv, Croyances et légendes du Moyen Age, p. 216-40). 

1. A. Blanchet, Traité des Monnaies gauloises, p. 341. 

2. Ibid., p. 290; H. delà Tour, Catalogue Bibl. nat., n os 4581-85. Notre n° 6 
estlen°4.5 55 pi. XIII (Letnovici), notre n° 7 len°8.403 pi. XXXIII (Ambiant). 

3. Ibid., p. 301 (Wiinuetes) 308, 312. 314. 316. 317 (peuples armori- 
cains) et Catal. Bibl. Nat. (6504-76); Catal. Bibl. Nat. 4416-71 (Pictones) 

4. Cf. Babelon, art. Pallor-Pavor du Dict. des Antiquités, puis Revue num., 
1902, p. 31 et Mélanges Xiunisniatiques, IV(i9i2). 

5. Len°2_— 6.5 5 5 pi. XXU(Osismii), len° 1 =6.728 pi. XXl(Andecc 

n°4 = 6.54i pLXXII(0>tswzH),len.° 3 =6.8-/ç>p\.WUl(AuleniCe>io»id>i>ii). 

6. Notamment Longpérier, R. arch., 1849, 3^7- E. Hucher, Rev. Num. 
1850, p. 102 et Art Gaulois, I, p. 20. En s'inserivant en faux contre cette 
interprétation, P.-Ch. Robert a pressenti ce que j'essaye de préciser ici 
{Rev. arch. 1S85. II, 240; Rev. celtique. VII, 388 : C. R. Acad. fuser. 1886, 



54 Adolphe Reinach. 

longtemps qu'on a senti l'invraisemblance de cette représen- 
tation et il est inutile de dire que rien, sauf les monnaies 
dont on vient de faire mention, n'est jamais venu lui appor- 
ter l'ombre d'une confirmation documentaire. Ces monnaies 
n'indiquent-elles pas précisément comment Lucien ou sa 
source ont été induits en erreur ? On aura préservé, dans la 
Gaule romaine, quelques rares monuments religieux, repré- 
sentant une tête géante, à bouche énorme, d'où partaient en 
tous sens des chaînes tenant des têtes. Oublieux du véritable 
sens de cette figuration, ou désireux d'approprier l'antique 
fétiche guerrier aux conceptions gréco-romaines, les éxégètes 
gaulois auront donné de ces idoles l'explication dont le texte 
de Lucien est un écho, peut-être embelli encore par l'imagina- 
tion du rhéteur. Quant à la signification véritable de nos 
monnaies, M. Jullian paraît l'avoir serrée d'aussi près que 
possible : « La victoire apparaît sous la forme de ce qui en était 
le butin et le symbole, la tête coupée de l'ennemi. Le type le 
plus fréquent sur les monnaies de l'Ouest, et peut-être le plus 
original de l'art monétaire gaulois, représente une tête énorme 
d'aspect farouche, aux orbites démesurées encadrant des yeux 
grands ouverts ; elle paraît ne plus appartenir à un corps 
humain, mais reposer sur un socle ou un support ; à côté 
voltigent souvent, attachées à des chaînes, des têtes sem- 
blables, beaucoup plus petites. Je vois là, non pas la face 
d'un dieu, mais une tête monstrueuse servant d'enseigne de 
guerre, et flanquée des têtes des vaincus coupées en son hon- 

Bitll. Soc. arch. Finistère, 1884, p. 81). La peinture décrite par Lucien 
n'était, d'ailleurs, pas très loin de nos monnaies : sur elles aussi on peut 
avoir l'impression que les chaînes partent de la bouche du dieu et tiennent 
par l'oreille les têtes qui l'environnent. 

Comme l'a bien vu Odobesco (Le trésor de Pétrossa, I, p. 293) ces mon- 
naies doivent être rapprochés de l'énigmatique plaque en or, provenant 
sans doute d'un harnachement de cheval, qui fait partie d'un trésor scythe 
contemporain de Mithridate Eupator (cf. G. Bapst, Ga\. archèol., 1887) : 
devant une femme nue (Vénus) et une femme armée de pied en cap 
(Minerve) un Bicchus galope sur un carnassier (panthère?) à tète humaine; 
sous cette monture est ciselée de face un masque affreux tout pareil aux 
têtes coupées gauloises. Il semble v avoir eu une sorte de confusion entre 
lj motif représenté sur les monnaies gauloises et la légende de la tête d'Orphée 
déchiré par les Bacchantes. 



Les têtes coupées. 55 

neur et suspendues autour d'elle '. » Parfois la tête est tenue 
par un personnage qui agite de l'autre main la trompette ou 
l'enseigne : M. Jullian voudrait y reconnaître alors le chef 
même qui a fait frapper la monnaie où il commémore son plus 
éclatant exploit 2 . 



Les monuments de la sculpture nous auraient entraînés sur 
le domaine propre de l'archéologie. Leur ayant consacré deux 
études spéciales ! , je puis me borner à en indiquer ici les 
résultats. 

En Gaule, les monuments qui présentent des têtes coupées 
paraissent groupés au Sud. Ce sont d'abord deux pierres gros- 
sières qui peuvent remonter jusqu'au iv e siècle, à Nantes, un 
fragment de table de dolmen, à Hyères, une espèce de 
menhir. On y voit maladroitement incisés, sur le premier un 
personnage qui paraît tenir trois tètes, sur le second un cava- 
lier dont la main en laisse prendre cinq attachées à des cordes. 
Le pilier d'Antremont (Musée d'Aix), qui marque sur ces 
sculptures barbares un progrès considérable, est sans doute le 
trophée élevé par un chef de ces Salyens qui avaient leur capi- 
tale dans cette ville peu avant sa destruction par les Romains 
fondateurs d'Aix (123). Sur la face principale, le chef est 
représenté lui-même, une tête coupée attachée au poitrail 
de son cheval selon l'usage que décrit Posidonios; sur les 
faces latérales, des têtes coupées 4 s'égrènent comme un 
chapelet le long d'une draperie tordue qui représente peut- 
être le vêtement enlevé à l'ennemi décapité dont Posidonios 

1. C. Jullian, Histoire de la Gaule, II, p. 551. 

2. Ibiil., II, p. 201. Notre n° > = de la Tour, pi. XV, 5.044 (Aedui). On 
doit sans doute placer, vers la fin du 111= siècle, un curieux fragment 
qu'il convient de rapprocher de nos monnaies. C'est une 'pièce de bronze 
travaillée au repoussé qui a appartenu à un couvercle de situle : on y voit au- 
dessus d'un cheval bondissant, une tête ciselée parallèlement à son dos et 
derrière lui, une autre tète verticale (A. Blanchet, Bull, de la Soc. tics 
Antiq., 1901, p. 264 et abbé H. Breuil, Rev. arch., 1901, I, p. 328). 

3. Le Pilier d'Anlremonl dans Revue archéologiqrie, 1912, II, p. 216-35 ; 
les têtes négroïdes el Hercule à Alésia dans Pro Alesict, 191 3. 

4. Les deux plus caractéristiques sont reproduites pi. I, 1. 



5 6 Adolphe Reinach. 

nous dit qu'il était confié par le cavalier vainqueur à son 
écuyer. A Aix encore, un bloc avec deux paires de têtes de 
face aux yeux clos, identiques à une des paires qu'on voit sur 
le pilier, doit provenir d'un monument analogue, peut- 
être aussi un bloc avec une seule paire de tètes signalé à 
Evenos (Var). On arrive à l'époque romaine avec la frise 
de Nages (Gard) où le motif du cavalier à la tête coupée 
est comme décomposé — deux têtes alternent avec deux 
chevaux courant l — et surtout avec l'Arc d'Orange : avec 
les six têtes fraîchement coupées - que ses trophées présentent 
et les deux déjà décharnées ainsi que ses neuf scalps, l'Arc 
atteste que César n'avait point interdit la décollation ni la 
décalvation aux auxiliaires Gaulois lors du siège de Marseille 
que cet arc commémore \ Voué par César, il paraît n'avoir 
été consacré que par Tibère au lendemain de la révolte de 
Sacrovir (21) : c'est alors qu'entre autres mesures prises contre 
les druides et leurs rites sanglants doit se placer l'abolition 
de ces pratiques que l'on a vue mentionnée par Strabon. 

Il n'est pas certain, cependant, qu'il faille placer avant cette 
date les cinq pièces qui semblent attester que les têtes cou- 
pées pouvaient être consacrées à certains dieux. Les pierres de 
Bagnères, Orléans et Chatillon 4 plus ou moins mutilées et ne 
présentant qu'une seule tête, n'obligent guère à cette conclu- 
sion ; il en est autrement de l'autel de Limoges > dont trois 
faces portent une tête coupée au centre et de celui de Paris 6 où 
les têtes paraissent suspendues aux branches d'un arbre. 
Dans ce dernier monument les têtes ressemblent plutôt à ces 

1. Recueil, I, n. 515 et Reinach, op. cit.,ûg. 1. 

2. La pi. 11, 2 reproduit, d'après Espérandieu(/?cc»c//, I, p. 201), une des 
têtes coupées d'Orange les plus caractéristiques : la tête paraît surmonter 
les armes et le manteau du mort. 

3. On s'étonnera moins de ce que César ait permis à ses Gaulois de pra- 
tiquer les rites qui semblaient déjà barbares à Posidonios, si l'on se rappelle 
les faits signalés (p. 45, n. 1, la tête du chef Sarmate présentée à Marc 
Aurèle sur sa Colonne) et le fait que César avait lui-même fait couper les 
mains aux défenseurs d'Uxellodunum, César, VIII, 44. 

4. Pour les reliefs d'Orléans et de Chatillon, cl'. Recueil, IV, n. 2971 et 
3 5<S6 ; pour celui du Bagnères, Reinach, op. ci!., fig. 3. 

). Recueil, II, n. 1 591. 

6. Recueil. IV. n. 3138, cf. celui de Bordeaux. II, n. [208. 



Les têtes coupées. 57 

masques satyriques que les Grecs et les Latins attachaient à 
des arbres, soit directement, soit sculptés sur des oscilla. La 
confusion semble avoir été faite volontairement par les Gaulois. 
De même, c'est sans doute dans un semblable dessein qu'ils 
donnaient un aspect négroïde aux tètes coupées, comme on le 
voit à Alesia', aspect qui leur permettait d'identifier leur dieu 
guerrier qui aimait à s'entourer de ces trophées à Hercule 
coupant les têtes des sujets de Busiris. A l'abri de ces confu- 
sions, les Gallo-Romains pouvaient continuer à entourer leur 
dieu des têtes que lui vouait une coutume séculaire : à défaut 
de têtes fraîches ou de tètes décharnées, de crânes ou de scalps, 
ils les lui consacraient éternisées par la pierre. 

Malgré l'absence des textes attestant la pratique du scalp 
chez les Gaulois, on peut considérer comme établi par les 
monuments que les Gaulois la connaissaient. L'Arc d'Orange 
n'est pas le seul qu'on puisse alléguer. Des tètes qu'il pré- 
sente la calvitie est trop complète, surtout en regard de l'or- 
dinaire abondance de la chevelure gauloise, pour pourvoir 
s'expliquer autrement que par l'enlèvement du cuir chevelu; 
on peut en rapprocher la paire supérieure des têtes du bloc 
aux quatre têtes d'Aix 2 et les deux têtes que tient dans ses 
griffes le monstre de Xoves 3 . L'enlèvement de la chevelure 
parait s'être fait de deux façons à en juger parles deux types de 
scalp que présente l'Arc d'Orange : d'une part, dans les 
tympans, tout le cuir chevelu du front à la nuque semble avoir 
été enlevé (pi. I, 2) 4 , de façon que, avec les cheveux bouclés 
qui le recouvrent, il offre l'aspect de ces perruques rnontées 
que l'on voit aux vitrines des coiffeurs ; d'autre part, aux 
trois trophées anthropomorphes qui ornent les faces laté- 
rales, de longues mèches ondulées retombent tout autour 
du sommet de la poutre qui sert d'armature au trophée ; 

1. Recueil, III. 2367. 

2. Espérandieu, Recueil, I, n. 108 : Clerc, Aquae Sextiae, pi. VI. 

3. Espérandieu, Recueil, 1, n. 121. 

4. Cette figure est reproduite d'après un moulage spécial conservé au 
Musée de Saint-Germain. Le scalp se trouve en haut à droite des trophées 
de gauche de la face Nord (la fig. 2, pi. II appartient aux mêmes trophées 
en bas à gauche). 



5 S Adolphe Reinach. 

on dirait qu'on n'a coupé que la partie médiane du cuir 
chevelu ', celle qui correspond à la tonsure ecclésiastique, et 
que l'on a disposé les cheveux qui en partent en un cercle de 
mèches. C'est cette disposition qu'on retrouve dans tous les 
autres monuments qu'on peut alléguer pour établir l'usage du 
scalp chez les Gaulois. Ce sont tous, — à deux exceptions près 2 
— des trophées anthropomorphes. On peut croire que leur 
prototype remonte au fameux ex-voto d'AttalosI. On sait que 
le roi de Pergame avait consacré à Athènes, vers 225 5 , pour 
commémorer sa victoire sur les Galates, un monument, où 
les groupes, sans doute de grandeur mi-naturelle, qui la 
rappelaient étaient encadrés entre trois autres ensembles des- 
tinés à en montrer comme le prototype dans le mythe, la 
légende et l'histoire : la victoire des Dieux sur les Géants, celle 
des Héros sur les Amazones, celle des Athéniens sur les Perses. 
Or, dans les deux sarcophages qui peuvent le mieux nous don- 
ner une idée de la Galatomachie et de l'Amazonomachie, 
le premier montre à l'angle gauche (pi. II, 1) *, le seconda 
l'angle droit, un trophée anthropomorphe surmonté d'un scalp 5 . 
Il n'est pas surprenant qu'on ait prêté aux Amazones la coutume 
du scalp que nous avons vu décrite par Hérodote pour les 
Scythes; les deux trophées aux scalps ont pu se répondre aux 
deux extrémités, si ces groupes, relatifs aux deux victoires 
remportées par les Grecs en Asie, occupaient un même côté 
de l'ex-voto. Si l'on admet que le trophée au scalp a figuré 
ainsi dans l'ex voto d'Attalos I, ce ne serait pas seulement un 

1. C'est à ce système de scalp que paraît taire allusion l'évêque Fulgence 
de Ruspe parlant de la persécution vandale, Serin. 6, 9 : àetrahebatur cutis 1/ 
cetpite, coronae parcibanlur adeaput : beati perrexerunt decalvati, rejetait commit i . 

2. La tête de Naples décrite p. 59, n. 2 et les deux piliers aux trophées des 
Uffizide Florence décrits Rev. arch., 1912, II, p. 226, n. 5. 

3. Cf. A. Reinach, Revue celtique, 1908, p. 16. 

4. C'est le célèbre sarcophage Ammendola au Musée du Capitule, S. Rei- 
nach, Rev. arch. , 1888, pi. XXII ; Bienkowski, Die Darstellungen Jer Collier, 
pi. IV, p. 42; Helbig-Amelung, Fùhrer (1912), n. 772. La fig. est empruntée 
à une photographie faite d'après le moulage du Musée de Saint-Germain. 

5. C'est un autre sarcophage du Musée du Capitule, C. Robert, Die iiuti- 
keu Sarkophagenreliefs, II, pi. 32; Helbig-Amelur.g, Fuhrér (1912), n° 865. 
Rapprochez de ces sarcophages, pour le type, celui de la Gigantomachie, 
I lelbig-Amelung, n° 209 et ceux des Niobides, //>/</., 382 et 1209. 



Les têtes coupées. 59 

nouvel indice que l'usage du scalp s'est étendu aux Gaulois 
d'Asie et que c'est à l'ex-voto pergaménien que remonte la 
figuration du trophée au scalp ', ce serait aussi un argument à 
ajouter à ceux qui incitent à voir dans cette coiffure les cheveux 
coupés et non un bonnet en fourrure II serait singulier que 
les Scythes eussent exactement le même bonnet que les Gau- 
lois ; d'ailleurs, les touffes de poil ne sont jamais traitées ainsi 
dans les représentations de fourrure. Si l'on objecteque la poutre 
des trophées anthropomorphes est toujours surmontée d'une 
coiffure de guerre, on possède une tête de Gaulois qui permet 
de croire que les Gaulois se coiffaient parfois du scalp enlevé 
à l'ennemi. Sur cette tête - qui dérive peut-être des groupes 
de Pergame, — on voit descendre sur le front et entourer les 
tempes une coiffe en cuir qu'une sorte de bride fixe sous le 
menton; sur cette coiffe, qui enveloppe la tête du front à 
la nuque, des mèches souples s'allongent, pareilles à celle qu'on 
voit sur nos trophées au scalp 2 . Ainsi, le scalp aurait été une 
coiffure de guerre gauloise. 

1. On le retrouve sur trois sarcophages publiés par Bienkowski, op. cit., 
pi. VII a (Blundell Hall), /'(Pise), IX a (Villa Panfili), De ces Galatomachies, 
le trophée à scalp a passé à des batailles impériales contre barbares. Ainsi, on 
le trouve à l'angle gauche (l'angle droit est orné d'un casque à cornes comme 
sur les sarcophages inspirés par les ex-voto pergaméniens) d'un sarcophage 
qui semble représenter Trajan recevant la soumission des chefs Daces et 
Marcomans (les Daces seraient les seuls à porter le bonnet phrygien ; 
sur le petit côté droit des jeunes gens imberbes semblent s'enfuir portant 
sur leurs épaules le même rouleau de bagages que j'ai signalé sur la 
Colonne trajane et les trophées gaulois des Étoliens à Delphes). Cf. Ame- 
lung, Katalog der antiken Skulptur im Vatikan (Cortile du Belvédère n° 39). 
Au Vatican, on retrouve le scalp sur l'un des deux trophées gaulois sculptés 
sur la cuirasse du I er s. qu'on a surmontée d'une tête de Lucius Verus de la 
Gall. délie Statue, 11° 420 (Helbig-Amelung, n. 212) et sur la base aux 
trophées gaulois de la Salla délia Croce greca. On y voit un scalp avec un 
casque à cornes, des boucliers hexagonaux et peltiformes, une corne à 
boire, un vexillum, un carnyx, une tuba. J'ai encore relevé deux trophées à 
scalp parmi les débris de sculpture conservés au Palatin, l'un dans un 
angle de sarcophage encastré dans un pilier ornemental sous le Casino 
Farnese, un autre dans l'un des quatre piliers où l'on a réunis, au milieu 
d'une salle de la Domus Augustana, les fr. de reliefs trouvés dans les 
fouilles de la Villa Mills. 

2. C'est la tête provenant d'un relief trouvé à Naples décrite par Matz- 
Duhn, n. 4023. Bienkowski, op. cit., p. 148, voit une coiffure en crins de 



60 Adolphe Reinach. 

De l'examen des textes et des monuments, on peut donc 
conclure : 

i°) que les Gaulois coupaient la tête de leurs ennemis tués 
pour la conserver ou bien clouée à l'extérieur de leur demeure, 
ou bien enfermée dans un coffre ; 

2°) qu'ils se bornaient souvent à enlever le scalp dont il 
leur arrivait de se servir comme de coiffure ; 

3°) qu'ils consacraient parfois la tête, ou seulement le crâne, 
dans le sanctuaire de leur dieu de la guerre qu'ils figuraient avec 
une tête colossale entourée de ces dépouilles humaines. 

(A suivre.) 

Adolphe Reinach. 

cheval dans la coiffe où je reconnais un trophée de guerre (avec S. Reinach, 
Les Gaulois dans Fart antique, p. 153, u. 4). C'est une coiffure de ce genre 
que Bienkowski veut voir partout où se trouve ce que je considère comme 
un scalp. Où est le texte qui en fasse mention ? On se réfère généralement 
à l'opinion de F. de Saulcy. Mais voici ce qu'il écrit dans le Journal des 
Savants, 1880, p. 79. « L'existence d'une autre coiffure militaire dont Dio- 
dore ne parle pas nous est révélée par les trophées de l'Arc d'Orange. C'est 
une sorte de capuchon en peau de bête recouverte de touffes de poil et 
que Juvénal nous apprend avoir été en usage chez les Santons Tempora 
santonico vêlas adoperta eucuUo » et p. 77 « Il se pourrait que ce fussent des 
tètes de Romains reprises au cou des chevaux montés par des Gaulois 
vaincus », et il cite comme pièces de comparaison les deniers d'argent de 
PEduen Dumnorix (notre n° 5) et les statères d'or des Aulerkes Cénomans 
où se voit un personnage portant des deux mains des têtes coupées qu'il 
tient par leur longue chevelure. 






A CASE OF VOWEL-BREAKING IN IRISH 



The literary language of médiéval Ireland differs from the 
early stages of English, French and Germa n in being remark - 
ablv uniform and free from local pecularities. Hitherto no 
certain traces ot dialect phenomena hâve been discovered in 
Old or early Middle Irish documents, a fact which renders the 
unravelling ot the history of Irish pronunciation a matter of 
considérable dijB&culty. A certain amount of light may be 
expected from a comparison of the living Gaelic dialects, 
many ot which unfortunately still require to be carefully 
investigated. In illustration of tins I propose hère briefly to 
examine the development of O. Ir. ë preceding a non-palatal 
consonant. 

In Ireland at the présent day O. Ir. accented ë preceding a 
non-palatal consonant bas almost évery where becôme â. The 
précise sound varies from district to district and may be con- 
fused with the modem représentative of O. Ir. â, cfr. Mars- 
trander ZCP. vu 371 n., A Dialect of Don égal, p. 5. To my 
knowledge the onlv district in Ireland where an t^-sound is 
regular is the dialect ot S. Ulster described by Lloyd in the 
Gaelic Journal tor 1896, p. I46, col. 2. See also O'Donovan's 
Grarfimar p. 18. Hère ë is pronounced before d, g, s, dh, and 
gh J . Thesubject may possibly bave received attention before, 
but as Pedersen, Vergl. Gramm. I, p. 40, is not explicit on 

1 . i' is exceptionally retained in a verv few cases in Aran and Donegal, 
see Finck, Die Araner Mandait i p. 17, A Dialect of Donegal, p. ^4. 



62 E.-C. Quiggin. 

the course ol the change it appears désirable to point out 
what may be learnt from the Gaelic dialects outside Ire- 
land. 

In the Isle o( Man and Scotland the ë sound is more regu- 
larly retained. For Manx I hâve unfortunately no collection 
of material, but e is the rule in many of thecommonest words, 
such as fer, ben. 

In accordance with the marked conservatism of Scottish 
Gaelic as regards the vowels of stressed syllables which are 
much less subject to mutation than is the case in Ireland, the 
Highland dialects normally préserve the ë-sound, e. g. in beau, 
fear, cas, eagal, eaglais. Sarauw gives a longer list of words 
with e in the Isle of Skye, Mise. près, to K. Meyer, p. 46. It 
will, however, be convenient to take our instances from the 
more southerly dialects, as they are unaffected by the northern 
fondness for diphthongisation. Before //, un, rr in Scotland 
the ë is broken loea, which frequently becomes ja. See M c 
Alpine's Diclionary s. eallach, earr, earrach. According to M c 
Alpine the breaking alsooccurs in Islay before ///, ;////, //, ///, 
/7, ru, rd and rt l , but not before rg and re. I am inclined to 
think that the breaking of ë to ea, ja was occasioned by the 
peculiar articulation of //, ////, rr which has been so often des- 
cribed. The phenomenon is also commonly found in Scotland 
before a single /, v. M c Alpine s. cala, ealain etc. This may 
conceivably be more récent than the breaking before the gemi- 
nated sound^ but it would doubtless be helped on by the 
peculiar character of /, for which see Henderson ZCP. V, p. 92. 
To judge from M c Alpine thèse are the only cases where brea- 
king occurs in the dialect of Islay which is remarkable in 
others respects for its conservatism. 

Most of the Highland dialects hâve greatly extended the 
sphère of opération of this phenomenon. Cp. the examples 
given by Henderson under the heading Palatalisation, ZCP. 



1. Myfriend, Prof. Chadwick, holds, contrary to the gênerai view, that 
in O. Norse the breaking of c to ja is dépendent on the nature of the fol- 
lowing consonant, onlv being found before//, rr and combinations of /or 
/' -\- consonant. 



A case of Vowel-Breaking m Irish 63 

IV, pp. 251-3. Macbain gives dyarg, fyarg, k'ark, searg as the 
pronunciation of Badenoch (Gael. Soc. Inv., XVIII, p. 84). 
According to C. M. Robertson the change is regular in the 
Isle of Arran before ch in beachd, cleachd, deachaidh, and is also 
found in teanga, dream, feamrach, leamb (ib. XXI, p. 23^). 
For Perthshire the saine writer notes the change in ceangail, 
earar, ceathrar, seachd. At Blair the breaking is found hetore 
rb, rbh, rc and rg (ib. XXII, p. n). But there is considérable 
hésitation within the limits of the county. 

It would thus appear that the Highland dialects are in the 
process of nîaking a change whicfi must hâve taken place in 
Ireland many centuries ago. In Irish ail consonants preceding 
the broken vowel which were capable of assuming palatal 
articulation hâve done so ', and the j of the ja has coalesced 
with the palatal consonant, whencesuch forms as k'art, c ceârt' 3 
d'aluw, 'dealbh', etc. It would bé interesting to learn if this 
change has taken place in Islay. M c Alpine's représentation ot 
the pronunciation of such words as cealg, cearr, deani rather 
suggest this development. From my own observations in the 
Outer Hébrides which are confirmed by Henderson's phonetic 
notation in his articles in ZCP. I should say that the first 
élément of the broken vowel is often retained, though the dia- 
lects vary considerably. According to the texts from Skve 
printed by Sarauw in the Meyer Miscellany the y is merged in 
the preceding consonant in such forms as ceann (p. ji), cean- 
naich (p. 39), sealltainn (p. 37). 

Analogy has naturally playéd a considérable part in oblitera- 
ting ail traces of the process in Irish. This is particularly évident 
in the case ot words beginning with < v preceding a non-palatal 
consonant. When the article was pretixed to a substantive of 
this torm, the final consonant of the article became palatal and 
swallowed up the /', leaving à as the initial. For other Irish 
paiallelsto this, see A Dialecl of Donegal, p. 16 and 73 f. 

From thèse cases the a came to be regarded as the initial, 
so that in certain districts, at anv rate, before a substantive 

1. Does this render it necessary to assume that palatal articulation was 
Largely substituted for palatalised, as I suggested in A Dialecl of Donegal, 
p. 74. For the distinction, see Jespersen, Lebrbuch der Pbonetik, p. 122. 



64 E.-C. Qitiggiii 

beginning with a, whether from O. Ir. ë or a, there is hésita- 
tion as to whether the final consonant of the article should 
be palatal or not, cp. A Dialeci qfDonegal, pp. 5 f., 145 f. 

The chiei difficulty arises in the case ot Ir. p, b, and ;// 
preceding the broken vowel. In the Highland dialects there is 
no irregularity, as Scottish Gaelic does not distinguish broad 
and slender consonants in thèse three labial sounds. Hence 
M c Alpine gives byann, byannachg, myall, myal, myann and 
pyanti as the pronunciation ot beaiiu, beannachd, meall, meal, 
meann and peann. As p, b and m are incapable of assuming 
palatal articulation, the tirst élément of the broken vowel 
could not coalesce in this case with the preceding consonant. 
In some dialects of Connaught a vestige of the / can still be 
heard, as I hâve convinced myself by listening to my friend 
Prof. O'Maille. See also Finck, Die Araner Mundartl p. 43. 
In Waterford and Donegal, on the other hand, there is no 
trace of the/. For the seemingly palatalised p, b and m of the 
West very tense labial sounds with the lips drawn back tightly 
on to the teeth hâve been substituted. See Henebry, Pbonology 
of Desi-Irish p. 49, and A Dialeci of Donegal pp. 73 f., 105. 

As to the date ol the breaking in Irish I can ofïer no sugges- 
tion. The digraph ea is fréquent in parts of the fou rteentheen- 
tury BookofHy Manewhich waswritter. before 1372 (Archiv, 
ii, p. 138 ff., iii, 234 ff.) and in the Poem-Bookof the Magau- 
rans, belonging to the O'Conor Don, which was transcribed by 
Adam O'Cianan for Thomas Magauran who was slain in 1343. 
The orthography would naturally be slow to follow the pro- 
nunciation, more especially asthe breaking doubtless started in 
one or two areas and only spread slowly to other districts. The 
Norse spellings of such names as Cellach and Cerbhall with ja 
are not conclusive, as was pointed out by Craigie, ZCP. I, 
p. 453 f. The forms conrusleachta Ml. 53 d 11 and coineas Ml. 
102 a 23, are doubtless to be regarded as scribat errors, and the 
instances quoted by O'Maille for the ninth century in his Lan- 
guage of the Aimais of Ulster (Ceallach, Caireall, eenllrae, nnii- 
nisdreach 1. c. p. 27) are anything but convincing. 

E.-C. Quiggin. 



SUR UNE GLOSE DE SAINT-GALL 



Dans le manuscrit de Saint-Gall, 63 a 13, les mots latins 
oppidum Siiîhitl sont glosés par aùdind suthul â nomen ; ce que 
les auteurs du Thésaurus, t. II, p. 116, traduisent par « the 
town ; its name (is) Suthul ». Cette traduction est inexacte. 
Il faut certainement traduire : « la villedont le nom est Suthul ». 
La phrase irlandaise contient l'idiotisme dont il a été question 
Rcv. G'//., XXXII, 449, et qui consiste en cas de relation 
génitive à verbe copule, à remplacer le relatif par un adjectif 
possessif et à ne pas exprimer la copule. Ce tour est fréquent 
en brittonique (v. Pedersen, Vgl. Gr., II, 231 et J. Loth, 
R. Celt., XXXI, 173) : gall. dyn cm yued yansawd « un homme 
dont l'aspect est étrange » (m. a m. « étrange son aspect »), 
R. B. I, 19e, 22; ci. Strachan, Iulr., p. 28. En vieil-irlan- 
dais, il y en a un exemple dans le Félire d'Oengus(6 févr.) : 
andreas ard a ordan « André dont le rang est élevé »; mais, en 
général, on construit la phrase autrement(v. Pedersen, op. cil., 
II, 225-226). 

J. Yexdryes. 



Revue Celtique, XXXI!'. 



LE MIROUER DE LA MORT 
(Suite) 



An Diaoul en dragon, glouton, fellon, confus, 
Han serpant milliguet, daffnet peur morchedus : 
2225 Leuzret gant roe'n bedou, dan lechyou cafaouus ', 
Dan cisteran vnfernal, so geai - scandalus. 

Heman so nos ha dez, bet finuez é dezrou 5 , 
Eut breffouz deçeu den, en é holl termeniou : 
Da impechaff à cref, nac ahe dan effaou, 
2230 Dan lech peban coezas, pan péchas peur hasaou. 

Affuy ha drouguiez, goudeuez so en quez 1 vil, 
Ouz bout duet da poan cre f , ha lef hep nep reuil : 



1. Premier exemple de cette forme. c(. v. 1964 ; Gloss. 91. Voirv. 1845. 

2. Voir la note au v. 44; du v. fr. geaule; cf. mod. teaul, teol et teal 
parelle ; teaud, van. têati langue, Gloss. 683, 684? L'a, d'ailleurs, peut 
n'être pas bas-breton d'origine : le ms. de Jacob (en tréc, de 1832, cf. 
Gloss. 17) a en franc. « le séallier» pour le geôlier, p. 41, et en bret. 
séallier (3 syl.), seailler 41, teaillier 42 ; le Diction, anglais de Murray donne 
un exemple de geale gêole et du dérivé gealership, en prose de 1688. On 
a en mov. br. geaulyer geôlier; mod. solyer, geolyer p. yen, van. yon, yan, 
î.geolyerès id.; sol, geol, jol p. voit, van. yen geôle, prison, geolaich geôlage, 
droit du geôlier pour l'entrée, le gîte et la sortie des prisonniers Gr., jolier 
Gon., J. Moal, du R., geolièrr p. -reu geôlier, geôle m. geôle VA., jol f. p. 
ion H. de la Vill. 

3 . Litt. « au commencement » 

4. Premier exemple de cette forme, ailleurs quae%, cae\ ; le plur. quei% se 
trouve pour la première fois, v. 2243, 2419. Cf. Gloss. 520. Maun. a « misé- 
rable... qtues »; qux\ misérable, quz%iie\ misère; Grég. qea%, qz\, pi. qei%, 
van. qeab, qxh p. qeih chétif, pauvre et misérable; qea%, qaz%, van. qeab cher, 
aimé tendrement: (ja^iw;, qz\neà chétiveté, misère qui fait compassion ; 
Troude kea^-Doue pauvre malheureux ; il donne à tort comme van. ke;ue~ 
f. indigence, misère. Mil. ms. ajoute : « kenea être réduit à la misère 
(quenea n. pr. de famille », qu'il suppose, en conséquence, être pour *ke\- 
ne-a. Troude dit que le fém. hea%e% (de forme léonaise) est « assez peu 
usité »; il donne pour les autres dialectes ke%e%, ce qui est encore faux pour 
le van. h'r-r- se dit à l'île de Bat/ (Milin); ar ge^e\ ko$ la pauvre vieille. 



Le Mirouer de la Mort. 67 



Le Diable est le dragon avide, félon, honni, 
Et le serpent maudit, damné avec beaucoup de souci, 
2225 Envoyé par le roi des mondes aux régions douloureuses, 
A la citerne infernale, qui est une geôle infamante. 

Celui-ci est nuit et jour, jusqu'à la fin depuis le commencement, 
Bref à tromper l'homme, dans tous ses actes, 
Pour empêcher fortement qu'il n'aille aux cieux, 
2230 Au lieu d'où il tomba, quand il pécha, très glorieux. 

Envie et malice, depuis, sont dans le misérable odieux, 



H 1 Léon Na ra ket da ge%e% ne fais pas l'innocente (n'aie pas l'air de ne pas 
comprendre), Le Lay. Trég. ke-e~ pi. ed pauvresse; ke~aïï caresser, dorlo- 
ter un enfant; bas Trég. kea~i v. a. dire à qqn kea^, ou va c'heaç, comme 
une mère à son enfant. C. Rannou (Euu neubeut giver-ioit..., Lannion) 
cite une variante du diminutif, te~ik par laquelle il veut expliquer la finale 
de Tentâtes : ami Teu, -anti Tad, Hag an Tes « (emblème) de l'Esprit, du 
Père, et du Fils » (p. 32, 33) ! et qui est due sans doute à l'imitation 
maternelle d'un langage enfantin encore dépourvu de gutturales. — 
Pel. donne kaë~ (1 syl.) misérable, malheureux, gueux, vagabond, f. 
kaëiés ; kaë%ne% misère. Au lieu du pi. !cei~ (cf. Fnrne~ ar gei\ en; 
a J r iei~ livre de Milin dont le titre est expliqué p. vi furne^ ar re 
baour, ar re pister la sagesse des pauvres gens, des humbles), il a hei\ou, 
kei^iou; ce pourrait bien être une suggestion du gall. ceithiw captif, 
cité immédiatement après. Il ajoute : « M. Roussel écrit. . . Kea^, suivant 
la prononciation de Léon ». R el ms. porte : « keas. misérable, malheureux, 
gueux qui fait pitié paour keas pauvre misérable, à plaindre, qui na rien. f e 
ke;es ar keas, Le pauvre homme ». ■ — Le moy. br. quae-net misère, mod. 
(/a'-neil, paraît répondre au gall. cdetbnawd captivité, esclavage; cf. v. irl. 
omungnath « état de crainte », bétgnad « état de folie », composés de 
*-gnàton v chose habituelle », Kuno Mever, Zur helt. Wortkunde, I, 7. 
L'auteur assimile à ces mots irl. le gall. heintnod pestilence, qui d'autre part 
fait penser à nod marque, la peste s'appelant haint v nodau, pla v nodau, ou 
simplement v nodau, et même (selon Lhuyd) y nod. Cf. Gloss. 448 ; Notei 
d'étym. n° 28. Nychnod « pining sickness », dans le dict. angl.-gall. de D. 
S. Evans (1858), doit être une faute pour nychdod. 



68 E. Ernault. 

Hacema en acquêt, é caoudet a het stil '. 
Don deceu merch ha map, Roc lia Pap peur abil. 
2255 Seul nés ^ maz denessa, dirap voa goude laur, 
Ha dez an Bain// starnet, ouz donet à het stur : 
Seul muy poan damany, don deceu ny sigur, 
A lacqua dez ha nos, don ren de fos obscur. 

Rac oun na vemp loget, dirac roe'n bet seder, 
2240 En lech peban coezas, pan péchas a tra scier : 
Maz eu é holl acquêt, ha pepret en preder, 
Hz vemp participant s, en é tourmant antier. 

Hac ez eux niuer bras, an queiz azgas caset, 
So leun plen a venim, na guell bout estimet : 
2245 En pep plaç ho laçou, ha ho roedou gnouet, 
So creff da decef den, ha de ren da penet. 

Bezcoaz ne voe guelet, na caffet en bet mari, 
En nep bro oar tro den, het quelyen na guehan 1 : 
Quen paut > han drouc .Elez, nos dez en buhez ma// 
(f. 44 v) 22 jo Oar tro den pep henv, deffry bras ha bihan. 
Haceuvt punissaff, nep so claf gant caffaou. 
Eu ères hac espem// 6 , gante en Iffernou : 
Ez ynt creff en effet, goa eff quet do metou, 
Aya da douen laur, ordur hac ynjurou. 
2255 An nep so en ho craou, en poaniou dilaouen, 
Subiect dre pechedou, dan tan glaou peur couen : 
Yriam ha diamour, loudour v o sourpren, 
Nodeues muy dianc, ret eu stanc doen anequen. 
En arrach ontrachy 7, affuy ha drougiaez &, 
2260 Hep respit tristidic, hac en quisidiguiez 9 : 

1 . Expression nouvelle, cf. a bel stur v. 1925 , 2236, 2504, à het spaç 2267, 
à het stal 2455. 

2. Nouvel exemple de ce mot comme comparatif (cf. seul muy, v. 2237), 
sens ordinaire en mov. br., cf. Rev. Celt. XXII, 375, 376, 378 ; Gloss. 
444- 

3. Premier exemple de cette expression, cf. Gloss. 463. 

4. Premier exemple de ce plur. ; guenanen pi. guènan, van. gïiineneen p. 
gûinein, gûerenen p. gûereiii Gr., etc. 

5. On n'avait pour cette époque que la citation de l'el. : « dans la Vie 
de S. Gwenolé Quen paoùt, si nombreux », où le tréma a été probablement 
ajouté. Cf. Gloss. 466, 205, 156; Dict. het.... de Vannes 177. Maun. a 
beaucoup... paul »; « rare 1 , dibaot »; Pel. paot monosyll. " qui se pro- 
nonce Paul » beaucoup, abondant; abondamment; dibaôl rare, peu, non 
tréquent ni abondant; Grég. dibaut rare, van. id. : dibaut ai veach,'dibaul a 
vech rarement; Mil. ras., dibaot e teufe, pa u\\> deuet, sans explication 
(= c'est peu probable qu'il vienne, puisqu'il n'est pas venu déjà; le lr. 
« c'est bien rare » a, familièrement, une acception semblable). Dim. 
dibaodik, dibddik assez rare, assez rarement. Paut se trouve aussi, v. 2473. 

6. Espem signifie ordinairement action d'épargner, pitié; lire l.'tp pour 
hac ? 



Le Mirouer de h Mort. 69 

D'être venu a une forte peine et gémissement, sans aucun ménage- 
aient ; 
Et son esprit est occupé continuellement 
A nous tromper, fille et fils, roi et pape, très diligemment. 
2235 Plus approche de près pour nous la joie après le labeur 
Et le jour du Jugement préparé, venant continuellement, 
Plus de peine énorme pour nous tromper, assurément, 
Il met jour et nuit, pour nous mener à sa fosse obscure. 

De peur que nous ne sovons logés devant le roi du monde, bien 

[sûr, 
2240 Au lieu d'où il tomba quand il pécha, c'est clair ; 

Si bien que c'est toute son étude, et il v réfléchit sans cesse, 
Que nous sovons participants à son tourment complet. 

Et il v a un grand nombre, des misérables odieux, haïs, 
Qui sont tout pleins de venin qui ne peut être compris : 
2245 En chaque place leurs lacs et leurs filets, évidemment, 

Sont pour tromper fortement l'homme et le mener au châtiment. 

Jamais ne fut vu ni trouvé en ce monde 
En aucun pays, autour de l'homme, essaim de mouches ni d'abeilles 
Si abondant que les mauvais anges, nuit et jour en cette vie 
2250 Autour de toute espèce d'homme, sérieusement, grand et petit, 
Et pour punir celui qui est souffrant de douleurs 
Dans l'envie et la misère avec eux dans les enfers, 
Ils sont forts en effet ; malheur à celui qui parmi eux 
Va supporter peine, infamie et injures ! 
2255 Ceux qui sont dans leur étable, en des peines affreuses, 
Sujets, à cause des péchés, au feu ardent très horrible, 
Infâmes et cruels, vilainement ils les saisissent, 

Ils n'ont plus moven d'échapper, il faut abondamment souffrir la dou- 

[leur. 
Dans la rage outrageante, envie et malice, 
2260 Sans répit, tristes, et dans la peine cuisante 

7. Lis. outrachy. 

8. Lis. drouguix^, cf. v. 2251. 

9. Premier exemple de ce mot, cf. G/055. 557, 341, 342. Maun. n'a que 
« quisidic qui se plaint », Pel. kisidic «selon M. Roussel, ... Re'tiJ, qui 
recule au lieu d'avancer; et vient, dit-il, de Kis, Kisa. Le P. Grégoire 
m'assure qu'il est notre adjectif Sensible. En Basse-Cornwaille on appelle 
Kisidic un homme, ou plutôt une femme, qui se plaint souvent pour peu 
de mal ». Grég. donne qisidicq sensible à la douleur; sensible à la moindre 
parole, point souffrant (c.-à-d. endurant), délicat, douillet ; douloureux, 
qui sent de la douleur; qisidigue\ sensibilité, délicatesse ; Gon. kiçidik sen- 
sible, susceptible, délicat : ii%idige%, f. sensibilité, susceptibilité, trop grande 
facilité à s'offenser, délicatesse; Troude ajoute ki\iJik m. le faible, corde 
sensible, passion dominante d'une personne; cf. Ami. île Bret. XVII, 149; 
XXV, 214. Priminik pointilleux, cité Gloss. 341 parmi les formations voi- 
sines, est aujourd'hui en Léon briminii sensible (ah. Perrot). 



/O E. Emault, 

Hz vezont bizhuicquen, hep quen a leuensez ', 
Goa certen an heny, ayel dy en diuasz. 
Adarre cz leafF, hac ez compsaff affet, 

Da pep a enep bleau », ho bezaff bourreiuet > : 
2265 Père piz ne scuizont, na ne paouesont quet, 
Defïry ouz castiaff : punissaff pobl daffnet. 

Na gallent bout goalchet, contantet a het spaç, 
Ne guellont y dyen, na quemeret en graç : 
An poan creff han defibul, hac an boul disoulaç-t, 
2270 Areont dan re foll, so ouz coll s en ho lac 

A pep sort paurentez, pemdez ho deuez v, 
Naoun dLïs mil esgoar b , an trugar 7 bet nary : 
En pep lech ha sechet, diremet na gruet sy, 
Sigoaz s hoaz ha noazder, goude cher gaîery 9 
2273 Padel an drouc /Elez, hep fumez da bezaff, 

Nos dez dr'o deuez hoant, ardant do tourmantaff: 
En fier perseuerant '°, tan gourmant do plantaff, 
(f. 45) Hep douigaffnep heny, hac ouz ho gouliaff. 

Pez poan dicontananç ", goude bombanç chançus " 
2280 An bet he garredon, so diraeson confus : 

Ha bout hep peuch na span, en poan peur goeluan/w 
Hep caffout lem remet, an fa't so morchedus. 
Neuse ez gouzuezo pep tro, nep so ho hoant, 

1. Ici a' est une fausse notation de e, comme dans diux~ v. 2262, bourre- 
mvt 2264, hsedro 861, mrf 1762c» aej'^12), œil 919 (ueil 1965, 2573) ; cf. 
mon article Les nouveaux signes orthographiques dans le breton du Miroiter, § 9 
[Misceïlany presented to Kuno Meyer). Le même fait se trouve plus ancien- 
nement dans un document du v. bret. cité Gloss. 546; Rev.Celt. XVIII, 
313; XXV, 56; XXVIII, 48; XXXII, 128. 

2. Je ne vois pas d'autre exemple de cette locution. Elle rappelle celle, 
du Goélo, dont war an douar enep d'e i^ili venir au monde les pieds en avant, 
litt. « contre ses membres »\ un enfant qui naît ainsi a le privilège de gué- 
rir le mal de rein, o\an an dreu~ell. 

3. Premier exemple de ce mot, cf. Gloss. 77 ; bourrévya, van. bourréùein 
bourreler tournunter, bourrèvyaiçb, bmrrivye\ « bourrelerie, tourmentt 
qu'on souffre, ou que l'on fait souffrir » ; bourrêvès, van. bourréûes bour- 
relle, femme du bourreau ; bourrêvès pi. -évesed bourrelle, femme cruelle et 
inhumaine Gr. Nous verrons, v. 2297, bourreuet bourreaux, pluriel unique 
(ailleurs bourreuyen, bourreyen, mod. boureuien Maun., bourrèvyen, van. 
-èvyon, -évyan- Gr. ,-euion l'A., -èvien Gon.). 

4. Mot nouveau, composé de soulaç soûlas, consolation v. 470, 2918. 

5. Coll étant actif, on attendrait ou% em coll (ce que la mesure permet- 
trait). 

6. Le mot se retrouve v. 2381, 2980. Pel. cite de la Vie de S. Gwenolé 
Glac'harhac esgôar anC eus me o\ monet qu'il traduit « Pour moi, j'ai regret 
et douleur, en allant ». Il dit que Esgôar a dans l'usage de Léon les deux 
sens << douleur causée par le froid, et la faiblesse que cause la faim »; il 
ajoute: « On prononce plus doux Eshoar ». Le Gon. ne connaît ce mot 
que par Pel. ; Troude le tient pour suiarifié. 



Le Miroiter de la Mort. 71 

Ils seront à jamais, sans plus de joie ; 
Malheur, certes, à celui qui ira là à la fin. 

Je jure encore et je déclare 
A chacun que par les cheveux ils sont torturés 
2265 (Par les diables) qui ne se lassent point et ne cessent pas 
De châtier sérieusement et punir le peuple damné. 

Ils ne pourraient être rassasiés, satisfaits à la longue. 
Ils ne le peuvent, certainement, ni reçus en grâce : 
La forte peine et la violence, et le jeu impitovable, 
2270 (Voilà ce qu')ils font aux fous qui se perdent dans leur filet. 

Chaque jour ils ont toute sorte de misère. 
Faim incommode, mille cruautés impitovables, à jamais. 
En tout lieu, et soif sans remède, n'en doutez pas, 
Hélas ! encore et nudité, après bonne chère et gaîté ; 
2275 Constamment les mauvais anges, sans fin étant 

Nuit et jour, comme ils veulent, ardents à les tourmenter, 
A les planter dans la puanteur continuelle, le feu avide, 
Sans craindre personne, et à les blesser. 

Quelle peine sans répit, après l'abondance fortunée ! 
2280 Le monde et sa récompense sont insensés, déconcertants; 
Et être sans paix ni relâche en peine très douloureuse, 
Sans avoir aucune rémission, la chose est accablante. 

Alors ils sauront de toute façon, ceux dont le désir est 

7. Antrugar impitovable, v. 2310, est presque toujours écrit ainsi en 
deux mots, voir v. 309, cf. XI 553. C'est sans doute que cet archaïsme 
isolé (le préfixe négatif an- ne se trouvant jamais par ailleurs devant -/) 
était décomposé instinctivement en an trugar la pitié. Pel. dit que trugar 
est peu en usage, qu'il l'a entendu seulement dans la phrase « trugar ew o~ 
clevet, c'est pitié d'entendre », et qu'il le voit « adjectif en cet endroit de la 
Vie de S. Gwenolé : An Trugar Jésus, le miséricordieux Jésus ; ce qui peut 
pourtant signifier la miséricorde de Jésus ». Il est probable qu'il n'avait 
pris qu'une note hâtive sur ce passage, que le contexte seul permettrait 
d'interpréter. C'est de Pel. que doit venir l'art, que H. de la Villemarqué a 
ajouté à Le Gon. : trugar adj. miséricordieux. Troude donne trugar f. 
plaisir, satisfaction prononcée. Il ajoute : « Je l'ai vu employé au sens de 
dudi ». Miiin a écrit ensuite : « Syn. » (synonyme); il a employé le mot 
dans des vers cités par Troude, p. 672 : Enn eur gana gant hearugar, = 
(le roitelet...) en chantant dans sa joie. Dans tout le bas Léon, trugar est 
connu au sens de plaisir, ravissement : al laboused a gain-, euu drugar 
c'hlevet les oiseaux chantaient, que c'était un plaisir de les entendre. 

8. Exemple unique de cette graphie (ailleurs sygoa^, dans les NoiieJou 
syoîta%, etc., cf. Gloss. 628, 629). 

9. Mot nouv.. du v. fr. gayerie plaisir, volupté. Cf. v. 1172. 

10. Ce mot ne s'était trouvé que comme adverbe. X 200. 

1 1. Mot nouveau, cf. hep contananec incontinent, sans délai XI 323. 

12. Ce mot ne s'était trouvé que XI 45 3, mal écrit chansus (contrairement 
à la rime). Grég. donne chuiiç~us chanceux, l'A. chanchuss (voir mon Dict . 
van. ). 



yi E. Ernault. 

Da seruichaff dan bet, ha pechet competant : 
2285 Ha derchel grat Sathan, ha heul é comanant, 
Pez vezo ho profit, na'n gounit euidant. 

Rac bizuicqueu membry ', ne guelont y dien, 
An guir Doe, Roe, Croeér, autrou quer souueren : 
Na den â nep heny, en é ty ancien, 
2290 Nemet Diaoùlou, en tourmantou couen. 

Neuse bech ho pechet, conuertisset cret henw, 
Peur ditruez vezo, eno oar ho clopen» : 
Na bizhuicquen me'n cret, remet dre nep peden//, 
Ne guellont da caffout, he gouzuout ho brout 2 tem/. 
2295 Rac se ma em sentech, ez renonçech pechet, 

Hac adheraf 5, buz Doe, pegant ez ouch croeé * : 
Rac oun a huy na cleu ? na ve an bourreuet, 
En yffernrc eternal, hoz groahe scandalet. 
Breman ez fell guelet, heruez maz procédant 
2300 Pénaux an tourmantou, han poanyou esouhaff 5 : 
Ez yndi varius é , changus 7 outracheussaff 8 , 
Da vn stat ne padont, quent ez changont prontaf. 

Dren pez da pep heny, maz int y varius, 
Ha nepret en vn stat, haznat nac ynt padus : 
(f. 45 v) 2305 An poan creff â grefont, d grueont quen spontus, 
Goa eff aielo dy, dan ty malicius. 

Quentaff condition : dirœson disonest, 
A greff an poanyou man, buan heruez an test : 
Eu an acerbite ' : aneze nede fest 1o , 
2310 Maz ynt aegr >' dihegar '- : antrugar da arhuest. 

Ho bout leun â hueruder '5 : aegrder dimoderhaflf '*, 

1. La première syll. rime en en, cf. les variantes menbry, men bry; de 
mêmev. 2383. 

2. De l'inf. broudaff aiguillonner. 

3. Mot nouveau, du fr. adhérer. 

4. Lis. croeêt ; le l est remplacé par un point. 

5. Écrit esaoubaff, v. 2386; superl. de esou (fille) effrontée, révoltée, ou 
odieuse B 357, cf. Gloss. 222 ; Noies d'étym. bret., n° 71, § 7. 

6. Mot nouveau, cf. v. 2303; du v. fr. varieux qui varie sans cesse, 
inconstant. On ne connaissait que variabl et variant. 

7. Dérivé nouveau, écrit chaingus, v. 2690; mod. cefichus,ceiiïchus, van. 
chanchus, chanjus changeant ; ceinch, cei'icb, cheilch, cheinch changer, chench- 
Jichench« changeotter, changer à tous momens »,cench,echench, ecench chan- 
ger de la monnaie, ceinch, ecench change, menue monnaie, ceinch, cheiich change, 
commerce d'argent, liqer-ceincb lettre de change, ty-ceinch place du change, 
la Bourse, cencher, pi. -éryen, chencher pi. yen changeur, ceinchidigiteç, cen- 
chamani changement, eceinch échanger; pi. ou échange Gr., cench change, 
changer, échange, échanger, cenchere^, ecench banque Maun., cf. G/055. 103 ; 
Dict.van., v. cbauj. 

8. Voir v. 1673. LV ne se joignait pas à Vu suivant pour faire la voyelle 
eu : il est ajouté pour noter que ch a le son doux (français, et non celui du 



Le Miroiter de la Mort. 73 

De servir le monde et le péché exactement, 
2285 Et garder l'amitié de Satan et suivre sa règle, 
Quel sera leur profit et le gain évident . 

Car jamais, je l'atteste, ils ne verront, certes, 
Le vrai Dieu, roi, créateur, seigneur aimé, souverain, 
Ni homme d'aucune sorte, dans sa demeure antique, 
2290 Mais des démons, en des tourments affreux. 

Alors le poids de leur péché sera changé, crois-le, 
Très impitoyablement, là sur leur crâne ; 
Et jamais, je le crois, par nulle prière, rémission 
Ils ne pourront trouver; savoir cela les pique vivement. 
2295 Aussi si vous m'obéissiez, vous renonceriez au péché 
Et vous attacheriez à Dieu par qui vous êtes créés; 
De peur, n'entendez-vous pas ? que les bourreaux 
Dans l'enfer éternel ne vous fassent châtiés. 

Maintenant il faut voir, d'après l'ordre que je suis, 
2300 Que les tourments et les peines très horribles, 

Ils sont variables, changeants de la façon la plus douloureuse : 
Ils ne restent pas au même état, mais changent très promptement. 

Parce que pour chacun ils sont variables, 
Et jamais au même état, évidemment ne sont durables, 
2305 Ils aggravent fort la peine, qu'ils rendent si épouvantable, 
Malheur à celui qui ira là, dans la maison méchante. 

La première condition, extrêmement affreuse 
Qui aggrave ces peines, vite, selon le texte, 
C'est leur rigueur : ce n'est pas une fête, 
2310 Si bien qu'elles sont aigrement cruelles, d'aspect impitoyable. 
Qu'elles sont pleines d'amertume, d'aigreur très excessive, 

c'h moderne). Il en est de même dans compaigneunou compagnons v. 326 
(gn doux et non g -f- «), etc. 

9. Mot nouv., du fr. aceriité; cf. v. 1996. 

10. Litt. « d'elles ce n'est pas régal. » 

1 1 . La rime ferait attendre plutôt bec. 

12. Écrit de même v. 308 (et non diegar, Dict. étym.)\ dihégar cruel, dur, 
sévère Gon., dihegar, dishegar inhumain, cruel Trd. 

13. On a vu, v. 1395, ce mot, qui reparaît v. 2331,2335, 2339,2341, 
2343, 2587, 2629, 2633, et a une variante huerfder v. 2327; cf. Gloss. 327 ; 
c'huefvder Maun., c'bûérvder p. -eryou Gr., c'houervder m. Gon. Grég. 
donne aussi c'hûérvente^ p. you, van. hûerhûony ; Le Gon. c'houerventeç, 
•vôni; l'A. huêritonni, buêruision m. amertume, huerhonni acrimonie; Châl. 
et Châl. ms. huerûoni acidité, etc. Grég. a c'huervison pissenlit ou dent de 
lion, plante purgative, Pel. c'hu/erwisson, Gon. c'houervi^on m., Troude 
c'houerve^pn, -vi\on, Mil. ms. « c'houervison (s dur) »; cf. Gloss. 685, 633, 
634, 735 ; gall. chwerwlys, chwerwyn llwyd absinthe, etc. Mil. ms. porte, 
entre les art. c'bouero et c'houerv : » c 'houe rn; 'us adj. aigre, aigu, rauque rude. 
On dit aussi c'houerjus ». Serait-ce un mélange de c'houerv et de verjus verjus? 
Voir v. 2456. 

14. Superl. de dimoder, mod. divoder immodéré; immodération Gr, 



7-i /■'. Ernault. 

A guell bezaff proufet : er peprct dihajtaff : 

Ne cessont nep quentell, peur cruel ouz goelaff. 

Ha grigonçat ■ ho dent : disquient da quentaff. 
2513 Yuez gant ho martir : diguir ez desiront, 

Corffhac enefdre bell-, meruell ha ne guellont : 

Byzhuicquen v en goar : dre glachar ne rnaruont, 

Ha se à gref ho poan, goeluan eu à canont. 

Oar an bet pan edoant 1 : ez quemerent * spont bras, 
2320 Ha tar ; rac na marusent, pep lient en casent las : 

Pep carmouich 6 é douigaff : a gruewt scaff quentaf pas 

Lies esfreiz dreizaff : scafFy a gouzafas. 
Hac eno ho désir, ha ho holl pridiry, 

Na ne hoanteont quen, termen a nep henv : 
2325 Nemet an maru garuharï : da gouzaff neraff sy, 

Ha meruell ne guellowt : dre nep spo«t na gront muy. 
Eno gant an aegrder : huerfder disemperet, 

Ancquen en ho guenou, bet gruizvou ~ ho coudet : 

Ez dantont ho teaudou 8 : ho membrou darnaouet, 
2330 Hac ez blasphemont Doe, pegant ez ynt croeét. 

Bezcoaz ne voe hueruder : na lier quen souueren, 

Euyt vestle 9 na huzel, cruel na huffelen 10 , 

1. Ce mot est employé comme subst., « grincement », v. 2409. Cf. 
GIoss. 293, 294. Maun. a « grincer des dents, gringnoça an dent » (et grin- 
çai); « gringonçal grincer »; Pel. grigonça, -çal grincer des dents, et com- 
pare le fr. gringoter; R cl ms. grigounsqt, grigonsa; Chai. ms. (screignal en 
dent), grignochein,(charronchaï); Grég. (grinç~al an dèhf),grigonç^at an dent, 
grignoçça an dent id.; grigonç^ m. pi. ou cartilage, -us cartilagineux, 
coriace; Gon. grigonsen f. pomme sauvage, pomme aigre ou avortée pi. 
grtgoiisennou, grigons; grigonsék qui produit de ces pommes, abondant en 
pommes sauvages, etc.; grigonsa, « par abus » -sat « grincer les dents », 
grigoùierei va. grincement de dents; il dit ne connaître grigous m. cartilage 
que par Grég., ce qui ne l'empêche pas de donner les ad), grigoùsu-, -sek 
cartilagineux. Troude donne grigonsdl, -sat v. a. grincer; grigons pi. 
pommes sauvages, pommes acres; m. cartilage; grincement de dents: 
grigonsék f. lieu planté de pommiers sauvages, etc. ; Mil. ms. a « gragons, 
gregons, pomme avortée » ; « gragons pomme avortée, petite pomme qui 
mûrit avant les autres ». On dit grigonsen petit morceau : eur grigonsen 
vara un petit morceau de pain (M. Lec'hvien). 

2. Prononcé dre veïl, dont la i re syll. rime à enef. 

3. Lire edont; cf. v. 2520. 

4. La rime ferait attendre quemersont ils prirent. 

5. Lire tear, variante de tuer} Ou garu ? 

6. Mot nouveau, du fr. escarmouche. 

7. Ailleurs gri\\ou, -~ion ; mod. gri^you, hors de Léon gryou, gruyou 
Gr., tréc. grouio. 

8. Premier exemple de ce plur. ; téaudou, van. teadëu Gr., tréc. tiaoâo ; 
cf. Gloss. 684. 

9. Mieux écrit vestl, v. 2338, 2440. Le Miroiter n'a, par ailleurs, Ye 
muet français que dans la 4* partie, et toujours après r précédé de con- 



Le Mi rouer de hi Mort. 75 

On peut le prouver : car toujours très désagréablement 

Ils ne cessent à aucun moment de pleurer bien cruellement 

Et de grincer des dents, affolés, d'abord. 
2315 Dans leur martyre atroce aussi ils désirent 

Corps et âme, avec violence mourir, et ne peuvent : 

Jamais, ils le savent, de douleur ils ne mourront, 

Et cela aggrave leur peine, c'est un gémissement qu'ils chantent. 
Quand ils étaient sur la terre, ils avaient une grande peur 
2320 Et rude(?) de mourir: partout ils haïssaient beaucoup cela. 

Eu toute attaque ils le craignaient vite tout d'abord : 

Ils souffrirent, certes, par là beaucoup d'effroi. 
Et là (est) leur désir et toute leur pensée, 

Et ils ne souhaitent nulle autre chose d'aucune sorte, 
2325 Que de souffrir la mort la plus dure, je n'en doute pas: 

Et ils ne peuvent plus mourir par aucune épouvante ni menace. 
Alors par l'aigreur, l'amertume désespérés, 

L'angoisse en leur bouche jusqu'aux racines de leur cœur. 

Ils mordent leurs langues, leurs membres déchirés, 
2330 Et blasphèment Dieu par qui ils sont créés. 

Jamais il n'v eut amertume ni puanteur si extrême. 

Pour fiel, ni suie odieuse, ni absinthe 

sonne : Mxstre 3060; f. 71 v (miestre 3465, Mestr 132): gdbre 3558. Cf. 
Les nom), signes ofthogr. 10. La variante bestl, qui doit être plus ancienne, 
n'est attestée pour le mov. br. que par Pel.. citant d'après « la Passion de 
X. S. » Gwin -aigr ha bestl, vinaigre et fiei ; mais il avait en vue le pas- 
sage Guin aegr, mxr, vestt, ] 143. Il donne aussi Bestlecs (lis. bestlec) « qui 
a du fiel, ou qui est de fiel » (gall. bustlog). R el ms. a vestl et bestl, Maun. 
vestl, Gon. bestl f., « quelques-uns écrivent et prononcent gwestl », puis 
béstl, givéstl; Trd bestl f., puis bestl : Mil. ms. «vestl. . . (à mettre à Bestl)» \ 
du Rusq. bestl f. pi. ou. Comique bis tel, bestel, bestl, bystel, bystyl, bestyl, 
besl, le^l (Jago). Cf. Gloss. 737 : Walde -, v. bllis : Pedersen, Vergl. Grain. 
I, 116. 

10. Ces noms ne s'étaient trouvés que dans le Cath. : hudel, uidein bu~el ; 
hu-el suie, hu^elxaff noircir de suie. part, bu-elxet. « Aulcuns dient en breton 
utlelet mettent ci au lieu de -, tant uault » C 17 ; hu~exl et part, bu^exlet C /> : 
bu^el pe bu~il ; hudel ; huxelyaff C ms. Maun. a : « suie v%el, bi^il » ; « bu~el 
pe hwçil suie » ; v~ell pe v^iîl suie » ; Gr. hu;xl (et ;/^\7 dans un exemple), 
hu\el, Intel, van. huylér,hulèr, buhel, verbe hurylha, huqelya : Pel. hu~el.hu~il. 
bi;il, van. huler, huiler: R^ 1 ms. hu~ul, hu\él, hu~il : Le Gon. hu~el, hugil, 
huel, f.. van. huler, huiler ; hu-clia, hu-ilia, van. hulèrcin, huïlèrein noircir 
avec de la suie ; se former en suie {j.m~éliu~, bu~ilu^, hors de L. huilii; 
fuligineux, ressemblant à de la suie, couleur de suie H. V.): Trd hu~il. 
huçel, //-//, u~el, huel m., buel-moged m. (= suie de fumée), hu^uïlh m, à 
l'île de Batz; u~el, bu~el, hu~il f.. u;il : u;uil f. « au H. Léon on dit u~ul 
(/ mouillé). . . u^itl pron. u~uill n'a été [cité] dans cette forme par aucun 
lexicographe breton : elle. . . est en usage depuis Saint-Pol jusqu'à Lesne- 
ven, c.-à-d. à peu près dans tout le H. Léon » Mil. ms., à Ouessant 
uquilh, D. Malgorn, à Beuzec Cap-Sizun u;il, J. Francès) : hu~ilia, hu^elia, 
ii'iliti, van. hulerein noircir de suie, se former en suie (« au H. L. 



j6 /-.'. Ernauît. 

(t. 46) Euel plen an heny, so dan reuseudien : 

En cernti an yffernou : en poaniou dilouen. 
2^, Hueruder quet en betman : nau reman so hanuet 
Ouz heny an yfFernn, ma/.edi'n bern;/ cornet : 
Nendeu sacun vn çaig 1 , da bout comparaichet : 
Muveuet an vestl ouz mel : cruel eu é guelet. 



it-ula, pron. u~uilla » Mil. ms.) ; du Rusquec bwçul {., hu~el ni., 
huçuitt m. pi. ou, u%el f. ; u^il ; it^uil m. ; ku~elia, bu-ulia v. a. et n. ; 
bii'uliu^ fuligineux, de couleur noirâtre, hu^ui'llu- qui se forme en suie ; 
Châl. htdèr, huiler (bas-van. huel, Loth) ; Ch. ms. huïel, liuler, huiler, à 
Sarzeau huel : l'A. bulére m. pi. -n'eu. On dit en Trég. et Goelo hue! 
(2 syl. ), en Corn, hueil. C'est un de ces mots dont il est difficile de déter- 
miner le genre, parce qu'on ne les emploie guère qu'au sens général ; le seul 
témoignage positif, huel-mogeJ, indique le masc, comme en gall. huddygl. 
Aux deux explications proposées pour huiler, hule'r, Gloss. 458, on peut 
ajouter *hu~il-er, cf. annexer, ounue-er m. la crasse qui vient sur la peau, 
etc. de * an-he^-oer, Gloss. 30 (allem. Ansat\ dépôt, lat. sedimen, gr. uçi'Çyichç); 
Voir Rev . Celt. V, 126, 127; VI, 396; Henry, Le.x. 167, 214. 215; 
Stokes, Urk. Spr. 298; Macbain, Etym. dict. -\ 352; Walde,£7vw. Wœrt. 1 , 
695 ; Kcerting, Lat. -roui. IV. ', 9221, 9230 a ; A. Torp, Il'ortschat- der 
germ. Spr. 428; Pedersen, Vergl. Grain. I, 71, 72 (où le mov. irl. suithe 
est regardé comme un emprunt brittonique), etc. L'Archzologia Britannica 
de Lhuvd écrit inexactement eyçil (avec un y pointé qui vaut e du fr. le), 
au mot fuligo ; et dans la traduction anglaise du P. Maunoir, Williams a 
ajouté hydhevl avec l'indication « Quill. »; c'est le hu^eyl du Cath. (édition 
de Quille véré), qui a subi d'abord une transcription galloise; voir Le mot 
« Dieu » en breton, § 7. 

— Le Cath. a hufelen « aluine ». V. Henry attribue au mov. br. une 
autre forme hu;elen, sans doute d'après Pel. : « Hufelen, U^elen et Uheleu... 
Le P. Maunoir ajoute par deux fois Ohwerw, amer : et pareillement 
M. Roussel, qui veut que ce nom double signifie robe-de-dessus-amere, 
prétendant que la seule superficie de cette plante soit amere. Tous les plus 
vieux livres que j'ai pu lire, portent tous Uselen et U^elen, sans y ajouter 
Ohwerw. . . Nous verrons en son rang Uc'helen. » A l'art, précédent 
(JnupT), il avait dit : « Hu^el semble n'être que le primitif de Hufelen, . . . 
qui est le nom .. . de l'absynthe. . . ». Il a aussi : « Uc'helen, Robe de 
dessus... hauteur ou terrein élevé»; « Uc'helen-c'hwero, Absynthe . . . 
parce que, disoit M. Roussel, qui l'écrivoit ainsi, la seule peau de cette 
plante est amere, et en est comme la robe de dessus » ; « Ùc'helen-gwen, 
Armoise... mot à mot, Robe de dessus blanche, ou Haut-blanc ». Les 
deux passages de Maun. portent : vheleu c'huero. La préoccupation de cette 
épithète a empêché D. Pel. de constater que quelques-uns, au moins, de 
ses vieux livres avaient huffelen. Uselen pourrait être, de sa part, une erreur de 
lecture pour iifelen, et u;eleu, hu-elen, des formes amenées par l'association 
d'idées qui est dans notre texte : « hu~el... na huffelen ». R el ms. a (après 
hu^ul) : « huelen absinthe, uheleu, uselen », sans c'huero. Il est probable que 
l'addition de cette épithète a eu pour objet de distinguer l'absinthe de l'ar- 
moise ; cf. armoise amere id., Maine-et-Loire (Rolland, Faune pop. VII, 68). 
Gr. a an huelen, c'huero, an hufelen, ar vuèlen absinthe; guin ar vuélen du 
vin d'absinthe ; au uhélen-vénn armoise. Ar vuélen peut être une modemi- 



Le Mi rouer Je la Mort. 

Comme celle qui est, certes, aux misérables 
Dans l'enceinte des enfers, dans les peines cruelles. 
233) Aucune amertume en ce monde, ni celles qui sont ici nommées 
A celle de l'enfer, où le tas est encerclé, 
N'est a comparer, certes, aucune mixture, 
Plus que le tiel au miel : c'est cruel de le voir. 



sation inexacte d'un ancien *an uueleu, prononcé uveleii, ci', vuel humble 
Gr., mov. br. vuel (prononcé uvel), Gloss. XIX. Le Gon. dit qu'on prononce 
buéhn-chouerô f., « mais, dans les anciens livres ou manuscrits, on le 
trouve toujours écrit u^êlen ou hu~élen » ; ceci est évidemment pris à Pel. ; 
il ajoute : « quelques-uns prononcent vuèlen », ce qui peut venir de Grég., 
comme vuel humble. Il a aussi uc'hêlen id., et huelen-icenn f. armoise. Trd 
a, entre autres, huelen-clmuero, sur quoi Mil. ms. remarque : « on prononce 
encore à l'ile de Batz huffelen chouero ». Du R. donne d'abord pour 
« armoise » huelen c'bouero et buelen gwen ; son Dict. bret.-Jr. traduit le 
premier « absinthe », et écrit mieux l'autre buelen-wen. Rolland, Faune pop. 
VII, 63, 69, donne huéleii cboèvr armoise, Lannion, îtvélen id. Pleubihan 
(Y. Kerleau); uçalen veut, absinthe, Cléden Cap Sizun (H. Le Carguet). 
On dit en haut Trég. buelen c'houerv absinthe. Cf. huvéle\ espèce de tanai- 
sie frisée, Pleubian (Y. Berthou). Le corniq. avait fuehin absinthe (fuetin, 
Jago ; feleu (Lhuvd). Henrv compare huai entrave, corniq. fual, huai qui 
viendrait du 1. fibula agrafe, « à cause de la forme des corymbes » : il y 
aurait eu contamination de buqel suie, et huel haut . Lhuvd transcrit iuelen 
(son 11 est un ou français), ce qui pourrait faire supposer une forme vanne- 
taise *ihuelen, mais Ch. ms. porte uhelen hueru. On sait, d'ailleurs, combien 
Lhuvd est sujet à caution, en fait d'armoricain. Il donne, par exemple, à 
« pestis », boken avant pris le e breton (doux ici) pour un c gallois (tou- 
jours dur). Cela ne l'empêche pas d'avoir eu et tenté de réaliser, au com- 
mencement du xvme siècle, l'idée excellente d'un dictionnaire polyglotte des 
langues néo-celtiques, qui n'a malheureusement pas été reprise depuis. Cf. 
Le Journal des Savants, août 1897, p. 488-492. 

1. Lis. saçun un eaig ; premier exemple du mot resté en van. dans bemp 
ceinge sans mélange, purement, gùiu queige ripopée (vin de mélange, ou 
mélangé), queinge-meinge pêle-mêle, geige-meige confusément l'A., caige- 
niaige Ch., qeieb-meieh Gr., queig' er meig' Ch. ms. ; cf. caigein mêler, 
brouiller, tripoter, sophistiquer, frelater, queigeiii Ch., caigein Ch. ms., bas- 
van, keïjein Loth : queigein l'A. ; caigeaJur, caigereh mélange, queigereah ph 
eu id. Ch., m. l'A., queingeadur m. pi. eu alliage, ceigeadur confusion l'A.. 
keijcij m. chose mêlée à une autre, matière étrangère, etc., voir Gloss. 168. 
Le mov. bret. quisout cité à cet endroit, est réellement quesout, voir v. 87 ; 
faute probable pour quejout. Pel. a « Keigea, et Keigeout ou- nu den beunac, 
Aller a la rencontre de quelqu'un. Je l'ai trouvé écrit de ces deux 
manières » ; ce qu'il ne faut pas prendre trop à la lettre, la source étant 
très probablement Maunoir : « rencontrer,... quigeout oui » ; « queigea ren- 
concrer ». Grég. a qigeout ouc'h rencontrer, avec un exemple; Le Gon., 
kijoui v. n. rencontrer: aller à la rencontre de, avec l'exemple de Grég., 
qui n'atteste que le premier sens. Troude donne kejout comme variante du 
van. Itejein mêler, et kijoui odh en Cornou. rencontrer. En Cornouaille, on 
dit keja mêler, et kefa gant eun- bennag se rencontrer avec quelqu'un 'M. Le 
Floc'h. de Douarnenez). 



jS E. Èrnault. 

Nep .i considerhe an hueruder se leal, 
2; \o En bot hep contredy, quent moqet dy rial ' : 
A soutenhe pepret, hueruder an bet Jetai. 
Ha neubet ez carte : ve dezaff se real. 

Considérai" noman : an hueruder nian hanuet, 
Ara den meur a lech, da lamét à pechet : 
234$ Hac obet pinigen» : en glen quent gourfenw bet, 
Er na ve an tuhont : ez ve pront confondet. 

Rac se ez dlehe den : en pep termen en bet, 
Pridiri peur fier, maz locher an speret : 
Er nac ahe dan tnou : dan yffernou plouet, 
2350 Da bout en poan ha nech : lia rech dre é pechet. 
An eil condition : à fon» don melcony, 
Ha poan nep so manet, en penet hep quet sy : 
Eu bout nyuer meurbet : carguet a contredy. 
An poaniou internai : scandai ha contralv. 
2355 Poaniou innumerabl : dihabl â drouc aplic, 
Ha crizder dimerit, hep respit tristidic : 
Stancq gant anequen eno : dan re so en ho quic, 
Han enef so grefuet : nedeu quet neubeudic J . 
Bezaff en deues ; Doe : nep so roe dan ploeou, 
(f. 46 v) 2360 Da pep heny digraç : alies cargazou + : 
Carguet à sezyou s lem : hac a lies flemou 6 , 
An rese lem ha moan : ho goan euel tan glaou : 

Dre'n faeçon man hanuet : ententet ezedy, 
An niuer dimerit, infinit hep deduy : 
2365 An poaniou bras hastlem : : da quement so enhy, 
Ho bout prim estimet : ne galhet à detry. 

An corff â diaues 8 : gant angoes han 9 esgoar, 
A vezo cog '° brochet ", â se quet na gr et « mar : 
Gant seziou dagou ' ; lem : hep esquem dimemoar '4, 
2370 Xaoun pep lech : ha sechet en bet ne carïetpar. 

1. Ce mot, écrit ryal dans les Poèmes Bret., ne se lit par ailleurs que dans 
le Mirouer (v. 31, 2613, 2727), et dans les Barçounegou (lavaret rial pro- 
noncé nettement, Gloss. 563); notre texte a une variante riel, v. 83, 2434 
2437, 2627, 2730. Les deux formes existent encore en Léon : Rial adj . ou 
adv. Lena a ra rial il lit couramment, facilement, sans hésiter; rial e~ a 
gantait il récite sans hésitation; e gentel a car riel il sait très bien sa leçon 
(ab. Caer). J'ai assimilé ces mots à real réel, réellement ; ne serait-ce pas 
une aphérèse de impérial} Sur ce phénomène, cf. Gloss. 324-327. 
L'expression kaer impérial très beau, existe. Le moy. bret. avait impérial 
impérial, G/055. 335 : van. impériale l'A. ; ce mot s'est mêlé au fr. empyrée 
dans <m eê Etnperyal, an eê Imperyal « empirée, le ciel empirée », da Eê 
imperyal « le Ciel empiré », Gr. Ou = royal(emeul) ? 

2. Ecrit nebeudic C b\ Gloss. 439. 

3. Premier exemple de cette conjugaison, cf. Gloss. 66, 67. 

4. Mot nouveau, à lire cargaçou; du fr. 



Le Miroiter de la Mort. 79 

Celui qui considérerait cette amertume, loyalement, 
2540 En ce monde, sans contredit, avant d'aller là, certes. 

Supporterait toujours l'amertume du monde, sûrement, 
Et trouverait que ce serait réellement peu pour lui. 
Considérer ici cette amertume (que j'ai) nommée, 
Fait l'homme en plusieurs cas sortir du péché 
2545 Et faire pénitence sur terre avant la fin du monde, 

De peur d'être dans l'au-delà en un instant confondu. 
Aussi l'homme devrait, de toute façon en ce monde 
Réfléchir très sérieusement où sera logée l'âme 
De peur qu'elle n'aille en bas aux enfers, ravie 
2350 Pour être en peine et ennui et douleur à cause de son péché. 
La seconde condition qui augmente la profonde mélancolie 
Et la peine de celui qui est resté en châtiment, sans aucun doute, 
C'est qu'il est grand, le nombre plein d'horreur 
Des peines infernales, douleur et anxiété. 
2355 Peines innombrables, terribles, de mauvaise nature 
Et cruauté extrême, tristes sans répit, 

Accablantes d'angoisse, là, pour ceux qui sont dans leur chair 
Et l'àme qui est punie : ce n'est pas peu de chose. 
Dieu qui est le roi des peuples, possède 
2360 Pour chacun, terribles, beaucoup de carquois 

Remplis de flèches aiguës et de'beaucoup de traits ; 

Ceux-là, aigus et minces, les piquent comme des charbons ardents. 

Par cette façon (que j'ai) nommée, on entend 
Le nombre extrême, infini, déplorable 
2365 Des peines graves et horribles pour tous ceux qut y sont : 
On ne pourrait les évaluer rapidement, certes. 
Le corps, au dehors, avec angoisse et gêne 
Sera (comme un) cran frappé, n'en faites pas de doute, 
Par des flèches, des dagues aiguës sans relâche, à tout moment: 
2370 Faim partout et soif, comme au monde on n'en trouverait pas. 

3. On n'avait que des variantes dont la plus rapprochée est seçiou, cf. 
2369; sx~ pi. you Gr. Cf. Gloss. 593. 

6. Premier exemple de ce plur. : flémm pi. ou, van. flem pi. eu aiguillon 
d'abeille, etc.. fleiimi pi. ou aiguillon de couleuvre Gr. 

7. Unique exemple de ce mot, qu il faut lire stleu ; variante de éstren 
étrange, odieux ? 

cS. Premier exemple de ce mot, cf. Gloss. 162 : adiaue% extérieur, exté- 
rieurement, aditive- au dehors Maun. Voir v. 3240. 

9. Lire prob. bac. 

10. Ce mot n'est connu (avec g doux) que par le v. 432, où il signifie 
coche, cran (où frappe l'horloge). 

11. Participe du verbe brog il frappe, v. 433; brocha percer Maun. 
1 2 . Lis. gret, groet ou gruet. 

13. Premier exemple de ce plur. ; dagou Gr. 

14. Mot nouveau, formé comme le fr. immémorial. Grég. a divemàr, 
dienvor qui n'a point de mémoire. 



8o }■'.. Ernault. 

Yuez eznet à preiz : ha Loeznet esfreizus ', 
Prefuet disneuz euzic, louidic ha figus : 
Eno ho debro sur : gant laur diffurmus », 
Gant furor ; disordren, pep termen ancquenus. 
2375 Han Enef diabarz + : à vezo esquarzet s, 
Gant pref an Conscianç, diauanç offariczet : 
Reiffdezy da gouzuout : ha he groay hiruoudet, 
Maz carse dà loch salu : ez galle bout galuet. 
Ha pénaux die pechet : hep remet ez edy, 
2580 Condamnet da mil rcux, hep quen raeux 6 nedeux si 
Da bout ach en glachar : hac esgoar bet nari, 
A pep tu ha ruyn : hep sin ^ da pep heni 8 . 
Ha bizhuicquen raembry : adeffri difiaf 9, 
Nerav corfï nac enef, euvt cref ho grefaff : 
2385 Na m eruell Io neguellont : pez spont da confontafl? 
Quent se pemdez dézrou, en poaniou esaouhaff . 
Eno riu hep diuez : ditrue/. â vezo, 
(f. 47) Ha tan inextinguibl ", quen terribl ho riplo : 
Prefuet ort ha mortel : da quement bo guelo, 
2390 Ha fier intollerabl. dvhablho renablo ,2 . 
Teftalien eno : pep tro à vezo sur, 
Flageliationou 'i, ha poaniou dynatur ' 4 : 
Ha vision euzic : tristidic difigur, 
Cruel an drouc .Liez : pez lastez do mezur? 
2395 Ha boaz confusion : hep ton a consonance, 
Pepret an pechedou, drouc faetou dezrou chanç : 
Hac iffam pep amser : seder disesperanç, 
A pep mat en stat man, pez poan dicontananç ? 
An poanvou man hanuet : ha prezeguet seder, 
2400 Xendint netra achiff, en respet dan nyuer : 
An re so plen eno : goa eff so en ho serr '<>, 

1. Dérivé nouveau ; effrey^us effrayant, effroyable Gr. voir v. 90. 

2. Mot nouveau, dérivé de diffurm, difurm difforme. Grég. a difurmi 
« difformer, ôter la forme ». 

3. Premier exemple de ce mot, pris au franc. : cf. Gloss. 22. 

4. Premier exemple de ce mot, voir Gloss. v. abar\. Maun. donne adia- 
Ihtiy au dedans ; intérieur. 

5. Seul exemple de ce mot ; d'. scarça « vuider, nettoyer » Maun. ; Glos. 
603. 

6. Cf. na meux na manu (il n'y a en enfer) ni mets ni rien, rien de bon 
J 14; meus boet « mets de viande » Maun. 

7. Lire fin. 

8. Lire hini. 

9. Premier exemple de cet inl., et. Gloss. 166. 

10. Lire meruell. 

11. Mot nouveau, du fr. 

12. On n'avait de ce verbe que le participe, dans drouc rendblet qui 



Le Mirouer de la Mort. 81 

Des oiseaux de proie aussi et des bêtes effroyables, 
Des vers hideux, affreux, sales et gourmands, 
Là les mangeront sûrement, avec douleur qui enlaidit, 
Avec fureur désordonnée, de toute façon pénible. 
2375 Et l'âme, au dedans sera rongée 

Par le ver de la conscience, à tort offensée, 
Lui donnant à savoir, ce qui la fera gémir. 

Que si elle avait voulu, au lieu de salut elle pouvait être appelée, 
Et que par le péché sans rémission elle est 
2380 Condamnée à mille maux sans autre nourriture, il n'y a pas de 

[doute, 
Pour être, hélas! dans la douleur et la peine, à jamais 
De tout côté et la ruine, sans fin pour chacun. 
Et jamais, je l'atteste sérieusement, ne périront 
Corps ni âme, pour fortement qu'ils soient punis, 
2385 Et ils ne peuvent mourir ; quelle épouvante, à rendre confus! 

Mais chaque jour commencement, dans les peines les plus horribles. 

Là il y aura sans fin un froid impitoyable 
Et un feu inextinguible qui les châtiera bien terriblement ; 
Des vers sales et mortels pour quiconque les verra 
2390 Et une puanteur intolérable qui les punira atrocement. 
Il y aura là ténèbres de tout côté; sûrement. 
Flagellations, et peines extraordinaires, 
Et la vision affreuse, triste, difforme 

Cruelle, des mauvais anges ; quelle horreur pour les nourrir ! 
2395 Et encore la confusion, sans aucune consolation. 

Des péchés, toujours, des mauvaises actions, cause de leur sort, 
Et accablant en tout temps, assurément, le désespoir 
De tout bien en cet état ; quelle peine continuelle ! 
Les peines ainsi nommées, et décrites sûrement 
2400 Xe sont rien de complet, à l'égard du nombre 

De celles qui sont là, certes ; malheur à qui est sous leur coupe ! 

indique une mauvaise qualité difficile à déterminer; en Trég. et Coclo 
renabi, retiabeignan treo faire l'inventaire des objets, Gloss. 569. 

13. Mot nom., du fr. ; l'A. donne flagellation f. flagellation ; flagellein 
flageller. 

14. Malgré la seconde rime intérieure ha poa-, la place de la principale, 
en ou, est si insolite (3 e svll. au lieu de 5 e ) qu'on peut se demander si l'au- 
teur ou l'imprimeur n'a pas eu une distraction : on attendrait quelque 
chose comme esou pur, cf. v. 2386. 

'■). Nous avons vu ce mot au v. 2178 ; cf. son composé dicontananç, 
v. 2043, 2398. 2439. 

16. Premier exemple de ce mot, et. Gloss. 599. Mil. ms. donne « e-ser 
prépos. en compagnie, tout en, pendant, parmi, avec, au milieu », avec 
cet exemple non traduit : enn he %èr e vevimp (nous vivrons avec lui); D. 
Malgorn è slrr ar r'èll (je pourrai aller), sous le couvert des autres. On lit 
cm cil e ser eguile (l'un imitant l'autre), Couferançou 50, 2 e éd. 47. 

Revue Celtique, XXXI V . 6 



82 E. Ernault. 

Ahane ne achap : Roc na Pap hyrna berr. 

A pcp reuseudigaez, ha niez goall euezhat, 
Diamour ha gourmant, pen/î ha dent bede'n ■ troat : 
2405 Eno nep so loget : so carguet hep cretat, 

Andynt y goa y doe : goa y doe pan croeat ? 

Rac en ho daou lagat : goueluan plat dinatur, 
Xos dez ho deuezo. an re so euo sur : 
Hac en dent grigonçat, aenep stat natur, 
24 10 Hac en diu froan fler bras : peur azgas do pastur. 
Queinuoan- en organou, an guenou dilaouen. 
En diu scoarn» error, hac horror disordren : 
Hac en treit ereou, dadouen 5 poanyou couen : 
Hac en daou dorn» fournis : pez languis da cristen + ? 
2415 Ha tan grizias s hastiff ouz ho lesquiff dimat 6 , 

(f. 47 v. ) Auyl dre'n : ysilv, goa y ouz ho gruiat : 

'Peur scue;»p dre» holl mewbrou : bet pla;;tou a» dou troat 
Bezcoaz é sort glachar, en nouar ne parât. 

Chede oar se pénaux : an queiz faulx s ez auser, 
2420 Ha dre ho holl membrou, poaniou i enouery : 
Goude bech à pechet : ha fa;t an bet seder, 
Ahane hep ehan, goeluan eu â caner. 

Ahane pep vnan : en poan â guell canaff, 
Ancquenou poaniou'n maru, père a so garuharî" : 
2425 En tefaliou profond : so ouz ma circondaff, 

Hastiff poaniou'n vfferan, ne nicn« ma espernaff. 
Hep achap en abym : gant ma crim venimus, 
Digraç ez ouff cascet, hep remet morchedus : 
Ha malédiction, disencion 10 confus : 
2430 So diff stram guisquamant : gourmant ha tourmant«\" 
O pebez guisquamant : dihoant diauantaig, 
Dreist guir à pep hiruout, gruet tretout I2 da outraig : 
Perpétuai à chom : chetu tom drouc homaig'3, 

1. Lire sans doute dunt bet au. car il n'y a pas lieu de supposer une 
variante * gomment. 

2. Cette variante de queiuuan ne s'était trouvée que dans les Nouelou. 
Maun a queinvan plainte, queini se plaindre, queinat a ra an hini clan le 
malade se plaint. 

3. Lis. da douen. 

4. Cristen doit signifier ici homme, personne en général, et. en breton 
du Croisic ur chent,uchan, chaù quelqu'un, on, de tir hricheiït un chrétien. 

;. Premier exemple de ce mot, cf. Rev. d'il. XXVIII, 193, 194. Maun. 
emploie flaniniou grie;, r. famés, Templ consacre! 136. 

6. Prononcé divat, ci. diuat B 515, etc. ; dînvat âpre Maun. 

7. Imprimé drc.n. 

8. Premier exemple de ce mot, du fr. faux ; on voit que 17 ne se pro- 
nonçait pas. Maun. a faux faux, efaux, faussaniant faussement; Grég. fans 
" on prononce, faos, légèrement » faux (signature, acte) faux ; e fans, van. 
id., faussement, à tau.-: ; cf. Gloss. 232 et mon D'ici, van.) v. fans. 



Le Mi rouer de la Mort. S 3 

De là n'échappe roi ni pape, long ni court. 

De toute misère et honte, faute de s'(ètre) garé, 
De ces choses odieuses, dévorantes, tète et dent jusqu'au pied 
2405 Celui qui est logé là est rempli, sans faute ; 

Ne sont-ils pas malheureux, Dieu ! malheureux. Dieu ! quand ils 

[furent créés ? 
Cardans leurs veux des pleurs affreux, horribles. 
Nuit et jour ils en auront, ceux qui sont là, sûrement, 
Et dans les dents des grincements contraires à l'état naturel 
2410 Et dans les narines une grande puanteur, très odieuse pour les nour- 
Gémissement dans les organes, la bouche désolée, [rir. 

Dans les oreilles folie et horreur désordonnée, 
Et aux pieds des liens, pour supporter des peines affreuses. 
Et aux mains aussi ; quel tourment pour un chrétien ! 
2415 Et le feu ardent, en hâte les brûlant cruellement, 

Terrible par les membres, malheur à eux ! les piquant. 
Très subtil par toutes les articulations, jusqu'aux plantes des pieds ! 
Jamais une pareille torture sur la terre ne fut préparée. 
Voilà donc comment les malheureux coupables sont traités 
2420 Et par tous leurs membres des peines sont allumées, 

Après le fardeau du péché et la vie du monde, sûrement : 
De là, sans repos, c'est le gémissement qu'on chante. 

De là chacun en peine peut chanter 
Les douleurs, les peines de la mort, qui sont très dures : 
2425 — Dans les ténèbres profondes qui m'environnent, 

En hâte les peines de l'enfer ne veulent pas m'épargner. 
Sans recours, dans l'abîme, par mon crime venimeux 
Impitoyablement j'ai été envoyé sans rémission, tourmenté, 
Et la malédiction, la contradiction infamante 
2430 Est pour moi un odieux vêtement, qui dévore et torture. — 
Oh ! quel vêtement affreux, incommode, 
Indigne, fait de tout soupir, entièrement outrageux, 
Qui reste perpétuellement ; voilà un ardent et fatal hommage ; 

9. C'est le verbe dont le part, est éhaouet dans les Nouelou {Dict. etym., 
v. eneff); Maun. donne enaoui vr g ou laotien allumer une chandelle ; Grég. 
enaoui ar gantoull id., enaoiïi ar gouloii allumer la chandelle, enaoui ur 
c'hoij peur-furmed «animer, infuser l'âme dans un corps organisé », enaoùi- 
dige- « animation, infusion de l'âme », enaoui vivifier; H. de la Vill. énaouiden 
t. pi. -iinou « allumette, brin de bois ou de chanvre souffre par les bouts », 
en ajoutant: « ce mot, je crois, n'est plus en usage que dans les montagnes 
d'Arrèz ». 

10. Écrit de même v. 1X42 : dissenscion Ca,dissention Cb;dissantion m. l'A. 

11. Dérivé nouveau; tourmantus tourmentant, (homme) incommode. Gr. 

12. Mot nouveau, du v. fr. tretout, tout, resté dans la langue populaire. 

13. Mot nouveau, du fr. « En Léon, où ils francisent sans cesse, ils 
disent : hommaich » (au lieu de goa;ou>iye~, -nyaicV), Gr. Le Dict. de l'A., 
s'emparant de cet aveu, ajoute : « Voilà donc le meilleur Breton, soi-disant, 
à- veau-l'eau ». 



N-i E. Ernault. 

De lesell hy riel, nedeux bel nep relaig ' 
2435 Homan 2 en guisquamant, so meschant disante]. 

Hep remet meurbet garu, goude pechet maruel >, 

Bizuicqnen ■< nep heny : ne guell deffrv riel, 

Nep guis he diuisquaff : ent scaffna bezaffhael. 
Considérât! homan, he poan dicontananç, 
2440 A lacquas scaff Dauid > da lamet é fiziai:ç : 

Pep lech digant pechet : ha compret penetanç 6 , 

Huit è difaçaff, pan eu claffdiauanç. 

De l'éternité îles peines Infernales. 

(t. 48) Caffout araf arre : euelse à leaff, 

Vn condition bras, so azgas diblassafï : 
2445 Hac à gref enef den, certen souuerenharï 7, 

Muyguet poan s nep henv, heruez maz studiatT : 

Homan 9 pe'ban ez ! ° canaff, heruez ma leaff me, 
Eu seder dimerit. yscuit éternité : 
Goa so cet dre detyn : hep fin dan train li se : 
2.150 Ha da bout lem en " poan, hep donet ahane. 

Mar doue den nep henv : defifri bras na bihan, 
Bech vn gruech a pechet, da monet an bet man : 
Dreizaff da bizuicquen, bout en anequen quenan ", 
Arencq en yrïernou : en caffou ha saouzan. 
2455 An poanyou ordrenet : da pechet à het stal, 

A hyr striff en yffernH, maz eux huernw n aïternal : 

1. Mot nouv., du fr. 

2. Nouvelle preuve du genre fém. de ce mot, rf. v. 702, 703. 

3. Composé nouveau. 

4. Lire -qnen. 

5. La rime exige qu'on prononce Davî ou Davi%. Grég. traduit 
« David » : David, Devt, Deoùy. 

6. Cette variante de penitanec NI 137, vue déjà v. 1985, est peut-être 
suggérée par penet châtiment, douleur. 

7. Seul exemple de ce superlatif. 

8. A lire ici poen, cf. v. 3210. 

9. Ceci montre que ce nom était fém., cl. condition f. pi. -neu l'A. 

10. Mot à supprimer ici, cf. v. 1 991 - 

11. Premier exemple de ce mot, en tréc. train train; ci'. Gloss. 710. 

12. Prononcé ici etn ; voir v. 534, 982. 

13. Ce mot, adjectif ici et v. 2577, est adv. dans pep den quenan absolu- 
ment tout homme 1868, cf. v. 2554 et dans yen quenan 2485, qu'on lit 
aussi P 244 (var. guenatti), il faut corriger de même P 270 au lieu de gue- 
neomp, cf. Rev. Celt. XIII, 232 : Neuse a pep lu quen buhan Cadarnn an bar- 
ner souueran A duy yen quenan m\ an tnou, = Alors de tout côté aussitôt 
(on verra), majestueux, le juge souverain qui viendra, extrêmement froid, 
ici-bas. H. de la Villemarqué a comparé le mod. Ttena, qu'il cite d'après 



Le Miroiter de la Mort. 

Pour le quitter, certes, il n'y a assurément aucune relâche. 
4}) C'en le vête ment qui est malheureux, profane, 

Sans rémission, très dur, après le péché mortel ; 

Jamais nul ne peut, bien certainement, 

D'aucune façon le dépouiller rapidement ni s'en débarrasser. 
La pensée de celui-ci et de sa peine continuellle 
2440 Fit promptement David ôter sa confiance 

Partout au péché et faire pénitence 

Pour l'effacer, quand il est malheureusement souillé. 



De l'é ter ni té des peines infernales. 

Je trouve encore, je le jure ainsi, 
Une grande condition qui est odieuse, très désagréable 
2445 Et qui accable l'àme humaine, certes, très souverainement, 
Plus que peine d'aucune sorte, d'après ce que je pense. 
Cette chose dont je parle en vers, comme je le jure. 
C"est, bien sûr, certainement, l'Eternité : 
Malheur à qui est allé pour son sort, sans fin, à cet état, 
2450 Et à être douloureusement en peine, sans en sortir. 

Si un homme quelconque, certes, grand ou petit, porte 
Le poids d'un cirou, de péché, pour s'en aller de ce monde, 
Pour cela à jamais il lui faut être en angoisse extrême, 
Dans l'enfer, en deuil et épouvante. 
2455 Les peines ordonnées pour le péché, à jamais, 
Par long effort, en enfer, où il y a un cri éternel, 

Troude. Celui-ci avait donné : « Ken a. . . Locution elliptique. Autant que 
possible, tant et plus, si bien que », et expliqué, par exemple, « fustet eo 
pet ken a. . . il a été battu d'importance » comme une phrase « évidem- 
ment incomplète », pour ken a strakle he eskern « si bien que ses os cra- 
quaient », etc. (cf. Rev. Ceit. IV, 158). J. Moal dit aussi, p. 72 (je cite 
intégralement) : « On peut mettre aussi les mots ken a. . ., ken a, ken. . . 
(avec des points suspensifs,) à la suite de l'adjectif; Ex. : skui~ ken a . . . 
très fatigué, — fatigué au possible », et voit là une locution elliptique, où 
« le verbe sous-entendu est facile à suppléer ». Ici « ken a, ken. . . » aurait 
eu besoin d'être éclairci par un exemple ; il est douteux que cela se rap- 
porte à une ou plusieurs variantes réelles de Jtena. La seule attestée est 
km an, et comme adj. en van. quenane, (une) vraie (mort), Gloss. 546, 547. 
Cf. du R. : « Kenan conj. Autant que possible pourÀvw</ ». M. Loth (Rev. 
Celt. XXIX, 24; XXX, 260, 261) identifie kenan, kena, au gall. kynna aussi 
bon, = *con-dag- : . . . vud gynnan dda « un gain aussi abondant de 
bien », en rappelant les doubles formes gall. yma, yman ici (mov. bret. 
ama, aman, voir v. 132); corniq. olfa, bret. gouelvan pleurs, voir Gloss. 529. 
14. Voir v. 2015; Loth. Rev. Celt. XXIII 117. Ce radical parait avoir 
donné son n à ifhouernfus (à côté de c'houerjus) aigre, aigu, rauque. rude 
Mil. ms., voir v. 233t. Il peut être pour quelque chose aussi dans l'alter- 
nance de :• et »; des mots c'houennii- d'humeur acerbe (h. C. M. Jaffren- 



86 E. Ernault. 

So certen continu ' : chetu perpétuai, 
Goa den a nep heny, ayel dy da criai. 

Euel maz eu bezet, ditaulet - hep quet fyn, 
2460 Dan yffern/; Lucifer, en fier eff he quelvn i : 

En lastez da bezout : pep rout ha drouc houtin ', 
Dre na enoras scier, é croéer anterin. 

Digraç ha disaçun, gant fortun en vn stanc », 
Lecquet hep quen en couffr <•, à tan souffr diconfranci 
2465 Eu hezr an pechezrien, en ancquen hac en fane, 
Hep den à nep heny : anezy da dianc 

Eno poan bras ha spont, diuergont pep contre, 
Tan creff hac eff teffal, ne sclerhay da baie : 
Maru hep maru diaruez s : â vezo entreze, 
2470 A pep tu ha ruvn, ha fin sine fine'. 

nou), c'houervous (M. Mazevet). c'bouermou^ (Coadout, M. Le Moal), cf. 
pourtant Glo<s. 366. Le tréc. chouermagn id. (M. Even) rappelle le léon. 
magn très simple, presque idiot, sot-magn très bête {Etudes d'étym. br. 
XLIV, = Mém. Soc. ling. XII, 452, 453) ; mais peut-être la finale a-t-elle 
été accommodée au syn. tagn (cf. tagnous). On dit en h. T. c'houerouqal 
grogner, être de mauvaise humeur ; cf. e wele, e werou^e hag e chourdrouqe, 
Histoariou. . . an T. Bonaventur, 1857, P- 3> ^ traduit « il pleurait, il se 
dépitoit, il menaçoit ». 

1. Prononcé ici contenu. 

2. Voir Dict. étym., v. dideurelî. Gr. a disteurl, van. disiauïein rejeter, 
part, distaulet. 

3. Cela voudrait dire proprement « ses petits » ; mais la rime fait penser 
que l'auteur avait mis he gueryn et ses gens. Ce mot rare a été lu queryn et 
pris pour querent parents, par Pel., dans un texte aujourd'hui perdu (Gloss. 
301). Il se trouve au v. 1427 de Sainte Nonne (Rev. Celt. VIII, 448) : A 
haualier etren gueryn ( (aune épée. . . un bon juge, sans nul doute) est 
comparé, parmi le peuple » ; passage qui avait été ainsi rendu, Bube^ sante~ 
Xonn, 1837, p. 153 : « (Un bon juge est sans aucun doute) un cavalier 
entre des guérites ». Ce non-sens manque à la série des « Perles armori- 
caines », recueillies par An Aotrou Judoc dans le Fureteur Breton. Il me 
rappelle cette traduction de die iichte Perle deines Werthes (Guill. Tell de 
Schiller, II, 1), dans la « collection de la Bibliothèque nationale » : « les 
huit perles de ta valeur » ! Renvoyons cette « vraie perle » à M. A. Cim, 
s'il ajoute dans la Revue, à sa collection de Bévues, lapsus et singularités lit- 
téraires, un chapitre consacré aux traducteurs. 

4. Litt. « mauvais gain (commun) », cf. da~ butin (rime ont-) pour ton 
profit J 15 b; Gloss. 77. Maun. donne « commun, houtin » ; « four com- 
mun, /on; houtin»; Mil. ms. pa ve~ houtin an traou... (quand les choses 
sont en commun); houtin iut war gement a c'houneçont evel laeron archoajou 
bra~ war gement ira a laeront (ils mettent en commun tout ce qu'ils gagnent, 
comme les voleurs des grands bois tout ce qu'ils volent) ; Pel. : « Boulin, 
Butin, prove, picorée. Le nouveau Dictionnaire manusc. porte Boulin, four 



Le Mirouer de la Mort. 87 

Sont certainement continuelles, voilà, perpétuelles ; 
Malheur à l'homme quel qu'il soit, qui ira là crier. 
Comme a été rejeté sans fin 
2460 En enfer Lucifer, dans la puanteur, lui et sa bande. 

Pour être dans la misère de toute façon et le mauvais partage, 
Parce qu'il n'honora pas, c'est clair, son créateur souverain. 

Sans grâce ni pitié, avec infortune dans un étang 
Sont mis seulement dans un coffre de feu et de soufre, sans répit, 
2465 Violemment les pécheurs, dans l'angoisse et dans la fange, 
Sans que nul, quel qu'il soit, en échappe. 

Là grande peine et épouvante extrême en tout lieu. 
Feu fort, quoique obscur, n'éclairera pas pour marcher; 
Mort sans mort, difforme, seront entre eux 
2470 De tout côté et ruine, et fin sine fine. 

E. Ernault. 
(A suivre.') 

commun, comme l'est le butin » (ceci parait peu exact, le bret. mod. ne 
montre que le sens adjectif). Cf. v. franc. « qu'eux deux, à butin, entre- 
prissent toute la conqueste d'Italie et à communs despens » : « nous serons 
tous à butin jusques au poix d'une aguillette » (Littré); « jouer à Butin, 
Lucrum ex ludo cum alio participare » Du Cange, v. botinum (angl. 
(i thev will play bootv against him » 1561, Murrav) ; « abutine mov a ces 
.v. solz qu'on te doibt » God. ; prov. butin, bon tin butin Mistr. 

5. Fém., comme l'indique aneçy v. 2466; cf. stancq-ror étang de mer 
Gr., stank f. pi. ou étang, stankad f. pi. ou la contenance d'un étang Gon.; 
genre de stank en tréc. (pi. 0) et en van. (pi. eu, egî). Est-ce par l'influence 
du v. fr. estanche f. vivier, étang, prov. estanco, estancho f. arrêt, barrage, 
mare, vivier, réservoir Mistr. ? 

6. Premier exemple de ce mot ; coufir pi. ou, van. couffr, coffr pi. eu m. 
coffre, couffricq pi. coufirouigou, van. çouffrigueû coffret, cassette Gr., ur 
Moujik-bahut « un petit coffre-bahut » Gwei\. Br.-I\. I, 52, 54; couffrèr 
pi. -éryen eoffretier, qui fait ou vend des coffres Gr., van. couffraourr pi. 
-tiriou l'A. Sup. ; couffra coffrer, mettre en prison Gr. 

7. Lis. dicoufranc : cf. v. 1 177. 

8. Mot nouveau, composé de arue\ aspect (cf. disueii-, difxçon, etc.). 

9. Nous avons ici la preuve que le poète breton travaillait d'après le 
texte latin. Celui-ci porte (éd. de Cologne, 1483) : « Un(de) greg(orius) 
in moralibus sic dicit Horrendo modo tune erit miseris dolor cum fortitu- 
dine. flamma cum obscuritate. et. mors sine morte, finis sine fine, defectus 
sine defectu. » Le Breton n'a pu résister ici à l'attrait de cette rime inté- 
rieure toute faite : finis sine fine. Cf. N 661, 1925 : Rev. Celt., XIII, 244. 
L'auteur du Grand Mystère de Jésus se contente presque toujours, dans ses 
citations latines, de la rime finale, voir J <S b, 23 b, 33 b. 44. 1 1 1. 205, 
207 (les finales -us riment en -us ; -uni en oui). 



BIBLIOGRAPHIE 



Sommaire. — I. R. Thurneysen, Zu irischen Handschrîjten und Litteratur- 
denkmâlern. — II. Sir Edward Axwyl, The Bookof Aneirin. — III. F. N. 
Robixsox, Satirists and Enchanta s in early Irish literature. — IV. Kuno 
Meyer, Sanas Cormaic. — V. J. Glyn Davies, Welsh Metrics, t. I. 



I 

R. Thurxeysex, Zu irischen Handschriften und Litteraturdenkmàlern. 
Berlin, Weidmann, 19 12, 99 p. 4 (extrait des Abhandlungen der 
kôn. Gesellschafi der Wissenschafien %u Gôttitigen, Philol.-Hist. 
Klasse, Neue Folge, Bd XIV, n° 2). 

Nous avons déjà eu l'occasion d'entretenir nos lecteurs du voyage 
d'études que M. Thurnevsen a effectué en Grande-Bretagne et en 
Irlande dans l'été de 191 1 (v. t. XXXII, p. 224 et 365). De ce 
voyage, le savant professeur a rapporté notamment d'intéressants 
documents sur la littérature irlandaise du moyen-âge ; il en a fait 
connaître le détail à la Société des sciences de Gôttingen, dans la 
séance du 16 mars 1912. Ces documents se rapportent à la tradi- 
tion manuscrite d'un certain nombre de textes, publiés ou inédits, 
et permettent, en fixant l'histoire des manuscrits et le rapport des 
versions, d'éclaircir l'histoire des textes eux-mêmes. Nous indi- 
querons ici les résultats principaux de l'enquête de M. Thurneysen. 

Voici d'abord, sous le numéro IV, une étude relative à la litté- 
rature des sentences, et particulièrement aux ouvrages intitulés 
Tecoscu Cormaic « Instructions de Cormac » et Briathra Flainn 
Fiint « Paroles de Flann Fina » . Les Tecosca Cormaic ont été publiés 
par M. Kuno Meyer dans les Todd Lecture Séries, vol. XV (voir 
Rev. CeJt., XXX, 325), et les Briathra Flainn Fina par le même dans 
les Auecdota from Irish Manuscripts, vol. III, p. 10 et suiv. (v. Rev. 
Celt., XXXI, 258). En examinant minutieusement les manuscrits 
qui contiennent ces deux textes, M. Thurneysen est arrivé d'abord 



Bibliographie. 89 

à les répartir en deux classes, ensuite à y distinguer plusieurs 
morceaux différents, dont quelques-uns appartiennent à un troi- 
sième auteur de sentences, contemporain de Cormac, nommé 
Fithal (cf. Hibern. Minora, p. 82). Déjà M. Kuno Meyer avait 
publié dans la Zeitschrift fur Celtiscbe Philologie, t. VIII, p. 112, 
une courte série de sentences attribuées à Fithal. M. Thurneysen 
établit que parmi les Tecosca Cormaic aussi bien que parmi les 
Briathra Flainn Tina figurent plusieurs séries qui complètent la 
part de Fithal ; et dans le chapitre Y de son travail, il reconstitue 
l'ensemble des Briathra Filhail, en utilisant le témoignage des 
divers manuscrits. Certains d'ailleurs confondent, dans l'attribution 
de plusieurs séries de sentences, Fithal et Flann Fina. 

Le chapitre VI est consacré au Cin Dromma Snechta, le manu- 
scrit de Druim Snechta (Co. Monaghan),un manuscrit aujourd'hui 
perdu, sur lequel O'Curry (Lectures on Manuscripts Materials, 
p. 13 et suiv.) et surtout Zimmer (Kuhn's Zeitschrift, XXVIII, 
425, 582, 586, 683) ont déjà disserté. La perte de ce manuscrit 
est des plus regrettables, car il était plus ancien que le Lebor na 
h-Uidre, où on le trouve cité à trois reprises (99 a 10, 128 a 2, 
132 a 6). Dans la masse des manuscrits irlandais contenant des 
récits épiques, on rencontre bien des morceaux qui en sont tirés, 
au témoignage même des copistes. M. Thurneysen réunit tous ces 
témoignages et essaie par là de reconstituer le contenu du manu- 
scrit. Sa conclusion est que le Cin Dromma Snechta peut remon- 
ter au viu e siècle, mais qu'il resta négligé pendant longtemps, 
puisque plusieurs textes, qui datent du ix e et du X e siècle, ne 
paraissent pas le connaître ; à partir du xi e siècle, il fut utilisé, 
dépouillé, recopié. Deux manuscrits aujourd'hui conservés, le 
23 X. 10 de la Royal Irish Academy et l'Egerton 88 paraissent 
dériver d'une copie du Cin Dromma Snechta. 

L'enquête qu'il a faite sur ce vieux manuscrit perdu a conduit 
M. Thurnevsen à étudier de plus près un des textes épiques qui y 
figuraient certainement, la Compert Conculaind « Conception de 
Cuchulainn ». M. Windisch a édité ce curieux morceau dans ses 
Irische Texte, t. I, p. 136, mais en utilisant deux manuscrits où il 
se trouve assez maltraité, le Lebor na h-Uidreet l'Egerton 1782. Le 
premier a fondu la Compert Conculaind avec un autre récit, la Feis 
tige Becfoltaig; l'Egerton 1782 distingue bien les deux récits, mais 
en prenant des libertés avec le texte et en les arrangeant à sa 
façon. En collationnant trois autres manuscrits, plus fidèles, et 
notamment les manuscrits 23 X. 10 et Egerton 88, M. Thurney- 
sen réussit à restituer le texte de la Compert Conculaind, tel que le 



90 Bibliographie. 

Cinii Dromma Snechta devait le présenter ; il joint à sa restitution 
une traduction allemande, où il rend fort bien le style menu, 
coupé, haché de l'original irlandais. C'est la matière de son cha- 
pitre VII. Dans son chapitre YIII, il public pour la première fois, 
également avec traduction allemande, une autre version de la 
Cotnperi Conculaind, conservée dans le manuscrit Stowe D. 4. 2 
de la Royal Irish Academy. 

Deux autres textes qui avaient place dans le Cin Dromma 
Snechta sont la Balle Chuind Chétchathaig « Vision de Conn aux 
Cent-Batailles » et la Forfess Fer Falgae ; le premier en vers, con- 
servé dans deux manuscrits et dont le texte est rempli d'obscurités; 
le second, en prose, plus obscur encore, et conservé dans six 
manuscrits. Le titre même en est obscur, puisqu'on ignore qui 
sont les Fir Falgae; quant au mot forfess, M. Thurneysen en éta- 
blit le sens (p. 54) en le rattachant au verbe foid « il passe la 
nuit » et en comparant la phrase de la Tain (éd. Strachan-O'Keeffe, 
1. 1809 ; éd. Windisch, 1. 2467) : 7 fifai sa forsua slôgaib iu-airel 
sin « et pendant ce temps-là je passerai les nuits, je veillerai 
contre les troupes » : Forfess Fer Falgae, c'est la Veillée contre les 
Fir Falgae. M. Thurneysen publie ces deux textes dans les cha- 
pitres IX et X. 

Le chapitre XI est le plus long de l'ensemble ; il est consacré à 
un sujet sur lequel M. Thurneysen s'est exercé jadis pour le plus 
grand profit de la science, la versification moyen-irlandaise. Il 
revient ici sur la publication qu'il a faite dans les Irische Texte 
(t. III, I er cahier) de traités de métrique indigènes, pour la recti- 
fier et sur plusieurs points la compléter, grâce à l'examen de nou- 
veaux manuscrits. 

Enfin, dans les trois courts chapitres (XII, XIII et X1Y) par 
lesquels se termine l'ouvrage, M. Thurnevsen publie trois textes 
inédits ; ce sont les versions nouvelles de trois Tâha, la Tâin bô 
Darta, la Tâin bô Regamain et la Tâin bô Flidais, dont M. Win- 
disch a publié déjà une version dans ses Irische Texte, t. II, 
2 e cahier. 

J. Vendryes. 



M 



Edward Axwvi., The Book of Aneirin, 42 p., 8° (from the « Tran- 
sactions » of the Honourable Societv of Cymmrodorion, Session 
1909-1910). 



Bibliographie. 91 

Il v a longtemps déjà que notre savant collaborateur et ami, sir 
Edward Anwvl, s'occupe des vieux poèmes gallois. Dans ses Pro- 
legotnena to the study of Old Weîsh Poetry, lus devant la Société des 
Cvmmrodorion le 23 mars 1904 (Transact. of the Hou. Soc. oj 
Cxmmr., 1903-1904, p. 59-83), il indiquait quelle méthode on 
devait employer pour l'étude de ces vieux textes si obscurs, et 
notamment pour l'interprétation des allusions historiques qu'ils 
renferment. Déjà, il y établissait clairement le rapport du Bock ot 
Aneirin et des légendes relatives aux luttes des Bretons du Nord 
contre les Angles des royaumes de Deira et de Bernicia. Il est 
revenu sur la question dans un article, Wales and the Briions of the 
Nortb, publié dans The Celtic Review (t. IV [1907-1908], p. 125- 
152 et 249-273); il a réuni là tous les textes — Annales, vies de 
saints, généalogies, histoire de Nennius, Mabinogion, Triades, 
poèmes des Four ancient Books — contenant des allusions à l'éta- 
blissement des Bretons dans la région septentrionale de l'Angle- 
terre et méridionale de l'Ecosse, ainsi qu'aux luttes qu'ils eurent à 
y soutenir. 

Cette fois, c'est au Book of Aneirin qu'il consacre une étude 
spéciale, lue le 30 mars 19 10 devant la Société des Cymmrodo- 
rion. Le Book of Aneirin est en effet un des témoignages les plus 
importants de l'influence des Bretons du Nord sur la littérature gal- 
loise. Il comprend principalement, comme on le sait, un poème de 
937 vers, le Gododiu, qui a pour objet un sanglant combat, où les 
Bretons se mesurèrent avec les Northumbriens, le combat de 
Catraeth. Les Bretons ne s'y montrèrent pas à leur avantage : ils 
avaient, avant l'action, trop sacrifié à l'ivresse, et quelle que fût 
leur vaillance, ils furent tués presque jusqu'au dernier. Suivant 
une tradition, qui est celle de la Gorchan Maelderw, il n'y aurait 
eu qu'un seul survivant, Cvnon ab Clydno Eiddin ; suivant une 
autre, qui se mêle à la précédente dans le Gododin, il y en aurait 
eu quatre, Cvnon et ses deux frères et Aneirin lui-même, le poète 
qui devait célébrer cette journée fatale : 

or sawl xt gryssyassant uch gormant wirawt 
//v diengis narnyn tri wrhydri fossawi 
deit gatki aeron a chenon dayrawt 
a minheu om gwaetfreu gwerihvy gwennwawt. 
(éd. Evans, p. 6, 1. 19). 

De tous ceux qui s'élancèrent, surmontant l'excès de la liqueur, trois 
seulement s'échappèrent, par la bravoure de l'épée, les deux chiens de 
combat d'Aeron, et Cvnon, encore sur terre, et moi-même, sauvé du 
fleuve de sang grâce à ma belle poésie 



92 Bibliographie. 

Enfermé d'abord dans une prison (« une maison de terre », en 
ty deyeryn, p. 12, 10), les genoux enchaînés (cadwyn beyernin am 
ben vyn deuîin, p. 12, 11), il n'aurait dû son salut qu'à Keneu, fils 
de son confrère en poésie, Llywarch Hen (p. 12, 17). 

Le poème soulève naturellement quantité de questions géogra- 
phiques et historiques, dont beaucoup attendent encore une solu- 
tion. La principale est relative à l'emplacement de la bataille. 
M. Nicholson a proposé jadis (The Celtic Revicw, VI, 214) d'inter- 
préter Catraeth par Cat Raeth « la bataille de Raeth » ; on aurait 
fondu le mot cat « bataille » avec le nom du lieu où elle se livra. 
Il y a un Raith en Ecosse, près Kirkcaldy, comté de Fife ; et il est 
justement parlé dans les Annales de Tigernach, à l'année 596, 
d'une bataille, Cath Ratha in druadb, où druadb a bien l'air du géni- 
tif de drtii « druide »; le druide ici, ce serait Aneirin. Sans se 
prononcer sur cette ingénieuse hypothèse, sir Edward Anwyl rap- 
pelle le KaToupaxxovtov de Ptolémée, aujourd'hui Catterick, près 
Richmond, dans le Yorkshire ; mais de *Caturact on attendrait 
*Cadraeth, comme l'a fait remarquer sir John Rhys ; et M. Loth, 
qui fait sienne la critique de ce dernier, a proposé un primitif 
*Catit-tract- « combat du rivage » (Rev. Celt., XXI, 328). L'identifi- 
cation des noms de lieu du Gododin est souvent problématique. 
M. Loth, dans l'article précité, a montré qu'un grand nombre se 
localisent en Galles. Mais il n'est pas douteux que le poème con- 
tient de nombreuses allusions à la région septentrionale. Le diffi- 
cile est de préciser la part des deux pays. Même la difficulté s'étend 
à tous les vieux poèmes gallois. Par exemple il est un point du tra- 
vail de sir Edward Anwyl sur lequel un doute est permis ; c'est 
l'interprétation du mot hiraethauc dans le poème XXYII du Black 
Book of Carmarthen (p. 83, 1, éd. Evans) : 

ystanide wineu fruin guin 
redec hiraethauc raun riii 
ren neuf oet reid dttu genhin 

Sir Edward Anwyl, p. 13, y reconnaît le district de Hiraethog 
(Denbighshire); M. J. Loth a jadis traduit le mot par un adjectif 
« désireux de » ; soit pour la strophe entière : 

Selle le cheval bai à la bride blanche, 

Avide de courir, aux crins qui s'agitent (ou courts); 

Roi des cieux, c'est Dieu qui l'exige de nous. 



Bibliographie. 93 

Il s'agit du fameux poème sur l'éternuement (voir Mèltisine 
[1888], IV, 63). 

La question historique n'est pas moins délicate. Pour sir Edward 
Anwyl, le gros des allusions historiques que renferme le Gododin 
remonte au vi e siècle de notre ère et s'oriente du côté de l'Ecosse ; 
mais on y aurait joint certains détails de date postérieure. Ainsi au 
v. 885 (p. 23, 1. 9, éd. Evans), la mention de Dyuynwal Vrych, 
sans doute le roi de Dalriada Domnall Brecc, mort en 642, et surtout 
au vers 934 (p. 24, 1. 18) la mention des Danois sous le nom de 
Gynl (« gentes »; cf. Rev. Cdt., XXXII, 209). 

M. J. Loth reconnaît bien l'existence de remaniements et d'addi- 
tions — la langue du poème est dans l'ensemble celle du xn c siècle 
— mais il ne croit pas possible de faire remonter les allusions 
historiques plus haut que le vn e siècle. Ce n'est pas à nous à déci- 
der entre les deux savants. 

En ce qui concerne la valeur littéraire du poème, sir Edward 
Anwyl a trouvé pour la définir des termes particulièrement heu- 
reux. L'auteur du Gododin est un très grand poète ; il traduit admi- 
rablement cette âpre vision de carnage et de sang qui hante son 
esprit ; il a des cris sauvages qui font frémir et des accents de 
pitié qui émeuvent. Si son œuvre était mieux composée, plus 
claire, plus logique, ou pour mieux dire si elle était composée, car 
ce n'est qu'une suite de fragments sans lien, elle supporterait la 
comparaison avec les plus beaux poèmes de n'importe quelle lit- 
térature. Mais elle est décousue, tourmentée, trépidante ; la langue 
en est tendue et abrupte, semée d'images fulgurantes, de méta- 
phores violentes et hardies. C'est aussi différent que possible de la 
poésie des langues classiques : c'est un des plus beaux modèles du 
« titanisme » des Celtes. 

Sir Edward Anwyl a joint à son étude une traduction, pour 
laquelle il a groupé les strophes d'une façon méthodique d'après 
les personnages qu'elles concernent. Cette traduction toutefois 
s'arrête au vers 879 et ne comprend pas par conséquent les 
Gorchannau. Il est à souhaiter qu'il nous donne quelque jour la 
traduction au moins de la Gotchan Maelderw, qui roule sur le 
même sujet que le Gododin, et prête à d'utiles comparaisons avec 
ce dernier. Quand il s'agit de comprendre des textes aussi malai- 
sés, un traducteur sûr et exercé comme notre savant collaborateur 
est le meilleur des guides. 

J. Vendbyes. 



94 Bibliographie. 



111 

F. N. Robin'son, Satirists and Enchantas in early Irish îiterature, 
extrait des «• Studies in tlie history of Religions, presented to 
Crawford Howell Toy », p. 95-130. New-York, The Macmil- 
lao Company, 1912. 

Le mot satire n'éveille plus dans notre esprit que l'idée d'un 
exercice littéraire un peu vieillot, un peu vulgaire aussi, et en 
tout cas inoffensif. C'est que l'habitude des polémiques de presse 
ou de tribune a émoussé notre sensibilité aux injures. C'est sur- 
tout que les réflexions du simple bon sens nous gardent d'attri- 
buer aux paroles ou aux écrits plus de valeur qu'il ne faut. 
C'est que nous sommes en un mot des civilisés. Mais il fut 
un temps où le satiriste se doublait d'un magicien redoutable, 
où les satires étaient de véritables incantations, funestes à 
ceux qu'elles visaient. On connaît le résultat des satires d'Archi- 
loque ; cet amoureux éconduit, par la virulence de ses iambes, 
aurait réduit au désespoir et au suicide le père de la jeune fille 
qu'il convoitait, et ce qui est plus cruel encore, la jeune fille elle- 
même. Ceux qui rapportent l'histoire nous la donnent comme une 
légende, flatteuse en somme pour le talent d'Archiloque, sinon 
pour son caractère. Mais il n'est pas juste de l'interpréter comme 
une légende ; il faut probablement prendre l'histoire au pied de la 
lettre. Archiloque a bel et bien condamné à mort Lycambès et 
Xéobulé ; il a lancé contre eux une incantation magique, à laquelle 
ils ne pouvaient pas se soustraire. Il avait le secret de se venger de 
ses ennemis ; écoutons l'aveu qu'il en fait lui-même : 

zv 8 £7î!ijTa|j.at [J-syu, 
Tov xoouuç [Ae OGOjv-a Betvoiff' àvTau.£;p£0"6ai xaxolç. 

C'est plus tard, grâce aux progrès de la civilisation, que le poète 
satiriste et le sorcier malfaisant se sont dédoublés. L'un a pris rang 
dans la hiérarchie littéraire ; l'autre est tombé aux degrés inférieurs 
de l'échelle sociale. Mais à l'origine, ils ne faisaient qu'un, et 
nous connaissons tout près de nous des pays où on ne les dis- 
tingue pas encore. La distinction n'était pas faite dans l'Irlande du 
moyen âge. La littérature irlandaise abonde en témoignages précis 
sur le rôle et l'importance des maléfices poétiques. M. F. N. 
Robinson, un philologue doublé d'un fin lettré, s'est proposé de 
réunir ces témoignages et de les interpréter ; c'est là l'objet du 
travail dont nous venons de donner le titre. 



Bibliographie. 95 

11 rappelle d'abord que l'usage irlandais de « rimer à mort >■> 
(rhyme fo deatV) est encore mentionné par Ben Jonson et par 
Shakespeare (As you like if, III, 2); et que d'autre part chez 
les anciens Celtes, au dire de Diodore (V, 31, 2), les poètes 
savaient aussi bien diffamer que louer (: : j; txàv ûjavouctiv, ouç 
lt (3Xa<jcp'/i[/.ou<jt). Le nom même dont on désigne le poète trahi- 
rait cette double fonction : le correspondant gallois de l'irlan- 
dais fâith est gwawd, qui désigne à la fois le panégyrique et la 
satire. Peut-être les noms germaniques du poète, v. angl. scop, 
v. h. a. scof, se rattachent-ils à la racine de l'anglais scoff, comme 
le vieil-islandais skald à celle de l'allemand schelten. En tout cas, 
les noms fort variés de la « satire » en irlandais (aei\ càined, 
ainmed, imdergad, rindad, ail, aithgiud, aithisiugud, ainfhialad, cuitbiud, 
ecnad, niifhoclad, glâiu, groma, dul, rund) se rapportent presque 
tous aux mauvais effets du poème. Nous savons d'autre part par 
les lois quelles pénalités les satiristes encouraient ; on avait dû se 
protéger contre leurs excès ; la satire figure parmi les crimes, et le 
législateur distingue même dans la satire des catégories et des 
degrés qui se traduisent par des différences dans la répression. 

Dans le fameux Glossaire de Cormac, il est fait allusion à la satire 
lancée par Coirpre mac Etaine, poète des Tuatha Dé Danann 
contre Bres mac Elathain (v. Sanas Cormaîc, éd. K. Meyer, n os 294 
et 1099, P- 2 5 et 99); l'histoire nous est contée tout au long- 
dans le récit de la bataille de Moytura (Rev. Celt., XII, 71). Le 
poète, ayant eu à se plaindre de l'accueil que lui fit Bres, se ven- 
gea par un quatrain, dont Bres resta en langueur toute sa vie (ni 
boi achi meth foairi-sium ond uair sin). Une histoire plus curieuse 
encore est celle que nous raconte Cormac sous le mot gaire (éd. 
Meyer, n° 698, p. 58). Le résultat de la satire (glâm dichenn) fut de 
défigurer l'adversaire, sur les joues duquel poussèrent trois boutons 
(fogeib téora boulga for a aghaidb dosgéne ind aor). Ce genre d'effets 
physiques de la satire est connu par d'autres témoignages en 
Irlande même, et ailleurs. Signalons encore, après M. Robinson, 
l'aventure de Luaine, défigurée par une satire du poète Aithirne, et 
qui en mourut de honte (v. Rev. Celt., XXIV, 272 et suiv.). La 
satire, accompagnée de malédiction, a quelquefois des effets plus 
étranges encore et plus étendus : le poète Laidchenn avant eu à se 
plaindre d'Echu, un des habitants du Leinster, composa contre ces 
derniers une satire si violente qu'il ne poussa dans le pavs pendant 
un an ni un brin d'herbe ni un épi de blé. Dans la Tàin bô Citahigc 
(p. 789, éd. Windisch), le poète Ferchertne fait baisser le niveau 
des eaux des fleuves et des lacs en lançant contre elles des paroles 



96 Bibliographie. 

de blâme, et dans VJmram Brâin (t. 1, p. 49), le poète Forgol 
menace d'anéantir par une malédiction les poissons des eaux, les 
fruits des arbres et les semences de la terre. Le rôle des poètes 
dans l'épopée est naturellement fort important ; on les employait 
à la guerre, et l'ennemi devait souvent compter avec eux. C'était à 
qui aurait les meilleurs, c'est-à-dire les plus efficaces et les plus 
redoutables. Enfin les poètes tiennent leur place dans les premiers 
rapports des missionnaires chrétiens avec le paganisme irlandais. 
Colum Cille, Patrice déjà eurent affaire à eux; s'ils se tirèrent tou- 
jours de la situation à leur honneur, ce ne fut pas sans péril, ni 
sans l'aide d'un secours divin. Nous ne saurions épuiser en un 
compte rendu l'intérêt que présente le savant travail de M. Robin- 
son, tout rempli de références et de citations. Notre but était seu- 
lement d'engager nos lecteurs à le lire et à en faire leur profit. 

J. Vendryes. 

IV 

Kuno Meyer, Sanas Coniiaic, an Old-Irish glossary, compiled by 
Cormac Ûa Cuilennàin, King-bishop of Cashel in the tenth Cen- 
tury, edited from the copy in the YelIov\ Book of Lecan (Anec- 
dota from Irish Manuscripts, vol. IV). Halle, Max Niemeyer, 
1912, xix-128 p., pet. 8°. 

Le Sanas Cormaic est le plus ancien des dictionnaires irlandais. 
Son auteur présumé, Cormac ûa Cuilennàin était né en 831 à 
Cashel, dans la province de Munster, et appartenait à une famille 
princière ; nous savons qu'il embrassa d'abord la carrière ecclésias- 
tique et fut évèque-abbé de Cashel, mais en 896 il dut accepter les 
fonctions royales, auxquelles sa naissance lui donnait droit. Ce fut 
le commencement d'une période de sa vie particulièrement trou- 
blée, qui se termina sur le champ de bataille ; il périt en 905 dans 
un combat contre le roi suprême d'Irlande, auquel s'étaient unis 
les rois de Leinster et de Connaught. Zimmer, à qui nous emprun- 
tous ces détails, a supposé avec vraisemblance que le fameux dic- 
tionnaire était déjà composé en 896 (Situer, d. kôn. preuss. Ahad. 
d. IViss., 1909 [XV], p. 441). Mais nous n'en possédons que des 
copies bien postérieures : deux seulement sont complètes, l'une 
du xiv c siècle, celle du Leabhar Breac (p. 263 a-272 b), publiée 
par Whitley Stokes en 1862 (Three Irish glossaries, p. 1-44), et 
l'autre du xv e siècle, celle du Yellow Book of Lecan (p. 255 a- 
283 a) que public aujourd'hui M. Kuno Meyer. 11 y en a toutefois 



Bibliographie. 97 

des fragments plus ou moins étendus dans divers autres manu- 
scrits, que M. Kuno Meyer énumère p. vij-viij de son introduc- 
tion, et qu'il a consultés à l'exception d'un seul, le Book of Hûi 
Maine ; il a noté au bas des pages les variantes principales. On 
peut apprécier l'importance du nouveau service qu'il rend aux 
celtistes, en songeant que depuis cinquante ans, aucune édition 
nouvelle n'avait été tentée de ce premier monument de la lexicogra- 
phie irlandaise. 

Whitley Stokes, en publiant le Sanas Conmiic en 1862, regret- 
tait déjà de ne pouvoir donner qu'une sxSoaiç du texte, l'état de la 
philologie irlandaise ne permettant pas encore une Btopôoxriç. Nous 
en sommes toujours, malgré les progrès accomplis, au même 
point que Whitley Stokes. Mais il faut dire qu'une édition critique 
et une interprétation exacte du Sanas Cormaic est une des œuvres 
les plus difficiles qui puissent tenter un philologue. Il s'agit de 
distinguer dans le texte ce qui appartient à Cormac lui-même de 
ce qui a été ajouté par des compilateurs postérieurs. Il s'agit en 
outre d'identifier les citations dont l'ouvrage est émaillé et de 
déterminer les sources auxquelles a puisé le savant évêque, qui 
savait à la fois le latin, le grec et l'hébreu ; les Etymologiae. 
d'Isidore de Séville ont certainement été utilisées par lui, mais 
il puisa dans d'autres écrits, et dans ceux notamment du gram- 
mairien Virgile. Il s'agit enfin de marquer les rapports du 
Saints Cormaic avec quelques autres dictionnaires du moyen âge 
irlandais. Nous connaissons le glossaire dit d'O'Mulconrv qu'a 
publié Whitley Stokes dans Y Archiv f. Celt. Lexicographie, I, 232 et 
suiv., d'après le texte du Yellow Book of Lecan. Il est certaine- 
ment antérieur aux xm e -xiv c siècles, où le place Whitley Stokes ; si 
son auteur n'a pas connu le Sanas Cormaic, il a en tout cas puisé à 
des sources identiques, puisqu'il cite Isidore, Priscien et le gram- 
mairien Virgile. Nous connaissons aussi le glossaire du manuscrit H . 
3. 18 deTrinity Collège, qui offre bien des points de ressemblance 
avec le Sanas Cormaic mais n'en est pas une copie ; il a été édité 
par Wh. Stokes dans les Transactions of thePhilological Society, 1859. 
Enfin, le même Wh. Stokes a republié dans V Archiv fur Celtische 
Lexicographie, t. II, p. 197, le fameux glossaire dit d'O'Davoren, 
qui est plus long que celui de Cormac et au moins aussi pré- 
cieux. 

M. Kuno Meyer a joint à son édition quelques notes critiques 
au bas des pages et un index des mots glosés à la fin du volume. 

J. Vexdryes. 

Revue Celtique, XX XIV. 7 



98 Bibliographie. 



V 

J. Glyn Davies, Lecturer in Welsh Language and Literature in 
the University of Liverpool. JVchh Metrics, vol. I ; Cyzuydd 

de unir hiriou. Part 1 . 

J. Glyn Davies est un élève de mon éminent collègue, Kuno 
Meyer, et il est visible, dans cette première publication, qu'il a 
grandement profité de ses leçons. Il n'a fait que son devoir en lui 
dédiant ce premier volume. Dans sa préface, il parle de ma 
Métrique galloise en termes dont je ne puis que lui être reconnais- 
sant ; ce sera d'ailleurs la première fois que mon œuvre aura été 
appréciée par un Gallois dans sa principale partie, la seule qui me 
soit réellement personnelle, c'est-à-dire les deux volumes de la 
seconde partie. Dans le premier, comme j'avais eu soin de le faire 
remarquer dans ma préface, j'exposais la métrique d'après les 
théories des grammairiens gallois. Je puis faire aux critiques gal- 
lois une réponse analogue à celle de J.-D. Rhys aux bardes de # 
son temps; s'ils ne sont pas contents, qu'ils s'en prennent à leurs 
grammairiens. J'ai au moins eu le mérite de leur avoir appris ce 
qu'il fallait penser de l'antiquité et des sources du recueil publié- 
sous le nom de Edeyr.n Davod aur. Gertains celtistes, et parmi eux 
H. Zimmer, l'ont accepté comme é^ant du xni c siècle. 

Pour n'avoir pas compris mes intentions, ou m'avoir mal lu, un 
critique gallois s'est obstiné dans la Zeilscbrift fur Ccltiscbe Philolo- 
gie, à chercher dans le premier volume ce que je n'avais jamais 
voulu y mettre. Après s'être livré avec délices à un éreintement 
copieux, il se voyait obligé de reconnaître en post-script u m qu'il 
avait trouvé dans le second volume à peu près tout ce qu'il avait 
vainement cherché dans le premier. Je lui aurais peut-être fait 
l'honneur d'une réponse, si cet aveu candide ne m'avait désarmé. 

Je reconnais d'ailleurs bien volontiers qu'il y a dans le premier 
volume, avec des erreurs assez faciles à expliquer, de sérieuses 
lacunes. Il ne m'avait cependant pas échappé que certains mètres 
non-bardiques introduits depuis le XVI e siècle, étaient d'origine 
anglaise, mais il m'eût fallu, pour être complet, une étude qui me 
paraissait d'un intérêt secondaire. L'œuvre de J. Glyn Davies 
complétera et corrigera sans doute mon travail à plusieurs points 
de vue. 

Le premier volume traite du Cywydd deuair hiriou (Part 1). Il 
fait grand honneur à l'auteur. D'un bout à l'autre, il fait preuve de 



Bibliographie. y 9 

connaissances étendues et d'un rare esprit critique, ses sources 
sont soigneusement étudiées et choisies. C'est ainsi qu'il écarte 
(p. 6-7) un certain nombre de poèmes publiés sous le nom de 
Dafydd ab Gwilym ; à ce point de vue, je regrette qu'il n'ait pas 
étudié à fond la version du Livre Rouge du système dit d'Edeyni 
Davodaur. Il est sûr que cette version est postérieure à 1385, mais 
de combien, on ne sait pas l . Tous les genres de mètres du type 
qu'il étudie, tous les genres de cynghanedd, des lois de la rime et 
de l'allitération y sont exposés de la façon la plus sûre et la plus 
complète. Les syllabes toniques y sont notées scrupuleusement, ce 
qui est fort utile et instructif. L'auteur s'est aussi, avec raison, 
préoccupé des rapports de l'orthographe et de la prononciation, 
question très vaste et souvent délicate. Il touche (p. 21) à la ques- 
tion de l'allitération en sandhi. Les variations sont dues à plusieurs 
causes : la composition peut être plus ou moins lâche; le plus ou 
moins de rapidité dans la prononciation est un facteur dont il faut 
tenir compte. Lorsque les deux consonnes en présence sont homor- 
ganes, il y a plus régulièrement fusion dans la prononciation. Il 
semble bien que le son résultant de cette union plus ou moins 
étroite, n'ait pas été toujours très net. C'est ce que paraissent éta- 
blir des expériences faites par par M. Morgan Watkyn sur son gal- 
lois du Glamorgan, au laboratoire de phonétique du Collège de 
France. 

L'auteur s'est demandé (p. 69) pourquoi le C. d. h. n'apparaît 
pas avant le XIV e siècle. Pour lui, ce genre devait exister aupara- 
vant, mais il n'était guère employé que dans la poésie familière et 
domestique, par exemple dans la poésie amoureuse. L'hypothèse 
est ingénieuse, mais, malgré tout, le doute subsiste. 

Quant à l'identité du genre C. d. h avec le mètre debide scaïlte de 
l'irlandais et à leur origine commune, Fauteur est d'accord avec 
moi {Métrique galloise, t. II, 2 e partie, p. 236, 242 et suiv., 
p. 260). 

Si les deux volumes annoncés sont à la hauteur du premier — 
et il n'y a aucune raison d'en douter — Glyn Davies aura fait 
ui>e œuvre solide et durable. On peut espérer qu'elle nous four- 
nira de nouveaux documents pour étudier l'origine et la nature 
de la métrique celtique. 

J. Loth. 

1. Dans ma Métrique, t. I, p. 17 , j'avais conclu d'après certains 
exemples que j'avais pu identifier, que la rédaction première ne pouvait 
pas être antérieure au xv e siècle. 



CHRONIQUE 



Sommaire. I. État de la langue gaélique dans le comté d'Inverness (Ecosse). 
— II. Découverte épigraphique à Bourbon-Lancv. — III. Cours de 
M. Pokornv à l'Université de Vienne ; sa Concise old Irish Grammar. — 
IV. Future thèse de M. G. Esnault. — V. Répertoire annuel des publi- 
cations relatives à la philologie classique. — VI. Les travaux de la Guild 
of Graduâtes de l'Université de Galles. — VIL Buched Dewi ac ysto- 
rvaeu ereill. — VIII. Na se Bonnaich Bheaga. — IX. Chansons popu- 
laires du pays de Vannes. — X. Kevrin barzed Breiz, par E. Berthou. 
XI. Collection de proverbes bretons par M. Ernault. — XII. 
Ouvrages reçus. 

1 

Nous avons donné précédemment, d'après les statistiques offi- 
cielles, la situation actuelle de la langue irlandaise en Irlande 
(v. Rev. Celt., XXXIII, 483). Les réflexions qu'elle suggérait 
étaient, on s'en souvient, plutôt attristantes. La situation n'est pas 
meilleure en Ecosse, si l'on en croit du moins la statistique qu'a 
publiée pour le comté d'Inverness le numéro du 6 novembre 191 1 
de The Northern Chronicle. 

Le comté d'Inverness, placé au centre même de la terre celtique 
des Highlands, comptait, au recensement de 191 1, 87.272 habitants 
(2832 de moins qu'au recensement de 1901). Sur ce total, le 
chiffre des individus parlant gaélique atteint 48.780 (soit 55,9 pour 
cent), dont 7670 ne parlent que le gaélique. La diminution est 
torte par rapport aux recensements précédents: en 1901, la popu- 
lation parlant gaélique s'élevait à 55.003 (soit 61 "/") • en 1891, à 
62.130 (soit 68 / o ) et en 1881, à 64.041 (soit 7o,9°/ ). En trente 
ans, cette population a diminué de 15.261 individus. Le gaélique 
seul était encore parlé en 1891 par 17.316 individus: ce qui fait en 
vingt ans une diminution de 9646 pour la population qui ne parle 
que le gaélique. 

Il serait intéressant d'avoir les chiffres correspondants des autres 



Chronique. 101 

comtés d'Ecosse et de les comparer à ceux du comté d'Inverness. 
Il est malheureusement douteux qu'ils modifient beaucoup les con- 
clusions des statistiques précédentes. 



Il 



Dans la séance du 19 juillet 1912, M. Héron de Yillefosse a 
annoncé à l'Académie des Inscriptions une intéressante découverte 
épigraphique faite sur le territoire de Bourbon-Lancy (Saône-et- 
Loire) par M. Max Boirot, correspondant de la Société des anti- 
quaires de France. Nous reproduisons ci-dessous les termes mêmes 
des comptes rendus de l'Académie (p. 341) : 

« Dans une tranchée ouverte près du chevet de l'église de Saint- 
Martin, on a mis au jour les débris d'une plaque votive en marbre 
blanc qui était probablement consacrée à Borvo et à Damona, les 
dieux de la source bienfaisante. On sait tout l'intérêt du nom divin 
Borvo, d'origine gauloise ; ce dieu préside aux sources thermales 
en Gaule. Les noms de lieu actuels Bourbon-Lancy, Bourbon 
l'Archambault, Bourbonne-les-Bains, etc., dérivent de ce nom 
Borvo ; le nom de la maison royale de Bourbon en dérive égale- 
ment. L'inscription malheureusement est incomplète. En attendant 
un meilleur texte promis par M. Boirot, on peut dire que cet 
intéressant ex-voto a pour auteur un Gaulois appelé Suadorix 
auquel les divinités étaient vraisemblablement apparues en songe. 
Ce nom propre gaulois a été déjà rencontré sous la forme Suadu- 
rix qu'on lit sur un couteau trouvé à Besançon. Cette variante a 
engendré Suaduragius, nom d'homme inscrit sur une pierre de Bes- 
sas (Ardèche). » 

III 

Notre collaborateur M. Julius Pokorny nous communique deux 
intéressantes nouvelles. La première est qu'il a été chargé pour 
l'année scolaire 1912-1913 d'un cours d'irlandais à l'Université de 
Vienne; c'est, croyons-nous, la première fois que l'enseignement 
du celtique figure dans le programme d'une Université autrichienne. 

La seconde est qu'il vient de terminer une Concise oïdlrish Grarn- 
mar, à la fois historique et comparative, qui paraîtra par livraisons 
en appendice à la Celtic Revinu. Cette Grammar sera suivie d'un 
choix de textes, comprenant les plus beaux morceaux de l'ancienne 
littérature irlandaise, mais ramenés à une norme linguistique et 



102 Chronique. 

dans une langue uniformisée. Voilà en perspective pour les jeunes 
celtistes de nouveaux instruments de travail. 



IV 



Un autre ouvrage aussi, qui ne peut manquer d'avoir du succès 
auprès des celtistes et des romanistes, c'est une thèse de doctorat, 
qui sera présentée à la Faculté des Lettres de Paris par M. G. 
Esnault, professeur au lycée de Nantes, et qui a pour sujet l'étude 
du français parlé en Bretagne. Nous exprimions naguère le regret 
que ce joli sujet n'ait pas encore tenté quelque philologue breton- 
nisant (v. Rev. Celt., XXXII, 372); M. Esnault nous écrit qu'il y 
travaille depuis 190e et qu'il espère avoir bientôt terminé sa tâche. 



V 



M. Marouzeau, dont le nom est déjà connu de nos lecteurs, 
occupe depuis l'an dernier une place importante dans la rédaction 
de la Revue de Philologie. Il s'y est chargé d'une tâche bibliogra- 
phique considérable qui consiste à relever chaque année le titre de 
tous les ouvrages publiés sur l'antiquité classique, ainsi que les 
comptes rendus qui en sont faits. Sous le titre Revue des comptes- 
rendus d'ouvrages relatifs à V antiquité classique, ce répertoire paraît 
en appendice dans la Revue de Philologie ; il forme chaque année un 
fascicule, que met en vente à part, au prix de 5 fr., la librairie 
Klincksieck, rue de Lille, 1 1, à Paris. Deux fascicules ont déjà paru, 
pour 1910 et 191 1 . Il y a tant de questions communes au latin, 
voire même au grec, et au celtique, que cet utile répertoire devait 
être signalé et recommandé à nos lecteurs. 



VI 



Les Transactions of the Guild of Graduâtes of the University of 
Wales for the years 1909, 19 10 and 191 1, paraissent en un seul 
fascicule. 

Elles contiennent d'intéressants rapports de sir Edward Anvvyl, 
secrétaire de la « Dialect section ». On y voit quels efforts 
dépense notre savant collaborateur pour encourager les enquêtes 
dialectologiques et en favoriser la publication. Aux pages 26 et 
suiv., M. Fynes-Clinton, professeur à l'University Collège de Ban- 



Chronique. 103 

gor, publie un glossaire de mots dialectaux du Nord du Carnar- 
vonshire : la région étudiée comprend la côte, de Bangor à Pen- 
maenmawr, et s'étend dans l'intérieur des terres jusqu'à Pentir et 
Bethesda. 

La « Place-names section » fournit également quelques utiles 
documents ; on trouvera notamment aux pages 40 et suiv. une 
liste de noms de lieu du Carmarthenshire, dressée par le Rév. 
M. H. Jones. 

Enfin la « Literature Section », dont le secrétaire est M. J. H. 
Davies, ne reste pas inactive. Elle a déjà encouragé la réimpression 
de plusieurs ouvrages gallois des xv e -xvne siècles, notamment le 
Defjynniad Fydd Eglwys Loegr « Défense de la foi de l'Église 
d'Angleterre », par Maurice Kyffin (1595), le second volume des 
œuvres de Morgan Llwyd o Wynedd (1619-1659), l'auteur de 
l'allégorie fameuse Llyfr y tri adenu « Livre des trois oiseaux » 
(1653), et les œuvres poétiques de William Llyn (15 3 5-1 580), 
cet illustre barde dont son maître Grufudd Hiraethog disait qu'il 
savait toute chose (nid oesdim xu anwybodus iWiliam Llyn). La Guild 
s'apprête à joindre à la liste le Kyuniver Llith a Bauii « Autant de 
leçons que d'articles », de W. Salesbury (1 55 1). Toutes ces réim- 
pressions ont été faites par la maison Jarvis et Foster, de Bangor. 
Elle annonce en outre la publication de textes du moyen âge encore 
inédits, parmi lesquels le texte des lois de Howel Dda du manu- 
scrit Llanstephan 116 (xv c s.), et les poésies de Lewis Glyn Cothi 
d'après le manuscrit Peniarth 109 (xv c s.). 



VII 



Tous les celtistes connaissent le « Livre de l'Anachorète de 
Llanddewi Brefi », Llyfr Ancr Llaiidnuivrcvi 1 . Ce manuscrit, copié 
en 1346, est conservé à Oxford (Jésus Collège MS. 119). Il a été 
savamment édité par M. J. Morris Jones et sir John Rhys dans la 
collection des Anecdota Oxoniensia (Mediaeval and Modem Séries, 
part VI, Oxford, 1894). Le principal texte contenu dans le ma- 
nuscrit est YHysloria Lucidm, traduite de YEluçidarium sine Dialo- 
gus de summa totius Christianae theologiae, dont on trouvera le texte 
latin dans la Patrologie de Migne (t. CLXX1I, col.' 1108-1176), 
parmi les œuvres d'Honoré d'Autun (v. Rev. Celt., XYI, 106). 
Mais à la suite de YHystoria Lucidar, le manuscrit gallois contient 
un certain nombre de courts textes, tous traduits du latin et de 

1. Llanddewi Brefi, près de Tregaron (Cardiganshire). 



104 Chronique. 

caractère religieux. MM. Jones et Rhys les ont compris dans leur 
édition. Ce sont les suivants : 

Y mod yd aeth Meir v nef a Comment Marie alla au ciel » ; 

Kyssegyrlan Vuched « la Vie Sanctifiée » ; 

Hystoria o vuched Deivi « histoire de la vie de saint David » ; 

Hystoria o vuched Beuno « histoire de la vie de saint Beuno » ; 

Hystoria Adrian ac Ipotis « histoire d'Adrien (l'empereur) et 
d'Ipotis » ; 

Credo Seini Athanasius « le Credo de saint Athanase » ; 

Pv delw y dely Dvu credu y Duiv « de quelle façon l'homme doit 
croire en Dieu » ; 

Pivyll o piider o duîl Hu Saut « Sens du pater d'après saint 
Hugues » ; 

Rimuedeugwarandaut offeren « les vertus de l'assistance à la messe » ; 

Breudwyi Paul ebosiol « Songe de l'apôtre Paul » ; 

Am gad'w Dyiu Sul « sur l'observance du dimanche » ; 

Rybitd Gabriel ai Veir « l'annonce de Gabriel à Marie » ; 

Euegyl jeaan ebostol « l'Évangile de l'apôtre Jean » ; 

v Drindawi yn un Duiv « la Trinité en un seul Dieu » ; 

Hystoria gwlat Jeuan Vendigeit « histoire du pays du bienheureux 
Jean ». 

Si tous ces textes, en tant que traductions, sont dénués de 
valeur littéraire, ils ont pour l'histoire du gallois un grand intérêt. 
Et l'on pouvait désirer qu'ils fussent reproduits dans une édition 
commode et pratique, à l'usage des étudiants. C'est ce désir que 
vient de réaliser le Prof. Morris Jones dans un petit volume de 
92 pages intitulé Buchedd Deivi ac Ystoryaeu ereilî « The Life of 
Saint David and other tracts in médiéval Welsh from the Book of 
the Anchorite of Llanddewivrevi ,> (Oxford, Clarendon Press, 
1912, 3 s. 6 d.). Comme le titre l'indique, l'édition ne comprend 
que les treize derniers morceaux de la liste précédente, à partir de 
la Vie de saint David. C'est une simple reproduction de la partie 
correspondante de l'édition de 1894. Il n'y a ni notes, ni remarques 
grammaticales ou historiques, ni glossaire. On regrettera cette 
parcimonie. Nul n'était plus capable que le savant professeur de 
Bangor d'enrichir son édition d'un commentaire, qui eût rendu 
aux débutants les plus grands services. Sur quelques points d'ail- 
leurs le texte paraît incorrect ; on aimerait à connaître les correc- 
tions de M. Jones. Il faudrait aussi pouvoir recourir aisément aux 
originaux latins, dont les textes sont inspirés ou traduits ; une 
indication sommaire de ces originaux était indispensable. Enfin, les 



Chronique. 105 

textes sont en partie conservés dans quelques autres manuscrits; 
pour les deux premiers morceaux, la vie de saint David et la vie 
de saint Beuno, la chose est sûre : M. Timothy Lewis en a signalé- 
une version dans le manuscrit n° IV de Llanstephan (auj. à la 
National Library of Wales), qui fait partie d'une « collection sans 
ordre » Didrefn Gasgliad (voir Rev. Celt., XXXIII, p. 434). Et 
dans le vieil ouvrage de Rees, Lives of the Cambro-hritish Saints 
(Llandoverv, 1853), se trouvent p. 13-21 la vie de saint Beuno et 
p. 102-116 la vie de saint David, éditées d'après deux manuscrits, 
dont le manuscrit d'Oxford, accompagnées d'une Vita de saint David 
en latin, p. H7-i4i,et de traductions anglaises. En attendant que 
quelque jeune scholar nous donne l'édition critique qui s'impose, 
remercions M. Morris Jones de cette réimpression, dont il faut 
pour le moment nous contenter '. 

VIII 

Aux personnes qui s'intéressent au gaélique d'Ecosse et qui 
seraient soucieuses de l'apprendre, il faut recommander Na se Bon- 
naich Bheaga « The six little Bannocks and other short Fairv Taies 
from the Gaelic ». Ce sont deux petites brochures, dont l'une 
contient le texte gaélique, et l'autre la traduction anglaise par 
M. J. G. Mackay. On se les procure chez Miss A. Maclennan, 82 
St John's Hill, Clapham Junction, London S. W., pour la somme 
modique de 6 d. (by post 8 d.). Le texte gaélique est emprunté 
aux collections de J. F. Campbell of Islay, un fervent, comme on 
sait, des traditions populaires; c'est-à-dire qu'il s'agit de récits 
fantastiques, utiles pour la connaissance du folk-lore du pays. 

IX 

La librairie Rouart, Lerolle et C ie a édité l'an dernier une pre- 
mière série de Chansons populaires du pays de Vannes recueillies et 
publiées, avec textes bretons et traduction française, par M. Loeiz 
Herrieu (Paris, 191 1, 2 fr. 50). C'est une publication digne d'éloges 
et qui mérite d'être encouragée. La chanson populaire est dans tous 
les pavs une des manifestations les plus sincères de l'âme des 
peuples. Même quand ceux-ci ne la créent pas spontanément, ils la 
modèlent et la transforment suivant leurs goûts personnels, et ainsi 
on peut recueillir, dans le rythme ou la mélodie des chansons, un 

1. Page 12. 1. 7. lire yti kylchymi au lieu de ny kylchynu. 



t€>6 Chronique. 

témoignage trop pégUgé jusqu'ici, sur le caractère de chacun. Le 
recueil de M. Herrieu réjouira tous les amis de la Bretagne; on 
pourra le comparer avec intérêt au recueil de chansons populaires 
des Hautes-Terres d'Kcosse dont les celtistes sont redevables à Miss 
F. Tolmie (v. R. CelL, XXXIII, p. 153). 

Il y a peu de chose à dire des paroles de ces chansons. Le fond 
en est emprunté aux sujets qu'a fait connaître Luzel dans ses deux 
grands répertoires ; on y retrouve le gentilhomme séducteur, le 
paysan qui quitte son amie pour aller à l'armée, le jeune homme 
qui se fait prêtre par désespoir d'amour et l'inévitable La Fontenelle; 
dans les pièces de genre badin, le tailleur joue naturellement son 
rôle ridicule. La traduction nous paraît fort exacte et serre en géné- 
ral le texte de très près. Nous n'adresserons à l'auteur qu'une 
observation de forme : il n'a pas adopté, en ce qui concerne la 
coupe des syllabes qui contiennent un 1) entre voyelles, une règle 
uniforme; il écrit eù-é « aussi », p. 22, 34 (comme iieit-é « nou- 
veau », p. 22, 34, 50, 52), mais e-ùêy p. 54 ; et de même aù-el 
« vent », p. 24, paù-e « pavé » (dans ar pake ger Pari\ « sur le pavé 
de la ville de Paris »), p. 26, mais sa-ùét « levé », p. 50, 52. Il 
serait intéressant de connaître la vraie prononciation. Dans le 
même ordre d'idées, on peut lui signaler rèvr « derrière », p. 55, à 
côté de rèr, p. 57. P. 52, lire Le Rapt dans le titre de la pièce, et 
p. 57, 1. 5, lire miliget. 

Les airs de toutes ces chansons (trente-deux en tout) ont été 
notés par M. Maurice Duhamel, ce musicien musicographe 
dont la Revue Celtique a déjà eu l'occasion de citer avantageu- 
sement le nom (v. t. XXXII, p. 369). Il a fait précéder le 
recueil d'une préface, où il donne quelques renseignements tech- 
niques fort utiles sur la musique vannetaise. Mais il écrit un bien 
mauvais français. Nous relevons les phrases suivantes aux pages 
ij et iij : « le Barh labourer m'en voudrait si je le biographiais... », 
« l'aide... ne lui faillit pas en cette occasion », « les chansons de 
ses compatriotes ne pouvaient l'indifférer », « la diversité qui par- 
ticularise les différentes contrées de la Bretagne», etc. ; c'est-à-dire 
en quelques lignes à la fois le néologisme, l'archaïsme et le barba- 
risme. M. Duhamel appelle les incorrections grammaticales des 
« scories », et il estime que ces scories « ajoutent aux œuvres tra- 
ditionnelles un cachet populaire qui n'est pas sans charme » ; nous 
n'éprouvons pas le même charme à les rencontrer dans sa prose. 
Notez bien que M. Duhamel est fort sévère pour les Bretons qui 
maltraitent leur langue maternelle ; s'il n'était Breton lui-même, 
quels reproches n'encourrait-il pas pour son français? 



Chronique. 107 

X 

Sous le titre Kevrin bar\ed Brei\ pc re'r x adur ar Wcr\ome\ vre%pnek 
(« Secret des bardes de Bretagne ou code de versification bre- 
tonne »), M. Erwan Berthou publie une petite brochure de 
36 pages, entièrement rédigée en breton (Paris, Champion, 1912, 
o fr. 50). On y trouve exposées en 129 paragraphes les règles de la 
versification bretonne, avec exemples à l'appui. Les préceptes sont 
courts, nets, bien faits pour frapper l'esprit du lecteur et s'y graver 
aisément. Ils concernent successivement les pieds, les coupes, l'as- 
sonance, la rime et l'allitération, l'élision et la contraction, les 
différentes sortes de vers et de strophes, puis les poèmes d'étendue 
fixe (imités du sonnet français) et finalement le procédé de l'asso- 
nance intérieure, la cynghanedd galloise, pour laquelle M. Berthou 
fabrique le nom de kcnganere^. 

La brochure débute par quelques préceptes généraux sur l'art du 
poète, dont l'auteur, poète lui-même, se fait une haute et noble 
idée. « On peut être poète sans faire de vers, dit-il, mais on peut 
aussi faire des vers sans être poète. Autrefois, parmi les Celtes, 
quand l'esprit celtique était plein de vie, la plupart de ceux qui 
faisaient des vers étaient de vrais poètes. Depuis que l'esprit poé- 
tique est allé se perdant, et même l'esprit celtique, on a donné le 
nom de poètes à beaucoup de rimailleurs qui n'étaient pas dignes 
de porter ce beau nom ». 

Déjà Horace avait dit : 

Ingenium cui sit, cui mens diuinior, atque os 
Magna sonaturum, des nominis huius honorem. 

M. Berthou distingue le poète du versificateur, et la poésie popu- 
laire de la haute poésie, mais surtout il magnifie le barde : « le Celte 
qui possède à la fois l'intelligence d'un barde, l'inspiration d'un 
poète et la science d'un versificateur est capable d'obtenir la belle 
renommée des anciens bardes ; c'est à lui qu'on peut donner le nom 
de barde. Car il trouve dans la profondeur de son inspiration, dans 
les étincelles de son cœur et les ressources de son esprit les mots 
capables de faire sentira tous les autres ce qu'il sent lui-même. Il 
est assez fort pour faire mugir la mer, souffler le vent, trembler 
la terre, chanter les oiseaux, couler l'eau. » 

Voilà de fières paroles, qui méritent de rendre M. E. Berthou 
célèbre dans son pavs. 



io8 Chronique. 

XI 

Nous avons commis à la page 492 du tome précèdent un oubli 
impardonnable. En citant les noms des collecteurs de proverbes 
bretons, nous avons omis celui de notre excellent collaborateur, 
M. Emile Ernault. On trouvera dans la Mélusitie (t. IV, 494 ; 
t. VIII, 86, 116, 139, 164; t. IX, 208, 258, 280 ; t. X, 15, 89, 
158, 187, 212, 233, 259, 273; t. XI, 199, 243, 266,293, 325, 35i, 
396, 440), une riche collection de proverbes bretons, empruntés à 
tous les dialectes et signée de ce nom si cher aux études bretonnes. 
M. Ernault pourrait à bon droit s'appliquer le proverbe français : 
Ou n'est jamais trahi que par les siens. Espérons qu'il n'y joindra pas 
le proverbe breton : Kasoui a ^0 eux aun trubard. 

XII 

Nous avons reçu de M. Robert Fawtier un ouvrage dont il est 
l'auteur, La Vie de saint Sainson, essai de critique hagiographique 
(Paris, Champion, 1912); il en sera rendu compte prochainement. 

De M. Ernst Windisch, nous est parvenu également un gros et 
bel ouvrage de 301 p., Das keltische Britannien bis ;» Kaiser 
Arthur (Leipzig, Teubner, 1912, 9 M.). Contentons-nous aujour- 
d'hui de l'annoncer à nos lecteurs ; nous en reparlerons bientôt. 

J. Vendryes. 



PÉRIODIQUES 



Sommaire. — I. Revue de Phonétique. — Il.'Zentralblatt fur Bibliotheks- 
wesen. — III. Sitzungsberichte der kôn. preuss. Akademie der Wis- 
senschaften. — IV. The Celtic Review. — V. American Journal of 
Philologv. — VI. Le Fureteur breton. — VU. Annales de Bretagne. — 
VIII. Bulletin de dialectologie romane. — IX. Bulletino di paletno- 
logia italiana. — X. Bulletin de la Société Jersiaise. — XI. Anzei- 
ger fur schweizerische Altertumskunde. — XII. Jahresbericht der 
schweizerischen Gesellschaft fur Urgeschichte. — XIII. Congrès de 
l'Association française pour l'avancement des sciences. — XIV. Con- 
grès préhistorique de France. — XV. Bulletin de la Société préhisto- 
rique française. — XVI. Revue Archéologique. — XVII. Bulletin de 
la Diana. — XVIII. Bulletin de la Société française des fouilles archéo- 
logiques. — XIX. Bulletin de la Société des sciences historiques et 
naturelles deSemur-en-Auxois. — XX. Bulletin archéologique du comité 
des travaux historiques. — XXI. Journal ofthe Royal Society ofAntiqua- 
ries of Ireland. — XXII. Boletin de la Real Academia de la Historia. — 
XXIII. Archiv fur Anthropologie. 



1 



Revue de phonétique, publiée par l'abbé Rousselot et Hubert 
Pernot (1911-1912) '. 

La Revue de Phonétique que je suis vraiment confus de présenter 
si tard aux lecteurs de la Revue Celtique 2 , n'est pas une simple conti- 
nuation de La Parole, qui se partagea entre la médecine spéciale du nez, 
des oreilles, du larynx et la phonétique expérimentale et avait dis- 
paru avec l'Institut qui la soutenait. Son programme est plus 

1. Il paraît un fascicule tous les trois mois. L'abonnement est de 16 Ir. 
Le siège de la Revue est 25, rue des Fossés-Saint- Jacques, Paris. 

2. J'attendais pour le faire qu'il v parût un travail intéressant directe- 
ment les études celtiques ; il y en a deux en préparation, mais leur publica- 
tion se fera encore attendre quelque temps. 



i io Périodiques. 

ample. 11 a été excellemment exposé en tête du premier fascicule 
par l'abbé Rousselot. Toutes les méthodes y sont admises, qu'elles 
soient fondées sur l'impression que reçoit l'oreille (phonétique 
auditive), sur des graphies diverses (phonétique historique), sur 
la comparaison des formes dialectales (phonétique géographique), 
ou simplement sur les variétés des générations successives dans le 
sein d'une même famille (phonétique généalogique), etc. ; naturel- 
lement une large part y est faite à la phonétique expérimen- 
tale . 

Jusqu'ici la phonétique celtique, à part un travail de l'abbé 
Rousselot sur les articulations irlandaises, une note de M. Scerba 
sur Vu gallois (Mém. Soc. Ling., XVI, 284) et deux mémoires sur 
des traits dialectaux bretons publiés dans les Annales de Bretagne, n'a 
guère profité des ressources que lui offre la phonétique expérimen- 
tale. Et cependant, comme le dit très bien l'abbé Rousselot dans 
Texposé de son programme (p. 8), les autres méthodes ont sou- 
levé beauconp de problèmes qu'elle seule peut résoudre, car elle a 
sur ses devancières l'avantage d'être plus objective et moins per- 
sonnelle, de juger, non sur des impressions fugitives, mais sur des traces 
permanentes de la parole ou de ses organes et susceptibles de nombre et 
de mesure, non sur les seules synthèses faites par Voreille, mais encore 
sur des analyses mathématiques ou acoustiques, non sur de simples 
indices orthographiques, ni sur des observations incomplètes, mais sur des 
faits précis, faciles à contrôler, à reproduire, à modifier même, pour en 
rendre F interprétation plus certaine. Les tracés révèlent encore parfois 
d'importants phénomènes que l'oreille est impuissante à percevoir. 
C'est ainsi que de multiples expériences faites au laboratoire du 
Collège de France, ont démontré, ce qui n'avait jamais été signalé, 
que les occlusives sourdes initiales dans le dialecte du Glamorgan 
Est, sont des aspirées. Il a été établi également que l'occlusive 
sourde intervocalique précédée immédiatement de l'accent, dans 
ce dialecte, est nettement sourde. L'étude d'un tracé du / sourd 
gallois nous a donné l'explication de deux équivalences curieuses : 
/ sourd est prononcé s par les enfants gallois jusqu'à l'âge de 
trois ans : les Gallois ont transcrit l'irlandais Sinon (Sinon), nom 
gaélique de la rivière Shannon par Llinou, dans le Mabinogi de Bran- 
wen ; or il résulte de l'étude du tracé que le début de l'articulation 
est à peu près identique à celle de s '. 

1. On pourra lire avec fruit en ce qui concerne la phonétique expérimen- 
tale, la critique aussi modérée que convaincante de l'abbé Rousselot (t. I, 
fasc. 2, p. 205) de certains aperçus de Jespersen dans ses Grundfragen. 



Périodiques. 1 1 1 

Non seulement chaque langue peut profiter directement des res- 
sources de la phonétique expérimentale, mais tout linguiste peut 
trouver dans ses expériences sur un groupe linguistique tout diffé- 
rent et aussi éloigné qus possible du sien, des indications souvent 
fort instructives pour ses propres recherches. C'est ainsi, nous dit 
l'abbé Rousselot, que la phonétique des Hovas et des Betsileo nous 
apprend des choses que nos langues d'Europe laissent ignorer 
ou montrent moins bien, par exemple, les diverses phases de la 
chute des atones, la vraie nature de tr et dr en anglais, même celle 
de nos dentales et de nos gutturales, etc. 

La Revue de Phonétique se propose aussi un but pratique : une 
place importante y est réservée à l'enseignement des langues 
vivantes, et de la parole aux sourds-muets, à la correction des 
vices de prononciation, à l'éducation de l'oreille, à l'hygiène de la 
voix, à l'articulation dans le chant. 

La revue donne aussi la description et la critique des appareils 
intéressant la science du langage, sans excepter les gramophones 
et phonographes dont l'emploi dans l'enseignement se vulgarise de 
plus en plus. C'est ainsi que dans le I er fascicule (p. 68) nous 
sommes redevables à M. Chlumsky d'une description des appareils 
nouveaux donnant les transcriptions des tracés du phonographe et 
la photographie de la voix. 

Les articles ou mémoires publiés jusqu'ici sont d'une extrême 
variété et d'un réel intérêt. Parmi les langues indo-européennes, le 
français, le catalan, le tchèque, le suédois sont l'objet d'observa- 
tions fort instructives et en grande partie neuves. Les Notes 
de phonétique historique de M. Cuny (I, fasc. 2, p. 10) intéressent 
l'indo-européen et le sémitique. Elles nous font pénétrer dans le 
pré-indo-européen et envisager certains points de parenté possible 
avec le sémitique, parenté soutenue en Allemagne, par Hermann 
Mol 1er et dont un des partisans les plus marquants est Holger 
Pedersen. L'article de M. Ant. Grégoire sur Y Influence des consonnes 
occlusives sur la durée des syllabes précédentes (t. I, fasc. 3, p. 260), 
donne des conclusions parfaitement d'accord avec la phonétique 
du gallois, du comique et du breton; dans les monosvllabes, en 
exceptant quelques cas en breton actuel, la voyelle longue est tou- 
jours accompagnée d'une occlusive sonore. L'occlusive sourde 
finale est précédée d'une voyelle brève, ce qui se produit par 

N'eût été la légitime réputation de fauteur, une réfutation de ses juge- 
ments était inutile, car il n'est que trop évident que Jespersen n'a qu'une 
connaissance superficielle de la phonétique expérimentale. 



112 Périodiques. 

exemple en gallois, dans les emprunts anglais (V. J. Loth, Mots 
latins, p. 78 : ex. bêd, monde, e-bèt, au monde). 

Dans son programme, l'abbé Rousselot annonçait la publication 
de petites phonétiques et de Dictionnaires phonétiques des langues lit- 
téraires. Dès le L r fascicule, il donnait l'exemple et commençait la 
publication d'un Dictionnaire de la prononciation française, assuré- 
ment unique en son genre. Loin de se borner à des indications 
sommaires sur la prononciation et la quantité des voyelles, l'auteur 
fournit la valeur de chacun des éléments du mot : timbre, durée, 
hauteur musicale, intensité même, chaque fois que cela est nécessaire, 
et dans la mesure où cela est possible pour un travail d'une aussi 
longue haleine. Ce sont là des documents d'une valeur inappré- 
ciable pour tous les linguistes présents et futurs. 

Comme on le voit, tous les amis des études linguistiques, les 
celtistes comme les autres, sont intéressés au succès de la Revue 
de phonétique et ne peuvent que lui souhaiter longue vie et prospé- 
rité. 

J. Loth. 

11 

ZeNTRALBLAT FUR BlBLlOTHEKSWESEX, I9I2, p. 264: H. W. LÛl- 

dsay : Breton scriptoria : their latin abbreviation-sxmbols. Le professeur 
H. W. Lindsay de l'Université de Saint-Andrews, auquel on doit 
cette année même, un important travail (Early Welsh script) dont 
il a été parlé dans la Revue Celtique, t. XXXIII, p. 478, et la décou- 
verte de gloses bretonnes du ix L siècle, est arrivé par l'étude minu- 
tieuse des mss. dus à des scribes bretons, à établir que nos 
scribes, jusqu'à la fin du X e siècle, au moins, avaient conservé 
avec une extraordinaire fidélité dans leurs symboles d'abréviation les 
habitudes insulaires même après avoir renoncé au type d'écri- 
ture insulaire; son étude pourra être d'un grand secours dans la 
critique des mss. intéressant la Bretagne, en particulier, de cer- 
tains mss. de vies de saints. 

En ceci comme en tout le reste, il est évident que jusqu'à la fin 
du xi c siècle et même après, la civilisation des Bretons Armoricains 
était orientée vers son pays d'origine, et que l'île de Bretagne 
exerçait toujours sur eux une profonde attraction. 

J. Loth. 

III 

M. Kuno Mever continue dans les Sitzuxgsberichte der ko- 



Périodiques. 1 1 3 

xigl. preuss. Akademie uek YVissexschaftex (i 9 1 2 , t. LI,p. 1 144- 
11 57) ses études Zur keîtischen Wortkunde (v. Rev. Cclt . , XXXIII, 
p. )0[). Il signale d'abord (n°2)) un composé hybride gallo-latin, 
su-apte « wohlangemessen », attesté chezle grammairien Virgile et 
dans un hymne de l'évèque Çummine Fota : puis il réunit (n° 26) 
des noms propres gaulois, tirés du grammairien Virgile. Il étudie 
ensuite les mots suivants : 27. irl. aicned « nature », de *ad-geu-i- 
to-11. 28. irl. aifdirclèoc « vanneau », écrit parfois avec une/- pro- 
thétique et aujourd'hui emplové en Ulster sous la forme saidhir- 
cléog, est un dérivé de adircliu Sg. 69 a 8 et remonte à adarc 
« corne ». 29. mirl. ailtiu et ailemain sont deux substantifs ver- 
baux de ailim « je nourris », succédanés du plus ancien altram. 
30. mirl. bruthen f. « chaleur, ardeur», dérivé de bruth. 31. virl. 
epii f. « serpe », à rattacher au verbe *es-ben- comme une forma- 
tion participiale en -;///, du type birit et Brigit (cf. Marstrander, 
Zeistch. f. Celt.Phil., VII, 38e). 32. oî ma « quod si » n'est pas 
dans Ml. 3 a 13 une simple transcription servile du latin, puisque. 
la locution est attestée dans un poème des Anecdota from Irish Ma- 
nuscripts, I, p. 72, § 197. 33. Formes bvpocoristiques de noms 
propres irlandais, dont l'auteur distingue trois types différents : à 
suffixe consonantique simple, à suffixe vocalique simple, à suffixe 
consonantique composé. 34. virl. esarn « vin vieux », plus ancien 
esuern viendrait d'après M. Schuchardt d'un latin *exhibernum (///- 
mini); c'est un vin qui a passé l'hiver. 35. virl. ambracht « con- 
juration, formule magique », du verbe brigaim « je déclare, je pro- 
nonce ». 36. virl. giall-cherd f. « acte de soumission », appliqué 
au traitement cruel que les Vikings infligeaient aux petits enfants. 
37. irl. ath-chned « grande souffrance », écrit achned Sait. 1409, 
dérive de cued « blessure, souffrance ». 38. virl. dupai I « aux 
membres noirs », composé bahu-vrîhi, remplacé plus tard par 
ball-dub. 39. Cruthen,pl. Cruthin « Picte », correspondant au gal- 
lois Prydcu, pi. Prydyn ; de même, Cruithne n. « le peuple ou le 
pays des Pietés » correspond à Pretcnc des Annales de Tigernach 
(année 624; Rev. Cclt., XVII, 178). 40. Anciens textes irlandais 
contenant le nom d'Arthur, sous la forme Artûir. 



IV 



Dans le fascicule 28 (janvier 19 12) de The Celtic Review, 
t. VII, le Professeur Mackinnon continue, p. 318-335, son édi- 
tion de la version gaélique de laThébaïde de Stace ; il dépasse la 

Revue Celtique, XXXIV. 8 



ii4 Périodiques. 

fin du premier chant et nous conduit dans le chant II jusqu'aux 
préparatifs du festin organisé pour le mariage de Deipylé et de 
Tydée, fils d'Oineus (v. 200). Dans les fascicules 29 (mai 1912), 
p. 8-22, et 30 (octobre 1912), p. 100-111, se termine la partie qui 
correspond au chant II ; même le chant III est entamé; les pages 
109 et ni comprennent le dialogue où Vénus pousse Mars à 
intervenir en faveur des Thébains. 

Il faut signaler dans le fascicule 28 un article intitulé The Scot in 
America and the Ulster Scot ; c'est la reproduction d'un discours 
prononcé à l'Edimburgh Philosophical Institution en novembre 
191 1 par un Écossais d'origine, feu M. Whitelaw Reid, alors am- 
bassadeur des Etats-Unis à Londres. La personnalité du conféren- 
cier ajoute à la conférence un intérêt particulier ; celle-ci est en effet 
pleine de détails piquants, d'anecdotes fort joliment présentées. 
Le regretté ambassadeur décrit avec humour l'arrivée des Cavaliers, 
des Puritains, puis des Quakers sur la terre américaine; les Cava- 
liers s'établissent en Virginie, les Puritains dans le Massachusetts, 
les Quakers en Pensylvanie. C'est en 1652 que le bateau John and 
Sara y amena les premiers notables écossais ; ils étaient envoyés 
en exil par Cromwell, après la bataille de Dunbar. Cet exil fut en 
vérité pour la grande nation américaine un événement des plus 
heureux. 

Dans le même fascicule 28, p. 360, le Rév. Donald Maclean 
ommence une sorte de répertoire de la littérature gaélique d'E- 
cosse pendant les deux derniers siècles ; il le continue et le ter- 
mine dans les fascicules qui suivent (29, p. 74 et 30, p. 129), où 
il mentionne même les écrivains les plus récents, morts et vi- 
vants. 

Aux pages 149-165 du fascicule 30, notre collaborateur M. A. 
O. Anderson publie sous le titre Gildas ami Arthur une impor- 
tante contribution à l'histoire d'Arthur. Partant d'une phrase de 
Gildas (de Excidio Britanniae, chap. xxv et xxvi), dont il discute 
le texte et le sens, il croit pouvoir établir la date où écrivit Gildas 
à une époque moins tardive que ne veulent Mommsen et M. Plum- 
mer ; suivant ces derniers, Gildas aurait écrit après la bataille de 
Camelon, où périt Arthur; suivant M. Anderson, il a pu écrire 
avant. M. Anderson discute ensuite contre Zimmer la valeur du 
témoignage de Gildas sur les rois Constantinus, Aurelius Caninus, 
Vortiporus, Cunoglasus et Magocunus. Zimmer a soutenu que le 
pouvoir de ces rois ne s'étendait qu'à la Galles actuelle, qu'ils se 
partageaient le territoire compris entre le Devon et l'île d'Angle- 
sev. à l'exclusion de l'Angleterre septentrionale, qui aurait formé 



Périodiques. 1 1 5 

un royaume breton indépendant, la Cumbria. Tel n'est pas l'avis 
de M. Anderson, qui n'admet pas que la « Bretagne » de Gildas 
fût limitée au pays de Galles et croit notamment pouvoir placer 
ailleurs le royaume d'Aurelius Caninus et celui de Cunoglasus. Or, 
Cunoglasus pour lui, c'est Arthur, qui se trouverait désigné par 
Gildas au moyen d'épithètes variées contenant des allusions non 
équivoques. L'hypothèse est en tout cas ingénieuse et intéres- 
sante. 

C'est d'histoire aussi que traite M. J. Ferguson dans son article 
du fascicule 30, p. 170-189 sur The Bristish race and kingdom in 
Scotland. Il reprend du début la question des origines celtiques de 
l'Ecosse, résume le problème des Pietés, traite en passant des inva- 
sions romaines et s'occupe surtout des établissements bretons au 
sud de l'Ecosse tels que nous les font connaître les poèmes des 
Four Ancient Books et les généalogies galloises. 

Signalons enfin deux courts textes gaéliques publiés par M. Mac- 
kinnon ; dans le fascicule 29, p. 74, Fulacht un Morrigna « la Cui- 
sine de la Morrigan » du MS. d'Edimbourg, n° V, f° 10b ; dans le 
fascicule 30, p. 168 « le Bourreau de Saint Jean-Baptiste », tire du 
MS. n° i,p. 14-15, qui rappelle le poème du Book of Hui Maine, 
publié dans Ériu, t. IV, p. 173. 



V 



M. Edwin Fay publie dans I'Americax Journal of Philology, 
t. XXXIII, n° 4, p. 377 et suiv., un article fort savant sur les 
dérivés de la racine sthâew composition. Il y touche au celtique à deux 
ou trois reprises ; mais à la page 397, d'une façon, croyons-nous, 
assez malheureuse, en voyant dans gall. pwy gilydd,m. à m. à son 
compagnon (de py -f- }' giïydd, Strachan, Introduction, p. 114) 
« an admirable example to illustrate the cognation of pwy (from 
*Çs)h u oni)vfiÛi secundum ». Nous ne voyons pas quel appui peut 
prêter la locution galloise à ce rapprochement hardi et peu convain- 
cant. 

VI 

Dans son numéro 44 (t. VIII, décembre 1912-janvier 1913), le 
Fureteur Breton t revient p. 57 sur l'étymologie du nom de Lan- 
nion et donne le résultat d'une consultation originale, à laquelle 
ont pris part nos collaborateurs MM. Dottin et Ernault. Tous deux 



ii6 Périodiques. 

accordent leurs préférences à l'étymologie proposée par M. Loth 
et soutenue par M. Vallée (v. Revue Celtique, t. XXXII, p. 370); 
mais tandis que M. Dottin le fait sans restriction, en attribuant à 
l'étymologie sa plus haute note (20 sur 20), M. Ernault laisse place 
à quelques réserves et n'accorde que la note 12 sur 20. 

Parmi les raisons qu'invoque M. Dottin pour écarter l'idée d'un 
Lan-yun (« Paroisse du marais ») à l'origine de Lannion, il en est 
une qui nous étonne ; c'est, dit le savant auteur, que les mots com- 
posés commençant par lan ont pour second terme un nom propre. 
Est-ce toujours vrai ? En Galles, cette régie souffre quelques excep- 
tions, Llanaber, par exemple, Llanfynydd, Llangoed, Llanmaes, 
Llanrhos, etc., sans parler de Lïanfychain ou Llanteg. Et en Bre- 
tagne même, M. Loth a signalé déjà Lanveur et LaugoetÇRev. Celt., 
XXIX, 224). Ajoutons qu'en Galles, le nom propre second terme 
n'est pas toujours un nom de saint : Llandaff, par exemple, con- 
tient le nom de la rivière Taff. 

Cela ne veut pas dire que nous approuvions l'étymologie Lan- 
yun ; mais l'argument de M. Dottin nous paraît tomber à faux. 
Amicus Dottin, magis arnica veritas. 

VII 

Dans les Annales de Bretagne (tome XXVIII, n° 1, novembre 
19 12), notre collaborateur M. Dottin donne quelques renseigne- 
ments sur Y Importante découverte de manuscrits bretons par M. L. Le 
Guennec (p. 76-80) ; c'est celle dont la Revue Celtique a parlé au 
tome XXXIII, p. 490. 

M. G. Esnault continue (p. 104 et suiv.) son étude sur le poète 
breton Le Laé. On trouvera dans le n° 2 du tome XXVIII (janvier 
191 3), p. 208-228, la suite de cette étude, mais avec une lacune de 
dix paragraphes, qui sera comblée ultérieurement. 

VIII 

Le Bulletin de dialectologie romane contient dans son 
tome III (191 1), p. 1-18 et 63-86, un travail de M. Jud, Dalla 
storia délie parole lombardo-ladine, qui a pour point de départ une 
étude de M. Guarnerio sur le parler du Val Bregaglia, dans la 
Haute Engadine (Appunti lessicali bregagliotti, 1908); le Val Brega- 
glia commence au lago di Seglio, comprend le bassin de la Maira 
et s'étend jusqu'à Chiavenna. M. Jud a classé tous les mots de ce 



Périodiques. 117 

parler d'après leur origine, et après avoir mis à part les éléments 
romans et les éléments germaniques, il a trouvé un résidu assez 
considérable de mots qu'il appelle « préromans » et dont une 
partie est certainement celtique (voir la liste, p. 82 et 83). 11 nous 
suffira de signaler cette liste à nos lecteurs. Elle comprend 
par exemple banna « corne », barr « buisson », beione « résine », 
bric « colline », capanna « cabane », cassanu « chêne », nantu « ruis- 
seau », renu « id. », verna « aune », etc., qui sont évidemment 
celtiques, et d'autres comme fruta « ruisseau », rocca « roche », 
qui pourraient l'être. Mais il est parfois malaisé de distinguer le 
roman du préroman ; des mots comme clete « haie », darvita 
« herpès », ibex « bouquetin », lafix « mélèze », dont les ancêtres 
latins sont peut-être empruntés au celtique, ne sont-ils pas deve- 
nus romans ? On remarquera ce fait intéressant que presque tous 
les mots celtiques de la liste sont attestés ailleurs, sur une éten- 
due plus ou moins grande hors du domaine habité par les Celtes, 
et que par suite ils ne prouvent rien pour l'existence de popu- 
lations celtiques dans la région étudiée. Ce sont des mots cel- 
tiques qui ont surnagé, lors de l'irruption du latin en Gaule, que 
le courant a déposés au fond de cette vallée des Alpes, et qui y 
sont demeurés. 

J. Yexdryes. 



IX ' 



Dans le Bullettiko di paletnologia italiaxa, 191 1, p. 125 
sqq., M. A. Alfonsi décrit une tombe, découverte à Este en 1895, 
qui date de la IV e période de cette nécropole. C'était le temps où 
les Gaulois se sont établis dans l'Italie du Nord. Leur voisinage est 
attesté par les tombeaux. Celui dont il est question contenait deux 
épées et une fibule en fer de type gaulois. — M. Pigorini donne 
des Note per h Studio del Culto dclV ascia e délia dea nuda nette etàpreis- 
toriche, p. 194 sqq., culte qui parait avoir été commun à la civilisa- 
tion de toutes les régions dont l'axe traverse la Méditerranée, depuis 
la fin des temps néolithiques jusqu'à l'âge du fer. Ces notes com- 
plètent un travail paru dans le même Bulletin en 1890 (t. XVI, 
p. 62). Il s'y agit surtout des parents italiotes et, pour la Gaule, des 
prédécesseurs des Celtes. La formule des inscriptions funéraires 
gallo-romaines « Sub ascia dedicavit » se souvient, selon l'auteur, 
de ce culte antique et international. 



i iS Périodiques. 



X 



M. E. Toulmin Nicolle publie dans le Bulletin delà Société Jer- 
siaise (19 12), une Notice sur le torques eu or trouvé à Jersey et sur 
les torques hélicoïdaux, torsades de lames d'or soudées terminées par 
des bâtonnets lisses, repliés en crochet. Il en donne la liste. L'Ir- 
lande en a fourni deux, mais le plus grand ; la Grande-Bretagne, 
onze ; la France quatre et on les croit venus des Iles-Britanniques. 
Sir John Evans leur supposait une origine continentale ; il n'est 
pas nécessaire qu'elle soit française. Ils comptent toujours parmi 
les pièces typiques de la civilisation qui a fleuri dans les Iles-Bri- 
tanniques à la fin de l'âge du bronze. 



XI 

L'Anzeigér fur Schweizerische Altertumskunde, 1910, p. 
85-102, nous apprend qu'une des principales routes, qui, du 
coude du Rhin, â travers le Jura, mènent à l'Aar et au plateau 
alpestre, a été commandée par un établissement du premier âge du 
fer, situé sur le Rinthel à Trimbach, canton de Soleure. Il a été 
fouillé par M. E. Tatarinoff. — L'abbé Breuil relate les fouilles 
d'un Tumiilus balstattien au Bois de Murât, près Matran {[Fribourg), 
p. 169-181. C'est entre Fribourg et Genève sur le territoire de 
Corminbœuf, au sommet d'une colline, qu'on l'a rencontré. Il 
contenait les débris d'une vingtaine de plats en tôle de bronze, 
trouvaille importante, mais mobilier funéraire d'une singulière 
monotonie. — M. D. Viollier traite d'Un groupe de iutnuli halstat- 
tiens, à propos des plaques ajourées avec cercles concentriques mobiles, 
p. 258-265. Les tumuli où se trouvent ces objets, et qui sont pour 
la plupart des tumuli à inhumation sont en effet groupés et can- 
tonnés des deux côtés du Jura, en France et en Suisse; en 
France, leur aire d'extension comprend également la Haute-Savoie. 
Ils représentent une tribu halstattienne, tribu celtique, mais 
laquelle? Les autres tvpes de tumulus de la même région repré- 
sentent, selon M. Violier, d'autres tribus ; antérieures, postérieures 
ou contemporaines? — M. Frôhlich publie quelques bronzes iné- 
dits, statuettes de Mars, trouvés en Suisse, 1911, p. 10-19. — 
M. Th. Ischer, retrace l'histoire des fouilles du lacdeBienne, p. 1-9, 
65-82. 



Périodiques. 119 



XII 



Le D r J. Heierli nous adonné dans le quatrième Jahresbericht 
der Schweizerischex Gesellschaft fur Urgeschichte (Société 
préhistorique suisse), 1912, une revue des dernières découvertes 
par espèces et par époques. Le musée de Zurich, qu'il organisa, est 
un observatoire préhistorique bien placé. Les archéologues suisses 
se sont appliqués dans ces dernières années à relever chez eux les 
traces d"un passé plus ancien que leurs palaffittes. Les découvreurs 
de paléolithique ont escaladé les vallées. La liste des stations néo- 
lithiques de terre ferme s'allonge notablement et aussi celle des 
tombeaux néolithiques qui ne sont pas tombeaux de palaffiteurs. 
Quelques belles trouvailles de l'âge de bronze, à Auvernier 
(bronze IV), à Broc, canton de Fribourg (bronze I, tombeau) sont 
à noter. — Mais un bon tiers du volume traite de l'âge du fer et des 
Celtes. Les fouilles de La Tène se poursuivent de plus belle et sont 
fructueuses; elles ont fourni entre autres choses de très beaux 
objets de fer décorés de bossettes d'émail rouge. Ces nouvelles 
fouilles ont trouvé les traces d'un établissement antérieur à La 
Tène II. — Dans la liste des tombes et cimetières explorés, 
je retiens celui d'Andelfmgen dont la dépouille enrichira le musée 
de Zurich. Je note avec plaisir que M. Yiollier, dont M. Heierli 
cite le rapport, adoptant une opinion que je lui ai proposée jadis, 
pense maintenant que des Helvètes étaient établis en Suisse 
avant les invasions des Cimbres. Il leur attribue le cimetière 
d'Andelfmgen. qui date de la i re période de l'époque de La Tène, 
c'est-à-dire d'avant 250. — Aux restes de l'occupation celtique en 
Suisse, M. Heierli joint les enceintes fortifiées, dont il donne une 
longue liste et quelques plans. 

XIII 

M. David Yiollier a proposé au Congrès de l'Association* 

FRANÇAISE POUR L'AVANCEMENT DES SciEXCES (Afas, Dijon, 1 9 1 I , 

p. 636 sqq.) d'adopter une Nouvelle subdivision de l'Époque de la Tène. 
Son travail est fondé sur l'étude des tombes suisses et porte sur la 
première période (La Tènel) de la dite époque. Il v distingue trois 
phases. Les fibules de la première se reconnaissent à l'élévation de 
leur arc; celles des deux suivantes ont l'arc surbaissé. Le pied des 
fibules de la deuxième phase est terminé par un disque orné d'é- 



120 Périodiques. 

mail ou de corail ; celles de la troisième phase le remplacent par 
un bouton fort complique. Des volutes en relief sont fréquentes 
dans le décor des bijoux de la deuxième phase ; la troisième voit 
grossir ces reliefs, mais seulement sur les bracelets, car, au moins 
en Suisse, le torques, alors, a disparu. Les tombes de la première 
phase sont peu nombreuses ; M. Viollier la croit courte, de cin- 
quante ans peut-être. DansleTessin les plus anciennes tombes sont 
de la deuxième phase; le commencement de celle-ci doit donc 
coïncider avec renvahissement de la vallée du Pô par les Gaulois 
de la Tène, vers 400. Pourquoi M. Viollier fixe-t-il vers 300 celui 
de la troisième phase ? Nous souhaitons qu'il nous le dise. Il 
demande, en attendant, à ses confrères français s'ils ont observé les 
mêmes faits que lui. Je crois qu'ils confirmeront sa théorie. En 
effet, au temps où les fibules avaient l'arc surhaussé, l'usage 
des tumulus durait encore en France; d'autre part on a trou- 
vé en Champagne des tombes où les bracelets sont godronnés et 
qui ne contiennent pas de torques. Il faut observer néanmoins que 
les Galates représentés par l'art antique ont des torques; or ils sont 
évidemment contemporains de la 3 e phase distinguée par M. Viol- 
lier. 

XIV 

Le Compte rendu de la septième session du Congrès préhis- 
torique de France, qui s'est tenu à Nimes en 191 1, nous apporte 
son annuelle provende de menues communications et d'utiles statis- 
tiques, de redites et de nouveautés. On a toujours quelque chose 
à y prendre. L'abbé Hermet y publie de nouvelles Statues-menhirs de 
TAveyron et du Tarn (p. 405), dont la date reste encore ignorée; 
leur nombre atteint aujourd'hui latrentaine. — M. Viollier, parmides 
Objets préhistoriques en or trouvés en Suisse (p. 421), publie le vase 
d'or halstattien du Musée de Zurich, où, surun fond bosselé de petits 
points, se détachent deux zones de croissants, de soleils et une 
zone d'animaux. M. Viollier propose de le rattacher à la famille des 
vases à figures plus récents, dits semainiers, et comme parmi les ani- 
maux figure un cerf, d'y voir un pendant duvase de Gundestrup, ou 
le dieu aux cornes de cerf est assis en belle place. L'objet est appa- 
remment celtique et, certainement, c'est un vase sacré. Les autres 
sont de menus bijoux et des cercles d'or estampés qui rappellent 
ceux de notre tumulus d'Apremont. — MM. J. Bourelly et F. 
Mazauric donnent une excellente statistique des Enceintes préhisto- 
riques et protohistoriques du département du Gard (p. 450) dont 



Périodiques. 121 

quelques-unes sont gauloises ; la ville de Nîmes y figure. — 
M. Gaurichon n'a pas su résister à la tentation de donner les Ety- 
tnologies celtiques de certains vocabulaires topographiques, p. 672. 11 
limite en matière d'étvmologie la compétence des linguistes et 
proclame celle des préhistoriens. Il y a des gens qui ne voient ni 
les sentiers frayés ni les parapets. 



XV 



Du D r Guébhard et de M. E. Schmit, dans le Bulletin de la 
Société préhistorique française, t. YIII, 191 1, p. 636-638, nous 
lisons une note relative à un objet de terre cuite, trouvé dans un 
foyer gaulois à Somme-Yesle (Marne), qui parait être le moyeu d'une 
roue à quatre rayons dont il ne reste que les moignons. Roue 
d'un vase-char en terre cuite, pensent les auteurs de la note et ils 
reproduisent un vase en forme d'oiseau, monté sur roue trouvé 
dans la nécropole d'Esté. Les vases montés sur roues, générale- 
ment en bronze, sont loin de manquer en pays celtiques. M. Déche- 
lette, dans son Manuel, leur a donné l'importance qu'il convient. Il 
y en eut également en terre cuite. Une semblable rouelle a été 
trouvée, à ma connaissance, dans une tombe gauloise de la province 
de Corne. Notons encore celle-ci. 

M. L. Coutil a donné au même bulletin, t. IX, 1912, n os 4 et 5, 
une Étude sur lespointes de flèches de l'Age du bronze munies de barbelures 
à la douille. Il en a compté et dessiné quarante exemplaires, dont il 
faudra sans doute défalquerdeuxou trois, et il a conclu de son examen 
que les barbelures en question ne sont pas des jets de fonte, mais 
bien des barbelures. L'examen de la liste montre que ces objets 
ont été répandus dans l'Europe entière. Il serait encore téméraire 
d'assurer un sens à leur répartition. — Dans une Étude comparative 
des casques gaulois, M. L. Coutil décrit le Casque d'or orné d'émaux 
d' A mfrevill e-sous-1 es-Monts (Musée du Louvre) et le Casque de fer de 
Notre-Dame-de-Vaudreuil (Eure). Le premier appartient à une 
série de casques à calotte ronde ou conique, surmontée générale- 
ment d'un bouton, munie d'un appendice qui est tantôt une visière 
tantôt un couvre-nuque et de jugulaires trilobées. M. Coutil en 
compte quarante-deux exemplaires. Le plus grand nombre pro- 
viennent d'Italie. C'est un tvpe italien, peut-être étrusque, qui a 
été emprunté par les Celtes. Quant au casque d'Amfreville, je le 
crois fabriqué en Gaule et c'est sans doute l'avis de M. Coutil. — 
L'autre casque, dépourvu d'ornements, a une large calotte ronde 



122 Périodiques. 

cernée d'un bourrelet et d'une gouttière que borde une visière à 
auvent. C'est le casque des Gaulois qui ont combattu à Alise. 



XVI 



La Revue archéologique (1912, janvier-février, p. 1 sqq. ; 
mars-avril, p. 235 sqq) publie une longue étude de M. L. Joulin 
sur les Sépultures des âges préhistoriques dans le Sud-Ouest de la France. 
Il s'agit des deux âges du fer, Hallstatt et La Tène. L'auteur nous 
donne certainement une utile revue des découvertes, une excel- 
lente idée des fouilles récentes pratiquées autour de Toulouse ; une 
notion assez précise des importations italiques (vases campaniens, 
amphores) et ibériques chez les Tectosages de Toulouse, des 
planches d'assemblage, une carte, mais que de choses à ignorer ! 

— M. Déchelette relève gentiment unebévue commise par M. Bes- 
nier àpropos desbronzes d'Alésia ; le cadre est une note sur Y Époque 
de la fondation d'Alésia (p. 101). Les restes gaulois trouvés dans l'op- 
pidum datent de la Tène III. Il n'a pas été occupé bien longtemps 
avant la conquête. Cette constatation est conforme à la règle. Nos 
oppida n'ont pas été occupés par les Gaulois de la Tène I et IL 

— M. S. Reinach, dans une variété, p. 337, traite des Frises de 
V Arc d'Orange, et signale un passage du Commentaire des Psaumes 
(XV) attribué au prêtre gaulois Vincentius, qui le donne comme 
un monument de la guerre de Marseille, où l'armée Césarienne, 
commandée par C. Trébonius,avec une flotte improvisée, réduisitla 
ville, fidèle à Pompée. M. Reinach adopte la tradition de Vincen- 
tius, à laquelle convient le caractère naval que les rostres, aplustres, 
etc. fisrurés sur l'arc lui donnent. 



XVII 

M. Déchelette afait connaître à la Diana, de Montbrison (Bulle- 
tin de la Diaxa, 191 1, p. 146), un petit sanglier, en bronze, pourvu 
d'un anneau de suspension ; il vient de l'oppidum de Jœuvres et 
date de la Tène III ; au même endroit a déjà été trouvé un cheval 
analogue. 

XVIII 

Le Bulletin de la Société Française des fouilles archéolo- 
giques, 19 12, publie une conférence de M. Toutain sur Alesia 
avant le siège de l'an 52. 



Périodiques. 123 

XIX 

M. J. Toutain publie son Rapport sur les fouilles d'Alesia de 1909- 
1910 dans le Bulletin de la Société des sciences historiques et 
naturelles de Semur-en-Auxois. La principale découverte que 
signale ce rapport est celle des huttes gauloises du quartier d'En 
Curiot, quadrangulaires, en contre-bas, assez profondément enter- 
rées quelquefois, à paroi de roche ou de maçonnerie ; on y trouve 
des fovers. X'oublions pas que, pendant ce temps, le commandant 
Espérandieu fouillait à la Croix-S^Charles le temple d'Apollon 
Moritasgus. 

M. Toutain (Afas, Dijon, 191 1) considère comme la « favissa » 
du temple d'Alesia, une excavation d'environ 6 mètres de profon- 
deur située au nord du temple, à l'entrée de la place, limitée par 
un portique, qui l'entourait. Cette excavation remplie de débris de 
toutes sortes, cendres charbonneuses et ossements d'animaux, tes- 
sons de poterie samienne, rouelles, monnaies, ne saurait être, à mon 
avis, tenue, comme par le commandant Espérandieu, pour une 
décharge publique; c'est une décharge sacrée. 



XX 



Dans le Bulletin archéologique du Comité des Travaux 
historiques (191 1, p. 324), M. J. Toutain explique l'origine des 
Caves gallo-romaines d'Alésia par les découvertes d'habitations gau- 
loises en contre-bas du quartier d'En Curiot. — M. R. Lantier 
donne une noticesur le Théâtre gallo-romain du Vieux-LisieuxÇp. 992). 
— M. Besnier signale un Pygtnée de bronze récemment découvert à 
Vieux (Calvados), p. 335, pi. XXIV, et publie des Observations sur 
les estampilles céramiques trouvées en XonnandieÇp. 339). 

XXI 

La porte romane de Clonfert dont M. H. L. Crawford publie 
d'excellentes images, dans le Journal of the Royal Society of 
Antiquaries of ireland, 31 mars 1912, p. 1 sqq. nousrappelleplus 
d'une œuvre de l'art gaulois du continent. Ce qu'elle présente de 
plus particulier, ce sont les têtes qui alternent avec les motifs déco- 
ratifs. M. Crawford remarque avec beaucoup de justesse que les 



124 Périodiques. 

masques ou les tètes ne sont pas des grotesques. Certes; je pense, 
pour ma part, que ce sont des tètes coupées ; celles du monu- 
ment d'Entremont sont mon exemple. Le monument de Saint- 
Goar, dont certains archéologues allemands font un- monument 
roman, les montre réduites en motif d'ornement. C'est un thème 
fréquent de la décoration du métal dans l'archéologie gau- 
loise . 

Miss Margaret E. Dohbs recourt à l'archéologie pour déterminer 
la date de la Tâin (Some further évidences on the date ofthe shaping oj 
the Tâin Bô Cuailgne),p.S. Elle tient, de M. Déchelette, que l'oiseau 
était un motif favori de l'art décoratif halstattien. Or, le Tochmarc 
Étâine, la Fled Bricrenà et autres récits du cycle ultonien men- 
tionnent des coupes et autres objets ornés de figures d'oiseaux. 
Mais un lecteur attentif doit remarquer qu'il s'agit de figures rap- 
portées, d'objets ornés de pierreries. Je crains que, à lire la descrip- 
tion, un archéologue ne soit obligé de penser à l'art celto-scandinave, 
plutôt qu'à l'art halstattien, et peut-être aurait-il tort ? La mention 
de guerriers aux casques cornus est plus topique car on connaît 
aujourd'hui plusieurs paires de cornes de l'époque de La Tène 
dont l'existence confirme les renseignements transmis par les écri- 
vains classiques. 

M. W. H. Grattan Flood décrit des County JVexford Dolmens, 
p. 13 : M. R. A. S. Macalister, Some Cross Slabs in the Neighbour- 
hood oj Athlorn, p. 27; Canon Henry William Lett, le Ballybrolley 
Stone Circle or Cairn, p. 32. 

M. E. C. R. Armstrong publie une Gold liniula fourni ai Schu- 
lenburg, Hanovre, p. 48, déjà signalée. 

M. Th. Johnson Westropp. s'attaque aux Promontory forts and 
early remains ofthe coast of county Mayo (Northcoast : Tirawley and 
Erris), p. 51. — J. Hewetson, Colonel John Hewson, Goveruor 0) 
Dublin Castle, 1649, p. 18. -- Capt. Richard Linn, Notes on some 
early Ulster einigrauts to America, p. 21. — Lt. Col. Cavenagh, 
Castlcloiun Caru and ils oivncrs, p. 34. — W. H. Patterson, On an 
ancienl seal ofthe Hospital of S 1 John al Neuagh, p. 46. 

Dans les Miscellanea,M. W. E. Latimer communique une note sur 
la découverte d'une chambre funéraire voûtée dans le Co.Tyrone; 
avec les cendres se trouvait une pierre globulaire (p. 62). — Le 
Rev.W. P. Carmody et M. A. G. Wilson signalent un kjôkken- 
môdding, dans la Dingle Bay (p. 63 ). — M. R. E. Hamilton traite de 
deux places d'inauguration en Ulster (p. 64). -- M. C. R. Arm- 
strong corrige une note sur une de ces grossières statues, dites Sheela- 
na-gig, à VVhite Island, Lough Eme, publiée dans un récent fascicule 
du journal (p. 69). 



Périodiques. 125 



XXII 

LeBoLETix de la Real Academia de la Historia est un recueil 
inépuisable d'archéologie romaine, où les celtisants peuvent tou- 
jours trouver leur compte. Dans le n° d'avril 1912(1, LX,fasciculeIV), 
p. 309, M. Antonio Blasquez traite de la voie romaine de Ségovie à 
Madrid ; puis de la route de Méridâ a Saragosse par Tolède (25 de 
l'Itinéraire d'Antonin) : M. Marcelo Macias publie un miliaire iné- 
dit de Caligula, découvert en Galicie(p. 367). 

Dans le fascicule suivant (Y, mai), M. Mario Roso de Luna 
s'occupe du réseau des voies romaines qui rayonnaient au X. E. de 
Mérida et le R. P. Fidel Fita énumèredes Lapidas romanes de Gar- 
lilos, Arroyo del Puerto y Araya, eu Extremadura (p. 431) ; on y lit 
les noms : Meduttus, Aplondus (Apollonius ?), Arquiaêcus, Surna, 
Tougius, Boiitus, Tureus, Maelus. 

Le fascicule suivant (VI, juin) nous apporte la publication 
par M. Angel del Arco y Molinero d'une superbe statue de femme 
drapée trouvée à Tarragone (p. 460, planche) et de nouvelles ins- 
criptions romaines d'El Bierzo, diocèse d'Astorga, sous la signature 
de M. Mario Roso de Luna (p. 496) : Deo Bodo (p. 501) ; Mariais, 
fém. (p. 503); Mamdica (p. 506). 

XXIII 

Il est longuement question du coracle, ou bateau de cuir des Irlan- 
dais et des Gallois dans un article du D r R. Trebitsch, Fellboote 
und Scbwimmsâcke und ihre geographische Verbreitung in der Vergan- 
genheit und Gegenwarl, que publie I'Archiv fur Anthropologie, 
1912, XI, 9, p. iéi-164. Son usage n'est pas nouveau ; l'auteur 
mentionne soigneusement les témoignages que nous en ont trans- 
mis les écrivains grecs et latins ; celui qui remonte le plus haut est 
celui d'Avienus, V, 101-107. On l'a comparé au kayak des Esqui- 
maux et on en a fait un héritage des plus anciens prédécesseurs des 
Celtes dans les Iles Britanniques, au temps où l'on faisait venir d'Eu- 
rope à la fin des grandes oscillations glaciaires les tribus groenlan- 
daises. Mais, à feuilleter les écrivains anciens et les archives d'une 
ethnographie plus récente, on s'aperçoit que d'autres peuples ont 
emplové en Europe le bateau de peaux. M. Trebitsch pense que 
c'est du côté du Danube que les Celtes ont été le chercher. Ivan 
Nilsson croyait jadis qu'ils l'avaient reçu des Phéniciens. Mais il ne 



126 Périodiques. 

l'a pas, que je sache, comparé au kelek,le panier couvert de peaux 
de l'Arménie et de la Mésopotamie, sur le passé et le présent duquel 
M. Trebitsch nous renseigne abondamment. La ressemblance du 
kelek etducoracle est bien tentante. M. Trebitsch ne succombe pas 
à la tentation. Il conclut que sa carte présente trop de lacunes 
pour lui permettre de relier les diverses aires d'extension du bateau 
de peaux. Conclusion sage et savante. 

H. Hubert. 



NECROLOGIE 



ROBERT MOWAT 

Dans le courant de novembre 1 9 1 2 est mort à Paris le comman- 
dant Mowat, un des plus anciens collaborateurs de la Revue Celtique. 
Suivant une tradition, que notre armée n'a pas laissé perdre, le 
commandant Mowat unissait le goût de l'érudition à la pratique du 
métier des armes. Il laisse un nom doublement glorieux, qui, avant 
de s'entourer de l'auréole scientifique, s'était illustré sur les champs 
de bataille. 

Né à Londres le 19 juin 1823 d'une famille originaire des îles 
Orcades, Robert Knight Mowat passa son enfance et fit ses études 
à Metz où son père, naturalisé Français, était directeur civil des 
ateliers de pyrotechnie militaire. Il entra en 1844 à l'École Poly- 
technique et en sortit deux ans plus tard officier d'artillerie. Devant 
Sébastopol, il commandait l'une des quatre batteries qui bombar- 
dèrent la tour de MalakofFet qui décidèrent de la prise delà place. 
Dans la guerre franco-allemande, après avoir pris part aux combats 
de Mouzon et de Bazeilles, il fut blessé et fait prisonnier lors du 
désastre de Sedan. Envové en captivité à Stettin, il employa ses 
loisirs forcés à se perfectionner dans la langue allemande et à étu- 
dier les ouvrages de Mommsen sur l'histoire et l'épigraphie romaines. 
A son retour en France, il alla commander à Rennes un escadron 
du 10 e régiment d'artillerie jusqu'au moment où, admis à la retraite, 
il put se fixer à Paris et se livrer tout entier aux études qui depuis 
longtemps déjà l'attiraient (v. Revue Celtique, t. I, p. 272 et 285). 

L'histoire des origines nationales, à l'époque gallo-romaine, l'in- 
téressait particulièrement ; il se fit, pour mieux l'étudier, archéo- 
logue et linguiste ; mais c'est surtout comme épigraphiste et comme 
numismate qu'il devait produire lui-même des travaux originaux. 
Il fut un des membres les plus actifs de la Société des Antiquaires, 
au Bulletin de laquelle il collabora souvent; il donna également des 



128 Nécrologie. 

articles, a la Revue Archéologique, à la Revue Êpigraphique, à IzRevue 

Numismatique et à plusieurs périodiques étrangers. A la mort de 
Florian Vallentin (1883), il prit la direction du Bulletin épigraphique 

île la Gaule et en poursuivit pendant six années la publication. 11 
avait été membre de la Société de Linguistique dès sa fondation 
en 1865 ; il collabora aux premiers volumes de ses Mémoires et il 
la présida en 1878. A la Revue Celtique il a donné, en dehors de 
deux comptes-rendus dans le tome III, les articles suivants : Le 
duel dans la déclinaison gauloise (t. Y, p. 121); Épitaphe britan- 
nique chrétienne (t. XI, p. 344) ; Matantes, Sextanmanduius, 
Mullo(t. XVIII, 87). 

J. Yekdryes. 



ERRATUM 



Rev. Celtique, t. XXXIII. 

P. 507. Ce n'est pas à Faust, mais bien à l'étudiant, dans la scène 
célèbre du drame de Gœthe, que Méphistophélès adresse les vers 
reproduits par nous, d'après M. Prokosch. 

P. 515. La mort de M. George Henderson, que nous avons 
placée au mois d'août 1912, sur la foi d'un document erroné, est 
survenue le 26 juin de ladite année. 



Le Propriétaire-Gérant, H. CHAMPION. 



MAÇON, PROTAT FRERES, IMPRIMEURS. 



LES 
FORMES VERBALES EX -R- 

DU TOKHARIEN 

ET DE UITALO-CELTIQUE 



L'événement linguistique qui marquera les premières 
années du xx e siècle est sans contredit la découverte en Asie 
centrale d'une abondante collection de textes, écrits en des 
langues variées, dont la plupart étaient inconnues jusqu'ici. 
Dans un récent article de la Revue du Mois, t. XIY [10 août 
1912], p. 135 et suiv., M. Meillet a montré, en ce qui con- 
cerne la linguistique indo-européenne, l'importance de la 
découverte. Elle se résume en rien de moins que la connais- 
sance de trois nouveaux dialectes iraniens, dont le sogdien. et 
d'un dialecte indépendant, également nouveau, attesté sous 
deux formes divergentes, auquel le nom de tokharien a été 
donné. A vrai dire, l'étude de ces dialectes n'a guère abouti 
jusqu'ici qu'à la constitution de philologies nouvelles ; l'image 
que l'on se faisait de l'indo-européen n'en a pas été modifiée. 
Même le tokharien, le plus aberrant de tous et qui ne se rat- 
tache à aucun des groupements établis, a trouvé sa place 
immédiatement dans les cadres grammaticaux dressés par les 
linguistes ; et ce résultat n'est pas la moindre preuve de l'ex- 
cellence de la méthode comparative. On peut cependant tirer 
quelques lumières de la comparaison des nouveaux dialectes 
pour la grammaire générale de l'indo-européen. Sans parler 
de l'étvmologie, à laquelle le vocabulaire tokharien a déjà 
fourni d'heureuses contributions, la morphologie reçoit sur 
plusieurs points des précisions instructives. C'est le cas notam- 
ment pour les formes verbales en -r-, caractéristiques, comme 
on sait, du médio-passif italo-celtique, et dont le tokharien 

Reine Celtique, XXXIV. q 



i }o /. Vendryes. 

fournit, de façon inattendue, l'équivalent. M. Meillet a 
signalé le tait dans l'article précité, p. 142. Au même moment 
M. Lloyd-Jones publiait dans le MisceUany Kuno Meyer 
(p. 198-207) un article sur le Development of the Verbal r-forms. 
La question est donc en quelque sorte à l'ordre du jour de la 
Revue Celtique. Il pourra être utile d'en rappeler ici à nos lec- 
teurs les points principaux et d'indiquer ce que le tokharien 
y apporte comme éléments nouveaux d'information. Grâce 
au bel article sur le verbe tokharien que MM. Sylvain Lévi 
et Meillet viennent de publier dans les Mémoires de la Société de 
Linguistique, t. XVIII, p. 1 et suiv., la tâche est singulière- 
ment facilitée \ 

Le tokharien éclaire à la fois la nature du déponent, les 
rapports du déponent et du passif, et même la formation des 
désinences en -/'-. Ces divers points méritent d'être touchés 
successivement. 



* * 



On ne saurait trop insister sur le caractère anormal du 
déponent italo-celtique. L'existence de cette formation hybride 
et mal définie dans un système verbal aussi rigoureusement 
combiné que celui du latin est un fait de tout point mons- 
trueux. 

Ce qui frappe avant tout en latin, c'est la belle ordonnance 
du système verbal. Tout y est harmonieusement disposé, sur 
un plan très original, ou il ne subsiste à peu près rien du sys- 
tème ancien. Là même où une forme verbale latine continue 
directement une forme indo-européenne, comme par exemple 
le futur erit, qui recouvre le subjonctif sanskrit asati, un 
simple examen suffit à montrer que les deux formes phoné- 

1. Sur les formes en r de l'italo-celtique, l'essentiel a été dit par 
M. Thurnevsen dans un article de la Kulm's Zeitschrift, t. XXXVII, p. 92- 
iii et dans son Handbuch, t. I, p. 541 et suiv. On pourra consulter aussi 
Zimmer, dans la même Kuhn's Zeitschrift, t. XXX, p. 224-292, sans 
oublier le travail de M. Windisch dans les Abhandl. der phil.-hist. Kl. der 
kon. sâchs. Gesellch. d. Wissensch., t. X (1887), ni surtout l'utile et con- 
sciencieux répertoire de M. Dottin, Les désinences verbales eu K, Rennes, 
1896. 



Les formes verbales eu -R-. 131 

tiquement équivalentes n'ont en tout cas dans la morpholo- 
gie de leur langue respective ni la même valeur, ni la même 
portée. On peut en dire autant du celtique. Comme l'italique, 
il a bouleversé le système verbal de l'indo-européen. Les 
archaïsmes conservés en celtique n'y sont que des survivances 
isolées ; tel le prétérit irlandais -ânaic qui recouvre le parfait 
sanskrit ânâniça. Et d'autre part, les formes verbales y sont 
réparties d'après un plan- tout nouveau, plus complexe à la 
vérité que celui du latin, mais non moins rigoureusement 
ordonné. 

Le déponent est en marge du système verbal italo-celtique. 
Aussi ne s'est-il maintenu que d'une façon précaire et non 
sans de nombreux flottements. En vieil-irlandais, il n'a même 
plus déjà de flexion complète ; l'actif empiète sans cesse sur 
lui. Comme Strachan l'a montré, abstraction faite du prétérit 
dont on parlera plus loin, il disparaît au début même de la 
période du moyen-irlandais. En brittonique, si Ton met à part 
le gallois gwyr « il sait » (corn, gor, bret. goar), qui n'est devenu 
déponent que par accident (v. ci-dessous, p. 141), il n'y en a 
que des traces isolées fort rares; v. J. Rhys, R. Celt., VI, 40 
et surtout J. Loth, R. Celt., XXXI, 481. En latin, dès la vieille 
langue, le déponent lait avec l'actif de fréquents échanges ; 
v. Xeue, 2 e éd., II. 269. Brugmann, I. F., V, 110 et sur- 
tout J. B. Hofmann, De uerbis quae in prisca latinitate extaiit 
deponentibus, dissert, de Greifswald, 1910. On a déjà fait 
observer qu'à l'époque archaïque, il semble même reculer 
devant l'actif pour reprendre ensuite sous l'empire quelques- 
unes des positions perdues. Cela n'est d'ailleurs qu'une illu- 
sion, due au caractère artificiel de la langue littéraire. En réa- 
lité, le déponent est dans un état de trouble et d'instabilité 
dès l'époque ancienne; il va régulièrement en diminuant jus- 
qu'aux langues romanes, où il disparait. Le procédé à la 
faveur duquel il s'est maintenu et dans une certaine mesure 
développé en latin littéraire est purement factice et masque 
simplement l'évolution normale de la langue. Comme en cel- 
tique, le déponent est en latin dès le début de la période his- 
torique voué à la mort. Il semble donc que nous assistions 
dans les deux langues au déclin d'une ancienne catégorie 



132 /• Vendryes. 

grammaticale arrivée à son terme plutôt qu'aux premiers pro- 
grès d'une catégorie nouvelle, encore incertaine, et qu'une 
mauvaise fortune aurait tuée dès l'enfance. 

Le tokharien justifie pleinement cette conclusion. Il com- 
porte, dans son système verbal un organisme particulier, 
caractérisé par des désinences en -r et qui répond pour le 
sens au déponent italo-celtique, c'est-à-dire au moyen du grec 
ou du sanskrit. Il y a, comme on sait, certains verbes 
indo-européens qui admettent de préférence les désinences 
moyennes ; ce sont ceux qui expriment des faits psychiques 
ou qui traduisent certaines idées comme celle de a naître », 
de « suivre », etc. Le tokharien est d'accord avec les autres 
langues (v. Lévi-Meillet, /. cit., p. n); il dit aikemar « je 
connais » comme le grec gia6avs[JLai, rfléoym, z\z\).-j.\, comme 
le latin opînor, reor, reminiscor, comme l'irlandais -mainedar, 
le sanskrit mânyate ; il dit dhatmasdhar « tu nais » comme 
le sanskrit jâyate, le grec yivvo\i.ai, le latin nascor, l'irlandais 
-gainedar. 

Avec la valeur propre du moyen, qui est d'exprimer le 
retour au sujet ou !a part que ce dernier prend à l'action 
on trouve employées en tokharien les désinences en -r- (v. 
Lévi-Meillet, /. cit., p. 13) : ayïtt « il s'attribue (à lui-même);;, 
luastsi yamassitv « il se fait faire un vêtement », exactement 
comme en latin dans caput inquiner (Horace, Sa t., I, 8, 37), 
tunicaque inducitur artus (Virg., Acn., VIII, 457), ou capita.. 
velamur amictu (id., ibid., III, 545), si ce ne sont pas là 
toutefois des imitations du grec. La valeur du moyen est 
frappante en grec dans vi£w « je lave » opposé à vZc;j.ai 
« je me lave » (cf. Homère, A 829 opposé à z 230) ou en 
sanskrit dans xéjati « il fait un sacrifice pour un autre », 
yâjate « il fait un sacrifice pour lui », pâcati « il fait la cuisine 
pour un autre », pâcate « il cuit un objet pour le manger ». 
Si le celtique ne fournit pas d'exemple comparable, c'est que 
le déponent ne s'y distingue plus de l'actif, en d'autres termes 
n'y fait plus fonction de « voix ». On reparlera plus loin de 
ce phénomène. 

Le premier fait qui ressort de la comparaison du tokha- 
rien, c'est donc l'antiquité du déponent italo-celtique. Toutes 



Les formes verbales en -R-. 133 

les hypothèses qui expliquent en latin même ou en irlandais 
la formation du déponent par des moyens tirés de ces langues 
mêmes ne sont désormais valables que dans la mesure où 
elles s'accordent avec le témoignage du tokharien. C'est déjà 
un résultat décisif de la découverte de cette langue. Mais ce 
n'est pas le seul. 



Il a été supposé depuis longtemps que les désinences en -r- 
du déponent avaient été pour une bonne part fabriquées sur 
d'anciennes désinences actives ou moyennes, auxquelles une 
caractéristique -r- aurait été ajoutée. Bien loin de démentir 
cette hvpothèse, le tokharien la justifie pleinement. On peut, 
comme MM. Lévi et Meillet l'indiquent (/. cit., p. 13), la lui 
appliquer à lui-même sans difficulté. Mais cette caractéristique 
-r- ne saurait être confondue avec la désinence italo-celtique 
du passif impersonnel ; car le tokharien ne connaît rien qui 
ressemble à ce dernier. Dès lors, il n'y a aucun moyen de 
faire sortir le déponent du passif, d'interpréter avec M. Lloyd 
Jones toutes les formations italo-celtiques en -r- par le déve- 
loppement spécial à ces langues d'une ancienne désinence 
unique; il faut de toute nécessité distinguer dans les temps 
en -r- de l'italo-celtique au moins deux séries de désinences, 
les unes de passif impersonnel, les autres de déponent. C'est 
ce dont plusieurs linguistes s'étaient avisés déjà ; l'événement 
prouve qu'ils avaient vu juste. M. Thurnevsen, notamment, a 
nettement formulé cette distinction dans son article de la 
Kuhns Zeitschrift, t. XXXYII, p. 92 et suiv. ; on peut main- 
tenant l'appuyer de la comparaison du tokharien, et marquer 
conséquemment les rapports respectifs du passif et du dépo- 
nent. 

Le tokharien n'a pas d'autre forme pour exprimer le passif 
que la forme déponente ou moyenne en -r- : kalpâstr « il est 
obtenu » (traduisant le sanskrit vidyate), kastar « il est 
coupé » (Lévi-Meillet, /. cit., p. 12). Suivant toute vraisem- 
blance, nous avons simplement affaire ici à une extension 
bien connue de l'emploi du moyen. Le moyen indo-européen 



i j4 /■ Vendryes. 

se prêtait aisément à l'expression du passif : Tépico^ai signifie 
« je me réjouis, je suis charmé » par opposition à -ip-M « je 
réjouis, je charme »> ; il suffisait de joindre à tspxo^at un 
régime prépositionnel pour désigner la personne qui charme 
ou qui réjouit : répitopai ûicô tivoç « j'éprouve du charme de 
la part de quelqu'un, je suis charmé par quelqu'un ». En 
grec, sous réserve de certaines particularités inutiles à men- 
tionner ici, le passif n'est qu'un emploi particulier de l'an- 
cien moyen. De même en gotique ; et l'on sait que le réfléchi 
sert de passif en germanique, en balto-slave et dans les langues 
romanes. Le passif tokharien est donc exactement conforme 
aux traditions indo-européennes. 

Au premier abord on serait tenté d'attribuer la même ori- 
gine au passif latiu : uelor signifie « je me couvre » ou « je 
suis couvert », inquinor « je me salis » ou « je suis sali » ; ce 
sont indifféremment des passifs ou des moyens. Il n'est pas 
douteux que les deux « voix » ne soient d'une façon géné- 
rale confondues en latin. Mais l'existence du passif imperson- 
nel empêche de croire que le passif soit exclusivement un 
apanage du moyen. Comme l'a montré M. A. Ernout dans 
ses Recherches sur F emploi du passif latin, Mém. Soc. Ling., 
XV, 273 et suiv., il y avait en italique à côté du déponent en 
-r une forme spéciale également caractérisée par une dési- 
nence -r et exprimant l'idée toute simple que l'action mar- 
quée par le verbe s'accomplissait. C'était l'expression par 
excellence de l'action indéterminée. Grâce au jeu des prépo- 
sitions qui se développait régulièrement depuis l'époque indo- 
européenne et prenait avec le temps plus de souplesse et de 
force, il était aisé de donner à la forme indéterminée en -r 
un régime désignant la personne par laquelle l'action était 
accomplie. La forme en -r devenait ainsi apte à l'expression 
du passif, dans la mesure toutefois où le sujet du passif 
n'avait pas à être exprimé. C'est ce qu'on a appelé le passif 
impersonnel. La forme s'en est conservée le mieux dans les 
dialectes italiques autres que le latin : osque sakrafir « qu'on 
sacrifie », ombrien ferar « qu'on porte ». En latin, la valeur 
ancienne du passif impersonnel se reconnaît aisément dans 
des tours comme ilur « on va », qnom caletur (Plaut., Capt., 



Les formes inhales eu -R-. 135 

80) « quand il fait chaud », facile nubitur (id., Pers., 386) 
« on se marie aisément », precario adeitur (Corp. Inscr. Lat., 
I, 121 5) « on entre sur demande ». Mais la forme y est déjà 
contaminée du déponent. Le déponent avait sur l'indéterminé 

en ~r pour exprimer le passif une supériorité incontestable : 
il possédait le moyen de désigner la personne, d'avoir un 
sujet. La forme qui est à la base du latin fertur ne signifiait 
que « on porte », mais feror « je me porte » admettait 
comme oï^w. une flexion complète à trois personnes. Le 
passif latin est sorti à la fois de l'indéterminé en -r et du 
déponent (moyen), qui se sont fondus et amalgamés. Un fait 
a favorisé la fusion : c'est que le passif impersonnel — nous 
dirons tout à l'heure pourquoi — admettait un régime à l'ac- 
cusatif. M. Lindsay (Die lai. Spr., trad. Nohl, p. 598 et 602) 
a très bien montré comment d'un ancien *amar anûcos « on 
aime les amis » avait pu sortir en latin la construction per- 
sonnelle amantur amïci. On sait que certains tours synta- 
xiques du vieux latin permettent de fixer les étapes de l'évo- 
lution '. 

Le celtique n'a jamais été aussi loin que le latin ; il a main- 
tenu distinctes les positions respectives du déponent et du pas- 
sif. Au point de vue du sens, cela n'est que trop clair. Le dépo- 
nent irlandais en est resté au point que nous indiquions plus 
haut, p. 132 : s'il est attesté dans certains verbes qui admettaient 
de préférence en indo-européen les désinences moyennes, il 
n'a jamais développé la valeur réfléchie, il n'exprime jamais le 
retour au sujet. Au point de vue de la forme, le passif irlan- 
dais est resté indépendant du déponent et a son histoire 
propre, parfaitement homogène. Il n'a jamais eu de forme spé- 
ciale pour la première et la seconde personne. La principale 
modification qu'il ait subie est une modification sémantique : 

1. Il est intéressant de signaler qu'en gotique, où le passif sort de l'an- 
cien moyen, se trouve inversement le passage du tour personnel au tour 
impersonnel lorsque le verbe à l'actif gouverne un autre cas que l'accusa- 
tif. Ainsi, comme on dit à l'actif bairgip içai çuXaÇei aùfj-Jv (Jean, XII, 25) 
ou ei bairgais im ïva. TT) à 07j'<ir]s x-Jto'j; (Jean, XVII, 15), on dira au passif 
bajopum gabairgada « il sera conservé les deux » pour àfjupoxspo! auvTTjpouvTai 
(Matt.j IX, 17), tandis que Luc, emplovant le verbe actif gafastan dans le 
passage correspondant (V, 38), dira bajops gafastanda , 



13e /. Vendryes. 

berir « on porte » est devenu un temps personnel « il est 
porté » et a admis un sujet {berir breth « un jugement est 
porté », Wb. 12 d 38) ; on lui a conséquemment, sur le 
modèle de l'actif, créé un pluriel bertir « ils sont portés ». 
Ces deux phénomènes, qui sont évidemment connexes, ont 
pour point de départ, comme on l'a montré ailleurs (Rev. Celt., 
XXVIII, ^47), l'existence en irlandais d'un prétérit passit, 
ancien adjectif verbal, comportant la valeur personnelle et la 
distinction des nombres. Mais l'évolution s'est arrêtée là en 
vieil-irlandais. Il est tout à fait caractéristique que pour expri- 
mer la première et la deuxième personne des deux nombres, 
on ait maintenu le tour ancien qui donnait à l'impersonnel 
un régime à l'accusatif : no-m-berar « on me porte, je suis 
porté » . Il y a même eu recul en irlandais moderne. Comme 
le pronom infixé est sorti de l'usage, le sujet du passif 
v est exprimé par la forme du pronom régime, et cela à 
toutes les personnes, même à la troisième : glantar me, thu, é, 
htn, ibh, iad « je suis, tu es, etc.. purifié >< (cf. O'Donovan, 
a Grammar of the Irish language, 1845, p. 183). 

En brittonique, l'évolution a été pareille. Le gallois moyen 
dit ym geîwir, yth elwir « je suis, tu es appelé », comme le 
breton nem gweler « je ne serai pas vu ». Il est vrai qu'à la 
troisième personne, le gallois moderne a dysgir ef « il est ins- 
truit », d'où dysgir fi, dysgir di « je suis, tu es instruit ». 
Mais cela tient à ce que dès le moyen-gallois l'absence de 
flexion ne permettait plus de distinguer un nominatif d'un 
accusatif, et par suite laissait indécise la traduction de phrases 
comme etmygir e vab tecvann (B. An., 96, 17) ou yny gaffer 
Drutwyn (R. B., I, 123, 24) entre « on honorera son fils Tec- 
vann », « jusqu'à ce qu'on prenne Drutwyn » et « son fils 
Tecvann sera honoré », « jusqu'à ce que Drutwyn soit pris ». 
Il v a d'ailleurs en brittonique deux faits essentiels. C'est 
d'abord qu'au pluriel la forme verbale ne change pas ' ; dys- 
gir dynion « les hommes seront instruits », ban llather y Saes- 



1. Zimmer voit mcrae là le point de départ du tour syntaxique qui con- 
siste à laisser le verbe au singulier quand le sujet préccdc : daeth y iynyon 
<' les hommes vinrent » (Z. /. Celt. Phi!., III, 87-88). 



Les formes verbales en -R-. 137 

son « quand les Saxons seront tués » (ou « quand on tuera 
les Saxons »), bret. na guilir muy be gouliou « on ne voit plus 
ses blessures » (Sainte-Barbe, strophe 544). C'est ensuite 
qu'à la troisième personne du singulier, le comique et le 
breton conservent l'usage du pronom régime : bret. en don- 
guer « on le porte », corn, ma-n guetter « qu'on le verra » 
(Z. E., 530); comme parfois encore le moyen-gallois : ry-t 
iolawr « on le réclamera » (Myv. Arch., 216 a 10 ; cf. 180 
a 26 ; mais déjà on a kyn gatter ew « quoiqu'on le laisse » 
B.B. p. 31, 5). 

Le fait que le sujet du passif s'exprime en celtique par le 
pronom infixe ou par le pronom régime, c'est-à-dire en der- 
nière analyse par un ancien accusatif, s'accorde avec les don- 
nées du vieux-latin. Il y a là une preuve dernière que le pas- 
sif n'a originellement dans ces langues rien de commun avec 
le déponent; on doit considérer comme caduques les con- 
structions, d'ailleurs ingénieuses, qu'a tentées M. Lloyd Jones 
et distinguer au moins deux sortes de désinences en -r- : celles 
de déponent que connaît également le tokharien, et celles de 
passif impersonnel spéciales à l'italo-celtique. 



Il faut même en distinguer trois. 

On sait que l'irlandais présente les désinences déponentes 
au pluriel du prétérit radical, et par extension du prétérit 
en-/-. Tel est du moins l'enseignement ordinaire. En réalité, 
M. Thurneysen a montré qu'il fallait bien distinguer les dési- 
nences en-r- du prétérit de celles du déponent ordinaire (v. 
Kuhns Zeitschrift, XXXYII, 106 et Handbuch, I, p. 343 et 
400). Ce sont deux formations différentes, et qui ne se 
recouvrent pas. A la 3 e pers. du pluriel par exemple, le 
déponent (suidigitir,suidigetar) remonte à *-ntr -j- voy. tandis 
qu'au prétérit (-Icblangtar), il faut admettre l'existence primi- 
tive d'une voyelle entre *-nt- et *-r -\- voy. Pour expliquer 
la formation du pluriel du prétérit, M. Thurneysen suppose 
avec raison qu'on est parti de la 3 e personne (voir Handbuch, 
I, p. 401). 



rj8 /. Vendryes. 

Il y avait en indo-européen une 3 e personne du pi. en 
-r-, qui s'est maintenue en latin au parfait (fêcêrè), en indo- 
iranien au partait, à l'aoriste et à l'optatif, et que l'on retrouve 
aussi au parfait du tokharien (wenâre « ils ont dit », etc. Lévi- 
Meillet, p. 2). L'accord de ces trois langues est ici encore des 
plus significatifs. Sans doute, dans aucune d'elles, la désinence 
en-r- ne se présente sous une forme identique : sans parler du 
tokharien, il n'y a pas correspondance exacte entre le sanskrit, 
le latin et l'irlandais. Ça et là se manifeste la tendance à com- 
biner la désinence en-r- avec une désinence plus caractéristique 
et plus pleine : le latin a créé fècêmnt sur fëcêre d'après flcërunt ; 
le sanskrit, qui a probablement dans -uh la forme la plus 
ancienne de la désinence (parf. ùci'ih « ils ont dit », aov.âdith 
« ils ont donné » ), en a tiré l'aoriste moyen asthiran (de sthà 
« se tenir ») et même le présent moyen duhrâte (de duh 
« traire » ). C'est donc à l'ancienne désinence en -r- qu'en 
sanskrit comme en latin on a parfois ajouté un élément nou- 
veau. Au contraire dans le prétérit irlandais la désinence en -r 
a été ajoutée à une désinence plus ancienne, comme c'est le 
cas dans le déponent latin (sequontur ; v. -ci-dessous). Mais 
l'ordre ici importe peu. C'est le principe de la combinaison 
qu'il faut seulement retenir, parce qu'il est commun à toutes 
ces langues. 

En irlandais, de la troisième personne du pluriel, la dési- 
nence en -r est passée à la première ; fait d'analogie dont il y 
a d'autres exemples : ainsi hennit, guidmit doivent leur / final 
à la troisième personne ; cf. Thurneysen, Zeitschrift f. Celt. 
PhiL, II, 79-80. C'est beaucoup plus tard et sous nos yeux, si 
l'on peut dire, que l'irlandais s'est créé une deuxième personne 
pi. en -r au prétérit (v. Strachan, ibid., II, 493). En vieil- 
irlandais seules les première et troisième personnes ont une 
désinence en -r. 

Cette particularité se retrouve au déponent ; et comme elle 
est commune à l'irlandais et au latin, qui dit sequimini à côté 
de sequimur, sequontur, il faut trouver pour les deux langues 
une explication analogue. La question se précise si l'on 
remarque que dans les deux langues aussi la deuxième per- 
sonne du singulier est originellement dépourvue dV. En latin 



Les formes verbales en -R-. i }9 

elle ne contient dV que par l'accident du rhotacisme : sequere 
est l'exact équivalent du moyen grec ï-iz, skr. sâcase, et dans 
sequeris on a en plus une désinence empruntée à l'actif. En 
irlandais, elle n'est en -r que par un fait récent d'analogie, 
puisque dans la finale -ther on retrouve sans peine une ancienne 
désinence moyenne -the (de *-thës) 3 qui s'est conservée intacte 
à l'impératif (v. Thurneysen, Hdb., \, 342). Le fait que les 
deuxièmes personnes du singulier et du pluriel sont à part 
des autres rappelle immédiatement la répartition des six per- 
sonnes du verbe qui se manifeste dans les langues occidentales 
(voir Idg. Fscbg., XXVI, 134). Cette répartition a pour base, 
comme on sait, la distinction ancienne des deux timbres de 
la voyelle thématique (e aux 2 me , 3 me pers. du sg., 2 mc du pi. ; 
aux i re du sg., i re et 3 me du pluriel). 

Lorsqu'une action analogique part d'une personne de la 
flexion, il est naturel qu'elle s'étende aux deux personnes de 
la même série, en laissant l'autre série intacte. L'extension 
de la forme en -r de la 3™ pers. du pluriel à la i re du pi. et 
i re du singulier est donc un fait d'analogie des plus naturels ; 
et l'on comprend que la 2 me du sg. et la 2 me du pluriel soient 
restées, au moins à l'origine, indemnes de l'action analogique. 
Reste la 3™ personne du singulier, où la désinence en -r 
apparaît aussi bien en irlandais qu'en latin. Si elle est, comme 
tout l'indique, analogique aussi de la 3 me du pluriel, il faut 
donc qu'une cause secondaire ait favorisé ici l'action analo- 
gique dont les deuxièmes personnes sont restées indemnes. 

Le tokharien fournit ici une importante vérification. A la 
3 me pers. du singulier de certains verbes déponents, il a des 
formes dépourvues dY en face de 3 mes personnes du pluriel en 
-r : ainsi mrauslmte « il s'agite » en face du pluriel mrauskantt 
(Lévi-Meillet, p. 13-14). Il semble donc que la désinence en 
-r soit originellement à sa place à la 3 e personne du pluriel. 
En tokharien, dans les textes du moins que nous connais- 
sons, l'extension de cette désinence à la 3 e personne du singu- 
lier n'était pas encore complète. L'analogie s'arrêtait parfois à 
mi-chemin ; mais elle suivait une autre voie, en intéressant le 
timbre de la voyelle thématique. MM. Lévi et Meillet signalent 
en effet que la vovelle thématique est en pareil cas la même 



140 /. Vendryes. 

au singulier et au pluriel ; c'est comme si au lieu du primitif 
*sequeto (^sequitu), le latin d'après sequontur disait *sequoto et 

non pas sequitur. Le latin et l'irlandais, qui conservaient vivace 
le sentiment de la répartition des voyelles thématiques 
n'avaient garde de pousser l'analogie dans ce sens. S'ils ont 
donné à sequitur et sechithir une finale en -r d'après sequontur 
et sechitir, c'est d'abord parce qu'à certains égards, notamment 
par l'emploi syntaxique, les troisièmes personnes ont entre 
elles d'étroits rapports, et c'est aussi à cause de l'existence 
du passif, qui justement, dans la mesure où il prenait la 
valeur personnelle, devenait une 3 me personne du singulier. 

On peut ainsi se représenter la formation du déponent 
comme résultant de l'extension de la finale -r à une ancienne 
flexion moyenne ; cette extension s'est faite progressivement, 
suivant la répartition des personnes indiquées plus haut, et 
n'a même jamais été complète, puisque le latin dit encore 
sequere (jeqùeris) et qu'à la 2 me personne du pluriel aussi bien 
en irlandais qu'en latin il n'y a jamais eu de forme en -r. 
C'est de la 3 me personne du pluriel qu'on est parti : à cette 
personne en effet il y avait dès l'indo-européen concurrence 
de deux désinences, l'une en -»/-, l'autre en -r-, que l'italo- 
celtique, comme le tokharien, avaient amalgamées. 

Le tokharien n'enseigne rien sur la désinence du passif 
impersonnel de l'italo-celtique. Puisque c'est comme troi- 
sième personne du pluriel que la désinence en -r est apparue 
jusqu'ici au prétérit et au déponent, il est tentant de lui 
reconnaître au passif aussi le même caractère. Justement, le 
passage sémantique est aisé de « ils disent » à « on dit » ; 
le latin emploie presque indifféremment dïcitur et dicunl. 
L'hypothèse que le prototype de berir aurait d'abord signifié 
« ils portent » explique bien des détails de l'emploi syntaxique 
du passif celtique. Néanmoins cette hypothèse n'est pas 
acceptée par tous les linguistes : M. Thurneysen notamment 
préfère voir dans le passif en -r un ancien infinitif (/. cil., 
p. 109-110). 

Ce n'est pas le lieu de reprendre en détail la discussion 
de ce problème. Aux arguments qui appuient l'hypothèse 
d'une ancienne désinence de 3 nK pers. du pluriel, on peut 



Les formes verbales eu -R-. 141 

toutefois en joindre un nouveau, tiré du verbe filir « il sait » 
de l'irlandais, gwyr du gallois. Ce verbe est ordinairement 
donné comme un déponent ; en irlandais en effet, -filir a une 
flexion complète qui est déponente, mais en gallois la flexion 
se résume en la forme gwyr, qui sert de 3 me pers. du singu- 
lier : les autres personnes sont fournies par un thème différent 
( v. Strachan, Introduction, p. 93) ; de même en breton, où 
seulement à côté de la flexion gon~onn, gou%pud, goar, etc. 
on peut employer le tour impersonnel me a oar, te a oar, etc. 
Le verbe- irl. -fitir, gall. gwyr, a été jusqu'ici diversement 
interprété (v. notamment J. Loth, Rev. Celt., X, 480). La 
meilleure interprétation paraît encore celle de Zimmer et de 
M. Windisch, reprise et précisée par M. Pedersen, Vgl. Gr., I, 
112-113 : fitir et gwyr représenteraient une ancienne 3 e per- 
sonne du pluriel, soit *widri « ils savent, on sait », à com- 
parer au sanskrit vidi'ih, 3 e pers. pi. de vida. Le passage 
sémantique de *uridri « ils savent » à -fitir « il sait » a dû 
se iaire par l'impersonnel : le verbe a dû d'abord signifier 
simplement « on sait », et c'est de l'impersonnel qu'on est 
parti pour bâtir une flexion complète, d'allure déponente. 
Le brittonique, qui n'a jamais bâti cette flexion complète, 
est resté plus près de l'état ancien. Peut-être la valeur imper- 
sonnelle s'y est-elle aussi maintenue plus longtemps. C'est 
par l'analogie d'un gwyr impersonnel signifiant « on sait » 
que s'explique le mieux la forme énigmatique hebr, hebyr 
qui s'emploie dans les incises au sens de « dit-il », mais qui 
a pu signifier d'abord « dit-on » et dont le \r final a été 
pris pour l'article. L'évolution des deux mots est en tout 
cas parallèle : nous avons dans gujyr et dans hebr les imper- 
sonnels réguliers des racines *weid- et *seq w -. Les explica- 
tions qu'on a proposées pour 17 final de hebr, sans excepter 
celle de M. Llovd Jones (loc. cit., p. 201), paraissent moins 
plausibles que l'idée d'une influence analogique de gwyr, 
qui aurait fait créer un hebr « dit-on », d'où plus tard hebr 
<> il dit » (dans les incises), comme gwyr « il sait ». L'imper- 
sonnel remonterait donc aussi à une troisième personne du 
pluriel, et ce serait finalement dans les trois cas examinés 
la valeur propre de la désinence en -r . 



i4- ./• Vmàryes, 

Arrêtons-nous à cette conclusion. Elle est importante pour 
l'indo-européen puisqu'elle suppose dans cette langue l'exis- 
tence d'une forme unique en -r-, caractéristique de la 3 e 
pers. du pluriel, et dont les dialectes occidentaux auraient 
tiré, d'une façon d'ailleurs indépendante et avec des modalités 
diverses, leur passif et leur déponent. Il était intéressant de 
marquer que le tokharien admet et dans une certaine mesure 
confirme cette conclusion. 

Le rapprochement inattendu du tokharien et de l'italo- 
celtique n'est d'ailleurs pas limité aux formes en -r-, 
M. Meillet me signale qu'en tokharien le subjonctif en -a- 
(représentant *-â- ou *è-) est tiré d'un thème différent de 
l'indicatif, par exemple dans le verbe wàrpnâti (thème à 
nasale) « il admet » dont le subjonctif est wàrpatat (v. Lévi- 
Meillet, loc. cit., p. 16 et 26) ; c'est le cas du latin, où l'on a 
tagam (Pacuv., Trag., 165 R.), attiras (Plaute, Bacch., 445 
ex Non. corr.), tulat (Ace, Trag., 102 R.), atlulas (Nou., 
Corn., 87 R.), aduenat (Plaute, Pseud., 1030), enviât (Enn., 
Trag., 170 R.), et aussi de l'irlandais, qui dit -Had (Z. f. 
d'il. PhiL, III, 249) de lenaim, -riatÇWb., 28 c 2) de renaim, 
-cloor (Wb., 23 d 2) de -cluiniur, -menathar (Ml., 49 a 15) de 
nioiniitr, etc. ; cf. Thurneysen, Hdb., [, 356 et 360. Il y a 
donc ainsi à un double égard sur le domaine indo-européen 
une nouvelle ligne d'isoglosse ; ce qui ne veut pas dire évi- 
demment, M. Meillet l'a montré, qu'il s'agisse d'un nouveau 
groupe dialectal. 

J. Yendryes. 



NOTES 

ÉTYMOLOGIQUES ET LEXICOGRA1 »HIQUES 
{Suite '.) 



47. Le comique pans (pant) = gallois pant. Ce mot, qui 
parait se trouver en breton dans quelques noms de lieux 
(Ernault, Glossaire moyen-breton), avait disparu en comique 
dans la langue courante. On le trouve d'une façon certaine 
dans le nom de lieu suivant : Goen bans à côté de Goen fre 
dans une charte de 1403 2 , la lande ou pâture vaine d'en ba< ; 
la lande d'en haut. 

Goen, devenu gon est identique au gallois gwain, breton 
geun (dial. yeun, pron. yôn), qui a plutôt le sens de marais : 
le mot est féminin. 

48. Comique buordtel, gallois buarthteil. Le gallois 
buarthdeil apparaît dans les Lois. Siivan Evans qui renvoie aux 
Leges Wallicae 11. XXII. 19, 40 (cf. C. C. 180) le traduit 
par : land manured byfolding herds and fiock on it. 

Aujourd'hui, il a, d'après un de mes auditeurs, M. Morgan 
Watcyn, en Glamorgan, le sens de cour de ferme. A Llanrwst, 
d'après miss Gwladys Williams, une de mes auditrices, il 
indique l'écurie même. La composition est claire : buarth, enclos 
de bètes à corne -f- teil, fumier. Le sens de cour de ferme est 
naturel, pour qui connaît les fermes bretonnes; on étend 
dans la cour devant la maison et. ses dépendances de la paille, 
de l'ajonc ; le bétail passe dessus, et c'est ainsi que s'obtient 

1. Voir Revue Celtique, t. XXXII, p. 507. 

2. Maclean, History of Trigg minor. Truro, 1873, t. III, p. 84. 



144 /• Lolb. 

une bonne partie du fumier. Il en a été de même autrefois 
en Galles. 

En comique, le mot se trouve dans une charte anglo- 
saxonne de 977 : 

nan Buorâtel et nani Bttordtel 1 (nnni vallon). 

Buorth (bu -f- gorth) n'existe pas non plus dans les textes cor- 
niques. En breton, c'est le nom d'une paroisse, auj. Buhors, 
dans le Cart. de Landevennec, BuorthQ. Loth, Chresl.,p. 1 12). 

49. Biw, bétail à cornes. Ce mot bien connu en gallois et 
qui n'est pas inconnu non plus en breton, existait en comique 
mais il n'a été conservé que dans des noms de lieux : Mein 
Biw, les pierres aux bœufs, charte de 1057 (Earle, Hand- 
book, p. 300). ce qui permet de corriger la charte de 977 
(ibid., p. 395) où on lit : 

Maen bifr: il faut lire : bip, avec le signe anglo-saxon pour w. 
Biw= *bïvo- comme l'a dit Stokes et équivaut à live stock : 
cf. buched, dérivé de buch. 

50. tonek. Ce mot est particulier au comique. On ne le 
trouve à ma connaissance, qu'une fois, dans Pascon, str. 

257, 3 ■ 

y 'desons yn un tonek bys yn GaJile dy whelas. 

« Ils allèrent en un troupeau jusqu'en Galilée pour le cher- 
cher. » Il s'agit des disciples qui ont appris la résurrection. 
C'est un dérivé de ton qui n'existe pas ailleurs, gallois Iwyn, 
buisson. 

Le mot a été remplacé dans Beunans Meriasek, v. 3233 
par busch : 

Me a weyll busch brays a dus, « je vois un grand nombre 
de gens ». C'est l'anglais busch : a flock ofsheep(Whh\ey Stokes, 
Glossai y). 

Le même emploi métaphorique se retrouve en breton : 
bochad (boiad), touffe, buisson, a pris le sens de bande, agglo- 
mération de gens. On dit, en bas-vannetais, or bo'sa 'tud, dans 
le sens d'un grand nombre de gens. 

1. Earle, Handbook to Landchartcrs, p. 295-300. 



Notes Étymologiques et Lexicographiques. 145 

Ttuvn dans les Leges Wallicae^Anc. Laws, II, p. 890) est tra- 
duit par citniulo terme; cf. twynpath, hutte à fourmis (Matin*, 
p. 131, 1. 21). Pour la forme de ce mot (tuheri) en vieux- 
breton et son étymologie, v. Notes étymologiques, 46. 

51. Un nouvel exemple de -ia indo-européen en gallois et en 
comique : cyweithyd, cowethe. 

Pour l'existence de ces thèmes en -ia, je renvoie à mon 
article dans les Mémoires de la Société de Linguistique de Paris, 

19 12, THÈMES EN -IÂ EN CELTIQUE. 

En voici un nouvel et curieux exemple. Les dictionnaires 
gallois, sans excepter le Welsh Dict. de Silvan Evans, donnent 
cyweithyd comme un pluriel ; il a le sens de compagnons, cama- 
rades; mais ils sont aussi obligés par le sens de le traduire par 
compagnie, sens très clair dans le premier exemple cité par 
Silvan Evans (Mabin. du Livre Rouge, p. 41, 1. 2) : llyma 
gyweithyd vu kyvarvot ac tuynt wyr a gwraged, « voici qu'une 
troupe d'hommes et de femmes se rencontre avec eux. » Ce qui 
eût dû leur ouvrir les yeux, c'est que justement dans les 
Mabinogion, le mot est féminin. On lit à la page n>, 1. 5 
et 6 : 

nyt athoed gyweithyd hebdaw eiryoet, ny wnelei ac anaf ae 
adoet arnei. « jamais compagnie ne passa à côté de lui sans 
blessure ou fâcheux accident. » Cyweitbyd ayant un sens col- 
lectif lorsqu'il est sujet du verbe, le verbe s'emploie au 
pluriel (Mab., p. 12e, 1. 22) : 

kyweithyd yssyd yn drws y porth avynnynt dyvot y mywn « il 
y a à la porte une troupe de gens qui voudraient entrer. » 
En comique, le mot se présente sous la forme cowethe ou 
cowede, avec chute régulière du d final dans les polysvllabes. Il 
a un sens collectif et peut se traduire par compagnons : Gwreans 
an bys, v. 219. 

na turcs, ua turcs, ua barth dotute, 
ty na oll tha gowetha 

« il ne faut pas le faire, non, n'en doute pas, toi, ni tous tes 

Revue Celtique, XXXIV. 10 



146 /. Lot h. 

compagnons. M. Whitley Stokes traduit avec raison par 
Corn rades (cf. v. 121 '. 243. Cf. Pascon4i. 2, 245. 1 ; 150-2). 
On a aussi le composé keskeweda (Pascon, 110. 4). Williams 
dans son Dict. le traduit par Company et le donne comme 
féminin. C'est qu'en effet, après l'article, on a l'adoucisse- 
ment : Pascon 150. 2 : an gowe^e ; Passio Domini 783 : 
oll an gowethe. En réalité, en comique comme en gallois, le 
mot est arrivé à jouer le rôle d'un pluriel, mais il se com- 
porte comme un substantif féminin, absolument comme 
tud. 

Cyweithyâ, cowede — vieux-brittonique com-uectiia. 

Il y a un masculin cyweithyâ cité par Silvan Evans et qui 
a le sens d'aide (^com-uectiio-s). 

52. Gallois ryvoriaw, irl.-mod. rômhar. Dans les Diction- 
naires gallois, rhyforio est traduit par to scramble, se déme- 
ner. C'est un sens qu'il n'a sûrement pas dans un passage du 
mabinogi de Manawyddan (Mabin. du Livre Louge, p. 52, 
1. 27. Après s'être livré à la pêche et à la chasse, Manawyd- 
dan se tourne vers l'agriculture : 

ac yn ol hynny dechreu ryvoriaw ac yn ol hynny heu grofft... 
Dans ma nouvelle traduction des Mabinogion, en ce moment 
à l'impression, je n'ai pas hésité à traduire (trad., p. 163) : 
ensuite, il se mit à labourer la terre, puis il ensemença un clos . . . 
Le sens de ce mot est nettement précisé par l'irlandais 
moderne : rôniharaim, I dig, till, upturn (rômhar, the act of 
digging, tilling, Dinneen, Ir.-Engl. Dict.). L'allongement, dans 
cette position, de suivi de v (w) provenant de m est régulier 
en irlandais moderne : ci. rômhailh, très bon; rômhaim, devant 
nous; rômhani, devant moi; cf. comhaois, du même âge. La 
quantité de gallois dans ryvoriaw n'est pas certaine. Le mot 
est composé du préfixe /o-,semble-t-il, et d'un thème mot- ou 

1. V. 121 : oui howetlha eut tanow : c'est Lucifer qui vante sa puissance. 
Whitley Stokes a traduit my comrades are fires. Le sens est : mes compagnons 

sont peu nombreux (il y en a peu qui marchent de pair avec moi) ; cf. R. 
D. 2462 : v» nias na oui Un grysy tus yw tanow, « dans ce pays-là, à croire 
loyalement, il va peu de gens » : cf. l'expression populaire française : il n'y 
en a pas épais. 



Noies Étymologiques et Lexicographiques. 147 

mai-; a-t-il quelque parenté avec le français marre, grande houe, 
qui est vraisemblablement d'origine gauloise? inarr est venu du 
français en breton; il a donné le dérivé marradek, écobuage, 
travail consistant à enlever les mottes de gazon avec la marre 
et à les brûler ensuite. 

Il est possible que du sens précis que l'on vient de consta- 
ter on soit arrivé au sens métaphorique de se démener, mais 
je n'ai, pour ce sens, d'autre autorité que celle d'Owen 
Pughe. 

53. Gallois CYMMYRRED,CYMMERREDUS, irl. BUIRRE. Cymiiiyr- 

reâ est bien # connu dans le sens à' orgueil, présomption, et aussi 
de dignité et estime (estime pour soi-même, d'abord). On en 
trouvera bon nombre d'exemples dans le Welsh-Engl. Dict. de 
Silvan Evans, tirés de textes en moyen-gallois. Dans le mss. 
de Peniarth 4 (White-Book, p. 157), à ryvygits, orgueilleux, 
répond hymeredus pour kymyrredus (nmrchaivc kymeredus). Le 
sens est donc parfaitement assuré. 

L'irlandais buirre, f. est donné par Kuno Meyer dans 
ses Contrib. avec le sens de : turgidity, pride, ponip, gran- 
deur, ce qui concorde parfaitement avec les sens du com- 
posé gallois. Kuno Mever, avec raison, le tire de borr, enflé, 
gros; cf. voc. corn, bor, pinguis, berri, pinguedo (sur borr ~ 
*borro-s, v. Whitley-Stokes, Urk. Spr., p. 173). Cytnmyrreâ, 
à côté de buirre. suppose donc un vieux-celtique * com-bor- 
riiâ . 

54. cant (cercle) en composition. Dans le fragment de 
comput gallois du ix e siècle, publié par M. Quiggin, dans la 
Zeitschrift fur Celtische Ph., en 191 1, on trouve le mot naune- 
cant. Il n'y a pas à hésiter à traduire le mot par cycle de dix- 
neuf ans, et à lire : maunec-cant. Ce mot a servi à faire d'autres 
composés : Mab. de Peredur (L. Rouge, p. 224, 1. 16) : hyd- 
gant, troupe de cerfs; Myv. Arch. 545, 1 : pedithant, troupe 
de soldats à pied. 

55. Gallois corrawg, irl. corrach. 

Silvan Evans a eu le tort de donner ce mot sous la forme 
corawg. Il le traduit par prodigue, et par ami de l'ostentation, 



148 /. Loth. 

d'après Owen Pughe. Le premier sens est certain. Le premier 
exemple cité par Silvan Evans est à écarter ; il est au moins 
douteux. Il se trouve dans un poème de Gwalchmai {Myv. 
arch., p. 147, col. 2) : 

car am oedd nym oes 

eorawg fynawg foes. 

« Un ami que j'avais, je ne l'ai plus, qui aimait les chœurs 
(troupes de chanteurs), aux mœurs courtoises. » 

Il faut remarquer cependant que l'orthographe est moder- 
nisée. L'autre exemple que donne Silvan Evans est tiré de 
recueils de proverbes gallois; il le donne ainsi : 
Gwell eorawg na chybydd 

Or, justement dans le Myv. arch., p. 847, col. 1, on lit : 
Gwell corrawg na chybydd. 

eorawg a sur l'accent grave marquant la brièveté de la voyelle 
et le doublement de r suivant. Ce proverbe se trouve dans le 
Livre Rouge (Skene, F. a. B., II, p. 255, 249 : 
gwell corrawc na chebyd 

« mieux vaut prodigue qu'avare ». 

Le sens primitif paraît indiqué par le moyen-irlandais cor- 
rach : uneven, unsieady, restless (Kuno Meyer, Contribut.) ; il a 
le même sens en irl. moderne ; Dinneen cite à l'appui la 
curieuse expression maide corrach, bascule. Macbain (Etym. 
Dict.) le traduit par steep, abrupt et l'interprète par : on a point 
en le supposant tiré de corr, point, odd. 

56. Gall. cwrr, irl. corr, curr, angle, recoin. 

Le gallois est cité sous la forme aur, par exemple, par Mac- 
bain (à enrr). La forme sincère est cwrr (Skene, F. a. B.. II, 
291, v. 18). C'est la forme aussi de ce mot dans un poème 
de Cynddelw cité par Silvan Evans. Dans le roman de 
Kulhwch et Olwen (The Red Book Mab., p. 138, 1. 4) Kynwas 
est qualifié de Kwrr y vagyl, « l'homme au bâton anguleux, 
recourbé ' ». 

1. A la page 106, 1. 26, on lit a chynwas curvagyl ; le ms. que copiait le 
scribe avait u pour w. 



Notes Étymologiques et Lexicographiques. 149 

Dinneen (TV. Engl. Dict.. à corr), a raison de séparer ce 
mot, au point de vue du sens, de corr, pointe, bec, museau. 
Le gaélique a la forme curr, que Macbain traduit par corner et 
aussi pit, citerne. En irl. -moyen, le sens d'angle, coin, est sur- 
tout marqué dans corrau : Kuno Meyer, sous ce chef, donne 
aussi, probablement avec raison, corrau, faucille. Les deux 
sens paraissent s'être confondus. C'est ainsi qu'en gallois cor- 
ryn est traduit par Silvan Evans par the projecting point of any- 
thing ; le mot s'applique particulièrement, par exemple, à 
l'anse d'un vase qui émerge au-dessus du rebord, du pom- 
meau de la selle (corryn cyfrwy). 

L'origine des deux mots est-elle la même ? Cela paraît à 
priori assez improbable ; mais on comprend que le sens les ait 
rapprochés. Quand, par exemple, on trouve en irlandais- 
moyen, corra a n-uillend pour la pointe saillante du coude, on 
conçoit qu'on soit arrivé de pointe à angle. Dans corra brâghad, 
la nuque, c'est le sens de recoin qui domine (Kuno Meyer, 
Contr., sous corr 3). 

L'ii de ciurr et du gaélique curr, semble devoir rattacher ce 
mot à euro-, cercle, crundi-s, rond (irl. cruind, gall. crwnri); 
cf. y.'jp-Ti-ç, courbe, curvus : curr représenterait un indo- 
eur. cùr-so-. 

57. Comique dege, dega, dîme. Le gallois degwm est une 
forme d'origine ecclésiastique, semi-savante, qu'on trouve 
déjà dans les Lois. On a formé sur degw m, degymu. Le vieux- 
breton deemint des Gloses d'Orléans, paraît formé d'une façon 
plus correcte ; malheureusement nous ne connaissons pas la 
valeur de m. 

Le comique moyen dege est au contraire régulièrement 
formé du latin dechua, conformément aux lois de l'accentua- 
tion brittonique des mots latins sur la pénultième (nianeg = 
manica, etc.) et aussi de l'action exercée par a latin final, 
dont la valeur est celle de l'ancien â long celtique '. Quant à 

1. Il est véritablement extraordinaire de trouver encore l'étvmologie 
enev de anima. Il saute aux veux que anima fût devenu anev, d'autant plus 
sûrement que le breton anaffbn assure une forme ana-mon-es ; le pluriel 
eût empêché toute modification d'anev. L'accentuation de enev, anavon est 
celle d'andtlâ. 



1 5o /. Loth. 

la disparition de v final, elle est régulière en comique : cf. 
oie, âme, cleâe, épée. 

La forme dega de Gwreans an bys, v. 1067, est régulière 
dans ce texte; si elle avait paru régulièrement plus tôt, on eût 
été en présence d'un vieux-brittonique decamâ. A priori, d'ail- 
leurs, il est évident qu'un terme de ce genre doit avoir nne 
origine latine et chrétienne. 

L'existence du v final ==m est assurée, de plus, par le verbe 
degevy : ha pan vo reys degevy, « et lorsqu'il sera nécessaire de 
prélever la dîme (Giureans, v. 107 1). » 

Dege est féminin. Pour la forme dege, v. O. M. 440; 497, 
504, 1181. 

58. Gallois tlavs, joyau; irl. tlus, bétail. L'irl. il us est 
donné avec ce sens dans le Suppl. d'O'Donovan ; il se trouve 
aussi dans le Glossaire d'O'Davorên, et ailleurs. L'identité des 
deux mots en gallois et en irlandais est évidente au point de 
vue de la forme. Quant à l'évolution de sens, elle n'est guère 
plus extraordinaire que celle d'alam, troupeau, donnant en 
gallois alav, richesses. Il semble qu'il y ait un vague souve- 
nir de l'ancien sens dans le Peredur (Mab., p. 241, 1. 28). 
Peredur a tué le cerfunicorne de l'impératrice. Elle lui reproche 
de l'avoir fait en appliquant le mot tlws au cerf : llad y llzvs 
teckaf oed yui kyvoeth (tu as fait une action discourtoise en 
tuant l'animal le plus beau de mon domaine.) 

59. Le gallois twmpath. Ce mot désigne proprement une 
butte de fourmis, une fourmilière. Owen Pughe donne aussi 
twmpethyn, petite colline tump. A ne considérer que cette 
forme, on est disposé à croire à un emprunt anglais. Or, les 
Mab., p. 132, 1. 21, nous en ont conservé une forme plus 
ancienne, livyn-patb, butte de fourmis. Twyn seul a déjà le 
sens de tertre; il est traduit par cumulus terrae dans les Leges 
Walticae (Ancienl Laivs, II, p. 890). Reste palh : faudrait-il 
y voir l'anglais pâth ? A ma connaissance, ce mot n'a que le 
sens de sentier, ce qui ici ne peut convenir. Il me paraît pro- 
bable que -path est ici un doublet de pant et est à rapprocher 
du moyen-irl. ecte, a hill smooth and plain at the top (Kuno 



Notes Étymologiques et Lexicographiques. 1 5 1 

Meyer, Contre). Le mot path a pu exister, comme premier 
terme, eu composition. L'identité de sens avec l'irlandais est 
tellement frappante qu'il est difficile de séparer les deux mots, 
malgré les difficultés que présente ce rapprochement au point 
de vue phonétique. Quant à l'étymologie de cèle, pant, je 
renvoie là-dessus au travail de notre secrétaire, M. Vendryès 
(Celt. Zeitschrift, tome IX, p. 296). 

60. Gallois llun, irl. lon, luan, hanche. Lôn, luan avec 
le sens de hanche, cuisse, se trouve dans le Tâin (éd. Win- 
disch, 1. 6190, p. 905). Whitley Stokes (JJrh. Sprack., p. 
254) tire le vieil-irl. lôon, gl. adeps, de *louno- qu'il rapproche 
du v. -slave plutt, caro, ou de l'anglo-saxon flôm, Nierenfett, 
rohes Bauch-fett (étymologie de Bezzenberger). Le vieux-breton 
lon gl. adeps remonterait à *lûno-. Le breton, pour désigner le 
rein, rognon, a des formes variées : lonnech, lone^, loune^, 
loiïane^, vannetais Uhèneenn (Cillart). Enfin, Le Gonidec a 
lunach. Le vieux-breton lon garantit la celticité de lonec'h, 
lone-i; Junach paraît bien aussi identique comme thème à l'ir- 
landais Un. 

J'ai mis la main sur une forme galloise très rare llun qui 
me paraît identique à tout point de vue à l'irlandais lôn. Elle 
se trouve chez un poète du xn e siècle, Kyndelw (Myv. Arch., 
p. 167; col. 2) : 

Cledyf clod ivasgar a ivisgaf ar glun 
Ru g vy llun am llasar, 

« L'épée qui répand la gloire, je la ceindrai sur ma cuisse 
entre mes reins et ma cuirasse brillante. » Je traduis reins, 
sans être parfaitement sûr de l'exactitude de l'endroit désigné. 
Aucune erreur de forme n'est ici possible ; l'allitération avec 
llasar et la rime entre glun et llun enlève tout doute ; 
lasar est métaphorique pour armure (calch Jlassar). 

Le sens paraît devoir faire préférer le rapprochement proposé 
par Bezzenberger avec flôm. 

{A suivre.) J. Loth. 



NOTES ON KULHWCH AND OLWEN 



The opentng words of the story of Kulhwch and Olwen 
suggest that they hâve affinities with the " Northern 
material of Welsh legend and poetry. This is notonly suggested 
by the eponymous name KeJydon Wledic of the Red Book 
text (which in the White Book text has a slightly différent 
form Kyledon) but also by the name Kilyd which occurs 
amid Northern material in the Gododin and in the poetry 
of the Red Book of Hergest(Skene, vol. II, R. B. poem XVI). 
In the Gododin it occurs in line 120 in the couplet, 

Pan dyvu dutvwJch dut nerthyd 
Oet gwaetlan gwyahian vab kilyd 

which may be translated 

When Tutvwlch the strengthener of the country came 
the post of Kilyd's son was a place of blood. 

In Unes 916, 917 of the Gododin \ve hâve the words : 

A chan oed mab brenin teithiauc 

Ud gwyndyt gwaet kilyd gwaredawc 

And since he was the son of a King of full roval attributes 

the lord of the men of Gwynedd of the blood of the gentle Kilyd. 

and to thèse correspond the words in lines 850 and 851 of 
the Gododin : 

A phan oed mab ieyrn tcilhiawc 
Yng gwyndyt gwaedglyt givaredawc 

It appears more probable that'glyt' should be a corruption of 



Notes on Kulhwch and Olwen. 153 

the rare personal name Kilyd than the opposite. The person 
who is said to hâve been descended from Kilyd in 1. 920 is 

gorthyn hir orïhit rxuxinutr 

but in 1. 854 the name is given as Garthwys, in the line 

Neut bed garthwys hir dir rywvnyawc . 

It is ofinterest to note in this connection that Cyndeyrn, 
the founder of the church of Llanelwy or S 1 Asaph, which is 
at no great distance from the district of Rhufoniog, wascalled 
Cyndeyrn Garthwys. 

In the Red Book of Hergest, Poem XVI, 11. 271-273, 
there is an obscure allusion to Kilyd in connection with 
Twrch : 

Rxuedaf dinckir nadi6 
Yn ol Kilyd keluyd cly6 '■ 
Yggêall térch lorri cneu cny6. 

In this poem the other références to Twrch are asfollows: 

(11. 7-9) Kynndylan calloii iaen 

Gaeaf : a want térch tr6y y benn : 
Tu a rodeist yr t6r6f trenn 

(11. 28-30) Kyndylan gulh6ch gy unifiât 
Lle6 blei d'il in disgynnyat : 
Nyt atuer térch tref v dut. 

The place names of this poem are mostly in Montgo- 
meryshire and Shropshire, and are situated at no very great 
distance from the ancient court of Powys at Mathrafal near 
Meifod. 

There is a further allusion ofa very obscure character which 
appears to connect the Book of Aneirin, through Gorchan 
Cynfelyn, with the story of the hunt of « y Twrch Trwyth », 
or, as he was also called, « y Twrch Trwyd » in the lines (1-4): 

Pei mi brxtzun 

Pei mi ganwn ; 

Tarda warchan gorchegin 

Gweilging torch trxchdr-wxt. 



1 54 Edward Anwyl. 

W. B. p. 226 b. 11. 2. 3, hynmwyd. in R. B. kynmwyt. 
The spelling of hynmwyd with final d and of goleudp in the 
next Une with final / (= rfû?) points to a twelfth century 
Ms. as the archétype of the White Book text, the points 
of spelling in question being especially marked in the Black 
Book of Carmarthen. 

1. .}. affynnùys. The use oi ff for v was not uncommon in 
the I2'' 1 century; 

1. 7. malkaén. This expression is best taken as a parenthe- 
sis = as we find ; 

1. 7. ctiucd. In Mediaeval Welsh etiiied meant simply 
« offspring » ; 

1. 8. hoiiu. In the R. B. ohonunt; 

1. 9. wéti. Another example of / ==■ dd; 

1. 10. yg6yllda6c. This expression probably means « into 
wild country », and not predicatively « into a state of 
madness »; 

1. 11. heb dygredu anhed. This is a difficult expression, but 
the sensé appears to be « without trusting a dwelling » ; 

1. 14. The phonetic spelling meichad like hynmwyd above 
should be noted; 

1. 15. kenucin. The omission of final t after n was not un- 
common in the spelling of the twelfth century; 

1. 20. dy vrth. The use of dy for y (from) is not found 
even in the Black Book of Carmarthen, but there are in that 
Ms. two examples of dy'xn the sensé of)'(to), as follows : 

Skene, vol. II, B. B. C, poem VII, 1. 24, 

Ac au gueith dimgunelemne dimbrodic dit 

when dimbrodic stands for dy yn brodic. 
Ibid., poem IX, 1. 47. 

Treitan ty tir dyalltudet 

where ty stands for ddy =y; 

1. 21. retkyr. This word has been rendered « snout », but it 
is certainly more natural to render it « resting-place ». This 
meaning is quite satisfactory in B. B. C. XVIII, 11. 2, 3 : 

Na chlat dy redcir ympen minit 
Cl al in Ile areel in arcoedit 



Notes on Kulhwch and Olwen. 155 

where the point of the injunction seems to be that the 
« resting-pJace » should be out ofsight; 

1. 23. dy arthur = y arthur. This a further indication of an 
archétype at least of the i2 ,h centurv; 

1. 24. orucpéyd. Cf. kynmwyd, etc. 

1. 24. ar ueithrin. In the Four Branches of the Mabinogi the 
usual expression is ar uaeth ; 

1. 28. amkaôd. Theorigin of this form in entirely unknown. 
In view of the plural form amkeudantix. would appear to be a 
présent rather than an aorist ; 

1. 31. recdouyd. This expression doubtless means « the gift 
of God ». It occurs as a personal name Rec douid in Lib. Land. 
(Oxf. Edition), p. 127. It is evidently the Welsh équivalent 
of Théodore or Dositheus ; 

1. 35. deu peinaéc = two headed, from deu and penn ; 

1. 38. athro. This is the regular mode of spelling this 
word in Mediaeval welsh. The writer knows only of one ins- 
tance of aihraw viz. in D. ab Gwilym, Poem CXXVII. 

Gallasai, ar droau draw, 
Berchi gtvir, eithr i athraiv. 

1. 39. atnlymu, in R. B. amlynu. The meaning is clearly 
« to trim », but the writer knows of no instance of the word 
else where. 

P. 227, col. i,l. 1. hyd. For the spelling, cf. kynmwyd. 

nalhffei = na ibyffei Past Subj. where ff 
has arisen from f -\- h; 

1. 3. wnai. This form is fréquent in the White Book text 
and is probably made by the addition of the suffix -i (not eï) 
direct to gwna ; 

1. 4. maïkaén is hère again used parenthetically, but is 
omitted in the R. B ; 

1. 7. y seith uîéydyn. The soft mutation after seith is due 
to its being been treated in some cases as if it originally ended 
in a vowel like wyth; 

1. 7. y ryu, a curious mis-spelling for yr hyn ; 

1. 9. Diwarnaéd. Hère, again, final d should be noted , 

— hyly. The W. B. text of this story shows in some 
words a préférence for y as against e : cf. bydydaô, ld\uychu; 



i s^ Edward Atiwyl. 

I. 10. Ygorfflan. In R. B. y gordlan, a term which probably 
means « circular enclosure ». Y gorfflan is an intelligible 
expression in itself, but it may well hâve arisen as a popular 
variant on the less intelligible cordlan; 

II. il . géeîed. Hère again \ve hâve final d; 
14. két = when. Hère, again, / = dd; 
24. dytgweith.' Note t = dd ; 

28. /#m. F as the mutation of/> is not uncommon in 
the W . B . text of the Mabinogi ; 

1. 30. yr d\6. The stem is dïvo-, while u in £)//«' has arisen 
from y through the influence of the labial w that followed it; 

I. 31. For két see above,]. 14. Note inR. B. the colloquial 
Me ; 

II. 31. plant is hère used distinctly as plural ; 
— rydyallas, in R. B. llathrudaéd; 

32. gordéy = violence ; 

33. nyd ; note final J; 
— £to6 ; note t = dd ; 

35. rfywof ar : cf. 0«ho» tfr. In R. B. Jv//o/ /?/; 

37. ita6 : cf. 1. 33 ; 

38. etliuei. t = dd; 

39. yt gaflo. Prospective Subjunctive = he shall hâve; 

— kanys : kan nys, where s is pronominal. 

Col. 2, 1. 1. heuyt.In Mediaeval Welsh heuyt is constantly 
used in négative sentences, where in Modem Welsh chwaith 
would be necessary; 
11. 2. itaé, see above ; 

3. atrejf : ff =/as in I2 th cent. ; 
8. hnnatau. This word was then of four syllables; 
w. a mab, probably with mutation omitted, for a aab. In 
the R. B. \ve read after itti « y chael » ; 
11. 15. dywaivd ; note final d; 

16. latho : shall strike. In R. B. cyflado; 
22. itaé, see above ; 

— rywelhei. Hère \ve hâve an example of the Imperfect 
Subjunctive used, as often, in Mediaeval Welsh in a pluperfect 
sensé. The R. B. has the Pluperfect)';- nas géelsei; 

1. 33. ararthur R. B. al, as in Modem Welsh ; 
1. 34. erchycb. This is a Cohortative Subjunctive = thou 
shalt ask. 

(To be conlinued.) Edward Anwyl. 



GAELIC XJR = AR « OUR » 



Several years ago Strachan offered in this Journal xiii 504 t. 
an explanation of this peculiar form. The examples to which 
he refers are Cupid ga nar taladh (ga nar = 'g ar) Stewart 
Collection of Gaelic Poetrv 121, and cbaill sinn nar càil agus 
nar treàir from a colloquial source ; and he explains nar as 
being either the O.I. nâr, or as formed fron ar on the ana- 
logy of nar. This seems to me highly improbable, mainly 
because of the daring assumption of the survival ol nâr in this 
colloquialism, but also because, as I think, a more tenable 
explanation can be got. 

This explanation is bound up with that of the torm ga in 
the former of the two passages quoted above. Strachan ib. 
conjectures that « this error arose from the torms 'gan 'gad=. 
Mid. Ir. ocam 'corn, oc ut W» . It is however possible that the 
origin of ga may hâve been a différent one. It is taught by 
the native grammarians that « the possessive pronouns mo do, 
when preceded by the préposition ann in, suffer a transposi- 
tion ol their letters, and are written a m ad » Stewart 5 63 who 
gives as ex. ann ad chridhe i Sam. 84 7. Now in am ad there 
is, of course, no « transposition ol letters », but neither are 
those lorms descended from Mid. Ir. ocam ocut. An earlier 
stage in their development is seen in the following verse of 
Màiri Xighean Alasdair Ruaidh (c. 1569-1669) : s mi 'nisbuidlf 
air an tulaich fo mhulad's fo imecheist Mackenzie Beauties of 
Gaelic Poetry 1907, p. 32., where 'm, of course, = am <iin 
111(0). This am, and ad of similar origin, are common enough 
at the présent dav. The forms ann ad, ann am quoted by 
Stewart show the ann which in the modem language almost 



i)N /. Fraser. 

invariably précèdes the préposition an. But the fact that am, 
ad, contain the préposition is overlooked : ann is looked on 
as the préposition, and am ad as the possessive pronouns, the 
latter resuit heing contributed to bv the existence of the poss. 
pron. an for the 3 rd. pers. plu. 

But this is not ail. Side bv side with ann ad, etc., andcom- 
moner in colloquial language, we hâve also nain, nad <ian 
am, an ad, nain rathad « in my way » Sgeulachdan Arabianach 
Inverness 1906, I, 75, nad chridhc, ib. 72. Fromsuch forms has 
been evolved an apparent préposition na, na nio chridhc etc. 
This must hâve at least helped towards gant, gad 1 . 

It is well known that the possessive pronouns of the ist. 
and 2nd. pers. plu. are comparatively rarely used at the pré- 
sent day in colloquial language, their place being taken by 
ag with pronominal suffix. Thus instead of ar cinn one com- 
monly hears na cinn againn lit. a les têtes à nous ». So na 
cinn agaibh, « les têtes à vous », and not hhur cinn 2 . The rare 
use of thèse forms would easily account for otherwise strange 
transmogrifications of ar, hhur in popular speech, and I am 
therefore inclined to suggest that nar 3 bv ar owes its n to the 
existence side by side of ad, ann ad, nad and a ni ann am, namK 

J. Fraser. 
Aberdeen. 



1. Nor must we forget the influence of the exceeJingly common ga in 
e.g. g 7 a chur = ag a chur. 

2. The poss. pron. of the other persons are dispensée! with in the same 
way, though not nearly to the same extent, e. g. Thug mi au aire gu'n 
robh na deoir a srulhadh na sùilean aice, Sgeul. Arab. I 20. 

3 . In at least one dialect of Inverness Shire na is used, in certain combi 
nations, for bbur. It is also found in Western Ross-Shire, cf. Transs. of the 
Gaeîic Society of Inverness, XXIV, 349. 

4. Kar seems to be used at the présent day in Skye, cf. Transs. of the 
Gaélic Society of Inverness, XXIII, 84, and in Western Ross-Shire, d. ïbid., 
XXIV, 349. 



QUESTIONS DE GRAMMAIRE 

ET DE LINGUISTIQUE BRITTONIQUE 

{Suite) 



II 

LE GENRE DES SUBSTANTIFS 

dans le Lexicon cornu-britannicum de Williams 

Dans ce dictionnaire, où les erreurs de toutes sortes ne sont 
pas rares et qui n'est praticable qu'à cause des exemples; la 
partie la plus fâcheuse est celle du genre dans les substantifs l . 
Il y a à ce point de vue, des erreurs grossières et d'étonnantes 
contradictions. Il y a assurément, en pareille matière, des cas 
embarrassants. La notion de genre est très troublée en brit- 
tonique : les trois langues ne sont pas toujours d'accord entre 
elles et dans chacune en particulier, il y a eu, dans le cours 
des siècles, des changements importants. Tout d'abord la 
notion de genre a en quelque sorte disparu au pluriel 2 . Le 
Gonidec, par exemple, vous dira qu'un nom est féminin au 
singulier et masculin au pluriel, en raison des mutations. 

Le genre d'un substantif, en comique comme en gallois et 
en breton, en dehors, naturellement, du sexe chez les êtres 
animés, peut être connu par les pronoms qui représentent le 
substantif, par les mutations des consonnes initiales, edans 

i. Je ferai suivre ma Grammaire comique, qui je pense, pourra être livrée 
à l'impression à la fin de cette année, d'un dictionnaire complet du cor- 
nique. 

2. Sur la perturbation des genres, cf. : J. Loth, Mots latins, p. 221 et 
suiv. 



iéo J. Lot h. 

certains cas par la terminaison. Le témoignage des grammai- 
riens, facile à contrôler par l'usage dans les langues vivantes, 
nous manque : nous n'avons, à ce sujet, et encore sporadi- 
quement, que le témoignage de Lhwyd chez lequel les erreurs 
sont toujours à craindre : il ne savait guère le comique 
moyen ; pour le comique moderne, il a été souvent induit in- 
volontairement en erreur par son oreille galloise et aussi parce 
qu'il s'est laissé allé à des formations analogiques, quand il 
était dans l'embarras, d'après le gallois et le breton. Il est 
même facile de trouver chez lui des formes contradictoires. 
Quand toutes les autres ressources manquent pour la déter- 
mination du genre en comique, on a chance d'arriver à la 
vérité par la comparaison avec les autres langues celtiques. 

Dans toutes les langues néo-celtiques, sans excepter l'irlan- 
dais où c'est cependant plus facile, la détermination du genre 
offre des difficultés. Les grammairiens et lexicographes se 
contredisent. Trop souvent d'ailleurs, on n'y a attaché aucune 
importance : bien à tort, car on s'expose ainsi à de grosses 
erreurs dans la reconstitution des thèmes vieux celtiques. 
C'est par le genre de certains substantifs en -là que je suis 
arrivé à prouver d'une façon sûre, je crois, l'existence de 
thèmes celtiques en -iâ en vieux celtique. 

Dans cette revue rapide, je suis l'ordre alphabétique : 

aber : ce mot n'existe, en comique, que dans le Voc, tra- 
duit par gurges. Williams le donne comme masculin, ce qui 
est vrai dans les noms de lieux, en Galles et en Bretagne. 
Aber-vrach, c'est-à-dire Aber-wrach est pour Aber an wrach l . 
C'est son genre aussi dans la région d'Ecosse autrefois occupée 
par les Pietés. Silvan Evans {Welsb Dict.) le donne comme 
féminin, dans le sens de courant, ruisseau. Mais les exemples 
concluants qu'il en donne sont récents. Même dans ce sens, 
le mot était anciennement masculin ." Jeu ebyr (L. Aneurin, 
Gorchan Maelderx), ap. Skene, F. a. B., II, p. 97, vers 1). Inn- 
bhear, en irl. mod., est masculin. 

abrans : supercilium dans le Voc. corn, n'existe pas ailleurs. 

1. Troude le donne à tort comme féminin : Aber BÉNÉAT(Aber Benoit) 
suffit à le prouver. 



Questions de grammaire et de linguistique brittonique. 161 

Il est donné comme masculin par Williams, évidemment sur 
l'autorité du gallois attirant, qui ne prouve rien, le mot ayant 
été évidemment refait et rattaché à gran. Or, il est féminin 
en breton {au diou abrant) et il est également féminin en 
irlandais moderne (abhra, ap. Dinneen, Ir.-Engl. Dict.). 

acheson : le mot est clairement le français, achaison, achei- 
son, achoison et en a les sens ' . Williams y voit un pluriel de 
achos et n'hésite pas néanmoins à en faire un ms. Il a raison 
sans s'en douter. On trouve, en effet, dans la Pascon, str. 187,2, 
un exemple probant qu'il ne donne pas : 

Pylat a vynnas scrife. a vernans Ctist acheson 
praga dampnys rebee. hag an scrifes y honon. 

« Pylate voulut écrire les raisons de la mort du Christ, 
pourquoi il avait été condamné, et il l'écrivit lui-même. » 

an représente toujours un masculin ou un neutre. 

Williams donne plus loin une forme aho^on (occasion, oppor- 
tuny) qu'il attribue à Pryee. Le coupable est Lhwyd (Arch., 
p. 284) qui en a d'autres sur la conscience. Lhwyd est enclin 
à des formations analogiques d'après le gallois et parfois, le 
breton. Il a pris pour modèle ici achos, achosion, achwyson. Il 
a pris le ch à' acheson, qui représentait le son ch français, pour la 
spirante gutturale sourde, laquelle, en comique, se traduit par 
g h ou h. 

adof, recollection, donné comme ms. par Williams, n'existe 
pas (J. Loth, Remarques et corrections au Lexicon de Williams, 
p. 6). 

adoth : donné comme ms. également, est à lire a dolh, 
en hâte (ibid.). 

airos : Voc. corn, puppis ; Williams : masc. : sans preuve. 
Ce mot ne se présente plus en comique. C'est cependant 
exact d'après l'irlandais eross et le breton aros, en usage encore 
en vannetais. 



1. Whitley Stokes traduit acheson par occasion, ce qui est inexact. Le sens 
est raison, cause, raison de condamnation, faute (Pasc. 141.). 

me ny wour bonas kefvs 

yn den ma byth acheson. 
« Je ne sache pas qu'on ait jamais trouvé faute dans cet homme-ci. » 
Revue Cltique. XXXIV. n 



i62 /. Lot h. 

ai. ier : autel : masc. : aucun des exemples donnés ne le 
prouve. Williams a oublié le seul qui soit à invoquer : 
O. M. 1 172 : war an keth honna, sur ce même autel (al ter tek). 
Il est féminin en gallois comme en breton. 

alweth : clef: mâsc. ; ce mot est masc. en breton, mais 
féminin en gallois. 

ambos : accord ; masc. : pas de preuve. Williams a-t-il été 
guidé par le mot gallois identique ammod ? Ce mot est masc. 
en moyen gallois, mais il a fini par devenir féminin en gal- 
lois moderne (Silvan Evans, Welsb Dict . ). 

amser : voc. corn., tempus 'masc. d'après Williams; le mot 
ne se retrouve plus en comique. D'après le gallois, le mot 
serait masc. ; mais d'après l'irlandais et le breton, il serait 
féminin. Il semble que ce mot ait eu deux genres et qu'il fût 
féminin ou masc. (ou neutre), suivant les cas; ce qui peut faire 
supposer que c'était primitivement un adjectif. En vannetais, 
il est masculin ou féminin. Il est même masculin partout, 
en breton, toujours et dans tous les dialectes, dans certaines 
expressions, comme : ar pevar-am^er, les quatre saisons; gai- 
lois : y pedivar amser. 

anken : masc. : sans preuve et contre la vraisemblance. Le 
gallois anghen et l'irl. écen sont féminins. Le mot est égale- 
ment féminin en breton, excepté en vannetais peut-être où le 
Vocab. de MM. Guillevic et Le Goff le donnent comme masc. l . 

ancres : inquiétude, grave souci ; masc. : sans preuve, 
ainsi que pour cres, paix. Ce mot est isolé dans les langues 
brittoniques à moins que ce ne soit un emploi dans un sens 
particulier du mot cred, qui devient naturellement cres en cor- 
nique et est justement donné comme féminin, par Williams! 

anfus : infortune, malheur, traduit à contre-sens par Wil- 
liams (J. Loth, Remarques, p. 8), qui a cru y voir le gallois 
an-voes ; c'est le gallois an-jfawd qui justement est féminin. 

axtell : ruse, piège (et non venture, a bold attempt, hazar- 
ding); masc. : le mot est féminin en gallois, et aussi, généra- 
lement en breton : Perrot, dans son Manuel, le donne, il est 
vrai, comme masculin, mais il a pu être induit en erreur par 

1. C'est peut-être dû à la prononciation du haut-vannetais : atikin. 



Questions de grammaire et de linguistique britlonique. 163 

autel dans le sens infinitif (cf. Ernault, Gloss. moyeu bretf) 
Le vannetais annael, havresac, est probablement à écarter. 
L'irl. mod. inneal (qui a aussi le sens de piège, en irl. moy. 
inudell, est masculin. La composition de l'irl. moderne et 
des mots brittoniques paraît différente. 

arch : coffre; fém. Le mot n'existe pas au sg. ; il n'y a 
que arghoiv que Williams donne comme masculin. 

arfeth : Williams est dans Terreur pour la forme et le sens 
(J. Loth, Remarques, p. 8). 

arlottes : n'a rien à faire avec le gallois arlwyddiaeth ; il 
est composé avec le suffixe -tôt : arlwyd-tot. Arlwyddiaeth est 
d'ailleurs féminin (Remarques, p. 9) : v. ïbid. pour armor. 

arrow : v. garrotu. 

ARTiiELATH : lordship ; masc. L'exemple est tiré de Giureans, 
vers 61. Whitlev Stokes a commis le même contre-sens. Le 
Père éternel est en train de créer des catégories d'anges ; en 
tête, Lucyfer ; au second degré, les Principautés et les Domi- 
nations; au troisième, arthelath et elath, c'est-à-dire les archanges 
et les anges; arthelath eet pour arhelath; après r, de bonne 
heure, -rch, et -rth ont été confondus: de même, Giureans, 
v . 406 : marth pour margh, cheval ; -ch et -th ne se pronon- 
çaient plus après r. Voici le passage concernant arthelath : 

arthelath, order pur vras, 
dewgh a ras;. 



han elath yn barth dyhow 
whv a seath omma 



« Archanges, ordre vraiment grand, avancez 

et vous les anges, à droite, vous vous assoirez ici. » 

Cf. breton arc bel et cl, cal, plur. ele%, vannetais ele (et 
eled) ; arthelath est pour archeieâ. 

arv : arme ; féminin : ne se trouve qu'au pluriel, arvow ; 
arv est fém . en gallois, mais masc. en irl. moderne. 

arveth : v. plus haut arfeth. 

ascall : aile; masc. : aucun exemple n'est probant. Le 
mot doit être féminin d'après la terminaison et le témoignage 
du gallois et du breton. 



i6 4 /. Loth 

A vain : imago vel agalma dans le Voc. corn. : masc. sans 
preuve ; il n'existe pas ailleurs. 

avy : foie et jalousie : masc. Ces deux mots n'ont rien à voir 
ensemble (J . Loth, Remarques, p. 1 1). 

awayl : tragedy ; masc. Ce mot signifie évangile et récit 
tiré de l'Evangile. C'est un des exemples les plus frappants de 
l'état d'esprit de Williams : dans l'exemple même qu'il cite, 
le mot est féminin : 

Puppenak ma vo redys 
an awaylma tavethlys 
hy a vyth... 

« Partout où sera lu cet évangile, il sera répandu '. » 

awhesyth : tendre; le sens est alouette {Remarques, p. n). 

baal : v. bal. 

bagat est une fâcheuse invention de Lhwyd dans le sens de 
multitude. Bagas donné par Pryce dans bagas eith'ni, toufte 
d'ajoncs, au contraire, doit être exact. En gallois, bagad, dans 
le sens de touffe, grappe, est masculin; dans le sens de multi- 
tude, foule, il est féminin . En breton, il est donné comme 
féminin, mais, en vannetais, bagat, foule, est masculin, tandis 
que bagat, batelée, a suivi le genre de bag, bateau. Il est clair 
que deux mots différents ont été confondus. Il me parait peu 
probable que bagat soit emprunté au latin bâca ou bacca. 

baiol : voc. corn, enula ; masc. Silvan Evans donne baeol 
(dans les Lois baiol) comme masculin; mais aucun des 
exemples n'est probant. Le mot a du être féminin, et d'après 
son ong\ne(bajula), et d'après le breton où il est féminin 
(beol). C'est confirmé par le fait que le Voc. l'a traduit par enula 
et non par enulum qui est la forme normale. 

bal : bêche, masc, pour pal comme l'a d'ailleurs dit Wil- 
liams. Quoiqu'aucun exemple ne soit décisif, il est sûr que le 
mot est féminin, d'après l'accord du gallois et du breton. Le 
mot bal, mine, n'a rien à faire avec ce mot : bal est la forme 
radicale. 

i. Le sens de tavethlys n'est pas sûr; Williams l'a rapproché de gallois 
tafelîu, étendre, mais dans un sens matériel, tafellofara, tranche mince de 
pain. 



Questions de grammaire ei de linguistique brittonique. 165 

baren : branche, fém. Le mot ne se trouve qu'au pluriel: 
barennoiv. 

bath : voc. corn, munis ma : masc. Le mot ne se retrouve 
pas dans les textes. Il devrait être plutôt féminin dans ce sens 
(Silvan Evans, Wehh Dict. lui donne les deux genres). 

bedgeth face : masc. ; pas de preuve. Ce mot qui ne se 
trouve qu'en comique très moderne est l'anglais et français : 
visage ; v français devient b, s devient régulièrement dj, et ts 
est devenu th comme dans fath, plat h etc. pour face, place. 
Dans un chant donné par Pryce, le mot a le sens de visage, 
figure. 

begel : nombril, masc. Le mot n'existe que dans Lhwyd 
et Pryce. Or, il est masculin en breton (begel, haut-vann. be- 
giî) et féminin en gallois (bogaiï). 

beranal : asthme (courte haleine), masc. Williams ren- 
voie à Lhwyd, p. 56. col. 2, mais Lhwyd ne donne pas de 
genre. Le mot est féminin en gallois et en breton. D'ailleurs, 
Williams a oublié qu'il a donné anal comme féminin, plus 
haut! anadl est féminin en gallois et aussi en breton. Troude 
donne anal, alan, comme masculin, mais berralan (berranal) 
comme féminin. Il donne anal comme vannetais et masculin ; 
or, anal, en vannetais, est féminin. De même, anal en irlan- 
dais. 

besgax : dé à coudre, d'après Lhwyd 54, masc. La forme 
besgan est, sans doute, à corriger en bescan. Le mot doit être 
féminin, car besken en breton, est féminin dans tous les dia- 
lectes. 

bisou : voc. corn, annulas : féminin. Le mot est sans doute 
masc. comme en breton : bi~ou, bas-vannet. biqpw. 

bom : coup, masc. Mais en revanche, il donne bum qui est 
une autre forme du même mot comme féminin. Le mot est 
sans doute masculin, à en juger par le pluriel bommyn. On 
trouve d'ailleurs dans la Pascon, strophe 224 : an hum. 

bon y : cognée, masc. Or, dans l'exemple cité par Wil- 
liams, on a gynsy (avec elle) s'appliquant à bony (P. D. 
2564) : 

otte genef vy bony 

me an tregh wharre gynsy 



i66 /. Loth. 

«Voici que j'ai une cognée ; je 
vais le couper vite avec elle. » 

bore : matin, tnasc. Williams appuie l'existence de ce mot 
sur boregweth, donné par Lhwyd, p. 249. Ce n'en est pas moins 
une forme non comique, aussi bien que boregweth. Dans les 
mots composés en -gweth en comique, gweth est toujours sous 
la forme -iveth : delh-iuyth B. M. 2145 . Bore n'existe pas en 
comique; on n'a que borow dans avorow, demain, et anvorow, 
même sens, dans Beiunans Mer. 3606, 3612, 3982. 

brechol : Foc. corn, gl. manica : masc, sans preuve. 
Lhwyd seul donne ce mot sous la forme bréhal et brohal, que, 
comme Williams, il a rapporté au gallois breichell, naturelle- 
ment féminin d'après la terminaison. 

brus : breits, jugement : masc. Le mot est féminin : Bewii. 
Mer. 193 1, an vrus; 2833 then vruys ; R. D. 954 : gwyr vres 
w honno. 

byrluan : étoile du matin : masc. Lhwyd, Arch. 171, auquel 
il l'emprunte, ne donne pas de genre. Le mot correspondant 
en vannetais berleiven est féminin ; de même g-werelaoïien qui y 
répond. 

camdhavas : arc-en-ciel, d'après Lhwyd : masc. Le mot 
existe dans Gwreans 2501 et est féminin : an gabmthavas. 

camnivet : Voc.com. : yris vel arcns : fémin., sans preuve. 
Le mot n'exisfe pas dans les textes. En breton, on n'a que le 
singulatif hanevedenn qui, cela va sans dire, est masculin. 

cannas : messager, masc. En gallois le mot cennad est fémi- 
nin. Les textes en comique ne permettent aucun doute; il 
est également féminin : Beiun. Mer. 1433 : an gannas. 

ceber : gl. lignum (Foc. corn.} : fém. Le mot n'existe que 
dans le Voc. En gallois ceïbr est devenu un collectif; aussi Silv. 
Evans le donne-t-il comme pluriel : le sing. est ccibren . En 
breton, on donne ^Komme masc, mais le mot est usité sur- 
tout au pluriel. 

cegel, cygel : quenouille, masc. Les exemples ne sont 
pas concluants: En gallois cogaii est masc. ; cependant le pre- 
mier exemple donné par Silvan Evans, ferait croire à un 
féminin : a chogail geidin, avec une quenouille de sorbier ; 



Questions de grammaire et de linguistique brittonique. i6j 

d'autres exemples, il est vrai, le font masculin. En breton, 
kigel est féminin. 

cellad : perte, fém., n'existe pas ; il a été tiré de hella- 
doiv. 

cellillic : gl. artavus (voc. corn.): masc, évidemment 
féminin, car c'est un dérivé de collcll, cultellus. 

cerewse, cerenge : affection, amour : masc. ; carense : 
féminin ! Le mot est féminin : Gwreans 832 : an garenga. 
Carante\ en breton est féminin, ainsi que le gallois cercnnyâ 
autrefois. La terminaison en -yd Ta fait passer au masculin. 

certh : marche, féminin ; gallois et breton, masculin. 

cevelyn : coudée, féminin ; mais plus loin, cyveiyn : masc! 
Le mot est masculin comme cyfelin en gallois, kefilin en bre- 
ton, ainsi d'ailleurs que elin . 

clechic : Voc. corn., gl. tintinnabulum : masc. Le genre du 
diminutif dépend évidemment de clogb, que Williams donne 
également comme masc. Il n'y en a pas de preuves. C loch est 
masc. en breton, mais fém. en gallois. Clocc en irl., il est 
vrai, est masc. 

clethe : épée, masc. Le mot paraît féminin : cletba dan, 
épée de feu (Gzureans, 965) ; gor de glede xn y go\n, mets ton 
épée dans son fourreau (Pascon 72). En gallois et en irl. le 
mot est masc. ; en breton aussi ? Cependant, en vannetais, il y 
a flottement, on trouve : ur hlean et ur gléan. 

clihi : glace, féminin (écrit par Lhwyd 33 : glibi ; clihi est 
un pluriel de cloch ; cf. gallois clxcb ia. 

clos : gloire, renommée : masc . ; pas d'exemple probant, 
mais le gallois clod est féminin et remonte évidemment à un 
thème clutâ. 

codxa : cou.fémin; or, conna qui lui est identique, est donné 
comme masc, ce qui est exact. 

cord : corde, masc ; ne se trouve qu'au pluriel hcrdyn. 

cosgor : dans, dencosgor, cliens vel client ni us (Voc corn.) : 
masc En gallois cosgord est féminin. Le genre du breton coscor 
et cosgor ne me paraît pas établi. 

cregyaxs : foi, croyance, masc Le mot est nettement 
féminin {Gwreans 2317); oïl an grydgyans na; ibid. 179 : in 
gregyans na. 



168 ;. Loth. 

cres : paix ; v. plus haut ancres. 

croghan, crohan : peau; nuise. Le mot est masc. en gallois; 
en breton on donne les deux genres. En vannetais, le mot est 
féminin. L'irlandais moy. crocenn, irl. mod. croiceann est 
masc. 

crois : crux vel staurus (voc. corn.) : masc. Or, plus bas, 
Williams a crows fém., ce qui est d'ailleurs assuré par de nom- 
breux exemples. 

cron : tenaille, masc . ; n'existe qu'au pluriel cronow. 

DAGtR : larmes, masc. ; dagren, ici. ; ni l'un ni l'autre ne se 
trouvent ; on n'a que le pluriel dagrow, daggrow et dagrennow. 

dar : voir derow. 

defregh : les bras (les deux bras) : masc . ; mais plus bas, 
dywvregh '.fêmin. Le mot est féminin en gallois et en breton. 
Silvan Evans prétend que braich était autrefois masc. et est 
devenu féminin. Les exemples les plus anciens, ceux mêmes 
qu'il cite, prouvent le contraire. Il est devenu masc. dans le 
sens métaphorique : bras de chaise, rayon de roue, bras de 
mer, etc. 

dege, dîme : masc. : le mot est féminin : Gwreans, 1084 : 
ha lesky holma pur glane « et la brûler (la dîme) nette- 
ment ». 

derow, chênes, serait le pluriel de dar que l'on ne trouve 
que dans le Voc. corn.; naturellement, il n'en est rien. Derow 
est l'exact équivalent du breton dero (vannetais derw) et du 
gallois derw. Comme collectif il a la valeur d'un pluriel. 
Mais il a été féminin, comme le montre le gallois y Dderw, 
désignant un bois de chênes. 

dewen, les joues, mâchoires (les deux joues) : masc, contre 
toute évidence. En breton comme en gallois, le mot est fémi- 
nin : bret. diouen. (diou guen,]ouQS, chez Grég.du Rostrenen); 
gallois dwy-en 1 . D'ailleurs, plus loin, Williams a gen. joue; 
fém . 

dewes, boisson : masc. sans preuve. Diod est féminin en gal- 
lois; en breton, le genre de diel n'est pas établi. 

1. À remarquer que dans le Dict. de Troude gen. joue, est dit masc. et 
ancien. 



Questions de grammaire ei de linguistique brittonique. 169 

dewle, df.wlef les mains (les deux mains) : nuise, mais 
duilof du Voc. corn. : fém. 

Il va sans dire que le mot sous toutes ses formes est 
féminin : Williams, plus loin, donne luef, main, fém. 

dor, doer, terre : fémin. : aucun des exemples cités n'est 
probant. Mais on doit tenir le mot pour niasc. d'après les 
formes an noer, an nor. Au chapitre 111 delà Genèse 18, on lit : 
che ra debre notha, tu en mangeras (de la terre, c'est-à-dire de 
ses produits) : notha se rapporte à an nore. Daear est féminin 
en gallois, mais douar est niasc. en breton 

drain, épine : niasc. : dans tous les exemples cités, moins 
drain du voc. corn., on a dreyn, pluriel. 

dragon, dragon : niasc. Plusieurs exemples prouvent qu'il 
est féminin comme le gallois draic. ; Bewn. Mer. 496 : an 
dragon vras : 4075 pan dyweth an thragon vras (quel fin du 
grand dragon) — 3744 attahy, la voici (le dragon); 3945 
drethy par elle. 

duivron : pectus (Voc. corn.} : masc. contre toute évidence : 
gall. dwyfron, bret. divron. 

duscoth, épaules (les deux épaules) : masc. ! Cf. bret. d'i- 
scoa\, gall. ysgwydd, fém. Dans duscoth, 11= iw. 

dustuny, témoignage : masc. (voc. corn, testunt). Le mot 
a toujours la forme dustuny et semblerait, par conséquent, fini., 
mais il est remarquable qu'il ne se trouve qu'après un verbe actif, 
ce qui indiquerait une mutation produite par le verbe. 

dyscas, instruction : féminin. Williams le fait venir du 
dysgad, tandis que c'est une forme correcte de dyskans qui est 
sans doute masc. : d'ailleurs Williams donne plus bas discans 
comme niasc. 

dynnergh, salutation : masc. : sans preuve; d'après le gal- 
lois annerch il serait plutôt féminin. 

effarn, enfer : masc. : pas d'exemples décisif à ma connais- 
nance. Ce mot est fini., en gallois, et masc. en breton. 

ebbarn, ciel, forme plus moderne d'ebron, ebren; Voc. corn. ; 
huibren. Williams donne ebbarn comme masc, mais ebron, 
ebren comme féminin ! Je ne connais pas pour le comique 
d'exemple sûr. Le gallois wybr, parait/?///. ; le breton nabi est 
dit masculin. 



ijo /. Lolb. 

edrek, plur. edrege : edrege n'est nullement un pluriel. 

eneval, animal : Je min. : ne se présente qu'au plur. ene- 
valles. 

envoch, faciès (voc. corn.) : masc. Que ce soit un com- 
posé ou que an représente l'article, il est clair que le mot 
est féminin : boch = bucca (bret. divoch ; gai. boch, f.). 

eskidieu, sotulares (Voc. corn.) : Williams en a tiré escid, qui 
ne se trouve pas et l'a donné comme masc. Le mot se trouve 
en comique moderne sous la forme skitchow. Le gallois esgid 
est féminin. 

esel, membre : masc. ; on ne trouve que le plur. eseîy, 
ysyly. 

ethen, oiseau : féminin. Le mot est masc. en gallois (edn 
et en breton evn). Williams a été trompé par la terminaison 
-en qu'il a prise pour le singulatif tandis que ethen est pour edn 
avece irrationnel . 

ethom, othom, besoin : masc; sans preuve. Le breton e^om 
est féminin. 

euhic, cerva (Foc. corn.) : masc. : eiuig, en gallois est féminin. 
Ewic se trouve dans des noms de lieux en Cornwall. 

ewin, unguis (Voc. corn.) : masc. sans preuve. Ce mot est 
féminin en gallois, masc. en breton (ivin, iioin). 

ewinrew : onglée, serait encore un usage en Cornwall, 
sous la forme giuenders : les deux mots sont évidemment 
différents. 

feth, foi : masc. mais fytb, qui est le même mot, fém\ Le 
gallois fydd est féminin, Troude donne/^ comme masc, mais 
le vannetais fe est féminin. 

fors, du français force : masc : sans raison. 

gar, jambe : masc On ne trouve que le pluriel garrow. Ce 
mot est féminin en breton : diouar (diou-gar). 

gen, coin : masc. : Williams ne cite qu'un exemple au plu- 
riel. 

god, talpa (Voc. corn.) : masc : gallois givad, breton go^ : 
féminin. 

goloc, vue, face : masc. Le mot est féminin, comme le 
prouve un exemple même cité par Williams : war an ivolok, 
sur le visage (P. D. 2100). 



Questions Je grammaire et de linguistique bril tonique. 171 

gorryb, réponse : nuise. Le gall. gwrtheb est féminin. 
Cependant un exemple, que Williams ne cite pas, paraît lui 
donner raison : Gwreans 11 98 : hemma ew gorryb skave,. voici 
une réponse légère. 

gorryaxs, adoration : masc. Le mot est féminin même 
dans l'exemple qu'il cite : ban worryans (Pryce). La forme 
du comique moyen est gorthyansÇworlhyans); dans Gwreans : 
gwerthyans. 

goth, veine : masc. : gall. gwylb, féminin. Le breton 
gva%, ruisseau (moyen-bret. Goeth en noms de lieux) est 
féminin aussi. 

gover, ruisseau : fém. Il est masc. : dans l'exemple môme 
cité par Williams (O. m. 1845) : ihotho. pron. poss. masc, se 
rapporte à gover. 

govexek, espérance, désir : masc. : gallois gofynaig, fémi- 
nin. Le genre du breton goanac n'est pas sur. 

GOviD n'existe pas : on ne trouve que govegyon, govy- 
gyon. 

gurhthid, fusus {V oc. civil.) : masc. : n'existe que dans le 
Foc. Le gallois gwerthyd et le breton gicer~id (vannetais gour- 
hid) sont féminins. 

gwarac, arc : masc. Le mot est féminin : Gwreans 
1488 : 

haw gwarac ke dro hy gènes 

« et mon arc, apporte-le avec toi ». 

gwiras (à lire : gwyras), boisson : fém. : sans preuve. Ei 
gallois gwirod est masc. 

gwyryoneth (à tort écrit gwirionetF) : masc. C'est exact, 
quoique aucun desexemples cités ne le prouve \Gwreans, 1892, 
an gwreanath; P. D. 1874 : an gwyryoneth. En gallois, gzvi- 
rioned est masculin; mais en breton, féminin (gwirione%). 
L'irl. firinneest également/^'///. 

H kchen, espèce, race : masc. Il oublie qu'il a donné plus haut 
ecben : féminin .'Cf. gall. echen. f. 

hevis, colobium {Foc. corn.) : masc, sans preuve. Hefis. en 
gallois, est masc, mais en breton féminin. 

hixs, : masc. : n'existe que dans camhinsic et eunhinsic. 



172 /. Lotb. 

En gallois bynt est féminin; hait en breton est masc. ; sét, en 
irl. est masculin. 

horvex : fém. : n'existe qu'au pluriel, horvennow. 

lafroc, femoralia (Voc. corn.'); masc. : pas d'autre exemple. 
Or, en gallois, llafrog est fém. ; en breton, lavrek est masc. 

laxherch, saltus (voc. corn.) :masc. : c'est sans doute faux : 
gallois lannerch, fém. 

len, poisson, sorte de morue: masc. : n'existe qu'au pluriel, 
lenesow : et. breton mor-lean, julienne (poisson qui ressemble 
à la morue), qui est masc. 

lester, vaisseau : fém. Le mot est sûrement masc. : 
Gwreans 2428: 

geas a wressans annotba 
« ils s'en sont moqués ». 

Annotba (annotho) est masc. ; le féminin est annethy. D'ail- 
leurs en breton et en gallois, le mot est masc; ainsi qu'en 
irlandais. 

levar, livre : masc. Dans ce passage de Beirn. mer. 14 18, il 
est féminin : 

heth ov kfer a fysek 

dok hy indan the gasel 

« va chercher mon livre de médecine, 

et apporte-le sous ton aisselle ». 

lo, cuiller (Lhwvd, p. 48) : masc. En gallois (llwy) et en 
breton (Joa, loe), le mot est fém. 

loder, caliga {Voc. corn.) Le breton loer (moyen-bret. lo~r) 
est féminin. Pour llaivdr, son genre me parait douteux. 

logel, loculus (Voc. corn.); logell, cercueil (Pascon 233) : 
féminin. Ce mot est masc. : d'après précisément le passage de la 
Pascon, cité par Williams : 

Corff Ihesus Crist yntrethe 
the'n logell a ve degys, 
hag a heys the wrowethe 
ynno ef a ve gesys 

« Le corps de Jesus-Christ entre eux fut porté au cercueil, 
et tout dé son long pour l'étendre, dedans il fut laissé ». 



Questions de grammaire et de linguistique britlonique. 173 

De même ynno représente logol dans R. D. 2179. La 
graphie logeJl ne doit pas foire illusion ; on trouve de même 
pobell, peuple : e était voyelle irrationnelle comme le 
prouvent les graphies logel et logol (les voyelles irrationnelles, 
en comique, comptent pour la mesure en poésie). Logel, 
logol = loclus : et. gallois llogylwit (Jlogl-wyâ) du Livre noir 
(J. Loth, Mélanges d' Artois'). 

lorgh, massue : masc. D'après cet exemple de Lhwyd 
(p. 42, 48) le mot serait féminin : lor vras, grande massue. 
L'irlandais lorg est féminin ; le gallois llory massue, devait 
l'être aussi (L. Aneurin, Skene, F. a. R., II, p. 90, v. 12). 

lor, pavimentum (Voc corn.), corn. moy. luer, lur : masc: 
pas de preuves. Le breton leur (vannetais 1er) est féminin. Le 
gallois -llawr est masc; l'irl. Idr est masc. 

lowene, joie : masc. Le breton lèveriez (vannet. khuiné) est 
féminin; le gallois llazuenyâ (v. gall . legueniâ) est masc. 

luhad, lughas, éclairs :fém. C'est un collectif. 

lynneth (et lynnyeth), lignée, masc. Le féminin est plus 
probable, d'après l'origine. 

maithes, servante, est un barbarisme de Pryce, pour magh- 
teth. (Voc. corn, : mahtheid). 

mal, joint : seul mellow existe. 

malan, dans re synt-malanÇP. D. 2341) serait fém. et repré- 
senterait la déesse Malan des anciens Bretons. C'est évidem- 
ment le même mot que le précédent (ihe evil principle, tbe evil 
one), qu'il doune comme masc. 

man, endroit : fém. : man n'existe que dans le sens du 
français point, rien du tout: nyzuelaf man, je ne vois rien (P. D. 
3014); cf. breton matin, manu e bet, rien du tout, Victor Henry 
dans son Lexique, l'assimile à tort au breton man, apparence, 
qui se prononce man, avec a. nasal; le gallois mân, petit, est 
également â écarter. En revanche, il me paraît identique à 
l'irl. mann, once, dans le Lecan Glossary(Arcbiv. : cf. Be^~. B-, 
XIX, 94 ). 

marghas, marhas, marché '.fém., sans doute d'après le gal- 
lois marchnad, qui esr féminin. Mais P. D, 376. an marhas. 
Le mot est également masc. en breton. 

morcath, chat de mer, raie (Pryce) : masc; or, cath est 



174 /• Lotb. 

féminin en comique comme en gallois; aussi morgath est-il 
féminin dans cette dernière langue. Le breton mar-ga^, ro us- 
sotte, est masc. parce que ca~, en breton, l'est aussi. 

morthos, cuisse (Vôc. corn, morboit, coxa, à corriger en mor 
doit) : masc. Le seul exemple cité est morthosovj. En breton 
(mor^ad), et en gallois (morddwyd), le mot est fém. 

myldyr (écrit à tort mildir), mille de mer : //m.ïf : sans 
preuve. En gallois milllir est fém. 

nos, nuit : masc; aucun de ses exemples ne l'indique. Ce mot 
est sûrement féminin, comme en gallois et en breton. 

pal, bêche : voir bal. 

parth : masc Williams a oublié qu'il a donné barth pour 
parti), comme fém., et avec raison d'après plusieurs exemples. 

paw, pied, patte ; masc. Ce mot est féminin : er an thyw 
baiv, par les deux pieds (R. 0.2076). Cf. breton di-bao. 

pedren, croupe : fém. ; ne se présentequ'au pluriel : pedren- 
now. 

rag avant : masc. : est employé adverbialement : yn rag) 
et aussi comme prép. 

racca, comœdia (Foc. corn.) : masc. Le gallois rhaca est 
donné comme fém. 

schath, bateau : masc. Ce mot est fémin. : R. D. 223 4 : 
by freinte, la fermer (le sens de frenne ici n'est pas sûr): h.y se 
rapporte à schaih. 

sprus, spus, pépin : masc C'est un collectif; aussi les 
exemples sont-ils contradictoires : O. M. 871 : try splus ; ibid. 
823 txyr spus. ; sprusan est invariablement féminin. Cf. breton 
splus, pépins (donné comme masc.) et spliisenn (vannet. spus, 
splu^en et spunsen). 

stret, latex (Foc corn.); plus tard slreyth; masc. et fém. Le 
mot est fémin. : pedyr slreyth dans O. M. 772. Le masc. du 
nombre quatre est pesivar. 

taran. tonnerre:/''/;/. : sans preuve; gall. lai an fém.: en 
breton, il est donné comme masc. ; en vannetais, taran a le 
sens de tapage. L'irl. torann qui a également (en irl. mod.) 
le sens de tapage est masc. 

ten, beam : masc. Le pluriel seul se montre. 

tor, ventre : fém. : pas de preuve ; et même d'après l'exprès- 



Questions de grammaire et de linguistique brittonique. 175 

sion tor bras de Llwyd, p. 171, le mot serait plutôt tnasc. 
En gallois, il est féminin, mais en breton tnasc. 

trevas, produit de la culture, moisson : masc. Williams y a 
vu à tort un pluriel dont le sing. serait treva : gallois treva 
oyd, a thrave oï corn. C'est le breton trevad, moisson, pro- 
duit de la terre. Pour la formation, cf. gall. frefad, habitation, 
fini. Le breton trevad est donné comme masc. 

treath, rivage sablonneux de la mer : masc. Or le seul 
exemple donné et tiré de Pryce, est war an dreatbl 

tregereth, compassion, merci : masc; pas un exemple 
convaincant. Le gall. trtigared, bret. trugare\, irl. trôcaire sont 
fini . 

tro, tour : masc. : sans preuve. Ce mot est masc. en gall. 
mais fini, en breton. 

whelth, récit, histoire (plur. lubetbloiu) : masc. : pas 
d'exemple probant. En gallois moderne, chwedl est générale- 
ment féminin ; en gallois moyen, il était masc. 

ADDITION 

eru, alield, an acre, d'après le Voc. Corn. : gitnithial ereit gl. 
agricola : masc. Le mot est féminin. Il ne se trouve pas dans les 
textes, mais il a été conservé dans des noms de champ actuels, 
sous les formes errow, erra (ero) : en Ludgvan, dans les Tithc 
appartionmcnts, on trouve un champ appelé tayer errow, les 
trois sillons; cf. erra widen (le sillon blanc) en Saint-Just in 
Penwith ; erra drysack (le sillon épineux : pron. ero drayszc), 
en Ludgvan. Ero a un sens plus étendu que sillon. Erw est 
fémin., en gallois; il est donné comme masc. par Troude, mais 
il est fém. en vannetais. 

J. Lotii. 



CORNOVIANA 

(Suite) 1 . 



IV 

LE CORNIQUE DREMAS. 

Dremas a été traduit par un homme extrêmement bon, un homme 
juste, et même par mari. En réalité, il a le sens d'homme bon, 
brave homme, et aussi parfois de mari : Dremas yw efleun a ras 
(Pascon, 103), « c'est un homme bon, plein de grâce ». — 
Kepar del fuve dremmas (O. m., 864) : comme il a été homme 
de bien. — me asyns the vos dremas (P. D. 1773) : je te tiens 
pour un brave homme. Cf. Gwreans, 588. 2070. 715. Pour 
le sens de mari, voici des exemples de Gwreans : 

Vers 679 (le serpent s'adresse à Eve) : 

rewhy tam thages dremas 

« donnez un morceau à votre mari ». 
Vers 707 (Eve parle d'Adam) : 

haw dremas a wor thym grâce 
tha weyll vyadge mar nobell 

« et mon mari me saura gré de faire un voyage si noble ». 

En désespoir de cause, malgré le sens et la phonétique, on 
décompose ce mot en dre- pour tre- : particule intensive à 
terminaison vocalique (pour le sens, latin per) et mas (mat), 
bon. 

Le mot étant toujours substantif, tre ne serait pas devenu 
dre 2 ; mat fût d'ailleurs devenu vat, vas. 

1. Voir Rev. Celt., XXXII, p. 445. 

2. Dans un passage de la R. D. v. 855, dremas semble adjectif: Marie- 
Madeleine s'adresse à Yhortulanus (Ortolanus) : arrluth dremas ; mais il faut 
sans doute séparer les deux mots et comprendre : « seigneur, homme bon » . 



Cornoviana. 177 

En réalité drenias est une forme évoluée de den-mas. L'ac- 
cent est sur mas. Or, dans la prononciation comique, dans 
une svllabe prétonique ou posttonique, n, comme r ou /, a 
une tendance très nette à former l'élément vocalique au détri- 
ment de la voyelle qui l'accompagne : c'est une sorte de 
nasale sonante. Il y en a un exemple en comique moderne : 
tenewen est devenu ternewen ' qui a passé par tnnewen : ttrne- 
wan an awan, le bord de la rivière (Lhwvd, p. 3). On 
prononçait évidemment d'ailleurs trnewen. En revanche, en 
entendant prononcer Trembe, en Morva (près de St Just en 
Pemvith), j'avais l'impression que j'entendais Tmbé 2 . Dremas 
s'est sûrement prononcé dnmas puis dpnas, dremas. On 
trouve d'ailleurs dans Bewnans Meryasek, vers 3043 : a ther- 
mos, ô brave homme ! 

En syllabe posttonique, on a un exemplede l'évolution de n 
en r du premier terme dans un composé : 

Fenten-wenweht en 1302 : la fontaine de la lande aux arbres ? 
(woen pour luoen et iuebt (wêth) : Fentenwetbenwyth en 1337, 
Fenten athwill 1673. En 1569 : Fenter-wonwith ; en 1596, venter 
n-oon(aniuoon) : ap. Maclean, Historyof Trigg minor, II, p. 342, 
351. Les venter (prononcez venter) ne sont pas rares dans la topo- 
nomastique du Cornwall aujourd'hui, quoique la forme ordi- 
naire soit venton, venten (prononcez venin). D'ailleurs l'évolu- 
tion de n en r s'est produite à la fin des mots en composition, 
comme dans Venter-don en Stokeclimsland ; elle se fait aussi 
à la fin du mot isolé : Gréai Parle ventor (venttr) ; Utile Parle 
ventor, noms de champs à Sennen, près de Land's End. Ventdr 
a été, sporadiquement, transformé en Vent are : en Buryan, 
près de S 1 Just en Penwith : nom de pâture : Great moor or 
Bold vanture : prononcez Bol 9 ventdr; bol est peut-être une 
prononciation locale de bal qui désigne une mine. Les noms 
comiques, dans la toponomastique, se présentent souvent 
avec la forme qu'ils ont en mutation syntactique. Quant à la 
graphie bold pour bal elle n'a pas lieu de surprendre. C'est 

1. Variantes chez Lhwvd : tyrnebwan, p. 11 1-2 (v = ô très bref); tor- 

. littus, p. 81-1 ; tarnewon, p. 82. 2 : prononcez tdrnei.wi. 

2. Écrit Trembeth ou Trembath; c'était autrefois Trembegh ; cf. Rospeth, 
en réalité Rospe, anciennement Rospegh, pour Rosbegh. 

Revue Celtique, XX XI V. 1 2 



178 /. Loth. 

ainsi qu'un nom de lieu qui est en réalité Gol seâny, la fête, le 
lieu de la fête de St Silhney, est écrit Gold Sithney. 

V 

Les formes belma, bol nui. 

Whitley Stokes (Bewnans Meryasek, p. 266, noté à 22) fait 
venir belma, holma de ben-le-ma, hon-lc-ma (ceci, cela ici ; 
celle-ci, celle-là ici). Tout proteste contre une pareille éty- 
mologie, qui a cependant fait fortune. Tout d'abord, ces 
formes, à part une exception, ne se trouvent que dans Bew- 
nans Meryasek : on ne les rencontre ni avant, ni après. Jamais 
on ne trouve la forme complète hen-le-ma, hon-le-ma, ce qui 
aurait dû se produire à une époque plus ancienne. De plus, 
bel ma. holma remplacent dans Bewnans, henma, heinma; hon- 
ma, homma. On ne trouve jamais helna, bolna, ce qui eût dû 
se produire, si la formation pour helina, holma était celle qu'a 
proposée Whitley Stokes, et si cette formation avait eu une 
valeur locative. Or, précisément, cette valeur elle ne l'a pas : 
belma, bol ma sont identiques pour le sens à henma, bonma ; 
hemma, boni ma. 

Bewn. Mer. 22 : 

grammar an geffa defîry 

y vvea tek 
ha worshyp wosa bel nui 

« Qu'il eût de la grammaire sérieusement serait beau, et culte 
après ceci ». 

— 723 awose helme eglos, et après ceci une église (cf. 999 
wose belma; id. 1129, 1641,2012). 

743 Xaamon kyns es belma a saywas : 

« Naaman, avant celui-ci, il a sauvé ». 

10 10 Gront belma der 5e vercy : 

« accorde ceci par ta merci ». 

1269 helme at eve marov : 

« celui-ci, le voici mort ». 

19 10 prederugh belma : 

« méditez ceci ». 



Cornoi iana. 179 

2023 helma yv bevnans nobil : 
« ceci est une noble vie ». 
2080 hchna dis a veth grontis : 
« ceci te sera accordé » . 
3133 cresugh helma ov flehes : 
« croyez ceci, mes enfants ». 
4386 nynsyv helma Du sempel : 
« celui-ci n'est pas un Dieu simple (niais) ». 
4111 Den benyges yv helma : 
« c'est un homme béni que celui-ci ». 
1522 helmyv tra a yl boys grueys : 
« ceci est une chose qui peut être faite ». 
2762 helmyv both an arlythy : 
« c'est la volonté des seigneurs ». 
helmyv pour helma yw. 

holma : R. Mer. : Carek Veryasek holma 

Gelwys vyth wose helma 

« cette roche-ci sera appelée après ceci la Roche de Me- 
ryasek ». 

— 1090 Tremenys yv.diogel, 

lemen genen an chanel 
may bcholmyv spede <iek 

« nous venons de passer la Manche en sécurité, si bien que ce 
fut une belle course ». 

— ■ 4148 In kerth sur galles holma 

« celle-ci sûrement est partie » (dragon qui est du féminin). 

En dehors de Bewnans, on trouve un exemple de helma dans 
Gwreans an bys et un autre de holma dans le même texte ; à 
part ces deux exemples, Gwreans a toujours hemma, hema. 

Gwreans : io_)8 nynsew helma paradice : 

« ceci n'est pas le paradis ». 

1084 ha lesky holma pur glane : 

« et brûler celle-ci très nettement ». 

Holma se rapporte à dega, la dîme. 

Une seule conclusion est logique : c'est que helma, holma 
représentent henma, honma et que nous sommes en présence 



180 J. loth. 

d'un fait de dissimilation amenant le changement de n en /. 
Il se produit devant la labiale m et non devant la dentale. Je 
n'en connais pas d'autre exemple dans les textes, mais il y en 
a dans les noms de lieux. C'est ainsi que Penmayn, Penmeyn, 
en 1606 Penmcane (le bout ou la tête de la pierre), est aussi 
appelé Polmeane ; on a sans doute prononcé Pnmén, d'où 
Plmén. Dans le groupe consonne -\- voyelle -\- l devant con- 
sonne, / a une tendance à jouer le rôle de liquide sonante. 
C'est ainsi qu'à Penzance, j'entendais des vendeurs de grosses 
sardines appeler pilchard, crier plutôt Polt&rd, ou Pôlt&rd. 
Kilcoet est devenu Kolquite; Nèbba% Gerriau écrit au lieu de 
mildir, mille de terre : molldeer (mldir), etc. Le fait est encore 
plus frappant et plus important pour r. 



VI 

RESTE DE BRITTONIQUE EN DEVON 
AU XIV' SIÈCLE 

Dans un document concernant les limites de Brentmore 
en Devon, document du xiv e siècle ' on lit (Bunde de Mora 
de Brenta') : « ab illo loco ubi due Glas concurrunt 2 , ascen- 
dendo versus boream usque ad caput Glas et a capite Glas 
adhuc aseendendo versus boream usque ad caput Glas. » Glas 
entre en composition du nom de ruisseau en gallois : Marias 
(Ryt varias, Livre Range ap. Skene, F. a. B. II, p. 263, 17); 
c'est aussi vraisemblablement le mot qu'on trouve dans le nom 
de la paroisse de notre Cornouailles Daoulas. A côté de glas, 
on a, en gallois, plus souvent gleis (glais) : Du-gkis et Dub- 
leis = Dub-gleis dans le Book of Llandav ; c(. Ystrad Gynlais, 
Gwyn-lais. Gleis est évidemment identique à l'irlandais glaise, 
rivulet (Dinneen, Ir. Engl. Dict.). Il est remarquable que 
Dinneen le donne comme féminin. S'il n'y a pas une erreur 
de lecture pour due au lieu de duo, glas, en Devon, aurait 

1. Hingeston-Randolph, Episcopal Registers of the Diocèse of Exeter ; 
G ramassons' s Reg. III, 1608. 

2. GLi^ebrook. 



Cornoviana. 181 

eu le même genre. Une erreur est ici peu vraisemblable, sur- 
tout de la part d'un éditeur aussi scrupuleux que Hingeston- 
Randolph. L'éditeur eût été plutôt tenté de lire duo. En tout 
cas, le sens de glas est ici évident. Il semble donc bien qu'il 
y ait eu encore, au xiv e siècle, quelques restes de brittonique 
parlé en Devon. Due indiquerait une forme différente du brit- 
tonique de Cornwall, où comme en breton, on a diiv (dyw, 
et dew), et au contraire identique au gallois d-wy. 

J'ai émis l'opinion que glas dans l'irl. en-glas (eau et lait 
mêlés) et le gallois glas-dwr (même sens) était probablement 
identique à glas dans le sens de ruisseau {Mélanges d'Arbois, 
p. 205). L'étymologie de glas = glagsd donné par Whitley, 
Stokes (JJrh. Spr., p. 119) est, comme je l'ai fait remarquer, 
rendu impossible par le gallois glas : on eût eu glach. 

{A suivre .) 

J. Loth. 



L'ORIGINE CELTIQUE 
DE LA LÉGENDE DE LOHENGRIN. 



La légende de Lohengrin est généralement considérée comme 
ayant une origine germanique, bien que sa première rédac- 
tion ait été faite en langue française sous le titre du Chevalier 
au cygne 1 . 

Comme l'apparition du Chevalier a lieu sur les bords du 
Rhin 2 , en présence de l'empereur d'Allemagne, et dans un 
milieu féodal en grande partie allemand, il semble assez natu- 
rel de lui chercher un prototype dans les légendes du Nord. 

Toutefois si l'on examine plus attentivement les conditions 
dans lesquelles est apparue la légende, et les faits auxquels elle 
se rapporte, on reconnaît qu'elle peut appartenir aussi légi- 
timement aux anciennes traditions françaises qu'à celles de 
l'Allemagne 

En effet l'étude des différentes sources littéraires de la légende 
du Chevalier au cygne a établi depuis longtemps qu'elle s'est 
développée dans une région bien délimitée ; au point de vue 
géographique, c'est la partie inférieure des vallées du Rhin et 
de l'Escaut; au point de vue historique, c'est la partie basse du 

i. Telle est l'opinion vulgaire, qui ignore le roman français du Chevalier 
au cygne; mais les savants les mieux informés l'acceptent également et ne 
doutent pas que les conteurs français n'aient emprunté leur sujet à l'Alle- 
magne, comme ils en ont emprunté d'autres aux traditions bretonnes. Voir 
en ce qui concerne les savants français, non suspects de partialité patriotique 
dans la question : Gaston Paris, Romania, t. XXX, p. 444; Lichteuberger, 
Richard Wagner poète et penseur, 1898, p. 122. Pigeonneau dans Le cycle de 
la Croisadeet de la famille de Bouilllon, p. 1 36, évite toutefois de se prononcer. 

2. Dans le roman français du Chevalier au cygne. Le roman de Lohengrin 
place la scène sur les bords de l'Escaut. 



L'origine celtique de la légende de Lohengrin. 183 

royaume de Lotharingie; au point de vue ethnologique, c'est 
c'est le pays wallon et lorrain '. 

La version qui présente le caractère le plus ancien, et qni 
ne contient aucun nom historique ou géographique, celle du 
Dolopathos 2 , a été recueillie en latin par un moine du couvent 
de la Haute-Seille, du diocèse de Toul, ce qui nous reporte 
bien dans la région indiquée. 

La langue des deux premières versions françaises, certains 
détails semblent indiquer d'autre part que c'*st l'œuvre de 
trouvères appartenant au pays de Liège ou à la Flandre wal- 
lonne 5 . 

Quant au sujet lui-même, il convient de distinguer les deux 
parties qui le composent, le conte des Enfants-cygnes, et le 
conte de l'apparition du Chevalier au cygne 4 . 

Le premier se passe dans un monde imaginaire, modifié au 
gré des conteurs, ce qui ne peut renseigner sur le pays où il 
a pris naissance. 

La deuxième, si caractéristique, a toujours pour scène les 
bords du cours inférieur du Rhin, ou de l'Escaut >, et se rap- 
porte invariablement à l'origine de l'une des maisons nobles 
qui ont dominé dans une partie ou l'autre de cette région 6 . 
C'est tout au plus si Mayence, désignée dans une version 
comme point d'arrivée de la barque mystérieuse ", sort un peu 
de ce cadre. 

1. Pigeonneau, ïoc. cit., pp. 125, 238, 252 etc. — Gaston Paris, Romania, 
t. XIX, p. 314 ss. 

2. Cette version, qui ne contient que le conte des Eufants-cvgnes, et 
fait seulement mention du Chevalier au cygne, est regardée comme la plus 
ancienne par Gaston Paris (Romania, t. XIX, p. 314). Au contraire, M. G. 
Huet (Romania, t. XXXIV, p. 206) estime que ce ne peut être le récit pri- 
mitif, et qu'il a été reproduit d'après une œuvre littéraire plus complète. 

3. Gaston Paris, Romania, t. XIX, p. 314 ss. 

4. Id. — Gaston Paris pense que le conte des Enfants-cygnes n'avait 
primitivement aucun rapport avec la légende du Chevalier au evgne, et 
qu'il n'y a été rattaché qu'à titre d'introduction afin d'expliquer l'origine du 
Chevalier mystérieux. 

5. Les principales versions du Chevalier au cygne le font abordera 
Nimègue. Chez Wolfram d'Eschembach, Lohengrin débarque à Anvers. 

6. Maisons de Bouillon, de Brabant ou de Clèves. 

7. Un manuscrit du xm e siècle place la scène à Mavence, comme le chro- 
niqueur de l'abbaye de Brogne (121 1). 



184 G. Poisson. 

Tout concorde donc pour déterminer le pays d'origine du 
conte, sous sa forme littéraire française, antérieure à la version 
allemande. 

Or, cette région s'étend sur ces confins indécis qui séparent 
la France de l'Allemagne, et elle a conservé, dans une grande 
partie de son étendue, une empreinte fortement française, 
ainsi que le prouve la prépondérance qu'y ont prise les patois 
wallons et lorrains. 

Par suite, on peut se demander à bon droit si une légende 
née sur un pareil terrain ne peut pas avoir ses racines profondes 
aussi bien dans les vieilles traditions des Celtes que dans celles 
des Germains. 

Les efforts tentés par les écrivains allemands pour la ratta- 
cher à leurs traditions nationales n'ont pas obtenu un succès 
décisif et les rapprochements signalés dans cet ordre d'idées 
restent douteux ou peu significatifs 

J. Grimm ', le plus célèbre représentant de cette école, n'hé- 
site pas à voir dans Lohengrin une personnalité de la mytho- 
logie germanique, le héros Skeaf, dont les aventures forment 
un vieux mythe propre aux Angles lorsqu'ils habitaient le 
Sehleswig-Holstein. Dans ce mythe, on voit arriver sur la côte 
de la mer du Nord, dans une barque sans pilote, un enfant nu. 
On l'appelle Skeaf, ce qui signifie en anglo-saxon gerbe de 
de blé; il grandit, se distingue par sa bravoure et sa sagesse, 
et devient roi des Angles. A sa mort, on le met sur son bateau, 
qui disparaît comme il était venu. 

Gervinus 2 a combattu l'hypothèse de Grimm. Il n'y a 
rien de commun, dit-il, entre les deux légendes, si ce n'est la 
barque qui amène et qui remporte les deux héros. Mais il 
émet une opinion non moins hasardeuse quand il voit dans 
l'aventure de Lohengrin une tradition souabe ou franconienne, 
et la considère comme une légende héraldique forgée à l'aide 
de cette tradition en l'honneur des familles de Clèves, de 
Gueldre, et de Rieneck, qui prétendaient, comme on le sait, 
descendre du Chevalier au C veine. 



1. J. Grimm, Deutsche Mythologie, t. I, p. 43. 

2. Histoire de la littérature allemande, t. II, p. 57. 



L'origine celtique de la légende de Lohengrin. 185 

Le Professeur Docteur J. Xover r , en 1899, a repris la théo- 
rie de Grimm en faisant remarquer que le mythe de l'arrivée 
d'un Dieu sur la terre se retrouve sur les côtes de la mer du 
Nord, chez les Frisons, où l'on racontait que Tivas, dieu du 
ciel, était descendu chez les hommes, semblable au cygne, puis 
après un certain séjour au milieu d'eux, était disparu subite- 
ment. 

M. Nover rappelle également que dans léchant anglo-saxon 
de Béowulf, ce héros arrive au secours du roi Hrothgar sur 
un navire qui glisse comme un cygne au milieu des écueils. 

Tous ces rapprochements ne dépassent pas les analogies 
qu'on peut toujours trouver dans toute mythologie, et n'ont 
rien de bien concluant. 

Aussi n'est-il pas étonnant que ce soit un écrivain de culture 
et de race germanique qui ait cependant émis le premier 
l'hypothèse de l'origine celtique du Chevalier au Cygne. C'est 
en effet un Hollandais, M. Bloete, qui étudia la légende à ce 
point de vue dans un article de la Zeitschrift fur deutsches 
Alterthum, en 1894 2 - 

M. Bloete déclare que certaines difficultés s'opposent à ce 
que l'on considère la légende du Chevalier au Cvgne comme 
purement germanique. La région où elle apparaît a été trop 
récemment germanisée, et a vu passer auparavant trop de 
peuples divers. D'autre part on n'arrive pas à rattacher nette- 
ment les détails du récit aux symboles et aux figures en usage 
dans la mvthologie du Nord. 

Evidemment on peut considérer la légende comme dérivée 
d'un mythe saisonnier, et trouver quelque chose d'analogue 
dans la mythologie germanique. Mais M. Bloete ne voit pas 
le moyen d'expliquer par un rapprochement de ce genre le rôle 
que joue le cygne aux côtés du Chevalier. 

En effet il montre, par une étude de l'habitat et des migra- 
tions des principales espèces de cygnes, que cet oiseau ne joue 
jamais le rôle d'annonciateur du printemps dans les pays pure- 

1. Prof. D r . J. Xover, Die Lohengrinssage und ïhre poetische Gestalt, dans 
Sammlung gemeinverstàndlicher wissenschaftlicher Vortraege, 1899. 

2. J. F. D. Bloete, Der çweite Teil der Schwanrittersage, Zeitschrift fin 
deutsches Allertuni XXXVIII, p. 272 ss. 



[86 G. Poisson. 

nient germaniques, mais seulement dans des pays celtiques 
ou dans des régions mixtes telles que celle du Bas-Rhin. 

11 semble dès lors improbable que ce soient des Germains 
qui aient imaginé de symboliser le retour du printemps par 
l'apparition d'un cygne. 

D'autre part, le cygne n'accompagne jamais les dieux ger- 
mains. Il n'y a d'exception à cette règle que pour le dieu Hoeni, 
représenté dans une légende des îles Féroë sur un char traîné 
par des cygne-;. Mais le dieu Hoeni est une des figures les plus 
mystérieuses du panthéon nordique et son cas isolé ne projette 
aucune lumière sur la question. 

M. Bloete a essayé de démontrer que le cygne apparaît au 
contraire fréquemment dans la mythologie celtique comme 
compagnon ou messager des dieux. 

A vrai dire sa démonstration n'est pas très rigoureuse, car 
il reconnaît lui-même : 

i° que les oiseaux qui accompagnent les dieux celtiques de 
la nuit, de la mort et de l'orage sont des corbeaux et des cor- 
neilles. 

2° que les dieux propices à l'homme, et bienfaisants, dieux 
de la lumière et de la vie, ont aussi des oiseaux avec eux, mais 
que malheureusement les textes n'en indiquent pas l'espèce. 

C'est le cas notamment des oiseaux divins des Tuatha De 
Danann ', ainsi que de ceux qui sont envoyés par le dieu Lug 
à Cuchulainn 2 . 

M. Bloete suppose que ce sont des cygnes, d'après leur 
manière d'être, et surtout parce que dans d'autres contes cel- 
tiques on voit nettement des cygnes jouer un rôle analogue. 

Ces oiseaux divins se présentent en effet groupés par couples 
dont les deux têtes sont réunies par un joug ou une chaîne 
de métal précieux. C'est dans les même conditions qu'appa- 
raissent les cygnes dont parlent les contes ci-dessus visés. 

Ainsi Oengus 5 trouve la jeune fille qu'il recherche au milieu 
de cent cinquante jeunes femmes qui passent alternativement 



i. D'Arbois de Jubainville, Le cycle mythologique irlandais, p. 195. 
2. D'Arbois de Jubainville, loc. cit., pp. 195 et 297. 
}. D'Arbois de Jubainville, loc. cil., p. 288. 



L'origine celtique de la légende de Lohengrin. 187 

une année sous la forme humaine, et une autre sous la forme 
de cygnes attachés par couples au moyen d'une chaîne d'argent. 

De même lorsque Mider ' enlève Etain, ils se changent tous 
deux, pour éviter les poursuites, en cygnes unis par un joug 
d'or. 

Dans un autre conte, deux femmes, Fand et Liban 2 , arrivent 
sous la forme d'oiseaux réunis par une chaîne d'or. 

Enfin, dans un conte que M. Ferdinand Lot a rapproché, 
ainsi que nous le verrons plus loin, de la légende du Cheva- 
lier au Cygne, on voit des cygnes mystérieux formant des 
couples réunis par des chaînes d'argent. 

Il y a là un mode de représentation caractéristique qui per- 
met de supposer, avec M. Bloete, que les oiseaux ainsi grou- 
pés sont toujours des cygnes, même quand le texte ne le dit 
pas. 

On peut aussi en conclure avec lui que les cygnes jouent 
un rôle important dans les traditions celtiques, où ils appa- 
raissent comme des êtres bienveillants et propices, en rapport 
avec les dieux de la lumière et de la vie. 

Il admet d'autre part que ces traditions, constatées chez les 
Celtes d'Irlande, ont dû exister aussi chez les Celtes belges du 
Bas-Rhin. Il rappelle à ce sujet le rôle que jouent les cygnes 
dans les traditions grecques relatives aux peuples du Nord et 
de l'Occident, Hyperboréens et Ligures, à savoir les mythes 
des Héliades, de Cycnus, et de l'Apollon Hyperboréen ; nous 
reviendrons plus loin sur ce point. 

Quoi qu'il en soit, l'hypothèse du savant hollandais n'a pas 
eu de succès dans le monde scientifique. Gaston Paris, en 
en rendant compte dans Romania 5 , l'a combattue et a pré- 
féré donner à la légende une origine totémique. 

D'ailleurs, M. Bloete lui-même semble avoir renoncé à sou- 
tenir sa première idée, et dans des articles ultérieurs 4 , il a 



1. D'Arbois de Jubain ville, loc. cil., p. 321. 

2. D'Arbois de Jubainville, La civilisai ion des Celtes et celle de l'époque 
homérique, p. 194. 

3. Gaston Paris, Romania, t. XXIII, p. 485. 

4. Bloete, Der historische Schwanritter, Zeitschrift fur romanische 
Philologie, t. XXI, 2. 



1 88 G. Poisson. 

cherché un prototype historique au Chevalier au Gygne dans 
un chevalier normand, Roger de Toni, dont la petite fille épousa 
en 1098 Baudoin, frère de Godefroi de Bouillon. 

Nous nous permettrons de reprendre sa première hypothèse 
pour notre propre compte, et, tout en faisant état de ses obser- 
vations ingénieuses, nous essayerons d'y ajouter quelques argu- 
ments plus précis. 



ORIGINE CELTIQUE DE LA PREMIERE PARTIE DU ROMAN 
DU CHEVALIER AU CYGNE. 

En 1899, M. Ferdinand Lot l a apporté une importante 
contribution à la solution du problème, en montrant qu'une 
partie au moins de la légende, celle des Enfants-Cygnes, se 
retrouve dans les traditions de l'ancienne Irlande. 

Ce conte, tel que le donnent des manuscrits du xvm e siècle 
qui paraissent avoir un fond plus ancien, peut se résumer 
comme il suit. 

Le roi (ou plutôt le dieu) Lir épouse Aobh, fille adoptive 
du roi des Tuatha De Danann. Il en a quatre enfants, une 
fille et un fils jumeaux, et deux autres fils également jumeaux 
dont la naissance coûte la vie à leur mère. Il se remarie avec 
la sœur de sa première femme, Aoifi, qui devient jalouse de 
ses neveux. Elle les entraîne sur le bord d'un lac, les invite à 
se baigner, et quand ils sont dans l'eau, par une incantation 
magique, elle les change en cygnes. Ils doivent conserver cette 
forme jusqu'à la venue de la foi en Irlande. 

Mais le roi Lir, côtovant un jour le lac, apprend de sa fille 
ce que sont devenus ses enfants. Il punit sa femme, mais ne 
peut rendre à ses victimes leur forme primitive. Il se contente 
de s'installer avec son peuple sur les bords du lac pour entendre 
les chants merveilleux des cygnes. 

Après neuf siècles de périgrinations, les cygnes entendent 
un jour le son d'une clochette; c'est celle d'un saint qui vient 
prêcher le christianisme en Irlande. Les cygnes viennent vivre 

1. F. Lot, Le Mythe des enfants-cygnes, Romania, t. XIX, pp. 314-327. 



L'origine celtique de la légende de Lohengfin. 189 

près du saint qui les unit deux à deux au moyen de chaînes 
d'argent. Le roi de l'époque veut posséder ces oiseaux merveil- 
leux, et les ravit au saint. Mais ils se changent alors en vieil- 
lards faibles et cassés; le saint les baptise et ils meurent aus- 
sitôt. 

La légende est évidemment défigurée par des préoccupations 
chrétiennes. Mais on y a conservé un certain nombre de traits 
caractéristiques qui, n'étant plus explicables dans la version 
actuelle, sont les témoins d'une forme plus archaïque. Telles 
sont les chaînes d'argent dont on ne comprend guère ici l'uti- 
lité. 

On y retrouve aussi le rôle de la sœur agissant pour le salut 
de ses frères, et surtout l'origine extra-humaine des person- 
nages, puisque les Tuatha De Danann sont une race divine. 

Il y a certainement une parenté étroite entre les deux contes 
français et irlandais. 

Peut-on supposer que la version irlandaise dont nous ne 
connaissons que des monuments du xvm e siècle, dérive de 
l'autre ? M. Lot ne l'admet pas, à cause de l'apparence primi- 
tive du récit qui fait corps avec d'autres traditions irlandaises 
certainement très anciennes. 

Le contraire serait plutôt à supposer, crovons-nous. On sait 
en erlet combien de moines irlandais ont émigré sur le con- 
tinent à l'époque carolingienne, à la suite de Clément, Alcuin, 
Jean Scot, Erigène, etc. '. Us vinrent à la cour de Charlemagne, 
à Aix-la-Chapelle, c'est-à-dire dans la région de la Basse-Lor- 
raine, et l'on a remarqué que beaucoup d'entre eux s'installèrent 
dans les monastères des bords du Rhin. Ils ont pu apporter 
la légende irlandaise, la répandre autour d'eux, jusqu'au jour 
où un autre moine, l'auteur du Dolopathos, le recueillit dans 
son ouvrage. 

Ainsi donc, il paraît extrêmement probable que la première 
partie du roman du Chevalier au Cygne, celle dite des 
Entants-cygnes, est une vieille légende celtique, peut-être con- 
servée sur place dans la Gaule du nord, peut-être aussi rap- 
portée d'Irlande par l'émigration monastique du ix e siècle. 

i- D'Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique, t. I, p. 378. 



[90 G. Poisson. 

Mais, ainsi que L'ont fait remarquer MM. Gaston Paris ' et 
Lot -, cette première partie ne forme pas un tout indissoluble 
avec la seconde partie; elle paraît lui avoir été rattachée d'une 
façon factice, en raison de quelques traits communs, et elles 
ont dû être primitivement étrangères Tune à l'autre. On sait 
du reste que la version allemande ignore absolument le conte 
des Enfants-cygnes et attribue une toute autre origine à Lohen- 
grîn. 

On ne peut donc étendre à la seconde partie du roman du 
Chevalier au Cvgne les conclusions auxquelles on est 
arrivé pour la première, et lui attribuer aussi une origine cel- 
tique sans autre démonstration. 

C'est cette démonstration que nous allons tenter en nous 
appuyant sur un mémoire récent de M. Déchelette. 



ORIGINE CELTIQUE DE LA DEUXIEME PARTIE 
DU ROMAN DU CHEVALIER AU CYGNE. 

En 1909, M. Déchelette a publié dans la Revue archéolo- 
gique > un mémoire sur le Culte du Soleil aux temps préhisto- 
riques. 

Déjà avant lui on avait souvent signalé l'importance des 
cultes et rites solaires dans les vieilles traditions mythologiques 
de l'Europe. 

Pour la Gaule notamment, MM. Gaidoz 4 , Flouest >, et 
surtout Alexandre Bertrand dans sa Religion des Gaulois, avaient 
insisté sur la fréquence des symboles solaires, et sur la survi- 
vance jusqu'à nos jours de nombreux rites rappelant le culte 
du Soleil. 

Leurs observations s'étendaient et ont été étendues à d'autres 
régions de l'Europe. Elles ont été confirmées pour la Suède 
par la découverte en 1902, à Trundholm (île de Seeland)d'un 

1. Gaston Paris, Romania, t. XIX, p. 314 et seq. 

2. F. Lot, loc. cit. 

3. Déchelette, Revue archéologique 1909, I, p. 303. 

4. H. Gaidoz, Etudes de Mythologie gauloise. Le dieu Gaulois du Soleil. 
1886. 

3. Ed. Flouest, Deux stèles de la raire, 1X83. 



L'origine celtique de la légende de Lohengrin. 191 

chariot en bronze traîné par un cheval et portant le disque 
Solaire '. 

Du reste, bien des auteurs ont démontré la grande disper- 
sion, à l'époque préhistorique, des symboles solaires, roues, 
spirales, et notamment du swastika. 

On connaissait, d'autre part, par les Grecs, l'importance 
du culte d'Apollon chez les Hyperboréens, ces habitants 
mythiques du centre et du nord de l'Europe. 

Ce que M. Déehelette a mis le premier en lumière, c'est le 
type primitif et figuré du Soleil, d'où sont dérivés les sym- 
boles schématiques généralement connus. 

Il a fait voir que dans les idées de nos premiers ancêtres, le 
Soleil était représenté sur une barque, la barque qui était cen- 
sée lui servir pour revenir d'occident en orient pendant la 
nuit, en suivant le cours du fleuve Océan qui entoure la terre. 

M. Déehelette a laissé à d'autres le soin de rattacher cette 
barque aux conceptions analogues que l'on peut trouver dans 
les religions orientales, et auxquelles l'emprunt aurait pu en 
être fait. Il se contente de prendre l'idée au moment de son 
plein développemment dans l'esprit des peuples européens, et 
il étudie les diverses formes qui lui ont été données. 

La barque solaire se trouve figurée fréquemment dans les 
dessins préhistoriques, gravures rupestres et décoration des 
objets en bronze, notamment sur les rasoirs et couteaux. Ces 
barques sont caractérisées par les symboles solaires qu'elles 
portent, roues ou disques, ou même personnages à tête radiée. 

Ce que M. Déehelette a su mettre en évidence, c'est que 
les extrémités de ces barques portent quelquefois des têtes de 
cheval, mais beaucoup plus généralement des têtes de cygne, 
soit bien caractérisées, soit représentées par un simple orne- 
ment replié en cou de cygne. 

Il est passé de là à une série de figurations préhistoriques 
où la barque n'apparait plus nettement, mais qui se rattachent 
indiscutablement aux précédentes par le disque solaire et les 
deux tètes de cygne accolées. Dans les moins déformés de ces 
symboles, la barque est encore représentée par un disque enca- 

1. Sophus Mùller, L'Europe préhistorique, trad. Philippot. 



192 G. Poisson. 

dré à sa partie inférieure par une bande qui se retourne de 
chaque côté pour se terminer en col de cygne avec une tête 
d'oiseau bien apparente; c'est le reste de la barque solaire qui 
forme ce cadre. Dans d'autres images plus déformées, où le 
motif de la barque solaire se répète en zone horizontale autour 
d'un vase en bronze, l'artiste a réuni toutes les barques en 
une bande continue au-dessus de laquelle alternent les disques 
solaires et les protomés de cygne. Enfin par une dernière 
déformation, les disques et les images d'oiseaux se détachent 
du bandeau sur lequel ils s'appuyaient; les têtes de cygne se 
tournent toutes dans le même sens et prennent la forme d'un 
oiseau complet ; l'on arrive ainsi au décor bien connu des 
situles de bronze les plus récentes, rangées de cercles et d'oi- 
seaux, tantôt alternés dans la même rangée, tantôt différents 
par rangée, avec ou sans bande de séparation entre les rangées. 

Ces oiseaux ont été souvent pris pour des canards ou des 
oies par suite de l'imperfection du dessin, mais la dérivation 
suivie ci-dessus montre bien qu'il s'agit originairement de 
evgnes. 

Ce rôle du cygne dans les mythes solaires de l'Europe pré- 
historique ne doit pas surprendre, comme le fait observer 
M. Déchelette, si l'on se rappelle certaines traditions grecques. 
Le cygne apparaît dans les mythes relatifs à Apollon précisé- 
ment quand on parle des relations du dieu avec les Hyperbo- 
réens ; c'est sur un char traîné par un cygne qu'il revient à 
Délos après son séjour chez les peuples du Nord. 

Mais c'est surtout dans le mythe de Phaéton que le cygne 
joue un rôle spécial qui l'associe aux plus anciennes popula- 
tions de l'Europe. Phaéton a pour parent le roi des Ligures, 
Cycnus, qui réside dans les vastes campagnes arrosées par l'Eri- 
dan. La mort de Phaéton, déjà pleuré par ses sœurs les 
Héliades, plonge Cycnus dans une telle douleur qu'Apollon, 
pris de pitié, le change en cygne; de là les cris plaintifs de 
l'animal. 

Cette personnification du cygne a évidemment été inspirée 
par le symbole solaire ci-dessus décrit. Elle montre aussi que 
les rois des Ligures s'attribuaient une origine solaire par l'in- 
termédiaire du cygne parent et guide du Soleil. 



L'origine celtique de la légende de Lohengrin. 193 

Sans prétendre que ces traditions aient pu être portées par 
les Ligures dans la vallée du Rhin, où cependant d'Arbois de 
Jubainville a cru relever certaines traces linguistiques de leur 
passage l , nous admettons qu'elles étaient répandues chez 
d'autres populations de l'Europe, et notamment chez les Celtes 
qui s'étendaient alors au nord des Ligures, principalement dans 
les vallées du Danube et du Rhin. 

Il a donc pu se faire que dans la région qui devint plus tard 
la Basse-Lorraine, le fond celtique de la population ait con- 
servé jusqu'au Moyen-âge le souvenir du vieux symbole de la 
barque solaire traînée par des cygnes, en le rattachant à la 
croyance de l'origine solaire des anciens chefs du pays, et que 
ce souvenir ait été transposé plus tard dans la généalogie des 
nouveaux maîtres tels que les comtes de Bouillon. 

On arrive ainsi à une interprétation rationnelle de la légende 
du Chevalier au Cygne, ou de Lohengrin. Ce serait un ancien 
mythe solaire qui date de l'époque où les Celtes dominaient 
sur les rives du Rhin, et qui fut réduit au moyen âge à une 
simple légende généalogique, témoin de la tendance des popu- 
lations locales à attribuer une origine divine à leurs familles 
princières. 



LE NOM DU CHEVALIER AU CYGNE. 

L'hypothèse d'après laquelle la légende du Chevalier au 
Cygne serait un mythe solaire trouve une confirmation pro- 
bable dans le nom propre généralement donné au Chevalier 
mystérieux. 

La première version française de la légende ne lui donne 
pas de nom. Mais la seconde l'appelle Elyas ou Hélias. C'est 
ce nom qui lui resta dans les romans ultérieurs, sauf dans 
ceux de langue allemande, où il est appelé Lohengrin. 

La première édition du roman en prose, faite au xm e siècle, 
porte comme titre de sa première partie : Elyas 2 . 

1 . D'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de l'Europe, t. II, p. 209. 

2. Pigeonneau, loc. cit. p. 185 et 186. 

Revue Celtique, XXXIV. n 



i9-i G. 'Poisson. 

Un autre texte, publié par M. de Reiffenberg, est intitulé : 
Hélias '. 

Une version hollandaise de 1610 donne le même nom. 

En Angleterre, un manuscrit de la fin du XV e siècle trans- 
forme le nom en Enyas; un autre de la même époque, en 
latin, donne même la forme Eneas 2 . 

Mais le nom a été conservé sous sa forme Hélias dans les 
divers ouvrages où l'on a cherché au XV e siècle à rattacher la 
famille de Clèves au Chevalier au Cygne \ A la Renaissance 
toutefois, le désir de faire remonter l'origine de cette famille 
à des sources romaines fit transformer le nom d'Hélias du Graal 
en Œlius Gracilis. 

Sans attacher à ces diverses variantes plus d'importance 
qu'elles ne le méritent, on voit que le nom le plus répandu 
a été Hélias. 

Ce nom est singulier; il n'a ni un caractère celtique, ni un 
caractère germanique. On ne peut le rapprocher que du nom 
du prophète Elie, passé en grec et en latin sous la forme 
Elias. 

Mais si c'est là le nom du prophète Elie, nous devons nous 
rappeler qu'aux premiers siècles du christianisme le nom de 
ce prophète a été souvent employé dans les pays de langue 
grecque pour dissimuler sous un vocable chrétien les traces 
d'un ancien culte du Soleil. Cette substitution s'appuyait sur 
la ressemblance des noms Elias et Hélios, et aussi sur la tra- 
dition qui fait monter le prophète au ciel sur un char de feu. 

L'assimilation d'Elie à Hélios-Apollon, déjà signalée par 
Voltaire ', a été acceptée par de nombreux savants plus com- 
pétents, Lenormand », Petit de Julleville 6 , Wachsmuth ", 



1. Pigeonneau, loc. cit., p. 225. 

2. Ici., pp. 246-247. 

3. Ici., p. 257. 

4. Dictionnaire philosophique, V° Elie. 

5. F. Lenormant, Monographie de la voie sacrée Eleusinienne. Paris, 1864, 
p. 452. 

6. Recherches sur remplacement et le vocable des e'olises chrétiennes en Grèce, 
dans Archives îles Missions scientifiques. Paris, 1868, p. 305-306. 

7. C. Wachsmuth, Dos aile Griechland in neue. Bonn, 1864, p. 63. 



L'origine celtique de la légende de Lohengrin. 195 

Ch. Diehl ' ; elle a été longuement justifiée par M. Politis à 
l'aide des traditions populaires grecques relatives à Hélios, et 
elle est confirmée, après une discussion approfondie, par 
M. Saintyves dans son ouvrage sur les Saints successeurs des 
Dieux 2 . 

Les nombreuses chapelles d'Elie qu'on rencontre en Grèce 
et dans les pays de langue grecque, sont généralement situées 
sur des hauteurs, ainsi qu'étaient les sanctuaires d'Hélios. On 
explique cette disposition, en ce qui concerne le saint, par le 
souvenir de son apparition à Jésus sur le sommet du Thabor. 
Mais en réalité une pareille coutume n'est justifiée que pour 
les sanctuaires du Soleil, où il avait un intérêt rituel à voir l'astre 
dès son lever. 

On constate encore que le saint a généralement un pou- 
voir guérisseur, comme Apollon. 

L'assimilation indiquée n'est donc pas douteuse dans les 
pays où la langue grecque était répandue aux premiers siècles 
de l'ère chrétienne. 

Peut-on admettre qu'on ait fait le même rapprochement sur 
les bords du Rhin, au commencement du moyen âge ? Certes, 
rien n'empêche quecette tradition ait été apportée de l'Orient 
par les chrétiens, même sans le souvenir de la similitude lin- 
guistique qui lui avait donné naissance. 

Mais il y a plus. Nous avons déjà indiqué ci-dessus le rôle 
que les moines irlandais émigrés sur le continent et spéciale- 
ment dans la vallée du Rhin ont pu jouer dans la propagation 
de certaines légendes celtiques. Or on sait que ces moines, 
seuls dans tout l'Occident, avaient conservé la connaissance 
du grec ', au point que certains d'entre eux non seulement 
traduisaient des ouvrages grecs, mais même écrivaient et com- 
posaient des poésies dans cette langue. 

Ne peut-on pas supposer que l'un de ces moines, voulant 
expliquer le vieux symbole du Soleil conduit par des cygnes, 
et y adapter une légende chrétienne, comme l'Église faisait 
partout à cette époque, ait été conduit à remplacer le nom du 

1. Ch. Diehl, La Grèce d'aujourd'hui. 1892, p. 322. 

2. P. Saintyves, Les Saints successeurs des Dieux. Paris, 1907, p. 379. 

3. D'Arbois de Jubainville, Cours de littérature celtique, t. I, p. 381. 



196 G. Poisson. 

Soleil, quel qu'il fût dans la langue populaire, par le nom du 
saint qui lui correspondait déjà dans l'hagiographie grecque. 

Rappelons à l'appui de cette hypothèse que la seconde ver- 
sion de la légende, celle dite de Béatrix, raconte que le Che- 
valier au Cygne reçut le nom d'Hélias lorsqu'il alla à la ville 
pour se faire baptiser '. Ce baptême est tardif, puisque le Che- 
valier a déjà l'âge d'homme. Le nouveau nom doit donc en 
remplacer un autre qui avait sans doute un caractère payen 
trop accentué et l'on peut affirmer qu'il ne constitue pas un 
élément primitif de la légende, car il y a été certainement intro- 
duit en même temps que la mention du baptême, sous une 
inspiration purement chrétienne; cela justifie l'explication hagio- 
graphique que nous proposons. 

N'oublions pas d'autre part les auteurs qui, à l'époque de la 
Renaissance, donnaient au Chevalier une origine grecque. 
N'était-ce pas là l'écho du nom grec recouvert pour celui d'Hé- 
lias? 

Tous ces indices concordent pour établir qu'aux yeux des 
premiers rédacteurs du conte, le nom d'Hélias rappelait le mot 
grec Hélios, et par suite le caractère solaire du personnage 
mythique transformé en Chevalier. Mais c'était là une con- 
ception de savants ou tout au moins de clercs. Pour le peuple 
le dieu soleil ne s'appelait pas Hélios ; il avait sans doute pris, 
depuis la conquête romaine le nom d'Apollon, mais il con- 
servait à côté son nom gaulois et peut-être préhistorique. 

Xous serions tenté de croire que ce nom devait être celui 
de Grannus que l'on trouve accolé à celui d'Apollon dans de 
nombreuses inscriptions latines. D'Arbois de Jubainville a en 
effet rapproché ce nom du mot irlandais grian, qui signifie 
soleil, et qui est tiré d'une racine indo-européenne ayant le 
sens de brûler, chauffer ; les deux mots ne se recouvrent pas 
puisque grian suppose une ancienne diphtongues; mais ils 
peuvent être apparentés (v. Rhys, ap. Holder, Altce.lt. Spr., I, 
col. 2037). 

D'autre part, sur les vingt inscriptions latines qui contiennent 
le nom de Grannus, sept proviennent de la vallée du Rhin, 

1. Gaston Paris, Roman ta, t. XIX, p. 314 ss. 



L'origine celtique de la légende de Lohengrin. 197 

et huit de la vallée du Haut-Danube, c'est-à-dire de régions 
ou la légende du Chevalier au cygne ou de Lohengrin était 
particulièrement répandue. Bien plus, une localité spécialement 
consacrée à Apollon Grannus est Aix-la-Chapelle, appelée à 
l'époque gallo-romaine Aquas Granni. Or c'est la capitale de 
la Lotharingie, et si la légende n'y fait pas aborder la barque 
traînée par le evgne mvstérieux, c'est qu'elle n'est pas assise 
sur les bords du Rhin ; elle est en tous cas voisine des lieux 
de débarquement les plus souvent indiqués. 

Il y a là une coïncidence frappante, et qui ne parait pas l'effet 
d'un pur hasard. Aussi, si l'on admet que le Chevalier au cygne 
est un ancien dieu solaire, il est vraisemblable qu'il représente 
le dieu gaulois Grannos *, dont le souvenir se serait perpétué 
parmi ses anciens adorateurs malgré leur conversion au chris- 
tianisme. 



PARTICULARITES DE LA VERSION ALLEMANDE 

Une des particularités du roman de Lohengrin, c'est qu'il 
ne connaît pas Ile conte des Enfants-cygnes, et qu'il attribue 
une toute autre origine à son héros. 

Il le donne comme fils de Parsifal, le héros légendaire défen- 
seur du Saint-Graal. 

Cette donnée rattache notre conte au cycle épique dit de la 
Table ronde, ce qu'on appelait « la matière de Bretagne ». 

On sait que ce cycle fut apporté en Armorique par les bardes 
gallois fuyant la conquête saxonne, et qu'il se propagea plus 
tard à la cour des rois Anglo-normands. Les conteurs français 
s'en emparèrent et brodèrent à l'infini sur ce thème. Aux 
aventures du roi Arthur et de ses compagnons s'ajoute toute 
une partie nouvelle, d'allure mystique, le cycle du Saint-Graal. 

Déjà Chrétien de Troyes, le premier connu des poètes du 
cycle breton, avait parlé incidemment du Graal, mais d'une 
façon un peu vague. 

1 . A l'irlandais grian correspondrait régulièrement en vieux haut-allemand 
la forme grin (Meillet, Introduction à l'étude comparative des langues indo- 
européennes, IQ12, p. 90). Il est curieux de retrouver cet élément dans le 
nom de Lohengrin, encore inexpliqué. 



198 G. Poisson. 

C'est seulement au commencement du xm e siècle que Robert 
de Born développa ce nouveau thème dans un poème trilogique, 
Joseph cFArimathie, Merlin, Perceval, dont s'inspira plus tard 
l'auteur du roman en prose : La qiteste du Saint-Graal, ainsi 
que Wolfram d'Eschembach dans son Parsifal. 

Dans ce dernier poème, Wolfram imagina, comme il a été 
dit ci-dessus, de rattacher la légende du Chevalier au cygne 
au cycle breton, en donnant Lohengrin comme fils de Parsifal. 

Ce rattachement est-il absolument arbitraire, comme on 
semble généralement le croire ? 

Certes la légende du Chevalier au cygne apparaît en Lotha- 
ringie avant l'introduction en France du cycle breton. 

Mais nous avons montré qu'elle paraît avoir des origines 
celtiques très anciennes. Ne pourrait-elle pas, dans ce cas, pré- 
senter des points communs avec quelques légendes bretonnes ? 
Certaines remarques viennent en effet à l'appui de cette hypo- 
thèse. 

Tout d'abord, qu'est-ce exactement que le Saint-Graal ? C'est, 
nous dit la tradition épique, le vase où fut recueilli le sang 
qui dégouttait des plaies du Christ au moment de son enseve- 
lissement. 

Or non seulement l'histoire de l'Eglise, mais même la tra- 
dition religieuse n'ont jamais fait mention d'un pareil vase 
avant le xn e siècle. C'est un souvenir absolument étranger au 
Christianisme grec ou latin, et il n'apparaît pour la première 
fois que dans le cycle breton. 

N'est-on pas en droit, dans ces conditions, d'y voir une tra- 
dition celtique christianisée, comme tant d'autres ? En lui 
retirant tout l'appareil chrétien qui la défigure, il ne reste plus 
que le souvenir d'un vase sacré, ayant joué un rôle important 
dans les vieux cultes de l'Europe. 

Mais ce vase sacré, nous le connaissons. C'est le chaudron 
sacré des Cimbres ', dont on a trouvé un exemplaire si curieux 
à Gundestrup, dans le Jutland 2 . 

C'est le vase sur lequel les Scythes égorgeaient leurs victimes 



i. Strahon, VII, n. 

2. Alexandre Bertrand, La religion des Gaulois, p. ,62. 



L'origine celtique de In légende de Lohengrin. 199 

humaines ', et dans lequel les prêtresses Cimbres faisait couler 
le sang des prisonniers romains, après la bataille d'Orange 2 , 
pour y lire l'avenir. 

C'est encore ce vase que nous voyons, sur les situles préhis- 
toriques, porté solennellement par un cortège religieux, ou 
bien roulé sur un chariot, tel qu'on en a retrouvé quelques 
spécimens. 

D'Arbois de Jubainville a montré que le chaudron joue 
aussi un rôle capital dans les traditions des bardes gallois, comme 
dans celles des file d'Irlande \ Il est associé à la poésie lyrique, 
de même qu'il y a un rapport étroit entre les poètes et les 
chaudronniers en cuivre, qui portent le même nom et semblent 
s'être confondus à l'origine. On joint souvent au chaudron 
rituel, la lance, considérée également comme un objet magique. 

C'est ce vase et cette lance que nous reconnaissons dans le 
Saint-Graal et dans la lance magique d'Amfortas, possesseur 
du vase sacré. 

Il est donc permis de voir dans la légende du Saint-Graal 
une tradition antique inspirée par un ancien culte européen, 
peut-être plus particulièrement celtique, où le chaudron des 
sacrifices avait pris peu à peu un caractère sacré, et même 
magique 4 . 

Or M. Déchelette, dans son Manuel archéologique > où il 
reproduit la partie essentielle de son mémoire sur le Culte du 
Soleil, fait précisément remarquer l'importance des ouvrages 
de chaudronnerie parmi les objets consacrés à ce culte, et il 
n'hésite pas à considérer le chaudron irlandais ou gallois, ainsi 
que les situles préhistoriques, comme s'y rattachant. Bien plus, 
s'appuyant sur les rapports établis chez les Celtes entre le vase 

1. Hérodote. 

2. Strabon, loc. cit. 

3. D'Arbois de Jubainville, Les bardes eu Irlande, Rev. historique, 1878, 

3, P- 7; 

4. L'origine celtique de la légende du Graal a déjà été admise par plu- 
sieurs auteurs. Ernest Martin, Zur Gralsage, C. R. dans Romania, Alfred 
Nutt, Sludiesou the legend of the Holy Grail, C. R. dans Romania, XVIII, p. 
588 ; M. G. Huet, Romania, t. XXXIX, p. 101. 

5 . J. Déchelette, Manuel d' Archéologie préhistorique , celtique et gallo-romaine, 
t. II, p. 446. 



200 G. Poisson . 

magique et la poésie, il rappelle qu'Apollon aussi était, chez les 
Grecs, non seulement le dieu du soleil, mais encore celui de 
la poésie. 

Adoptant ce rapprochement ingénieux, nous y trouvons 
un point de contact entre les deux légendes de Lohengrin et 
du Saint-Graal, issues du même mythe solaire, mais dont l'une 
a conservé le souvenir du symbole mystérieux de la barque 
au cygne, tandis que l'autre a fait revivre sous une forme chré- 
tienne le souvenir du chaudron rituel des premiers cultes. 

Ce n'est donc pas arbitrairement que Wolfram d'Eschem- 
bach a rattaché les deux légendes, mais probablement sous 
l'influence de quelque vague réminiscence traînant encore dans 
l'âme du peuple lotharingien. 

En résumé, la version allemande du conte du Chevalier au 
cygne apporte elle aussi une confirmation à notre hypothèse 
au lieu de l'infirmer par son désaccord partiel avec la version 
purement française. 

CONCLUSIONS 

Nous espérons que la présente étude, si succincte qu'elle soit, 
aura fait ressortir l'origine mythique de la légende de Lohen- 
grin ou du Chevalier au cygne. 

Nous n'ignorons pas le peu de faveur que trouve aujourd'- 
hui parmi les savants l'explication des légendes et des traditions 
au moyen des mythes naturistes, et notamment du mythe 
solaire. On a trop abusé au siècle dernier de ce mode d'inter- 
prétation qui n'exige que de vagues analogies, et qui s'appuie 
sur des circonstances banales que l'on retrouve facilement dans 
tout récit : lutte de deux adversaires dont l'un brille de l'éclat 
de toutes les qualités physiques et morales, et dont l'autre a 
l'âme aussi sombre que le corps; alternance des victoires de 
l'un sur l'autre, etc. 

Certes, il serait facile de retrouver des éléments de ce genre 
dans la légende de Lohengrin, et d'en faire état à l'appui de 
notre hypothèse. 

Mais nous entons avoir fait oeuvre plus scientifique en pre- 
nant le mythe au moment où il s'est traduit dans l'esprit des 



L'origine celtique de la légende de Lohengrin. 201 

vieilles populations de l'Européen une image symbolique, pré- 
cise et définie, celle de la barque solaire traînée par des cygnes, 
et en montrant la survivance de ce symbole dans les souve- 
nirs latents des peuples, môme lorsqu'il eut perdu pour eux 
sa signification originelle, et qu'ils furent obligés d'en chercher 
une nouvelle explication dans des conceptions différentes. 

Nous avons pu indiquer approximativement par quels inter- 
médiaires s'était faite cette transmission, en retrouvant quelques 
traces du mythe solaire et de son symbole chez les Ligures 
d'abord, puis chez les Celtes. Chez les Ligures, c'est l'épisode 
mythologique du roi Cycnus pleurant la mort de son parent 
Phaéton, et lui-même changé en cygne. Chez les Celtes, c'est 
le culte d'Apollon Grannus, si localisé dans les vallées du 
Danube et du Rhin, ce domaine primitif de la race celtique, 
où elle prédomine encore sous d'autres noms. 

Puis, après la révolution profonde apportée dans l'âme des 
peuples par le christianisme, c'est la renaissance dans la Basse 
Lotharingie, peut-être sous l'influence d'une immigration de 
moines irlandais, des vieilles croyances celtiques cachées sous 
les idées chrétiennes, d'abord sous la forme d'une tradition 
généalogique des seigneurs du pays, puis en qualité d'élément 
de poésie épique. Le dieu au cygne n'est plus désormais qu'un 
héros, mais il conserve son origine céleste et mystérieuse. Son 
ancien nom n'est pas complètement oublié, et les moines qui 
cherchent à émonder son histoire de tout détail païen, n'ar- 
rivent à dissimuler ce nom sacré qu'en lui substituant un 
équivalent chrétien des plus translucides, celui du prophète 
Elias. 

On assiste ainsi, sur un sujet déterminé, à toute l'évolution 
des croyances humaines à travers les âges. On constate succes- 
sivement la naissance des premières idées religieuses devant 
le spectacle du phénomène solaire; la formation d'un mythe 
explicatif; la symbolisation de ce mythe en une image con- 
crète; l'organisation consécutive d'un culte régulier; la destruc- 
tion officielle de ce culte par la venue du christianisme; la 
survivance dans l'âme populaire des vieilles croyances païennes 
qui semblaient abolies ; leur réapparition sous forme de légende ; 
le développement de cette légende dans la poésie épique ; sa 



202 G. PoiSSOII. 

déchéance en simple roman, puis en conte populaire; enfin, 
à l'époque actuelle, son adaptation aux idées philosophiques et 
artistiques d'un Wagner. 

D'autre part, cette vue d'ensemble permet de constater par 
un exemple typique le rôle que la race celtique a pu jouer dans 
le développement moral et intellectuel de l'humanité. Comme 
les races grecques et romaines, autant que la race germanique, 
elle a apporté sa part de traditions et d'influences latentes au 
trésor d'idées et de sentiments qui forme le fondement de la 
civilisation européenne. 

G. Poisson. 



BIBLIOGRAPHIE 



Sommaire. — I. Miscellany présentée! to Kuxo Meyer. — II. E. Win- 
disch, Das keltische Brittannien bis zu Kaiser Arthur. — III. Dugald 
Mitchell. The Book of Highland Verse. — IV. Miss M. V. Taylor, 
Liber Luciani de laude Cestre. — V. George B. Woods, A reclassifica- 
tion of the Perceval Romances. 

I 

Miscellany présentai to Kuno Meyer, by some of his friends and 
pupils on the occasion of his appointement to the chair of Cel- 
tic Philology in the University of Berlin, edited by Osb. Bergin 
and Cari Marstrander. Halle, M. Niemeyer, 1912^-487 p. 

Trente-cinq mémoires, dont quatre signés de noms français, 
composent ce beau volume. Comme ils touchent à peu près à toutes 
les parties du domaine celtique, nous les rangerons ci-dessous 
méthodiquement par ordre de matière. 

Les publications de textes inédits sont au nombre de quatorze; 
et copiosaabundat rerum varietas. — Du Book ofLeinster(f° 285 b ), 
collationné avec le Book of Lismore (f° 42 h 2), M. Pokorny a tiré 
une légende rédigée en vieil-irlandais et consacrée à célébrer la 
vertu des psaumes « Beati » (p. 207-215) ; la légende est assez 
scabreuse et montre avec quelle désinvolture les clercs traitaient 
les jeunes nonnes qu'ils avaient mises à mal 1 . — DuYellow Book of 

1 . M. Pokornv nous prie d'enregistrer les corrections suivantes à son 
article : 

P. 208, 1. 1, au lieu de § 4 cindus, lire j 2 ol ; 
§ I, » siur, » slitr ; 

§ I, note 3, rayer Anal. \ur ) Plur. 
P. 210, § 4, au lieu de biate lire Hâte. 

§4, note 3, rayer (sic %.). 
P. 212, § 5, au lieu de biait lire blait . 

P. 213, § 5, au lieu de JVas bat clich am meisten erlôst? l'ire : Was erlost 
dich am meisten ? 

P. 214, au lieu de biait lire blait. 



20 1 Bibliographie. 

Lecan, f° 479'', miss Maud Joynt publie un poème de Dindsenchas, 
//.'c Fate of Sinann (p. 195-197); et du Leabhar Breac, f° 247 a, 

M. R. I. Best publie un traité sur les heures canoniques, compre- 
nant une longue pièce de vers (p. 142-166). — M. T. O'Màille a 
donné au recueil le Merugud clêirech Choluim Chilîe, d'après le MS. 
Add. 30. 512 du British Muséum et le Book of Fermoy (p. 307- 
326). C'est un texte fort intéressant, dont Whitley Stokes avait 
déjà publié deux autres versions, sous des titres différents, dans la 
Revue Celtique, t. IX, p. 14 (Imrum Snedhghusa 7 Mie Riagla) et 
t. XXVI, p. 132 (Echtra clerech Choluim Cille), et qui avait été 
étudié par M. Thurneysen dans un Programm de l'Université de 
Fribourg-en-Brisgau (1904). — M. O.J. Bergin a tiré desMSS. 23 
F 16 et 23 D 4 de la R. Irish Academy une série de onze poèmes 
attribués à Gormlaith (p. 343-369). Gormlaith, fille du roi suprême 
Flann Sinna (mort en 916), fut successivement l'épouse de trois 
rois et n'en mena pas moins une existence des plus douloureuses. 
Si l'un quelconque des poèmes publiés a bien été composé par 
Gormlaith, il a été en tout cas fort altéré par la tradition. La langue 
en est fort modernisée en général, mais d'une belle couleur poé- 
tique,» pittifull and learned », et le ton est bien conforme au carac- 
tère que la légende prête à l'infortunée Gormlaith. — Il faut enfin 
citer les textes modernes qui suivent : The Dove of Mothar-I- Roy, 
par M. Walter L Purton (p. 49-52); un texte du Book of Clana- 
boy (1680), par M. J. H. Llovd (p. 53-60); a Poe m by Gilbride 
Macnamee in praise of Cathal O'Conor, par M. E. C. Quiggin 
(p. 167-177); Seilg ".Mhôr Sliabh Luachra, par An Craoibhin 
(p. 185-192) ; A Poem by Giolla Brighde O'Heoghusa (xvi e s.), par 
Miss Eleanor Knott (p. 241-245) ; a Portrait, par M. O'Keeffe 
(p. 246-249); Itnchlôd aingel, par M. Th. P. O'Nolan (p. 253- 
257); Cert cech rigeo réil, par T. O'Donoghue (p. 258-277). 

Il faut mettre à part un texte gallois, Two Songs frow an Angle- 
sey MS., publié par M. Glyn Davies (p. 121-128), et joindre à la 
liste des publications de textes l'article de M. R. Priebsch, Dus 
Bauer-lied Simon Dachs (p. 65-78) et celui de M. John Sampson, 
A Welsh Gypsy Folk-tale (p. 333-341). 

M. Sarauw a consacré son mémoire à la dialectologie : Spéci- 
mens of Gaelic as spoken in the Isie of Slcye, with a brief sketch of 
Phonology (p. 34-48). 

La dialectologie nous sert de transition pour passer à la gram- 
maire proprement dite, à laquelle sont consacrés dix mémoires : 
M. F. Sommer étudie das keltische Dual (p. 1 29-141) en parcou- 
rant les paradigmes de la déclinaison irlandaise. — M. Thurneysen 



Bibliographie. 205 

signale que le futur du verbe agid « il mène », dont aucun exemple 
n'a été rencontré jusqu'ici, doit se trouver sous la forme eblaid, 
-ebla dans plusieurs passages du moyen-irlandais ; une ancienne 
forme * ebgaid, * -ebga aurait été confondue avec le futur du verbe 
alid « il nourrit » (p. 61-64, Dus Futurum von altirisch agid « er 
trèibt »). — M. Lloyd-Jones a consacré une intéressante étude aux 
formations en -r de l'italo-celtique (p. 198-206). Il les ramène 
toutes à un prototype unique. Xous avons dit ci-dessus (p. 129 et 
suiv.) pour quelles raisons cette doctrine ne nous parait pas soute- 
nable. — M. J. Fraser a étudié un emploi du nom verbal de l'irlan- 
dais (p. 216-226) ; il s'agit du tour syntaxique bien connu arisbésad 
leusom in ftd dothôbu « car c'est leur habitude de couper l'arbre » 
(Wb. 5 b 42), m. à m. « l'arbre à couper ». M. Fraser en poursuit 
l'étude dans le développement de l'irlandais et en cherche le point 
de départ indo-européen dans un tour grec comme où yàp -.<.; véuî- 
v.: -yj';n:'i v.y./.vt (I 80), où xaxôv aurait été originellement, sui- 
vant lui, le sujet de la phrase (« le malheur à fuir n'est pas un 
objet de réprobation , on ne peut reprocher à personne d'éviter le 
malheur »). Fine et substantielle étude, une des meilleures du 
recueil. — A l'irlandais se rattachent encore deux articles de vocabu- 
laire ; Bêimforis, par M. F. J. Gwynn (p. 178-184 ; la locution 
signifierait « a fundamental définition or décision », d'où « a prin- 
cipe or rule ») et Xorse Loan Words in Irish, par M. A. Bugge 
(p. 291-306). Ce dernier est un important travail, où les mots 
sont classés par ordre de matières, et où on retrouvera en parti- 
culier sous l'article <( ships » les mots réunis par M. Falk dans 
l'article cité plus loin, p. 230. — Signalons enfin : Sur l'emploi de. i., 
par M. Dottin(p.i02-no; énumération des différents cas où la parti- 
cule edôn est en usage) ; et A propos des groupes initiaux dentale + 
v, par J. Yendryes (p. 286-290). 

La grammaire galloise est représentée par M. Anwyl et la gram- 
maire bretonne par M. Ernault. M. Anwyl a réuni et classé tbe 
Verbal forms in the White Book iext ofthe Four Branches of the Mabi- 
nogi (p. 79-90) ; M. Ernault étudie les nouveaux signes orthogra- 
phiques dans le breton du Mi rouer (p. 111-120), deux importantes 
contributions à l'histoire de la morphologie galloise et de l'ortho- 
graphe bretonne. 

De l'épigraphie relève le mémoire de sir John Rhys (p. 227- 
240) sur Tbree Ancieni Inscriptions of IFales, déchiffrées et interpré- 
tées avec toute la science du savant principal d'Oxford ; deux 
d'entre elles sont ogamiques, la première bilingue. L'explication 
proposée pour Efessang- est bien hardie ! 



206 Bibliographie. 

Le mémoire de M. G. Coffey s'adresse naturellement aux 
archéologues (Âmber beads fourni in Ireland, p. 250-252); il a pour 
objet de décrire une trouvaille faite en 1907 à Mountrivers, Coach- 
ford, Co. Cork, et pour conclusion de prouver qu'il va en Irlande 
des objets d'ambre qui remontent à l'âge du bronze. 

C'est d'histoire proprement dite qu'il est question dans les 
mémoires de M. Anscombe et de Mrs. A. Stopford Green. Celui 
de M. Anscombe (Lucius Rex and Eleutherius Papa, p. 1-17) est un 
petit chef-d'œuvre d'ingéniosité. Nous voudrions savoir ce qu'en 
pensent les historiens compétents; nous serions étonnés qu'ils 
n"admirent pas au moins le talent de M. Anscombe. Il faut voir 
avec quelle précision élégante il établit l'histoire d'une phrase du 
Liber Pontificalis, également conservée dans Bède, avec quelle 
sagacité il en restitue la forme la plus ancienne et surtout comment 
il dégage de comparaisons chronologiques le chiffre qui devait 
figurer dans la phrase primitive que les annalistes successifs ont 
déformée. Mrs. Green s'occupe d'histoire moderne. Son mémoire 
est intitulé : Henry VIII, King of Ireland (p. 270-285) et étudie les 
droits qu'avait Henry VIII à porter ce titre. 

L'histoire littéraire a suscité un mémoire; il est de George Hen- 
derson, dont nous avons annoncé dernièrement la mort prématurée 
(v. Rev. Celt., XXXIII, 515), et il traite des Arthurian Motifs in 
Gadhelic Literature (p. 18-33); H est enrichi de la publication d'une 
ballade gaélique inédite recueillie par l'auteur en 1892 et accom- 
pagnée d'une traduction anglaise. C'est à l'histoire littéraire aussi 
que se rattache le mémoire de M Gaidoz sur le Mal d'amour d' Ai- 
lill Anguba (p. 91-101), caractérisé par un symptôme que décrit 
déjà Plutarque (Vie de Démétrius, chap. 38). M. Gaidoz a joint à 
son mémoire quelques observations sur la prononciation du nom 
de Laennec. 

Nous avons réservé pour la fin le mémoire de M. Marstrander, 
qui est de beaucoup le plus considérable puisqu'il compte plus de 
cent pages (p. 371-486); il traite de Deux contes irlandais et offre 
cette particularité d'être tout entier rédigé en français, dans un 
français excellent, ferme, savoureux, qui fait grand honneur à l'au- 
teur. Il s'agit de deux contes irlandais modernes, dont l'auteur 
nous donne le texte et la traduction. L'un a été recueilli tout der- 
nièrement, dans le comté de Kerry ; l'autre est connu depuis 1840 
environ et a inspiré le Père O'Leary pour son roman de Séadna. 
M. Marstrander a fait une étude aussi complète que possible de 
l'expansion en Europe des deux contes et des nombreuses formes 
qu'ils ont prises au cours des siècles. 11 en a retrouvé les principaux 



Bibliographie. 207 

thèmes en Irlande même, en Ecosse, en Angleterre, en Islande, en 
Norvège, en Suède, en Danemark, en Finlande, en France (légende 
de saint Éloi), en Italie, en Espagne, aux Pays-Bas, en Allemagne, 
en Autriche-Hongrie, en Roumanie, en Lituanie, en Russie, en 
Pologne. Cette vaste enquête aboutit à d'importantes conclusions, 
sur la façon dont le conte a voyagé, sur le chemin qu'il a suivi et 
sur les rapports chronologiques des différentes versions qu'il a sus- 
citées. Le travail de M. Marstrander sera pour les folkloristes un 
utile répertoire à consulter et un beau modèle à suivre. Il couronne 
dignement le volume offert à M. Kuno Meyer. 

J. Yekdryes. 

II 

Ernst Wikdisch, Das keltische Brittannien bis ~» Kaiser Arthur. 
Leipzig, Teubner, 191 2, 301 p. gr. 8°. 9 M. (Abhandlungen der 
philologisch-historischen Klasse der konigl. sachs. Gesellschaft 
der Wissenschaften, Bd XXIX, n° VI). 

Le titre de ce nouvel ouvrage de l'illustre celtiste a le défaut 
d'être peu net et risque de dérouter le lecteur. Passons sur la 
dignité impériale conférée à Arthur; Kaiser Arthur est une traduc- 
tion du gallois (yr amherawdyr Arthur dans le roman de Geraint, 
par exemple, Red Book I, 162, 1 et 170, 8 ; et déjà dans le Black 
Book, p. 72, 1. 9, Arthur... âmeraudur llywiaudirllawur). Maison 
pourra trouver singulier que l'empire d'Arthur serve de limite à 
un travail historique. C'est une limite bien flottante qu'un person- 
nage dont la vie est légendaire, l'époque incertaine, et dont il n'est 
pas très sûr après tout qu'il ait jamais existé. De plus, est-ce une 
limite en deçà ou au delà ? Le « bis zu » est ambigu. Faut-il l'en- 
tendre inclusivement ou exclusivement ? Ou bien même ce « bis 
zu » engloberait-il l'avenir, et répondrait-il aux espoirs des Celtes 
fidèles, s'il en est encore, pour qui Arthur n'est pas mort, et qui 
attendent toujours le retour de leur héros national, bardé de fer et 
la lance au poing, wie ein Kaiser in Freiheit und Recht ? 

Rassurons le lecteur d'un mot. La légende arthurienne occupe 
une place importante dans le livre. Elle en est même l'objet prin- 
cipal. Il semble que M. Windisch se soit avant tout proposé de 
réunir dans un travail d'ensemble tout ce que l'on sait actuelle- 
ment sur la « matière de Bretagne ». Sujet bien digne de tenter 
son érudition de celtiste éprouvé ! Comme Arthur forme le centre 
de cette « matière , c'est Arthur aussi qui forme le centre de l'ou- 



2o8 Bibliographie. 

vrage. De la page 123 à la lin. l'auteur s'attache uniquement à 
montrer la formation, le développement, l'extension de la légende 
arthurienne et des légendes qui s'y rapportent. Il prend le héros à 
ses débuts, tel qu'il apparaît dans l'histoire. Gildas (né en 493) ne 
le mentionne pas, bien que la Vita Gildae (xn e s.) donne Gildas 
pour un contemporain d'Arthur (chap. 5) ; c'est sans doute que la 
glorification d'Arthur, sa transformation en héros, n'avait pas encore 
commencé. Mais Gildas est resté dans la tradition comme un des 
guerriers (tnilwyr, R. B., I, 107, 20) ou des hommes de science 
(yscolheigon, R. B., I, 258, 18) qui entouraient Arthur. Dans l'his- 
toire de Nennius qui remonte aux environs de l'an 800, Arthur est 
un guerrier; c'est le défenseur de l'indépendance bretonne contre 
l'invasion des Saxons; il livre à ces derniers des combats terribles. 
Nennius nous montre aussi l'Arthur mythique chassant le points 
Troyt à Carn Cabal ; il nous parle de la tombe d'Arthur à Erging, 
cette tombe qui devait être plus tard un mystère pour le monde 
(anoeth bit! bety arthur, B. B. C., p. 67, 1. 1 3). Avec Gaufrei de Mon- 
mouth, qui écrivait entre 1 1 32 et 1 1 3 5 , commence la glorification 
d'Arthur ; et M. Windisch a bien raison de faire précéder immé- 
diatement son étude sur Arthur d'une étude sur Gaufrei de Mon- 
mouth. Le chef belliqueux et conquérant devient une sorte de 
héros national. Il se fait autour de lui une cristallisation d'éléments 
épars, empruntés à la tradition, à la légende, à la mythologie bri- 
tannique, ou même venus du dehors : car l'influence des légendes 
gaéliques se reconnaît en plus d'un trait de la légende d'Arthur. 
Ainsi l'épée d'Arthur, Caletfwlch, porte le même nom que l'épée de 
Fergus, irl. Caladbolg. Arthur est à la fois un chef chevaleresque et 
religieux : il se fait couronner à Caerlleon sur Wysg par l'évêque 
Dubricius ; c'est là qu'il vient solennellement accomplir ses dévo- 
tions aux grandes fêtes de l'année (v. notamment R. B., I, 244). 
Puis l'héroïsme primitif disparaît ; Arthur prend sa retraite et cesse 
toute activité ; il n'est plus qu'une sorte de dieu d'Epicure, respec- 
table, mais inerte. Sa figure, «pacifique et débonnaire, s'amollit peu 
à peu ; elle quitte même le premier plan et recule sur la toile de 
fond, où bientôt elle ne laisse plus qu'une image effacée. Mais 
devant elle s'agitent des personnages pleins de vie et d'ardeur; c'est 
Peredur et Geraint, Lancelot et Kei, Ovvein et Gwalchmai. 
M. Windisch qui dessine de façon très précise l'histoire des méta- 
morphoses du héros, consacre à chacun des comparses une ana- 
lyse minutieuse. Il les prend en main l'un après l'autre, il les dis- 
sèque, tous ces chevaliers dont les aventures ont tait les délices des 
lecteurs français. Il examine le cadre dans lequel ils vivent, il 



Bibliographie. 209 

pénètre l'atmosphère qui les entoure et en dégage tout le merveil- 
leux qui s'y est introduit : c'est l'héroïsme chevaleresque, la cour- 
toisie et l'amour, c'est le Graalet c'est Tristan ; c'est ce grand évé- 
nement de l'entrée des femmes dans la littérature médiévale. 

On peut juger par ce résume de l'intérêt puissant du livre de 
M. Windisch. Aucun des problèmes que soulève la légende arthu- 
rienne n'y est éludé ni laissé dans l'ombre. Les considérations lin- 
guistiques et philologiques y ont leur place. Les discussions litté- 
raires dont les faits ont été l'objet sont rapportées et reprises 
minutieusement ; les théories de Zimmer et de G. Paris, de 
MM. Fôrster et Loth comparées et opposées. M. Windisch ne s'en 
est pas tenu là. A cette légende arthurienne, qui suffisait à elle 
seule à remplir un livre, il a joint l'exposé de l'histoire de la Bre- 
tagne avant Arthur. C'est la première partie de son ouvrage ; le lien 
en est un peu lâche avec ce qui suit. Mais n'importe. Nous avons 
là, des problèmes ethnologiques, archéologiques et historiques qui 
se rattachent aux Celtes de Bretagne, une mise au point utile et 
précise. M. Windisch insiste particulièrement sur la religion et fait 
une révision du panthéon celtique, dans la mesure où les divinités 
s'en retrouvent dans l'Ile de Bretagne. 

Et maintenant que reste-t-il de ce grand effort ? L'impression 
d'ensemble, il faut l'avouer, est un peu décevante. Malgré l'érudi- 
tion de l'auteur, la richesse de sa documentation, l'impartialité de 
ses jugements, il semble que cet admirable effort de svnthèse ne 
donne pas ce qu'on en attendait. Il nous souvient d'avoir éprouvé 
une impression analogue en lisant le Manuel de M. Dottin. 
Le rapprochement n'est que flatteur pour l'un et l'autre. Même 
conscience, même érudition, même clarté dans l'exposé des faits, 
même impartialité scrupuleuse; mais aussi même défiance des 
constructions systématiques, même timidité à dégager des faits les 
idées, même hésitation à se prononcer entre les théories. M. Win- 
disch ne fait grâce à son lecteur d'aucun recoin des questions, il 
lui montre tous les aspects des choses et il a l'air de le conduire 
par la main dans une série d'impasses. Rien de décourageant comme 
ce voyage dont chaque station recèle une énigme et reste baignée 
de mystère. Non pas que M. Windisch recherche le mystère par 
plaisir ; il ne s'égare jamais « en la forêt aventureuse ». Ce n'est 
pas lui qui ferait de Peredur un mvthe solaire ou lunaire, ou qui 
s'engagerait en des comparaisons avec la mythologie védique. 
Louons-le de cette sagesse. Mais quand il faut choisir et prendre 
parti, il recule et hésite. On dirait parfois une gageure pour accu- 
ser les contradictions, aggraver les difficultés et laisser finalement 

Rer-ue Celtique, XXXII'. 14 



210 Bibliographie. 

le lecteur en suspens. 11 évite de se prononcer sur l'influence réci- 
proque des légendes gaéliques et brittoniques. Il fait bon marché 
des rapprochements étymologiques, ou même les repousse. Il ne 
croit pas aux hypothèses, même plausibles, de d'Arbois de Jubain- 
ville ou de sir John Rhys, et même, malgré leur caractère frap- 
pant de vraisemblance, il n'accepte qu'à regret et sans conviction 
les théories de M. J. Loth sur Tristan. On voudrait dans ce livre 
plus de confiance en la science, une raison plus sûre d'elle-même 
qui soutienne toutes les parties de la construction et qui les illu- 
mine .à la fois. Descartes a bien recommandé le doute méthodique ; 
mais c'était pour préparer une théorie de la certitude. M. Win- 
disch, en admirable savant qu'il est, s'en tient à la première partie 
du précepte cartésien. Mais il va sans dire que pour s'orienter au 
milieu des questions multiplesque traite lelivre, on ne saurait trou- 
ver un guide meilleur et plus expérimenté. L'ouvrage est vivant, 
attrayant, plein de choses ; il marque une brillante étape de plus 
dans la glorieuse et féconde carrière de M. Windisch. 

J. Vendryes. 

III 

Dugald Mitchell, The Book of Highland J'ersc. London, D. Nutt, 
1912. lj-408 p. 8°, 4 s. 6 d. 

Cette anthologie de poésies lyriques se compose de deux par- 
ties bien distinctes. La première contient des traductions en vers 
anglais de pièces en gaélique d'Ecosse ; la seconde des pièces 
de facture originale en vers anglais, composées par des 
poètes écossais de naissance ou sur des sujets se rapportant à 
l'Ecosse. L'auteur a voulu faire connaître les principaux thèmes de 
la poésie écossaise, et il y a réussi. Autant que nous en pouvons 
juger, les morceaux qu'il a choisis donnent de cette littérature une 
idée fort exacte, une idée en tout cas des plus avantageuses. A par- 
courir ce joli volume, on éprouve d'agréables et fraîches impres- 
sions. Il n'y a même pas disparate entre les deux parties, malgré 
la variété des talents et la différence des époques ; depuis Muirea- 
dach Albannach qui vivait au XII e s. jusqu'aux modernes comme 
John Campbell ou Neil Mac Leod, depuis John Barbour et Henry 
Le Ménestrel jusqu'à Robert Burns et sir Walter Scott, l'inspira- 
tion y est sensiblement la même. La poésie écossaise a un goût de 
terroir très prononcé; qu'elle chante l'amour du sol natal ou les 
joies intimes du foyer, qu'elle se fasse religieuse ou politique, 



Bibliographie. 211 

mystique ou amoureuse, elle est toujours marquée de traits carac- 
térisques, qui font l'unité du livre. Dans une introduction fort 
bien tournée, M. D. Mitchell insiste justement sur la continuité des 
sources d'inspiration, auxquelles les poètes les plus variés ont 
puisé tour à tour; on lira avec intérêt ce qu'il dit de Macpherson 
et de la poésie ossianique, du Book of the Dean of Lismore, auquel 
il a emprunté plusieurs morceaux, et de la poésie populaire dont 
le culte est resté vivace dans les Hautes-Terres. Les paysans illet- 
trés, qui prennent place dans le recueil, comme Rob Donn ou Don- 
nachadh Bàn, y font excellente figure. Ils s'y révèlent avec un véri- 
table tempérament lyrique, avec la double faculté d'exprimer forte- 
ment leurs émotions personnelles et de transformer ces émotions 
en symboles. Et après avoir lu les spécimens que donne M. Mit- 
chell de leur poésie, on conviendra sans peine avec lui que le Celte 
est essentiellement « a lyrical animal » . 

J . Yendryes. 

IV 

Liber Luciani de lande Cestre written about the year 1 1 9 5 and now 
in the Bodleian Library Oxford, transcribed and edited by (Miss) 
M. V. Taylor M. A. (Dubl.), printed for the Record Society 
1912. 

This work formsVolume LXIY of the publications of the Record 
Society for the publication ot original documents relating to Lan- 
cashire and Cheshire, and the authoressis the daughterofMr. Henry 
Taylor F. S. A. of Chesterand Flint. The authoress and the Record 
Society are to be heartily congratulated on the care and thoroughness 
with which the volume now in question has been brought out and 
it is to be hoped that the authoress may be long spared to edit 
many more volumes with similar care. In addition to the work of 
the monk Lucian on Chester the book also contains some obits of 
Abbots and Founders of St Werburgh's Abbey, Chester, while 
the reader has reason to be grateful for a very careful introduction 
as well as a gênerai index. Though Chester lies just outside the 
borders of Wales it is a city which cannot fail to be of continuai 
interest to Welshmen owing to the part which it has played at 
various times in the history of the part ot Wales which is adjacent 
to it. Even in the early nineteenth century the history of Welsh 
published works is incomplète unless account betakenof the Welsh 
works published at Chester and the économie history ofNorth Wales 



212 Bibliographie. 

especiallv has thé clarestof links withthe historv of that city which 
has been of continuous importance from the Roman period to the 
présent day. Many students of Welsh history will doubtless be 
glad to make the acquaintance of tbe volume which is now before 
us, in order to obtain therefrom a contemporary picture of Ches- 
ter as it was in the first half of tbe twelfth century. Of the Welsh 
he says « The native knows how savagely our neigbbour often 
approaches, and, stimulated by hunger and cold, haunts the place, 
and thus cannot help but compare the différence in supplies. Vet 
he retires, but with bostile glance and evil thoughts envies tbe 
citizens their walls ». Lucian also states that the pastures of Wales 
supplied Chester market with cattle and flesh. It is greatly to be 
regretted that he did not give a fuller account of the Welsh neigh- 
bours of Chester in those days, especially as to the iinguistic 
boundarv between English and Welsh. 

In the treatise called « Some Obits of Abbots and Founders ot 
St Werburgh's Abbey, Chester », it is of interest on p. 96 to note a 
name of Welsh form, Hugh Cyvelioc or Cyveliog, as that of the 
son ofEarl Ranulph II and )th Earl of Chester. On p. 96 there is 
a spelling « Prologomena » for « Prolegomena » which is also 
found on pp. 98, 101, 102, but the mistake is due to the original 
author of the book which bears that name. It is a rare pleasure to 
be able to review a work that has been printed with such scrupu- 
lous care. 

E. ÀNWYL. 

V 

George B. Woods, A Rcclassijication of tbe Percerai Romances, Publi- 
cations of the Modem Language Association of America, vol. 
XXVII, n° 4, New Séries, vol. XX, n° 4. December 1912, pp. 
524-567- 

In the above article which ail students ofthe Perceval story will 
surelv find very interesting the author criticises A. Nutt's classifi- 
cation of the Perceval Romances, but he does more, he suggests a 
new and at the same time a verv plausible theory. 

It will be remembered that in the earlier volume ot The Folk 
Lore Record A. Nutt suggested that the Perceval stories could easily 
be explained as variants of the Aryan Expulsion-and-Return For- 
mula. This theory which has hitherto been unchallenged 
M r . Woods failes to accept. Of the thirteen incidents comprising 



Bibliographie. 213 

A. Nutt's formula and which he says are most faithfully repre- 
sented in the English version of Sir Percerai, making this the 
nearest to the original form of the story, M r . Woods cannot find 
more than two, and ot those two one only is important, namely, 
that the hero overcomes his enemies, frees his mother and seats 
himself on the throne. 

M r . W., therefore, feels justified in offering a new classification : 
according to his theory the Perceval story isa combination of two 
other well-known and widely distributed formulas of folk-lore, the 
Maie Cinderella or Dummling story and the Fated Prince. Having 
carefullv considered the Fated Prince stories M r . W. discovers 
seven points as characteristic of the formula; five of thèse are 
présent in the English version of the story in detailed form and 
the remaining two are also présent although somewhat modified. 
Again, of the eight incidents characteristic of the Maie Cinderella 
thème five are very faithfully preserved in the same version, two 
are absent, one has been modified : this is due to the demands of 
the Fated Prince formula with which the Maie Cinderella has been 
combined. 

Having shown, then, that the Perceval storv according to the 
English version is virtually a combination of the Fated Prince and 
Maie Cinderella stories M r . W. proceeds to examine the other ver- 
sions of the storv in relation to this theory, namely, Wolfram von 
Eschenbach's Partirai (\Y), the Prologue to the Mons MS. (Pro), 
Chrétien's Conte del Graal (C) and the Welsh Peredur (Per), and 
he cornes to the conclusion, firstlv, that Chrétien's version could 
not hâve been the only source of the other versions or indeed of 
anv one of them ; secondly, that there must hâve been a version 
of the story older than anv we now possess in which the following 
incidents appeared. 

1. The father and the mother of the hero were not named. 

2. The hero was the only child. 

3. The father was killed just before or just after the hero's 
birth. 

4. The mother fled to the wood with her son. 

5. A considérable Company was taken along. 

6. The mother died at the departure of her son. 

M r . W. then shows that of thèse six primarv traits Wolfram's 
Par%ival préserves five, the Prologue five, Peredur four, the English 
Sir Perceval and Chrétien three each only. He therefore does not 
agrée with Miss Weston who, basing her conclusions on a compa- 
rative study of the Enfances ofthe hero as recorded in each version 



214 Bibliographie. 

regards W and SP (Sir Perceval") as nearest the primitive form of 
story, then C, then P#*. 

Accordingto M r . W.'s theory also W is still the best représenta- 
tive of the primitive forms of the story, but SP is reduced to a 
place beside Chrétien, both versions being farther removed from 
the supposed original than is either the Prologue or Peredur. 

Mary Williams. 



CHRONIQUE 



Sommaire. I. Projet de création d'une Welsh National Academy. — 
II. Mort de Ferdinand de Saussure. — III. Mort de Henry Sweet et de 
W. Skeat. — IV. Nomination de M. Thurneysen à l'Université de Bonn. 
— V. Nouvelles universitaires d'Allemagne. — VI. M. Paul Walsh et la 
toponomastique irlandaise. — VII. La connaissance du grec en Irlande, 
d'après M. Esposito. — VIII. Conférence de M. Kuno Meyer sur l'ensei- 
gnement et la transmission des lettres dans l'Irlande du v e siècle. — IX. 
L'article Celt de YEncyclopxJia Britannica, par M. E. C. Quiggin. — X. 
Tom Peete Cross, The chastity-testing boni and mantïe. — XI. School of 
Irish learning; leçons de M. Holger Pedersen. — XII. Livres nouveaux. 

I 

Le jeudi 6 février 191 3 avait lieu à Carmarthen l'assemblée 
annuelle de la Carmarthenshire Antiquarian Society. Notre collabora- 
teur et ami M. Kuno Meyer, membre honoraire de ladite Société, 
a profité de l'occasion pour lancer un projet qui peut avoir, s'il 
aboutit, d'heureuses conséquences pour l'avenir de la science gal- 
loise. 

Que manque-t-il aux jeunes savants de Galles pour les mettre au 
niveau de leurs confrères des autres pays ? Il leur manque une ins- 
titution scientifique post-universitaire. Une fois les études termi- 
nées à l'Université, ils sont livrés à eux-mêmes, alors que c'est 
justement après les examens, quand on est mûr pour le travail per- 
sonnel, qu'on a le plus besoin de direction, d'encouragement et 
d'appui. Si le travail philologique est encore en Galles si peu 
avancé, si l'outillage indispensable est si rudimentaire, si parexemple 
un dictionnaire national fait encore défaut, si l'on ne dispose pour 
certains textes de grande importance littéraire ou historique d'au- 
cune bonne édition, ou parfois d'aucune édition du tout, cela tient 
pour une large part à un défaut dans 1' « educational system ». 
M. Kuno Meyer propose comme remède la création d'une Acadé- 
mie qui grouperait l'élite intellectuelle de la nation, qui fixerait sur 
un plan d'ensemble les travaux dont l'urgence est reconnue, orien- 



2i6 Chronique. 

terait et coordonnerait les recherches, et viendrait en aide de toute 
façon aux travailleurs isolés ou dénués de ressources. Notre émi- 
nent collègue n'exagère-t-il pas la vertu du remède qu'il préconise ? 
Ne se fait-il pas une trop belle idée du rôle et de l'importance des 
académies? Cette idée est assurément naturelle dans l'esprit d'un 
savant allemand, qui sait quels foyers bienfaisants de science et de 
haute culture ont été et sont toujours les académies en Allemagne. 
Mais ce qui réussit si bien chez les Germains convient-il à des 
Celtes? C'est moins des académies que des hommes qu'il faut à la 
science galloise; c'est moins les institutions que les mœurs qu'il 
faut réformer. L'absence de toute organisation officielle n'a pas 
empêché M. Gwenogfrvn Evans de venir à bout avec ses seules 
ressources de ses beaux travaux paléographiques, de publier ses pré- 
cieuses reproductions de manuscrits gallois. Une académie galloise 
répandra-t-elle en Galles l'habitude et le goût de la critique ration- 
nelle, de la recherche méthodique qui convient à la philologie ? Ren- 
dra-t-elle l'esprit public plus favorable à la science historique ? 
C'est aux Gallois eux-mêmes à répondre à cette question, c'est à 
eux maintenant de s'entendre sur la proposition de M. Kuno Meyer '. 
En tout cas à Carmarthen cette proposition a reçu dans l'assis- 
tance un accueil enthousiaste. On a particulièrement goûté une 
attention délicate de l'orateur : il a suggéré l'idée déplacer la future 
Académie sous le patronage du jeune Prince de Galles, qui termine 
actuellement ses études à l'Université d'Oxford, où enseigne sir 
John Rhys. 

II 

La mort de Ferdinand de Saussure, survenue brusquement le 
22 février dernier, a provoqué parmi les linguistes une émotion 
que la Revue Celtique partage. L'illustre savant n'avait jamais spé- 
cialement étudié les langues celtiques ; mais en fixant les lois du 
vocalisme indo-européen, il a fondé la base sur laquelle reposent 
depuis plus de trente ans la morphologie et l'étymologie des langues 
indo-européennes; etainsi tous ceux qui travaillent sur l'une quel- 

i . M. Kuno Mever semble s'être inspiré d'une idée, fortement exprimée 
par Zimmerdans une note manuscrite retrouvée après sa mort (voir Zeitsch. 
/'. Celt, Pbil., IX, 117) : « Es muss in Wales auf das religiôse, sprachlich- 
literarische, nationale Erwachen noch etwas viertes kommen, — einErwa- 
chen desVerstandes, Kritik, Selbsterkenntniss. Bringt das Unterrichts-sys- 
tém dies nicht zustande, dann Ade, Keltenwelt ! » 



Chronique. 217 

conque de ces langues sont, sans le savoir peut-être, à la fois ses 
disciples etses obligés. La date de 1879,011 parut le fameux Mémoire 
sur le système pi imitif des voyelles, marque dans l'histoire des études 
linguistiques un moment décisif. Sans doute, les efforts de toute 
une génération de linguistes ont réussi à modifier quelques points 
du système, à en compléter, à en rectifier certains détails. Mais les 
grandes lignes sont intactes, et le livre reste ce qu'il était au pre- 
mier jour, un modèle de pensée vigoureuse et profonde, d'expo- 
sition lumineuse, de solide et inébranlable construction. 

Ferdinand de Saussure, qui appartenait à une illustre famille 
genevoise d'origine lorraine, était âgé de 55 ans. Il enseigna pen- 
dant dix ans à notre Ecole pratique des Hautes-Etudes (1881-1891) 
et ne la quitta que pour occuper à l'Université de sa ville natale la 
chaire de grammaire comparée. Il était chevalier de la Légion d'hon- 
neur et membre correspondant étranger de l'Académie des Inscrip- 
tions et Belles-Lettres. 

III 

Nous sommes bien en retard pour annoncer à nos lecteurs la 
mort d'Henry Sweet, qui remonte déjà au mois de mai 1912. 

Henry Sweet, qui enseignait la phonétique à l'Université d'Ox- 
ford depuis 1 901, n'avait que 67 ans. Il est bien connu des linguistes 
par ses travaux de phonétique, par son History oj langùage, qui est 
un bon livre de vulgarisation, et par ses publications sur l'histoire 
de l'anglais, notamment par des éditions de textes anglo-saxons, 
qui resteront classiques. Les celtistes lui sont redevables d'une 
excellente description de la langue du nord de Galles, Spoken Noi'th 
Welsh, publiée dans les Transactions oftheLondon Philological Society 
(1882-1884, p. 409-484). Cet ouvrage comblait, comme on sait, 
une fâcheuse lacune; il est resté, après trente ans écoulés, unique 
en son genre. Nous apprenons qu'on s'occupe actuellement de le 
republier à part, en y joignant les autres travaux de phonétique 
descriptive du regretté Sweet. 

L'année 1912 a vu disparaître également le maître des études 
anglo-saxonnes en Angleterre, Walter William Skeat. Né à Londres 
le 21 novembre 1835, il est mort le 6 octobre 1912 à Cambridge, 
où il était depuis 1878 professeur d'anglo-saxon. Son nom restera 
attaché à de nombreuses éditions de textes, à d'importantes études 
sur les noms de lieu, et surtout à YElymological Dictionary of the 
English language qu'il publia en 1882 et qui est un livre fondamen- 
tal'. 



iS Chronique. 



IV 



M. Thurneysen quitte Fribourg-en-Brisgau. Il est appelé à l'Uni- 
versité de Bonn, pour y occuper la chaire de grammaire comparée, 
qu'un destin tragique a privée de son titulaire, Félix Solmsen, le 
13 juin 191 1. Le regretté linguiste ne pouvait être plus dignement 
remplacé. Mais il faut plaindre l'Université de Fribourg-en-Brisgau. 
Elle va cesser d'être le centre d'études celtiques que M. Thurney- 
sen en avait fait. Ceux qui y sont venus travailler sous la direction 
du maître et qui associent dans leurs souvenirs l'étude de la gram- 
maire irlandaise au charme incomparable de la petite ville badoise 
et aux splendeurs d'un des plus beaux coins de nature qui soient 
au monde, ne peuvent penser sans regret que leurs successeurs, les 
jeunes celtistes de l'avenir, ignoreront le chemin qu'ils ont suivi. 
C'est une tradition qui se rompt. Celle qui va s'établir à Bonn ne 
saurait en tout cas éveiller chez ses adeptes des sentiments plus 
fidèles et plus reconnaissants. 

V 

11 nous arrive encore d'Allemagne quelques nouvelles universi- 
taires. 

M. Berthold Delbrùck, l'illustre linguiste de l'Université d'Iena, 
auquel on doit la partie du Grundriss de M. Brugmann relative 
à la syntaxe, vient de prendre sa retraite. Il est remplacé par 
M. F. Sommer, dont nos lecteurs n'ont pas oublié les brillants 
débuts sur le terrain de la philologie irlandaise. C'est M. Sommer 
qui a établi le premier les formes et les emplois des pronoms infixes 
dans une dissertation qu'a publiée la Zeitschriftfùr celtische Philolo- 
gie, t. I, p. 177-231 (v. Rev. Cell., XVIII, ni); il a utilisé le cal- 
tique, abondamment, mais avec compétence, dans une étude sur les 
suffixes de comparaison en latin, parue au tome XI des hidogerma- 
nische Forschungen, p. 1-98 et 205-266, et aussi dans son excellent 
Handbuch der lateinischen Lan/- und Formenlehre, Heidelberg, 1902 
(v. Rev. Celt., XXIII, 92). La Revue Celtique a eu l'occasion d'an- 
noncer de lui une étude sur le rameau celtique des langues indo- 
européennes (t. XXL p. 132). Depuis, M. Sommer, qui enseignait 
jusqu'ici la grammaire comparée à l'Université de Rostock, a 
délaissé le celtique pour le grec, auquel il a consacré de remarquables 
travaux. Souhaitons que la ville d'Iena, qui a vu les débuts uni- 
versitaires de son maître M. Thurneysen, lui inspire l'envie de 
revenir aux études illustrées par ce dernier. 



Chronique. 219 

L'Université de Giessen avait depuis 1909 comme professeur de 
grammaire comparée M. Alois Walde, dont tous nos lecteurs con- 
naissent certainement l'excellent Dictionnaire étymologique de la 
langue latine. M. Walde vient d'être appelé à l'Université d'Inns- 
bruck, où il remplace son maître, M. Friedrich Stolz, qui prend 
sa retraite. M. Walde est lui-même remplacé par M. Hirt, un des 
linguistes les plus distingués de l'Allemagne actuelle, un de ceux 
qui ont ouvert dans plusieurs directions les voies les plus neuves 
et les plus fécondes ; son livre sur les Indo-européens (Die Indoger- 
manen, en 2 vol., Strasbourg, 1905-1907) doit être connu et prati- 
qué de tous les celtistes. 

Enfin, l'Université de Breslau vient de perdre son professeur de 
latin, M. Franz Skutsch, décédé en 191 2. Franz Skutsch était l'un 
des directeurs de la revue Glotta, dout nous avons eu l'occasion 
de [parler précédemment (v. tome XXXII, p. 512). Il a été rem- 
placé par M. Kroll. 

VI 

M. Paul Walsh, de St. Finnian's Collège, Mullingar, s'occupe 
avec compétence delà géographie des textes irlandais médiévaux; 
il a réussi à localiser et à identifier nombre de noms géographiques, 
épars notamment dans les vies de saints (voir en particulier son 
étude sur la topographie delà vie de saint Colman, Zeiiseh. f. Celt. 
Phil., VIII, p. 568-582). 

Dans deux articles publiés dans Ylrish Ecclesiastical Record (Dublin, 
BrowneandNolan, 191 3), il examine « someplace-names of ancient 
Meath », en prenant pour base YOnomasticon Goedelicitm du Père 
Hogan (Dublin, 1910). Cet ouvrage fondamental représente un tra- 
vail de déblaiement, dans le détail duquel il y a fatalement à ajou- 
ter et à reprendre. M. Paul Walsh, qui connaît particulièrement 
bien là région de Meath, propose l'identification de 58 noms de 
lieu de cette région, qui avaient échappé à l'attention du Père 
Hogan ou avaient été par lui mal interprétés. On retiendra parti- 
culièrement l'identification qu'il propose de plusieurs noms de lieu 
mentionnés dans la Tain bô Cùaînge : Clâtbra (n° 42), Slemain 
Mide (n° 43), Ath n-lrmidi (n°44), Gaireeh et Ilgairech (n° 45). Ce 
dernier mot remonte à une forme lrgaireeh dissimilée ; c'est, sui- 
vant M. Walsh, le Gaireeh de l'Est. A propos cYAth n-Irmidi, 
M. Walsh propose une heureuse correction au texte adopté par 
M. Windisch : aux lignes 4927, 4932 et 4952 de l'édition de la 
Tâin, il lit fâiter « il est dormi » ou fait « ils dorment » au lieu de 
fâitche « pelouse 1 ». 



220 Chronique. 

VII 

C'est une opinion courante que l'étude du grec fl onssait en Irlande 
dans les premiers siècles du moyen âge. Alors que la barbarie s'éten- 
dait sur l'Europe, la civilisation aurait trouvé en Irlande un asile 
et un refuge ; et pendant que le continent croupissait dans l'igno- 
rance, l'Irlande aurait conservé intact le culte sacré de l'humanisme 
classique, des lettres grecques aussi bien que latines. Cette opinion, 
Henri Zimraer, avec l'autorité de sa science et de son talent, en a 
pour ainsi dire fait un dogme (voir en dernier die Kulturder Gegen- 
icart, I, xi, p. 4 et suiv.). 

Mais voici que ce dogme trouve des incrédules. Déjà en France, 
M. Roger, dans sa remarquable thèse sur ['Enseignement des lettres 
classiques (TAusone à Alcuin (Paris, 1905) avait exprimé des doutes 
sur l'étendue de la connaissance du grec en Irlande (p. 268). Et 
de môme notre collaborateur M. Louis Gougaud dans son bel 
ouvrage, tout récent, sur les Chrétientés celtiques (p. 247). C'est 
d'Irlande cette fois que nous vient une protestation. Dans un article 
des Studies intitulé The Knowledge ofGreek in Ireland du ring the 
middle âges (vol. I, 4, déc. 1912, p. 665-6S3), M. Esposito combat 
à son tour l'idée que les Irlandais du moyen-âge aient su le grec. 
Il le fait avec une ardeur de néophyte, impatient de briser l'idole 
qu'il adorait jusqu'ici. Sa conclusion tient en quelques lignes. Jus- 
qu'à la fin du vm e siècle, il n'y a aucune preuve sérieuse d'une 
connaissance du grec en Irlande. Au ix e siècle, on rencontre bien 
sur le continent quelques Irlandais frottés d'un peu de grec et imbus 
d'un soupçon de teinture classique; mais ils doivent cette particu- 
rité à leur séjour sur le continent, notamment en France. Enfin, 
plus tard, dans les siècles suivants, aucun fait ne témoigne en Irlande 
d'un développement spécial des études classiques. 

L'argumentation de M. Esposito est toute négative. Passant en 
revue les témoignages allégués en faveur du dogme qu'il combat, 
il montre qu'ils n'ont chacun qu'une valeur douteuse ou contestable. 
On rapporte que saint Brendan lisait sans peine un missel grec; 
mais ce pouvait être un missel latin, dont les caractères seuls auraient 
été grecs (cette idée singulière est empruntée par M. Esposito à 
M. Roger). Vamra Choluimb Cille dit que le grand saint avait entre 
autres mérites celui d'enseigner la grammaire grecque (atgaill grani- 
malaig greic) ; mais dans sa VitaColumbae, Adamnàn ne mentionne 
pas le tait ■'. Dans les écrits de saint Colomban, on rencontre seize 

1. M. Esposito, qui cite à deux reprises l'édition de la VitaColumbae par 



Chronique. 221 

mots grecs ; mais ils peuvent y être venus par les textes latins. La 
discussion continue ainsi, opposant pied à pied aux divers témoi- 
gnages des arguments semblables aux précédents. 

Il v a, crovons-nous, beaucoup de parti-pris dans cette fin de non- 
recevoir systématique ; bien rares sont les théories qui pourraient 
résister à un scepticisme aussi radical. Isolés et émiettés, les témoi- 
gnages paraissent sans doute un peu minces et fragiles ; mais si on 
les réunit, ils constituent tout de même un bloc imposant et assez 
solide. D'ailkurs qu'entend-on par savoir le grec} Et que veut dire 
M. Esposito quand il soutient que Cormac ne savait pas le grec? 
qu'il ne le parlait pas aussi couramment que son quasi-contempo- 
rain Psellos? C'est bien probable. Ou qu'il n'en possédait pas l'his- 
toire et la littérature autant qu'un Budé ou un Wilamowitz ? C'est 
certain. Mais s'il ne savait pas le grec, il est indubitable que Cormac 
savait du grec. Les bévues même du savant évêque en matière d'éty- 
mologie témoignent d'une connaissance directe des choses, encore 
que superficielle et incomplète ; voir Zimmer, Sit~ y ber. </. kôn. preuss. 
Akad. d. Wiss., 1909. p. ^41 et ss. Cela nous amène à un point 
que M. Esposito ne touche pas et qui est important dans le débat. 
Nous voulons parler de la transcription des mots grecs en Irlande. 
Cette transcription se fait de deux façons différentes : tantôt les 
Irlandais transcrivent tant bien que mal les caractères en don- 
nant aux mots grecs la prononciation des mots irlandais, écrivant 
par exemple fuhv pour ©uX^, cae pour y.ai, faolos pour oaSÀc-ç, cathero 
pour xaôatpw, lidos (pron. lidos) pour Xièoç, etc. Tantôt, ils trans- 
crivent d'après la prononciation grecque du temps, écrivant glicin 
pour yXoxtiv, rissis pour i?, 7-.;, cires pour/sics;, etc. '. Nous avons 
donc affaire à deux écoles, ou mieux à deux traditions, qui rap- 
pellent l'opposition des Erasmiens et des Reuchliniens. Suivant 
l'une, on prononçait le grec à la façon irlandaise, suivant l'autre on 
lui donnait la valeur phonétique du grec parlé en ce temps-là. Il est 
probable que la première tradition est ancienne et s'était dévelop- 
pée dans les écoles, où l'on étudiait le grec comme une langue 
morte dans les textes des auteurs sans se préoccuper de la langue 
parlée. Quant à l'autre, elle doit tirer son origine de la présence en 
Irlande de personnages parlant grec. Nous en connaissons au moins 
un: c'est celui qui enseigna le comput grec à Mosinu Mac Cumin 

Reeves, n'a pas relevé la noten de la page 158, où Reeves signale l'emploi 
de mots grecs par pédantisme dans les écoles d'Irlande. 

1. J'emprunte ces exemples au travail de M. K. Meyer, dont il est ques- 
tion dans le numéro suivant de cette chronique. 



222 Chronique. 

(ou mieux Maccu Min, comme me le fait remarquer M. Kuno 
Meyer); v. Zimmer die Kultur der Gegenwart, I, xi, p. 5. Maison 
peut tenir compte aussi de la venue en Grande-Bretagne de Théo- 
dore de Tarse, archevêque de Canterbury, au VII e siècle. Déjà 
M. Roger (op. cit., p. 206) et M. Gougaud (op. cit., p. 249) ont 
signalé l'importance de cet événement. Théodore introduisait en 
Grande-Bretagne la culture et l'éducation grecques; et de même 
qu'il se posa en réformateur de la liturgie celtique, il est possible 
que son influence ait contribué à modifier la prononciation du grec 
dans les écoles. Les deux traditions semblent d'ailleurs avoir sur- 
vécu cote à côte, puisqu'elles se retrouvent à la lois dans un seul et 
même texte comme le Sanas Cormaicou surtout le Glossaire d'O'Mul- 
conry, qui renferme beaucoup Je mots grecs. Mais leur existence 
même — et c'est là le seul fait qui importe ici — nous parait 
fâcheuse pour la thèse que soutient M. Esposito. 

VIII 

Au moment même où M. Esposito, non sans quelque témérité, 
contestait la connaissance du grec à l'Irlande du moyen âge, M. 
Kuno Meyer donnait à Dublin une conférence, où il appuyait 
d'arguments nouveaux la thèse de Zimmer. Cette conférence vient 
de paraître sous le titre : Learning in Irelandin the fiflh Century and 
the transmission of letters (Dublin, Hodges Figgis and C°, 19 13, 

I sh.). M. Kuno Meyer l'a fait suivre d'abondantes notes qui en 
doublent la valeur. Il s'y est inspiré de papiers laissés par Zimmer 
lui-même et qui viennent d'être publiés dans la Zeilschrijt Jiir 
Celtische Philologie (v. ci-dessous, p. 232). 

Son but est d'abord d'établir que dès les premières années du 
V e siècle il v avait en Irlande une pépinière de savants et de lettrés. 

II en tire la preuve d'une simple phrase, conservée dans un manu- 
scrit de Leyde du xu c siècle et restée jusqu'ici inaperçue, bien que 
le texte qui la renferme ait été publié en 1866 (Lucian Millier, 
Neue Jabrbûcher fur Philologie und Paeâogogik, vol. 93, p. 3B9). 
M. Roger v renvoie dans son livre (p. 203, n. 2), mais sans en 
dégager toute la portée. Elle atteste qu'à la suite des invasions des 
Huns et des Vandales, des Alains et des Gots, les savants du conti- 
nent durent s'exiler, franchir la mer et transporter leur science en 
Irlande : « omnes sapientes cismarini fugam ceperunt et in trans- 
marinis, uidelicet in Hibcr'n'ia, et quoeumque se feceperunt 
maximum profectum sapientiae incolis illarum regionum adhibue- 
runt ». Nous comprenons désormais comment les lettres classiques 



Chronique. 223 

purent fleurir en Irlande de si bonne heure : elles y avaient été 
apportées par des savants chassés du continent et venus notamment 
de Gaule par voie de mer. Les Irlandais ont toujours été réputés 
pour l'excellent accueil qu'ils ménagent aux étrangers : « hospi- 
tatem plus ceteris nationibus sectantur », dit l'auteur de la vie de 
saint Alban (ActaSS. Hib., col. 505). 

Il est vrai que jusqu'ici on n'avait signalé dans les traditions 
irlandaises aucun souvenir de cette arrivée des savants continentaux. 
Mais M. KunoMever croit avoir découvert au moins deux allusions 
à cet événement si important. L'une est dans le fait qu'une ville de 
Wcst-Meath, illustrée par plusieurs évêques, portait le nom de 
Bordgal, qui serait une réminiscence de Bitrdigala,au]. Bordeaux, la 
célèbre ville universitaire de la province d'Aquitaine. Mais cette 
hypothèse nous paraît un peu douteuse ; n'y a-t-il pas en irlandais 
un nom commun bordgal, emprunté du latin burdigalum «vivier»? 
bordgal apparaît à plusieurs reprises dans le Félire d'Oengus, avec 
un sens peu clair, mais qui n'implique en tout cas aucun rapport 
avec la ville de Bordeaux. L'autre allusion en revanche est fort 
vraisemblable. Elle est dans la Coufessio de saint Patrice. L'apôtre 
chrétien qui s'appelle lui-même un rustique et un ignorant, s'élève 
dans sa Coufessio contre les « rhetorici » ; c'est d'eux sans doute qu'il 
veut parler quand il ajoute : « qui uidentur esse sapientes et legis 
periti et potentes in sermone et in omni re » (Coufessio, § 13). Ces 
« rhetorici », ont tout l'air d'être nos rhéteurs gaulois, qui por- 
taient ombrage à saint Patrice, à cause de leur supériorité intellec- 
tuelle et aussi parce qu'ils étaient sans doute, en partie du moins, 
restés païens. 

Dès que ces savants eurent quitté la Gaule, les lettres y tom- 
bèrent en décadence. Il faut entendre les lamentations de Sidoine 
Apollinaire, déplorant en 470 qu'on ne trouvât plus à Trêves qu'un 
seul maitre, Arvogastis, capable de parler et d'écrire le latin correc- 
tement. 

D'ailleurs à partir de cette époque le discrédit dans lequel 
tombèrent les lettres classiques fut général dans tout l'ancien 
monde romain ; seules les lettres sacrées restèrent en honneur. Au 
contraire, en Irlande, on ne sépara jamais l'étude des vieux poètes 
païens de celle de la Bible. Et ainsi les écoles irlandaises purent 
dans les siècles qui suivirent alimenter de savants et d'humanistes 
les monastères du continent. 

L'influence de cet humanisme classique est particulièrement 
sensible en Irlande sur la langue littéraire : dans la rhétorique et la 
versification irlandaise, on observe les procédés rvthmiques qui 



224 Chronique. 

étaient de règle dans les ouvrages contemporains écrits en latin. 
Pour le compte des syllabes, pour le groupement des accents, pour 
la rime, les Irlandais ont pris la basse latinité comme modèle. C'est 
un sujet que M. Kuno Meyer connaît parfaitement bien; aussi n'a- 
t-il pas eu de peine à montrer, par quelques exemples bien choisis, 
comment l'imitation des procédés s'était produite. Croyons-en son 
expérience quand il nous dit en terminant quele meilleur moyen de 
s'éclairer pour cette difficile question de l'enseignement classique 
en Irlande, c'est encore de recourir aux textes irlandais originaux, 
uoluere uolumina Hiberniae. 

IX 

De VEncyclopcedia Britannica, publiée actuellement a Cambridge 
(University Press) en onzième édition, nous venons de recevoir la 
quatrième partie du cinquième volume. Cette partie, qui comprend 
les pages 577 à 788 et va du mot Cave au mot Cela, porte la date de 
1910. 

Un des articles les plus considérables qu'elle renferme est con- 
sacré aux Celtes (p. 611-652). Si l'on met à part les deux pre- 
mières pages, réservées à la question ethnographique et signées 
W. Ri[dgeway|, l'article est tout entier de notre collaborateur 
M. E. C. Quiggin. C'est un des meilleurs exposés que nous con- 
naissions des questions relatives aux langues et littératures cel- 
tiques. Il n'était pas facile de faire tenir en quarante pages, même 
à deux colonnes et d'impression serrée, un résumé qui contînt l'es- 
sentiel de ces questions. M. Quiggin y a réussi. Il a su définir en 
quelques mots les dialectes celtiques, indiquer avec précision les 
traits qui les caractérisent et les distinguent ; il a trouvé la place 
d'esquisser le développement linguistique de chacun d'eux et de 
fournir à ce sujet une bibliographie succincte, mais suffisante et où 
aucun livre essentiel n'est oublié 1 . En ce qui concerne le dévelop- 
pement de la littérature, il a le mérite d'en marquer nettement les 
grandes divisions : le lecteur les embrasse ainsi d'ensemble en un 
premier coup d'œil et s'oriente aisément dans la lecture du détail. 

1. Toutefois, p. 649, dans le paragraphe consacré à la versification gal- 
loise, on s'étonne de pas voir cités les trois volumes de M. J. Loth. — 
P. 632, le Cath Catharda est donné comme une version des livres VI et 
VII (?) de la Pharsale; en réalité, l'ouvrage irlandais embrasse l'ensemble 
des sept premiers livres du poème de Lucain(voir R. Celt., XXXI, 394 et 
395)- 



Chronique. 225 

Les grands noms, les grandes œuvres sont, comme il convient, mis 
en vedette; sur l'épopée irlandaise, sur les poèmes d'Aneirin ou de 
Taliessin, sur Dafydd ab Gwilym ou sur Macpherson, nous avons 
en quelques lignes une appréciation fine et exacte; c'est un 
modèle de justesse et de bon goût. Il serait banal de louer 
M. Quiggin de la sûreté de son information. Originaire de l'île de 
Man, il est né en quelque sorte au plein centre de la « Celtia » 
contemporaine; les travaux qu'il a publiés sur l'irlandais ancien ou 
moderne l'ont mis au premier rang dans la petite troupe des 
a hibernistes » ; il connaît bien le gaélique d'Ecosse, également 
bien le gallois ; il s'est même familiarisé avec les parlers de notre 
Bretagne, qu'il est venu entendre sur place. D'un bout à l'autre de 
son exposé, on sent une pratique courante et directe des choses 
dont il parle. Et ce n'est pas un des moindres mérites de son tra- 
vail que de fournir au lecteur sur la langue et la littérature de 
File de Man des renseignements substantiels qu'on aurait peine à 
trouver ailleurs. 

X 

M. Tom Peete Cross, dont nos lecteurs n'ont pas oublié l'intéres- 
sante dissertation sur l'origine celtique du. Laide YonecÇRev. G'//., 
XXXI, 413-471). est actuellement professeur d'anglais à l'Univer- 
sité de la Caroline du Nord. Mais il n'a pas abandonné pour cela 
les études celtiques, et il continue notamment à chercher l'origine 
celtique des thèmes légendaires de la littérature médiévale. Dans 
le numéro de janvier 1913 de Modern Philoi.ogy (t. X, n° 3), 
p. 289-299, nous trouvons, signées de son nom, des Notes ou the 
chastity-testina boni and mantle. Il s'agit d'un motif que connaissent 
toutes les littératures de l'Europe : la coupe refuse de se laisser 
vider par un mari trompé par sa femme, le manteau de se laisser 
porter par une femme infidèle à son mari. L'idée première du motif 
est celle d'un objet extérieur dénonçant l'impureté de celui qui le 
touche. Cette idée serait-elle celtique? M. Tom Peete Cross n'ose- 
rait l'affirmer, et nous approuvons cette réserve. Mais au moins la 
légende du manteau dénonciateur pourrait bien, suivant lui, venir 
d'Irlande. Il la retrouve en effet dans un poème ossianique, Cath na 
suiridhe « Bataille de la séduction », contenu dans deux manu- 
scrits de la R. Irish Academv (23. D. 18 et 23. K. 18, tous deux 
du \ix c siècle). C'est un dialogue entre Patrice et Ossian, où Ossian 
raconte notamment l'histoire suivante : Finn ayant péché avec une 
fée, cette dernière fut fort mal à l'aise quand revint son mari, 

Revue Celtique, XXXI J'. 15 



22b Chronique. 

accompagné de son fils et de dix-neuf compagnons. Chacun 
soumit sa femme à l'épreuve du manteau. La fée fut reconnue cou- 
pable et son fils lui trancha la tête ; de quoiFinn le punit en le tuant. 
Cette histoire est fort peu morale. 

Une autre, qui l'est davantage, est conservée dans un second 
poème, que cite également M. Peete Cross d'après les manuscrits 
23. D. 7 et Stowe F. Y. 3 de Dublin, tous deux au plus tôt du 
xvm e siècle. On y parle d'un cygne qui n'acceptait d'autre 
aliment que du vin blanc, et encore de la main d'une femme n'ayant 
jamais péché. 

Le principal intérêt de l'article de M. Peete Cross est de nous 
taire connaître deux textes inédits, relatifs à une légende mal 
attestée jusqu'ici dans la littérature celtique. Mais ils sont de date 
bien basse pour qu'on en puisse tirer la preuve que la légende appar- 
tient aux Celtes. 

XI 

Nous recevons le prospectus suivant, que nous n'avons pas besoin 
de recommander à l'attention de nos lecteurs : 

SCHOOL OF IRISH LEARNING 

122 A ST. STEPHEN's GRËEN, DUBLIN 

session 1913-July i4th to August 8th 

COURSE 

BV 

PROFESSOR HOLGER PEDERSEN 

ON 

THE HISTORY OF THE CELTIC VERB 

D r Pedersen, professor of Comparative Philology in the Uni- 
versity of Copenhagen, will deliver a Course of Lectures on the 
abovesubject daily, Saturdays excepted, beginning Monday, July 
14 th. 

The Lectures are entended for advanced students. Application 
to attend must be made to the undersigned b'efore Monday, July jlh. 
The Fee for the Course is £ 1, payable in advance. 

R. I. Best, 

Hon. Secretary. 

XII 

La librairie D. Nutt, de Londres, met en vente le douzième 
volume de la collection de Ylrish Texis Society. Ce volume, dû à 



Chronique. 2i~ 

M. J. G. O'Keeffe, est une édition de la Bulle Suibhne « La Folie 
de Suibhne », curieux texte épique mentionné par d'Arbois de 
Jubainville dans son Catalogue, p. 33. Il est rempli d'étranges 
poèmes, que le narrateur met dans la bouche de Suibhne et aux- 
quels on pourrait justement appliquer le vers de Baudelaire : 

Les sages n'en font pas d'aussi beaux que les fous. 

Nous publierons prochainement un compte rendu de cette édi- 
tion, ainsi que des deux ouvrages suivants, qui viennent de paraître: 

S. Feist, Kullur, Aiïsbreitung und Herkunft der Itidogermanen, 
Berlin, Weidmann, 1913, xij- 573 p. 8°, 13 M. ; 

J. Déchelette, Manuel d'archéologie préhistorique, celtique et gallo- 
romaine, tome II, 2 e partie, Premier âge du fer ou époque de Hall- 
statt. Paris, A. Picard, 191 3, vu j- 398 p. (513-920)8°, avec un 
appendice de 160 p. 

J. Yexdryes. 



PÉRIODIQUES 



Sommaire. — I. Wôrter und Sachen. — II. Zeitschrift fur Celtische Phi- 
lologie. — III. Ériu. — IV. Gadelica. — V. The Celtic Review. — 
VI. Indogermanische Forschungen. — VII. The Irish Ecclesiastical 
Record. 



Voilà près de cinq ans déjà que la revue Wôkter und Sachen a 
commencé de paraître. L'année 1912 en a vu terminer le tome 
quatrième. Il est grand temps pour la Revue Celtique de signaler à 
ses lecteurs ce périodique nouveau, dont le domaine s'étend jus- 
qu'aux matières dont elle s'occupe. Le titre même du périodique 
dit assez quel est son objet, et le nom des cinq directeurs précise 
encore l'esprit dont il est animé : tous les cinq, chacun dans une 
voie différente, ils se sont attachés a l'étude directe des choses, au 
maniement des Realien. Romanistes, germanistes ou slavistes, ils 
ont montré une égale aversion des constructions idéologiques et 
des systèmes a priori qui ne reposent pas sur les faits. 

L'un surtout s'est distingué par son ardeur de chef d'école : 
c'est M. Meringer, professeur à l'Université de Graz. Depuis long- 
temps il enseigne dans ses écrits la nécessité de ne pas séparer les 
choses des mots qui servent à les désigner ; il cherche à expliquer 
les uns par les autres et à montrer comment le développement de 
la civilisation devait, en modifiant les mœurs, les idées et les tech- 
niques, modifier par là même les vocabulaires. Dans une série 
d'importants articles, intitulés — déjà! — Wôrter und Sachen, il a 
défini, dans les Indogermanische Forscbutigen, les principes qui 
dirigent le nouveau périodique et commencé à les appliquer. Qu'il 
s'agisse de termes concrets ou abstraits, de mots nobles ou vul- 
gaires, communs ou spéciaux, les uns et les autres se sont déve- 
loppés dans certains milieux et ont servi a traduire les pensées 
d'hommes vivants. 11 faut reconstituer la vie des civilisations dispa- 



Périodiques. 229 

rues, et cela dans ses moindres détails, pour comprendre la forma- 
tion des vocabulaires. L'ethnographie et la technographie, la 
science de l'outillage sont aussi nécessaires que l'histoire du droit 
ou l'histoire des religions pour comprendre comment les mots ont 
évolué. On peut espérer voir un jour la science de l'étymologie se 
constituer sur des bases rationnelles, en prenant comme auxiliaire 
l'histoire de la civilisation sous toutes ses formes : ce jour-là on 
écrira des livres d'étymologie qui seront au lexique étymologique 
ce qu'est la grammaire au dictionnaire, c'est-à-dire un système 
coordonné de lois d'expérience à une sèche énumération de faits 
sans ordre méthodique et sans lien. Il faut féliciter les auteurs de 
Wôrter und Sachen d'avoir pris l'initiative du mouvement et de 
mettre toutes leurs lorces à le propager. 

C'est aux langues indo-européennes que Wôrter und Sachen paraît 
devoir spécialement se consacrer, et notamment aux langues indo- 
européennes de développement récent : ainsi les langues romanes 
ou les langues germaniques. Les langues celtiques n'apparaissent 
guère dans les trois premiers volumes. Et c'est dommage ; car sur 
quelques points elles pouvaient fournir, sinon des idées nouvelles, 
au moins des exemples de plus à l'appui des idées exprimées. Plus 
d'une fois, les celtistes en feuilletant les pages de la revue seront 
tentés d'y inscrire en marge quelque note tirée de leurs dossiers ou 
d'y épinglerune fiche de leurs répertoires. Ainsi, dans le tome I er , 
p. 187 et suiv.j M. Meringer consacre un bel article aux mots dési- 
gnant « le pont » ; il montre qu'à l'origine, dans l'Europe cen- 
trale, la construction des ponts à la façon moderne (ou même seu- 
lement à la façon romaine) était inconnue. On traversait les rivières 
à gué, .ou bien, quand elles étaient trop profondes ou trop larges, 
au moyen de bateaux. On ne connaissait pas les arches de pierre 
qui enjambent les combes et les vallées. L'idée première des ponts 
a été fournie par les chemins qu'on a dû établir dans les landes 
marécageuses. Pour retenir les terres mouvantes, pour permettre 
le passage aux convois et aux chevaux, on fixait sur le sol, afin 
d'en assurer la résistance, des morceaux de bois juxtaposés, des 
rondins accolés, comme les traverses de nos chemins de fer. Nous 
connaissons ces « Prugelwege » ; il y en a encore dans les régions 
incultes de la Pologne ou de la Styrie. Il y en a aussi sur les pentes 
des montagnes, dans les Vosges notamment, où ils doivent leur 
existence à d'autres besoins ; ils portent le nom de « Schlittwege » 
et servent à l'exploitation des bois. C'est de ces chaussées primitives 
qu'on a tiré l'idée et le nom même de nos « ponts ». En effet, les 
noms anciens du « pont », quand ils ne sont pas tirés du nom 



2}o Périodiques. 

même le « passage » (lat. pons), proviennent de la juxtaposition 
des matériaux (comparés aux poils des sourcils? gaul. brïva, ail. 
Brûcke) ou des matériaux eux-mêmes (v. si. mostû, dérivé d'un 
emprunt germanique, ail. masl). M. Meringer aurait trouvé en 
celtique un bel exemple à joindre aux précédents. Le nom irlan- 
dais du pont, c'est drochat de *drukanto- (Pedersen, Vgl. Gr., II, 
47), dérivé du nom du bois (*doru-, *dru-) augmenté d'un suffixe 
à gutturale (cf. v. h. a. troc « trog » et v. si. drûkolû « massue »), 
au moyen du suffixe qui se retrouve dans bêlât « chemin » et 
ramât « route ». 

Ce cas n'est pas isolé. En étudiant le nom balto-slave de la 
« main » (t. II, p. 200 et suiv.), M. Hcnryk Uiazyn pouvait 
demander au celtique une confirmation de sa thèse, d'après laquelle 
la main est le plus souvent désignée par l'action de « saisir « (v. 
maintenant Zeitsch. f. Celt.Phil., IX, 292). 

Il nous faut arriver au tome IV pour trouver un article où le 
celtique tient sa place. 

Le tome IV débute par un travail de M. Hjalmar Falk sur la 
marine en vieux Scandinave (Altnordisches Seeiuesen, p. 1-122). Ce 
travail sera fort utile auxeeltistes ; car il fournit des renseignements 
complets et détaillés sur des idées et des objets, qui sont d'ordinaire 
peu familiers aux philologues, et qui ont pourtant joué un grand 
rôle dans la vie des peuples celtiques. Ce sont les idées et les 
objets qui se rapportent à la vie maritime : la navigation en géné- 
ral, ses coutumes et ses règles, son personnel et son matériel, la 
construction des navires, les différents types de vaisseaux, la cargai- 
son et le commerce par mer, la guerre maritime, telles sont les 
matières que traite l'article de M. Falk. Cette simple énumération 
suffit à en montrer l'intérêt. Les Scandinaves ont exercé au point 
de vue maritime une grande influence sur les Celtes ; cela se tra- 
duit par un grand nombre d'emprunts, que .M. Falk signale chemin 
faisant et qui ont été depuis enregistrés par M. Bugge dans l'article 
dont nous parlons plus haut (p. 205). Ainsi différents noms de 
bateaux sont venus à l'irlandais du Scandinave : 

birling, du v. isl. byrdingr (p. 112); 

carbh, gall. ysgraff, du v. isl. karfi (p. 94) ; 

enarr, du v. isl. knorr, dan. knarr (p. 109); 

scib, du v. isl. skip (p. 86); 

scud, gaél. sgofh, du v. isl. skûta (p. 96). 

En revanche, le nom du « navire long », irl. long (de nâuis 
louga), a passé en islandais sous la forme lmig (p. 89); et M. Falk 
signale aussi le nom du « bateau de peau », v. isl. keipull, qui 



Périodiques. 23 r 

viendrait suivant lui du gallois ceubal, ceuboî (p. 86) ; mais d'où 
vient ce dernier? D'autres noms de bateaux ont été empruntés par 
l'irlandais au vieil-anglais : ainsi bat du v. angl. bat (y. isl. beif), 
p. 86, et ciûil duv. angl. céol, p. 88. 

Différentes parties du bateau ou différents agrès tirent leur nom 
irlandais du Scandinave : 

actuaim « sorte d'écoute » du v. isl. actaumr (p. 65), notamment 
dans l'expression actuaim co eibbill([p. 67), où eibhill est également 
emprunté au v. isl. hefill « Hebetau » (de hefja « soulever »); 

a mail (en gaél. d'Ecosse) « amarre de la rame », du v. isl. 
hamla (p. 71) ; 

lipîing ou lifting « partie arrière du pont », du v. isl. lypting 

(P- 49) ; 

lonn « patin ou rouleau servant à lancer le bateau », du v. isl. 

hlunnr (p. 28) ; 

rac (en gaél. d'Ecosse) « racage, lien qui unit la vergue au mât», 
du v. isl. rakki (p. éi); 

ronga « côté du navire », du v. isl. rang (p. 46); 

sess « banc de navire », du v. isl. sess proprement « siège » 
(p. 72), mais ce pourrait être aussi en irlandais un mot indigène; 

stadh « partie qui soutient le mât en avant », du v. isl. stœp ou 
stœg (p. 5 3), car en irlandais moderne stadh ou stagh, c'est la même 
chose; 

sudh (gaél. d'Ecosse) « joint entre les planches d'un vaisseau », 
du v. isl. sud (p. 49) ; 

stuir, gaél. d'Ecosse stiuir« gouvernail » du v. isl. styri (p. 73), 
et stiurasman « pilote» du v. danois styrisman (p. 5) ; 

tile « tillac » du v. isl. piljur « plancher du pont » (p. 48). 

Citons enfin l'action de carguer les voiles, en irl. allsadh, empr. 
au vieil-islandais halsan (p. 69); le nom du « port », irl. accarsôid, 
du v. isl. ahherissàt (p. 23), et celui de la « flotte », laideng, auj. 
laoidheang, du v. isl. leidangr (p. 99). 

M. Falk a consulté M. Marstrander sur les mots draic et serrcend 
qui désigneraient en irlandais des sortes de navires pirates, et tire- 
raient leur nom d'emblèmes décoratifs, l'un du latin dracô, l'autre 
du latin serpens(x. Whitley Stokes, Be~. Beitr., XVIII, 76) ; draic 
pourrait être comparé au v. isl. dreki. Mais il ressort de la consul- 
tation de M. Marstrander que l'irlandais draic au sens de « bateau » 
n'existe pas. Quant à serrcend, c'est un composé très régulier 
formé des mots serr « faucille » et cend « tête, bout » ; le nom est 
tiré de la forme pointue de l'avant du bateau (p. 106). 

Dans le même tome IV du même périodique, les celtistes liront 



232 Périodiques. 

avec intérêt une courte note de M. Much (p. 171), d'où il ressort 
que le nom du « gage « et de 1' « otage » se rattache dans plusieurs 
langues au nom de la « baguette » ; ainsi lat. uas, uadis peut être 
rapproché de got. wandus, v. isl. vçndr. L'irlandais présente un 
fait du même ordre : gill « gage », giall « otage », v. h. a. gtsal, 
m. b. a. gis, v. isl. gisl « otage » appartiennent à la même racine 
que v. h. a. geisala «fouet », v. isl.geislet geisli « baguette, bâton », 
lombard gîsilv bois de flèche » et par suite se rattachent directe- 
ment au verbe giallaim « je fouette, je frappe ». Mais il ne faut pas 
oublier que M. Pedersen considère le v. h. a. gîsûl et le v. isl. gisl 
comme des emprunts d'origine celtique (Vergl. Gr., I, p. 13e, 
§87). 

II 

Nous avons déjà dit avec quel soin pieux M. Kuno Meyer s'était 
chargé de publier les œuvres posthumes de Zimmer. Les Sit%ungs- 
berichte de l'Académie de Berlin ont été enrichis par lui de deux 
longues dissertations, que l'illustre défunt avait laissées manu- 
scrites ; nous en avons parlé en leur temps (v. Rev. Celt., XXXII, 
130 et 232). Mais à côté de ces œuvres achevées, que Zimmer 
aurait sans doute publiées telles quelles, on a trouvé dans ses 
papiers divers morceaux sans lien, plus ou moins longs, plus ou 
moins poussés. Ce sont ces morceaux que M. Kuno Meyer publie 
dans la Zeitschrift fur celtische Philologie, t. IX, p. 87-120 
(Ans dem Nachlass Hemrich Zimmers). Ils font partie d'un grand 
ouvrage, auquel se rattachaient déjà les chapitres publiés dans les 
Sit%ungsberichte de l'Académie de Berlin et qui devait porter le titre 
de « Aus der Celtic Fringe. Studien zur Frùhgeschichte der britti- 
schen Insein und des kontinentalen Westeuropas ». Il est triste de 
penser que de ce grand ouvrage, qui aurait brillamment couronné 
l'œuvre de Heinrich Zimmer, nous n'aurons que quelques frag- 
ments détachés. Ce que M. Kuno Meyer fait connaître du plan du 
livre, des développements que Zimmer comptait lui donner, des 
vastes enquêtes qu'il préparait ou même qu'il avait en partie ache- 
vées, ne peut qu'augmenter encore les regrets de sa perte. On est 
tenté de souscrire au triste jugement qu'il portait lui-même sur sa 
destinée en disant qu'il était né sous une fâcheuse étoile. La mau- 
vaise fortune s'est acharnée sur lui jusqu'au dernier jour en ren- 
versant l'édifice construit par sa prodigieuse érudition, par son ins- 
piration géniale, en lui faisant perdre le bénéfice de ses veilles 
laborieuses. La science d'ailleurs y perd encore plus que lui. 



Périodiques. 233 

D'après les notes que publie M. Kuno Meyer on se rend compte 
du plan général de l'ouvrage. Zimmer se proposait un livre en quatre 
parties : A. Wer und was sind die Inselkelten ? — B. Die Inselkel- 
ten in ihren Berùhrungen mit der alten Welt. — C. Die Inselkelten 
und die Germanen. — D. Die Inselkelten und die Neuzeit. C'est en 
somme une histoire générale des Celtes jusqu'au mouvement pan- 
celtique actuel, mais dans leurs rapports avec les autres peuples, ce 
qn'on pourrait appeler une « histoire externe » des Celtes. On voit 
aisément quelle place devraient prendre dans l'ensemble les mor- 
ceaux déjà publiés. Les notes que publie aujourd'hui M. Kuno 
Meyer sont trop brèves pour permettre une analyse et une discus- 
sion. Quelques points paraissent contestables ; et notamment sur 
l'hypothèse d'une population primitive des îles Britanniques, dont 
on retrouverait certains traits dans la langue des Celtes insulaires, 
il convient de faire des réserves. Mais tout cela est à lire et à médi- 
ter. 

Dans le même cahier de la Zeitscbrift figurent : p. 1-87, la dis- 
sertation de M. H. Hessen dont nous avons précédemment rendu 
compte (v. t. XXXIII, p. 470) ; p. 121-158, le texte de la Tâin 
bô Cùailnge d'après le ms. Egerton 1782, édité par M. Windisch; 
p. 166-177, l a suite des Mitteilungen uns irischen HandschrifteA de 
M. Kuno Mever. 

P. 159-163, M. Mario Esposito reprend et complète sa précé- 
dente étude (Zeitscb. f. Celt. Phil., VII, 499) sur les Irish Commen- 
taries on Martianus Capelîa. Enfin, p. 164-165, M. Pokornv dément 
avec raison l'ancienne hypothèse suivant laquelle le grec xa<j<j(T£poç 
« étain » serait d'origine celtique. Ses arguments nous paraissent 
définitifs. Mais pourquoi faire intervenir l'irlandais cass dans l'ex- 
plication de Cassignatos et des Fiançasses ? L'interprétation que 
M. Pokornv donne de ces deux mots est toute entière à rejeter. 
Xous en reparlerons. 

III 

Le second fascicule du volume VI de Ériu nous apporte la fin 
de l'édition commencée il v a neut ans par John Strachan et M. J. 
G. O' Keefle de la version de la Tâin bô Ci/ailuge contenue dans le 
YellowBook ofLecan.On sait par suite de quelle lamentable fatalité 
M. O' Keeffe est seul aujourd'hui à signer cette publication si utile. 
Du moins ne faut-il pas oublier que Strachan en avait été le pro- 
moteur et le premier artisan. Les quatre-vingts premières pages, 
soit plus de la moitié, ont paru de son vivant ; il avait préparé 



2 M Périodiques. 

l'impressiou du reste, mais n'eut même pas le temps d'en revoir les 
épreuves. En mentionnant ces détails, dans une préface, M. O' 
Keeffe rend hommage à la mémoire de son maître et ravive les 
regrets qu'a causés sa fin prématurée. 11 n'y a pas lieu de rappeler 
ici l'intérêt de cette publication. D'Arbois de Jubainville a eu sou- 
vent l'occasion de marquer l'importance du Yellow Book of Lecan 
et du Lebor na h-Uidre pour la connaissance de la Tâin. Ces 
deux manuscrits représentaient pour lui, non sans raison, une ver- 
sion plus ancienne du fameux récit, moins chargée d'additions pos- 
tiches et moins christianisée. Aussi était-il tenté d'adresser un reproche 
à M. Windisch pour avoir pris le Book of Leinster comme base de 
son édition. En nous fournissant le texte du Book of Lecan, enri- 
chi des variantes du Lebor na h-Uidre 'et complété çà et là par ce 
dernier, John Strachan et M. O' Keeffe ont donc rendu un grand 
service aux celtistes. On pourra grâce à eux pénétrer plus avant 
dans la composition de l'épopée irlandaise et faire, sur une base 
solide, la critique du texte. 

Dans le même fascicule du tome VI de Êriu, on trouvera les 
articles suivants : 

De M. Kuno Meyer, l'édition d'un court poème historique, sur 
The March roll of themen of Leinster, tiré du Rawl. B. 502, p. 83 b 
et accompagné d'une traduction anglaise (p. 121-124); — égale- 
ment accompagné d'une traduction anglaise, un court fragment, 
tiré du même manuscrit, p. 83 b, et du Book of Leinster, p. 35 a, 
relatif au motif de la « lance sanglante » (an Old Irish parallel lo 
Ihe motive of thebleeding Lance, p. 157-1 58) ; — enfin une note com- 
plémentaire sur l'assonance quantitative, dont le savant auteur a 
reconnu le premier les lois (Êriu, VI, 103) ; il y répond à quelques 
objections de M. Thurneysen (p. 154-156). 

P. 125-129, xM. E. C. Quiggin publie une note sur un manuscrit 
de la Bibliothèque Universitaire de Cambridge (Add. 3082), qui 
contient dans les ié derniers feuillets une série de poèmes adressés 
à des membres de la famille O' Reilly. Ces poèmes sont des der- 
nières années du xvi e siècle. 

De M. Lucius Gwvnn, il faut citer deux éditions de textes avec 
une traduction anglaise : De s'il Chouan i Môir « Sur la race de Co- 
naire le Grand» (p. 130-143) et De Maccaib Conaire « sur les fils 
de Conaire » (p. 144-153). Conaire est le roi suprême d'Irlande, 
qui périt lors de la destruction du château de Da Derga (v. Revue 
Celtique, t. XXII, p. 320 et 323); il est question de lui â plusieurs 
reprises dans l'étude que M. Ncttlau a consacrée â cette légende 
(Rev. Celt., t. XII, p. 238 et ss.,444 etss.). 



Périodiques. 235 

P. 159-160, M. J. Fraser, publie The Miracle of Ciaraifs Hand, 
d'après deux versions que contient le Liber Flavus Fergusiorum. 
Ce miracle est bien connu par la Silva Gadelica, t. I, p. 416, où 
M. St. O' Grady a publié, non sans quelques erreurs, le texte qui 
est renfermé dans le Book of Leinster, p. 274 a. 

Le fascicule se termine par une importante étude paléographique 
sur le Lebor na h-Uidre, due à M. R. I. Best (Xofcs on tbe Script 
of Lebor 11a h-Uidre, p. 1 61-174) ; elle est accompagnée de sept 
planches hors texte, reproduisant des pages du manuscrit. Notre 
collaborateur, M. Louis Gougaud y a déjà fait allusion (ci- dessus, 
p. 37). M. Best distingue trois mains différentes dans le précieux 
manuscrit et prouve qu'on ne peut plus l'attribuer complètement 
au scribe Maelmuire mac Ceilechair. Celui-ci en a copié certaine- 
ment la plus grande partie, mais deux autres mains ont aidé la 
sienne. M. Best dresse le tableau du contenu du manuscrit, en 
indiquant à quelle main on doit attribuer chaque morceau. Ce 
tableau sera d'une grande utilité pour les philologues; il facilitera 
des études comme celle que M. Thurneysen a récemment publiée 
(v. ci-dessus p. 88). 

IV 

Le 3 me numéro du tome I er de Gadelica contient la suite de 
l'édition du Pairlement chloinne Tomàis par M. O.J.Bergin (p. 137- 
150). Le morceau va de la ligne 726 a la ligne 1236. Il débute par 
la description humoristique de la session du parlement de 1632, 
que Seân Seideanach O' Smutachain emplit de ses fantaisies ora- 
toires. Ensuite vient la session du parlement de 1645 (1. 935), où 
l'on choisit comme speakers (spéiccir, 1. 952) Seân Seideanach et 
Bernard O' Bhruic ; ceux-ci s'empressent, comme insigne de leur 
nouvelle dignité, d'apporter deux « spikes » (dâ spéicc, 1. 958) sur 
leur épaule. Cela indique déjà les dispositions de l'assemblée; elle 
est quelque peu houleuse, et comme les femmes ne tardent pas à se 
mêler à la discussion, elle devient tout à fait orageuse. La femme 
de Bernard engage une dispute avec Anasdâs Ni Chéirin, femme 
de Brian Beag (1. 1000) ; la mêlée devient générale ; un nommé 
Labhras an Làndornâin, s'étant avisé d'intervenir (1. 1067), est 
violemment frappé et à demi assommé. On fait venir un prêtre 
pour l'assister (1. 1 107), et le moribond exprime en vers burlesques 
ses volontés dernières (1. 11 19). Un épisode moins macabre 
égaie une séance ultérieure. On voit arriver un jeune étranger 
(ôglaoch gallda, 1. 1187), que l'un des assistants reconnaît aussitôt 



23e Périodiques. 

pour un anglais, Roibin an Tobaca, vendeur de tabac. Tomàs an 
Trumpa sert d'interprète ; on achète du tabac au nouveau venu, et 
voilà les pipes qui sortent des poches, et la salle qui s'emplit de 
fumée (l. 121 1). Cet intermède d'ailleurs ne calme pas les esprits ; 
Tomàs cherche querelle à Bernard O' Bruic, qui maudit les parle- 
mentaires et le parlement. 

Le même numéro contient quelques autres publications de 
textes : 

A la page 1 50, une pièce de vers en trois quatrains, par un ano- 
nyme (duine gan ainm), tirée du ms. 23 D 32, copié en 1688 à 
Dublin par Uilliam O' Duinnin. Le premier quatrain est ainsi 
conçu : 

Garde pour toi-même ton baiser, 
O jeune fille aux dents blanches ; 
A ton baiser je ne trouve pas de goût, 
Détourne de moi tes lèvres. 

La publication est signée ici T. O' R[ahillyJ. 

Le même M. T. O' Rahilly publie, p. 1 51-15 5, la troisième ver- 
sion du « warrant » versifié d'Egan O' Rahilly, qui date probable- 
ment de 1 7 1 7 ; p. 156-162, une liste en vers des Irish schoîars in 
Dublin in tbe earlx cighteenth Century ; p. 171 -176, The Legend of 
DùnBriste (Ce. Mayo), racontant comment, sur l'intervention de 
saint Patrice le rocher de Dûn Briste, repaire du brigand Déo- 
druisg, lut subitement détaché du continent ; enfin, p. 184-185, 
un poem by Domhiiall O' Cuileannâin, conservé dans quatre manu- 
scrits et p. 186, un dialogue versifié entre Seàn Clàrach et Uilliam 
Mac Coitir, tiré du ms. 23 D 25 copié en 1768. 

Sous la signature Torna, parait la suite de l'étude consacrée à 
au tAlhair Eoghau O' Caoimh, a bheatha agus a shaothar (p. 163- 
170) ; et, sous la signature Séamus Ua Casaide, la suite du Journal 
d'Humphrey O' Sullivan, Cimi-lae Amhlâoibh Ui Shûileabhâin 
(p. 177-183). 

A noter enfin, dans les Miscellanea, une note de M. Bergin on 
some Irish adverbs (p. 187). 



V 

On trouvera dans The Celtic Review (vol . VIII, n° 31, janvier 
191 3) la suite de la Version gaélique de laThébaïde de Stace, édi- 
tée par M. Mackinnon (p. 218-233). C'est une paraphrase libre et 
résumée d'une partie du chant III, du vers 324 au vers 670. Mais il 



Périodiques. 237 

ne reste à peu près rien des beautés du poète latin : il faut voir 
notamment ce que devient sous la plume du rédacteur gaélique le 
dialogue d'Amphiaraus et de Capanée (p. 232-233) : il se réduit à 
quelques répliques sans vigueur et sans grâce. On ne retrouve rien 
de la rude énergie que Stace prête au premier, ni de l'ironie pres- 
sante qu'il met dans la bouche du second. En revanche, l'auteur 
gaélique introduit dans son texte des hors-d'œuvre : il interrompt 
le discours pour indiquer ce que sont les Parqnes et le rôle qu'elles 
jouent aux enfers. Bien mieux! il croit devoir expliquer pourquoi 
les trompettes sont dites en latin « tyrrhéniennes » (Tyrrhenus 
...clangor); c'est une glose marginale qu'il incorpore à son texte. 
On peut juger par là de la qualité de son goût et du mérite de sa 
traduction. 

M. James Ferguson termine p. 193-217 son étude sur The Bri- 
tish Race and Kingdom in S'cotland, commencée dans le même 
volume, p. 170-189 (ci-dessus, p. 115). C'est un important sujet, 
qui a un côté littéraire, puisque le Gododin se rattache, comme on 
sait, aux -traditions des Bretons du Nord. On lira avec intérêt l'ex- 
posé de M. Ferguson, qui repose sur une connaissance précise des 
vieux poèmes gallois et des chroniques. 

M. W. J. Watson publie, p. 235-245 une nouvelle série de 
Topographical Varia. Il y traite d'abord de plusieurs noms en 
-aid (-//), qui semblent contenir un ancien suffixe en -nti- 
(cf. les noms de rivière Dru-entia, Dig-entia, Deru-entio, etc.). Ce 
sont par exemple Turcaid, Tarvit, Cernait, issus des noms d'animaux 
tore, tarbb, eu. Ce sont ensuite Treasaid de très « combat », Lovât 
de la racine *lau- « baigner », Livet de U « splendeur », Turaid de 
tur « sec », Fearnaid defern « aune », etc. Cette liste sera utile 
à ceux qui voudront faire un jour l'histoire du suffixe -fit- en 
celtique. Une autre liste, non moins utile pour l'histoire du cel- 
tique, est celle de la page 242, qui contient des composés du type 
tat-pwusa dont le premier terme est un substantif: soit con-chraig 
« rocher du chien ». 

A la pag;e 267 du même cahier commence la Concise old Iris! 1 
Grammar de M. J. Pokorny, que nous avons annoncée précédem- 
ment (v. ci-dessus, p. 101). Le but de l'auteur est d'initier les 
débutants à l'étude scientifique du vieil-irlandais, et son programme 
de leur fournir sous une forme simple les éléments de la gram- 
maire. La réalisation d'un pareil programme comporte deux diffi- 
cultés essentielles : la première est de choisir entre les différents 
éléments de la langue ceux qui sont caractéristiques de sa structure 



.2^ Périodiques. 

afin de laisser de coté les autres ; la seconde est de ramener les 
éléments choisis à des règles précises et systématiques, qui se 
gravent aisément dans l'esprit d'un novice et lui servent en 
quelque sorte de rudiment. M. Pokornv s'est en général tiré à son 
honneur de ces deux difficultés, qui sont plus grandes peut-être 
en vieil-irlandais que partout ailleurs. Il nous permettra cependant 
quelques critiques. 

Le début de sa grammaire est consacré aux rapports de la gra- 
phie et de la prononciation, question embrouillée entre toutes et 
qu'il est fort malaisé de faire comprendre à des novices. Je retran- 
cherais de la première page (271 de la Celiic Review) l'exception 
relative à la graphie moirec de Wb. 10 d 25 ' ; car les lecteurs tire- 
ront de cette page l'impression que l'orthographe du vieil-irlan- 
dais est dénuée de toute règle; et c'est une impression lâcheuse 
au début de l'ouvrage. 

Dans un chapitre aussi compliqué par lui-même que celui de la 
phonétique, il n'était pas bon de mêler des questions de morpho- 
logie. C'est pourtant ce que fait M. Pokorny lorsqu'il expose au 
début même de sa phonétique les régies d'emploi de l'aspiration et 
de la nasalisation. Cela l'entraîne à donner des développements hors 
de propos et à citer des exemples incompréhensibles à un débu- 
tant : tel for-dom-chomaither « I ara preserved ». Cet exposé devait 
être placé dans la morphologie plutôt que dans la phonétique. 
J'aurais également remisa plus tard les règles de l'accent du verbe. 
Il sera nécessaire au lecteur de revenir sur les premières pages du 
livre qu'il ne pourra comprendre qu'après avoir lu le livre en 
entier. 

Il y a dans la façon dont M. Pokorny présente l'évolution his- 
torique des faits une fâcheuse équivoque. Il pose volontiers des 
formes préhistoriques, qu'il désigne par des astérisques ; mais il ne 
dit nulle part ce que représentent ces restitutions : du pré-irlan- 
dais? du celtique commun ? ou bien de l'indo-européen ? Je relève 
à la page 285 les prototypes *velêt-adjo-, *ate-koros et *de-fo-lôg- 
ine; à la page 286, *bhi-tia-ti, *anatlâ et à la page 287 *ver-ono, 
*iru-ad-sthajo-, *bhi}dist0us, *bbvijâti, etc. L T n novice se demandera 
de quelle langue il s'agit là ; il aura bien du mal à le trouver. 
Dans une grammaire élémentaire, comme celle qui est tentée ici, 
on devrait se borner à la stricte description des faits et éviter ces 
restitutions qui ne peuvent qu'induire en erreur. 

1. Sans compter que Ton retrouve le c dans marcach » affligé » (Wb. 
Stokes, Ccll. Rev., Y, 293) et qu'il ne s'agit peut-être pas d'une simple 
question de «rapine. Il eut mieux valu citer asôircc Wb. 11 a 11. 



Périodiques. 239 

Il faut attendre pour porter un jugement d'ensemble sur la 
grammaire de M. Pokorny, et même sur sa phonétique. Ce qui 
en a paru est en tout cas consciencieusement fait ; les règles 
reposent sur une connaissance précise de la langue, et, sous 
réserve des critiques précédentes, l'ouvrage mérite d'être recom- 
mandé aux jeunes celtistes '. 

VI 

Le tome XXXI des Indogermanische Forschungen est une 
Festschrift offerte à M. Berthold Delbriick, dont nous annonçons 
'plus haut la retraite (p. 218). Un seul Français, M. A. Meillet, a 
été appelé à l'honneur d'y collaborer. 

Parmi les articles qui composent le volume, il n'y en a aucun 
qui touche directement au celtique. Celui qu'a envoyé M. Thur- 
neysen se rapporte à la formation des mots en latin, et celui de 
M. F. Sommer à l'étvmologie allemande. Mais quelques articles 
traitent des questions générales auxquelles le celtique est plus ou 
moins intéressé. Ainsi M. Hirt a contribué au recueil par un remar- 
quable travail sur les formations en -ï de l'indo-européen (p. 1-23) : 
il montre qu'à la base de nombreux mots dérivés des langues indo- 
européennes se trouvent des thèmes en -1- qui jouent à côté des 
thèmes en -o-un rôle analogue à celui des thèmes en -à-. Il y a de 
fait en indo-européen des féminins en -l- aussi bien que des fémi- 
nins en -à-, en face des masculins en -0-. A l'origine toutefois, le 
sens des deux formations à vovelle longue aurait été différent : le 
suffixe -à- marquant la collectivité, le suffixe -/- la dépendance. 
On sait depuis le bel article de M. Wackernagel quel rôle a joué ce 
suffixe -/- dans la flexion indo-européenne ; ï'italo-celtique est un 

1 . M. Pokorny nous prie de porter à la connaissance de nos lecteurs les 
corrections suivantes : 

P. 271, note 1 au lieu de /\' 0') 1 ' nre p!' e 

§ 5 » aratron » aratrom 

§ 22, n. 2 » bent » eru 
46 lire : Final unstressed svllables preceded bv a post-vocalic 
consonant... 

§ 50 au lieu Je *f9trom lire *ardtrom 

§ 54 " P- 29 » p. 95 

' : 5 5,1 » *to-mètiu,*-nientio » *-mètju, *-mentjô 

§ 55,n.c » *aratron » *arjtrotn 

§ 57 b 1 » *aré-mentjô » *[p\are-mentjè 

P. 286, note 1 » p. 15 » p. 281 

60 » *ratrotn >> *ardtrom 



240 Périodiques. 

des dialectes où il apparaît le plus clairement (v. Rev. Celt., 
XXX, 211). 

Les celtistes liront aussi avec intérêt l'article de M. Knauer sur 
le nom national des Russes et l'habitat primitif des Indo-Euro- 
péens (p. 67-88). 

M. Fritz Schôll, dans un article Zur lateinischen Wortforschung, 
étudie, p. 313 et suiv., deux prétendus mots du latin d'Espagne. 
L'un est gurdus donné par Quintilien comme espagnol (I, 5, 57), 
mais qui parait avoir une aire d'extension plus vaste que l'Espagne : 
c'est un mot de la partie occidentale de l'empire romain. Comme 
M. R. Fisch l'a supposé (Arch f. lui. Lexic., Y, 72), gurdus est à 
la base du gurdonicùs de Sulpice Sévère (y. Rev. Celt., XXXI, 532). 
L'autre mot est également cité par Quintilien comme espagnol ou 
africain : cestcantus « jante delà roue, roue ». M. Schôll nous parait 
dans la vérité en soutenant, contre M. Walde, l'origine celtique du 
mot. Bien loin que le gallois cant et le breton caut « cercle » 
doivent être considérés comme des emprunts latins, c'est le latin 
qui a emprunté son mot canius au prototype celtique des mots 
brittoniques. La graphie canthus ne doit pas faire illusion : elle 
tient au fait que le mot latin a passé en grec et s'y est confondu 
avec un autre xav6oç désignant le coin de l'œil (v. Boisacq, Dict. 
Etym., p. 406). M. Schôll a raison de défendre la celticité de canins 
et de joindre ce mot à ceux que les Latins ont emprunté des Gau- 
lois pour désigner des articles de carrosserie : rêda, petorritum, 
benna, carrus, carpentum, cisium, couinnus, essedum, ploxemum (?), 
etc. Les Gaulois ont été pendant un long temps les carrossiers de 
l'empire romain. 

VII 

Notre collaborateur M. Louis Gougaud a donné à I'Irish 
Ecclesiastical Record (5 e série, t. I, 1913, p. 225-232) un article 
sur le jeûne en Irlande (Some Liturgical and Ascetic traditions of the 
Ccltic church, Fasting in Ireland) ; il y étudie d'abord la façon dont 
le jeûne était pratiqué en Irlande dans les monastères et dont il est 
resté en usage jusqu'à nos jours dans les habitudes populaires ; il 
termine par l'étude du jeûne employé comme moyen de contrainte 
envers la divinité. Sur ce sujet, on pourra se reporter au travail de 
M. Robinson, analysé dans la Revue Celtique, t. XXXI, p. 254. 

C'est dans le même périodique, Irish Ecclesiastical Record, qu'ont 
paru les deux articles de M. Paul Walsh mentionnés plus haut p. 219. 

J. Yexdryes. 

Le Propriétaire-Gérant, Edouard CHAMPION. 

MAÇON, PROTAT FRÈRES, IMPRIMEURS. 




1(1(10 VI UtlVUl UIK i*WUUH*Ynih 

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cct\y?. miïdmao 

cujaquttcicwa 
nu aa ^itwiJ cmi 

jnû.i'oftiiuttwtô 
uû ACtàtutoph 

mitu) dtuf 4ftftnd»1£ mfnitîmtttn^ajticr mue 
liïtnm tr#itf£cmfc craufâhf tfctno Dycttano 
tczony.nnw jtrtnitrptfcfl (auptowtf mt&M* 
jfcrçmCffcj&M ïifmfrgrtet'criir fhUcter.cr 
a^îmtnt^oftriniîS ïiiïrurfalB c wpîtw 

tilQàfOixo *tt)mta&"iiu' fJtrfrtM ctrtnqgui 
fiœfioî tmpi\ t)in A mioo«n « atfVircnmr ai nnio 

inbc^l)n5mtr (jiuvtrutr miuOTn^ jiwuar 




Ms. Lat, 14354 f° 2 4~ r°. 



LE 

PLUS ANCIEN TEXTE 
SUIVI EN BRETON 



Ce texte a été découvert le 20 janvier dernier par 
M. Antoine Thomas, le romaniste bien connu. Il a fait part 
de sa trouvaille fort inopinée à Y Académie des Inscriptions, le 
24 janvier, après m'avoir remis fort obligeamment une copie 
des lignes en breton. Sa communication a paru dans le Bulle- 
tin de l'Académie de janvier-février 191 3, p- 23, et suiv. Je la 
donne à peu près in-extenso avec sa lecture des fragments 
bretons. 

« Un volumineux manuscrit du Spéculum historiale de 
Vincent de Beauvais, suivi de la Table alphabétique de 
Jean Hautfuné, qui forme deux volumes (lat. 14354 et 
14355), écrits de lamêmemain et, sans aucun doute possible, 
dans le courant du xiv e siècle 1 , contient, en cinq endroits 
différents, de courtes phrases dans lesquelles je n'ai pas eu de 
peine à reconnaître au premier aspect, la langue bretonne, bien 
que mon insuffisante préparation ne m'ait pas permis d'ar- 
river à la pleine intelligence du sens. Ce sont boutades humo- 
ristiques comme les scribes ont coutume d'en laisser échapper 
de leur plume quand ils arrivent à la fin de leur tâche fasti- 
dieuse : elles sont entremêlées aux formules lettrées souvent 

1 . La reproduction photographique qui accompagne la présente com- 
munication édifiera le lecteur sur l'écriture que nos confrères MM. 
Omont, Prou et Morel-Fatio sont d'accord avec moi pour rapporter aux 
environs de 1350. J'ajoute que les tables de Jean Hautfuné, dédié au car- 
dinal Simon d'Archiac (1 320-1 323), fournit pour la date un terminus a qtio 
assez précis. 

Revue Celtique, XXXII'. 16 



242 /. Lot h. 

signalées, les unes graves, les autres plaisantes, telles 
que : 

Explicit, expliceat (sic) ; ludere scriptor eat 

Vinum scriptori debetur de meliori. 

Te Deum laudamus, te Deum confitemur-. 

« Il ne faut donc rien en attendre qui honore grandement la 
pensée humaine au moyen âge. En revanche, si l'on songe que, 
pour la langue bretonne nous n'avons, avant la seconde moitié 
du xv e siècle, aucun texte suivi, mais seulement des gloses 
et des mots isolés, on peut espérer que les celtisants y trou- 
veront matière à d'utiles remarques grammaticales. Comme 
depuis la mort de notre regretté confrère H. d'Arbois de 
Jubainville, les études celtiques n'ont pas de représentant 
parmi nous, j'ai remis ma copie entre les mains de M. J. Loth, 
professeur de langues et littératures celtiques au Collège de 
France, qui se propose d'entretenir prochainement l'Académie 
de cette trouvaille inopinée. J'ajoute que c'est au cours de 
recherches poursuivies à la Bibliothèque nationale, tant en 
vue de ma conférence de lexicographie à la Faculté des 
Lettres, qu'en vue de ma collaboration à l'Histoire littéraire de 
la France, publiée par l'Académie, que j'ai eu le plaisir de 
faire cette trouvaille. 

« A titre de document, je donne ci-dessous la reproduction 
diplomatique des textes bretons qui se trouvent dans le 
manuscrit de Vincent de Beauvais, en suivant l'ordre des 
feuillets '. 

i° ms. lat. 14354, f°l- I 44 c : 

Au guen e heguen amlouenas anegarat an laclas. 

2° ibid., fol. 247 b . 

Au guen heguen hamlouenas hauegarat au lac. 

3 ibid., fol. 263 e1 : 

An vu heguen amlouenas auuegarat anlaclas. 

4 ms. lat. 14355, fol. 326 e ' : 

Mons oraen inhoguen. 

5 ibid., fol. 399 b (cf. le fac-similé ci-joint) : 

1 . La distinction des lettres 11 et « n'est pas très nette. 



- Le plus ancien texte suivi eu breton. 243 

Iuonet omues so map mat ha quar. 
Panesen ha suruguen hambezou dameren etc a . 
6° ibid. : 

Marhamguorant va karantit da vout in nos ohecostit 
uamgaret. nep prêt, et c a . va. » 

Je n'ai pas eu de peine à reconnaître dans les fragments 
1, 2, 3, 6, desvers construits conformément à la métrique du 
moyen-breton: c'est-à-dire des vers à rime finale, et à rime 
interne : dans l'intérieur du vers, la finale du mot à la césure 
rime avec la pénultième du vers '. Cela m'a permis de réta- 
blir la partie tronquée de 1, 2, 3. 

i° An guen hegiten ara loupas 
An [hjegaratf an lac[af] [g]las. 

Iuonet omues est à lire Ivonet Omîtes : Omnès est un nom 
propre encore très répandu en Bretagne bretonnante. En étu- 
diant le ms., j'ai pu lire de façon sûre, fragment 4, au lieu de 
omen : oruen. M. Dorez qui a bien voulu me prêter le 
secours de son expérience, est d'avis qu'il n'y a pas de doute- 
sur cette lecture. La fin de r est à peu près effacée mais 
encore reconnaissable. La comparaison avec -or- dans tneliori 
de la ligne suivante est démonstrative : voir d'ailleurs le fac- 
similé ci-joint. 

11 et 11 étant confondus, il faut dire sans hésitation mous 
(tr. 4) au lieu de nions; an (fr. 1, 2) pour au; hanegaiat 
(fr. 2), annegarat (fr. 3). 

Le t de karantit et de costil (fr. 6) est à lire c : ces deux 
lettres sont très voisines l'une de l'autre dans le manuscrit : 
karantit ne pourrait s'expliquer qu'avec un suffixe -tit (gall. 
ieuengtid) ici fort invraisemblable; costid s'expliquerait encore 
moins. 

Une première question se pose : le scribe copiait-il un texte 

1. Sur l'origine de ce vers, dont j'ai démontré la source dans la poésie 
populaire latine, et ses lois essentielles, v. J. Loth, La métrique du moyen- 
breton, Revue Celt., XXI, 203, 343 (Métrique galloise, tome II, 2™ e partie, 
177-204 : i re partie, 177). Sur le détail des lois de ce vers, cf. E. Ernault, 
L'ancien vers breton, 191 2. 



244 /• Loth. , 

breton, ou écrivait-il sa propre composition, ou reproduisait- 
il de mémoire des fragments de poésies connues, peut-être 
populaires ? 

Pour le fr. 4 (mous. ...) et le fr. 5 (Jvonet . . .), pas de doute: 
ils sont de lui. 

Pour les autres (1, 2, 3 et 7), j'avais pensé d'abord à cause 
des marques d'abréviation (au lac. ; vamgaret, nep prêt.*); 
de la reprise va après, etc. (fr. 6); à cause de anuegarat pour 
anhegarat, que le scribe copiait un texte. Mais d'un autre côté 
ses incertitudes d'orthographe me portaient à croire qu'il 
n'avait pas de morceau écrit sous les yeux. Mon collègue ef 
collaborateur E. Ernault, à qui j'avais soumis les fragments 
avec mes doutes sur certains points, est d'avis que le scribe ne 
copiait pas et m'en a donné de bonnes raisons. Il relève 
d'abord ses hésitations d'orthographe, qui prouvent, dit-il, 
une habitude plus grande d'écrire en latin qu'en breton : h 
Ta gêné ; il a d'abord écrit e, en commençant heguen, puis il 
s'est ravisé, l'a marqué d'un punctum delens et écrit correcte- 
ment heguen.il sait vaguement qu'il faut un h àansannegarat; 
dans un endroit, il le place en tête. Ernault croit aussi, et 
avec raison, que le scribe utilise des réminiscences populaires: 
les passages 5 et 6 avaient sans doute une suite, qui 
chantait dans sa mémoire, et qu'il a remplacé par etc.. 

Dans ces conditions, il me semble impossible de modifier 
le texte autrement que par le complément at dans laclas, 
imposé par la mesure et assuré par la métrique. Je le donne 
sans autre changement, en rétablissant partout an hegarat, et 
en coupant les mots séparés. 

2° An guen heguen am loupas 
An hegarat an hcat glas 

« La (fille) à la joue blanche 1 m'a réjoui, l'aimable, celle à 
l'œil bleu ». En mot à mot : La blanche sa joue ma réjoui, 

1. A ne prendre que letexte présent, sans comparaison avec la variante 3, 
c'est la traduction la plus simple, celle que m'a suggéré E. Ernault. 
Pierre Le Roux, mon ami et successeur à Rennes, avait aussi pensé à cette 
construction, mais à cause de an vu, donnait, comme moi à guen, le sens 
de visage. 



Pl. II. 



.&*têimumnutffiffatu$ i#fr 

ï(i&ïïlfoo ctcotlt>ro(©ttéi*#rttU 
-mmetbttmcù. Ijmniu 
f^Wtâapl^^mttmie- U#rb * 

. affia^fr indafc ijftrr. 

itWté^tacômin ttmvccU tarifa* 

(Htttweûti* «tin mqtottt'fg ou* a>07œa<> 

3>ttio tnrge miemurcrcMatT ^ ^Fmtoô/oKco 

raniûfanns;— 
/fin îni Ijegucu ftmtotictt^^uucgaï«r^tttorte0 

Ms. Lat. 14354 f° 263 v°. 



Le plus ancien texte suivi en breton. 245 

V aimable, la bleue son œil. Si on adoptait ban égarât, il y 
aurait deux belles: celle blanche sa joue... et l'aimable, celle 

bleu son œil. Si la variante an vu équivaut a guen, le sens de 
guen doit être tout différent. 

Il est possible que, au lieu de lacat çlas, le scribe ait pro- 
noncé lagatclas, comme l'a pensé Ernault : cî. Lagatu, nom 
d'homme, pour Lagat du, œil noir. Il est vrai qu'ici les deux 
consonnes assimilées, sont homorganes 1 . De plus l'abrévia- 
tion au lac {p. a) n'est pas en faveur de cette hypothèse. 

3 An vu hegue;/ am loumas 
An hegara/ an heat glas 

Ernault avait pensé à an ru (la rouge sa joue) ce qui eût 
été satisfaisant et constitué une heureuse variante et plus natu- 
relle que guen. Mais il n'y a aucun doute à avoir sur la lec- 
ture an vu; tout au plus pourrait-on lire h au lieu de v, ce 
qui ne nous avancerait pas. An vu remet tout en question, si 
on suppose que vu soit l'équivalent de guen. J'avais pensé au 
moyen breton gueetu guen, mais le mot ne signifie que faux- 
visage, masque. Une autre hypothèse, c'est que, an vu peut 
être indépendant dans l'esprit de scribe ; ce serait une 
variante d'idée et non de mot. Dans ce cas, à cause de l'ar- 
ticle, heguen ne pourrait se traduire par sa joue ; Ernault 
a pensé à ho-gen, charmant (gall. hy-gain) 2 . Guen pourrait 
signifier sourire. Je me hasarde à voir dans beguen, le gallois 
hy-wen, au sourire facile, souriant (vieux-breton Ho-wen 
(Chrestomathie) et je traduis : 

« La vue souriante m'a réjoui, l'aimable, celle à l'œil 
bleu ». 

Si on admet l'équivalence de vu et guen, guen ne peut avoir 
un autre sens que vue, aspect. Peut-être y avait-il guel (an 
guel, la vue). Pour ajouter une rime de plus, le scribe aura 



1 . Là où l'assimilation ne se fait pas, on laisse tomber la dentale du 
premier terme. En bas-vannetais, le surnom Lagat du existe également, et 
on prononce laga du. 

2. Il remarque lui-même quefe ne se combine guère avec un adjectif. 



246 /. Loth. 

écrit guen, s'autorisant peut-être de formes comme guenédell, 
fiançailles, entrevue de fiançailles pour, gueledell. 

Une hypothèse d'Ernault pour an vit serait séduisante. Il 
suppose que an vu serait le commencement de vuen, 
mutation régulière de an guen. Étant donné que le scribe 
fait d'autres mutations, ce serait possible; mais il est alors 
étrange qu'il ait écrit deux fois de suite an guen ; la place ne 
lui manquait pas comme pour la fin du passage au laclas; il 
voulait là finir avec la ligne. De plus, il n'y a pas de point 
marquant une abréviation. An vu, est usité en comique, dans 
le sens français et anglais du mot (J. Loth, Remarques et cor- 
rections au Lexicon de Williams'). Une autre hypothèse me 
vient à l'esprit en relisant ces lignes : c'est qu'il faut lire uv et 
non vu. uv serait l'équivalent du gaélique aoibh, gai, beau, 
anciennement brillant : cf. irl. mod. aoibheal, feu (cf. v. irl. 
ôibîeï); cf. gall. ufel. Je traduirais : an uv he guen, celle dont 
la joue est brillante... Uvi un tort et un avantage : c'est qu'on 
ne le trouve pas ailleurs en breton. 

4 Mous Orven in hoguen 

« Les ordures d'Orven en tas ». 

Ordures n'est peut-être pas très exact, mais je ne me hasar- 
derai pas a fouiller dans les intentions évidemment porno- 
graphiques ou tout au moins scatologiques du scribe. Orven 
(dialectalement et anciennement Orwen) est un nom propre 
de femme connu : en 1068-1085, I2 7 î Orgueil ; en 1260, 
Orven (J.Loth, Chrestomathie. p. 223). Pour les sens de mous, 
cf. Ernault, Gloss. moy.-brct. Comme en breton le mot 
m ws a, aussi, en gallois, le sens de puanteur, puant, et a été 
traduit par effluvia. 

5 Ivonet Ovines so viap mat haquar 
Panesen ha suruguen hambe^ou âa ' merev, etc. 

« Ivonet Omnès est un fils bon et aimant ; 

« Un panais et un pain cuit sous la cendre, j'aurai pour 

1. Dameren peut être, comme l'a supposé Ernault, pour dam mereu : pour 
mon déjeûner. 



Le plus ancien texte suivi en breton. 247 

dîner (repas de midi). » Ernault propose gvar, doux, bon 
mais le q est très net. Cependant quar n'est pas très satis- 
faisant dans le sens de aimant. De plus le scribe emploie ail- 
leurs k et c. Aurait-il existé une prononciation quar après bac ? 
Il est probable que le scribe parle de lui-même à la 3 e per- 
sonne. Suruguen est intéressant. La forme ordinaire est 
suluguenn, qu'Ernault à la suite de Grégoire de Restrenen. 
rattache à sulia (vannetais suyein), avec / mouillé, flamber, 
noircir par la famée, dans son Glossaire moy.-brei. Comme on 
prononce suhigen, l mouillé présentait une première difficulté. 
Il est clair aussi que sulugen a été fait sur un mot subie. La 
forme suruguen enlève tout doute. Il me paraît évident que 
surugen est tiré de surug pour sarug, identique au gallois 
sarug, crabbed, rough, sour, au propre et au figuré \ 

6° mar ham guarani va Karaxxvc 

àa vont in nos he costic 
vam garet. nep prêt, etc., va. 

« si mon cher amour me garantit que je serai la nuit à son 
côté, mère chérie ». 

mot-à-mot : si mon petit amour me garantit d'être la nuit 
à son petit côté... ». 

guorant se retrouve en moyen-breton avec un sens voisin, 
sous la forme goarant, et gorant (cf. Ernault, Dict . étym. à 
goarant) . 

Ce qui est vraiment quelque peu surprenant, c'est l'addition 
directe du suffixe -ic à karant, et surtout à cost-. C'est un néo- 
logisme hardi du scribe. Car même aujourd'hui, là où on 
prononce carante, et coste, on construit ou construirait : 
caranteic, costeic. De plus, on ne peut guère lire que -it : il m'a 
semblé que les rares c de la fin des mots, quoique les lettres 
soient assez semblables, différaient assez du t pour être dis- 
tinguées. Néanmoins, la probabilité est, dans l'ensemble, pour 
-ic. Il n'y aurait, en effet, si on le rejetait, d'autre moyen de 
sortir d'embarras que de supposer : i° que le scribe copiait 
un texte écrit plus ancien, portant karanted (d spirant) et 

1. Ernault m'écrit qu'il adopte mon étymologie. 



248 /. Loth. 

costed (id.)> 2 ° qu'il a lu * au lieu de e. he est pour oh ou 
oc'h he : forme intéressante, indiquant une prononciation plus 
ancienne qu'on ne le croyait (cf. Ernault, Dict. Etym., p. 454). 

La terminaison en -ou de be%pu est vraisemblablement dia- 
lectale. Actuellement, nous ne l'avons qu'en Goello et en 
haut-vannetais. De même pour in, dans (ailleurs, en). Je 
serais porté à croire que l'auteur est du Goello, mais qu'il a 
des notions de léonard littéraire. 

Il est regrettable que le scribe n'ait pas donné plus libre- 
ment carrière à son imagination et à sa plume. Tels quels, ces 
fragments sont intéressants, particulièrement au point de vue 
de l'histoire des mutations syntactiques. La lexicographie en 
profite également dans une certaine mesure. M. Antoine 
Thomas a droit, pour son heureuse trouvaille, à la gratitude 
de tous les celtistes : c'est bien sur le texte suivi le plus ancien 
qu'il a mis la main. Il y a bien une phrase de xn e siècle 
(iehet, altro Hilar), mais elle a trois mots. Une délimitation 
de terrain dans le cartulairede Redon, dans une charte de 821 
(Cart. Redon, p. 112; cf. Chrest.) pourrait entrer en concur- 
rence avec nos fragments et les distancer de beaucoup; elle 
compte trois lignes de breton (per îannam, excepté) ; mais 
la délimitation est inachevée et tronquée : on n'y trouve pas 
un seul verbe. 

J. Loth. 



Pl. 111. 



|^e flmouô imamonc ioimtmTmiuitdint 




Ms. Lat. 14554 t° 107 r°. 



Ms. Lat. 14554 f° 144 v°. 



Ms. Lat. 14555 f° 326 v°. 



^aïliampioionr ïxi bornant C& Votif H* 
nO0 Otjccoftit uamjptirt ncp pact *.£}& 



Ms. Lat. 14355 f° 399 r°. 



ENCORE DU BRETON D'IVONET OMNES 



i. En feuilletant le ras. latin 14354 de ^ a Bibl. Nat., j'ai 
eu l'agréable surprise d'y trouver, f° 104 r°, col. 1, une nouvelle 
ligne bretonne, singulièrement placée entre le titre du 
chap. xiv du livre 8 : « xiu. desermone domini. in monte. » 
et le commencement de ce chapitre: « Elevatis uero iesus oculis 
docebat eos dicens ». Elle a été mise là pour terminer la 
la colonne, où la symétrie ne permettait pas d'insérer une 
grande initiale majuscule. 

Voici ce texte : 

me ameus vu amoric ioliuic indan andel nié 

Le second e ressemble à un 0. Le trait oblique sur la der- 
nière lettre indique-t-il une abréviation ? J'y verrais plutôt un 
moyen de marquer l'individualité du petit mot e, comme on 
faisait pour à en latin, et pour â, é dans le breton du Miroiter 
(cf. Les nouveaux signes orthogf., 6, 7); cela reviendrait à 
l'emploi de l'apostrophe pour distinguer me je, de me je le, 
je la (écrit me e, en 1 syll., S tQ Barbe 381). 

2. Le sens est : « J'ai une petite amie gentillette, sous les 
feuilles... » On peut supposer ensuite quelque chose comme 
me karas « je l'aimai » (j'écris ainsi d'après va karantit, où 
k semble un compromis entre le c radical et 17; plus phoné- 
tique). 

Cette interpolation profane ne dément point l'impression 
laissée par d'autres fantaisies bretonnes du scribe : ses dis- 
tractions sensuelles ne se bornent pas à l'idée d'étancher sa 
soif, préoccupation si commune chez ses confrères (cf. H. Mar- 
tin, Mélanges offerts à M. Emile Châtelain, 544). 



250 E. Ernault. 

3. Amoric, forme nouvelle, est le diminutif de amour « g. 
amye, 1. arnica » Catbolicon; ci', va karaiitil « mon amour » = 
« mon amante, ma maîtresse », moderne haranté^ (Léon), 
ailleurs karante m. et f. amant, amante, voir Le Gonidec, 
Troude, mon Glossaire moyeu-breton, 2 e éd., 96, Mél usine, VI, 
165, etc- Dans les traductions du Cantique des Cantiques que 
le prince L. L. Bonaparte a publiées sous le titre de Celtic 
Hexapla, Ch. Terrien a rendu « arnica mea »,IV, 1 et 7 ; VI, 
4 (3), en léonais va garante^, et en vannetais me haranté; V, 2, 
va miùoune- et me haranté; « charissima », VII, 6. à karante^ 
et me haranté 1 . De même en gascon amoureto « douce amie, » 
Mistral, français « Si congié prens de mes belles amours », 
Chansons du XV e siècle publiées par G. Paris, p. 53, etc. 

4. Ioliuic est unique aussi ; on lit le simple ioliff dans le 
Cathol. seulement, et ailleurs comme nom propre (Gloss. 343), 
autrement c'est ioîis, jolis, etc. 2 , même dans iolisdet, joliveté 
(sur le rapport des deux formes, voir Traité de la formation de 
la langue française, § 62, dans le Dictionnaire général Hatzfeld- 
Darmesteter-Thomas). Cependant, en bret. moderne, le P. 
Grégoire donne jolisded et joliffded enjolivement ; galanterie, 
amour, amourette; joliffaër pi. -aérxen enjoliveur; rentajolijj 
enjoliver; pautr joliff galant. Le franc, disait jolivct, resté 
comme nom propre. 

5 . Indan, sous, est une variante de endan, cf. in nos dans la 
nuit et Revue Celtique XX, 394; Gloss., 211. Pour l'idée, on 
peut comparer, entre autres, Mélusine, VI, 165-167. 

6. Il est possible que la fin de la phrase ait été me kauas 
« je la trouvai »; cf. Chansons du XV e ^.,144 : 

Dessoubz ung genectay fleury 
Je trouvay une gaie bergère. 

7. Ce. fragment semble la réminiscence d'une chanson- 



1. Aujourd'hui c'est en vannetais que Vu nasal est plus souvent indiqué. 
La fausse mucation à&vagarante^ pour -tu c?harante% se retrouve VII, 12, et 
là elle envahit le van. : me garantéieu {en franc. « mes amours »). 

2. Le nom Jollis se trouve en 1570, dans les registres paroissiaux de 
Spézet (Finistère). Voirie Miroiter de ta Mort, v. 3025. 



Encore du Breton cFIvonet Omnes. 251 

nette. Il contient un vers de sept syllabes et un de trois, liés 
par la rime finale et aussi par une assonance : 

Me ameus vn amor/V 
Iol/'-u/r. 

Les vers de sept syllabes, rares en moy. breton, y sont plus 
d'une fois joints à d'autres plus courts, cf. Rev. Ce! t.. XVI, 
173-176. Il en est de même en français; en voici deux 
exemples, qui font également rimer des diminutifs : 

Le chantre Rossignolet 

Nouuelet, 
Courtisant sa bien-aimée 
Pour ses amours alléger 

Vient loger 
Tous les ans en ta ramée. 

(Ronsard, Odes, IV, 22) 

Elle est gente et godinette 

Marionnette, 
Plus que n'est femme pour vray, 

Hauvay ! 
Plus que n'est femme pour vray . 

(première des Chansons dit XV e s.). 

8. Il ne manque pas d'anciens refrains où riment les corres- 
pondants mêmes de ainoric ioliuic, comme : 

Duez, j'aim par amorette, 
et si en ai bone oquison; 
s'an suis joliete, 
se suis mon ! 

(A. Jeanrov, Les origines de la poésie lyrique en France au 
moyen âge, 2 e éd., p. 494.) 

L'association des radicaux amour et joli (= joyeux ; tendre, 
amoureux, etc.) avait lieu souvent, du reste, sous des formes 
variées, dont on peut voir des exemples ibid. 180. 182, 495, 
et dans le Recueil de Motets français des XII e et XIII e siècles... 



252 E. Ernault. 

par G. Raynaud suivis d'une étude sur la musique... par H. 
Lavoix..., Paris 1882-1884, 1, 29, 246, 322; II, 93, etc. En 
voici qui se rapprochent beaucoup de notre texte (I, 47, 42, 
247 ; II, 81 ; je souligne ce qui est refrain) : « ... Encontrai 
Robin lés un pré | Ou Marot avoit chanté : | J'ai une 
amourete a mon gré Oui me tient jolive » ; « ... Une pucele 
avenant j ... Esgardai | ... Qui atent jolivement | ... Et dit 
chançonete : | Fines amoretes, Dieus ! que j'ai et que je 
sent, | Mi tient jolivete » ; «...S'en chanterai : | Amouretes \ 
Ai jolietes : S'amerai » ; « ...Robin... Ki chantoit 

d'amours .1. lai : | Fines amouretes ai.. . » 

Citons encore un fragment de lai du trouvère Martin (II, 
274) : « Quant voi m'amiete j Cointe, joliete, | De fine amo- 
rete | Tout li cuers m'esclaire... »; et dans la série des petites 
pièces qui mettent en scène Robin, ordinairement avec Aeliz 
(II, 136, 50, 127, 130, 132) : « J'aiamors a ma votenté » ; 
« ... Desouz larammée...» ; « Desoz le raim. | Mignotement la 
voi venir, \ Celé que faim ! » « ...Marchiez la foille... » 

9. D'après tout cela, on pourrait reconstituer ainsi (avec rimes 
finales, rimes intérieures et assonances, en suivant le second 
rythme donné § 7, d'une chanson qui se rattache au cycle 
rustique de Robin et Marion), le petit couplet que devait fre- 
donner le copiste breton, et dont la fin est restée au bout de 
sa plume : 

Me ameus vn amor/V 

Iol/-u/V ; 
Indan an del nie gael-as, 

A-Mas ! 
Indan au del me guel-as. 

« J'ai une amiette joliette; sous les feuilles je la vis, ha! 
sous les feuilles je la vis. » 
— Sous toutes réserves ! 

E. Ernault. 



LES TETES COUPEES 

ET 

LES TROPHÉES EN GAULE 
{suite) 



à 




■ 



i. Les têtes coupées d'Alesia. 



II 

Nous avons passé en revue tout ce que les textes et les 
légendes, les monnaies et les sculptures, peuvent nous appro- 
ter de renseignements sur la tête coupée en Gaule. La réalité 
et l'importance du rite paraîtront sans doute suffisamment 
démontrées. Reste à le situer dans la série des rites de même 
ordre et à l'expliquer. 

Le rite que nous étudions fait partie des coutumes qui 
règlent le sort fait aux dépouilles enlevées à l'ennemi. Il faut 
donc examiner ce que nous savons - par ailleurs sur les 
trophées en Gaule. Le texte le plus explicite est celui de 
César : « Mars, nous apprend-il en passant en revue les 



2 54 Adolphe Reinach. 

divinités des Gaulois, Mars est l'arbitre de la guerre '. C'est à 
lui que, lorsqu'ils ont résolu d'en décider par un combat, ils 
vouent en majeure partie ce qu'ils pourront prendre par la 
guerre. Lorsqu'ils ont été vainqueurs, ils immolent les êtres 
vivants pris et réunissent le reste dans un lieu déterminé. 
Dans beaucoup de cités, on peut voir des monceaux faits d'une 
accumulation de pareils objets dans des lieux consacrés ; et 
et il n'arrive guère que, au mépris de la religion, quiconque 
ait l'audace ou de cacher chez soi une part des prises, ou d'en- 
lever quoi que ce soit au dépôt : pour ce crime, le dernier 
supplice, avec tortures, est de règle 2 . » 

Tout ce que nous apprend ce texte, si on le réduit en for- 
mules de rituel, s'enchaîne à merveille et trouve sa confir- 
mation dans les diverses données qu'on possède par ailleurs 
sur le même sujet. 

I. — Avant toute importante entrée en campagne ou à la veille 
de toute bataille décisive, les Gaulois vouent au dieu de la guerre 
les dépouilles de F en ne mi. 

Ainsi, avant Télamon (225) et avant Clastidium (222), on 
voit les rois des Gaesates vouer, l'un à Mars, l'autre à Vulcain 
les dépouilles des Romains ; ; Ammien rappelle que les Scor- 

1 . C'est probablement Teutatès — le Mars Toutatis des inscriptions — 
que César vise ici, celui dont Lucain fait le dieu des sacrifices humains (I, 
444 : placatur sanguine diro Tentâtes). Cf. en dernier lieu Jullian, Histoire 
delà Gaule, II, p. 1 19 et 125 . 

2. César, B. G., VI, 17. Je reproduis ici la traduction Artaud -Lemaitre, 
d'après laquelle on a, en général, cité ce passage. On verra, au cours des 
pages suivantes, que c'est pour ne pas s'être reporté au texte qu'il a été si 
imparfaitement compris. 

« Mars est l'arbitre de la guerre. Très souvent, quand les Gaulois ont 
résolu de combattre, ils font vœu de consacrer à Mars les dépouilles de 
l'ennemi. Après la victoire, ils immolent le bétail qu'ils ont pris, le reste est 
déposé dans un endroit déterminé. Dans beaucoup de cités, on peut voir 
des lieux consacrés où s'élèvent des monceaux de dépouilles ; il n'arrive 
guère qu'un Gaulois ose, au mépris de la religion, cacher chez lui une partie 
du butin ou enlever quelques objets du dépôt ; la peine de mort, précédée 
des tortures les plus cruelles, est réservée à un pareil crime. » 

3. Florus, II, 4, 4 : Ariovisto duce (contrairement à Jullian, op. cit., I, 
449, je l'identifie à l'Aneroestos de Polvbe ; cf. Waltzing, Kev. d.Et.anc.,IV, 
p. 55) vovere de nostrorunt militum praeda Marti suo torquem. (Ce dernier 
mot a été inséré à cause de la suite : Intercepit Jupiter vol uni : nam de tûrqui- 



Les tètes coupées. 2 5 5 

disques immolaient les prisonniers Bellonae et Marti 1 . Cette 
Beîloiia est apparemment la déesse de la guerre dans le temple 
de laquelle, à Milan, les Insubres avaient placé leurs enseignes 
les plus sacrées et, sans doute, les plus belles dépouilles de 
leurs ennemis (224) 2 . C'est que, pour s'assurer l'appui du 
dieu dans la bataille, il est nécessaire de l'intéresser au succès. 
Si, malgré un pareil vœu, la victoire échappe, il faut que les 
chefs dont le vœu n'a pas été agréé se dévouent : ainsi doivent 
probablement s'expliquer la plupart des suicides des chefs 
Gaulois vaincus 5 . 

On peut se demander quelle était la nature véritable des 
divinités guerrières désignées sous les noms latins de Vulcain, 
de Mars ou de Bellone. Mars et Vulcain répondent aparem- 
mentaux dieux que certaines tribus gauloises appelaient Teu- 
tatès et Ésus; l'un et l'autre ont été identifiés par les Romains 
à Mars et on sait, par la fameuse scholie de Lucain, que tous 
deux recevaient des victimes humaines : celles de Teutatès 
auraient été plongées la tête la première dans un bassin plein 
d'eau; celles d'Esus suspendues à un arbre 4 . Nous avons déjà 
rencontré le supplice de la pendaison ou du crucifiement à 
des arbres sacrés appliqué aux prisonniers de guerre > et, sur 
la plaque du chaudron de Gundestrup qui représente un départ 
pour la guerre, on voit précisément un personnage géant sur 
le point de plonger un homme qu'il a saisi dans un bassin 

bus eorum auretn tropaeum fovi Flaminius erexit). Puis (Gaesatae) Viriào- 
niaro rege, Romana arma, Vulcano promiserunt. Ce fut Marcellus qui consa- 
cra à Jupiter Feretrius les armes de Virdomar, Plut. Marc. 6 et 7. 

1. Anira. Marc, XXVII, 4, 4. De même les Gètes sacrifient leurs pri- 
sonniers à leur Mars, suspendent en son honneur les dépouilles aux arbres 
et lui consacrent les prémices du butin (Jordanes, Get., V). 

2. Ai "/cuoat OTjaaîat %: axivirj-ot XsYOuivai staÔéXovTsç rrjç 'Aôïjvaç c ispôv, 
Polvbe, II, 32. Ces enseignes dorées, dites les inamovibles, conservées dans un 
temple, rappellent l'oriflamme royal déposéà S l -Denys. L'identification de la 
déesse gauloise à Bellona a pu être facilitée si elle portait le nom de Beli- 
sama souvent identifiée à Minerve. 

3. C'est l'idée déjà exprimée par Jullian dans ses Recherches sur la religion 
gauloise, 1903, p. 53. 

4. Voir p. 7, n. 1. 

5. Voir notre I er article et pensez au 3 ou 4 (ou 8 ou 9) têtes humaines 
qu'on aurait trouvées sous un autel de Mars prés d'Apt, CIL, XII, 1077. 



256 Adolphe Rciuach. 

profond 1 . Comme les Romains voyaient surtout en Vulcain le 
dieu du feu, ils ont pu lui assimiler le dieu des Gaesates 
parce que l'on aurait brûlé les dépouilles qu'on lui livrait, ce 
que les Romains appelaient Vuîcano cremari ; peut-être ont-ils 
aussi pensé à la hache du dieu gaulois qui pouvait rappeler le mar- 
teau de leur Vulcain . On saitqu'£"57/5 est représenté la hache en 
main sur l'autel de Paris où il semble répondre à Volcanus et 
avoir eu comme vocable Smertullos « le frappeur » ; on sait aussi 
que les Celtes paraissent avoir muni d'une hache ou d'un 
maillet le dieu meurtrier des orages. Quoiqu'il en soit, il est 
curieux de trouver que, quatre siècles plus tard, au temps de 
Marc Aurèle, des soldats Gaesates du Valais en garnison à 
Tongres y adoraient encore Vulcain 2 . 

Il n'est pas moins naturel que les Romains aient appelé 
Bellone une déesse gauloise de la guerre. Comme ils dési- 
gnaient sous ce nom leur déesse guerrière, il est difficile de 
savoir si les quelques dédicaces à Bcllona ou à Victoria qu'on 
a relevées en Gaule recouvrent ou non une divinité indigène 3 . 
On ne peut guère se prononcer que pour la Victoria Andarta 
qu'on trouve chez les Voconcesà Die (Drôme). On l'a iden- 
tifiée avec raison à Y Andrasté ou Andaté à laquelle on verra une 
reine des Bretons consacrer les prisonniers de guerre. D'Ar- 
bois de Jubainville avait proposé de rapprocher son nom 
d'Artaios, surnom de Mercure dans l'Isère, et d'Artio, déesse 
ourse de Berne 4 . Un monument donne un intérêt particulier 

i. Pour le supplice de S te -Reine à Alésia rapproché de celui que 
montre le chaudron de Gundestrup, cf. Jullian, Pro Alesia, 1907, 
p. 186 et A. Reinach, ibid., p. 221. 

2. Waltzing, Rev. d. Et. anc, 1902, p. 53 : Volkano sacrum. Parmi les 
rares dédicaces à Vulcain en Gaule, remarquez celle de Sens qui l'associe à 
Mars et à la déesse du feu: CIL, XIII, 2940, Marti, Volkano et deae sanclis- 
simae Vestae. 

3. Voir J. Toutain, Les cultes païens dans l'Empire romain, I, p. 433. 

Je ne trouve pas mentionnée par M. Toutain la dédicace à Mars et à Bel- 
lone recueillie à Alesia CIL, XIII, 2872, la seule peut-être qui, en raison 
de son lieu d'origine, puisse se référer à un couple guerrier indigène roma- 
nisé. Polybe, II, 326, désigne sous le nom d'Athéna la déesse guerrière des 
Insubres; on peut donc la chercher dans les Minerves gallo-romaines. 

4. D'Arbois, Rev. celt., X, p. 165 . Tout en mentionnant l'étvmologie de 
D'Arbois, Holder, s. v. dans les Nacbtraege dit préférer la forme Adrasta 



Les têtes coupées. 257 

à cette dédicace : c'est aussi en pays voconce qu'a été 
découverte la statue bien connue sous le nom de « monstre 
de Noves » '. Ce monstre est certainement un ours, défiguré 
pour le rendre plus épouvantable : le bras d'une des victimes 
qu'il a englouties lui sort de la gueule, ses pattes reposent 
sur deux tètes scalpées. Ce détail montre qu'il ne s'agit pas, 
comme avec d'autres « carnassiers androphages » gaulois - — 
surtout des loups — d'une personnification monstrueuse de la 
mort : il s'agit de l'incarnation animale d'une divinité à qui 
Ton sacrifie des prisonniers de guerre. 

Andarta est donc « la grande ourse » (/zWt'-augmentatif et 
arta, artos, ours). Son culte chez les Voconces n'a pas lieu d'éton- 
ner : on s'y trouve entre Alpes et Pyrénées, les montagnes dont 
l'ours est le roi. On sait comment les ours de Berne y perpé- 
tuent au cœur des Alpes le culte d'Artio 2 ; en Espagne c'est à un 
culte de l'ours que permettent de conclure les nombreux noms de 
lieu dans le nom desquels ursus rentre (Ursao, Ursal, Orsuna) 3 , 
les monnaies, non moins nombreuses, frappées au type de la 
tête d'ours, enfin la coutume de brûler la tête des ours qui 
trouvaient la mort dans les jeux ; Pline 4 explique cette coutume 



et l'explication qu'elle comporte a-dras-tos, invincible. C'est en rester à 
l'étymologie qui avait sans doute permis aux Gréco-Romains d'identifier la 
déesse celtique à leur Adrasteia. 

1. S. Reinach Cultes , Mythes et Religions,!, p, 271. Comme modèle 
pour le monstre de Noves on peut songer à ces lions et griffons portant 
une tête humaine entre leurs pattes tels que l'art étrusque paraît en avoir 
héritésdel'art lydo-phrygien (voir p. e. le fronton du sarcophage d'Orvieto, 
Milani, Mnseo Etrusco di Firençe, pi. XLVIII). 

2. S. Reinach, op. cit., I, 176. Ne doit-on pas rapprocher le S r Ursus de 
Soleure, ville voisine de Berne ? 

3. Je me demande s'il ne faudrait pas expliquer les noms comme Ando- 
sini, peuple entre Èbre et Pyrénées, Andusia, localité voisine de Nîmes, 
Anduro, ville de Bétique, Aridossus, nom d'homme aquitain, enfin Andarra 
— notre Val d'Andore — et Andoses ou Andosus, surnom des dieux pyré 
néens Basées et Ilunus (CIL, XIII, 26 ; XII, 4316 : on sait qu'Ilunus a été 
identifié à Hercule a Narbonne) de la même façon qu'And-arta. De son 
côté, D'Arbois a rapproché d'artos tous les noms irlandais du type d'Arth- 
mael, Arthgen (Arti-genos), Arthur (Les Celtes, p. 41 ; Les Druides et les 
dieux à forme d'animaux, p. 157). 

4. Pline, VIII, 54, 5. 

Revue Celtique, XXXII'. 17 



258 Adolphe Reinach. 

par un maléfice que contiendrait leur cervelle. Ne faut-il pas 
y voir plutôt une nouvelle trace d'un culte totémique ? On 
consumerait la tête de l'ours comme on brûlait le corps de 
Viriathe sur un bûcher ' ;il s'agirait à la fois de la dérober aux 
outrages et de l'envoyer plus sûrement rejoindre le génie de 
l'espèce. On sait que les Lusitaniens immolaient aussi des pri- 
sonniers de guerre à leur Mars 2 et un des Mars celtibères a 
porté le nom de Bôdus > . Dans Bôdits, comme dans Boudicca, il 
faut reconnaître la racine bheud, bhoud, celle dont viennent 
l'irlandais buaid et l'allemand beute, notre butin 4 . 

Il est un autre nom d'animal qui en Irlande est associé à 
l'idée de la guerre et du combat ; c'est bodb, la corneille ou 
le corbeau. Dans l'épopée irlandaise, Bodb ou Badb est un des 

1. Appien, Hisp., 74, Diodore, XXXIII, 22. On ne peut sans doute 
pas supposer la même coutume pour les Celtes d'Espagne, Silius Italicus, 
III, 341, disant expressément que les Celtibères regardaient comme un crime 
de brûler les guerriers morts en combattant. Cf. L. de Vasconcellos, Reli- 
gioes da Lusitania, III, p. 369. 

2. Strabon, III, 3, 6. On a rappelé plus haut que, lorsqu'ils ne les 
tuaient pas, les Lusitaniens coupaient la main droite de leurs prisonniers 
et l'offraient aux dieux. 

3. CIL, II, suppl. 5670. Cf. le nom de femme Boudinna sur une autre 
inscr. d'Espagne, II, 625 et les Maires Boudunn(ehae?) d'une dédicace de 
Cologne, Korr. -Bl. der Westd. Z/. XI, 1892, p. 100. 

4. Sur cette étymologie, voir J. Loth, Mêm. Soc. Liug. VII, p. 158 et 
plus bas p. 268, n. 2. 

Sur ses déesses de la guerre irlandaise et le corbeau les textes importants 
ont été réunis depuis longtemps par W. M. Hennessy Revue celtique, I, 
p. 32-56 ; j'ai ajouté quelques faits et références touchant au culte du cor- 
beau dans L'Anthropologie, 1907, p. 194. Je n'ai qu'à préciser ici certains 
traits de l'argumentation à laquelle il est fait allusion dans le texte. Babdest 
également connu sous nom de Babdcatha « Babd des batailles », nom qui 
se retrouve, sous la forme Athubodua ou Cathubodua sur un autel de Bon- 
neville, Haute-Savoie {CIL, XIII, 2571) ; ce nom permet de rapportera 
celui de la déesse toute une série de noms propres gaulois, comme Boduo- 
genos, Boduognatus. Quant à Neman ou Nemaind, elle apparaît comme la 
parédre d'un dieu guerrier Net, peut-être préceltique (cf. Rhys, Celtic Britain, 
p. 283), qu'on a rapproché du dieu guerrier Netus ou Neto des Accitans de 
Tarraconaise (Macrobe, I, 19, 5. Cf. CIL, II, 365, 3386 et 5278); Neit 
est dit dieu du combat (dia catha) au Glossaire de Cortnac. Nemetona 
se rencontre, associée à Mars, à Bath dont la déesse, Sul Minerva, est 
la Minerve protectrice du feu dont parle Solin, 22, 10. Dans les légendes 
galloises la déesse de la guerre passe pour l'épouse de Nûdd « à la dextre 



Les têtes coupées. 259 

noms que porte la déesse de la guerre. Plus que ses sœurs — 
Mâcha, à qui des lexiques donnent également le sens de 
« corneille », Nemaind qu'on a rapprochée de Ncmetona sou- 
vent associée en Gaule à Mars, et Morrigu ou Morrigan « la 
grande reine », aïeule de notre fée Morgane, — Bodb, elle, a 
gardé son caractère primitif; dans toute bataille, elle tournoie 
sous forme de corbeau sur la tête des guerriers : c les pré- 
mices de Mâcha, dit une glose irlandaise, ce sont les têtes des 
hommes tués » '. 

On comprend sans peine que le corbeau ait passé pour 
incarner l'esprit de la guerre. C'est lui qui suit les armées en 
campagne, flairant les cadavres ; c'est lui qui nettoie les champs 
de bataille. Il est aidé dans cette œuvre par le chien sauvage 
ou le loup. C'est sans doute ainsi qu'il faut expliquer que le 
chien ou le loup soit devenu le compagnon du Dispater gau- 
lois, comme il est, sous le nom de Cerbère, « le mangeur de 
chair», l'animal d'Hadès-Pluton 2 . Ce n'est pas non plus sans 
doute par l'effet du hasard que Cûchulainn « le chien de 
Culann», le grand héros guerrier de l'Irlande passe pour le fils 
de Lug, alors que, suivant le Pseudo-Plutarque, les Gaulois 

d'argent ». D'après une théorie, d'ailleurs très contestable, de Sir John 
Rhys, Nûdd Llaw Ereint en gallois, ou Nuada Argetlâm en irlandais, serait 
une forme de Net-Neton et l'on a trouvé à Lydney Park(Llûdd = Nûdd ; cf. 
Caer Ludd, Londinum, Londres) des dédicaces à Marti Nodenti ou Nudente 
( J. Rhys, Cellic Britain et Studies in the Arthur ian Legend, p. 169; cf. 
Hubert, R. Ceît. XXXIV, p. 7). — Il paraît peu probable que Mâcha ait 
signifié « corneille » ; c'est par suite de son identification à Bobd qu'un lexi- 
cographe a dû lui donner cette signification alors qu'elle n'était qu'un vocable 
de la déesse, vocable qu'il faut sans doute rapprocher du grec aa/Tj, com- 
bat, du ht'mmactare, immoler. — Sur Morgan la fée, cf. Loth, Contributions 
à l'étude des Romans de la Table Ronde, p. 53. — Je n'ai qu'à rappeler dans 
cette Revue la théorie que D'Arbois y a si ingénieusement soutenue pour 
montrer, dans les trois oiseaux qui sont perchés au-dessus du Tarvos Tri- 
garanos sur l'autel de Paris, Morrigan, Babd et Mâcha sous leur forme 
animale avertissant le taureau de Cooley ; Cûchulainn serait la forme irlan- 
daise d'Esus Smertullos et son compagnon Conall Cernach celle de Cernun- 
nos : tous deux formeraient les Dioscures adorés par les Celtes de l'Océan 
selon Diodore (Rev. Celtique, XIX, p. 246;XX,p. 83 ; Les Celtes, p. 58-64). 

1. Wh. Stokes, Rev. Celtique, XII, p. 127. 

2. Voir ma note sur La déesse au chien dans les Mémoires de F Académie 
de Vaucluse (191 3). La Morrigan apparaît sous forme de louve rouge 
pour combattre Cûchulainn, cf. Rev. Celt., 1908, p. 197. 



26o Adolphe Reinach. 

désignaient sous le nom de "kovfov une espèce de corbeau. Les 
deux démons guerriers, associés sur les champs de carnage, ont 
été unis par un lien de filiation. On connaît lerôle que joue le 
corbeau auprès d'Odin, le dieu germanique de la guerre, et la 
parèdre de ce dieu a pu s'appeler Baduhonia « la dame du cor- 
beau » en Frise 1 ; les monuments gallo-romain associent le cor- 
beau à Sucellus; ce nom, interprété comme « le frappeur », 
peut faire tenir la divinité qu'il désigne pour une des formes 
du dieu de la guerre gaulois. 

Un troisième nom celtique appliqué à une espèce de cor- 
beau, branos, a pu également devenir celui d'une divinité guer- 
rière. C'est évidemment ce nom qui se retrouve dans Bran, le 
héros géant, pendant gallois de Cûchulainn, dont nous avons 
déjà parlé à propos des légendes de sa tête coupée; on a reconnu 
des doublets de ce demi-dieu dans deux autres héros gallois, 
Owein et Urien,qui ont passé des Mabinogion aux Romans de 
la Table Ronde. Or, Urien a un corbeau comme compagnon et 
guide et Owein une armée de corbeaux 2 . Brannogenium et 
Brannodunum, villes de la Bretagne gallo-romaine, malgré leur 
double nu, attestent peut-être l'importance du culte de Bran ; et, 
puisque Brannogenium est devenu Brandon Castle, y a-t-il im- 
possibilité à croire que les divers S 1 Brandan, dont les légendes 
ont englobé tant d'éléments celtiques, aient recouvert par en- 
droits le culte de « Bran le saint ? » Une de ses légendes ne 
donne-t-elle pas au saint pour sœur cette Briga, Brida ou Bri- 
gitte en qui revit certainement la déesse guerrière des Bri- 
gantes, la Dea Victoria Brigantia > ? 

Que le dieu-corbeau, Bran, ait été l'objet d'un culte en Gaule 
c'est ce que des noms de lieu peuvent attester pour lui 4 comme 

i. Tacite, Ann., IV, 73. Cf. p. 258, n. 3. 

2. Sur Bran, Urien et le corbeau; cf. Skene, Four Ancient Bodks of 
IVales, I, p. 298; J. Rhys, The Arthurian Legend, ch. 11 (il a montré que 
Bran survivait dans le roi Brandegore, le sire Brandiles et Uther Pendragon 
de la légende arthurienne). Dans ses Hibbert Lectures (1886, p. 282-304). 
Sir John Rhys a cherché à prouver l'identité du héros gaélique Gwydion 
avec Odin ; sa thèse n"a généralement pas été acceptée. 

3 . CIL, VII, 200 ; Haverfield, Eph. Epigr., X, n. 11 20. Sur la Minerve bre- 
tonne, E. Windisch, Das Keltiscbe Britannien (Leipzig, 191 2). 

4. Tous les noms dérivés de Breiitiacus, comme Brenaz, Bernac, Berny, 



Les têtes coupées. 261 

pour Lug '. Ce ne saurait être un hasard qui nous a transmis 
pour Lyon, Lugudunum, une tradition qui montre son emplace- 
ment désigné par un corbeau 2 ; de même, les nombreuses mon- 
naies où l'on voit un oiseau qui semble guider un cheval ou 
reposer sur son dos — oiseau qui rappelle particulièrement un 
corbeau chez les Sénons — ,1a légende de Ségovèse conduit vers 
le Danube par des oiseaux 5 et la peuplade des Aulerques Bran- 
novices« guerriers de Brannos », ne sont-ce pas là autant d'in- 
dices qui permettent de se demander si, dans le nom de Brennus 
donné au chef des Gaulois (Sénons) devant Rome et devant 
Delphes, il ne faut pas voir un titre emprunté au corbeau qui 
pouvait lui servir d'enseigne ou orner le casque du chef, 
descendant et délégué du dieu ? 4 Que ce chef ait porté le 
nom du dieu qui guidait les guerriers à la bataille, c'est ce 
dont on pourrait voir une confirmation lointaine dans le pas- 
sage de Geoffroy de Monmouth qui montre Belenus et Brennus 
— Beli et Bran dans la version galloise — se disputant la cou- 
ronne de Bretagne 5 , puis partant pour la conquête de Rome et 

etc. Sur Brendan, forme hypocoristique de Brenaind, voir en dernier lieu 
K. Meyer, Sit~. 1er. Berl. Ak., 1912, p. 436. 

1. De Lugudunum dérivent Lyon, Laon, Lion en Sullias (Loiret), Leyde, 
Liegnitz en Autriche, Louth (Lugh-magh) en Irlande, etc. 

2. Ps.-Plutarque, De Fluviis, VI, 4. C'est là que se trouve l'explication 
Àouyov tov xopaxa. Il faut rappeler qu'acceptée par D'Arbois, elle a été 
contestée par Gaidoz,parLothet par Holder,i?. celt., VI, p. 489; X, p. 490, 
XXVI, p. 129. 

3. Justin, XXIV, 4, 3. 

4. J'ai montré ailleurs que, si les rois de Macédoine portaient des cornes 
de chèvre sur leur casque, c'est que leurs guerriers avaient d'abord marché 
sous la conduite d'un bouc divin, dont le chef avait fini par revêtir la 
dépouille. On sait que Gaulois (Diod., V, 30, 2) et Cimbres (Plut., Mar., 
25) ornaient leurs casques de têtes fantastiques d'animaux; Solin, 22, 
montre les Bretons vêtus au combat de peaux de bêtes. Le corbeau comme 
enseigne ne nous est pas connu chez les Celtes, mais chez les Danois et 
chez les Normands : ceux-ci avaient une bannière appelée corbeau ; quand 
ils devaient être vainqueurs un corbeau venait se poser sur elle ; sinon le 
drapeau retombait inerte (Hennessy, Rei\ celtique, I, p, 53). Les mentions 
dans l'épopée irlandaise de guerriers à têtes d'animaux sont peut-être dues à 
une méprise pour la tète d'animal qui coiffait certains guerriers (Rev. celt., 
XXVI, p. 139). Les fouilles en Espagne ont fait connaître ces cercles de 
fer surmontés de corbeaux qui, d'après Strabon, servaient de support aux 
coiffures des femmes d'Ibérie(Cerralbo, C. R. Ac. Inscr. 1913, p. 529). 

5. Geoffroy de Monmouth, Hist. Brit., III, 1. 



2(^2 Adolphe Reinach. 

du monde. Il doit y avoirlà des souvenirs confus des deux Bren- 
nus et de la double expédition des deux frères, Ségovèse et 
Bellovèse : le Belenus de cette légende couvrant évidemment le 
dieu gaulois de ce nom, il peut en être de même de Brennus '. 

Quoi qu'il en soit, ce qui semble bien établi c'est que, chez 
les Celtes comme chez tous les peuples primitifs, le dieu de 
la guerre n'est pas essentiellement distinct du dieu de la mort ; 
l'un et l'autre manifestent leur action par des cadavres et ce sont 
les carnassiers qui dévorent les morts qui passent naturel- 
lement pour incarner l'esprit de meurtre et de dévastation : 
l'ours dans les montagnes, plus généralement le chien-loup et 
le corbeau. C'est seulement par la suite que le culte des armes 
va contribuera anthropomorphiserces animaux sacrés: le glaive 
infaillible deNuada, la lance qui frappe d'elle-même de Lug ont 
été d'abord des fétiches, adorés pour eux-mêmes, comme la 
hache de Thor ou la flèche d'Abaris 2 . 

Puisque telles sont, à l'origine, les divinités de la guerre, 
on comprend qu'il ait fallu, pour obtenir leur aide, leur pro- 
mettre des victimes à dévorer. Toute entrée en campagne 
devait donc, primitivement, être accompagnée d'une dévotion, 
non des dépouilles, mais des corps mêmes de l'ennemi ; de 
cette consultation des dieux de la guerre il n'est resté, à 
l'époque romaine, que quelques rites préliminaires 3 et la 
consécration des dépouilles. On va voir que l'ancien rite de 
la consécration totale était encore connu de César et qu'il a 
été pratiqué par les Gaulois jusqu'en plein I er siècle. 

i. Bien que le rapprochement de Bran et de Brennus soit déjà dans Mac 
Culloch, Relig. oftheCelts, 191 1 (avec un point d'interrogation, il est vrai), 
peu de celtistes seront sansdoute disposés à l'admettre [N. d. 1. r.j. 

2. Sur la flèche d'Abaris chez les Celtes voir de Saulcy, Rev. Num., 1842 
et mon mémoire précité, L'Anthropologie, 1909, p. 197. Remarquez qu'Abaris 
s'est confondu chez les Gètes avec Zamolxis, dieu ours comme Artio. 

3. On peut voir des traces de ces rites préliminaire dans la fameuse réu- 
nion des Gaulois au milieu du bois sacré des Carnutes où des serments sont 
échangés devant les dieux des enseignes (collai ismilitaribus signis, VII, 2, 2), 
réunion suivie du massacre des Romains à Génabum. On doit comparer 
Arminius réunissant ses alliés, et Civilis ses Bataves dans des bois sacrés 
(Tac, Ann., II, 12; Hist., IV, 14). Comme consultation des dieux, on 
peut en trouver des traces en Bretagne quand Boadicée lâche un lièvre 
animal sacré, avant de conduire son armée au combat, et quand un roi 
d'Irlande consulte son druide avant la bataille (Rev. celt., 1903, p. 180). 



Les têtes coupées. 263 

II. — Pour accomplir ce vœu, tout ce qui est pris vivant est 
immolé. 

Que Yanimalia de César ne vise passeulement le bétail, mais 
tous les êtres vivants, on ne le sait pas positivement pour 
les Gaulois ', mais on peut leur attribuer sans doute un usage 
qu'on retrouve chez leurs voisins du sud-est et du nord-est. 

Pour les Ligures, rappelons le sac de Modène, en 176, où 
prisonnières et animaux sont semblablement égorgés 2 . 

Pour les Germains, en dehors delà bataille de Teutobourg 
alléguée plus haut, où les vainqueurs ne firent aucun quartier et 
firent périr tous les gradés par des supplices à caractère religieux, 
on peut rappeler que, dans une guerre entre les Hermondures 
et les Cattes, les vainqueurs avaient voué toute l'armée enne- 
mie : « Marti ac Mercurio sacr avère quo voto equi viri cuncta victa 
occidioni dantur » 5 . C'est ainsi que le peuple des Bructères, au 
nombre de 60.000 âmes, dut être anéanti par les Chamaves et 
les Angrivariens sans qu'il en restât un seul homme +. C'est 
de pareils usages que dut venir la réputation qu'eurent les 
Gaulois d'extrême férocité et, même, de cannibalisme 5 . 

D'ailleurs, Diodore dit formellement des Gaulois, sans doute 
d'après Posidonios, « qu'ils se servent des prisonniers comme 

1 . Toutefois, c'est peut-être en accomplissement d'un vœu que les 
Insubres exterminent, en 295, une légion jusqu'au dernier homme, Liv.X, 
26, 11. 

2. Liv. XLI, 18 : «Ils tuent les prisonniers après les avoir hachés en 
pièces; dans les temples, ils font une boucherie d'animaux plutôt qu'un 
sacrifice ; ils brisent contre les murailles des vases de toutes sortes. » 

3. Tacite, Ami., XIII, 57. 

4. Tacite, Germ., 33. 

5. Même si l'on partage à cet égard le scepticisme de C. Jullian qui 
groupe tous les textes relatifs aux .sacrifices humains de façon à faire voir 
comment s'était formée la légende qui avait été jusqu'à accuser les Gau- 
lois de cannibalisme (Hist. Gaule, II, p. 157-9^ même si l'on refuse de croire 
avec S. Reinach (C. R. Ac. Inscr., 191 3), que des hommes aient été sacri- 
fiés par les druides, il n'en reste pas moins certain que des victimes 
humaines étaient immolées dans certaines circonstances et dans certains 
lieux : ainsi, dans les mannequins d'osier de Taranis, dans l'île des prêtresses 
Namnètes, dans la forêt sacrée de Semnons. Aux textes réunis par Jullian il 
faut ajouter ceux de S 1 Jérôme qui affirment l'anthropophagie des Scots 
qu'il vit en Gaule (C.Jov . 36 ; Ep. ad Ocan., IV, 2) . Je ne vois, pour ma part, 
aucune raison de mettre en doute ces sacrifices humains qui sont attestés, 



264 Adolphe Reitmcb. 

victimes dans les fêtes des dieux; certains d'entre eux leur 
ajoutent les animaux pris à la guerre qu'ils égorgent ou brûlent 
avec les hommes ou détruisent de toute autre manière ' » . 

Le plus terrible exemple d'une guerre inexpiable à caractère 
religieux est celui que fournit la révolte des Bretonsen 59. Ayant 
pris deux villes romaines 2 « Boudouika y fit un immense car- 
nage ;il n'y eut pas de cruauté que ne souffrirent les hommes qui 
furent pris. Mais leur action la plus affreuse, la plus inhumaine, 
tut de pendre nues les femmes de la plus haute naissance 
et de la plus grande distinction, de leur couper les mamelles 
et de les leur coudre sur la bouche, afin de les leur voir 
manger ; après quoi, ils les empalèrent. Ces horreurs se 
commettaient au milieu de leurs sacrifices, de leurs festins et 
de leurs orgies, dans leurs temples et principalement dans le 
bois consacré à Andata ; c'était le nom qu'ils donnaient à la 
Victoire, et ils lui rendaient un culte tout particulier 2 . » Quand, 
revenu en toute hâte de Mona, Suetonius Paulinus exhorte 
ses soldats à combattre les Bretons : « Ne vaut-il pas mieux, 
leur demande-t-il, succomber en combattant vaillamment que 
d'être faits prisonniers pour être mis en croix, pour voir ses 
entrailles arrachées, pour être transpercés de pieux brûlants, 
pour périr consumés dans l'eau bouillante, comme si nous 
étions tombés parmi des bêtes sauvages, ne connaissant ni loi, 
ni religion » \ Il paraît certain que ces supplices ne sont pas 
ici ceux qu'invente une aveugle fureur : contrairement à ce 
que pensait Suetonius, c'était la religion qui y présidait. 

On ne saurait conclure de ces faits que les Gaulois ne 
faisaient aucun quartier sur le champ de bataille. Il n'est pas 

pour l'Angleterre celtique, par Pline, XXX, 1. — Tacite, Ami., XIV, 30, pré- 
cise que ce sont les prisonniers de guerre que les druides sacrifiaient sur les 
autels de Mona. 

1. Diodore, V, 32, 6. Dans un des fr. du 1. XXXI qui se place au milieu 
du 11 e s., Diodore a conservé un exemple de ce qu'affirme ce texte : un 
chef Gaulois rassemble les captifs ; il immole aux dieux les plus beaux et 
les plus robustes et ordonne que les autres soient percés de traits. 

2. Dio Cassius, à qui ce passage est emprunté (LXII, 7), n'a désigné 
nommément que Camulodunum ; Tacite, Arin., XIV, 33, parle aussi de 
massacre total à Londres et à Vérulam avec plus de 10.000 victimes tuées 
par les gibets, les croix, le fer, le feu. 

3. Dio, LXII, 11. — Sur Andarta, « la grande ourse », voir p. 256-7. 



Les té tes coupées. 265 

douteux qu'ils fissent des prisonniers, souvent réservés pour 
les grandes fêtes expiatoires. Avant dese permettre de soustraire 
définitivement des victimes au dieu de la guerre, il semble 
qu'ils aient consulté la divinité. C'est l'usage que deux textes 
laissent entrevoir pour les Germains de la région rhénane à 
plus de huit siècles d'intervalle. Délivré par la défaite 
d'Arioviste, C. Valerins Procillus raconte à César que les 
Suèves avaient trois lois consulté les sorts en sa présence 
pour savoir s'il serait brûlé sur-le-champ ou s'il serait réservé 
pour plus tard '. Dans la Vita de Wilibrord par Alcuin on 
voit le roi des Frisons, Radbod, jeter trois fois le sort pour 
savoir s'il mettrait à mort les chrétiens captifs 2 . Or, on sait 
par César que les Suèves faisaient consulter les sorts par des 
matrones pour savoir si les dieux conseillaient ou non de 
livrer bataille 3 et Tacite a décrit le procédé emplové. Ce 
procédé consistait à jeter au hasard sur une étoffe blanche une 
poignée de baguettes de bois coupées à un arbre fruitier, 
chacune marquée d'un signe ; trois fois, après avoir invoqué 
les dieux, le père de famille ou le prêtre retirait une baguette ; 
la signification des trois signes ainsi réunis dictait la réponse 
du ciel 4 . Ces signes, chez les Germains, étaient évidemment 
des runes ; mais ce terme paraît avoir été emprunté au celtique : 
en irlandais n'm a conservé le sens de mystère, secret. D'autre 
part, on a montré que l'écriture oghamique remontait à un 
système de signes sur baguettes de bois usité par les anciens 
Celtes '. On peut donc croire que l'usage attesté pour les 
Germains n'était pas inconnu des Celtes ; on pourrait même 
s'expliquer ainsi que le vocable d'Ogmios et le renom de dieu 
de la parole se soient attachés au génie gaulois de la guerre : 
ne serait-ce pas précisément pour connaître ce qu'il décidait 
sur le sort des prisonniers qu'on aurait fait parler les sorts 
devant son image ou en l'invoquant ? 

1 . César, S. G., I, 53, 7. 

2. Alcuin, Vita Wilibrordi dans Acta Sanctorum, 7 nov. (738). 

3. B. G., I, 50, 4. 

4. Tacite, Hist., IV, 61. 

5. Voir J. Loth. Rev. celt., 1895, p. 313 et/, des Savants, ion, p. 403. 
La même théorie a été développée par G. Neckel, Zur Einfûhrung in die 
Runenforschung au t. I (1909) de la Germ.-rom. Monatsschrift. 



266 Adolphe Reinach. 

III. — Tout ce qui est inanimé est réuni en monceau. 
Ce monceau pouvait être laissé tel quel à pourrirsurle champ 

de bataille. Mais on pouvait avoir recours à des moyens plus 
rapides de le livrer à la destruction qui le donnait aux dieux. 
Ainsi, c'est l'incendie du butin que doit signifier la con- 
sécration à Vulcain que l'on a mentionnée ' ; le butin rapporté 
par les Tektosages des expéditions qui les menèrent jusqu'en 
Grèce et en Asie fut précipité dans les lacs sacrés de Toulouse 2 . 
C'est par un usage semblable qu'on a expliqué les dépôts 
d'armes et d'ornements de bronze trouvés, brisés ou hors 
d'état de servir, dans les tourbières du Danemark 3 : ce 
serait le reste du butin abîmé par les Cimbres dans leurs lacs. 
On a pu appu) r er cette explication sur le texte qui montre les 
Cimbres, vainqueurs de Caspion, combinant avec la noyade 
d'autres modes de destruction : vêtements déchirés et leurs 
morceaux dispersés au vent, or et argent jetés à la rivière, 
chevaux précipités dans des gouffres, équipement des hommes 
et des chevaux brisé en mille pièces 4 . 

IV. — Le monceau des dépouilles s'élève dans un endroit consacré. 
A l'origine, il devait se dresser sur le champ de bataille, — 

le fait est connu pour celui de l'Allia ! — comme le trophée 
gréco-romain, et le champ de bataille était sacré ipso facto. Plus 
tard, quand chaque peuplade fixée au sol — la civitas de César 
n'est pas une cité au sens de ville, mais au sensdVto/, — eut son 
lieu saint, c'est là qu'on paraît avoir transporté le butin : 
en Gaule, ce fut généralement un bois sacré comme celui des 
Carnutes. Quand un véritable temple s'y éleva, c'est lui qui, 
comme en Grèce ou à Rome, reçut les dépouilles : c'est ainsi 
que les Arvernes placèrent l'épée de César dans un temple 6 , 

i. On sait que les Romains, pour caractériser l'usage analogue qui était 
le leur, employaient l'expression : spolia Vulcano cremantur (Liv. I, 37; 
VIII, 10; XXIII, 46; XXX, 6; XLI, 12). 

2. Strabon, IV, 1,13; Justin, XXXIII, 3, 9. Cf. A. Reinach, Rev. arch., 
1907, I, p. 188 et Bull. Corr. Helh, 1910, p. 312. 

3. Cf. S. Reinach, Rev. arch., 1908, I, p. 49. 

4. Orose, V, 16. 

5. Après l'Allia les Gaulois caesorum spolia légère armorumque cumulos, ut 
mosiis est,coacervare (Liv. V, 39). 

6. Plut. Caes., 26. 



Les têtes coupées. 267 

tandis que les Germains d'Arminius taxèrent aux chênes 
sacrés de la forêt de Teutobourg les enseignes prises à Varus ; 
les Boïens, en 216, avaient placé la tête et les dépouilles 
du consul tué in tempîo quod sanctissimum est apuâ eos '. 

Suétone parle des in Gallia fana templaque deitm Jouis 
referta 2 . Qu'après la conquête romaine et à l'instar des 
Romains on aurait éternisé les dépouilles en les sculptant en 
frises d'armes sur les temples de la Gaule, c'est ce que peuvent 
indiquer certaines plaques de schiste lusitaniennes qui portent 
des armes en relief 3 , peut-être aussi les têtes coupées qu i devaient, 
on l'a vu, orner un des temples d'Alésia (fig. 1); enfin, dans 
la présence de scalps et de tètes coupées sur les reliefs de 
l'arc d'Orange et sur ceux d'un monument de Mérida, dit temple 
de Mars, il faut sans doute reconnaître l'action des nombreux 
auxiliaires gaulois ou celtibères de César en Gaule et d'Au- 
guste en Espagne. Mais rien ne vient confirmer les dires 
dVElien quand il nous montre « les Celtes élevant des tro- 
phées à la façon des Grecs à la fois pour honorer les hauts faits 
accomplis et pour laisser des monuments de leur valeur » 4 . 

V. — 77 est interdit, sous peine de sacrilège entraînant les plus 
cruels supplices 5 , de rien soustraire à ce qui a été consacré au 

1. Liv. XXIII, 24. 

2. Suet. Caes., 54. 

3. S'il faut voir des trophées dans les dalles de schiste du Portugal qui 
portent en relief une épée au fourreau ou une hache à tranchant con- 
vexe, elles doivent avoir été sculptées sous l'influence des trophées monu- 
mentaux romains, cf. Leite de Vasconcellos, O Archeologo portugnès, 1908, 
p. 300et 305 ; Jabrbuch, 1910, An-., p. 336. Mais il vaut mieux probable- 
ment y voir des dalles tumulaires de l'âge de bronze avec Déchelette, 
Manuel, II, p. 491. Il n'v a rien non plus qui soit nécessairement indigène 
dans les boucliers et les avants de vaisseaux qui auraient été exposés au 
temple d'Athéna à Odysseia, Strabon, III, p. 157. 

4. Aelien, Hist. Var., XII, 23. Aelien écrit à la fin du 11 e siècle de 
notre ère. 

5. Il est probable que g ravi ssi >n uni supplicium désigne seulement par lui- 
même la peine capitale ; ce qui reste incertain, c'est si cian cruciatu désigne 
l'ensemble des tortures qui précéderaient l'exécution, ou, au sens propre, l'ex- 
position préalable sur une croix. On sait que Strabon signale la crucifixion 
parmi les supplices religieux des Gaulois ('àvarrdupouv iv roïç Eepoîç IV, 4, 
5 ; cf. Diod.. V, 32, 6 : 'avaoxoXo^! £ou<?'.v IV: Dio. LXII, 7 : nxoXoTCiaôijva!). 



2 68 Adolphe Reinach. 

dieu, soit sur le champ de bataille avant que le monceau des 
dépouilles ait été formé, soit, après, du monceau même. 

En commentant ce passage, Salomon Reinach rapproche 
l'espèce de maléfice qui se serait attaché à Yatintm tolosanum : 
l'or maudit qui cause le désastre de quiconque le touche '. Je 
crois avec lui que cette opinion doit avoir pris naissance en 
Gaule, où elle répondait à l'interdiction rappelée par César ; 
mais il ne me semble pas que le rite des têtes coupées con- 
tredise cette interdiction autant qu'il semble le croire. 

Sans doute, il y a contradiction apparente ; mais ne peut-on 
la résoudre ? On pourrait essayer de montrer que César décrit 
le rite celtique pur tandis que la décollation des vaincus serait 
une coutume des peuplades voisines, germaniques ou ligures. 
On l'a constatée chez les Germains, et les Scordisques peuvent 
être revendiqués comme Germains, comme on l'a fait pour 
les Bastarnes — pour ma part, je les crois des Gallo-belges 
comme les Boïens chez qui on a relevé le même rite — . On 
pourrait soutenir aussi que Posidonios ne parle que des 
Gaulois plus ou moins ligurisés de la région de Marseille où 
se trouvent les monuments les plus caractéristiques pour l'étude 
de notre rite — Hyères, Sisteron, Evénos, Antremont, Orange. 
Mais, contre cette attribution exclusive du rite aux Ligures ou 
aux Germains, on peut invoquer différents arguments : d'abord, 
une communauté de rite entre ces deux peuples qui ne furent pas 
en contact immédiat s'explique précisément par l'intermédiaire 
des Gaulois qui s'étendaient entre leurs confins respectifs 2 ; 
puis, le rite est bien attesté par les monnaies pour les popula- 

i. S. Reinach, loc. cit., p. 35. Voir, en dernier lieu, sur le montant des 
trésors enlevés par Caepion, une note de G. Bloch au Congrès archéologique 
de Rome, 191 3 et Rcv. d. êt.anc, 191 3, p. 278. 

2. Que la pénétration s'est bien faite de Gaule en Germanie on en a un 
indice dans le fait que c'est le mot celtique désignant la victoire, bheudi, qui 
a donné l'allemand beute, d'où notre butin. Les Germains n'auraient connu 
vraiment le butin que par les victoires remportées au service des Gau- 
lois. En signalant ce fait (C. R. Ac. Iuscr., 1907, p. 172 ; Rev. Arch., 1907, 
I, p. 324; Revue Celtique, 1907, p. 130), d'Arbois de Jubainville rappelait 
que les écuyers que Posidonios montre remportant les dépouilles sanglantes 
pouvaient être des Germains. Ces écuyers s'appelaient ambacti (Caes., VI, 159; 
cf. Pol . , III, 18, 12 ; Diod., V, 29). De là le vieil-allemand ambaht (homme de 



Les têtes coupées . 269 

tions de l'Armorique et du Sud-Ouest, celtiques entre toutes. 

Aussi bien, cette contradiction apparente ne peut-elle pas se 
résoudre, je crois, par des différences ethniques. 

La contradiction, en effet, — si contradiction il y a, — 
ne se limiterait pas à l'enlèvement de la tête ; l'extrait de 
Posidonios nous apprend aussi, on l'a vu, que le vainqueur 
s'emparait des dépouilles de l'ennemi décapité et l'histoire 
des invasions gauloises est pleine de textes qui nous parlent 
du butin enlevé ; beaucoup de leurs expéditions n'ont pas eu 
d'autre but. En 288, les Sénons et leurs voisins Transalpins 
poussent une fructueuse razzia jusqu'en territoire romain ; 
au retour, en Tyrrhénie, une sédition éclate à propos du 
butin; une partie est détruite, non sans mort d'hommes et 
Polvbe remarque « c'est assez la coutume des Gaulois 
lorsqu'ils ont fait quelque capture, surtout quand le vin et la 
débauche échauffent leur tète » '. Dans un engagement, avant 
Télamon, les Gansâtes font un riche butin en prisonniers, 
bestiaux et bagages ; le roi Anercestos leur conseille de retour- 
ner les mettre à l'abri dans leurs foyers ; pendant la bataille, 
ils forment une sorte de parc avec toutes les prises, sur une 
éminence voisine 2 . — On voit les Celtibères de Sertorius se 
partager le butin ; , et les Silures en Grande Bretagne agir de 
même avec dépouilles et prisonniers. Quand leur chef Carac- 
tacus fut exhibé à Rome, il était orné « des ornements mili- 
taires, des colliers, des trophées conquis par lui sur les 
peuples voisins + ». La plupart de ces décorations militaires que 
les Gaulois paraissent avoir portées, sur eux ou sur leurs 
enseignes, ne sont que des symboles des dépouilles conquises 

service, d'où avit fonction), d'où notre ambassade. D'Arbois rappelait aussi 
que Cûchulainn pensait que s'emparer des vêtements, des armes, des chars 
et des chevaux des ennemis vaincus aurait été un acte indigne de lui ; il se 
bornait à couper et à enlever les tètes . 

1. Polvbe, II, 19. 

2. Polvbe, II, 26 et 28. Cf. p. 254, n. 3. En feuilletant Tite Live on 
trouverait encore de nombreuses mentions du butin fait par des Gaulois : 
en 201 celui fait à Plaisance suffit à charger 200 chariots (XXXI, 21); peu 
après il mentionne celui des Sédétans (XXXI, 49), celui des Boïens 
(XXXIII, 37), celui des Lusitaniens (XXXV, 1), celui des Ligures (XXXV, 4). 

3. Plutarque, Pomp . , 19. 

4. Tacite, Ami., XII, 36 et 39. 



270 Adolphe Reinach. 

tout comme le sont chez les Romains, colliers et bracelets, 
lances et boucliers en réduction : il est possible que les 
Romains eux-mêmes aient porté sur leurs enseignes une 
forme stylisée du scalp ' . 

Il est donc avéré, d'une part, que les Gaulois recueillaient 
et conservaient le butin, d'autre part qu'ils le laissaient à la 
corruption naturelle ou en activaient la destruction. 

Cette apparente contradiction s'explique, — ou plutôt elle 
s'éclipse, — si l'on considère de plus près le rite lui-même. 

Tout combat peut affecter deux formes et ces deux formes 
retentissent sur le sort fait à ses dépouilles : il peut-être 
collectif ou singulier. S'il est collectif, il est manifestement 
impossible aux vainqueurs de savoir quel est l'ennemi que 
chacun a tué ; cadavres et armes jonchent pêle-mêle le champ 
de bataille ; sur tout a passé le souffle mortel du génie de la 
guerre à qui l'on a voué l'armée ennemie ; tout ce qu'a con- 
taminé ce souffle de feu est retranché par là même du domaine 
des vivants et quiconque y toucherait, contaminé par la force 
destructice qui s'y est manifestée, risquerait de la transmettre 
à son tour. 

A donner une telle intensité à cette croyance, deux phéno- 
mènes naturels ont dû contribuer : la foudre et la putréfac- 
tion. La foudre, qui paraît avoir passée en Gaule pour l'éclat de la 
hache de pierre du dieu destructeur frappant l'enclume céleste, 
la roudre ne détruit pas seulement ce qu'elle frappe ; elle ravage 
aussi tout ce qui est en contact avec l'objet frappé, sans qu'on 
puisse voir comment son action s'est transmise : l'action destruc- 
trice du dieu des batailles a dû être assimilée à celle du maître de 
la foudre et c'est pourquoi ces deux conceptions divines sont 
associées chez les Gaulois et les Germains dans la personne 
de Wotan ou de Taranis, d'Esus ou de Smertullos, de Sucel- 
lus ou de Latobios, dieux de la foudre et de la guerre qu'arme 
le maillet ou la hache. Que l'action qui s'est manifestée au 

1. Voir mon article Signa du Dictionnaire des Antiquités, p. 1 3 1 5 . 
J'espère montrer quelque jour l'origine gauloise de certains des dona niili- 
taria en me fondant sur le nom de torques consacré aux colliers d'honneur 
et sur l'emploi que fait Polybe du mot gaison pour désigner la hasta para. 
Rappelons aussi les Calédoniens de Galgacus sua quisque décora gestantes 
(Tac, Agric, 29). 



Les têtes coupées. 271 

sein d'une armée vaincue est bien assimilable à celle qu'exerce 
la foudre, c'est ce que les effets de la putréfaction ont dû con- 
firmer aux yeux des primitifs. Que Pourrières marque ou ne 
marque pas la plaine qu'a engraissée le sang des Teutons, 
tout champ de bataille se transforme à l'origine en campi putridi. 
Les primtifs ont dû constater de bonne heure la pestilence 
qui s'en dégage tant qu'il reste de la chair sur les os,pestilence qui 
cesse dès quela chairadisparu et quelesos, seuls, blanchissent au 
soleil. Us ont dû en conclure que, tant que le dieu n'avait pas 
rassasié sa faim sur les victimes qui lui avaient été vouées, 
il punissait, en le frappant d'une maladie mortelle, quiconque 
touchait à ce qui lui était consacré. C'est de là que viennent, 
d'une part la conception du génie de la guerre sous les espèces 
d'un des carnassiers qui hantent les champs des morts, chien 
loup, ours ou corbeau, d'autre part les supplices affreux 
auxquels César nous apprend qu'on condamnait ceux qui 
avaient dérobé quoi que ce soit aux dépouilles consacrées aux 
dieux. Ce n'est pas le larcin qu'on poursuivait en lui-même, 
c'est l'irritation du dieu frustré qu'on voulait empêcher de se 
manifester par une pestilence ; pour l'éviter, il n'était pas de 
meilleur moyen que de tuer le porteur de la souillure et de le 
tuer par ces supplices religieux — pendaison ou noyade, cru- 
cifiement ou bûcher — qui devaient plaire au dieu irrité. 
Ainsi, dans le combat collectif, tout, choses et gens, appartient 
à la divinité. 

Il en est autrement dans le combat singulier. Ici, deux hommes 
sont aux prises — ou, si le combat s'étend à un nombre égal de 
guerriers des deux partis, ils sont aux prises deux à deux. 
Chaque vainqueur sait donc quel adversaire il a tué. L'instinct 
le pousse à s'approprier le vaincu et tout ce qui lui a appar- 
tenu. Aucune crainte religieuse ne vient combattre cet 
instinct. Dans le combat singulier, en effet, combat qui, 
dans révolution humaine, est antérieur au combat collectif, 
les adversaires ne comptent que sur eux-mêmes : ils ont con- 
fiance chacun dans sa force. Rien ne les pousse à invoquer 
une énergie indépendante de celle qu'ils sentent bouillonner 
dans leurs veines. Quand ils l'invoquent, le combat prend, de 
ce seul fait, un caractère religieux : c'est le duel judicaire, le 



272 Adolphe Reinach. 

jugement de Dieu. On y a recours quand il y a un doute que 
les ressources matérielles ou intellectuelles de l'homme ne 
lui permettent pas de résoudre ; de même, dans le combat 
collectif, il y a, pour le primitif, des facteurs qui lui échappent : 
la force ne suffit pas ; parfois, elle est primée par le nombre ; 
parfois, au contraire, le nombre ne suffit pas contre elle. De 
toute façon, il y a de l'inconnu, du mystère. C'est pour y 
remédier que, de part et d'autre, on en a appelé au dieu. 

L'appel au dieu n'est pas nécessaire dans le combat singulier, 
s'il n'a pas caractère ordalique. On sait combien, à côté du 
duel judiciaire ', le duel simple, jeu de la force et preuve de 
la vaillance, est resté en estime chez les Celtes 2 . Or, à côté 
des duels antérieurs ou extérieurs à la bataille, toute bataille 
peut comporter un certain nombre de combats singuliers. Il 
sont surtout nombreux entre cavaliers, les nobles Gaulois 
combattant de préférence à cheval. Posidonios, on l'a vu, 
ne semble tenir compte que des cavaliers lorsqu'il parle des 
têtes coupées. 

A côté des cavaliers qui portent la tête de l'adversaire au 
poitrail de leur cheval, on a indiqué qu'il fallait peut-être 
placer les fantassins qui l'auraient fichée a la pointe de leurs 
armes. Pourtant, il est possible que le droit de décapiter 
l'ennemi ait été réservé aux chevaliers. D'une part, les combats 
singuliers dont il était le résultat ont pu n'être licites qu'entre 
nobles comme au moyen âge ; d'autre part, comme je l'ai 
montré ailleurs 3 , s'il y a fini par y avoir répartition du butin 
entre les guerriers, sous réserve d'une part consacrée au dieu, 
c'est que les guerriers, dans les armées de type féodal comme 
l'était l'armée gauloise, sont autant de petits chefs; leur droit 

i. Pour le duel ordalique chez les Gaulois, voir César, VI, 13,8. Le duel 
entre les candidats à la grande prêtrise gauloise doit être rapproché du rite 
bien connu de Némi. 

2. Pour le duel militaire, un guerrier gaulois provoquant un soldat 
romain, voir par exemple Val. Max. III, 2, 21; ou, pour deux Gaulois 
entre eux, l'anse d'un cratère de Pompéi, Museo Borb. VIII, pi. 15. 

Encore en 90 on voit un Gaulois de l'armée de Cluentius provoquant un 
Numide de l'armée de Sylla (Appien, B. civ. I, 50). 

3. Pour l'exposé delà théorie résumée ici, voir mon mémoire: Les trophées 
et les origines religieuses de la Guerre, dans Revue d' Ethnographie et de Socio- 
logie, 191 3, p. 210-50. 



Les têtes coupées. 273 

au butin émane de celui du général en chef qui tient le sien 
de ce qu'il est, pour l'expédition où il commande, le délégué 
et le représentant du dieu. Du moment que les dépouilles 
sont « un droit divin », — on pourrait dire aussi bien « droit 
régalien », le roi tenant ses droits de son origine divine, — 
on comprend que seuls, les nobles puissent se les partager. 
Dans la Rome des premiers siècles, dont les institutions 
ressemblent tant à celles des Gaulois du temps de César, on 
retrouve, aussi profondément marquée, la distinction entre 
le butin collectif et le butin individuel. 

Le butin individuel, ce sont les manubiœ, ce que chacun a 
enlevé de main propre à l'ennemi : quod cuique fors bellidederat, 
quod cuique sua manu ex hoste captum domi rettulerat 1 . Un Siccius 
Dentatus a pu gagner par sa valeur plus de trente de ces pano- 
plies, la plupart conquises en combat singulier, pleraque pro- 
vocatoria. Au contraire, rien ne doit être distrait du butin 
collectif et une clause du serment militaire y oblige les soldats 
sous les peines les plus sévères : ce n'est que peu à peu que 
le consul reçut le droit de disposer d'une partie et que cette 
part, en s'agrandissant retomba, en manne bienfaisante, sur 
tous les guerriers. 



* 
* * 



Ainsi, enlever la tête rentre dans la série des coutumes qui 
permettent au vainqueur de dépouiller l'ennemi tué en com- 
bat singulier. Pourquoi choisit-il la tête de préférence et pour- 
quoi semble-t-il lui attribuer une valeur particulière qui en 
fait un véritable fétiche 2 ? 

C'est que les Gaulois ont dû appartenir au groupe très 
nombreux de peuples chez qui la tête passait pour le siège de 
l'âme (en ne désignant sous ce nom que la force vitale qui 
anime le corps) : si l'on veut attester et exercer une maîtrise 



1 . Liv. V, 20. Cf. l'article cité à la note préc. 

2. C'est une survivance de cette valeur attachée à la tête — valeur excep- 
tionnelle qu'implique la nature, — qu'on pourrait voir en ce fait que, 

Revue Celtique. XXXIV. 18 



i~\ Adolphe Reinach. 

absolue sur le mort, c'est de sa tête qu'il convient avant tout 
de s'emparer \ 

Que les Gaulois attachaient cette importance à la tête, c'est 
ce dont, en dehors de la coutume étudiée, on peut alléguer 
au moins deux indices : l'un emprunté à leurs descendants, 

dans nos duels et nos luttes courtoises, il est mal venu de viser à la tète, 
tandis que tout l'effort des sauvages qui ne connaissent encore que la ma- 
traque ou le casse-tête — l'une et l'autre sont des armes gauloises, mata- 
ris et cateia — est de frapper à la tête. Les hommes ont dû remarquer de 
bonne heure que le même coup, frappé sur une côte, ne terrassait pas 
l'adversaire, tandis que, à la tête, il l'abattait par terre. L'évanouissement, 
la simili-mort que causent les coups violents à la tête, ont dû les confirmer 
dans l'idée que la tête était le siège de la force vitale. D'où l'importance 
qui lui est prêtée. 

i. Aucune étude d'ensemble n'a été consacrée par les ethnographes à 
cette question des tètes coupées. Elle ressort, d'ailleurs, à toutes les 
croyances où la tête du mort, — et, en général, une partie privilégiée du 
corps humain, — joue un rôle. Bon nombre d'anciennes références ont été 
réunies par P. Sébillot sous la rubrique « La tète de mort », section XXII 
du recueil de traditions intitulé « Le Corps humain » (Rev. des Trad. Popu- 
laires, mai 191 1). J'ajoute quelques références, plus récentes que les 
siennes, à des études plus scientifiques et plus spécialement consacrées 
à la tète coupée. Pour l'Inde : sur les Naga deManipour, peuplade primi- 
tive de l'Himalaya birman, Journal of Anthrop. Inst., XI et le mémoire de 
Hodson analysé dans L'Anthropologie, 1912,479. Pour l'Indonésie, l'ouvrage 
d'Alb. C. Kruyt, Het Koppensnelleh der Toradjas van Midden-Celebes (Ams- 
terdam, 1899) analysé par Van Gennep dans la Rev. de VHist. des Reli- 
gions, 1901,11, 462, et, pour Formose, W. Muller, Zeitschr. f. Ethnol., 
1910, p. 232. Pour l'Australasie, Keane, Australasia (2 vol. 1908) et, sur 
les indigènes du détroit de Torrès, A. C. Haddon, Head-Hunters ; 
pour les Philippines, C. de Witt Willcox, The head huniers ofnorthernLuqon 
(191 3). Pour la Polynésie, E. Caillot, Les Polynésiens orientaux (Paris, 
1910; De Rochas, La Nouvelle-Calédonie, p. 177; et, sur les Marquises 
D r Tautain, L'Anthropologie, 1890, p. 443. Pour l'Amérique du Nord, 
D r G. Frederici,5e<///'/Vm/ itnd aehnliche Kriegsgebraeuche in Amerika (Bruns- 
wick, 1908, et ses notes dans le Glohus, 1908, p. 201 et 222), ouvrage qui est 
le plus complet publié sur la question avec bibliographie. Ajoutez toutefois 
J. Boyd Grinnell, American Anthropdogist, 1910, p. 296 ; pour le Mexique 
des Aztèques, Hamy, Bull.de la Soc. </' Anthrop., 1883 ; pour le Pérou pré- 
incasique, Capitan, C. R. Acad. Inscr., 19 10, p. 112 ; pour l'Amérique du 
Sud, l'étude d'ensemble de P. Koch sur l'anthropophagie sud-américaine 
(Internat. Archiv.f. Ethnogr.XU, 1899) et, sur les Jibaros du Brésil, chez 
qui la conservation et le fétichisme de la tête atteignent leur apogée, l'étude 
du D r Rivet, L Anthropologie, 1908, 69, 243 et 667. — Pour les tribus du 
haut-Niger, A. J. N. Tremearne, The tailed head-hunlers of Nigeria 
(Londres, 19 12). 



Les têtes coupées. l'j) 

l'autre à leur prédécesseurs. Ce sont, d'une part, les nombreuses 
superstitions qui s'attachent encore à la tête de mort en 
Bretagne, la terre celtique par excellence ; leur mise à part, 
en place d'honneur, dans les ossuaires, ou leur conservation 
en de petites boîtes dans l'intérieur des églises ' ; dans l'île 
écossaise d'Eigg on montrait encore au xvn e siècle des 
squelettes sans tête en disant que celles-ci avaient été coupées 
par les ennemis 2 . D'autre part, ce sont les superstitions qu'at- 
testent pour les habitants de la Gaule à l'époque de la pierre 
polie, la trépanation posthume et l'emploi comme amulettes 
des rondelles de crâne 5 . D'après les usages analogues de certains 
sauvages d'aujourd'hui, on s'accorde à croire que cette trépana- 
tion s'opérait dans les maladies qui paraissaient dues à une 
emprise démoniaque et causaient de violents maux de tête, 
de la migraine à l'épilepsie. Pour guérir le malade, ou, s'il 
était mort de sa maladie, pour l'en délivrer dans l'autre 
vie, il fallait permettre de sortir au démon qui s'agitait dans 
la boîte crânienne. Le crâne qui avait été habité en gardait 
une empreinte surnaturelle et, par application des principes de 
la magie sympatique, on s'imaginait que des fragments de 
ce crâne pourraient préserver du mal qui l'avait possédé. Ces 
croyances ont survécu : boire dans le crâne de Saint Charles 
le Bon passait pour guérir les fiévreux en Belgique et la 
médecine populaire employait encore couramment au xvm e 
siècle la poudre ou la cendre de crâne contre les maux de 
tête et les maladies épileptiques. 

Si même l'on n'admet pas que ce soit par les Celtes que ces 
croyances préhistoriques aient survécu en Occident, - on 
ne voit guère, pourtant, comment elles se seraient transmises 

i. Voir le travail cité à la n. précédente de P. Sébillot. On conserve 
aussi dans ces chapelles des massues dont on touche la tête des vieillards, 
pour adoucir leur agonie, dit-on ; naguère, évidemment, pour y mettre fin ; 
cf. L'Anthropologie, XII, p. 206, 711. 

2. Mac Culloch, The religion of the ancien t Celts (191 1), p. 241, n. 5. 

3. On sait que l'étude de la trépanation préhistorique est due à Broca. 
Voir ses communications à la Société d'Anthropologie, 1875 et 1876 et ses 
articles dans la Rev. d'Anthropologie. V, p. 283, VI, p. 207. De son côté, 
Piette reconnaissait des têtes d'ennemis rapportées à la grotte dans certains 
crânes qu'on rencontre isolés parmi des dépôts magdaléniens (Gourdan, 
Mas d'Azil), Bull. Soc. Anthrop., 1873, p. 408. 



i~b Adolphe Reinach. 

autrement — , ce qui n'est pas douteux c'est qu'ils ont attri- 
bué à la tête une valeur qu'on peut dire capitale, au sens 
propre du mot qui se rattache lui-même à ces croyances. 
C'est ce qui ressort de la comparaison qui nous reste à tracer 
entre le sort fait à la tête coupée en Gaule, tel que les auteurs 
permettent de le reconstituer, et ce que les voyageurs nous 
apprennent des rites des sauvages modernes qui continuent à 
couper la tête de leurs ennemis en trophée de guerre. A la 
lumière de ces rites, on verra ceux des Celtes s'expliquer 
logiquement. 

Port et transport de la tête de l'ennemi par le vainqueur. — Le 
Gaulois la porte suspendue à l'encolure de son cheval * 
comme on le voit sur le pilier d'Antremont (pi. III), ou à 
la pointe de sa lance, ou encore, semble-t-il, il porte son 
scalp comme coiffure ; les Scandinaves la pendaient à leurs 
étrivières 2 . Après la mort de Cûchulainn, dont la tête a été 
coupée par Lugaid, Conall Cernach, qui l'a vengé, va porter à 
Emer, que le héros aimait, les têtes de ses meurtriers enfilées 
en chapelet 3 . On voit les Peaux-rouges placer leurs scalps sur 
leurs mocassins et les Indonésiens sur leurs boucliers, et l'on 
peut rappeler que, chez les Grecs, la tête repoussante, dite 
Gorgonéion, n'est pas fixée seulement au milieu du bouclier, 
mais parfois aussi sur les cnémides. Ne peut-on surprendre 
ici l'idée de la force qui se dégage de la tête fraîchement 
coupée? Comme celle de la Gorgone, on doit craindre 
qu'elle ne foudroie qui la regarde 4 . N'est-ce pas dans cette 
intention que Cûchulainn, offrant le combat à l'armée de 
Madb, se bornait à brandir vers l'ennemi neuf têtes dans 

i. Les Tartares de Khiva enferrhent les têtes coupées dans un sac pendu 
à l'arçon de la selle; les Gallas d'Ethiopie suspendaient les phallus tranchés 
à la tête de leurs chevaux. — En Gaule, le nom de Mercure ayant été certaine- 
ment donné parfois à un dieu à la bourse ou au sac qui était en réalité un 
dieu de la guerre, on peut se demander si ce sac n'était pas destiné, dans ces 
cas, aux yeux des Gaulois à recevoir, non des grains, mais des têtes coupées. 

2. Weinhold, Alt Nord.-Lcben, p. 310. 

3. D'Arbois, Cours delitt. celtique, V, p. 352-3. 

4. Faut-il rappeler que les superstitions relatives à la tête de la Gorgone 
sont restées vivaces au Moyen Age ? Voir le mémoire de S. Reinach sur 
La tête magique des templiers (Cultes et Mythes, IV) et le mien sur le Klap- 
persteiu de Mulhouse (Bull, du Musée de Mulhouse, 191 3). 



PL. III 












i . Le chef salyen d'Antremont rapportant une tête coupée 
suspendue au poitrail de son cheval. 



Les têtes coupées. 277 

une main et dix dans l'autre? On place donc la tête de façon 
qu'elle ne puisse regarder le meurtrier, mais on la place en 
même temps de façon qu'on puisse la voir de loin : car elle 
est le signe le plus frappant de la victoire. Les têtes au bout 
des piques n'ont pas cessé d'être comme l'emblème des vic- 
toires populaires. 

Marche et chants de triomphe qui accompagnent U vainqueur ' . 
— Cène sont pas là seulement des marques de joie, ces danses 
et ces cris qui traduisent naturellement chez l'homme l'exul- 
tation victorieuse et qu'on retrouve chez tous les sauvages 
quand ils rapportent les dépouilles de leurs ennemis : il suffit 
de rappeler la fameuse danse du scalp des Peaux-Rouges. Ce 
sont aussi des moyens apotropaïques : comme il faut éviter le 
regard du mort, il faut chercher à l'étourdir et à l'assourdir. Et 
ce regard n'est pas le seul qu'on cherche à écarter. De bonne 
on s'est imaginé que les esprits des morts cherchaient à arra- 
cher au vainqueur sa proie, à lui reprendre l'âme qu'il leur 
enlevait : ce sont ces mauvais esprits, que, ici comme dans 
tous les actes de la vie militaire, les danses des armes et le 
vacarme des instruments de musique cherchent à écarter z . 

Fixation de la tête. — Parvenue, sans avoir causé ni subi 
de mal, à la demeure du vainqueur, quel sort est réservé à la 
tête ? 

Posidonios nous apprend qu'on la fixait aux « propylées » 
des maisons et on a lieu de croire qu'on l'attachait aussi aux 
arbres sacrés 5 ; certains monuments nous ont semblé indi- 



1. En dehors des témoignages de Posidonios-Diodore, se rappeler Voyan- 
tes moris suo carminé de Tite-Live, X, 26, 1 1 et son templo ovantes intuiere 
de XXIII, 24. 

2. En dehors des textes cités, dans notre I er article, rappelons que, 
pendant le combat, les prêtresses des Cimbres ne cessaient de frapper les 
claies d'osier qui recouvraient leurs chariots, Strabon, VII, 2, 4, et, pour le 
tripudium des sauvages, rappelons ce que dit Ammien à propos des Ala- 
mans qui venaient d'enlever un vexillum romain en 366 : quod insultando 
tripudiantes barbari sublaîum altius ostendebant (Amm. Marc, XXVII, 1). 

3. Outre ce qui a été dit plus haut à propos des oscilla, cf. Jornandes, 
Get., 5 : huic (Marti) praedae primordia vovebantur, Inde truncis suspende- 
bantur exuviae. Cf. Grimm, Deutsche Myth., 1, p. 62. 



2 7' s Adolphe Reinacb. 

quer qu'on pouvait la placer sur les autels et certaines mon- 
naies montrent de véritables chapelets de têtes \ 

Quand on voit placer sur un poteau la tète de chacun des 
meurtriers de Cûchulainn, ne doit-on pas tenir pour l'effet 
d'une tradition celtique la haie couronnée des têtes cou- 
pées des audacieux qui ont tenté de franchir celle qui, dans le 
roman breton, entoure le jardin merveilleux où se dresse 
l'arbre de vie et coule la fontaine de jouvence 2 ? 

Toutes ces coutumes se retrouvent chez les sauvages : les 
tètes des ennemis y sont conservées dans les maisons 
(Taïti, Bornéo, Formose), au haut du poteau saillant au 
milieu de la case (Canaques, Jibaros), particulièrement dans 
celles des chefs, sur des pieux (Célèbes, Jibaros, Bakotos), ou 
dans la maison des morts (Bornéo, Célèbes), ou encore amonce 
léesau milieu d'une place publique sur des échafauds (Daho- 
mey, Mexique), échafauds qui peuvent être consacrés au dieu 
comme les Téocallis du Mexique et les morcaïs des îles de la 
Société. Ces téocallis différaient-ils des piles de têtes 
d'ennemis qu'on appelait en Irlande « mât de Mâcha », la 
déesse de la guerre 5 ? de ces piles qui survivent dans la 
Matière de Bretagne avec « le château d'Oeth et Anoeth », le 
sinistre édifice construit en ossements humains par Mana- 
wyddan fils de Llyr, l'ancien dieu de la mort ? 

Chez les Nagas de l'Inde, les têtes sont parfois placées à un 
arbre sacré, fixées au fronton de la vérandah, ce qui est peut- 
être l'exact équivalent des têtes clouées aux « Propylées » de 
Posidonios 4 . Chez les Peaux-Rouges, à certaines fêtes 

i . Peut-être faut-il rappeler ici la fréquence avec laquelle la tête humaine 
revient dans les colliers (comme dans toute l'ornementation) de l'Europe 
préhistorique. Cf. S. Reinach, La sculpture en Europe avant les influences 
grèco-romaiues (/_' Anthropologie, 1895). Peut-être aussi les épées à poignée 
anthropoïde des Celtes du v e siècle doivent-elles leur tête humaine à une 
idée de même ordre. 

2. Voir le Mabinogi de Geraint fils cTErbin, YErec de Hartmann von 
hxi£,YErec etEnidede Chrestien de Troyes. Cf. San Marte, Die Arthur 
Sage, p. 296, 318. 

3. Stokes, Three Irish glossaries, XXXV. 

4. De même chez les Abyssins, chez qui l'éviration de l'ennemi avait la 
même valeur que la décapitation en Gaule, les cavaliers, après avoir transporté 
les trophées phalliques à la tête de leurs chevaux, les suspendent, préparés 



Les têtes coupées. 279 

guerrières destinées à compter les scalps, chacun arborait sur 
un des côtés de son wigwam une perche supportant les cheve- 
lures conquises, perche qui fait penser au poteau des trophées 
gaulois que les scalps surmontent. Enfin, aux chapelets de 
tètes qui semblent tournoyer sur les monnaies gauloises autour 
du génie de la guerre 1 répondent peut-être les ceintures de 
têtes de morts que les Achantis portent en dansant dans 
certaines fêtes annuelles et les guirlandes de même composition 
sinistre qui se voyaient autour du palais royal de Porto-Novo. 
Larésidence des rois Ultoniens d'Irlande,à Émain Mâcha, devait- 
elle différer beaucoup de celle du roi Dahoméen? Avec ses 
fondations semées de têtes, elle devait son surnom de Cro-derg 
« rouge-sang » aux têtes et aux langues des ennemis tués et, 
à des fêtes annuelles, le guerrier irlandais étalait les langues 
coupées en preuve de sa prouesse 2 . 

L'objet de ces usages n'est pas seulement de montrer à 
tous la valeur de celui qui possède les têtes et de semer par 
elles, autour de lui, une crainte salutaire dont il bénéficie. 
C'est surtout une précaution de sa part vis-à-vis de l'âme du 
mort : comme elle est inséparable du crâne, elle restera fixée 
là ou le crâne est fixé. Or, on verra que la tête coupée est 
devenue pour le primitif un véritable fétiche : on comprend 
qu'il fasse en sorte qu'elle ne puisse plus le quitter. Récipro- 
quement, tout l'effort des compagnons d'un guerrier tué doit 
tendre à empêcher sa tête de tomber aux mains de l'ennemi. 
En Irlande, on paraît être allé jusqu'à couper les têtes de ses 

et empaillés, au linteau de la porte de leur demeure (Letourneau, La 
Guerre, p. 298). 

1 . On peut aussi se demander si cette enfilade de perles espacées à la façon 
des grains d'un rosaire qui relie les têtes sur les monnaies n'est pas des- 
tinée à figurer le sang qui coule de leurs bouches ou de leur cou. C'est un 
ruban de sang ainsi formé qu'on voit sur une peinture qui représente la déesse 
thibétaine de la mort ; elle danse au milieu d'une guirlande de têtes cou- 
pées {Musée Cernuscbi, Exposition d'art bouddhique, avril-juin 191 3, n. 325). 

2. Cf. D'Arbois, Cours Je Litt. celtique, V, p. 11; O' Curry, Manners 
ami distants of the ancient Irish, I, p. 337; II, p. 9. Emmurer des crânes 
dans des habitations, c'est une forme du sacrifice de fondation que les 
Celtes ont aussi connue . Voir surtout P. Sartori, Z. f. Ethnogr, 1898; 
D'Arbois, R. Celt. 1905, p. 289. Aucune partie de la victime n'est plus 
propre à sauvegarder un édifice que le siège même de sa force vitale. 



:So Adolphe Reinach. 

propres morts pour les enterrer soils des pierres : tout cairn 
étant inviolable, l'ennemi ne pouvait plus s'emparer du 
trophée qui lui eût été le plus précieux '. 

Momification de la tête — C'est par une conséquence du 
même raisonnement que les Celtes ont conservé les têtes des 
ennemis les plus illustres, baignées d'huile de cèdre, dans un 
coffret 2 ; de même, elles sont désossées et réduites de moitié 
par une dessiccation progressive chez les Jibaros du Brésil ; 
elles sont nettoyées et huilées avec soins dans l'archipel océa- 
nien des Kingsmill où chaque famille les vénère et les emporte 
avec soin dans ses voyages. ATaïti, le crâne de tout mort est 
placé dans un coffret qu'on appelle « la maison du docteur » 
ou « du maître ». Ces coutumes s'expliquent sans peine 3 . 
Exposée aux intempéries, la tête peut s'altérer : par suite 
d'une des brèches ainsi ouvertes dans sa demeure, l'âme de 
son ennemi, pense le primitif, pourra s'échapper et revenir le 
tourmenter. Il faut donc à tout prix empêcher la tête de se 
désagréger et l'âme de s'envoler : de là, l'embaumement et la 
mise en caisse. C'est par un effet des mêmes conceptions 
que les Egyptiens ont été amenés à momifier les cadavres 

i. O' Currv, Meuniers and Customs, I, p. cccxxxvn. Il y aurait eu dans 
les cairn une pierre par tête de mort. — On sait que cairn dérive d'un mot 
celtique signifiant tas de pierres : c'est le même qui a donné son nom à la 
ville de Carnuntum en Pannonie, peut-être à celle des Carnutes (Chartres), 
deux centres religieux. Le tas de pierres est une des formes primitives du 
trophée élevé sur le champ de bataille. 

2. Chez certains peuples sauvages comme les Maoris, où l'on mange les 
cadavres des ennemis, on ne conserve que la tête des chefs. Même, pour man- 
ger leur corps, il faut s'astreindre à tout un cérémonial religieux, où une part 
est donnée au dieu, une à ses prêtres et où les chefs ont seuls le droit de 
manger le reste mais sans en avoir vu les apprêts . C'est indiquer clairement 
qu'à l'origine, le corps du chef ennemi était tout entier tabou (Letourneau, 
La Guerre, p. 126, d'après le Voyage de F Astrolabe). Encore en 1896, les 
Chinois mangeaient le cœur et le foie de leurs ennemis pour s'imprégner de 
leur valeur (Sven Hedin cité par Dùmmler, Kleine Schriften, II, p. 220). 

3. Sur ces procédés et leur signification, voir G.Pinza, La Conservazione 
délie teste urnarni, dans le Bulletino délia Soc. geografica italiaua, 1898. Pour 
es masques de Papous, voir d'Albertis, La Nouvelle Guinée, p. 187, 226. — 
Un bas-relief de Ninive montre Assourbanipal banquetant sous un arbre 
où pend la tête momifiée et salée de son ennemi le roi de Babvlone (Mas- 
pt-ro. Histoire ancienne des Peuples de l'Orient, p. 469). 



Les tètes coupées. 281 

et à les déposer au fond d'une série de cercueils anthropoïdes 
s'emboîtant l'un dans l'autre. Les images des ancêtres que conser- 
vaient précieusement les patriciens de Rome n'ont pas, ellesaussi, 
eu d'autre but : fournir à l'âme du mort un réceptacle d'où elle 
ne pourra plus sortir et en concentrer, au profit de son déten- 
teur, toute l'action bienfaisante. C'est ainsi que nos statues, 
destinées à immortaliser les grands hommes et à les faire vivre 
éternellement au milieu de ceux dont ils sont l'honneur et le 
patrimoine national, se relient aux crânes conservés dans l'huile 
de cèdre des Gaulois. Le capitaine des gardes de la reine de Suède 
qui enleva le crâne de Descartes obéit à un sentiment qui ne dif- 
fère pas essentiellement de celui des coupeurs de crânes gaulois. 

Le crâne et le scalp '. — Le crâne et le scalp doivent être pro- 
bablement considérés comme des façons simplifiées, ou plutôt 
abrégées, de conserver la tète d'un ennemi. Elles supposent 
qu'on limite ou à la boîte crânienne ou à la chevelure le siège 
de la force vitale : la trépanation préhistorique et l'histoire de 
Samson semblent indiquer que ces croyances remontent à la 
plus haute antiquité. Comme l'homme a dû constater de bonne 
heure que le crâne était le siège de la pensée, il a remarqué que 
le développement de la chevelure coïncidait avec celui de la 
virilité. Pour les scalps, un autre élément s'ajoute à ces consi- 
dérations : on peut l'enlever à la tête sans que mort s'en suive 
et l'on sait que les Peaux-Rouges s'y provoquent en se facili- 
tant l'opération parles mèches enrubannées qu'ils disposent 
sous le nom de « boucles de guerre » ou « touffes de scalp ». 
On peut se demander si tel ne fut pas aussi l'objet originel 
du toupet ou du nœud qui caractérisent les coiffures de certains 
Gaulois ou Germains 2 . 

1 . En dehors des scalps figurés sur les trophées d'Orange, je rappelle 
qu'on peut conclure à la connaissance de cette pratique en Gaule par cer- 
taines tètes du pilier d'Antremont (cf . notre i er art.)et parcelles que tient le 
monstre deNoves(cf.p.257,2); sur ces têtes l'absence totaledes cheveux, si 
nettement indiqués sur les autres, était sans doute destinée à faire comprendre 
qu'elles avaient été scalpées. Chez les sauvages modernes qui, comme les 
Jibaros, pratiquent à la fois la décollation et le scalp, la chevelure est par- 
fois laissé à la tête momifiée, dite tsantsa, parfois enlevée pour orner la 
ceinture du vainqueur. 

2. Voir ma note sur un « Gaulois mourant » du Musée Calvet, Méw. 
de VAcad. de Vaucluse, 191 3. 



282 Adolphe Reinach. 

Il suffit d'avoir pu scalper un ennemi pour qu'il ait perdu sa 
force et qu'elle ait passé en votre puissance. Enfin, si le crâne 
se prête plus aisément à dresser ces pyramides qui auraient 
atteint jusqu'à 90.000 crânes dans la Bagdad de Tamerlan et 
136.000 dans le Mexico des Aztèques, le scalp est aisé à 
porter sur soi : les Peaux-Rouges en font des franges à leurs 
vêtements et ils peuvent s'en servir de la façon qu'Hérodote 
rapporte pour les Scythes : ils s'essuyaient à la chevelure 
des crânes qu'ils employaient comme coupes '. 

Cet emploi du crâne comme coupe est aussi connu des 
Peaux-Rouges comme il l'était des Gaulois 2 . Il a pu, à 
l'époque préhistorique, n'avoir qu'un but utilitaire : avant de 
savoir faire de la poterie, l'homme a dû se servir comme vase 
à boire d'un crâne, coupe plus pratique que la pierre 
creusée ou la calebasse de fruit, seuls récipients que connaissent 
encore certaines tribus de l'Australie méridionale. Les rhy- 
ons de la Grèce classique, ces vases en forme de têtes d'ani- 
maux qu'on trouve dès le début de la civilisation égéenne 5 , 
ne sont que des imitations des tête réelles qui, antérieurement, 
servaient de hanap. 

Mais le primitif ne se sert du crâne comme coupe qu'après 
l'avoir vidé, et l'étude des restes de ses repas permet de croire 
que la cervelle était pour lui un morceau de choix comme 
la moelle. Cette prédilection a pu déjà avoir pour cause la 
croyance que le cerveau était le siège de la force vitale. Ce 

1. Voir les textes dans notre I er article. 

2. Des trois textes cités dans le I er art., les deux qui attribuent aux 
Skordisques l'usage de boire dans des crânes humains ne peuvent être 
acceptés sans réserves, d'autant plus que celui d'Ammien ajoute à celui de 
Florus un nouveau trait de férocité : ce serait du sang humain que les 
Skordisques boiraient dans les crânes de leurs ennemis . Ce ne sont peut- 
être là que des enjolivements de rhéteurs amplifiant sur le thème de la 
férocité gauloise. Il est possible que les Skordisques aient seulement agi 
comme les Boïens de Tite Live donnant les crânes des chefs ennemis 
comme coupes à leurs dieux. On a vu que Silius Italicus, bien qu'il ait eu 
sous les yeux le texte de Tite Live, montre les Boïens se servant de ces 
crânes aux banquets, mensis, alors que l'historien ne parle que des libations 
sacrées, sollemnibus lïbarent. 

3 . Cf. G. Karo, Minoische Rhyta dans Arch. Jahrbucb, 191 2. Sur la boîte 
crânienne comme siège de l'âme dans les croyances orientales, cf. Gauck- 
lcr, Le temple syrien du Janicule (1913). 



Les têtes coupées. 283 

serait ainsi par un legs des temps préhistoriques qu'on aurait 
continué à offrir des libations à certaines divinités gauloises 
dans les crânes des chefs ennemis, comme c'est par un vestige 
aussi de l'âge de la pierre que les Romains frappaient avec 
un silex le porc garant d'un traité. 

Si le crâne est parfois enchâssé d'or ', ce n'est pas seu- 
lement qu'on lui donne ainsi plus de prix ; c'est surtout que 
l'or est une matière entre toutes pure et inaltérable 2 . Ainsi 
enchâssé, le crâne consacré au dieu sera impérissable 
comme lui : c'est bien ce qui convient à quod sanctissimum 
est apud eos, comme Tite Live le dit pour les Boïens. 
Que des vestiges de ce cannibalisme religieux aient été 
pratiqués par les Gaulois, c'est ce dont on peut 
alléguer quelques indices en Irlande, où on con- 
tinuait au Moyen âge à boire le sang des parents décédés 
pour hériter de leurs vertus 5 ; on enlevait aussi le cerveau de 
l'ennemi tué, et après l'avoir mêlé à de la terre, on gardait 
comme un trophée la balle ainsi produite qu'on appelait 
tathlum +; dans les Highlands, la médecine populaire engageait 
encore récemment à boire dans le crâne d'un suicidé — il a rem- 
placé l'ennemi tué >; dans la légende irlandaise, le lait bu dans 
le crâne de Conall Cernach, — ancien dieu cornu tombé 
au rang de héros — , passait pour rendre leurs forces aux 
guerriers affaiblis 6 . Il n'y a donc rien de surprenant à ce 



1. Le calvam auro coetavere de Tite Live pourrait s'entendre « ils rem- 
plirent la cavité crânienne d'or ». 

Mais ce n'est pas ainsi que l'entendait Silius qui transpose en vers vacui 
capitis... circumdare . . . ossa... auro «entourer le crâne d'or » et il est 
évident que, si on avait rempli d'or la cavité, le crâne n'aurait plus pu ser- 
vir comme coupe . Il faut donc entendre par calva la surface du crâne 
dépouillée de la chair et de la chevelure (d'où notre calvitie et le latin 
decalvatio dont scalp paraît dérivé par les langues germaniques). 

2 . C'est pour la même raison sans doute qu'on trouve, en pays celto- 
germain des haches-amulettes à foudre entièrement enchâssées d'or, Furt- 
waengler, Der Goi 'dfund von Vettersfelde (1883), pi. I. 

3. Mac Culloch, The religion of the ancient Celts, 1911, p. 240. 

4. O' Curry, op. cit., 1. Cf. le mhamba africain (Junod, Les Ba-Ronga, 
p. 128). 

5. Mac Culloch, op. cit., p. 242. 

6. Zeitschr. f. celt.phil., I, p. 106. 



28 i Adolphe Reinack. 

que les Irlandais, comme le rapporte Solin à la fin du m e siècle, 
se soient barbouillés le visage avec le sang des vaincus avant 
de le boire ' ; trois siècles auparavant, ils pouvaient manger 
leurs ennemis, comme l'affirme Diodore % et leurs parents, 
comme en témoigne Strabon \ Entre ces deux formes de 
cannibalisme il n'y avait pas de différence essentielle : on verra 
qu'il s'agit toujours d'absorber la force vitale du défunt et de 
s'assimiler son expérience. Pline a raison de dire que les 
Bretons considéraient la mise à mort d'un être humain comme 
un acte très religieux et l'absorption de sa chair comme 
un remède excellent 4 . 

La tête comme fétiche. — ■ Que la tête coupée ait été véné- 
rée en Gaule comme un fétiche, c'est ce qui ressort déjà de 
tous les aspects sous lesquels nous venons de l'examiner. 
Deux des faits que les auteurs ont transmis à son égard 
viennent le confirmer : les Gaulois aimaient à montrer les 
têtes conservées chez eux en rappelant par quel exploit 
chacune avait été conquise ; ils refusaient de les vendre 
même au poids de l'or. Or, nous retrouvons ces traits chez 
les peuples chez qui le fétichisme de la tête est le plus avéré. 
Ainsi, chez les Peaux-Rouges, les scalps équivalaient exac- 
tement à nos décorations. Les acheter ou les vendre, 
c'était se déshonorer. A la mort d'un guerrier, ses scalps 
étaient mis avec lui au tombeau. Chez les Achantis du Daho- 
mey, chaque crâne d'un chef ennemi vaincu, conservé souvent 
au voisinage du fétiche delà tribu, a sa légende, avec des chants 
composés en son honneur. La tête préparée en moka-mokaï 



i. Solin, 22, 2 : sanguine interemptorum hausto peins victores vultus suos 
obi in mit . 

2. Diod., V, 32, 3 : ça-j'o T'.vx: ivôpcSjtOu; ïi^izvi ...Toùç xaxo'./.ojvTa; 
tï]V ovafiaÇojxiv7)v "Iptv. 

3. Strah., IV, 5,4 : ivGpw-otpâyo'. ...toJ; -î Txxiipa; TEXs'JTïjsxyTx: za::- 
aôt's'.v iv xaXco xtOiaêvot. 

4. Plin., XXx| 1, 1. Cf. César, B. G., VI, 16, 2 : qui sunt afféeti gra- 
viorïbus morbis quique in proeliis periculisqueversantur aut pro victitnishomines 
immolant aut se immola tur os vovent . Dans ces termes on peut comprendre 
les sacrifices de prisonniers et le canibalisme reprochés aux Calâtes, 
Liv. XXXVIII, 47, 12; Diod. XXXI, 13; Paus. X, 22, 3. Cf. p. 263, n. 5. 



Les le tes coupées. 285 

est aussi précieuse aux Maoris que la tsantsa pour les Jibaros 
du Brésil chez qui un véritable culte est rendu à la tête 
ennemie, suspendue au pilier principal delà case '. 

« Ils ne se dcsaisissent d'un pareil talisman qu'avec 
difficulté et Barrero raconte qu'il dut user de ruse pour en 
obtenir un échantillon 2 . » Quand à la ceinture de scalps, 
« jamais le Jibaro ne consent à prêter cet objet qui est la preuve 
évidente du nombre de ses exploits et à sa mort, ses parents 
en ceignent son cadavre ». A en juger par les têtes isolées 
trouvées parfois dans des tombes aux côtés d'un guerrier 
Gaulois, elles ont dû l'accompagner de même dans l'autre 
monde. Un voyageur du xvi c siècle a dit des Jibaros : « La 
première chose qu'il font quand les Français les vont voir 
et visiter, c'est, en récitant leurs vaillances, et par trophée, 
leur montrer ces têtes ainsi décharnées ; ils disent qu'ils font 
de même à tous leurs ennemis 3 . » 

Les Gaulois n'agissaient pas autrement avec Posidonios. 
C'est que « la tête momifiée devient un véritable fétiche qui 
assure a son possesseur, à ses parents et à ses alliés, l'abon- 
dance des biens, la fertilité des champs, la prospérité de la 
famille et de la tribu, la victoire sur les ennemis et l'immor- 
talité » 4 . On se rappelle la tète de Bran devenue talisman pour 
Londres. C'est sans doute la survivance d'un rain-charm ligure 
qu'il faut voir dans l'usage corse qui consiste, en temps de 
sécheresse, à faire porter processionnellement une tète de mort 



1 . On se convaincra aisément que boire dans un crâne est un vestige de 
cannibalisme en lisant ce qui concerne les guerres des derniers anthropo- 
phages, Fidjiens, Canaques et Maoris surtout, dans Ch. Letourneau, La 
Guerre dans les diverses races humaines (1895) et Frobenius, Weltgeschichte 
des Krieges (s. d.). On remarquera que, seuls, les chefs ont droit à manger 
leurs ennemis, comme les nobles Gaulois à conserver leurs têtes. Voici une 
phrase caractéristique qu'un vovageur prête à un chef de la Nouvelle-Calé- 
donie : « Le crâne de notre ennemi blanchira au soleil devant nos cases et 
nos enfants riront en le vovant et sa chair fournira un bon repas à mes 
guerriers qui après seront plus braves et plus forts. » (Letourneau, 
La Guerre, p. 46.) 

2. Letourneau, La Guerre, p. 147. 

3. Léry, cité par Sébillot, op. cit., p. 135 . 

4. Rivet, L'Anthropologie, 1908, p. 249, 230. 



286 Adolphe Reinach. 

par un petit enfant qui finit par la jeter dans l'eau l . Ainsi, 
si le noble Gaulois conserve la tête du chef qu'il a tué 
comme ce qu'il a de plus précieux, ce n'est pas seulement 
pour affirmer sa domination sur l'âme du mort après avoir 
vaincu le corps, pour le dompter complètement lui et son 
double, ce sont les qualités du mort qu'il contraint à s'employer 
pour lui ; par une sorte de transvasement ou de transsubstantia- 
tion, il va jusqu'à s'imaginer qu'il a absorbé la vertu guerrière de 
son adversaire 2 . Autant il peut montrer de têtes, ce ne sont 
pas seulement autant de preuves de sa valeur, mais ce sont 
autant d'âmes subjuguées qui doivent obéir à la sienne, 
et, s'il consent à en distraire pour entourer l'idole du dieu 
ou orner son temple, c'est que, pourque son dieu de la guerre 
conserve lui aussi toute sa vaillance, il faut qu'il puisse se 
repaître des « âmes valeureuses d'innombrables héros » 5 . 

Adolphe Reinach. 

i. F. C. Conybeare, Folk-lore, 1908, p. 332. 

2. Que la force virile du vaincu soit censée passer dans le corps du 
vainqueur, c'est ce dont je proposerais de voir un autre indice dans cette 
coutume constatée en Indonésie (Formose, Bornéo, Al-Neyan) : nul jeune 
homme ne peut s'y marier avant d'avoir rapporté une tête d'ennemi et 
il peut avoir autant de femmes qu'il rapporte de têtes . La tête est-elle seu- 
lement ici, comme on le répète, une preuve de sa valeur? N'est-ce pas 
plutôt que la force virile du mort qui y est incluse y vient accroître dere- 
chef sa propre virilité ? Ce serait un rite à grouper avec ceux qui expliquent 
les pratiques de l'initiation chez tous les peuples guerriers : ainsi chez les 
Peaux-Rouges, où le jeune homme n'est admis au rang des guerriers qu'a- 
près avoir dépouillé de sa main un bison dont la peau forme son bouclier et 
scalpé un ennemi; chez les Abyssins, un guerrier n'a droit à laisser pous- 
ser ses cheveux — signe de la virilité accomplie — et n'est estimé de sa 
femme que s'il a au moins un trophée phallique. 

3 . C'est à dessein que je termine sur cette expression empruntée a 
l'Iliade. Avant de devenir. une formule stéréotypée, elle a répondu à des 
mœurs guerrières semblables à celles que nous avons essayé de reconsti- 
tuer ici pour les Celtes. D'Arbois a déjà indiqué que les héros d'Homère 
ont eu, comme les Gaulois, l'habitude d'emporter en trophée les têtes des 
ennemis tués, Cours de LUI. cell., VI, p. 316. J'y reviendrai ailleurs. 

ERRATUM 

Dans le précédent article on a laissé échapper l'inexactitude suivante : 
P. 51. Penn Cruach pour Cenn Cruach.Voir sur ce nom D'Arbois, R.Celt. 
1907, p. 316. 



A PROPOS D'UN PRÉTENDU TÉMOIGNAGE 

SUR DES 

RÉUNIONS DE BARDES EN BRETAGNE 
AU X e SIÈCLE 



Dans son aperçu sur les littératures celtiques, dans la col- 
lection Die Kultur der Gegenivart l , H. Zimmer a consacré 
une page aux bardes de la Bretagne armoricaine. Après avoir 
constaté que « déjà au x e siècle la littérature s'est trouvée en 
Bretagne dans les mêmes conditions qu'au Pays de Galles à 
l'époque des Tudors », il vient à parler des assemblées bar- 
diques qu'il décrit avec assez de précision, dans les termes 
suivants : « Nous possédons, en outre, des témoignages 
d'après lesquels, à Saint-Paul de Léon, par conséquent dans 
la partie bretonnante du pays breton, au jour de la fête du 
saint, en présence de gens réunis de toutes parts, on récitait 
des poésies avec accompagnement de harpe et de violon. Il 
s'agissait d'aventures, plus spécialement d'histoires d'amour. 
Ce n'étaient pourtant pas là des chants épiques ; car ce n'était 
pas le récit des événements qui constituait l'objet essentiel du 
poème, mais bien plutôt la musique qui accompagnait celui-ci. 
C'étaient donc des œuvres de bardes, dont la langue ne pou- 
vait être que bretonne. » 

Zimmer n'indique pas les témoignages sur lesquels il se 
fonde (c'est bien le pluriel qu'il emploie : « Zeugnisse »). Des 
réunions de bardes en Bretagne au x e siècle ne sont pas 
chose impossible. Mais on chercherait en vain, dans les sources 
de l'histoire de Bretagne, un seul témoignage de leur existence. 
Etant donnée l'autorité qui s'attache au nom de Zimmer et le 
caractère du volume en question, qui est destiné à la vulgari- 
sation des connaissances acquises, nous avons cru utile de 
signaler le manque de fondement du passage que nous 
venons de citer. 

i. Teil I, Abteïlung XI, i. Die romanischen Literatiuen und Sprachen, 
mit Einschltiss des Keltiscben. Berlin und Leipzig, 1909, p. 55. 



288 A. Smirnov. 

Il n'est d'ailleurs pas difficile de retrouver la source d'infor- 
mation du savant celtiste. Sa source unique a dû être le lai 
français du Lecheor, du xm e siècle l . En effet, voici ce qu'on 
lit au début du dit lai : 

v. i. Jadis au saint Pantelion, 

Ce nos racontent li Breton, 
Soloient gran% gen^ asembkr 
Por la feste au saint honorer. 



v. 15. La estoient tenu liplet, 

Et la erent conte li fet 
Des amors et des drueries 
Et des nobles chevaleries. 



27. Un lai en fesoient entrais, 

Ce fu la costume d'iceus ; 



v. 33. Puis estoit li lais maintenu^ 

Tant que partout estoit seu\; 
Car cil qui savoient de note 
En viele, en herpe et en rote, 
Fors de la terre le portoient. 

Tous les critiques sont à peu près d'accord sur le peu de 
foi qu'on peut ajouter à une source telle que ce lai du 
xm e siècle. Le tableau fortement conventionnel que son 
auteur nous trace n'a aucune chance de nous représenter les 
choses comme elles se passaient véritablement dans la Bre- 
tagne celtique, un siècle, ou plusieurs siècles auparavant. 
Zimmer lui-même ne s'est pas servi d'un certain nombre de 
détails contenus dans la description de notre lai, à savoir : 
qu'il y avait à ces réunions un grand nombre de dames 
{Lecheor, v. 8-9, N'i avoit dame de nul pris Qui ni venist a icel 
joi-), que chacun y racontait des aventures réelles qui lui 

1. Publié par G. Paris, Romania, t. VIII, p. 64-66. Les plus récentes 
études sur ce lai sont celles de MM. Philipot et J. Loth, Revue Celtique, 
t. XXVIII, p. 327 ss. et celle de M. L. Foulet, Revue des langues romanes, 
1908, p. 97 ss. 



Réunions de bardes en Bretagne. 289 

étaient arrivées (v. 21-2, Lor aventures racontoient Et li autre 
les escoutoient), que, d'un commun accord, on choisissait 
ensuite la plus belle de celles-ci (v. 23-26, Tote la meillor rete- 

noient Tant que de to^estoit loéè), et, enfin, que par l'effet 

d'une sorte de collaboration, on composait un lai à son sujet 
(v. 27, Un lai en fesoient entreus). 

Par contre, Zimmer a retenu la mention du grand 
nombre de gens réunis, la préférence donnée aux histoires 
d'amour, et même la mention de la harpe et de la « viele » . 
De plus, il a essayé de localiser ces réunions, en supposant, 
sans doute, que Saint Pautelion dans Lecheor est une corrup- 
tion de Saint Paul de Léon, ce qui est une conjecture assez 
osée \ Enfin, quant à l'affirmation sur la prépondérance de 
l'élément musical dans les poèmes en question, elle est due 
tout simplement à la théorie courante, d'après laquelle les 
« lais bretons » à l'origine étaient essentiellement des mor- 
ceaux de musique. L'auteur du Lecheor ne nous dit rien de 
pareil ; à le lire, on serait plutôt tenté de comprendre le con- 
traire. Ainsi, en tirant du lai ce qui est favorable à ses vues, 
en supprimant le reste, et en ajoutant quelques conjectures, 
qui sont en partie en contradiction avec le texte de ce même 
lai, Zimmer est arrivé à nous donner un tableau qui — même 
si l'on s'abstient d'en discuter la vraisemblance — n'a aucun 
fondement dans les textes. 

A. Smirnov. 

1 . Cette conjecture n'est pas du reste nouvelle. Elle a déjà été proposée 
par M. A. de la Borderie {Histoire de Bretagne, t. III, p. 227-228), comme 
i'a noté M. Philipot (/. c, p. 336, note). Paléographiquement, elle est 
possible, pourtant rien ne l'exige. Elle est en apparence confirmée par la 
version norvégienne de notre lai (dans le Strengleikar), où nous lisons : 
hins paris uniir Leuns flatte. Cela veut dire : « au pied de la montagne de 
Léon », mais les deux premiers mots sont incompréhensibles. Le texte 
n'est pas satisfaisant en cet endroit. M. Philipot doit avoir raison de suppo- 
ser^. c.,p. 336, note), que le nom de « Pantelion » étant inconnu au tra- 
ducteur norvégien, ce dernier a faussement reconnu dans sa deuxième partie 
le nom d'une localité qui lui était connue : Léon. La « montagne » serait 
tirée du v. 40 du lai : En un grant mont . On peut se demander si la con- 
jecture en question n'a pas été suggérée à Zimmer par son désir de four- 
nir une preuve de plus à sa théorie de l'origine exclusivement armoricaine 
de la « matière de Bretagne ». 

Revue Celtique, XXXIV. 19 



LE MIROUER DE LA MORT 
(Suite") 



(f. 48 y) Maru ynt aç â graç doe : diuoe nep ho croeas, 

Hoguen beu ha seuen, ynt da doen ancquen bras : 
E sort en bet cret plen : nep den ne soutenas, 
Na nep amser neray, é study so diblas * 
2475 Eno ez vezo paut : alies defautou 2 , 

Na nep guis finissaff, negoar 3 scaff ho caffou : 
Quentse peur ditruez : nos ha dez ouz dezrou, 
Hep remsi * bizuicquen : eu plen ho ancquenou. 
An maru vezo ho boet : dan re daffnet seder, 
2480 Ha defïry ho dyet, vestl dragonet cret scier : 
Venym 5 inestimabl, incurabl ne fabler, 
Beuraig dicouraichaff 6 , anezaff7 pan taffer. 
O pez magadurez pez dicufnez 8 , pez poan, 

1. Cette strophe et les 7 suivantes ont été publiées dans le Fti\ ha Breiy, 
1906 (n os 11 et 12), par un prêtre breton instruit dans sa langue, avec un 
« essai de traduction » pour lequel il m'avait aimablement consulté. 

2. Premier exemple de ce plur., cf. Gloss. 149. Gr. a dejfaut pi. ou van. 
eiï défaut, imperfection, défectuosité; «j Jeffaut, dejfaut, e défaut au défaut, 
à la place de ; dejfaut défaut, manquement de comparoir en justice; défaut 
faute de, à faute de, par faute de, dejfaot eu hem gavout faute de se trouver, 
dejfaut ober faute de faire ; une autre construction se montre dans une 
chansonnette de Trévérec : Koantik-koaiït am eus hi hanvet Defot ne ouien 
hi hanno je l'ai appelée Joliette jolie, faute de savoir son nom. 

3. « Savoir » pour « pouvoir » ne s'emploie pas d'ordinaire au présent 
(pas plus qu'en français). Cf. mar goue^ajf tant que je pourrai, léon. mar 
gouie tant qu'il pouvait (Dict. étym. v. gou^uout); tra ua gouffet chose qu'on 
ne pourrait (chenchaff changer ; da lauaret dire) Gloss. 291, van. nefeheu je 
ne pourrais = noujjehen, Gloss. 236, Rev. Celt. XI, 481. 

4. Reiusi moment de répit, comme remsy v. 2486 ; voir 2168. R el ms. 
porte : « Rems, durée, lespace de tems que les choses durent et subsistent 
dans Leur état ; et il se dit particulièrement de la vie de L homme. », 
avec cette addition, qui semble de la même main : « inusité ». Le 
Gon. a rems ou remps m. avec la même définition que Pel., il ajoute : 
« Ce mot est peu usité aujourd'hui » et remsi ou rempsi v. ri. « Durer. 
Subsister. Vivre... Né hcllô bikenn remsi pell ével-sè, il ne pourra jamais 



Le Miroiter de la Mort. 291 



Ils sont morts tout à fait à la grâce de Dieu, certes, qui les créa, 
Mais ils sont vivants et forts pour souffrir grande angoisse, 
Telle que, crois-le bien, personne au monde n'en supporta 
Ni ne le fera jamais ; la pensée en est amère. 
2475 Là il y aura une grande abondance de misères 

Et en aucune façon leurs douleurs ne sauraient finir, certes ; 
Au contraire, sans nulle pitié nuit et jour à commencer 
Sans jamais de répit sont certainement leurs angoisses. 

La mort sera leur aliment, aux damnés, sûrement, 
2480 Et sérieusement leur boisson du fiel de dragons, crois-le nettement ; 
Venin incroyable, inguérissable, ce n'est pas une fable, 
Breuvage très accablant, quand on en goûte. 

Oh ! quelle nourriture, quelle infortune, quelle peine, 

durer, subsister long-temps de la sorte » ; il fait précéder ces deux articles 
du double signe (* ?) qui marque les mots suspects de n'être pas d'origine 
celtique, mais qui semble ici indiquer qu'il ne les connaît pas dans l'usage. 
Remsi dérive de rems comme berrhoa^ly courte vie de hoa^l âge, Gloss. 322. 
En irl., O'Reilly donne réimhse temps, mais ce ne doit pas être une forme 
ancienne ; le R. P. Dinneen n'a que réitnheas f. temps de la vie, temps, 
période. M. Pedersen, Vergl. Gravi»/. I, 170, se demande si c'est proprement 
« sort fixé d'avance », de rem- et mess jugement. Ne serait-ce pas plutôt 
« mesure de temps » ? Cf. ri rè dan acus ri rentes fata pour un long temps, 
pour une durée considérable, Tàin bô Cûahige, éd. Windisch 1030 (a air 
remsi pendant longtemps B 465). 

5. Ailleurs vettim, rotin, bénin, velim venin, poison, cf. Gloss. 736; h. 
tréc. beitlim, Rev. Celt., VI, 411 ; XIX, 195. 

6. Superl. de dicouraig sans cœur; ici au sens actif : décourageant, 
désespérant. 

7. Ce mot montre que beuraig était masc. Il y a ici un exemple de la 
façon dont on a pu passer quelquefois, dans les pronoms personnels, du 
sens génitif ou ablatif à celui de l'accusatif : aujourd'hui pa daiiver ane(j)an 
signifie aussi bien « quand on le goûte », cf. Rev . Celt., XVIII, 199, 202, 
203. 

8. Mot nouveau, composé de cufnae\ douceur; cf. dicuff sans pitié 
(Études d'étym. bret., XII, 14). 



»2 E. Ernaitlt. 

Pez quemesq » drouc esquem, pez palem - dan reman : 
2485 En bezout hep souten : ouz douen maru ven quenan 

Hep tin da nep henv J, na remsy mar bihan? 
Horror + peur disordren, eu da den nep henv, 

Dre an bech é pechet, bezaff ret monet dy : 

Euvt joa transitoar s : doen glachar bet nary, 
2490 So direz 6 follez bras : azgas en fantasy. 

A vn maru imaruel ', peur cruel euelhenw, 

Ez meru pobl disleal, égal diouz an» goalenw : 

Achap s dre nep abrv, nedeux muy na difenw, 

Quentse ez vnt priuet, frustet 9 à pep pedenw. 
2495 O peguen I0 guinuidic, puplic ha binniguet, 

Vezo'n heny dien 11 , â men hep doen penet : 

Na dre faet l2 an bet raan, na vezo saouzanet, 

Nadre he 1 * joau «4 ven, nac eu plen sourprent x >. 
(f. 49) Neuse an re daffnet, hep remet na peden», 

1. Cf. G/055. 534; kemmesk mélange R el ms., m., Gon., Trd ; kemmesk 
mêler ensemble, « c'est proprement Mélange», et kemmeski mêler Pel., « kem- 
mesk mêler ensemble, mélanger, kemmeski. » R el ms. ; qemesqadur mélange 
Gr., kemmeskadur m. action de mélanger, etc. Gon. 

2. Emploi figuré de paient tan, cf. Gloss . 455. 

3. A prononcer hiny. 

4. Variante de orror, orreur, cf. Gloss. 323, 572. 

5. La Vie de sainte Catherine a transitoyr, et histoar histoire, ailleurs 
ystoar, estoar (et histor, estor), Gloss. 222, 223. Cf. gloar (et glor) gloire, 
memoar, mentor (et *memoêr, attesté par la rime J 38) mémoire, foar foire, 
marché, mais merifoer méritoire (plus tard meritoar, Gloss. 408), purgatoer 
purgatoire (plus tard purgator, Gloss. 517); pressoer, pressouer 3 syl. J 44 
(et presser) pressoir. Esper espoir, sans variante, a dû prendre la voyelle du 
verbe esperaff j'espère. Presbiter presbytère a des variantes analogiques 
presbytoer, presbitoer, Gloss. 511; cf. clistœr clystère. 

6 . Premier exemple du mot direi- sans règle, désordonné Maun . , déré- 
glé, désordonné, van. direih Gr., direih irrégulier, déréglé, dérèglement 
l'A., direis, direiç déraisonnable, déréglé, mal en ordre, indocile Pel., 
direis R el ms., àirei\ Gon., Trd, direi\, disrci- irrégulier Gr., iirei\ m. dérè- 
glement, désordre, dérangement, indocilité, irrégularité, licence, liberti- 
nage, excès Gon., disrei^ded, direi~ded irrégularité Gr., direisted Gon., 
direihtxd irrégularité, iireihtaitt dépravation dans les mœurs (n'est « guêres 
en usage») l'A., direi~a>nant dérèglement Maun., direi^amand irrégularité: 
intempérie, dérèglement (de l'air; des humeurs du corps humain), p\.-nchou 
dérèglement, désordre, direi^a, van. direihein dérégler, agir contre l'ordre 
établi, contre la règle, désordonner, troubler l'ordre Gr., direihein dérégler, 
direihein dépraver les mœurs l'A. Cf. G/055. 157 ; v. 2176. 

7. Mot nouveau, de forme inattendue ; c'est un compromis entre le fr. 
immortel et le bret. marvel (les écrivains emploient aujourd'hui divarvel). 
Le texte porte : « Un(de) greg(orius). Morte immortali morientur impii ». 

8. Ne s'était trouvé, comme nom, que NI 355 ; van. un achap' caer (en 
des groeit) « il l'a eschappée belle » Ch. ms. 

9. Cf. N 22 : Frustet eo crenn ma pedennou mes prières sont tout à fait 
vaines. 



Le Mirouer de la Mort. 293 

Quel mélange d'échanges funestes, quel écrasement pour ceux-ci 
2485 C'est, d'être sans soutien, supportant la mort terriblement froide 

Sans fin pour aucun, ni répit si petit (qu'il soit) ! 

C'est une horreur très extraordinaire pour un homme quelconque 

D'être forcé, par le poids de son péché, d'aller là ; 

Pour une joie passagère subir une douleur éternelle, 
2490 C'est absurde et grande folie : l'idée en est odieuse. 
D'une mort immortelle, très cruellement ainsi 

Meurt le peuple infidèle, également sous le fléau ; 

Il n'y a plus moyen d'échapper par' aucun asile, ni de se défendre, 

Au contraire ils sont privés, dénués de toute prière (utile). 
2495 Oh ! combien bienheureux publiquement et béni 

Sera l'homme sans tache qui reste sans subir de peine, 

Et qui par le fait de ce monde ne sera pas trompé, 

Et par ses joies vaines n'est nullement surpris ! 
Alors les damnés, sans rémission ni prière (utile), 



10. Gl. ms. heureux; ceci se rapporte au mot suivant. 

1 1. Le texte porte : « qui peccatorum sordibus nequaquam fuerit infec- 
tus ». 

12. Gl. vas.faict. 

13. Sur het rem., cf. GIoss. 61. 

14. Variante graphique de joaou ; cf. saou~anaff et sau^anaff errer. La 
forme complète serait *joaeaou; on trouve : joaeou, ioaeou; joaou, ioaou, 
yoaou ; ioaeou ; ioeçou (ioaiou n'apparaît qu'au commencement du xvii e s.). 
La réduction de oae en oa se montre aussi au sing. : joae, ioae, yoae ; cf. 
Monioae Montjoie ; joa, ioa, yoa ; ioy : ioa~ (ce -, comme les précédents, ne 
se montre que dans les Heitriou) ; yoaff (deux fois dans Cb) ; ces deux addi- 
tions sont analogiques et peut-être purement graphiques. Yoae et esmae 
émoi riment en ae B 194, tandis que les variantes esmoa et joa riment en 
a, J 116; on verra plus loin esma émoi (rimes oa et a) 3219, 3553 (cf. 
Benael Benoit). Voir Gloss. 524 ; Notes d'étym. 246, 247 (n° 123, §4). La 
langue tend à se débarrasser de la syllabe compliquée oae, cf. Rev. Celt., 
XXVIII, 57, mais il en reste des exemples en moy. bret. Goae malheur J 
15 (var. goa) rime à ioae et apoe appui P 207. Une même strophe (J 196 b) 
contient oae et ioa il était, le premier rimant en e ; cf. P 98, etc. ; voir 
v. 188, 190, 1371. Anoae; chagrin rime en ae\ B 239 ; il semble en être de 
même P 75 (lire : Ma;ae;, gant eue; hac anoae~ fin, Johann hep gou) ; cf. 99 
(cae-, annoGç); 219 (anoe;, r. ae~, oc;, e~) ; anoa\ r. oa; B 394, 618 ; r. oa;, 
a; 679. Pel. dit, v. sihôa; hélas : « Je lis dans la Vie de S. Gwenolé 
Syoâe; » ; à c'hôas encore : « Les Anciens écrivoient Hôae; » ; cela peut être 
exact, sauf les trémas. Hoat;, var. Haoe%, J 31, est un indice de ce hoae^ ; 
au vers Me pet hou; ma mallo\ do mentir 235 il faut corriger Me a pet hoae^ 
ma malloc; (cf. Rev. Celt. V, 125). Noaeso il nuira P 176 est le seul exemple 
de oae dans cette famille, qui a dû mêler celles des mots franc, noise et nuire 
(anciennement noisir, nuisir) : mod. noasa, noasout, van. noèsout, noésein 
nuire, ncasus, van. noêsus nuisible Gr., moy. br. noasus nuisant, noesus 
« contencieux, noiseux ». 

1 5. Lis. sourprenet. 



294 E> Emaull. 

2500 Hodeucs hep cessaff, peur claff vn canafenw « : 
So truezus meurbet, pepret da pep credenn, 
Dreist guir - he pridiry, outy ma ne diffen». 

An traman â canont, bac d leueront sur, 
Xv so pobl milliguet, condafnet â het stur : 

2505 Faziet ez edomp : dre na lecquesomp cur, 

Oar an hent ent quentrat, à pep mat â natur. 

An hent à guiriounez, ny à dianhezas >, 
Hac en hent falsentez, nos ha dez â coezas : 
Hent à perdition : â damnation bras 

2510 En hennez ez ezomp, entromp hac on trompas. 

Hvnchou Doe ho;; croeér, nep awser no quersomp +, 
Na dreize dre é perz, po'n s oa nerz ne querzsomp : 
Breman en hynchou striz : peur digruiz 6 ez scuizomp 
Enhe v bizuicquen, en ancquen ez menomp 7. 

2515 Ent ven pan oamp en bet, hon eux goastet seder 
En traezou yffam, so da blam hon amser : 
Hon nerz on eux lecquet, oar an bet men preder, 
Da seruigaff affet, da pechet peur heder 8 . 
Pez â taluoe dimp ny, bezaf glorifius 9, 

2520 Oar an bet pan edoamp 10 , entromp ha bout pompus 
Hon goanac 11 oa yactanç 12 , noblanç bout auançus M, 



1. Gl. ms. chanson. 

2. Dreis guyr est traduit « au mépris de la Loi », J 79, ce que le con- 
texte permet ; ici on peut admettre un sens plus vague : « outre mesure » ; 
ci. diguir 2315, ditnerit 2356, 2365, 2448. 

3. Gl. ms. dile^as. Le lat. a « errauimus a via veritatis ». Cf. so... dianhe^et 
il s'(en) est retiré J 189 ; « dianneqet gant an Saumon, pillé par les Saxons » 
G\v. (Pel.. v. anne%)', diainie~a démeubler, piller une maison; déloger, 
déménager, ti dianne% maison abandonnée Pel., dianne% qui n'est meublé, 
dianne\a desameubler Maun., dianne\a démeubler, diwnnï\ démeublé, sans 
meuble Gr., dianne\a v. a. et n. démeubler; déménager, déloger, dianne\ 
adj. Gon., cf. Gloss. 30. On dit en h. Trég. et Goëlo anvei, ahnvèin amé- 
nager, annveadek aménagement, installation, di^annvêin déménager; en h. 
Corn. (ab. Besco) mont ivar an anveaou aller doucement, sans se presser 
(litt. sur les aménagements, en suivant les meubles ?). Le v paraît s'être 
introduit par imitation analogique du tréc. aince, annve, trame, amvei, 
annvei tramer, anveadek filerie, cf. De Turgence d'une exploration philologique 
en Bretagne, 7; Mélusine XI, 405 ; Dict. étxni. v. anneu. 

4. Forme nouvelle du verbe caret, quarêt. 

5. Sur cette coupe bizarre (pour^'o?; 2531), cf. Les nouveaux signes ortho- 
gr., 12. 

6. Le latin a : « vias difficiles, vias graues et inutiles ». Digrui~ rap- 
pelle d'abord iligrv;iaJur « exacerbatio >> Gloss. 168, et montre que celui-ci 
n'est pas composé de cri^ cru, cruel. Le rapprochement de diglxs (var. die- 
Ixs) J 18 b au Dict. e'tym., était meilleur : Quxcit ef diglxs a ti% bras (traduit 
par H. de la Villemarqué « qu'on le chasse vite de la cour, qu'on se 
hâte », comme si dielys pouvait être pour diouç an les) doit signifier 



Le Miroiter de la Mort. 295 

2500 Ont sans cesse, très abattus, un chant 

Qui est tout à fait pitoyable toujours à chaque esprit : 
La pensée en est horrible, s'il ne s'en défend. 

C'est ceci qu'ils chantent et qu'ils disent, sûrement : 
— Nous sommes un peuple maudit, condamné absolument ; 
2505 Nous nous sommes égarés parce que nous n'avons pas pris soin 
Tout d'abord, (de rester) sur le chemin de tout bien naturel. 

Du chemin de justice, nous nous écartâmes 
Et dans le chemin de fausseté tombâmes nuit et jour : 
Chemin de perdition, de grande damnation, 
2510 Dans celui-ci nous allâmes tous, et il nous trompa. 

Les chemins de Dieu notre créateur, jamais nous ne les aimâmes, 
Et par eux de son côté quand nous avions la force, nous ne mar- 
châmes ; 
Maintenant dans des chemins étroits très pénibles nous nous fatiguons, 
Dans eux à jamais, en angoisse nous resterons. 
2515 En vain, quand nous étions au monde, nous avons gaspillé, sûre- 

[ment, 
Notre temps dans des choses infâmes qui sont à blâmer ; 
Nous avons mis notre force dans le monde, je le pense, 
A servir tout à fait au péché très odieux. 
Que nous servit d'être glorieux 
2520 Quand nous étions au monde, tous, et d'être vaniteux ? 
Notre espoir était jactance, noblesse, être honorés, 



« menez-le rudement, en grande hâte... (chez Caïphe) », la rime indique 
*digly%, sans doute corrompu de *digry\. Le simple gri\ paraît dans Mar 
tremen en gri^ e li^er P 267. H. de la Villemarqué a traduit : « Celui qui 
passe vêtu de gris avec la lettre qui l'oblige », en ajoutant en note : « Le 
religieux ? » Mais gris gris Gr. (d'où aigris, grisard grisâtre Gr.), s'il exis- 
tait en mov. bret., y eût rimé en is. J'ai proposé, Gloss. 294 (cf. Rev. Celt. 
XXVII, 254) : « s'il passe sévèrement sa lettre (= s'il suit rigoureusement 
sa religion) » ; en gri\ serait une notation phonétique de *ent cri-, gall. vn 
gri crûment, rudement. Il est bien plus probable que gri~ est le radical 
d'où l'on a formé digruiç, *digry%, digry^tadur, avec un préfixe augmenta- 
tif (gall. i(y-). Gri-ias (v. 2415) semble différent, sa famille ne présente 
jamais <ïu. Il est possible que l'auteur du Miroiter eût écrit * digri^, s'il 
n'avait pas eu à rimer à scui^-omp ; mais cela n'empêcherait pas sa variante 
d'être réelle. 

7. Gl. ms. chovwnt.Ci. menant B 385. 

8. Ce mot est ici adj. Cf. v. 1328, 1705 ; X 594. L'étvmologie proposée 
Mêtn. Soc. ling. XI, 116 suppose la priorité du subst. 

9. Gl. ms. glorius. Ce mot nouveau, déjà vu v. 1499, vient du v. fr. 
glorijieiix vantard, orgueilleux. 

10. A lire ici edomp. 

1 1 . On ne connaissait ce mot que par le Catholicon. Voir Sur Vétym. bret. 
XCII (Rev. Celt. XXVII, 209). 

12. Mot nouv., du fr. Le latin porte : « diuiciarum pompa et iactantia ». 

13. Dérivé nouv. 



296 E. Ernault. 

Carïout madou an bet, pepret bout couuetus. 
Pez à taluoe yuez, dimpny priuez bezaff, 

Omet guisquet haetus, ha gasus ■ davsaf : 
2525 Ouz hon corflf hep bout breff, dibrif cref hac eufaff, 

Quenet, nerz ha huerzin, boet fin ha guyn finhaff. 
(f. 49 v) Dreize daffnation, diraeson disonest, 

Hon eux bresq hep esquem, taolou - flem ha tempest 

Hon amser so goastet, ha tremenet medest : 
2530 Dre se hon eux rigol >, en hon scolha molest. 

Goa nv Doe p'on croeat, da bout plat en stat maw 

En tan lem diremet, goude faet an bet glan : 

Ha hep mar maz quarsemp, bet ne visemp en poan, 

Quentse dirac roe'n bet : en gloar parfet ledan. 
2535 Homan en canafen» +, â crenw mvr lie lenny s, 

Pep lech diles pechet, quent eguet monet dy : 

Groa pinigen» en bet : na spont quet eguety 6 , 

Pe glachar so paret 7, dit meurbet 8 hep quetsy. 
A quement ' maz eu muy an délectation, 
2540 En pechet hep quet sy, nan exultation l0 : 

A quement se an poan : heman eu an canon, 

Vndro a vezo muy, hac an punission. 

1. Premier exemple de ce mot, cf. Gloss. 250. Voir v. 2705. 

2. On ne connaissait pour cette époque que taulou et tauliou. Gr. a tau- 
lyou, Van. taulyêu, taulëu, Treg. taulyo. 

3. Premier exemple du mot en ce sens, cf. la note au v. 1954. 

4. On voit, par homan et he, que ce mot était fém. ; mod. kanaoueu f. 
Gon., etc. Cf. v. 2500; voir v. 1962. 

5. Sens nouveau de ce verbe, proprement « lire » ; cf. v. 1961. 

6. Ceci montre que pinigenn était fém. Gr. a pinigenn pi. ou, van. peni- 
genn pi. eu (f. : ur binigemi), dim. pinigennicg pi. -nnou'igou ; l'A. pênigênn 
{., pi. eu pénitence, pénigênnourr pi. -nerion pénitencier (« mieux, et plus 
moderne, Pénitancer.. cerion ») ; pénigénuereah m. pi. eu pénitencerie. 

7. Premier exemple certain de ce sens. 

8. Ce mot est adj. ici, ce qui n'arrive qu'en moy. bret., je crois, bien 
que Pel. donne « Meur-bet, très-grand » et l'A. merbètt, meurbètt prodi- 
gieux. Il signifie « grand, très grand », et quelquefois « étrange, invraisem- 
blable : tra meurbet eu da cridijf c'est chose difficile à croire J 68, cf. tra 
bras ve ce serait chose étrange (que...) 36 b; mod. un dra vras eo, en etn 
gomporte... an anevalei... gant mui a onestis... eguet au dud c'est une chose 
étrange que les animaux se comportent plus honnêtement que les gens, 
Introd. cfar vue- dévot (trad. par Ch. Le Bris), anc. éd. 349 (le texte franc, 
est différent ; dans « Ce n'est pas si grand cas de servir un prince en la 
douceur d'un teins paisible », Le Bris n'a pas manqué d'employer l'expression 
bretonne ne d\> quet un dra vas, p. 422). Le Cath. traduit meurbet <t g. très, 
1. ualde » ; Maun. « grandement»; Grég. donne meurbed très, meurbèd 
beaucoup (avec un verbe) : e goret ara meurbèd ou meurbed èr char il l'aime 
beaucoup, meurbed, van. merbed fort, grandement, pinvidicq eo meurbed il est 
grandement riche ; R el ms. « meurbet, sup(erlatif) très, fort, caer meurbet, 



Le Miroiter de la Mort. 297 

Avoir les biens du monde, toujours être avides. 

Que nous servit aussi, en particulier d'être 
Parés, vêtus agréablement et d'humeur joyeuse, 
2525 Sans être économes pour notre corps, de manger beaucoup et de 

[boire, 
Beauté, force et rire, nourriture délicate et vin très fin ? 

Pour ces choses nous avons la damnation extrêmement infamante, 
Faibles, sans changement, coups d'aiguillon et tempête ; 
Notre temps est perdu et passé, je l'atteste; 
2530 Pour cela nous avons rigueur dans notre sort, et persécution. 

Malheur à nous, Dieu ! quand nous fûmes créés, pour être réduits 

[à cet état 
Dans le feu vif sans rémission, après tout le fait du monde ; 
Et sans doute si nous avions voulu nous n'aurions point été en 

[peine ; 
Au contraire, devant le roi du monde en gloire parfaite, au large. — 
2535 Tel est le chant, garde bien que tu ne le prononces ; 
Partout quitte le péché avant d'aller là ; 
Fais pénitence en ce monde, n'aie pas peur d'elle, 
Ou une douleur est préparée à toi, immense, sans aucun doute. 
Plus est grand le plaisir 
2540 Dans le péché, sans aucun doute, et la joie, 
Plus grande la peine, c'est la règle, 
Un jour sera aussi, et la punition. 

très beau, le plus beau ». Chai, a meurbét fort, très, grandement « gueres 
usité aux environs de Vannes », obéissant meurbet très obéissant ; l'A. mer- 
be'tt beaucoup, meurbétt très, fort, grandement, merbétt, murbètl infiniment, 
merbêtt, meurbétt prodigieusement, yetne merbétt très froid; on lit en van. 
-meurbed, -meurbet (après des adj.) Celt. Hex. III, 8 ; V, 11, 15, 16; caër 
meurbet très beau, Guer~enneu eit perhinderion santés Anna, Vannes 1890, 
p. 8. Pel. explique meur-bet... « grand monde » ou « grand comme le 
monde » en citant de Davies « Maivrbxd, Armor. et Britannicè valdè ma- 
gnus, ingens » ; je crois que cette dernière explication est la bonne, cf. 
mawr byd « the greatest imaginable », dans le dict. angl.-gall. de D. Sil- 
van Evans, 1858 ; ym mbell byd, very far away, ym mheUbell byd at the far 
end of the world, dans son dict. gall.-angl. Au sens de « un grand nombre », 
ou « une grande quantité », on ne dit pas meurbed, mais meut', ou ar-bed : 
meur a dra, meur a draou, ar-bed a draou beaucoup de choses ; meur a so 
anéio, ar bed a so ané^o ils sont beaucoup de personnes, ar- bed a faut, meur 
a faut il s'en faut beaucoup Gr., cf. G/055. 5. Dans son Dict. fr.-bret., 
du R. explique la seconde syllabe de meurbed par be%a être, et dans son dict. 
bret.-fr. par bed monde. La décomposition en *meur-pet (grandement com- 
bien) donnée par Stokes, Mid.-Bret . Hours 86, par mon Gloss. 412, et par 
V. Henry, Lexiq. 201, se heurte à cette objection : on ne dit point *meurbet 
gwech comme naouspet gwech je ne sais combien de fois. 

9. Le lat. a : « quantum glorificauit se. . . tantum date il li tormentum ». 
Je ne vois pas d'autre exemple de cette locution a quement..., a quement se. 

10. Mot nouv., du fr. 



398 E. Ernault. 

Allas pez sotonv, na pez melcony fall, 
Euyt tra terrien ', eu da den bout quen dall : 
2545 Maz déliez bizuicquen. bout yen en anequen sali, 
Corff hac enef de vroy 2 , en poan se hac en goall. 

Dan propos Chrisostom 5, den prudom -» renomet >, 
A goulem/ ouz pep den, â quement so en bet : 
Deffrv vu question : ;ira groa don estonet, 
2550 Hac ez eu quen parfond 6 , na guell bout respontet. 
Goulen ara pez spaç, d soulaç en plaç man : 
Phgadurëz en bet, hep penet na quet poan : 
A guell bezaff affet : comparaichet ledan, 
Dan poanyou dilouen, da bizuicquen quenan. 
(f. 50) 2555 An pez guir â quiry â responty sigur, 

Pemp mil cant bloaz haznat, so da pat dreist natur : 
Pe pemp cant mil, mil guez, pe'n pez â querez sur, 
A parailly 7 diblas, dan poaniou bras assur. 
Chede comparaison 8 , han faeçon dissonant 9, 
2560 So entreze megoar, en lauar gant goarant : 

Nedint quet vn moment : da nep â entent coant, 
Dan poaniou alternai, en geai scandalant l0 . 

Quent se euel vn squeut, hac ez eu neubet " aç, 
Ne compsaff goap na boul, ez tremen ho soulaç : 
2565 En comparaig dan poan, so gant an tan han sclaç, 
En yffemou couen, bizuicquen hep quen graç. 

1. Le latin porte : « pro aliqua re terrena ». Cette forme ne s'était trou- 
vée que dans autrou terrien « signeur terrien » ; terrien « g. idem, qui a 
terres » C. Gr. a tèryen, terryen terrien, -enne ; tèrryen terrestre, ar barados 
téryen, van. er baraoùis tèryen le paradis terrestre; ar plijadiiryou... tèryen 
les plaisirs terrestres \foënn tèryen « bon foin qui vient en des lieux qui ne 
sont arrosez par aucun ruisseau » ; Procnler tèryen, « qui est responsable des 
tailles d'une Paroisse ». Cf. terrian seigneur terrien, v. 1056. 

2. Mot inconnu, qui d'ailleurs ne peut être exact. Conséquence d'une 
distraction, compromis entre deffry et diuoe ? La rime intérieure semble être 
en e (lire egoalï). 

3 . Premier exemple de ce nom propre ; sa forme latine Chrisostomus se 
lit v. 211, 735. Grég. donne : « Saint Jan Chrisostôme. Santjan Crisostom. » 
Voici les autres noms propres nouveaux ou de forme nouvelle dans le 
Miroiter : Aaron 2 syl., v. 130; Absalon 135, Achor (sans doute Nachor) 
128; Agathon 1275, 1299; Alexandre (lis -ndre) r. e 127, Alexander r. er 
271, Alexandre {Alexander P. 246 est à prononcer Alexandr, il a 3 syl. 
dont la 2 e rime à antr-e; H. de la Villemarqué, à la fin du Dict. fr.-br. de 
Gon., donne comme nom de baptême Alek^ander) ; Anianns 141, Auicenna 
131, Avicenne (le lat. porte auicenna); Auxgnon Avignon 138, Baruth r. ut 
Baruch 183 (la plupart des éditions latines ont baruch, mais il y a Baruth 
dans celle de Jehan Petit, qui se trouve à la Bibl. Nat., Inv. D 21 184) ; 
Ecclesiastes (1') Ecclésiaste 404, E\echiel 807, Galien 131, Ierentias 539, Hye- 
remias 819 (c'est encore l'édition latine de J. Petit qui a ici hieremias, au 
lieu de ibère, erreur pour ihero[nytnns] ; on lit Hieremias J 207 b) ; Job Job 



Le Mirouer de la Mort. 299 

Hélas ! quelle sottise et quelle douleur déplorable 
C'est, pour chose terrestre, à un homme d'être si aveugle 
2545 Qu'il mérite d'être à jamais glacé dans l'angoisse piquante 
Corps et âme, certes (?) dans cette peine et dans le malheur ! 

A ce propos Chrysostome, homme sage renommé, 
Demande à chaque homme, de tous ceux qui sont au monde, 
Sérieusement une question, qui me rend fort touché 
2550 Et qui est si profonde, qu'on ne peut y répondre. 

Il demande quelle durée de jouissance dans cette terre, 
De plaisir au monde, sans douleur ni aucune peine, 
Peut bien être comparée, de loin, 
Aux peines horribles, à toute éternité. 
2555 Ce que tu voudras, vraiment, tu répondras, pour sûr : 

Cinq mille fois cent ans, évidemment, qui sont un laps de temps plus 

[que naturel, 
Ou mille fois cinq cent mille, ou ce que tu veux, sûrement, 
Tu arrangeras, énormément, pour les grandes peines, certes. 
Voilà une comparaison, et la façon discordante 
2560 Qu'il y a entre elles, je le sais, il le dit avec garantie : 
Ce n'est pas un moment pour qui l'entend bien, 
Près des peines éternelles, dans la geôle infamante ; 

Au contraire, comme une ombre, ce qui est bien peu, 
Je ne dis plaisanterie ni raillerie, passe leur jouissance, 
2565 En comparaison de la peine qui est avec le feu et la glace 
Dans les enfers affreux à jamais sans plus de grâce. 



167, 247, 263 ; Iutius César Jules César 129 (sur lutins, voir Une poésie offi- 
cielle en moy. bret., Rei\ de Bret. 1912 et 191 3) ; Messyas le Messie 821 (ail- 
leurs Messias); Xabucbodonosor 128; Nynyua Ninive 435, Platon Platon 
(Pluto C) ; Porpbirius Porphyre 140, Prosper 195, Salomon 130, r. om- 403 
(ailleurs Salamon domine, quoique écrit aussi Salomon ; Grég. a Salomon 
et comme nom de personnages récents Salaiin, qu'il donne à tort comme 
prononcé autrefois Salaoun : J. Moal cite comme prénoms Salomon, Salmon, 
Salaun, les traducteurs de la Bible emploient Salomon): Tullius 139, Virgi- 
lius Virgile 142 (Virgila Gr., cf. Gloss. 560). 

4. Mot nouveau, du (t. prud'homme. 

5. Mot nouv., du fr. On lit renommel glorifié D 56 ; renom renom, répu- 
putation 113. 

6. Ecrit ailleurs parfont : voir v. 770. 

7. Mot nouveau, du v. fr. pareillier apprêter ; on ne connaissait que appa- 
raillaff appareiller, préparer (aparailha Gr., apparaillein l'A. appareiller, t. 
de marine). 

8. Premier exemple de ce mot, cf. Gloss. 115, et la note au v. 1673. 
Haut Trég. hmpare\on. 

9. Mot nouv., du fr. dissonant; c'est l'inverse de consonant juste, rai- 
sonnable. 

10. Mot nouv., synonvme de scandalus. 

1 1 . Lire ici neubeut. 



300 E. Eniault. 

Ha hoaz pan ve an spaç, han graç an soulaçou ', 
Egalet en bet man, dan saouzan an poaniou : 
Ha'n poan da chom vn het - : da fet an pechedou, 
2570 Ha muy na chomhe quet, nepret en nep meton >. 
Ac eff na ve foll cref, da comps breff indeuot ■», 
Leun don i sotonv, ha melcony diot : 
An aeil >' gant eguile : mar choasse ez ve sot, 
Er doen poan en tan fresq, â so bresq drouc escot. 
2575 Euyt vn dez â joa, en bet ma na ra soez, 

Choasaff vn dez â poan, so saouzan hac anoez : 
Rac an ancquen quenan : an poan a laz an froez, 
An joa hac an ébat, gruet haznat a ratoez 6 . 

Pan eu 1 ancquen vn heur, pep feur nos pe beure, 
2580 Gruet dan corffgant torfet, hep remet na trete : 
Ara ancouffnez 8 oll, oar vn stroll an holl joae, 
En amser tremenet, pemdez bezet chede. 
(f. 50 v) Pez eu oarse da den, dre'n nep ' termen en bet, 
Dellit hep euitaff, sigoaz dezaff affet : 
2585 En yffernw eternal : doen scandai poan calet, 

Hep gallout caffout lem, ouz en em clem remet. 
O pez tourmant antier, hueruder intollerabl, 
Da pridiry dihaet, nepret nac eu tretabl '° : 
Na gant den nep heny : en studi mar dihabl, 
2590 Na guell bezaffsellet, nac estimet etabl. 

Ma ne querez diuoe, dre caret Roe'n ploeou, 
Renonciaff affet, nepret daz pechedou : 
Les y da bihanaff, rac douigaff muy caffaou : 
Er naz ve eternal, scandai en tefaliou. 



1. Premier exemple de ce plur. 

2. Vn het da, cf. q tenno an bet. .. Vnfe^ de%y elle attirera tous (pour les 
rendre) conformes à sa foi B 638; a un bat dan dour de même nature que 
l'eau 260 (enn ennn oad gan-en-me de même âge que moi, voir la note au 
v. 1766.) 

3. Lire meton. 

4. Mot nouv., dufr. indévot. 

5. Cette diphtongue ei rime en î, comme en lêon. fei^k ili%, etc., ce qui 
répugne aux autres dialectes. Cf. v. 2607, etc. 

6. Cf. v. 1303. 

7. Ce mot, = ancoffne^ Qa, ancouffueçCms « oubliance », est ici syn. de 
ancoffhat, ancouffhat (ancoûnhat Maun., ahcounhât, van. ancoat Gr.) oublier; 
lat. « cum soient... in obliuionem mittere ». De même accoffhechat 
oubliance Cb = ancounechaat, ancounec'hât (van. aneouëat) oublier Gr. Cf. 
buanegaeç, -gîte- courroucer, -gue~ se courroucer ; colère; bnanequat courrou- 
cer, -ecat contrarier (buanégue^ f., van. buhaniguéh colère, buanecqaat se 
mettre en colère, -ecqdt courroucer Gr.) ; marhegue^ chevaucher ; dirigae^ 
« estre en sault »; la%re% voler (laérès, van. laëreah, -reh Gr.); van. brèhateah 
embrasser l'A., brehatdt Gr. ; graieah promettre VA.,gratat Ch.ms.; marha- 



Le Mirôuer de la Mort. 301 

Et encore si la durée et la grâce des jouissances étaient 
Egalées en ce monde à l'horreur des peines, 
Et que la peine restât de même étendue que le fait des péchés, 
2570 Et que ne restât pas davantage jamais en aucune façon, 
Est-ce qu'il ne serait pas très fou, à parler bref, l'impie, 
Tout plein de sottise et de malheur insensé, 
L'un avec l'autre s'il choisissait il serait sot, 
Car souffrir la peine dans le feu vif est nettement mauvais lot. 
2575 Pour un jour de joie en ce monde, ne t'étonne pas, 
Choisir un jour de peine, est tromperie et douleur ; 
Car l'angoisse extrême de la peine tue le fruit 

De la joie et du plaisir, (angoisse) ressentie nettement avec réflexion. 
En effet la douleur d'une heure, en tout cas, nuit ou matin, 
2580 Faite au corps avec violence, sans pitié ni trêve, 
Fait oublier entièrement à la fois toute la joie 
Au temps passé ressentie chaque jour, voilà ! 

Qu'a donc l'homme, par aucun moyen 
De mériter inévitablement, trois fois hélas pour lui ! 
2585 Dans l'enfer éternel de subir le scandale d'une peine dure 
Sans pouvoir trouver, certes, en se plaignant, rémission ? 

Oh! quel tourment extrême, amertume intolérable, 
Cruel à méditer, qui n'est jamais supportable, 
Et qui par aucune personne, si rude qu'elle soit à l'étude, 
2590 Ne peut être considéré ni estimé justement ! 

Si tu ne veux, certes, par amour pour le Roi des peuples 
Renoncer tout à fait, jamais, à tes péchés, 
Quitte-les, du moins, par crainte de beaucoup de peines, 
De peur que tu n'aies une éternelle confusion dans les ténèbres. 

teah marchander l'A., marbattad Foèr Veriadek 13, 32. Voir Gloss. 359, 
393; Ztschr.f. celt. Pbiiol. II, 518. 

_ 8. Ailleurs e ratoueç, a raUxr', cf. Gloss. 561 ; d'Arbois de Jubainville, 
Etudes gramm. I, 52*, 2, 64 ; Henry Lex. 230. Rei ms. a : « Rdt, pensée, 
Reflexion, considération, attention, hep rdt dim-tne, sans que J'y pense, unde, 
Ratos » ; c Rdt, Ratier, qui a des rats, dont Les pensées sont outrées et 
extravagantes » ; « Ratos, Rato~ attention, considération reflexion, dessein. 
a Ratos, a dessein, exprès, non sans y penser, avec reflexion ». Le second 
de ces articles ne répond à aucune réalité ; il provient d'une étymologie que 
Pel. donne avec une louable hésitation : « C'est peut-être de là » (de rat 
pensée, etc.) « qu'on dit qu'un homme est Ratier, qu'il a des rats, lorsque 
ses pensées sont outrées, et extravagantes ». Pel. dit que « Ratos ou Rato^... 
est le même que Rat avec une terminaison extraordinaire ». Il semble que 
ce soit un pluriel, mais cela n'explique pas le t : cf. nadoeç, naào\ aiguille 
(melon, met ton milieu, moyen, présente une difficulté semblable, M. Pedersen 
y suppose une perturbation analogique et compare le fr. moitié, Vergl. 
Gramm., I, 112). On peut objecter aussi les formes vannetaises a ratoh, a 
ratouëh, mais elles ne se trouvent que chez Grég. ; voir G/055. 362,421, etc. 

9. Lire ire nep; cf. Lesnouv. signes orth. 5. 

10. Premier exemple de ce mot, du fr. traitàble, cf. G/055. 716. 



302 E. Ernaull. 

2595 Pridiry an tra man, ameux aman hanuet, 
Endeues mcur â den, lamet yen à penet : 
Ha lecquet meur â lech : da dilesell pechet, 
Rac aoun na vent en fin, dan jain trainct. 
Pan ve lauaret dit, bout subiect « euidant, 

2600 Da bezaff bizuicquen, hep anequen auenant : 
En guelhaff guele quet : so en bet competant, 
Hep anezaffflaig tam, euit nep mandamant. 

Poan meur a quemerhes 2 , pan prederhes en se, 
Bout dit ret pep quentel, chom Sul goel ez guele : 

2605 Ne vesnepret hastus 5 : mar delicius ve, 

Quent se ez ve poan bras, ouz confiât ♦ an tra se. 

Pebez oarse aray, nep ayay bizuicquen, 
Dan cernH an yfiernou, da doen poanyou couen : 
Perpetuelement 5 : gourmant ouz ho cantren 6 , 

2610 Goude fet pechedou, ho craou so dilaouen. 
(f. 51) Yuez consideraff, studiaff am haual, 

An poanyou an yffernw, père so aeternal : 
Arahe den membry : creff deffri peur rial, 
Da stourm an azrouant, gourmant ? leun â scandai. 

2615 Ouz pridiry pep lech, mar bez trech an pechet, 
Dan yffernw en tan flam, ez viher condafihet : 
Da bezaff bizuicquen : en anequen ha penet, 
Pep tu perpétuai, en vn geai calet. 
Yuez scier pridiry, he imperfection 8 , 

2620 A retre den membry, â délectation : 

An bel 9 he contredy : he persuasion i0 , 



1. Ce mot rime ici, non en et (cf. v. 905), mais en it, cf. J 117; voir 
Gloss. 666. 

2. Quemerhes rime d'abord en meur-, puis en -erhes, puis en -es (en se 
prononcé e se). Cf. v. 537 ; 38. 

3. Gl. ms. lauouen (= joyeux). 

4. Lire prob. confiât. 

5. Lire -niant. On ne connaissait que perpétuel, -uni perpétuel, perpétuel- 
lement, perpétuité; mod. daonei perpétuel, damné éternellement, Gwer\iou 
Br.-I^el I, 34. Le van. berpe't, perpèt toujours Ch., berped Gr., berpètt, per- 
pètt l'A., berpet Hisl. sant. 61, prepet L Aguilaneuf 12, bas van. berpet doit 
être le moy. br. bepret, bepred, pepret, pep prêt, mod. bepret Maun., bep-pred, 
pepred, pa-pred, bo-pred Gr., tréc. bopret, bopet (cf. la rime intérieure dans 
Doe Roe-n bro rouz saluo be-pret, B 162), altéré par l'influence de perpétuel. 

6. On n'avait de cette époque que quantren persécution, tourment B 
556. Grég. donne cantren, cantreal, part, -r'ùet, van. cantren, cantrein, part. 
-èet « courir çà, et là, populairement, courailler » ; cantreal, cantren, p. -eët, 
-eet,v2iTi. cantrein «errer, se promener çà et là, comme font les gens desœu- 
vrez », « roder » ; cantreër pi. yen « errant, qui se promené çà et l'a » ; 
cautreér pi. yen, van. cantreour pi. yon, yan « rôdeur » ; Pel. cantren, van. 
cantrign « nom subst. qui signifie avec le verbe Gra, courir çà et là, comme 



Le Miroiter de la Mort. 303 

2595 La méditation de cette chose que j'ai ici nommée 

A retiré plus d'un homme, froidement, du châtiment, 

Et a fait en plusieurs endroits délaisser le péché 

De peur qu'ils ne fussent enfin traînés à la torture. 
Si l'on te disait que tu serais obligé sûrement, 
2600 D'être à jamais, sans douleur, à l'aise, 

Dans le meilleur lit qui soit au monde entier, 

Sans en bouger du tout, pour aucune raison, 

Tu prendrais grande peine quand tu réfléchirais à cela, 

Qu'il te faudrait à tout moment rester dimanche et fête dans ton lit; 
2605 Tu ne serais jamais content, si délicieux qu'il fût, 

Au contraire, tu aurais beaucoup de peine en pensant à cette chose . 
Que feront donc ceux qui iront à jamais 

Au cercle des enfers, pour souffrir des peines affreuses 

Perpétuellement acharnées à les poursuivre ? 
2610 Après le fait des péchés, leur cachot est lamentable. 
De plus considérer, étudier, ce me semble, 

Les peines de l'enfer, qui sont éternelles, 

Ferait l'homme, j'en réponds, fort sérieusement, très vigoureusement 

Combattre le démon acharné, plein de malice, 
2615 En réfléchissant partout que, si le péché est vainqueur, 

A l'enfer dans le feu flamboyant, on sera condamné, 

Pour être à jamais en angoisse et châtiment 

De tout côté perpétuellement en une geôle dure. 
De plus, la claire pensée de son imperfection 
2620 Retire l'homme, j'en réponds, du plaisir 

Du monde, de sa tyrannie, de son influence, 

les bêtes égarées, et ceux qui les cherchent » ; « le verbe ... est Cantrêi... 
On dit Cantrèet a meus, j'ai couru de côté et d'autre » ; Gon. kafitréa, « et 
par abus kantréal et kantren v. n. courir çà et là, errer, aller à l'aventure, 
rôder, vagabonder, kantréer pi. ien celui qui court çà et là, rôdeur, vaga- 
bond, fainéant, homme sans aveu, f. kantréére% pi. ed ; kantréére^ m. action 
de courir çà et là, de rôder, d'errer, vagabondage ; H. de la Vill. kantréer 
aventurier, kantréu^ adj. aventureux ; Troude dit que kantréal, kantren ne 
s'emploie qu'à l'inf., et que kantréer est peu usité; du R. parle de « diva- 
gation « et de « divaguer », ce qu'il a dû tirer du dict. franc. -bret. de 
Gon., mais ces mots y sont pris au sens propre. En van., l'A. a cantrein, 
part, -rétt errer; cantréein, cantréale, p. -e'étt rôder; cantréourr p. -erion 
errant, cantréonr rôdeur ; Ch. ms. contre se promener. En b. Corn., on dit 
kantren et kantrenni vagabonder. Cf. Gloss. 147 ; Ztschr. f. cclt. Phil., II, 
510, 511, 5 1 3 . Les registres paroissiaux de Spézet (Finistère) ont, comme 
nom de famille, un autre dérivé Cantreat 1564, 1586 (et Contrat 1 585). 

7. Ce doit être par hasard qu'on a la rime -ourm ...-ourni-ant, séparée 
par -ont ; cf. v. 2643, etc. Le cas du v. 2656 doit être différent. 

8. Premier exemple de ce mot, cf. Gloss. 335. Gr. donne dibarfededd, van. 
dïbarfecion pi. -nnëu; l'A. dïbarfection. 

9. Lire prob. bet. 

10. Mot nouv., du fr. 



304 E. Ernaulf. 

Guelet nac ynt ditnpny nemet déception. 
Seder vn magueres, hac vn tiegues fur, 
Pan tell dezv tizmat, dizon « he croeadur : 
2625 Gant vn tra hueru a blas : quent eguet é pastur, 
He diou bromz a lardo, tro oar tro me so sur. 

Ha quent drez duy riel, an buguel ho goelaff, 
Da pridirv dien, â certen he denaff : 
Neuse gant an hueruder : heruez maz prederaff, 
2630 Pep tro he leso hy ha he renonciaff. 
Euelse pridiry, pez eu éternité, 
Da doen ancquen ha poan, hep donet ahane : 
Meurbet ez eu hueruder : da nep en prederhe, 
Na da vanité quet, an bet eff ne crête. 
2635 Guelet en vn neubeut, euel squeut hep breutat, 
Ez tremen glan an test 3 , han fest he maj estât 
■ Hac en neubeut amser, seder ma ne rer mat, 
Ez dellezer hep mar, glachar dihegarat. 
(f . 5 1 v) Lech mat dre'n relataff, euyt disprisaff ve, 
2640 An bet man damany, gant he prospérité : 
Ent fier pridiry : pez eu aeternite, 
Hac an poanyou cruel, so padel euelse. 
Yuez he pridiry, heruez maz studiaff, 
Ara meur â heny, hep muy contrediafi ? : 
2645 Da ober pinigen», en glenw quent gourfennaff 4, 
A pep tu é buhez, yuez na finuezaff. 

Pridirv bezaff ret, doen penet en bet man, 
Da disfaçaff 5 affet, pechet a caoudet glan : 
Pe bezaff bizhuicquen, en ancquen hac en poân 6 , 
2650 En cernw an yffernou, en caffaou ha saouçan ?. 



1. On ne connaissait que l'autre inf. di^onaff, voir Gloss. 190. Maun. a 
diqouna sevrer ; Gr. disâna, van. disônein id. ; disànidigne^, disait, disônadur 
l'action de sevrer ; Pel. diqoûna et « selon le nouveau Dictionnaire Di\ou » 
sevrer, R el ms. di\on, di^onn, di^ouna id . , diqounet sevré ; Gon. di^ouna, « et 
par abus » diqoun sevrer; fig. priver, frustrer qqn de qch. ; diqounadur m. 
action de sevrer, sevrage; di^ounidige^ f. id. ; Trd. di\oun sevrer ; Mil. ms. : 
me ho kaso da di ho mamm go% da %U(pun (je vous enverrai chez votre grand' 
mère pour vous sevrer); du R. diqouna, di\oun sevrer ; diqounadur m. 
sevrage ; di\ounere\ f. pi. ed sevreuse, femme qui sèvre. On dit à Beuzec- 
Cap-Sizun J/\oùn sevrer (J. Francès) ; en Trég. di^ona, didona, didonnan, 
didonn sevrer ; faire perdre une habitude ; enr c'ho^ le \ou diës de didoùn un 
vieux veau est difficile à sevrer, se dit à Trévérec à propos d'un ivrogne, 
etc. En b. van. on dit disônein, di^oùnein sevrer. Ch. ms. donne diyonnein, 
di^inein . .. forhein, « ce dernier est le meilleur ». Di^inein est dû à une 
étymologie populaire (ou savante) d'après dinein, denein téter (Ch. ms.), 
cf. v. 2628. 

2. Ce mot, assez souvent difficile à interpréter, paraît être ici le corres- 



Le Miroiter de la Mort. 305 

Vu que tout cela n'est pour nous que déception. 
Sûrement, une nourrice et une ménagère sage, 
Quand elle veut promptement sevrer son enfant, 
2625 Avec une chose amère de goût, avant de l'allaiter, 
Graissera ses seins tout autour, j'en suis sûr ; 

Et dès que viendra, avidement, l'enfant en pleurant 
A penser, bien entendu, à la téter, 
Alors à cause de l'amertume, d'après ce que je crois, 
2630 Chaque fois il la laissera et y renoncera. 

De même, penser à ce qu'est une éternité 
A souffrir douleur et peine, sans en sortir, 
C'est tout à fait chose amère pour qui le méditerait, 
Et à la vanité du monde point il ne se fierait, 
2635 Vu qu'en peu (d'instants) comme l'ombre, sans contredit, 
Passe toute la teneur et la fête de sa majesté 
Et qu'en peu de temps, sûrement, si l'on n'agit bien, 
On mérite sans aucun doute, un chagrin cruel. 

Ce serait un bon moyen, comme je le rapporte, pour mépriser 
2640 Ce monde immense, avec sa prospérité, 

Que de méditer hardiment ce qu'est l'éternité 
Et les peines cruelles, qui sont durables ainsi. 

Aussi cette pensée, comme je crois, 
Fait à plus d'un, sans aucun contredit, 
2645 Faire pénitence sur la terre, avant de finir 
De toute façon sa vie, et aussi la terminer, 

La pensée qu'il faut souffrir pénitence en ce monde 
Pour effacer tout à fait le péché, de tout cœur, 
Ou être à jamais en douleur et en peine 
2650 Au cercle des enfers, en deuil et surprise. 

E. Ernault. 
ÇA suivre.) 

pondant du fr. texte. La majesté, la pompe dont il s'agit est celle du 
monde. 

3. Mot nouv., formé sur contredy contredit, voir Gloss. v. bahu,interdy; 
Ztschr.f. celt. Phil., II, 399. 

4. On n'avait pas d'exemple de ce mot, dérivé de gourfenri fin (gall. 
gorpheu fin ; finir; corniq. gorfen fin, gorfen, gorfenna, çorfenne finir; v. irl. 
'orcan, forcenn fin, -foirenea il finit). 

5. Disfac^ajf, Gloss. 178 ; cf. Dict. ètym., v. diffac^aff. Gr. donne difaç^a 
dispaç effacer, rayer, difaç^a, dispaç^ biffer ; difaç^apl effaçable ; difaç^adur 
effaçure, rature. Le p se trouve aussi dans dispacc effacer Cb, v. pentaff ; 
cf. Gloss. 471, 472. 

6. Lire poan, cf. v. 2058. 

7. Lire saouqan. 



Revue Celtique, XXXIV. 



UNE CORRECTION AU TEXTE 

DU 

BETHA ADAMNÂIN 



M. R. I. Best a publié dans les Anecdota front Irish MSS., 
t. II, p. 10 et suiv., le texte d'une Vie d'Adamnan (Betha 
Adanvuàin), conservé dans un manuscrit de la Bibliothèque 
royale de Bruxelles. Il s'agit d'une homélie pour la fête du 
saint. W. Reeves, qui la cite en deux ou trois passages, la 
considérait comme « a misérable production, full of absurdi- 
ties and anachronisms » (The life of St. Columba, p. xl, n. a). 
Ce jugement sévère n'est malheureusement que trop juste. 

Une traduction de ce Betha Adamnâin a paru, sous la signa- 
ture Maud Joynt, dans The Celtic Reviezu, t. V(i5 oct. 1908), 
p. 97 et suiv. 

A la page 12 du texte irlandais, 1. 4-5, on lit la phrase sui- 
vante : Eolach notaccaillenn , ar robasa hi fiadnaissi in enta. 
C'est le démon qui la prononce après avoir posé à Adamnan 
quelques questions « téméraires ». Miss Maud Joynt traduit : 
« He who addresses thee is one that knoweth ; for I was pré- 
sent when it befell » . Et en note, elle propose d'identifier 
l'énigmatique enta au génitif du mot cuit « part », qui est 
cota. Cette hypothèse, d'où l'on ne tire d'ailleurs aucun sens 
valable, est peu satisfaisante au point de vue de la stricte mé- 
thode. La correction est tout indiquée. Il faut lire cntma, 
génitif de cutiui « chute » (K. Meyer, Contrib., p. 573), en 
supposant, ce qui arrive souvent, que le tilde abréviateur de 
m a été oublié ou est devenu illisible. On traduira donc : 
« Je t'en pourrais parler en connaissance de cause, car j'étais 
présent à la chute ». Cela fournit un sens excellent. 

J. Vendryes. 



THE PASSION OF ST. CHRISTOPHER 



The following version of the Passion I of Christopher is 
published from two copies, one, only partly legible, in the 
Leabhar Breacc 2 (B.) fac. p. 278 b. ff., the other in the R. 
I. A. ms. Liber Flavus Fergusiorum (F.) I. f. 16 (68) r e a.ff. 
The two copies, apart from occasional omissions of single 
words in one or the other, are identical so far as the L. B. 
copy extends. Variations are otherwise almost entirely mère 
matters of spelling, and it has not been thought worth while 
to record every case in wich the writer of F. uses such pho- 
netic spellings as en, rai, caith = caich, foillsi =foillsigh, emai- 
thi, and the like 3 . 

1 . For other versions v. Btblioth. hagiograph. lai. and Supplément., Biblioth. 
h. g raeca, and Anal. Bolland. codd . hagiograph. It may be noticed that the 
Irish version belongs to what Mussafia Zur Christophlegende, Sif^ber. d. k. 
Akad. d. Wiss Wien vol. cxxix, calls the oriental recension. 

2. The copyist of L. B. evidently had before him a version of the life 
of Christopher as related in e. g. the Golden Legend (Legenda Aurea rec. 
Dr. Th. Graesse éd. secunda, Lipsiae 1850, p. 430 ff.). After writing, p. 
278 a, Pais crifir in chonchinn vii kl-, mai. Bai ingreim — fortachtaiges in 
coimdhe. Finit, he inserts the story explanatory of the saint's name, of his 
search for the strongest master, etc., and then résumes, p. 278 b, Pais 
crifir in choncinn vii kl-, mai. 

3. I owe several corrections in text and translation to Dr. Bergin. 



;o8 /. Fraser. 



PAIS CRISTOFORUS SO SIS. 



Bai ingreim ' forsna Cristaidibh an aimsir Dheic in impir, 7 
rogabhadh in fear naemh Cristophorus guropianadh a cuma 
chaich. Fear eagnamhuil - comor Cristophorus. Dorât sidhe 
dia oidh conach mo fortachtaighes in coimdhe na Cristaidhe 
na fortachtaighes dona fiib creidit donageinntib. Dona coincen- 
nuibh dono an 5 Cristophorus sin. Ciniudh 4 iat sidhe co cen- 
naibh con 7 daine chaithit do biudh. Bai imradhughadh Diae 
comor a meanmuin Cristophorus, 7 ni bai a cumang do an 
tan sin labhradh o berla eile acht o berla na coincend. Odcun- 
nuirc imorro na huile fodmaitis na Cristaidhe roghabh toirse 
he s , 7 luid asin chathraigh amach 7 bai oc slechtanuibh 7 oc 
guidhe an Choimdhedh : A Dhe uilechumachtaigh, ar se, 
tabhair erlabhra damh, 7 fosluic mo bhel, 7 foillsigh do mhia- 
damhla gu tintai 6 an lucht doni ingreim don phobul. 

Tainic aingel De diasaighe 7 adubhairt se : Dochuala Dia 
th'urnaigthe, ar se. Rothogaibh ant aingel o lar e, 7 taraill a 
ghin 7 rosheit a ghin ', 7 tucadh rath n-erlabra fair amhal 
dob ail do. Adracht annsidhe 7 dochoidh isin cathraidh 7 bui 
ac forcedul fochetoir 7 ac nertadh na cristaidhe 7 ac tuirmisg 
na hidhbuirta s , 7 asbert : Am cristaidhe sa, ni daingen, ar se, 
idhbuirt dona deibh. Tainic aroile fear diasaighe .i. Baceus a 
ainm sidhe, 7 rotarainge. Cuma duit, ar Cristoforus, oir ni 
bhuailtinn tu ina agaidh, acht logaim duit air is logadh fil in 
nuafhiadhnaise 9 . Luidh Baceus cusin ri 7 asbert fris : Beatha 
duit, ar se, .i. scel ingnadh acum. Adconnarc fear, ar se, 7 
eend con fair 7 folt mor fair 7 ruisc ruithneacha amhal ret- 
luinn maitenda IO in a chend, 7 ba samalta re fiacluibh tuirc 
alla a deda. Robhuailiusa donoe air dobui ag eagnachna ndee, 
7 nirbhuail siumh misi dono, 7 adubhairt se is ar Dia nach 
derna. Atusa ac a innsin sin duitsiu da fhis cidh do<jhentar 



1 . add. mor B. 

2. engnach ecnaig comor B. 

3. do Christifir sin B. 

4. combiadh sidhe co ceannuibh con 7 daine caith do biudh, F, ciniudh 
iatsidhe cocennaibh con 7 dsene chathit o biud B. 



The Passion of St. Christophe/-. 309 

THE PASSION OF St. CHRISTOPHER. 

There was a persécution of the Christians in time of the 
emperor Decius, and the holy man Christopher was taken 
and tortured like the others. Christopher was exceedingly 
wise, and had observed that the Lord assisted those of the 
heathen who believed just as much as he assisted the Christians. 
Now this Christopher was oneof the Dogheads, a race that had 
the heads of dogs and ate human flesh. He meditated much 
on God, but at that time he could speak onlv the language 
of the Dogheads. When he saw how much the Christians 
suffered he was indignant and left the city. He began to adore 
God and prayed. « Almighty God, » he said, « give me the 
gift of speech, open my mouth, and make plain thy might 
that those who persécute thy people may be converted ». 

An angel of God came to him and said : « God has heard 
your prayer. » The angel raised Christopher from the ground, 
and struck and blew upon his mouth, and the grâce of 
éloquence was given him as he had desired. Thereupon 
Christopher arose and went into the city, and immediately 
began to stop the offering of sacrifice. « I am a Christian, » 
he said, « and I will not sacrifice to the gods ». There came 
a certain Baceus to him and struck him. « You may do so », 
said Christophor, « for I will not strike you in return, but I 
forgive you, for forgiveness is the new Law. Baceus 
went to the king, and said : « Hail O King, I hâve news for 
vou. I hâve seen a man with a dog's head on him, and long 
hair, and eyesglittering like the morning star in his head, and 
his teeth were like the tusks of a wild boar. I struck him for 
he was cursing the gods ; but he did not strike me, and said 
it was for the sake of God that he refrained. I am telling you 

5. de B. 

6. co cursach B. 

7. 7 taraill... ghin oui F. 

8. ind idhaladhartha B. 

9. ina biadh F. 

10. oui. F. 



3io /. Fraser. 

fris, air is doigh is e Dhia na cristaidhe rofoidheadh e ' 
do furtacht na cristaidhe. Tabhair 2 cuguinn e, for in ri. 
Ni furail sochaidhe ar a chend, ar iadsan. Tiaghad da chead 
oglach ar a chend, for in ri, 7 tabhraid a cuibreach leo e, 7 
dia ndearna frithimrisin ribh tabhraidh a chend libh gu n- 
accursa. 



Lodar na milidh ara iarraidh iarumh 5 . Cristoforus imorro 
luidh 4 isin eaglais 7 rochuir a fholt im a chend isin druine 
chechtarde, 7 tue a chend for a ghlun, 7 rofhobhair a ernaigh- 
the, 7 roshaith a bhachall isin talamh. A Thighearna uile- 
chumachtaig, ar se, dena mirbhuile trimse gu romoltar t'ainmo 
cach, 7 gu rochlanna s an bhachall sa. Rochuir imorro an 
bhachall a gesca anairde fochetoir, 7 tainic a duille 7 a blath 
fuirri sin. 

Tainic aroile bean do thinol ros seach an inadh i m-bui 
siumh ac ernaigthe. Rodhech isin tearapull 7 adeunnaire e 
na shuidhe 7 se ac cai, 7 luid uadh 6 iarsin 7 roinnis 
diaroile : Adcunnarcsa draidh, ar si, 7 se ag nuallgubha 
dermhair. Antan imorro badar forsna briathraibh sin, is ann 
sin doronachtadar na milidh for a iarraidh cucu. Odcualadar 
na milidh briathra na mban, badar oc a iarfaigh dibh cait a 
facadarin fearcombadar 7 d'imradhughadh. Roinnseadar doibh 
namna tuaruscbail Cristoforus, 7 ant inad am bui. Nir loimh- 
sidar na milidh teacht diasaighe. Tangadur fairind as ind As- 
sia 8 a dfeghadh Cristoforus. Bai tra Cristoforus imorro agguidhe 
in choimdhed 7 a lamha sinti uadha. O tangadur imorro na 
milidh dinnsaighe Cristoforus asbertatar fris : Cidh aran denai 
a nuallsa ? ar siad. Dognim ar na huilibh doinibh na tabrat 9 
aithne t0 for a tighearna Dia sin. .i. lo ar an firdia dorone IX 
neamh 7 talamh. Asbertsat na milidh fris : Is do t' innsaighe 
siu, ar siad, rocuiread sinne nogu ruemuis a cuibreach thu do 

1. iss ed Diadh na cristaidh rodfaidhead he, F., ase dia na cristaighe B. 

2. B. tic 7 do b F. 

3. for iaraidh F., oui iarumh B. 

4. luigi sidhe F. 

5. gur admora F. 



The Passion of St. Chrislopher. 311 

this in order to know what is to be done with him, for it 
seems that it is by the God of the Christians that he has been 
sent, to help the Christians. » — « Bring him to me, » 
said the king. The bystanders said that a large number of 
men must be sent for him. « Let two hundred soldiers go 
for him, » said the king, « and bring him hither in chains ; 
and if he resist vou, bring his head with you that I may see 
it. » 

The soldiers then went to seek him. As for Christopher he 
went into the temple, and drew his hair round his head in two 
plaits (?). He rested his head on his knee, and, after planting his 
staff in the ground, began to pray. « Almighty Lord, » he 
said, « perform a miracle through me that thy name may be 
praised; and let thisstafFsend forth shoots. » The staff imme- 
diately put forth twigs, and leaves and flowers appeared. 

A certain woman came gathering roses past the place where 
he was praying. She looked into the temple, and saw him 
seated and moaning. She went away then and told another 
woman that she had seen a magician lamenting loudly. While 
they were talking in this way, the soldiers came up to them 
seeking him. The soldiers heard the conversation of the 
women, and asked them where they hadseen theman they were 
talking about. The women gave them a description of Chris- 
topher and told them where he was. The soldiers had not the 
courage to go to him. At that time a company came from 
Asia to see Christopher. Christopher was praying with his 
hands stretched out, and when the soldiers came up to him 
they said : « Why do you moan in that way ?» — « I moan, » 
he said, « for ail men that do not recognise the Lord God, 
that is the true God who made heaven and earth. » The sol- 
diers said to him : « It is for you we hâve been sent, to take 
you with us in chains, in order that you may worship the 

6. luidh buadha iar sin 7 roinnis F., [lac] uaid iar sin 7 roinnis B. 

7. cambadur dimraidhiughadh F., batar im/ad B. 

8. asin aissiadha F., asind asia B. 

9. uair nocha tobrait F. 

10. om B. 

1 1. doras aitreabh n. 7 t. F, 



312 J. Fraser. 

thigh in impir ar daigh gur adhra na dei. Raghadsa can chui- 
breach libhsi, ol se, madh ail dibh, oir saerfaidh Dia me o 
chumachtaibh bar n-atharsi .i. diabhuill. Madh ail duit, ar na 

milidh, toirisi \ 7 ma fearr leat eirg an conair bus ail duit, 7 
adbhearmni na 2 fuaramar thu. Ac, ar se, libhse raghad, acht 
ernaigidh friumbieguro foillsigthi neartDe duib. Ni fetmuid, 
ar na milidh, uairtarnic ar Ion. Tucaidh damsa, for Cristoforus, 
mata fudheil beag agaibh,gu toirirsa 3 duibh e dia chaithimh, 
7 gu faiethi sibh in mirbhuile dogena Dia ann. Doratsad do 
iarumh an beagan robai acu. Geibhidh iarumh Cristoforus in 
fudheil, 7 asbertann sidhe : A Dhe uilechumachtaigh roshas 
na cuig mile do na cuig bairgeanaibh, ar ,'se, tabhuir rath 
for in mbeagansa gu sastair na milidh sa dhe, 7 gura follus do 
rathsu, 7 guro chreidid na huili dochifidh in mirbhuile. Rofor- 
bhair fochetoir in biadh 7 rohimdaighead, guro chaith gach 
aon e amhal dob ail do. Odconncadar iarumh am mirbhuile 
sin rochreidsid fochetoir gurab o Christ tainic 4 . 7 tainic Cris- 
toforus 7 na milidh iardain co hAnntuaigh, 7 robaisdeadh dibli- 
naibh on espoc dianadh ainm Babilus. 

Lodur iarsin isin cathraigh diannsaighe Deicin impir. Asbert 
Cristoforus fris na miledhaibh a bhreith a cuibreach do thigh 
an righ arnach tuetha aithbear forro gan a chuimrech siumh, 
oir as amhlaidh adubhairt in ri. Rugadh iarumh e cusin ri. 
Odcunnairc an ri Cristoforus romhachtnaigh an ri comor 7 
rosgabh eagla gur thuit o a righshuidhe. Mas ar omhan De 
rothoitis, ar Cristoforus, is maith duit oir iarfaidh Dia fort 
gach aon tucais a malairt gan cinidh occa. Canas tanacais siu, 
for Deic, 7 cia hainm fil ort ? Cristaidhe me, ar Cristoforus, 
7 Reprobus m'ainm resiu dochreidius, 7 Cristoforus ni' ainm 
ar mo bhaisdeadh. Doni moghnuis imorro incosg mo chineoil 
gunadona coincheannaibh damh. Dena idhbuirt dona deib, a 
Reprobus, ar Deic, 7 dobhersa maithius7 sacradoiti duit. Bidh 
urradhairc leat mo mhalairt, for Cristoforus, 7 tiagat do dhee 
for neimhni, oir ni dee iad acht deamhna. Asbert an ri a thog- 

1. toirche B. 

2. ni F, B. 

3. F. ttsa B. 



The Passion of St. Christopher. 313 

gods. » — «Iwillgowith you withoutchains, if you like, » he 
said, « for God will save me from the power of your father, 
thedevil. » — « Stay, if you wish, » said the soldiers, « or, 
if you like, rise and go in any direction you please, and 
we will say that we hâve not found you. » — « Aj|o_w_me / 
t o go to pr ay for a short time that the might of God may 
be made plain to you. » — « We cannot, » they said, « for 
our provisions hâve corne to an end. » — « Give me any 
you hâve left, » said Christopher, « that I may divide it bet- 
ween you, so that you may see the miracle God will work 
in it. » They gave him thereupon the little they had. Chris- 
topher took the remainder, and said : « Almighty God, who 
didst satisfy the five thousand with five loaves, bless this little 
portion that the soldiers may be satisfied with it, and that 
thy grâce may be made clear, and that ail that will see the 
miracle may believe. » The food immediately increased and 
grew, so that they ail ate as much as they wished. When 
they had seen that miracle, they believed that he had been 
sent by Christ. So Christopher and the soldiers came after- 
wards to Antioch, and were baptised by the bishop, Babilus. 
Thereupon they went to the emperor Decius in the city. 
Christopher told the soldiers to take him to the palace in 
chains in orderthat thev might not be blamed for not manael- 
ing him, for that had been the king's command. And so he 
was brought to the king. When the king saw Christopher he 
was rilled with astonishment, and was seized with such terror 
that he fell from his throne. « If it is for fear of God that 
you fell, » said Christopher, « it is well for you, for God 
will ask of vou every one of them that you hâve harmed 
without cause. » — « Whenee hâve you corne ? » said Decius, 
« and what is your name ?» — « 1 am a Christian, » said Christo- 
pher, « and Reprobus was my name beforel believed, but Chris- 
topher lias been my name since my 'baptism. My face tells 
that 1 am of the race of Dogheads. » — « Sacrifice to the 
gods, Reprobus, » said Decius, « and I will give you wealth 

4. rocreidsid ibchedoir in mirbuile gurab o Christ tanic F., rochretset 
fochetoir i c r - B. 



ÎM /. Fraser. 

bhail 7 a fholt do cheangul diaroile. Dorinneadh amal adub- 
hairt. Asbert in ri : Dena idhbuirt dona deibh 7 ba beo. Ni 
dhen, for Cristoforus, oir isat deamhna. Asbert an ri a chorp 
uile do scerdiughadh o ingnibh iarainn, 7 donith amhlaidh. 
Ni heagal liumsa, for Cristoforus, an phian aimsirdha san, 7 
eagal duit siu imorro in phian shuthain fogeba. Asbert in ri 
iarna fhergughadh da lochrand ar lasadh do thabhairt fa 
thaebhaibh. Asbert popul nar bo choir fear a eagnaidhachta 
sut do chur isna pianaibh ud, acht a bhreagadh o bhtïathraibh 
ceannsaibh. Taithmigtar ' a chuibhrighi dhe dono, ar in ri. 
Rotaitbmighidh de iarumh. Dena idhbuirt dona deibh, ar in 
ri, 7 bidh tu dherghaighfes mo charbad damsa. Doghensa der- 
ghughadh do charbuid, 7 biad acud, 7 creid do Crist, 7 biaidh 
rïghe a neimh agad. Nidarsidaigh 2 uime sin, for in ri .i. tusa ac 
aslach formsa na dee d'fhacbhail 5 7 mise oc a radh fritsa idh- 
buirt doibh. Ata liumsa comhuirle mhaith duit, ar fear da 
mhuinter risin righ, .i. cuirthear a teach foleith e 7 da mhnai 
chruthachaar aon fris ann, 7 edaighe chumhdhachta umpu ; 7 
o laighfes gradh nam ban fair doghena idhbuirt dona deibh. 



Ba mhaith frisin righ in chomhuirle sin, 7 rocuingheadh 
iarumh on righ da mhnai chruthacha, 7 dobertha iad a teach 
foleith la 4 Cristoforus. 

Dorinne iarumh Cristoforus ernaigthe cofada, 7 aghnuisfri 
lar. O roscaich a ernaigthe tuargaibh a ghnuis o lar. Odcunn- 
cadar na mna e rosgaibh omhun 7 eagla iad, 7 rotheich siad 
roimhe. Ba marbh sinn, ar siad, dia faicim ni is mo. Cid dia 
tangabhair a leith ? for Cristoforus. Nir fhreagradar na mna e 
fri eagla. Asbert doridhis : Cidh dia tangabhair a leith Par se. 

1. taibnither F. 

2. Coniec., Bergin. Nibarsidaigh B, nifarsighaidh F. 



The Passion of St. Christopher. 315 

and priesthood. » — « It will be a distinction in your eyes 
to destroy me, » said Christopher « and your gods will corne 
to nothing, for they are not gods but devils. » The king 
gave orders that he should be taken and his hair knotted 
together. This was done, and the king said : « Sacrifice to 
the gods and you shall live. » — « I will not, » said 
Christopher, « for they are devils. » The king gave orders that 
his whole body should be torn with iron hooks, and that 
was done. « This temporal pain has no terror for me, » said 
Christopher, « but you ought to fear the eternal pain that 
you shall sufFer. » The king, in anger, gave orders that two 
lighted lamps should be applied to his sides. But the people 
said that itwas not rightto inflictsuch torture on a man of his 
learning, but that he should be coaxed with gentle words. 
The king then ordered his chains to be struck off, and it 
was done. « Sacrifice to the gods, » said the king « and you 
will be my charioteer. » — « I will be your servant, » said Chris- 
topher, « and your charioteer, and do you believe in 
Christ, and you will hâve a kingdom in heaven. » — « That 
is not satisfactory, » said the king, « that you should be 
trying to make me forsake the gods, and that I should be 
asking you to sacrifice to them. » — « I hâve a good sug- 
gestion for you, » said one of his retinue to the king : » Let 
him be put into a separate room with two pretty and well 
dressed women along with him. As soon as love for the 
women takes possession of him, he will sacrifice to the 
gods. » 

The king thought the plan was a good one, and he sent for 
two pretty women, and they were put into a separate room 
with Christopher. 

Thereupon Christopher prayed for long with his face to 
the ground. When his prayer was finished, he raised his face. As 
soon as the women saw him, they were filled with fear and 
terror, and retreated from him. « We shall die, » they said, 
« if we see more. » — « Why hâve you come hère ? » said 
Christopher. The women did not answer for fear. He repeated 

3. ac aslach forsna deibli 7 formsa a faghaitl F. 

4. fri F. 



3i6 /. Fraser. 

Nir fhreagradar fos. Creididh am Dhiasa, a throagha, for se. 

Adubhairt an bhean fri a ceile : Ata olc mor duinn ann so; 
mima creidimne a Dhia siumh, nonmairbhfea. Dia creidim 
imorro nonmairbhfea in ri. Adubhairt imorroaon dona mnaibh 
.i. Aicilina : Is sidhe is fearr duinn creideamh in a Dhia siumh, 
ar daigh guraibh ' beatha shuthain duinn. A Cristoforus 
naemh, ar iatsan, guidh forainne guru logha Dia ar peacaidh 
duinn. Creididh an Dia 2 bithbeo amhain, ar se, y doghensa 
guidhe tar bar ceann. 

O robhadar ar in imradbughadh sin tainic coimhedaigh 
inna caithreach cucu, 7 asbert : Ticidh amach, or se, atathar 
ga bar n-iarraidh. O tangadar iarumh cusin ri, adubhairt sidhe 
friu : In roshaebhsabhair in fear ut, ar se, guro aentaigheadh 
fribh? Rochreidsiumne in a Dhia siumh, for in Aicilina, oir 
ni fuil slainte a neach eile acht ann. Roshaebhsabhair e, bar 
in ri, yroimpobhair ar ar n-deibh ne ? Is e int-aon Dia namha 
fil i nimh, for Aicilina, creidmuid. Bar n-dee si imorro, ar 
Aicilina, ad clocha sidhe 7 ni chumehat 3 nach maith eile do 
dheanamh acht in lucht adrait iad do chur immalairt- 

Rofeargaigheadh an ri fri sidhe, 7 adubhairt a togbhail 7 a 
folt do cheangul 7 da chloich do cheangul dia lamhaibh fo 
dhaigh a mbrisdidh. Dorinneadh amlaidh, 7 rofegh Aicilina 
ar Cristoforus ainnsidhe, 7 adubhairt : A Christoforus naemh, 
or si, dena ernaigthe tar mo cheann. Dorinne Cristoforus 
ernaigthe for a ceann, 7 rofaidh a spirut fai sin. Asbert an ri 
a corp do choimed gan adhlucadh. 

Tucadh dono an bhean eile dinnsaighe an righ. i. Caillica 
a h-ainm sidhe. Asbert an ri : Dena idhbuirt dona deibh, ar 
se, 7dobhersaonoirmor duit, 7 doghentar 4 dealbhorrdhaduit 
acum. Abair amhain, ar Caillica, cait in dingen > in idhbuirt. 
Berar i, ar in ri, co teampoll na dee gu n-dearna idhbuirt ann. 
Doberar callaire roimpi do fhuagra .i. Caillica ag idhbuirt 
dona deibh. Ba maith risin aes uile sin. Andar leo doghean- 
adh go fir an idhbuirt. 

Doluidh si iarumh isin teampoll. O rodech si ar sagart an 



1. coraibh 5., gurub eus F. 

2. beo add. F. 



The Passion of St. Christopher. 317 

the question, and still they did not answer. « Believe in my God, 
unhappv women, » hesaid. One of the women said to her compa- 
nion : « We are in great danger hère ; if we do not believe 
in his God, he will kill us, and if we do, the king will kill 
us ». However one of the women, Aicilina, said : « It is better 
for us to believe in his God that we may hâve eternal life. 
Holy Christopher pray for us that God may forgive our sins. » 
— « Only believe in the everliving God, » he said, « and I will 
pray on your behalf. » 

During this conversation a city guard came to them and 
said : « Corne out, you are wanted. » When they came before 
the king, he asked them if they had seduced Christopher. Aici- 
lina replied : « We hâve believed in his God, for in him alone 
is safety. » The king asked again if they had seduced him and 
turned him to their gods. « We believe only in the one God 
who is in heaven, » said Aicilina. « As for your gods, they 
are only stones, and can only hurt those who worshipthem. » 



At that the king was enragea, and gave orders that she 
should be taken and her hair twisted together, and that two 
stones should be fastened to her hands to break them. This 
was done, and Aicilina looked at Christopher and said : 
« Holy Christopher, pray for me. » Christopher did so ; and 
then she died. The king ordered her body to be kept without 
burial. 

Then the other woman was brought before the king. The 
latter said : « Sacrifice to the gods, and I will give you great 
honour, and I shall hâve a gold statue made to you. » — « Only 
tell me, said Caillica, where I am to offer sacrifice. » The 
king ordered her to be taken to the temple of the gods to 
sacrifice, and a herald went belore her to announce that 
Caillica was sacrificing to the gods. The wicked people were 
glad of that for they imagined that she would indeed sacrifice. 

So she went into the temple, and on seeing the priest ot 

3. Ni cuimghid do nach maith eile (om do dheanamh — immalairt) F. 

4. dodhen, F. 

5 . Cait andeid F. 



3 1 8 /. Fraser. 

teampuill 7 ar cach archeana, adubhairt sidhe : Feghaidh si 
guna don dia mor idhbraim sa. Luidh isin teampoll an innsa- 
ighe an aite a m-badar na dee, 7 tarrusdair a fiadhnuise Ioib. 
A Ioib, ar si, abair friud chumhail cidh doghena. Ni thug in 
dia freagra dhi. Fearg ata oc na deibh frimsa, or si, uair ni 
thabhraid freagra damh, no dono is na colladh atait. Asbert 
dorisi : Ma ta cumhachta agaibh, or si, freagraidh, 7 muna 
bfuil imorro cidh dia curthai na daine a malairt. A Dhe na 
corp 7 na n-anmann, ar si, tar domh fhurtacht. Roghlac cuici 
dealbh Ioib cular, 7roleagh amhal ceir, 7 robhrisna dei eileon 
iniudh ceadna. ADhee, ar si, ma ta cumang agaibh cidh atathi 
can barsaeradh fein. Rogabhadh i ainnsidhe, 7 rugadh do thig 
in righ i. Muna gabhmuisni i, ar na milidh, ni faicfeadh aon 
dealbh can lot. 

Roghealluis damhsa, ar an ri, a dhroch bhean, gun digh- 
eanta idhbuirt dona deibh, 7 ni headh dorinnis acht a lot. 
At ' olca na dee, ar si, dia cumhcann bean ni doib. Is e an 
fîrdhia imorro inti nach feadar do chlodh o neach, 7 is e sidhe 
mo dhia sa, 7 as ann creidim. Asbert in ri da chlo iarainn 
doshathughadh an a bonnaibhguroisdisa braighidhfud acuirp, 
7 cloch do thabhairt fo muinel dia briseadh. Rofegh si ar 
Cristoforus ainnsin, 7 asbert : A Christoforus naemh, or si, 
guidh tar mo cheann. Dorinne Cristoforus ernaigthe fuirri ann 
sidhe, 7 rofaidh a spirut. Asbert in ri a corp do choimed can 
adhlucuis co rocht corp Cristoforus cuigi. 

Asbert an ri : Is olc an t-ainm, ar se, .i. Reprobus, 7 is 
granna t'fhegudh, 7 is fearr lind do bhas su ina in chathair 
do mhilleadh tre dhruidheacht. Dena idhbuirt dona deibh 
7 ni pianfaithar thu. Asbert Cristoforus: A chleithe an idhala- 
dhartha 7 2 a chinn in ecraibhtheachta, ni dhingen sa 3 
idhbuirt dona deibh bodhra balbha fuathaighthi, acht cheana 
dob ail damh sa do bhreith siu for set an bheathadh guro 
thuice glor nDe. 

Tangadar annsidhein an da cheadmileadh roghabhsad Cris- 
toforus, 7 rolaighsead an armh 7 an eideadh dibh a fiadhnuise 
an righ 7 rophocsad cosa Cristoforus. Is namha damhsa Cris- 

1 . Issad F. 



The Passion of St. Christopher. 319 

the temple and the others présent, she said : « See how it will 
be to the great god that I will sacrifice. » She then went to 
the place where the statues of the gods were, and stood before 
that of Jupiter. « Jupiter, » shesaid, « tell thy servant what to 
do. » The god made no reply. « The gods must be angry with 
me, » she said, « since they do not answer, or perhaps they 
are asleep. » She then said : « If ye hâve any power answer, 
and if not, why do ye do hurt to men ? God of body and of 
soûl, corne to my aid. » She drew to her the statue of Jupiter, 
and it crumbled like wax. She also broke the other statues in 
the same place, saying : « If ye hâve any power, why do ye 
not save yourselves ? » Then she was seized and taken to 
the king's palace. « Ifwe had not seized her, said thesoldiers, 
she would not hâve left a single statue undamaged. » 

« You promised me, wicked woman, said the king, that 
you would sacrifice to the gods, but what you did was to 
damage them? » — « Your gods are wretched créatures, » said 
she, « if a woman can hurt them. Heis the true God that no one 
can harm, and He is my God, and it is in Him that I believe . » The 
king ordered two iron nails to be driven through her from her 
soles to her neck, and a stone to be put on her neck to break 
it. She looked at Christopher and said : « Holy Cristopher, 
prav for me. » He did so, and she di'ed. The king ordered her 
bodv to be kept without burial till the body of Christopher 
joined it. 

The king said to Christopher : « Bad is your name Repro- 
bus and hideous is your appearance, and we prefer that you 
should die than that the city should be spoilt through your 
sorcery. Sacrifice to the gods, and you shall not be tortured. » 
« Chief of idolatry and head of unbelief, » said Christopher, 
« I will not sacrifice to your détestable gods who are deafand 
dumb ; yet I should like to conduct you to the path of life 
that you might understand theglory of God. » 

At that moment the two hundred soldiers who had taken 
Christopher arrived, and laid down their uniforms and armour 
before the king, and kissed Christopher's feet. The king said : 

2-3 ow. F. 



$20 /. Fraser. 

toforus, ar in ri, oir do mhill na dee 7 rue mo mhilidh uaim. 
Asbert namilidh : Cristaidhe sirine, orsiad, on lo do cuireadh 
sinn ar ceann moghadh Dhe. Robheannaigh se, ar siad, bair- 
gin duinn forsan slighidh, 7 ' tug rath nDe forrain. Dobher 
sa maithius mor duibh, or an ri, 7 na faccaidh me. Ani as 
leatsa, ar na milidh, .i. t'airm 7 t'edach bidh acud. Sinne 
fein imorro sirfimuid Cristoforus. Asbert in ri ainnsein a mar- 
bhadh uile, 7 a cuirp do loscadh a teinidh. Donithear amh- 
laidh. 

Tucadh Cristoforus gusin righ, 7 Asbert an ri fris : Tucais 
gan rahileadha mise, a dhuine bhuirb dhasachtaigh. Ni fil cair 
forumsa, ar Cristoforus, acht moladh De do dheanamh. 
Raghair siu a teinidh annsin, for in ri. Doradadh Cristoforus 
ar n-a cheangul a leabaidh umhaidhi 7 doradadh carn 2 mor 
connaidh fair, 7 dorteadh tricha leasdar d'ola na cheann, 7 
rohadannadh teine mor fair annsin. 

Odchuaidh in teine for culu adracht Cristoforus 7 roshuidh 
forsin leabaidh 7 adubhairt friu : Adconnarcsa, ar se, fear na 
caithreaeh .i. fear ' mor cruthach a gnuis amhail ga greine, 
edaighe taithneamhacha amhail sneachtuime, coroin margareit 
ima 4 cheann, 7 ni feadaim innsi a ghloire. Badar uathad 
ina fharradh do mhileadhuibh, 7 ba hedrocht an dealbh sidhe. 
Adconnarc donofear n-eile 7 ba duibithir regual e, 7 milidh 
duibh 5 na fharradh. Ba reimithir re slabhradh iarruinn gach 
finna da fholt. Rofearadh cath eturru 7 rocloedh an ri dubh 
conamhuinntir on righ edrocht, 7 roceangladh a cuibhrighibh, 
7 teineadh 7 rosgaileadh a theaghusuile. 

Odconnairc imorro in popul gur beo Cristoforus , na loisgeadh 
da fholt 7 na 6 roibhe baladh na teinedh fair, rochreidsid mile 
fear ' an Dia, 7 rolingsid isin teinidh s , 7 rothearnngsid Cris- 
toforus leo as. Adubhairtadar uile oaon guth frisin righ : Rod- 
malartaigheadh, ar siad, 7 rodeloiedh cot uilibh timthirighibh. 

1. Ni rerchrann uain beus B. 

2. carn B., cranna, F. 

3. Fear mor chathrach, B. 

4. Fo chenn B. 

5. Dhubha, B. 



The Passion of St. Christopher. 321 

« Christopher is an enemy to me, forhe has taken my soldiers 
from me and destroyed the gods. » The soldiers answered: 
« We are Christians since the day when we were sent for the 
servant of God. He blessed our bread for us on the way and 
gave us the grâce of God. » — «I will giveyou wealth, » said 
the king, « if youdo not leave me. » — « Whatbelongs to you, » 
said the soldiers, « that is, your unitorms and arms, you may 
keep, but as for us, we will follow Christopher. » The king 
immediately ordered them ail to be put to death, and their 
bodies burned. That was done. 

Christopher was brought before the king who said to him : 
« You hâve deprived me of my soldiers, bold madman. » 
— « Myonly faultis praising God, » said Christopher. «You 
shall be burned presently, » said the king. Christopher was 
then bound and placed on a bed of brass, a large heap of fire- 
wood was put upon him, and thirty flagons of oil poured over 
it ; and then a great fire was lit. 

When the fire had gone down, Christopher sat up on the 
bed and said to the bystanders : « I hâve seen the Master of 
the City, a tall man and his face beautiful like a ray of sun- 
light. His garments were as white as snow, there was a crown 
of pearls on his head, and his glory was unspeakable. There 
was with him a number of soldiers, and splendid was their 
appearance. I saw also another chief as black as jet accompanied 
by black soldiers, and every hairof his head was as thick as an 
iron chain. A battle was fought between them, and the black 
king and his eompany were defeated by the glorious king. 
He was put in chains and his whole house was burnt and 
destroyed. » 

Now when the people saw that Christopher was alive, that 
not even his hair was burnt, and that he did not smell of lire, 
they ail believed in God, and leaping into the fire drew Chris- 
topher out of it. They then said with one voice to the king : 
« You hâve been destroyed and vanquished with ail your 



6. Ni roibi, F. 

7. Mile fear ont. F. 

8. B ceases to be legible, except for occasional words, at this point. 
Revue Celtique, XXXII'. 21 



322 /. Fraser. 

Odcuala an ri gair in phopuil roghabh eagla mor e 7 dochu- 
aidh ina philaid. 

O tainic am mhaidin arnamaireach adubhairt an ri fri cach 
idhbuirt do dheanumh dona deibh, 7 gach aon nach deanadh 
nomairfeadha e. Tainic Cristoforus naemh gusna huilibh cris- 
taidhibhann dono, 7 badar ac moladb an choimdheadh. Asber- 
tadar a mhuinntir frisin righ : Roimpoidh an popul fort, ar 
siatsin, 7 muna cathaighi co calma aidhbela fein. Adracht an 
ri as a righshuidhe 7 roghabh a armu, 7 roghabhsad a uile 
milidh, 7 roghabhsad for marbhadh na cristaidhe. Bai Cristo- 
forus ac nertadh na cristaidhe fri fulangna hingrema, oir robh 
earrlamh doibh flaith neimhe. Romarbhadh tra isin domhnach 
sin deich mile 7 triar ar tri ceadaibh dona cristaidhibh. Roga- 
badh imorro Cristoforus la Deic, 7 adubhairt cloch mhor do 
cheangul 7 cuibhrigh iaruinn do chur fair, 7 a chur a cuithe 
ganuisge ar daigh na mairdis a chnamha. O rocuireadh iarumh 
an naemh isin cuithe dorinne min 7 luaith da chuibhrighibh. 
Rothogadar imorro nahaingil eisidhe as cusan palas.Rohinn- 
sidh donrigh, 7 adubhairt sen : Is mor do dhruidheacht, a 
Reprobus, ar se, 7 nir fhreagur e. Adubhairt an ri : Dena 
idhbuirt dona deibh, ar se, 7 bidh slan tu. A Dhe uilechu- 
machtaig, for Cristoforus, geibh rao spirut gu luath guro 
cumsanar it ghloir, 7 bai oc slechtain fri sin. Anti nach 
deanann idhbuirt dona deibh a mharbhadh,or in ri. Rugadh 
an Cristoforus sin co locc an dicheanta. Lodar cristaidhe imdha 
maille fris, 7 adubhairt risin fear a roibi ina laimh : Tabhuir 
aiccill, ar se, condearnar earnaigthe. Asbert iarumh : A 
Choimdhe, tabhair don righ, do Dheic, deamhan dia imluadh 
gurochacna fein a fheoil gurubh amhlaidh aitbela. Tue damh, 
a Christ, guro fortachtaighthar dona cristaidhibh filead isin agh 
sa, 7 tabhuir in rath dom chorp condearnar fearta foillsighi do 
gach aon aga mbiani dom thaisibh, 7 guro taifnidhad deamhna 
7 guro imgaibhe gach teidhm iad, 7 guroibh saidhbhris acu 7 
guro logha a peacaidh doibh. Adubhairt an t-aingel : Amhal 
rochuincis dobhearar duit. Dobearar duit fos dono, dia roibh 
duine an eigin moir saerfithar on eigin tri attach th'anma sa. 
Adubhairt Cristoforus risin fear : Dena amhal adubhradh frit, 
ar se. Dorât sighin na croiche tairis, 7 roshin a mhuinel don 



The Passion of St. Christopher. 323 

servants. » When the king heart the shout of the people, he 
was filled with geat fear and went into bis palace. 

Next morning the king gave orders that ail should sacrifice 
tothe gods on pain of death. Saint Christopher and ail the 
Christiansthen appearedand begantopraise God; andhis atten- 
dants said to the king that the people had turned against him, 
and that unless he made a brave fight he should himself 
perish. He rose from his throne and armed himself, and his 
soldiers also took their arms, and began to slay the Chris- 
tians. Christopher kept encouraging the Christians, telling 
them that the kingdom of Heaven awaited them. And on 
that Sunday ten thousand three hundred and three of the 
Christians were put to death. The king had Christopher sei- 
zed and bound in iron chains, and, with a stone attached to 
him, cast into a dry well in order that his bones might not 
be preserved. But when the holy man was put into the well, 
his chains turned to dust and ashes, and angels carried 
him away to the king's palace. The king was told, and said 
to him : « Strong is your magie, Reprobus, » but Christopher 
made no answer. The king said again : « Sacrifice to the gods 
and you shall not be harmed. » — « Almighty God, » said 
Christopher, « receive my spirit that it may rest in thy 
glory, » and he fell on his knees. The king gave orders that 
whosoever should not worship the gods should be put to 
death. Christopher was thereupon taken to the place of exécu- 
tion. Many Christians accompanied him, and asked the 
executioner to allow him to pray; and Christopher said : 
« Lord, give to Decius a devil to compel him to gnaw his 
own flesh and so die. Grant to my prayer that the Christians 
who are now oppressed may be succoured, and give this grâce 
to my body that ail who shall hâve any of my relies may 
hâve miracles wrought clearly for them, that they may expel 
devils, that ail diseases may avoid them, that they be prosper- 
ous, and that their sins may be forgiven. » The angel 
replied : « Your wish shall be granted you, and it shall be 
granted you in addition, that if any one be in need he shall 
be freed from it through your intercession. » Christopher 
thensaid to the executioner: « Do as vouhavebeen ordered », 



324 /. Fraser. 

basaire, 7 rodiceannadh e annsin. Rorat imorro aroile fear 
diarbo ainm Peadur innmus tarceand coirp Christotorus, 7 
rue leis e ina cathraig. Bai sruth agmilleadh na caithreach sin, 
7 rohadnocht an corp an aighidh tidfhuabhartha int srotha, 7 
nidearnaidh an sruth irchoid iarsin don cathraieh. Finit. 



The Passion of St. Christopher. 325 

crossed himself, and stretched out his neck, and then he 
was beheaded. However a certain Peter gave a price for the 
body of Christopher, and took it with him to his city. There 
was a stream wbich damaged the city, and the body was 
buried facing the onset of the stream, and after that the 
stream did no more harm to the city. 

J. Fraser. 



BIBLIOGRAPHIE 



Sommaire. — I. J. G. O' Keeffe, Buile Suibhne. — II. Timothy Lewis, The 
Laws of Howel Dda. — III. R. Thurneysen, Zu irischen Handschriften 
und Literaturdenkmâlern, II. — IV. Rev. Donald Maclean, The Spiri- 
tual Songs of Dugald Bûchanan. — V. A. C. L. Brown, On the inde- 
pendent character of the Welsh Owain. — VI. S. Reinach, Répertoire 
de l'Art quaternaire. — VII. Mélanges Cagnat. 



I 

J. G. O' Keèffe. Buile Suibhne (The frenzy of Suibhne) being the 
Adventures of Suibhne Geilt, a middle-Irish romance, edited with 
translation, introduction, notes and glossary. London, Nutt, 
191 3, gr. in-8°, xxxvm-198 p. (Irish texts Society, vol. XII). 

Les épopées irlandaises qui portent le titre de baile ou de buile 
sont peu nombreuses et de genre différent. Les principales, outre la 
Buile Suibhne sont : Baile Cuinn Chetchathaig ou Baile in Scail (Conn 
pénètre dans un palais où il trouve Lug mac Ethlend, qui est venu 
là après sa mort. O' Curry, Lectures on the manuscript materials, p. 
620- 622; K. Meyer, Zeitschrift fur Celtische Philologie, t. III, p. 
457-466) et Baile Mougain ou Tucait baile Mongain (Mongan pénétre 
dans un palais enchanté où il reste un an en ne croyant rester 
qu'une nuit ; la baile est une pièce de vers qu'il chante lorsqu'il est 
ivre et où il raconte quelques-unes de ses aventures. K. Meyer, 
The voyage of Bran, p. 56-58). Le mot baile semble donc avoir 
changé de sens au cours du développement de la littérature irlan- 
daise. 

Dans la Buile Suibhne, il désigne évidemment une folie et d'un 
genre très spécial. Maudit par S 1 Ronan, abbé de Drumiskin, qu'il 
avait empêché d'établir une église sur son territoire, Suibhne, roi 
de Dal Araidhe, devient fou à la bataille de Magh Rath (637). Cette 
folie consiste à voler d'arbre en arbre dans un état de nudité com- 
plète et à fuir l'approche des hommes. Pendant plusieurs années, 
Suibhne comme une sorte de Juif-errant, parcourt l'Irlande, séjour- 



Bibliographie. 327 

nant plus longtemps là où il trouve plus facilement à s'alimenter 
et où il est mieux garanti du froid. Un de ses amis, peut-être même 
de ses parents, Loingseachan, arrive à s'emparer de lui par ruse, 
mais Suibhne ne tarde pas à s'échapper et reprend sa vie errante 
jusqu'au jour il est tué par le porcher de S 1 Moling. 

La composition de cette singulière histoire mérite une étude de 
détail, car aucune autre ne renseigne aussi bien sur la formation 
des récits épiques irlandais. Les poèmes en remplissent plus des 
deux tiers et les récits en prose à peine un tiers. Voici l'anatyse 
des poèmes : 

6. S 1 Ronan maudit en Dal Araidhe le roi Suibhne qui l'a chassé 
et a jeté son psautier dans le lac et prédit qu'il deviendra fou à la 
suite de la bataille, et errera nu par l'Irlande. 

10. S 1 Ronan maudit Suibhne avant que s'engage la bataille de 
Magh Rath et prédit qu'il volera comme un oiseau. 

14. Suibhne, perché dans un arbre, se fait reconnaître des 
hommes de Dal Araidhe. 

16. Domnall (roi suprême d'Irlande depuis 598) demande à 
Suibhne et à Congal roi d'Ulster quelles seront les conditions de 
la paix ; Congal est trop exigeant et l'accord est rompu. 

19. Suibhne raconte les privations qu'il a subies pendant sa 
première année de folie, à Glen Bolcain. 

20. Suibhne, arrivé à Cluain Cille, raconte les souffrances que 
le froid lui a causées. 

23. Suibhne se plaint d'entendre la cloche de Cluainn Boirenn 
et le bruit des femmes bottant le chanvre. 

25. Suibhne, à Cell Derfile, regrette son armée. 

27. Suibhne vante Glen Bolcain, où il est revenu. 

29. Suibhne raconte son aventure à son ami Loingseachan qui 
s'est déguisé en femme pour le guetter. 

32. Entretien de Suibhne et de sa femme Eorann qui s'est 
remariée avec le fils du roi. 

34. Suibhne se nomme à une femme qui l'a reconnu à Ros Bea- 
raigh. 

36. Loingseachan donne à Suibhne des nouvelles des siens ; à 
chaque malheur qu'il énumère, Suibhne répond sans émotion ; 
mais, à la nouvelle de la mort de son fils, il descend de son arbre. 
Une fois qu'il est à terre, Loingseachan lui apprend que tous les 
siens sont en vie et qu'il a employé cette ruse pour le ramener chez 
lui. 

38. Dialogue entre Suibhne et la Vieille du moulin. 

40. Suibhne raconte à la Vieille ses aventures en célébrant les 
arbres sur lesquels il a trouvé un abri. 



328 Bibliographie. 

43. Suibhne se plaint à une femme qui cueille du cresson et prend 
de l'eau qu'il s'était réservés. 

45. Lamentations de Suibhne sur les misères de sa vie. 

47. Convention de Suibhne avec Ealadhan l'Homme du Bois, un 
autre fou. 

52. Eloge de Magh Linepar Suibhne. 

54. Suibhne raconte la rencontre qu'il a faite d'une folle à Glen 
Bolcain. 

56. Suibhne se lamente de l'infidélité de sa femme. 

57. Eloge de Glen Bolcain qui lui offre toute sorte de ressources. 
61. Sa misère dans la fourche d'un arbre à Crich Gaille. 

67. Suibhne raconte sa fuite de chez Loingseachan avec la Vieille. 

69. Lamentation de Suibhne à Fiodh Gaibhle. 

71. Dialogue entre Suibhne et un clerc qui se plaint qu'il ait 
mangé son cresson. 

73. Eloge de Ail Fharannain. 

75. Dialogue entre S 1 Moling et Suibhne. 

80. Enna Mac Bracain reproche à Mongan, porcher de S 1 Moling, 
d'avoir tué Suibhne. 

83. Dialogue entre Mongan, Moling et Suibhne mourant, où l'on 
apprend que Mongan a tué Suibhne par jalousie ; on l'avait vu avec 
la femme de Mongan au moment où celle-ci lui faisait l'aumône 
d'un peu de lait. 

84. Oraison funèbre de Suibhne par S 1 Moling. 

N'eût-on conservé que ces poèmes, la légende serait suffisam- 
ment claire, et son intérêt dramatique serait singulièrement accru 
par cette forme d'exposition en actes successifs dont quelques-uns 
rendent compte de situations antérieures et excitent jusqu'à la fin la 
curiosité du lecteur. D'autre part, les nombreux monologues de 
Suibhne sont empreints d'un lyrisme original passionné pour les 
paysages irlandais et plein d'un amour profond de la nature. L'ordre 
de ces monologues n'est pas exactement déterminé par le contexte 
et il semble que quelques-uns n'ont d'autre emploi que de rendre 
illustre tel ou tel lieu pour qu'il puisse prendre place dans un 
Dindsenchus. 

Les parties versifiées se suffisent donc à elles-mêmes. Et, en fait, 
les parties en prose n'en sont le plus souvent que le résumé, plus 
souvent le commentaire. On peut donc, avec quelque vraisemblance, 
supposer que la légende de la folie de Suibhne, après avoir été 
longtemps conservée oralement aurait d'abord fourni le sujet de 
monologues et de dialogues en vers à divers poètes locaux qui 
auraient rattaché à cette légende tel ou tel site de leur pays ; de là 



Bibliographie. 329 

viendraient les nombreuses redites que l'on trouve dans les poèmes. 
Mais la langue, à défaut d'autre raison, suffirait à démontrer que les 
parties versifiées sont antérieures aux autres. Quelques siècles après, 
à l'époque où l'on s'est préoccupé de rassembler les fragments 
épars des chants épiques et de les grouper par cycles, on a relié 
un peu pêle-mêle par des analyses et des transitions tous les poèmes 
qui se rattachaient à la Buile Suibhne. Il reste seulement à se 
demander si les parties en prose ne représentent pas assez fidèle- 
ment les paroles par lesquelles le conteur introduisait la récitation 
ou le chant d'un poème. Il faudrait aussi supposer que, dans les 
vieilles épopées, certains récits en prose tiennent lieu de poèmes 
perdus. Mais il semble bien qu'à l'aide de documents semblables à 
la Buile Suibhne nous entrevovons avec quelque clarté la formation 
de l'épopée irlandaise, telle qu'elle nous est parvenue. 

Après ces considérations générales, qui semblent plus particuliè- 
rement en situation à propos du texte qui nous occupe, il importe 
de rendre un compte plus exact de l'édition donnée par M. J. G. 
O' Keeffe. L'événement historique qui aurait donné lieu à la légende 
ne peut faire de doute, bien que Suibhne ne figure pas dans les 
listes des rois de Dal Araidhe et que sa généalogie ne soit pas 
clairement établie. Mais il est mentionné dans divers textes dont 
YAcallamh na Senorach. La croyance à l'agilité des fous a été long- 
temps répandue en Irlande. Quant aux faits de lévitation attribués 
à Suibhne, M. O' Keeffe compare des faits analogues relatés dans 
le procès de canonisation de S 1 Joseph de Cupertino. Ces faits mis 
à part, la légende se réduit à l'histoire d'un guerrier qui devient 
fou à la bataille de Magh Rath (637), qui retourne à l'état sauvage 
comme l'homme des bois de la légende de Merlin et semble pos- 
sédé de la manie du déplacement. Il n'y a guère de détails qui 
nous reportent au monde de féerie que nous offrent les légendes du 
cycle mythologique ou même les légendes du cycle d'Ulster, et, 
d'autre part, il me semble difficile de distinguer, comme l'essaie 
M.O' Keeffe, un apport chrétien ajouté àl'ancien récit païen. L'ins- 
piration de toute la légende est visiblement chrétienne. Elle serait 
donc de formation plus récente que ne le suppose M. O' Keeffe 
et appartiendrait à ce groupe de récits épiques chrétiens dont la 
Vie de Saint Cellach de Killala offre un bon modèle. Mais on ne 
peut guère préciser la date, entre le X e et le xn e siècles. 

L'introduction à l'édition du texte étudie successivement les 
manuscrits (R. I. A. B iv et 23 K 44 ; Bruxelles 3410), la date, la 
bataille de Magh Rath, le personnage de Suibhne, l'origine du 
conte, et la composition. Comme dans les autres romans du 



350 Bibliographie. 

moyen âge irlandais, le vocabulaire ne laisse pas de présenter 
quelques difficultés ; la plupart sont étudiées dans les nombreuses 
notes (p. 161-173) qui suivent le texte et la traduction; un index 
réunit les mots les plus rares (p. 179-192), les noms de personnes 
(p. 198) et les nombreux noms de lieux visités par Suibhne (p. 
194-197). Un résumé de la légende de Suibhne d'aprè.s le manu- 
scrit de Bruxelles 3410 occupe les pages 174-178. M. O' Keeffe n'a 
rien négligé pour donner une édition scientifique d'un des textes 
les plus curieux de la littérature irlandaise. 

G. Dottin. 



II 

Timothy Lewis, The Laivs of Hoiuel Dda, a facsimile reprint of 
Llanstephan MS. 116 inthe National Library of Wales, Aberyst- 
wyth, published for the Guild of Graduâtes of the University 
of Wales, by Henry Sotheran and C°, London, 1912. xvm-121 
p. 8°. 10 sh. 6 d. 

Voici un volume qui répond en partie aux désirs qu'exprimait 
récemment M. Kuno Meyer dans son discours de Carmarthen 
(v. ci-dessus, p. 215). Ce volume est le premier d'une collection de 
Welsh Texts, dont la Guild of Graduâtes a pris l'initiative et qui 
est publiée à la fois par l'Université et par la Bibliothèque Natio- 
nale du pays de Galles. C'est un encouragement officiel donné aux 
travaux philologiques, c'est la preuve de Tintérêt que les pouvoirs 
publics y attachent, c'est le signe d'une renaissance scientifique 
que les savants du continent peuvent saluer avec plaisir. 

M. Timothy Lewis a dédié son livre « to Sir John and Lady 
Williams », et il déclare dans sa préface que sans eux le livre 
n'aurait jamais vu le jour. Ce n'est pas la première fois que les cel- 
tistes ont à rendre hommage à la générosité de Sir John Williams 
(v. Rev. Celt., XXX, 321) ; ils doivent lui renouveler à cette occa- 
sion l'expression de leur reconnaissance. Un autre nom revient 
fréquemment aussi dans la préface de M. Timothy Lewis ; c'est 
celui de M. Gwenogvryn Evans, qui a été en Galles le promoteur 
des travaux comme celui-ci et qui, avec ses seules ressources, a 
ouvert la voie où s'engagent maintenant les jeunes maîtres de 
l'Université. Pour le soin, la patience et l'exactitude, M. Timothy 
Lewis ne pouvait choisir un meilleur modèle. 

C'est à un texte de lois que M. Timothy Lewis a consacré ses 



Bibliographie. 3 3 1 

efforts : un texte contenu dans le manuscrit Llanstephan n° 116, 
aujourd'hui à la Bibliothèque nationale d'Aberystwyth. On sait 
quelle place importante occupent les textes juridiques dans la vieille 
littérature celtique. Les lois galloises ont été pour la première fois 
éditées d'une façon fort estimable par Aneurin Owen dans un 
ouvrage in-folio paru en 1841 sans nom d'auteur sous le titre : 
Ancient Laws and Institutes of Wales. Aneurin Owen s'était proposé 
avant tout de donner un recueil des lois de Howel Dda, et il avait 
groupé les codes attribués à ce dernier sous trois noms : le Dull 
Gzuynedd, ou « Venedotian Code » (du Nord-Ouest de Galles), le 
Dull Dyved ou « Dimetian Code » (du Sud-Ouest), et le Dull 
Gwent ou « Gwentian Code » (du Sud-Est). Pour chaque code, il 
avait utilisé un certain nombre de manuscrits, tous bien postérieurs 
à l'époque du roi Howel Dda, lequel est mort en 950. 

Dans un ouvrage paru en 1909, M. Wade Evans publia à nou- 
veau un des manuscrits du Gwentian Code, le manuscrit Harleian 
4353, du xm e s., qui est d'ailleurs fort incomplet. Dans l'in- 
troduction qu'il mit en tête de son ouvrage, M. Wade Evans cri- 
tiqua les noms donnés par Aneurin Owen aux trois codes. Suivant 
lui, le premier seul, se référant aux rois d'Aberffraw (en Anglesey), 
méritait son nom de « Venedotian Code » ; le second au contraire, 
n'étant pas limité à l'étroit territoire de Dyved, devrait s'appeler 
« Book of Deheubarth », comprenant tout le sud du Pays; quant au 
troisième, ce ne serait pas du tout un « Gwentian Code », mais 
un « Powysian Code »* se rapportant à la partie centrale du Pays, 
intermédiaire à Gwynedd et à Deheubarth. Tous trois d'ailleurs ne 
seraient que des compilations d'un original commun, attribué par 
la tradition à Howel Dda, compilations indépendantes et corres- 
pondant aux trois grandes divisions du pays. M. Wade Evans con- 
servait au premier code le nom de Venedotian Code ; il proposait 
d'appeler les deux autres Book of Blegyzvryd et Book of Cyvnerth, 
ces deux noms étant ceux des auteurs supposés de la compilation. 

Malgré l'utilité de la publication, enrichie d'une introduction his- 
torique, d'une traduction anglaise, d'un glossaire juridique et d'un 
index, d'Arbois de Jubainville ne ménagea pas ses critiques à 
M. Wade Evans (v. Rev. Celt., XXX, p. 327). Il lui reprocha de 
n'avoir donné qu'une copie de manuscrit et d'être ainsi fort inférieur 
à Aneurin Owen, qui avait accompli une véritable édition. Qu'au- 
rait-il dit de M . Timothy Lewis, qui n'a écrit ni une introduction 
historique, ni une traduction, ni un glossaire et a borné son tra- 
vail à la copie d'un manuscrit? Ce manuscrit, ignoré d'Aneurin 
Owen, reproduit pour un bon tiers et presque exactement ceux 
qu'a utilisés ce dernier. 



332 Bibliographie. 

Le texte en appartient au Dimetian Code, au Book of Blegywryd, 
pour parler comme M. Wade Evans. M. Timothy Lewis doit pro- 
chainement publier un Index verborum, qui sera très utile. Pour 
le moment il ne nous donne que le texte seul, sans commentaire, 
sans corrections, mais page par page et ligne par ligne, tel qu'il se 
présente dans le manuscrit. Il a seulement comblé çà et là les 
lacunes du manuscrit, et notamment les quatre premiers feuillets, 
par le texte d'un autre manuscrit, leTitus D. IX du British Muséum. 
C'est un procédé qu'avait employé déjà M. Wade Evans. A trois 
reprises cependant il a laissé subsister les lacunes du texte (p. 62, 
76 et 88). Il ne s'agit donc pas ici d'une édition de texte au sens 
où nos philologues entendent ce mot ; il s'agit seulement de maté- 
riaux qui pourront servir à une édition future et, pour le moment, 
à une collation avec la partie correspondante de l'édition d'Aneurin 
Owen. La collation toutefois serait beaucoup plus aisée, si 
M. Timothy Lewis avait pris soin d'établir une concordance. Cela 
ne lui aurait pas coûté grand peine, et cela eût singulièrement 
iacilité le travail de ses lecteurs. Il est vrai que M. Wade Ewans ne 
s'était pas davantage préoccupé de ce soin; mais M. Timothy 
Lewis n'en avait qu'une meilleure occasion de gagner avantage sur 
son devancier. 

Nous donnons ci-dessous cette concordance indispensable, en 
prenant comme base la division en chapitres adoptée par Aneurin 
Owen. 

Le texte de M. Timothy Lewis commence au milieu du cha- 
pitre vin du second livre du Dimetian Code d'Aneurin Owen 
(Triads, p. 218, § xxxvi) ; mais les quatre premiers feuillets du 
manuscrit étant perdus, le texte ne commence en réalité qu'en 
haut de la page 5, qui correspond à la page 227, ligne 6 d'Aneurin 
Owen. Il se poursuit régulièrement, la ligne 1 de la page 6 répon- 
dant à la page 228, 1. 21 ; de la page 7 à la page 229, 1. 32, de 
la page 8 à la page 231, 1. 32, etc. Ensuite viennent les chapitres 



suivants : 












An. Owen, chap. IX, 


p. 235 = 


Tim. 


Lew.. 


1 P- 10, 


25 


x, 


p. 237 = 




— 


11, 


33 


— XI, 


p. 238 = 




— 


12, 


9 


XII, 


p. 239 = 




— 


13, 


2 


XIII, 


p. 241 = 




— 


14, 


32 


XIV, 


p. 243 = 




— 


16, 


1 


- XV, 


p. 245 = 




— 


17, 


2 


XVI, 


p. 245 = 




— 


17, 


9 


XVII, 


p. 246 = 




— 


17, 


30 



Bibliographie. 333 



n. Owen, chap. 


XVIII, 


p. 252 = Tim. 


Lew. 


, p. 20, 25 


— 


XIX. 


p. 260 = 


— 


25, 13 


— 


XX. 


p. 262 = 


— 


26, 29 


— 


XXI. 


p. 264 = 


— 


27, 23 


— 


XXII, 


p. 265 = 


— 


28, 20 


— 


XXIII, 


p. 266 = 


— 


29, 10 


— 


XXIV, 


p. 273 = 


— 


33. 19 


— 


XXV, 


p. 274 = 


— 


54, 2 


— 


XXVI, 


p. 276 = 


— 


35, 17 


— 


XXVII, 


p. 277 = 


— 


3é, 5 


— 


XXVIII, 


p. 279 = 


— 


37, 10 


— 


XXIX, 


p. 281 = 


— 


38, 25 


— 


XXX, 


p. 281 = 


— 


38, 28 


— 


XXXI, 


p. 281 = 


— 


38, 32 


— 


XXXII, 


p. 282 = 


— 


39, 20 


— 


XXXIII, 


p. 283 = 


— 


39, 3i 


— 


XXXIV, 


p. 283 = 


— 


39, 55 



Le chapitre XXXIV d'Aneurin Owen s'arrête p. 288 aux mots 
...achyfrcith y ivlad (= Tim. Lewis p. 42, 26). Mais le texte de 
M. Timothy Lewis est plus complet et contient en outre un déve- 
loppement sur « the order of procédure in Court of Law » (p. 43- 
45). L'accord des deux textes ne reprend qu'à la ligne 24 de la page 
45, aux mots triarver kyureith... (= p. 289, 1. 1 d'Aneurin Owen). 
Aneurin Owen fait partir de là un nouveau livre, le troisième, du 
Demetian Code, dont le premier chapitre seul figure dans le texte 
de M. Timothy Lewis (An. Owen, p. 289-292 = T. Lew. p. 45, 
24-48, 29). Là s'arrêtent, à notre connaissance, les concordances 
entre les deux textes. 

J. Vendryes. 

III 

R. Thurxeysex. — Zuirischen Handschriften und Litteraturdmkmâ- 
leru. Zweite Série. Berlin, Weidmann, 1913, 24 p. 4 (extrait 
des Abhandlungen der kôn. Gesellscbaft der Wissenschafteii -// Gôt- 
tingen, Philol.-Hist. Klasse, Neue Folge, Bd XIV, n° 3). 

Poursuivant la publication des renseignements rapportés par lui 
des bibliothèques de Grande Bretagne et d'Irlande (voir ci-dessus, 
p. 88), M. R. Thurneysen étudie dans cette seconde série les textes 
suivants : 

D'abord, sous le numéro XV, le fameux Leabhar Gabhâh « Livre 



3 34 Bibliographie. 

des Conquêtes ». Il en existe, comme on sait, plusieurs versions, 
cinq en tout, dont aucune ne reproduit exactement l'archétype. 
Mais ce dernier se laisse sans peine reconstituer, par un travail pure- 
ment mécanique. Il suffit de mettre en regard deux des princi- 
pales versions, appelées ici A et B m, et de ne retenir que les par- 
ties qu'elles ont en commun. Ces deux versions sont en effet deux 
développements du même original, mais deux développements 
indépendants. La version A est d'ailleurs beaucoup plus longue 
que la version B ni. Cette dernière, qui est de toutes la plus rap- 
prochée de l'original, n'est malheureusement conservée nulle part 
intégralement; il faut, pour la reconstituer, rapprocher des frag- 
ments tirés de deux manuscrits, Rawlinson B 512 et Lecan. Les 
autres versions ne sont que des remaniements des précédentes ou 
des compilations provenant de sources variées. Les remarques de 
M. Thurneysen n'ont pas la prétention de résoudre toutes les dif- 
ficultés que récèle le Leabbar Gabhàla ; mais elles sont fermes, pré- 
cises, elles jalonnent la route à suivre et fourniront une orientation 
excellente au futur éditeur de ce texte important. 

Dans une des versions du Leabhar Gabbâla, la version B 1, a été 
introduit un curieux texte en prose, relatif aux « synchronismes ». 
M. J. Mac Neill en a donné une édition partielle, d'après deux 
manuscrits, dans les Proceeditigs ofthe R. Irish Academy, vol. XXVIII, 
section C, n° 6 (1910). A ce texte est joint un poème de Flann 
Mainistrech, que M. Mac Neill supposait dérivé du texte en prose. 
Mais M. Thurneysen soutient l'opinion inverse (n° XVI), et croit 
que c'est le poème de Flann Mainistrech, composé entre 1045 et 
1056, qui a servi de base aux « Synchronismes ». 

Le numéro XVII est consacré à la Mesca Ulad « l'Ivresse des 
Ulates ». M. Thurneysen y 'établit que les versions du Book of Lein- 
ster et du Lebor nah Uidhre ne sont pas deux fragments d'un texte 
suivi, séparés par une lacune, mais bien plutôt deux arrangements 
différents d'un même récit. Les contradictions que l'on relève 
entre les deux manuscrits s'expliquent ainsi le mieux du monde. 

Le récit de la mort de Cuchullin, Aided Conculainn, est conservé 
dans deux versions, dont la seconde est sensiblement plus jeune et 
considérablement développée. La première qui est celle du Book 
of Leinster, f° 119* -I23 b , est malheureusement incomplète. Mais 
on peut dans une certaine mesure la compléter, grâce aux extraits 
lexicographiques qui en sont conservés dans le ms. H 3 18, p. 601- 
603. Ce manuscrit, œuvre d'un érudit lexicographe, a déjà été 
utilisé par L. Chr. Stern pour compléter le texte du Tochmarc Etaiiie 
(Zeitsch. f. cdt. Pbil., V, 522). M. Thurneysen montre qu'il 
peut rendre le même service à V Aided Conculainn (n° XVIII). 



Bibliographie. 335 

Enfin, le numéro XIX contient l'édition avec traduction alle- 
mande d'un poème relatif au fameux Oengus Mac Oengobann, qui- 
composa le F élire vers l'an 800. Ce poème avait déjà été publié 
par Wh. Stokes dans son édition du F élire (1905), p. xxiv; mais 
M. Thurneysen en a trouvé à Bruxelles un nouveau manuscrit qui 
permet de corriger et d'améliorer sur plusieurs points le texte de 
Stokes. L'auteur du poème s'appelait également Oengus ; ce ne 
peut être toutefois l'Oengus Cèle Dé, qui composa vers 987 le 
Saltair na Rann. La langue du poème porte en effet la marque 
d'une époque ultérieure ; il faut que ce soit un autre Oengus. 

Le recueil se termine (p. 22-24) P ar des corrections à la première 
série. 

J. Vendryes. 

IV 

Rev. Donald Maclean, The Spiritual Songs of Dugald Buchanan, 
New édition. Edinburgh, John Grant, 191 3. xij-114 p. 8°. 3 s. 
6 d. 

Le Rev. Donald Maclean, dont nous louons ci-dessous, p. 351, 
la Literature of the Scottish Gael, rend un excellent service à cette 
littérature en publiant à nouveau les Spiritual Songs (Laoidhe Spio- 
radail) de Dugald Buchanan. 

Né à Ardoch, Strathyre (Perthshire), en 1716, Dugald Buchanan 
est surtout connu pour avoir été simultanément « teacher » et 
« catechist » à Rannoch et pour avoir dirigé la publication de la 
traduction du Nouveau Testament en gaélique d'Ecosse. Quand il 
mourut prématurément en 1768, à Rannoch, victime d'une épidé- 
mie qui ravageait le pays, on peut dire que l'Ecosse perdit à la fois 
un de ses plus savants « scholars » et un de ses meilleurs poètes. 
Bien qu'il ait fort peu produit comme poète, puisque ces Spiritual 
Songs constituent son unique bagage, il est de ceux qui sont restés 
le plus populaires. On a calculé que son recueil, publié en 1767, 
atteignit en 1875 sa vingt-et-unième édition; il en eut plus de 
quarante, si l'on tient compte des éditions partielles de poèmes 
détachés. Ce succès s'explique fort bien parle caractère des poèmes, 
qui expriment un des sentiments les plus profonds de l'âme écos- 
saise, le sentiment religieux. Dugald Buchanan est avant tout un 
chrétien. Sans doute, dans sa jeunesse — son journal, qu'il tint de 
174 1 à 1750, en fait foi — il s'abandonna quelque peu aux sugges- 
tions de l'incrovancc et du doute. Mais il eut tôt fait de se ressaisir 



336 Bibliographie. 

et de surmonter cette crise passagère. Il n'y en a plus trace dans 
les huit poèmes qui composent le recueillie ses Spiritual Songs. Le 
premier, consacré à la grandeur de Dieu (Morachd Dhe), est plein de 
confiance et de sérénité. Dans le second, Fulangas Cbriosd (les 
Souffrances du Christ), il commente avec force et grandeur le mys- 
tère de la Passion. Le troisième, La a' bhreitheanais (le Jour du 
jugement), est le plus noble et le plus puissant de tous par l'ampleur 
du style et la beauté des images. Le quatrième, An; bruadar (Le 
Songe), est plus philosophique ; le poète y montre la futilité des 
biens de la terre, la vanité de l'ambition. Le cinquième, An gais- 
geach (le Héros), est national, et presque politique ; il a été inspiré 
au poète par la cruelle exécution de plusieurs de ses compatriotes à 
la suite de l'insurrection de Carlisle, en 1745; c'est au courage 
viril, à l'héroïsme individuel qu'il est consacré. Avec le sixième, 
An claigeann (le Crâne), nous revenons à la philosophie religieuse : 
c'est un des plus humains et des plus touchants. Il rappelle l'im- 
mortelle scène des fossoyeurs d'Hamlet et décrit avec hardiesse 
— mais sans le frisson ni l'angoisse d'un Shakespeare ou d'un 
Baudelaire — l'état où la mort réduit l'être humain. Le septième 
poème, An geamhradh (l'Hiver), reprend le thème de la vanité de la 
vie, considérée dans la fuite irréparable du temps. Enfin le hui- 
tième, intitulé Urnitigh (Prière), un hvmne tout imprégné de 
ferveur évangélique, termine le recueil sur une impression de mys- 
ticisme calme et reposant. 

Dugald Buchairan eut, dans son pays et dans sa langue, des imi- 
tateurs et des émules : James Macgregor par exemple (1759-1830), 
ou Peter Grant (1783-1867), ou encore James Morrisson ofHarris 
(1790-1852). Mais aucun ne l'a fait oublier. Et bien qu'il se soit 
lui-même inspiré directement de modèles anglais, des Moral Songs 
et des Horae Lxricae d'Isaac Watts, ou des Night Tboughts 0} Life 
d'Edward Young, il reste personnel et soutient la comparaison 
avec les meilleurs poètes religieux de l'Angleterre. 

L'édition 'du Rev. Donald Maclean s'intitule avec raison « nou- 
velle édition » ; elle reproduit en effet exactement le texte publié 
en 1768 par l'auteur lui-même. Ce texte avait été plus ou moins 
altéré au cours des ans dans les éditions successives. Le Rev. 
Maclean a joint à son édition une introduction, des notes et un 
petit vocabulaire, qui en augmentent la valeur l . 

J. Yexdryes. 

1 . Une traduction en prose anglaise des Spiritual Songs de D. Buchanan 
a paru en 1875 à Edimbourg, sous la signature du Révérend Allan Sinclair et 



Bibliographie. 337 

V 

A. C. L. Browk, On the independent charader ofthe Welsh Owain 
(extrait de la Remanie Review, 1912, vol. III,N 0S 2-3, p. 143-172). 

M. Zenker avait annoncé, il y a trois ans, une étude qui devait 
démontrer que le récit gallois La dame de la Fontaine ne procède 
pas de VYvain de Chrétien de Trêves, mais que tous les deux 
remontent à une source commune perdue. En attendant, M. A. 
Brown s'est saisi du même problème, et, ayant guidé ses recher- 
ches dans la même direction, a abouti à des conclusions identiques 
à celles de M. Zenker. 

L'étude de M. Brown se compose de deux parties. Dans la 
première, l'auteur reprend la vieille méthode qui consiste à 
rechercher les épisodes où l'action est mieux agencée dans le récit 
gallois (il l'intitule Owain, appellation que nous garderons dans la 
suite) que dans le roman de Chrétien. Il en résulterait que YOwain 
remonterait à une source commune qu'il reproduirait mieux, au 
moins pour certains épisodes, que le roman français. On a, pour- 
tant, observé déjà plusieurs fois que l'auteur gallois, qui était 
sûrement un romancier intelligent et habile, a pu tout simplement 
perfectionner sur certains points le roman de Chrétien. M. Brown 
tient parfaitement compte de cette objection ' ; mais il veut la 
réfuter à l'aide du raisonnement suivant. Il cite, d'une part, deux 
épisodes au moins où l'auteur gallois a commis des contre-sens 
flagrants, tandis que le texte de Chrétien n'en présente aucun ; 
donc, le gallois n'était pas un remanieur bien avisé. D'autre part, 
il y aurait un épisode dont la mise en scène est complètement 
embrouillée dans VYvain ; elle est on ne peut plus claire et logique 
dans YOwain. Si l'on suppose que l'auteur gallois n'avait devant 
lui que le récit confus de Chrétien, il nous aurait donné, en le 
réarrangeant si habilement, la preuve d'une ingéniosité extraordi- 
naire, que, nous venons de le voir, on ne peut lui accorder. 

par les soins de la Religious Tract and Book Societv.Une traduction en vers 
anglais par M. L. Macbean a été publiée à Edimbourg par la librairie Mac- 
lachan et Stewart (2 e édition, sans date). 

1. M. Edens (Erec-Geraint, Rostock, 1910 ; cf. Revue Celtique, t. 
XXXIII, p. 130 ss.) a complètement négligé cette considération et M. 
Zenker {Zur Mabinogionfrage, Halle, 191 2) ne s'est pas rendu compte de 
toute son importance. 

Revue Celtique, XXXI!'. 22 



3 38 Bibliographie. 

Le passage cité par M. Brown mérite un brel examen. Il s'agit 
de la scène où Yvain, surpris par le guet-apens des portes à herse 
est délivré par Lunete de ses persécuteurs à l'aide de l'anneau 
magique qui le rend invisible. Dans V Yvain, Lunete, sortant d'une 
chambre contiguë, vient le rejoindre par une petite porte, et lui 
donne l'anneau. Viennent ensuite les vassaux du seigneur tué par 
Yvain. Ils cherchent partout le meurtrier et s'étonnent fort de ne 
pouvoir le trouver, étant donné que (vv. il 12 ss) «.. . Ceaii{ n'a 
huis ne fenestre, Par ou riens nule s'an alast,... Que les fenestres sont 
ferrée* Et les parles furent fermées, Des que mes sire an issi fors. » 
Un peu plus tard, la procession funèbre traverse la même salle 
et passe devant Yvain qui se tient coi sur un lit. Pourquoi, se 
demande M. Brown, Lunete a-t-elle remis l'anneau à Yvain en lui 
enjoignant de garder sa place, au lieu de l'emmener dans un lieu 
abrité, puisqu'il y avait « la petite porte » ? Comment les vassaux 
ont-ils pu dire qu'il n'y avait pas de porte par laquelle'le meurtrier 
aurait pu se sauver ? Pourquoi le cortège funèbre traverse-t-il 
la grande salle ? Tout semble indiquer que dans la source 
commune la « petite porte » n'existait pas. Dans YOwain 
qui reproduit mieux la version originale, Lunete se trouve dans la 
rue. C'est de là qu'elle voit Owain et lui transmet l'anneau à 
travers la jointure de la porte à herse. Elle lui dit de la rejoindre, 
dès que les vassaux s'en iront, près du montoir de pierre (donc à 
l'extérieur de l'habitation). Elle le conduit ensuite dans une belle 
chambre, et de là, accoudé à une fenêtre, il observe la procession. 

Fort heureusement pour Chrétien, toutes les incohérences de 
Y Yvain, signalées par M. Brown ne sont qu'apparentes. L'expli- 
cation en est fournie par un fait que M. Fôrster a déjà signalé 
(dans une note aux vers 963-6 de sa petite édition de Y Yvain, 
3 e éd., Halle, 1906) : c'est que la porte à herse était la seule entrée 
du palais (cf. les vers 1071, 1089, 1 177). Dès lors, tout s'éclaire. 
La procession a dû traverser la salle pour sortir la bière. Les 
vassaux n'ont parlé que de cette unique porte de sortie. Lunete 
n'a pu engager Yvain à passer par la petite porte, puisqu'ainsi 
il serait tombé dans des appartements, où il n'aurait pas manqué 
d'être aperçu par Laudine ou par d'autres habitants ; l'anneau était 
donc nécessaire. Le seul parti à prendre était de se tenir coi sur le 
lit, puisque le moindre mouvement aurait trahi Yvain. 

Par contre, la version galloise laisse beaucoup à désirer. Avant 
de passer l'anneau à Owain, Luned l'engage à ouvrir la porte à 
herse ; il faut qu'elle soit fort ignorante des usages de la maison 
pour pouvoir lui demander cela. La présence de Luned dans la rue, 



Bibliographie. 339 

et non à l'intérieur de la maison est aussi moins naturelle. Mais, 
surtout, n'est-il pas étrange que Owain quitte la salle pour rejoindre 
Luned dans la rue, d'où elle le conduit de nouveau dans une « belle 
chambre » ? Supposerait-on que a la chambre » et « la salle » se 
trouvaient dans des bâtiments différents. 

Chrétien a tracé la mise en scène avec très peu de précision. 
Aussi bien, l'auteur gallois ne l'a-t-il pas tout-à-fait comprise. 
Conteur avisé, il a essayé de l'arranger du mieux qu'il pouvait ; 
s'il l'a plutôt gâtée qu'améliorée, il ne faut pas trop le lui repro- 
cher. L'art subtil de Chrétien est souvent obscur et fourmille de 
pièges ; maint critique moderne s'y est parfois laissé prendre. 
Mais, si l'on suppose même que le récit gallois dans ce passage est 
plus cohérent, qu'en résulte-t-il ? Son auteur a beaucoup changé 
son modèle quant aux menus détails. Il l'a plusieurs fois embrouillé 
et gâté ; il l'a peut-être quelquefois amélioré. Nous n'y voyons pas 
de contradiction. 

Dans la deuxième partie de son étude, M. Brown prend pour 
point de départ sa propre théorie, selon laquelle notre récit serait 
le représentant du conte celtique du voyage d'un héros dans l'autre 
monde. En comparant les deux versions au schéma qu'il avait 
établi de ce conte ', il trouve que tant par un trait de la compo- 
sition que par de nombreux menus détails le récit gallois se 
rapproche davantage de celui-ci. 

C'est peut-être un procédé dangereux que de juger du rapport 
littéraire qui existe entre deux versions, en se fondant sur la 
théorie de l'origine du thème qu'elles représentent. La doctrine de 
M. Brown, si séduisante qu'elle soit, n'a pourtant pas réuni les 
suffrages de tous les critiques. Cependant, comme elle a une 
certaine vraisemblance, admettons-la provisoirement et examinons 
l'application qu'en fait son auteur. 

D'abord, quant à la composition, M. Brown relève le point 
suivant. Dans Vïvaiu, la victoire du héros sur le sénéchal n'aboutit 
pas encore, contrairement à notre attente, à sa réconciliation avec 
Laudine. Il se place là encore deux épisodes : celui de la Noire 
Espine (le combat d'Yvain et de Gauvain) et celui de la Pesme 
Aventure ; ce n'est qu'ensuite que survient la réconciliation et le 
roman est terminé. Dans le récit gallois, au contraire, la victoire 
du héros sur les deux mauvais pages (qui correspondent tous deux 
au sénéchal de YYvairi) est suivie de la réconciliation avec la dame 

1. A.C. L. Brown, Iuiain, a Study in the origins of Arihurian romance, 
1903, dans les Studies and Notes in Philùlogy and Literaiure, vol. VIII. 



$40 Bibliographie. 

de la fontaine. L'épisode de la Pesme Aventure ,vient après pour 
terminer le conte '. Quant à celui de la Noire Espine, il ne figure 
aucunement dans le récit gallois ; en revanche, l'auteur a placé le 
duel entre Yvain et Gauvain au moment où le roi Arthur arrive 
avec ses chevaliers à la fontaine. 

D'après M. Brown, l'ordre des épisodes dans le récit gallois est 
bien celui de la source commune. L'épisode de la Pesme Aventure 
avait bien sa place à la fin, puisque, d'après le schéma de 
M. Brown, la réconciliation avec la fée a dû suivre immédiatement 
la victoire du héros sur le sénéchal (ou sur les deux pages). Chré- 
tien aurait interverti l'ordre. Il aurait, en outre, créé l'épisode de 
la Noire Espine, dont le caractère féodal éclate à première vue, pour 
que le combat d'Yvain et de Gauvain, renvoyé à la fin du roman, 
produise ainsi l'effet final. 

Cela est très judicieux. Seulement, si l'ordre des épisodes dans 

Y Yvain est une infraction au schéma du conte, celui du récit 
gallois n'en présente-t-il pas une encore plus grave ? Comment 
s'expliquer que le héros, après l'achèvement d'une aventure aussi 
longue et compliquée, se lance aussitôt dans une autre aventure, 
courte et nettement épisodique, qui n'a plus aucun intérêt pour les 
lecteurs ? M. Brown nous dit que YOivain est constitué d'une 
« série d'histoires différentes et séparées, très lâchement reliées 
entre elles ». Cela nous étonne si nous nous rappelons avec quelle 
ingéniosité le même critique s'est efforcé d'établir que nous avons 
à faire ici à une seule aventure suivie et richement développée. 
A-t-on jamais vu un Maelduin ou un Cuchulainn, dans les récits 
cités par M. Brown, entamer, après la réunion ou la séparation 
d'avec la fée, une aventure, toute accidentelle celle-là, par 
laquelle se terminerait le conte ? 

Enfin, M. Brown nous cite un grand nombre de cas, où YOivain 
reproduit certains menus détails qui ne se trouvent pas dans 

Y Yvain et qui se réfèrent au type traditionnel du conte du voyage 
dans l'autre monde. Il y en a quelques-uns dont la valeur éveille 
quelques doutes. 

D'après M. Brown « l'hôte hospitalier » et le « berger mons- 
trueux » seraient au fond un seul et même personnage. On voit 
la trace de cette identité dans le fait que dans YOivain l'un est 
appelé « l'homme jaune ,» et l'autre « l'homme noir » (c'est-à-dire, 
l'homme blond ou roux, et l'homme brun). Cette interprétation 
nous paraît quelque peu hasardée. 

i . Il y a en plus, tout à la fin, un passage énigmatique sur les corbeaux 
noirs qui est sans importance pour l'argumentation de M. Brown. 



Bibliographie. 341 

Dans YOwain, le cortège funèbre est décrit ainsi : « il ne vit ni 
commencement ni fin aux troupes qui remplissaient les rues, 
toutes complètement armées ; il y avait aussi beaucoup de femmes 
à pied et à cheval, et tous les gens d'église de la cité étaient là 
chantant. » VYvain ne contient pas ces détails. Le récit gallois 
nous aurait conservé, d'après M. Brown, la trace de la conception 
primitive de l'autre-monde celtique, où les seuls habitants étaient 
des femmes. Il nous semble que rien dans le texte cité n'autorise 
une telle déduction. 

Dans YOwain, toutes les feuilles de l'arbre sont abattues par 
l'averse. Dans VYvain il est dit, par contre, (vers 462-3) a qu'il 
n'y avait ni branche ni feuille qui ne soit couverte d'oiseaux ». M. 
Fôrster a suggéré que l'idée des feuilles abattues dans YOwain 
résulte de la fausse interprétation donnée par l'auteur aux vers 
cités. M. Brown objecte qu'au contraire ce trait est authentique 
dans la description de 1' « elfin storm ». Cependant, il ne s'agit 
pas de prouver le caractère féerique de l'averse, qui est aussi 
violente dans VYvain que dans YOwain ; là-dessus tout le monde 
est d'accord. Ce qu'il faudrait démontrer, c'est que ce trait de la 
chute des feuilles est primitif. Pourtant, il ne figure dans aucune 
des nombreuses versions citées par M. Brown. 

N'insistons pas sur ces détails. Outre ces traits contestables, il y 
en a d'autres qui paraissent plus sûrs. M. Brown avait prévu que 
tel ou tel trait serait contesté par quelque critique. D'après lui, 
c'est leur ensemble qui serait probant, en quoi il a parfaitement 
raison. On peut considérer comme un fait prouvé que l'auteur 
gallois, en affectant le stvle des contes populaires de fées, a orné 
son récit de plusieurs traits qu'on retrouve dans les contes du type 
du voyage dans l'autre monde. Seulement, ceux qui pensent que 
YOwain n'est pas le remaniement de VYvain, ne sont pas du tout 
réduits par là à supposer que l'auteur gallois, en folkloriste savant, 
a saisi et identifié le type originaire du conte. Il a pu aussi bien, 
sans faire cette identification, adopter mécaniquement certains 
traits de ce tvpe de conte, qui parait avoir été très courant à son 
époque. D'ailleurs, nous retrouvons les mêmes traits dans des 
contes de tvpes assez différents. Un critique allemand, M. H. 
Siuts, a soutenu récemment que la plupart des contes fantastiques 
allemands remontent au thème du voyage dans l'autre monde '. 

1. H. Siuts, Jenseitsmotive imdeutschen Volksmârchen (Teutonia, 19 Heft). 
Leipzig, 191 1. Notons que l'auteur entend la formule « autre monde » 
dans un sens assez large et assez mal défini. 



342 Bibliographie. 

Nous ne croyons pas qu'il l'ait prouve. Mais ce qui ressort surtout 
de cette étude, c'est combien largement répandus sont les traits 
que MM. Brown et Siuts croient caractéristiques du thème en 
question. Cela n'a rien de surprenant. Toutes les histoires relatives 
à l'expédition d'un héros dans la demeure d'un être surnaturel, 
soit dans 1' « autre monde celtique », soit dans l'habitation d'un 
sorcier ou d'un démon vulgaire, doivent forcément se garnir en 
grande partie de traits identiques. Ces derniers procèdent du 
fonds commun et nécessairement limité de l'imagination humaine; 
ils peuvent aussi bien être des emprunts mutuels, facilités par le 
style conventionnel des contes fantastiques. 

Une dernière remarque. M. Brown ne dit qu'un mot sur la 
façon dont il représente la « source commune ». Cette source, 
selon lui, a dû être vraisemblement un roman anglo-normand ; 
mais elle a pu être aussi bien un roman écrit en latin. Cette 
dernière supposition est tout àfait invraisemblable. C'est M. Edens, 
si je ne me trompe, qui a le premier avancé la théorie de la version 
latine comme source commune des romans de Chrétien de Troyes 
et des récits gallois correspondants, théorie qu'il a appliquée en 
particulier à YErec et à Gcraint. Or, cette théorie ne saurait être 
admise en ce qui concerne ces deux dernières œuvres. Il suffit de 
noter la forme Giviffert Petit dans le Geraint. Petit est bien un mot 
français, et non pas latin. Faut-il reprendre pour YOwain une 
hypothèse qui est insoutenable pour le Geraint ? 

Plusieurs observations de M. Brown sont justes et pénétrantes ; 
elles contribuent sensiblement à élucider les procédés de compo- 
sition de YOwain. Mais l'auteur n'arrive pas à établir l'indépendance 
du récit gallois par rapport au romande Chrétien de Troyes. 

A. Smirnov. 

VI 

Salomon Reinach. Répertoire de l'Art quaternaire. Paris, Leroux, 
191 3, xxxvm-205 pp. in-8°. 

Beaucoup de celtisants ayant les yeux ouverts sur la préhistoire, 
il est bon de signaler ici le nouveau répertoire de M. Salomon Rei- 
nach. Il faut le prendre comme ses prédécesseurs. C'est un recueil 
de fiches graphiques, classées dans l'ordre alphabétique des lieux de 
trouvaille et par nature de représentations, qui permet de retrouver 
avec une appréciable facilité les renseignements de toute espèce 
dont la moindre recherche fait sentir le besoin. On dira qu'il est 
difficile d'y reconnaître ses vieux amis ; mais on aura tort. 



Bibliographie. 343 

On regrettera surtout, je crois, avec raison, que M. Salomon 
Reinach n'ait indiqué où se trouvent les objets reproduits, que' 
lorsqu'ils ne sont pas encore publiés. M. S. Reinach pense sans 
doute que sa référence permettra de retrouver l'objet cherché ; il se 
trompe. Mais il a peut-être le sentiment que la publication vaut 
l'objet. Je ne partage pas ce sentiment. 

L'Introduction contient une chronique des trouvailles, qui com- 
mence en 1894. Elle devient éphémérides et les « événements » 
s'y multiplient. Le dernier est, comme il est juste, la publication 
du présent livre. 

H. Hubert. 



VII 



Mélanges Cagnat. Recueil de mémoires concernant Vépigraphie et les 
antiquités romaines, dédié à M. René Gagnât. Paris, E. Leroux, 
1912, 452 pp. in-8°. 

Plusieurs de ces mémoires concernent la Gaule et les Celtes. La 
chose ne surprendra pas ceux qui connaissent M. Cagnat, qui n'a 
jamais cessé d'attirer l'attention de ses élèves sur l'épigraphie et les 
antiquités de la Gaule romaine. 

P. 219. H. Graillot, Mater deum Salutaris, Cybèlc protectrice des 
eaux thermales. Du salut des âmes au salut des corps la Cybèle 
d'Asie Mineure avait étendu ses bons offices. Elle faisait rêver de 
remèdes et ses prêtres étaient des médecins. En outre les sources 
faisaient partie de son domaine sacré et plus d'un sanctuaire de son 
culte se mirait dans les eaux. En Occident, en Italie d'abord, c'est 
aux sources thermales que s'est attachée sa vertu. Elle devient la 
Mater Baiana. De même en Gaule et dans la Germanie romaine. 
Une intéressante statistique nous montre que bon nombre des 
monuments de son culte se trouvent là où il y a des sources fré- 
quentées par les Gallo-romains pour leurs propriétés curatives, à 
Vichy, à Aix, à Brides-les-Bains, dans le pays de Comminges, à 
Baden-Baden, à Wiesbaden, etc. Ce sont des statues et statuettes, 
des autels votifs, un temple même, à Alet (Electum, Aude). Quand 
Cybèle n'a pas remplacé les fées indigènes des sources, elle s'est 
associée à elles ou voisine avec elles. J'ajoute que la statistique ne 
comporte encore en Gaule et en Germanie que vingt noms de 
stations balnéaires, où Cybèle et Attis soient représentés. 

P. 229. D. Viollier, Giubiasco, une nécropole contemporaine de la 



344 Bibliographie. 

conquête romaine. C'est à 2 km. au S.-O. de Bellinzona qu'a été 
trouvé ce cimetière. On en connaît dans les environs une dizaine 
d'autres, comptant ensemble un millier de tombes. Ils nous 
apprennent que la vallée, jusque-là déserte, s'est peuplée au début 
de l'âge du fer, nouveau passage à travers les Alpes. Sa civilisation 
est celle de l'Italie septentrionale et c'est également par l'Italie, sup- 
pose l'auteur, qu'y est parvenue la civilisation celtique de La Tène. 
Quand la conquête romaine eut rétabli, entre la vallée du Pô et 
l'Italie moyenne, les liens brisés par la conquête gauloise, les gens 
du Tessin, les Lépontiens, se sont pourvus aux marchés méridio- 
naux d'ustensiles variés, de poterie surtout, sauf de vases arétins, 
de chaudronnerie capuane, et aussi de bijoux. Sujets des Romains, 
furent-ils, comme le pense M. Viollier, organisés en milice locale, 
chargée de garder la route du Gothard ? Je le veux bien, mais les 
raisons alléguées me laissent perplexe. Parmi toutes les tombes 
dont la date a été fixée, il en est neuf qui contiennent des casques. 
M. Viollier les attribue toutes à l'époque d'Auguste. Or, il reconnaît 
lui-même que deux de ces casques, en bronze, sont du type en 
usage au v e siècle dans l'Italie septentrionale, un autre, en fer, est 
semblable au casque marnien de Béru qui date sans doute du iv e . 
M. Viollier a raison de nous dire, au début de son article, que les 
montagnards du Tessin ne suivaient pas la mode. Mais j'observe 
que les tombes en question ne sont pas celles que M. Viollier a 
fouillées, que le mobilier n'est pas publié et je réserve mon opi- 
nion. Je ne suis pas non plus persuadé que, des tombes anciennes 
de l'âge du fer aux tombes de la Tène, la population ait changé. A 
part une incinération dans le premier groupe, ce sont les mêmes 
pratiques funéraires, qui ont été observées, même construction de 
la tombe, même orientation. Ligures ou Gaulois, j'ai de la peine à 
distinguer les uns des autres. 

P. 247. Ch. Dubois, Observations sur l'état et le nombre des popula- 
tions germaniques dans la seconde moitié du IV e siècle d'après Ammien 
Marcellin. Elles étaient peu nombreuses, fixées au sol, qu'elles 
cultivaient; elles avaient des limites, qu'elles respectaient. La Gaule 
n'a pas été submergée par un débordement de nomades trop nom- 
breux ; les peuples du Rhin étaient au iv e siècle des débris de 
peuples ; le cas des Francs et des Alamans qui ont prétendu con- 
quérir des terres de vive force dans l'empire était exceptionnel. 
Petites bandes, pauvres gens et facilement réduits par de toutes 
petites armées, qui, quand elles passent le Rhin, ne trouvent devant 
elles que le désert. Désert pour désert, la Gaule sans doute en était 
un aussi. 



Bibliographie. 345 

P. 269. Léon Halkin, Vu piédestal de colonne au géant originaire de 
Mayence. Ce piédestal, découvert au xvm e siècle, a passé par 
diverses mains ; il est connu par deux dessins ; mais il est perdu. 

P. 281. H. Hubert, Nantosuelta, déesse à la ruche. Nantosuelta, 
parèdre de Sucellus, le dieu au maillet, a pour attribut une cabane, 
qu'elle tient à la main ou qui surmonte son sceptre, sur les deux 
autels de Sarrebourg. Je crois que c'est une ruche et que la déesse 
est, entre autres choses, une déesse des abeilles, du miel et de 
l'hydromel. On n'a pas encore remarqué que, au pied du dieu au 
maillet, sur ses monuments de pierre, se trouve généralement un 
tonneau. Des tonneaux sont représentés sur l'un des autels de Sarre- 
bourg au pied de Xantosuelta. Le dieu au maillet gaulois doit être 
comparé au forgeron Goibniu, qui prépare la bière des dieux. C'est 
un dieu de la bière, ce qui ne l'empêche pas sans doute d'être éga- 
lement un Dis Pater, un dieu militaire. Que Nantosuelta ait un 
nom de sens belliqueux, je n'y vois nulle impossibilité et je ne 
conteste pas l'étymologie proposée par d'Arbois de Jubainville. 

H. Hubert. 



CHRONIQUE 



SOMMAIRE. — I. La bibliothèque irlandaise de d'Arbois de Jubainville. — 
IL L'enseignement du celtique à Glasgow, à Christiania, à S«-Péters- 
bourg. — III. Découverte archéologique et épigraphique à Chàlou-sur- 
Saône. — IV. La langue irlandaise en Irlande. — V. Le moine anglo-saxon 
Berechtuine en Irlande. — VI. M. Diverrès, docteur de l'Université de 
Rennes. — VII. M. FitzHugh et le rythme indo-européen. — VIII. 
Vox, une nouvelle revue de phonétique. — IX. Rev. Donald Maclean, 
The Literature of the Scottish Gael. — X. Meven Mordiern et Abhervé, 
Notennou diwar-benn ar GelteJ Ko^, o istor hag o sevenadur. — XL Idris 
Bell, Poems front the Jfehh. - XII. Padric Gregory, OU World Ballads. — 
XIII. Cinquième congrès pan-celtique. — XIV. Welsh Language 
Society. — XV. Grammaire de l'irlandais moyen par M. G. Dottin. — 
XVI. Seconde édition de la traduction des Mabinogion par M. J. Loth. 
— XVII. Ouvrages reçus. 

I 

Nous avons tenu nos lecteurs au courant du sort réservé à la 
bibliothèque de d'Arbois de Jubainville. 

Il en avait été fait trois parts. L'une, comprenant les ouvrages 
historiques, fut acquise dès l'été de 19 10 par la librairie G. Fock 
de Leipzig. La seconde, composée des livres bretons, fut acquise 
par la librairie Plihon et Hommay de Rennes, qui, avant de la 
détailler, consentit un droit de préemption à la Bibliothèque 
Universitaire de cette ville (v. Rev. Ceït., XXXII, 220). 

Nous apprenons que la troisième part, comprenant les ouvrages 
relatifs au celtique en général et à l'irlandais, vient d'être acquise 
également par la librairie Fock. Il est regrettable que cette impor- 
tante collection, constituée surtout grâce aux échanges et à la 
publicité de la Revue Celtique, ne soit pas demeurée à Paris comme 
la bibliothèque de Whitley Stokes est restée à Londres (v. Rev. 
Celt., XXXII, 114). Souhaitons du moins qu'elle y puisse revenir 
en partie et servir encore à ces études que d'Arbois de Jubainville 
avait contribué pour une si large part à fonder et à développer 
dans notre pays. 



Chronique. 347 

II 

L'enseignement du celtique se maintient et s'étend à l'étranger 
de la façon la plus heureuse. 

Pour remplacer George Henderson, l'Université de Glasgow a 
fait appel à M. George Calder, l'éditeur de l'Enéide irlandaise 
(y. Rev. Celt., XXVIII, 351). 

En même temps, l'Université de Christiania vient d'être dotée 
d'une chaire de celtique. Le Storthing norvégien en a voté la créa- 
tion le 15 avril dernier par 90 voix contre 29. Cette chaire est 
destinée à M. Cari Marstrander, le jeune et savant linguiste, dont 
chacun connaît les brillants débuts. 

Enfin, notre collaborateur M. A. Smirnov, privat-docent à 
l'Université de S l -Pétersbourg, y annonce pour l'année prochaine 
un cours d'introduction à l'étude des littératures celtiques. 

III 

En démolissant les fondations de la maison Mathey-Jacob, à 
Chalon-sur-Saône, non loin de l'emplacement du palais du roi 
Gontran, on a mis au jour un piédestal antique qui était enfoui à 
3 m. 50 de profondeur au-dessous du sol actuel, où il avait été 
utilisé pour la construction du rempart romain, élevé hâtivement 
à l'approche des Barbares. Ce piédestal, taillé dans un grès assez 
friable, porte sur une de ses faces une inscription votive ainsi 
conçue : 

AVG SAC 

DEAE 

SOVCOXX 

AE 

OPPIDAXI 

CABILOXX 

ENSES 

P C 

Aug(usto) Sac(rwri), deae Souconnae oppidani Cabilonnmses pÇonendum) 

c(uniueritnt'). Les caractères paraissent remonter au second siècle 
de notre ère. 

M. Héron de Yillefosse a fait part de cette importante décou- 
verte à l'Académie des Inscriptions dans la séance du 20 décembre 
dernier (voir les Comptes-rendus de 1912, p. 677 et suiv.). 

Xous empruntons à sa communication les deux observations 
suivantes : 



$48 Chronique. 

« C'est la première fois que le nom de Chalon-sur-Saône, ou du 
moins celui de ses habitants, apparaît sur un document épigra- 
phique. On remarquera qu'il est écrit par un seul L et par deux 
N, leçon conforme à celle des documents numismatiques des bas 
temps. Les nombreuses monnaies mérovingiennes frappées à 
Chalon-sur-Saône portent en effet presque toutes Cahilonna, Cavi- 
lonna ou Cablonno, tandis que les documents littéraires donnent, 
la plupart du temps, les formes Cabillonus, Cabillonum, Cavillunum 
et l'ethnique Cabillonensis avec un redoublement du L qui, dans 
certains textes, a établi une confusion avec Cabeilio. 

« Ce n'est pas le seul intérêt de cette inscription. Le nom de la 
déesse Souconna est nouveau ; il fournit évidemment la plus 
ancienne forme du nom de la Saône. Le passage d'Ammien : 
Ararim quem Saùconnam adpellant (XV, n, 17) doit en être rap- 
proché. L'inscription, par son antiquité et son originalité, a une 
valeur documentaire supérieure à celle des manuscrits souvent 
altérés par les copistes qui ne se faisaient pas faute de transcrire 
les noms géographiques comme on les prononçait de leur temps. 
La dea Souconna est donc une personnification de la Saône comme 
la dea Sequana est celle de la Seine. » 

IV 

Comme complément aux renseignements statistiques que nous 
avons donnés dans le tome précédent, p. 483, sur l'état de la 
langue irlandaise, nous sommes en mesure de fournir aujourd'hui 
le chiffre global des individus parlant irlandais en Irlande : il 
s'élève à 582446 en 191 1 contre 641 142 en 1901 et 680 245 en 
1891. 

V 

Une pierre tombale, conservée dans la vieille église ruinée de 
Tulach Léis (auj. Tullylease, Co. Cork), porte l'inscription latine 
suivante : 

qui cumqux hune titiûum legeril orat proberechtuine 

Le nom propre qui termine l'inscription a fait l'objet de diverses 
interprétations, toutes fantaisistes et inutiles. M. Kuno Meyer 
estime avec raison qu'il représente une transcription fort correcte 
du nom anglo-saxon bien connu Beorhhuine (v. Searle, Onomasticon 
Anglo-sa.\onicum,p. 97), etquelepersonnagequiportaitcenomdevait 



Chronique. 349 

être un des nombreux moines venus d'Angleterre aux vn e et 
vm e siècles et installés en Irlande. 

On trouvera cette intéressante hypothèse exposée dans YArchiv 
fur das Studium der neueren Sprachen unâ Literaturen, t. CXXX 
(avril 1913), p. 155-156, sous le titre : Ags. Berechtuine in Alt- 
Irland. 

VI 

On nous écrit de Rennes : 

« Le vendredi 2 Mai 191 3, M. P. Diverrès, ancien élève de 
l'École des Hautes Études, a soutenu devant la Faculté des Lettres 
de Rennes une thèse pour obtenir le grade de docteur de l'Univer- 
sité. Cette thèse avait pour sujet : Le plus ancien texte des Meddvgon 
Mvddveu. Le jury était composé de M M. J. Loth, G. Dottin, Le Braz 
et Le Roux. Les questions posées au candidat après la soutenance 
portaient sur la composition des Mabinogion. M. P. Diverrès, après 
un examen qui a mis en valeur la précision de ses connaissances 
et la souplesse de sa discussion, a été reçu docteur avec la mention 
très honorable. C'est la première thèse de doctorat de l'Université 
de Rennes qui porte sur les langues celtiques. Elle vient de paraître 
en un volume de cv-295p. à la librairie Maurice Le Dault, 14, rue 
Antoine-Roucher, à Paris. » 

VII 

Nous avons déjà parlé dans cette Revue de M. Thomas Fitz- 
Hugh, professeur de latin à l'University of Virginia (v. Rev. Celt., 
XXXI, 254). Cet érudit poursuit depuis quelques années la 
démonstration d'une thèse hardie, à laquelle il a consacré déjà 
plusieurs brochures. La septième et dernière, qui couronne le 
tout, vient de paraître sous le titre : Indoeuropean Rhythm (Univer- 
sity of Virginia, Bulletin of the School of Latin, n° 7 ; Charlottes- 
ville, Anderson brothers, 191 2, 3 dollars). Elle contient, dans 
toute son ampleur, l'expression complète de la doctrine de M. Fitz- 
Hugh. Tâchons de la résumer en quelques mots. Il aurait existé en 
italo-celtique un rythme accentue!, fondé sur l'intensité ; de là, un 
système de versificaiion, dont la base était le « tripudic principle » 
(double accent in the word-foot and double thesis in the verse- 
foot); ce tripudium se retrouverait à la fois en latino-falisque, en 
osco-ombrien, et en vieil-irlandais. Ce serait même une preuve de 



350 Chronique. 

plus à l'appui de l'hypothèse d'une unité italo-celtique. Mais en 
germanique aussi on retrouverait le rythme tripudique et en « balto- 
slavonic ». Bref ce serait le rythme même de l'indo-européen. On 
en aurait un modèle dans le Carmen Aruale, auquel M. FitzHugh 
attache beaucoup d'importance, mais qu'il traite, il faut le dire, 
avec une fantaisie par trop souple et élastique (v. p. 63-64). L'idée 
habituelle aux linguistes, que l'indo-européen avait un rythme 
quantitatif, serait une illusion due à l'influence des grammairiens 
grecs et entretenue depuis deux mille ans par une méprisable 
« clique ». Les Grecs ont tout simplement modifié l'antique sys- 
tème tripudique au profit d'un rythme quantitatif et d'un accent 
musical ; ils ont ainsi obscurci, sinon dénaturé, la tradition com- 
mune de l'indo-européen. Cette tradition, elle apparaît à la 
page 154 figurée dans un arbre généalogique, où l'on voit com- 
ment le tripudium occidental est le « tap-root » d'un développe- 
ment, où le rythme quantitatif du grec ne joue que le rôle d'un 
principe de modulation. N'insistons pas. Malgré l'abondance des 
exemples et la prolixité des développements, malgré l'arbre généa- 
logique du rythme européen, nous ne sommes pas très sûr d'avoir 
saisi la doctrine de M. FitzHugh, et la valeur même du « tripudic 
principle » nous échappe. Il vaut mieux laisser le lecteur se faire 
lui-même une opinion, s'il a toutefois le courage d'aller jusqu'au 
bout de ces copieuses brochures et la prétention de comprendre 
tout ce qu'elles contiennent. 

VIII 

Une nouvelle revue de Phonétique vient de se fonder à Ham- 
bourg, sous la direction de MM. H. Gutzmann et G. Panconcelli- 
Calzia. Elle porte le nom de Vox, Internationales Zentralblatt fur 
experimentelle Phonetik et se publie à Berlin, chez l'éditeur médical 
Fischer, et à Hambourg, chez l'éditeur L. Friedrichsen (abonne- 
ment annuel, 10 M. ; un fascicule tous les deux mois). D'après le 
prospectus, elle traitera toutes les questions relatives à la phoné- 
tique expérimentale en général et nous avons plaisir à signaler que 
la jeune revue se recommande du vieux maître de la phonétique 
allemande, Vietor, et du père de la phonétique expérimentale, 
l'abbé Rousselot. La pathologie y aura sa place, comme le nom 
même de son directeur, M. Gutzmann, le fait prévoir. Mais l'étude 
du langage normal n'y sera pas négligée, et l'on peut être sûr que 
la nouvelle revue fournira aux linguistes mainte étude intéressante 
et utile. Le celtique n'y sera peut-être guère représenté. Si nous 



Chronique. 35 1 

avons cru nécessaire d'annoncer la revue Vox à nos lecteurs, c'est 
qu'elle doit contenir une Bibliographia Phonetica, qui, à en juger par 
le premier numéro, formera un répertoire indispensable à tous les 
phonéticiens. 

IX 

Nous avons signalé dans un fascicule précédent, p. 114, lors de 
leur publication dans la Celtic Reviens, les articles du Rév. Donald 
Maclean sur la littérature gaélique de l'Ecosse. Voici qu'ils forment 
maintenant un joli volume de 80 pages, que met en vente la librai- 
rie William Hodge and C°, Edinburgh, au prix de 2 s. 6 d., sous 
le titre The Literature of the Scottish Gael. Ce volume est à recom- 
mander aux amis de la littérature gaélique. Ils y trouveront, sous 
une forme agréable et aisée, un résumé de l'histoire littéraire de 
l'Ecosse, une appréciation fine et précise des principaux écrivains 
et poètes, des citations bien choisies avec d'exactes traductions. 
L'auteur remonte aux origines mêmes de la littérature gaélique, 
mais il s'attache particulièrement à décrire la période moderne, le 
xvm e et le xix e siècles ; il fait même une place aux écrivains con- 
temporains. Son ouvrage est un utile répertoire, où abondent une 
foule de renseignements qui n'avaient, croyons-nous, jamais été 
si commodément réunis. Il nous parait seulement regrettable qu'une 
table alphabétique des auteurs cités n'ait pas été placée à la fin du 
volume. 

X 

Nous devons une mention particulière à une entreprise de vul- 
garisation que mènent de concert deux Bretons, attachés à leur 
langue maternelle, MM. Meven Mordien et Abhervé. Sous le titre 
général de Notennou diwar-benn ar Gelted Ko^, istor hag seve- 
nadur, ils ont déjà publié cinq petites brochures, entièrement rédi- 
gées en breton, relatives « aux Vieux Celtes, à leur histoire et à leur 
civilisation ». Chacune se vend au prix modique de 35 cent, chez 
le libraire Le Bavon, à Lorient. Elles contiennent un résumé fort 
clair, accompagné d'une courte bibliographie, et illustré de figures 
instructives, des notions scientifiques les plus récentes sur la ques- 
tion. L'auteur, M. Meven Mordien, est remarquablement informé; 
il a sur certains points des précisions que l'on souhaiterait rencon- 
trer dans bien des ouvrages techniques. M. Abhervé s'est borné 
au rôle de traducteur : disons que pour deux des brochures au 



352 Chronique. 

moins il s'est soumis au contrôle d'un maître en langue bretonne, 
notre collaborateur Emile Ernault. L'entreprise de MM. Mordien 
et Abhervé est digne de tous éloges ; elle répandra des vérités très 
utiles parmi les Bretons qui ne connaissent pas la Revue Celtique 
ou parmi ceux, s'il en est encore, qui ne sauraient la lire en fran- 
çais. 

XI 

De tous les pays de langue celtique, le Pays de Galles est assu- 
rément à l'heure actuelle celui où la poésie est le plus en faveur. 
Il compte un nombre considérable de poètes, dont quelques-uns 
ont beaucoup de talent. Les personnes qui ne savent pas le gallois 
et qui voudraient être au courant de la poésie galloise contempo- 
raine, pourront lire avec intérêt : Poems from the Wehh translated 
into English verse byH. Idris Bell, Carnarvon, The Welsh Publish- 
ing C°, 1913, 103 p., pet. 8°, 1 sh. Il y a dans ce recueil quelques 
échantillons des poésies de Ceiriog et d'Islwyn, de John Morris 
Jones et de Silyn Roberts, d'Eifion Wynn, de Gwynn Jones et de 
W.-J. Gruffydd, pour ne citer que quelques noms. La traduc- 
tion n'est pas précisément littérale ; elle donne cependant une 
certaine idée des originaux. L'auteur a joint à ses traductions de 
courtes notices biographiques, où il apprécie en quelques mots 
le talent de chacun des poètes. Il se tient un peu trop, à notre 
sens, sur le ton enthousiaste et louangeur et il abuse du mot 
« admirable ». Dans une seule demi-page consacrée à l'un des 
poètes, l'épithète revient trois fois. C'est exagéré. On déprécie les 
plus rares faveurs à les distribuer trop largement. 



XII 



Sous le titre Old World Ballads, la librairie David Nutt de 
Londres vient de publier un petit volume de 66 pages, format in- 
18, dû à M. Padric Gregory. Il contient un choix de huit ballades 
fort jolies; pour six d'entre elles l'auteur s'est inspiré de thèmes 
populaires celtiques. Deux sont d'origine écossaise, et notamment 
la première du recueil, the Ballad of Master Fox, qui est aussi la 
plus développée et dont le héros est tout simplement notre Barbe- 
bleue; avec son motif : « Be bold, but not too bold », qui revient 
comme un refrain, elle est romantique à souhait. L'auteury a semé 
les formes dialectales, les mots rares ou archaïques, juste assez 



Chronique. 353 

pour donner à l'ensemble une couleur pittoresque. Les quatre der- 
nières ballades sont relatives au soulèvement irlandais de 1798 et 
sont rédigées dans l'anglais populaire de l'Ulster. 

XIII 

L'année 19 13 verra le cinquième congrès pan-celtique. Nos lec- 
teurs savent peut-être que le premier s'est tenu à Dublin en 1901, 
le deuxième à Carnarvon en 1904 et le troisième à Edimbourg en 
1907. Nous avons annoncé en son temps le quatrième qui s'est 
tenu à Bruxelles en 1910 (v. Rev. Celt., XXXI, 401). Le cinquième 
aura lieu comme le précédent en Belgique; il s'ouvrira, le mardi 
22 juillet, à Gand, où se tiendront le mercredi et le jeudi les 
séances des sections, et il se clôturera le vendredi à Namur. 

Il v a quatre sections : 1. Préhistoire; 2. Histoire ; 3. Linguis- 
tique ; 4. Archéologie et beaux-arts. Le prix de souscription au 
congrès est fixé à 10 fr. Le comité organisateur a pour président 
M. John de Courcy Mac Donnell, 10, rue du Pacifique, à Bruxelles. 

XIV 

La Welsh Language Society tiendra cette année la onzième session 
de son « Ecole d'été » (Ysgol Haf) à Bangor du 11 au 23 août. 

S'adresser comme toujours pour tout renseignement au secré- 
taire de la société, M. D. James (Defvnnog), à Treherbert. 

XV 

La Grammaire de l'irlandais moyen de notre collaborateur 
M. G. Dottin, annoncée depuis longtemps déjà, est enfin achevée 
d'imprimer. Nous en avons entre les mains un exemplaire, qui 
porte la date de 1913. C'est un volume in- 12 de xxviih- 301 pages ; 
il fait partie de la Collection « La Bretagne et les Pavs celtiques » 
de la librairie Champion. Mais il ne sera mis en vente qu'avec le 
choix de textes, qui en formera la deuxième partie, et dont l'im- 
pression n'est pas encore terminée. Nous aurons l'occasion de 
reparler prochainement de l'ensemble. 

XYI 
Au moment de terminer cette chronique, nous recevons de la 

Revue Celtique, XXXIV. 23 



i).j Chronique. 

librairie Fontemoing (4, rue Le Gofi, Paris) les deux volumes de 
la traduction des Mabinogion., par M. Loth, édition revue, corrigée 
et augmentée. L'auteur a collationné pour cette seconde édition 
le Livre Blanc de Rhydderch, et ses notes critiques en ont été 
modifiées et augmentées en conséquence. Il a en outre, dans une 
introduction de So pages, résumé les théories dont les récits gallois 
et notamment les romans arthuriens ont été l'objet dans ces vingt 
dernières années. C'est un travail considérable, que nous devons 
nous borner à annoncer aujourd'hui, mais dont nous publierons 
bientôt un compte rendu. 

XVII 

Ouvrages reçus, dont il sera rendu compte ultérieurement : 

Albert Grenier, Bologne Yillanovienne et Etrusque (vm e - 
iv c siècles avant notre ère). Paris, Fontemoing, 191 2, 540 p. 8°. 
(Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome, fasci- 
cule ioé). 

Edward Gwynn, The Metrical Dindshenchas, Part III, Dublin, 
Hodges Figgis and C°, 1913, x-562 p. 8° (Royal Irish Aeademy, 
Todd Lecture Séries, vol. X), 7 s. éd. 

E.-C. Quiggin, Prolegomena to the Study of the later Irish 
Bards, 1200-1500 (Proceedings of the British Aeademy, vol. V), 
55 p. 8° 3 s. 6 d. 

François Sagot, La Bretagne romaine. Paris, Fontemoing, 191 1, 
xvm-417 p. 8°. 12 fr. 

f. Yendryes. 



PÉRIODIQUES 



Sommaire. — I. Mannus. — II. Revue Préhistorique de l'Est de la 
France. - — III. Bonner Jahrbùcher. — IV. Bulletin de la Société scien- 
tifique, historique et archéologique de la Corrèze. — Y. Bulletin de la 
Société géologique de Normandie. — VI. Anzeiger fur schweizerische 
Altertumskunde -- VII. Rivista archeologica délia provincia et antica 
diocesi di Como. — VIII. Archiv fur Anthropologie. — IX. Bulletin 
mensuel de la Société d'archéologie lorraine. — X. Boletin de la Real 
Academia delà Historia. — XI. Journal of the Royal Society ofAnti- 
quaries of Ireland. — XII. Proceedings of the Society of Antiquaries of 
Scotland. 

I 

M. C. Rademacher donne dans Mannus, 19 12, p. 187, une Chro- 
nologie der niederrheinische Hulstatt;cit in dem Gebiete [wischen Sieg 
und Wuppermùndwng. Ces tumulus nombreux, forment une série 
homogène, attestant que le pays a été peuplé continûment, et bien 
peuplé, par un même peuple, depuis l'âge de bronze proprement 
dit, jusqu'à l'époque dite de La Tène. Ils représentent une civili- 
sation, dont les affinités avec celles de l'Allemagne du Sud sont 
certaines et surtout étroites si l'on en considère les deux phases les 
plus anciennes. L'auteur distingue quatre phases, correspondant 
aux quatre phases de la civilisation halstattienne distinguées par 
M. Reinecke dans l'Allemagne du Sud, mais ne concordant pas 
avec celles-ci. Dans sa dernière phase, cette civilisation rhénane paraît 
avoir fortement influé sur la civilisation voisine de la Westphalie 
et du Hanovre. M. Rademacher attribue à cette dernière phase des 
torques en hélice, que d'autres placent à la fin de l'âge de bronze et 
qui d'ailleurs ressemblent aussi â des torques gaulois, trouvés dans 
nos sépultures marniennes. Le fait signifie-t-il que toute cette 
chronologie est un peu sujette à caution ? La civilisation gauloise 
de La Tène n'est pas représentée dans la région. On v trouve par 
contre les cimetières à urnes sanstumulus des Germains de la même 
époque II semble qu'on doive attribuer sans hésitation les tumulus 
halstattiens en question aux derniers Celtes établis sur la rive 
droite du Bas-Rhin. 



35e Périodiques. 

M. H. Busse donne un compte rendu des fouilles du La Tène 
Grâberfeld bei Schmet^dorf, AV. Jerichow II, Provins Sachsen, p. 235 

sqq. C'est un cimetière germanique. 

M. G. Kossinna continue, sous forme de rectifications à ses pré- 
cédentes contributions, son exposé de l'ethnographie européenne à 
l'âge du bronze (Zur altérai Brou\e\eit Mitteleuropas, III), p. 271 
sqq. Il rectifie le tracé général de la frontière germanique, qui n'en- 
globe la Westphaliè qu'aux périodes IY-Y de l'âge du bronze. Puis 
il étudie comme signe ethnographique l'extension des épées à lan- 
guette (Griff~ x uugenschwerter). Le plus grand nombre et les plus 
anciennes sont du Schleswig-Holstein et delà partie de l'Allemagne 
du Nord que M. Kossinna attribue aux Germains. Les pays cel- 
tiques n'en fournissent qu'un petit nombre. M. Kossinna ferait bien 
d'explorer les collections françaises. D'autre part il étend indéfini- 
ment la compréhension de l'espèce en question et dans la série F 
de ses épées il fait figurer à la fois des épées sans languette ni 
soie et des épées à poignée massive. Qui trop embrasse mal 
étreint. 

II 

La Revue préhistorique de l'Est de la France, 1912, n° 5, 
publie un article de M. Perrault-Dabot, sur les Mégalithes de la 
Rocheen Brenil (Cale d'Or), qui sont des perrons naturels (p. 129) ; 
des notes illustrées du D r Brulard sur Les tumulus de Vaurois et de 
Meulson (Côte-d'Or), qui renfermaient peut-être des morts halstat- 
tiens, mais sûrement aussi des Gaulois de La Tène (p. 144), et une 
autre de M. Heierli sur des Tombeaux de l'époque de Hallsiatl à Schot\ 
(Suisse) qui sont des Flachgrâber, c'est-à-dire une rareté sur le haut 
plateau suisse. 

III 

Les Bomner Jahrbùcher ont publié en 1910 (tome 119) une 
relation des fouilles d'une enceinte néolitiqueà Mayen, dans l'Ei- 
fel, par M. Lehner (p. 20e sqq.) ; l'enceinte était de terre et de 
pierres ; la céramique était du type Michelsberg, c'est-à-dire 
identique à celle des palafittes suisses ; il s'agit donc d'une de ces 
forteresses où s'est retranché, sur les pentes de la vallée du Rhin, le 
peuple qui, en Suisse, a construit les palafittes. — M. A. Gùnther 
a exploré des établissements préhistoriques du Jàgerhaus, près 
d'Urmitz (p. 334) ; ils s'échelonnent du néolithique à l'époque de 



Périodiques. 357 

La Téne, la céramique néolithique est du type de Rôssen. — Le 
même archéologue (p. 335) a fouillé trois incinérations delà fin 
de l'âge du bronze à Metternich, près de Coblentz; il figure de 
grandes urnes et de petits vases sans décor, variantes de la céra- 
mique de Lusace. — M. W. Gibeît s'occupe du lima ; il explique le 
sens du mot et son emploi (p. 158 sqq.). — MM. Lehner et Hagen 
rendent compte des fouilles de Vetera (Xanten), circonvallation 
et trouvailles diverses (p. 230 sqq. et 262 sqq.). - M. R. Wùnsch 
publie et commente des laminae litteratae trouvées dans l'amphi- 
théâtre de Trêves (p. 1 sqq.) ; ce sont des tabellae devotiotiis. — 
M. E. Funck étudie les poteries sigillées de Remagen(p. 322 sqq); 
M. Lehner, le sanctuaire des Màironae Aufaniae de Nettersheim, 
dans I'Eifel (p. 301 sqq.) et les monuments des trois déesses qui y 
ont été trouvés ; il v note la trace, au 111 e siècle, du particularisme 
renaissant. 

L'année 191 1, volume 120, a apporté un travail de M. G. Kro- 
patschek sur la campagne de Drusus, en 1 1 avant J .-C. (p. 29 sqq.), 
un rapport de M. O. Kohi sur les fouilles du castellum de Kreuz- 
nach, deux autres de MM. E. Ritterling et Lehner sur celui de 
Niederbieber. Les fouilles de ce dernier ont été très productives ; 
une tête en bronze de Gordien III, de l'argenterie décorée de reliefs 
sont reproduits par de belles planches. — M. Fr. Marx reproduit 
une conférence sur Ausone et sa Moselle (p. 1 sqq.). — M. Lehner, 
sous le titre de Gallorômische Totenfeier (p. 251), publie un bas-relief 
du Musée de Bonn, représentant un groupe de personnages réunis 
dans une cérémonie funéraire. 

IV 

Les abbés Bouyssonie et Bardon ont publié dans le Bulletin* 
de la Société sciextifiq.uk, historique et archéologique de 
la Corrëze, 191 i (tirage à part), une note sur Une Cachette de l'âge 
de broute en Corrè%e. Elîe contenait, en fragments, trois de ces épées 
à soie plate dont M. Kossinna a voulu démontrer l'origine germa- 
nique et les sources septentrionales. Elles datent de la dernière 
période de l'âge de bronze ou de la dernière période halstattienne. 



V 



Dans le Bulletin* de la Société géologique de Normandie, 
t. XXXI, 191 1 (1912), nous trouvons un intéressant article de 



558 Périodiques. 

M. A.Dubus, Carte et tableau analytique de la répartition du bronze 
dans la Seine-lnférièure. Sur la carte sont portés les dépôts et les 
trouvailles isolés. Ils se répartissent dans la vallée et L'estuaire de 
la Seine, le long de la côte et dans les petites vallées qui, de la 
côte, ouvrent le plateau. Le plateau même est singulièrement vide. 
L'étude minutieuse du département confirme ce qu'une étude, moins 
complète, de la France entière a enseigné à M. Déchelette, à savoir 
que la France, à l'âge du bronze, du début à la fin, a été ouverte 
vers l'ouest et qu'elle a été approvisionnée de bronze par un com- 
merce de mer, quelle qu'en soit l'origine. Parmi les objets décrits, 
les types étrangers sont nombreux. A signaler particulièrement un type 
de hache abords en accolade, exceptionnel en France et commun en 
Hanovre, une épée à soie plate (bronze III), qui vient sans doute 
de l'Allemagne du Nord. En revanche, la cachette de Graville 
Sainte-Honorine (bronze IV-V ou Hallstatt I). qui est un dépôt 
•d'objets brisés, rappelle par son contenu nos grands dépôts fran- 
çais de l'est et du centre. Voilà des faits pour la synthèse qui nous 
apprendra comment la France s'est peuplée de Celtes. 



VI 

Dans I'Anzeiger fur Schweizerische Altertumskunde, 191 2, 
n° 3, le D r F. von Jecklin publie de Neuere prâhistorische Fuude aus 
dem Bûndener Oberland, p. 190; il y signale quelques découvertes 
de l'âge de bronze, intéressantes pour l'histoire des routes alpestres, 
et la découverte à Barrella de tombes gauloises de La Téne I. 



VII 

M. Antonio Magni dans la Rivista archeologica deij.a Provin- 
cie e axtica diocesi di Como, fasc. 62-64, juin 191 2 (Notiziario 
archeologico), signale une tombe gauloise à Dino (comm. de Son- 
vico) et des tombes gallo-romaines à Costa Masnaga (circondario 
di Como). 

YIII 

M. M. Hôflera donné à I'Archiv fur Anthropologie, 191 3, XII, 
1, p. 54 sqq., un article intitulé Znr Somatologic der Gallo-Kelten. 
Si je l'ai bien compris, il s'agit de la façon dont les Celtes ont vu 
et voulu voir leur corps : de leur extérieur et de ce qu'ils en ont fait, 



Périodiques. 559 

par la manière de traiter leurs cheveux et leur barbe, de se tenir et 
de s'asseoir, par des déformations crâniennes, des tatouages, etc. ; 
de la notion qu'ils ont eue des parties du corps. Les documents de 
cette étude sont les monuments, représentations grecques de guer- 
riers galates ou sculptures gallo-romaines, et les mots. M. Hô- 
fler nous donne, pour les noms des parties du corps, un essai d'ono- 
mastique comparée ; il y joue avec beaucoup d'aisance du celtique 
commun, mais oublie généralement de montrer comment on y 
arrive. Dans l'article tête de ce vocabulaire, il traite des tètes cou- 
pées, des crânes pris comme coupes, de quelques superstitions 
relatives aux têtes. Le tout est un peu incohérent. 

IX 

Dans le Bulletin mensuel de la Société d'archéologie lor- 
raine, juillet 1912, p. 165, M. L. Germain de Maidy extrait de la 
Bibliographie lorraine (Annales de l'Est), 1911, p. 41-42, une note 
de M. Grenier sur le monument gallo-romain de Hérange, que pos- 
sède aujourd'hui le Musée Lorrain. M. Ad. J. Reinach tachait d'y 
faire voir l'an dernier un ménage de dieux aux serpents ; M. Gre- 
nier y voit des vignerons. Pour moi, je note que l'homme tient à 
la main un gobelet, que ce gobelet est celui des stèles funéraires et 
j'en conclus que le monument figure des morts, l'un d'eux dans 
l'attitude de la libation funéraire . Quant au reste, je crois sage 
de ne pas lire l'illisible. Il faut savoir ignorer. 

X 

Le BOLETIX DE LA REAL ACADEMIA DE LA HlSTORIA, publie dans 

son fascicule de septembre-octobre 1912, p. 215, une note de 
M. Antonio Lenguas y Lâzaro sur Un Monumenio protohistàrico que 
existe en et término municipal de Côgar (province de Ciudad-Real). 
C'est un monument oval en pierres sèches, d'environ 60 mètres de 
long sur 20 de large. Près de là a été trouvée une petite idole plate 
de bronze, figure féminine et nue. Dans une seconde note(p. 218), 
le marquis de Cerralbo compare le monument de Côgar à ceux des 
Baléares. Trois pierres qui se trouvent au milieu pourraient être la 
base d'un « altar » ; il dit quelques mots de l'idole de bronze, dont 
on a déjà trouvé les pareilles en quelques points de l'Espagne. Elle 
ressemble d'ailleurs encore à plus d'une idole sarde. — Le R. P. 
Fidel Fita traite de Nuevas inscripeiones romanas, à El Guijo, Belal- 



j6o Périodiques. 

câzar et Capilla (p. 221) : Munnius, Magiîlo, p. 231; patère de 
bronze avec l'inscription Osoï; xaTa[j(6ovïotç]. 

Dans le fascicule de nov. 191 2, p. 357, M. Lorenzo Sierra, 
entre autres Descubrimentos arqneolôgicos en Rioturto (Santander), 
publie un poignard de bronze, à base trapézoïdale (bronze III). — 
Antonio Blâzquez traite, à propos d'un travail de M. Angel Del- 
gado, des Fias Romanas de la Beturia de los Turdulos (p. 3 59). — Le 
R. P. Fidel Fita mentionne quelques inscriptions latines dans un 
article sur La diôcesis v fuero ecclesiastico de Ciudad Rodrigo, et 
M. José Ramôn Mélida public une Nueva inscription romàna de ltà- 
lica (p. 448), funéraire. — Dans les Variedades, le R. P. Fidel Fita 
publie Dos lapidas Orgenomescas. Les Orgenomesci étaient des Can- 
tabres : Bovecio Bodeicives, gens Pembelorum, Ambatus, Ambaticus, 
Pentovieeis, Pentovius, Doiderus. 

Le fascicule de décembre i9i2nous donne un article de M.Anto- 
nio Blâzquez sur le Camino romano de Sevilla à Côrdoba(p. 465) ; un 
long mémoire du R. P. Fidel Fita sur la Era Consolar de la Espana 
romana ; des Inscripciones iueditas de Mérida, Badajo\, Alanje, Cahcte 
de La Torres y Vilches (p. 511), sous la même signature ; des Addenda 
à l'Epigrafla romana de la Ciudad de Astorga, de M. Marcelo Macias 
(Inscriptions inédites). 

M. J. Ramôn Mélida continue le compte rendu des fouilles de 
Mérida dans le fascicule de février, 1913, n° II, p. 1 58 : un théâtre, 
des statues de dieux et d'empereurs, ceux-ci malheureusement 
sans têtes, nous sont présentés en fort belles planches. 

Du R. P. Fidel Fita les Variedades du même fascicule, p. 173, 
nous apportent quelques notes sur la ville romaine de Caliabria en 
Lusitanie. 

XI 

Journal of the Royal Society of axtiquaries of Ireland, 
1912. juin: Th. Johnson Westropp, The Promontory forts and early 
remains of the coasts of county Mayo, I, The North Coast (Trawley and 
Erris), p. 101 . A signaler tout particulièrement les monuments de 
Downpatrick, le rath rond de Dunfang, le cromlech de Glengad. 
— Ch. Mac Neill, The affinities of Irish romanesque architecture. p. 140 
sqq. — P. J. Lynch, Carvings of the Rock of Caslel, p. 148 sqq. — 
Ld. Walter Fitzgerald, The Barnewall wayside cross at Sarsjieldstoivn, 
co. Meath,p 151 sqq. — Rev. J. L. Robinson. Dublin Cathedral 
Bells, 1670, p. 155 sqq. — B. C. A. Windle, A note on an early 
internient near Macroom, p. 169: incinération de l'âge du bronze 
avec urne (figure). 



Périodique!:. 361 

Id., octobre : Th.Johnson\Vestropp,Pro/»o>;/o;v/or/.f,etc. ; II, The 
Muîîet, p. 185 sqq. — H. S. Crawford, A descriptive list of early 
cross-slabs andpiUars, p. 217 sqq. 

Les Miscellanea de ce fascicule signalent la découverte à Ardi- 
mullivan, près Gort, de monnaies de Dioclétien et de Maximien 
Hercule. — Les Proceedings d'une réunion tenue à Waterford 
touchent à quelques monuments de grand intérêt, tels que la 
crosse de Lismore (p. 273), les dolmens de Knockeen, Gaulstown 
et Ballvnageeragh (p. 279 sqq). 

Id., déc. : Th. Johnson Westropp, Notes on tbe Promontory forts 
and similar structures of Co. Kerry, p. 285. — Rev. Samuel Hem- 
phill, Tbe boly iveîî ai Kilboy, p. 325. — Margaret E. Dodds, 
The Spiral and tbe Tuatba De Danaun, p. 331 : Une carte, sur 
laquelle sont marqués les lieux, où les légendes placent les faits et 
gestes des Tuatha De Danann, montre qu'ils se répartissent au 
nord-ouest et au centre de l'Irlande; la répartition de l'ornement 
en spirale est identique ; l'auteur croit que les spirales gravées sur 
les mégalithes irlandais et sur les objets de bronze Scandinave sont 
les mêmes; importation d'art, de dieux et de population, à l'âge 
du bronze. — E. J. French, Tbe ceremony at tbe marriage of Thomas 
Strettell and Elisabeth Willcocks, of tbe Society of Friends, Dublin, 
1725, p- 375 - 

XII 

Dans les Proceedixgs of the Society of Antiquaries of Scjt- 
land, 1910-11, vol. XLV, M. Alexandre O. Curie publie un 
mémoire On the exantination oftwo but circîes is the Strath of Kildo- 
nan,Sutherlandshire, one of wbicb bas earth bouse annexed(p. 18 sqq); 
M. J. E. Crée, une Notice on the excavation of a but circle near Acker- 
gill tower Wick, Cdithness (p. 181); M. J. Anderson, une 
Notice of a board of bronze implements recently fourni in Lewis 
(p. 27 sqq.); c'est un dépôt du bronze IV comprenant un fragment 
de vase de bronze, des haches à douille, rasoirs, ciseaux, perles d'or 
et d'ambre, etc. M. Fred. R. Coles donne son Report on stone circîes 
in Perthshire,principally Strathearn, with measured plans and drawings 
(p. 46) : cupules, p. 49, éo, 89; cairn allongé avec cistes, p. 100. 
Le même auteur publie (p. 265) des Notices of rock-hewn Caves in 
the valley of the Esk and other parts ofScotland; M. C. G. Cash des 
Archaeological gleanings front Aberfeldy (p. 38e) : cercles de pierres, 
cupules et empreintes. De M. J. Graham Callander, on lit une 
Notice on the discovery oftwo vessels of clayon the Culbin sands, the first 
containing zubeat and tbe second front a kitchenmidden (p. 158 sqq.) ; 



)b2 Périodiques. 

de M . John Corne, une autre Notice of the discovery ofa stone âge 
cist in a large cairn ai Stroanfreggan, parish of Daîry, Kirkcud- 
brighlshire (p. 428); de M. Donald M'Kinlay, encore une Notice 
of the exploration of a cairn ai Coraphin-glen, Argyleshire, contai- 
ning a cist with a cinerary uni (p. 494); urne à zones. Une Note 
on the ogam and Latin inscriptions front the isle of Man,and a recently 
fourni bilingual in Celtic and Latin, par M. P. M. C. Kermode 
(p. 437 sqq) nous donne les inscriptions suivantes: Dovaidona maqi 
Droata, Bivaidonas maqi Mucoi Cunava, Cunamagli maq... — , 
maqleog ; un alphabet ogamique accompagné d'une inscription 
runique, et le bilingue Ammccat flius Rocat hic jacit = ...!>.. calos 
maqi R\o~\c[a~\t\o\$ . 

En 1911-12, tome XLVI, les Proceedings of the Society of Anti- 
quaries of Scotland ont publié un article de M me D. M. A. Bâte On 
a North Northumberland barrow and ils contents (p. 15 sqq.) : il 
renfermait des cistes cubiques, contenant l'une un squelette replié, 
les autres des urnes cinéraires à zones; de M. P. M. C. Kermode 
une liste de Cross slabs recently discovered in the isle of Man (p. 59 
sqq.); de M. A. O. Curie, un compte rendu de l'Excavation of a 
galleried Structure ai Langwell, Caithness (p. 77 sqq.)> construction 
d'habitations flanquant un broch ; de M me Élizabeth Stout, un 
mémoire, illustré de fort jolis dessins, sur Some Shetland brochs ami 
standing stones (p. 94 sqq.); de M. A. O. Curie un Account of the 
excavation oj a broch near Craig-Caffie, luch parish, Wigtowshire, 
knoivu as the Terog Fort (p. 183 sqq); et un autre Account of the 
examination ofa relie bed ou the mote of Ingleston, Kelton parish, Kirk- 
cudbright (p. 189 sqq.), malheureusement trop peu instructif; 
de M. T. T. Macleod des Further Notes ou the Antiquities of Skye, 
chiefly in the districts ofSleat and Slrath (p. 202 sqq.; pierres levées, 
pierres à cupules, brochs); de M. John M. Corrie une Notice of 
two early Christian monuments front the parish of Dalrv, Kircud- 
brightsh. (p. 259 sqq. ; croix sur des pierres levées); de M. C. G. 
Cash, des Archaeological gleanings from Killin (p. 264 sqq; pierres 
à cupules, pierres curatives, cercles) ; de M. J. Nitchie, un Account 
of the Watch-houses, mortsafes, ami public vâults in Aberdeenshire 
Churchyards, formerly iisecl for the protection of the dead from the 
Resurrectiouuisls (p. 285 sqq.), qui donne à réfléchir sur les rapports 
que présentent les rites funéraires modernes avec les préhisto- 
riques; de M. Hrskine Beveridge, (p. 331 sqq.) une liste d'objets 
trouvés dans des duns, cistes, kjôkken moddinger, etc. et donnés 
au musée; de M. J. Graham Callander, une Notice of the discovery 
of two drinking cupurns in a short cist ai Mains of Leslie, Aberdeenshire 



Périodiques. 365 

(p. 344 sqq.); de M. J. Sharp, une Notice ofa collection of flint 
arrou'beads and implements found at the fartn of Overhoiïden, in the 
parish of Cbannelkirk, Berwickshire (p. 370 sqq.); de MM. G. H. 
Stevenson et S. N. Miller, un Report on the excavations at the Roman 
fort ofCappuck, Roxburgbshire(p. 446 sqq.). Ce fort fut occupe au 
temps des Antonins, avec des interruptions; parmi la poterie rouge, 
la poterie de Lezoux figure pour une bonne part ; la garnison 
du fort a été fournie, au moins pour un temps, par la xx e légion 
(p. 476); un détachement des Reti Gaesati en faisait partie, au 
témoignage d'une inscription maçonnée à Jedburgh Abbev, mais 
qui provient sans doute de Cappuck. 

H. Hlbert. 



NECROLOGIE 



HONORE CHAMPION' 
(13 Janvier 1846 — 8 Avril 191 3) 

Les savants et lettrés éminents qui ont pris la parole sur la 
tombe d'Honoré Champion, les journaux les plus en vue, ont été 
unanimes à déplorer sa mort inattendue et à la considérer comme 
un deuil non seulement pour sa famille, mais encore pour le monde 
des érudits et des littérateurs. On s'est accordé à louer en lui un 
des plus parfaits représentants de l'ancienne librairie française ; 
c'était pour les hommes éminents dont il publiait les travaux et 
qui se plaisaient à le fréquenter un ami et parfois un conseiller 
précieux : il réalisait dans sa maison l'antique fraternité des libraires 
et des savants. La librairie n'était pas pour lui un simple commerce ; 
il l'avait élevée à la hauteur d'une noble profession. 

Le mobile de ses entreprises si nombreuses, et parfois si hasar- 
deuses, n'était pas le lucre, mais bien la conviction qu'il rendait 
service à la culture française, et le souci de l'honneur de sa maison. 
On peut citer à ce point de vue comme exemple : V Atlas linguistique 
de la France. 

Apprenti de librairie à 13 ans, Honoré Champion, à force de 



364 Nécrologie. 

volonté et par un travail obstiné, était arrivé à posséder une culture 
fort étendue et une compétence rare dans le commerce si délicat 
des livres. Grâce à cet ensemble de qualités, il avait fait de sa 
librairie, tondée dans de nouvelles conditions en 1874, une des 
premières maisons d'édition de France. 

Sa perte a été particulièrement ressentie dans la petite famille 
de la Revue Celtique. C'était assurément parmi les nombreuses 
revues qu'il éditait, une de celles auxquelles il s'intéressait le plus 
vivement et dont il avait le plus à cœur la prospérité. Il avait 
reporté sur elle en quelque sorte le culte qu'il avait pour la 
mémoire du grand savant qui avait présidé à ses destinées et 
auquel l'unissaient les liens d'une vieille et solide amitié, 
M. d'Arbois de Jubainville. 

On a dit qu'Honoré Champion était peut-être un des derniers 
représentants de l'ancienne librairie française. Connaissant le culte 
de ses enfants pour sa mémoire et les qualités de cœur et d'esprit 
dont il ont hérité de lui, nous ne partageons pas ce pessimisme, 
et nous sommes convaincus qu'ils marcheront sur les traces de 
leur père pour le plus grand honneur de leur maison. 

J. Loth. 



Le Propriétaire-Gérant, Edouard CHAMPION. 



VlACON, PROTAT FRERES, IMPRIMEURS. 



CONTRIBUTIONS A L'ETUDE 

DES 

ROMANS DE LA TABLE RONDE 
(Suite) 



VIII 

l'ystoria trystan et la question des archétypes 

M. Gwenogvryn Evans dans son Report on manuscripts in the 
■u't'lsb Langnage (vol. II, part I, 1902, p. 105) a publié une 
Ystoria Trystan en prose galloise, assez courte et décousue, 
mais qui a le mérite de présenter une solution fort inattendue 
du différend entre Marc et Tristan. 

Cette Ystoria se trouve dans deux manuscrits de la Biblio- 
thèque de Cardiff. Le plus ancien a été écrit vers 1550 
(ms. 6); l'autre, qui n'est qu'une copie du premier (ms. 43), 
est de 1749 environ. 

Il y en a une version dont nous n'avons que le début et la 
rîn dans le manuscrit de Peniarth 96, écrit entre 1565 et 
161 6 '. Un manuscrit un peu plus ancien, écrit vers 1566 2 , 
le ms. Peniarth 147, en contient une version à peu près iden- 
tique à celle des ms. de Cardiff; il n'en reste que le début ; 
sur un point cependant, il supplée une lacune de la version 
publiée in-extenso. Gwenogvryn Evans, dans la préface de 
son volume II, p. iv, n'hésite pas à annoncer qu'il a décou- 
vert dans les deux manuscrits de Cardiff, le roman de Trystan 

1. G. Evans, Report, vol. 1, part. II, p. 596 : dyma'r ymddiddan fu 
rrwng syr Trystram vàb Talhvch ag EsxUt,gwraiç Marcbvab Meircbiou. En 
note, on lit : besides the usual englynion, there is much additionat matter hère. 
D'après le préambule et les vers d'Iseut après le jugement, qui terminent 
le récit, cette version est identique à celle de Cardiff. 

2. //'/</., p. 920. 

Revue CcUit/ne, XXXII'. 24 



3 66 /. Lot h. 

et Essyllt (Iseut) sous sa forme originale; puis, il en donne 
un résumé, ou plutôt un arrangement. Le coup de clairon 
de G. Evans était resté jusqu'ici sans écho. Or tout récemment, 
dans les nachtràge (pp. 185-287) à son consciencieux ouvrage, 
Das Keltischc Brittannien lus ~u Kaiser Arthur, paru en 1912, 
M. E. Windisch est d'avis que ce récit qui lui est parvenu 
tardivement par l'intermédiaire de M. Kuno Meyer et qu'il n'a 
sans doute pas eu le temps de soumettre à un examen sérieux 
donne une solution galloise ancienne et sincère de la légende, 
sans immixtion d'influences françaises ou germaniques. Pour 
moi, lorsqu'assez récemment, je me suis mis à la recherche 
du lieu d'origine du roman, tel que nous le connaissons par 
Thomas, Beroul et leurs imitateurs, j'avais complètement 
perdu de vue ce texte, écrit au XVI e siècle et qui ne peut lui 
être antérieur comme composition, en exceptant quelques 
vers sans intérêt, l'ayant jugé sans aucune importance au 
point de vue des origines. En ce qui concerne les origines 
du roman français, je suis d'ailleurs convaincu que 
M. E. Windisch partage mon avis, mais est-il vrai que nous 
tenions là une version galloise sincère et primitive de l'épi- 
sode final de la légende ? L'opinion d'un homme de sa valeur 
vaut toujours la peine d'être examinée de près. 

Voici le texte suivi d'une traduction. 

Ystoria Tristan : Yn y kyfamser yr aeth Trystan ap 
Trallwch ag Esylld gwraig briod Mardi ap Meirchion ar 
herw i goed Kelyddon J a Golwg Hafddydd yn llaw forwyn 
iddi a'r Bach Bychan yn bayts gidag ynte yn dwyn pasteiod a 
gwin gidag wynt, a gwely o ddail a wnaethbwyd iddynt. 
Ag ir aeth March ap Meirchion at Arthur igwyno rrag Trystan 
ag i dolwyn 2 iddo ddial i syrhaed arno 5 [o herwyd + y fod 
yn nés o gyrenyd y Arthyr nag Drystan, o achos kefynder 
oed March ab Meirchion y Arthyr, ag nyd oyd Drystan ond 

1. Ms. 96 de Peniarth écrit entre 1565 et 1616 : i fforest Golyddon 
(Report I, part II, p. 596). Le même ms. porte syr Tristram vab Tallwch. 

2. Ms. 147 de Peniarth, écrit vers 1 566 : ag ydohvyn (vol. I, part. II, 
p. 920). 

3. Je supplée d'après le ms. 147. 

4. Le d barré dans cette version représente la spirante dentale sonore. 



Romans de là Table ronde. 367 

nai fab cefnder ydaw « mi af mi a'm tayly, hebr Arthyr, y 
gesio naill ay. . . . ay jawn yti] ag yna ir aethant yn ghylch 
koed Kelyddon. 

Kyneddfau a oedd ar Drystan : pwy bynaga dynai waedarno 
ef marw fyddai ; pwy bynag i tynai ynte waed arno marw 
fyddai. Affan glowodd Esylld ysson a'r siarad o bob parth i'r 
koed dychrynu a wnaeth hi rrwng dwylo Trystan ; ag i gofynodd 
Trystan iddi paham i dychrynasai hi; ag i dowad hithe mae 
rragofn am danaw ef. Ag ena i dowod Trystan ' : 

Esylld iven na fydd ofnog 
Trafwy 2 Ji ïth êrchwyniog 
Nitbiug trais trychan marchog 
Na tbrycban lin > llyrygog 

Ac yna i kodes Trystan i fyny ag a godd 4 i gledde yn i law 
ag i kyrehodd y gad yn gynta ag i gallodd ony chyfarfu a 
March ap Meirchion. Ag a ddowod March ap Meirchion : " mi 
a'm llada fy hun, er i ladd ef. " Ag ena i dowod y gwyr da 
eraill * : " mefl i ninau od ymyrwn arno ! " Ag yna ir aeth 
Trystan trw y tair kad yn ddiargywedd. 

A Chae Hir oedd yn karu Golwg Hafddydd; sef a wnaeth 
ynta, dowod lie i rroedd Esylld a chanu yr englyn hwn 6 ; 

Esylld wen serchog wylan, 
o dwydal ar ymddiddan ; 
Ef a ddiengis Trystan 

Esylld : Kae wynn o gwir a dwydi 

wrth ymddiddan a myfl 
gordderch aur yt a geffi 

1. Dans le ms. ces vers sont ordonnés en deux grandes lignes. 

2. Pour ni'th âwg. 

3. Le ms. a llur. Il faut lire llu ou llyw, chef, écrit peut-être lliu. 

4. Je suppose que godd est pour gododd} on comprendrait dialectemen 
gadd. 

5. Ms. gwyr draill; la correction s'impose comme l'a supposé G\v. Evans. 

6. Les vers sont ordonnés comme les suivants, dans le ms., en une grande 
ligne et une petite ; la grande ligne contient les deux premiers vers. 



568 /. Lot h. 

Kac Har : Gordderch aur nis damuna 
am a ddwydais yt yma : 
GoKvg Hafddydd a garaf 

Esylld : os gvvir y chwedel gynau 

a ddwydaistym o'th enau, 
Gohvg Hafddydd a fydd tau. 

Ag yna ir aeth March ap Meirchiawn at Arthur yr ail 
waith, ag yr wvlodd wrtho am na chae na gwad ' na thaï am i 
wraig briod. " Ni \vn i gyngor iti ond hyn, heb yr Arthur : 
gyru gwy[r] o gerdd danau i leisio iddo o bell ag yn ol hyny 
gyru gwyr o gerdd dafod ag englynion moliant o'i folianu ef 
a'i ddwyn o'i lid a'i ddigofaint. " A hyny a wnaethont. Ag 
wedi hyny Trystan a elwis y kerddorion ato ag y rroddet 
iddynt dderneidie o aur ag arian. Ag wedi hyny i gyrwyd 
pen y dyngnefedd ato, nid amgen na Gwalchmai ap Gwyar 2 . 
Ag yna y kanai Walchmai yr hen englyn hwn : 

G(iualchmaï) : [Prwystyl] fydd tonn anfeidrawl 
Pann fo ton mor yn y kanol : 
Pwy wyd filwr anianol 5 

T(rystan) : Prwystyl [fydd] tan a tharan 
kyd bo i brwystl a gwaran : 
ynydd trin myfi yw Trystan 4 

G. : Trystan gynheddfau difai 

ar dy 'madrodd ni chawn foi : 
kydymaith yt oedd Walchmai. 

i . Givad, forme dialectale pour givaed, à moins qu'on ne le conserve dans 
le sens de refus (v. traduction). 

2. Ms. Gwach mai ag gwyr. 

3. Myv. arch. p. 132, col. 2 : 

Prwystyl sydd tau anianawl 
Pau fo'r mor yn ei chanaivl ; 
notre texte est préférable, sauf au 2e vers : il faut supprimer ton. 

4. Le texte est altéré dans le 2e vers. La Myv. arch. a : 

Cyd bout brwystul eu gwahau, 
ce qui paraît préférable, quoique le sens ne soit pas certain. 






Romans de la Table ronde. 369 

T. : Mi a nawn er Gwalchmai yn nydd ' 

o bai arno waith kochwydd 
nas gwnai'r brawd er i gilidd 

G. : Trystan gynheddfau talgrwn, 

Oni'm gomeddai arch grwn - 
minne a nawn ore i gallwn. 

T. : Mi ai gofyna er kaen, 5 

nis gofyna ar graen : 
Pwv vw'r nifer sydd o'r blaen ? 

G. : Trystan gynheddfau hynod 

nid vdent i'th adnabod 4 : 
teulu Arthur sydd i'th ragod 

T. : Er Arthur ni ivgvlaf, 

naw kan kad a'i kynhyrfa 5 ; 
om lleddir mi a'i lladda. 

G. : Trystan gyfaill rrianedd 6 

kvn mvned yngwaith kochwedd, 
Gore dim oedd dvngnefedd. 

1. Nawn, pour unaivii, et comme lui, ne compte que pour une syllabe. 

2. Myv. arch. : 

Oni'm gomeddai' r arddwrn ; 

ce texte est préférable : v. la traduction. 

3. Myv. arch. : 

mi a'i gofyn er a fen 

ac nis gofynal ar grauen, 

Pwv vw'r milwvr svdd o'm blaen. 

J'ai remplacé au I er vers le gofivya de notre ms. par gofyna. 

4. ydem au 2 e vers est â remplacer par ydent pour ydynt que donne la 
Myv. 

5. La Myv. a au lieu de kynhyrfa : atyngeddaf, qui est probablement pré- 
férable. Au ter vers, la Myv. a nim bogelaf probablement pour ni' mogelaj 
(ni ymogelaf); ni fygylaf dans notre ms. n'est guère satisfaisant. 

6. La mesure suppose un autre mot que le gynheddfau du ms. Je l'ai 
remplacé par le gyfaill de la Myv, 



3 7° /• Lotb. 

T. : O cha yngledd ar yn ghlun ' 

a'm llaw deheu yn ddihun ; 
nid gwaeth i mi nag iddun. 

G. : Trystan gyneddfau eglur, 

hvddellt baladr 2 o'th lafur; 
na wrthod un gar yt, Arthur 3 . 

7 . : Gwalchmai gynheddfau trada 

Gorwlychyd kafod kan tyrfa 4 
: fai im karo i kara. 



Trystan gynheddfau blaengar 
Gorwlychyd kafod kan dar s : 
dyred ymddiddan a'th gar. 



T. : Gwalchmai gynheddfau gwrth glych 6 , 

Gorwlychyd kafod kan rrych : 
Myfi a ddo lie mynych 

Ag yna i'r aeth Trystan a Gwalchmai at Arthur, ag y kanai 
Walchmai yr englyn hwn ! 

G. : Arthur gyneddfau eymmen ? 

Gorwlychyd [kafod] kan pen 8 : 
llyma Drystan, bydd lawen. 

i. Ocha du ms. pour o cbaf; ar yn ghlun pour ar fy'nghîun. Le texte de 
la Myv. est préférable : 

O caf fvngledd ar fy nghlun 
A'm llaw ddeau i'm diffvn 
Ai gwaeth finneu nag undyn. 

2. Ms, : balaer. 

3. Yt est de trop. Cf. Myv. : na wrthod yn gar Arthur. 

4. tvrfa est à remplacer : il donne une syllabe de trop. Malheureuse- 
ment, cette strophe manque dans la Myv. : peut-être kan nia. 

5. Cf. Y englyn chanté par Gwydion dans le Mab. de Math (Livre Rouge, 
p. 179, 1. 3). 

6. La Myv. a : attébion eymmen, aux réponses courtoises; eymmen est à 
remplacer. En revanche, attebioii est préférable à kynheddfau. 

7. J'adopte eymmen de la Myv. au lieu de amgen de l'Ystoria. 

8. Notre texte a : gorwlychyd i kan pen ; j'ai suppléé kafod d'après la Myv. 



Romans de la Table ronde. 371 

A. : Gwalchmai gynheddfau difai, 

ynydd trin nyd ymgelai ; 
kroeso wrth Drystan fy nai 

Ac nid ynganodd Trystan er hynny. Yna y kanodd Arthur 
yr ail englyn : 

[Trysjtan wynn, bendefig llu, 
[K]ar dy genedl gida thydu J : 
à minau yn ben teulu. 

Ag nid ynganodd Trystan er hynny. Ag y kanodd Arthur 
y iij englyn : 

Trystan bendefig kadau, 
Kymer gystal a'r gorau, 
Ag yn gowir kar finau. 

Ag er hyny, ni ddowod Trystan ddim. 

Trystan gynheddfau mawrgall 
kar dy genedl, nithwg gwall, 
nid oera rrwng kar a'r Hall. 

Ag yna ir attebodd Trystan Arthur; 

Arthur ohonot i pwyllaf 
ac o'th ben 2 i llafaraf : 
ag a fynych mi a'i gwnaf. 

Ag yno y tyngnyfeddodd Arthur a March ap Merchion ; ag 
amddiddanodd Arthur a hwyill dauargylch; ag ni fynai un 
ohonunt fod heb Esylld. Ag yno i barnodd Arthur : i'r naill, 
pan fai'r dail ar y koed, ag i'r Hall pan na bai'r dail ar y koed, 
ag i'r gwr priod gael dewis. Ag a'i dewisodd ynte pryd na 
bai'r dail ar y koed, achos hwya fyddai'r nos yr amser hwnnw. 
Ag i mynegis Arthur i Esylld hyny ; ag i dowod hi « Bendi- 
gedig fo y farn a'r neb a'i rroddes ! » Ag i kanodd Esylld yr 
enelvn hwn : 



's 1 



1 . Myv. : cred a fit . 

2. Myv. : ith ben : qui est préférable. 



372 /. Loth. 

Tri ffren sy dda i rryw : 
Kelyn ag eiddew ag vw 
a ddeilia' ' u ddail yn i byw; 
Trystan pie fi yni fyw. 

TRADUCTION : 

Sur ces entrefaites, Trystan ap Trallwch et Esylld, femme de 
March ap Meirchion, se retirèrent en fugitifs dans le bois de 
Kelyddon, Golwg Hafddydd (Aspect d'un jour d'été), suivante 
d'Esyllt, et y Bach Bychan (le Petit Petit), page de Trystan, 
emportant avec eux des pâtés et du vin. Un lit de feuillages 
leur fut fait. 

March ap Meirchion alla trouver Arthur pour se plaindre 
de Trystan et le prier de venger l'offense fait à son honneur 2 
[disant qu'il était, au point de vue de la parenté, plus près 
d'Arthur que Trystan, lui March ab Meirchion étant cousin- 
germain d'Arthur, tandis que Trystan n'était qu'un neveu 
fils de cousin-germain 5 . « J'irai avec ma famille, 4 dit Arthur, 
pour chercher ou bien >... ou à t'obtenir satisfaction »]. Et alors 
ils allèrent entourer le bois de Kelyddon. 

C'était une des particularités de Trystan, que quiconque lui 
tirait du sang mourait, que quiconque à qui il en tirait mou- 
rait aussi. 

Quand Essylld entendit le tapage et les bruits de voix de 
tous les côtés du bois, elle se réfugia effrayée entre les bras 
de Trystan. Celui-ci lui demanda pourquoi elle s'était effrayée 
ainsi; elle dit que c'était par peur pour lui. Trystan dit: 

i. Ms. 96 de Peniarth; a ddeil i ddail tra fon byiv. Deilia représente 
peut-être le verbe deilio, produire des feuilles ; a choed yn deiliawc (Daf. àb 
Gwtlym, ap. Silvan Evans, Welsh Dict.). Le sens indique plutôt daly, tenir. 

2. La lacune est suppléée par le ms. 147. 

3. Dans le Songe de Ronabwy, March est en effet, donné comme le cou- 
sin-germain d'Arthur. 

4. Tayly, habituellement teu-tu (pour tei-lit), vieil-iri. teg-lach (= *tego- 
slougos), signifie proprement la troupe de la maison, c'est-à-dire la famille au 
sens le plus étendu, et souvent, comme ici, les gens armés du clan. 

5. Il y a ici une lacune de deux ou trois mots; il faut suppléer probable- 
ment : à le prendre ou le tuer. 



Romans de la Table ronde. 373 

« Essylld bénie, ne crains pas, tant que je serai a ton côté ' 
trois cents chevaliers ne t'enlèveraient pas, ni trois cents 
chefs cuirassés » 2 . 

Et sur ce, Trystan se dressa levant son épée et marcha 
contre la première bataille 5 aussi vite qu'il put, jusqu'à ce qu'il 
se rencontra avec March ap Meirchion. Celui-ci s'écria : « Je 
me tuerai moi-même pour le tuer lui », mais les autres nobles 
dirent : « Honte à nous si nous nous jetons sur lui. » Alors 
Trystan traversa les trois batailles sans dommage. 

Kae le Long qui aimait Golwg Haf Ddydd se rendit a l'en- 
droit où était Essylld et chanta cet englyn (épigramme) : 

Kae : Essylld bénie, goéland amoureux, si j'ose m'entretenir 

avec toi : Trystan s'est échappé. 
Essylld : Kae béni, si ce que tu me dis dans ta conversation 

avec moi est vrai, tu auras une amante précieuse 4 . 
Kae : « une amante précieuse je ne désire pas pour ce que 

je t'ai dit ici : c'est Golwg Haf Ddydd que j'aime ». 
Essylld : « si la nouvelle que tu viens de me dire de ta bouche 

est vraie, Golwg Haf Ddydd sera tienne . 

March ap Meirchiawn alla trouver Arthur une seconde 
fois et se lamenta auprès de lui de ce qu'il n'obtenait ni sang 5 , 
ni satisfaction au sujet de sa femme : « Je ne vois qu'un con- 
seil à te donner, dit Arthur : envoyer des musiciens à instru- 
ment à cordes pour lui faire entendre leur harmonie de loin 6 

1. Erchivyniog, que je traduis ainsi, est dérivé de erchwyn, proprement 
bois du lit, côté protégé du lit; au figuré, il a le sens de support, soutien et 
aussi de protecteur, 

2. Les paroles de Trystan sont en vers. Le ms a llur pour //;/, ou llyvj, 
chef; j 'adopte llyw (cf. Myv. Arch. 215-2 : llywiawdvr llurygawc). 

3. J'emploie bataille dans le sens de ce mot au moyen âge. 

4. Gorddercb aar, mot à mot amante d'or : aur employé adjectivement 
a le sens de précieux ; ayr vah Maredud, le précieux fils de Maredud 
(Myv. arch. 253, 2). 

5. Gtvad peut être une forme dialectale pour gwaed (c'est une 
forme régulière en Glamorgan); mais il est possible que ce soit le gwad 
ordinaire, qui a le sens de refus :dans ce cas, March se plaindrait de n'avoir 
aucune solution, aucune réponse bonne ou mauvaise : ni oui ni non . 

6. Leisio iddo. Il y a sans doute dans l'intention de l'auteur une idée 
d'apaisement par la mélodie, mais elle n'est pas exprimée. 



574 /• Loth. 

puis des poètes avec des épigrammes de louange en son hon- 
neur et le faire sortir ainsi de sa colère et de son ressentiment ». 
Ainsi firent-ils. En suite de cela, Trystan appela les artistes et 
leur donna des poignées d'or et d'argent. Puis on lui dépêcha 
le chef de la paix, c'est-à-dire Gwalchmai ap Gwyar. C'est alors 
que Gwalchmai chanta ce vieil englyn '. 

Gwalchmai : Bruyante 2 est la vague immense, quand la mer 
est en son plein 5 ; qui es-tu, guerrier impétueux 4 . 

Trystan : Bruyants sont (ensemble) le feu et le tonnerre, 
quoi qu'ils le soient aussi séparés 5 : au jour du combat, 
c'est moi qui suis Trystan. 

G. : Trystan aux habitudes irréprochables, je ne saurais trou- 
ver à reprendre à ta conversation : Gwalchmai était 
ton compagnon. 

T. : Je ferais pour Gwalchmai le jour où il aurait sur les bras la 
sanglante besogne é , ce qu'un frère ne ferait pas pour 
son frère. 

G. : Trystan aux habitudes parfaites ', si mon poignet 8 ne 
me refusait pas (son service), moi aussi je ferais du 
mieux que je pourrais. 

i. Dans ce genre de poésie on débute généralement par des aphorismes 
d'un sens souvent général, sans rapport direct avec le sujet. 

2. Pnuystyl (prwsti) ne se trouve ni dans le Livre d'Aneurin, ni le 
Livre noir, ni le Livre de Taliesin. Il paraît conservé dans Jibrwystl, qui 
n'est pas bruvant, que donne, sans référence, le WelshDict. de Silvan Evans. 

3. Y ii i kanol signifie en son milieu, en son centre, c'est-à-dire ici au point 
central de sa course. La Myv. a : yn y chanaivl, ce qui se rapporterait à la 
vague. 

4. anianawl, impétueux, plein d'élan; cf. L. Aneurin, 91 : dygymyrnvs 
eu hoet en hanianawr, leurs élans ont abrégé leur vie (Cf. Silvan Evans, 
Welsh Dict.). Anian a des sens assez variés. 

5. J'adopte le texte de la Myvyrian(cydhontbrwystuleu gwahan) ; le nôtre 
est clairement altéré; brwystl, en une syllabe est contraire à la graphie 
ordinaire; gwaran ne va pas non plus. 

6. Waiih kochwydd : c'est une expression métaphorique pour le combat : 
5 strophes plus bas, on a hocliwedd. 

7. Tàlgrwn est rare; comme crwn, rond, il a aussi le sens de complet ; je 
hasarde cette traduction : cf. cynghnvn. 

8. Je remplace arch gnvn par arddwrn de la Myw. Gwalchmai a été pro- 
bablement blessé ou est fatigué, peut être même à la suite d'une lutte avec 



Romans de la Table ronde. 375 

T. : Je le demanderai pour adoucir et non pour irriter : quelle 
est la troupe qui est devant ? 

G. : Trvstan aux habitudes bien connues, ils ne te connaissent 
pas : c'est la famille d'Arthur qui t'a prévenu '. 

T. : A cause d'Arthur je ne menacerai pas % neuf cent ren- 
contres je provoquerai : si on me tue, je tue aussi. 

G. : Trvstan ami des dames, avant d'aller à la besogne san- 
glante 5 (sache-le) : ce qu'il y a de meilleur, c'est la 
paix. 

T. : Si j'ai mon épée sur ma hanche, et ma main droite bien 
en garde 4 , je ne suis pas en plus mauvaise posture 
qu'eux. 

G. : Trvstan aux habitudes brillantes, dont l'effort brise les 
hampes des lances, ne repousse pas un parent unique >, 
Arthur. 

Trvstan (voir plus bas, la confusion entre Trvstan et Owein et aussi le 
préambule de la Myv. dont je donne une traduction). Arch grwn signifie, 
poitrine ronde, solide. On le trouve pour un cheval. Il est possible après 
tout que le cheval de Gwalchmai (Keincaled) soit dans de mauvaises dispo- 
sitions comme le cheval de Gvynn ab Xud Carngrvm, dans son dialogue 
avec Gwvdneu Garanhir. Livre noir, Skene, II, p. 54, 22. Peut-être aussi 
le conteur ne connaissant pas le nom traditionnel du cheval de Gwalchmai, 
Keincaled (notre Gringalet), l'a-t-il dénommé Archgrwn, épithète employée 
pour des chevaux. 

1 . Rhagod a souvent le sens d'embuscade, d'opposition à la marche de 
quelqu'un. Ce qui semble l'indiquer, c'est la réponse de Trvstan. 

2 . En comparant le texte de la Myv. au nôtre, il est probable qu'il faut 
reconstituer ainsi le texte : 

Er Arthur mi ni'm ogelaf, 
Naw kan kad a'i tyngeddaf: 
Om lleddir mi a laddaf. 

« Pour Arthur même je ne me déroberai pas; je peux en prendre à 
témoin cent combats : si on me tue, je tue aussi. » 

5. Kochwedd, a l'aspect sanglant; le mot — l'expression est fort usitée — est 
aussi substantil et s'emploie dans le sens de bataille (L. Noir, 23.17; 
L. Rouge, 295.19,23;/.. Aneurin,, 100.9: Myv. arch. , 239.1 : 23 1.1 : 303.17. 
Le mot désigne aussi la couleur rouge des habits (L. Rouge, 287.14 : a 
chocbived dillat). 

4. C'est ainsi que je traduis a'm ïlaw deheu yn ddihun. Dihuu est ici bien 
singulier. La Myv. a : itn diffyn. pour me défendre. Le 3 e vers de la Myv. est : 
ai gwaeth inneu uag undyn, suis-je inférieur à qui que ce soit? 

5. 17 est de trop. Myv. : na wrthod \n gar Arthur, ne repousse pas 



37^ - /. Loth. 

T. : Gwalchmai aux habitudes excellentes, l'ondée inonde 
cent champs ' : comme il m'aimera, je l'aimerai. 

G. : Trystan aux mœurs d'avant-garde, l'ondée inonde cent 
chênes : accours t'entretenir avec ton parent. 

T. : Gwalchmai aux mœurs contrariantes, l'ondée inonde cent 2 
sillons : moi j'irai où tu voudras. 

Alors Trystan se rendit avec Gwalchmai auprès d'Arthur, et 
Gwalchmai chanta cet englyn : 

C. : Arthur aux mœurs courtoises 5 , l'ondée inonde cent têtes: 

voici Trystan, sois joyeux. 
A(rthur) : Gwalchmai aux mœurs irréprochables, qui ne se 

cachait pas au jour de bataille : bienvenue à mon 

neveu Trystan. 

Malgré cela Trystan ne souffla mot. Alors Arthur chanta ce 
second englyn : 

Trystan béni, chef d'armée, aime ta race en même 
temps que toi, et moi comme chef de tribu. 

Et Trystan ne souffla mot malgré cela; et Arthur chanta 
ce troisième englyn : 

Trystan chef de batailles, prends tout autant que le 
meilleur, 4 et sincèrement aime-moi. 



Arthur comme parent. Notre texte est préférable. Un ne signifie pas toujours 
unique, mais sert à rehausser l'objet (entre tous). 

i. J'ai remplacé tvrfa qui ne peut aller, donnant au vers un pied de trop, 
par ma, champ : il faut un monosyllabe. 

2. Gwrthglych est probablement pour gwrchgrych, de même que gwrtbgloch 
se confond avec givrthgroch. Il est possible qu'ici gynheddfau soit à remplacer 
par attebion (réponses) que donne la Myv. Le sens paraît être : Gwalchmai, 
toi qui as réponse à tout. 

3. J'ai remplacé amgen, qui s'expliquerait difficilement par cymmen de la 
Myv. 

4. Gorau, le meilleur, le plus brave, qui, chez les Celtes, a droit à la pre- 
mière part, en particulier au morceau du héros; c'est lekynrann gallois, celui 
qui a la première part. 



Romans de la Table ronde. 377 

Et malgré cela, Trystan ne souffla mot. 

A. : Trystan aux mœurs grandement sages, aime ta race, elle 
ne t'apportera pas de dommage; il n'y a pas de froid 
entre deux parents. 

Et alors, Trystan répondit à Arthur : 

T. : « Arthur, je prends tes paroles en considération, et c'est toi 
d'abord que je salue; ce que tu voudras, je le ferai. » 

Alors Arthur lui fit faire la paix avec Mardi ap Meirchion. 
Il s'entretint avec eux deux tour à tour, mais aucun d'eux ne 
voulait se passer d'Essylld. Arthur alors décida que l'un l'aurait 
pendant qu'il y a des feuilles sur les arbres ; l'autre quand il 
n'y en a pas : au mari de choisir. Mardi choisit l'époque où 
il n'y a pas de feuilles, parce qu alors les nuits sont plus longues. 
Arthur en informa Essylld qui s'écria : « Béni soit le juge- 
ment et celui qui l'a rendu ! » Et alors, elle chanta cet englyn : 

« Trois arbres sont d'espèce généreuse : le houx, le 
lierre et l'if, qui gardent leurs feuilles toute leur vie : 
je suis à Trystan tant qu'il vivra. » 

M. E. Windisch a raison de dire que cette version ne doit 
rien aux influences françaises ou germaniques; il saute aux 
yeux, en effet, que l'auteur ne sait à peu près rien du roman. 
Son récit est incohérent, invraisemblable; il confond tout, et 
la solution qu'il donne n'a rien de particulièrement gallois ou 
celtique : c'est même le contraire. 

Tout d'abord, il ignore le nom de la suivante d'Iseut si 
parfaitement gallois dans le roman français : Bran-gien, Branguen 
c'est-à-dire Bran-wen {Bran-gwen est une forme du x-xi e siècle); 
il ne sait pas davantage le nom du nain. Il les remplace par 
des appellations de contes de fées, de ces noms qu'on invente 
quand on n'en a pas de précis à sa disposition : la suivante 
devient Aspect d'un jour d'Eté; le nain, le Petit Petit. C'est d'au- 
tant plus digne de remarque qu'un des traits frappants des tra- 
ditions galloises sincères, c'est la persistance, l'étonnante fixité 
non seulement des noms propres, mais même des épithètes. 



3j8 /. Loth. 

Les Gallois ont été d'ailleurs les plus passionnés généalogistes 
que l'Europe ait connus. 

Aspect d'un jour d'Été et le Petit Petit, en dépit de leurs 
noms de contes de fées, sont des personnages pratiques, d'ha- 
bitudes évidemment méthodiques, très éloignées de l'esprit 
aventureux, de l'insouciance des besoins matériels qui caracté- 
risent les héros celtiques. Ils ne paraissent avoir aucune con- 
fiance dans les ressources que peut offrir la forêt de Kelydon 
où ils accompagnent leurs maîtres, ni même dans les talents 
cynégétiques incomparables de Trystan, le plus célèbre des 
chasseurs de l'île de Bretagne : ils ignorent l'arc-qui-ne-faut. 

Ils ne savent pas davantage, semble-t-il, que Trystan est un 
des trois grands porchers de l'Ile : talent éminemment utile 
dans une forêt comme Kelydon, à en juger par le célèbre 
compagnon et confident de Merlin (Myrdin). Aussi emportent- 
ils dans la forêt des pâtés et du vin ! Comme ils agissent à en 
juger par la lettre du texte gallois, d'après les ordres de leurs 
maîtres et que c'est là, pour le moment du moins, leur tâche 
principale, les compliments qu'ils méritent pour leur esprit 
pratique reviennent de droit à Trystan et Iseut qui nous appa- 
raissent ainsi, pour des héros celtiques, sous un jour assez 
nouveau. 

Les personnages des légendes celtiques sincères, quand ils 
se trouvent sans ressources, vivent de chasse et de pêche. 
C'est ce que fait Manawydan dans le mabinogi qui porte son 
nom, quand il se trouve seul avec Pryderi, Riannon et Kicva 
dans le pays de Dyved, et plus tard encore, quand il a perdu 
deux de ses compagnons par suite des maléfices d'un enchan- 
teur. 

Il est vrai qu'on leur fait un lit de feuillages; mais c'est là 
un détail qui n'a rien d'archaïque. Le lit de feuillages, comme 
la maison de feuillages (branchages) (j deil-dy) , est une 
chose banale à une époque presque moderne en Galles. Au 
xiv c siècle, le grand poète gallois, Davyd ab Gwilym ne 
manque pas d'inviter ses nombreuses amies à visiter sa maison 
de feuillages : c'est son séjour de prédilection. 

M. E. Windisch paraît voir dans le choix de la forêt de 
Kelydon, le Caledonius saltus des écrivains latins, un souvenir 



Romans de la Table ronde. 379 

ancien : il resterait ainsi quelque chose de la théorie pictique 
de Zimmer. C'est exactement le contraire. Kelydon est un de 
ces noms, comme Carleon, Carduel, Tintagel, qui se pré- 
sentent naturellement aux conteurs dans l'embarras, ou dési- 
reux de donner une certaine couleur et quelque autorité à 
leurs récits. Kelydon est à peu près la seule forêt que con- 
naissent les Gallois '. Il n'y avait pas eu de noms plus reten- 
tissant chez les poètes et conteurs, qui parlât davantage à 
l'imagination : c'était un lieu mystérieux peuplé de person- 
nages surnaturels et dont on ne connaissait guère ou fort 
vaguement du moins, la situation. Ce nom était lié indissolu- 
blement au nom de Myrdin (Merlin), devenu le grand pro- 
phète des Gallois à l'époque si tragique où malgré des guerres 
fratricides continuelles, ils luttaient encore et souvent avec 
succès, contre les conquérants de l'Angleterre, c'est-à-dire 
aux xi e , xn e et xm e siècles. C'est à Kelydon, d'après le Livre 
noir de Carmarthen, que se réfugie Myrdin avec cent vingt 
guerriers devenus fous après la bataille d'Arderyd; c'est là 
aussi, d'après la même collection de poèmes, qu'il se livre à 
des prédictions retentissantes, en prenant à témoin les pom- 
miers de la forêt ou son étrange confident 2 , le porchellan 
(petit cochon). 

Kelydon était devenu synonyme de forêt aux abris sûrs, de 
retraite mystérieuse, si bien qu'on en a tiré vers le xiv c siècle, 
un mot nouveau Kelyâ, qui a pénétré dans la langue poétique 
avec le sens d'endroit retiré, ombragé, cachette \ 

De même, loin d'être une preuve d'antiquité, le rôle pré- 
pondérant d'Arthur indique une déformation de la légende 
primitive. Comme le fait remarquer Alfred Nutt dans ses 
notes à l'édition populaire de la traduction des Mabinogion par 
lady Charlotte Guest, et comme je l'ai soutenu moi-même 

1 . Le pays de Galles n'était pas un pays de forêts ; aussi les conteurs, quand 
ils parlent de forets, souvent ne leur donnent aucun nom. Une fois cepen- 
dant, dans le roman de Gereint et Enid, il est question de la forêt de Dena 
sur les confins du Monmouthshire et du Gloucestershire. 

2. Livre noir, ap. Skene, F. a.B. 11, poèmes I, XVII, XVIII. 

3. Silvan Evans, Welsh-Engl. Dict. L'exemple le plus ancien de ce mot 
est tiré de Davyd ab Gwilym ; je l'ai cherché vainement auparavant. 



3$o /. Lot h. 

dans ma traduction, les romans gallois, même ceux qui n'ont 
pas subi l'influence française, dans lesquels les personnages 
des divers cycles apparaissent groupés artificiellement autour 
d'Arthur et où il intervient comme le maître suprême, aux 
jugements sans appel, substituant son autorité à celle des chefs 
de tribus, ont été sûrement soumis à des remaniements. 

C'est ainsi que les quatre mabinogion de Pwyll, Branwen, 
Manawvdan et Math, où il n'est pas question d'Arthur, 
remontent incontestablement à une tradition plus primitive 
et plus sincère que le roman de Kulhwch et OKven dont la 
rédaction se place cependant à une époque au moins aussi 
ancienne. 

C'est en vain qu'on objecterait que Kulhwch et Olwen 
avant été mis par écrit au xn e siècle et même dans la pre- 
mière moitié de ce siècle au plus tard, la version galloise en 
prose dont nous nous occupons, pourrait, malgré tout, remon- 
ter aussi loin, et que dans le roman français de Tristan, Arthur 
apparaît aussi comme le souverain. Tout justement, c'est là aussi 
pour le roman français l'indication d'un remaniement mais qui 
se dénonce comme superficiel : Arthur n'y apparaîtrait pas du 
tout, qu'aucun rouage essentiel du drame n'en souffrirait II 
n'est à peu près pour rien dans la marche des événements ni 
dans le dénouement. Marc n'attend pas le moins du monde, 
eomme dans notre conte, l'intervention d'Arthur pour con- 
damner Tristan au bûcher et livrer Iseut aux lépreux. 

En cela, le roman français est dans la vraie tradition celtique. 
Un pouvoir central s'exerçant en maître sur des principautés 
vassales, en un mot un véritable empire, n'existait pas en réa- 
lité chez les Bretons insulaires. Tout au plus peut-on concé- 
der qu'un vague souvenir des empereurs romains a pu contri- 
buer à la formation du personnage d'Arthur empereur. Et 
encore est-il infiniment probable, on pourrait dire certain, 
qu'on est en présence ici même d'influences littéraires et semi- 
savantes, 

Kei amoureux d : 'Aspect d'un jour d'Eté est encore, sans con- 
testation possible, l'invention d'un conteur ignorant ou peut- 
être sous l'influence des romans gallois d'origine immédiate- 
ment française dans lesquels Kei (Keus) c'est devenu un 



Romans de la Table ronde. 381 

gabeur et un personnage de comédie. Le vrai Kei est un des 
héros gallois que nous connaissons le mieux. Il joue un rôle 
important dans le roman de Kulhwch et Ohven. Dans le 
songe de Ronabwv, tous les rangs de l'armée d'Arthur se 
mêlent pour le voir. C'est le plus beau des cavaliers. Dans un 
curieux dialogue en vers entre Gwenhwyvar et son mari 
Arthur déguisé et qu'elle n'a pas reconnu, Gwenhwyvar 
(Genièvre) déclare à Arthur qu'avec cent hommes il ne tien- 
drait pas Kei le Long ' . 

C'est un guerrier redoutable et cruel qui ne rappelle en 
rien le Keus de nos romans. Il plaisante, il est vrai, parfois, 
mais d'une façon barbare et féroce. Il n'y a pas de personnage 
plus populaire et plus souvent cité par les poètes gallois : 
jamais il ne nous est présenté sous les traits d'un amoureux. 

L'intrusion de Gwalchmai, le Gauvain des romans français, 
dans la légende de Tristan, est encore une invention assez 
récente et son rôle auprès du héros est dû sans doute à une 
confusion avec d'autres personnages dans l'esprit du conteur. 
C'est, en effet, exactement le rôle qu'il remplit auprès 
d'Owein (Ivain), Peredur (Perceval) et Gereint (Erec). On 
peut même affirmer que Tristan a été substitué à Owein. En 
effet, le dialogue entre Gwalchmai et Trystan que j'ai traduit 
plus haut, est précédé dans la Myvyrian Archeology 2 d'un pré- 
ambule en prose dont voici la traduction : « Voici des englyn 
qui furent échangés entre Trystan fils de Tallwch et Gwal- 
chmai fils de Gwyar, après que Trystan fut resté absent, par 
ressentiment de là cour d'Arthur pendant trois ans, qu'Arthur 
eût envoyé 28 guerriers pour s'emparer de lui et le lui ame- 
ner, et que Trystan les eût terrassés l'un après l'autre; et il ne 
se rendit à la cour pour personne, si ce n'est pour Gwalchmai 
à la langue d'or ». 

Précisément dans le roman d'Owein (Ivain) ou la Dame de 
la Fontaine Gwalchmai va a la recherche d'Owein à la suite 
d'un entretien dans lequel Arthur lui a révélé ainsi la cause 
de sa tristesse : « Par moi et Dieu, j'ai regret après Owein 

1. Myv. arch. p. 131. 

2. Pages 132-133. 

Revue Celtique, XXXII'. 2S 



382 J. Loi h. 

qui a disparu d'auprès de moi depuis trois longues années ». La 
lutte qui, d'après le préambule, aurait eu lieu entre les guerriers 
d'Arthur et Trystan est une répétition de la lutte entre Owein 
et ces guerriers, particulièrement avec Kei. On substituerait 
dans le dialogue en vers le nom d'Owein ou de Gereint à 
celui de Trystan que le sens n'en serait nullement altéré 1 . 
Il est fort possible que ce dialogue ait constitué une sorte de 
lieu commun dans lequel il suffisait de changer un nom pour 
qu'il s'adaptât à des situations diverses ayant une certaine ana- 
logie; c'était une économie pour les bardes à l'inspiration 
courte sur les frais de composition. 

La substition de Trystan à un autre héros se dénonce encore 
par les procédés d'une criante et grossière invraisemblance 
auxquels Mardi a recours, sur les conseils d'Arthur, pour 
ramener Trystan à la cour. 

Trystan a été chassé de la cour après avoir été convaincu 
d'adultère; il est hors la loi comme l'indique l'expression 
galloise qualifiant son départ avec Iseut pour Kelydon 2 ; il a 
gravement offensé l'honneur de son chef et par contre-coup 
l'honneur d'Arthur, dontMarch est donné comme le cousin ger- 
main . Or, comment se conduit March vis-à-vis de cet ennemi qu'il 
hait si fort qu'il est prêt a périr lui-même pourvu qu'il le tue ? 
Il le traite comme s'il avait lui-même tous les torts. Il semble 
reconnaître la légimité de son ressentiment ; on lui donne des 
musiciens pour toucher son cœur d'artiste, puis des bardes 
chargés de chanter ses louanges. Ce n'est pas tout ; il faut 
encore l'intervention courtoise de Gwalchmai à la langue d'or 
pour le fléchir, et une fois à la cour, ce n'est qu'après trois 
tentatives amicales, presque humiliantes de la part d'Arthur, 
qu'il se résout à sortir de son mutisme et à consentir à une trêve. 
Tout cela est le comble de l'invraisemblance, et ne pourrait se 
comprendre que s'il s'agissait d'Owein ou de Peredur. 

Reste la solution : son invraisemblance saute aux yeux. 

1 . Il semble même que dans les strophes commençant par Trystan gynhedà- 
fau. . . Gereint ferait mieux, amenant une de ces allitérations où se plaisent les 
bardes : Gereint gynheddvau. 

2. ar berw. Les gens ar herw sont de véritables outlaws. Pour s'en rendre 
compte, on n'a qu'à lire le début du songe de Rouabwv. 



Rom mis de ht Table ronde. 383 

Jamais un chef celtique n'y eût songé ni encore moins 
pensé à l'imposer à des héros, surtout de sa parenté. Elle est en 
contradiction avec le contexte, le contexte nous montrant 
March altéré du sang de Trystan et se plaignant à Arthur 
qu'il ne pouvait obtenir ni sang ni réparation. Ici, au contraire 
après avoir consenti à des démarches humiliantes vis-à-vis de 
son ennemi mortel, il perd définitivement Iseut, et est bafoué 
et couvert de ridicule. Ce sont là des solutions à leur place 
dans des fabliaux et contes facétieux du moyen âge : le mari 
bafoué et content n'est pas un personnage des vraies traditions 
celtiques. 

Arthur dans le roman si parfaitement gallois de Kulhwch 
et Olwen , a tout justement à trancher un différend assez 
semblable '. Kreidylat 2 , fille de Llud Llaw Ereint 3 , avait 
été mariée 4 à Gwythyr, fils de Greidiawl et était partie avec lui, 
lorsqu'elle fut enlevée, avant que le mariage ne fût consommé, 
par le demi-dieu Gwynn ab Nud. Gwythyr va attaquer le 
ravisseur à la tête d'une armée. Gwynn victorieux s'empare 
de personnages de marque, notamment de Nwython qu'il 
tue : il met son cœur à nu et force le fils de Nwython, 
Kyledyr, à le manger. Arthur se rend dans le Nord, fait venir 
Gwynn, le force à rendre ses otages et, pour trancher le dif- 
férend, il impose aux deux rivaux le duel, solution légale 
chez les Celtes insulaires, mais un duel qui n'était à la portée 
que de personnages surnaturels : la jeune fille resterait dans 
la maison de son père sans qu'aucun des deux rivaux pût 
user d'elle; chaque premier mai, jusqu'au jour du juge- 
ment, il y aurait bataille entre Gwynn et Gwythyr, et celui 
qui serait vainqueur le jour du jugement prendrait la jeune 
fille. Si on veut être édifié sur la façon dont un roi March 
gallois eût traité un rival heureux et la femme adultère, on 
n'a qu'à lire le màbinogi si profondément celtique de Math ab 
Mathonwy. 

1. J. Loth, Mabin., 2 e édition, I, p. 331, 332 

2. Kreirdylat, la Cordelia de Gaufrei. 

3. Lludd à la main d'urgent. 

4. S'en était allée comme femme (dy-weâ-u, emmener comme femme), dit 
le texte gallois. 



384 /. Loth. 

Je ne serais pas surpris que cette solution inattendue du 
différend entre March et Trystan se trouvât ailleurs, peut- 
être même en dehors des pays celtiques '. Sans parler de son 
invraisemblance évidente, il n'y est fait nulle part dans la littéra- 
ture galloise la moindre allusion, quoique les noms de Trys- 
tan et Essyllt reviennent continuellement chez les poètes, avant 
le XVI e siècle. Loin de tournera la farce, le roman de Trystan 
au XII e siècle, chez les Gallois, a un caractère éminemment 
dramatique, à en juger par le court poème, incomplet et fort 
maltraité par les copistes dont j'ai donné un commentaire dans 
mes Contributions à l'étude des Romans Je la Table Ronde (VII). 
La personne qui parle, Brangiensans doute, mentionne de la 
part du héros un emprunt funeste, dont les effets dureront 
jusqu'au jour du jugement, vraisemblablement le philtre. Col- 
laboratrice du nain auquel elle s'adresse, là ou l'eau entraine 
les feuilles, elle s'est brouillée, puis' réconciliée avec lui. Ce 
nouvel accord a eu des suites funestes qu'elle déplore pour 
Kvheic, le Kyheic aux paroles douces comme le miel, très proba- 
blement le Kehenis d'Eilhart d'Oberg : elle a voulu se venger 
de lui, nous dit-elle. Il est fort probable que Brangien appre- 
nant les amours de Kyheic son amant, avec une rivale qui 

1. La fleur de l'ajonc joue, en Bretagne, un rôle analogue au houx, au 
lierre et à Vif, et un rôle, cette fois, bien celtique. Mon ami Fr. Vallée, à 
qui je m'étais adressé pour rafraîchir, à ce sujet, mes souvenirs, m'écrit 
qu'il a entendu en Bas-Tréguier, poser cette question : 

« — Peuoi em d'harem Pe evel ar hilau pe evei al Jaun ? « Comment 
m'aimes-tu ? Est-ce comme le genêt ou comme l'ajonc ? » Et la réponse 
doit-être — « Evel al latin, are ma toi bleun e pep attirer « comme l'ajonc, 
parce qu'il produit des fleurs en tout temps». 

Brizeux, me rappelle Vallée, a mis cette idée en vers dans sa Telenn 
Arvor : 

ar plac'h : 
Ha perak, va mignonik kê% 
Latin en àeu\ bleun ar garante^} 

AN DEX IAOUANK : 

Selu perak, va mignonne^ ker : 
Laun eu àeu\ bleun e pep animer. 

LA FILLE : 

« Et pourquoi, mon pauvre petit ami, l'ajonc a-t-il les fleurs de l'amour ?» 

LE JEUXE HOMME : 
» Voici pourquoi, chère petite amie ! l'ajonc a des fleurs en tout temps. » 



Romans de la Table ronde. 385 

n'est autre que la femme du nain, aura par esprit de ven- 
geance, tout révélé au mari (Kehenis est surpris avec Trystan 
et tué par un nain dont il avait séduit la femme). La colère de 
Brangien et le rôle du nain s'expliquent ainsi beaucoup mieux 
que dans les romans français ou leurs imitations. 

Il y a peut-être dans YYstoria un traita retenir et qui renfor- 
cerait ma supposition au sujet du nain : qu'il aurait d'abord 
servi les amours de Trystan et Iseut. On nous le montre en 
effet, accompagnant les deux amants, avec Aspect d'un jour 
d'été, dans la forêt de Kelydon. 

Comme le serment d'Iseut avec sa restriction mentale, la 
solution amusante, mais peu honnête du différend sent à plein 
nez, suivant l'expression de Philipot qui m'écrit à ce sujet, le 
Normand retors, ami des solutions subtiles et même peu 
scrupuleuses pourvu qu'elles aient une apparence légale. 
Philipot me rappelle à l'appui la fameuse scène du serment sur 
une boîte à reliques dont les reliques vraies avaient été enle- 
vées : Charles le Simple y fut boisie~ par les Normands. 

Je me représente très bien un compagnon de Guillaume ou 
un de ses descendants réfléchissant sur le différend entre March 
et Trystan. Evidemment Tristan doit avoir ses sympathies : 
c'est un guerrier incomparable, le héros de mainte glorieuse 
aventure ; il a rendu les plus grands services à March en le 
débarrassant du Morholt ; c'est même à lui que March doit Iseut. 
Il n'en est pas moins vrai qu'Iseut est la propriété de March : 
c'est la loi ; mais s'il y renonçait lui-même ? ce n'était possible 
qu'au moyen d'un subterfuge ; là était le problème, on a vu 
qu'il n'était pas insoluble. 

On aurait d'autant plus tort d'attacher la moindre impor- 
tance au conte gallois, que l'auteur ne paraît pas lui-même 
prendre son sujet au sérieux. La parodie des vieux romans gal- 
lois et de leurs procédés de compositions et de style était à 
l'ordre du jour au xv-xvi e siècle. On se moquait sans ver- 
gogne même de Mvrdin et de son compagnon. On trouvera 
{Revue Celtique, XIX, 308) une fort amusante parodie des 
Mabinogion. A certains traits dans notre conte, je croirais 
volontiers à une parodie discrète ; l'auteur fait l'effet d'un 
pince-sans-rire. 



386 /. Loth. 

Dès le xii c siècle, on remarque chez les conteurs gallois 
une tendance à la parodie de certaines légendes et de certains 
procédés. Elle est très visible dans l'énumération des person- 
nages fantastiques de la cour d'Arthur, dans le roman de 
Kulhwch et Olwen, quoiqu'elle ne s'y fasse sentir qu'avec une 
prudente discrétion. La peinture des femmes d'Ulster et sur- 
tout de Cuchulainn irrité ' rappellent d'une façon frappante 
certains de ces personnages de la cour d'Arthur, et je ne suis 
pas sûr que les auteurs irlandais aient été plus révérencieux 
que leurs émules gallois en prêtant à leurs héros des contor- 
sions et des tics grotesques dans lesquels il me paraît bien 
hasardé de voir un héritage mythologique. 

Si j'ai soumis ce conte gallois, malgré son peu d'importance 
au point de vue des origines du Tristan français, aune analyse 
critique aussi détaillée, c'est qu'il était à prévoir qu'une cer- 
taine école serait tenue d'en tirer parti pour soutenir de nou- 
veau, contre toute vraisemblance, que, si les éléments du 
roman sont celtiques, le drame lui-même ne l'est pas ; qu'il 
n'a commencé a exister que lorsque les Anglo-saxons peut-être, 
mais sûrement les Français, encore pénétrés, cela va sans dire, 
d'esprit germanique, s'en sont emparés. J'espère avoir suffi- 
samment prévenu les tenants de cette théorie contre une aussi 
dangereuse tentation. 

A deux points de vue d'ailleurs, YYstoria Trystan mérite 
l'attention. C'est un exemple remarquable des transformations 
que peut subir une légende, lorsqu'elle n'est pas soutenue par 
la tradition littéraire écrite ou même orale, à l'époque où les 
connaissances se transmettaient oralement, par un enseigne- 
ment officiel ou quasi officiel, comme c'est le cas chez les 
anciens Celtes, chez les Irlandais et les Gallois. On voit une 
légende essentiellement dramatique tourner au comique et 
devenir un sujet de parodie, lorsque la mémoire populaire a 

i. Cuchulainn malade dans D'Arbois de Jubainville, VEpopéc celtique en 
Irlande, p. 179 ; cf. ibid Le festin de Bricriu, p. 80-149. — On peut voir 
un amusant pastiche des procédés de style des anciens romans irlandais 
dans un conte dont le manuscrit est de 1764, mais qui doit remonter plus 
haut dans le recueil de Douglas Hyde ; Abhrdin diadha Chûige Connacht 
(Les chants religieux du comté de Conuaiigbt) 1, p. 180. 



Romans de la Table ronde. 387 

faibli et qu'aussi la foi dans les traditions des anciens âges a 
disparu et qu'elles provoquent le rire au lieu d'inspirer le 
respect. Mais ce qui donne surtout à YYstoria une réelle 
importance, c'est qu'elle nous laisse entrevoir assez clairement 
ce qu'ont dû être les archétypes des romans de la Table Ronde, 
et fournit des éléments nouveaux d'appréciation pour la solu- 
tion de ce difficile problème. UYsloriaest, en effet, un exemple 
typique, unique de ce qu'a été, au point de vue de la forme, 
l'épopée ou saga des Bretons insulaires. 

Comme l'épopée irlandaise, elle consistait sans doute en un 
récit en prose, coupé, dans les moments les plus pathétiques, 
par des morceaux lyriques et particulièrement des dialogues en 
vers. Les odes et dialogues versifiés, la plupart du temps, sinon 
toujours, chantés avec accompagnement de la harpe, consti- 
tuaient évidemment la partie la plus résistante de la légende. 
Le récit en prose variait davantage au gré de l'imagination et du 
talent des conteurs, et devait se transmettre avec beaucoup 
moins de fidélité. La poésie si compliquée des Irlandais et des 
Gallois était enseignée officiellement et constituait avec la 
•musique la principale occupation des lettrés. Quoique la 
langue des vers aussi bien que celle de la prose des sagas 
Irlandaises ait été rajeunie dans les manuscrits qui nous les ont 
conservées et dont le plus ancien ne remonte pas plus haut que 
le début du xii e siècle, on constate dans les parties versifiées 
un art compliqué, une culture raffinée qui contraste avec la 
trame lâche de la prose, le défaut absolu de composition, 
une gaucherie et un manque d'expérience frappants. Les Gal- 
lois, comme conteurs l , sont fort supérieurs aux Irlandais, 
mais chez eux aussi, la poésie témoigne d'une plus longue 
culture. 

Il n'y a donc pas à s'étonner qu'il ne nous soit parvenu 
en général, que les parties lyriques, notamment les dialogues 
en vers, de certaines épopées galloises. Nous possédons 
quelques-uns de ces dialogues. Il y en a deux fort curieux 

1. Il y a dans les épopées irlandaises des morceaux achevés d'une incom- 
parable beauté, que les arrangeurs n'ont pu gâter. Il y a eu évidemment en 
Irlande de grands poètes et littérateurs dont l'œuvre ne nous est parvenue 
que fragmentée ou a disparu. 



588 /. Loth. 

dans le Livre Noir; l'un entre Gwynn ab Nud et Gwydneù 
Garanhir ; l'autre entre Taliessin et Ugnach uab M\ T dno. 

La Myvyrian Archaeology nous en a conservé quelques autres. 
Nul doute, comme je l'avais supposé, que ces dialogues 
n'aient été accompagnés de récits en prose. L'Ystoria Trystan 
en est une preuve. On ne connaissait avant la publication de 
Gwenogfrvn Evans que le dialogue en vers entre Trystan et Gwal- 
chmai. Il est visible que notre auteur ne connaît guère la tra- 
dition sur Trystan que par les parties lyriques et qu'il n'a que 
quelques notions vagues et confuses de l'ensemble. Son récit 
en est une sorte de commentaire plus ou moins heureux; un 
passage, en particulier, jette sur ses procédés de composition 
un jour éclatant. Il attribue à Trystan le privilège que : qui- 
conque lui tirait du sang mourait, que quiconque à qui il en tirait 
mourait aussi. C'est tout simplement le commentaire malencon- 
treux du vers: 

Om lleddir, mi ai Uada l 

« si on me tue, moi aussi je les tue (c'est-à-dire ceux qui me 
frappent 2 ). C'est une idée rebattue chez les poètes gallois : s'ils 
sont tues, ils avaient tué aussi ; Us ne meurent pas sans être ven- 
gés. 

Livre Noir (av. Skene, F. a. B. I, p. 38. 6) : 

a chid rillethid zuy, Uedysseint 

« et quoiqu'ils eussent été tués, ils avaient tué » Cf. Gorchan 
M a el de ne, p. 99. 23 ; 

Ket et rylade zuy lad assaut 

Gododin 73. 1 (passage correspondant à celui du Gorchan) : 
a chet Uedessynt wy lîadassant 

Myv. arch, 164. 1 : 

1 . Liait peut aussi avoir le sens de frapper, couper. 

2. Le texte de la Myv. est préférable : 

oui tiédir, minneu a laddaj 
Il y a à remplacer minneu par »//'. 



Romans de la Table ronde. 3^>9 

a chyd llétyd lîatyssint 

L. Rouge (Skene II, 276. 3) : 

wyntwy ynllad gydas lledeînt 

« ils tuaient en même temps qu'on les tuait ». 

Ce passage correspond à celui du Livre Noir que j'ai cité 
plus haut : les deux vers se trouvent dans le célèbre poème 
sur Gereint. Il ne faut pas oublier que la vengeance s'exerçait 
après la mort même du héros par sa parenté, son clan. Non seule- 
ment le héros avait vendu cher sa vie, mais, même mort, 
il était redoutable à ses ennemis. C'est ce qu'exprime le vers 
du Livre Noir (Skene II, 28. 22) : 

ny lesseint heb ymtial 

« ils n'avaient pas {ou n'auraient pas) été tués sans vengeance ». 

Dans les mabinogion, il me parait probable que certaines 
parties versifiées d'abord ont été mises en prose. Le dialogue 
du début du poème sur Kei ', dans le Livre Noir, rappelle 
l'entrevue de Kulhwch avec Glewlwyt Gavaelvawr, le portier 
d'Arthurdans le poèmeet leroman. Dans son édition du Tain 
bô&ialgne, p. 4 (introd.),E.Windisch constate aussi que certains 
passages en prose sont tirés de poésies (cf. p. 485). Dans des 
manuscrits plus récents, une poésie est mise en prose (p. 508, 
rem. 6; 579, rem. 3). Parfois, c'estvraisemblablementl'obscurité 
de certaines poésies qui a amené à les sacrifier. E. Windisch 
(ibid.) a fait la remarque qu'il y a dans leLeabbar na bUidhriet 
le Livre Jaune de Leccan des pages de poésie fort anciennes, 
en partie en langage obscur, qui ont été 2 sacrifiées dans le 
Livre de Leinster. 

Il v a de ces considérations sur la forme de l'épopée celtique 
une conclusion des plus importantes, il me semble, à tirer; 
c'est qu'il est vraisemblablement chimérique de rechercher 
pour les romans d'origine celtique un archétype brittonique au 

1. On remarquera que le portier dans les deux passages est Glewhvyd 
Gavaelvawr. 

2. Le Labhar na hUidhri a été écrit vers 1100: le Livre de Leinster 150 
ans plus tard ; le Livre jaune de Leccan au xiv e siècle. 



390 /. Luth. 

sens français de ce mot. C'est incontestable pour le Corn- 
wall pour des raisons historiques, très probable pour le pays 
de Galles même. \. 

Les Français établis en Angleterre, lors de la conquête nor- 
mande, se sont trouvés tout d'abord en présence non pas de 
romans en langue brittonique entièrement écrits ni même 
entièrement fixés, mais de versions dont la partie principale, 
la partie en prose, variait suivant les régions, au gré du talent 
et de l'imagination des conteurs, même quand les épisodes 
principaux formaient un noyau solide et constituaient une 
certaine unité. Les parties versifiées et chantées pouvaient 
se transmettre avec une fidélité relative, mais elles n'étaient pas 
partout les mêmes : un barde gallois pouvait avoir une certaine 
prédilection pour certains épisodes et un Cornouaillais exercer 
son talent sur d'autres ' . 

Quant au récit en prose, flottant au gré des conteurs, il 
devait présenter, même dans une zone déterminée, de notables 
divergences. 

Cette partie en prose, la plus considérable à nos yeux, 
ne présentait pour les Gallois, avant le xn e siècle, qu'un 
intérêt secondaire : ils ne prisaient guère, d'une façon géné- 
rale, à cette époque et ne jugeaint digne d'être conservé que ce 
qui était versifié et chanté. Aussi ne nous reste-t-il en gallois, 
du roman de Tristan, des aventures deGwynn ab Nudd, Gwal- 
lawc ap Lleenawc, Ugnach ap Mydno, Gwydion ab Don, 
des aventures semi-historiques de Gwenddoleu et Rhydderch, 
de Maelgwn, d'Owein ab Uryenetc. que des dialogues versifiés, 
des fragments lyriques ou des allusions dans des morceaux 
poétiques. Du cycle d'Arthur même, la plus grande partie, et 
laplusceltique, nous échappe: nous neconnaissons, par exemple, 
ses expéditions sur son navire Prytwen que par un poème de 
Taliesin. 

Au xn e siècle, en Galles, un mouvement dans le sens de la 



i. Lorsqu'au début du VII e siècle après J. Ch. Senchdn Torpeist réu- 
nit les poètes d'Irlande pour leur demander s'ils savaient le Tdin Bô Citahioi 
en entier, ils répondirent qu'ils n'en connaissaient que des parties (Windiscli. 
Tâin, p. lui). 



Romans de la Table ronde. 391 

mise par écrit, en prose, des légendes indigènes, paraît se 
produire. Il nous en est resté comme spécimens, un mabinogi 
en quatre branches ou parties, deux compositions littéraires, le 
Songe de Maxen, le Songe de Ronabwy, une Triade développée 
LJutî et Llevelys,et le surprenant roman de Kulhwch etOlwen. 
La forme du récit n'est plus celle de l'épopée ou saga nationale. 
Ce sont des compositions entièrement en prose, moins quelques 
vers dans Math et Kulhwch, du même type par conséquent 
que les trois romans d'Owein, Peredur et Gereint, imités et, 
dans certains passages, traduits d'un original français reposant 
sur des thèmes celtiques. Le plus ancien de ces romans, au 
point de vue de la rédaction par écrit, ne remonte pas au 
delà de la première moitié du xn e siècle ' ; il en est de même 
du Mabinogi. Les autres sont de la seconde moitié de ce siècle, 
au plus tôt. Il est très frappant que la mise par écrit de ce 
genre même de composition coïncide avec l'établissement des 
Français dans le pays de Galles. Dès la fin du xi e siècle, le 
pays était entamé sur toutes ses frontières ; des parties im- 
portantes du Sud étaient conquises ; le pays de Cardigan 
même était au pouvoir des Français. L'aristocratie française, 
se mêlait à l'aristocratie galloise, à tel point qu'on voit figurer 
parmi les héros nationaux, dans Kulhwch et Ohven, Gilbert 
fils de Katgyffro {celui qui provoque le combat, le batailleur), 
c'est-à-dire Gilbert de Clare, comte de Pembroke, fils de Gilbert 
Fitz-Richard, guerrier fameux, le conquérant de Cardigan, 
mort en 1114 2 . Parmi les chevaux de héros célèbres, figure 
dans le Livre Noir 3 , son cheval Ruthir Ehon Tutb Bled {à 
l'élan sans peur, au trot de lonp). Il est donc possible que pour 
satisfaire au goût de puissants seigneurs français, épris eux 
aussi de merveilles et d'aventures extraordinaires, les auteuts 
gallois aient plié leur talent à une forme de récits nouvelle 
par certains côtés, rédigé tout au long par écrit ce qu'ils chan- 
taient en partie, et racontaient oralement plus ou moins lon- 



1 . Quelques parties avaient été écrites à une époque un peu plus ancienne. 
C'étaient peut-être les parties en vers. 

2. J. Loth, Màbin., nouvelle éd., I, p. 375. 

3. Skene, F. a B., Il, p. 10, ligne n. 



392 /. Lot h. 

guement augrédeleur imagination et suivant les circonstances 1 . 
Il n'est pas impossible non plus, que le goût indigène se soit 
modifié. C'est ce qui est sûrement arrivé au xm e siècle : ce 
sont des romans français en prose que l'on traduit. 

Le mouvement en faveur de la mise par écrit des légendes 
nationales n'a en somme été guère productif; il s'est arrêté 
dès la fin du xn e siècle ou le début du xm e , à partir de la 
perte de l'indépendance dans une partie considérable du pays: 
le Nord lui-même, déjà entamé, succomba vers la fin de ce 
siècle. Il est improbable que les Français, à leur arrivée en 
Galles, aient eu à leur disposition des archétypes écrits ou 
entièrement composés, pour les romans arthuriens qu'ils ont fait 
connaître à l'Europe entière. On peutaffirmer qu'en Cornwall, ils 
n'ont pu avoir cette bonne fortune. Le Cornwall était entièrement 
sous la domination anglo-saxonne dès le début du x e siècle. 
Lorsque les compagnons de Guillaume s'y sont implantés, ils 
n'ont trouvé en possession du sol qu'une aristocratie anglo- 
saxonne ou anglicisée. Le comique était déchu de sa posi- 
tion de langue officielle au profit de l'anglais; la culture est 
anglaise. Nous ne possédons pas un seul texte comique suivi 
avant le xv e siècle en exceptant un court fragment en vers 
du xiv e siècle. Quant aux Bretons-Armoricains, ils appor- 
taient sans doute en Angleterre les mêmes habitudes de 
composition que la branche insulaire : on ne leur à guère 
emprunté que des lais. Aussi, en adoptant la forme du 
vers pour les légendes celtiques, nos auteurs français ont été 
des novateurs. Ils n'ont pas eu sûrement en cela de modèle en 
langue celtique : ni les Irlandais ni les Gallois n'ont de romans 
en vers, ni même de grande composition versifiée. Seuls, les 
Gallois ont un poème de longue haleine, le Gododin, dont la 
composition peut remonter au ix-x e siècle ; mais c'est un 
poème purement lyrique, composé de strophes à peu près 
indépendantes, qui n'ont d'autre lien que d'avoir été compo- 
sées en l'honneur des guerriers tombés à la bataille de Catra- 
eth. Il est certain que nos poètes ont dû s'inspirer de récits en 

i. En revanche, les Gallois ne doivent rien aux Français au point de vue 
de l'art littéraire (v. J. Loth, Mab., nouvelle édition, t. I, Introduction, p. 
45, 60, 70-71). 



Romans de la Table ronde. 393 

grande partie en prose. Chrétien, au début de son Graal, 
nous apprend que Guillaume d'Alsace lui a remis, pour 
le rimer, un livre : il n'était donc pas en vers. De plus, 
comme le fait remarquer Grôber (Grundriss derrom. Phil.,\\. 1, 
p. 503), ce livre ne peut être qu'un ouvrage en prose latine; 
il ne peut en effet, être question, à cette époque, d'un livre en 
prose écrit en langue vulgaire. 

Nitze dans un article intitulé The Castle of Graal ' conclut 
aussi à une source en latin. Que tel ait pu être le cas pour 
d'autres romans celtiques, la découverte de Kittredge le prouve : 
l'original d'un conte d'origine galloise Arthur et Gor lagon est 
en prose latine 2 . L'auteur gallois de Peredur a puisé, lui 
aussi, vraisemblablement à une source latine. Il termine le 
récit de l'aventure de Peredur avec l'impératrice de Cristi- 
nobyl, en ces termes : « Peredur gouverna avec l'impératrice 
quatorze ans , à ce que dit l'histoire (Ystoria) » : c'est le pen- 
dant des vers de Chrétien (Potvin II, p. 200) 

Et se les paroles sont voires 
Teus coin li livres les devise. 

De même en terminant une aventure de Gwalchmai : «l'his- 
toire n'en dit pas davantage de Gwalchmai à ce sujet. » Précisé- 
ment, nous lisons chez Chrétien comme conclusion à ce 
même épisode : 

De monsignor Gauvain se taist 

Ici li contes a estai, 

Si comence de Perceval \ 

Le mot historia emprunté à l'époque de la domination 
romaine dans l'île de Bretagne, a donné en gallois ystyr dont 
le sens a considérablement évolué ; il ne signifie plus que sens, 
signification. Ystoria, au XII e sciècle, est un mot savant. Il a 
pénétré chez les auteurs, vraisemblablement par YHistoria de 
Nennius ou plutôt par YHistoria de Gaufrei de Monmouth. 

1. StuJics in honour of A. M. Elliott, I, p. 39. 

2. Harvard S tudies and Notes ,VIII ("1903) 

3.J. Loth, Mabin., nouvelle édition, II. p. 103, 1. 1: p. 104, note 1; 
p. 109, 1. 13, note 2. 



J94 . /• Loi h. 

Son équivalent gallois est Kyvàrwyctyt qui dans le conte de Lludd 
et Llevelvs désigne précisément YHistoria de Gaufrei. On em- 
ploie aussi ystoria ou chwedyl, récit, pour le roman de Gereint. 
Plus tard, il a pris tous les sens de l'anglais slory. 

Il est possible aussi qu'il y ait eu, à côté des poèmes fran- 
çais, et peut-être avant eux, des poèmes en anglais, comme 
l'a supposé Gaston Paris. 

Une autre cause de difficultés et de flottement dans les 
romans celtiques, c'est que les auteurs avaient une tendance fort 
naturelle à localiser dans leur pays propre ou à lui rattacher des 
légendes dont le théâtre était ailleurs ; d'où des erreurs de 
géographie ou un certain vague dont les poètes français ne 
sont pas toujours responsables. Le Godoâin dont certaines parties 
nous conservent des souvenirs du vi-vn e sciècle peut-être, 
mais qui n'a pas été rédigé avant la fin du ix e siècle, a pour 
théâtre le nord de l'Angleterre; or, il a été en partie localisé 
en Galles et ce que nous pouvons en préciser le mieux au 
point de vue topographique est gallois. 

Rien de plus frappant â ce point de vue que le roman de 
Gereint, l'Erec de Chrétien de Troyes. Gereint, fils d'un chef 
cornouaillais, fait partie de la cour d'Arthur. La géographie 
du roman, tant que la scène est en Galles, est précise \ Mais 
il n'en est pas de même lorsque Gereint a franchi la Severn 
et est retourné dans son pays ; dans la partie du roman, et 
c'est la plus considérable, qui a pour théâtre le Cornwall ou 
les pays voisins, l'auteur ne cite aucune localité de cette région ; 
il ne connaît même pas le lieu de la demeure d'Erbin, père de 
Gereint 2 . La source française dont s'est inspiré le conteur 
gallois en est responsable dans une certaine mesure, mais 
il est assez vraisemblable que le conteur français le plus ancien 
a été lui-même insuffisamment renseigné par ses autorités 
galloises. Il n'est pas niable que les conteurs français n'aient 
grandement contribué à fausser la géographie des romans 

i. La description de Cardiff et des environs prouve de la taçon la plus 
évidente que l'auteur de Gereint connaissait de visu le pays. Il est égale- 
ment de tout évidence que les trois romans d'Ywein (Ivain), Peredu 
(Perceval), Gereint (Erce) sont de source galloise. 

2. Il y a un Trev-Erhin ou demeure d'Erbin en Cornwall. 



Romans de la Table roule. 395 

celtiques. Pour Tristan rien de plus sûr ; ils confondent Tin- 
tagel et Lancien ; Béroul qui a donné avec une précision 
parfaite la situation du Mal Pas vis-à-vis de la Blanche Lande, 
qui décrit avec exactitude le paysage de la rivière à Blanche 
Lande même, ne connaît pas la situation exacte de ce lieu 
célèbre. Thomas, plus mal renseigné, met la Blanche Lande 
en Armorique. Il n'est pas sûr que tous les conteurs gallois 
eux-mêmes connussent exactement la situation de Tintagel ; ils 
n'en savaient pas, en tout cas, la prononciation. Pour les 
romans celtiques mis en vers français, on peut à la rigueur 
parler d'un archétype de langue française, mais il sera toujours 
très difficile d'en fixer tous les traits, car les sources où les Fran- 
çais ont puisé étaient déjà certainement troubles ; c'est s'ex- 
poser à de graves mécomptes que de partir a priori de l'idée 
que les incohérences et les contradictions que l'on rencontre 
étaient étrangères à l'archétype ; il n'a fait que suivre en cela 
peut-être ses autorités celtiques elles-mêmes tout en y ajou- 
tant du sien. 

Vouloir les supprimer de l'archétype pour lui rendre sa phy- 
sionomie parfaite, c'est au fond le soumettre à l'opération du 
photographe arrivant par de savantes retouches à corriger 
un modèle défectueux et à lui donner une physionomie flat- 
teuse, au détriment, il est vrai, de la vérité. 

Un mot sur la forme du nom de père de Tr}-stan dans l'Ys- 
toria, Tralkuch, à laquelle E. Windisch paraît attacher quelque 
importance. La forme constante en dehors de YYstoria est Tallwch. 
On la trouve en particulier, dans le songe deRonakuy, et les Triades 
du Livre Ronge, ainsi que celles de la Myvyrian Archaeology 1 . 
En dehors de YYstoria du ms. de Cardiff 6, dont nous avons 
reproduit le texte, les autres versions du même conte portent 
Tallwch z . On peut donc conclure aune faute de copiste. Si on 
admettait l'éclosion spontanée d'un r, on serait fort embarassé 
pour l'expliquer, et vraiment on entrerait ainsi dans le 
domaine de la fantaisie. En admettant même une forme Tal- 

1. Mabinogi du Livre Rouge, p. 159, 1. 27 ; 303.6 ; 304.27; 307.14. 

2. Gwen. Evans, Report I, Part 11, p. 596, man. 96 de Peniarth, écrit 
(vers 1 560-1616) ; Syr Trystram vab Talhich. — ibid.. p. 859 Trystan ap 
Tdlwch, m. 1 36, du xvi e siècle, — ibid. p. 920, m. 147, écrit vers 1566. 



J96 ./. Loi h. 

Iwrch qui ne se trouve nulle part, on ne serait guère plus 
avancé. Pour imaginer une forme pareille, il faut d'ailleurs 
partir de l'idée fixe que Tallwch reproduit l'irlandais Talorg. 
Je n'ai pas à revenir sur l'impossibilité manifeste d'une pareille 
identification *. Le double // qui n'est jamais équivalait à un l 
simple irlandais 2 suffirait pour la rejeter ; rg irlandais n'eût 
jamais donné en gallois -rch. Dira-t-on qu'on peut partir d'une 
forme Talorc qui, en effet, pourrait se trouver comme graphie 
de Talorg ? L'irlandais, à toute époque, différencie nettement 
-rg final de -rc dans la prononciation ; en irlandais actuel, 
lorc est parfaitement distinct de lorg (v. Dinneen, Ir.-Engl. 
ilici.). D'ailleurs, r dans cette situation, n'eût pas disparu, 
d'autant plus que Tallwch est vraisemblablement un nom 
composé et devait avoir l'accent sur la dernière syllabe. La 
faute du conteur, si elle n'est pas due au copiste, s'explique 
assez naturellement par le fait que, suivant l'habitude galloise 
Tallwch est régulièrement précédé par Trystan et même, 
comme le prouve la version dePeniarth 96, par Tryslram; c'est 
une faute de prononciation individuelle amenée, dans le second 
terme décomposition commençant lui aussi par t, par le groupe 
tr- du premier ; la forme Trallwch n'a sûrement rien d'archaïque 
et d'ailleurs n'a pas fait fortune. 

J. LOTH. 

1. V. J. Loth, Contrib., p. 17-19. 

2. Des graphies comme cation, cœur, pour calot, ne sont jamais qu'ac- 
cidentelles ; cation représente un / sonore prolongé précédé d'une voyelle 
brève, prononciation qu'on peut constater encore aujourd'hui pour ce mot 
en Galles. 



CHRONIQUE 
DE 

NUMISMATIQUE CELTIQUE ' 



Dans le tome premier du Manuel de Numismatique française, 
qui a paru récemment % l'auteur a tenté de résumer, en une 
centaine de pages, les faits les plus essentiels relatifs aux mon- 
naies gauloises. Il a tenu à donner un classement chronolo- 
gique dont il lui a paru possible d'établir les grandes lignes, 
sept ans après la publication de son Traité des monnaies gauloises. 
Après avoir consacré quelques pages aux questions géné- 
rales, il a étudié les débuts de la fabrication à Massalia, ainsi 
que les imitations de Rhoda et d'Emporias. L'introduction 
du statère macédonien fut plus tardive et eut lieu sans doute 
dans la seconde moitié du 111 e siècle. C'est au premier siècle 
avant notre ère qu'appartient la grande masse des monnaies 
de la Gaule. 

M. Léon Coutil vient de consacrer à l'hippocampe dans la 
numismatique celtique une note qui débute par une inexac- 
titude, puisqu'il attribue à M. Pagès-Allary la découverte de 
cet animal sur les monnaies gauloises \ Ces erreurs ne sont 
pas bien surprenantes chez des auteurs qui, comme M. Coutil, 
ont une connaissance insuffisante de la bibliographie anté- 
rieure. Par bonheur, l'auteur, après avoir énuméré les monnaies 
gauloises portant un hippocampe, arrive à une conclusion 
raisonnable, formulée en ces termes : « Il est téméraire de 

i. Voy. Revue celtique, 191 j, p. 396 à 406. 

2. Paris, Picard, 1912. Monnaies frappées en Gaule pendant la période 
de l'indépendance, p. 1 à 91, 128 figures; monnaies frappées parles colonies 
romaines, p. 94 à 99, 5 figures. 

5. L'Hippocampe figuré comme emblème (?) sur les monnaies gauloises, 1912, 
4 p., 5 fig. Extrait du Bulletin de la Soc. préhistorique française, 29 mars 
1912. 

Revue Celtique, XXXII'. 2 b 



J98 Adrien Manchet. 

commenter la présence d'animaux qui s'y (sur les monnaies) 
trouvent ou d'ornements plus ou moins déformés pour établir 
des symboles cultuels (sic) en faveur chez certaines peuplades 
gauloises. » 

On se demandera d'ailleurs s'il était bien utile de poser un 
problème dont la solution est liée évidemment à la question 
de l'imitation de nombreux types monétaires grecs ou romains 
par les monnayeurs gaulois. 

Il v a peu à dire de la Carte numismatique oro-hydrographique 
de la Gaule à F arrivée de]. César, publiée par MM. G. Martin 
et L. Dadre \ Etablie sans doute plutôt pour l'instruction 
des élèves des écoles primaires, elle répond imparfaitement 
aux besoins des érudits. 

M. le D r G. Charvilhat a consacré quelques pages à un 
dépôt de 250 à 300 monnaies de bronze, renfermées dans un 
vase de terre qui a été découvert en janvier 1908, en cons- 
truisant la route de Vaulry au Mas (Haute-Vienne) 2 . L'auteur 
n'a pu malheureusement en examiner qu'une quinzaine, dont 
le poids variait entre 6 gr. 25 et 7 gr. 10. Ces pièces portent 
une tête et, au revers, un cheval à droite surmonté d'un 
oiseau ; dans le champ, plusieurs annelets. 

Il s'agit d'un numéraire à propos duquel j'ai signalé des 
difficultés de classement 5 . Si j'ai été porté à placer chez les 
Pictons des pièces d'or au même type, la nouvelle découverte, 
jointe à celles qui ont été faites dans la Corrèze, autoriserait 
à placer plus à l'Est le centre d'émission des pièces de bronze, 
probablement un peu plus récentes. En tout cas, l'opuscule 
de M. Charvilhat nous fournit aussi une analyse utile du 
métal des pièces du dépôt de Vaulry (cuivre, 70. 72 ; plomb, 
20. 80; étain 6. 80; zinc, o. 48 ; traces d'or, d'argent et de 
de tungstène) 4 . 

1. Taris, [1911], gr. in f°. 

2. Note sur des monnaies gauloises, trouvées eu içoS aux environs de Vaulry 
(Haute-Vienne). Clermont-Ferrand, 1912, gr. in-8°, 2 p. Extrait de la Revue 
d'Auvergne. 

3. En dernier lieu, dans la Revue numismatique, 1910, p. 465. On a 
trouvé des spécimens semblables dans la Corrèze. 

4. Il est évident que les quatre derniers métaux ne sont présents dans 
l'alliage que par suite des procédés défectueux d'affinage employés par les 
Gaulois. 



Chronique de numismatique celtique. 399 

M. Changarnier, à qui il a été donné de réunir une des 
plus belles collections de monnaies gauloises, n'a malheureu- 
sement pas donné cà la Science ce qu'elle aurait pu attendre 
de lui ; à son âge il n'entreprendra sans doute pas le catalogue 
raisonné de sa collection et son œuvre se réduira à quelques 
mémoires épars dans diverses revues. 

C'est dans un journal qu'il vient de signaler une trouvaille, 
parvenue presque entière dans ses mains '. Il s'agit d'un 
dépôt de monnaies scyphates de bronze dont la découverte à 
été faite, il y a peu de mois, à Siaugues-Saint-Romain 
(canton de Langeac, arrondissement de Brioude, Haute-Loire). 

Ces pièces, de deux modules, portent les unes, une tête et 
un cheval, et ce groupe est à peu près semblable à celui dont 
on a trouvé déjà de nombreux spécimens à Vichy et près de 
Varennes (Allier). Les autres pièces, plus petites, portent 
aussi un cheval, accosté de rouelles et d'un ornement en S ; 
mais, sur l'autre face, elles présentent un type assez obscur, 
entouré de branches de feuillage. M. Changarnier s'appuie 
sur la présence de ces branches et de la forme creuse des 
pièces pour les rapprocher de diverses monnaies des Boïens, 
et il se souvient qu'après la défaite des Helvètes et des 
Boïens, les Eduens avaient demandé à César de placer une 
partie des Boïens sur leurs frontières du côté des Arvernes. 
Les dépôts de l'Allier pourraient donc nous avoir restitué le 
monnayage de ces Boïens transplantés. M. Changarnier 
reconnaît d'ailleurs que le dépôt de Siaugues-Saint-Romain, 
trop méridional, se concilie mal avec sa théorie. 

Grâce à l'obligeance d'un ami, j'ai pu examiner un certain 
nombre de pièces provenant de la trouvaille récente, et je con- 
sidère que les branches ne sont pas assez caractéristiques pour 
que la comparaison avec les pièces d'Outre-Rhin soit con- 
vaincante. D'autre part la forme scyphate ou creuse est assez 
fréquente dans la numismatique de la Gaule. Les monnaies 
des Elusates, celles de la trouvaille d'Orange 2 ,' quelques- 
unes des Ambiens et des Suessions et de nombreux statères 

1. L'Avenir bourguignon, Beaune, Samedi 22 mars 191 3. 

2. Celles-ci sont probablement à peu près contemporaines de celles de 
Siausaies-Saint-Romaiti. 



400 Adrien Blanchet. 

des Morins offrent un flan bombé sur une face et concave sur 
l'autre. Cette forme du flan ne fournit donc pas un critérium 
utile pour déterminer l'origine du numéraire. 

Il y a d'ailleurs une raison majeure qui m'empêche d'ac- 
cepter l'hypothèse intéressante de M. Changarnier. Si les Eduens 
ont demandé l'établissement des Boïens sur leurs frontières du 
Sud-Ouest, c'était sûrement à condition que ces vaincus 
resteraient des sujets très soumis ; il est donc peu probable que 
les Boïens aient immédiatement frappé monnaie. 

M. Ernest Bertrand a eu l'heureuse idée de décrire briève- 
ment dans une notice un nombre important de monnaies 
gauloises, recueillies dans la Côte-d'Or '. Il signale dans 
l'ancien camp préhistorique du Mont-Afrique, près de Dijon, 
la découverte d'une centaine de bronzes des Eduens et des 
Lingons, autorisant à présumer que des fouilles sérieuses 
feraient découvrir un oppidum gaulois. 

Un statère, trouvé près de Tonnerre, paraît être une variété 
nouvelle de la monnaie d'or des Eduens et présente une 
rouelle à la place de la lyre. 

Le travail de M. Bertrand se termine par une note sur les 
plombs gallo-romains d'Alise, avec la figure de Mercure, qui 
ont malheureusement été volés il y a quelques années. 

Dans le but de contribuer aussi à l'accroissement de nos 
inventaires de provenances, M. G. Cumont a fait connaître 
un statère d'or bas, du type nervien, trouvé à Oleye, en 
Hesbaye, dans la province de Liège 2 . 

Près de Rochester (Kent, Angleterre), en septembre 191 1, 
on a recueilli un caillou de silex creux, qui renfermait onze 
monnaies d'or pâle, globuleuses. Quoiqu'elles fussent assez 
frustes, il était facile d'y reconnaître des imitations du statère 
macédonien dont les éléments dégénérés de la tête et du 
cheval ressemblaient beaucoup au type atrébate. Une variété 
présentait un croissant au dessus du cheval 5 . 

1. Monnaies gauloises régionales. Dijon, 1 91 3 , 8°, 23 p., 23 fig. 
Extr. de la Revue préhistorique de l'Est de la France, 1912, p. 161 à 182. 

2. Dans la Chronique archéologique du pars de Liège, septembre 19 1 1 , 
p. 101 à 104, fig. 

3. Worthington G. Smith, dans les Proceeclings oj the Society of Antiqua- 
ries of Loiiclon, 2* s ie , t. xxiv, 1911-1912^. 318 à 320, fig. 



Chronique de numismatique celtique. 401 

M. R. Forrer avait publié plusieurs petites pièces d'argent 
portant une tête de cheval, qu'il croyait copiées sur le diobole 
de Philippe ', et considérant ces pièces comme frappées dans 
le Noricum, il en avait tiré des déductions comme il a cou- 
tume de le faire dans chacun de ses articles. 

Cette fois je n'aurai pas la peine de combattre moi-même, 
car aussitôt que cet article eût paru, M. F.-X. Weizinger 2 
démontra péremptoirement que M. Forrer s'était complément 
fourvoyé sur l'origine même des pièces : il avait pris pour des 
monnaies celtiques, « complètement inconnues », des pièces 
appartenant à un groupe indo-bactrien, connu depuis long- 
temps ! 3 . 

Ailleurs, M. Forrer fait dériver aussi du statère macédonien 
les monnaies concaves de la trouvaille de Bochum et il croit 
reconnaître dons les caractères qu'on y lit des lettres d'un 
alphabet gréco-rhéto-vénète. Ces pièces auraient été émises 
par les Marses germains jusqu'à l'arrivée des légions romaines 
conduites par Drusus, en l'an 12 av. notre ère 4 . Il est inutile de 
discuter ces hvpothèses. 

Dans un travail consacré au lavage de l'or en Alsace et 
dans le grand duché de Bade >, le même auteur avait avancé 
divers faits qu'un fonctionnaire de la Monnaie de Berlin, M. 
Mittmann, a cru devoir discuter à la Société numisma- 
tique de Berlin. 

M. Forrer établissait une liaison étroite entre les trouvailles 
de monnaies celtiques, sur les deux bords du Rhin de Kehl 
à Selz, et le lavage de l'or du Rhin qui aurait été pratiqué 

1. Eine bisber vôllig unbekannte Grappe norischen Kteinsilbers, dans 
les Berliner Mûn~bl., 191 1, p. 207 à 210 et 233 à 237, fig. 

2. Blâtter fur Mûn^freunde, 191 2, col. 4959 a 4963, fig. 

3. Cette aventure démontre une fois de plus le danger que certains 
auteurs affrontent en publiant des pièces dont ils ignorent l'origine exacte. 

4. R. Forrer, Die Keltogermanischen Triquetrum Geprâge der Marser, 
Suganibrer, Tenkterer und Ubier, s. 1. 191 1. 45 p., fig. et pi. 

5. Keltische Mùn%en und Keltische Goldwâschereien im Eisass und in Baden, 
communication faite au Congrès des Sociétés numismatiques allemandes 
à Wurzbourg, en 191 2 (Sit-ungsben'cbte der vereinigten numismatischen 
GcH'itschaften Deutschlands und Oesterreichs f. 19 12, Berlin, 191 3, p. 22 et 
23). 



402 Adrien Blanchet. 

dans cette région, à l'époque préromaine. M. Mittmann a 
fait remarquer qu'aucun texte ne fait allusion à cette exploi- 
tation avec des procédés mécaniques tels que M. Forrer paraît 
les concevoir. Ce n'est pas une exploitation actuelle dans le 
massif de PEifel, qui peut modifier l'état de la question \ 

M. Forrer, qui n'aime guère les contradictions très souvent 
soulevées par ses travaux rapides et multiples, vient de 
répondre à M. Mittmann 2 . 

Il déclare d'abord qu'il a voulu dire non pas que les 
monnaies d'or celtiques, recueillies sur les bords du Rhin, y 
avaient été frappées, mais qu'on recueillait de l'or dans cette 
région à l'époque où ces monnaies et des bijoux du même 
métal étaient employés. 

M. Forrer dit qu'il n'a pas voulu parler d'une exploitation 
mécanique, mais qu'il s'agissait seulement d'un procédé 
manuel, et il cite un manuscrit du xix e siècle qui décrit l'ex- 
ploitation aurifère du Rhin. 

Cet argument n'a sûrement pas de valeur pour la thèse de 
M. Forrer 3 ; mais on peut lui concéder qu'il y eut des orpail- 
leurs sur le parcours du Rhin supérieur. Leur métier ne fut 
sans doute pas bien aisé, à cause de la masse des eaux ; mais 
on a des documents métalliques que M. Forrer aurait pu 
invoquer en faveur de sa thèse : ce sont des pièces d'or, déjà 
anciennes, frappées avec de l'or du Rhin 4 . 

M. Edmond Gohl a continué son étude des monnaies bar- 
bares du groupe Biatec, en examinant spécialement les dépôts 
de Tôtfalu et de Rete \ Les pièces les plus anciennes de la 
trouvaille de Tôtfalu sont des imitations réduites des monnaies 
du Noricum où le visage de la tête est remplacé par une 

i. Berliner Mùn~blàtter, 191 3, p. 508 et 509. 

2. îbid., p. 551 à 552 : Ziun Kapitel « Keltische Goldwâschereien ». 

3. Le passage de Strabon relatif à l'or des Salasses ne vaut pas davantage 
en ce qui concerne le Rhin. 

4. Vov. le travail d'Emile Heuser, Dus Rheingold und die Rheingold* 
Mùnçen, 191 1, 4°, 6 p., 1 pi. ; extr. du P/iil-iscbes Muséum. Citons un demi- 
ducat de Karl Ludwig, frappé pour le Palatinat, en 1674. M. Heuser ad'ail- 
leurs cité aussi les monnaies d'or celtiques, trouvées sur les bords du Rhin. 

5. A Biatec-csoportbeli barbar penqek, Totfahl es Ré te, dans le Numismà- 
tikai Kô'lôny, 1913, p. 41-51. 



Chronique de numismatique celtique. 403 

petite tête de face entre deux sortes de palmettes ' . D'autres 
pièces des mêmes dépôts et de celui de Simmering, avec le 
tvpe singulier ressemblant à un Y, dérivent d'un tétradrachme 
pannonien dont on connaît plusieurs exemplaires 2 . 

Le commencement du monnayage du groupe de Tôtfalu 
doit être placé dans la première moitié du I er siècle avant 
notre ère. Les autres types, qui dominent dans les dépôts de 
Simmering et Réte, la guirlande de feuilles et le Y sont pos- 
térieurs, ainsi que l'indiquent d'ailleurs le diamètre et le 
poids, inférieurs à ceux des pièces anciennes de Tôtfalu 5 . 

Les trouvailles de pièces du groupe Tôtfalu indiquent comme 
centre de fabrication le comté d'Esztergom ; le peuple qui les 
a émises était le voisin occidental des Eravisci et M. Gohl 
indique provisoirement le nom des A%ali. 

On sait de quelle importance est l'étude des monnaies 
antiques surfrappées, puisqu'elle fournit des jalons chrono- 
logiques très précieux. M. Gohl apporte sa contribution à ces 
recherches en nous faisant connaître diverses pièces de ce 
genre et en particulier un type barbare de Thasos, qui a été 
surfrappé sur un tétradrachme macédonien, marqué du nom 
du questeur romain Aesillas 4 . 

M. H. von Koblitz a relevé avec soin diverses monnaies 
celtiques, qu'on peut considérer comme régionales et qui ont 
été recueillies à Karlstein, près de Reichenhall, et dans les 
environs de Salzbourg 5. 

D'autre part, le savant conservateur du cabinet impérial de 
Vienne, M. Wilhelm Kubitschek, a étudié un dépôt d'une 
centaine de tétradrachmes, trouvé dans un vase de terre à 
Kroisbach, sur le lac de Neusiedl (en magyar Rdkos ou Fertô- 

1. J'ai déjà fait le rapprochement dans mon Traité des monnaies gauloises 
(1905, p. 452, fig. 502 et 503). 

2. Par exemple les n os 238 et 239 de l'Inventaire de la collection 
Dessewffv. 

3. Pour la série récente, 12 a 14 mm. et 2 gr. 34, contre 15 à 18 mm. 
et 2 gr. 52 pour le type ancien. 

4. Edmond Gohl, dans le Numiçmatikai Kô^lôny, 1912, p. 44 à 48, 
pi. 11. 

5. Numismatische Zeitschrift de Vienne, n. s ie , t. III, 1910, p. 33 a 36, 
pi. IV. 



|0| Adrien Blanchet. 

Rakôs). Ces imitations du tétradrachme macédonien, à fort 
relief, appartiennent à des variétés du type dont les cheveux 
sont ramenés en pointe au sommet de la tête ; le cheval du 
revers est très musclé '. 

J'ai déjà signalé antérieurement les deux derniers fascicules 
du catalogue de la précieuse collection de monnaies celtiques, 
réunies par M. le comte Michel Dessewffy (Déjatfi). Cet 
amateur éclairé vient de publier la troisième partie de son 
recueil, rédigé avec l'aide de M. Edmond Gohl \ Ce fascicule 
comprend un nombre important de monnaies de la Gaule 
propre ; mais aucune de ces pièces n'est inédite ' et il ne 
faut considérer cette série que comme un ensemble d'éléments 
de comparaison avec les tvpes de l'Europe centrale dont la 
collection Dessewffy conserve de si beaux et si nombreux 
exemplaires, munis pour la plupart de leur certificat d'origine. 
L'auteur a indiqué dans sa préface les points de la classification 
qu'on peut dès maintenant retenir pour certains, par exemple 
un groupe de belles pièces qui se trouvent dans le Nord-Est 
de la Hongrie. Il ne se dissimule pas d'ailleurs tout ce que la 
numismatique celtique de l'Europe centrale présente encore 
de flottant. Provisoirement les monnaies barbares de la 
collection Dessewffy sont réparties sous les rubriques suivantes : 
Monnaies d'or ; Noricum ; Pannonie ; Haute-Hongrie ; 
Dacie ; Mœsie ; Thrace ; imitations des monnaies des rois de 
la Macédoine et des royaumes voisins dont la classification 
géographique est incertaine. De la série gauloise proprement 
dite, il faudrait retirer, je crois, la petite pièce d'or n° 577, 
classée dans le Sud-Ouest de la Gaule ; car, d'après la planche, 
elle ressemble beaucoupà unemonnaieprimitived'AsieMineure 
et je ne connais pas de petite monnaie d'or gauloise avec un 
carré creux de ce genre. Dans la série des « Monnaies barbares 

1. Même recueil, p. 37 à 43, pi. v, fig. 1 à 9. Sur la même planche, 
sont reproduits deux spécimens du dépôt de Velem (fig. 10 et 11). 

2. Grôf Desseicjfy Miklos barbàr pèn~ei. Pages 31 à 72 et pi. xxv à xlii ; 
préface et index en français. Le plan de la publication se ressent un peu de 
la division en trois fascicules dont les deux derniers forment des suppléments. 

3 . Je regrette vivement l'attribution aux Rattraci d'un statère provenant 
sûrement du trésor de Tayac. J'ai réfuté l'hypothèse de M. Forrer dans la 
Revue des études anciennes de 1910 ; mais les erreurs meurent lentement ! 



Chronique de numismatique celtique. 405 

frappées hors de l'Europe », il faut certainement placer le 
n° 823, imitation du statère d'Alexandre, très caractérisée par 
les globules entourant la tête et la figure ailée ; c'est une pièce 
fabriquée dans la région du Caucase et dont je ne connais 
aucun exemplaire trouvé en Europe '. 

Je voudrais signaler tout ce que le recueil contient d'in- 
téressant ; mais dans cette numismatique, les légendes sont 
rares et les types, dignes d'attention mais souvent confus, ne 
se prêtent guère à une description rapide. Je me bornerai donc 
à dire que pour connaître l'état de la civilisation chez les 
peuples celtiques du Danube, il faudra toujours recourir au 
catalogue de la collection Dessewffy. 

Adrien Blanchet. 



1. Déjà, dans la Revue numismatique, en rendant compte de Y Atlas des 
monnaies gauloises, préparé par la Commission de topographie des Gaules (54 
planches sur 55 ont été établie par cette commission), j'ai fait remarquer 
que l'attribution de cette pièce aux Germant était erronée. Tous les exem- 
plaires connus viennent de la région entre la Mer Noire et la Mer Cas- 
pienne. 



NOTES ON KULHWCH AND OLWEN 
(Continuai.) 



Note. — Thèse notes and the preceding (p. 152) were written 
before the appearance of M. Loth's second édition ofthe Mabino- 
gion. This édition is of the çreatest value for the student of the 
Mabinogion. For the most part the author of thèse notes accepts 
the views of M. Loth as given in his translation and annotations 
and has read his critical notes with high appréciation. The expia- 
nation of 'kynmwyt' already given appears more probable than 
the ingenious one given by the distinguished translator ofthe Mabi- 
nogion . M. Loth's explanation of 'llugorn' is very suggestive, but 
in this difficult passage the meaning 'lantern', though unexpected, 
may be correct. With regard to the identification of Penwaed yg 
Kernyw with Penwith, the writer fully agrées with M. Loth that 
the two names cannot be phonologically identical, but Penwaed 
may well be a Welsh modification of the name for the purpose of 
giving it an apparent meaning, just as Esgair Oervel isamodifica- 
tion for the same purpose. With regard to Oeth and Anoeth the 
writer agrées with M. Loth in the view that they hâve never yetbeen 
satisfactorily explained. If 'pentirec' had meant 'with steel head' it 
would hâve been 'pendurog'. M. Loth's suggestion that 'pentirec' 
may mean « with thick head » deserves considération. With regard to 
'ny bo teu dy benn', the writer, while accepting M. Loth's state- 
ment that there existed an adjective 'taw', ventures to think 
that the passage, though difficult, can be translated as it stands, 
in accordance with M. Loth's own suggestion. Theform 'gwelleu' 
(Loth p. 103. 1. 6) is doubtless a doublet of 'gwellcif like 'edeu' 
and 'edef, as M. Loth indicates. 

It was the writer's intention more especially toexhibit in détail 
the points of différence between the White Book and the RedBook 
texts. This has been in the main done by M . Loth, buta detai- 
led comparison might notbewithoutinterest for linguisticstudents. 
The fulness of M. Loth's notes, too, will practically make it 



Notes on Kuïhwch and Olwen. 407 

unnecessary for the wrïter to comment on the suBject matter 
except in those rare cases in which he is able to suggest an interpré- 
tation ofhis own. 



W. B. P. 227, b, 1. 35. yn gyuarws it. In the R. B. it is 
written ///.The form cyiinrws (not eyuaréys) is theregular form 
used in Mediœval Welsh. 

1. ^6.penllucM6p. In theR. B. pennïïuchUyt. Lluch means 
« driven snow » and UuchUyt probably means « grey like 
driven snow that has changed colour ». 

1. 37. pedwar gayaf. With this method of counting ageby 
winters compare the Latin Innius for bi-himus, « two winters 
old ». 

1. 37. gauylgygéng. Cygéng means a « joint » and gauyl 
« the junction ofthe legs ». The compound appears to mean 
« with hind legs firmly jointed ». 

1. 38. carngragen. This compound means « with shell- 
like hoof ». 

1. 39. kymibiaéc. This word isfoundin the same form in the 
R. B. Possibly it stands for kymhibiaéc (from kyn + pd) and 
meant « made of pipes joined together ». Cf. kymhibeu « the 
bronchial tubes ». 

1. 39. yn v penn. In R. B. yn y benn. 

1. 39. ystrodureu*. in R. B. cyfr6y eur. The word « ystro- 
dur » (from Lat. strâtûrà) is still in current use in Wales for 
the part of the harness over which passes the chain that holds 
up the shafts. Cyfréy, from cyf -\- rh6y (« ring or band ») 
means « thesaddle ». 

1. 40. anllaéd. This word is probably the proper name of 
Kulh6ch's maternai grandfather. 

p. 228% 1. 1. aryanhyeit, in R. B. aryannhyeit. 

1. 2. gleif penn tirée. The word penntirecis probably an adj.fem. 
from « penntir ».This wordis probably tobe regarded as a syn- 
tactical compound from peu and tir, « head of the land », hence 

1. 2. gleij penntirec would appear to mean « a spear suited 
a ruler ». 

1. 3. kyueiïn = « a cubit in length ». 

1. 3. dogyn g6r yndi. The R. B. omhsynâi. The words 
mean « weighing as much as a man can carrv ». 



408 E. Anwyl. 

1. 4. (1 drum hyt aéch. R. B. dr6m hyt abch. In both thc 
R. B. and \V. B. there isastop after aéch. Possiblv the W. 
B. reading is hère the correct one, and it probahlv means 
« trom the ridge », i. e. « from the raised part at the junction 
of the head and the shaft to the point ». 

1. 4. y g6aet yr ar y g6xnt a dygyrchei, in R. B. ar y g6ynt. 
The correct reading should evidently be )' ar y géynt. The 
meaning oîdygyrchei would be hère literally « fetched », and 
the whole sentence would mean « it fetched (i. e. dre\v)blood 
from the wind ». 

1. 5. bjideikynt, in R. B. bydei gynl. 

1. 8. mis tneheuin, in R. B. vis meheuin. 

1. 10. rac Uduyn, in R. B. racllaityn. 

1. 10. ita6 in R. B. ida6. Note t= dd. 

1. 11. ac hroys, in R. B. a chroes. 

1. 11. eurcréydyr. in R. B. eiir gréydyr. Créydyr Q=Ir. cria- 
thar') meant literally « a sieve » and was apparently used to 
dénote somekind of sieve-pattern ornamentation. The expres- 
sion «.eur gréydyr » occursin Maxen Wledig-Taryan eurgrèydyr 
a dodassant dan y peu. (W. B. p. 9o a 1. 21). 

1. 13. a lloring elifeint, in R. B. a 11 agoni clifjeint. The word 
lloring is not found in any of the Welsh dictionaries but, if 
it was a real word, it doubtless meant, like lliigoni, « a lan- 
tern ». It is possibly, however, a mère mistake, due to some 
miscopying, for Uugorn, since its letters, if rearranged, would 
give lligoni, a near approach to Uugorn. 

1. 15. racda6,'\x\ R. B. tu racdaé. 

1. 15. gordtorch, in R. B. g6rd. torch. The word doubtless 
means « a thick torque » . 

1. 15. rudeur 3 inR. B. rudem. The W. B. doubtless has hère 
the right reading. 

1. 16. cn6ch, in R. B. gn6ch. 

1. 17. ysc6yd, in R. B. ysgéyd. 

1. 17. yskyuarn, in R. B. ysgyuarn. 

1. 17. yr h6n, in R. B. yr h6nn. 

1. 21. d6y moréennaél, in R. B. d6y uorwenna6l. 

1. 24. a Jadei pedwarcarn, in R. B. aladei bedwar carn. The 
tendency to make the initial mutations in writing is already 
noticeable in the R. B. 



Noies on Kulhwch and Olwen. 409 

1. 25, 26. gweitheu uchta6 gveitheu istaô, in R. B. giveitheu 
uchot, giveitheu issot. The t in uchta6 and ista6 is a true 
t, which has arisen from d, and that from dd, as in trostaé. 
After r/;, as after s, dd was hardened back to d and the d 
afterwards hardened to t. 

1. 28. llenn borfor, in R. B. /A?;m c» borjfor. 

1. 29. tft ^/<rt/ rudeur, in R. B. #//#/ e#r. 

1. 34. sangnar6y is doubtless a late borrowing from Lit. 
sangitinàrius. 

1. 35. ymblayn, in R. B. ymblaen. 

I.36. AT}' chéynei, in R. B. ./Vy chrymei. 

1. 37. ûiiiû6, in R. B. y dana6. The two texts hère give 
entirely différent meanings. In the W. B. chSynei refers to 
the hairs of the rider, while chrymei in W. B. refers to the 
hairs of the horse. The more subtle reading is that of W. B. 
and ch6ynei is more likely to hâve been altered to chrymei than 
vice-versa. 

1. 38. \sca6iihet, in R. B. yscaénet. 

1. 39. tuth y gor6\d y dana6, in R. B. . /////; y gonuyd oed y 
danaS. 

p. 228, 1. 1. Amka6d y mab, in R. B. y dywa6l y mab. The 
R. B. text illustrâtes the tendency which it shows elsewhere 
towards the explanation of obsolète expressions. Incidentallv, 
it is interesting to notice hère a not infrequent use in Medùe- 
val Welsh of the introductory particle v before a verb in a 
principal clause. 

1. 1. a oes portha6r, in R. B. aoes borthaér. 

1. 2. a thilheu ny bo leit dy benn (similarly in R. B.). The 
subjunctive is hère a subjunctive of wish. The meaning is : 
«And, as forthee, whose head(I pray may) not bethineown ». 

1. 3. pyr y kyuerchjt di, in R. B. byrr y kyuerchy di. The R. 
B. reading is clearly due to a misunderstanding (possibly 
throughan intermediate reading byr) of pyr. Pyr is for py yr 
(of the same structure as py rac and pa ham, for pa ani), \r 
beingtheolder form of er; hence,pyry kyuerchy di, meant « On 
account of what dost thou make a request ? » Cyfarch hère 
means not merely « to greet » but « to ask a question ». 

1. 4. mi a itydaf portha6r, m R.B. mi a itydaf borihaêr. 



410 E. Anwyl. 

1. 5. pob dj/6 kalan ionaér, in R. B. bop du6 kalan ionaOr. 
The R. B. is very fond of writing dyé (day) as du6. 

1. 8. llaeskemyn. in R. B. Uàeskenym. 

1. 9.rt ffenpingyan, in R. B. # phennpingyon. 

1. 9. arypenn, in R. B. ar y fe;w. 

1. 10. yr ciryach, in R. B. <t at/v/. Hère, again, \ve see the 
tendency of the R. B. to substitute more familiar words. 

1. 10. vrtb, in R. B. 6rth. 

1. ir. vrlb, in R. B. 6rth. 

1. 11. mal maen treigyl, in R. B. namyn ital maen treigyl. 

I.13. />£)■' yy/yr, in R. B. /ry ) r 5/yr. P6)' ystyr shows an inte- 
resting use of piuy, now condemned by grammarians, but fré- 
quent in some dialeets. 

1. 14. kyllell a edy6 y tnêyl a llynn xmital, in R. B. kyllell a 
edy6 ym b6yta llynn ym bual. Hère the W. B. reading means 
« A knife has gone into the food and drink into the oxhorn », 
whereas the R. B. text means « A knife has gone into my food 
and drink into my oxhorn ». Possibly the R. B. reading 
is due to an attempt to make the reason seem more cogent. 

1. ij. ac amsathyr y neitad arthur, in R. B. the y is 
omitted . 

1. 16. gvlat, in R. B. gélat. 

I.17. teiihiaSc; this word is trisyllabic, and is a derivativeot 
teithi, attributes, and o( taitb . It appears to mean « of full 
attributes ». 

1. 17. y gerdaér a dycco y gerd; in R. B. neu y gerdaér a 
dycko y gerd. The meaning oicerd hère in the sensé of « handi- 
craft » is clear from a later passage, p. 243 h , 1. 31, 
amkaéd kei y portha6r y mat kerd genbyf i. Pa gerd yssyd genhyt 
ti. yslipauér cledyueu goreu yny byt 6yf ui. 

1. 20. /////; i'/h g6n acydyth uarch, in R. B. yd is omitted. 
Possibly in the MS. from which the R. B. was eopied the 
reading was yt, and, through its similarity to yth, was omit- 
ted . 

1. 21. pebreit, the R. B. reading pebreid makes it probable 
that the / o{ pebreit, stands for dd . 

1. 22. goryscahi6c y in R. B. gorysgala6c . No trace of this 
word appears to remain in spoken Welsh, and its meaning is 
quite uncertain . 



Notes on Kulbwch and Olwen. 411 

1. 27. nyd ergyttyo kertb, in W. B. nyt ergyttyo kylch. There 
the word kylch appears to be the right reading, in the sensé 
of« circuit », = Ir. cuairt. The reading kerthmzy hâve arisen 
from the change oîheîch to keltb and then to kertb. 

1 . 28 . Ny bydgéaetb in yno nocet y arthur ; in R . B . we hâve 
for in the form inn and for noç et y arthur we hâve no chyt ac 
arthur . No chyt is clearly a misreading of the then obsolète 
« nocet » found also as noget and nogyt in the early poetry. 

1. 30. gennyt, in R. B. genthi . 

1. 31 . rac dy deitlin, in R. B. rac dy vronn. The point of 
the W. B. reading probably is the suggestion that Kulh6ch 
would be seated, while theR. B. scribe, asusual, preferred a 
more obvious expression . 

1. 31. yuory in R.B. aitory. 

1. 32. pan agoraér, R. B. pan agercr. At the time when 
the R.B. was copied forms in -a6r were already obsolète and 
the scribe naturally substituted the more usual form in -er.The 
from « agerèr », however, is a mistake for « agorer » . 

1. 33. a dothyé, in R. B. a deuth. Hère, again, is seen the 
préférence of the R. B. for more familiar forms. 

1. 33. hedié yma, inR. B. yma hedié, 

!.. 34. bydhaét . This form is also found in the R. B., 
though in other parts of the R. B. Mabinogion it is not 
found. Itmeans « it shall be » . 

I.35. agoraér. Hère the R. B. substitutes for this old sub- 
junctive form the indicative agorir . 

1. 36. awneîych, similarly in R. B. Hère, again, the sub- 
junctive lias a jussive or obligatory force. 

1. 38. hyd y g6acla6d, in R. B. hyt y géaelaêt . The.W. B. 
hère follows the more phonetic practice of the twelfth century 
rather than the more conventional practice of writing final / 
for d, as w r e hâve it in the Red Book, etc. 

p. 229a, 1. 2. anglot, in R. B. angelot. 

I.3. drygeir, inR. B . a dryc eir . 

1. 4. ad adodaf, in R. B. a dodaf. The W. B. reading is 
hère clearly a mistake. 

1. 6. hyt nabo angbleuach, in R. B. agheuach. The W. B. 
reading means « more inaudible », the word anghleuaeh being 



412 E. Anwyl. 

the comparative of a hypothetical anghleu (from an -\-cleii). 
The reading agheuach is due to a failure to grasp the meaning 
of the then doubtless obsolète anghleuach . 

1. 6. penn pmgéaed ygkernyé . The exact place hère meant 
is uneertain, but it is probably Lands' End. 

1. y. dinsol yn ygogled. This spot lias not been identitied,but 
it doubtless refers to one of the more northerly points of Caith- 
ness. 

1. 8. eskeir oeruel, this is doubtless, as D r Kuno Meyer has 
suggested, a réminiscence of sescenn Uarbhèl. 

I. n. methaéd and 1. 12. ymhoelaéd. The R. B. has hère the 
same spelling as the W. B., which may be due to the R. B. 
scribe reading the forms as aorists instead ofsubjunctives. 

1. 12. nyd'm R. B. nyt. 

1. 12. \i)iboela6d, in R. B. \mchoelc16d. 

1. 13. yn vrthtrém arnadunt, in R. B. yn 6rthr6m beint arna- 
dliflt. 

1. 14. mal na b6ynt, in R. B. mal na bout. The form bout 
is hère, in accordance with the characteristic tendency of the 
R. B., given as a substitute for the less familiar béynt. 

1. 16. amkaSd, in R. B. heb y. 

1. ij. Py diaspettych ti bynhac, in R. B. Pa diaspettych di 
bynnac. 

1. 19. atter, inR. B. ellyngir. The change from the Subjunc- 
tive to the Indicative may also be noted. 

1. 19. hyny in R. B. yny. 

1. 19. eléyf ui, in R. B. el6yfi. 

1. 20. dywedud in R. B. dywedut. 

1. 20. gesseuin in R. B. gysseuin. This word appears to mean 
hère « first of ail », « before any one else ». 

1. 21. acy dyuu, in R. B. Ac yna y doeth. 

1. 22. amkaSd, in R. B. ydywaét. 

1. 22. vrtbaé, in R.B. 6rtha6. 

1. 23. genhyt, in R. B. gennyt. 

1. 24. yssydynt genhym dcit parth uy oetadodyê, in R. B. ^ 
rf/ry6 gennyf deuparth vy oel. The R. B. text hère may rest on 
agenuine reading, and the W. B. may be due to a confla- 
tion. 



Noies on Kulhwch and Ohuen. 413 

1. 27. yghaer, in R. B. yg kaer. The names of fortresses 
hère given are invented in pairs, with the characteristic 
Welsh mediaeval fondness for rhyming forms. 

1. 29. india. There may be hère a réminiscence of the 
Alexander story, which we knows from poems in the Book 
of Taliessin to hâve been read in Wales. 

1. 31. yu ymlad deit ynyr. Similarly in the R. B. There 
may be some référence hère to the same legend as that 
implied in the R. B. p. 297, under the heading « Patin aeth 
lltt y lycblyn, » but we find there no référence to anyone call- 
ed Ynyr. There is mentioned a certain Ynyr Géent in B. of 
Tal. V, 1. 197, XX ,1. 23: and in Llyfr yr Ancr, pp. 119 et 
124. 

1. 36. yghaer bryth6ch a brytach, in R. B yg kaer bryth6ch a 
brythach . 

1. 38. teulit gleis mab merin, in R. B. deulu ciels mab merin. 
The choice between gleis and cleis is difrkult hère, but 
possibly on the whole, the R. B. has the more likely reading, 
since cleis may be an eponymous name invented from 
the name of the harbour Porth ciels near S c David's, which 
is mentioned in W. B. p. 250 11 , 1. 38. The name Porth Clais 
is still used. 

1. 39. The name Merin cornes from the Lat. mari nus, and 
is found as a personal name in Bod fer in, the name of a parish 
in the Lleyn district of Carnarvonshire. 

p. 229 b , 1. 2. pan ivereskynnelst, in R. B. panoresgynnelst. 

1. 2. groec, in R. B. roec. 

1. 3. vrth, in R. B. 6rth. The allusion hère is probably also 
a réminiscence of the Alexander legend. 

1. 4. yghaer oetb ac anoeth. in R. B. yg kaer etc. Then is 
hère a réminiscence of an old Welsh legend, which is given 
in R. B. p. 306, 1. 13. Ac vn oed goruchelach nor tri a un delr 
nos yg karchar yg kaer oeth ac anoeth. The prisoner in question 
was Arthur himself. The retinue of Oeth and Anoeth is referred 
to in the Black Book of Carmarthen in Englynlon y Beddau in 
the Unes (p. 66. 4 Evans) : 



Revue Celtique. XXXIV. 



414 E. Anwyl. 

Teuîu oeth ac anoeth a dyuu. 
Y noeth y eu gur y eu guas. 
Ae ceisso vy clated guanas. 

Thewords Oeth and Anoeth are probably old verbal adjec- 
tives from the root og, (= ag), « to bear ». Oeth may hâve 
meant « easv to carry » while anoeth may hâve meant 
« difficult to carry ». In the neighbourhood of Carmartben the 
word « anoeth » is still used in the sensé of « difficult ». 

1. 5. yghaer neuenhyr, in R. B. yghaer neuenhyr. 

1. 5. na6t, in R. B. na6d. 

1. 6. texrndynyon, in R. B. teyrn. dynyon. 

1. 7. eirmoet, in R. B. eiryoet. 

1. 8. kymryt(jp. kyn -\-pryt~), in R. B. kyuurd. 

1. 9. tfér a6r fow«, in R.B. yr a6r honn There is clearly 
a mistake hère in the W. B. 

1. 10. amhaéd, in R.B. y dywawt. 

1. n. dyuuosl, in R. B.doelhost. 

1. 14. aghengaelh, in R. B. anghengaeth. The passage seems 
to mean « may there be a binding necessity upon him » 
i.e.to keephiseyes closed. 

1. 15. gvassanaethet, in R. B.g6assandethet. 

1. 15. a buelin, in R. B. ovuclin. 

1. 16. pebreit, in R. B. pybreid. 

1. 17. />#'£ wo goranhed, in R. B. /«m w paraôt. There is 
hère doubtless a substitution of a more familiar for a less fami- 
liar term. 

1. 21. amhaéd, in R. B. heb y. 

1. 22. uighyiieillt, in R. B. vygkyiieiUt. 

1. 24. kyjreitheu llys, in R. B. kyureitheu y llys. 

1. 28. rothom, m R. B. rodhom. 

1. 31. y dyuu, in R. B. y doeth. 

1. 32. ac agoryé pa6b diskynnu vrth y porlh ar yr yshynuaen 
nft goruc ef. The R. B. reads « Ac yr y pa6b disgynnu 6rth y 
port!) ar yrysgyunvaen, nys disgynna6d ef ». The word s agoryé 
stand for a(g)ory6; goryé meaning «did ». The R. B. readingis 
clearly a kind of simplified paraphrase. 

1. 36. amkaéd/m'R.: B. dywawt. 



Notes on Kulhwch and Oïwen. . 415 

1. 36. kulbôcb, in R. B. M6ch. 

1. 37. penn teyrned, inR. B. pcnteyrned. 

Page 230% 1. 1. gSarthaf dy. Similarly in R. B. It is not 
improbable that g6acla6tty and géarthaf dy are to be taken as 
compounds. 

1. 2. deon, lit. « good men » from de (older deg), (< good». 

1. 3. ath catbritogyon, in R. B. ath gat6ridogyon. The W. B. 
form, unless it be a sheer mistake, seems to point to copying 
from a Ms. which followed the tradition of the Welsh 
Glosses. 

1. 4. Ny bo didàél, i. e. « with a share », in R. B. 
didlaôt. 

1. 5. kyuerheis, in R. B. kyuercheis. 

1.6. boet, in R. B. poef. 

1. 7. 0$ r;v/, in R. B. atbglot. 

1. 8. Ptv/ ^wV Ji'6 itnbcn. Thèse wordsare entirely omitted 
in the R. B. The spelling of Duw (God) as d\6 deserves 
notice. This is the older form. 

1. 9. Henpych gwell titheu, in R. B. Henpych gôell dit heu. 

1. 1 o. Eistedkyfrég deu or milwyr, inR. B. Eisîed v r6g dcii, etc. 

1. 11. adidangerd ragot, in R. B. ci didan gerd a geffy rac 
dy uron. 

1. 11. a brc'nit edling aniat, in R. B. a breint texrn arnat. 

1. 12. gérthrychyad, in R. B. gérthrychyat. As the term 
« gêrthrychyat » was used for the « heir-apparent », it seems 
probable that teyrn has been substituted for edling in the texts 
which hâve it. 

1. 13. byhyt in R. B. pyhyt. 

1. 14. ffan ranbéyf, in R. B. phan rannéyf. 

1. 15. a ffi'llennigyon, inR. B. a phellennigyon. 

1. 15. bxthaôd, in R. B. bint, doubtless a mistake for bit. 

1. 16. pan v dechreuéyf, the v hère stands for x + v (par- 
ticle -|- postvocalic pronoun). 

1. 17. amka6d, in R. B. M. 

1. 18. ny dothéyf, in R. B. ny deuthnm. 

1. 18. fra6dunxa6. in R. B. ffra6dunya6. 

1. 20. iixgbxuar6s, in R. B. vygkyuar6s. 

1. 22. 6yneb,'mR. B.agclot. 



4i 6 . E. Anwyï. 

1. 23. ym pedryal, in R. B. ym pedrxital. 

1. 24. amkaéd, in R. B. heb. The word yna is added after 
arthur in R. B. 

1. 25. £v>/ nfihriccych ti xma, in R. B. kan ny thrigyy di. The 
tendency of R. B. to prefer the Indicative to the Subjunctive 
may be noted. 

1. 26. ti a gejjx kyuarés, in R. B. ti a geffy y kyuarSs. 

1. 27. ath tauaéd, in R: B. atjpdauaét. 

1. 29. /.'\7 v/v//7 /.'e///, in R. B. /ry/ )' treigyl bail. Possibly 
the original reading was bxt y ret ir (for yr) bail. 

1. 30. ymgyffretj in R. B. amgyffret. 

1. $i.ydydi6 dayar, R. B. lias y dayar. 

1. 32. /A';/, in R. B. //c//«. 

1. 33. nw gom yant, in R. B. rongomyant. 

1. 34. gvayé, in R. B. g6ae6. 

1. 34. vyneb. in R. B. wyneb. 

1. 35. pc6y/t, in R. B. taryan. 

1. 36. mv£-> in R. B. î/y^. 

1. 36. gwenhvyuar, in R. B. g6enb6yuar. 

1. 38. dyé, in R. B: rf«6. 

p. 230 11 , 1. 1. Nodaf; — in R. B. this word is omitted. 

1. 2. uxnaf, in R. B. uynnaj. 

1. 2. agyjjy, in R. B. âge#y. 

1. 3. crz/>, — in R. B. also so spelt. 

1. s.gwelliu, in R. B. géelleu. 

1. 4. *ta£, in R. B. zi#£. 

1. 5. oet, in R. B. oo/. 

1. 6. after orne, arthur is added in R. B. 

1 . 6. amkaôd arthur ; thèse wordsare omitted in R. B. 

1. 6. //ycr, inR. B. •yyff. 

1. (S. gvaet, in R. B. gwaet. 

1. 8. In R. B. im is added after dywet. 

I.9. ty/ is in R. B. 6yt. 

1. 9. After dywedaf, R. B. zdàs heb y niab. 

1. 10. kyledon is so spell in R. B. hère. 

1. 10. oleudyt, in R.B. oleudyd. 

1. 11. //)', in R. B. vy. 

1. 12. amka6d arthur. g6ir y6 bynny; in R. B. gtfj'r v6 /;vw;ry 
heb yr arthur. 



Notes on Kulhwch and Ohi.rn. 417 

1. 13. vt, in R. B. 6yt. The reading of W. B. is clearly an 
error. 

1. 15. d\6, in R. B. due. 

1. 16. gw, in R. B.géir. 

(To be continuai.') 

E. Anwyl. 



NOTES 
D'ARCHÉOLOGIE ET DE PHILOLOGIE CELTIQUES 

(Suite.) 



II 

l'inscription celtique de la stèle de zignago 

A. — L'inscription. 

Cette inscription est connue depuis longtemps. Elle figure 
sur une stèle trouvée en 1827 à Zignago, dans la vallée de la 
Vara, en Ligurie, et se compose d'une ligne de caractères 
étrusques gravés de haut en bas : Me^unemusus (fig. 1). 
Une découverte, qui date d'assez peu, nous donne des raisons 
d'y soupçonner du celtique. 

Dans un mémoire publié en 1908 par le Giornale storico e 
letterario délia Liguria (anno IX, 29 pages), sous le titre de 
Monumenti Celtici in Val ai Magra, M. Ubaldo Mazzini, direc- 
teur du Museo Civico de la Spezzia, a rapproché la stèle de 
Zignago de quatre autres stèles, récemment trouvées dans la 
même région et qui lui sont en effet comparables 1 . L'une 
d'elles, déterrée dans un bois de châtaigniers (Bosco diFiletto) 
de la commune de Villafranca, sur la rive gauche de la Magra, 
portait, elle aussi, une inscription, d'une dizaine de lettres, 
malheureusement indéchiffrables (fig. 2). De ces quatre stèles, 
trois figurent un guerrier armé, la quatrième une femme. Celle 
de Zignago, par contre, n'est qu'un cippe, dont la tête seule 
est sculptée. Ce sont néanmoins visiblement des monuments 

1. Deux des nouvelles stèles ont été trouvées en terre au lieu dit Selva 
di Filetto, commune de Villafranca; la troisième vient du lieu dit Càmpoli, 
paroisse de Lusuolo, commune de Mulazzo ; la quatrième des environs du 
Castel di Malgrate. 



Notes d'archéologie et de philologie celtiques. 419 

delà même famille et d'une famille qu'ils représentaient seuls, 
au moins en Ligurie. Les particularités de l'armement des guer- 
riers sont significatives. M. Mazzini y reconnaissait des Gau- 
lois et concluait en considérant les stèles comme celtiques. 




Fig. 1. 

- Zignagc 
(Revue Archéologique, 1909, II, p. 52). 




Fig 2. 

Stèle de Villafranca, Ligurie 
(//>/,/., p. 53). 



Ses conclusions ont été acceptées et précisées par M. Hubert 
dans la Revue Archéologique (1909, t. II, p. 52 et suiv., Stèles 
funéraires gauloises en Ligurie). 

M. Hubert me fournit le résumé suivant de son argumen- 
tation. 



420 



/. Vendryes. 



« On sait déjà que les Gaulois portaient leurs épées sus- 
pendues non pas à des baudriers, mais à des ceinturons, for- 
més souvent de chaînes métalliques, et qu'elles pendaient du 
côté droit. On lit dans Diodore, V, 28 : 'Avti Se tso £{<pouç 
7-iOar ïyzjzi [izy.p'z: ffiSYjpaïç r, yaAy.aîc àXùaeffiv È^YjpTYjjJiévaçTtapà 
ttjv BsÇîav XaYÔva -apaxsxa;jivaç '. Nous connaissons ces cein- 
turons. Ils n'étaient pas tout en métal; leurs extrémités seules 
Tétaient. Partout où il y a eu incontestablement des Gaulois, 
on a trouvé dans les tombeaux qui leur sont attribués des 





Fig. 5 et 4. — Epées représentées sur les stèles de Villafranca (Revue 
Archéologique, ibiJ., p. 54. La figure 3 est l'épée du personnage représenté 
par la figure 2). 

torsades de fer ou des chaînes de bronze appariées, munies de 
boucles et de crochets, qui sont les restes de ces ceinturons. 
Le guerrier de notre figure 2 (Stèle de Villafranca) porte un 
ceinturon semblable, auquel est attachée, sur le côté droit, son 
épée. Il en est de même des deux autres stèles représentant des 
guerriers. Mais cette épée, que montrent les deux figures 3 et 



1. Strabon, IV, 4, 3. E. Brizio, Tombe e necropoli galliche délia Provincia 
ili Bologna, dans Atti délia R. Depulaçione di Storia Palria per le pro- 
vincie di Romagna, III e série, V, 1887, p. 466. O. Montelius, La Civi- 
lisation primitive en Italie, Italie du Nord, pi. 164, 7, 8; 112. A. Ber- 
trand et S. Reinach, Les Celtes dans la vallée du Pô, p. 173. 



Notes d'archéologie et de philologie celtiques. 421 

4, ce n'est pas la z-iMy. dont parle Diodore ; c'est une arme 
d'ailleurs très connue, dont les fouilles pratiquées en pays 
celtiques ont fourni d'assez nombreux exemplaires, courte 




Fig. 5. — Poignards halstattiens à antennes : 1, Halstatt ; 2, tumulus de 
la Belle-Remise à Pfluglelden (Wurtemberg) ; 3, Bavière (J. Déchelette, 
Manuel d'archéologie préhistorique, Paris, Picard, 191 3, II, 11, p. 733). 



épée ou long poignard, que l'on désigne sous le nom de poi- 
gnard à antennes halstattien (fig. 5). La nécropole de Halstatt, 
dans la Basse Autriche, nécropole type du premier âge du fer, 



422 /. Vendryes. 

en a donné quelques-uns '. Non seulement les antennes de la 
poignée sont fort correctement indiquées, mais encore les par- 
ticularités du fourreau. Il y en a deux types; l'un large, muni 
d'une bouterolle en croissant; l'autre effilé et dont la bouterolle 
a terme de bouton 2 . Tous les deux sont représentés sur nos 
stèles. De ces poignards à antennes, dont l'origine première est 
peut-être italienne, on connaît des formes qui sont particu- 
lières à l'Italie; mais ce n'est pas à celle-ci que nous avons 
affaire 5 . 

« La nudité du personnage de la stèle 2 (elle en porte un 
signe indéniable) rappelle les notes ethnographiques que les 
écrivains anciens ont prises sur les Gaulois. Ils combattaient 
nus, yjy.v;'. \J.zy^[xvjz>. 4 . 

« M. Mazzini donne comme gauloises les armes que les 
guerriers portent dans leurs mains . Les deux javelots, tenus à la 
main droite, seraient les gaesa 5 ; la hache, que le guerrier de 
la figure 2 tient à la main gauche, la caieia 6 . Il est vrai que ces 
mêmes armes sont figurées entre les mains des guerriers sur 
des situles de bronze, plaques de ceinturon et autres objets 
de la même famille, ornés de scènes diverses, qui se trouvent 
des deux côtés des Alpes orientales, dans l'Italie du Nord et 
les provinces autrichiennes. Je doute que ces objets soient 

1. Von Sacken, Nekropole von Hallstatt, pi. 5 et 6. J. Déchelette, Manuel 
^archéologie préhistorique, celtique et gallo-romaine, II, II, p. 730 sqq. Id., 
Les glaives à antennes de l'époque halstattienne, dans Revue Préhistorique, 
1906, p. 305. 

2. J. Déchelette, Manuel, l. I. et p. 611. 

3. J. Déchelette, Manuel, p. 740, sqq. 

4. Diodore, V, 29 et 30. Cf. Tâiubo Cuailnge, trad. d'Arboisde Jubain- 
ville, ch. XXVII (Revue Celtique, 191 1, p. 379). 

5. Ces gaesa, qui nous sont décrits comme une tige massive de fer, oo'pu 
ôXoaîBrjpov (Hesychius, Suidas, s. v., Pollux, VII, 33, 156), peuvent être 
identiques aux javelots de fer qui se sont trouvés dans quelques sépultures 
halstattiennes, mais tout particulièrement au sud-ouest de la France et en 
Espagne : J. Déchelette, 0. /., 746 ; Id., Le javelot ôXoaîoripo; des Ibères, 
dans Revue des Etudes anciennes, 191 1, p. 459. (M. Déchelette considère 
ces javelots comme ibériques ; je ne partage pas mon avis.) 

6. A. Bertrand et S. Reinach, Les Celtes dans la Vallée du Pô et du 
Danube, p. 188 sqq. A. Grenier, L'Armement des populations villauoviennes, 
dans Revue Archéologique, 1907, I, p. 12 sqq. Id. 



Notes d'archéologie et de philologie celtiques. 423 

gaulois ou qu'ils représentent des Gaulois. Toutefois, il faut 
observer que, selon Varron, chez les Gaulois, les soldats armés 
des gaesa n'avaient pas de boucliers : Qui gladiis cincli sine scuto 
ntiu Unis gaesis essent '. Nos guerriers n'ent ont pas. » 

Si ces monuments représentent des Gaulois, il y a des 
chances pour que l'inscription soit gauloise. On n'avait d'abord 
cherché à l'interpréter que par l'étrusque 2 . M. Mazzini rap- 
pelle quelques-unes des traductions qu'on a proposées de 
ce chef. La variété en est plaisante : « Ne hinc me moueas » 
suivant l'un, « me Musus finxit ou erexit », suivant l'autre; 
« Meza dormiens ipse gaude », traduisait un troisième. Des 
savants comme Fabretti (Glossarium Italicum, I, n° 101; II, p. 
1226), W. Corssen ( Ueber die Spracheder Etrusker, I, p. 230), 
Pauli (Altitalische Forschungen, I, p. 97), se montraient plus 
prudents en ne voyant dans l'inscription que deux noms propres, 
comme dans un si grand nombre d'inscriptions funéraires ; 
ils lisaient : Mi\u Nemusus. 

Mais l'hypothèse d'une inscription celtique peut se défendre. 

Tout d'abord il semble inutile de couper l'inscription en 
deux pour en faire deux mots, comme le voulaient les auteurs 
précités; elle ne comprend vraisemblablement qu'un seul mot, 
mais un mot composé à deux termes. De l'interprétation de 
Corssen il faut retenir la valeur qu'il attribuait au signe ^; 
c'était pour lui l'équivalent de ti, et il comparait les graphies 
Aru~a, Lar~a, Reçu (Re~us) à Arnthiu, Lartir, Retins. A s'en 
tenir à l'usage de l'écriture étrusque, Me~unemusus équivaut 
donc à. Metiuneviiisiis et ce dernier n'est sans doute qu'une façon 
d'écrire un motgaulois, Medionemossos. On sait quedansl'alpha- 
bet étrusque, tel que nous le trouvons, par exemple, employé 
à écrire l'ombrien, les occlusives sonores à et g sont notées 
comme les sourdes correspondantes/ et£; que, d'autre part, les 
consonnes ne sont pas redoublées ; enfin qu'on écrit indiffé- 

1. Varron, A' Vita populi romani, III, 14. 

2 . F. Orioli, Cippo Sépulcrale murato presso alla porta délia bibliotheca délia 
Université ai Genova, dans L' Album, Giornale ktterarioe di belle arti, 1854, 
XXI, p. 341 sqq., a soupçonné, dans l'élément nemusus, un mot non italique 
« trattoforse da origine gallica o gallo-germanica, la quale diede i popoli 
Nemeti, Nemetocenna, Nemausus, etc. » 



424 /. Vettdryes. 

remment V pour o et pour u (cf. Buck, a Grammar oj Qscan 
and Utnbrian, p. 36, § 49). Medionemossos, c'est en gaulois le 
« sanctuaire du milieu » ou le « milieu du sanctuaire » (cf. 
en grec, ji.e<yaoTwiiXï], \}.izz-;y.\y., etc.). Le premier élément, Medio- 
est attesté dans plusieurs composés, dont le plus connu estMedio- 
lânum. Le second se rencontre isolément dans l'ancien nom de 
Clermont-Ferrand, Ns[Mo<raiç ' ; plus tard, ce nom fut déve- 
loppé en Augusto-nemeton. Il est en effet vraisemblable que 
nemeton etnemossos aient été synonymes; les deux mots appar- 
tiennent à la même racine et ne diffèrent que par le suffixe. 
C'est à Nemossos que remonte aussi le nom de la ville de 
Nemours 2 . Or, il a existé en Ecosse un Medionemeton, aujourd'hui 
Kirkintilloch, au dessus de Glasgow 3 , et d' Arbois de Jubainville 
avait supposé que les nombreux Mediolanum représentaient 
des sanctuaires religieux, dont le nom était synonyme de 
Medionemeton. 

Dans l'hypothèse présentée ici, Maçunemusus = Medione- 
mossos serait donc un nom de lieu. Cela n'est pas d'accord 
avec l'idée des premiers interprètes, qui en faisaient un nom 
d'homme. Mais un gaulois -nemossos ne saurait en aucun cas 
se rapporter à autre chose qu'à un sanctuaire, à un temple. 
Il faut souhaiter que les archéologues s'accommodent de cette 
nécessité. Pour cela, ils devront commencer sans doute par 
renoncer à voir dans les stèles en question des stèles funéraires. 
Déjà Corssen, d'ailleurs, s'était élevé contre cette idée. S'ils'agit 
de bornes destinées simplement à marquer un emplacement, 
le sens que le gaulois donne à l'inscription se laisse déjà plus 
aisément accepter. 

J. Vendryes. 

B. -- De la date de l'inscription et de 

l'arrivée des Gaulois en Italie. 

Ainsi la stèle de Zignago est gauloise. Les autres le sont 
probablement. Cette probabilité deviendrait certitude s'il était 
démontré qu'elles sont bien contemporaines. M. Mazzini croit 

1. Strabon, IV, 2, 3. 

2. Cl". Mémoires de ta Société de Linguistique, XIII, 390. 

3. Holder, Altcélt. Sprachschat^, 11,524. 



Notes d'archéologie et de philologie celtiques. 425 

qu'elles le sont. Elles le sont sans doute. Admettons-le provi- 
soirement sous bénéfice d'inventaire. 



I 

La présence en Ligurie et la date probable de ces monu- 
ments gaulois donnent lieu à quelques réflexions. 

Comment d'abord se trouvent-ils là, hors du domaine géné- 
ralement assigné aux Gaulois, en pleine réserve ligure ? 




f'id M. s 



Fig. 6. — Carte des vallées de la Magra et de la Yara. 

La carte ci-jointe (fig. 6) donne un commencement de 
réponse. Toutes les stèles de M. Mazzini proviennent du Val ai 
Magra '. Les vallées delà Magra et de son affluent, la Vara 
ouvrent dans l'Apennin ligure des couloirs, qui aboutissent à 

1. Voir supra, p. 418, n. 1. 



426 //. Hubert. 

des passes. Sur l'autre versant, la vallée du Taro y conduit. C'est 
une entrée du pays ; c'est même l'entrée la plus commode ' 
et c'est par là qu'on a fait passer la future grande ligne de 
Sarzane à Parme. On s'explique aisément qu'une avant-garde 
de Gaulois se soit fixée là, en pays ligure. Nos stèles, canton- 
nées dans une étroite région, semblent bien dépendre en 
effet d'un poste avancé, d'une colonie en pays étranger. 

Mais quand cette avant-garde s'est-elle avancée ? A interroger 
strictement les textes historiques, on ne saurait admettre la 
présence de Gaulois en Italie avant le iv c siècle; ils n'y seraient 
descendus que quelques années tout au plus avant la bataille 
de l'Allia (± 390) 2 . Un passage de Tite-Live, à vrai dire, 
relate avec beaucoup de confusion une invasion contempo- 
raine de Tarquin 5 . Mais ce qu'il en dit ne peut s'entendre 
que de la grande invasion postérieure. On a fait état, pour 
appuyer Tite-Live, des chapitres xiv-xvi du livre II de Polybe, 
qui nous représentent en Italie deux bans de Gaulois, Cisalpins 

1. Issel, La Liguria Preistorica,p. 673 ; cf. ibid., p. 594. M. Issel fait 
remarquer que le pavs avait de multiples attraits, des richesses minérales 
entre autres : mines de Serravezza (Alpi Apuane), del Mesco, de Sestri 
Levante. Sur la pénétration celtique en Ligurie, voir Issel, ibid., p. 670 ; 
sur sa date M. Issel est on ne peut plus vague. 

2. Pline, H. N., III, 125 : Melpumopulentiapraecipuumquodablnsubribus 
et Boiis et Senonibus deletum esse eo die quo Veios Camillus ceperit Nepos 
Cornélius tradidit. Appien, Histoire romaine, V, 2. Denvs d'Halicarnasse, 
I, 74 — Sur la date de la bataille de l'Allia et de la prise de Rome, voir 
O. Leuze, Die rômische Jahrçahlung, 1909, pp. 116, 312, 361 (discussion 
méthodique du système chronologique). — Mùllenhoff, Deutsche Altertums- 
kunde, t. II-, p. 247; C. Jullian, Histoire de la Gaule, I, p. 206 ; etc. 

3. Tite-Live, V, 33-35. Plutarque, Romidus, c.17, dit que le poète grec 
Simyïos, dont la date est inconnue, rendait les Celtes et non les Sabins 
responsables de la mort tragique de Tarpeia. Sur Simylos, voir Bù- 
cheler, dans Rheinisches Muséum, 1881, p. 337. Sur le récit de Tite-Live. 
voir S. Reinach, dans A. Bertrand et S. Reinach, 0. /., p. 204. Il a fait 
foi pour nombre d'historiens : V. Duruy, Histoire des Romain':, t. I, 
p. cvi, 240. Depuis Niebuhr (Cf. Rômische Geschichte, t. II, p. 574 
sqq.) il a été soumis à une critique sévère. Cf. Niese, Zur Geschichte der 
heltischen Wanderungen, dans Zeitschrift fur deutsches Altertum, 1898, p. 133 
sqq., et article Galli, dans Pauly-Wissowa, Real-Encyclopiidie, t. VII, 
col. 613-617 (discussion delà tradition rapportée par Tite-Live ; postérieure 
à l'invasion des Cimbres, elle suppose encore la conquête de la Gaule ; 
bibliographie). 



Notes d'archéologie el de philologie celtiques. 427 

et Transalpins, Celtes d'une part, Galates de l'autre, de mœurs 
différentes, les uns sédentaires, les autres demi-nomades '. Mais 
on peut penser ou qu'ils se sont succédé à partir du iv e siècle 
ou que l'ethnographie polybienne est en défaut 2 . 

Or, les plus significatives des armes représentées sur nos 
stèles, et je ne m'occuperai que de celles-là, sont certaine- 
ment d'au moins cent ans plus anciennes 3 . S'il faut attacher a 
ce fait une importance et en tirer des conclusions, il va rendre 
quelque valeur aux textes historiques contestés, que je viens 
de mentionner, et vieillir avec quelque apparence de bonnes 
raisons la date de la descente des premiers Celtes en Italie. 

Il faut y attacher de l'importance et ne pas le laisser hors de 
compte. La chronologie archéologique delà civilisation celtique 
s'établit avec une assez grande précision, grâce aux objets 
grecs, vases céramiques, vases de bronze, trouvés dans les 
fouilles 4 . Il est certain qu'elle vaut pour tout l'ensemble des 
pays occupés parles Celtes. La même succession de modes appa- 
raît partout et, certainement, à peu de chose près, les chan- 
gements ont été contemporains. En ce qui concerne l'Italie, nous 
ensavonsassez, surtout depuis quelques années, sur lesétablisse- 



1. Cf. A. Bertrand et S. Reinach, 0. t., p. 45 sqq. 

2. Vers 600 av. J.-C, si l'on s'en tient aux textes, les Celtes ne seraient 
pas encore parvenus aux abords de l'Italie : Avienus, II, 674, mentionne 
autour du Léman des noms dépeuples qui ont disparu; cf. Aristote, Meteo- 
rologica, I, 13 (la perte du Rhône est en Ligurie). Vers 500, les Celtes sont 
déjà en Espagne: Hérodote, II, 33, 49 ; Xarbonne était celtique, selon 
Hécatée de Milet (Steph. Byz . , s. v.). La présence des Celtes ne serait 
signalée en Provence qu'au nr siècle : Ps. Aristote, De mirabilibus auscul- 
tationibus, 86 (la voie héracléenné ou celtique), d'après Timée ; cf. Mùllen- 
hoff, Deutsche Altertumskunde, II, ch. xxxiv-xcviu. En tout cas, Hérodote, 
en 430, ignore l'existence des Celtes en Italie. 

3. A. Grenier, Bologne villanovienneet étrusque, p. 417, n. 3, mentionne nos 
stèles incidemment en les comparant à des stèles de Bologne; mais il ne 
tient pas compte de la date des armées figurées et les rajeunit indûment. 

4. La chronologie de la civilisation celtique à l'époque de la Tène, a été éta- 
blie par O. Tischler. Cf. O. Tischler, Ueber Gliederung der La Tène Période, 
dans Correspondenqblatt der deutschen Gesellschaft fur Anthropologie, 1885, 
p. 157. Congrès international d 'anthropologie et d'archéologie préhistoriques, 
Paris 1900 : J. Déchelette, Xote sur l'oppidum de Bibracte, etc., p. 418 
sqq. (La Tène III); H. Hubert, Sépulture à char de Nanterre, p. 410 (La 



428 H. Hubert. 

ments des Gaulois Cisalpins amenés par la grande invasion 
du 11 e siècle, pour être sûrs que ceux, qui sont peut-être alors 
venus jusqu'en Ligurie ', n'avaient pas conservé un armement 
très archaïque 2 . Au temps de la grande invasion, le poignard 
à antennes s'était allongé ; il était devenu l'épée dite de La 
Tène (du nom de rétablissement qui sert de type pour cette 
civilisation); c'est l'épéedes Gaulois d'Italie, celle que décrivent 
les auteurs anciens } et que révèlent les fouilles 4 . 

A l'usage des poignards à antennes, que représentent nos 
stèles, on est à peu près d'accord pour assigner comme dates 



Tène, II). P.Reinecke, Zur Kenntniss der La Tène Denkmâler der Zone nord* 
wârts der Alpeu, dans Festschrift des R.G.C. Muséums, 1902, p. 54 sqq., 72 
sqq. ; Altertûmer unserer heîdnischen Vor^eit, t. V, pi. 50. O. Viollier, Une 
nouvelle subdivision de l'époque de La Tène (La Tène I), dans Ajas, Dijon, 
191 1, p. 636 sqq. Sur la chronologie de la civilisation halstattienne, voir 
J. Dèchelette, Manuel, II, 11, p. 617-628, et la bibliographie correspondante, 
p. 621 particulièrement. M. O. Montelius expose à nouveau un système 
différent dans Die vorclassische Chronologie Italiens, 19 12 : les divergences 
portent sur des dates antérieures à celles qui nous concernent. 

1. Issel, 0. /., p. 670. 

2. P. Castelfranco, Liguri-Galli e Galli-Koiuaui, dans Bullettino di palet- 
nologia italiana, 1886, p. 194, 228. E. Brizio, Tombe e Necropoli Galliche, l.l. 
A. Bertrand et S. Reinach, 0. L, p. 167 sqq. O. Montelius, Civilisation pri- 
mitive, pi. XLI. 1, XLII. 2, XLIII. 2, XLIV. 1, XLV, 2. 

3. Cf. S. Reinach, Un mythe né d'un rite, Fépe'e de Brennus, dans Cultes, 
Mythes et Religions, t. III, p. 141 sqq. 

4. O. Montelius, Civilisation primitive, pp. 466, 520, 523, 526 
(Bologne et Marzabotto), pi. LXIV, 11, 12 14; pi. CXII. Castel- 
franco, 0. /., pi. X, 28, 29. G. Patroni, Tomba gallica di Bor\io, dans Rivista 
archeologica délia provincia di Como, 1907, p. 121. G. Baserga, Tombe gal- 
liche a Perledo, ibid., 1908, p. 13. A. Magni, La Tomba di Varenna del Guer- 
rio.ro gallo, ibid., p. 22. Id. Tombe galliche scavate net comune di Neggio, 
ibid., 1910, p. 59. Brizio, 77 sepolcreto gallico di Montefortino presso Arcevia, 
dans Monumenti antichi, IX, 1901, p. 617-808. J. Dèchelette, Montefor- 
tino et Ornavasso. Etude sur la civilisation des Gaulois Cisalpins, dans Revue 
Archéologique, 1902, I, p. 245. — La civilisation gauloise (de La Tène) n'a 
pas en Italie un aspect archaïque. M. Viollier, 0. /., p. 641, remarque que 
La Tène la fait défaut en Italie ; il tire parti de cette observation pour dater 
des environs de l'an 400 de La Tène Ib. Les armes gauloises trouvées à 
Marzabotto ont un intérêt particulier ; les ruines de la ville étrusque 
témoignent d'une destruction soudaine. C'est un document très expressif 
delà conquête. Sur Marzabotto, cf. A. Grenier, 0. 1. p. 99. 



Notes d'archéologie et de philologie celtiques. 429 

extrêmes, 700 et 500 avant J.-C. '. — Il est un des caractères par 
lesquels on définit communément la dernière phase de la 
civilisation halstattienne. Les dates extrêmes de cette dernière 




Fig. 7. — Mobilier funéraire des tombes de Golasecca, I e période (A. Ber- 
trand et S. Reinach, Les Celtes dans les vallées du Pô et du Danube, Paris, 
E. Leroux, 1894, p. 55). 

1. J. Déchelette, Manuel 1. /., p. 621. M. Hoernes, La nécropole de 
Hallstatt, Essai Je division systématique, dans Congrès international d'anthro- 
pologie et d'archéologie préhistoriques, Monaco, 1906, t. II, pp. 84, 95. P. Rei- 
nacke, Allertùmer unserer heidnischen For~eit, t. V, pi. 27 (Hallstatt D). 

Revue Celtique, XX XII'. 2l S 



430 



//. Hubert. 



phase sont fournies par l'archéologie grecque soit directement, 
soit grâce aux moyens termes que donne l'Etrurie '. La 




Fig. 9. — Mobilier funéraire des tombes de Golasecca, 2 e période 
(A. Bertrand et S. Reinach, ibid.). 



O. Montelius, Vorkl. Chron., p. 146 sqq. C'est aux périodes 5 (700-600) et 
6 (600-480) de l'âge du fer, suivant le système de M. O. Montelius, que 
répond l'usage de nos poignards, mais plutôt à la période 5, j'imagine. 
Toutefois M. O. Montelius attribue à la i re période de l'âge du fer, soit 
1100-950, les poignards italiens à antennes figurés ibid.,p\. XXIII, 4, 5,6; 
Cf., La civilisation primitive en Italie, Italie centrale, pi. 355, 372. 
1. J.Déchelette, /. /. 



Notes d'archéologie et de philologie celtiques. 431 

date finale est l'année 480. On a en effet recueilli dans les 
fouilles de la ville halstattienne du camp de Château, à Salins 
(Jura), des fragments de vases attiques à figures noires, de 
la fin du vi e siècle, et un morceau de vase à figures rouges, du 
style le plus ancien, en somme des échantillons de la céra- 
mique mêlée qui s'est trouvée dans les restes des ravages que 
les Perses ont exercés en 480, sur l'Acropole d'Athènes l . Le 
terme antérieur se détermine avec une moindre précision. 
Au surplus, ces dates conviennent aux situles et plaques de 
ceinturon historiées, mentionnées dans la première partie de 
cette étude, sur lesquelles est représenté, en partie, le même 
armement que sur nos stèles 2 . Elles conviennent aussi, ou du 
moins je le crois, à l'ensemble des objets contenus dans une 
tombe fameuse, la tombe de Sesto Calende, sur le Tessin, au 
débouché du lac Majeur, parmi lesquels figure une courte épée à 
antennes >, et enfin à la partie récente des cimetières de Gola- 
secca, Castelletto Ticino, etc., que forment, au sud du lac, 
sur le plateau de Somma, une grande et singulière nécro- 
pole (fig. 7 et 8) 4. Elles doivent convenir à nos stèles. Il 
faut même observer que les poignards représentés sur celles- 
ci, avec la courbe bien développée de leurs antennes, ne sont 
pas du type qui paraît le plus récent de leur série >. De ces 

1. J. Déchelette, 0. t., p. 696; M. Piroutet et J. Déchelette, Découverte 
de vases grecs dans un oppidum halstattien du Jura, dans Revue archéologique 
1909, I, p. 193. 

2. J. Déchelette, Manuel, pp. 623-764. A. Grenier, 0. }., p. 371 sqq. 

3. O. Montelius, La Civilisât ion piimitive en Italie, Italie septentrionale, 
pi. 62 ; M. Hoernes, Die Halstattperiode, dans Archiv fur Anthropologie, 
1905, p. 274, rattache cette tombe à la période II de Golasecca. Voir plus 
loin,n. s. P. Castelfranco fait observer que l'ossuaire ressemble aux pote- 
ries de Golasecca 1 (Revue archéologique, 1877, II, p. 78). 

4. O. Montelius, 0. t., p. 233. P. Castelfranco, dans Bullettino dipaletno- 
logia itaHana, 1875, p. 12, 13; 1876, p. 92; Id., dans Revue archéologique 
1877, II, p. 73. 

5. J. Déchelette, 0. /., p. 730 sqq., distingue trois séries de poi- 
gnards à antennes: 1° poignards à antennes courbes; 2° poignards à 
antennes droites: 3° poignards à antennes atrophiées. S'ils dérivent par un 
intermédiaire italien des épées de bronze à antennes enroulées, les premiers, 
étant les plus près du prototype, sont vraisemblablement les' plus anciens ' 
— M. Déchelette (0. /., p. 721) fait remonter la date de la tombe de Sesto 



432 H. Hubert. 

considérations chronologiques faut-il conclure que les Gau- 
lois sont venus en Itatie plus tôt qu'on ne le croit généra- 
lement ? Ou bien en résultera-t-il que les stèles de la Luni- 
giane n'étaient pas gauloises ? 



II 

Les stèles de la Magra, s'il est bien établi qu'elles sont, dans 
le pays où on les a trouvées, quelque chose d'étranger, ne repré- 
sentent qu'un poste avancé. Derrière les avant-coureurs, can- 
tonnés dans les passes, qui de la côte, par l'Apennin, mènent à 
la plaine du Pô, devaient s'échelonner d'autres groupes, d'un 
bord à l'autre de la plaine, jusqu'aux Alpes. Une avant-garde 
suppose une troupe. Si l'avant-garde s'est fixée, la troupe doit 
s'être installée. A défaut d'autres monuments, ses morts et leurs 
tombeaux témoignent peut-être encore de sa venue et de son 
établissement. Ce témoignage m'importe grandement. S'il me 
manque, quelque chose manquera à la valeur de celui que j'ai 
pensé tirer de nos stèles ; les conjectures que je fais, soit sur 
leur origine, soit sur leur date, me sembleront, je le crains, 
caduques, car l'existence, au vi e siècle, d'une petite colonie 
gauloise, le long d'une route de montagne, à quelques cen- 
taines de kilomètres des pays gaulois et loin de toute autre 
colonie est une chose que j'ai peine à me figurer. 

Quelle était la nationalité des morts dont les cendres 
reposent dans ces nécropoles du Tessin ? M. Montelius qua- 
lifie la tombe de Sesto Calende de tombe gauloise l ; mais 

Calcnde à la première période halstattienne, en raison de la technique et 
du style de sa situle, dont le décor est pointillé. M. Reinecke (Correspon- 
den^blatt d. d. Gesellschaft fur Anthropologie, 1900, p. 35) est du même 
avis. La date antérieure de nos poignards à antennes dépasserait donc, 
selon ces messieurs, celle que nous venons d'indiquer, l'an 700. Je ne par- 
tage pas leur avis. Il s'agit, selon moi, plutôtd'un travail grossier et barbare 
que d'un travail fort ancien. 

1. M. O. Montelius suit l'opinion de Biondelli. Voir B. Biondelli, Di 
una tomba gallo-italica scoperta a Sesto Calende ml 77c/»o,dans Meviorie del R. 
Istiluto Lombardo di Science, Letlere e Arti, série III, vol. I, 1867 ; Id., dans 
Revue archéologique, 1867, II, p. 279. Cf. O. Montelius, 0. /., pi. 64, 6: 
poignard à antennes, à un seul tranchant, Bellinio, époque gauloise. 






Notes d'archéologie et de philologie celtiques. 433 

on peut, à la rigueur, le soupçonner de la rajeunir indûment. 
M. Ridgeway l'imite; mais n'aperçoit-il pas des Celtes par-, 
tout où rayonne, à l'âge du ter, une civilisation qui ressemble 
tant soit peu à celle de Hallstatt ' ? Il les multiplie trop, met- 
tons-le hors de cause. Pour beaucoup d'archéologues italiens les 
tombes de Golasecca étaient gauloises, celto-gauloises, italico-gau- 
loi ses ou celto-ligures,M. Pigorini, entre autres, fait de la civili- 
sation qu'elles représentent une civilisation celtique 2 . Mais, en 
même temps, il la croit autochthone, en tous cas formée dans les 
villages lacustres de la Cisalpine occidentale > ; je crains donc que 
le mot celtique n'ait pas pour lui le même sens que pour moi ; 
entre Celtes et Gaulois, il doit exagérer la distance. D'autres 
ont fait de même. La distinction classique des Celtes, Gaulois 
et Galates ne contribue pas à élucider notre problème. Chez 
nous, dans leur livre sur les Celtes dans les vallées du Pô et du 
Danube, paru en 1894, Alexandre Bertrand et M. S. Reinach, 
arrivaient, eux aussi, malgré l'histoire, à définir comme Celtes 
les incinérants de Golasecca 4 . Les considérants de leur juge- 
ment ont des points faibles et reposent sur des confusions qui 

1. W. Ridgewav, Tlie Earh Age of Greece, p. 48 sqq. 

2. Cf. A. Bertrand et S. Reinach, 0. L, p. 57, 58. L. Pigorini, Iprimitivi 
abitatori délia valle del Pô, dans La Rassegna délie science geologicbe, 1892, 
fasc. 3 (Conférence faite à Gênes) : « Nella Lombardia orientale e nelP 
Emilia occidentale si sparserô i discendenti del popolo délie palaffitte 
occidentali, /ors? iCelti, colla civiltà di Golasecca, che fioriva nel Milanese, 
nel Comasco, etc.». Cf. Id., Preistoria (Cinquanf anni di storia italiana, 
1860-1910), p. 34. 

3. Id., / Liguri nette tombe.... di Golasecca, Atti à. R. Ace. dei Lincei, 
Scicn~. inorali, etc., XIII, 1884 ; Cf. Matériaux, XVIII, p. 415 (E. Car- 
tailhac). Il est égalenient question d'Ibères. En tous cas, M. Pigorini 
rattachait alors cette civilisation à celle des constructeurs de mégalithes et 
sa poterie caractéristique à leur poterie. — L'anthropologue G. Sergi peuple 
de Celtes lés palafittes de l'Italie du Nord, dont les Ligures auraient été 
cependant les premiers constructeurs ; G. Sergi, Liguri e Celti nella voile 
del Po, dans Archivio per V Anthropologia, XIII, 1883 ; Le influence celtiche e 
gli Italici, dans Atti delta Société Romana di Antropologia, III, 1895; Ariie 
Italici, 1898, p. 51 sqq., 138 sqq., 166 sqq. (Protoceltes). — Cf. G. Kos- 
sinna, Zur âlteren Bron%e%eit Mitteleuropas, II, dans Mannus, 1912, p. 173 ; 
les habitants des terramares sont des Urkelten, mais néanmoins des Italiotes; 
voir plus loin, p. 435. 

4. A. Bertrand et S. Reinach, o.l., p. 63 sqq. 



454 H. Hubert. 

nous empêchent d'en escompter l'autorité à notre actif. La défi 
nition qu'Alexandre Bertrand et M. S. Reinach donnaient alors 
des Celtes était très compréhensive et un peu lâche '. Ils 
retendaient avec Rhètes, aux Illyriens et à quelques Italiotes. 
C'étaient des Proto-Celtes. 

Entre les Ombriens, dont la présence au premier âge du fer 
dans l'Italie supérieure n'est pas douteuse 2 , et les Celtes du 
premier ban, A. Bertrand et M. S. Reinach, ne faisaient 
aucune différence : Umbri, veteres Galli : . Mais des opinions 
de glossateurs ne valent pas un document direct comme les 
Tables Eugubines. Faudra-t-il dire, en manière de conciliation, 
que a les Ombriens, quoique de race celtique, ont pu, comme 
leurs frères de la Gaule, renoncer à leur idiome pour adopter 
un dialecte italique 4 ». Démontrons d'abord qu'il y avait des 
Celtes dans la vallée du Pô quand les Ombriens y ont pré- 
valu. Mais il est probable que les Italiotes sont descendus en 
Italie déjà différenciés non seulement des Celtes, mais entre eux >. 
Quant aux Celtes, s'il en est venu en Italie avant les vain- 
queurs de l'Allia, il ne peut s'agir bien entendu pour moi que 
de peuples distincts des autres peuples de l'Italie du Nord, 
dans leur conscience ethnique et nationale, par leur civilisation 
et leur langue, de Celtes proprement dits et peut-être déjà de 

i. A. Bertrand et S. Reinach, o. î., p. 79. 

2. Cf. Pline, H. A 7 ., III, 19. D'Arbois de Jubainville, Les Premiers habi- 
tants de V Europe, t. II, p. 242 sqq. ; Modestov, Introduction à V Histoire 
romaine, ch. vu ; Déchelette, 0. /., p. 537 ; A. Grenier, 0. /., p. 3 sqq., 483 
sqq. 

3. Servius, Ad JEn., XII, 753; Solin, II, 11 : Bocchus absolvit Gallo- 
rum veterem propaginem Umbros esse, Marcus Antonius [Gnipho] refert. 
Lvcophron, Alexandra, v. 1 3 60, sch. de Jean Tsetzès : "0<j£ooi, ylvo; Talatiov. 
Sur cette opinion, voir A. Grenier, 0. /., p. 499 — Sur les rapports de 
l'italiote et en particulier de l'ombrien avec le celtique, voir dArbois de 
Jubainville, 0. /., p. 244 sqq. 

4. Bréal, Les Tables Eugubines, p. XXVII. 

5 . C'est ce qui me paraît résulter des homologies que présentent respec- 
tivement les dialectes italo-celtiques, goidélique et latin d'une part, briton- 
nique et ombrien de l'autre. Le voisinage ombro-britonnique durait encore 
alors que les Latins d'une part, les Goidels de l'autre, s'étaient, chacun de 
son côté, détachés de la masse première ; cf. D'Arbois de Jubainville, 0. /., 
p. 2 }6 sqq. ; A. Meillet, Les dialectes indo-européens, p. 33. 



Notes d'archéologie et de philologie celtiques. 435 

Gaulois. Les tribus d'identité incertaines, de langue indécise, 
celtiques en puissances ' dont on nous a quelquefois parlé, 
ne constitueraient pas une armée à l'avant-garde qui a laissé 
les stèles de Villafranca et l'inscription de Zignago. Celle- 
ci est celtique et non préceltique. 

Nous laisserons donc de côté les Proto-Celtes. Y a-t-il 
place pour des Celtes, au temps dont il s'agit, dans l'archéo- 
logie et l'ethnographie de l'Italie septentrionale ? 

Les cimetières occidentaux de la Cisalpine diffèrent assez, 
par leur mobilier, des cimetières orientaux pour qu'on ne les 
attribue pas aux mêmes peuples -. Civilisation nouvelle de 
part et d'autre, sans attache bien visible avec celle des derniers 
occupants du pays, constructeurs de palafittes et terramari- 
coles 5 ! Ces derniers ont cessé de bâtir au nord de l'Italie leurs 
villes quadrangulaires à l'aube, ou avant l'aube de l'âge du 
fer. La civilisation de l'Est, ou plutôt du Sud-Est, celle que l'on 
désigne par le nom de Villanova est celle des Ombriens, les 
derniers venus des Italiotes, puisqu'elle florissait à Bologne, 
avant que les Etrusques n'en prissent possession 4 et que ceux- 

1. A. Bertrand et S. Reinach, 0. t., p. 45. 

2. Cf. O. Montelius, Civilisation primitive, p. 232 sqq. ; Déchelette, 
0. t., p. 536. Je laisse hors du débat le groupe vénète, celui d'Esté. Cf. G. 
Sergi, Arii e Italici, passim. 

3. Les archéologues à cet égard se divisent en deux camps. Pour les 
uns, la civilisation de l'âge de fer dans l'Italie du Nord dérive immédiate- 
ment de celle de l'âge du bronze et les Italiotes ont peuplé les terramares 
(Pigorini). Pour les autres, la discontinuité se présente entre la civilisation 
des terramares et celle de l'âge du fer ; celle-ci appartient à des peuples 
nouveaux, parmi lesquels on compte les Ombriens (Brizio). Pour la discus- 
sion des deux théories, voir T. E. Peet, The stone and bronze âges in Italy, 
p. 492 sqq. ; id., Les origines du I er âge du fer en Italie, dans Revue Archéo- 
logique, 19 10, II, p. 378 ; cf. Colini, Intorno ail' origine délia civil ta delta 
prima età del ferro in Italia, dans Bullettino di paletnologia italiana, 1908, 
p. 35. J'incline vers l'hypothèse de Brizio, mais en admettant que les ter- 
ramares ont été peuplées d 'Italiotes, d'un premier ban d'Italiotes, c'est-à- 
dire de Latins. Sur ce point, voir Modestov, 0. 1., p. 229 sqq., dont j'adopte 
l'hypothèse. J'ai exposé cette théorie svnthétique dans mes cours de 
l'École du Louvre en 1909 et en 191 3. M. A. Grenier, 0. /., p. 59, insiste 
sur la discontinuité que présente l'archéologie de l'Italie septentrionale au 
passage de l'âge du bronze à l'âge du fer. 

4. Modestov, 0. /.. p. 287 sqq. G. Sergi, 0. t., p. 75 sqq. Le problème 
a été amplement discuté de nouveau par A. Grenier, 0. I., passim. Le fonda- 



4?6 H. Hubert. 

ci, le fait semble établi, ont pris Bologne aux Ombriens. 
Celle du Nord-Est est celle des Vénètes '. La civilisation 
de l'Ouest, à laquelle les archéologues attachent le nom de 
Golasecca, peut être celle des premiers Celtes. 

Mais il se peut aussi qu'elle soit encore ligure, ou autre. Le 
doute est permis. Car est-elle vraiment bien nouvelle et ne 
descend-elle pas d'une civilisation locale pas des voies mal 
connues ? Tant s'en faut que nous soyons bien renseignés sur 
ce qui se passait en ce temps-là dans cette partie de l'Italie ! 
Les mêmes thèses et antithèses s'opposent à tous les tour- 
nants de l'jichéologie. Celle de l'autochthonie, très vivement 
soutenue, semble prévaloir en ce qui concerne Golasecca et 
toute sa province. Par rapport aux Celtes, dans cette partie de 
l'Italie, les autoehtbones sont les Ligures 2 . M. Déchelette, par 
exemple, dans son Manuel ', l'attribue donc aux Ligures 3 , c'est- 
à-dire aux agriculteurs, porteurs de faucilles, qui, à l'âge de 
bronze, selon lui, ont occupé les terramares de la plaine du 
Pô, les stations lacustres du pied des Alpes et celles de Suisse 4 . 

Les fouilles du lac Varese, qui n'est pas loin de Golasecca, 
ont en effet ramené au jour des fragments d'une poterie qui 
ressemble à celle du cimetière 5 . Elles en ont à vrai dire fourni 
d'autre et en quantité. C'est une concordance intéressante, mais 

teur mythique de Bologne, Ocnus, porte un nom ombrien ; Ocnus est la gra 
phie ombrienne de Aucnus, Ibid., p. 62 sqq. Cf. Ilid., p. 460 sqq. Sur 
l'extension géographique de la civilisation de Villanova, cf. Ibid., p. 182. 

1. O. Montelius, 0. /., pi. 50, 59. A. Grenier, 0. I., p. 183 sqq. ; p. 183, 
n. 7. 

2. D'Arbois de Jubainville, Les premiers habitants de l'Europe, t. I, p. 330 
sqq.; t. II, p. 46 sqq. B. Modestov, p. 6y sqq. Ce n'est pas l'avis de 
M. T. E. Peet, 0. /., dans Revue Archéologique, 1910, II, p. 396. 

3. Déchelette, 0. /., p. 536. P. Castelfranco, Liguri-Galli c Galli-Romani, 
1. /., p. 233, 254 sqq. A. Magni, La necropoli ligure-gallica di Piane^o nel 
canton Ticino, Milan, 1907 : les tombes dont le mobilier est semblable à 
celui de Golasecca sont qualifiées de ligures ; voir particulièrement tombes 
21 et 22, p. 45 sqq. ; tombe 25, p. 51. 

4. Déchelette, 0. /., II, 1, p. 13 sqq. 

5. P. Castelfranco, Revue d'Anthropologie, 3 e série, IV, 1889. Id., Nuove 
indagini nelle palaffitte varesine, 1906; Id., Urne cinarie c vasi caratteris- 
tici délie palaffitte varesine, dans Bulletlino di paletnologia italiana, 191 1, 
p. 113 sqq. ; Id., Cimeli del Museo Ponti nelV Isola Virginia, 191 3, pi. XII, 
2 (?), 6, 7, 8. 



Notes d'archéologie cl de philologie celtiques. 437 

un médiocre indice d'origine. Il se peut, certes, que le village 
lacustre, qui a formé l'Isola Virginia, ait été encore occupé au 
temps où s'ouvrit la nécropole duTessin.Nousdira-t-on cepen- 
dant qu'il a duré autant qu'elle? Les villages lacustres n'ont pas 
tous été abandonnés tout d'un coup, témoins ceux du lac du 
Bourget, mais ils l'ont été. Cette poterie d'ailleurs mise à 
part, qu'y a-t-il de commun de part et d'autre ? 

Par contre, les villages abandonnés, des tombeaux d'une forme 
nouvelle, rassemblés en d'autres lieux signifient que des change- 
ments assez profonds se sont produits dans le pays, changements 
ethniques. En Suisse, des mêmes indices on conclut à l'établis- 
sement de peuples nouveaux, des Celtes 1 . Pour l'Italie, s'il est 
admis, pour des raisons analogues, que les Ombriens se sont 
installés, vers le même temps, dans l'Emilie et des Illyriens en 
Vénétie 2 , il est légitime de penser, avec toutes les réserves 
que notre ignorance comporte, que les mêmes Celtes sont 
descendus dès lors dans la Lombardie et le Piémont. 

Au surplus, les tombes et quelques-uns des objets qui s'y 
trouvent ont des équivalents en pays celtique. 

A. Bertrand et M. S. Reinach comparaient très justement les 
tombes de Golasecca entourées d'enceintes de pierre aux tombes 
contemporaines, que l'on connaît en différents points de la 
France, dans la Haute-Garonne, à Garin, près de Saint-Gau- 
dens, dans les Hautes-Pyrénées, à Avezac-Prat, dans V Ile-et- 
Vilaine, à la Grée-de-Cojou, dans la Côle-d'Or, à Brully 5 . 
Il y en a d'autres. 

Quant aux vases caractéristiques du cimetière de Golasecca, 
par quoi ses mobiliers funéraires se distinguent surtout 'des 
mobiliers funéraires ombriens, c'est dans les tumulus bavarois 
de la fin de l'âge du bronze 4 que, jusqu'à présent, j'ai cru trou- 



1. D. Viollier, Essai sur les rites funéraires en Suisse des origines à la con- 
quête romaine, p. 35 sqq., 80 sqq. 

2. Voir plus haut, p. 435, n. 3. D'Arbois de Jubainville, 0. t., t. I, 
p. 305. 

3. A. Bertrand et S. Reinach, 0. /., p. 82. J. Déchelette, 0. /., p. 
669 ; cf. p. 681 . 

4. J. Naue, Die Bron\e^cit in Oberbayern, pi; XLI, 1, XLII, 2,XLIII, 2, 
XLIV, i,XLV, 2. Altertûmer unserer beidnischen Vorqeit, t. V, pi. 49, n° 855 



4 3* H. Hubert. 

ver leurs prototypes. C'est à l'Ouest, soit dans la céramique 
du Bourget ', soit dans celle de nostumulus aquitains que j'en 
reconnais la plus proche parenté (fig. 9) -. 

Or, les stations et sépultures en question se trouvent en 




Fig. 10. — Vase à pied surélevé. Tumulus de Liviers, près Jumillac-le- 
Grand, Dordogne (J. Déchelette, Manuel d'Archéologie préhistorique, II, 
11, p. 817). 

pays occupés par les Celtes, les uns certainement, les autres 
probablement, au temps dont elles datent. 

Mais, dira-t-on peut-être, ces tombes prétendues gauloises 
sont, au moins la plupart, des tombes à incinération \ Les 

(tumulus à Helmsheim, duché de Bade), n° 879 (d'un tumulus à Grafrath, 
Haute-Bavière), amphores appartenant à la céramique dite ScJmurkera- 
vi ik. 

1. Morin-Jean, La céramique du lac du Bourget, dans Congrès préhisto- 
rique de France, Chambéry, 1908, p. 600 sqq., particulièrement p. 607. 

2. J. Déchelette, 0. /., p. 81 s sqq. Remarquez tout particulièrement le 
vase à pied surélevé, décoré de zones striées, de tumulus de Liviers, près 
Jumillac-le-Grand (Dordogne), p. 817, fig. 330 (fig. 9). Ces vases à 
pied élevé figurent dans la céramique de Golasecca. — M. Reginald 
A. Smith, dans ^4 Guide to the antiquities ofthe early iron âge (Brit.-Mus.), 
p. 24-28, rapproche la poterie à décor de cordons parallèles, qui se 
trouve dans les sépultures à incinération britanniques (La Tène II), de 
celle, plus ancienne, que présentent les cimetières de l'Italie du Nord. 
Il pense surtout à celui d'Esté; il pouvait penser à celui de Santa-Lucia. 
Mais la poterie orientale d'Esté et la poterie occidentale de Golasecca 
(2 e période) ont d'autres ressemblances singulières. Il est bon de noter 
que c'est la céramique ancienne de Golasecca qui peut se comparer à notre 
céramique d'Aquitaine. 

3 . Cf. A. Magni, 0. I. La plupart des sépultures de Pianezzo sont 
des sépultures à inhumation. 






Notes d'archéologie cl de philologie celtiques. 439 

Gaulois de la grande invasion inhumaient leurs morts et ne 
les incinéraient pas ! La réponse est iacile. Si l'on ne recon- 
naissait comme gauloises, en France, que les tombes à inhu- 
mation, il serait bien malaisé de faire concorder les données 
de l'archéologie avec les plus sûres données de l'histoire. Les 
Celtes ont pratiqué tantôt l'un, tantôt l'autre rite, suivant 
les pays et les temps. D'ailleurs, il y a dans les vallées du 
Pô et de ses affluents des tombes à incinération qui datent 
de l'occupation gauloise. Il est vrai qu'on les qualifie souvent 
de ligures comme celles de Golasecca ou de gallo-ligures '. 
Mais c'est une qualification qui est sujette à révision. 

Toutefois je dépasserais le but à trop vouloir prouver, car 
il ne saurait être question de montrer que les Celtes ont seuls 
occupé dès cette époque laLombardieavec un coin du Piémont. 
Les Gaulois de la grande invasion y ont encore rencontré des 
Ligures : à l'ouest, les Taurini 2 ; au nord, les Bagienni et les 
Laevi; plus à l'est, les Stoeni. Caton comptait comme Ligures 
les Vertamacori, dont Pline fait des Gaulois: l'enchevêtrement 
des possessions, les groupements, les alliances, les mélanges de 
sang, les emprunts de coutumes, de techniques et de mobilier 
ont pu produire des communautés dont il était difficile de 
dire ce qu'elles étaient au juste. 

Je me contente de supposer qu'un état de choses analogue 
y régnait avant le iv e siècle ; j'imagine des bandes de Celtes 
se glissant dans le pays au milieu des Ligures, tantôt en hôtes, 
tantôt en conquérants. Que les différences entre les restes 
de la civilisation correspondante et ceux de la précédente 
soient suffisamment importantes, on est en droit de conclure 
à l'intrusion d'un élément nouveau ; que les ressemblances 
avec la civilisation des pays celtiques soient suffisamment 
notables, il est légitime de définir cet élément comme celtique. 

Bref, s'il y a eu des Celtes dans la Haute Italie avant l'in- 
vasion du iv e siècle, ils ont vécu sur le plateau de Somma et 



1. Cf. A Magni, 0. t., p. 13. 

2. D'Arbois de jubainville, Les Gaulois et les populations qui les ont pré- 
cèdes dans T Italie du Nord, dans Revue Celtique, XI, pp. 143-172. Nissen, 
Itàlische Landeskunde, I, p. 472. C. Jullian, 0. /., I, p. 292. 



440 H. Hubert. 

le cimetière de Golasecca contient leurs restes ou les témoignages 
de leur influence. Or, les stèles de Villafranca et l'inscription de 
Zignagonous donnent à penser qu'il y en a eu. Leur conju- 
gaison encourage en effet et justifie la conjecture. Mais der- 
rière la pointe d'avant-garde dont nous trouvons la trace en 
Ligurie, nous retrouvons le gros de la troupe occupant les rives 
du Tessin. Si ce n'étaient les Gaulois de Sigovèse, c'étaient 
peut-être les Insubres que ceux-ci, selon le récit de Tite-Live, 
y auraient trouvés établis '. 

Vers le même temps, un peu plus tôt ou un peu plus tard, 
les Etrusques, gagnant vers le Nord, ont franchi l'Apennin, 
civilisé et subjugué l'Emilie ombrienne 2 . Si mes inductions 
sont correctes, Polybe a eu raison d'écrire que les Gaulois ont 
été en contact immédiat avec eux (c-.ç ct:i[;.iyv6[asvoi xatà ty;v 
Tcapâôeaiv) longtemps avant le choc du iv e siècle 5 . Quelques 
stèles trouvées à Bologne représentent des fantassins, nus ou 
armés, luttant contre des cavaliers étrusques. Ce sont peut- 
être des Gaulois 4 . Leur image n'eût pas été familière aux 
Bolonais si des masses profondes de Vénètes d'un côté, 
d'Ibères ou de Ligures de l'autre s'étaient interposées entre eux 
et l'Etrurie avant leur irruption soudaine. 

Au surplus cette civilisation occidentale de la plaine du Pô 
avait pénétré en Ligurie. On y a trouvé les mêmes tombes en 
caissons de dalles mal travaillées, contenant des ossuaires et 
autres vases, généralement sans décor, rarement décorés, mais 
qui montrent de lointaines ressemblances avec ceux de Gola- 
secca '. Ces tombes ne sont pas fort nombreuses, mais la plu- 
part sont rassemblées dans les couloirs de la Lunigiane 6 . Cette 

i. Tite-Live, V, 34 : les Gaulois de Sigovèze, vainqueurs des Étrusques 
au Tessin s'établissent dans un territoire qu'ils entendent appeler agrum 
Insubrium (cum,in quo consederant, agrum Insubrium, appellari andissenf). 

2. A. Grenier, 0. /., p. 187 sqq. 

3. Polybe II, 17. Cf. A. Bertrand et S. Reinach, 0. /., p. 46. 

4. A. Grenier, 0. 1., p. 453-456. Cf. R. Pettazzoni, Rapporti fra Etru- 
fia e lu civïltà di Golasecca, dans Rômische Mittheilungen, 1910, p. 317. 

5. Issel, 0. /., p. 593 sqq. ; O. Montelius, La civilisation primitive en 
Italie, Italie centrale, pi. 164, 165. 

6. Issel, 0. /., p. 594. On en a trouvé à l'ouest, à Gênes, entre autres lieux, 
ibid., p. 597 sqq.; mais il faut noter que les tombes, si l'on doit en juger 
par la céramique, sont bien postérieures à nos stèles. 



Noies d'archéologie et de philologie celtiques. 441 

rencontre nous dispense de chercher du côté de Bologne sinon 
le modèle des stèles de la Magra, du moins l'origine de ceux 
qui les ont élevées. M. Issel a signalé tout récemment la décou- 
verte d'une nouvelle tombe, isolée, à deux kilomètres de 
Rapallo. Ellediffère, nous assure-t-il, desautres tombes ligures ', 
mais c'est qu'elle ressemble par sa structure et par son mobi- 
lier à celles de Golasecca. Il consistait en une jarre globulaire 
et un ossuaire en terre cuite fumigée, décoré au sommet de la 
panse de cannelures parallèles au col, dont la poterie des pays 
celtiques présente maints équivalents. Sur la base de l'ossuaire 
est peint en rouge un swastika. M. Issel nous assure encore 
qu'il est nouveau en Ligurie 2 . Il ne l'est pas chez les Celtes. 

Ainsi des découvertes sporadiques s'additionnent pour nous 
assurer qu'il est entré des Celtes en Ligurie avant l'invasion 
du iv e siècle et qu'ils avaient quelque parenté avec les gens de 
Golasecca; par suite qu'il y eût derrière eux dans l'Italie sep- 
tentrionale d'autres Celtes, dont l'établissement doit être 
signalé par les mêmes indices. Des arguments nouveaux 
rajeunissent la thèse ancienne. 

On sait que les Celtes sont descendus en Espagne avant l'an 
500 \ Ils y sont venus armés de poignards à antennes, qui se 
retrouvent aujourd'hui dans leurs nécropoles 4 d'Aquitaine et 

1. Issel, La croce gammata in Liguria, dans Bullettino di paletnologia ita- 
Uana, 191 2, p. 39 sqq. 

2. On pourrait toutefois considérer comme ligures les statues de Velaux : 
Espérandieu, Recueil général des bas-reliefs, n° 131. Du groupe de monu- 
ments que l'on peut dire ligures, j'exclus résolument le stèle de Robernier, 
qui porte uu swastika ; j'y reviendrai quelque jour. Espérandieu, 0. /., n° 10. 
Sur le caractère étranger de la croix gammée en Ligurie, cf. Issel, Liguria, 
p. 675 sqq. Il n'est pas certain que les deux haches de bronze à perforation 
axiale, décorées de swastikas, que possède le musée de Saint-Germain 
(G. de Mortillet, Musée préhistorique, 1 1 5 3 , 1154; O. Montelius, La Civili- 
sation primitive en Italie, Italie septentrionale, pi. 33, 15), proviennent du 
Piémont et soient ligures. 

3. Niese, Gaîîi, dans Pauly-Wissowa, Real-Encxclopâdie, t. VII, col. 613 ; 
Hùbner, Celtiberi, ibid.,t. III, col. 1886 ; d'Arbois de Jubainville, Les Celtes, 
p. 91 sqq. ; C. Jullian, 0. 1., t. I, p. 305 ; Mûllenhoff, 0. 1., t. II 2 , p. 237. 

4. J. Déchelette, 0. /., p. 663, 675, 686 sqq. Joulin, Les sépultures des 
dges préhistoriques du S. 0. delà France, dans Revue Archéologique, 1912, I, 
p. 33, 35,49, 51. M. Déchelette rajeunit considérablement les poignards à 



44 ^ H. Hubert. 

d'Espagne: Leur descente en Italie, au lieu d'être retardée par 
hasard ou par des obstacles insurmontables, s'est, à mon avis, 
opérée paralèllement. Maîtres du plateau suisse, dont les con- 
structeurs de villages lacustres avaient abandonné les lacs au 
temps des grandes épées halstattiennes, ils ne s'y sont pas 
arrêtés, ils ont occupé les Alpes ', les ont franchies, tra- 
versé la vallée du Pô et même atteint la Méditerranée par le 
chemin de la Magra. Ce sont, là comme en Espagne, les 
poignards à antennes qui contrôlent et datent leur présence. 

Je ne me dissimule pas que les raisons de l'ethnographie 
préhistorique, toutes seules, risqueraient de paraître fragiles à 
des esprits accoutumés à plus de certitude. Mais elles ont leur 
raison, qui est celle de toute étude etnographique. L'accord 
des probabilités finit par faire des demi-preuves et quelque- 
fois, par bonne fortune, un bon document vient tout étayer. 

Mais on viendra certainement encore contester la conclu- 
sion que nous tirons de cette inscription précieuse. Elle est 
celtique. Qu'à cela ne tienne ! Les Ligures, nousrépondra-t-on, 
étaient déjà des Celtes, des Pré-Celtes 2 . J'y vois pour ma part 
quelques petites difficultés. D'ailleurs que ne trouve-t-on 
dans le reste de la Ligurie des stèles semblables à celles dont 
nous nous occupons >. Mais en trouve-t-on aussi, à vrai dire, 
en pays gaulois ? 

antennes d'Espagne, en abaissant jusqu'au IV e siècle la date du cimetière 
d'Aguilar de Anguita, o. /., p. 691. 

1. Ed. Meyer, Geschichte des Altertums, t. IV, p. 150, pense que des 
Celtes étaient établis dans les Alpes avant la grande invasion ; c'étaient les 
Lepontiens et les Salasses. Cf. D. Viollier, 0. /.,ch. V, Les Vallées alpestres; 
Id., Giubiasco, dans Mélanges Cagnat, p. 229. 

2. C. Jullian, Histoire de la Gaule, I, p. 123,250; Id., Les Suivais 
Celto-Ligures, dans Mélanges D'Arbois ; Sir John Rhys, Celtic Inscriptions 
(Proceedings of the British Academy, II), p. 78 sqq., 99 ; Id., Notes on tbe 
Coligny Calendar (lbid., III), p. 34,11. 1 : Sir John Rhys imagine, pour identi- 
fier la langue des inscriptions du midi gaulois, un Celtican, qui serait ligure 
ou goidélique. Cf. J. Loth, L'inscription latine de Géligneux ou le prétendu 
Ligure ou Celtican du Calendrier de Coligny, dans Comptes rendus de V Aca- 
démie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1909, p. 25 sqq. 

3. Pour être juste, il faut mentionner, en Corse, trois statues qui ne 
ressemblent pas à nos stèles: Espérandieu Recueil des Bas-reliefs, 23 ; E. 
Michon, dans Mémoires des antiquaires de France, volume du Centenaire, p. 
904. 



Noies d 'archéologie et de philologie celtiques. 443 

III 

Qu'étaient ces stèles? Les conditions de leur découverte ne 
permettent pas de réponse. Elles ont été trouvées isolées, 
détachées de leur milieu primitif ; deux d'entre elles avaient 
été utilisées comme matériaux de construction. M. U. Mazzini 
les a considérées comme des stèles funéraires. Je les ai com- 
parées aux stèles ombriennes de Bologne ', qui ont la même 
silhouette, mais remplie de décors et de scènes ; celles-ci sont 
funéraires. 

Une sorte de cippe à tête sculptée trouvé à S. Giovanni in 
Persiceto, près de Bologne dans un milieu villanovien, présente 
avec les stèles de la Magra une ressemblance plus frappante ; 
on suppose qu'il surmontait une tombe, mais la tombe n'a 
pas été fouillée 2 . Enfin on connaît des tombes du type de 
Golasecca, a Castello Valtraglia, province de Come, qui sont 
pourvues de stèles, absolument frustes, il est vrai 3 . 

Mais rien n'oblige en somme à supposer aux nôtres 
pareil usage. Qu'elles fussent idoles, ex-voto, termes, ou toute 
autre chose, le sens probable de l'inscription doit prévaloir 
sur les conjectures archéologiques. Que l'on veuille bien d'ail- 
leurs noter sur la carte la position qu'occupe Zignago. C'est à 
mi-chemin entre Vara et Magra, au cœur du pays montueux 
qui s'avance entre les deux rivières. Si l'on se figure une colo- 
nie répandue dans les vallées, c'est bien par là qu'elle pouvait 
avoir son « Sanctuaire du milieu ». A vrai dire, l'inscription 
ne vaut que pour la stèle qui la porte. Quant aux autres, la 
question reste pendante. M. Mazzini a signalé à la fin de son 
article la trouvaille à la Spezzia, en 1886, à côté d'ossements 
humains, d'une autre stèle portant un dessin en forme d'U, 
qui figurait sans doute un visage avec une extrême simplicité. 

1. O. Montelius, La civilisation primitive en Italie, Italie septentrionale, 
p. 366. M. Hoernes, Urgeschichle der bildenden Knnst in Europa, p. 642, 
note le caractère de statues que présentent ces stèles. 

2. Brizio, Notifie degli scavi ; 1891, p. 82 sq. ; le cippe est figuré //>/</., 
1893, p. 178. A. Grenier, 0. /. p. 516 ; cf. p. 415, fig. 127. 

3. O. Montelius, 0. L, p. 252. 



444 



H. Hubert. 



Malheureusement, aucune observation précise ne fut faite ; la 
pierre même est perdue et M. Mazzini ne l'a connue que par 
un dessin qu'il a reproduit dans un autre article, dont je dois 
maintenant dire quelques mots. 

IV 

Au moment même où M. Mazzini publiait son article, la 
découverte d'autres stèles, dans la même région, était parve- 




Fig. ii. — L'une des stèles de Fivizzano (D'après le Ballet tino di palet nolo- 
gia itàliana, 1909, p. 70, fig. H. 

nue à sa connaissance. Celles-ci ont été trouvées rassemblées 
dans une châtaigneraie, dénommée I Bocciari (paroisse de 
Cecina, commune de Fivizzano), sur les bords d'un sous- 
affluent de la Magra, le Bardinello, affluent du Bardine, affluent 
lui-même de l'Aulella, qui débouche dans la basse vallée de 
la Magra. M. Mazzini les a publiées en 1909, dans le Bulle- 
lino di paletnologia itàliana, p. 65 sqq., sous le titre de Stalue- 
menhirs di Lunigiana (fig. 1 1) '. Celles-ci étaientà leur place pre- 



I. O. Montelius, Vorklassische Chronologie, p. 18. 



Notes et archéologie et de philologie celtiques. ^45 

mière, dans leur position primitive: M. Mazzini est près de croire 
qu'on les a enterrées, pour les cacher, comme choses sacrées. 
Elles étaient plantées en file régulière, et cela, dans un ter- 
reau noir, qui révèle des matières animales décomposées. 
Sépulture peut-être ; mais peut-être aussi sacrifice. En ce qui 
concerne l'usage des stèles, cette nouvelle découverte n'élucide 
pas le problème, mais elle le complique à plusieurs autres 
points de vue. 

Statues-menhirs, pourquoi? 

Le principal argument de M. Mazzini pour faire de ces 
stèles des monuments celtiques est la ressemblance qu'il leur 
attribue avec ce que nous appelons des statues-menhirs. La 
taille de quelques-unes, la grossièreté de toutes et enfin leur 
isolement ont fait penser, dès l'abord, aux simples pierres 
levées, d'où leur nom 1 . Un certain nombre de ces monuments 
ont été trouvés dans nos départements du Tarn, de l'Hérault, 
surtout de l'Aveyron. On a comparé ces statues à certaines 
figures sculptées sur les parois de monuments mégalithiques. 
Ce serait le cas de parler de Ligures, ou plutôt d'Ibères, en 
considération de l'extension géographique de tous ces monu- 
ments 2 . M. Mazzini a parlé de Gaulois, sans doute parce 
que les statues-menhirs ont été trouvées en Gaule. Pour moi, 
j'ai contesté la ressemblance. 

La vue des nouvelles stèles me rend moins négatif. Ici, pas 
plus de cou qu'à nos statues-menhirs de France. Quant à la 
façon dont le visage est exécuté, de petites stèles, trouvées à 
Orgon 3 , dans les Bouches-du-Rhône, en donnent l'exact équi- 
valent C'est la même tète de chouette, en dessin cubique. 

1. J. Déchelette, 0. t., t. I, p. 587 sqq. Voir Leite de Vasconcellos, 
Esculturas préhistoriens doMuseu ethnologico Portugais, extraits de O Archeo- 
logo Portugais, 1912, n 0s 1-12. 

2. M. Hoernes, 0. 1 , p. 218 sqq. 

3. Espérandieu, 0. t., 123 ; A. de Mortillet, Les statues humaines d'Orgon, 
dans L Homme préhistorique, 191 1, n° 11. Sur les figures de la même famille 
trouvées à Trets (Bouches-du-Rhône), voir de Gérin-Ricard, Statistique 
préhistorique et protohistorique des Bouches-du-Rhône, pp. 8 et 91 ; Id., Les 
stèles énigmatiques d'Orgon et de Trets dans Mémoires de ï Académie de Vauduse 
1910. Cf. Revue des Etudes anciennes, 1906, p. 261; 1910, pp. 89, 189, 
908; 1911, p. 87, 452, 496 ; 1912, p. 75. 

Revue Celtique, XXXIV. 29 



446 H. Hubert. 

Mais sont-elles de la même famille que les premières? Il 
me paraît difficile de le nier. De part et d'autre, les épaules 
sont faites de la même façon et elle est caractéristique. C'est 
un bandeau horizontal qui forme encadrement ; de ce ban- 
deau descendent les bras, légèrement plies, les mains dirigées 
vers le milieu du ventre. La silhouette de la partie supérieure 
ne diffère, de l'une à l'autre série, que par l'interposition d'un 
cou aux stèles de la première '. 

En tous cas, les nouvelles stèles paraissent plus anciennes que 
les autres. Deux d'entre elles représentent des hommes et 
un poignard y est gravé, horizontalement, sous leurs mains. Ce 
n'est pas le poignard à antennes des stèles de Villafranca, mais 
un poignard d'aspect plus ancien qui fait songer à certains 
poignards de bronze 2 . 

Une première conséquence à tirer de cette constatation, 
c'est que les stèles de la première série semblables entre 
elles comme celles-ci, mais différentes de celles-ci par les 
mêmes caractères, l'exécution du cou, une toute autre façon 
de traiter le visage, sont à peu près contemporaines entre 
elles 5 . Il en résulte que la stèle de Zignago, à l'inscription, 
et celles de Villafranca, à l'épée, sont légitimement appariées. 

Mais, si les premières stèles sont celtiques, il faut que les 
deuxièmes le soient également ; cette conclusion vaudra tant 
que l'ensemble de la Ligurie n'en aura pas tourni d'autres. Si, 
d'autre part, les traits, par trop sommaires, de leurs figures 
permettent de hasarder une opinion sur leur date, il s'ensuivra 
que les Celtes se sont infiltrés dans le pays beaucoup plus 
tôt, peut-être dès la fin de l'âge de bronze, en tout cas, dans 

i. Il faut comparer tout particulièrement les figures 1,3 et 5 du pre- 
mier article de M. Mazzini avec celles du deuxième. La tête y présente 
la forme d'une demi-ellipse ; le visage y paraît coiffé d'une perruque ou 
d'un large capuchon. Il est inutile de recourir à l'ethnographie gauloise pour 
en expliquer l'aspect, comme l'a fait M. Mazzini (Monumenli Celtici, p. 17 sqq.). 

2. O. Montelius, /. /., attribue les stèles à la première période de l'âge 
du bronze. 

3. La stèle 4 de la première publication de M. Mazzini (Càmpoli) est 
intermédiaire entre les deux séries. La tête n'a pas de cou comme aux 
sèles de la deuxième série ; la main droite est armée de deux javelots 
comme aux stèles de la première. 



Notes d'archéologie et de philologie celtiques. 447 

le temps même où ils auraient commencé à s'établir, comme 
je l'ai conjecturé, au sud du lac Majeur, ce qui nous éloigne 
beaucoup plus encore que nous ne l'avions fait jusqu'à pré- 
sent, pour la date de l'occupation celtique des passes ligures, 
de la grande invasion et de Brennus. 

Enfin, si l'on réussit à établir que ces stèles sont en rap- 
port avec nos statues-menhirs, dont la place originale et la 
destination première nous est régulièrement inconnue, je suis 
tout disposé à rajeunir l'ensemble de ces derniers monuments 
et à les attribuer, eux aussi, aux envahisseurs celtiques de la 
Gaule. Ce parti me tirerait d'un grave embarras. Car il y a 
quelque outrecuidance à prendre pour jalonner les conquêtes 
des Celtes italiens des monuments, dont une civilisation ita- 
liote, celle des Ombriens, présenterait seule les équivalents. 
Certes les Gaulois d'Italie ont toujours emprunté beaucoup à 
leurs voisins 1 . D'autre part nous avons l'inscription. Mais je 
n'en suis plus à appuyer l'interprétation d'une inscription; je 
tire parti de cette inscription, non sans indiscrétion. 

H. Hubert. 

1 . La ressemblance entre la stèle deS. Giovanni in Persiceto (cf. plus haut, 
p. 443, n. 2) et les stèles de Ligurie est très préoccupante. Si le modèle 
de nos stèles est villanovien, une précieuse indication sur leur date nous est 
donnée par là. Elles sont antérieures à l'établissement de la domination 
étrusque dans le domaine villanovien, soit à la fin du vie siècle. Voir A 
Grenier, 0. /., p. 177 et p. 414 sqq. Mais d'ailleurs il y a peut-être lieu de 
comparer nos stèles avec les figures de bois de Châtillon-sur-Loing (S. Rei- 
nach, La Sculpture en Europe, p. 42) et quelques autres monuments infini- 
ment grossiers de la Gaule propre. 



NOTES ÉTYMOLOGIQUES. 



1. Irl. lotisse 'fidèle', v. bret. toruisiolion gl. fidis. 

Dans son lexique du vieil irlandais (p. 258) Ascoli a 
placé le mot torisse 'fidèle' parmi les dérivés de la racine siss- 
en composition avec les deux préverbes io- et air-; torisse serait 
donc en très proche relation avec tairissem 's'arrêter, tenir 
ferme'. Cette étymologie semble avoir été généralement 
acceptée; et les Irlandais eux-mêmes ont sans doute associé 
les deux mots. En conséquence de cette association la voyelle 
de la première syllabe de torisse et du substantif torisin gl. 
fidem est souvent changée en -a- {tarisse 'fidèle', tarissiu gl. 
fiiies) ; en irlandais moyen nous trouvons même tairisin au 
lieu de tairissem 'tenir ferme' (LL 72 b 22). Néanmoins, au 
point de vue de la phonétique et de la morphologie, tout 
s'oppose àcettc étymologie qui n'expliquerait ni la voyelle-o-, 
ni IV non mouillée de torisse, torissin (écrits souvent toraisse, 
toraisin ou taraisse, tarashi), ni les suffixes de ces mots ; des 
dérivés en -e et -iu de la racine redoublée siss- (cp. lat. sisto) 
seraient au moins très extraordinaires. Aussi, dans ma 
grammaire comparée j'ai préféré une autre anal) se; j'ai vu 
dans to-r-isse, to-r-issiu des dérivés de la racine indo-européenne 
*wid- 'savoir' avec les deux préverbes irlandais to- et ro- (le 
même ro qui apparaît dans ro-fitir 'il sait'), torisse serait donc 
'ce qu'on connaît', 'éprouvé' et puis 'fidèle'. Mais quand 
j'écrivais ces lignes de ma grammaire, j'avais oublié un mot 
vieux breton qui est la meilleure confirmation de ma théorie, 
le mot toruisiolion qui est, dans les gloses de Luxembourg, 
employé comme traduction du lat. fidis. Cette glose tranche 
la question. 



Notes Étymologiques. 449 

2. V. bret. toreusitgl. attriuit, gall. trewis -il frappa'. 

Le sens du mot v. hret. toreitsit semble différer un peu du 
gall. trewis; mais l'élément formatif -eu-, -ew- est si caracté- 
ristique que je n'hésite pas à identifier les deux mots ; trewis 
est le prétérit de taraw 'frapper'. La voyelle a de la première 
syllabe de taraw doit être une altération secondaire de Yo con- 
servé dans toreusit. On peut comparer, peut-être, Va du v. 
bret. dar-leber gl. pythonicus en face de tor-leberieti gl. phito- 
nistarum. Mais je ne crois pas que toreusit soit un composé 
contenant les préverbes to- et ro-\ je préfère l'étymologie de 
M. Lothqui compare lat. fera, gr. Tcipœ. 

Le mot celtique peut être à peu près identique augr. Topsûo 
'je ciselle'. Le type verbal en -eu- a évidemment joué un 
rôle assez considérable en celtique; dans ma grammaire II 38 
j'ai signalé comme restesde ce type les infinitifs gallois en -/// 
(dywedut etc.); II 494 j'ai comparé la racine irlandaise clo- 
'tourner' au gr. rcoXeiio), et c'est à ce cas que le cas de taraw : 
Topsûu est analogue. Quant à la désinence -aw de taraw 
(changée en -eu-, -ew- par l'effet de Yi de la dernière syllabe 
dans toreusit, trewis), elle présente la même forme phonétique 
que gall. naw, corn, naw, bret. nao 'neuf. 

HOLGER PeDERSFW 



VIEIL-IRLANDAIS AROSSA 



Le présent -tau, -ta, qui sert à la flexion du verbe d'exis- 
tence en irlandais, a été depuis longtemps rattaché à la racine 
*sthâ- « se tenir ». Comme le latin stô et le vieux slave stajg, 
l'irlandais -tâu remonte à un primitif *sthâ-y-ô. Nous savons 
par certaines formes du verbe substantif en français même 
que l'on passe aisément de l'idée de « se tenir » à l'idée 
d'« être ». 

La racine *sthâ- est bien attestée en celtique ; elle y a fourni 
un certain nombre de formations qu'on trouvera indiquées 
dans l'Urkeltischer Sprachschatz, p. 311 : irl. ar-sissiur « je 
m'appuie sur », sessam, sessed« fait de se tenir », samaigim 
(dénominatif) « je place », gall. sefyll « se tenir », irl. fossad 
« ferme », gall. giuastad « uni », irl. ross « promontoire » bret. 
ros « tertre », etc. Tout récemment, M. J. Pokorny a proposé 
d'expliquer de même irl. assae « facile » par un prototype 
*ad-sta-yo- (Kuhn's Zeitschrift, XLV, 138). 

Mais dans toutes ces formations, la racine conserve son s 
initiale et le groupe 5/ a le traitement régulièrement attendu. 
Il est vrai que Wh. Stokes rattachait aussi à la racine *sthâ- 
l'élément -tan de fintan « vignoble »,rostan «roseraie »; mais 
M. Kuno Meyer a montré récemment qu'il s'agit d'un mot 
ten «arbre » (Sitzber. d. kôn. pr. Akad. d. Wiss., 1912, 
p. 798). M. Pedersen a également supposé la chute de .rdans 
le mot tamun « tronc » qu'il compare à skr. sthaman- « lieu 
d'arrêt, place », v. h. a. stam (Vgl. Gr., I, 79); mais l'expli- 
cation n'est pas certaine, et celle, toute différente, que donne 
Wh. Stokes (Urk. Spr., 122) peut conserver des partisans. 



Vieil-irlandais « arossa ». 451 

Entre tous les dérivés de la racine *sthâ- le verbe -tau fait 
véritablement exception par la chute de Y s initiale. 

Mais il est permis de penser que cette chute est récente en 
celtique ; car dans un composé au moins Ys initiale paraît se 
retrouver. 

Dans le manuscrit de Milan, 96 a il, le latin maneat est 
glosé par un mot arossa, lequel est à son tour expliqué par fil 
archinn, mot à mot « qui est sur tête », c'est-à-dire « qui est 
réservé à». Ce sens apparaît plus net encore dans les Ensei- 
gnements de Scâthach à Cuchullin que publie M. Kuno Meyer 
d'après le manuscrit Rawlinson B 512, f° 118 b, dans les 
Anecdotafrom Irisb MSS, t. V, p. 28, 1. 1 4 : arutossa ollgabad 
« grand péril t'attend » et p . 30,1. 2 : ar ut bossa otharligi (var. 
-lighe) « un lit de malade t'attend » ' . 

On ne peut séparer arossa de artâ qui a exactement le même 
sens et s'emploie de la même façon, avec insertion de pro- 
nom infixe : is hed inso arathagl. reliquum est, Wb. 10 b 3; 
artâa gl. super (est) Sg. 215 b 4; arthâ crû ma chaladclmess 
« il reste du sang autour de sa peau dure » TBC, 1. 791 
(L. L. 61 335); arumthâ echtre dia tig « une expédition vers 
sa maison m'est réservée » Voy. of Bran, I, 25, 3 ; dornasc 
d'ôr aromtha « un bracelet d'or me reste » Sergl . Conc. (Ir. 
Text., I, 225, 1. 16); andsa piana ardomthaat « dures (sont) 
les peines qui m'attendent » Tenga bithnua (Eriu, II, 122, 
§ 61); ca hurbaid môr arnomthâ (lire aromthâ ?) « quelle 
grande catastrophe m'attend? » Tochm. Ferbe (Ir. Text., 
III, 474) ; issi caindell ardustâ in lia lôgmar lainerdâ « voilà 
la chandelle dont ils disposent, une pierre précieuse écla- 
tante » Sergl. Conc. (Ir. Text., I, 218, 1. 17); is tuilkd 
peine rosta (lire arosta) and « c'est une augmentation de peine 
qui les attend là » Fis Adamn. L. Br. (Ir. Text., I, 181, 
1. 21). 

1. Peut-être faut-il joindre à cette liste l'obscure phrase du Fianaigecht 
(éd. K. Meyer, p. 24) où Oisi'n dit à Find : nicon cumaing ar asnu, arumfosla i 
cridiu. On pourrait considérer arumfosta comme une mauvaise graphie 
de arumossa, avec une/ postiche et un / dû à l'influence de artd, -testa. Le 
sens seraità peu près : « il ne peut pas[m'atteindrej sur les côtes, il m'attend 
(ou m'est réservé) dans le cœur ». 



\)i J. Vendryes. 

La meilleure preuve du rapport qui unit a rossa et artâ est 
fournie par le texte même des Enseignements de Scâthach, où 
on lit dans le paragraphe d'introduction à la partie en vers : 
doairchechain Scâthach do iarimi anni aridmbiad « Scâthach lui 
prédit alors ce qui lui était réservé » (p. 28, 1. 11), avec une 
autre forme du verbe substantif, arhiu (cf. rofitir ni aridmbâi 
« il sut ce qui lui était réservé »Z. f. Celt. Phil. 111,44, 22 5 
cpcrl ind ncich aritmbûi « dire tout ce qui lui était réservé » 
R. Celt., XI, 448, 1. 81; aridbôi L. U 125 b 8; ardotbiL. 
L. 275 b 17, ap. K. Meyer, Contr., p. 114). Il faut donc 
voir dans arossa, arutossa, aussi bien que dans artâ, aromthâj 
un composé du verbe substantif. 

Or, arossa se laisse expliquer par un primitif *ar-od-stâ-, 
mais alors ne peut être rattaché au verbe -tân qu'à condi- 
tion de supposer le maintien de Ys. Il ne s'agit donc pas 
dans ce verbe d'une alternance ancienne *sthâ- *tbâ-, que 
d'ailleurs aucun fait indo-européen ne viendrait justifier; car 
en indo-européen la racine *stbâ- conserve son s dans tous les 
dialectes.il s'agit au contraire d'un accident récent, et spé^ 
cialement celtique qui a fait changer *stâ- en *tâ. Cet accident 
est probablement dû à la phonétique syntactique. 

J. Vendryes. 



BIBLIOGRAPHIE 



Sommaire. — I. Pol Diverrès, Le plus ancien texte des Meddygon Mydd- 
vei. — II. E. C. QuiGGiN,Prolegomena to the study of the later Irish 
bards. — III. H. Pierquix, Le poème anglo-saxon de Beowulf, Recueil 
général des chartes anglo-saxonnes. — IV. S. Friedmaxx, Ruedeger e 
Ferdiad. — V. Anecdota from Irish Manuscripts, vol. V. — VI. Rev. 
J. A. Geary, Five Irish homilies from the Rennes Manuscript. — VIL 
Bryan Merryman, Cûirtan Mheadhon Oidhche. — VIII. P. Sébillot, 
Le Folk-Iore. 

I 

Pol Diverrès. Le plus ancien texte des « Meddygon Myddvei ». Paris, 
Le Dault, 1913, cv-30op. 8°. 

In the title of thisbook Myddveiis written Myddveu, but the author 
has corrected this spelling in a passage in the body ol the work. 
It is a pleasure to call attention to this valuable book, which has 
been brought outby onewho is not only possessed of a compétent 
knowledge of Welsh, but who is also a trained student of médecine, 
familiar with the historv of that art both in modem times and 
in some of its earlier stages. In the first chapter, the author gives an 
account ofthe legendarv origin of the « Physicians of Myddfai » in 
Carmarthenshire from legends, which hâve been frequently 
published. In a note to p. xxvi of the Introduction, the bardic 
name of Owen Jones isgiven as « Myvvr »,\vhereas it is morecor- 
rectly written 'Owain Myfvr'. The account of the légal position of 
the physician at the courts of the Welsh princes is accurate and 
well-arranged and of service to the student of Welsh social insti- 
tutions. Next follows a collation of the text of Ab Ithel with 
that of the Red Book, of wich Ab Ithel's version professed to be 
a copy. Most of the errors of Ab Ithel are mistakes in slight 
points, but there are several errors that are serious. On p. 



454 Bibliographie. 

xi.vi ol' the Introduction the reading of Ab Ithcl (p. n 1. 10) 
arogîeu is doubtless right, since arogleu is a singular from which 
was afterwards mistaken for a plural. From this supposed plural 
the late singular arogï was made, but in Gwynedd and Powys 
dialects the singular ogla or hogla is still used. The old verb, as 
found, for example, in the Book of Taliessin, is arogîeuaf, not 
aroglaf. The list of Welsh MSS. dealing with médical matters or 
with botanical glossaries is very valuable. The same may also be 
said ot the studywhich the book containsof the linguistic peculiari- 
ties ofeach ofthethree MSS., of the Red Book, of Tonn and ofFen- 
ton. With regard to the former it isnot quite accurate to say on p. 
lxxiv that o in cido (ivy) represents the diphtong -ew of the Mod. 
eiâdew ; it is more probable that o is hère the représentative of a 
différent diphthong from -ew. It might also be stated that Modem 
ai corresponds to Mediaeval ei only in final syllables,or in mono- 
syllables where the diphthong is not followed by r, either alone 
or with another consonant.On p. lxxxiii gk in lygket stands for ngh, 
not for ng. The word kymhibeu on the same page is of interest as 
it supplies the origin of the word kymibiawc, which occurs in 
Kulhwch and Olwen.On p. lxxxiv it might hâve been stated that 
the spelling llyn with one ;/ is an anomaly, whereas tan, glin 
and dyn are regular. In pythewnos on the same page, it may 
be stated that pythewnos is not an instance of w for j but 
a separate pronunciation. The présent f in pythefnos has corne 
from a bilabial v, which has developed from tu. The use of the 
two lorms of r given on p. lxxxv depended on the form of the 
preceding letter. When the side of the curve that was turned 
towards the r was convex, the so-called \- form' was used. On 
the same page it is not enough to say that consonantal i was 
represented by i, it was also frequently represented by y, as in 
pilyonen, wich M. Diverres gives elsewhere. On p. lxxxvi the 
form gwneythyrl is doubtless a misprint. A useful analysis of the 
text ofthe Red Bookof Hergestis given. Intheaccountof the textot 
the Red Book it is not clear what is meant by saying that retto is for 
a more modem rydhao, since retto is the regular form for the Près. 
Subj. S. 3 of redec, and stands for *red-s-. The author suspends 
judgment as to the relation of the texts to one another, spending a 
fuller inquiry into the MSS. One must agrée with the author that 
neither the médical nor the folk-lore value of the work is 
very great. On p. 9 of thetranslation it may be stated that the 
Welsh 'v megir cleuydyru does not convey quite the shade of 
meaning in 'favorisent le développement des maladies*. On p. 10 ac 



Bibliographie. 455 

maedu in the text must be a misprint for ae maedu. The word 
mei on p. 12 sometimes occurs in Early Welsh literature in such 
phrases as mevicb mei, meiwyr and the like, but its meaning has 
never yet been ascertained ; at any rate it probably does not 
mean 'May'. On p. 14 it is probable that rodi kyuot means 'to 
give an emetic' : the author so translates this phrase on p. 21. On 
p. 24 the sentence after géedy retto means 'after the cauteries 
(llosceu) hâve run entirely along his veins (y wytheuy . On p. 28 ae 
gladuoe uon means 'and dig it from its root'. On p. 34 the passage 
beginning a gordyfneit gwaet is better rendered 'and draw the 
blood of her legs and ankles'. The word hurch on p. 36 is trans- 
lated i porc'' but is was probably meant by the author to by more 
specifically 'verrai'. The remedy for a snake bite well illustratesthe 
original magical basis of many of thèse recipes, since a hen had 
to be used in the case of a woman, and a cock in the case of a 
man. The reading of the Red Book given in the text on p. 50 
should be 6uyt and the expression ar y 6uyt means 'at meal- 
time'. On p. 52 aroglen should be arogleu. On the same page the 
curious expression '0 uagla pater occurs : it is not improbable 
that this is a corruption of 'O magne pater' . The words 'a iach 
wydy yn nostaf mean 'then shalt be always well'. The word nus 
(p. 56) is nowhere found in Modem Wales, butithas been rightly 
translated by the author hère. The English équivalent of it is 
'beestings'. The expression 'a lleihaa dy waef means, as the non- 
mutation of // shows, 'et diminue ton sang' not 'qui diminueront ton 
sang'. As for arment on p. 82, it seems most probable to regard it 
as a corruption of orpiment. On p. %/^craesset is probably the English 
'cresset'. There is ou p. 88 an interesting form embennyd for the 
brain, a form which also occurs on p. 102 and in the Red Book text 
of Brut y Brenhinoedd. On p. 90 the word al, if correct, may be 
Près. Ind. S. 2 from alu, and may mean 'deposits its young'. A 
comma has been wrongly printed after yn in the second line of § 1 26, 
p. 90. On p. 100 the words yny lit lys mean 'until he be infia- 
med'. On p. ioé there isan interesting use of the word achwysson 
in the sensé of 'symptoms'. On p. 108 the words y waet mean 
'his blood' and there is no occasion to doubt the reading. ltis inte- 
resting to find on p. 156 the comparative form iecach already in 
use for tegach. On p. 156 I6ydya6 = I6yda6, 'to turn grey'. The 
word od on p. iéo is probably a mistake in the MS. for or. In 
spite of the possibility of a différence of opinion on thefew points 
indicated, the translation deserves high praise,and the Glossary of 
the names of plants, the Bibliography and the Index show that 



45^ Bibliographie. 

the author lias a high conception of research as wcll as of his 
duty towards the reader. The work troughout shows the spirit oi 
the true scholar. 

E. Axwyl. 

II 

E. C. Quiggin, Prolegomena to the study of the later Irish bards 
1 200-1500 (The Proceedings of the British Academy, vol. V). 
I.ondon, gr. in-8°, 56 p. 

La littérature lyrique proprement dite siest développée parallèle- 
ment à la littérature épique de l'Irlande, du vm e au xvi e siècles. A 
l'exception de quelques pièces descriptives qui reflètent profondé 
ment l'amour des Irlandais pour la nature, la plupart des odes, 
qu'elles soient ou non d'inspiration religieuse, appartiennent au 
genre laudatit : éloge d'un saint ou d'un roi, matière peu variée où 
la tonne est plus remarquable que le fond. Un des plus anciens 
poèmes de cette espèce est le panégvrique d'un prince de Leinster 
nommé Aed,que conserve le manuscrit de Saint-Paul en Carinthie 
(ix e siècle) : mais on trouve cités soit dans les Annales, soit dans 
les traités de versification, des poèmes remontant au moins au 
vii c siècle. Jusqu'au commencement du xm e siècle, les poèmes 
panégyriques sont rares. Du xm e siècle au commencement du 
XVII e siècle au contraire, ils sont très nombreux et nous ont été 
conservés, rarement dans des recueils de poèmes ou duanaire, 
plus souvent dans des livres de famille contenant les poésies 
adressées aux chefs d'un clan. M. Quiggin énumère les principales 
familles célébrées par les bardes et trace le portrait du barde irlan- 
dais d'après Spenser, Thomas Smyth (15e i)et Derricke, Image of 
Irelande (1581). Il fait ensuite une comparaison entre la poésie des 
bardes irlandais et celle desSkalds Scandinaves et démontre qu'elles 
diffèrent en trois points : i° la mythologie, absente chez les Irlan- 
dais, fréquente chez les Scandinaves : 2 les récits d'expéditions 
outre mer qui constituent les thèmes ordinaires des Skalds et aux- 
quels les bardes ne font point allusion ; 3 l'imprécision des détails 
de la vie des chefs irlandais opposée à la précision des odes Scandi- 
naves. Les thèmes principaux des poèmes irlandais sont: la richesse, 
la beauté, la fertilité du sol, la bravoure; les élégies sont nom- 
breuses : on trouve aussi des pièces qui célèbrent l'épée, la ban- 
nière, le bouclier, le baudrier, le château du chef. Quelque imper- 
sonnelle que soit en général cette poésie, elle ne laisse pas de 



Bibliographie. 457 

fournir quelques renseignements pour l'étude des conditions 
sociales en Irlande. D'autre part, la technique complexe et com- 
pliquée témoigne d'un art raffiné. 

M. Quiggin traite avec raison, dans un chapitre à part, de la 
poésie religieuse. Les poèmes religieux des xiii c , xiv e et xv e siècles 
sont imités de ceux des siècles précédents, mais en diffèrent par 
l'influence visible qu'a exercée indirectement sur eux la littérature 
latine du moyen âge. Les sujets sont tirés de la Bible, de la 
Légende dorée, des Gesia Romanorum et comportent un certain 
nombre d'anecdotes pieuses du genre de celles qui nous ont été con- 
servées en prose. Ils sont venus aux Irlandais par des intermédiaires, 
sans doute par des homélies en prose irlandaise. 

En dehors du panégyrique et de l'ode religieuse, d'autres genres 
ont encore été traités en ces temps. Aucune poésie amoureuse ne nous 
a été conservée ; mais on trouve dans un manuscrit d'Edimbourg 
de courtes pièces satiriques ; M. Quiggin signale de plus des odes 
adressées par le poète à sa harpe, et un poème d'une inspiration 
touchante sur la mort de la femme d'un barde. 

Cette courte analyse ne peut donner qu'une idée imparfaite de 
cette étude claire et pleine de science sur un sujet neuf et complexe 
où l'auteur fait preuve d'une connaissance approfondie de la litté- 
rature européenne. En appendice sont publiés deux poèmes de 
Murrav O'Daly (vers 1241) et un catalogue des pièces contenues 
dans le manuscrit Rawlirison B. 514 et dans le manuscrit d'Edim- 
bourg LXIV. 

G. DOTTIN. 
III 

H. Pierquin. Le poème anglo-saxon de Beowulf. I. Introduction. Les 
Saxons en Angleterre. — IL Le poème de Beowulf. Texte et 
traduction. Paris, Picard, 1912, 84e p. gd. in-8. 
— Recueil général des chartes anglo-saxonnes. Les Saxons en Angle- 
terre (604-1061). Paris, Picard, 1912, 871 p. gd. in-8. 

Le premier ouvrage de M. Pierquin est essentiellement un 
ouvrage de vulgarisation. L'auteur n'a pas la prétention d'appor- 
ter des faits nouveaux sur la composition ou la date du fameux 
poème anglo-saxon, ni de corriger un texte désormais établi . 
Après quelques considérations sur le manuscrit du poème, l'auteur 
nous donne en deux livres un tableau de l'état et de la société 
saxonne, bien superficiel d'ailleurs et, à vrai dire, quelque peu 



45^ Bibliographie. 

inutile en l'occurrence. Tels chapitres comme ceux sur l'Ealdor- 
man (p. 264) ou sur le Witena Gemot manque réellement par trop 
de précision. L'auteur eût pu se dispenser de donner une telle pré- 
face à son livre : nous possédons de bons manuels pour l'étude des 
institutions anglo-saxonnes. Ou bien alors il eût fallu approfon- 
dir un peu la matière. Suivent ensuite le texte et la traduction 
(p. 381-590) : c'est sans doute la moins inutile partie du livre, 
encore qu'elle n'ait rien d'original. On trouve à la fin un exposé 
de la rvthmique anglo-saxonne, et quelques éléments de gram- 
maire anglo-saxonne, additions dont l'auteur eût pu s'épargner au 
moins la seconde. Tel qu'il