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Full text of "Revue celtique"

the ppesence of this Book 



n 



the]. m. kelly liBRARy 

has Been maôe possiBle 

thRouqh the qeneRosity 



of 



Stephen B. Roman 

From the Library of Daniel Binchy 



Digitized by the Internet Archive 

in 2011 with funding from 

University of Toronto 



http://www.archive.org/details/revueceltiqu35pari 



REVUE CELTIQUE 



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LreRARY 



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FONDÉE 

PAR 

H. GAIDOZ 
18701885 

CONTINUÉE PAK 

H. D'ARBOIS DE JUBAINVILLE 
1886-1910 



o 






6 

& 



DIRIGEE PAK 

J. LOTH 

Professeur au Collège de France 

AVEC LE CONCOURS DE 

G. DOTTIN E. ERNAULT J. VENDRYES 

Doyen de la Faculté des Professeur à l'Université Chargé de cours 

Lettres de Rennes de Poitiers à l'Université de Paris 

ET DE PLUSIEURS SAVANTS DES ILES BRITANNIQUES ET DU CONTINENT 



Année 1 9 1 4 . — Vol. X X X Y 




PARIS 

LIBRAiRIE ANCIENNE H. CHAMPION 
Edouard CHAMPION 

), QUAI MALAQUAIS (6 e ) 
19 I.| 

Téléphone Gobelins 28 20 



EDITEUR 



La réduction de la Revue Celtique dédie ce volume de la 
collection à 

M. ERNST WINDISCH 

qui accomplit en 1914 la soixante-dixième année de son âge. 



NOTES 

SUR LE 

PARLER BRETON DE CLÉGUÉREC 
(morbihan) 



S'il est banal de répéter que, derrière la façade régulière du 
vannetais écrit, il y a la bigarrure pittoresque de tous les lan- 
gages parlés, il l'est peut-être moins de dire que l'observateur 
est bien placé à Pontivy pour le constater une fois de plus. 
Les citadins n'y parlent guère le breton, il est vrai : ils 
l'ignorent totalement ou ne l'emploient que d'une façon 
incorrecte, quand ils y sont forcés par le souci de leurs inté- 
rêts commerciaux ; mais l'apport bretonnant est sans cesse 
renouvelé dans cette ville, point de jonction de divers pays 
qui lui envoient les journaliers et les servantes dont elle a 
besoin. Et si vous allez, par exemple, aux sermons du Carême, 
vous aurez le spectacle assez curieux d'une foule de femmes 
aux coiffes diverses — à quoi l'on reconnaît leurs paroisses 
respectives — serrées au pied d'une chaire du haut de laquelle 
un orateur prêche en un idiome conventionnel que toutes 
comprennent, mais que nulle d'entre elles, qu'elle vienne de 
Noyai, de Guern, de Cléguérec, du pays de Baud un peu plus 
éloigné ou de la région bas-vannetaise de Séglien-Guémené, 
ne parle, à vrai dire. 

Nous pensions que cette proximité ou, pour ainsi s'expri- 
mer, cette présence constante du territoire linguistique à 
explorer devait être mise à profit, quand la lecture de certains 
cahiers de vers 1 , en fixant notre attention sur le parler de 

i. Le 2 mars 1912 mourait à Pontivy un ancien instituteur, M. Julien 

Jouanno, né à Kerfulus en Cléguérec le 24 septembre 1840. Pendant toute 

une période de son existence — de 1862 à 1873 — il avait pris soin de 

consigner en vers bretons les faits qui lui semblaient importants de sa vie 

Revue Celtique, XXXV. 1 



2 E. Thibault. 

Cléguérec, chef-lieu de canton situé à u km. i 2 au nord- 
ouest de Pontivy, nous a donné l'idée d'aller l'étudier sur 
place, de compléter et de classer des notes déjà prises. 

Xous n'ignorons pas que l'aire des phénomènes linguistiques 
signalés plus loin ne se laisse pas strictement circonscrire, 
qu'ils se retrouvent presque tous dans le pays entier de Clé- 
guérec (canton moins Malguénac un peu écarté et surtout les 
paroisses bas-vannetaises de Séglientt de Silfiac), que certains 
d'entre eux aussi sont communs à cette région et aux régions 
limitrophes dont les parlers forment ainsi quelques-uns des 
anneaux de la longue chaîne ininterrompue des dialectes bre- 
tons ; mais nous avons tenu à signaler, chaque fois que nous 
pouvions la discerner, toute différence entre le breton de 
Cléguérec-paroisse ' d'une part et le vannetais littéraire tel qu'il 
est établi nommément dans les ouvrages classiques généraux 
(Grammaire de MM. Guillevic et Le Goff, i rC édition, diction- 
naires des mêmes et de M. Ernault) d'autre part — sans nous 
embarrasser d'autre règle, car notre prétention ne pouvait 
dépasser celle d'établir un parallèle entre les deux langages. 



PHONETIQUE 

A part quelques modifications très légères, la notation est 
celle que M. Loth a exposée dans les Annales Je Bretagne, n 1 ' 
de janvier 1896. 

Les voyelles sont i c a 11 ti (on français) œ {ai franc.). 

privée ou même de la vie publique. Ces cahiers de l'excellent homme, qui 
n'ont aucune valeur poétique, qu'assez peu d'importance documentaire. 
donnent en revanche des renseignements précieux sur le breton de Clégué- 
rec, qui lui revenait sans cesse sous la plume, car il connaissait mal le van- 
netais littéraire. 

1. 11 convient de dire qu'a l'intérieur même de la commune de Clégué- 
rec, il existe des variétés linguistiques. De plus le parler se transforme : 
sous l'influence grandissante du français, il perd des mots : les jeunes gens, 
qui ont beaucoup plus de relatious qu'autrefois avec les autres paroisses, 
en admettent les usages linguistiques et réagisseut contre les particularités 
anciennes. Ils disent, par exemple, plutôt myçcb que myacb, tille. (Voir plus 
loin. 1 



Notes sur le parler breton de Cléguêrec' } 

Le signe au-dessus de la voyelle indique la longue, " la 
brève. 

souscrit marque l'ouverture, . souscrit marque la ferme- 
ture. L'absence de signe diacritique marque que la voyelle 
est moyenne, pas assez caractérisée pour être notée des signes 
ouvert ou fermé. L'e sans aucun signe souscrit correspond à e 
franc, dans \e, petit. 

Le ~ marque la nasalisation de la voyelle qu'il surmonte 
Q — franc, in, œ — franc. //;/, etc.). 

y est Yi consonne (franc, yeux). 

w est Vu consonne (franc. b«is). 

■w est Vu consonne (franc, oui). 

Pour les consonnes, tous les signes employés ont la valeur 
du français. A remarquer que s représente toujours Ys du 
franc, soleil et que s = franc, ch dans cheval. 

Quant à la spirante dentale sonore, elle est marquée par </. 
C'est à peu près le th communément appelé doux de l'an- 
glais. 

h représente une aspiration assez taible ; h est donc, par 
application de la convention suivante, à peu près semblable à 
ch palatal allemand dans \ch, Echo ; ch est l'aspiration forte (un 
peu moins cependant que ch guttural allemand dans Nac/?t, 
ch du gallois). 

Le v souscrit marque la palatalisation : k (prononciation 
locale à Pontivy du franc, cœur), g (pron. loc. de gueule), d 
(franc. Dieu), t (franc, riens). De" même on a représenté par 
n le gn franc, de grogner, par /, 17 mouillée qu'on entend 
dans certaines parties de la France dans le mot bou/7/on. Le 
plus fort degré de la mouillure et de la palatalisation peut se 
marquer par la consonne affectée de „ et suivie de y. 

La petite lettre mise à droite d'une autre en haut veut indi- 
quer un son à peine entendu. L'on a mis entre parenthèses 
les lettres qui tombent accidentellement ou facultativement,- 
et, d'ordinaire, entre crochets les quelques mots ajoutés à un 
mot-exemple pour l'encadrer et l'expliquer mieux. 

L'accent tonique est indiqué par un accent aigu sur la 
voyelle qui le porte; quand il y a lieu, un accent tonique 
secondaire est marqué par un accent grave 



4 E. Thibault. 

Des différences de notation pour Le même mot corres- 
pondent à des divergences réelles de prononciation : c'est que 
le mot fut prononcé diversement par diverses personnes ou 
influencé par des contextes différents, ou, si la différence 
porte spécialement sur un son, c'est que, d'habitude, il est 
intermédiaire entre les deux sons marqués par les lettres prises 
isolément. Parfois les signes diacritiques ont pu n'être pas 
répétés quand il ne s'agissait plus, en citant un mot, d'il- 
lustrer directement telle ou telle modification phonétique. 

Les vocables du vannetais littéraire sont écrits, hormis des 
cas très rares, suivant l'orthographe ordinaire des derniers livres 
classiques de ce dialecte. 

Cl. = [parler de] Cléguércc. 

V. = Vannetais littéraire. 

En générai on ne relèvera que les cas où Cl. et V. dif- 
férent. 

A. — Voyelles et diphtongues. 
I. — a. 

a bref (V . e) : Cl. a tendance à ouvrir IV de V. au com- 
mencement et dans le corps des mots; il le pousse même à peu 
près constamment jusqu'à a devant r. Les jeunes, surtout 
dans le sud-est de la commune, réagissent contre cette ten- 
dance qui frappe les autres Bretons de Pontivy et les porte à 
railler. 

gïùarhèn, vendre; kaeh, avoine ; ar me loch, après moi ; myach, 
fille ; nacb, force. 

kam, trémie; legarnaî, étince.ler; Iwarn, renard; spam, des 
épines; starn, métier [de tisserand], harnais; tarn : V. lerù, 
taureau reproducteur ; en tarutts, le lendemain ; ne vam, n'im- 
porte . 

Pwa r SQ, il y a longtemps; parsô, curé. 

arw, sillon-; en ariï'eu, le chêne; bariveu, bouillir; hibarév, 
âpre; kandariu. cousin; kanitariu, cousine. 

askern, des os, etc., etc. 

Le mot ker ou kir devient lui-même kar parfois dans le sens 



Notes sur le parler breton de CUguèrec. ) 

de village et toujours en composition dans les noms propres 
de lieux. 

âesaived e pet ber gar-ma, 

il a été élevé dans ce village; 

Kargrïst, Kergrist; Karfeles, Kerfulus. [ par K palatal ; noms 
de lieux.] 

Remarque. — De même Cl. présente a dans al, stal : con- 
jonction V. èl, comme ; 

dans les formes du présent d'habitude de bet, être, devant m 
et n, 

bân ou ban, i re pers. sing. ; bam, i re pers. plur. ; ban(t), 
3 e pers. plur. ; 
et dans la particule démonstrative maÇn), ci : 

daman, par ici ; hinan, celui-ci ; breman, maintenant. 

aw : A Cl, ce que V. écrit au est généralement une diph- 
tongue âw ou âo. 

irâwk, avant ; pavot, garçon ; fâwt, faute, etc.; 

stal mi fâwt, comme il faut. 

Remarque. — Quand l'accent ne porte pas sur la diph- 
tongue — devant une désinence ou en construction syntac- 
tique — la deuxième partie semble prendre de l'importance 
au détriment de la première et l'on entend à peu près o, 

potréi, des garçons ; fotœw, des fautes; 

petre jo toch ? que voulez-vous ? 

Une remarque analogue peut être faite dès à présent pour 
d'autres diphtongues qui, devant une désinence, se réduisent 
presque à un son simple. Cf. plus loin : 

[en in e] nêyj, l'oiseau vole, 
et [/ ma /] ne x jâ(J), il est en train de voler. 

Cl. a gardé aiv dans : 

awtrù, monsieur. 

â : Cl. nasalise a dans : 
âde, là; (l'on entend aussi aïnt); 
à ne, enclume; 
mais dit aniver ou anïbir, génisse. 
Remarques. — i) L'on dit à Cl. 



6 E. Thibault. 

awal et non hâval, semblable ; 

haniy bel et non hânîbet, ne... personne; 

kàiinj, chanter, mais •///- ganen, un chant. 

(Cette dénasalisation semble générale quand l'accent quitte 
la voyelle nasale et se porte sur une syllabe assez sonore. Cf. 

râ, grenouille, plur. rànet, 
mais i ma i sa", il est en train de sonner [du biniou j, et sone'r, 
sonneur [de biniou] ; 

dihœn, éveillé, et dihunede, il est éveillé; 

ur mis, un mois, et mijât, [durée d'un] mois ; 

kestçu, des châtaignes, et ur gestenên, une châtaigne.) 

2) 11 relève plutôt de l'étude du vocabulaire de signaler : 

Cl. tâwçl pour V. tioèl, sombre. 



0. — e, œ. 

è (V. a bref) : Souvent là où V. présente a bref, Cl. 
(comme le bas-vannetais et une partie du haut-vannetais) a ê, 
surtout en terminaison ah, ah, al, al, mais aussi au commen- 
cement et dans le corps des mots. 

biskwech, jamais; givech, pire; nibech, nu; piuech, cuit. 

benek, quelconque; direk, devant; perek, pourquoi ; Nqivlyçk, 
Neulliac [localité]. 

(1 et ercl, autre ; kernel rel, autant, pareille chose ; givel, mau- 
vais, funeste. 

defaet, vêtements; liel, langue. 

in çrben, à la rencontre; eriw, arrivé; (g)çsel 3 aile; esten, 
étendre. 

bugele, des enfants; gelwèn, appeler; grçtat, promettre ; peli- 
kel, palette à retourner les crêpes; reslelat, râteler. 

segrèn, chagrin; sekèn, mâcher; sesèn, appuyer, etc., etc. 

Cl. dit vf, oui, pétrel quoi? mais nitra, rien. 

A la fin des mots Cl. a souvent f très ouvert, alors que V. 
note ê. Il convient de remarquer qu'il ne diphtongue pas cet 
f final comme le font certains parlers vannetais. 

ke, regret; kloge, cuiller à pot; lice, cuiller; le, veau; pe, 
paiement, salaire; re, trop ; se, robe d'enfant, etc. 



Notes sur le parler breton de Cléguêree. 7 

ye-ya bref (V. e) : A V. ë (disons dès maintenant que la 
règle s'applique à e et e brefs) correspond bien d'une façon 
générale Cl. yç (par ouverture yà. Voir I.) 

i° à l'initiale, 

yâch, neige; [gwin]ye'k, [vinjaigre ; 

2° après la plupart des consonnes, notamment b, p, v, d, I, 
m, ih, parfois/, / et r, qui deviennent palatales, 

byék, bouche ; bu pyék, votre bouche ; i vyek, sa bouche [à 
lui]; dyebçij ou gyebên, manger; dyék, dix (mais triâek, treize; 
pyardek, quatorze, etc.) ; intyermât, enterrement; myach, fille; 
erwyach, la fille; lyén, étang. 

Mais cette diphtongaison est restreinte, car elle ne se fait 
guère qu'au commencement des mots. Elle n'a généralement 
pas lieu devant n, non plus devant r et s suivis d'une autre 
consonne ni en terminaison : 

peu, tête; l'on ne diphtongue pas non plus dans ar me lach, 
après moi ; nach, force ; parsô, curé ; ariù, sillon ; barwet, bouilli ; 
est, moisson; fenest, fenêtre; rest, corbeille; test, témoin; 
reâek, courir; NeâeJeJc, Noël; lônet, des animaux; mabek, 
gendre, etc.. 

Nota. — Cest 17 voyelle qui semble être intercalé entre la 
consonne et Yç dans fiést, fête, sorte de danse ; piét, combien; 
pied er e? quelle heure est-il ? 

De cette diphtongaison l'on peut rapprocher sans doute la 
palatalisation beaucoup plus générale de g, k, puisqu'elle a lieu 
constamment devant ë (par ouverture a), même en terminai- 
son : 

[/ hà de] garhet [je vais] marcher; lach, avoine ; karti, tré- 
mie ; et de même begek, bêta, benêt ; gufeen, col, etc.; 
mais nous aurons à reparier de ce phénomène au conso- 
nantisme. 

Relevons dès maintenant pour e et e brefs soumis aux mêmes 
règles : 

yes, facile; ir mxes, dehors; er ger, la maison, le chez soi. 

On dit : un yer klà, un air malade, 
mais un er, une heure (IV étant long). 

kesl, quête; myern, même; rxcJiu, des raisins; tyciu, chaud ; 
mots où Cl. ë correspond généralement à Y. ë. 



S /•:. Thibault. 

Rk.marq.ues. — i) Quelques verbes à radical en a ont à 
Cl., sous l'influence de désinences, modifié cet a en e à cer- 
taines formes de leur conjugaison, quand \'a n'est pas en syl- 
labe tonique : 

me lar, je dis; mais lerdt, 2 e pers. plur. de l'ind. prés, et de 
l'impér.j part, passé ; 

min kar, je l'aime; mais pem behe krrc't, si j'avais voulu. 

Dans le verbe Içrct, dire, Ton ne trouve plus Va radical qu'à 
la 3 e personne singulier de l'indicatif présent. Les formes de 
ce verbe — qui prêtent à confusion avec celles de lêrât, déro- 
ber — sont communes à Cl. et à Neulliac, mais le peuple 
distingue les deux parlers en constatant dans celui de Cl. la 
fréquence de Va : V. ç (voir I.) 

2) De même Cl. a en e la 3 e pers. sing. du conditionnel et 
le pronom suffixe de la 3 e pers. plur. : V. é = e, 

megarehe, j'aimerais, je voudrais; 
dehç, à eux. 

3) La diphtongue est très ouverte dans le participe passé 
Cl. de monet, aller, 

eyt ou ayi : V. oeit, allé. 

a,) Cl. affecte un son simple ç très ouvert à V. ci dans : 

sëch, sept ; ëch, huit ; 

(D'ailleurs la terminaison ouverte aÇ) réduit V. ci presque à 
un son simple dans : 

/>/f' v y\/(/), crier [peu employé à Cl.]; )iç y ja(l), voler; skl( v jç(l), 
traîner, etc. Voir I aw, Remarque.) 
à ce que V. écrit parfois ac dans : 

1er, voleur ; 
à V. ea dans : 

ehi'is, affreux ; preb, paix; 
et le suffixe c(a)h, 

madelech, bonté ; râtelech, royaume, etc. ; 
(mais voir III i pour le correspondant Cl. de V. leah.*) 

e (V. ï) : Cl. a encore, comme le bas-vannetais, f qui, en 
V., est passé à i dans la terminaison iù = i:i\ 

beib, vivant; bewen, lisière, bordure ; dreïi* y coqueluche; 
gwew, sauvage; krç:ï\ tort; te.w t gros, épais, etc. ; 
ce qui donne tout naturellement 



Notes sur le parler breton de Clëguérec. 9 

bavas, nourriture; krewat, devenir fort, etc. 

Ve a persisté aussi dans : 
mçren, goûter de quatre heures; reâek, courir; steren, étoile; 
et s'emploie de préférence à i dans quelques monosyllabes en 
. V. ir et is, i%, 

giues, truie ; per, des poires; pes, des pois ; spes, clair, etc. ; 
de même dans : 

gule, vide. 

Remarques. — i) Pour V. es initial : Cl. yes voir plus haut 
à yë. 

2) Cl. e est resté fermé, alors que Y. présente e = e muet 
dans : 

bèt, monde. 

3) Cl. affecte un son simple (' à V. rte'dans 
Skoler ou shder, maître d'école ; 

et les mots analogues. LY tombant souvent dans ces mots est 
remplacé par une vague semi-voyelle; Ve paraît alors diph- 
tongue : 
skule?, maître d'école. 

e final (V. e) : Dans certaines finales Cl. a fréquemment 
un son intermédiaire entre e et e : V. é pour marquer la 3 e 
pers. sing. de l'imparfait de tous les verbes : 

m cm bive, j'avais ; me 1ère, je disais; 
la finale de la particule démonstrative se, là, des monosyllabes 
me pron. me, moi; pe conjonct. ou et adj. interrog. quel; re, 
pron. plur. ceux; (e)ù/e, aussi; 

anese, comme ça; dè(ii)me, à moi; nette, alors; pe paivd 
hibll quel garçon, qui êtes- vous ? er re-ma, ceux-ci; 
quelques terminaisons, 

are, de nouveau; bugele, des enfants; eme, dit[-il]; gelé, lit ; 
en eyl er gile, l'un l'autre. 

Remarques. — 1) Comme toute la région de Pontivy, Cl. 
a un e analogue à la 3 e pers. sing. de l'indicatif présent de bet, 
être, 

kl an e, il est malade. 

2) De même Cl. forme en e ou q> très ouvert les pronoms 
suffixes de la f 1 -' personne du pluriel que V. écrit e= e, 



ro /•• Thibault. 

genem, avec nous, 

dohem, envers nous. 

D'ailleurs V. ë en terminaison em semble être constamment 
a Cl. e ou <r très ouvert tendant plus ou moins à o (cf. Cl. 
arœm ou drom : Y. arem, airain ; CX.gorem : V. goarem, garenne ; 
Cl. myem : V. tnemb, même; Cl. pem rai : V. pemb real, cinq 
réaux, vingt-cinq sous; Cl. [veut ou [yoin : Y. tuent, chaud). 
C'est là, sans doute, le son qu'on trouve à la i re personne 
pluriel de l'imparfait et du conditionnel. Quant à la 2 K pers. 
plur. de ces mêmes temps, elle est en o. 

à très ouvert bref (Y . // ouvert) : Ce son très ouvert bref œ, 
nous l'avons à Cl. non seulement en terminaison em, mais 
généralement dans les monosyllabes ou en syllabe accentuée 
là où V. note d'ordinaire // bref, 

brœk, bruyère; brœm, brouillard ; bnrsk, brusque ; khyt, bar- 
rière; krœst, croûte ; fœst, fût; glœp, mouillé; hysk, envie; 
mœt, muet, privé de raison ; rœsl, rude; tœt ou ////, des gens; 
<rr(e)h, ordre religieux; 

daftœm, amasser; dispœt, dispute; menœt, minute; 
et aussi dans des mots où il correspond à autre chose qu'à 
V. u, 

grès, vite, abondant; heUyr. suie; kest, quête; /// fuyn. sus- 
pendu ; piysk, poisson, etc. 

Remarques. — i) Cl. a Le même son en fin de syllabe 
dans : 

ietœ ou sete, voilà. 

2) En syllabe non tonique ou dans un monosyllabe non 
accentué dans la phrase Cl. affaiblit presque en œ ou e divers 
sons du V. écrit : 

begûl, petit pâtre ; beiœn, tabac ; deskèn, apprendre ; deil'èn, 
pondre; elet, foyer; gelé, lit; hehyr, suie; kenèn, ail; kestèn, 
des châtaignes; ledit, cendre; meîèn, jaune; iiiesér, métier; 
ineni'ig, mie; pelig, bassin ; sebén, soupe; sedél, écuelle; 
seii'i, "des fraises; lerél, jeter; tevâni, auberge; vejèl, vigile. 

pe pehe pour a p'hu pehe, si vous aviez ; 

er pawl, bagyeâçou de klà ? est-ce que le garçon est malade ? 

avalœiv e âo ou de. il v a des pommes, etc., etc. 



Noies sur le parler breton de Clégûérec. 1 1 

œ accentué (V. ce) : Quant à Cl. a-, il est long et plutôt 
fermé : 

bœch, vache; dœr, eau; du, peur; ^ar, des chèvres; krcês, 
creux ; lœr, (un) livre, etc. 

L'on remarquera que, dans gar et hrr, Cl. œ correspond à 
V. é ou i -f- v. 

œ bref : Devant d et / il est ouvert et bref, suivi d'un court 
w. Alors V. eu représente à Cl. œw dans : 

fœïi't, fente; mœivl, bélier; sœivt, des vaches, etc. ; 
et dans la désinence du pluriel : 

lut, père : tadœiv, des pères. 

L'on a aussi le même son dans : 

Cl. incew : V. inean, âme. 

èÇV. è) : A Cl. l'on entend souvent la nasale de c alors que 
V. a une voyelle pure ou du moins présente diverses graphies 
pour la nasale. Ainsi Cl. présente constamment ç : V. é fermé 
long dans en final : 

ahèn(J), des bœufs; dm, homme; dnsèn, douzaine; gurèn, 
lutter; halèn, sel; kapitèn, capitaine ; 'l'en, lire ; mm, pierre ; 
plèn, plat; pwen, peine; vèn, flasque, etc., etc.; 
mais la nasalisation disparaîtra généralement devant une dési- 
nence (Voir I a) : 

pwen, peine; pwenyçn, peiner. 

A côté de cela, l'on a mènœiv, [2, 3, 4] pierres, pluriel occa- 
sionnel de mèn, pierre. 

L'on dit : 

men-gor, chevreau, 
et nous verrons (III t) qu'à V. en, oiseau, correspond Cl. in. 

Remarques. — 1) Cl. ê : V. e, 

raâèn, fougère. 

2) Cl. è : V. i, 

àkèn, chagrin ; borèn, borgne ; glçu ou Mèn, genou (mais 
dœwluï);kabusçn, capucin (plur. kabusènet) ; kèn, adv. [ne] plus ; 
korèn, de travers ; mahènet, estropié, etc. ; 
mais Cl. dit nielin et non melèn, moulin ; 

mitin et non mitèn, matin, comme à Baud. 



\2 E Thibault. 

3) Cl. è : V. écrit in, graphie française, dans : 

jardrèn, jardin; près, prince ; lardren, sardine, etc. 

.|) Cl. è : Y. (•/ dans les terminaisons que V. écrit ein, 
par exemple à l'infinitif, et que Noyai, entre autres communes, 
prononce en : 

kanen, laver; 
même correspondance dans le substantif 

kèn, dos. 

5) Cl. è : V. écrit emdans : 
pîp, peb er, cinq, cinq heures; 

mais on dit : 

pi'in rai, pem shvit, cinq réaux, cinq écus ; 
pemdçk, quinze. 

6) Cl. è : V. en en syllabe radicale, dans : 

(h)èt, chemin; prew, ver; pwlt, point; trek, aigre; wês, 
phalange (du doigt). 

7) Cl. è : V. écrit an ou ean dans : 
nèn, ciel ; r(Jj)èn, crin. 

Pour le correspondant Cl. de V. inean, voir plus haut œ 
bref. 

(V nasalise. A Cl. l'on a la nasale de œ (cf. français //;/) 
dans : 

brà'i, poitrine; dihcèn, éveillé (mais dihunei)', dilœn, lundi; 
drœjet, en chaleur, dévergondé; hlœjar, perdrix; pfœn, des 
prunes; pœs, puits; sœk, sucre; yœn, jeûne, etc. 

III. — i. 

ï'il' (V. nu) : Cl. semble présenter constamment Pw 3 alors 
que V. offre êù en terminaison : 

[kwçt] bi e w, bouleau; bli e iv, des cheveux ; kani e w, toison; 
li'w, lieue ; mi e w, ivre ; ri'û[cn], gelée ; swVïb, suif, etc. 

Remarque. — A V. r, écrit ea, correspond de même Cl. 
X e ou /" dans : . 

li'ch ou li*ch, lait. 

i (V. (') : Cl. a i à la fin de quelques mots généralement 
monosyllabiques, alors que V. présente d'habitude é ou h : 



Notes sur le parler breton de Cléguérec. 13 

i, particule verbale et conjonction : que, possessif : son, 
prépos. dans, et ses composés in, ir; mi, conjonct. que; anwir, 
génisse; bir, broche, et même adj. court; bli- y , année; i hà 
d'er gir, je vais à la maison, chez moi; il, ange; in, oiseau; 
kaâiuir, chaise; kir-, cher, coûteux; lir, cuir; Qj)wir, sœur; 
et surtout dans certains pluriels, 

bibir, des bâtons; kegi(r\), des coqs ; kihir, des chats ; tiyîÇr), 
des maisons; yir, des poules, etc. 

Remarques. — 1) Dans le mot bli>', par exemple, ïi est 
bien l'aboutissant de é très fermé, puisque l'on dit encore ble 
dans les expressions toutes faites, 

ur ble so, il v a un an ; 

er ble(a)-ma, cette année-(ci). 

L'on entend aussi loin dans l'expression pléonastique 

ben bin cnvach, pour demain ; 
et de même 

kin, aussi (comparatif). 

2) Vi terminant le mot est généralement prolongé par une 
sorte d'^(6'?): (Ji)ani y , celui; li>, maison ; er bli'\ l'année; 

et peut-être même parfois par une très légère aspiration qui 
expliquerait le féminin de ni?, neveu : nihxés, le comparatif de 
kri, crû, cruel : krihyoch; mais le féminin de ki, chien, est 

hyis. 

3) Cl. réduit à i le Y. ni dans : 

er mihà, le plus; niihoch, plus. 

Il est vrai qu'il dit en revanche hibisal pour V. bûchai, crier. 

-|) Cl. a i dans : 

inù, un ; 
et dans le pronom infixe de la y pers. sing. masc. : V. en, er, 

min kar, je l'aime. 

ï : L'on entend à Cl. ï (peut-être suivi de n ou d'une sorte 
de g) dans : 

mï(n)s, mois ; er mis erel, le mois prochain (mais ur mi"- 
jal, la durée d'un mois); ining, tiède; 
mais Yi semble pur dans : 

hivis, chemise de femme; 

vi(n)s, vis. 



i i E. Thibault. 

IV. — (>, u (iv, iv). 

o, u (Y. <.)) : Cl. a tendance à fermer encore davantage Yo 
fermé long de V. Devant la plupart des consonnes cet o se 
diphtongue curieusement (■//" ou m?) et parfois arrive presque 
à u en fin de syllabe et devant r : 

hoch, verrat ; kloch, cloche; pçch, cour; 

blu°t, mou; gru°s, gros, massif; ku°ch, vieux; lu°j, cabane 
[de sabotier]; morhuH, marteau; mu(r)hat, probablement; 
pu°t, pot ; ru°t, roue; su°t, sot; sku°l, école. 

hâvu, purin; bôw, particule affirmative : si ;brç ou bru, pays; 
gu, taupe; gwcfsç ou gwa r su, il y a longtemps. 

digur en ur, la porte est ouverte ; mûr, mer; fur, panse. 

Khmarquk. — Là encore, en syllabe non tonique, la diph- 
tongue revient vers la voyelle simple : er poâœûf, les pots ; en 
doryqsw, les portes, etc. 

{) bref : L'c» ouvert et bref à V. l'est aussi à Cl. 

dçrn, main (mais plur. deûrn); lyçch, courtil; loch, tourte 
de pain. 

Parfois le son de cet o se rapproche un peu de db plus ou 
moins ouvert devant /;, ch ; ;// : 

dlçh ou dlœh, truite ;yœch, tas; klom ou klœm, pigeon m ,sklçm, 
nœud. 

Remarques. — i) A Cl. les formes de la conjugaison de 
/'(•/, être, ne sont pas allées jusqu'à // comme en V. ; elles sont 
en o souvent très ouvert, quand l'accent tonique ne l'affecte 
pas. (Voir le dernier exemple de IL/' très ouvert bref, Remarque 

2.) 

me (/;', je suis; /;/*' wç, je serai. 

De même Cl. dit : 

/v// inç, pour lors ; 
et garde Yo bref des mots comme 

Pàlekost, Pentecôte. 

Cependant l'adjectif possessif est à la 2 e pers. plur. bit, votre, 
et à la 3 e pers. plur. //, leur. 

2) Cl. dit : 

poâer, quatre, féminin. 



Notes sur le parler breton de CUguérec 1 3 

3) Cl. : V. an dans : 
komos, commencer. 

4) Cl. : V. a dans : 

motech, servante ; Spinot, des groseilles. 

u (V. //) : Cl. u : V. 11 dans : 

ur, un, le (article); um ou um et un, particule réfléchie; 

awlru, monsieur; bîigat, lessive; bugele, des enfants; sudart, 
soldat ; 
et même : 

iûsentil (malgré tœt, gens), des messieurs, etc. 

Remarques. — 1) Cl. dit : 

daman, par ici; mais dede,par là; dehôn ou duhon, par là-bas. 

2) Cl. dit : 

skriviw : V. skriit, écrire. 

: Cl. : V. an dans : 

beleyô, des prêtres ; Zjj'à", vite; kôsort, garçon d'honneur ; 

il 10, un. 

Remarques. ■ — 1) Cl., ainsi qu'une grande partie du ter- 
ritoire vannetais, termine en ô le pronom suffixe delà 3 e pers. 
du sing. masc. Alors Cl. ô : V. o(it), 

dehô : V. dehou, à lui. 

2) Pour le reste, sauf réserve faite à I â, Remarque sur la 
dénasalisation, l'usage de Cl. coïncide avec celui de V. 

•iv, iv : Nous retrouverons w, w au consonantisme. Disons, 
dès à présent, que V. écrit les diphtongues oa, oé, oné, oui. 
Cl. dit généralement wa, zve, wi comme dans: 

klwar, frais ; fzyer, foire; spiui, liège, etc; 
parfois we dans : 

Irwet, pied ; 

\eriw e in\ ïuçl, [il est arrivé en | âge ; 

aâibe, aiguille ; amber^ génisse, ^etc. 

(Cf. pour cette dernière prononciation comme assourdie la 
corresDondance de V. uà Cl. œ. Voir II et aussi plus haut IV 
de xnrh, tas; klom, pigeon, etc.). 



[6 E. Thibault. 

B. — Consonnes. 

Il est quelques faits, — que l'on trouve d'ailleurs isolément 
dans beaucoup d'autres parties du territoire vannetais, — 
dont l'ensemble domine le consonantisme de Cl. et lui 
assigne une forme générale . 

I. Ainsi la plupart des consonnes précédant certaines 
voyelles de la série palatale se joignent intimement, pour ainsi 
dire, avec elles, la langue s'appuyant au palais pendant l'ar- 
ticulation. Il en résulte les phénomènes que nous avons déjà 
rencontrés (Voir A II, xç-xa l'rcf.) : 

a) de ce qu'on pourrait appeler l'iotacisation intervenant 
après certaines consonnes pour diphtonguer parfois les 
voyelles brèves e, e, e et a développement de V . ç en ye, xç, \y et 
ya. Assez peu étendu, ce phénomène est pourtant caracté- 
ristique de Cl. parmi les autres parlers de la région de 
Pontivy. Il a déjà été relevé au vocalisme. S'y reporter pour 
les exemples (Voir A II, yè-ya bref.); 

/') de la mouillure affectant l surtout dans les combinaisons 
gl, bl, kl devant e, e, e, œ, //, même a, 

Ixén ou l(x)çn, étang; mais on dit letat, insulter; 

awglen, lavoir ; glqzp, mouillé ; re hlœp, trop mouillé; 

klach ou klach, chercher ; / hà de glach, je vais chercher ; 
glas ou glas, vert; glaw ou glaw, pluie; 

f) delà palatalisation proprement dite affectant h, chtx sur- 
tout g, k à peu près constamment devante, ç, e et a développe- 
ment de V. ç, <r, /', //, quand les voyelles palatales ne sont 
pas suivies de m ou de n. Le k, g est aussi très palatalisé dans 
la terminaison ik, ig, 

niiljxrl, des filles ; pefoyœw, des pièces. 

er chyi, le chien; i ta chyawl, le soleil vient. 

gùfo, des lièvres; er ger 3 la maison, le chez soi; re gir, trop 
cher ; gwiryone, vérité ; i hâ de garket, je vais marcher. 

kcslni, deschâtaignes; farts i des cerises; knrç, vicaire; feach, 
avoine. 

peivik, riche; pifr, pie; un tamife, un petit morceau, un peu 
(pi. lamigivïi 1 ) ; etc., etc. 



Notes sur le parler breton de Cléguérec. 17 

Remarques. — 1) Cependant Cl. ne palatalise le g ni dans 
get, ni dans les combinaisons de cette préposition avec le pro- 
nom, ni dans les pluriels en gœib autres que ceux en 

igqew, ni dans le mot digçr, ouvert. 

k n'est pas palatalise devant la terminaison ϕb du pluriel ; 
il ne l'est pas non plus dans ke, regret; kemener, tailleur ; kement, 
autant ; kemeret, prenez ; ken ou kin, aussi ; kenœiu, des noix, etc. 

(Dans les cinq derniers mots Ye est suivi, en effet, de m ou 
de m.) 

Il l'est dans : 

piW), grand. 

/; n'est pas palatalise dans : 

hthet, des éclairs. 

2) Dans le mot Klegerek, Cléguérec, le g s'est confondu avec 
y et l'on entend Kleyerek. De même nwgçt, tumée, se rap- 
proche parfois de moyet ; /w(/) glas, mare verte, a donné 
Pidyas, Puyas [nom de lieu]. 

On relèverait peut-être le même phénomène dans le suf- 
fixe ig suivi d'une désinence et c'est sans doute par suite d'une 
confusion analogue, mais agissant en sens inverse, que le corres- 
pondant Cl. de Y. eau, il, est devenu ye, dye, gye. 

II. Il y a à CL, comme ailleurs, assimilation — comme 
fusion — entre eux des sons juxtaposés : 

la consonne forte devenant douce devant une voyelle, 
la consonne faible devenant forte après une autre consonne 
forte, 

pèp, mais pm çr ; nlâk, mais pè(p) vlâh : cinq, cinq heures, 
cinq sous ; 

saïùeT, levé, mais saïbeo çch, vous êtes levé ; dçij, à moi, 
mais hre(f) rèn, dites-moi; uœr, eau, mais glœp-Tœr, ruisse- 
lant ; 

Bihà, petit, mais kwi(f) vihâ, bonnet sous la coiffe ; Bras, 
grand, mais hê (/) ou hc vras, grand route; 

yes, facile, mais ye& e, c'est facile; 

Benek, quelconque, mais drai(Jz) ?enek, quelque petite chose; 
Guk, gorge, maisûfra(£) Kuk, mal à la gorge; etc., etc.; 

mais on dit à Cl. : 

ech De, huit jours (et non pas eih Te). 

Revue Celtique, XXXV, 2. 



iS /:. Thibault. 

D'ailleurs la règle n'est pas absolue. L'on dit, par exemple : 

de se(t) Dài ebet, il n'y a personne, 

presr c, c'est prêt; etc. 

Remarque. — Il arrive qu'une forme occasionnelle détrône 
la forme primitive originelle. C'est ainsi qu'on va jusqu'à dire 
- par fausse analogie, sans doute, zvec[tnen i] çch pet ? où 
avez-vous été ? et en généralisant, — 

klâ we Ft'/, il fut malade; 

beâ c pet sitdarl, il a été soldat. 

Ces remarques générales faites, l'on peut relever dans le 
parler de Cl . les particularités suivantes sur les consonnes : 

d — â intervocalique — ~. 

Cl. a, d'une façon constante, à intervocalique à l'intérieur 
des mots ou, en construction syntactique, à l'intérieur d'une 
phrase, là où V. présente d ou, d'autres tois, ~. Pour pronon- 
cer ce â la langue reste en arrière des dents ; cela est vrai sur- 
tout du d qui correspond à V. % et qui sonne parfois, surtout 
chez les enfants, presque comme r ou n. (Cf. Cl. hiïtiw, 
aujourd'hui : V. hiriit, hiuiù; praâcew ou prarœw, des prés; cr 
suhœ ma da ou ra, la semaine qui vient, prochaine; a?âe ou 
a>iie, là.) Il semble bien aussi aller de temps en temps jusqu'à ^. 

aâwer, aiguille ; bodeew, des tourîes; gedo, des lièvres; haden, 
semer; logoden, souris; pedèy, prier.; praâœw, des prés ; rectçk, 
courir; sadorn, samedi; iectçl, écuelle. 

bed es, il v a ; eycbn me, pour moi ; faseâ ou, je suis fâché ; 
mal bras e âoeh, il est grand temps pour vous; pe fotehe âçch, 
si vous vouliez ; et même me do, je suis. 

aâeyt, asseyez- vous; bidqeiù, anneau; fodrl, tossé ; kradeu, 
griller; leâœw, remède; rodel, instrument à étendre la pâte des 
crêpes. 

Remarqua. — i) L'on dit : 

dœwâeh, douze; tridek, treize; bweâek, seize; mais pyardçk, 
quatorze; pemdek, quinze; tià"dek, dix-neuf ; 

car, en effet, le d n'est pas ici intervocalique. 

2) Les formes Cl. brectek : V. bréreg, beau-frère et peseren 
ou peseâemV . peche\en, pèche [fruit], témoignent sans doute du 
flottement entre r. ./ et occasionnellement ;. 



Notes sur le parler breton de Clêguèrec. 19 

3) Nous retrouverons très fréquemment ce <f (parfois 0P ro " 
venant du / (d) au chapitre des mutations. 

4) Surtout en syllabe non accentuée, il arrive que le d 
intervocalique tombe complètement : 

sœlat : V. chitdellad, écuellée ; 

ya am : V. la dam, oui dame, oui certes. 

Comparer aussi Cl. prêg ou prêk à V. predeg, sermon. 

En revanche d et d persistent à Cl. dans des mots où ils 
ont disparu en V. 

budal, sourd; brandelqew, béquilles; bredi, corbeaux; et, 
peut-être, dimeâèn, marier (dans certaines chansons). 

5) ^ final peut tomber : 

\de se] kal : V. \nen des chet] kal%, [il n'y en a pas] beau- 
coup ; 

surtout en construction syntactique : 

via fal, via wal : V. bla^ fal ..., mauvaise odeur, bonne 
odeur. 

4(i)-iQ)-[gh-h-ch]. 

Le d palatalisé se confond parfois avec ,i, r , 

brèdi ou bregi, des corbeaux ; 

d'en dyas ou d'en gyas, en bas. 

La forme geben s'est même substituée à dyebèn, manger, 
et le verbe se conjugue régulièrement sur cette nouvelle 
forme. 

V. goarigeh, loisir, est à Cl. gorgyçch ou gordyech. 

(Remarques. — 1) Nous avons vu plus haut que g, entre 
deux voyelles, pouvait par occasion se changer en y. En 
revanche et de même, ainsi que nous le disions, que Cl. 
emploie dye, gye pour V. eau, 

il dit aussi badegen ou badeyen pour V. badéenl, baptême; 

Imgyoch ou budyoch (V. boiiiorh), chevreuil. 

2) Nous verrons au chapitre des mutations que, dans 
certaines positions, le g non palatalisé devient spécialement 
guttural, 

er ghat, le lièvre.) 

De même k arrive à ne plus guère se distinguer de /, surtout 
devant e, 

tyem ou feyem, chaud; infxrnuàt ou ink\rnnàf, enterre- 
ment ; 



20 }•'.. 'Thibault. 

a^yen ou atyen, cependant, tout de même. 

Rhmarq.ues. - r) Cl. ne connaît que la forme : 

toriganet : V. korriganed, korrigans, lutins. 

2) Au chapitre des mutations nous verrons que le k initial 
se change parfois en ch qui, pâlatalisé, tend un peu vers s. 
Ce ch, nous le rencontrerons lors même que /; est étymo- 
logique danscertaines constructions syntactiques : 

i la chyawl, le soleil vient. 

De plus signalons dès à présent l'aspirée /.' se plaçant 
devant la voyelle dans certains cas. Cf. l'expression 

iiicij me ncuô : V. mé me muni, moi tout seul, moi-même. 

v — / — w — w. 

Cl. a parfois à l'intérieur des mots entre voyelles la bila- 
biale w ouiù, là où V. écrit v, 

ûwal, semblable; ewit, pour; sewi, des fraises; etc. 

Re.marq.ues. — 1) Cl. a Viu (// consonne) entre voyelle 
et / dans : 

gawlot, fourche; 

Yïu entre r et voyelle dans : 

Karwes, Carmes [nom propre de lieu]. 

L'influence de w(w) explique aisément les contractions actu- 
elles : 

Cl. gwel : \'. govél, forge; Cl. gor, plur. gœr : Y gavr, pi. 
géur, chèvre; Cl. lœr : V leur ou livr, [un] livre. 

En revanche, dans Cl. genewer : Y. genvér, janvier, un <■ est 
venu appuyer le ïv. 

De plus, Cl. dit : 

h%vu : V. anho, purin. 

2) Pour ces mêmes consonnes en construction svntactique, 
voir le chapitre des mutations. Disons dès maintenant 
que Cl. a souvent /, w, w là où V. a uniformément v. 

3) Le w final, tombé à V. après une nasale, l'est aussi en 
général à Cl. et ne reparait pas toujours devant une dési- 
nence. Ex.. : 

iu là, veut, pi. intàyô. 
Cependant l'on dit : 
inœw, âme ; prèib, ver. 



Notes sur le parler breton de Cléguérec. 21 

j 

Le groupe V. %i est à Cl. y (généralement après e et /) : 
ilijœû', des églises; krejœw, des chemises; hwejœw, des 
croix; laburijÔ, des ouvriers; lejiw, lessive; marhaâijo, des 
marchands; parefœw, des paroisses; //r/af et Irejadur, con- 
trat de louage pour la durée du travail agricole et l'ouvrier 
engagé par ce contrat; etc., etc. 

Remarques. — 1) L'on dit aussi (en dehors du groupe 

S)! 

a bajœiï) bras, à grands pas; kawjœw ou kaw%œw, des paroles ; 

pwej, poids, plur. pwejœw; 

mais l'on dit : 

a%iar ou aâiar, de dessus, mutation de diar. 

2) Il arrive que, d'une façon générale, le j prenne la place 
du â intervocalique. L'on entend : 

ajeyt ou adeyt, asseyez-vous ; 
bijabonen ou bidabonen, taon ; 
lejœw ou Icâœii', remède. 

3) Le groupe ~/ se présente le plus souvent dans les plu- 
riels et précédant les désinences eu et on ; donc les formes 
V. i~ieit et i~ion sont à Cl. ijœïv et ijo. (Voir formation du plu- 
riel.) 

s, s. 

Cl. suit l'usage général et prononce s (alors que V. écrit 
s) devant p, 1 . Il fait de même souvent devant h : 

spam, des épines ; spes, clair ; spiyen, épingle ; guspin, 
gamin . 

starn, métier [de tisserand]; stçren, étoile ; estent, étendre. 

mêmes Ira, de même. 

(L'on peut même entendre — en construction syntac- 
tique — 1ère mes loch, je vous ai dit, remplaçant l'ordinaire 
Jere me tochï) 

biskwech ou biskwech, jamais ; skolç : V. skolaér, maître 
d'école ; 
et — mais rarement — 

isméel pour ismêet, effrayé. 



2 2 /-.'. Thibault. 

D'ailleurs sh a fait presque toujours place devant e, i et ni 
à s, 

siirch, fatigué ; sinà, grenouille ; swiy, répandre ; 
(l'on dit pourtant skel, échelle) ; 

en construction svntactique aussi. Par conséquent les tour- 
nures 

n'en des ket, ne hues kel, il n'a pas, vous n'avez pas, 

et d'autres analogues sont devenues : 

nen de set, ne ibt set, etc. 

Remarques. — i) Pour les cas où /, en construction svn- 
tactique, devient s, voir mutations : 

hu saii', votre cheval ; 

bu sardrên, votre jardin. 

2) Par généralisation, sans doute, Cl. dit en toutes posi- 
tions : 

tibwçsat, chasser; tibwesûr, chasseur. 

Disons, par occasion, que Cl. a : 

sirèy (V. cherreiri), ramasser, 
et prononce sas le pluriel de foi, chien, que V écrit chas. 

I, r. 

Cl. confond assez souvent ces deux consonnes, emploie 
l'une pour l'autre ou les deux concurremment, 

(a)el : V. aer, couleuvre; Inidal, sourd ; rai, rare. 

keryô, des mouches ; krwç : V. khuer, crible ; Margenek, 
Malguenac (localité]; meriô, trèfle ; meryô, des fourmis. 

atia(J) et ana(r), souffle; deryaw et delyaw ou delyar, feuil- 
lage; melit et merit, mérite. 

[fceltri, Jtertri et même feentri, famine (Voir plus loin ///-;/) j 
etc. 

Dans les groupes //.', rh, après une voyelle, ou bien / et r 
passent souvent après l'aspiration au milieu des mots : 

echlwe, clé; gochlèf}, laver; gochlet, matelas; 

ou bien / et r tombent complètement; c'est le cas le plus 
fréquent — et général après a — à la fin des mots : 

débet, vêtements; yach, bourse. 

bçch (V. borh), bourg; gach, talus; keich, avoine; ar me 
loch, après moi ; lyoch, courtil; mach : V. mark et mouialh, 



Notes sur le parler breton de Cléguérec. 23 

étalon et merle; myech ou myach, mihyet, fille, filles; uach, 
force, etc. 

Il est vrai que, devant une terminaison, / et r réapparaissent 
d'ordinaire : 

yalchat ou yarchat, [contenu de la] bourse; fearbek, champ 
d'avoine; etc. 

Même hors de ce groupe, au milieu des mots, IV n'existe 
pas dans : 

adrâ, derrière ; ebet, aucun ; 
ou s'effrite dans gwa'so, il y a longtemps ; so rl -se, cela. 

Mais c'est surtout à la fin des mots, dans le langage cou- 
rant, après une voyelle et spécialement après e, i, a que / et r 
tombent presque régulièrement. 

Après e, i et //,cesdeux consonnes sont alors remplacées par 
un son vague, difficile à noter, prolongeant la voyelle qui 
précède ou formant comme une diphtongue avec elle (Voir 
A III /, Remarque 2.), 

harha(J\ aboyer; !ie v ja{l), voler [oiseauj; skra'impa(l), 
hennir. 

awe(V) e ra, il fait du vent; de(J), des feuilles; ebe(l), pou- 
lain ; Meke(l), Michel. 

lanbi(l), ajonc; lô i'i{l), vilaine bête. 

inaw(l), mauve ; pikoÇ), grand; pu(J), mare. 

— ana(r), souffle. 

aiiufeÇr), temps ; i hâ d'er ge{r), je vais chez moi ; hâteÇf), 
moitié; bàteleQ), chandelier; korveÇr), hibou; mese(r), métier. 

¥&(/), des chats; klehiÇr), des cloches; yi(f), des poules. 

i bâcle Wu(f), je vais à Mur-de-Bretagne [localité]; maga- 
(fu(r), nourriture ; plijaâu(f), plaisir; etc. 

Remarque. — Il arrive même que Cl. n'ait plus guère 
conscience de 17 ou de IV primitif, puisqu'il ne le rétablit pas 
toujours devant une désinence : 

collectif de(l) ou plur. ordinaire de l yœib, des feuilles. 

(Il est vrai qu'on dit aussi delyq'iu, d'où sing. delyqeiOen, 
[une| feuille. Il s'agit là, sans doute, d'une confusion avec 
delyaiv.') 

hâteleÇr), chandelier ; mese(r), métier, plur. bàtele'yœïb, 
mes~fyœw. 



24 E. Thibault. 

D'autres fois — considérant que la terminaison vague e? 
est d'ordinaire une réduction de er — il lui arrive, par 
scrupule et fausse analogie, d'ajouter indûment un r à des 
mots terminés en e ou /', disant par occasion : 

aâibcr, aiguille ; çchlwer, clé \kalwer et kelweryô, charpentier, 
charpentiers; 
même : 

kçÇf) (V. ké), regret ; klogçr, cuiller à pot; et newer, nou- 
veau. 



;• /;;/ 



liai. 



Uvulaire, fortement roulé, semble accompagné d'une légère 
aspiration à Cl. dans : 

r(b)à, grenouille ; r(h)èn, crin ; r(b)îila(l), rouler; R(Jj)wà, 
Rennes, etc.; et aussi dans m(h)e, de nouveau. 



Signalons pour m Cl. kom% : V. kon\, causer. 

Cl. n remplace V. / dans : 

anema, anese, anehôn, comme ceci, comme cela ; 
partois aussi dans hentri : V. kertri, hellri, tamine. 

A Cl. Yn semble se substituer à V. à dans : 

kole tant : V. kohîé terit ou tarù, taureau reproducteur; 
peut-être parfois à â : V. ^ dans : 

âne ou Sde, là. 

Remarques. — i) Palatalisé d'ordinaire, il termine le pro- 
nom personnel de la i re pers. sing. dans les expressions : 

de(n)-men e : V. dein mé é, c'est ci moi; 

men eive : V. me eue, moi aussi ; 

men me hcnà, moi tout seul, moi-même. 

Il sonne dans la syllabe initiale de : 

indâ : V. édan, sous; intâ, veuf; 
mais ne s'entend pas dans : 

biivçh, outil ; lisrrxtyiï, draps de lit ; Neâekk, Noël ; peibijc, 
riche. 

Cl. est parfois indécis sur l'emploi de n dans quelques mots 
tels que : 

nech ou çrb, nid : 



Notes sur le parler breton de Cléguérec. 25 

hâve mes (n)çhyœiv, j'ai trouvé des nids ; 

aâive ou nadibe, aiguille. 

(Cf. Cl. làdonen : V. andonen, andain.) 

2) n final partage le sort de certaines autres finales à 
Cl. : il tombe assez souvent ou est à peine entendu dans : 

gurè(n), lutter ; halè(n), sel; lyè(n), toile; 
surtout en construction syntactique, 

dè(n)-me, à moi ; er miti(ii)-ma, ce matin; etc. 

Après à final, n sonne parfois légèrement : 

nà", faim ; râ", grenouille. 

Si, après 0, il est muet à la fin des mots, il reparaît devant 
une désinence ou, en construction syntactique, devant une 
voyelle : 

inô, un, mais mar a inônih, plus d'un sans doute ; 

prene mes inôn eïve, j'en ai acheté un, moi aussi ; etc. 

REMARQUES COMPLÉMENTAIRES SUR LES VOYELLES, 
DIPHTONGUES ET CONSONNES. 

En passant en revue le vocalisme de Cl. nous avons remar- 
qué (voir A II.) que, de même qu'une voyelle peut se dégra- 
der en syllabe non tonique, elle peut aussi le faire en con- 
struction syntactique, lorsque le mot, dont elle fait partie, ne 
porte point l'accent de la phrase, puisque le parler populaire 
ne s'occupe guère que de la phrase à l'exclusion du mot : 

er païut, ha gye do ou dz klâ? est-ce que le garçon est malade ? 

stal pE pebe : V. èl p'hon pehé, comme si vous aviez. 

Bien plus les voyelles peuvent encore disparaître complète- 
ment avec les consonnes qui les accompagnent (surtout avec 
d et v intervocaliques), donc avec des fragments de mots ou 
même, nous le verrons plus loin, des mots entiers : 

selat : V. chudellad, écuellée ; 

dadoch : V. devadoh, vers vous, chez vous ; dehat ou dahat : 
V. devéhat, tard ; guel : V. govél, forge; kàneâen : V. haniveden, 
araignée; etc., etc. 

Il arrive aussi que les sons de deux voyelles juxtaposées se 
rapprochent l'un de l'autre par l'interposition d'une tierce 
voyelle ou la modification de l'une d'elles : 

trawàset (tra ou treu aset), assez ; 



26 E. Thibault. 

diwçhi (dihoallef), prenez garde ; dioiel (diwesel, diùacheî), 

les deux ailes; 

i iven ou i uuyii ou i wen : V. é oen, j'étais. 

Cl. supprime aussi parfois la voyelle initiale, 

bach (abarli), dedans ; 'n hu Jçele : V. en hou kulé, dans votre 
lit; ';/ •///■ cernât : V. en ur cernant, en se lamentant; wictoch 
pour eiuidoch, pour vous; etc. 

Ces élisions et contractions sont extrêmement fréquentes à 
Cl. où l'on rencontre, pour les voyelles, surtout l'élision de e 
à peu près atone disparaissant, pour ainsi dire, entre deux 
syllabes. 

(A cette élision de e l'on peut ramener, sans doute, la sup- 
pression du verbe substantif dans les phrases du tvpe : 

[yen/ er plat, le plat est chaud ; 

rôd er gôt, le compte est rond ; 
et celle de e final dans les formes du verbe bel, être, ce qui 
tend presque à établir deux conjugaisons parallèles, 

i hu'ii pet ou i hwe pet, il ou elle avait été, il ou elle fut; 

mem bugulenet ou mem bzve gulenet, j'avais demandé.) 

Mais l'on relève aussi d'autres chutes de vovelles : 

( e : bohrw : V. boelleu, des boyaux ; goâigenœw : V. goedigen- 
neu, des boudins ; gol bel : V. goal ou goel bel, très loin ; krâ- 
puhen : Y. kranpoêhen, crêpe ; kniel : V. krouéet, créé ; kuhet : 
Y. koéhel, tombé; sarat : V. charriât, charroyer; etc., etc. 

a : golen : V. goalen, verge; gorem : V. goarem, garenne; 
koris : V. koarei^, carême. 

i : àpi(~ô : Y. unpoiti~oii, poison; ker'kej : V. karrikel, 
brouette ; mar'nadœiv : V. marinadeu, culottes. 
(La particule verbale i se supprime parfois : 
ma tàj nuviel, il faut que j'aille ; 
çch i hzuon eive ? vous y allez, vous aussi ?) 

n : drâi : V. durant, pendant. 

w : en ander-ma(n) : V. en anderù-men, cet après-midi. 
Quant aux consonnes doubles des terminaisons V., elles se 
simplifient constamment en une consonne simple dure : 



Notes sur le parler breton de Cléguérec. 27 

burap, agréable ;fasip, tout à fait semblable; fenest, fenêtre; 
Jîastet, écrasé ; fonap, vite; kâp, chambre; sis{t), cidre; [gye] 
vep : V. \ean e\ %èbr, il mange ; yôt, oncle ; 
et ne reparaissent généralement pas devant une désinence. 
L'on dit bien au pluriel potret, des garçons ; mais, à côté de 
cela, l'on ne connaît que les formes burapoch, plus agréable ; 
fenestœù.*, des fenêtres ; fonapoch, plus vite ; gyebpi : V. dêbrein, 
manger ; kàpœw, des chambres ; yôtet, des oncles. 

Cl. — comme tout parler populaire — fait encore bien 
d'autres élisions et contractions difficiles à codifier : les procli- 
tiques se fondent avec le mot suivant ou disparaissent (la néga- 
tion ne étant presque toujours supprimée, la préposition se 
contractant souvent avec l'article) ; les terminaisons, verbales 
ou autres, sont réduites : 

anewi des : V. aneonid en des, il a froid ; gleive ket ? : V. ne 
çleuel ket ? n'entendez-vous pas ? 

arvri : ar er vri, sur la lisière du champ; ger ivam : V. or/ 
ervam, avec la mère; 

bed è s awe(î) : V. bed es aiiêl, il v a du vent; iv e" des : V. 
ivet en des, il a bu ; ur sopina sis : V. ur chopinad cbistr, un 
verre de cidre ; sir en ur : V. cherret en or, fermez la porte ; 
keme-se : V. kement-sé, cela ; 

marsehat : V. marséerhat, très probablement; nwerâ kehqt : 
V. nhouian ket erhat, je ne le sais certes pas; 

pa se tréma : V. ne pas chef irémen, pas par ici ; près ker : V. 
prest kaer, tout prêt, préparé; etc., etc. 

Comme nous le disions déjà plus haut, avec la voyelle dis- 
paraît souvent un mot entier, peu important, il est vrai : 

(/) ma thj monçt : V. é ma ret d'ein monet, il faut que j'aille. 

po ke bara ? V. ri hou pou ket bara ? vous n'aurez pas, vous ne 
voulez pas de pain ? etc. 

La métathèse intervient aussi pour modifier le langage. 
Elle présente un important phénomène, celui qui met l'aspi- 
ration avant l'articulation au lieu de la laisser après celle-ci 
(voir plus haut /. r pour les exemples); elle forme à Cl. très 
normalement : 

berder, des frères ; Bertonet, des Bretons ; freyur, filleul ; 
kerdaj, croire; kôpern, comprendre; pernèn, acheter; etc.; 
et arrive même, avec la fantaisie individuelle, à faire 



28 E. Thibault. 

premoch de pfmçch : V.penmoh, cochon; 

perdeben de penderben, d'un bout à l'autre, complètement; etc. 

11 convient de signaler encore : 

les contusions souvent bizarres qui se produisent entre les 
mots : 

giùir(J])olô : V. guenholon, septembre (confusion avec gwir, 
vrai?); ilaves : V. intanvé^ et déformation du français enton- 
noir, veuve et entonnoir; kalô-gwâ: V. kalan-gouian, 
novembre (confusion avec kalô, cœur); kupap (confusion avec 
le franc, capable), capable, habile ; 

la pénétration de l'un par l'autre : 

golol (de golo influencé sans doute par la terminaison du 
mot franco-breton volet, couvercle), couvercle ; 

l'incertitude qui règne sur des formes voisines les unes des 
autres, 

adile, naâwe, aiguille; ech, nech, nid; piponel : V. pouponel, 
poupée ; skopèn etsklopen, cracher; 

la fréquence du pléonasme : 

a gos le berek? pourquoi ? (littéralement à cause de pourquoi ?) 

/v// Un arwach, pour demain (répétition de ben) ; 

la gaucherie d'expression (le mot qui ne vient pas est rem- 
placé par haui Y , hanial. Cf. français machin, machiner); 

l'emploi déconcertant du mot français de préférence au 
vocable breton et cela, d'habitude, sous sa forme la plus 
vulgaire et triviale : 

me(ui) bulom dans le sens de mon mari; 

barabà (du nom propre Brabaui), charrue moderne (genre 
Brabant); 

er vapœr, la machine à battre (à vapeur); 

kuyô, timide ; lagut, eau-de-vie ; sâ n dut, sans doute, probable- 
ment, évidemment; saset, censément, pour ainsi dire; etc., etc. 

Quand on aura considéré tout cela, on se persuadera sans 
peine que, déjà dans sa forme extérieure, celle des mots — 
abstraction faite d'ailleurs et du vocabulaire spécial inconnu 
de V. (il est peu étendu) et des quelques variantes grammati- 
cales — , le parler de Cl. est assez loin du V. littéraire. Ceux 
qui l'emploient reconnaissent eux-mêmes qu'il est un peu 
inculte et « brutal » : kri-pa$t } tout cru. 

(A suivre.) E. THIBAULT. 



THE BREAKING OF Ê IN SCOTCH GAELIC 



The treatment oflrish e before a broad consonant has been 
recently discussed by Quiggin, Revue Celtique XXXIV, 61 ff. 
The object of this paper is mainly to supplément his by fur- 
nishing a considérable number of examples of the change from 
one dialect; and, sofaras possible, to establish what the condi- 
tions are under which the change takes place. In the Irish dialects, 
with the one or two exceptions mentioned by Quiggin p. 61, 
the change from e to a, with preceding palatalisation, was 
completed long ago. In Scotland, however, the original sound 
oie is quite gênerai. For that reason an examination of the 
treatment ofëin one of the Scotch dialects is more likelv to 
throw some light on the history ofthesame vowel in Ireland. 
As to the date of the 'breaking' in the later countrv, it seems 
dilfîcult to secure any data. The spelling of borrowed Irish 
names is not less conclusive than the use of the digraph ea. 
The latter proves nothingas to the pronounciation oîe. At the 
présent dav fear is written in Scotland, but the pronouncia- 
tion ot rhe word is fer; there is, so far as I can see, nothing 
to show that the early use of the digraph in Ireland is any 
more signilicant ior the actual sound of the vowel. The a 
merely indicated the timbre of the following consonant. 
It is scarcely conceivable that an examination of rhyme in 
mid. Irish verse can help to décide whether the change in 
the pronounciation of e had already taken place. But a 
point for considération is this. Till the sixteenth century 
intercourse between the Gaelic-speaking population of Ire- 



}o /. Fraser 

land and Scotland was very close. They had certainly only 
one literature, their poets were trained in the same schools, 
and the différences in the spoken language must hâve been 
even fewer and slighter than they are now. If the 'breaking' 
of c had at that time been anything like gênerai in Ireland, 
it seems difficult to suppose that it should not hâve spread to 
the dialects in Scotland. As it is, it seems most likely that the 
change of c to à in the Scotch dialects took place quite inde- 
pendently of that in Ireland. If anv weightcan be attached to 
this argument, \ve should hâve to put at least the completion 
of the change in the latter country ata comparatively late date. 

In the following I shall give a fairlv complète list of words 
containing l (representing of course both original ë and 
'umlauted' /) from mv own dialect. Where there is no sta- 
tement to the contrary it will be understood that the pronouncia- 
tion referredtois that current in that dialect (N. Inverness-Shire). 

It is commonly statcd that in Scotland ë before a dark con- 
sonant is pronounced as an open c,^'. Pedersen VergJ. Gramm. 
I, 40. This is very lar from being the case. The actual state 
of affairs is much more complicated. We can distinguish the 
pronounciation ot ê as 1) / (closed), 2) ç (open), 3) 0, 4).'//, 
5) ç(closed), in (with verystrong palatalisation of the prece- 
ding consonant), and 6) e (open). 



1 . — È ij 



m 



tneas 'judgmeant, esteem', •< mess. Hère, oï course, there 
can be no question of the influence of the old -u of the stem 
ending. It is equally impossible that the change oft' to i can 
hâve been duc to the geminated s following, for the influence 
of ss on a preceding vowel is quite dirïerent. cf. 3 below. It 
is tempting to suppose that the pronounciation of the word is 
due to theanalogy offios 'knowledge' . The two words belong 
to the same category ot" ideas. and analogical interférence 
would be ail the easier on account of the similarity of the 
genitve case ot the two words, measa, feasa, at an earlier 

1. In the Island of Lewis the follovins; words hâve .111 open /'. 



The breaking oj ë in Scotch Gaelic. ji 

period. This explanation, however, though satislactory tor 
meas, will not serve inthe case of other words in which l lias 
been treated similarly. 

meas 'fruit' <C mess can scarcely owe its % to the analogy 01 
meas 'opinion'; nor does any other form suggest itself which 
could haveserved as a model. 

measa Svorse' (often written phonetically miosa) < messa, 
might, as Bergin suggests to me, owe its pronounciation to 
the compound misde. 

measg, measgach 'mix', ameasg 'among' <C mesg-, is a déci- 
sive case. Hère there is no apparent possibility of analogical 
interférence. We musttherefore say thatcin asyllable beginn- 
ing with m andclosed by ss, orby a consonant group beginn- 
ing with s, becomes i. 

lu meadhon 'middle' < medôii the same change takes place . 
This is not the regular development of ë betore dh, but the 
character oFthe following syllable makesthe example unique, 
so thatit is difficult to say whether the représentation of tfis 
normal or not. It is true that there is no apparent source of 
analogical influence. 

2. — • É becomes o (open), perhaps through the stages 
an, -in, before a medial labial spirant ' : deambau d'ÔJii 'devil', 
seabhag sçjIc 'hawk', sleamhuin sïçdn 'slippery', treabhadb trçzk 
'ploughing', leabharïm 'book'. 

In sleamhuin the apparently earlier stage slau- is still heard. 
In leabhar /''//- is the commonest pronounciation. Probably in 
both cases the / is responsible. In reamhar râuzr 'thick, 
fat', too, to the initial consonant is due the rétention of the 
-a-. In treabhadb, it is true, -r- had no such effect, but we can 
explain the divergence by supposing that only voiced /' had 
the etïect of preventing the change to o. There is one ex. ot 
ë >> o before r : searg 'wïther' sçrçk. 

3. — - E becomes o (the sound in Eng. Hall) betore a 

i. In the cases under 2, 3 and 4 where e is followed by a spirant, the 
change in the qualitv of the vowèl is. of course, due partly to the spiran- 
tisation oi the followins consonant. 



32 /. Fraser. 

medial voiced spirant guttural or sucha spirant followed by / 
(the vowel being lengthened in the latter case) : leaghadh 
lifrk 'melting', teaghlach t'olay 'househould'. 

In seangan içyan 'ant', teanga foyi, sreng, strç-f 'string', the 
development is the same '. 

The pronounciation of meadhg 'whey' wavers between this 
and the following class. 

4. — E becomes i du before dh : 

feadh jpu 'among' ', feadhainn fijnih 'some. The same deve- 
lopment of ë is found in bl'eoghan bbun 'milking' <C blegon, 
meadhg mijuk 'whey', and, as lias been said, in leabhar 'book'. 
In meadhg it may be regular ; in the other cases it is difficult 
to account for. 

The same treatment of ë is found in certain words 
before geminated /, geall g'Jitl 'promise', seall &ul 'look', 
steall stdul 'splash'. In meall 'deceive', meall 'lump', on the 
other hand, we hâve au, cf. p. 36. The diphthongisation 
of broken e is regular before // as before un when final or 
when another consonant follows, that is in a closed syl- 
lable. So, meall miaul 'deceive', meallta miaultd 'decei- 
ved', ceann kaitn 'head', but mealladh niiahk 'deceiving', 
ceannach kanay w 'buying'. In open syllables we hâve no 
diphthong. The same rule holds in geall, seall, steall too, 
but the vowel in open syllable is not a but (closed), 
ghealladh içkk 'would promise', sealladh'soljk 'sight', stealladh 
st'obJc 'splashing'. The analogy of the treatment ofë before nn 
as in teann l'a nu 'light', teannadh t'aipk 'tightening' seems to 
indicatethat the character of the initial consonant is notres- 
ponsible for the différence of treatment. I hâve no explana- 
tion to offer. 

5. — In a number of words ë has become e (closed) : 

a) before s ( <C old ss), or a consonant group beginning 

'. . In ceangal the pronounciation i> ftçil (with open nasalised 0). 



The breaking of è in Scotch Gaelic. 3 3 

with s : cleas c feat', deas 'right', cas 'waterfall', easbuig 'bishop', 
feasda 'for ever', feasgar 'evening', fleasgach 'young man', 
freasdal 'providence', seas 'stand', seasg 'dry', teas 'heat', treas 
'third'. 

The change does not take place in leas 'need' in ruig a leas 
'require', where e is open . 

b) before a voiced stop ' except final d, beag 'small', beadradh 
'fondling', breab 'kick', eadar 'between', eag 'notch', eagal,fea- 
gal 'fear', eagîais 'church', feadan 'whistle' 2 , freagar 'answer', 
geadas 'pike', leag 'throw down', teagamh 'doubt', teagaisg 
'teaching' 5 . 

E before finale seems to remain open normally, so in cead 
'permission', cncad 'groan', nead 'nest'. 

6. — We now corne towhat is by far the commonesttreat- 
ment of e\. e. as e (open) or ia. In the cases mentioned in 5 
there is scarcely any variation. Hère, on the other hand, in a 
certain number of words, the current pronounciation wavers 
between e and ia. It is onlv hère that 'breaking', properly 
speaking, has taken place, or is taking place. To a certain extent, 
in this classof words the progress of the process can be easily 
followed . 

There are three groups of words tobe dealt with, a) those in 
which only e (open)occurs, b) those in which only ia occurs, 
andc) those in whicli the pronounciation varies between e and 
a broken sound. 

a) Only e is found in : beau 'woman', beau 'touch', beat ha 
'life', bleath 'grind', breac 'speckled', breamas 'mischief, breath 
'judgment', cead 'permission', ceap 'last', ceathramh 'fourth', 
cheana 'already', cleath 'pôle', cncad 'groan', creathal 'cradle', 
eanchainn 'brain', /mr'man', fearann 'land', gearan 'complaint', 



1 . That is a historical voiced stop . In the modem language ail thèse 
sounds hâve been unvoiced. 

2. And/tWon theanalogy of feadan. 

3. InBreatain wehave a solitary example ot> before a breathed stop (now 
y/). In leaba with l'a insteadof?, thevowelis due to the plural leapaichean. 

Revue Celtique, XXXI'. 5 



] \ J . Fraser. 

lean 'ibllow', /ga^need', leath 'half , leathan 'broad'j leal c with 
you', meanbh-'smsXY , mear 'active', mearachd 'mistake', nead 
'nest', neamh 'heaven', peathraichean 'sisters', sean ' 'old', 
sreath 'row', streap 'climb'. 

b) ë is la only in : bealach c pass', bealaidh 'broom', bealtuin 
'Beltane', beann 'peak', beannachd 'blessing', /".w// 'gap', ceard 
'craftsman', cealg 'treachery', ceanas, ceanalta 'kind', ceann 
'head', ceannach 'buy', cearc 'lien', cearcal 'hoop', ceatr 'left', 
ceart 'right, ceatharnacb 'troop', dealachadh 'parting', dealan 
'lightning', dealbh 'picture', deall c àew',dearc 'berry', dearc'see', 
dearbh 'certain', dearg 'red', deantag 'nettles', dearsag 'glare', 
eabbra 'Hebrew', cala 'swan', eaîadh 'skill', eallach 'burden', 
(d)eallag 'bat', earb 'rob',earball 'tail', earrach 'spring', earraid 
'tip-staf, earrann 'part', feannag 'hooded crow', fearg 'anger', 
fearn 'aider', jearr 'better', geai 'white', geamhradh 'winter', 
gearr c short', gleann 'glen', greann 'scow\',leanabh 'child', îean- 
nan 'lover', meall'âeceive, meann ( kià', sealbh 'possessions', sealg 
'hunting', searbh 'bitter', speal c scy the', teann 'tight', tearô l ra.te: 

The above lists furnish material for some very clear infer- 
ences. But before a detailed examination of the examples is 
made, attention must be called to certain forms which throw 
some light on the cause of 'breaking'. The forms which I now 
proceed to examine belong to a class ol words in which the 
change from e to a is actually taking place. For the word 
(i)steach, now for the most part monosyllabic, there are two 
pronounciations, stç, and i/V/with very strong palatalisation of 
t. Such a pronounciation as stçy is not known. The reason is 
quite clear. The word for housein this dialect is declined : n. 
a. sg. tç, g. sg. tri, d. sg. tri. Equally commonly the d. sg. 
/p/is used for the n. a. sg., just as in the W. Cork dialect the 
dat. sg. tigh, pronounced tig, is used for the nominative and 
accusative. In the Scotch dialect which we are examiningthe 
old nom. sg. teach lias lost its final spirânt on the analôgy o\ 
thegen. and dat. sg. where slender gh is regularly silent. 
That this is so is proved by another peculiarîty of the form 
le. The/ should properlv be slender, but in this word it lias 
not gotthe excessively palatalised pronounciation which cha- 

i. l'or sean- in compounds cf. p. 37. 



The breaking of è in Scotch Gaciic. 35 

racterises slender t in this dialect '. Hère again the nominative 
has been influenced by the genitive and dative taighe, taigh 
which préserve the old vocalisation found in the Wûrzburg 
Glosses. The adverbial si' ach shows the normal development. . 
The word was isolated from the noun paradigm and escaped 
its influence both in respect of palatalisation and of the loss 
of the final spirant. The form sic must be considered to be 
a new formation basedon then. n. sg., and,so far as the loss of 
the final spirant is concerned, supported by the other adverb 
(i)slaigh slPi, Svithin'. 

This example, as well as some others, show that normally 
c before*:/./ becomestf with strong palatalisation of the prece- 
ding consonant. This effect of the breathed guttural spirant 
on a preceding vowel must be taken closely in conjunction 
with another. It is well known that in unaccented syllables 
the vowel written a is 2. To this rule there is an exception. 
When a represents an old long vowel as in the terminations 
-ag and -an representing earlier -ôc and -an, a retains its 
quality though, of course, shortened. Thus ârâu 'bread', 
(Munster (a)rân), crânàk 'churn', (Munster, çranog). But 
there is yet another exception, a retains is qualiry before final 
ch. Hère the parallel treatment in Munster Irish is very strik- 
ing. In the latter group of dialects the gênerai rule of accen- 
tuation for disyllabic word s is that the accent falls on the 
final syllable when it is long, otherwise on the first syllable, 
thus câpil 'horse' but g(f)ran 'complaint'. But when the final 
syllable is -achit takes the accent, even when the first syllable 
is long, thus tuirseach, lursây 'weary' 2 . The reason doubtless 
is that the spirant ch allows the voice to rest on it and thus 
produces the efïect of a group of consonants. The same fact 
accounts for the 'breaking' of c before this spirant in Se. Gae- 
lic. In steach, t is slender, ch is broad. Butfor the greater part of 

1 . Similarly strong palatalisation is of course found in other Scotch dia- 
lects, in Ireland,e. g. in Connaught and, as Quiggin tells me, in Manx. 

2. In regard to this point I hâve had the advantage of examining the 
collections of Professor Loth who will shortly publish, Rev. de Phonétique, 
1913, a detailed study of the accent in a W. Cork dialect. For the similar 
treatment of final vowels in Donegal cf. Quiggin, A Dialect of Donegal,v>.a. 



36 /. Fraser. 

the time the syllable takes to pronounce the tongue is in the 
position for cb, y. Thus ail that is left of the original vowel 
of the syllable is the palatalisation of /. Where, as in tç, the 
spirant has disappeared, the e remains. 

We may therefore expect to fïnd thatë has become a before 
a consonant or consonants which permit the voiee to rest on 
them (excluding the groups mentioned on p. 37). This is 
actually the case as an examination of the examples given 
above will show. Quiggin mentions /. c. some groups of 
consonants and double consonants before which the change 
takes places. A iuller list is given hère. 

E is broken to la before : 

a) nn ' : banni, canin, feann, gleann, greann. 

b) rr : cearr, carrait, gain, dearrsadh 2 . 

c) m : beam, fearn. 

d) rc : ceaic, Icare, dearc. 

e) rt : ccart. 
t) rd : ceard. 

g) rg : dearg, fearg \ 

h) rb : ccarb, carb (roe), carb (trust). 

i) rbh : dearbh, scarbb. 

h) / : bcalach, cala etc. 

1)// : nicalladb, eallach etc. d. p. 52. 

m) // : bcaltitin, tlcall. 

n) Ibh : dealbb, scalbb. 

o) Ig : sealg, cealg. 

p) mhr : geamhradh. 

q) bhr : Eabbra. 

It will not be necessary to classify the cases in which 
'breaking 5 does not take place. We can lay down the rule 
that breaking does not take place before single consonants. 

1. Thcre is also diphthongisation as before //, see p. 32. 

2. In hearradh barak 'shearing' there is no trace of palatalisation or ot 
i al ter b. It is probable that this is due to the analogy of barr 'top'. 

3. In searg 'wither' we laave the pronounciation sorok. 



The breaking of ë in Scotch Gaelic. 37 

The only exception is in the case of /, et. Quiggin, /. c. On 
the other hand 'breaking' is regular before consonant groups 
which contain /or r. It fails to take place before only one 
such group, i. e. thr, ceathramh 'fourth', peathraichean 'sisters', 
and hère, since th is always silent, there is properly no group 
at ail'. Real exceptions to the rule that 'breaking' takes place 
under the conditions indicated are rare, and capable of 
explanation. 

a) For the group ng, as in sreang f string' seangan 'ant', 
cf. p. 32. 

b) Leann 'aie' l'un. The spelling hère conceals the stem 
lind-, 

c) Before ;/ breaking takes piace in ceanàs 'affection', cea- 
nalta 'kind', leanabh 'child'. Leanabh, with l'a- could be 
explained as due to the analogy of leannan 'lover'. Analogy, 
however, hardly accounts for ceanas, ceanalta. We can, per- 
haps, explain both words by starting with ceanalta. Hère the 
second syllable consists, to ail intents and purposes, of /, 
k'anltd. Thus e of the first syllable is really followed bv a 
consonant group ni. From ceanalta the broken vowel would 
naturally be adopted in ceanas. The influence of ceannsa, 
also, may be suggested. 'Vowel -breaking' before n is also 
lound in some compounds of seau- 'old'. In the compound 
words seanathair 'grand-father', seaninhathair, senevar, 'grand- 
mother' sean- has ç. In seanbhean sanavan, in spite of the 
svarabhakti vowel, 'breaking' takes place. As is indicated 
below, p. 38, it is not quite clear whether svarabhakti 
prevents breaking. If it does not, ç in seaninhathair will be due 
to the analogy of seanathair. If it does, the 'breaking' in 
seanbhean will corne from that in seanduine where no svara- 
bhakti vowel would be inserted. Other compounds like sean- 
bhaik seneval could be explained in a similar wav. In com- 
pounds of beau-, like beanaltruîm bandltfom, where 'breaking' 
is regular, the absence of the i after b-, cf. beannachd biaiiayk, 
suggests the influence of old ban-. 

d) In one word ceatharnach 'one of a cet ht ni, warrior' 
breaking seems to take place before ih, v. sup. But hère as in 
ceanaltas, I suspect that 'breaking' has been regularly produ- 



j 8 /. Fraser. 

ceci by a consonant group. In rapid speech ail trace of 
the hiatus representing th disappears, and the word is pra- 
ctically a disyllable Martiay ; in a form like this the change of 
e to ici is regular, cf.fearn, fiant. 

e) In meanbh- 'small' which is used only in compounds, 
there isno breaking. Svarabhakti is regular, as in meanbhchui- 
leag, meneyul'ak 'midge'. This example stands exactly on the 
same footing as eanchainn eneyinwherea\so there is no breaking, 
as a rule. How are \ve to reconcile the treatment of e hère before 
aconsonant followed bvsvarabhakti with that in dearg d'arak, 
c red' , searbh sara 'bitter'? Examples like dealbh d'ala 'likeness', 
sealbh sala must of course be kept apart, for hère \ve hâve e 
followed bv / which produces 'breaking' when standingalone, 
cf. cala 'swan' iah. The nature of the following consonant 
alone is not sufficient to account for the différence of treat- 
ment, for /' and n, alike, produce no effect on the preceding 
vowel. We must hère take into account the gênerai character 
of the svarabhakti vowel. It will be noticed that in dearg 
d'arak 'red' searbh sara 'bitter', the svarabhakti vowel is a, in 
meanbhchuileag mené-, eanchainn ' eue- it is e. As in Welsh it 
assumes the qualitv of the preceding vowel 2 . This makes it 
clear that in dearg, searbh 'breaking' antedated the insertion of 
the svarabhakti vowel. In eanchainn, meanbhchuileag no break- 
ing takes place because the svarabhakti vowel was inserted at 
an earlier period than in dearg etc. This mav havebeen due to 
the character of the groups, ny, nvy, or, which is more 
likely, to the position ofthe groups in the words. 

7. — In the following words the pronounciation still 
wavers : 

beachd 'opinion', cleachd 'accustom', gleachd 'wrestlc', seachd 
'seven', sneachd 'snow', teachdaire 'messenger'; creach 'raid', 



i. In enchainn 'brain' we have£, rarely m- In the groups rb, rbh, Ibh 
the svarabhakti vowel bas not prevented 'breaking which mav therefore be 
presumed to antedate it. For 'breaking' before svarabhakti, see p. 37. 

2. ItshoulJ beobserved that the svarabhakti vowel takes a stress equal 
at least to that ofthe preceding vowel. Hence in ttila 'swan' the last vowel 
is j, in searbh it is a. In ainm e nçffl 'name' the second vowel seems to be 
the more stronglv stressed of the two. 



The breaking of è in Scotch Gaelic. 39 

deach 'wenr, drcach f appearance' 3 each 'horse', seach 'beyond ; 
beartach 'wealthy', neart 'strength' ; leac 'stone', leapaichean 
c beds\ 

There are four groups hère which must be noticed separa- 
tely, though in the case of ail of them the product of 'break- 
ing' is iô rather tban ta. 

a) Before -chd the broken vowel is the commoner, 

b) Before -ch : cr each, drcach, both of them being compara- 
tively rare words, the older pronounciation with e is by far 
the commoner; in drcach for which collas is commonly used, 
'breaking' is al m os t quite unknown. In both words when 
'breaking' doestake place the resuit is (J)a. This is due to the 
preceding r. 

c) Beartacb, mari hâve generally e, in case of ' breaking ' 
(/)('». It is not quite clear how the invariable la ol ceart is to be 
explained '. 

d) In leac, leapaichean, both pronounciations are about 
equally common. This probably represents the most récent 
advance made bv the processof 'breaking', and it issignificant 
that it should take place in words beginning with /. In leal 
'with you' there is no 'breaking'. This is perhaps due to the 
same cause as kept the ë in leasïn the phrase ruig a leas 'need' 
from becoming closed. In both leal and leas 1 is lenated, 
and both words are, farther, alike in that they are weaklv 
stressed. 

J. Fraser. 

1. É of cert remains onlv of gestr < an ceart uair, where r lias disap- 
peared. 



SOME POINTS OF SIMILARITY 

JN THE 

PHONOLOGY OF WELSH AND BRETON 



INTRODUCTION 

In this paper an attempt has been made to classify, as far 
as was possible, the points of similarity in the phonological 
development of Welsh and Breton, as they appear in thèse 
languages since the time of the séparation of the Bretons in 
the jth. -7 th. centuries 1 . The majority of the various chan- 
ges naturally comprises those of the Middle and Modem 
periods of both languages. The written documentary remains 
of the earlier period (8 th .-o, th . centuries) of Welsh, Cor- 
nish and Breton possess so close a resemblance to each other 
as to lead at first to the supposition that they belonged to one 
branch only, until Bradshaw pointed out the criteria by which 
they could be distinguished : . 

Some of the phenomena hère noted date from an earlier 
period (as, e. g., § 1), others appearing for the first time 
later in continuous texts and in isolated words from the Bre- 
ton Charters. Most ofthe peculiarities ofphonology to which 
référence is made, date, however, from the middle and later 
periods. In some cases both languages in the middle period 
offer certain particular points of resemblance which disappea- 
red later in the course of further development from one or 
both languages (as, e. g., § 9). 

1 . For a full discussion of the émigration of the Bretons to Brittany see 
Loth, L'émigration bretonne en Armorique du V e au VII e siècle Je noire ère, 
Paris, 1883. See also Zimmer, Auf welchem Weg kamen die Goidelen vont 
Kontinent nach Irland} (Berlin, 1912), pp. 13-17. 

2. For thèse see Loth, op. cit., p. 89. 



Introduction. 41 

A noteworthy feature of both languages is the treatment of 
borrowed Romance words, and in this respect a comparati- 
vely wide field of investigation is afforded by the fact that 
both borrowed without restraint from their neighbours. 

Numerous dialect peculiarities hâve beennoted. For the Bre- 
ton dialects, the various articles which haved appeared from 
time to time in the volumes of the Revue Celtique, as well as 
the grammars of the Breton dialects, hâve been taken as 
authorities for the remarks made thereon in the paragraphs 
in which they occur. Various Welsh and Breton texts and 
dictionaries to which access could be found, hâve been 
perused, as will be noted from the list of abbreviations. 

It has been deemed simpler to arrange the examples accor- 
ding to the nature of the peculiarity they illustrate, and 
not according to the date of their appearance or their place in 
the historical development of the languages. 



CONTENTS 



I. — Vowels, §§ i-io. 

Initial vowel before sp, st,sk. — Change and interchange of 
vowels. — Swarabhakti-vowels. — Syncope of vowels. 

IL— Diphthongs, §§ ir-14. 

Diphthongization of simple vowels. — Diphthongization of 
vowels before g(e, cb(e. — ai ol loanwords. - oi ofloan- 
words. 

§ 15. Simplification of Diphthongs. 

§ 16. Contraction of Vowels and Diphthongs. 

§ 17. Haplology. 

III. — Consonants, §§ 18-8 s . 

§§ 18-24. Changes in initial Consonants. 
§ 25. Changes in medial Consonants. 
§§ 26-29. Changes in final Consonants. 
§§ 30-48. Other Consonantal changes. 

§§ 30-33. Initiallv, §§ 34-48. Medially and tinally. 
§§ 49-61. Addition of Consonants. 

§§ 49-51. Prothesis; §§ 52-)). Epenthesis ; §§ 56-61. 
Hpithesis. 
§§ 62-80. Loss ot Consonants. 

§§62-64. Initiallv; §§6 5-72. Medially ;§§ 73-80. Finally. 
§ 81. Metathesis. 

§ 82. Some exceptional Cases of Mutation (aspirate and 
nasal) in Breton corresponding to Welsh. 

§ 83. Palatalisation of Consonants in Welsh and Breton. 



ABBREVIATIONS 



A. f. C. L. = Archiv. fur celtische. Lexicographie . 

B. Civsc. ■= Gweledigaethau y Bardd Cwsc (éd. J. Morris 
Jones). 

Br. = Breton ; M. Br. — Middle Breton ; O. Br. == Old 
Breton. 

Br. Gl. = Old Breton Glosses (Stokes), Calcutta 1879. 

Br. GL O. = The Breton Glosses al Orléans (Stokes), 
1886. 

C. Coch. Mss. = The Cefn Coch Mss. (Fisher). 

Cym. Lien Cxmr. = The publications of Cymdeithas Lien 
C y ni r 11. 

D. G. = Barddoniaeth Dafydd ah Givilym (Jones and 
Owen). 

E. — English ; M. E. = Middle English ; O. E. = Old En- 
glish ; N. E. = New English. 

E. E. P. = Early English Pronunciation (Alexander J. Ellis). 

Fr. =■ French ; O. Fr. = Old Freneh. 

/. Goch = Gwaith Iolo Goch (Charles Ashton). 

Indg. Forsch. = Indogermanische Forschungen. 

L. Ch. = Loth's Chrestomathie bretonne; L. Ch. (M. Br. 
Chart.) = The Middle Breton Charters given in L. Ch. 

L. Ch. (V.). = Vocabulary to L. Ch. 

L. E (H.). = Lexique étymologique des termes les plus usuels 
du breton moderne, par V. Henry. 

Le Gon. = Le Gonidec's, Dictionnaire français-breton. 

L. G. C. = Gwaith Lewis Glyn Cothi. 

Le Clerc = Grammaire bretonne du Dialecte de Tréguier, par 
l'abbé Le Clerc. 

Lib. Land. = Liber Landavensis (The Book of Llanddv). 

M. Br. H. = Middle Briton Hours (Stokes). 



44 Parry- Williams . 

Mab. = The Mabinogton (Rhys and Evans, Oxford). 
M. A. = TheMyfyrian Archaiology of Wales. 
M. Br. (E.) = Ernault's Dictionnaire étymologique du breton 
moyen, at the end of his édition of Le Mystère de Sainte Barbe. 
Medd. Mydd. = Meddygon Myddfai (Welsh Mss. Society). 
O. Ir. = Oldlrish. 
Ped. = Pedersen's Vergleichende Graminatik (vol. I); Ped. 

n = tt*.voi. ii. 

R. C. = Revue Celtique. 

R. B. H. == The Red Bookof Hergest (Rhys and Evans). 

Tr. — Troude's = Nouveau dictionnaire français et breton. 

V. and Yann. = Vannes. V. (Ch.) and Vann. (Ch.) = 
Châlons, Dictionnaire breton-français du diocèse de Vannes. 

Trég. = Tréguier. 

W. = Welsh; M. W. = Medkwal W. ; O. YV. = Old 
Welsh; N. W. = North Wales; S. W. = South Wales; 

U.S.— Wiliam Salesbury's Welsh-English Dictionary. 

W. Llyn. = Barddoniaeth Wiliam Llxn (J. C. Morrice). 



VOWELS 



1. — InW.,both in native and in borrowed words, the 
initial consonantal groups sp, st, sk, developed, presumably 
in the M.W. period, a prothetic vowel, as was the case in 
late Latin and further in French and Italian. The rule in 
Welsh is the exception in Breton ; in the former branch the 
vowel is invariably y (= ?), but the few examples in point in 
Breton show a variation. The supposed cases ol this in 
Breton are O. Br. esceilenn ' (gl. cortina), regarded as being 
cognate with Mod . Ir. sgâil. sgâile, 'shadow',where the prothe- 
tic vowel is e, and O. Br. istomid 2 (gl. trifocalium), cognate 
with W. ystefaig, where the vowel appears as i. It is remar- 
kable that the language which first shows traces of it.should 
drop it altogether, whereas the other, with no vestiges of it 
in its earliest forms, made such cases of prothesis its gênerai 
rule. 

In M. Br. there appears a word ascolènn 'thistle' (W. ysgal- 
Ipn, Cornish askelku, Yann. oskalm) which is regarded as 
being identical with O. Br. scal (gl. carduumque). This a, 
however, with the a in the Cornish word, seems to be a 
doubtful case. 

Traces of the same tendency possibly appear in the variant 
forms of the M. Br. words start and squeut (Mod. Br. stard, 
skeitd). In M. Br. (E.) there is an early form estart, but it is 
counted in the verse as one syllable ; and the Vann. (Ch.) 
form of M. Br. squeut seems to be esquet or hesquet. 

In iMod. W., when the accent falls on the third syllable 

i . Berne Glosses. 

2. In the O. Br. Charters, see L. Ch., p. 142. It is suggested (ibid., 
p. 525) that it is to be read iscomid, and a W. esgemyddis compared. 



46 Parry-Williams. 

from the beginning ofa word, the tendcncy is to drop the 
regular protheticj', e. g. sgrifennu or scrifennù for ysgrifennu 
'to write', sgolhaig for ysgolhaig 'a scholar'. In the Mod. W. 
dials. the tendency is to drop the y in ail cases, except when 
it is accented, e. g. ysgub 'a broom, besom'but sgubo 'to brush 
with a besom', ystum 'form, pose' but stumiau 'grimaces', etc. 

2. — Original / appears in Mod. W. as y, i. e. when unaf- 
tected by a following pre-historicT/, in which case it becomes e. 
In Cornish and Br. it appears generally as c (Cornish having 
y in some cases). The O. Br. had however forms in i where 
O. W. would also hâve i. There are also in O. Br. traces of e 
from /due to the féminine à- ending, the forms tuiiii (masc.) 
and mien (fem.) being found side by side in the 9th. c. See 
R. C. 8 pp. 168 sqq. 

The indécision with regard to the tate of early / is apparent 
in W. and Br., especially in the various dials. and in the 
loanwords of both languages. The O. W. i has many forms 
in M. W., /, e, y and y (/ and e being found as a rule in the 
earlier M. W. texts though later such forms as brodyr, broder; 
llythyr, llyther; Merchyr, Mercher 1 , are fairly common). In the 
Mod. W. dials. again we meet withsuchs formsas eue ïoyxiki, 
dent for dyua, Dinbech for Dinbych,ydrach(or edrych. The Mod. 
W. forms hâve generally y, though in the literarv language 
wordslike ennill for ynnill, gwerydd for gwyryf also occur. Cf. 
also Mod. W. gresyn, M. W.gryssyn (glyssyn). 

M. Br. has forms with i (rare) and c corresponding to the 
/-forms of C). Br., e. g. L. Ch. (M. Br. Chart.) Eues- and 
Inisiau, W. ynys; c\. Hytherguent, with hyther = bedr, he;r of 
M. Br. 

Later in the Mod. Br. dials. we find fluctuations. The dial. 
of Vann. has verv often a prédilection for /, where the dial. 
of Léon has e, e. g. Vann. I>ihne, ivein, ini~ (iniss), pisk, gwi- 
nir, stirenn for Léon beo, eva(jjT), eue.;, pesk, gwetier, sterenn. 
This, however, mav be a late change. For the change or e to 
i in the Vann. dial. of Sarzeau See R. C. 3, p. 47; and in 
the dial. of Quiberon, R. C. 16, p. 325. 

1 . Mercber mav owe its final -er to Gu'euer. 



Similarity in the Phonology oj Welsh and Breton. 47 

A paraïlel but reverse change is apparent in the case ofmany 
loanwords in W. and Br. In W. we get the e of Romance 
words appearing as y, (a) Pretonic : dyfosiwn 'dévotion' B. 
Cwsc (W. S. has defosiwn, as commonly in Mod. W.), dyciae 
'decay'; (b) Post-tonic : kweifyr sayethe 'a quevar' W. S., 
M.E. quiver ; cweryl M. E. querel(e); dagyrÇW. S.) 'dagger'; 
— myn as plur. of E. man in porthmyn, iemyn, etc. ; tocyn 
' token' ; Ystyvyn (R. B. H.) 'Stephen' ; (c) accented e > y 
before n, r, s '■ bryst M- E. bresie, trysor M. E. trésor, syrkyn 
M.E. jerkyn, syndal 'sendal'. 

In Br. also the e of French words appears occasionally as 
v before 5 or // : na ystiman netra 'je n'estime rien' R. C. 25, 
p. 340; d'am yscusim 'de m'excuser', R. C. 25, p. 106; ynte- 
ret 'enterré'. R. C. 27, p. 22. Cf. also marichal 'maréchal', 
R. C. 3, p. 196 ;ar re yminantan 'les plus éminents',\R. C. 26 
p. 110. 

3. — In the various Brythoniclanguages original u appears 
as an u- sound in some cases, and as in others. As a raie 
W. has w except when a long a originallyfollowed (in which 
case in appears as 0). The same rule applies to Br., the u- 
forms being prédominant ; but in some of the early forms as 
well as in some ot the Mod. dials. is found side bv side 
with the u- form. On the other. hand, the rule in Cornish 
demands the 0- form. 

The same variation appears in loanwords Irom Lat. In cer- 
tain cases the Lat. ô has the 0- and //- forms in W. as well as 
in Br. : 

Lat. sôiius, W. sien, son ; Br. soiui. sou; 

Lat. pondus, W. pion ; Lat. columba, W. colomen, Br. koulm. 

Again, original t> in some words develops into a //- sound 
in W. and Br. : 

W. Iwrch, Br. loin c h, O. Ir. tore; W. iwrch, Br. îourch, 
Cornish xoirh. 

The Br. ounnen (W. oniicu c ash-tree') is regarded as being 
merely a dialectal pronunciation (Vendryes, R. C. 30, 
p. 209). 

The folio winy are exs. ot the intermin»lin> r of 0- and u- 



.|S Parry- Williams. 

forms in W. and Br. in native and borrowed (Lat.) words : 

M. Br. brout (Mod. Br. broud, O. Br. brot, W. brwd) 
'ardent'; con, coun (W.cwii c dogs'); cof(f), coujf(\V. cof 
'memory'); coganl, cougani (W. ceugant) 'certain'; colon, 
calaoun (W. calon ' heart ') ; crouc (W. crog ' cross ') ; crom 
(adj.) 4 bent', croumaf ' to bend ' (W. crivm, crymu); goçaff, 
gou%aff(W. goddef ' to suffer') ; dorn ' hand ' (Mod. Br. Léon 
dourn, W. ifewH 'fist') ; w/ (Vann. /<>///, W. /m-J) ; loncaff, 
louticaffÇW. llyncu); rodoed, roudoe\ (W. rhodmydd); Sadorn, 
Sadourn (W. Sadwrn); lou, toun (W. /o// 'tone, tune ') ; areft- 
diagon, archdiagoun (Mod. Br. arriagon, W. archddiagon, 
archiagorî) ; moch (Mod. Br. mouc'h, W. moch). 

The M. Br. Charters (L. Ch.) bave calloch, callouch ; goni- 
doc (M. Br. also gounidec, W. gweinidog) ; /?oc£, /;c//r/; (W. 
hwch) ; moalcQj), moualch (W. mwyalcti) \ soult (O. Br. 50//, 
W. swllf) ; cf. O. Br. w/ (gl. (a)eruginem, W. rhwd 'rust'). 
Mod. Br. hashont (W. bwni); blonec, blounhec(W. bloneg). 

In the Mod. Br. dials. the 0- and //- forms fluctuate conside- 
rably. For a list of words having in Léon and ou in Vann.; 
words having in Vann. and in the Catholicon, but ou in 
Léon, see R. Ci, p. 215. See also ibid. list of words having 
in Léon but u (i. e. //) in Vann. Thèse exs. bave w in W. 
See also note in R. C. 16, p. 186. 

In the Romance loanwords in W. and Br. the cases in this 
categorv to be dealt with are those containing a short close 0. 
This seems to appear in W. invariably as // (written a*), in 
Br. mostlv as // (written ou) aud occasionallv as c) side by 
side with the ou {ci. Meyer-Lûbke, Grammatik der romanischen 
Sprachen, I, p. 133 ' Im Westen wird vor Nasalen y.u 011,11; 
so schreiben die mittelalterlichen Urkunden und Handschrif- 
ten '). Exs. in point from Br. are : 

M. Br. (E.) courtes, cortes 'courtois', fourni, fiinn ' forme', 
tourmani ' tonnent', moundenn, monden, mundain ' mondain'. 
L. Ch. (F.) has connue" congé' (ijth. c.),counlriulon ' contrats' 
(l7th. c), milioun ' million' (ijtb. c). Le Gon. rond, round 
' rond', Tr. îoud, lod (Vann. loi) Mot'. Cf. R. Ci, p. 196 
ar masouner* le maçon', p. 214 Kleier Fouesnant a respount 
Mes cloches de F. répondent '. À'. ('. ], p. 192 Lost ar c'hog 
er poud* la queue du coq dans le pot '. 



Similariiy in the Phonoîogy of Wdsh and Breton. 49 

The cases among the Romance borrowings in W. are very 
numerous. As already mentioned W. has iv. The M. E. and 
Fr. forms hâve sometimes 0, sometimes //and sometimes both, 
in words where W. has only w\ The sound in E. and Fr. 
was probably between the high-back-round and the mid-back- 
round, or really an extra-labialised 0- sound. As a rule in 
Norman-Fr. the fluctuation was between and //, showing 
the doubtful nature of the sound ; but generally Norman-Fr. 
has // to correspond to the of O. Fr. Exs. in W. : barwn 
' baron ' M.E. baron, bantn, baroun, O. Fr. banni, -on; backwn 
twrch' bacon' (W. S.) M. E. and early N. E. bacoun, bakon, 
O. Fr. bacon ; cnuper ' crupper' M. E. croper(e), later croit père, 
O. Fr. cropiere; trwmp ' a trump, trumpet 'M.E. trompe, trumpe 
Fr. trompe ; and many others. 

Further, in M. E. there are words having 0- and //- forms, 
whereas the Fr. forms are conrined to //. This arose from a 
gênerai confusion in M. E. and early N. E. between and //. 
being sometimes used for // merclv as an orthographical 
device to avoid confusion when the // ot O. E. came in con- 
tact with certain letters in MSS. It was originally a device ol 
Fr. (see Horn, Historische Neuenglische Grammatik, Vol. I, 

Again,wehave proofs ot the 0- timbre ot the /(-sounds ofM. 
E.and early N..E. French writersof the i6th.and 17th.cs.com- 
pare E. u with their native Fr. 0- sound (see Horn, Untersu- 
chungen jur Neitengliscben Laittgeschichte, chap. 4). Hence we 
may gather that the early E. short had a l close ' quality in 
some cases, and that the E. short u had likewise an 'open' 
quality under certain circumstances. 

Moreover, some words having only 0- forms in E. appear 
in W. with -w, e. g. cnuc 'pail ' (W. S. crwcb), E. crock, M. E. 
broche; aut ' a cot ', M. E. cot, O. Fr. cot; iwmon (W. S.) (pi. 
izumyn, as in Hywell Swrdwal, who has humynn) ' a yeo- 
man ' ; M. E.yoman ; swnd, szunt ' sand', M. E. sondée) ; waîwrt 
'wall-wort ', M.E. -au/7. 

So, whereas in W. loanwords the forms generally accepted 
are the w- forms, in Br. we find traces of both forms, as 
seen from the above exs. 

Revue Celtique, XXXI'. 4 



>o Parry-Wîlliams. 

W . however, isnot without its exs. of fluctuation : 

botzun, botwn, bwtiun, botwm 'a button ', D. G., p. 57. 

Nid ananwyl dwyn anerch | O fotymau siamplau serch. 

C. Charlymaen, p. 50, lias bwitwii, and this is also the mod. 
Gwentian form by the side of Venedotian bwtwm Çboliuin),M. 
E. botoun, botone, O. Fr. Z>i>/M,Mod. Fr. bouton ; clwpa, rlopa'a. 
club ', M. E. clobbc, clubbe ; comffordd ' comfort ', comffyrddus 
(cyffyrddus), ' comfortable ' (W . S. bas hunffivrtb ' conforte', 
hvnffwrddîo ' tocounforte'); concwest ' conquest ' and hvnhwest 
(W. S.), O. Fr. conquest(e) ; also concwerio and aunczuerio ' to 
conquer'. 

Note. — Tbere are, of course, in W. many loanwords Irom 
E. with the pure 0- sound, without variations in w. 

We bave seen above how some Br. words hâve in the 
dial. of Léon {on in other Br. dials.) but hue (i. e. //) in the 
dial. of Vann. (A\ C. 1, p. 215). This phenomenon may be 
compared with the appareance in W. loanwords from E. of 
11 (i. e. W. //) where we would regularly expect an w. In 
thèse words we hâve, as a rule, a liquid or a nasal (/, ///, // or 
;•) following the //, e. g. bulas by the side of bwlas, E. bullace 
(earlv E. had 0- and -u forms) : buliwns in D. G., p. 432 by 
the side of the commoner iorm bwliwns E. bullions; burgyn ' a 
carcase ' from E. morkin ; ait m D. G., p. 149 and in some 
Mod. W. dials. by theside of cwt (the Common N. W. form), 
E. col ; sunt-ur ' ' a kind of sundy gravel ', M. E. sonde 'sand ' 
et. W. swnd; s/nu (and swrri) 'a somme' {W. S.), also in 
D.G., p. 148, Mod. E. sum. 

4. - - The interchange of a ando is of common occurrence 
in W. and Br. as in other languages. 

a) The change of to a appears in native words in the 
lorras developed from earlier guo {or still earlier no-), and is 
supposed te> be a case of delabialization after the labial u (see 
Ped. § 26, 4), e. g. W. gwallofi ' to pour ', Ir. fohiiii ' em- 
pty ', W. gwasgod (earlier gwasgawd. as in Goronwv Owain) 
' shelter, shade',Br. gwasked, Ir. foscad ; W. gwala (and iwala 

( >r possibly from E. cinàer. 



Similarity in the Phonolog) of Welsh and Breton. 51 

' enough, galore ') ' enough ', Br. gwalcb (and a zualcbj ; Br. 
giualcbi, W. golchi, O. Ir. folcaim. Cf. W. diguadef in Lib. 
Land., hter dioddef ; gwared, O. Ir. fo-rethim; giuadn, Ir. fol ba. 
In Pembrokeshire gwagar is heard for the commoner go.gr, 
gogor 'sieve '. 

Corresponding to O. Ir. for there appears in M. W. a 
form guar, e. g. in Lib. Land. guar ir hen rit ' above the old 
ford '. 

Occasionally the change appears in words borrowed from 
Lat. : W. carrai (O. W. corrut), Br. korre-ênn. Lat. corrigia ; 
W. manach (rnonacb, mynach), Br. manacb, moiiacb, Ir. ma- 
nacb, Lat. monacbus. 

In some of theMod. W. dials. (in parts ofN. W. e. g.) 
tends to become a (often in connection with w) in such words 
ascyivad or auad = cyfod 'arise ', dîuad = dyfod ' to corne', 
piavareb = pig-fforeb; lyivad = tyicod' sand ', gwman = guy- 
iiion ' sea-weed ', paratoi = parotoi ' to prépare ', Methadus 
' Methodist'. 

In addition to the exs. cited above, the following Br. forms 
may be mentioned : M. Br. priadele^ ' marriage', cf. W.priod 
1 husband, wife ', priodi ' to marry ' Br. pried, priei ' spouse ' ; 
M. Br. (E.) rigal, rigol ' rigole '; Vann. (Ch.) sam 'somme, 
voiture ', spatulamancc ' spatulomancie ' in R. C. 12, p. 383 ; 
vacabant ' vagabond ' in R. C. 11, p. 310, but vacabont 
on p. 308. The last two exs. may be due to vowel assimi- 
lation. 

b) The opposite change of a to is, however, much com- 
moner in W. and Br. 

It is found in some Lat. loanwords, e. g. W.morthuyl (and 
dial. marthivï), Br. morypl, Lat. marlellus; Br. korai^ÇW. 
Y Garazuys), Lat. Ouadragesima. 

It appears also in some native words, in W. mostly in the 
dials. e. g. N. W. afol=afal ' apple ' ; gofol = gofaî, ' care ' ; 
diofol = diofal ' careless ' ; S. W. g rondo = gwrando ' listen '. 
Cf. Mod. W. do for M. W. el-wa; Mod. W. (prep.) and 
(voeative particle) for M. W. a l , Br. a. 

1. In M. W. the forms d and occur, and arc probably two originally 
separatc prépositions. 



)2 Parry- Williams. 

In Br. the tollowing ma}- be instances of the change, M. Br. 
(E.) onnoer(annoen), dim. onneric (W. anner)\ hogos (W. agos 
' near '); boguen (Jjouguen),' but ' (W. bageri); holen 'sait' 
(W.halen, V. (Ch.) haléne, halein); tort ' belly', O. Br. tar, 
Ir. tarr. Cf. buoniq 'sun ', #. C. 16, p.2i2(W. &##») ; Trég. 
iiiomui, p\. mommo t mother ', Tr. (W. manï). Yann. hzs àmo- 
//(//, M. Br. amanen (W. ymenyn); gorik, garik = gavrik (L. 
C/j.). For other words in which the dial. of Vann. tends to 
favour an o where the Léon dial. lias a, see R. C. i, p. 89 
sqq. 

The sâme change is apparent in some loanwords from 
Romance in W. and Br., the former having a goodly number 
of exs. 

In Br. : M. Br.(E.) dongerus ' dégoûtant ', <C Fr. dangereux ; 
orsaill ' batterie ', = àrsaill, assaill, ■< Fr. assaillir ; sirop 
' estrep(étrape)'. 

In W. : In the W. loanwords from E. cases of this change 
are very fréquent, and some of very early date. The alterna- 
tion between a and occurs also in E. itself at an early period. 
The ' back ' a of primitive Germanie was changed early to x; 
but an exception was that a before nasals was preserved, e. g. 
lang, uaiiia. There was a tendency to write this sound with o, 
as long, noma. It is uncertain whether this means really a 
very broad a- sound. O. E. had probably the ' low ' sound ot 
a (as in Fr. patte) before nasals, andpossibly the c in uoma etc. 
is an attempt to indicate this broad, deep a- sound. It lias also 
been re^arded as a labialized sound, a ' low ' a with a slight 
narrowing of the lips. But in O. E. the practice of ' rounding ' 
(/ before nasals disappeared, only to reappear later in M. E. 
(see Sweêt's Hislory of English Soumis, p. 54). 

Most of the W. exs. with are probably from the M. and 
N. E. periods. In the majority of cases E. had two forms. in 
and a, but we hâve, however, some instances where there do 
not seem to be 0- forms inE.,e.g. pesoiit, lytenont. 

It is not before the nasals ui, 11, ng only that this ( ' appears 
in W., for we hâve traces of it before / and r. 

A few W. exs. are : 

bîowmon (blewmon, blazumon), F. bloman, now obsolète ; 



Simïlarity in the Phonalogy of Welsb and Breton. 53 

Englont (Jnglont), ' England ' ; Ysgotîont ' Scotland ' ; fuslioh 
'fustian', also early E. fustion ; garlond (garloni) ' garland'; 
Early E. garlandÇe) and garlond(e); -mou '-man' in manywords 
hangmon, porthmon, hengsmon, pli sinon, etc.; lytenont Qijf tenant, 
lutenant) ' lieutenant ';/>d5w// ' peasant ' ; tenant* tenant'; ram- 
pont (rampaunî) ' rampant ', Early E. rampaunt (Fr. rampant); 
Roloud ' Roland' ; reioi ' real' ; deiol ' dial '. In W. dial. hospi- 
tol , ' hospital ', spectol ' spectacles ' (occurs also in B. Cwsc). 

hongian ' hang' Early E. hong-, hang- ; honsel 'a handsel ', 
hansel', M. E. handsel, hanselle; more ' a mark (coin) ', M. E. 
mark(c) ; ongl 'angle'; pour 'a mound, hillock', E. bank, 
M. E. banke, bonkke ; slond 'stand', M. E. partie, stonden, stan- 
den ; rhonc ' rank (adj) ', M. E. ranc, rouke. 

Whether the sound denoted by and a in Early E. was a 
pure 0- sound may be a moot point, but there is no doubt 
about the purity of the sound as an in the W. représenta- 
tives of the E. word s. 

5. — The change oie to a in certain positions is of fréquent 
occurrence in W. and Br. This is évident in native as well as 
borrowed words. Some very early examples are : 

W. adar ' birds ', adain ' wing ', O. Br. attanoc (adj.), root 
*pcl- ; M. W. adaued (later edau, edafedd) ' thread' ; W. alarch 
O. Cornish elerhe (rf. Ir. elà) ; W. Br. tan (O. Ir. Une); W. 
dala (Mab., Kulhwch ac Olwen) ' sting'(0. Ir. delg). 

The same change appears in Lat. loanwords in W. and Br. 
(as well as in Cornish) ; W. sarph ' serpent ', O. Br. Bot-Sar- 
phin ; W. Calan 1 ' New Years Day ', M. Br. qualan ; W. car- 
char, tafarn, Padarn, ystarnu, etc. (see Ped., § 124, 6). 

As a rule the change takes place when the e is followed 
immediately by n, r (or /). 

Cases in Br. : 

In some cases in Br. this change seems to be a dial. pecu- 
liarity, for we find in certain words that the dial. of Léon 
favours the e- for m whereas Vann. leans towards the a- 
form. 

Thèse words hâve //, r or v following the vowel. 

1. Late Latin, however, lias also a forra kiihiinlac. 



54 Parry- William s. 

Léon : kefniden, bemdt^ kenderv, keniterv, menez, ere > serch, 
evit ; Vann. kanivedenn, bamàeXj» kanderv (candérhue), kaniterv 
(caniterhîte), mane (mannf), arl, cl.uirj. aveit (sec R. C. i, 
p. 87). 

For the change of er to ar in Br. in native and borrowed 
words, sqqR.C. 25, p. 266; 26, pp. 65, 71, 73; 27, pp. 252. 

Other exs. in Br. loanwords are (c before /, ;//, ;/, s) : 
M. Br. (E.) ambuig 'embûches '; asquipet (O. Fr. esquiper); 
assaign ' enseigne ' ; astandart (O. Fr. es le 11 dard) ; garredon 
(O. Fr. gueiredori) ; kalander ' calendrier ' ; missal ' missel ' ; 
sarmant f serment'; sarmon 'sermon'; talant 1 (Lat. talen- 
tiini); vanaeson ' venaison' ; vandangaff (vendangaff) ' vendan- 
ger ' ; a mail l ' email '. 

Cf. further aslennet 'étendu' (Lat. extend-ere), R. C 1, 
p. 120; ampire ' empire ',R.C. 25, p. 320; kanastel (O. Fr. 
canestel), L. E. (H.) ; ritital' rituel Mr. ; dale' délai '(i6th.c.) 
L. Ch. (F.). 

Cases in W. (generally before r, n, /) : 

Note. — A somewhat similar change before ;• took place 
in F. also, when c (open) followed by a final r or r -f- cons. 
btcame a before the end of the M . E. periody e. g. sterre > 
star, kerven >• carve. This change, hovvever, was not univer- 
sal in E. 

W. adargop (adargop-we), O. and M. E. aiiercoppe. (The W. 
form may be due to the influence of W. adar ' birds ');Adfanl 
'Advent' (in its spécial' Christian' meaning); pwyntmani 
' appointaient', E. (15 c.) pointment, et. O. Fr. poyntement ; 
Siarom (in W. Ltyn) ' Jérôme' ; Siaspar ' Jasper '; ffardial 
' fardel' ; ffristial, E&ûy E. fristclle ; tranket trenket, W. S.; 
Syvarn ' Severn' (in L. G. C, p. 463, E savodd deutu 
Syvarri). Chwalcys in M. A., p. 324,? < M. E. welkes 
1 whclks ' ; IhiuiaisW. S. ' varnish', M. E. vernysche (also W. 
berneîs, bernais). 

Cf. S. W. ariôd (erioect), hala (Juda, bel). 

6. — The mute or half-mute c in loanwords in W. and 
Br. : 

1 . In O. Fr. also hilant . 



Similarity in the Phonoîogy of Welsh and Breton. }> 

The e in question is generally a final e, but exs. of médiat 
e are found. 

The treament of the finale in Br. is manifold (see R. C. 8, 
p. 526). 

1) It falls offaltogether, Br. chas, Fr. chasse; 

2) It becomes e, Br. finesse, Fr. finesse; Br. rkw, Fr. 

3) It becomes a, Br. finesa, Fr. fine.se; Br. promesa, Fr. 

promesse ; Br. blaveoJa, Fr. blavéole. 
In a few personal names it seems 

4) To become #« in Trég., Annan, Barban (see i?. C. 9, 

P- 379)- 

For the form -es of Fr. we find in Br. the ending es pre- 

served, e.g. : 

M. Br. (E.) baetes ' bettes' (Trég. boeles, for which seei?. C. 
16, p. 220); botines 'bottines'; perles 'perles'; in R. C. 9, 
p. 200 carotes 'carottes'. Cf. also M. Br. (E.) botes ' souliers ' 
(W. bolas-att <C M. E. botes); Mod. Br. almandes, aimantes 
for M. Br. almandes. 

Note. — There seems to be an ex. of s as plur. suffix in a 
native word in R. C. 4, p. 66, mesk anndrens ' au milieu des 
épines ' (W. drain ' thorns '). 

Cases of medial half-mute e are fréquent in Br. ; it assumes 
the form a as a rule. 

L. Ch. (V.) Allamaign 'Allemagne ' ; M. Br. (E.) autra- 
mant (and autremant) ' autrement '; paeamant, oignamant; M 
Br. mandamant, familiaramant; M. Br. (E.) has vanegloar 
' vaine gloire ', but later (R. C. 9, p. 379) the from vœnagloar 
is found. Further, we hâve gant ma halabarden ' avec ma halle- 
barde ', R. C. 25, p. 422 ; fasilamant ' facilement ', R. C. 6, 
p. 84 ; kog a lur a lur ' le coq chante à la lurelure, R. C. 5 , 
p. 191 ; suramant ' sûrement', R. C. ri, p. 61 ; fansamant 'à 
tort ', Fr. faussement ; sakramaùl ' sacrement ' Le Gon. ; comman- 
damant 'commandement', A. fi. C. L., I, p. 218. 

The treatment of the half-mute e in W. in the loanwords 
from E. or Anglo-Fr. : 

The final unaccented ë of M. E. appears in W. in a num- 



56 Parry-Wiîliams. 

ber of cases as a. As in the case of e in final unaccented syllables, 
this final e was an obscure sound in E. Indeed in final syllables 
this sound was not always denoted by e, but often (and espe- 
cially in Wyclif's Bible) by y, i, u (? for //), e. g. mannis, 
locustus, (>/>v//.(FormoreaboutthisM. E. sound seeSweet's His- 
tory of E. Soumis, p. 52). W. bicra (and bicre), M. E. biche 
'skirmish' (the W. word found in L. G. C. andi?. B. H., II, 
p. 300); Zw/tf ' bull ', M. E. bulc (bole, bulle); çwpa (Medd. 
Mydd., p. 347) 'cup' O. and M. E. cuppe; ystola offeiriat 
' stoole ', W. S. Mod. E. stole. 

The M. E. plur. ending -es assumes in W. generally two 
forms, -as and -ys, indicating the obscure nature of the vowel. 

bot as (some kind of footwear; also botys, both forms being 
regarded as sing. in W. Cf. the Br. forms in -es above, where 
in M. Br. (E.) the sing. forms of the Fr. words are given as 
équivalents ofthe Br. forms) ? M. E. botes; cocas' cogs' (of a 
wheel) ? M. E. cogges; syartrysseit in R. B. H. II, p. 335 
* charters ' (W. having really a double plur. form); baedys 
(? <C bacdsys) L. G. C. ' badges ' ; cecys {W . S lias kekysseu 
' keckes '); betys, M.E. betes ; ffigys ' figs ', M. E. fygges. Cf. 
W. Charlas (R. B. H. II, p. 379) ' Charles '; Fflandras} < 
Flandres ' Flanders '. M.W. taplasQ < M. E. tables"). 

1. — The change oiato tfseems to occur occasionally in W. 
and Br. : 

Possible Br. exs. are : 

L. Cb. (V-) ebar~(abar^) ; ennui (a Vann. form) for aman; 
etawÇatao) 'always'; de (da } poss. pron.); M. Br. (E.) lias 
merc ' marque ', rem] 1 ' rang' (Vann. (Cb.) ranc, renc, pi. ran- 
geu); scarleq (and squarlac) ' écarlate ' ; L. E. (A.) gives 
Vann. tes, M. Br. tas < Fr. tas; M. Br. (E.) squerb, Fr. 
cebarpe; L. Cb. (F.) seuclou, Fr. sangles. 

Some doubtful exs. in W. are : 

Aires ' An-as' L. G. C. p. 105 ; breewesi ' breaktast ' ; pinegl 
1 pinnacle 5 (in W. Llyn) ; pitfel 'a pytfall \ W. S.\ berfa 

1. O.Fr. however, lias renc. 



Similarity in the Phonology of Welsb and Breton. 57 

c a barrow ', M. E. barewe, barwe ; clec 'clack ' ; rheng and rhenc 

• row, rank ', and others. 

Forms like W. passes, potes (' passage, pottage ') seem to 
show the simplification of a diphthong. The E. -agtfgenerally 
>> aes (or ais) in W., this in the above cases being monoph- 
thongized to es. 

Cf. M. Br. (E.) trecc or traescc, Mod. Br. lre~, ? < Fr. trace 
If so, the séries of changes would be ace >> aes >> es > ë(. 
The M. Br. chenchaff ' changer' is another example. Cf. feççon 
in R. C, 12, p. 167, by the side of faeçon in R. C. 12, p. 33 
,w7c/.v ' changer ' of Mod. Br., and L.Ch. gress, grac%, grœce 
' grâce '. 

8. — The ' dulling' of/ in some words in W.and Br. : 

M. Ernault in his review {R. C. 4,©-- 465 sqq.) of ' L'ori- 
gine des voyelles et des consonnes du Breton moderne de 
France (dialecte de Léon), par d'Arbois de Jubainville (Mé- 
moires de la Soc. de linguistique de Paris, t. IV, 3 e fasc, pp. 239, 
272)' criticises the remark that ï in some Br. words became 
11 (i. e. il) before // and r. The words bur~nd ' miracle ' (M. 
Br. ber^iit, Vann. berhut) and munud* menu' (Vann. menut) 
are, the savs, no adéquate proof of this change. He regards 
them as exs. of ' régressive ' assimilation, and compares « léon. 
Initiai, pétun, fubu,-fibu, cbouibit, moucherons, lugitstr, ligus- 
trum, inii-iir, nin~iil, mesure... » L'inverse a lieu en léon. 
dans fiixjiiU, fusil, en trécorrois dans hit un, lutin, //////, utile: 
en vann. dans bugnl == bugel, berger... Le pet. Tréguier nous 
fournit, dans hichen, kuchen et kitchun, les trois degrés par où 
ont dû passer des mots tels que hirust, chorister, Tréc.duvun, 
devine; cornouaillais hurunat = choiiirinat, hennir. L7 se sera 
d'abord changé spontanément en u, comme dans possubl, bor- 
rubl, terrubl... » 

But granting, however, that assimilation accounts for some 
of the forms in //, there are others for which this explanation 
does not hold good, e.g. the last cases mentioned above, pos- 
subl, etc. And when we take kiichnn, kiirust, and duvun as exs. 
of assimilation, there is then to be explained the appearance of 
the first u, which came from /'. Assimilation would not 



5 8 Parry-ÎVilliams. 

explain kuchen, *korust and *devun l (thc two last being hypo- 

thetical forms antécédent to kitnisl and duvun). 

A similar change is to be found in \Y., where in niany cases 
we find it (or y) wherewe would regularly expect i. The pro- 
nunciatîon of thc u and y in W. would neçessarily dépend on 
the period. This change of i to y (//) is seen more especially 
in the W. loanwords from E. or Anglo-Fr. The ' dulling ' of 
the /-sound occurs mainly before /, n, r, s, which gcnerallv 
hâve this effect on neighbouring vowels, e. g. coblyn E. 'go- 
blin '; azugrym, M. E. augrim \pàpur s papyr, M. E. paph ; pen- 
Ins ' a pentice or penthouse ', M. E. peutis, pentys ; Suollul, 
' Snodhill ', in L. G. C, p. 56; Su/ni, ? 'civil ', in IobMSS. 
p. 327; vuttlîo ' to victual \ in C. Coch MSS., p. 41, M. E. 
vi taille; ffrynd 'friend', early E.jrind(e); Woc'nyllocke'(W. 
S.) i. e. ' hillock ' ; munud (mynud, munyd) ' a minute', 
M. E. mi mite, mynut; mursen (earliest ex. in D. G.) ? <C E. vir- 
gin;pustol, C. Coch. MSS., p. 71 and elsewhere, found even 
in i6th. c, ' a pistol ' ; puni ' a pint ', in Medd. Mydd. 

9. — Svarabhakti-Vowels in W. and Br. : 

The developmentof a Svarabhakti-vowel is more peculiar to 
W. than to Br. Indeed, it is generally regarded as quite foreign 
to the latter, but Br. is notwithout traces of it even from the 
earliest period, like W. itself. The prothetic vowel before s + 
cons. {p. t. /r), which is regular in W. from early times and 
of occasional occurrence in O. Br. also, mav be regarded as a 
Svarabhakti-vowel (see §1). 

But the commoner form of thus, vi/. the insertion of a 
vowel between certain consonants (the second being gen- 
erally one of the liquids /, ;//, n, /) is operative to a consid- 
érable extent in W., and is not entirelv unknown to Br., 
although in the latter it is more of an exception than a rule. 
Exs. from O. W. and O. Br. are possibly O. W . cenitolaidou 
gl. natalis, (M. W. kcncdxl, Mod. W. cenedl), O. Br. datoîa- 
ham (M. Br. </</-/, M. W.dadyl, Mod. W. dadï) t O. W. tara- 
ter (Mod. W. taradr). 

In M. W . y was an extremely common epenthetic vowel, 

1. To âuvun another antécédent form *duvin might be postulated. 



Similarity in the Phonology oj Welsh ami Breton. 59 

and exs. of it are légion. By some this is not regarded as a 
full vowel, but as a sort of glide between the consonants. 
Against this view ma3 7 be adduced the form hoedel found in 
the Mabinogion (Breuddwyd Maxen) 'hoedel nac einyoes nid 
oes ida6 ara danat'. Hère we may hâve an ex. of the fréquent 
intercharge of e and y, as in Merchyr, Mercher, brodyr, broder, 
llythyr, llyther. (See above§2.) Theforms Cydyzual, Dyfnawal, 
Tùdawal, by the side of the commonei Cydwal, Dyfnwal, 
Ttldwai appear at first sight to contain an epenthetic vowel, 
but they may possibly be due to a variation in the seat of the 
accent, which in thèse cases may hâve fallen on the composi- 
tion-vowel. See Y Cymmrodor, Vol. XVIII, p. 7. Forms like 
dala, bêla, bola, boly by the side of dal, bel, bol may supply 
exs. of epenthetic vowel between the / and the disappeard g. 
Cf. dala 'a sting' in Kulhwch ac Olwen, the O. Ir. delg, and 
gwyryj, gwerydd, by the side of gwyrf (l'irgo) ; also M. W. 
kivryf, Mod. W. civnu from cwrwf (O. Ir. coirtn); M. Br. 
delecb for delcb from delchell. 

In words with final consonant-groups, of which the last 
was /, m, n, or /■, there were two possibilities of easing the 
pronunciation. Either a vowel was developed between the 
two last consonants, or the last consonant was dropped alto- 
gether, this being fairly easy in the case of liquids. In W. (i. 
e. in the spoken language and in the dialects generally, where 
thèse changes more often take place) the rule seemsto be, if a 
change be made at ail, — 

1) In monosyllables to insert a svarabhakti-vowej, gen- 
erally of the same colour as that in the preceding syllable. 

2) In dissyllabic and polysyllabic words to drop the final 
liquid, because the addition of a vowel would necessitate the 
shifting of the accent. 

e.g. 1) dial. cefen (cefn), ofon and ofan (ofn), ochor (pchr), 
cylyn (E. kilfi), llyfyr (Jlyfr), sicir (sicr), ystalwm (erstalm, M . 
W. talynî); civlwm, for * nul ni, is a literary form; in M. W. 
clwni. 

2) arad (aradr) 3 palad (paladr), vineg or vinag (vinegr ' vi- 
negar'), Cydwalad or Divalad (Cadwaladr), perig (perygt), hud- 
dig (buddxgl). 



6o Parry-Williams . 

In Br., on the other hand, when a change does take place, 
i-t is generally the dropping of the final liquid that occurs, 
even in monosyllables as well as polysyllables, e. g. : 

lest (W. llestr), niesl (inestr, Fr. maître), eoni (eontr, \Y. ewy- 
ihr), frênes l (M. Br. fenesir), pot(potr). 

One or two doubtful exs. in M. Br. are cagal (? W. cagl, 
cagàt)i euffur (euffr) 'œuvre'; (hère, however, the group ffu 
may be only another wayôf writing //) ; charoigun 'charogne' ; 
delech for delch ; gêner Fr. genre. 

Cf. M. Br.H. dilivaraff (Fr. délivrer); M. Br. (F.)cbaudoii- 
ron (Fr. chaudron) ; L. E. (H.) burutel 'blutoir' (O. Fr. 
Mutel), paiastr (O. Fr. (em)plastre); kalafati (Fr. calfater) 
Ir., perisil (Fr. persil) Tr. cf. W. posibilrwydd (from posibï). 

In Mod. Br. in such words as ialch, aonalc'h, an epenthetic 
or glide-vowel is said to be perceptible between the liquid and 
the final consonant. 

Note : The common practice of dropping the final liquid 
in such cases as the above mentioned has led to the addition 
of an unetymological / or r in some words, see §§ 56, 58 and 
K. C, 31, p. 515. 

In the use of the svarabhakti vowel W. approaches nearer 
to Br. in the practice of inserting this vowel in initial conso- 
nantal groups ; in the Vann. dia.1. more especially in Br., in 
W. in some standing literarv tonus and also in some words 
found in early texts. 

Br. exs. : M. Br. (E.) quenechen,kenech(knech) 'mountain', 
M. Br. (E.) barat (O. Br. brat, W. brad); Vann. has dele, deîi 
'debt', deleour (pi. delerion) 'debtor'. quenêûen (pi. queneu) 
'nut', darask (and drask) 'a thrush', kanso 'fleece' (W*. cnu or 
cnitf). The Léon forrri <////-, 'a trout', is in Cornouaille duluf. 
In the M. Br. Chart. (L. Ch.) there seems to be an isolated 
instance, viz. Tenon (-Eve!) by the side of the commoner form 
tnou, Iran . In Mod. Br. Tcnoit-Evel is Temtel. M. Br. has 
knoen and kanouenn plur. kanôu (W. cneuen, plur. enau). 

W. exs. :• 

M. W. dylyed Vlaim, night', dylyedawg 'noble', dylyu and 
delèù 'to deserve, to owe', Mod. W. dyled (and dlid, dyléd), 
cf. Vahn. dele; tynô 'dale' (Br. troti\ tnou). In some fa i ri y 



Similariiy in the Phonology oj Welsh and Breton. 61 

early texts the following forms are found, — tolodi (tlodi, also 
Mod. W. tyiawd and tlaïud, chvwd (dial.)), Goroec (Groeg), 
taramiuy (jramwy), cynawd (annuel), oi bylegid (pi blegid); cf. 
colloquial pyriodi (priodi). 

10. — Syncope of Vowelsin W. and Br. : 

The suppression of unaccented vowels (both pre-tonic and 
post-tonic) is a common process in W. and Br. Some exs. of 
early date are W. crydd, drws (Br. hère, kereonr, Ir. cairem, Ir. 
durits). Instances of this disappearance of unaccented vowels 
are common in ail the Brythonic languages, in medial as well 
as in initial syllables, being due to the influence of the old 
Brythonic accent. 

The effect ofthe accent on pre-tonic syllables, however, is 
particularly évident in Mod. W. and in the Br. dial. of. Vann., 
where the modem rule demands the accent on the last syl- 
lable, as was probably the gênerai rule in Brythonic generally 
at an earlier period. 

Vann. has clom (Léon koulm) as well as coloni, W. c(o)hm- 
en; Vann. clom 'knot' (W. cwlwm, M. W. clwni) and sclom; 
see V. (C/j.) s. v. 

In the Mod. W. spoken language this loss of a vowel is 
exceedingly common, e. g. 

Clanmai (Calanmai = Calau Mai), Clangaeaf (Calcm gacaf), 
cjonna (calonnau),cnebrwng or cnebrwn (cynhebrwng), spydu (di- 
hyspyddu), mrynion (morynion), cnegwarth (cciniogiuertJj), sleinsio 
(<C sialeinsio E. challenge), cf. p'ie Çpa le), p'rai (pa rai), cly- 
mu (from cwlwni), gwlâu for gwelaau plur. oîgwely, * givc- 
la. 

Note : Another instance ofthe loss of a vowel in W. and 
Br. is mentioncd in Ped. § 42, An m. 1, -- « Nach dem tu 
geht im Br. hàufig ein Vokal (anf dem Wege der Assimila- 
tion) verloren : 

Br. eontr f Oheim' ; eon 'Schaum', abr. euonoc ; iiaoun. Selte- 
ner tritt dies im C. ein : c. banl br. heol, c. caïur 'Riese' gall. 
Kajapor.. . . » 

Other W. exs. of a loss of this kind would be the dial . 
forms. 



62 Parry-fVilliams. 

wllys (eiuyllys), wddu (awyddti), twchu (jeivychii), newddion 
Qtewyddion), twnnu (lyiuynnit), twsu (tywysii), Sulgwn (Sulg- 
îuyii), Llanwnda (from Llan -f- Gwyndaf), Llanrwst (<C Llan 
wrwst = Llan Gwnvsl, cf. O. Br. Uuorgost, Uurgosi). Cf. 
Mod. W. diwrnod for M. W. àiwarnàwà\ S. W. has still di- 
warnod. 

The loss of a post-tonic vowel occurs in such forms as W. 
gweld, mynd for gweled, myncd, and in Br. mont, monet ; dont, 
donet. 



DIPHTHONGS 



11. — Diphthongization of simple vowels, unaffected by i 

or/ in the next syllable : 

A. Original à and ô were both treated in Brythonic as ô, 
which underwent the same treatment as L. ô in spécial cases 
in loan-words. In W. this developed into a diphthong aiu in 
accented syllables. This change is mostly peculiar to W., but 
there are a few traces of similar diphthongization in Br., e.g. 
O. Br. lau (gl. armum), Br. penao^ 1 c how' Trég. penôs (W. 
naivs), laosk (Lat. laxus, Ped. § 32. 2.) 

Probable examples of this diphthongization in W. and Br . 
loanwords from Lat. are : W. azur, O. Br. ann-aor (gl. quan- 
doquidem), Lat. hôra; W. nawn, Lat. noua. 

B. Later exs. of diphthongization in the historv ofW. and 
Br. . 

1) In afewwords W. andBr. hâve developed a diphthong 
from // (i. e. Br. and early W. ù -sound) before ch, e. g. W. 
buwch (but pi. buchod ; also bûches, a collective form), Br. bioc'h, 
buoch. Cf. W. Hivch, by side ol M. W. itch, and uchcl ; Ihnuch 
c snow-drift', but lluchio 'to hurl'; cuwch 'frown', cuchio 'to 
frown'. In Dywlâis the dyw- stands for dit 'black' = *dub-, 

A similar diphthongization of an w-sound is évident also in 
some loan-words in W. from E. or Anglo-Fr. The earlier form 
ol the diphthong is uw in W. O. E. had the sound il (O. E. 
y), and this survived in M. E. especially in the South-West. 
But it was from Fr. that most of the cases of il came over to 
H. In E. itself the sound underwent the foUowing develop- 

1. M . Br. penaus, pénaux (L. Ch 1 



64 Parry-Williams. 

ment, fi -ci -iit -in (the Mod. E. pronunciation). But though 
the diphthongization began in E. before the end of the 1 5 th . 
c, the û itself was also preserved side by side with the diph- 
thong. Hence the W. ma may be a development of the ù pure 
or a reflection in W. of the processof diphthongization taking 
place in E. itself. 

Exs. : 

buwl 'a mule', in W. Llyns Geiriadur; fluzuet ' a flûte' W. 
S. ; luivl 'a lute', W. S. ; miwsig, musig, muzusig 'musie', found 
in W. as early as D. G. (p. 370, Ymysg llu'n gwau miwsig 
lion); rhniu 'rue", in Medd. Mydd., siwgr 'sugar' (found in 
D. G. p. 83, siwgr ar win iddyn segr \xen);ysprnu>s 'spruce', 
W. S. 

2). Other cases of diphthongization are more or less com- 
mun in Br. and W. 

Before^; (for d or f) in Br. we And in some words ci, w hère 
c would be expected to appear, e. g. Br. dei% (W. dxdd), fei^ 
(W. ffydd), nci~ (W. uyth), Brci~ (W. Bryth-on). 

Where ai (earlier et) appears in W. as the resuit of Umlaut, 
Br. has generally c, but before % again the diphthong ci app- 
ears in the words prei% (W. praidd),hci; (W. haidd), blci\ (W. 
blaidd). Cf. also Br. cil (W. ail), leil (W. mil). By the side 
of Trindet we get Br. an Dreindel (\Y. y Drindod); and in L. 
Ch. (M. Br. Chart.) the form Roc~ in Roc;-ijnocdoit is found 
for the usual Ros. In M. Br. saffroen stands for Fr. safran. 

Similar cases of diphthongization are noticeable also in 
Mod. W. (chiefly dial., and mostlv in monosvllables as in 
Br.), e. g. 

maen (mari), does {dos 'go thou'), tu-hwynl (tu-hwnf), ffoes 
(Jfôs), bacs (bas), braen (bran), gwlaen (gwlân). Cf. heiddiw 
(Joeddyui), gloewyn byw (gloyn byiu ' butterfly'), gweudyn 
(giuydu). 

In some E. loanwords in W. the E. à is occasionally diph- 
thongized, e. g : 

Sgaer (E. sharc), spacr (E. sparc). In sglaits (E. slates) the 
diphthong may be a reflection of the E. diphtongization of a 
in such words. The old W. form is ysglatus. 



Similarity in the Phonology of IVelsh and Breton. 65 

Other cases of diphthorigization in E. loanwords seem to 
be W. dantailh 'a delicacy', M. E. danteth, danlith; cofaint, 
cwfaint 1 'a convent', M. E. covent (from Anglo-Fr. covent, 
cuvent), as in D. G. p. 31e 'Pwl gwfaint, pobl o gyfoed', R. B. 
H. II, p. 335, 'ac y dechreuwyt coueint y manachlawc gaer 
llion'; twnuwuiint, t-wnici maint (Mab.) 'a tou marnent', M. E. 
iournement ; (lurueimant occurs in M. A. p. 134J. 

3). The W. and Br. diais. exhibit other peculiarities of pro- 
nunciation. 

In the Vann. dial. ofSarzeau e becomes e/ betore a vowel, at 
the end of words and before //, m ; e. g. leies (W. lliaws), 
leien or lujain (W. Uiain), hei (W. ht). — R. C. 3, p. 47. 

In the Br. dial. of Quiberon also, ou and are occasionally 
diphthongized. 'Open' becomes on, 'close' becomes oiui, e. 

a 

din couoeh 'old man' (Léon den caQ; ascouorn (Léon 
ascourn) ; coarn 'corner' (Léon corn) ; hast 'tail' (Léon lost). 
— R. C. 16, p. 323. 

Diphthongization in hiatus (as in Vann. dial.) is not un- 
known to the W. dials., e. g. in parts of N. Wales. 

lleian (Jlioin), dreuan ohono (druan ohono), treiog (jriog, 
triag, 'treacle'), pleuan (pluen), ffeuan {ffdcn) ; in Cardigan- 
shire euos (cos), euog {eog 'salmon'). The //-glide after the 0, 
before / in such E. words as poil, bold, bold has developed into 
a full diphthong in W. poiulio, powld (dial.); howld (dial). 

12. — A common source of diphthongization in W. and 
Br. is that of vowels followed by a palatal-dental-spirant, voi- 
ced or voiceless (or followed by n or r -f- 'à dental-spirant), 
in loanwords from E. and Romance. IV. S., in his W. Dictio- 
nary (i6th. c), has a noteaboutthe pronunciation of the W. 
a, to this effect, — 

« ... Neyther yet as it is pronounced in English, when it 
commeth before ge, //, sh, tch. For in thèse wordes and such 
other in Englyshe, domage, héritage, language, ashe, lashe, 
watch, calme, call, a is throught to décline toward the sound 

1. In the M. W. texts cwfent and cwfeint occur, plur. cwfennoed; the 
form with the diphthong may be a direct borroving from Lat. conventio. 

Revue Celtique, XXXV. i 



66 Parry-Williams. 

of thèse diphthonges ai, au, and the wordes be read in thys 
wys, domaige, heritaige, languaige, waitche, caulme, 
caul. ... ». 

In another place, when dealing with the sound sh of E., 
W. S. says : 

« sh in dyfod ar ol bocal vn (iss) y galwantvegys hynasshe 
aiss, 'onnen'; wasshe waiss 'golchi'. Ac yn pa ryw van bynac 
ar air i del, ssioval neidyr gyffrous a wna, nid yn anghyssyllt- 
pell o y wrth swn y llythyr hebrew a elwir schin... ». 

Then we hâve Palsgrave's note(£\ E. P. p. 120, note): 

« Also ail words in the trench tongwhich in writtyng end 
in-age shall in redvng and spekyng sound an i between a and 
g, as though that a were this diphthong ai, as for langage, 
etc. . . ». 

The great number of Romance words in W. and Br. prove 
this tendenev towards diphthongization, and they hâve de- 
signated this in the written forms of the words as full diph- 
thongs. But in the case of W. and Br. the same thing hap- 
pens with 0, tt, e (and ï) in such positions. 

Though we hâve external proofs of this onlv from the 
i6th. c, yet there are indications ofthe diphthongization even 
earlier in W. borrowings from Romance, e. g. in D. G. and 
Mo Goch (14-15 es.), and later in L. G. C. 

In some of the Fr. dials. at an earlv date, the a before g 
in the ending -âge was also 'palatalized'. The ending is often 
written aige (and ege). In the 1 5 th . c. it was found occasio- 
nally in the dial. of Paris, but was later discarded. (See 
Meyer-Lùbke, Historische Grammatik der Fran^ôsischen Sprache, 
§102.) 

Exs. of this diphthongization in W. : 

a) a : braens 'branch' (in W. LlvnlII. 62 c Arglwydd ystaens 
o vraens&m fric'; C. Goch MSS. p. 335 'Braens o Edwin brins 
ydoedd')j baeds 'badge' IV. S.; caets 'cage 1 (D. G. 'Cact> eu- 
raid fal coed sirian'; W. S. has kaits ederyn 'cage'); ferneis- 
win 'vernage (wine)' ; mails 'matche' //'. S.; maniais 'van- 
tage J W. S.; mortgaeds 'mortgage' W. S.; oraits (oraens) 
'orange'; potacs 'potage' W. S.; orlayds 'clock' W. S., {W. 
Llvns Geiriadiir lias 01 lais 'doc\ and I). G. has also. 'Orlais 



Similarity in the Phonology of Welsh and Bit Ion. 67 

goch ar irlas gaine'. In M. E. orloge, orlage) ; saeds 'sage' W . 
S. ; taeds (bach gwn) 'a tache' W. S. ; toitsment 'attachement' 
W. S. 

b) e : kleinsio pen hoyl 'clenche' W. S. (M. E. clenchen. 
cleinsio is a common W. dial. forni); veinsians 'vengeance' W. 
S. (M. E. vengeance, vengeauncè); fleitsier 'fletcher' W. S. (M. 
E. flécher, fletcher}; treinskur '. 'a trencher' CD. G. p. 204 
'Trwn sor ffals, treinsiwr ffug'. M. E. trencher. In Iolo Goch 
p. 315 we get traensiwr, — 'Beth a fynnai erfai wr | eithr 
arianswch a traenswir ?'); Freiss 'fresshe' W. S.; in Medd. 
Mydd. p. 204 'Cais bysgod ffrais'. In Mod. W. dial. sleinsio 
(for sialeinsid) E. challenge. 

c) ï : ? bernais 'varnish' in D. G. p. 103 'Delw o bren 
gwern dan fernais'. W. S. bas harnais and verneis 'ver- 
nyssche'. M. E. vernisch, vernysche ; ysgarmes (? for ysgarmais 
or ysgarmeis by monophthongization), sgannes in Z.. G. C. 
p. 155, M. E. skirmischen (verb). 

d) : broitsio 'broche' W. S., (L. G. C., however, lias 
brosio and brosiiur); loydsio 'lodge' W. S. (also in Mod. W. 
dials); orloes, M. E. orloge 'a horologe' (Z). G. has k G\vrd- 
dlef telyn ac orloes'); Roesser, Roessier 'Roger' ; Antioys (? 
Irom Antioch, pronounced with a spirant ch) in Lives of the 
Cambro-British Saints (Buchedd Margret) p. 222 'y dinas 
Antioys'. 

e)] // : bivysmânt 'bushment, ambushment', Iolo Goch 
p. 133, 'Gwna vwysmant, bid trychant trwch' ; bwysel (and 
mwysefy 'a bushel'; bivytsiet 'a bougette' W. S.; brzuiss 'a 
brusshe' W. S. (briuyssio 'to brush') M. E. brusshc ; dwynsiwn 
'a dungeon' in C. Coch Mss. p. 424 'yn dalgrwn i'r dwyn- 
siwn du' ; twyts 'touche' W. S., (tivytsio 'to touch' in C. Coch 
MSS. p. 177 'ac nid oedd, gwna dy weddi | air yno i'th 
dwylsio di'). 

Exs. of this diphthongization in Br. ' : 

a) a : In L. Ch. the following occur, — corn aig 'courage \ 

1. As there are forms without the dinlithontr bv the side of the dinh- 



68 Parry- Williams. 

davantaig (and davantag) 'davantage', imaich 'image', outraig 
'outrageusement', personnaig 'personnage'. In M. Br. (E.) the 
following, — arraig bras 'une grande rage', bevraig 'breu- 
vage', bisaig (visàg, visaig) 'visage', chaing 'échange', domaig 
(znàdoumag) 'dommage', faig (znàfeâch), Fr. fâcher, heritaig 
'héritage', imaig (and imag) 'image', langaig 'langage', paig 
(and pag) 'page', potaig 'potage', messaiger (and messager) 
'message', raig 'rage'. Tr. has kraihehat 'cracher avec effort'. 
Exs. of this diphthong are very numerous. 

b) e : This, when diphthongized, sometimes takes the 
torme ai. L. Ch. privilaig and privilaich 'privilège'; M. Br. 
(E.) has ampeig 'obstacle' (but ampecbaf "empêcher'), breig 
'trouble' (? from Fr. brèche), rebeig 'reproche' (O. Fr. rebecher 
'se rebecquer'). In R. C. 8, p. _|68 collaichou 'collèges'. 

c) / : In R. C. 10, p. 33 we find a form seyg (ho seyg hit 
'votre siège, à vous'), which seems to show some kind of 
diphthongization of the vowel. The common form of the 
word in Br. is sich. 

d) : M. Br. (E.) has boroloig (and horollog) 'horloge' ; 
loigeaff 'loger' (but log 'loge'); poence (and ponce, with epen- 
thetic //) 'pouce'. In R. C. 8, p. 242 soingis (from Fr. verb 
songer) and p. 244 pan soingaff 'quand je réfléchis'. 

e) // : M. Br. (E.) ambitig 'embûches' ;ci. R. C. 10, p. 23 
'me gray rez, emezaff | Ainbaig do distragaf (je leur tendrai 
des embûches pour les perdre). 

f) ou : V. (Ch.) has louiss 'louche'. The M. Br. form 
seems to be loes (M. Br. (E.) s. v. loes 'louche', van. lues du 
!. luscus). Cf. R. C. 3, p. 72, 'Ruijenn deuz ann no/ | Glao 
antionoz' {Rongeur au ciel le soir, de la pluie le lende- 
main). 

Br. shows diphthongization also of vowels followed bv gn 

thongi/.cd forms, thèse apparent c.iscs of diphthongization niav be merely 
orthographical. Besidcs, the modem Br. forms hâve no diphthongs in this 
case, as a rule. Such a form, howewer, as M. Br. chenchaf (Fr. changer) 
seems to point to some influence of the consonant on the preceding vowel. 
Cf. '7. 



Similarity in the Phonoîogy of TVehh and Breton. 69 

in the Fr. originals, e. g. M. Br. (E.) cigoing 'cigogne', com- 
paignun 'compagnon', groign 'grogner', Bourgoing (and Boitr- 
goign, Bourgouinn) 'Bourgogne', roingnenn 'rogne'; Spaing 
'Espagne'. In L. Ch. AVamaigu ' Allemagne', yvraignour 
'ivrogne'. Cf. R. C. 7, p. 338 'Rac nispairgnein hanni' (car je 
n'épargnerai personne) in the Vann. dial. Cf. M. W. Bwlwyn 
Boulogne. 

13. - - The Diphthong #z of loanwords in W. and Br. : 

A. In Br. : 

In O. Fr. the diphthongs ai, ci were kept distinct, but in 
Norman Fr. they fell together, becoming 'open' ci. 

The monophthongization of ai through 'open' ci to 
'open' c took place very early in Fr., but the process worked 
earlier in certain cases than in others. It appears to hâve 
taken place earlier before double than before single conso- 
nants. In the I2th. c. final ai seems to hâve been pronounced 
as 'close' c or 'close' ei; but final aie kept the diphthong even 
up to the i6th. c. (see Meyer-Lùbke's Hisiorischc Grammatik 
lier Fran^ôsischen Sprache, § 90). 

The same takes place in the history of nasalised ai and ci. 
By the middle of the I2th. c. thèse had fallen together (see 
Meyer-Lùbke, op. cit., § 91). 

In the Br. loanwords from Fr. the sound appears in the 
forms aeand e from the M. Br. period. How far^was apure 
diphthong it is not easy to say. Even in early M. Br. in 
native Br. words the diphthong ae appears as e, e. g. L. Ch . 
(M. Br. Chart.) inaci, met (W. mael- 'prince'), inaen, mai 
W. maen 'stone'), macs, mes (W. mots 'field'), kaer, ker (W. 
caer). In the Mod. Br. dials. the change is very common; for 
the ac ot Léon the dial. of Trég. has e (e), e. g. L. flacr, Tr. 
vlcr ; L. sac, Tr. %i. In the Vann. dial. also the change to c is 
uni versai. 

Troude in his dictionary says : « AE. Cette finale se pro- 
nonce corameflfe'en français. C'est une diphtongue bretonne », 
and he cites such words as pae (Fr. paye), rae (Fr. raie) as 
exs. 

In some Br. texts œ and even ai occasionally appear, R. 



70 Parry-Wïlliams . 

C. i,p. uo aigl 'aigle'; M. Br. (E.) ivrav'ïvraië' ; aform like 
M. Br. (E.) boettes 'bettes' seems to show that ae was used to 
dénote a vowel sound. 

i) The following are exs. o(. Br. ne (<•) corresponding to 
Fr. ai. 

M. Br. (E.) has aegr 'aigre', aegraj] 'aigrir', aer 'air', aes 
(ae%) 'aisément', appaesajj 'apaiser', apotiquaer 'apothicaire', 
bilen {vilain, villuin) 'vilain', cabiden (capiten, cabileti) 'capi- 
taine', cheiieten 'cheuetaine', certen 'certain', daes 'dais', débo- 
îter 'débonnaire', clefaet 'de fait', dent 'daim', essae 'essayer', 
faet 'hit' , fres 'frais' (also M. Br. fresq), gai *gai J , germen 'ger- 
main', humen (humaeii) 'humain', imparfet 'imparfait', lelu 
'laitue', maestr (mœstr, mestr, mest) 'maître', monden (moun- 
denn, mundain) 'mondain', necesser 'nécessaire', noter 'notaire', 
ordiner 'ordinaire', panesen 'panais', pae 'paie', paeamant 'paie- 
ment', palaes 'palais', oracson (oresoti) 'oraison', raeson 'raison', 
saeson 'saison', soliter 'solitaire', souden 'soudain', vicaer 
'vicaire', vaen 'vain', vanaeson 'venaison', dalae {cîale) 'délai'. 
In L. Ch. œr 'air de musique', reson, raeson, raison, rayson 
'raison' and others. In M. Br. H. afer 'affaire', saler 'salaire'. 
In A. L. C. p. 606 cambre « toile fine, de Cambray ». 

In M. Br. veriien Fr. verveine, e represents Fr. ei; in M. Br. 
assaign {L. C/j.) Fr. enseigne, ai represents Fr. ei. 

2) Before / mouillée the Fr. ei, ai appear in the Br. forms 
of the wordsas ai almost invariably. 

Exs. : In M. Br. (E.) amaill 'émail', apparaill 'appareil', 
bitaill (bylayÏÏ), O. Fr. vitaille, boutaille 'bouteille', moraill 
'moraille', parail 'pareil', taill 'taille', marvaill 'merveille'. In 
R. C. 8, p. 90 tenail/en 'tenailles', R. C. S, p. 2^0 vaillant 
'vaillant'. 

In M. Br. the forms appareil and appareil! occur by the side 
of the commoncY apparaill. Cf. M. Br. (E.) Ireill botta m 'treil- 
lis de fer'. 

Before gn of Fr. the ai appears in Br. as ai, as in M. Br. 
(E.) brabaing 'bréhaigne'; cf. M. Br. assainit 'enseigne'. 

B. InW.J: 

The early M. E. diphthongs ai (O. E. œg) and « (O. E. 



Similarity in the Pbonology of Welsb and Breton. 71 

eg~) te 1 1 together under ai in the i4th. c. in pronunciation. 
(See E. E. P. pp. 378, 119, and Horn's Historische Neueii- 
glische Grammatik, vol. I, p. 96). Thesame holdsgood for the 
et and ai of Romance words in E. The development of the 
pronunciation of M. E. ai, ei may be seen from this table 
given in E. E. P. (where the double vowel means a long 
vowel). — 



Aod. spelling 


I4th. c. 


iéth. c. 


I7th. c. 


i8th. c. 


ai, ay 


ai 


ai, a ni 


irai, ee 


eei, ee 


(rain, way) 










ei, ey 


ai 


ei, eei, ai 


eei, ei 


eei, ee, ii 


(vein, obey) 











The chief diffîeulty in ascertaining the exact pronunciation 
of the W. représentatives of thèse E. diphthongs lies in the 
fact that in such texts as the Mabinogion and the Bruts (R. 
B. i7.) the ai of Mod. W. is generally represented by ei. 
How far this represents the real sound of the diphthong it is 
difficult to tell, as the tendency among scribes was to becon- 
servative in the matter of spelling, even when the sounds had 
undergone a change. In W .S. (early i6th. c.) the diphthong 
was, with a few exceptions (e. g. medlei, palffreï), expressed 
by ai. As the texts of the works of the W. poets of the 
médiéval period are comparatively late, and hâve undoubted- 
ly undergone considérable change, an examination of them 
would afford little clue to the exact pronunciation . Such lines 
as the following in the works of D. G. 

p . 88 Un arghwrfom yn llmio 
and p. .211 Ac with eichwrtow gmiaw 
having c C)mghanedd lusg' would seem to point to some resem- 
blance between the ei of a W . word like lleisio (from liais) 
and the diphthong in the M. E. (Romance) word corteis (cor- 
teys, curtais, curtays). In E.,at any rate, the diphthong, as 
we hâve seen, was at this time pronounced ai, and it may 
hâve been so in W., though frequently written ei, and though 
the 'Cynghanedd' seems to demand the sound oiei to answer 
to the ei of the W. word. In such cases of 'cynghanedd lusg', 
however, the actual identitv of sound may not hâve been 



~i Par ry- Williams. 

absolutely essential. Such isthe case according to the modem 
rules pf 'cynghanedd'. 

Taking a line like the one found in M. A. p. 307 : 

Cadair ffair ffydd cedawl ufydd ced alafedd, 

we seem to bave an internai rhyme between cadair and ffair. 
If so, we mayexpect the pronunciationof the ai tobe the same 
inboth words. The diphthongin ffair, iffrom M. E.,must bave 
been pronounced ai. Cadair is from Lat. cathedra, and thustheat 
must bave been pronounced ei at one stage of itsdevelopment. 
In M. W. MSS. it would bave been ei; butas tins poem in 
the M. A. dates from the same period, and as cadair rhymes 
with ffair (with ai pronounced ai), we may gather that the ci 
in M. W. MSS. in some cases, at least, represented the pro- 
nunciation ai, or, at any rate, some sound approaching to 
it. 

According to its position (though not always regularly) this 
ai- sound of E. is represented differently in theW. loanwords. 
In the folio wing cases, (1) when final in monosyllables, (2) 
when followed immediatelv by a vowel in the next syllable, 
(3) when comingbefore /, ;/, /', s, it appears in W. as ae (ax\ 
a sound which bas today, and probably even at a fairly early 
period, the sound of W. au. In monosyllables this W. diph- 
thong had a long élément, au. When the monosyllables are 
lengthened by the addition of an ending containing a 'front' 
sound, the ae becomes ei, e. g. pacut, peintio (to paint) ; traen 
(dial., 'a drain'), treinio (to drain). Cf. W. gwaedd (a shout) 
but gweiddi (to shout). 

In ail other cases the diphthong appears as ai {ci), and occa- 
sionally as e. The ei appears in accordance with the rule of 
Mod. W. in such words as main, meinion. W. S. is not 
always consistent, for he bas mcdlci, but rwmnai ; ciurleis, but 
malais. Where the Mod. W. bas ei, however, he too has ei, e. 
g. ciurteisi, maleisns, twnieiod . 

Exs. : 

1) W. words with ae : 

baeh (dial., 'shot') M. E. bail, hayle; mael 'gain', early E. 



Similarily in the Phonology of Welsh and Breton. 73 

maile, Mod. E. mail ; yslaer 'stair'; aer e air\ M. E. eir, ayre; 
aer 'heir', M. E. eire, eyr, ayr; aesel 'verjuice', M. E. aisel, 
eisil ; awmael (pwmaeï) 'enamel', M. E. aumayl; bat 'bay-tree' 
(in Medd. Mydd., p. 249), M. E. bayle, baie; baeart 'bayard', 
M. E. bayard ; balaen (balain, bahn, malaerî) 'Milan-steel', 
early E. Melayne, Mylleyn ; berfaen (ferfàen) 'vervain', M.. E . 
verveyne ; ditaen 'dittany', early E. dyteyne, dytayne; ffrae 'a 
quarrel', E. fray; tnaentumio 'maintain', M. E. maintenÇe), 
maynlyn(e); paemant 'payment', M. E. payment, paiement ;paent 
'paint'; pi a en 'plain' ; siamberJayn 'chamberlayne' IV. S.;tae- 
liwr (also teilkur, ieiler) in D. G. p. ic, c a tailor' ; trafael 
'travail, travel'. 

2) Words with ai (et), in W. : 

atwrnai attorney', M. E. att(o)urney, attornai; baili, beili 
'bailirF ; batail 'battle', M. E. batayle, bataille; bitain 'betony', 
early E. betayne (W. has also betain) ; bitail 'victuals', M. E. 
vitaille ; bilain 'villain' ; caivsai 'a causey, causeway', M. E. 
causei ; clai 'clay', M. E. clai, clei; daim (L. G. C. p. 46, 
'Harri ei glaini rhoi i gler' ; IV. Llyn in his Geiriadur has 
claimio, but B. Cwsc has cleiinio, like Mod. W.) 'claim', M. E. 
chyme, clàyme ; czvmpeini 'company', M. E. compagnie ; cwrtais 
'courteous', M. E. corteis, curtais; ffair 'fair', M. E.feire,feyre ; 
ffivrnais 'furnace', M. E. furneise, foÇn)rnays(e) ; hacnai 'hack- 
ney' (W . S. hachneï), M. E. hakenai, hak(e)nei ; harnais 'har- 
ness', M. E. harnais, hameis ; lefain 'leaven', M. E. levain(e); 
lifrai 'livery', M. E. liverei, liveray ; medlai 'medley' {W. S. 
medlei) ; nwtlai, mwtlai 'motley' ; mwnai 'money', M. E. 
moneye, monaye; pal ff rai 'palfrey' (JV. S. palffrei) M. E. palefrai, 
palefrey ; simnai 'chimney', M. E. chymneye; siwrnai 'journey', 
M . E. lomee, jnrneie. 

3) Words with e in W. : 

balen (by the side of balaen, balain, inalaen, see above (2)) 
'Milan-steel', Early E. 'melayne ; bargen (by D. G. 'Beth a dal 
anwadalu | Wedi'r hen fargen a fu ?'), by side of bar gain, 
M. E. bargaxne, bargevne ; prije sel 'privy seal' W. S., (but 
L. G. C. p. 262, pryfai sel), M. E. privei, privay ; siambrlen 
'chamberlain' in D. G. p. 117, 'Siambrlen y feinwen yw fo\ 



~.\ Parry-Williams. 

(but IV. S. at a later period has siamberlayn, see above (i)), 
M. E. chamberleîn, chamberlayne, O. Fr. Chamberlain, chamber- 
len ; //vhv/ 'travail, travel' in M. ^. p. 287 b, but with travael 
in the very same poem, M. E. travail; wassel 'wassail' in 
L. G. C. p. 13 'val rhoi wassel, but in L. G. C. p. 81 e govyn 
wassaeV, M. E. wasseyl, wasbayl. 

Note : — In the W. dials. the diphthong is régularly 
monophthongised, e.g. simne, or j/mna for simnai ; siwrne, 
siwrna for siwrnai (see §15). 

14. — The Diphthong oi of loanwords in W. and Br. : 

In native words O. Br. oi became M. Br. oe and Mod Br. oe, 
oa, oue. Thèse diphthongs generally represent the W. oe and wy 
(and occasionally ne). In W. oc and wy sometimes interchange 
e.g. boenyn and hwynyn *a snare\ In dials. cwyltb may be heard 
(or coelio 'tobelieve'. In the Romance loanwords W. and Br. 
show marked similaritv in their treatment of the diphthong. 

A. In Br. : 

The O. Fr. a-diphtong developed first into oi. This oi fell 
together with c open' oi, even as early as the I2th. c. The 
exact pronunciation of this oi, however, is not known. But 
the next development seems to hâve been to oi (? proving 
that the was 'close'). In the 1 3 th . c. this alternâtes with a 
form oai. The pronunciation oc (or rather ité) is the common 
one in the subséquent centuries, till the pronunciation ua 
appears. Traces of this are found even in the i6th. c. (Sec 
Meyer-Lûbke's Historische Grammatik, § 83). 

The forms met with in the Br. words are primarily oe, later 
oa (where stands probablv for an //- sound. See Ernault's 
Petite Grammaire Bretonne, p. 3). 

It may be remarked hère that the forms oe, ne, oue alternate 
frequentlv in the Br. texts and dictionaYies, e.g. in the native 
words — M. Br. (E.) argoc^, argoueç, aroe\, arue\ (W. arwyddi) ; 
clouet, pi. cloedou (W. clwxd); d. does, ducs (W. dwys). 

In the Vann. dial. oue, <w/ generallv appear where the Léon 
dial. has oe, oue. 



Similarity in the Phonology of Welsh and Breton. 7 S 

1) Fr. oi = Br. oe (oa). — For the interchange of oe and 
oa in M. Br. see R. C. 11, p. 364. 

Exs. : In M. Br. (E.) anipoeson 'poison', from Fr. empoison- 
ner; angoes 'angoisse'; appoeaff 'appuyer'; appoentajf 'appoin- 
ter'; boest 'boîte'; chamoes 'chamois'; choas 'choix'; coant, O. 
Fr. coint ; coeff, 'coiffe' ; foar 'foire', (i?. C, I, p. 122, un foar 
gaer) ; meritoer 'méritoire' ; parroes 'paroisse ; poenc%pn 'poinçon'; 
pressoer 'pressoir'; poeson 'poison'; refectoer 'réfectoire'; voetur 
'voiture'; poent 'point'. In L. Ch. occur choaset 'choisi'; gloar 
'gloire'; vanegloer 'vaine gloire'; victoar 'victoire ; joa 'joie' ; 
and many others . 

2) Fr. oi = Br. 011e : 

In M. Br. (E.) foueti 'foin' occurs. In R. C, S, p. 90 we get 
'vn moue^ (une voix) ; M. Br. has scruytouer by the side o.t 
scruiîoer, scritol 'écritoire'. 

3) oi stands for Fr. oi in one word, M. Br. (E.) coing or 
coinn 'coin'. 

4) oae stands for Fr. oi in one or two cases, — M. Br. (E.) 
coae.nl (coent, coant) for O. Fr. coint, and Troae (Troc) 'Troie'. 
Hère, however, the ae may be for e. 

5) The Fr. oi appears in a number of Br. words as e (and 
ae). 

By the side of the development of Fr. oi mentioned above, 
thisdiphthong had also another development through uê(\x\ù\ 
'open' e) to 'open' e. This change cannot be satisfactorily 
explained. (See Meyer-Lùbke's Historiche Grammatik der Fran- 
Zpsischen Sprache § 84.) Reflections of this are found in Br. 
loanwords, where the Fr. oi is represented by e 1 . But by the 
side of this e there occur also forms with ae. Whether this ae 
représenta an 'open' e, or is really a diphthong alternating with 
ae ( as is not uncommon) is uncertain. It may be mentioned 
however, that in Fr. in the dial. of Ile de France nasalised ai 
is rhymed with nasalised oi from the 13 th. c. (See Meyer- 

1. The West Fr. forms were ei, e. The Br. forms may then be due to 

thèse or to the otlier development of oi. 



~G Parry- William t. 

Lûbke op. cit. § 91 and § 84). The e of Br. can hardlv be a 
monophthongized form of oe, because oe when monophthongi- 
zed becomes (gener'ally in final svllables) in Br., e.g. M. Br. 
nadœ\, Mod. Br. //(?(/(>;; M. Br. baradoe^, Mod. Br. barado~. In 
M. Br. it rhymes with -c/c.s' and -<v. 

Exs. with e and ae in Br. : 

M. Br. (H.) parres (by side of parroes) 'paroisse'; presser 
(by the side of pressoer) 'pressoir' ; cernes 'cervois' ; courtes, 
cortes 'courtois' ; damesel, demesel (Mod. Br. dime^eï) 'damoi- 
selle' ; hachedenês 'hachedénoise' ; deuer 'devoir'; lesen 'loi', 
from Fr. lois ; lesir 'loisir' ; maner 'manoir' ; noter 'notoire' ; 
esplel 'exploit'; esper 'espoir'; veturier 'voiturier'. 

achaeson O. Fr. achoison ; aer (fém. aères) 'héritier', O. Fr. 
hoir ; Benaei 'Benoît' ; brae 'broyé' ; esmae 'émoi' ; laesen 'loi' 
(cf. lesen above). 

Note : -- For interchange of ac and oe, (ai and ot) cf. M. 
Br. charaig and charoigun 'charogne' ; fac and foi 'fi' ; Geruœs 
'Gervais'. 

B. In W. : 

Ellis in his E. E. P. says that the ai (oy) of Mod. E. words 
was pronounced ui in the I4th. c. Horn in his Historische 
Neuenglische Grammatik, Vol. 1, p. 100, says, « Oi, ni. 
Die me. Wôrter mit oi-tii sind fast aile franzôsischen Urs- 
prungs. Die Doppelheit oi-ui finden wir bei den frùh-neuen- 
glischen Orthoepisten wïeder : sie entscheiden, allerdings, 
mit betrachtlichen Schwanken, zwei Gruppen von YVôrtern, 
eine mit oi, eine andere mit ///'. Es scheint môglich, dass afrz. 
ci die Quelle von me. oi ist, wâhrend afrz. oi me. ui ergab. » 

On p. 209 he gives a table containing — 

M. E. i)th. c. i6th. c 

oi (joy) oi oi 

ni Çboil) ui ui, •'/' 

See further E. E. P. p. 399. 

With a tew exceptions, appearing mostlv in ÏI r . S., the 



iyth. c. 


i8th. c. 


i9th 


ci 


oi 


! 1; ' 


■>i 


n-oi 


oi. 



Similarity in the Phonology of JVelsb and Breton. 77 

W. words hâve wy eorrespônding to tins diphthong of. E. In 
M. W. the y in wy is = W. u ; in 5". W. it is = i. 

1) Exs. with wy : 

Anwyntio 'anoint' (L. G. C. p. 288 Yntau Tomas 'nwyn- 
tiwyd a gras) ; apwyntio 'appoint', M. E. apointÇe), apoyntÇè) ; 
asswyn} from M. E. asoyne; brwylio 'broyle' W. S. ; bwi a 
vydd with ancor 'boy' IV. S., Mod. E. buoy ; ffivyl ? from 
E.foiî \fwyn brath ac aryf 'foyne' IV. S., M. E. foynÇe) ; llwyn, 
Iwyn 'loin' {W . S. lias llwyn ar gic 'A loyne'), M. E. loyne ; 
pwynt 'point' (D. G. p. 141 Pwyntiaù afrwydd drwy'r flwyd- 
dyn) ;piuyutio, an aphetic form oïappwyntio 'appoint' ;pwyntel, 
pwyntil 'pencil, pointel', M. E. poyntil, poyntell; pwyntmant 
'pointment, appointment' (D. G. p. 49 F r nant lie' r oedd 
pwyntmant per) ; pwysi 'a posy', Early E. poysie ; sbwylio 
(spivylio) 'to spoil' (Cym. Ll. Cym. II. p. 22. A sbwyliodd 
lawer sten a stwnt ; p. 26, a spwyliodd lawer ffenestr wen); 
wynwyn (gwynwyn) 'onions' (Medd. Mydd, p. 173. giuynwyn) 
M. E. oynoîi- 

2) Exs. with oe (py) : 

Kloystr 'cloister' (/. Goch p. 175 Kloysir Westmustr) ; coe- 
ten, coetan 'a quoit', M. E. coyte ; voydio 'voyde' II. S., M. E. 
voiden ; oystreds fïedder 'oystreche ffedder' W. S., i.e. ostrich 
feather, M. E. oystryche ; oestyr 'oyster' IF. S., (Medd. Mydd. 
p. 165 Cymer gregyn oestrys) M. E. oistre, oystre. There is 
also a form wstrys (? for wystrys), which mav be for M. E. 
oistres, or the variant M. E. form astres. The form poynt occurs 
by the side of pwynt 'point' in Proffwydoliaeih Sibli Ddoeth 
p. 276, 'pwynt blaenllym vegis poynt scorpion'. 

15. — Simplification of Diphthongs in W. and Br. : 

The process of monophthongizing diphthongs is very préva- 
lent in W. and Br. in their later history. In the written lan- 
guage it may be commoner in Br. than in W., but in the 
mod. dials. ol the latter it is extremely marked. 

A. In Br. : 

1) In accented syllables. 

a) ae. Even in M. Br. there are traces of the monophthongi- 



;S Parry-H illiams. 

zation of this diphthong. In L. Ch. (M. Br. chart.) mel and 
mail 'prince' (W. mael-), men and maen 'store' (W. maen), mes 
and maes, 'field' (W. maes'), bel undhael 'generous' (W. hael). 
Cf. M. Br. (E.) elgue^ 'chin' (W. aelgeÇr)th). 

In dial. of Léon it occurs in such words as J;e~onr (M. Br. 
quaeçour, O. W. caitoir, Mod. W. cedor), bclek (M. Br. bae- 
lec). 

It is the gênerai rule in the dials. ofVann. and Trég. (For 
the latter see Le Clerc's Grammaire bretonne du dial. de Trég. 
§ 12). V. er, Léon, aer, M. Br. a%r; V. ker, Léon kaer, M. 
Br. ca^r; V. men, Léon mean, M. Br. maen (men)(W. maen). 
Trég. vler, %ê, les = Léon ftaer (flear), sae, lae\ (lea~) ; Léon 
mae is in Trég. me. 

Before r in the dial. of Vann. a (not e) appears in dareit 
(M. Br. dation, Léon daerou). 

b) ao. Hère again Trég. shows a simple vowel for the diph- 
thong of Léon. 

Léon, taol, kaol, penao{, paotr are in the dial. of Trég. toi, 
kôl, penb\, pôtr. 

In R. C. 4, p. 66 \ve ûnàglo 'rain', which is M. Br. glan, 
Léon glao, Vann. glaiï, W. glaic. 

The an of Fr. appears sometimes as an, sometimes as 0. In 
Fr. itself there are traces of the <>- pronunciation from the 
14 th. c, but there is évidence that it was a diphthong even 
in the i6th. c. (See Meyer-Lûbke's Historische Gram. der 
Fntn~. S [vache, § 92). 

an occurs in M. Br. (E.) antramanl 'autrement'; L . Ch. 
a canss l à cause' Çd. R. C, 9, p. 348, ha ma oun caus 'c'est 
moi qui suis cause'); faut 'faute' (M. Br.fanlt). 

occurs in R. C, 24, p. 266 evit an deboch(\xu la débauche); 
R. C, 9, p. 162 oemantin 'augmenter'; R. C, 9, p. 198 ar 
somon 'le saumon'. 

Note : — ■ For the dial. interchange ot an, 0, a sec À'. C, 
16, p. 220. 

c) oc(oa, oua). 

Traces of simplification appear in M. Br. (E.) toem 'hot, 
warm' and tom ; livmaff and tomaif 'to warm' (W. twym, 



Similarity in the Phonoîogy of Welsh and Breton. 79 

lioymo); in L. Ch. (M. Br. chart.) rouant and roant for O- 
Br. roiant; cf. also offÇouaff) 'I am', Mod . Br. onn, by the 
side of W. ivyf, and M. Br. ros 'he gave' (from reiff c to give") 
by the side of roas, reas, W. ;7w« (from rhoddi, rhoi 'to give')- 

In one case oe = e, M. Br. lou^r Mod. Br. /o^r, pi. Urou (W- 
llawdr 11 od mit). 

In the dial. of Trég. <7 appears for the oa of Léon ; Léon 
bloa = Trég. blâ (W. bhuydd from blwyddyri). 

d) ou. 

In M. Br. Chart. (L. Ch.) pou (with a diphthong) lias a bye- 
form po (O. Br. po« from Lat. pagus, W. /><///). Other M. Br. 
forms in proclisis are peu, pe. 

c) ci. 

In Br. liai 'loyal', if it is, accordingto L. E.(H.), borrow- 
ed from O. Fr. teial, ci bas become e. But the form léal 
appears in Fr. up to the iyth. c. 

2) In unaccented syllables. 

a) ae. 

In the dial. of Vann. e generally appears for ae. In Br. -e~ 
corresponds to the W. -aeth in substantives. In Br. balan, 
banal (M. Br. bala-u), balan (M. Br. ala\n) a appears in the 
unaccented syllable, whereas in other cases it would be ae. 
Cf. eut by the side of esae from Fr. essai ; ema c is' W. y mac. 

b) oe. 

The M. Br. oe generally becomes in later Br. 0. M. Br. 
nadoe^j Mod. Br. nado% ; M. Br. baradoes, baradoe^, and bara- 
dos, Mod. Br. barado- ; M. Br. cadoer, Mod. Br. kador (W. 
cadair); M. Br. parroes (parres), Mod. Br. /w/v~ (i?. C, 12, 
p. 204 en he barrou~ 'dans sa paroisse') ; M. Br. patrimon by 
the side of patrimoen, Fr. patrimoine ; M. Br. scritol by the 
side ot scruitaer, scruytouer, Fr. écritoire ; M. Br. cantoell, Mod. 
Br. /vï/>//(>/ (cf. M. Br. cantoller by the side of cantoellcr 'chan- 
delier') ; M. Br. ystoar, histor, hyslor, Fr. histoire; M. Br. 
henoe^, henoa^, heno% (W. -noclh). Cf. M. Br. mor^ol (R. C, 
3, p. 64 gand he vorxolion 'avec ses marteaux') with W. mor- 
thwyl. For,' in such cases in the dial. of Batz, see R. C, il, p. 357. 



8o Parry-Williams . 

c) The O. Br. pi. ending ou, whiçh wasa diphthong, like the 
W. ou (Mod. W. au) is a monophthong in Mod. Br. (Léon 
ou, Trég. o); Vann. <•// is still a diphthong. 

B. In W. : 

Diphthongs arc commonly monophthongized in the W.dia- 
lects. 

i) In accented syllables. 

In this case the exs. are mainly monosyllables with a long 
élément in the diphthong. 

a) ae. 

gwâd (gicaed: Williams Pantycelyn has -âd rhyming with it) ; 
Sir Gâr (iox Sir Gaer-fyrddin 'Carmathenshire') ; trâdznd whâr 
in S. W. (ioïtraed and chwaer). In N. W. ma is used for mat 
before consonants. In S. W. blân (blacn), drân (draeri), etc. 

In words of more than one syllable the following forms 
occur in N. W. : 

ri ua r (claear), duar (daear), goriwaràd (gorhuaered), hyrïlig 
(haerllug), huar (haerarrî). 

b) oc. 

In S. W. oc > ô in such words, as crôs {crocs, 'vhich is 
rhymed with -ôs by Williams Pantycelyn), ddô (dcloc), llôr 
(îloer), on (peu), etc . 

In words other than monosyllables cogio (? from coegio) and 
oddwn (for œddwrî). 

c) wy. 

In N. W. giur (jgwyr), ubw (-bu'y), pîv (wy). In words of 
more than one syllable there are forms like Iwiuo (tiuxiuo), 
mwar duon (mwyar duori), twmpath (M. W. twynpath). 

d) «. 

cerch, cyreh (ccirch) ; Rhyl is supposed to stand for \r Hyl= 
yr Hcil i. e. 'the sait-places' ; gwerglodd (gweirglodd), isio 
(eisieu), istu, iste (eistedd), >ii(n)Jio (ueitlio), pidio (peidio). Ct. 
O. W. caitoir gl. pube, Mod. W. cédor. In S. W. giric is 
heard for geiriau. 



Similanty in the Phonology of Welsh and Breton. 81 

e) yw. 

cliuad or clîved (clyiued), cwad (from cywad from cyiuod from 
cyfod), dwad Qiywed), rwsitt (rywsut), rhiubath, rhwbeih (rhyio 
beth), slwan (for slywen for llysywen). 

f) oiu . 

rwlio (for rowlio from E. roÏÏ), Wan (Ozuain). The M. W. 

gorffoiuys is in Mod. W. gorffiuys or gorffzuyso. 

2) In unaccented syllables. 

a) ae, (au). 

In Gwynedd generally a ; in other districts (except Glamor- 
gan, which has a) it is e : 

caffal, caffel (caffaet) ;gadal, gadel (gadael) ; gafal, gafel(gafael); 
marchogath, -eth (marchogaetb). In N. W. Caemarfon is pro- 
nounced Cymarfon or Cynarfon. 

au (especially in pi. endings) undergoes the same change as 
ae, as both hâve the same pronunciation. 

b) ai, (ci). 

In Gwynedd it becomes usually a, clsewhere mostly e : 
cadar, cader (cadair) ; bigal, bigel (bugaiï) ; cyflath, cyfleth 
cyflaith ; dima, dime (aimai) ; fealla (feallai), as in ail verbal 
forms in -ai; simdda. sinidde (simddai or simnai 'chimney') ; 
siiurna, siwrne (siiurnai 'journey'). Cf. Mod. W. erioed for 
M. W. eiryoet. 

The diphthongization seems to be not of ai but of the ear- 
lier ci in such N. W. forms as : 

bychin (bychain, pi. of bychari); crill (erailï) ; ifinc (ieuainc, 
pi. of ieitanc); llygid (llygaid, pi. of llygad). Cf. the literary 
forms bustych, pi. of bustach ; tywyrch, pi. of tywarchen. The 
endings -ais, aist ofthe Aorist hâve the forms -as, -ast; -es, 
-est ; -is, -ist in différent localities. 

c) zuy. 

cannwll (canmoyll) ; inorion and morwm (morwyn) ; neithiwr 
(also literary, for neithkuyr) ; ydiu (ydwyf 'I am'). 

à)oe. 

In the pi. ending-fl^W it is pronounced in the spoken 
language; ydoedd is pronounced ydodd, and eisoes, eisos. 

Revue Celtique, XXXV. 6 



82 Parry-Williams. 

e) yw. 

gwrw (guryiu); banw pi. bnivod (for benyw ben\wodT) 
'female'. 

f) Forms like llazueroedd (from llawer) and newyddion (from 
nezuydd) are sometimes pronounced llwerodd, nwddion, with 
the w as vowel in both cases. 

16. - Contraction of Vowels in W. and Br. : 

Examples of contraction, often arising from the loss of an 
intervocalic consonant or h, are fairly common in W. and 
Br. 

A. In Br. : 

In R. C., 7, p. 308, the following exs. of contraction are 
given : — M. Br. goanac 'hope' (W. gofynag); Léon gouet , 
Vann. gosere 'a streamlet' (W. gofer); Léon diouerel 'to be 
deprived of, Tréi.»,. divoeret (W. diojeraf); Vann. plêc (in the 
compound tréss-plec 'pillow'), Léon pluek, M. Br. pluffec (W. 
plu-og, with /)/// for plnf); M. Br. coabrennou (counted as 3 
syllables) 'clouds', couffablen in the Catbolicon, for *couff- 
çàbren . 

To thèse may be added : 

M. Br. (E.) douar, doar (counted as one syllable) 'earth' ; 
Mod. Br. hit, for M. Br. quehii (cf. M. Br. chart. L. Ch. kehe- 
deull) =\V. cybyd , cyd ; L. G7>. (M. Br. Chart.) ham bv the 
side of houarn, O. Br. hoiarn, W. baearn (S. W. ham); and 
bernin,0. Br. hoiernin,W. baïernin; et. M. Br. //<-, //V</, Fr. 
laïque, W. //n;^ (the Br. word, like the W., may be from 
Lat. laicus) ; 1 rég. /v/// for Léon pehini. 

B. In W. 

Lib. Lànd. bei (O. W. /W.v/ hirmain 'as far as the stone') ; 
Mod. W. cjd for cybyd (Lib. Land. cihil); cael by the side of 
caffael (M. W. û//.v/, <-</<•/, caffael, caffet) ; M. W. cabat and 
,v// ; Mod. W. câdd cafodd\ cawd caftvydd; ceis refais; 



Similarity in the Pbonoîogy o] IVclsh and Breton. S 3 

côd = cyfod ; dôd = dyfod ; dwyno = difiuyno ; daer = daear 
(M. W. dayar, dayr); dôf = deuaf ; dallt (dial.) = deall 
(M. W. dyalî) ; gwâdd = gwahodd ; gaeaf, cf. O. W.gaem ; fow 
(S. W.) = foo/ ; barn (S. W.) = haearn ; L/y« = £/ey« ; 
niwl = nifwl ; pa/m from h\x. pavôn-is ; /w/)7/ (N. W.) = 
tywyll ; tivlhuch ; tyiuylhvch ; teyrn for téjyîrw ; Cymraeg == Cxm- 
râeg (cf. Z). G. Hyd yr a'r iaitli Gymrâeg A hyd y tyf 
hadau teg.). 

The denominative suïïix-hau stands for ha-u (cf. O. W. 
yscamnhegini). The M. W. sarhaad or sarhaat is in Mod. W. 
sarhâd. From the W. loanword from E., bcrfa, there is a deri- 
vative berfâd, from the loanword copà a pi. form copâu. 

Mod. W. croen seems to stand for *crohen or crochen ; cf. 
Br. krochenn. In N. W. gwlâu stands for gwelaau plur. of gwela, 
which must hâve existed by the side oî~g$uely. In the modem 
E. dial. of Cheshire goda still exists. 

17. — Haplology in W. and Br. : 

A. In Br. : 

M. Br. be^ 'thou art', for *be%e^ ; marvoad for moarvad = 
me a oar er vad 'I know well' (Ped. § 224). In R. C, 31, 
p. 136, two other Br. exs. are given : Br. (Trég.) helibini 
(in such an expression as moud helibini 'aller à qui mieux 
mieux') for helipebini (== ? e ry peb-inï) ; Br. (Trég.) hïb de 
'capable of, with hâb for kapabl ou hapapl, from Fr. capable. 
The place-name Rostrenen (M. Br. Chart. Ros-draeneri, Ros-tre- 
nen, W. rhos, draenen) is pronounced Rostren. 

B. In W. : 

caf 'I get, shall hâve', may be for cafaf by haplology, or 
iromea-af through the loss of fbetween vowels ; cf. Br. 
(L. Cb.) cafaf 'je trouve'. But M. W. has also caffaf by the 
side oîcaf, which seems to point to two separate formsof the 
Verb. The différent forms of cael and gafael hâve been dealt 
with at length by Prof. Thurneysen in Ein Freibnrger Fesl- 
gruss %um funfund^wan^igjàhrigen Doctorjiibilàum (Hermann 
Osthoff), qum 14. August 1894. Constinobî 'Constantinople' 



84 



Pair y- Williams. 



occlus in M. A. p. 328 ; in Campait Charlymàen the torm 
Corstinobyl is fourni. In the Mod. M. W. dial. the following 
forms are used, ■ — para for papuraii 'papers' ; pasa or pasu 
for pzurpasa, pwrpasu 'to intend', from E. purpose ; tysan for 
talysen, singulative form of lalws from E. 'tatoes = potatoes ; 
sciai or seiad for *soseiat, *soseiad from E. society. Cf. N. W. 
dv/z/M for diddyfnu 'to wean'. 



(To /v contïnued). 



T. Parry-Williams- 



ÉTYMOLOGIES. 



I. IRLANDAIS SEG (SF.D) « CERF », SEGAS « FORÊT ». 

L'animal sauvage tire souvent son nom delà « forêt », qui 
est son habitat naturel. C'est un fait bien connu par le latin 
siîuâticus « sauvage », dérivé de sihta, et aussi par le lituanien 
medinis « sauvage » dérivé de médis « arbre », cf. lette mesch 
« forêt » (v. Bezzenberger, ap. Stokes, Urk. Spr., 280). Le 
celtique offre un exemple analogue dans le mot irl. fiad f. 
« gibier »,gall. gîuydd, bret. goue% « sauvage », évidemment 
apparenté au mot gaulois uidu-, irl. fid (gén. fedo) « bois », 
gall. gzuydd, bret. gwe^ « arbre ». Il s'agit d'une alternance 
\ueid-o-, *wid-u-, ou plutôt *weidh-o-, *widh-u-, d'après le 
témoignage du germanique (v. isl. viâr, v. h. a. witu, v. angl. 
wudu) ; et la racine est sans doute celle du lituanien vidas 
« intérieur, milieu » et du latin dïuidô (voir Pedersen, Vgl. 
Gr., I, 41 et in), la forêt constituant un hinterland, une 
région intermédiaire à deux territoires habités (cf. O. Schra- 
der, Reallexikon, p. 307). 

Le sens ancien de l'irlandais fiad, confirmé par le britto- 
nique, est « sauvage ». Il s'est maintenu en composition : 
fiadmila « animaux sauvages » (S. Corm. p. 53, n° 646, éd. 
K. Meyer). Mais le mot a été de bonne heure appliqué à dési- 
gner le gibier (d'où gearr-fiadb « *petit gibier, lièvre »), et 
plus particulièrement le cerf ou le daim. C'est le sens que 
lui donnent les dictionnaires de l'irlandais moderne, tel celui 
de Dinneen : fiadh, g. fiaidh, a deer, a stag'. 

1. Mon auditeur M. Morgan Watkio me signale que dans la version 
galloise de Bown o Hamtwn, le mot cerf coraunt du texte français (Boeve 
de Haumtone, v. 1645, éd.Stimming) est rendu par gwyd huàyn (v. 1 ,S 1 2 ) 



(S6 /. Vendryes. 

Cela invite à imaginer une évolution de sens analogue 
pour le mot seg « cerf», comparé au mot segas « forêt ». Le 
mot seg est attesté dans le Sanas Cormaic : ség A. oss al laid 
(p. 102, n" i i68,éd. K. Mever),etdans le glossaire d'O'Clery : 
segh À. agh allaidh (Rev. Celt., V, 45). La quantité longue 
n'est rien moins que sûre, et la comparaison du gallois 
indique même la quantité brève. Le gallois répond en effet à 
l'irlandais seg par le mot hydd « cerf», qui suppose un/ bref 
ancien, devenu e bref en irlandais par métaphonie. La diffé- 
rence des consonnes ne saurait faire difficulté. C'est du côté 
de l'irlandais qu'est la divergence, et une divergence de type 
bien connu, dont j'ai donné plusieurs exemples dans la Zeit- 
schrift fur celtische Philologie, t. IX, p. 292. La forme correcte sed 
est d'ailleurs attestée en irlandais : on la trouve par deux fois, 
pourvue indûment d'un signe de longue, dans un des manus- 
crits du Sanas Cormaic (sed, sédguine); et M. Kuno Meyer m'en 
signale en outre les exemples suivants : sed .i. o.f.f(LecanGloss., 
A. CL., I, 56, § 266); sed A. oss À. adh allaid (Côir Anmann, 
§ 142 ; Irische Texte, III, 348); sed-graîg « troupe de cerfs » 
L. U. 83 b 6 (Tog. Br. Dâ Derga, § 28, R. Celt., XXII, 34 
et 431); et le composé sédguine (Z.f. Celt. Pbil., VI, 258, 
20; Ir. Texte, III, 22, 2 ; Rawl. B 502, 141 a ; Silva Gadelica, 
II, 462, 28), d'où sedguinech (Ir. Texte, III, 49, 5). Enfin, il 
faut rappeler le dérivé segainn, dans bansegainn « doe » (//". 
Texte, III. 438), lui-même attesté peut-être isolément dans un 
poème du Dindsenchas(Ath Cliath, v. 32 ; Ed. Gwynn, Poems 
front the Dinds., p. 22). 

Nous sommes amenés ainsi à poser pour le celtique un 
mot *sido- désignant le cerf. Or, l'irlandais a pour la forêt un 
mot segas (seghais dans la Buile Suiblmc, p. 1 20 ; seaghas dans les 
dictionnaires modernes) qui contient vraisemblablement le 
même radical *sid- suivi d'un suffixe entraînant la métaphonie 



« bête sauvage ». Ce n'est qu'une spécialisation de sens toute naturelle. 
Parmi les aniueiUit gwyllt du R. B. I, 166, 16 et 24 figure le cerf, ha nu, 
ib. 167, 4. Je rappelle enfin qu'en français la « biche » tire son nom de 
bestia; c'est la bête sauvage par excellence, comme le « sanglier » est l'ani- 
mal solitaire (sitigiilaris). 



Étymologies. 87 

de 17 en e 1 . Ce radical devait par lui-même désigner à l'ori- 
gine l'endroit sauvage, la forêt ; il aura pris le sens de gibier, 
puis de cerf, par une évolution sémantique analogue à celle 
qu'attestent les mots fid etfiad. 

Toutefois, la question se complique si l'on fait avec Macbain 
(Etym. Dict., 2 e éd., p. 325) entrer en ligne de compte les 
mots irlandais sidht\.sidhcann « venison », écoss. sithiorin « id. ». 
\Ji de ces mots est long par opposition à la voyelle brève des 
mots précédents 2 . Pour maintenir le rapprochement, il faut 
admettre, à côté du radical *sid-, un radical *sïd- qui aurait eu 
le même sens. 

Or, cette conclusion se trouve de façon inattendue confir- 
mée par d'autres langues. Solmsen a montré que le latin silua 
pouvait sortir d'un ancien *siloua, fém. d'un adjectif *silouos 
« pourvu de bois », dont le simple serait *sidâ « bois, forêt ». 
Mais à ce *sidà supposé, le grec répond par Izx (pour *loz) 
« forêt », avec un ï long, et l'on a en Italie même le Sîla 
salins du Bruttium, qui présente aussi la quantité longue 
(v. Indogerm. Fschg., XXVI, 109 et suiv.). Il y aurait donc 
lieu de poser pour le latin, le grec et le celtique un élément 
radical *sïd- ou*sïd-« endroit sauvage, forêt », auquel se ratta- 
cherait le nom celtique de la bête sauvage, du cerf. 

II. IRLANDAIS FIACH « CORBEAU ». 

Puisque M. Marstrander a prouvé que le mot irlandais fiach 
« corbeau » était anciennement disyllabe (Festskrift A If Torp, 

1. M. Kuno Meyer m'informe que l'existence de ce mot comme nom 
commun lui est suspecte; il est en tout cas sûrement attesté comme nom 
propre, Segais, g. na Segsa, désignant une colline, au pied de laquelle la 
Boyne prend sa source (O'Mulconrv's Gloss., dans A. C. L., I, 273 et 319); 
ce nom propre apparaît plusieurs fois dans le Dindshenchas (Rev. Celt. XV, 
334 et XVI, 149 : E. Gwynn, Metr. Dinds., III, p. 130, 1. 31, p. 288, 1. 
25). Est-ce lui qui figure aussi dans le nom d'un mètre irlandais, sitaiiinn 
Segsa « corde de Segais », mentionné par M. Kuno Meyer, Ueber die atteste 
irische Dichtung, I, p. 58? 

2. Dans le glossaire d'O'Mulconry (n° 851, A. C. L., I, 273), on lit: 
sidhin À. dam allaid, sidin immorro osfeoil, mais sans signe de longueur. 
Je ne sais comment il faut interpréter le sieng (pis-fheoil) de VOided mac 
nUisnig, 1. 160 (Ir. Texte, II. 2, p. 128 et 180). 



88 /. Vendryes. 

p. 248), il faut renoncer au prototype *weiko- imaginé par 
Wh. Stokes (Urk. Spr., 263) et à l'étymologie, d'ailleurs très 
douteuse, qui s'y rapportait '. En revanche, il y a des chances 
pour que le mot contienne le suffixe -acb, si développé en irlan- 
dais comme suffixe d'adjectif : on sait que ce suffixe, qui 
remonte à *-âko- a des correspondants dans la plupart des 
langues indo-européennes, où il est fort répandu (Brugmann, 
Grdr., 2 e éd., II, 2, p. 499). 

Le mot fiach serait donc à l'origine une épithète, dont on 
aurait fait le nom de l'oiseau : phénomène très fréquent, et 
qui n'est pas pour étonner en celtique, puisque les noms du 
corbeau y sont en général à la fois récents et nombreux. 

Un des traits les plus nets qui caractérisent le corbeau dans 
les légendes celtiques, c'est sa voracité. Le corbeau dépeceur 
de cadavres joue un rôle si considérable dans les récits de 
combat en Irlande et en Galles, qu'il est même devenu le 
svmbole d'une divinité guerrière (v. A. Reinach, R. Celt., 
XXXIV, p. 258). « Pâture de corbeau, proie de corbeau », 
cette formule revient à plusieurs reprises dans le lyrisme 
épique d'Aneirin : hvyt brein, bud e vran (p. 7, 12 éd. Evans), 
kynt e vude vran nogyt e allawr « proie du corbeau avant l'au- 
tel » (p. 2, 9), kynt e. vwyt y vrein noc y argyurein « pâture 
des corbeaux avant l'exposition funèbre » (p. 1, 7); cf. p. 
20, 5, p. 23, 9, etc. 

En Irlande, sous le nom de bodb (Imdb) ou de crû fecbtà 
« corneille de guerre » (cf. v. h. a. walahraban et scandin. 
val-ravn ap. K. Meyer, Conlr., p. 5^2), l'oiseau est sans cesse 
associé à l'idée du combat. L'auteur de la Tâin mentionne la 
joie des corbeaux à se repaître de cadavres (éd. Windisch, 
1. 2389), leur cruauté (1. 15 18): « tu ne trouveras pas 
devant toi un guerrier plus rude. . . ni un corbeau plus avide 
de chair », dit quelque part Fergus â Medb en parlant de 
Cuehullin(L. U. 58b 30 : nifairgêbasuardochindlaechbas ansum, 
... nâ fiach bus féoilchairiu ; éd. Strachan-O'Keeffe, 1. 349). 
La version du Book of Leinster (61 h 47) substitue dans le 



1. Déjà M. Kuno Mever avait indique l'emploi de fiach comme disyllabe 
dans la vieille poésie irlandaise (a Primer of Irish Met ries, p. 1 1). 



Êtymologies. ^9 

même passage un loup au corbeau (niairgem and fà[e]l badfuil- 
chuiriu « nous ne rencontrons pas là un loup plus avide de 
sang », éd. Windisch. 1. 849). Or le loup est par excellence 
l'animal vorace (v. H. Hubert, R. Celt., XXXIV, 3, n. 3). 
Dans la Togail Bruidne Da Derga, § 35 (R. Celt., XXII, 39) 
on lit dans une description de combat : sasaâ fiach, fothad 
m-bran « rassasiement, pâture de corbeaux », àquoi Wh. Stokes 
compare justement la phrase islandaise : fyrrvildàk. . . hrafna 
scdhja à hrœiim thimun « j'aimerais mieux repaître les corbeaux 
de ta chair » Helga Kvij>a Hundingsbanal, str. 44 (éd. Bugge). 

Or, on rencontre dans plusieurs langues indo-européennes, 
y compris le celtique, une racine *wes- qui signifie « s? 
repaitre ». Elle avait été jadis, sous la forme vas-, signalée 
en sanskrit védique : anu vclvase (R. V., VIII, 4, 8) et vâstoh 
(ibid., I, 174, 3), mais dans les deux cas M. Oldenberg rejette 
cette identification (Rgveda, I, 171 et II, 79). En revanche, 
malgré l'autorité de M. Bartholomae, c'est bien à la racine 
*wes- « se repaître » qu'il faut, semble-t-il, rattacher zd 
vâstrtm « fourrage », vastra « gueule » et quelques autres mots 
iraniens (cf. Uhlenbeck, Etym. Wtb. dcr altind. Sprache, p. 
278). En germanique la même racine est abondamment 
représentée : got. ivisan « se donner du bon temps » wiXpn 
« faire bombance » (so ivizpndà r, TTraxaXwux), anda-ivi^ns 
èdiamov, waila-iui^ns « bonne nourriture » (cf. Streitberg, /. F., 
XXII, 308), v. isl. vist •< nourriture », v. h. a. zuist «Lebens- 
unterhalt », v. angl. unst « sustenance, food, luxury ». En 
latin, il faut probablement rattacher b. la même racine le verbe 
uescor « je me repais », quitte à expliquer par *uë-esco-, comme 
fait M. Niedermann (L F., X, 251), l'adjectif uêscus, dans le 
sens tout différent de « maigre, difficile sur la nourriture ». 

Il n'y a pas en celtique de verbe correspondant; car les 
formes dofeotar «ils mangèrent » L. L. 291 b 20, dootar, -dotar 
« id. », duaid « il mangea », que Wh. Stokes rattachait à la 
racine *wes- (JJrh. Spr., 278), ont reçu à la fois de M. Thur- 
neysen (Hdb., I, 395) et de M. Pedersen (Vgl. Gr., II 524) 
une explication différente. Mais il n'est guère possible de 
croire avec ce dernier (ibid., II, 559) que le mot fes,feis « fes- 
tin, beuverie » soit un emploi particulier du mot feis « fait de 



90 /. Vendrves. 

dormir, de passer la nuit ». Dans le Saltair na Kami, [ri fds 
signifie « pour manger » tout simplement (v. 1563, 1571). 
Des locutions comme do chathim fessi Temrach (L. U., 52 a 
17), do thomailt fesse Temrach (Z. C. P., III, 4, § 7), im- 
pliquent pour le mot fes le sens de « repas, festin » '. 

Et d'ailleurs il est important de noter que ce mot f es est 
appliqué au corbeau dans un passage en vers de la Tain : 

b'iait colla [0 chosaib 
biait brain for branfesaib 

« il y aura des corps foulés aux pieds, 
les corbeaux seront à leurs festins ». 

C'est là du moins le texte du Book of Lecan, 54 a 5 (éd. 
Strachan-O'Keeffe, I.2077), confirmé par le Bookof Leinster, 
79 a 24, betit brain ri brainessu (= brain-fessu). La leçon du 
Lebor na hUidre, branfossaib, ne donne aucun sens satisfaisant. 

On peut donc imaginer pour le nom du corbeau un ancien 
adjectif *wes-âko- « vorace », d'où fiach sortirait régulièrement. 
Le passage de e à / en hiatus a été admis par M. Thurnevsen 
(Hdb., I, 46-47) et par M. Hessen (Z. /. Celt. PhiL, IX," 72) 
pour expliquer siur « sœur » et niât « descendant » ; fiach de 
*wesâko- fournirait de ce fait un meilleur exemple, car les deux 
autres mots, comme on sait, admettent une explication dif- 
férente (cf. Indog. An^., XXVII, 19). Toutefois, pour fiach, 
l 'hypothèse d'un î long issu d'ancien e long n'est pas exclue; 
un prototype *wës-âko- présenterait l'état allongé de la racine. 

Le suffixe -ach, issu de *-âko-, n'est plus employé en irlan- 
dais que joint à des substantifs : calbach « batailleur » de cath 
ou gortach « affamé » de gorte. De même en gallois le suffixe 
-a-wg (John Morris Jones, op. cit., p. 256) ; en grec, le 
suffixe -:*•/.(;)- s'ajoute aussi de préférence à des noms (sub- 

1. Il faut peut-être séparer de l'irlandais fes le gallois dirwest « jeune » 
que Wh. Stokes v rattachait. Le mot, attesté en vieux-gallois sous la forme 
diruesliat gl. ieiunam, mais qui n'est pas brittonique commun, parait à 
M. J. Morris Jones, composé de dir- préfixe augmentatif et d'un mot em- 
prunté au vieil-anglais fasten « jeune » (a Conip. Gramm., 1, p. 266); on 
notera que le nom germanique du jeune a de bonne heure passe en slave. 
v. si. postû. 



Êtymologies. yi 

stantifs ou adjectifs) ; ainsi dans ïépâxoç ou ispaç « épervier » 
de iepbq, tJ.Oç/.oç « singe » de *tuQcç « laid » (cf. lat. foedus). 
Mais en latin, le suffixe -âc- s'est particulièrement développé 
après des racines verbales, c'est-à-dire comme suffixe primaire: 
absiinax, audax, bibax, capax, dicax, fallax, ferax,fugax,furax, 
loqitax, mendax, morax, mordax, petax, procax, rapax, sagax, 
salax, scquax, sonax, tagax, toiax, (pcr)uirax, uomax, uorax, 
etc. Et il y a en irlandais un ou deux exemples du même type : 
ainsi larrach « tremblant » de *trs-âko-, peut-être sinnach 
« *puant » d'où « renard » (Rev. Celt., XXXII, 239) et 
scethacb « dégoûtant, qui fait vomir » (O'Dav., 1489 dans 
A. /. Celt. Lex., II, 462) de scethim « je vomis », dont le 
rapport sémantique est toutefois différent. Le mot fiach, de 
*w}s-âko? } pourrait appartenir à la même catégorie. 

Un autre nom irlandais du corbeau, fang (ap. Windisch, 
Tain bô Cnnlngc, p. 354) est évidemment à rapprocher du 
gallois gwanc etgivang « voracité »,gwancus « vorace ». Ce 
rapprochement confirme dans une certaine mesure l'étymolo- 
gie proposée ici pour fiach. 

J. Vendryes. 



BIBLIOGRAPHIE 



Sommaire. — I. G. Dottin. Manuel d'Irlandais moyen. — II. Kuno Meyer, 
Ueber die àlteste irische Dichtung. — III. E. Gwynn, The metrical 
Dindshenchas, part III. — IV. H. Grôhler, Ueber Ursprung und 
Bedeutung der franzôsischen Ortsnamen, I. — V. H. Steinbekger, 
Ilirlanda von Bretagne. — VI. J. Loth, Les Mabinogion, 2 e édition. — 
VII. Marquis de Bellevui:, Le camp de Coetquidan. — VIII. Le 
même, Paimpont, 2 e édition. — IX. F. Sagot, La Bretagne romaine. 



1 

Georges Dottin. Manuel d'Irlandais moyen, 1. Grammaire xxvij- 
301 p.; II. Textes et glossaire, xxviij-264p. pet. 8°. Paris, Cham- 
pion, 191 3. 

Nous annoncions dernièrement la publication prochaine de cet 
ouvrage, dont le premier volume était imprimé depuis quelques 
mois. L'impression du second volume vient seulement d'être ter- 
minée, et le tout est mis en vente en cette fin d'année 191 3. Ce sont 
les étrennes de M. Dottin aux celtistes, des étrennes d'une rare 
valeur, dont on peut résumer l'importance en disant que cet 
ouvrage est unique en son genre. Ce n'est pas employer une for- 
mule banale que le louer de combler une lacune : il est exactement 
le premier manuel qu'on possède pour étudier le moyen-irlandais. 
Depuis quelques années, les moyens d'étude ne font pas défaut à 
ceux qu'attire le vieil-irlandais. D'autre part, l'irlandais moderne, 
grâce à plusieurs grammaires pratiques et à quelques descriptions 
scientifiques de parlcrs locaux, est aisément abordable. Mais pour 
les textes qui vont du XII e au XVI e siècle, c'est-à-dire pour les textes 
en moyen-irlandais, on n'avait jusqu'ici rigoureusement aucun 
instrument de travail. 

Ce moyen-irlandais est d'ailleurs un chaos, à beaucoup d'égards. 



Bibliographie. 9} 

Au point de vue littéraire, on commence seulement à faire le 
triage des textes, à en établir les rapports et la filiation, à classer 
les différentes versions des légendes. C'est un travail délicat, que 
M. Thurnevsen réussit, comme on sait, dans la perfection et dont il 
a fourni déjà plusieurs modèles. Au point de vue grammatical, on 
ne possède pour le moven-irlandais que quelques monographies 
sur des questions de détail, mais pas de travaux d'ensemble, 
encore moins de répertoires. C'est la lexicographie, grâce à MM. Win- 
disch et K. Meyer et grâce à Atkinson, qui a été poussée le plus 
loin ; et pourtant on n'a pas encore ce dictionnaire complet, tou- 
jours attendu et dont l'achèvement se fera sans doute longtemps 
attendre. 

Pour donner à son œuvre plus d'utilité pratique, M. Dottin l'a 
fort sagement limitée. Il s'est borné à dépouiller un certain genre 
de textes, les textes religieux du Leabhar Breacc, ceux-là mêmes 
dont M. Atkinson a donné une édition célèbre avec un si précieux 
glossaire. Ces textes ont en effet l'avantage de présenter en général 
une langue homogène, moins artificielle, moins embarrassée d'ar- 
chaïsmes, moins pénétrée de souvenirs littéraires que la langue 
des récits épiques, plus rapprochée par conséquent de la langue 
parlée. Il n'est pas sans intérêt de rappeler que le fameux Lebor na 
bUidre, écrit avant 1106, renferme à côté de morceaux épiques, de 
tour fort archaïque, un texte religieux, la Vision d'Adamnan, dont 
la langue est déjà très voisine des homélies du Leabhar Breaçc. 
Comme les textes religieux s'adressaient au peuple, que c'étaient 
des œuvres de propagande et d'édification, toute recherche en est 
bannie; la langue en est simple, claire et facile, pour de l'irlandais. 
C'est la grammaire de cette langue que M. Dottin a composée. Il 
dit lui-même avec juste raison que son manuel peut servir com- 
modément d'introduction à l'étude de l'irlandais en général ; en 
effet, par une progression toute naturelle, l'étudiant passera de la 
langue des textes religieux à la langue des textes épiques, et par 
celle-là il gagnera peu à peu le vieil-irlandais, dont il pourra plus 
aisément aborder alors les difficultés. L'ouvrage a donc une valeur 
pratique de premier ordre : c'est un guide où l'auteur conduit le 
novice comme par la main à travers les premières broussailles qui 
marquent la lisière de la forêt : plus tard viendront les longues 
courses sous bois et les ascensions périlleuses. 

Les qualités pédagogiques de M. Dottin sont si éclatantes et 
d'ailleurs si unanimement reconnues qu'il nous en coûte peu de 
signaler ici un défaut dont elles s'accompagnent et qui en font 
pour ainsi dire le revers. On connait la façon de procéder du savant 



9.| Bibliographie. 

auteur. 11 en a donné dans son Manuel de l'antiquité celtique un 
exemple illustre, qui n'a pas laissé de choquer certains esprits 
systématiques. M. Dottin est avant tout l'ennemi des systèmes; 
son érudition très souple refuse de s'enfermer en des constructions 
rigides, bâties sur un plan méthodiquement arrêté. Quand il expose 
des faits, il s'interdit d'ajouter rien de lui-même à ce que fournit 
la réalité, si diverse et variée qu'elle soit. Les lois générales, qui 
permettent de relier les phénomènes et aussi d'établir entre eux 
des différences de valeur et de proportion, ne l'intéressent pas. Il 
y trouve je ne sais quoi de subjectif, qui l'inquiète. Il a un parti 
pris d'être aussi impersonnel que possible, de se borner au rôle de 
miroir fidèle, qui reflète et n'interprète pas. Cette disposition 
d'esprit, qui est en un certain sens un défaut, se retrouve naturel- 
lement dans sa grammaire du moyen-irlandais. Bien que le moyen- 
irlandais des textes religieux ait une régularité beaucoup plus 
grande que celui des textes épiques, on y rencontre cependant bien 
des contradictions, des disparates et des exceptions. Mais les excep- 
tions ont pour M. Dottin la même valeur que la règle, une valeur 
concrète. Son principe est de donner au lecteur tout ce qu'il a 
relevé sur ses fiches, et de répartir sa matière en de petites clas- 
sifications purement extérieures, sans chercher toujours à établir 
un lien entre elles. Par exemple, il signale à la fois et sur le même 
plan, p. 28, la combinaison de te en ce qui est normale après l'ac- 
cent, et celle de //'en (/avant l'accent qui n'est attestée que dans 
le verbe aderim « je dis » et par ailleurs ne s'explique pas. Il ne faut 
donc pas chercher dans son exposé les grandes lois phonétiques et 
morphologiques, en lesquelles se résume l'évolution de l'irlan- 
dais: il ne nous présente que des faits, des séries de faits juxta- 
posés, et parfois rien que de la poussière de faits. 

L'exposé se recommande d'ailleurs d'un bout à l'autre par l'exac- 
titude et la précision. C'est à peine si l'on trouve à relever quel- 
ques erreurs ou omissions. Ainsi p. 73, dans le § 102, M. Dottin a 
oublié de mentionner l'usage si fréquent de la préposition à forme 
pronominale devant l'article : trit in Jouis « à travers la porte », 
toiiiih in imper « devant l'empereur » (cf. K. Celt., XXXII, p. 147, 
n. 3 et p. 336). — P. 93. 1. 1, air « sur lui » ne vient pas de ur 
(on aurait aire), mais de for (air = fuir). —P. 75, la règle du ' J 
n'est loin d'être absolue : on lit in grian P. H. 2696, do chriaid in 
talman, P. H. 5994, et il semble qu'après préposition l'article soit 
généralement exprimé (isiu tahnain, frisin ngréin). — Parfois aussi, 
la rédaction des règles laisse à désirer; en cette même page 75, 
l'auteur aurait dû marquer l'étroit rapport qui unit la règle du '" b 



Bibliographie. 95 

à celle du 5 a 2 ; elles dépendent l'une de l'autre. A la page 12}, 
§ 204, la règle que le subjonctif « s'emploie comme optatif» sera 
bien peu claire à ceux qui n'ont jamais étudié la grammaire 
grecque. P. 217, la règle du § 321 est franchement incompréhen- 
sible; on n'en pourrait rien tirer si les exemples ne venaient indi- 
quer la pensée de l'auteur. 

Le choix de textes qui forme le second volume de l'ouvrage est 
appelé, pour les raisons indiquées plus haut, à rendre les plus 
grands services. L'auteur a mis en tète une bibliographie sommaire 
des textes du moyen-irlandais publiés jusqu'ici ; ce qui sera fort 
instructif pour les apprentis celtistes. Les textes qu'il reproduit 
lui-même sont tous tirés du Leabhar Breacc ; ils sont cependant 
suffisamment variés pour donner une juste idée des divers aspects 
delà littérature religieuse. De cette littérature, M. Dottin dans sa 
Préface exagère peut-être un peu l'intérêt ; sans doute il ne pouvait 
moins faire, sous peine de décourager ses lecteurs. Mais qui- 
conque a pratiqué si peu que ce soit les textes épiques, si vivants, 
si colorés, si originaux, ne peut s'empêcher de sentir la médiocrité 
des productions hagiographiques, dont le fond est en général aussi 
plat que la forme est misérable. Il faut toutefois reconnaître que 
M. Dottin, pour faire valoir sa matière, en a choisi les morceaux 
les plus intéressants ; il les a de plus réduits à de justes dimen- 
sions et coupés assez court pour qu'on ne sente pas le défaut prin- 
cipal de cette littérature, qui est la longueur et la monotonie. 

Les textes sont accompagnés de notes réparties en deux séries. 
Il v a d'abord des notes critiques offrant les variantes tirées 
d'autres manuscrits pour les textes qui sont contenus dans plu- 
sieurs. Il y a de plus des notes explicatives, surtout grammaticales. 
Celles-ci donnent lieu à quelques critiques. Tout d'abord, certains 
enseignements qu'elle fournissent auraient dû trouver place dans 
la grammaire; par exemple ce qui est dit à la note 3 de la page 75 
sur l'idiotisme conid for gôi ata « que c'est menteur qu'il est », ou 
à la note 25 de la page 6 sur la forme eat « eux » (reproduite 
moins clairement p. 41, n. 12). Au lieu de faire intervenir l'ana- 
logie de labra. p. 90, n. 12, pour expliquer rada et Juin, il suf- 
fisait de renvoyer à la grammaire, p. I0l,§ 162, 2. Souvent aussi, 
les notes donnent simplement une traduction libre du texte sans 
fournir à l'étudiant le moyen d'interpréter la valeur des mots : ainsi 
p. 23, n. 9, il ne suffisait pas d'expliquer cid dai da-m par « que 
me veux-tu?» ou p. 119, n. 2, atbertha fris par « était son nom » 
(cf. p. 18, n. 3), ou encore p. 78, n. 4, doberàd do par « à lui 
donner •• ; cette dernière traduction risque même d'induire en 



96 Bibliographie. 

erreur. P. 46, u. 9, di-a fins « pour savoir » demandait un mot 
d'explication ; etdemêmep. 51, n. 1, co ruai lais « qu'il t'emporte 
avec lui », puisqu'il n'y a pas de pronom infixé. Ce ne sont là que 
des vétilles, mais qui ont leur importance dans un manuel destiné 
à des débutants. Il y a même dans les notes quelques erreurs de 
fait. Ainsi, p. 4, n. 28, il est faux de dire que tomlid est « plus 
correct » que dostnelid ; l'impératif est toujours deutérotonique 
quand il v a un pronom infixé. P. 69, n. 1, expliquer sinne par 
« nous sommes » est d'une concision exagérée, mais expliquer 
ditu par « nous avons » est une erreur, en contradiction avec l'en- 
seignement même de la grammaire, p. 242. Enfin, p. 94, n. 2, in 
est donné, par un singulier lapsus, comme un ancien article neutre. 
A la page 106, 1. 14, il faut lire dergmartra et à la page 128, sup- 
primer l'appel de note 4. En revanche, à la page 262, au sujet de 
c/c ////.;, on pouvait ajouter comme référence p. 133, 1. 17. 

Dans le glossaire, manque le mot airem « laboureur » (airemun, 
p. 129, 1. 2) et p. 171, la forme cenglaid devait être donnée 
comme une 2 e pers. du pluriel (v. p. 92, 1. 3). Le principal 
reproche qu'on pourrait adresser à ce glossaire se rapporte à la 
façon dont les mots sont coupés ou transcrits : on lit par exemple 
p. 203 for-ai-langatar, alors que le texte povtefo-r-ailangatar (p. 128) 
et la note 2 au texte fo-roe-langatar : il fallait choisir. Mais la trans- 
cription surtout prête le flanc à la critique. C'est une décision peu 
heureuse qu'a prise l'auteur de conserver dans le glossaire l'aspi- 
ration initiale des mots du texte. Cela ne peut que troubler les 
débutants et leur donner sur le phénomène de l'aspiration des 
idées fausses. 11 arrive même à l'auteur d'enregistrer sous forme 
« aspirée » un mot qui a dans le texte sa forme normale : chrabuid, 
p. 178, alors qu'on lit cend crabuid, p. 119, 1. 4. Ces menues taches 
disparaîtront à la seconde édition. 

J. Vexdryes. 



Il 

Kuno Meyer. Ueber die atteste irische Dichtung, I. Rhythmische 
alliterierende Reimstrophen. Berlin, 1913, 61 p. 4" (extrait des 
Abhandlungen der kôn. preuss. Akademie der Wissenschaften, 
Phil.- hist. Classe, N. 6). 

Cette plus ancienne versification irlandaise, dont M. Kuno 
Meyer entreprend l'étude, est restée jusqu'ici à peu près méconnue. 



Bibliographie. 97 

Sans doute on en soupçonnait l'existence, et des celtistes comme 
MM. Windisch, Thurneysen,Rhys, sans parler de M. Kuno Meyer 
lui-même, avaient eu l'occasion d'en rencontrer çà et là des spé- 
cimens attardés. Mais on ignorait tout de ses principes et de ses 
règles. C'est qu'elle était en vigueur antérieurement au vn c siècle 
de notre ère, époque où remontent les plus anciens documents de 
la versification syllabique à rime finale, inspirée de modèles romans, 
qui devait dominer tout le développement de la poésie irlandaise 
au moyen-âge. La versification dont M. Kuno Meyer s'occupe ici 
est d'un type tout différent. Elle ne repose pas sur le nombre 
des syllabes, mais entièrement sur l'accent des mots qui ne joue 
qu'un rôle secondaire dans la versification ultérieure. Elle com- 
prend des séries de « Langzeilen », séparées en deux par une 
coupe. En outre, elle comporte, comme élément essentiel, l'alli- 
tération, mais une allitération d'un genre spécial, qui consiste en 
ce fait que le phonème initial d'un mot doit se répéter à l'initiale 
du mot ou d'un certain nombre de mots suivants, jusqu'à ce 
qu'une nouvelle allitération introduise une nouvelle série qui 
comprend également deux ou plusieurs mots 1 . Toutefois le mot 
initial de chaque poème est en dehors des séries d'allitération. On 
peut citer comme type de ce genre de poésie la strophe suivante : 

flada nôib, nûall trén, 

triar athar iiasal ôingeirie, 

abb noihiime nèl. 

« seigneur saint — cri puissant — 

noble trinité du père de l'enfant unique, 

abbé du saint ciel de nuages ». 

Mais dans la pratique, le principe de l'allitération admet un 
certain nombre de tempéraments qui facilitent l'exécution des 
poèmes ; ainsi on fait allitérer « pour l'œil » l'initiale d'une 
syllabe tonique et celle d'une syllabe atone. M. Kuno Meyer 
désigne ce genre d'allitération du nom de « liaison » (Bindung). 
La liaison admet en outre l'équivalence des sourdes et des sonores,, 
de sorte que c et / peuvent allitérer respectivement avec g et d. 

1. En lisant dans le travail de M. Kuno Meyer l'exposé si précis des 
règles de cette versification irlandaise, on ne peut s'empêcher de songer à 
la versification du saturnien latin. Il y a en gros entre les deux certaines 
analogies frappantes ; mais il serait sans doute vain de chercher à les 
poursuivre dans le détail . 

Revue Critique, XXXI'. 7 



98 Bibliographie 

Elle se complique souvent aussi de l'emploi de la rime intérieure ; 
enfin, certaines conventions spéciales peuvent en atténuer la 
rigueur. C'est en somme un jeu très subtil et très compliqué, dont 
M. Kuno Meyer nous donne pour commencer quatre échantil- 
lons. 

Il s'agit de quatre poèmes, dont les trois premiers portent le 
titre de fursundund « illumination, éclaircissement » ; ce mot se 
rapporte au caractère des poèmes, consacrés à développer des 
généalogies princières, à célébrer des princes et des dynasties iç 
yévoç, comme dit Appien (de reb.Gallicis, cap. 12). Le quatrième 
a le même objet, s'il ne porte pas le même titre ; il est vrai que 
les héros qu'il célèbre appartiennent au Munster, et non plus au 
Leinster, comme ceux des trois premiers. Tous quatre sont formés 
de strophes, contenant chacune deux Langzeilen, dont l'étendue 
varie suivant les poèmes. La langue en est fort archaïque et four- 
mille de particularités curieuses. M. Kuno Meyer en donne une 
traduction, sauf pour le second poème, qui ne comprend guère 
que des noms propres et des chevilles: il en donne surtout un 
abondant commentaire, historique et philologique, rempli, comme 
toujours, de détails fort instructifs. 

J. Vendryes! 



III 



Edward Gwynn. The Metrical Dindshenchas, Part III. Dublin, [913, 
x-562 p. 8° (Todd Lecture Séries, vol. X), 7 s. 6 d. 

M. Edward Gwynn se consacre depuis de longues années à 
une entreprise fort méritoire, qui est l'étude et la publication du 
dindshenchas. On sait qu'il faut entendre sous ce nom une col- 
lection de légendes se rapportant aux noms de lieux : dind-senchas 
« topographical lore », comme traduit M. Kuno Meyer (Contrib., 
p. 654), de d'uni « ville » et senchas « histoire », ou « antiquité ». 
C'est un genre littéraire, qui a eu beaucoup de succès dans l'Ir- 
lande du Moyen âge. Il se présente sous deux formes, en vers et 
en prose. Le dindshenchas en prose a été publié par Whitley Stokes 
aux tomes XV et. XVI de la Revue Celtique ; l'illustre celtiste avait 
pris pour base la version que contient le manuscrit de Rennes, 
mais il y avait joint des suppléments tirés du Book of Lecan ut du 
Book of Leinster; des notes abondantes éclaircissaient le texte et 
ajoutaient à la traduction ; enfin un triple index, des noms de lieu, 



Bibliographie. 99 

des choses et des mots complétait ce savant travail (t. XVI, 
p. 284). Le même Whitlev Stokes a édité dans Folk-lore, t. III, 
p. 467-516 la version du dindshenchas d'Oxford et dans Folk-lore, 
t. IV, p. 471-497 la version du manuscrit d'Edimbourg. 

Le dindshenchas en vers est conservé plus ou moins intégrale- 
ment dans quatorze manuscrits, parmi lesquels le Book of Leinster 
fournit le texte le plus important et aussi le plus complet. M. Ed. 
Gwynn qui a fait sa spécialité du dindshenchas en vers, a pris 
comme base le texte du Book of Leinster, mais, voulant faire une 
édition critique de ce texte, il a pris soin de donner en note les 
principales variantes des autres manuscrits. Sous le titre Poems 
from tbe Dindshenchas il publiait en 1900 un recueil de morceaux 
choisis, édités d'après ce principe, avec traduction anglaise et 
vocabulaire. C'était un prélude à une publication plus vaste, qui 
devait comprendre le dindshenchas en son entier. Cette publica- 
tion a commencé en 1903, par un volume de 82 pages, qui con- 
tenait six poèmes ; elle se continua en 1906 par un volume de 
108 pages, où dix-huit poèmes étaient insérés. Le troisième 
volume, que nous annonçons aujourd'hui, s'est fait attendre sept 
ans, mais il est beaucoup plus considérable que les précédents, 
puisqu'il compte 562 pages et comprend 85 poèmes. Néanmoins, 
nous ne sommes pas encore au ternie de l'entreprise. M. Gwynn 
suit dans son édition l'ordre des morceaux en prose publiés par 
Whitley Stokes : le poème sur LochErne, par lequel se termine ce 
troisième volume, correspond au numéro 80 de Whitley Stokes, 
lequel numéro 80 est le dernier que contienne le tome XV de la 
Revue Celtique. Il reste donc à publier tous les poèmes correspon- 
dant aux morceaux en prose insérés au tome XVI de notre Revue. 
Or, les morceaux de ce tome sont numérotés de 81 à 130, sans 
compter les deux suppléments, qui portent à 161 le chiffre total 
des divisions du dindshenchas en prose. Il faut espérer que 
M. Gwynn ne nous fera pas trop attendre la fin du dindshen- 
chas en vers. Comme ce texte a pour l'histoire de la langue un 
réel intérêt, chacun sera impatient d'en voir paraître le dernier 
volume, qui doit contenir en outre un index général et un 
glossaire ; si bien que le beau travail de M. Gwynn ne sera 
pratiquement utilisable que lorsqu'il sera achevé. 

Pour le moment, il faut chercher les renseignements nécessaires 
à l'intelligence des poèmes dans les notes placées en queue du 
volume. Elles sont abondantes et touchent à la fois à la grammaire, 
au vocabulaire, à l'histoire et à la géographie. Elles éclairen 
très suffisamment les obscurités du texte, qui, en dehors 



ioo Bibliographie. 

quelques difficultés de langue, résultent surtout de perpétuelles 
allusions. L'auteur du dindshenchas en vers, que la tradition 
prétend être le filé Ainairgen fils d'Amalgaid, s'adressait évidemment 
à des auditeurs au courant des faits : plus d'une fois, en entamant 
une de ses histoires, il pouvait dire que chacun en général la 
connaissait déjà, rochùala câch co coitchenn. Mais la majorité des 
celtistes modernes n'est probablement pas dans ce cas : à ceux- 
là les notes de M. Gwvnn, senchas saidbir, comme aurait dit le 
poète irlandais lui-même, fournissent les connaissances dont ils 
ont le plus besoin. 

]. Yendryes. 



[V 

Hermann Grohler. Uebcr Ursprutig und Bedeutmig der fran\ôsischen 
Ortsnamen. I ter Teil. Heidelberg, Winter, 1913, xxiij-377 p. 8°. 

M. 10. (Sammlung romanischer Elementar-und Handbùcher, 
Vte Reihe, 2ter Band). 

On pouvait s'attendre à l'apparition prochaine d'un livre comme 
celui-ci. Après l'achèvement du monumental Sprachschaty de 
M. Alfred Holder, il était fatal que quelqu'un s'efforçât de dégager 
de cet amas colossal de matériaux les éléments d'une étude slt la 
toponomastique française. C'est là l'objet que s'est proposé 
M. Grohler, déjà auteur d'un programme sur les noms de lieu 
français tirés de noms de peuples gaulois (Breslau, 1906). Il s'at- 
taque cette fois a l'ensemble des noms de lieu de notre pays. 
Après une introduction, où il indique les sources et expose l'aspect 
ethnographique du problème, il passe en revue les noms ligures, 
ibères, phéniciens, grecs, enfin gaulois. Ces derniers, qui occupent 
de beaucoup la plus grande place dans l'ouvrage, sont suivis des 
noms préromains d'origine inconnue et des noms de lieu qui 
contiennent des noms d'homme latins. Tout cela ne forme qu'une 
première partie. La seconde doit comprendre les noms de lieu 
d'origine germanique et enfin ceux qui sont proprement romans 
ou français. 

La matière est immense. Pour la traiter convenablement, il {al- 
lait des aptitudes assez variées. M. Grohler qui est probablement 
un bon romaniste, puisqu'il se recommande du patronage d'un 
maître comme M. Mever-Lùbke, manque évidemment de prépara- 
tion linguistique générale et n'a en particulier des choses cel- 



Bibliographie. 101 

tiques qu'une connaissance très imparfaite. Ce que fournit sur les 
les langues celtiques le Sprachschat~ x de M. Holder, n'est pas, il 
s'en faut de beaucoup, la meilleure partie de ce magistral ouvrage ; 
c'est pourtant là que M. Grôhler semble avoir puisé toute sa 
science celtique. Aussi rencontre-t-on dans son livre plus d'une 
hypothèse insoutenable ou qui ne répond plus à l'état de la science. 
Un celtiste n'aurait guère aujourd'hui l'idée de rattacher au nom 
des Vivisci le mot irlandais feb (sur ce dernier v. Thurneysen, 
Handbuch, p. 182 et Pedersen, Vgl. Gramm., I, 75) ou au nom 
d'Avenches le comique ewn, ail. eben. En rapprochant, p. 326, le 
thème bodio- de l'irlandais buaid « victoire », M. Grôhler mécon- 
naît les lois élémentaires du vocalisme celtique ; car bodio-, si l'on 
en croit la forme latinisée badio-, devait avoir un bref; c'est sans 
doute le répondant de l'irlandais buide « jaune ». Il est question, 
p. 130, d'un mot irlandais buta « Hutte » ; c'est botb f. qu'il faut 
lire. M. Grôhler aura pris pour une forme irlandaise le prototype 
imaginé par Wh. Stokes (Urk. Sp., p. 178). Les adjectifs cunos 
« haut », connos « rusé » rondos « rouge », etc. que M. Grôhler 
enregistre bravement sans astérisque n'ont malheureusement qu'une 
existence théorique. Parler, p. 179, d'un mot breton tigern qui 
serait l'équivalent du *Tigcrnos gaulois, mais ne signifierait plus 
que « tète, bout », n'est sans doute que le résultat d'une lecture 
trop prompte et mal comprise d'un article de Zimmer. Voici qui 
est plus grave. P. 33e, se trouve une énumération des localités 
qui portent le nom de Vienne ; l'auteur ne sait que faire de Vienne- 
la-Ville (Marne), qui dans l'itinéraire d'Antonin est indiquée 
Axuena; il n'a pas vu que ce Vienne, écrit Viaisne, en vieux français, 
sort de Viens Axuennae ; ce qui pourtant saute aux yeux. 

De pareilles bévues dénotent une fâcheuse inexpérience des 
questions traitées. Mais il y en a qui sont aussi l'indice d'une 
méthode peu sûre d'elle-même. On trouve cité, p. 11, gall. *ver- 
110s « Erle » et p. 146 gall. verna « Erle » ; il fallait dire gallo-lat. 
iierna, puisque le mot figure dans le Corpus des glossateurs latins. 
Ayant trouvé dans le Sprachschatz de M. Holder l'interprétation 
de l'élément Blauo- (de *Blano-ialum « Bléneau ») par la racine- 
bhlan- (sic) du grec cpXav (sic) « sprudeln, schwellen », M. Grôh- 
ler reproduit telle quelle, p. 194, cette hypothèse de haute fantai- 
sie. En revanche, bien qu'il mentionne, p. 85, l'explication que 
donne M. Holder du nom de ville Lutetia, issu par haplologie de 
Lucotecia, il réédite, p. 159, la vieille explication de Zeuss (Lutetia 
rattaché à lutum « boue »), que l'existence de Aojxotsx-.:/. rend 
nécessairement caduque. Évidemment M. Grôhler n'a pas voulu 



1D2 Bibliographie. 

faire grâce à ses lecteurs d'une seule de ses fiches. Et ce désir l'a 
entraîne parfois à des bavardages inutiles : à quoi bon les 
remarques de la p. 159 sur la famille de Luynes, de la p. 144 sur 
Nogent-le-Rotrou », ou de la p. 193 sur Beaune-la-Rolande ? Cela 
n'a rien à faire avec les noms gaulois . 

En revanche, il y a des lacunes. 

Dans un aussi vaste sujet, on ne peut, sans excès de sévérité, 
reprocher à l'auteur celles qui tiennent à une insuffisance de sa 
documentation. Et cependant, il est regrettable que M. Grôhler 
n'ait jamais songé à consulter par exemple les Mémoires de la 
Société de Linguistique, qui figurent pourtant sur les rayons de la 
bibliothèque de Breslau. Il y aurait trouvé çà et là des indications 
dont il pouvait tirer parti, et qui étaient même de nature à lui évi- 
ter des erreurs, ainsi p. 102 sur le nom de la ville de Melun et 
p. 326 sur le prétendu Mellosedum (v. M. S. L., XIII, 225), p. 
341 sur Cularo er les noms de ce type (v. M. S. L., XIII, 387), 
p. 161 sur Nemours, Limours et ce qu'il appelle IV « inorganique » 
(v. M. S. L., XIII, 390), etc. Il parle p. 332 d'une certaine inter- 
prétation de Segustero que d'Arbois de Jubainville aurait proposée 
dans la Revue Celtique, XXVII, 118 ; ce n'est pas exact. Du reste 
bien qu'il cite à l'occasion la Revue Celtique, M. Grôhler ne l'a 
dépouillée que superficiellement ; ce qu'il dit de Virotutis, p. 182, 
devait être complété par la mention d'un article publié ici même 
il y a quelques mois (t. XXXIII, p. 257). Enfin, il aurait trouvé 
dans la Revue Celtique, t. XII, p. 391, la référence à la note de 
M. Thurneysen sur le mot •ialo- {Zeiisch. f. rom. Pbil., XV, 
p. 268) ; il se borne à l'enregistrer p. 120, sans indiquer sa source, 
qui est sans doute uniquement le Sprachschatz de M. Holder 2 . 

Les lacunes les plus graves sont celles qui proviennent de la 
méthode même que l'auteur s'est imposée. Comme il ne s'inté- 
resse qu'aux noms de lieu conservés aujourd'hui en France, il en 
a négligé un bon nombre qui ont encore, quoique disparus, une 
importance aux yeux du linguiste. Ainsi, en parlant du mot *riton 

1 . A propos de ce nom, M. Grôhler formule la règle suivante, qui 
manque singulièrement de netteté et de précision, pour un romaniste : 
« Altfranzôsisch hat der Artikel oit die Bedcutung des Determinativums, 
wahrend der Genitiv unbezeichnet bleiben konnte ». 

2. P. 147, le nom de Vernou se rencontre plus au Nord que dans les 
départements d'Indre-et-Loire (et non Maine-et-Loire) et de Loir-et- 
Cher ; il y a une commune de Vernou en Seine-et-Marne. P. 171, 1. 10, 
lire Seine-et-Oise au lieu de Seine-et-Marne. 



Bibliographie. 103 

(mieux *>////-) « gué », p. 140, il a oublie Ritumagus, auj. Rade- 
pont, dans l'Eure. De même, il ne parle pas du nom des Vocontii 
et par suite ne signale pas le rapprochement si ingénieux proposé 
par M. Dottin entre ce mot et le nom de nombre tricontis 
(C. I. L., XIII, 2494) ; le paragraphe de la page 94 sur le nom 
des Tricorii et des Petrucorii aurait gagné à être allongé du nom 
propre Vocorio et appelait naturellement une étude d'ensemble des 
mots dont le premier terme est un nom de nombre. Mais 
M. Grôhler répugne aux généralisations : il se borne à des 
remarques de détail spéciales à chaque nom, alors que le grou- 
pement des faits peut seul conduire à des conclusions solides. 
Même au point de vue phonétique, il dédaigne les comparaisons 
qui éclairent et fortifient à la fois ; il est étrange qu'à propos du 
nom du Rouergue, Rutenicus, p. 73, il n'ait pas songé à citer 
Chanturgue, de Cantobennicus : il s'agit pourtant là d'un nom de 
lieu qui n'a point péri. 

Le principal défaut du livre n'est pourtant pas dans ces détails 
qu'une seconde édition corrigerait aisément. Il est dans la préoc- 
cupation constante de l'auteur de donner la signification des noms 
étudiés. C'est là un des objets du livre que le titre même avoue un 
peu naïvement. Or, aux yeux d'un linguiste, les recherches de 
toponomastique n'ont aucun intérêt si elles sont seulement diri- 
gées vers la détermination du sens des noms. Voulant "coûte que 
coûte fournir pour chaque mot un certain sens, il n'hésite pas à 
enregistrer ou à admettre des rapprochements parfaitement vains 
et sans portée. On a déjà vu plus haut des échantillons de sa 
méthode. Il y en a bien d'autres. A quoi bon rappeler par 
exemple que tel ou tel érudit a expliqué le premier élément de 
Melbodium par le grec ixéÀaç, qui serait en gaulois représenté par 
*inclcmos, puisque ce melanos n'est en tout cas nulle part attesté ! 
P. 116, trouvant dans l'Itinéraire d'Antonin un nom de lieu 
Pctromantalum, du pays des Veliocasses, M. Grôhler ajoute ingénu- 
ment : Sollte Mantalos die Bedeutung «. Kreuzweg » gehabt haben, 
so dass Petromantalum lat. Quadruvium entspràche ? L'hypothèse 
est absolument en l'air et n'a d'ailleurs aucun intérêt : mais elle 
est caractéristique de la méthode de l'auteur et de ses préoccupa- 
tions. 

En résumé, l'ouvrage paraît manquer à la fois de personnalité 
et de maturité. C'est un travail d'élève, entièrement de 
seconde main. L'auteur était insuffisamment armé pour faire la 
critique des matériaux qu'il réunissait. Il ne domine pas son sujet; 
il n'a pas ce sentiment de la mesure et des proportions qui ne 



104 Bibliographie. 

s'acquiert que par une longue pratique des choses. Son excuse est 
dans la difficulté même de la tâche : il n'est rien de plus délicat, 
de plus dangereux même que la toponomastique. Toutefois, 
comme un répertoire, même imparfait, est toujours utile, on doit 
savoir gré à M. Grôhler de celui qu'il a composé ; il pourra rendre 
des services, en attendant mieux. 

J. Vendryes. 



V 



Hermann Steinberger, Untersuchungen ^ur Entstébung der Sage 
von Hirlanda von Bretagne soiuie \u dcu ihr am nâchsteii vcr- 
wandten Sagen. Mùnchener Dissertation, 1913, 72 p. 8°. 

La légende d'Hirlanda de Bretagne ne nous est connue que par 
l'ouvrage du Père Jésuite René de Cerisiers, Les Irais estais de l'in- 
nocence (Paris, 1640, chez Camusat), dont elle forme la troisième 
et dernière partie. On en trouvera un résumé dans un article de 
R. Kôhler publié dans la Revue Celtique, t. I, p. 222. L'ouvrage 
du P. de Cerisiers a été souvent réimprimé en français et traduit 
en diverses langues. Comme Kôhler l'a reconnu, l'histoire d'Hir- 
landa de Bretagne est exactement celle de Sainte Tryphine, dans 
le mystère breton Sainte Tryphine et le roi Arthur, rédigé au 
xvii e siècle et publié par Luzel en 1863. La marche du récit et les 
épisodes sont semblables ; seuls les noms des personnages dif- 
fèrent totalement. M. Hermann Steinberger s'est proposé d'étudier 
la formation et l'origine de cette légende, en comparant le récit 
du P. de Cerisiers et le mystère breton entre eux et avec d'autres 
légendes similaires. Il s'agit d'un thème bien connu, répandu 
dans la plupart des littératures, celui de la femme innocente accu- 
sée par traîtrise d'un crime abominable, condamnée sur de fausses 
apparences et finalement sortant victorieuse des épreuves et des 
embûches préparées contre elle. C'est l'histoire de Geneviève de 
Brabant et de Berthe aux grands pieds, c'est celle aussi du comte 
de Toulouse (ou de Barcelone) et de l'Impératrice d'Allemagne, 
du chevalier au cygne, d'Hélène et d'Octavien (cf. Rei'. Celt., 
XXXII, 237). Par divers côtés elle se rattache à d'autres légendes 
encore. M. Steinberger montre fort justement qu'il n'y a rien 
d'absolument original dans la légende d'Hirlanda ; ce n'est pas 
une légende bretonne, c'est une légende à la fois germanique et 
romane combinée de plusieurs éléments rapportés d'ailleurs. C'est 



Bibliographie. 105 

à étudier la valeur et l'origine de ces éléments qu'il consacre sa 
dissertation. 

On peut en louer la disposition générale et l'économie. Elle est 
bien composée, bien conduite, nourrie d'une érudition précise et 
variée. Les conclusions en paraissent solides, même s'il y avait à 
reprendre au tableau généalogique un peu compliqué par lequel 
l'ouvrage se termine. On notera que M. Steinberger approuve 
l'opinion de R. Kôhler, suivant laquelle le nom de Hirlanda vien- 
drait de ce que la princesse était d'Irlande ; en fait, dans le mys- 
tère breton, Tryphine est donnée comme originaire d'Hibernie. 
Souhaitons à quelque savant d'Irlande de nous découvrir, si pos- 
sible, l'ascendance de cette princesse. 

J. Vendryes. 



VI 



J. Loth, Les Mabinogion du Livre rouge de Hergest avec les 
variantes du Livre Blanc de Rhydderch, traduit du gallois avec 
une introduction, un commentaire explicatif et des notes critiques. 
Deuxième édition, entièrement revue, corrigée et augmentée. 
Paris, Fontemoîng, 191 3, 2 vol. de 437 et 479 pages, 8°. 

Lorsque parut en 1889 la traduction des Mabinogion de 
M. J. Loth, la Revue Celtique l'annonça au public avec empresse- 
ment et lui rendit aussitôt, par la plume autorisée de MM. G. Dot- 
tin et Em. Ernault, un juste hommage (v. tome X, pp. 151, 25e, 
et 370). Depuis, l'importance de cet ouvrage s'est affirmée de 
jour en jour. Ce n'était pas seulement la mise en français d'une 
des œuvres les plus célèbres de la littérature galloise, le moyen 
fourni aux romanistes d'établir entre les littératures du moven âge 
une comparaison précise basée sur une interprétation sûre du 
texte gallois. Dans l'histoire -des études celtiques, qui seules nous 
intéressent ici, la traduction de M. J. Loth marquait une date 
importante, car c'était la première fois que le texte gallois lui- 
même était soumis à une critique rigoureusement philologique . 
La traduction anglaise de Lady Guest, si attrayante qu'elle soit 
à beaucoup d'égards, avait un peu trop les mérites qui firent le 
succès des « belles infidèles » de Perrot d'Ablancourt ; tout y était 
sacrifié au désir d'enjoliver le récit, d'y répandre des grâces hon- 
nêtes et de le rendre digne à la fois de la jeunesse et des gens de 
goût. C'était une oeuvre d'éducation et de récréation. M. J. Loth 



ro6 Bibliographie. 

a fait œuvre de science. Au moment même où il préparait sa tra- 
duction française, l'établissement du texte gallois était singulière- 
ment facilité par la publication du Red Book of Hergest, que 
venaient d'achever MM. Rhys et J. G. Evans. Il profita amplement 
de cette publication, corrigeant sur bien des points le texte dont 
s'était servie Ladv Guest, proposant des interprétations nouvelles 
suggérées par l'étude d'un texte meilleur. En outre, grâce à une 
connaissance approfondie de la langue et de la littérature galloises 
du moyen âge, il donnait dans ses notes un commentaire abon- 
dant qui éclaircissait un grand nombre des difficultés linguistiques 
et historiques du texte. Enfin il exposait dans l'Introduction ce 
que l'on pouvait savoir alors sur la formation des Mabinogion, 
sur leur place dans la littérature du Moyen âge. Tout ce beau tra- 
vail, qui faisait grand honneur à la science française, fut apprécie 
partout comme il le méritait. 

Mais avec le temps, il était devenu arriéré. A mesure que, par 
la publication de nouveaux textes, on connaissait mieux le moyen- 
gallois, plusieurs détails de la langue des Mabinogion se préci- 
saient et s'éclairaient. En outre, l'activité des romanistes et des 
médiévistes qui se portait de plus en plus vers l'étude des sources, 
en partie grâce à l'impulsion donnée par M. Loth lui-même, ren- 
dait nécessaire une mise au point nouvelle des questions traitées 
dans l'Introduction. Enfin, ce lut un événement capital que la 
publication paçM. J. G. Evans en 1909 de la version contenue 
dans le Livre Blanc de Rhydderch : la Revue Celtique (v. t. XXXI, 
106) a signalé en son temps l'importance de cette publication, qui 
permettait de rectifier sur bien des points la version du Livre 
Rouge et fournissait des données nouvelles et précieuses à l'étude 
de la composition des Mabinogion (v. notamment la thèse de 
miss Mary Williams sur la composition du roman de Peredur). 

La deuxième édition de la traduction de M. Loth a donc exigé- 
une révision complète et minutieuse du texte, une refonte géné- 
rale de l'Introduction et des notes. Elle a sur bien des points tout 
l'intérêt de la nouveauté. Les dimensions en ont été sensiblcmen 
accrues. L'introduction, par exemple, a passé de 26 à 80 pages ; on 
y trouvera le résumé critique des derniers travaux parus sur la date 
et la formation des Mabinogion, sur le développement du cycle 
arthurien, sur le rapport des récits gallois avec la littérature du 
continent. Il n'y a pas lieu d'entrer ici dans le détail de ces ques- 
tions. Les idées de M. Loth sont bien connues de nos lecteurs : 
ils en ont eu la primeur au cours des années précédentes, et 
notamment dans ces Contributions à l'étude des romain de la 'table 



Bibliographie. 107 

ronde, qui ont paru ici-même avant d'être réunies en volume. La 
traduction, revue d'un bout à l'autre, a été en maint endroit 
corrigée et améliorée. Des notes critiques, pour lesquelles la ver- 
sion du Livre Blanc devait être naturellement utilisée, nous né 
dirons qu'un mot : elles réservaient à M. Loth une tâche fort 
agréable. En comparant les deux versions, il lui arrivait en effet 
souvent de rencontrer dans le Livre Blanc des variantes qu'il 
avait lui-même proposées jadis sous forme de conjectures : c'est 
pour un philologue l'épreuve la plus sûre et la satisfaction la plus 
flatteuse. 

J. Vendryes. 

VII 

MarquisdeBELLEVUE. Le camp de Coetquidan, anciens monuments et 
seigneuries qui existaient sur son territoire et vues lithographiées. 
Paris, Champion, 191 }. 

Cette belle publication arrive à son heure : le champ de tir de 
Coetquidan va être agrandi, ce qui occasionne l'expropriation de 
3000 hectares de terrain. Or, sur sur ce terrain, il y a des monu- 
ments préhistoriques et gallo-romains, des chapelles, des croix, des 
châteaux et manoirs exposés à disparaître. Aussi M. de Bellevue a-t-il 
obéi à une pensée pieuse et fait œuvre du bon Breton en nous 
donnant l'historique et la description de ces souvenirs d'un passé 
parfois bien lointain. 

L'Association bretonne, h Société archéologique d'Ille-et- Vilaine, le 
Conseil général du Morbihan, ont émis le vœu que l'Administra- 
tion de la Guerre et les pouvoirs compétentsdéfendentet protègent 
ces monuments par des épaulements et des clôtures contre tout 
risque de destruction ou de déprédation : espérons qu'il sera 
entendu. 

Les landes de Coetquidan s'étendent sur une région des plus 
pittoresques, entre Beignon et Porearo, Gueret Augan (Morbihan), 
au sud de l'antique forêt de Paimpont ou de Brocéliande. L'auteur 
(p. 8) croit qu'à l'époque romaine, ce territoire a aussi servi de 
camp. Les raisons qu'il en donne sont simplement étymologiques 
et bien hasardées : Alcam, Campénéac, Campel, et le village de 
Valescamp en Guer, renfermeraient tous le mot camp. Pour Alcam, 
c'est impossible : si on suppose une origine romane à ce mot, on 
en eût sûrement, au ix e siècle, le nom Al-camp. Le rapport entre 
Alcam et Augan n'est pas facile à établir : dès 11 31 on trouve 
Algan (Rosenzweig, Repert. arch.). Il me semble probable que Alcam 



10S Bibliographie. 

doit être lu Alain. Campéréac est un nom de fundus tiré d'un 
nom d'homme et est identique à Champignê, Champigny ; la forme 
la plus ancienne est Kemperiac. Campel peut venir de Campel- 
lus, lr. Champeau : je ne connais pas les formes anciennes 
de ce nom. Quant à Valescamp, il est écrit Valescan. Un camp 
romain véritable de cette importance eût laisse des traces 
inffaçables et des restes importants. 

M. de Bellevue est un guide bien informé, des plus agréables à 
suivre. 11 nous a non seulement donné la physionomie de bon 
nombre de chapelles et manoirs curieux, mais encore beaucoup 
de légendes et traditions qu'il eût été fâcheux de laisser se perdre. 
Il n'a qu'un tort, c'est de céder trop facilement au prurit étymolo- 
gique : 

p. 8 '.Coêtquidan serait Coet-Idan, au-desous du bois : impossible, 
et de plus la construction est anti-bretonne. Le second terme -quidan 
a dû être Guidait : qui est assourdi par le t de Coèt. 

p. 13 : Brambellé serait Bro-Belleeb, le pays du prêtre, ou Bran- 
Bellen, le terrain de Bellen. Bran dans toute cette zone et dans le 
vannetais, en général, représente bren, brin, colline : les 
exemples abondent. Quant à Belle (on écrit auj. Brambelay), je 
n'en sais pas le sens, mais en tout cas, ce ne peut-être Belkc'b : il 
faudrait au moins Beïïec ; Bellen ne vaut pas mieux. 

p. 34 : L'auteur croit que le château de Bois-du-Loup est Yaula 
Coet-louh résidence de Nomenoc. Coit-louh (et non Coet-louh) paraît 
être représenté aujourd'hui par Coctleu, en S'-Congard, mais la 
terminaison ne concorde pas. Il n'est pas impossible que Bois-du- 
Loup soit une traduction de Coet-louh. Plusieurs louh ou louch ont 
été remplacés par -loup. Le Pas-du- Loup dans la forêt de Paimpont 
désigne un étang. Ce qui est embarrassant pour Coitlouh, c'est la 
graphie ou au ix e siècle : on attendrait -luh ou luch qui se trouve 
en effet dans le cart. de Redon ; aussi Coëtleu ne doit-il pas être 
rejeté. Coyboh de 886 n'existe pas sous cette forme : c'est Coetbot. 

p. 55 Rohermau ne peut signifier le pays des Rochers. Tout ce 
qu'on peut dire, c'est que la première syllabe représente roe'b, 
rocher. 

p. î&Bernéan : au lieu de Lis-Bron-Even il faut lire Lis-Bron-Eivin : 
le lis (cour aux retranchements circulaires) du Mamelon cPEwin. 
Brou, bren, sont devenus fréquemment Ber- en construction :Bernilis 
en Moustoir-Remungol pour Bren-ilis. Ewin, Ewen a perdu w 
comme Meiueii est St. Mcen '. 

1 . Bernéan se prononce semble-t-il iferm'H CC. Bellamy, La Foirl de Brèdri- 
liant, p. 55). 



Bibliographie. 109 

p. 58 Je ne sais si Trécesson est sur l'emplacement de Lisuisonn 
(et non Lis-Wisson), mais sûrement les deux noms sont différents. 
Je ne connais pas Tréb-Wisson. Il faut lire aussi Riwalt au lieu de 
Risvalt. 

Ces légères taches n'enlèveront rien à l'intérêt de l'ouvrage. 
D'ailleurs l'auteur n'a aucune prétention au titre de celtiste ni 
même de bretonnant. 

J. Loth. 

VIII 

Marquis de Bellevue. Paimpont, seconde édition, revue et augmentée 
avec vues lithographiques. Paris, Champion 191 3. 

Cet ouvrage, en ce qui concerne les seigneurs, chàtellenies, 
fondations religieuses de la région de Paimpont, sera, pour l'époque 
du moyen âge, consulté avec fruit. Ce qui en rendra toujours l'usage 
délicat, c'est que l'auteur n'indique pas ses sources. Un index des 
noms d'hommes et de lieux eût été fort utile. 

Pour les périodes anciennes, antérieures au xn e siècle, surtout 
ce qui concerne la Forêt druidique, la Forêt enchantée, à peu près tout 
serait à critiquer. Je n'insisterai pas, ayant pour le talent d'écri- 
vain et l'érudition de l'auteur, et sa personne, la plus grande estime. 
Il est clair que M. de Bellevue n'est pas au courant de la littérature 
scientifique concernant les anciens Celtes et les Romans de la Table 
Ronde. Les étymologies fâcheuses, également, n'y manquent 
pas. 

J. Loth. 

IX 

F. Sagot. La Bretagne romaine. Paris, Fontemoing. 1911. xviij-417 

p. 8°. 12 fr. 

Malgré un très grand nombre de travaux de détail, l'histoire de' 
l'île de Bretagne pendant l'occupation romaine était encore à 
écrire 1 . M. Sagot a donc fait une œuvre des plus utiles, en réunis- 

1. Roman Britain de Scarth (collection Early Britain : la 2 e éd. est de 
1887) est un livre élémentaire et plein de lacunes. La Roman Britain de 
Conybeare est plus récente (collection Early Britain 1903). Mais d'après un 
bon juge (Haverfield, Athenaeum, 1903 (II), p. 197), c'est un travail d'ama- 
teur. 



HO Bibliographie. 

sant tout ce que les auteurs de l'antiquité, l'épigraphie et l'archéo- 
logie peuvent nous apprendre sur cette histoire. Il a poussé le 
scrupule jusqu'à aller examiner lui-même les vestiges si nom- 
breux de l'occupation romaine. Dans une œuvre aussi vaste, mal- 
gré la conscience de l'auteur, quelques lacunes, des erreurs 
mêmes étaient inévitables. Elles ne sont pas d'ailleurs de nature à 
diminuer la valeur de son travail: il constitue un répertoire com- 
mode et des plus utiles pour tous ceux que ce vaste sujet inté- 
resse. 

p. 14. D'après l'auteur, au I er siècle de notre ère, les Romains croient 
encore au continent britannique. J'avoue ne pas comprendre ce que 
l'auteur a voulu dire. Assurément les auteurs de l'antiquité connais- 
saient assez mal la situation de l'île. Ils se trompent tous sur sa situa- 
tion, c'est ainsi que Ponponius Mêla, Vibius Sequester, l'Itinéraire 
d'Antonin, désignent sous le nom d'océan britannique, la mer com- 
prise entre l'île de Bretagne et la Loire, voire même jusqu'aux Pyré- 
nées. Dans la bibliographie de l'auteur, justement au point de vue de 
la cartographie, et aussi de l'histoire, j'ai été surpris de ne pas 
voir figurer l'ouvrage de Pearson, Historical maps of England. 

Le premier chapitre de la première partie est consacréà l'ethno- 
graphie de la Bretagne. L'auteur, avec quelques restrictions, suit 
M. d'Arbois de Jubainville et John Rhys. Il ne dit qu'un mot des 
pré-Celtes, et il a raison. Les premiers habitants Celtes de l'île 
seraient des Goidels : c'est l'opinion courante. Elle a été combattue 
par Zimmer dans une œuvre inachevée, qui n'a paru qu'après sa 
mort : Auf ivclchcn JVege kamen die Goideleu vom Kontineut nachlrland 
(Berlin 19 12 : tiré des Abb. du K. P. A.) Ils seraient venus en 
Bretagne, d'après l'auteur, au VI e ou vn c siècle avant notre ère. Ce 
sont là des assertions en l'air. Dans ces questions, le dernier mot 
est à la linguistique et, à son défaut, à la préhistoire, en y com- 
prenant avec prudence l'anthropologie. 

Avant Varrivèe des Gallo-Bretons, d'après l'auteur, la plus grande 
partie de l'île de Bretagne aurait été occupée par des Gaëls. Sur 
quoi repose une assertion d'une telle conséquence ? Sur un docu- 
ment trouble dont la partie la plus ancienne peut remonter au 
X e siècle de notre ère, le Glossaire de Cormac. Quant au lait que 
Glastonbury des Gaëls serait une preuve de cette occupation, c'est à 
peu près aussi sérieux que si on soutenait que le Nord de la France 
a été occupé par des Irl ndais, parce que Péronne a été qualifié de 
Peronna Scottorum : c'est l'afrluence des moines irlandais qui a valu à 
Glastonbury et à Péronne ce qualificatif. Quant à la légende dont 
cm trouve l'écho dans Cormac, elle a peut-être quelque fondement 



Bibliographie. 1 1 r 

historique: c'est un écho des incursions des Scots et Pietés pendant 
l'occupation romaime. 

Les Gallo-Bretons vers 400 auraient apporté le fer dans l'île. 
Ils n'ont pas plus apporté le fer que les Goïdels n'ont apporté le 
bronze. Le fer a fait son apparition dans l'île au ix-vm e siècle 
avant J.-C, quoiqu'il n'y soit devenu d'un usage courant que 3 
0114 siècles après (Montélius, The Chrouology of the Briiish Bronze 
âge (Procecdings of the bHt. Ac. 1909, p. 97 et suiv.). Quant aux 
Goidels, s'ils sont venus dans l'île vers le vn-vi e siècle avant notre 
ère, ils n'ont pu y apporter le bronze qui était connu dans l'île 
de 2000 à 1800 ans avant J.-C. 

M. Sagot paraît admettre comme un dogme l'opinion de John 
Rhys qu'il y aurait eu de forts groupements de peuples gaéliques, 
au moment de la conquête romaine, dans une grande partie de 
l'ouest, sud-ouest, et même dans le nord de l'île ; la plupart des 
celtistes ne partagent pas cette théorie. L'étude des noms de lieux 
lui est nettement défavorable. Il n'est pas niable qu'il n'y ait eu des 
établissements plus ou moins durables de Gaëis en Galles, et sûre- 
ment en Ecosse, pendant l'occupation romaine. Une émigration 
des Dési d'Irlande, qui occupaient une partie du sud-est de l'Ir- 
lande, dans le sud du pays de Galles, paraît sûre. A la fin du 
iv e siècle et au début du v c , le sud du pays de Galles était occupé 
par des Gaëls, d'après Xennius ; ils en ont sûrement été chassés 
par les Bretons, vers cette époque, d'après le témoignage du même 
historien, dont les sources sur ce point sont dignes de foi (sur ces 
faits, cf. Kuno Meyer, Early Relations between Gacl and Brythons 
dans Transactions of the Society of Cymmrodorion, 1897, p. 59 et 
suiv.). En revanche, il y avait des populations bretonnes en 
Irlande, notamment les Menapii et les Briganles. 

P. 11. L'auteur cite, sans s'y arrêter, l'opinion de Tacite sur 
l'ethnographie des habitants de l'île : les Silures viendraient d'Es- 
pagne, les Calédoniens de Germanie, les Bretons de Test de la 
Gaule. Il aurait dû, au lieu d'opposer à Tacite le dogme goidelique 
à propos des Silures, montrer pourquoi l'opinion de Tacite ne 
peut faire autorité. Comme je l'ai fait remarquer, et d'autres avec' 
moi, la théorie ethnographique repose sur une erreur de cartogra- 
phie. 

L'auteur a adopté pour les noms de peuples et d'hommes cel- 
tiques un usage qui paraissait à peu près abandonné : c'est de les 
donner avec une terminaison française : il dit Caratac, Galgac, 
Prasutag, Cogidwnn, Scgontiaqiies, etc., au lieu de Caratacus, Gaha- 
cus, Prasutagus, Cogidumnus, Segontiaci, ne paraissant pas se dou- 



H2 Bibliographie. 

ter que ces dernières formes représentent exactement les formes 
celtiques, exception faite de u pour o. 

P. 14-15. Ce que nous dit l'auteur du caractère des Bretons insu- 
laires est tout à fait insuffisant. Leur caractère est assez facile en 
somme, jusqu'à un certain point, à déterminer d'après la résistance 
qu'ils opposèrent aux Romains, et la faillite de la romanisation de 
l'île. La résistance des Bretons fut autrement longue que celle des 
Gaulois, et ne fut jamais entièrement brisée. Je renvoie d'ailleurs 
à ce sujet M. Sagot à Tacite qui parait avoir été bien renseigné. 
Ce qui montre d'ailleurs que les Romains ne se faisaient pas d'il- 
lusions sur les difficultés d'une conquête à laquelle César et Auguste 
avaient renoncé, c'est que la campagne sous Claude commença 
avec des forces très imposantes : environ 70.000 hommes, et non 
50.000 comme le dit M. Sagot (p. 33)'. 

Dans son bistorique détaillé de la conquête, l'auteur accorde 
vraiment trop de place aux amplifications, à la rbétorique de Dion 
Cassius. 

P. 124. Nous retrouvons l'occupation de presque toute la Bre- 
tagne dans la deuxième moitié du 111 e siècle, d'après le Glossaire 
de Cormac. 

L'auteur, avec raison, attache une grande importance aux fouilles 
archéologiques. Aussi ai-je été surpris de ne trouver aucune men- 
tion de deux importantes trouvailles faites à Callcva (Silchester), 
et Yiroconium (Wroxeter). Elles en disent long sur les luttes que 
les Romains et les villes romaines ont eu à subir au iv e siècle. A 
Calleva, une aigle romaine arrachée de sa hampe a été trouvée 
sous un amas de bois carbonisé : elle a sans doute été abandonnée 
à la suite d'une catastrophe que l'histoire ne mentionne pas-. A 
Viroconium, trois cadavres ont été trouvés dans un hypocauste : 
celui d'un homme âgé ayant à sa portée 133 pièces de monnaie 
enfermées dans un coffret de bois, et ceux de deux femmes : il 
s'agit sans doute d'habitants réfugiés là lors de la prise de la ville, 
on ne saurait dire à quel moment : les monnaies sont de l'époque de 
Constantin 5. 

P. 171-173. L'auteur a raison de se rangera l'avis Haverficld en 
ce qui concerne le mur d'Antonin : à savoir que le vallum et les 
forts au nord des Cheviots ont été abandonnés au plus tard vers 

1. Cf. Hûbner, Eine rômische Annexion, Deutsche Rundschau, 1879. 

2. Gomme, Romaiio-btïl. Remains, p. 121 : Les monnaies romaines trou- 
vées en cet endroit sont de Vespasien. 

5. Gomme, loc. cit.. p. 274. 



Bibliographie. 113 

180. J'avais déjà fait remarquer {Mois latins, p. 11-12), que le seul 
empereur nommé dans les cinquante inscriptions trouvées sur son 
emplacement est Antonin le Pieux. La Notifia Dignitatum Imperii, 
qui nous donne la liste officielle des postes occupés par les Romains 
au commencement du V e siècle, ne mentionne aucune des stations 
du mur d 'Antonin. 

P. 244. Le fait le plus significatif de l'histoire romaine en Bre- 
tagne, est assurément la grande révolte de 364 à 368. Théodose, 
pour arriver à Londinium, est obligé de livrer bataille. L'auteur 
croit que les déserteurs dont il est question dans les édits de Théo- 
dose sont des Romains. Le contraire me paraît probable. Théodose 
promet l'impunité à tous ceux qui avaient abandonné la cause romaine. 
Il ne s'agit ni des Pictcs ni des Scots qui n'en avaient cure. Peut- 
être certains auxiliaires sont-ils en cause. Mais ces édits visent pro- 
bablement aussi les Bretons insurgés. Nous savons d'ailleurs que 
les Areani qui avaient trahi la cause romaine, à ce point que Théo- 
dose se débarrassa d'eux, étaient des indigènes : Areani représente 
en celtique arjano-s, garde : cf. irl. aire, vigilia (Whitley Stokes, 
Urkelt. Sprachschati, p. 171). Il y avait aussi des Cornovii parmi 
les troupes auxiliaires des Romains en Bretagne. 

P. 24e. L'auteur, sur le seul témoignage d'Ammien Marcellin, 
avance que l'armée insulaire se vit adjoindre, en 371, un corps 
d'Alamans Bucinobantes commandés par leur roi Fraomarius, élevé 
à la dignité de tribun. J'ai déjà fait remarquer (Mots latins, p. 57) 
que ni les inscriptions ni la Notitia Dignit. ne font mention d'eux 
en Bretagne. S'ils y ont été envoyés, ils n'y ont pas fait un long 
séjour. 

En revanche, ils apparaissent en Orient dans la Notitia (VI, 17, 
5-8, éd. Otto Seeck). 

P. 276. La citation que fait M. Sagot de mes Mots latins est 
inexacte. Il me fait dire que les termes empruntés par les Anglo- 
Saxons au latin des écoles et des monastères sont loin d'égaler 
en portée les mots latins d'origine ou purement celtiques qu'ils 
doivent aux Gaulois. Or (Mots latins, p. 30 et non 17-18), je dis : 
aux Celtes, et non aux Gaulois. Cette citation aurait d'ailleurs dû 
être complétée par ce que je dis à la page précédente : les mots 
latins empruntés par les Anglo-Saxons sur le continent et qui leur 
sont communs avec les autres Germains, sont infiniment plus 
importants que ceux que nous venons d'énumérer (les mots latins 
empruntés dans l'île). 

P. 289. A propos du bronze, l'auteur est mal renseigné. Pour 
toutes ces questions de mines et de métaux, il eût dû se référer 

Revue Celtique, XXXV. S 



I 14 Bibliographie. 

aux ouvrages traitant de la Bretagne préhistorique, notamment à 
ceux d'F.vans. 

P. 365. Llandrinoll en Galles : il n'y a pas de localité de ce 
nom. Il s'agit probablement de Llandrindod. 

Au chapitre 11 de la IV e partie (activité économique), l'auteur 
s'occupe des relations commerciales de l'île. Il nie semble ignorer 
l'Irlande. Or on y a trouvé de nombreuses monnaies romaines et 
d'autres objets indiquant des relations importantes avec la Bre- 
tagne. 

M. Sagot parait avoir ignoré l'inscription grecque de Brougb- 
under-Stanmore, qui a cependant provoqué de nombreuses disserta- 
tions et même fait supposer à des savants connus et justement 
renommés qu'il y avait, en Bretagne, un peuple de Cimmerii 1 . 

La lacune la plus grave dans ce volumineux ouvrages, c'est 
qu'après l'avoir parcouru d'un bout à l'autre, on ignore, en réalité, 
la conditions des personnes et des terres sous la domination 
romaine. L'auteur ne connaît que la Bretagne officielle. Il eût fallu 
pour atteindre la vraie Bretagne une étude que l'auteur n'a pas voulu 
faire : étudier les lois galloises, les lois anglo-saxonnes, se rendre 
compte de la valeur des emprunts même linguistiques faits aux 
Romains par les Bretons et les Anglo-Saxons, ou au moins résu- 
mer en faisant preuve de critique, les travaux qui ont paru sur ces 
sujets. 

Une autre critique qui se lie à la précédente, c'est que l'auteur ne 
s'est guère préoccupé que de l'archéologie classique en quelque sorte. 
Or, il y a eu des fouilles intéressantes dans des fuinuli et des retran- 
chements indigènes à l'époque romaine. L'auteur semble ignorer 
ce côté si important de son sujet. 

J. I.OTH. 

1. J. Luth. Rev. Celt., XXX. 584. 



CHRONIQUE 



Sommaire. — I. Deux notices sur d'Arbois de Jubainville. — II. M. 
Holger Pedersen nommé professeur ordinaire. — III. M. T. Gwynn 
Jones lecteur à Aberystwyth . — IV . M . T . Parrv-W illiams docteur en 
philosophie. — V. Suite du Grundriss de M. Brugmann. — VI. Article 
de M. C. Marstrander dans les Mélanges Alf Torp. — VII. Notice 
sommaire des bronzes antiques du Louvre, par M. A. de Ridder. - 
VIII. A. Foucher, Le couple tutélaire dans la Gaule et dans l'Inde. — 
XI. L. Herrieu et M. Duhamel, Chansons populaires du pays de 
Vannes, 2 me série. — X. Livres nouveaux . 



I 

A la liste que nous avons précédemment publiée (t. XXXI, 
p. 527) des notices nécrologiques consacrées à d'Arbois de Jubain- 
ville, il faut joindre deux nouvelles notices, les plus longues 
sans doute dont la mémoire du regretté savant ait été l'objet. 

L'une a paru en 19 12 dans le Bulletin de la Société nationale des 
Antiquaires de France (56 pages 8°), et est due à M. Emile 
Chénon ; l'autre a été lue à l'Académie des Inscriptions et Belles- 
Lettres dans la séance du 13 juin 191 3 par M. A. Morel-Fatio et a 
été depuis publiée à part en une brochure de 54 pages in-4 . M. 
Chénon et M. Morel-Fatio ont succédé à d'Arbois de Jubainville, 
l'un à la Société des Antiquaires, l'autre à l'Académie des Inscrip- 
tions. 

M. Emile Chénon a joint à sa notice un index bibliographique. 
Cet index est précieux en ce qu'il corrige et complète sur plu- 
sieurs points celui qu'a publié ici-même M. Paul d'Arbois de 
Jubainville, archiviste du département de la Meuse (t. XXXI I, 
p. 45e et suiv.). Ce dernier avait arrêté la bibliographie de son 
père au chiffre de 238 numéros, qu'il faut même réduire à 
23$, puisque le n° 177 fait double emploi avec le n° 130, le 
n° 212 avec le n° 214, et que, d'autre part, sous les n° s 56 et 63 il 



i i6 Chronique. 

s'agit d'un seul et même travail publié dans deux périodiques dif- 
férents ; en outre, au n° 29, on corrigera sainte Geneviève en 
sainte Germaine. La bibliographie de M. Chénon compte 
422 numéros : l'augmentation s'explique par plusieurs raisons. 
D'abord, M. Chénon a enregistré les comptes rendus publiés dans 
le Journal des Savants (cinq en tout) ; ensuite il a tenu compte de 
plusieurs périodiques qu'avait négligés M. Paul d'Arbois, comme 
Y Annuaire de F Aube, les Mémoires de la Société d'agriculture, 
sciences et arts de l'Aube, la Revue des Sociétés savantes de la France 
et de l'Étranger \ le Moyen-Age, la Revue d'anthropologie', enfin, il a 
fait des dépouillements plus complets, reprenant par exemple la 
Revue archéologique depuis l'origine, alors que M. Paul d'Arbois n'y 
a relevé aucun des articles antérieurs à l'année 1868 ; et tandis que 
M. Paul d'Arbois n'a retenu que six des communications de son 
père à l'Académie des Inscriptions, M. Chénon en donne une liste 
complète, qui dépasse la cinquantaine. 

En revanche, M. Chénon a laissé de coté les articles publiés 
dansla Romania, lacune regrettable qu'il faudra combler à l'aide de 
la bibliographie de M. Paul d'Arbois. 



II 

« Comme tout le monde s'y attendait, c'est M. Holgcr Pedersen, 
professeur extraordinaire, qui succède à Yilhelm Thomsen dans la 
chaire de grammaire comparée. Holger Pedersen est un de ces êtres 
étranges qui collectionnent les langues. Combien en sait-il ? Je 
l'ignore, mais je sais qu'il était déjà étourdissant en 1885, 
lorsqu'au début de ses études, il apparut à l'université. Comme il 
venait de Ribe, le vieux Siesbye 1 l'appelait toujours « Ripensis », 
et Ripensis écrivait des dissertations latines phénoménales : il avait 
toujours les tournures les plus recherchées, les constructions les 
plus élégantes. Il faisait, en grec, des jeux de mots dont Gertz 
riait cordialement, de son rire célèbre, gloussant et silencieux. 
Nous autres, jeunes philologues, nous étions bien aises quand 
nous nous tirions, sans nous rompre les reins, des pièges les plus 
grossiers, mais Holger Pedersen, avec son air pesant et réfléchi, 
Holger Pedersen, le fils d'un instituteur de l'autre bout du pays, 
était la souplesse même, quand il fallait se faufiler parmi les écueils 

1. Oscar Siesbye est mort le 21 décembre 191 3, à l'âge de quatre-vingt- 
un ans. C'était un philologue classique Je grand mérite et une des figuies 
les plus originales de son temps. 



Chronique. 117 

de la grammaire. Le' bruit se répandit bientôt qu'il s'adonnait 
décidément au celtique et que les langues slaves étaient néanmoins 
sa spécialité. L'arménien, l'albanais, le basque, il ramassait tout. 
Légèrement voûté, il avait l'aspect lourd ; mais s'il apercevait à 
travers ses lunettes quelque dialecte perdu dans un coin de l'Europe, 
vlan ! il se jetait dessus et ajoutait triomphalement une langue de 
plus à sa collection. On ne peut s'empêcher de demander : qu'y 
a-t-il gagné ? Une réputation énorme dans toute l'Europe, et un 
maigre traitement. A L'âge de trente-trois ans, Holger Pedersen 
obtint une maîtrise de conférences de deux mille couronnes. Il en 
serait resté là jusqu'à maintenant, si de l'étranger on n'était venu 
le chercher, lui et toutes ses langues. On ne pouvait tout de même 
pas laisser échapper cette collection unique de dialectes d'Europe 
et d'Asie, et on lui donna une chaire de professeur extraordinaire. 
Aujourd'hui enfin, à quarante-six ans, le voilà professeur ordinaire! 
Vive donc la science! ». 

C'est de cette taçon humoristique et pittoresque, dont nous 
devons l'adaptation française à l'obligeance d'un ami, que le 
journal Politiken de Copenhague annonçait, le 21 novembre der- 
nier, la promotion à l'ordinariat de M. Holger Pedersen. La Revue 
Celtique joint ses félicitations à celles que le savant professeur n'a 
pas manqué de recevoir à cette occasion. 



III 

Nous apprenons qu'un « lectorship » de littérature galloise vient 
d'être créé à l'University Collège d'Abervstwvth et confié à M. T. 
Gwynn Jones. Ce nom a déjà été signalé dans la Revue Celtique 
comme celui de l'auteur d'un recueil de morceaux choisis de 
Daniel Owen (t. XXXII, p. 211). Mais il a d'autres titres à la 
gloire. M. T. Gwynn Jones (né en 1871 dans le Denbighshire) est 
un écrivain gallois fort apprécié, comme prosateur eteomme poète. 
On lit dans un recueil récent de poètes gallois : As scholar, poet, 
critic, and prose writer Gwynn Jones takes a high rank, and he is . 
certainly one of the most brilliant, not onlv of the poets of the 
new school, but of ail living Welsh writers. » Son œuvre la plus 
célèbre en vers s'intitule Ymadawiad Arthur (« The Passing of 
Arthur »), et M. W. J. Gruffydd a pu dire dans Y Encyclopaedia 
Britannica, V, p. 649 : « In the Old mètres, two poets stand out 
prominent above ail others, J. Morris Jones and T. Gwynn Jones. 
The Aivdl i Famou of the former and the Ymaàaxuïaà Arthur of 



i i 8 Chronique. 

the latter, gave reason to believe that Welsh poetry was only 
entering on its golden period ». Mais tous ces jugements s'ef- 
facent devant celui désir Edward Anwyl qui appelle M. T. Gwynn 
Jones « one of the ablest of modem European poets, a writer oi 
rare genius » (The Celtic Reviezu, IX, 169). 

IV 

Le travail de M. T. Parrv-Williams dont nous avons commencé 
ci-dessus (p. 40-84) la publication a été préparé à Fribourg-en- 
Brisgau sous la direction de M. Thurneysen. 11 a valu à son 
auteur le grade de docteur en philosophie, après une soutenance 
publique qui a eu lieu le 28 février 191 3. 



Au plus grand profit de la science linguistique, M. Karl Brugmann 
poursuit la seconde édition de son Gnuidriss Jer vérghichenden 
Grammatïk der indogermanischen Sprachen : l'ouvrage n'est pas seu- 
lement corrigé et mis au courant, il est entièrement refondu et 
prend un aspect tout nouveau, considérablement élargi, où les 
questions de valeur et d'emploi des formes sont mêlées à la mor- 
phologie proprement dite. Du second volume ont déjà paru deux 
parties, en 1906 et en 1911, et qui contiennent respectivement 688 
et 997 pages. Voici qu'une troisième partie commence, dont nous 
avons déjà la première livraison (Strassburg, Trùbner, 191 3, vin- 
496 p.). Cette troisième partie est consacrée au verbe : l'auteur y 
étudie laformation des thèmes de présent, d'aoriste et de partait. 
C'est toujours la même information scrupuleuse, la même per- 
fection dans l'exactitude et la précision. On sait de quel respect 
d'Arbois de Jubainville entourait M. Brugmann : ce magistral 
Grundriss était un de ses livres de chevet. Il eût certainement aimé 
à donner au nouveau volume un témoignage public d'admira- 
tion. 

Peut-être aussi eût-il chicané l'auteur sur l'interprétation propo- 
sée p. 25 du gallois cigleu « j'ai entendu ». M. Brugmann pose 
comme prototype de cette forme *cu-clou- (— skr. çuçrâvà) et ren- 
voie au tome I de son ouvrage, § 938, 1. 11 faut d'abord corriger 
ce renvoi en § 783, 3, où m. gall. ciglef comme irl. cùala est en 
effet expliqué par *cucloua. Mais on doit critiquer aussi le fond 
même de la doctrine : 1'/ gallois ne peut ici représenter qu'une 



Chronique. i 1 9 

ancienne longue ; c'est donc de *cûcloua qu'il faut partir. M. Morris 
Jones remarque dans sa Comparative Grammar, p. 372, qu'on ne 
peut donner à 17 de ctglef (cigleu) la valeur de y en moyen gallois ; 
déjà M. J. Loth avait indique que *cùcloiia s'imposait comme pro- 
totype du gallois cigleu(R. Celt., XVIII, 92). On peut toujours, 
avec Strachan, comparer les parfaits sanskrits tûtâva de taviti « il 
est fort » etjûjuvuh de jâvate « il excite ». 



VI 

M. Cari Marstrander a donné à la Feslskrift AlfTorp des Kleine 
irisebe Beitràge (p. 240-252), où se trouve mainte suggestion utile à 
retenir. — Il rapproche le mot Tiveden, nom d'une forêt en Suède, 
de l'irlandais dé-fid « bois sacré « et admet un prototype commun 
*deiuo-uidu-s, qui suppose une pratique religieuse commune aux 
deux peuples. — Il signale deux faits de calque du Scandinave en 
irlandais (piast — ormr, fuaigfbe = syja). — Il rattache au gaulois 
larinca, taringa « clou en fer » (Holder et Du Cange) l'irlandais 
tairuge, employé aujourd'hui encore et attesté au moyen âge avec 
le même sens (L. U. 80 a 25, cona tbair[n]gib ; B. B. 451 b 25, 
a tairmeda). — La préposition doeburn u- « vers » serait la forme 
proclitique du substantif lochaim « marche, chemin » à l'accusatif. 
— Le mot indas « façon, manière » sortirait de *ind-àss « croissance 
intime »; cf. àss n. « croissance » Mon. Tall. 15e, 8. — Le vieil- 
irlandais aicc, naicc serait représenté aujourd'hui par faic « quelque 
chose, rien». — Le mot aire « haie, barrière» et «fardeau » serait, 
comme imbe, à rattacher à la racine verbale *fen- (v. Pedersen, Vgl. 
Gr., 11,517). — Dans derdan «mauvais temps, tempête », on aurait 
derd « tempête » (I.r. Text. III, 86) -f- sur « temps ». — Dans 
menmarc « passion »,le second terme de composition serait non 
pas serc (v. R. Celt. XXXIII, 501) mais arc, infinitif de arcu « je 
prie ». — Dans anfad « tempête », il faut voir la particule priva- 
tive et le mot fétb « mer calme » (Ml. 125 d 1 1 ; L. L. 230 b 12 ; 
L. U. 129 a 5). — Le mot fiach « corbeau » étant anciennement 
disyllabique.l'étymon *ueiko-, généralement adopté, est sans valeur 
(v. ci-dessus, p. 87). — - Les mots féru et luibne au sens de « bou- 
clier » s'expliqueraient par le fait qu'il y avait des boucliers en 
bois d'aune, féru (l'un est conservé au National Muséum de 
Dublin, n° 273) et en écorce {luibne de *lubb- « écorce », cf. v. si. 
lubimi). — On aurait le même suffixe -aiw, -eng non seulement 
dans crobang « poignée » (Z. C. P., IX, 293), mais aussi dans 



120 Chronique. 

deleng « jeune porc » de deiî et dans asclang « fardeau, charge » de 
ascall, axai, ochsal « aisselle » ; crobangel asclang sont en tout cas 
étroitement unis, l'un désigne ce que l'on tient dans la main (croV), 
l'autre ce que l'on porte sous l'aisselle. — Signalons enfin quelques 
observations, sur le vocalisme de cumaing « il peut », cumachtae, 
sur l'origine des prétérits pluriels en -datai- et sur les pronoms 
infixes et suffixes. 



VII 

La maison Gaston Braun, concessionnaire depuis 191 2 de l'édi- 
tion officielle des Musées nationaux, vient de mettre en vente une 
Notice sommaire des brotr x cs antiques du Louvre, rédigée par M.André 
de Ridder (Paris, 1913, 143 p. 8°, avec 64 planches, 1 fr. 50). 

La Gaule romaine est représentée dans cette collection par 
quelques grandes œuvres (les n os 26, 28-29, 36-37, 39, 47, 49, 
64, 74), parmi lesquelles l'Apollon provenant de Lillebonne 
(n° 37), et aussi par une cinquantaine de petites pièces (n os 1042- 
1093). Mais il n'y a rien là dedans qui se place hors de pair. Les 
bronziers gallo-romains, comme le dit très bien M. de Ridder, 
p. 86, n'ont pas un art original ni indépendant; ils ont puisé aux 
sources de l'art grec et de l'art romain. Quel que soit leur talent, 
ils n'ont pas su faire œuvre plus personnelle que les littérateurs 
gallo-romains : et l'on sait que Sidoine Apollinaire n'est pas plus 
gaulois que Sénèque n'est espagnol ou Apulée africain. Les 
bronzes gallo-romains pâtissent nécessairement du voisinage des 
œuvres venues directement de la Grèce ou de Rome. 

Toutefois il serait injuste de juger sur le Louvre seul le travail 
de nos vieux bronziers gallo-romains. Ils sont mieux représentés 
ailleurs. Les œuvres qu'en possède le Louvre le cèdent en nombre 
et en importance à celles qu'on voit réunies par exemple au Musée 
de Lyon. Celui-ci s'enorgueillit à juste titre d'oeuvres comme 
l'Orateur, trouvé à Coligny, la Fortune, la Victoire ailée, le Satyre 
criophore, même le Jupiter. Et on peut admirer isolément dans 
d'autres musées de province des pièces de premier ordre, dont le 
Louvre n'a pas l'équivalent : ainsi le Jupiter du Yieil-Evreux (au 
musée d'hvreux), ou l'Apollon de Yaupoisson (au musée de 
Troyes), ou l'Hermaphrodite de Sion (au musée d'Epinal), aux- 
quels il faut joindre la superbe tête trouvée dans le Vistre, à Nîmes, 
et la Minerve de Besançon, aujourd'hui au Musée Condé. Rappe- 
lons enfin que le musée de Saint-Germain possède quelques 



Chronique. 121 

bronzes intéressants et qu'à Paris même le musée Dutuit, avec la 
trouvaille des Fins d'Annecy, et surtout le Cabinet des Médailles 
avec l'Esclave Ethiopien de Chalon-sur-Saône, le Guerrier combat- 
tant de Vienne ou le Satyre dansant, complètent d'une manière 
fort heureuse la collection du Louvre. 

Sur cette dernière, la notice de M. de Ridder oriente parfaite- 
ment : elle est claire, précise, élégante ; elle contient assez de 
détails techniques pour satisfaire la curiosité des savants, elle a tous 
les agréments qu'il faut pour plaire aux artistes et aux lettrés. 

VIII 

Puisque nous parlons sculpture et art classique, il faut signaler 
à nos lecteurs l'article qu'a donné à la Revue archéologique (191 2, 
t. II, p. 241-249) M. A. Foucher sur le Couple tulélaire dans la 
Gaule et dans ïlnde. Ce titre a de quoi étonner; mais il exprime 
justement très bien l'étonnement qu'un indianiste comme M. Fou- 
cher a éprouvé lui-même en rencontrant dans l'art gallo-romain 
des figures de connaissance. Le motif du couple tutélaire, qui 
revient si fréquemment dans le Recueil général de M. Espérandieu, 
avec des attributs caractéristiques, encore qu'assez variés, est 
également répandu dans l'art gréco-bouddhique du Gandhâra : 
Sucellos etNantosvelta y portent le nom de Pântchika et de Hâritî, 
mais la disposition générale des deux couples dans les monuments 
où ils figurent, leur attitude, leur place respective, même leurs 
attributs sont trop semblables pour qu'on ne songe pas à une com- 
munauté d'origine. M. Foucher a illustré son article de deux repro- 
ductions dont la juxtaposition est frappante. Naturellement il n'y a 
pas à imaginer d'influences directes entre la Gaule et l'Inde. Les 
ressemblances observées ici s'interprètent beaucoup plus simple- 
ment par le fait que les sculpteurs se sont inspirés de modèles sem- 
blables, à Alesia comme à Peshawer. M. Foucher lui-même a éta- 
bli que l'art du Gandhâra a emprunté sa technique à l'art hellénis- 
tique. L'art gallo-romain de son côté dérive de l'art gréco-romain. 
Il y avait donc, aux premiers siècles de l'ère chrétienne, une sorte de 
xotvq artistique, apprise à l'école des Grecs, et qu'on parlait d'un 
bout du monde antique à l'autre bout. 

IX 

MM. Loeiz Herrieu et Maurice Duhamel viennent de publier une 
deuxième série de leurs Chansons populaires du Pays de Vannes 



122 Chronique. 

(Paris, Rouart, Lerolle et O, 191 3, p. 61-120; 2 fr. 50). Comme 
dans la série précédente (v. Rev. Celtique, t. XXXIY, p. 105), 
chaque chanson est accompagnée de sa mélodie. Les mélodies sont 
peut-être moins originales et moins expressives que dans la pre- 
mière série. Quant au texte breton des chansons, il montre de 
façon frappante à quel degré le dialecte vannetais est rempli de mots 
français : on n'y trouve pas seulement des adjectifs, des substantifs, 
des verbes empruntés à date plus ou moins récente, mais aussi des 
particules, comme la négation, qui passent d'ordinaire pour faire 
partie du matériel grammatical personnel à chaque langue : un 
vers comme le suivant est à cet égard bien instructif : 

ha eau des larei d'ein ne pas en digorein 

et il a dit à moi de ne pas l'ouvrir. 

De fait, la négation pas figure dans le Dictionnaire breton-français 
du dialecte de Vannes de M. Emile Ernault. Mais employer ne pas 
paraît vraiment parler français on breton. 

X 

Parmi les publications nouvelles, nous relevons l'édition suivante 
d'un texte bien connu des celtistes : 

Sir Perceval of Gales, herausgegeben von J. Campion und F. 
Holthausen. Heidelberg, C. Winter, 191 3, xv-144 p. 8° (Alt- und 
Mittelenglische Texte, Bd 5). 

Le texte, qui compte 2.288 vers, est précédé d'une introduction et 
suivi de notes explicatives et d'un court glossaire. 

Annonçons aussi la fin du magistral ouvrage de M. Holger 
Pedersen, Vergleichende Gràmmatik der keltischen Sprachen. La 
deuxième et dernière partie du tome II, pages 353-8^2, a paru en 
novembre 191 3. Nous en reparlerons sous la rubrique Biblio- 
graphie. 

Il sera également rendu compte ultérieurement des deux ouvrages 
qui suivent : 

Bibliographv of Irish Philologv and of printed Irish Literature 
Dublin, 191 3. 

O. H. Fynes-Clinton, Welsh Yocahularv ofthe Bangor district. 
Oxford, 191 3. 

J. Vendryes. 



PÉRIODIQUES 



Sommaire. — I. Zeitschrift fur Celtische Philologie. -- II. The Celtic 
Review. — III. Annales de Bretagne. — IV. Revue de Bretagne. — 
V. Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles- 
lettres. — VI. Indogermanische Forschungen. — VII. Mémoires de la 
Société de Linguistique 



M. Thurneysen a donné à la Zeitschrift fur celtische Philolo- 
gie (t. IX, fascicule 3) une importante étude sur die Ueberlieferung 
der Tâin bô Ci'iailnge (p. 418-443). Trois heureuses circonstances 
l'ont déterminé, dit-il, à l'entreprendre : l'achèvement de la publi- 
cation dans Eriu de la version du Book of Lecan, la publication 
par M. Windisch de la version fragmentaire contenue dans le Ms 
Egerton 1782 (v. Rcv. Celt., XXXIV, 233), et surtout la décou- 
verte qu'a faite M. R. I. Best de trois mains différentes dans le 
Lebor na hUidre (v. ibid., 235). Le fait est qu'on a maintenant les 
moyens de débrouiller la formation de cet ensemble un peu chao- 
tique qu'est le texte de la Tâin ; mais pour y réussir, il faut une 
maîtrise dont peu de celtistes sont pourvus. M. Thurneysen excelle 
dans les entreprises de ce genre. Il étudie ici l'une après l'autre la 
version LU et la version LL. La première est conservée à la fois 
dans le Lebor na h-Uidre, l'Egerton 1782 et le Yellow Book of 
Lecan, qui ne sont pas copiés l'un sur l'autre, mais représentent 
trois copies indépendantes d'un archétype commun, avec çà 
et là certaines additions particulières. La seconde version est 
surtout connue par le Book of Leinster ; mais on la trouve 
aussi en d'autres manuscrits qui supposent également l'existence 
d'un archétype, dont le texte du Book of Leinster ne serait lui- 
même qu'une copie. Les deux versions LU et LL une fois 



\2.\ Périodiques. 

établies et distinguées, M. Thurneysen les ramène à une seule. 
Pour lui, la seconde est directement et exclusivement sortie de la 
première. « Die LL-Version ist durch Vereinheitlichung aus der 
LU- Version, wie sic auch uns handschriftlich vorliegt, hervorge- 
gangen. Sie stellt also nicht die Bearbeitung einer Sonderquelle 
oder einer àlteren Gestalt der LU- Version dar; auch làsst sich 
nicht nachweisen, dass sie neben der LU-Version abweichende 
Fassungen gekannt und beigezogen bat » (p. 426). lu p. 436 : 
« Die LU-Version ist fur uns zunàchst die absolut àlteste Ges- 
talt der Sage, die einzige Grundlage fur aile andern Fassungen, 
die wir kennen. » Le tableau généalogique dessiné p. 441 résume 
d'une i:\con frappante les résultats de l'étude si importante de 
M. Thurneysen. 

Dans le même ordre d'idées, on lira aussi avec intérêt un court 
article de M. Lucius Gwynn sur the two Versions oj Tochmarc Êtâine 
(P- 353-35 63 ; cet article est daté de Fribourg en Brisgau. Les deux 
versions en cause sont celles du Lebor na h-Uidre et du Ms. Eger- 
ton. M. Gwynn considère la version Egerton comme une compila- 
tion datant du xn e ou xm e s. L'auteur de cette compilation s'est 
borné à délaver l'ancien récit représenté par la version de L. U. ; 
mais il y a en outre interpolé un morceau emprunté à la Togaiî Bruidne 
Dâ Derga et ajouté un autre morceau, directement inspiré du Dind- 
shenchas de Râth Crûachan. 

M. Kuno Meyer continue, au cours du même fascicule, ses pré- 
cieuses publications de textes inédits. Sans parler de deux petits 
poèmes tirés des MSS. Addit. 30. 5 12 et Laud 615 (p. 470 et 486), 
il nous donne cette fois les « synchronismes » du MS. Laud 610 
(p. 471-485) et surtout le curieux texte intitulé Bailc Bricin « Vision 
de Bricin » d'après les MSS Harleian 5280 et Egerton 1782 (p. 
449-457). Bricin ou Bricine, abbé de Tuaim Drecain (auj.Tomre- 
gan, près Bannyconnell, à cheval sur les comtés de Cavan et de 
Fermanagh), flofissait dans la première moitié du vir siècle. Un 
soir de Pâques, qu'il était dans sa cellule, il oublia de se rendre à 
l'église. Un grand bruit frappa ses oreilles : c'était celui de la 
troupe céleste célébrant la Pàque. Alors il invoqua le Seigneur, le 
priant de lui envoyer un ange qui lui apporterait des nouvelles 
célestes : un ange arriva en effet, rendit visible aux yeux de Bricin 
le ciel et la céleste troupe autour du trône divin, et accepta de lui 
dénombrer les chrétiens qui seraient admis dans l'église de Dieu 
jusqu'à la fin du monde. En particulier, Bricin lui demanda d'indi- 
quer les « fils de vie » (maie bethad) qui gagneraient le ciel. Cela 
introduit une longue énumération. qui constitue tout le morceau, 



Périodiques. 125 

On y trouve naturellement un grand nombre de noms propres, qui 
exigeraient un commentaire historique fort développé. 

M. T. O'Maille a donné au même fascicule une intéressante 
étude sur Sortie Cases of de-Lenition in Irish (p. 341-352). Il s'agit 
de faits sporadiques et en partie dialectaux qui appartiennent à la 
période du moyen-irlandais : par exemple rg(h) et rch deviennent 
rc en syllabe inaccentuée, quand ces groupes sont de position anté- 
rieure (ou de valeur mince, slender) ; de même ng(h) et nch 
deviennent ne, etc. C'est un sujet tout neuf, dont M. O'Maille donne 
un aperçu très exact, avec sa finesse et sa précision habituelles. 

M. J. Pokorny revient, p. 444, sur l'étymologie qu'a donnée 
M. Marstrander du mot iress « croyance ». Comme ce dernier, il 
ne croit, pas que le mot irlandais contienne une forme redoublée 
de la racine *sthâ. Il pose comme prototype *pare-sthâ-, ce qui s'ac- 
corde tout à fait avec l'iranien parast « adorateur ». Mais *pare-sthâ- 
devait donner aras, ou tout au plus aires par influence analogique 
des autres cas de la flexion, où IV était palatale sauf au génitit 
pluriel. Si l'on a iress, c'est par contamination de cet aires et d'une 
forme irus de *perô-stbd-. 

M. J. Baudis, qui fait sa spécialité des enquêtes grammaticales, 
publie, p. 380-417, les résultats de celle qu'il a entreprise sur l'em- 
ploi des substantifs verbaux en irlandais (,;//;// Gebrauch der Verbal- 
tiomina im irischen). Ce sont des listes d'exemples méthodiquement 
classés, dont l'auteur dégage une théorie générale sur le dévelop- 
pement de l'infinitif celtique. 

Signalons enfin : un texte publié par M. F. Liddell, un poème 
sur les rois de Connaught, tiré du MS. Rawlinson B 502 (p. 461- 
469), avec traduction anglaise ; et de M. Oluf Kolsrud, une étude 
sur the Celtic Bisiiops in the Isle of Mau, the Hébrides and Orhneys 
(P- 357-379)- 

II 

Dans The Celtic Review (vol. IX, n os 33 et 34), M. Mackinnon 
continue son édition de thé Gaelic version of the Thebaid of Statius, 
pp. 16-33 et p- 1 12-127. Le morceau précédent s'arrêtait un peu 
après le discours d'Atalante (chant IV, v. 344) ; nous sommes con- 
duits cette fois jusqu'au vers 498 du chant V, où se termine le 
grand récit d'Hypsipyle. 

A signaler dans ces deux mêmes numéros, un travail de M. A. 
Macdonald sur Some knotty points in British Eibndlogy (p. 1-1 5 et 
97-1 11); dans le n° 33, un article de M. A. W. Wade Evans sur 



126 Périodiques. 

The Romani in the o Excidium Britlaniae » (p. $5-40), ei dans le n° 
34, le texte d'un discours prononcé à l'Irish Literary Society de 
Londres par M. Alfred Percival Graves sur Ireland's Share in the Folk- 
song Revival (p. 128-148). 

Enfin, on lira avec intérêt dans le n° 34, p. 151-156, le bel éloge 
eonsacré par M. Mackinnon à un poète écossais, Neil Macleod, 
mort le 6 septembre 191 3 à l'âge de 70 ans. « It may, I think, be 
safely affirmed, dit-il p. 153, that since Duncan Mac Intyre died 
(1724-1812), no Gaelic poet took such firm hold of the imagina- 
tion of Highlanders as Neil Macleod was able to do ». Le fait est 
qu'il fut très populaire et que le recueil de ses œuvres, intitulé 
Clarsach an Doire « la Harpe du bocage » publié en 1883, atteignit 
en 1909 sa quatrième édition. Neil Macleod était originaire de 
l'île de Skye. 

Comme appendice aux n os 33 et 34 de The Cellic Review, se 
trouve la suite de la Concise Oh! Irish Grammar de M. J. Pokorny. 
C'est d'abord la dernière partie de la phonétique, comprenant le 
traitement des semi-voyelles, voyelles et diphtongues indo-euro- 
péennes en irlandais ($§ 111-126) et l'exposé des alternances voca- 
liques(§§ 127-13 1). Ensuite commence la morphologie, avec la 
flexion de l'article et du nom (§§ 132-148). Dans le chapitre des 
alternances, § 129, M. Pokorny rapproche de l'irlandais si! 
« semence » le parfait grec àsico/.a, qu'il interprète par *sesôka, 
accordant ainsi la préférence à une vieille étymologie qui devrait 
être définitivement abandonnée (v. Boisacq, Dict. Êtym., p. 369). 



Dans les Annales de Bretagne, t. XXIX, n° 1 (novembre 1913). 
M. G. Esnault continue, p. 79-116, son édition des œuvres de Le 
Laé. Il indique à la tin quelques citations latines, dont il n'a pu 
découvrir la provenance, parmi lesquelles « ante ciucs ergo miseri ,> 
qu'il donne pour un commencement d'hexamètre. Si c'est là un 
commencement d'hexamètre, l'auteur n'en doit pas être cherché 
parmi les contemporains d'Auguste, car cet auteur connaissait bien 
mal la prosodie latine : le mot dues a un i long et par suite la 
première moitié du vers est fausse ; félicitons-nous peut-être de 
ne pas connaître la seconde. 

IV 

Notre collaborateur, M. Ernault, est revenu dans la Revue de 
Bretagne (191 3, p. 1 [~- 1 5 2) sur cette Poésie officielle eu moyeu-breton, 



Périodiques. 127 

à laquelle il avait déjà consacré un article (v. Rev. Cell., XXXIV, 
p. 482 et suiv.). Ayant eu le loisir d'examiner à la Bibliothèque 
Nationale le manuscrit qui avait appartenu au notaire François 
Doublart (c'est le numéro n 533 du fonds français), il y trouva la 
poésie en question sous une forme plus rapprochée de l'original, 
encore que fort altérée par un scribe qui ne savait guère le breton. 
Et cela l'a conduit à préciser ou à corriger quelques-unes de ses con- 
jectures. 

V 

M. J. Loth a entretenu Y Académie des Inscriptions de la question 
des archétypes des romans de la Table Ronde à propos de l'Ystoria 
Tristan, sur laquelle nos lecteurs ont été renseignés dans le tome 
précédent, p. 365 et suiv. La communication de M. Loth figure 
dans les Comptes rendus des séances de l'année 191 3, p. 92 et 
suiv. On y trouvera les mêmes idées que dans l'article précité de 
la Revue Celtique, mais sous une forme plus brève, et sans les textes 
sur lesquels s'appuie la discussion. 

VI 

Le tome XXXII des Indogermanische Forschungen ne renferme 
aucun article spécialement consacré à nos études, et en parcourant 
la liste des mots étudiés à la fin du volume on constate que les 
langues celtiques y occupent une place très restreinte. Elles ne sont 
guère utilisées que pour mémoire, et figurent dans des com- 
paraisons depuis longtemps établies. Dans un article sur le vieux- 
prussien, M. E. Lewy a commis deux ou trois rapproche- 
ments qui ne semblent pas nouveaux, mais qui n'en sont pas 
meilleurs: v. pruss. alkîns < nùchtern » et irl. olc » mauvais » 
(p. 160), v. pruss. manga « Hure » et irl. meng « tromperie » 
(p. 163), skr. gaijdâh, m. « joue, bosse » et irl. gleuu « vallée » 
(p. 166). Cela n'a guère d'intérêt pour l'étymologie celtique. 

Au cours d'un long article sur des questions de vocalisme indo- 
européen, p. 228, M. Hirt reproduit le rapprochement du grec 
/.oaVjç « Band, Schleife » et de l'irlandais connu « protection » (qu'il 
écrit, je ne sais pourquoi, kouini). L'irlandais comm est attesté dans 
une phrase que cite M. Kuno Meyer (Coule, p. 446), où il est 
glosé par coimhéd « protection » : tabar coin dfiu « donne-nous pro- 
tection ». C'est une autre forme du mot coiniin, abondamment 
attesté au sens de « couverture, protection, vêtement » et qui est 
vraisemblablement un thème en -/-. Ces mots ont-ils rien à faire 
avec le grec x.oy.Vvc, je ne le garantirais pas. 



128 Périodiques. 

Ce qu'on peut garantir, en revanche, c'est que M. Holthausen a 
eu tort, p. ;34, de ranger dans la même famille irl. loth « boue », 
gall. lludedic « boueux » et le nom gaulois de Lutèce, qu'il écrit 
Lutetia. Bien que cette étymologie puisse se justifier aujourd'hui 
encore par l'état trop fréquent des rues de Paris, il faut y renoncer; 
elle a contre elle la forme ancienne Aouxotoxia (Strabon) ou 
AsuxoTExia (Ptolémée), et M. Holder a eu raison de supposer 
(t. II, col. 301) que la forme ordinaire Lulecia (mieux que Lutetia) 
sortait par haplologie de Lucotecia. Il est vrai que l'étymologie 
admise par M. Holthausen n'est pas neuve, puisqu'elle remonte 
àZeuss ; mais depuis la publication de VAltceltischer Sprachschat^eWe 
devrait être définitivement bannie de tout travail sérieusement fait. 

Vil 

MM. Sylvain Lévi et Meillet ont terminé dans le fascicule 6 du 
tome XYIII des Mémoires de la Société de Linguistique leurs 
Remarques sur les formes grammaticales de quelques textes eu tokharien 
B (p 381-423). Les précédentes étaient relatives aux formes 
verbales (cf. Rev. Celtique, t. XXXIV, p. 129) ; celles-ci se rap- 
portent aux formes nominales. Nous avons ainsi l'exposé complet 
des résultats d'un travail de déchiffrement et d'interprétation, qui 
fait le plus grand honneur aux deux savants linguistes. Grâce à 
eux le tokharien a définitivement pris place dans la linguistique 
indo-européenne ; on peut désormais l'utiliser pour la comparai- 
son. A vrai dire, le nom v -est beaucoup plus maltraité que 
le verbe: de l'ancienne flexion nominale de l'indo-européen, il ne 
subsiste presque rien : « l'état auquel est parvenu à cet égard le 
tokharien à l'époque où a été fixée la langue est à peu près le 
même que celui des langues romanes, de l'anglais ou du persan ». 
MM. Lévi et Meillet, qui terminent par cette phrase leur savante 
étude, eussent pu ajouter : « ou des langues celtiques, et notam- 
ment du gallois ». Ils ont justement fait appel, p. 396, à la compa- 
raison du gallois pour montrer comment les thèmes nominaux se 
sont conservés en tokharien comme de simples parties consti- 
tuantes de la formation du pluriel. On sait que ce phénomène est 
abondamment attesté en gallois ; c'est la seule trace qu'on y trouve 
aujourd'hui des anciens thèmes nominaux du celtique (v. J. Mor- 
ris Jones, a Jl r elsb Grammar, p. 198 et suiv.). 

J. Yendkyes. 

Le Propriétaire-Gérant, Edouard CHAMPION. 



MAÇON, PKOTAT FRÈRES, IMPRIMEURS 



NOTES 



SUR 



LES TEXTES D'IVONET OMNES 



i. A la 3 e variante du 2 e texte (Rev. Celt. XXXIV, 242- 
246), vu peut se lire v[e]n ou vtt[en]. An vu he guen « la vue 
de sa joue » ne serait pas impossible comme construction, cf. 
Rev. Celt. XXXII, 260, 261. 

2. Le 4 e texte (p. 246) finit par « ha quar ». Map paraît y 
avoir le sens général de « garçon » (cf. P 262, etc.). 

3. Au 5 e hauibe~ou rappelle a ve%ou en 1532, Une poésie offi- 
cielle enmoy. bret. § 3, 19; ro^be^ou, Maistre Vathelin, R. C. 
XVI, 193, 194. Voir §7. — Suruguen et suluguenn sont seuls 
constatés, ce qui dément même une étymologie populaire 
d'après sulya, suilha (cf. § 27). Je chercherai plus loin (§23 
et suiv.) si suru- peut venir de *saru- sans influence analo- 
gique (cf. sur acide). — Le panais est un mets caractéristique 
du Léon, cf. Gloss. 459. 

4. Au 6 e , karantit, costit riment, je crois, zgaret, prêt du vers 
suivant (qui pouvait finir par me àest je l'atteste). Cf. spirit, 
r. et, xv e s.,R. C. XX, 394, 397 (etReuis Rennes XXXII, 284). 
Des archaïsmes en -//(/;) sont contredits par be~ou; des dim. en 
-ic, par la paléographie (cf. aiuoric ioliuic) et la phonétique. 
Il y a plutôt échange des suffixes qui alternent dans triste^ et 
tristet, lauarezet lauaret, etc. Gloss. 544, 545 ; peut-être sous 
la suggestion de la rime, cf. ar garanted l'amour, r. et, Ba>\a~ 
Brei\ 421. — Ohe- à son, est pour och he, cf. och pep pirill de 
tout péril P 193 (forme non relevée au Glossaire-index) ; ouch 
dans C b (Dict. étym.), ouch, oc h D, Gloss. 454. — Uam- pour 
mamau. vocatif serait un archaïsme unique; mieux vaut sup- 

Revue Celtique, XXXV. 9 



130 E. Ernault. 

pléer ua m(am) ma mère, tf. va, v. 1. Ceci nous ramène 
encore au Léon ; le moy. bret. a toujours ma, sauf dans les 
Amourettes dit vieillard, où Pel. n'a pu introduire va, employant 
lui-même ma. 

5. Dans hiat altro Hilarius « santé, guérison, seigneur 
Hilaire ! » xn e s., Loth. Ami. de Bret. VII, 243, je soupçonne 
une transcription abrégée (avec réminiscence latine ?)de *iahat, 
moy.br. yachat guérir. 

6. Dans le premier texte (Rev. Celt. XXXIV, 249, pi. III), 
Ve de ameus se confond avec 0, comme si le scribe avait déjà 
pensé à mous. Mais il n'y a là, je crois, qu'un accident graphique, 
dont IV de be, à la 3 e phrase (p. 244, pi. I), montre l'origine. 
C'est une petite bavure de la plume, produite en appuyant trop 
sur la boucle qui, par une inadvertance contraire, est absente 
dans le humas de la 4 e phrase (pi. II) ; ce qui donne, cette fois, 
une forme dV voisine de c. L'hypothèse d'une variante amous 
n'aurait aucune probabilité : il a fallu une influence exotique 
intense, chez Dumoulin, pour lui faire confondre graphique- 
ment les deux sons (avec un troisième, u ; cf. Rev. Celt. XXX, 
281). 

7. Atnoric est le seul exemple, en moy. breton, d'un dans 
cette famille de mots, cf. Gloss. 27 ; 325, 1. 4. On trouve lan- 
gourus et langoreux langoureux; gluebour et gluebor humidité ; 
vigour et vigor vigueur (lisouregue% paresse, van. lijor espace, 
Notes d'étym. n° 16; mod. sechour et sechor sécheresse). Enor 
honneur, <w ancre (cf. M 1505) ne présentent ou qu'en van. ' ; 
mor mer, dor porte, Font en cornouaillais. Sur dour eau, b. van. 
dor, écrit au xv c s. doir par un Allemand, voir Rev. Celt. 
XXXII, 2, 282. 

8. L'archaïque indan était appuyé par le synonyme dindan, 
aussi letrouve-t-on au XVIII e siècle {Gloss. 211) et plus tard. 
D. Le Pelletier cite deux exemples de endan pôan (lire poau) 
sous peine, en moyen bret. Il donne : « Indan, Dessous. Je 
n'ai appris cet adverbe que de M. Roussel, qui disoit que c'est 
mettre dessous pour hausser, élever et appuyer». R el ms. porte 



1 . Eor est à Ouessam teur(D. Malg.) : cf. moy. br. orror et oneur hor- 
reur; rigor et rigueur, van. rigour rigueur, etc.? 



Notes sur les textes d'Ivonet Omnes. 131 

« indan v : dindon dessous ». Le P. Maunoir a àidan sous, didan 
neuor par cœur, didanna mettre dessous ; le P. Grégoire de Ros- 
trenen dindan, didan, endan, dindan, èhdan sous, dessous, van. 
didan, dedan, edan dessous ; a %indan, a endan de dessous, amâ 
a indan ci-dessous; an dindan le dessous; un didan-doùar p. 
didauou-douar souterrain ; Le Gonidec dindan, didân, indan, 
ihdân, end an adv. et prép. (H. de la Villemarqué a ajouté 
dân, tan, adan ; adan-hesous eux, Bar%a\ Brei^ 50 est noté comme 
archaïque, p. lxvii). On dit à Beuzec-Cap-Sizun dindahn, à 
Ouessant dignehn, digrièn oxyton (Annales deBret. XVII, 135 ; 
XXV, 226) ; en haut Tréguier dindahn, dinahn, oxyton, cf. 
Gloss. 32, 40. Il est possible que dian evor (dire) par cœur Gr. 
soit une variante de didan evor ib. (cf. Gloss. 164). Cette forme 
serait dissimilée de didan ou de dinan, ou bien proviendrait 
de *di%an, cf. van. a ^an de dessous (corniq. a thati), kas de 
Xfin er hoèdeu envoyer sous bois, dans un bois, drè %an dorn en 
sous-main, en cachette. Un ^tombait ainsi dans le moy. bret. 
dioitguet, part, de di^oen apporter ; mod. diqmguen et diouguen 
rapporter Maun. ; Gr. id. apporter, p. di~ouguet et diouguet. 
Pel. a dioughen « apport, et aussi apporter », et (v. doughen) 
« Di^oughen, et par contraction Dioughen, apporter » ; R el ms. 
h Di^ouhen porter, apporter, ferre devehere Diiçouhet evioch en 
distro vous serez porté au retour, ou en Retournant, ou pour 
Retourner, Revenir » (ces /; sont erronés, pour gh, qu'on lit 
en tête de l'art, (doughen) ; sur le prétendu part, doit, donné 
comme ancien par Grég., voir Gloss. XXII. Grég. a aussi dou- 
guen, ha disouguen porter et rapporter, p. douguet, ha disougaet, 
avec s doux = ^ français, cf. M 2624. Une semblable chute 
de - est attestée plus tard dans daouarn mains Maun., « daôu- 
{om, et par corruption Daouarn » Pel., « Daouarn, mains. 
Dornou, Daou~ourn [,] ho daouarn ho daou vos deux mains » 
R el ms., van. deourn, etc., cf. Gloss., 192, 193. Sur dedan 
dans le Credo du XV e s., voir Rev. Celt. XX, 189, 395. 

En van. P. de Châlons donne « didan ou dédan, et mieux 
^«dessous » (auj. dindahn Loth) ; au dict. ms. edan. didan 
sous, didan dessous, a %edan, a ^an de dessous (a^edan, v. « souf- 
fler ») ; un didan douar un souterrain; l'A. édan, didan sous; 
édan, éundan, didan dessous, enn-édan le dessous. 



r 32 E. Èrtiault. 

Dindan est expliqué avec doute par *di endan, Z 1 680 ; 
Henry le regarde comme provenu de didân par assimilation. 
Il y a eu plutôt deux composés, *di-tan, didan (gall. moy. y 
dan), et*in-tan, *entan (corniq. yn dan) qui se sont combinés 
diversement en indan, endan, dindon. 

9. Il y a une rime intérieure admissible, bien qu'elle tombe 
une syll. trop tôt, dans le vers Me rt///eus vn amonc. 

10. Il en est de même à la fin du 5 e texte, si on le décom- 
pose en vers de 7 et de 6 syll. : Panesen ha s/<-n*-guen | ham- 
bezou dtf///-(m)eren. 

1 1 . Le 6 e texte, contenant plus de 2 vers, nous renseigne sur 
la transformation des rimes finales en rimes internes (§5), ce 
que ne peut faire le distique de 1472 (Rev. Celt. XXXI, 72). 
Dans le Credo de 1456, il n'y a qu'un indice du fait, ce qui 
n'est pas étonnant, d'après les conditions où la pièce a été com- 
posée (XX, 394, 397.399)- 

12. Il est possible que l'auteur ait pensé à la variante gua- 
rant, qui donnerait un système plus riche de rimes intérieures : 
Mai hamguar-ant va kar-ant-h. Pour la rime portant sur 2 
syll., cf. Fortuit importun-us so doet/w he //.v-aig, Une poésie 
officielle en moy. bret., § 4, 5 ; Miroiter 1688, 2603. 

13. Il est curieux d'observer la répartition des /.>, dans les 3 
variantes du 2 e texte. La première avait d'abord omis celui de 
he ; on peut y voir l'indice d'une prononciation faible, qui nous 
ramène encore au dialecte de Léon. La seconde met seule cette 
lettre dans hamlouenas et dans hanegarat. Pour hatiiloneuas, c'est, 
je crois, une affaire d'analogie (peut-être purement graphique), 
d'après les cas comme inar baingnorant ; il est également abu- 
sif dans... suruguen hambe%ou 3 ne semblant justifiable que quand 
uni n'était précédé ni du sujet ni du complément direct. Cf. ha m 
be~et /.M' que je l'aie J 132 b ; hauiconffbet souvenez-vous de moi 
B 494 (et ha~ ve~et aie J 141 b, voir Gloss. 6, 47). 

Quant à hanegarat, c'est une métathèse graphique sans doute, 
due à un scrupule étymologique, les 2 variantes annegarat (3 e ) 
et anegarat (i c ) étant phonétiques, pour ann hegarat, dont 1'/.' 
ne s'entendait qu'en d'autres constructions. Cf. Rev. Celt. 
XXXII, 283, 284. 

14. Une autre indication relative à 17; léonais se trouve 



Notes sur les textes aVIvonet Omnes. 133 

dans la transcription francisée eues celui-là, près de Lander- 
neau en 1543, cf. Rev. Celt. XV, 150-152; mot écrit alors 
par ailleurs henne^, hene^, f. honne\ (auj. à Beuzec-Cap-Sizun 
éné^, Francès), La variante moderne henhe citée Gloss. 316 ne 
prouve pas ~ doux (dli), n'étant qu'une déformation acciden- 
telle suggérée par la rime. Le van. henneh, f. honneh Cha!., 
henneh, honneh Ch. ms., henéh « celui-là (près) », f. honéh l'A., 
henneh f. honeh, n. henéh, heneah cela Gr., auj. henneh, hanneh 
f. honneh Grani. Guillevic-Le Goff 2 e éd. 35, à Houat hénéc'h, 
à Hédic haniéch Loth Chrestom. 377, b. van. hinec'hLoth, éd. 
de Chai, indiquent un ~ dur (//;). L'explication de hernie^ par 
*henne-se Z 2 396 est donc inadmissible. 

Il y a pourtant aussi des formes en s. Chai, donne encore 
hennés, f. honés que M. Loth regarde comme étrangers au van., 
mais qui sont confirmés par Ch. ms. : hennés, bonnes, par 
Grég., qui a en van. honés, et parle sous-dialecte du Croisic, 
qui dit seulement enneis, bonnets :kamered enneis udboch pre- 
nez celui-là pour vous; houneis eo a fou nie roneik c'est celle-là 
qui sera ma femme, Bureau ms. Le plur. en ce parler est seule- 
ment er ré-%é; le moy. bret. avait an re se et renés (M 206), 
comme le tréc. (ar) re-~e, (ar) ré-nes de nés (plus) près. La dis- 
tinction de henne^ et d'un hen-nes qui répondrait à enneis est 
moins facile à faire en tréc. et en léon. Pour ce dernier, Grég. 
n'écrit que hennés f. bonnes, n. bennes, comme nés proche, va re 
nés, van. me re nés mes proches. 

L'explication de henne^, henneh par henn-guene^ « celui avec 
toi », Pedersen Vgl. Gr. II, 194, suppose que c'est une inno- 
vation armoricaine. Le mot rappelle pourtant le v. gall. hun- 
noid, hunnuid m.,hinnoid n. ; binnuitb m., hunnuith f., hinnith 
n. et pi. Mais M. Pedersen est d'accord avec M. J. Morris Jones 
A Welsh grammar, Oxford 1913, p. 295, 299, pour voir là 
une finale dh, que tous deux expliquent, d'ailleurs, très diffé- 
remment, par le sanscrit ïha ainsi et par un suffixe -iyo-. 

Quoi qu'il en soit, un //; se montre dans l'ancien gall. 
ynoeth, ynaeth là, formes tirées de *eno-k-t-, *enâ-k-t-, ib. 432, 
et devenues yno, yna. De là hon yna, bwna, celui-ci, f. bon yna, 
hona, n. hyn yna, byna, p. 295 ; comiq. henna, f. honna ; van. 
henna, hennan, f. honnan Ch. ms., hennan f. honan, bond Gr. 



134 /'• Ernault. 

henna, hennen, hannen, f. honna, bonnen Gramm. Guillevic-Le 
Goff 35, etc., Gloss. 316. Le bret. heunc~, henneh, heneah 
répondait régulièrement à un ancien *hen~(e)naeth, quasi gall. 
*hwn ynaeth. 

15. Le mot lac est certainement incomplet pour lacat ; je 
crois qu'il en est de môme de vu pour v(e)n ou vu(en), uam 
pour ua mu m (ce qui donne une autre rime intérieure : Mani- 
ant), dameren pour dam meren ; on a omis des signes d'abré- 
viation (cf. M 460). Sur des omissions semblables, cf. Rev. 
Celt. XX, 395, 398; Une poésie officielle en moy. bret. § 3 (v. 3, 
6), 25, 29. 

16. Lac(at) las est peut-être un composé déforme ancienne, 
comme en gall. llygadlas = « qui a l'œil bleu », cf. pen- 
gamtn « qui a la tête penchée », Penven « qui a la tête 
blanche », etc. Rev. Celt. XV, 388; Gloss. 474, 475. Pour 
la suppression du g adouci, cf. dou glin, douglin, doulin, mod. 
daoulin genoux. On pourrait aussi se demander si lac(at) 
n'est pas ici employé comme féminin : il a ce genre dans 
quelques sous-dialectes (cf. Gloss. 350; Mêm. Soc. ling. 
VII, 387, 432, etc.), où l'on dit lagad chlas. 

17. Dans louenas, ou est diphtongue (pzu), contrairement 
à mous, hambe~ou, da vont. Cette contradiction est conforme à 
l'orthographe des xv e -xvi e s., qui sur le second point avait 
déjà subi l'influence française. 

18. D'après l'explication probable, Vu se prononçait dans le 
premier guen (blanc) et était muet dans le second (joue), qu'on 
aurait noté gen en vieux breton. Ce nouvel exemple de 
l'influence de l'écriture française se montre sûrement dans 
boguen et surit guen. 

On peut se demander si le premier u était prononcé par le 
scribe ou, comme en Tréguiereten Galles, ou //comme en Léon 
et en Vannes. Il est difficile de savoir si les deux variantes exis- 
taient déjà. 

Une question semblable se pose pour l'initiale de v(e)n ou 
vu(eri), qui est if en Trég., ù en Vannes, v en Léon. 

19. Dans ha quar (4 e texte), il est probable que Vu repré- 
sente ou. On trouve au xvi e s. goar doux, gouar heureux. Le 
renforcement de g après le mot ha(c) se montre encore dans 
haquarredon et récompense M 292. 



Notes sur les textes cFIvonet Omnes. 135 

20. Le 3 e texte enrichit le breton moyen de deux mots, 
jusqu'ici insuffisamment attestés, cf. Gloss. 432,437. 

D. Le Pelletier donne: « Mous, dans un vieux Dictionnaire, 
est Fient, en Latin Fimus. Et selon M. Roussel Stercus. Davies 
met Mivs, Fastidus, putidus, vapidus, rancidus, spurcus, hirco- 
sus. C'est peut-être le même mot que Moùei, puanteur » ; 
« Moùe~, Puanteur... Mofu\us, puant... Ce mot est de Léon, 
ainsi que je l'ai appris de M. Roussel... Ceci est une dépen- 
dance du précédent Moilès » ; « Moûés ou Moùess, Humide, 
moite, qui est un peu mouillé. Moûesder, humidité. Davies 
écrit Mwyd, Humectatio... Mwyth, Mollis... Mwythus , et Moë- 
thus, mollicellus, delicatulus... » ; « Mousein, au pays de 
Vannes, veut dire Vessir...de Moiie^, puanteur... » 

Roussel ms. porte seulement : « moues humide, moite, qui 
est un peu mouillé » ; « moue^, puanteur, mauvaise odeur. 
moue^iis, puant qui rend une mauvaise odeur ». 

Le Nomenclator traduit, p. 28, grouin d'un porc groùin vn 
ouch, pe gant hiny e\ àiscar an bemou mous (= . . . avec lequel 
il défait les tas d'ordures). 

En van. Châl. a « mousein vêner, vessir » ; au dict. ms. 
mous vesse, mousour (vesseur), mousein vessir ; l'A. wow^(flatus), 
mou^e m. pi. -%eu; mouférr f. -%eréss ; mousein; Grég. mousér 
pi. y on, y an, f. mouserès pi. ed; mousein. 

Henry regarde le van. mours excrément humain (Grég.) 
comme altéré de mous. M. G. Esnault, Danve^ geriadur, Quim- 
per 191 3, p. 25-27, distingue deux mots différents : l'un 
d'origine brittonique, van. mou^, répondant au gallois mws 
puanteur, puant (cf. Loth, Rev. Celt. XX, 348 ; Walde Latein. 
etym. Wœrterb. 2 v. mulier, mustus), l'autre emprunté au franc. 
mousse au sens populaire ou argotique d'« excrément », d'où 
mours, et aussi en argot rochois war ar béous (1867) ou de- 
dans la campagne, sur la rue, dehors, proprement « sur la 
crotte », la diphtongue provenant d'une prononciation mëeûs 
mousse, usitée en gallo. Ma comparaison du mot rochois avec 
beauselenn bouse peut être trop lointaine ; resterait à examiner 
le rapprochement plus topique de bans f., en bas Léon litière 
qu'on met dans la cour et dans les chemins à pourrir pour faire du 
fumier Gr., en haut breton ///; vau, Gloss. 55, 56. J. de la 



i}6 E. Ernault. 

Passardière cite « baos et maos, vaux », Rev. de Bretagne, août 
1910, p. 92 ; D. Malgorn donne à Ouessant^;/ or vao^ la porte 
de derrière la maison, Ann. de Bref. XXV, 294 (et bè^êll, à 
l'île de Sein beadel bouse, 206). 

Les notes manuscrites de l'ah. Estienne, qui contiennent des 
observations sur le breton de Trélevern, plus ou moins faus- 
sées quelquefois par la préoccupation étymologique, portent : 
« Bewoui de bevan nourrir... Campagne. Toi, le^el war ar be- 
wou% jeter, abandonner à la campagne c. à d. dehors ». Selon 
l'ab. Bourdellès, « ce mot vient des matelots et des bateaux ». 

Une déformation bizarre de moues! humide est en haut Trég. 
mouésp qui a pris la finale du syn. gîoep. Il a pu se produire 
bien d'autres croisements, entre les mots qui, à des degrés 
divers, rappellent mous pour le sens et pour la forme. 

21. Grég. donne boguennpl. ou ramas, assemblage de plu- 
sieurs choses ; entortillement de cheveux (syn. de treççadur 
bUau); Le Gonidec hôgen f. pi. -miou ramas, assemblage, 
amas de diverses choses ; bôgenna ramasser, faire un assem- 
blage, un ramas de plusieurs choses , sTroude hogenn f., 
bogenna. Henry identifie hôgen = « fait de rapprocher, addi- 
tion » à hôgen mais, = « au surplus » ; ce qui est au moins 
exagéré. Haguen, Cathell 22, doit être une faute. La rime de 
hoguen en on V 31 est douteuse. On lit hoguen mais Maun., 
boguen, hegon Gr., hoghen, hegon. mais, cependant, néanmoins, 
pourtant Pel., « hoghen, hoghon, hegon. mais, cependant, néan- 
moins, pourtant, v : hoghoun pourtant» R eI ms., hôgen, hegon 
Gon. Troude regarde à tort hegon comme van., le mot 
manque à ce dialecte (et à Beuzec-Cap-Sizun, Ouessant,etc). 
Il répond au moy. gall. hagen, v. gall. hacen mais cependant. 
Son vocalisme semble avoir été influencé par celui de hogos 
près, presque. M. Morris Jones indique, p. 443, cf. 441, la 
possibilité d'une explication de hacen par *aggiseni, locatif d'un 
comparatif de *aggos pour *at-ghos-, composé de *at, mais, lat. 
at. Le gall. agos près viendrait d'un autre *aggos-, formé de 
même de *ad à, lat. ad. M. Pedersen, qui garde la comparai- 
son du 1. angustus, I, 161, pencherait vers un emprunt du 
brittonique à l'irlandais (oeus, acus, accus près, ocuis, ocus, 
acus et). La citation de hogo^, au Dict.ctxm., se rapporte à J (et 



Notes sur les textes d'Ivonet Omîtes. 137 

non M) 185 ; cette variante unique doit être une faute. Maun. 
a bogos, hogosic presque; Gr. hogos, hogosicq, gosicq (cf. Gloss. 
325); Pel. « Hogos et Hegos : et selon M. Roussel, Ogos et 
Egos, Presque, approchant de, près de. Hogos wen, presque 
blanc... Hogosic, presque tout-cà-fait, il s'en faut si peu que 
rien »; « Egos, Presque. Egos ven, presq ue blanc. M. Roussel 
vouloit que ce fût pour Eghis ». Pel. reconnaît n'avoir 
« jamais lu dans ses anciennes pièces ni Egos, ni Hegos » ; il 
regarde ogos comme le meilleur, « quoique Egos, ou Hegos 
soit bon ». Ceci s'appuie sur des analyses étymologiques 
insoutenables. R el ms. porte, après l'art, hoghen : « hagos, Agos, 
hogos. presque, approchant de, près de. Agos collet, presque 
perdu » (article influencé par le gall. agos, cité par Pel. ?) ; et 
à son ordre alphabétique : « Ego~ presque vieux » (méprise 
pour egos «)-?). Le Gon. ne fait pas la mutation dans bôgo~ 
marô presque mort; il a aussi hégos, peut-être d'après Pel. 
Troude attribue au cornouaillais hogos, hogo%, hegos, au cor- 
nou. et au tréc. go~ik : go^ik maro. Du Rusquec ajoute go~ ou 
ko% presque, ko% échu presque fini, presque terminé, et à ce 
propos cite, entre autres, a go^ anciennement. C'est le sens des 
composés de co% avec un participe, cf. Dict. étym. et Gloss. 

22. Sur le panais (5 e texte), d. encore ce proverbe d'Oues- 
sant (D. Malgorn, v. « péz » : Pe\ ha pane% — Boued Moîene^ ; 
— Pe^ ha fa — Boued Eusa (Des pois et des panais, nourriture 
de Molenes ; pois et fèves, nourriture d'Ouessant). 

23. Suruguen n'était connu que sous la forme suluguenn 
pain cuit sous la cendre Cath., mod. id. pi. ou Grég. Si quelque 
autre mot a aidé au changement d'r en /, d'ailleurs fréquent 
(cf. Gloss. 636, 637) ce serait 5/// dimanche. 

La comparaison que M. Loth a faite de l'adj. gall. sarug est 
convaincante, cf. kra^en f. pi. -nnou rôtie, tranche de pain rôti, 
Gon., etc., de kra^ sec. Mais on peut se demander si une asso- 
ciation populaire avec le mot.wr sur, acide (Gloss. 669) n'est 
pas nécessaire pour expliquer le premier u. 

Bien que cette voyelle soit fort envahissante de sa nature, 
elle fait d'ordinaire changer un a précédent, non en u, mais 
en e, cf. M 1689. Il y a tr ès peu d'exceptions, comme : le petit 
trécorois rukun répugnance, dégoût, moy. br.rancun, rencun, 



138 E. Ernault. 

recun rancune, indignation, cf. Gloss. 560. Pel. donne « Renaui, 
Selon M. Roussel, et l'usage de Léon et Cornwaille, est Hor- 
reur, frayeur, répugnance, aversion », qu'il tire avec raison 
du fr. rancune; R el ras. « Rencun, Rancune » ; Grég. recun, 
rèncun, van. rancu, rancun rancune. 

24. Un rapport semblable peut se trouver entre dastum, des- 
tina ramasser Gloss. 146 et la forme qu'on lit R el ms. : « tru- 
buill comme adverbe signifie avec excès, excessivement, supé- 
rieurement, a faire peur, a faire trembler, tud a yoa trubuill "en 
em çustumet il sétoit Ramassé du monde à faire peur, pour dire 
une quantité prodigieuse ». Mais à l'ordre alphabétique il n'y a 
que « Dastum v : destum », et chez Pel. « Dastumi, Amasser, 
ramasser... J'ai lu dans un vieux Dictionnaire Dastum, embal- 
ler, recueillir... » Maun. donne dastum amasser, assembler; 
Grég. dastum, dastumi, destum, destumi, déstumi, van. dastum, 
dastumein amasser, accumuler, assembler, rallier, ramasser, 
recueillir, cueillir, moissonner, compiler ; dastum pi. ou, van. 
eu, eu amas, ramas, recueil, compilation, collection, collecte, 
cueillette, ralliement; dastumer p. -éryen, dastumèr p. yen celui 
qui amasse, qui accumule, dastumer p. -érxen cueilleur et dés- 
tttmcr p. yen compilateur ; Troude dastum, destum m. amas, 
assemblage. A Ouessant destum amasser (D. Malg.) ; Trég. en 
em dastum se réunir; mad e war an destum il est bon pour 
amasser, pour sa poche (Even). Il est possible que dans le 
ms. Vu de -ustumet soit un écho purement machinal des trois 
u qui précèdent. Il faut pourtant noter que Bullet donne, à 
son ordre alphabétique, « Dustum-Etre-E-Diurech, accoller. 
B. » qui doit venir d'une source assez ancienne (mod. dastum 
être e givrée h accueillir entre ses bras). 

25. L'accumulation des // peut expliquer aussi tnbut dans 
Une poésie officielle en moy. bret.v. 1 : Ma hanofrescq mescq tut 
hep tubut eu Brut-us « mon vrai nom parmi les hommes, sans 
conteste, est Brutus », bien que les 4 ms. concordent. Le bret. 
moderne n'a que tabut dispute; un vers de rédaction certaine- 
ment ancienne, cité Rev. Celt. XX, 244, a la même locution 
(Ji)ep tabut (rimant à Bm/-oc). Le mot se trouve aussi dans 
deux cantiques du Doctrinal, cf. Arcb. f. celt. Lexikogr. I, 378, 
578, 626. 



Notes sur les textes d'Ivonet Omnes. 139 

26. Paluhenn pesseau, paluhat pesseler Gloss. 456, 457, 377, 
378, ont dans la langue mod. a ou e: « peluchen s. f. paisseau, 
peluchât pesseler, ar goa^ed a ve% vraheat hag ar merched 
peluchât » (les garçons sont à broyer et les filles à pesseler) 
Mil. ms. 

Un mot déforme voisine n'a que a et u : palnchet pulvérisé, 
foudroyé, palumet (lin) desséché, brûlé, puluchet, pulluchet, 
pitlufret brûlé, puchuilkt consumé, détruit peu à peu, Gloss. 
456, 457; « Pulluc'h subst. f. brûlure, ce qui est entièrement 
consumé, er balluch a %o en am^er » (litt. une brûlure est dans 
le temps); « pulluchi v. a. et n. brûler, consumer, ce mot est 
très fort et a le sens de réduit entièrement en cendre lorsqu'on 
parle d'un objet, tan gwall a %p bet eno, ha pulluchet eo bernent 
ho doa an dudkei^ » (l'incendie a été là, et tout ce qu'avaient les 
pauvres gens a été réduit en cendres), « après devi, brûler, il 
reste parfois autre chose que de la cendre, loshi c'est brûler, 
être ardent, sentir l'effet pénible du feu ; poa^a, brûler, cuire 
de manière à détacher la peau ou les chairs, suilla brûler, rôtir, 
flamber, passer au feu ». Pour compléter la synonymie, ajou- 
tons : tana brûler, être ardent Pel., « tana donner la question, 
par le feu brûler, allumer, tana ar biben, allumer la pipe », 
« tana, tant, échauffer, tanet t va %reit, mes pieds sont échauf- 
fés » R eI ms., tana ur redonner une touche de feu à quelqu'un, 
tana e dreid, rei an touich-tan ou rei touichou-tan , da un tor je- 
teur « donner la gêne, ou la question du feu à un criminel » 
Gr. ' , etc. ; eîïtana tyur re-bennac, entana ur remettre le feu sur 
quelqu'un, faire un incendie Gr., etc. (tangiualla incendier, 
dans le Geriadur Bihan... de M. Jaffrennou, doit être un 
néologisme). 

1. Cf. son article rôtir. L'a.uteur traduit « Gène, la question du feu » : 
an touich-tan, qistion an tan, ar guistion-dan, « âls, tdnar. id ë, tan-ardant». 
Pel. donne : « Tana, Dans le Nouv. Diction, est Donner la question, par le 
feu, selon la coutume du Parlement de Bretagne, où l'on brûle les pieds en 
les approchant peu à peu du brasier, à mesure que l'on veut contraindre 
le criminel ou accusé d'avouer ce dont on l'accuse et ses complices. Fure- 
tiere, qui en fait venir le Fr. Tanner, molester', etc. l'a mal écrit Tanar, 
inconnu à tous nos Bretons, même à M. Roussel ». Le Dict. de Trévoux 
porte : « Taner vient de tanar, mot Celtique ou Bas-Breton, qui signifie 
géhenne ». Furetière a dû prendre ce mot au « Nouv. Diction. » cité par 



140 E. Ernault . 

Il n'est pas sûr que ce groupe soit d'origine identique au pre- 
mier ; il est possible que Va s'y soit introduit par l'influence de 
celui-ci. Malgré l'absence d7, on est tenté de partir de peur- ou 
ùur--\- litc'h, ci.lucheJenn, luvedenn éclair Gloss. 377. 

Un 3 e groupe est formé par pullucha, pitUuchat p. et briser, 
réduire en petits morceaux Trd, pullucha « c'est bruller, con- 
sumer réduire en poudre et en poussière. Pulluchei e voe 
kement ira a chellas an tan kregi enn-han » (tout ce que le feu 
put atteindre fut réduit en poudre) Mil. ms. Cet exemple 
montre une association d'idées avec puttuc'hi, mais pullucha 
est confirmé par la variante « pu~uilla. S 1 Pol et environs, cas- 
ser, ou briser en mille morceaux, se dit d'un objet en terre, 
verre ou autre matière ». On peut comparer brein pu^nl « tout 
à fait pourri », que Grég. donne avec bretn-pe^el; moy. bret. 
pG(el blonce ; peren pt\ell poire molle Maun., « pe^ell, mou, 
comme ce qui est pourri, et même pourri Lôr pe~ell, Ladre 
pourri, pourri de Lèpre, peren pe~ell, poire molle, presque 
pourrie » R e! ms., lovr-pe^el p. lovrc\en-pe~el « ladre verd, ou 
ladre confirme » Gr., h. tréc. poué^el (poire) blette, à Beuzec- 
Cap-Sizun pe\êl, d'où pè^élat devenir blette (Francès) ; cf. 
Gloss. 485. Un doit provenir de la première syllabe, d~. u~uilh 
suie, cà Ouessant, etc., M 2332; sugullou traits des chevaux 
(Ouessant), etc. De*pi^ell-, *pê~ell-} Cf. v. fr. « char sorce- 
mée communément ou pe^ellouse en langue » (1297) viande 
d'un animal qui a des pustules sur la langue (sorcemé, sour- 
samé = ladre, ulcéreux, particulièrement en parlant de la 
viande de porc, God.) 

27. Le mot d'Ouessant pêsuilhadénn grillade de poisD. Malg. 
est différent. Il a l'air d'un composé ancien de pe\ pois, avec 
*su!yadenn grillade. Mais il peutaussi être dérivé d'une expression 
pt\ suilh pois grillés, comme en franc, charcuterie de char 
cuite. Gr. donner/?/; brûlé ; R el ms. «Suill, est L'action de la 

Pel. ; il lui a machinalement donné une terminaison romane d'infinitif, 
tout en le traduisant par un nom ; cette série d'erreurs a produit le pré- 
tendu mot ancien relevé par Grég., qui l'a doté encore d'une étvmologie 
fantastique. Ce « Nouveau Dictionnaire » est assez souvent cité, mais 
vaguement, par Pel., qui nous dit, v. cos, qu'il « met... Cosni, caducité; 
quoiqu'il soit fait vers le pays de Vannes ». 



Notes sur les textes d'ivonet Omnes. 14 ï 

flamme qui grille et la chose qui est grillée» ; Gon. sûlm. « ce 
qui est un peu rôti, ... brûlé à l'extérieur » ; choue\ ar su\ 
(odeur de brûlé) ;Trd snill m. odeur de brûlé, de roussi. Il est 
curieux que, dans le Midi, la chaleur du foyer soit assimilée à 
celle du soleil, comme en breton, mais sans que la comparaison 
ait cessé d'être sentie : faire souleia Ion fricot mettre la broche, li 
canso souleiado (il aime) le rôt, dôu souleia (donnez-moi) du 
rissolé (Mistral '). Cf. avel \uïïl vent brûlant, etc., Rev. Celt. 
XII, 414, 415 ; « morsill et morsuill, vent brûlant, lequel est 
nuisible aux fruits de La terre et particulièrement aux fleurs 
des arbres » ; « Snilla, Rôtir un peu, bruller, flamber, 
griller. Il se dit de tout ce qui est un peu grillé de la 
flamme, approchée de trop près, du pain roussi par dessus 
par la grande chaleur du four, des menues herbes etc. qu'un 
vent brûlant flétrit, d'un poulet passé au feu » R eI ms. Pel. 
donne : « Snilla, Rôtir la chair, la faire cuir (57V /) au feu sans 
eau. Le Nouv. Diction, porte Snilla, rôtir un peu ». Ceci 
encore n'est pas vannetais de forme. Suein, donné en ce dia- 
lecte par Henry, Lex. 257, est une faute pour suilhein. L'A. 
donne souillein flamber de la volaille ; brûler à la flamme pour 
ôter le duvet; rôtir (un bâton) ; griller, chauffer trop ; hâler ; cet 
ou a dû être favorisé parla réminiscence du mot souiller. Ch. 
ms. a moursoùillein brûler quand c'est un mauvais vent qui 
brûle ou grille ; un aiïel moursouillus un vent brûlant ; « Haler 
moursoùillein pour des arbres ». Cf. sillek (grain maigre et) 
raboteux Est 18, silkkoh (grain) plus raboteux L. el lab. 42, 
variante de suilhek brûlé par le soleil. Hors de Van., Gr. a 
le dérivé suilhadur action de rôtir. 

28. Nep prêt jamais, est ailleurs en moy. bret. nepret, cf. M 
2588. Gr. donne nepred « jamais, parraport autems présent». 
Cette restriction est ici contredite par le contexte, indiquant 
quelque promesse faite sous condition. D'après son étymolo- 
gie, « en aucun temps », l'expression était indifférente à cet 
égard; en fait, elle se rapporte au futur, B 37; au condition- 
nel, N 1 1 1 2, J 88 b ; au passé 28, B 51. 

1. Les variantes soulia, souliado, sont expliquées comme venant de sou- 
leia-. La forme du Bas-Maine soulaj ardeur du soleil (Dottin, Gloss.), 
paraît se rattacher directement au lat. sol. 



142 /*.'. Ernauît. 

29. La syllabe finale va (Rev. Celt. XXXIY, 243, 247) sur 
laquelle on serait tenté de greffer du breton, est en réalité ra, 
écho de et cetera ; la reproduction photographique donnée au 
Bull, de ÏAcaà. des Inscr. et Belles -Lettres, 19 13, p. 26, en 
montre un autre exemple à la suite d'une ligne exclusivement 
latine. 

E. Ernault. 



QUESTIONS DE GRAMMAIRE 

ET DE LINGUISTIQUE BRITTONIQUE 

(Suite) 



II 

LE CORNIQUE MODERNE 
TRAITS PRINCIPAUX DE SA PHONETIQUE ET DE SA SYNTAXE. 

Introduction : 
Ce qu'il faut entendre par corniqjje moderne. 

A ne prendre que les textes, seul Giureans an bys, The 
Création of the world, écrit vers i6n, représenterait le cor- 
nique moderne par certains traits qui se retrouvent, en effet, 
dans ce qui nous reste de la langue à une époque postérieure. 
On les trouve ainsi énumérés par Whitley Stokes, dans son 
édition de Gwreans, p. ex. : 

i° La vovelle e devient souvent a : carenga pour kerenge. 

2° //; et gh (ch) à l'intérieur du mot et à la finale, sont 
muets et sont en conséquence échangés l'un pour l'autre : 
inarth, cheval, segh (pour seth, flèche). 

3° m(mni) est devenu bm : m'abm, mère. 

4° n(n/z)est devenu du : radn, part. 

5° g doux pour s est plus fréquent : canhagôzue, messagers. 

6° : quelques faits d'orthographe plutôt que de prononcia- 
tions : a) e inorganique à la fin des mots : baive uiabe, et mon 
fils ; gwreage, femme — b) i pour // : idn, un, et //;/ — c)ea 
pour ê ' : eall, ange ; luheage, doux — d) oo et oe pour ô : oole, 
pleurer ; boes être, etc. 

7° L'infixation pronominale est moins fréquente ; me ew 

i . ta marque aussi le timbre plutôt que la longueur. 



1^4 /• Loth. 

bernois, je suis appelé, au lieu de ym gylwyr (passage corres- 
pondant dans YOrigo mundi). 

8° Les emprunts anglais sont en beaucoup plus grand 
nombre. 

Ces traits, dont quelques-uns se montrent déjà dans Beunans 
Meriasek, appartiennent bien aussi au comique postérieur. 
Mais ce sont là des caractères que j'appellerai superficiels; et à 
ce point ce vue, mon ami Henri Jenner a raison, dans son 
Handbooh (p. x-xi) de dire que la différence entre le comique 
moyen et le comique moderne était plus apparente que réelle. 
Et de fait, dans la langue littéraire, elle ne devait pas être grande. 
Il est très probable que si nous possédions un drame cor- 
nique de la tin du xvn e siècle, la langue de ce drame ne diffé- 
rerait guère de celle de Gwreans. Mais il y avait à côté de la 
langue littéraire, la langue purement populaire. C'est de cette 
langue qu'il connaît si bien que nous parle Henri Jenner 
quand, après avoir très justement apprécié les rapports 
du comique moyen et moderne littéraire, il ajoute qu'il faut 
cependant mettre à part la dernière période de la langue, 
lorsque la langue survivait seulement dans la bouche des per- 
sonnes les moins instruites : ce qu'on appelle des corruptions 
était dû en grande partie à des différences d'orthographe, à 
un manque d'appréciation des consonnes finales presque inaudibles, 
et à l'intensification de tendances phonétiques existant à une époque 
beaucoup plus ancienne. C'est la langue de la dernière période 
obéissant sans contrainte à ses tendances et lois phonétiques 
que j'appellerai comique moderne. Il est clair toutefois que, du 
moment qu'une langue est écrite, s'il existe quelques textes 
antérieurs connus des écrivains, ils subiront consciemment 
ou inconsciemment l'influence de la tradition. Nous n'avons 
donc jamais, ou à peu près jamais, la langue populaire comique 
entièrement pure. Mais elle se présente avec des traits suffi- 
samment caractérisés dans toute la littérature qui va depuis 
1667 (The Story of John of Chy-an-Hzvr) jusqu'à la fin, et dont 
tous les documents sont énumérés par H. Jenner (Handbook, 
p. 33 et suiv.). Ce qui doit d'ailleurs nous rassurer, c'est 
l'incapacité de l'homme qui, pour tous ses contemporains, 
connaissait le mieux le comique au xvm e siècle, John 



Questions de grammaire et de linguistique brit tonique. 145 

Keigwin, à comprendre le comique moyen de Pascon et 
de Gwreans. En revanche, il ne faut se servir qu'avec précau- 
tion des œuvres d'Edward Lhwyd. D'abord, il a utilisé le 
texte et les traductions de Keigwin. Ses sources sont de 
diverses valeurs : il nous les indique dans la Préface de son 
Archaeologiap. 222 ;il a entendu des mots comiques prononcés 
par les habitants de Saint-Just-in-Penwith ; des notables (Kei- 
gwin, Estwik, Jenkins, Boson) lui en ont fourni un bon 
nombre ; enfin, il a tiré la plus grande partie de sa connaissance 
du comique, de trois livres comiques traduits en anglais par Kei- 
gwin, le plus savant homme, sans conteste, en comique. Le cor- 
nique moyen est donc mêlé chez Lhwyd au comique moderne. 
Si on peut se fier à sa transcription pour les mots qu'il a 
entendus lui-même, il n'en est pas tout à fait de même pour 
ceux qui lui ont été fournis. Les textes qu'il avait sous les yeux 
étaient remarquablement incorrects. Aussi, les contradictions, 
les erreurs et les notations fausses ne sont que trop fréquentes 
dans son œuvre. Trop souvent, il a recours à l'analogie 
d'après le gallois (et même le breton). Ce fait n'avait pas 
échappé aux Comishnen. Dans une lettre conservée dans les 
Gwavas mss. (Brit. Mus. Add. ms. 28. 554, p. 45) Boson (si 
je ne me trompe) dit à son interlocuteur en parlant de 
Lhwyd : na algia ea clappia na scrcffa Curuooack pocarra why ; 
Thera moy gembrack peath rig ea gweele, « il ne pouvait parler 
ni écrire le comique aussi bien que vous; ce qu'il a fait était 
plus gallois. » Il y a notamment de graves erreurs de syntaxe 
qui lui sont venues du gallois et qui prouvent qu'il n'a 
pas beaucoup conversé, en comique, avec les gens du peuple. 
Quoi qu'il en soit, en nombre de cas, pour la prononciation 
sincère du comique, son témoignage est précieux. Il est cor- 
roboré par d'autres et même par la prononciation actuelle des 
noms de lieux. Dans l'étude qui suivra le présent travail, je 
relèverai les erreurs dans lesquelles est tombé cet homme 
d'une science si remarquable pour son temps et qui a rendu 
au celtique de si inoubliables services. 

Le comique moderne, tel que je l'ai délimité plus haut, 
offre un phénomène unique dans les langues celtiques, car le 
breton lui-même, si près des sources populaires, a subi forte- 

Revue Celtique, XXXV. 10 



146 J. Lotb. 

ment l'influence de la tradition écrite : au moment où il était 
en voie de disparition, pas un seul texte comique suivi n'avait 
étc imprime. Aussi trouve-t-on, dans ce qui nous reste du cor- 
nique populaire, les tendances phonétiques de la langue déve- 
loppées avec une liberté complète ; l'agent d'évolution princi- 
pal, l'accent, y exerce son action sans contrainte : aussi avons- 
nous l'impression, quand on compare cette langue à celle des 
Mystères, cependant si rapprochée dans le temps, d'une évo- 
lution presque subite et d'une incroyable rapidité. En réalité, 
la langue semi-littéraire plus conservatrice des Mystères, a 
dissimulé pour une part importante l'évolution qui se pour- 
suivait dans le langage populaire. 

Outre les textes qui servent de base à cette étude et dont 
on trouvera rénumération plus bas, dans la liste des abré- 
viations, je m'appuie, en dehors des questions de syntaxe 
naturellement, sur la prononciation actuelle des noms de 
lieux et de terres en Cornwall. Comme l'a montré Henri 
Jenner dans son Hamibook et diverses publications ', l'accent 
dans les noms de lieux est resté à la même place qu'à l'époque 
où la langue existait. L'accent est, en général, sur la pénul- 
tième dans les mots de deux syllabes ; dans les composés, c'est 
sur l'épithète : Tre véan, mais Hén-drea ; Chy-tân, Tre-jagu. 
L'article, les prépositions, restent atones ou disparaissent. Ce 
fait s'explique assez facilement. L'anglais est beaucoup moins 
destructeur des noms comiques que ne l'est le français des 
noms bretons. Dans les dissyllabes, l'accent est à la même 
place. Dans les composés où l'accent est sur le second terme, 
comme Tre-véan, le sens n'étant pas senti, Ire a la valeur 
d'une particule atone. Enfin, dans nombre de noms de lieux 
anglais composés, l'accent est sur le second élément : Torquay, 
(pron. Tô-kt), New York, Netvhâven, Boscâstle, Southâmpton, 
etc. '. Quoi qu'il en soit, la conséquence de ce fait important, 
est que nous pouvons actuellement étudier l'accent comique 
avec ses effets sur le vivant: nul besoin ici de reconstitution : 

1. Cornish Place- natnes (reprintjrom n° LVI Journal oj the Ro\<il Institu- 
tion ot Cornwall) — Cornish Place-names, a lecture given .// the Trurochurch 
Iustitute, Décembre 6, 1910 (Truro Diocesan magasine). 

2. Cf. Jespersen, A modem English Gratnmar, p. 152-154. 



Question de grammaire et de linguistique brittonique. 147 

la langue survit vraiment dans ce domaine, il est vrai, bien 
restreint. Il était néanmoins à prévoir que l'anglais exercerait 
son influence d'une façon nuisible à la pureté de la tradition, 
en particulier dans le vocalisme. Les voyelles, dans le voisinage 
de / ou r qui sont articulés comme en anglais, ont modifié 
leur timbre et leur quantité. Rosmergî se prononce Ros-môge; 
Bos-worlas se prononce B^ôks etc. La prononciation a aussi, 
dans certains cas, une tendance à se modeler sur la forme 
écrite et suivant les lois de l'anglais : prà\ (pré), écrit pra^e, 
se prononce/?/?"? ; brâ%, grand, brë% ; or, de nombreuses graphies 
au xvn e et xvm e sièclesprouvent que â dans ce cas, se pronon- 
cerait à peu près comme 0. Kelinack (endroit à fougère), en S'-Just, 
se prononce Kdlâinsc. Et quand il s'agit de noms de champs et 
terres, il n'est pas rare que le fermier ou propriétaire actuel ne 
les connaisse que par la forme écrite. J'ai pu, par l'intermédiaire 
d'amis comme le Rév. Taylor de Saint-Just en Penwith, et 
Henri Jenner, entrer en relation avec des personnes offrant 
toutes les garanties possibles au point de vue de la sincérité 
de la proonciation dans la région de Land's End et du cap 
Lizard ' . 

Outre les noms de villages, j'ai eu à ma disposition les 
noms de terres et champs portés au cadastre des paroisses 
grâce a l'obligeance de Rév. Taylor et de ses aimables con- 
frères du clergé anglican. Ce cadastre a été rédigé vers 1843 
et porte le titre qui en indique le but de : Apportionment of 
tbe Renl-charge in lieu of tithesin the parish of... J'ai pu constater 
que plusieurs reposent sur des documents de la fin du xvm e 
siècle, en tout ou partie. A Penzance, dans l'étude de 
M r Cornish, avoué, qui avait mis ses documents à ma dis- 
position, j'ai pu copier les noms de champs et terres non 
seulement de paroisses mais aussi de manors ; certains docu- 
ments, par exemple, ceux qui concernent les manors de Tre- 
gaminion en Morvah, Bossigern en Zennor, remontent à 1782. 
Je donne les transcriptions phonétiques des noms de villages et 
de terres dont j'ai pu vérifier la prononciation. Pour abréger, 
je fais suivre ces noms ou termes simplement du nom 

1. J'ai aussi des remerciements à adresser à ce sujet à MM. Thomas et 
Shepherd, de Mullyon. 



148 /• Loth. 

de la paroisse. Un nombre respectable des terres ou champs 
ont conservé des termes comiques, au moins dans le sud. 
Dès qu'on s'avance vers le nord, si les noms de villages sont 
comiques en grande partie, les champs sont anglais. J'ai 
constaté le fait pour Redruth même qui n'est cependant qu'à 
quelques lieues de Penzance. A Helston, en Trigg, tous les 
noms de champs sont anglais, quoique les noms de villages 
soient, en majorité, comiques. Voici les noms de paroisses 
dont j'ai relevé le cadastre : Saint-Just en Penunth, Sennen, 
Burxan, S x -Levan, Sancreed ', Mullyon (et les environs), Mad- 
dron, Gwinear, Forrabury, Liskeard, Blisland, Phillach, Endel- 
lion, S^-Cohimb minor, Bodmin, Guîval, S x -Erth (anciennement 
S x -Ergli), S'-Hilary, Ludgvan, Redruth, Maraifon, S^-Ives, 
Paul, Uny Lelant. J'ai relevé aussi la prononciation de noms 
de lieux en Morvah, Zennor etc. J'ai pu également avoir la pro- 
nonciation de mots comiques en usage encore, particulière- 
ment chez les mineurs, grâce à l'amabilité de M. Williams, 
town-counsellor, de S'-Just ; ces termes ont, en général, été 
publiés, principalement par Jago, et dans YEnglish Dialectal 
Dictionary de Wright 2 . 

Voici la liste des autres documents dont je me suis servi : 

John-Tshei-an-Hivr : The story of John ofChy-an-Hur, écrit 
vers 1667 3 . 

Lhwyd; Grammar (dans YArchaeologia), Préface (en cor- 
nique), ibid., Vocab. (ibid. : Comparative vocabularx of the ori- 
ginal langnàges of Great Britain and Ireland). 

Genèse 3 (3 e chapitre de la Genèse : publié par moi avec 
trad. et commentaire dansi?t'i7^ celt., XXIII, p. 172). 

Mathieu 2, 4 (2 e et 4 e chap. de S' Mathieu : ibid. p, 193, 
185). 

Comm. Dieu (Commandements de Dieu : 2 versions : Revue 
Celt. XXIV, p. 1). 

1 . Prononcez Saucr?s. 

2. Au point de vue comique, il v a de bonnes transcriptions dans ce 
dictionnaire, avec quelques erreurs. 

2. Voir Jenner, HanJbool;, p. 33. Je me sers de la version de Lhwyd. 
Il v en a deux autres. Celle des Gwavas Mss. a une orthographe dif- 
férente. Lhwyd se sert de son orthographe phonétique propre. 



Questions de grammaire et de linguistique brittonique. 149 

Nebbaz Gerriau (Nebbai Gerriau dro tho Curnoack; c'est 
l'œuvre de John Boson de Newlyn, né en 1655, mort entre 
1720 et 1745 ; l'ouvrage a été écrit 1700. Comme le dit 
Henry Jenner, ce court traité a un grand intérêt, parce que 
l'auteur, homme instruit, n'avait, comme il le dit lui-même, 
appris que l'anglais dans son enfance, etavaitfini par acquérir 
une connaissance sérieuse de la langue parlée de son temps, 
sans avoir jamais eu sous les yeux aucun document littéraire cor- 
nique. Ce traité a été imprimé avec une traduction anglaise 
dans le Journal of the Royal Institution of Cornwall. Le texte 
est assez défectueux ' . 

Addit. mss. (Additional mss. 28.554, British muséum): c'est 
la collection connue sous le nom de Givavas mss., faite par 
William Gwavas de 1709 à 1736. Les morceaux dont je me 
sers ont paru en grande partie dans Y Archaeologia de Pryce. 

Quelques-uns sont inédits (Jenner, Handbook, p. 36.4, p. 
38.15 ; 39.18; p. 41. 1, 2, 3, 4, 5). 

Je n'ai pas négligé la lettre malheureusement si courte de 
William Bodener, laquelle par sa date, 1776, a une grande 
importance ( J. Loth, Archiv fur Celt. Lexic. 1898). 

J'ai remplacé les transcriptions phonétiques de Lhwyd 
{Arch. p. 225) par des signes plus usités, d'une impression 
facile et aussi plus exacte ; par exemple, un de ses a, celui de 
ail, mail, je l'exprime par (très ouvert) ; j'exprime son v 
(money, b/rd) par ô dans certains cas, généralement par d. Le 
schwa a des valeurs diverses : c'est un son à peine perceptible 
dans des cas comme Bi^ôhs qui est devenu B^ôhs et Zôhs. 
Dans d'autres cas, c'est une voyelle moyenne, très difficile 
à déterminer, dont le timbre varie suivant les consonnes qui 
la suivent ou qui la flanquent 2 . A la finale, et aussi dans 
certaines particules prétoniques à la fin de la syllabe, cet e 
confine à a assourdi : (da pour dd\ ma pour ma). 

1 . On lit dans le Journal : Copy of a ms. in Cornish and English from 
the mss. of D r Borlase, who observes on the cover : « N. B. — I bad this 
Ms. from Mr. Ustick vicar of Breage », in whose writing it therefore pro- 
bably is. Ustick mourut en 1760. Cf. Jenner, Handbook p. 32. 

2. Cf. e dit muet français (Rousselot et Laclotte, Précis de prononciation 
française, pp. 35-36; 101-104); cf. Jespersen, Engl. Gr. p. 423. i;,|. 



PREMIERE PARTIE 

LES TRAITS CARACTÉRISTIQUES DU CORNIQUE MODERNE 



CHAPITRE I 
Ceux qui sont dus à l'accent. 

L'accent comique est un accent énergique, intense, accom- 
pagné d'élévation de la voix. En dehors de l'hiatus et de la 
contraction, il n'ya pas à proprement parler devoyelle longue 
dans les polysyllabes, excepté dans les composés dont l'accent 
est sur le second terme monosyllabique. Dans ce der- 
nier cas, la loi est la même que dans les monosyllabes. Dans 
les monosyllabes la voyelle est longue, comme en gallois et 
en breton 1 , lorsque la voyelle est suivie d'une seule consonne 
ou de deux consonnes réduites à une spirante, / excepté. Les 
prétoniques et posttoniques sont toutes altérées ; leur voyelle 
disparaît ou est réduite autant que les lois de la prononciation 
et les nécessités de l'articulation comique le permettent ; 
la syllabe ou même le mot prétonique peuvent disparaître 
lorsque le sens n'exige pas impérieusement leur main- 
tien. 

Dans les monosyllabes, les lois sont les mêmes qu'en cor- 
nique moyen ; aussi n'insisterai-je sur ce point que pour cons- 
tater leur accord . 

Quantité des voyelles dans les monosyllabes 

§§ i : A. La voyelle, lorsqu'elle nest pas suivie de deux nasales 
(primitives ou provenant de nasale + consonne assimilée) ou 
liquides 2 est longue. Les spirantesc/;, th représentant des occlu- 

i . En breton, les monosyllabes terminés par une gutturale ont, en 
général, la voyelle plutôt brève : kic et non klg. 

2. Pour rr, il semble qu'il y ait eu la même réduction de la consonne 
qu'en breton : voir plus bas. 



Questions de grammaire et. de linguistique brittonique. 151 

sives doublés ; s représentant deux s, sont précédées d'une 
voyelle longue; la spirante v, de même. Il en est de même en 
gallois, et en breton, en exceptant toutefois dans cette der- 
nière langue r ' . 

La longueur chez Lhwyd est exprimée par le circonflexe. 
Elle l'est plus rarement dans les autres textes, mais on peut 
facilement la reconnaître à d'autres traits : i° au redou- 
blement de la voyelle (taan, feu); 2 à la présence d'une 
voyelle non étymologique à la suite de la voyelle accentuée 
(jnoar, mer ; tues, gens), quand ce genre de graphie (ea, oa) 
n'indique pas le timbre ; 3 à la présence à la finale d'un e non 
étymologique 2 ; 4 au fait que la consonne finale est une 
occlusive sonore (mâb,wheg etc.); 5 pour /final, à la diphton- 
gaison (nei nous, hivei, vous, niaise/ (ehee), toi). 

i° voyelles finales : elles donnent l'impression d'une longue: 
irê dans Bottrea — prî : weal pry (S'-Just) : weal (prononcé wîl, 
hwïï) a le sens de travail et aussi de mine {travail de miné). 

— brè : carn-brea ; 

— kè : Pedn kee, le bout du champ (Mullyon) ; Carnkee 
(S*-Levan) ; 

— grê : Dor an grey, la terre des chevaux (Gulval) ; 

— ry, donner, Nebb. Gerr. (forme régulière de l'infinitif, 
en moyen comique). 

La finale en l long, en dehors de cas comme ry, a une 
tendance à se diphtonguer devant les voyelles ou à la finale 
réelle . 

fsi = chee, toi (= //), mais tsey, tsôy, maison : Lhwyd :ts~yi : 
y = i ou ô bref : Tsey dn dur, en Penzance (Chy an dower) ; 
chef, Connu. Dieu, 6.2: choy, 3.2; choyé 7. 2 ; agoye(àh maison) 
7-2; nei, nous (Lhwyd 252, 14); Add. mss. 95, whei, vous, 
Comni. Dieu 6-2, ailleurs whye, Add mss. 236 : hye (elle); 
Math., 2, 200, 18, engye(cux), ibid . , 195,5. 

1. Partout on prononce car, voiture, pour carr. Le timbre pour e -\- rr 
indique que la réduction de la consonne et l'allongement de la voyelle ne 
sont pas anciens : on prononce bçr court, et non iêr, excepté en certains 
points de Haute-Cornouaille (Faouet) ; mais bçr, broche. 

2. C'est un fait d'orthographe anglaise ; sur son origine, v. Sweet, 
History of Engl. Sounds, p. 208, 766, 767, d. Jespersen, A Mod. Engl. Gr., 
p. 193. 6. 26 (6). 



152 /. Loth. 

Devant les consonnes, on prononce i : Tsigwtdn (Chyg- 
ividden); à la finale, en composition, en polysyllabes, de 
même : bod/'i 1 , étable a bœufs (boiudgy). 

2° voyelles suivies d'occlusives : crïb, crête de rochers, crête, 
faîte (Lhwyd, p. 53, culmen : krîb ty) : The Greeb en Morvah, 
The Greab, rochers en Sennen . 

— crig, tertre, butte : Pari; Creeg (Buryan); 

The creeg (Sennen); Creeg Mullyon (Mullyon); Trecreeg 
(Endellion) ; Trencreeh (S'-Col . min . ) ; 

— Grigg, bruyère (Sancreed) ; 

- hwêg (Lhwyd) 47; ivheage, Add . mss . 3, 138; 

têg (ib, 50. 2); teage, Comm. Dieu 3. 2. ; îeege, Mathieu 4, 
187.8; 

angôgle coucou (Lhioyd 52. 3); 

glêb, madidus (Lhwyd 53 . 1) ; 

môç, fumus (Lhwyd 62-1) ; 

gwreg, gwreage, Add. mss. 136; Comm. Dieu 8-1 ; greage, 
Add. mss . 136 ; 

— drogg,Add. mss. 13e; droeg, ibid. 4; drooge, ibid. 115; 
droage, ibid. 130; drôg, Genèse 182. 19; 

— gwage, vide, Mathieu 4, 186. 2 ; 

— mâbe, ibid. 187. 6; maab 187. 6; mab-leean clerc, 
Nebb. Gerr. 

— ree g (g u ' ree g)> *1 fi 1 ' -Mtf^-'- 2 - T 95- 7 5 r *££> MM. 
G^;r . 

— fôg, blowing house (Pryce) ; 
3 voyelle suivie d'une spirante. 

a) spirante dentale : côth : Dor coth, terre vieille (Buryan) ; 
Dor coath (S l -Levan); cooth, Nebb. Gerr. — an tee\ goth, 
les vieux, Nebb . Gerr. 

— pïth, puits 2 — mscêth, le bateau (Mullyon) (scath, bateau) ; 

— kâth (Lhwyd, 47. 1); 

gwd m gûd (Wele gooth, Mullyon; le champ à l'oie) ; 

— rtd, rouge, Park Reeth (S r -Just) ; 

1. Il est vrai que la composition n'étant plus sentie, on a l'accent sur la 
pénultième. 

2. Ce mot est en usage dans des comtés anglais du sud. Il est d'origine 
anglaise (Wright, Engl. Dial. Dicl.). 



Questions de grammaire et de linguistique brittonique. 1 5 3 

— peatb an bea%e, biens du monde, Add. mss . 136 ; 

— bêd, tombe (Lbwyd, 149. 1); beath, Nebb. Gerr. ; 

— dètb, pour (dèd), Comm. Dieu. 7, 1 ; 8, 1 ; deeth (ibid. 
8- 2); 

— blootb (blôd), Add. ms. 137, 147; bîoath, Nebb. Gerr. 
Après /-, la spirante dentale avait disparu . 

4 voyelle suivie d'une spirante gutturale. La gutturale sourde 
(cb), qui avait disparu de bonne heure après r, en moyen- 
cornique, a totalement disparu en comique moderne. A la 
finale, la voyelle qui la précède est longue : 

flôh (Lbwyd, 53 . r) ; an flô, l'enfant, Math. 2, 196. 8 ; 

mo pour môch, porcs ; ma (moe) bouse, (après le boudgy, étable 
à bœufs en S l -Just, d'après Williams); Pari; m mç (Park an 
Moe, en Gulval) ; 

— givre, pour gwrach : crow\ m wrè (Croivs an ivraugh, la 
croix de la sorcière, Buryan) ; 

— se, sec (sêcb, ^ècb) : Park vtnttn se le champ de la fon- 
taine sèche (Park venton sea) en Mullyon ; 

— whea, six (Nebb. Gerr.) et un peu plus loin zuheath ; 
wbee, Comm. Dieu 6.2. Il n'est pas rare, dans les noms de 
lieux, de rencontrer th à la finale pour un ancien cb, et, ce qui 
est plus regrettable, d'entendre prononcer ce th : Rospetb, en 
Ludgvan, aujourd'hui prononcé Rospetb, se prononcerait, en 
réalité, Rospê : c'est anciennement Rospegb pour Ros-becb (le 
petit Ros). Le nom propre Trembath, tiré d'un village de 
Morvah, se prononce correctement Tdmbè, la demeure d'un 
Bech (le Petit). Dans le village même, on emploie l'équivalent 
Tre-vidn (Treveari) ; 

— an tacklow maa, ces choses-ci, Add. mss . 45 ; — gwreage 
dah, Add. mss., 136. 

5 voyelle suivie d'une spirante labiale v : 
gôv : Hal an gove moar (Gulval) ; Toi dn gôv (Tal an gove, 
près du forgeron, Mullyon; gôv (Lbiuyd 58. 1). 

— nêv, ciel (Lhwxd 45 . 2); neave, Comm. Dieu 3.4; neve (ibid. 
3, 1); neave, Add. mss. i$8;Nebb. Gerr., neeve; Math. 2, 198. 
13, id. ; Genèse 184. 24, id. ; 

1. Gur. 1426: leaf Qèv). 



iS4 /• Loth. 

— leauf, voix {Genèse 3, 177. 8); leanve (Jbid. 178. 10). 

— crevé, fort, Add. mss. 137; kreave, ibid. 138; 

— eave, lui, Add. mss. 138; 

— hâve, wave, été, hiver (Genèse, 3. 130) \gwave, hâve, Add. 
mss . 4 

— />m> ou priv', ver, serpent : an hager-breeve, Genèse 3. 

175, 1,1. 

Au lieu de trev, habitation, village, on trouve fréquemment 
tre, dans les noms de lieux, en composition devant des con- 
sonnes, ou même à la finale, comme en moyen-cornique : 
tre, dre, à la maison (cf. Lhwyd : tri, drê, at home ; adrê, 
homeward, p. 248). Dans les noms de lieu, je citerai Hendrea 
(Hen-drè),Bottrea (Sancreed). Cf. Genèse, 184-3 : devana^ea, 
il l'envoya. — Cf. la, main, dans doo-la, deux mains 
{Mathieu 4. 187, b). 

6° voyelle suivie de s, z : sous l'accent, la spirante provenant 
de /, d final, se prononçait ts, dj, lorsque la voyelle était 
palatale ou qu'il y avait eu avant la consonne un élément 
palatal (en cas de diphtongue) : Lhwyd 2^1. 1 : lùdfh (lûdf), 
gris; gûd^h, sang, ibid. et 144. 1 ; même après une voyelle 
non-palatale, le % final se rapprochait de / (£) ou dj, lorsque 
le comique vivait encore, comme l'indiquent certaines graphies : 
treath an haa^e chee ha ee haage hie, entre ta semence (race) et 
sa race à elle (Genèse 3. 177. 6) 2 . Des graphies significatives 
dans les textes et les noms de lieux en moyen-cornique, 
prouvent qu'il ne s'agit pas ici d'une fantaisie de scribe. 

Aujourd'hui, on entend plutôt ^ à la fin des monosyllabes, 
et la voyelle est longue : prê^, pré (pra^è); cn\, milieu : non 
(dn on : gon) grè^, la lande ou pâture vaine du milieu (S'-Just); 
crïi (Mullyon), Park creis (S l -Levan 5 ). Il y a eu, outre une 
évolution fort possible, influence de la forme écrite sur la 
prononciation . 

1. C'est un t ouvert très voisin de e : Gwreans, preaf 502 ; preve 335 ; 
breyf 191 9 ; preif 909 ; pryf 181 7. 

2. Sur l'origine ou les origines de la fricative ts, ts, </^, <//, voir 
Deuxième partir. 

3. Henri Jenner a entendu prononcer crfdj : vpiLm grÇdj, la fontaine du 
milieu. 



Questions de grammaire et de linguistique brittoniquc. 155 

— Carn Glû% *, S'-Just . 

— brao^ 2 , enormis, pedn brâo^(Lhwyd 46 . 2). Dans les noms 
de terres, brô^ et brow^ a souvent le sens d'ajoncs, brindilles à 
brider {Park bros, S l -Just); cf. browsian, crumbs (JLhwyd, 90) 

— glâ\ : Carn gla^e (S'-Just); Pen-gla^e (Maddron) . 

— boa-i, ètre(Math. 2, 198, 15) ; boa^e, Add. mss . ; boaçe, 
Genèse, ij6. 5 ; tha voa^e, ibid. 176. 6; 

— tl^: an tee^goth, les vieilles gens, Nebb. Gerr. 7. 

— di%: Pdhn dï%, trou ouvert dans une mine à la suite 
d'une explosion : il est allé dans le à\ équivaut à : il est allé 
à une grande profondeur ; Park an dice (Phyllack) ; Poldice en 
S'- Yves (d'après Hobson Mathews, a Histaryof Salves, 1890). 
Sur ce mot, J. Loth, Revue Celtique, 1914. 

— vose fossé : kelli vose (Camborné); vô^ 5 widn (Foes ividden, 
Burvan) ; vous doivn (Liskeard) : pron . vô~. 

— gla%e neave, le pays du ciel {Add. mss. 134). 

— bré%, jugement, ibid. 195 ; 

— an bea^e, le monde, ibid . 136; be%e 130. 

— leaXj profit, Add. mss . 135; 

— - boo^e, nourriture, Genèse 17 6. 6. 

— rose, donna, ibid. 179. 12, et a roiu^e ijj. 6. 

— • roo^e, filet; Math. 4. 191. 18; tha droo^e, ton pied, 
ibid. 187, 66. 

— doa~, venir: a toa~e meas 189. 14 en venant dehors; 
nioa~e, aller, 191. 4; doa~e, Math. 2. 196. 9 {Nebb. Gerr.: 
mose, dose). 

— brexe, esprit (ita bre^e, dans mon esprit), Nebb. Gerr . 
(gall. bryd); 

7 voyelle suivie de n, m : la quantité dépend de la valeur de 
n, m. Pour m simple, comme il devient v, il n'est pas en 
question. Après n simple, la voyelle est longue, qu'elle soit 
ou non le résultat d'une contraction, en exceptant les mots 
proclitiques. 

1. Il est peu probable que glu^ représente le gallois ghuys. Il s'agit pro- 
bablement de gîos (dung for fuel). 

2. Il est possible qu'il y ait eu, dialectalement, une diphtongaison ; cf. le 
bas-vannetais : braw% et bra\ ; id. à Groix 

3. dans vos est ouvert et bref; la quantité est modifiée par la composi- 
tion. 



156 /. Loth. 

kôn, caena. (Lbwyd, 48, 3). 

drên, sentes (ibid. 148, "Ç)\drayn(Tren drine, Zennor). 
drén : Park drean (S'-Just) ; 
Un, froid (Llwyd 3, 2). 

tane, feu (Add. ins., 130); an taan ibid., 95). 
dean (Genèse 3. 179, 12) ; Lbwyd 231. 1 : dên, now dean : 
il s'agit de l'orthographe ' — ; deane (Add.ms. 138). 

— doen, porter Genèse 3. 181. 16 : (Lbwyd 217. 2) a ton (ou 1 
ton, en portant) ; doone (Mathieu 4, 187, 6). 

gun, moor, parfois gôn avec un légèrement nasal, écrit le 
plus souvent goon (gall. giuain,v. gall. -guoin, bret. gônetyôn). 

— in : croft nean (Mullyon) = croft m ï«).cf. Park nean 
(S'-Levan); Park an nean (S T -Hilary); Park nean (Buryan). 
C'est probablement le pluriel de on, agneau 2 . 

— mèn, pierre : mean, Comm. Dieu 3.2: id. Add. ms. 142 ; 
Malb. 4. 187, 6 ; Lbwyd 243, 1 : 5o\ mén, plur. wmz. 

— o-m (desséché ?) : Carn Green (S l -Just) . 

— glêne, laine (Add. ms. 136) : il semble donc que devant 
11, a allongé ait eu une tendance à se prononcer e. 

8° voyelle suivie de /, r : a) voyelle -J- / : 
hwîl stèn, mine (travail) d'étain (S'-Just) : cf. Lbwyd : hwêl 
stean, fodina. 

— gwèl et gwil (confusion avec Irwlï), champ : ve% angzœale 
hors du champ (Add. ms. 170) : fréquent dans les noms de 
terres : Gweladré, (Mullyon) = gwel adre (Smithforge back 
field) ; Gitel Bennett (Buryan) ; Gweal style (S'-Just) ; guel todn 
(todn =tonn, terre en jachère), gweele (Genèse 3. 181. 18) : 
moyen-corn . guel ; dans les chartes du xiv e s. guael. 

gwil, taire \tbeiueele (Genèse 180-14); giveel, Nebb. Gerr; 
tbo iveel, ibid. 5 . 

1. On doit considérer è de den comme ouvert ; jamais on ne trouve de 
graphie indiquant une voyelle tendant vers i. En bas-vannetais, où e est 
long et fermé, dans quelques endroits, la prononciation nasale indique e 
ouvert : dèn : è =z couvert nasal (in français). 

2. Llwyd (2, -i)a été induit en erreur par les graphies du moyen-cor- 
nique, quand il donne oan, agnus, comme comique et armoricain : oan est 
armoricain en exceptant le vannetais qui conserve oen ; le comique est 
cm. 

3. Gwreans : gwyle 2424 (v. errata) 103, 1452; gwyell 1594, 2149; 
f?e«y// 1239 \Gwreans a encore gui : guîe 260, ;8i. 



Questions de grammaire et de linguistique brittonique. t<yj 

geel, gil, faire (gui en moyen-cornique) : Mathieu 4. 191. 
1 9 ; Lhwyd 246 . 2 : do il ou wil . 

— givèl, 3 e pers. sg.de voir : meawele, Nebb. Gerr; Lhwyd 
evazvyl, wêl l (246, 3). 

b) voyelle suivie de r : r final, actuellement, a exactement 
la valeur de r final anglais : 

for long se prononce hid (s a à peu près la valeur de ô bref: 
kin hère (kïn hid) en Mullyon . - Boiugy heere (Ludgvan), 
rétable aux bœufs longue. 

— mer, grand : m& (Parkmeer, Mullyon); Brevis (Breavear. 

— Tregiffian veer (en S l -Just). 

— %per t colère (angl. soi-), Genèse 3, 180, 15. 

— iar dans mab-iar, poulet (fils de poule) est encore en usage 
à S'-Just : on prononce mabp (le souvenir de la composition 
est perdu). 

— môr, mer : more, Comm. Dieu 7, 1 et 2 ; maure, Add. 
ms . 4. 136; more, Nebb. Gerr. 

— kêr, cher (Addit. mss. 3). 

— ber, veru (Lhwyd 172, 2). 

— gër, mot :gear (Add. mss. 10. 115) : geer, Math. 4. 186. 
4 ; geere (Math . 2. 198. 13); geer, Nebb . Gerr . 

— ôr, sait : hyeoare, elle sait (Add. mss. 136). 

— fïr, sage : feere (Genèse ij6. 6). 

— tôr, ventre : tha doer (Genèse 180-14). 

— dôr, terre ; dôr côth 2 (Buryan) ; dôr diw (dor deiu : S'-Just); 
than doer (Genèse 188. 9); en hor (Comm. Dieu 3. 1); doar 
(Math. 2. 197. 11); an nore (Genèse 3, 182. 17; tha noare 
(ibid. et 184, 23); han oure et la terre (Comm. Dieu. 7. 2). 

— stêr, étoile : an steare (Math. 2. 196-7) 

— sir : seere, exactement (Math. 2. 196-8). 

— tir dans moldeer (mildlr), mille de terre, Nebb, Gerr. 
Quelques graphies semblent indiquer, au commencement 

du xvm e siècle, un son de transition due à la prononciation 
de r. 



1 . Lhwyd, à la 2e pers. du sg., donne ti a wyl ou ti a weli : cette forme 
prouve que Lhwyd se règle, non sur l'usage comique, mais l'usage gallois. 

2. Mais der vieyiuc (Buryan). 



158 /. Loth. 

Pour voyelle + r devenue finale par la chute d'une spirante, 
voir B : 

9° Voyelle suivie de r -f- consonne : 

a) Le seul cas à examiner est celui de r -f- n : en effet, les 
occlusives après r sont spirantes, ainsi que m devenant v ; 
or spirante et v dans cette situation ont disparu, ne laissant 
de trace que dans le timbre et la quantité vocaliques. Pour 
le groupe r -\- f, je ne connais que les exemples du moyen- 
comique. 

La voyelle suivie de r + n est allongée aux dépens de r. 
Le fait est net pouro : sôrn, coin, dans Bssorn, Bosôrn (= Bot- 
sorn en S'-Just) '. 

— vo lL 'n,fom : Park anvowrnen Buryan: prononcé à peu près 
vç w n : Lhwyd 62, 2 vorn, furnus. — Park an vorn (S l -Erth). 

Il n'est pas sûr que, dans ce cas, on soit en présence d'une 
influence anglaise. Cette prononciation existe en Bretagne; je 
l'ai constatée à Lignol, près Guémené-sur-Scorff (Morbihan) : 
cçrn se prononce à peu près côn, avec un son de transition 
entre et n, donnant l'impression d'un ô très bref. 

Après une voyelle palatale, r est moins atteint, et la voyelle 
n'est guère allongée :.$/>{•/ 7/, les ronces (The speam en S l -Just). 

— Park dn vern (an va me, S'-Just); Park an - vern (Paul) : 
différent de gwem, aulnes (fréquent comme noms de lieu et 
terre). Cam, dans les noms de lieux en composition, art à peu 
près bref, et on entend r : Cam Bras, Camgla^e, Camgreen, 
Cam a weiban (S^Just). 

Dans sorti, vorn, il reste une trace de l'ancienne quantité : 
c'est queo est ouvert. 

io° : voyelle a, suivie de / -\- s (^) : elle estallongée et son 
timbre est modifié. 

als, falaise, se prononce çl\ : l est vélaire; le mot est géné- 
ralement écrit aul% et même onl~ ' : wheal aul% en S r -Just ; an 
anl~, Nebb. Gerr. — Hçw( 9tt ol{ en Sennen, écrit iHousen olls. 

1. Cf., Le Sourit, commune des environs de Pontivy (Morbihan); cf. 
gall. sivrn. , 

2. Cf. breton mern, pâture. 

3. Il faut d'ailleurs admettre une sorte de diphtongaison entre et/ 
vélaire : Lower Park owels, Gweal guurra vurh (S«-Levan). 



Questions de grammaire et de linguistique brittonique, 159 

Cette prononciation se constate dans des graphies de Lhwyd: 
awltra(i^). 2), susceptor, Godfather ; aultrûan Godmother. 

-mowl^e, bélier (Lhwyd 27, 2). 

Dans les polysyllabes, il en est de même : môgc dans Ros- 
mergy en Zennor. 

La voyelle palatale reste brève, et /est intact : wel%, herbe : 
Parkwels (xMullyon); Gwels en drea (Gulval); Gweelze mer 
(Redruth.) 

il voyelle suivie de rr primitif est allongée et rr rédujt : 

bêr, court : revêr, trop court (Lhwyd 223). 

Dans la composition syntactique, ber avait e bref et un 
autre timbre : v. plus loin Deuxième partie pour la pronon- 
ciation de r au paragraphe des consonnes. Il est probable que 
e devait être ouvert. C'est le cas pour ber en breton (fer), en 
exceptant certains points de la Haute-Cornouaille où e a fini 
par devenir fermé (bêr), conformément à la loi des voyelles 
longues. 

Au contraire, // n'est pas réduit, au moins au point de pro- 
voquer un allongement dans la voyelle précédente. On n'a 
pas l'impression d'être en présence d'un / prolongé, mais la 
voyelle est brève. La différence est dans la quantité de la 
voyelle comme le prouvent d'ailleurs de nombreuses graphies 
en moyen comique : tol,pol(d. Lhwyd 212, 26). 

B. — La voyelle est brève dans les monosyllabes : 

i° Quand elle est suivie de deux consonnes, en exceptant 
r, / -f- consonnes, dans les cas précisés plus haut, les spirantes 
provenant de deux consonnes th, ch, s(%) final. 

gwidn, blanc (Erra widden ' sillon blanc; Chygwidden, maison 
blanche, Saint-Just, etc.) ; 

lidn, étang (Lidden en Saint-Just) ; 

— cabm, courbe (Lhwyd 223); 

Looe gabm (LuGabm) en Mullyon (étang courbe); 
— bidn, contre (er bydn,warbydn): bidn moare, contre la mer. 
(Add. mas s. 23e). 

— crqbn 2 : Trencrom et Trecrobben en Ludgvan : -Nangrob)i 
(Sennen) ; 

— Htbn, chaud (Lhwyd 231. 1, tubm); 

1 . Erra pour çro, sillon. 

2. Ciobn a été précédé par crobm. 



ièo y. Loth. 

lobn = louim, nu : ivoou lobben (Ludgvan); 

— todn : toâden field (Saint-Just) ; v. plus haut. 
Cf. Peu crond meadoiv (Liskeard). 

— niedn, 3 e pers. sg. présent : me a vedden, je veux, Nebb- 
Gerr.; me vedn geel, je ferai (Math. 191. 19); 

- tidn = tynn : pywn tidn, expression en usage à Saint- 
Just (Williams) dans le sens de très délicat, difficile à faire : pour 
pur yn tinn. 

- :v)u~ (gzvius, vent), trou de ventilation dans les mines 
{Williams : Saint-Just); 

— nans, vallon. 

2° La voyelle est brève, dans les mots empruntes, suivie d'occlu- 
sive sourde : bat (dormouse : Pryce), — coc, canot (JLbwyd 53), 

— cot, cutt, court (Williams, Lexicon), etc. 

3 En composition syntactique, la voyelle longue suivie de n 
est brève ; n simple est traité comme nn et devient dn : 
idngear da, un seul mot bon (Add. mss., p. 10) '. 

— in, dans, est arrivé à it, et après avoir passé par *ïdn : et a 
phokkat, dans ma poche (Lhvyd 253. 35 — et eye ollas, dans son 
foyer (Add.ms. 136); etachee(ynat ty), en toi (Add. mss. 115); 

— ettagon colonow en nos coeurs (Comm. Dieu); 

— et ago doola, dans leurs mains (Mathieu 4. 187, 6); d. 
hodda, hedda= hodna, hedna, de honna, henna. 

4 La voyelle suivie d'un r ou / simple par suite de la dis- 
parition de ch, th, d ou v final, conserve son timbre ancien; 

hor, bélier : Parle an hoar 2 (Paul); — hor (Llnvyd 18. 17 ; 
Ireg (demeuré) an hor (S l -Creed); 

cor, bière (Add. ms. 136); Llnvyd II. 3, id.; 

err, neige (Llnvyd 250. 3) ; 

— pôr (porth) port (cf. Llnvyd 29. 1); Por Lidden, (Saint- 
Just) : pron. Pç-lédn. 

— mer, fille (Comm. Dieu 7. 1); 

— />?'' (P eri h)> buisson : Little Per doivn (Buryan). Pcr-cullas 

1. Cf. Gwreaus, 6.6 : yn idn dewges, en une seule divinité : udn spyes 
1 769 ; //J« venyn 2213 ; ;/</// aï// 1753 ; in udn Dm 6. 11. Pour ce phé- 
nomène, cf. Henn-rit, Henn-lann, Henn-pont (Bodk of Llandav, éd. Rhys- 
Evans, pp. 73, 80, 275, 208). 

2. La graphie Imr dans C/vv <//; Hur ne paraît pas exacte. 



Questions de grammaire et de linguistique brit tonique. 1 6 1 

(S.-Çol. minor) = Perth golas, buisson du bas; cf. Per noath 
buisson nu, (Buiran). 

— vçr (Jord), chemin : vor, tranchée du sillon (Buryan); 
vçr Eglis (Saint-Just); an vor noiveth, an vor goth (JLhwyd 252. 
167); vor ar ail, par un autre chemin (Math. 2. 197, 12); 

— carr (kerrf) : angye eath carr... vor arall, ils s'en allèrent 
par un autre chemin (Math. 2. 197, 13); eath carr (ibid. 197. 
12). La graphie caar (ibid. 2. 196, 9) est donc vraisemblable- 
ment fautive. 

Carr se prononçait sans doute car ou ker avec k non pala- 
tal; cf. Gwreans 120. 8 : ke in ker, va-t-en; the doen in ker, le 
porter dehors, 2427; deen ny in kerth partons, 1383. 

§§2. L'accent dans les polysyllabes. 

La voyelle accentuée est brève, quelle soit suivie a" une ou de plu- 
sieurs consonnes ; les prétoniques ou posttouiqites sont toutes réduites 
ou disparaissent, quelle que soit leur quantité . 

A. — Voyelle accentuée. Le redoublement, dans l'orthographe, 
de la consonne qui suit immédiatement la voyelle accentuée, 
est un indice sûr de la brièveté de cette voyelle : il n'a pas 
d'autre signification. C'est encore un trait emprunté à l'ortho- 
graphe anglaise. Le changement de n, m en dn, bm indique 
aussi une voyelle brève précédente, ou abrégée. L'orthographe 
du comique moderne est ici celle du comique moyen, en géné- 
ral. 

Bdtâhc (Botallach, Saint-Just); èro 1 widn (Erra zviddeu, 
Saint-Just); dn dérds, la porte (Parle an duras, Saint-Just). - 
N<>1séra(Nantcherrow % Saint-Just). — Hefovènïdn (Saint-Just : 
Haie venton) : venton, fontaine, pour haie v.,plus bas. — Parc 
pu èbdl (Parle an able, le champ du poulain Buryan). - 
Pednd ventdn, le bout de la fontaine (Pedn venton , Sennen). — 
Parle mefon (Carn mellon, Mullyon) ; Porth mellm, ibid.). : nieLm, 
moy. corn, melyn, jaune. 

1 . Ou ëra ; les final venant de w consonne forment syllabe. Le cor- 
nique ne distingue pas entre tuhin et wënn. 

2. Nantcherrow est pour Nans-carow : en 1674, Nant carroiv ;cf. Penkerrow 
en Helston in Trigg (Trigg pour Triger, le Tricurius pagus de la vie de 
saint Samson). Parte an iarrow (Saint-Just) est peut-être pour Pari; an 
derow : dçro). 

Revue Celtique, XXXV. 11 



162 /. Loth. 

- vêlai, moulin : fréquent, écrit généralement velîan ; 
vefon nowdth'. Vellan noweth (Burvan); niellai // t 'i:r//.>(Phillack); 
velldn noeth (Saint-Yves); 

Peu meta le bout du mont, {Peu menor, Burvan); 

— Ludpn = Ludgvan ; 

- IV il lierais le champ des parents, {ïfcal Kerens, Mul- 
lyon) ; 

- Carnélç (Carnellow, en Zennor : colline pierreuse) ; 
isdn {u~ion, husksofeorn. : Williams^ Saint- Just). 

— Toi davds (Trelodavas l , Buryan); 

— Boskomm (Boscawen woon, Buryan); 

- Penorac (Mullyon) : oiue, endroit aux frênes. 

Nit n orac (Noon onackœmmon, Saint-Just) : nun = an woon ; 
Binâhc {Bennallack, Buryan), genêtaie ; cf. Park Bunuel 
(Saint- Levan) ; 

— Bçlâncdn (Bolankau, village de Buryan); 

— Bnânhth - {Bosanketh, Buryan); 

- Boscrigdn ou Bascrigm {Boscriggan, Saint-Just); 

— Park m gârJc, le champ du rocher, {Park an garraek, 
Burvan) ; CàrJeh't~{Carrick Gloose, Mullyon); 

— Rdniàpc (Kenidjack, village en Saint-Just); 

- Cçdra wili {Codna wielgi, Buryan): çodna, cou ; 

-'dnun gômp9s {La lande unie : Noon gumpas, Ludgvan); 
woon gampus (Saint-Just) ; 

-flegi (High, Lower degga, Ludgvan), dîme; 

- Diras le (Dinas la, Saint-Ives; Hobson Matthews, 
Saint-Ives); 

— H al durX {Hal towrack, Buryan); 

— Hql 2 vénton {Ella venlon, Sennen); 

— vettn gé ' {Fenton gay, Buryan) ; 



i . Toi davas signifie le trou aux brebis : il y a eu probablement change- 
ment étymologique ; Trelodavas, si la forme est sincère, représente vrai- 
semblablement : Tre-lo-davas, l'habitation de l'étang (lo, loch) à la brebis. 
Cf. Parkan Devas, Park au deves (Saint-Hilary) le champ aux brebis. 

2. L'accentuation et la prononciation prouvent que an ne peut être l'ar- 
ticle ; de plus la prononciation sourde de s indique un second terme com- 
mençant par une consonne {sahkethï). 

3 . gè pour ke, champ en clos, je pense. 



Questions de grammaire et de linguistique brittonique. 163 

— wâvis (Givavas field, Sennen) ! ; 

— Lof rôda = Lan-frodo 2 (Lafrowda, Saint-Just); 

— Mçrdps (morraps, Mullyon) 5 ; 

— mdrijm et mâjdn, fourmi 4 (Engl. Dict. dict.) ; 

— Nandjiyl (Nariji^el, pour nansi^el, le vallon bas. 

— Ro^odjcm, le tertre au bœuf (Rose udgeon, Mullyon); cf. 
Rose udgeon, Saint-Hilary; 

— çgo s dur, la caverne à l'eau (Mullyon) ; 

— pâdp paw, quatre pattes, lézard (Williams, Saint-Just) : 
pedwar et pedeir sont confondus. 

— pedrdli-mow (Engl. Dial. Dict. : pedrack-mow, round mow 
of the same diameter throughout the rick of corn buildon the 
stabble field) 6 ; 

— spérnm, endroit aux ronces (Giueal Spernon, Saint- 
Just); Sparnon (Buryan); 

— sténPc, endroit à étain (stannack, stannick; Saint-Just, 
Sancreed) ; 

— wobs: Parle ivollas, le champ d'en bas (Mullyon) : conti- 
nuellement opposé à warra, en haut (Parle ivarra, Sancreed. 
Ros cïtdden (Gulval) : cudden, pigeon sauvage, bret. cudon. 

Les graphies des textes modernes ainsi d'ailleurs que celles 
du moyen comique sont d'accord avec la prononciation 
actuelle. 

Conim. Dieu 2. 1; 5. 1 gerrio ; hannaw, nom, 5. 2. 
Genèse 3 : lavarra^e, il dit 174. 1 ; 175. 4 ; givella-, voir, 176. 

1. Pour givavod habitation d'hiver; cf. gai. hafod, habitation d'été. 

2. Pour nant-frodoiv, le vallon aux sources. Il y en a beaucoup, en effet, 
dans ce quartier de Saint-Just. Il y a eu changement du sing. en pluriel. 
Le Rév. Taylor me communique, en effet, ces formes : 

Lafrowden (frudetl ou frqden, source) 1597; Laffrowden 1601 ;Laffrodor 
1657. Le nom est complètement altéré en 1694 : Lafradwen, puis Larrad- 
vjtn en 1726. Cf. Lafloivder en Mullvon. 

3 . Engl. Dial. Dict. : morreps, morrébs, low lying pasture over the sea. 
En effet, la tn;r y influe. 

4. Lhwyd 61. 1 : murryan. C'est un terme de tendresse qu'emploie un 
père pour sa fille en bas âge, en certains endroits duCornwall. 

5. ogo = gall. gogov ; il y a une autre forme vogç pour viçgq : Gui 
vaugoe en Sennen . 

6. pedrac est dérivé depetr- : cf. gallois pedry-, quadrangulaire et parfait 
(v. J. Loth, Les vases à quatre anses). 



164 /• Loth. 

6; gerres (fgerres), ouvert 177. 7; lebben, maintenant 174. 
1 ; e a wellû% } il vit, 194. 23 — ■ cm vennen, la femme, 174. 1 ; 
175. 2 ; 

Mathieu 4 : lavarra^ 186. 3,6; — e houncn, lui-même, 
186. 4 ; 187. 6; — tha houncn 187. 6 ; — a« gerryow 192. 20; 

— a wella~ 191. 21 ; — golloiu, lumière, 190. 16; cf. Lhwyd, 
gôlow, 253. 42 

Mathieu 2 : genne\, né, 194. 1 ; — devanna^, envoya, 196. 
8; — wella\ (gall. chwîlw), rechercher, 196. 8; whella\ 200.20, 

— giuella~, voir. La graphie ra^r, filets (//W. 191. 19), si 
elle est exacte, indiquerait une influence de roo%e (singulier). 

Nebb. Gerr. : wolla^, en bas — lavarra^ — ginne- ubba, né 
ici — nebbas, peu — mean orrol, autre pierre — an collan, le 
cœur — parre^, prêt. 

war egilla, sur l'autre — gwella^, voir. 

Add. mss. : tha ihonnen toi-même 115 — tha varrow, a mort 
115 — bennen, femme, 13e — dirra, durer, 13e — gu~hollan 
ivhy, votre sel à vous. 

— stynnorian, mineurs d'étain, 10 — gerryow 139 — kolon- 
now, cœur, ibid. — lavirrians, travail, 136 — olla^, foyer, 
136 — en gulla^en be%e, au fond du monde, 130. 

Cf. John Tsheian fliror (Lhwyd) : leddàrn, voleurs, 25 1 .17 — 
giuilli, lit, 23 — metten, matin, 28 — néb onnen, quelqu'un, 26 

— meppig, petit enfant, 44 — giuella^, voir. 

Dans Gwreans, les occlusives sont souvent redoublées : deb- 
br\, manger, 836. 181 3, 845 — debbrys, mangé, 147. 3 — 
ybborn, ciel, 83. De même, dans les autres textes : Beau. Mer. : 
dadder, bonté, 205, 210; laddron 2059 — Pascon : dadder j, lad- 
dr.on 192. 4; 90. 4; 229. 1 ; 184. 4. 

Pour les autres consonnes, le système est le même. 
(A suivre.} 

J. Loin. 



SUR LES 

PRÉSENTS IRLANDAIS 

DU TYPE GUIDIM 



Le type le plus ordinaire de présent dans les racines qui 
fournissent des présents radicaux est le type de présent thé- 
matique attesté par skr. bhârâmi, gr. yi?M, got. haïra, v. irl. 
do-biur, etc. C'est ce type qui a dû être le plus courant à la 
fin de la période indo-européenne, et c'est celui qui a dû 
dominer dans les verbes radicaux durant toute la partie la 
plus ancienne de la période de développement propre des 
divers dialectes indo-européens antérieurement à l'époque 
historique. Mais toute racine indo-européenne ne fournissait 
pas un présent thématique; telle racine, *ed- « manger », par 
exemple, ne fournissait qu'un présent athématique; telle 
autre, *dhê- « poser », par exemple, ne fournissait qu'un 
aoriste par suite de son sens et ne se prêtait à fournir un présent 
qu'à l'aide d'un redoublement. Les cas de ce genre se tra- 
duisent dans les diverses langues indo-européennes par la 
disparition de ces racines dans beaucoup de langues, ou par 
l'emploi de formations dérivées destinées à suppléer au présent 
thématique manquant. L'une des formations qui suppléent 
ainsi à l'absence d'un présent thématique est l'itératif ancien 
du type skr. patâyati, gr. xoTéojAat ; ce type de présents a tan- 
tôt la valeur itérative et tantôt la valeur causative ; on ne 
pourra faire état ici que des cas où il n'a pas valeur causa- 
tive. Ainsi lat. mulçeô remplace un présent athématique (v. 
M. S. L., XVII, p. 60 et suiv.). En grec pocpéo) est le présent 
d'une racine qui fournit l'aoriste supplétif arbi au présent 
arménien Jmpem« je bois» ; le lituanien a des présents d'autre 



i66 A. Meillet. 

formation, avec des vocalismes différents : surbià et srèbin, 
coexistence qui suffirait à elle seule à suggérer l'idée que 
*srebh- était de type athématique en indo-européen ; la 
forme latine est sorbeô. De la racine *prek-, on a v. si. pro- 
sitû et lit. prâsxp « il demande »; l'absence ancienne d'un pré- 
sent thématique est indiquée par l'extension du présent en 
*-ske- : skr. pfechâti, v. pers. prsa- (persan pursam avec -s- 
répondant à skr. -çch-\ lat. poscô, arm. harçi « j'ai interrogé » 
(d'où le présent harçanem), v. h. a. forskôn ; le vocalisme -er- 
du lit. persan « je demande (une femme en mariage) » suffit 
à en indiquer le caractère secondaire en face de l'infinitif 
pifs^ti ; le vieil irlandais a, de son côté, une forme aussi 
récente, avec un autre vocalisme, arco (v. Pedersen, VergJ. 
Gramm., II, § 658, p. 457). A côté de got. fitgkjan, on aftdg- 
kjan et lat. longea ; mais aucun présent thématique n'est 
attesté. 

Ce procédé a tenu certainement une place notable dans le 
développement des verbes irlandais; car il en subsiste à 
l'époque historique plusieurs restes (qui seront cités ici en 
renvoyant aux paragraphes de la Vergleichende Grammatik de 
M. Pedersen). 

gonim « je blesse, je tue » (Pedersen, § 746), cf. v. si. 
gonili, lit. ganyti en face de skr. hdnti, et zd jainti; le présent 
athématique n'est conservé qu'en indo-iranien ; le grec l'a rem- 
placé par ôetvw et le latin par -fendu (of-fendô,dè-fendo) ; le pré- 
sent thématique lit. genù, v. si. %enç (infln. gùnatt) résulte d'un 
développement secondaire. 

guidim « je demande, je prie » (Pedersen, § 749), cf. gr. 
-oOéo) ; la plupart des langues n'ont pas le présent de cette 
racine; l'iranien a recouru à une forme à suffixe -ye- : v. pers. 
jadiyùmiy « je demande », zd jatàyehi « tu demandes » ; seul, 
le lituanien paraît avoir développé un présent thématique 
gedù « j'ai deuil de ». 

guirim « je chauffe » (Pedersen, § 740); l'existence d'un 
subjonctif forgera ne suffit pas à établir celle d'un présent 
fo-geir, étant donnée l'indépendance du subjonctif vis-à-vis 
de l'indicatif irlandais; il n'y a de présent thématique de 
cette racine que dans le présent raregr. 8lpw; l'arménien a )ef~> 



Les présents irlandais du type guidim. i6j 

nmn « je m'échauffe », et le slave goritû « il brûle » (infinitif 
goret /). 

tuilim « je dors » (Pedersen, § 853), dont M. Bezzenberger 
a rapproché, sans doute avec raison, v. si. toliti « apaiser » ; cf. 
sans doute aussi arm. thoium « je laisse » (de *tol-nu-). Le 
gr. ïtXyjv est bien éloigné pour le sens ; en tout cas, il ne 
saurait être question d'un présent thématique ; car ttilo 
est une création de grammairiens, sur le subjonctif archaïque 
tidaui. 

tuigim « je couvre » (Pedersen, § 852), cf. v. isl. ftekia, v. 
h. a. decchen ; le grec a, il est vrai, jtîyoj, et le latin tegô; mais 
la forme sanskrite sthagati que donnent les grammairiens ne 
saurait être ancienne, et l'absence de correspondant germa- 
nique à lat. tegô et gr. a-é^ui suffit à rendre suspecte l'antiquité 
de ce présent thématique; il est frappant que le lituanien ait 
stê'giu dont Yè indique nettement l'existence d'un présent athé- 
matique, analogue à êsti. Le g du skr. sthagayati ne saurait 
être ancien si le verbe est radical ; ce doit être un dénomina- 
tif, et l'on se demandera si v. irl. tuigim et v. isl. fekia ne 
seraient pas aussi des dénominatifs tirés du substantif attesté 
par brittonique to, v. h. a. dach, v. isl. fak ; c'est ainsi que 
Whitley-Stokes paraît avoir envisagé les choses (Sprachsrhat^, 
p. 127), et le futur v. irl. intiiigfet, cité par M. Pedersen, 1. 
c, n'a pas le caractère d'un futur radical. S'il en est ainsi, il 
demeure remarquable que la flexion, sans doute athématique, 
de *stheg- dans le présent ait entraîné en sanskrit, en 
germanique et en celtique l'emploi d'un dénominatif au lieu 
de l'ancien présent radical. La racine *stheg- n'avait sans doute 
pas de parfait en indo-européen ; il n'est attesté un parfait ni 
en sanskrit, ni en grec (où même l'aoriste êcre^a semble peu 
ancien); si un parfait avait existé en germanique, il aurait 
sans doute suffi à provoquer la formation d'un présent thé- 
matique, comme il est arrivé pour got. itan par exemple ; 
quant au latin, la formation de têxi paraît bien indiquer qu'il 
n'y avait pas d'ancien parfait ; le prétérit v. irl. ro-d-toig, qu'on 
lit Thés., II, 294, 14, est sans doute une création de l'irlan- 
dais ; M. Pedersen ne cite pas d'autre exemple de cette forme. 
Il y a nombre d'autres exemples dont on ne peut faire état 



i6S A. Meillet. 

ici, soit parce que la racine ayant un a radical, le vocalisme 
o ne saurait apparaître, ainsi pour bâidim, ràidim, soit parce 
que l'étymologie est inconnue, ainsi pour cuiriur, ou con- 
testée, ainsi pour -osaiîci « ilouvre », soit enfin parce qu'il s'agit 
de véritables causatifs, ainsi pour Inaidim, luigim>suidim, sâidim. 
Le fait que, à côté des itératifs cités ci-dessus, certaines 
langues offrent des présents radicaux thématiques ne doit 
pas tromper sur l'état de choses indo-européen : le type de 
présent radical thématique a continué de se développer durant 
la période ancienne des divers dialectes indo-européens; cer- 
taines langues, comme le germanique, ont assurément créé 
beaucoup de formes nouvelles de ce genre. Mais on conçoit 
que l'existence d'une forme itérative ayant un sens voisin de 
celui du présent radical ait empêché le développement d'un 
présent thématique en quelques cas ; c'est cequi est arrivé sans 
doute dans les exemples irlandais cités ci-dessus. 

A. Meillet. 



NOTES 

SUR LE 

PARLER BRETON DE CLÉGUÉREC ■ 
(morbihan) 



GRAMMAIRE 



(Là encore on a suivi pas à pas la grammaire de MM. Guil- 
levic et Le Goff.) 

ACCENT TONIQUE 

L'accent tonique, à Cl., est sur la dernière syllabe : 

forsét, obligé ; kalét, dur ; 

selewét, sirét (impératif), écoutez, ramassez. 

Toutefois — en construction syntactique — il arrive que 
la syllabe finale d'un mot (adjectif, participe, verbe à divers 
temps) soit élidée complètement ou presque. C'est alors la 
pénultième qui porte l'accent, un accent secondaire, il est vrai, 
l'accent principal du groupe étant sur un mot qui vient 
après : 

jbrse(t) mât, bien obligé ; 

kàled e beiuèn (accent principal du groupe sur la 2 e syllabe de 
bewen), il est difficile de vivre; 

(ne) glèïveQ) két ? n'entendez-vous pas ? 

Il semble aussi que, dans certains mots, les deux dernières 
syllabes soient à peu près également accentuées : 

disparti, séparation, limite; labur, travail. 

MUTATIONS 

I. Par spiration. — Elles se font à Cl. suivant l'habitude 
de V., / devenant â : 

k p t 

me chalô, me fawt, me âat, 

mon cœur, mon garçon, mon père ; 

i. Voir ci-dessus, p. i et suiv. 



170 E. Thibault. 

gye me char, me fil, me dago, 

il m'aime, me bat, m'étranglera ; 

er chok, er paiol, en lat, 

le coq, le garçon, le père. 

Mais bon (employé en toutes positions), adj. possessif : 
notre, et pron. personnel : nous; in (employé en toutes posi- 
tions), pron. personnel : le, ne provoquent aucune muta- 
tion : 

k p 1 

hôn kalô, bon pawt, hôn lat, 

notre cœur, notre garçon, notre père ; 

gye hôn kar, hôn pil, hôn tago, 

il nous aime, nous bat, nous étranglera; 

min kar, in pil, in tago, 

je l'aime, le bats, l'étranglerai. 

La mutation du k en ch ou /; se fait aussi à Cl. devant les 
noms féminins pluriels de personnes après l'article défini : 

er chaneredet , er chwi^inereâej , er chanilarïi'et, 

les laveuses, les cuisinières, les cousines. 

Remarques. — i) C'est probablement la présence de 17 ou 
de Vu, amenant la palatalisation, qui rapproche un peu de S la 
spirante initiale dans : 

er chyi, le chien; er chyifc, la viande ; er chyurç, le vicaire. 

2) Remarquer que, parfois après une voyelle, ou bien la 
petite aspiration initiale devient plus énergique : 

i ta chyawl, le soleil vient, voilà du soleil 

(On dit aussi i ta en hyawl avec l'article) ; 
ou bien une aspiration nouvelle légère s'établit au commen- 
cement d'un mot : 

me henô ou hino, moi seul, moi-même. 

(Cependant Cl. s'arrête là, dit hn(s) inô, vous-même, et ne 
déduit point- bu henô par mutation, vous-même, comme le 
bas-vannetais.) 

Peut-être ce phénomène s'est-il produit par imitation de 
celui qui fait réapparaître detempsen temps la spirante finale 



Notes sur le parler breton de Clégiiérec. iji 

de l'adj. possessif i, son (se rapportant à un possesseur fémi- 
nin) devant une voyelle. En effet, il semble bien que l'on 
entende : 

i echlwe, sa clé ; i aniuer, sa génisse [à lui] ; 
mais : 

i hechlwe, sa clé; i banïoer, sa génisse [à elle]. 

3) Signalons, dès maintenant, la mutation (dont nous par- 
lerons plus loin) de g initial en gh ; elle pourrait, en effet, 
être classée dans les mutations par spiration. 

Voir plus loin aussi les mutations après les noms de 
nombre. 

II. Par affaiblissement. — Avant d'entrer dans le détail de 
ces mutations, disons qu'à Cl. l'affaiblissement de 

M est la bilabiale W ou W, 
tandis que celui de B est généralement V comme à V. 

m : mam : er wam, la mère ; meser : i wekr, son métier [à 
lui]; 

monet : i hâ de wonet, je vais aller. 

b : bach : er vach, le bâton ; bis : ivis, son doigt [à lui] ; 

bwech : i vwech, sa voix [à lui]. 

L'on dit pourtant : 

bo : pe îuo bras, quand il sera grand; 
(mais c'est peut-être, pe pour pe vo bras, la chute pure et 
simple du v). 

L'affaiblissement du à est â ou ^ (voir plus bas) : 

ne âalhà ou ialha ht, je ne tiens pas ; i ^ele ou ctele, sa dette 
[à lui]. 

Ceci observé, l'on peut constater que l'usage à Cl. est, dans 
ses grandes lignes, conforme à celui de V. Cependant il s'en 
distingue en deux points importants : 

a) le d initial — dans les noms féminins singuliers — devient 
^ après l'article (qui garde alors la terminaison r) ; après en ou 
in ur, signe du participe présent, le d initial de l'infinitif subit 
la même transformation : 

ur lâtehn, une dentelle; ur ~evalen, une descente, une 
pente. 



172 E. Thibault. 

L'on dit aussi : 

'a ur lemât, ~eval , -iïpittal, en se lamentant, descendant, se 
disputant. 

Ce phénomène n'empêche pas le d de tomber parfois au 
singulier comme en V. (mais on retrouve cette lettre au plu- 
riel) : 

en ur, la porte, plur. en dçryœw ; 

en anOen, le chêne, plur. en derwesat. 

On dit : 

ilre en dœw (et non tire en nœw), entre les deux. 

b) Après l'article le g initial d'un substantif féminin singu- 
ier, au lieu de devenir h ou de tomber complètement comme 
en V., devient très guttural. Cette aspiration particulière 
peut se noter gh, surtout devant a et o, u : 

er gbacb, le talus; er gbar, la jambe; er ghat, le lièvre; er 
ghaivlot, la fourche ; ur ghor, une chèvre ; er gJnt ou er ivu, la 
taupe. 

Cf. er Ghalœwet ou er Galœïvel . les Gallos, etc. 

L'on entend : 

kement a hyeâô ou ghyeâô, autant de lièvres. 

Mais l'on dit, à peu près comme à V. : 

er bwecb, la fois; er Jribes ou Jriùis, la truie; 
et, par ailleurs, suivant l'usage général : 

en diil'ar, les deux jambes; i (Ji)ar, sa jambe [à lui]; etc. 

Remarques. — i) L'affaiblissement a lieu au pluriel à 
l'initiale des noms féminins de personnes (sauf cependant pour 
le &qui devient plutôt (r)/; : voir plus haut, mais on entend 
aussi : 

erganeredet, les laveuses); 

begules, jeune bergère, plur. er veguledet ; 

viagères, nourrice, plur. er wagerectet, etc. 

2) Les adjectif bihâ, petit ; bras, grand : braih, beau, et mat, 
bon, sont bien ceux dont l'initiale mute le plus souvent, mais 
d'autres encore comportent cette mutation qu'il est difficile 
de codifier aussi strictement que le fait la grammaire de V., 
car l'usage est variable. On dit : 

dru, gras : er re dru, les gras; given, blanc : er re ïven, les 
blancs; krew bras ou vras, très fort ; 



Notes sur le parler breton de CUguérec. 173 

pel bras ou vras, très loin ; 

ilijœw bras ou vras, de grandes églises. 

D'ailleurs la mutation par affaiblissement n'est pas toujours 
faite. Elle n'affecte jamais le verbe talèn, valoir : 

petre tal dçch? combien cela vaut-il pour vous ? Combien 
l'estimez-vous ? 

ta ke bwen : V. ne dal ou tal ket er boén, cela ne vaut pas la 
peine; et l'on entend : 

i hà de m(f) snâart, je vais être soldat. 
(C'est probablement que l'on fait la mutation par affaiblisse- 
ment sur la forme défectueuse Pet de l'infinitif.) 

D'autre part, Ton fait parfois la mutation par affaiblissement 
après la conjonction mar, si : 

mar hiïel, mar ganiet, mar gom~, s'il voit, si vous offrez, s'il 
cause; etc. 

et l'on dit, sans raison apparente : 

pep, mais Bep mis, mp sehœn, chaque mois, chaque semaine ; 

Mèn, mais er ixèn, les pierres, ur yœch \xèn, un tas de 
pierres ; 

uerch, mais fwer \xejch, foire de mars ; Maria, mais Itrô 
varia, madame Marie [la sainte Vierge]; etc. 

3) Voir plus loin pour les mutations après les noms de 
nombre. 

III. Par renforcement. — Là encore Cl. présente un phéno- 
mène important : après /, signe du participe présent ou parti- 
cule verbale, et mi, conjonction, que : 

B devient F, 

M devient W, W précédé d'une aspiration : HW , HIV. 

1 b : fàrbotat, fetenèn, fivitat i Jônet, il est en train 

. ' de bavarder, fumer, donner à mangera ses bestiaux ; 
/ ma 1 

i m : hvalèn, hwerwel, hwonet (honet), il est en 

train de moudre, mourir, aller. 

I b : farbotehç, fetenehe, ftvitehe i lônet, je voudrais 

, \ qu'il bavardât, tumàt, donnât à manger à ses bes- 
me çarene ) \ & 

5 . - ( tiaux ; 

m : hiuakhe, hivariuehe, je voudrais 



qu il moulut, mourut. 
L'usage, parfois, est assez flottant et l'on entend 



174 



E. Thibault. 



b : gençchi IriOèij Qèij) cerus = avec vous je serai heureux. 

Après h ii, pron. personnel : vous, ou adjectif possessif : 
votre, ; initial devient s : 

so-se nhu ièyna ket, cela ne vous gêne pas ; 

hu filet, votre habit ; etc. 

L'on entend aussi : 

v : hu rakâs,vos vacances ; hu velus, votre velours; hu ?yolô, 
votre violon. 

Mutations après les noms de nombre ou les concernant. 

L'on dit : 



masc. 



dœw 
f. 



kok 

coq 

zcik 



paii't ti> gwil blâk dèn meâul 

garçon maison fête sou homme mesure 

bawl âP (hjuril(y.ïem.2)vlâk dèn weâul 

ou zen 



diw 

\ tri 
\ f <> 



m. ch... 
f. ch... 
\ pyar m. ch... 
poâer f. A'... 



kaneres pife 
laveuse pie 
ganeres bijx 

p... 

p... 

p... 



tevarn gat-gwalen bach dot 

auberge lièvre-verge bâton porte 

devarn (Jj)gt-(Ji)ivakn vach zgr 



pep 

hwecb 

sech 

ech 
10 dyek, etc. 
9 naw c h 



p... 
p... 



â... 
â.., 
â.., 



^(v.rem.3) 
^(v.rem.3) 



p... t. 



b.. 
h.. 
b.. 
b.. 
p.. 



b 



d.. 

d.. 
d.. 
d.. 



d... 



mam 

mère 
ira m 
m... 
m... 
m... 
m... 
m... 

m... 

m... 



Cl. mute les premiers nombres ordinaux et dit : 

en drivet dèn, le troisième homme; en dervet mwes, la troi- 
sième femme ; 

er byarvei dèn, le quatrième homme ; er beâervet ou boâervet 
iiiiuçs, la quatrième femme; 

er bempet dèn, le cinquième homme. 

De même que l'on a er byarvej, l'on a aussi : 

er biejvej, le quantième? 

Remarques. — 1) Le p est intact dans : 



Notes sur le parler breton de Cléguérec. 175 

er poâer myach, les quatre filles. 

2) La mutation par affaiblissement du g ne se fait pas tou- 
jours après dœiv : 

dœiv Gai, deux Gallots; diviv calât, deux maris. 

3) Le g se durcit parfois en k après pèp, cinq : 
pçp kivech, cinq fois; 

de même après dyek, dix : 
dyek \wech, dix fois. 

ARTICLE 

Nous venons de voir, au chapitre des mutations, que l'ar- 
ticle er, ur, le, un, est employé à Cl. même devant les substan- 
tifs féminins singuliers commençant par ~, mutation du d : 

er, ur xàtelen, la, une dentelle; 

er, urçevalen, la, une descente; etc. 

Répétons aussi que l'article se contracte parfois avec certaines 
prépositions : 

ar vri = ar er vri, sur la lisière (du champ) ; 

ber vudst : V. barh er vouistr, dans la boite ; 
surtout avec get, avec : 

ger wam : get er vam, avec la mère; etc., etc. 

Remarque. — Cl. emploie in un devant les infinitifs com- 
mençant par une voyelle, in w(r) devant ceux qui ont une 
consonne à l'initiale, pour rendre le participe présent : 

'// un eriw, en arrivant ; 

'n ur leret, en disant. 

SUBSTANTIF 

Genre. — Le genre du substantif ne donne lieu qu'à peu 
de remarques. 

Sont féminins les mots suivants de la langue religieuse : 

er bâter, le pater ; ergredo, le credo; er grusefi, le crucifix. 

Si 

dnioni, graisse ; kohoui, vieillesse ; 
sont féminins, en revanche : 

er melkoni, la mélancolie, 
est masculin. 



i-6 E. Thibault. 

Le mot pech, pièce, morceau, employé dans le sens des 
expressions : 

ur pech [a baïul, a ïùyech], un fort gars, un beau brin de 
fille, 
devient occasionnellement féminin : 

diiv bech, deux brins de filles. 

L'on entend aussi : 

er Gôsey : français conseil. 

Nombres. — Le parler de Cl. marque bien une tendance à 
régulariser les pluriels en les ramenant à (y)qew ou et : 

biïbeh, outil, plur. biiuinycyïu; 

g"or, chèvre, plur. gœr, mais aussi goret et gorœw\ 

lwarn, renard, plur. kuarnœvj ; les vieux disent Iwern au 
pluriel ; 

motech, servante, plur. motehyet ; 
mais, en général, il offre les mêmes pluriels que le V. Rappe- 
lons seulement (Voir plus haut, Phonétique B /) qu'il change 
le s, % final en ; avant d'ajouter œw, là où V. se contente 
d'ajouter en ou, plutôt, presque toujours ieu : 

Cl. jœw : V. %ieu. 

a bajœib bras, à grands pas; kaws, mot, parole, pi. kawjqsw ; 
ilis, église, plur. ilijœw; krwes, croix, plur. krwejqsw ; etc.; 
et que, là où le V. classique présente au pluriel i^ion, Cl. a la 
forme ijô : 

gunijô ou guniyô, des journaliers ; laburijô, des travailleurs ; 
marhadijô, des marchands ; tavarnijô ou tevamijo, des auber- 
gistes ; etc. 

Citons cependant : 

ejô, bœuf, plur. ahçl ; gat, lièvre, pi. geâô; kaliùe, charpen- 
tier, pi. keliveriô et kalvijô; 1er, voleur, pi. ltryb~\ Xwer^ bas 
| vêtement], pi. lertrib; niach, merle, pi. mon' ; trïOet, pied, pi. 
trïueyt ; 
et les pluriels collectifs en al et {e)'sal : 

kçrdat, des cordes, pi. de korden; krehat pi. de krohen, peau ; 

en avalesat, les pommiers ; en dérives" at, les chênes. 

Rappelons aussi que tyâçk, pluriel de kadek, est le terme 
collectif employé de préférence à rôset, chevaux (le plur. de 
kadek, jument, est kaâekenei), et que la terminaison du pluriel 
(i)çr se réduit à peu près à P : 



Notes sur le parler breton de Cléguêrec. 177 

bach, bâton, pi. bihP; falh, faux, pi. fihi y ; kach, chat, pi. 
kihi y ; kok, coq, pi. kegi y ; etc. 

ADJECTIF 

a) qualificatif. 

Nous parlerons, au chapitre du verbe, des comparatifs et 
superlatifs si intéressants des participes passés. 

Disons, dès maintenant, que ken ou kin, adverbe, aussi, 
servant à former le comparatif d'égalité, s'emploie en toutes 
positions aussi ' bien devant une consonne que devant une 
voyelle. 

Il convient peut-être de signaler les expressions compara- 
tives : 

gwech eiuit gwech , de pire en pire; 
et l'emploi du substantif boch : littéralement bouc, dont Cl. 
(imitant Malguénac, prétendent les habitants), commence à 
faire un adjectif : 

rey(f) ten un tam, inô boch, donnez-m'en un morceau, un 
gros. 

On pourrait rapprocher de cet emploi de boch celui, ana- 
logue, de pech en parlant d'animaux et de choses : 

pehyœiv {«(/)/ c'en est, des beaux! des belles! 

Remarque. — Les anciens de Cl. ne traitaient pas l'adjec- 
tif mi e w : V. mèù, ivre, autrement que le reste des adjectifs et 
disaient d'une femme : 

mi e ïv e, elle est ivre (cf. V.'mêùÈzë). 

b) numéral. 

Pour les formes de l'adjectif numéral cardinal se reporter à 
la Phonétique. Voir aussi plus haut les mutations après les 
noms de nombres. 

Remarquer l'expression : 

[un tèbr, ur vôbonen] a vlàk, [un timbre, un gâteau (bon- 
bon)] d'un sou, 
dans laquelle l'adjectif numéral cardinal n'est pas exprimé. 

PRONOM 

a) Pronoms personnels. 
Ceux de la première série sont les mêmes qu'en haut-van- 

Revuc Celtique, XXXV. 12 



178 E. Thibault. 

netais littéraire. Pourtant, à la y personne du singulier mas- 
culin, l'on dit : 

gyê, il, et non eau ; 
à la 3 e personne du pluriel : 
gi, ils, et non ind. 
Sauf dans l'expression : 

me Dur, me sekuret, mon Dieu, venez à mon secours, 
me, moi, suit toujours l'impératif : 
belieÇl} me, suivez-moi. 

Remarque. — Pour Yn peut-être euphonique (?) qui suit 
parfois ce pronom me et le joint(?) à un autre mot, voir Phoné- 
tique B ///-;/, Remarque 1. 

Ceux de la deuxième série sont aussi les mêmes. Toutefois, 
à la 2 e personne du sing. qui n'est que très rarement 
employée, on ne connaît que la forme te ; 

in, le, remplace constamment er et ne provoque aucune 
mutation ; 

hôn, nous, s'emploie en toutes positions. 
Pour ceux de la troisième série, le parler de Cl. emploie 
assez indifféremment les formes en ou celles en e et en i (de 
préférence à celles en a, à peu près inconnues). 
Cependant : 

dohçn, envers moi, plutôt que dohon ou aussi souvent; 
eïûidèn, pour moi, plutôt que ewidçn ou aussi souvent. 
A la 3 e pers. sing. masc. il se sert de hô : aneho. dehô, de 
lui, à lui ; 
à la 3 e pers. pluriel, il se sert de hç : X . hé. 

Entre la conjonction stal, comme, et le pronom de la i rc et 
de la 2 e pers. l'on intercale d'ordinaire d : 
staldçch, comme vous. 
Ne pas confondre : 

eïvidon ou eiùidon et ewitô, pour moi et pour lui ; 
staldon ou staldon et stalto, comme moi et comme lui. 
Rappelons le son de e dans : 

dohem(j>), genem, envers nous, avec nous (voir Phonétique 
A II e : c final, Rem. 2). 

b) Adjectifs et pronoms possessifs. 

me, mon, s'emploie presque uniquement de préférence à em, 
mem, mm : 






Notes sur le parler breton de Clègiiérec. 179 

de mefen, à ma tète; me brer, mon frère ; mè dwàter, mon 
tablier. 

ha, ton, est, semble-t-il, inconnu ; bon, notre, s'emploie en 
toutes positions — (]])ani, dans le pronom possessif, s'emploie 
régulièrement, la forme défectueuse kani étant ignorée. L'on 
dit : 

hus àni, le ou la vôtre, 
et, par analogie : 

Ims re (ou bu re), les vôtres. 

c) Adjectifs et pronoms démonstratifs. 
Les particules 

V. men, ci; se, là; hont, là-bas; 

sont à Cl. iua(n); 5e(n); bon; 

et donnent les formes : 

hinan, celui-ci; binech et binon, celui-là; 

bunan, celle-ci ; hunech et hunôn. celle-là; etc. 

A signaler l'emploi envahissant du démonstratif so(rt)-sc, 
(littéralement cette sorte, cette espèce), ceci, cela, s'appliquant 
même aux personnes : 

so-se âo mat! c'est bon, voilà qui est bon ! 

so-se we tut ! c'étaient là des gens ! 

inô a so-se, un comme ça. 

Remarque. — n de ma(ii) sonne un peu dans la locution : 

en dra man dra, telle ou telle chose; 
(Yn précédant un d, mais l'on n'entend que ma dans : 

ir lecb ma lech, en tel ou tel endroit.) 

L's de se ne devient pas toujours â après une voyelle : 

en dra-de ou se, cette chose-là; mais er re-se, ceux-là; m ^-s^, 
ce jour-là. 

d) Adjectifs et pronoms interrogatifs et exclamatijs. 

L'on dit : 

peGebet, pecemen, mais peKen, combien. 

er pietved pch? le combien êtes-vous; quel rang avez-vous ? 
piet vie ocb hiui? quel âge avez-vous? littéralement combien 
d'années êtes-vous ? 
et même : 



i8o /'•:. Thibault. 

pe banw och hwi ? littéralement : quel nom êtes-wusï com- 
ment vous appelez- vous ? 
mais, plus ordinairement : 

ùiet vie e iues ? pe anw e wes ? 
combien d'années, quel nom avez-vous ? 

e) Pronoms relatifs. 

Comme en V. mi, conjonction, que, peut remplacer parfois 
le pronom relatif. Si l'on entend d'ordinaire : 

en ani e gom~à dohtô, celui à qui je parle, 
il n'est pas impossible d'entendre aussi : 

en ani mi hom^à dohtô 
(ou même : en ani megom\a dohtô). 

er re mi sôjet bihànà, ceux à qui vous pensez le moins; 

er pech miwen, ce que j'étais; etc. ; 
cl. lech mi, là où : 

Kleyerek, lech mi bon gànet, Cléguérec où je suis né. 

Grâce à une sorte d'inversion, l'on arrive aussi, avec les 
verbes bet, être; monet, aller et donet, venir, aux locutions 
suivantes : 

er pech i bon i leret, ce que je suis en train de dire ; 

er pech i hà de leret, ce que je vais dire ; 

er pech i ta a leret, ce que je viens de dire. 

f) Adjectifs et pronoms indéfinis. 

(Ji)ani, personne, s'emploie aussi pour les animaux et les 
choses et signifie alors aucun : 

gibele wes er lônet ? Pa, me se givelet ani anehe. 

avez-vous vu les animaux? Non, je n'en ai vu aucun. 

gibele wes i bradœiv? Pa, me se givelel ani anche. 

avez-vous vu ses prés? Non, je n'en ai vu aucun. 

chaque, tout se dit fréquemment sel : 

sel tawl, chaque coup, chaque tois ; 

sel diiv er, toutes les deux heures. 

peb, chaque, donne, comme à V. : 

bamde, chaque jour, tous les jours; 
mais : 

bemnus, chaque nuit. 






Notes sur le parler breton de Cléguèrec. 181 

(Cf. V. bAtnno{.) 

Rappelons le pléonasme : 

tu rach, tous. 

Le mot ol, tout, d'ailleurs peu connu, se place difficilement 
avant l'article : 

tut en dut, rach en dut, mais en ol dut, tous les gens. 

Beaucoup de se dit souvent lo(d) ker : littéralement un bon 
lot; 

un certain nombre de, dam : 

lo(d) ker a dut, beaucoup de gens ; 

lo ker anehe., beaucoup d'entre eux ; 

dam anehe, un certain nombre d'entre eux. 

kal^, beaucoup, ne s'emploie guère qu'avec la négation : 

(nen) de se kal(% anehe), il n'y en a pas beaucoup ; 

pa se kal, pas beaucoup. 

On se rend souvent par gi, ils : 

gi lar (nen) de ke wach eriiu, l'on dit qu'il n'est pas encore 
arrivé. 

l'un l'autre : en eyl er gile. 

VERBE 
Verbe substantif bel, être (V. bout). 

CONJUGAISON PERSONNELLE 

Temps simples. 

SINGULIER PLURIEL 

i r c pers. 2 e pers. 3e pers. i re pers. 2 e pers. 3 e pers. 

(à peu près 
inconnue) 

Indicatif présent on [w^] e ont och inQ) 

ou en(f) 
Présent d'habitude bân be bain bet ban(t) 

Imparfait wen lue wem woch wen(t) 

ou wom 
Imparfait d'habitude beâen beâe beâem bedoch bedçn(t) 

(très peu employé) 

Passé défini remplacé par le plus-que-parfait ou l'im- 

parfait : 



i82 E. Thibault. 

kentech i vue (pe) inbanet, aussitôt il fut publié. 
Futur bçii ho hccin beet bèn(t) 

Conditionnel behen behe behcm behgch behenÇt) 

ou behom 
(ce dernier temps ne subit jamais la contraction.) 

Impératif hct, soyez, 

(peu connu) 

Temps composés. 
Passé indéfini on bet ou pet, etc. 

Plus-que-parfarfait iven bel — etc. 
Futur passé ben bet — etc. 

Conditionnel passé behen bet — etc. 

CONJUGAISON IMPERSONNELLE 

Présent me do, etc. 

etc., etc. 

Remarques. — i)Nous avons déjà remarqué (voir Phoné- 
tique, Remarques complémentaires) que, notamment devant 
bet, pet, Ye final de we tombe assez souvent. 

La même observation s'applique à bet, avoir : 

dech i u pe inbanet, hier il fut publié ; 

dech (e)n d(e)wu [ou du] (pe) leret, hier il dit. 

Par extension d'un cas particulier (voir Phonétique B. Con- 
sonnes. Observations générales) la forme vet du participe passé 
est employée en toutes positions, sauf à l'initiale : 

bed on pet, me do pet, j'ai été. 

2) Puisque l'infinitif est non bout, mais bet, l'on dit empha- 
tiquement bed on pet, j'ai été, etc., et de même bed es (à l'ex- 
clusion de be ^0) dans l'expression impersonnelle il y a. 

3) Rappelons la suppression fréquente de la 3 e pers. sing. e 
de l'indicatif présent : 

klân hu tat, votre père est malade. 

(Voir Phonétique, Remarques complémentaires.) 

4) Il semble que la forme ma précédée de i puisse parfois 
être employée dans le sens général de il, elle est, hors des locu- 
tions signifiant se trouver dans 1111 lieu, dans un état : 

i makôsort, il est garçon d'honneur [noce] ; 

i ma stal 1er ou lir, c'est, il ou elle est comme du cuir. 



Notes sur le parler breton de Cléguérec. 183 

Q. i luu sitdart, il était soldat; i fin klâ, je serai malade; 
etc. 

De plus, elle est employée exclusivement dans les proposi- 
tions conjonctives : 

a goste mi ma klâ (non a garni men de), parce qu'il est 
malade. 

5) Les formes du présent d'habitude sont employées, mais 
elles sont assez souvent remplacées par le présent ordinaire : 

doned e rèn, mar be ker en amder, 

je viendrai, si le temps est beau ; 

pe don ou pe van klâ, i fâ dies, 

quand je suis malade, je suis d'humeur difficile. 

(Ceci s'applique à bet, avoir.) 

6) A signaler l'emploi de la conjugaison impersonnelle 
dans : 

er pech e do gibelà genen e b-o en wiyœzo, 
(à la rigueur : 

erpech e do giudâ genfn i ma en ïviyœïu e), 

ce que j'aime le mieux, ce sont les œufs. 

La conjugaison du verbe qui correspond à avoir se déduit 
naturellement de celle de bet comme en V. A l'infinitif on 
emploie de préférence à toutes les autres la forme bet, rempla- 
cée parfois par kavet (littéralement trouver). 

Petre fo toch hibi kavet ? Que voulez -vous ? Que cherchez- 
vous ? 

Cl. affectionne pour ce verbe la forme emphatique et préfère 
à 

meme{s) avalœio, gye des avalœw, j'ai, il a des pommes, 

be me(s) avalœw, be'« des avalœw, j'ai, il a des pommes. 

Verbe régulier karçn, aimer. 

CONJUGAISON PERSONNELLE 

Temps simples. 

SINGULIER PLURIEL 

i re pers. 2 e p. 3e p. ire p ers . 2 e pers . 3 e pers. 
manque 
Indicatif présent karâ kar karàm karet karan(t) 



184 E. Thibault. 

Imparfait haren kare harem karçch haren (/) 

ou karom 
Passé défini (3 e pers. sg. haras 

seulement) 
Futur haren kàro karéem kar^et karèn(t) 

Conditionnel karehçn harehe karehem karehôch kafebenÇt) 

ou karehom 
Impératif haram harel 

Temps composés. 
Passé indéfini kare(t) ou kere(î) mes, etc. 

CONJUGAISON IMPERSONNELLE 

Présent me gar, etc. 

etc.. etc. 

Remarques. — 1) Cl. termine parfois — assez rarement — 
la 3 e pers. sing. de l'indicatif présent par a (comme le bas- 
vannetais) : 

gye rikh gober, il faut qu'il fasse ; 

ne say ou nesayk het, il ne saute pas; nevarn(a) Jçet, n'im- 
porte ; 

confond donc alors les verbes à terminaison ordinaire avec les 
verbes du type hikat, mettre. En revanche, ceux-ci semblent 
avoir souvent, notamment à l'impératif, la simple terminai- 
son et au lieu de eyt : 

laked en dra-se ar en dawl, impératif, mettez cela sur la 
table ; 

de fee wach lakeyt, participe, ce n'est pas encore mis. 

Pour le changement de a en e qui peut se présenter au par- 
ticipe passé de karein, aimer, et qui a envahi la conjugaison 
de leret, dire, voir Phonétique A II. 

2) Le subjonctif formé du futur précédé de re n'est guère 
usité et c'est le simple futur qui en tient place : 

Dwe hu pardono, rekôpàso ! Que Dieu vous pardonna, vous 
le rende ! (littéralement : vous récompense). 

3) Phénomène curieux, à Cl. le participe passé faisant par- 
tie d'un temps composé admet le comparatif et le superlatif : 

me mam en dur me fdetoch, fileta, c'est ma mère qui me bat- 
tit davantage, qui me battit le plus; 



Notes sur le parler breton de Cléguérec. 185 

so-seen dwe me sehetâ, c'est ce qui m'étonna le plus ; etc. 

Ces formes sont, il est vrai, moins courantes que les expres- 
sions ordinaires : 

me niam en dwe me filet er gzvehâ, littéralement : c'est ma 
mère qui me battit le pis ; etc. 

4) Les infinitifs à Cl., ont des terminaisons assez variées. 
Certes, la terminaison en (et non en comme à Noyai, par 
exemple) est envahissante : 

anewèn, nommer; gyebèn, manger; geliOèn, appeler, etc. ; 
mais on trouve à côté : 

al : legarnal, étinceler ; sôjal, penser. 

at : akoat ou âkuat, oublier ; le)'rat, voler, dérober. 

el : kwebêl, tomber; lemej (part, lamet), ôter ; leshel, lais- 
ser. 

et : ànazvet, connaître; deleyet, devoir; gel 'et, pouvoir; havet, 
trouver; kebet ou kuhet, cacher ; miret, empêcher; pli jet, plaire ; 
talet, valoir; 
et d'autres terminaisons encore : 

gorto~ (part, gorteyt), attendre ; gurên, lutter; hiberhin, rire ; 
keni, offrir; koms, causer; prèk, prêcher; etc., etc. 

L'infinitif s'emploie assez souvent pour remplacer un impé- 
ratif vague dans le langage familier : 

pa Se fasèn ! ne vous fâchez pas, ne nous fâchons pas ! 

et, avec le sens du participe passé, dans les expressions : 

diiu er e pasèn, il est deux heures passées ; 

pasen tregbt, plus de trente. 

5) La forme en er de la 3 e pers. sing. de l'indicatif présent 
est la seule forme passive subsistante. Elle est, elle-même, sou- 
vent remplacée par la forme active avec gi, ils, ou un autre 
pron. personnel. 

A côté de : 

aman i hiver tut, ici l'on trouve tout ; 

dre man i he(r) un tulat biônoch, par ici l'on va beaucoup 
plus vite ; 
l'on trouve : 

gi lar i ma klà, ils disent, Ton dit qu'il est malade ; 

aman bïvi gav tut, ici vous trouvez, l'on trouve tout ; etc. 

La tournure impersonnelle de sens passif, formée de l'auxi- 



i S6 E. Thibault. 

liaire het, être, et du participe passé, rend souvent à Cl. le 
franc, on : 

servije(t) wo ? l'on servira ? faut-il servir? 

Cette tournure, jointe a un pronom personnel, remplace 
l'actif fréquemment : 

de kewich servije tèn, je n'ai pas encore servi; 

alumed (e) hu kolœw doch, vous avez allumé votre chandelle ; 

domed e gençch, vous avez, avez-vous battu [votre grain] ? 

6) Les formes du conditionnel passé V. en xan i %en sont 
inconnues à Cl. et l'on dit : 

ne gredà het i tey ou tehe, je ne crois pas qu'il vienne ; 

ne gredâ ht i lero ou lerehe, je ne crois pas qu'il dise [littéra- 
lement : dira, dirait] ; 

suivant que l'on veut indiquer une probabilité plus ou moins 
grande. 

7) La particule e : V. e s'entend toujours à Cl. a l'imparfait, 
au plus-que-parfait et au futur du verbe substantif : 

klàn e w: (/>.'/), klâ e wj, il était, il fut, il sera malade. 

La particule i : V. e se supprime parfois, mais elle subsiste 
toujours sous la forme in devant um, un, particule réfléchie : 

mar a ivech (j)n uni drôpâ, parfois je me trompe. 

Cet emploi ne s'est pas étendu abusivement à la conjugai- 
son impersonnelle comme dans certaines parties du territoire 
vannetais et Ton dit : 

m'um drap (ailleurs me nhum dronp), je me trompe. 

Il est vrai qu'on peut entendre : 

(;/?c) mes mïn drôpet, je me suis trompé. 

8) Les formes de monet, aller, et de donet, venir, se con- 
fondent souvent : 

a pe dâ, quand je vais et quand je viens. 
Quant aux formes avec i à l'initiale : 
V. ape ian, quand je vais, 
elles semblent inconnues à Cl. bourg. 
Le participe passé de nionet, aller, est eyt. 

9) Remarquer dans la conjugaison de drehel, tenir, la forme 
dey, tenez, à l'impératif : 

dey er plat, tenez le plat. 

Ne pas confondre avec deyd er plat, le plat est arrivé, on a 
apporté le plat. 



Notes sur le parler breton de Cléguérec. 187 

Cette forme n'exclut pas dalhet : dalhet huki, retenez votre 
chien. 

10) La conjugaison de gut, savoir, est devenue complète- 
ment régulière en partant de gwir à la 3 e pers. sing. de l'indi- 
catif présent : 

gwiret, participe passé : su, etc. 
Ne pas confondre : 
ne wirâ ket de gut, je ne sais pas, 
avec : 

ne tuera ket de giuerèn, traire, je ne trais pas. 

11) Le verbe défectif qui n'a laissé que l'expression eme, 

dit, disent, ne s'emploie guère qu'à la 3 e pers. du singulier et 

du pluriel de l'indicatif présent. Il peut être remplacé par des 

locutions : 

aldoch hwi ) ,, , ,. 

, .. • \ suivant vous, d après vous, dites-vous. 
mest-o-hvji \ ' r ' 

12) Rappelons la contraction : 
i ma toch, il faut que vous..., 

dans l'expression impersonnelle red e, il est nécessaire, il faut, 
employée d'ailleurs concurremment au verbe rikèn (régulier et 
non défectif), devoir : 

ne riha ket gober en dra-se, il ne doit pas faire cela. 

ADVERBE 

Outre les différences phonétiques déjà indiquées, il convient 
de signaler pour les adverbes la fréquence plus ou moins 
grande de leur emploi, de dire par exemple qu'à Cl. Ton se 
sert plutôt de d'er lin, en haut, que de d'er lue, de pihir de 
préférence à pegours, quand, etc. 

elkent est à Cl. akyen, cependant. 

V. elma, elsé : Cl. anema, anese, comme ceci, comme cela, 
ainsi. 

kenklus, aussi bien, autant, devient une sorte d'adjectif attri- 
but avec le sens général d'aussi bon : 

er bleat wo ke(t) kenklus, la récolte ne sera pas aussi bonne, 
aussi abondante : 

ur sort signifie le même, pareil : 

er bretô de ke ur sort, le breton n'est pas le même ; 



i88 /:. Thibault. 

et, tout comme mêmes tra, correspond à tout aussi bien, 

kôpernen e rà ur sort ou mêmes tra, 

je comprends tout aussi bien ; 
à quand même, maigre tout, 

peibik e wo ur sort ou mêmes tra, 

il sera riche malgré tout. 

ha nitra : non plus : 

en dèn-ma ha nitra, cet homme-ci non plus, pas davantage. 

ha rach : aussi, en plus (français local : et tout) : 

glaw ha rach, de la pluie aussi. 

haiikctâ : à qui mieux mieux, à l'envi. 

pasemât (français pas seulement) = non seulement, ne paraît 
guère que dans les locutions pasemâÇt) te et pasemât mi (voir 
Prép.et Conjonction.) 

Pour la quantité beaucoup se rend la plupart du temps par 
ur yœch ; gude, (J)stroch remplacent souvent muioh aveit, plus 
de: 

gude tri si e ives, vous avez plus de trois défauts ; 

(f)stroch eii'idèn = d'autres que moi ; 

(i)strpch eïvid inô = plus d'un. 

Citons le composé trawaset, assez, et la forme : 

de se bihâ = il n'y en a pas peu, il n'en manque pas, il y en 
a assez. 

ken ou Vin, aussi, s'emploie en toutes positions. Constatons, 
à propos de ce mot, que l'on dit bien d'une façon absolue : 

nen don ket ken su°t-se, je ne suis pas si sot ; 
mais que l'on n'emploie pas ken, lorsque le second terme de 
la comparaison est exprimé : 

nen don feetsu°t aset ewit gober, je ne suis pas si sot que de faire, 
je ne suis pas assez sot pour faire. 

ken meyt, seulement, pas plus de, est contracté en kemeyt, 
souvent employé. 

na dàjer (franc.) signifie /'/ s enfant de beaucoup. 

de fce ken bras staldoch iriui, na dàjer, il n'est pas aussi grand 
que vous, il s'en faut. 

[/;/] leurs : à temps, de bonne heure, tôt, admet le compa- 
ratif et le superlatif : 

erii'ce kursoch, il est arrivé plus tôt, de meilleure heure; 



Motes sur le parler breton de Cléguérec. 1È9 

kursâ giuelà, le plus tôt sera le mieux. 
Les particules d'affirmation et de négation sont : 
ye, oui; 
rie)', non. 

bo w , si, exclut geou. 

Dans l'interrogation, Cl. se sert parfois de ha, est-ce que, 
qui suit alors le substantif : 

Pier e dey ? ou Pier ha gye dey ? Pierre viendra-t-il ? 
L'on peut aussi signaler les locutions adverbiales : 
( ahanema, d'ici; anon, là-bas. 
de lieu < a koste, à côté. 

( ar d'er lèn, vers le haut. 
ar dro ter er, vers trois heures. 



, ) ben ino, pour lors (dans le futur), 

ce temps , . i?*'i* 

1 ahanema ino, d ici la. 



de ben er bli, l'année prochaine, etc., etc. 
PRÉPOSITION 

a, de, ne devient que rarement^ devant l'adjectif possessif. 
On dit plutôt : 

a i vuam que ag i wam, de sa mère. 

A Cl. c'est a qu'on emploie après miret, dibzi'enet, empêcher; 
après kutàt, content, ingorto, dans l'attente de, l'on se sert de 
a ou de de. 

La forme bedik, jusqu'à, est préférée à betag. 

La préposition composée bç, avec l'article : ben, ber, dans, 
qui est envahissante : 

be Kleyerek, à Cléguérec; 

ber vwist : V. barh er voujstr, dans la boîte, 
n'a cependant pas détrôné complètement in, dans, qui s'em- 
ploie en toutes positions : 

me gred in Diue, je crois en Dieu ; 

in ker, en ville; in kowesyô, en confession; etc. 

La vieille forme hervit, revit : V. rêvé, selon, subsiste. 

V. ardran, derrière, est à Cl. adrâ ; i ta(l) kèn remplace 
souvent cette préposition : 

i tal kèn en tP\ derrière la maison. 



190 E. Thibault. 

Après avoir rappelé les contractions des prépositions avec 
l'article, signalé les formes civil : V. aveit, pour ; keneibit : V. 
kenevê, si ce n'est, sans : 

keneûridon, disent les vieux, ^ 

keneiïridèn, disent les jeunes, ) ' 

l'emploi de de gavet : V. tréma, vers, chez : 

i hâ de gavet me handarw, je vais chez mon cousin ; 

i hà daâoch, je vais chez vous ; 
de gotà, à cause de : 

goiâ de ou te me dqt, à cause de mon père ; 
de la locution pasemât te, sans compter, en plus de : 

pasemàt te mefwèn, en plus de ma peine, de mon mal, no- 
nobstant mon mal ; 

il ne restera plus guère à noter, sans doute, que l'emploi de la 
préposition ar, sur, dans certaines locutions : 

ar me nach, de toute ma force; 

gye laburaren de, il travaille de jour 

(Ne pas confondre ar en de avec Ira en de, tout le jour) ; 

ar gorv er sehœn, sur la semaine [opposé à : le dimanche] ; 
et celui de la locution a kostç dans le sens de à côté de, en com- 
paraison de : 

a kostç dçch, à côté d'hier, en comparant avec la journée 
d'hier. 



CONJONCTION 



A signaler l'emploi exagéré, abusif de nag qui, d'autre part, 
est tout à fait justifié dans : 

nag ifehçch klà, quand même vous seriez malade; 
et dans : 

fia bra% e gye! comme il est grand ! 
celui de ke, car, remplaçant rak inusité. Sont à peu près syno- 
nvmes a gos mi, gotà mi et palmor mi, parce que : 

ke gye we klà ou a goste mi we klà, car, parce qu'il était 
malade, etc. 

Cl. pendegwi, pendegu : V. pendèguir, puisque. 



Notes sur le parler breton de Clêgttcrec. 1 9 ï 

penaïus ou petws, comment, remplace très fréquemment la 
conjonction e : 

gye lar penos..., il dit que... 

Quant à al : V. èl, comme, il fait souvent place à stal ; V. 
èl men dé, comme, tel qu'il est, est à Cl. {st)al vie de. 

dœstÇoti) a parfois à Cl. le sens de savoir si : 

dœsloh me(s) gye lakeyt bemfiset ? savoir si je l'ai mis, peut- 
être l'ai— je mis dans ma poche ? 

Il est très couramment employé dans le sens de malgré : 

dœstoh mi ma klâ, malgré, bien qu'il soit malade. 

A propos de mi : V. ma, disons que cette conjonction a un 
emploi assez imprécis. L'on dit de même : 

ha bed i ma klâ ou ha be(f) mi ma Ma, 

bien qu'il soit malade. 

pasemât mi arrive au même sens de bien que en passant par 
l'intermédiaire non seulement, mais encore : 

pasemàt mi ma mi e w, i ma fal ewe, non seulement il est ivre, 
mais de plus il est méchant ; 

pasemât mi bon klâ, i ma tèn lalnirai, non seulement je suis 
malade, bien que je sois malade, il me faut encore travailler. 

Il paraît bien que l'on dise : 

ken splan ken nelâ ket selet dohtô, 
et non : 

ken splan mi, etc., si brillant je que ne puis le regarder. 

L'on dit : 

ingorto mi tey ou ke nen dey, en attendant qu'il vienne. 

L'on dit à Cl. : 

sel abiloch mi ma ou sel mihoch mi ma abil, plus il est habile ; 

a bwen mi wen deyd in ti)', pe. . . à peine étais-je entré que ; 

kement a nach al (i}î)en dwe, tant de force il avait. 

Cl. emploie l'expression givech ha monet : en même temps 
que d'aller, tant que d'aller, puisque vous y alle~. 

L'on dit aussi : 

gwech ha pen det te Bôdi, puisque vous allez à Pontivy. 

Rappelons qu'après mar, si, la mutation par affaiblissement 
se fait parfois (Voir plus haut aux Mutations). 

mar be ou marïbe, s'il est; 
par suite, peut-être, d'une confusion possible de mar avec ma, 



192 



E. Thibault. 



mi (cf. : mar ou ma karet, si vous voulez). L'on emploie cette 
conjonction mar après l'expression an em (s, j'ai peur : 
(vu em es mar da, mar dehe, j'ai peur qu'il ne vienne ; 
mais on dit aussi : 



œn em es mi tehe. 

A Cl. : 

si\ ! chut ! 

(A suivre.} 



INTERJECTION 



E. Thibault. 



THE MONASTERY BISHOPRICS 
OF CORNWALL 



The chief interest of Celtic Christianitygathers around the 
monastery-bishopric and the abbot bishop who ruled it. In 
the sixth century the religious life had become much more 
than a counsel of perfection. In Ireland the church was almost 
exclusively monastic. In Wales St. German is said to hâve 
founded a monastery during his second visit. Iltut whom he 
ordained priest was the founder of Llantwit the great school 
of monks whence came Samson, Paul Aurelian and possibly 
Gildas and David. 

At the outset it is necessary to guard against the under 
current of thought which connects Celtic monasticism with 
one or other of the great religious orders. The earliest of 
thèse orders — that of St. Benedict — was not established 
until about A. D. 529 and was not introduced into Britain 
until St. Augustine's arrivai in A. D. 597. At the interview 
between Augustine and the Welsh bishops in 603 Dinoot 
abbot of Bangor-Iscoed was among the strongest opponents 
of compromise. Celtic monasticism owed nothing to St. 
Benedict or to St. Augustine. When therefore we read the 
statement of a shrewd and learned writer like Sir John Maclean 
that « St. Petrock founded his monastery at Bodmin adopting 
the rule of St. Benedict " and when we recall an admission 
by the same writer that Petrock was educated at the great 
monastery of Clonard towards the end of the fifth or at the 
beginning of the sixth century i. e. presumably betwêen 
490 and A. D. 510 and therefore before the Bénédictine order 

Revue Celtique, XXX V. 1 5 



194 T. Tayîor. 

was founded, we réalise how miscbievous this under current 
of thought may prove. 

There is no évidence that any early monastic foundation in 
the Celtic world was established in accordance with the Béné- 
dictine discipline. Celtic monasticism was quite definitely sut 
generis. The mission of St. German in 429 and 447 probably 
laid the foundations of it in Britain. 

Ithadachievedsomeofits greatest victories beforeSt. Augus- 
tine of Canterbury was born. Paul Aurelian, the Welsh monk, 
established the monastery bishopric of Léon in A. D. 530 : 
Samson a compatriot the similar foundation at Dol inA.D. 565 : 
T'utwal olBritish Dumnonia wasabbot before he became abbot- 
bishopof Treguier in thesame century. In Ireland the monas- 
tery ofClonard was founded before the Bénédictine order came 
into existence. St. Patrick was a eontemporary ofSt. German. 
Celtic Christianity while it was practically independent of 
Rome ' became intensely monastic. There is nothing therefore 
to lead us to regard the canons of St. Petrock, St. Piran, St. 
Stephen, St. Keverneand St. Probus, mentionedin Domesday 
Book, as subject to the discipline of St. Benedict. Such évi- 
dence as we possess tends to continu the contrary opinion. 
What has been said ofthe order of St. Benedict applies with 
çireater force tothat of St. Augustine, the Black Canons, whose 
earliest foundation in England dates from A. D. 1108, that 
is, 22 years after Domesda}* Book was compiled. Abbot Gas- 
quet truly says the clergy of every large church, as being 
subject to rule, were called canons. The rule of St. Augustine 
was not introduced at Bodmin until the time of Bishop 
William Warelwast (1 107-1 136) *. 

1. Comwall's independence of Rome implied neither répudiation ol" nor 
sccL>>ion tVom the Roman church. It was merely the temporarv suspension 
of outward communion with Latin Christianity as the resuit of political 
eventswhich had placed Cornwall in a state of isolation. 

2. The statement is based upon the assumption that the decrees of Pope 
Léo III were as vnoperative in Cornwall as they were in Wales and Ire- 
land. It should be needless to warn the reader against confounding Augus- 
tine of Canterbury with the bishop of Hippo. The latter is said to hâve 
sanctioned certain régulations for the religious Iife which subsequently 
became known as the rule of St Augustine. In the middle of the ninth 



The monastery bishoprics of Cornivall. 195 

Under the strong pressure exerted by monastic expansion 
the governmental character of episcopacy became attenuated. 
This was especially the case in Ireland and in those churches 
which owed their foundation to Irish missions. The multi- 
plication of bishops tended to dégrade the office. It is impos- 
sible to read the accounts of monastic rule as developed by 
St Bridget at Kildare and by the Irish mission at Iona and of 
the mechanical and subsidiary part which the bishops were 
called upon to play in the drama without being aware of the 
subversion of one of the fundamental marks of episcopacy. 
The présent writer lias found but slight évidence of this 
disastrous policy in Wales and Brittany. There the abbot 
bishop is seen as the ruler of a monastery or of a tribe. Inn- 
umerable monasteries had no bishop at ail. The présence of a 
bishop gave to the monastery the éléments of permanence 
and priority. The Breton and Welsh monastery bishoprics 
hâve in many instances survived as bishoprics up to the pré- 
sent time solely, as it would seem, owing to their earlyepis- 
copal character. 

The distinction between the Irish and British conception 
of episcopacy must be borne in mind when we attempt, to 
reconstruct the ecclesiastical institutions of Cornwall. It has 
been shown that the relation between Cornwall and Brittany 
was that of mother and daughter. Between Wales and Corn- 
wall the relation, though probably less close, was far closer 
than that between Ireland and Cornwall. It is therefore more 
than probable that while the abbot-bishop was everywhere a 
distinguishing feature of Celtic Christianity there was hère, 
in thiscounty, no such perversion of the episcopal office as 

century Pope Léo III made this rule obligatory upon ail the clergv who 
had not embraced some other rule . Had the monks of St Petrock been in 
outward communion with western Christendom they would probablv bave 
become canons, regular or secular, of St Augustine and, in that case and in 
that sensé only, Sir John Maclean's statement mighthave been permissible. 
But in that sensé the words had no meaning in the sixth century when St 
Petrock founded the Cornish community. Augustine of Canterbury was a 
Bénédictine monk and the canons regular introduced bv bishop Warelwast, 
known as Black canons, belonged to one of the three great orders which 
sdrang from the rule attributed to his great namesake the Bishop of Hippo. 



196 'l . Ta\lor. 

to give rise to a body of episcopi vaganies 01 whom we read 
in connection with Ircland and Irish missions'. 

That Cornwall possessed bishops is certain and that they 
ruled monasteries is equally certain, diocesan bishops 
being, during the period under considération, practically 
unknown to the Celtic world. History helps us little as regards 
Cornwall. We know that in A. D. 664 two British bishops 
(duobus de Brittonum gente episcopis), whom Mr. Haddan 
considers to hâve been Cornish, assisted Wini, the Saxon 
bishop of Wessex, in the consécration of St. Chad 2 . 

Gildas, the Jeremiah of Britain, whose de E.xcidio is stated to 
hâve been written in the sixth century introduces us to an 
ecclesiastial System which, in respect of its main features 
differs hardly if at ail from that with which we are 
familiar but which both surprises us by the évidence of its 
progress and alarms us by the extent of its perverseness. 
Gildas speaks of the clergy « intruding themselves into the 
preferments of the church yea rather buying the saine at a 
high rate » and « after the example of Simon Magus buying 
the office of a bishop or of a priest ». There was therefore 
already in the sixth century, if the traditional date of the 
de E.xcidio be aecepted, a gradation not only of dignity but also 
of office and émolument, for which, without Gildas' évidence, 
we should hardly hâve been prepared. The denunciations of 
Gildas hâve been held to apply to the civil rulers and the 
secular clergy only 3 but there seems to be no good reason for 
accepting this hypothesis unless we read into the sixth cen- 
tury conditions which are found at a later period. It is impor 
tant and sufficient for us to know that the British church was 
highly organised and comparatively wealthy at this time. 

To suppose, however, that Celtic monasteries were large 
solid structures of stone with cloisters, refectories, dortors 
and the like is to mistake the économie conditions of the 
period and of the countries under review. To associate the 

1. Dom Gougaud speaks of them as Evêques déclassés et errants (Chré- 
tientés, p. 219). 

2. Haddan and Stubbs, Councils, I, 124. 
v Gougaud, Chrétientés, p. 67. 



The monastery bisboprics of Cornwal . 197 

Celtic bishop with a durable and spacious cathedral church is 
almost as grotesque an anachronism as to represent St Lucy 
( who died in the year 3.03) as they do in the sailors' church 
at Naples, apparelled in a modem court dress with a tiara of 
gems and a necklace of beautiful pearls. 

The Celtic monastery has been compared to a pioneer set- 
tlement. It consisted of a congeries of detached cells each 
suitable for the habitation of one or more monks. The cells, 
like the churches of the period, were commonly of wood 
sometimes ofstone. It is therefore, after the lapse ofso many 
centuries, usually futile to seek for traces of them. Of exis- 
ting Christian remains of the Celtic period in Cornwall the 
most noteworthy and interesting are the granité crosses and 
those monuments especially which bear the Chi-rho mono- 
gram. The chapels at Perranzabuloe, at Gwithian and at Ma- 
dron are also of this date, the two former probably owing 
their préservation to the sand which buried them and the 
latter to the healing virtues of the waters of the holy well 
which flow through it '. 

Having shown that the Celtic conception ofepiscopal juris- 
diction was definitely monastic as opposed to the Roman 
which, at an early period, had become diocesan, it is neces- 
sary to fix approximately the date at which, in Cornwall, the 
former gave place tothe latter. Upon the solution of the pro- 
blem dépends the character to be assigned to the four 
Celtic bishops, Kenstec, Conan, Daniel and Comoere whose 
names are disclosed in certain authentic documents and are 
given in the Truro Diocesan Kalendar. 

In Brittany, a more progressive country and less isolated 
than Cornwall, the change was violently efFected by the 
patriot Nominoë in the year 849. In Ireland the dio- 
cesan system was not adopted until 1152 2 . Wales submitted 
to the jurisdiction and discipline of Canterbury in 1207. It is 
certain therefore that Cornwall, more opposed to Saxon 



1. To this period Mr Jenner would also assign the dwellings at Chy- 
sauster which may indeed, as hesuggests, hâve been St Gulval's nunnery. 

2. Stokes, Ireland and the Celtic Church, p. 347. 



198 T. Taylor. 

influence than any of the others, did not accept the diocesan 
system until thedays ofEgbert (836). There is good reasonto 
believe that the change took place much huer. Kenstec's 
letter to Archbishop Ceolnoth (833-870) states explicitly 
that his bishopric was monastic {Ego Kenstec... [ad] episcopa- 
lem sedem in gente Cornubia in monasterio quod lingua Brettonum 
appel lalur Dinuurin electus, etc. '). 

The next bit of historical évidence is that of Asser the 
adviser of King Alfred to whom Alfred in 884 committed 
Exeter cum omni parochia quae ad se pertinebat in Saxonia et in 
Cornubia 2 . The précise nature of the commission isuncertain. 
If the giftwas made after Asser became bishop of Sherborne 
it probably involved the oversight of Devon and of that por- 
tion of Trigg in Cornwall where Alfred's possessions were 
situated. There is nothing to lead us to conclude that the 
Celtic Christianity of Cornwall was to be affected by it. 

A very distinct advance, in intention if not in achievement, 
was made when in 909 Archbishop Plegmund constituted 
the see of Crediton. To Eadulf the bishop were given three 
vills in Cornwall — « Pollton, Coelling and Landuuithan 
from which year by year he might visit the Cornish people in 
order to extirpate their errors. For in times past, as far as pos- 
sible, they resisted the truth and were not obedient to the 
apostolical decrees ». Pollton and Landuuithan are unques- 
tionably Pawton in St Breock and Lawhitton. Coelling pré- 
sents some difficulty because Domesday Book and ail subsé- 
quent records represent Callington (with which it h as been 
identified) as ancient demesne of the Crown. It is possible 
however that before the Norman Conquest Coelling may 
hâve been surrendered to the King or hâve been exchanged 
for another holding 5 . 

How far Eadulf was successful it is again impossible to say. 
A conquered race does not readily surrender its traditional 
religious customs. One of the most instructive records of the 

1. Haddan and Stubbs, Coiuicils, 1,675. 

2. Ibid., I, 676. 

3. It is even possible that Coelling may be Callestock in Perranzabuloe. 
The canons of lixetcr had lands in that parish in the twelfth century, 



The monastery bishoprics of Cornivall. 199 

Jewish captivity is that which préserves the pedigrees of the 
priests who were themselves to préserve and perpetuate the 
priestly succession '. 

Athelstan's policy (925-940) of excluding theCornish from 
Exeterand confining them within the limits of their own pro- 
vince does not at first sight point to improved relations bet- 
ween the two races. His conquest of the whole of Cornwall 
may be accepted as fact and also his grant of lands to the 
church of St Buryan. Perhaps the most important act of his 
life, so far as Cornwall was concerned was, in the words of 
Leland, « to set up one Conan to bebishopin the church of 
St German » . The statement even if copied from what he regar- 
ded as a trustworthy document would hâve carried little weight 
as coming from a writer who lived 600 years after the event 
had not Bishop Conan been found signing charters, undoub- 
tedly authentic, between the years 931 and 934. Moreover 
the name Conan is Celtic and occurs frequently in Cornish 
place names. I am inclined to think that the Bishop Donan 
whose name is appended to the St Buryan charter is a 
transcriber's mistake for Bishop Conan 2 . The question 
naturally suggests itself, how was it possible for a people 
smarting under récent defeat to accept the religious minis- 
trations provided by their conqueror ? Close upon a centurv 
had elapsed since the décisive battle of Hengestisdun and 
during the interval doubtless a considérable portion or 
the Cornish had corne to accept the Saxon supremacy. 
Athelstan's mission may hâve been, generally speaking, paci- 
fie though involving punishment to the disaffected and rebel- 
lious. 

In choosing a Cornishman and one probably already a 
bishop for the see of St Germans he would be acting in a con- 
ciliatory spirit, especially if he, at the same time, recognised 
the traditional type of Cornish Christianity. There is no rea- 
son to interpret his action as involving a departure from it. 

1. Ezra VII ; Nehemiah XII. 

2. Donan however is a Celtic name (See Loth, Rev. CelL, XXIX, 277). 
For the purpose of the argument which is hère put forward it would hâve 
been more convenient to hâve distinguished between them. 



200 T. Tàylor. 

An interesting note is given by Haddan and Stubhs ' which 
calls attention to the signature of one Mancant, a bishop, to 
a charter of 932 to which also Bishop Conan's name is appen- 
ded. The learned editors rightly conjecture that Mancant was 
a Cornish bishop (Mancant, or more correctly Maucant). 
Coeval Cornish bishops are just what we should expeçt to find 
in the tenth century 110 less than in the sixth. 

Quite the most valuable extant document of Cornish 
Christianity however is the List of Mamtmissions on the Boà- 
min Gospels which dates from the year 942 and carries us 
almost to the middle of the eleventh century. From this pre- 
cious manuscript we gather that there were during that period 
ihe following bishops in, or connected with, Cornwall, — 
(1) Athelgea[rd] possibly bishop of Crediton, (2) Comoere 
contemporary with Edgar (958-975) (3) Wulfsige of a 
slightly subséquent date (4) Burthwold mentioned in Cnut's 
charter and described by William of Malmesbury as uncle ot 
Living or Lyfing the penultimate bishop of Crediton. Char- 
ters also disclose two additional bishops, — Ealdred 
(993-997) and Aethelred (ioor). Of thèse Comoere Wulfsige 
and Ealdred are identified by Mr Haddnn with Bodmin 
and Burthwold with St Germans. Comoere's name is 
Celtic; the rest of the names are Saxon. But the impor- 
tant point is that they are ail, except possibly the first 
contemporary with, though not identical with bishops of 
Crediton, in other words, sorae measure ot independence 
continued to exist between the Saxon see and the see or sees 
of Cornwall. There is nothing toshow that, before the days 
of Wulfsige (967) i. e. until within 80 years of Leofric the 
first bishop of Exeter, the greater part of Cornwall was 
not Celtic both in religion and language. The change ot 
ecclesiastical organisation was made at a period much later 
than is commonly supposed 2 . 

1. Connais I, 979. 

2. In the west of Cornwall there are indications in Domesday Book 
(1086) of the récent introduction of Saxon place-names, e. g. in Edward 
the Confessor's time it can hardly be a coïncidence that Aluuarton (hodie 
Alvérton) was the holding of Aluuar. 



The tnonastcry bishoprics oj Çormuall. 201 

The charter of King Aethelred to Bishop Ealdred (994) 
seems to point to a period of transition. He gives to Bishop 
Ealdred episcopal jurisdietion in the province of Cornwall 
that it (the province?) may be free and subject to him and 
his successors, « that he may govern and rule his diocèse 
(parochiain) in the same way as other bishops who are 
in his realm, both the monastery Qocus} and the domain 
(j-egimeii) of St. Petrock being under the control of him 
and his successors ». If the English conception of dioce- 
san jurisdietion had been generally known and allowed in 
Cornwall there would hâve been no need to require the sti- 
pulations contained in the concludingparagraph. Ealdred was 
to administer the see of St. Petrock on English lines. History 
does not tell us what 'vas, in the meanwhile, happening at 
St. Germans ; but twenty four years later (in 10 18) we meet 
with a grant of lands, in Landrake and Tiniel, by King Cnut 
to Burhwold bishop of St. Germans; the Landrake lands were 
to be held by the bishop du ring his life and after his death 
they were to be held for the good of the soûls of him and 
the King. The Tiniel lands were to be used as the bishop 
thought fit. It is interesting to note that thèse lands were not 
annexed to the bishopric but continued to be held by the 
prior of St. Germans until the dissolution of the priory in the 
sixteenth century. 

Atthe time of Cnut's grant Cornwall had practically lost its 
independence both civil and ecclesiastical. Ail the witnesses 
to his charter, twenty seven in number, bear Saxon names. 

Burhwold died in or about A. D. 1043. Lyfing his 
nephew who had become bishop of Crediton in 1027 was in 
pursuance of an arrangement made long before betw r een him 
and King Cnut, allowed to hold both sees. On Lyfing's 
death, in the third year of the Confessor's reign (1046) Leo- 
fric the King's chaplain was appointed to the united bishopric 
(episcopatum Cridionensis ecclesiae atque Cornubiensis provinciae) 
and the see transferred to Exeter. Papal sanction was obtai- 
ned for the transaction three years afterwards. 

By his charter of ratification, dated 1050, Edw r ard the Con- 
fessor transfers the Cornish diocèse which had formerly been 



202 T. Taylor. 

assigned to a bishop's see (episcopali solid) in memory of Bles- 
sed German and in vénération of Petrock, this, with ail 
parishes lands etc., he transfers to St Peter in the city ot 
Exeter. The absence of clear définition in the last paragraph is 
sufficiently obvious : no clearer définition was possible. There 
had been hitherto no Cornish diocèse in the English and 
Roman acceptation of the word. There had been bishops 
both at Bodmin and at St Germans within living memory 
holding lands and exercising jurisdiction but the monastic tie 
was still probably stronger than the diocesan. 

Yet it was obviously important, now that Exeter was to be 
the seat of ecclesiastical government for the two counties, 
that ample provision should be made for the great bishop who 
was to occupy it. Exeter lacked lands, books and almost every 
church ornament ; so stated Pope Léo in his letter to King 
Edward. Accordingly the King not only gave to it lands of 
his own but he provided for the transfer of ail that could 
under any reasonable pretext be claimed for its support. In 
effect, he made it possible for the Exeter bishopric to dérive 
nearly one half of its entire revenue from Cornish monastic 
lands. But the endowment of the see of Exeter requires a 
chapter to itself. 

Tho. Taylor. 



L'AVENTURE DE MAELSUTHAIN 



C'est une curieuse aventure, qui renferme plus d'un détail 
piquant. O' Curry s'en est servi dans ses Lectures on the Manu- 
script Materials oj ancient Irish History (Dublin, 1861), où il en a 
donné p. 76 une traduction anglaise, et p. 529 le texte irlan- 
dais emprunté au Liber Flavus Fergusiorum, manuscrit copié 
en 1435 '. Le texte qui suit est tiré du Manuscrit de Paris 
(fonds celtique, n° 1), f° 44 v° a. Bien qu'il diffère à peine du 
texte donné par O'Curry, il a paru utile de le publier à nou- 
veau, à cause de l'intérêt qu'il présente au point de vue de 
l'histoire hagiographique. Les variantes essentielles (notées 
O'C.) ont été enregistrées au bas des pages. On y a joint une 
traduction française. 

Le récit porte dans le Manuscrit de Paris un titre qui lui 
convient assez peu. Sans parler de l'erreur de chiffre relevée 
ci-dessous, il contient cette inexactitude d'attribuer le princi- 
pal rôle aux trois Domnall, alors que c'est Maelsuthain qui est 
le personnage important du récit. 

TEXTE IRLANDAIS 

BETHA NA tri 2 DoMNtf// INNSO. 

[TJriar mac fogluma ' tangat^r o Choindire do denum alei- 
gind dinnsaig/d an[m]charat Briain meic Cendehid À. Maôl- 

1. Ed. Gwynn, Proceed. of the R. Irish Acad., XXVI, C, n° 2 (Mardi 
1906), p. 19. 

2. Le manuscrit a . IIII. au lieu de .III. Le chiffre quatre a été probable- 
ment amené ici par la dernière phrase du récit. 

3. foglainntig O'C. au lieu de »ic fogliuna, 



204 /• Vendryes. 

suthain O Cerbuill d'Hoganacht Lâcha Léin, arbahe ecnaidi 
baferr inaimsir. Isa|m]lrt/W roboi intriar sin 7 isiat comaéssa ', 
comdealba 7 oen ainm forra .i. Domnall intainm; 7 robktar 
immorro tribliadna icfoglaim occa. 

Icinn mmbliadan autem adubratar fnanaiti : isâillinn, arsiat, 
dul cor/ce inniarusâhv// 7 cotir 2 iuda coro imthidsit arcosa 
cech cowair roimtiginslanicid italmam. Itubairt intaite : Nireg- 
thai no cofagbaithi luag mo saethair oc|~u]msa, arsé. Adubnz- 
ta[r] nadalt[a]da : Nifuilagaind ni dobermais âuit, uht bernait 
tribMadna eli acdén[u]m umaloiti 3 d«/t, mad ail leat. Nihàil, 
arsé; acht tabr[ai]d mo bretha fein dam, no dogen bar nes- 
caine. DoWram, arsiat, dia roib acaind . Ronaissc forro fosois- 
A cela ancoimdid. Ragthai, arsé, isin cornai 4 'sâil lib, 7 bid riiarb 
sib an aenfec/tf arïnturus ; 7 isibreath cuingimsi oruibsi : cin- 
dularnem iarnécaib daib, «ocotistai chugumsa artûsdiainnis > 
dam cafad mosa[e]gal 7 coroindisiu 6 infagaim mochuid 
dochendsâ " incoimded. Geallmaitne d///tsi sin 8 ahucht ancoim- 
ded, arsiat. 

Roimthigsit 7 rucsat bentachtam léo onaide 9 7 rosfacsrtt 
bennar/rtain aice d'idiit. Rosirsit d^no indom[u]n IO , cach conaxt 
dochualatar cm/ doimthear/jf 7 roncatar autem fadeôid coiaru- 
sâWem 7 fuaradar bas ann inoen techl 7 rohadnaicid conanoir 
moir infijarusalew. 

Tanicd[a]no Michel arcairigil oDiaar &cend. Itdu(f°44 v°b)- 
brudar : Niragham no cuslanaighem in mbreithir " t[u]csn// 
friarnoidi tosoïscêla Crist. Imthig/d, ar intaingil, 7 indisid do 
v'ibWadna coleth aice dosaeg/// 7 adul aniîrinn iarsin cob/v/th ; 
berthar d[a]no breath fair illô bratha 12 . Inndis duinn, arsiat, 

1. cotncruth O'C. 

2. isintir O'C. 

3 . aç omhuloid O'C. 

4. Rachaidh, arsé, in conair O'C. 

5. innisiti O'C. 

6. co ro innisdi O'C. 

7. anfaghaim ce'nnsa O'C. 

8. «« »t «m O'C. 

9. «a notât O'C. 

10. dano indomun mq. dans O'C. 

1 1 . breath O'C. 

i2. Iarsin berus an breath allô bratha fair O'C. 



L'aventure de Maelsuthain. 205 

cid ma.curlh.ar inifn/w hé. Artri fathaib, arintaingil .i. aramét 
tôirces r incanôin 7 amét donmnaib fer frisi coimraicmf 2 7 
artregud indaltusa. 

Ise immorro fâth imartreigsim intaltus : .i. [macj 5 maith 
robui aicce, . i . Maelpat/vric a ainm side. Rosgab galar bais in- 
mac. Rogab intaltus {osed)t inathimmcill ardàig cowabud marb 
inm^c. Nirtharbaig doibsim sin, uair ba marb inmtfc acétôir. 
Idubrt/Vt Maelsuthain nach gebad indaltus tri bithu inadeagaid 
sinonach facaid 4 anoiracCn'^5 fair;7 nidasonair tue Dia don 
altus cenamrtcsom doslanugz^/, acht robferr lais inmac dibeith 
et/V muinntir nime naittV muinntir taXman. 

Robui Maelsuthain secht mbliadna cenaltas dogabrt//. Iarsin 
ta.nca.tar atriur dalta doacallrtw Màiltsuthain ixechtaib tricolum 
ngel, rohVso[m] fâilti friû, 7 adubairt : Dia bar mbethu, adal- 
tada inmaine 6 , inn[ijsidh dam fbt ma saegiril 7 infagbaim 
fochraicc. Atat, arsiatsom, tribWadna dosaegal zcat 7 dobet[h] 
anifrâm cobrath iarsin. Cid mambeinn ~ anifhYm, arséisim. 
Artrifathaib, arsiat, 7 roindisetar na tri fatha adubrmnar 
romaind . 

Nibafir modulsa anifrinn, arsé, uair natrihuilcsin itâ acamsa 
gusaniu nibiait ocwmsa 8 oso[m]amach ; 7 treiefetsa nahuilc 
sin, 7 logfaid Dia damsa iat, amail rogeall fein intan atrubairt : 
Impietas impii inquâcumqwe hora conuersus fue[r]it non noce- 
bit. Nidingen dan[o] cialla uaim fein isin canoin, acht amail 
dogeb 9 isnaleabraib diadaib. Nicoimrec f/i mnâi tir 10 cenber 
beô ; gebat d[a]nosaltir cechlai 7 dogén cet slec/;/ain cech lai ll . 
Secht mbliadna itû genaltus dogabail ; gebatsa altus iosecht 

1. toircer Ms ; torrees O'C. 

2. do mhnaimh frisid coimricenn O'C. La traduction mot à mot de notre 
texte est « quantité de femmes d'hommes ». 

3. mac ajouté d'après O'C. 

4. tre bithumh nach facaid O'C. 

5. ac Dia O'C. 

6. Les six mots qui précèdent manquent dans O'C. 

7. ou inanibeinn ? pour imambeinn. 

8. Le texte d'O'Curry répète deux fois aiiiu, nibiad ocumsa. 

9. amail twgeibl). 

10. Mot à mot « avec femme d'homme ». 

11. ..diadhuibh. Gebad dna céd shehtain cech lai O'C. 



2oé /. Vendryes. 

cech lai, cenbam ' beo ; 7 dogén tredenus cecha sec/;/maine. 
Denaidsi d[a]n o toc/;/ doc/wm nime, arsé ; 7 ticid illô inet- 
ser/;/a doinn[i]sin scél dam. Ticfamait, arsit. 

Dochuzdar atriur fointuarusgb<7/7 a-'/na 7 robc;;iMr/;/sa[tJ do 
7 rohendachtsom doibsem. 1116 d[a]no aeitser/;/a tangadar a 
trhir fondeilb 2 cétna.; robm^ach câchdib diachéili 7 rofiarfad 
in inunn 5 mobrethsa 4 indiu ôDia > 7 anlâ aile tangabair 
domagallfl/m. Nihinannim/z/orro, arsiat; uair rotaisbenad dûinne 
tinfldsaarnim, 7 islôrlinne 7 tard lôrlatsaiar na riac/j/ain afea- 
bus 6 . Tangamairne aniu amail rogeallsamarne ardocewdsa ; 
7 tar lind aniu aramus inait sin, corabair afreacnarcus " Dé, 
indaontaid nanoem trinoidi 7 muinnt/Vi nime combrath 8 . 

Issann sin rothinoilit sacairt 7 clérig imda cuiçe; 7 rohon- 
gadh hé 7 nirscarstft adaltada fris no côndeachatar acc//;rar 9 
àochîim n/;;/e. 

Issé ascrebtra inf/Vmaithsin atd [in] inis Faithlinn isineclfl/j 
fos, 7 r[e]l. 

TRADUCTION 

VIE DES TROIS DOMNALL. 

Trois étudiants partirent de Coindire 10 pour s'instruire auprès 
du directeur de conscience de Brian Mac Cennétig 11 , qui était 

1. cen bed O'C. 

2. tuaruscbail O'C. 

3. i m 11 11 11 Ms. 

4. ma beathasa O'C. 

5. ac Dia O'C. 

6. « ?«w linnidh afheabus O'C. 

7. fracracus O'C. 

8. ('(» />m/ «a mbreath O'C. 

9. a cethrar mq dans O'C. 

10. auj. Connor, dans le comté d'Antrim. 

1 : . C'est Brian Mac Cennélig, roi de Munster à la fin du x c siècle (v. A'. 
ci-//., XVII, 3 39 et- s., 347, 349, 351 et ss.), plus souvent appelé Brian 
Borunta, du nom de la ville de Bôrime (Bôraime, Bôruma, Bôroma), auj. 
Béai Bôrumha, sur la rive dr. du Shaunon, à env. 1 mille au N. de Killaloe ; 
cf. K. Meyer, Eriu, IV, 71 etss. Il porte le nom de Brian naBanbaa 
Borumi dans un poème de Cuan hua Lothchàin (m. 1024), publié dans la 



L'aventure de Maelsuthain. 207 

Maelsuthain O'Cerbuill, d'Eoganacht de Loch Léin : ; car 
c'était lui le meilleur sage de ce temps. Voici comment étaient 
ces trois étudiants : ils avaient même âge, même figure et 
même nom, Domnall. Ils restèrent trois ans a étudier auprès 
de Maelsuthain. 

Au bout des trois ans voici qu'ils dirent à leur maître : « Nous 
avons le désir d'aller jusqu'à Jérusalem, dans la terre de 
Judée, afin que nos pieds passent par chacun des chemins par 
lesquels a passé le Seigneur sur la terre. » Le maître répon- 
dit : « Vous n'irez pas avant d'avoir laissé entre mes mains le 
salaire de mes peines. » Les élèves reprirent : « Nous n'avons 
rien à te donner; mais nous pouvons rester trois autres années 
à ton service, si cela te plaît. » — « Cela ne me plaît pas, 
dit-il ; mais accordez-moi la décision 2 que je vais dire, ou bien 

Z. f. celt. Pbil., V, 23 et celui de Brian in bùair dans un poème de Gilla 
na Naem hua Duindsléibe (m. 1160), conservé dans le Book of Leinster, 
33 a 30. On sait que le mot bôroma désigne aussi un fameux tribut imposé 
aux habitants du Leinster par le roi suprême Tuathal Techtmar qui vivait 
au 11 e siècle de notre ère (voir d'Arbois de Jubainville, Catalogue, p . 46, et 
Wh. Stokes, R. celt., XIII, 32-124). M. J. Loth a comparé le mot bo-ronu, 
interprété comme « bétail (= argent) de Rome » à l'anglo-saxon Rom-feoh 
« id. », par lequel on désignait en Angleterre depuis le ix e siècle le denier 
de S l -Pierre. Il a pu se produire en tout cas en Irlande une confusion par 
étvmologie populaire entre les deux mots. 

1. Maelsuthain Ua Cerbaill, « grand savant d'Irlande et roi d'Eoga- 
nacht de Loch Léin », comme disent les Annales d'Ulster (ardsûi Erenn 7 
ri Eoganachta Locba Léin), mourut, d'après ces mêmes Annales, en l'année 
1010. On trouvera un poème de lui publié par M. K. Meyer dans la Zeit- 
schriftfiïr eeltische Philologie, t. V, p. 499. Eoganacht de Loch Léin estunnom 
tribal mentionné ailleurs, notamment dans le F élire bùi Gormdin, note au 
i2novembre(éd. Stokes, p. 216-217), dans le Liber Hymnorutn (éd. Bernard- 
Atkinson, t. II, p. 9 et 109) et dans la vie de saint Findchua (Stokes, Lires 
of saints Jrom thc Book of Lis more, p. 235); la tribu descendait d'Eogan Mor, 
roi de Munster au 11 e siècle. 

Loch Léin est l'ancien nom des lacs de Killarney, dans le comté de Kerry ; 
v. Wh. Stokes, The Rennes Dindsenchas in Rev. Celt., XV, 45 1 , et Ed. Gwynn 
The Metrical Dindshenchas, III, 260 et 524. C'est dans ces lacs que se trouve 
l'île appelée Inisfallen (Inis Fâithlcnn), siège du célèbre monastère dont il 
est question à la fin de ce récit. 

2. Cf. co titca tù breth mo beôilféin damha until thou grant me thc sen- 
tence of my own lips » Comperi Monpdin, in The Voyage of Brdn, éd. K. 
Meyer, p. 63, 1. 8. 



2o8 /. Fendrxcs . 

je vous maudis. » — « Nous l'accorderons, dirent-ils, si nous 
le pouvons. » Il les fit s'engager sur l'évangile du Seigneur. 
« Prenez, dit-il, le chemin que vous désirez ; vous mourrez 
tous trois en même temps dans le voyage ; et voici la demande 
que je vous adresse : c'est de ne pas aller au ciel après votre 
mort sans être venus d'abord vers moi pour me dire quelle 
longueur aura ma vie 1 , et si j'obtiendrai ma part d'indul- 
gence du Seigneur. » — « Nous te le promettons, par le 
sein du Seigneur », dirent-ils. 

Ils partirent, emportant la bénédiction de leur maître, et 
lui laissant la leur. Ils parcoururent le monde, suivant tous 
les chemins où ils entendaient dire que le. Christ avait passé; 
et ils atteignirent enfin Jérusalem, où ils trouvèrent la mort 
en même temps ; on les enterra à Jérusalem avec grand hon- 
neur. 

L'archange saint Michel 2 vintleschercherdela partdeDieu. 
Mais ils lui dirent : « Nous n'irons pas sans avoir accompli la 
promesse que nous avons donnée à notre maître sur l'évan- 
gile du Christ. » — « Partez donc », dit l'ange, « et informez- 
le qu'il a encore trois ans et demi à vivre et qu'il ira en enfer 
après cela, éternellement. Jugement sera porté sur lui au jour 
du jugement. » — « Informe-nous », dirent-ils, « pourquoi 
il sera jeté en enfer. » — « Pour trois raisons », dit l'ange : 
« pour la quantité d'interpolations qu'il a introduites dans le 
canon ; pour la quantité de femmes avec lesquelles il a eu 
commerce, et pour avoir abandonné l'altus 3 . » 

La raison pour laquelle il avait abandonné l'altus était lasui- 
vante : il avait un bon enfant, nommé Maelpatric. Une maladie 



i. Ci. fol saiquil gl. diuturnitatem Ml. 145 de), etbidsefotasaeguil « ce 
sera la longueur de sa vie » Tain bô Cûalnge, 1. 1768 (L. L. 71 a 13). 

2. L'archange saint Michel est le messager ordinaire de Dieu vers les 
hommes ; d. un épisode de la vie de Colum Cille, Zeitsch. f. celt. Phïl. 
IX, 265. 

3. Il s'agit de l'hymne Al tus prosator, attribué par la tradition à Colum 
Cille. Cet hymne, conservé dans sept manuscrits, a été en dernier lieu 
édité par J. H. Bernard et R. Atkinson dans The Irish Liber Hymnorutn 
(Henry Bradshaw Society, London, 1898), t. I, p. 66 et suiv., avec une 
étude très complète et une traduction anglaise au t. II, p. 140-169. Le texte 



L'aventure de Maelsuthain. 209 

mortelle s'empara de cet enfant. Il chanta l'altus sept fois autour 
de lui pour que l'enfant ne mourût pas. Cela ne leur servit 
de rien, car l'enfant mourut sur le champ. Maelsuthain déclara 
qu'il ne chanterait plus l'altus de sa vie, à cause qu'il ne voyait 
pas que le Christ fît honneur a ce chant. Pourtant ce n'était pas 
par déshonneur ' pour l'altus que Dieu n'avait pas guéri son 
enfant, mais bien parce qu'il trouvait meilleur d'avoir cet enfant 
dans la famille du ciel que dans la famille de la terre . 

en est assez difficile et fourmille de termes qui rappellent les Hisperica 
famina. Il avait été auparavant plusieurs fois édité, notamment par Colgan, 
Trias Thaumaturga, t. Il, p. 473 (1647) et par J. H. Todd, Book ofhymns 
ofthe Ancient Churchof Ireland, t. II, p. 201-251 (Irish Archaeological and 
Celtic Society, 1869). Mais l'édition d'Atkinson a lait perdre leur valeur 
aux éditions antérieures, y compris celles de Boucherie (Revue des Lingues 
romanes, t. VII [1875] p. 12, avec une addition t. XIV [1882], p. 293), de 
Cuissard (Revue celtique, t. V, p. 205) etc. ; cf. R.celt., VII, 237. 

Il est assez remarquable que la littérature hagiographique de l'Irlande 
passe à peu près sous silence l'Altus de Colum Cille. . Il n'en est pas ques- 
tion dans les vies de Colum Cille qu'a publiées Wh. Stokes (Three middle 
Irish Homilies, Calcutta, 1877, p. 90-125 et Lives of saints from the Book oj 
Lismore, p. 20-33) ni dans celle, beaucoup plus développée, que MM. R. 
Henebry et A. Kelleher ont publiée dans la Zeitschrift fur celtische Philolo- 
gie, t. III, IV, V et IX. La seule allusion à YAltus que signale Atkinson, 
en dehors de l'aventure de Maelsuthain, est dans le poème inédit du Ms. 
Laud 615 intitulé Mesca Coluim Cille, sorte de vision extatique de Colum 
Cille à l'heure de sa mort (v. Reeves, Adamnani Vita Columbaé, 
p. lxxix-lxxx); on y lit cette strophe : 

mo altus ainglidhe go naoimh 

1110 easparta dia dardaoin 

Mo ainhra ag righ an esca glan gle 

annso fagbhaim tar meise. 

« mon Altus saintement angélique, 

mes Vêpres du jeudi, 

mon Amhra au roi de la pure lune brillante, 

voilà ce que je laisse après moi. » 

Serait-ce, comme le suppose Atkinson, d'après une suggestion de la préface 
(p. 146), que l'Altus contenait des doctrines qui n'étaient pas très ortho- 
doxes ? On comprendrait alors qu'il fût tombé en discrédit et qu'un lointain 
disciple de Colum Cille ait éprouvé le désir de composer cette histoire pour 
le remettre en faveur. 

1 . Le mot esouoir « déshonneur » se rencontre dans la vie de Colum 
Cille, Z. f. celt. Phil., III, p. 524 dern. ligne ; gén. esonora, ibid., p. 544, 
I.3. 

Revue Celtique, XXXV. 14 



2io /. Vendryes. 

Màelsuthain resta sept ans sans chanter l'altus. C'est alors 
qu'arrivèrent les trois élèves pour entretenir Màelsuthain ; ils 
avaient la forme de trois colombes blanches ; il leur fit bon 
accueil et leur dit : « Salut à vous ', ô gentils élèves, dites- 
moi la longueur de ma vie et si j'obtiendrai récompense. » — 
«Tu as, dirent-ils, encore trois ans à vivre, et tu seras ensuite 
éternellement en enfer. » — « Pourquoi serais-je en enfer », 
dit-il . — « Pour trois raisons », dirent-ils, et ils lui expo- 
sèrent les trois raisons que nous avons données plus haut. 

« Il n'est pas vrai que j'irai en enfer, » dit-il, « car ces 
trois vices qui sont sur moi aujourd'hui n'y seront plus désor- 
mais; je les abandonnerai et Dieu me les pardonnera comme 
il l'a promis lui-môme quand il a dit : L'impiété de l'impie ne 
lui nuira pas, en quelque jour qu'il se convertisse 2 . Je ne 
mettrai aucun sens venant de moi-même dans le canon, mais 
[je l'interpréterai] tel que je le trouverai dans les livres divins. 
Je n'aurai aucun commerce avec une femme tant que je 
serai vivant. Je lirai le psautier chaque jour et je ferai 
chaque jour cent génuflexions. Voilà sept ans que je suis sans 
chanter l'altus ; je le chanterai sept fois par jour tant que je 
serai vivant, et je ferai trois jours de jeûne par semaine. 
Retournez donc au ciel, » dit-il, « et venez au jour de la 
mort pour me donner des nouvelles. » — « Nous viendrons », 
dirent-ils . 

Ils repartirent tous trois dans le même équipage 3 , après 
l'avoir béni et avoir reçu sa bénédiction . Le jour de sa mort, 
ils revinrent tous trois sous la même forme. Ils échangèrent 
des bénédictions, puis il leur dit : « Mon jugement est-il le 
même aujourd'hui de la part de Dieu que l'autre jour où vous 
vîntes m'entretenir ? » — « Il n'est pas le même, » dirent- ils ; 
« car on nous a montré ta place dans le ciel ; sa dignité nous 

i. Cf. Dia do betha « salut à toi » m. à m. « Dieu (soit) ta vie », Vision 
de Tondale, éd. K. Meyer et V. H. Friedel, p. 101, chap'. vin, 5. C'est 
par Dia do beatha qu'est traduit Auc (Maria) dans la salutation angélique 
(Luc, I, 28). La Bibliography de Best(v. ci-dessous, p. 225) mentionne, 
p. 145, trois poèmes qui commencent par Dia do betha. Dans VEchtra Nerai, 
1. 113, on lit fo Dia do betho (R. celt., X, 222). 

2. Ezéchiel, chap. XXXIII, §12. 

3. Le mot tuarascbail signifie proprement « description ». 



L 'aventure de Maelsutbain. 211 

satisfait et te satisfera quand tu y seras arrivé. Nous sommes 
venus vers toi aujourd'hui comme nous te l'avons promis ; 
viens avec nous aujourd'hui jusqu'à cette place, afin que tu 
sois en la présence de Dieu, en l'unité de la sainte Trinité et 
de la famille céleste jusqu'au jugement. » 

C'est alors que se rassemblèrent autour de lui des prêtres 
et des clercs en grand nombre ; il reçut l'extrême-onction, et 
ses élèves ne le quittèrent pas jusqu'à ce qu'ils partirent tous 
les quatre vers le ciel. 

Les écrits de cet excellent homme sont encore à Inisfallen 
dans l'église, etc. 

J. Vendryes. 



UN 
RAPPROCHEMENT CELTO-OMBRIEN 



On sait que les dialectes osco-ombriens ont gardé parfois 
mieux que le latin les mots du vieux fonds italique com- 
mun et présentent ainsi avec les autres langues indo-euro- 
péennes des correspondances de vocabulaire dont le latin n'a 
plus trace. Par exemple on ne retrouve qu'en osco-ombrien 
le pendant italique du mot irlandais tuctth, gotique ftiuda, qui 
est le nom occidental de la « cité ». L'ancien radical ner- 
« fort, viril » conservé dans l'irlandais ncrt et le gallois nerth 
« force » ne se rencontre sur le sol de l'Italie qu'en sabin 
(Nero), en ombrien (nerf « principes », nerus « principibus ») 
et en osque (jier « uir », nerum « uirorum »). Inversement 
le nom du magistrat en osque (ineddiss « iûdex », d'où medi- 
cim « iûdicium », medicatinom « iûdicàtiônem »)et en volsque 
(medix) contient comme premier terme un élément qui n'a 
le même sens qu'en irlandais (tnidiur « je juge »). 

A ces exemples bien connus, on peut sans doute joindre le 
suivant. 

Pour désigner la loi, à côté du mot dliged qui signifie pro- 
prement « obligation, dette » et appartient au vocabulaire 
du Nord-Ouest (v. Meillet, Dialectes indo-européens, p. 21), 
l'irlandais a un autre mot d'extension plus restreinte : c'est 
ad (.i. dliged, Laws IV, 4, 17; cf. Be^. Beitr., XIX, 39 et 
Arch. f. ce! t. Lcx., I, 66 et III, 171). On en a tiré ada « lé- 
gal, juste, convenable » ', employé substantivement au sens 

1. Cf. ni bd bada ri con uni m hi Temraig « un roi avec défaut (physique) 
ne convenait pas à Tara », L. U., 50 b 34 ; ni bada do 1110 menmain apairi 
romnet « mon cœur ne mérite pas le tour que j'ai subi(?) », Lee. 124 b 10. 



Un rapprochement celto-ombrien . 213 

de « prérogative, droit >■>, et adas, com-adas « juste, conve- 
nable » ' formé avec un suffixe -asto- sur l'origine duquel ren- 
seigne M. Pedersen, Vgl. Gr., II, 21. L'adjectif adas est traduit 
par « bon » dans le glossaire de O'Clery (adbas .i. maith) ; 
suivant le dictionnaire de O'Reilly, que M. Dinneen ne fait 
sans doute ici que reproduire, adbas aurait en irlandais 
moderne le sens de « bien, prospérité ». En brittonique, le 
même adjectif est attesté sous sa forme simple et composée : 
gall. addas et cyfaddas ; en v. gallois clmadas gl. par (deux 
fois), et en v. breton camadas gl. habilis (v. Loth, Voc. vieux- 
breton, pp. 72 et 64) 2 . 

Whitley Stokes a proposé successivement pour ces mots 
deux étymologies inacceptables. Suivant l'une (Kuhn und 
Schkicbcr's Beitrâge, VIII, 330), le radicale- représenterait la 
racine *sed- de l'allemand Ge-set% ; suivant l'autre, il représen- 
terait une racine *pad-, celle de l'allemand fassen. 

L'ombrien fournit, semble-t-il, un rapprochement plus 
satisfaisant. 

Il est frappant de constater en effet que le radical ad- se 
rencontre avec un sens voisin du sens celtique dans le rituel 
ombrien : arsmor « ritus, institutiones », a r manu (lire 
ar m a mu), arsmahamo « ordinamini », arsie « sancte », 
arsier « sancti ». Dans tous ces mots le son r (rs) représente 
un d ancien (von Planta, Grammatik der oskisch-umbr . DiaL, 
I, 294). Il est vraisemblable qu'une trace du même radical se 
conserve en latin dans la vieille formule ita te amata capio, 
par laquelle le pontife saluait la vestale nouvellement consa- 
crée (Walde, Etym. Wtb., 2 e éd., s. u.). 

Nous avons affaire ici à un terme du vocabulaire religieux 



'&* 



1. Cf. adas Wb. 5 d 35 ; contactas Wb. 8 b 1 ; bid adas duit « il te sera 
convenable » L. U., 67 a 36; in troscud trath bas n-adas « le jeûne au temps, 
où il est de régie », Ériu, II, 65, 9. 

2. M. J. Loth me signale les exemples suivants en gallois ancien : met 
y bâtas « c'est l'hydromel qui leur convient » Bl. Book, éd. Ev., p. 48, 16 ; 
graivn adas « dignes de grain » (en parlant des chevaux de Gereint), Bl. 
Book, éd. Ev., p. 73, 6 et Red Book, ap. Skene, II, p. 276, 20; dofyn 
eigyawn adas « méritant l'Océan profond (pour être noyés) », B. of Tal., 
ap. Skene, II, p. 152, 13 . 



214 J- Vcniryes. 

commun aux Italiotes et aux Celtes. Seulement le mot s'est 
de bonne heure laïcisé en celtique ; et c'est le sens de « con- 
venance », d'« appropriation » qui subsiste seul dans les déri- 
vés ada, adas (com-adas). 

Il est possible que les mots adma « instruit, sage, avisé » et 
adim (ou adcm, v. Thurneysen, Hdb., I, iéo) « instrument, 
appareil » sortent aussi de la même racine avec un suffixe 
en -m- comparable à celui de l'ombrien. 

J. Vendryes. 



CORNOVIANA 

(suite) ' 



VII 

LAVALOW 



La sincérité de cette forme n'est guère douteuse, en raison 
même de son étrangeté. Lhwyd (Arch., 10, col. 3 5231, 2) dit 
qu'il n'a pas remarqué d'autre exemple de cette corruption; il l'a 
tiré d'une traduction de la Genèse, I, 7 1 . 

Quelle en est l'origine ou plutôt la cause ? J'avais toujours 
pensé que c'était une dissimilation de n de l'article : 'lavalow 
pour 'n avalùiu : devant les mots commençant par une voyelle 
a (d) de l'article disparaît même dans l'écriture ; aujourd'hui 
noon pour an un = au gun (féminin), le marais, bas-fond 
marécageux, lande. Ma supposition était juste. Un champ, en 
Camborne, porte le nom de Giueaklavdlan, à décomposer 
en GiveaJ cl avellan pour GweaJ en avallun, le champ du pom- 
mier (Tithes Apport ioinnent. On prononce sans doute : Gwel 
lavalhu). 

VIII 

LES GLOSES A SMARAGDUS SONT CORNIQ.UES 

J'avais montré par des arguments tirés de la forme des mots 
dans YArchiv f. Ce! t. Lexic. (III, 250-256) que les gloses à 
Smaragdus devaient être comiques, contrairement à l'opinion 
de M. d'Arbois de Jubainville qui les croyait bretonnes. J'en 

1. Voir Revue Celtique, t. XXXIV, p. 181. 



2ié /. Lot h. 

avais, dans les gloses même, une preuve décisive, qui m'avait 
échappé. On y trouve, en effet, golent, pleps 1 . C'est indubi- 
tablement Galant, paroisse (plebs) sur la rivière de Fowey, où 
se trouve la célèbre église de S'-Sampson . Le scribe était sans 
doute de cet endroit. J'avais enlevé au comique les Gloses de 
Voxon. post, pour les restituer au gallois {Revue Celt., XIV, 70). 
Je lui restitue définitivement les gloses à Smaragdus en les 
enlevant, chose plus méritoire, au breton. Ma conscience est 
tranquille. 

J. Lot h. 

1. La glose golent porte en effet sur pleps (v. Arch. f. Celt. Lex., III. 
252), et non sur prex comme le croyaient M. d'Arbois de Jubainville (Rei\ 
Celt., XXVII, i)3) etM. Ernault (tbid., XXVIII, 54). 



BIBLIOGRAPHIE 



Sommaire. — I. J. Morris Jones, a comparative Welsh Grammar, I. 
— II. P. W. Joyce, Irish Names of places, III. — III. National Library 
of Irelaxd, Bibliography of Irish Philology and Literature. — IV. R. 
Thurneysen, Die Kelten in ihrer Sprache und Literatur. — V. O. H. 
Fynes-Clintùn, The Welsh Vocabulary of the Bangor district. — VI. 
Eben Fardd, Awdl Dinistr Jérusalem. — VII. Karl Schumacher, Ver- 
zeichniss der Abgùsse und wichtigeren Photographien mit Germanen- 
Darstellungen. 



J. Morris Jones, A Welsh Grammar, historical and comparative, I 
(Phonology and Accidence). Oxford, Clarendon Press, 1913. 
xxvij-477 p. 8°. 13 s. 6 d. 

Au début du mois de juillet dernier, l'honorable Society of Cym- 
mrodorion était en fête : le 3, à 8 h. du soir, il y avait banquet au 
Trocadero Restaurant, Piccadilly Circus; le.4, de 8 h. 1/2 à 11 h., 
réception et garden-party à Whitehall, 11 Downing Street, chez 
le Chancelier de l'Echiquier, M. Lloyd George, député de Carnar- 
von Boroughs. Le signataire de ces lignes, qui avait reçu l'hon- 
neur d'une invitation à cette double solennité, eut un vif regret de 
ne pouvoir s'y rendre. Il s'agissait de célébrer un événement des- 
tiné à faire époque dans l'histoire de la philologie galloise, un évé- 
nement qui est apparu comme un événement national, l'achève- 
ment par M. Morris Jones de la première partie de sa Welsh Gram- 
mar. 

Depuis de longues années, M. Morris Jones annonçait ce grand 
ouvrage. On savait qu'il y travaillait toujours, même après l'avoir 
terminé, qu'il le remaniait, le refondait, qu'il en changeait le plan 
et l'économie, qu'il y introduisait des remarques nouvelles, des- 



218 Bibliographie. 

exemples recueillis au cours de ses lectures, des références aux tra- 
vaux dernièrement publiés. Parfois, il en dévoilait quelques par- 
ties à ses élèves de l'University Collège de Bangor, et il essayait 
sur eux la valeur pédagogique de sa méthode ; mais il hésitait tou- 
jours à livrer son manuscrit aux typographes. Enfin, l'ouvrage a 
paru, ou du moins le premier volume, relatif à la Phonétique et à 
la Morphologie, c'est-à-dire, pour parler anglais, à la « Phonology » 
et à 1' « Accidence ». Le second volume sera consacré à la syn- 
taxe. 11 est une question que chacun se posera d'abord : Ce pre- 
mier volume répond-il à ce qu'on en attendait d'après le nom de 
l'auteur ? mérite-t-il l'accueil si flatteur qu'il a reçu de l'autre côté 
du détroit ? On peut répondre oui sans hésiter. 

C'est la première étude complète dont la langue galloise soit l'ob- 
jet. L'auteur nous dit dans sa préface qu'il ne voulait d'abord 
écrire qu'une grammaire descriptive du gallois moderne : mais à 
mesure qu'il avançait dans cette tâche, les limites de son sujet recu- 
laient devant lui. Il a été peu à peu conduit à embrasser tout le 
gallois, depuis les origines jusqu'à nos jours, à mêler par consé- 
quent l'histoire à la description, à expliquer le présent par le passé, 
à rechercher les lois qui ont transformé les sons et les mots. De là 
les deux épithètes qui définissent cette grammaire : elle est histo- 
rique et comparative. 

Pour faire l'histoire du gallois, M. Morris Jones était mieux pré- 
paré que tout autre. Gallois de naissance, et natif d'Anglesey, terre 
galloise par excellence, il n'a jamais cessé d'étudier sa langue ; il en 
connaît tous les secrets, toutes les ressources, étant lui-même un 
des meilleurs écrivains, en vers et prose, de l'heure présente. Il s'est 
intéressé à toutes les questions qui s'y rapportent, orthographe et 
versification, grammaire proprement dite etlexicographie. Il domine, 
peut-on dire, son sujet de tous les points de vue. Jusqu'ici, si l'on 
met à part sir John Rhys, qui n'a d'ailleurs jamais publié d'exposé 
systématique de la grammaire galloise, ce sont surtout des étran- 
gers qui se sont occupés de l'histoire du gallois ; il était excellent 
qu'un savant dont le gallois est la langue maternelle bâtît l'œuvre 
d'ensemble dont tous les linguistes avaient besoin. M. Morris Jones 
d'ailleurs n'oublie pas ce qu'il doit à ses devanciers; il mentionne, 
pour leur rendre un hommage mérité, le nom desZeuss, des Stra- 
chan, des Pedersen. 

Il y a pourtant dans ses références une lacune dont plus d'un 
s'étonnera et que nous signalerons tout de suite pour n'en plus 
parler. Un nom figure à peine dans la bibliographie du début et 
reste à peu près absent du corps de l'ouvrage. C'est celui du seul 



Bibliographie. 219 

linguiste qui eût été, je crois, capable avec M. Morris Jones d'en- 
treprendre cette grammaire ; qui en tout cas depuis plus de 30 ans 
n'a guère laissé passer d'année sans publier sur la langue galloise 
d'utiles et fécondes observations : c'est celui de M. J. Loth. 
Nos lecteurs, habitués à rencontrer le nom de M. Loth dans tous 
les cahiers de notre Revue apprendront avec stupeur que M. Mor- 
ris Jones a ignoré les articles de la Revue Celtique signés de ce nom 
et notamment les Remarques et additions à l'Introduction de Strachan, 
parues d'ailleurs aussitôt après en volume, où il y a sur la phoné- 
tique et la morphologie du moyen-gallois tant d'enseignements 
précis basés sur des recherches personnelles. Le champ de la phi- 
lologie galloise est assez vaste pour que deux — ou plusieurs — 
travailleurs y puissent récolter sans se nuire. M. Morris Jones, qui 
apporte lui-même à l'histoire du gallois une contribution person- 
nelle si abondante, pouvait, sans se diminuer, tenir compte de celle 
d'autrui. Par exemple, il n'eût été que juste de mentionner p. 339 
que l'explication delà forme ducb est de M. Loth (R. Celt., XX, 
79) et de rappeler son nom p. 429 à propos de la particule ry sur 
laquelle il a publié une copieuse étude (v. R. Celt., XXIX et 
XXX). Sur le comparatif d'égalité, p. 243, la doctrine de M. Loth 
(R. Celt., XVIII, 392) méritait d'être exposée aussi bien — si ce 
n'est mieux — que celles de Zimmer ou de Stern. 

Le regret que peuvent causer ces omissions fâcheuses n'at- 
faiblira pas les justes éloges que nous devons à tout ce qui con- 
cerne en cet ouvrage l'histoire du gallois. Cette partie est à louer 
d'un bout à l'autre ; elle est nourrie d'une érudition considérable, 
elle fournit une masse de faits dispersés jusqu'ici dans une foule 
d'ouvrages malaisés à consulter, et pour une bonne part emprun- 
tés même à des textes encore inédits. M. Morris Jones a eu la bonne 
fortune de pouvoir utiliser par exemple les éditions que prépare 
M. J. Gwenogfryn Evans. Le travail de dépouillement qu'il a 
accompli est considérable ; jamais un si grand nombre de maté- 
riaux n'avaient été rassemblé. Il en a dégagé une doctrine dont 
l'exposé est bien conduit, clair, méthodique. A tous égards, 
M. Morris Jones historien de sa langue a bâti une oeuvre solide 
et qui sera durable. 

Il a voulu faire plus encore et, pour couronner cette œuvre, se 
donner le luxe d'y ajouter des développements d'ordre linguistique. 
C'est un bel hommage qu'il rend ainsi à la grammaire comparée. 
Le désir qu'il a eu de se mettre au courant des derniers travaux est 
des plus méritoires. C'est M. Pedersen sans doute qui lui a inspiré 
ce désir; mais il ne s'en est pas tenu aux théories de M. Pedersen, 



2 2o Bibliographie. 

il a consulté aussi V Allant de M.Hirt, et l'Introduction de M. Meillet. 
Ces trois éminents linguistes ont chacun une personnalité très accu- 
sée, mais bien différente. Une synthèse de leurs doctrines pourrait 
être un platassez savoureux. Tirer dechacun d'eux quelquesformules 
pour les plaquer dans un chapitre de grammaire galloise produit par- 
fois un singulier effet. Quelque soin qu'ait mis M. Morris Jones à 
s'assimiler les théories linguistiques, ce qu'il en a tiré ne cons- 
titue en somme que des hors-d'œuvre, et sa doctrine même 
n'est pas toujours bien assurée. On est tenté parfois de souhaiter 
moins d'indo-européen, moins de reconstructions hypothétiques. 
Le malheur est que M. Morris Jones a généralement emprunté 
surtout à ses modèles ce qu'il y a dans leurs hypothèses de har- 
diesses contestables : on sait qu'il en trouvait à prendre chez 
M. Hirtet chez M. Pedersen. Il reproduit la théorie des « bases » 
de M. Hirt, p. 78-85, et s'ensertpour expliquerle vocalisme gallois. 
Il s'attarde à exposer, p. 155-159, les alternances consonantiques de 
l'indo-européen ! C'est une matière dont M. Pedersen a souvent 
tiré un heureux parti ; mais il convient de n'y toucher qu'avec d'ex- 
trêmes précautions. Il n'y a rien de commun entre les alternances 
vocaliques qui font partie du système morphologique de la langue 
et les alternances consonantiques, qui ne sont que le résultat d'ac- 
cidents particuliers et pour tout dire des exceptions. Si l'on érige 
en règle la possibilité de ces alternances, autant renoncera faire de 
l'étymologie méthodique. 

Emporté par son admiration pour les constructions linguistiques, 
M. Morris Jones s'est mis à en faire lui-même; mais son imagina- 
tion trop vive l'a desservi ; le grain de fantaisie qui se mêle fré- 
quemment chez les savants anglais aux raisonnements les mieux 
déduits a germé chez lui en une riche moisson. Il a en phonétique 
des idées singulières. Ainsi il suppose p. 125 que dans certains 
mots le p indo-européen est devenu / en celtique, et il cite une 
dizaine d'exemples de ce changement que nul n'avait soupçonné 
jusqu'ici. Mais le plus extraordinaire est qu'il y a un mot au moins 
où le p indo-européen est à la fois tombé et devenu /; c'est *porko- 
qui est en irlandais représenté par orc et par tore. Inutile de dire 
qu'il s'agit de deux mots différents (cf. F. Sommer, 1. F., XI, 91) 
et qui n'ont peut-être pas exactement le même sens (ata tore sechi 
tnbliàdân and; ... orc beec... L. U., 100 a 42). Quant aux autres 
mots de la liste, ils n'y figurent que grâce à des étymologies inven- 
tées pour les besoins de la cause et qui ne reposent sur rien. 

C'est en matière d'étymologieque M. Morris Jones aies trouvailles 
les plus déconcertantes. Discuter toutes les hypothèses qu'il pré- 



Bibliographie. 22 1 

sente serait une entreprise trop longue et bien inutile. Il suffira 
d'en donner quelques exemples. Pour expliquer epil « offspring » 
ebrwydi « quick », il suppose gratuitement, p. 125 et 267, l'exis- 
tence d'un préfixe eb- issu de *ek-no- ! Il rattache p. 154 myned 
« aller »à la racine du lat. ueniô par une série d'intermédiaires qui 
n'ont aucune vraisemblance. P. 160, il établit un rapport égale- 
ment invraisemblable entre teimlo et le latin tangere (où la nasale 
n'appartient pas à la racine!). Pour expliquer arogleu « parfum » 
(p. 146), dxddfu « dévaster » (p. 147), perth « buisson » (p. 149), 
allwedd « clef» (p. 150), elor « civière » (p. 188), et tant d'autres 
mots, il ne recule pas devant des reconstructions qui appartiennent 
au domaine de la fantaisie pure. Il y a beaucoup d'étymologies dans 
son livre ; en l'absence de tout dictionnaire étymologique gallois, 
on fera bien de toujours contrôler sévèrement celles qu'il donne ; 
plus d'une devrait être supprimée. 

Sur certains points en revanche, il y a des insuffisances et même 
des lacunes. Si estimable que soit la préparation linguistique de 
l'auteur, elle ne l'a pas préservé de certaines erreurs. Il confond 
par exemple la différenciation et la dissimilation, appelant de ce 
dernier nom le changement de camdda en canfa (p. 179) ou le pas- 
sage demr- à br-(p. 164). Il ne distingue pas suffisamment p. 38 
et 88 l'interchange de wa et de iuo en gallois du changement pan- 
brittonique de wo en iva qu'à établi M. Pedersen, 1. 1, p. 34 : et il 
expose p. 130 d'une façon bien confuse le traitement de la gut- 
turale vélaire aspirée en gallois. Parlant p. 334, § IX (1), de l'em- 
ploi du présent en fonction de futur, il l'attribue à un phénomène 
d'analogie proprement gallois; la grammaire comparée lui ensei- 
gnait que ce même emploi est attesté dans bien des langues, et 
notamment en gaélique d'Ecosse (Pedersen, II, 305), et qu'il s'agit 
là d'un fait général qui se rattache à la question des aspects du 
verbe. P. 384, à propos de la formation des verbes dérivés en -ha-, 
la doctrine de l'auteur est bien compliquée, et l'on ne voit pas trop 
comment il la concilie, soit avec l'irlandais, soit avec le latin ; il 
pouvait s'inspirer des réserves si prudentes de M. Thurneysen, 
Hdb.,l, 315 

La première des lacunes à reprocher à l'auteur concerne juste- 
ment l'irlandais. L'irlandais n'occupe pas dans ce livre comparatif 
la place qui lui revient. On est tenté à chaque instant d'y faire appel 
pour donner aux règles plus de précision et d'extension à la fois. 
Ainsi à la page 177, là où il est question du traitement -y (-«) de la 
spirante gutturale après r et /, on s'attendait à voir citer les mots 
irlandais arg, bolg, deîg, selg à côté du gallois eiry cira (bret. crc'h), 



222 Bibliographie. 

boly, dala (v. ci-dessus, p. 53), hela, ou le breton aivalc'b à côté 
du gallois givaly gwaia. La comparaison s'imposait et rendait 
les faits beaucoup plus clairs. — A la page 42e, au lieu d'une étv- 
mologie bien fantaisiste sur la particule neu, n'eùt-il pas été plus 
à propos de dire que l'irlandais en a l'équivalent sous la forme no 
(v. Pedersen, II, 290) ? — P. 30e, a propos de l'emploi de e-ben 
en breton comme féminin de e-gile « l'autre », il devait être men- 
tionné que l'irlandais emploie de même le mot sétig, féminin 
de cèle; ainsi benaid cend ceachtair de in dâ 'maille fri araile combo 
liath ceachtar de de inchind a séitche « il frappe l'une contre l'autre la 
tête des deux servantes au point que chacune d'elle fut grise de la 
cervelle de l'autre » Lee. 52 b 12 ; tanîc buden aile and dana isin 
tulaig cétnai Slemuin Mide, tanaiseda séitche eter lin 7 chostud 7 tim- 
ihaige « il vint encore une autre troupe sur la même hauteur en 
Slemain de Meath; elle était la seconde après l'autre (buden, f.) 
par le nombre, l'apparat et le costume» L. L. 97 b 1 (= TBC, 
5204). — P. 224, l'irlandais derb-brathir (derb-siur) « the real bro- 
ther (sister) of the blood » devait être cité à côté de eefudenu, cyf- 
nitberw. 

Plus étrange encore que la rareté de l'irlandais est celle des 
autres dialectes brittoniques, si étroitement apparentés au gallois. 
Dans cette grammaire comparée, où ils fournissaient sur bien des 
questions des données indispensables, ils sont à peine utilisés. 
M. Morris Jones évite visiblement de s'aventurer sur le domaine 
comique ou sur le domaine breton ; l'abstention est regrettable. 
Ainsi page 92, à propos de la métaphoniede a en e devant i bref, il 
fallait citer le breton armoricain, où justement cette métaphonie 
n'existe pas et qui présente par conséquent l'ancienne voyelle con- 
servée, par exemple dans halec « saule », radenn « fougère » en face 
du gallois helyg, rhedyn (v. J. Loth, Mots Latins, p. 100 et 105 et 
R. Celt., XIY,7o). — P. 194, l'auteur signale des « traces de l'usage 
du duel » dans legallois deurudd « joues » dwyfrona. seins » ou dwy- 
hnuo. mains » ; il ne dit pas qu'il s'agit d'un procès commun aux trois 
dialectes brittoniques, où le duel a été, non pas conservé, mais en 
quelque sorte recréé d'une façon identique, bien qu'indépendante: 
breton daoulagad « veux »,daoulin «genoux », diskouarn « oreilles», 
diskoa « épaules», etc. 

L'absence de l'irlandais et du breton est surtout sensible dans les 
rapprochements étymologiques. La connaissance de ces langues 
aurait évité à l'auteur bien des hypothèses inadmissibles ou aurait 
au contraire confirmé ses doctrines. A propos par exemple de l'éty- 
mologie de myned dont nous avons déjà parlé, il était indispensable 



Bibliographie. 223 

de signaler que suivant Strachan, Stories from Tiiiu, p. 122, on 
aurait l'équivalent de myiied, bret. monet « aller » dans l'irlandais 
-muinither (ebrôn .i. iarnd, ... ima-muinither meirg « fer, ... autour 
duquel vient la rouille », San.Corm. 536, p. 44K. M.). — P. 24e, 
je ne sais sur quoi repose la doctrine que le breton giuaz « pire » 
suppose, pour le gallois giuaeth, -voe- et non -vae-, ce qui exclu- 
rait l'hypothèse d'un primitif *wakto- ; mais ce primitif est con- 
servé dans l'irlandais/tfcZ;/ (v. le rapprochement de M. Kuno Meyer 
cité dans la R. Celt., t. XXXIV, p. 485). — P. 81, 1. 29, il ne 
suffisait pas de rapprocher hagr « laid » de gr. xxpoç, lat. tiens, en 
supposant postiche l'aspiration initiale du mot gallois. Le vieux- 
breton ar-ocr-ion gl. « atroces » et le breton akr (bakr) « hideux » 
nous montrent qu'il y a dans ces mots une autre difficulté : le 
traitement de la gutturale intérieure. C'est un indice qu'il ne fal- 
lait pas négliger; cf. V. Henry, Lexique, p. 4 et 156, Pedersen, I, 
125 et 429. 

On pourrait multiplier les exemples de ce genre. Nous nous 
bornerons à réunir en terminant quelques observations sur des 
faits de détail. P. 3. C'estune fâcheuse bévue de prêter à M. Thur- 
neysen exactement la doctrine contraire à celle qu'il défend au sujet 
des inscriptions ogamiques de Grande-Bretagne, et d'entamer à ce 
sujet une discussion avec lui. M. Morris Jones a lu trop vite le pas- 
sage du Kelioromamsches, p . 7 . — P. 154, §100, III (3), l'hypothèse 
que la forme ail remonte à un *aliôs accentué sur la finale est abso- 
lument gratuite. Cette influence de l'accent est inexplicable, et 
l'hypothèse ne dit pas de quel accent il s'agit (ton indo-européen? 
accent préceltique ?). Il est beaucoup plus simple d'expliquer ail 
anc. eil, par *alis(*alid) puisque ces dernières formes existent spo- 
radiquement en latin. — P. 163,5 ( 2 )> joindre aux exemples 
cités mwyaid, anc. buyeid B. B. p. 8, 11 Evans. — P. 177, § 110. 
1. ajouter clefydeu C. M., p. 39, 1. 1, cleuydeii C. M. p. 40, 1. 11 ; 
cleuydawt, R." B. I, 113, 28 et cf. Nettlau, R. Celt., IX, 74. — 
P. 180, le mot gl 'a if doit être un emprunt au français. — P. 189, 
§ (2), il fallait citer la forme Catamanus qui est attestée, ainsi que 
Botcatman (v. Holder, I, col. 838). — P. 193, l'article celtique 
sort de*sindo- et non de *seudo-. — P. 197, sur la forme biw qui 
n'est pas seulement galloise, mais aussi comique (tneinbiw) et bre- 
tonne (plas er biw à Coray), voir maintenant J. Loth, R. Celt., 
XXXIV, 144. —P. 208, I. 18, la forme mackwyf se lit W. B. col. 
15, 1. 9 et 23 ; c'est un emprunt à l'irlandais. — P. 221, le mot 
ewig « biche » a bien un suffixe -ig, mais ce n'est pas un diminu- 
tif; cf. R. Celt., XXXII, 477. — P. 301, citer ar neilltu « à part, à 



ï±4 Bibliographie. 

l'écart » R. B. II, iéo, 1. 24, Buched Dewi, p. 15,1.21. — P. 400, 
ajouter ohomi W. B. col. 452, 1. 8 = obomwt R. B. I, 100, 5. 

Il suffirait en somme de quelques retouches, qui consisteraient 
surtout à'supprimer les détails inutiles, à élaguer les produits d'une 
imagination trop féconde, pour faire de ce livre un excellent ins- 
trument de travail. Les linguistes avertis devront être indulgents 
pour les fantaisies qui le déparent et le prendre pour ce qu'il est 
avant tout : un répertoire de faits nouveaux, patiemment recueillis 
et bien classés. 

J. Vendrves. 

II 

P. YV. Joyce. TheOrigin andHislory oflrish Nantes oj places, vol. III. 
London, Longmans Green andCo., 191 3,x-^>98 p., pet. 8°, 5 sh. 

Le premier volume de cet ouvrage parut en 1869, et le second 
deux ans plus tard. Le troisième et dernier s'est donc fait attendre 
quarante-deux ans. Le sujet est de ceux auxquels l'auteur travailla 
toute sa vie; un destin clément lui réserva la joie de voir paraître 
ce troisième volume quelques semaines avant sa mort. A vrai dire, 
les deux premiers volumes, qui se vendent d'ailleurs à part, forment 
presque deux ouvrages séparés et indépendants ; s'ils se complètent 
souvent, ils se répètent parfois, et Ton pouvait juger sur chacun 
d'eux de la méthode et de la doctrine de l'auteur. Le premier com- 
prend quatre parties, consacrées à un exposé général du système 
des noms de lieu irlandais, puis à trois études particulières, des 
noms de lieu d'origine historique ou légendaire, de ceux qui se 
rapportent à des établissements humains et de ceux qui sont tirés 
d'accidents naturels. La division était bonne. On la retrouve à peu 
près dans le second volume, où elle se fractionne seulement en 
vingt-six chapitres différents dont l'objet se laisse en général rame- 
ner à Tune des quatre parties du premier. Après cette double publi- 
cation, on pouvait croire la matière épuisée. A vrai dire, ce n'est 
pas manquer de respect à la mémoire de Joyce que de reconnaître 
à ce troisième volume moins d'importance et de nouveauté qu'aux 
précédents. Il se compose uniquement d'un lexique, où les noms 
de lieu sont rangés par ordre alphabétique : c'est sous une forme, à 
certains égards plus commode, une troisième étude sur les noms 
géographiques de l'Irlande. Sans doute l'auteur a tenu compte du 
livre de M. P. Power sur ihe Place Naines oj Decies, paru en 1907. 
Sans doute aussi, il n'a en principe enregistré dans ce lexique que 
les noms qu'il n'avait pas spécialement étudiés précédemment. Il y 



Bibliographie. 225 

a cependant de nombreuses redites. Et cette idée même de faire 
un choix des noms à admettre ou à rejeter prête à la critique. 
C'est le caractère commun de ces trois volumes qu'ils sont 
indépendants sans l'être et se complètent sans former un tout. Il y a un 
défaut général dans la conception de l'ouvrage : défaut que les con- 
ditions mêmes de sa publication peuvent excuser suffisamment. On 
pourrait aussi, en y regardant de près, trouver dans ce troi- 
sième volume plus d'un détail à reprendre ; la critique y manque 
parfois de fermeté, et la méthode a quelques faiblesses. Mais il ne 
convient pas d'insister. Sur une tombe à peine fermée on ne doit 
déposer que des fleurs. P. W. Joyce a trop fait pour l'Irlande par 
ce labeur opiniâtre, soutenu jusqu'au dernier jour, pour qu'on ne 
lui accorde pas les éloges, comme le mérite l'ensemble de son 
œuvre, à pleine gerbe. 

J. Yendryes. 



III 

National Library of Ireland. Bibliography of Irish Pbilology and of 
printed Irish Literature. Dublin, 191 3. xn-307 p. 8°, 4 sh. 

Voici sans contredit un des ouvrages les plus utiles qui aient été 
consacrés depuis de longues années à l'Irlande. C'est un répertoire 
général de toutes les publications- relatives à la philologie irlandaise 
et de toutes les éditions de textes irlandais jusqu'à l'année 1912 
inclusivement. Le répertoire s'étend à l'Ecosse ; ainsi le livre du 
Doyen de Lismore y est mentionné à la p. 188 et l'édition par 
M. Cameron Gillies du Regimcn Sanitatis aux pages 66 et 266. 
Même le brittonique et le celtique continental y sont intéressés, 
puisque les renseignements du début sur les périodiques et collec- 
tions ou sur les recueils d'étymologies se rapportent aux Celtes en 
général. Mais c'est naturellement aux « hibernisants » que l'ouvrage 
s'adresse avant tout. Ceux-ci devront toujours l'avoir sous la main, 
comme un livre de chevet ; il leur épargnera mainte recherche 
longue et pénible. 

Le plan est fort simple : il y a deux parties, consacrées l'une à la 
philologie et l'autre à la littérature. C'est-à-dire qu'on trouve 
d'abord (p. 1-73) ce qui concerne lesdictionnaires et les grammaires 
de l'irlandais, la phonétique, l'étymologie, la métrique, l'épigra- 
phie, les inventaires de manuscrits, y compris les fac-similés, et 
les recueils de gloses. Dans la seconde partie, qui est de beaucoup 

Revue Celtique, XXXV. 1 > 



226 Bibliographie. 

la plus longue (p. 74-272) figurent les publications de textes: 
textes épiques rangés par ordre de cycles, textes poétiques (lyriques, 
religieux, élégiaques, historiques, topographiques, didactiques, 
etc.), textes ecclésiastiques (commentaires sur la Bible, règles 
monastiques, légendes, visions, vies de saints, homélies, sermons, 
etc.), textes juridiques enfin, suivis eux-mêmes d'une liste de 
« Miscellaneous », comprenant les textes variés qui ne rentrent pas 
sous les rubriques précédentes; tels les proverbes ou les contes 
populaires. Pour chaque texte est donnée la liste des éditions, avec 
indications bibliographiques précises, et, s'il y a lieu, des traduc- 
tions. On appréciera particulièrement dans ce vaste travail si utile 
la bibliographie des textes poétiques: c'est la partie la plus neuve 
et la plus utile de toutes. Les textes poétiques sont rangés ici dans 
le seul ordre possible, qui est en l'absence de titre et souvent de 
nom d'auteur l'ordre alphabétique des premiers mots. Jamais pareil 
répertoire n'avait été fait, permettant d'embrasser l'ensemble de la 
littérature poétique irlandaise dans la mesure du moins où elle a 
été éditée. On a seulement laissé de côté la littérature contempo- 
raine, qui se répand chaque jour, depuis le Revival des dernières 
années, dans nombre de périodiques ou de feuilles locales. Tout 
répertoire de cette littérature serait naturellement prématuré : c'est 
une littérature qui se fait. Il était fort sage de n'en pas parler. 

On reconnaît d'ailleurs d'un bout à l'autre de l'ouvrage l'action 
d'une volonté réfléchie, qui en a fort judicieusement établi le plan, 
et qui a présidé à la mise en place de chaque détail. C'est un 
ouvrage personnel, et qui fait grand honneur à celui qui l'a édifié. 
Aussi sera-t-on surpris d'apprendre qu'il ne porte aucun nom d'au- 
teur ni sur la feuille de titre ni sur le dos de la couverture. Il est 
publié parla National Library of Ireland, tout simplement. C'est 
seulement au cours de la préface, signée par M. T. W. Lyster, 
Librarian, que nous est révélé le nom du savant « who bas had 
entire charge of the production of this Bibliography ». C'est un 
nom déjà cher aux études celtiques et qui va le devenir plus encore. 
Proclamons-le bien haut : c'est celui de M. Richard Irvine Best. La 
bibliographie qui lui a coûté tant de peine figurera dans le catalogue 
des bibliothèques parmi les publications anonymes. Il ne faut pas 
que les travailleurs qui lui devront tant de profit acceptent cet ano- 
nymat. Cette bibliographie doit s'appeler, elle s'appelle déjà la 
« Bibliographie de Best ». Chaque celtiste saura ainsi vers qui doit 
aller sa reconnaissance '. J. Vendryes. 

1 . La bibliographie a été dressée avec beaucoup d'exactitude : on la 



Bibliographie. 227 



IV 

R. Thurneysen. Die Kelten in ihrer Sprache w/d Literatur. 1914 
Bonn a. Rh., Friedrich Cohen. 32 p. 8°, 1 M. 20. 

Le 27 janvier dernier, jour anniversaire de la naissance de l'em- 
pereure Guillaume II, M. Thurneysen était chargé de prononcer à 
Bonn un discours académique. Il a pris pour sujet « les Celtes dans 
leur langue et leur littérature ». Sur ce sujet, qu'il a fort 
adroitement rattaché aux circonstances de la fête, l'éminent pro- 
fesseur a composé un très joli discours ; il a su naturellement 
se garder des défauts de l'éloquence d'apparat, dont le moindre est 
en général la banalité; il a fait au contraire une œuvre originale et 
forte, bien capable d'intéresser le grand public et pleine en même 
temps pour les spécialistes de vues nouvelles et profondes. 

Les linguistes ont affecté longtemps d'ignorer l'histoire des 
peuples dont ils étudiaient les langues. Isolant les faits linguis- 
tiques de tout contact avec la vie, ils les faisaient servir à des cons- 
tructions théoriques, bâties d'après des principes intrinsèques 
qu'ils admettaient une fois pour toutes comme articles de foi. On 
sait que cette linguistique esotérique a fait son temps. Des livres 
comme ceux de M. Meillet sur le grec ou de M. Vossler sur le fran- 
çais — que M. Thurneysen propose tous deux en modèles à ses 
auditeurs —, prouvent que sur des domaines très différents les 
linguistes sont également préoccupés aujourd'hui d'élargir leur 
horizon en transformant leur méthode. La méthode nouvelle con- 
siste à interpréter les faits linguistiques comme des faits sociaux, 

trouvera rarement en défaut. Nous n'avons que quelques légères erreurs 
à signalera l'auteur: P. 3, les Mémoires de la Société de Linguistique de 
Paris ont commencé à paraître en 1868 ; dans la collection de la Revue 
Celtique, la table des tomes XXV-XXX compte 74 pages et non 31. — 
P. 15, 1. 31, lire Boronia . — P. 47, de la Graimêar na Gaedhilge, publiée 
par les Christian brothers, une quatrième édition revue a paru en 19 10 
(x-349 p.). — P. 87, 1. 13 du bas, lire Êriu, V, 201-18. — P. 95, la tra- 
duction de la Tdin bô Cùalnge par d'Arbois de Jubainville a été terminée 
dans le tomeXXXII de la Revue Celtique en 191 1 ; un troisième et dernier 
fascicule en a paru à part en librairie (chez Champion) la même année. — 
P. 263, en indiquant l'édition du Dindsenchas d'Oxford et de celui d'Edim- 
bourg par Wh. Stokes, il eût été bon d'ajouter que cette double édition a 
paru dans Foïk-lore, t. III, p. 467 et t. IV, p. 471. — P. 272, les Mélanges 
d'Arbois de Jubainville devaient être rappelés sous la rubrique Collections. 



228 Bibliographie. 

par les mouvements mêmes de la civilisation ; à voir dans le 
développement des langues le résultat d'actions politiques et 
sociales. On se flattait il y a quelque vingt ans, de renouveler la 
linguistique par l'étude des patois; c'était, croyait-on, retourner 
aux sources vives d'où jaillit le langage. « Zuruck zur Natur ! » 
était le cri de ralliement. M. Thurneysen raille sans indulgence 
l'illusion de ce retour à la nature : l'évolution des patois n'a rien 
en soi de particulièrement naturel ; les patois subissent la loi com- 
mune à toutes les institutions humaines; ils sont dans l'étroite 
dépendance de l'organisation sociale. « Zuruck zur Kultur! » telle 
doit être aujourd'hui la devise des linguistes et la formule de leur 
méthode. 

Si les patois perdent en importance, les langues communes y 
gagnent d'autant. C'était une des originalités du livre de M. Meillet 
que de réhabiliter les langues communes, et en particulier cette 
forme si fréquente de langues communes qu'on appelle les langues 
littéraires. Ces langues représentent toujours une certaine commu- 
nauté sociale qui domine les parlers locaux ; elles contribuent pour 
une part souvent prépondérante à l'extension et aux transformations 
du langage: elle servent naturellement de véhicule aux idées direc- 
trices de la civilisation. M. Thurneysen ne manque pas de mar- 
quer l'importance des langues communes dans le développement 
des langues celtiques. Son discours est en quelque sorte le pro- 
gramme d'une histoire « externe » de ces langues. 

Les caractères linguistiques du celtique se ramènent à deux ou 
trois — variabilité des phonèmes initiaux, irrégularité extrême de 
la flexion verbale, place du verbe en tête de la phrase — qui suf- 
fisent par exemple à distinguer l'irlandais des autres langues indo- 
européennes. Mais il n'y a guère là qu'une différence de degré: le 
celtique n'a fait que généraliser des détails de structure dont le 
principe se trouvait en germe dans l'indo-européen. Tout au plus 
la place accordée au verbe dénoncerait-elle — cela même est-il 
bien sûr et méritait-il d'être signalé? — un des traits du tempéra- 
ment celtique, qui est la vivacité, la promptitude à frapper le 
but. 

Mais voici qui est plus important et vraiment caractéristique 
des rapports qui existent entre la langue et l'état social. 

L'Irlande, au temps des plus anciens documents, comprenait un 
nombre considérable de groupements isolés, que l'autorité tort 
précaire d'un roi suprême n'arriva jamais à réunir: on s'attendrait 
donc à trouver autant de dialectes que de clans, et les œuvres 
devraient être rédigées dans une langue fort différente suivant 



Bibliographie. 229 

qu'elles viennent du Nord ou du Midi. Or l'irlandais ancien ne 
comporte pas de dialectes ; les différences dialectales que l'on 
constate aujourd'hui d'une région à l'autre de l'Irlande ne se 
retrouvent pas en moyen-irlandais, au moins dans la période 
ancienne. C'est que le moyen-irlandais est à sa manière une langue 
commune; c'est une langue destinée à l'usage des poètes et des 
savants, c'est une langue écrite, une langue littéraire. L'erreur de 
bien des linguistes a été de croire qu'on pouvait écrire comme l'on 
parle, et par suite que la langue écrite pouvait reproduire la 
langue parlée ; en réalité, on écrit comme d'autres écrivent. La 
langue écrite a ses règles, ses usages, son utilité et sa destination 
spéciales. Cela ne veut pas dire qu'elle ne subisse çà et là l'in- 
fluence de la langue parlée. L'irlandais commun des fili était pro- 
mené par eux non seulement à travers l'Irlande, mais aussi à tra- 
vers l'Ecosse et transporté aussi dans l'île de Man. Dans les bigar- 
rures de son orthographe, on reconnaît sans peine la trace des pro- 
nonciations variées qui dans chaque région déformaient la norme de 
la langue commune. Toutes ces actions réciproques de la langue 
parlée et de la langue écrite, si finement analysées par Al. Meillet 
dans son beau livre sur le grec, se laissent également reconnaître en 
Irlande. 

L'histoire du brittonique n'est pas moins instructive. Elle est 
dominée dès le début par un fait de première importance, le con- 
tact avec le latin. Ce contact entre une langue de civilisation 
aussi générale et un ensemble de parlers « idiomatiques », comme 
dit M. Thurneysen (p. 16), a eu pour ces derniers plusieurs graves 
conséquences: une transformation du vocabulaire, qui s'est péné- 
tré de mots latins; une simplification de la grammaire; un assou- 
plissement de la syntaxe. Ce sont là les caractères mêmes du brit- 
tonique. Ce dernier diffère de l'irlandais comme pourraient différer 
« deux frères, nés tous deux dans le luild west, dont l'un — c'est 
l'irlandais — serait resté dans sa patrie sauvage fidèle à ses mœurs, 
à son indépendance, tandis que l'autre, introduit dans la civilisation 
de l'Est, se serait plié au genre de vie qu'on y mène, en aurait pris 
les goûts et le poli » (p. 18). L'histoire des trois dialectes britto- 
niques est d'ailleurs assez différente et dépend des conditions 
sociales dans lesquelles ils ont été chacun placés. Par exemple, le 
voisinage du français a été néfaste au breton armoricain, qui s'est 
trouvé réduit à l'état de langue inférieure, réservée aux basses classes 
de la population. 

Les causés qui ont agi sur la langue ont également dominé l'évo- 
lution des littératures. « La littérature celtique et la façon dont elle 



230 Bibliographie. 

s'est transmise reflètent clairement la destinée des peuples » (p. 23). 
Ce n'est pas sans cause que les récits épiques de l'Irlande médiévale 
célèbrent la valeur guerrière, la poursuite des richesses, repré- 
sentées par des esclaves et des troupeaux, la joie des aventures 
jusque dans le pays mystérieux des fées. Un merveilleux tout sem- 
blable s'épanouit au long des chroniques que les moines mettaient 
par écrit dans le silence des couvents; on en retrouve l'écho jusque 
dans les légendes pieuses, dans les vies de saints, si différentes de 
l'hagiographie du continent. Tout cela représente la littérature 
d'un peuple libre, indépendant, impétueux, ivre de luttes et de 
victoires. Quelle différence avec les oeuvres littéraires des époques 
ultérieures, où le pays soumis à l'étranger perdit avec sa liberté l'ar- 
deur de vivre qui l'animait. On peut déjà faire partir ce déclin de 
l'année 1166, quand le roi de Leinster Diarmaid, chassé d'Irlande 
par ses rivaux, implora l'aide du roi d'Angleterre Henri II et lui 
donna l'occasion d'intervenir dans l'île. C'est la grande date qui 
coupe en deux l'histoire de la littérature irlandaise. 

La littérature brittonique paraît pauvre en comparaison de sa 
grande sœur, surtout dans la Bretagne française et dans le Corn- 
wall. Elle a eu pourtant ses légendes et ses traditions épiques, 
puisque nous lui devons Arthur, les héros de la Table ronde — et 
Tristan. Mais c'est surtout parles adaptations qu'en ont faites les 
poètes d'Angleterre ou du continent que nous connaissons ces 
belles légendes. Seule, la littérature galloise présente une origina- 
lité. Mais en dehors de quelques récits — les Mabinogion — , il n'y a 
de vraiment original en Galles que la poésie; et les Gallois sont là 
hors de pair. Encore cette poésie est-elle surtout une poésie de 
cour, d'église ou d'école : on n'y sent pas le souffle de liberté qui 
vivifiait, à ses débuts au moins, la littérature irlandaise. 

Quelque chose a manqué aux Celtes, dont l'absence explique à 
la fois les vicissitudes de leur langue et les faiblesses de leur 
littérature : c'est une unité nationale. Il n'y a jamais eu d'unité 
celtique ; on peut croire — à en juger par le résultat des der- 
nières tentatives — qu'il n'y en aura jamais. Les Celtes n'ont 
pas su mettre en commun, comme d'autres l'ont fait, un idéal 
capable d'éveiller en eux le sentiment d'une nation ; ils n'ont créé 
d'unité ni politique, ni religieuse, ni linguistique. Au contraire, 
leur tempérament individualiste lésa portés à s'isoler, à se démem- 
brer et souvent à s'entredétruire. M. Thurneyscn avait beau jeu à 
opposer au Celte anarchiste, indépendant, révolté, le Germain 
discipliné, respectueux de la hiérarchie et de l'ordre. Sa péroraison, 
où l'on sent percer la pointe d'un casque, était tout indiquée. Il 



Bibliographie. 231 

ne pouvait moins faire que de rappeler par cet exemple si frap- 
pant les dangers de l'individualisme anarchique. Ce ne sont pas les 
Français, ni les Anglais, je crois, qui le contrediront. Tous deux 
connaissent et apprécient les bienfaits de l'unité nationale, réalisée 
par un pouvoir central absolu. Mais ils ont su comment on 
modère les excès du despotisme, comment on concilie l'ordre et 
la liberté ; aussi peuvent-ils considérer, avec une indulgence 
mêlée toujours de svmpathie et de pitié parfois, la condition de 
ceux qui sont aujourd'hui victimes ou bien d'un esprit de révolte 
exagéré ou bien d'une soumission trop passive au bon plaisir de la 
force. Le discours de M. Thurnevsen est très suggestif. 

J. Yendryes. 



V 

O. H. Fyxes-Clixtow The JVelsb Vocabulary ofthe Bangor District . 

Oxford, Universitv Press. 191 3, xxxj-619 p. 8°, 21 sh. 

Cet ouvrage est de beaucoup le plus important qui ait jamais 
paru sur la dialectologie galloise. Nous avons annoncé naguère le 
glossaire d'un dialecte du Pembrokeshire publié par M. Meredith 
Morris (v. Rev. Celt., XXXIII, 360) ; c'était un travail estimable 
et fort utile, mais que celui de M. Fynes Clinton laisse bien loin 
derrière lui. Celui-ci, par l'ampleur et l'étendue, par la valeur de 
a documentation, par le soin apporté aux transcriptions, est de 
premier ordre. 

L'auteur, qui enseigne le français et la philologie romane à 
l'University Collège de Bangor, n'est pas Gallois de naissance. Il a 
appris le gallois et nous offre dans cet ouvrage le résultat d'une 
enquête qui lui a demandé près de huit ans. Le territoire de l'en- 
quête a été très exactement délimité ; il est borné au Nord par la 
mer et des autres côtés par une ligne qui, partant de Penmaenmawr, 
passerait à Llanfairfechan, Aber, Llanllechid, Bethesda, Rhiwlas, 
Pentir pour venir retrouver la mer à Bangor. Sur ce territoire, 
M. Fynes Clinton, aidé de quelques informateurs dont il donne les 
noms p. m et qui lui servaient de garants, a relevé tous les mots 
en usage. Son dessein a été, dit-il dans sa préface, non pas de 
compiler le glossaire de tel dialecte du pays de Galles, mais plutôt 
de présenter le vocabulaire du gallois parlé tel qu'il est en usage 
dans une région particulière. Excellent programme, qui a été 
remarquablement exécuté. 



2 32 Bibliographie. 

C'est bien l'ensemble d'un vocabulaire que fournit cet ouvrage. 
L'auteur ne s'est pas contente d'y enregistrer les mots en les tradui- 
sant ; il s'est préoccupé de montrer la valeur pratique de chacun 
d'eux en citant, s'il y a lieu, de petites phrases, des locutions où 
ils figurent. Nous avons ainsi, ce que ne donnent pas en général 
les dictionnaires, l'impression d'une langue vivante en activité. La 
grammaire, dans la mesure où elle s'occupe de la connaissance des 
formes, pénètre ce vocabulaire sans le surcharger; pour les verbes 
irréguliers, notamment pour le verbe substantif, sont données les 
formes en usage. Les moindres détails de l'emploi des mots sont 
mentionnés en bonne place : ainsi pour l'usage des prépositions 
qui constitue, comme on sait, dans chaque langue le terrain de 
prédilection des idiotismes, pour l'emploi et le rôle des adverbes, 
des négations, cet ouvrage fournit d'abondants renseignements, 
qui seront utiles aux linguistes. 

Le vocabulaire est aussi complet que possible ; il comprend par 
exemple les mots techniques relatifs à l'agriculture ou à la taille des 
ardoises. Même, l'auteur n'a pas reculé devant l'admission de quelques 
mots malsonnants, obscènes ou simplement sales ; c'est une décision 
dont il faut le louer, mais qui pouvait, autant que nous en pouvons 
juger, être appliquée plus largement. Trop de lexicographes, 
par une pruderie mal placée, laissent de côté les mots de ce genre, 
qui sont parmi les plus usuels du langage courant. Pour faciliter 
le travail des lexicographes et ajouter en même temps à son œuvre 
une valeur historique, l'auteur n'a pas craint de fournir çà et là, 
par des abréviations entre parenthèses, des références à certains 
textes, anciens ou modernes, où figurent les mots qu'il a enregis- 
trés. Mais ce n'est là qu'un travail secondaire, ajouté après coup à 
un relevé de mots exclusivement limité au langage parlé. 

L'auteur a donné des soins particuliers à la transcription. C'est 
sous leur forme phonétique que les mots sont enregistrés ; l'ortho- 
graphe officielle est donnée après, s'il y a lieu. Le principe adopté 
pour la transcription est celui de l'association phonétique, à peu 
près celui dont M. Jespersen use dans ses publications. Le prin- 
cipe est simple et clair à la fois. Ainsi l'ouvrage n'est pas surchargé 
de notations compliquées, qui en rendraient la lecture fatigante, 
parfois impossible. Il reste pratique et commode à utiliser jusque 
dans la façon, dont il reproduit les sons. L'introduction donne 
d'ailleurs à cet égard (p. xi et suiv.) toutes les précisions dési- 
rables. 

J. Vkndeves. 



Bibliographie. 



VI 

Ebex Fardd, Au'dl Dinistr Jérusalem, wedi ei golygu gan J. Lias 
Davies, Gwrecsam (cyn athro yn Ysgol Sir, Llangollen) a T. 
Carno Jones, Ysgol Sir, Llangollen, gvda rhagair gan Alafon. 
[Ode de la Destruction de Jérusalem, éditée par J. Lias Davies, 
de Gwrecsam (ancien professeur à la County School de Llangol- 
len) et T. Carno Jones, Je la County School de Llangollen, 
avec une préface par Alafon], Gwrecsam, 1912, vn-80 p. 

Ebenezer Thomas, plus connu sous son nom bardique d'Eben 
% Fardd, tient un rang honorable parmi les poètes gallois du xix e 
siècle. Né en 1802 à Tanylan près Llanarmon, au N.-E. de Pwll- 
heli (Carnarvonsbire), Eben Fardd se consacra toute sa vie à l'en- 
seignement, d'abord à Tudweiliog, où il avait été élève, ensuite à 
Clynnog, au S. de Carnarvon, où il mourut le 17 février 1863. Il 
obtint de nombreux prix aux concours des eisteddfodau, et notam- 
ment par des poèmes dans les mètres fixes (mesurau caethion), où il 
excellait. On cite de lui des englyvau qui sont des modèles pour le 
rythme et l'harmonie. Il publia une Elégie sur John Jones Talysan 
en 1857, et en 1862, des Hymnes; mais ses œuvres complètes ne 
furent réunies qu'après sa mort en 1873. M. Lewis Jones a dit de lui 
que c'était un ser disgleiriaf llenyddiaeth ddiweddar Cymru « une des 
étoiles les plus brillantes delà littérature moderne de Galles », et il 
ajoute : F mae paicb s\'u darllen rhwyfaint Gymraeg yn givybod am 
ei awdl ar Ddinystr Ierusalem « quiconque lit tant soit peu de gal- 
lois connaît son ode sur la Destruction de Jérusalem ». 

Cette ode fut composée en 1823 et valut à son auteur au mois 
d'octobre de l'année suivante la « chaire » de Powys. Elle reste la 
plus célèbre des odes d'Eben Fardd, bien qu'il obtînt avec plusieurs 
autres des récompenses non moins flatteuses, notamment à l'eis- 
teddfod de Liverpool en 1840 avec une ode sur « Job » et en 1858 
à la grande eisteddfod de Llangollen avec une ode sur « la bataille 
de Bosworth » ; telles autres odes de lui, comme celles sur la 
« Résurrection » ou sur « l'Année » qui ne furent pas couronnées 
aux eisteddfodau de Rhuddlan (1850) et de Carnarvon (1862), 
passent également aux yeux des connaisseurs pour des compositions 
de grand mérite. 

L'ode sur la Destruction de Jérusalem compte 471 vers, répartis 
en strophes inégales de mètres variés. Le poète feint d'être trans- 
porté sur une hauteur d'où il embrasse du regard la ville de Jéru- 



234 Bibliographie. 

salem tout entière : il en décrit pompeusement la splendeur et 
s'attarde en particulier à ce superbe temple qui domine la colline 
de Moriah (v. 102 et suiv.). La description est riche en couleur, 
abondante, nourrie de souvenirs bibliques. Mais voici tout à coup 
l'annonce de la catastrophe. La malédiction divine s'abat sur la ville 
qui a refusé de reconnaître son Dieu (v. 170) : 

Y grasol Iesu a groeshoeliasant, 

am hynnygofid miniawg a y faut ; 

un Dini' tin byvjyà ni adnabuani ; 

Lhi goeg emcau yn lie gogoniant 

Vr Iesu annwyl roisant ; — a bythol 

Tragwyddol, ddwyfol lida oddefant. 
Ils ont crucifié le gracieux Jésus ; 

pour cela ils souffriront (m. à m. boiront) une peine cruelle ; 
ils n'ont pas reconnu l'unique Dieu de notre vie : 
ils ont donné au doux Jésus en place de gloire 
une foule de noms vides ; — éternellement, 
perpétuellement, ils subiront le courroux divin. 

Le poète assiste alors en imagination à l'arrivée des troupes 
romaines, à l'investissement de la ville, à ce siège, un des plus 
cruels dont l'histoire ait gardé le souvenir; pour ajouter au pathé- 
tique de la scène et rendre le drame plus poignant, il se représente 
sur les ruines de la ville, une femme, Rachel, qui crie son déses- 
poir dans une lamentation inspirée des prophètes (v. 311 et suiv.). 
Enfin, la tour Antonia est prise, le temple est brûlé, détruit ; et le 
poème s'achève brusquement, comme il avait commencé, sur une 
vision de désespoir et d'horreur. Il v a dans cette poésie beaucoup 
de grandiloquence ; les phrases sont tendues, heurtées, abruptes, 
surchargées d'adjectifs. Eben Fardd montre une fois déplus com- 
bien la poésie galloise se prête à reproduire les modèles bibliques ; 
on retrouve chez lui le ton de Jérémie et d'Ezéchiel. 

L'édition que donnent de YAwdl Dinistr lerusàlem MM. Lias 
Davies et Carno Jones est destinée à l'usage des classes; elle com- 
prend une introduction sur la vie du poète et la versification de 
son œuvre, sur la chronologie du siège de Jérusalem, et elle se 
termine par un glossaire des principaux mots du texte (p. 46-80). 
Elle peut servir commodément aux celtistes qui voudraient con- 
naître une oeuvre bien représentative de cette poésie d'eisteddfodau, 
qui a en Galles tant de succès. 

J. Y i:\dryes. 



Bibliographie. 235 



VII 

Karl Schumacher, Ver%_eichnis der Abgùsse und wichtigeren Photogra- 
phiai mit Germanen-Darstellungen. Mayence, Wilcken, 1912, 
134 p. 8° et 70 illustrations. 

Après avoir publié les reproductions et principales photographies 
des Gaulois dans l'art antique qu'il a réunies au Musée de Mayence, 
K. Schumacher a dû donner une nouvelle édition de ses Germa- 
nen-Darstellungen . Trois éditions en quatre ans disent assez haute- 
ment l'utilité du pratique et économique opuscule où M. Schu- 
macher a catalogué la centaine de figurations de Germains grou- 
pées, en copies ou en photographies, dans le Musée qu'il dirige. 
Malgré les additions et corrections reçues à chaque édition, il nous 
paraît pourtant encore susceptible d'améliorations. Nous nous per- 
mettons d'en signaler quelques-unes en vue d'une nouvelle édi- 
tion qui ne saurait manquer d'être proche. Ainsi, sur la stèle de 
Mayence où un cavalier romain bondit au-dessus d'une tête de 
Germain (7), comment croire que le reste du corps de ce dernier 
était indiqué en peinture? (M. S. répète cette supposition à la 
p. 113). Le cheval pose son pied sur la tête coupée du vaincu 
comme le Gaulois pose le sien sur la tête coupée de la Pythie dans 
le médaillon de Capoue RA, 1889, I, p. 198). — Quand on parle 
d'influence grecque représentée par Apollodore de Damas pourla 
Colonne de Trajan, comment revendiquer (p. 8 et 25) pour la même 
époque les plaques barbares d'Adam-Klissi où tout dénonce la déca- 
dence du temps de Constantin ? (Cf. maintenant les reliefs 
lyciens de même style dont M. Weinreich a rendu probable l'ap- 
partenance à la fin du 111 e siècle). — Pour les guerriers barbares 
d'Herculanum (13 b-d), M. S. aurait trouvé des renseignements 
dans mes Gaulois dans l'art alexandrin (Monuments Piot, 191 1), 
qu'il paraît ignorer (M. S. n'a pas non plus donné de renvois 
au t. IV du Répertoire de la Statuaire, p. ex. pour 13 a). Ne 
faudrait-il pas aussi rapprocher certains cavaliers nus et barbus, 
très semblables, qu'on voit sur des lampes du temps de Tibère (p. 
ex, Bonn A 960 ; Trêves 06. 614 e) et qui se distinguent des cava- 
liers gaulois (tels celui du Carmel, maintenant au Musée de Berne, 
Bull. Ant. France, 1912, p. '256)? — Pour les têtes de Germains à 
cheveux réunis en chignon qui forment appliques d'anse dont M. 
S. cite des exemplaires de Mayence (22-3) et de Karlsruhe (24), 



236 Bibliographie. 

on peut ajouter trois pièces semblables à Cologne (Yitr. XIII, 
n° 776) et une à Trêves (n° 21456), et sur la question de ces tètes 
grotesques il aurait dû connaître l'art, de R. Laurent-Yibert inti- 
tule Marianum scutum cimbricum (Mélanges de l'Ecole de Rome, 
1908) '. Pourquoi ne parler que de trois des bennes de la Villa de 
Welshbillig alors qu'il y en a au moins six qui représentent des 
indigènes? 

Parmi les tètes de marbre qu'on peut tenir pour celles de Ger- 
maines (Ph. 6-7), on pourrait placer celle de Candie (R. A. 191 1, 
I pi. VI). Aux petits bronzes, il faudra ajouter, en raison de sa coif- 
fure «à la suève », celui du Musée Calvet que je viens de publier 
dans les Mémoires de VAcad. de Vauchise 2 , et probablement le 
& barbare au trophée » du Musée de Berne (Deonna, Indîc. d. 
Anl. Suisses, 191 3) et un sujet analogue représenté sur unecuvette 
de fourreau (S. Reinach, Rép. de Reliefs, III, p. 525, moulage à 
Saint-Germain : l'original est indiqué à tort comme étant à 
Zurich ; il est au Musée d'Aarau). — Le relief du Louvre dont le 
fond montre la hutte germaine est maintenant très bien publié par 
E. Michon, Mon. Piot, 1909, p. 207. M. S. y aurait vu qu'il s'agit 
d'une hutte dace, le relief provenant probablement de l'arc du 
Forum de Trajan. Cette hutte ronde est, d'ailleurs, encore mieux 
figurée sur un des deux grands reliefs de cet arc encastrés dans celui 
de Constantin (face latérale Ouest) 3. 

Inutile de poursuivre cesaddetida. M. Schumacher sait mieux que 
personne que son Catalogue peut encore s'enrichir, et il n'y man- 

1. Dans un mémoire du Bulletin du Musée historique de Mulhouse, 191. (, 
je reprends la question des masques grotesques et des monstres anguipèdes 
dans l'art gallo-romain de la région rhénane. 

2. M. S. n'a pu encore connaître la statuette de Germain prisonnier de 
Hannovre (Mannus, 1913411. X) ni celle d'Urmitz (Mannus, 19 14, p. 211); 
mais on s'étonne qu'iln'ait pas cité celle de Vienne, publiée dans \tjahrbuch 
fur AUertumshinde de 191 1, p. 113. 

3. On pourrait aussi multiplier aisément les exemples du motif du bar- 
bare foulé aux pieds par le cheval du Romain vainqueur pour les pays non- 
rhénans. Ainsi, pour l'Angleterre, voir une stèle de Bath(Haverfield, dans 
Victoria History of Somerset, p. 276, fig. 48 : le cavalier est d'une ala Vetto- 
num, le barbare est couché sur le dos) et une stèle du Shropshire (Haver- 
field, ïbid. Shropshire, p. 266, fig. 16, 5 = CIL, VII, 158 : le cavalier est 
d'une ala Thracorum ; le barbare est tombé sur le ventre tenant de la dr. 
son épée, de la g. son bouclier ovale à umbo losangique sur lequel il s'arc- 
boute). — Pour l'Italie, en dehors des urnes et sarcophages réunis par 
Bienkowbki, voir encore S. Reinach, Répertoire de Reliefs, III, p. 206, 260 
et 351. 



Éibliographie . 237 

quera pas. Le plus difficile est d'arriver à distinguer les Germains 
des Gaulois et des autres barbares ; des études récentes, comme 
celles de M. Fiscber sur leur coiffure et celles de M. Hoefler sur 
leur omatologie, qu'on a présentées plus haut aux. lecteurs, pourront 
faciliter cette tâche à laquelle le recueil de M. Schumacher, par sa 
riche illustration, aura beaucoup contribué. Ajoutons qu'il a inséré 
en appendice un très intéressant mémoire sur la Germanie de Tacite 
jugée au point de vue des découvertes archéologiques. En contrô- 
lant l'historien par ces découvertes, on s'aperçoit qu'il mérite toute 
confiance pour la région du Bas-Rhin où il s'appuie sur Pline qui 
fut préfet de cavalerie à Vetera, put suivre de près les expéditions 
de Pomponius et de Corbulon contre les Chauques et acheva son 
Histoire Naturelle comme légat de la Gaule Belgique en 74. Par 
contre, Pline ne connaissait que superficiellement le Haut-Rhin et le 
Danube et Tacite se ressent de cette moindre compétence de sa 
source pour ces régions. 

A. Reinach. 



CHRONIQUE 



Sommaire. — I . Sir Edward Anwyl nommé principal à Caerlleon sur 
Wysg. — IL Mort du Rev. Thomas Abbott, bibliothécaire de Trinity 
Collège. — III et IV. Travaux de M. P. Diverrés et de M lle Ella Vetter- 
mann. — V. Le tome IX de VEphemeris Epigraphica. — VI. 3 e édition 
de la Langue bretonne en quarante leçons, par M. F. Vallée. — VII. Suite 
des Notennou diwor boni ar Gelted Ko^. — VIII. bidogermanisches 
Jahrbuch, tome I. — IX. Rapport sur les progrès de la Welsh National 
Library de 1910 à 191 3 . — X. Rev. Paul Walsh, The Flight of the 
Earls. — XI. La Concise Old Irish Grammar de M. J. Pokorny. — 
XII. L'édition du Spurrell's Welsh-English Dictionary, par le Rev. 
J. Bodvan Anwyl. — XIII. School of Irish Learning. — XIV. Ouvrages 
reçus. 

I 

Un événement qui ne manquera pas de causer un vif étonne- 
ment, avec beaucoup de regrets, est le départ de sjr Edward Anwvl 
de PUniversity Collège d'Aberystwyth. Notre savant collabora- 
teur quitte la chaire qu'il occupait depuis vingt-deux ans pour aller, 
au mois d'octobre prochain, diriger le Training Collège de 
Caerlleon sur Wysg. C'est un poste de confiance; espérons que ce 
sera aussi un poste de loisir, et souhaitons que, débarrassé des 
soucis de l'enseignement, sir Edward puisse y consacrer de nom- 
breux moments à ses travaux personnels ; il y trouvera, pour l'ins- 
pirer, le souvenir d'Arthur, genius loci, et le désir de rendre à 
l'antique Isca Silurum un peu de sa splendeur et de son éclat pas- 
sés. 

Il 

Le journal Irish Times du 19 décembre 191 3 contient la notice 
suivante : 

We regret to announce the death of the Rev. Thomas Kingsmill 
Abbott, D. D., Litt. D., Senior Fellow and Librarian of Trinity 



Chronique. 239 

Collège, Dublin. Dr. Abbott died yesterday at bis résidence at Kil- 
linev. He bad attained the âge of 84 years, and ail his long life 
was devoted to the service of his University. 

Dr. Abbott belonged to the old type of Dublin University 
scholarship, which embraced many subjects, and embraced them 
ail thoroughly. He took his Fellowship in mathematics, but he 
was also a sound classical scholar, a profound metaphysician, and 
a theologian of wide learning and original thought. 

Thomas Kingsmill Abbott was born in Dublin on the 2éth 
ofMarch, 1829. At the âge of nineteen be obtained a classical 
scholar-ship in Trinity Collège... It was in 1854 that Dr. Abbott 
took his Fellowship... Fourteen years later he was appointed to 
the Chair of Moral Philosophy in the University of Dublin. He 
occupied that position with much distinction until 1872. In 187s 
he was elected to the more lucrative office of Professor of Biblical 
Greek, and he held this important Chair for thirteen years. From 
1879 to 1900 he was Professor of Hebrew. 

Dr. Abbott's extensive scholarship was widely recognised. His 
essays on the original texts of the Old and New Testaments were 
highly appreciated for their critical acumen, as were also his notes 
upon St. Paul'sEpistles to the Romans and Philippians. One of his 
earliest and most important publications was « Sight and Touch : 
an Attempt to disprove the Berkeleian Theory of Vision », wich 
appeared in 1864. In this clever work Dr. Abbott argues against 
the famous theory of his great precursor in metaphysical studiesin 
Trinity — namely, that matter is but the sum ofour sensations, that 
it exists for us only in so far as it is perceived by our sensés. It 
is not certain how far Dr. Abbott's treatise is to be taken as 
expressing his earnest convictions upon this abstruse question. 
Through much of his writing there ran a vein of humour which 
might not be perceived. His « Eléments of Logic », wich reached 
a third édition in 1895, i s now a text book in Trinity Collège. Dr. 
Abbott's versatility is shown by a list of some other of his works : 
« Elementary Theory of the Tides » (second édition, 1901), 
« Evangeliorum versio Antehieronymiana » (two vols., 1884), 
« Par Palimpsestorum Dublinensium » (1880), « Translation ol 
Kant's Theory of Ethics, with Memoir » (sixth édition, 1909), 
« Kant's Introduction to Logic » (1886), « Examples of Celtic 
Ornament from the Books of Kells and Durrow » (1892), « Do 
this in Remembrance of Me » (second édition, 1894), « Com- 
mentary on Ephesians and Colossians» (1897), and « Offer This » 
(1898). . 



j.|o Chronique. 

An important part of Dr. Abbott's work xor the University oi 
Dublin has yet to be mentioned. In 1887 this notable scholar suc- 
ceeded John Kells Ingram as Librarian ofTrinity Collège. For this 
position he was especially fitted, as his learning was of an ency- 
clopédie character. A great librarian in everv respect, he was 
careful in deciding what books were to be retained and what 
rejected, and he showed minute care and immense knowledge in 
the préparation of catalogues. It was he who was responsible for 
the public and spécial catalogues now in the Library, and also for 
the publication of a catalogue of its « Incunabula ». The ease with 
which students now gain admission to the Library is largely due 
to him. To ail persons who had occasion to consult him as Libra- 
rian, he was extremely courteous and obliging. 

III 

Nous apprenons que M. P. Diverrès, dont nous avons annoncé 
l'an dernier le doctorat d'Université (v. t. XXXIV, p. 349 et 453), 
fait cette année à l'Université de Liverpool un cours — non 
rétribué — de breton. 11 poursuit en même temps ses travaux sur la 
botanique galloise, à laquelle il se propose de comparer la bota- 
nique bretonne, comique et irlandaise. C'est un vaste et beau 
sujet, bien digne d'attirer à la fois le médecin et le poète, fàtb-liaig, 
qu'est M. P. Diverrès. 

IV 

On nous annonce en même temps qu'une élève de M. Windisch, 
M Ue Ella Vettermann, s'occupe de préparer une édition du frag- 
ment gallois sur Tristan ; elle doit utiliser pourcela tous les manus- 
crits existants, qui sont au nombre de sept. 



V 

La librairie Georg Reimer, de Berlin, a terminé en 191 3 un 
neuvième volume de YEphetneris Epigrapbica. Ce volume contient, 
pp. 509-690, une longue série d'addenda au tome VII du Corpus 
ïnscrîptionum Laliuarum, lequel est consacré, comme chacun sait, 
à la Grande-Bretagne. Le tome VII du Corpus, paru en 1873, 
était dû à Huebner : à trois reprises, en 1876, 1877 et 1879, le 
même Huebner publia dans YEpbemeris Epigrapbica (volumes III 



Chronique . 241 

et IV) des suppléments à son œuvre. Un quatrième supplément 
fut publié par M. Haverfield en 1889 (Ephem. Epigr., t. MI); et 
c'est également M. Haverfield qui est l'auteur du cinquième sup- 
plément que nous annonçons aujourd'hui. On y trouvera, avec 
d'abondantes corrections ou remarques résultant de nouvelles 
lectures d'inscriptions anciennement connues, un grand nombre 
d'inscriptions découvertes au cours des vingt-trois dernières années. 
M. Haverfield a donné comme terme à son travail d'enquête et de 
révision l'année 19 10, et l'ouvrage est daté de septembre 
1912. 

VI 

Il n'y a plus à recommander aux celtistes le petit livre de M. F. 
Vallée, la Langue bretonne en quarante leçons, dont deux éditions 
successives ont consacré le succès. Mais il convient d'annoncer à 
nos lecteurs qu'une troisième édition a paru en 191 2 à Saint- 
Biïeuc (Imprimerie Saint-Guillaume, 27, boulevard Charner; 217 
p. 8°; 3 fr.). 

L'ouvrage a de grands mérites pédagogiques. Il est bien fait 
pour familiariser les débutants avec les difficultés de la langue bre- 
tonne grâce aune progression sagement calculée. Dès le début il 
met le lecteur en présence de petites phrases, où sont appliquées 
les principales règles de la langue. L'apprentissage de la gram- 
maire se fait donc en même temps que celui du vocabulaire et de 
la syntaxe; c'est d'une méthode excellente. Au bout des quarante 
leçons, groupées en quatre parties, où l'auteur a enfermé sa 
matière, le lecteur est capable de s'exprimer en breton et d'en- 
tendre un texte écrit en cette langue ; il en connaît tous les 
secrets. 

M. Vallée est trop modeste quand il dit dans la préface que son 
travail n'a aucune prétention scientifique. C'est bien faire œuvre 
de science que d'appliquer à la description d'une langue vivante 
une méthode aussi précise et aussi ferme. Mais il y a plus. Quand 
la description est faite par un auteur qui possède jusqu'aux 
moindres détails le sentiment intime de la langue, elle a en soi, 
comme document, une grande valeur scientifique. C'est un système 
de faits justes et bien agencés ; c'est l'image même de la réalité. 
Aussi, le comparatiste qui voudra rattacher le breton aux autres 
langues celtiques trouvera dans le livre de M. Vallée un grand 
nombre de points de liaison. Il est intéressant de noter par exemple 
à la page 128 le tour breton bloai ar tregont « trente et un ans » 

Revue Celtique, XXXV. 16 



242 Chronique. 

(m. à ni. « an sur trente » sans exprimer « un »), qui a son exact 
pendant en vieil-irlandais (v. F. N. Robinson, Rev. Ceil., XXVI, 
378). Ce petit ouvrage sans prétention rendra de grands services à 
tous les celtistes. 

VII 

M. F. Vallée a un nom bardique, qui est en même temps un 
patronymique, Abhervé; et c'est de ce nom qu'il a signé, avec 
M. A. Le Roux (Meven Mordiern, pour les bardes) les Notennou 
diwar-benn ar Gelted Kox., istor hag sevenadur, dont nous avons 
parlé au tome précédent, p. 351. Cette collection se poursuit; elle 
vient de s'enrichir de trois nouvelles brochures, consacrées à la 
science et à l'enseignement (n° V), à la langue et à la littérature 
(n° VI), à l'art et à l'industrie (n° VII). Les éloges que nous avons 
décernés aux précédentes sont toujours de saison. Il y a dans ces 
modestes brochures beaucoup de science sous une forme claire et 
précise; c'est de la bonne vulgarisation. 

La bibliographie qui termine chacun des volumes montre que 
les auteurs sont bien au courant de la science et ont puisé aux 
meilleures sources. Ils ont consulté d'Arbois de Jubainville et 
Bertrand, Salomon Reinach et Jullian, Dottin et Déchelette. Cela 
ne veut pas dire qu'il n'y ait sur quelques points des critiques à 
leur adresser. Ils paraissent parfois trop enclins à conclure des 
Celtes du moyen âge aux anciens Celtes et à combler les lacunes 
de l'histoire des seconds par ce que nous savons des premiers. 
Ainsi, pour donner idée de l'enseignement des druides, ils rap- 
portent les conseils donnés par Cuchullin à son élève Lugaid 
Riabnderg dans le fameux récit irlandais intitulé Serglige Conculaind 
(//•. Texte, I, 213) ; ils ont bien soin de noter que Lugaid aurait 
été roi suprême d'Irlande en l'an 65 de notre ère ; il eût été à 
propos d'ajouter que le plus ancien manuscrit du Serglige Con- 
culaind est de la fin du xi e siècle. 

Un défaut plus grave est dans la façon dont sont transcrits les 
noms propres de personne du moyen âge irlandais. Ces noms 
figurent ici sous une forme vieux-celtique, ou prétendue telle : 
ainsi Cormac mac Airt est appelé Korbomaqos maqos Arti ; et 
Cuchullin, Se'tantios, à cause de son premier nom Setanta. De 
quel droit ces restitutions ? Elles sont d'autant plus choquantes que 
pour d'autres noms a été conservée la forme historique, voire 
même la plus récente. On lit p. 20 du fascicule V que Corbomaqos 
avait Tara comme résidence ; or Tara, c'est en moyen-irlandais 



Chronique. 243 

Temair, génitif Temrach. Au temps où l'on disait Corbomaqos, le 
nom de la ville avait une forme préhistorique, que les auteurs, 
non sans bonne raison, ont évité de reconstituer. C'est là une 
inconséquence. Voici maintenant une erreur. Lugaid est appelé 
Luguadis,à la page 14 du fascicule V. Or le génitif de Lugaid est 
Lugdech ; et la forme ancienne en est attestée sans doute sur une 
inscription ogamique qui porte Lugudeccas. Le prototype Liiguadis 
est donc invention pure. MM. A. Le Roux et Vallée feront bien de 
se méfier des prototypes : ils donnent p. 7 de leur fascicule V 
comme un des noms celtiques du corbeau le mot vêkos ; et ils 
enregistrent p. 45 du fascicule VII le mot cladibos comme nom de 
l'épée, d'où gladius, disent-ils, en latin. C'est une double erreur 
(v. pour le premier ci-dessus, p. 88) ; il eût mieux valu citer tout 
bonnement l'irlandais^?^, et legallois cleddyf dont la forme neprête 
pas à discussion. 

On alléguera que Liiguadis a été emprunté par les auteurs au 
Cours de littérature celtique de d'Arbois de Jubainville (t. V, p. 512) 
et que vêkos, cladibos sont conformes à la doctrine de Wh. Stokes. 
Il est bien de suivre l'enseignement des ancêtres. Même ce conseil 
fait partie des préceptes donnés par Cuchullin à Lugaid Riabnderg : 
bat seichmech riagla athardai, en breton : heuilh al le^ennou savet 
gant ar gourdadou. Mais cela n'exclut pas l'usage de la critique. 
L'ouvrage de MM. Le Roux et Vallée est composé avec beaucoup 
d'art. En matière scientifique, l'art est relativement aisé ; c'est la 
critique qui est difficile. 

VIII 

Il s'est constitué en 191 1 une Indogermanische Gesellschaft, 
destinée à établir des rapports plus étroits entre les linguistes qui 
dans tous les pays travaillent à l'étude comparative des langues 
indo-européennes. Le nombre des membres, qui ne manquera pas 
de s'accroître encore, atteint déjà le chiffre de 228, dont 34 
bibliothèques ou séminaires. Le bureau de la société comprend 
deux présidents (MM. Brugmann et Wackernagel) et deux secré- 
taires (MM. Streitberg et Thumb) ; il y a en outre un comité de 
direction de 29 membres, parmi lesquels figurent deux Fran- 
çais, MM. Meillet et Grammont. La cotisation annuelle est de 10 
Marks. La société publie un Iudogerinanisches Jahrbuch (chez 
Trùbner, à Strasbourg), destiné à compléter et dans une certaine 
mesure à remplacer Y Auieiger fur indogermanische Sprach und 
Altertumshinde, qui ne contient plus guère que des comptes rendus 



2.|.| Chronique. 

d'ouvrages. Le premier volume de Vlndogermanisches Jabrbuch, 
paru à la fin de 1913, porte la date de 1914. Il comprend trois 
parties essentielles : des exposés généraux, consacrés cette année 
au tokharien (par A. Meillet) et au nord-aryen (par H. Reichelt); 
une bibliographie générale de l'année précédente (19 12 dans le 
cas présent) où figurent naturellement les langues celtiques 
(p. 1 1 5-1 19) '; enfin des informations variées sur les événements 
intéressant la science et les savants. Des renseignements d'ordre 
administratif sur la constitution de la société terminent ce premier 
volume; en tête se trouve un beau portrait du professeur Leskien, 
l'illustre slavisant de Leipzig. 

Signalons aux éditeurs deux erreurs fâcheuses. Dans la liste 
des auteurs donnée p. 209, sont rangés deux Niedermann, pré- 
nommés respectivement M. et N. : il s'agit d'un seul et même lin- 
guiste, notre ami le professeur Max Niedermann, dont la person- 
nalité n'est pas dédoublée du fait qu'il enseigne à la fois à Neu- 
châtel et à Bàle. Pour conserver sans doute un total égal, le Jabr- 
buch supprime en revanche, p. 256, un autre linguiste, notre savant 
confrère et ami M. Maurice Grammont, devant le nom duquel 
figure sinistrement une croix funèbre. Nous avons plaisir à 
rassurer nos lecteurs : la santé de M. Grammont est excel- 
lente. 

IX 

La National Library of IVales, dont la Revue Celtique a naguère 
annoncé la fondation (t. XXX, p. 322) et l'inauguration (t. XXXII, 
p. 364) vient de publier un « Report of the Council on the Pro- 
gress of the Library from oct. 19:0 to oct. 191 3 » (Aberystwvth, 
19 1 3, 93 p. 8°). Les progrès ont été rapides, tant dans la cons- 
struçtion des bâtiments que dans l'aménagement des salles et 
l'installation des collections : « the first section of the buildings, 
comprising the Great Hall for readers and printed books, and a 
portion of the MSS. Department, is now in a forward state, and 
will be ready for occupation sometime in the year 1914 ». La 
seconde section comprendra « the completion ofthe MSS. Depart- 
ment and the block which comprises the Exhibition Galleries, the 
Department o( Prints, Drawing, Maps, etc., and on the lower 

1. Dans la bibliographie latine, p. 114, a été oublié un article sur « la 
langue des defixionum tabcllae de Johns Hopkins University », paru au 
tome XXXVI de la Revue de Philologie, p. 203-208. 



Chronique. 245 

floor the Department of duplicate books available for circulation ». 
La moitié environ des constructions projetées seront alors termi- 
nées. On en poursuivra l'achèvement peu à peu suivant les besoins 
et les ressources : « events hâve proved that the décision of the 
Council to provide buildings fora Library which cangrow to large 
dimensions was correct » (p. 7). Cette phrase renferme un 
enseignement fort sage; soumettons-le aux méditations de tous 
ceux qui construisent des bibliothèques. 

L'accroissement des collections résulte en partie de dons; 141 18 
numéros ont été ajoutés de cette façon au catalogue pendant les 
trois dernières années. Mais la ressource principale, qui est 
d'un prix inestimable, vient du Copyright Act du 15 décembre 
191 1, par lequel le Parlement anglais accordait à la Bibliothèque 
le droit de recevoir un exemplaire de toutes les publications 
parues dans le Royaume Uni à partir du I er juillet 1912; de ce 
fait la bibliothèque s'est accrue en seize mois de 36480 numé- 
ros. 

Le Report contient quelques notes sur les principales acquisi- 
tions de ces derniers temps, livres rares, éditions princeps, docu- 
ments originaux, etc. Quelques reproductions fort bien venues 
illustrent cette brochure qui témoigne du zèle éclairé de ceux qui 
ont la charge de la bibliothèque, et notamment de sir John 
Williams, président du Council, et de l'actif bibliothécaire, M. John 
Ballinger. 

X 

Nous avons reçu de M. Paul Walsh le début d'une publication 
qui offre un vif intérêt. Il s'agit d'un récit historique que M. Walsh 
intitule The Fligbt of the earls et qui se rapporte à des événements 
de l'année 1607. A cette date, Tadhg O Cianâin, chroniqueur de la 
famille des Maguidhir d'Ulster, accompagna le comte irlandais 
Aodh O'Neill dans sa fuite hors d'Irlande. Deux ans plus tard 
environ il consigna par écrit le récit de cette fuite et des pérégrina- 
tions qui s'ensuivirent. Le commencement de son récit est con- 
tenu dans un manuscrit de 150 pages conservé à la Biblio- 
thèque des Franciscains de Dublin. Le reste est perdu. M. Paul 
Walsh se propose de publier tout ce que contient le manuscrit en 
question. Ce qu'il en donne jusqu'ici forme une brochure de 
80 pages 8° publiée en supplément à Y Archivium Hibernicum, 
t. IL 

On y voit comment Aodh O'Neill, comte de Tyrone, quitta 



246 Chronique. 

l'Irlande à Raith Maolain (Rathmullen, Co. Donegal) le 14 sep- 
tembre 1607 sur un bateau français, accompagné d'un certain 
nombre de gentilshommes, parmi lesquels le comte de Tyrconnell, 
avec l'intention de se rendre en Espagne. Après mille péripéties, 
et au prix de cruellesangoisses causées par la tempête ou la crainte 
de rencontrer des vaisseaux anglais, ils arrivèrent à l'embouchure 
de la Seine, et débarquèrent à Quillebceuf, le 4 octobre. Il était 
temps. Les provisions étaient épuisées : il ne restait à bord, pour 
les 91 personnes contenues dans le bateau, que cinq « gal- 
lons » de bière (environ 23 litres) et moins d'un baril d'eau. 
Tandis que les chefs de l'expédition se rendaient à Lisieux auprès 
du gouverneur de Normandie, Henry de Montpensier, le' reste de 
la troupe remontait la Seine jusqu'à Rouen, triste voyage où 
un violent mascaret leur causa une terreur plus forte que les tem- 
pêtes de la mer (v. § ix, p. 21). Passons sur les épisodes qui 
suivirent : après des démarches auprès du roi de France ils 
obtinrent libre passage, malgré les instances de l'ambassadeur 
d'Angleterre, sir George Çarew, qui les poursuivait sans merci ; 
mais on leur impose de gagner l'Espagne par les Flandres, alors 
espagnoles ; ils quittent Rouen le 1 5 octobre ; passent à La 
Boissière, Neufchâtel, Aumale, Poix, Amiens, et arrivent à Arras, 
alors en territoire espagnol. De là ils gagnent Douai, Tournas* , 
Nivelles, Bruxelles, où on les reçoit avec grand honneur, Louvain 
enfin, où ils sont retenus pendant plusieurs mois et d'où ils ne 
partent que le 28 février 1608 pour gagner l'Espagne; le morceau 
s'arrête au moment où, après un arrêt à Nancy, ils viennent de 
traverser Lunéville et Saint-Dié. 

Il y a dans ce récit nombre de détails intéressants. Le narrateur 
nous communique ses impressions sur les lieux qu'il traverse. 
Il note que la région de Rouen est « le pays le plus plat, le mieux 
cultivé et le plus fertile qu'il ait vu depuis son départ d'Irlande ». 
II fait de la ville une belle description, ne manquant pas de signaler 
la vue superbe qu'on a de la colline qui la domine ; il 
remarque p. 27, le pouvoir qu'y exerce la religion catholique 
(bûi in creidemh catoilce 7 comachta na beguilsi naoimhe go rooirrderc 
rolàidir a Rodbân « the Catholic Faith and power oftheholyChurch 
was conspicuous and strong in Rouen »). Il estime qu'Arras est 
une plus grande et plus belle ville qu'Amiens (p. 33) et rapporte 
le fameux miracle de la Sainte-Chandelle ; il décrit Douai (p. 37), 
« vaste capitale aux maisons laides, exception faite des collèges » ; 
enfin il s'arrête longuement sur le sanctuaire de Notre-Dame de 
Hal (p. 49-53)- 



Chronique. 247 

Le récit de Tadhg O'Cianâin n'est pas sans intérêt pour la topo- 
nomastique. Il a transcrit les noms des villes qu'il traversait tels 
qu'il les entendait prononcer. Voici un exemple qui prouve que 
ses transcriptions sont, parfois au moins, fidèles et instruc- 
tives. 

Pour aller de Louvain à Nancy, nos voyageurs passèrent natu- 
rellement par Namur, Bastogne, Arlon et Pont-à Mousson ; avant 
d'arriver à cette dernière ville, le narrateur mentionne comme 
étapes Feilirs, Countflaune et Malatur. Le premier nom et le second 
sont du premier coup identifiables. L'un est Fillières, dans le 
canton actuel de Longwy; l'autre est Conflans, chef-lieu de 
canton de l'arrondissement de Briey, et « fort jolie ville » (baile 
roidhess), dit le texte. 

Mais M. Paul Walsh ne sait que faire de Malatur ; il déclare 
avoir cherché en vain à l'identifier sur la carte. C'est qu'il n'a pas 
bien cherché; car il s'agit d'un nom très connu, qui n'est même 
hélas! que trop connu. C'est évidemment Mars-la-Tour, prononcé 
aujourd'hui dans le pays Ma-lai-tô, ' et écrit souvent Malatour dans 
les siècles passés (Malhtour au xv e s., Malatour en 1447, Maletour 
et Malhtour en 1635, d'après de Bouteiller, Dictionnaire topogra- 
phique du département de la Moselle, p. 161). La sifflante finale du 
nom officiel est postiche, comme dans le nom de lieu Cinq-Mars, 
pour un ancien Saint-Mard (= S an dus Medardus). La liquide r se 
se trouvait donc en contact avec la liquide /, c'est-à-dire dans une 
position où elle devait facilement s'amuir. Sur les cartes un peu 
anciennes de la région de Fontainebleau, et notamment dans 
l'Atlas de la généralité de Paris de 1763, sur la carte de l'élection 
de Melun, le nom du hameau de Marlotte est écrit Malotte. Les 
gens du pays prononcent aujourd'hui Marlotte avec un a 
long très ouvert, après lequel il subsiste assez peu de chose de la 
liquide. 

XI 

Nous avons analysé, au fur et à mesure de sa publication dans 
The Celtic Review, la Concise Old-Irish Grammar de notre collabor 
rateur M.julius Pokorny (v. Rev. Cell., t. XXXIV, p. 101 et 237, 
et ci-dessus p. 126). Avant que la publication ne soit achevée, 
l'ouvrage paraît en volume, au prix de 5 sh. à Dublin, chez 
Hodges, Figgis and Co., et au prix de 5 M. à Halle, chez 
M-. Niemeyer. Le dernier cahier de The Celtic Revieiv (n° 35 ; 
v. ci-dessous, p. 261) se termine sur le paragraphe 176 de la 



248 Chronique. 

Grammar, qui correspond à la page 89 du tirage à part. Comme 
ce dernier comprend en tout 124 pages, on voit que plus 
des deux tiers en ont déjà paru dans The Celtic Rcview. 

L'impression d'ensemble est bonne. La doctrine est claire, pré- 
cise, suffisamment simplifiée pour être abordable aux débutants. 
Nous avons déjà reproché à M. Pokorny de mêler à son exposé 
trop de préceltique et trop d'indo-européen. Le reproche sub- 
siste. Une grammaire du vieil-irlandais, pour être pratique et ser- 
vir d'introduction à la lecture des textes, doit être avant tout des- 
criptive et ne contenir de comparaison qu'autant qu'il en faut 
pour éclairer les formes et les imposer plus sûrement à la mémoire. 
A cet égard, l'excellente Introduction to Early Wélsh du regretté 
Strachan pouvait servir d'exemple et de modèle. Comme la 
reconstitution du préceltique, sans parler de l'indo-européen, n'a 
jamais qu'une valeur hypothétique et varie d'ailleurs suivant les 
écoles et les systèmes, il y a dans la Gramtnar de M. Pokornv bien 
des détails contestables sur lesquels un linguiste aurait à critiquer. 
Il est juste d'ajouter cependant que M. Pokorny s'en tient d'ordi- 
naire à la doctrine de M. Thurneysen et par suite qu'on trouvera 
en général dans le Handbucb de ce dernier les éclaircissements 
nécessaires. Néanmoins nous persistons à croire qu'il eût mieux 
valu bannir franchement la plupart des formes reconstituées qui 
encombrent sans profit cette Concise Gramtnar. Il y a en revanche 
de surprenantes lacunes. M. Pokorny suit le vieil errement qui con- 
siste à voir dans la phonétique et dans la flexion des mots le tout 
d'une grammaire. Sa phonétique occupe la moitié du livre; l'autre 
moitié est remplie par l'« accidence ». C'est-à-dire que nous ne 
trouvons dans son livre aucun renseignement ni sur la dérivation 
des noms et des verbes, ni sur l'emploi des formes, ni sur l'ordre 
des mots et la constitution de la phrase. Tout cela fait pourtant 
partie intégrante de la description d'une langue. M. Pokorny pou- 
vait sacrifier sans inconvénient quelques détails de graphie ou de 
prononciation au profit d'exposés aussi indispensables que ceux 
dont nous regrettons l'absence. Ht c'était là pour lui le moyen de 
se distinguer davantage de ses modèles — M. Thurneysen et John 
Strachan — et de faire plus nettement encore, comme il le dit 
p. 2,« his own way ». 

Xll 

Tout ceux qui ont eu à lire peu ou prou de gallois ont utilisé le 
dictionnaire gallois-anglais de William Spurell, qui est entre tous 



Chronique. 249 

le plus pratique, le moins coûteux, et, sous un petit format, le plus 
complet. La première édition en remonte à 1848 ; il y en eut une 
seconde en 1859, une troisième en 1866, une quatrième enfin en 
1889, toujours sous la signature William Spurrell, qui est en 
même temps la raison sociale de la maison d'édition, à Carmarthen. 
Une cinquième édition du Spurrell's Welsh-English Dictionary 
vient de paraître (Carmarthen, 1914 ; xij-246 p. 8°, 2 sh. 6 d.). 
Elle a été préparée par les soins du Rev. J. Bodvan Anwyl, un 
poète apprécié, qui s'est entouré de l'assistance de plusieurs philo- 
logues, parmi lesquels son frère, sir Edward Anwyl, notre savant 
collaborateur. 

Cette édition a été complètement revue et refondue. -Parmi les 
améliorations pratiques qu'elle présente, signalons l'emploi du carac- 
tère gras pour la graphie des mots gallois. Ceux-ci se détachent 
nettement des traductions anglaises, et «c'est une commodité de 
plus pour le lecteur. Il y a çà et là quelques références ; ce sont 
des références à des passages bibliques. M. Bodvan Anwyl s'en 
explique dans la préface, p. jx : il a jugé utile de permettre à ses 
lecteurs de contrôler avec précision la valeur des mots dans le texte 
qui est le plus familier aux Gallois et dont ils se nourrissent depuis 
leur enfance, celui de la Bible. Sur l'orthographe, sur les principes 
de la définition et de la succession des sens, on consultera les obser- 
vations présentées par M. Bodvan Anwyl ; elles sont fort judi- 
cieuses et méritent d'être pleinement approuvées. 

La principale difficulté était dans le choix des mots à admettre 
dans le dictionnaire. L'auteur a scrupuleusement écarté tous les 
mots qui ne sont pas attestés dans l'usage et qui n'ont qu'une valeur 
de mots de lexique, comme il y en a dans le Dictionnaire d'Owen 
Pughe, par exemple ». Le travail de M. Bodvan Anwyl peut servir par 
suite à tous les philologues et comparatistes, soucieux de connaître 
exactement les ressources du vocabulaire gallois. Il est assez com- 
plet d'autre part pour permettre l'interprétation de textes même 

1. Ainsi, le mot mebydd « bachelor » a été rayé de la liste ; mais il a 
échappé à l'auteur que M. Loth a établi pour ce mot le sens de « professeur » 
(v. Rev. Celt., XXXII, 424). — On sait que le gallois courant emploie un- 
nombre considérable de mots, notamment de verbes, empruntés à l'anglais 
(v. par exemple Rev. Celt., XXXII, 212); M. Bodvan Anwyl paraît en 
avoir tenu peu de compte ; il a eu raison, car le compte de ces mots, qui 
s'introduisent librement au gré de ceux qui parlent, est impossible à effectuer. 
Mais la mesure était malaisée à fixer; des mots comme llekio, tentio, qui 
manquent à la liste, avaient autant de droit d'y figurer, semble-t-il, que pasio 
ou teinlio, qui ont eu l'honneur d'v être admis. 



250 Chronique. 

archaïques de la litérature galloise: car on y a fait place à des mots 
anciens, sortis de l'usage, en les désignant seulement d'un signe spécial 
pour les distinguer des mots usités aujourd'hui. C'est donc un grand 
service que l'auteur rend à son pays et à sa langue: grâce à lui, 
l'accès aux œuvres poétiques est facilité, et les savants du continent 
qui voudront aborder la lecture de collections comme les Caniadau 
Cymru ouïes Cywyddau Cymru seront à même d'en saisir aisément 
et sûrement le sens. Ce petit dictionnaire peut être chaleureusement 
recommandé à la fois aux philologues et aux lettrés. 



XIII 

Nous recevons le prospectus suivant de la School of Irish Lear- 
ning, 122 a St. Stephen's Green, Dublin. 

Session 1914. August 10 th. to 28 th. 
Course 

BY 

Professor Osborn Bergix 

ON 

EARLY MODERN IRISH 

particularly Bardic Poetry, 

its Language, Mètres, and Style. 

Professor Bergin will lecture for two hours daily, Saturday excep- 
ted, on the abovesubject, beginning Monday, August 10 th. 

Spécimens of the various styles of Bardic Poetry will be read and 
explained in class. 

Application to attend must be made to the undersigned before 
Frîday, August 7 th. The fee for the Course is €.1, payable in 
advance. 

R. I. Best 
Hou. Secretary. 

XIV 

Nous avons reçu de l'éditeur Constable, à Londres : 
John Millington Synge and the Irish théâtre, by Maurice Bour- 
geois, xv-338 p. 8° 7 s. 6 d. 

Nous rendrons compte ultérieurement de cet ouvrage, ainsi 
que de la brochure suivante, qui s'ajoute aux travaux intéressants de 
M. Feist : 






Chronique. 251 

Indogermanen und Germanen, von S. Feist, Halle, Niemeyer, 
1914, 76 p. 8°. 

Sont également parvenus à la rédaction de la Revue Celtique les 
ouvrages suivants : 

George Coffey, The Bronze âge in Ireland. Dublin, Hodges, 
Figgisand Co. 191 3. xi-107 p. 8°, 6 sh. 

Kuno Meyer, Ueberdieâlteste irische Dichtung, II, Berlin, 1914. 

J. Vendryes. 



PÉRIODIQUES 



Sommaire. — I. Zeitschrift fur vergleichende Sprachforschung. — II. 
Sitzungsberichte der kôn. preuss. Akademie der Wissenschaften. — III. 
Ecclesiastical Review. — IV. Rocznik Slawistyczny . — V. Eriu. — VI. 
The Celtic Review. — VII. Gadelica. — VIII. Revue des traditions 
populaires. — IX. Folklore. — X. Romania. — XI. Analecta Bollan- 
diana. — XII. Bulletin du Musée historique de Mulhouse. —XIII. Mit- 
theilungen der praehistorischen Kommission der kais. Akademie der 
Wissenschaften. — XIV. Revue historique vaudoise. — XV. Revue du 
Bas-Poitou. — XVI. Beitrage zur Anthropologie und Urgeschichte 
Bayerns. — XVII. Bericht der rômisch-germanischen Kommission. — 
XVIII. Bibliothèque Pro Alesia. — XIX. Journal of the Royal Society 
of Antiquaries of Ireland. — XX. Boletin delà Real Academia de la 
Historia. 

I 

M. Hessen, qui a décidément repris son prénom Hans (v. Rev. 
Celt., XXXIII, p. 470), publie dans la Zeitschrift fur yerglei- 
chende Sprachforschung, t. XLVI, p. 1-24, des Beitrage \ur 
altirischen Grammatik, où il y a d'excellentes choses. Dans un pre- 
mier morceau, eiu Fall von Dissimilation im Altirischen, l'auteur 
montre que le choix entre les deux formes de la particule renfor- 
çante démonstrative son et on dépend en vieil-irlandais d'un fait de 
phonétique syntactique : on a toujours on quand la particule est 
précédée d'une autre particule renforçante commençant par une 
s; ainsi atbeirsom on « il dit cela » Wb. 27 c 18. Dans le manuscrit 
de Milan, la règle est absolue ; dans celui de Wùrzburg, elle ne 
souffre qu'une seule exception : sech cotaneccarsa son «bien que je le 
puisse », 14 c 40. En revanche, il n'y a rien à tirer du manuscrit 
de Saint-Gall, où la forme on n'est en tout attestée que quatre fois 
en regard de plus de quatre-vingts exemples de son. Le second 
morceau, die postverbale Lenierung im altirischen, a une importance 
plus grande encore. On sait que dans les textes les plus récents 
du vieil-irlandais (Ml. et Sg.) se rencontre un procédé syntaxique 



Périodiques. 255 

qui consiste dans l'aspiration du sujet ou du régime après le verbe. 
Ceprocédéest inconnu à l'homélie'de Cambrai et, à trois exceptions 
près, aux gloses de Wùrzburg. D'autre part, on ne le rencontre 
pas, même dans des textes plus récents, quand il s'agit de locu- 
tions consacrées et en quelque sorte stéréotypées : ainsi arco juin 
« je demande pardon » (Sait. 2081) ou armuiniur feid « je rends 
hommage » (Ml. 36 a i8 a , 51 d 20, 61 a 11, 90 a 1, 124 c ié) 
s'emploient sans aspiration du régime. Enfin, il y a beaucoup de 
cas, dans Ml. ou dans Sg., où l'aspiration ne se produit pas. Un 
des premiers mérites du travail de M. Hessen est d'avoir fait le 
relevé de ces cas négatifs, très importants pour l'interprétation du 
phénomène et qui avaient été jusqu'ici négligés. Il n'est pas dou- 
teux que nous ayons affaire à un développement secondaire et 
analogique. Reste à déterminer le point de départ de l'analogie. 
M. Pedersen avait pensé au verbe copule, après lequel en effet 
l'aspiration est de règle en certains cas. Mais le verbe copule ne 
suffit pas à expliquer tout. Et M. Hessen a eu bien raison de cher- 
cher autre chose. Ce qu'il a trouvé est fort ingénieux. Il suppose 
que l'usage est parti du substantif verbal après lequel à certains 
cas le mot suivant est normalement aspiré. Ainsi, on aurait dit 
dobiur chomairli << je donne conseil » d'après do tabairî chomairîe 
« à donner conseil » (Ml. 23 b 1 2), ro céss christ « le Christ a souf- 
fert » d'après du chesad christ « à la souffrance du Christ » (Ml. 44 
b 2) et même fritcurethar cheill « qui lui rend un culte » (Ml. 41 
d 10) d'après recht frecoir cheill « le droit dé cultiver » (Sg. 35 a 
11), où cèill est un datif. 

Dans le même cahier de la Zeitschrift, M. J. Pokornv publie, 
p. 150 et suiw, des Keltische Etxmologieu, dont quelques-unes sont 
plausibles. Il explique l'irlandais adaim « j'entends » par *pjdomi 
(cf. lat. patrâre, v. angl. fatian, ail. fassen): le gallois annwfn 
« autre-monde » comme le « non-monde » (cf. v. isl. ùt-gardr) ; 
l'irlandais deu « habile, fort » par *dveno-, cf. lat. bonus ; l'irlandais 
ftann « sang » par *vlsnos, cf. lat. uulnus ; l'irlandais indlàidi « il 
se vante » par *ind-blâidi (cf. z l \-r [ oiw « je bavarde ») ; l'irlandais 
réil « clair » comme un postverbal de réhim, emprunté au latin 
reuëlâre, conformément aune ancienne hypothèse de M. Thurney- 
sen et contrairement à l'opinion de M. Pedersen ; l'irlandais Jcir 
« visible » par *hg-ro- (cf. v. angl. lôcian, angl. look); l'irlandais 
rù(a)e « héros » par *reu-yo- (lat. ruô, skr. rijôti, gr. opvuiju, ôpo'Jco, 
etc.) ; l'irlandais tairthim « chute » par *to-are-tud-mn (cf. doluit 
« il tombe » et lat. tundo). 

Enfin, p. 155-159, le même M. Pokornv étudie les Irische Per- 



2 5-( Périodiques. 

sonennamen auf -le und -re . Ce sont les mots du type Coulae, ou 
Cathrae : le suffixe -le représenterait un élément *-valyo- et le suf- 
fixe -re un élément *-var\o- ou *-voryo- (cf. -verjar en vieil-islan- 
dais). 

II 
M. Kuno Meyer continue dans les Sitzcxgsberichte der kôni- 

GLICH PREUSSISCHEN AKADEMIE DER WlSSENSCHAFTEX (i 9 I 3,11 e XL1X, 

p. 950-959) ses études %ur keltiscben JFortkiiiide (IV). En voici le 
détail : 59. L'hypothèse de M. Pedersen que les noms d'agent en -em 
supposent -yam- à l'origine est confirmée par l'ogamique VLA- 
TIAMI = Flaithim et par le nominatif fôidiam dans l'Amra Cho- 
luimb Chille, § 15 (R. Celt., XX, 162). — 60. acerkh f. « domaine» 
Sait. 5188 est un composé de crich, comme cocrich. — 61. accal f. 
« bon courage » de ad -\- gai, également connu par le Saltair na 
Rann, 3547. — 62. gaul. Corobilium, auj. Corbeil (Marne), a un 
répondant dans le nom de lieu irlandais Corr-bile, dont le sens est 
« arbre impair, c'est-à-dire isolé ». — 63. irl. cadla « cordage » est 
un terme nautique emprunté au Scandinave kadali, pi. kadlar. — 
64. Le correspondant de l'irlandais loug-phort « Schiffslager, befes- 
tigtes Lager » existe en Ecosse dans le nom Loncarty, Luncarty 
(Perthshire). — 65. irl. fàenic f. « phénix », emprunt latin. — 66. 
irl. Beini-chor, gall. Bau-gor « Reihe von Spitzen ». — 67. Le nom 
irlandais de la Grande-Bretagne,^//^', semble à l'origine un indé- 
clinable emprunté de Albion; plus tard il a pris la flexion du 
nom féminin Minuit. — 68. Le passage de ;/;/ palatal à tig, carac- 
téristique du dialecte actuel du Munster, est déjà attesté dans 
quelques, anciens manuscrits provenant de cette région. — 69. Le 
suffixe de noms de personne -irne est tiré des noms comme Dai- 
gerne (de daiger) ou Lassinie (de lassir), mots en -ir combinés avec 
le suffixe -;/<'. — 70. Il faut joindre aux mots de la terminologie 
grammaticale cumtach « constructio », gnelhech « actif », cèstach 
« passif». — 71. Exemples du mot crédem f. « fait de ronger ». — 
72-73. On a le correspondant du gaulois Congimia, nom de 
femme, dans l'irlandais Congenn et celui du gaulois Virocantus, 
nom d'homme, dans le gallois Gwrcant et l'irlandais Ferchéte (Z. 
/. celt. Pbil., . VIII, 316, 30), de *Virocantios. — 74. v. irl. riched 
n. « ciel », dont l'î est long, remonterait à *~rïgo-sedo-n « séjour 
royal », cf. gall. sedd, v. isl. setr. — 75. Corrections à la i re livrai- 
son du Dictionarv of the Irish langua^e de M. C. Marstrander en 
ce qui concerne les noms propres. — 76. V. irl. rétaire « lecteur » 



Périodiques. 255 

est un terme liturgique emprunté au vieil-anglais rœdere, avec 
influence du suffixe -aire (de lat. -ârius). 



III 



L'Ecclesiastical Review de Philadelphie publie dans son 
numéro de décembre 19 1 3 , pp. 663-673, un article signé George 
Metlake et daté de Cologne, Germany, sur Saint Columban and the 
peniteniial discipline. Le célèbre missionnaire irlandais ne limita pas 
son apostolat aux établissements monastiques placés sous son auto- 
rité; il l'étendit au dehors et dirigea la conscience de tous ceux qui 
faisaient appel à ses conseils. Ce rôle de directeur de conscience 
étant surtout un rôle disciplinaire, il est intéressant de savoir quelles 
règles suivait Colomban dans l'admistration du sacrement de 
pénitence. Nous avons pour cela un document précieux, la lettre 
que le fondateur de Luxeuil adressa au pape Grégoire le Grand. Il y 
avait en effet sur ce point plusieurs traditions contradictoires. 
M. Metlake étudie d'abord au début de son travail quelles diffé- 
rences subsistaient entre l'église d'Irlande et celles du continent au 
sujet de la « penitential discipline ». Son objet est de montrer 
comment Colomban, installé à Luxeuil et ayant affaire par 
conséquent à des Gallo-romains, conserva cependant les tradi- 
tions qu'il apportait d'Irlande et qu'il devait sans doute à Gildas et 
à Finnian. Le premier pénitentiel irlandais est celui qu'on attribue 
à saint Finnian de Magh Bile (auj. Moville, Co. Down)qui mourut 
en 588 ou 589. Finnian était un ami de Comgall, qui fut le maître 
de Colomban ; c'est de Comgall qu'est la règle dont Strachan a 
publié le texte dans Ériu, t. I, p. 192 et suiv. M. Kuno Meyer, 
dans les Anecdota from lrish MSS., vol. III, p. 8, a publié sur le 
même Comgall un court récit plein d'humour. On retrouve son 
influence dans le pénitentiel de saint Colomban, bien que le texte de 
celui-ci ne nous soit pas parvenu sous sa forme primitive. Les péna- 
lités sont extrêmement rigoureuses, subordonnées naturellement à 
la condition sociale des coupables; ainsi pour une même faute, les 
prêtres sont punis plus sévèrement que les diacres, les diacres que 
les clercs et ceux-ci que les simples laïques. Deux détails du péni- 
tentiel de saint Colomban portent la date de l'époque où vivait le 
saint. L'un est relatif aux pratiques païennes et idolâtres qui se 
perpétuaient encore au vn e s. de notre ère dans une partie du ter- 
ritoire des anciens Séquanes, aux environs même de Luxeuil. 



256 Périodiques. 

L'autre concerne l'hérésie Bonosienne ou Photinienne ', qui 
remontait à trois siècles, mais conservait des adeptes dans le sud 
de la Gaule et en Bourgogne. Saint Colomban usa naturellement 
d'une grande sévérité pour préserver ses ouailles de ces deux dan- 
gers spirituels. La discipline de saint Colomban donna de si heu- 
reux résultats, que les évèques Francs en adoptèrent l'esprit et la 
méthode au synodede Chalon-sur-Saône (vers 650). Cela démontre 
mieux que tout l'influence acquise par le grand apôtre irlandais. 

IV 

Nous avons tenu nos lecteurs au courant des théories soutenues 
par M. A. Schachmatov sur les anciennes relations des Slaves et 
des Celtes et sur la présence de ces derniers aux bords de la Bal- 
tique, dans les bassins de la Duna et du Memel (v. Rev. Celtique, 
t. XXXII, p. 504 et t. XXXIII, p. 391). Les Vendes (OùeveSoct de 
Ptolémée) seraient tout simplement des Celtes, et aussi les Estes, 
dont la langue, au dire de Tacite, se rapprochait de celle des Bre- 
tons (Aeslu... quibus... lingua Britannicae propior, Germ. 45). Ces 
théories, qui ne sont d'ailleurs pas nouvelles 2 , n'ont pas manqué 
de provoquer des discussions de la part des slavisants. Dans le 
tome VI [1913] du Roczkik Slawistycxny (Revue Slavistique, 
publiée à Cracovie), p. 172-214, M. Max Vasmer prend longuement 
à parti M. Schachmatov et lui oppose une série d'arguments qui 
rejoignent et fortifient ceux qui ont été présentés ici même dans les 
comptes rendus précités. M. Vasmer ne croit pas à la celticité du 

1. Pliotin, évêque de Sirmium (en 342) et Bonose, évêque de Sardique 
(vers 380) niaient la virginité de Marie et contestaient par suite la divinité 
du Christ. Photin condamné au concile de Sirmium (en 351) mourut en 
exil vers 366. Bonose fut frappé d'interdit au concile de Capoue (389 ou 
390). 

2. Déjà en 1881, comme le rappelle M. Buga dans l'article analysé plus 
loin, la celticité des Estes avait été soutenue par Keltsch (Nationalitài der 
Aisten und Preussen, dans V Altpreussische Monatsschrift, XVIII, 538-605). 
Keltsch allait jusqu'à dire que « presque tous les noms de fleuves et de 
ruisseaux de Prusse sont encore aujourd'hui celtiques ». Sept ans aupara- 
vant, Pierson avait publié dans la Zeilsehrift fur preussische Geschichte und 
Landeskunde, t. XI [1874], p. 755-760 un article sur les Spuren des celtischen 
in der altpreussischen Sprache ; il v présentait les Estes comme d'origine cel- 
tique et expliquait leur langue comme une « Mischsprache » ; quant au 
vieux-prussien, il y avait découvert 78 mots qu'il tenait pour des emprunts 
au celtique. 



Périodiques. 257 

nom des Vendes (p. 190); il estime que les prétendues correspon- 
dances de vocabulaire établies par M. Schachmatov sont insuffi- 
santes à prouver que les Vendes fussent des Celtes (p. 192); il 
écarte l'hypothèse de mots celtiques empruntés par les Slaves 
(p. 199), et enfin, en ce qui concerne la toponomastique, il con- 
damne les rapprochements proposés par M. Schachmatov (p. 206). 
Après cette critique très poussée, soutenue d'une érudition très 
riche, il ne reste pas grand' chose des théories de ce dernier. 

Déjà dans le même tome du Roc^nik, p. 1-38, M. Kasimir Buga, 
s'inspirant des travaux de M. Schachmatov, avait publié les résul- 
tats d'une enquête personnelle sur la question : Kami man Kelten- 
spuren au] baltischem Gebiet nachweiseu} Les conclusions en sont 
nettement d'accord avec les critiques de M. Vasmer. M. Buga ne 
croit pas non plus que les Vendes fussent des Celtes, et la phrase 
de Tacite sur les Estes lui paraît signifier seulement que la langue 
de ce peuple ressemblait plutôt à une langue celtique qu'à une 
langue germanique. Si ce n'est pas là l'expression d'un sentiment 
superficiel, analogue à celui qui ferait juger sur de vagues appa- 
rences le breton armoricain plus rapproché de l'allemand que du 
français, ce peut être le résultat d'une observation très exacte. Les 
langues baltiques possédaient, au temps de Tacite, la double série 
des occlusives, sourdes et sonores, représentées à ce moment déjà 
en germanique par des spirantes et des occlusives sourdes. Ce qui 
revient à dire que la différence était dans l'existence d'occlusives 
sonores en baltique et de spirantes en germanique ; sans compter 
que les occlusives sourdes n'étaient peut-être pas de même nature 
dans les deux langues. Le système des occlusives devait en revanche 
être le même en celtique et en baltique. Cela permet d'expliquer 
la phrase de Tacite, sans conclure à la celticité de la langue des 
Estes. 

M. Buga a repris un à un tous les noms de fleuves et de lieux 
que M. Schachmatov considère comme d'origine celtique; il en 
donne la liste, qui est longue, en y ajoutant ses critiques. Aucun 
nom ne lui paraît résister à l'examen, sauf un, celui de la Vistule, 
Viscla chez Jordanes, plus tard IFixla et Wisla. Seul, le nom de 
la Vistule paraît « exclusivement celtique », dit-il, p. 4 ; il est vrai 
que p. 28 cette celticité ne lui semble plus que « vraisemblable ». 
Sur quoi repose-t-elle ? si j'ai bien compris, sur ce fait historique, 
que le bassin inférieur de la Vistule n'a été occupé qu'assez tard 
par les populations baltiques, postérieurement en tout cas à 
l'époque de Tacite et de Ptolémée. Mais pourquoi le mot *Vistla 
serait-il celtique? Y a-t-il donc en celtique des noms de fleuves 

Revue Celtique, XXXV. 17 



258 Périodiques. 

analogues ? La Weser que cite M. Holder (t. III, col. 407) a pour 
nom ancien Visurgis, dont le sens, comme l'origine, est inconnu ; 
et le nom de Vè\eronce que d'Arbois de Jubainville expliquait par un 
prototype ligure Fisuroulio- est un nom de lieu, mais pas un nom 
de fleuve (dans le canton de Morestel, Isère). C'est tout à fait arbi- 
trairement que M. Holder rattache tous ces mots à une prétendue 
racine *ueis- « couler ». Cette racine n'est pas plus attestée en cel- 
tique qu'en germanique, en grec ou en latin. On en fait sortir 
l'irlandais /;' « poison » qui est le même mot que le latin ulrus, le 
grec to; et paraît tiré d'un thème racine, représenté par le sanskrit 
vit « excrément », d'où dérive aussi le gallois givyar qui ne désigne 
que du sang, et notamment du sang figé, corrompu. Mais tous ces 
mots, en y joignant même le nom propre gallois Gwy, nom du 
fleuve Wye, justifient-ils l'hypothèse d'une racine celtique *ueis- 
« couler » ? Absolument pas. Et même si cette racine était attestée, 
s'ensuivrait-il que le nom de la Vistule en fût sorti ? Il ne faut pas 
oublier que les noms de fleuve sont en général l'élément le plus 
archaïque de l'onomastique, et se renouvellent plus difficilement que 
tout autre. En Gaule, c'est une minorité de fleuves qui portent 
des noms celtiques. L'énumération de noms comme Elaucr, Icauna, 
Liger, Arar, Sonconna, Samara, Mal roua, Sequana, Ledits et tant 
d'autres qui s'expliquent mal ou même pas du tout par le celtique, 
est à cet égard bien instructive. Il faudrait nous dire pourquoi des 
noms celtiques de fleuve se seraient justement conservés sur les 
bords de la Baltique, où les Celtes, s'ils y sont venus, n'ont jamais 
fait qu'un séjour éphémère. M. Buga relève lui-même, p. 29, sur 
le domaine baltique huit noms de fleuve qui présentent un radical 
Vas- ou Veis-, N'est-ce pas une raison pour chercher ailleurs 
qu'en celtique l'origine du nom de la Vistule ? 

V 

Le premier cahier du volume VII de Eriu débute par un texte 
inédit, publié avec traduction anglaise par M. Kuno Meyer, 
Aigidecht Aithirni, « tbe Guesting of Athirne ». Ce texte, tiré du 
Book of Leinster, p. 118 a, et du Ms. Harleian 5280 f° 77 a, 
paraît remonter, quant à la langue, au XI e siècle. Il contient quatre 
jolis poèmes sur les saisons et cinq autres dont l'interprétation est 
si malaisée qu'elle a lassé la patiente érudition de Fauteur. 

L'article de beaucoup le plus long du cahier est de M. John Mac 
Neill et consacré à the au l hors bips and structure of tbe « Aimais of 
Tigeruach » (p. 30-113). 11 comprend quinze chapitres, dont le 



Périodiques. 259 

treizième fournit un résumé des précédents. Le point de départ des 
Annales de Tigernach serait un arrangement irlandais de la Chro- 
nique d'Eusèbe, telle qu'elle avait été traduite en latin par saint 
Jérôme; cet arrangement comportait un supplément, où les événe- 
ments étaient poursuivis jusqu'aux environs de l'année 607 (date k 
de la mort du pape Sabinien). Il fut introduit dans une Chro- 
nique irlandaise, compilée vers 712 et où les événements étaient 
rangés à partir de l'année 431. Antérieurement à l'année 974, il 
existait deux versions de cette Chronique irlandaise, amplifiée 
comme nous venons de le dire. L'une de ces versions fut incor- 
porée aux Annales d'Ulster. L'autre devint un des morceaux des 
Annales de Tigernach, le morceau qui porte le numéro III. 
Chaque version avait d'ailleurs subi indépendamment des additions 
ou des abrègements. Pour la partie antérieure à l'année 431, c'est- 
à-dire pour la partie « pre-Patrician », puisque Patrice vint évan- 
géliser l'Irlande en 432, l'arrangement irlandais de la Chronique 
d'Eusèbe conservait la disposition en colonnes ; mais on y avait 
introduit dans l'interligne ou en marge des notes additionnelles 
tirées de Prosper, d'Orose, d'Isidore, de Bède ; la chronique, 
ainsi supplémentée, fut ramenée à des paragraphes réguliers, au 
fur et à mesure que des interpolations nouvelles dérangeaient la 
symétrie des synchronismes. Le texte prit ainsi avec le temps un 
faux air d'Annales, que nous lui trouvons déjà dans le morceau I 
des Annales de Tigernach, tiré du MS. Rawlinson B 502 (xn e s.) 
et qui apparaît également avec de nombreuses additions dans le 
morceau II, conservé dans le manuscrit Rawlinson B 488, du 
xiv e siècle. Le morceau I va du temps des prophètes Osée, Araos 
et Isaïe (807 av. J.-C. d'après la Chronique d'Eusèbe) à celui d'An- 
tonin le Pieux (iéo de l'ère chrétienne) ; le morceau II de 322 av. 
J.-C. à 360 après J.-C. Plus tard, ces Annales, d'origine si compo- 
site, furent remaniées par un inconnu qui en élimina des détails 
étrangers à l'Irlande, y ajouta en revanche des faits irlandais, et 
tenta de les ramener à une chronologie systématique. C'est l'état 
que nous fait connaître le morceau des Annales de Tigernach que 
l'on appelle depuis Stokes le fragment de Dublin, parce qu'il est 
conservé dans le MS. H. 1. 18 de Trinity Collège; ce morceau va 
de l'an 34 à l'an 378 après Jésus-Christ. Enfin, les Annales de 
Tigernach comportent un IV e morceau, comprenant les années 
975 à 1 178 de notre ère; c'est la transcription d'une chronique 
tenue à jour dans le monastère de Clonmacnois et à laquelle col- 
labora Tigernach, qui a donné son nom à l'ensemble. Le travail de 
M. Mac Neill est d'une minutieuse exégèse ; il rend caduques les 



2éo Périodiques. 

indications données par Wh. Stokes dans son édition des Annales de 
Tigernach (Rev. dit., t. XVI, p. 374; t. XVII, p. 6, 119, 337; t. 
XVIII, p. 9, 150, 267), que M. Mac Neill qualifie d'« unsatis- 
factory » (p. 45). 

Le même cahier de Ériu contient encore les articles suivants: 
de'M. Kuno Meyer une note on Dcbidc rhymeÇp. 10-12) ;deM. Alfred 
Anscombe une étude sur les rapports de saint Patrice et de saint 
Victricius de Rouen (p. 13-17) ; de M. J. H. Lloyd, une liste de 
noms de nombre et de bouts de phrases en irlandais tirés d'un 
ouvrage anglais de 1547 (p. 18-25) ; deux notes lexicographiques, 
l'une de miss E. Knott sur bô thùir « stall-fed cow », Fled Bricrend, 
§9 (p. 26) et l'autre de M. O. Berginsur l'irlandais moderne téora 
« limit, border », que la forme ancienne tara- oblige à séparer de 
tearmann, gall. tcrfyn (p. 27-29) ; enfin des notes paléographiques 
de M. R. I. Best consacrées justement au texte des Annales de 
Tigernach du MS. Rawlinson B. 502 (p. 1 14-120). 

VI 

Il y a dans le numéro 3 5 de The Celtic Review (vol. IX ; January 
1914) un article de M. William J. Watson sur Ciuthach (p. 193- 
209). Ciuthach est le nom d'un personnage héroïque, un géant 
qui joue un grand rôle dans les traditions de l'Ecosse occidentale ; 
il n'était pas Gael, et M. Watson le croit d'origine picte. On le 
voit figurer dans la légende de Finn, dont il est généralement 
l'ennemi ; c'était un séducteur, il enleva Grainne, la maîtresse de 
Diarmaid, il enleva aussi Emer, la femme d'Ossian. M. Watson 
reproduit deux récits populaires relatifs à Ciuthach et étudie en 
même temps le rôle que joue ce personnage dans la toponomas- 
tique et dans plusieurs légendes en vers ou en prose du cycle de 
Finn. Le nom de Ciuthach est orthographié de façons diverses: 
Cithach, Cithich, Ciach, Ciofach, Keith, etc. 

M. Mackinnon continue son édition de la Gaelic Version of the 
Thebaid of Statius (p. 210-225), qu'il mène cette fois jusqu'à la fin 
des jeux donnés en l'honneur d'Archemorus. 

Le même numéro de la Review contient, p. 226-246, le texte 
d'une conférence faite le 20 juin 191 3 par M. T. W. Rolleston à 
l'University Collège de Londres pour fêter le vingt-et-unième 
anniversaire de la fondation de l'Irish Literary Society. Le sujet 
choisi par le conférencier s'intitule : Tiuenty-one years oj Irish art 
and ihought. Il intéressera tous les amis de l'Irlande contempo- 
raine. 



Périodiques. 261 

En appendice (p. 270-288) se poursuit la publication de la 
Concise Old-Irish Grammar de M. J. Pokorny, dont nous parlons 
dans la Chronique (v. ci-dessus, p. 247). 

VII 

Dans le fascicule 4 du tome 1 er de Gadelica se trouve une série 
de textes inédits en irlandais moderne, publiés notamment par le 
directeur du périodique, M. T. F. O'Rahilly. Celui-ci a tiré du 
MS. 23 D 4 (p. 124) un poème d'amour de 112 vers fort galam- 
ment tourné, adressé à une femme « aux seins pointus et brillants » 
(p. 239-243 : a bhean na gcioch georrsholus) ; d'après six manuscrits, 
il publie p. 244-245 un poème de Seân Clârach (du milieu du 
xvm e s.) et à la page 246-248, une ballade arthurienne, du 
xvn e siècle, qui a déjà fait l'objet d'une étude de M. Tom Peete 
Cross, dans Modem Philology, X, 289-299 (v. Rev. Celt., XXXIV, 
22e); mais M. O'Rahilly y ajoute plusieurs renseignements inté- 
ressants. 

M. O, J. Bergin termine dans le même fascicule son édition du 
Pairlemcnt Chloinne Totnâis (p. 220-235) ; et l'érudit qui signe 
Tôrna continue son étude sur la vie et les œuvres du père Eoghan 
O'Caoimh (p. 251-259). 

A signaler encore : du Rev. G. O'Nolan une note grammaticale 
sur l'emploi de nâ dans les « sentences of identification » (p. 237- 
238)etduRev. Paul Walsh la publication d'un poème duxvn e s.(p. 
249-250) : olc mo thuras sonn ô Lundain go Cnoc Samhruidh... 
« Infortuné mon voyage de Londres à Summerhill... ». 

Avec ce fascicule prend fin le premier volume de Gadelica, un 
beau volume de 304 pages, rempli, comme on a pu en juger, de 
choses intéressantes et neuves: on y trouve de la précision, de la 
méthode, de l'érudition de bon aloi, toutes les qualités en un mot 
d'une bonne revue philologique. Ce premier volume fait hon- 
neur à l'actif et courageux éditeur de Gadelica, M. T. O'Rahilly. 
Il est d'autant plus juste d'en reconnaître les mérites que nous 
recevons de fâcheuses nouvelles sur l'avenir de l'entreprise. Ce 
qui manque le plus à Gadelica, ce sont des appuis financiers. L'in- 
telligence, le zèle et le talent ne suffisent pas à faire marcher une 
revue. Il faut encore des capitaux pour payer les frais de l'impres- 
sion. M. T. O'Rahilly nous écrit sa tristesse de voir ses efforts si 
mal récompensés jusqu'ici : il n'a trouvé, dit-il, que deux souscrip- 



2é2 Périodiques. 

teurs en France, et un seulement en Allemagne. Cela n'est pas 
surprenant, si l'on songe que l'objet de Gadelica est uniquement 
l'irlandais moderne et que la plupart des articles ne contiennent 
même que l'irlandais. Ce qui peut surprendre davantage, c'est que 
cette revue ne trouve pas en Irlande les subsides dont elle aurait 
besoin. Un appel imprimé dont nous avons reçu un exemplaire 
constate que « outside the city of Dublin Gadelica lias met with 
very poor support in Ireland ». Gadelica comptait sur l'appui de 
la Gaelic League et des collèges universitaires irlandais : « in each 
case the resuit has been profoundly discouraging ». Ce serait pour- 
tant aux Irlandais à soutenir Gadelica. Nous souhaitons sincère- 
ment à la jeune revue de trouver en Irlande même un Mécène géné- 
reux qui lui permette de vivre; elle le mérite. 

J. Vendryes. 
VIII 

La Revue des Traditions populaires renferme toujours des 
contributions intéressantes aux études de folklore celtique. Citons 
dans le t. XXVIII, aux n° 3, 4 et 6, une série de contes bien 
recueillis par M. Frison: on remarquera un joli groupe d'histoires 
de sirènes. Plusieurs de ces contes sont construits pour amener un 
apophtegme moral, un mot humoristique ou un calembour. 

IX 

Dans Folklore on trouvera au n° 3 du vol. XXLIII un conte 
recueilli dans l'île de Man, à Peel, par M. S. Morrisson sur le 
Dooinney-Oie ou homme de nuit, personnage fantastique qui 
sonne dans une corne magique et vit dans les cavernes : ses appari- 
tions, comme celle des banshees d'Irlande, sont à la fois des 
avertissements et des présages. 

X 

La RoMANiA a publié dans son n° 164 (t. XII, p. 518) un très 
intéressant article de M. Huet sur les rapports du Lancclol en prose 
avec le roman de Raoul de Houdenc, Méraugis de Portlesguez. 
Pour M. Huet qui examine successivement trois épisodes des deux 
oeuvres, l'auteur du Lanccloi a dû utiliser Raoul de Houdenc. 



Périodiques. 263 

XI 

Les Analecta Bollandiana contiennent au t. XXXII une série 
d'excellents comptes rendus de publications intéressant l'hagiogra- 
phie celtique. Dans le fasc. 1, p. 90, on notera les comptes rendus 
de l'ouvrage de M. W. Johnson, Byways in British Archaeology, et 
de l'ouvrage de Hugh Williams, Chrisiianity in Early Britain. — 
P. 94 le P. Moretus discute le travail de M. A. Anscombe, the 
Pedigree of Patrick, paru dans Ériu au t. VI (191 1), p. 117 (cf. 
Rev. Celt., XXXII, 511). Le P. Moretus rejette la théorie de 
M. Anscombe d'après laquelle la légende de l'origine juive de 
S. Patrick serait née d'une confusion entre Juifs et Jutes. Il rejette 
également les observations apportées par le chanoine Quine sur 
l'origine de S. Patrick (Journal of the Watcrford and South East of 
Ireland Archaeological Society, t. XIV, 191 1, p. 169). M. Quine 
avait prétendu reconnaître le roi Amathée, dont parle la vie de 
S. Patrick attribuée à Nennius, dans Y Ammecatus qui figure sur 
une inscription latine de Man. 

J. Marx. 

XII 

Le Bulletin du Musée historique de Mulhouse, 19 12, con- 
tient un article de M. L. G. Werner sur Mulhouse et ses environs à 
l'époque romaine, p. 1 sqq. : d'une ville romaine, il n'y a pas trace ; 
mais d'un peuplement assez dense les environs de Mulhouse ont 
fourni des preuves nombreuses, restes de constructions, poteries, 
objets de toutes sortes, monnaies. La contrée paraît avoir été 
peuplée de la même façon dès la fin de l'âge du bronze (stations 
de l'âge du bronze a Riedesheim et Rixheim ; cimetières hals- 
tattiens de l'île Napoléon et de Sausheim). — P. 27. Le même auteur 
(Note sur une pièce fausse du Musée archéologique'), conteste l'authen- 
ticité d'un petit relief, représentant un cavalier terrassant une 
femme anguipède, qui fit partie de la collection Dollfus (n° 1005). 
Il l'attribue à un faussaire de Rheinzabern. 

XIII 

M. J. Szombathy publie dans les Mittheilungen der prahis- 

TORISCHEN KOMMISSIOX DER KAIS. AkADEMIE DER WlSSENSCHAFTEIN, 

Vienne, II, 2, 191 3, un mémoire intitulé Altertumsfunde aus 



264 Périodiques. 

Hôhlen bei 5' Kan\ian im osterreichischen Kùstenlande. La nécropole de 
S 1 Kanzian, près Trieste, est la station type de la civilisation halstat- 
tienne la plus ancienne. C'est à cette civilisation qu'appartiennent 
la plupart des restes trouvés dans la Fliegenhôhle, singulier mélange 
d'objets de bronze de toutes sortes, armes surtout, en morceaux, 
passés au feu, mêlés à des fragments d'os d'animaux et d'os 
humains. Le tout était recouvert de pierres accumulées sans 
ordre. Qu'était-ce ? La décharge d'un ustrinum situé près de là en 
plein air ? On n'en a pas trace. — La Knochenhohle contenait 
cinq squelettes et, près de l'un deux, une situle de bronze, assez 
simple, mais portant une inscription. De quelque façon qu'on la 
lise (.0. .s. tiiareh ou .0. .s. tiiaroie), c'est aux inscriptions 
vénètesou atestines qu'elle fait penser. 

XIV 

M. J. Gruaz a publié dans la Revue historique vaudoise, 191 3 
(Extrait, 116 pages) un article sur le Chasseron et les temples de 
montagne. Le musée de Lausanne conserve la plupart des trouvailles 
qui, à partir de 1850, ont décelé l'existence d'une station et sans 
doute d'un sanctuaire gallo-romain au sommet du Chasseron. La 
série des monnaies s'étend de Pompée à Constantin II. L'auteur 
rappelle le temple de Jupiter au Grand-Saint-Bernard et la décou- 
verte du col de Julier. 

XV 

La Revue du Bas-Poitou, 1913, nous donne un triple mémoire 
du comte Bégouen, des D r Loevenhard et Charbonnau-Lassay sur 
le Souterrain-refuge de la Haute-Fosse de Mouilleron-en-Pareds 
(Vendée). Quelques tessons de poterie commune gallo-romaine en 
fixent la date première. Ces messieurs étudientleproblème chrono- 
logique que ces souterrains offrent à notre curiosité ; ils font 
remonter les plus anciens à la fin de l'indépendance gauloise : l'his- 
toire de Sabinus et d'Eponine fournit un exemple historique et 
une preuve. 

XVI 

Les Beitrage zur Anthropologie und urgeschichte Baverxs 
(XIX,i9i3, 1-2) nous donnent, après un article de M. Fastlinger qui 
traite du Volkstamm der Hosi et de l'installation des Bavarois, deux 



Périodiques. 265 

contributions à l'étude de l'archéologie celtique : H. A. Ried, Ueber 
das neueutdeckte Urnengràberfeld in Griïmualdbei Miincben (p. I2sqq. ; 
Halstatt A, type céramiques parents du type de Lusace) ; G. v. 
Merhart, Gràber mit bemalter Keramik ans Beilngries, Oherpfal\ 
(p. 37 ; Halstatt C, céramique peinte, claire, blanche et ocre, 
décor espacé ; carte de répartition de cette céramique à travers la 
Souabe). 

XVII 

Dans le VI e Bericht der rômisch-germanischen Kommission, 
1910-11 (Francfort, 191 3), p. 3 sqq., M. Ed. Anthes s'occupe de 
la Ringwallforschung und Verwandtes : les Ringwâlle ont été occupés 
en Allemagne par les derniers Gaulois; à signaler l'enceinte des 
Heidenlôcher, dans le Palatinat, avec ses caves carrées à murs de 
pierres sèches; on les compare aux maisons du Beuvray(p.2i sq.). 
M. Anthes traite des Hochàcker (p. 98 sqq.) : datent-ils de l'époque 
de Hallstatt ? datent-ils de la Tène ? sont-ils en relation avec les 
tumulus et les ustriua hallstattiens ? En sont-ils indépendants ? Les 
contradictions se balancent sous la plume du rapporteur. — M. G. 
Kropatschek étudie (p. 50 sqq.) Das rômische Landhaus in Deutsch- 
land. — W. Schmied, Rômische Forschung in Oesterreich, 1907-1911 
(p. 79 sqq.). 

M. W. Muller donne une Bibliographie %ur Romisch-Germanischen 
Forschung fur die fahre 1910-1911 (p. 182 sqq.) qui peut passer 
pour une bonne bibliographie protohistorique, classée par pays. 

XVI II 

Le premier fascicule d'une nouvelle publication, le Bibliothèque 
Pro Alesia, a paru en décembre 1912. Souhaitons-lui bonne 
chance, patience et longueur de temps. MM. Louis Matruchot, 
professeur de botanique à la Sorbonne, et Jules Toutain, directeur 
d'études à l'Ecoles des Hautes-Études, vont présider savamment à 
ses destinées. Pour commencer, M. Robert de Launay publie un 
mémoire sur La question des effectifs au siège d'AIésia, p. 1-17, effec- 
tifs romains et effectifs gaulois ; pour calculer la force de l'armée 
de secours et sa composition, l'auteur tient ingénieusement compte 
des monnaies perdues par les morts du Mont Rea. Il réduit l'esti- 
mation de César à 60000 h. Napoléon s'était arrêté à peu près à 
ce chiffre pour des raisons militaires. 



2 66 Périodiques. 

XIX 

The Journal of the Society of Antiquaries of Ireland, 191 3, 
XLIII, 31 mars. — Hamilton Hall, The Marshall pedigree (p. 1 
sqq.). — G. H. Orpen, The Earldom of Ulster, I, introduction to 
the Inquisitions of i}3) (p. 30 sqq.). — W. F. Butler, The Policy of 
Surrender and Regrant, I, avec une carte de l'Irlande sous Henri 
VIII (p. 47 sqq.). — E. C. R. Armstrong, A Note as to the Time 
Heraldry ivas adopted by the Irish Chiefs (p. 66 sqq.). 

XX 

Le Boletin de la real Academia de la Historia nous donne, 
dans son fascicule de janvier 191 3, une note du comte de Cedillo 
sur les ruines d'Italica (p. 70) ; un article de M. Enrique Romero 
de Torres sur des Inscripciones romanas de Bujalana y Côrdoba(p. 72 
sqq.); un autre du R. P. Fidel Fita sur un Sarcôfago romano,bisomo, 
de Mérida (p. 85 sqq., une planche), dont la partie conservée 
montre un remarquable portrait d'homme. 

Dans le fascicule de mars, nous trouvons Una nueva inscripciôn 
romana de la provincia de Orense, publiée par M. Marcelo Macias 
(p. 387). Dans les Noticias, p. 399 sqq., figurent deux inscriptions, 
l'une de Gallegos de Arganan (Vitulus Arreini f., etc.), l'autre de 
Urena (Acceicum). 

Dans le fascicule de mai, M. Antonio Blâsquez, traite de la Via 
Romana de Càdi\ à Sevilla (p. 425 sqq.); le R. P. Fidel Fita publie 
une Têsera romana de plomo Extremena (p. 480 sqq.), funéraire ; 
M. Juan Sanguino Michel, une note sur des Antigiledades romanas 
del cortijo de la Virgines, cerca de Baena, signalées en 1833, particu- 
lièrement intéressante pour l'histoire de la famille de Pompée ; le 
R. P. Fidel Fita, enfin, un rapport sur les Excavaciones de Numan- 
cia (p. 487). 

H. Hubert. 



NECROLOGIE 



P. W. JOYCE 

La mort de P. \Y. Joyce, survenue le 7 janvier dernier à 
Rathmines, prive l'Irlande d'un de ses scholars les plus méritants. 
Né en 1827 à Limerick, Patrick Weston Joyce se tourna de bonne 
heure vers la carrière des lettres, obtint les grades de Master of 
Arts et de Doctor of Laws et fut dès 1845 attaché comme « offi- 
ciai » à la « Commission of National Education ». Membre de la 
Royal Irish Academy en 1863, professeur au Government Trai- 
ning Collège, puis principal de ce même établissement de 1874 à 
1893, il fut l'un des commissaires de la publication des Ancient 
Laws of Ireland, une des entreprises les plus importantes de la 
philologie irlandaise. Il publia lui-même un nombre imposant 
d'ouvrages, consacrés à l'histoire et à l'archéologie de l'Irlande et 
qui presque tous atteignirent ou même dépassèrent la deuxième 
édition. Les deux plus connus sont a Social History of Ancient 
Ireland, en deux volumes (1903 ; v. Rev. Celtique, XXIV, 86), 
dont il donna un abrégé en 1906 (2 e édition, 1908), et the Origin 
and History of Irish Naines of Places, en trois volumes, dont 
le premier remonte à 1869 et dont le dernier parut seulement 
quelques semaines avant sa mort (v. ci-dessus, p. 224). Ce sont 
de bons ouvrages de vulgarisation, où l'érudition sait se rendre 
agréable et se mettre à la portée de tous. Joyce, qui s'intéressait 
vivement aux progrès de l'éducation populaire, écrivit d'ailleurs à 
l'usage des écoles plusieurs manuels estimés : a ChihVs History of 
Ireland (down to the death of O'Connell), a short History of Ireland 
(down to 1600), Outlines of the History of Ireland (down to 1900), 
a Reading book in Irish History, a Concise History of Ireland (down 
to 1837), Old Cellic Romances, translated front the Gaelic, etc. La 
musique populaire l'intéressait particulièrement : il publia une col- 
lection de vieux airs, recueillis par lui-même dans le Sud et l'Ouest 
de l'île, sous le titre de Ancient Irish Music : a Collection hitherto 



268 Nécrologie 

unpublished oj Irish Airs and Songs. Jusqu'à la fin de sa vie, il ne 
cessa d'être à la recherche des mélodies populaires. Les questions 
linguistiques d'autre part ne le laissaient pas indifférent. Il composa 
une petite Grammar of the Irish Language, et l'un de ses ouvrages 
les plus originaux est consacré à l'anglais parlé en Irlande (Englisb 
aswespeak it in Ireland, 2 e éd., 1910). On remarquera que la 
plupart de ses publications datent de la seconde partie de sa car- 
rière ; il écrivit ses principaux ouvrages à un âge où beaucoup 
d'autres auraient profité d'un repos bien gagné ; il termina la plume 
à la main une vie consacrée tout entière à l'amour de la science 
et de son pays. Dans la préface d'un de ses ouvrages, il faisait, à 
l'imitation des vieux narrateurs irlandais, la déclaration suivante : 
« The cause of writing this book is to give glory to God, honour 
lo Ireland, and knowledge to those who désire to learn ail about 
the Old Irish People ». On peut lui rendre cette justice qu'il a 
bien rempli sa tâche. 

J. Vexdryes. 



Le Propriétaire-Gérant, Edouard CHAMPION. 



MAÇON, PROTAT FRBitES, IMPKIMKURS 



LA VIE LA PLUS ANCIENNE 

DE 

SAINT SAMSON DE DOL 

d'après des travaux récents : REMARQUES et additions 1 . 



La vie la plus ancienne de saint Samson avait été considérée 
jusqu'ici par tous les critiques comme le monument le plus 
important de l'hagiographie des Brittons (Gallois, Cornish- 
men, Bretons-Armoricains), en raison surtout de son ancien- 
neté et de son caractère d'authenticité. Elle a été l'objet de 
recherches importantes, en particulier, de la part de M. de laBor- 
derie. On ne peut dire néanmoins qn'il ait épuisé le sujet ni 
qu'il en ait résolu toutes les difficultés : tant s'en 
faut. 

Les travaux cités ici apportent cà cette difficile mais impor- 
tante étude de nouveaux éléments d'investigation, et, à des 
points de vue divers, d'utiles contributions . 

La seule édition dont on disposât jusqu'ici était, en somme, 
celle de Mabillon {Acta ss. ord. s. Bened., saec. I, p. 179 et 
suiv.). Le texte en est assez défectueux. Il a cependant été 
reproduit intégralement par les Bollandistes {Acta ss., VI, 
juillet). La réimpression de ce tome par Palmé (Paris, 1868) 
est détestable, et comme le dit l'abbé Duine sans aucune 
exagération, cousue de fautes. M. Fawtier a donc rendu aux 
études bretonnes et à l'hagiographie en général, un signalé 

1 . R. Fawtier, La vie de saint Samson : Essai de critique hagiographique 
(Bibl. Ec. Hautes-Etudes, 1912. — Abbé Duine, Histoire civile et politique 
de Dol jusqu'en 1789, Paris, Champion, 191 1 (§§ VI, VII, IX); — du 
même : Les saints de Domnonée, notes critiques. Rennes. Bahon-Rault, 
1013 ; — du même : Compte-rendu critique de la vie de saint Samson, de 
R. Fawtier (Annales de Bret . , 191 3, pp. 338-356). 

Revue Celtique, XXXV. 18 



2~o J. Loih. 

service, en nous donnant un texte à la fois plus abordable et 
mieux établi. Ce n'est pas une édition critique : l'auteur ne 
l'a pas tenté, et je ne peux que l'en louer. Il nous donne le 
texte d'un seul manuscrit, du début du xi e siècle, avec les 
variantes de dix-neuf autres 1 . La copie dont s'est servi 
Mabillon a été retrouvée par l'auteur à la Bibliothèque natio- 
nale (ms. latin 11771) : c'est une copie fautive, publiée fauti- 
vement, nous dit M. Fawtier (p. 85). L'auteur discute aussi 
la valeur des rédactions postérieures de la vie. Il n'attribue 
aucune valeur, avec raison, à la compilation galloise du Book 
oj Llan Dâv, ni aux passages concernant saint Samson contenus 
dans les vies d'Iltut, Dubric, Patern. Puisqu'il a cru devoir 
citer et analyser ces fragments, il est regrettable qu'il ait négligé 
la Vlla Teliavi dont j'ai donné le texte d'après l'édition de Gwe- 
nogvryn Evans du Book of Llan Dav, dans les Annales de Bre- 
tagne, avec des notes assez copieuses qui auraient pu lui être 
utiles, particulièrement en ce qui concerne Patern et Dewi 2 . 
M. Fawtier fait trop bon marché de la Vil a du ix e siècle 
publiée par Dom Plaine >. C'est un remaniement a coup sûr 
du texte de la plus ancienne vie, mais l'auteur avait incon- 
testablement a sa disposition des manuscrits plus anciens 
que ceux qu'a utilisés M. Fawtier, et pouvant fournir des 
variantes utiles pour la constitution du texte, et même 
pour la discussion de l'ancienneté de la vie : j'en donnerai 
une preuve frappante à propos du nom du comte Guedianus. 
De plus, l'hagiographe a utilisé des traditions historiques 
qui ne sont pas dépourvues d'intérêt. Comme le fait remar- 
quer l'abbé Duine, c'est par cette vie que nous connaissons 
les rapports entre l'abbaye neustrienne de Pental, dépendance 
de Dol 4 , et l'abbaye parisienne de Saint-Germain. Aussi 
Léopold Delisle a-t-il pu écrire, non sans quelque exagération 
toutefois, il faut le reconnaître : « à mon avis, cette deuxième 

1. Ms. 195 de la Bibl. de Metz. Sur les recherches de rameur au sujet 
des mss. de la Vita S., en Angleterre, Belgique, Allemagne ; v. Ecole pra- 
tique des Hautes Études, Annuaire, 1910-1911, p. 117-119. 

2. Annales de Bret., IX, Si, 277, 438, X, 66 

3. Anal. Boll., VI, 79-80; N2-150. 
.j. Histoire de Dol, p. 231. 






La vie la plus ancienne de saint Samson de Dol. 271 

vie qui a joui d'une grande vogue au moyen âge, n'est guère 
moins ancienne ni moins respectableque la première» (Congrès 
scient, de France, 27 e session tenue à Cherbourg en 1860; II, 
1861, p. 158 et suiv.). L'œuvre de l'archevêque Baudry 
même n'était pas inutile à consulter, moins pour sa valeur 
réelle, que par les variantes qu'elle pouvait présen- 
ter. 

La question capitale abordée par M. Fawtier est celle de 
l'ancienneté de la première rédaction ou, ce qui revient au 
même, de la véracité de l'hagiographe. Ce dernier, en effet, 
nous dit avoir eu à sa disposition une vie du saint écrite par 
Henoc, cousin de Samson, son compagnon dans ses pérégri- 
nations : c'est sa source écrite. Il a, de plus, interrogé un 
vieillard de l'île de Bretagne, neveu de Henoc, devenu moine 
au monastère de Dol, et d'autres personnages religieux qu'il 
juge bien informés. Enfin il a lui-même voyagé dans l'île, en 
Galles et en Cornwall. Lorsque ses recherches ont été infruc- 
tueuses, il l'avoue : nomen nescio (Fawtier p. 135. 38) — 
nomen scire non pot ni 1 - Samson étant mort entre 560 et 
570 2 , la vie aurait été composée vraisemblablement, en tenant 
compte des affirmations de l'hagiographe, dans le premier 
quart ou la première moitié du vn e siècle. L'auteur connaît 
les œuvres de Grégoire-le-Grand mort en 601. MgrDuchesne 
a relevé chez lui une expression qu'il emploie d'ailleurs mala- 
droitement, mais clairement empruutée aux écrits de ce pape 3 . 
L'abbé Duine en a relevé d'autres 4 . 

Jusqu'ici les critiques avaient admis la véracité de l'hagio- 
graphe. Mgr Duchesne, après avoir établi que la vie avait sûre- 
ment été rédigée entre le vn e et le ix e siècle, incline à croire 
qu'elle l'a été à une époque assez rapprochée du commencement 
de cet intervalle '>. 

t. Il est au contraire, précis lorsqu'il a une source, sans doute écrite. 
Ainsi (éd. Fawtier, p. 123, 36) il nous dit que Samson ne gouverna pas 
l'abbaye de Piro plus d'un an et demi (non plus anno et iimidio primatum 
tenais). 

2. Abbé Duine, Compte rendu, p. 336-337, note 6. 

3. Origines du culte chrétien, 3e éd., p. 254. 

4. Les saints de Domnonèe, p. 6, note 6. 

5. Faetes épisc, 2^ éd., II, p. 381, note. Cl". Ferdinand Lot, Mélanges 
d'hist. bret, Paris, 1907, p. 169. 



272 /• Loih. 

M. Fawtier, lui, est d'avis que la date de la composition 
doit être ramenée au vm e -ix e siècle. La vie, pour lui, n'a 
aucune importance; on n'en peut retirer à peu près rien pour 
l'histoire bretonne, sinon que Samson passe à juste titre pour le 
fondateur de Dol et de Pental (p. 78); l'hagiographe est un faus- 
saire. 

Les arguments de M. Fawtier en faveur de cette thèse assez 
inattendue sont d'ordre divers. 

Il y en a qui n'ont guère d'autre signification que de mettre 
en relief l'excessive méfiance de M. Fawtier vis-à-vis de l'au- 
teur de la vie. Il a été évidemment, d'avance, fâcheusement 
impressionné par le fait même d'avoir affaire à un hagio- 
graphe et ce qui plus est, comme il l'avoue sans détour, à un 
hagiographe breton (p. 56). Si nos hagiographes méritent une 
place d'honneur dans le martyrologe de la critique, c'est 
peut-être bien que nos vies de saints sont d'une assez basse 
époque ; la vie de Samson mise à part, les deux plus 
anciennes ont été rédigées vers la fin du ix e siècle. Il n'est 
pas impossible, il est même très probable que nos monastères 
devaient en posséder d'autres plus documentées et surtout 
plus anciennes. Il est aujourd'hui impossible d'évaluer les 
pertes que notre histoire a subies du fait de la destruction de 
nos monastères lors des incursions des Scandinaves et même 
delà prise de possession de la péninsule par eux. Une faible 
partie de nos manuscrits a pu échapper et être emportée à 
l'étranger. On a, en appareuce, beau jeu, en taisant table rase 
des vies rédigées aux ix e , x e , xi e siècles, sous prétexte qu'elles 
ne s'appuient pas sur des documents écrits antérieurs, que 
leurs témoignages ne reposent que sur ce qu'on appelle avec 
une nuance d'ironie, la tradition. Assurément la tradition est 
un fleuve trouble aux eaux contaminées. C'est à la critique 
d'en clarifier le cours. En ce qui concerne la tradition bre- 
tonne armoricaine au ix c - xi e siècle, il ne faut pas oublier 
qu'elle mérite d'autant plus considération qu'elle est sans cesse 
renouvelée par les relations ininterrompues entre la péninsule 
armoricaine et la Bretagne insulaire. Du V e au ix e -x e siècle, 
l'Armorique est une dépendance du Cornwall, du pays de 
Galles, et, par les monastères, jusqu'à un certain point, de 






La vie la plus ancienne de saint Samson de Dol. 273 

l'Irlande, au point de vue moral et intellectuel. Pendant le 
v e et vi e siècle, les Bretons d'Armorique ne prennent aucune 
part à la vie religieuse de la province de Tours dont l'Ar- 
morique était une dépendance. Jusqu'au ix e siècle, nos 
moines ont la tonsure et le vêtement insulaire. Jusqu'au XI e , 
comme l'a démontré Lindsay, nos scribes conservent les 
habitudes d'outre-mer. Si on étudie l'organisation du culte 
paroissial, particulièrement en Cornwall, on s'aperçoit bien 
vite que l'influence a été réciproque des deux côtés du 
détroit. D'ailleurs les relations par mer entre le sud-ouest 
de l'île, et l'Armorique ont été, on peut le dire, journalières 
jusqu'à la fin du moyen-âge. M. Fawtier, lui-même, en somme» 
s'incline devant la tradition, quand il accorde que Samson 
est le fondateur de Dol et de Pental. Rejetant complè- 
tement l'autorité de l'hagiographe, le convainquant de 
mensonge, ne reconnaissant pas dans le Samson qui signe 
au Concile de Paris, l'abbé de Dol, il ne peut s'appuyer 
que sur l'autorité des martyrologes hieronymiens, c'est-à- 
dire sur des documents du vm e siècle. Si l'hagiographe 
n'a pas trouvé à Dol même des documents écrits, force nous 
est d'admettre, comme source des martyrolges, l'odieuse tradi- 
tion. 

Que M. Fawtier se donne la peine de parcourir, je ne dis 
pas les vies des saints irlandais, auxquels on pourrait aussi 
reprocher souvent une garrulitas qui n'a rien à envier à la 
britannica, mais même les vies des saints anglo-saxons, et il 
deviendra plus indulgent pour les hagiographes bretons. Je 
réponds qu'après cette lecture, il sera moins choqué du carac- 
tère légendaire du récit du moine de Dol, dans certains pas- 
sages. Comme le fait remarquer l'abbé Duine, ce n'est nul- 
lement une raison pour ne pas croire à la sincérité du narra- 
teur \ Quoique Grégoire de Tours raconte de pieuses his- 
toires de toutes les couleurs, on garde confiance dans sa véra- 
cité d'historien, parce qu'on ne saurait reprocher à quelqu'un 
d'avoir eu la mentalité de son temps. A ce compte on pourrait 
récuser le témoignage d'à peu près tous les hagio- 
graphes . 

1. Compte rendu, p . 341-343. 



274 /• Lotb. 

M. Fawtier a contre l'hagiographe des griefs plus précis. 
Il aurait voulu nous faire croire, dit-il, à des gesta emendatiora, 
lorsqu'il est sûr que cette expression est empruntée à Gré- 
goire-le-Grand (p. 75). Mgr Duchesne qui en sa qualité de 
Clericus Aletensis ne peut être suspect d'indulgence excessive 
pour l'hagiographe Dolois, n'a pas été autrement ému par 
cette constatation qu'il a été le premier à faire : c'est tout sim- 
plement pour lui une expression incongrue dans le récit. L'abbé 
Duine a supposé non sans vraisemblance, qu'il s'agissait, dans 
la pensée de l'hagiographe, de la vie rédigée par Henoc, qui 
lui, écrivait congru is stilis poli te. 

Il est plus difficile de comprendre que M. Fawtier l'accuse 
d'avoir pris dans des Litanies les noms des parents du saint 
(p. 36, 75). M. Fawtier a mal lu : le texte parle de la messe ' ; 
c'est, suivant lajuste remarque del'abbéDuine, une allusion à 
la lecture des diptyques : rien n'était plus naturel que la com- 
mémoration des parents de Samson à la messe célébrée près 
de la tombe du bienheureux 2 . 

M. Fawtier s'étonne que l'hagiographe ignore le nom du 
vénérable vieillard d'outre-mer et sache le nom de son oncle, 
Henoc. Il serait plus juste de dire qu'il a oublié Je nous le donner. 
Peut-être d'ailleurs l'omission est-elle imputable à un des 
manuscrits qui se sont interposés entre la première rédac- 
tion et ceux que nous possédons 5 . En tous cas, réplique 
l'abbé Duine, si l'hagiographe était un faussaire, il n'aurait 
pas eu plus de scrupule à dénommer un neveu qu'un oncle +. 

M. Fawtier est encore plus mal inspiré (p. 76) quand il 
annonce que l'hagiographe ne sait même pas quel jour est 
mort le saint. En supposant qu'il écrivit au vm e -ix e siècle, 
lui, moine de Dol, rédigeant son récit sur Tordre de son 

1. Ed. Favticr, p. 99, s : et in nominibus offerentium utrorumque 
parentum nomina singula fuxta sancti Samsonis altare ad missam cantandam 
légère quammultis vicibus auiivi. 

2. Compte rendu, p. 338. 

3. De même, la vie du IX e siècle, publiée par dom Plaine, ne donne 
pas F Arx Etri où a séjourné Samson en Irlande (v. plus bas). Or, ce nom 
a une réelle importance et devait se trouver dans la relation de 
Henoc. 

4. Compte rendu, p. 338. 



La vie la plus ancienne de saint Samson de Dol. 275 

abbé et évêque, ne pouvait ignorer une date sacrée, qui s'était 
transmise avec d'autant plus de fidélité qu'elle était sûrement 
entrée dans la liturgie du monastère. Le Liber secundus est 
justement une prédication pour la magnifica ac sancta annua- 
lisque solkmnitas '. La date du V. Kal Aug. devait sans doute 
être marquée à Ylncipit de la Vita, dit l'abbé Duine. Il répond à 
l'assertion de M. Fawtier par un argument sans réplique.: 
« L'ignorance de l'hagiographe sur ce point est impossible, 
puisque cet hagiographe, dans l'hypothèse du critique, écrivait 
postérieurement aux martyrologes hiéronymiens qui mentionnent 
Samson » '. 

Un autre indice du défaut d'information de l'hagiographe 
pour M. Fawtier (p. 75), c'est qu'il ne sait rien, sauf la fon- 
dation de Dol, du rôle de Samson en Armorique, car il ne 
nous en raconte qu'un trait qui se passe en France (il s'agit de la 
fondation de Pental). On pourrait se contenter de répondre 
que beaucoup de vies de saints d'une haute antiquité et d'une 
incontestable authenticité sont d'une désespérante pauvreté en 
événements historiques. C'est le cas, par exemple, de la vie la 
plus ancienne de sainte Brigitte, écrite cependant au vi e -vn e 
siècle. Les hagiographes sont surtout préoccupés d'exalter les 
vertus chrétiennes de leurs héros et ont pour but principal, 
unique même souvent, l'édification des fidèles. Des événe- 
ments de leur temps qui, pour nous, seraient d'un intérêt 
passionnant ne les préoccupent pas : et puis à quoi bon en 
entretenir leurs contemporains qui les connaissent aussi bien 
qu'eux ? M. Fawtier oublie d'ailleurs qu'un peu plus haut 
(p. 70), il semble attacher lui-même une grande importance 
a un événement historique que nous ne connaissons que par 
l'hagiographe : l'histoire de Iudwal, le renversement de 
Commor, toute une révolution qui se passe en Armorique. Il est 
vrai qu'ici même M. Fawtier croit trouver un argument 
nouveau pour justifier sa suspicion à l'égard de la sincérité du 
pauvre moine. Comment se fait-il, dit M. Fawtier, que Gré- 
goire de Tours n'en parle pas ? Nous savons, en réalité, fort 

1. Ed. Fawtier, p. 157. 2. 

2. Compte rendu, p. 341. 



276 /. Loth. 

peu de chose de l'histoire des Bretons, dans son ensemble, à 
l'époque même de Grégoire de Tours. Grégoire est assez bien 
renseigné sur les événements qui se passent dans le sud-est de 
la péninsule, en raison des luttes des Bretons du Vannetais 
qui mettent en danger de ce côté la domination franque. Pour 
le reste de la péninsule, c'est la nuit si on ne tient pas compte 
du récit de notre hagiographe. La Domnonia semble être 
restée en dehors des guerres contre les Francs et paraît 
reconnaître sans difficulté la' suzeraineté de leurs 
rois. 

Pour moi, l'adversaire de Iudwal n'est nullement le 
Cunomorus de Grégoire, celui qui lutte avec Chramne contre 
Clotaire. 

D'abord le nom est différent. Tous les manuscrits appellent 
le tyran Commorus. Ce nom est composé à l'aide de la parti- 
cule intensive com-, jointe directement au nom suivant : cf. Com- 
maglo-s donnant Comme! aujourd'hui dans Sainl-Caradec-Trégo- 
mel (Morbihan). En contraire C 'uno- ma g l 'os est un nom composé 
de deux termes J et a évolué en Con-vel : Plou-gonvel (Finistère). 
Iudwal ne peut en aucune façon être identifié avec le Vidi- 
maclus de Grégoire de Tours. Vidimaclus, (à lire Fidimaglus 
pour un plus ancien Vidu-maglo-s) apparaît seulement en 
587, et combat avec Werocus, chef des Bretons du Vannetais 
contre les Francs. Sans parler de l'invraisemblence historique, 
il y a à cette identification une impossibilité linguistique. 
Lorsque le nom complet, à deux termes, d'un personnage 
breton, se présente, comme c'est souvent le cas, sous la forme 
hypocoristique, c'est le premier terme qui reste avec un suf- 
fixe de dérivations qui est le plus souvent -oc; parfois il est 
précédé de to- : Brigo-maglos (Briavael en Galles), Brioc 
(Saint-Brieuc), To-Brioc (Llan-Dyvriog en Galles). Mais jamais 
on ne voit donner au même personnage deux noms dont le 
second terme est différent. Que l'on corrige Fidimaglus en 
Ind-maghis, ce sera toujours un personnage entièrement diffé- 
rent de Iud-wal. 

1 . Cutio-, qui a donné le dérivé Cunan, Conan, signifie élevé ; tnaglo-s a 
le sens de chef, roi. 



La vie la plus ancienne de saint Sainson de Dol. 277 

Loin d'affaiblir l'autorité de l'hagiographe, le récit de l'épi- 
sode de Iudwal, pour moi, la rehausse singulièrement : il 
explique admirablement des faits certains qui sans cela reste- 
raient obscurs. La captivité de Iudwal à la cour de Childebert 
est un indice que Commor, loin d'être en lutte contre les 
Francs, continue à l'égard de leurs rois les traditions de sou- 
mission de la Domnonia. Il a sans doute réussi à rendre sus- 
pect le prince dont il a tué le père et, par ses artifices, il 
se protège contre un retour de la fortune, en le faisant tenir 
en captivité à la cour du roi franc. L'intervention de Samson 
en faveur du roi légitime auprès du suzerain est une preuve de 
la grande autorité qu'il a su acquérir parmi les populations 
restées sous le joug du tyran. Il gagne la faveur du roi par ses 
qualités personnelles. Dès lors, la fondation de Pental, sur 
la basse Seine, par suite de donations royales, n'a rien d'extra- 
ordinaire, tandis qu'autrement le voyage même de Samson 
est sans cause et la constitution d'une dépendance de Dol, à 
l'extrémité opposée de la Neustrie, parfaitement inexplicable. 
La part prise par Samson à la lutte victorieuse de Judwal 
contre Commor a contribué sans doute à grandir encore la 
personne de Samson et à préparer les hautes destinées du 
monastère de Dol '. 

La question la plus importante soulevée par M. Fawtier 
est celle de l'épiscopat de Samson (p, 50 et suiv., p. 63-64). 
Il lui dénie la qualité d'évêque en s'appuyant sur deux rédac- 
tions du martyrologe hiéronymien. 

Dans l'œuvre écrite peu après 772, Samson est appelé con- 
fesseur ; dans l'autre qui date de 772 2 , et provient de l'abbaye 
de Fontenelle, voisine de Pental sur la basse Seine, il est qua- 
lifié d'abbé. Je me contenterai de reproduire ici les explica- 
tions de l'abbé Duine 3 . « De la première rédaction il n'y a 
nullement à s'émouvoir. D'autres personnages qui furent 

1 . La tendance des rois de Domnonée a été évidemment de donner la 
prééminence au monastère qu'ils préféraient et la plus haute juridiction à 
ï'abbé-évêque qui le gouvernait. C'est ce qu'avaient fait les chefs gal- 
lois. 

2. Duchesne, Les anciens calai, ép. de la province de Tours, p. 95, 
nota 1. 

3. Compte rendu, p. 346-348. 



278 /. Lotb. 

indubitablement évêques reçoivent purement le titre de con- 
fesseurs dans le martyrologe hiéronymien : quelquefois même 
on se contente d'y inscrire leur nom '. 

« D'ailleurs dans les documents decegenre,il faut toujours 
compter avec les oublis de l'auteur et les distractions des 
copistes. Ceux qui ont pratiqué les vieux calendriers liturgiques 
en savent quelque chose. Mais le second cas, qui s'exprime 
dans la formule : DoJo monasterio depositio sancti Samsonis abba- 
tîs avait fortement contrarié La Borderie, dont la réponse est 
malheureusement ruinée par l'argumentation de M. Fawtier. 
De nouvelles remarques s'imposent: il est certain, que dans 
ce texte le titre d'abbé est commandé par celui de monastère; 
or, pour Dol, cette qualification de monastère étant juste et 
notoire au VIII e siècle, le rédacteur se croit parfaitement en 
règle en donnant à Samson la qualité d'abbé 2 . Qui oserait sup- 
poser que lesmartyrologistes lisaient les vies de tous les héros 
qu'ils cataloguaient ? A moins d'être initié aux particularités 
ecclésiastiques de la Domnonée, le rédacteur ne pouvait sup- 
poser que le chef d'une abbaye eût la dignité épiscopale. Il 
devait d'autant moins deviner la vérité sur ce point, qu'au 
milieu du vm c siècle, l'évêque du monastère deSaint-Samson 
ne songeait guère à parcourir la Neustrie, les Bretons formant 
alors un monde à part en hostilité avec les Francs. » L'abbé 
Duine ajoute à ce sujet une importante remarque : c'est que 
probablement l'archevêque de Rouen considérait à cette époque 
le territoire samsonien de Pental comme dépendant de sa juri- 
diction. Saint Ouen, archevêque de Rouen, donne l'abbatiat 
de Pental à SaintGermer, vers le milieu du VHl e siècle. D'après 
la vie de Saint Germer, le monastère comptait un grand 
nombre de moines, et l'archevêque de Rouen y venait comme 
dans une maison soumise à son aurorité 3 . Dans une réunion 

i. Duine renvoie ici aux Martyrologia hieronymiana contractai la fin du 
tome VI. de juin des Actes ss. o. s. Bened., p. 20, 27, 49. 

2. Même après les événements du milieu du ix e siècle, et la constitution 
à Dol d'un véritable évêché au sens gallo-romain du mot, le titre de menas* 
teriùm sancti Samsonis persista pendant toute la durée de l'archevêché bre- 
ton (Duine, Histoire civ. et pol. de Dol. p. 244). 

3. Vita Geremari, antérieure à 85 1, publiée par Bruno Krusch dans les 
Mon. Germ. Hist. script, rer.tneroving. IV, p. 630, n° 8, 10, p. 651, n° 12. 



La vie la plus ancienne de saint Sanison de Dol. 279 

ecclésiastique de Rouen qui se tint en 688 ou 689, d'après 
Mgr Duchesne et où figurait sans doute l'abbé de Pental, 
parmi les quatre abbés présents aucun ne porte un nom 
breton r . 

Ce qui diminue encore la valeur de l'argumentation de 
M. Fawtier, c'est que le ms. de 772 n'est qu'une copie qui 
représente un travail original des moines de Fontenelle, et il est 
fort possible que la rédaction primitive accordât à Samson le titre 
d'évêque que lui donnent les versions postérieures du martyro- 
loge hiéronymien. A ce propos, l'abbé Duine cite un 
exemple bien propre à rendre circonspect, lorsqu'on est en pré- 
sence d'omissions de ce genre. Dans un livre d'heures do- 
lois de la fin du xiv c siècle, on mentionne la fête Gobriani 
àbbatis. Or, en ces temps, la légende de Gobrien, reçue à Dol, 
racontait positivement que ce saint avait eu le caractère épis- 
copal et qu'il fut consacré par l'archevêque de Bretagne. 

En fin de compte, il me paraît bien difficile de ne pas 
identifier notre saint avec le Samson qui signe parmi les 
évêques du concile de Paris tenu entre 556 et 573. Sa présence 
à Paris vers cette époque pouvant être considérée comme cer- 
taine, aucun autre Samson évêque ne pouvant être signalé en 
Gaule à ce moment, ce serait aller contre la vraisemblance 
que de le nier. 

A la question de l'épiscopat de Samson, se lie celle des abbés- 
évêques 2 . M. Fawtier nie leur existence- en Gaule, sans excep- 
ter la Bretagne, et n'en reconnaît qu'en Irlande. C'est aller 
contre l'évidence pour la Bretagne, le Cornwall et le pays de 
Galles. Le papa Tigernomalus à qui s'adresse l'hagiographe 
est qualifié par lui de : sedis apostolicae episcope. Or, l'hagiographe 
est au monastère de Dol ; il nous dit que Samson est inhumé 
apud nos (Lib. I, 61 ; cf. 2); Tigernomalus est son chef, son 
abbé : c'est sur son ordre, par obéissance, qu'il écrit (Lib. I, 1). 
Un autre abbé-évêque de Dol, Leucher, nous est connu. C'est 
aussi aller contre toute vraisemblance que de contester l'exis- 
tence d'abbés-évêques à Saint Brieuc et Tréguier. Pour Tré- 

1. Compte rendu, p. 347, note 2. 

2. Sur les réserves à faire sur l'emploi de ce titre, cf. Duine, Compte- 
rendu, p. 351, note 1. 



28o /. Loth. 

guier, les noms actuels ont même force de preuve; le siège 
de l'antique monastère, la ville actuelle de Tréguier, n'est 
connu en breton que sous le nom de Lan-Dreger (monasterium 
Tricorium) ; le pagus, devenu diocèse, s'appelle Treger. Ici nous 
touchons du doigt en quelque sorte l'une des formes d'évolu- 
tion du monastère en diocèse. Le monastère de Tutwal a été 
fondé comme centre religieux d'une tribu ou d'un pagus ', le 
pagus Iricorius (v. plus bas à propos du pagus Tricurius du 
Cornwall), et a pris son nom. Avec la prédication et les 
donations, ce noyau s'est accru et, au ix c siècle, le diocèse était 
de fait à peu près constitué : Nomenoe n'aura fait que lui 
donner une existence légale. Le bon sens d'ailleurs, à défaut 
d'autre raison, indique que près de la moitié de la zone bre- 
tonnante n'a pu rester sans évêque du v e au ix e siècle. 

En Cornwall, la lettre de Kenstec à l'archevêque Ceolnoth 
(833-870) est décisive : Ego Kenslee . . .[ad] episcopakm sedem 
in gente Cornubia in monasierio qnod lingita Brettonum appellatur 
Dinurrin electus 2 . Il me paraît également certain, comme à 
l'abbé Duine, que le monastère-évêché de Lan-Alet (Lan- 
Aletensis monasterii episcopus) est Sant-Germans 3 . Pour plus 
de détails, sur les monastères-évèchés en Cornwall, je renvoie 
au travail du Rev. Taylor du numéro précédent de la Revue 
Celtique sur ce sujet. 

bn Galles, il est incontestable qu'à l'époque historique, 
c'est l'évêque avec un diocèse et une juridiction définie qui 
apparaît : le diocèse est co-extensif avec la principauté. Mais 
il y avait eu sûrement une époque où ces abbés de monastères 
avaient la dignité épiscopale, sans diocèse. Il y a un écho de 
cet état de choses, dans les vies légendaires de saint David, 
saint Telia w, saint Patern, comme le fait justement remarquer 
Haddan 4 . Ce sont sans doute les princes gallois eux-mêmes qui 
ont le plus contribué au nouvel état de choses : ils ont tenu à 

1 . La constitution du monastère de Dol a été plus laborieuse, parce que 
il me semble pas qu'il y ait eu dans le pays de pagus bien défini. 

2. Haddan and Stubbs, Councils, I, p. 675. Il faut lire probablement : 
Din-uurin : cf. Llan-wrin en Galles. 

3. Duine, Compté rend», p. 351, note 1. 

4. Haddan and Stubbs, Councils, II, p. 142-149. 



La vie la plus ancienne de saint Samson de Dol. 281 

ce que l'abbé d'un monastère qui avait leurs préférences eût 
l'autorité religieuse sur tout leur royaume, par conséquent sur 
les autres abbés de la même zone. Le siège de ces évêques a 
toujours été d'abord un monastère, et c'est le monastère qui 
constituait le principal centre religieux du diocèse. Le sys- 
tème irlandais pur, qui donne le gouvernement aux abbés, 
avec des évêques comme subordonnés, remplissant les fonc- 
tions épiscopales sans avoir de juridiction, a-t-il existé en Galles ? 
C'est possible, mais il n'en est pas resté de traces. Quant à 
l'existence d'abbés-évêques, à côté de l'évêque du diocèse, il est 
difficile de la mettre en doute, puisque les Lois galloises 
signalent sept demeures épiscopales (jeptem sunt domits épiscopales : 
Leges Wallicae, XVIII), en Démena. Nous verrons plus loin 
que saint Doccu qui a donné son nom à Llan-dochau, 
aujourd'hui simple paroisse près Cardiff, était abbé et 
évêque. 

En somme, aucun des arguments de M. Fawtier examinés 
jusqu'ici n'ébranle sérieusement l'autorité de la Vita Sam- 
sonis. 

J'arrive maintenant à une question que M. Fawtier a abordée 
fatalement avec une préparation insuffisante, ce qui a contri- 
bué à le rendre quelquefois téméraire, question d'une grande 
importance même au point de vue de la véracité de l'hagio- 
grapheetdela sûreté de ses sources : celle des noms propres 
d'hommes et de lieux. 

Le père de Samson s'appelle Ammon ou Amon ; sa mère, 
Anna. M. Fawtier est fâcheusement impressionné par le carac- 
tère biblique de ces noms (p. 35). Cette impression d'inquié- 
tude s'accroît, dit-il, lorsqu'on constate que le miracle qui pré- 
cède la naissance du saint, l'histoire de la stérilité de sa mère 
Anna, est un simple emprunt à l'histoire d'Anna, mère de la 
Vierge Marie (p. 36). M. Fawtier s'est ému bien à tort. Tout 
d'abord, une naissance miraculeuse pour des saints est chose 
banale, presque obligée. J'irai jusqu'à admettre avec M. Faw- 
tier que le nom d'Anna ait induit, non point probablement 
Henoc, mais un des admirateurs du saint plus éloigné des 
des événements, à crier au miracle pour la naissance tardive de 
Samson et à instituer ainsi un parallélisme flatteur pour le 



282 ./. Loth. 

héros. Mais lorsqu'on regarde de plus près le texte, on s'aper- 
çoit bien vite qu'on est en réalité en présence d'un fait qui 
n'a rien de surprenant. On a même là, il me semble, une 
preuve frappante de la véracité de l'hagiographe ; l'événe- 
ment est hors de proportion avec les exagérations du com- 
mentaire : l'hagiographe nous donne impartialement l'histoire 
vraie et la légende '. En effet, si Ammon et Anna sont inquiets 
au sujet de leur postérité, c'est qu'Afrella sœur d'Anna a eu 
trois fils, tandis qu'Anna reste stérile, et cependant, nous dit 
l'hagiographe, elle n'était pas plus âgée que sa sœur -. D'ail- 
leurs ce qui le confirme surabondamment et prouve que les 
deux époux n'étaient nullement dans un âge avancé, c'est 
qu'après Samson ils curent encore quatre fils et une fille (Lib. [, 
p. 29), 

Quant au caractère biblique du nom, il cadre parfaitement 
avec celui de Samson. On trouve encore aujourd'hui en Bre- 
tagne des noms bibliques avec des formes remontant claire- 
ment à l'époque du vieux-breton 3 . En revanche, il me paraît 
certain que c'est une fausse analogie qui a porté, peut-être les 
contemporains de Samson, sinon ses parents, ou tout au 
moins les gens de la génération suivante, à voir dans les noms 
d'Anna et d'Ammon des noms bibliques. Ces noms, en effet, 
sont incontestablement celtiques. Ils se trouvent dans plusieurs 
inscriptions latines. Holder {Alt. celt . Sprachschat^) à qui je 
me contente de renvoyer pour les sources, notamment au 
supplément, en donne sous Anna plusieurs exemples. Ce qui 
d'ailleurs est, s'il est possible, encore plus démonstratif, c'est 
que dans les Généalogies galloises du x° siècle, Anna est 
femme de Beli et mère d'Aballach '. Amnio(ii) est également 



1. Comme l'a fait remarquer Dom Plaine, l'histoire des verges, qui repose 
sur un usage réel et bien brittonique. se retrouve dans la vie de saint 
Brieuc (cf. J. Loth, Uèmigr. bret. p. 244. Revue Celt. XI. p. 377, 378). 

2. Desperato itaque femini uteri fœtum, nonpro xtatis seà naturae inequa 
litate cuiii sua sorore. 

3. Salaun (Salamun = Saloniouetu) ; Samqin (Satnsçnern) ; Jegu, 
Jagu(Iacôbus) ; Ma^eo, Maheo(Matbeiis); Ma^eas (Maihias). Sawyl = Samuel; 
Dewi — David. 

4. J. Loth, Mabin. 2^ éd. II, p. 336. 



La vie la plus ancienne de saint Sanison de Dol. 283 

très conu : Esciggorïx Ammonis f. — Ammo fecit — Ammoni 
Drapponis filio '. Il y a même une inscription véritablement 
surprenante qui tendrait à faire croire que le couple Am mou- 
Anna reposait sur une tradition vieille-celtique (C. I. L. III, 
8240) : Anna Sammonis coiux. On peut, en effet, facilement 
supposer qu Amman est pour Hammon, forme régulièrement 
évoluée, au plus tard, au v e siècle deSammon^ci. dans la vie : 
Abfinum mare, à côté de Habrinum = Sabririuni). 

Le nom du diacre Henoc n'a rien de biblique; il est d'ailleurs 
hors de discussion. Il remonte à un vieux celtique Senàco-s 2 , 
(irlandais Senachf 

Af relia et Umbrafel ou Umhraphel sont moins limpides, 
mais n'avons-nous pas dans l'onosmatique celtique ou simple- 
ment brittonique, dans des documents plus récents, bon 
nombre de noms authentiques, dont le sens et parfois même la 
formation nous échappe ? La présence de-/r- dans Aj relia, au vi- 
vn e siècle, n'a rien de surprenant. Les spirantes évoluées de 
consonnes vieilles celtiques se montrent déjà à cette époque: 
on a Lunarhi pour Lunarci dans une inscription chrétienne de 
Grande-Bretagne {Lunarhi Cocci); Broho-magli pour Brocco- 
magli 3 : Fr- remonte ordinairement à- sr- ou -spr. (ou, en com- 
position -d -\-pr) : Af relia peut aussi être un nom composé. En 
tout cas, il n'est pas plus extraordinaire que Afroc qui apparaît 
dans deux chartes du cartulaire de Redon : Kan-afroc en 846, 
et Afroc testis 4 . Il n'est pas inutile de remarquer que -ëll 
(ellâ ou ïllâ) est un suffixe féminin en gallois '>. 

Enfin il est possible quAf relia soit le produit d'une mau- 
vaise lecture. Je serais tenté de supposer qu'il y a eu dans le 
ms. primitif Avrel la pour Aurélia ; Aurelius, Aurelianus étaient 
des noms fort connus et honorablement portés chez lesBrit- 
tons. 

1. La forme Ammwn des hagiogmphes gallois n'est pas ancienne et est 
sans autorité. La terminaison -ou, en gallois, conserve son régulièrement. 

2. Inscr. Brit. Chr. : Senacus (cf. J. Loth, Chrest., p. 47.) 

3. Ibid. 158 ; au vm e siècle, on a Brohcmail (]. Loth, Màbin. 2 e éd. II, 
p. 345, note 4). 

4. J. Loth, Chrest, p. 105. 

5. La terminaison -ell (si cm est une) n'est pas rare en gallois, et est 
féminine. 



284 /. Loth. 

Umbrafcl me parait à décomposer en ambi-ro-fel-. Le suffixe 
vieux-celtique ambi-ro- est largement représenté en britto- 
nique, et en irlandais (vieux-goidélique : cmbi-ro-}. En gallois, 
le vieux-brittonique et gaulois ambi-, se présente sous deux 
formes am-, et ym-. Cette dernière forme est régulière avec 
les racines ou thèmes verbaux, notamment avec les substan- 
tifs verbaux, mais il y a eu de bonne heure mélange entre 
les deux formes : ainsi dans les Lois, emrecholl au lieu d'am-ry- 
goll ' (ambi-ro-coll-). Ym se prononce à peu près ôm et se pro- 
nonçait sûrement ainsi à l'époque où écrivait l'hagiographe. 
Au vn c siècle, on a été fort embarrssé pour exprimer ce son, 
comme on l'a été au xi e siècle, en Bretagne pour long : en 
Bretagne, on l'écrit u ou 0. L'hagiographe a choisi u qui se 
rapprochait davantage de ô. La graphie umb- est donc parfaite- 
ment justifiée 2 . Quant à la forme ta- pour ro-, elle est à cette 
époque très régulière. Cf. Catamanus pour Catu-mano-s, (Cad- 
van, roi de Powys, fin vi e et commencement du vn e siècle: 
Hùbner, Inscr. Br. ch. ; cf.J. Rhys, Lectures, 2 e éd., 160, iéi, 
364). Quant à -fel, je ne vois guère de racine de ce genre que 
dans le dérivé feleic, qui apparaît dans le Livre de Taliessin 
(Skene,F. a.B.\\,\t. 188, 14, 15) et qu'on traduit par prince: 
le sens n'en est pas certain. Comme pour Af relia, il est possible 
qu'ily ait eu une faute de lecture : umb-ra-sel 3 ou wnb-ra-wel , 
(qui regarde ou qui voit très-bien). Ce nom conviendrait remar- 
quablement à la condition des parents de la famille de Samson 
qualifiés d'altrices regum. Deux manuscrits portant àltores, je 
crois que le manuscrit primitif devait porter altores et altrices 
regum, ce qui comprend la famille paternelle et maternelle. Il 
est probable, comme l'a supposé M. Fawtier, qu'il faut entendre 
par là les dignitaires chargés d'élever les enfants des rois, les 
*altravon-es (gallois alltraw, plur. alltrawon). 

On remarquera que Umbrafel n'a pas de terminaison, même 

1. Ce mot a le sens de perte complète (ap. Sil van Evans, JVelsh Dict.). 

2. La forme galloise amra-vael, varié, différent, a été précédée par ani- 
ry-vael (ry : prononcez rô) ; c'est un fait d'assimilation peu ancien ; cf. atn-ry- 
fus, (im-r\- wedd etc. 

3 . Il y a dans le Mab, de Kulhwch un personnage du nom de Sel, fils de 
Sel-gi. 



La vie la plus ancienne de saint Samson de Dol. 285 

latine. Au vn e siècle, toutes les finales étaient déjà tombées. 
Dans une charte anglo-saxonne de 682, le nom breton d'une terre 
en Somerset est Crue Tan, en anglo-saxon CrycBeorb: crue — 
*vieux celtique croucio- (irl. crùacli) '. 

Le nom du chef des adorateurs de la pierre dressée, en 
Cornwall, leur comte, est Giiedianus ou Goedianus dans le ms. 
principal de M. Fawtier et même dans les dix-neuf autres. Il 
y avait là, à n'en juger que par ces mss., un argument en 
faveur de la thèse de l'auteur ; car, Guedianus est une forme 
qui ne peut être antérieure au ix e -x e siècle. En Bretagne armo- 
ricaine, le iu- initial, ne s'écrit gu-, guu- que vers la fin du 
ix e siècle et n'est régulier qu'au x e . En Cornwall, on trouve 
w- et giu- au x e siècle. En Galles, la mutation écrite est plus 
ancienne. Mais la forme du VI e et vn e siècle, comme m'en a 
fait souvenir l'abbé Duine à qui j'avais confié mes scupules à 
se sujet, se trouve dans le Vita du ix e siècle publiée par Dom 
Plaine % et même dans Baudry. Les mss. dont cette vita et 
Baudry même se sont servis, étaient plus anciens que les 
nôtres. La forme chez eux est Widianus. M. Fawtier, très 
atteint par la mode du jour, voit dans cette histoire de Gue- 
dianus une légende topographique. Pourquoi ? Parce qu'il y a en 
Cornwall, une paroisse de Gwythian ou Saint Givytlgian: or, 
Gwythian est dans la hundred du Penurith, dans l'extrême sud et 
non dans le pagus Tricurius où a lieu l'événement. Le nom de 
Wedian était un nom aussi connu en Bretagne qu'en Cornwall 3 . 

Isanus est un nom bien connu. Un Isanus apparaît donnant 
son nom à un monastère dans Llan-Issan (Book of Llan Dâv, 
p. 56, 62, 124, 255, 287) siège d'un évèché, d'après les Lois. 
Quant a Atoclius, sa composition n'est pas claire, mais il 
n'y a aucune raison de mettre un doute sur sa celticité 4 . 

1. J. Loth. Le brittonique en Somerset à la fin du VIfc et dans le cours du 
Vlîb siècle (Revue Celt. XX, 340. 

2. Anal. Boll. VI, p. 169. 

3. J.Loth, Les noms des saints bretons p. 45 ; p. 152. Le rapppochement 
avecgweddi est à supprimer. 

4. Atoclius peut être décomposé en ato- (cf. Ato-biles (Autun), Atoo 
(Bourges) ap. Holder, Alt-cel. Spr., suppl.) et Clius peut être pour Clivus 
(gai. elyw , = clevos, renommée) ; ou en At-oclius : ocl parait dans ar-ogl, 
parfum ; il y a aussi des dérivés en -ocl. 

Revue Celtique, XXXV. ! 9 



286 /. Loth. 

Le nom de l'abbé-évèque de Dol Tigernomalus, mérite l'at- 
tention. C'est en effet, le même nom, avec la même forme, 
qui figure dans une inscription chrétienne du Cornwall, 
trouvée à Saint-Cubert : les caractères, d'après Hùbner sont 
du Vl e -vn e siècle (Cf. J. Rhys Lectures, 2 e éd., p. 403): 
Conetoci fili Tigernomalus. On est généralement d'avis que 
Tigernomali est pour Tigernomagli (Tigernomaglus est le 
nom d'un compagnon de saint Paul Aurélien): tegërno- signifie 
chef, maître, et maglo-s, prince, roi. Il n'est pas cependant sûr 
que le second terme ici soit maglo-s, en raison de la concor- 
dance de la forme comique et de la forme bretonne, évidem- 
ment indépendantes Tune de l'autre. 

Le mot Privatus par lequel est désigné le premier homme 
qu'ait aperçu Samson en débarquant sur le rivage de l'Armo- 
rique, a été jusqu'ici considéré comme un nom propre (vidit 
ad ostium mansiunculi privatum plorantem. La Vita du ix e 
donne Privatum iiominc. Pour M. Fawtier, privatus est un 
terme signifiant leude; l'abbé Duine a vainement cherché ce 
sens à privatus: ce vocable désigne un particulier, et rien de 
de plus '. Privatus, comme nom propre, se trouve souvent 
dans le Corpus Inscr. Lut. L'abbé Duine cite en outre l'héré- 
tique Privatus ; un Privatus abbé, mentionné dans les lettres 
de Grégoire-le-Grand ; un autre Privatus, évêque du Gévau- 
dan, mentionné parGrégoire-de-Tours. J'ajouterai que privât us 
a donné, en gallois, priod et en breton, pricd, qui appliqué à 
l'homme indique l'homme marié et, à la femme, la femme 
légitime 2 . Je serais tenté d'ajouter virum au texte : virum priva- 
tum représenterait exactement le gallois actuel giur priod, homme 
marié, mari (Vocabulaire comique du xi e siècle : gwr priât), 
ce que confirme le contexte. Le privatus, en effet, attend un 
secours d'outre-mer pour sa femme atteinte de la lèpre et sa 
fille possédée du démon. 

Quelques-uns des noms de lieux mentionnés dans la Vie 
sont importants, et méritent d'autant plus l'attention qu'on 



1. Compte, rendu p. 354 et note 1 ; cf. Fawtier, p. 63, note. 

2. En breton, le sacrement de mariage est priedeleç, dérivé de privatus 
par un double suffixe. 



La vie la plus ancienne de saint Samson de Dol. 287 

n'a pu jusqu'ici les identifier. Samson, étant encore en 
Galles, accompagne en Irlande des savants irlandais revenant 
de Rome (peritissimi Scotti). Pour M. Fawtier, c'est une légende 
topographique, parce qu'il y avait en Irlande un monastère, 
donné, d'après la Vie, par l'abbé même à Samson en retour 
d'une guérison miraculeuse, monastère dont il remet le gou- 
vernement à son oncle Umbrafel. Pour M. Fawtier, c'est 
l'existence du monastère qui a fait naitre l'histoire des voyages 
qui est, par conséquent, une invention (p. 48). 

L'hagiographe ne cite qu'un nom de lieu en Irlande ; ce 
n'est pas celui du monastère et, à lui seul, il suffit pour 
démontrer sa sincérité. Il nous dit que Samson a séjourné in 
arce Etri (var. Aetri, Etridè). On l'a cherché de divers côtés. 
Le Raith Airthir dans le comté de Meath, proposé par le R. P. 
Patrick Moran, ne peut en aucune façon représenter ce nom, 
linguistiquement. Il ne convient pas davantage au point de 
vue de la situation. Car, d'après le contexte, Yarx Etri est sur 
la côte tandis que le Râith airthir est dans l'intérieur des terres. 
Il n'y a pas à s'arrêter à l'argument tiré du fait que Balgrif- 
fin, paroisse assez voisine de Raith airthir, située dans le 
comté de Dublin, a été sous le vocable de Saint- Samson '. Cette 
église était dédiée aux saints Samson, Doulech et Stapolin. Or, 
comme Balgriffin ou Bally-Griffin doit son nom à la famille 
galloise des Grifrin, qui s'y fixa au xm e siècle, il est fort pos- 
sible que le culte de saint Samson dans cette paroisse ait été 
introduit par eux à la même époque 2 . M. Fawtier signale un 
Cam-Sampson dans le comté d'Antrim, qu'il préférerait; outre 
que la situation ne conviendrait guère, cam, qui signifie tas, 
amas de rochers, ne traduit nullement arx. Shearman signale 



1. L'abbé Duine a signalé le fait d'après O'Hanlon, Lires of lrish saints, 
VII, p. 430. 

2. Shearman s Loca Patn'ciana, n° X — The comparions of Saint Fiacc 
{Journal of the R. S. oj Antiqu. oflrel. XIV (1870), p. 86). Shearman croit 
que la dédicace à saint Samson est antérieure au xm e siècle sans en donner 
de raison. Comme me le fait remarquer R. I. Best, Keeper de l&National 
Library, à Dublin, le savant bien connu, Reeves, dont on connaît la scrupu- 
leuse exactitude, se contente de signaler le fait : Manoirs oflhe churchof saint 
Duilech: Royat soc. of A. Ir. VII (1859), p. 143. 



288 /. Loth. 

aussi un Bally 1 -Samson, dans le sud du comté de Wex- 
ford 2 . 

L'arx Etri est incontestablement Dûn Etair, identification 
que m'a suggérée R. I. Best, aujourd'hui le promontoire de 
Howth, à l'extrémité de la baie de Dublin, dans un site des 
plus saisissants. Le Dûn (arx) était sans doute bâti sur le 
Benn Etair (promontoire, pic d'Etar), autour duquel Saint 
Columba, dans une touchante poésie, se rappelle avec émotion, 
pendant son exil en Ecosse, avoir ramé dans son currach. 
Dans le voisinage se trouvait Raith Êdair. Dûn a le sens bien 
connu de fort, citadelle, et râih ou Râith, celui de résidence 
entourée d'un rempart de terre avec fossé. Dûn Etair est signalé 
dans le Livre de Leinster, le Livre de Lecan 5 . Le fort d'Etar 
joue aussi un rôle dans une saga du cycle de Cûchulinn 4 . 
Le Râith Edair figure dans l'Index aux Four inasters, d'où 
Hogan l'a extrait dans son Ononiasticon Goedelicuni. Étair est 
au génitif; Va indique la valeur gutturale du groupe //-. La 
forme Étri est vieille-celtique et représente une forme vrai- 
ment archaïque d' Etair. La forme priniitive devait être : nom. 
Entro-s, génit. Entri : la chute de n dans le groupe -nt-, -nlr-, 
amenant l'allongement compensatif de la voyelle précédente 
accentuée, est très vieille et antérieure aux textes irlandais 
les plus anciens \ Il est possible d'ailleurs qu'un scribe ait 
négligé un signe d'abréviation sur Etri (étri). Dûn Etair, par 
sa situation, répond admirablement aux données de la Vie. 
L'arx Etri était sur les bords de la mer ; Samson s'y 
embarque et retourne dans le sud du pays de Galles vento 
aquilone; sa navigation dure deux jours. A tout point de vue, 
le voyage de saint Samson nous apparaît comme une réalité. 
Il n'a d'ailleurs rien d'extraordinaire. On allait avec la plus 
grande facilité de Galles en Irlande et réciproquement. Les 

i. Bally représente l'irl. baile, demeure, village, ville, et même monas- 
tère. 

2. Ibid. et ; On the allie races ofGreat and Lesser Brit'ain (Journal oj the 
R. s. a. I. XV (1882), p. 623). 

3. Pour les références, Cf. Hogan, Otwmasticou Goedelicum. 

4. Whitley Stokes, the Siège o/Hoivlb. (RevueCelt. VIII, 47-64, 1887.) 

5. Cf. Thurneysen, Handbuch des Alt-Irischen p. 124, 33, 207. 



La vie la plus ancienne de saint Samson de Dol. 289 

rapports étaient incontestablement fréquents entre les monas- 
tères irlandais et brittons. A l'époque romaine, il y avait encore 
au moins deux tribus originaires de l'île de Bretagne, les 
Menapii et les Brigantes, en Irlande. Il y a trace d'établissements 
permanents des Brittons dans le pays : témoin le Sailchoet de 
Cormac, aujourd'hui Solloghond en Tipperary. VEpistola ad 
Coroticiim est un témoignage des incursions des Brittons au V e 
siècle. Les rapports étaient, en effet, tantôt amicaux, tantôt 
hostiles. J'ai signalé, d'après les annales irlandaises, plusieurs 
batailles entre Gaê'ls et Brittons du vi e au vm e siècle en Irlande, 
une dans le voisinage de Dublin même '. Enfin, les Annales 
d'Ulster nous signalent, à l'année 822, la destruction par un chef 
irlandais d'un monastère d'origine brittonne et peut-être 
encore, à cette époque, habitée par des Brittons ou en tout cas, 
très fréquenté par eux : Gailinne na mBretan exustum est a 
Feidhlimtidh cum tota habitatione sua, cum oratorio. Gai- 
linne na mBretan ou Gailinne des Bretons est Gallen, dans la 
barronie de Garrycastle en King's County. Le monastère 
avait été fondé par Saint Canôc, mieux Mo-chonôg, fils d'un roi 
de Bretagne 2 . 

M. Fawtier rejette l'hypothèse qui identifie le monastère 
de l'abbé Piro, en Galles, où Samson a résidé quelque temps, 
avec ynys Pyr ou Caldy Island, sur les côtes du Pembro- 
keshire. Il en donne des raisons d'ordre topographique qui 
paraissent assez plausibles et des raisons d'ordre linguistique. 
Il fait justement remarquer tout d'abord que le mot insula, 
peut avoir le sens de maison isolée, ce qui est juste. C'était 
peut-être un ermitage. M. Fawtier y voit un monastère d'après 
ce passage concernant Yinsula : nuper fundata a quodam egregio 
viro ; mais dans la Vie, fitndare a un autre sens : celui d'ha- 
biter : in cujusdomo, ultra mare, ipse solus Samson fitndaverat *, 
Lib. I, 2). Comme le scribe est de langue brittonique, il ne 
faut pas oublier non plus quinsula peut traduire le vieux-cel- 

1. Les Bretons insulaires en Irlande, Revue celtique XVIII, p. 304. 

2. J. Loth, Bretons en Irlande, Revue celt. XXVIII, 417. 

3. Ce sens, s'il ne se retrouve pas en territoire non celtique, rappelle 
l'irlandais bun-dit, fondement, fondation, résidence, sens qui était courant 
en moyen irl. et existe encore. Je ne vois pas d'idiotisme brittonique cor- 
respondant. 



290 /. Lolh. 

tique *inissï, irl. inis, gallois ynys, qui signifie couramment en 
Irlande le bord d'une rivière, terrain en bordure de rivière. 
Ce sens est également connu en gallois '. La forme linguis- 
tique serait un obstacle plus décisif, si les Pyr gallois remon- 
taient tous à Porio-s. Or, rien n'est moins démontré. M. Faw- 
tier en est cependant si sûr que, pour Porius, il renvoie au Book 
of LJan Dàv. Or, on n'y trouve que Mainaitr Pir, aujourd'hui 
Manorbeer, en Pembrokeshire (p. 124,255), tandis que l'inscrip- 
tion chrétienne du vi e -vn e siècle, Porius hic jacet, a été trouvée 
à Llechldris en Trawsfynydd, dans le nord, près de Festiniog. 
Il est très vraisemblable qu'au vi e siècle, Piroet Porio-s étaient 
encore des noms différenciés dans la prononciation ; on peut 
sans doute, à la rigueur, au moins au vn e siècle, supposer une 
forme Pir ou voisine de Pir évoluée régulièrement de Porio-s, 
mais la forme traditionnelle ancienne, à cette époque, devait 
être connue. De plus, la graphie Piro, Pironis ne paraît pas 
fortuite. Pour avoir l'équivalent, il faudrait trouver en Galles 
un nom de lieu où figurât Pyron. 

En résumé, on ne peut encore identifier Yermitage ou le 
monastère de Piron avec aucun nom de lieu actuel ou connu 
du pays de Galles. 

Les recherches de M. Fawtier en Cornwall n'ont pas été 
plus fructueuses. Ici encore, il a l'esprit hanté par les légendes 
topographiques, et puis il est persuadé que Thagiographe ment 
en affirmant avoir été lui-même en Cornwall. Chose plus 
grave, il ne paraît pas se préoccuper des formes diverses des 
noms de lieux dans le cours du temps. Or, en matière hagio- 
graphique, la géographie historique est un élément capital 
pour la critique. 

On met généralement le lieu d'atterrissage de Samson 
venant du pays de Galles en Cornwall, à Padstow, sur la côte 
ouest, à l'embouchure de la Camel : c'est le seul port véritable 

1 . En Glamorgan, me dit M. Morgan Watcyn, ynys est courant dans le 
sens de terrain, sur le bord d'une rivière. Et en effet, j'ai moi-même 
trouvé l'indication de ce sens pour cette région dans un ms. de Llanover 
(181, p. 267. Ce sens a existé, existe peut-être encore en Bretagne: il y a 
des enes, ene^en, au milieu des terres. 

2. Il v a un Saint Pvr en Monmouthshire. 



La vie la plus ancienne de saint Satnson de Dol. 291 

à l'ouest, le long de la côte septentrionale. Et puis, il y avait 
à Padstow une chapelle dédiée aux saints Cadoc et Samson 
d'après une donation de Henri VIII au pape en 1 543-1 544, et 
une autre à Nicholas Prideaux l'année suivante comprenant 
cette chapelle r . Assurément l'existence de cette chapelle dont 
l'âge n'est pas connu, quoiqu'elle paraisse avoir été fort 
ancienne, à elle seule n'est pas probante. Mais l'objection qu'op- 
pose M. Fawtier au choix de Padstow, c'est-à-dire la longueur 
du voyage par mer du pays de Galles à cet endroit, tandis 
qu'il était si simple d'aborder plus au nord, par exemple, 
près de la baie de Barnstaple en De von, malgré son caractère 
spécieux, est sans valeur et repose sur une erreur aujourd'hui 
encore trop répandue. Tout d'abord, dans les pays baignés 
parla mer, on préférait, à l'époque historique et même préhisto- 
rique, la voie de mer à la voie de terre, parce qu'elle offrait, 
en somme, moins de dangers divers, Le voyage de Pytheas 
n'est sûrement pas une exception. Les relations de l'Irlande 
avec la Gaule, avant les témoignages de l'histoire, ont été 
mises en pleine lumière par un éminent archéologue irlandais, 
Coffey. Son étude, pour l'époque historique, a été complétée 
par H. Zimmer 2 . A l'époque de la conquête romaine, le 
témoignage de César est des plus instructifs. On a vu une 
preuve d'ignorance et d'inexpérience nautique chez les écri- 
vains grecs et latins, dans le fait qu'ils placent l'Irlande et 
l'île de Bretagne en face de l'Espagne et font couler la Loire 
dans l'Océan britannique 3 . Elle repose, au contraire, sur le 
témoignage de gens connaissant fort bien les conditions de la 
navigation entre l'Irlande, la Gaule et l'Espagne. Aujourd'hui 
encore, les marins vous diront que les courants portent direc- 

1 Je dois la connaissance de ces actes au Rev. Tho. Taylor. On 
trouve aussi mention de la chapelle et du cimetière de Saint-Sampson dans : 
The complète parochiai history of Corniuall,lW, p. 17. 

2. Intercourse of Gaul with Ireland before the first century (Proc. of the R. 
I. A, XXVIII, c. n° 4) — H. Zimmer, Ueber direkte Handelsverbindungen 
Westgalliens mit Irtand im Alterhim uni frûhen Mittelalter (Sztungsber. d. 
K. A. d. W. 1909, XIV, XV, XXI ; 1910, 41. 

3. J'ai réuni tous les textes anciens au sujet de cette erreur qui en a 
causé beaucoup d'autres, dans mon Emigration bretonne en Armorique, pp. 5 3- 
S4. 



292 /. Loth. 

tement des côtes d'Irlande ou du sud-ouest de l'Angleterre, à 
la hauteur et au large d'Ouessant dans la direction de l'Espagne 
et du golfe de Gascogne ; d'où, avant l'invention de la bous- 
sole, l'impression que rien, sinon l'océan, ne séparait ces 
pays. 

Quant à l'anse de Padstow, elle a dû être de tout temps 
très fréquentée. Lelant, vers 1533, nous apprend que ce port 
est très fréquenté par les Bretons qui y viennent commercer 
et pêcher avec de petites barques, et que la ville est pleine 
d'Irlandais ' . 

D'ailleurs sur le point d'atterrissage de Samson, toute dis- 
cussion est superflue : la Vie nous l'indique avec une grande 
précision. Il y estdit queSamson,en débarquant, va ad monas- 
terium quod Docco vocatur (yar. Doccovi, Doccovus). Le monaste- 
riuui Docco, est clairement Lan-doho pour Lan-docho 2 ou Lan- 
dobou qui n'existe plus aujourd'hui que, sous la forme Lannowe, 
village en Saint-Kew, tout près de Padstow. C'était pen- 
dant tout le moyen-âge le nom même de la paroisse de Saint- 
Kew : 

Pipe Roll 1 185 : Landoho, dès 1 189 Lanho ">; Bronescombe 
Register (Episc. Reg. of the Dioc. of Exeter) p. 224 (1259) : 
Lan-deho. 

Ouivil Reg., p. 354 (1283) : Lan-hoho; Brantyngham Reg., 
p. 49 (1383) : Là[n]-dohou. 

Patent Roll (1300): Landoho (133 1 Lannow Seynt ; puis 
1578 Lannow alias Kew). 

Chartes du prieuré de Plympton (Oliver, Monasticon,pp. 133, 
134): ecclesia Saint-Tohou (1100-1135) ; Landlohou (1154- 
n 59); Lan-doho (1302). 

Le Rev. Tho. Taylor, à qui je dois bon nombre de ces 
références, me cite un intéressant document concernant Lan- 
doho (Patent Roll, 1307). On y lit que le roi Edgar (958-975) 

1. A complète parochial hist. of Cornivall, IV, p. 18. 

2. Le ch comique intervocalique était assez faible et a souvent disparu 
anciennement. Il s'écrit de bonne heure /; ougb. 

3. L'assimilation, a priori, n'est pas très régulière, mais ici c'est un fait. 
On trouve en 1 300 une forme avec gh, graphie ordinaire de ch eu comique : 
Lanhoghov, Quant à -nh- pour -nn n- ou -n ;/, on le trouvedès le XIII e siècle. 



La vie la plus ancienne de saint Sarnson de Dol. 293 

donna aux chanoines de Plympton icarwatas déterre, 100 s. 
de rentes en Landoho et l'église, pour l'entretien de deux cha- 
noines célébrant le service divin et pour des aumônes aux 
pauvres, aux pèlerins et divers hôtes. Il paraît certain, comme 
le suppose le Rev. Tho. Taylor, que le roi Edgar dépouilla 
Landoho pour enrichir Plympton '. 

Il y a aujourd'hui encore, dans le pays de Galles, deux 
paroisses de Llan-dochau : Llan-docha Fawr 2 , qui touche Car- 
diff, et Llan-docha Fach, près de Cowbridge. Dans une charte 
du Book of Llan Dâv (p. 145) signe avec Oudoceus, Saturn, 
abbas Dochou. Dochou était la forme hypocoristique dérivée du 
premier terme d'un nom complet à deux termes : Doc-winn. 
Dans le Book of Llan Dâv, c'est cette forme qui prévaut : 
abbatia Docnnni p. 131 ; 140, 3, 4, 7, 9; Docguinni 131, 5, 6; 
160 etc. De même en Corn\vall,dans les S ta fford Rcg. (1400), 
il est question d'une licence pour un oratoire dans la paroisse 
de Sancti-Doquinni (pour Doc-gwinni: la sourde finale a assimilé 
le gu> suivant) que nous savons être Lan-doho. Il est fort pos- 
sible qu'une des raisons qui ont fait préférer à Sarnson l'at- 
terrissage dans l'estuaire de Padstow ait été le voisinage de 
ce monastère fondé probablement par ses compatriotes. Le 
culte de saint Dohou ou Tohou existe également en Armorique : 
il y a une chapelle sous son vocable à Primelin, près de Quim- 
per 3 . 

L'existence de ce saint nous est confirmée par les Annales 
d'Ulster, qui placent sa mort en 472 : quies Docci episcopi 
sancti abbatis Britonum 4 . Le génitif Docci a été fait sur Docco. 

La Vita Petroci, manuscrit que cite M. Fawtier >, nous a 



1 . Dans VExon- Dom., fol. 99, on a Lannohoo. 

2. Fawr pour maïur, grand ; etfach pour bach, petit. On prononce, sem- 
ble-t-il Llan-doche et Llan-docha. 

3. J. Loth. Les noms des saints bretons, p. 121. Sant précédant le nom, 
on est arrivé à prononcer Santohou pour sant Dochou, d'où les variantes 
Saint Tohou et Saint Ohou. 

4. Armais of Ultser, I p. 24, note : Ushervoit dans Doccus, Cadocus, pro- 
fesseur de S 1 Cainnech, ce qui est impossible. Shearman, Locà Patrie, 
p. 223-5, est d'avis que Cadoc était neveu deDoccu, ce qui est possible. 

5. Bibl. nat. ms. lat.9889, fol. 143 v°.Cf. J. Loth, UEmigr. bret.,p. 252. 



294 /• Loth. 

conservé l'écho d'une tradition certainement ancienne au 
sujet de l'ermitage (habitatio in solitudinè) qu'aurait habité 
Samson : elle est d'accord avec notre vie. L'ermitage était 
situé secus littus juxta amnem Hailem ; or, Hail, au moyen- 
âge Heyl, était le nom que portent les rivières Camel et Alan 
(Allen) réunies en rencontrant le flot de la mer '. Le nom est 
conservé dans celui de la paroisse d'Eglos-Hayle (l'église de 
Hail), qui touche au nord, S l -Ke\v ou Lan-docbov. Hail est un 
nom commun en Cornwall, indiquant un estuaire, l'endroit 
où les flots marins rencontrent ceux d'un fleuve. Il y en a 
plusieurs, outre le Heyl de Padstow : Hayle près Saint-Ives ; 
Hel-ford. 

Cette Vita Petroci, conservée dans un ms. du xv e -xvi e siècle, 
très pauvre en faits précis, sans autorité d'une façon géné- 
rale, nous a cependant conservé, avec cet intéressant souve- 
nir, un autre d'une réelle valeur. Petroc, après avoir visité 
son compatriote Samson, se rend ad cellam Wetbnoci (mal 
écrit Wetbmoci) episcopi. Un peu plus loin on lit : « unde eliam 
lingua gentis illius Landuuetbmocb (leg. Lann-uuethnoc) ad bue 
usant bodie diciiur . » etc., Lann-ivetbnoc se présente dans 
le Domesday Book sous les formes Lan-iuebenoc (mal écrit Lan- 
iveneboc) et Lan-Guihenoc. Il semble que le nom ait disparu 
aujourd'hui. Pour la situation, elle est approximativement con- 
nue. Les terres de La n -g iiibenoc sont celles de la paroisse actuelle 
de Lanhydrock, m'apprend le Rev. Tho. Taylor d'après des 
faits historiques et topographiques, quoique les deux noms 
soient entièrement différents . La forme wetbnoc est vieille-cor- 
nique, et plus ancienne que celles du Domesday Book. Nous 
avons aussi, en Armorique un Lan-Unelbnoc (cart. de Lande- 
vennec 33), plus tard, en 1241, Lan-Gue^enoc et, avec le pré- 
ûxeto- t Lan-deguedenoc (Lan-dcivcthnoc), en Pleyben, Finistère 2 . 

La forme Docco, Doccov est très archaïque } : ce est la gra- 
phie régulière pour cb au vi e siècle. On la trouve, il est vrai, 

1. Norris, Cornisch Dramas II, p. 503. Norris, avec raison, traduit heyl 
pour titlal-river. Hail a pu désigner le confluent de la rivière Kestell avec 
l'Alan. 

2. J. Loth, Les nous des saints bretons, p. 54 (à Guethnoc). 

}. Il est fort possible qu'au vi e siècle, on connût encore les formes *Doccu 
(nominatif) et peut-être Docco pour Doccu, et le génitif *Doccov-os. 



La vie la plus ancienne de saint Samson de Dol. 295 

parfois, aune époque beaucoup plus récente, mais à titre excep- 
tionnel, par exemple dans le Black Book of Chirk. 

M . Fawtier a la mauvaise habitude de s'en tenir pour des 
noms anciens, par exemple, pour le pagus Tricurius, à la forme 
moderne. Il nous dit (p. 60) : « il (Samson) lui faut passer par 
le pagus Tricurius que l'on reconnaît et avec raison, semble- 
t-il, dans la région désignée sur les anciennes cartes par le nom 
de Trigg. » C'est tout ce qu'il y a de plus sûr, et si, au lieu de 
consulter des anciennes cartes {qui remontent au XVIII e siècle '), 
M. Fawtier avait consulté des documents plus anciens, il y 
aurait vu que la forme de ce nom, au moyen âge, était Triger, 
et Trager : Triger-sire (1130 : Pipe Roi 1), Treger-sir (12 e année 
du roi Jean-sans-terre ap. Hunter, Fines, p. 355); Cornish 
Drainas, I, Passio, v. 2274 : Tryger). C'est le nom de notre Tre- 
ger d'Armorique 2 . Saint Tutwal était né dans la Domnonia 
insulaire. En Bretagne, on trouve, dans les textes,à côté de Treger, 
Trecor: vallis Trecor, Trecorensis. Cette forme est celle qu'il faut 
restituer à la place de Triconscire (lu aussi : Triconstir) dans le 
testament d' Alfred-le-Grand : Stratnet in Triconshire 5 : il faut lire 
Tricorscire. Il a existé une forme Tn-coro-s et un dérivé Tri- 
cor-io-s(cî. Pet ru-cor iï) . 

Le monasterium Docco{Doccovï) étant connu, il est inutile de 
s'arrêter à l'hypothèse de M. Fawtier voyant dans Winshamtxx 
Devon, sur la route d'Ilfracombe à Barnstaple, l'emplacement 
de ce monastère, à cause du nom du moine Winniavus 4 que 
Samson y rencontre. Les noms de lieu en min- ne sont pas 
rares dans l'onomastique anglaise, et il n'y a aucune raison, 
bien au contraire, de voir dans Winsham, un reste de Winnia- 
vus. Je ne m'y arrête que pour faire remarquer que ce nom a 

1. Sur des cartes partielles du Cornwall au xvi<= siècle, cf. Journal oj the 
Roy. Inst. of Cornwall, IX, p. 160 et suiv. La Bibl. nat., m'apprend l'abbé 
Duine, possède une carte du Cornwall, de 1576. 

2. La seule difficulté en apparence est dans 17 du comique. C'est un ï 
bref qui devient régulièrement en breton e. En comique ï accentué se 
conserve toujours dans le groupe -inn, -ins ; ailleurs il est un peu flottant. 

3. De Gray-Birch, Cart. Sax., en 880-885. 

4. M. Fawtier a raison de préférer Winniavus à Iuniavus, â cause de 
l'interprétation : qui cum illis lux vocitabalur. InniavUs existe. 



296 /. Loth. 

été confondu avec celui de Winnoc. Le manoir de San Winiiec 
dans le Domesday Bookest sûrement le S*- Winnow actuel. Les 
deux noms sont, il n'est pas inutile de le dire, parfaitement 
distincts ' . Dans une charte anglo-saxonne de 969 concernant 
le Cornwall, le roi Eadgar donne : hraet IViniaw,' Penheî et 
Car 11 Winnioc 2 . 

Naturellement, M. Fawtier voit dans le nom de Winsham, 
dans celui de Sampson Ray près Barnstaple, dans Saint-Samp- 
son de Golant, des légendes topographiques, tout comme pour 
le nom du comte Guedianus. Or rien de plus banal, à cette 
époque, qu'un voyage de Cornwall en Armorique. L'embou- 
chure de la rivière de Fowey est très vraisemblablement 
l'endroit où s'est embarqué Samson pourl'Armorique. Au xvi e 
siècle, au témoignage de Lelant, le trajet considéré comme 
le plus court de Cornwall en Armorique, était de Fowey 
au passage du Four. Le souvenir de cet événement est marqué 
par le nom de la paroisse de Saint-Sampson, bien connu par le 
roman de Tristan et Iseut. La demeure du roi Marc, Lancien, 
est dans cette paroisse, et c'était à l'église Saint-Samson 
qu'Iseut et lui allaient faire leurs dévotions. En face, de l'autre 
coté de la rivière, est Saint- Winnow ; dans le voisinage sont 
des paroisses portant le nom de Maven et Austolc, deux com- 
pagnons de Samson, honorés aussi en Armorique. Si l'hagio- 
graphe ne mentionne pas ces lieux, c'est indirectement une 
preuve de l'antiquité de ses sources . Les paroisses portant les 
noms de ces saints n'étaient pas encore établies ou ne leur 
étaient pas encore dédiées . 

Le nom du célèbre monastère fondé par Samson en Armo- 
rique mérite l'attention. C'est sans doute lui qui lui donna le 
nom de Dol 3 . Il est parfaitement adapté au lieu. Dol, en effet, 
en gallois, a le sens de prairie (traversée habituellement par 
une rivière ou située sur ses bords), terrain plat d'une certaine 
étendue. Or Dol est inconnu en breton et dans la topono- 

1. De Grav-Birch, Cart. Sax. III, p. 521. 

2. La charte concerne Lanmoren auj. Lammoran, en Poudre. 

3. Vital, 52 : aptissimum repperit inibi locum atque honorificum fun- 
davit monasterium quod usque hodie proprio vocabulo Doliuii nuncupatur. 
La forme Dolum a été amenée par monasterium. Il faudrait Dola, le mot 
étant féminin. 



La vie la plus ancienne de saint Samson de Dol. 297 

mastique bretonne. Il entre, en revanche, dans la composi- 
tion de bon nombre de noms de lieux dans le pays de Galles. 
Il est presque inconnu en Cornwall. A-t-il quelque rapport 
avec les Dole que l'on trouve en France ? Tout dépend de la 
forme ancienne de ces noms et de la situation des lieux. 

Il est digne de remarque que le nom de Samson, en Galles 
comme en Cornwall, comme en Irlande, et le plus souvent 
en Armorique même, nous est donné sous une forme litté- 
raire. On ne le trouve sous la forme brittonique sincère que 
dans le vannetais bretonnant : Loc-sam~un (il français) en 
Melrand, et Sam^un en Belle-Ile (Morbihan). Comme nom 
d'homme, Sam^iin est répandu dans cette île. Sampan, avec u 
français, représente exactement Samsônem : long latin accen- 
tué donne régulièrement û dans toutes les langues britto- 
niques : SalomÇmem a donné, en vieux-breton, Salamitn, 
devenu aujourd'hui Salaiin. 

En résumé, M. Fawtier n'a pas démontré sa thèse, malgré 
les ressources d'une critique toujours en éveil, et, parfois, la 
finesse des aperçus. Il a montré de rares qualités d'historien, 
mais il n'est pas philologue, qualité essentielle, quand il s'agit 
d'hagiographie. Je crois l'avoir prouvé chemin faisant. Il yen 
a d'autres indices . M . Fawtier ne paraît pas avoir étudié le 
côté paléographique de son principal manuscrit; il ne s'est 
pas soucié de relever les habitudes d'abréviation du scribe, les 
particularités de son écriture. Enfin, ce qui est plus grave 
encore, il n'a pas étudié la langue de l'hagiographe. Il croit s'en 
excuser en déclarant, page 76, que la langue ne nous fournit 
aucune indication. Or, à l'époque même où M. Fawtier écrivait 
ces lignes, M. l'abbé Duine tirait de la langue précisément de 
précieuses indications, dans son opuscule Les saints de Domno- 
nie, et donnait à son assertion aventureuse un éclatant démenti. 
Je me félicite d'avoir contribué au progrès de la critique du 
texte de le Vita en incitant l'abbé Duine à des recherches 
dans cette voie. 

Tout d'abord, il est établi que les trois principales sources 
littéraires de l'hagiographe sont la Bible, la liturgie et les 
œuvres de saint Grégoire-le-Grand '. 

I. Les saints de Domnonêe, p. 5, notes 4, 5, 6. 



298 /. Lolh. 

Peut-être avait-il lu Virgile, et savait-il un peu de grec '. 
Il a lu vraisemblablement Fortunat, peut-être S'-Jérôme % 

Certaines expressions ont un caractère très net d'antiquité. 
Il y a à s'arrêter notamment à l'expression beatissime sedis 
apostolicae episcope par laquelle l'auteur salue son chef (beatis- 
sime papa Tigernotnak dans \eProl. I.) Elle est, nous dit l'abbé 
Duine, rarissime dans l'hagiographie bretonne, et sent assez 
fort les vi e -vn e siècles 3 . 

Un autre fait encore plus important, c'est que l'état de là 
doctrine religieuse de l'hagiographe représente le stade théo- 
logique du temps de Grégoire-le-Grand. Il n'a pas subi l'in- 
fluence de la discipline pénitentielle de Colomban, mort en 
615 +, 

L'abbé Duine a fait une autre découverte qui peut être d'une 
grande importance : il a relevé une remarquable similitude 
d'expressions dans les très humbles excuses de notre hagiographe 
au début de son œuvre, et celles de Cogitosus dans la plus 
ancienne vie de sainte Brigitte. La similitude est encore plus 
frappante entre un passage du même prologue et un autre de la 
préface à la vie de saint Patrice par Muirchu Maccu-Machtheni . 
Je cite les deux passages parallèles : Muirchu : lu hoc profundum 
narrationis sanctaepylagus... anullis aJhucliutribus... expert uni... 
ingenioli nui puerikm retni cymbatndeduxi... pauca haec de mul- 
tis... parva périt ia... aggrediar s . 

Vita Sam. (I, 1) : Profuudissimum... maris pelagus... iuipc- 
ritiae meae lintricula... percurrens.. . de multis pauca... mea inipe- 
rilia etc. 

Il semble bien qu'un des deux auteurs ait profité de l'autre. 
L'abbé Duine croit que c'est l'Irlandais, et il en donne une 
raison ingénieuse c'est l'absence dans la Vita S. du mot 
ingenioli qui se trouve dans les deux préfaces irlandaises. 

1. Les saints de Doinnonée, p. 7, notes 9, 10. 

2. Compte rendu, p. 340, note 1. 

3. Ibid. ; cf. p. 339, note 2. 

4. Saints de Doiiiuoiiee,p. 10, note 20. 

5. Whitley Stokes, The tripartile tifeof 5' Patrick II, p. 269. Cf. Hogan, 
Vita Patricii auctore Muirchu Maccu-machtheni et Tirechano {Anal. Boit. I, 
P- 5 31). 



La vie la plus ancienne de saint Samson de Dol. 299 

Si l'hagiographe avait eu sous les yeux ces œuvres, friand 
comme il était de diminutifs, il n'eût pas manqué de se l'ap- 
proprier. Il n'est toutefois pas impossible que notre hagio- 
graphe et les deux autres aient puisé aune source commune '. 
Cogitosus a vécu entre 640 et 680 2 , Muirchu a écrit son 
œuvre avant 698, date de la mort de Aidus sur l'ordre de qui 
il a écrit la vie de sainte Brigitte. 

L'abbé Duine a relevé quelques traits de syntaxe intéres- 
sants, par exemple: cum Mis dans lepassage : Winniavus qui cum 
Mis lux vocitabatnr. Cum, dans le sens de par, dans cette expres- 
sion, répond à l'emploi de cant (gant) dans toutes les langues 
brittoniques \ Il y en a d'autres, par exemple, l'emploi de 
soins : incujus domo ultra mare,, ipse soins Samson fundave- 
rat (Lib. I, 2), « dans la maison duquel Samson lui-même avait 
habité » . On sait que tous les Bretons emploient le mot un, 
unan, un (seul), avec le pronom possessif pour exprimer le 
sens du latin ipse.La Grammatica celtica (2 e éd., p. 409) tra- 
duit avec raison l'expression bretonne ma hunan par ego ipse, 
ego soins. 

L'emploi du mot homo pour la sœur de Samson encore toute 
petite (parvula) rappelle l'emploi du gallois dyn, breton den, 
qui a le sens ordinaire de homme, mais désigne également toute 
créature humaine sans distinction de sexe 4 : tamen nutrite 
eam quia homo est (Lib. I, 29). 

Les résultats obtenus sont encourageants. La première chose 

1. A l'appui de cette restriction, l'abbé Duine m'écrit qu'il a étudié un 
nombre considérable de prologues et qu'il en a retiré l'impression qu'il y 
avait pour ces préfaces, qu'on pourrait grouper par familles et qui avaient 
de curieux traits de ressemblances, des modèles communs. Les moines 
devaient avoir, selon lui, des manuels de littérature où ils apprenaient la 
bonne manière d'être hagiographe et rhéteur sacré. A l'appui de cette 
hypothèse, que je crois très fondée, l'abbé Duine me cite une sorte d'an- 
thologie de maximes et sentences composée dans la première moitié du 
vme siècle par De/ensor, moine de Ligugé, et auquel il a donné le curieux 
et modeste titre de : Sçintillarum Liber (Defensoris Loeociagensis monachi 
scintillarum liber, dans Migne, P. L., t. 88, col. 597 et suiv.). 

2. Cf. Mario Esposito, On theearliest latin life of S* Brigid of Kildare 
(Proc. oftheRoy. I. A. XXX(i9i2), C, n° 11. 

3. Cf. J Loth., II, Màbin., p. 453. 

4. En comique, den n'a plus guère que le sens de homme. 



300 /. Loth. 

à faire désormais serait une édition critique de la vie. Une 
étude minutieuse de la syntaxe serait nécessaire ; il faudrait 
aussi un glossaire de tous les mots à forme ou à sens parti- 
culier, où tous les idiotismes seraient relevés. Une fois le texte 
établi et parfaitement élucidé, la comparaison avec les textes 
hagiographiques du vi e au viii c siècle pourrait donner des 
résultats peut-être décisifs. Il ne faut pas se dissimuler en effet 
que, malgré tout, la lumière n'est pas faite sur tous les points. 

J. Loth. 



EVOLUTION 
OF THE DIOCESAN BISHOPRIC 

FROM THE 

MONASTERY BISHOPRICS OF CORNWALL 



The Roman and consequently the Saxon conception of 
episcopal government was territorial and diocesan : theCeltic 
conception was tribal and monastic. An ecclesiastical System 
based upon tribal and monastic principles, recognising no 
suprême central authority, can afford to dispense with clearly 
defined boundaries. 

At the same time a monastic no less than a tribal orga- 
nisation requires a centre of its own towards which its 
activities may converge and from which its influences may 
radiate. 

The présent is an attempt to shew where the more impor- 
tant of such centres existed in Cornwall before diocesan was 
substituted for monastic rule. 

Doubtless every lan represented some such centre however 
insignificant,just as every caer represented a fortified seat of 
civil authority. 

The lan justified its existence by the strength and fervour 
of its prayers and spiritual influence : the caer by the strength 
of its natural position and its artificial deiences. 

A monastic settlement with a definite amount of demesne 
land, corresponding to its size and importance, upon which 
themonks worked for the support of the community,will suffi- 
ciently indicate whatis meant. Some monasteries hadbishops, 
some — the greater number — were without them. The 
great monasteries of Landévennec in Brittany, Llantwit in 
Wales and Bangor in Ireland do not appear to hâve had 

Rei'iic Celtique. XX XP. 20 



J02 Tho. Taylor. 

bishops of their own or, if they had, their episcopal character 
was submerged. On the other hand the monastery bishoprics 

of ail three countries are too well known to require démons- 
tration. The isolation of the church in Cornwall until the 
middle of ihe tenth century encouraged and perpetuated the 
System in the mother country which in the fifth and sixth 
centuries it had helped to establish in Brittany. 

Domesdav Book when studied by the light ot earlier and 
later records supplies invaluable information upon the subject 
of Çornish ecclesiastical organisation even before the Saxon 
conquest. 

At the time of the Great Survey (1086) the Bishop 
of Exeter held the following manors in Cornwall; 

Treliuel (Treluswell in StGluvias) 
Matela (Methleigh in St Breage) 
Tregel (Trewell in St Feock) 
Pauton (Pawton in St Breock) 
Berner (Burneir in Egloshayle) 
St German (St Germans) 
Lanherneu (Lanherne in Pydar) 
Tinten (Tinten in St Tudy) 
Languititon (Lawhitton) 
Landicla (Gulval) 
St Winnuc (St Winnow) 

Of thèse eleven manors ail except rive viz. Burneir, Lan- 
herne, Tinten, Lanisley and St Winnow were demesne 
lands, the whole ot their revenues going direct to the bishop. 
Richard Fitz-Turold held Burneir and Tinten of the bishop 
who received the profits of the former. Fulcard held Lanherne 
and Godfrev St Winnow. The services or profits rendered 
to the bishop in respect of four of the five manors would be 
comparatively triliing except on the death of the tenant in 
demesne and'durihg the minority of his heir. Consequentlv 
they are not considered worthy ot mention in the 'ïa.xcitio, 
made by Pope Nicholas IV, of the bishop 's temporalities in the 
year 1291. 



Evolution of the Diocesan Bishopric. 303 

In order to estimate the extent and value of the bishop's 
possessions in Cornwall it will suffice to compare them with 
those of the clergv as given in the Taxatio or assessment 
just mentioned. It must however be remembered that Meth- 
leigh had ceased to be an episcopal manor before that assess- 
ment was made, having been granted by Bishop Robert 
Warelwast, between 1155 and n6i,to the Dean and Chapter 
of Exeter ' while, on the other hand the manor of Cargo] 
in Newlyn had been acquired in the meantime 2 . 

Moreover Treluswell and Tregella, tor civil purposes, 
had become differentiated into Camwerres (Penwerres), 
Trevella, Tolverne, Fentongollen, Trevennal and Trelonk 5 
and for the purpose of ecclesiastical assessment had become 
known as Tregaher and Penryn 4 . In 1306 Tregahar or Tro- 
cair was the name of the major portion of the hundred of 
Powder and was itself regarded as a hundred. The bishop's 
holdings by military tenure in this hundred were rated at 
four knights fées. Tregaher the seat of thèse possessions, 
which lay east and west of the river Fal, is now known as 
Tregeare in Gerrans. Roughly speaking the bishop's manors 
in this district included the whole of the parishes of Gerrans, 
St Gluvias with Falmouth, Budock, Mabe, Mylor, Philleigh, 
Merther. St Just in Roseland and Ruan Lanyhorne. His 
demesne lands were very extensive and valuable as will be 
seen by comparing the papal assessment of Tregaher £ 20. 
11 s. 5 d.) with that of the reetory of Gerrans (£ 2. 6s. ~d.) 
and the assessment ot Penryn (£21. 8 s. 1 d.)with that ofthe 
bénéfice of St Gluvias (£ 2). 

Pawton and Burneir must be considered together for they 
were doubtless both included in the grant made by King 
Edward the Elder to Eadulf when the see of Crediton was 
constituted in 909. 

The extent of the bishop's holding in Pawton at the time 
ofthe Domesday survey (1086) is declared to be the entire 
hundred of Pawton comprising 44 hides of land. 

1. Invcntory of Bp. Grandisson. 

2. Exeter Episc. Registers, Stapeldon p. 97. 

3. Feudal Aids 1303, 1306, 1346. 

4. Episc. Reg. Bronescombe. App. p. 473. 



}G4 Tbo. Tii\ loi . 

It extended over the parishes of St Breock, Egloshayle, St 
Ervan, St Eval, St Issey, Little Petherick, St Merryn and 
Padstow. Pawton is only a contracted form of Petrockton and 
there is sufficient reason to believe that thèse lands of the 
bishop had formerly belonged to the monastery of St 
Petrock. 

In the Inquisitio Geldi (1085) the scribe appears to hâve 
found it diificult to describe the hundred of Pawton according 
to the prescribed formula. In his list ot the hundreds he has 
interlined over a Rieltone Hundret' the words Sci. Petrochii ' 
and has added Pauton at the end of the list. In his second 
attempt he hasplacedthe hundred of Pauton first and omitted 
St Petrock' s altogether. It is interesting to observe that so 
late as the year 1691 the hundred of Pydar is described, in a 
grantfrom the Crown, as « Petrockshire alias Pidershire alias 
the hundred of Pider » 2 . Whether the word Pydershire is a 
sublimated équivalent ofPetrockshire is a question for etymo- 
logists. 

That the two were not quite territorially conterminous is 
évident from Domesday Book itself in which Nancekuke in 
Penwith and Forsnewth in West are included among the 
manors of St Petrock. The important pointto grasp isthat,out 
of the very heart of St Petrock's province, Pawton and with 
it what subsequently became known as the bishop's peculiar 
jurisdiction embracing five parishes (decanatus de Poltone) was 
transferred in 909 from the monastery of St Petrock to the 
ik'w see of Crediton and in 1046 to the see of Exeter. The 
episcopal revenue from Pawton in 1291 may be estimated by 
comparing its assessment ( £ .19. 16 s. ^ d.) with that ofthe 
church (appropriated rectory and vicarage) of Egloshavle 

(•S)-. 
Lawhitton, given to Crediton at the samc time as Pawton, 

was also of considérable extent. It consisted of eleven hides 

1. St Petrock"s hundred had of course no connection with Rielton or 
Rillaton subsequently known as the hundred ofEast. The confusion may 
hâve arisen from the fact that the bailiwick oi Pydar was at Rialtonand that 
of East at Rillaton formerly Rielton. 

2. Patent Roll ; 3 William and Mary. 



Evolution of the Diocesan Bishopric. 305 

ofland in 1086 and was assessed in 1291 at £. 25. 10 s. 11 d. 
while the church or rectory of Lawhitton was assessed at£. 2. 
From what source it was obtained for the endowment of Cre- 
diton is not clear. Along with Lezant and South Petherwyn 
it was subsequently within the Bishop of Exeter's peculiar 
jurisdiction. Possibly it had been taken in 909 from the 
canons of St Stephen near Launceston. 

The manor of St Gerraan or, as it is calledin theExchequer 
Domesday, the manor of the church of St German consisted 
in roSéoftwenty-fourhidesof landthewholeofwhich had been 
held by Bishop Leofric in the time of the Confessor. At the 
time of the Survey (io86)the bishop had tvvelve hides and the 
canons of St German had twelve. The bishop had one hide in 
demesne and the canons had one hide in demesne : the rest of the 
landwas held bv villeinseither of the bishop or of the canons. 
It is clear therefore that between 1066 and 1086 a redistribu- 
tion had taken place, as the resuit of which the bishop and the 
canons had been assigned equal shares of thelands. ASunday 
market which had fallen to the latter had been reduced to 
nothing owing to a market on the same day having been 
established at Trematon Castle by the Count ofMortain. 
There had also been taken away by the Count from the church 
of St German a hide of land which rendered as custom a 
cask (ciipci) of aie and 30 pence, an acre (Cornish) of demesne 
land sufficient for one plough and a virgate of demesne land 
wichcalledforno remark. Oftheusurped land Reginald de Val- 
letort held the two former and Hamelin the latter, of the Count. 
In 1 291 the bishop's manor of St. German was assessed at £. 17 
16 s. 5d. and the prior's holding at £. 14. 13 s. 4 d. for lands 
in St Germans. £ I. for dues from South Petherwyn and Lan- 
dulph and £.9. lé s. 2 d. for lands including those of Tiniel 
and Landrake given to Bishop Burhwold by King Cnut in 
the year ioiS.In the Valor ecclesiasticus (153 5)to therevenues 
of the priory from theabove sources there is added the impro- 
priated tithe ofGulval of which something more will be said 
when treating of Lanisley. 

What actually happened shortly after the Norman Conquest 
in regard to St Germans is not obscure although some con- 



306 Tho. Tayîor. 

fusion lias résultée! owing to a misapprehension on the part 
ofmore than one writer. Cnut's gift to Bishop Burhwold, as 
we haveseen ' only served to augment the revenues of the 
religious community of which Burhwold was doubtless the 
head. 

Under Lyfingthe nephew and successor of Burhwold and 
before the death of Cnut the see of St German, such as it 
was, was united with that of Crediton, the community still 
consisting of secular canons. Leofric succeeded Lyfing and ni 
his days the see of Crediton and its possessions were transfer- 
red to Exe ter. 

The revenue ofSt German wasconsequently impoverished. 
Nothing appears to hâve been done to repair the loss until 
after Edward the Confessor's death ; but, somewhere between 
1066 and 1073 Leofric consented to a partition ofthe revenue 
by which the bishop and the canons became possessed of 
equal shares as stated in Domesdav Book 2 . 

1. See rav account in the Journal of the Rov . Inst. oj Connvall 
1914. 

2. The Patent Roll of 7 Richard II (cf. Monasticon edited by Oliver 
p. 4) should be compared with the Patent Roll of 9 Richard II. The former 
states that Cnut was the founder of the priorv of St German while the 
latter states that Leofric was the founder. Inasmuch as the charter of Cnut 
required the land of Landrake to be given after Burhwold's death to 
Si German for the good ofthe soûls of Cnut cv. Burnhwold (Tefram... 
commendat... Sancto Germano) it follows that both statements were (and 
were probablv understood tobe) légal fictions. 

The earlier document however coniirms, if confirmation were needed, 
the évidence as to the reconstitution of themonasterv by Leofric as given 
in Domesdav Book, tliough it is not necessarily conclusive as to the sub- 
stitution of regular for secular canons. Preb. Hingeston-Randolph 
(Architect. Hist. of St Germans p. 31) states that « there is no reason to 
suppose that Leofric took anv steps to found a piiorv at St Ger- 
mans. 

The statement is far too sweeping. On the other hand Haddan (Counctls 
c\: c. I. 704) relies upon the ipsissima verba of the Patent Roll for one 01 
his main arguments for a single Cornish see in the days ofCnut. By itself 
the évidence supplied by an early patent roll relating to a transaction 
which took place nearlv four centuries previously is not conclusive espe- 
cially wiien, as in this case, a légal tittle was needed in order to settle 
a dispute and to place a bishop in undisputed possession of an advow- 
son. 



Evolution of the Diocesan Bishopric. 307 

Having briefly reviewed the more important of the Cornish 
contributions to the revenue of the Exeter bishopric a few 
words are required respecting the manors which, though 
absent from the Taxatio of 1291, were in 1086 amongst the 
possessions of the bishop and were recorded in Domesday Book. 

Matela or Methleigh, reckoned at a hide and ahalf in 1086 
was granted by the bishop to the Dean and Chapter of Exeter 
about the year néo and by them was conveyed soon after- 
wards to the family of Nansladron. It was to this manor 
that the church of St Breage was appendant and it may well 
hâve been the demesne land of a religious community before 
the Saxon invasion. 

Landicle or Lanisley, also a hide and a half was held, by 
Rolland the archdeacon, of the bishop in 1086, having been 
Bishop Leofric's in the time ofthe Confessor. It embraced the 
whole parish of Gulval. Before the enactment of the Statute 
Quia emptores in 1290 the whole ofthe demesne land appears 
to hâve been granted to the family ot Fitz Ive. There is 
consequently no mention of it in the Taxatio ofthe following 
year although the seignorial rightswere subsequently claimed 
and exercised by the bishop from time to time as occasion 
arose. In 1580 it is described in an inquisition as having 
been held by John Tripconv ofthe bishop as of his manor of 
Penryn Foren but the description far from indicating a 
comraon origin of the two manors, probably only indicates a 
late expédient enabling the bishop to claim the services and 
collect the dues, if any, at his chief manor in the West. The 
advowson and with it the rectorial tithe of Lanisley or Gulval 
was at an early date held by the prior and canons of St. Ger- 
mans and continued to be held by them until the dissolution 
of their religious house in the sixteenth century. In the Valor 
ecclesiasticus their holding was assessed at £. 10. 6s. 8d. 
It is not unlikely that when Bishop Leofric reconstituted 
the church of St German he gave to it the advowson of 
Lanisley * . 



1. There isa temptation to identifv, Lanisley with the Lannaledensis of 
the Missa S . Gennani(Y[;\âàm & Stubbs, Councih p. 1 696). Alet or Aleth 



308 T/w. Tayïor. 

Lanherne, the Lanherneu of Domesday, was a holding 
of Bishop Leofric before the Norman Conquest and was in 
1086 held by Fulcard of the bishop. It was estimated at three 
hides. Of the incidents of tenure in subséquent times nothing 
remained to the bishop save homage, wardship and the like 
and the manor was not considered worthy of assessment in 
the Taxatio of 1291. It would be interesting to know how 
this manor came into the bishop's hands. It adjoined his 
manor or hundred ofPawton and may hâve passed with itbut 
curiously enough the parish of StMawgan with which it was 
almost conterminous was not with in the hishop's peculiar 
jurisdiction. The manor was doubtless St Petrock's before it 
became the bishop's. 

The manor of St Winnuc or St Winnow had already passed 
to a sub-tenant at the time of the Domesday Survey and the 
impropriated tithe and advowson of the church of St 
Winnow to the dean and chapter of Exeter before 1291. 
There is nothing to suggest the source whence the manor 
was obtained for the endowment of the bishopric, save that 
St Winnow adjoins Lanhydrock which belonged to St 
Petrock and may therefore hâve been taken from the 
saint. 

The manor of Tinten inStTudy, held in 1086 by Richard 
ofthe bishop, was not considered worthy of separate mention 
in the Taxatio of 1291. It is the only episcopal manor the 
name or locality of which does not suggest an ecclesiastical 
origin. The advowson of St Tudy was îndependent of 
it being appendant to the manor ofTrethewell in St. Eval. 

Does the half hide of Tinten represent the lay contribu- 
tion of Cornwall towards the endowment of the see of Exe- 
ter ' ? 

& Idles in the perish of Kenwyn are regarded as synonymous if not iden- 
tical in several ancient charters. On the saine principle Lanaleth would 
become Lanidles a form sufficiently near that of Lanisle to convey the idea 
ofidentity. 

But Mr Hadddan is satisfied that Lanadleth is the British name of St 
Gernians and the confusion introduced by the above supposition would 
be practically insurmountable. 

1 . Eglostudic and Polrode (in St Tudy) belonged to St Petrock in the time 



Evolution of the Diocesan Bishoprk. 309 

We are now in a position to summarise the results of the 
foregoing survey. We hâve seen that the Cornish possessions 
of the see of Exeter, at the time of the Domesday Survey, 
consistée! chiefly of manors which had St Germans, 
Lawhitton, Pawton and Penryn or Tregear) for their centres. 
St Germans and Pawton and probably Lawhitton were deri- 
ved from monastic sources viz. from the monasteries of St 
German, St Petrock and probably from St Stephen. The 
possessions in and around Penryn require further examina- 
tion. 

That there was a monastery bishopric at Dinuurrin 
or Dingerein in the ninth century is clear from Kens- 
tec's profession of obédience to archbishop Ceolnoth. To treat 
of Gerrans and its associations in an impartial spirit is well 
nigh impossible. 

Legend, history and fact are so strangely and so suggesti- 
vely interwoven that the temptation is equally great to say 
too much or too little. The name Gerrans is a modem form 
of Geraint or Geruntius. The présence of Gerrans, Just and 
Cuby as the names of three churches and parishes near toge- 
ther is indeed aremarkable coïncidence if they are not iden- 
tical with Geraint of Anglesey, his son Jestyn or Just and his 
grandson Cuby son of Selyf. No valid reason lias been offered 
against tbe identification. 

Mr Baring-Gould considers St Gerrans the same person as 
Gerennius, King of Cornwall who requested St Teilo to visit 
and communicate him when dying (cirea 556). 

Both Geraint and Gerennius must be distinguished from 
Gerontius, prince of Dumnonia to whom St Aldhelm wrote 
at the request of an English synod in 705 urging him to 
abandon the Celtic method of determining Easter and the 
Celtic tonsure which the saint described as the tonsure of 
Simon Magus. Ail three (who are hère distinguished as 
Geraint Gerennius and Gerontius though the names are 
identical) were historical personages and worthy of the 

of the Confessor andTinten may hâve been claimed for Exeter by virtueof 
the grant of 909. 



310 Tho. Tayîor. 

vénération of after âges. For our présent purpose it is not 
material to détermine the identity of St Gerrans : it is suffi- 
cient for us to know that Dingerein may be derived irom any 
one of them. In the ninth century Dingerein or Dinurrin 
was the seat of the Abbot-bishop Kenstec. In the absence 
of évidence to the contrary we may suppose that his episco- 
pate was concentrated at Gerrans and embraced the lands 
or parishes bordering the estuary of the Fal — those parishes, 
in tact, which subsequently became for ecclesiastical purposes 
the deanery of Penryn and which for civil purposes formed a 
large portion of thehundred of Trocayr or Tregeare. There is 
nothingto show that either for ecclesiastical or for civil pur- 
poses there were close relations, much less that there was a 
bond of union, between the Gerrans territory and that of 
Pawtoh, Pydar, St Germans or Lawhitton. Gerrans was self 
contained and independent. It may hâve retained and proba- 
bly did retain traces of its episcopal character until Edward 
the Confessor by charter transferred the Cornish diocèse 
with its lands and parishes to the see of Exeter. Some justi- 
fication was doubtless required for the annexation of somuch 
land in and around Gerrans to the bishop's demesne and the 
only justification which is apparent is that it was already 
regarded as such \ 

In the case of St Gerrans hardly any trace was left of its 
monastic and episcopal associations. In the Taxatio of 1291 
the bénéfice of St Gerrans consists of two portions, the rec- 
tor's and the prior-of St Anthony 's, which may point to a 
corporate life at an earlier date . 

A glance at themap of Cornwall, in the light of what lias 
been said, reveals, at the time of the Domesday Survey, pré- 
sent or past activities, on a considérable scale and monastic 
in character, in every part of the county except in the north 
east and in the promontories of the Lizard and of the Lands 
End. 



1. At a much earlier date (670) St Wilfrid claimed ecclesiastical 
cndowments of the British for the Saxon church in the nei^hbourhood of 
Ripon. 



Evolution of the Diocesan Bishopric. 311 

The north-east became Saxonised at a very early period. 
This is clear from the place names. There is no reason to 
doubt that St Neot the Saxon monk of Glastonbury settled in 




nnpuifi fo n 







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.Bi'jhop of Exet"t>\î ho/di n gs II 
y Pet-roc.k's 



that part of Cornwall which bears his name in the ninth cen- 
tury and after founding a collège of priests died and was 
buried there. There is no reason to doubt the substantial 
accuracy of Asser's narrative — whether it be Asser's or ano- 
ther's — which states that Alfred the Great hunted in the neigh- 
bourhood of St Neot and was healed, or believed himself to 
hâve been healed, at the shrine of St Guérir. Alfred's pos- 
sessions in Triconshire hâve been referred to. The coramu- 
nity at St Neot held two hides of land in the days of the 
Confessorbut the whole of itsave one(Cornish)acre hadbeen 
stolen by the Count ol Mortain in or before 1086. 

Again, the canons of St Stephen by Launceston appear to 
hâve suffered a diminution of their power and also of their 
revenue owing to Saxon settlement. At the rime of Survey 
their affairs were in a stateof utter confusion. 

They were attempting to hold on to lands which 



nau 



3i2 Tho. Taylor. 

been their's and are styled their's in Domesday Book, lands 
wich Harold held before the Norman Conquest and which 
the Count of Mortain was striving to reannex. From north- 
east Cornwall the Celtic type of Christianity had given place 
to the Saxon. 

The promontorv of the Lizard never became Saxonised. 
Everything hère points to the persistence of the Celtic type 
and to very close and fruitful relations with Brittany. The 
names of the churches, including Manaccan, the monk's 
church i are ail to be found in Armorica except Grade (of 
very uncertain dérivation) and St Keverne. The lands given 
by the Count of Mortain to St Michael's Mount and described 
in his charter as situated in Amaneth were certainly in 
Meneage. Landivcik, Langweath, Lantenning and aboyé ail 
Landewednack speak of monastic settlement. It is curious 
that the Breton monasterv of Landévennec and the church 
ot Landewednack both claim Winwaloe for patron ' although 
St Guenoc is probably their true patron. However this 
may be, it is clear that a common influence bas been at work 
in determining the nomenclature in both countries. 

In Domesday Book the hundred of Kerrier appears as 
Wineton or Winenton, the usual Saxon termiriation being 
added to a Celtic word as in Tedinton and Conarton. In later 
documents it is found as Winianton and as such it remained 
until comparatively récent times when it became Winnington. 
Thepointlessthan amilewest of Winianton isknown asPedng- 
winion. Mr H. Jenner has suggested an interprétation which 
is almost certainly correct viz., that Winianton means the 
home of the shining or blessed ones. Winianton, as the name 
of a hundred, implies some sort of local prééminence past 
or présent. 

Before the Norman Conquest the manor of Winianton 
embraeed 22 sub-manors which were in the hands ot 17 
thegns. The description of thèse thegns is interesting : they 
could not be separated from the manor and they rendered 



1 . Loth, Les noms des saints bretons, p. 87. 

2. Loth, Les noms des saints bretons, pp. 52, 53. 



Evolution bf the Diocesan Bishopric. 313 

custom in thesame manor. Before 1086 they were supplanted 
by the Count of Mortain's men. A thegn' according to Profes- 
sor Maitland, was, before the tenth century, « a household 
officer of some great man » and fromthe tenth century until 
the Norman Conquest, a person socially above a churl with 
corresponding privilèges and responsibilities '. Now it is 
remarkable that the thegns of Winenton differed in no respect 
from those of St Petrock except that, whereas the former 
could not be separated from the manor the latter could not 
be separated from the Saint. 

Hâve \ve hère the note of tragedy, inséparable from a lost 
cause of which the Lizard district, to its lasting crédit, 
furnished two otherconspicuous examples in the sixteenth and 
seventeenth centuries 2 ? It looks as if there had been the 
overthrow of monkish supremacy by the Cornish followed 
by Saxon Conquest and the préservation of thegnship until 
the Norman Conquest. 

The small community of St Keverne, despoiled by the 
Count of Mortain, represents Irish influence if we suppose 
with Mr W. C. Borlase that Keverne is identical with Kieran. 
This saint is not found among the Breton dedications, both 
Peran and Kerrien being regarded by Professor Loth as 
différent saints and neither of them identical with Keverne 
or Kieran. We therefore conclude that the agency which 
compassed the destruction of Brittonic monachism in 
Meneage left the Irish house to the tender mercies of the 
Norman invader. 

It is possible that in the church of St Breage we hâve an 
attempt at réparation. 

From time immémorial it embraced Germoe, Cury and 
Gunwalloe as chapelries. Methleigh, the only manor which 
escaped Norman rapacity as the resuit of its having been 
added to the Exeter bishopric, may hâve been originally the 
demesne or the monastic body which once dominated the 
Lizard peninsula. 

1. Hist.ofEnglish Law, I 33. 

2. The références are to Kilter's rising in 1549 and to the prolongée! 
defence of Little Dennis bv Sir Richard Vyvyan in 1646. 



5i.) Tho. Taylor. 

Respecting the hundred of Penwith we hâve little histo- 
rieal évidence prior to the Norman Conquest. Athelstan's 
grant to thechurch of St Buryan and Edward the Confessor's 
grant to St Michael's Mount, whatever tault may be found 
with the charters as they hâve corne down to us, are suffi- 
ciently authentic. The story of St Ia's arrivai with her Irish 
companions, must be received with caution ; but there is no 
reason to doubt that a substratum of truth lies beneatli a 
legend wich is by no means modem. Seven churches in 
Penwith bear the names of thèse missionaries. 

On the other hand no less than fourteen dedications, includ- 
ing two which subsequently became obsolète and two 
which are among those of the Irish mission, are common to 
Penwith and Brittany. The remaining dedications are 
ofdoubtful origin. It seems therefore certain that Irish and 
Breton influences had a great deal to do with the moulding 
of the church life of the hundred. The preponderating 
influence was Breton. The présence ofSt Pol Aurelian (Paul) 
and of Winwaloe (Towednack) is sufficient évidence of this. 
It is remarkable that four, of not more, of the Penwith 
churches afford traces of presumably earlier dedications. 
St Erth (possibly also Perranuthnoe) was known as Lanudno, 
Gulval as Lanisley, Madron probably as Landithy ' and 
Illogan probably as Lancichuc. 

St Just may hâve borne the name of Lafrowda as being 
situated near the holy springs. Udno (Goucznou) the com- 
panion of Pol Aurelian (circa 530) is commemorated in 
three Breton parishes. Pol was originally ol Wales and a con- 
temporary of Just of Anglesey who is probably the patron 
of the church which bears the name in Penwith. 

It this be so, St Levan will be Seleven, Salomon, Selyf or 
Selus whose mémorial stone is preserved in St Just church. 

It is quite possible that the changed dedications indicate a 
change from monastic to somesort of parochial organi/ation. 
In Penwith there does not appear to hâve been any monastic 

1. The évidence is indirect. Trengwaiuton to which the advowson was 
appendant was itself a sub-manor of Roseworthy in Gwinear. Landithy is 

onlv a short distance from the présent church. 



Evolution of the Dioccsan Bishopric. 3 1 5 

community of commanding importance whose revenues 
could be seized without leaving the people spiritually des- 
titute. Lanisley may hâve been one which had outstayed its 
welcome and on that aecount may hâve become atta- 
ched to what was eventually to become the see of Exe- 
ter. 

Tosum up. Three large holdings, or to use a modem 
though inadéquate word, — estâtes — stand out clear and 
distinct viz. : those of Gerrans, Pawton and St Germans, 
each of them at one time or another associated with the see 
of a Cornish bishop, monastic in character. Such records as 
\ve hâve, carefully distinguish thèse lands from one another. 
Neither St Petrock (Pawton) nor St German possesses any 
rights in Gerrans nor Gerrans in Pawton or St Germans. 
Neither does St Germans clain rights in Pawton, nor Pawton 
in St Germans. It is not only opposed to the évidence of 
Domesday it is incredible that any single Cornish bishop 
exercised lordship over ail three at the same time. The 
Pawton lands were almost certainly claimed by Crediton by 
virtue of the provision made in 909 for missionary visits to 
them yearly by the bishop of Crediton. 1 he St Germans 
holding was certainly ânnexed to Exeter when that see was 
founded. The Gerrans holding présents several dif- 
ficulties. 

We hâve no record of any bishop at Gerrans save Kenstee 
(865). But, because no records hâve been preserved we can 
not say that no bishops existed. Such a principle, if applied 
to Cornish parishes would be fatal to their claim to hâve had 
a rector before the days of Bishop Bronescombe (1257). 
Nevertheless the absence of recorded évidence is distinctly 
embarrassing. 

What were-the events or circumstances which justified the 
annexation of the Gerrans property to the see of Exeter? Some 
justification theredoubtless was. Was it found in the letter of 
submission written by Bishop Kenstee to Arehbishop Pleg- 
mund (833-870) about 50 years betore the see of Crediton 
was founded ? Was it found in the forfeiture of royal posses- 
sions conséquent upon the eonquest of Cornwall by 



3 1 6 Tho. Tayîor. 

Athelstan (925-940)? It is possible that both thèse evcnts 
may hâve contributed to the resuit for there is good reason to 
believe that Gerrans was a résidence of the kings ot Corn- 
wall in the seventh century and it is certain that it was the 
résidence of Kenstec in the ninth century. If the lands were 
claimed by King Athelstan as the resuit of conquest there 
ought to be some charter to show when and by whom they 
were transferred to the see of Crediton or of Exeter. If they 
passed to the the Saxon bishopric by virtue of the grant of 
Edward the Confessor in 1050 then we must conclude that 
they had preserved their episcopal associations until within 
a few years of that time and that therefore Bishop Kenstec 
had successors at Gerrans. It is inconceivable that there were 
not valid grounds for the transfer of the lands. The fact 
that they were monastic lands would not hâve sufficed for 
the canons of St Petrock and St German survived the 
annexation of a portion of their's whereas no vestige of a 
monastery remained at Gerrans in the days of the Confessor. 
It was its former connection with episcopal rule which led to 
the inclusion of Gerrans in the endowments of the bishopric 
of Exeter. 

The foregoing fragmentary sketch is not be regarded as a 
conclusive proof of the existence of concurrent Cornish bis- 
hoprics so late as the eleventh ceutury but it is intended to 
call attention to some of the sources from which others may 
seek the necessary means of forming a judgment for them- 
selves. 

That the monastery bishoprics were hard to suppress will 
be évident to everyone who examines the évidence. That they 
survived in Cornwall for a much longer period than is 
generally supposed seems more than probable. 

Tho. Taylor. 



SOME POINTS OF SIMILARITY 

IN THE 

PHONOLOGY OF WELSH AND BRETON 

Çcontinued) 



CONSONANTS 

Hère will be treated some peculiarities common to W. and 
Br. of certain initial, medial and final consonants. (For fur- 
ther initial, medial and final changes, see § 30-48.) 

18. — I. Initially. 

A fréquent interchange of voiced and voiceless consonants 
(mostly 'stops') is noticeable in W. and Br. Some of the 
changes may be due to the influence of Mutation, others to 
the direct influence of final sounds in foregoing words. 

A. Br. Exs. : 

1) Due to no spécial or direct influence of a neighbouring 
sound. Many are loanwords. 

d > t : L. Ch. (M. Br. Chart) Trech- in Trechguoret (O. Br. 
drich); Tréstàn(c£. W. Drystan, Trystan, and Drustagni lound 
on an inscription) ; Trég. tarwed, plur. form of the M. Br. 
daroueden (W '. tarw(y)den) ; L. E. {H.) talier, possibly from 
Fr. d arrière (later derrière). 

i > d : dubé 'a dove' is from O. Fr. /«^'accordingtoi?. C, 
23, p. 120. 

b > p : M. Br. poesell 'boisseau' (also M. Br. boësell, cf. 
W. bzvysel and pwysel 'bushel'). 

p ^> b : M. Br. baradoe^, bârados 'paradise' (W. paradwys), 
but in bas-vann. paradoes is still found, see Vann. (Ch.) s. v.; 
M. Br. bolot from Fr. pelote; Mod. Br. bok (pok) 'a kiss'. 

g >> k (c) : L. E. {H.) bas klisia from Fr. glisser, kros from 
Fr. gros, ki~ (gi%) from Fr. guise; Tr. has klagn Çglagu, gltiiui, 
W. glau) ; Le Gon. kouersÇgpuers, W. gwers). The change of 

Revue Celtique, XXXI'. 21 



}i8 Parry- Williams. 

g to k is found in some words in the Vann. dial. of Sarzeau 
(seeR. C, 3, p. 235). 

c > g : Mod. Br. golched (O. Br. cokct, W. cylchéd) ; M. Br. 
gàhouat (couhat, Mod. Br. kaonad, W. cawod, caicad);M. Br. 
(E.) ganivet 'canivet (canif)' ; Br. Glande 'Claude'. In the 
dial. of Vannes sevéral words bave initial g where Léon lias 
c(k), e.g. Vann. gor%enn, gareJl — Léon corsenn,caèrell. 

2) Changes due to the influence of some preceding sound. 

a) In the Vann. dial. of Sarzeau the initial v of forms ot 
the Verb 'to be' is changed to/when immediately preceded 
by d ; see R. C, 3, p. 335, where the following exs. are given 
groet mad fou 'it will be well done', devead fet 'you will be 
late'. 

With thèse may be compared the similar change after e^, 
M. Br. ef fi~iff (= er vi^ij}), effe (= e~ vé), effoe (== e% voé). In 
L. Ch. \ve find e feo (— o^vewo) 'en train de vivre, vivant'. 

b) In the Vann. dial. of Faouët after ht (poss. pron. fem.) 
the initial consonants b, d, g become p, t, c; see R. C, 9, p. 
273, where the following exs. are given : ht prech 'lier 
arm' ( W. ci braich), hi torn 'her hand' (W. ci dwrri), hi car 

'her leg". 

c) g, d immediately following an s hâve become c, t in Ros- 
coff, from gof 'smith', Ros-trcncn, L. Ch. (M. Br. Chart.) Ros- 
draoïcn, from dracn 'thorn' W. dracn. Cf. W. glas-dwr from 
glas -\- ddwr, Br. krestei^ 'mid-day' (krei% + dei%). In Mod. 
Br. </ frequently becomes / after s, bennes Toite (Done, W. 
Duiu 'God'), see Ernault, Petite Grain ma ire Bretonne, §§9, 10. 

B. W. Exs. : 

1) Not due to the direct influence of the final sound of a 
preceding word . 

d >» i ' : tychan or tnchan (fordychati) : tx:cxs-en 'ear of corn' 
(Ir. dias) ; tas 'stack, heap' (O. W. das, O. Br. plur. desi 
gl. acervos, Mod. Br. das, Ir. dais) ; twrdd, tordd 'noise' (Ir. 
dord), trythyll, trytbyllwch (M. W. drythyll, Ir. drelill and tre- 
tilï) ; trum 'ridge' (Ir. drnini) ; treni, tronyn (M. W. dreniynt); 



Similanty in the Phonology of IVelsb and Bit Ion. 319 

iyred 'corne thou' (M. W. dyred) ; tyro ' ? for dyro m M. A. 
p. 287 ; tesni in the expression duO'eyd tesni 'to tell fortunes' 
from. E. destiny ; tyfn (N. W.) for dwfu 'deep'. Among the 
loanwords from E. cf. taslio (E. da^Je) ; tracht (in Williams 
Pantycelyn, for the commoner dracht ; M. E. draught, draht); 
tyciae (E. decay), tamp (E. damp), tip (E. dip) ; W. S. has titio 
'endyte', the commoner W. form being ditio, which may be 
from some aphetic form of E. endite. 

b >> p : poed for boed(from bod 'to be'). Among the loan- 
words from E. : palff (in B. Cwsc) ? E. bluff; pastivn (pas- 
twni) E. baston ; pazuns ? E. bouncc ; pevel (N. W.) E. bevel ; pit 
E. bit (of a horse) ; pkusio (dial.) E. 'buse = abuse ; paldaruo 
(dial.)? E. balder (with the ending -uo formed after rhuo 'to 
roar'); plagiardio (N. W.) E. blachguard ; planced E. blanket ; 
potel early E. fofc/ 'a bottle' ; /W7£ E. bank ; pwysel (bwyseï) E. 
bushel (the W. form may be due to the influence of piuys 
'weight') ; pwnsiad (hunsiad) E. buuch. 

p > /; : The forms èw/a, bwysi, bwytatwys are occasionally 
found îot pwci (= pivca) 'puds!, pwysi r posy', pytatws 'pota- 
toes'. 

^ > c : Cwilym (in some dials.) for Gzvilym 'William'; 
among the loanwords from E. the folio wing occur : cêr E. 
gear M. E. ^ere (D. G., p. 86 Myn f'enaid gwiw, afraid^rV) : 
ceriach is an extented form of rtr ; «)/>/)'« E. goblin; corsied ? 
E. ^w^/ in I,. G. C. p. 371 Corsied o waith ceiroes dur; 
moi ? E. gnaiu ; crzpzo ? E. grip ; cropian E. orop^ ; avsberis E. 
gooseberries ; cal pian (N. W.) E. gallop; kwyset (JV. S.) E. 

c^> g \ grisial, grisiant are found side by side with the forms 
crisial, crisiaut ; grofft, found in the Mab. (Manawyddan) 'heu 
£T(^, medi y rofft', may be the E. croft. In Cardiganshire 
there is a mutated form in the place name Rofft for Y Rofft. 

2) Changes due to the influence of a preceding sound. 

a) In a MS. of the Venedotian code of the Laws of 
Howel Dda g is provected to k : (1) after the particle e (== y, 

1. In txro the ty- may be a trace of the older form of the prefix; Cf 
Loth, Mêtn. Soc. Lingu., 6, 339. 



32o Parry- Williams. 

earlier also yd), e.g. drill and eckeyll; (2) after the conjunction 
o, e.g. okeyll. In R. B. H. à > / after y (for yd) in 'y duw 
y tiolchaf (See R. C, II, p. 68). 

In some of the early W. Mss. the d of J#« 'two' becomes / 
after ill, as //A/tv* or illtuii, mostly written as one word. 

b) In M. W. the form atbijjero is found for atb ddijfero 
'may (he) protect thee' ; pathawr = pa-th-ddtnvr 'what does 
i t concern thee' ? 

Note : — A curious exainple of the provection of an initial 
consonant, due to the loss of a vowel and the influence of 
the following initial consonant, is found in the case of the 
possessive pronoun fy, which becomes otten in the colloquial 
ïanguage f, and before b, //, or i becomes ff. In some dialec- 
tal texts this jj is written, e.g. fi Jf' itnan (for fi fy hunan), 
ffllaw (= fy llaiu), ff'iccbyd (= fy iechyd). Cf. canmv(y)ll 
ffrwyn the colloquial pronunciation of carmwyll frwyn. 

19. — Exs. ofBr. ch from / appear in Br. charons from Fr. 
jarosse, chéta « to vomit » from. Fr. jeter: 

20. —Initial R and RH in W. and Br. : 

According to Ped. (§ 89), r had in Celtic two values, one 
with 'unlenated' pronunciation, the other with 'lenated' pro- 
nunciation. Initially the unlenated r became a 'voiceless' 
sound in W. This, as a rule, is not the case in Br., where r 
has generally no 'voiceless' value. In W., however, it is the 
gênerai rule, even in loanwords from E., except in the latest 
borrowings, where initial /' isoften found (e.g. B. Czusc recordor 
'recorder', redi 'ready'; Huw Morus has Roumdiad 'Round- 
head'). 

Traces of the same initial voiceless r (rh) hâve been found 
in the Br. dials., e.g. in dial. of Cornouaille (see R. C, 3, p. 
492), and in a text written in the dial. of Vann. (viz. a 
translation of the parable of the Prodigal Son, dating from 
18 18. See R. C, 11, p. 180). In the Vann. text an b is atta- 
ched to the initial r as in W., but it cornes before the r in 
the Br. text. Under 'voiced'-mutation, the h is dropped leav- 



Similaritx in the Phonology of Welsh and Breton. 321 

ing only r, as in W. This proves that the form hr is not a 
mère orthographicalornament. Theforms found are hreit, hrac 
hraccen; (f) ras, (né) rai, (e) eridas. 

Note : In Eastern S. W. initial rh is very seldom heard, 
the voiced ;- generally taking its place. 

21. — Initial Gw- and Chiv- in W. and Br. : 

The interchange of gw- and chw- initially is a peculiar 
phenomenon in W. and Br. Although the radical and earlier 
form seems to be gw (for *//-), yet there are one or two words 
with chw- as the probable radical form. 

The most noteworthy ex. is chivarae (chvareu or cbiuaré) 
by the side of older forms with giv (gu)- In the M. W. texts 
of the Mab. both forms appear, and thèse not far apart. In 
O. W. the form with gij- is prévalent, e.g. O. W. guarai, 
giiaroiou. M. W. bas cbware, gwarc (verb and subs. with pi. 
gwaryeiî), M. Br. hoari, Mod. Br. choari ; M. W. giuarwyfa 
(Z). G. Dug ivanvyfa'n digrifwch), Mod. W. cbware uja(ri) 
'playground'. O. W. has guec in the Gododdin 1. 1041 guec a 
giicro 'sweet and sour' (M. Br. hnec and chucc, Mod. Br. chouec), 
M. W. and Mod. W. chiueg ; gitero is M. W. and Mod. W. 
chwerw (O. Ir. sert with s for su, M. Br. hitcru, buero). Lib. 
Land. has cbuitb and guitb ; O. W. guardam, Mod. W. 
chwerthin (chuarddaf 'I smile') M. Br. buer^in, Mod. Br. 
cboerzin. In the W. dials., however, gwerthin is found for 
cbwertbin ; d. also Gwefrol for Chiuefrol (Chwefror) ; damch- 
wain by the side of damwain ; (g)wedyn and chwedyn ; givedi 
and cbiucdi; givibod and chwïbod 'gnats'. 

An ex. among the loanwords from Lat. is cbiuysigcn, for 
which gwysigen is also found, M. Br. huysiguenn, O. Br. 
huisicou (gl. papulas), Lat. vèsica. Stokes (Br. Gl. O. s. v. 
haisicoiî) compares W. cbwannen, Br. choanenn with the 
German Wan^e. 

The M. Br. (E.) goagrcn 'petite glande entre la chair et le 
cuir' seems to be related to W. cbwaren of the same meaning. 
The W. gweryru c to neigh' appears to be connected with Br. 
cbouirinaden and goiirrisiadcn c a neighing' (For the pronun- 
ciation of gou- and cboii- in the varions Br. dials. see R. C, 
18, pp. 236 sqq.). 



322 Parry-Williams. 

22. — With the foregoing may be compared the inter- 
change of initial g and ch in Breton, when not followed by 
aconsonantal w\ e. g.: 

gallout and hallout 'to be able', W. gaïlii ; cbouse 'to eat', 
chousach 'nourishment', supposed to be derived from the 
O. Fr. popular form gousser 'to eat'. 

There may also be compared the W. initial ch arising from 
qu- of E. and Lat., c. g. chwarthawr in R. B. H., p. 281 
(Kulhwch ac Olwen), from Lat. quartârius; cbwart, E. quart; 
chivarel, E. quarrel; chwarter, E. quarier; chwitans, E. quit- 
tance ; M. W. Chwintus 'Quintus'. 

E. zuh- becomes W. chw-, e. g. D. G. c Gildiad, nid cbwil- 
wasad hallt', E. whitewash ; W. S. chicarfan 'a wharve' ; 
chwip 'whip', chiuisîo (dial.) 'to whistle'. 

This change occurs in W. itself in such a dial. form as 
chwiadan ■< *hwiadân ■< hwyaden 'duck', pi. chwîd. 



23. —Initial Gw- in W. and Br. : 

Initial Gw- followed by a vowel or by liquids and nasals 
présent various peculiarities of like nature in W. and Br. 

1) When followed by sorae vowels, the gw tends to absorb 
the wowel.the zu becoming a vowel. But when followed by 
0, the giv generally loses the consonantal w, and the 
remains intact. This is not always the case, however, as the 
guo- sometimes interchanges with guet-, e. g. W. givas- 
god, Br. gwaskcd, Ir. foscad; W. golchi but Br. gwalchi; 
cf. M. W. (Black Book) (g)-woscordd, Mod. W. goscordd (See 
R. C, 29, p. 68); W. gwastad, M. Br. goustadic, Mod. Br. 
gouestadic ; Br. Gl. O. g ut rie, W. godrig ; the Br. intensive 
prefix gour- corresponds to W. gor- (in gormod, gorddyfn etc.). 
Cf. further W. giur, Br. gour; W. gwu, Br. gonn (Trég.), 
(M. W. has gwdaiii, gwdost etc. = Mod. W. gwyddom 
giuyddocb); W. gwobr, Br. gobr,gopr; W. gwedi, Br. goude; 
W . gweli, Br. goitly ; W. gorchymyn, Br. goure' hemen ; 
W. goddef(0. W. guoileimisauch), Br. gou~aj{f ; W. girrtaitb, 
In jortacht. 

In spoken W. the loss of a vowel is common, the w 



Similaritx in the Phohoïogy of Welsh and Breton. 323 

becoming a vowel, e. g. gzunna for gwynnu ; cf. Sulgiun for 
Sulgiuyn . 

There is a tendency in the N. W. dial. to drop the w in 
such words as gialani (gwialcri) ; giàlchan (for gwialchen 
for mwyalclmi), cf. chi (for chiui), chadal (for chwedV). 

In Br. and W.an wor oappears sometirnes to hâve been added 
superfluously, e. g. M. Br 1 . goarnison by'the side of garnison: 
Fr. garnison ; cf. galern and gnalern in R. C, 27, p. 223 ; Le 
Gon. gwaremm 'garenne'. In W. we find giualab 'gallop' in 
W.S., and in Boivn Hamtivn, p. 142 a cherdet gwalopy 
danaw. 

2) When gu- is followed by /, n, or r we may hâve either 

a) Metathesis, gui, gun, giir >- glu, gmj, gr/j ; 
or b) Loss of u altogether; 
or c) u becoming a vowel. 

a) Metathesis. 

In Br. \gloat (W. gwlad) ; gloeb (W. gwlyb); 

glitix (W. giulith); groec, gruecÇW. givraig); 

gloan (W . givlan); groach (W. givraclf). 

In W. : It occurs mostly in the N. W. dial., where the 
combinations gwr-, giul-, gwn- are pronouced gnu-, ghv-, 
gnw-, but the iv is pronounced more or less simultaneously 
with the r, /, n ; e. g. glwad (givlâd); glwith (givlith), glwân 
(givkhi), grwaig (jgivraig), gnivio (gwnto). 

Some traces of this pronunciation are found in the Vene- 
dotian Code of the Laws of Howel, e. g. grueic, gritaget, 
gluàdÇiox Mod. W. givra ig, gwragedd, giulad). 

b). Total loss of the ij. 

In Br. : gra (by the side of orra., W. gwna) ; greg by the 
side of groec, gruec; gleb (O. Br. rogulipias, M. Br. gleb, gloeb, 
Trég. gloeb. Léon has gleb and gloeb) ; glix by the side of M. 
Br. glui%, W. giulilh; griat (M. Br. gravai, Vann. gmriai). 
M. Br. has glat and gloat, pi. gladoa ; grac'h and groach. 

In W. : The change is perceptible mainly in the mod. 
spoken language, e. g. : 

1. Apparent only, as Breton hère really shows traces of the older Fr. 
pronunciation . 



324 Parry-Williams. 

gnâfÇgwnaf), grondo, grando (gwrando),glaw (gwlaiv ; but 
glaw is an early literary form), glyb, glybwr (gwlyb, givlybzvr), 
gneud (jgwneud) etc. Cf. grafun for gwrajun for gwarafun. In 
grug we hâve a literary form for *gu>rug (O. I. froicb). 
In Pembrokeshire, howewer, it is pronounced giurug. 
In the district around Llanidloes one hears gldd (givlàil), 
graig {givra ig). 

c) The /„/ becoming a vowel u. 

In Br. this seems to be the case in a word like Vann. 
gouriat, M. Br. gruyat c made\ 

In W. it occurs in parts of S. W. in such forms as gwnio 
(two syllabes) for givnïo, gwniadur. In Carmarthenshire the 
common form is gwynio. 

24. — Initial H m W. and Br. : 

This initial letter seems to hâve been the most unstable of 
ail in W. and Br. 

Early initial s in native words, and the initial s of Latin 
gave in W. and Br. s and b; sometimes s in both and h in 
both ; sometimes s in one and /; in the other, and vice 
versa; sometimes s and /; in both. For exs. see Ped. §§ 47, 

135- 

The forms with /; initially sometimes drop and sometimes 
retain the /;, without any spécial reason. Oceasionally /; is 
added to a word beginning with a vowel, without any appa- 
rent etymological reason, being, no doubt, partly orthogra- 
phical. 

The lack of stability on the part of initial /; dates from 
the very earliest period of W. and Br. Exs. : 

O. W. hyshaf (Mod. W. isaf), O. W. ha (M. W. ha(c), 
Mod. a(c)), O. W. ocoluin (Mod. W. hogalcn but M. W. 
agalen, M. Br. bygoitleti, Mod. Br. bi^olcnn, Vann. biguolenri), 
Ô. W. hint, int (Mod. W. byni), 6. W. ho (Mod' W. 0), 
O. W. auler-nnitiicQA. W. anher, hanher, Mod. W. hantter); 
W. and Br. . hâve oll, holl 'alT ; M. W. wy (Jrwy), zvynt for 
later hwy, bwynt. 

Further traces ofthe indécision with regard to initial /.; may 
be seen from the following: 



Similatdty in the PhonoJogy of Welsh and Breton. 325 

Breton : L. Ch.ÇO. Br. Chart.) Haethlon, Hethlon, Aithlon; 
QW.aeth) ; L. Cbr. (M.Br. Chart.)«tf, haelon (W.ael);Amhedr, 
Hamherd 1 ? ai-gant -, harchant ; he= e 'his, its'; M. Br. emolch 
hemolch; berr (from Fr. erré) ; herue^, eriue~; hogos (W. agos); 
honest, ouest; hosîes, ostes (but ospital, ipocrisy, isop); boguen 
(W. og-facu) ; ha^cl, hudel, udel (W. huddygï) ; in L. C/?. 
we find bevelep, evelep; hep, ep\ oll, boll; o%_, ho%; 0, ho. 

Welsh : 

In W. the same indécision obtains, especially in the dials. 
In N.W. hagos (agos) , hemu (emv ; bemu alsooccurs in M. W.); 
hogla (arogï), hepil (epil). In eastern S. W. /; is frequently 
dropped, and sometimes an inorganic h is added, e. g. ardd 
(bardd), en (hén), hyfed (yfed), hadref (adref), haraf (araf), 
binuellt (irwellt). 

In connection with initial /; in the E. words borrowed into 
W. the following may be quoted from E. E. P. p. 220 : 
« The question concerning h is simply, when was it mute ? 
Palsgrave says h is muté in honest, honour, habundance... » 
W. S. says that h is mute in « honest, habitation, humble, 
habite, honour e 3 ». 

As a gênerai rule, initial /; of E. is preserved in W. In a 
few words, however, the /; seems to hâve been mute in early 
E. or non-existent in some words where h appears in 
Mod. E. 

W. onest (gonest, E. honest), oribl in L. G. C. p. 165. 'Hed 
cred ac anghred a'u gwyr yn oribl ' (E. horrible), ostes (E. 
hostess) in Cym. Lien Cym., II, p. 22 'Ostes, llenwch win', 
ostler (E. hostler, ostler) found in D. G., Ilar (E. Hilary, 
M. E. Hyllare) in L. G. C.,p. 30 'Dewi,Non, Elis, Dwynwen, 
llar\ 

We hâve seen above (§ 18 B. 2) how f (for fy) becomes 
ff before a following /;,as in' ffhunan or ff'unan for fy hunan. ■ 
With this we may compare Ernault, Petite Grammaire Bre- 
tonne, p. 13 : 

1. O. Br. Am-. 

2. W. arian(t). 

3. In Fr., the Latin h was, of course, mute throughout from earliesft 
times. 



326 Parry- Williams. 

« Les consonnes fortes et faibles peuvent s'échanger à la 
fin des mots. D'ordinaire les faibles dominent devant une 
voyelle initiale, et les fortes devant un h, qui alors ne se pro- 
nonce pas ». 

Initial /; arising in some cases of 'mutation' is regular in 
W., and is not unfrequently found in Br. also. This case of 
aspirate-mutation occurs in W. after the poss. pron. fem. ei 
'her', e. g. ci benw 'her name'. A trace of the same kind of /; 
is seen in Br. in the dial. of Vann. (Canton de Guémené-sur- 
Scorff) e. g. i balhwe 'her key', but i alhwe 'lus key'. It is 
said to occur also in the dials. of Cornouaille and Trég. (see 
R.C., 17, p. 39). 

W. also shows an aspirate-mutation of 11, m, and zv. This is 
even mentioned in some grammars, and is found occasio- 
nally in Mod. W. literature, e. g. ei mhynwes, ei nbain, ei 
ivbig (see Y Beirniad, Vol. II, p. i63.Hydref 1912). In the 
spoken language of N. W. nh, mb, ivb are almost uni- 
versally prononced after ei 'her'. The cases with wh are ail 
found in the E. loanwords. 

The mutation of ;;/ to ;///; after ei 'her' is also found in Br. 
(in the dial. of Faouèt, Haute-Cornouaille), where the /// 
sounds more like a 'surd' than a 'sonant' (See R. C, 17, 
p. 421). For further changes in initial consonants see §§ 30- 
33- 

25. II. — Medially. 

Hère svill be mentioned only the exs. of changes in medial 
consonants in W. and Br. where normallv they would not 
be expected to appear. 

A. In Br. : 

1) Exs. of voiceless consonants for voieed, generally in 
loanwords from Fr. 

akloueten (Fr. aguillette, L. E. (H.) ; alêrsàn (Fr. s'adresser 
L. E. (H.); iumpa (O. Fr. tomber 'tomber') and tumporell 
(Fr. tombereau') R. C, 7, p. 144; ocmantin (in 'da ocmantin 
he gloar' = d'augmenter sa gloire, R. C, 9, p. 162); vacabont 



Similarity in the Phonology of ÏVclsh and Breton. 327 

(in 'evel eur vacabonf = comme un vagabond, R. C, n, 
p. 308). 

2) Voiced for voiceless, t. g. 

Tr. lias kabiten (Fr. capitaine), kaboun (Fr. chapon), kabusin 
(Fr. capucin), sagrist and sakrist(Fr. sacristain); L. E. ÇH.) has 
gobédi (O. Fr. copeter 'copter'), tragas (Fr. tracas); Le Gon. 
ovis and ofis (Fr. office), tabès (Fr. tapis) ; podaich (Fr. 
potage). 

Some of thèse forms may be due to an attempt to give 
the words a native appearance, as voiceless consonants 
between vowels are comparatively la te in Br. and W. 

Intervocalic s seems to hâve acquired a voiced (^) sound 
early in Br. Sometimes ^ is found written, e. g. frenesy and 
frene^sy (Fr. frénésie 1 ) in the 18 th. C, but thereare exs. from a 
still earlier period (see footnote R. C, 15, p. 390). 

On the other hand, the ^ of M. Br. appears as à in some 
Mod. Br. dials. e. g. the dial. of Cornouaille has predek,beudein 
for M. Br. prêtée, beu^iff; dial. ofTrég. has hidio, didiou for 
M. Br. hi^iu, di~ion; dial. of Léon has barado^ for M. Br. 
barazpe^. 

B. In W. : 

1) Voiceless for voiced. 

In parts of S. W. voiceless consonants appear between 
vowels, where in other dials. the voiced équivalents appear. 
This takes place mostly in the Gwentian dial. (East Glamorgan 
and Monmouth). Prof. Rhys does not regard thèse as exactly 
voiceless, but as lying somewhere between the voiceless and 
the voiced ; e. g. rytag (rbedeg), fjetog (ar-ffedog), creli Çcredit), 
otiu (ydwyf), precath (pregeth), givetodd Çdyzuedodd), acor (agor), 
etc. 

In literary W. a voiced consonant coming before another 
consonant or consonantal u, i, is generally written in its 
voiceless form, e.g,atgof, atgas, Coetmor (Cocd-Mawr), M. 
W. eturyt (=edfryd from adferyd); llygàtddu and llygatu(from 

1. The Fr. s in this case would, of course, be voiced. 



328 Parry-Wilîiams. 

lygad-ddn) Uygatlast (llygad-las); M. W. atwaen (Mod. 
\V. adwaen) ; neitio, neitiwr (/>. G. C. Neitiwr dros afon 
ytoedd. The form w///o is used in the Anglesey dial.) cf. 
atolwg (from adolwyn). After the numéral rfaw in compounds 
there is no mutation in the words deutu, dcuparlh, deupeth, 
oddeutu. 

In M. W. \ve find ythiw, ydiw ; yttynt, ydynt; yttwyj, 
ydwyf; yttoed, ydoed 1 , for the Mod. W. yJyw, ydynt, ydwyf, 
ydoedd (cf. Gwentian ofoy, o/»r/; for ydwyf, xdych) ; M. W. 
anghenoctid from anghenog. 

Among the loanwords from the following may be exs. : 
cocas (M. E. cogges), Etwart {Edward, R. B. H., II, p. 377), 
Etwin (Ediuiii, R. B. H., Il, p. 266), Gohuin ÇGodwin, R. B. 
H., II, p. 26j),petigryw (E. pedigree, m L. G. C. At y gwraidd 
a'i phetigryw), picyn (E. piggin), ivteniff (E. woode(n)knife, in 
Jo/o Go*:/;, p. 314), wlwart and wdwari (E. woodward ; /). G. 
has wdwart in 'Tegwdivart feistr tew goedallt, p. 231, but Ed. 
Lhuyd has wtwart), tricar (dial.) (E. trigger). 

The forms cocas, picyn, tricar, and clwpa (M. E. clobbé) may 
hâve developed the r, pfrom the E. ^, />/>. 

A case of <W (rf) becoming d is seen in W. gweddrod and 
gwedrod (pi. form, from E. wether). gweddrod is the usual 
form, but gwedrod is found in Gorchestion Beirdd Cymru 
p. 147 'Wedi rhoit ti wedrod da' (Ieuan DeuKvvn), where 
the cynghanedd shows that the pronunciation is </. 

cf. the Lat. loanwords paradwys (paradïsus), pedestr 
(pedestr-is), pedol (pedâl-is), and the S. W. dial. form ithi 
for iddi 'to her', due probablv to hi 'lier' which generally 
follows. 

2) Voiceless becoming voiced. 

Probable exs. are the following from among the loanwords 
from E. . 

adargop, adyrgop (E. àttercop); boglyn (? M. E. bock); 
biirgyn (? E. morkin); candleis in L. G. C. (? Early E. 
gantelets); fladyrÇW. S.) (E. flatter); jfradri in M. A. p. 35 
(? E. frairy, fratery) ; gardas in Mod. W.,gartys in Jf". S., 

I. Thèse double M. W. forms probablv arose from différent forms 01 
the- sutfîx itself. 



Similarity in the Pbonology of Welsb and Breton. 329 

gardr, sing., in L. G. C. p. 474 (E. garters); Uadmerydd 
(E. Intimer) ; plagiardio (dial.) (E. blackguard, where the ck, 
however, is not pronounced) ; potegari W. S. (E. apothecary); 
ysbignardd, Medd. Mydd. p. 202 (E. spikenard); ysgoblar 
in D. G. p. 150 'Esgoblun mewn ysgablar' (? E. scapu- 
lar). 

26. III. — Finally. 

A. Final Mutes. 

1) In Br. 

The modem rule with regard to final mediae and tenues 
is given in Ernault's Petite Grammaire bretonne, p. 1 3 : « Les 
consonnes fortes et faibles peuvent s'échanger à la fin des 
mots. D'ordinaire les faibles dominent devant une voyelle 
initiale, et les fortes devant un /;, qui alors ne se prononce 
pas » . 

In M. Br., however, as in M. W., the rule wastowrite the 
voicelessconsonantin the final position in words where Mod. 
Br. both the voiced and voiceless forms are found. But when 
an ending (as of the plural or féminine) was added to the 
voiceless final consonant, the voiceless became voiced. 
Hésitation with regard to this change can be discerned in a 
form like coatdoii, plur. of coat Svood' in R. C, 8, p. 260, 
'dre an coatdou (par les bois), and in the M. Br. ta /doit 
(plur. of tat 'father'). Even in M. Br., however, we get fluc- 
tuations, e. g. mat and mai ; stoup and stoub; tat and tad. 

The treatment of thèse single final consonants in the 
loanwords from Fr. is as follows : 

a) A Fr. voiced final consonant may appear in Br. as voice- 
less, except when a suffix is added. 

b) A Fr. voiceless final consonant may appear in Br. as 
voiced (as well as voiceless), but always voiced if a suffix be 
added. 

a) camarat (Fr. camarade) in R. C, 26, p. 212; malat (Fr. 
malade) m R. C., 1 5, p. 357; M. Br. homicit (Fr. homicide)]; 
Herot (Fr. Hérode) in R. C, 10, p. 23; M. Br. muscat (Fr. mus- 



3 3° Parry- Williams. 

code); M. Br. remet (Fr. remède} and cf. R. C, 8, p. 488 Dal 

vn taol flem heb remet (Tenez un coup d'aiguillon sans 
retard); L. E. (H.) rok (Fr. rogne); M. Br. synagoc (Fr. 
synagogue); M. Br. ribaut (Fr. ribaud) but ribaudes (fem.). 

b). L. £". (#.) has <r/;//)oi (Fr. chipote), fured (Fr. /"/z/r/), 
lôdÇFv. 7o£, M. Br. /o/), roc/W (Fr. rocbet); Tr. has fo/W (Fr. 
bouquet), bouled, boulet (Fr. boulet), ermid (Fr. ermite); Le Gon. 
has jof, joV(Fr. jo/); M. Br. (E.) has /;w (Fr. hucque), pic (Fr. 
/>zV), 5oz</> (Fr. soupe), stctt (Fr. t f /zz/), s/ok£, j/oaip (Fr. 
ctoupé). Cf. i?. C.,2,p. 82 pod (Fr. pot), p. 224 saludÇFr. salut), 
p. 240 /wzft/ (bonnet); R. C, 3, p. 68 pilad (Fr. pilât) ; R. C, 
8, p. 462 */0z//> (Fr. ctoupe); R. C., 4, p. 60 pzW (Fr. />/#/), 
p. 99 avokad (Fr. avocat). 

The voiced consonant when a suffix is added : 

M. Br. advocade\, fagoden (Fr. fagot), gargadenn (O. Fr. 
gargate), rudet (Fr. rzz/), seruiedenn (Fr. serviette), stadou. plur. 
of 5to/ (fr. f'ta/), scodenn (Fr. «<r^), planedou (Fr. planètes), see 
also the same form in i?. C, 8, p. 234 ; Mod. Br. zWrzz (Fr. 
/o/), mouden (Fr. motte), souben (Fr. sott/œ) in i?. C, 2, p. 80 
souben ar c'hik (soupe de viande), M. Br. has also souben. 

One exception appears to be M. Br. moten for the later 
mouden (Fr. motte), mentioned in Z. £". (.£/.). 

M>/£ : With the above mentioned interchange of voiced 
and voiceless mutes may be compared the fréquent inter- 
change in Br. of -aig, -aich (with soft g and ch) from the 
Fr. ending -âge. 

2). In W. : 

The fate of the final stops in W. présents several points of 
similarity to that of Br. stops. In W. the final tenues did not 
hold out so long and so late as in Br. (being kept in the 
latter, as we hâve seen, even up to modem times). It is dif- 
ficult, however, to conclude finally at what period the final 
tenues of W. became medial. In the M. W. texts they are 
generally written as tenues, with the exception of the labial, 
which has the forms b and p. This practice is kept up by 
W .S. (iéth. c.) in his Welsh-English Dictionary.lt may hâve 



Similarity in the Phonology of IVclsh and Breton. 331 

been in his time merely the traditional mode of writing ; but 
even W. S. writes monosyllables containing long vowels 
with the voiced consonant, e. g. koob (E. copé) and pib. 

Hère are, however, proofs as early as the i4th. C. in the 
works of D. G. that in some cases at least, the final voiced 
mutes of Mod.W. were also voiced at that period, e. g. : 

D. G. p. 33. Gweledei gwallt fel goldgwiw. 

D. G. p. 217. 'Y nghred brelai afrâdlawn. 

The d of 'gweW corresponds in Cynghanedd to the d of 
'gohf which is the E. gold. (There are, however, cases of final 
là of E. becoming // in W. , e. g. hwswolt in L. G. C. p. 460, 
(E. household) by the side of hzu siuold, p. 195 ; but the form 
gold is the W. form of the word throughout, as in gold y' 
gors 'marsh marigoW). The final d of 'brelad' from 'prelad 
(E. prelate) corresponds to the d of 'afrarflawn', which, being 
medial, was certainly a à. 

In any case, in the E. loanwords in W. when an ending 
was added, the consonants took the voiced form at a very 
early period : 

D. G. p. 52 Fflacedau a phlucoeJydd (E. Racket). 

p. 284 Clicieàyn yn cloi ceurfawd (E. clicket). 

In the case of some loanwords from E. the final voiceless 
stop is retained even in the modem language. 

The question of the final stops lias been dealt with to some 
extent by Sir John Rhys in his 'Ail Around the Wrekin' [Y 
Cymmrodor, Vol. XXI, pp. 32 sqq.}. 

The treatment of the E. loanwords from W. may be thus 
classified. 

a) Those that retain the final voiceless consonant . 

b) Those that changed the final voiceless consonant into a 
voiced consonant. 

a) côt (E. coat), grât(E. grate), llac (E. slack), siop (E. 
shop), etc. 

Thèse words are mostly those of one (short) syllable in E. 

Note : — The change of single final voiced consonants to 
voiceless, so conimon in Br., is practically unknown in W., 
unless the word nutmic E. nutmygge, given by W. S. be a 



3 30 Parry- Williams. 

code); M. Br. remet (Fr. remède) and cf. R. C, 8, p. 488 Dal 

vn taol flem heb remet (Tenez un coup d'aiguillon sans 
retard); L. E. (H.) rok (Fr. rogne); M. Br. synagoc (Fr. 
synagogue); M. Br. ribaut (Fr. ribaud) but ribaudes (fem.). 

b). L. £". (//.) has f/j/pod (Fr. chipote), fured (Fr. ////W), 
lôdÇEr. lot, M. Br. A)/), m:/;^ (Fr. rochet); Tr. has fok/ (Fr. 
bouquet), bouled, boulet (Fr. boulet), ennid (Fr. ermite); Le Gon. 
has jo/, i(W(Fr. jo/); M. Br. (E.) has /wc (Fr. hucque), pie (Fr. 
pic), soup (Fr. soupe), steit (Fr. #a/), stowi, tfottp (Fr. 
ctoupe). Cf. i?. C.,2,p. 82 /w/ (Fr. pot), p. 224 saludÇFr. salut), 
p. 240 Zw/«/ (bonnet); R. C, 3, p. 68 pilad (Fr. pilât) ; R. C, 
8, p. 462 stoub (Fr. t'toupe); R. C, 4, p. 60 p/rtd (Fr. p/rt/), 
p. 99 avokad (Fr. avocat). 

The voicedconsonant when a suffîx is added : 

M. Br. advocadey, fagoden (F r. fagot), gargadenn (O. Fr. 
gargate), rudet (Fr. m/), seruiedenn (Fr. serviette), stadou, plur. 
oî stat (fr. £to/), scodenn (Fr. #«#), planedou (Fr. planètes), see 
also the same form in i?. C, 8, p. 234 ; Mod. Br. /o^« (Fr. 
A?/), mouden (Fr. motte), souben (Fr. .sw//v) in i?. C, 2, p. 80 
souben ar c'hik {soupe de viande), M. Br. has also souben. 

One exception appears to be M. Br. moten for the later 
mouden (Fr. motte), mentionedin Z. £". (.£/.). 

JVo/tf : With the above mentioned interchange of voiced 
and voiceless mutes may be compared the fréquent inter- 
change in Br. of -aig, -aich (with soft g and ch) from the 
Fr. ending -âge. 

2). In W. : 

The fate of the final stops in W. présents several points of 
similarity to thatof Br. stops. In W. the final tenues did not 
hold out so long and so late as in Br. (being kept in the 
latter, as \ve hâve seen, even up to modem times). It is dif- 
ficult, however, to conclude finally at what period the final 
tenues of W. became medial. In the M. W. texts they are 
generally written as tenues, with the exception of the labial, 
which has the forms b and p. This practice is kept up by 
W.S. (iéth. c.) in his Welsh-English Dictionary.lt may hâve 



Similarity in the Phonology of Wclsh and Breton. 331 

been in his time merely the traditional mode of writing ; but 
even W . S. writes monosyllables containing long vowels 
witb the voiced consonant, e. g. koob (E. copé) and pi b. 

Hère are, however, proofs as early as the i4th. C. in the 
works of D. G. that in some cases at least, the final voiced 
mutes of Mod.W. were also voiced at that period, e. g. : 

D. G. p. 33. Gweleiei gwallt fel goldgwiw. 

D. G. p. 217. 'Y nghred brelad afradlawn. 

The d of 'gweled' corresponds in Cynghanedd to the d of 
'gohf which is the E. gold. (There are, however, cases of final 
Id of E. becoming // in W. , e. g. hzuswolt in L. G. C. p. 460, 
(E. household) by the side of hiuswold, p. 195 ; but the form 
gold is the W. form of the word throughout, as in gold y' 
gors 'marsh marigoW). The final d of 'brelad' from 'prelad 
(E. prelaté) corresponds to the d of 'afrarflawn', which, being 
medial, was certainly a d. 

In any case, in the E. loanwords in W. when an ending 
was added, the consonants took the voiced form at a very 
early period : 

D. G. p. 52 Fflacedau a phlucoe^ydd (E.jîacket). 

p. 284 Cliciedyn yn cloi ceurfawd (E. clichct). 

In the case of some loanwords from E. the final voiceless 
stop is retained even in the modem language. 

The question of the final stops lias been dealt with to some 
extent by Sir John Rhys in his 'Ail Around the Wrekin' [Y 
Cymmrodor, Vol. XXI, pp. 32 sqq.}. 

The treatment of the E. loanwords from W. may be thus 
classified. 

a) Those that retain the final voiceless consonant. 

b) Those that changed the final voiceless consonant into a 
voiced consonant. 

à) côt (E. coat), grdt(E. grnte), llcic (E. slack), siop (E. 
shop), etc. 

Thèse words are mostly those of one (short) syllable in E. 

Note : — The change of single final voiced consonants to 
voiceless, so common in Br., is practically unknown in W., 
lïnless the word nutmic E. nutmygge, given by W. S. be a 



332 Parry- Williams. 

case in point. The Mod. E. is nutmeg. Hère, however, the c 
may hâve arisen from the E. gg. (cf. picyn, chvpa, § 25 B i) ; 
cf., however, W. antarliwt, intarliwt from E. interlude, and 
dial. teit from Ë. tide. 

b) This change seems to hâve taken place 

1. in words of more than one syllable. 

2. in monosyllabes containing a long vowel. 

Exs. : abiâ (M. E. abii) in D. G. pp. 48, 207 ; gwalab W. S. 
(E. gallop), basged (E. basket), huned in L. G. C. (E. bonnet), 
bihug (E. bill-hoolc), casog (E. cassock), casged in L. G. C. 
p. 295 (E. casket), clared (E. claret), carped (E. carpef), clicied 
(E. clichet), diubled (E. doublet), ermid in M. ^4. p. 258 (E. 
hennit), garlleg (E. £w/fc ; £F. 5. lias' garllec 'garleke'), /zo/&/ 
(E. violet), ffcigod (E. faggot), nihusig (E. music), proffid in 
.D. G., p. 247 (E. profit), ysgarlad (E. scarlet, M. E. scarlat) 
etc. 

ÀwZ> in W 7 . 5., i. e. r<?£ (E. cope), siêb in D. G., 'Bronbelau 
fel Siopau siêb' (E. Cheap, i. e. Cheap-Side, London), côdznâ 
côt (E. fcw/), clôg (E. cloàK), fflyd (E. yfe/, in sensé of'crowd'), 
mi/o- (E. croolî), grôd in L. G. C. p. 327 (E. groat), ystâg in 
Z.. G. C p. 495 'Main wâg ei ystâg. . .' (E. stake). 

B. Changes in some final consonantal groups containing 
mutes. 

27. — 1) In some loanwords from Fr. into Br. the 
voicëd stop became voiceless in the groups Idr, mbr, br, 
bl. 

Exs. : foultr (O. Fr. fouldre), lampr (Fr. lanibre), mempr 
(Fr. membre) in R. C., 2, p. 364, nompr (nombre) in R., 
C., S, p. 88, possipl (Fr. possible) in R. C., 9, p. 162. Cf. cam- 
praou (Fr. chambre s) m R.C., 10, p. 5, puplian (Fr. publier) in 
i?. C., 26, p. 310, humplan, superl. (Fr. humble) and senclou 
(Fr. sangles) in L. C/;. 

The only probable example of this change in W. is the 
M. W. taplas, which may be from E. tables. 

In M. Br. there are traces of the opposite change of pi, pr 
to bl, br, e. g. : 



Similarity in tbe Phonology of Wehh and Breton. 333 

M. Br. (E.) coubl, coublaff (Fr. couple, coupler), poubr (Fr. 
pourpre). Cf. M. Br. (E.) squerb (? Fr. écharpe). 

28. — 2) Breton shows a tendency to change final 
-ng of loanwords to ne (nk) 1 , e. g. : 

M. Br. (E.) harinc 'hareng', Vann. (Ch.) haranc 'harangue' 
pi. haranequet (Fr. harangue); M. Br. (E.) reng, 'rang', L. 
E. (H.) renie 'rang' (O. Fr. reng); L. E. (H) stank (Fr. 
étang for earWerestang). Tr. has stang and stank. Cf. R. C, 23, 
p. 234, 'war ar stank ma kann he dilled' (Sur l'étang où elle 
lave ses vêtements). 

For further remarks on Br. ng, nk, see R. C, 19, p. 323. 

The change of ng to ne (i. e. ngc) is not unknown to W. 

e cr 

rhenc by the side of rheng 'a rank, row', W. S. has renc 'a 
renge'; M. E. reng, renge, rengge; 

yslanc by the side of ystang (stanc, stang), E. stang, M. E. 
stange. 

It is noticeable, however, thatin the E. dials. of Shropshire 
and Montgomery the form stank is found (See English 
Dialect Dictionary s. v.). This may be due to the W. 
form. 

Note 1 . E. final ng in such words as long was équivalent 
to ng-g at an early period in the language. The g after 
the nasal (ng) was heard throughout the M. E. period. In 
Early New E. the g was lost except when a vowel followed, 
as is the case in Mod. E. 

Note 2. The change of ne to ng is common in W. when 
a suffix is added, e. g. crafanc, crafangau; tranc, trengi; ieuanc, 
ieuengaf ; M. W. ranc, rengi (Mod. W. rhyngu). But cf. liane, 
llanciau; pranc, pranciau; banc, banciau ; llwnc, llyncu (but 
llyng-yren). 

III. 29. — Final nâ, rdoï loanwords in W. and Br. 

1) In Br. : 

1 . Possibly this change did not take place in Breton itself, but may be 
really only the reflexion of the O. Fr. pronunciation with huai nk. 

Rei'ue Celtique, XXXV. 22 



336 Parry -Williams 

some words e. g. cwcwallt 'cuckold' (M. E. cukewalde), malll 
(JT..S.)'mauld\ 

Further cases of change and interchange of consonants in 
W. and Br. 
I. Initially. 

30. - 1) Initial M,B, Tin W. and Br. 

In some native words there is an interchange of //;- and b- 
in W. and Br. words, e. g. 

W. mm and bcn 'cart, waggon'; W. moes Br. boa\ ; W. 
mwyaid and bwyaid; O. W. niant, Mod. W. bawd (cf. mod- 
fedd 'inch' mod-rwy 'ring'); W. niegin, Br. megin and begin 
'bellows'; W. math and bath; W. magl and bagl 'a snare\; W. 
maeddu and baeddu 'to soil'; Br. (Vann.) mailloc and bailloc 
'chin' ; W. bunandmun 'maiden'. 

In the loanwords of W. and Br. the interchange of initial m, 
b, and v is much more fréquent. Thèse occur mostly in words 
borrowed from E. and Fr., with some examples, however, in 
late borrowings from Latin. 

A. In Br. . 

a) V > B. 

M. Br. (E.) hzs bénin a.nd venin 'venin', bergier 'vergier', 
Beronic 'Véronique', ber^iil and burçut from Lat. virtut-is, 
bescont 'vicomte' (Le Gon. has beskount), biwig 'visage', bitaill 
'vitaille', bilen 'vilain', volonté^, nolante, 'volonté' (Mod. Br. 
bolente^, Vann. volante and bolante), banel 'venelle' (L. Ch. 
(M. Br. Chart.) has also banel) ; L. E. (H.) has beach 'voyage' 
(O. Fr. vciage, veage) ; bandent 'vendange' (borrowed from Lat. 
vindemia), biel 'vielle', baot 'voûte' (borrowed from Lat. voila 
for voluta 'arrondie'). 

The majority of borrowed words, however, retain the ini- 
tial v. 

b) M > B. 

L. E.(H.) beht 'menthe'; Le Gon. barJel 'mardelle'; bits 
and nuls 'muids'. 

c). V > M. 

Vann. (Ch.) mention 'vendange' (mis mendem 'septembre'), 



Similarity in the Phonology of Welsh and Breton 337 

mendemein 'vendange', Lat. vindemia, cf. bandent above a); 
Mod. Br. mouei 'voix', as in R. C.,8, p. 90 vn mmt\ 'une 
voix'. 

B. In W. : 

a) V > B. 

berf ' verb ' from L. vërbum; berfaen and ferfaen ' vervain'; 
bernais and harnais (mod. W. dial. varnis) ' varnish ' M. E. 
verniscb, vemysche (IV . S . has also verneis); bicar, bicer (and 
micar) ' vicar'; bilain and milain from M. E. vilain, viîein; 
bitail ' victuals ' from M. E. vilaille ; Invltur and fwltur (in 
Bible, Lev. II, 14 and Deut. 28, 7) ' a vulture ' ; bocal ' vocal, 
vowel ' (the word bocal is used by W. S. in the introduction 
to his Welsh-English Dictionary). 

b) M > B. 

balaen, balain, balen, belan and malaen ' Milan-steel or 
-armour', early E. Melayne; barlat, ?for balart ' mallard '; 
basant and masarn k mazer-tree ' ; binul mul ieuanc (Geiriadur 
W. Llyn) 'mule' ; burgyn ? E. morkin ; barblis and marblis (in 
N. W. dial.) ' marbles '. 

Cf. W. bynafyd dial. for ymanafu, possibly through an 
intermédiare form mynafyd ; bydroi for ymdroi, through an 
intermediate inydroi. 

Cf. also W. ffwlbart and ffwlbert from E. fonliuarde; W. 
buddai (Br. me~, Ir. muide) ' a ehurn ', supposed to be from 
Lat. modius. 

c) V> M. 

maniais ' vantage '; melved ' velvet '; mentro and mentrio 
c venture ', iiientrus^a.d).^) ' venturous '; micar and fo#w ' vi- 
car ', milain and bilain M. E. z/ifcm (See above (a)); iniswrn 
' vizor ' ; inursen ? E. virgin ; mivilieu ' vigils ' in Llyfr 
Ancr Llandewivrevi, from Lat. vigiliae. 

d) B > M. 

Z^. 5. gives maner ' a banner' by the side of the commo- 
ner W. forms baner ; mwngler ' bungler ' occurs in the 
works of Gruffyd ab Ieuan (viii) ' Nag aed mwngler i glera ' ; 
the common form is hvngler. 

Cf. N. W. dial. menthig, S. W. dial. mencid, myncid 3 for the 
literary benthyg (for benffyg). 



3 3 S Parfy-Williams 

Note. — In N. W. dial. the word misi ' diffkult to please' 
has alternate forms fisi and bisi. The word megin lias very 
often the form fegin as the radical, due, no doubt, to its fré- 
quent use with the definite article y fegin ' the bellows '. 

31. — 2). The spirant ch becomes s in Br. in certain cases; 
in W. as a gênerai rule it becomes si, when it is followcd by 
a vowel other than /, the si having two pronunciations — sh 
and si (the si pronunciation being confined more or less to 
parts of N. W.). Before the vowel i the ch becomes a pure s- 
sound in N. W., but generally sh- sound in S. W. 

A. In Br. : 

a) M. Br. sanéll ' a gutter, canal ' is believed to be from O. 
Fr. chaignel (Mod. Fr. chéneau), and the Mod.Br. san appears 
to be a shortened form of it. See L. E. (//.) s. v. 

Siminal ' cheminée ' in R. C, 1, p. 408 ' Dibaot si minai a 
voged | Anez ne ve tan en oaled ' (Rarement cheminée fume, 
s'il n'y a feu dans l'âtre). 

Soiini ' rester ' is supposed to be from an early Fr. verb 
chômer (see R. C, 2, p. 217). Other forms are chonm, chom, as 
in R. C, 3, p. 215, and choumas ' est resté ' p. 216. Tr. has 
sench ' changer'. 

b) Fr. cl) appears initially as c in Br. in the following cases, 
which found their way to Br. through the médium of some 
of the northern Fr. dials. that had c for ch before a. 

M. Br. carg ' charge ' (also Mod. Br. hirg) ; Vann. (Ch.) 
carnel ' charnier ' (see also carnel in A.}. CL., p. 6o6);cnmpr 
chambre ' (in R. C, 10, p. 5 en campraou c en chambres ') ; 
kaboun (Fr.) ' chapon '. 

Cf. L. E. (H.)fraiikision 'franchises '. 

B. In W. : 

a). The change in W. is very common in the loanwords from 
E. Although E. had a dental in this sound, there are no traces 
of it initially in the W. words. W. S. says that the E. ch in 
his time was pronounced tsi, yet the words he gives in his 
'hctionary do not show a dental at ail. The ch of E. may 



Similarity in the Phonology of Welsh and Breton 339 

occur in native E. words or in the Romance words borrowed 
into E. In both cases, however, si appears initially in W. 

Exs. : 

Siêb ' Cheap-side ' M. E. chepe, O. E. céap ; sialc ' chalk ', 
M. E. chalk, O. E. cealc ; siurl ' churl ' M. E. churle, chorle, 
O. E. ceorl ; 

sialens ' challenge ' M. E. chahnge ; siambr ' chamber ' M. 
E. cha(ji)mbre ; siamled M. E. chamdet; siarad} E. charade ; 
siecr 'chequer' M. E. chekker; siawns ' chance' M.E. chaume; 
siars' charge ', siarsio ' to charge '; siartr ' charter' M. E. 
chavire ; siet (JV. S.) M. E. chete. 

b) Before the vowel i W. has pure s : 

sibol M. E. chibolle; sir ' cheer 'M. E. chère; siwet (given 
by W. S.) M. E. chewet; simnai (simddat) ' chimney ' M. E. 
chymneye; sir 'shire ' M. E. shire, shire ; sirxf, siri ''sheriff' M. 
E. shirreve; silff' shelf 'M. E. schelfe, shelfe, O. E. scylfe. 

Note. — The initial / of E. also appears in W. as si, e. g. 

siaced ( jacket '; Sierom 'Jérôme'; Siac ' Jack ' in M. A. 
p. 330; IV. S. has siafling ' a iauelyn ' and siaggio ' jagge '. 

32. — 3). Interchange of initial G and B in W. and Br. 

a). The only example in Br. is the M. Br. Milieu ' year ', 
which has variant forms glyçen and glui^en. The corres- 
ponding W. word is blwyddyn. 

b) In W. the interchange of initial b and g is seen in a 
few words. The Mod. W. huystfil occurs in the plur. form 
guysluiled ' in the Black Book. It is also found elsewhere with 
g, as Dr. Davies in his Dictionary gives the forms giuestfil and 
bestfil as variant forms of huystfil. The word giach has an 
alternate form biach, given by Dr. Davies. The W. word 
bwyall ' axe ' is pronounced gwualli in parts of N. W. and 
gwiall in parts of. S. W. 

33. — 4). Interchange of initial D, Tand G, C in W. and 
Br. : 

1. In this case the form may hâve arisen from a confusion ofguylltfil 
and bivystfit. 



340 Pttrry-Williams 

In Ped. § 333 the W. tlawd, thus (with N. W. pronuncia- 
clawd, clws) are eompared with Br. a glefe ' oùght ' (the im- 
perfect indic. 3 pers. sing.) for dlefe (M. W. dylyu e to owe') 
and Br. gwentl ' pain ',Trég. war oenkle ' in the throes of 
childbirth'. Cf. Ann. de Bret., 16, 307. 

With thèse may be eompared the S. W. giveid =■ dweyd 
(for dyiuedyd) and N. W. Gwalad for Dwalad (Cadwaladr), 
derurinan for gwreinen ' ring-worm '. 

Note. — In R. C,i9,p. 323 the M. Br. forms golloenter, 
gollonder, guollonder (Mod. Br. gouîlonder) are eompared with 
the W. forms golhung and dillwng. Cf. Vann. darloikhienn 
and garlostienn ' an ear-wig ', Trég. garloskenn, mentioned in 
R. C, 3, p. 235. 

34. — II. Medially and Finally. 

1). We hâve seen ahove (§ 31) how initial Fr. ch was 
expressed in Br. by s, and how initial ch (and/) of E. appea- 
red in W. as si or s. 

A similar change took place medially and finally (in Br. in 
a few cases, in W. in most cases) in the case of ch, j and céré- 
bral g. 

A. In Br. : 

1. Fr. ch seems to hâve become s(s) in missi M. Br. mechif 
' méchef ' according to R. C, 21, p. 142 ;senessal {A. f. C . L. 
p. 606) ' sénéchal ' ; splûs is from Fr. cpluchure according 
to a conjecture in L. E. (H.), but it possibly arose first from 
the verbal from éplucher. 

2. Fr. j appears as si in Br. resiouisset (A.f. C. L., p. 220) 
from Fr. réjouir. 

3. Fr. ^(e appears as ^in M. Br. sins ' singe', 

B. In W. : 

1. E. cl) appears medially in W. as tsi, si, (s) before 
vowels, and as ts, (i)s before consonants, e. g. 

ceishul ' catcKpoll ' M. E. cachepol; fleitsier (IV. S.) ' flet- 
cher ' M. E. flécher ; haitsiet (JP . S.) ' hatchet ' M. E. hochet ; 
piser ' pitcher ' M. E. picher ; heislan (JV. S.) a hetchel M. E. 



Similarity in the Phonology of Welsh and Breton 341 

hechcle ; marsiant ' merchant '; scwtsiwn ' scutcheon ' M. E. 
scoebone; ireinsiwr ' trencher ', setsiel (W. 5.) ' a sechell ' ; 
Rbisiart ' Richard '; Winsestyr (R. B.H., II, p. 388) 'Win- 
chester '. 

2. E. medial y appears as 5 in one loanword in W., consurio 
1 to conjure'; W. S. has consurio ' coniure '. Consurio and 
consirio occur in the works of Gruffydd ableuan (xi) ' Pe ron 
ar frig pren ar frys | Gonsirio Gwen os erys ' and ' Ni ad fyth 
i enaid fo | Gan siarad i gonsurio '. 

3. Medials soft g appears in W. as s, si, ds, e. g. W.S. has 
satten o brudsys ' saten oîbruges ' i. e. Bruges; corsiet in L. G. 
C., from E. gorget ; divynshvn in C. Coch MSS. p. 424, from 
E. dungeon ; veinsians (W '. 5.) ' vengeance '; habrsiiun ' haber- 
geon ' ; lardies (possibly for lardsies') in L. G. C, p. 370, 
' largess ' ; mansier {W . S.) ' manger ' \sersiant in L. G. C., 
p. 387 ' sergeant (W . S. has serdsiant ' sergeaunt '); sinsir 

1 g in ge r '• 

4. Final ch(e and g(e of E. appear in W. as s, ts, (and ^5 
for g(e). 

Exs : braens ' branch '; brosio ' to broach ' (W.S. has 
broitsio 'broche'); cleinsio 'to clench ' (IV. S. has kleinsio pen 
hoyl 'clenche'); ffres ' fresh ' M. E. freche; haits (W.S.} 
' hatch '; maits (W. S.} ' a match' M. E. mâche and matebe; 
mars ' march, border ' in D. G. pp. 13, 195, M. E. march, 
marche; mwstas ' moustache ' ; W. S. has oystreds ffedder 
' oystreche fedder ' i. e. ostrich-feather ; pétris and pertris 
' partridge ' M. E. pertriche; taeds (W. 5.) ' a tache '; treins 
(W. S.) ' trenche'; tuyts (W. S.) 'touche', also tiuytsio 
' to touch '; ystans in L. G. C. p. 27, ' staunch', M. E. 
sta(u)nche\ Sandiuis L. G. C. p. 24' Sandwich '. 

baeds (W. S.) ' a badge' M. E. bage; caes and caets ' cage' ; 
karias (W. S.) ' carriage '; colas ' collège ' in L. G. C. 
p. 354; loydsio (W . 5.) ' lodge '; maniais ' vantage '; mort- 
gaeds (W. S.) ' mortgage '; payas (W. S.) ' page '; potes 
' potage ' (W. S. has potaes) ; saes in Medd. Mydd. ' sage ' 
(W. S. has saets, saeds) ; stars ' charge ' ; sgwrs ' scourge '. 



34 2 Parry-WMiams 

35. — 2) . W. and Br. V(F) and IV between vowels and 
in consonant-groups . 

An early final cafter a consonant in W. andBr. was itself 
a consonant in the middle-period of both languages, as the 
mètres show. Even at the présent day in the W. cynghanedd 
mètres it is non-syllabic, and always counts as a consonant. In 
modem times, however, in W. and Br. the tendency has been 
to vocalise this consonant. In W. the vocalisation naturally 
appears as an u- vowel (W. w) t but very rarely is heard. In 
Br. the vocalisation tends to favour the 0- vowel. The form 
with 0, however, can in M. Br. be non-syllabic. M. Br. has 
niant, Indu, garu, me%u, hanu later maro, garo, nw^o, bano, 
(W. manu, lludw, garw, meddiu, enw). M. Br. has forms in 
and Mod. Br. forms in v. 

As is the case in modem W. metric, where the w is regar- 
ded as a consonant (and it is still held to be the really correct 
modem pronunciation by some), so in the Br. dial. of Vann. 
the w préserves itsconsonantalquality. In this dial. it is really 
an ii- consonant, and is expressed in various ways in the dif- 
férent dictionaries. 

The common change of 11 to in Br. may hâve a parallel 
in the modem N. W. pronunciation of such expressions as 
yn enïvr Tad, in which case 'n endr Tad, is distinctly heard. 
Cf. M. W. chwero (ckweriv), and guero in Gododin [(see § 21) 
racco (later aau, S. W. oco, yco), hero (herw), helo (helw), tara 
(tanu), ero (emi) ' . 

For the total disappearance of this sound in final position 
after consonants in both W. and Br. see §§ 73, 74. 

The following are exs. of the interchange of u and v (W. w 
and /, Br. ou, and v, ff). 

1. The Unes where thèse occur are the following (Skene, II, p. 106, 
Bk. ofAneirin = p. 37, 1. 14 éd. Evans) : 

Hero ciued guec guero 

Gnissint gueuiïon ar e helo 

Nit oed ar les bro bot ero 

Ni cilius taro trin ht un ero 

Traits y achaus liuirdeh 
cf. beno (henw) in Black Bool; (Skene II, xxxv = p. 102, 1. 7 éd. Evans) : 

Vgtiach ywvyhenomab mydno. 



Similarity in the Phonology of Welsh and Breton 343 

a) u >> v. 

1) In Br. (hère the change is mainly the rule) : 

M. Br. divc~ÇW . diwedd), levene^ÇW . lleivenydd, llatuenydd), 
guiuffer (W. g-wiiver), goeff (W. gwayiv), naffn, naon (W. 
nezvyii), najjnec (W. newynog), tejjal, teual (W. tyiuyïï), tao, 
tevellÇW . taw, taivel, Mod. Br. tevel), goeffaff(W. gwywo). 

Mod. Br. adbevet in L. Ch. (W. adfywio), îeshanvet (W. îly- 
seuwi), lion, liv(W. lliw) but liva (W. llifo), glao (W.glaw) 
but glavek ÇW.glawog), teo (W. tett')but faw^// (W. teiuhaii), 
birvi (W. benvf). 

2) In. W. : 

Most of the W. exs. of this change are mostly from the 
spoken language, but some of them hâve found their way to 
the literary language : brvw but brifo 'to hurt', glaw plur. gla- 
fogydd and adj. glcifog, gwryw ' maie ' plur. gzvryfod; gorfedd, 
gorfadd (gorwedd), cnafon (cenau/on), gwyw but gwyfo (gzuywo 
' to fade, wither'), cafod (cawod), ghe.fi (gloewf), Ifan (Ieuan, 
huan), ifanc (ieiianc), Eifionydd (cf. M. W. Ekvynydd InMab. 
Math vab Mathonwy), hvfans from the E. allowance, Iwfio from 
E. alloiu; llifo ' to dye ' (from lliw ' colour '). 

b) v >> îj. generally before /, n, r. 

1. In Br. : 

aon, aoun M. Br. oun (W. ofti), diaoul, diaul pi. diaoulou 
ÇW.diafl, diawî), taulign ' to throw \tanlet ' thrown \ditau- 
las ' he threw ' in L. C/j. (W. taflit), taul ' table ' (cf. W. 
tafloi), gaor and gavr (W. £tf/V), £ï?<?/ (W. gafP), reor (W. 
rhejr^.M. Br. eintajj is in Mod. Br. m/ao« (inianv, intav). 

2. In W.: 

tf'oww by the side of absen ' absence ', caïusun for cafswn 
(from cael îoxcafeî), cowlaid îorcoflaid, diawlîox diafl,tawhi for 
taflu, niwl ' by the side of nifwl ; M. W. ysgazun = ysgafn. 

Cf. dial. cywod (cyfod), czvarfod (cyfarfod), cywoeth (cyfoetti), 
sgwarnog (ysgyfarnog), sgivennu (ysgrifeimu). 

1. The form niwl, when compared with Ir. nc'I, is difficult to explain. 
Cf. O. Fr. mule. 



344 Parry-Wiîliams 

Cf. also the interchange oîau(eii), aw (eiv), ef(xf) in W. 
keneu, cenaw, cena-won ; llysiau, llysscwyn; edau, cdafedd; cled- 
dau, cleddyf, cleddyfau (M. Br. cle^eff, cleçeu, pi. cie%ejjyou); 
eisiau, essywed; deunydd, defnydd. 

36. — 3) Interchange of N and R in W. and Br. 

a) In Br. 

An interchange of r and n occurs in Br. in the Mod. Br. 
forms of the Article. In M. Br. the forms of the definite 
article were an, ar ; in Mod. Br. the forms are an(if) before 
vowels and d, t, n; ar before other consonants except /; al 
before /. The indefinite article has the forms eu(n), car, cul 
under the same conditions. For the history of the Article in 
Br. see R. C, 2, pp. 204-216. 

The Br. forms for the poss. pronoun of the 1 pers. plur. 
are bon, hor ' our '; for the personal pronoun of the 1 pers. 
p lur. also bon, hor '\ve, us ' ; for the 3 pers. sing. accus, han, 
heu, her ' him, it '. M. Br. (E.) has knech ' H i 11 ', crech for 
Mod. Br. crech or kreacb; knoenn ' nut ', kanounen pi. kanou, 
cnou, craoufÇf), for Mod. Br. kraouenn plur. kraoun ; kneau 
' fleece ', later creon by Maunoir (W. cnu, cnaif); tnou ' a 
valley ', traou, tnou, trou for Mod. Br. Iraou (Trég.), in W. 
tyno, earlier tonou in Lib. Land. 

Mod. Br. has ken, ker corresponding to the W. cyn ' as 
(before adjs. and advs.). Cf. nemert, ncment, nemcit (W. uainyn). 

b) In W. : 

The O. W. form of the article was ir, in M. W. yr, y, and 
in Mod. W. yr, y. A trace of the older form with n is belie- 
ved to occur in such expressions as ' y mae efe yn ddyn ' = 
he is a man, and ' y mae efe yn fawr = he is great. This, 
however, is doubtful . 

Dr. Davies in his Welsh-English Dictionary gives mororen 
as a by-form of moronen, the sing. of inoron ' carrots ', and 
scrrigl by the side of sienigl ' contritus '. 

In Campau Siarlymaen the form Corstinobyl ' Constanti- 
nople ' occurs, but in M. A. p. 328 the form is Constinobl. 

Cf. the E. loanwords trous ' drawers ', and trou 'drawer'; 
also in N. W. cownt from E. ' court (-yard) '. 



Similarity in the Phonology of IVelsh and Breton 345 

37. — 4). Interchange of ST and SK (SC) in W. and 
Br. 

The exs. generally adduced to illustrate this interchange 
of Consonantal groups are W. gwisg ' garment ', givisgo' to 
clothe ', M. Br. guisquaff, Mod. Br. guiska, compared with 
the Lat. vestis ' ; and W. asgwrn ' bone ', M. Br. ascorn, Mod. 
Br. ashorn (Trég.), ashourn (Léon) compared with the Greek 

OUTOUV. 

The W. words gwasg and trysgîen hâve also been compared 
with the E. waist and throstle. 

There appear to be other cases of this interchange of st and 
se in W. and Br. 

A. In Br. : 

The Vann. dial. of Sarzeau seems to change the guttural 
into a dental in garlostienn, by the Side of darloskenn, darlos- 
khien ' an ear-wig ' (Trég. garloskhenn, garloskenn). See R. C. 
3, p. 235. Cf. tnousk, moust, as in maro mousk ' quite dead ' 
mentioned in R. C. 4, p. 145. 

Vann. foesk, foest L. E. (H.) ' soft, feeble '. 

Stlabe^, sklabe^ ' dirt, mud' (R. C. 27, p. 73), Fr. éclabous- 
ser. Cf. Ann. de Br., 16, 307. 

B. In W. : 

Prof. Rhys in R. C. 3, p. 87, cites two exs. of this inter- 
change in M. W. diosdes (for commoner diosges) andj ueistawn : 
" With diosc ' to strip ' Mr. Stokes compares Breton di-uis- 
quaff. The Mabinogion hâve the form with the dental in 
diosdes ; also in Mabinogion... one reads y ueistawn for what 
would now in Cardiganshire be yiviscon, which means hay 
trodden and pressed down in a long stack or the like, proba- 
bly from the same origin as gwasgu ' to squeeze, to press '. " 
It is very probable, however, that ueistawn ought to be read 
veiscawn in the MS. 

The modem N. W. pronunciation of the literary ysgol 
(Lat. scàld) is ystol, thereby distinguishing it from ysgol 
' school ' (Lat . schola). 

1. It is more probable that the W. and Br. forms hâve a différent suf- 
fis from the Latin. 



346 Ptirrx-ll illittiHS 

38. — 5). Interchange of CH, H between vowels, and 
the occasional disappearance of the consonant between vowels 
in W. and Br. 

As a gênerai rule where W. has ch, Br. also has ch between 
vowels. The irregular interchange of ch (<7.>) and /;, and the 
loss of h may be seen from the following exs. : 

Br. Gl. O. inbuesÇgl. in bouello) is taken by Stokes to be 
for in ~\- bues, with bues corresponding to the W. bûches ' ; 
Br. achanoun, etc. ' from nie ' (W. ohonof), Br. buhe~ (W. 
buchedd ' life); Br. bihan (W. bychan ' small ') ; Br. crochen 
(W. croen ' skin); Br. dechou (W. dehau, also dechau, deche, 
detha, dethe in dials.); Br. ael (W. echel ' axle '). The M. Br. 
(E.) ehanaff 2 ' to rest ' zaâehan ' rest ',Léon ehana are compa- 
red with a W. word echain. M. Br. ehuede^, huede^ ' sky-lark 
is in Trég. echoueder (W. ehedydd. The W. form uchedydd 
may possibly be for echedydd, changed to uchedydd under the 
influence of the adj. uchel ' high '). The Léon words echon 
' large, spacious ', echonder (hec'honder) ' spaciousness ', 
Vann. ehander are said to correspond to W. eang (ehaug), 
eangdcr {ehangder*) in R. C. 19, p. 330. Léon has also hechon 
and hegon for echou.W. ailwedd is Br. alchoue^, with ch for 
lenated g. 

In the W. dials. the interchange occurs in some words. For 
the literary dehau ' South, right ' N. W. has detha ' skilful, 
handy '; S. W. has dethe and deche. (With the interchange of 
ch and th cf. W. dechrcu with Br. deçraou and desraou). M. W. 
ehofyn is in Mod. W. eofn, eon, but in parts of S. W. the forms 
ehon and echon are found. The N. W. c"d, for cyhyd (M. Br. 
quehit, Mod. Br. keit), is pronounced in parts of S. W. as 
cychxd; similarly N. W. cr*r, for creyr ' héron ' (Br. heic'heiy, 
for krec'hei^) is pronounced in S. W. as crychydd. The final r 
of N. W. is not heard in composition, cry ghis ' héron ' and 
even crydd glas being the forms usually heard, cf. cybwfan 
and cychwfan ' to hover '. 

The intervocalic h of W. and Br. frequently disappears 

1. Cf. Br. triouecl) ' eighteen ' for tri-c'houtc'h. 

2. See Ped. II, p. 295. 



Similarity in the Phoiiology of Welsh and Breton 347 

especially in modem times. M. Br. eboc, Mod. Br. eok (M. W. 
ehau'g, Mod. W. eog) ; W. eofn for M. W. ehofyn; eang for 
M. W. ehang; W. c'd, Br. keit (see above); W. bet in Lib. 
Land. for O. W. behet. 

39. — 6) Medial ND in W. and Br. 

Atan early period in W. and Br. original nd had become 
nn (see Ped. § 69) e. g. O. W. ennian' anvil '. Mod. W. 
einion, M. Br. anneffn, Mod. Br. anneo, annev, O. Ir. indéin ; 
but in some cases the nd is preserved as in O. W. enderic, 
Mod. W. enderig by the side of anner ' heifer ' ; O. Br. endlim 
(gl. fenus) W. ynnill, ennill, O. Ir. indile. 

In loanwords from Lat. nd appears also as nn in most 
cases, but hère again there are variations. M. Br. has cantoèll 
(Mod. Br. cantoï) W. cannwyll from Lat. candëla ; Br. skient 
from Lat. scindula. 

There appears also a différence of treatment when n and d 
corne together as the resuit of the syncope of a vowel. W. 
has bendith from Lat. benedictio, but Br. has bennoe^. The W. 
bendith may stand for an earlier *benddith, cf. W. trindod, Br. 
trindet, treindet (from Lat. trinitat-is) where the nd, having 
arisen comparatively late, has remained unchanged. 

40. — 1). Interchange of V (F) and DD (Z) in W. and 
Br. 

The W. word llythyr (Jlytber) ' a letter ' corresponds to the 
Br. liçer, which has the form liver in the Vann. dial. of Sar- 
zeau. This interchange of v and ~ is also seen in the Br. words 
kleçe, kleve (M. Br. cleçeff, cle%euff, âe%eu, W. cleddyf, cleddau). 
The Br. form kleve l may, however, hâve arisen from meta- 
thesis of consonants (cf. pinvidik = W. pendefig and pended- 
dig). So kleve would be for klevefâ for kleçeff, cf. R. B. H. cle- 
fydeu (with d - dc£). Br. avank ' beaver or some aquatic ani-, 
mal ' corresponds to W.addanc,afanc. 

In W., however, the interchange of/ and dd is quite com- 
mun, especially in the dials., — addanc, afanc; Eiddionydd, 

1. The form mav also bave been influenced hv the Fr. çrlaive. 



348 Parry-Williams 

Eifionydd (a district in Carnarvonshire) ; pendefig, pendeddig 
' prince, chief ' ; gtoyrf, gwerydd ' virgin '. 

In the W. spoken language and the various dials. the fol- 
lowing occur : 

byfigions, byddigions (boneddigion,vfith the plur. s- ending of 
E.), cymanddà (cymanfa ' a congrégation, convention ') cani- 
dda (camfa ' a stile '), eifiî (ùddil ' délicate, tender '), gweddus 
(çwefus ' lip '), nwyfau (nwyddau ' goods '), phuydd (plivyf 
1 parish '), cf. y jannodd for 3' ddannodd ' toothache '. 

With this interchange of/and dd in W. may be compared 
a parallel interchange of ff and th, mostly in the spoken lan- 
guage. One example from the literary language is benthyg 
' loan ' for the older benffic (as in the Black Book). Others 
are gwnéiff and gwneitb (3 pers. sing. près, indic. of gwneuihur 
' to make ') daffod, dathod (for datod ' to undo '), ceith and 
ceiff (caiff, 3 pers. sing. près, indic. of cael, cajjael), dcffol 
(dethol ' sélect'), stwihio and slwffîo from E. stujj. 

41 . — 8) Interchange of final Z (DD) and D in W. and 
Br. 

A change (signalised by Loth, R. C. 17, p. 60) of a final 
dental spirant to a voiced dental stop is found in certain dis- 
tricts of Cornouaille. In Léon it is 1 for th. 

Exs. : bad ' stafF ' (Léon ba~), eid, eit ' eight ' (Léon ei%, 
W. wytti), gard ' hedge ' (Léon. gar%, W. gartli), etc. 

In W. there are a few exs. of a similar change of final dd 
to d : 

Gormod for earlier gormodd (D. G. Govmodd rhodd, gwr 
meddw a'i rhoes), Maesyfed ' Radnor ' is supposed to be for 
Maes-Hyfaidd (cf. Hefeydd of the M ah.), ymachlud ' sunset ' 
for ymachludd (Lat. occlûdo). In the S. W. dial allwed for all- 
wedd, cynted for cyntedd; in the N. W. dial. ctiffod for diffodd ; 
cf. 'spydu for disbyspyddu ' exhaust \ 

42. — 9) Interchange of NG, N, and the occasional disap- 
pearance of the consonant in W. and Br. 

For Lat. spongus Br. has three forms spoueng (and spoiicnk), 
spoucn, spoue y W.yspwtig; corresponding to W. miung,\r. 
mong, Br. has moueng (and mouenk), mouen, moue (O. Br. 



Similarity in the Phonology of TVelsh and Breton 349 

mogou, plur.). M. Br. has golloenter, gollonder, goullonder (Mod. 
Br. goullonder') and dilloenter, corresponding to W. gollwng, 
diïlwng. For the above see R. C. 19, p. 323; cf. M. Br. toeaff 
(W. tyngu). 

The intervocalic ;^ T of Latin was lost in Br. loanwords 
like M. Br. ael (Mod. Br. eal, W. angeï) Lat. angélus ; aviel 
(W. efengyï) Lat. evangelium ; nouenn, L. unguentum. See Ped. 
§ 138, 4,1, p. 224. 

From among the Br. loanwords from Fr. we may note the 
following exs. of changes : Ion Fr. long, in R. C. 26, p. 11 S, 
M. Br. (E.) coinn and coing, ? Fr. coin. 

M. Br. (E.) shows ng for the Fr. gn in the following : 

Bourgoing (Bourgoign, Bourgouinn) ' Bourgogne'; cigoing 
c cigogne ', Spaing ' Espagne ' ; cf. also roingnenn ' rogne '. 

In W., as in Br., there is an interchange of ng and n, but 
W. has also a third for m w. The following are exs. : 

llawethair (llyffethair, Ir. langfiter) trom E. long-Jet ter ; llewa 
by the site of llyncn ' and llyngyren (Ir. longim ' I eat ') ; 
pythewnos, penewnos (pylhefnos) for pymtheng-nos"; tafod (for 
tawod) M. Br. /m///, O. Ir. tenge; ewin, Br. «/m, O. Ir. m^gn, 
Lat. itnguis. Lib. Land. has gullengin for the Mod. W.gorlle- 
win. See Ped. § 61,4, p. 107. 

In the colloquial language of N. W. the following forms 
are heard : 

cfe/î/d (or denig) lor diengyd trom <//V///r ' to escape '; rfa«05 
for dangos ' to show '; cnebrwn for cynhebrwng ' funeral'; ^oj- 
faw for gostwng ' to lower ' ; gwllwn and gollwn (gyllwri) lor 
gollwng ' to let loose '. 

In S. W. : cyffreding for cyffredin ' coramon '; /?n«^ for 
/)/■/// ' rare '; shudding for shuddin ' the heart of a tree ', L/fl«- 
vylling is found for Llanfyllin (a town in Montgomeryshire) 
in Cym. Lien Cym. |II] (An act for the propagation of the 
Gospel in Wales, 1649) p. 18 « att Llanvylling the i4 th 
May... ». 

In the W. loanwords trom E. the followino- may be noted : 



1 . The identity of the base-forms underhing Ueiva and llyncu is, howe- 
ver, doubtful. Cf. Ir. longim and sluccim. 

Revue Celtique, XX XV. 2 , 



3 50 Parrx-Il'illiams 

ng >> n : dwbin (dwbing) ' cernent ', as in ' dwbin ffwrn ', 
E. dubbirig, daubing (dubbiti); W. S. has dwbing ' dawbinge'; 
foin (plur. fferins) E. fairing ; hwslin in M. A. p. 42-*, ? from 
E. I.wsling' an assembly ' ; offrwm ' offering, sacrifice ' may 
be for offrwn from O. E. or early M. E.ofrung ' an offering'; 
pwdin E. pudding ; 

7/ >«£ :&«£ ' the forestall in a cow-house' E. bin ; bowling 
Hong ' bowleyne ' {IV. S.), Mod. E. Zw////<' (but E. itself 
had forms bowling, bollinge up to the icjth. c); coffing (S. 
W.) E. rt^» ; Catring (S. W.) ' Catherine '; dwsing ' dozen ' 
M. E. dossin, do^ynè; fflwring, ffloring ' florin ' (but in r 5 th c. 
there was an E. form fioring); resing ' reysvn ' (W. S.); siu- 
fling ' iauelyn ' (W. S.) ; ring for yr ing ' the inn ' ; Lating 
is often heard for Latin (cf. Llading in Gr. Roberts, Welsh 
Grammar, R. C. reprint p. [ 165 1). 

43. — 10) Interchange ofLand R in W. and Br. 
In many cases the change is due to dissimilatiori. 

A. In Br. : 

a) /" > / : 

M. Br. (E.) lias armêl ' armoire '; brevial (breuier) ' bré- 
viaire '; cornel ' cornière ' ; guelelouen (jguerelouen) ' l'étoile du 
matin'; dromeder, Vann. domedal, dremedal ' dromadaire ' ; 
du~rou, dn-loii (Mod. Br. daelou, V. durai) ; grawel ' gram- 
maire '; Kathelin Catherine; priai (priori) ' prieur'; scrïtol 
(scruitoer, scruytouer) ' écritoire ' ; talu;r (lura^r, W. taradr) 
' tarière '. 

Mod. Br. has bêler (W. berwr, Ir. biror, bilor); alar (arar, 
W. aradr); talar (tarar, for M. Br. talay, luru~r) ; kontrol 
(M. Br. contrell, O. Br. control-iaht, W. cythraul, cythrawl, 
from L. conlrurius),tf. O. Fr. contralier ; abalamour (— a pala- 
mour from Fr. paramour) ; banniel (M. Br. hunier, banyer) 
1 bannière '; ;////5/// (M. Br. /////.v//r from Lat. mensura) ; fleria ' 
(from Lat. fragrare, or possibly from Fr. flairer). Vann. (Ch.) 
has ailetteen ' airette ' ; barriel ' barrière ' \poulpri l pourpri ' ; 

1. Cf. however, O. Br. (5r. Gl.jfleriot, gl. quae rcdolet. 



Similarity in the Vhonology o) Welsh and Breton 351 

trêd, trêt (W. tlawd); bas-vann. moual (Léon mouaf W. 
mwyar); cf. L. Ch. (M. Br. Chart.) Argoesll and Algoestl, 
later Aloestre, atthe présent day Aloustre. 

The following exs. are taken from texts in R. C. : — R.C. 
3, p. 200 arru'r baniel (voici la bannière); R.C. 8, p. .\66dibi- 
lil (sans péril) ; R. C. 4, p. 103 : Rai e gad du (Rare est lièvre 
noir). 

b) l > r : 

M. Br. (E.) ambarfaret ' tout effaré ' (cf. W. ymbaljalu) ; 
derchell ' tenir ' (by the side of imperat. dal ' tiens ', W. dal, 
data) ; ara/, arall (\Y. araïl, Ir. al aile, araile); gueruell (Mod. 
Br. gervel, cf. M. Br. galu W. £a/tç/) ; /tvm7/ ' jeter '(W. /</////, 
tawlu, Mod. Br. teureï). 

Vann. (Ch.) has brounec, Léon, blonec, W. bloneg ' lard '; 
L. £". (i/.) "W from Fr. t/rt/A' ; R. C. 3, p. 60 ann armanach 
(un almanach); burutel L. E. {H.) ' blutoir ' from O. Fr.blu- 
tel; R. C. 2i, p. 138 afour Fr. en foule (see § 69, a)). 

B. In W. : 

a) r > / : 

ffleirio (O. W. flair-mauf) from Lat. fragrare (cf. Br. /?m'#, 
above) ; blytheirio for bretheirio (W.S.^/m Mod. W. often 
without the /• or /, bylheirio; cythraul and cythrawl from Lat. 
contrarias (c{. M. Br. contrelï) ; Chwefrol and Chwefror from 
Lat. Februârius; M. W. glyssyn by the side of gryssyn, Mod. 
W.gresyn; mesul, m fesul un, fesul tipyn ' one by one, gra- 
dually ', îor mesur ' measure' from Lat. mensura. 

The r of E. appears as / in W. in the loanwords — a>n/<7 
c corner ' D. G. p. 193 Corne! ddiddos y\v Rhosvr; dwsmèl 
' dulcimer ' in !.. G. C, Goronwv Owen and in Mod. W. 
The form dwsmer is given by J7 r . 5. for the early N. E. 
forms doucimer, dousstmer, doweemer. In X. W. dial. dressalîox 
E. dresser, rasai and /</.w7 for E. 1 a^or, syljnar for E. surveyor'. 

b) / > /" : 

ffrezvyll ' a scourge ' from Lat. flagellant ; llefrith (Br. livrij) 
is supposed to be for lleflith and cognate with Ir. leiulaeht, 
lemnacht. 



352 Parry-U Miami 

44. — u). Change of final N to M in loanwords in W. 
and Br. 

There are numerous exs. of this change in the Br. loan- 
words from Fr. and in the W. loanwords from E. 

a) In Br. 

M. Br. (E.) has Aliborum Aliboron ' docteur imbécile ' ; 
alum ' alun ', alun glace ' alun de glace '; arem ' ' airain 
(Mod. Br. arem, arm, Vann. airain!, airin);Caym Caïn (rhy- 
ming with prim) ypafrom (Mod. Br. pa Iran m, pal roui) 'patron'; 
venim ' venin ' (the Mod. Br. is binim as in R. C. 2, p. 242 : 
hag ho binim ' et leur venin ', but according to L. E. (7/.)s. 
v., it stands for an O. Fr. * venim whence the adj. venimeux). 
M. Br. has liani 2 plur. liammou, as in M. Br. H., and may 
be from Fr. lien. Le Gon. has gwaremm ' garenne '. 

In some Br. words there appears to be an opposite change 
of ni to n, in such forms as M. Br. (E.) cin, dm (supposed to 
be from Lat. siniius; the change hère may however be due 
to the other M. Br. word sins from Fr. singe) ; brun, brume 
' brume '. Cf. Vann. butum ' tobacco ' but butunein ' to 
smoke ' ; M. Br. (E.), tribun and tribum ' tribut ' ; Trég. blini 
and blin ' lively, quick ' (Le Gon. lias blim or blîh, vif, 
alerte). 

b) In W. : 

In W. there are some exs. of the change even in native 
words. In Meàd. Mxdd., p. [95, we get ' ellia'r pen yn 
lan ag ellyni ' where ellyni stands for the more common cllxn, 
O. Br. alliu, M. Br. auleuu. The change may hâve been due 
to the influence of Ilym ' sharp '. 

In N. W. gwialam or gwialem may be heard for gmialen 
' rod, twig '. The Gwentian form tor morwyn is morwm ' a 
maid '. 

In loanwords from E. the change is more fréquent, e. g. 
bol-wm, bu'tïrm, ' button ', in D. G. p. 57 boixniiau (plur.) 
(kiltwn in Campait Charlxmaeu, p. 50, also in the Mod. 

1. In the case of arem and liant the m may be from the earlier Fr. 
forms in -ni. 

2. Br. liant may, however, be from the Provençal form in -ni. 






Similarity in the Phonology of Welsh and Breton 353 

Gwentian dial.) ; cotwm ' cotton ' ; latwm ' latten ' in D. G. 
p. 257 Bwa latwm didrwm draed, M. E. latoun; injam the 
Powysian form of E. enginc, Venedotian injan ; maentumio and 
myntymio ' maintain ', myntumiwr ' maintainer ' in L. G. C. 
p. 22. Myntumiwr iemyn Tomas, and C. CochMSS. p. 143, 
maentimiaf, M. E. maintene, mayntyne; mwtrwm ' natron ' in 
Mcdd. Mydd. p. 225, possibly for nwtrwm, nwtrwn E. natron ; 
pastwm, N. W. form for pastwn, bastwn, E. bastonÇW. S. has 
bastwn, IV. Llyn pastwn, D. G. p. 123 Llawenaf breiniolaf 
bryd | Yw'r bastyniwr bost anwyd); patrwm ' a pattern \W. 
S. patrwm ' a paterne ') M. E. patron, patroun ; rheswm ' rea- 
son ' (in the works "of Gruffydd ab Ieuan viii ' O ddaw o 
resium ne ddau | I gyvarvod ar versau ', with a variant reswn 
in another MS.) M. E. resun, resoun; saffrwm ' saffron 
{IV. S. has saffrwm, and Dafvdd ab Edmwnd ' Saffrwm ar 
lysiau effros ', but in Mcdd. Mydd. p. 23 tebyc i saffrwn) M. 
E. saffroun, saffrun ; stalwm ' stallion ' in N. W. dial. for the 
literary ystalwyn (but ystalwyn may be an incorrect form for 
ystalwn from M. E. stallone, d. galwyn from E. gallon, and 
wynwyn from M. E. oynon). 

Note. — Even in M. E. the final ;/ in Romance words was 
often changed to ///, and has survived upto the présent day in 
such words a.s ransom, random. 

An ex. of the opposite change of ;;/ to ;/ may possibly hâve 
taken place in Durait ' Durham ' in L. G. C. p. 357 : 

A bad aur esgob Dur an 
Yn ei lys yn nhal y km. 

45. — 12). À development of RD and RT in W. and Br. 

An early original rd appears in M. Br. as ;~, but as the M. 
Br. ~ represents d and th, the exact pronunciation cannot be 
ascertained. It has been suggested (R. C. 7, p. 155) that as 
the Br. dials. of Trég. and Vann. always treat the ~ following . 
a liquid as a hard, nota soft, consonant, even in M. Br. the ^ 
may hâve stood for the //;- sound, e. g. words like Trég. ///■-, 
Vann. urh ; Trég. choe.r%in, Vann. hoarhein, M. Br. ni ~ and 
bucr~in, with ~ representing th and not d. 

If this be really the case, it maybe compared with a simi- 



3 54 Parry-Williams 

lar change in W. of dd to th after r, e. g. /;;cr//; and bwrthio 
in the colloquial language for hu>JJ, hyrddio. Cf. chwerthin ' to 
laugh ' but chwarddaf ' I laugh ' chivardd ' laughs ', O. W. 
guardam ; /T. 5'. bas (jii'rtb for ffwrdd. 

Tbis interchange of / </rf and r//? is noticeable even to a grea- 
ter extent in the W. loanwords from E. The final ri and ni 
of E. words occasionallv take the forms rth and rdd in the 
W. représentatives, e. g. bwrdd ' board, table ' O. E. bord, 
M. E. bord, borde; bastardd in Ioîo MSS. p. 315, William y 
Baslardd, R. B. H. II, p. 309 Henri vab G6ilim bastard (d for 
dd) ; cwpwrdd c cupboard \ysbignardd ' spikenard ' in Medd. 
Mydd. p. 201 ; ystondardd l standard ' m-Iolo Goch p. 108, Ag 
ystondardd hardd hirddu; Dr. Davies has comffordd ' comfort'; 
cymjjyrddus ' comfortable ', but W. S. has hunffwrth ' con- 
forte \ kwnffwrddio ' to counfortc \; mwstardd ' mustard ' in 
Medd. Mydd. p. 95, but on p. 159 ' ceiniagwerth ofwstarih'; 
Nordd 1 ' North ' in D. G. p. 22, Gwraig rhvw benaig Robin 
Nordd,Iolo Goch p. 213 O'r Nordd vn yr Iwerddon ; Cym. 
Lien Cymr. [IV] p. 13, Ymeth wreigen dos i ffordd | Xaill 
ai i'r Nordd ai i'r Dwyrain. 

With the above may be compared such forms as eddyw, 
ethyw; arfaeth, arfeddyd; perffdith, perffeiddio; ffrith, ffridd. 

46. — 13). Thedevelopment of TL, TN and TR between 
vowels in W. and Br. 

Whatever may hâve been the development of thèse conso- 
nantals groups at an earlier period, thev are represented in 
M. Br. bythe groups^/, %r, ~;/. In their further development 
up to the modem stage of Br., thev Completel v lost the - 
before the / and r, with a kind of compensatory diphthongi- 
zation of the foregoine vowel in some cases, e. g. O. Br. mo- 
trep (gl. matertere), M. Br. mo^reb, Mod. Br. moereb, (\Y . 
modryb); M. Br. iara{r, Mod. Br. tarar (O. W. tarater, Mod. 
\\ r . taradr); O. Br. dadlou (gl. andronas), M. Br. da~l, Mod. 
Br. dael, (O. Br. has also datolaham gl. lego, d. O. W. datl, 
Mod. W. dadl); M. Br. ho<rJ, Mod. Br. hoal (W. /av.//), 

1. Cf. the Norse norâr. 






Simiîarity in the Phonology of Welsh and Breton 355 

M. Br. ala^n (for anatf) Mod. Br. halan (W. anadï); M. Br. 
bala\n (for banatf) Mod. Br. halan, banal (W. banadl) ; M. Br. 
/(?-;/, Mod. Br. loen(W. /Ww). 

Whether the development in W. took the same direction 
as in Br. is not certain. But there are facts which lead to the 
supposition that in W. also the / eventually became dd (^f) in 
such positions. In the Black Book, where t is orthographical 
for â, we find kenetyl for Mod. W. cenedl. So it is not impos- 
sible that the d forms of Mod. \Y. were earlier d (cf. bodlon 
for boddlon*). 

This is actually the case at the présent day in the dial. of 
S. W. where forms like chweddyl, gwyddyn, gwaddan or gwad- 
dyn are eommon for chwedl, gwydn, gwadn (N. W. chadal, 
gweudyn, gwadan). In some of the poets (possibly of S. W.) 
the forms with cî occur, with a swarabhakti y. Cf. W. haed- 
del M. Br. bae~l. 

The turtherloss of the ~ before the final liquid, which took 
place in the development of M. Br. to Mod. Br. can also be 
exemplified from Mod. dial. W., t. g. 

In S. W. anal (for anaddl or anadî), cf. Br. halan, -banal; 
in N. W. dalan (possiblv for danal from danadï) in dalan poe- 
thion 'nettles'. In S. W. (and also to a certain extent in N. 
W.) the forms boddlon 'satisfied', boddloni 'to satisfy', ffyddlon 
c faithful', ffyddlondeb are pronounced bolon, boloni, ffylon, ffy- 
londeb. M. \\ T . has also bodlon for boddlon. 

The W. ordinary literary forms with d hâve, hovewer, 
their counterpart in the Br. development also. Prof. Loth 
(R. C, 16, p. 205) refers to the préservation of dr (from ear- 
lier tr) in the Br. dial. ol Ouessant (Léon), where the form 
moédreb is foùnd for the eommon M. Br. form moereb, M. Br. 
mo-reb, O. Br. motrep, W. modryb. He also compares ar edred 
'le cimetière' for ar vedred, elsewhere ar verd, with W. bedd- 
red, which, according to him, is for bedrod owing to the 
influence of bedd 'grave'. 

47. — 14). There seem to be one or two exs. in W. and 
Br. of a dental becoming a sibilant before a labial, e.g. 
M. Br. H. daspren 'to redeem' (Ir. taithehrice) for do-at-pren 



356 Parry-Williams 

according to Wh. Stok.es. In \V. the form dyvjtspwyd ' is 
found for the commoner form dywedwyd 'it was said', dywes- 
piuyd being for dyzued- or dywet-pwyd, cf. M. W. clywyspiuyd 
(from clyived). 

48. - 15). The appearancein M. Br. of the two particles 
c-, eut, which are considered to he identical, has led to the 
supposition (see R. C, 18, p. 310) that even in Br., as in 
W., nt before certain consonants became //; (Br. ~). Regularly 
Br. has nt, e. g. W. eiuythr, Br. eontr. See further R. C, 9, 
p. 382. 

W. itself seems to hâve two forms in the word cynrhonyn 
by the side of cynthron, Br. conlrounenn ; cf. Penrhyn (a plaee- 
name), which in the colloquial language has developed an 
epenthetic consonant d or / (as in Hendri for Henry), becom- 
ing Pendryn or Pentryn, th is developing further to Penthryn. 

1. The form dywespwyd may, hovewer contain an ukl participlc *dyices 
ci', deth-pwyd, daeth-pwyd. 

(To bc continuai.) 

T. H. Parry-Williams. 



L'EPISODE DU CHIEN RESSUSCITE 

DANS 

L'HAGIOGRAPHIE IRLANDAISE 



William C. Borlase, dans son ouvrage The dolmens of Ireland, 

t. III ( 1 897), p. 880, rapporte, d'après O'Donovan, unecurieuse 
légende, suivant laquelle Patrice aurait rendu la vie à un chien 
qu'on lui offrait tout cuit à manger. 

When saint Patrick was traversing Ossory for the purpose of building 
churches, ... a pagan woman out of Bàllinchrea came to him with an 
offering of a dish of roasted méat for his dinner, which Patrick 
received with manv gra^acbams (« thanks »). When, however, he 
uncovered the dish, he did not like the aspect of the méat, but 
thought that he perceived the paw of an unclean animal. He was 
immediatly struck with nausea, and kneeling upon the next stone to him, 
he laid his two hands over the roasted animal in the dish in the for m of 
a cross, and prayed to God to restore whatever animal it was to its origi- 
nal life and shape . 

And lo ! he had no sooner finished his prayer than a vellow hound 
(eu Wruiihè) started into life, and, leaping out of the dish, ran in the direc- 
tion of Waterford. 

Patrick was struck with disgust and horror at the sight, and turning to 
the working men, he said, in a solemn voice « Pursue and kill that hound, 
for she will kill every man and beast which she will meet inher course ». 
The men pursued her with their spades, shovels and pickaxes, and, over- 
taking her on the lands of Treanaree, about a mile E. of the place whence 
she started, succeeded in killing her there. There thev buriedher and over her 
grave a small stunted whitethorn bush is now to be seen called Sgeithin na 
Chou « the Little Thorn-bush of the hound ». The stones near this bush are 
impressed with the marks of a greyhound's feet, and one of them exhibits 
the figure of a greyhound in miniature. 

In conséquence of this ominous occurrence, saint Patrick abandoned his 
project, but erected this heap of stones as a mémorial of his intentions, 'on 
the top of which he placed the stone on which he knelt while he prayed, 
which was stamped with the impressions of his two knees. He called the 
place Connawee (tuée i. e buidhc), in mémorial of the resuscitation of the 
hound, and pronounced an awful malédiction on the woman, who had 
thus profanelv insulted him, and on her descendants, and place of abode. 



358 /. Vendryes. 

The curse was given in verse, and it is beliëved that it still rests on the 
country. The inhabitants of Ballincreaare remarkable for blaspherrfy, and it 
has not, since the memory of tradition, been without a lame, dunib or 
wry-mouthed man. 

M. Saloraon Reinach, qui a utilisé cette légende dans son 
article sur les Survivances dit totémisme che~ les anciens Celtes, 
Rev. Celt.,XXl (1900), p. 286, déclare qu'il n'en connaît pas 
d'autre mention. En effet, autant que je sache, elle ne figure 
pas dans la littérature, abondante pourtant, relative à saint 
Patrice. Mais j'en retrouve l'équivalent dans la vie d'Adamnan, 
publiée naguère par M. R. I. Best d'après un manuscrit de 
Bruxelles de 1628 (Anecd. from Ir. MSS., II, p. 16, § 9). 

Voici la traduction du passage en question. 

Une fois, Adamnan se trouvait un certain dimanche dans la partie sep- 
tentrionale de MaghBregh, à savoir chez les UiMicUais. On lui apporta cent 
moutons cuits, et parmi eux un chien qui avait été cuit aussi. Par la grâce 
de l'esprit saint, Adamnan reconnut le chien au milieu des moutons 
et il dit aux pourvoyeurs : « Lequel de vous nous a donné ce chien 
au milieu des moutons ? » Chacun de son côté fit serment que- 
ce n'était pas lui. Adamnan dit alors au chien : « Au nom du 
Seigneur, lève-toi vite et désigne-nous ton maître. » Le chien se leva aussi- 
tôt à la parole d'Adamnan et sauta sur son maître qu'il jeta par terre. 
Adamnan dit à l'homme : a Combien étiez-vous à commettre cet acte? » — 
« Quatre, dit le garçon, desUi Cuirb. » Adamnan le maudit alors en disant: 
« Malédiction en eux et autour d'eux ! Telle est la sentence que je pro- 
nonce de Uachtar Aid sur les Ui Cuirb. » 

Et il ajouta que leur race ne dépasserait jamais la quatrième génération. 

Le Betha Adainnâin, d'où ce passage est tiré, est un piètre 
document, tissu d'absurdités et d'anachronismes, comme dit 
Reeves, et d'ailleurs de rédaction très tardive. De son côté 
l'anecdote recueillie par O'Donovan sur le compte desaint Patrice 
est probablement de composition plus récente encore. Mais le 
fonds des deux légendes est certainement ancien et il est Irap- 
pant de constater à quel point elles se ressemblent. Les traits 
essentiels sont les mêmes, jusqu'à la malédiction lancée contre 
les auteurs du méfait. Elles renferment cependant quelques 
détails assez différents pour qu'on ne les puisse suspecter d'être 
refaites l'une sur l'autre. 

Toutes deux d'ailleurs prêtent à comparaison avec certaines 
autres légendes bien connues des hagiographies. 



L'épisode du chien ressuscité. 359 

Le pouvoir de ressusciter des animaux déjà cuits et mangés 
est un des moindres talents des saints irlandais. Dans le recueil 
de M. C. Plummer, il y en a de nombreux exemples (Vitae Sancto- 
niiu Hiberniae, p. cxliij). Mais le miracle a généralement pour 
cause un motif de justice ou de charité. Tantôt il s'agit 
de rendre à son propriétaire un animal dérobé par des voleurs ; 
tantôt de dédommager un hôte en lui restituant un 
animal qu'il a fait cuire pour nourrir le saint. Ainsi, saint 
Boèce ramène au monastère un veau qu'un voleur avait 
déjà mis dans la marmite (Vit. Sanct. Hib., t. I, p. 94). Même 
miracle dans la vie de saint M.oYmg(Rev. Celt., XXVII, 286) : 
un brigand nommé Grac avait dérobé une vache à Ruadsech 
le Rouge ; il l'avait déjà fait cuire et s'apprêtait à la manger ; 
les gens de saint Moling, ayant mis en fuite le voleur, placèrent 
les morceaux dans la peau de l'animal ; et le saint ramena ce 
dernier à la vie. 

Plus fréquemment le miracle n'a qu'un but de charité. Un 
saint homme, Crumthir Caelan, voulait offrir à dîner à saint 
Enda; il n'avait d'autre animal avec lui que le bœuf qui tirait 
sa charrue ; il le sacrifia. Le bœuf servit à nourrir le saint et sa 
suite. Le lendemain, on le retrouva plein de vie, prêta labou- 
rer ' (Vit. Sanct. Hib. ,11, 73). Saint Finan ressuscita de même 
un veau qu'on lui avait servi à dîner (ibid., II, 90); ce fut tout 
bénéfice pour l'amphitryon. Mais ici le narrateur ajoute un 
détail touchant : le saint était également préoccupé de ne pas 
causer de peine à la mère de l'animal, et tout en savourant la 
viande, qu'il devait faire revivre après le repas, il priait Dieu 
d'écarter toute peine du cœur de la pauvre vache. Cette sol- 
licitude à l'égard des animaux explique sans doute aussi le 
miracle de saint Mochua, ramenant à la vie et reconduisant 
au milieu des bois douze cerfs qu'il y avait été chercher lui- 
même pour nourrir la foule qui l'accompagnait (ibid., II, 
188). 

1. Comparez l'anecdote suivant laquelle saint Aed restitua intégralement 
à de saintes filles le dîner plantureux qu'elles lui avaient offert, parce qu'il 
les savait dans la gêne (Vit. Sanct. Hib., I, 39); ou celle encore suivant 
laquelle Colum Cille ressuscita un bœuf, entièrement dévoré par un con- 
vive glouton, pour permettre aux autres convives de manger à leur tour 
(Lives of saints front the Book of Lisntorc, 1. 1055 et suiv., p. 31 et 179). 



360 /. Vendryes. 

Plus touchant encore est le trait que l'hagiographe prête à 
saint Alban. Alors que, tout jeune encore, il se promenait 
dans la campagne, il vit approcher une louve famélique entourée 
de ses louveteaux qu'un jeûne prolongé avait amaigris. Emu 
de pitié, il les laissa dévorer un des veaux de la maison. Mais 
comme la vache menaçait de mourir de chagrin, il lui rendit 
son veau en ranimant les débris sanglants laissés par les loups 
{Vit. Sctnct. Hib., I, 6). Un miracle tout semblable est attribué 
à saint Ciaran de Cluain (//>/</., I, 202). 

Le miracle accompli par saint Patrice et renouvelé par saint 
Adamnan est d'un ordre tout différent. En soupçonnant la 
présence d'un chien dans la marmite, les deux thaumaturges 
ont éventé la ruse des gens malintentionnés, qui voulaient 
leur faire manger une viande impure: ils ont déjoué une 
mauvaise farce préparée contre eux. Le chien est un animal 
qui ne se mange pas. Borlase rappelle qu'il était interdit à 
Cuchullin (le chien de Culann) de manger la chair de son 
homonyme : geiss dô dano cârna achomanma do ithi L. L. 120 a 
14. Cette interdiction avait sans doute pour cause un tabou 
de clan (Borlase et S. Reinach. //. citât?). Mais d'une façon 
générale, il y a des animaux impurs, à la chair desquels on 
s'abstient de toucher. Les païens ne mangeaient pas de chien 
(Arnobe, adv. Gentes, VII, 16). Et comme le rappelle M. S. 
Reinach dans la Rev. Celtique, t. XXVII, p. 1 et ss., les Celtes 
ne mangeaient pas de cheval. L'hagiographie confirme d'ail- 
leurs cette répugnance. Un épisode de la vie de saint Moling 
est à cet égard caractéristique. Dans une maison où le saint 
était entré, on ne trouva que du cheval à lui donner à manger. 
Le saint s'en aperçut et fit en sorte que, retourné dans la 
marmite, le morceau de cheval devint un quartier de mou- 
ton (Rev. Celt., XXVII, 292). L'intention des hôtes étant 
pure, il n'en résulta aucune fâcheuse conséquence pour eux. 
C'est le pendant dans le genre favorable de l'aventure surve- 
nue à Patrice et à Adamnan, laquelle appartient au genre 
néfaste et entraîna de tragiques conséquences. 

J. Vendryes. 



BIBLIOGRAPHIE 



Sommairl. — I. Holger Pedersen, Vergleichende Grammatik der kelti- 
schen Sprachen, II, 2. — II. C. Marstrander, Dictionarv of the Irish 
Language, fasc. i. — III. Kuno Meyer, Uebcr die alteste irische Dich- 
tung, II. — IV. J. G. Mackay, Gille a'bhuidseir. — ■ V. Maurice Duha- 
mel, Musiques bretonnes. — VI. Sir John Rhys, The Celtic Inscriptions 
of Cisalpine Gaul. — MI. Essays and Studies presented to William 
Ridgevvay. — VIII. G. Schoepperle, Tristan and Isolde. 

I 

Holger Pedersen. Vergleichende Grammatik der keltischen Spra- 
chen, zweiter Band, zweiter Theil. Gôttingen, Vandenhoeck 
und Ruprecht, 191 3 . 353-842 p. 8°. 

Le grand ouvrage de M. Pedersen est terminé. L'année 191 3 en 
a vu paraître la dernière partie, qui est de beaucoup la plus volu- 
mineuse, puisqu'elle compte près de 500 pages. Toutefois, comme 
on le verra plus loin, la grammaire proprement dite n'y occupe 
qu'une place restreinte ; c'est surtout à la lexicographie et l'étymo- 
logie que cette dernière partie est consacrée. 

La partie précédente s'arrêtait au milieu de l'exposé du système 
du verbe. Nous avons ici d'abord la fin de cet exposé : l'étude du 
subjonctif, du futur et du prétérit, du passif et du déponent, des 
participes et de l'infinitif. On notera que M. Pedersen admet l'ex- 
plication du futur en -b- (-/-) de l'irlandais par une combinaison 
du thème verbal et d'une forme de présent de la racine *bhen- 
« devenir, être » ; c'est-à-dire qu'il maintient le rapprochement 
traditionnel de ce futur irlandais et du futur latin en -bô (p. 364). 
Il s'écarte en revanche de la tradition ordinaire en ce qui concerne 
l'origine des formes en -r- du passif et du déponent (p. 396etsuiv.) : 
berir « il est porté » sortirait, suivant lui, de *bhered se, c'est-à-dire 
d'une locution où figurait le pronom réfléchi suffixe. Cette théorie 



362 Bibliographie. 

n'est pas nouvelle ; elle avait jadis été proposée par Bopp pour 
expliquer le médio-passif latin ; mais les linguistes de la généra- 
tion suivante estimèrent qu'elle se heurtait à des difficultés pho- 
nétiques insurmontables ; aussi avait-elle été généralement aban- 
donnée. M. Pedersen ne craignit pas de la reprendre dans un 
article de la Kuhn's Zeitschrift, t. XL, p. 167 et ss. : on voit qu'il 
s'y tient toujours, malgré les objections qui lui furent adressées, 
notamment par M. A. Ernout, Mém. Soc. Ling., XV, 278. La 
découverte du tokharien est cependant de nature à ébranler sa doc- 
trine. Quand il a rédigé son chapitre sur les formes en -r-, M. 
Pedersen ne connaissait sans doute le tokharien que par l'article 
de MM. Sieg et Siegling ; cela explique la conclusion sceptique de 
sa note, p. 397 : « ein Urteil ùber die tocharischen -r-formen ist 
... vorlàufig gànzlich unmôglich ». Mais cette fin de non-recevoir 
n'est plus de mise après l'article de MM. S. Lévi et Meillet, où se 
trouvent réunies des formes en -r- qui ont toute l'authenticité et 
la clarté désirables (v. R. Ccll., XXXIV, 129 et suiv.). Suffit-il 
pour se tirer d'affaire, comme fait M. Pedersen dans sa note addi- 
tionnelle de la p. 674, de conclure que le tokharien appartenait 
jadis au groupe italo-celtique ? 11 paraît bien qu'on ne puisse échap- 
per à la nécessité d'admettre pour l'indo-européen une désinence 
en -r-, dont l'origine reste plongée dans les mêmes ténèbres qui 
enveloppent la préhistoire de toutes les désinences indo-euro- 
péennes. 

Vient ensuite une étude très poussée du verbe substantif sous 
ses différentes formes et dans ses emplois variés. Puis de la paye 
449 à la page 658 se trouve un vaste répertoire des formes verbales 
de l'irlandais. Ce répertoire était-il bien à sa place ici ? Il peut sem- 
bler malséant de poser une question pareille. Certes les celtistes 
auraient mauvaise grâce à se plaindre d'être mis en possession d'un 
instrument de travail aussi précieux, et qui a dû coûter tant de 
peines et de soins à son auteur. Et cependant il est certain que 
l'équilibre de l'ensemble en est quelque peu compromis. C'est 
un hors-d'œuvre lexicographique qui s'ajoute à un exposé gramma- 
tical. Des esprits chagrins pourront être choqués delà disparate qui 
s'accuse entre une partie doctrinale très fortement pensée, très soli- 
dement bâtie, et une partie lexicographique qui n'a que le mérite 
et l'intérêt d'un dictionnaire. Peut-être eût-il mieux valu les publier 
séparément. Remercions en tout cas M. Pedersen de nous les avoir 
données toutes les deux. 

Ce n'est pas que le répertoire des verbes ne prête à quelques 
critiques. Il est bâti sur un plan singulier. D'abord il ne comprend 



Bibliographie. 363 

en principe que des verbes irlandais ; les verbes brittoniques n'y 
figurent que dans la mesure où ils servent à un rapprochement éty- 
mologique. En outre, les verbes irréguliers y ont seuls été admis ; 
de ceux-ci, M. Pedersen donne toutes les formes attestées en vieil- 
irlandais, et aussi un bon nombre de formes moyen-irlandaises, 
sans dire d'ailleurs quel principe a réglé son choix ; il eût été utile 
d'indiquer en tête les textes ou collections qu'il a dépouillés, de 
façon à permettre au lecteur de compléter les listes en dépouillant 
de nouveaux textes. Les formes verbales sont rangées par racines 
et c'est l'ordre alphabétique des racines qui est suivi d'un bout à 
l'autre. Mais ces racines ont une forme étrange, qui n'est ni précel- 
tique, ni préirlandaise, ni même à proprement parler irlandaise. Ce 
sont des entités grammaticales théoriques qu'on ne sait comment 
définir : la première est ador- « adorer » (un emprunt latin, -adraim 
en irlandais) ; la seconde est afarneinn trutinam » (une vieille forme 
verbale stéréotypée, d'origine incertaine) ; il faut chercher dorai « il a 
donné» sous ber-(jp. 473) et -éra «que tu refuses » sous.w-(p. 636). 
Ce qui atténue cette critique, c'est l'existence d'un index alpha- 
bétique très complet, où tous les mots cités dans les deux volumes 
de l'ouvrage ont été scrupuleusement relevés. L'index se divise en 
deux parties, consacrées respectivement aux mots gaéliques et brit- 
toniques (v compris les mots gaulois). Ce double index facilitera 
singulièrement l'usage de cette grammaire ; il permettra en particu- 
lier d'en faire à l'occasion un dictionnaire étymologique, car on 
sait combien l'ouvrage de M. Pedersen fourmille d'étymologies, 
souvent neuves et originales. Le répertoire des verbes irlandais est 
d'ailleurs lui-même une manière de dictionnaire étymologique 
puisque sous chaque racine M. Pedersen ne manque pas d'indiquer 
s'il y a lieu les correspondants attestés dans les autres langues. Nous 
lui soumettrons à ce propos les remarques suivantes : P. 457, faut- 
il joindre à audud le gallois ennyn « brûler », qui passe pour une 
forme à nasale de la racine du grec at'Oco (cf. skr. inddhé « il 
allume ») ? La forme and- pourrait alors être due à une contamina- 
tion de cette racine et de la racine cand- (lat. candere, gali. cynneu). 
— P. 463, § 664 anm., cf. en irlandais même bith « a wound », 
Arch.f. celt. Lex., III, 178 et Laïus, I, 140. — P. 506, § 704 anm., 
on pourrait joindre aussi v. angl. getingan « presser » (Urk. Spr., 
146 ; Falk-Torp, p. 152) ; il a dû y avoir contamination de toutes 
ces formes. — P. 515-516, comment concilier rofadàtar avec le 
-Jidedar du Book of Armagh,si ce fidedar représente -fidetar (Thur- 
neysen, Hdb., I, 398). — P. 517, ajouter adfither « I will be paid 
back » Ériu I, 68, v. 14. — P. 621, l'explication donnée du gai- 



364 Bibliographie. 

lois hebr paraît caduque ; voir R. Celt., XXXIV, p. 141 et Morris 
Jones, a IVeish Grammar, p. 377. — P. 623, aux. exemples cités 
ligne 17, joindre le français cours, courant (d'un fleuve). — P. 626- 
627, dans le thème verbal serti-, il a dû y avoir contamination de 
la racine du latin sternere et de celle du latin serere (cf. Walde, 
Etym. IVb., 2 e édit., p. 703). 

On devra accorder une grande attention aux Berichtigungen und 
Zusàl~ x e qui occupent vingt pages de petit texte très serré (p. 659- 
678). M. Pedersen y a réuni toutes les corrections et additions qui 
lui sont venues à l'esprit pendantl'impression deson grand ouvrage : 
sur quelques points il apporte une doctrine nouvelle et condamne 
l'enseignement donné précédemment par lui. 

Tel qu'il est, et en y comprenant naturellement le répertoire des 
formes verbales, cet ouvrage représente le plus grand effort qui ait 
été tenté depuis Zeuss pour coordonner systématiquement la gram- 
maire des langues celtiques : c'est une refonte complète opérée par 
un des cerveaux de linguiste les plus puissants de notre époque. 
Malgré un défaut de plan et bien que les diverses parties en soient 
peut-être d'inégale valeur — la phonétique par exemple est plus 
poussée que la morphologie — cette grammaire comparée est d'une 
importance capitale ; elle restera longtemps l'ouvrage de chevet 
des celtistes, le réservoir où ils iront puiser et renouveler leur 
science. Longtemps la grammaire celtique restera dans ses grandes 
lignes ce que M. Pedersen l'a faite. Nous avons tout à l'heure cité 
le nom de Zeuss et évoqué le souvenir de la Gratnmatica Celtica. 
Ce n'est pas pour établir une comparaison entre les deux tempé- 
raments ni entre les deux œuvres. Toute comparaison serait factice 
et laisserait éclater de grosses différences. Mais tous deux marquent 
une date dans l'histoire des études celtiques. Zeuss conserve le 
mérite éclatant d'avoir été le premier ; il restera le fondateur et le 
promoteur ; suivant l'heureux jeu de mots de Whitley Stokes : 

Zs'jç ip/'^, Zsliç (jt-sacra, Atoç S'ex Tcâvra TSTuxxat. 

Mais M. Pedersen a renouvelé la création de Zeuss ; et en admi- 
rant la plénitude de sa Vergleiçhende Grammatik, la solidité de sa 
méthode, la rigueur des lois auxquelles il a soumis le celtique, plus 
d'un lecteur sera tenté de dire avec le poète : 

Ou yàp xi [j.oi Zî'jç tjv ô X7)pûçocç t/.os. 

J. Vendryes. 



Bibliographie. 365 



II 

Dictionary ofthe Irish Language, based mainly on Old and Middle 
Irish Materials, published by the Royal Irish Academy, under 
theeditorship of CarlJ. S. Marstrander. Fascicule I, D-dègôir. 
8 s. 6 d. 

Nous sommes en retard pour rendre compte du premier fascicule 
du Dictionary of the Irish Language de M. C. Marstrander., qui est 
daté du mois d'août 1913. Mais puisque le second fascicule se fait 
encore attendre, profitons du délai que l'auteur nous laisse pour 
lui donner tout franchement notre première impression sur son 
entreprise. Cette impression est tout à son honneur. On reste con- 
fondu d'admiration devant le travail considérable que représente 
ce fascicule, en songeant au temps et à la peine qu'il a fallu pour 
venir à bout des dépouillements nécessaires à sa confection. Le 
format de l'ouvrage est un petit 4 . Les pages sont à deux colonnes, 
contenant chacune 65 lignes d'écriture serrée. Le fascicule com- 
mence à la lettre D, et au bout de 224 colonnes on n'est encore 
qu'au mot degôir . 

Cette seule indication renferme toutefois une critique. M. Mars- 
trander a voulu faire trop vaste : il a conçu son œuvre sur un plan 
colossal, qu'une génération de celtistes travaillant par équipes réus- 
sirait à peine à exécuter. On se demande avec inquiétude combien 
l'auteur devra aligner de colonnes pour atteindre la dernière lettre 
de l'alphabet, combien lui en demanderont ensuite les trois pre- 
mières lettres, qui ont été, comme on sait, réservées pour la fin 
(voir Rev. CelL, XXXIV, 469). 11 semble que M. Marstrander ait 
pris pour modèle le Thésaurus Linguae Laliuae des cinq académies 
germaniques. Mais il ne pouvait prétendre à lui tout seul réaliser 
pour l'irlandais une œuvre analogue. Le Thésaurus latin a demandé 
l'effort soutenu d'un grand nombre de collaborateurs ; et malgré 
des concours dévoués, la publication en paraît très ralentie, faute 
de personnel. Il est à craindre que M. Marstrander ne se trouve 
arrêté aussi dans son entreprise, s'il n'en réduit pas les dimensions. 

Or, il y a moyen de réduire. On peut d'abord exclure du livre 
les noms propres de personne, comme en ont été exclus les noms 
propres de lieu. Sans doute nous n'avons pas pour ceux-là l'équi- 
valent de VOnomasticon du P.Hogan,et un dictionnaire des noms de 
personne irlandais rendrait d'immenses services ; mais c'est un tra- 
vail spécial qu'il faudrait laisser à d'autres érudits. Il conviendrait 

Revue Celtique, XXXV. 24 



366 Bibliographie. 

aussi de ne pas empiéter sur le domaine de la grammaire : l'emploi 

des formes et des cas tient trop de place en ce dictionnaire. A 
la seule préposition de sont consacrées 33 colonnes, soit plus de 
2000 lignes ! C'est excessif. Un dictionnaire n'est plus pratique 
quand il est aussi complet. 

En restreignant son effort à une tâche humainement possible, 
M. Marstrander pourra donner plus de soin aux menus détails et 
par suite éviter bien des fautes. On assure que ce premier fascicule 
en contient pas mal : le contraire eût été surprenant. Déjà des cel- 
tistes autorisés ont dressé une ou deux listes d'errata; ces listes s'allon- 
geront encore à mesure qu'on se servira de l'ouvrage. 11 ne faudrait 
pas que cela fût pour l'auteur une cause de découragement. C'est 
le malheur des travaux de ce genre de n'être jamais parfaits ; mais 
ils restent toujours perfectibles, et tels qu'ils sont, ils rendent d'inap- 
préciables services. Que n'a-t-on pas dit du Romaniscbes Wôrterbuch 
deKôrting?ou du Dictionnaire de la vieille langue française de 
Godefroy ? Ce n'est pas aux celtistes qu'il faut rappeler les 
attaques, souvent aussi violentes qu'injustes, dont le Wôrterbuch 
des Irische Texte a été l'objet : c'est pourtant depuis 1880 le 
seul complet que les celtistes aient à leur disposition pour lire 
les textes épiques. Les tâches lexicographiques sont d'autant plus 
ingrates qu'on veut les faire plus vastes et plus parfaites ; mais 
il faut savoir remercier ceux qui ont le courage de s'y livrer. Sou- 
haitons à M. Marstrander de poursuivre la sienne, qui ne sera vrai- 
ment utilisable que lorsqu'il l'aura fortement avancée, sinon termi- 
née. Qu'il se rappelle que la persévérance est une des principales 
vertus du philologue. « Quelle que soit la tâche à laquelle on mette 
la main, ce qu'il y a de mieux, c'est d'y persévérer », disait à peu 
près Mac Oige, de Lismore : cipe dan aracoratar nech lâint, îsed as 
decb fous occa (Monast. of Tall., 159,5). M. Marstrander a pris pour 
lui une tâche fort ardue : il se doit à lui-même — et il doit à tous 
les celtistes — de ne pas l'abandonner. 

J. Vendryes. 

III 

Kuno Meyer. Ueber die atteste irische Dichtung, II. Rhythmische 
alliterierende reimlose Strophen. Berlin, 1914,40 p. 4 (extrait 
des Abhandlungen der kon. preuss. Akademie der Wissenschaf- 
ten, Phil.-hist. Classe, 191 3, N. 10). 

M. Kuno Meyer termine ici l'enquête commencée par lui dans 



Bibliographie. 367 

un premier fascicule dont nous avons rendu compte ci-dessus p. 
96. Les quatre poèmes étudiés précédemment avaient pour caracté- 
ristique un rythme accentuel répartissant les mots en strophes de 
deux « Langzeilen » (séparées chacune en deux par une coupe) ; 
les mots étaient en outre reliés entre eux par l'allitération ou la « liai- 
son » ; enfin, les Langzeilen comportaient deux à deux une rime 
finale. La versification dont s'occupe ce second fascicule ressemble 
exactement à la précédente, à cette exception près qu'elle ne com- 
porte pas la rime finale. 

Exemple : 

Mal adrùalaid iathâ marb, 

macc sôer Sétni, 

selaig s rat Lui Fomrire 

for Joint' domnaïb. 

Un prince est parti pour les plaines des morts, 

le noble fils de Sétne, 

il a dévasté les vallées des Fomoré 

par dessus des mondes d'hommes. 

M. Kuno Meyer conclut de ce fait que cette versification sans 
rime représente le type métrique le plus ancien que nous puissions 
atteindre en Irlande. Nous ne possédons malheureusement aucun 
poème suivi bâti sur ce tvpe. M. Kuno Meyer n'en a retrouvé que 
des échantillons isolés, fragments épars sous forme de citations 
dans des ouvrages généalogiques du xi e ou du xn e siècle. Cela n'est 
pas fait pour faciliter l'établissement et l'intelligence du texte. Ces 
morceaux étaient pour la plupart déjà incompréhensibles à ceux 
qui les copiaient. Ils sont rangés ici d'après le nom de l'auteur 
auquel la tradition les attribue : Biïccine mac Brigni, un poète 
inconnu jusqu'ici, Ferchertne fili, Find Fili macc Rossa Rûaid, Lu- 
gair lànlili, Senchân Torpéist et Torna éces. L'ouvrage se termine 
par des additions et corrections à la première série et par de copieux 
index. 

J. Yendryes. 

IV 

J. G. Mackay. Gille abbuidscir (The Wizard's Gillie) and other 
taies, edited and translated. London, The Saint Catherine Press, 
34 Norfolk Street, W. C. 141 p. 8°. 2 s. 6 d. 

C'est un recueil de dix contes populaires écossais. Il est dédié 



368 Bibliographie. 

à la mémoire de John Francis Campbell ot Islay (Iain Og lie) 
« thegreat Masterof Folk-tales «(1822-1885). Campbell fut de son 
vivant un infatigable collecteur de contes et de ballades populaires. 
Il en réunit, avec l'aide de nombreux pourvoyeurs, de quoi remplir 
vingt-deux manuscrits, qu'il laissa par testament à la Bibliothèque 
des Avocats d'Edimbourg, où ils sont conservés aujourd'hui (v. 1). 
Mackinnon, a descriptive Catalogue of Gaelic Manuscripts, p. 281- 
282). Il tira lui-même de celle vaste collection la matière de ses 
quatre volumes, Wesi Highland 'l'aies, publiés à Edimbourg, les 
deux premiers en 1860, les deux autres en 1862; mais dans les 
manuscrits de Campbell, il v a encore beaucoup de textes inédits, 
qui réservent du travail aux philologues de l'avenir. C'est à cette 
source qu'a puisé M. J. G. Mackay. Il indique à la page 5 les 
références aux volumes manuscrits de Campbell d'où il a tiré les 
dix contes qui composent son volume. A la suite de chacun d'eux, 
il établit en note quelques comparaisons avec des contes similaires 
recueillis ailleurs en Ecosse. Le texte gaélique des contes est 
accompagné d'une traduction anglaisé placée en regard. En outre, 
six gravures, dont deux en couleurs, illustrent ce volume, qui est 
fort joliment imprimé. Les contes eux-mêmes débordent de mer- 
veilleux ; il y est question d'aventures fantastiques, de gens qui se 
transforment en toute sorte d'animaux ou d'objets, d'êtres surnatu- 
rels comme le Grand Wizard, de fées qui attirent et entraînent les 
hommes, de géants et de nains, de palais enchantés, etc. L'un de 
ces contes roule sur le même thème que la fable de Perrette et le 
pot au lait (The Cogie Carlin' s Rhapsody, p. 48-5 3). C'est en résu- 
mé une riche moisson pour les folk-loristes. 

J. Vendryes. 

V 

Maurice Duhamel. Musiques bretonnes, airs et variantes mélodiques 
des « Chants et chansons populaires de la Basse-Bretagne », 
publiés par F. M. Lu/el et Anatole Le Braz. Paris, Rouart et 
Lerolle, 191 3. viij-224p. 8°(avec prélace de M. A. Le Braz). 

Chacun sait quel service a rendu Luzel à la Bretagne en publiant 
les deux recueils des Gwer%iou et Souiou Brei\ I\el (ce dernier avec 
la collaboration de M. A. Le Braz) ; voir Revue Celtique, II, 268 et 
XII, 173 et 303. Il faisait connaître un trésor poétique qui reste, 
malgré de nombreuses influences et réminiscences du français, une 
des œuvres les plus originales de la littérature bretonne. Mais il 



Bibliographie. 369 

manquait quelque chose à la publication de Luzel. Des chansons 
privées de leur mélodie, c'est comme des fleurs séchées, sans cou- 
leur ni parfum, comme des corps sans Ame et sans vie. Déjà La 
Villemarqué avait donné dans son Bar7jl\ Brei\ un nombre impor- 
tant de mélodies bretonnes ; et de même Narcisse Quellien dans ses 
Chansons et danses des Bretons Armoricains. Toutefois la récolte des 
mélodies populaires ne commença d'une façon sérieuse qu'avec 
Bourgault-Ducoudray. Ce dernier entreprit de recueillir les airs des 
chansons publiées par Luzel : malheureusement il n'eut le temps 
que d'indiquer la voie à suivre et ses Trente Mélodies bretonnes 
n'eurent pas de suite. Un jeune musicien breton, dont nous avons 
déjà loué le zèle érudit pour les chants populaires de son pays, 
M. Maurice Duhamel, a été assez heureux pour réaliser le projet de 
Bourgault-Ducoudray et mener à bonne fin l'œuvre commencée. 
Le répertoire qu'il publie a, au point de vue breton, comme le dit 
M. Le Braz dans sa préface, une importance capitale. 

Le répertoire comprend 432 airs rangés dans l'ordre même de la 
publication de Luzel. Il est vrai que M. Duhamel n'a pas retrouvé 
les airs de toutes les gwerzes, de tous les sones. En confrontant 
sa table des matières avec celle de Luzel, on constate qu'il reste dans 
cette dernière un certain nombre de paroles sans romances, ou 
pour mieux dire de chansons sans notation musicale. Mais en 
revanche M. Duhamel donne souvent pour la même chanson deux 
ou trois mélodies différentes, qu'il a rencontrées dans les diverses 
régions du pays. Son répertoire résulte pour la plus grande part 
d'une enquête personnelle ; il a noté les airs que lui fournissaient 
des chanteurs, amateurs ou professionnels ; et l'on a plaisir à 
retrouver dans son livre les noms de ces humbles illettrés, déjà col- 
laborateurs de M . Le Braz et qui, grâce à lui, ont pris place dans 
la littérature bretonne. Mais M. Duhamel a utilisé aussi les disques 
phonographiques conservés au laboratoire de phonétique de la 
Faculté des Lettres de Rennes ; ces disques perpétuent la voix de 
Marc'harit Fulup, la dernière cigale bretonne. Enfin il a complété 
sa documentation en reproduisant certains airs précédemment notés 
par quelques amateurs de musique bretonne et même parfois déjà 
publiés ; ainsi ce qu'il y a de vannetais dans son répertoire figure 
déjà dans Chansons populaires dit Pays de Vannes qu'il a publiées avec 
M. L. Herrieu (v. R. Celt., XXXIV, 105 et XXXV, 121). 

L'ouvrage a comme document une valeur de premier ordre. 
Grâce à la variété des sources, il permettra aux musicographes de 
se renseigner sur le caractère propre aux mélodies de chaque région, 
et de vérifier par suite, pièces en mains, les conclusions présen- 



370 Bibliographie . 

tées sur cette question par M. Duhamel lui-même dans un travail 
dont nous avons parlé (v. Rcv. Cclt., t, XXXII, p. 369). Il y a en 
effet parmi ces mélodies d'assez grandes différences. La plupart ont 
un caractère populaire très prononcé : intervalles inattendus, 
cadences étranges, rythmes imprécis font penser à certaines phrases 
de Grieg. Mais il en est aussi quelques-unes qui, par la carrure de 
de leur rythme et par la régularité de leur cadence, rappellent les 
airs populaires français, voire même les romances qui enchantaient 
nos grand'mères ou celles que feu Gounod affectionnait dans ses 
opéras. Ainsi on sera frappé de l'opposition qui éclate entre les 
numéros 305-307 du recueil et le numéro 308 ; tous quatre se rap- 
portent à une même chanson, mais le numéro 308 avec sa finale 
en fanfare, semble un refrain d'opérette, tandis que les trois autres 
ont la mélopée traînante des modes archaïques. Les numéros 303, 
3 16, 3 17, 328 ont tout à fait l'allure de morceaux français. Il v aurait 
un délicat travail à faire pour distinguer dans ces chants ce qui 
est national de ce qui est importé. L'influence française, même la 
moins recommandable. celle des chansons de route de nos troupiers, 
est dans certains cas évidente. P. 160, je ne sais pas pourquoi M. 
Duhamel écrit Blonigueaii avec un point d'interrogation ; il s'agit sans 
doute du bourg de Plouigneau, dans l'arrondissement de Morlaix. 

J. Ykxdryes. 

VI 

John Rhys, The Celtic Inscriptions of Cisalpine Gaul (Proceedings of 
the British Academy, VI, 1913)- 90 p. 8°, avec 8 planches. 

La celticité des inscriptions dites Lépontiennes est encore discutée. 
Danielsson (Zu den Venetischen und Lepontischen Inschriften, 1909) 
incline à les croire celtiques comme Hirt '. Pedersen en doute (Vergl. 
Gr., Il, p. 659). Rhvs se prononce nettement en faveur de leur 
celticité. 

Ce que Rhys appelle Gaule cisalpine, il le définit et le délimite 
page 3 L'aire des inscriptions se divi.se en quatre districts : i° Luga- 
110 et les environs dans le Tessin ; 2° vallis Diubiasca, embrassant 
le bassin du Tessin, de Locarno qui est à l'extrémité du lac Majeur, 
jusqu'à une petite distance au delà de Bellinzona. Rhvs y ajoute le 
cours de la Moësa avec la petite ville de Musocco dans un coin 

1. ïndogermanen 1905, 1907, II, 564. Sur la question, d. Kretschmer 
Kuhn's Zeitschhft, XXXVIII, 101 (1905); Herbig, An^eiger f. sebw. dit, 
1905-6, p. 187; Indog. Forsch., XXVIII (1911), pp. 23-6 






Bibliographie. 371 

sud du pays des Grisons ; 3 la zone sud du district de Lugano, 
limitée par une courbe tracée des environs de Lecco à Milan, de là 
à Novare, de Novare au lac d'Orta et Ornavasso sur la route con- 
duisant à Domodossola ; 4 le pays autour du lac de Garde. 

Rhys a vu lui-même les inscriptions, chaque fois que cela a été 
possible ; il yen a qui ont disparu. Il nous en donne en appendice, 
un bon nombre de photographies. Les recherches qu'il a dû faire 
à ce point de vue ont été parfois fort laborieuses. 

Comme il y a très peu de noms communs dans ces inscriptions, 
le critérium le plus sûr est la comparaison avec l'onomastique net- 
tement et sûrement celtique, et aussi avec les formes casuelles et 
verbales dont l'origine celtique n'est pas douteuse. 

Un mot d'une grande importance, qui revient dans cinq inscrip- 
tions de la première zone, c'est pala. La lecture ne saurait en être 
douteuse, car une des inscriptions est en alphabet romain ; l'alpha- 
bet des quatre autres, qui est nord-étrusque, au contraire, n'a pas 
de lettres pour les occlusives sonores, b, d, g. D'ailleurs on trouve 
en capitales romaines Die u pala (p. 71). Rhys adopte l'interpréta- 
tion de Kretschmer (K. Z., XXXVIII, 101) qui le traduit par 
tombe, en le rapprochant du gallois, comique (et breton) pal, 
bêche; gall . palu, corn, palas, bret. palat, bêcher. L'auteur, en 
note, avec raison, fait remarquer qu'il est impossible de ramener 
l'irlandais to-chlaim, je creuse, cechlatar, foderunt, à pal, et à une 
racine quai, ce qu'a supposé Stokes, Urk. spr. Le correspondant 
exact du verbe irlandais est le gallois claàu, fouir, creuser, auquel 
il faut ajouter le breton cla^a, vannetais claouein, le coxmc\\itclath-va, 
enterrement. 

I, p. 4. Slaniai vcrkalai Pala : slaniai verkalai (à lire vergalaï) 
seraient des datifs féminins. Rh* s rapproche slaiiiâ de l'irl. slân, 
bien portant, en bon état, du gallois llonvd, paisible, con- 
tent. Malheureusement on cnercherait vainement dans Y Alt. Cclt. 
Sprachschat; de Holder, un nom tiré de ce thème. Vergala serait 
dérivé de la racine verg- bien connue, et serait un adjectif en -àlo-s, 
-âlâ ? Un des exemples gallois donnés à propos de ce suffixe est 
erroné, Rhys commet, à ce sujet, la même erreur que Pedersen. 
Morawl pour lequel Rhys renvoie aux Oxford mabinogion, p. ni, 
n'est pas le moins du monde un dérive en -alo- de mor; il remonte 
au vieux-gallois du X e siècle, mor-gablou, gl. aestuaria 1 . La vocali- 
sation de -avl en -awl est un fait bien connu. Il est d'ailleurs pos- 
sible que le w dans le mabiuogï de Kulhwch représente v. 

1. J. Loth, Revue Celtique, XI (1890), p. 110. 



372 Bibliographie. 

P. 8: Tisiui Pivotialùipala. Nous aurions ici un ancien datif 
en -ûi (grec -toi). Rhys conserve Tisios, mais lit Bivotiâlo-s ; ce qui 
l'amène, p. 20, à lire Légalement Bivonei pour Pivonei. Bivotialo-s 
serait un dérivé de Bivotio-s, dérivé lui-même de bivoto- . Pour 
bivoto, cf. pioTo; ; pour l'irlandais beothu, existence, gén. bethad, 
cf. ^toTY,; [Îiott[toç. En note, Rhvs fait remarquer que les articles 
concernant biad, beothu, bywyd dans ['Alt. celt. Spr. de Stokes sont 
à réviser. Sans s'en douter, l'auteur est d'accord avec moi. En 
1899 (Revue Celt., XX, p. 345), j'avais déjà fait remarquer que biad 
ne correspondait pas à bywyd, ni comme sens, ni comme forme, et 
que bywyd, au contraire, était identique à beothu, tous les deux 
remontant à bivo-tùs; bywyd signifie existence, comme beothu, tandis 
que biad a le sens de nourriture. Pour le sens, c'est bwyd, breton 
boued qui répond à biad ; mais biad est dissyllabique, tandis que 
bwyd est un monosyllabe. Il faut donc les séparer. Pour bwyd, 
il parait bien remonter à *bei-fo-, *gvei-io^. 

Pp. 9-1 1, Rh) r s discute les questions capitales des terminaisons en 
-u et en -;//. Kretscbmer (K. Z., XXXVIII : Die Insclir. von Ornavasso 
und die Lig. Sprachè) partant de l'idée que les formes en -///' étaient 
les génitifs, concluait qu'on avait affaire non à une langue cel- 
'que, mais au ligure. Hirt le premier (Ifidog. II, 564) proposa 
d'y voir des datifs, se prononça nettement en faveur de la celticité 
des inscriptions, quoique, pour lui, les Ligures ne soient pas des 
Indo-Européens (I, 43-9). Rhys fait l'importante remarque que, 
en Gaule même, à coté de datifs en -M (Anvalonnacu), il existe quel- 
ques datifs en -/// : Balandui Maccarioui. 

Les datifs en -oui supposeraient un nominatif en -os ; ceux en 
-ou (ou -ou), un nominatif en -us. Cependant, même pour des 
tbèmes en -0- Rhys est obligé d'admettre des datifs en -// (p. 61 
Amaseu, p. «Si Pruiantiteu) . Ailleurs, une forme en //- devient un 
nominatif: p. 51, Namu Esopnio, serait à lire Namu Esopnios, 
Namu, fils d'Esopno-s. 

L'hypotbèse joue un rôle tel dans la lecture même des inscrip- 
tions qu'on ne peut se défendre d'un certain scepticisme. (Test ainsi 
que p. 13, l'inscription ne donne que Sunalei mako ; Rhys lit sunalei 
makoni. Ce qui me frappe le plus, ce sont les deux inscriptions des 
pages 32 et 5^. Page 32, on a: Raneui valaunal ; p. 5^. Koitnila 
Tuuiil. Pour la première, Rhys lit : Raueui vaîaunal(ï) ; pour la 
seconde : koitnila Tunala. Or, l'auteur le reconnaît lui-même, il 
n'y a aucune raison apparente pour que i d'un côté, a de l'autre 
aient été omis. L'inscription de la page 64 est aussi troublante :Latu- 
marni sapsutaipe vinom uaxoui. Rhys traduit : du vin de Naxos à 



Bibliographie. 373 

Latumaros et à Sapsutai, pe étant donné comme identique au latin 
que comme origine et construction. Il faut de plus admettre une 
terminaison neutre en -ni que les langues celtiques ne montrent 
pas. De plus, il y a à compter avec le gaulois Brivatiom. 

Nul doute que certaines inscriptions ne donnent des noms et des 
formes celtiques. Mais mon impression est qu'il y a aussi autre 
chose. 

L'impression de malaise que donne la lecture de l'ouvrage vient 
peut-être aussi de l'abus des comparaisons hasardées avec les langues 
néo-celtiques. Je n'en donnerai qu'un exemple entre cent. Page 83, 
on est en face d'une inscription ainsi déchiffrée : Pelkui : Pruiamiteu : 
Karite : iuuos : Kalite : palai. Rhys suppose que Karite est pour 
Karinles, parents. Kalite devient l'impératif, 2 e pers. du plur. d'un 
verbe de même racine que ealare (cf. gallois ceiliog, coq) ; iuuos 
est Yivos du Calendrier de Coligny et signifie fête, banquet; palai 
est un locatif. Le texte se traduit par : 

« à Pelgos Pruiamiteos ses parents (donnent ce tombeau); appelez 
un banquet à eette tombe ! » 

En ce qui concerne les comparaisons avec les langues celtiques, 
bon nombre sont intéressantes, mais d'autres ne s'imposent pas. 
De plus, certaines remarques étaient au moins superflues. 

P. 13, Rhys rapproche les terminaisons" du vieil-irl. en -en des 
terminaisons galloises en -wyn ; le tout remonterait à un proto-cel- 
tique en -ciio-s. Il est vrai que dans certains noms propres, le vieil- 
irlandais -eu = gallois -wyn : ex. Benén, gall. Benwyn — Benêgnus 
pour Benignus. Mais les terminaisons longues du vieil-irlandais sont 
toutes dues à l'allongement compensatif ; quand elles ne sont pas 
empruntées, elles sont toujours dues à la chute d'une consonne 
toutes les anciennes voyelles longues atones ayant été abrégées. 
Guiantuin, printemps, corn, guaintoin supposent au contraire, 
vesant-eino-s ; cf. haloin = saleiuo-, 

P. 20, le nom propre Aita serait de même origine que l'irl. 
moyen aile, irl. mod. qide, père-nourricier, tuteur. Or, il n'y a 
pas de diphtongue en irlandais ; le / devenu d représente évidemment 
deux t. Macbain, avec quelque vraisemblance, le fait remonter à 
attio-s. 

Le nom à'Alkovinos signifierait celui qui a un bouclier blanc. Ici, 
le gallois seul intervient : il y a, en gallois, un mot alch qui signifie 
gril, et un autre astalcb, signifiant bouclier. Rhys décompose astalch 
en ast emprunté au latin hast a et en alch : ce serait un spear-shicld. 
astalch ne se trouve que très tardivement au XVI e siècle. Ast n'appa- 
raît nulle part dans le sens de hasta. Quant à la couleur du bou- 



374 Bibliographie. 

clier, elle est justifiée par un passage de Fled Bricrenn. Mais ici, la 
blancheur des boucliers est due à ce qu'ils sont blanchis à la 
chaux, usage, il est vrai, qui a existé aussi chez les anciens-Gallois. 

P. 36 à propos dn nom Gnoia, il v a une note qui prend toute la 
page sur l'irlandais Gnôe. Ce nom aurait été importé en Galles par les 
Dési. Les Gallois en auraient fait Noe, qu'on trouve aussi sous la 
forme Nougui. Or, le vieux-gallois, comme le vieux-breton, con- 
serve parfaitement le groupe gn-, initial. Aujourd'hui encore, on 
a en Galles, par exemple, qriawd, le moyen-breton a gnou, gneuiff, 
gnouhat. Le cas échéant, Rhys ne peut résistera la tentation d'accom- 
moder la linguistique à ses théories ethnologiques, fût-ce au prix 
d'une entorse à des lois phonétiques bien établies, qu'on aurait 
tort de supposer qu'il ignore. 

P. 43, à propos du nom propre Alioi, l'auteur est amené à s'oc- 
cuper du gallois eil, ail, second. Il fait remarquer qu'il ne peut 
être ramené à l'irlandais aile, aîio-s ayant donné al! en gallois. Il 
revient sur cette question, p. 88, et se range à l'opinion de 
Morris Jones, Welsh Grammar : cil viendrait de aliô-s. J'avais pro- 
posé cette solution à titre d'hypothèse [Revue Celt., XVII, p. 437). 
Je ne la crois pas meilleure pour cela et la tient même pour 
invraisemblable. Pour ail, v. Pedersen, Vergl. Gr., IL p. 196-197. 
Le rapprochement de eil = aliô-s avec ceiliawg = caliâco-s n'est 
pas juste. Sur ce dernier phénomène, v. J. Loth, Remarques et addi- 
tions àStrachan, pp. 9-1 1. Le breton eil, le comique neyle, nyll, exil 
présentent, je dois le reconnaître, de sérieuses difficultés. Les deux 
seuls mots qui présententune épenthèse, en breton, sont eil, second 
(avec l mouillé), et leil, fumier. Le comique présente également 
pour»o7/, d'après les graphies modernes, une diphtongue. Déplus, 
le sens du comique est assez différent de eil, gallois et breton. 

Malgré les quelques doutes qui peuvent subsister sur certains 
mots et certaines formes, le travail de John Rhys a sûrement fait 
faire un pas à la question dans le sens de la celticité. C'est un 
titre sérieux de plus, ajouté à tant d'autres, à la reconnaissance non 
seulement des Celtistes, mais encore de tous les ethnologues. 

Il est regrettable que l'auteur n'ait pas résumé les données des 
archéologues sur l'âge des tombes à inscriptions. M. J. Déchelette 
a eu l'extrême obligeance de me communiquer les bonnes feuilles 
de son second volume sur le second âge du ter celtique, qui va 
paraître. Les sépultures sont toutes de l'époque de la Tène. Celles 
d'Ornavasso sont clairement datées. Elles se divisent en deuxgroupes : 
le groupe de San Bernardo (165 tombes) ; le groupe de Persona 
(330 sépultures). Dans les tombes de San Bernardo, on a trouvé 



Bibliographie. 375 

192 monnaies allant de 217 a 74 avant J.-C. ; à Persona, elles vont de 
89 avantJ.-C. à8ode notreère. La civilisation' révélée par ces tombes 
estceltique. Jusqu'à 100 avant J.-C, la population d'Ornavasso se ser- 
vait même à peu près exclusivement de l'épée gauloise. Ces sépul- 
tures appartiennent à laTène II et 111. On trouvera sur ces questions, 
une bibliographe étendue et tous les renseignements désirables 
dans le nouveau volume de M. Déchelette, particulièrement 
pp. 1082, 1091 et suiv. En somme, quoi que l'on pense de l'origine 
des Ligures, c'est incontestablement dès le commencement de 
l'époque de la Tène, et, par endroits, plus tôt, que la civilisation des 
conquérants celtes s'est imposée aux indigènes. Les tombes 
étant en somme celtiques par le mobilier et la civilisation, rien de 
surprenant à ce que les inscriptions funéraires le soient également, 
au moins pour une bonne part. Mais que devient alors leCeltican} 

VII 

Essays and studies presented to William Ridgeway, on bis sixtieth 
Urthday 6 august 191 y, edited by E. C. Quiggin, Cambridge uni- 
versity Press, 191 3. 

Ce beau volume de mélanges, dont l'ordonnance est due à notre 
savant collaborateur, E. C. Quiggin, a été offert à W. Ridgeway, 
l'archéologue bien connu, à l'occasion du 60 e anniversaire de sa 
naissance, par un groupe nombreux d'admirateurs. On ne s'éton- 
nera pas de la diversité des matières qui y sont traitées, si l'on 
songe que l'activité de Ridgeway s'est exercée dans toutes les 
branches de l'archéologie classique et préhistorique, et que par- 
tout il a fait preuve de l'esprit le plus original et lie plus péné- 
trant. L'ouvrage se divise en trois parties : i° chtssics ami ancient 
archeology ; 2 medixval Literature ami history ; 3 anthropology ami 
comparative religion. 

La deuxième partie contient quatre articles de nature à intéres- 
ser les celtistes, à divers titres. 

I. R. s. a. Macalister, The Coîophon in the Lindisfame Gospels, 
p. 299. 

Ce manuscrit, aujourd'hui au British Muséum (Cott. Nero D- 
4), connu sous différents noms, The Book of the Gospels of Lindis- 
fame, The Book of Durham, The Book of St. Cuthbert, est univer- 
versellement regardé comme un des plus admirables spécimens de 
l'école d'art qualifiée de celtique. Il est le seul que l'on puisse com- 
parer au fameux Book of Kells, et même, d'après Macalister, à 



376 Bibliographie. 

certains égards, montrerait l'art celtique dans un état de pureté 
plus grand que son rival. 

Or, ce magnifique et incomparable spécimen de l'art celtique, 
une souscription finale en dialecte northumbrien, l'attribue à des 
Anglo-Saxons : l'ouvrage à Eaifrid, évèque de Lindisfarne, la cou- 
verture à son successeur Edilvald, la décoration en or et argent à 
l'anachorète Bilfrid- L'auteur de la souscription est un cer- 
tain Aldred, fils d'Alfred qui se qualifie de presbiter indignus cl 
miserrimus, non sans raison, dit Macalister, carie misérable a grif- 
fonné une glose interlinéaire dans son dialecte natal à travers tout 
le livre, sans épargner même les pages enluminées initiales qui 
avaient coûté tant de peines à l'artiste. Les dates des évéques cités 
sont respectivement 698-721 et 724-7.(0. Les gloses et la sous- 
cription sont d'une main du X e siècle. 

Si l'on réfléchit que les belles œuvres de l'art celtique ne 
sont pas antérieures au ix e -x c siècle, l'attribution du plus ancien 
spécimen et du plus remarquable peut-être de cet art à îles 
Anglo-Saxons devient véritablement incompréhensible. Comme le 
dit Macalister, ce serait aussi extraordinaire que la collaboration 
des anges, dont parle Giraldus Cambrensis, dans l'exécution de 
V Êvangéliaire de Kild.rie (depuis longtemps disparu). Aussi Maca- 
lister n'hésite-t-il pas à rejeter l'autorité du souscripteur. Pour lui 
non seulement Ealfri n'a pas écrit le manuscrit, mais il ne l'a 
même pas vu. Il y a un précédent : malgré l'autorité de la sous- 
cription finale, personne aujourd'hui ne croit que le Book of Dur- 
row ait été écrit de la main de saint Columban dans l'espace de 
douze jours. U Êvangéliaire de Lindisfarne ne peut être que du 
IX e siècle. Il a dû être écrit en Irlande et tomber entre les mains 
des Anglo-Saxons par des moyens peu légaux : non contents, dit 
Macalister, de le voler et de le salir par leurs griffonnages, les 
Saxons s'en sont attribué la paternité. 

Macalister fait justice de deux arguments invoqués par Bruun ' 
pour soutenir l'autorité du souscripteur. 

D'après Bède, un certain Adrien, abbé de Nisita près Naples, au- 
rait visité Lindisfarne en 668 av. J.-C. Or, on a reconnu des traces 
d'influence napolitaine dans l'évangéliaire. Macalister répond que 
Adrien visitant Lindisfarne trente ans avant l'avènement d'Ealfrid, 
aurait dû, dans ce cas, laisser après lui son êvangéliaire, que cet 
êvangéliaire serait resté au monastère pendant trente ans, et qu'en- 

1. Au Enquiryinto the art ofthe illuminated manuscripts oj themiddh 
Part 1, Celtic illuminated mss . , 1898. 



Bibliographie. 377 

fin il aurait été choisi, comme base d'un exemplaire enluminé de 
préférence à tous les autres modèles. Dans le mouvement inces- 
sant de missionnaires avides de science, à cette époque, l'influence 
napolitaine a pu se faire jour jusqu'à un monastère celtique par 
bien d'autres voies. 

Un autre argument de Bruun, c'est que les noms d'Ealfrid, 
Eilwald, Billefricî, indiquent une tradition précise. Ce sont des per- 
sonnages peu connus. Une tradition vague aurait associé la pré- 
cieuse relique à un nom plus illustre, par exemple, celui de Saint 
Aidan. Macalisîer répond que ces noms, obscurs pour nous, étaient 
de grands noms pour le moine Aldred. Il avait leurs tombes vrai- 
semblablement journellement sous les yeux. 

II. H. M. Chadwick, Some Germax Riyer-xames, p. 315. 

Si personne ne met en doute que les districts à l'ouest du Rhin 
et au sud du Main n'aient été celtiques, en revanche on diffère d'avis 
en ce qui concerne les bassins de l'Ems, du Weser et de la Saale. 
Les arguments archéologiques ne sont pas convaincants. Quant à 
l'argument tiré des noms de rivières terminés dans le bassin de 
l'Ems et du Weser par -pe, -p, et plus au sud, par -fe, -/, repré- 
sentant un ancient -apa, ou -affa, il est également sujet à contro- 
verse. Il n'y a assurément pas de preuves en faveur de l'existence 
d'un mot germanique ap-. 

Chadwick fait faire un pas à la question. Il établit que le nom 
de la Wipper désignant trois rivières de Thuringe, et le nom du 
Weser sont celtiques. 

Une première présomption, c'est que un affluent du Rhin entre 
Dûsseldorf et Deutz porte le nom de JVipper et qu'en Belgique, une 
rivière la Vcsdrc se jette dans l'Ourthe non loin de Liège. Si on 
peut dire que ces noms ont à la grande rigueur, pu être introduits 
par des envahisseurs Germains, il n'en est pas de même en Angle- 
terre. La rivière Wear (Durham) porte un nom, qui sous la forme 
JViur, se montre au commencement du vm e siècle (Bède, H. E., 
IV, 18 ; Y, 21). Il montre la disparition de s intervocalique con- 
forme aux lois du brittonique, et ne peut guère être séparé du 
nom de Weser. 

La Weaver, en Cheshire, représente vraisemblablement un anglo- 
saxon *iueofre : cf. Wevre, Wivreham, plus.tàrd Wever(e) au xm e s, ; 
peut-être Weaverthorpe en E. Reding. C'est sans doute le même nom 
que celui de la Waver en Cumberland, pour *waefer, avec le chan- 
gement northumbrien en e de œ après w\ Ce nom est identique à 
celui de Wipper; seulement weaver est exempt du changement tcu- 
tonique de b en p. La présence de ces noms en Angleterre, Bel- 



378 Bibliographie. 

gique, pays rhénans, Thuringe et au nord-ouest de la Germanie, 
est significative. Il semble bien que les Celtes aient occupé une 
partie du nord-ouest de la Germanie et aussi de la Thuringe. 

Dans une note, p. 322, Quiggin apporte une frappante confir- 
mation à la thèse de Chadwick sur la Weaver. 

Dans le Book of Llandav, éd. G. Evans, p. 159, un ruisseau en 
Monmouthshire porte le nom de Guefr-duvr 1 . Il n'est pas inu- 
tile d'ajouter qu'en gallois gwevr est le nom de ['ambre. Ce nom a-t- 
il été donné à la rivière par métaphore, à cause de la couleur de 
ses eaux ? Est-ce un souvenir de temps antérieurs ? Il est fort pos- 
sible que le nom de lieu du Cornwall Guer-thour qui ligure dans 
VOrigo mundi, p. 2588, soit identique a Guevrduvr. 

III. O. J. Bergin. A poem by Godfraidh Fionn O'Dàlaigh, p. 322 
(texte, traduction et notes). 

Fionn O'Dàlaigh mourut en 1387. Son poème est un éloge du 
jeune Maurice Fitz Maurice, second comte de Desmond. Le père 
était mort en 1356; le fils mourut en 1358. Rien dans sa courte 
vie ne justifie les louanges hyperboliques dont l'accable le 
poète. 

La composition de cet encomion rappelle l'art de Pindare. Compa- 
rantl'insignifiant Maurice au dieu LughLâmhfhada, le poète s'évade 
des banalités obligatoires en pareille matière, et chante l'aventure 
de Lugh devant le palais de Tara. C'est l'épisode bien connu de la 
seconde bataille de Moytura. Le poète malheureusement tourne 
court trop tôt pour établir une comparaison entre les hauts faits de 
Maurice et ceux de Lugh. 

Espérons que Bergin continuera à noustaire connaître les compo- 
sitions des poètes irlandais du moyen âge qu'il connaît mieux que 
personne. Elles peuvent être d'une grande utilité et pour la langue 
et pour les traditions de l'ancienne Irlande. Il y a, par exemple, 
dans le poème de Godfraidh un passage qui peut nous servir à 
corriger une évidente maladresse du compilateur de la Seconde 
bataille de Moytura. Lugh nous est donné d'abord, avant qu'il ne se 
présente devant Tara, et danstrois autres passages, sous le nom de 
Samh-ildânach. Quand le portier lui demande son nom, il répond 
qu'il s'appelle Lugh. 11 est clair que ce nom eût suffi à lui ouvrir 
les portes du palais des Tùatha De'Danann dont il était un des 
chefs. Il a dû ou éluder la question ou donner un nom comme 
Samh-ildânach. En effet dans le poème de Godfraidh, le portier lui 
demandant d'où il vient, il ne donne pas son nom ; il répond qu'il 

i. La forme du B. of Ll. est Gutvrduur. 



Bibliographie. 379 

est un poète venant d'Eamhain des Pommiers, des cygnes et des 
ifs. 

IV. E. C. Quiggin. O'Conor's house atCloenfree, p. 332 (texte 
et traduction). 

Le chef dont il s'agit est Hugh, fils d'Owen,fils de Rory O'Conor, 
tué en 1309, après un règne fort agité commencé en 1293. Le 
poème publié par Quiggin est mentionné dans le Catalogue 
d'O'Grady. p. 353. L'autre composition sur le même sujet se 
trouve dans le Book ofthe Dean of Lismore. Le texte donné ici repose 
sur le Stowe ms. de la R. I. A. A v. 2. Les variantes au bas des 
pages sont tirées de l'O'Gara Book (F), Y O'Conor Don' s Book (C) et 
de deux mss. de la R. I. A. : 23417 (L) et A iii 2 (A). En raison 
de sa structure recherchée et des détails techniques qu'il renferme, 
Quiggin déclare quece poème constitue leplus formidable spécimen 
de travail bardique qu'il ait rencontré. Personne ne le contredira. 
Lepaiîis (tiré de palais) paraît avoir été détruit en 1306, par Mac 
Dermot. Les restes d'un fort en marquent l'emplacement. Par sa 
langue et les renseignements qu'il nous donne sur une construc- 
tion de la fin du xm e siècle, ce difficile poème est loin d'être sans 
intérêt. C'est une utile publication. 

Le volume se termine par un index des noms propres dû à E. C. 
Quiggin. 

J. LOTH. 

VIII 

Gertrude Schoepperle, Tristan and Isolât : a study of the sources 
of the romance, 2 vol., Francfort et Londres, 1 9 1 3 . 

11 v avait deux façons de comprendre une étude des sources du 
roman de Tristan : ou s'engager dans une étude relevant du Folk- 
lore, en général, en analysant tous les éléments du roman et en 
relevant tous les points de comparaison qui peuvent exister dans les 
différentes littératures, même en dehors de l'Europe; ou rechercher 
les sources immédiates du Roman, tel que les poètes français, 
Thomas et Béroul et leurs imitateurs nous l'ont fait connaître, 
dans la littérature du pays où il a été élaboré. La première étude, 
dans ce dernier cas, qui s'imposât, celle sans laquelle toutes les 
autres risquaient de rester infructueuses ou inutilement labo- 
rieuses, c'était de déterminer la patrie du Roman. Or, il ressort 
du Roman même, avec la dernière évidence, que cette patrie est 
une région de l'île de Bretagne; que cette région était trilingue,- 



380 Bibliographie. 

qu'on y parlait une langue brittonique, l'anglais et le français. La 
seule région qui réunît ces conditions ne pouvait être que le 
Cornwall ou une zone du pays de Galles au Xl e -Xll e siècle qui, 
ici, ne peut être en cause. 

C'est guidé par ces principes que j'ai pu trouver en Cornwall 
les lieux les plus importants où se sont déroulés les principaux épi- 
sodes du drame 1 . Que Thomas et Béroul aient eu d'autres sources 
parfois que les sources comiques, qu'ils aient introduit d'autres 
cléments dans leurs récits, peu importe : la critique peut jusqu'à 
un certain point le constater et l'expliquer. L'incohérence qu'on 
peut relever dans leur géographie était inévitable; aucun d'eux n'a 
habité le Cornwall, quoique sûrement une des autorités de Béroul 
l'ait bien connu. De plus, il y a, comme je l'ai montré, en 
Cornwall, des apports anglo-saxons, bretons et français. 

Miss Schoepperle s'est fort peu préoccupée de ces questions 
capitales. Elle ne peut cependant arguer de son ignorance. Par les 
citations qu'elle fait, comme par certains passages où je ne suis 
pas cité, il est parfaitement sûr qu'elle a lu mes Contributions à 
l'étude lies romans de la Table Ronde, au fur et à mesure qu'elles 
paraissaient dans la Revue Celtique (le premier article est de 
1909). 

Hypnotisée par l'idée qu'il fallait aller chercher les sources de ce 
roman dans le pays néo-celtique qui a conservé la plus riche 
littérature, elle a tourné le dos à la Bretagne et obstinément fermé 
les yeux à tout ce qui pouvait l'empêcher de poursuivre sa chimère 
et s'est lancée à la recherche des sources dans les sagas irlandaises. 
Le résultat de ses longues erreurs à travers les fondrières, les lacs, 
les montsdénudés, et aussi les vallées verdoyantes d'Erin, le voici 
(II, p. 445). Ce que les auteurs français ont trouvé, c'est une his- 
toire celtique du genre des Jilheda (sing. moyen -irl., aithed ou 
alhed), fuites, fugues (amoureuses) ; c'est, en somme, pour rameur, 
le roman de Dianuaid et Graiuue. La saga ancienne, Vaithed était 
connue au X e siècle, d'après une liste du Livre de Leinster (écrit au 
milieu du XV e s.). L'amour de Gràinne était chanté au xi L siècle. 
A ce propos, miss Schoepperle (II, p. ^99), date YUath Beiune 
Élair (The hiding in Ihe Hill of Howth) publié par Kuno Meyer 
dans la Revue Celtique, XI, p. 125, du \ c siècle. Or, le récit est 
tiré d'un manuscrit du XV e siècle, le ms . bien connu, Harleian 
5280 du British. Muséum. Kuno Meyer dit simplement que le 

1. Lancien, la résidence de Marc, était considéré comme la clef de la 
géographie du Roman, avant que je ne l'eusse découvert. Depuis, il a 
perdu, semble-t-il, de son importance. 



Bibliographie. 381 

thème du récit paraît avoir existe dès le xi c siècle (et non le x c ), 
d'après une glose de YAmra Choluimh Chille. Les autres épisodes se 
rattachant à la saga sont tirés de mss. dont les plus anciens ne 
remontent pas plus haut que le XV e siècle. 

Le récit le plus complet que nous en ayons est connu sous le nom 
de Tôruigheacht Dhiarmada agus Ghrâinne, la poursuite de Diar- 
muid et de Grâinne I . Le plus ancien ms. qui le contienne est du 
milieu du xvn e siècle. Cette saga ou conte populaire, peut se résu- 
mer en quelques mots : je le fais pour ceux de nos lecteurs qui 
n'auraient pas parcouru les deux épisodes s'y rattachant, publiés 
dans la Revue Celtique 2 . Au milieu d'un banquet, Grâinne, femme 
de Fionn, remarque Diarmaid. Elle se prend de passion pour lui 
et n'a de cesse qu'elle ne l'ait déterminé à fuir avec elle. Ils sont 
poursuivis infructueusement par Fionn pendant sept ans. Fionn 
feint de se réconcilier avec eux. Il envoie Diarmaid tuer un san- 
glier dangereux. Le héros s'en tire, mais en mesurant les dimen- 
sions de la bête pour obéir à Fionn, il est blessé au talon par les 
soies venimeuses du sanglier et meurt. Fionn regagne l'affection 
de Grâinne et se remarie avec elle ou recommence â vivre avec 
elle comme mari : on ne nous dit pas s'ils eurent beaucoup 
d'enfants. C'est là une histoire des plus banales pour le fond et 
qui n'est pas plus irlandaise que toute autre aventure du même 
genre. C'est l'histoire de Ménélas, Hélène et Paris. 11 n'y a pas 
d'année où dans une grande capitale comme Paris, on ne trouve 
dans les faits divers ou la chronique des Tribunaux, des faits d'adul- 
tère pareils, et dans diverses classes de la société. Elle est banale 
l'histoire du brave ouvrier marié à une gentille femme, qui admet 
à sa table, voire dans son logis, un parent, neveu ou cousin, ou 
pays, ou simplement un compagnon, et en est récompensé par la 
trahison : la gentille femme s'éprend du commensal ou est faible. 
La trahison découverte, ou même avant, les coupables fuient. 
Le dénouement varie; parfois, il est tragique; parfois comique ; 
parfois, comme Grâinne, la femme revient et la vie commune 
reprend. Les ressemblances entre la saga et le roman sont fort 

1. Publié par O'Grady avec texte et traduction, dans les Transactions of 
theossianie society, 1855, III, p. 40-21 1, Dublin, 1857 — réédité par la Society 
for the Préservation of the Irish Language, r re partie, 1880-188 1 (nouvelle 
publication, avec une refonte du vocab. par R. J. O'DufFv, 1889, 1894) : 
cf. R. I. Best, Bibliography of ir . phil. ami printed irish Liter., pp. 103-104. 

2. Ltoyd, Berginand G. Schoepperle, The Death of Diarmaid (Rev. Celt., 
XXXIII, 157-79, 1912; The Reproach of Diarmaid (ibid., XXXIII, 43-57, 
1912). 

Revue Celtique, XXXV. 25 



382 Bibliographie. 

superficielles. Dans la saga, c'est réellement la fuite et les aven- 
tures, les exploits de Diarmaid, qui sont le véritable sujet. Grâinne 
n'attend pas le moins du monde d'être inquiétée pour fuir : lafuite, 
c'est sa vocation à cette femme. Dans Tristan, Tristan et Iseut s'ac- 
commodent fort bien de la présence de Marc. Ils ne se décident à 
fuir, que lorsque la faute est découverte, et que leur vie est mena- 
cée. Pour le dénouement, miss Schoepperle l'arrange à sa façon. 
Comme Diarmaid périt après sa fuite, il faut que Tristan termine de 
même, au retour de sa fugue. Et elle va, contre toute vraisemblance, 
chercher le soi-disant dénouement primitif dans le roman de Tris- 
tan en prose, qui est, au point de vue des sources, dépourvu de la 
moindre valeur. 

Les auteurs français du roman auraient ajouté à cette histoire de 
fugue, des épisodes de leUrcrû et aussi des épisodes celtiques. 

Pour le drame moral, miss Schoepperle n'ose pas trop se pro- 
noncer, mais il ressort avec évidence des textes même qu'elle cite 
(II, p. 400 et suiv.)que ce drame est celtique '.Miss Schoepperle 
voit un contraste entre les idées de l'ancienne Irlande devenue 
chrétienne et celles de l'Irlande payenne au point de vue du lien 
conjugal. Or, le châtiment de l'adultère par le feu dont elle parle 
existait à l'époque payenne 2 . Il faut d'ailleurs remarquer que 
l'époque payenne embrasse les époques les plus diverses. Il 
ne faut pas oublier que le paganisme a fleuri, en pleine époque 
chréstienne, justement à l'époque où se sont définitivement cristalli- 
sées les sagas irlandaises, du ix e au xi e siècle, en Irlande, avec les 
Scandinaves, notamment dans le royaume de Dublin. D'ailleurs 
les traits de dévergondage de femmes irlandaises dans les sagas ne 
prouvent rien. Si l'on concluait du dévergondage des dieux et demi- 
dieux de l'ancienne Grèce à la dépravation complète des mœurs, on 
commettrait une lourde erreur. Les maris grecs étaient moins 
débonnaires que Hephaistos surprenant Ares et Aphrodite, et 
l'adultère ne leur paraissait pas risible comme à leurs dieux : cer- 
tain plaidoyer de Lysias est, à ce point vue, très démonstratif. Quant 
au lien unissant le vassal à son chef de clan, nulle part il n'a été 
aussi puissant que chez les Celtes en raison même de leur organi- 
sation sociale. 

Dès lors, le drame moral étant celtique, nous avons dans le 

1. Ce qu'elle -nous dit (II, p. 466-1) de l'amour illicite dans la société 
primitive est insignifiant. Il faudrait d'abord, s'entendre sur le sens de ce 
mot. Les Celtes, pas plus que les Indo-Européens, ne sont des primitifs. 

2. Cf. Whitley Stokes, Félix Oéngnsso, 190s, p. 411. 






Bibliographie. 383 

roman tel qu'il existait en territoire brittonique, l'essentiel de l'ar- 
chétype ou plutôt des archétypes oraux qu'ont connu les auteurs 
français. 

L'étude des sagas irlandaises se recommandait d'elle-même ; elle 
pouvait assurer la celticité de traits de mœurs, d'épisodes même 
qui prêtaient à la discussion. A ce point de vue, les recherches de 
miss Schoepperlé sont des plus méritoires. Elles ont été aussi 
véritablement fructueuses. Il y a sans doute des rapprochements 
forcés. Quoi qu'elle dise, il n'y a rien de commun entre la naissance 
de Tristan et celle de Sétanta-Cuchulainn. Je ne vois pas bien ce 
que le saut du saumon a d'intéressant comparé au saut de Tristan. 
Dans le roman en prose, Tristan s'amuse à ficher des joncs dans 
une courtine(II,p. 291). L'auteury voitune frappante ressemblance 
avec l'exploit dont il est parlé dans le Festin de Brieriu : le héros 
lance 3 fois 50 aiguilles, chaque aiguille entrant dans le chas de 
l'autre, de sorte que toutes se tenaient. 

Les analyses des diverses versions du roman sont également 
faites avec la plus grande conscience, et ajoutent notablement à 
l'œuvre de M. Bédier. Les remarques ingénieuses abondent. En 
somme, le travail de miss Schoepperlé est une véritable mine de 
renseignements, un répertoire indispensable non seulement à tous 
ceux qui s'intéressent aux romans arthuriens, mais encore à ceux 
qui s'occupent de la littérature du moyen âge et des questions de 
Folklore. 

J. Loth. 



CHRONIQUE 



Sommaire. — I. L'étymologie du nom de Lyon. — II. Le fascicule 21 de 
P Altceltischer Sprachschat\ de M. A. Holder. — III. Celtes et Germains, 
d'après M. J. Mansion. — IV. Un traité de morphologie latine par 
M. A. Lrnout. — V. Ed. Halter, die Indogermanen. — VI. Cambrîan 
Gleanings. — VII. The Welsh Outlook. — VIÏÏ. Contributions popu- 
laires à la Welsh National Library. -- IX. Une nouvelle édition du 
Roman de Tristan par Béroul. — X. Du marathe au celtique. — 
XI. M. René Dussaud et les Civilisations préhelléniques de la mer Egée. 

I 

C'est une chose singulière que la faveur dont jouit dans le public 
lettré l'étymologie des noms de lieu. Il n'est guère de recherche 
scientifique qui excite plus d'enthousiasme et qui pique davantage 
la curiosité. S'il était besoin d'en donner à nouveau la preuve, on 
la trouveraitdans les résultats d'une enquête qu'a récemment ouverte 
Y 'Intermédiaire des chercheurs cl des curieux sur l'origine du nom de la 
ville de Lyon (v. t. LXVIII [1913], p. 760 et t. LX1X [1914], 
p. 121, 324, 517, 579,730). Au moment où se préparait dans cette- 
ville une exposition internationale, la question était d'actualité et 
devait intéresser beaucoup de gens. Les réponses sont en effet venues 
de plusieurs points de l'horizon. Un rédacteur du Temps* pris la peine 
de les résumeren v ajoutant quelques réflexions personnelles (voirie 
Temps des 6 mars et 12 avril 1914). H va sans dire qu'il y a dans 
ces réponses un choix à faire et qu'on ne saurait approuver sans 
réserve toutes les imaginations des correspondants du journal. Mais 
l'examen en vaut la peine; il suggère quelques réflexions instruc- 
tives. 

La plupart de nos étymologistes d'occasion ont reconnu dans 
Lugdunum, l'ancien nom de Lyon, un mot composé; et ils ont en 
général interprété correctement le second terme -dùnum en le tra- 
duisant par « hauteur fortifiée, ville forte, forteresse ». Le sens 






Chronique. 385 

ancien est « ville fermée », par extension « ville forte », et comme 
l'emplacement des villes fortes était généralement choisi sur les 
hauteurs, le mot àûnum désigne souvent une hauteur fortifiée (voir 
Rev. Celt., XXXIII, p. 465). Passons sur les rapprochements 
auxquels certains ont recouru pour établir le sens de ce mot ; au 
lieu d'aller chercher donjon et dynaste, qui n'ont rien à faire ici, il 
suffisait de dire que l'ancien dùno- (dunes-) a subsisté dans les 
dialectes insulaires du pavs de Galles et d'Irlande, sous la forme 
Çdin) d'unis et dnn « forteresse, cité ». Personne ne s'en est avisé. 
Sur le premier terme Lug-, les avis se sont partagés, chacun 
s'ingéniant à v découvrir une racine celtique de son cru. C'est 
merveille de voir comme certaines gens en usent avec les « racines 
celtiques » ; on dirait un procédé magique qui écarte toute dis- 
cussion etdispense de tout raisonnement. Ne demandez pas quelles 
garanties assurent la qualité de ces racines. Nos étymologistes ont 
recours à des autorités médiocres et bien surannées. C'est Camden, 
« illustrehistorien anglais », dont l'ouvrage principal, Britanniaedes- 
criptio, parut en 1 586 ; c'est encore l'estimable Bouillet, auteur d'un 
dictionnaire tort utile, mais qui n'a jamais passé en son temps pour 
une lumière du celtisme. On peut croire que dans un siècle 
ou deux, lorsque le Sprachschati de M. Holder - - car les 
livres ont leur destin — aura perdu sa valeur documentaire, c'est 
dans cet ouvrage que les celtomanes de l'avenir iront chercher de 
quoi nourrir leurs rêverie-. Nos modernes celtomanes ne soup- 
çonnent pas l'existence de M. Holder. Ils ne connaissent pas 
davantage la Revue Celtique, où ils auraient justement trouvé, à la 
page 169 du tome YIII, un article de d'Arbois de Jubainville sur le 
nom de Lyon. Ils y auraient appris entre autres choses que Lug- 
duiiiuu était déjà dans l'antiquité la proie des étymologistes amateurs. 
Dans le traité mf: rioxau-wv attribué sans raison valable à Plutarque, 
on lit (chap. VI, 4)que l'historien Clitophon, au livre XIII de ses 
Kriaeiç, interprétait Lugdunum par « colline du corbeau » (Xodyov 
yàpTTi (j<p(ôv 8taXéxT<DT6v xôpaxa xaXouai, Souvov Se xo[~o]v èçî/ovtx) ; 
l'étymologie a un intérêt archéologique, car une figure de corbeau 
se voit représentée sur des médailles lyonnaises, même de l'époque 
républicaine, et sur un médaillon en terre cuite de la ville de Lyon,, 
du I er siècle de notre ère ; mais il n'existe aucun mot dans aucune 
langue celtique qui confirme l'existence d'un mot lougos «corbeau » 
en gaulois. Plus tard, l'auteur du glossaire dit d'Endlicher traduit 
Lugdunum par desideratum monteur, et enfin, plustard encore, Heiric 
d'Auxerre, dans sa vie de Saint Germain, rapporte que Lugdunum, 
dans la langue des Gaulois, signifie mous îucidus. Cette dernière 



386 Chronique. 

étymologie s'explique aisément par le fait qu'un prototype Luci- 
dunùtn, perdant son /' intérieur, fût naturellement devenu Lugdu- 
num paraccommodation des consonnes. Mais elle contristera beau- 
coup, s'il vient jamais à la connaître, un des correspondants de 
Y Intermédiaire qui veut que Lugdunum soit la ville des brumes et 
du brouillard : cet homme érudit nous cite, outre le gaélique loch 
« sombre » et le cornouaillais lugen « brouillard » legrec Àiîytj, 
Àuyato; (tous deux avec ulong), le latin lûgêre, lûgubris. Mais quelle 
ville a jamais tiré son nom des nuages, si l'on met à part Néphélo- 
coccygie ? Et d'ailleurs un nom sombre et triste, évocateur de brouil- 
lard, conviendrait-il aux autres villes qui, comme Lyon, s'appelaient 
autrefois Lugdunum ? C'est la principale objection du rédacteur du 
Temps.EWe est fort raisonnable. Mais le journaliste ne connaît, en 
dehors deLyon, que trois Lugdunum. Il y enabiend'autres. M. Hol- 
der en énumère quatorze, et sa liste n'est peut-être pas complète. 

Il est d'ailleurs un fait essentiel que la plupart de nos étymolo- 
gistes semblent avoir négligé; c'est que la forme ancienne du nom 
de Lyon est Lugudunum, non pas Lugdunum. Cela limite le champ 
des hypothèses. Whitley Stokes, reprenant une idée de Siegfried, 
avait un moment songé à rapprocher de ce nom le comparatif 
irlandais lugu « plus petit » ; il traduisait Lugudunum par « Petit- 
bourg », « Lùtzelburg » (Three Irish Glossaries, p. xxx); mais le 
comparatif lugu n'a pas de positif, et la forme primitive n'en est 
pas connue avec certitude. La meilleur étymologie est toujours celle 
de d'Arbois de Jubainville qui expliquait Lugudunum par « for- 
teresse de Lug ». Elle a été récemment défendue à nouveau par 
M. J. Loth dans une communication faite à l'Académie des Inscrip- 
tions et Belles-Lettres (séance du 20 mars 1914). Lug, c'est le dieu 
irlandais Lug mac Ethlend, qui joue dans les légendes du cycle 
mythologique un rôle important et qui eut pour fils l'illustre héros 
Cuchullin. Le premier août, qui s'appelait Lûg-nasad (v. le Sanas 
Cormaic, n°796, p. 66 K.M.), on célébrait une grande fête àTeltin 
(province de Meath) en souvenir de Lug. Or, il y avait à Lyon 
sous l'empire romain une assemblée annuelle le I er août, qui était 
fameuse (v. d'Arbois de Jubainville, Cours deîitt. tv//.,I, 215 et ss.). 

Ne renions pas notre ancien dieu Lug ; c'était un dieu plein de 
ressources. D'Arbois de Jubainville le reconnaissait sous les traits 
du Mercure gaulois, qui était, au rapport de César, l'inventeur de 
tous les arts, le guide des voyageurs, le protecteur par excellence 
du commerce, le pourvoyeur de la fortune (De Bell. Cuil., VI, 17). 
Un épisode du Cath Maige Tured nous montre le dieu irlandais 
également apte à tous les métiers : « il était maître en tous arts », 



Chronique. 387 

bo sût cach dâno c(Rev. Celf., XII, 78). C'est Lug qui avait inventé 
les échecs, le jeu de balle et l'équitation. Il eût fort utilement col- 
laboré aux préparatifs de l'exposition lyonnaise ; on devait la placer 
sous son patronage. Ne mériterait-il pas du moins qu'après tant 
d'années écoulées on reprenne pour une fois la célébration de sa 
fête le I er août prochain, sur la colline deFourvière? 

II 

Il a paru en 191 3 un nouveau fascicule'de Y Aliceltischer Sprach- 
schati de M. Holder. Tous les celtistes sont depuis longtemps fixés 
sur la valeur de cet incomparable instrument de travail, fruit d'une 
patiente et laborieuse érudition. Ce fascicule nouveau, qui porte le 
n° 21, forme les colonnes 1025-1280 du tome III. Il contient la 
suite des « Nachtrâge » au tome I ; ses 256 colonnes se rapportent 
aux colonnes 666-1115 du tome I et vont du mot Cabillus au mot 
Corbagnos. On y trouve comme toujours une masse énorme de 
documents qui vont faire la joie des étymologistes, des géographes 
de l'antiquité, des archéologues et des préhistoriens. M. Holder a 
naturellement tenu compte des dernières publications ; il a notam- 
ment dépouillé l'édition des inscriptions ogamiques de M. Maca- 
lister ; de là un nombre important d'articles nouveaux (ainsi Cas- 
sittas, Catuvirr, etc.). A signaler aussi le \C\assi\b~\oduae attesté 
près d'Herbitzheim(C. I. L., XIII, 4525) qui rappelle le [Cjathubodua 
des Fins de Ley. Col. 1026, il n'est pas juste de substituer *cabô à 
*gabô comme prototype du verbe signifiant « prendre » : la racine 
aune double forme *ghabh- et *kap-, suivant une alternance con- 
sonantique dont il y a d'autres exemples (v. Méni. Soc. Lingu., 
XVIII, 310). La forme *ghabh- est conservée dans le latin habeô et 
l'irlandais gabiiu ; on rencontre en revanche la forme *kap- dans le 
latin capiô et le gotique haban. L'origine de l'alternance étant dans 
un accident phonétique, il n'est pas douteux qu'il s'agisse en fin de 
compte d'une seule et même racine dans les trois langues en ques- 
tion. 

III 

Sur les rapports des Celtes et des Germains, M. J. Mansion, pro- 
fesseur à l'Université de Liège, vient d'écrire un court, mais subs- 
tantiel article, publié au tome LVI de h Revue de l'Instruction publique 
eu Belgique^. 191-209). Les Flamingants qui méprisent le français 
pourront le lire dans leur langue maternelle ; car l'article a paru 



388 Chronique. 

d'abord en flamand dans les Verslagen en Mededeelingen der konin- 
klijke vlaamsche Académie voor Taal- en Le/1 e r k un de (Gent . année 191 2, 
p. 2 192-1308). Nous en aurions parlé plus tôt si nous ne devions 
prochainement reprendre la question d'ensemble. Elle est en effet 
d'actualité; de tous cotés, archéologues, ethnographes et linguistes 
se montrent aujourd'hui préoccupés d'établir les rapports qui 
unissent les civilisations, les races et les langues de l'Europe pré- 
historique. Cette préoccupation est à l'origine des ouvrages de 
M. Feist sur les Indo-Européens ; on la retrouve naturellement 
aussi dans les travaux de M. C. Jullian, et notamment dans sa 
monumentale Histoire de la Gaule. C'est justement à critiquer la 
doctrine de M. Jullian que l'article de M . Mansion est consacré, et 
par delà M. Jullian il atteint certaines théories de M. Feist. 

M. Mansion ne croit pas que les Celtes et les Germains aient 
jamais formé une unité ethnique ni linguistique. S'il v a entre le 
celtique et le germanique des communautés de vocabulaire, les 
deux langues n'ont pas de rapports spécialement étroits au point de 
vue de la phonétique ni de la structure morphologique ; et par 
exemple la grammaire des deux langues n'offre à aucun degré ces 
correspondances frappantes que Ton observe entre le celtique et 
l'italique. Ces conclusions sont d'importance; nous y reviendrons. 

IV 

Puisque le celtique et le latin ont au point de vue morpholo- 
gique de si étroits rapports, un traité de morphologie latine, quand 
il vient d'un excellent latiniste doublé d'un linguiste bien informé, 
ne doit pas rester inaperçu des celtistes. C'est donc rendre service à 
nos lecteurs que de leur indiquer l'ouvrage qu'a récemment com- 
posé M. Alfred Ernout, maître de conférences à la Faculté des 
Lettres de Lille. Toutefois, il importe de bien distinguer les deux 
formes différentes sous lesquelles cet ouvrage a été publié. L'une 
porte la date 191 3 et s'intitule Historische Formenlehre des lateinischen, 
von Dr A. Ernout, professer am Lycée in Troyes; c'est un livre 
de xi j-204 p., en allemand (traduit dans cette langue par M. Hans 
Meltzer), et qui fait partie de la collection dirigée par M. Max 
Niedermann (Sprachwissenschaftliche Gymnasialbibliothek, librai- 
rie C Winter à Heidelberg). L'autre, qui est datée de [914, porte 
comme titre Morphologie historique du latin et fait partie de la nou- 
velle collection à l'usage des classes éditée par la librairie C. 
Klincksieck à Paris. L'édition allemande coûte 2 M. So ; l'édition 
française 3 fr. 50. 






Chronique. 3^9 

Elles ne sont pas équivalentes, notamment au point de vue qui 
intéresse spécialement nos lecteurs. Conformément aux règles que 
s'est imposées M. Niedermann et qu'il impose à ses collaborateurs, 
L'édition allemande est historique, mais non comparative. Il n'y 
est fait aucune place à une langue indo-européenne autre que le 
latin. Le grec même en est banni : à plus forte raison le gotique 
ou l'irlandais. Dans l'édition française au contraire, M. Ernout, qui 
avait ses coudées franches, s'est permis d'invoquer le témoignage 
de diverses langues indo-européennes pour éclairer les faits latins ; 
le <>rec notamment et l'osco-ombrien ont été mis à contribution, et 

O ... 

le celtique lui-même n'a pas été négligé quand il fournissait un 
utile complément d'information. C'est souvent le cas. Aussi l'édi- 
tion française du livre de M. Ernout doit-elle être chaudement 
recommandée aux celtistes que la grammaire comparée intéresse ; 
elle pourra leur rendre de grands services. 

V 

Nous ne saurions malheureusement en dire autant d'une bro- 
chure de 78 pages que publie M. Eduard Halter à la librairie Cos- 
tenoble (Jena, i9i3)sousle titre Indogermanen, Sprache, Ursil;, 
Ausbreitung, auf geologischer und îinguistischer Grundlage. Le titre 
est enchanteur, mais le contenu donne à déchanter. Il s'agit d'un 
travail de haute fantaisie, conduit sans aucune méthode, pour tout 
ce qui touche au moins les choses linguistiques. L'auteur a sur les 
rapports des langues indo-européennes des conceptions person- 
nelles très hardies. Nous ne les discuterons pas, nous bornant à 
indiquer par deux ou trois exemples de quelle façon il utilise et 
interprète ses sources. Le celtique, qui joue avec le germanique 
un grand rôle dans sa brochure, est particulièrement maltraité : 
les listes de mots irlandais données p. 33 et suiv. renferment plu- 
sieurs monstres capables d'horrifier nos lecteurs ; nous leur en épar- 
gnerons la vue. P. 47, le gallois pysg, qui est évidemment un 
emprunt latin, est rapproché du germanique fisc « poisson », et 
tous deux sont rattachés à un irlandais cieasg « wasserhund», lequel 
avant perdu son c initial aurait abouti kiascl Cette étymologie plus 
qu'étrange est mise au compte de plusieurs celtistes, et notamment 
de Pictet. Plaignons Pictet : il méritait mieux que cette exhumation 
peu flatteuse. P. 65, l'adjectif irlandais loiiini « nu, dépouillé » est 
interprété comme la combinaison de/o «laine » et de;;// «sans»(?), 
et c'est de la même combinaison que sortirait aussi le germanique 
lamb « Lamm ». Pourquoidépouiller le pauvre agneau de sa laine? 



390 Chronique. 

M. Haltcr ne le dit pas, et ce silence nous étonne. Mais l'auteur 
laisse deviner, p. 67, qu'il tient en réserve quelques autres décou- 
vertes également sensationnelles en matière étymologique : 
« unsere eingehenden Forschungen haben uns mit solchen ùberra- 
schenden kelto-germanischen Wortbildungen bekannt gemacht ». 
Préparons-nous à être encore étonnés. 

VI 

La linguistique n'a, semble-t-il, rien à attendre des Cambrian 
Gleanings, que M. Henry Blackwell, University Place and Tenth 
Street, New-York, vient d'inaugurer en janvier 19 14. Ce titre 
désigne un nouveau magazine consacré aux choses galloises, et 
qui s'adresse aux Gallois du Nouveau-Monde. Le prix de l'abon- 
nement annuel est modeste (50 cents -2 s. éd.), comme les 
dimensions du périodique : les numéros, qui paraissent chaque 
mois, ne comptent que seize pages d'un tout petit format. Mais 
un proverbe gallois que reproduit M. Blackwell sur la couverture 
de son magazine dit que « toute chose est petite en son début » 
(bach xiv pob pelhxn ei ddechreu). Peut-être les Cambrian Gleanings 
deviendront-ils avec le temps une ample moisson. 

VII 

Un nouveau périodique gallois, qui paraît plus imposant, c'est 
The Welsh Outlook, dont le premier numéro est également daté de 
janvier 19 14. Il se publie à Cardifî (The Welsh Outlook Press 
43, Penarth Road), est mensuel et coûte trois pence par numéro, 
4 shillings par an. C'est, dit le sous-titre, un journal de progrès 
social et national. Nous voyons par le prospectus que toutes les 
questions qui intéressent la vie du pays doivent y être abordées et 
discutées : religion, enseignement, littérature et beaux-arts, éco- 
nomie politique et sociale. Ce beau programme reçoit un commen- 
cement d'exécution dans ce premier numéro. On y trouve un peu 
de tout, sous une forme instructive et agréable : une chronique du 
mois, qui contient des faits et des chiffres; une pièce de vers, « la 
Montagne et l'autel « (y Mynydd a'r allor) par R. Williams Parry 
et un article de M. T. Gwynn Jones sur la littérature galloise moderne; 
une étude sur la question religieuse, etc. N'oublions pas aussi une 
série de photographies « which tell their own taie ; elles repré- 
sentent des logements démineurs, à Senghenvdd, près de Cardifb 



Chronique. 391 

et justifient la triste devise qui les accompagne : the housing con- 
ditions in our mining valleys are such as can only be thought 
of with shame. 

VIII 

Veut-on savoir maintenant ce dont ces mineurs sont capables 
quand on leur propose une oeuvre où les intérêts intellectuels de 
la nation sont en jeu ? Qu'on lise l'article paru dans The South 
Wales JVeekly News du 14 mars 1914 sous le titre « National 
Library Scheme — Workmen's Splendid Support ». On y verra 
une fois de plus combien l'enthousiasme que soulève en Galles la 
construction de la National Library (v. ci-dessus, p. 244) s'étend 
aux masses populaires. 

Les frais de l'entreprise devant s'élever à environ 100.000 livres, 
l'Etat s'était engagé à en verser 50.000, à la condition qu'une 
somme équivalente aurait été fournie par l'initiative privée. Au 
meeting tenu à Londres le 13 mars 1 9 14 , on annonça que déjà 
39.755 livres avaient été recueillies, à la suite d'une campagne 
faite dans toutes les régions du pays. Nous avons naguère signalé 
l'enthousiasme des ardoisiers de Festiniog (R. Celt., XXXII, 365); 
les mineurs du Clamorganshire n'ont pas mis moins d'empresse- 
ment à donner leur contribution. « The most striking feature of 
the présent campaign, dit le journal, is the way in which the miners 
are responding to the appeal... Miners of ail schools of thought, 
including some of the most influential members of the extrême left 
wing, are giving enthusiastic support to the appeal. » A Cwmaman 
(distr. d'Aberdare) les mineurs ont fourni 5o£., à Mardy 100, à 
Cymmer, 110. 

Tout cela fait l'éloge de cette démocratie galloise, instruite, 
réfléchie, soucieuse de la culture intellectuelle et pénétrée en 
même temps d'un sentiment national si profond. Le Pays de Galles 
est un des plus foncièrement démocratiques de l'Univers. Il n'en 
est que plus douloureux de constater la condition misérable à 
laquelle sa population minière est réduite. Les progrès de la civili- 
sation entraînent hélas ! chez d'autres peuples aussi de pareilles 
hontes. 

IX 

Il vaut mieux se réfugier dans le rêve et s'y nourrir de poésie. 
L'aventure de Tristan et Iseut, grâce surtout à M. J. Bédier et à 



392 Chronique. 

M. Loth, jouit chez nous d'une vogue qu'elle avait perdue depuis 
le moyen âge. Relisons le Roman de Tristan de Béroul ; une édition 
nouvelle en vient de paraître. Ce vieux poèmede 4485 vers, le plus 
archaïque d'allure et de style de tous les anciens romans relatifs à 
Tristan, est conservé dans un manuscrit unique, le n° 2 171 du 
fonds français de la Bibliothèque Nationale. Il lut publié pour la 
première lois par Hermann xon der Hagen eu 1823, puis par Fran- 
cisque Michel en 1835 etenfin en 1903 dans la collection des Anciens 
textes français par M. Ernest Muret. C'est encore à M. Ernest 
Muret que nous devons l'édition nouvelle, qui forme le n° 12 
delà collection des Classiques français du Moyen-âge publiée sous 
la direction de M. Mario Roques, à la librairie Champion (191 | ; 
xiv-163 p., pet. 8°; 3 fr.). Le savant romaniste de Genève a natu- 
rellement profité des observations qu'a suscitées son édition précé- 
dente ; il a utilisé tous les derniers travaux relatifs à Tristan, v 
compris ceux qu'a publiés ici même le directeur de la Revue Cel- 
tique. Il a joint à son texte une introduction, des notes critiques, 
un index des noms propres et un court glossaire. P. i>i, au 
mot Loenoi, le nom F. Loth doit être corrigé en F. Lot. 

X 

Y a-t-il beaucoup de nos lecteurs qui connaissent la langue 
mahratte ou marathe} Cette langue occupe aujourd'hui à l'Ouest 
de l'Inde un territoire ayant la forme d'un triangle dont la base 
serait la côte de Daman à Karwar (v compris Bombay) et dont 
le sommet serait au centre de la région comprise entre Nag- 
pur, Jabalpur et Raipur. La forme moyen-indienne du marathe est 
la maharastri, qui a servi de base à la littérature prakritique pendant 
plusieurs siècles. M. J. Bloch vient de consacrer au marathe une 
thèse de doctorat, qui peut être ici mentionnée (/.:/ formation de la 
langue marathe, Paris, Champion, 191. |). En lisant M. J. Bloch, les 
celtistes auront l'occasion de faire plus d'une réflexion sur leurs 
propres études. Certes les langues modernes de l'Inde sont extrê- 
mement évoluées ; on a grand peine à v reconnaître les traits du 
sanskrit classique. Les langues celtiques de leur côté ont singuliè- 
rement altéré le type primitif de l'indo-européen. Et cependant 
l'évolution des deux groupes de langues n'est pas s.ms présenter 
çà et là des similitudes. On trouvera dans l'introduction de 
M. J. Bloch des considérationssur lesrapports des langues littéraires 
et des pàrlers locaux, qui rappellent celles qu'a développées 
récemment M. Thurneysen à propos des langues celtiques (v. ci- 
dessus, p. 227). 






Chronique. 393 

Même sur un ou deux points de détail la comparaison dumoven- 
indien est instructive. Voici par exemple un cas qui intéresse la pho- 
nétique. On sait que l'adverbe gallois mewii «à l'intérieur, dedans », 
m. gallois v mywn, mywn présente un traitement phonétique irrégu- 
lier. Le correspondant irlandais étant in mcdôn, on attendrait 
*myddwn en gallois (v. Pedersen, Vgr. Gr., I, 112 et J. Morris 
Jones, a JVelsb Granninir. p. 180 et 416). On a ici même proposé 
naguère d'expliquer cette irrégularité parle caractère du mot mewn, 
qui joue dans la phrase un rôle auxiliaire, accessoire (v. t. XXX, 
p. 207). Ce n'est plus qu'un adverbe, une préposition ; or les 
mots de ce genre sont toujours exposés à subir des dégradations 
phonétiques dont sont préservés les mots ordinaires de la 
langue. Le moven-indien fournit un appui précieux à cette 
hvpothèse. L'ancien adjectif sanskrit madhya- « milieu » (auquel 
s'apparente l'irlandais medôn)y sert à former un locatif périphras- 
tique ; mais, alors que la tonne phonétiquement correcte existe 
souvent encore au sens de « milieu, ceinture », le mot a subi 
dans l'emploi locatif des altérations qui ne sont pas explicables par 
les lois phonétiques ordinaires et sont dues au caractère accessoire 
du mot (J. Bloch, p. 197). 

La morphologie présenterait aussi des faits comparables. On sait 
combien sont abondantes en celtique les locutions préposition- 
nelles sorties de noms communs. Les noms des parties du corps en 
fournissent notamment un grand nombre, où ils perdent complè- 
tement leur sens propre et n'expriment plus qu'une relation 
casuelle (v. ma Grammaire du vieil-irlandais, p. 137): ainsi co 
brunni, co ucbt « à la poitrine » ne signifient plus que « jusqu'à » 
ou « devant»; en gallois les noms de la main (Jhnv),dt la poitrine 
(brou), du dos (cefyn), du visage (gwyneb) figurent dans des locutions 
analogues. Il est intéressant de retrouver le même procédé employé 
en moyen-indien pour former des postpositions, qui finissent pat- 
devenir de vraies désinences (J. Bloch, p. 195 et ss.) : pâli sayana 
piithe « sur le lit » m. à m. « au dos du lit », etc. Tant il est vrai 
que dans le langage, sous l'infinie variété des apparences, ce sont 
partout les mêmes causes qui agissent et les mêmes transforma- 
tions qui se reproduisent. Quelle que soit la langue dont on ait 
fait sa spécialité, on peut toujours tirer profit pour la mieux com- 
prendre de la description d'une autre langue, pourvu que cette des- 
cription soit bien faite, et offre, comme celle de M. J. Bloch, toute 
garantie d'exactitude. 



394 Chronique. 

XI 

En archéologie également, l'étude d'un domaine voisin est 
toujours riche d'enseignements précieux. Aussi devons-nous sans 
tarder signaler à nos lecteurs la deuxième édition du beau livre de 
M. René Dussaud sur les Civilisations préhelléniques dans le bassin de 
la mer Egée (Paris, Geuthner, x-482 p. 8° ; 24 fr.), qui vient tout 
juste de paraître (fin mai 19 14). On y trouvera, richement illus- 
trés, tous les renseignements désirables sur ces antiques civilisations 
que désignent les noms de minoen, de mycénien et d'égéen. On 
apprendra comment se classent les découvertes faites au cours des 
fouilles de Cnossos, de Tirynthe ou de Troie, dans les Cyclades et 
à Chypre. Les conclusions qui se dégagent de cette vaste enquête ne 
sont pas négligeables même pour un occidentaliste ; car elles 
montrent comment les divers types d'objets voyagent et se trans- 
forment. Le livre de M. Dussaud offre avec beaucoup de science 
une excellente leçon de méthode. 

J. Vendryes. 



PÉRIODIQUES 



Sommaire. I. Revue de Phonétique. — II. The Celtic Review. — III. Mé- 
moires de la Société de linguistique. — IV. Revue Morbihannaise. — 
V. Revue des bibliothèques. — VI. Journal ofthe Welsh Bibliographical 
Societv. — VII. Sitzungsberichte der kôn. preuss. Akademie der Wis- 
senschaften. — VIII. Studies. 

I 

D'un voyage d'études effectué dans le sud du Munster pendant 
l'été de 191 3, M. J. Loth a rapporté, entre autres choses, d'inté- 
ressantes observations sur l'accent de cette région. Déjà plusieurs 
savants avaient constaté que le dialecte du Munster se distinguait 
des autres en ce que l'accent y frappe parfois une longue intérieure 
ou finale de mot. Mais les conditions du phénomène n'avaient 
jamais été nettement déterminées (v. Pedersen, Vgl. Gr., I, p. 262). 
M. J. Loth est arrivé à une série de conclusions précises, 
qu'il développe dans la Revue de Phonétique (t. III, fasc. 4, 

P- 3 I 7-343)- 

Ce qui est caractéristique de l'accentuation du Munster, c'est l'at- 
traction exercée par la voyelle longue. Il y a lieu toutefois de dis- 
tinguer la longue ancienne, déjà constatée en vieil-irlandais, de la 
longue qui résulte d'une contraction effectuée au cours de l'histoire 
de la langue. Dans les mots qui ont une voyelle longue en vieil- 
irlandais, l'accent est aujourd'hui en Munster sur la longue, quelle 
que soit la place de cette dernière dans le mot. Dans les mots qui 
ont une longue résultant de contraction, l'accent est sur cette longue 
lorsqu'elle termine aujourd'hui un mot disyllabique, à moins que 
la voyelle de la première syllabe ne soit elle-même longue par 
contraction. On voit la différence; elle est instructive, en ce 
qu'elle nous montre qu'il s'agit d'un déplacement récent résultant 
d'une attraction exercée sur l'accent par la longue. Même le dépla- 
cement s'est produit en faveur de certaines syllabes finales longues 
par position ; ainsi les disyllabes en -ach et peut-être ceux en -acht 
ont l'accent sur la finale quand l'initiale est brève, c'est-à-dire que 
la voyelle a suivie de la spirante gutturale a été traitée comme une 



396 Périodiques. 

diphtongue équivalant à une longue. Tels sont les principaux 
résultats, fort importants, comme on en peut juger, de l'enquête 
de M. Loth. Il les a fortifiés encore en étendant ses recherches aux 
mots composés : dans ces mots encore, l'attraction exercée par la 
longue se manifeste, même quand la valeur du préfixe est sensible 
à l'esprit du sujet parlant. 

M. Loth se demande en terminant si l'accentuation du Munster, 
loin d'être une innovation, ne représente pas un état de choses 
ancien. Je dirais tendance plutên qu'état de choses, car il est mani- 
feste que dans le cas des voyelles longues résultant de contraction et 
dans celui des voyelles brèves suivies delà spirante gutturale, nous 
avons affaire à un déplacement d'accent postérieur à l'état vieil- 
irlandais. Cette réserve faite, on peut souscrire à l'hypothèse de 
M. Loth. 

Justement les longues qu'il appelle anciennes en vieil-irlandais 
sont déjà des longues d'origine secondaire : elles résultent d'un 
allongement compensatoire ou bien elles figurent dans des 
emprunts, emprunts de date récente d'ailleurs ou provenant des 
livres, car dans les emprunts les plus anciens les longues non-ini- 
tiales sont régulièrement abrégées. L'accentuation du Munster ne 
contredit donc pas le dogme d'un accent initial en gaélique pri- 
mitif. 

Cet accent se révèle par les actions qu'il a exercées sur les svl- 
labes post-initiales; c'est à lui que le gaélique primitif a dû de ne 
posséder pendant un certain temps aucune longue en dehors de 
l'initiale. Mais on est en droit d'admettre, en joignant au témoi- 
gnage du dialecte de Munster certains faits du dialecte de Con- 
naught (v. p. 342 de l'article de M. Loth), que dès une époque 
très ancienne et peut-être déjà en vieil-irlandais l'accent initial se 
déplaçait quand il v avait dans le mot une longue non-initiale. 
Par suite d'allongement compensatoire ou simplement du fait de 
l'emprunt, il s'était, en effet, créé ou introduit dans la langue des 
longues non-initiales ; à l'attraction de ces dernières, l'accent 
dit initial ne résistait pas. 

Cela fournit une indication très précieuse sur les rapports de 
l'accent et de la quantité, et pour tout dire, sur le rythme du vieil- 
irlandais. 

Il 

Dans THE Celtic Rkvikw (vol. IX, n° 36, april 1914), suite de 
l'édition par M. Mackinnon de The Gaelic Version oj the Thebaid of 



Périodiques. 397 

Siaiius (p. 292-309). Il s'agit dans ce nouveau morceau de la suite 
des jeux funèbres en l'honneur d'Archemorus : courses de chars, 
courses à pied, lancement du disque. Le morceau se termine au 
moment où des récompenses sont décernées à Hippomédon et à 
Ménesthée (Théb., VI, 725). Un lecteur, sinon le scribe lui-même, 
n'a pu s'empêcher de noter en marge la réflexion suivante : is mor 
in magadh do Gregaib ar millset da maithus 7 da maoinibh ar sou lei- 
niph big « what great fools the Greeks must hâve been to hâve 
wasted so much of their means and substance on account of a 
little child ». Il y a loin de la plaine de Thèbes aux Highlands. 

Le même numéro contient une courte note de M. J. Reoch,oùil 
reproduit une description du costume des soldats écossais donnée 
par John Aston, premier valet de chambre du roi Charles I er durant 
la campagne de 1639 ; il résulte de ce texte qu'à cette époque 
le « kilt » (feikadb-beag) était déjà un vêtement indépendant du 
reste du costume, et notamment du plaid. Une tradition incorrecte 
voulait que le kilt, comme vêtement séparé, fut une invention de 
deux Anglais, vers l'année 1728 (p. 289-291). — M. A. W. Wade- 
Evans publie, p. 314-323, un article où il résume les témoignages 
fournis par VExcidium Brilauuix sur les invasions des Pietés et des 
Scots en territoire breton depuis Tannée 383 jusqu'à l'époque où 
les Bretons résolurent d'appeler à leur aide les Saxons. Il veut 
quatre grandes invasions, dont la quatrième coïncide avec une ap- 
parition de la « famosa pestis », la « vellow plague » (ydylyimehn, 
buidechar ou buide Condail des Irlandais), dont il est question dans 
le Booh of Llau Dav. 

On lira encore avec intérêt le long compte rendu consacré 
p. 336-344 par notre collaborateur sir Edward Anvvvl à la Welsh 
Gra nantir de M. J. Morris Jones. 

Signalons enfin que ce numéro de The Celtic Revieiu contient 
la fin de la Concise Old Irish Grammar de M. J. Pokorny (p. 350- 
384). 

III 

On trouvera dans les Mémoires de la Société de linguistique, 
t. XIX, fasc. 1, p. 60-62, un article signé J. Yendryes sur le gallo- 
latin cisium (cissuni). Il s'agit d'un de ces noms de voiture que les 
Latins ont empruntés aux Gaulois avec l'objet qu'il désignait. Le 
mot cisium est écrit aussi cissuni ; dans des glossaires latins il a par 
deux fois la forme cirsuiu, ce qui suppose un primitif cisso- trans- 
formé en cirso- suivant un traitement phonétique bien connu du 
aaulois. Le mot est à rattacher à l'irlandais cess « tressé ». 



398 Périodiques. 

IV 

La Revue Morbihannaise de février 1914 (XVIII e année, n° 2) 
contient, p. 33-45, un article de M. l'abbé J. Buléon sur la ques- 
tion du Bugul-iioi et du Loup-garou, déjà traitée l'an dernier par 
M. Le Diberder dans les Annales de Bretagne (v. Rev. Celt., 
t. XXXIV, p. 480). M. Buléon a fait enquêter sur ces deux êtres 
de légende en deux points différents du département, à Plumer- 
gat, au N. de Sainte-Anne d'Auray, et à Bubrv, au X.-E. de 
Plouay, entre Baud et Guémené. Les résultats de l'enquête con- 
cordent. Bugul-noz et Loup-garou sont deux êtres très distincts, 
que la tradition populaire ne confond « pas le moins du monde », 
tam er bel. Nous apprenons de M. Buléon comment on se les repré- 
sente à Plumergat et à Bubry. 

Le numéro d'avril (XVIII e année, n° 4) contient, p. 93-107, 
une notice de M. P. Le Goff sur un ancien recteur d'Arzon, Phili- 
bert Torby (177 5- 1847), qui s'était adonné à l'étude de la langue 
bretonne et a laissé de nombreux manuscrits se rapportant à cette 
étude ; d'après les échantillons qu'en donne M. Le Goff, la science 
n'a guère à regretter qu'ils soient restés inédits. Torby avait en 
linguistique les idées de Latour d'Auvergne. Çà et là cependant, 
M. Le Goff a pu glaner dans ce fatras quelques remarques précises 
sur la prononciation ou sur la grammaire. 

V 

Dans la Revue des Bibliothèques (XXIII e année, n° 10-12, 
octobre-décembre 191 3, p. 374-380), M. Mario Esposito a inséré 
une notice sur deux manuscrits de la bibliothèque de Trinitv Col- 
lège à Dublin. On sait qu'il existe un catalogue des manuscrits de 
cette bibliothèque ; il a été compilé par T. K. Abbott, mais fait, 
paraît-il, assez peu d'honneur à son auteur, tellement il renferme 
d'erreurs et de fautes. Les manuscrits E. 5. 2 et E. 4. 19 v sont 
particulièrement mal traités. Ce sont ces deux-là que M. Marin 
Esposito a pris soin de décrire. Le premier paraît dater, d'après 
l'écriture, du milieu ou de la tin du XIII e siècle; il contient entre 
autres textes des lettres de Sénèque et des ouvrages de Henri de 
Huntingdon (Epistola de contemptu mundi et récit de la première 
croisade tiré du livre VII de son Historia Angloruni). Le second est 
un recueil de quatre manuscrits différents où l'on reconnaît plu- 
s ieurs mains de dates fort variées (du xi e au xvi e siècle); il com- 



Périodiques. 399 

prend surtout Y Alexandreis de Gautier de Châtillon (Migne, Pair, 
lat., CCIX, 460-566) et le Liber magistri Hugonis de studio legendi... 
(Migne, Pair, lat., CLXXVI, 741-812). 

VI 

Depuis notre dernière notice sur the Journal of the Welsh 
Bibliographical Society, trois fascicules en ont paru, qui forment 
les numéros 4, 5 et 6 du tome premier et portent respectivement 
la date d'octobre 1912, juin 19 1 3 et février 19 14 . On trouvera 
dans le numéro 4 un article de M. J. Herbert Lewis, Ou the Impor- 
tance of a National Collection oj Public Documents (p. 97-113), con- 
tenant une note additionnelle de M. John Ballinger sur les docu- 
ments relatifs au pays de Galles et au Monmouthshire qu'il serait 
désirable de voir entrer à la National Library. A signaler encore 
deux notes : sur The earliest printers of Haverford (1 780-1 840), 
p. 114-118, et sur Isaac Carter, the Pioneer of JVelsh prinling,p. 129- 
132. 

Dans le numéro 5, leRev. E. K. Jones, de Brymbo, étudie The 
«. Circulai- Letters » ofthe Baptist Associations of Wales et donne d'in- 
téressants détails sur l'institution de ces Letters qui remonte à l'an- 
née 1760 (p. 135-142). Le même numéro contient des notices sur 
le Rév. Robert Williams (1810-1881), l'auteur du grand diction- 
naire comique et l'éditeur du San Greal et sur Charles Heath, de 
Monmouth, « author, printer and publisher » (1788-183 1). 

Le numéro 6 débute par un article du colonel Bradney sur les 
Rare and Early-printed books relating to Monmouthshire (p. 169-180). 
Le Rev. J. H. James étudie, p. 180-183, les Llanover Manuscripts 
et M. D. Rhys Philipps, p. 183-187, les Twrog Manuscripts. 

Enfin, il y a dans chaque numéro, suivant l'usage, des Notes and 
Oueries, et par deux fois, p. 151 et 195, des Bibliographical 
notes . 

VII 

Whitley Stokes a publié dans la Revue Celtique, t. XXIX, p. 269, 
quelques gloses irlandaises tirées d'un manuscrit de Bède conservé 
à la bibliothèque de Laon sous le numéro LV. 

Deux hexamètres latins déchiffrés sur la feuille de garde du 
manuscrit lui permirent de dater ce dernier du ix e siècle; ils 
disaient : 

gloria quid mundi felix quid pompaue turbae 
dum Cathasach potuit non sortem euadere mortis? 



jOO Périodiques. 

Or, le nom de Cathasach est porté par cinq ecclésiastiques dont 
les Annales irlandaises enregistrent la mort dans les années 807, 
810, 856, 880 et 892. S'écartant également des dates extrêmes, 
Stokes s'arrêtait provisoirement à la date intermédiaire, 856. Le 
manuscrit aurait été copié au milieu du siècle. Mais M. Kuno 
Meyer vient de reprendre la question dans les Sitzungsberichte 

DERKÔN. PREUSS. AkaDEMIE DER WlSSENSCHAFTEN (l 9 14, p. 480-48 i) 

et d'en fournir une solution différente. 

La feuille de garde, sur le verso de laquelle sont écrits les deux 
vers précités, en contient deux autres au recto qui appartiennent 
évidemment au même poème : 

Nam nos deseruit sapiens prudensque magister 
Atque pius iuuenis castus custosque decorus. 

L'épithète iuuenis exclut qu'il s'agisse de l'abbé d'Armagh dont la 
mort est inscrite à l'année 856: en revanche, elle correspond par- 
faitement à la mention qui se lit à la date 896 dans les Annales 
d'Ulster : Cathusach mue Fergusa tânase abb Aird Mâcha religiosus 
iuuenis pausauit. Le terme de custôs rappelle sans doute le tânase 
abb « abbé en second » du texte historique. M. Kuno Meyer sup- 
pose par suite que le manuscrit aurait été copié aux environs de 
l'année 890 ; il en indique comme auteur probable Mochta dalta 
Fethgnai, episcopus, ancorita et scriba optimus Airà Mâcha, dont les 
Annales d'Ulster enregistrent la mort à l'année 892. Le manuscrit 
aurait été ensuite emporté d'Armagh sur le continent, pour être 
soustrait aux déprédations des Vikings. Ceux-ci ont justement 
pillé Armagh peu après 897 et y sont revenus six fois encore 
avant l'année 943 (v. Miss Stokes, Early Christian Architecture in 
Ireland, p. 106). 

VIII 

M. Mario Esposito s'est proposé de compléter les informations 
données sur les écrivains hiberno-latins du moyen âge par les 
Potthast, les Ulysse Chevalier, les Manitius. 11 vient de publier, 
à cet effet, dans les Studies (vol. II, n° 8, décembre 19 13) une 
Bibliography of the Latin Writers of Mediaeval Ireland, p. 495-521. 
On trouvera dans cet article, rangés par ordre chronologique du V e 
au xv 9 siècle, une foule de renseignements sur cette littérature si 
abondante dont le jeune érudit a fait, comme on sait, sa spécialité 
(v. Rev. Celt., XXXII, 118 et XXXIII, 390). 

J. Yexdryes. 

Le Propriétaire-Gérant, Edouard CHAMPION. 



MAÇON, PROTAT FRERES, IMPRIMEURS 



ACCENT AND SVARABHAKTI 

IN A DIALECT OF SCOTCH GAELIC 



i. ■ — ■ In gênerai the modem Gaelic dialects, as is well 
known, hâve retained the accentuation of the initial syllable 
which gave the language its historical form. The only exten- 
sive departure from tins mie has taken place in Munster, cf. 
Loth, L'accent dans le gaélique du Munster, Revue de phonétique, 
III, 317 ff. In this group of dialects the stress accent in cer- 
tain cases rests on other syllables than the first, the change of 
position being due to the attraction of a long syllable, or a 
quasi-long syllable, as, for example, a short vowel followed 
by x. Thisphenomenonoccurssporadically alsoinConnaught, 
cf. Finck Die araner Mundart, § 327. Apart from cases of ac- 
cent-shifting that are to be explained in this way, there are 
to be found in ail the dialects instances of change of accent that 
must be due to other causes. Such are rochall « spancel » for 
urchall, and ruball, a Donegal form of earball « tail », v. Din- 
neen Dict. s. v. lair. Cf. for other examples Pedersen, Vergî. 
Grauini., I, 229. Quiggin, A Dialect of Donegal, § 440. Thèse 
cases are remarkable in that the accent is now on the svarab- 
hakti vowel, and has been strong enough to cause the disap- 
pearance of the old syllabic vowel. 

2. — In some Scotch dialects a similar accent-shift has 
taken place on a wide scale. The définition of boundaries of 
the phenomenon must be left for later investigation. For the 
présent I shall merely record what has taken place in two wi- 
dely separated dialects, my own (N. Inverness), and that of 
the Ness district in the island of Lewis. In the vast majority 
of the cases to be considered the treatment of the accent in 
the two dialects has been precisely identical, and for that rea- 
•son variations of pronounciations will be noticed only when 

Revue Celtique, XXXV. 26 



402 J. Fraser. 

they arc of particular interest. Except when otherwise stated 
the pronounciation given is mv own. As the position ofthe 
accent is the main point to be established, the phonetic trans- 
cripts do not aim at representing the sound of every word with 
absolutè accuracy . 

5. — -The svarabhakti vowel dealt with hère is identical 
in qnalitv with the preceding vowel, i. e. the original syllabic 
vowel, e. g. d'arak « reJ », and we must, therefore, distin- 
guish it from theneutral vowel sometimes heardin such words 
run « between us », œttrum « light », et. Pedersen 0. c. 
I 237, efalas « church », sitr&lar « chimnev ». The last word, 
as a compartively late loan, stands by itself ; in the other and 
similar forms we may suppose that the d is of later date that 
svarabhakti properly so çalled. It is, moreover, not constant, 
and the conditions linder which it appears are, it will benoti- 
ced, différent from those that produce svarabhakti. 

4. — A full svarabhakti vowel appears in consonant groups 
beginning with /// n l or /'. In those cases where the second 
component ofthegroup is a voiced spirant it will be conve- 
nient to classifv according as the group is or is not final. 

A. Consonant groups not containing a voiced spirant : 

NM : ainm eném « name », ainmig çnçmjk « seldom », an- 
moch anamax « late ». In the hrst example the Lewis dialect 
seems to hâve an equally strong stress on both syllables. 

MS : Mv onlv example is aimsear çmç'&r « time », where 
again the Lewis dialect has level stress. 

MR : seamrog soniôrak « shamrock ». Camshronach kamâ- 
ranax Cameron ». 

ML : iomlan imœlan « complète. » The stress is decidedly 
on the second syllable, and the svarabhakti is a full vowel. In 
thèse respects the treatment oi the word ditfers from that of 
siomlar, ci. 

NB : canb kçnçp (properly the gen. cainb) « hemp ». 

RG : airgiod ereht « silver ». fairrge farak'd « sea », lorg 
< track », purgadoir purûkatr « purgatory ». So too argu- 
maid, dearg, fearg, mairg, meirg, tairg, searg. 

RM : arm aram ■• army », beirm berem « yeast », cuirm 
kwirîm « feast », farmad jardina « envy ■■. tiorraaich tjriinix 
« drv », gairm gerétn « summor 



Accent and svarabbakti. 40} 

RB : borb bçrçp « rough », carbad karâpat « cart, hier », 
cearb k'arâp « rag », earball iarâpdl « tail », Foirbeis ferepaÈ 
« Forbes. 

LG : balg balâk « bag », calgkalâk « bristles », sealg salâk 
« hunt », tilg tjlik « throw ». 

LM : calma kalantf «brave », ilmich (metathesis of imlich) 
iljmix « liçk », Pailme peléms « Palmae ». 

LB : Àlba ahip? « Scotland », gilb gilîp « chisel », guil- 
bneacb gwilipnnax « plover ». 

RCh : dorcha dçrçxd « dark », urchar y,rûxdr « shot », Mur- 
chadh iii/jruxJku Murdoch ». 

MCh : iomchubhaidh imœxi « proper », timcheall timixal 
« round ». 

LCh : rhuilchionn niivilixnn « sleeve », salchar salaxar 
» filth », caillchean (plu. ofcailleach) kalâx3n « oldwomen». 

NCh : eanchainn cncxJii « brain », seanchas senéxds « lore », 
Donnchadh dunûxvh « Duncan ». 

In one case svarabhakti occurs before a group containing 
a breathed stop : calpa kalaxpz « calf of the leg ». 

In ail words of the types mentioned the svarabhakti is a 
full vowel. In respect of qualitv it is, with the exceptions to 
be mentioned below, identical with the original vowel of the 
syllable. It bears the chief accent, the syllabic vowel having a 
markedly weaker stress. The svarabhakti vowel is also lengh- 
tened l except sometimes when followed by a vowel originally 
long, as in iomlan, seamrog, Camshronach. 

5 . — ■ B. When the second consonant of the group which 
produces svarabhakti is a voiced spirant two cases must be 
distinguished 2 . Where the group is final the resuit is the same 
as in§ 4, and examples need not be accumulated. Thus dearbh 
d'arâ, d'arâv « certain », balbh balâ, baîav « dumb 5 », Banbh 



1. For that reason it is marked with the markron in the phonetic trans- 
cripts. It is, however, not so long as the old long vowels. 

2. Leanabh « child » is Vânu. The word is therefore a disyllable, and the 
spelling leanbh is misleading. 

3. In such forms -av appears before vowels, -a before cônsonants, and 
when final. 



404 /. Fraser. 

hanïïv « Banff ». When, on the other hand, the group is mé- 
dia) the treatment varies, the spirant being in some cases 
retained, while in others it disappears. 
i. The spirant remains : 

a) RBh : searb han sarâvan « disgut », ci. foirbhthe 
fôrofi « perfect ». 

h) LBh : balbhan balâvan «a dumb perso n », gealbhân 
g'alâvan « a little rire ». 

c) XBh : Banbhaidh banavi c< Banavié » seanbhean 
sanâvan « old woman ». 

d) NMh : seanmhathair sçnçvar « grandmother ». 
d) RGh : tairrgheal taràial « white-bellied ». 

ii. The spirant disappears. — In this case the svarabhakti 
vowel coalesces with the vowel of the following syllable, the 
quality of the resulting vowel being that of the former. The 
disappearance of the spirant took place subsequently to the 
lengthening ofthe svarabhakti vowel, and for that reason the 
spirant has had no effect on the quality of the contracted 
vowel. Thus in arbhar the successive stages were arhifîr (this 
is the actual pronounciation in some dialects), arc&r, arâr. So 
far as I can judge the vowel in thèse cases is not longer thaï) 
the simple svarabhakti of §§ 4, 5, but it seems, at least in some 
cases, to differ from the later in being ■çweigipflig . Occasio- 
nallv, too, in deliberate speech, two vowels can be distinctlv 
heard, e. g. -raldak (d' fhalbhadh). 

Examples are : 

RBh : arbhar arâr (Lewis aravdr) « corn », dearbhadh 
d'arâk « proof », marbhadh marâk « killing •>, soirbheas serés 
« wind », tairbheach tàràx « profitable », ci. forais fçrçi 
« inquiry » [ . 

LBh : dh'fhalbhadh -uih'ik « would go away, sealbhach lalhx 
« fortunate », gailbheach gçlçx « wild ». 

XBh : inbhir inir. 

> > 

NMh : gainmheach gçnçx « sand », (Lewis gçnfvàx). 
RMh : mormhaich tnçrçx PN., mormhair mçrfr « lord ». 
LGh : galghad galât. This word is written galad in the 

1. \*oir la page suivante, n° 1. 



Accent and svàrabhakti. 405 

dictionnaries, so in Macbean's Etym. Dict. éd. 2. It is accen- 
ted, however, on the second syllable, which shows that a voi- 
ced spirant has been lost. The word is, of course, the MIr. 
galgat « champion » and the development of meaning is to 
be compared with that in laochan. 

NGh : Aonghus duos, ingheam îu'jii « daughter ' ». 

RGh : carghas haras « Lent », suirghe siri « wooing ». 

Interesting examples of the accent shift in gh groups are 
furnished by some forms of denominative verbs iri -ig- im, 
which seem to be yet unknown to the grammarians. Thus 
the présent-future tense of airighim is fairichidh, fairich with 
the regular unvoicing of the spirant, fàrixi, xanârix. From 
thisstem we might expect the imperfect-conditional to be fai- 
richeadh. What is heard is, however, ~;çrç'k, xançrçk, that is 
dh' airgheadh, cha'n airgheadh. In the Lewis dialect which I 
hâve examined the spirant is voiceless in thèse forms but the 
position of the stress shows that syncope has taken place, 
^arax'j, xanarLx'i (i. e. dh'hairgheadh, cha'n aircheadh). In 
the Lewis dialect which 1 hâve examined the spirant is voice- 
less in thèse forms but the position of the stress shows that 
syncope has taken place yarâx'j, xanaraxi (i. e. d'h fhair- 
cheadh, cha'n aircheadh). 

the same way from aithnighim « I recognise », the présent- 
future is fainichidh, cha'n ainich, but the imparf.-cond. is 
yçnçk, xanençk (Lewis, yçnçxf); from ceannuighim « I buv » 
h' a ni xi, xaxanix, but xanâk. The same resuit due to a secon- 
dary syncope is seen in some nouns. Thus the plural of cail- 
leach kafax is kaîàxsn e. g. caillchean, with a broad spirant 
on the analogy of the singular. 

6. — The svàrabhakti vowel, then, in ail cases attracts the 
accent. But the resuit, so far as the rest of the word is con- 
cerned is not what might be expected. The old initial accent 
had the efîect of expelling or weakening the vowels of the 



1. This is the onlycasein which the syllabic vowel disappears before 
svàrabhakti. Its loss, I suspect, was due to wrong division in combinations 
like snian « his d. », helped by syllabic dissimilation wlien the article 
was used, nnian <C aninisn. But cf. Quiggin, o. c. § 122. 



4oé /. Fraser. 

unaccented syllables i and in the Munster dialects where the 

accent lalls on a vowel other than the lirst, the latter is verv 
much weakened or disappears. Thus an t-arân is dntrân. Also 
in the isôlated cases where the svarabhabkti vowel isaccented, 
as in the Arran Mrox?, the syllabic vowel disappears. In the 
Scotch dialect on the other hand theré is no change in the 
quality ot the old vowel. Except in the cases to be mentioned 
below, where svarahhakti occurs after i and u both the old and 
the new vowel hâve precisely the same quality which is that 
ofthe former. This will be made clear fromthe following table 
where a-x (.v°) — = means « The svarahhakti vowel in a slen- 
der (broad) consonantgroup following a is... » 

a) a-x° (ci inckides a <i o) = a : Alba alapz, armaram, 
calg hatak. 

b) a-x° = (i)c : aimsear çme'sdr, ainm çnçm, pailme 
pelemv, çailbheach gelex. gainmueach genex. 

(2) c : tairbh lac, mairbh mère, bailbh 
belè. 

(3)ln some words the vowel is a. Examples 
are tairmeasg taramvsk « prohibition », cf. Bergin, Eriu, 
III, 87, § 162, fairrge farak'a, sailche salax'd, tairrgheal 
taraial, ca.il\chea.n kalaxsn. In the last ex. the quality of the 
consonant group is due to the analogy of the singular. In 
the others the irregularity is only apparent and due to 
the fact that the conventional spelling rule obscures the 
history ofthe forms. 

c) ex = ( l ) Ç '■ eanchuin enexin. 

(2) a : fearg farak. The variation hère 
corresponds to the varying treatment of e before a broad 
consonant group, cf. Revue Celtique, XXXV, p. 38. 

d) e-x° =e : feirge ferek, mêirg merèk, beirm bérem. 
In forms like cearb where the e goes back to original i, 
the latter vowel reappears in the genitive, cirbe. 

e) o-x° =(1) ç '■ lorg Içrçk, borb bçrçp. 

(2) u : Donnchadh dunuxak. 

1. G. sg. of foras. There seems to be no good reason for doubting that 
this is a compound of fios parallel to Imbas < imb-fios. 



Accent and svarabhakti. 407 

f) o-x' --■= (1) ç : soirbheas seres, Foirbeis ferepas. Cf. 
b (2) sup. 

(2) Elsewhere the resultis // in the first syl- 
lable and i in the second : luirg (g. sg. n. pi. of lorg) 
lurjk, buïrb burip, guirm gurim, doilgheas dulixds. 

(3) In oirbh-se oro' sp, ther is broad, cf. 
Olr foraib. 

g) u-x° = // : tulg ///////.•. 

h) u-x° — In this case the svarabhakti vowel is always 
/, but the quality of the old syllabic vowel varies from u 
to:;7.Thus cuinn, guilbneacb muilcheann are sometimes 
kwirim, gwilipdrnax, mwilixdn, but oftener kurjm, guli- 
pdrnax mulixdn. 

i) i-x°. The syllabic vowel is i, while the svarabhakti 
vowel seems to be identical with the sound elsewhere 
written ao : iomlan imâlan, iomchubhaidh ïmœxi. Tior- 
maieh « dry » varies between t'irimix and tœrœmix. 
k) i-x' = i : gilb gilip, tilg tjlik, imrich irïmix. 

7. — After a long vowel the svarabhakti vowel is not ae- 
cented as is shown by lionmhar lidnar « plentiiul », mior- 
bhailt minvalt « miracle », éirghe cri « rising ». A remar- 
kable exception to this rule is formedby some compounds of 
môr-. The word mormhair « lord », Book of Deer f. 3 a, 3 b 
al., bas, when independent, theaccenton the second syllable, 
the vowel of which is 0, and the vowel of the first syllable is 
short mçrçr. When the word is proclitic both vowels are short, 
and there is a secondarv accent on the first, thus mçrçr si m. 
In the Braemar (Aberdeenshire) dialectand in that ofNessin 
the island of Lewis the word is mçrar with both vowels short 
and the accent on the first. It is clear that this torm must be 
secondary for after a short vowel svarabhakti with accent and 
lengthening is the rule in the Lewis dialect. Probably the his- 
tory of the word is as follows. Mormhair was, and is, exten- 
sively used as a proclitic followed b}- a proper natne. In this 
position the long vowel of the first syllable was shortened, 
and the spirant (which the Lewis dialect retains in accented 
words, cf. arbhar aravdr), disappeared without producing sva- 



408 /. Fraser. 

rabhakti. The resulting mçrar then supplanted *môrdvar in 
independent position. In myown dialect where there are two 
forms mçrçr (independent) and mçrçr (proclitic), what happe- 
ned was différent. It is clear from the quality of the second 
vowel in the proclitic form that the independent form with 
svarabhakti was generalised. But the présence of svarabhakti 
implies that the first vowel of the word was shortened. We 
must suppose that in this dialect, too, there existed side by 
side an independent form marvar môrwar, and a proclitic mç- 
rar. From the latter the former took over the short vowel of 
the first syllable before the disappearance of the spirant. Sva- 
rabhakti followed, and the resulting mçrçr ousted môrar in 
proclitic position, where the vowel of the second syllable was 
shortened. The first syllable received a secondary accent natu- 
rall) r as standing in the third place from the accented proper 
name. 

8. — A similar explanation accountsfor the shortening of 
môr-'m several place names, e. g. mjrinS ■< môr-inis. It may 
also be suggested that in certain other compounds, where the 
first élément is usually said to be inori-, we hâve really môro-, 
cf. Loth, Chrestomathie bretonne, p. 153, n° 1. Thus in mçrfa 
which is equated with Ir. muirbheach, recte muirmheach, 
« land liable to flooding by the sea », the quality of te vowel 
of the first syllable beside muruxak <C Mori-catu- ', seems to 
call for some such explanation, particulary as the name isnot 
confined to places in the neighbourhood ofthe sea. 

9. — It strikes one at once that the accent schift described 
has produced in many cases a remarkable coïncidence in the 
accentuation and formofwords with Munster Irish, thus ariir 
« corn » Munster artir. But the ressemblance is purely acci- 
dentai as is shown, by, among other things, the quality of the 
accented vowels. In Munster the accent is attracted by a long 
syllable whether there is svarabhakti or not. In the Scotch 
dialect a long vowel as such has no effect on the accent. In 
Munster ctrîtr the accentuation of the second svllable is subse- 



1. Cf. however, in another dialect, mroxd, Pedcrsen, o.c, I, p. 329, 
But this raatter belona;s to another discussion. 



Accent and svarabhakli 409 

quent to the vocalisation of the spirant and the conséquent 
production by contraction of a long vowel. Soc. arâr, on the 
otlier hand, has passed through the stage arâvar, which is 
still retained in some dialects, and the contraction of the 
vowels is later than the change of accent. Cf. also, M. g alun 
Se. g'alâvan. 

J. Fraser. 



A PROPOS DE LA COIFFURE 

DES 

GAULOIS ET DES GERMAINS 1 



Les travaux de S. Reinach {Les Gaulois dans l'art antique, 
1889), poursuivis par R. von Bienkowski (Celtarum Ima- 
gines, I, 1908) et par moi-même (Les Gaulois dans Fart 
alexandrin, dans Mefnuinents Piot 1910 et 1914) ont réussi à 
grouper une centaine de figurations de Gaulois empruntées 
à toutes les variétés de l'art antique. K. Schumacher, en déve- 
loppant ces recherches pour les Germains, a essayé de distin- 
guer les Gallier-Darstelliingen des Germanen-Darstellungen. 
On vient de voir qu'il a consacré à chacun de ces groupes, 
dans les Catalogues du Musée de Mayence, un répertoire que 
son abondante illustration et un prix réduit rendent très pra- 
tique. Mais il est loin d'être facile de distinguer toujours un 
Gaulois d'un Germain, et, maintenant que les monuments 
sont réunis en nombre, le moment est venu de reprendre à 
leur aide l'étude des caractères physiques des deux peuples. 
Le port de la coiffure est un des traits qui pourrait sans doute 
aider le plus à cette distinction. Des textes nous parlent d'un 
nœud que certains peuples' germaniques, les Suèves surtout, 
faisaient avec leurs cheveux en les ramenant sur un côté de la 
tète; d'autres ajoutent que ce nœud était arrangé d'une façon 
particulière chez les nobles. M. Fischer a consciencieusement 
réuni textes et monuments; il a ajouté depuis un petit bronze 

1. Max Hôfler, Zur Somatologie der Gallokelten, extrait de VArchiv fur 
Anthropologie, XII, 191 3 ; Hermann Fischer. Zutn germanischen Ham - : 
extrait de la Zeitschrift fur deutsches Altertum, LUI. 1912. 



A propos de la coiffure des Gaulois et des Germains. 411 

du Musée de Zurich (Main^er Zeitschrift 1912), et j'ai pu en 
signaler un autre du Musée Calvet (Mém. de ? Acaà. de Vaucluse 
19 13). Mais M. Fischer ne me paraît pas avoir clairement 
distingué les types qu'offrent les monuments. 

Il me semble qu'il faut compter au moins cinq variétés : 

i° Cheveux aplatis avec une boucle ou une longue mèche 
pendant sur la tempe gauche (tête de Welschbillig, « Bas- 
tarne » du Musée de Bruxelles) ou sur la tempe droite (Ger- 
main en terre cuite de Bonn; ajoutez la fig. 143 /; de Bien- 
kowoski). 

2° Cheveux plus touffus portés en raie avec mèche ou 
toupet fortement relevés au-dessus de la raie (le Gaulois du 
Musée Calvet, les Daces d'Adamklissi) ou au-dessus de l'o- 
reille droite (bronze agenouillé de la Bibliothèque nationale). 

3 Cheveux longs tous ramenés à gauche où ils forment un 
nœud du milieu duquel ils pendent en natte (la tète coupée 
de la stèle de Cantaber à Mayence). 

4" Cheveux également longs, mais la natte tombant dans le 
dos à la façon de celle des Chinois (la stèle du signifer de 
Worms). 

3 Cheveux aussi longs, mais tirés de toutes parts vers le 
sommet de la tête pour y être liés et s'y dresser en toupet à la 
façon des Mongols (le Germain de la stèle du clairon Andes, les 
têtes d'applique en bronze dites « têtes de Bataves »). 

D'après Hôfler, on pourrait distinguer au moins trois coif- 
fures spécifiquement gauloises : 

i° les mèches folles se croisant et se dressant drues et en 
tous sens; c'est la coiffure qui rappelait aux Grecs les cri- 
nières de cheval ou des Satyres. Les mèches peuvent être raides 
(Gaulois du Caire) ou souples et bouclées (Gaulois du Capitole, 
Ludovisi, etc.). Quand elles sont raides, c'est qu'elles ont pro- 
bablement été poissées avec un onguent à base de chaux. 

2° une raie au milieu de la tête, avec les mèches peignées à 
droite et à gauche et descendant jusqu'au cou (Gaulois de 
Bologne). 

3 deux longues tresses ou nattes tombant à droite et à 
gauche jusqu'au milieu de la poitrine ou du dos (à la monnaie 



412 Adolphe Reinach. 

celtique et à la statuette de Cosne citées par Hôfler, ajoutez la 
base d'un cadran solaire à Strasbourg). 

M. Hôfler reconnaît une influence romaine dans les tètes de 
Gaulois à la lèvre rasée et aux cheveux coupés ; devant des 
figures qui rappellent les montagnards alpins (statue en pierre 
de Vachères et tête en bronze de Lyon), il me semble qu'on 
doit plutôt y reconnaître le tvpe ligure. 

La question de la barbe et de la moustache n'est pas moins 
complexe. Si César n'attribue aux Gaulois que la moustache, 
les monuments gréco-romains d'une part, la figuration de cer- 
taines divinités gauloises de l'autre attestent que le port de la 
barbe ne peut suffire à caractériser un Germain. On a, d'ailleurs, 
des exemples de Germains sans barbe (stèle de Mayence) 
comme de Gaulois sans moustache (tète de Bologne) et il 
faudrait distinguer entre la barbe courte et rare et la barbe 
épaisse en collier, entre la barbiche en pointe et la longue 
barbe flottante. Les études confuses de MM. Fischer et Hôfler 
sont loin d'avoir élucidé la question. Mais elles ne manquent 
pas de remarques intéressantes. Signalons notamment les 
références réunies sur la diversité des coiffures comme signes 
de la classe d'âge ou de rang social, du clan ou de la tribu 
(j'ai indiqué ici qu'il pourrait s'agir aussi de « touffes de 
scalp » comme chez les Peaux-Rouges; on peut penser à des 
coiffures de guerre; d. pour les Cattes, Tac, Gain., 31). 
Je note aussi l'importante observation qu'en Auvergne le 
malaxage de la tète du nouveau-né se fait dans le sens de la 
brachycéphalie et qu'une femme du peuple rougirait d'un 
entant à tète longue, tandis que, dans l'Est de la France, la défor- 
mation artificielle tend à accentuer la dolichocéphalie; enfin, 
l'idée qu'il pourrait y avoir un vestige de totémisme dans les 
nombreux noms d'animaux donnés par les Celtes tant au crâne 
qu'à la tête entière, selon qu'elles affectaient telle ou telle 
forme. Dans la coiffe où j'ai essayé de montrer ici un scalp, 
M. Hoefler voit avec Bienkowskiune coiffure en crin de cheval 
et il en rapproche un des noms que les Irlandais donnaient à 
certaines têtes : ech-chenn « tête de cheval ». Je ne puis accepter 
cela comme un argument. Il a aussi traité la question de la 



A propos de la coiffure des Gaulois et des Germains. 413 

tête coupée, mais de façon très incomplète et sans connaître encore 
mes articles. J'y relève pourtant un rapprochement intéressant 
qui m'avait échappé : la légende du Graal pourrait avoir pour 
origine le culte irlandais de têtes de héros conservées comme 
reliques, telles que celle de Bran et celle de Fergal (cf. Pokorny, 
Mitt. Anthrop. Ges. in Wien, XLII, 19 12) — ou plutôt, je 
crois, le fait que j'ai démontré de la préservation de certains 
crânes pour servir aux libations dans des sanctuaires celtiques. 
Or, on trouve déjà dans les Védas des exemples de crânes de 
héros qui servent comme coupes pour le sôma (cf. Brunnhofer, 
Arische \J\\eit, 19 10, p. 321). Ajoutons pour finir le passage 
de la fameuse scholie de Lucain que j'aurais dû placer en épi- 
graphe de mon travail : praesidem bellorum Taranin, adsuetum 
olim humants placare capitibus, nunc vero gaudere pecorum l . Vu 

1. J'aurais pu être plus complet dans mes références numismatiques si 
j'avais feuilleté le bel ouvrage de R. Forrer, Keltische Numismatik der 
Rhein-und Douait Lànder (1908), comme l'auteur me Ta signalé depuis. En 
dehors de la fig. 5 39, identique à mon 11° 5 (Dubnorix), j'y relève : fig. 267 : 
cavalier au-dessus d'une tête coupée ; fig. 146 : tète au-dessus du cheval ; 
fig. 141, 453 : tète au-dessous du cheval ; fig. 66 et 463 : tête enchaînée 
au-dessus du cheval ; fig. 486 : homme sans tête, un oiseau à bec pro- 
noncé (corbeau ou aigle) buvant le sang qui s'échappe du cou (?). Dans 
l'ouvrage analysé plus haut de Schumacher (p. 115), je relève un autre fait 
qui vient à l'appui de ma thèse : dans le sanctuaire de Mercure à Finthen 
près Mayence, où l'on a découvert une dédicace au dieu des Canni- 
néfates {CIL, XIII, 7227), s'est trouvée, dans une fosse remplie de débris de 
sacrifice, au milieu d'ossements de porcs et decoqs, un crâne d'homme. On 
pense à Tacite : deofutn maxime Mercurium colunt eut certis diebus humants 
quoque hostiis litare fas hàbent (Genu., IX, 1). On peut signaler un autre 
texte de Tacite, celui qui montre les Corses portant à Othon les têtes de Vitel- 
liens « comme les trophées d'une victoire » (Hist., II, 16). — Depuis la 
publication de mon mémoire, un certain nombre d'autres textes ont été 
signalés dans l'épopée ou dans le folk-lore de l'Irlande, ou dans le roman 
arturien, qui c. infirment la réalité du sacrifice humain et, en particulier, le 
rite des tètes coupées (voir G. Huet, dans Revue d' Ethnographie et de Socio- 
logie, 191 3, p. 379, et F. N. Robinson, Humansacrifice among the Irish Celts, 
Boston, 191 3 ; je ne connais ce dernier travail que par le compte rendu de 
Dottin, Revue des éludes anciennes, 191 3, p. 433). 



1 1 j Adolphe Reinach. 

le caractère sacré qu'ils attachaient à la tête, Gaulois et Ger- 
mains ont certainement dû avoir, comme les demi-civilisés, 
des coiffures rituelles, notamment lorsqu'ils la bénissaient et 
la blanchissaient à la chaux. C'est là une question qu'il faudra 
approfondir. Nous n'avons voulu dans cette note qu'en 
signaler l'intérêt. 

Adolphe Reinach. 



REPERTOIRE 

DES 

FAC-SIMILÉS DES MANUSCRITS IRLANDAIS 

(2 e partie) 



La première partie de ce répertoire, consacrée aux fac-simi- 
lés des manuscrits irlandais conservés en Irlande, a paru dans 
cette revue en 1913 (t. XXXIV, p. 14-37). Cette fois, je 
m'occupe des manuscrits conservés dans les bibliothèques 
d'Angleterre. 

J'ai indiqué les fac-similés du livre de Lindisfarne et du 
livre de Saint-Chad, manuscrits qui, suivant des auteurs 
autorisés, ont été écrits ou ornés, au moins en partie, par des 
mains irlandaises '. 

A la liste des abréviations, donnée en tête de la première 
partie (p. 15-16), j'ai à ajouter les suivantes : 

Astle = Thomas Astle, The origin and progress of writing... 
iilustrated by engravings taken front marbles, manuscripts and 
charters, ancient and modem, 4 , London, 1 784 . 

C. P. Cooper = Appeuclix A to a Report on Rymer's Fœdera, 
tuith Supplément lo Appendix A, 8°, [London, 1869]. 

O'Conor = Charles O'Conor, Reruni Hibernicarum scri- 
ptores, t. I, 4 , Buckinghamiae, 18 14. 

Silvestre = Joseph B. Silvestre, Paléographie universelle. 
Collection de fac-similés d'écritures de Ions les peuples et de tons 
les temps, 4 vol. fol., Paris, 184 1. 



1. Sur le livre de Lindisfarne 1 voir R. A. S. Macalister, The colopbon in 
the Lindisfarne Gospels (Essay s and studies presented to William Ridgi 
Cambridge, 191 3, p, 299-305). Sur le livre de S. Chad, voir W. M. Lindsay, 
Early Welsh Script, Oxford, 1912, p. 1-7. 



4i 6 L. Gougaud. 

MANUSCRITS CONSERVÉS EN ANGLETERRE 

CAMBRIDGE 

I 

SAINT JOHN'S COLLEGE 

N° 59. — Psautier de Southampton (x e siècle ?) 

Fac-similés de l'écriture : 

Fol 5' et 72 r [69] (Ps. 1, 1 et ci, 1-2, avec deux initiales 
ornées) Stephan Beissel, Geschichte der Evangelienbûcher in der 
ersten Hàlfte Mittelalters, Freiburg-im-Brisgau, 1906, pi. 26. 
— Fol. 35 v (Canticum l ri uni puerorum). Westwood, P. S. P. 
Irisb Mss. fig. 2. —Fol. 39 r (Début du Ps. 51) Burlington 
Fine Arts Club : Exhibition oflllumiualcJ Manuscripts, London, 
1908 (édit. in-fol.), pi. xi. 

Fac-similés des peintures : 

Fol. 35 v (Crucifixion) Westwood, P. S. P., Irish Mss., 
fig. 1 ; W. Smith et S. Cheetham, Dictionary of Christian 
Antiquities, London, 1893, P- n86. 

J. Ruskin, The Pwo Paths (Works, XVI), Orpington 1878, 
p. 23 (Un des anges de la Crucifixion); Burlington Fine Arts 
Club, édit. citée, pi. xi. 

Fol. 71 v 1 68] et l v [4] (Victoire de David sur Goliath et 
Victoire de. David sur le lion) Westwood, M. 0., pi. 30; 
Romilly Allen, Early Christian Symbolism of Gréai Britain and 
Ireland, London, 1887, p. 206, fig. 65. 

II 

UNIVERSITÉ 

I 1, vi, 32. — Livre de Deer (x e siècle). — Évangéliaire 
latin avec textes et gloses gaéliques. 

Écriture : 
Fol. 2 1 (Mat. 1, 1), Facsimiles of the national Manuscripts of 



Répertoire de fac-similés des manuscrits irlandais. 417 

Scotland, Southampton, 1867, t. I, pi. 1, 1 ; John Smart, 
The Book of Deer, Edimburgh, 1869, pi. II. 

Fol. 2 V (Mat., 1, 2-16), National Man. of Scotland, t. I, pi. 1, 
2. 

Fol 3 r (Mat., 1, 17, et texte gaélique : Légende de la mis- 
sion de S. Drostan), National Man. of Scotl., t. I, pi. 1, 2; 
]. Smart, Book of Deer, pi. m; F. O. Russel, The Book of Dier 
(Celtia, mars 1901) (Première ligne du texte gaélique). 

Fol. 3 V et 4 r (Texte gaélique), National Man. of Scotl., t. I, 
pi. 11, 1; J. Smart, Book of Deer, pi. iv et v; Pal. S., I, 
pi. eexi. 

Fol. 5 r (Mat., 1, 18-21), National Man. of Scotl., t. I, pi. 11, 
2; f. Smart, Book of Deer, pi. vu; J. Smart, The Sculptured 
Stones of Scotland (Spalding Club). Edinburgh, 1856-1867, 

t. II, pi. 5. 

Fol. 17 r (Début de S. Marc), J. Stuart, Book of Deer, pi. ix. 

Fol. 28 v et 29 r (Ordo de communione infirmorum : éd. F. E. 
Warren, The Liturgy and Ritualofthe Celtic ChurcJi), J. Stuart, 
Book of Deer, pi. x et 11. — Fol. 30 r (Début de S. Luc), 
J. Stuart, Book of Deer, pi. xn. — Fol. 85 r (Symbole des 
Apôtres et Colophon), J. Stuart, B.of Deer, pi. xvm; Pal. S., 
I, pi. ccx. 

Peintures : 

Choix d'ornements divers chez John Stuart, Book of Deer, 
pi. xxi. 

Fol. l v (Quatre personnages dans quatre compartiments), 
Nat. Man. of Scotland, t. I, pi. 1, 1 ; J. Stuart, B. of Deer, 
pi. 1; Le même, Sculptured Stones, t. II, pi. 7. — Fol 4 V 
(Trois personnages), Nat. Man. of Scotl., t. I, pi. il, 2; 
J. Stuart, B. of Deer, pi. vi* Le même, Sculptured Stones, 
t. II, pi. 5. — Fol. 16 v (Un personnage), J. Smart, B. ofDeer, 
pi. vin ; Westwood, M. O., pi. 51, 2. — Fol. 29 v (Un per- 
sonnage), J. Stuart, B. of Deer, pi. xi; Sculptured Stones, II, 
pi. 6. 

Fol. 41 v (Sept personnages), J. Stuart, B. of Deer, pi. xv; 
Sculptured Stones, II, pi. 6. — Fol. 71 v (Un personnage les 
bras en croix), J. Stuart, B. of Deer, pi. xxn. — Fol. 84 v 

Revue Celtique, XXXV. 27 



418 L. Gougaud. 

(Epiicit de S. Jean et deux personnages), J. Stuart, B.ofDeer, 
pi. xvii ; Sciript. Stones, II, pi. 8; Pal. S., I, pi. ccx. — 
Fol. 85 v (Quatre personnages, dont trois les bras en croix, 
dans quatre compartiments), J. Stuart, B. of Deer, pi. xix; 
Sculpt. Stones, II, pi. 8. — Fol. 86 r (Quatre personnages dans 
quatre compartiments triangulaires), J. Stuart, B. of Deer, 
pi. xx ; Sculpt. Stones, II, pi. 7 ; Westwood, M. O., pi. 51, 3. 

DURHAM 
BIBLIOTHEQUE DE LA CATHÉDRALE 

A. 11. 17. — Évangéliaire latin (vm e siècle). 

Écriture : 
Fol. 51 r (Marc, vu, 3-11 ), A. Pal. S., pi. xxx. 

LITCHFIELD 
BIBLIOTHÈQUE DE LA CATHÉDRALE 

N° 1. — Livre de Saint Chad (vm-ix e siècle). — Évan- 
gile latin fragmentaire, avec textes latins et gallois. 

Écriture : 

Spécimens divers chez Westwood, P. S. P., The Gospel of 
S 1 Chad, n os 3 à 7. • 

Fol. 9 V (Mat., v, 17-19), J. G. Evans, The Text of the Book 
of Llan Dâr {OUI Welsh Text s), Oxford, 1893, pi. en lace de 
p. xlv. —Fol. 10 r (Mat., v, 23-26), lbid. —Fol. 22 r (Mat., 
x, 27-35), F- H. A. Serivener, Codex Ceddàe Laliuits, Canta- 
brigiae, 1887, pi. en face de 7; Pal. S., I, pi. xx. — Fol. 71 r 
(Mat., xxviii, 19-20), W. M. Lindsay, Early Welsh Script, 
Oxford, 19 12, pi. 1 ; W. J. Rees, The Liber Lamlavenois 
{Welsh Mss. Soc), Llandovery, 1850, pi. vi;J. G. Evans, op. 
cit., pi. en face de p. xliii. — Fol. 109 r (Mat., vi, 9 a 13), 
Westwood, P. S. P., S' Chad, n° 2 ; F. H. A. Serivener, op. 
cit.,p\. en face de p. 3. — Fol. lll r (Luc, 1, 3-4), Astle, 
pi. xv, 5. 



Répertoire de fac-similés des manuscrits irlandais. 419 

Lettres ornées : 
Fol. 3 r (Mat., 1, 18), Scrivener, op. cit., frontispice. 

Autres Peintures : 

Fol. 71 r (Portrait de S. Marc), Westwood, M. 0., 
pi. xxiii. — Fol. 109" (Portrait de S. Luc) George Hickes, 
Linguarum veterum septentrional! uni thésaurus, Oxford, 1703- 
1705, t. I, p. vin ; Westwood, P. S. P., G. of&Chad, n° 1; 
Pal. S., I, pi. xxi ; Romilly Allen, Early Christian symbolisai 
of Great Britain and Ireland, London, 1887, fig. 47, p. 170; 
J. Gvenogvryn Evans, op. cit., pi. en face de p. lxvi; W. M. 
Lindsay, Early Welsh Script., pi. 11. — Fol. no r (Emblèmes 
des quatre évangélistes), Westwood, M. 0., pi. xxiii. — -Fol. 
110 v (Grande croix et motifs zoomorphes), Pal. S., I, 
pi. xxxv. 

LONDRES 

I 

BIBLIOTHÈQUE DU PALAIS DE LAMBETH 
Évangéliaire latin de Mac Durnan (x e siècle). 

Écriture : 

Fol. 3 V (Passage où Mael Brith Mac Durnan est mentionné, 
en capitales), Westwood. P. S. P. Gospel of M. Durnan. pi m, 
2. — - Fol. 65 (Mat., xxvn, 24-32, avec une glose irlandaise 
publiée par Stokes et Strachan, Thésaurus Palaeohibernicus, t. I, 
p. 484) ; Gilbert, I, pi. xxxi, 3 ; J. H. Todd, Account of a 
Ms. of the Four Gospels in theLibrary... at Lambelh (Proceedings 
of the Royal Irish Acad., t. I, 1836-40, p. 41. 

Lettres ornées : 

Fol. 2 r (Mat., 1, 1-14), Gilbert, I, pi. xxxi, 1 et 2. — Fol. 
5 r (Mat., 1, 18), Gilbert, I, p. xxx, 1; W'estwood, P. S. P. 
Gosp. ofM l D., pi. 11, 1. — Fol. 72 r (Marc, 1, 1-6), Gilbert, I, 
pi. xxx, 2 ; Bruun, pi. v, p. 40. — Fol. 117 r (Luc, 1, 1-8), 
Gilbert, I, pi. xxx, 3. — Fol. 172 r (Jean, 1, ), Westwood, 
P. S. P.,Gosp.ofM l D., pi. 1, 1. 



420 L. Gougaud. 

Autres peintures : 

Choix d'ornements divers chez J. O. Westwood, On the 
distinctive Character of the varions styles and ornementation em- 
ployée! by the early British, Anglo-Saxon and Irish Arlists (Ar- 
chaeological Journal, t.X, p. 285, 288, 289, 294; Owen Jones, 
The Grammar of Ornament, London [1865], pi. 65, n os 4, 8, 
9, 10, 13. 

Fol. l v (Emblèmes des quatre évangélistes), Westwood, 
P. S. P. G. of M c D., pi. 1, 2 ; Bruun, pi. iv, p. 32. 

Fol. 4 V (Portrait de S. Matthieu), John Stuart, Sculptured 
stones of Scotland, t. II, pi. iv ; Westwood, M. O., pi. xxn ; 
Le même. Irish illuminated Manuscripts (Arch&ological Journal, 
t. VII, p. 17); Joseph Anderson, Scotland in early Christian 
Times, Edinburgh, 1881, i re série, p. 228; L. Gougaud, Varl 
celtique chrétien {Revue de Fart chrétien, 191 1, fig. 10, p. 105); 
Le môme, Liturgies et arts celtiques (Revue celtique, t. XXXII, 
1911,%. 4, p. 252). 

Fol. H5 V (Portrait de S. Luc), J. Stuart, op. cit., t. II, 
pi. iy ; Westwood, M. O., pi. xxn; Le même, dans Archxolo- 
gical Journal, t. VII, p. 19; J. Anderson, op. cit., p. 228; 
L. Gougaud, dans la Revue de Fart chrétien, 191 1, fig. 9, 
p. 104; Le même, dans la Revue celtique, t. XXXII, fig. 2, 
p. 259. 

Fol. 116 r (Trahison de Judas. Cette miniature n'est pas de 
style irlandais), Westwood, P. S. P. G. of M. D., pi. m, 1. 

Fol. 170 v (Portrait de S. Jean), Cari Schnaase, Geschichte der 
bildenden Kùnste, Dùsseldorf, 1869, t. III, fig. 14e, p. 613 ; 
Westwood, P. S. P. Gosp. of M. Duman, pi. 1; A. Wolt- 
mann, et K. Woermann, Geschichte der Malerci, trad. S. 
Colvin, London, 1880, t. I, fig. 54, p. 204; John Henry 
Middleton, Illuminated Manuscripts in Classical ami Mediœval 
Times, Cambridge, 1892, fig. 20, p. 91; Brunn, pi. VI, p. 48; 
Walter Armstrong, Ars una, species mille : Grande-Bretagne 
et Irlande, Paris, 19 10, fig. 262, p. 131. 

Écriture : 

Fol. 24 r -25 r (Annales de Boyle de 1 174 à 1 185), Gil- 
bert, II, pi. xci, avec transcription et traduction. 



Répertoire de fac-similés des manuscrits irlandais. 421 

II 

BRITISH MUSEUM 

1. — Arundel, 333 Ms . médical et astronomique écrit en 
1514 et 1519. 

Écriture : 

Fol. 35 v (cf. O'Gradv, Catalogue, p . 246), British Muséum : 

Catalogue of Manuscripts, nouv. série, t. I, i re partie : The 
Arundel mss. London, 1834, pi. 111. 

2. — Cotton, Galba A. V. — Psautier latin (xi e -xn e siècle). 

Écriture : 

Fol. 17 v (Ps. 33, 1-3, avec une lettre ornée), Westwood, 
P. S. P., Irish Mss., p. 4, planche unique, n° 3. — Fol. 
28 v et 29 r (Ps. 59, 11-14, Ps - 6o > Ps - ér > Ps - 62 , 2 " I2 > 
avec initiales ornées), Gilbert, II, pi. xlix. — Fol. 29 v (Ps. 
84, 3-14, Ps. 85, 1-3, avec initiales ornées), Gilbert, II, pi. 
XLvni, 1. — Fol. 37 r (Ps.77, 19-20), David Casley, ACata- 
logue of the Manuscripts of the King's Library : An appemlix to 
the Catalogue of the Cottonian Library, London, 1734, pi. xiv. 
— Fol. 38 r (Ps. 101, 2-8, avec initiale ornée), Gilbert, II, 

pi. XLVIII, 2. 

3. — Cotton. Nero A. VII. — Ms. juridique écrit en 15 71. 

Écriture : 

Fol. 132 (Bretha Nemed), C. P. Cooper, SuppL, pi. xm. 

4. — Cotton. Nero D. IV. — Livre de Lindisfarne (v. 
700). — Evangéliaire latin. 

Écriture : 

Fol. 34 r (Mat., iv, 24-v, 10, avec des lettres ornées), 
Pal. S., I, pi. m ; Westwood, P. S. P., Anglo-saxon Gospels, 
pi. unique n° 1 ; The Harmsworth Encyclopaedia, London 
[190e], t. VIII, p. 53 ; Ed. Maunde Thompson, An Introduc- 
tion to Greck and Latin Palaeography, Oxford, 1912, n° 140, 
p. 387. — Fol. 81 v (Mat., xxvi, 22), C. P. Cooper, SuppL, 
pi. xxiv, 1. — Fol. 90 r (Incipit argumentant [Marri], avec 



422 L. Gougaud. 

cinq lettres ornées), E. Maunde Thompson, Catalogue of ancieni 

Manuscripls in the Britisb Muséum, London, 1884, 2 e partie, 
pi. vin ; F. G. Kenyon, Facsimiles of Biblical Manuscripls in 
the Biitish Muséum, London, 1900, pi. xi ; Catholic Ençyclo- 
paedia, London [1910], t. IX, pi. en face de p. 270. — Fol. 
139 v (Luc, 1, 5-7, avec des lettres ornées et Pater), Astle, pi. 
xiv b ; Silvestre, t. IV, pi. 11, 1 ; O'Conor, pi. ni, 2. — Fol. 
195 v (Luc, xxii, 37-47), F. G. Kenyon, Handbook to textual 
Criticism of the New Testament, 2 e éd., London, 1912, pi. 
xvi. -- Fol. 259 r (Jean, xxi, 22-25 et colophon), E. Maunde 
Thompson, Calai, of anc. manuscripts, 2 e part., pi. ix;D. 
Casley, Catalogue of the man in the King's Library, pi. xm ; 
Robinson, pi. v. 

Lettres ornées : 

Choix de lettres ornées : Astle, pi. xiv /; ; Owen Jones, 
Grammar of Orna ment, pi. lxiv, 38 et 40, pi. lxv, i ; West- 
wood, Arch. Journal, t. X, fig. 7, p. 294 ; Matthew Dighy 
Wyatt, The Art of Illuminating (Privately printed) [London, 
1860], pi. m et iv. — Fol. 27 r (Mat. 1, 1), Pal. S., I, pi. 
iv ; Brunn, pi. m. — Fol. 29 r (Mat., 1, 18), Fred. Madden, 
Illuminated Ornaments, etc., London, 1833 [pi. v] ; J. Steven- 
son, The Lindisfarne and Rushworth Gospels (Surtces Society, 
t. XXVIII), 1854, pi. en face de p. 38; G. F. Warner, Repro- 
ductions from illuminated Manuscripts in the British Muséum, 
London, 1908, 3 e série, pi. 11; Robinson, pi. x; James Has- 
tings, Encyclopaedia of Religion and Ethics, Edinburgh, 1908, 
t. I er , p. 890. — Fol. 95 r (Marc, 1, 1-2), Robinson, pi. vu; 
Walter Armstrong, Ars una,Species nulle : Grande-Bretagne et 
Irlande, Paris, 1910, fig. 271, p. 137. — Fol. 129 r (Luc, 1, 
1), Astle, pi. xiv a ; Pal. S.,\, pi. xxii ; E. Maunde Thomp- 
son, English illuminated Manuscripts, London, 1895, P^ î > F- 
G. Kenyon, Our Bible and the Ancieni Manuscripts, London, 
1895, pi. xx; Robinson, pi. vin ; J. A. Herbert, Illuminated 
Manuscripts {The Connaisseurs Library), London [19 11], pi. 
vin. — Fol. 211 r (Jean 1, 1), Henrv Noël Humphreys, Illu- 
minated Books of the Middle Ages, London, 1844-49 (planches 
sans numérotation); Pal. S., I, pi. vi ; G. F. Warner, /////- 



Répertoire de fac-similés des manuscrits irlandais. 423 

minated Manuscripts in the British Muscuni, London, 1903, pi. 

I ; Robinson, pi. ix. 

Autres peintures : 

Choix de motifs d'ornementation : Owen Jones, Grâmmar 
ofOrnament, pi. lxv, 5, 11, 12, 14 ; Westwood, Arch. Journal, 
t. X, fig. 4, p. 291,6g. 12, p. 297; Auguste Racinet, L'Orne- 
ment polychrome, Paris [1869-78], t. I, Moyen âge, ornements 
celtiques, n° 26, t. II, planche « celtique »,'n° 8. — Fol. 25 v 
(Portrait de S. Matthieu), Westwood, M. O., pi. xiii. — Fol. 
26 v (grande croix ornée d'entrelacs zoomorphes sur un 
fond d'ornementation), E. Maunde Thompson, Catalogne of 
anc. Man. in the Br. Muséum, 2 e partie, pi. x ; G. F. Warner, 
Reproductions, 3 e série, pi. 1; Robinson, pi. vi. — Fol. 93 v 
(Portrait de S. Marc), J. A. Herbert, The Erhhlems of the Evan- 
gelists (Burlington Magasine, t. XIII, 1908, pi. en face de 
p. 167). — Fol. 94 v (Dessins géométriques et zoomorphes 
et entrelacs, cercle au centre), Westwood, M. O., pi. xn ; 
Joseph Anderson, Scotland in early Christian Times, Edin- 
burgh, 1881, i re sér., pi. 1. — Fol. Ï37 v (Portrait de S. Luc), 
E. M. Thompson, Catal. of anc. mss. in the Br. Mus., 2 e par- 
tie, pi. xi. — Fol. 210 v (Dessins géométriques et zoo- 
morphes, croix au centre), Pal. S., I, pi. v; G. F. Warner, 

II lu minated Manuscripts, pi. 11. 

5. — Cotton. Otho C. V. — Fragments des Évangiles en 
laiin ( vm e siècle ?). 

Écriture : Fol. 25 v (« Cata Marcum » en capitales 
angulaires), T. Astle, pi. xv, n° 1, p. 98 ; J. B. Silvestre, IV, 
pi. 1, 1. 

6. — Cotton. Titus A. XXV. — Annales de Boyle (fin du 
xm e siècle). 

7. — Cotton. Vitellius F. XI. — Fragments d'un psautier 
latin (ix e -x e siècle). 

Écriture : 

Fol. 29 v (Ps. 74, 3-14), Gilbert, II, pi. xlviii, i. — Fol. 
38 r (Ps. 101, 2-8, avec encadrement et grande initiale 
ornée), Gilbert, II, pi. xlviii, 2. 



424 L. Gougaud. 

Peintures : 

Fol. l r (David et Goliath), J. Smart, Sculptural Siones 
of Scotland, t. II, p. lxxix ; Westwood, Irish illuminated 
Manuscripts (Archaeological Journal, t. YII, p. 23 ; Le même, 
M. O., pi. li, 7. — Fol. 2 r (David jouant de la harpe), J. 
Smart, Op. cit., II, p. lxxix; Westwood, Arch. Journal, 
t. VII, p. 24; Le même, M. O., pi. li, 9. 

8. — Egerton 89. — Lile na beladhan leighis (Lys de l'art 
de médecine), écrit en 1482. 

Écriture : 

Fol. 13 r [olim 1] (Début de la préface du traité médical), 
J. P. Cooper, Suppl., pi. xix. 

9. — Egerton 90. — Mélanges irlandais (xv e -xvi e siècle). 

Écriture : 

Fol. 15 r [olim 14] (Texte de loi concernant la mise à 
mort du daim, avec une initiale ornée), J. P. Cooper, Suppl., 
pi. xxi. — Fol. 16 r [olim 15] (Texte légal sur les animaux), 
J. P. Cooper, Suppl., pi. xxi. — Fol. 18 r (Poésie sur Bri- 
gid), J. P. Cooper, Suppl., pi. xxi. 

Ornements : 

Fol.7 r (Tableau des caractéristiques des signes du zodiaque), 
J. P. Cooper, Suppl., pi. xx. 

10. — Egerton 91. — Homélies en irlandais (xv e siècle). 

Écriture : 

Fol. 20 r [olim 37] (Pater en latin) ; fol. 67 r [olim 107], 
initiale ornée; fol. 52 r [olim ni], initiale ornée : J. P. 
Cooper, Suppl., xxn. 

11. — Egerton 92. — Mélanges religieux en irlandais 
(xvi e siècle). 

Écriture : 

Fol. 4 r [olim 1], 12' [olim 16], 31 r [olim 43], J. P. 
Cooper, Suppl., pi. xxm. 

12. — Harley 432. — Fragment du Senehus Mor (xvi e 
siècle). 



Répertoire de fac-similés des manuscrits irlandais. 425 

Écriture : 

Fol. 4 r (Texte du Senchus Mor, avec lettres ornées), Ancient 
Laws of Ireland, Dublin, 1869, t. II. pi. 1. 

13. — Harley 546. — Traité médical en irlandais écrit en 
1459- 

ÉCRITURE : 

Fol. 11 r (Texte sur les doses médicales), Norman Moore, The 
History of the Study of Médiane in the British Lies, Oxford, 
1908, pi. VIII. 

Fol. 55 (Sur la goutte), N. Moore, Op. cit., pi. ix. 

Fol. 17 v (Sur l'épilepsie), N. Moore, Op. cit., pi. x. 

14. — Harley 1023. — Evangéliaire latin (xn e siècle). 

Écriture : 

Fol. 7 V (Mat., xxvn, 49-50), Westwood, P. S. P., Irish 
Mss, pi. unique, n° 7. — Fol. ll r (Marc 1, 1-14, avec une 
initiale ornée), Gilbert, I, pi. xlv, 2. — Fol. 34 r (Luc 1,1-16, 
avec une initiale ornée), Gilbert, I, pi. xlv, 3. - - Fol. 65 r 
(Jean 1, 1-20, avec une initiale ornée), Gilbert, I, pi. xlv, 4. — 
Fol. 88 v (« Finit, Amen, Finit, Amen »), Westwood, P. S. P., 
Ir. Mss., pi. unique, n° 8 ; G. P. Cooper, Snppl., pi. xvn, 1. 

Peinture : 

Fol. 10 r (Emblème de S. Marc), Gilbert, I, pi. xlv, i. 

15. — Harley 1802. — Evangéliaire de Maelbrigte en 
latin, avec des textes irlandais (xir siècle). 

Écriture : 

Fol. 9 V (Poème irlandais sur les Apôtres; texte et trad.chez 
Whitley Stokes, The Irish Verses etc, in Harleian 1S02, Revue 
celtique, t. VIII, 1887, p. 350-355), Gilbert, I, pi. xl, 1. — 
Fol. 10 1 (Mat. 1, 18-23, avec une initiale ornée), Gilbert, I, 
pi. xli, 1. — Fol. 13 r (Mat., 11, 22-23, ni, 1-8), Gilbert, I, pi. 
xlii, 1. — Fol. 50 r (Texte latin extrait de Bède sur II Petr. 
ni, 10 et une ligne en irlandais), Gilbert. I, pl.xL, 2. — Fol. 
60 r (Mat., xxviii, 13-20), Gilbert, I, pi. xli 2. — Fol. 61 v 
(Début de S. Marc, avec une initiale ornée), Westwood, P. S. 
P., Irish Mss., pi. unique, n° 4. — Fol. 87 r (Luc, 1, 1-13, avec 



426 L. Gougaud. 

une initiale ornée) Pal. S., I, pi. 212. — Fol. HT (Luc xix, 
17-32), E. Maiinde Thompson, An Introduction to Greek and 
Latin Palœographv, Oxford, 19 12, n° 139, p. 382. — Fol. 
127 v (Luc, xxiv, 47-52, et prière pour Maelbrigte, texte et trad. 
chez Wh. Stokes, Op. cit., Revue celtique, t. VIII, p. 358-359) 
Gilbert, I, pi. xli, 3 ; E. Maunde Thompson, Handbook 0) 
Greek and Latin Pahvography, London, 1893, P- 2 43 5 Res- 
sens, Eléments de paltographie, Louvain, 1899, p. 5 1 ; West- 
wood, P. S. P., n° 5 (prière seulement). — Fol. 128 r (Jean, 
1, 1-15, avec une initiale ornée), Gilbert, I, pi. xli, 4 ; J. P. 
Gooper, Suppl., pi. xvi; F. G. Kenyon, Facsitniles of Biblieal 
Manuscripts iu tbe British Muséum, London, 1900, pi. xvm ; 
Franz Steffens, Lateinische Palàograpbie, pi. 83 et 2 e ëd'rt. (Sup- 
plément %ur ersten Aujlage, pi. 34, n° 1). 

Fol. 156 v (Jean, xxi, 20-25, avec colophon en irlandais), 
Gilbert, I, pi. xlii, 2. Le colophon seulement chez O'Conor, 
pi. vi, 1 ; C. P. Cooper, Suppl. , pi. xvi, 2. 

Peinture : 

Fol. 60 v (Lion, emblème de S. Marc), Westwood, P. S. P., 
n° 6 ; L. Gougaud, V Art celtique Chrétien (Revue de Part Chré- 
tien, 191 1, rig. 13, p. 108). 

16. Harley 3756. — Mélanges. (xvi e siècle) 

Ecriture : 

Fol. 37 r (Convention en irlandais entre Gerald, huitième 
comte de Kildare et Mac Geoghegan), Gilbert, III, pi. lxi, 
avec transcript. et trad. 

17. — Harley 3280. — Mélanges irlandais (xv L '-xvi e siècle). 

Ecriture : 

Fol. 27 r (Tochmarc Emire la Coiuculaind, avec une initiale 
ornée : édit. sans traduct. de Kuno Meyer, Zeitschrift fur 
altische Philologie, t. III, 1900, p. 229), Ch. P. Cooper, Suppl., 
pi. xvm, 1; Astle, pi. xxn, 13. — Fol. 53 r (Noiden Ulad : 
publié par E. Windisch, avec une trad. allemande, A', sàchs. 
Gessellsch. der Wissensch. Berichte, t. XXVI, 1884, p. 340), 
Ch. P. Cooper, Suppl., pi. xvm, 2. 



Répertoire de fac-similés de manuscrits irlandais. 427 

18. — Addit., 15582. — Manuscrit médical écrit en 1563. 

Reproduction complète en fac-similé du Regimen sanitalis 
(15 planches, dont deux avec lettres ornées) avec transcription 
et traduction chez H. Cameron Gillies, Regimen Saniîatis. The 
Rnle of Health, Glasgow, 191 1. — Voir aussi du même, A 
Gaclic Médical Man user ipt of 1563 {Çaledonian médical Journal, 
t. V, 1902, p. 39-86). 

OXFORD 

I 
BODLÉIENNE 

1. — Auct. D. 2. 19. — Codex Rushworthianus ou 
Evangéliaire de Mac Regol en latin (ix c siècle). 

Ecriture : 

Alphabet en capitales et en semi-onciales, chez Astle, 
pi. xvi ; O' Conor, pi. iv, 2. 

Fol. 55 r (Marc, 11, 12-15), Astle, loc. cit., Silvestre, IV, pi. 11, 
2; O' Conor, pi. ni, 1. — Fol. 92 r (Luc, m, 8-17), S. Hem- 
phill, The Gospels of Mac Regol of Birr , a Study in Celtic Illu- 
mination (Proccedings if the Roy. Irish Academy, t. XXIX, sect. 
c, 191 1, pi. v. — Fol. 93 r (Luc, m, 27-36), Gilbert, I, pi. 
xxii. — Fol. 110 r (Luc, xvi 25- xvn, 6), Pal. S ., I, pi. xcx ; 
E. Maunde Thompson, Handbook, p. 241 ; Reusens, Eléments 
de Paléographie, p. 49. — Fol. 155 r (Jean xm, 2), J. Steven- 
son, The Lindisfarne and Rushworth Gospels : Surtees Society, t. 
XL VIII, frontispice. — Fol. 169 v (Souscription de Mac Regol 
en latin), Gilbert, I, pi. xxiv ; J. Stevenson, Op. cit., frontis- 
pice. 

Lettres ornées : 

Fol. l r (Début de S. Mat.), Hemphill, Op. cit., pi. 1. — 
Fol. 52 r (Marc, 1, 1), Westwood, P. S. P. Gospel of Mac Regol, 
pi. unique, n° 2; Hemphill, Op. cit., pi. 11. — Fol. 85 r 
(Début de S. Luc), Westwood, Op. cit ., n° 1 ; Hemphill, pi. 
m. — Fol. 127 r (Début de S. Jean), Gilbert, I, pi. xxm ; 
Hemphill, pi. iv;Cabrolet Leclercq, Dictionnaire lï archéologie 



438 L. Gougaud. 

chétienne et de liturgie, t. II, fig. 2337. — Fol. 127 v (Jean 1, 
6), Westwood, n° 3. 

Autres peintures : 

Ornements divers : Westwood, Archxological Journal, t. X, 
pi. en face de p. 291, fig. 3, 5 ; pi. en face de p. 291, 
fig. 6. 

Fol. 126 v (Portrait de S. Jean), Westwood, M. O., pi. xvi ; 
Pal. S., I, pi. xcxi. 

2. — Auct. F. 3. 15. — Texte latin de Chalcidius avec 
des gloses irlandaises ( ). 

Ecriture : 

Fol. l r (Incipit : Socrates in exhortât ionibus, avec une initiale 
ornée), O' Conor, I, pi. vi, 2. 

3. — Laud Mise. 618. — Mélanges irlandais (xn e -xv e 
siècle). 

Écriture : 

Fol. 33 r (Gilla Coemain Annalad anal! huile, avec une ini- 
tiale ornée), O' Conor, I, pi. vu, 5. -- Fol. 59 r (JSen a Crist 
molabrad avec une initiale ornée), Ibid., pi. vu, 6. — Fol. 
110, Gilbert, III, pi, xlvii. 

Lettres ornées: 

Gilbert, IV, Appendice, pi. iv. 

4. — Rawl. B. 487. — Mélanges irlandais (xv e siècle). 

Écriture : 
Fol. 55 r (Passage des lois des Brehons), O' Conor, I, pi. 
vi, 3. 

5 — Rawlinson B. 488. — Annales de Tigernach (xiv e 
siècle). 

Écriture : 

Fol. ll r (Annales de 665 à 682 de l'ère chrétienne), Gil- 
bert, II, pi. xc. 

Lettre ornée : 

O' Conor. R. H. S, I, pi. vu, 1. 

6. — Rawl. B. 489. — Annales d'Ulster, en irlandais (xvi e 
siècle). 



Répertoire de fac-similés des manuscrits irlandais. 429 

Écriture : 

Astle, pi. xxii, 16, 17. 

7. — Rawl. B. 502. — Mélanges irlandais (xi e -xn e siècles). 

Écriture : 

Ce manuscrit a été publié intégralement en fac-similé par 
le Prof. Kuno Meyer : Rawlison B. j02. A Collection of pièces 
in prose and verse in the Irisb Language, Oxford, 1909. 

Autres fac-similés : O' Conor, pi. vu, 4 (fol. 2 : Annales 
de Tigernach) ; Gilbert, I, pi. xliii, xliv, II, pi. xc (fol. 6, 7, 
11 : Annales de Tigernach) ; Astle, pi. xxn, 15 (Annales de 
Tigernach); Eleanor Hull, Poem Book of the Gael, London, 
1912, frontispice : fol. 19 1 ' (Saltair na Rann, éd. Whitley 
Stokes, Anecdota oxoniensia, Oxford, 1883); Gilbert, II, pi. 
lvi, lvii, Lvm(fol. 65-', 79 l , 64 l : généalogies). 

8. — Rawl. B. 503. — Annales d'Inisfallen, en irlandais 
(xnr-xiv e siècles). 

Écriture : 

Fol. 16 v (Annales de 930 à 951), Gilbert, II, pi. lxxxix. 

9. — Rawl. B. 505. — Mélanges irlandais (xiv-xv e siècle). 

Écriture : 

Choix de lettres chez O' Conor, I, pi. vi, 4. 

10. — Rawl. B. 512. — Mélanges irlandais (xiv e -xv e 
siècles). 

Écriture : 

Fol. 23 r (Vie tripartite de S. Patrick, en irlandais : éd. et 
trad, Wh. Stokes, The Tripartite Life of Patrick, London, 
1887, p. 192-197), Wh. Stokes, Trip. Life, t. I, frontispice). 

Fol. 45 r (Traité en irlandais sur le psautier : éd. et trad. 
Kuno Meyer, Hibernica Minora, Oxford, 1894, p. 1-3, 20- 
22) . 

K. Meyei, op. cit., frontispice. 

11. — Rawl. B. 514. — Mélanges irlandais (xvi e siècle). 

Peinture : 
Fol. 3'[2] (Portrait de S. Columba), Gilbert, III, pi. 

LXVI . 



4^0 L. Gougaud. 

II 

CORPUS CIIRISTI COLLEGE 

i. — N° 122. — Evangéliaire latin (xi e siècle?). 
Écriture : 

Fol. 10 v (Mat. i, 15 -il, 2), Gilbert, II, pi. xlvii, i. — Fol. 
41 v (Mat., xxvi, 69-xxvn, 7), Gilbert II, pi. xlvii, 2. — 
Fol. 72 v -73 r (Luc, m, 19-iv, 11), Gilbert, II, pi. xlvii, 3, 4. 

Lettres ornées et peintures : 

Fol. 3 V -4 V (Canons d'Eusèbe), Gilbert, II, pi. xlvi r, 2. — 
Fol. 5 v (Diagramme : Aléa Evangeliï), Gilbert, II, pi. xlvi, 3. 
— Fol. 10 r (Mat., 1, 1-15), Gilbert, II, pi. xlvi, 4. 

2. — N° 282. — Missel (xn e siècle). 

Écriture : 

Fol. 31 r (Oraisons pro diaconibus) F. E. Warren, The 
Manuscript Irish Missal belonging to... Corpus Christi Collège 
Oxford, London, 1879, pi. 1. — Fol. 51 r (Introït, collecte et 
épître de la messe du jour de Noël, avec lettres ornées), War- 
ren, op. cit., pi. 11. — Fol. 58 r (Oraison et épître de la messe 
des Saints Innocents), Warren, op. cit., pi. m. — Fol. lll v - 
112 r (Litanies de l'office du Samedi saint), Gilbert, II, pi. l, i, 
2 ; Warren, pi. iv. — Fol. 114 v (Introït du dimanche de 
Pâques), Gilbert, II, pi. l, 3. — Fol. 115 r (Epître et Evangile 
du dimanche de Pâques), Gilbert, II, pi. li, i. — Fol. 196-197' 
(Rituel du Baptême), Gilbert, II, pi. li, 2, 3.— Fol. 202 r 
(Consecratio fonds), Warren, pi. v. 

Le sac de cuir dans lequel ce missel était autrefois renfermé 
a été conservé. On en trouvera une reproduction chez Ernest 
A. Savage, Old English Libraries, London [191 1], pi. 1, 2. 

L. Gougaud. 



NOTES 

SUR LE 

PARLER BRETON DE CLÉGUÉREC ■ 

(morbihax) 

(Sniie) 



VOCABULAIRE 

Bien que le vocabulaire de Cl. soit assez pauvre et ignore 
un certain nombre de termes courants ailleurs (il dit. par 
exemple : 

panye'' de lakat inet, panier à mettre des oiseaux, pour V. 
kavidel, cage ; 

u r goba là, flambée, feu de joie, alors que Pontivy emploie 
ur wogedel; ne connaît guère le mot manne, montagne, qu'il 
remplace par le vocable imprécis motçn, motte, butte ; etc., 
etc.), 

il renferme cependant quantité de mots non en usage à 
V. L'on trouvera ci-après quelques-unes, la minorité seule- 
lement, de ces expressions qui, connues sans doute — cer- 
taines d'entre elles, tout au moins — en dehors de Cl., n'ont 
pas été relevées (sauf erreur) par les dictionnaires de Y. ou 
sont portées dans ces ouvrages avec un sens différent. L'on n'a 
pas répété, en général, les mots dont les modifications phoné- 
tiques seules sont ci noter (Voir Phonétique). 



âbyçj(œw) ou îibkjQrw) : anneau(x) du joug. 
[dèn] adyes : [homme] habile, expert. 

i. Voir ci-dessus, pp. et --. 



43 2 E. Thibault. 

akiuit, gober en akiuit ag en ti y : suffire pour la provision de la 

maison. 
[dèn] à port : [homme] important, gros. 
a(r)dÔnat : apprivoiser. 

are : encore, sens généralement péjoratif ;c est un reproche. 
(ar)gorœw : dot. 

arikotèn ou arigotèn : badiner, lanterner. 
[gwel] asèjet : retenu, empêché, mal en point. 
aset : assez. 
àwelat [er sœwt] : V. anihélial : conduire [les vaches] à la corde. 

B 

[terel er] bar : [jeter le] sort. 

barabà : charrue moderne [Brahant]. 

[sakre] barbar : [sacré] brutal, espèce de sauvage! exclamation 

bes : buis. 

[dihwcâçn stal ïir] beiuin : [saigner comme un] bœuf. 

biâabonen ou Ujabonen : taon. 

[de se] bihà : [il n'y en a pas] peu, (il y en a assez). 

blœn : bleu [des repasseuses], 

[ur] boch [a ilis] : [une] grand[e église] (dans ce sens le mot 

boch commence à se répandre à Cl.). 
botèn : butter, terme de jardinage, 
boteù'e'' : sabotier. 

brada (franc, brandon) : enseigne d'auoerge, touffe de gui, gui. 
brahat ha brahat : bras dessus bras dessous. 
bri, féminin, sens spécial de : lisière d'un ch*amp. 
budyoch ou bugyoch : chevreuil. 

D 

dâtet : [bouillie] brûlée, attachée au fond du chaudron. 

[karhel] delikat : [marcher] vite. 

deryar gor : sorte de lierre qui pend aux arbres. 

dermat : étrennes. 

dit geneù'çr : aiguilles de glace qui pendent du toit. 

deiuech, sens spécial de : noce. 



Notes sur le parler breton de Cléguèrec. 433 

diboâewèn [pes] : écosser [des pois]. 
ifalajoxx difalas : déchet. 

(d'ailleurs le suffixe collectif volontiers péjoratif aj est 
très souvent employé à Cl. Cf. gwanaj, charogne ; 
salopriaj, strôkaj, tas de choses, gens malpropres). 
dtok] diflapet : [chapeau] aux bords rabattus. 
dirweyt te : tourné vers, exposé à. 
[dçu] dishe : [homme] très grand, décharné . 
dorèn [ger woten\ : monter [la côte]. 
dœ w jœn : déjeuner du matin. 

Des noms des autres repas sont : 
Qj)aâœjœn : déjeuner de 8 à 9 heures. 
lèn : repas de midi. 
meren : goûter de 4 heures. 
huèn : souper, repas du soir. 



ebelâ : roitelet. 



farsus, très employé à Cl. dans le sens de : étonnant, extra- 
ordinaire. 

jasip : tout cà fait semblable. 

fenestat : aller sous la fenêtre d'une fille lui conter fleurette. 

felisen : sorte de grosse toile. 

flehek : fainéant, flandrin. 

forch, forhaj : quantité de. 

furawten (ce mot est plutôt de Neulliac) ou justen : la robe 
tout entière qui se compose du corsage : korvele, cl de la jupe : 
broch. 



gach, ahœrtel alurghach : talus, entêté comme un talus. 
[sakre] gau : sacristi, [sacré] animal ! juron bénin > exclamation 

bienveillante, 
gardelop (franc, garde-robe) : cabinet d'aisances. 

Revue Celtique, XXXV. 28 



434 E. Thibault. 

garni remplace presque toujours givelen : pleurer. 

glà : laine. 

go(a)rem er g[aw : arc-en-ciel. 

golot (confusion avec volet, voir plus loin) : couvercle (en 

générât) . 
gotà : parce que, à cause de. 
gr(iu)ifal : pousser des cris (enfants). 
grwek, sens spécial de : matrone, sage-femme. 
g'its : [tourner] court. 
guspin (franc.) : gamin, jeune garçon. 
gwâ : hiver. 
gwech ha [nionet] : en même temps que d'[aller], tant qued'.., 

puisque vous 

çwel : forçe. 

gweshônyat (franc, gascon) : dire des choses inintelligibles. 

H 

[uni] haya(l) : se pousser, se chamailler (enfants). 

[skleyjaî] heli er bl'fïv : [traîner] par les cheveux. 

helœr : suie . 

hik : hoquet. 

(h)onestat : nettoyer. 

hubitbu, ibubu : huppe. 

hwari [i baivt], [kohle] sens spécial île : faire [le jeune homme], 
[le diable à quatre]. 

hivek [seivel en hiùçkœw] : amygdale [relever, remettre les 
amygdales en place en tirant sur les cheveux]. 

hiuel V. ihuél : haut. 

hi'uil, sens spécial de : malin. 

hinech do un biuil : c'est un malin, c'est un beau merle (rail- 
lerie). 

(h)ïbiselat : bercer. 

1 

Lien : Yves. . 

i(n)taves : i) veuve, 2) entonnoir. 

[dçn] iskriap : [homme] très grand, maigre et laid. 

ismeel (vieux franc, esmayer), et. émoi : effrayé. 



Notes sur le parler breton de Cléguérec. 435 

J 

jiguni : sucre noir de réglisse. 

jœ (franc, jeu), sens abstrait de : plaisir, amusement. 

K 

Halaâur : instrument qui sert à mettre le fil en éeheveaux, 

dévidoir. 
kalô-giuâ : novembre. 
halot : culot de bois, souche qui reste lorsqu'on a abattu un 

arbre à la hache . 
hanil , kàniiifâeji, gwerhanit : des araignées, une araignée, toile 

d'araignée. 
hàpeçn : hésiter [à faire quelque chose]. 
hâter at : se dit du gloussement des poules qui cherchent à 

pondre. L'on dit shlolal quand elles cherchent à couver. 
kaws, fémin. (konr x , infinitif) : parole, mot. 
kentel ou httel : couteau. 
kiâek, mot collectif : chevaux. 
klâie (franc.) : loquet. 
hleïvet, sens de : entendre dire. Me s~e hleïve nitra, je n'ai rien 

entendu dire. 
kodik : presque. 

kohat, a gohadcriv : bande, par bandes [des oiseaux de pas- 
sage]. L'on dit aussi : 
kordenat, a gordenadœïv : par files alignées, par bandes. 
kôsort : garçon d'honneur d'une noce. 
kreyô : la gratte du fond de la marmite. 
kroset, sens de : chiffonné. 
hrœs : creux. 
htyô : timide. 

kulus, hahuÈèn : [enfant] favori, cajoler [un enfant]. 
kurt, masculin : cour. 
kivaredik, fémin. : pinson. 
hvipihà : bonnet sous la coiffe. 
kwiy \dwar~] : [boules des racines du] chiendent à chapelet. 

Un autre nom, moins réaliste, est donné à la même 

plante : 



436 E. Thibault. 

paterq-ïb [dwar] : [littéralement : grains de chapelet), chiendent 

à chapelet. 
kworim : entant de chœur. 



(J~)àdoiien : andain. 

lagut (franc.) : eau-de-vie, plutôt que. 

lodevi : eau-de-vie. 

lakat, sens spécial de : supposer. M' làkà het i ma eriil, je ne 

suppose pas qu'il soit arrivé. 
lapus, lapusel : beau gars, belle fille. 
leâeres, griyeres (franc.) : les deux poêles qui servent à faire 

les crêpes ; sur la première on étend la pâte, sur l'autre 

on grille la pâte. 
ledœû), sens spécial argotique de : argent. 
leshanib : nom de famille. 
lopitu c : lourdaud, balourd. 
Icer : un livre ; mais : 
liv r : une livre. 
lusèn : reluire. 

M 

mach, pi. mort : merle. 
madii : mûres [de buisson]. 
maniet [sorseres] : une espèce de [sorcière]. 
ma(r) kanyur : intermédiaire de mariage. 
marnws : petite pipe courte en terre et aussi gamin, marmou- 
set. 
marvey((viv) : mensonge(s). 
a wat : à droite. 

[me] minur, sens spécial de : [mon] propriétaire. 
miSi : délicat, difficile pour la nourriture. 
mol : roue [de charrette] ; ruot se dit des brouettes. 
môsat : flairer, guigner pour chercher à prendre. 
mu(f)bat : probablement, sans doute. 



Notes sur le parler breton de Cléguérec. 437 

N 

nâ, plutôt que hoant : faim. 

mgen [ivat] : [bonne] nature, [heureuse] disposition de caractère; 
negen [fcil\ : [mauvaise] nature, [méchant] instinct. 
nihen bande de toile ou de coton qui maintient la coiffe. Si 
l'on se sert d'un ruban, l'on dit seyen. 



O 



[ned] orjal : fil de fer, d'archal 
orj(è)en : s'appuyer, s'affaisser. 
œwl : huile. 



pasemàt : non seulement, sans compter, outre. 

pehir ou pihir : quand. 

pel^o : il y a lontemps. 

pen ; klacb, sirèy penœiv ; épi, glaner. 

penyat ou pinyat : fressure, courrée. 

perèn, me da-perèn : mon parrain ; 

me mam-berïn : ma marraine. 
[terel] ple(g) : [faire] attention, [prendre] garde. 
pluatat (um bluaiat) : se débattre en faisant voler leurs plumes 

(poules). 
pclen : poulette. 
polok : petit d'un animal. 
11 r fal bolok : un méchant petit drôle. 
d'er porch : dehors. 
porch est aussi une mesure agraire. 
pœSin : poussin. 

prokat [sey, velus] : touffe [de rubans = cocarde, de velours]. 
proha(j) ryeâin : grappe de raisins. 
puponen : gâter [un enfant]. 

R 



[me] rach : [mon] soûl, content. 
râtay, retay : retailles, reste. 



438 E. Thibault. 

rèn, sens spécial dans l'expression : hi e do pe rey lebô, elle est 

mariée avec lui (littéralement elle lui a été donnée). 
reSpetoch (confusion avec des pet) : en dépit de vous. 



sâset : pour ainsi dire [franc, local : censément). 

seibedel : gerbe [de blé noir]. 

siren : ramasser, serrer. 

[gober] skolpat : [faire] des entrechats ; franc, local : [faire] 

des escopattes. 
skrevelat : gratter la terre (poules), fouiller le sol du sabot 

(chevaux). 
skrzvi : écrire. 



sâjeli (Sanl Jili?) : terme, époque du déménagement. 

Sartet : [sang] coagulé, [eau] croupissante. 

sekaj : (ce qui a été mâché, haché) hachures. 

sen : poumons. 

Sparbèn : faire de grands yeux, regarder fixement. 

slokel : ornière. 

streganen; str. e va eu amâer : briller (étoiles, éclairs) ; il fait 

des éclairs de chaleur (franc, local : épars). 
strimpal [glaw] : ondée. 

a strn : en désordre (franc, local : à la traîne). 
surj : gaillard, dispos. 
swerja(l) : gémir. 

T 

taivl fin : à la fin, enfin. 

tâzuel. V. lihoél : sombre. 

testo(r)nat. V. tastornat : tâtonner. 

[kwet]tey, sens spécial de : [bois d'Jorme. 

[gober] teyl : [faire] des embarras, poser (littéral 1 [faire] du 

fumier), 
torigâ : korrigan, lutin. 



Notes sur le parler breton de Cléguêrec. 439 

trapej, fémin. : petit moulin à effrayer les oiseaux pillards. On 
l'appelle aussi lagat, œil. 

trejat, trejaâur : contrat de louage pour la durée des travaux 
de la campagne, celui qui l'a contracté. (Français local : 
parfois traversin). 

très, d'un très erel : façon, d'une autre façon. 

trœ(y)elat. Y. turiellat : fouiller, retourner la terre {porcs). 

kohle tuch signifie de même que koble tarn : taureau apte à la 
monte et aussi taureau méchant. 

tulat : grande quantité, beaucoup. 

tusen [lônet], sens de : conduire, faire marcher en foire [des ani- 
maux]. 

/// ; à inep tu, a ve^-tu : côté; à l'envers. 

en tu sternep : l'envers. 

V 

vistelen ou viskler : inflammation des bêtes à cornes, glossan- 

thrax. 
volet : couvercle [d'une casserole]. 



[me] yôt korden : [mon] oncle qui tient la corde, enchaîne les 
prisonniers (sobriquet du gendarme). 



IneÇdJ] %rwi {V . ned de hroui ?) : sorte de gros [fil à coudre]. 

* 
* * 

Résumant cette comparaison que nous avons instituée 
entre Cl. et V., nous pouvons dire que Cl. a bien les carac- 
tères du haut-vannetais dont le séparent toutefois des diffé- 
rences 

importantes en phonétique, 
insignifiantes en grammaire, 
assez nombreuses quant au vocabulaire. 
L'on a pu remarquer que Cl. a cependant des traits qui le 



440 E. Thibault. 

rapprochent du bas-vannetais, surtout pour le vocalisme (a 
brel du haut-vannetais devenu souvent e, i fermé V. resté e). 
La même observation pourrait être faite à propos du vocabu- 
laire du pays de Cl. qui, de plus, limitrophe des territoires 
bretonriants non-vannetais, emploie des mots ou des formes 
de transition entre le V. et les autres dialectes (givâ, hiver ; 
tâwel, sombre ; lulat, quantité, etc.). 

E. Thibault, 

Professeur au Lycée de Pontivy. 



NOTES 
ÉTYMOLOGIQUES ET LEXICOGRAPHIQUES 

(Suite) 



61. Breton tule, dule; moyen-breton duzleenn ; gallois 

TUDLEHEU. 

Notre collaborateur A. Thomas appelait, il y a quelque 
temps, mon attention sur le mot breton duzleenn du Catho- 
licon de Lagadeuc, qui l'intéressait particulièrement à cause 
du mot français correspondant oinîrole. Je le renvoyai au Dic- 
tionnaire étymologique d'Ernault où on lit « Duzleenn. g. 
ointrole ; duel, sing. duhelen, robinet, Pelletier (Dict. bret. 
de Dom Le Pelletier), gallois dwsel: voyez doucil, du français. » 
A doucil, on trouve: « doucil, g. Grég (oire) donne doulsi~l, 
clepsydre, doulcil, arrosoir; 17 vient sans doute d'une fausse 
étvmologie. Du v. fr. dousil, fausset, robinet ». Le sens que 
soupçonnait A. Thomas ne cadrait nullement avec celui 
qu'en donnait Ernault. De plus, il était évident que duel, 
tucl, n'avait rien à faire avec du~leeun, ni aucun de ces mots, 
pas plus duel que duzleenn, avec doucil. Il me paraît probable 
qu'Ernault, quoiqu'il ne le dise pas, a été amené à son rappro- 
chement avec duel par une invention de Le Men dans son 
édition du Catholicon. Après ointrole, il insère entre cro- 
chets epislomium. Or, voici ce qu'on lit dans l'original : 

ms. lat. 7656, fol. 65 a : 

Duzleenn, g. ointrole. 1. [blanc]. De même dans l'édition 
imprimée in-4 (sauf la graphie du mot breton qui est écrit 
du^leen): Inv. Rés. 4532). L'édition de 1499 (Inv. Rés. 946, 
alias X 1429 H A a) n'a rien; la lettre D finit avec l'article 
durabl. 

La petite édition [Inv. Rés. 2059] (Paris 15 21/2, pridie kal . 
febr.) n'a rien non plus (communiqué par A. Thomas). 

Considérant que duzleenn est un singulatif, je conjecturai 
que le positif devait être en breton moderne, dule ou tule; le 
singulatif, en breton, est toujours féminin, et provoque la 



442 ./. Loth. 

mutation de la sourde en sonore : on ne pouvait dire, avec 
L'article, que: an du^leenn. Le positif est souvent influencé par 
le singulatif au point de vue du genre ; du^leenn avait pu 
transformer tuçle en du^le. Or, on trouve les deux formes Iule 
et diilc. Le dict. de Troude a tule, qui est traduit par : ombi- 
lic, cotyïet, plantes: v. mou%ik. A moujik, on apprend que le 
mot est associé à krampoue^, crêpe, et: « on appelle krampoueç- 
mouzik, les feuilles de la plante appelée cotylet ou tulot en fran- 
çais. Cette plante a des feuilles charnues et assez semblables, 
en petit, à des crêpes. On se sert de ces feuilles pour couvrir, 
taire aboutir et sécher certaines plaies et blessures. » On s'en 
sert aussi pour faire disparaître les verrues. C'est une plante 
grasse, onctueuse, ce qui explique le mot français ointroJe, dans 
lequel A. Thomas soupçonnait un dérivé de oint, ce qui est 
aujourd'hui une certitude (v. Romania). Comme complément 
de renseignements, A. Thomas me communique le passage 
de Rolland, Flore pop., IV, 89-91, concernant cette plante : 

unsiola, lat. du xiv e siècle, Whitley Stokes * : 

Welsh names of plants (Archiv. f. ce! t. Lcxic., II, p. 45, 
302-303). 

Onksiole, f. Ille-et-Vilaine, le Héricher (dans Soc. d'arch. 
d'Avranches, 1883, p. 260). 

(C'est une plante onctueuse). 

Krampoe^ moue%ik, breton, Cambry, Voy. dans le Finist. 1835, 

p. 14. 

KrcimpoCy mitaou (crêpes de minet, chat), bret. de Tréverec 
(C.-du-N.), c. par M. Ernault. 

tultre, breton de Cleden-eap-Sizun (Fin.), c. p. H. Le 
Carguet. 



1 . La citation est inexacte et incomplète. Whitley Stokes a publié, dans 
Y Archiv fur *Celt. Lexicographie, tome II, p. 37, un article de botanique gal- 
loise sous ce titre : A List of Welsh Plant names (ms. xiv« s.). On lit : 

X° 302 umbilicus veneris, v gron dodieit. 

N° 303 unsiola, idem. Le sens de y gron dodieit est des plus clairs ; cela 
signifie : la ronde' qui fond, la ronde onctueuse (dodd cit en composition, pour 
toddeit; cf. toddi, Tondre, breton teutf). Silvan Evans, Welsh' -Engl-Dict, à 
envi, donne: v ^ r rou doddïlid, common navelwort (Cotylédon umbilicus). 
Cf. Hugh Davies, Welsh Botanology, 43. 177. 



Noies étymologiques ei lexicographiques. 443 

dulé, breton de Lannion et de Pleubian, c. p. Y. Kerleau — 
breton vannetais, c. p. Ernault. 

Dttle n'a pas besoin d'autre explication. Dans ///~/e, le ^ = 
â spirant. Tudle pouvant évoluer en iule ou tusle, on a pu avoir 
ius[t]le, avec dégagement du / dans le groupe -si-. C'est de tusllc, 
peut-être par tlusilc, qu'on sera arrivé à tultre : les formes inter- 
médiaires nous échappent. 

J'ai cherché un équivalent à lu~lc, iule en gallois. Il existe, 
phonétiquement dans les Ane. laïcs, of Wales. (éd. An. Owen, 
I, p. 258, XXXIII) : chwech yr peys a teyr yr llaudyr ne un yr 
tudleheu, six (ceynnyauc, traduit par denarii) pour la tunique 
et trois pour les culottes (ou braies) et un pour les tudle. 

Timothy Lewis dans son Glossary of rnediaewal welsh Laïcs, 
le traduit avec hésitation par brogues ; il ne fait que suivre la 
tradition. Elle n'en est pas plus respectable pour cela. Il est clair, 
quand on étudie les diverses pièces du vêtement dans les Lois 
que le sens ne peut être brogues. Dans les Leges wallicae (II. 
787. XIX) à tudleheu paraît répondre : pro peronibus et cyrotecis, 
mais ce n'est pas sûr. L'identité du tu^le breton avec le gallois 
tudle ne pouvant faire de doute, il me parait à peu près cer- 
tain, que le sens primitif est ombilic, nombril, et que le nom 
de la partie à cacher est devenu celui du vêtement approprié. 

C'était peut-être quelque chose comme un caleçon. Dans le 
Glossaire d'Alexandre de Neckam (Th. Wright ; a volume of 
vocabularies, p. 98) brays glose fémoral ia : fémoral ibus eliam opus 
est, ubi pudibunda lateant naturœ. 

Le breton tud-le peut remonter à tut-le aussi bien qu'à 
tud-le. Ce mot est composé comme bron-llech, irl. * brollach, 
sein : ici, nous avons en composition, en breton, une forme 
plutôt galloise le, tandis que, dans bron-llech, le gallois montre 
lech, qui est plutôt breton (v. J. Loth, gall. bronllech, irl. 
brollach: Mémoires de la Soc. ling. de Paris, 19 12). Si tud-le, 
en gallois, contient tud, il faut le rapprocher de tuàel, vête- 
ment, dans le sens de ce qui couvre, cache: 

givisgwys coet hein dudet haf 1 « le bois a revêtu la bjle 
parure (couverture) d'été. » 

1. L. Rouge, ap. Skene, F. a. R. 11,279, I0 ; c ^- L. de Tal 172, 14; 
184, 26. 



444 /• Loth. 

Le sens de tud ici est clairement celui de couvrir, cacher : 
tudle, partie à cacher. Si la forme primitive était tut-le, il fau- 
drait, pour le sens caché et original, chercher dans une autre 
direction, peut-être dans d'anciennes traditions concernant 
YOmphalos, sur lequel un livre important vient de paraître : 
H. Roscher, Omphalos, Leipzig, 1 9 1 s - 

63 Gallois estyvos. Ce mot apparaît dans les Lois : Book of 
Chirk: ap. Thimothy Lewis, Glossary of mediewal Laws : guerth 
duo estyvos 1U1- 103. 9. O. Pughe donne ystywaws d'après un 
passage correspondant des Lois et le traduit par pair of stoys ! 
Les Le^es wallicae (éd. An. Owen, II, 888. XIX) portent duo 
si l 'nos, et non stuios, comme l'a lu Timothy Lewis. Ce dernier ne 
le traduit pas. Aneurin Owen n'a pas non plus hasardé de tra- 
duction latine, toutsimplement parce que Moses Williams, dans 
l'édition de Wotton, Ta laissé en blanc. Le sens est des plus 
clairs; mais pour le trouver, il fallait simplement se souvenir 
que, dès après la conquête de Guillaume, le pays de Galles 
a fortement subi l'influence française. C'est le français du XII e 
siècle est ira us : le mot glose chez Alexandre de Neckam estiva- 
libus : pedes estivalibus (Th. Wright, Vocab., p. 98). Estivaus 
est le pluriel et aussi le nom. singulier. Il est dérivé d'estives 
qui glose tibie (ibid., p. 104). John de Garlande (i rc moitié 
du xm c s., ap. Wright, Voc, p. 122) le donne aussi : îibialia 
dicuntur gallice estivaus; cruralia, gallice, hueses (cf. p. 825: 
equitibialiâ dicuntur estivae, ab equus, -a, -uni, quia adequantur 
tibie). Il s'agit donc ici de sortes de guêtres. Ce nom de tibia les 
est précisé dans d'autres passages du Vocab. de Wright (édit. 
Wright-Wùlcker), p. 784 : Iibialia, a legarne ; p. 125-3 1 
oercac xel tibiales: letherhoses; 277-37 tibiales : baunrijt. 

L'allemand siiefel vient du français. A. Thomas m'apprend 
que Meyer-Lùbke dans son Rom. Elyui. W. n° 248 repousse 
l'étymologie estival de estivalis, chaussure d'été, mais que le 
n° 8345 auquel il renvoie n'a pas paru. Nigra, Archivio glott., 
XIV, 299, y voyait un dérivé de la même racine germanique 
que dans ètrier : ce que la phonétique condamne absolument, 
m'écrit A. Thomas. La parole est aux romanistes. 

64. Irl. moxcu nuithlech, vieux-gallois nouidligi. 

Le sens de nuithlechest précisé par plusieurs textes : O'Davoren 



Notes étymologiques et lexicographiques. 445 

(Arch. f. Celt. Lexic, II, 1499 à toudh : 7 ader nuithlech iar 
toudh co iar nomaidhe. « et il dit (le Senchas)[\z vache] nuithlech 
après qu'elle a vêlé jusqu'à la fin d'un nômad » (9 jours et 
9 nuits). 

Ibid : 1498 fuil nuithlige iar loin! h ./. fuit feras in nuithlech 
iar mbreith a laoigh « le sang que répand la nuithlech après 
avoir donné son veau ». 

Les Ane. Lazus of Ireland sont très précises également. 
Atkinson traduit avec raison (VI, Glossary) par milch cow {in 
her firsl mille). Les formes sont sg. nom. nu\i]llach (V, 152, 
io)gén. nuithlige (Y, 152, 2, dat. nuidlig) III 228, 9. Plur., 
gin. : nuithlech. On a aussi nuidlechais III. 228, 16, gén.-sg. 
de *nuidkchas, state of beeing a milch-cow in her first 
milk. Il n'y a aucun doute que le mot irlandais ne soit 
identique au vieux-gallois nouid-ligi des Notes marginales à 
l'évangéliaire de Saint-Chad (Book of Llan Dav, éd. Rhys- 
Evans, p. xliiiy : très vache nouidligi, trois vaches qui ont 
nouvellement vêlé). 

Il est évident que le mot irlandais est un emprunt 
ancien au brittonique. La déclinaison irlandaise supposerait 
une forme *nouiio-legâ, pour une forme plus ancienne et pri- 
mitive : uouio-legos. Pour legos, cf. 'tdyzz, irl. lige, tombe 
(*legio-n). Le gallois est vraisemblablement un pluriel en -i 
hystérogène : un pluriel régulier de legos eût donné lei : cf tei 
= tegesa. Il est vrai qu'on peut supposer au commencement 
du ix e siècle une spirante écrite et une forme *legi. 

A l'époque de l'emprunt -iâ- est sorti de -iio- et le g inter- 
vocalique était sûrement spirant, déjà en vieux-brittonique. 

L'emprunt est curieux. Il suppose des relations étroites et, 
je serais tenté de dire, journalières entre l'emprunteur et le 
créancier. 

Il a pu subsister en Irlande des restes des Menapii et des 
Brigantes passés de l'île de Bretagne au milieu des Goidels, 
avantl'époque romaine. Peut-être y a-t-il eu aussi des établis- 
sements postérieurement à l'occupation romaine de l'île, 
comme semblent l'établir le Sailchoit de Cormae, le Solloghoud 
actuel du comté deTipperarv, et les batailles qui sesont livrées 
en Irlande entre Brittonset Goidels du vi e au vm e siècle. 



44& ]■ Loth. 

6j. La racine med-, dans le sens de juger, peser au figuré 
et au propre est largement représentée dans les langues cel- 
tiques; irl. midiur, je juge; gall. meddwl ; breton de Cor- 
nouaille mets, intelligence (de med), vannetais me dans laquait 
nié, prendre garde (Ernault, Gloss. moy.-bret.}. 

med, en irlandais (*medâ), a aussi le sens de balance. Dans le 
sens de mesurer, on n'a pas, je crois, comparé les composés 
gallois : dyrn-fedd une main (un pouce), troed-Jedd, un pied ; 
modfedd, un pouce. Le breton arve~ ! , il considère, doit être 
rapproché du gallois ar-fedd. dessein, intention ; ar-feddu, ar- 
feddyd. Pour la composition, ci. irl. moy. airmed, a certain 
dry measure (Kuno Meyer). 

68. Irlandais nus, gallois nus, breton lusen, usen, 

L'irlandais nus the biestings, est donné par Windisch, 
Wôrt. y qui renvoie à Corm. Tr., p. 126, et aux Ir. Gl. où il 
glose colostrum. Dans le Glossaire d'O'Mulconry, le glossateur 
tire nus 2 de nue ass, nouveau lait {Arânv, III, I, n° 735). 
Zimmer a fait la même étymologie (K. Z. XXXIII, 275). 
Elle semble avoir fait fortune et est reproduite un peu pur- 
tout. 

Les points d'appui manquaient. L'édition des Meddygon Myd- 
dfai que vient de donner M. P. Diverrès, avec traduction 
glossaire des noms de plantes et index général 5 , tait entrer la 
question dans une nouvelle phase. Un remède donné n° 61, 
p. 56, est : yvet nus bucheil al « boire le nus d'une vache qui 
a vêlé pour la seconde fois ». P. 58, et note. M. Diverrès nous 
dit qu'il a pensé immédiatement que nus avait le sens de pre- 
mier lait. Il songea naturellement au breton lea% lusen (plu- 
tôt que lu~en, comme il l'écrit), premier lait de la vache qui 
vient de vêler- Il m'en parla et je lui conseillai d'identifier 
les deux mots, // ayant pu facilement devenir / par assimila- 
tion à cause de l'union svntactique lae~ lusen. La parenté ou 

1. Ernault, a ton, y voit un composé de ar et du verbe substantif (Gl. 
Rev. Celt., Kl, 461 et Gloss. moyen-bret.) : ariY{ ne peut se séparer du 
gallois. 

2. O' Reillv : nùas. 

3. Le plus ancien texte des Meddygon Myddvai, Paris. Le Dault, 191 3. 



Notes étymologiques et lexicographiqiies. 447 

plutôt l'identité avec l'irlandais nus, gaélique d'Ecosse nos, 
était évidente. La forme usen dans leas lusen, donnée par 
Ernault dans son Gloss. a pu d'abord passer pour primitive. 
Dans leas lusen, 1 viendrait d'une sorti d'allitération par écho 
dans la liaison lsea\ usen, d'après Victor Henry, qui renvoie à 
Ernault. Dans son Glossaire moyen-bret., Ernault croit à une 
étymologie populaire d'après lusen, brouillard. Puis il renvoie 
à lotruce où / vient de l'article français. Quant au gaël. nos, 
qu'il rapproche cependant de usen, il le fait venir de la même 
racine que snuadh, fleuve. 

L'accord entre le breton, par lusen, le gallois et les langues 
gaéliques prouve que la forme avec 11 est pan-celtique. La 
racine snoû- est à écarter : on eût eu snus, en irlandais ; de 
plus, le sens est trop vague pour un objet si particulier et si 
précis. Victor Henry partant de usen, avait proposé de le tirer 
d'une racine ous pour pous, ce qui permettait l'identification 
avec le grec tuuoç — tcus-oç, qui a le même sens. Henry aurait 
dû, en tout cas, se rappeler que s final eût disparu régulière- 
ment. On peut supposer, il est vrai, un second suffixe. Si on 
admet ce rapprochement, il faut supposer un composé vieux- 
celtique par non- : non-, ou nu- ous-tu- ? 

69. — Du, noir, dupa, dufoc'h. 

Le b final vieux-celtique paraît avoir disparu, en breton, 
comme en gallois d'ailleurs, de très bonne heure : en 9 1 3 Galdu 
(Chrest. bret., p. 197). On trouve, il est vrai, encore, en 1084, 
Galdubo 1 , maisc'est une graphie traditionnelle. Il semble bien 
qu'il en soit de même des graphies actuelles comme Doitr- 
duff, qu'on prononce Dour-du. Il n'est toutefois pas impos- 
sible que le v final, représentant b ancien, ait survécu 
dans quelque coin, préservé par la dérivation. A Ouessant, 
Molène, on dit bien du, mais on a le superlatif dufa, et, par 
analogie, le comparatif du foc h. Cette conservation de v 
(devenu /régulièrement sous l'influence de /; = s du super- 

1. Gatdu est très vraisemblablement l'équivalent de l'irl. dub-gall, et 
désigne un Danois ou fils de Danois (dûb-gint dans les Ann.Cambr.). Les 
Bretons connaissaient fort bien les Scandinaves surtout au début du 
X e siècle, où ils dominaient dans la péninsule. 



44-8 /• Loth. 

iarit, duv-hav),pa.ï la dérivation, est analogue à celle de v = m, 
après à long, en gallois, dans les mêmes conditions, même en 
composition : Ihuu, main = *lâmâ, mais lov-rudd, meurtrier. 
A l'île de Sein, on a le changement spontané de/ en s : dusa, 
dusoch. 

Le dup du Foc. corn., si -uw ne représente pas une diph- 
tongaison de u final (plus tard -///), doit être lu : duv. 

70. — Le comique druyth, druth. 

Le mot n'a pas été compris par Williams '. Il le traduit par 
brought et y voit un participe de drey, dry, apporter. Or le par- 
ticipe régulier est dreys, drys, avec assimilation du / final. Le 
-th final (â) suffirait d'ailleurs à faire rejeter cette hypothèse. 
Le sens s'y oppose également. Il est des plus clairs dans les 
deux passages où on le trouve. 

Resurr. Dom. 2492, Jésus ressuscité arrive au ciel. Le pre- 
mier ange se demande qui il est et ajoute : 

Mur ioy vs er y byn ef 
Pur tha yth hevel yn nef 
y bones drulh 

« Il y a grande joie à le rencontrer ; il semble bien, dans le 
ciel être favori ? 

Origo mundi ; 1621. On est au moment de passer la mer 
Rouge. Josué se recommande à Moïse, celui-ci l'encourage 
lui et ses compagnons en disant : 

Thearluth nefythough druyth 

« au seigneur du ciel vous êtes des favoris (ou amis chers) ». 

La valeur du//; final est inconnue; la rime, en effet, en cor- 
niqueest trop peu rigoureuse pour qu'on puisse en tirerparti : 
dans l'O. M., druyth rime avec ruyth (rud, rouge) : la gra- 
phie uy pour/7 n'est pas rare. Dans la R. D. druth rime éga- 
lement avec ruth. Il y a quelque chance pour que druth 
soit à lire druâ. Le mot est complètement isolé dans les 
langues celtiques. Il me semble à peu près certain que c'est 
un emprunt français venant d'une forme du vieux-français 
dru, drue, ami, amie. On fait venir ce mot d'une forme ger- 

1. Norris a commis le même contre-sens que Williams. 



Notes étymologiques et lexicographiques. 449 

manique drûdâ. Drud peut avoir été emprunté à une époque 
où le il spirant final existait encore : cf. corn, bolongeth = 
volonted, breton bolonle^, = bolonleâ. On peut aussi sup- 
poser un emprunt, au nominatif, druts ou à un dérivé 
drudj. L'existence d'une forme drudj est assurée par drujuns, 
druguns, amis, dans le poème sur Thomas de Cantorbéry 
de Garnier de Pont-Saint-Maxence, qui écrivait vers 1 173. 
Le comique transcrit ts~, Is (même t-s) par th : lathye, clouer 
= anglais latch (Pascon. str. 179); cruyth, béquille = anglais 
crutch ; spath=space(Be\ina.ns Meriasek 942. 3) ;falh =face(ibid. 
9-iq) ; plath = place (ïb'id. 948). Lansahuys nom de paroisse, 
composé denant-\- salwys, est transcrit Lanthalwys ou 1303 
(Feudal Aids). Dasserghy, ressusciter, est écrit datherghy, Res., 
D. 57; et dathserghys, ressuscité (ibid. 475). Sur ce dernier 
son, en gallois et en breton, même en gaulois, cf. J. Loth, Coh- 
trib. à l'étude des romans de la Table Ronde, p.p. 23-27. 

J. Loth. 



Revue Celtique, XXXV. 29 



QUESTIONS DE GRAMMAIRE 

ET DE LINGUISTIQUE BRITTONIQUE 

(Suite) 



B. — Voyelles en syllabes prétoniques. 

B^phs et Zôhs (Bos-worlas en Saint-Just) — Prisi (Porth- 
Ist pour Porth-Iùst, Saint-Just) — Prùgo (Porlh Ogo> Saint-Just) 

— Clara (Calartha, Saint-Just) — Napfon (Nanpean, Saint- 
Just, et Na-ptin (nans bian, petit vallon) — Niqwi%na (Nan- 
quiqno, Saint-Just : Nant-Gwidnô 1 ') — Td-gela ( Tregella, Saint- 
Just) — Timbe' (Trembath pour Trembech) — True (Trethwx), 
Trôv (Trewoofe : Zennor) — - Trwpl ÇTruthwall pour Tre-iudwal, 
Saint-Just) — ■ Trïn (Tre-.reen), Trabo (Tre-warabo, Saint- 
Keverne) — Tsûu (Chyoone : Saint-Just, Morvah) — Trûn 
(Trewoon : Mullyon) — BjhûLy (Benallack, Buryan -, Bos- 
prénds (Bos-porthenys, Zennor) — Bjsô'ii (Bos-soni, Saint-Just) 

— Bïs-wédn (Bos-wédden, Saint-Just) — B?rn côth (Bnrncoth; 
pour Brincoth, Buryan). 

Les mots prétoniques Res(Rit), Ros sont aujourd'hui impos- 
sibles à distinguer et confondus l'un avec l'autre ;tal se confond 
avec /o//; brin est confondu avec bron, et Art' (devant certaines 
consonnes) — Gwel, champ, prétonique devient £•///, gol : Gol- 
vôl (gwel voel : Goldfield, Saint-Just) — Guldre (Mullyon) — 
Gulgwârra (Maddron) — Gui btin (Gui beau, Buryan) — ■ 
Gui Robm (Gui Robin, ibid.) — Gui tan ; Gull toll (ibid.) 
et : Gol warra ; Golveïr ; écrit gold dans : Gold givin, Gold Hin- 
gey (ibid.) : prononcé Golinge ; . 

i. |'ai entendu aussi Naqwiqno 

2. Cf. bjnollan (!>àwhn), Lhwyd 3. 

3. Gol est parfois pour Go /. gall. çwyl, fête. Goldstephen est pour Gol 



Questions de grammaire et de linguistique brittonique 451 

Lhwyd : byhodihak (bôhôdpc) 230-1 — Krywedhe, lectus ',77- 
2 (cmueâé) — kym mera~ (Komér2%), 255-1 (cf. komeraçC. D. 
5. 2; cummera%, Nebb. Ger. — lygod~han souris 30-1. — Kylob- 
man, 240-3 — gyrgirik (grgiric) perdrix, 11 7-2 {grig-ieric : 
grig-iar, poule de bruyère, gall. grug-iar : — unnd-reaw 
{win-d-reo, gall. evinretu, numbenes, 165-1; — crenjah, Genèse 
3. 182-17 \crenga,{Nebb. Gerr.);e grense {Add '. mss. 138). 

direvall {di cheval, lever) (Add. ms. 136): ddrévrt. 

gwreaneth (Àdd. ms. 138), vérité: cf. gwreanathe, Gwreans 
1892. 

mar kressa gwella% {Nebb. Gerr.') pour mar hvressc 

{giuresse), s'il voyait. 

nekova^, oublia: pour ?nkova%, ankauas {Nebb. Gerr.) — pedee- 
re~, pensé ; pedery, penser ; pederyans, action de penser, réflé- 
chir, (pron. p3dér?%), Add. ms. 115, 136, 139. 

tenvithyaiv {tncithyo, pour trewithyo), Add. mss. 138. 

Les initiales de certains pronoms et particules disparaissent: 
Nebb. -Gerr. : gnn = aganÇnotrë) ; go= aga (votre, leur); bar 
= pokar ; dro = adro ; ma = yma; â pour yâ. etc (voir 
chap. III). 

C. — Voyelles en syllabes posttoniques. 

ath {attal, rejet de minerais : Williams, Saint-Just). 

Parc 3n âwt l 2 : Park newell (Buryan). 

bigl, berger {bugel) : Ros an beagl (Paul) : Park Beagle {Sen- 
nen). 

Boshn {Bosean, Saint-Just; Boschan, Buryan: pour Bol- 
sichan). 

Bosconun {Boscawen-woon, Burvan). 

Bolanfan {Bolonkan, Buryan). 



Stephan, la fête de Saint-Etienne (Gulval. : cf. Gustevene, Saint-Col. Min.) ; 
Gol sedni (GolJ Sithney, Saint-Just), la fête de Saint-Se*ni (en Bretagne, 
Se\ni). 

1 . Lhwyd a mal compris : krxicede est la forme muée de gorwecte, 
être étendu : d. crowethe et gorwetba (Comm. Dieu, 8. 1 -2 . 

2. Pour Park an awel: aiuel, vent ;on entend une vovelle très faible entre 
u 1 et / ; « est très réduit. 



4)2 ./. Lotb. 

Bçsltvdn ' (Boslevin, Buryan). 

Bdswârgds (Bosvargus 2 , Saint-Just). 

B.>-ôhs, Zohs (Bos-worlas, Saint-Just) : Worlas = Worloes, 
Gorlois). 

Bdscrigsn (Buscriggan, Saint-Just). • 

Cârbds (Carbence, Buryan ; Uny Lelant ; Carbis, Saint- 
Hilary : pour Carbos, Carbons: breton Car-bont, chaussée. 

Kcrd.m pour Kerctin, alisier : Park an Gerthen (Ludgvan). 

Kibdl, vase (Williams, Saint-Just) pour kibell. 

Kimpzs (Noan gumpas, Saint-Just) : pour compas, compois, 
uni (gall. cymhwys, bret. campes, h.vann. campouis). 

derds 5 (Park anDras, Saint-Just), porte. 

Dinzs (Dumas, Saint-Ives : fréquent en toponomastique : 
gall. Dinas), citadelle, lieu fortifié. 

durtc (Hal towrack : faute pour dowrack, Buryan), dérivé de 
dur, eau. 

eythvt (Mullyon) pour eit bin, ajoncs. 

era pour eroiu (v. plus haut). 

Folgas (Little~) en Buryan, probablement pour Fal-gail (d. 
Fol-gaet près Lesneven, Finistère). 

Hender Downs, probabl. pour Hen-dre Daims (Helston in 

Tri gg)- 

ledm +, large: Craft Lidden (Buryan); cf. Park Leaddon, 

Saint-Keverne). 

melïn, moulin et melïn, jaune, se confondent dans la pro- 
nonciation (v. plus haut, § i, A). 

menz-wn (mené, colline : Mencwoan, Buryan). 

Mçlydn (Mullyon). 

nandjizpl (Nanjiçel, Saint-Just) vallon bas. 

prowntdr, prêtre (Carn Praunîer, Saint-Just). 

i. Peut-être lïvn, leva, gall. Ihfn, poli 

2. On "attendrait Bts-vargis : bargvs, kitc (gall. bargud), cf. CarnJJargus 
en Ludgvan. 

3. Parh an Daris, Park an Darras (Sancreed, Camborne). 

|. 11 est très difficile de faire June différence dans la quantité vocalique fi- 
nale entre îçcbtl, large, et UJn {Unn, étang): on a l'impression d'une voyelle 
très brève entre d et«. La comique, en vers, compte les voyelles irrationelles 
dans la mesure. 



Questions de grammaire cl de linguistique brittonique. 453 

Toldavds (Trelodavos, Buryan: v. plus haut). 

Tregâdftc (Tre-gadgwith : entendu à Mullyon). 

Tregifton Çlregiffian, Saint-Just, Buryan). 

Trevô'gms (Buryan : de Tre-vorgant ou Trev-worgant). 

Tregadjpc ( Tregadjack, Ludgvan : pour Tre Cadioc ?). 

Treneivth Doiuus (pour Tre-newed : Helston in Trigg) : de 
même: noiuth pour noweth dans Park noweth (Buryan) 

venttn : Park venton, Mullyon ; HqhvènPn : Hal an vénton, 
Saint-Just; doublet: venin : Liltlc Park, Great Park ventor; 
Hall ventor (Uny Lelant), Bol vénftr (Bold venture Buryan) 
— Wilventdr (Weal venture, Mullyon). 

vaynK : Tre vinack, endroit pierreux; The Vinack waste 
(Sennen). 

Les terminaisons en -oiv sont réduites à a â ; celles en -ion 
à -ydn ; les longues et les diphtongues sont traitées comme les 
brèves. Dans un groupe, consonne -j- /, r, ou n, la voyelle 
disparaît dans la mesure du possible. Les voyelles se réduisent 
à un son neutre d qui se détermine, dans son timbre, plus ou 
moins, suivant les consonnes qui l'accompagnent. 

Lhwyd : apparu, (apron), ventrale, 171-1. 

barge%, kite (gall. bargiuï), 241-2. 

bêgl (begel, gall. bogail) umbilicus, 176-1. 

bennen et hennin 25-1; 241-3, femme (/f;;^;/) 

boiuna^ (bewnans), vie, 251-2 

kantl, candela, 46-1 ' 

kxiupe- (kmpes), 253-39 

debaru, scabies, 14 5-1 (breton moy. debr-van, devenu de- 
bran, debron, dibran). 

naçhedh, aiguille, 10-2 (gall. ncdzvydd). 

kyntl, cueillir, 245-2 ; 49-1 

dêgl stul, Epiphanie, 57-1 : pour de gol st-ul, le jour de la 
fête de l'Etoile. Degol, le sens de la composition étant perdu, 
a été traité comme un mot dissyllabique. Stul, gall. ystwyïï 
n'est connu, en comique, que par Lhwyd. 



1 . Il est possible que ce soit l'anglais candie ; le / rend cette hvpothèse 
peu probable; c'est donc cantol évolué: cf. dêgl plus bas: Add. ms. 115: 
cantoli (pour cant\-) 



4 54 /• Loth. 

denin, envoyer, 245-2 (danvon) : on prononçait évidem- 
ment tlrihVi. 

gortex, attendre, 248- r (pour gorto~). 

leddarn 251-17, voleurs : pour ladrou. 

d. arleth, seigneur (Comra. Dieu), 21, 29 ; id. Add. mss. 

dendle = dçndl, mériter (Add. ms. 136). 

bowna\ (Genèse 3. 400. 20). 

gerrio ÇComm. Dieu 2-1), mots. 

beska (bythqweth) Nebb. Gerr. ; Add. ms. 110. 

En comique moyen, surtout dans Gwreans, les terminai- 
sons longues ou brèves, sont également atteintes. 

Exceptions : i° allongement de In voyelle du second terme 
d'un composé suivie de r, n ou / -f- consonne ou finale, quand 
le second terme est monosyllabique et porte l'accent (v. plus 
haut, 5. 1. A, 9, 10; pour r, ;/, / -f- spirante disparue, v. 55. 
1. B. 4) 

2° allongement de la voxelle, dans le groupe r + cons. : 
Ro~-môgé ' (Rosmergy en Zennor); Broies (Bo^worlas, Saint- 
Just). 

Tregâfjn : Tregarthen (Zennor). 

3 allongement en cas de contraction à la finale : n on vin 
(Noon vean, Mullyon). 

Trèmdni^Tremenebc, Mullyon : menecbi, breton actuel minibi). 

Bçskël (Boscadwell, Saint-Just). 

Bsrnol (Bnm-enball, colline élevée : Saint-Just) mais dans 
l'intérieur du mot : Boshçnun (Boscawen woon) ; Clara{Calartba '■ 
Saint-Just) ; dans Bosk.m-, scauen a passé par sepn : — Nap'un 
(Nanpean. Saint-Just) 

4 en hiatus : />/<>;/, petit (beari) ; l'îa, serait (jia via : Lhwyd 
252-20). 

Boshn (Bosean, Saint-Just, Buryan). 

5 la voyelle paraît allongée dans une certaine mesure quand 
par la cbuted'une voyelle ensyllabe finale, le dissyllabe devient 
monosyllabe : Lhwyd ibêgl, umbilicus, 1176-1 — de'gl = de 
çol (v. plus haut) 87-1 ;lôvan, funis, 62-1 : prononcé sans 
doute lovdn. 

1. Qî.Engl. dial. Dict. : tnorgye; fnôgi, sea-dog, an ill-looking girï. 



Questions de grammaire et de linguistique brittonique. 455 

Pour moi, je n'ai pas eu l'impression d'un allongement sen- 
sible dans les mots suivants : 

âtdl, rejet de minerais: Williams, Saint-Just : pour ottal. 

kibl ou kibdl, van (Williams, Saint-Just). De même dans 
ledn (lidan), leva (lïvn), lisse. 

6° La voyelle précédant iu suivie de voyelle est allongée 
et îf réduit ou absorbé. 

lôar, jardin {Park Looar = lowarlh, Mullyon); Genèse 3. 
175-2 : an looar, an loar ; Luar dren, jardin aux ronces (Saint- 
Just); Carrack an looar (Maddern) 

-na w 9th (noweth, Buryan), resté newyth dans Plas newyth 
(Bodmin) 

scfàn, sureau, dans Len scôJn (JLean Scowan, en Buryan 
Lean désigne une étendue de terre longue et étroite) 

Park en Loar ne (Saint-Erth): lôm — lowarn, renard. 

Lhwyd : citas (cawad, ondée) 28-1; kùer, cannabis (gall. 
cywarch, bret. coarch) — dûath ', fin, 251-2 et dùadh 251-5, 
et dïzvatb 252-13 — gûek, menteur, 88-3; Add. ras. 115: 
goack. 

lilan, joyeux, 252-14; cf. loan {Mathieu 2. 197, 10); ban- 
der ibid. ; looane (Add. ras. 115). 

liiam, renard, 129-1; cf. Park an lorn (Paul). 

ly^ûan, an herb (cf. bret. lou~aoiien) 30-2. 

mô~, puella (bret. maoïtes, vannet. mots) 1 3 1-3 (a passé par 
môes). 

§ 3. Le timbre des voyelles- 

Les modifications du timbre des voyelles sont dues à l'ac- 
cent et à la quantité. La quantité dépend, en comique, de la 
forme et de la place de l'accent et des consonnes qui suivent la 
voyelle. Il y a naturellement a distinguer entre les monosyl- 
labes, où la voyelle est longue ou brève, et les polysyllabes, 
où, normalement, elle est brève. 



1 . Si la forme est sincère dûath a passé par dowath (cf. doghad^hetb : gall. 
diwedydd.) ; Gwereans 62. dowethva. Cf. doivses, divinité, gall. Diwdod. 



45 6 /. Loth. 

A. — Voyelles accentuées. 

i° Monosyllabes. Les voyelles longues sont fermées. Il est 
certain qu'elles le sont moins qu'en breton. Les graphies mo- 
dernes, et celles des textes du moyen comique, à une épo- 
que où la valeur, par exemple, de eu, on est certaine (le plus 
souvent m =z e ; oa = o), le prouvent surabondamment. Je 
l'ai constaté surtout pour o. La voyelle o allongée aux dépens 
de r -f- consonne conserve son timbre (Bos-sô' n). 

a suivi d'un / ou r est plutôt ouvert : bal se prononce sou- 
vent bel 1 . 

carow, cerf, se prononce cero ou ura. Pour à long, voir plus 
haut. 

<• final est fermé : Bre (Bien); Ke; Tre. Il Test aussi, suivi 
d une consonne: Trêv. Heu vieux, accentué, même en composi- 
tion, ne fermé : 

ï celtique a son timbre modifié par r final qui pro- 
voque une sorte de brisement. i long -\- r en composition, 
tend à s'ouvrir ; Herlann Pool Croft (en Mullyon) : ailleurs, 
son timbre s'est conservé : pîth, puits, crïb etc. Final, il de- 
vient 67, Oi. 

7 bref celtique, allongé, tend à un son intermédiaire 
entre e et i ouvert, quand il est suivi de s (^, dj, /i), 
et même de th, cf. Il y a à compter avec les variétés dialec- 
tales. Dans Gwreans, on a bxlh, toujours, byâ (verbe substan- 
tit), gwylls; mais: bys, beys, byes, monde; pryf, preif, preyf, 
preaf, preve., serpent; eys, yees, eys blé (Lhwyd i;) 

■u n'existe que par la contraction : gun, marais (goon) ; Ts-uu 
(Chyoone)', dur, eau (Tsex en dur, quartier de Penzance : pro- 
noncé a l'anglaise aujourd'hui souvent Tsey ?n dçwd : Chy-an- 
dower). Cependant on a parfois u représentant la diphtongue 
ui : Lhwyd : lùdj, gris, gudj, sang. 

u long est devenu i:dl% dans Pol 9n /)/- (moyen-corn. Dus). 



i . H al n'a pas seulement le sens de marais salant, mais encore celui de 
pièce de terrain d'alluvion sur le bord d'une rivière. Dans ce sens, on le 
trouve en usage dans des comtés fort éloignés du Cornwall comme Mid- 
dlesex, Lincolnshire (Engl. dial. Dut. à haïe). Par extension en Cornwall 
il désigne des landes, bruyères, sans doute plus ou moins marécageuses. 



Questions de grammaire et de linguistique brittonique. 457 

Les voyelles brèves dans les monosyllabes, sont ouvertes : 
crçbn, todn, vprn, vor (fora), spern, pell, toll. 

1 bref conserve son timbre devant nn, us (gzuidn, tîdn, 
lidn, étang). Ailleurs, il est ouvert et se prononce entre ï et e. 

2° Polysyllabes. Pour les voyelles brèves allongées, voir plus 
haut §. 1. C, Exceptions. Les voyelles étant normalement 
brèves en polysyllabes, sont ouvertes. 

e suivi d'une seule occlusive m'a paru relativement fermé 
{Bethego en Buryan ; Gevers en Saint- Just); même Wedrdc 
(ITedraken Saint-Just). Mais des graphies comme deppro dans 
les textes, Degga dîme, dans les noms de lieux, peuvent faire 
hésiter. J'ai constaté aussi e fermé dans Vente, nom dérocher, 
près de Cape Cornwall, ce qui est en contradiction avec stendc 
endroit à étain : il est probable que la prononciation s'est 
modelée sur l'écriture. Pourf ouvert ci. : vçfan, moulin, mehn, 
jaune, ero sillon. 

i a passé à e dans ledsn large ' ; mais conserve sans timbre 
dans Gwidno (Nanquidnd). 

ï devenu bref 2. le timbre /', mais de / ouvert, comme le 
prouvent les graphies des chartes et des textes. 

Fi devenu i a le timbre ï (Bos criggan) mais il devient ô 
devant n -\- voyelle -J- n : ônan (onnen, onyn, onon) un =unan; 
hoiwu (honnen : hunan). 

Lhwvd donne la voyelle comme longue, devant st, se. Il 
est à craindre qu'il n'ait été influencé par la prononciation du 
gallois du Nord. Cependant dans" prise, buisson (prononcé aussi 
prise et prese, Mullyon), la voyelle m'a paru quelque peu al- 
longée. Pour les voyelles, en général, entre consonne et r, 
voir Deuxième partie. 

venant de ou u se prononce de même ouvert. 

■h venant de la diphtongue ûi du vieux comique (celtique 
et, latin e) peut avoir le timbre û ; il le conserve dans tulle, 
tromper, et la plupart du temps dans cuske, dormir; ce fait est 



1. L'ouverture tient à la réduction de la voyelle de la syllabe suivante. 
Lorsque la voyelle suivant n est finale , e reste fermée: mene(jnene-UU ; 
Ven-meWi). E est arrivé à £, de très bonne heure dans ganow, bouche, 
çwaneth, froment. 



458 /. Lolh. 

en faveur de Pétymologie quiesco, cf. Brunion, joncs (Uny Le- 
lant); cf. Lhwyd : lûdj, gall. llwyd y bret. loitcl, gris (mais Lotcoit 
pour Luit-côit, anciennement); de même g^W/, sang. 

Pour.e devenu 0, devant w, v. plus bas : Deuxième partie. 

B. - - Voyelles atones. 

i° Prétoniques. E est fermé, si une seule consonne suit : 
Tre-vizn, Tien drayn, Tre-gadjHh ; <' est ouvert dans les 
autres cas. Il en est de même de / ; Us devient lç£- dans Le^- 
inge (Maddron),mais les-: Lesividu (Bos-levri). Ym se prononce 
o devant />, /// : omboos (Gwreans), omina, ohma, obba. 

i long paraît voisin de e : Treg an aor (trîg, séjour, habita- 
tion), en Sancreed ; Tregestl (Tregeseal en Saint-Just). De 
bonne heure, dans les chartes on trouve tir, terre, écrit ter : 
Terradenec, xm e siècle. En revanche Tirbean en Breage; Chir- 
qwidden (Sancreed) : on entend / bref et ouvert; 

o, e, i, a sont réduits à <> devant des groupes de consonnes : 
Bj~ôIjs, Czrnêiïc, Curnooack, Nebb-Ger.; crenje(Crenjah) pour 
cerendje. Ris- (Rit), gué, est devenu Res (Rjs-) et se confond 
souvent avec Ros (Rjs-). Pour la prononciation des voyelles 
accompagnées de /, r, voir plus bas : Deuxième partie. An, 
l'article, se prononce .?//. Parfois la réduction est contrariée 
par la conscience de la composition. Des graphies comme 
Rôs-carrack dans Pryce, ne sont pas toujours des inventions. 

Den-, ten- paraissait avoir donné dr, tr dans dermas, dre- 
mas, homme bon, trnewen, côté (Torneivan, Tzmewan dans 
Lhwyd). 

Pour la réduction ou suppression des particules procli- 
tiques, voir chap. II. 

2° Posttoniques. Toutes les voyelles, longues ou brèves an- 
ciennement, sont réduites à un son indéterminé 9, qui se co- 
lore suivant les consonnes environnantes. 

o final est devenu à peu près a; i long et même ; bref à 
la finale ont le timbre i ou e fermé : Parle an Gillx .(Feock) ; 
The Gili (Kelli : bois, probablement, Mulîyon) mais The gel? 
(Buryan) : Gelly, taillis en Liskeard ; Kellivose, Camborne ; 
Kenegie (Gui val). 



CHAPITRE II 

Conséquences de l'accentuation au point de vue de la 
syntaxe, en particulier de la forme et de la construction 
des pronoms et du verbe. 

§ I. Les pronoms possessifs disparaissent ou tendent a 

DISPARAITRE AU PROFIT DFS îlOtœ ailgenles. 

a) i re pers. sg. noingi na el pertba ve, ceux qui ne peuvent 
m'honorer (Conim. Dieu, 4-5) ' . Ici la disparition du pronom 
possessif absolu a amené l'absence de mutation (en comique 
moyen, on eût eu (oui) ferha vy : perlha est une mauvaise gra- 
phie pour perhd). — noingi es a kara ve ha gwitba gerriov ve, 
ceux qui m'aiment et gardent ma parole (ibid. 5) : a n'est plus 
qu'un vague souvenir pour ow (ow //;-) et ow possessif a dis- 
paru : plus même de mutations. — Kar ve, mon ami, pour 
a bar ve (ow bar vy) : Lettre de Boson, Add. mss, p. 10 (17 10). 
— rag desMans ve, pour mon instruction (ibid. 3). — gen ol an 
kolan ve, avec tout mon cœur (ibid. 10). Zera ve, monsieur 
(Add. mss. 10) ; bluth vee, mon âge ; gen car a vec, avec mon 
père (Lettre de Bodenor). 

b) 2 e pers. sç. : treetb an baage chee, entre ta race (Genèse, 4, 
181). 

c) j e pers . sg. : na travetb es peth eve, ni chose aucune qui 
soit sa propriété (on aurait en comique moyen : y belh ev : la 
mutation n'est pas faite ; rak na veedn an arleth sendg e beb pe, 
le Seigneur ne le tiendra pas pour sans péché (Comm. Dieu, 

5, 3). 

Eve a rigg doa^ thurt poiv e wbonnen, il vint de son propre 
pays (Add. mss. 130). 



1. Version de Kerew : a rima na gee^e ort a hara, et ceux qui ne sont 
pas, m'aimant. 



<j6o /. Lolh. 

d) Plur. : i rt pers. : en Plu East egles nei, dans la paroisse 
de Saint-Just, dans notre église (Add. mss.) 95. 

Lettre de Bodenor : en dreav nyedzns notre village. 

— en u% ni, dans notre temps (Add. mss. 10). — Tava\ coth 
«y, notre vieille langue (ibid. 7). — Kar ny Jenkins, notre ami 
Jenkins (ibid.) — Ma matern ni doa~e tbe bidn bave, notre chef 
viendra vers l'été (notre chef est venant) : Add. mss. 130 — 
an mab Jean ni, notre lettré (ibid., 138) — neave ny, notre ciel, 
climat (Nebb. Gerr.). 

2 e pers. thera ve cara ivhy, je vous aime (je suis vous ai- 
mant) : ce serait en moyen-cornique, même en Gwreans : 
yâ o\w] vi orth âges cara wH ; — Etho ve pur luaii tho gwel- 
las zuhy, je suis très heureux de vous voir (Pryce, Things...). 

— Dieiu reg dro zuhei me\ urt tir Egypt, Dieu vous a envovés 
hors de la terre d'Egypte (Cornai. Dieu, 2, 1). 

j e pers. tha pow go honnen, à leur propre pays (Math., 2. 197 

— ban worriance nonge, et? leur splendeur (Math., 88, 8) — 
balagagozv augie 1 ve gères (eger es) , et leurs yeux furent ouverts 
(Genèse, 177, 7). — mesk angy, \pa.rm\ eux (Nebb. Gerr.). 

Remarque. — Pronoms possessifs infixes : les pronoms restent 
séparés de la préposition : tho eivella^, pour le voir (Nebb. Gerr.) 

— tho e clappia, pour le parler (tava~, langage, ibid.) — tha e 
gerriou, à ses paroles (Add. mss. 115) — tha e eele%, à ses 
anges (Math., 4. 187, 6) — tha e goorc, à son mari (Genèse, 
3, 177, 0- 

§ 2. Pronoms personnels. 

Les pronoms personnels infixés ont une tendance à dispa- 
raître au profit des nolae augentes : an hagar-breeve a tbullas ve, 
au lieu de am tullas ve), le vilain serpent m'a trompé (Genèse, 
3, 180, 13). 

ha sonas e, au lieu de : ha n sonas e, et le bénit (Comm. Dieu, 
8, 4). 

A l'impératif, c'est la seule construction, mais elle est 

1. Pour l'origine de atigi, v. J. Loth. /;/. corn., Rev. Cet!.. XVIII, 
p. 421). C'est une combinaison de la 3 e pers. du plur. -us (-«/) et de v, 
nota aupens. 



Questions de grammaire et de linguistique brittonique. 461 

ancienne : suyow ve, suivez-moi {Math., 4, 191, 18) — an 
arleth Deew devanas ève, le seigneur Dieu l'a envoyé (Gen., 9, 
184, 23). 

A. — Pronoms personnels absolus. 

Ce sont des formes renforçantes (notae augentes) qui ont la 
préférence (à la r re pers. sg. et la 3 e du plur.). 

Sg. I e pers. : na hene Deew po~ vee, pas d'autre dieu que moi 
(Comm. Dieu, 3, 1 : Kereiu) — rag vee da Deew vedn boa^ 
engres), car moi ton Dieu je serai irrité (ibid. 4, 2). — 
ve a glowhas, j'entendis (Gen., ibid. 178. 10) - - ha ve reeg 
debre, et j'ai mangé (ibid. 179, 12 : id. 180, 13). — ha ve 
vedn goerah ^oer, et je mettrai de la haine (ibid. rSo-ij) — ve 
vedn ry, je donnerai (Math., 4, 188, 9) — ha vee vedn lha 
servia et je te servirai (Add. mss. 115). 

Plur. 3 e pers. : ha an Gie oyah, et ils surent (Genèse, 177, 
7) — ha an gye a glowhas, et ils entendirent (ibid., 177, 8). — 

An gee arass go rô^a, ils laissèrent leurs filets (Math., 4, 191- 
19). — An Gy droa~e thotha, ils lui amenèrent (ibid. 192, 
26) — en gye lavarra^ (Math., 2. 195, 5). — an gye a cotha\ 
en doar, ils tombèrent à terre (ibid. 197, 11). — An gy ro^ brc~, 
ils donnèrent jugement (Add. mss. 155). — an gye eath carr (in 
kerd), ils partirent (Math., 2, 197, 12). La prédominance de la 
forme ve est due à son emploi dans les pronoms-suffixes après 
le verbe à un mode personnel. Les prétoniques étant aussi 
toutes très atteintes, les notae augentes se sont trouvées avan- 
tagées au point de vue de l'accent. Andji a. bénéficié de cette 
tendance, et de l'effacement du pronom absolu. 

B. — Pronoms personnels suffixes. 

La tendance générale est de séparer le pronom de la pré- 
position : cowsoiu de ve, parlez-moi (Add. mss. 136); — 
clappia tho ve, me parler (Nebb. Gen\). 

Sg. I e pers. sg. — ha e rose tha vy, et il me donna (Genèse, 
n. 179). — ma luhan^ do ve, j'ai envie (envie est à moi), 
(Add. mss. 3). — ma oivn dha ve, j'ai peur (ibid. 10) — a resta ry 






462 ]. Loth . 

thave, que tu m'as donné {Genèse, 3, 179, 13); — hy a rose 
tha vy, elle me donna (/£•)• — d''° g eare tha ve, envoyez- moi 
un mot (196). 

Sg. 2 e pers. : Ireth chee, entre toi (Genèse, 3, iSr, 15). 

De chee, à toi (Add. mss. 136). 

}* pers . : gon~ eue, avec lui (Math., 2, 196, 3) tha ve, 197. 

PJur. r re pers. : gen ni, avec nous (Ad d. mss. 10).— theivorte 
anny, de nous (ibid., 139). 

3* pers. tho an gye ', à eux (Genèse, 3, 177, 7), (laide 
thon~e, parler à eux, Math., 2, 126, 18). 

E avednas thoran^e, il leur demanda (ibid., 195, 4, 7, 131)- 
A côté de thothans (Connu. Dieu, 4, 2) on a (//>/</. Kerew) 
then^e. 

§ 3. Particules verbales. 
A. — Pronom relatif. 

A est très souvent omis 2 . Sa présence se fait cependant 
sentir dans les mutations ; mais l'absence de mutations, 
dans un nombre respectable de cas, montre déjà une ten- 
dance à la disparition totale. Son existence se marque dans 
des formes muées qui ont remplacé des formes absolues : on 
n'a plus que ra, rig pour givra, guritg ; el pour gell, peut. 
Lettre de Bodenor : na ges moye vel pager pe pemp en dreav 
nye ell clappia Cornish leben, il n'y a pas plus de trois ou 
quatre dans notre bourgade qui puissent parler comique main- 
tenant. 

Pour l'absence de mutations : 

Deiu coivsas gerrio ma 5 , Dieu dit ces paroles (Comm. Dieu, 
2, 1) — . an arleth Deciu devancs eve, Dieu l'envoya (Genèse, 
184, 23). — An arleth givra^, le seigneur fit (Comm. Dieu, 
7, 4) etc. La mutation même produite par a ne se fait pas 
régulièrement : Bu^ e giverebas ha lavarra~, mais lui répondit 



1. Gwreans 400 : Thothaus : O. m. [844 thetbe. 

2. En comique moyen, a ne se trouve pas dans était : yw est ; us, 
est, il v a, ni avec la particule re. 

3. A relever l'absence de l'article, ce qui n'est pas rare. 



Questions de grain maire et de linguistique brit tonique 463 

et dit : il faudrait e werebus pour e a wereba\ (Math., 186, 4). 
— e cornera^ an fia, pour e a gomera%, il prit l'enfant (Math., 
2, 198, 14). 

B. — La" particule yd. 

Yd a disparu ou elle est réduite à d et figée sous l'initiale 
du verbe qui suit. 

th'om, je suis (yd o[v] me), je suis (Conim. Dieu, 2, i) : cf. 4, 
2, cw// D/V//, je suis Dieu. — dero ht, qu'elle était (ydeso) 
(Genèse, 3, 176, 6"). — theram en hoath, j'étais nu (ibid. 178, 
13) : moyen-corn, yth esen. — mathoste (yd os te), si tu es 
(Math., 4, 186, 3). — pe reg Jésus cloica- tero Jowati towla\ tha 
bressen, quand Jésus entendit que Jean était jeté en prison 
(Math., 4, 189, [ 2) : tero z=z yâeso ; mais il semble que tero 
soit ici pour dro 2 — tho ni devethe^, nous sommes venus (Math., 
2, 194, 2) — thongeloan, ilsfurent joyeux (yâ o-ns i: ibid. 197, 
10). — ha po tho an gye Jeirtbe-, et quand ils furent arrivés 
(ibid. 11). — rag car dreeg an Saiisen e thanen (car comme les 
Saxons l'ont envoyé (Nebb. Gerr.) : pour (po)car yâ reeg 
(gwrug) an Sawson e danvon. Il est possible que d ait ici 
une autre origine : ci. note 2. Il faut aussi tenir compte des 
formules pandrig (pa an tira rig). 

L'effet de yâ sur les occlusives sonores ne se fait même 
plus sentir. Dans les cas où cette particule était employée, c'est 
la mutation annoncée par le relatif ^ que l'on constate. Il y a 
d'ailleurs eu, de rares cas > exceptés, confusion entre les 
deux : 

1. Cf. Jenoer, Handbook, p. 122. 

2. dro semble être pour der 0, ire ; dre, dro sont d'un emploi courant 
en comique moderne On trouve deux fois der, avec ce sens dans 
Gwreans : vers 1192, 1838. Dans tous ces cas, der répond à der, du moyen- 
comique. Cette identité de sens est très nette dans ce passage de Xcbba- 
Gerriau : kar dre vedno why givella^, comme vous pouvez voir : ce serait 
en moyen-comique : pocar yth vennogh why çiveles. Il est donc non seu- 
lement possible mais probable, que der, dre, soit évalué de de], comme (gall. 
moy.deki'), dans des conditions difficiles à déterminer (en passant pardi- ?). 

j. Math. 2. 195,6. âmes a chee e ra doa\ matern, de toi viendra un roi — 
avec yw on trouve encore, mais rarement yd : ethyw screffes, il est écrit 
{Math. 4. i8c->, 4) : c'est un souvenir littéraire. 



464 /. Loth. 

nena a ve Jésus humbrege%, alors Jésus fut envoyé (Math., 4. 
185, 1) — a reeg doa~ /<•<•;<' veer thor an Est, des hommes 
sages vinrent de l'Est (Math., 2. 194,1) : moyen-cornique 
yâ rug. — a thor an 1er mai a reeg e gofen thor an teeqefeere, de 
l'époque où il demanda aux hommes sages (ibid. 199.66). 
Proclitique,)' de \d pouvait passer à un son a (.») : ci. a meth 
(Math., 4, 188,10) pour y med. 

C. — Particule ow, owth (devant voyelle) du comique 
moyen, venant de orth, worth (breton ou{, o%, 0.) servant à 
exprimer le participe présent quanti elle est jointe à l'infinitif. 
Cette particule est réduite à a. Elle est également si bien en 
voie de disparition que la mutation même qui trahit sa pré- 
sence assez souvent ne se fait pas. 

Math. 2. 194, 1 a reeg ào\ tee\ veer tho an Est laverai, 
vinrent des hommes sages de l'Est, disant. 

tha rynui es a trestya cita, à ceux qui se fient à lui : ow 
trustya ynno (AJd. inss. 115 — a keel (ow haï), faisant (ibid. 1 1 5) 

— amesk an poble e% e gara, parmi le peuple qui l'aime (ibid. 
130); pour us orth e gara - — ma mater n ni doa~e tre biddn 
wave, notre roi vient vers l'hiver (est venant : pour a (ow) 
toa^) : la mutation n'est pas faite. — an niablecan ni e gana 
terzvithyav, notre lettré chante parfois (ibid. 131): ici, il y a 
ignorance manifeste : e pour a (ow) et mutation à contre-sens 

— Rachel whola, Rachel pleurant (Math., 2,4009,18). 

— ha Jésus gzvandra reb a mor Alale, et Jésus en se prome- 
nant près de la mer de Galilée (Math. 4. 191, 18) : il 
faudrait hwandra pour ow gwandra. 

D. — La particule de réciprocité servant à former le verbe 
réfléchi (moyen-corn, ym, em, om, uni) disparaît. 

Le fait est d'autant plus frappant qu'elle est en pleine 
vigueur dans Gwreans. 

E. — La particule ro (rz-, r, rd) n'existe qu'à l'optatif. Llwyd 
l'a confondue avec ra (wra), du verbe faire. 

§ 5 . Le verbe. 

Le verbe est entièrement décomposé. Les formes person- 
nelles sont de plus en plus rares. La conjugaison devient pure- 



Questions de grammaire et de linguistique brit tonique. 465 

ment analytique. Les temps sont composés en grande partie 
à l'aide d'auxiliaires et fort réduits. L'action destructive de 
l'accent sur les prétoniques se combine ici avec son effet sur 
les post-toniques. 

A. — Les suffixes personnels. 

Là même où la conjugaison personnelle paraît exister, l'in- 
stinct de la langue pousse à séparer les suffixes de ce qui 
paraît le thème, et à les écrire d'une façon indépendante . 
la consonne finale tombe, ou, quand c'est possible, il y a 
assimilation entre la terminaison consonantique et la nota 
a uge 11 s. 

tho chee molithees, tu es maudit {Genèse, 3,180,14) — - tho an 
g i "te poscaders, ils étaient pêcheurs (Math., 4. 191,18; 2.200,13) 

— po tho angye devethe~, quand ils furent arrivés (Math., 2.197, 
ri ; 198, 13) — tho ny devethe\, nous sommes venus (Math., 2. 
194, 2) — ytho ni, nous sommes (Add. mss. 139) — ihera ni 
doaçe, nous venions (ibid. 138) — en termen a alga ny, à 
l'époque où nous pouvions (Jbid. 139) — poderave, quand j'étais 
(John Tshei... 253. 42) — dera vi ybnia, je suis ici (ibid. 33) 

— po rigo l.ncei mç~ ker quand vous êtes parti (ibid. 44) : quand 
vous fîtes aller : ker pour yn kerd. — giurra ny tedna, nous tire- 
rons (Pryce) — ihera ma (Nebb. Gerr.) — vedoivhy moa^, irez- 
vous ? (Pryce, Convcrs.). 

M'ala ve moaçe, pour que je puisse aller (Math., 4. 196,8). 

— pan dra vedd aivhy geel, que ferez-vous? (Pryce, Song) : 
vedd a why pour vennogh why. — Elo zuhy clappia kernooack, 
pouvez-vous parler comique (Pryce, Conv.) — na ara va àr él- 
an kenibreean gweel rag tho gicitha ge tava^, je ne sais ce que 
les Gallois peuvent faire pour garder leur langue (Nebb. Gerr.) : 
et. a orama (tiré de me a ore); drel est pour : pondra el 
(quelle chose peut). — na alga ma (ibid.). 

Il s'est produit une sorte d'agglutination entre m de me et 
la terminaison vocalique du verbe. Dans le pronom ce fait 
se montre aussi : he thurtam (dcorthxj), va d'auprès de moi 
(Math., 4. 188,10). 

iheram en hoath (Genèse, 3.198,10). pour tà me : est la 

Revue Celtique, XX XV. 50 



466 /. Lolh. 

forme de la j e pers. de l'imparfait et n'était usitée qu'à cette 
personne. En comique moderne, elle sert pour toutes les per- 
sonnes à l'état analytique. 

âeram moc%, je vais, je suis allant, {John Tshei, 252.14 : 
pour ?d ddjo me : cf. otna, je suis, Res. Dom. 755. — Prvce, 
Conv. : elo why clappin kernojak} Ellam,« pouvez-vous parler 
comique } Je le puis » : ellam pouv alla nie ; ella est une forme 
muée de gallav, mi a alla) — tnar intenta ? menjam : .. si tu 
veux (mar menrnèâ te) ? Je veux — 

La 2 e pers. du pluriel de l'impératif avait perdu -ch final : 
mero, voyez (Math., 4. 189,11; 2. 198,13). 

B. — Les temps. 

Il n'y a plus, on peut le dire, de conjugaison personnelle ; 
dans les propositions indépendantes, le fait n'a rien de sur- 
prenant, puisque la forme de la 3 e pers. du sing. avec le pro- 
nom sujet devant dominait. Mais même dans les propositions 
négatives, interrogatives et les propositions dépendantes, 
elle a à peu près disparu '. 

Pour la 3 e pers. du sing. on reconnaît le présent-futur, le 
prétéri t en -s (-as), le prétérit secondaire (-.v',-iy)emplové comme 
conditionnel et aussi avec le sens de l'anglais would. Le sub- 
jonctif dont la vovelle caractéristique était devenue a (pour 
-0) se confond avec le présent : mais les formes habituelles 
sont des formes composées, pour le présent, avec le verbe 
taire ; pour le prétérit, de même; pour le futur, avec mynne 2 , 
vouloir, et aussi faire au futur (et. anglais will et shall). 

Pour les exemples, il n'y a que l'embarras du choix. Je n'en 
citerai que quelques-uns. 

Présent et Futur : war tha doer chee ra moa%e, sur ton 
ventre, tu marcheras : tu feras marcher (Genèse, 3, 180, 14) — 
ha ve vedn goerah \oer et je mettrai haine (/ will put) : ibiJ. 15 
— me vedn niear cressha tha dewan, j'accroîtrai grandement ta 
peine (/'/1/..1S1, lé) — bag e ra tha rowlya, il te gouvernera 

1. Cf. Jenner. Handbook, p. 11 5-1 16. 

2. t.a. construction avec ce Verbe est très tlével oppée déjà dans Gwreans. 



Questions de grammaire et de linguistique brittonique. 467 

(ibid. 16) — che ra debre not ha, tu en mangeras (ibid. 182.17) — 
spearu ha askal ra e dry ronces et chardons, elle portera 
(ibid. 18) — ythyw, screjfe~ na ra Jean bewah,i\ est écrit, que 
personne ne vit... (Math., 4. 186, 4) — e ra ry, il donnera 
(ibid. 187, 6) — lee%... chee ra broiue tha droo^e, de peur que tu 
ne meurtrisses ton pied (ibid. 187, 6). 

-rag na veedu an arleth sendg e heb pe ra kamer a hanaw heb 
ortham, car le seigneur ne le tiendra pas pour sans péché, 
celui qui prend son nom sans besoin (Connu. Dieu, 5.3). 

— oïl a rimah ve vedn ry, tout ceci je le donnerai (ibid. 188, 
9). C'est la construction habituelle. 

Prétérit : besta% angweale a reege an arleth geele, les bêtes des 
champs que Dieu a faites (Genèse, 3. 174, 1). — reeg Deeau 
laiule, Dieu a dit (ibid.} — Pe reeg an vennen givella\, quand 
la femme vit (ibid. 176, 6) — Dreffen chee tha ga^pwai tellah tha 
wreage ha reeg debre thor an ivethan a reege a vee laiule thee~e chee na 
raage debre anoihe, parce que toi tu as écouté la parole de ta 
femme et que tu as mangé de l'arbre duquel je t'avais dit de 
ne pas manger (ibid. 182-3. I 7)- — ha an arleth Deew reeg laivk 
et le seigneur Dieu dit (ibid. 183, 22). — a reeg doa%e tee^eveer, 
des hommes sages vinrent (Math., 2. 194, 1), etc. etc. 

L'impératif est aussi le plus souvent construit avec faire : 

na reau gaivas Dieu velh arall bu^ ve, n'ayez pas de Dieu 
autre que moi (Connu. Dieu, 3, 1) — na reau kamer hanow 
gu^arleth heb ortham, ne prenez pas le nom de votre Seigneur 
sans nécessité (ibid. 5. 3), etc. 

Le verbe avoir (être avec pronom infixe) a disparu. Il n'en 
reste que de vagues souvenirs, et la mutation n'est même pas 
respectée ; me a veeowne, j'ai eu peur (Genèse, 3. 178 10). 

C. — Voix. Les formes en -r ont disparu '.La construction 
avec le verbe substantif et le participe subsiste naturellement 
(le verbe substantif à l'état analytique). Les formes passives 
données par Lhwyd (247. 1 et 2) sont de son invention 
(Henwy y vè, j'étais appelé ou mi a hènwy^ ; ve am henzvy^ ; 
heniuassi^ vi, j'ai été appelé). 

J. Loth. 

1. Cf. Jenner, Handbook, p. 120. 



L, R, N, M EN INITIALE 

ET EN 

CONSTRUCTION SYNTACTIQUE 

DANS LE 

DIALECTE BRETON DE L'ILE MOLÈNES 

(finistère) 



Ces sons n'ont été, jusqu'ici, en Bretagne, l'objet d'aucune 
recherche sérieuse. J'avais constaté, à plusieurs reprises, une 
différence entre ces sons à l'initiale absolue et en position 
adoucie chez certaines personnes, en particulier chez un de 
nos étudiants de Rennes, M. Cuillandre, aujourd'hui profes- 
seur au collège de Vannes, auteur d'un remarquable recueil 
de poésie bretonne, Moue% an aochou (la voix des Grèves), 
natif de l'île iMolènes. M. Cuillandre a l'oreille excellente et 
est bon observateur. Je l'ai prié de me renseigner, aussi exacte- 
ment qu'il est possible sans le secours de la phonétique ins- 
trumentale, surla valeur des sons en question : i° à l'initiale ; 
2° en construction syntactique. Voici le résultat de ses obser- 
vations. 

A l'initiale absolue, par rapport à / /' ;/ ;;/, en position adou- 
cie(par exemple, après da, ton, ta, tes : da lagad, ton œil), les 
liquides et nasales initiales témoignent d'une expiration 
plus forte, moindre cependant que pour / r n m en position 
non adoucie ou plutôt renforcée : par exemple, après be, son, 
sa, ses, en parlant d'une femme; va, mon, ma, mes etc. Je 
reproduis le texte même de M. Cuillandre : 1 r n ni à 
l'initiale simple ressemblent plutôt à ces mêmes consonnes 
renforcées qu'à celles qui sont affaiblies, comme mode d'ar- 
ticulation. Je prends / dans Ltgad, comme exemple; pour 
cette initiale, l'articulation se produit accompagnée d'un appui 
du bout de la langue contre la rangée supérieure des dents. Si je 



L, R, M, N en initiale et en construction syntaetique. 469 

prononce : va lagad, he lagad (son œil à elle), ou ho lagad 
(votre œil), l'articulation de / est sans doute renforcée par 
un appui plus vigoureux du bout de la langue, mais cet appui 
se fait à la même place ; le son comme nature, est sensible- 
ment le même. Si je prononce da lagad, e lagad (son œil à lui), 
l'articulation de / est non seulement affaiblie et adoucie, mais 
le bout de la langue ne fait plus ici qu'effleurer légèrement les 
mêmes dents : l'appui n'existe plus. 

M. Cuillandre a étudié ces sons en mutation syntaetique : 

i° en position adoucie, après e, adj. poss. ms. ; da, ton, 
ta, tes 

2° en position renforcée ou supposée telle, après va, he (poss. 
fém.), ho, 0, leur, leurs ; ho, votre, vos. Il a constaté un 
affaiblissement marqué dans le premier cas; un renforcement 
marqué par comparaison avec l'initiale, au point de vue de la 
force de l'articulation dans le second cas, en exceptant 0, leur, 
leurs. Cette exception est des plus curieuses, si on réfléchit 
que les occlusives sourdes sont transformées en spirantes en 
breton, comme en comique, après cet adjectif possessif, tandis 
qu'au contraire, en gallois, elles restent intactes. Seul un appa- 
reil enregisteur pourrait peut-être signaler des différences qu'en 
tout cas une oreille exercée ne perçoit pas. 

M. Cuillandre représentant l'articulation initiale absolue par 
le signe —, le renforcement par -f-, l'affaiblissement par — , 
a dressé le tableau suivant (voir p. 470) : 

M. Cuillandre y ajoute les intéressantes observations sui- 
vantes : 

après ho (votre, vos) : l'articulation de la consonne 
initiale /, r, m, n, outre qu'elle est renforcée, semble subir 
un durcissement particulier et exploser en un son bref et net, 
tout différent du son rendu par l'articulation de ces mêmes 
consonnes, après he, adj. poss. féminin. 

Après he. son, sa, ses, à elle : l'articulation des mêmes 
consonnes initiales s'accompagne, outre le renforcement, d'une 
sorte d'aspiration, ou mieux d'expiration, assez sensible pour /, 
moins pour r, presque pas pour m et n. Ce souffle secondaire 
qui accompagne l'articulation se produit sur le côté droit 
vers le bout (mais pas tout à fait) de la langue. Pour /, en 



470 



/. Lolh. 



particulier, le côté droit de la langue, vers l'extrémité, semble 
se soulever un peu. Comparée à l'articulation de /, r, m, n 
après ho, votre, vos, celle des mêmes consonnes, après he, adj. 
poss. fém., est moins dure et plus lente. 



FORCE D'ARTICULATION APRÈS : 



[ Lagad > 
j \ Lein. . 
Lizer . . 
La m m. 

( Rastel. 
) Reor . . 

A> ) Reuz . . 
( Ribot. 

, Mamm 
,. \ Mevel. 
5 Moger. 

Mouez , 

j Nadoz. 
N \ Naoun 
Neud. 
Niz... 



O à 



V 
V 
V 
V 



_r E 



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4- 



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S il 



V 
V 
V 
V 



+ 
+ 

+ 
+ 

+ 
+ 
+ 
+ 

+ 

4 
+ 
+ 

+ 

+ 
+ 
+ 



i. legad, œil; lein, déjeuner; li\tr, lettre (épître) ; lamm, saut; rastel, 
râteau; reor, derrière; reu\, malheur, agitation; ribot, baratte à beurre; 
mamm, mère; mevel, serviteur; moger, muraille; nioue^, voix; naào\, 
aiguille; naoun, faim; neud, fil; ni^, nièce. 

J. LOTH. 






SUR 
QUELQUES TEXTES FRANCO-BRETONS 

(Suite.} 



IV 

36. L'obligeance de mon savant collègue M. Plattard 
m'ayant permis de retrouver quelques documents intéressants 
sur la question, je reprends ici l'étude commencée depuis près 
de vingt ans (Rev. Celt., XVI, 168-200). 

37. Voici d'abord, d'après le volume de la Bibl. Xat. coté 
Rés. Y e 2684, la pièce reproduite § 2 et suiv. Elle fait partie 
du premier recueil contenu dans ce vol., et intitulé « Noelz 
nouueaulx, composez nouuellement sur le chant de plusieurs 
Chansons nouuelles ». 

f° lv Sur le trihory de basse bretaigne 
Noël en breton qui parle francoys 

yuonnet et mathery herue henry 
T Trudaine 

Faison en vng chantery Vng beau hoiry 

Gent et ioly, Ennet demain Noël 

v° ^1 Ma père il a dit que adam 
Eut vng beau fam 
Qui mordoit en vne pomme 
Parquoy dieu de son meson 
Mist le bon hom 
Entrez dehors garsonne 
Vous irez petez dehors 

Ta meschant corps Villaine 

Vous en aurez pour le mors 



472 



E. Eriitiiill. 



Plusieurs remors 

Soyez en certain 
^§j Quant le dyable il aura veu 

Sa depourueu 

Tandoue quil est daise 

Il e st daille il est venu 

Villain cornu 

Cest vng beste mohaise 

Mais doe de paradis 

Amis sa filz En peine 

Et est venus de sa pays 

Ce dison ilz 

A yuissant main 
d Adam il estoit chasse 

Ou vieu maison du dyable 

Mais diou il a pourchasse 

Vng beau vierge amyable 

Gabriel il est dalle 
f° lvi Soubdaine 

Au be.m vierge a dit aue nomen eue 

Sera mis plain 
$j Le doe il est nasqui tant beau genty 

Seullement sur de paille 

Vng lasne est empres tappy 

Son lalaine luy baille 

En vng vieu maison il est lenfantelet 

Tant ieune 

Il aura ma gastelet 

Sil a besoint 
flj Je porty ma flageollet 

Etsonneray datache 

Trihory ioly dehet 

Giray comment vng vache 

Je faire dancer mary 

Dandaine 

Joseph sera endormy 

Nest pas trop sain 

Au petit doe iaure 



Tiuonnet. 



Tiuonnet 
Perdue lasse 

Serche trace 

Et deuale 

Tiuonnet 

vn vasche aussi 



Matourtelet 

Tiuonnet 

Et ma muset 

Languilloset 

Auecques luy 

Le bon hommv 

Tiuonnet 

Que ie fere 






Quelques textes franco -bretons 473 

Vngpourpine en son crache 

Neppes ieluy portere Morceau dore. 

Chappon de cornouache 
Il aura le bon barat 

Le guyne math A plaine 

Lorleans vin lanchiuin Le poyteuin 

v° Sil aura fain Tyuonnet 

flj Je priray deuôtement Mignon nement 

Le petit et son mère 

Que iauray ioyeusement Vin largement 

Or en mon gebeciere 

Et neppes finablement Mon saulnement 

Soubdaine 

Si chanteray haultement Godinement 

Au lieu haultain Tiuonnet 

Amen Noël Grâce et amour 

38. Le T au-dessous de yuonnet doit y être rattaché, comme 
le prouve la répétition du nom à la fin de chaque couplet, 
pour indiquer la reprise du refrain. Une disposition semblable 
de l'initiale se montre, par exemple, dans PEcheurs, f° nv, v°. 

Le prénom francisé était d'ordinaire Yuonnet, Ivonet, cf. Rev. 
Celt.' 9 XXXIV, 245. C'est un diminutif de Yvon, cf. § 26. 
Nous avons vu aussi la forme bretonisée if, cf. trécorois Nif, 
§ 19 ; dim. Nifeq. 

D. Le Pelletier remarque : « Eusen Est le nom propre 
d'homme le plus diversifié que l'on puisse s'imaginer en si peu 
d'étendue de pays, et dans un même langage. On prononce 
donc Eusen, Eosen, Esôen, Esôan, Esoain, Usen, Yivain, You- 
wain, ou Hiouwain, Yauwau, Jeun, ou Yeun, et par plus 
grande corruption Erwain, pour Esiuain. Ceux de ce pays qui 
parlent François, disent Yvon. Les Hauts-Bretons Yves, comme 
nous... » Même observation dans Roussel ras. : «... on pro- 
nonce donc eusen, Eosen, esoen, esoan, usen, eosin, yivain, yoen, 
Jeun, ou \citn, won, ou yvoun... » Pel. explique le lat. Yvo et 
le franc. Yves par le nom d'arbre if; Eusen, etc. viendrait de 
Usanus, « d'une rivière d'Angleterre, dite Usa » près de laquelle 
habitait le premier saint Yves. Ces témoignages sont en par- 



474 E. Ernault. 

tie viciés par la préoccupation étymologique, sans laquelle les 
s seraient probablement des ç. 

Le P. Grégoire traduit « Yve » : « Léon. éù%en. eu^en.éau- 
~en. (Treg. èrouàn. yoûen. (b. Corn, yoûen. yeun. (h. Cotn.even. 
eoùan. e^an.e~eu. èen. (Van. Eoûan. » ; « Saint Yves » : i< Sant 
Eauçen. Sant Erouan a Viryone. Sant Even, etc. »; TA. donne 
Ivcine, Ivin, I^pin, I^oêne, Eouann ; H. de la Villemarqué (Ap- 
pendice au dict. fr.-br. de Gon.) Eo%en L., Eû%en, Iouenn C, 
ErvoanT., Eouan, Ivenn, I~oenn\\, fém. Ivona Yvonne, dim. 
Ivonaik (4 sy 11.) ; J. Moal, Sitppl. à Troude 18 traduit < Yves » 
Ivon, Ioen, Eoçen, Euxpi L., Jeun, Cheun, Eou, C., Nounn, 
Urwan T., Bon à Plouguerneau, etc., dim. Ivouik, Xounnik, 
Bonik, et « Yvonne » Ivona, Bonik (b. L.). On iit en cor- 
nouaillais louai, Ba>~. Br. 243, 245 ; on dit en Trég. Encan, 
Encaùn, Ervoan, dim. Waniq i ïEanniq. Wahneq. Ct. 
le composé Marivonn, dim. -ik T. Marie-Yvonne, Gwer^ùm 
Br.-I-el I, 350, 352, Marivonik T. et L., Rolland, Recueil de 
chansons pop., III, 63, 66. etc. ; léon. Marivon, Vona. 

M. Loth explique, à propos de Iouen « forme bretonne la 
plus répandue... en dehors du vannetais où on dit Iwân », 
que « sous ce nom on a confondu une demi-douzaine de 
saints » (Rev. Celt., XXIX, 309, cf. 283, 284; XXX, 313 ; 
Annales de Bret. IV, 632, 633 ; Mots lat. 164, 218; Cbnstom. 
bret-, 129, 204). Deux d'entre eux portaient le nom d'origine 
germanique Ivo. Celui-ci s'est confondu phonétiquement avec 
Ewen (ix e s.) = gall. Yiven, Oicain, et Euçen en 1401, de 
Eudo, d'où en Léon Eoçen, ailleurs dès avant le xvn e siècle Ewen. 

Le Catbolicon a un article « Euçen, g. yuon, 1. yuo » ; l'édi- 
tion b donne une variante avec ^ : « Eu^en pe Eo%en ». Les 
Heures n'ont que Yuen : sant Yuan natiu a Treguer (Middle- 
Brel.Hours 39). 

Les formes vannetaises avec^; sont-elles empruntées au Léon, 
ou tirées de documents plus anciens? Ce n'est pas nécessaire : 
cf. van. uiphuion juifs, etc. (Sur un ancien livre vannetais, 1894, 

LY dont s'est étonné Pel. vient d'un autre nom où il était 
primitif (cf. Urban, Rev. Celt., XXX, 306 ?). On a pu regar- 
der Encan comme une variante de Efwan, d'après le rapport 



Quelques textes franco-bretons. 475 

de derwe\ journée à l'ancien de%ue%, cf. Gloss. v. de\, bi~bux- 
quen. 

Il est possible aussi qu'on ait senti Erwan comme équivalant 
à Ewan :laprésence du son n favorise l'intrusion de r, cf. L'épen- 
thèse des liquides § 32, 33. Grég. donne eyenen pi. éyen et érye- 
rienn pi. éryenennou, éryen petite source qui sort de terre après 
les grosses pluies ; il renvoie à terre, ce qui montre qu'il pen- 
sait déjà à son étymologie par le fantastique er, d'où il tire 
« er-yen, pi. er-yennou, source à fleur de terre, après les pluies 
d'orage ». Il y a là deux mots différents, dont le second est en 
v. br. orion gl. oram ; moy. br. euryen bord d'une fontaine; 
van. eerion m. pi. eu ourlet, tréc. erien f. pi. rebord d'un cha- 
peau ; une variante intermédiaire est eiïlen, en ce dernier sens, 
Rev. Celt., VIII, 508 \ 

Un r parait aussi s'être glissé dans le nom <XEloi, que le P. 
Grégoire traduit : « Alar. aler. Treg. et Van. Eler » ; « St. 
Eloi. Sant Alar. Saut Aler. Van. Saut Elér » ; H. de la Vill. 
Alar, Aler; J. Moal Alar, Ekm L., Aler C, Eh T. Ce sont 
des personnages tout différents ; voir Loth, Chrestom. Bret. 
187 ; Mêlusine V, 106 ; XI, 446 ; Miscellany presented la Kuuo 
Meyer, ^15. 

39. Il y a eu, du reste, bien d'autres confusions de cegenre, 
occasionnées par des concordances phonétiques plus ou moins' 
imparfaites. 

Le Catholicon traduit Ingneau Cngneau Kms, Igneau Jli) en lat. 
« Ignacius » ; le P. Grégoire rend « Ignace » Igneau, Igeau 
(et non Igneau, Gloss. 335 ; voir Rev. Celt., XXIX, 307; 
XXX, 301). H. de la Vill. a traduit « Ignace » Inéô (n pour 
gn doux); J. Moal Ignas L., Igneo, Igno T. Voir Rev. Celt., 
XI, 146, 352,353 ; XXIX, 311; XXX, 316. 

Grég. donne « Raoul nom d'homme qu'on croit être le 
même que Rioùal, et Rodolphe, en latin, Rodulphus, Radul- 

1. Ce mot est regardé comme celtique par M. Loth, Les mois lat. dans 
les langues brittoniques, 191; M. Pedersen, Vergl. Gram. I, 207, le tire du 
latin (en donnant à tort comme bret. moderne or, qui n'est qu'une forme 
reconstituée par M. Loth). Cf. v. fr. eur: « Qu'il laissiérent l'enfant sur 
l'eur d'une fontaine ». Brun delà Montaigne... publié par P. Meyer, 1875, 
v . 1 5 6 1 . 



476 E. Ernaull. 

phus. En tout cas, Raoul et Rodolphe, c'est en breton, Raoul, 
et Rioiial » ; « Rodolphe ,... Raoul, Rioiïal » (Raoul g. id. C, 
dimin. Raoulic Gloss. 56 r ; Rioual, Rivoal Rodolphe, de la Y. ; 
Raoul Rodolphe, de la Y. ; Raoul Rodolphe J. Moal ; voir 
Ri:val,Rev. Celt., XXX, 291). 

Grég. traduit « Maurice » : Morvan et Mauriç, van. Mauriç ; 
« Petit Maurice » Morvannicq et Mauricicq ; « Saint Maurice » 
Saut Vauriç; « La Ville M.iurice» Kxr-morvan (Morice, Moricc, 
MouriccC, cf. Gloss. 426; Kxr- Morvan La Ville Maurice l'A. ; 
Moris Yillem. ; f. en van. Morised « Morised », dim. Morisetik, 
Bar\. Br. 342-344. Morised, Morisedig « Mauricette » Rev. 
Morbihannaise, IV, 95-100, tréc. Moriset, au titre Moriselta, 
Gwei\. Br. I~., II, 288, 290, Morised, Moriset Rev. Morb., V, 

274, 275)- - Voir § 84. 

40. Pour prévenir ces équivoques, M. Loth a proposé de 
donner au bienheureux trécorois son nom de famille, Helori, 
au ix e siècle Haeî-uuo-ri « généreux prince » '. Celui-ci a donné 
lieu à un autre quiproquo. 

M. L. Esquieu, Devisaire breton, Brest 191 1, rapporte ainsi 
la devise de sa famille : « A tout dix, ou A tout dire. — 
Hélory ». La seconde leçon provient d'une interprétation de 
dix par dits. Guy Le Borgne en a risqué uneautreque M. L. Le 
Guennec traite, avec raison, de « glose hasardeuse », dans le 
Fureteur Breton, VII, 18, 19 : « Il convient à tout ridelle... de 
garder les dix commandements ». J. Dielitz, Die Wahl- und 
Denkspriichey neue Ausg., Fankfurta. M. 1888, traduit littéra- 
lement « zu allem zehn », ce qu'il déclare, d'ailleurs, incom- 
préhensible. M. Ch. de la Roncière, Saint Yves, 1901, p. 180, 
écarte l'explication de Le Borgne et « autres interprétations 
fantaisistes qu'on a données jusqu'ici », en remarquant : « A 
tou\ di~, au xin e siècle, signifie : « à toujours ». 



1. Cf. Chrestom. Bret. 135, 212. « Canonisez le bienheureux Hélory, 
concluait Charles de Blois en finissant sa déposifion : tous vous le 
demandent, Très Saint-Père, la Bretagne et moi; Hélorv, en breton, 
signifie Prompt-Secours, par lui la paix nous est rendue, nous en sommes 
persuadés ». Ch. delà Proncière, Saint Yves, 1901, p. 141, 142. Y avait- 
il là une allusion à une explication de Hélory d après *hél-orei « bon 
secours », cf. Gloss. 279, 280 ? 



Quelques textes franco-bretons 477 

M. Le Guennec préfère un autre sens, donné par un vicaire 
de Plestin d'après « le texte le plus ancien, celui qui figure, 
paraît-il, sur le testament de Saint Yves conservé au Minihy, 
et qui offre cette forme, sans séparation appréciable des mots : 

atouzditzellouri 

« En français, cela ne peut se lire qu'ainsi : A tou% dit( El- 
louri. Mais si l'on essaie du breton, à l'instant les lettres se 
groupent comme d'elles-mêmes en une phrase parfaitement 
logique et compréhensible : 

ato u% dit %dhu ri 

que n'importe quel bretonnànt traduirait sans la moindre 
hésitation : 

Toujours au-dessus de toi regarde (littéral, fais des regards). » 
Que cette phrase, où l'interprète voit une « belle et reli- 
gieuse devise, à laquelle est mêlée, en manière de calembour, 
le nom même de la famille qui s'en parait », puisse sembler 
« parfaitement logique et compréhensible » à un Breton 
(moderne de Tréguier), je l'accorde. Sans doute, il ne vien- 
drait à l'idée de personne déparier de lasorte;maisl'hypothèse 
d'un « calembour » sur le nom de la famille atténue la rudesse 
de la construction « Toujours au-dessus de toi regards feras ». 
Le malheur est que, d'après tout ce que nous savons du bre- 
ton moyen, on attendrait 

atau a -u% dit sellou ri 

et que, partant même de la variante fort improbable ato u^ dit 
~ellou ri, on n'arrive pas à une abréviation intelligible atou%dit%. 
Au contraire, A tou% dit~ (EUoiirï) est conforme à un double 
type connu : cf. E peb am~er Cocllogou, de tout temps Coetlo- 
gon; Atao, da virviquen ! toujours, à jamais; fr. En tout temps 
dn blé (Du blé), etc., voir Mêlusine, XI, 400, v. Temps. 

Je crois donc que M. de la Roncière a raison, et que nous 
n'avons là un texte franco-breton que par suite d'une de ces 
rencontres spécieuses, comme le P. Grégoire en a signalé dans 
le « plaisant rébus... 



47^> E. Ernault. 

Natura diverse gaudet. 

Nature a dit, verse au godet '. » 

41. La préfixation du / dans Tivonnet ne doit pas non plus 
être un phénomène breton : peut-être vient-elle d'une expres- 
sion « petit-Yvonnet ». 

La liste de J. Moal ne montre aucun fait de ce genre, mais 
seulement des redoublements comme Nounn : Gngnst = Ao- 
gust L., ailleurs Ogust, dim. Gustik Auguste ; Nitii dim. de 
Eujeni Eugénie ; Pipi d'un, de Perr Pierre (cf. Gloss. 486, Rev. 
Celt. XXVI, 86; Piar Bar~. Br. 159, dim. Piarik 420-422, 
Pierric Soniou Br.-I^. I, 332) ; M/m/ dim. de Marianna, à 
Plougastel-Daoulas Biganna (cf. Bai\. Br. 222) Marie-Anne; 
Did à Guipavas, dim . Didik =: Marcharid, God, Goad L., 
Marchaid, Mari-Gaid, Gaid C, Lia T., dim. Goadih, Godik, 
Lidik, Mid à Plabennec, etc. Marguerite (Mac'harid, Marcha- 
rid, Margarid, van. Margucid, dim. Macharidicq, God, Godicq 
Gr., van. Marchaid, Machaid Bar~. Br. 466, Marc harit Soniou 
Br. 7~. I, 220; tréc. Margot, Margodic 178, 180, 182 Margodik 
Giuer~ Br. I~. I, 354, 356, 358; corn. Marc'haid ar gerchei\ 
Marguerite la grue, dim. Marchaidik Bar~. Br. 282 ; mov. 
br. Marcharit, Margarit, van. Màrgerit, Margarit, Garit, voir 
L'épenthêse des liquides § 18 ; Etudes vann. III, 4 ; Gloss. v. 
tnerchoidenn ; Jousaouënn Santés Mac'harid marguerite, plante, 
bocqedou Santés Mac'harid ses fleurs Gr., van. boquêtteu Mar- 
garite l'A., tréc. bokodo Marcharid) ; Lell, Loull, dim. Lcllik, 
Loullik = Oiier Olivier (Olyer dim. Olyericq Gr., cf. Rev. Celt. 
XXVI, 83, 86). 

42. Le ms. des Mojennou Laf ont aine de L. M. Combeau, 
date de 1836 et 1837, porte Dom Alauig, 1. I, f. 2, avec cette 
noté : « nom burlesque du renard », et son abréviation con- 
nue Lan XII, 17, 22 ; mais par ailleurs Salan I, 18 ; VII, 7, 
10 ; ciné Zalan (dit Alain) XII, 17 ; Doni-Salan I, 18 ; II, 3 ; 
XII, 9, 22 (cf. Rei'. Celt. XXVI, 86). Il semble qu'il y ait là 

1. [Pour la suppression de 1'/; dans (H)eltouri contrairement aux habi- 
tudes du trécorois, on peut comparer Les-eniui en 141 1, Treffleshernin en 
1436 (Morbihan), etc., Loth, Chrestom. 213. cf. Rev. Celt.. XXXV. 132, 
I33-] 



Quelques textes franco-bretons. 479 

une combinaison des deux mots Alan et Salaùn ; cf. van. 
ch-ivoneu écume, ch-ahné ennui Rev. Celt., XXV, 75. Ou bien 
faut-il comparer Ville-es-Alanic (1461), auj. La-Ville-ès-Allain , 
Loire-Inférieure (Quilgaro) ? 

43. Mathery doit être un prénom, comme les mots voisins. 
Sa finale ne répond pas bien à celle de Mathurin, bret. Matu- 
rin, Matelin, Rev. Celt., XXVI, 320 (haut bret. Mathô, fém. 
Thurotte, Thuriche. Le Fureteur Bret. VII, 221). Ce doit être 
un diminutif breton *Maleric (voir § 25), cf. le nom de famille 
Materet, Matteret, Matberet, dans le Midi, Mistr. 

44. Dans le passage cité § 15, G. Kastner dit : « Tntdoii 
trudaine, onomatopée du bruit du tambour. Rabelais a donné 
ce nom au fameux tambourineur du seigneur de Basché. La 
forme trudon trudaine a quelquefois servi de refrain ; et dans 
la Farce de Pathelin, des paroles vagues qui se perdent en l'air 
comme le roulement d'un tambour éloigné sont appelées Irit- 
daines ». La Curne de Sainte-Palaye (éd. Favre) a trudaine, 
trudine « tromperie, sort ». Le mot se présente avec un sens 
plus concret, dans les Noël s nouueaux (Bibl. municipale de Poi- 
tiers, Rés. DR 309, xvi e s., le titre manque), f° XVIII : 

« Je luy donnay vn beau don, nau, nau, 
Mon billart et ma pelotte : 
Et Guillot mon compagnon, nau. nau, 
Sa trudene et sa marotte. » 

Ce doit être un instrument de musique. Ces sortes de noms 
figurent souvent dans les refrains. J. Tiersot, Histoire de la chan- 
son populaire en France, 329, 330, cite à ce propos La vé%i, la 
vé~oii ; la Pibole ; tourloure, turelure, tirelyre, turlututu, àevèçe 
pibole cornemuse, tourloure. turelure, etc., sortes de flûte au 
xv e et xvi e s. '. 

45. On a vu, § 9, que la finale -aine est fréquente dans 



1. J'ai cité à cet endroit des jurons comme fi d'ëm dênë, fi d'em déno, 
imites libi denon, et aussi fi d'êm dero, sapertibidore. On peut rapprocher de 
ces derniers les refrains d'anciennes pastourelles Va li dureaux, ii dureaus 
iaireie ; Chivàleta dori doreaux ; dorenlot, où M. Tiersot voit des« onomato- 
pées, empruntées sans doute aux cris des bergers aux champs » (425, 426). 



480 E. Ernault. 

les refrains; cf. Le mot dieu en bret. § 30 '. Elle se retrouve 
dans un mot qui à plusieurs égards rappelle trudaiue; c'est 
turlutaine serinette ; manie, marotte, Littré; ce que quelqu'un 
répète sans cesse, Dict. général; en ce dernier sens Littré donne 
turîututaine. Cf. à Monthéliard turelutaine(tu-re-lu-tain-ne) seii- 
nette, Contejean ; Morvan turlutaine, teurleutaine rlûteau d'en- 
fant ; turlukr, teurleuter flûter comme les petits bergers, E. de 
Chambure ; Bas-Maine turlukr fredonner, chanter entre les 
dents, Dottin, etc. 

Littré explique turlututu : onomatopée du son de la flûte ; 
la flûte à l'ognon ; mot qui sert aussi pour interrompre un 
bavard . Son Supplément donne turlutie f. engin de pêche pour 
l'encornet : ligne armée de plusieurs hameçons et teinte en 
rouge ; « L'usage de la turlutte... est interdit dans les cours 
d'eau non navigables » (Arrêté du préfet du Finistère, 1877). 

A cette famille appartient en breton turlutud: Nep hen eu~ 
greg ha bugale A die ive turlutud d'he « Qui a femme et 
eniants Leur doit aussi de Y agrément » Sauvé Prov. 421 ; 
M. Even m'a donné cette variante léonaise : An hini an deu{ 
bugale, Turlutet d'ê, que celui qui a des enfants s'en occupe. 
Il m'a appris aussi qu'on dit en Goëlo turluta, en Trég. et 
Léon turlutat v. a. dorloter, soigner, cajoler, câliner. Du 
Rusquec donne turluta hésiter ; turluter pi. ien homme indécis. 
Cf. iurlu alouette huppée; étourdi, qui ne prévoit rien, qui 
ne pense à rien; turluter « flâner, paresser; siffler, chanter, 
faire comme l'alouette, la calandre, qui rossignolettent, qui 
fringolent, qui s'envoisent et qui turlutent » Jossier, Dict. des 
patois de /' Yonne. 

46. Littré donne turlurette « espèce de guitare en usage 



1. D'après le v. fr. bedonner battre du bedon, du tambour, on pourrait 
voir aussi le nom de cet instrument dans le refrain gallo labedibedou (où 
M. Dottin traduit la bëdi-bedou la colique, GIoss. du Bas -Maine"), bret. 
dambedtbedoujën, etc., voir Le mot dieu en bret.§ 30. Le recueil qui a le noel 
« sur le trihory de basse bretaigne » porte, f° 18 v : « Xoel nouueau sur 
Bedidin bedidon ».; le refrain est : ... tant tireîitonfa ... Bedidin bedidon Tan 
tirelitonfa (cf., f. 49, Sur lariran lariran laine Lariran fa ; et dans une 
chanson connue a Saint-Brieuc : « C'était un p'tit avocat, Tour, tour, 
tourîarirette; C'était..., Tour larirette lirlonfa, Tour larirette lirlonfa ! »), 






Quelques textes franco-bretons. 481 

au xiv e siècle ; ce mot est employé dans le refrain de quelques 
chansons »; article qui a passé dans la dernière édition de 
l'Académie. Cf. les refrains tourîoiirirette... lonlanderirette, 
Tiersot 256; larrturlurette 329, lanturlu 252, lure, lurette 496, 
hureîugogu 247, etc. 

C'est sans doute d'un croisement de ces mots avec hurlu- 
berlu, plus anciennement hurlubrelu, que viennent les formes 
méridionales turhtberlu, iurluburlu, turuburlu, tuturburlu 
(estuberlu, piémontais tourloubourlou) « s. et adj. hurluberlu, 
étourdi, tête fêlée » Mistr., Bas-Maine turhtberlu adv. à 
l'étourdie, confusément ; m. hurluberlu, homme qui n'a pas 
d'idées arrêtées, Dottin. Mistral compare le bret. « turubalou 
tohu-bohu » ; mais 17 y est mouillé, et -ailhou est le pluriel 
du suffixe franc, -aille, cf. Rev. Celt., XXVII, 64, 65. On lit 
à la table du Nomendator, vers la fin: fardou, turubaïlhou un 
gragut\ (parures, bibelots des femmes) ; Grég. a turubaïlhou 
« ramas, assemblage de plusieurs choses »; « brimborions, 
des curiositez légères, et de peu de valeur ; tous les petits 
meubles qui n'ont point de nom »; turubaïlhou, turibailhou 
« fatras, amas de plusieurs choses inutiles » ; Gon. turubalou, 
quelques-uns prononcent turibalou fatras, amas de plusieurs 
choses inutiles et frivoles; Trd turubaïlhou pi. m. « brimbo- 
rions, et aussi, épouvantail pour effrayer les oiseaux » ; du 
R. touribaillou « fatras, amas confus », puis « fausses 
manœuvres, détours », il renvoie de turubaillou à touribaillou; 
Combeau I, 20, traduit « Et de fatras et de grimoires » A 
skrijou fa~iu~ nag a durubailhou, et au sing., VII, 3 « Les 
choses d'ici-bas ne me regardent plus » Turubailh ar bed-iua 
né~ell fnui ken ou~-iii. En Léon ce singulier s'emploie, au 
fém., pour « homme qui s'effraie sans raison et qui est de 
nature par là-même à effrayer. Te ~oeun durubailh tu es capable 
d'effrayer en te montrant effrayé » (ab. Caer). Cf. van. turle- 
baunein « éblouir, causer une émotion dans la vue et 
dans le cerveau, qui les empêche de faire leurs fonc- 
tions » ; turleban m. « éblouissement, effets des vapeurs 
du cerveau » l'A., kousked turlubannus sommeil agité, 
formes influencées par banuein chanceler, peut-être aussi par 
tulbénd, titlban, luruban pp. ou turban Gr., tulban p. eu l'A., 

Revue Celtique, XXXV. 31 



482 E. Ernault. 

turuban, luriban p. ou « écharpe que les gens de guerre 
portent en guise de ceinture, ou de baudrier »Gr.. turuban 
m. « écharpe de ceinture » Trd, « n. propre de famille bret. » 
Mil. ms. (à un autre endroit « nom propre, turban »). 

Henry regarde turubalou fatras comme une onomatopée, fe 
crois qu'il v a là une série de déformations du bret. moyen 
tribuill trouble, douleur, tribuillaff, trubuillaff « triboiller, 1. 
tribulare » ; moJ. tribuill affliction Maun., trubûilh p. ou, van. 
trebil, trebill p. trebilleû Gr., trebill p. e// tribulation, persécu- 
tion l'A. ; tribuilla affliger Maun., trubûïlha Gr., trebillein 
persécuter l'A., trubùilhus affligeant Gr. « trubuill, tribulation, 
affliction, épouvante, effroy », " trubuilla, s'épouvanter, sef- 
frover. trubuillet, épouvanté, consterné, effrayé »; « ...liai a yoa 
trubuill en em ~ustumet, il sétoit Ramassé du monde à taire peur, 
pour dire une quantité prodigieuse » II e1 ms., voir Rev. Celt., 
XXXV, 132. Mil. ms. ajoute, à trubuill, turubuill et turubaill, 
sans traduction. J'ai connu en Trég. Trubûilh, qui était un 
chien remuant et querelleur. On lit en van. trebilleû troubles, 
chagrins Hist. saut. 24, 48, treboulQè vent) soulève (la mer), 
treboulet, troublé, treboulancc trouble (d'esprit), Rev. Cclt., XIV, 
285 ; ci'. GJoss. 720. Le v. fr. avait le pendant de turubaill 
dans tribayllc tribulation, peine, à côté de Iribouil id., trouble; 
effroi, agitation, et de tribokr tourmenter, vexer, affliger; 
ravager; troubler; remuer, mêler en agitant. Le moy. br. tri- 
cheboul pompes, séductions (des démons), expliqué autrement 
Rev. CW/.,XIV, 3 !2, pourrait venir d'un mélange des radicaux 
de treboul et de trichery tricherie, tromperie (cf. v. tr. trinque- 
ba/lcr à côté de tribaler, auj. trimbaler}). 

Il n'est pas facile de déterminer les rapports de ces mots avec 
quelques-uns des suivants, qu'on ne peut en séparer entière- 
ment : 

moy. br. -strawill Gloss . 661 ', et. strabuilh, stravilh,stravilha- 
mand pp. ou « frayeur, grande peur, et subite », stravilha, 
strabuilha donner de la frayeur, lv;a stravilhei gai! aoun mou- 
rir de peur, àrem, daoulagad stravilhei air, yeux eflaré(s), slra- 

1. Kestrawïll 141 5, Qestravoil 1599, auj. Questrevouille, ville Loire- 
Inf re , Quilgars. 



Quelques textes franco-bretons. 483 

vilhus effrayant, effroyable Gr. ; srrafil (lis. slrafiï) et strefil 
« Agitation, remuement, mouvement, tel que celui de l'eau 
portée dans un vaisseau large. Le Nouv. Diction, porte Sira- 
vill, effroi. Stravillus, effroyable. (Ces deux Ll sont mouillées 
à l'Espagnole.) D'autres lui donnent... la signification de 
Frayeur et d'épouvante. . . Stravila, agiter l'eau, ou en l'eau» 
Pel. (il compare le fr. «Eslrafilade, que l'on écrit et prononce, 
peut-être moins bien, Estafilade ») ; striboûilla « Agiter en 
l'eau ce que l'on y trempe, comme pour le laver. En Léon 
c'est la même signification que celle de Stravila »; « Stru- 
fuilla, Selon M. Roussel, veut dire Brouiller une liqueur en 
l'agitant : et au sens figuré, causer du trouble dans l'ame, par 
la fraveur », Pel. (il rapproche ces deux mots du lat. tribu- 
lare); « Slrabuil, Strefil, Strafil, agitation, Remuement, mou- 
vement, tel que celui de l'eau portée dans un vaisseau Large »; 
« Strabuilli, strabuilla, agiter l'eau, brouiller une liqueur en 
l'agitant » ; « Striboûilla, Strabouilla, agiter en L'eau ce que 
l'on y trempe, comme pour le laver»; Strufuilla v : Strabuilla, 
Brouiller une liqueur en l'agitant et au sens figuré causer du 
trouble dans l'ame par la frayeur » ;strafil, stravil m., -/^adj., 
-a v. a., « quelques-uns prononcent strufula » Gon., « on dit 
aussi straboula, en Cornouaille » H. V., stravilla troubler 
(l'eau), Bar~. Br. 62, stravillet troublez (l'eau; le cceur)Luzel, 
Bepred Brei~ad 30, 32; strafill, strabill, stravill m. émoi, 
trouble, émotion, strafilla v. a. et n. troubler (l'eau); émou- 
voir, s'émouvoir, strabilla, strufuilla id. Trd, à Beuzec-Cap- 
Sizun strafilh s., -a v., Franeès ; striboûilla v. a. agiter un objet 
dans l'eau Trd, troubler l'eau, agiter un liquide du R. (qui 
compare le v. tr. tribouiller); van. de Groix stribouilh orage, 
tourmente. Cf. Gloss. 66 r, 662. V. Henry rapporte le radical 
roman estrebil-,estourbeil-, etc.au lat. exturbare, turba, tumulte, 
turbo « tourbillon ». Certaines formes du breton rappellent 
aussi : wallon tréfilé tressaillir, éprouver une agitation vive et 
passagère, R.emacle; bourguignon trebillai, l repillai se trémous- 
ser, tourner sur soi-même, Mignard ; etc. 

L'angl. turmoil tumulte, labeur, parait différent, cf. Skeat. 

47. Il en est de même du bret. « turmud s. m. pi. lurmudou 
mouvement, remuement, fermentation dans les esprits, 



484 E. Ernault. 

recherche » ; « bruit de choses remuées, bouleversées sans 
dessus-dessous par une recherche. . . d'un objet qu'on ne trouve 
pas, enn he qurmud dans ses recherches bruyantes Combeau 
(traduct. de Lachambaudie) » ; « turmuda v. a. et n. mouvoir, 
remuer, être en fermentation, trouble, rechercher» Mil. ms.; 
Nouéan~ ar GribcJ a rcdn~d'anu tu r ni ud Comb. VII, 13 = (le 
combat se maintint. . .) « La gent qui porte crête au spec- 
tacle accourut » ; JVar Grec' b Hi met, pélêch c c'houiljoni gant !ur- 
mud Annhollboed /H(/J(;m mont Hymette, où elles cherchèrent 
avec empressement toute la bonne nourriture) IX, 12. Cf. 
plutôt v. fr. tresmuete, f. tremblement, tresmuter répandre 
l'effroi. 

48. La lecture hoiry (et non bery) justifie l'explication par 
le bret. hoary jeu. Voir§ 76. 

Mes conjectures relatives à serçhe, aue et doe iaure sont aussi 
confirmées. 

49. « Vue pomme » est bien, dans le texte primitif, une 
erreur pour vng. 

Il en est de même de Tandoue pour Trandotte ; daille pour 
dalle ; yuissant pour puissant ; pourpine pour poupine (poupée); 
saulnement pour sauluement (salut). 

50. Il n'y avait pas de raison semblable pour écarter les formes 
lasne âne ; lalaine haleine, qui proviennent de l'agglutination 
de l'article; ci'. Rev. Celt.,XV, 354, 358; XVI, 230, 233; 
L'épenthèsc des liquides § 65, etc. 

51. « Quil est daise » et « il est daille », « il est dalle » (il 
est allé) nous montrent l'addition d'un d-. Pour le premier de 
ces mots, il s'agit sans doute d'une extension abusive de 
l'expression d'aise, commedans Molière, Don Juan, II, r : « il 
a du d'or à son habit tout depis le haut jusquen bas ». Cf. 
Gloss. 145,3 33- 

52. Dans lancbiuin, gebeeiere (et non l'Achevin, gibecière) 
nous avons de nouveaux exemples d'assimilation vocal ique, 
cf. § 20. On trouve en bret. mov. gibicer (variante plus récente 
gibecer) bourse ou poche ; mod. gibicerenn pi. ou gibecière Gr. 

53. Il est probable que la déformation de bara pain en barat 
a été suggérée par le Ir. barat tromperie. 



Quelques textes franco-bretons. 485 

V 

54. C'est la Bibliothèque de l'Arsenal qui possède, coté 
Rés. B. L. 7996, le livre intitulé « Vievx Noels | composez 
par M. | Lavrens Rovx en son | viuant Organiste de la ] Tri- 
nité Dangers. | » (Angers, 1582). Voici la première de ces 
pièces: pour faciliter les renvois, je numérote les couplets. 

Sur Ho hriere ho bon iour guillot 
He nous ny beuro/zs plus de prière. 
Xoel en breton bretonnant quia- 
prent a parler le francois. 

I. DE matheol, meeffdeoch 

Doe sont venu en vn crache 
Chantez en noel gueneoch 

Noël. 
le son leue vn iolv net 
Et son appelle Tyuonnet 
Lieue ta corps 
Entrons dehors 
Jen auré merueiileux courage 
Jamais en ma lict ie ne dors 
De Matheol. etc. 

II. Un lange ont parlé bon kalec 
Leuez vous en bourton dilec 
Voyez la filz 

De Dieu prefix 

En Bethléem mis contre vn vache 
Trop plus poureme/zt quen vn poch 
De Matheol. etc. 

III. Tafltresle tregus treuelek 
Le guhiec et le gouruinek 
Joveusement 
Poupinament 



486 /■;. Ernauît. 

Bateau thibaut a coquet rache 
E seront de brid de kic mok 

De Matheol. etc. 
IV. Je son venu de morbihan 

Deçà delà Hierusalem 
En vu vieu perch 
Comment vn vn roch 
Est mis doequi tant est sage 
Entre vn lasne et vn vieu garoch 

De matheol. etc. 
V. De Klahes de Lanterneau. 

En sont venuz vn grant monceau 

Et de Morlais 

Tant clers que lays 

Qui en feront vn beau potage 

Plus millour que nen sont riffors 

De matheol. etc. 
VI. De lauau donges et rezay 

Aussi du gros rat de nozay 
Sont venu ly 
Saulteur iolv 

Que tu voyrras de la grenarche 
Tant sont bien trémousse sa corps 
De matheol. 
VII. Au doequi seront tant beau 

Jauray faict vn ioly chappeau 
Et vn sainctur 
Qui ne sont dur 
Jen voyré bien a sa visache 
Que ien seron de sa records 

De matheol. etc. 
VIII. Neppes pour faire vn beau hoiri 

Je son dancela trihorv 
Tant frisquement 
Galantement 

Jen ferévn tour de couraige 
Et mettre mon jamb a ma col 

De Matcol. etc. 



Quelques textes franco-bretons. 487 

IX. Jauron dict au vergen mary 
Jamais vous nen serez mary 
Sour labourton 

Qui sont tant bon 
Ilmen aura dict quil luy fâche 
Que ie nen seron de son fors 
De Matheol. etc. 

X. Trois grans autrouz tous velluz dor 
En ont apporté grant trésor 

Et ont donné 
Un hacquene 

Jamais nen sera plus beau gage 
Plus meillour pour entrez dehors 
De Matheol. etc. 
XI. Prions doe le Roy tyuin 

Quil en fera croistre la vin 
A lentre guyer 
Et Lrymper 

Ou sont la chappons cornouache 
Qui est vn viande bien mol 
De Matheol. etc. 
Amen. Noël 



5). Chaque couplet comprend 6 vers : 8 syll., 8 s., rimant 
ensemble; 4 s., 4 s., rim. ensemble ;8 s., 8 s., sur deux rimes 
différentes, qui correspondent à celles du refrain. Toutes les 
rimes sont masculines, saut l'avant-dernière, qui est la seconde 
du refrain. 

Les vers qui indiquent l'air sont donc un commencement 
de refrain; il faut sans doute lire bière à la fin. 

56. On ne peut plus hésiter sur la scansion du refrain bre- 
ton : les vers sont de 8 syll., il faut prononcer de-och, do-e, 
guene-och. 

Le sens est : « Bonjour à vous tous, je bois à vous ! Dieu est 
venu en une crèche; chantons (?) le noé'I avec vous. 

Depuis que ce fragment a été étudié § 29, on a trouvé une 



488 E. Ernault. 

autre preuve de la prononciation ancienne de dans demat bon- 
jour ; vo'irRev. Celi., XXXII, 2, 4, 285. 

La diérèse n'était pas commune dans ces finales en -eoch ; je 
n'en ai cité qu'un exemple pour deoch, J. 45. Mais le fait était 
rare aussi pour doe, doue ce qui n'empêehe pas qu'il faut l'ad- 
mettre dans l'autre Noël, cf. § 2 ; nous le retrouvons dans 
celui-ci (strophes IV, v. 5; vu, 1 ; xi, 1). C'est un indice de 
prononciation léonaise; cf. Le mot dieu en bret. § 5. 

57. La strophe I peut s'expliquer : « Je me suis levé une 
belle nuit et j'ai appelé Tyvonnet: Lève ton corps,... jamais 
en mon lit je ne dormirai ». 

Pour l'emploi de son(j s ) à toutes les personnes, comme en 
bret. so, cf. § 22, 30. 

Au vers suivant, il y a aussi confusion des deux auxiliaires 
« être » et « avoir ». 

58. PûUYvng... net, cf. ta corps, v. 3 ; ma lit 6; la filz II, 
3, vn vache 5 ; sa corps VI, 6 ; vn sainctur VII, 3, sa visache5 ; 
la tiihory VIII, 2, mon jamb, ma col 6; au vergen IX, 1; un 
hacquene V, 4; la vin XI, 2, vn viande 6 ; voir § 11, 22. 

59. Tyuonneî est un des traits particuliers par lesquels ce 
Noël se rapproche du précédent; de même crache, la chappons 
cornent achc. 

On peut en dire autant de l'expression entrons dehors I, 4, 
cf. X, 6, voir§ 15. Le Breton n'ayant pas dans sa langue de- 
verbe simple pour signifier « sortir », pouvait être tenté d'abu- 
ser en français d'équivalents comme « aller dehors ». C'est 
ainsi qu'on prête aux Anglais, pour leur sit down, la traduction 
« asseyez-vous par terre » ! 

60. « Jamais... ie ne dors » est ici un bretonisme: c'est le 
byçuyquen ne cousquaff jamais (plus) je ne dormirai, que Pel. 
a cité en l'interprétant d'une façon trop française, ce qui a 
amené chez Théophile Gautier la citation encore plus déce- 
vante d'un « ancien proverbe breton» fantastique (voir Me/u- 
sine XI, 356). Le sens de notre Noël est exactement celui du 
vers moderne' Vid c no\ 'n eni gwele ne gouskan, Mil. III, 208; 
cf. Rev. Ce//., IX, 380, 381 ; XIV, 220. 



Quelques textes franco-bretons. 489 

éi. La rime de courage avec crache s'appuie sur une 
variante bretonisée courache, cf. § 19 ; de môme pour couru ige 
VIII, sage IX, potageV, gage X; la str. VII met franchement 
vi sache. 

62. On pourrait regarder la finale suivante en ors comme 
s'accordant avec celles des v. 3 et 4. Mais le rapport régulier 
des rimes s'y oppose; ceci est encore plus vrai à la str. X, où 
-or est moins près de la dernière syllabe -ors. Les str. V, VI, 
VII, IX, ont également -ors pour répondre au bret. -och. Est- 
ce par hasard qu'il y a toujours -ors et non -or ? ou bien y 
avait-il, dans -ors, un renforcement de la consonne, rendant 
moins sensible la différence de la spirante gutturale bretonne? 
Sur les diverses rencontres entre ces deux sons, on peut voir 
Lépenthèse des liquides, §18. 

63. A la II e str., je traduirais : « Un ange a parlé bon fran- 
çais : Levez-vous, Bretons, de là ». Pour lange, ci. lasne IV, 
6; voir § 47. 

La méprise sur ont revient à celle sur sont, § 57. 
Kalec est pour gallec français, langage que l'ange n'écorche 
pas comme les pauvres gens à qui il s'adresse. 

64. Je suppose qu'il faut construire : « Levez-vous-en, Bre- 
tons, de là ». Bourton, qui se retrouve IX, 3, doit venir d'une 
forme vulgaire berton, avec accommodation vocalique; d. quar- 
turun, cariouroiin, van. carteron quarteron, quart, etc. Gloss. 
522 ; anc. fr. pepon et poupon melon (voir § 73); dans l'Oise 
iiioahm= melon (Rolland, Flore popul., VI, 37, 38). 

Pour l'emploi de prefix, cf., dans l'édition gothique des 
« Noelz nouueaulx » Ars. Kés. BL 801 3, feuille Bv, v°: « Sainct 
Jehan. . . | Nous demonstre vn mistere j Cest que dun filz 
Par poinct prefix | La vierge sera mère. » 

65. Le sens du v. 6 est peut-être « (mis) très pauvrement,- 
comme dans une poche, en un sac » ; bret. poch d'où pochan 
plongeon (oiseau au bec en forme de poche), Gloss. 501 . On le 
retrouve IV, 3, mal écrit porch. 

66. La str. III commence par un mot énigmatique Tafltresle, 



1-90 E. Ernault. 

qui doit être corrompu. Peut-ctrc la finale le est-elle à joindre 
à tregus : ci. Trégos, fontaine, Les Trégos lieu dit, Quilgars, 
Diri. topographique. . . delà Loire-Inférieure. 

Le même document permet d'expliquer les trois noms sui- 
vants : treueîee = Trévelec, métairie, ancienne seigneurie; île 
Trêveléc, ancien nom de l'île Héret, ilôt en Loire ; Le guhiec = 
Le Guiheu, lieu dit; le gouruinek m Gourvinec en 1417, auj. 
Gourvinais, saline. 

Ces mots paraissent être ici des noms d'hommes. 

Voupiname.nl peut être une bretonisation de poupinement 
mignonnement, ci. les adverbes en -Limant, Gloss. 395, 396. 

Le v. 5 semble parler d'une traversée par le bateau de Thi- 
baut, qui était bien chargé {coquet bateau, canot, La Curne de 
Sainte-Pal. ; rase, rache, rase, mesure, rase, mesure. . . remplie 
de manière que le contenu ne dépasse pas les bords, God.). 

Le dernier vers semble être pour « Et feront debrii de Kic 
moch " (litt. mange% de lard), ci. le gallo enfantin « il a fait 
cahett de bragotte » Rev. Celt., Y, 219, 220; Notes détym. 
n° 103, § 1. Le texte est trop peu sûr pour appuyer solidement 
un infinitif dribit manger, Rev. Celt., XXXII, 2, 3, 287. 

On peut remarquer, à ce propos, que les infinitifs français 
sont souvent écrits en -e~ dans ces textes, ce qui peut se rap- 
porter à un défaut de la prononciation des Bretons franci- 
sants. 

67. Notons, str. IV, la mention àemorbihan (= petite mer). 
Cf. Rose Dzweig, nict. topogr. . . .du M. : « Morbihan {Le), 
golfe ou baie, dit en partie Rivière de Faunes. . . Ce golfe a 
donné son nom » au département. « Jusqu'au XVII e siècle, 
la baie du Morbihan s'est appelée le port ou havre de Morbihan». 

La rime de morbihan à Hierusalem indique pour les deux 
mots une prononciation nasale. Dans La Bible des Novels nou- 
veaux. . . A Angers, Bibl. Ars. BL 7988, on trouve Bethleatn 
rimant à encens; dans les Noel~ nonucanlx, Ars. BL Son, f 
XCYIII, Bethléem à « souffrit aham » et Adam ; f° XXXI, à 
innocens (f° XI à bien). 

68. Aux vers suivants, porch esta corriger en poch, et l'un 
des vn à supprimer. Faut-il prendre poch et roch pour les mots 



Quelques textes franco-bretons. 491 

franc, poche et roche,. rendus masculins et privés dY par bre- 
tonisme ? C'est peu probable, car le second fait est rare dans 
cette pièce (vn sainctur, VII, 3, cf. mon caintur § 22; monjamb 
VIII, 6 ; un hacquene X, 4) et, d'autre part, les rimes en och 
breton n'y manquent pas. Je comprendrais: « dans un vieux 
sac (un maillot, dur) comme une roche, est mis Dieu ». 

Comment pour comme est une inexactitude voulue, cï. dans 
l'autre Noël « Giray comment vng vache ». 

69. Garoch, d'après le contexte désigne un bœuf. La rime 
oblige à y voir un mot breton, mais il peut être simplement 
bretonisé, d'après le rapport de roche à roc h. On trouve la 
forme française dans les Noel~ nouueaulx (8013), f° LXXY : 
« Noël nouueau sur la chanson Dou venez vous madame 
lucette. 

Or vous trémoussez pasteurs de Judée 
. . .Un ioly muset yn oyseau en broche 
Et puis quen av faict de ma grawd garoche 

[yn fermage a lenfant » 

C'est-à-dire: « [du lait] de ma grande vache bigarrée, un fro- 
mage ». C'est un dérivé du mot que M. Dottin explique ainsi, 
Gloss ... du Bas-Maine: «gâr, bigarré, de couleur blanche et noire, 
ou rouge et blanche, etc. Nos paysans désignent sous ce nom 
leurs bœufs ou leurs vaches qui ont la robe bigarrée ». En 
Haute-Bretagne, si le bœui est de deux couleurs, on l'appelle 
Gare, Sébillot Trad. et superst. I, 21, 24, 25. Cf. gariche 
f. limaçon de petite espèce dont la coquille est bigarrée ; 
garichon s. et adj. agneau tacheté de noir et de blanc, Jau- 
bert, Gloss. du Centre de la France. Garoche est formé 
comme bardoche. Sur -ch en breton, cf. Gloss. 99. 

70. Str. V, Klahes est nécessairement à corriger, puis- 
qu'il doit faire 4 syllabes; et il est très probable que la méprise 
a été amenée par le K barré, abréviation de Ker. Faut-il 
entendre Kacr-gloaes (1 42e), Kerloes (1433), auj. Kerloix en 
Lignol, Morbihan (Chrest. Bret. 206)? La variante est peu 
probable en elle-même, et il est douteux que le mot ait jamais 
eu 4 syll'. 



492 E. Ernaiilt. 

Je crois donc préférable de regarder 17 comme provenant de 
la barre du K, et de lire Kerahes = Carhaix; cf. Caerahes (Car- 
ml. de Quimperlé), Kerahes (Cart. de Quimper) Carhaix 
(Finistère); Çardhais en 1533 Carhaix (Morbihan), Chrest. 
186, 187. Il s'agit ici du Carhaix du Finistère. Bien que ce 
nom ne contint pas originairement le mot ker, on l'y a mis 
souvent, cf. Loth, Rev. Celt., XXIV, 290; on l'y a même mis 
en latin ! Grég. donne « Carhaix, ville très ancienne, bâtie 
par la Princesse Ahés. Kœr-Ahés. Et par corruption, Car-aës. 
(En latin. Urb-mia.} Van. Carhés » ; « Chemin d'Ahés, grand 
chemin pavé à trois rangs de pierres l'un sur l'autre, que 
la Princesse Ahés Fondatrice de ... Kaerahés, ou, Carhaix, fît 
faire depuis cette Ville, d'un côté, jusqu'à Nantes, de l'autre, 
jusqu'à Brest, et qui d'espace en espace, et en plusieurs 
endroits, retient encore ce nom. Hend Ahés ». 

71. Lantemeau est une variante de Landerneau, qu'on trouve 
en moy. bret. Cf. Rev. Celt., XXX, 124, 300. retraitement 
aussi dans « La ville de Lantreguer » en 1450, auj. Laudréger 
Tréguier Gloss. 352, cf. Rev. Celt., XXX, 303. 

72. « Plus millour », « plus meillour » X, 6, est une incor- 
rection naturelle, résultant de l'isolement de cet ancien compa- 
ratif. Cela ressemble au bret. ken giva^ = fr. « si pire », Gloss. 
275, 276, etc., cf. Rev. Celt., XXII, 371. 374,376. 

73. Riffors pour raiffort ou « çranson de Bretagne», se 
retrouve dans les Noels de la Bibl. de Poitiers, f° XXV: « De 
saint Pierre des corps | y vindrent vn très grand nombre, | 
Faisans presens de riffors, | De poupons et de concombre ». 
Cela concorde avec la prononciation bretonne : Gr. a riforqenn 
pi. rifor~; l'A. rifordênn f. pi riforit m. raifort; riforttipl. 
-ordeu m. rave; Chai. ms. rifort raifort; raves. 

74. A la str.VI, lauau doitêtre Lavau (canton de Savenay); 
donges Donge, canton de Saint-Nazaire ; Reçay Rézé (Loire- 
Inférieure); il est tentant d'identifier no%ay au Nozay actuel du 
même département, mais l'emplacement de cette localité ne 
justifie pas l'expression de « gros rat » (ou raz, courant, cf. 
Me! usine XI, 343). 



Quelques textes franco-bretons. 493 

75. Je ne sais ce que signifie ici « la grenarehe », qui peut 
être pour grenache, ou une bretonisation de grenage. 

76. Str. vin, neppes = nippés, bien mis ; « un beau hoiri », 
une belle fête, cf. 48. 

77. «La trihory », voir § 2, 15,58; Rev. Celt., XXV, 
276, 277. Cf. dans les Noels de la Bibl. de Poitiers, f° xcm : 

Baller dacord et ny faillez 
Chascun face le ratery 
Sans oublier le trihory. 

Nous avons là un changement de genre inverse : Godefroy 
ne donne que raterie caprice, mauvaise volonté. 

La syllabe tri- paraît souvent dans les mots de ce genre. 

La Bible des Noels nouueaux, Nantes (Ars. Rés. 7986) a des 
pièces « sur le chant des Triolets » ; sur le chant, Des Trico- 
tets Nouveaux » ; cf. dans des Noei^ noeuuaux, f° en, v° : 

Alix, Marion Tisbee 

Si dirent vne chanson 

En dancant la tricotée 

A la vezce et au bedon ». 

D'après ce que nous avons vu § 45, on peut ajouter le v. 
fr. triquedondaine, baliverne, bagatelle, babiole ; bibelot ; 
femme galante ; peut-être aussi l'interjection bretonne néga- 
tive tricolor ! Rev. Celt., xm, 354 (cf. l'emploi semblable du 
fr. tarare ! et tarare pon-pon ! (« tarare pou pou exprime le son 
de la trompette joint au bruit du tambour », Kastner cité 
par Tiersot 185, on connaît le tu-tu pan-pan de Daudet). 
Faut-il ajouter l'expression « c'est comme si vous chan- 
tiez » ? 

M. Tiersot dit qu'au premier mai on célèbre, surtout dans 
la région est de la France, une sorte de fête de la jeunesse; 
en Champagne et en Lorraine, la jeune fille qui porte la 
parole au nom des autres, ou entonne les couplets, est appelée 
la « reine », la « mariée », ou la triinousette, terme dérivé 



49 i E. Ernault. 

d'un mot usité comme refrain dans la circonstance : trima^ô, 
triiini~a, tri ma ça, trimèsa, ou trimousei ; il est disposé à v 
voir une survivance celtique (p. 191, ci'. 192, 360). C'est, 
malheureusement, difficile à prouver. 

Trihori rappelle, d'autre part, dans la Bible des Noels 11011- 
ueaux (Ars. 7986) : « Sur l'air gaillard des Gribouris ». Gode- 
froy traduit gribouri « revenant, follet » ; Jouhert « eumolpe 
de la vigne, sorte de petit charençon très redouté des vigne- 
rons » (Issoudun et Touraine). Cf. v. fr. gripporie, griperîe, 
griparie « brigantin vénitien » ? 

78. La rime du mot final col, comme celle de mol à la der- 
nière strophe, doit se rapportera l'hémistiche : De matheo/... 

Une variante accidentelle du même genre se montre au 
Noël précédent, voir § 2. 

79. Str. ix, 3. Sour labour ton = sur les Bretons, ci. § 64; 
pour la prononciation sour, voir G los s. 636, 637. 

80. Str. x, aiitroii^, pluriel français de autrou seigneur, ci. 
§ 24. On mettrait ici en breton le singulier. Une francisation 
du même genre se lit sur la reliure de la traduction de Y Imita- 
tion par Troudeet Milin : Imitation J. Krist gant reflexionoux(V). 

81. Str. xi, tyuin pour divin rappelle les changements de 
d en t relevés § 26. Cf. aussi § 71 et 63. 

Des alternances semblables ont lieu en breton, et ne sont 
qu'en partie imputables aux mutations initiales, cf. Gloss., 
677-680. 

Au van. lartik un peu gras, Rev. Celt., XXII, 388, on peut 
comparer en léon.t'?//' chanfartik, iéchel da bémolchi « un fan- 
faron, amateur de la chasse » Comb. vu, 2 (eùr chanfard, xn, 
9)- 

82. A lent r c guyer Et Lrymper sont a corriger « A Lentre- 
guver Et à Quimper ». Cf. § 71. 

VI 

83. Dans son article La poésie bretonne sous Anne de Bre- 
tagne (voir § 1), H. de la Yillemarqué a cru pouvoir identifier 



Quelques textes franco-bretons. 495 

plusieurs des personnages qui figurent dans le premier de ces 
Noëls : « Tyvonnet... doit être un des deux Ivon... attaches 
à la maison d'Anne de Bretagne en qualité de ménestrels; 
Hervé est certainement... le poète du même nom au gaged e 
la reine » (p. 27, 28, ci. 15, 16). 

Il suppose qu'ils pouvaient être auteurs des Noitclou bre- 
tons ; maître Mitou, voyant en eux des rivaux, aurait voulu 
les ridiculiser en leur en attribuant un grotesque en breton- 
français. 

Nous avons vu que l'autre Noël du même genre, par Lau- 
rent Roux, contient aussi le prénom Tyuonnet. Mais il pré- 
sente (str. m) d'autres noms, dont aucun ne concorde avec 
ceux des poètes et des joueurs d'instruments de la reine 
Anne. 

84. Une autre coïncidence a donné lieu à des conclusions 
spécieuses. 

H. Chardon, Les Noëls de Jean Daniel dit Maître Mitou, 
p. lxvi, avait parlé de noëls soi-disant en breton ou en écos- 
sais, tels que celui-ci : 

Sur : // n'est plaisir, n' esbatement. 
« Chanty noel là hault tristus 
Patris Jehan jobec vilhan ». 

H. de la Villemarqué écrit à ce propos : « Un des autres 
ménestrels de la cour d'Anne de Bretagne, Jean Josse, a eu 
aus^i certainement les honneurs de la parodie. Sous son nom 
breton de Jehan Jobic vihan (le petit Jean Josse), il figure dans 
les Gratis Noëls nouveau!^... : 

Chanty Noël là hault tristus 
Patris Jehan J