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Full text of "Revue celtique"

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http://www.archive.org/details/revueceltique43pari 



REVUE CELTIQUE 



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FONDÉE 


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PAR 

H. GAIDOZ 

1870-188 s 


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H. 


CONTINUÉE PAR 

D'A R BOIS 1)1- JUBAINV1L 
1886-1910 


tri 

LE 


G. DOTTIN 


D IIIIGKF. PAU 

J. LOTH 

Professeur nu Collège de France 

Membre de l'Institut 

AVKC LE CONCOURS DE 

F. KKNAULT 


J. VENDRYES 



Doyen de la Faculté des Professeur honoraire à la Faculté Professeur à la Faculté 

Lettres de Rennes des Lettres de Poitiers des Lettres de Paris 

ET DE PLUSIEURS SAVANTS FRANÇAIS ET ÉTRANGERS 



Année 1926. — Vol. XL III 
1926 




Reprinted with the permission of the original publishers 

KRAUS REPRINT LTD. 

Nendeln, Liechtenstein 

1966 




2 7 1968 










Printed in Germany 
Lessing-Druckerei, Wiesbaden 



FORBUIS DROMA DAMHGHAIRE 



INTRODUCTION 

Le récit que nous publions ici ' est extrait du Book of Lismore 2 , 
fos 126 a i — 140 a 2, d'après Stokes (JLifes of Saints) ou fos 
168 a i — 182 a 2, d'après la numération que porte le manu- 
scrit. Celui-ci se trouve actuellement déposé à la bibliothèque 
de Chatsworth House (Derbyshirè). Il en existe à Dublin quatre 
copies. Trois copies conservées à la Royal Irish Academy : 

i° Une copie delà main d'O'Curry, f° 169-176. Cette copie 
s'arrête au milieu du § 70. 

2 Une copie du xix e siècle, R.I. A 23 c 6 (et non 23 c 16, 
comme l'indique d'Arbois de Jubainville, Catalogue, p. 141). 
Cette copie s'arrête également au milieu du § 70. 

3 une copie de la main d'O'Longan f° 176 a 1 — 182 a 2 
qui donne le texte depuis le point où s'arrête la copie 
d'O'Curry jusqu'à la fin. 

Enfin une copie complète de la main d'O'Longan, qui est en 
la possession du D r Douglas Hyde 2 . 

Le Book of Lismore est seul à nous conserver le texte du For- 

1. Avec V autorisation de S .G. le duc de Devonsbire, propriétaire des droits 
de reproduction du Book of Lismore. 

2. Ce nous est un. plaisir de remercier ici les maîtres qui ont bien voulu 
revoir ce texte, soit en manuscrit, soit en épreuves : le professeur 
E. J. Gwynn et le D r O. Bergin ; il n'est pas une page qui ne doive infi- 
niment à leurs observations érudites ; qu'ils trouvent ici l'expression de notre 
gratitude. Le D r Douglas Hyde nous a aimablement communiqué la copie 
en sa possession du Book of Lismore. M. Thompson, bibliothécaire à 
Chatsworth, nous a obligeamment facilité l'accès au manuscrit original. 

Revue Celtique, XLIII. 
1* 



: M. L. Sjocsledt, 

buis Droma Dambghaire. D'après Arbois de Jubainville (Cata- 
logue, p. i |i) et Stokes (Lifes of Saints from tbe Book of Lis- 
moi, \ XXXVI), un autre texte de ce récit se trouverait dans 
le Book oj Lecan, f° 167. En fait le Book of Lecan ne nous con- 
serve là qulune courte note sur Fiacha Muilhthan, note où se 
trouve relatée en' quelques, lignes, après la conception et la 
naissance de ce prince, la guerre qu'il soutint contre Cormac 
mac Airt, et qui fait l'objet du présent récit (cf. Stokes RC. 

XI, 41-45)- 

Le « Siège de Druim Dambghaire » se situe, dans l'ensemble de 
la littérature épique irlandaise, parmi une série de textes de 
même type. On sait que les récits épiques irlandais se répar- 
tissent en différents cycles : cycle mythologique, relatant les 
aventures de la Tuatha De Danann ; cycle d'Ulster dont les 
principaux héros sont Cuchulinn et le roi Conchobor; cycle 
ossianique, consacré à Finn, a Ossian et à leurs compagnons; 
à cela viennent s'ajouter une série de cycles secondaires qu'on 
peut réunir sous l'appellation générale de « Cycle des rois ». 
Un grand nombre de ces récits mi-historiques, mi-légendaires 
ont trait aux règnes de Conn Cetchathach roi de Connaught 
(vers l'an 170 de notre ère) et de son petit-fils Cormac mac 
Airt, grand roi d'Irlande de l'an 227 à l'an 266 de notre ère, 
d'après les annales des Four Masters {d. Best, Bibliography of 
Irisb Littérature, pp. ioé et 108). C'est au cycle de Cormac 
mac Airt que se rattache le récit du « Siège de Druim Damh- 
ghaire ». 

Dans quelle mesure ce récit nous conserve-t-il le souvenir 
d'événements historiques ? Ceci est malaisé à délimiter. Pour 
quelques paragraphes du début nous pouvons comparer notre 
texte avec les passages correspondants des annalistes. La 
bataille de Magh Mucraimhe (A.D. 195) nous est connue par 
ailleurs, et par les annales et par l'épopée (d. Catb Maige 



Forbuis Droma Dàmhgbaire. 

Mucrima, éd. Stokes, RC, XIII, 426-74). Le caractère de 
Cormac tel qu'il nous apparaît au début de ce récit (§ 2, 6, 
7), juge et roi, soucieux de légalité et préoccupé de géogra- 
phie administrative, concorde bien avec ce que les Four Mas- 
ters (A.D. 227) nous apprennent de ce roi, qui, le premier, 
fixa les règles du droit, recensa les royaumes et seigneuries 
d'Irlande, et régla leurs rapports fiscaux. 

En revanche, pour la suite de ce récit, la comparaison avec 
les annalistes nous fait défaut. Ni les Four Masiers, ni Tigher- 
nagh ni aucun autre annaliste dont nous ayons eu connais- 
sance ne fait allusion à une expédition de Cormac mac Airt 
contre Fiacha Muillethan, roi de Munster. Si l'on songe à la 
minutie avec laquelle les batailles livrées par Cormac sont énu- 
mérées dans les Four Masters, le fait paraît surprenant. Doit- 
on l'expliquer par le caractère entièrement légendaire de cette 
expédition ? ou par la répugnance des historiens de Leath 
Cuinn à relater une victoire de Leath Mogha ? 

A défaut des annales, l'Histoire d'Irlande de Keating nous 
conserve le récit du Siège de Druim Damhghaire (II, 3 18-322). 
Sa source principale paraît au reste être le texte du Bookof Lis- 
more, qu'il suit exactement en l'abrégeant et en retranchant 
beaucoup du côté merveilleux de ce récit. Sur quelques points 
cependant il semble que Keating ait eu d'autres sources. Ainsi, 
tandis que dans le texte de Lismore les druides alliés de Cor- 
mac viennent de Sith Cleitigh, sur la Boyne (§21, 44), d'a- 
près Keating ces druides seraient Ecossais (II, 318, draoiîhe 
Albanacha 'n-a fochair ann). 

Il est également impossible de préciser la date à laquelle a 
pu être composé ce récit. Le manuscrit dans lequel il nous a 
.été conservé est du xv e siècle, mais le Forbuis est déjà men- 
tionné dans la liste de récits épiques du Book of Leinster 
(f° 189 b). Il existait donc déjà une version de ce texte, dès la 



4 M. L. Sjoestedt. 

première moitié du xn e siècle. Rien ne prouve au reste que 
cette version soit celle qui nous est conservée par le Boolc of 
Lismore. En fait, le récit tel que nous le publions ici semble 
avoir été sinon composé du moins rédigé à une date sensible- 
ment plus basse. Il serait intéressant de rechercher et de dater 
les allusions et les références au « Siège de Druim Damhghaire » 
qui peuvent se rencontrer dans la littérature médiévale irlan- 
daise. Sans doute ne seraient-elles pas bien nombreuses. Les 
noms de la plupart des héros de ce récit, exception faite des 
personnages historiques, semblent inconnus par ailleurs, et 
les répertoires onomastiques que nous a laissés le moyen âge 
irlandais (e. g. Côir anmann) ne les mentionnent pas. Cepen- 
dant le distique cité § 63 prouve (si du moins Cormac le Glos- 
sateur en est bien l'auteur), que Mogh Ruith avait déjà sa 
légende à la fin du ix e bu au début du x e siècle. 

Quelle que soit la date de composition de ce récit, il nous 
conserve assurément le souvenir de bien des coutumes et des 
croyances anciennes. Malgré quelques références à la magie 
orientale et au folk-lore chrétien (cî. § 83, 97, et § 5*9, où 
apparaît à côté du nom de Simon le Magicien celui de l'apôtre 
Pierre qui aurait contribué à l'instruction de Mogh Ruith dans 
l'art magique § 113, rhétorique) le fond en est purement irlan- 
dais et païen. O'Curry, dans ses Manuscript Materials et dans 
ses Manners and cusloms a signalé à plus d'une reprise l'im- 
portance de ce texte si riche en détails curieux et inédits sur 
l'art druidique et les pratiques et superstitions diverses s'y 
rattachant. 

Le « Siège de Druim Damhghaire » fournit par ailleurs bon 
nombre d'indications sur la topographie de l'Irlande médiévale, 
indications d'autant plus précieuses qu'à côté du nom usité à 
l'époque où fut rédigé ce récit figure le plus souvent le nom 
usité antérieurement. Ces données ont au reste été utilisées par 



Forbuis Droma Dambgbaire. 5 

Hogan dans son Onomasticon. Nous n'avons pas jugé utile de 
rappeler dans YIndex des noms géographiques qu'on trouvera à la 
fin de cette édition les identifications de lieu possibles, et nous 
renvoyons ici une fois pour toutes à l'ouvrage de Hogan. 

La langue du Forbuis Droma Damhghaire, ne donne lieu à 
aucune observation particulière. Elle est sensiblement la même 
que celle qu'a décrite Wh. Stokes dans ses Lifes of Saints from 
tbe Book of Lismore. Toutefois, comme il fallait s'v attendre, le 
texte épique conserve, de-ci de-là, quelques formes et for- 
mules archaïques qui tranchent sur l'aspect moyen-irlandais 
de l'ensemble. Citons sethfaind, pour sefaind, prétérit de senn-, 
§ 4 ; dotraei : § 7 ; nit ain, § 28. 

La langue des rhétoriques est plus difficilement analysable, 
le texte en étant souvent inintelligible, et probablement par- 
fois corrompu. Aussi avons-nous rejeté en appendice les mor- 
ceaux lyriques de ce genre, sans même excepter ceux qui sont 
partiellement intelligibles. 

§ 1. Introduction : naissance et avènement de Cormac mac 
Airt et de Fiacha Muillethan. — § 2-5. Aengus mac ind Oie 
apparaît à Cormac et lui prophétise ses futurs revers. — § 6-8. 
Les troupeaux de Cormac étant décimés par une épidémie, 
celui-ci, pour réparer cette perte, décide de réclamer une con- 
tribution considérable à la province de Munster, sous des pré- 
textes légaux. — §9-11. Les Munstériens refusent de se sou- 
mettre aux exigences de Cormac et se préparent à la guerre. — 
§12-18. Cormac interroge sesdruides, Cithach, Cithmor, Cecht, 
Crota et Cithruadh, quant au succès de son expédition en 
Munster. Ceux-ci lui prédisent une issue funeste. Dépit de Cor- 
mac. — § 19-22. Cormac trouve une alliée en Bairfhinn Blaith, 
fille du roi de Sidh Buirche qui, éprise de lui, lui promet l'aide 
de ses deux druides : Colptha et Lurga, et des trois magiciennes 



6 M. L. Sjoestedt. 

Errgi, Eanget Engain. — § 23-37. Fort de cet appui, Cormac se 
met en route. Il campe successivement àComarna Cuan, Ath 
în tSloigh, Formael na Fian, Ath Croi. A chaque étape undese s 
druides sort du camp pour prendre les auspices et rencontre 
un druide étranger avec lequel il s'entretient. — § 38-41. Cor- 
mac arrive à Cnoc na Ccnn(= Druim Damhghaire) où il éta- 
blit à grand'peinc son camp. — § 42. Les druides de Cormac 
exhaussent par leur art la colline où il a établi son camp. — 
§ 43-44. Les Munstériens se préparent à combattre les cham- 
pions de Cormac. — § 45-47. Combats singuliers entre Colp- 
tha et Finn, Lurga et Failbe. — § 48-50. Combat entre Errgi 
Eang et Engain, transformées en brebis, et les troupes de 
Munster. Défaite des Munstériens. — § 5 1 — 5 3 . Les druides de 
Cormac cachent les sources de Munster, et les Munstériens 
succombent à la soif. — § 54-57. Les gens de Munster sont 
prêts à accepter les conditions rigoureuses que leur fait Cor- 
mac quand Dil vient leur conseiller de demander l'aide du 
druide Mogh Ruith. — § 57-63. Dil vient trouver Mogh Ruith 
de la part des gens de Munster. Celui-ci pose ses conditions, 
qui sont acceptées. Il se prépare à partir pour Cenn Claire. — 
§ 64-67. Mogh Ruith, accompagné des seigneurs de Munster, 
parcourt différents domaines et fixe son choix sur la baronnie 
de Fermoy, qu'il recevra comme prix de ses services. — § 68- 
72. Mogh Ruith charge ses élèves de délimiter pour lui son 
domaine. Trahison de ceux-ci. On achève de régler les autres 
dispositions du traité. — § 73-76. Mogh Ruith fait jaillir à 
nouveau les eaux en Munster. — § 77-81. Mogh Ruith abaisse 
la colline exhaussée par les druides de Cormac et, avec l'aide 
de Gadhra, frappe de panique l'armée de Cormac. — §82-89. 
Colptha vient provoquer les gens de Munster. Cennmar le 
met à mort, avec l'aide d'une anguille magique, née des sor- 
tilèges de Mogh Ruith. — § 90. Mogh Corb apporte la tête 



Forbnis Dronia Damhgbaire. 7 

de Colptha à Mogh Ruith. — § 91-95, Cennmar vainc ci tue 
Lurga avec l'aide de l'anguille magique. — § 96-103. Lesbre- 
bis viennent de nouveau combattre les Munstériens, mais Mol'Ii 
Ruith leur oppose trois chiens magiques qui les mettent en 
fuite, les atteignent après une longuepoursuite et lesdévorent. 
— § 104-107. Cormac cherche à détacher Mogh Ruith du 
parti deFiacha, mais celui-ci repousse ses offres. — § 108-109. 
Mogh Ruith rend visite à la druidesse Banbuanana, qui lui 
prédit la victoire des gens de Munster. — § 110-117. 
Cithruadh allume un feu druidique pour l'armée de Cormac. 
Mogh Ruith en allume un pour l'armée de Hacha. Après un 
long combat le feu de Fiacha triomphe, et les flammes se 
tournent vers le Nord. — § 1 18-121. Mogh Ruith poursuit 
l'armée de Cormac en déroute. Il métamorphose en pierre 
Cecht, Crota et Cithruadh. Il s'arrête enfin à Sliabh Fuait, où 
les vainqueurs dictent leurs conditions. — §122 sq. Connla, 
cousin germain de Fiacha, est élevé auprès de Cormac. Par 
quel stratagème Cormac lui persuade de tuer son cousin Fia- 
cha. Mort de Fiacha. 



M. L. Sjoestedt. 



TEXTE 

1. [O'Lurry 169 a 1] Dâ saorclaind socheneoil batar ind 
Erinn; as iat luatter o sunnamach .i. Fiacha Muilleathtfw rrmc 
Eoguin dalta Moga Ruith 7 Cormac mac Airt mheic Cuinn. 
Ocus ' in oenlo ro marbait a dha n-athair i cath Mucraimhe ; 
ind oenlo a m h doronuit .i. in Mhairt re ndul a cath Muighi 
Mucraimhe 2 ; ind oenlô aili rucait .i. in Mhairt i cind secht 
mis on Mairtsin 7 dano da sechtmhisaigh iat diblinaibh. 

Ro ghabh Cormac righi nEireww fria ré foda ; i cinn treill 
iarum ro ghabh Fiacha righi Mhuuuw fria linn Cormaic. 



2. No bidh cach oc tuaruscbtf// tighi Oznghusz mac ind oicc 
do C\\ormac. " Nu confir eider sin "ar Cormac. "Cidh on ?" 
ar siatt. " Damad fir " arse " na chu bheinn-si itigh scrutain 
ghaeisi m'aonar, amal bim, gan tiachtain uadha-som dom fis- 
sa no gan a thiachtain fein ". Or is amluid no bid Cormac 
i tighibh ruin a aonar ag breith breitbe, ar ba he fein fa bn- 
//wamh dho ; sesiumh hnmorro 7 Cairbre Liffieachair 7 Fith/7 
ro chuirs*/ ïirhretha. 7 senchw^ artus. Ro hindis^/ d'Aonghus 
sin 7 ro ghab tus a fesa 7 a eoluis ar forfidir as d'fiafraighidh 
neith de bai in fer z.m\aid sud ica eileaghadh, 7 ro faillsigcd 
d'Aonghus sin. Ocus tainic la n-oen isin tech i raibi Cormac 7 
nir forbonn 3 do in cruth 7 intecasc i tainic mar bud amhus 
do amhsaibh Cormaic thised ann 7 do suidh isin leith ba sia 
o Chorwrtrdon tigh. 



1. Nous employons ocus\k où le ms. a le sigle pour et ; 7, seulement là 
où le ms. a 7. 

2. A.D. 19s. 

3. Nous traduisons comme s'il y avait forlonn. 



Le siège de Druiw Damhghaire. 



TRADUCTION 

1. Deux nobles rejetons de bonne race vivaient en Irlande: 
c'est d'eux qu'il sera question dans la suite de ce récit : Fiacha 
Muilleathan mac Eoguin, disciple de Mogh Ruith, et Cormac 
mac Ain meic Cuinn. En un même jour périrent leurs pères 
à la bataille de Mucraime ; c'est aussi le même jour qu'ils 
furent conçus, le mardi qui précéda le départ pour la bataille 
de Mag Mucraime ; c'est le même jour qu'ils naquirent, le 
mardi qui suivit de sept mois ce mardi-là, si bien que tous 
deux étaient des enfants de sept mois. 

Cormac accéda au trône d'Irlande, qu'il devait occuper long- 
temps ; quelque temps après Fiacha accéda au trône de Muns- 
ter, du vivant de Cormac. 

2. Tout le monde décrivait à Cormac la demeure d'Aengus 
mac ind Oicc. « Il n'y a pas un mot devrai là-dedans », dit 
Cormac. — « Pourquoi donc?» dirent-ils. — « Si c'était vrai», 
dit-il, « je ne serais pas ainsi dans la demeure où j'approfondis 
les principes de l'art, seul, comme j'ai coutume de l'être, sans 
que personne vienne me voir de sa part, et sans que lui-même 
vienne ». Car Cormac se tenait dans des demeures de seertt, 
seul, décidant de cas judiciaires, car il était juge en même 
temps que roi ; c'est lui,.Cairbre Liffechair et Fithel qui fixèrent 
les premiers les règles de la procédure et du droit. 

Ces propos furent répétés à Aengus; il fit appel à toute sa 
science et à tout son art, car il prévoyait que c'était pour l'inter- 
roger sur quelque sujet que Cormac le réclamait (cela lui avait 
été révélé par divination). Et il vint un jour dans la maison où se 
trouvait Cormac ; son apparence et son équipage n'avaient rien 
que d'ordinaire lorsqu'il entra, comme si c'avait été un des' 
mercenaires de Cormac qui entrait. Et il se tint dans la partie 
de la maison la plus éloignée de Cormac. Celui-ci renvoya sa 
cour (?) et demanda : 



in M. !.. Sjoesledl. 

3. ImkIIi imniorro gach flaitli 7 ro faxfaigh [C6]rmac l : 
" lu bhad tu in fer do bimisd'eileagadh ? " " As me amh ", 
.11 Aeng//5 " agus cidli uma ndernais mh'e'ileagadh ?" — 
" Air badh//i duit do fiafraigid dliiod mh'imthusa ma ro ret- 
rais " . — " lia tetur " or se. — " In mbia tnrblirod oram- 
sa ? " ar Cormac. — " Biaidh amh ", ar Aenghas 7 t//câdh 
do ragha dhuid ; in a tus 110 a medon no in fa dheoigh rag/« 
fort in turbrod soin ? — " Tabar maitli ar tus 7 fa deoigh 
dhamh " ar Cormac, " 7 intan bits fearr mu righi, a medhon 
[169 a 2J mlvaeisi, tabhar c\&ochlâlb ar mu rathaz'/V;; 7 cia rct 
citer ? " ar Cormac. " Tria funirbthe | . . . . ) " ar Aeng/tf : 
" Boidhith do thiar///ain red linn eu mba hizTaidh 2 en bho i 
Finnib 7 Luaidnib 7 i seacbt colamnuib na Temhrach 7 it 
portaibh-si fadesin ". — " Cia rct as-a tic damh-sa sin ? '" ar 
Cormac. " Ni atbe/'-sa fiït-sa sin", ar Aengns, " achl aenni 
adi'rim rit : do mhaiene fein do tabhuirt dot reir 7 gan 
coniairli do mua na do mogfld na do rechtaire do dhenamh ". 
Ocns ro ceileabuir iarsin do Cormac 7 ro imthigh don Brugh. 

4. Ocus do chan Cormac in laid ag tabuirt tuarusebrt/a an 
oglaigh da mhuinntir. 

Tarfas ; dam h ar bru Temraclr oclacaluinn ildeallb^ch. 
Caeime ina gach caem a crutlv timthugach oir na edguth. 
Timpan 4 aircit an-a laimlr fa h-or derg teta an ùmpain. 
Binne ina gach ceol fo nimlr foghur tet an timpain sin. 
Fleasc gu cairche ced-ceo\ cain. uasa chinn fo dha n-enaib. 
7 na h-eoin (nir mhodh mer) - bitis oc a airpheitedh. 
Do suidh acum eraim ngrinn* sethfaind > dam in ceol 

caeinbhinn. 

1. Le ms. porte : fiarfaigh, puis dr, r étant surmonté du tilde. Ou peut 
comprendre fiarfaigheadar mais le singulier faxfaigh concorde mieux avec 
dernais qui suit, et avec le sens général du passage. 

2. Litt. « si bien qu'on cherchera un bœuf » v si bien qu'il n'y aura plus 
un bœuf ». Pour cette locution peu commune cf. § 67. 

3. Cf. O'Curry, Manners, III, 361-2, pour une traduction dece passage. 

4. Le tympan était un instrument à cordes. Cf. O'Currv, Manners, I, 
498. 

5. Sethfaind. Sans doute faut-il reconnaître dans cette torme le vieux 
prétérit sefaind de senti-. 



Le siège de Druitn Damhghaire. 1 1 

3. « Es-tu celui que nous réclamions ?» — « Oui », dit Aen- 
gus, « pour quelle raison m'as-tu réclamé ?» — « Parce que je 
voulais t'interroger sur ce qui m adviendra, si tu le sais ». — 
« Je le sais », dit-il. — « Éprouverai-je des revers ? » dit Cor- 
mac. — « Oui », dit Aengus, « tu as le cnoix : préfères-tu les 
éprouver au début ou au- milieu ou à la fin de ton règne ? » 
— « Accorde-moi la prospérité au début et à la fin », dit Cor- 
mac, «et lorsque mon règne sera à son apogée, au milieu de ma 
vie, que l'épreuve s'abatte alors sur mes domaines ; de quoi 
s'agit-il au juste ? » dit Cormac. — « [ ] », dit Aen- 
gus. « Il surviendra de ton vivant une telle épidémie sur le 
bétail qu'on cherchera en vain un seul bœuf dans les pays des 
Finn (?) et dans le Leinster et dans les sept tribus de Tara et 
dans tes propres villes ». — « Quelle en sera la cause ? » dit 
Cormac. — « Je ne te le dirai pas », dit Aengus, « mais il est une 
seule chose que je te dis : ne prends en considération que ta 
propre volonté, et ne suis aucun conseil de femme, d'esclave ou 
d'intendant » . Là-dessus, il prit congé de Cormac et s'en retourna 
à Brugh. 

4. Cormac récita ce poème en décrivant le jeune homme à 
sa suite : 

Il m'est apparu sur la frontière (?) de Tara un jeune homme 
beau et bien fait. Supérieure à toute beauté est sa beauté ; 
une broderie d'or orne son vêtement. 

Un tympanon d'argent est dans sa main, les cordes du 
tympanon sont d'or rouge. Plus mélodieux que toute musique 
sous le ciel est le son des cordes de ce tympanon. 

Il a un archet de crin qui fait résonner cent douces musiques ; 
au-dessus (du tympanon) sont deux oiseaux. Et ces oiseaux, de 
façon qui n'est point sotte, étaient en train de jouer du tym- 
panon. 

Il s'assit près de moi, de façon aimable, en me jouant une 
musique mélodieuse et douce, puis il apparut ; si 

bien qu'une ivresse s'empara de mon esprit. 

Je fais une prophétie véridique, juste, quoiqu'il ne sera pas 
juste de l'écouter. Que ce qu'il a dit vous plaise ou non, tout 
ce qu'il a prédit s'accomplira. 

Elle m'a rendu impatient de toute compagnie, la brièveté de 



12 M. L. Sjoeslcdl. 

Tarfaidh co raithrenn iarsoiir ba hedh medhrâd dom men- 

moin . 

Donim-si faitsine bhfïs' coir gin gur ba coir eisdeacht fris ■ ; 

Gidh ok maith libh a n-atbm - ticfa gach ni ro tharngert. 

Domgni doghrach fiad gach drong' a ghairdi ro an acom ; 

Bronach oram ga dhul as" fai/zd lim in trath tarfas. Tarfas. 

5. Gabus Cormac in-a righi osin amach eu tainic in bodhith ; 
ger amiiMi d'idiu Cortnac, ni ro rathaigh in bodhith no gu 
tainic, ar is de ro bhui i cinniud soudh aflaithiwafair. Tucadh 
tra a chana dWgid do Cortnac in bliaga/n-sin as gach cuicedh 
do cuig cuig^duibh E'\renn, .i. nai fichit bo as gach cuicedh ; 
ro foghuil Comme in cain-sin fo seacht primhtuat/WM; na 
Teamhrach, ar dochoidh dith for a mbuaibh 7 nir facaibh laim 
ar cula aigi cen fogail. 



6. [169 b 1] Intan tairnic la Corm#c foghuil na mbo is ann 
tainic a reachlaire .i. Maine Mibriarach mac Miduaith. — 
" A Cormaic, arfoghluisna bu ?", arse. — " Ro foghltt5",ar 
Cortnac. — " Nu chon te/ur-s-a eim ", or in reachtùre, " ni 
notimfuilngedh-sa re enoidhcheocimacallawz/?* tigh Themh- 
rzch mad re hais mbo dob^rur toeb duit. Ocus iss ed foderason 
ar ro dhhiged h'airgadha-sau'ûï" . Ro chuir socht ar Chorw^rin 
ni-sin 7 ro raidh. — " Cidh ron bai-siu, a reachtaire, nach 
intan ro bui ni am laim dochuimnighis damh, in uair domroacht 
mu dlechl'mus, ar ni mil agum ni duit 7 ni h-al damh inndlig^ 
d'imirt ar nech; o domroacht mu chain blïadna ni fuil agam 
foedal gu ceand mbliadhna ". 

Dochoidh Cortnac iar-sin na thech ngaeisi 7 bui ann oc 
scrudain gaeisi gan nech dia ûmiereacht achl muna tisda le 
biadh dho, tri la 7 tri hoigtfe. 



7. Do ghabh in reachtaire iarsin ag iaraidh foaedala don 



1. Le vers ne se scande pas. Faut-il corriger : coir gin gur coir ? ou gin 
çitr ba coir ? 



Le siège de Driiiin Dambghaire. 1 5 

sonséjour près de moi. Je m'afflige de ce qu'il m'ait quitté. 
Cher m'est le moment où il m'est apparu. 
Il m'est apparu. 



5. Cormac poursuivit son. règne jusqu'au jour où survint 
la disette de bétail; quelque subtil qu'il fût, il ne s'avisa de 
cette disette qu'au moment où elle se produisit. Le sort avait 
décrété que celle-ci ferait tourner la fortune de son règne. 

Cormac reçut cette année-là le tribut que lui devait chacune 
des cinq provinces d'Irlande, et qui était de cent quatre-vingts 
vaches par province. Cormac distribua ce tribut aux sept tri- 
bus principales de Tara, car il était survenu une mortalité sur 
leur bétail ; et il avait toujours la main ouverte pour distri- 
buer '. 

6. Lorsque Cormac eut fini de distribuer les bœufs, son inten- 
dant vint le trouver ; on l'appelait Maine Mibriarach mac 
Miduaith. — « Cormac, as-tu distribué tous les bœufs ? » dit- 
il. — « Oui », dit Cormac. — « Je ne sais que faire », dit l'in- 
tendant, « je ne saurais te fournir de quoi entretenir (?) la 
maison de Tara, fût-ce une seule nuit, si du moins, c'est sur 
les bœufs qu'on compte pour cela (?). Et la cause en est que 
tous tes troupeaux ont succombé ». Cette nouvelle stupéfia 
Cormac, et il dit : — « A quoi pensais-tu, intendant? que ne 
m'as-tu pas avisé de cela avant que mes mains fussent vides, 
lorsque j'ai encaissé mes tributs ? car maintenant je n'ai rien 
à te donner, et il ne me plaît pas de faire tort à personne ; du 
moment que les tributs de l'année m'ont été versés, je n'ai 
aucune rentrée (à attendre) avant la fin de l'année ». 

Ensuite Cormac se rendit dans sa demeure d'étude, et il se 
tint là, méditant sur les mystères de la science sans personne 
pour le servir, sauf quand on lui portait sa nourriture ; il y 
resta trois jours et trois nuits. 

7. L'intendant chercha comment procurer de l'argent au 



1. « Et il ne garda pas une vache qu'il ne distribuât », si on lit loin, au 
lieu de laim. 



i i M. L. Sjoestedt. 

righ gen imirt inndligid ar neach. Ocus tainic eu tonzd a 
scruduidh leis. — "A C\\orrr\aic, " ar se, " in eadh dotlv/V i 
socht a n-clv/t-sa frit ?" "hs eadh", ar Corinne. — "Fuarus-sa 
d/f/t foedala", ar se, " 7 is doigh lim foicela fein condligi 
edalais ". " Caidhe sidlic ? ", ar Cornuic.'" In ndechadhuis 
ar tur ronna ' na h-Eirenn ? " ar Maine. — " Ni dhechadits" 
ar Cormrtc. — " Doehuadlu^-sa ", ar Maine, " 7 (uarus arig 
coicidh a nE'irinn 7 atait a do dib-sein i Mumain 7 ni t//cuis-si 
o ra gabaisrighi acht cain aenchoicidh aisdi. Ocus da;/o isdihh in 
fer ro marbh h'athair i cath Muighi Mucraimhe .i. Mac don 
mac Maicniad meic Liïxgdeach 7 ni forai! d///t-se cumal inn o 
Fhhchaigh or is e is brathair do 7 is e ro ghab righi Munifl» 
iarum ". — " Dothraei bennacht " ar Corinac "as rîrdh[l]e- 
gcd sin ". Ro gflbusttfr-som uaill 7 forbhtailtius de-sin .i. 
mar do soisedh dho a innarba a hEiri;/« 7 a \ccijd inte doridisi ; 
ba he sin mel in forbfailtis tainic dho. 



8. [169 b 2] Docuas uadh iar-sin do thinol 7 do thoghairm 
mrtithe 7 urramaidhi Lethi Cuinn 2 7 ro innis doibh 7 ntesat 
uili bemw/;/ain don rechtaire. Lir n-zga\\aitnh a slôig do Cor- 
mac atbert co na budh toltan^r/; leis airisium no gu nsed do 
sâthud a phubla i M/////ain. — " Na denaider ", ar siat, "achl 
ergflt techta uait-si do chuingidh na cumaile-sin À. côica bo gu 
mbennuib airg/t 7 cana cuig/d 7 asdligt'd in ni-sin 7 ni h-ind- 
Wged 7 ni était-sium gabail uime ". Do chuir Corniac a echla- 
cha budh dhesda cuingidh sin co Fiach^/W; .i. Tairec Tun/^ach 
7 Berraidhi Inasdair. Ocus atbfrt Corniac : " Dia ndérntar 
freasabhra frib abraidh friu gen go n-agair ri riamh in cain ni 
fuicebh-sa ni don cain ro dligi/^ o ro grtbus righi di neoeb na 
toracbt damh cose 



1. Tur ronna na h-Eirenn, sans doute Maine a-t-il consulté le Psallair 
Temhrach qui énumérait toutes les subdivisions d'Irlande (ba han Ira baoi 
crioch 7 torann Ereann. Four Musters. A.D. 227). 

2. Leth Cuinn. Nous avons généralement traduit Leth Cuinn (litt. moi- 
tié de Conn) par Parti du Nord et Leth Mogba (litt. moitié de Mogh) par 
Parti du Sud. 



Le siège de Druim Damhghaire. 15 

roi, sans commettre d'illégalité. Et ses recherches portèrent leur 
fruit. — « Cormac », dit-il, « est-ce ceque je t'ai dit qui te tient 
plongé dans le silence? ». — «Oui », dit Cormac. — « [e l'ai 
trouvé une source de revenu, « dit-il », et il me semble que tu 
reconnaîtras toi-même la légalité de ce revenu ». — « Qu'est- 
ce ? » dit Cormac. — « As-tu fait des recherches sur les divisions 
de l'Irlande ? » dit Maine. — « Non », dit Cormac. — 
« J'en ai fait », dit Maine, « et j'ai constaté que, des cinq pro- 
vinces d'Irlande, deux sont comprises dans le Munster, et 
depuis que tu as accédé au trône tu n'as perçu du Munster que 
le tribut d'une seule province. Par ailleurs c'est un homme 
de Munster qui tua ton père à la bataille de Mag Mucraime : 
Mac Con, mac Maicniad meic Luigdeach, et c'est bien le moins 
queFiacha te paye des dommages et intérêts, car il est frère 
de cet homme et a succédé au trône de Munster ». — « Mille 
mercis », dit Cormac, « tu as raison ». Il en conçut une joie 
et une fierté aussi grandes que si, proscrit d'Irlande, il y eût 
été rappelé de nouveau ; si grande était la joie qu'il éprouva. 

8. Il réunit ensuite et convoqua les seigneurs et vassaux de 
l'Irlande du Nord, et il leur dit tout, et tous remercièrent l'in- 
tendant. Après que Cormac eût conféré avec ses troupes, il 
dit qu'il n'entendait prendre aucun repos qu'il n'eût planté sa 
tente en Munster. — « N'en fais rien », dirent-ils, « mais 
que des messagers aillent réclamer de ta part ces dommages et 
intérêts, soit cinquante vaches aux cornes argentées, et le tri- 
but d'une province, et ceci est légal et non illégal, et ils ne 
sauraient en éluder le payement ». 

Cormac envoya ses messagers dans le sud pour réclamer 
cela, chez Fiacha. Ces chevaliers étaient Tairec Turusach et 
Berraidhi Inasdair. Et Cormac dit : « Si on vous fait des objec- 
tions, dites-leur que, quoiqu'aucun roi n'ait réclamé encore ce 
tribut, je ne rabattrai rien du tribut auquel j'ai droit depuis 
que je suis monté sur le trône et qui ne m'a pas été versé 
jusqu'à présent ». 



i6 M. L. Sjoesleàl. 

9. Dothaegat fodes iarum eu tech Fiachach co tulaigh na 
righraidi frisan alw Cnoc Raphann inniu. Ro fearad fàilU 
re h-eclachfl//'/; righ ~E\renn ann sin. 0c?u ro shlonnsat a 
n-aithiusc. — " Comme", ar siat, " ror cuir-ne cucaibh-si do 
chuinghidh a dhligenais foruib ". — " Caidhe sidhe ?"ar fir 
Mumrt//. " Nâi fichit bo fa dhô uaibh-si, intan no berth aaein- 
t'ect as gac cuiced 7 ni rue acht a leth-sin uaibh-si o ro gabh 
righi. Oais dano is eicen faderado a cuingidh,eder, .i. bodhith 
do thiachtain a seacht co\zm\\r\aibh 7 i primhphortaibh na 
Temhrach. Ocus dano is sibh-si ro mharbh a athair 7 is dligld 
cumhal do inn ". Ro innis Fiacha dh'feraibh Muma» sin. 
Atbmsatfir Mumawnatibritis in dedhasin. — " Achtchena", 
ar iat, " uair is rà h-eicin tancus uadha-sum dob^ram-ne boin 
cech lis i Mumain do dia fbiridhin. Ocus uair nâr farcaibhset 
againnar n-aithre, ni ba cjin ' a tabairt do-som na u/rsat ; ni 
fuiefium a cind ar mac in ni-sin " Ocus dano asbensat fria 
F/achaidh : " Tiaghar uait-si dh'agallaw/; Cormaic, ar is doigh 
nach ûaid ro cuinged in cuatraime ud orainn ". 



10. Tiaghuit tra echlacha Fiacha fris-si/;, .i. Cuilleand, 
[179 a 1] Cosluath 7 Leithrinde Leabar. Ra siachtatar bud 
thuaidh eu Cormac 7 do raidset : " In uait rucadh in tech- 
tairacht ro chanstft do techta ? "'. — " Is uaim ", ar se. — 
" Mas uait ", ar siat, " do berthar boin cech lis a Mumain 
duit dar ceann do bennachta, acht na derntar bes de ". — 
•'As ferr lim ", ar se "eu mair mu dhligé-d do grès inas in 
comha mor sin ae'mkcht ". Ocus ro chuir a thechta ar cul?/ 
fodes 7 ro chuinigset in çain. Ro tinolait fir Muman o Yiach- 
aigh 7 do raidh : " Denaid bar comairli fris siut ", ar se. 
Docoidh uathaibh Fiacha iarsin. 



1. Nous comprenons comme s'il y avait duin dans le ras., la confusion 
entre les prépositions di et do étant fréquentes dans les textes de cette 
période. Cf. § 13. 



Le siège de Druim Damhghaire. 17 

9. Ils s'en allèrent alors vers le Sud jusqu'à la demeure de 
Fiacha, sur la colline où se trouvait la résidence royale, et que 
l'on appelle aujourd'hui Cnoc ^.aphann. On y souhaita la 
bienvenue aux chevaliers du roi d'Irlande. Ils exposèrent l'objet 
de leur mission : « Cormac », dirent-ils, nous a envoyés vers 
vous, pour vous réclamer son dû ». — - « Qu'est-ce donc ? » 
dirent les gens de Munster. « Deux fois cent quatre-vingts vaches, 
car chaque province paye une fois ce nombre et vous n'en 
avez fourni que la moitié depuis le début de son règne. Et 
c'est sous la pression de la nécessité qu'il vous réclame cela, 
car une mortalité du bétail s'est déclarée dans les sept tribus 
et les principaux forts de Tara. Et déplus c'est vous qui avez 
tué son père et vous lui devez légalement une compensation ». 

Fiacha dit cela aux hommesde Munster. Ceux-ci dirent qu'ils 
ne fourniraient pas ce tribut. — « Cependant », dirent-ils, « du 
moment que c'est la nécessité qui a provoqué cette ambassade, 
nous lui enverrons un bœuf de chaque ferme de Munster, 
pour lui venir en aide ; mais du moment que nos pères ne 
nous ont pas légué cette obligation, ce n'est pas à nous à lui 
verser un autre tribut que celui qu'ils versèrent et à l'imposer 
à nos fils ». Et ils dirent à Fiacha : « Envoie des messagers pour 
parler à Cormac, car sans doute n'est-ce pas lui qui exige de 
nous une si lourde redevance ». 

10. Les messagers de Fiacha, Cuilleand Cosluath et Leith- 
rinde Leabar, partirent pour cette mission. Ils arrivèrent 
dans le Nord auprès de Cormac et lui dirent : « Est-ce de toi 
que vient le message que nous récitèrent tes messagers ? ». 
— «Oui», dit Cormac. — « Dans ce cas », dirent-ils, « on te 
donnera un bœuf de chaque domaine de Munster, pourt'obli- 
ger, mais que cela ne crée pas un précédent ». — « Je pré- 
fère », dit-il, « sauvegarder mon droit à perpétuité, que rece- 
voir cette taille considérable une lois versée ». Et il renvoya 
dans le Sud ses messagers, qui réclamèrent le tribut. 

Fiacha réunit les hommes de Munster et leur dit : « Prenez 
une décision à ce sujet ». Puis il se retira. 



Revue Celtique, XIJII. 



i8 M. L. Sjoestedi. 

11. DoroiW comairli eneachda aca-som dar a eisi .i. dia 
ro\sed da gach urramach dhibh beith cin nach n-irdalta acht 
bleagan enbo 7 eu roised co a nizrbad 7 a mbeith cin biudh 
iardain is cach eïcen d'uliu di araili 7 co mad ed nousfuasluiced 
docum sochair in cain ût do thoidhitin ', no con foighitnig- 
fitis. Tancatar iarsin ait i mbui Fiacha. — " Cadhi bar 
comairle?"ar se." Asiso. " ar siat. — "BeinVi/;beannath/ain", 
ar se, " ar da mad ead no be///>agaibh a foiditin no raghuinn- 
si uaibh, ait na cluinfind aforaithmet eu brath ". — "7 nocha 
n-acmaing a gabala de fil acainn ", ol siat, " acht a slan fon 
cuiced 7 ni dhene sealbh sarugad 7 ni toircenn iubail inndli- 
ged". 

Do cuatar a therhta. do saighidh Cormaïc iarum. Imtusa bhfer 
Muman, roscailset a mna 7 a lenbha 7 a n-almha 7 a n-indile 
a n-indsibh ocus a n-ailenaibh 7 a n-eic^«dinaibh in cuicid 7 
tancatar lucht a n-einzV 7 a n-engnuma ait i mbui Fiacha eu 
Cenn Claire. 



12. O ro siactatar a echlacha gu Comme, ro raidhset : 
" Ni h-ansud ", ar siat, " foemthair do chain-si, dene in ni 
bus maith lat cena ". Ba h-irgrain la Cormac in ni-sin 7 
ro omhnuigh eu mor, ar forfidir ro ba mana ad ha moir tia- 
chta'm ris uma dhlig^, uair nach inndligftf ro cuinn^f 7 se in 
airdrigi Erenn. Tugait ann-sin a primdraithi gu Cormac À. 
Citach [170 a 2] Cithmor, Cect, Crota, Cithruad, oir batar 
sidhe fria re Cuind 7 Airt 7 Chormaic ac faistine 7 ni frith a 
n-eiliugaJ. — " Deinidh co h-ul\amb faitsine dham-sa ", ar 
Cormac : " Gdh bias damhdon tur«5-sa teidhim ?". — " For- 
finnfow-ne d«it-;si sin ", ar siat " acht co tuga ré dûn ra turar 
ar bfaitsine ". — " Doberthar ", arse. Dothaetsom i formnai 
i fesa 7 i n-eolusa 7 do faillsigedh daibh eu mad de no ragad 
oie do Cormac a tiachtain i Mumain. Ocus tancatar do saich- 
tin Cormaic. — " Cidh ro faillsig^i daibh ? " ar Cormac. — 

1. Sans doute faut-il lire foiditin. 



Le siège de Druim Damhghaire. la 

11. Ils prirent alors une décision honorable. Quand bien 
même chacun des vassaux (?) n'aurait plus d'autre ressource 
que le lait d'une seule vache, et serait réduit à la tuer et à se 
trouver ensuite sans nourriture et exposé successivement à 
toutes sortes de privations, quand bien même il lui suffirait 
pour faire la paix de verser ce tribut, ils ne se soumettraient 
pas. Ils vinrent ensuite trouver Fiacha. — « Qu'avez-vous 
décidé ? » dit-il. — « Voici'», dirent-ils. — « Je vous rends 
grâces», dit-il, «car, si vous aviez pris le parti de la soumis- 
sion, je vous aurais quittés, pour aller en un lieu où je n'au- 
rais jamais entendu parler de tout cela ». — « Ce qui arrive 
maintenant, n'est pas tant qu'il s'empare de notre propriété 
mais bien qu'il défie toute la province », dirent-ils, « la fortune 
n'autorise pas à commettre l'injustice et l'illégalité ne sau- 
rait donner lieu à une prescription ». 

Les messagers allèrent ensuite trouver Cormac. Quant aux 
hommes de Munster, ils envoyèrent leurs femmes, leurs 
enfants, leurs troupeaux et leur bétail dans les îles, les îlots et 
les divers refuges qu'offrait la province ; les gens d'un rang à 
avoir une suite (?), et ceux qui étaient en état de porteries armes 
se rendirent auprès de Fiacha, à Cenn Claire. 

12. Lorsque les envoyés de Munster arrivèrent auprès de 
Cormac, ils lui dirent : « Ne compte pas sur les gens de là- 
bas pour payer ton tribut ; fais ce que bon te semblera ». Cor- 
mac accueillit cette nouvelle avec fureur et en fut tout épou- 
vanté, car il considérait que c'était le signe précurseur d'une 
grande lutte que d'oser lui tenir tête quant à son droit, alors 
qu'il ne réclamait rien que de légal, du fait qu'il était grand roi 
d'Irlande. 

Les principaux druides de Cormac lui furent amenés : 
c'étaient Cithach, Cithmor, Cecht, Crota, et Cithruadh ; ils 
avaient exercé les fonctions de divinateurs sous Conn, Art et 
Cormac, sans qu'on les eût jamais pris enfaute. — « Faites-moi 
au plus tôt une prophétie », dit Cormac : « quelle sera l'issue 
de l'expédition où je m'engage ?» — « Nous le devinerons pour 
toi », dirent-ils, « pourvu que tu nous donne le temps néces- 
saire pour faire notre prophétie ». — « Soit », dit-il. 

Ils firent appel à leur art et à leur science la plus haute, et 



2o M. L. Sjoestedt. 

" As i an ni ro hïllsiged dun ", ar siad, " gidh sain ind aisneis. 
Ocus is sarugwd dun do dula-sa i Mumarà. Ocus mad dia 
n dighea in fortamlus fil uait-si fortha-sfl;?, biaidh uaidhibh- 
sium fort-sa ". 



13. " Apair, a Cithriiaidb ", ar Cormac, " cidh ro foillsïgrtf 
d///t ?» — " Inni ra &\[\siged ", ar Ckhruadb : " Ni edaim a 
ghabhail duit-se ' a dula, ar fogebhu fort cheile nmrtfas for 
.1 dula. Acht coin is de tic h'olcugwd " ; 7 do raidh in retho- 

rec-sa : c> A Chon/w/V choirchostadaigh innsaigh cert is 

coir, a Cormaic ". 

14. " Cidh dano ra h'iWsigi'd ànil-sl, a Crota ? " ar Cor mac 
- " Inni ro faïïUiged dam indisfet d///t-si " ar Crota, 7 do 

raidh in retborec so : 

" Daim h coir, a Chormtf/c, geibli coir, a Cormaic, ni coir 
sar ar saeirfcruibh "... 

15. "'Cidh ra iaiWsiged duit, a Checht ", ar Cornuic ? — 
" Inni ra (o'ûlsiged dham ", ar Cccht, " docluinfea-sa ", 7 do 
raidh in rethorec-so : 

" Crich Moglia. Ma/Vggu riefa. . . 

16. " Cidh ro foilUi^W d///t, a Chithaigh ? " nrCormac. — 
" Inni ro (àiUsiged dhamh " ar Cithach " forhnnfa-sa, .i. 

Scel lcam d///t, a meic Airt ". 

17. " Cid ra foiïïsiged duit, a Cith Mhoir ? " ar Cormac — 
" Ro cluinfi-sa lie ", ar Cith Mhor .i. " Cluinidh uaim, a dainn 
Chuinn ..." 

18. Tue san fuath dona draithibh ar a tarmiusc uime 7 
ro raidh : " Ni sibsi nertfas orum-sa an tur//.f-sa do dhula. 
Acht cem dia faghbuinn-si bar n-eiliugbadlj-s'i nonind^efainn 
oraibh " — " Nu chan uaruis 7 nu con fuighbliea ", ar siat. 
Con/d he ni ar-a tarla a menma-seom beitb oc hrraidb a 
n-e\\ighû fo Eirinn 7 ni fuair. 

1 . Nous comprenons comme s'il yavahdil-sa, do et ai étant fréquemment 
confondus. Cf. § 9. 



Le siège de Druim Damhghaire. 21 

il leur fut révélé que cette expédition en Munster serait l'ori- 
gine des infortunes de Cormac. Ils vinrent le trouver. — « Que 
vousa-t-il été révélé ? » dit Cormac. — « Voilà ce qui nous a 
été révélé, si singulier qu'en soit l'énoncé. Nous désapprou- 
vons ton expédition en Munster. Si tu v vas, sache que la 
tyrannie que tu cherches a exercer contre eux, eux chercheront 
à l'exercer contre toi ». 

13. « Dis, Cithruadh », dit Cormac, « qu'est-ce qui t'a été 
révélé ? ». — « Le voici : il n'est pas en mon pou voir de ['empê- 
cher de partir, car tu trouveras une épouse qui t'y encourager.). 
Mais, cependant, c'est là l'origine de tes malheurs ». Et il dit la 

rhétorique suivante : « O Cormac le querelleur 

attache-toi au juste et au bien, ô Cormac ». 

14. « Qu'est-ce qui t'a été révélé, à toi, Crota», dit Cormac. 
— « Je vais te le dire », dit Crota. lit il dit la rhétorique suivante : 
« Rends la justice, ô Cormac; reçois la justice, o Cormac. Il 
n'est pas juste de frire tort à des hommes libres, etc. ». 

15. « Qu'est-ce qui t'a été révélé, 6 Cecht », dit Cormac. — 
« Tu vasl'entendre », dit Cecht, et il dit la rhétorique suivante. 
■' Favsde Mogh, c'est pour ton malheur qu'il y viendra *>, etc. 

16. « Qu'est-ce qui t'a été révélé, Cithach ? » dit Cormac. — 
« Je vais te l'apprendre », dit Cithach. « J'ai une nouvelle à 
t'apprendre, ô fils d'Art », etc. 

17. « Qu'est-ce qui t'a été révélé, 6 Cithmor? » dit Cormac. 
« Tu vas l'entendre », dit Cithmor. « Apprendsde moi, descen- 
dant de Conn », etc. 

18. Il se prit de haine pour les druides, qui contrariaient 
ses desseins, et leur dit : « Ce n'est pas vous qui m'encoura- 
gerez à partir pour cette expédition. Mais sache/ que si je 
vous trouveen faute je ne vous épargnerai pas». — «Tune nou> 
a jamais trouvés et ne nous trouveras jamais en faute », 
dirent-ils. Et voilà comment il arriva que Cormac était en 
quête par toute l'Irlande d'un moyen de les prendre en faute, 
mais en vain. 



22 M- L. Sjoestedt. 

19. Conzs tarla la n-ann do seilg 7 foram mil maige o Shidh 
Cleitig sottr tuaid. Is annsidhe ro gluaisit a coin-siumh in 
fiagh-sin 7 dorala a muinnter-som urle a ndiaigh na con 7 
ro facbad-som a aenur ansin, cor fas ceo mor fair 7 co tainic 
toirrthim codalta fair isin tu\aigh. Ocus ba he ào\rc\\echt bui 
isin ciaich-sin cur bo doigh leo-som ba aghaidh 7 gia no canta 
ceoil 7 cuislinna do-som, ni ferr do choideW/? inas amail ro 
chodail fna fogurcheol na gcon imon cnoc im-a c[i7o b 2] 
uairt. Contfd annsin atcuala in guth uasa 7 is eadh ro raidh 
sidhe .i. 

" Ardotrae, a Chormaic, caeim codultaig Cleitigh. Cidh ni 
fuil fort naimhdiu buan t'ainm os Eirinn ? Eirigsunn. . . 



20. Adracht Comme iarsin 7 ro chuir a mertin de co n-acca 
da laim deis oca ingen lucair laimgheal ba caeime do mhnaibh 
betha 7 faiteran firaluinn uimpe 7 lene orsnai//j fria cnes 7 
do chuir-si failti re Cormac. — " Cia cuires m failti? " ar 
Cormdc. — " Bairrfinn Blaith Bairche, .i. Ingen righ Sidha 
Buirche a crich L&igean 7 tucus-sa gradh dait-si, 7 nuchan uirus 
h'âgsMatnb eus anosa. " — " Rabhâsa eimh zmcoàladh, " ar 
se, " ra fogurcheol na con intan rom duiscis. " — " Mo euhus 
amh, " ar an ingen, " is olc in t-ord fir do leithédi-si sealg mil 
maige do denam, ar nir furail àuit sealg mhuice no aighi zmal 
dognitis airdrigh romud, or is d'aes oebaid is du sin ; is- é 
cradh crotha 7 dealhha doghni dhoibh 7 iss eadbin s^rgsamh he. 



24. Is ann atb^rt an ingen : " tar lim-sa,a Chormaic, isin 
sith-sa innonn Cleitich in baile i ta mo aide .i. Ulcan mac 
Blair 7 mo muime .i. Maol Mhisazdach, eu ro faier-sa lat in-a 
bhfiadhnuisi er laimh 7 ar \eabaidb. " — " Nucha ragh-sa 
eim,"ar se," nogutuctar a logh dhamh ". — *' A Chormaic, " 
ar si *' ro featar-sa in ni iarai 7 na bhthuil fot menmain, .i. 
sochmiti sloigh d'iaradh 7 dober-sa dhuit int sochraiti druadh 
as ferr fuair ri romad 7 da nâ coemsaii ectrainn ni .i. tri h- 



Le siège de Druim Damhghaire. 23 

19. Un jour il s'en alla à la chasse au lièvre, au Nord-Est 
de Sidh Cleitig. C'est en ce lieu que ses chiens firent partir la 
bête, et que toute sa suite se lança à la suite des chiens, si 
bien qu'il se trouva seul. Un épais brouillard l'environna et il 
s'endormit sur la colline. Si opaque était le brouillard qu'on 
aurait cru qu'il taisait nuit. Même si on lui avait joué de la 
musique et de la cornemuse, il n'aurait pu mieux dormir qu'il 
ne dormit là, au son des abois des chiens, parmi les collines 
qui l'environnaient. 

C'est alorsqu'il entendit une voix au-dessus de lui, et voici 
ce que lui disait cette voix : 

« Lève-toi, Cormac, beau dormeur de Cleiteach, que ne 
rends-tu ton nom durable et illustre dans toute l'Irlande par tes 
victoires sur tes ennemis ? », etc. 

20. Cormac, alors, se leva, et sa langueur le quitta quand 
il vit à sa droite une jeune fille. C'était une merveille aux 
blanches mains, la plus belle femme qui fût au monde : une 
tunique splendide l'entourait ; elle portait contre la peau une 
chemise brodée. Elle salua Cormac. « Qui es-tu, toi qui me 
salues? » dit Cormac. « Je suis Bairrfhinn Blaith (la belle aux 
cheveux d'or) de Bairche, la fille du roi de Sidh Buirche, en 
Leinster. Je me suis éprise de toi, et voici la première occa- 
sion que j'ai de te parler ». — « Je dormais, » dit-il, « au son 
des abois des chiens, quand tu m'as éveillé». « Par ma foi », dit 
la jeune fille, « il ne convient pas à des hommes de tasortede 
chasser le lièvre. Ce serait bien le moins que tu chassasses le 
sanglier ou le cerf, comme faisaient les grands rois qui t'ont 
précédé. Car ces exercices conviennent à la jeunesse; ce que 
tu fais ne sert qu'à ruiner la force et la beauté par une lente 
décadence ». 

24. C'est alors que la jeune fille dit : « Viens avec moi, 
Cormac, dans la résidence féerique par delà Cleitech, là où 
demeure mon père nourricier Ulcan mac Blair, et ma mère 
nourricière Maol Miscadach ; afin que je te prenne avec leur 
aveu comme mon époux et le compagnon de ma couche. » 
— «Je n'irai pas, » dit-il, « sans qu'on m'en accorde le salaire ». 
« Cormac, » dit-elle, « je sais ce que tu cherches et ce qui 
te préoccupe : tu cherches une troupe pour t'accompagner. 



2.j M. L. Sjocsiedl. 

\ngem Maeil Wiscaidhe, .i. Errgi 7 Eang 7 Eangain. Ocus tiag^t 
sidhe i ndeilb tri caerach lach/wa co ceannuibh cnama 7 gun- 
gobaib iarainn 7 a'/ a comlunn. 7 ni tic nach dhibh i mbethad 
uaidhibh ar is nmlaid itat co luas | 171 a 1] ainnle ' 7 gu n-ath- 
laimhe iarainne 7 claidim 7 tuatha in domain do ghabail doib 
ni dipaigfea ar lou nach ar finda dhoibh. Ocus dano atat dâ 
t'erdrai ann 7 raguit duit-si beos .i. Colptha 7 Lurga, dâ mac 
Cichuil Coinblir/rtaigh 7 luchtin cuicidh uili cusa ricfat muir- 
bhrit-seom uili iat i bhfiraeinfir m un «5 imgabut, ar is amlaidh 
itat eu nacli gebet renna na foebra. Ocus cian gar beit ar aen 
friut na dena comairle neich aili acbt a comairle. 



22. Ba fail/rfla Cormac inni-sin, 7 do chuir a bron de 7 fai- 
llie lasin rigin isin sid in agaidh-sin 7 ro tai ar laimh 7 ar lea- 
baid le 7 do bui insin gu ceann/m la 7 tria aidhche 7 t//cadh 
in tsocraidi sin do 7 tainic roime cô Temhraigb 7 ni t//c da 
oidh a draithi fein 7 ni dhenad a comairli achl adhradh don 
luet ut 7 a comairli do dhenumh. 

Docuas uadha-sum iarum arcenn a muindteri 7 do voacbta- 
tar chuigi 7 do innis doibh in tsochr//te fuair 7 bat (a'ùid uili 
de sin. 

23. Ro œimheirigh Cormac roime imach iarsin 7 tainic in 
zgaidh sin eu Comar na Cuan risin abar Comar Cluana hlraird 2 
aniu 7 gnisit ann-sin botha 7 belscala 7 ron suidhighidht'd/; 
longphort foninnus-sinacu. Racoimheir/o-/? tra Cith Ruadh asin 
longport siardhes eu rainic or in tsrotha. Con faca araile laech 
torusda finnliath don \eith aili don tsrut, .i. Fis mac Aithfis 
mac Fireoluis a cr/ch Lâigean primdrai na cr/che 7 bai cach 
dibh og acalluim a cbele 7 ro ûaraigh Fis do Cith Ruadh c'ait 
i mbui Cormac cona. sloguibh. Do frecair Cith Ruadh 7 doron- 
sat in laidh etorra. 

1 . ainnle — fainnle. 

2. Dans l'interligne : no l, au-dessus de / : ce qui donnerait hllaird. 



Le siège de Druim Dambghaire. 25 

Eh bien, je te donnerai une compagnie de druides, meil- 
leure que celle qu'eut aucun de tes prédécesseurs, à laquelle 
aucun étranger ne pourra résister ': les trois filles de Maol 
Miseadach : Errgi, Eang et Engain. Elles prennent la forme de 
trois brebis brunes, aux têtes d'os, aux becs de fer, égales dans 
le combat à cent hommes; nul ne leur échappe vivant, car 
elles sont aussi rapides que l'hirondelle, aussi agiles que la 
belette, et toutes les nations du monde pourraient s'attaquera 
elles sans leur trancher brin ou poil. 

Nous avons aussi deux druides mâles, qui viendront en outre 
à ton aide : ce sont Colptha et Lurga, les deux fils de Cichal 
Coinblichtach. Ils tueront en combat singulier tous les guer- 
riers de la province où ils iront, à moins que ceux-ci ne s'en- 
fuient devant eux, car ils sont tels qu'on ne peut les entamer 
ni d'estoc ni de taille. Aussi longtemps qu'ils seront auprès de 
toi, ne suis aucun conseil que le leur ». 

22. Tout cela plut fort à Cormac ; il secoua sa tristesse et 
s'en alla avec la reine dans le domaine féerique, ce soir même : 
il dormit à côté d'elle dans sa couche, et resta près d'elle trois 
jours et trois nuits ; on lui donna la troupe promise, et il s'en 
retourna à Tara. Ses propres druides ne furent plus écoutés; 
leurs conseils ne furent plus suivis, mais bien ceux de cette 
gent étrangère qui était en faveur. 

Cormac envoya prévenir sa cour ; tous se réunirent autour 
de lui. Il leur annonça le secours qu'il avait obtenu, et tous 
se réjouirent de cette nouvelle. 

23. Là-dessus, Cormac se mit en marche et parvint le pre- 
mier soir à Comar na Cuan, qu'on appelle aujourd'hui Comar 
Cluana hlraird; l'armée construisit là des baraques et des 
abris, et c'est ainsi que fut établi le camp. 

Cithruadh sortit du camp et marcha vers le Sud-est jusqu'à 
la rivière. Là il vit un guerrier à la taille imposante, au chef 
gris, sur l'autre bord du fleuve. C'était Fis mac Aithfis meic 
Fireoluis, habitant de Leinster et grand druide de cette pro- 
vince; ils causèrent ensemble. Fis demanda à Cithruadh où 
se trouvait Cormac et son armée, Cithruadh répondit, et ils 
composèrent ensemble ce poème : 



26 M. L. Sjoestedt. 

24. | Cl. A Comur na Cuan anochf ata in ûuagh a n-a long- 
port. 
Ar na ngresissadh tar linn lé' do clainn Mhaeili Miscaidhche, 
( F]. Abair frium, a Chhhruaidh chain' cid tic Cormac a 

Temraigh. 
Airdri na fath eus anochf nir ghnath a beith a longpor/. 
\C\. D'izr a idh chumail Airt meic Cuinn" ar ua nO'ûella 

Oluim. 
Is canacuicidh gan brath" nar chu'mnigh Conn C^/chathach. 
[F]. Dobenzt Cormac gin cain* clann Cichail ; rus bia comg- 

hair 
Milllit maedhacta gu clé" na sillitiu siabhairthe. 
[C]. In a tacra budh fa sru.th fis - a mie Aithfis mie eoluis 
Beit co mis dergfait tonna" os [171 a 2] laechrad lerg liatro- 

ma 
[F\. Mairg theit a Munwm na marc* a meic fir Crodha Cae- 

cat. 
Bidh treadh linn in chonghair cain" biasduibh tre comdhail 

comainm 
[C] Ni ba damh-sa nach ba holc" mis is raithi is bliagam o 

anocht. 
O bhias sai na suadh amne" Mogh Ruith ria ngasrarf Claire. 
[F\. As mairg ara tibri a treas' Donn Dairine deallbh dileas 
7 Failbhe fer eichrinn" re techt a n-iath n-ecomlainn. 
[C]. Ni ba terr nal : Mogha Co^b" na Fiach-ach in la bus lorg. 
Bud gnimh uaile don dis dil" budh leo cis Cuaine Comair. 
A comar. 

25. O thairnic dona draithibh a n-imacallaim, 7 rop olc a 
bhfaitsine don tshiagb, atcualator graigbertaigh 2 7 tarbhchoin 
turusa 7 gille echraide 7 ro aisneset do Chormac, 7 asb^rt 
Cormac : " Imthigidh, " ar se, " 7 marbhthar in dara drai libh 
7 bualtar araile eu nâ rabh acht innarsan 3 dia znmain and. " Ro 
faillsiged dona draithibh inni-sin 7 imscail cach dibh o araili. 



1. Nous traduisons comme s'il y avait dàil. 

2. Nous n'avons pas retrouvé ailleurs les mots graigbertach, larbhcû. 

3. Nous n'avons pas retrouvé ailleurs innarsan. 



Le siège de Druim Damhghaire. ■ 27 

24. Cithruadh. Cette nuit à Comar na Cuan est campée 
l'armée, à l'instigation des enfants de Mael Miscadach. 

Fis. Dis-moi, beau Cithruadh, pourquoi Cormac a-t-il quitté 
Tara ? Jusqu'à ce soir ce n'était pas l'usage du grand roi célé- 
bré des poètes (?) d'être en campagne. 

Cithruadh. C'est pour demander le prix d'Art mac Cuinn au 
petit-fils d'Oilill Olom, et le tribut d'une province — sans 
fraude — que Conn Cétchathach n'avait pas coutume de 
demander. 

Fis. Ils feront que Cormac sera sans tribut, les fils de Cichal. 
Ils seront acclamés. Ils feront un affreux carnage de jeunes 
gens, avec leurs regards (?) ensorcelés. 

Cithruadh. De cette discussion sortira le savoir (?). O mac 
Aithfis mac - eoluis, les vagues en seront rouges pendant un 
mois, au-dessus des guerriers. . . 

Fis. C'est pour son malheur qu'on va dans le Munster 
nourricier de chevaux, ô fils véridique de Crudh Caecat... 

Cithruadh. Il ne m'arrivera rien de fatal, avant un mois un 
trimestre et une année à dater de ce soir, lorsque viendra le 
sage des sages, Mogh Ruith, à la tète des gens de Claire. 

Fis. Malheur à qui combattra Donn Dairine à la noble 
apparence, ou Failbe le con battant lorsqu'il s'avance sur le 
champ de bataille. 

Cithruadh. Il ne vaudra pas mieux de rencontrer (?) Mogh 
Corb, ou Fiacha au jour de la poursuite. Ces deux-là accom- 
pliront des exploits téméraires : c'est à eux que reviendra le 
tribut de Cuan Comair. 

25. Comme les druides terminaient leur conversation (et 
triste était le sort qu'ils prédisaient à l'armée) les valets, les 
molosses (?) et les palefreniers les entendirent; ils rapportèrent 
leurs paroles à Cormac, et Cormac dit : « Allez; tuez l'un des 
druides, et frappez l'autre, jusqu'à ce qu'il ne lui reste plus 
qu'un souffle de vie. » Les druides eurent révélation de cela; 
ils se séparèrent. Cithruadh rentra au camp, sous une appa- 
rence déguisée, afin de ne pas être reconnu. 

L'autre druide s'en retourna vers le Sud, et il tourna son 
visage par trois fois vers l'armée, et leur envoya un souffle 



2 S M. L. Sjoesfedt. 

Imsoi Cith Ruadh isin longpurt ar cula fo ecasc nâuziihnidh 
ar daigh na tardta aithne fair; imsoi iarum in drai aili roime 
fodhesy impaidh aagaidh fo tri ar na sloghuibh 7 cuiridh ztiz\ 
druidechta fuithibh tre dian draidhechta eu ro lâastar in <ûuagh 
uili fô énecasc 7 encruth ris-sium fein .i. ite forusta findliatha 
uili ama/7 bai-sium. Ocus o ticedh cach dibh dar in sruth a 
ndegaid in druadh gabdais for imescargam a cheli ic malairt 
mong7 ic cirtlam 7 ic atlugrtdh tuaithbil 7 do gabudh cach dibh 
na mealldurna moga/de dar tulphairt aighthi ' araili, ar ba doigh 
la gacli fear dibh ba he in drai in te iteeth. 

26. O ro rathaig in sluagh inni-sin, rop ingnath leo in 
imthuarcam bai etarra 7 ro raidset : " A ta slogh comuiglvach 
oc cathugud frinn no ra himreadh diandraidhechta orruind." 
Imsoe uadhaibh in drai iarum iar facba/7 in tsloigh ton n-in- 
nus-sin. 

Ro faillsigev/ immorro do Choxmac gur bo diandraidhechta 
ro Wxmreadh forro 7 asbert a m/////tir do thabairtcuigi isin long- 
purt [171 b 1] ar cul 7 dorât tromachmhusan dona draithibh 
frisi tart taebh .i. Colptha et r cliqua . Ocus atbertsat sidhe nar 
i>at cintuigh uair nach riu ro comairlei^d na sloig do chur 
immach. Ar ai sin ro eirghetar 7 tuesat anal druadh fort sluagh 
7 ro imriset dian draidhechta forro 7 ro soidlWfr in sluagh in 
a n-ecusg féin iar//;;/. 



27. Batar in slûag annsin co dubac drochmenmach moir- 
cnedach fo coir leighis 7 othrusa gin gu raibhi dianbas no 
marbh daine eturra. Tança tar rompu arnamarach siar i mBec 
Magh 7 i Coill medoin 7 tar iarthar deiscirt Midhe co ranca- 
tar eu h-Ath in tsloig, risin a bar Ath na n-irlann aniu. 
Doghniset botha 7 belscala annsin, 7 rosaidhs^t a pupla. Ocus 
gabsat a luch fesa 7 eoluis for fegad nel firwawinnti uaisdibh. 
Dochuaidh dano Crota dar in ath siar sechtair con faca cuigi 
drai na cr/che ba coimhnesa dho. Fer Fâtha a comhainm sidhe. 
Ro h&rfuigh sidhe do Crota cia doroine in mulrnd 7 in tsesilbh, 
fria h-ath atuaidh 7 dorindi in \aidh 7 do freacair Crota. 

1. tulphairt. Cf. § 88. 



Le siège de Druim Dambghaire 



29 



magique, grâce à sa puissance magique ; si bien que toute 
l'armée revêtit la même apparence et la même forme que lui- 
même. Car tous avaient une mine imposante et un chef gris 
comme lui. Et, dès qu'ils traversaient le fleuve à la suite du 
druide, ils se mettaient à se massacrer les uns les autres. Ils 
s'arrachaient leurs chevelures, se maltraitaient, rendant coup 
pour coup; et chacun frappait de lourds coups, combattant 
en manant, sur le front et la face des autres : car chaque 
combattant prenait tout homme qu'il voyait pour le druide. 

26. Lorsque l'armée se rendit compte de ce qui se passait, 
ils ne comprirent pas que c'était eux-mêmes qui se massacraient 
mutuellement, et ils dirent : « une armée puissante combat 
contre nous, à moins que nous ne soyons les jouets de sorti- 
lèges efficaces ». 

Le druide s'en alla ensuite, en laissant l'armée en cet état : 
il fut révélé à Cormac que son armée avait été le jouet d'un 
sortilège. Il ordonna qu'on lui ramenât ses gens au camp, et 
fît de sanglants reproches aux druides en qui il avait placé sa 
confiance, c'est-à-dire à Colptha et à ses compagnons. Ceux- 
ci dirent qu'ils n'étaient pas responsables, car ce n'étaient pas 
eux qui avaient conseillé de faire sortir les troupes. Ils se 
levèrent ensuite, imposèrent un souffle magique sur les troupes 
et, par la torce de leurs sortilèges, ils les ramenèrent à leur 
forme première. 

27. Les hommes étaient alors tristes et découragés, couverts 
de blessures, et réclamant les soins qu'on doit aux malades, 
sans qu'il y eût cependant aucun cas mortel parmi eux. 

Le lendemain ils poursuivirent leur route vers l'Ouest, par 
Becmogh, et par Coill Medoin, à travers le Sud-ouest de la 
province de Meath, et parvinrent enfin à Ath in tSloig, qu'on 
appelle aujourd'hui Ath na nlrlann. Ils firent là des abris et 
des baraques et plantèrent leurs tentes. 

Leurs magiciens se mirent à examiner les nuages du ciel au- 
dessus de l'armée. Crota traversa le gué et atteignit la rive 
opposée (la rive ouest); il vit alors venir vers lui le druide de 
la province voisine : celui que l'on nommait Fer Fatha. Il 
demanda à Crota quelle était la cause de ce tumulte et de ce 



30 A4. L. Sjoestedl. 



28[F.F.J. Ga muirWsut ra h-ath atuaidlr sloinn, a Crota, 

masat uain 
Innis duin-ne gin gnimh ngrod* cia le ndentar in long port 
[Cr.] Mar ra Corinac ad gnatha" a fil sunn, a tir Fliatha 
Is lais dognither anochf guna slùaghuibh in longport. 
[F. F.] Cidh dia tancatar na sloigh' sloinn, a Crota, masa 

choir 
Ga crich a tiaghat gen chair" is ga toise gatat iaroidh 
[Cr.\C\ann Cichuil dosfuc atuaidlr 7 mac meabluch Mid- 

huaith 
D'hraidb cumail Ain meic Cui//d; ar ua nOililla Ouluimm 
[F.F.\. Is mairg teit ra h-'imad sloiglr diaraidh cumul minab 

coir 
Cu ro iarad Fiacha fair* cumul Eogain a athair. 
[Cr. ] Da clô slwrt^ Muighi Ratha - in a tacra, a Fhir Fhatha. 
Nit ain ' sluagb Maman na mbenir conat ria beim it' leith- 

cenn 
[F.F.]Gidh iat-san no beitb a lin' ni mo do berdais a snimh 
Immar atat budh gnim nduird" mairg theit chucu tria co- 

murn. 



29. A h-aith'le na himacallmha-sin dona draithi bb [171 b 2] 
atcualatar gille thurwja 7 graigbertaigh 2 7 daescarsluagh gnena 
h-imarbhadha a n-imagallrt/w na ndruadh 7 dochuatar tar 
in sruth a ndegaidb in druadli ba h-anaithintiu dhoibh 7 n*csat 
leo run bais 7 olgedba dho. O ro raihaigh in d/ai sin ro impo 
for in sruth 7 tue tri builli don tleisc draidrur/;/rt do bui n-a 
laim don tsrittb gur eïrigb 7 gur tbrbazV fV/sin sluagb. Ocus is 
amhlaidb ro bhai in slogh, of/w drong mhor dhibhar ndul dar 
ins/vtth siar i ndeghuidh in druadh 7 drong mor ele isin sn/th 



1. ain, cf. § 31. Cette forme de futur est parmi les quelques formes 
archaïques qu'on est surpris de rencontrer dans ce texte tardif. 

2. Cf. §25. 



Le siège de Druim Damhghaire. - 1 

fracas au nord du gué, et il commença ce poème, dont Crota 
fit les réponses. 

28. Fer Fatha. Quel est ce tumulte au Nord du £iié; 
apprends-le moi, Crota, si tu as le temps. Dis-nous — sans 
mauvaise humeur — par qui est établi le camp. 

Crota. Comme ils sont accoutumés à Cormac (?)... ceux 
qui sont là, ô Fer Fatha. C'est lui qui a établi ce soir un camp 
avec ses armées. 

Fer Fatha. Pourquoi les armées sont-elles venues ? Dis-le 
moi, Crota, si ma demande est juste. Vers quel pays se ren- 
dent-ils — sans leur en faire reproche —et quelles réclamations 
font-ils valoir ? 

Crota. Ce sont les enfants de Cichal qui les ont amenés du 
Nord, avec le fils trompeur de Midhuath, pour réclamer le 
prix d'Art mac Cuind au petit-fils d'Oilill Ollum. 

Fer Fatha. C'est pour son malheur qu'il vient à la tète d'une 
armée nombreuse, pour réclamer une indemnité à laquelle 
il n'a pas droit — tant que Fiacha ne lui a pas réclamé le prix 
de son père Eogan. 

Crota. Si les armées de Magh Ratha entendaient ce que tu 
dis là, Fer Fatha, les armées du Munster montagneux n'em- 
pêcheraient pas que tu ne reçoive un coup sur la tempe. 

Fer Fatha. Quel que puisse être leur nombre, ils n'en seront 
pas moins écrasés. Une action violente aura lieu. C'est pour 
son malheur qu'il est venu vers eux... 

29. Comme les druides terminaient cette conversation, les 
gens du train des équipages, les valets et la racaille de l'armée 
entendirent ce qu'ils se disaient l'un à l'autre. Ils traversèrent 
le fleuve à la suite du druide inconnu, résolus à le mettre A 
mort. Lorsque le druide s'en avisa, il se tourna vers le fleuve 
et frappa trois fois le fleuve de la baguette druidique qu'il 
tenait à la main, si bien que le fleuve se souleva, et se gonfla 
contre l'armée. Voici dans quelle situation se trouvait celle-ci : 
une troupe importante venait justement de traverser le fleuve, 
vers l'Ouest, à la poursuite du druide, une autre était dans le 
fleuve et le soulèvement du fleuve arrêta sa marche. L'on se 
porta de part et d'autre à son secours, et le druide en profita 
pour s'échapper. 



}2 M. !.. Sjoestedl. 

7 rogabhudh ic a bhfoirrfch sidlic o roforbair in sruth 7 imsoei 
m slogh aniar 7 anair dia furtacht 7 dochuaidh in drai asfai-sin. 
Batar immorro in slc^ co dubflf/; droch;;^wmnach imon snilh 
on tmth-sin cusin trath cetna. arnaniliar^r/; conid annsin rossoi- 
set na druidh fria n-ealadum àrmàhechta gur cuirseat in sruth 
n-a inat feiw feibh ro bui roime. 

30. Iarsin dano dochoidh Cor mac cona sloghuibh dar in 
sruth 7 ro gabsat rompa dar Dubhchaill frisin apurFidh dam- 
maiche inniu, cur gabsat i Magh Leathaird frisin abar Magh 
Tuaiscirt 7 i C/'«nd-Mhagh frisin abar Magh Gabra inniu 7 i 
Mag nUachttf/V frisin abar Magh Raidhne 7 i bhforiairsing na 
slighiudh fon n-innw^-sin gur ghabsat is na bocaighibh Bâini- 
liucha frisin abar Sliab Ebiinne cur gabsai ic Formaeil na 
bhF-hian ra dubachuibh deridh lai. 

Is annsin ro grtb Cect for fegtfd aoir 7 ï\xmavi\nx\ù uas na 
sluaghuibh 7 dodhecha/df siar gu Duibh-Gieand risin abar 
G\eand Salach aniu. Co nfeca cuigi araili laech forusta finn- 
liath dar bu comainm Art an drai 7 ro gab cach dib oc imagal- 
\aimh ra a cheli 7 occ faîmigid scel d'aroili 7 ro tas as-sidhe 
cur bo ron ' imurbhadha etorra 7 doronsat in laidh : 

31 . [A]. Cidh dia tancubar, a Cecr atuaidh a tir Mhuighi 

slecbt (?) 
Cidh ro gluais ind seiscuse. for leis co Crich Fhormaeile ? 
[CJ.Bodhithtainic gu Temhraig/?. Farir, ismor rosmedhraich 
D'iarraidh bôin cech boin dibhsohviséar turus o Temraigh 
[A]. Gin gnrub sinne rue bar mbu. A clanna Cuinn gu 

caemhchlu, 
[172 aJTarcamuir duibh boin cech lis" a bhferunn Fhiachacb 

fidhlis. 
[C]. Is îearr linn âr cain eu bratlr 7 cumhal n-ar curaidh 
Ina in srwaimh-sin, cia mad ma' is a thabuirt ind aenlô. 
[A]. Nucha bt'/uit boin eu bratlr o feruibh Munw« seocheach 
A cumhail na a caingan acht. dar bitr laim-sin, madh mal- 

lacht. 



1. Nous traduisons comme s'il y avait roen, « série chaîne », qu'il faut 
sans doute lire. 



Le siège de Drtiiin Damhghairc. 

Les troupes demeurèrent à l'entour du fleuve, plongées 
dans la tristesse et le découragement jusqu'au lendemain à la 
même heure. Les druides recoururent alors à leur science 
druidique pour remettre le fleuve à la place où il était aupa- 
ravant. 

30. Ensuite Cormac traversa le fleuve avec ses troupes, et 
ils poursuivirent leur route à travers Dubh Chaill, que l'on 
appelle aujourd'hui Fidh Dammaiche, jusqu'à Magh Leathaird, 
aujourd'hui Magh Tuaiscirt, àCrund Magh, aujourd'hui Magh 
Gabra, à Mag nUachtair, aujourd'hui Magh Raidhne ; là où la 
route s'élargit ils pénétrèrent dans les Bocaighe Bainfhliucha, 
que l'on appelle aujourd'hui Sliabh Eblinne, et de là attei- 
gnirent Formael na bhFhian comme le soir tombait. 

C'est là que Cecht se mit à examiner l'atmosphère et le ciel. 
au-dessus des armées, et il marcha vers l'Ouest, jusqu'à Dubh 
Gleand, aujourd'hui Gleand Salach. Il vit venir vers lui un 
guerrier, de taille imposante, à la tête grise. On l'appelait Art, 
le druide. Ils se mirent à causer ensemble, et se demandèrent 
mutuellement les nouvelles, si bien qu'il s'ensuivit une discus- 
sion entre eux, et qu'ils firent ce poème. 

31. Art. Pourquoi êtes-vous venu, ô Cecht. du nord, de 
la terre de Magh Slecht. Pourquoi ce tumulte est-il venu jus- 
qu'ici jusqu'au pays de Formael ? 

Cecht. C'est une épidémie sur les bœufs de Tara. Hélas, 
c'est une grande folie qu'elle a suscitée. C'est pour chercher un 
bœuf en remplacement de chacun de ceux qui ont péri, que 
nous sommes venus de Tara. 

Art. Quoique ce ne soit pas nous qui ayons pris vos bœufs, 
ô race de Conn, à la gloire splendide, nous vous avons offert 
un bœuf de chaque ferme du domaine de Fiacha Fidhlis. 

Cecht. Nous aimons mieux notre tribut à perpétuité, et le prix 
dû pour notre guerrier, que cette riche contribution, si impor- 
tante soit elle, si elle ne nous est versée qu'une seule fois. 

Art. Jamais (les gens du Nord) ne recevront un seul bœut 
des gens de Munster, en sus de ce que donne un chacun, comme 
compensation ou comme tribut, sans traité (?). Nous le jurons 
par votre main, quand bien même ce serait un blasphème. 

Revue Celtique, XLIII. 



}.| M. L. Sjoesteàt. 

[C]. Mrtd da cloisedh Cairbre in clair, int aithiusc raidi, a 

Artain 
7 Cor mac in tuir thenir no bethea gen do chaeimhclienn 
[A]. Ni 1116 lim Cairbriis Cormac na in da zraid nous fog- 

nath 
A m-bethaidb Moglia Corb cahr 7 Fhiachach Mu'ùletba'm 
[C]. Da clo Artchorb isa clann 1 bidh brise bruar gu luath i 

nglenn 
Nochu ragha it' betbaid de' bidh buan doit a n-ecraite. 
[A ] Ni mù lim Artchorb, a Tir na a fil d'aindribh tuaidh 

n-a thigh 
In cein bes is tir amne* agam dhin Dond Dairine 
[C] Dâ clo Ceallach mac Cor maie is Artur fêta foirneirt 
Bidh dw/t bus diamair in dal' nocut ain 1 do diabhuldan. 
[A.] Nochu mô lim Artur ard" ina a gilla glan gle-gharg 
In cein bias i n-a bethaidh' eroibhderg Caeiridhe Crechaidh. 
[C] Da doisedh cuan na curad - in tsamail doibh fer Mu- 

man 
No benha meall dar do déf 7 no bertha eruaidhehrecht. 
[A.] Ma da eloisftf Muma min* slôgh mar iat-san i n-a tir 
no bbetis beoil bana dhe' cin almhai, cin indile. 
[C] Bi i tost is tairnic do dhail" is ob«; - mhir imarbhaidh. 
Ni thic don tshiagb tueras tu" freacra na tri coicead friu 
[A.] It fir-aithesc ni ba brecslonn tall dod' sluagaibb, a 

Checht 
Itbera cach dibh nachmr " olc in turas tancamar " 



32. O atcualatar na sloig 7 na sochaide ro fergaigit eu mor 
7 dorala imach eu dian 7 gu dreamhan a ndeghaidh in druadh 
dar glenn siar 7 atbereadh cach re cheli dibh : " Faghbhadh 

1. ain, forme de futur archaïque, cf. § 28. 



Le siège de Ûruim Damhghaire. 35 

Cechl. Si Cairbre le Bel entendait ta prédiction, à Artan, 
ou si Cormac le vaillant champion (t'entendait), tu perdrais 
ta belle tête. 

Art. Je n'estime pas plus Cairbre et Cormac que les deux 
cochers qui les servent, tant que vivront le beau Mogh Corb 
et Fiacha Muillethan. 

Cecht. Si Artchorb et ses enfants t'entendaient, le fracas 
(des armes) brisées ne tarderait pas à retentir dans la vallée. 
Tu n'en sortirais pas vivant, et leur inimitié contre toi serait 
implacable. 

Art. Je ne fais pas plus de cas d'Artchorb, ô guerrier, que 
des femmes qui habitent dans sa maison dans le Nord, aussi 
longtemps que j'aurai dans cette terre Dond Dairine pour 
me protéger. 

Cecht. Si Ceallacli mac Cormaic t'endendait, ainsi qu'Artur 
le vaillant à la grande vigueur, c'est pour toi que la situation 
serait peu sûre ; ta sorcellerie ne te sauverait pas. 

Art. Je ne fais pas plus de cas d'Artur à la taille élevée 
que de son valet, propre, élégant et hardi. Aussi longtemps 
que sera vivant 

Cecht. Si Cuan na Curad entendait la comparaison que tu 
fais d'eux aux gens de Munster, tu recevrais un coup entre les 
dents, et tu porterais une blessure cruelle. 

Art. Si l'aimable Munster entendait qu'une telle armée se 
trouve sur son territoire, ils en resteraient les lèvres blanchies 
(de frayeur), sans troupeaux, sans bétail. 

Cecht. Tais-toi, et finissons cet entretien. C'est le métier d'un 
fou que de discuter ; l'armée que tu loues ne saurait tenir 
tête aux trois provinces d'Irlande 

Art. Dans ta réponse véridique, il n 'y aura pas de mensonge. 
Va dire à tes armées, ô Cecht, que chacun d'eux dira dans la 
suite : « funeste est l'expédition pour laquelle nous sommes 
partis ». 

32. Lorsque l'armée et la foule qui la suivait entendirent 
cela, ils furent saisis de fureur. Ils s'élancèrent hors du camp 
avec impétuosité et violence, et se mirent à la poursuite du 
druide à travers la vallée, vers l'ouest, se disant entre eux : 
« Tuons et massacrons ce druide. » Le druide tourna son 



36 M. L. Sjoestedl. 

in drai bas 7 aidhedh libh. " Imsoi in drai a aig/d forro 7 teit 
i muinicin a dhea7 cuir/'d anal druadh ind aier7 i firm/wintcon 
derna neul ciach os cinn in tsloigb gur thuit torro 7 gurcui- 
restar i loeibricht meraighthi eu ro ela in drai uaidhibh. Iarsin 
dano as i comairle doronsat o ro bu mêla leo na draithi uli 
do eW uaithibh : slechtaire 7 lorgaire rompa ar slicht in dru- 
adh 7 beith in a mbuidhnibh 7 ina ndrechtaibh na dhiaigh. 
Ocus dobatar seacht la cona n-oighthibh isin longpurt soin 
7 dronga mora dhibh for lurg[i72 a 2J 7 ni ro fetsat tect dia 
tigh ar mhet an breachta ro im/r in drai forro. Ocus dano ba 
mebal leo gia ro fettais ar no taispenad an drai a lorg doibh 
cecha maidne for beilgibh 7 berntaibh 7 athaibh ar daigh a m- 
buaidherthi 7 a n-imscarta ria a muindtir. 



33. Ro ghabh omhon mor Cormac annsin, ar ba doigh lais 
gur ba turbrodh dia sloghadh 7 na toirsitis a muinter chuigi. 
Ocus do ghabh oc e'iliugad na ndruadh batar aigi fein 7 atbert 
friu : " Caidhe bar tarbha-si damh-sa, " ar se, " madh ro 
marbfld mo muindtir cin fis cin forcloisin dam h 7 gin fonacht 
uaibh-si dhoibh ?" — " Ni ramarbhu iat idir, " ol siat, 
" acht suainbrect seachtmaine dorât in drai forro 7 doberam- 
ne doridisiu ar culai ". Is ann-sin docuatar-san i forbha a 
bhfesa 7 an-eolusa. 7 ro cursflt a suainbrict dona sluagaibh 7 
do roachtsad chuca i bhforba na seachtmatne. 

34. O ra siachtadar a muindter gu Cormac ro coimenV/; 
roime i cenn seta 7 imth^/a co riacht co h-Ath Cuih Fedha 
risan abar Ath Croiiniu, 7 ro suidigsrt longport annsin. Dorala 
do Chithach dula amach d'fegad aieoir 7 tin///winti 7 dorala 
ter a comaeisi fein dô .i. Dubhtis mac Dofis 7 do (iârùiigb 
cach dibh scela d'aroili,7 do raidh Dofis 7 do freagair Cithach 
7 doronsat in laidh eturra. 

35. [D.] A Chithaigh, canas tanac* slounn, i tiribh do nam- 

hat? 



Le siège de Druim Dambghaire. 37 

visage vers eux et, invoquant sa divinité, souffla un souffle 
magique dans l'air et dans le ciel. Il s'en forma, au-dessus de 
l'armée, une nuée noire qui retomba sur elle, et les plongea 
tous dans un état d'égarement et de folie. Le druide en pro- 
fita pour s'évader. 

Voici le parti qu'ils prirent ensuite. Dans le chagrin qu'ils 
éprouvaient à voir tous les druides leur échapper, ils envoyèrent 
sur les traces du druide des gens chargés de le suivre et de le 
chercher; eux-mêmes suivaient par bandes et groupes séparés. 
Ils restèrent sept jours et sept nuits dans ce camp-là, tandis 
que de grandes bandes d'entre eux continuaient la recherche. 
Il leur était impossible de rentrer chez eux, tant était puissant 
le sortilège que le druide leur avait jeté; même les indices 
qu'ils découvraient servaient à les égarer, car le druide leur fai- 
sait- apparaître chaque matin sa trace, à travers les ravins, les 
cavernes et les gués, afin de les affliger et de les entraîner 
loin des leurs. 

33. Cormac fut alors frappé de terreur, car il pensait que 
quelque obstacle retenait son armée, et qu'elle ne lui revien- 
drait plus jamais. Et il se prit à accuser les druides qui étaient 
à son service, disant : « A quoi me servez-vous, si l'on met à 
mort mes gens sans que j'en sois informé ni prévenu sans que 
vous veniez à leur secours? » « Ils ne sont pas morts. du 
tout », dirent-ils, « mais le druide les a ensorcelés depuis une 
semaine, et nous les ramènerons chez eux ». 

Ils se recueillirent alors et rassemblèrent toute leur science 
et tout leur art et envoyèrent un charme vers les armées, qui 
revinrent vers eux au bout de la semaine. 

34. Lorsque les gens de Cormac l'eurent rejoint, il pour- 
suivit sa route et son expédition, et parvint à Ath Cuili Fedha, 
aujourd'hui Ath Croi, où l'on établit le camp. 

Il arriva que Cihach sortit du camp pour examiner l'air et le 
ciel; il rencontra un homme du même âge que lui, Dubihis 
mac Dofhis. Ils se demandèrent l'un à l'autre les nouvelles. 
Dofhis prit la parole, Cithach répondit, et ils firent ensemble 
ce poème. 

35. Dubhfis. O Cithach, comment es-tu venu dans la 
terre de ton ennemi ? Dans la terre de ton ennemi, comment 
es-tu venu, où vas-tu ? 



38 M. /.. Sjoesiedl. 

I tir Jo namhat amne'ca tanac, ca rot teidhe? 
(C]0 Mliùr Té thanac ille* gu Cuil Feaga Formaeile 
A Munw/n teidhim cin gheis' A Dliuibhlis, a meic Dhofis. 
|/>.|Cidh dia teidhe-si i Mumain' slonn gin cairdi, mas 

chubaid 
Tagairdo dail, cia do set ? ga slùgh ga dtai forchoimhet? 
\C.\ Do dhingbtf// druadh in tire. 1 172 b 1 | teidhim marom 

coi m hd lu ne 
Coiscidh Cormac bhidh cumhair righa mora na Munuxn 
[D. \Gach toise fa taneuis ille' eu brath noeha comaillfe 
Biaidh nel air uasaibh a moigh" bhidh beg bar ngrain, a 

Cithaigh. A Cithaigh. 

36. A h-aithle na laidhi-sin ra hinnisfd do Chormac gur bâ 
oie faitsine na ndruadh dhô. " Ni fetaim-si, " ar Cormàc " a 
didhuil forro ar gid in lucht ro thriall a marbadb ni ro ietsat 
7 is forro ra imerset mêla ". Cu nad annsin ro aithin Cormac 
gan a luadh ider intan tiefatuis. 

Afna mharach immorro gabsat rompa i bhtairsiungslighedh i 
cenn Mairtine Mumaw gu rangatar eo Dnnm Medhoin Mair- 
tine dar bha comhainm Ardcluain na Fene 7 Mucralach mhuc 
Daire Cerbe righ Medhoin Mairtine, frisin apar Imliuch Ibhair 
aniu 7 ro suidhighset longport isin du-sin. 

Teit Cithmor asin longport siar dhes, d'fegflrf nel 7 aoir co 
bfesadh ord in zsloigb. Is and dorala dhô araili laech finnehas 
forbhfaih'J .i. drai Medhoin Mhairtiwe dar bhu comhainm 
Medhran drai 7 ro gabh cach dhibh ar acalduim a chele 7 ic 
fiafraigid scel 7 do raidh Medhran in laidh 7 do freagair Cith- 
moV. 



37. [M.] A Chithmoir, gu fir freagair - ga la thanac 6 Them- 

hair ? 
Caidhi hord o sin ille' borb nech muna fiafraighe. 
[C] Dia luain duin gu Comar cruaidh" is Dia Main co 

h-Ath in tShtaio- 

o 

Diacedain (conar cain gle)* co mullach fain Formaeile. 



Le siège de Druim Damhghaire. 39 

Cithach. C'est de Tarn que je suis venu, à Cuil Feaga 
Formaeile.Je vais en Munster (rien ne me l'interdit), ô Dubhfis, 
ô fils de Dofliis. 

Dubhfis. Pourquoi vas-tu en Munster, dis-le, sans attendre, 
si cela est convenable. Explique-moi cette rencontre(P), quelle 
route suis-tu ? Quelle armée surveilles-tu ? 

Cithach. C'est pour repousser les druides de cette terre, que 
je viens ainsi que mes compagnons. Cormac châtie (ce dont 
on se souviendra longtemps), les puissants roi de Munster. 

Dubhfis. Les desseins qui t'ont amené ici, jamais tu n'en 
réaliseras aucun. Un nuage de carnage (?) s'étendra au-dessus 
de vos têtes dans la plaine. Faible est la crainte que vous 
inspirerez, ô Cithach ! — O Cithach. 

36. Après qu'ils eurent récité ce poème, il fut répété à 
Cormac que les druides proféraient des prédictions sinistres le 
concernant : « Je ne saurais en tirer vengeance, » dit Cormac, 
« car tous ceux qui ont essayé de les tuer ont échoué, et c'est 
eux-mêmes qui ont pâti ». Si bien que Cormac donna ordre 
qu'on ne fit allusion à rien lorsqu'ils reviendraient. 

Le lendemain on reprit la .marche, là où le chemin va en 
s'élargissant vers Mairtine de Munster, jusqu'à Druin Medhoin 
Mairtine que l'on appelait aussi Ardcluain na Fene et Muctha- 
lach MucDaire Cerbe. Cerbe était le roi de Medhon Mairtine, 
que l'on appelle Imliuch Ibair, aujourd'hui ; ils établirent le 
camp en ce lieu. 

Cithmor sortit du camp, marchant vers le Sud-ouest, pour 
regarder les nuages et l'air afin de savoir quel serait l'ordre de ( 
marche de l'armée. C'est alors qu'il rencontra un guerrier, 
aux cheveux blonds et bouclés, et d'apparence avenante ; 
c'était le druide de Medhon Mairtine, qu'on appelait Medh- 
ran, le druide; ils se mirent à causer ensemble, et Medhran fit 
ce poème dont Cithmor fournissait les reportes. 

37. Medhran. O Cithmor, réponds véridiquemnnt. Quel 
jour as-tu quitté Tara? Quelle marche as-tu suivie depuis lors? 
— Insensé quiconque ne le demanderait pas ! 

Cilhmor. Nous allâmes Lundi à Comar, lieu farouche. Mardi 
a Ath int Slôig (au gué de l'armée). Mercredi, belle et splendide 
route, au sommet de Formael escarpé. 



|o M. L. Sjoesiedl, 

[M.JCaidhi barn-orddia Dardain - innis duinn aCithmhoir 

chaeim. 
Cidh ro bar rojg in seul soin ? Cidh ro bar soebh re seacht- 

mhoin 
[M.] Ord na h-Aeine, in meabair laf a Chith Mho'wcuicid 

Connacht ? 
Cia leith raghthairdiabar ngairnr isin maidin dia Sathairn? 
[172 b 2] [C] O chuil Fegha dhuin aile' co Driiim 

Medhoin Mairtine 
Ord na h-Aeine duid gin dailbh' gu Cnoç na Cenn dia 

Sathairn 
\ M.] Caidhi bur n-ord o-so amach' innis duin masat eolach 
Ma roetar slonn co tai' a Chith Moir, cin imargai. 
[C] Bemit annsin co tv'izmain' mi 7 raithi 7 bliadtfw 
Bid duaidhdo Leith Moghaar mbaiglr bidhcruaidh ar modh, 

a Mliedrain 
[M]. Gach a ndingne dh'ulc d'ar ro" târruster ort ind oen- 

lo 
Madh lais tall budh terc a treoir bid fann do cen a Cith- 

moir. A Cithmoir 
38. Imsoei cach dhibh o cheli dh 'aithle na laidhi-sin 7 teit 
Cithraor ar zmus in longphuirt 7 do bhi in slâgh annsin eu 
mueba lai ara bharuch. O thainic an maitean ro coimeir;^/; 
Corinac cona sloghuibh 7 tancatar rompa gu Cnoc na Cenn 
gur gabsrtt longport ann. Is ann-sin atbgrt Cormac ra Cith- 
ruadh fern a pupla do sadhud. Ocus arai ni ro eir/'^h CÀûwuadh, 
ar forfitir nach fétfadh in puba// do sadh/u/. Do dhechatar 
dano slôig in choicid ar deisibh 7 ar triamibh for cnocaibU 7 
tor tulchuibh impuibh dia bhfegad. Ocus atbert cach re chele 
dhibh : " Atat daimh dil ann 7 cliath b^rnadha ced iniu i 
Cnuc na Cenn 7 itadamghaire sochaide 7 forngaire slogh. Ocus 
bid he a ainm o aniu-cu brath : Druim Damhghaire. Is ann 
ro raidh Cormac : " Fadectsa, a Chithruaidb ", ar se, " sdidh 
mu pupa/7/ mar no saidhtea pupaill mh' athar 7 mu senathar, 
ar ni as so raghat no gu tardthar mu chain damli no eu rom 
eiùchter uimpe ". 



Le siège de Dr ni m Dam ho ba ire. 1 1 

Medbran. Quel tut votre étape «Je Jeudi ? Dis-le nous, aimable 
Cithmor. Pourquoi avez-vous choisi (?) cette direction ? 
Comment vous êtes-vous égarés durant une semaine ? 

Medbran. Te souviens-tu de ce que vous fîtes Vendredi, 
Cithmor, homme de Connaught. De quel côté ira-t-on vous 
provoquer dans la matinée de Samedi ? 

Cithmor. De Cuil Fegha nous sommes allés à Druim Mèd- 
hoin Mairtine; voilà notre marche de Vendredi, sans men- 
songe. Nous irons Samedi jusqu'à Cnoc na Cenn. 

Medbran. Quel chemin suivrez-vous ensuite ? Dis-le nous; 
si tu ne l'ignores pas. Si tu le sais, apprends-le nous, ô Cith- 
mor, sans nous tromper. 

Cithmor. Nous resterons là, tristes et lassés, un mois, un 
trimestre et une année. Nous combattrons farouchement contre 
les gens du Sud ; nous les traiterons avec férocité. O Medran. 

Medbran. Tout le tort que tu feras à notre prospérité est 
ramassé sur toi (?) en un seul jour. leur conduc- 

teur sera Et ton droit aura peu de force, 

ô Cithmor. O Cithmor. 

38. lisse séparèrent après avoir composé ce poème : Cithmor 
rentra au camp et l'armée- resta là jusqu'au lendemain matin 
de bonne heure. Au lever du jour, Cormac se mit en marche 
avec ses troupes et ils allèrent jusqu'à Cnoc na Cenn, où ils 
établirent le camp. C'est alors que Cormac dit à Cithruadh de 
planter les piquets de sa tente. Cependant Cithruadh ne se leva 
pas car il prévoyait que la tente serait impossible à planter. 
Les soldats de la province se rendirent alors, deux par deux ou 
trois par trois, sur les collines et les coteaux environnants, 
pour les voir. Et ils se disaient l'un à l'autre : « Il y a de beaux 
guerriers et une assemblée imposante de champions à Cnoc 
na Cenn, et la clameur de nombreux guerrier y retentit avec 
la rumeur puissante des armées. Cette colline s'appellera doré- 
navant Druim Damhgaire ». 

C'est alors que Cormac dit : « Allons, Cithruadh, plante 
ma tente comme tu avais coutume de planter la tente de 
mon père et de mon grand-père, car je ne bougerai pas de là 
qu'on ne m'ait accordé ou refusé mon tribut. » 



.|2 M. L. Sjoestedt. 

39. Gabhus Cithruadh iarsin ar a sâdh/ti 7 icgabhail férne 
na pupla don talmazu 7 ni ro dhipad ' ar fer nach ar fonn 
uadh fern na pupla 7 do sclthiged in drai 7 ro raid : " atci 
so, a Chormaic, 7 gin gur ghabhuis aithne uaim-si as reil dait 
ar in cleith-si in ro raidhscm-ne friut ria tiachtuin a Temhr- 
fl 4 7 ^" j 7 c '° ra idh m retorec. 

" Adchi in cleith-si, a Chormaic 2 ". 

40. " Atcluine sut, a Colptha, i n-apair in sendrai, 7 fort- 
t'imidb sâdhad na pupla 7 said fein i ". Ro gab Colptha fern 
na pupla n-a laimh 7 ro gab oc tathair 7 oc beim ar Cithr- 
uadh 7 tue forba n-eeomluinn 7 sinedh romor for a churp eu 
taillfitis meic mhidhaeisi idir cech dâ asna do 7 ro iuirim fria 
tahnain an feirn-sin 7 ni ro ghab lâr uadh ; ro bui dia nert- 
mhaire chena rô saith co nderna brisebruar dhi o foréim/rf a 
satlW. " Cidh dogentar andfusa ? " ar Cormac. " Dogentar, 
" ar Cith Kuadb 7 ar cach arcena " sloigh mhora do taba/rt 
cucainn. Ct Ocus tucait, ocus doronait longinata mora ann 7 
ro sâiàhed einn na cleath is na sailghibh-sin 7 is fon n-inn- 
us-sin doronrti in longport uile. As de ata Long Cliach inniu 
.i. don tsuidhius/'i/-sin. 



41. Ocus ro raidh Colptha ra Cith Ruadh. " Ro bhai deitbir 5 
dhait-si gia madh lease lat in turus-sa, ar gi be dheoch gi be 
na deoch i mbethaid asin cuiced-sa. ni tusa raghas ". " Ba deit- 
bir on, '' ar Cithruadh ", uair fortetur-sa a mbia dhamh dhe 
7 do Chormac 7 no thairmeasefaind-si imbe tiachtain mina 
nertadh sibh-si fair 7 mane dernadh bhar comhairle. Ocus dano 
ni ba ferr dhuibh-si in cuiced thancabar uair ni ragha neach 
uaib i mbethrt/rf as in cuteed-sa. Ocus duno, " ar se ", in pub/</- 
sin na ro iétus-saj na ro tVtuis-si do sadh ud h ; ni tibherthea a 

1. Nous ne savons à quelle racine rattacher cette forme. Faut-il y voir 
une forme de di-ben- « diviser », ou la rattacher à diupa « creuser » (?), 
K.Mever. Contrib. Cf. § 49 la même forme. 

2. Sans doute est-ce à la fin de ce paragraphe que devrait venir se placer 
la deuxième partie du § 42, depuis foreimdbigh. 

3. Dans T'interligne au-dessus de deitbir : no derb. 



Le siège de Druim Damhghaire. 43 

39. Cithruadh se mit alors en devoir de planter la tente et 
d'entrer les piquets dans la terre, et il ne put enfoncer ni dans 
l'herbe ni dans la terre les piquets de la tente. Quand il fut 
las, il dit : « Tu vois, quand bien même je ne t'aurais pas 
averti, ce poteau te prouve ce que nous t'avons dit avant que 
tu quittes Tara » ; et il dit la rhétorique : « Vois ce poteau, 
Cormac », etc. 

40. « Écoute donc ce que dit le vieux druide; puisqu'il n'a 
pas pu planter la tente, plante-la toi-même ». 

Colptha prit en main le piquet de la tente, et se mit à 
réprimander et à insulter Cithruadh, et il se mit à l'œuvre à 
grand etiort et son corps en était si excessivement distendu 
que des hommes adultes auraient pu passer entre ses côtes. Il 
appuya le poteau contre terre mais ne parvint pas à le faire 
pénétrer ; il déploya autant de force pour le ficher en terre 
que pour le briser lorsque ses efforts pour le ficher eurent 
échoué. « Que faut-il faire maintenant ? » dit Cormac, « Il 
faut », dit Cithruadh, et tous avec lui, « il faut nous fournir 
un grand nombre d'hommes. » On les leur fournit, ils firent 
de grands chantiers comme pour des navires, et assujettirent 
la tète des poteaux dans ces étais. C'est de cette façon qu'ils 
établirent tout le camp. C'est de là que le lieu est nommé 
Long Cliach, à cause de la façon dont on établit le camp. 

41. « Sans aucun doute», dit Colptha à Cithruadh, « tu 
devais répugner à cette expédition. En effet, que tel ou tel 
revienne ou ne revienne pas vivant de cette province, toi en 
tout cas n'en reviendras pas ». « Sans aucun doute », dit Ci- 
thruad ; « je sais en effet quelles seront les conséquences de 
cette expédition et pour moi et pour Cormac : j'aurais empê- 
ché Cormac de partir, si vous ne l'y aviez encouragé et si votre 
avis n'avait prévalu. Au reste vous ne vous trouverez pas 
mieux que nous-mêmes d'être venus dans cette province, 
car aucun de vous n'en sortira vivant. Au reste, ni toi ni 
moi n'avons été capable de planter cette tente. Elle n'aurait 
pas été sortie de la maison de Tara, n'eût été de vous, 
mais Cormac aurait suivi les recommandations de son père et 
de son grand'père et n'aurait réclamé de tributs qu'à bon droit 
et en toute loyauté. Quoique la prophétie que je lui fis à ce 



4 4 M. L. Sjceskdl. 

tigh Temracb hi, min bad sibh-se, [173 a 2] acbl inni ro ta- 
rasnuigh athair 7 sen zthair do, .i. asa rect 7 asa bhfirinne, is 
;is no c.huinegad a cain. Giar ba fir tra in Faitsine-sin ni thwc 
Corinne dia oidli hi, na inte dosroine ". 

42. Is amlrt/d/; immorro boi int iiW i mbai Coxmac cur bo 
iseal leis he7gur bobard lais int inadh araibhi Fiacha 7 firM//- 
rnan. OfMjrogheallsat a draithe do-sum ce m^d i latrad in baile 
ingebdais cun toicebhduis uas cach 7 ro iar Cormac orro-som 
sin. Ocns t//csat dô anw/7 ro gheallsat ax ro arduighset an 
enoc-sin iar taibsin côicait cubât uas cach, gin gub fir a beit am- 
\aid. 

Foreimdhig tra CÀtxxxuadh ' in pupall do sàdh//^/;cu ro raidh 
Comme. " Cle is mana fort, a Chithruaidh, cid dochuaidh do 
nert intan na ro tétais in phuptf//.do sadhadh. Ni gliabhudh 
didiu in tulach fern na pupla acht nmail bidh ar cloich no 
saidhthea". " Nucon edh itû ", ar Chhruadb, " nach biath 
do nirt ocum a sadhudh, acbt is tria ainrir ro xnaWadh " 



43. Batar annsin teora la 7 teora oighthi ac suidhiug//^/; 
a longphuirt. Docuas uadhaibh iardain do chuinghidh a cana 
7 a chumhaile 7 ni tucait. Tanças o C\\ormac arna mharach 
do chuinghidh chomlainn einfhir ar fearuibh Mumhan. Ro 
cuingd'rf o fearaibh Mumhan dail teora la 7 teora ngebe ar Chor- 
mac ar daigh co bhhnndais cia no tinefeadh 7 no gebhudh do 
lai m acu in comh/fl«/?, ar ro bu cinnte ac Coxmac in cuicer no 
ghebhadh do laimh comhlann. Doratadh o Chox mac in dail— 
sin. Doronadh comhairli ag feraibh Mitmban [173 b 1] frisin 
re sin 7 ro chindset g^ch aen dibh no gebhudh do laimh. 
Ocns'is eadb frith oc feruibh Muma/; do thincsin an comhlainn : 
ochtar ar cethri a'/aibh 7 enainm for cech iïchit dibh-sein 7 
taisech for cech îiebit 7 in t-ai//m no bidh for an taiseach 
iss cdb no bidh for a îich'w 7 dano ba comhlunn îich'xt in tai- 



1. Ce passage jusqu'à la fin du paragraphe paraît hors de sa place. Sans 
doute faudrait-il le transporter à la fin du 5 39- 



Le siège de Dntiin Damhghaire. ,45 

sujet fût véridique, Cormac ne s'en est pas plus soucié que uV 
celui qui la faisait ». 



42. Le lieu où était campé Corniac lui paraissait être trop 
bas, et celui où étaient campés Fiacha et les troupes de Mun 
ster lui semblait élevé. Ses druides lui avaient promis que, 
quelle que fût la situation du lieu où ils se trouveraient, ils 
rélèveraient au-dessus de tous les autres. Cormac leur deman- 
da de le faire, et ils firent comme ils avaient promis. Ils éle- 
vèrent en effet la colline de cinquante coudées au-dessus de 
toutes les autres, du moins en apparence, car il n'y avait là 
qu'une illusion. 

Cithruadh ne réussit donc pas à planter la tente; à ce sujet, 
Cormac lui dit : « Maladroites sont sont tes mains, Cithruadh. 
Où donc était ta force, alors que tu n'étais pas capable de 
planter la tente ? La colline n'a pas laissé pénétrer les piquets, 
pas plus que si on les avait plantés sur une pierre ». — Ce 
n'est pas que la iorce me manque pour la planter », dit 
Cithruadh, « mais c'est l'injustice de ta tentative qui est cause 
de cet échec ». 

43. Ils mirent trois jours et trois nuits à établir le camp. Ils 
envoyèrent ensuite réclamer le tribut et l'indemnité, et on ne 
les leur accorda point. Le lendemain Cormac envoya provoquer 
en combat singulier les guerriers de Munster. Ceux-ci lui 
demandèrent un délai de trois jours et trois nuits, pour déci- 
der qui se chargerait de combattre, car, pour Cormac, il con- 
naissait d'avance les cinq qui se chargeraient de combattre. 
Cormac accorda ce délai. Les hommes de Munster délibé- 
rèrent a ce sujet et décidèrent qui prendrait part au combat. 
Voici les dispositions qu'ils adoptèrent en vue de ce combat : 
quatre cent huit hommes, par compagnies de vingt hommes, 
dont chacune portait un nom et avait un chef, et chaque 
compagnie portait le nom* de son chef. Le chef était de force 
à combattre vingt hommes, et chaque homme de chaque com- 
pagnie pouvait en combattre neuf. 

Voici les noms de chaque compagnie : compagnies Finn, 
Failbe, Fingen, Fergus, Fiacha, Finnchad, Dond, Daire, Dom- 



46 M. L. Sjoestedl. 

■seach 7 ba comlunn nonbur gach fer in gacli fichit. It é annso 
na h-anmanna ro batar for na fichtibh .i. fiche Finn 7 fiche 
Failbhe, fiche Finghen, iiche Ferghus, Uche Fiacha, fiche Finn- 
cliad, fiche Dond, fiche Daire, fkhe Domnall, fiche Forgarb, fiche 
Tren, fiche Mureadhach, fiche Treinfear, fiche Fe'û'imidh, fiche 
Donnchad, fiche Conall, fiche Cobthach, fiche Dubthach, fiche 
Dael, fiche Dinert^, fiche Diarmud, iiche C\ar, fiche Crimthan. 

44. Ro gàbustar dano Mogh Corb, mac Cormazc Cais meic 
Oihï/tf Oluim do lâimh laidh/Wgach fir no raghadh o feraibh 
M.uman asin comlunn. Ro gabhustar d\diu Cairbre Lithfacair 
mac Corma/c do lâimh lâidhzW gach fir no ragadh o Leith 
Cuinn isin comhlunn. Act ni ro ghaibh nach dhibh do laimh 
dul isin comlunn acht in cuicev druadh tue Cormac as Sith 
Cleitigh .i. Colptha 7 Lurga, Errgi 7 Eng 7 Engain. 

45. Tainig tra Colpa roime siar eu Raithin in Imairic i 
Weith aniar thuaidh d'Ath na nOc, frisin apar Ath Colpa 
inniu. Do deochaidh Finn Fidhrinde do thincsin Colpthacu 
Raithin in Imairic ra hAth Corcomaigen aniar dheas frisinn 
abar Ath Colphta beos. Ocus a dhâ bhfear laidhthi leo .i. 
Mogh Corb 7 Coirbre. Gabhustar cach dhibh og agallaimh a- 
raili 7 oc tincsin in chomh\uinn. Ocus mar râinic do chach 
dib isin âth robtar inilldhirghi na h-urchair 7 robtar cruaidh 
na crideadha 7 roptar bailce na beiminna ; beridh cach dibh 
beim ar beim [173 b 2] dia cheili fon tuaraim-sin 7 fregra fon 
tacra. Ocus ro bui cach dhibh oc imesarcain a cheli gu tanca- 
tar dubhuchu deridh lai ; No ragduis imtnorro eoin ar crom- 
lunmain tria chorp Find ; acht cenz ni raibhi nach comhardha 
or churp Colptha, ar ni geibhtis renna na ilfaebra he ar mhét 
a druidhechta. Acht cena roscarad Colptha fa tri ra armaib isin 
lo-sin, 7 doratait ardainiene ' air a n-eemais marbhtha. Ocus 
ro dealuighset o tancatar dubacha .deridh lai 7 dochoidh cach 
dhibh dia longport. 



46. Ba crechtach crolinntach Finn in nigche sin 7 ro gheall 

1. ardainiene, pluriel de drdainicin, qu'on a* § 63, composé de ainicin 
(K. Meyer, Contributions), c oppression, dommage », qu'on a, § 95. 



Le siège de Druirn Damhghaire. 47 

nall, Forgarb, Tren, Mureadach, Trenfer, Feilimid, Donn- 
chad, Conall, Cobtach, Dubtach, Dael, Dinertach, Diarmud, 
Ciar, Crimthan. 



44. Mogh Corb mac Cormaic Cis meic Oililla Oluim se char- 
gea d'encourager les guerriers de Munster qui iraient au com- 
bat. Cairbre Liftechair, fils de Cormac, se chargea d'encourager 
les guerriers du parti du Nord qui iraient au combat. Mais seuls 
parmi ceux-ci allèrent au combat les cinq druides que Cormac 
avait amenés de Sith Cleitach : Colptha et Lurga. Errgi,'Eng 
et Engain. 

45. Colptha s'avança vers l'Ouest jusqu'au tertre désigné 
pour la rencontre sur la rive Nord-ouest d'Ath na nOc, aujour- 
d'hui Ath Colpa. Finn Fidhrinde se rendit pour l'affronter au 
Sud-ouest d'Ath CorcoMaigen, aujourd'hui Ath Colptha. Les 
deux guerriers chargés de les encourager; Mogh Corb et Cairbre, 
étaient avec eux. Ils s'adressèrent la parole et engagèrent le 
combat ; durant leur rencontre dans le gué, sûrs et droits 
étaient les traits qu'ils se lançaient, fermes leurs cœurs, puis- 
sants les coups qu'ils se portaient; les coups répondaient aux 
coups et la riposte à l'attaque. Ils se meurtrirent ainsi l'un 
l'autre, jusqu'à ce que vinssent les ombres de la fin du jour. 

Les oiseaux auraient pu se faufiler en volant à travers le 
corps de Find. En revanche le corps de Colptha ne portait 
aucune trace de coup, car ni pointe ni tranchant ne pouvait 
l'entamer tant était grande sa puissance magique. Cependant 
les armes de Colptha lui furent arrachées par trois fois ce 
jour-là, et il fut cruellement blessé sur son corps, quoiqu'il 
n'en mourût point. 

Lorsque l'ombre arriva ils se séparèrent et chacun regagna 
son camp. 

46. Finn était tout déchiré et sanglant ce soir-là. Il s'en- 
gagea sur l'honneur à reprendre le combat en personne le len- 
demain. Il soutint le combat de la sorte pendant trois jours 
puis succomba, Colptha ayant réuni tout son art et toute sa 



48 M. L. Sjoesledt. 

a briathar dhô eu metd lié no thinefedh in comlunn do arna ba- 
rach ; rothincFinn tra in comlunn gu cenn tri la fon tuaruim- 
sin 7 dorochair iarsin iar ndul do Colptha i formna a feasa 7 
a eolusa a dliiaba/dain 7 i muinighin a dea. Dorocbratar trai» 
fiche Finn la Colptha on mud-sai«. Ocus ni nar bat crwaidhi 
na cridhedha 7 ni nar bat bailce na beimeana 7 ni nar bat 
inillddirghiu na hwrehair uaidhibh do Colptha, acht niis raba 
diabtf/dan acu do freacra dho. 

47. O thairnic tra in comhl/MH-sin, tainic Lurga for in ath 
cedna. 7 ro fuacair comhlunn forferuibh Muman. Ro tincedh o 
na Failbibh sin. Dodhechaid Failbhe mac Fedhuigh isin 
comhlunn. 7 rob inilldirach ro freagradh an comlunn aigi 7 ba 
cruaidh 7 ba calma. Ocus eimilt ainnisi in engnamha doronadh 
jsna comhlannuibh-sin uili ar as i a n-innisi cetna. beos. Is 
amW./-sin tra ros caithit 7 ros dithaighit lucht in chomhl/«'w/z 
uili 6 feraibh Muman. Con drochair ochtmoga 7 da cèd ann 
d'feruibh Muman 7 ni thiced o Cliormac isin comlunn acht 
Colptha 7 Lurga iar sealuibh 7 sistibh. Cunad annsin ro 
dhiultsat fir Muman in comlunn aeinlir. 

48. Ro cuingedh o Chovmac comhl//«« cet ar feruibh Mmw- 
han. Dodhecbatar atuaidh ann-saidhe tri h-ingena Mhaoili Mi- 
scaidhche .i. Errgi 7 Eng 7 Engain, in deilbh tri caer^ch Icach- 
tna gu cnesaibh congnai, gu cennuibh cnamha, gu nguilbn/7>/; 
iaruind, gu neimh dhithafierf ra h-uair comhluinn. [174 a ij 
Ocus dano ni isgeibhdis renna na foebra in betha loe na rînna 
dhoibh. Ro tmeed o feruibh Muman in coml/m«ced 7 ra cor- 
aighit na cliatha cruaidhi fo«acalltha do ghaibh coirrbreaca 
cruaidh géra i llamibh leo, gu leibenn sciath retlannach i tim- 
chill in tsloigh 7 tri cblaidibh troma thortbhuili^/;a a n-in- 
tighibh dhoibh gu sleaghuibh sodhibraiethe leo ra ha/ritin 
aidh 7 irgaili 7 ra tinnscetul deabhtha. Ocus o ro comhra/cset 
ânes. 7 atuaidh imsou cach co a chele dhibh. 



49. Ro chaithset fir Mumhan forcla a n-arm in la-sin oc 



Le siège de Dniim Damhabairc . 



49 



science diabolique, et ayant invoqué son dieu. Ainsi suc- 
combèrent sous les coups de Colptha les vingt guerriers de 
Finn. Ce n'est pas cependant que leurs cœurs ne fussent pas 
fermes, que leurs coups ne fussent pas puissants ni leurs traits 
sûrs et droits ; mais ils ne disposaient pas de ressources 
magiques égales à celles dont disposait Colptha. 



47. Ce combat terminé, Lurga vint au même gué et pro- 
posa le combat aux Munstériens. Ce fut la compagnie de 
Failbe qui releva le défi. Failbe mac Feduigh vint au combat. 
Ce fut avec sûreté, avec fermeté et fougue qu'il soutint le 
combat. Ce serait perdre son temps que de raconter les actions 
d'éclat qui furent accomplies durant cette série de combats, 
car le même récit a déjà été fait. Le fait est que tous les 
Munstériens engagés dans ce combat succombèrent et périrent. 
Deux cent quatre-vingts Munstériens périrent sans que Cormac 
eût engagé dans ce combat d'autres que Colptha et, alterna- 
tivement, Lurga. C'est à la suite de cela que les gens de 
Munster refusèrent tout combat singulier. 

48. Cormac demanda alors aux Munstériens de lui livrer 
bataille par troupes de cent. C'est alors que vinrent du Nord 
les trois filles de Maol Miscadach : Errgi, Eng et Engain, sous 
l'apparence de trois moutons bruns. Elles avaient des cara- 
paces de corne, des têtes d'os, des becs de fer qui distillaient 
des poisons capables de tuer cent hommes dans le combat. 
Toutes les pointes et les tranchants du monde n'auraient pu 
couper un poil ou un brin de leur toison. 

Les gens de Munster engagèrent le combat : ils ajustèrent 
des bois durs aux javelots bien façonnés durs et pointus qu'ils 
portaient à la main : ils firent avec les boucliers étoiles un 
rempart autour de l'armée : ils portaient trois lourds glaives 
aux coups pénétrants dans leurs fourreaux. Ils portaient des 
javelots aisés à lancer pour soutenir le combat, et engager la 
lutte. 

Lorsque les adversaires se rencontrèrent, venant du Nord 
et du Sud, ils s'attaquèrent l'un l'autre. 

49. Les gens de Munster perdirent ce jour-là le meilleur de 

Revue Celtique. XLIII. 4 



50 M. L. Sjoestedl. 

uradaigh'i 7 oc imditen a corpar na caeiribh. Ocusclar bat inill- 
dirghi na h-urchair7 giar bhat bailciu na beimeanna o feraibh 
Mumhan do nacaeribh ni ro dlpad ■ ar lo nach ar finna dhoibh 
7 dano ni ra chumhcaiset-som ni do feruibh Mumhan in la- 
sin, acht brudh airm 7 biàid. Ocus o thancatar cricha in lai 7 
urthosflch na h-oighthi imsoe cach o chele dhibh ar amwj a 
lottgphort. 

50. Tancatar dano i mucha lai arna mharach fon tuaraim 
cedïiz i freacar in chatha 7 immafainic imesarcain doibh isin 
ath. Ocus nir bo finncloistena do cetra cuicedaibh Eirewn co a 
longportuibsceallghar na sciath 7 cruaidhbheimn^c na daid'mm 
7 briscbruar na n-arm 7 imesaronn na curad fris na Caeirigh. 
Ocus ciar bhu cruaidh 7 ciar bu curata ro freacrait na cz'mgh 
o na sloghuibh in la-sih, araidhe dochuatar na ca'mgh treothn 
7 tarrsa 7 ros dicennsat co leir 7 ro facbad in drong-sain in- 
sin bonn fria medhe 7 meidhi fri bonn 7 doit fria doit 7 dor- 
onstft na cairigh dumha da n-eduighibh 7 da n-armuib/; 7 
carn dia cennaibh 7 forfacuibhset fon tuaraim-sin 7 imsoe 
cach o araili dhibh co a longpor/aibh. Ocus beruït fir Muman 
faidhbh a muindteri leo. Cona.dk amlaidh sin dorochuir int 
ochtar ar cetbri cedùb d' feruibh Mumhan. O thancatar 2 im- 
morro na comlunna-sin ro ratha/^/;set tir Mhuma« cur bho 
iluch à&mhraidi moin vous dith uili amh\aidh sut. Ocus is 
edh doronsat foi-sidhe a n-ainfiallach do leacud 7 ni ro tincset 
in comhlunn [174 a 2] eitir o sin imach. 



51. Ro cuingedh in cain iarsin o Chovniac 7 ni tucadh do. 
Is annsin adubair/ Coxmac ra a druidhibh : " Caidhi in ni ro 
gheallabhair dam-sa ?" — " Ca ret do gheallsam duix. ? " ar 
siat. — "Do gheallabar dhamh", ar se, " tart do thabfl/rt ar 
lucht in chuicidh-si, 7 srotha 7 uisge in cuicid do dhicleith 
acht na mbiath dibh ocum foghnamh fein 7 ac foghnam mu 



1. Pour cette forme peu claire, cf. § 39. 

2. Sans doute faut-il lire thaimcetnr. 



Le siège de Druim Damhghaire. 5 1 

leurs armes, en protégeant et sauvegardant leur personne 
contre les attaques des brebis, et quoiqu'ils les assaillissent de 
traits sûrs et de coups puissants, elles ne perdirent ni poil ni 
brin de leur toison ; les gens de Munster ne réussirent ce 
jour-là qu'à mettre en pièces leurs armes et leurs vêtements. 
Lorsque le jour fut sur son déclin et la nuit près de tomber, 
ils se séparèrent et rentrèrent dans leurs camps respectifs. 

50. Le lendemain de bonne heure ils vinrent reprendre le 
combat dans les mêmes conditions et se mirent, d'un commun 
accord, à s'entr'égorger de nouveau dans le gué. Et ce n'était 
pasagréable pour les quatre provinces de l'Irlande d'entendre, 
jusque dans leurs camps, le fracas des boucliers se fendant (?), 
les durs coups de glaives, le bris des armes, et le massacre de 
héros que faisaient les brebis. Quoique les bataillons oppo- 
sassent une résistance opiniâtre, celles-ci percèrent et bous- 
culèrent leurs rangs, décapitèrent les guerriers et laissèrent 
toute la troupe sur la place, sens dessus dessous et côte à côte; 
les brebis firent un monceau de leurs vêtements et de leurs 
armes, empilèrent leurs têtes en un tas, et les laissèrent ainsi; 
les adversaires se séparèrent alors pour rentrer dans leurs camps. 
Les guerriers de Munster emmenèrent avec eux les dépouilles 
de leurs gens. 

C'est ainsi que furent défaits quatre cent huit guerriers 
de Munster. 

Après ces combats les gens de Munster remarquant que 
c'était de bestiaux formidables qui les avait tous mis 

à mort ainsi, décidèrent de renoncer à (ces combats) où ils 
engageaient un corps d'armée, et ils n'acceptèrent plus aucun 
combat dès lors. 

51. Cormac réclama ensuite le tribut, et on ne le lui donna 
pas. C'est alors qu'il dit à ses druides : « Eh bien, et la pro- 
messe que vous m'avez faite ? » — « Que t'avons-nous pro- 
mis ? » dirent-ils. — « Vous m'avez promis », dit-il, « d'alté- 
rer la population de cette province, et de cacher les fleuves et 
les eaux de la province, sauf la quantité qui m'est nécessaire 
à moi-même et à mon armée. Et je ne me suis fié, ni ne me 
fie à ma propre force, mais bien à la promesse que vous m'avez 
faite d'accabler de tous les fléaux qu'il me plairait cette pro- 



>2 M. L. Sjoesiedt. 

sloigh. Ar ni toebli rem nert fein dorât//* na doberim acht is 
edh ro gheall/ïM/zr-si d.xno, g/zch eicendail budh ail damh do 
thabm'rt ar an cuiced gan chath, gan chomlwww uaim-si doibh 
acht an e'icen dobmhai-si forro no gu nam toire-sa mu riar eu 
h-ait a mbeinn ". 

52. Ra dhichelsatair iarsin ulsgi in cuicidh uili acht in cut- 
raime no foghnad do Chormac jdz sluagh, 7 ni raibhi dicheilt 
doibh-sidhe forro. Ocus dano tucsixt tart 7 ita ar luclit in cui- 
cid uili iter daine 7 almliai 7 innile. Ro cuinghedh in cain 
iarsin o Chormac 7 ni tuazdh do. Is e ni arroimpaset fir Mu- 
inhan iarsin, uair nach scemnta nô sirthi doghnidh Cormac : 
loimm 7 ass 7 medg do thaba/rt cuca o a muindteruibh a 
ngach \r\ad a mbitis. Ro Kmn'xsed do Chorwtf^ sin 7 ro raidh 
fria draidhibh : " Cidh dia ndingnet fir Muman aitidiiifW 
damh-sa gin gu faghbhat uisge cein fogabhut ass 7 loi m 7 
medg ?". — "/Ni duilghi lin-ni ", ar siat, "allachtdo breith 
o na buaibh inat na husgedha do dhidith ar na sloghuibh ". 
Conadh ann-sin r//csat a lacht o na buaibh. Ocus da/w titcsal 
tart for echaibh ocus cairibh 7 buaibh 7 ar uilibh innilib in cui- 
cid. Ocus àa. mad idirsloghaib in cuic/'d uili no betis ni mo do 
boghêlmnigh 7 do sitrigh 7 do sreodhfadaigh doghendais al- 
mhai in cuicid. 

53. Ro cuinghedh in chain iarsin o Chormac 7 ni tucadh 
do. Is e ni doronsat fir Mumhan iarsin, mil do lec//d as a n-al- 
mhaibh 7 as a n-innilibh 7 a tabuirt i leastraibh 7 a tabairt 
cuca i featanaibh. Ocus is edh roghnitis, drucht do tinol gâcha 
madan raidh 7 a chur triasin fuil 7 a lecud amlaidh sin [174 b] 
no gu ndemad Iinnruil de 7 a h-ol iarsin tria cuisleannaibh 7 
tria fedanaibh. Cidh tra ro fannuige/////; iat-som de-sin 7, ro lt'/h- 
nuighset a tengtha 7 ruc[oi]dh a n-urlabra uathaibh act r//c a 
luth 7 a latliar, rue a nert 7 a tract 7 a seitir uaidibh, conadh 
areicin do thuicedh nech dibh ni do irlabhra 6 a chele. 



54. O ro nxthaigh Fiacha a mbeith ar bru bais 7 ecca 7 oi- 
g^da fon n-inn/tf-sin do raid friu : " Gach recht co h-eicin ", 
ar se, " deaUitigbter dhibh fein 7 g/rch ni ro chu'migh Cormac 



Le siège de Druitn Dambghairc. 53 

vince, sans que j'aie à livrer bataille ni à combattit contre eux; 
il suffirait, disiez-vous, des fléaux dont vous les accableriez, 
jusqu'à ce que l'objet de mon désir me soii apporté au lieu 
même où je me trouverais ». 

52. Les druides cachèrent alors les eaux de toute la pro- 
vince, excepté la quantité nécessaire à Cormac et à son armée, 
qu'ils ne cachèrent pas. Toute la population de la province 
fut alors en proie à une soif dévorante, gens, troupeaux et 
bétail. Cormac demanda alors le tribut et ne l'obtint pas : 
voici à quoi eurent recours alors les gens de Munster, du mo- 
ment que Cormac ne commettait ni déprédations ni ; ils 
se firent envoyer du lait de chez eux dans chaque endroit où ils 
se trouvaient. Cormac en fut instruit et dit à ses druides. 
« Comment les gens de Munster se soumettraient-ils, bien que- 
privés d'eau, aussi longtemps qu'ils auront du lait? » — « Il 
ne nous est pas plus difficile », dirent-ils, « de tarir le lait des 
vaches que de priver les armées d'eau ». Et là-dessus ils 
tarirent le lait des vaches, et assoifïèrent les chevaux, les 
moutons, les bœufs et tout le bétail de la province. Et quel que 
fut le nombre de toutes les armées de la province, tous les 
troupeaux de la province ne faisaient pas un moindre tapage, 
en beuglant, hennissant et s'ébrouant (?). 

53. Cormac demanda ensuite le tribut, et on le lui refusa. 
Et voilà ce que firent les gens de Munster : ils saignèrent leur 
bétail et leurs troupeaux, ils mirent le sang dans des vases, et 
se le firent envoyer dans des tuyaux. Et, de plus, ils recueil- 
laient la rosée chaque matin, la mélangeaient avec le sang, et l'y 
laissaient ainsi jusqu'à ce qu'il s'en formât une sorte d'eau 
sanglante, qu'ils buvaient ensuite à travers des chalumeaux et 
des tuyaux. A ce régime ils s'affaiblirent, leur langue gonfla, 
ils perdirent la parole, ils perdirent la force et l'énergie, ils 
perdirent entièrement toute vigueur, si bien que c'est à peine 
s'ils pouvaient se comprendre les uns les autres, quand ils par- 
laient. 

54. Quand Fiacha constata qu'ils étaient sur le point dé- 
périr de cette façon il leur dit : « Nécessité n'a pas de loi ; qu'on 
envoie de votre part vers Cormac (?) ; tout ce qu'il réclame, 



54 M. L. Sjoestedt. 

7 ima tainic o bic gu mor, tabhur do ". Do cuas uaidib iarsin 
do saichtin Chonnaic, 7 do raid h in tecta : " A Chormaic ", ar 
se, " gach ni uma tanacuis o bhic eu mor, dobmhar duit ". 
Do ehigh borrfad 7 diurnes romor a Cor mac 7 a maithibh 
Lethi Cuinn de-sin 7 do raidset fria Cormac : " Ni ra gaibter 
feibh na ferunn ", ar siat, " on righ gheb^i in chain-sin o 
nach t/<cadh dhô co Tembraigh hi, no gu tardtar ni bbus ail 7 
bî^inbail 7 bus andutheha 7 bus airrius ar meuiced-sa gu brzth 
a n-inad a imluaidh o a tigh ", ar ro ba doigh leo-som nach 
ar ben sluagh no dWgeadh in ro chmnnigh Cormac gin gu tu- 
cadh sluagaJ fa/V dia cuingid. 



55. Ocus ro thogfld acu-san in ail 7 in andutheha dobertha 
ar an cuicedh ar aen risin cain ûd 7 a rochtain dho dia thigh. 
Ocus as i andutheha ro togad ann : biadh budh ingantach 7 
budh ingnathach do tbabaitt in gach raithe o gach righ abhus 
da gach righ budh thuaidh 7 o gach righdamna abhus da 
gach rigdamna budh thuaidh, 7 o gach oiethighernd abhus da 
gach oictigern budh thuaidh 7 mac né mgen gach fir ibhusi laimh 
gach fir budh thuaidh frisin cain-sin do chomaUaimh 7 intan 
nach fuighthe sin o gach fir ibhus a mhac no a mgen do 
mharbad 7 gial nua dara eisi 7 in biadh do ic iarum. Ocus dano 
naomhad gâcha toraid no fasfudh i crich Mumin d'idhnacul 
budh tuaidb gan dul a n-airiumh chàna nâ smachta. 

Tancatar techta Cormaicrissm. Ocus ro foemhadh ac feraibh 
Muman in cain-sin ciar forlunn ar mhet [174 b 2] na heiene i 
rabhutar. 



56. Intan tra ro bhatar Dairine 7 Dergthine isin ghabhadh- 
soin is and do riacht athair malhar Fïachach MuWethain isin 
mordh.iil cuca, .i. Dil mac Da Creca o ata Druim nDil isna 
Deisibh, 7 o atat Créerai^ na hE'irenn 7 do ghabh Fiacha 



Le siège de Druim Duinbghaire. 5 5 

et qui fait l'objet de son expédition, des plus petites choses 
aux plus importantes, qu'on le lui accorde ». 

On alla trouver Cormac de la part des Munstériens, et le 
messager dit : « Cormac, tout ce que tu es venu demander, 
des moindres choses aux plus importantes, te sera accordé ». 
La colère et l'orgueil le plus excessif s'emparèrent à ces mots 
de Cormac et des nobles de Leth Cuinn, et ceux-ci dirent à 
Cormac : « Puisse le roi qui recevra ce tribut n'accepter ni 
honneur, ni domaines (du moment qu'on ne lui a pas apporté 
ce tribut à Tara), mais qu'il inflige d'abord, à cette province 
des servitudes humiliantes, excessives, indignes 
et éternelles, pour l'avoir contraint à quitter sa résidence ». 
Car il leur semblait que ce que réclamait Cormac lui était 
dû sans qu'il eût besoin de recourir aux armes et sans qu'on 
lui imposât une expédition pour le réclamer. 

55. Et ils firent alors le choix de conditions honteuses et 
indignes à imposer à la province, en sus du tribut déjà récla- 
mé, qu'on devait apporter à Cormac dans sa résidence. Et 
voici en quoi elles consistaient : tous les trois mois chaque roi 
du Sud de l'Irlande devait envoyer à chaque roi du Nord les 
provisions de bouche les plus excellentes et les plus rares ; et 
de même chaque prince du Sud à chaque prince du Nord, 
chaque seigneur du Sud à chaque seigneur du Nord ; chaque 
habitant du Sud devait remettre son fils ou sa fille au pou- 
voir d'un habitant du Nord, pour garantir l'acquittement du 
tribut; que si un habitant du Sud manquait à s'acquitter, son 
fils ou sa fille serait mis à mort, un nouvel otage fourni et 
les provisions livrées. De plus, le neuvième de toutes les 
récoltes de Munster devait être envoyé dans le Nord, sans 
entrer en ligne de compte quant au tribut et aux autres obli- 
gations. 

Les messagers de Cormac vinrent proposer cela. Les gens 
de Munster consentirent à ce tribut, tout écrasant qu'il fût, 
si grande était la détresse dans laquelle ils se trouvaient. 

56. Comme les Dairineet les Dergthine se trouvaient dans 
ce danger, le grand-père maternel de FiachaMuillethan vint les 
trouver à l'Assemblée générale. C'est de lui, Dil mac Dacreca, 
qu'est nommé Druim Dil dans les Deisi, et c'est de lui que des- 



56 M. L. Sjoesledt. 

ar a ncaWamb 7 do raidh : " Caidhi bar ndraidecht-si, bur 
ndraidliec/;/ in \eilhi-sen intan na h^/uidh (unacht, na foir/V/in, 
forne isin gabrtd i ta m ". "Ni thic dhin, " ar Dil ". "Fort a 
conaiwgcel ' ", ar Fiacha, " ar, gen gu tis«J dhibh a^/;/ uisge 
namma do thabairt duin, ni aomhfamais in cain ûd cein no betb 
nech i mbethaid isin cuiced; ocus in bhfetrais bhôs", ar se 
"nech aile isin cuiced-sa dia ùsed ar bhfoinV/hin ? " " Ni tetar 
amh", ar Dil " acht mené ib\sed dott oidi-fein, do Mhogh 
Ruith, ar is ra laimh-sidhe doron//j-sa h'altram-sa. Ocus àzno 
is é ro thairngair dait-si in la rot rucadh in forbhuis i ta Lelb 
Cuind fort aniu 7 ni thic do neach h'foiridin muna thi dhe- 
siumh âr is i Sith Cairn Breacnatan, ic Ban Buanainn, bandrai 
ingen Dfrgdhuala/V/; ro foghluinn Mogh Ruith foghluim na 
seacht ceidbliadhan. Ocus dawo ni mil i Sidh nâ gan Sidh \bhiis 
na thall àrzxàbecht nach derna, ar ni dhechaid duine con a 
churp d'feruiblf Eirenn d'fogh/uz/// draidh^/;/a a sidhuibh, acht 
Mogh Ruith. Acht cena ni dhigne gan loigbidcacht mor, ar ni 
ro hairichleadh do dochm/<5 na dh' anoir na d'riadhuchm/ 
anallana 7 ni tucsabar dia bur n-oidh lie. 



57. " Ga luaighidhtwr/)/ isdoich lat-sa do, chuinghidh dho ?'" 
ar Fiacha. " Ro ba doich lim, " ar Dil " ailgeas criche 7 
feruinn dé, ar is iar gcul 7 is cumang lais in baile i ta .i. Inis 
Dairbre ". " Dà 2 ar mbreithir ", ar siat " gidh in treas ri bhus 
ail dho do bheth uadh for Mumain co brath, doberthar dho, 
gin gu t«cadh d'foiridin dun acht usge nama. Adubratar fir 
Mumhan ra Dil : " Datraei bennacht ", ar siat, 7 eirg ris sin 
7 ftarfuig do Mogh Ruith ind etfa [175 a] foirid'm 7 da n- 
eta beimit-ne uili fo chis 7 chain do-fein 7 d'fir a inuidh n-a 
dhiaigh, da mac 7 da ua 7 da iarmhua 7 a breth-fein do fair 
sin gin gu twca dun acte inni da bhfuil foirnd do dingbhail din ". 



1. Cette phrase énigmatique se retrouve, à peu de chose près, § 

2. Lire dar. 



Le siège de Druitn Damhghaire. 57 

cendent tous les Crecraige d'Irlande. Fiacha lui adressa la parole 
et lui dit : « Où est donc votre science magique, où est la science 
magique de l'Irlande du Sud, ô vous qui ne savez nous aider 
ni nous secourir dans le danger où nous sommes? ». — «Nous 
nous n'y avons pas réussi », dit Dil. — « C'est bien le moins 

» dit Fiacha. « En effet, quand bien même vous n'auriez 
réussi qu'à nous fournir de l'eau, nous ne nous serions jamais 
soumis à ce tribut, tant qu'il serait resté un homme vivant 
dans la province. Connais-tu », dit-il, « personne d'autre dans 
cette province qui pût nous tirer d'affaire ?» — « Je ne sais », 
dit-il, « à moins que ton propre précepteur, Mogh Ruith, n'y 
parvienne. C'est avec son aide que je t'ai élevé. D'ailleurs c'est 
lui qui t'a prédit, le jour de ta naissance, que Leth Cuind t'as- 
siégerait, comme cela se produit aujourd'hui, et personne n'est 
capable de te secourir, si lui n'y parvient, car c'est à Sidh Cairn 
Breacnatan, avec Ban Buanainn, la druidesse, fille de Derg- 
dhualach, que Mogh Ruith a acquis la science des sept siècles. 
Et il n'y a point de sortilèges qu'il ne puisse accomplir ou à 
l'extérieur ou à l'intérieur du « Sidh ' », de ce côté-ci ou de 
l'autre, car nul, parmi les habitants d'Irlande, n'est allé en 
chair et en os, apprendre la magie dans les domaines des fées, 
excepté Mogh Ruith. Cependant il ne fait rien que pour une 

récompense élevée, car il n'a été jusqu'à présent ni ni 

honoré et bienvenu, et vous ne vous êtes point soucié de 
lui ». 

57. « Quel genre de récompense penses-tu qu'il dési- 
rerait obtenir ? » dit Fiacha. « Il me semble », dit-il, 
« qu'il désirerait un domaine et un terrain, car le lieu où 
il vit, Inis Dairbre, est bien retiré et bien exigu à son goût ». 
— « Sur notre parole », dirent les gens de Munster, « même 
s'il demande qu'un roi de Munster sur trois soit choisi parmi 
ses descendants, et cela à perpétuité, on le lui accordera, sans 
lui demander d'autre secours que de nous fournir de l'eau ». 
Et ils dirent à Dil : « Nous te rendons grâce; pars pour cette 
ambassade, et demande à Mogh Ruith s'il peut nous porter 

1. Le terme Sidh « tertre, mont », mais aussi « domaine des fées » 
n'est guère traduisible. 



58 M. L. Sjoestedt. 



58. Do'chuaidh roime iarum Dil i cenn seda 7 imthechta. 
eu riact eu Dairbre 7 o rainic ro bendach do Mogh Ruith 7 do 
terastar Mogh Ruitk failte fris 7 atbert : " Canas tic Dil ?" 
ar se. " As Sleibh Cind Claire ", ar se, " in bhaile ita cuicià 
Muman um¥hhchaigh" . " Cinas atathar annsin ? ", ar Mogh 
Ruith. "Isole atathar and gud dalta-sa, "ar Dil. "Cidhôn? " 
ar Mogh Ruith. Do innis Dil iarum na h-'ûdraidhechta. 7 na h- 
ileicne roi merset draithe Cormaic orro, ocus dzno Cormac i 
for buis a n-ardehnoe draidhechta osa cinn ac nougudh a chisa 
7 a chana fein orro. " Cidh ma tancais-si fris sin ? ", ar Mogh 
Ruith. " Ni ansa ", ar Dil, " fir Mumam rom cuiristar dot accal- 
laimlj-si 7 da hahaigidh dhid in etfa a bhfoiridin 7 da ùsed 
did sodh a ndraidh&r^a forsin luct ûd, cach sochar do crich 7 
do thir 7 do thalmam bus ail duid rat fia. Ocus gidh edh budh 
ail duh gach treas ri tre bithu betha uait for Mhumam no 
raghadh duid ". 



59. " Nuchun edh amein na budh dual damh righe do gha- 
bail. Acht ni hedh ro chuineghuinn forro, gidh doneinn a 
bhixxxiachi 7 is doigh n*zch fuil dibh sin eicean nach soidh- 
finn-sea dib, uair ita briathar mh'oidi-se, .i. Shimoin m«'c 
Guill meic Iarguill, 7 Petair ris na soeidfider orum mo dana 
cein bear beo ". 

" Apair da.no ", ar Dil, " mad ghebhe do laimh foindin 
forro cia loighidhea^ 7 cia comha chuingi ". 

60. " Ni ansa, " ar Mogh Ruith. " Ced mbo mbôthana 
mblaithedrocht mbleaghàin ; ced mue mucclasa ; ced ndamh 
ndaimhghnimha ; ced n-ech n-echerma ; coica leann caine- 
droct cliatha ; in^« fir no dhara fir bus ferr thoir do crud ' 

1 . Lire do chruthradh. 



Le siège de Druim Damhghaire. 59 

secours, et s'il le peut, nous serons tous soumis à tribut et à 
redevance envers lui et envers son successeur après lui, son fils, 
son petit-fils et son arrière-petit-fils, et accorderont tout ce 
ce qui lui plaira en sus de cela, sans rien lui demander en 
échange que de nous délivrer d'un seul des fléaux qui nous 
accablent». 

58. Dil se mit alors en route et parvint à Dairbre. Aussitôt 
arrivé il salua Mogh Ruith et Mogh Ruitli lui souhaita la bien- 
venue. « D'où vient Dil ? » dit-il. « De la montagne de Cenn 
Claire où la province de Munster est réunie autour de Fiacha ». 
« Comment cela va-t-il là-bas ? » dit Fiacha. « Cela va mal pour 
ton élève », dit Dil. « Comment cela. ? » dit Mogh Ruith. Dil 
lui raconta tous les sortilèges et les fléaux dont les druides de 
Cormac avaient accablé les gens de Munster, et comment, les 
dominant du haut d'une colline druidique où il était campé, 
il leur réclamait un tribut. « Quel est le but de ta démarche 
à ce sujet ? » dit Mogh Ruith. « C'est bien simple, » dit 
Dil, « les gens de Munster m'ont envoyé pour m'entretenir 
avec toi, et te demander si tu pourrais leur porter secours ; au 
cas où tu pourrais retourner leurs sortilèges contre leurs adver- 
saires, on t'accorderait toute concession de terre et tout 
domaine qui te plairait. Bien plus, si cela peut t'être agréable 
qu'un roi de Munster sur trois soit choisi parmi tes descen- 
dants à perpétuité, on te l'accordera ». 

59. « Ce n'est pas que je n'aie aucun droit à exercer la 
royauté. Cependant ce n'est pas là ce que je leur demanderai si 
je leur porte secours ; je ne pense pas qu'ils soient affligés d'au- 
cun fléau dont je ne puisse les délivrer, car mon maître Simon 
mac Guill mac Iargaill, ainsi que Pierre, m'ont promis que 
je n'échouerais jamais dans mon art, tant que je vivrais ». 

« Dis moi », dit Dil, « quel salaire et quel présent veux-tu, 
si tu te charges de leur porter secours ? » 

60. « C'est bien simple », dit Mogh Ruith : « cent vaches 
du cheptel à la robe éclatante et blanche, donnant du lait ; cent 
porcs bien engraissés ; cent bœufs fort travailleurs ; cent che- 
vaux de course ; cinquante manteaux beaux, blancs et moel- 
leux ; par-dessus le marché, la fille du premier seigneur de 
l'Est, ou celle du premier après lui, pour me donner des enfants, 



60 M. !.. Sjoestedt. 

cloinne damh ria, daigh am soercland om aithribh, cur bat 

saerdanna mu dannz oa maitribh, gu rup reni dainn samhail- 
ter cech ogthigernd soer ar soerdantiacht ; Và\s\gheacbt marc- 
èluagh rig Muman, [175 a 2] ar daigh eu rab alladh righ coi- 
cidh ar fear mh' xwuidh do grès 7 ni gebhtar ris tria bhithu, 
act gu ra comalltar frium-sa gach ni gealltar dham ; fer com- 
hairli 7 sanais uaim ag righ Muman 7 dia ndtrntar a comair- 
li sidhe biaidh buaidh furre ; a mheath, nô a éc da n-innisi do 
ncoch aili in run ro cluin se ocon righ achl mar blias maith 
lais in righ ; dala do thaba/rt dom sil 7 triar i frithehetfaidh 
in righ 7 fer a lamha deise 7 mu ragha do thir Mhuw.an do 
thabairt damh, am-ar thimcillfk mu ghille ind oen 16, gan 
maer, gan etarla gan^urlamhus righ Muman ar an bhferann 
si« tria bithu, gan ghiall do ghaba// ar tir mh' inaidh achl a 
eachlasc dara eis nô glac righ Muman d'iadhadh um cael a 
choisi. Ocus nuchon aithnim-si dom sil merbhe na metachl 
do dhenamh achl atberim riu dul i sochraide righ Muman i 
cath 7 i comlunn dar cenn bendachta 7 chomallta friu a 
loighidh&r/Va. Dia tardthar immorro dhamh-sa sin toet Mogh 
Ccrb mac Corma/c Chais meic Oililla Oluim 7 Donn Dai- 
rine 7 maithe M//wan arcena dar cenn choicidh Muman 7 
gabhat forro a comalladh-sin 7 rag^ft-sa leo fesin. Ocus asbeii 
mu briathar co «dingeb-sa in eicin-sin' dibh " 



61. Tainicc Dil ris-sin aniar eu roacht co Claire, ait i 
raibhi Fiacha eu sloghu Muma// uime. Gabsat ann-sin fir 
Muman oc iafraighidh meisnigh an druadh 7 ba beg la cach a 
ghuth. Ra indis Dil mzxsneach in druadh 7 a \o\o\\\àheacbt 7 a 
churadhoib. " Dobertar do-sum sin uili ", arfir Muman. Ocus 
ro coimeirigset na cuir 7 ro naiscs^/ ar feruibh Mumban immà 



Le siège de Druim Dambgbaire. 61 

car je suis moi-même bien né par mes pères, et veux que 
mes descendants soient bien nés aussi par leur mère, si bien 
que c'est par comparaison avec ma race qu'on jugera de la 
noblesse des jeunes chefs de noble race ; la première place 
dans les défilés des troupes du roi de Munster, de façon que 
mon successeur ait à perpétuité le rang de roi de province, et 
qu'on n'enfreigne jamais cette condition, mais que l'on accom- 
plisse à mon égard tout ce qu'on m'a promis ; que le roi de 
Munster choisisse son conseiller et confident dans ma des- 
cendance ; si l'on suit ses conseils, ils assureront la victoire ; 
s'il répète à qui que ce soit le secret que lui aura confié le roi, 
sans l'aveu de celui-ci, qu'il soit destitué ou mis à mort : que 
l'on donne à mes descendants l'accès aux assemblées(P), que 
les trois hommes qui siègent en face du roi soient choisis 
parmi eux, ainsi que celui qui se tient à sa droite. Que l'on 
me donne, d'une terre de mon choix en Munster, la superficie 
dont mes serviteurs pourront faire le tour en un jour, sans 
que les rois de Munster puissent jamais avoir des représen- 
tants, prélever des otages ou exercer une suzeraineté sur cette 
terre, et sans qu'on puisse demander à mon successeur d'autre 
garant que son fouet laissé à sa suite, ou de fermer sur sa cheville 
la main du roi de Munster. Je ne sache pas que ma race ait 
jamais fait preuve de faiblesse ou de lâcheté, mais je leur 
recommande de faire alliance avec le roi de Munster et de 
combattre pour lui, afin de l'obliger et de reconnaître sa fidé- 
lité à s'acquitter envers eux du salaire (à moi promis). Si l'on 
m'accorde tout cela, que Mogh Corb mac Cormaic Cais meic 
Oililla Oluim, ainsi que Donn Dairine et les autres nobles de 
Munster viennent me trouver au nom de la province de 
Munster et qu'ils garantissent l'accomplissement de ces clauses. 
Je partirai en personne avec eux, et, sur ma parole, je les déli- 
vrerai de ce fléau ». 

61. Là-dessus, Dil alla vers l'Est, jusqu'à Claire, où les 
armées de Munster étaient réunies autour de Fiacha. Les 
Munstériens lui demandèrent quelles étaient les intentions du 
druide, quoiqu'ils n'eussent plus qu'un souffle de voix. Dil 
leur fit connaître les intentions du druide, le salaire qu'il 
réclamait, les garants qu'il avait désignés. Les gens de Muns- 



6 2 M. L. Sjoestedi. 

righ a comallamh dar a cenn 7 ro chomluidhset \mû\eacht ar 
cend an righdruadh. 



62. O rancatar tra co Dairbre ro feradh îailte friu 7 ro bui 
reir freastail 7 fritholmha ar a cinn, ar ba deimhin la Mogh 
Kuith co ricfaitis. Ocus ro ghabh Mo^/j Rmi//? ar a bhfosdtfi 7 
ro gabhsat-sow ga obadh 7 ro raidset : " A rir sochair " ar siat 
"[175 b i]7achul urbhaidhi, ismor in gàbad i dtât ûtMuman 
7 recuid a leas a bhfoiridin 7 gÀch ar chuingis ataim-ne ra a 
iisudhudh 7 ra comaWadh àuh 7 naisc foirnd ". " Naiscfet- 
sa", ar se " 7 ni raghum gu muchu lai imavach". Batar ann- 
sin ar cainfreastail 7 (rhholamh 7 gsbhus Mogh Kùith occ gair- 
â'iugud forro 7 oc iafraighidh scel dibh. Ocus do raid h in rethoi- 
r^c-sa 7 do fredga/V Mogh Corb. 

" Sceul do chein, cluinntir libh 

As a aithle-sin ro gab Mogh Ruith oc iafraighidh na com- 
lunn 7 ina torchuir isna comlunna//?/7 7 ro innis Mogh Corb 
dho uili : " Trom amh linn sin ", ar Mogh Kuith, " ocus da ' 
ar mhrtxthir, * l ar se ", dia n-edam-ne toeth dias ann cech fer 
dib-sin 7 toeth fuilled fair 7 toeth in coicer domt in ardai- 
nicin 1 sin ar an coiced ". 

63. Gabsat ann-sin co mucha lai ara barach. Is ann-sin do 
raid Mogh Ruith ra a dalta .i. ra Ceannmhar a thaichim 
conaire do thabtfirt chuigi .i. a da dhamh chuana choilgdirghiu 
as Sleibh Mis .i. Luath Tren 7 Loth Lis 7 a charpat caemh 
curata[i75 b 2] cairthind cona feirtsibh findruine, con imead 
gheam corrmhocuil, guna comW/;ibh glainé 7 ba comhsolus 
la 7 aghaidh don lucht no bidh ann. Ocus a cholgdeut dru- 
mannglas 7 a ghoithne umaidi 7 a dha sleig cruaidi coicrinne 
gu cranduibh suarcaibh sodhibhraicthe ; co semannaibh fithe 
findruine ; con a seïchid tairb maeiluidir i bhforfairsiung a 
carpait ar sesaibh 7 sliastaibh fai. Guna sochraite sluaghaidh 

1. Lire dar. 

2. Ardainicin, composé de ainicin, cf. § 45. 



Le siège de Druim Damhghaire. 63 

ter accordèrent tout : les garants se levèrent et s'engagèrent 
pour les gens de Munster réunis autour de leur roi à assurer 
l'accomplissement du contrat qu'ils allaient conclure en leur 
nom ; ils se mirent en marche pour aller trouver le roi- 
druide. 

62. Lorsqu'ils arrivèrent à Dairbreon leur souhaita la bien- 
venue et Ton était prêt à les servir et à les traiter, car Mogh 
Ruith n'avait aucun doute qu'ils ne vinssent. Mogh Ruith se 
mit en devoir de les retenir et eux de décliner son invitation, 
disant : « O protecteur, tête très chère, les gens de Munster 
sont en grand danger et ils ont besoin de secours ; nous 
venons pour t'offrir tout ce que tu demandes et exécuter nos 
promesses ; il ne te reste plus qu'à conclure le contrat avec 
nous ». « Je le conclurai », dit-il, « mais nous ne partirons 
pas avant demain matin à la première heure ». Ilsrestèrent là, 
bien servis et bien traités, et Mogh Ruith se mit à festoyer 
avec eux et à leur demander des nouvelles, et il dit cette rhé- 
torique dont Mac Corb lui fournissait les réponses : « » 

Mogh Ruith s'informa ensuite des combats livrés et des 
pertes éprouvées dans ces combats, et Mac Corb lui raconta 
tout : « Nous en sommes désolés », dit Mogh Ruith, « et, 
sur notre honneur, si nous le pouvons, deux hommes péri- 
ront pour chacun d'eux... et d'autres avec eux, et les cinq 
périront, qui ont attiré cette calamité sur la province ». 

63. Ils demeurèrent là jusqu'au lendemain à la première 
heure ; c'est alors que Mogh Ruith dit à son élève, Cennmar, de 
lui amener son équipage de voyage : ses deux bœufs nobles,, 
rapides comme le glaive, venus de Sliab Mis et qu'on appelait 
Luath Tren et Loth Lis, son beau chariot guerrier de sorbier 
aux brancards de bronze blanc, tout incrusté d'escarboucles, 
aux portières de cristal, tel que la nuit paraissait aussi bril- 
lante que le jour aux gens qui s'asseyaient dans le char. Il y 
avait aussi son sabre à poignée d'ivoire, dur et bleu, ses 
lances de bronze, ses deux javelots aigus à cinq pointes, aux 
bois commodes et aisés à lancer, portant rivets de bronze blanc 
tressés (?) ; une peau de taureau brun sans cornes s'étendait 
sur toute la largeur du chariot, sur les bancs, et sur ses cuisses. 
Autour de lui se tenait l'escorte qui l'accompagnait dans 



64 Af. L. Sjoertedl. 

lais .i. tricha ar ced, amhuil asbert Cormac mac Ciùïïeannain : 

" Ba forneirt a theglach o theighedh for set 
im charpat in righ druadh tricha fer ar ced". 

64. Ro coimeirighset iarsin 7 tancatar rompa arruzch 7 ro 
b'hui Mogh Kuith oc m'miughudh dia dhalta gach neith amh- 
\aidh so 7 asbert : 

" Cingthe, a Cennmhair choscuruigh . . . doclodh". 

Gabsat rompa iardain i cend seda 7 imthechta 7 dochuaidh 
Mogh Kuith in a charpat. Ocus do raithset na maithe sin ris : 
" Cia thoghfas crich 7 ferann duit ", ar siat. " Ni do neoch 
erbabhat-sa sin eidir ", ar Mogh Kuith, " acht damh fein. Ocus 
tabhur ûir gach tiri dara ragh dhamh 7 finnubh for a boludh 
an crich bûs fearr dhibh 7 thoghfat in crich-sin ; ni thiber 
aithber[i76a i]ar neach acht oram fein gidh maith gidolc hi. 

65. Tancatar rompa gu Glinn Bethbhe i crich Corcoduibhne 
7 rucadh ûir Bethbha chuigi 7 tue a bolud fo a sroin. Ocus 
ztbert in rethorhec ic a dichur. " A Bethbe . . '". 

" Nucan i-so crich gebut-sa dar cenn mu \o\ghidhechta ". 
" Nucon ïzlzïvfeter fort eidir ", ar siat : 

Tancatar rompa iarsin eu Crich Eogunachta Corcoduibhne 
Ciarraige. Ocus tucadh a huir dho 7 nis ra ghaibh 7 do raidh 
in rethora: ocadichar. " Conchenn Cuachbel. . . ". 

"Ni gebh-sa so", ar se. "Ni ragha fort eidir", ar siat. 
Tancatar rompa iarsin eu hAes Cuile 7 co hEalla 7 twead ûir 
in da crich dhô 7 do raidh in rethorec ic a ndichur : " Cuile 
bega ... ». 

Tancatar rompa gu Crich Cairiche, risin abar Muscraidhi 
Fheaga aniua 7 tweadh uir na crichi-sin do, 7 do raid aca diewr. 
" Tir mhin ainmhin. . . ". 

" Ni ghebh-sa on, " ar se, " 7 ni siruighiuibh mo braitre, 
uair foghebhut nech aili dia sarug/<^ ". Tancadar rompaiar- 
sin eu Tech Forannain Fhinn, frisin abar Cenn Abhrat inniu. 
" Nuchan as-so ragat-sa ", ar Mogh Kuith, " eu ra toghthar 
mu crich 7 m'ferand, ar ni ar rochtain cusan sluagh ro etfad 
crich na ferann do chuingidh forro . Tucad cuigi-sin ann-si- 
dhe ûir Cliach Mail mheic Ugainc a Min-Mairtine Muman. 
Conudh ann asbert oca tuarascbhail 7 oca hobadh. 



Le siège de Dniim Damhghaire . (,\ 

ses expéditions, au nombre de cent trente, comme le dit Cor- 
mac mac Cuilleannain : 

« Une forte escorte entourait le chariot du roi-druide lors- 
qu'il se mettait en route : cent trente hommes ». 

64. Us se levèrent ensuite et partirent, et Mogh Ruith expli- 
quait à son élève toute chose, comme suit, en disant : 

« Marche, Cennmar le victorieux, etc. ». 

Ils se mirent alors en marche et Mogh Ruith monta dans 
son char. Et les seigneurs (de Munster) lui dirent : « Qui te 
choisira ton domaine et ta terre ?» — « Je ne m'en remettrai 
pour cela ci personne qu'à moi-même, » dit Mogh Ruith. 
« Qu'on me donne de la terre de chaque pays où je passerai, 
et je découvrirai, rien qu'à l'odeur, quel est le meilleur domaine, 
et je le choisirai ; si bien que, que la terre soit bonne ou 
mauvaise, je ne pourrai m'en prendre qu'à moi-même ». 

65. Ils allèrent jusqu'à Glenn Bethbhe dans la région de 
Corco Duibhne et on lui apporta de la terre de Bethbhe, et il 
en huma l'odeur ; il dit cette rhétorique, en la refusant : « O 
Bethbhe, etc. ». 

« Ce n'est pas ce domaine que je prendrai pour mon salaire », 
dit-il. « Nous ne chercherons pas non plus à te l'imposer », 
dirent-ils. 

Us allèrent ensuite jusqu'à Crich Eogunachta dans le Corco 
Duibhne en Kerrv. On lui donna un peu de cette terre, et 
il ne la prit pas et dit cette rhétorique en la refusant : « ... ». 

« Je ne prendrai pas cette terre » dit-il. « Elle ne viendra 
donc pas en ta possession », dirent-ils. 

Us poursuivirent alors jusqu'à Aes Cuile et Ealla, et l'on 
donna de la terre de ces deux contrées à Mogh Ruith, et il pro- 
nonça cette rhétorique en les refusant : « . . . ». 

Us allèrent à Crich Cairiche, aujourd'hui appelé Muscraidhi 
Fheaga ; on lui donna de la terre de cette contrée, et il dit 
cette rhétorique en la refusant : 

« Terre douce et dure, » etc. 

« Je ne la prendrai pas », dit-il, « et je ne dépouillerai pas 
mes frères, du car ils trouveront quelqu'un d'autre pour les 
dépouiller ». Us poursuivirent jusqu'à Tech Foranrxiin Finn, 
aujourd'hui Cenn Abhrat. « Je ne quitterai pas ce lieu », dit 

Revue Celtique, XLIII. 5 



66 M. L. Sjoestedt. 

" Cliu chathach ". 

" Inathar galair Muma« sin, "ar se, " 7 belach bodhbha 7 
aircne. Ni gheb-sa eiter. Ocus dano bidh machz//ri nachtan cin 
eu pedh inniu ' ". 



66. Tanças uadaibh-sium iurdain ar cenn ûire Chorrchaille 
Meic Con, .i. Cailli Menne meic Erca meic Degadh frisin abar 
Firmhaighi inniu. Is aire atb^r/ar Cailli mac n-Eirc ris, ar ro 
bhatar a mheic ann. .i. Menne mac Erca 7 Uatha mac Erca 
7 Ailbhe mac Erca. Ainm ele do Firmuighi Mène, ar imut a 
mianaigh isna sleibibh fileat imbe 7 dawocloch mhein in gach 
ghurt ann bheos. Ainm ele dho, Corr Cailli meic Con, ar rob 
é ruidlius C\ainne Dairine, 7 is ann ata Rosach na righ 7 is 
ann ro bhai Mac Con no gu tucadh Cath Cinn Abhratt. 

Rucudh chuigi-sium hrnni ûir na cn'chi-sin 7 ro raidh na 
briathra-sa oc a tagha.. 

" Sliab um figh. figh um magh". 



67. Ro faem-som tra in tir-sin 7 asbert ra clannaib ag izbaïrt a 
teasta .i. coimhneimh inntibh 7 comchonnailb 7 comthuaichlius 
fria nathrachuibh etorra-sein, ar is amlaid bit-sein 7 nai nathra- 
cha dib oc doth isin n-aoinnit 7 as i lianchaire bis etorra eu nach 
mo leasaighius gach naithir dibh in t-en berius fein ina gach 
en archena bis isin nit. "Is âmlaidh-sm erbaim-si dom claind 
a mbeth i n-aeingnim 7 cein bheth zmlaidb ni bêrz crich 

1. Sans ctoute faut-il voir ici une allusion à la destruction des forêts du 
Munster central par les feux druidiques, racontée § 1 15. 



Le siège de Druim Damhghaire. 67 

Mogh Ruith, « avant d'avoir choisi mon domaine et ma terre. 
Car ce n'est pas une fois de retour près des armées que je 
pourrai leur demander terre ou domaine ». 

On lui apporta alors de la terre de Cliu Mail meic Ugaine, 
dans Min Mairtine en Munster. C'est alors qu'il dit en la 
décrivant et en la refusant : 
« Cliu guerrier », etc. 

« C'est de là que naîtra la maladie qui dévorera le Muns- 
ter », dit-il, « c'est !e chemin de la dissension et du pillage. Je 
ne prendrai sous aucun prétexte ce domaine. Au reste cette 
plaine sera un jour un désert, quoi que ce n'en soit pas un 
aujourd'hui ». 

66. De là ils s'en allèrent vers la terre dite Corchaille 
Meic Con, ou Caille Menne meic Erca meic Degadh (Caille 
de Menne) que l'on appelle aujourd'hui Fir maighe. On l'ap- 
pelle Caille mac nEirc, parce que les fils d'Ere y habitaient : 
Menne mac Erca, Uatha mac Erca et Ailbhe mac Erca. Son 
autre nom, Fir Maighi mené, s'explique par la quantité de 
minerai qu'on trouve dans les montagnes environnantes, car 
l'on trouve des morceaux de minerai dans chaque camp encore 
de nos jours. Un autre nom est Corchaille Meic Con, car il 
appartenait en propre au clan des Darine et c'est là que se 
trouve Rosach na Righ, où résida Mac Con jusqu'à la bataille 
de Cenn Abhratt. 

On lui apporta alors de la terre de ce domaine et il dit ces 
mots en la prenant : 

« La montagne autour du bois, le bois autour de la plaine, 
etc. . . ». 

67. Il prit donc cette terre-là, et il conseilla à ses enfants, 
en leur faisant ses recommandations (?) d'être aussi venimeux 
intérieurement, et aussi affectionnés l'un à l'autre, et aussi 
rusés que des serpents ; car les mœurs des serpents sont telles 
que si neuf serpents couvent dans un même nid, ils sont si 
affectionnés les uns aux autres que chacun d'entre eux n'est 
pas plus affectionné à sa propre portée que ne l'est n'importe 
lequel de ceux qui sont dans le nid avec lui. « C'est ainsi que 
je veux que soient mes descendants, agissant de concert. Aussi 
longtemps qu'ils seront ainsi le pays environnant ne pourra 



68 M. L. Sjoestedt. 

impaibh a n-imarcraigh 7 niis lemha nech acht in ni ' foirgea 
airdri in coicidh ; ar ni ra daingnib eli dota/im-si toebh dhoibh, 
acht ra a awnailbhi fein eturra, 7 ra hemghibh mo chor 7 ra 
muinnteras sil Fhiachach. Intan dano na comallfa cach dibh 
fria cheile sin,is ann raghuid in lucht da tabhraim-si sochar 
aniu ar tairr mu dainne-sa, co m tarât a bhferunn uathaibh co 
mba hhvaid iat fein 2 ar inndith ragus forro ind, 7 con n- 
eipre in fer dona sleibibh impaibh " nach he-sud in tir i ra 
butarFir Maighi seghdha ". Is airi atberair Fir Maighi seghdha 
dibh ar is eadh erbaim-si friu, ildana 7 seghdhacht acu 7 fer 
imarbhadha Munww tria bithu". 



68. " An hi sin crich thoghai ? " arsiat — " As i, "ar se. 
" Cia mghtts dia cuma 7 dia midhemhain na criche-sin dait ? " 
ar siat. " Mac caich a dhalta, " ar se, " 7 tiaghuid mo dhalta- 
sa". Ocus batar ead na daltai .i. Muchet, dia ta Corco Muichit 
in Uibh Conaill 7 Bent, dia tat Benntraidhi fo Eirinn 7 Bui- 
rech. dia tat Ui Buirigh i Crich Fossaigh moir i coiccrich Ua 
meic Caille 7 Ua Tassaigh, 7 Dil mor mac Da Creca o ata 
Druim nDil [176 b 2] 7 Crecraidhi fo Eirinn, ocus Ceannm- 
har a Chaire Comain a Cloenloch na nDeisi. Rocoimeirighset 
iarsin na gilli-sin 7 ro raidhset. " Cin//5 midfider in tir, a 
aidiu inmain ? "ar siat. "A hord ar an indeoin, " ar Mogh 
Ruith, " .i. o thaFighin Uird a nOrbraidhi co hlndeoin is na 
Deisib, Ocus in mir o tha sruthanma na Tuadcaille frisin apar 
Gleann mBrighdi inniu, cusin rod da sileann sruth na nOi- 
thm(?) fo nGiusaigh nglais ngablanaigh renfas acaill ar Co- 
laem " 



1. Nous traduisons comme s'il y avait in ti. 

2. « Si bien qu'ils seront à chercher », c'est-à-dire « si bien qu'ils auront 
disparu ». Cf. un autre exemple de cette locution peu commune, § 3. 



Le siège de Druitn Dambgbaire. 69 

résister à leur nombre et nul ne leur tiendra tête, s'il n'est 
capable de résister au grand roi de la province, car je ne 
garantis leur prospérité que moyennant qu'ils observent trois 
conditions : vivre en bonne intelligence réciproque, s'en tenir 
au terme de mon contrat, et s'entendre bien avec la race de 
Fiacha. 

« Si tous ne remplissent pas ces obligations mutuelles, c'est 
alors qu'interviendront les gens à qui je viens en aide aujour- 
d'hui, pour le malheur de mes descendants; ils leur prendront 
leur domaine si bien qu'ils disparaîtront entièrement, anéantis 
par le désastre qui s'abattra alors sur eux ; et un jour on dira 
devant les montagnes qui les environnent : « n'es*t-ce pas ici 
qu'habitaient les Fir Maighe imposants ?» — Et, voici pour- 
quoi on les appellera ainsi : parce que je leur recommande 
surtout d'être généreux, et pleins de dignité et de combattre 
pour le Munster, à perpétuité ». 

68. « Est-ce là le domaine que tu choisis ? » dirent-ils. 
« Oui », dit-il. « Qui ira tailler et délimiter ce domaine pour 
toi? », dirent-ils. « L'élève d'un chacun lui tient lieu de fils », 
dit Mogh Ruith, « ce sont mes élèves qui iront ». Et ces 
élèves étaient : Muchet, d'où est nommé Corco Muichit dans 
le pays des Ui Connell ; Bent, de qui descendent tous les 
Benntraidhi d'Irlande ; Buirech, de qui descendent les 
Ui Buirich, dans la région de Fossach mor, dans la région limi- 
trophe des Ui meic Caille et des UiTassaigh : Dil Mor, mac 
Da creca, de qui est nommé Druim nDil, et tous les Crecraidhe 
d'Irlande. Enfin Ceannmar, originaire de Caire Comain dans 
Cloenloch en Deisi. 

Les jeunes gens se levèrent alors et dirent : « Comment 
délimiterons-nous la terre, très cher père ?» « A l'aide du 
marteau sur l'enclume », dit Mogh Ruith, « c'est-à-dire depuis 
le lieu où se trouve Fidh in Uird (le bois du marteau) en 
Orbraidhe jusqu'à Indeoin (l'enclume) en Deisi : la portion 
depuisles rlots(?) de Tuadcaille (aujourd'hui Glenn mBrighdi) 
jusqu'à la route où coulent les flots de l'Oithen, sous la forêt 
de Giusach, verte et branchue vers Colaem. 



y-o M. L. Sjoesteàt. 

69. Tancatar rompa siar dhes 7 Muichit i remhthtt.f accu 7 
ro gabh-side claen in tseda iocetoxx ar ro faillsiged do eu mad 
thiar no bhiath a aitreabh iardain. Ocus tancatar rompa do 
Bunraidi bud dhes 7 do Cleitig 7 do Dundailche Finnlethet 7 
do taeibh slechta, an leith sair gu d'neach 7 do Glind Brigdi 7 
do Carnd Tigernaigh meic Deghaid. Ocus ro gabwjtar Bui- 
rech i remtM5 reampa 7 gabus cloemxd in tseuda (oceloir ar for- 
fidir cunwd ris indes no biath clann 7 c'ined do. Ocus tancatar 
rompa co Gluair Fer Muighi Fene 7 suas do Clugh na Cruith- 
nechti\ ; do Lie Failmir; do Glinn Cusaigi Croilinnche ; do 
Bern na nGall ind airter Tailche Aedha, do Bern Doire 
Cailli Monad, risin abar Bmi Leachta Ua Setna aniu ; do 
Charn Aedha m«c Lidhne ; do Lie Uidhir ; do Charn Mael- 
glasain; d'Ath Cille Buinden ; d'Ath da abhunn. 

70. Ocus coTech Forannain Find doridhisi, ait i ra bhatar 
na sloigh 7 Mogh Kuith ara cind. " In ra crich-sibh ' sin ? " 
ar se. " Ra crichsam, " ar siat. " As doigh lim, " ar se, " ro 
facsaba/V ni dia n-ebm-sa fribh cin timchealW, ar a luas tan- 
cabar". "Ni rofacoibh-sium," arsiat. " Tuguidh bur mbunna 
damh, ar se. '* Dob^rum ", ar siat. Atnaidhit iarum a m- 
bunnu dhô, ennaà ann isbert Mogh Kuith : 

"Buind fria brath ". 



71. [O'Longan 176 a 1] " Cidhrom ba dhamh, a Mhuicit ?" 
ar Mogh Kuith. " Ro faillsig^d dhamh ", arMuichutf, " comadh 
rium aniar no biadh mo crich 7 mh'ferann 7 nir ail dam mu 
dhiceall fein do dhenamh. " As tir, " ar Mogh Kuith, " is and 
bhias 7 ni bha tusa ros mêla ", 7 asbeart. 

Rae Muchet meic Muichit ni ropé ros meala. 

Terci thiri air 7 imat feagha. 

" Cidh ram ba dhamh, a Bent, " ar se. " Mo senordhacht 
7 mu crine, " ar se, " 7 ni raba a n-aghuid chaich. Rop sen 



1. Cette forme est étrange. Faut-il voir une 2 e personne pluriel analy- 
tique du prétérit ? On attendrait ra ebriebsid, ou ra crichsabhar. 



Le siège de Druim Damhghaire. 71 

69. Ils s'en allèrent devant eux vers le Sud-Ouest, Muchet 
à leur tête, et celui-ci prit une fausse route dès le commen- 
cement, car il avait appris par révélation que sa" résidence 
serait par la suite dans l'Ouest. Ils allèrent a Bunraide dans 
le Sud, à Cleitech à Dun daifche Finnlethet, et de là gagnèrent 
directement le lieudit Slich tin Leith à l'Est, vers Glenn 
Brigdi et Carn Tigernaigh meic Deghaid. Buirech prit 
ensuite la direction, et il prit un faux chemin dès le début, 
car il prévoyait que ce serait dans le Sud qu'il établirait sa mai- 
son. Et ils poursuivirent leur route jusqu'à Gluair Fer Muighi 
Fene, et remontèrent jusqu'à Clugh na Cruithnechta, à Leac 
Failmir, Glenn Cusaigi Croilinnche, Berna nGall (à l'est de 
Tailech Aedha), Bern Doire Cailli Monad, aujourd'hui Bern 
Leachta ua Setna, Carn Aedha meic Lidhne, Leac Uidhir, 
Carn Maelglasain, Ath Cill Buinden, Ath da Abhunn. 

70. De là ils revinrent à Tech Forannain Finn, où se trou- 
vaient les armées et Mogh Ruith à leur tète. « Avez-vous ter- 
miné votre tâche ? » dit Mogh Ruith. « Nous avons terminé», 
dirent-ils. « Il me semble », dit-il, « que vous avez, omis de 
faire le tour d'une partie du domaine que je vous avais dési- 
gné, si j'en juge par la rapidité avec laquelle vous êtes reve- 
nus ». « Nous n'avons rien omis », dirent-ils. « Montrez-moi 
vos semelles », dit-il. « Soit », dirent-ils. Ils montrèrent leurs 
semelles à Mogh Ruith et c'est alors que Mogh Ruith dit : 
« ... ». 

71. « Qu'est-ce donc qui m'a fait tort, Muchet ? » dit Mogh 
Ruith. « Il m'a été révélé, » dit Muchet, « que mon domaine et 
mes terres seraient situés devant moi, vers l'Ouest, et il ne 
me plaisait pas de négliger mes propres intérêts ». « C'est 
vrai, » dit Mogh Ruith, « ton domaine sera là, et ce n'est pas 
toi qui en profiteras ». Et il dit : 

« La terre de Muchet mac Muichit, que ce ne soit pas lui 
qui en profite. Il y a là peu de terre, et beaucoup de bois ». 

« Qu'est-ce donc qui m'a fait tort, Bent ? », dit-il. « Je 
suis vieux et fatigué. Je n'ai pas voulu tenir tête à tous. 
Puisses-tu prospérer jusqu'à ta postérité la plus reculée (?) ». 

« Qu'est-ce qui m'a fait tort, Buirech ? » 

« Il m'a été révélé que c'est dans la région que je 



72 M. L. Sjoestedt. 

imsnimh tu go Mclaiiin (?) do grès " " Cidh ram ba dam, 
a Bhairec/; ? ", ar se. " Ra hiUsiged dam eu mad isin crich rat 
caighius iin//d -sa do biath clannyciiW/; dhamh. "Robiatha a 
dhuirech. . . ni radhbiathat uille caich anis 7 anuas ort, 7 ni 
dech tar teinidh gu letli do sil do grès. " — " Cidh rom ba 
dhamh, aCennmair? "" Ro hiWsiged dhamh, "arse, " cumad 
trium aniar no biath crich 7 feran damh 7 nir ail dam cumh- 
eugud fair. " " Rop cumhang crich 7 ferann do sil do grès, " 
ar se, " rob slat acair do slat 7 t'fuadach do grès. " " Cidh 
ram ba damh, a Dhil, " ar se. " Immon cedna, " ar Dil. 
" Ni rab tarba h'feruinn duib, ''ar se, " achl h'ainmarein crich 
mima, 7 do sil fo Eirinn iarum sin .i. Creacraidhi, 7 ni rab nidh 
fogabhtar sin in gtfch inad hi cirbrech an-aitreabu, innas cach 
inrtd aili a nEirinn. Tothucht na crich moire adubtfrtus bid 
ar in crich sea [o'L. 176 a 2] 7 ni bia a n-imarca^/? impaib 
7 gu mbia a longport tri la 7 tri hoigthi is na Deisibh ni bhiad 
a n-imanWZ> inntib achl ocus co lann imarcadh acu-san 

on a Deisibh. Ocus bid ris in bhtonn-soin saimhealrir g^ch 
fonn maith a nEimw ". Is annsin ro athnaisc-sium forra a 
choraibh. 



72. Ocus ro choimheirigst't rompa co sleibh Cind Claire 
airm i mbui Fiacha co bhferuibh Muman. Rochoimeir/^set fir 
Muman um Yiacbaigh d'fVrthuin {aille ra Mogh Ruitb 7 tuesat 
uilicenntfc/7/7 \o\ghidheacbt do 7 roraidset gu comhallfatais in 
cennacht 7 in loighidht'ûfr/.'/-sin ra a sil 7 ra seimedh ô ar 
macuib-ne 7 ô ar n-uaib. " Ocus caidhi do raghatochmuirce ? " 
ar siat. " Eimhne, mgen Aenghasa Tirig, " ar se '" dalta 
Mhogha Corb. " Ocus is uaiti ainmniter Cul Emhne aniu. 
" Ocus da mad ferr le mu mac-sa .i. Buan, rofaiedh lais. 
Do cuiredb ' a rogha na h-m^me-sin 7 as e rogha rue si : "In 
ti istuaithi 7 riaruighit tir MuniûH 7 dobheir sochur do cach 



1. Tout ce passage, depuis rop cumhang est, dans le mannscrit, d'une lec- 
ture difficile et parfois peu sûre. 



Le siège de Druim Damhgbaire. 73 

pour coi que serait ma descendance et ma race ». « Il en sera 
ainsi (?), ô Buirech... et puisse ta race ne dépasser jamais (en 
nombre) un feu et demi (?) ». 

« Qu'est-ce qui m'a fait tort, Cennmar ? » « Il m'a été 
révélé », dit-il, « que c'est en face de moi en allant vers 
l'Ouest que seraient situés mon domaine et ma terre et il ne 
m'a pas plu de rogner sur eux". 

« Que le domaine et la terre de ta race soit exigus, à jamais, 
que ton vol et ta rapine soient à jamais ». 

« Qu'est-ce qui m'a fait tort, Dil ? » dit-il. « A peu près la 
même chose », dit Dil. « Que ta terre ne vous soit d'aucun 
profit », dit-il, « mais que cependant ton nom soit donné à 
un district, et que ta race (celle des Creacraidhi) soit répan- 
due par toute l'Irlande, dans la suite. 

leur habitation, que toute autre province en Irlande. Les biens 
de cette grande province, j'ai dit qu'ils seront 

ils seront campés trois jours et trois nuits en Deisi 



Et c'est avec ce -là que l'on comparera tout 

en Irlande ". 

C'est alors qu'ils s'engagèrent par des contrats réguliers. 

72. Ils se dirigèrent vers la montagne de Cenn Claire où 
se trouvaient Fiacha et les gens de Munster. Les gens de 
Munster se levèrent autour de Fiacha, pour souhaiter la bien- 
venue à Mogh Ruith, et tous lui accordèrent la suprématie et 
le salaire qu'il réclamait, et lui assurèrent que leurs fils et leurs 
petits-fils respecteraient cette suprématie et les avantages 
accordés à lui vis-à-vis de sa descendance. « Qui as-tu choisi 
pour fiancée ? » dirent-ils. « Eimhne, fille d'Aengus Tirech, 
élève de Mogh Corb ». C'est d'elle que tire son nom Cul 
Emhne, de nos jours. « Si elle préfère mon fils Buan qu'elle 
dorme avec lui ». Ceci fut remis au choix de la jeune fille. 
Voici le choix qu'elle fit : « celui qui est le plus avisé 
et qui assurera la protection d'un chacun, c'est avec lui que 
je dormirai. » 



74 M. L. Sjoestedt. 

is lais taifet-sa ". Ra athnaiscset na cuir ann sin ra gach ni 
arcena. 

73. O thairnic sin ro choimheirighset fir Munw« uili co 
hait a raibi Mogb Kuitb 7 na maithi-sin. " Masa mithid libh- 
si, '' ar se, " bhur foiridhin innosa abraid ga (oiritin raghus 
hVuib do na heicendaluib a taithe. " " An t-uisci tra, " arsiat. 
" Caidhi Cennmar innosa ? " ar Mogh Kuitb. " Ata sunn, " 
ar. Cennmar. " Domroicheat mu sleagha draîâhechta uait. 
Tugrtdh do 7 faluigset ind aier 7 ind nrmzmint 7 faca neach 
gur toirinn ibfaired a troigeadh. " Caide Ceannmhar ? " 
" Sunn ", ar Cennmhar. " " Tabuich, " ar se, " in baile . . . dti 
rinn na slighi. " " Lo\gh\dhecht dam ? " ar Cennmar 
" H'ainm for in sruth ", ar Mogh Ruith ; gabus araill [o' L. 176 
b i]oc tabuch in tzlman 7 oc \araidh an uiscai 7 do radh. Mogb 
Kuitb in rethora; oc laraidb ind usci bes .i. ! 

" Aliu sruth sainemhail. " 



74. Intan tairnic sin is and ro mhebaidh comhdaingne talmfln 
don uisci ; robu mhor a fuaim 7 rob opair do cac uili an imdhi- 
ten ar an uisci. Ocus aduba/rt Cennmhar ac forcloistin an uisci 
ria siu atcuala cach a fuaim .i. " Sithal lan 

75. O thairnic dona maithibh a ol do rer tidhnacuil in 
druadh, is ann aduWwVt Mogh Kuitb : " ibhidh sût ", ar se, 
" co tuca luth 7 lathar 7 hncoibledh gail 7 gach nert 7 tract 7 
enech dhaibh. "Dos râla cum an uisci iarww an a mbuidhnibb 
7 an a ndrechtuib 7 dos farluics^t fair uile eider daine 7 eochu 
7 almha gur bat daitinigh ; [O'L. 176 b 2] ro sczWedh iariwi 
int uisci-sin fo chach for amas a muinnteri 7 ro scaiW/; 
uaidhibh-sidhe fo glenntaibh 7 aibhnibh 7 tiprataibh in cui- 



1 . D'après Keating, II, 320. Mogh Ruith lança en l'air une lance magique, 
et une source jaillit là où elle retomba : san ait ndr tuiiling an ga doting 
tobar fior-uisge. Sans cloute est-ce ainsi qu'il faut comprendre notre texte, 
ici peu lisible ? 



Le siège de Druim Damhghaire. 75 

Ils signèrent alors les contrats et on régla tous les arrange- 
ments en même temps. 

73. Ceci fait, les gens de Munster se rendirent au lieu où 
se trouvait Mogh Ruith et les seigneurs déjà nommés. « Si 
vous jugez qu'il est temps que je vous porte secours, » dit-il, 
« dites moi de quelle façon je puis vous secourir dans la 
détresse où vous êtes plongés. » « Fournis-nous de l'eau, » 
dirent-ils. « Où est Cennmhar ? » dit Mogh Ruith. « Ici », 
dit Cennmhar. « Donne-moi mes lances magiques ». On les 
lui donna. 



« Où est Cennmar ?» « Ici », dit Cennmar. « Creuse la 
place qu'a frappée la pointe de la lance ». « Quelle sera ma 
récompense ? » dit Cennman. « Le fleuve qui jaillira portera 
ton nom, » dit Mogh Ruith. Cennmar se mit à gratter la terre 
et à chercher l'eau, et Mogh Ruith dit cette rhétorique en 
cherchant l'eau : 
. « Salut, flot délicieux.... » 

74. Lorsqu'il eut terminé cela, l'eau jaillit brisant 1 ecorce 
de la terre, et elle faisait un grand fracas et tous eurent grand' 
peine à se protéger de l'eau, et Cennmar dit en écoutant venir 
l'eau, avant qu'un chacun n'entendît son fracas : « Coupe 
pleine. . . ». 

75. Lorsque les nobles eurent fini de boire ce que leur 
donnait le druide, Mogh Ruith dit : « Buvez cela, » dit-il 
« pour que votre force et votre énergie, et votre aptitude aux 
armes vous reviennent, avec votre vigueur et votre dignité. » 

Ils se pressèrent vers l'eau, en troupes et en groupes, et 
tous y étanchèrent leur soif, gens, chevaux et bétail, si bien 
que l'eau suffit à tous. Ensuite les eaux se répandirent et se 
distribuèrent de toutes parts, vers leurs gens, et de là, elles se 
répandirent dans les vallées, les cours d'eau et les sources de 
la province, et les délivrèrent de l'engourdissement magique 
qui pesait sur eux, et les eaux se manifestèrent de cette façon 
à tous ; les troupeaux et le bétail de la province furent amenés 
vers les eaux, et burent leur content. 



y(> M. L. Sjoesteàt. 

cidli 7 ros cuiredh in scithlim dwùdbechla bai forro dibli 7 ro 
faillsighit na li-usoxdha docach fon n-innus-sin. Tugait immorro 
alnihai 7 innile in cuicidh cusna uscaibh 7 atibhset cur bat 
daithinigh. 

76. Ro curset fir Munv/« iar//;;/ iluch commaidhmhe. Ocus 
roclosgu longport Corrrur/c sin. O^/u docuas o feruibh Muman 
da innisi do Chormac 7 do neamchomall na cana 7 d'tuagra 
in eisidha. Ro ghabh grain 7 omhon Leth Cuinn uni Chormac 
annsin 7 ro crithn/^/jset 7 ro ghabh a n-airi cur tir a ndobra- 
tar a ndraidhe fein riu, oc tairmeasc a sloighidh impaibh. 

" Datrae bendacht, a Mbogh Kuith ", ar fir Muman, " 7 in 
cutraime ro gealW/; d«/t, bera uile gm gu tugtha dhuin d'foiri- 
din, achl int usca nama ". — " Nuchon air ata m'incesact 
e'iter, ar bur foindin. Achl is mo adaghar a neamlichomall 
rem clannuib7 rem chinedh dar mh'eisi in tsochuir doratabair- 
si dhamh. " Tucsat-som uili a mbennacbta. da gac aen do com- 
aillfedh 7 tue Mogh Corb 7 Donn Dairine 7 na cuir ar cena. 



77. Ro fiafcuighMogh Kuith arnamharach : " Ga cabhuir is 
fearr libh raghus duibh innosa ? " " An enoe do thairnium ", 
ar siat, " âr is mor in muich 7 in phlaidh dhun ar nimaid 
do beith" uas ar cinn i n-ardenoe druidh^ka 7 sinn fein i 
bhfan, 7 conad radarc dhun a bhfeg^d uain suas ar airdi. " 
" Tabhur mh'agaidh risin enoe, " ar Mogh Kuith ; ocus tug^dh 
on co hinilldireac. 7 o thugad dochoid-sium i muinighin a 
dhea7 a cumhachta 7 ro aidhbligh he fein cunar bhônemhair- 
di he anas in enoe, 7 ro mheduigh a chenn co mba me'idether 
re hardehnoe ara mbiath daire [177 a 1] cailli moire, gur gha- 
bhustar uamon cid a muinler fein roime. 



78. Is andsin doroacht comalta dho-som cuigi .i. Gadhra 
a Druim meic Criadhnaidhi, mac derbhsethar Ban Buanaindi, 



Le siège de Druitii Datnbghaire. 77 



76. Les gens de Munster poussèrent alors une clameur de 
joie, qui fut entendue jusqu'au camp de Cormac. Et les 
hommes de Munster envoyèrent vers Cormac, pour lui 
apprendre ce qui s'était passé, refuser de payer le tribut, et 
dénoncer la trêve. 

Le parti du Nord, groupé autour de Cormac, fut saisi 
d'horreur et d'épouvante : ils tremblèrent à l'idée que leurs 
druides leur avaient dit la vérité, lorsqu'ils s'étaient opposés 
à cette expédition. 

« Nous te rendons grâce (?)Mogh Ruith, » dirent les Muns- 
tériens, « la récompense qui t'a été promise t'est désormais 
acquise, quand bien même tu ne nous fournirais pas d'autres 
secours que de nous avoir rendu l'eau. » — « Ce n'est pas 
que je veuille vous marchander mon secours, mais je crains 
fort qu'on ne s'acquitte pas envers mes enfants et envers ma 
descendance de ce que vous m'avez accordé par contrat. » 
Tous alors donnèrent leur bénédiction à tous ceux qui exécu- 
teraient les conditions : Mogh Corb, Donn. Dairine et les 
garants firent de même. 

77. Le lendemain Mogh Ruith demanda : «Quelle aidepré- 
ferez-vous maintenant ? «Abaisse la colline », dirent-ils, «car 
c'est une grand affliction et une grande calamité pour nous, 
que nos ennemis soient ainsi installés au-dessus de nos têtes 
sur une colline magique lorsque nous sommes nous-mêmes au 
pied si bien que nous ne pouvons les voir qu'en levant les 
yeux. » « Qu'on tourne mon visage vers la colline », dit 
Mogh Ruith. C'est ce qu'on fit sans balancer. Aussitôt, il 
invoqua son dieu et sa puissance et grandit si bien qu'il 
n'était pas moins grand que la colline, et sa tête crût jusqu'à 
être aussi grosse qu'une haute colline couronnée de grands bois 
de chênes, si bien que même sa suite fut saisie de terreur à sa 
vue. 

78. C'est alors que vint le trouver son camarade, Gadhra, 
de Druim meic Criadhnaidhi ; c'était le fils de la sœur de 



78 M. L. Sjoestedt. 

bandrai ingine Deirg Dualaigh ; d'fanacbt 7 d'foiridin do 
Mogh Ruith tainic. Ocus ba soidhealbha i lleth ra Mogh Ruilb 
do bhi a dhealbh in la-sin, 7 ra feruibh Mumrt« ar cena. Ba 
heitigh aineachtac a dealbh 7 a ecosc i lleth ra Cormac cona 
sluagaibh .i. issé garbh giusaidhi 7 méidk/forrighthech a chenn, 
meidé/for righchaire ceachlur a dha sul ria a cenn aneachxa'ir, 
a gluine na deagaid 7 a escudu reme. Gabhullorg iarnd mhor 
na laim. Araid odhur ghlas imbe guna lan do chongaib 7 do 
chnamaib 7 d'adharcaibh, boc 7 reithe na \eanmain gu nga- 
bhudh crith 7 omhon gach nech atceth fon n-ecasc sin. 

Ocus ro ftafruigh Mogb Ruith de : " Cidh ima tainic ? 
" Tanac ", ar se, " do thabairt creath 7 uamhain for na slo- 
gaibl) 7 do tabairt neirt mhna siuil in cech tir dhibh re huair 
catha 7 comhluind. " Ocus do riachtroimhe fon ecusc-sin co 
Druim nDamgaire 7 tainic fo tri a timcheall in chnuic 7 a tri 
bodharbheicedha ass yro thaispenustar doib he fon n-innus-sin 
gur ghabh grain 7 omhun uili iat, co rucastar leath luidh 7 
lanchoibhlidh o gach fir dhibh. 



79. Ros facuibh fon n-innus-sin 7 tainic roimecu h-airm 
a mbai Mogh Ruith. Ocus ro bai Mogb Ruilb ica tiafraig/d dhe 
in nderna na tosca risi tainic, ocus ica fiafraigidh dhe beos 
cinnus toethsaitis na slôigh, in an-aenuibh nô n-a ndrechtuibh 
no n-a bhfichtibh, nô n-a cedaibh. Ocus adbert Mogh Ruith 
tosach na laidi 7 do freagair Gadhra : 

[M. R.] Cidh dia tanaic, a Ghadra ? In re dogra brigh 

mbechta ? 
[G.] Do taba/Vt creatha is uamain ; sunn ar sïuaghàibh 

na h-echtra. 
[M. R.) Innis duin do gnim gaili 'in ba gaire gnim Cor- 

maic ? 
[G.] Beicfid, buirfid re deogail* beit ar seolaib slôigh Cor- 

maic 
[M. R.] In bai n-aenuibh no i ndeduib, no n-a ndredrtaibh 

ro didbuid 



Le siège de Drtiim Damhghaire . 79 

Ban Buanana, la druidesse, fille de Derg Dualach. Il venait 
à l'aide et au secours de Mogh Ruith. Belle était son appa- 
rence, te jour-là, du côté tourné vers Mogh Ruith et vers les 
gens de Munster, odieuse et monstrueuse était son apparence 
et sa mine du côté tourné vers Cormac et vers ses armées : 
il était rude et piquant comme un piti (?), et aussi gros 
qu'un château royal. Chacun de ses deux yeux était ausi gros 
que le chaudron d'un roi, et ils saillaient au dehors de sa 
tête ; ses genoux étaient par derrière, et ses talons par devant. 
Il tenait à la main un grand, trident de fer ; il était enveloppé 
d'un manteau d'un brun gris, corné, tout hérissé d'os et de 
cornes ; un bouc et un bélier le suivaient. Ils étaient frappés 
de terreur, tout ceux qui le voyaient en cet équipage. 

« Pourquoi es-tu venu ? » lui demanda Mogh Ruith. « Je 
suis venu », dit-il, « pour faire trembler et pour épouvanter les 
armées, afin qu'il ne reste plus que la force d'une femme en 
couche à chacun de leurs guerriers au moment du combat. » 
Et il s'en alla en cet équipage jusqu'à Druim Damhgaire ; 
il fit trois fois le tour de la colline, et poussa trois cris assour- 
dissants et se montra aux ennemis de cette façon, si bien qu'ils 
furent saisis d'horreur et de terreur ;il priva ainsi tous les guer- 
riers de la moitié de leur courage et de leur valeur guerrière. 

79. Il les laissa en cet état et s'en fut rejoindre Mogh 
Ruith ; Mogh Ruith lui demanda s'il avait exécuté le dessein 
en vue duquel il était venu ; il lui demanda aussi comment les 
armées succomberaient; homme par homme ou par groupes, 
par vingtaines ou par centaines : Mogh Ruith commença donc 
le poème (suivant) et Gadhra lui répondit. 

Mogh Ruith. Pourquoi es-tu venu, ô Gadhra ! Est-ce pour 
apporter la désolation, pouvoir certain (?). 

Gadhra. C'est pour répandre l'horreur et l'épouvante parmi 
les armées ennemies. 

Mogh Ruith. Dis-moi quels exploits tu as accomplis, est-ce 
que l'action de Cormac était ? 

Gadhra. Ils crieront, ils imploreront miséricorde (?). 
L'armée de Cormac sera en désarroi. 

Mogh Ruilh. Est-ce isolément ou deux par deux, ou par 
masses qu'on peut les compter ? 



80 M. L. Sjoestedt. 

[G.] Bid i n-aenuib 's a ndeduib - taethsd/ siritiu siabhraid 
[M. R.] [177 a 2] In ba i fichtibh no a cedaibh "no n-a 

drechlaibh ra tu i ri m ? 
[G.] I bhfkhtib ced is dreachtzibh' toethsat clann Chuinn 

na curad. 
[M. R.\ Cidh na marbha na sluagha *is na tuadha ro 

thinol ? 
[G.] Ni leicen dano be bannba 'snifes a tharbha cidh on. 

Cidh. 



80. Do bhatar annsin andis oc ïumaimh in catha 7 Gadhra 
n-a ecosc fein. Ocus gabhus Mogh Ruitk for seidedh in cnuic, 
7 ni fetad fer do Leith Cuind bheith i n-a bhoith ar mhet na 
h-ainbhthine ocus ni fetatar an draithi canas tainigh dhoibh 
ind ainbthine. Gabhustar Mogh Kuith amlaid-sin for sehedh'm 
cnuic 7 ro raid na bnathra-so : 

" Soeim atsoeim. . . ". 

81. [177 b 1]. Do cuaidh tra an cnoc ar neicfni n-a dlu- 
muibh dubhai 7 n-a choire chiach gumba lor dh'uathbhas 
d'oes-midhbadh gair in tsloigh 7 tairmgrith na n-ech 7 na 
carpa/ 7 briscbruar na n-arm oc beim in cnuic ra a bunûd. 
Sochaide tra don isluagh ro facuib i croilighi mbais 7 ra fac- 
bhuit uile fa choir dubh'aighi 7 droichm^«ma«. Ro ba 
maidhium la fira Mumâfn sin 7 ro cuirs^t ilaich commaidme 
7 ro bo buadhu£ttd mor leo. Cidh fra in forbhfailtius 7 in 
t-aineas ro ruair in sluag thuaidh roime-sin, tainic ar in 
s\uag fo dhes. An bron immorro 7 in dogaillsi ro bui ar in 
sluag thés roime-sin do dechaid ar in sluag budh thuaid. Batar 
ïxmhlaidh-s'm co madain. 



82. Ro râlhaigh Leth Chuind annsaidhe sodh a dana 
forro. Ocus ro ghabh Cormac occ eiliug«d n andruagh ro 
bhatar aigi fein. Is annsin ro e'irigh Colptha ra h-imnaire an 
chairighthi thuc Cormac fair 7 ro ghabhustar a sciath dubh 
duaibhseach for a cliu i ra bhutar se fichit fertraigh cona bile 



Le siège de Druim Dambghaire. 81 

Gadhra. C'est un par un et deux par deux qu'ils périront, 
ces magiciens. 

Mogh Ruith. Est-ce par vingtaines ou par centaines ou par 
masses, à ce que tu penses ? 

Gadhra. C'est par vingtaines de centaines et en masses qu'ils 
périront, les descendants de Conn, chef de héros. 

Mogh Ruith. Pourquoi n'ont-elles pas péri par toi, les tribus 
et les armées qu'il a réunies ? 

Gadhra. Il n'est pas nécessaire , leur avantage 

Même ainsi. 

Même ainsi. 

80. Ils étaient tous les deux en train de se préparer au com- 
bat ' Gab h ra avait repris son apparence normale. Mogh Ruith 
se mit alors à souffler sur la colline ; aucun guerrier du parti 
du Nord ne pouvait se tenir dans sa tente, tant était grande 
la tempête. Et les druides ignoraient l'origine de cette tem- 
pête. Mogh Ruith, en soufflant ainsi sur la colline prononça 
ces paroles : « Je tourne, je retourne, etc.. ». 

81. La colline disparut alors, enveloppée dans des nuées 
sombres et dans un tourbillon de brouillard, si bien que le 
commun de l'armée fut saisi d'épouvante, au cri des batail- 
lons, au tumulte des chevaux et des chars, au fracas des 
armes brisées retentissant lorsque la colline fut tranchée de 
ses fondements. Une partie de l'armée en resta plongée dans 
les affres de l'agonie, tous s'abandonnèrent à l'abattement et 
au découragement. 

Cela remplit les Munstériens de joie : ils poussèrent une 
clameur en célébration, et s'en enorgueillirent fort. En un 
mot, l'enthousiasme et la joie qui régnaient parmi l'armée du 
Nord auparavant -passèrent à l'armée du Sud, et, inversement, 
l'affliction et le désespoir où était plongée auparavant l'armée 
du Sud, furent le lot de l'armée du Nord. Ils restèrent dans 
cet état jusqu'au matin. 

82. Le parti du Nord remarqua alors comment leurs sor- 
tilèges avaient été retournés contre eux. Cormac se prit à faire 
des reproches aux druides qui étaient à son service. C'est alors 
que Colptha, tout honteux de la semonce que lui avait infligée 
Cormac, se leva ; il prit au bras gauche son bouclier noir et 

Revue Celtique, XL1II. 6 



82 M. L. Sjoestedt. 

iaruind n-a timcheal 7 a chidebh trom tortbhuilleach a ndec- 
\\aid tricha caor comdlutta 7 a dha sleigh dhubha dhethaighi 
dhuaibhsecha n-a laimh. Ocus do chuaidh fein a ndeilb bhuirb 
brogdha bachlachdha i ra butar da fichit dec traighedh ar 
airdi gan imtoicheall airium na etuigh acht sin. Tainic tra 
Cairpre Lifacair dia laidhiud 7 tancatar rompa siardes as an 
longphort i freacar in comlaind. 



83. O atcondcadar firMuman sin ro raidset ra Mogh Ruith : 
"A tir sochair 7 sochraite, ata sunn Colptha i freacur in com- 
luinn feibh as duaibhs^zca thainic riam ". " Cia thic lais ? " 
ar Mogh Ruith. " Ciirpre Liffacair, " ar siat. " Caidhi Cenn- 
mhar inosa ? " ar Mogh Ruith. " Sunn ", ar Cennmhar. 
" Eirigh ", ar se, " 7 freitche l frithailimh in aithigh ud. " 
" A aide inmhain, " ar Cennmhar, " ra sires-sa in domwn 
tàir 7 siu immaille frit-sa 7 ni ro raidhis : si frim-sa cath na 
comluww riamh, Ocus dano ci peadh a ndernus ni dernus in 
œmhlunn aeinfir, [177 b 2] ci peadh do thincsin do berainn 
a raen ra cach a freacor aid nô irghoili. " " Coiméirigh, arai- 
sin, " ar Mogh Ruith, "7 ragat-sa fein lat. " 



84. Comlais Mogh Ruith co Râithin animairic ra h-ath 
aniar-dhes 7 Cenmhar mzûleiis (?) Ocus is amlaidh thainic 
Mozh Ruith mar bhud he fein tised isin comhlunn. feibh is 
ferr thicedh riam cona sciath ilbreac reltanac feir, cona bhile 
findarg^it uime 7 daidehh curata 1 n-ardghabhail for a cliu 7 a 
dha è\ég niamdha neinvhnaca i lamhuib leis. Ocus tainic fon 
tuaruim-sin cona àrmghaiscedcon eisidh i Râithin ind imairic 
re h-âth âniardhes. Cidh tra mar do tfaocbhadh Cairbre Lith- 
facair atuaidh ar aen ra Colptha, ro thocbad Mog Corb ar aen 
ra Cennmhar. Or rob iat-sin a bhfiadhnuise ider thosach 7 
dcred cein ro batar oc ferthain a comluinn 7 is acu ro bhuifir 
7 derb na moireicenn ro imir cach for a cheli dhibh. 

1. Cette forme paraît signifier : « prépare-toi », ou : « va. » Faut-il la 
rattachera un composé fris-tiug- auquel s'ajouterait ici une désinence dépo- 
tente ? 



Le siège de Druim Damhgbaire. 83 

sinistre, qui ne mesurait pas moins de cent vingt pieds, et 
était entouré d'un cercle de fer; il prit son sabre lourd et per- 
çant, où s'étaient fondues trente masses de métal flamboyant, 
il prit ses deux lances noires fumeuses (?) et sombres, dans sa 
main. Et lui même revêtit une apparence horrible, immense, 
grotesque, d'une stature de deux cent quarante pieds, sans 
faire entrer dans le calcul ses vêtements (?) . Cairpre 

Liffacair vint avec lui pour l'exhorter et ils sortirent du camp, 
marchant vers le Sud-Ouest pour livrer bataille. 

83. Lorsque les Munstériens virent cela, ils dirent à Mogh 
Ruith : « O notre ami et notre allié, voici venir Colptha 
pour livrer bataille, sous l'apparence la plus sinistre sous 
laquelle il soit jamais venu. » « Qui vient avec lui ? » dit 
Mogh Ruith. « Cairpre Liffechair, » dirent-ils. « OùestCenn- 
mhar, maintenant ? » dit Mogh Ruith. « Ici », dit Cennmar. 
« Lève-toi », dit-il, « et prépare-toi (?) à tenir tête à ce 
manant ». — Très cher père », ditCennmhar, « j'ai visité 
l'Orient et ai demeuré ici avec toi, et tu ne m'as jamais invité 
à combattre. Et, quoi que j'aie pu accomplir, je n'ai jamais 
combattu en combat singulier ; quoi que je sois capable d'en- 
treprendre, je m'effacerai devant n'importe qui en matière de 
combat et de faits d'armes. » « Mets-toi en route, cependant, » 
dit Mogh Ruith, « et j'irai moi-même avec toi. » 

. 84. Mogh Ruith se rendit à Raithin in Imairic (au tertre de 
la rencontre) sur le gué, au Sud-Ouest : Cennmar le suivait 
avec répugnance. Mogh Ruith vint équipé comme si c'était 
lui-même qui devait livrer bataille, et aussi bien qu'il l'avait 
jamais été : il portait un bouclier bien construit, étoile, 
entouré d'un cercle d'argent, un sabre guerrier se dressait (?) 
à son côté gauche et il tenait en outre deux lances ennemies, 
empoisonnées, dans ses mains. Il s'avança ainsi avec ses armes 
offensives et défensives jusqu'au tertre au sud-ouest du gué - y 
à l'instant même où Cairbre Liffacair apparaissait, venant 
du Nord, accompagnant Mogh Corb, Colptha apparut avec 
Cennmhar. Car c'étaient eux les témoins de la bataille que 
les deux guerriers se livrèrent, du commencement à la fin ; 
c'est eux qui constatèrent avec certitude et évidence les coups 
cruels que s'infligèrent mutuellement les combattants. 



«4 Ai. L. Sjoestedt. 

Do raid Mogh Ruitb ra Cennmhar : " DomroiclW mo chloch 
neme 7 mu lia laime 7 mo comlunn cet 7 mo dhithdergddar 
mo naimdiu " ; 7 tuazd do 7 ro boi ica molad 7 ic cor bre- 
achta neme inti 7 doraidh in rethoirec-so : 

" Ailim mo lie laime. . . " '. 

85. [178 a ij O tairnic sin dos fuc i laimh Cennmair 7 ro 
raid h fris. " Intan tiefa Colptha san ath eugat teilc-si in cloch 
isin ath 7 dom breit/r ", ar se, " as derb leam-sa con dinge[b]a 
gnimha gaili Colptha dit. 

Do roacht iar sin Colp//;a co Raithin ind imairic re h-ath, 
7 cein ro bui Colptha oc tiachtuin on longport conice sin, do 
chuir Mogh Kuith anal draidhechta n-a zdhaigh fo thuaidh, 
con derna sin cor bhat (oithe fergacha feoghghoirte clocha 7 
gaineam in talman o tha in longport cuszn ath. Co mba mei- 
dlter la Colptha na tairai cos for talmam do ar a mhét no 
l^raitis 7 no loisedis na foithe, ocus cor bhaat saghalerlabra let- 
ratacha maighseisc 7 îTmrain na mona ac dlomad 7 ace eicet 
air. Ocus cor bat tuirc trotacha trebliadhna/o'/; tulfoit 7 morbai 
in mhaighe ar énghair 7 ar airmgrith cuigi. Ocus cor bhat 
daimh dedla dimora agarbha iar reamwr mu'metha moirsciach 
in muighi oc belàdhaigh 7 oc buhfedaigh oc a roachtain. Ocus 
ro ghabh grain 7 omun fon n-innus-sin Colptha. 



86. Mogh Kuith immorro, teit-sein i ndeilbh n-aineactha 
ndimhoir fô a samhuil-sium. Sillis Colptha dar ath fo dhes 
fairsium 7 forfid/V ba se doroine na h-anrechta ut batar for- 
sin muigh. Ocus dano ba hingnad lais Mogh Kuith do bheith 
fo armghaismf 7 se dall 7 do raidh in retoric-sa : " Gas atu 
atuarat cind. et tel. " Dofreagair Mogh Kuith co feigh 7 co feo- 
chair 7 do raidh an retorxc À. " Fearta druadh dolbaim-si et 
rel " . 



1. Cf. un essai de traduction de cette rhétorique dans O'Curry, Manncrs 
and Ciistoiiis, II, 279. 



Le siège de Druim Dambghaire. 85 

Mogh Ruith dit à Cennmhar : « Donne-moi ma pierre 
empoisonnée, et ma pierre plate de main, et mon « combat 
décent, » et ma « destruction de mes ennemis » ; on la lui 
donna, et il se mit à la louer, et à y mettre un charme 
empoisonné et il dit la rhétorique : « Je prie ma pierre de main, 
etc. » 

85. Lorsqu'il eut fini, il la mit dans la main de Cennmar, 
et lui dit : « Lorsque Colptha entrera dans le gué et s'avan- 
cera vers toi, jette cette pierre dans le gué, et sur ma parole, » 
dit-il, « je n'ai aucun doute qu'elle ne détourne de toi les 
coups de Colptha. » 

Colptha se rendit alors au tertre de la rencontre sur légué, 
et tout le temps que Colptha mit à venir du camp jusque là, 
Mogh Ruith envoya contre lui vers le Nord un souffle drui- 
dique ; cela transforma les pierres et le sable du sol en 
brandons ardents, furieux, durs et coupants, sur tout le trajet 
depuis le camp jusqu'au gué, si bien qu'il était très pénible à 
Colptha de poser son pied à terre, tant les mottes le blessaient 
et le brûlaient. Les laiches de la plaine prirent la voix de 
chiens et devinrent coupantes, et les herbes du marais se 
mirent à le repousser et à contre lui ; des sangliers 

batailleurs de trois ans, et les fourmis de la plaine criaient tous 
ensemble et faisaient un grand fracas à son approche. Et des 
bœufs sauvages, immenses, hardis, derrière les épais buissons 
d'aubépine de la plaine, hurlaient et mugissaient à son 
approche. Si bien que Colptha fut saisi d'horreur et d'épou- 
vante. 

86. Quant à Mogh Ruith, il s'avança donc sous une appa- 
rence imposante et immense. Colptha jeta les yeux sur lui à 
travers le gué, vers la rive Sud : il devina que c'était lui qui 
a^ait suscité les phénomènes extraordinaires qu'on voyait 
dans la plaine. Il s'étonna de voir Mogh Ruith en armes, 

quoique aveugle ; il récita la rhétorique : « ». Mogh 

Ruith répondit de façon tranchante et sévère et il récita la 
rhétorique : « » 



86 M. L. Sjoestedl. 

SI. O thairnic dona âraithibh an imacallaw/7-sin, gabsatoc 
gnô. Ocus dochuaidh Cennmhar for araus in atha 7 nis faca 
Co\ptha con eisidh ar ur in atha 7 cweas in cloich roime 
san âth 7 doghni murescang sith-remair dhi, fejbh atcuad- 
hamw romuinn. Ocus atnaidh Cennmhar fein a ndeilbh 
cloiche, for an ath. Cloch mor immorro bai isin ath soighter 
iside i richd Cennmhair. Gabhaidh iarsin anfadh for an ath, 
amal tonna dileand i llo cruadhghaeithi earmig fo anfad in 
mhor-mara. Ocus ba dethb'ir do ceachtar n-ai inni-sin, or ba 
doig la dannaibh Cuind um Cormac ba druidhecht 7 diaba/dan 
Moga Ruith ro comlaisetar na tonna-sin, ocus ba doigh la 
Fiacha 7 la fira Muman ba druidhecht 7 diabû/dan Cho\ptha 
no chomhlai in moranfad-sin for lar in mor-muighi n-a 
bhfhiadhnww, curgabh uromon ceathra coiged Eirenn fon 
samail-sin. 



88. Ni h-indister tra comlunn na coimeascar do dhenam 
do Cennmar 7 do Choira annsin 7 ni he Colptha [178 a 2] 
na taircedh, or, intan atconnaic ecasc Cennmhair isin ath, 
sceindis cuigi 7 imselais tri beiminda dho don daidem mor 
mhilitabui n-a laim co taillfedh mac midaeisi i fuillslicht gâte 
beime dhib isin cloich. Sceindis an escang cuigi-sium ann 
saide 7 gabus tulpart a édain 7 a aighthi fair 7 gabsat seachnon 
ind atha co tancatar fecht fo tri n-a thimcheall 7 Colvtba a 
n-uachtar gach re fecht 7 in eascong în fecht aili. Ro scarad 
Co\plha ra armaibh ann sin 7 ro bruighmhinaigit im a lam- 
haib. Ro fortamlaigh tra in escong for Colptha, 7 benais fria 
chnes, 7 tig timcheall a neirt 7 doni noi snadma dhi im-a 
churp fria a dhoitibh anechtair 7 tic traigh dhi fai 7 traigh 
uasa 7 intan no trialW coisceim do breith do beired si builli 
da herr dar an cois nous tocbhadh 7 do btredh beim dhe fria 
tzbnain 7 intan no thoebad a cheann no gheibhedh an escong 
ider a dha carpat in blagh ba sia uaithi don cinn, 7 imsel- 
adh beim dhe frisin sruth. 



Le siège de Druim Damhghaire. 87 

87. Après cet entretien les druides en vinrent à l'action. 
Cennmar s'avança vers le gué et Colptha ne le vit point avant 
qu'il ne fût installé au bord du gué ; Cennmar plaça la pierre 
devant lui dans le gué, et la transforma en une énorme anguille 
de mer, comme nous l'avons déjà dit. Cennmar lui-même 
se posta sur le gué, sous l'apparence d'une pierre. Il y avait 
d'ailleurs une grande pierre dans le gué; elle prit l'apparence 
de Cennmar. 

Ensuite une tempête s'éleva sur le gué, telles les vagues 
puissantes un jour de grand vent au printemps, lors d'une 
tempête en haute mer. Aucun des deux partis n'avait de 
doute quant à son origine, car les descendants de Conn, qui 
environnaient Cormac, attribuaient l'amoncellement de ces 
vagues à l'art magique et diabolique de Mogh Ruith, tandis 
que Fiacha et les gens de Munster voyaient un effet de l'art 
magique et diabolique de Colptha dans cette tempête furieuse 
qu'ils voyaient s'élever au beau milieu de la plaine. Les quatre 
provinces d'Irlande furent plongées dans l'épouvante à cette 
vue. 

88. L'histoire ne rapporte aucune rencontre ni aucun 
combat livré par Cennmar et Colptha ce jour-là. Ce n'est 
pourtant pas Colptha qui se déroba, car, lorsqu'il vit le 
faux Cennmar dans le gué, il bondit sur lui et il lui asséna 
trois coups avec le grand sabre meurtrier qu'il tenait 
dans sa main, si bien qu'un homme adulte aurait trouvé 
place dans la trace sanglante que laissa chaque coup dans la 
pierre. 

L'anguille bondit alors sur lui et le saisit par la face et ils 
tombèrent en travers du gué, si bien qu'ils roulèrent par trois 
lois alentour, Colptha et l'anguille se trouvant successive- 
ment par-dessus. C'est alors que Colptha fut séparé de ses 
armes qui se brisèrent en mille morceaux entre ses mains. 
— L'anguille prit alors l'avantage sur Colptha; elle s'accrocha 
à. sa peau, l'entoura de façon à le paralyser, et fit neuf nœuds 
autour de son corps, en emprisonnant ses mains ; et un 
pied de Colptha fut pris par-dessous, et l'autre par-dessus. 
Lorsqu'il essayait de faire un pas, l'anguille donnait un coup 
de queue sur le pied qu'il soulevait, et le renvoyait contre 



ss M. L. Sjoesteât. 



89. O atconnuic Mogh Corbgur (onamluigh an eascang for 
Cholptha, atbert ra Cennmhâr : " Fort do colaingcel ' ", ai 
se, " is olc dhuid gan ni do maisi an ecta 7 clu marbhtha an 
aithigh do beith fort ". Is ann sin ro gabh Cennmhâr slegh 
draidhechta Mogha Ruith n-a laim, 7 saidhis hi a Co\ptha os a 
chinn co fortren feramail 7 aithnes Mogh Corb dhe a imdhiten 
fair. Sceindis Cennmhâr chuigi iarum co claidem mor mile/a 
Mogha Ruith, con selustar beim dho, con tobacht a cenn de. 
ocus hcbus in cend ann sin 7 tic for tir 7 toitid a taem-laem 
gen aidechta air 7 a thaisi marbhtha 7 mêle. Sceindis Mo^/; 
Corb isin ath 7 gabhz/5 in cenn 7 tic lais. 



90. Imsoei Coirbri Litfacair dia longport ; ocus ro cuirset fir 
Mhumatw u\ach commaidme in comh/www-sin ; ocus doronsat 
nualghubha fo chuitbhidh obloire, 7 eisdrecht fer Muman ac 
commaidim Choira : " In libh in maidium ? " ar Mogh 
Ruith. " " As linn 7 ita sunn Mogh Corb 7 an cenn aigi ". 
" Caidhi Cennmar ? " ar Mogh Ruitb. " Dorochair taisi midbad 
fair", arsiat. " Truadh sin ", ar se. " Da mad he thised lasin 
cenn, ni gebhtha fior n-aeinf ir râ fer dia sil co brach, acht eu 
mad arm neich dom sil-sa do biath aigi ". " Tabair frim-sa 
in mbreithir- sin ", ar Mogh Corb, "or as me thuc in cenn 
leam 7 is me [178 b 1] fuil re comaïïadh do sochair 7*as i m' 
ingen ro thoghais 7 ni mesa mhe fein oldas Cennmhâr "• 
" Dober-sa on ", ar Mogh Ruith, " cein chomalla do coracais 
frium-sa, acht gu rub arm fir dom sil-sa his nach fer dod 
sil-sa ". Ocus atbert an rand. 

" Mad arm fir do sil Mogha 

C«5an cathghail re a cura 

Taethsat leo 7 fosraegat 

acht nar saebhat a cura '" 

1. Cf. à peu près la même formule § 56. 



Le iiège de Druim Damhgbaire. 89 

terre ; lorsqu'il levait la tête, l'anguille prenait entre ses 
mâchoires le sommet de sa tête (litt. la partie de la tête qui 
était la plus éloignée d'elle), et l'envoyait frapper contre le 
courant. 

89. Quand Mogh Corb vit que l'anguille avait le dessus sur 
Colptha, il dit à Cennmar : « », dit-il, 
« cela te fait grand ton de ne rien faire pour t'assurcr le béné- 
fice moral de cette mort et la réputation d'avoir tué ce 
manant ». Cennmar saisit alors la lance druidique de Mogh 
Ruith, et il la darda sur Colptha, par-dessus sa tête, avec force 
et énergie, et Mogh Corb l'engagea à être sur ses gardes. 
Ensuite Cennmar sauta sur Colptha, avec le grand sabre 
meurtrier de Mogh Ruith, et en porta (à Colptha) un coup 
qui lui trancha la tête. Il laissa la tête là et regagna la rive; il 
fut alors saisi par la crise rapide comme l'éclair 

ainsi que par sa transe mortelle et douloureuse (?). 

Mogh Corb sauta dans le gué, saisit la tête et s'en alla avec. 

90. Cairpre Liffacair s'en retourna à son camp. Les gens de 
Munster poussèrent une clameur de réjouissance, en l'honneur 
de ce combat, et les bouffons poussèrent des gémissements par 
dérision, parodiant les Munstériens en train de célébrer la mort 
de Colptha. 

« Est-ce vous qui chantez victoire? » dit Mogh Ruith. 
« C'est nous, car voici Mogh Corb portant la tête ». « Où 
est Cennmar? » dit Mogh Ruith « Il a été saisi de sa crise de 
, » dirent-ils. « C'est dommage », dit Mogh Ruith. 
« Si c'était lui qui était venu avec la tête, aucun homme de 
sa descendance n'aurait jamais été vaincu en combat singulier, 
à condition seulement qu'ils portent les armes d'un de mes 
descendants dans le combat ». « Accorde-moi le privilège que 
tu viens de dire, » dit Mogh Corb, « puisque c'est moi qui 
ai apporté la tête avec moi, que c'est moi qui veille à l'ac- 
complissement de ton contrat, que c'est ma fille que tu as 
choisie et que je ne vaux pas moins que Colptha ». « Je te 
l'accorde », dit Mogh Ruigh, « aussi longtemps que tu accom- 
pliras tes engagements à mon égard, à condition que chaque 
homme de ta descendance porte dans le combat les armes 
d'un homme de la mienne ». 



9<3 M. L. Sjoesledt. 

u Ni saebobhthar fort-sa sin co brath ", ar Mogh Corb. 
Ocus dod'chubhus, dena faitsine dhun 7 forfindam uait in 
mbia maith d'ar sil eid^r nô aitheirge oruinn fein. 

" Biaidh, " ar Mogh Kuith, " 7 geba fein rigi Muman 7 gein- 
fidh uaidh sochaide ghebus". Ocus do raidh an rethoric : "La 
Mogh Corb cathuigim, 7 reliqua ". 

A'idhed Cholptha ar' Ath na n-ôc in-sin 7 is o Cholptha 
z'mmnighther o sin ille. 



91. Badar annsin co mucha lai ara bharach, ocus ro coiméi- 
righ Lurga maiden mhoch ar in ath adna i freacar in com- 
lain 7 Cairbre Lithfacair leis, 7 do freagair Ceannmhâr o 
feruibh Muman sin 7 Mogh Corb leis 7 a lia laime 7 sleagh 
draidechta Mogha Kuith n-a laim. Ocus is eimhilt cena tuarusc- 
bail airm 7 eidigh gac enn duine thic isin comlainn d'indisi ; 
is airi-sin lacabhair cein innisi. 



92. O do riacht Ceannmar co Raithin ind Imairic ra h-ath 
aniar-dhes gabustar Lurga ga kgad 7 ga zg&ÏÏaimh 7 ba tren 
7 ba tairpt^c in treinfer sin 7 ba mor a omhun ar Chean- 
nmhar in la-sin 7 ro geallustar a aidi dho co mbherad 
coscar 7 commaidim Cennmhair lais i ndigail Colptha. Is 
amlaidh bui Ceannmar in la-sin co nar bo mesa lais bas 7 
aiàhedh d-'faghail min badh fosaidh a traig 7 min bhadh 
cruaidh a cride 7 min bhadh badbdha a beim 7 min badh innill- 
direch a urchar ra frithailimh Lurga a n-'mad na meraighechta 
dorala do in la roimhe oc frithaih'm/; Colptha ; 7 gabsa/ for 
zczWaimb araili 7 tug cach dib freacra fon cas da chele 
ann-sin. 

Gzbus Cennmar for amus ind atha7a lia cloichi n-a laimh 
7 gahus ica moW 7 ica h-etflrghuigi 7 ic faitsine ind àir do- 



Le siège de Druim Dambghaire. 91 

Et il dit le quatrain : 

« Tant qu'ils porteront dans le combat les armes d'un 
guerrier de la descendance de Mogh — selon leur conven- 
tions. 

' Ils mais que ces conventions 

ne soient pas enfreintes ». 

« Ceci ne sera jamais enfreint à tes dépens », dit Mogh Corb. 
« Et, en toute conscience, fais-nous une prophétie, et apprends- 
nous si notre descendance prospérera, et si nous-mêmes nous 
élèverons ». « Oui », dit Mogh Ruigh. « Tu accéderas toi- 
même au trône de Munster, et il sortira de toi une longue 
dynastie qui l'occupera. » Et il dit la rhétorique : « Avec Mogh 
Corb je combats », etc. 

Ceci est la mort de Colptha à Ath na nOc, et c'est d'après 
Colptha qu'est nommé ce gué depuis lors. 

91. Ils restèrent ainsi jusqu'au lendemain de bonne heure. 
Au début de la matinée, Lurga se mit en marche vers le même 
gué pour livrer bataille ; Cairpre LifTacair était avec lui. 
Cennmar se présenta pour relever le défi de la part des 
Munstériens, et Mogh Corb avec lui ; il tenait à la main la 
pierre plate de main et la lance druidique de Mogh Ruith. 
Ce serait perdre son temps que de décrire les armes et les 
armures de chaque personnage qui va au combat; aussi s'est- 
on dispensé de le faire. 

92. Lorsque Cennmar parvint au tertre du combat, au 
sud-ouest du gué, Lurga se mit à le considérer et à l'interpel- 
ler. C'était un guerrier plein de force et de fougue, et grande 
était la terreur qu'il inspirait à Colptha. Le père nourricier de 
Lurga lui promit qu'il remporterait la victoire, et la gloire 
d'avoir tué Cennmar, vengeant ainsi Colptha. 

Quant à Cennmar, il était ce jour-là dans de telles dispo- 
sitions qu'il aurait mieux aimé encourir mort et trépas que de 
ne pas affronter Lurga de pied ferme, d un cœur résolu, por- 
tant ses coups avec fureur, et lançant ses traits avec fermeté 
et sûreté; au lieu que la veille, en affrontant Colptha, il était 
plongé dans le désarroi le plus complet. 

Ils engagèrent la conversation et se répondirent alternati- 
vement l'un à l'autre. 



92 M. L. Sjoestedt. 

ghetirtd, 7 teit i muinigin a dhea 7 primhdruadh in domm'n 
.i. Mogh Kuith 7 do raid : 

" Lia chloiche, cloch cena, gun beba "... ". 

93. O tairnic an imcallam-sin, tainic Lurga isin ath 7 do 
rregair Cennmhar co cruaidh, 7 imselustar cach dhibh builli ar 
builli da cheli 7 freagra fon tacra. Acht chena ger calma in 
comlunn-sin, ni ro dipaid arm chechtar de ar loe nach ar 
finda do curp "na edghadh cechtar n-ae. Ni na dingnedis tra 
na loeich-sin gu cruaidh 7 gu curata in comlann-sin ; acht do- 
dechaid etarra in neirt-lia chatha 7 in comlunn ced 7 in fprrach 
sochaidi .i. in muirescang mhor mile/a dar bo comainm Mon- 
gac Mhaeithremur, 7 imsceinn side co Lurga feib ro sceind gu 
Colytha 7 dodechaù/ discail do na laechaibh trit-sin, 7 do- 
dechaid forrach do Lurga. Ocus ba deitbz'r-on, or is ann teig- 
hedh a neim draidechta da gac aen frisi mbeanadh in eascang, 
6 no benadh fris. Ocus ni fada ro anustar Cendmhar ra lea- 
cadh comluinn eaturra cin a riachtain fein cuca gun se- 
lustar beim don sduagh } loinn tinn teindtighe bui n-a laimh 
eu tall a cenn de co ndechaid a n-aier 7 ni roacht lar, intan 
ro ghabh Ceannmar co hathlum 7 co hiarannta. Conadh 
amh\aidh-s\n dorochair Lurga. 



94. Cid tra cein ro bas oc denamb an comluinn is amlaidb 
batar dideretha do na sloghaibb boi oc faircsi in comluinn da 
gac aird imon âth 7 bai cach dib ga radh. " A dhe da n-adh- 
ram ", ar siat, " do mhtallaid dun med in anfaidh 7 imat an 
uiscai isin ath confacmis an draic theindtighi doni in comlttHK 
ûd, 7 gu mbeth ni dia tuaruscba/7 againd. " 

95. Is ann-sin ro ghabh in beisd dring sin ath fo thuaidh i 
slichtlorg Cairbre Lithfacair, fo seisilbh sloigh Cormaic, ocus 
gabhustar Ceannmhar n-a deghuid ic a fasdw^fi79 a 1] 7 oc a 



1. Cf. un essai de traduction de cette rhétorique, O'Curry, Manners and 
Citstoms, II, 281 sq. 

2. Lire tuagh. 



Le siège de Druiin Dambgbaire. 93 

Cennmar s'avança vers le gué, sa pierre plate en main. Il 
se mit à la louer, à la prier et à prophétiser le carnage qu'elle 
accomplirait. Il invoqua son dieu et le premier druide du 
monde, Mogh Ruith et il dit : « Pierre plate, etc. ». 

93. Cet entretien terminé, Lurga entra dans le gué, et 
Cennmar lui tint tête furieusement : les coups succédaient aux 
coups et la riposte à l'attaque. Mais quoique ce combat fût 
ardent et furieux, les armes des guerriers ne tranchèrent brin 
ni poil du corps ou du vêtement de l'adversaire, non pas que 
ces guerriers combattissent mollement et sans courage, mais 
se dressa entre eux la force de la « pierre de combat », le « com- 
bat de cent », le « vainqueur des multitudes », la grande et 
meurtrière anguille de mer, qu'on appelait « la Chevelue de 
Maeithremur ». Elle bondit sur Lurga comme elle avait bondi 
sur Colptha si bien que les deux guerriers furent séparés, et que 
Lurga succomba. Et cela ne pouvait manquer d'arriver, car 
son poison magique s'insinuait en tous ceux qu'elle frappait 
dès qu'elle les frappait. 

Cennmar ne les laissa pas longtemps combattre tous 4 deux, 
mais il s'approcha d'eux et d'un coup de la hache féroce, 
éblouissante et flamboyante qu'il tenait à la main, il coupa 
la tête de Lurga. Cette tête sauta en l'air, et n'atteignit pas 
la terre en retombant, car Cennmar la rattrapa au vol, avec 
dextérité et 

C'est ainsi que périt Lurga. 

94. Pendant qu'ils étaient en train de batailler, ils étaient 
invisibles pour les armées qui regardaient le combat, de toutes 
les hauteurs environnant le gué. Et tous disaient : « O dieu 
que nous adorons, la violence de la tempête et la masse des 
eaux dans le gué nous empêchent de voir le dragon de feu qui 
livre ce combat, si bien que nous n'aurons rien à décrire ». 

95. Là-dessus le monstre se mit en marche dans le gué, 
vers le Nord, à la poursuite de Cairbre Lithfacair, sous les 
clameurs de l'armée de Cormac. Cennmar se mit à la suivre, 
la retenant, lui parlant et lui disant qu'elle ne devait pas suivre 
Cairbre Lithfacair, que les gens de Munster seraient désolés 
qu'elle se dirigeât vers l'armée, qu'eux-mêmes se chargeraient 
d'infliger à celle-ci tels mauvais traitements qu'ils jugeraient 



94 M. L. Sjoestedt. 

hacaldaimh 7 gd râdh fria nar dligh-si Cairbre Litbfacair do 
leanma/n, 7 gur bha bron la fini Muman a dul ar<<ar>amus 
in tsloigb, eu mad iat fein doberad ind aineicein ' budh ail 
doibh forru. Ar da mad ïusca. risad-si ni tharaiste guin na for- 
gamh na comaidhium aici. Ocus gabustar Cennmhar oc a fas- 
dwd amlaw$-sin 7 oc'taba/rt,a tuaruscbala 7 atbm : 

" Fos, a muinceach Mhaeithremur... loigh ar laimh min 
mor Mhogha, ra fet is ra fos. Fos ". 

Imsoi si iar sin n-a richt 7 u-a cruth fein 7 do dechaid 
cach fo thuaidh 7 fo des <ia arus 7 da longport iarsin co mai- 
duin. 

96. Iarsin tra rô coimeirighsec na cairigb madan mhoch ara 
barach 7 as amlaidh badar sein con dath lachtna forra gu 
cruaidh-cennuibh cnamha, gu cnesaibh codhnaidhi,gu nguil- 
bnibh iaraind, gu luas aànnle 2 gu n-athluime iaraindi gu n-ath- 
luime, en } gu taircsinchet ra huair comhluinn 7 irghaili. 

97. " A firsochair tra ", ar fir Muman, " atat sunna cetna i 
richt tei caera:h lachtna 7 cetfer n-armach bhis i croilghi 7 i mbas 
uathaibh ". " Dingebhut-sa dhibh iat ", ar Mogb Kuith. " 7 
na bidh a n-egla foruibh ". Ocus ro fiafraigh do Cennmhar : 
" Caidhet na haidme druidhechta thucus-sa it laimh ra frithai- 
limh an lochta ut ? " " Itat agum ", ar Cennmhar. Ocus rob 
iat sein .i. tallann teiiW Shimoin 7 clocha gaine Daineoii 7 
sponga Etheoir Ilcrothaig, 7 tugodh i laim Mogha Kuith 7 is 
aire robdar é sin na hadbair : ar dig co mbèath cruas cloiche 
a cridhibh 7 a cennuibh doibh ra huair comlainn. Ocus loisc- 
thigi teined 7 aentaigi datha frisna caeiribh. 

98. ïmselustar Mogb Kuith tri beimenna .don tallann ar na 
clocha eu roghabh gu hathlum 7 co hait na tri dlaithe spuinge 
[179 a 2] 7 dosfuc i forfairsing a etaigh 7 ro chan in rethoi- 
rec-sa : 

*' Fo cuan chain coimeirghzd 7 reliqua ". Atber/ Mogb Kuith 

1. aineicein, cf. le composé ardainicin, §§45 et 63. 

2. Cf. § 21. 

3. Dans l'interligne : fo luamain, « en volant ». 



Le siège de Druitn Damhghaire. 95 

bon. Au cas où elle tiendrait à atteindre Cairbre, que du moins 
elle s'abstînt de le maltraiter et de le blesser. Cennmar donc 
s'appliquait ainsi à la retenir et il la décrivait en disant : « Dou- 
cement, chevelue de Maeithremur... couche-toi sur la main 
douce du grand Mogh Ruith. Doucement ». 

Elle reprit ensuite son apparence et sa forme primitive, et 
chacun s'en retourna, qui au Nord, qui au Sud, à sa résidence 
et à son camp, jusqu'au matin. 



96. Les brebis se mirent en marche le lendemain de bonne 
heure. Elles étaient de couleur brune ; leurs têtes étaient dures 
et osseuses, leur peau cornée; elles avaient des becs de fer. 
Elles avaient la rapidité de l'hirondelle, l'agilité de la belette, 
ia rapidité des oiseaux et étaient capables de tenir tête à cent 
guerriers à l'heure du combat. 

97. « O Protecteur », dirent les gens de Munster, « les 
voici revenues sous forme de trois brebis brunes, et elles sont 
capables de plonger cent hommes dans les affres de l'agonie 
et de la mort » . « Je les écarterai de vous, ne craignez rien », 
dit Mogh Ruith. Il demanda à Cennmar: « Où sont les usten- 
siles druidiques que je t'ai dounés pour combattre ces gens? » 
« Je les ai », dit Cennmar. Les ustensiles étaient : « le briquet 
de Simon, le silex de Daaiel et l'amadou d'Ether le Bel. On 
les donna à Mogh Ruit; voici la raison d'être de ces instruments : 
ils donnaient la dureté de la pierre à la tête et au cœur des 
Munstériens à l'heure du combat ; le flamboiement du feu et 
la même couleur que les brebis. 

98. Mogh Ruith porta trois coup, avec le briquet contre les 
pierres, et saisit adroitement et doucement les trois brins d'ama- 
dou, qu'il mit dans le pli de son vêtement, et il récita la rhé- 
torique : « Levez-vous »,etc. 

Il dit ensuite à Cennmar: « Regarde ces matériaux. Sont-ils 
déjà prêts? » Cennmar regarda et dit : C'est bien, il en est 
né deux chiennes et un chien mâle ». Il les prit dans sa main 
pour les examiner, puis les remit par terre, en leur tournant le 
visage vers le Nord, du côté des brebis. Ils n'étaient d'abord 



96 M. L. Sjoestedl. 

iarum ra Cennmhar. " Feg lat na habhrasa-so in at aicde 
irlamha beos ". Do feg Cennmhar 7 do raidh. " As maith ", 
ar se " doroine da saigh 7 fercoin ", 7 dusfuc ar a laimh 
chuice dia dheimhniugrtd 7 rous leicc uadh ar lar doridisi, 7 
rochoraiga n-aighthe fo thuaidh fris na cairibh. Batar immorro 
co hanmunn ar tus amar cuileana. Ocus gac f/csi thicdis na 
cairigh doib no foirbreadh nert na gcon 7 meid'igeacht 7 sainnt 
gnima. 

99. Ocus ro fiafraigh Mogh Ruith do Cennmar : " Na cae- 
righ cinnus docengadar ". " As cugainn-ne xhiaguit " ar 
Ceannmhar " 7 in cura as sine dhibh i remthus 7 in as so fa 
deredh ". "Ocus na coin fa dechta cinnus do fegadar? ". " Itat", 
ar se <C ar se >, " mar bit cuilena, ic osculwd a sul 7 as iat 
na cairigh ïegad ". " Ocus na ca'irigh, cinnus docengait ? " " Dâ 
chùrigh dibh taebh ra taebh 7 cura fa deoig, 7 is luath thia- 
gu'it ". " Ocus na coin cinnus dofegadar?" " Itat ic bertnu- 
gad a sul 7 a chias 7 as iat na cûrigh fegat bheos ". " Ocus na 
cairigh, cinnus focengat ? " " Itat mar bit tri rodhaim riadhta 
fo aen chuing cruaidh cudrama 7 ni theit aen dib sach araili 
7 as dian 7 as dreamaw 7 as dasachtach 7 as comluath 7 as 
comurlamh thi^uit ind-airius in comluinn ". " Ocus na coin 
cinnus do fegatar? " " Ro b^/7naighistar a cluasa 7 ro thocuibset 
a seirthi 7 gabsat oc imlighi a m bel 7 a cindu for a righthibh 
7 a mbeoil duinti ". " As iat sein uili na buagha ", ar Mogh 
Ruith, " ar dia mbeitis a mbeoil osluigth'i ic dul isin comhltt/w 
no biath de m «m merclig oc gait a n-aithesa forru ; uair isat 
duinti immorro doghenat âithius, as fon innus-sin doghena a 
sil 7 a semfld aithus do grès ". 



100. As ann adubain Mogh Ruith ra. Cennmhar na coin d'idh- 
nacal co Râiiin ind Imair/c. Ocus ro boi Mogh Ruith ga aithne 
do na conuib eu mad tûsca bas 7 aidheadh dhoibh in'at na 
ca'irigh do dul uathaibh. 

As ann-sin ro siachtadar na coin co Raithin ind Imairicc ; 
ocus do roachtadar na cair/Wj eus-an raith ba coimrecarthach 



Le siège de Druim Damkgkaire, 97 

pas plus fort que des chiens nouveau-nés, mais à mesure que 
les brebis s'approchaient d'eux, la force, la taille et l'ardeur 
batailleuse des chiens croissaient. 



99. Mogh Ruith demanda à Cennmar : « Comment marchent 
les brebis? » « C'est vers nous qu'elles marchent », dk Cenn- 
mar. « La brebis la plus âgée marche en tête, et la plus jeune 
en queue ». « Et les chiens, de quoi ont-ils l'air? » <« Ils sont 
semblables à de petits chiens : ils ouvrent les yeux, et ce sont 
les brebis qu'ils regardent » . 

« Et les brebis, comment marchent-elles ? » "Deux d'entre 
elles côte à côte et une derrière elles, et elles vont vite. » « Et les 
chiens, de quoi ont-ils l'air ? » « Ils roulent leurs yeux, et agitent 
les oreilles, et ce sont encore les brebis qu'ils regardent. » 
« Et les brebis, comment marchent-elles ? » « Elles sont 
comme seraient trois grands bœufs attelés à un même joug, 
dur et bien proportionné ; aucune d'entre elles ne s'avance 
en avant de l'autre, et c'est avec ardeur, fougue et violence 
qu'elles s'avancent au combat d'une même allure, et d'une 
même résolution ». « Et les chiens de quoi ont- ils l'air ? » « Ils 
ont agité les oreilles et hérissé leur poil et se sont mis à se 
lécher la bouche, frottant leurs tètes contre leurs pattes, et la 
bouche fermée ». « Toutes supériorités pour eux », dit Mogh 
Ruith, « car s'ils avaient la bouche ouverte en allant au com- 
bat, il se trouverait un démon voleur pour leur voler leur 
ardeur guerrière : comme c'est la bouche fermée qu'ils vain- 
quent, c'est de cette façon que leur race et leur descendance 
vaincra dorénavant ». 

100. C'est alors que Mogh Ruith dit à Cennmar de diriger 
les chiens vers le tertre du combat. Et il instruisit les chiens à 
subir mort et trépas plutôt que de laisser échapper les brebis. 

C'est alors que les chiens parvinrent au tertre du combat. 
Et les brebis arrivèrent au tertre correspondant et ils se mirent 
à se considérer l'un l'autre. 

Revue Celtique, XLIII. 



98 M. L. Sjoesledt. 

dhi 7 gabhus cach dib oc ïegad a cheli [179 b 1]. As amlaidh 
badar na czirigh 7 tri corrtaire teined ar derglasad ara braigdibh 
dhoibh,conarfarcsat sop na dlaieachda gan lôscad a n-urphor- 
taibh in atha idiu 7 anall, 7 gabus cach dib oc imesarcain a 
celé ann-sin do clochaibh 7 do sithfoitib in talmaw a cosaib 7 
hingnib doib tar ath, fo thuaidh 7 fo deas. 

101. Scibhid na coin ceim n-imarran cuca-san, 7 in ferchu 
i remthus rompa, ar as cian o ta in sen-focal : " con dulâ gac 
fer dhul fortamlus ", 7 insceinn side cusan caiiigh fa mo 
7 fa hairegda atconnuic do na ca'nibh, 7 ro ghabh cach dib 
fon tuaruim-sin da cheili 7 ba mor 7 ba cruaidh ind imes- 
arcain 7 ba fada ro bas oca denum 7 as eimilt a indisi feibh 
doronsat a comlunn. Araidhe, as am\aidh ro batar na coin, 7 
tri corrthaire théine ar derglasad a craesaib doib. Ocus mar 
rancatar 7 na cairigh a ceili imscibhesdar in lasair fo na cai- 
ribh eu na iarcoib loe na finna forru gan \oscad. Ni raibhi 
immorro loisethighi na neime dr*aidechta forsan te'mid ro bhoi 
i mbraigdib na caerach, gia no comhraicdis ra nech. Ocus iss 
eadh fodera son .1. intan ro suidheasdar Mogh Ruith i Cinn 
Claire iar torachtuin co feruibh Muman, anal druadh do chur 
a firm/wint cor thuit ar longport na ndruadh i n-a neul ciach' 
eu nad eadh-sin rue a neim druidechta da gac draidh ro bhui 
i farnzd Cormaic, ut dixit Daniel fili 

" Condailset draithi dhail Cuind 
os urd comar min 
Soidhis Mogh Ruith da anail ain 
an draidhechta dhib ". 

102. O ro rathaigh sat tra na aiirigh gur fortamhla do 
na conuib a nert 7 a ndraidhecht inas doib fein, gabsat a cosa 
don taXmain oc aslach theithîVi for na conaibh amail as bes do 
cùribh 7 nir foemudh uathaib-sium on. Conud ann-sin dorat- 
sat na edinigh a ndruim forra 7 dorala i rrot madma 7 teithzVf 
7 ni ro irisetar don rith-sin eu rancatar co Dubhcaire, conad 
ann-sin do chuadar i fudhoma/« 7 i fonngrian in tzbnan ar 
teitlW na geon, 7 dojrala na coin [179 b 2] n-a ndiaigh conus 
ro ghaibh dhoibh tis 7 ro fortamlaigset na coin for n'a cairibh, 
conus duadar do cnamhaibh. Ocus dodmeadar imach iarsin 7 



Le siège de Druim Damhghaire. 99 

Voici comment étaient les brebis : elles avaient trois franges 
de feu, au flamboiement rouge, autour de leur cou, si bien 
qu'il ne resta ni brin ni touffe qui ne fût brûlé aux environs 
du gué, en deçà et au delà. Ils se mirent ensuite à se massa- 
crer mutuellement avec les pierres et de grosses mottes de 
terre, qu'ils jetaient avec leurs pattes et leurs griffes par delà 
le gué, vers le Nord ou vers le Sud. 

101. Les chiens bondirent. ..vers les brebis et le chien mâle 
à leur tête, car c'est depuis longtemps que dit le vieux pro- 
verbe : « Il convient que l'homme s'avance en premier ». Il 
sauta sur la brebis la plus grosse et la plus imposante qu'il vit 
parmi elles, et ils s'attaquèrent l'un à l'autre, et ce fut un 
carnage violent et furieux, et ils furent longtemps à com- 
battre. Ce serait perte de temps que de décrire ce combat. 

Voici pourtant comment étaient les chiens : trois franges 
de feu au flamboiement rouge sortaient de leurs gueules. 
Lorsque les chiens et les moutons se rencontrèrent, le feu 
sauta sur les brebis, si bien qu'il ne leur resta ni brin ni poil 
qui ne fût brûlé. Le feu que les brebis portaient autour du 
cou n'avait ni ardeur ni poison druidique, même lorsqu'elles 
s'attaquaient à quelqu'un. Et en voici la cause : lorsque Mogh 
Ruith s'installa à Cinn Claire, après s'être joint aux gens de 
Munster, il mit dans l'air un souffle druidique qui tomba sur 
le cajnp des druides sous forme d'un nuage noir. Le résultat 
tut que le poison druidique de tous les druides qui accompa- 
gnaient Cormac leur fut dérobé, comme dit le poète Daniel : 
« Les druides de la suite de Cormac Mogh 

Ruith avec son souffle leur a enlevé leur pouvoir magique ». 

102. Lorsque les brebis constatèrent que la force et la puis- 
sance magique des chiens surpassaient les leurs, elles rega- 
gnèrent la terre, tentées de fuir devant les chiens, comme les 
brebis ont l'habitude de le faire, et les chiens les empêchaient 
de le faire. Elles firent donc demi-tour et s'enfuirent en déroute, 
sans s'arrêter de courir jusqu'à ce qu'elles eussent atteint 
Dubhcaire ; c'est là qu'elles disparurent dans les profondeurs 
et les entrailles de la terre, fuyant devant les chiens. Les chiens 
se précipitèrent à leur suite et se saisirent d'elles au fond ; 
ils eurent l'avantage sur elles, et les dévorèrent jusqu'aux os. 



ioo M. L. Sjoestedl. 

dusrxYx siar i Mumain 7 tarbhchoin turusa 7 graigbmuigh 7 
gillecchrj/^' 7 formna aesa ocbadh Lethi Chuinn n-a ndiaig, 
con dechadar dib ar eicin idir da seiscenn. Or is amhlaidh do 
batar 7 formna in da sluag ider atuaidh 7 ânes ar cnocaib 7 
ar tulcuibh oc faircsi in comluinn 7 retha na caerach. Ni faca 
immorro Cormac na Fiacha or as a.m\aidb ro bhatar 7 uatlW 
bec impaibh n-a longportaib, gan toidhccht amach. 



103. As amlfl/ii/j-sin ro forbadh an comhlunn-sin na gcon 7 
caerach. Ocus is 6 na cairib-sin atat Cluithre Caerach inniu i 
crich Mairtine Muman o Druim Damhghaire fo thuaidh, re 
n-abar Long Cliach inniu. Ocus dono is do sil na gcon soin 
na coin coniaidh fo Exrinn inniu 7 a ra mbiat co mbrach. 

Ro chuirset fir Muman ann-sin uluich comaidme in choscair- 
sin gu closs fon cuiced uili. 

104. Atconnaic dono Cithruadh aidhead na caerach ; tainic i 
remthus in tsloigh anonn co hait a mbai Cormac. Do t\a(ruigh 
Cormac do Chithruadh : " Cidh uma tat na gairthe-sea, 7 cia 
doni ? — " Fir Muman, " ar Cithruadh, " ac comaidhium 
in lochta as ro muinighis-si 7 frisi tartais taebh, ar na marbadh 
do conuibh draidhechta doroine M.ogh Kuith ". Cidh tra ba 
dubac drochmmmac ro bui sluagh Cormaic de-sin 7 ba subac 
ro badar fir Muman 7 ro chan Cithruadh in laid : " It subhuig 
na sluaigh-si thés, 7 rel '. " Ma as tir a n-abrai-si ", ar Cortnac, 
" as deithb/V doib subhachas do dheanamh ". " As fir", ar 
Cithruadh, " 7 moghenar is do Leth Moga anocht 7 mairg as 
do Leth Cuind 7 ro budh ferr leam-sa mu tech do beith ic 
Seich na Sogh inocht, gid fasach, inas a beith ic Rubaib Ratha 
Ronan, ge at imdha treabhu uimpi. Ocus as oraibh-si raeinfes 
an cath don cur-sa 7 muirbfider sloigh 7 sochaide ann, ocus ni 
ba ferr duin-near triar brathar, or doghena Mogh Kuith tri clo- 
cha dhin, re tiachtain don turus-so " ; 7 atbert : " Mairg 
innocht is do Leith Cuinn, 7 rel. " 



Le siège de Dritin> Damhghairc. 101 

Ensuite ils sortirent et s'en allèrent vers l'Ouest de Munster. 
Les molosses, les valets d'écurie et les palfreniers ainsi qu'un 
grand nombre de jeunes gens du parti du Nord se mirent à 
leur poursuite, si bien que c'est à grand'peine qu'ils leur échap- 
pèrent entre deux tourbières. Car il se trouvait que la plus 
grande partie des deux armées, aussi bien du Sud que du Nord, 
était postée sur les collines et les hauteurs, regardant le com- 
bat et la fuite des brebis. Cormac ni Fiacha ne le virent pas, 
cependant, car ils étaient dans leur camp, environnés d'une 
petite suite, et ils n'en sortirent point. 

103. Ainsi finit le combat des chiens et des brebis. C'est 
de ces brebis-là qu'est nommé Cluithre Caerach, de nos jours, 
dans le district de Mairtine en Munster, au Nord de Druim 
Damhgaire, aujourd'hui Long Cliach. D'autre part, c'est de 
ces chiens-là que descendent tous les chiens enragés. qu'il y a 
en Irlande de nos jours, et qu'il y aura à jamais. 

Les Munstériens poussèrent alors, pour célébrer ce combat, 
une clameur qui fut entendue par toute la province. 

104. Lorsque Cithruadh eut vu périr les brebis il se rendit 
à la tête de l'armée jusqu'au lieu où était Cormac (en deçà de 
la rivière) ; Cormac demanda à Cithruadh : « Pourquoi pousse- 
t-on ces clameurs, et qui est-ce qui les pousse ? » « Les gens 
de Munster », dit Cithruadh, « qui célèbrent leur victoire sur 
les gens en qui tu as mis ta confiance et ton espoir, car. les 
chiens magiques qu'a faits Mogh Ruith les ont tués. » 

L'armée de Cormac fut alors plongée dans la tristesse et le 
découragement, tandis que les Munstériens se réjouissaient, et 
Cith Ruadh chanta le poème : « Les armées du Sud se réjouissent, 
etc. ». «Si ce que tu dis est vrai », dit Cormac, « il n'y a pas de 
doute qu'ils n'aient lieu de se réjouir ». « C'est vrai», dit Cith- 
ruadh. « heureux qui est avec le parti du Sud, ce soir, et infor- 
tuné qui est avec le parti du Nord, et j'aimerais mieux que 
ma maison fût à Sech na Sogh, ce soir, quoique ce soit un lieu 
désert, qu'à Rubai Ratha Ronan, quoiqu'elle y soit environnée 
d'une population nombreuse. La fortune du combat sera 
contre vous cette fois-ci, des bataillons et des bataillons suc- 
comberont, et notre sort ne sera pas meilleur, à nous, les 
trois frères, car Mogh Ruith nous transformera en trois pierres, 



102 M. L. Sjocsledl. 



105. Iarsin tra aiherX. Cormac ra Chhruadh: " Dena ", ar se, 
" ni d'faitsine dhun bheos, or as amh\aidh itai gu rub tu ' 
primh-drai agum athair 7 agum sen-athair 7 agum fein, 7 ni 
aburta breic, 7 ni mo ro raidhis don cur-sa, acht nach did ro 
adhraimis-ne 7 ni fuil againn budhecht acht impod friut 7 is 
aithrec linn a tartstfw do tarcasal fort ". 

c< Ni fuil acum-sa ", ar Cithruadh, " faitsine geaWus maith 
duit, acht as fort meabhus don cur-sa 7 gac ni ima tat fir 
Muman bud leo a bhuaid ". 

Ro ghabustar Cormac beos ic acaUaimh Cith Ruaidh, 7 ica 
radh ris dul d'acalduim Mogha Ruith, 7 a mbrathairsi bhu- 
naidh do taba/Vt araird do 7 a radh ris gan tortromad ar Leith 
Cuind 7 gur bho do mhaithib Leithi Cuind athair 7 sen- 
âthair dho ; " 7 tairg na comhtha-sa dho re thaeibh-sin ", 
ar Cormac' 1 À. ûaithxus \J\ad 7 cumhul mac nUislewn 7 bo 
gac lis o Themhraidh co Carraic mBracuidi 7 tri cet each 7 
tri «f corn, 7 tri ^ faluch 7 mu lamh dheas oc ol ". 



106. Gluaisius Cith Ruadh frisin techtairac^/-sin co Mogh 
Ruith, ait i raibhi ar lai imthechta co Sith Cairn Breacnatan 
bu dhes. Ro siacht Cith Ruath chuigi ann-sin 7 atbert ris 
ainmne do dhenum co tagradh fris an techtairea'cht trisa tai- 
nic o Chormac, 7 a mbrathairsi bunaidh do chuimhniugad 7 
gan Leith Cuind do curfa dhochar yfa dhaeire. " Ro ba com- 
main dam-sa tortromadh forro ", ar Mogh Ruith, " or tMcsat 
Ferghas ar loingius 7 ro bensat righi nUW de 7 twcsat gan 
ferunngan aenech he 7 as briathar dam-sa co scer iat-som fria 
harà-ûaith'ius 7 co mbiat a saerclanna ambroid i tighibh ech- 
tran n-a eraicc ". " As uathad do Leth Cuind ", ar Cith Ruadh, 
" do chogar in sarughudh-sin 7 in ngebhe na comhadha-sa 
o Cormac ? " 7 ro slonn do uili nacomtha. ' k Na habair", ar 
Mogh Ruith, " doigh ni treicfinn-si mu dhalta ar a fil d'or ar 

1 . En marge : ro bui. 



Le siège de Druim Damhghaxre. 103 

lorsqu'il viendra cette fois-ci ». Et il dit : « Infortuné cette 
nuit celui qui est du parti du Nord », etc. 

105. Après cela, Cormac dit à Cithruadh : « Fais-nous 
quelque prophétie, car tu fus le principal druide de mon père, 
et de mon grand-père, comme tu es le mien. Et tu ne nous 
as pas dit de mensonge, et tu ne nous as pas davantage con- 
seillé cette expédition; mais ce n'était pas à toi qu'allait notre 
faveur, et, si nous t'avons témoigné peu de considération, 
nous le regrettons ». « Je ne puis te faire aucune prophétie 
favorable, dit Cithruadh ». « C'est toi qui seras vaincu cette 
fois-ci, et dans toutes les actions où se trouveront les gens 
de Munster, ce sont eux qui remporteront la victoire ». 

Cormac resta à délibérer avec Cithruadh et lui dit d'aller 
causer avec Mogh Ruith et de lui faire remarquer leur parenté 
d'origine, et de lui dire de ne pas accabler les gens du Nord, 
pcirce que son père et son grand-père étaient de la noblesse du 
Nord. « Offre-lui ces récompenses par-dessus le marché », dit 
Cormac : « Le royaume d'Ulster et les dédommagements dus 
pour la mort des fils d'Uisliu, et un bœuf de chacun des 
domaines entre Tara et Carraic Bmcuidi, trois cents chevaux, 
trois cents cornes à boire, trois cents manteaux et la place à 
ma droite à table », 

106. Cithruadh partit donc pour cette ambassade, et alla 
voir Mogh Ruith au lieu où il se trouvait, le jour où il partit 
pour Sith Cairn Breacnatan vers le Sud. Cithruadh le rejoi- 
gnit là, et lui demanda de lui prêter son attention, afin qu'il 
lui transmît le message de Cormac, de se souvenir de leur 
parenté originelle, et ne pas plonger le parti du Nord dans 
l'affliction et la servitude. « C'est pour moi un devoir de les 
accabler », dit Mogh Ruith, « depuis qu'ils envoyèrent Fer- 
ghus en exil, et lui enlevèrent le royaume d'Ulster, et le pri- 
vèrent de tout domaine et de tout rang ; je me suis juré que 
je les priverais de leur titre de grand-roi et que leur race 
vivrait en esclavage dans des maisons étrangères, en châti- 
ment ». 

« Ce n'est qu'un petit nombre parmi les nobles du Nord », dit 
Cithruadh, « qui ont comploté cette injustice ; ne veux-tu 
pas accepter ces récompenses de la part de Cormac? » Et il lui 



104 M. L. Sjoestedt. 

an tabnain. 7 innis-si do Cortnac, gen gu beth neach aili isin 
MumaiH acht Mogh Corb, nac treicfinn-si mo tiughbhaidh " 



107. Ro dhealuigset na draithe ann-sin 7 nir aem Mogh 
Kuith o Chith Kuadh inni im a toracht. [180 a 2J Ocus ro spcht 
Cith Kuadh gu Cortnac 7 ro innis nar aemh Mo^ Rw///> for- 
tacht na foin'im forro. Ckw-f do batar clann Cuind ann-sin co 
dubac dobronac a n-a longport. 

108. Ord Mogha Kulïh imtnorro, teit side co teach Banbua- 
nainne bandrai co Sidh Cairn Breachnatan, do chuingz'd foi- 
rithne forre, da fiafraig*d cinnus ticfidis fir Muman W:n cath. 
Ocus o ro siacht ro ferud caein-failte fris 7 ro boi aghaidh 
ann, 7 ro fiafraigh ord o thus co àtr"dh um dhalr in catha. 
Ocus asbm Bannbuana fris-sium. " Sirg-si mochtrath ama- 
rach, " ar si l< 7 budh lat buaid in catha, 7 la fini Muman " 
Ocus atbert in rethoirecc-sa. 

" Saigh-siu immach moch-eirghi, 7 rel. " Eirgeas Mo^ Kuith 
mahen mhoch 7 doni timna celeaburta 7 gabuidh lamha ar 
imthecht. Conad ann asbert Buan, .i. mac Mogha Kuith. 
" Atconnac fis ", ar se, " 7 ber-si breith torre, a Mhogh Kuith'\ 
" Abair, " ar Mogh Kuith. Is ann tue Buan in segdai sen-focail 
for ard oca hindisi 7 atbert : " Tadhbas domadbassa... ". 



109. As a haithle-sin, dodechaid Mogh Kuith airm i ra butar 
fir Muman um Fhchaig co Cenn Claire. Ocus gabhustar 
Fiacha ac fiafraigid scel de. Ocus atbert Mogh Kuith : " Gebut- 
sa tra umad chis, 7 toibgighfet neithi eli duit ", 7 tue in 
retoiric ar aird, .i. " Cis coduil cothaighfet, 7 rel " 

110. Ord Cormaic immorro gabh/atar for zgallaimh Cith 
Kuaidh, 7 ga fiafraighidh dhe in rai bhi aigi fortacht ar na 
sloghuibh. " Ni fil ", ar Cith Kuadh, '* ni not cobra, acht tene 
druadh do dhenamh , \ " Cinnus dogniter saidhe ", ar Cormac, 



Le siège de Druim Damhghaire. 105 

exposa quelles étaient ces récompenses. « Ne parle pas ainsi », 
dit Mogh Ruith, « car je n'abandonnerais pas mon élève pour 
tout l'or de la terre ; va dire à Cormac que quand bien même 
il n'y aurait en Munster personne que Mogh Corb, je n'aban- 
donnerais pas la lutte (?) ». 

107. Les Druides se séparèrent alors, et Mogh Ruith n'ac- 
cepta pas la proposition que Cithruadh venait lui faire. Cith- 
ruadh s'en retourna vers Cormac et lui dit que Mogh Ruith 
n'acceptait aucunement de leur venir en aide ou de les proté- 
ger. Les descendants de Conn furent alors plongés dans la tris- 
tesse et le désespoir fut dans leur camp. 

108. Quant à Mogh Ruith, il alla trouver Banbuanann, la 
druidesse, à Sidh Cairn Breachnatan, pour y chercher de l'aide 
et pour lui demander comment les Munstériens devaient mar- 
cher au combat. 

Dès qu'il arriva là, on lui souhaita la bienvenue ; il passa la 
nuit en ce lieu et demanda, du commencement à la fin, tout 
ce qui avait rapport à la guerre. Bannbuana lui dit à ce sujet : 
« Mets-toi en marche demain de bonne heure, tu remporteras 
la victoire avec les gens de Munster ». Et elle prononça la 
rhétorique suivante : « Sors de bonne heure, lève-toi », etc. 
• Mogh Ruith se mit donc en marche et sortit le matin de 
bonne heure ; il prit congé et se mit en devoir de sortir. C'est 
alors que Buan, le fils de Mogh Ruith, dit : « J'ai eu une 
vision, dis-moi ce que j'en dois penser, Mogh Ruith ». « Parle », 
dit Mogh Ruith. C'est alors que Buan eut recours à la vieille 
langue vénérable, pour raconter sa vision, et il dit : « Il m'est 
apparu », etc. 

109. Mogh Ruith se rendit ensuite au lieu où se trouvaient 
les gens de Munster autour de Fiacha, à Cenn Claire. Et 
Fiacha lui demanda les nouvelles; et Mogh Ruith dit : « J'ob- 
tiendrai pour toi un tribut, et je réclamerai d'autres choses 
encore pour toi ». Et il dit la rhétorique : « Un tribut, 
etc. » 

110. Quant à Cormac, il se mit à délibérer avec Cith- 
ruadh, et lui demanda s'il avait quelque moyen de venir en 
aide aux armées. « Il n'y a rien qui puisse te secourir, excepté 
de faire un feu druidique. » « Comment le fait-on ? » dit Cor- 



ioé M. L. Sjoestedt. 

" 7 ga tarbha a à\\Qnamh ? ". " Mar so, " ar Cith Ruadh : 
" Eirgit na shigh fon caill 7 tabhrat cairtherm leo âr is ann 
saidhe ata formna ar ndala-ne. Ocu* as doigh freicerthar ânes 
sin 7 o thairset na teindti d'fatud bidh cach oc forchoimet a 
théine. Ocus, da mad edh no bhiath ann eu mad fo dhes no 
impuigdis na teinnti (7 ni saeilim), " ar Cith Ruadh, " rob 
maith in leanma/w for firu Muman uaib-si. Ocus mad ânes 
impuit, beridh-si sibh fein as, ar bid oruib meabhMj gid airi- 
sium doghnithe ". Tiagat iarum na shigh fon caill acht mad 
suail bec im Cormac, 7 t»csat connadh caerthainn leo. 



111. Ro raihaighsh fir Muman sin 7 ro raidhset ra Mogh 
Kuith. " A firsochuir ", arsiat, "garet sutdoni Le/#Cuind ? '' 
" Ga ret doghniat ? "ar Mogh Kuith. "Fedmunnaramhora do 
thinol i n-ait n-aenbhaili eu nach lugha inas in enoe ro thur- 
nais-si in dumha chonnaid fil aca ". " Is fir ", ar Mogh Kuith 
ra fira Maman, " a freacra-sin ascoir; ra a dhruidhibh-fein ro 
impa Cormac 7 tene draidhichta ro gnithir acu-sin ". Ocus ro 
raidb Mogh Kuith ra feruibh Mumhan : " Imtigidh ", ar se, 
" fo chaill Lethaird fo dhes 7 na rub luga bhar lamhac eisdi 7 
tabhraid brosna braei laime gac ein fir libh, acht mad Fiacha 
a oenar 7 tabhradh-sein asglà/m gualunn leis do chrunn 
cruaidh dageacait eoin earraig a taeibh uir-sleibhi frisi mben- 
ait na tri foscaidh .i. îoscadh gaeithi marta, 7 îoscadh gaeithe 
mara 7 (oscadh gaeithi luisin, ar daig gu rub lasomam ra cet- 
atudh fon teined. Ocus ni benfaider ar nech daar bhur n-eis 
an deda sin [180 b 2] do thabairt libh .i. braei laime 7 asclann 
ghualann. Ocus na tabhra/d cuala ider na rub fotha aisethi 
duibh da bar n-eisi, 7 nach abartar cualuighi ribh 



112. Tiagat iarsin to chaill L^aird frisin zbar Caill Fhian 
aniu. Ocus is o na fiannuibh-sin Fiachach Muillethain meic 
Eogain ainmnighther in caill o sin ile. Doroacht leo iarum in 
forgnflmfc 7 in tinol ro haithn^d dibh eu fosadlar in long- 
phuirt. Ocus do raidh Mogh Kuith ra Cennmhar : " Atto 7 



Le siège de Druim Damhghaire . 107 

mac, « et à quoi cela sert-il ? » « Voici », dit Cithruadh. « Que 
lesarmées aillent dans le bois, et qu'elles apportent du bois de 
sorbier avec eux, car c'est avec cela que nous faisons les meil- 
leurs feux. Et vraisemblablement on répondra du Sud de la 
même façon ; lorsque les feux commenceront à flamboyer, 
chaque parti surveillera son feu. fit s'il arrive que les feux se 
tournent vers le Sud (ce que je ne crois pas) vous aurez inté- 
rêt à vous mettre à la poursuite des gens de Munster. Si c'est 
vers le Nord qu'ils tournent, déguerpissez, car vous serezvain- 
cus, quand bien même vous vous obstineriez à tenir tête. » 

Les armées allèrent donc dans le bois sauf une petite suite, 
autour de Cormac. et apportèrent du bois de sorbier avec eux. 

111. Les gens de Munster remarquèrent cela et dirent à 
Mogh Ruith : « O protecteur, qu'est-ce que le parti du Nord 
est en train de faire? » «Que font-ils? », dit Mogh Ruith. 
« Us réunissent de gros fagots en un même lieu, si bien 
jue le bûcher qu'ils ont n'est pas moins haut que la colline 

que tu as abaissée ». « C'est vrai ! » dit Mogh Ruith, « il nous 
convient maintenant de leur riposter. Cormac a eu recours à 
ses propres druides, et ils sont en train de faire un feu drui- 
dique. »" Mogh Ruith dit alors aux gens de Munster : « Allez 
dans le bois de Lethaird, vers le Sud, et que votre dextérité ne 
soit pas moindre (que la leur) ; que chacun de vous apporte 
un morceau (?) ou une poignée, excepté Fiacha seul ; que lui 
apporte une charge de l'arbre dur aux beaux des 

oiseaux de printemps (?) pris au flanc de la montagne, où se 
rencontrent les trois abris : l'abri du vent de Mars, l'abri du 
vent de la mer et l'abri du vent de façon que le 

feu flambe aussitôt qu'on l'allumera. Et on n'enlèvera à aucun 
de vos successeurs (le droit à) ces deux choses : une poignée et 
un fardeau d'épaule. Et n'apportez aucun fagot, afin qu'on n'en 
fasse pas reproche à vos successeurs, et qu'on ne les appelle 
pas « fagotiers ». 

112. Us allèrent ensuite dans le bois Caill Lethaird, que l'on 
appelle aujourd'hui Caill Fhian. C'est des guerriers de Fiacha 
Muillethan mac Eogain que ce bois a pris le nom qu'il porte 
encore. Ils rassemblèrent et apportèrent avec eux la cueillette 
qu'on leur avait demandée, qu'ils déposèrent au milieu du 
camp. 



108 M. L. Sjoesledt. 

innil ramhthus na teined ". Ro e'irigb Cennmhar 7 as e sui- 
diugud tue furre amal bis coichin ' tre-eochair 7 tri huilli fair 
acht batar seacht ndorais forri 7 ni ra butar acht tri doirrsi ar 
in tein/d thuaidh. Ocus dano ni raibi su'idiugud na corugwf 
forre, acht a chur n-a cheann cheana in conm'd. 

113. Ocus ro raidh Cennmhar : " As urlumh so, acht gan 
teneann". Benaidh Mogh Kuith ann sin a thallann te'med;ocus 
rob urlamh an tene thuaidh annsin. Ro ghabhadar som uili 
grâsacht 7 omun 7 tinni«5 annsin. Ocus ro raidh Mogh Kuith 
ra feruibh Muman : " Beznaid uili co tinnisneach taebh-snas do 
crannuibh bur s\egh. Ocus ro bensat 7 tuesat do. Doroine-sium 
cuimmscin 2 mor de-sin 7 do cuir in tene inn 7 ro suaitheas- 
dar iarsin 7 ro raidh. 

" Suathuim tene trethnach tren . 

reidhfidh figh, feoighfidh fer 

lasair lonn, lor a luas. 

ro sia snas sruith neamh suas. 

enaifid fech fegha fuinn 

claifid cath ar CVann Cuinn " 7 cetera. 
Do chuir-sium in tene fon so-dheithb/r-sin 7 ro ba lan 
lasommVt ro las 7 ro bo lanmhor a fuaim. Ocus do raidh an 
rethonV .i. 

tc De druadh mu dhe targac nde... " 

114. " Gabtar mo dhaimh dam-sa i bhiecht sa ", ar Mogh 
■Kuith, " 7 coraighther mo carpat forro 7 dano geibid-si baa 
n-eocha bid i lamhaib libh, 7 mad budh thuaidh soidhit nr 
teindti rob maith in leanmam uaib-si forro-swm 7 mad 
arrûaidh-sm bhias, na hanaidh-si dib eu ro anar-sa. Ocus mad 
a xuaidh thisat denaid-si bar n-imdhitean forro 7 tabhra/d 
deabhtha doib i mbeilghibh 7 a n-imcuimgibh 7 a n-eicindi- 
naibh in cuicid. Ocus as doigh nach bha heicen duibh 7 mar 
budh eïcen rob zmlaidh foichillti-si ". Ocus (is am\aidh ro 
can-sam sin) ro chuir anal druadh ind aieor 7 i Rrmimint co 

1. Faut-il rapprocher de ce mot irl. mod. cuigean, « fait de baratter le 
beurre, baratte », ou faut-il comprendre cuaichin, « petite coupe » ? 

2. cuimmscin. Nous n'avons pas retrouvé ce mot ailleurs. Sans doute 
doit-on y voir un composé de mesc- « mélanger ». 



Le siège de Druim Damhghaire. 109 

Mogh Ruith dit à Cennmar : « Allume et prépare le feu. » 
Cennmar se leva alors et il disposa le bûcher ainsi : il en 
forma comme une baratte (?) qui avait trois côtés et trois 
angles, mais sept portes. Or le feu du Nord n'avait que trois 
portes et il n'était ni disposé ni arrangé mais on s'était borné 
à entasser le bois comme il était tombé (?). 

113. «Le feu est prêt», dit alors Cennmar, «il ne lui manque 
que d'être allumé ». Mogh Ruith alors frappa son briquet. Or 
le feu du Nord était prêt alors. Tous furent saisis de crainte et 
d'une précipitation fébrile. Mogh Ruith dit alors aux gens de 
Munster : « Hâtez-vous de couper des copeaux au côté de vos 
bois de lance. » Ils les coupèrent et les lui donnèrent. Il en 
fit un mélange (?), il y mit le feu, et il l'agita en disant : 
« J'agite un feu efficace et puissant.. . » et il jeta le tout dans 
le feu, en toute hâte. Il s'alluma une grande flamme, avec un 
grand fracas. Mogh Ruith dit la rhétorique : « Dieu des 
druides, mon Dieu avant tout autre dieu », etc. 



114. « Maintenant », dit Mogh Ruith, « amenez mes bœufs 
et attelez-les à mon char ; tenez vos chevaux prêts et en main. 
Si les feux se tournent vers le Nord, il vous faudra vous 
mettre à leur poursuite, et, dans ce cas, n'arrêtez pas de les 
poursuivre que je ne m'arrête moi-même. Si au contraire les 
feux viennent du Nord, défendez-vous contre eux, et livrez- 
leur bataille parmi les routes, les défilés et les retraites de 
la province. Sans doute, ne serez-vouspas contraints aie faire, 
mais préparez-vous pour le cas où cela se produirait ». 

Ainsi parla-t-il, puis il envoya un souffle druidique dans 
l'atmosphère et dans le ciel, si bien qu'il se forma au-dessus 
de Cenn Claire une obscurité et une nuée sombre d'où tom- 
bait une pluie de sang. Et Mogh Ruith dit la rhétorique : 
« J'envoie un sortilège à l'aide d'un nuage; une pluie de sang 
en tombe sur l'herbe », etc. 



no M. L. Sjoestedt. 

nderna mothar 7 duibh-nel os Cinn Claire, 7 braen fola as- 
side. Ocus do raidh Mogh Ruith in relhoiric. 

" Ferim brict a nirt nel, eu ma braen fola arfer ", etc. 

115. O thairnic in rethomV-sin ros geibh an cith' co raibhi 
os Cinn Claire, ros geibh- as-sidhe co mbai os cind long- 
phuirt Chormaic 7 ros geibh as-side co Temraigh. 

Do raidh Cor mac ra Cith Kuadh : " Ga fuaim-so roclui- 
neam ? " " Braen fola ", ar Cith Ruadk, " doronad tre dian 
draidechta, 7 as rinne tiefa a uillida ". Ba holc la Leth Cuind 
sin 7 doronsàt glor 7 seisilb moir uime. Ocus atbm Cith 
Ruadh in laid. " Atciu-sa cith do Claire 7 rel. ". 

Do batar tra coillte 7 fegha mora ar clarmhedhon Muman 
intan-sin, .i. an Ghiusach o tha Druim nEogubuil sair co bea- 
luch Chaille Tochail, ocus Colltanan o Druim Eogubhail suas 
co Claire 7 Ros Cno o Druim Eogobail siar co hEsmaige, 7 
Glenn mBebhthach ider dha rot o Druim Eogobail sis gu 
hAine, 7 gu carn Verzdhaigh. 



116. Ro fiafraig Mogh Ruith : "Cinnus atait na teinnti ? ' 
" Atat ", ar siat, " cach dibh ag falmaisiu a cheili re hor slei- 
bhi siar 7 sis iarsin co Druim nAsail 7 co Sinainn, 7 iarsin 
cus'inn ait chetna ". 

Ro fiafraigh Mogh Ruith : " Cinnus atat na teinnti ? " (( Atat 
fon tuaruim cetna ", ar iat, " 7 ni farcaibset figh na fer ar 
clarmhedhon Muman gan loscad ". Ocus as machaire o sin 
ille. 

Roîiarfaigh Mogh Ruith : " Cinnus atat na teinnti? " « Adh- 
rachtadur, " ar siat " co firw/mint 7 co neolu nime, 7 atat 
mar bit da laech lonna luthmura no da leoinn letarthaca, 
cach dhibh oc folmaisi a cheili ". 

117. Tucad tra a sèche thairb maeil uidhir co Mogh Ruith, 
7 a encennach alath brec con-a foluam^m ethaidi, 7 a aidme 
drùdhechta ar cena. Ocus dosrala suas a comuidecht na teined 
ind aeor 7 i i\rmimint 7 gabustar ac sodh 7 ag buzladh na tei- 



Le siège de Druim Damhghaire. 1 1 1 



115. Dès qu'il eut fini cette rhétorique, la nuée se mit en 
marche et vint au-dessus de Cenn Claire, de là au-dessus du 
camp de Cormac, et de là à Tara. 

Cormac dit à Cithruadh : « Quel est ce bruit que nous 
entendons? » « C'est», dit Cithruath, « une pluie de sang, 
suscitée par un sortilège druidique, et c'est nous qui en sup- 
porterons les effets funestes. » Le parti du Nord prit cela fort 
mal, et tous firent un grand bruit et un grand tumulte en l'en- 
tendant. Cithruadh prononça le poème : « Je vois une nuée 
au-dessus de Claire », etc. 

Il y avait alors des bois et de grandes forêts dans la plaine 
centrale de Munster : le Giusach, depuis Druim nEogubuil 
en allant vers l'Est jusqu'au chemin de Caille Tochail, Coll- 
tanan depuis Druim nEogubuil en remontant jusqu'à Claire, 
Ros Cno depuis Druim nEogubuil eu allant vers l'Ouest jus- 
qu'à Esmaige ; enfin Glenn Bebhthach (entre les deux routes), 
depuis Druim nEogobuil en descendant vers Aine et Carn 
Feradhaigh. 

116. « Comment sont les feux? » demanda Mogh Ruith. 
« Ils se poursuivent l'un l'autre », dirent-ils, « en rasant la 
montagne, à l'Ouest et au Nord, jusqu'à Druim nAsail, jus- 
qu'au Shannon, puis reviennent à leur point de départ. » 

« Comment vont les feux.? » demanda Mogh Ruith. « Tou- 
jours de même », dirent-ils. « Ils n'ont laissé ni bois ni herbe 
dans toute la plaine centrale de Munster, sans les brûler. » Et 
ce lieu est une lande depuis. 

« Comment sont les feux ? » demanda Mogh Ruith. « Ils se 
sont élevés jusqu'au firmament et jusqu'aux nuages du ciel», 
dirent-ils, « ec ils sont semblables à deux guerriers puis- 
sants et furieux, ou à deux lions dévorant se poursuivant l'un 
l'autre. » 

117. On apporta alors à Mogh Ruith sa peau de taureau 
brun sans cornes et sa coiffure-oiseau tachetée au vol ailé, 
et ses autres instruments druidiques : et il s'éleva dans l'air 
et dans le ciel en même temps que les feux, et se mit à les 



H2 M. L. Sjoestedt. 

ned budh thuaidh, 7 ro cban in rethon'c-so : " Saigti druadh 
dolbaim-si, 7 rel. ". Gabus Mogh Kuith ag bxinladh na te'med 
budh tuaidh iarum. Ocus gabhttj Cith Kuadh fon cuma cedna a- 
tuaidh. Arai-sin, ro impo Mogh Ruith na teinnti fo tuaidh, 7 
dousrah i ceann longphuirt Cortnaic 7 nir leic [ Mogh Kuith 
cenn do thocbhail doibh o tous turn einfecht. Dorochair Cith 
Kuadh ann sidhe co n-a slogh druadh in alla this 7 co n-a 
slôgh sidhe. Ocus ro coirghit acu-san na catha crodha com- 
mora conacaillti, 7 ro coirged lorg 7 tosach forro, 7 tugfld lei- 
binn sciath impa da gac \eth 7 gabsat rompa i remthus tseda 
7 imdheachta, or nir leics^t a ndraithi doibh fosugttdra tabairt 
catha na comhla*'«n 7 do aithnedardhibh maith do dhenamh 
intan b«d eicen. 



118. Tainic dono Mogh Rw^anuas iarsin, 7 dodechaid a n-a 
charpat caemh cumdachta for damaibh dreamhna dzsachtaca. 
eu luas gaeithi Marta, con athlaime ethaiti 7 sèche thairbh 
maeil uidhir lais 7 tainic i remtus rompa, 7 do chuir Cenn- 
mhar uatha do gresacbt fer Muman 7 tancatar co hescad i 
lenmam in druadh. [181 b 1] O ro siachtadar co hArd Cluain 
na Feihne, is ann-sin rugad ar deiredh in tsloigh, 7 nir imposit 
friu in lucht aile. Gabsat fir Muman annside anoir 7 aniar 
futhaibh amar tizgait coin fa min-chetraib, .i. treotha 7 tarrsa 
ic a ndicennad 7 ica n-airsecar ider ânes 7 a tuaidh, ag cur na 
n-ar forro eu rancawr co Magh nUachtar i crich Ur-Muman, 
frisin abar Magh Raidne aniu. Ocht cet immorro, ba he tsbaïth 
in tsloi^ conice sin. 



119. Cunad annsin ro tizrfaigb Mogh Kuith is se i ramtus 
rompa : " Cia is nesa dun annso ?" 7 forfidzrgia ro* ûzrfaigh. 
" Ata triar forusta finnliath ann", ar siat, " Cecht, Crota, 
Cith Kuadh sin ". " Ro geallustar mu dee dam-sa co ndin- 
gnitis clocha dhib intan no bherainn-si forro, acht eu tarduinn- 
si mo anal futhaib. " 7 twe som anal druagh futhaibh con- 
derna clocha dibh, 7 is do na dochaibh-sin gairther Leaca 
Raighne aniu. Antan tra no trialidais fir Muman airisium, is 



Le siège de Druinî Damhghaire. 1 1 3 

battre de façon à les tourner vers le Nord, en chantant la 
rhétorique : « Je fabrique les flèches du druide (?) », etc. 

Il se mil donc à frapper les feux pour les tourner vers le 
Nord. Et Cithruadh se mit à les frapper de même vers le 
Sud. Malgré ses efforts, Mogh Ruith tourna les feux vers le 
Nord, et ils s'en allèrent au-dessus du camp de Cormac, et il 
ne permit point aux feux de se dresser une fois qu'il eut 
réussi à les rabattre. Cithruadh s'abattit alors par terre avec 
son armée de druides et de fées. Ils se mirent alors à ranger 
les vaillants bataillons nombreux et ; 

ils disposèrent l'avant-garde et l'arrière-garde et les encadrèrent 
d'une muraille de boucliers. L'armée se mit alors en marche, 
sans que les druides leur permissent de s'arrêter pour livrer 
bataille ; ils recommandèrent aux hommes de faire leur devoir 
lorsqu'il serait nécessaire. 

118. Mogh Ruith descendit alors et monta dans son beau 
chariot bien orné attelé de bœufs impétueux et furieux aussi 
rapides que le vent de Mars, aussi agiles qu'un oiseau. Il prit 
avec lui sa peau de taureau brun sans cornes, et s'avança à la 
tête de l'armée. Il envoya Cennmar presser les gens de Muns- 
ter, et tous s'avancèrent pleins d'ardeur à la suite du Druide. 

Lorsqu'ils parvinrent à Ard Cluain na Fene, ils rejoignirent 
l'arrière de l'armée, sans que le reste de l'armée se portât à 
son secours. Les guerriers de Munster parcoururent les rangs 
ennemis de droite et de gauche, tels des chiens au milieu de 
petit bétail, les traversant, les transperçant, les décapitant, les 
au Nord et au Sud, les massacrant, jusqu'à ce qu'ils 
parvinssent à MaghUachtair, dans la région est du Munster, 
aujourd'hui Magh Raidhne. Les pertes de l'armée s'élevaient 
alors à huit cents hommes. 

119. C'est alors que Mogh Ruith demanda, comme il 
s'avançait le premier : « Qui donc se trouve immédiatement 
devant nous ? » Et il le savait, quoiqu'il le demandât. « Ce 
sont trois guerriers imposants aux cheveux gris », lui répon- 
dit-on, « Cecht, Crota et Cithruadh. « Mon dieu m'a promis 
que je les transformerais en pierres quand je les aurai à ma 
portée, si seulement je parviens à souffler sur eux ». Il leur 
envoya un souffle druidique, si bien qu'il les transforma en 

Revue Celtique, XL1II. 8 



114 M. L. Sjoestedt. 

ann-sin ba daithe 7 ba treisi no bidh Mogh Kuith ic maidim 
cucca, 7 nir leic dhoibh anad co rancatar coSliabh Fuait in la- 
sin. Ro saidlW pupall Fiachach annsin 7 as e ainm an \na\dh 
sin, Inad pupla Fhchach o sin ille. 



120. Taircit Leth Chuinn iamm gac giall, 7 gac cain 7 gac 
cis bud ail d'feraibb Muman do tabairt daib forro. O ro feidh- 
ligheastar ann nir gabh Mogh Kuith 7 Mogh Corb 7 Fiacha 7 
Fir Muman ar cena no gu mbeidis da mi 7 da raithi 7 da 
bliagamtuaidh. Ocus adubhradar gidh annsin, nach gebhduis 
coma aili no gu ûsed Cormac fein leo co tech Fiacha, o na 
fetastar tra Cormac a imdhiten forra 7 na rabha aca cumhang 
gabhala dhibh a chriche d'mnrudh 7 d'argtf/«. Tàinic fein 7 
tue a chain 7 a chis doibh. 

Ro choimeirigh Fiacha co bhferuib Muman 7 tancatar 
rompa i ramthus tseta 7 ni hindistar a n-imthusa eu rancatar 
enoe Raphund. 

Tucad iarum Connla mac Taidg meic Cein, mac bratar 
athar d'Flachaigh eisein for altram do Cormac, 7 ro leasaiged 
ag Cormac in iruzc-sin fo chain lesaighthi. Ocus batar zmlaidh- 
sin re cian 7 treimhsi fa sidh-corus etarra. 



121. Gabhsat fir Muman ga r\arfaighidh do Mogh Kuith ga 
lin [181 b 2] idir àbhus 7 tuaidh 7 cia dhe as mo ro dkhiged 
ann. As leir tra ro eirnestar dhoibh 7 tue in laid ar aird : 
" Ceathra cet laemh laechda a lin - da cethrachait ra a 

coi m ri m. 
D'feruibh Muman co mb^^a* ro marbsat na haindrechta 1 . 
Cûic druidh Chorma/c dolbsat dan" ar L«7/;Mogha na mor 

dhal. 
Lin ro marbta fa gnim ghle* tre doilbhtib dealbthadraidhe. 

1. Graphie phonétique pour ainrechta. 



Le siège de Druim Damhahaire. 115 

pierres ; c'est de ces pierres-là que tire aujourd'hui son nom 
Leaca Raighne. 

Lorsque les gens de Munster essayaient d'arrêter, Mogh 
Ruith les poussait avec une vitesse et une énergie redou- 
blées ; il ne leur permit de s'arrêter que lorsqu'ils eurent 
atteint Sliabh Fuait, ce même jour. Fiacha planta sa tente là; 
depuis on appelle ce lieu « Inadh pupla Fiachach » (Emplace- 
ment de la tente de Fiacha). 

120. Le parti du Nord offrit alors aux gens de Munster de 
leur donner tous les otages, tributs et contributions qu'il leur 
plairait. Mogh Ruith, Mogh Corb, Fiacha et les gens de Muns- 
ter n'acceptèrent rien avant qu'ils eussent passé deux mois, 
deux trimestres et deux années dans le Nord à dater du jour 
où ils s'arrêtèrent là. Même alors ils déclarèrent qu'ils n'accep- 
teraient aucune contribution à moins que Cormac lui-même 
ne vînt avec eux jusqu'à la demeure de Fiacha, du moment 
que lui, Cormac, n'était pas en état de se défendre contre eux 
et de les empêcher d'envahir et de dévaster sa province. Il vint 
donc en personne leur remettre son tribut et sa contribution. 

Fiacha se mit en marche avec les gens de Munster ; ils pour- 
suivirent leur route, mais l'on ne dit rien de leurs aventures 
jusqu'à leur arrivée à Cnoc Raphann. 

Connla mac Taidgmeic Cein, fils du frère du père de Fiacha 
fut envoyé à Cormac pour qu'il l'élevât, et Cormac prit soin 
de l'éducation de ce jeune homme, cette éducation lui étant 
imposée en manière de redevance. Ils restèrent ainsi pendant 
longtemps en paix les uns avec les autres. 

121. Les gens de Munster demandèrent à Mogh Ruith 
quelles étaient les pertes subies par les partis du Nord et du 
Sud, et lesquelles avaient été le plus considérable. Mogh Ruith 
le leur exposa clairement, et il récita le poème : 

Quatre cents braves guerriers — tel est leur nombre — 
et de plus quatre-vingt, d'après mon calcul. Tel est exactement 
le nombre des guerriers de Munster qui ont été tués par les 
prodiges. 

Cinq druides de Cormac forgèrent des sorts contre les 
provinces du Sud aux grandes assemblées. Tel fut le nombre 
tué lors d'une action brillante par les sortilèges spécieux des 
druides. 



n6 M. L. Sjoestedt. 

Dolbsat ' tri cona cora' do dhith na caerec crodha. 
Dolbsat murescongfo muir ra dith Colptha 7 Lurguin. 
Ro sos na teindti bhu tuaidh' ar Leth Chuinn na daidetn cru- 

aidh 
Tucus nert mna s*Wta sair a clannuib Chuinn Cetcathaigh 
Ro claenad in cath ar Conn* la Mumain m'iadaigh, met 

nglonn 
Ar ndith a n-aesa dana* ra dirgit ra dighbala. 
Ceatra cet ruirech isrigrr do sîôgb Cormaic rz a coimhrimh 
Co Formaeil ba grès os graigh* do dannaib Cuind Cetcat- 

haig 
Ceatra cet gilla nglomhair do s\ogh Cormaic ar conuir 
Ro marbtha fa coimlin gle - ider Formaeil is Raidne. 
Crota, Cect, Cithruadh don muigV draithi sil Cuinn Cet- 

cathaig 
I Maigh Raidne do ruadh graigh* ro sodh#.f i cruadhdo- 

chaibh. 
Cbcha. coimh^/uit ferta* beit an co brachuib bechte 
Bidh ail do Leth Cuinn a n-ainm. Leaca Raidhne re 

roghairm. 
Cûic morseisir batflr ann' gan ainm orro acht cuic an- 

mann 
Tucsat ceim cuire for cul' ga neoch uili acht mad ein- 

triur. 
Seacht Cechtj secht Crota gu coir* seacht Cithaigh is seacht 

Qthmoir 
Seacht Cithruaidh co ngnim ngarbh ngle* gu ndanuibh 

doilbthe draithe. 
.'. . . Ath 2 an tsXuaigh' sist o Maigh Raidne budh thuaid 
Sluagh seacht iichix ro gaet ann' &os\uagh Cormaic niche- 
la m 
Da iichit 7 dâ cet ' on ath-sin sair no chu brec 
Os gach conuir do Leth Cuind* doibh nir comuidh a liat- 

truin 

1 . Ici le poète semble oublier que ce poème est placé dans la bouche de 
Mogh Ruith, et il emploie la } e personne au lieu de la i re qu'on retrouve 
au distique suivant. 

2. Sans doute y a-t-il une lacune avant ce mot; le vers en effet ne se 
Dsande pas. 



Le siège de Druitn Damhghaire. 117 

Ils créèrent trois chiens bien dressés pour détruire les brebis 
cruelles. Ils créèrent une anguille de mer sous les flots, pour 
tuer Colptha et Lurga. 

J'ai tourné les (eux vers le Nord contre le parti du Nord 
aux glaives valeureux. Je n'ai laissé que la force d'une femme 
en couches aux habitants de l'Est, aux descendants de Conn 
Cetcathach. 

Le combat tourna mal contre Conn, au bénéfice des vail- 
lants Munstériens (grande action). Après la mort des hommes 
de l'art, ils furent plongés dans la détresse. 

Quatre cents seigneurs ou rois des armées de Cormac, d'après 
mon calcul (furent tués) jusqu'à Formael — leurs chevaux ne 
firent qu'une étape — parmi les descendants de Conn Cet- 
cathach. 

Quatre cents brillants valets d'armes de l'armée de Cormac 
sur la route, furent tués — d'après un calcul loyal — -entre 
Formael et Raidne. 

Crota, Cecht, Cithruadh dans la plaine, les druides de la 
race de Conn Cetcathach ; dans Magh Raidhne aux chevaux 
rouges, ils furent changés par moi en dures pierres. 

Les pierres qui signalent leur tombe resteront à perpétuité. 
Leur nom sera une honte pour les provinces du Nord. C'est 
Leaca Raidhne qu'on les appelle. 

Il y avait là cinq groupes de sept hommes qui n'avaient à 
eux tous que cinq noms. Toutes les armées battirent en retraite, 
tous, excepté trois hommes (?). 

(Il y avait) sept Cecht, sept Crota — en vérité — sept 
Cithach et sept Cithmor, sept Cithruadh — fière et brillante 
leur action — qui possédaient le secret de mystérieux sortilèges 
druidiques. 

Ath an tsloigh (Lé Gué de l'armée) quelque peu au Nord 
de Maigh Raidhne. Cent quarante hommes y périrent parmi 
les armées de Cormac — je ne le cache pas. 

Deux cents quarante périrent à partir de ce gué en s'en 
allant vers l'Est (ceci n'est pas un mensonge). Sur chaque che- 
min, pour le parti du Nord 

Mille quarante et huit hommes durant la poursuite, telles 
lurent les pertes éprouvées par le parti du Nord combattant 



i l8 M. L.^Sjoesledl. 

Deic cet 7 da ùchit 'dias ar seiser ro saighet 

Ba si esbaidh Leithi Cuintv ra ùa nAililla oluim. 

O Druim DamhgrunV/ duanaigh' co slig/d moir Midhual- 

\aigh. 

Mor in gnimh, ro cloerwd cro" is a dhenamh a n-aenlo 

As e uidhi is mo rue fian- ar gnimuib glé 7 gliagh 

O Chinn Clairi ba cuairt gle* bud thuaidh gu Glenn Kigh 

Righe. 

Ro cind Fiacha fictib shiagh' ro cind Mogh Corb Claideb 

vuadh 

Nac biad a riar da gfle ait* no go mad e a ngiall Connue. 

O ro eimdhigh Comme cain' imgabtfd Fiacha fum[ J. 

Nirgabhudh uadh acht a dhail" ge thairg/d mor fore/air. 

Ro scailseat fir Mhumtfw iarsîn o chnucc Raphann, 7 docoidh 
cach dib da thigh 7 da [182 a 1] dhûn-aras fadhesin. Ocas 
dochoidh Cor mac co Temraigh. 

122. Ro leasaig^d tra Connla ag Corniac, amal adubhrumur, 
cur bo inghnima 7 cur bo urrzmad 7 gur szmluigh Ere fris ar 
a mhaitius. Cur ghabh leannanacht re araili mnai a Sidh Locha 
Gabar 7 gur saruigh hi gan deoin di. Ocus ro chu'irmigh si 
ascaid fair, .i. dul le isin sith, 7 ni dhechaid. " Tar ", ar si, 
" co twea h'zdhaidh ar an ndun anunn co n-aicet in tsluaigh, 
o nach teighi fein inn ". Teit-sium co tard a adhadh ar an 
sidh. Ro indis in ben (oceto'ir thall in gnimh doronad tria. 
Batar-somoc iaruidh chora fair. Ocus ni thuc. "' Ro mhillis ar 
n-ein^ch ", ar siat. " Adeirthi-si ", ar se, " do mhillntf "'. 
" Millfimit-ne h'ein^ch-sa inn ", ar iat-som. Ocus t«csat" a n- 
anala uili faicu rotas bruthmaeili claime o mhulluch eu bonn 
trid 7 ba himurcach dano an bruth-sin for a chinn 7 for a 
zxdhidh 7 robaithrrac in tun/j-sin. 



123. Ocus . ^ ' y.po ar cula gu brocach brocumac co hairm 
contre le petit-fils d'Oilill Olum, depuis le célèbre Druim 
Damhghaire jusqu'à la grande route de Midhuallach. 



Le siège de Druim Damhghaire. 119 

C'est une grande et sanglante action et qui fut accomplie en 
un seul jour. C'est là la plus grande expédition que guerrier ait 
jamais entreprise, la plus féconde en actions d'éclat. 

Depuis Cenn Claire ce fut une route splendide jusqu'à Glenn 
Righ Righe dans le Nord. Fiacha aux nombreux bataillons 
et Mogh Corb au sabre rouge décidèrent qu'ils ne seraient 
pas satisfaits que Cormac ne fût devenu leur otage. 

Du moment que le beau Cormac a refusé ce que Fiacha 
lui offrait, il ne recevra de lui que ce qu'il plaira à Fia- 
cha, quoique celui-ci lui ait d'abord beaucoup offert. 

Les Munstériens quittèrent ensuite Cnoc Raphann, et s'en 
retournèrent à leurs demeures et à leurs résidences respectives. 
Cormac de son côté s'en retourna à Tara. 



122. Connla fut élevé près de Cormac, comme nous l'avons 
déjà dit, si bien qu'il devint habile au métier des armes et 
bon gentilhomme et qu'il était cité en modèle à toute l'Ir- 
lande, tant il excellait en tout. Il se prit d'amour pour une 
femme de Sidh Locha Gabar, et il l'outragea, malgré sa résis- 
tance. Celle-ci lui demanda comme une grâce de venir avec 
lui dans sa demeure magique : il n'y vint pas : « Viens du 
moins », dit-elle, « et tourne ton visage vers la place forte 
qui est en face de toi, pour que la population (du Sidh) puisse 
te voir, du moment que tu n'y vas pasen personne». Il vintavec 
elle et tourna son visage vers la demeure. La femme aussitôt 
raconta aux gens de l'autre rive l'outrage qu'on lui avait fait. 

T ls demandèrent alors réparation à Connla. Il refusa : « Tu 
nous as déshonorés », dirent-ils. « Vous pouvez bien le dire», 
dit-il. « Nous te déshonorerons donc », dirent-ils. Et tous 
projetèrent leur haleine sur lui, si bien qu'une éruption de 
gale chauve poussa sur lui, de la tête aux pieds, et cette érup- 
tion était abondante sur sa tête et son visage; et il regretta, 
alors, son action. 

123. Il s'en retourna, tout souillé et défait auprès de Cor- 
mac. Celui-ci jeta les yeux sur Connla, et éclata en gémisse- 
ments. « Qu 'as-tu donc, Cormac, mon cher ami ? » « J'ai que 



120 M. L. 'Sjoestedt. 

i mbai Cormac. Sillis Cormac ar Connla 7 mebhais a chaifair. 
" Cidh ima tai, a mu poba,,a Cormaic? " " A truma leam ", 
ar Cormac, " do beith-si amlaidh-s'm 7 met do gradha leam. 
Ocus fos, as tu ro saeileas do dhidhuil mu chnedh ar Fhiachfl/^/; 
\c cosnum righi Muman dhuid ' ". " Ni ro cualai ", ar Connla, 
" 7 nî ro foirfedh nech ar an ngalar-sa ". " Gia ro chuala ", 
ar Cormac, " ni fuigbea-sa \âir he". "Cidheiside ?"ar Connla. 
" Fuil righ flatha ", ar Cormac, 7 t'fothragad eisde. " Cia 
esrde ? " ar Connla. " Fiacha Mu'ûlet han ", ar Cormac, " as e 
in flaith 7 ro bad fingal duit-si a marbad, 7 as doig dia ruca 
fort, co ticfa th'foiridin de ". " As ferr leamsa ", ar Connla, 
" bas carat damh inas mo beith fein amlaidh-so, da mad derbh 
leam cena. sin ". " Toingim na toing mo thuath ", ar Cormac, 
" eu nad fior ". " Ragat-sa fris dano ", ar Connla. 



124. Teit iarum eu Cnoc Raphunn co tech Fiachach. Ba 
bron mor la Fiacha a beilh-sium amh\aidh-sud, 7 ro choi uime 
7 ro fer faz'/te fris. Ocus ro triaWadh a leighes aigi iardain 7 t«c 
trian a chogair do 7 a \eaba\dh a comhairdi fria leabaidh 7 as e 
noslonnadh aitheasc uaidh 7cuigi 7doberthealoghimp*didho. 
Ocus batorcocian fon innus-sin. Ocus teighed amach 7 amuigh 
immalle 7 Fiacha co mime. Co tancatar la n-aen ra taeb na 
Suire [182 a 1] 7 ro thimghair Fiacha a fothragad, 7 benus a 
edtfch dhe 7 facbhais a laighin leathanglais tuas ag Connla. Ro 
gab Connla in laighin 7 dorât a bFiacha co rue urrind trit. 
« Truagh sin », ar Fiacha « as bron ar braithre sin 7 as breis 
nu echta 7 as tre moirindlach mbidhbai/ doronad ». Ocus 
atbeart : « Indlach bidbtfJ. bron ar braithre. . . ». 



125. Atberc Fiacha : « Deria th'fothr.igad amail adubrad 
friut. Acht cens., gidh done, ni targha do chabair de, 7 bidh 
(a'ùid rat naimdib sin ». Conad he sin fata bais 7 aidtdha Fia- 
chach. Ass ann doronai sin ag Ath Leathan, re n-abar Ath Isiul 



1. La souillure qui atteignait Connla rendait impossible son accession 
au trône, et réJuisait par là même à néant les projets de Cormac. 



Le siège de Druim Dambghaire. 121 

je ne puis supporter », dit Cormac, « de te voir dans un tel 
état, tant est grande l'affection que je te porte. Et de plus, 
c'est sur toi que je comptais pour venger mes griefs envers 
Fiacha, car je t'aurais assuré le trône de Munster ». «Ne con- 
nais-tu », dit Connla, « aucun remède qui puisse avoir raison 
de cette maladie? » « Quoique j'en connaisse », dit Cormac, 
ce n'est rien que tu puisses obtenir ». « Quoi donc », dit 
Connla. « Le sang d'un roi », dit Cormac, « pour t'y baigner ». 
« Qui est ce roi ? » dit Connla. « Fiacha Muillethan », dit 
Cormac, « est ce roi, et tu te rendrais coupable du meurtre d'un 
parent en le tuant. Mais si tu t'appliquais son sang, tu en 
recevrais la guérison ». « J'aime mieux », dit Cormac, « que 
périsse un ami, plutôt que de rester moi-même dans cet état, 
si du moins je dois croire ce que tu me dis ». « Je te jure le 
serment que jure mon peuple », dit Cormac, « que cela est 
vrai ». « J'irai donc le trouver », dit Connla. 

124. Il alla à Cnoc Raphann, à la résidence de Fiacha ; 
Fiacha fut désolé de le voir dans cet état, il s'en affligea, et 
lui souhaita la bienvenue. Il s'efforça de le guérir, lui donna 
le tiers de sa confiance, un lit aussi haut que son propre lit ; 
c'est Connla qui expliquait les avis (?) qu'il envoyait ou rece- 
vait, et il recevait le salaire dû à ses offices de messager. Et ils 
furent longtemps ainsi : Connla sortait et rentrait souvent 
avec Fiacha. 

Un jour ils allèrent sur le bord de la Suir et Fiacha 
désira se baigner, et il se dévêtit et laissa sa lance large, 
au fer brillant, entre les mains de Connla. Connla saisit la 
lance, et porta à Fiacha un coup tel que la lance le transperça. 
« Hélas ! » dit Fiacha, « c'est une action affreuse contre un 
frère; c'est un grand meurtre, et ce îrime est le fait d'une 
grande inimitié (?). » Et il dit : «Crime d'un ennemi, etc. ». 

« Baigne-toi comme on te l'a dit», dit Fiacha, « mais malgré 
cela tu n'en recevras aucun soulagement et tes ennemis s'en 
réjouiront. » 

Ainsi périt tragiquement Fiacha. Ceci se passa à Ath Leat- 
han, aujourd'hui Ath Isiul, c'est-à-dire Tuisiul (de la chute). 
C'est de là que vient le nom que le gué porte depuis lors, 
comme le dit le quatrain : 



122 M. L. Sjoestedt. 

aniu .i. tuisiul. As de ata int ainm forsan ath o sin ille amal 

ader in rann : 

Ath Tusil ainm in atha" do cach as fisfirtatha 

Tusil lue Connla a Cnoc Den' for Viachaigh maith Mhuill^- 

than. 

Ni fuair tra Connla a chabair de-sin 7 as gorta 7 claimhe 

ros marbh, ar nir leic nech do ciainn Eogw/w n-a thech o nar 

fiu leo d'igail aili fair '. 

1. Keating (History, II, 324) mentionne un fait qui semble expliquer que 
la parenté de Fiacha n'ait pas tiré une plus prompte vengeance de sa mort. 
Fiacha aurait vécu assez pour protéger son cousin et meurtrier et ordonner 
qu'on n'attentât pas à sa vie. 



Le siège de Druim Damhghaire. 123 

« Ath Tusil (Gué de la chute) est le nom du gué, tout le 
monde en connaît la raison. Connla de Cnoc Den y fit tom- 
ber le brave Fiacha Muillethan. >> 

Ceci n'apporta aucun soulagement à Connla, et c'est de 
faim et de gale qu'il mourut, car aucun membre de la famille 
d'Eogan ne le laissa entrer dans sa maison. Ils ne pensèrent 
pas que ce fût la peine d'exercer contre lui aucune autre ven- 
geance. 

{A suivre.) M. L. Sjoestedt. 



THE FIGHTING SNAKES 

IN THE 

HISTORIA BRITONUM OF NENNIUS 



In a brief stucîy published recently in this review ' I had 
an occasion to trace the so-called épisode of Vortigerns Tower 
to the wide-spread belief that a human sacrifice is necessary 
at the laying of foundations, to appease the chthonic powers, 
the genius loci, usually in the form of a snake, a toad, or a 
lizard. There can be no doubt that this belief was common 
among the Celts as among many other races, the Egyptians, 
the Greeks, the. Romans, and the various Teutonic clans. 
There is then no need to emphasize the typically Celtic 
character of the story of Vortigerns Tower, nor is it justi- 
fiable to go to the opposite extrême and déclare the story a 
borrowing from ancient sources. 

The problem, however, does not end there. In the first 
place, it is to be observed that the account of Nennius is con- 
siderably more complicated than the German parallel I was 
able to cite and to which I could now add a second from 
Austria 2 . For it is not a snake pure and simple which is 
discovered underneath the surface, but two dragons are 
found in a tent, the one white, the other red, which begin 
to fight, until the red one conquers its opponent and drives 
it off. Then the boy-prophet (Ambrosius) déclares that the 
red serpent représenta the Celts, the white one the Saxons. 
Geoffrey of Monmouth, who reproduced this épisode with a 
number of minor altérations, doubtless of his own making, 

i. Vol. XLI, pp. 181-188. 

2. Th. Vernaleken, Alpensagen, Wien, 1858, p. 149. 



Tbe fighlitig stiakes. 125 

adds the famous prophecy of Merlin to the description ot 
the snake fight '. 

In the narrative of Nennius and still more in that of 
Geoffrey the reader will easily see the work of the compiler 
who stitched together various traditions, doubtless of various 
origins, to form a continued and on the whole plausible 
account. In fact, the two fighting snakes hâve as little to do 
with the genius loci in snake form as the subséquent career 
of Ambrosius-Merlin has with the foundation sacrifice. The 
question arises : Do we hâve parallels elsewhere for the 
symbolical snake fight as we hâve them for the foundation 
sacrifice and the snake-shaped Genius loci ? In the following 
pages I shall endeavour to answer this question and to point 
out the probable origin of this part of the épisode of the 
Historia. 

In his treatise on the Monuments of Constantinople the 
Byzantine chronicler Nicetas, who flourished in the second 
part of the twelfth century, describes a sculptured group of a 
basilisk and an asp engaged in a desperate struggle 2 : 

Now this, too, should be added, although it is not my purpose to note 
everything. A pleasing sight and by art probably the most wonderful of 
ail was the stone base on which stood an animal which one would hesitate 
to think represents an ox because it had a very short tail and no such large 
dewlaps as are peculiar to the Egyptian oxen ; neither were its hoofs clo- 
ven. With its jaws it held another animal tightly compressed, whose 
entire body -was covered with such rough scales that it could hardly be 
touched without hurt. The former animal was thought to be a basilisk, 
the latter, which was held compressed by the mouth of the former, was 
believed an asp, and there were some who thought the one to be a hippo- 
potamus, the other a crocodile, but this différence of opinion is of no 
importance hère. I shall only say that a new kind of struggle was witness- 
ed in both, both infiicting and suffering harm, both destroying the enemv 
and being destroved, both conquering and being conquered For the 

1. Historia Britonum cuin additamentis Nennii, éd. Th. Mommsen, in 
Chronica Minora saec. IV, V, VI, VII, tom. III ; Mon. Germ. Hist. Auct. 
antiqu. tom. XIII, Berlin, 1898, pp. 181- 186. Galfredi Monmutensis Histo- 
ria Britonum nunc primum in Anglia novem codd. mestis collatis éd. 
J. A. Giles, London, 1844, Hb. VI, cap. 17-19. 

2. Nicetae Choniatae Historia ex rec. I. Bekkeri, Bonn, 1835 (Corpus 
script, hist. Byi.), pp. 866-868. 



i2é A. H. Krappe. 

one, vvhich was thought a basilisk, was swollen from head to foot and 
covered as it were with copper-rust, being ail over its body greener than 
a frog, because the poison was in ail its arteries and had caused the color 
of death. Its knees were therefore bent, its eyes extinct, its strength of 
life faded, nay, the beholders must hâve thought it about to fall, because 
dead already, but for the soles of its feet supporting it and keeping iterect. 
The other beast, held tight by its jaws, swinging its tail already more 
languidly, with open mouth because hurt by its opponents teeth, was 
seen struggling to get free from the grip of its teeth and its bite, but was 
unsuccessful, because its shoulders and forefeet and the parts of the 
bbdv adjoining the tail were held in the open mouth and compressed by 
the jaws of its adversary. Thus they destroyed one another in mutual 
slaughter ; the struggle was equal and equal the victory, equal their de- 
struction. It occurs to me that one can express mutual slaughter and 

deadly, ruinous vengeance not only in monuments, nor do thev 

befall only powerful animais, but they occur also among many peoples who 
inade war on us Byzantines ; for they destroying each other in mutual slaughter, 
will perish by the virtue of Christ who scatters the peoples that rejoice in war, 
uho does not enjoy bloodshed and who shows the just man treading on the asp 
and basilisk and trampling down the lion and the dragon. 

We hâve then hère a struggle between an asp and a basi- 
liskj that is, two beasts which were considered as falling 
under the dénomination of snakes or dragons, according to 
the handbooks of mediaeval zoology. Both are compared 
with two factions of the Franks, destroying one another in 
internecine struggle, thus enabling the " just man ", i. e. 
the Byzantine Greek, to tread upon them both. The entire 
narrative, it will be observed, is the fanciful interprétation of 
a statue in the city of Constantinople, destroyed in 1204, 
and is in complète accordance with the gênerai mediaeval 
notion that the monuments of antiquity had been erected by 
the wise of old, experts in magie, with some practical end 
in view '. Far from being purely symbolical, the statue was 
thought actually to bring about the fratricidal struggle 
between the Frankish factions, just as for example a relief 
representing ships with ladders on them and armed men 

1. Cf. on this subject : D. Comparetti, Vergil in the Middle Ages, Lon- 
don, 1895, pp. 239 ff. ; A. Graf, Roma nella memoria enelle immagina\xoni 
del medio evo, II (Torino, 1883), pp. 196 ff. ; R.M. Dawkins, Ancient 
Statues in Mediaeval Constantinople, Folk-Lore, XXXV (1924), pp. 209- 
248. 



The fighting snakes. 127 

going up thèse ladders to storm a city, was imaginée! to 
foreshadow and, later, to hâve brought on the attack of 
the city by the crusaders in 1204 ', and just as a statue of 
Athena was thought to beckon the Western barbarians to 
invade the Empire, for which reason it was destroyed by 
the mob 2 . 

How a learned Byzantine of the twerfth century could 
mistake a hippopotamus for a basilisk is a question not easy 
to answer ; but it may be said that mediaeval zoology as 
embodied in the bestiaries was guilty of monstrosities quite 
as absurd. In this case the interprétation ot the fighting ani- 
mais as fighting snakes appears to hâve been forced upon the 
Greeks by a floating folkloristic motif of Eastern origin, as I 
shall show presently. 

In a taie of the Arabian Ntgbts 3 the hero, Abdallah, when 
traversing a désert, beholds a black dragon pursuing a white 
one. He kills the former, whereupon the latter assumes the 
shape of a woman and makes herself known to him as the 
daughter of a king of the Jinn. The black snake was the 
vizir of another king of the Jinn and her unwelcome suitor. 

In another story of the same collection 4 the heroine, 
Zobeide, sees a snake pursued by a dragon. She kills the 
latter with a stone, and the snake Aies away. She falls asleep, 
and when she wakes up she finds by her side a young girl 
who tells her that she is a Jinn and in the form of a snake 
had been pursued by another Jinn in the form of a dragon. 

In a third épisode of this character, likewise from the 
Arabian Nights >, Kaslâne the Lazy, after having lost his wife, 
wanders through the désert, where he beholds two serpents, 
one brown, the other white, fighting with one another. He 
kills the brown one and learns that he had to deal with two 
Jinn, the one an infidel, the other Mohammedan. With the 



1. Ibid., p. 22 1. 

2. Ibid., p. 224. 

3. Burton, VII, 364; Chauvin, Bibliographie, V, 2. 

4. Burton, I, 149 ; Chauvin, V, 5. 

5. Burton, III, 282; Chauvin, VI, 66. 



128 A. H. K nippe. 

help of the latter he wins back his wife abducted by an evil 
spirit. 

An Arabie legend which goes back to the first centuries 
of the Hegira ' connects the motif with the Queen of Sheba, 
whose birth was fabled to bave corne about in this wise. 
Her father, a king of China, while hunting, met two snakes 
in deadly combat, a white one and a black one. He killed 
the latter and carried the former into his royal palace. On 
the following morning he was not a little surprised to find a 
pretty girl in his private apartment and to hear from her 
own lips that she was a Péri and that he had delivered her, 
on the preceding' day, from the black snake, her mortal 
enemy. To show him her gratitude she offers him her sister 
in marriage, an offer which, it is needless to say, the king 
was pleased to accept. By his Pari wife he became in due 
time the happy father ofa girl, the future Queen of Sheba. 

A similar taie is reported as a historical fact, said to hâve 
occurred in the reign of the calif 'Othman (644-656) 2 : 

There came a man to the caif 'Othman who spoke as follows : 
'* When I was in the désert I saw two ribbons corne together and sepa- 
rate again. Upon reaching the spot I found a fine yellow snake which 
spread an odor of musk, from which I concluded that it must be a good 
snake ; I took it, wrapped it up in my turban and buried it. Then I heard 
a voice shouting : " Thèse were two snakes of the Jinn which fought 
with one another, and the one which you hâve buried died the death of 
a martyr for the faith ; it was among those which listened to the révéla- 
tion of Mohammed. " 

It is a well-known fact that the Arabie Jinn were believed 
to appear in the shape of snakes ', and it is also a matter of 
common knowledge that the Mohammedans distinguished 
between good and evil Jinn. But it is much to be doubted 

1. E. S. Hartland, The Science of Fairy Taies, London, 1891, p. 316. 

2. C. van Vloten in Feesthmdel aan Prof. M. J. De Goeje, Leiden, 1891, 

P- 38- 

3. V. Robertson Smith, Lectures on the Religion of the Sémites, London, 

1894, pp. 1 19 ff. ; C. van Vloten, op. et loc. cit. ; Nôldeke, Zeitsch. f. Vôl- 
ker psychologie, 1860, pp. 412 ff. ; j. Wellhausen, Reste arabischen Heiden- 
thutns, Berlin, 1897, p. 137. 



The fighting snakes. 129 

whether this dualism is of Arabie, that is, of Semitic, origin. 
The sharp distinction between the powers of good and evil, 
a distinction extending over the kingdoms of animais and 
plants as well as over the spirit world, is not in any way 
peculiarly Semitic, although in the form of literary motifs 
or even as a tenet of popular creed it may hâve invaded the 
Arabian peninsula in pre-Islamic times. Its home must be 
sought on the highlands of Eran, where the most distinctly 
dualistic religion the world has ever known was developed 
several centuries before our era. This conjecture is confirmed 
by the oldest version of the Fighting Snakes known to us and 
found in the Book of Esther, itself most probably of Eranian 
origin '. 

In chapter XI of the Vulgate Version, Mordecai dreams 
of two great dragons fighting one another (vv. 2 ff.). The 
dragons, we are then told, signify himself and his opponent. 
the anti-semitic Haman 2 . 

This version differs from the foregoing in that it forms 
the contents of an animal dream and has therefore no basis 
in reality. Further, according to the allegorical explanation 
given in the Book of Esther 5 , the snakes do not symbolize 
peoples or factions as in the Celtic and Byzantine versions, 
but two individuals. The épisode represents therefore an 
allegorical animal dream of the type met so frequently in 
Old French, Scandinavian and Middle High German poems 
and sagas 4 . This différence, which is quite important, makes 

1. Cf. Sir J. G. Frazer, The Scapegoat, London, 191 3, pp. 360 ff., esp. 
401 ff. 

2. Cf. Esth. XI, 5 : et hoc -ejus somnium fuit : Apparuerunt voces et 

tumultus ; 6 : et ecce, duo dracones magni paratique contra se in 

proelium. X, 5 : Recordatus somnii, quod videram, haec eadem signifi- 
cantis : nec eorum quidquam irritum fuit. 6 : Parvus fons, qui crevit in 
fluvium et in lucem solemque conversus est, et in aquas plurimas redun- 
davit, Esther est, quam rex accepit uxorem, et voluit esse reginam. 7 : Duo 
autem dracones, ego sum, et Aman. 

3. Esth. X. 7. 

4. W. Henzen, Ueber die Trâume in der altnordischen Sagaliteratur, 
Leipzig, 1890, and my own study The Dreams oj Charlemagne in the 
« Chanson de Roland », Publ. Mod. Lang. Assoc., XXXVI (192 1), pp. 1 34- 
141, where other bibliographical data are given. 

Revue Celtique, XL11. 9 



130 A. H. Krappe. 

it very imlikely that the épisode in Nennius owes its exist- 
ence to Biblical influences, as is tlie opinion of Feuerherd '. 
But there are still other considérations which stand against 
such a hypothesis. 

It is to be noted that none of the Oriental versions repre- 
sents the fighting snakes as talismans anv more than does 
the Hisîoria Britonum. In this feature the Byzantine legend, 
whose existence can be inferred from the concluding sentence 
of Nicetas' text, appears to stand alone. There exists, how- 
ever, another Celtic source in which we find this additional 
trait, thus clearly proving the Eastern origin of the whole 
épisode and indicating moreover the road by which it entered 
Europe. 

The Mabinogi of Lludd and Llevelys narrâtes at some 
length how King Lludd is advised by his brother to find two 
fighting dragons, representing the Welsh and the Saxons, and 
to bury them in the centre of Britain. So long as they are 
buried there no harm from foreign invasions will befall the 
realm 2 . According to the Fijty-third Triad 3 , Vortigern 
unearths the dragons to revenge himself on the Welsh with 
whom he was unpopular, and the Saxon invasions followed. 

The talismanic character of the dragons in this narrative 
is amply clear ; they evidently belong to the same category 
as Vergil's belltower, magie fly and brazen snake, the statue 
preventing the éruptions of Mount Etna or Mount Vesuvius, 
and so many other palladia, both in Constantinople and 
Southern Italy. At the same time, the épisode of the Mabinogi 
explains how the motif of the Fighting Snakes came to 
be linked with that of the foundation sacrifice, as we find it 
in Nennius and Geoffrey : both as a genius loci and as a talis- 
man the snake had to live underground, and the connexion 
of the two motifs, which originally had nothing in common, 
was therefore very easy to accomplish 4 . But it is to be noted 

1. Paul Feuerherd, Geoffrey of Monmoath und dus Alte Testament, Diss. 
Halle, 191 S, pp- 69 rï. 

2. J. Loth, Les Mabinogion, Paris, 1913, I, 236 f. 

3. W. Probert, The Ancient Laws of Cambria, London, 1823, p. 395. 

4. It is noteworthy that in the Orient, too, foundation sacrifices were 



The fight'mg smùes. 131 

that in Nennius and his derivative the talismanic character 
of the dragons lias disappeared, naturally, since it is no long- 
er Vortigern but Ambrosius-Merlin who unearths them. 
There can then be no doubt that the version of the Mabinogi 
stands closer to the archétype than the épisode of the Histo- 
ria and that it forms thé Connecting link between the Byzan- 
tine legend (where the talismanic symbolism first occurs) and 
Nennius. 

To conclude : The épisode of the Fighting Snakes is sprung 
from a Byzantine legend attached to a monument of Cons- 
tantinople which was destroyed in 1204. It was carried thence 
to Britain, most probably by Welsh pilgrims returning from 
the Holy Land by way of Constantinople. Before the loca- 
lization in Byzantium the motif was current in the Near East, 
the oldest version being found in the Book of Esther. It is 
most probably of Eranian origin, having arisen at the time 
when the dualistic religion of Mazdaism was flourishing in 
Persia. 

Minneapolis, Minn. 

Alexander Haggerty Krappe. 

offered to the snake-shaped Jinn ; cf. E. Westermarck in Tylor Metn. Fol., 
p. 367. 



NOTES 
ETYMOLOGIQUES ET LEXICOGRAPHIQUES 

{Suite). 



391. Les morts lavés chez les Celtes insulaires; le 
gallois enneint. 

L'usage de laver les corps des morts est attesté chez les 
anciens Irlandais par divers textes. Dans le récit épique the 
Boronia (tiré du Livre de Leinster), les deux filles du roi 
Tuathal, Fithin et Dàirine, meurent de saisissement et de 
honte ; leurs corps sont lavés à un endroit qui depuis porta le 
nom de Garbh-thonach (rude lavage) ou d'après une variante 
à Ath toucha (le gué du lavage) : Revue Celt. XIII, p. 39, § 5. 
La même coutume est attestée dans Acallam na Seuorach 4172, 
4173 n. (janacli). 

Cet usage n'a pas été jusqu'ici signalé chez les Brittons. 
Il me paraît attesté par le vers suivant conservé dans un 
poème obscur parce qu'il a été très maltraité par les scribes, 
mais qui ne peut être postérieur au xi-xn e siècle (Myv. Arch. 
123-1) : 

cochwet calanet ar eneint 

« des cadavres sanglants sûr « bain ». Eneint est régulière- 
ment écrit enneint et a le sens certain de bain ; pour le sens de 
ce mot, cf. J. Loth, Mabin. a I, 203-204 ; 423 ; Ystoria de Car. 
Magno, p. 101 ; Ane. Lazvs I, 258; Myv. Arch. 441, 1, etc. 
On le trouve traduit dans des dictionnaires modernes par 
oiniment ; ce qui est vrai, c'est qu'en moyen-gallois, il a fini 
par prendre le sens de potion, breuvage médicinal, par un rappro- 
chement faux avec anoint (cf. T. Lewis, a welsh Leechbook, 
Liverpool, 1914, 883, 91. 371). 

Enneint me paraît remontera un vieux brittonique an-nigâ- 



Notes étymologiques et lexicographiques. 133 

ntio-. En partant de nig-, je n'arrivais qu'à ennyeint. Mon 
collègue, J. Vendryes, m'a suggéré un moyen de lever la 
difficulté : c'est de supposer, à côté de Pirl. nigim (nig-, tiige-), 
un thème nigâ- qui aboutit en vieux-gallois à neg- : enneint = 
*an-negântio-, précédé par an-nigântio-. Il me signale, en latin, 
lavere, à côté de lavâre (*lovâ-), lavere étant transitif (dans des 
conditions particulières), lavâre étant intransitif et transitif; 
cf. Mém. Soc. Ling., XVI, p. 300. 

L'usage de laver les cadavres est bien connu chez les Latins 
et chez les Grecs (Iliade XVIII, 350; Odyssée XXIV, 44). 

L'irlandais tonach, écrit aussi parfois, même en irlandais 
moyen, tanach = *to-nïgo- ' (ide. nigu-). 

Le dérivé irlandais moderne tonnachadh (écrit par deux nn, 
par assimilation à tonn, vague, flot) ou tonnadh, mort 2 a con- 
servé un sens des plus curieux : Dinneen le traduit par : act 
of preparing a corpse for waking ; also sometimes préparation ot 
a person for death such as closing the mouth, etc. Tonnachaim a 
un sens analogue. S'il n'y a pas confusion entre deux mots 
d'origine différente, il en résulterait que tonach aurait fini par 
désigner, outre le lavage du mort, certaines cérémonies 
accessoires. 

392. Irlandais long ; gallois llong ; irlandais luighe ; 
irlandais moyen coblach, moderne cobhlach. 

Long, navire, est généralement regardé comme emprunté 
au latin longa (navis). Il est incontestable que le latin a 
influencé l'irlandais aussi bien que gallois au point de vue du 
sens. Un passage des Ane. Laws of Ireland, IV. 104, 3, est 
particulièrement instructif, à ce sujet. Long est nettement dis- 
tingué de barc, barque, et decuracb, canot, (gall. corwc). La glose 
à saer 1er longa précise encore davantage : in saer demi co 1er no 
co lor 5 na longa for a tn-bi itnrum .i. na longa fada, « l'artisan 
qui fait avec soin et en nombre les navires destinés à la navi- 

1. Le mot est devenu féminin, vraisemblablement par analogie (le 
datif sing. est tonuch). 

2. Félire Oéngusso, Ep. 352, dat. sg. tonnud, mort. Tonnadh a le sens 
particulier de mort par le poison et n'a rien a faire avec tonach, bain. 

3. 1er pour léir ; lor pour lor. 



134 /• Loth. 

gation, c'est-à-dire les navires longs » (cf. Cor mac s Gloss., 
p. ioo) 1 . 

Or, long a aussi, en irlandais, le sens de vase, parfois même 
de petit vase, ce qui est invraisemblable si on fait venir ce 
mot par analogie avec les deux sens de lestar, du latin longa 
passé précisément en irlandais même dans le sens de navire 
long. Long, vase, est d'un emploi courant : O'Donovan, 5m/>/>/.; 
Ane. Laws IV., 510, 10, long foilethe, baignoire. L'expression 
longbard signifie proprement barde à vase; comme cela ressort 
clairement d'un passage emprunté à la transcription des Bre- 
hon Laws faite par O'Curry pour les Brehon Law Commissio- 
ners (O'Donovan à bard). Les longbaird sont des personnages 
pauvres se livrant au panégyrique. Le longbard doit son nom 
au petit vase qui l'accompagne ; ce sont des vases de fera trois 
angles, et ils peuvent prétendre à une part de chaque liquide 
que l'on partage devant eux 2 . Ces bardes jouissaient de fort 
peu déconsidération : cf. Fled Bricrend 68, 18 : 

bâti longbaird loingsither. 

Ce passage n'a été compris ni par Windisch ni par Henderson 
(qui d'ailleurs ne le traduit pas). £ati, comme le propose 
Windisch, est très vraisemblablement le pluriel debâit, clown. 
Loingsither est à lire : loingsithel : Acall. no Senor., 202, 123 : 
long-slntheal, bassin. On peut traduire : « des clowns, des long- 
bard à bassins 3 ». 

Outre long, O'Reilly donne luighe, caldron, kettle, pan. 
Il est possible que ce soit une prononciation dialectale pour 
luinge. O'Donovan, Grammar, p. 35, constate que -ng- est pro- 
noncé -gh- dans les comtés de Louth, Cavan, Monaghan, et 
quelques parties de l'Ulster. Mais luighe est donné avec le 

1 . Cf. long-phort, camp pour navires sur le rivage, et simplement camp. 
Cf. long-bot h, maison, enclos pour navire (In Cath Cath. 2227). 

2. Longbaird din À. persaind beca co n-aircetal, agus adroille ainm don 
leastar beg bis in a choimdecht .i. longa tre-eochracha di earna, agus conecaid 
loim do cach lind ddilter ocaibh. Loimm signifie proprement : gorgée, goutte. 

3. bâti longbaird loingsither est traduit (U épopée celtique en Irlande, cours 
de litt. celt. I, p. 127) par : il chasse les bouffons du camp. Longbaird a été 
pris pour le plur. de long-phort. 



Notes étymologiques et lexicographiques. i 3 5 

même sens par le Dictionnaire d'Armstrong pour l'Ecosse. Ce 
qui assure l'existence de cette forme et prouve du même coup 
que long est indigène, ce qu'on ne pouvait soupçonner, c'est le 
moyen-irl. coblach, flotte — *com-lùgo- ou*com-logo- ; irl. mod. 
cobhlach; éc. cabhlach; cabhlachach, un marin. 

Le v. norr. lung a été cité par Stokes, Urk. Spr. à long d'après 
Bezzenberger ; il rapproche long et lung de lagoena, ce qui n'est 
à aucun point de vue satisfaisant. 

Falk-Torp n'en font pas mention, ce qui pourrait inspirer 
des doutes, mais, comme me le fait remarquer Vendryes, 
l'existence de ce mot en vieux-norrois est assurée du fait que 
C. Marstrander s'en est occupé {Biàrag lil dei Norske sprogs- 
historie i Irland, p. 59). Si on admet l'emprunt, seule l'expli- 
cation de C. Marstrander est plausible ; le mot vient non du 
nominatif irlandais, ce qui est évident, mais des formes obliques: 
génit. lunga, à côté de luinge, dat. luing, de même que lurkr, 
massue, vient non de lorg, mais du génitif lurga, dat. luirg *. 

Long serait pour *lungâ et il aurait existé, à côté, une forme 
sans nasale : *lûg-. Luight, vase = *lugio-, Coblach (flotte) = 
*comlàgo-. 

Si lung n'est pas emprunté, on aurait affaire à un mot com- 
mun aux Celtes et aux Germains, comme terme de naviga- 
tion, ce qui ne serait pas sans importance. 

393. Gallois llwch ; lluch, lluchwynt, lluchio ; alle- 
mand luft ? irlandais luchtaire. 

Lluch, écrit déjà parfois en moyen-gallois lluwch, llywch, 
indique poussière ou neige, soulevée et amoncelée. Thomas 
Richards {W elsh-Engl . Dict., 2 e éd.) traduit exactement ainsi 
lluchio : to drive the snow together in drifts or heaps, as the 
vAnd does 2 . 

Cf. Lluwch eiry mynydd « poussière de neige de la montagne » 
(Myv. Arch. 367.1). 



1. On trouve, il est vrai de bonne heure, lunga pour/u«^(dépalatisé), de 
même que lurga, au nominatif. 

2. Cf. J. Morris Jones, Grammar, p. 118; lluchio, lluwchio, to drive dusl 
or snow. 



i}6 y. Lotb. 

Lluchio est donné dans les Dictionnaires avec le sens évi- 
demment dérivé de « lancer » qui est, en effet, courant aujour- 
d'hui encore. Lluchwayw a dans les Mabinogion le sens de 
« javelot, lance de jet ». Lluclrvar {bar, trait en général, lance) 
a un sens équivalent (Myv. Arch. 171. i '). 

En composition, lluch apporte l'idée de souffle violent, d'impé- 
tuosité. C'est clair dans lluch-wynl qui figure dans cet exemple 
de la première moitié du xiv e siècle (Gwenogvryn Evans, The 
poetry in the Red Rook of Hergest, p. 84, col. 1) ; le poète veut 
caractériser la rapidité de son protecteur Gruffudd ab Madawc, 
dans ses conquêtes : 

Yn gynt nor llucbwynt dir Llewed Ystrat 
Dovei ugeinu'lat . . . . 

« Plus vite que le vent impétueux (ne domptait) la terre 
d' Ystrat Llewed, il domptait vingt pays 1 ». 

Lluclwar a le sens d' « attaque furieuse » : emys lluchvar 
« attaque furieuse d'étalon » (Myr. Arch. 252.1 ; xm e s.). 

Seul, Ilitch en moyen-gallois, parait avoir pris le sens de 
« impétuosité, attaque impétueuse ». M. A. 143.2 (xn e s.) : 

Lluch fy nghledyf fy ngheiniaw ni llwyd 

« prompte à l'attaque est mon épée ' ; se moquer de moi ne 
réussit pas ». Cl. ibid. 143 . 1 en parlant de son épée : lluch ei 
amvyd « impétueuse à l'attaque est sa nature ». 

Le dérivé II uchyad a un sens analogue : M. A. 176.2 : 

Dctholeis vx rwyf yn rtvyt rad luasgar 
xn l lâcha r yn lluchyad 



1. Balch v c/«iw v« llazc lluchvar « fièrement viendra en main le javelot ». 
Dans un autre passage (M. A. 159.1) lluch'ar parait avoir, comme second 
terme, bar « fureur ». 

2. Thomis RicharJs (ainsi qu' O. Pughe) donne Uuchfa avec ce sens : «/ 
àrift or htap of snovv driven together by the iviml. 

1 . Ceiniùw n'a pas été compris par S. Evans qui le traduit par « percevoir, 
apercevoir •>. Il faut le rapprocher de ceintach « déprécier, quereller » et de 
l'irl. Cdinim (*kakn- ou ka^ii-). 



Notes étymologiques et lexicographiques. 137 

« j'ai choisi pour mon chef un homme répandant facilement 
la faveur, brillant, prompt à l'attaque ' ». 

Ibid. 188. 1 : pan liât yn lluehyad 

« lorsqu'il tue impétueusement » . 

Lluchynt paraît avoir aussi le sens d'attaque impétueuse, inat- 
tendue : 

The poetry in the Red Book 64.1 : 

meglyt dreic llachar lluchynt Medrawt 

« éviter le dragon brillant, attaque impétueuse (subite) de 
Medrawt ». 

Llwch, poussière, est une forme de la même racine. Pulvé- 
riser se traduira par : euro peth yn llwch « réduire (en frappant) 
une chose en poussière ». Le mot indique souvent la poussière 
sur le sol, mais peut avoir le sens de « poussière soulevée ». 
Mor-llwch paraît bien avoir le sens d' « écume, vapeur trouble 
de la mer ». Cf. The poetry in the Red Book, 120. 1 : le poète 
injurie un ennemi : Civil kimwch mor llwch « estomac de 
homard de la mer écumante » ; mor-lweh est traduit par vapeur 
par Salesbury (vapeur de mer) ; O'Pughe le traduit par : sea 
spray. 

Llwch pourrait représenter un vieux-celtique : *lup-s- ; lluch 
= *loup-s- : i. e. *lub,*lup ; leub, *leup. La parenté avec l'alle- 
mand luft paraît très probable; le norvégien luft est emprunté' 
à l'allemand; comme lev. norr. lopt, il a le sens de « vent ». 
Le moyen-bas-allemand lucht a aussi le sens de « brouillard, 
vapeur ». 

L'allemand luftig a aussi le sens de nuageux, vaporeux, et, 
au moral, d'évaporé, volage. L'expression allemande : seiner 
Wuih Luft machen, donner libre cours à sa fureur, laisser écla- 
ter sa fureur, rappelle le gallois lluch-var. 

D'après Falk-Torp (à luft), le norvégien moderne luft a le 
sens de « couche supérieure de l'air », mais il aurait, à l'ori- 
gine, aussi bien désigné la couche sur le sol. Partant de cette 
idée, ils l'identifient avec loft (y. norr. lopt), « étage, toit ». 

1 . Parfois, il y a influence de lluched, éclair. 



138 /. Lotb. 

Serait apparenté le vieux-haut-all. louft, écorce d'arbre, fol- 
liade, brou, de noix; lojt aurait, en conséquence, désigné 
d'abord un toit fait d'écorce d'arbre. En conséquence, ils citent 
l'irl. moyen luchtar, canot, fait primitivement d'écorce 
d'arbre. 

En ce qui concerne les mots gallois llwch, Ilitch, rien n'in- 
dique une évolution de sens semblable : le sens d'étage ou toit 
paraît même en opposition avec le sens intime de ces mots. 

L'irlandais moderne luchtaire, whirlpool, rappelle certains 
sens de lluch. 

394. Irlandais moderne reabhôg ; gallois moyen rhefawg. 
Dinneen donne reabhôg avec le sens defolded string. Je ne l'ai 

trouvé dans aucun texte ancien, ce qui, avec la terminaison 
-ôg, est une présomption en faveur d'un emprunt au gallois. 
Rhefawg apparaît dans des textes comme YYstoria de Carolo 
Magno, avec le sens de « corde tressée » parfois faite d'osier : 
nyddu pedair gwialen agwneulhur pedair rhefawg iw rwymo « alors 
de tresser quatre baguettes (d'osier) et d'en faire quatre cordes 
pour le lier » (d'après Thomas Richards, Welsh Dict. ; cf. 
O'Pughe, l'orthographe est modernisée). Rhefawg = *rebâkâ. 
Pour les formes germaniques correspondantes, cf. Falk-Torp, 
Norw. dan. Et. W. à reb, rev. II, 118. 

395. Gallois RWGN, RHYGNU. 

Rhwgn a le sens de « frottement, friction » ; rhygnu « frot- 
ter ». 

Rhygnu a un sens très particulier dans ce passage d'un poète 
cité par O'Pughe ' : 

Rhygnasanî rif naw cant celain 

« ils marquèrent le nombre de neuf cents cadavres ». Ce sens 
est expliqué par le composé rhygn-bren, score stick « baguette 
à entailles », c'est-à-dire à compter par entailles. Le thème 
gallois a donc eu les deux sens de « frotter » et « entailler ». 

1. O. Pughe donne comme référence H. ab O. S'il s'agit de Hywel ab 
Owein, l'exemple serait duxn e s. 



Notes étymologiques et lexicograpbiques. 139 

On peut partir de *runk-no- ou * rang-no-, et comparer le skr. 
lûhkdti « il arrache », latin rnnco, sarcloir; gr. poxavr,, rabot; 
prob. aussi bpûytù et ip'jaaw (cf. Walde, Lat. Etym. W. à 
runco). Stokes a rapproché de *ruk-, *runk- l'irl. rncht, porc. 

396. Irl. mod. searr, searraim. 

Searraim a le sens de « je distends, j'étends mes membres 
pour être à l'aise » (Dinneen) ; le substantif searr a le même 
sens. Ces mots appartiennent à la même racine que sernaim, 
« je disperse » (vieilli) et « je délie » : irl. moy. sernirn, 
j'étends (Wind., Wôrt. ; cf. Pedersen, Vgl. Gr. II, 626); searr 
= *ster-ro-s. 

397. Irlandais saltraim ; vannetais sautrein ; gallois 
sathru, amsathr, sathar ; v. irlandais sail ; irl. salach ; 
v. breton saltrocion ; gallois salder, saldra, salw; v. gal- 
lois halou ; v. breton haloc ; bret. mod. saotra. 

L'irlandais saltraim, je piétine, foule aux pieds, a été assi- 
milé par Pedersen {Vergl. Gr. I, 137) au gallois sathru qui a 
le même sens : il a pensé que sathru pouvait être pour un plus 
ancien saltr-, d'après l'analogie (discutable) de athraw pour 
alllraw (alltraw existe). Or sathru est un dérivé d'une racine 
qui a donné sathar, piétinement, bruit de piétinement ; 
sathar a deux syllabes et, en poésie du moyen-gallois, sathar 
rime, à la finale du vers, avec des mots en -ar. 

Myv. Arch. 252.1 : 

gwr balch yn holi seri sathar 

Ibid. 2 1 1 . 1 : meirw sengi mal seri sathar 
« fouler aux pieds les morts, comme le piétinement des che- 
vaux (?) ». Le sens de seri n'est pas certain, cf. Book of An. 
(Skene, F.a B. ri, 82 : 

Brithwy adwiar sathar sanget '. 
sath- paraît se retrouver dans l'irlandais moderne sata- 

1. Cf. Gorchan Maelderw, 107. 1 : Britg ne adguiar sathar sanget. 



140 /. Lotb. 

-luighim, je foule, écrase sous mes pieds (Dtnneen) : remon- 
teraient-ils à un vieux-celtique *spatt-, *s(p)ad-n- (ide. sphed-, 
sphend- ? Cf. Falk-Torp, a spatt, spette '. 

Sathru est largement représenté à toute époque 2 . 

L. Aneurin 101.5 («y sathraut) — L. Tal. 127, 31 Çsatb- 
rant, 3 e pers. plur. présent, fut.) 

amsathr est bien traduit par : locus undique cakatits, vesligia 
hominum et calcationes : 

L. Noir 9, 13 (G. Evans 40, 16-17) amsathir in y bon, 
« traces de piétinement à sa base ». 

Myv. Arch. 199, 1 : amsathyr gorivyt, le piétinement des 
coursiers. Cf. Myv. Arch. 159. 2 ; 261. 1. 

Saltraitn a le suffixe tr- : Stokes, Urk. Spr. a vu sal- sauter, 
dans dofuislim (*to-fo-ess-salim), gl. laboi tarm-cho-sal, transgres- 
sion ; mais c'est sel = gall. chwyl qu'il faut y voir (Pedersen, 
V. Gr. II, 622-623). En revanche, c'est bien sal- sauter, qui 
paraît dans sait .i. lêim, Corm. {salto-) ; de même dans l'irl. 
des Ane. Laws : salad, action de fouler aux pieds (III. 296, 
16; IV, 86, 21); irl. mod. saltairt, action de fouler aux pieds 
(cf. latin salto, saltô : v. Walde, Lat. Et. IV.). 

Le correspondant brittonique exact de saltraim est le vanne- 
tais sautrein, fouler aux pieds ; saulrein en had, marcher sur 
les sillons ensemencés (à Groix : Ernault, Dict. breton. -fr. du 
dialecte de Vannes) : au dans sautrein est un o fermé, repré- 
sentant ao- ; phonétiquement, il est identique au léonard 
saotra (saltr-), mais sautrein a aussi le sens de saotra (salir, 
gâter) ; il est donc vraisemblable que dans sautrein {saltr-) 
deux racines différentes se sont confondues : sal-, sauter ; 
sal-, salir. La confusion a pu être favorisée par les idées corré- 
latives de salir par saut, éclaboussement. La racine sal-, dans 
le sens de « salir » est largement représentée en celtique (cf. 
Vendryes, Mém. Soc. Ling., XXI, 42) : vieil-irl. sail, gl. 
• labe ; irl. mod. saluighim, je salis, corromps, pollue; salach, 



1. îrl. seir, cheville ; gaW.ffer (sper-). 

2. A signaler le sens dialectal de sathru en Denbigh : camu fel milwr, mar- 
cher comme un soldat (anglais : pas imité de l'allemand) : Creiffteirieu atnae- 
thwyr Dinbych (Bulletin of the board of celtic studies, 192 1 , p. 42). 



Notes étymologiques et lexicographiques. 141 

sale; sailche, saleté, impureté; Ane. Laivs IV, 318; V, 306, 
13, 508, 13, sal, tache sur l'honneur. 

Le gallois présente sa Iw, vil ', morose, sans valeur, dérivé 
subst. salwed: saliv = *saliw- ; cf. v.h.a. salo, sombre, malpropre 
(germanique saliva-). En gallois et en breton, il y a des dou- 
blets avec h initial représentant s vieux-celtique : v. gallois 
haluu, gl. stercora ; v. breton baloc, gl. lugubri. Stokes s'est 
demandé s'il ne fallait pas voir dans salw une influence ger- 
manique (ags. salu). Mais des doublets de ce genre ne sont pas 
sans exemple. 

Le vieux-breton sallrocion glosant graciles, de prime abord, 
semble inexplicable par sal-, salir. Cependant le gallois salder, 
saldra, fragilité, a aussi le sens de mauvais état de santé et même 
de vileness (O. Pughe). C'est probablement du sens de couleur 
sombre, de mauvais augure qu'indique la glose lugubri et qui 
est fortement marqué dans les mots correspondants en germa- 
nique, qu'il faut partir pour expliquer saltrocion. C'est la cou- 
leur, indice d'un mauvais état de santé, qui explique l'évolu- 
tion de sens. 

398. Irlandais silim ; breton dishilya* dihilya. 

Le breton dihilya, dishilya (/ mouillé) a été généralement 
expliqué comme un composé de dï-, dis-, et d'un dérivé de hil, 
semence, face, irl. sil. Ce mot a des sens variés : égrener en 
froissant les épis, s'égrener, s'échapper, fuir comme le blé d'un 
sac percé, d'un épi ou d'une gerbe quand la sécheresse l'en 
fait tomber par grains (Ernault, Gloss. à dishilya). Mon col- 
lègue C. Marstrander, dans une lettre datée du 30 juillet der- 
nier, m'écrit que c'est l'équivalent exact de l'irl. silim 2 (ini. 



1 . En vieux slave, le mot correspondant a le sens de « bleu » (des yeux) ; 
en russe, celui de « jaune, couleur isabelle ». 

2. Windisch, Wôrt.tt GY.,§)6, fait remonter silim k*suel- en se fondant 
sur les formes sibl- de son prétérit et de son futur. Ainsi, Tâin B.C. 
6078 : go ro shiblur-sa mb'fhual uaim, pour que j'évacue (fasse couler) mon 
urine. « Silim, m'écrit Marstrander, a emprunté son subj. sibl à sel, con-sela 
*suel- a dû former son présent en *-io- (*seilim, *silim) et a ainsi été con- 
fondu avec silim. Plus tard le dénominatif sela- est devenu régulier ». 



142 /. Lot h. 

sileadh) qui a le sens ordinaire de : je verse goutte à goutte, je 
fais couler lentement, je distille. Il me cite à l'appui des expres- 
sions qu'il a lui-même relevées dans l'irlandais de Blasket 
Island et qui me paraissent décisives : ta na gràinneacha silte 
cbeana asna léiseacha, ta an choirce comh habaidh sin « les grains 
sont tombés des épis; l'avoine est si mûre » — ta an arbhar a 
sileadh « le blé est en train de répandre (les grains) ». 

Comme il en fait la remarque, le celtique sil- est identique 
au germanique sil- : suédoisdial. sila, couler doucement (v. n. 
sil stillstehendes oder langsam fliessendes Wasser zwischen 
zwei Fàllen). C'est le même mot qui se retrouve dans le got. 
ana-silan, abandonner, cesser, devenir calme. C'est de ce sens 
qu'on est parti pour rapprocher le latin sileo : opinion avancée 
par Falk-Torp et que serait disposé à admettre Marstrander. 
On peut appuyer l'hypothèse qui ramène sileo à l'irl. «7m» et 
aux mots germaniques dérivés de «7- par le breton de Cor- 
nouaille dishillan, dishillon (Il mouillés : Troude, Dict. bret- 
franç.) : le moment où la mer cesse de monter. 

Hi[ dans dihilya peut remonter à un vieux-celt. sil- ou sïl- 
dont Vi aurait été fixé par une terminaison *-io-. La racine 
indo-europ. est *sèi~, 5/- qui a le sens général de « couler len- 
tement ». 

L'irlandais moderne siolân, passoire, filtre, est dérivé du 
même thème que silim. 

A la même racine sèi, si- remontent : irl. moy- sithlaim, 
mod. siotbluigim, je passe, je filtre ; siothlân, passoire; gallois 
hidlo, même sens; breton moyen si^l, passoire, couloir ; mod. 
sil ' ; vieux-celt. *sitl- remonte à un indo-eur. *setl- ; germa- 
nique *sâdla- (v. n. sâld 2 ). L'irlandais a généralement un ï bref. 
Cependant dialectalement on constate l : Dinneen, à côté de 
sioltân, sioltuighim donne sioltan (Donegal) : cf. éc. sioladh. Au 
lieu de sithlaim, on eût attendu silaim ; c'est vraisemblablement 
un fait d'analogie. La forme régulière paraît se trouver dans 



1. si^l à côté du gallois hidl s'explique par la phonétique de phrase ; cf. 
se, hé, en gallois, en breton. se(je) et he, pronom démonstratif. 

2. Un got. sêd! est indiqué par le karélien siekla, finn. seula, tamis (Falk- 
Torp, Norw.-dân. Et. W. zsold). 



Notes étymologiques et lexicograpbiques. 143 

l'irlandais moderne séaluighuim, je passe, je filtre ; séalân, pas- 
soire, filtre (*sitlo-, puis setlo-). Dinneen cite le curieux sens : do 
shéaluigb se, il mourut (Connaught) : il a passé, cessé de passer. 

399. Irlandais moyen tangnacht, gallois ir-dang. 
Tangnacht se montre dans le Tâin B.C. 1. 6528, p. 814 : ar 

tangnacht, contre la fourberie. Windisch s'appuie sur O'Clery : 
tangnacht .i. meabhal no feall. H. Add. donne air tanghnacbt , 
ce qui rendrait la forme douteuse, mais c'est sans doute une 
fausse lecture ; en effet, on trouve dans le Lecan Gl. tangnacht 
422 et même tanga i. feall, M. 233. C'est peut-être un terme 
de même origine qui paraît dans le composé gallois ir-dang, 
stupeur (John Walters, Dict. : irdang, amazement). La graphie 
irdang ferait penser à tang, tanc, paix, mais le sens s'y oppose : 
c'est sans doute dû à une fausse analogie. 

Ir a le même sens que dans ir-llonedd, colère ; ir-dant, fré- 
quent en moyen-gallois et qui paraît avoir un sens analogue à 
ir-dang. 

400. Gallois rhawd, gaeafrawd ; irl. moy. geimred, 
samrad (mod. geimhreadh, samhradh) ; irl. RA1THE ; gall.- 
moyen rot, mod. rhod, rhodwedd ; vieil irl. roithiud. 

Ifor Williams (Bull, of the board of Celt. stud. II, p. 30) 
rapproche fort ingénieusement le moyen-gallois gaeafrawd de 
l'irl. moy. gemred, hiver. 

Rawd serait un ancien mot jouant le rôle de suffixe au 
même titre que -ret et appartiendrait à la même racine. 

rhawd se trouve fréquemment en moyen-gallois avec le sens 
de troupe, volée de (rawd beleidyr l , volée de traits, Myv. Arch. 
165,1). 

L'auteur cite à côté degaeafravd, caethrawd, captivité, période 
de captivité. 

Il me paraît sûr que rhawt est pour un indo-eur. *rôt-, à un 
autre degré vocalique que *-ret. 

Il apparaît dans le composé bedrawt, cimetière. Osthoff a 

1. Les exemples abondent. Il y en a un dans leGorchan Tutvwlch (F. a. 
B., II, 93-9)- 



144 /• Lot h. 

vu, dans le second terme de ce composé, le même mot que 
l'irl. rdth, rdith, fort, résidence fortifiée, ce qui est contraire 
au sens. Bedrawd (moyen-breton beyet) est un collectif, une 
série, une succession de tombes, une nécropole. 

Myv. Arch. 231.1, le poète demande le pardon à Dieu : 

Kyn bwyf rawd bedrawd ymplith beteu. Il est possible qu'il y 
ait une sorte de jeu de mots dans l'intention du poète qui 
paraît savoir le sens collectif de bedrawd : « avant que je ne 
sois un membre du cimetière au milieu des tombes ». 

On pourrait peut-être aussi donner à rawd le sens de « pé- 
riode de temps » : « avant que je n'atteigne (aie ') la période 
du cimetière ». 

Ce sens me paraît certain dans l'exemple suivant (M. A. 
140. 1) : le poète fait l'éloge funèbre de Gruffudd ap Cynan et 
s'étend sur ses exploits guerriers avant sa mort : cyn rewin- 
rhawd « avant la période de la ruine (destruction, mort) ». 

Ainsi s'explique un mot irlandais curieux, sur lequel on a 
beaucoup divagué ; c'est rdithe, quart d'année. Ce sens parti- 
culier lui vient du fait que l'année irlandaise a été partagée en 
quatre saisons. On retrouve même rât- (rawt-) ou son équi- 
valent dans deux de ces saisons ou périodes : gemred, hiver, 
samrad, été. 

Le sens de « période, cours » est bien marqué dans le gaé- 
lique d'Ecosse : ràithe sneachdach ; rdithe réotach : période nei- 
geuse, période de gelée. En irl. dialectal (Derry), d'après Din- 
neen, rdithe a le sens de tourbillon en parlant de neige : souve- 
nir du sens étymologique de *rât-. C'est un sens analogue que 
l'on reconnaît dans gaefrawd qu'Ifor Williams traduit par 
Winter-storm. 

Rod existe seul dans un sens analogue à rhodwedd. Rhod- 
wedd a nettement le sens de « course, carrière » dans cet 
exemple de Phylip Brydydd poète du xm e siècle (Myv. Arch. 
259.2): 

Trafo lloer a heul ar eu rhodwedd 
« tant que la lune et le soleil parcourront leur carrière ». 

1. Sur la valeur de bod dans le sens d'avoir, cf. Rem. et add. à VIntrod. 
de Stracban, p. 101. 



Notes étymologiques et lexicographiques. 145 

Il peut y avoir ici une influence de rhod, roue '. De plus la 
quantité de est incertaine ; on peut cependant le supposer 
bref, rot existant seul avec un sens différent mais qui peut s'y 
ramener. 

M. A. 165.1 : 

Gweleis y glod a rod 

« j'ai vu sa gloire et sa marche glorieuse ». Ibid., 246.1 (en 
parlant du grand chef Llywelyn ab Iorwerth) : 

Hud el yn ryvel hyd yn Ruvein 
ae raclod ae rod 

« Ira sûrement en guerre, jusqu'à Rome sa gloire incomparable 
et sa marche (triomphante) ». C'est très vraisemblablement 
ce rot qu'on a dans le nom propre v.-gall. Rot-ri, plus tard 
Rhodri ; les trois degrés vocal iques ë, ô, à (ô) existant aussi bien 
en goidélique qu'en brittonique, à côté de rèl-i l'irlandais a 
un verbe caûsatif à degré ô : vieil-irl. (Thés. pal. I, 116, 27) : 
in roithiud roithes alaithe alaill riam « l'impulsion par laquelle 
le jour pousse l'autre devant lui ». (Cf. Pedersen, Vergl. Gr. 
II, 600, Anm.). Rât- (rôt-) apparaît au prétérit dans les deux 
groupes (gall. moy. giuaraivt, gwrthrawt). 

Le gallois rhodres, orgueil, pompe, paraît avoir pour pre- 
mier terme rhod ; mais c'est fort douteux à cause de la forme 
rhyodres qui a le même sens. Rhodres peut être pour ro-odres : 
de même dodrefn se trouve plus anciennement sous la forme 
do-odrefen, à côté de dyodrefn. Pour rhy-odres, cf. le vieux-bre- 
ton ro-gotetic, gl. creditam ; cf. irl. mod. gothadh qui a, au plu- 
riel, le sens de « prétentions, avis avantageux, vantardise » 
(Dinneen). 

Le gallois rhodwydd n'a pas été compris par les lexicographes 
gallois, à commencer par John Rhys et Gwenogvryn Evans 
dans leur édition du Book of Llandav. 

1. J. Vendryes me fait obligeamment remarquer qu'il y a deux *roto- en 
celtique ; l'un signifiant roue (cf. latin rota et gr. rpo/o'ç). l'autre signifiant 
course (cf. gr. too'-^o;). On a, en vieil-irl., ajoute-t-il, i-routh, gl. in staJio 
{Wb. 11 a 3). Cf. Rev. Celt., XXXIII, 374. 

Reine Celtique, XLIII. 10 



146 y. Loi h. 

Ils traduisent le nom de lieu Rotguidou par tituber forts et 
rapprochent rot de l'irl. râth. O' Pughe traduit rhodwydd par 
open-course. Rhodwydd est évidemment identique au moyen- 
breton rodoed : Cart. de Landévennec Rodoed carn, vadum 
corneum. Pour les formes bretonnes de ce mot, cf. Chrest. 
bret.,p. 162. On peut rapprocher rhodwydd de rhyd, gué, d'après 
le sens mais le gallois -wydd et le breton -wed, -oed (wed) sup- 
posent un vieux-celtique ijeid-, dont l'origine est obscure. 

401. Gallois rhiw. 

Rhiw est connu à toute époque et est commun dans la topo- 
nomastique galloise ; son sens courant est : « acclivité, décli- 
vité d'une colline ». Il semble, d'après certains textes, qu'il 
désigne plus précisément une pente abrupte, d'un accès diffi- 
cile, facile à défendre : 

L. Rouge 281.4 : 

Kyndylan kae di y riw 

Yn y daw Lloegyrwys hediw 

« Kyndylan, ferme la pente, jusqu'à ce que (en attendant 
que) viennent les Loegriens aujourd'hui ». 

Le mot est féminin comme l'indique le nom de lieu y Riw 
veien (L. Rouge 266.16). Rhiw paraît isolé dans la famille 
celtique. Sa parenté est probable avec le latin ripa, grec êpswm;, 
pente abrupte, cf. v. isl. rifa, rumpere (Walde, Lat. Et. W.). 

402. Gallois RHUMEN. 

Le gallois rhumen, rhummen f. a le sens de « panse » et 
« mamelle » (ce dernier sens chez Thomas Richards). Rhu- 
men est singulatif. O. Pughe donne même le substantif rhu- 
mog, f. avec ce sens. Le mot est isolé aussi bien dans les langues 
brittoniques que dans les goidéliques. Si rhumen est celtique, 
comme il n'y a pas à ma connaissance de raison d'en douter, 
rum- suppose un vieux-celtique *rou-smo- ou *rou-smà-. La 
parenté avec le latin rumen, estomac, œsophage, paraît très 
probable (cf. Walde, à rùtna, rumen '). 

1. Walde traduit rumen par sàugende Brust. 



Noies étymologiques et lexicographiques. 147 

403. Irlandais moyen ussarb; gallois servyll, servan. 

Ussarb est glosé par bas, mort (Corm., p. 43, ap. Winà. 
WôrlS) ; ce sens est confirmé par ussairb, 3 e per3. sg. prés. 
(Whitley Stokes, Eulogy of Cûrôi : Eriu II, p. 12 et suiv.). 
Stokes l'a rapproché de l'ail, slerben, angl. to starve. 

O. Pughe traduit serfyll par : waggling, di^y, cra^y (usé, 
décrépit). Il en donne cet exemple tiré d'un poète de la fin du 
xvi e siècle : serfyll oer bebyll yiurbyd 

« c'est une tente froide, ruineuse (prête à tomber ou en 
ruines) que le monde ». Pour Thomas Richards le sens est : 
sur le point de tomber. J. Morris Jones (Gr., p. 148) le traduit 
par prostrate. Le dérivé de la même racine, serfan chez H. Salis- 
bury, a le sens de stupid, dérivé évidemment de : qui reste 
interdit, en état de stupeur, figé. Ces variétés de sens se 
retrouvent en grande partie dans les langues germaniques : 
Walde, Lat. Et. W . a torpeo, explique l'anglo-saxon stearfan, 
mourir, par erstarren, être rigide, raide ; le vieil-isl. stjarfe, est 
traduit par lui par starrkrampf. 

L'irl. ussarb remonte k*ud-sterb ; *serb = indo-europ. sterbh 
(cf. a-rpiî/vioç chez Hesychius « raide »). Serfyll, serfan sont des 
dérivés de *sterbh (O. Pughe donne le verbe serf-u, mais sans 
exemple). 

Peut-être pourrait-on rapprocher de serfyll le nom propre 
breton assez répandu Servel. 

404. Vieil-irlandais serr ; irlandais moderne searr; gallois 

SERTH, SWRTH, SYRTH, SYRTHIO ; breton SERZ. 

Serr (Gl. de Cormac, p. 41) est expliqué d'une façon a priori 
contradictoire : serr, cach n-uallach ocus cach n-ogla ; serr, tout 
ce qui est hautain et tout ce qui est timide. En irlandais 
moderne, searr qui correspond à serr de Cormac, n'a qu'un 
des sens : tout petit animal craintif, prompt à tressaillir (par 
exemple, un petit enfant sur les talons de sa mère ; Dinneen). 
O'Reilly donne searr, frayeur. Le brittonique donne l'explica- 
tion de cette apparente anomalie. Le gallois serthz le sens de : 
« qui est à pic, escarpé » et en même temps de «.qui est en 
pente rapide, penché ». Les nombreux composés de serth par- 
ticipent de ce sens : serthan f., précipice, falaise ; serthiis, en 



148 ;. Lot h. 

pente. Le breton ser% ne signifie que « ferme, droit », serr 
« vertical » (Le Moal, Suppl.). Cependant, en parlant du vent, 
serza signifie : monter, s'élever ' : opposé à gou^a, baisser. 
Tous ces sens se retrouvent dans les mots germaniques déri- 
vés de ster-, siert- ; starr a le sens de raide (cf. Falk-Torp à 
staer, II). Le moyen haut ail. ster^en 2 , v. norr. upstertr, qui 
s'élève au-dessus, a le sens de se dresser, s'élever, comme le 
breton ser\ (Falk-Torp. à stjert). 

A côté de serth, le gallois a syrth, chute ; syrthio, tomber, 
primitivement, semble-t-il, s'écrouler, se précipiter \ C'est le 
sens du norvégien styrte, tomber, s'abattre; or styrt, v. norr. 
stirdr, qui ne peut en être séparé, a le sens de « raide, qui ne plie 
pas, hostile ». Ce mot styrt sort de *stertio-, dérivé de *sterto-. 
Le sens de l'irl. moderne searr se retrouve dans le moyen- 
anglais sterten (anglais start), tressaillir, sursauter; dans l'an- 
glais jtartle, faire tressaillir -(cf. ags. steartlian, trébucher). 
Falk-Torp ramène ces différents sens à la même racine ster-, 
raide. 

Le gallois syrthio, tomber, pourrait remonter à *sterl-, mais 
non syrth, chute, à moins qu'on ne suppose un vieux-celtique 
*sterti. Au contraire, syrth dériverait régulièrement de swrth 
= *stur-to- par *stur-tio- ; swrth a le sens de « tombé, abattu ». 

i . A Molènes, on dit ser\a'ra an avel, quand le vent tend à souffler de la 
région du ciel entre est et nord. Tout vent dans cette direction s'appelle 
avel ierz ou avel ncliel. Quand il vient jusqu'à bi^ (nord-est), on dit ser^et eo 
« il est haut en plein ». Quand le vent tend à souffler entre ouest et sud, on 
dit : gou\i%a'ra an avel (communication de J. Cuillandre). 

2. Le norvégien starra, sierra, se raidir, s'évertuer ; storra seg, se tendre, 
concentrer, rappelle le sens du gallois ymserthù, ymserth, discorde : vmsertb 
gîvreig sydd fel de/ni parhaus « les querelles (O. P. traduit par contention) ou 
mauvais propos de la femme sont comme des gouttes d'eau incessantes ». 
ymserthù paraît avoir aussi le sens de « s'abaisser à ». Le sens primitif a dû 
être « se dresser contre, se tendre ». 

3. Ce sens paraît indiqué dans ce passage du L. Tal. (Skene F.a.B., II, 
216.4) : 

neiCr byt bel syrthei 

Pyar yt givydei 
« ou bien si le monde s'écroulait, sur quoi tomberait-il? » Le texte de 
Skene porte syrchei, erreur évidente, de même syrch pour syrth 214.2; 
237.2. 



Noies étymologiques et lexicographiques. 149 

Le féminin sorlh a pu amener la création d'un masculin 
swrth, mais il faudrait en trouver des exemples anciens. 

Si sivrth remonte à un vieux-celtique *sturto-, il est à com- 
parer au grec izzûptù =*xtuptw, je rends craintif; --.-jpoy.cv., je 
deviens craintif, je prends peur. Walde ramène -stem, dans 
consternare, grec icripto, v. h. a. -siornên, être frappé d'étonne- 
ment, de stupeur, à un indo-eur. *pster, *pslur. Swrth = stur- 
(*pstur-) s'en accommoderait au point de vue phonétique. 
Swrth aie sens d'abattre, mais aussi, d'après O. Pughe, le sens 
de : disposé à s'assoupir, indolent, lourdaud : ces sens pour- 
raient procéder de celui de : stupéfié, ahuri. 

Mais syrth, qui ne peut en être séparé, a le sens non seule- 
ment de « chute », mais de « penchant » : syrth anian, pen- 
chant de nature ; lie syrth, signifie « lieu escarpé » ; swrth, syrth 
ne peuvent être séparés de serth. Mieux vaut, en conséquence, 
supposer un vieux-celtique *storto : Vu de swrth aurait rem- 
placé ' ce qui se produit devant liquide -\- spirante {twrch, 
iwrch). Les sens relevés en gallois, en irlandais et en germa- 
nique, s'expliquent bien par ster-, avec des variantes voca- 
liques stor-, str. 

Ster- raide, ferme, explique bien le vieil-irl. seirt, « force » 
de *sterti-. Peut-être peut-on y rapporter aussi le gallois ystern 
dans ce passage de L. Tal. F. a. B. II, 133, 32. 

curw pan yw ystern «... que la bière est forte ». 

Pedersen, Vergl. Gr. II, 62e, tire sernim, je distends, de 
*ster-(n-) ainsi que les formes bretonnes : v. bret. strcuis, gl. 
stravi ; vannet. strewein, éparpiller, disperser, étendre ; streuet 
(bas-vann. strdwdt) litière qu'on étend dans la cour et dans les 
endroits où passe le bétail pour en faire du fumier \ 

Stokes (Urk. Spr., p. 301) tire sernims de s(p)crnô et y rap- 
porte sréim, sréditn, je jette («reaCptd, v. h. a. sprtstan) mais se 
demande si on n'est pas en présence de sterno. L'irlandais 
moderne distingue nettement sernaim, je délie, relâche, disperse 
(sens vieilli) deserraim, je distends, étends mes membres pour 



1. Sorth parait dans le L. Tal. (F. a. B., II. 188. 6), mais le sens n'en est 
pas clair. 

2. A remarquer le sens du lit. stnlja, écurie avec de la paille étendue. 



150 /. Loth. 

me mettre à l'aise ; serradh, action de distendre les membres, 
distendre la bouche pour bâiller, gonfler un ballon. Il est très 
probable qu'il y a eu confusion entre ster et sper : cf. norv. 
sperre, écarter ; ail. sperreti, écarter largement (écarter les 
jambes); cf. Falk-Torp à sperren, sprede. 

405. Irlandais moderne searathân, spearthach. 
Sperthach, m., est une corde pour le bétail. A priori, on 

est tenté de conclure à un emprunt, en raison de sp initial. 
Cependant, il n'y a, en anglais, aucun mot, à ma connaissance, 
s'y rapportant. L'anglo-saxon spearrian n'a que le sens de 
barricader (cf. anglais spar). De plus, ce qui paraît décisif, il 
y a un mot de même sens et de forme celtique qu'on ne peut 
supposer emprunté : searathân, corde liée autour des tendons 
d'une bête à corne au-dessus du jarret pour l'empêcher de 
vagabonder; c'est aussi une ficelle nouée autour du pantalon 
à la hauteur du genou, quand on laboure (Dinneen). 

S'il s'agit, comme il semble, de deux mots appartenant à la 
même racine, searathân supposerait une racine *sper- et spear- 
thach, un indo-eur. *%bhër-, c'est-à-dire *spher- et *bher- (jbher-~) : 
cf. Falk-Torp, Norw.-dàn. Et. W~, à sparre, sperre et barre. 

406. Irlandais moyen serriach ; latin parra ; anglais spar- 
rowhawk. 

Serriach, milan, est évidemment un composé de serr- et de 
féach, corbeau. Stokes {In cath cath. Index, 3206) cite un dou- 
blet orthographique serr-fédch. La composition rappelle celle 
de l'anglais sparrowhawk, épervier ; v. norr. sporrhawkr. Quant 
à -serr, il se rattache d'un côté au latin parra, oiseau dont le 
cri est de mauvais augure, et au v.h.a. sparo, anglais sparrow, 
moineau, par son s initial (Falk-Torp, à spurve). Parra = 
*paresà ; serr- = sperrà- ou spërro- ; ide. spersâ-. Walde (Lat. 
Et. W.) cite l'étymologie de Hoffmann qui les rapproche de 
azaipst. aXXsTai, axtpxà ; latin sperno ? 

407. Gall. torri, torredlu, torredwynt ; bret. torr, terri; 
comique torraf, terry, tyrry. 

Torri, terri, tyrri sont usités à toute époque dans le sens de 



Notes étymologiques et lexicographiques. 1 5 1 

« briser ». L'étymologie n'en est --pas sûre. Le gallois moyen 
présente deux composés intéressants : 

torredlu et torredwynt. 

Torredlu paraît dans le Brut Gruff. ab Arthur (M. A. 594. 1) : 
e menegit idaw vot er amherawdyr wedy lluestu yn agaws eno a 
thorredlu ganthaw « on lui annonça que l'empereur campait 
là auprès avec une armée formidable. » Dans les notes, ibid., 
p. 594, note 561, le mot est ainsi commenté : a chymeint lu 
ganthaw de nat oed hawd y neb y arhos « et une si grande armée 
avec lui qu'il n'était facile à personne de l'affronter. » Torredlu 
a le sens de « irrésistible, qui doit tout briser. » 

Le poète Llygat Gwr (Af. A., 240.1) compare ainsi un 
chef : 

twryf torredwynt mawr uch mor ddiffeith 

« fracas d'un grand vent impétueux au-dessus de la mer 
stérile. » Torredwynt est le vent qui souffle en tempête et brise. 
Il existe en moyen-gallois un futur torredawt : L. Rouge {F. 
a.B. 11.236, 3) : 

Torredawt geir a chreirieu 

« on brisera la parole donnée et les reliques. » 
En présence de ces composés, on pense tout naturellement 
au point de vue de l'origine, au latin torrens. On le tire de la 
même racine que torreo, ce qui paraît quelque peu forcé. 

408. Irlandais moyen scret, irlandais moderne scread, 
sgread ; gallois moyen dyscrethein. 

Scread a le sens général de « cri » avec diverses variétés de 
signification (cri perçant, vocifération, etc.). Il a de nombreux 
dérivés : screadach, action de crier ; screadach, qui crie ; 
screadachàn, petit enfant qui crie ; screadaim, je crie ; screadân, 
bruit de toute chose qu'on déchire (par exemple, du papier), 
etc. Windisch (JVôrt .) cite scret-gaire na n-artn, le cliquetis 
ou fracas des armes, LU., p. 123-29. 

Le seul mot gallois de même origine et primitivement de 



i 5 2 /• Lotb. 

même signification est, à ma connaissance, le moyen gallois 
dyscrethein (M. A., 546.2 : Brut Gr. ab Arthur} : ac vellye huant 
en emfustiaiu eny ettoed e rei byw en kolli eu synywyr dostur klywet 
e rei meiriu en dyscrethein ac en dilwyn eneil « et ils furent ainsi 
se battant au point que les vivants perdaient leur raison par 
douleur d'entendre les mourants râlant et rendant l'âme. » La 
version publiée dans la M. A. sous le titre de nodiadau, notes 
(ce sont des variantes assez étendues) remplace dyscrethein par 
le mot vague de cwynvan. plainte, lamentation (M. A., p. 596, 
note 591). 

Le sens réel s'éclaire par la comparaison avec les langues 
germaniques. Scret, -screth- supposent un vieux-celtique *skrett- 
que Zupitza explique de façon fort satisfaisante par un indo- 
eur. *skred-nô- (K.Z., 36, 243). Il en rapproche le danois skratte, 
faire entendre un ton brusque, norvégien : rire aux éclats ; 
vieux-danois skrade, râle, râlement. Zupitza cite également 
l'ags. scrallettan, ail. schrill, perçant (son) = *shadl-, skredl-. 
Schrôder, Z.f. d. A., 42, 63, rattache schrill = *skrid-lo-, au 
got. dis-kreitan, déchirer, ce qui rappelle le sens de screadân 
(Falk-Torp, Nonv.-dàn. Et. W . à skralte, et p. 1 544, à skralde). 

Dyscrethein = di- (dy- atone) -f- screttani '. 

409. Gallois cre, dychre ; gallois cryg, ysgrech ; irlan- 
dais moyen screch, irlandais moderne scréach, gréach ; 
breton screo. 

Cre, à toute époque a le sens de « croassement, croasser » : 

M. A. 207.1 

y fort ygertwyf gwrt yd gre branhes 

« par où je passe, vigoureusement croasse la troupe des 
corbeaux. » 

Ibid. 226.1 creynt hicvrein « les corbeaux croassaient. » 



1. J. M. Jones, Grammar, p. 389, ii. 4 rapproche avec raison les subs- 
tantifs verbaux comme llefain, germain des infinitifs grecs comme do-|j.ev- 
ai(gerniain = garmmam — ide. gar-sm e n-ai). En revanche, il n'est pas prouvé 
que ce soit par analogie que -ain se trouverait ailleurs que dans les formes 
en -man(-men), -niant, par exemple dans diaspedein (diaspat, grand cri). 



Notes étymologiques et lexicographiques. 153 

Dychre a le même sens : M. A. 204.2 : 

Rac gelyn Bryneich branhes dychre 

« devant l'ennemi de Bryneich, la troupe des corbeaux 
croasse. » (id. ibid. 214.1). 

Dychre a. peut-être un sens intensif : il est composé de di- 
(non accentué dy) -s (ex) -cre~ Cre peut représenter (s)kreg- 
oucrep- (cf. latin crepo, Walde, Lat. Et. W.); pour (s)kreg-, 
cf. Falk-Torp, Norw.-ddn. Et. W. à skrig. On pourrait aussi 
songer à un substantif *krïgd, à cause de cryg. 

Le gallois cryg, rauque, remonte à *kriko- ; ysgrech, yscrech, 
cri perçant, représente *(s)kriknâ ou *{s)krig-nâ (cf. grec 

L'irlandais moyen screcha été expliqué par un vieux-celtique 
*skrikâ, et grech qui a un sens analogue par *grikâ. Mais Tir- 
landais moderne scréach, sgrèach, gréach, ne peuvent s'expliquer 
ainsi en raison de la longueur de ê due évidemment à un 
allongement compensatif. On a longtemps cru aussi que 
crecht, blessure, avait un ë bref, faute d'avoir tenu compte de 
la graphie moderne créacht ; crecht se trouve d'ailleurs, avec le 
signe de la longueur en irlandais moyen. C'est un u que 
scréach a dû perdre. Il existe, en effet, à Molènes, d'après une 
communication de M. Cuillandre, un oiseau de mer au cri 
perçant du nom de screo {screo en une syllabe), plur. screvet 
(// devenu v entre palatales). Il y a aussi un pluriel scravet, 
formé sur un sing. usité ailleurs scrav, scraf, éterlet, oiseau 
de mer ressemblant à un pigeon blanc, la tête en partie noire, 
les pattes rouges (Le Pelletier, d'après Ernault, Gloss.). Scrav 
suppose skrab- ; ci. lit. skrebëti, faire du bruit, crépiter; dou- 
blet (s)krep-, crepare (Falk-Torp, Norw.-dân. Et. W. zskravk: 
v. norr. skrafa, bavarder, jacasser ; v. n. skarfr, cormoran, 
cité aussi par Ernault). 

Scréach remonterait donc a skreuâkâ-. Gréach suppose de 
même greuàkà. Screo sort de skreuo- (ce pourrait être aussi 
skrauio-) ; scréach, sgrèach, gréach feraient penser à un indo- 
européen *igreu, greu-. 

Si en irl. mod. screch, grech, ont réellement è bref, il y aurait 



154 /• Loih. 

eu deux formations différentes, ce qui ne serait pas surpre- 
nant dans ces mots commençant par kr-, skr- où l'onomato- 
pée joue un rôle important. 

410. Breton steudenn ; gallois AN-sodi ; irlandais sâidim, 
sâithim ; gallois hodi ; breton dihodein ; breton arstud, 

ARSTUZ, STU. 

Le breton steudenn a deux sens fort différents (Ernault, 
Gloss.). 

i° tenon de mortaise ; pointe : iacho steuden ver, des clous à 
pointe courte ; sleudennet mat, bien fixé, bien monté ; languette 
d'une balance ' ; steut, au sens métaphorique dérivé de l'idée 
de fixer, planter, a le sens d'attention : rein steut (et steii)a"er- 
go\, faire attention à la conversation ; gant steud, avec atten- 
tion ; 

2 e rangée, file, série ; steut, f., rangée de gerbes ; bernou 
foùen graet a steudennou, tas de foin faits par rangées; vanne- 
tais sted (bas-vann. stôt avec ô bref), rangée, aussi volée de 
coups de bâton, astet, à la file ; stedein, aligner (le foin : Le 
Goff, SuppL). 

Dans le premier sens, steut, steuden suppose vieux-celt. 
stà-t- ; avec un suffixe différent -d-, il est identique au gallois 
-sawd, -sodi : Brut Gruff. ab Arthur, M. A., p. 582 : y tarw 
a ansoda y gyrn yndunt, « le taureau plantera ses cornes en 
eux. » 

De ce sens de « planter, fixer », an sawd a pris le sens de 
« condition stable, état dans lequel on se trouve, personnage 
dont on fait fonction 2 ». 

Avec coin-, ansodi prend le sens de « composer, constituer, 
établir ». En vieil-irl. in-sâidim, gl. jacio(PrisciendeCarlsruhe, 
Thés. pal. II, 228, 297) ;saidim gl. figo(Cormac Transi. 76); 
sâthud (Atk, Leb. Pr. 1236) a le sens de planter (des clous), 
ce qui rappelle le breton tacho steuden ver. En irl. moderne, 

1. Dans ce sens, cf. vannetais stedel, ficelle qui agit sur lé loquet (Groix, 
d'après Le Goff, Suppl.). Cela s'expliquerait par le sens de « lancer ». 

2. S. Evans cite aussi un passage du saint Graal où ansaivâ porte sur des 
vivres ; cf. dans la grammaire de John David Rhys, ansaml fwyd a llyn, 
provision de nourriture et de boisson. Le sens a dû être « fond. » 



Notes étymologiques et lexicographiques. 1 5 5 

sâithim a le sens de « lancer, pousser, piquer, planter » ;sâidhte, 
« fiché, planté dedans, enfoncé ». Pedersen (Vergl. Gr. II, 605) 
croit sâd- plus ancien que sât- (sâthud). Le gallois ansoâi serait 
en faveur de cette hypothèse, mais à côté de sawd, on trouve 
en gallois des composés en -sawt, qui cependant paraissent 
moins anciens. Ce qui établit l'existence d'une forme sàt- en 
vieux-britt. c'est le breton steut, steud. Il faut donc admettre 
l'existence en vieux-celtique d'une double forme stâ-t-, stâ-d-. 
L'irlandais pourrait s'expliquer par un indo-eur. sâd- : (an- 
sàdail, « incertain, pas fixé, instable »). Pedersen, en effet, 
y voit un causatif à sed- (sod- : suide = sodio-), mais l'accord 
de sens avec le gallois et le breton doit faire préférer la déri- 
vation de stà. 

A stu- (*steu, *stoiî), se rapporte le vieux-breton arstud, gl. 
cuspis ' ; voc. corn, stnt (stud) culex; breton astu%, vermine; 
gallois cystud- au sens métaphorique « affliction, douleur ». 
Le bas-vannetais stu {stu) employé couramment, notamment 
dans la région de Guémené-sur-Scorff, a le sens d'« assole- 
ment, première façon donnée à la terre ; pour le sens, d. l'alle- 
mand brache, jachère (action de briser la terre, l'ouvrir pour 
la première fois). Stu est pour stud : cf. léonard di-stu^, tra- 
duit par « jachère » (qui est en jachère) ; proprement qui n'a 
pas été labouré, qui n'a pas reçu un premier labour. 

Le sens de steut, attention soutenue, malgré la différence de 
dentale, est identique à celui du latin studeo, qui paraît aussi 
plus anciennement avoir eu le sens de chercher où frapper 
(Walde, Lat. Et. IV.). A ce - thème, on rapporte le got. stau- 
tan, v.h.a. stoiftn, allemand stot^en, heurter, pousser avec les 
cornes. Cf. Falk-Torp, Norw.-dàn. Et. W.2. stede. Pour stud-, 
tud-, cf. Walde à tundo. 

A steut, steuden, se rattache le gallois ystawd, ystod, qui a, 

1 . Le breton moyen esteu^el a le sens de percé (d'un glaive de douleur) ; 
(mère) navrée (de douleur). C'est un participe de esteti^ijf, qui a le sens 
d'éteindre ; steasia, s'abîmer, disparaître (Ernault, Gl. à esteu\iff). Dans le 
sens de percé, navré, esteu^et rappelle singulièrement arstud et le gallois 
cystud. Il y a une variante estu^if qui n'est pas décisive, car u peut repré- 
senter o. En tout cas, dans ce sens, on peut supposer un mot dérivé de *stàd- 
comme steudenn à côté de stud dérivé de *stoud-. Estcusifl remonte à *ex-stâd. 



156 J. Loi h. 

en matière d'agriculture, le sens d'andain, fauchée. En parlant 
du temps, ystod a le sens de période : steut, ystod = *stâ-tâ. 
Pour le sens, d. v. norr. staâi (sta-t-), tas de blé dans la 
grange ; v.h.a. stadal, tas de blé (cf. Falk-Torp, à stel, et slod — 
*stàtô-). 

Stokes (Indexa /;/ cath Cath., 3163) rapproche sâdud (qui 
serait, d'après lui, pour sdthud) d'un gallois bode, action de 
planter, percer. Hode doit être une mauvaise graphie pour 
bodi qui ne me paraît pas exister dans ce sens. En revanche, 
haivd existe avec un sens précis. O. Pughe cite l'expression 
du gallois du Sud : y mat yr yd yn ei hawd ', the corn is in 
its time of earing. C'est exactement le sens du vannetais 
di-bodein, inbodein, monter en épi, graine. Hodi a existé en gal- 
lois dans ce sens. Il faudrait donc, si on admet le rapproche- 
ment avec sdthud , qu'il y ait eu un *sât-, *sôt-, diffèrent de *stâd-, 
*stàt-, en vieux- celtique. Ce qui tendrait à fortifier ce rappro- 
chement, c'est l'existence d'un pluriel bodi dans le sens de 
wild schrubs, brakes. Le breton -bot- suppose sot-, Hot- serait 
plutôt apparenté à sat- (irl. saithe, gall. baid ; breton hed, 
essaim, et had, semence). 

411. Breton stiogen, stiogan. 

Ce mot, qu'on ne trouve dans aucun dictionnaire, est en 
usage dans la région de Cap-Caval (Finistère), au témoignage 
de M. Cuillandre, professeur au lycée de Quimper, dans le 
sens de « pieuvre ». C'est un mot isolé dans la famille cel- 
tique. Cependant son origine ne'paraît pas douteuse : stiogen 
est un singulatif formé sur stioc qui a dû exister, s'il n'existe 
pas encore, dans le sens collectif. Stioc vient de *stigâkà, de la 
racine stîg-, « piquer, s'accrocher à »; cf. latin instigare, grec 
<7-&o, 3-iyy.z; got. stiks ; vha. stih, ail. sticb, piqûre, point. Le 
sens de piquer, s'accrocher, se fixer à, est celui de l'allemand 
appartenant à la même racine stecken et caractérise parfaitement 
la pieuvre. La terminaison -oc pour -eue-, -ce, est connue du 
côté de Cap-Caval. Stiogan montre la terminaison -an bien 

1. O'Pughe décompose Hawdclyr (Hauteclair), nom français de l'épée 
d'Olivier en Hawd elyr qu'il traduit par the wbisk of the hornet ! 



Notes étymologiques et lexicographiques. 157 

connue, qui a parfois en gallois un sens diminutif comme 
l'irl. -an. 

Il existe en bas-vannetaisun mot qui pourrait s'y rattacher : 
e'est sti (itî) qu'aucun dictionnaire ne donne et qui figure 
dans une strophe de la version de la fameuse chanson de la 
Soupe cru lait, que j'ai recueillie et dont j'ai donné le texte avec 
traduction dans le recueil de Bourgault-Ducoudray, Trente 
mélodies populaires de Basse-Bretagne. Chaque couplet commence 
par une invitation au biniou et à la bombarde de jouer avec 
entrain. Voici celui où figure sti : 

Zonet-u zpnerian l , çonet munut a sti 
Ma er çouben a"er lech e tonet ar en ti 

« sonnez, sonneurs, sonnez fin et serré, voici que la soupe 
au lait vient sur le sol » (on la descend du trépied). 

Dans le couplet suivant sti est remplacé par stanc (jtanc) 
qui a le sens courant de « serré (sans arrêt) » : 

Zonet-u zpnerian, %onet munut a stanc 
Ma er ^puben der lech e tonet ar er banc 

« sonnez, sonneurs, sonnez fin et serré, voie* que la soupe 
au lait vient sur le banc » (du lit où sont les nouveaux mariés). 

Sti a pu signifier d'abord « accroché à, qui ne se relâche 
pas » ? 

412. Irlandais moyen triath ; gallois trwyd. 

Le Glossaire de Cormac donne triath, gén. tréith dans le 
sens de roi : triath rex enim dicitur (p. 41) ; orc tréith À. 
nomen do mac rig (nom à un fils de roi, p. 34). Il donne 
aussi triath À. torec, mais avec un génitif tréithe. Les deux sens 
de « roi, chef » et de « sanglier » paraissent confondus. Dans 
le Melrical Dindshenckas (éd. d'Ed. Gwynn, 'p. 150), mucca 
delbda druidechta, les sangliers enchantés de sorcellerie, sont des 
princes ; ils tuent Glas à Belach Conglais : 

dofuesat tréith i tescad 
Co Bri Leith. 

1 . La terminaison -iàn pour le haut-vannetais -ton n'est usitée dans le can- 
ton de Guémenéque dans trois ou quatre communes à l'est ; ailleurs c'est -Un. 



[58 /• Loi h. 

« les sangliers emportèrent le prince en le mettant en pièces 
jusqu'à Bri Leitli. » 

Kd. Gwynn dans ses notes, croit que par tréith, il faut 
entendre les chefs qui suivent la chasse, et non les sangliers 
eux-mêmes. Il résulte du contexte que chefs et sangliers ne 
font qu'un (vers 13-14) : 

Fir na selgga sin amne 
mucca derga Dreibrinne 

« Les héros de cette chasse étaient ainsi (sous cette forme), 
les sangliers rouges de Drebriu. » C'est encore confirmé par 
le poème sur Duma Selga (p. 387). 

Le sens du gallois trwyd a, sans doute, été le même à l'ori- 
gine. Sur le twrch trwyd (cf. Orc tréith), cf. J. Loth, Mabin. I, 
p. 310. Comme je l'ai montré, la forme trwyth n'est pas la 
forme sincère et primitive. Le twrch trwyd est lui aussi un 
fils de roi : il est fils du prince Tareâ. 

Il me paraît très -probable que triath, chef et triath, sanglier, 
ne sont à l'origine qu'un seul et même mot. Pour cette méta- 
phore d. le vieux-norr. jçfurr, prince, proprement sanglier 
(allem. eber). 

Cependant il peut rester des doutes, ces mots étant isolés 
dans la famille indo-européenne '. 

413. Gallois TROCHI AD. 

Ce mot ne peut être un dérivé de trwch, coupé et coupure, 
incision, bret. trouch, ni de trwch, violent. Trwch a donné 
trychiad, qui coupe, trychu, couper. (Trwch violent, suppose 
*trnks-; cf. latin trux, trucis). Trochiad est assez fréquent en 
moyen-gallois : Myv. Arch. 262.2 : 

cad gyrehyad Uavyn drochiad Uew 
« lion qui cherche le combat, lame d'épée — » 

1. Enirl. moderne, il s'est formé une nouvelle déclinaison sur triath, 
chef, génit. triaith. Triath a été donné comme féminin, probablement d'a- 
près l'analogie de mucc. 



Notes étymologiques et lexicographiques. 159 

L. Noir 39.4, trochiad se dit de Higwel ap Goronwy ; ci. 
Myv. Arch. 188. 1 (Cynddelw) : 

Traivs trochiad, kyrehyad, pell kyrehir y veirch 

« ce violent. . . qui cherche (le combat) : ses chevaux, on 
va les chercher au loin '. » Cf. ibid. 1 57. i . Troch se trouve 
seul dans un passage du Livre de Taliessin 150.37 : 

Tri dillyn diachor droch drymlûawc 

« Trois élégants 2 qu'on ne peut atteindre, ... à l'armée 
accablante 3 . » 

Phonétiquement troch, trochiad, en gallois, ne peuvent 
s'expliquer que par tronk-, comme trochi, immerger, se bai- 
gner ; breton moy. gou^ronequet, baigner, se baigner. Pour le 
sens, on ne peut les identifier que par une métaphore quelque 
peu aventurée et une forte ellipse. Trochiad pourrait s'expli- 
quer par : qui aime à se baigner (dans le sens de « à plon- 
ger »). Il y a une apparence de justification dans l'expression : 
golchiad ei lain, sa lame d'épée qui se lave ou lav^ dans le 
sang : (cf. laver une injure dans le sang, en français). Ce sens 
est des plus clairs dans Myv. Arch. 161.1 : 

Golchynt eu deurut dewr iveissyon gad 

« Ils lavaient leurs joues (c'est-à-dire) leur honneur 4 (dans 
le sang), ces vaillants serviteurs sortant du combat. » Golchiw 
(je laverai) paraît employé dans un sens analogue, L. Noir, 
56.8. Si trochiad, comme cela paraît plus naturel, est à 
séparer de trechi, il dériverait d'une forme *tronko-, apparentée 
au lit. trenkiù, violent, à la poussée menaçante; trankùs, rude 
(Walde, Lat. Etym. W . à truncus). Dans ce cas, le latin trun- 
cus et le gallois trwch, émoussé, coupé, seraient à séparer des 
formes lituaniennes. 

1. C'est indiquer qu'il étend ses ravages et ses conquêtes au loin. 

2. Peut-être dilyn : à la poursuite irrésistible ? 

3. Trymluqg, en gallois mod. a le sens d'accablant, opprimant; cf. irl. 
tromlach. 

4. Les joues comme le visage étaient synonymes d'honneur. 



160 J. Lotb. 

414. Breton tus ; irlandais tuas-. 

Dans tout le Vannetais et aussi une partie au moins de la 
Cornouaille, le conducteur pour faire tourner bœuf ou che- 
val à gauche, emploie l'expression tus. S'il y a un attelage de 
deux ou plusieurs bêtes, en bas-vannetais on emploie la 2 e 
pers. du plur. de l'impératif: tusset. Ce sont les seules formes 
en usage. Tus est l'opposé de dehel (ddhel) « à droite ». 

Tus fait songer d'abord à l'irl. tuas, dans tuascerl, à gauche, 
nord ; moderne tuaisceart. Mais son existence à l'état isolé n'a 
pas été établie. Stokes, Urk. Spr., p. 307, le décompose en 
tuai-scert, supposant une forme *scert, correspondant à une 
forme galloise *-sparth qu'il voit dans dosparth, division, discri- 
mination, système. 

Les mots *-scert, *-sparth remonteraient à un vieux-celtique 
*sq"erto-. Or cette forme jusqu'ici ne trouve aucun appui cer- 
tain dans les groupes linguistiques les plus apparentés. Stokes, 
ou plutôt Bezzenberger, cite, avec un doute justifié, le grec 
a-apaao-o). D'un autre côté, on n'est pas autorisé, bien au con- 
traire, à diviser dosparth en do-sparth. Dosparth a été précédé 
par do-osparth qu'on trouve dans les Ane. Laïus et à une 
époque plus récente dans YElucidarius, 1 9 : creadur doosparthus, 
creatura rationàbili (ab omni) ; do- est pour do-uo- ; do- est 
comme en irlandais la forme proclitique de di-, de-. Quant à 
*iwsparth, on le trouve fréquemment en moyen-gallois sous 
la forme gosparth (L. Noir, F. a. B. II, 6. 7). En vieux-bre- 
ton, c'est la forme sans s que l'on trouve : guparth, gl. remota ; 
gupart(Jo)olaid , privilégia; imgupart(Jî)on, se abdicant. La forme 
correspondante à descert est aussi sans s : deheubarth. Quant à 
s infixe après uo-, il n'est pas très rare ; gosgryn, terreur 
(cryti) ; goslef, son (lief, voix). C'est vraisemblablement un 
reste de la préposition ex ; cf. escar, ennemi. Dans certaines 
formes verbales, s peut être un pronom infixe. En revanche 
l'existence de cert et parth, à l'état isolé, est assurée, quoi que 
l'on puisse penser de leur origine. Cert, comme parth, a incon- 
testablement le sens de « part ». Cerd Chuinn, là part de 
Conn, est donné comme l'équivalent de Leth Cuind, la moi- 
tié de Conn, c'est-à-dire la moitié de l'Irlande, le nord (Rev. 
Celt., XX, 40e). 



Notes étymologiques et lexicographiques. 161 

L'explication courante pour laascert qui devrait être tuatb- 
chert, c'est que tuath- est devenu tuas sous l'influence de dess- 
cert, mod. deisceart, à droite, sud, ces deux mots étant conti- 
nuellement employés à la suite l'un de l'autre. 

Une première objection se présente à l'esprit ; c'est que tùath 
persiste dans d'autres composés où il est couramment opposé 
à dess-, comme l'irl. moyen Tuath-muma (vieil-irl. tuadmumu, 
Thés. pal. II, 365) ; dess-muma ; aujourd'hui tuath-mhumha, 
Nord-Munster, Thomond ; deas-mhumha, Munster du Sud, 
Desmond '. C'est plus frappant encore dans l'irl. moy. tûath- 
bel, à gauche, nord ;dess-bel, à droite, sud ; mod. tiiaith-bheal, 
t uait heal ; deiseal : bel et sel de *suel-. Il ne semble donc pas que 
tuas- pour tûath- soit dû à l'analogie. 

Cette impression est encore renforcée par l'irl. moyen 
titasra, main gauche, à gauche ; dessre, dessra, main droite, à 
droite. 

Les deux mots se trouvent dans un même passage du Tdin 
B. C, 1. 2538 : rogab idata aurslaicthi a ech 7 a del intlaissi 
ina desra 2 . Ro gabastar a éssi astnda ech ina thuasri « Il (le 
cocher) prit les entraves ouvertes (relâchées) de ses chevaux 
et son bâton rehaussé d'or (?) dans sa main droite ; il prit les 
rênes pour maintenir les chevaux dans sa main gauche. » 
Kuno Meyer, Contr. donne l'ace, desred, desreth (for a) LU. 
73 b 42 ; datif déserud (à lire dessrud) L U. 113 b 23. Ces 
formes supposent un composé de dess et de reth = v. celt. reto- 
Les formes desrighÇTàinB. C.,1. 5 553) ou tûasri, comme me 
l'écrit C. Marstrander à la science duquel j'avais eu recours 
pour les formes variées et embarrassantes parfois de ces mots, 
sont composées, non pas, comme je l'avais d'abord pensé avec 
-reg, marquant la direction, mais avec righ, bras, avant-bras 
en irl. moderne (nomin. ri, ace. rïg, datif ri et rig 5 ). Le sens 
dans le passage cité du Tdin est des plus clairs 4 . 

1. C'est la forme du génitif Mumhan quia prévalu. 

2. Le texte porte dessa (vieil-irl. desse) ; desra est la forme du L U. 

3. Cf. Tdin B.C., 1. 924 rig-ldma, poignets; cf. p. 87 1 : a dd riogh- 
làimh, en note. Le dérivé mod. righe a le sens d'avant-bras depuis le poi- 
gnet jusqu'au coude, et aussi de coudée, jambe d'animal. 

4. Marstrander, avec raison, fait sortir desraid de desriçh, d équivalant 
Revue Celtique, XLIII. n 



i62 /. Loth. 

Si on n'avait affaire qu'à l'irl. tuas-, on pourrait l'expliquer 
par une confusion avec tuas = t-uas, en haut, qui désigne 
lui aussi le Nord. Dans .un passage du Tdin, 1. 1201 tuas 
(thûas) a sans doute ce sens et c'est ainsi que Windisch l'a 
interprété. C'est d'autant plus frappant que quelques lignes 
plus haut, Cûchulinn, avec son cocher, se dirige au sud (fo 
dess). 

Il reste en somme à trouver une forme vieille-celtique com- 
mune à tus et à tuas-, dans le sens de « à gauche » et « au 
nord ». Il va de soi que la racine est la même que dans tûath. 
Il y en a une qui me paraît plausible. Pedersen, Vergl. Gr. 
II, p. 19, fait l'importante remarque qu'à côté de formations 
adjectives en *-to-, il y avait pour la même racine, des forma- 
tions en *-sto- : gnâth, habituel ; gnâs l , habitude. On peut 
supposer par analogie, à côté de tûath = *touto-, une forma- 
tion originairement substantive : *tou-sto-, donnant respecti- 
vement tuas et tus. 

Le sens primitif de tûath paraît avoir été : bon, favorable 2 . 
Ce double sens existe chez bon nombre de peuples indo-eu- 
ropéens. 

Il est remarquable que chez plusieurs peuples où gauche 
avait eu aussi le sens de côté favorable, il ait pris une significa- 
tion contraire- : c'est la droite qui a pris sa place. Stokes l'a 
attribué à une influence chrétienne: la bénédiction se donne 
par la main droite. Peut-être plutôt l'infériorité de la main 
gauche dans les actes journaliers de la vie a-t-elle fini par 
avoir raison de traditions et de croyances qui sont allées s'af- 
faiblissant. Chez les Grecs, par exemple, les augures se tour- 
naient non vers l'Est, mais vers le Nord. 

415. Haut-vannetais tuec ; gallois tuddedyn, tudded ; 
vieil-irl. cumtûth. 

à g après voyelle palatale. Il me signale pour le sens : dae A. righ noguata; 
O'Dav. : in raig 7 in doit cusin ait gualand, Cormac ij(lVind., Wôrt.). 
Righ paraît donc aussi avoir désigné le bras jusqu'à l'articulation de l'é- 
paule. 

1. Cf. gallois gnawd, habituel, connu ; guaws, naws, coutume, habitude. 

2. Cf. l'article sur Morgan Tut (Morgan le Fée) dans mes Contr. à 



Notes étymologiques et lexicographiques . 163 

Cillart de Kerampoul donne tuec avec le sens de « taie 
d'oreiller ». C'est un des sens du gallois tudded, singul. tud- 
dedyn, d'après Thomas Richards, Welsh Dict. Le mot tuec 
représenterait un vieux-breton tuâoc, s'il est masculin. Tud- 
ded, à toute époque, en gallois, indique un vêtement de des- 
sus, un manteau, une couverture de lit (L. Noir, F. a. B. II, 
5. 87. L. Rouge, ibid. 287. 16, un manteau ; L. Tal. 17 b 
14, une riche couverture de cheval). Tuded, métaphorique- 
ment (L. Rouge, 279.20) s'emploie pour la parure des bois 
l'été : 

gvAsgwys coet 
kein dudet haf. ' 

« le bois a revêtu le beau manteau d'été ». 

Daear dudet désigne la terre qui recouvre une tombe (Myv. 
Arch. 250. 1 *). 

Tuded est un dérivé de tud qui a le sens de couvrir, bor- 
der (proléger) ; L. Noir, 30. 5 : 

Pieu y bet yn yr amgant 
ae tut mor a goror nant. 

« à qui est la tombe dans le pourtour, que couvre (pro- 
tège ?) la mer et la bordure (l'extrémité) du vallon ? 2 . 

Tud, vieux-celt. *toud- (indo-eur. *teu-d) appartient *à la 
racine teue, tu, à laquelle Stokes (Urk. Spr., p. 131) rattache 
le vieil-irl. cumtûth (cum-ud-tûth) : SG. 3 1 b 8 : do chumtûth 
a sôere « pour défendre leur liberté » (pro libertate ruebant), cf. 
tueor, tutus, tutor. 

Vétude des romans de la Table Ronde. J'y ai joint une note explicative de 
Vendryes sur le sens de tùath. 

1. Dans un passage du L. Rouge, 287.16, tudet paraît désigner un haut- 
ci e-chausses : 

mein vyg coes, nym oes dudedyn 
« ma cuisse est mince, je n'ai pas de haut-de-chausses ? A la rigueur ce 
peut être une tunique ou un manteau. 

2. Ibid.,v. 8 : 

Pieu y bet yn ir inis 
ae tut mot a goror guris. 



164 /• Loth, 

416. Addition à gall. traws, traw, tra- ; bret. treuz ; v. 
bret. tro- ; dYDREU (cf. Rev. Celt., t. XXXII, p. 59). 

Traws est connu dans le sens adjectif de « violent, cruel » ; 
iroseâ a le sens de transgression. 

En breton treu%, adjectif, a le sens de « qui est de travers » ; 
en comique trus, de même. 

En gallois moyen, traws a le sens de « direction, côté » : 
Mabin. L. Rouge, 279 b 21, a pha draws « et de quel côté ? » 
Mab. 51 b 6 : ac yr artal « et dans l'endroit du pays » ; mais 
Pen. 4 : y traws y manegassei ef vot y gwr ar gaer, « l'endroit 
où il lui avait indiqué être l'homme et le fort ». 

Traws entre aussi en composition : 

trawsgwydd, trawsglwydd. 

Traw, draw a un correspondant breton dans le moyen bret. 

dydreu . 

417. Gall., bret., corn, tro (cf. Rev. Cet., XXXIV, 175). 

Le gall. bret. corn, tro « tour », a été rapproché ordinai- 
rement du latin traho {tragh-'), comme d'ailleurs l'irl. traig, 
gall. bret. troed « pied », l'irl. moy. trog, descendance, Tro- 
gan, la Terre, v. irl. trâgud « reflux » ; gall. treio ; gall. godro 
« traire », v. bret. guotroit (cf. français tirer les vaches); cf. 
Pedersen, Vergl. Gr. I, 39, 97. Walde remarque avec raison 
que tro dans le sens de « tour » rappelle singulièrement le 
latin trepit, vertit, le grec rpi-w. Il me paraît probable que 
trogh-, en brittonique a été confondu avec *trop- et que tro 
« tour » représente exactement le grec -pizo-ç. 

En gallois moyen on emploie parfois Iroi dans le même sens 
que trossi « diriger vers » » : 
M. A. 271. 1 : 

am troho ïr trobedd gureu 

« (que Dieu) me dirige au but (direction) le meilleur ». 
Ibid. 133. r chez le même poète: 

an Irosso ni i bob trosedd gorau 



Noies étymologiques et lexicographiques. i6> 

« que Dieu nous dirige vers toute direction la meilleure. » 
Troseâ a habituellement le sens de « transgression ». 

418. Breton tossen, tuchen, tostal. 

Tossen, dans les dictionnaires, a le sens de « butte, mon- 
tée ». 

Le vannetais connaît la variante tostenn (bas-vann. tpslzn). 
Tossen désigne fréquemment des « tumulus » : Tossen-Maharit, 
Tossen-Rugue{ec ; Tossen-ar-Run ; Parc-an-Dossen, à Por^-ar- 
Sao^ en Trévérec ; id. en Scrignac, etc. (Du Châtellier, 
Epoques préh. et gauloises dans h Finistère : passim). 

Tossen est un singulatif féminin ; s dur fait songer à deux 
ss provenant d'une affriquée en vieux-celtique. C'est un son 
qui eût été peut-être écrit, en moyen-breton, par c\. Usité en 
vannetais, il ne peut provenir d'une spirante dentale sourde 
comme dans diouc\ (de *di-wth, pour di-wrth, en proclise). Il 
ne peut guère s'expliquer que par t-ss néo-celtique, ou -ts- 
vieux-celtique, remontant à -si- ou -t s t- indo-européen '. 

On ne sait encore d'après quelle' loi se fait l'évolution de 
-st-, -t s t- en -ts-. Toss- a-t-il la même origine que le gallois 
tusiu(*touss- ) et le gaulois tuâos, tuddos (cf. J. Loth, Les Graf- 
fites de la Graufesenque) ? Toss- alors viendrait de *tûstâ. Tostal 
est donné par Le Goff, SuppL, avec le sens de « flanc » ou 
« partie basse d'une colline » (peut-être « front » en voyant 
la colline d'en bas) ; toslalec qualifie un terrain raboteux. Le 
mot se trouve en toponomastique : Tostal, village en Saint- 
Jean-Brévelay ; Tostal en Theix ; Tostal à la Vraie-Croix en 
Sulniac ; hauteur dite Butte de Tostal, sur laquelle s'élève un 
retranchement romain dans la même commune (Rosenzweig, 
Dict. top. du Morbihan). Tostal pourrait être un composé de 
toss- et de tal, front. 

Tuchen, dans le Dict. de Troude, a le sens de « butte, 
motte » tuchen verien « fourmilière » (butte aux fourmis). 
Rosenzweig ne le donne pas ; mais le commandant Le Pon- 
tois a fouillé, il y a une vingtaine d'années, deux tumulus 



1. Cf. Ernault, Gloss., p. 15, 148 et Rev. Celt., XI, p. 353-356; cf. 
J. Loth, Contr. à l'étude des romans de la Table Ronde, p. 25-27. 



166 ]. Lolh. 

très intéressants dans la commune de Plœmeur, Morbihan, 
connus sous les noms de : Tuchenn Pol, Tuchen Bonfemme 
(sans doute équivalent à groach, vieille femme, sorcière). 
Tuchen désigne aussi, dans le Finistère, des tumulus : tumu- 
lus de Goarem-an-Dnchen en Briec. Le son ch (s) est souvent, 
en breton, d'origine française ; il a, comme Ernault en a fait 
la remarque, une certaine parenté avec Paffriquée de tossen. 
En vannetais ch peut représenter -se- entre voyelles palatales, 
mais non en cornouaillais ni en léonard. Il faut donc suppo- 
ser un son mouillé *tussien pour *tust-, *tuts- : *toust- : cf. 
tusw. 

4 [9. Gallois yscrut, ysgrut. — Norvégien skrubb, skrogg. 

Silvan Evans {Lien. Gynir.) donne ysgrud comme un équi- 
valent de ysgerbwd « squelette, cadavre ». Thomas Richards le 
traduit par « skeleton, carcase ». La forme et le sens de ce 
mot sont assurés par des textes du xm e et même du xn e 
siècle. 

Myv. Arch. 234. 1 (poème d'Einion Wann, xm e s.). Le 
poète fait l'éloge funèbre du roi Llywelyn ab Jorwerth : 

tervynwyd y aviser 
ysgrud vud l dreic feîeic fer 

« son temps est fini ; ce n'est plus qu'un cadavre muet, le 
dragon, le chef vigoureux. » 

Dans une poésie de Cyndelw (2 e moitié du xn e siècle), 
ysgrud qualifie l'orgueil du monde : Myv. Arch. 169. 2 : 

ysgrud glud 2 glewyd ' vyd vaîchder 

« c'est un cadavre visqueux ? durci qne l'orgueil du 
monde ». 

1. Le texte de la Myv. Arch. porte ysgryd glud, faute évidente. Le ms. 
original publié par Gwenogvryn Evans dans la Revue Cell., 1923, p. 307, 
porte ysgrud. 

2. Glut, substantif, a le sens de « glu » ; adjectif il signifie « tenace, 
adhésif ». Richards le traduit aussi par stiff, qui pourrait être ici le sens. 

3. Glewyd est dérivé de glew « vaillant » mais aussi « dur ». Daf. ab 
Gwilym (éd. de Liverpool), p. 96 : /est a glew ymae'n rhcwi, « il gèle ferme 
et solidement. » 



Notes étymologiques et lexicographiques. 167 

yscrui paraît aussi dans le Book of Toi. (Skene, F. a. B. II, 
p. 115, 22 ; Gwenogvryn Evans, p. 7, 26), mais le sens géné- 
ral du vers est obscur. 

Thomas Richards donne le doublet ysgrwd et en cite un 
exemple tiré d'un poète de la seconde moitié du xv e siècle, 
Sion Cent : 

ni roir pen un or cennin 
Er ei ysgrwd di ysgrin 

« on ne donnera pas une tête d'oignon pour son squelette 
hors de son cercueil. » Ce peut être une mauvaise lecture 
pour ysgrud. Cependant O'Pughe donne comme une expres- 
sion en usage : hen ysgrwd ', old wretch. 

L'irlandais, à ma connaissance, ne présente rien de sem- 
blable. En revanche, la racine *skru- est représentée dans les 
langues germaniques. Le norvégien skrubb a les deux sens de 
« vieillard, décharné » et de « loup », le type d'animal maigre. 
A la même racine se rattache le norv. dial. skrogg, loup, iden- 
tique au v. nprr. skroggr, surnom du renard, isl. skroggr, sorte 
de spectre (germanique *skrawwa-) : Falk-Torp, Norw.-dàn. 
Et. W. à skrubb. Le gallois yscrud remonte à *skrou-lo- ; ysgrwd, 
s'il existe, à *skru-to-. 

Pour ysgerbwd, je n'en connais pas d'exemple ancien. Si le 
mot est indigène, ce serait vraisemblablement un composé. 
Yscer- sortirait de la racine *sker- apparentée à *skr-u-. 

(A suivre.) 

J. Loth. 

]. Th. Richards pour ysgrwd renvoie à crwd qu'il ne traduit pas. 
O. Pughe le traduit par old lump, qui ne repose que sur sa seule autorité . 



KAME EI2 TA TOYTOY FONATA TI6E12 

(Démosthène, contre Aphobos, II, 16). 



Je voudrais ajouter un texte grec — un texte attique — 
aux vers d'Homère que M. J. Loth a cités dans un important 
article de la Revue Celtique, XL, 1923, p. 143-152 : Le mot 
désignant le genou au sens de génération ehe% les Celtes, les Ger- 
mains, les Slaves, les Assyriens ' . 

M. J. Loth a montré, avec une richesse d'exemples qui 
fait de son article un précieux chapitre de droit historique, 
que, chez nombre de peuples, le chef de famille {pater) en 
prenant à sa naissance l'enfant sur ses genoux le reconnais- 
sait comme étant bien de son sang et faisant partie de la 
famille. Par ce geste il affirmait une relation de droit entre 
l'enfant et lui. M. A. Meillet ajoute à l'appui de cette thèse 
une étymologie remarquable : « le latin genuinus qui signifie 
« authentique » a dû signifier à l'origine « reçu sur les 
genoux » 2 . 

Pareille coutume a-t-elle existé chez les anciens Grecs ? 
M. J. Loth et avant lui Stade 3 se fondent sur deux passages 
d'Homère pour répondre affirmativement. 

1. L'article avait été précédé d'une communication à l'Académie des 
Inscriptions dans la séance du 2 décembre 1922 : Comptes rendus, 1922, 
p. 145-146. Cf. Comptes rendus, 1926, p. 49. A consulter, sur le même sujet, 
E. Benveniste, Un emploi du nom du «genou » en vieil irlandais et ensogdien, 
dans Bull. Soc. Linguist., XXVII, 1926, p. 51-^3 et M. Cahen, Genou, 
adoption et parenté en germanique, ibid., p. 56-67. 

2. Sur le sens du mot pater, voy. A. Meillet, Comptes rendus, 1926, 
p. 45. Il « désigne, non celui qui a physiquement engendré des enfants, 
mais celui qui est le chef de la famille, le pater familias ». Pour genuinus, 
voy. ibid., p. 46, et Bull Soc. Linguist., XXVII, 1926, p. 54-55. 

3. Dans la Zeitschrift fur alttestamentliche IVissenschaft, VI, 1886, 
p. 143. 



Kày.è v.ç -x t;ùt2u yôvirra Tiôstç. 169 

Iliade, IX, 455. — Phénix rappelle les imprécations qu'a 
lancées contre lui son père Amyntor, dont il avait épousé la 
concubine (zaXXaxîç). Amyntor demandait en même temps 
aux Erinnyes « de n'avoir jamais à faire asseoir sur ses genoux 
un fils né de moi » : 

y.Y)7îOTe vcûvajtv otJiv è^s'aascjOai sîXov ulbv 

Odyssée, XIX, 401. — Autolykos le père d'Antikleia arrive 
à Ithaque au temps où sa fille vient de mettre au monde un 
fils. La nourrice Eurykleia place l'enfant sur les genoux du 
grand-père et le prie de lui donner un nom. Autolykos 
demande à Laertès et à Antikleia de le nommer Odysseus : 

tÔv pi o'. fVjpjxXîia ?îXctç k~\ yoyvaffi 6yjxev. 

Il est remarquable que, dans ces deux passages, c'est le 
grand-père et non le père qui recevrait ou reçoit l'enfant sur 
ses genoux. Amyntor demande aux dieux de frapper de sté- 
rilité le mariage de son fils. Il ne s'engage pas à ne pas recevoir 
sur ses genoux l'enfant né de son fils. Si son fils l'avait 
reconnu, l'enfant ferait bien partie de la iamille et le grand- 
père n'aurait pas à le désavouer. Amyntor demande et obtient 
des dieux que l'union demeure stérile. Phénix sent si vive- 
ment l'affront qu'il veut tuer son père, mais mieux inspiré 
« par quelqu'un des dieux » il s'expatrie. 

Dans l'Odyssée le grand-père maternel n'a pas qualité pour 
reconnaître l'enfant de Laertès. Le mariage de sa fille Anti- 
kleia n'a pas éteint le pouvoir qu'Autolykos a sur elle, et, si 
par hasard il vit encore au moment où mourra son gendre, il 
redeviendra — pour user d'un terme de droit attique — le 
y.ypto; d'Antikleia et pourra la donner de nouveau en mariage. 
Mais c'est Laertès qui a reconnu son propre fils. Père et mère 
font à l'aïeul l'honneur de lui demander un nom pour leur 
enfant; encore l'aïeul prie-t-il ses parents de lui donner celui 
qu'il a choisi lui-même. 

Sous ces réserves, M. J. Loth a raison de conclure de ces 
deux passages d'Homère — du premier surtout — que les 



170 t B. Haussoullier. 

anciens Grecs ont attribué une valeur juridique — au fait 
du père ou de l'aïeul recevant l'enfant sur ses genoux 1 . Un 
troisième texte, postérieur de plusieurs siècles, un texte 
attique du iv e siècle avant notre ère, va nous montrer, si- 
non la survivance, au moins le souvenir très effacé de cette 
ancienne coutume. 



L'orateur Démosthène, dans son second plaidoyer contre 
l'un de ses tuteurs, Aphobos, a résumé en un tableau frappant 
les dernières volontés de son père et les dernière recomman- 
dations qu'il adressa aux trois tuteurs de ses enfants. Le 
morceau est achevé et mérite d'être cité ; j'y joins, non sans 
la modifier sur quelques points, la traduction donnée par 
R. Dareste {Les plaidoyers civils, 1875, I, p. 37) : 

Démosthène XXVIII, 15 : '0 yap 7caxr;p, w a. 0., <ôç vjaÔExs 
xr,v via-ov eux axoçeu^ifJLSvsç, auYxxXsdaç xcjtcu; tpsïç ovtocî, 
x;à au[jL7:apaxa6i7a[j.cvoç Ar,[j.a)va xsv àSîXîôv, xà aiî>;j.axa yj;j.ù>v 
elç xi- yzipx^ èvsOvjxs -apaxaxaQyjxrjv c7rovoy.â£a)v, xr,v ij.èv àSsXçfjV 
AY][xoso)vct. xai Syo xaXavxa -poîxa S'.Soùç £'j6uç, xai y uv9c ^ x aùtû 
txjtyjv èv^utôv, èjxè Se xracr. xoivîj fj.£xà twv -/pr,[i.âx(.)v îxapaxaxaxt- 
Oé^evoç, xai SRKrxTjftTMV [.>.*. a6 0x7 ai x£ xàv stxov xai auvc'.aaoxjai [agi 
tvjv oiciav, (16) Btooù; atjia x£ ©ïjpitc-Cy; xàç èjjîsiA^xovxa y.vàç, 
xai ts'jt(i) xtjv t' èjrrçv ;j.r ( x£pa gv^uMv £~i xaT; SYÎwfa-vïa [xvaîç, 
xà;j.è si; Ta tîù~cv yivaxa xiQei'ç. 

Cf. Démosthène XXVII, 4: anavxa xauxa (c'est-à-dire, la fortune, le fils, 
la fille et l'épouse) èveyeîpwev 'Açô(3o> xe xoûxio /.ai Ar ( jxoçcÔvxt x<~> A^atovo; 
uUî. .., Ixi 8è 0T]p!7rniST) Ttu Ilaiav.eï. — 5 : Aï]aoi>wvxi Bè xr,v èjxtjv ao£Àçf,v 
xai 8Jo xâXavx* éjO'j; ËStoXEV ëyetv, aùx<j> de xoûxw xrjv ur,xfpa irjv 7)[j.£xépav 
xai r.oolv.% ôyoorjXOvxa avà;. 

« Quand mon père se sentit malade à n'en pas revenir, il 

i. Il va de soi qu'il faut écarter les passages des poèmes homériques 
où le père assied son fils sur ses genoux pour le nourrir par exemple (Hec- 
tor et Astyanax, XXII, 500 501). Phénix lui-même rappelle, dans son 
long discours à Achille, qu'il l'a plus d'une fois tenu sur ses genoux à 
l'heure des repas. 



Kz\ik si; zx TiJTîj -/ôvaxa T'.Oiîç. 171 

appela ces hommes, tous les trois ensemble, et ayant fait 
aussi asseoir à côté de lui son frère Démon, il nous remit 
nous-mêmes entre leurs mains, à titre de dépôt : ainsi quali- 
fiait-il son acte. Ma sœur fut donnée à Dêmophon, avec deux 
talents de dot payables sur-le-champ, et c'est en qualité de 
future épouse qu'elle fut remise entre ses mains. Pour moi, je 
fus déposé entre les mains de tous les trois conjointement, 
comme les biens. Mon père leur recommanda d'affermer le 
patrimoine et de veiller ensemble à la conservation de ma 
fortune. En même temps, il donna à Thérippide les soixante- 
dix mines; à Aphobos il donna ma mère en mariage avec 
les quatre-vingts mines de dot, et moi-même il me plaça sur 
ses genoux. » 

« Scène douloureuse et solennelle », écrivait G. Perrot, qui 
l'a présentée aux lecteurs de la Revue des Deux Mondes, non 
sans la mouiller de larmes : les deux enfants « pleuraient en 
voyant pleurer leur mère. . . Au milieu des larmes qui cou- 
laient, tous lui promirent, lui jurèrent de respecter ses dé- 
sirs... ' » Il n'y a rien de tout cela dans Démosthène, ni 
larmes, ni serments, et la scène n'en est pas moins frappante. 
Elle se passe vraisemblablement à Athènes, dans la maison 
de ville de Démosthène le père; certainement en 376 av. 
J.-Ch., puisque le futur orateur a sept ans 2 . Sa sœur est 
alors âgée de cinq ans. Les trois tuteurs réunis dans'la chambre 
du malade (« autour de son lit de mort », dit G. Perrot, 
qui ajoute encore au texte), sont ses deux neveux : Aphobos, 
le fils d'une sœur, et Dêmophon, le fils de son frère Démon ; 
le troisième est un ami d'enfance, Thérippidès du dème de 
Pa?ania, auquel appartenait Démosthène et où sera inscrit 
l'qrateur en 366-3 6 5 \ Démosthène le père a tenu à faire 
asseoir à côté de lui son frère Démon ; nous verrons d'ailleurs 
que les trois tuteurs sont également assis. Ni les deux enfants, 
ni Kléoboulé l'épousé de Démosthène ne peuvent manquer. 
Voilà réunis tous les personnages nommés dans le plaidoyer. 



1. N. du i« r juin 1872, p. 617. 

2. Démosthène, XXVII, 4. Cf. XXX, 17. 

3. XXX, 17. 



172 f B. Haussoullier. 

Certes la scène est solennelle, mais la solennité tient aux 
actes symboliques qu'a rappelés l'orateur. Il faut entendre 
que Démosthène a réellement placé (ou fait placer, si les 
forces lui manquaient) entre les mains des tuteurs ses enfants 
(xà ffa>|xaia Y)[xa>v) ; qu'il a réellement remis sa fille entre les 
mains de Dêmophon, le futur époux. J'ai modifié ici la tra- 
duction de Dareste qui rend èyyuwv par fiancer, et je suis 
revenu au sens étymologique, concret : mettre dans la main '. 
Il faut entendre encore que Démosthène a réellement remis 
sa femme Kléoboulé entre les mains d'Aphobos, le futur 
époux; enfin qu'il a réellement placé lui-même ou fait placer 
son fils sur les genoux d'Aphobos. Ces actes symboliques 
exigeaient que les tuteurs fussent assis, et ce n'est pas seule- 
ment pour éviter la répétition de "ffUfxaXéijaç que l'orateur a 
employé <ju[j.-apax.a6iaâ[j.£vo<;. Le nouveau verbe ajoute un 
trait de couleur au récit de la scène qui prend fin sur les 
mots : y.àui e'.ç Ta to'jtou vôvaxa xiôetç. « Il y a ici, dit en note 
Dareste % une sorte de cérémonie symbolique qui était étran- 
gère à la loi, mais prescrite par les mœurs et sans doute aussi 
par les idées religieuses. » Une fois de plus Dareste a vu juste. 
Ces gestes symboliques sont étrangers à la loi et n'ont aucune 
valeur juridique. Le seul acte qui compte pour assurer le 
respect des dernières volontés de Démosthène est le testament 
(xi '(p<x\L\>.y.-;x xaiiTa) } , que les tuteurs feront disparaître après 
la mort du testateur. C'est dans le testament que sont inscrits 
le montant de la dot de sa fille, « les soixante-dix mines » 
à remettre à Thérippide, « les quatre-vingts mines » qui 
formeront la dot de Kléoboulé. L'emploi de l'article devant 
ces chiffres n'est pas indifférent : Démosthène, dans la scène 
solennelle que rappelle son fils, se réfère audit testament* Il 
emploie aussi des termes de droit que l'avocat ne manque pas de 
citer, car il parle devant un tribunal populaire où ils sont plus 
familiers que des cérémonies d'un autre âge : -apay.aTa6r ( y.r M 
dépôt, qui traduit en quelque sorte en langage courant la 

1. Voy. E. Hruza, Die Ebebegrûndung nach altischem Redite, 1892, 
p. 39. — J. Partsch, Griechisches Bûrgscbaftsrecbt, I, 1909, p. 89. 

2. Les plaidoyers civils de Démosthène, I, p. 42, note 9. 

3. Démosthène, XXVIII, 5-6. 



KxyÀ V.Z 72 TSOTOU yÔVatTa TlôîlÇ. I73 

remise des enfants entre les mains des tuteurs, et plus loin 
-apa/.aTaT'.Os;j.cv:;. Pareillement èfYuùv est entendu couram- 
ment dans le sens de donner en mariage, et c'est ainsi que 
l'auront compris les héliastes. 

Pour nous en tenir au dernier geste de Démosthène posant 
son fils sur les genoux d'Aphobos, quelle signification pouvait- 
il lui attribuer ? « Aphobos, dit G. Perrot, était celui auquel 
il assignait le rôle principal, celui qui devait occuper près du 
foyer la place du chef de famille, épouser sa veuve et servir 
de père aux orphelins ». Disons plus simplement qu' Aphobos 
est surtout, aux yeux de Démosthène, chargé de veiller à la 
conservation du patrimoine pour permettre plus tard à son 
fils de tenir dans la cité le rang qui lui convient. Aphobos 
n'a d'autres devoirs à remplir que celui de tuteur. Jamais 
l'idée n'est venue à Démosthène de lui faire adopter son fils : 
il le lui confie et recommande solennellement; son geste 
suprême n'a pas d'autre valeur. De la coutume ancienne 
décrite par M. J. Loth il ne subsiste que des apparences et des 
cérémonies étrangères au droit. Les lois sont la seule défense 
du jeune Démosthène. Il n'en reste pas moins que nous 
devons au second de ses plaidoyers contre Aphobos une pré- 
cieuse indication qu'il faut joindre aux témoignages déjà 
publiés dans la Revue Celtique. 
Saint-Prix, juin 1926. 

7 Bernard Haussoullier '. 

1. [Cet article, que l'illustre helléniste avait spontanément envoyé à la 
Revue Celtique, est un des derniers qu'il aura écrits; il n'a même pas eu le 
temps d'en voir les épreuves. Une brusque maladie l'a terrassé le 25 juillet, 
en pleine activité de travail. La Revue Celtique s'associe au deuil des siens 
en accordant à sa mémoire les regrets les plus émus. N.d.l.R.]. 



SOME SCANDINAVIAN ELEMENTS 

IN THE 

RED BOOK OF HERGEST TRIADS 



i. Pann aeth llu y lychlyn 1 : The triad mentions three hosts 
led from Britain, one led by Yrp Luydauc to Llychlyn, a 
second by Maxen Wledig and Elen Luydauc to Llychlyn 
(meaning in this instance Llydaw, probably for Latium) and 
a third led by Caswallon ap Beli in the wake of the depart- 
ing Romans. The second expédition is the basis of Breudd- 
wyd Maxen Wledig and has som'e historical foundation in 
the departure of Maximus « ad Gallias magna comitante 
satellitum caterva » 2 : the third may not be entirely without 
foundation : the first, despite its mythical appearan'ce, has 
perhaps a stronger foundation than the other two and, though 
it is mentioned first, must hâve occurred last. 

The account of it in the triad is fragmentary and perhaps, 
in an âge of little mathematical knowledge, served as an 
example of géométrie progression. Yrp, with his servant 
Mathuthauar, came from Llychlyn (Scandinavia) in the time 
of Cadyal, a mythical king, to raise forces in Britain and 
obtained in turn from each chief city twice the number of 
men with which he appeared before it : with the host thus 
recruited he wentto two islands « on the coast ofthe Greek 
sea ' », Clas andAvena. This expédition however started not 

i. Mabinogion, Oxford Edition, pp. 297-8 : see also Myv. Arch. p. 395 : 
cf. pp. 390-391 and p. 401. 

2. De Excidio et Conques tu Britanniae. Ed. Mommsen pp. 32-3. 

3. With « y duy ynys yn ymyl Mor Groec » cf. « ynyssed denmarc... 
ene mor kyuarysilys a thaï enys prydein » (Buchedd G. ap Cynan) : cf. 
also Annun ddy vrenhin Groeg (Heraldic Visitations, II, 64) = A. nigri 



Some Scandinavian Eléments. 175 

from Britain but from Ireland : its goal was not the Greek 
sea but Iceland. 

There can, indeed, be little doubt that \ve hâve in the 
triad a confused account of the expédition of Aud, daughter 
of Ketil Flatnose, widow of Olaf the White, king of Dublin, 
and mother of Thorstein the Red : the expédition is described 
by Ari the historian, a descendant of Olaf the White in the 
Landnâmabôk 1 . Aud and her son set out from Ireland, via 
the Hébrides (where Thorstein founded a family and king- 
dom : he was ultimately killed by the Scots), the Orkneys 
and F^roe Islands to Iceland, where Aud settled. One of 
the twenty freemen with whom she accomplished the last part 
of the journey was Erp, son of Meldun, an earl in Scotland, 
and of Myrgjol, daughter of Gljomal, an Irish king, i. e. Erpr 
was a manumitted captive, and though not the most impor- 
tant of Aud's freedmen, may hâve been second in command. 
He was given land and complète freedom in Iceland and 
there founded the family known as Erplings : the names of 
his sons, as given by Ari, are Scandinavian with the except- 
ion of Dufnall. 

The name Yrp, Erp, is more probably Scandinavian than 
Celtic : several instances ofit occur in Lind 2 . The following 
are the forms of it to be found in Welsh : Yrp (R.B. H. 
triad), Urb, lrpQAyv. Arch. pp. 401,412), Yrb, Urbf (Vita 
Cadoci, Rees, Cambro-Brit. SS. pp. 81-82) K The form Urbf 
is noteworthy, for the man whose name is thus given was 
the father of Aulach (i. e. one of the several Welsh form 
of Olâf) and probably an Irish Dane. 

With Yrp it is also possible that \ve should compare 
Pictish Verp : Neachtan nepô Uerp, cf. Nectan mor breac 
mac Eirip (Irish Nennius, Irish Arch. Soc. pp. 161, 164) : 

régis Grecorum (Cognacio Brychan) : the name of this king might 
indeed corne from Lat. Antonius, but it occurs in an obviously Germanie 
ancestry and may perhaps be approximated to ON. Qnundr, Anundr, for 
which see Lind, Dopnamn 1252. 

1. Text in Corpus Poeticum Boréale : See cap. 14-15. 

2. Norsk-Islàndska Dopnamn, 244-5 • 

3. Possibly also Yryf (Mabinog . Oxford Ed., p. 301). 



ijé G. Peredur Joins. 

the occurrence of Ulfa and Amlaeb (ibid. pp. 131, 151) points 
to inclusion of Scandinavian matter in Pictish sources. 

2. Tri marchlwyth ynys prydein 1 . Marchlwyth, literally 
« horseload »,is hère a metaphor. That is clear, fîrst of ail, 
from the name of the first horse, Du y Moroedd, « Black one 
of the seas ». We may compare the Icelandic lôg-jâkr, « sea- 
horse, ship » : 

Gekk Hlorridi, greip â stafni 
vatt med austri upp lôg-fàki 

[The Thunderer stepped forward, caught hold of the bow, swung the 
wave-steed up with the bilge. — Corpus Poeticum Boréale, I, 223.] 

Also : 

Hâkon reid i bak biero bord-hesti vestan 
[Hakon rode over the billows on his wooden horse — Ibid. II, 31]. 

Indeed the metaphor is frequently foundin Icelandic poetry. 
Du y Moroedd carried Elidir Mwynfawr, his wife and five of 
his servants from Penllech Elidir in the North to Penllech 
Elidir in Mon 2 — the load and the route imply not a horse 
but a ship : moreover, Albeinwyn, the cook, « swam with his 
hands on the horse 's crupper » for no reason that is disco- 
vered in the triad, but it is possible that hère, as in later times, 
relations between the cook and the crew were not cordial. 
Following this triad cornes one concerned with Teir llyngbes 
gynniweir, « three hovering fleets » : the juxtaposition is 
perhaps not fortuitous. 

It is not possible to date Elidir Mwynfawr by reliable évi- 
dence, but more can be done with the second « marchlwyth », 
consisting of Gwrgi and Peredur, sons of Eliffer Gosgorddfawr. 
They belonged to the Cynferchin and lived probably in the 
latter ninth century 5 ; with their father's name, Eliffer, d. 

1. Mabinogion, Oxford Edit., pp. 300-1. 

2. Mr. H. Higgins informs me that there is a ring fort of Scandinavian 
type near Penllech, on the S.E. coastof Anglesey. 

3. See Cymmroàor, 1925, pp. 117-156 : with them were carried, accord- 
ing to the version in Myv. Arch. 384, Cynfelyn Drwsgl and Dunod 
Vwr, i. e. three générations or the Cynferchin travelled at once. Judg- 
ing by the R. B. H. version, however, something is lost from the 
middle of the triad. 



Some Scandinavian Eléments. 177 

ON. Eilifr. No évidence exists by which to date ihe third 
« marchlwyth », the sons of Grythmwl wledic. Grythmwl can 
hardly be Welsh and this « gwledig », if historical at ail, was 
an invader '. 

G. Peredur Jones, M. A. 

University of Sheffield. 

1. (Note additionnelle de M. J. Loth). Eliffer (Mab. Oxf., éd., p. 301,6) 
et Elidir (ibid., p. 300,28 ; Elidyr, p. 300,29) sont deux noms entière- 
ment différents et ne sont pas confondus. La forme la plus ancienne est 
Eleuther (Ane. Généalogies galloises, J. Loth Mab., 2« éd., II, 336). On 
trouve Eleufer dans les Triades (Myv. Arch. 404, 38). Il est fort possible 
qu'un roi breton ait porté le nom d'Eleuther. Bède (Se sex aetat. saeculi, à 
l'année 167 ; H. E. I, c. 4) nous apprend que le roi breton Lucius demanda 
au pape Eleuthèrede se faire chrétien et que sa demande fut accueillie. Eli- 
dir a-t-il quelque rapport avec le nom Scandinave Eilifr ou a-t-il été con- 
fondu avec lui, c'est au moins douteux. 



12* 



Reviu Celtique, XL1II. 



BIBLIOGRAPHIE 



Sommaire. — I. G. Dottin, L'épopée irlandaise. — II. Alice S. Green, 
History of the IrishStateto 1014. — III. A. Meillet, La méthode com- 
parative en linguistique historique. — IV. W. J. Gruffydd, Llenyddi- 
aeth Cymru o 1540 hyd 1660. — V. John J. Parry, The Vita Merlini. 
— VI. Arthur C. L. Brown, The Grail and sir Perceval. — VII. Ifor 
Williams, ChwedlauOdo. — VIII. T. O' Rathile, Laoithe Cumainn, 
Dânta Grâdha, Bùrdûin Bheaga. — IX. Pembrokeshire. — X. Gaston 
Esnault, Métaphores occidentales. — XI. F. Ewald, Die Entvvickelung 
des K- Suffixes. — XII. F. Muller, Altitalisches Wôrterbuch. 



I 

Georges Dottin. L'Épopée irlandaise. Pans, La Renaissance du livre. 
1926. 208 pages in-12, 5 fr. 

Notre savant collaborateur, qui a déjà tant fait pour répandre la 
connaissance des choses celtiques, à l'exemple de son maître 
d'Arbois de Jubainville, reprend dans ce volume une des tâches 
auxquelles celui-ci s'était consacré avec le plus d'ardeur. Le tome V 
du Cours de Littérature Celtique, publié en 1892 sous le titre YÉpopèe 
celtique en Irlande, était un recueil de traductions de textes épiques, 
choisis parmi les plus attrayants. L'année même de sa mort, d'Arbois 
de Jubainville terminait la traduction de la Tàin bô Cuailnge, la plus 
ancienne épopée de l'Europe occidentale (publiée chez Champion 
de 1907 à 191 1). Entre temps, le public allemand prenait con- 
naissance de la littérature irlandaise médiévale par les Sagen aus 
dem alten Ireland de M. Thurneysen (Berlin, 1901). Quant au 
public de langue anglaise, de beaucoup le plus favorisé, il avait à 
sa disposition les traductions nombreuses que les celtistes d'Outre- 
Manche, à, commencer par Whitley Stokes, joignaient d'ordinaire 
à leurs éditions. Depuis d'Arbois de Jubainville, aucun nouvel 



Bibliographie. 179 

effort n'avait été tenté pour mettre en français l'épopée irlandaise. 
Le livre de M. Dottin sera donc le bienvenu ; et comme il est édité 
par une maison dont l'activité est des plus appréciées, on peut espé- 
rer qu'il touchera un public étendu et attirera aux études celtiques 
de nombreux adeptes. 

Ce n'est pas qu'il n'apporte que du nouveau. Parmi les dix-huit 
morceaux qu'il contient, six — et ce sont les plus importants et les 
plus longs — figuraient déjà dans les recueils de d'Arbois de 
Jubainville. M. Dottin les a certainement retenus à cause de l'in- 
térêt qu'ils présentent : des récits comme le Cochon de Mac Dathô 
ou l'Exil des fils d'L'snech ne pouvaient rester absents de son 
recueil. Il est peut-être regrettable qu'il n'ait pas retenu aussi le 
Voyage de Condlé fils de Conn, qu'il a jadis traduit pour la Revue 
archéologique (t. XIV). Ce charmant récit, si émouvant dans sa sim- 
plicité, est des plus caractéristiques del'esprit celtique. Mais on peut 
regretter surtout qu'il n'ait pas tenté de rajeunir sa matière en tra- 
duisant un plus grand nombre de textes moins connus en France, 
comme les ScélaCano tneic Gartnâin ouVAirne Fingein, ou Ylmram 
curaig Mâileduin ou des morceaux de la Togail Bruidne dà Derga. 
Ces textes, qui n'ont jamais été traduits en français, mériteraient 
vraiment de l'être. Si le succès, comme on doit l'espérer, est assez 
complet pour justifier une nouvelle série, ils sont de ceux auxquels 
M. Dottin devra songer. 

Les traductions sont accompagnées d'une introduction et de 
notes. En regard de la page de titre s'étale le fac-similé d'un frag- 
ment de page du Lebor na hUidre '. L'introduction renseigne 
utilement sur les caractères principaux de l'épopée irlandaise et les 
conditions dans lesquelles elle nous est connue. C'est un sujet que 
le savant auteUr connaît bien et sur lequel il a déjà souvent écrit. 
Il n'avait qu'à puiser dans ses souvenirs pour la rédiger ; il l'a fait 
avec sa précision et son exactitude habituelles. Les notes sont trop 
peu nombreuses. L'épopée irlandaise est tellement loin de nous 
qu'elle exige pour être comprise Un commentaire qui l'éclairé et en 
mette en valeur tout l'intérêt. Nombre de détails resteront fermés 



1 . Ce fragment est à la page 82 Je l'édition fac-similé du Lebor na hUidre, 
publiée parla Royal Irish Academy. Il est fâcheux qu'il n'ait pas été choisi 
parmi les morceaux dont la traduction est donnée dans l'ouvrage. Mais le 
plus fâcheux est que la première phrase en est incompréhensible, parce qu'H 
en manque une partie qui_ figure sur le manuscrit en fin de la ligne précé- 
dente. Les mots do Domnandchaib do comrac fri Coinculaind . Derbbrdthair 
doivent être rétablis à la fin de la première ligne du fragment. 



i8ô Bibliographie. 

au lecteur Français, qui ne pourra goûter pleinement la saveur de 
l'original. On peut regretter aussi l'absence de renvois plus fréquents; 
bien des passages s'éclairent l'un l'autre ;M. Dottin est trop sobre 
de comparaisons qu'un simple renvoi indiquerait. Un court index 
des noms propres cités aurait également été utile. Ces noms 
propres sont donnés tantôt en traduction et tantôt sous leur forme 
irlandaise. Mais M. Dottin ne traduit pas toujours de façon consé- 
quente. On conçoit qu'il ait préféré conserver à Ethne Aitencài- 
threch (p. 124) son nom irlandais. Mais le même personnage est 
appelé Conall Cernach et Conall le Victorieux (p. 98-100) ou 
Senach Siaborthe(p. 129) et Senach le Fantômal (p. 135). Il valait 
mieux adopter le principe de faire toujours suivre le nom irlan- 
dais de sa traduction entre parenthèses, quand cette traduction est 
possible. 

Là où il reprenait des textes déjà traduits, M. Dottin a naturel- 
lement tenu compte des progrès de la philologie irlandaise et cor- 
rigé les interprétations fautives de ses devanciers. Les traductions 
de d'Arbois de Jubainvilk laissent aujourd'hui parfois à désirer : 
elles ont en général le défaut d'être un peu lâches, elles ajoutent 
souvent au texte ou le déforment par un souci de fausse élégance. 
M. Dottin a revu ses textes de près et sur bien des points il fournit 
une traduction neuve et personnelle. Çà et là pourtant on peut y 
trouver à reprendre. Voici quelques observations relevées au cours 
d'une lecture rapide. P. 65, 1. 4, « dans un autre désert » pour 
in-âraile dithrûb (R.Celt., VI, 174) est inexact. On peut en appe- 
ler à M. Dottin lui-même qui, traduisant le même morceau pour 
le Cours de Littérature celtique (t. V, p. 15) a donné le bon sens : 
« dans un désert ». P. 68, dern. ligne, au lieu de « aucune plaine 
ne sera vide de cendre », il faut traduire : « il nous réduira en pure 
cendre » (atanebla, de adagim). — P. 69, 1. 3, non pas « qui tom- 
bera », mais « s'ils tombent ». — P. 69-70, le sens est : « Un 
grand nombre d'entre eux avaient eu précédemment maille à partir 
les uns avec les autres. La guerre régnait entre eux depuis 300 ans 
avant Jésus-Christ ». — P. 86, 1. 16, l'expression « une chandelle 
de pierre précieuse » ne pouvait être conservée sans une note (ou 
un renvoi à la note delà page 133). — P. 90, 1. 4, la phrase «les 
lois d'Uaithné furent alors » ne se comprend pas. Le texte publié 
dans la Z. /. Celt. Phil. IV, 36, 11 porte bâtir câin uaitni; sur cette 
expression, cf. Félire d'Oengus, 29 avril. — P. 92, 1. 3, « c'est toi 
que j'ai aimé » est ambigu : is tû rocharus veut dire « c'est à toi que 
j'ai donné mon amour », pai conséquent « c'est toi que j'aime ». 
— P. 94 et 96, il fallait éviter la traduction mot à mot « ses lèvres 



Bibliographie. 181 

(ou tes lèvres) mourront » qui n'offre aucun sens en français ; 
l'expression atbélat do beoil veut dire simplement « tu mourras » 
(cf. Rev. Celt., XL, 433). — P. 118 et 119, la traduction « ce sont 
des cercles qui entourent moa manteau » est d'un mot à mot bien 
gauche. — P. 137, 1. 8 du bas, le mot bét « faute, méfait, échec » a 
été mal compris ; c'est le contraire de buâid et le sens est : « je ne 
sais si j'ai accompli un exploit ou commis une -faute », c'est-à-dire 
« si j'ai réussi ou échoué ». — P. 138, 1. 2, le texte porte tricha 
cet, ce qui fait trois mille et non trois cents. — P. 149, 1. 17, le 
verbe adetha' ne signifie pas a il mangea », mais « il prit» 
(K. Meyer, Contrib., p. 21) : il faut donc comprendre : « Cuchul- 
lin prit la moitié du chien de la main de la sorcière et plaça cette 
moitié sous sa cuisse gauche ». La traduction « Cuchullin mangea 
de sa main » reproduit par mégarde une erreur de Wh. Stokes 
(R. Celt., III, 177). 

J. Vendryes. 

II 

Alice Stopford Green, History of the Irish State to 1014. London, 
Macmillan and Co. 1925, xj-437 p. 8°, 12 sh. 6 d. 

Les lecteurs de ce livre ne manqueront pas d'être frappés des 
ressemblances qu'il offre avec les ouvrages de M. Eoin Mac Neill. 
Il est visible que les deux auteurs ont vécu dans une intime com- 
munion de pepsée, qu'ils ont médité ensemble sur l'histoire et les 
destinées de l'Irlande au cours de la période toute récente où un 
ordre nouveau s'enfantait dans la souffrance et les larmes, qu'ils se 
sont exaltés mutuellement. Mrs. Green s'est inspirée des idées que 
M. Mac Neill professait et enseignait à ses disciples. On retrouve 
même dans son livre en plus d'un endroit ce mouvement du dis- 
cours parlé et cette flamme qui caractérise si hautement les Phases 
of Irish History. 

Cela n'est pas dit pour diminuer les mérites de Mrs. Green. 
Elle a depuis longtemps fait ses preuves ; son ardeur de patriote 
est aussi connue que ses qualités d'historien et d'écrivain (cf. Rev. 
Celt., XXXII, 484). Elle est douée d'un esprit constructeur, mais 
qui a besoin qu'on lui fournisse des matériaux. La période dont 
elle traite ici est de celles où les documents sans doute ne manquent 
pas, mais où ils sont d'accès difficile et où ils exigent une critique 
sévère, parce qu'ils sont en général bien postérieurs.aux événements. 
Il faut aller les chercher à des sources diverses et disparates. La 



182 Bibliographie. 

littérature irlandaise, même la plus romanesque, fournit parfois 
des données aussi précieuses que les Annales ou les Généalogies. 
M. Mac Neill, qui connaît à fond tous les monuments de l'histoire 
ancienne de son pays, a pourvu Mrs. Green d'une documentation 
exceptionnellement riche. Même sur certains détails il a bien voulu 
rédiger pour elle de courtes notes qu'elles a introduites dans son 
livre sans changement. Ce livre fournit ainsi à certains égards un 
complément utile aux Phases oj Irish History. Il a même sur ce der- 
nier ouvrage l'avantage de contenir des références ; encore sont- 
elles en nombre trop limité, et on souhaiterait souvent d'en trouver 
davantage à la fin de plus d'un chapitre. 

On sait combien les idées de M. Mac Neill, très originales, 
ont modifié les conceptions qui régnaient jusqu'ici sur l'histoire la 
plus ancienne de l'Irlande. On sait aussi qu'elles ont été parfois 
contestées. M. J. Loth a fait connaître ici même le désaccord qui 
le séparait de M. Mac Neill en ce qui concerne la date de l'arrivée 
des Celtes en Irlande(v. Rev. Celt.,t. XXXIX, 75 ; cf. t. XXXVIII, 
259). Mrs. Green reproduit sur ce point la doctrine de M. Mac 
Neill. Ce n'est pas à dire que la force des arguments de M. J. Loth 
en soit diminuée. M. Mac Neill émet sans doute aussi une doctrine 
contestable en enseignant que les Belges étaient en majeure partie 
de race germanique. Mrs Green accentue encore, s'il est possible, 
ce caractère germanique des Belges qui paraît bien exagéré (v. 
J. Loth, ibid.). Mais il ne convient pas de s'arrêter à ces critiques. 
Les éloges doivent l'emporter, et de beaucoup. Tout ce qui est dit 
ici des anciennes divisions de l'Irlande, des différences de civilisa- 
• tion entre lesdiverses populations qui s'y sont installées, du rôle des 
Pietés et des Galiâin, etc. tout cela vient de M. Mac Neill et ce 
sont des données qui paraissent définitivement acquises. On voit 
aujourd'hui comment l'Irlande est passée du système des cinq pro- 
vinces, tel que le cycle d'Ulster en fait connaître la pratique, à un 
système nouveau, celui de la royauté suprême, inauguré par les 
rois de Connaught dans leur extension vers l'Est. L'hégémonie du 
Connaught se traduit par l'institution de Yardri. C'est Tuathal 
Techtmar qui passe pour l'avoir établit en prenant possession 
d'Uisnech; mais plus encore Cormac mac Airten s'avançant jusqu'à 
Tara. Dans cette histoire, dont les textes ne donnent qu'une image 
incohérente et fragmentaire, on voit apparaître grâce à M. Mac 
Neill, le jeu continu des forces en présence. L'hypothèse d'une 
révolte populaire qui aurait bouleversé l'état politique des cinq 
royaumes (moins peut-être en Connaught qu'ailleurs) et à la suite 
de laquelle l'élément picte aurait repris force en Ulster, est une des 



Bibliographie. 183 

plus séduisantes du livre. 11 est de fait que l'opposition entre la 
civilisation du cycle de la Branche Rouge et celle du cycle de Finn 
suppose deux organisations politiques et sociales absolument dif- 
férentes. M. Mac Neill a eu le grand mérite de mettre tous ces faits 
en lumière. 

Ce qui est personnel à Mrs. Green dans le livre, c'est d'abord 
son talent d'exposition. Elle écrit une belle langue, colorée, 
vivante. Elle a le don d'évocation du passé. Ses descriptions sont 
d'un charme qui prend le lecteur. Ses portraits sont saisissants. 
Elle a consacré à Saint Patrice, à Saint Colum Cille des chapitres excel- 
lents, où la figure de ces deux grands apôtres apparaît sous les cou- 
leurs les plus nettes et les plus sympathiques. Mrs. Green sent pro- 
fondément ce qu'il y a d'original dans le caractère irlandais ; et elle 
en goûte tout l'agrément. Elle loue l'Irlande (p. 105) d'avoir 
échappé au « rouleau compresseur » qui a ramené presque au 
même niveau toutes les nations de l'Europe continentale. Et cet 
éloge est mérité. Malgré toutes les tentatives, tous les efforts de 
compression, souvent violente, l'Irlande est demeurée en Europe 
un monde à part, le « monde occidental ». Mais l'affectueuse admi- 
ration que l'auteur éprouve pour un peuple réellement très atta- 
chant lui fait peut-être voir trop en beau son organisation poli- 
tique et sociale. Une civilisation se juge aux fruits qu'elle porte. 
Si l'on examine l'histoire d'Irlande à ce point de vue, on ne peut 
que déplorer un système politique qui a eu pour résultat le mor- 
cellement constant, la désunion anarchique et l'impuissance devant 
l'étranger. Il y a dans l'histoire d'Irlande les plus violents contrastes. 
On y admire des exploits d'une haute moralité, des actes d'hé- 
roïsme, des œuvres poétiques d'une imagination charmante, d'une 
fantaisie exquise. Mais sur le terrain politique, ce sont surtout des 
ruines qui apparaissent, et dont les divers conquérants de l'ile ne 
sont pas seuls responsables. 

L'idée générale de Mrs. Green s'exprime dans le titre de son 
livre. Elle a voulu retracer l'histoire de l'État irlandais. Mais y a- 
t-il jamais eu dans le passé un État irlandais ? M. G. Curtis, dans 
un livre récent, reconnaissait que la notion de l'état avait manqué 
aux Irlandais et que ce défaut leur avait coûté cher (cf. R. Celt., 
XLI, 480). Il paraît bien avoir raison. L'unité de langue, dont 
Mrs. Green fait justement ressortir l'importance, n'implique en rien 
une unité politique. On le voit bien par la Grèce antique, où le 
sentiment d'une communauté linguistique était si fort. On ne doit 
reconnaître à l'Irlande qu'une unité de civilisation ; et ceci suffit à 
sa gloire, car la civilisation irlandaise, en grande partie refondue 



184 Bibliographie. 

et unifiée par le christianisme, comme Mrs Green ie souligne avec 
raison, est une des plus originales de l'Europe. 

Dans un spirituel discours qui est mentionné plus loin (p. 239), 
M. Macalister montre les archéologues irlandais partagés en deux 
camps, celui des anglophiles et celui des anglophobes, lés premiers 
passant sous silence ou dénigrant lacivilisation propre aux Irlandais 
pour faire valoir les avantages de la conquête anglaise, les autres 
exaltant au contraire outre mesure les vertus nationales pour con- 
damner par contraste les crimes commis par les Anglais. Ce serait 
assurément faire injure à Mrs. Green que de l'impliquer dans une 
pareille classification. Mais d'un point de vue plus général, on peut 
dire qu'il y a dans l'histoire, comme dans la médecine, des docteurs 
Tant-pis et des docteurs Tant-mieux. Les premiers jettent un regard 
sévère sur les cas qu'on leur soumet ; ils n'y découvrent que le 
résultat des pires faiblesses de l'humanité, la sottise, la déraison, la 
haine. Les seconds sont portés au contraire à embellir tout ce qu'on 
leur montre; ce sont des fervents de l'idéal. Mrs. Green est certai- 
nement du nombre de ces derniers. Le tableau qu'elle trace de 
l'Irlande médiévale est réellement idyllique. Il respire la bonté de 
cœur et l'amoUr du prochain, la simplicité des mœurs et la bien- 
faisance. On pourrait sans doute trouver quelques figures qui jus- 
tifient cette opinion flatteuse. Mais à côté, que de violences, que 
d'injustices, que de trahisons ! Mrs. Green a des pages charmantes 
sur les saints irlandais, dont les vies si poétiques sont le florilège 
de toutes les vertus. Mais quiconque a pratiqué si peu que ce soit 
l'hagiographie irlandaise sait quelle misérable idée elle donne de la 
bêtise et de la crédulité humaines. Quand elle est écrite par les 
femmes, l'histoire peut présenter une apparence des plus sédui- 
santes. Le malheur est qu'elle a été faite par les hommes, et cela la 
gâte furieusement l . 

J. Vendryes. 

1. P. 22, ce n'est pas seulement aux Grecs qu'Homère donne l'épithète 
de « dompteurs de chevaux » ; plusieurs vers de l'Iliade commencent par 
Tpdi'ov î;t7:o5âtAcov (Z 461, © 71, A 568, etc.). — P. 97, Domnach Airtene 
peut être traduit par « The Lord's House ». C'est domnach tout seul qui a 
ce sens. Airte est ici le génitif d'un mot signifiant " hauteur » ; il est écrit 
suivant une orthographe archaïque remplacée plus tard par airde. — P. 98, 
le texte de la Confessio porte non pas Banauem taberniae, mais Bannauem, et 
M. Bury a proposé de corriger en Bannauenta Berniae (ou peut-être Berni- 
ciae). Mais M. Bury n'est même pas cité dans les notes au chapitre vu con- 
sacré à Saint Patrice ; c'est un oubli bien étrange. — P. 128, la phrase attri- 
buée à Noîmu est de Fergus dans YOided mac n-Uisnig (Ir. Texte, t. 11,2 



Bibliographie. 185 



III 

A. Meillet, La méthode comparative en linguistique historique. Oslo- 
Paris, 1925 viij-i 1 7 p. in-12. (Instituttet for sammenlignende 
Kulturforskning, série A, II). 

La Revue celtique a précédemment parlé de l'Institut pour l'étude 
comparative des civilisations fondé à Oslo en 1924 (v. t. XLII, 
p. 191). Cet Institut est des plus actifs, et les publications s'en 
succèdent avec une remarquable rapidité. L'un des premiers 
volumes de la collection est de M. A. Meillet; il reproduit une série de 
conférences que celui-ci avait été invité à faire à Oslo même, lors 
de l'inauguration de l'Institut. 

Le savant linguiste n'a cru pouvoir mieux répondre à cette invi- 
tation qu'en allant exposer les principes sur lesquels est fondée la 
science qu'il représente si magistralement. Depuis près de quarante 
ans que M. Meillet fait de la linguistique historique, il y applique 
les règles delà méthode comparative. Il était donc plus qualifié que 
personne pour analyser le mécanisme de cette méthode, en décrire 
le fonctionnement, en définir la portée. Il commence par en pro- 
clamer la nécessité. «La comparaison est le seul instrument efficace 
dont dispose le linguiste pour faire l'histoire des langues ». 
Cette formule, par laquelle se termine le premier chapitre, est de 
nature à rassurer, maisaussi à inquiéter. Elle est rassurante, en don- 
nant au linguiste la certitude qu'il ne s'égarera jamais en appliquant 
strictement la méthode comparative. Elle a ceci d'inquiétant que, 
s'il y a des langues où cette méthode est inapplicable, aucune étude 

p. 126, H.124-125). — P. i30-i3i,une référence au travail de M.John 
Thomas McNeill sur les Penitentialss'imposait (Rev.Celt., t. XXXIX et XL). 
-- P. 154, à propos de l'emploi du mot « abbé », cf. K. Celt., XLII, 
148 ; l'exemple Astiages abb cen fell est dans un poème de L. L., 131 a 10. 
— P. 2520., on peut contester l'ingénieuse explication que donne M. Mac 
Neill de l'emploi du mot Rôma (Ruam) au sens de « cimetière » par confu- 
sion avec irl. ro uatn « grande caverne ». Le même emploi est attesté en 
brittonique. On lit dans le Liber Landauensis (p. 1) que l'île d'Enlli, auj. 
Bardsey Island, servait de cimetière à vingt mille saints, tant confesseurs 
que martyrs, et qu'à cause de cela elle était appelée « la Rome de Bretagne », 
insula Enlli quae more Britannico uoeatur Roma Britanniae. Mais il n'est pas' 
exclu qu'après coup les Irlandais aient senti un rapport par jeu de mots 
entre Rom, Ruam, nom de la ville, et ro uatn « grande caverne * (cf. l'édition 
des poèmes deTadhg Dali O'Huiginn par Miss Eleanor Knott, t. II, p. 288). 



186 Bibliographie. 

historique n'en est possible. Et en effet, une langue isolée est 
dénuée d'histoire. On ne peut faire l'histoire d'une langue qu'en 
remontant à une langue commune initiale, et la restitution d'une 
langue commune ne peut se faire que par la comparaison. C'est 
une nécessité à laquelle doit se résigner la linguistique. Il y en a 
d'autres encore. Sur le domaine même où elle est possible, l'appli- 
cation de la méthode comporte certaines limites qui imposent cer- 
taines réserves quant aux résultats. Passant en revue les différentes 
parties de la tâche du linguiste, M. Meillet indique comment la 
méthode comparative se comporte dans chacune d'elles. Il ne 
manque pas de circonstances qui en rendent l'emploi difficile, voire 
même scabreux. L'étymologie par exemple échappe pour la plus 
grande part à la méthode comparative ; et la morphologie ne s'y 
soumet qu'à la condition d'offrir un développement continu, régu- 
lier, excluant les mélanges de langues. On mesure du regard, en 
lisant M. Meillet, l'étendue, lacomplexité, la difficulté du métier de 
linguiste; et on se demande comment un être humain peut avoir 
l'audace d'entreprendre de se donner la culture linguistique inté- 
grale. Mais cette culture est nécessaire à quiconque veut interpréter 
le moindre fait de langue, et par conséquent à tous les philologues. 
C'est en partant d'idées d'ensemble que le travail de détail, même 
le plus menu, peut s'effectuer. C'est en s'appuyant sur des principes 
généraux qu'on peut donnera ses conclusions valeur et portée. Le 
petit livre de M. Meillet, si riche de réflexions profondes, devra 
être lu et médité aussi des celtistes '. 

J. Vendryes. 



IV 

W. J. Gruffydd. Llenyddiaeth Cymru, rhyddiailh o i $40 hyd 1660. 
[Littérature galloise, la prose de 1540 a 1660]. Wrecsam, Hughes 
a'i fab. 1926, 217 p. in-12, 6 sh. 

Pour le plus grand profit des études celtiques, M. W. J. Gruffydd 

Contrairement à ce qui est dit p. 41, le vieux mot *br~iwâ- pont » n'a 
pa subsisté dans les langues celtiques modernes. Celles-ci l'ont remplacé 
par des mots nouveaux comme drochet en irlandais, pont (emprunt latin) 
en brittonique. Mais le sens de *brïwâ- en vieux celtique est attesté par 
une glose du manuscrit de Vienne : brio ponte (Dottin, la langue gauloise, 
p. 213), et par le nom ancien de Pontoise, Briua Isarae, dans l'Itinéraire 
d'Antonin. 



Bibliographie. 187 

continue sa tâche d'historien de la littérature galloise. Dans un 
volume précédent, dont la Revue Celtique a parlé t. XL, p. 193, il 
avait étudié la période de 1450 a 1 600 en s'attachant particulièrement 
à la poésie. Cette fois, il traite de la prose. Il réserve pour une 
publication ultérieure l'étude de la poésie en mètres libres aux 
xvn e et xvm e siècles. 

Cette façon de découper sa matière répond à un plan très arrêté, 
dont on ne peut qu'approuver la conception. Mieux encore que le 
précédent volume, celui-ci met en pleine lumière la méthode que 
pratique l'auteur. 11 ne s'attache à l'étude particulière de chaque 
écrivain et ne donne de renseignements sur sa vie que dans la 
mesure où cela est utile à l'intelligence du développement de la 
littérature. Il se propose d'étudier l'histoire des genres et non celle 
des hommes, de marquer l'origine et la direction des courants, de 
montrer quelle a été sur la littérature l'influence de la structure 
sociale et des grands mouvements d'idées. La simple énumération 
des chapitres de son livre fera apprécier cette méthode : 1. Avant 
la traduction de la Bible ; 2. Les premiers livres imprimés; 3. 
Wiliam Salesbury et son « Testament » ; 4. Le Nouveau Testa- 
ment de 1567 ; 5. La Bible de 1588 ; 6. Après la traduction de la 
Bible ; 7. Littérature de la Réforme ; 8. Littérature de la Contre- 
réforme ; 9. Littérature de la Renaissance ; 10. Littérature des 
Puritains. Tel est le plan de ce bel ouvrage, destiné à exposer 
comment s'est formée la prose galloise moderne, sous quelles 
influences et par quels moyens. 

La prose et la poésie ont eu en Galles des destinées différentes, 
tellement différentes qu'on peut se demander si les circonstances 
qui favorisaient l'une n'étaient pas néfastes à l'autre, et récipro- 
quement. Le xv e siècle valait surtout par la poésie. La prose était 
alors bien loin de fournir des œuvres qu'on pût mettre en balance 
avec les cywyddau de poètes comme Dafydd ab Edmwnd, Guto'r 
Glyn ou Llewis Glyn Cothi. Après l'époque des Mabinogion et 
cette magnifique floraison de contes romanesques et d'ouvrages 
d'histoire, la prose galloise était tombée dans une lamentable 
décadence. Les exercices d'école qu'on désigne sous le nom 
d'arailh sont d'une complication puérile et artificielle, véritablement 
indignes d'un passé qui avait connu une prose si fraîche, si aisée, 
si originale. Au xvi e siècle la situation se renverse. La poésie subit 
un arrêt brusque, suivi d'une longue décadence. La proseau con- 
traire prend un essor décisif, dont le mouvement ne devait 
plus s'arrêter. C'est que les conditions du pays avaient changé. En 
quelques pages lumineuses, M. W. J. Gruffydd fait ressortir les 



[88 Bibliographie. 

motifs qui devaient favoriser la prose au détriment de la poésie. 
Pour que la poésie se développe, il suffit de l'existence de petits 
cénacles dans des cours princières. Au xv e siècle comme au X e , 
les Gallois menaient la vie du clan (bywyd y llwytb) ; le chef du 
clan avait autour de lui une clientèle, parmi laquelle figuraient des 
poètes. Une vie plus large est indispensable à la prose. La période 
qui vit naître les Mabinogion était une période où le Pays de 
Galles participait au mouvement général des idées du monde 
occidental. Mais au xiv 1 -' et au xv e siècles, la conquête anglaise eut 
pour résultat de couper les relations du Pays avec le monde exté- 
rieur, d'élever un mur entre lui et le continent. Cela n'arrêta pas 
la poésie, cela fut néfaste à la prose. Que fallait-il pour faire revivre 
celle-ci ? Une transformation dans les mœurs. Il fallait qu'à la vie 
de clan se substituât une vie nationale, que les écrivains fussent 
amenés à cesser d'écrire pour le cercle étroit d'un public de cour 
et à se tourner vers le peuple. Car si la poésie est d'essence aris- 
tocratique, en ce qu'elle peut se contenter de satisfaire une petite 
élite, la prose est foncièrement populaire et s'adresse à un vaste 
public. Or, la Réforme provoqua cette transformation. C'est avec 
la Réforme que la prose reprit essor. Et la date de 1563 où un acte 
du Parlement rendit obligatoire la traduction de la Bible et des 
livres de prières en langue vulgaire accessible à tous marque une 
date décisive dans l'histoire de la prose galloise. 

Sans doute, M. W. J. Gruffydd ne tombe pas dans l'exagération 
de ceux qui considèrent que la prose galloise moderne est tout 
entière sortie de la Traduction de la Bible, mais il soutient avec 
raison qu'elle doit la majeure partie de son essor à cette traduction. 
De là l'importance dans son livre des trois chapitres où cette tra- 
duction est étudiée. Trois chapitres n'étaient pas trop pour cette 
étude. La traduction de la Bible se fit en effet pour ainsi dire en 
plusieurs temps et s'échelonne sur une période d'une vingtaine 
d'années. En 1567 parut le 'Nouveau Testament, traduit par 
Wiliam Salesbury, Testament Newydd ein Arghvydd Jesu Christ. En 
1588 seulement parut la traduction complète de la Bible par 
William Morgan, y Beibl cyssegrlan, sefyr hen Destament a'r newydd. 
Les deux traductions sont d'un caractère très différent. 

Le Mouveau Testament de 1567 n'était pas le premier ouvrage 
imprimé en gallois (cf. R. Ceît., XLII, 182). Mais ceux qui avaient 
paru antérieurement étaient déjà en tout ou en partie des livres 
d'édification. Le premier imprimé, yn y Ihyvyr inunn, contient les 
principales prières et quelques morceaux d'instruction religieuse. 
Le second, OU sytwwyr peti Kembcro y gyd (vers 1 546), estun recueil 



Bibliographie. 189 

de proverbes ; mais un des suivants, Kynniver llith a ban or yscrylhur 
lan ac ddarlein yr Eccleis (15 51), est un recueil d'extraits de la 
Bible pour l'usage des offices dominicaux. Yn y Ihyvyr hwnn avait 
été composé par syr John Prys, mais à l'instigation de William 
Salesbury. Le recueil de proverbes, élaboré par GrufTydd Hiraethog, 
était précédé d'une adresse au lecteur composée par William Sales- 
bury ; et enfin, c'est du seul William Salesbury que le Kynniver 
llith a ban est l'œuvre. Tous ces ouvrages sont donc intéressants 
à étudier parce qu'ils nous renseignent sur l'esprit dans lequel 
Salesbury se mit à la traduction de la Bible. Sans doute il n'était 
pas seul traducteur. Dès l'acte du parlement de 1563, l'évêque 
Richard Davies avait entrepris la traduction de deux épîtres de 
saint Paul et des épîtres de saint Pierre et de saint Jacques. Un 
autre traducteur, Thomas Huet (ou Hewett) s'était chargé de 
l'Apocalypse. Mais William Salesbury prit le reste, c'est-à-dire de 
beaucoup la plus grosse part. 

Comment s'acquitta-t-il de sa tâche ? La postérité fut sévère pour 
lui. De son temps déjà, Morris Kyffin déclarait sa langue insup- 
portable à l'oreille de tout vrai Gallois ; et tout le xix e s. a vécu 
sur le jugement sévère de Gwallter Mechain (1761-1849), qui 
passa pour une condamnation définitive. Celui-ci déclare que s'il 
lui fallait donner à l'orthographe de Salesbury un nom emprunté 
aux 24 mètres poétiques, c'est le nom de clogyrnach qu'il choisirait 
comme le mieux adapté (p. 57) ; or clogyrnach rappelle clogyrnog 
qui signifie « rocailleux, raboteux ». Et ce n'est pas seulement 
l'orthographe de Salesbury qui est en cause; c'est sa langue même, 
et son style, et ses principes de traduction. M. W. J. Gruffydd, 
sans prendre la défense de Salesbury, cherche, comme c'est le 
devoir d'un critique, à comprendre et à expliquer ses intentions. 
Il montre fort justement que Salesbury a voulu avant tout rendre 
son texte aisément accessible au peuple. Mais la langue du peuple 
manquait d'unité, parce qu'elle n'était pas fixée. Et Salesbury 
n'avait ni le goût ni le moyen de remonter à la tradition des Mabi- 
nogion ou des Vies de saints pour trouver une langue littéraire 
toute faite. Il prit donc tout bonnement la langue populaire avec 
ses incohérences et ses faiblesses. Son orthographe, qu'on a tant 
critiquée, tant moquée, est née du désir d'altérer le moins possible 
la forme des mots pour les rendre compréhensibles. Il laissait à 
chaque lecteur le soin de faire lui-même les corrections nécessaires 
conformément à son propre parler. L'habitude qu'il prit de mettre 
en marge de sa traduction des gloses aux mots du texte pour les 
interpréter par des synonymes gallois ou parfois même les traduire 



190 Bibliographie. 

en anglais trahit à la fois son désir de se faire comprendre de tous 
et l'embarras que lui causait l'absence d'une langue commune 
constituée. 

L'œuvre de Morgan fut inspirée d'un tout autre esprit. 
M. W. J. Gruffydd n'exagère pas en écrivant p. 73 et suiv. que la 
publication de Y Beibl Cyssegr-lan en 1588 est l'événement le plus 
important de l'histoire de la littérature galloise. L'évêque 
Morgan, il est vrai, qui avait pu réfléchir sur l'exemple de Sales- 
bury, « prit son temps » pour choisir le modèle sur lequel il for- 
merait la prose qu'il rêvait. Deux modèles s'offraient à lui : d'une 
partie langage vulgaire, tel que Salesbury l'avait utilisé ; et d'autre 
part la seule langue littéraire qui existait alors, celle de la poésie 
lyrique. Il prit sans hésiter le second. Ce n'est pas à dire qu'il n'en 
atténuât, qu'il n'en assouplît la raideur en empruntant quelques traits 
à la langue vulgaire. Mais voulant faire œuvre littéraire, il estima 
qu'il devait s'adresser à la littérature pour y prendre un modèle ; 
et il fit bien. C'est grâce à lui que le pays de Galles, seul de tous 
les pays de langue celtique, possède aujourd'hui encore une langue 
littéraire, qui a un double mérite : celui d'être une langue com- 
mune, fixée par les règles de la grammaire, et que l'on peut 
apprendre et que l'on doit parler partout de la même façon ; et 
celui aussi de se rattacher à la grande et belle tradition médiévale, 
dont la poésie est une des gloires du pays. Une prose enrichie de 
la dignité de la littérature poétique, c'était une nouveauté pour le 
peuple. Le peuple s'en est vu imposer l'usage et l'a rapidement 
adopté parce que c'était la langue de l'église nouvelle. 

Le résultat de l'œuvre de Morgan fut de mettre à la disposition 
du peuple la langue commune qui lui manquait. Le profit que le 
peuple tira de cet outil qu'on lui donnait est immense. Sans 
doute, Y Beibl cyssegr-lan n'était qu'une traduction. Mais c'était la 
traduction d'une des plus belles littératures du monde, dont les 
Gallois devaient faire leur nourriture pendant des générations. La 
Bible communiquait sa richesse, son ampleur, sa majesté à la langue 
galloise ; et c'était un beau succès pour celle-ci de se montrer à la 
hauteur des pensées sublimes qu'on lui infusait. En fait, bien des 
morceaux de la traduction de Morgan sont et demeurent des chefs- 
d'œuvre de prose galloise. 

Le succès en fut considérable ; si bien qu'une nouvelle édition 
devint nécessaire dès les premières années du xvn e s. Elle fut 
faite en 1620 par les soins de l'évêque de Llanelwy Richard Parry 
(1560-1623) ; mais il semble que la part principale de cette nou- 
velle édition ait incombé à John Davies. Celui-ci révisa l'œuvre 



Bibliographie. 191 

de Morgan ; il se rapprocha plus encore de la tradition littéraire, 
et manifesta même un souci constant de purisme. Mais la langue 
était assez forte pour n'avoir rien à craindre des grammairiens. 
L'impulsion que lui avait donnée Morgan était telle qu'elle conti- 
nua son développement dans le sens qu'il avait fixé. 

L'importance de la traduction de la Bible est telle qu'elle 
domine tout le travail de M. W. J. Gruffydd. Mais les chapitres 
qu'il lui consacre ne doivent pas faire négliger les suivants, qui ne 
sont ni les moins attrayants, ni les moins instructifs du livre. D'un 
bout à l'autre on admirera, outre l'érudition de l'auteur, le talent 
avec lequel il sait mettre sa matière en valeur. Il a fait un excellent 
livre, dont plus d'une page mérite de rester classique. 

J. Vendryes. 



John Jay Parry, The Vita Merlini (University of Illinois Studies 
in Language and Literature, vol. X, n° 3, August 1925). Urbana, 
138 p. gr. 8°. é 1.50. 

La Vita Merlini n'avait pas été rééditée depuis l'ouvrage de San 
Marte (A. Schulz), die Sagen von Merlin, publié en 1853. On sait 
pourtant à combien de discussions ce curieux poème a donné lieu, 
surtout de la part des romanistes. Une réédition s'imposait. On 
doit savoir gré à M. Parry de l'avoir entreprise. Il a revu de près 
les manuscrits et il a recouru pour l'interprétation aux travaux les 
meilleurs et les plus récents. 11 a établi son texte avec soin ; il y a 
joint une traduction anglaise. Une substantielle introduction et des 
notes abondantes complètent le volume. 

L'introduction expose les principales questions que soulève le 
texte, et avant tout la question d'authenticité. Les derniers vers du 
poème (15 25-1 5 29) mentionnent comme auteur Gaufrey de Mon- 
mouth. San Marte (op. cit., 269), Brugger (Z. /. fran\. Spr. und 
Lit., XXX, 215) et Sir John Morris-Jones (Taliesin, 49), à la suite 
de Thomas Wright qui donna en 1837 une édition de la Vita en 
collaboration avec Fr. Michel, ont repoussé ce témoignage, en le 
déclarant apocryphe ; ils considéraient les derniers vers comme une 
ajouture destinée à faire passer sous le nom d'un écrivain célèbre 
un poème composé bien après lui. M. Parry examine leurs raisons 
avec prudence et sagacité. Il ne les croit pas valables, et finalement 
il se range aux côtés des nombreux critiques qui ne contestent pas 
à Gaufrey la paternité du poème. Il croit môme pouvoir le dater. Le 



192 Bibliographie. 

poème est dédié à un évoque de Lincoln, nommé Robert : ce serait 
Robert de Chesney,qui occupa ce siège épiscopal en 1 148. Une allu- 
sion donnée aux vers 1498-1504 se rapporterait au sanglant combat 
de Coleshill (Tlintshire), dans lequel Madawc ab Maredudd et Ran- 
dolf, comte de Chester, furent battus par Owen Gwynedd (11 50). 
D'autre part, Gaufrey semble avoir dédié son œuvre à Robert de 
Chesney pour obtenir de lui le poste de Saint-Asaph, dont il fut 
investi en n 51. Le poème aurait donc été composé à la fin de 
11 50 ou au début de il 51, c'est-à-dire presque au terme de la 
carrière de Gaufrey, qui mourut en 11 55. Ces raisons paraissent 
plausibles. M. Parry les avait exposées déjà dans un article de 
Modem Philology (« the date of the Vita Merlini », t. XXII, 
p. 413). Il les reprend ici en les confirmant. 

Comme tout ce qui est parti de la plume de Gaufrey, la Vita 
Merlini est d'un grand intérêt pour les celtistes. Elle fourmille de 
détails empruntés aux plus vieilles traditions brittoniques ; elle 
donne lieu à des comparaisons constantes avec les vieux poèmes 
gallois, dont l'interprétation en est parfois éclaircie. Sir John 
Morris Jones ne s'est pas fait faute d'y recourir dans son livre sur 
Taliesin. M. Parry a lui-même composé une étude spéciale sur 
« the Celtic tradition and the Vita Merlini » (Philologie al Quarterly, 
IV, 193). C'est un sujet sur lequel des recherches ultérieures appor- 
teront certainement du nouveau. Le personnage de Merlin est un 
des plus intéressants du cycle arthurien ; il a été constitué d'élé- 
ments variés dont on trouve çà et là le point de départ dans l'histoire 
et dans la légende ; il joue un rôle de premier plan dans la 
matière de Bretagne ; son nom est mêlé aux récits, aux poèmes 
les plus fameux de la littérature galloise et de la littérature fran- 
çaise. Il mériterait une étude d'ensemble, où toutes les données 
éparses dans ces deux littératures seraient analysées, classées, coor- 
données. C'est une tâche qui devrait tenter quelque jeune médié- 
viste. 

La façon dont s'est constituée la légende de Merlin s'éclaire sou- 
vent de comparaisons avec l'Irlande. La folie de Myrddyn Wyllt a 
un pendant dans celle de Suibhne Geilt ; les deux aventures se 
développent dans des cadres semblables et ont de nombreux traits 
communs. M. Parry ne manque pas de rappeler ce rapprochement. 
On en peut faire d'autres. Miss Paton (Modem Language Notes, 
t. XVI II, 165) a signalé un curieux rapport entre la Vita Merlini 
et Ylmram Curaig Maelduin ; c'est l'épisode des pommes magiques 
qui rendent fous ceux qui en mangent (Vita MerL, v. 14 17 et 
ss., Imr. Cur. Maeld:, chap. 29, R. Celt., X, 70). On peut 



Bibliographe. 1 9 3 

s'étonner que M. Parry n'y insiste pas davantage, vu que Mael- 
duin figure nommément dans le poème de Gaufrey. Le fou qui 
raconte à Merlin l'aventure des pommes magiques (vers 1452) y 
porte le nom de Maeldinus. San Marte (die Sagen von Merlin, 
p. 335) a proposé pour ce Maeldinus diverses identifications fan- 
taisistes. Par prudence sans doute, M. Parry s'abstient de se pro- 
noncer. Mais il n'y a pas à chercher bien loin l'identification du 
personnage. C'est évidemment le Maelduin irlandais. Ulmram 
Curaig Maelduin, qui jouit en Irlande d'une grande popularité et 
dont nous avons à la fois une version en prose (R. Celt., t. IX et 
X) et une autre en vers (Anecd.fromlrish MSS., t. I), est un récit 
extraordinaire ; il a été constitué d'éléments variés, où se mêlent 
aux souvenirs classiques des traditions celtiques, même en partie 
communes à la Grande-Bretagne et à l'Irlande (cf. Wh. Stokes, 
R. Celt., IX, 449-450). 

Il est probable qu'en cherchant bien on trouverait dans la Vila 
Merlini plus d'un rapprochement avec l'Irlande. Ce curieux texte 
réserve encore auxceltistes un beau champ d'étude. 11 s'en faut que 
tous les problèmes qu'il pose soient résolus. 

J. Vendryes. 

VI 

Arthur C. L. Brown, The Grail and the English « Sir Perceval », 
reprinted for private circulation from Modem Philology. 

Du volume XVI au volume XXII de Modem Philology, c'est-à- 
dire de mars 1919 à novembre 1924, M. Arthur C. L. Brown a 
publié une série de six importants articles consacrés aux rapports 
du Conte de Graal de Chrestien de Troyes et du Sir Perceval anglais. 
L'ensemble forme un volume d'environ 110 pages, qui est fort 
imponant pour l'histoire des romans arthuriens. La portée en 
dépasse même de beaucoup l'objet indiqué dans le titre ; c'est au 
fond l'origine du cercle du Graal qui est en question. 

M. Brown est parti de l'idée que le Sir Perceval est indépendant 
du Conte de Chrestien et qu'il contient même des éléments plus 
anciens que celui-ci. Chrestien est mort vers 1175 et le Sir Per- 
ceval est daté des environs de 1340. On ne peut pas établir que 
l'auteur du Sir Perceval ignorât l'existence de l'ouvrage de 
Chrestien, et ce serait peu vraisemblable. Quelques détails mon- 
trent même que l'auteur anglais a subi dans une certaine mesure 
l'influence de Chrestien, mais dans une mesure restreinte. Ce n'est 

Revue Celtique, XL1II. ij 



i^l Bibliographie. 

pas de Chrestien qu'il a tiré le fonds même de son poème ; c'est 
d'une autre source, dont sont également sortis le Par\ival de Wol- 
fram von Eschenbach (écrit vers 1210) et le Lan^elel d'Ulrich von 
Zatzikhoven. Ce dernier raconte qu'il tenait l'original français de 
son récit d'un otage de Richard Cœur de Lion, Hugo de Mor- 
ville, venu d'Angleterre en 1194. Et Gaston Paris a prouvé que 
cet original français pouvait remonter à environ néo. D'autre part, 
on observe certains rapports entre le Lan\elel et un poème du 
xm e s., Floriant et Florete. Les mêmes rapports unissent ces deux 
poèmes au Sir Perceval anglais (v. Modem Pbilology, XVII, 
p. 82). 

Quelle est donc la source dont tous ces récits dérivent ? En étu- 
diant la littérature irlandaise, M. Browny a découvert dans le cycle 
de Finn et notamment dans les Macgnimartha Finn (Rev. Celt., V, 
195) et dans le Fotha Catha Cnucha {Rev. Celt., II, 86) certains 
traits qui se retrouvent exactement dans Sir Perceval. Il faut que 
Sir Perceval et ces récits irlandais remontent à un original commun 
(M. Pb., XVIII, 46). Cet original était un conte populaire rou- 
lant sur un combat mené entre des demi-dieux et des géants au 
moyen d'armes enchantées. Et ce conte populaire devait être irlan- 
dais (jbià., p. 50-52). Aussi bien, l'intrigue de Sir Perceval porte- 
t-elle toutes les marques d'une origine irlandaise : c'est au fond 
une lutte entre deux clans, celui d'Arthur avec Gauwain et Perce- 
ceval et celui de Gollerotherame avec le Chevalier rouge et le 
Chevalier noir. Or, le système du clan, qui est inconnu en Angle- 
terre ou en France, est à la base même de la société irlandaise. 
L'origine irlandaise du conte dont Sir Perceval est inspiré ne sau- 
rait donc faire de doute. M. Brown se hasarde même à indiquer 
ce que ce conte contenait (Mod. Phil., XVIII, 154 et ss.) ; c'était 
un conte du cycle de Finn. Il ajoute que la transmission du conte 
irlandais à l'auteur de Sir Perceval a dû se faire par l'intermédiaire 
de versions galloises ou françaises (ib., iéi). 

C'est donc du côté de l'Irlande qu'il convient de chercher la 
source des principaux épisodes de la légende du Graal et de cette 
légende elle-même. La bataille des dieux et des géants est un thème 
dont la littérature irlandaise offre des développements bien connus, 
à commencer par la « Bataille de Moytura » (Cath Maige Tured). 
On en retrouve l'écho dans plusieurs récits, comme le Serglige 
Conculaind, VEcbtra Loegaire, le Longes mac n-Duil Dermait, anté- 
rieurs à la date où se sont constitués les romans arthuriens. Une 
analyse assez poussée de ces récits irlandais en fait voir le rapport 
avec Sir Perceval. Le fond même de celui-ci n'est-il pas l'histoire 



Bibliographie. 195 

d'un jeune héros, d'un enfant merveilleux, élevé dans une foret par 
une mère adoptive, et amené soudain à la cour d'un roi, où il 
reçoit le meilleur accueil, et où grâce à ses talents et à ses armes 
magiques il tue un tyran dont le pouvoir surnaturel opprimait le pays. 
Or telle est précisément l'histoire de Lug dans le Cath Maige Tured 
(Mod. Phil., XXII, 86). Un autre récit irlandais, YOided Chloinne 
Tuired, qui n'est malheureusement conservé que. dans une recen- 
sion du x"viii e siècle, mais dont on trouve le sujet exposé dans un 
poème des environs de 1100 (Thurneysen, Z. /. Celt. Phil., XII, 
243), montre combien les talismans jouaient un rôle dans les luttes 
entre les fées et les Fomorians. Or, le Sir Perceval est également 
rempli de talismans. Dans le nombre, on trouve une lance, un 
anneau, une armure; on trouve aussi une coupe d'or, celle que le 
Chevalier Rouge déroba à Arthur. Cette coupe devait être originel- 
lement un « vase d'abondance » comme le chaudron de Dagda et 
comme enfin le Graal. Nous voici donc amenés à considérer les 
traits essentiels de la légende du Graal comme d'origine irlandaise. 
Sans doute, tous les romans arthuriens existants, y compris le 
Conte de Chrestien, ont été touchés par des influences chrétiennes, 
mais leur fond est païen et vient du folk-lore celtique. Si le Graal 
est chrétien, c'est parce qu'il a été transformé ; originellement c'est 
un « vase d'abondance » de la mythologie' féerique et sa légende 
Conserve «n grand nombre de traits où se révèle cette origine. 

Tel est le terme auquel M. Brown a conduit cette longue étude, 
où il se montre à la fois celtiste et romaniste, témoignant ainsi du 
profit que l'on peut tirer de l'accord des deux disciplines. Suivant 
une méthode très patiente et très sûre, la démonstration se pour- 
suit par un enchaînement de preuves habilement ordonnées. 
Aucun historien de la littérature médiévale ne pourra ignorer ce 
beau travail. Les lecteurs de la Revue Celtique devaient être infor- 
més au moins des conclusions auxquelles il aboutit. Il faut laisser 
à d'autres le soin de le critiquer, s'ils le peuvent. 

J. Yen'dryes. 

VII 

Ifor Williams, Chwedlau Odo, gyda rhagymadrodd, nodiadau a 
geirfa [Les Fables d'Eudes, avec introduction, notes et vocabu- 
laire]. Wrecsam, Hughes a'i fab. 1926. xljv-70 p. in-12, 5 sh. 

Le quatrième volume des Fabulistes latins de Léopold Hervieux 
(2 e édition, Paris, Firmin-Didot, 1896) est en majeure partie con- 



1 9 6 Bibliographie . 

sacré aux fables et paraboles d'Eudes de Cheriton. L'édition du 
texte latin de cet auteur y est précédée d'une introduction de 170 
pages où tout ce qui concerne sa vie et ses ouvrages est très minu- 
tieusement étudié. On y apprend qu'il portait en latin le nom d'Odo 
de Cerilona ou Cheritona ou Ciringtonia et que ce nom est tiré du vil- 
lage de Cheriton, près Folkstone en Kent, d'où Eudes était sans doute 
originaire. 11 florissait dans la première moitié du xm e siècle ; sa 
mort se place aux environs de 1247. Jl appartenait certaine- 
ment au monde religieux, dont il fut, au dire d'Hervieux, une des 
personnalités les plus remarquables ; mais il n'est pas sûr qu'il 
fut moine de Cîteaux, comme quelques-uns l'ont pensé. Il est l'au- 
teur de sermons, qu'il destinait à l'instruction religieuse du peuple, 
et aussi de fables ésopiques, où il se proposait un objet très spé- 
cial, celui de combatre la démoralisation du clergé de son temps. 
Mais les fables ont été par la suite détournées de cette destination 
et introduites dans la trame des sermons. Certains prédicateurs, en 
les recopiant pour s'en faire un recueil des matériaux, les ont 
allongées ou raccourcies, diminuées ou accrues en nombre suivant 
leurs besoins propres ou la fantaisie de leur imagination. Aussi, 
l'étendue de la collection varie-t-elle beaucoup d'un manuscrit à 
l'autre ; et la tâche d'en reconstituer l'état primitif est parfois des 
plus malaisées. Léopold Hervieux, dès sa première édition en 1884, 
avait donné les fables d'Eudes sous une forme plus complète que 
ses devanciers, puisque le total s'en élevait à 112, alors que, après 
le travail du dernier éditeur M.Voigt (1878), on n'en connaissait 
que 74- _ 

Le succès des fables d'Eudes de Cheriton fut très grand au 
moyen âge. On en peut juger à la fois par le nombre des manu- 
crits qui les ont conservées — Léopold Hervieux en connaissait 
vingt-cinq — et par les traductions qui en furent faites. Il en existe 
une traduction française dans un manuscrit de la fin du xm e siècle 
conservé à Cheltenham. Paul Meyer en a fait une étude complète, 
dont il a publié les résultats dans la Romania, t. XIV, p. 388-397. 
Cette traduction française ne comprend que 65 fables. Il en existe 
également une traduction espagnole, qui sous le nom de Libro de 
los gatos, « Livre des chats »', renferme 64 fables ; elle a été publiée 
en 1860 dans la Biblioteca de autores espanoles (t. LI, p. 543-560) 
par M. Pascual de Gayangos. Et enfin, fait que Léopold Hervieux 
n'avait pas connu, il existe des fables d'Eudes une traduction gal- 
loise, dont la copie la plus ancienne se trouve aux folios 509-521 
du manuscrit Llanstephan n° 4, copié vers 1408 et conservé à la 
National Library d'Aberystwyth. Elle ne comprend que 21 fables ; 



Bibliographie. 197 

mais l'examen du manuscrit montre qu'il en contenait d'abord 24. 

M. Ifor Williams rend un nouveau service à la philologie gal- 
loise en publiant à l'usage des écoles le texte des Chwedlau Odo 
o Fables d*Odo ». Il a fait précéder son texte d'une introduction 
où il résume l'histoire du genre de la fable depuis Esope jusqu'au 
moyen âge, et où il étudie, surtout d'après Léopold Hervieux, la 
vie et les œuvres d'Eudes de Cheriton. Il donne d'utiles renseigne- 
ments sur les manuscrits de cette traduction galloise et sur les 
éditions qui en furent faites avant lui, notamment dans Y Greal 
('Londres, 1806) et dans les Aberystwyth Studies (t. III, 45-70), 
cette dernière par M. Gwynn-Jones, accompagnée d'une traduc- 
tion. On aimerait à savoir comment a procédé le traducteur gal- 
lois ; s'il a fait lui-même un choix dans l'ensemble des fables 
latines, et alors quel principe l'a guidé ; ou s'il s'est borné à tra- 
duire un recueil latin lui-même incomplet. Les indications que . 
donne M. Ifor Williams à ce sujet, p. xliij, sont un peu vagues. 
Eudes de Cheriton fut en tout cas apprécié des Gallois. On ren- 
contre des allusions à ses fables dans des écrits bien postérieurs, 
par exemple dans des poèmes de Sion Tudur, qui vivait au temps 
d'Elisabeth (Chwedlau Odo, p. 30 et 39). 

Le traducteur gallois a traité son original avec une certaine 
liberté, si l'on s'en rapporte à la comparaison du texte de l'édition 
d' Hervieux. Ce dernier a été souvent modifié, raccourci, augmenté ; 
qu'on en juge par les divergences de la première fable (Hervieux, 
p. 180) : « nigram •> est rendu par yn drive y thrzusyat, « cauda 
pauonis » par esgylly paun, « deridere et inclàmare » par kellweiraw 
a greu a llefein, « turpis et nuda » paryw hagyr anffurueid tnegys yd 
oed gynt, « de ornatu suo » par oe adurn à'e wisgoed ae drwssyat, 
« nudus et turpis » par yn auurdedic gewilydyus, « nihil secum 
afteret de omnibus bonis suis » par nys kanlyn dim oeolut bydawl 
ef dyeilhyr tlawt anidoyr daear, etc. La fin de la fable est plus modi- 
fiée encore ; même le texte d'une citation latine est changé, puis- 
qu'au lieu de in multitudine la traduction galloise porte pro mul- 
litudine. Certaines des modifications précédentes peuvent être dues 
à un souci de style. Mais d'autres motifs ont pu en inspirer aussi. 
Dans la seconde fable le texte gallois substitue la taupe (gwad) 
à la tortue. Cela a entrainé des modifications dans le détail du 
récit : au lieu de « manens in locis humidis et profundis », on Ht 
a oed yn y daear yn cladu et plus loin, au lieu de « in foramine 
meo » v'ni lloclrwes yn y daear ac y m keneuin. 

Le texte gallois de certaines autres fables est plus différent 
encore du texte latin, surtout dans les « morales ». Il aurait été 



19S Bibliographie. 

bon de signaler en appendice toutes ces divergences. Car si l'on ne 
peut en conclure que le traducteur avait sous les yeux un texte 
latin différent de celui qu'a édité Hervieux — auquel cas le texte 
gallois aurait une grande importance pour l'histoire des fables 
d'Kudes de Cheriton — ces divergences permettent du moins de 
voir dans quel esprit travaillait ce traducteur. 

Le gallois des chwedlau est en général d'une prose simple et 
aisée, très proche de celle des écrits historiques du xiv e siècle. On 
y trouve quelques mots empruntés de l'anglais, comme adyrcop 
(de attercop), barcut,ffald (defold),gwedyr (auj. gwedderde ivether), 
etc. ou du français, comme cwrtynys, ffreutur, partrissot « perdrix 
(pi.) », pwreas, trwssyat, tunnell, usur, etc. Le traducteur a con- 
server « Chantecler » (Hervieux, p. 198) qu'il a transcrit Syawndy- 
clyr, mais il a laissé de côté Ysemgrinus (id., p. 198) qu'il traduit 
e bleid. Quelques mots et tours gallois sont intéressants : de lleyg 
« laïque » (empr. latin), fém. leeces en v. gallois (Loth, Vocab., 
p. 172), pi. lleygyon (Chwedlau Odo, p. 5, 24), a été tiré Ueygwr 
(jbid., p. 45, 1. ié) qui s'applique à un soldat commelac^en irlan- 
dais. L'emploi de l'auxiliaire « faire » (a wna, a oruc, a wnaeih) 
est extraordinairement fréquent : on rencontre même gwneuthur... 
a wna (p. 7, 1. 16). Le démonstratif yr hwnn sert parfois de relatif 
(5, 11 ; 6, 10). A noter encore la locution tu ac ait y keilyauc « du 
côté du coq » (p. 18, 1. 2) et l'expression bod wrth dans wynl a 
dywedant na bydei un ohonunt wrth bedwar or Ffreingk yn y ml ad 
« ils disent que pas un seul d'entre eux ne céderait à quatre Fran- 
çais dans le combat » (p. 4, 1. 13). 

M. Ifor Williams a fait suivre son texte de notes abondantes, où 
il relève les principales particularités grammaticales et explique les 
formes ou mots rares par des comparaisons tirées d'autres textes 
du moyen-gallois. Tout cela est d'une érudition solide et d'une 
bonne doctrine philologique. Sur quelques points on peut hésiter 
à suivre le savant auteur. P. 31. L'hypothèse que dans llochwes le 
w se serait développé spontanément après ch aurait besoin d'être 
appuyée d'autres exemples : jusque là elle paraît insoutenable. — 
P. 35. Le cas de twrdd est des plus complexes. H y a d'une part 
un mot celtique désignant le bruit, qui s'est conservé dans l'irlan- 
dais dord ; le / initial du gallois peut être expliqué comme le fait 
M. Pedersen Vgl. Gr. y I, 494. D'autre part, l'alternance de la spi- 
rante labiale et de la spirante dentale est un fait fréquent en gallois 
(cf. Mélanges F. de Saussure, p. 312), si bien que twrf peut sortir 
par dissimilation de twrdd. Mais il a dû se produire une confusion 
entre twrdd (twrf) et le mot torf « foule » emprunté du latin tur- 



Bibliographie. 199 

ma on turba. — P. 41. Si or gwney contient ry, cette particule n'a 
pas ici le rôle qu'elle joue devant le prétérit ; elle marque la pos- 
sibilité (cf. J. Loth, R. Celt., XXIX, 55). — P. 54, à propos de 
mordwy il fallait renvoyer à Osthoff, Z. f. Celt. Phil., VI, 414- 
432, et notamment p. 426. — P. 60. La note sur dotivy (p. 21, 
1. 4) est intéressante ; mais il manque la mention du breton. En 
général, les philologues gallois dédaignent le breton et le cor- 
nique ; ces dialectes sont trop étroitement apparentés au gallois 
pour mériter cette disgrâce et d'autre part ils sont assez différents 
pour que la comparaison en soit utile. C'était le cas au sujet de 
dotwy dont on ne peut séparer le breton do\vi (dovï), m. bret. 
de~ x uiff « pondre ». Les deux formes ne se recouvrent pas exacte- 
ment ; le rapprochement n'en est que plus instructif. L'irlandais 
offre d'ailleurs le correspondant du gallois sous la forme doth 
(ci-dessus, p. 66, § 67). 

J. Vendryes. 

VIII 

Tomâs O'Rathile [Thomas O'Rahilly], Laoithe Cumainn, Clô 

Ollsgoile Chorcai [Cork University Press], 1925, 39 p. in-12, 

1 s. 6 d. 

Le même, Dànta Grâdha, part I, Text, with an Introduction by 
Robin Flower, 2 e édition, Cork University Press, 1926, xxxiv- 
148 p. in-12. 5 s. 

Le même, Bùrdùin Bheaga, Dublin, Browne and Nolan, 1925, 
iv-74 p. 8°, 2 s. 

M .T.O'Rahilly est l'auteur d'une collection de Dânta Grâdha 
(.' Poèmes d'amour » dont la première édition, publiée en 191 6, 
fut rapidement épuisée. En attendant une réédition, entreprise sur 
un plan plus vaste, il publia en 1925 sou.s le titre Laoithe Cumainn 
« Lais de tendresse », un choix de vingt-trois poèmes, extraits 
d'avance de l'édition future. En faisant ce choix anticipé, 
M. O'Rahilly n'avait pas seulement pour but de faire prendre 
patience au public. Il pensait surtout aux étudiants, auxquels il 
fournissait des textes qui se recommandaient autant par l'aisance 
et la simplicité de la forme que par la beauté du fond. Un petit 
glossaire des mots rares ou difficiles, une courte liste des noms 
propres et des noms d'auteurs, quelques indications sur les mètres 
terminaient ce petit volume en ajoutant à la commodité du lecteur. 

La seconde édition des Dânta Grâdha vient enfin de paraître, 



200 'Bibliographie. 

considérablement augmentée. Au lieu des 37 poèmes que conte- 
nait la première, nous en avons maintenant 106, qui par leur 
variété de fond et de forme constituent un ensemble du plus haut 
intérêt. On ne saurait être trop reconnaissant envers l'auteur de la 
peine qu'il s'est donnée pour rassembler tous ces poèmes, épars 
dans divers manuscrits, et dont beaucoup n'étaient pas seulement 
inédits, mais inconnus. Par la date ces poèmes s'échelonnent du 
milieu duxiv c siècle aux environs de 1750 ; mais la majorité appar- 
tient en fait aux xvi e et xvn e siècles. Presque tous sont anonymes. 
Rares sont les auteurs dont on a conservé le nom. Dans le nombre 
il y a des nobles et des roturiers, des amateurs et des profession- 
nels, il y a même Geoffroy Keating, le grave et savant historien, 
qu'on ne s'attendrait pas à rencontrer dans un recueil consacré à 
l'amour. Mais c'est que l'amour est traité ici comme un genre lit- 
téraire. 

On connaît déjà un recueil de poèmes d'amour irlandais ; c'est 
celui qui est dû à M.Douglas Hyde, les charmants Love Songs of 
Connacht (Dublin, 1909). Bien que quelques morceaux de ces Love 
Songs figurent, avec quelques variantes il est vrai, parmi les Douta 
Gràdba \ l'inspiration des deux ouvrages est en général bien diffé- 
rente. On goûte dans les poèmes qu'a réunis M. Hyde une saveur 
populaire et rustique. C'est une poésie partie du peuple, âpre dans 
la tendresse, violente dans la passion et d'une sincérité émou- 
vante. C'est souvent même une poésie de bannis et d'outlaws. Le 
recueil de M. O'Rahilly est d'un genre beaucoup plus relevé. Les 
poèmes y sont l'œuvre de gens cultivés, pour qui l'art n'a pas de 
secrets. Ce sont des morceaux littéraires qui soutiennent la com- 
paraison avec les meilleures productions des littératures étrangères. 

On trouve dans le nombre des madrigaux, galamment et spiri- 
tuellement tournés, qui rappellent les plus jolis vers de Théophile 
ou de Tristan L'Hermite. Les effets et les chutes y sont habilement 
préparés, les métaphores savamment filées, comme dans la Maison 
de Sylvie ou mieux encore le Promenoir des deux amants. Par 
exemple le n° 13 est d'une grâce précieuse, qui eût ravi l'hôtel de 
Rambouillet. Comme chez nos précieux, l'érudition déborde : 



1. Par exemple le n° 83 de M. O'Rahilly (l'histoire piquante du comte 
de Rome et de sa femme) est déjà dans les Love Songs, p. 142 ; de même 
le n° 99, qui est un petit chef-d'œuvre d'ironie, se trouve à la page 138 
des Love Songs. Enfin le n° 82 des Dànta Grddha est reproduit à la page 137 
des Love Songs. Mais M.D.Hvde fait observer lui-même que le ton de ces 
morceaux tranche assez nettement sur le ton ordinaire de son recueil. 



Bibliographie. 201 

mais c'est beaucoup moins l'érudition classique, qui d'ailleurs n'est 
pas absente, que l'érudition celtique avec l'abondant cortège des 
héros de l'épopée médiévale. Ainsi l'auteur du poème n" 7 rappelle 
la conduite amoureuse de Diarmaid et Grainne, de Noise et Der- 
driu, sans oublier Cuchullin, Uaithne mac Conaill Chernaig, 
Mongan mac Fiachra et bien d'autres. L'auteur du poème n° 71 
énumère toutes les héroïnes qui se sont laissé enlever par des 
amants pour décider sa bien-aimée à suivre leur exemple : ici l'éru- 
dition se fait badine et plaisante. 

D'ailleurs, la préciosité ne va jamais sans son frère le burlesque. 
Il ne manque pas parmi les Dànta Gràdha de pièces où le comique 
est poussé à la charge : telle celle qui porte le n° 99, où le poète 
accumule tous les clichés du langage amoureux pour les tourner 
en ridicule. Enfin la satire s'y fait parfois mordante. Ainsi dans la 
pièce n°94, où le poète se moque d'un mari jaloux, dont la femme 
fort laide ne fait envie à personne : les précautions dont ce mari 
entoure sa femme sont, dit-il, comme « une haie sans pré », siu 
an fàl gan ghorh 

Mais ce qui domine dans l'ensemble c'est une poésie très déli- 
cate, où les nuances du sentiment de l'amour sont finement expri- 
mées par des poètes qui en savent cependant la vanité, la fragilité. 
Dans les effusions les plus idéales ils ne perdentjamais le sens aigu 
de la réalité ; et ce mélange de mysticisme et d'humour est bien 
irlandais. On ne sait ce qu'il faut admirer le plus chez eux de la 
fantaisie qui leur donne des ailes ou de l'ironie qui les retient de 
voler trop haut. 

Le "recueil de M. O'Rahilly ne comporte ni glossaire, ni notes. 
Mais ce n'est, le titre l'indique, qu'une première partie. Il est à 
souhaiter que l'auteur ne fasse pas trop attendre une partie de com- 
entairem. Un commentaire est souvent indispensable à l'interpré- 
tation du texte et nul ne saurait le donner avec plus de compé- 
tence. 

En 1925 aussi, l'infatigable M. T. O'Rahilly a publié sous le 
titre Bùrdùin Bheaga un recueil de quatrains, recueillis par lui au 
cours de lectures dans divers manuscrits. Le mot bûrdûn est appa- 
remment tiré du mot français bourde désignant une plaisanterie facé- 
tieuse. Dans une note, p. 44, M. T. O'Rahilly lui donne un sens 
technique plus précis : bûrdûn désignerait une pièce à rythme 
accentuel, mais non destinée à être chantée, par opposition aux 
amhràin qui sont des chansons et aux dànta qui sont des poèmes à' 
rythme syllabique. Ces Bùrdùin bheaga sont accompagnés de notes 
et d'un court glossaire. On a souvent besoin de recourir aux unes 



202 Bibliographie. 

et à l'autre, et on estime même parfois qu'ils sont tous deux trop 
courts. C'est que l'auteur a transcrit les poèmes dans une ortho- 
graphe spéciale qui gêne assez fortement les non-initiés. Il serait 
bien à souhaiter que les écrivains et les savants irlandais se mettent 
d'accord pour unifier leur orthographe. La diversité des systèmes 
en usage ne facilite guère aux étrangers l'apprentissage d'une langue, 
qui par elle-même n'est pas des plus faciles. 

J. Vendryes. 

IX 

Pembrokeshire, An Inventory of the ancient Monuments and Cons- 
tructions in thecounty ofPembroke. London. H. M . Stationery 
Office, 1925, lviij-490 p. f°. € 3, 3 sh. o d. 

Ce volume est le septième de la collection publiée par la 
« Royal Commission on the ancient and historical monuments and 
constructions in Wales and Monmouthshire ». Cette commission, 
quia pour président Sir Vincent Evans, pour secrétaire M. Edward 
Ôwen et qui comprend parmi ses membres Sir John Morris-Jones, 
fait un admirable travail que pourraient envier bien des sociétés 
scientifiques d'autres pays. Les publications qu'elle met au jour 
sont d'une perfection digne à tous égards de la plus haute 
estime. Ce volume, consacré au Pembrokeshire, en est une preuve ; 
il contient tout ce qu'on peut désirer sur l'histoire et l'archéologie 
de ce comté. Il est pour la plus grande part l'œuvre de M.Edward 
Owen, auquel il fait grand honneur. Ce n'est pas la' première fois 
que le nom d'Owen se trouve attaché au Pembrokeshire. En 1603, 
parut la première partie d'une Description of Pembrokeshire, dont 
l'auteur était George Owen, de Henllys (15 5 2- 161 3). Les autres 
parties restèrent manuscrites. Mais l'ouvrage a été publié en 1892 
par M.Henry Owen pour la société des Cymmrodorion. 

Par une ironie de l'histoire, le Pembrokeshire, où la langue 
galloise est en majeure partie sortie de l'usage depuis plusieurs 
siècles, est un des plus gallois par l'antiquité des traditions et l'im- 
portance des monuments. Il comprend le siège épiscopal de 
Saint David, le plus ancien de la Principauté ; c'est-à-dire qu'au 
point de vue religieux, il a été longtemps le centre des aspirations 
du pays. Au point de vue des légendes, c'est en Pembroke, l'an- 
cien pays de Dyfed, qu'ont été localisés certains des récits conser- 
vés dans les Mabinogion : Pwyll tenait sa cour à Arberth (auj. 
Narberth). La disparition du gallois s'explique historiquement par 



Bibliographie y 203 

le grand nombre des invasions diverses que le comté a subies. 
La péninsule de Pembroke, faisant pointe dans la mer, attirait les 
visiteurs et les pirates étrangers. C'est là que les Irlandais eurent 
les établissements les plus anciens et les plus durables. C'est là 
que les Scandinaves exercèrent le plus de déprédations, comme 
on l'apprend par les Bruts, où il est souvent question des descentes 
de « Kenedl » dans le pays de Dyfed (v. notamment R. B. Br., 
II, 264). C'est là enfin que dès le début de la pénétration anglo- 
normande furent établis les bastions les plus solides en vue de la 
conquête définitive dn pays. C'est là que le roi Henri II installa 
uue colonie de Flamands qui y adoptèrent l'usage de l'anglais et 
contribuèrent à faire du pays ce qu'on a appelé « little England 
beyond Wales ». Pour toutes ces raisons, le Pembrokeshire offre 
l'histoire la plus variée; et comme il a conservé des monuments 
des différentes périodes de cette histoire, on peut dire que c'est 
pour l'historien et l'archéologue un des comtés les plus intéres- 
sants de la principauté. 

On y a trouvé des pierres taillées de l'époque paléolithique, des 
poteries et des armes de l'âge du bronze, des mégalithes, dont plu- 
sieurs dolmens sont parmi les plus beaux du Royaume-Uni. Bien 
mieux : la pierre dont sont faits les monuments de Stonehenge 
semble avoir été tirée des Prescelly Mountains, dont la chaîne 
s'étend à l'Est de Fishguard. De l'époque romaine datent des restes 
de forteresses et de constructions encore visibles. La trace des 
établissements irlandais se lit sur des inscriptions oghamiques qui 
comptent parmi les plus importantes, tandis que de nombreuses 
inscriptions latines témoignent de l'antiquité de la religion chré- 
tienne dans le pays. Comme monuments anglo-normands, les châ- 
teaux de Carew, de Manorbier, de Cilgerran, de Newport, de 
Pembroke montrent les ruines les plus imposantes. Et parmi les 
monuments religieux, il faut citer en premier lieu la cathédrale de 
Saint David, où se voit la tombe de Giraud de Cambrie, qui était 
né à Manorbier et fut recteur à Tenby. 

Ce court résumé donne une faible idée des richesses archéolo- 
giques du comté de Pembroke et de l'intérêt qu'il offre à l'histo- 
rien. L'ouvrage de la Royal Commission est composé sur un plan 
•géographique, c'est-à-dire qu'il énumère les paroisses l'une après 
l'autre dans l'ordre alphabétique en indiquant pour chacune d'elles 
les monuments qu'elles possèdent. Chacun de ces monuments fait 
l'objet d'une description et d'une étude détaillées, le tout superbe- 
ment illustré. Une substantielle introduction présente un exposé 
d'ensemble de l'histoire du pays par période. Il est un point sur 



204 Bibliographie. 

lequel l'auteur de cette introduction passe un peu vite. C'est celui 
qui touche aux relations du Pembrokeshire et de l'Irlande. Ces 
relations ont été fort importantes. L'arrivée des Dési, expulsés 
d'Irlande, qui fit donner au pays le nom de Moniu Deorum (v.J. 
Loth, R. Celt., XXXVII, 315) fut un grand événement historique et 
méritait d'être souligné. Ce ne sont pas seulement des récits 
irlandais qui nous renseignent sur cette invasion. On en trouve 
l'écho dans la Vie de Saint David (Rev. Celt., XL, 191) ; et- plu- 
sieurs/ noms de lieu, comme Cilgerran ou Llangolrhan en conser- 
vent visiblement la trace. Plusieurs des croix conservées dans le 
pays ont un aspect irlandais (v. p. 263). Et l'un des monuments 
les plus importants pour l'histoire des relations entre Irlande et 
Galles, la pierre qui porte l'inscription funéraire bilingue de 
Voteporix, si elle n'est pas dans les limites du Pembrokeshire, s'en 
trouve du moins toute voisine, à un mille et demi au Nord de 
Llandewi Velfrey (cf. Wade-Evans, Life of St David, p. 76). 
Quant aux établissements Scandinaves, dans un passage de sa 
magistrale Hislory of Wales, cité p. xxxjx, M J.Lloyd semble tenté 
d'en diminuer l'importance. En fait de nombreux noms de lieu en 
conservent la trace ; et, si l'on rencontre hors du Pembrokeshire 
Anglesey ou Swansea, cest en Pembrokeshire que se trouvent, 
plus ou moins déformés par l'anglais, Fishguard (gall. Aberguaun) 
et Gatholm, Hasguard et Haverford, Milford et Ramsey, Steynton 
et Tenby. L'étude des noms de lieu du Pembrokeshire est indis- 
pensable pour l'histoire des invasions qu'a subies le pays. Dans 
l'histoire galloise proprement dite, le Pembrokeshire occupe une 
place qu'on n'attendrait guère, à considérer sa position excentrique. 
D'âpres luttes s'y décidèrent. L'introduction contient quelques 
pages, qui semblent définitives, sur la localisation de Mynydd 
Carn, où eut lieu en 108 1 une fameuse bataille, qu'on a appelée 
le Hastings gallois (v. p. xliij-xlvj). 

I Vendryes. 



X 

Gaston Esnault, L'imagination populaire, Métaphores Occidentales, 
Essai sur les valeurs Imaginatives concrètes du français parlé en 
Basse-Bretagne comparé avec les patois, parlers techniques et argots 
français (thèse de doctorat es lettres présentée à la Faculté des 
Lettres de Paris). Paris, Presses Universitaires. 1925, 348 p. 8°. 

Il y a plus de douze ans que la Revue Celtique annonçait la thèse 



Bibliographie. 205 

de doctorat de M. G. Esnault(v. t. XXXIV, p. 102). Comme beau- 
coup d'autres travaux universitaires, cette thèse a souffert de la 
crise qui a bouleversé le monde. Il a fallu à l'auteur un rare cou- 
rage pour se recueillir et se remettre à la besogne après tant de 
préoccupations étrangères à la science que les circonstances lui 
imposaient. A vrai dire, la thèse qui lui a valu le grade de docteur 
n'est pas tout à fait celle que la Revue Celtique avait jadis annoncée. 
L'étude du français parlé en Basse-Bretagne reste un vaste et beau 
sujet pour le bretonisant qui voudra le traiter d'ensemble. 
M. G. Esnault s'est proposé seulement d'étudier les métaphores 
populaires usitées dans certaines parties de l'Ouest de la France et 
de tirer de cette étude des conclusions d'ordre sémantique. 

Le titre qu'il a donné à sa thèse n'est pas ce qu'elle a de meil- 
leur. Ce titre est à la fois compliqué, obscur et inexact. Il a été 
probablement inspirépar le désir d'étonner le lecteur et dépiquer 
sa curiosité. Le même désir explique certaines autres originalités 
qui ne sont guère plus heureuses. M. Esnault aimeà surprendre et 
à dérouter. La liste des abréviations qui aurait dû figurer en tête du 
volume, est insérée entre les corrigenda et les index ; elle est d'ail- 
leurs d'une complication qui en rend la consultation fort malaisée. La 
«préface » commence à là page 53 et vient après un long exposé de 
doctrine, au milieu duquel le lecteur a quelque peine à se recon- 
naître. Il y a plus grave encore. L'auteur s'est fait une langue et un 
style à lui. Il donne parfois aux mots usuels des sens nouveaux, 
il modifie la valeur des termes techniques les mieux établis, il se 
forge une nomenclature personnelle, souvent imprécise, et qui 
malheureusement semble parfois correspondre à un manque de 
précision de sa pensée. Pour dire les choses les plus simples il se 
torture l'esprit et en tire laborieusement des métaphores préten- 
tieuses et pédantesques. 

Cette manie, dira-t-on, est inoffensive. Cela dépend. Elle peut 
avoir l'inconvénient de rebuter le lecteur et de l'engager à fermer 
le livre ; ce qui serait un geste regrettable. Car l'ouvrage est un 
recueil très riche défaits intéressants et il offre beaucoup à prendre 
aux linguistes. M. Esnault est un fureteur ; il se tient à l'affût des 
mots rares et pittoresques, des expressions colorées qui naissentsur 
le terreau fécond du parler populaire. Il prend plaisir à les attraper, 
à les classer, à les épingler et il en fait des albums, dont sa thèse est 
un exemplaire d'une originalité incontestable. La division qu'il a 
adoptée est tirée des principaux motifs qui servent à former des 
métaphores, c'est-à-dire à la fois de la nature et de la société. Suc- 
cessivement il étale sous les yeux du lecteur les métaphores qui se 

14* 



2oé Bibliographie. 

rapportent à la vie animale ou végétale, à l'agriculture et à l'in- 
dustrie, à l'armée, à la marine, à la religion, etc. Tout cela est fort 
intéressant. 

Il ne faut cependant pas exagérer l'importance qu'ont pour le 
linguiste les collections de ce genre. On ne doit les utiliser qu'avec 
critique, parce qu'elles présentent un gros danger : c'est qu'on ne 
sait jamais au juste si la métaphore recueillie est un fait de langue, 
accepté comme tel par un groupe linguistique déterminé, ou bien 
la création éphémère d'un individu, artiste de génie ou simple 
loustic. La distinction est d'importance, car elle touche au pro- 
blème général du rôle de l'individu dans l'évolution linguistique, 
c'est-à-dire au problème de l'esthétique du langage. Ce problème 
dépasse évidemment le cadre que M. Esnault s'est tracé, et à plus 
forte raison celui de ce compte rendu. Mais il était nécessaire de 
l'indiquer, parce qu'il domine toutes les recherches du genre de 
celle-ci et qu'il y répand une équivoque dont lelecteur reste souvent 
fâcheusement impressionné. 

Il v a dans le livre une autre cause d'incertitude. C'est que 
malgré les indications de la préface (p. 56 et s.), les limites géo- 
graphiques de l'enquête sont des plus flottantes. On est souvent 
surpris que l'auteur donne comme occidentales beaucoup d'expres- 
sions qui sont employées dans diverses parties de la France.. En 
quoi des métaphores comme «avoir des mains de beurre » (p. 153), 
« se jeter (sur quelque chose) comme la misère sur le pauvre 
monde » (p. 224), « être près de ses pièces » (p. 225), et tant 
d'autres, sont-elles spécialement occidentales? On les entend aussi 
dans le Nord et dans l'Est. L'expression « avoir la vasivite » (pour 
la « diarrhée », p. 192) peut bien être lyonnaise ; mais on dit cou- 
ramment en Ile-de-France « avoir la vavite ». Il ne suffit pas qu'un 
tour ait été recueilli à Rennes ou à Brest pour être taxé d'occi- 
dental. 

Ce défaut serait peu grave en lui-même s'il n'en cachait un autre. 
Il y a une question qui hante l'esprit du lecteur pendant tout le 
cours de la lecture. Ces métaphores, qui sont présentées comme 
occidentales, révèlent-elles une mentalité particulière, celle des 
habitants de l'Ouest de la France et notamment celle des Bretons, 
puisqu'elles ont été recueillies surtout en Bretagne ? Cette question 
aussi est d'importance, et il ne semble pas que l'auteur ait cherché 
à la poser, sinon à la résoudre. Qu'on dise dans le breton des Côtes- 
du-Nord mont d'ar Roch » aller à la Roche » pour « ronfler », 
parce que ce verbese dit en breton roc' bal, voilà un fait linguistique 
étroitement localisé. Mais il ne révèle en rien une mentalité spé- 



Bibliographie. 207 

ciale. Car les jeux de mots tirés des noms propres géographiques 
sont répandus dans toute la France, et depuis fort longtemps : 
« aller à Niort « pour « nier », « aller à Mortagne » pour « mourir », 
« aller à Cachan » pour « se cacher» se disaient aux xvi c et 
xvu e siècles ; le dernier est employé dans le Roman bourgeois. Le 
précieux classement psychologique, que M. Esnault a placé en 
appendice à sa thèse (p. 301 et ss.), gagnerait beaucoup si on y 
trouvait des indications sur ce qui est général, humain au se§s le 
pluslarge, et ce qui est particulier à la province étudiée. L'emploi 
du nom générique « oiseau » pour désigner le « membre viril » est 
une singulière métaphore (p. 182), répandue dans bien d'autres 
pays que la Bretagne. Le fait qu'on y substitue en Bretagne des 
noms spécifiques particuliers (p. 302) n'a rien de spécialement 
breton. Les figures de Monsieur et Madame Pouliguen à Guérande 
(p. 81) ont des correspondants dans d'autres régions bretonnes : 
c'est à Vannes, Vannes et sa femme, à Malestroit, Malestroit et sa 
femme, deux figures grotesques sculptées au pignon d'une maison 
ou à l'angle d'un mur. Il est vraisemblable que le même usage se 
rencontre ailleurs qu'en Bretagne ; mais on aimerait être fixé sur 
ce point. 

Les questions de vocabulaire sont d'une extrême complication, 
parce qu'elles touchent à tous les détails de l'activité humaine. Il 
n'est pas étonnant que M. Esnault, malgré son érudition, sa minutie 
et sa subtilité, fasse parfois désirer à son lecteur plus qu'il ne lui 
donne. Mais ce qu'on désirerait surtout chez lui, c'est un esprit de 
synthèse qui de l'amas touffu des faits particuliers, dégagerait et 
mettrait en lumière des conclusions générales. 

J. Vendryes. 

XI 

Ferdinand Ewald, Die Entwicklung des K-Suffixes in den indogerma- 
nischen Sprachen. Heidelberg, Winter, 1924, vij-32 p. 8°. (Indo- 
germanische Bibliothek, III, 4). 

Cette brochure- décevra tous ceux qui la liront. Elle est d'une 
pauvreté rare et n'apporte ni un fait nouveau, ni une idée nouvelle. 
Les spécialistes seront choqués d'y rencontrer tant d'erreurs et de 
lacunes et regretteront qu'un beau sujet y ait été gâché. C'est 
apparemment le travail scolaire d'un débutant, et qui ne méritait 
pas d'être publié. 

11 s'en faut que l'auteur ait embrassé le développement du suffixe 
-k- en indo-européen. Ses exemples sont presque uniquement 



208 Bibliographie. 

empruntés au grec et au latin ; là où il ne se borne pas à reproduire 
des listes bien connues, sa doctrine est des moins sûres. Il donne 
p. 14 le lat. index comme présentant le développement d'un thème 
*deye- « lumière » au moyen du suffixe *-k- ; cela donne une idée 
de son sens historique. Sa compétence philologique ne vaut pas 
mieux. Il enseigne p. 11 que les adjectifs latins en -âx sont tirés 
de thèmes nominaux en -à-. En quoi il contredit l'enseignement 
mêm/ de Priscien (II, 140,7 Keil) : in -ax plerumque uerbalia inue- 
niuntur ab omni coniugatione . Il suffit de parcourir la liste des adjec- 
tifs en -âx dressée par Paucker (Vorarb., I, 45) pour constater cu'en 
grande majorité ces adjectifs sont tirés de thèmes verbaux. Comme 
la formation en est restée vivante pendant toute la latinité, on 
comprend que le suffixe ait été ajouté parfois à des thèmes nomi- 
naux : pugnàx de pugnâre pouvait sembler un dérivé de pugna. 
Mais cen'estlà qu'un cas exceptionnel (cf. F. Stolz, Hist. Gr., 521). 
Il est à peine question des langues celtiques, dont l'auteur ne 
semble pas avoir une connaissance directe (p. 24, gall. bydaf « nid 
de guêpes» est transformé en byd-of « Bienenstock »). Le suffixe 
-k- y est pourtant répandu, et dans des conditions assez semblables 
à celles où il apparaît en latin (v. Pedersen, Fgl.Gr., II, 29 et 98). 
Ainsi l'irlandais présente les mots suivants, noms de minéraux, 
d'animaux ou de plantes, etc. : ail f. « rocher, pierre » gén. 
ailech dat. ailig (et ail) ; lâir « jument « gén. lârach, nathir t. 
« serpent d'eau » gén. nalhrach ; dair (daur) « chêne » gén. darach 
(et daro), eô «if » gén. iuech Kingand Hermit 21, rail f. «chêne » 
gén. ralach L. L. 108 a 22, scé « épine » gén. sciacb L. U. 80 a 8; 
casair « grêle « gén. casrach (et casra) ; etc. En face de lat. latex 
« liquide », l'irlandais a le féminin lathach « boue ». Il convenait 
de rappeler ces exemples qui prouvent l'importance du suffixe en 
italoceltique. 

J. Vendryes. 

XII 

Frederik Muller Jzn [Professeur à l'Université de Leide], Altila- 
lisches Wàrterbuch. Gôttingen, Vandenhoeck und Ruprecht, 1926, 
vij-583 p. 8°. 

Les linguistes qui ont aujourd'hui dépassé la soixantaine se sen- 
tiront rajeunis en feuilletant ce gros ouvrage ; il leur rappellera le 
temps où le Vergleichendes Wôrterbuch d'August Fick leur servait de 
livre de chevet. Il se réclame en effet de la méthode qui prétendait 
à reconstituer le vocabulaire des peuples indo-européens aux époques 



Bibliographie. 209 

préhistoriques. Et il n'est pas indifférent d'apprendre que l'idée en 
a été inspirée à l'auteur par un des meilleurs disciples de Fick, 
Fritz Bechtel Sans doute, M. Frederik Muller est un philologue 
trop moderne et trop soucieux des réalités pour ne pas avoir été 
tenté d'appliquer dans un esprit nouveau les méthodes un peu 
vieillies de l'école de Fick. Cette école avait un grave défaut : elle 
sacrifiait trop au système et simplifiait à l'excès : la vie des choses, 
et même ce qu'on a appelé la vie des mots comptait peu pour elle. 
On trouvera au contraire dans l'ouvrage de M. Muller un souci 
constant d'indiquer l'état civil de chaque mot latin, la date où 
il apparaît, la postérité qu'il a laissée dans les langues romanes, 
les sens variés qu'il a reçus des circonstances où il fut employé. 
Mais l'idée première du livre est bien dans les traditions de Fick. 
Il s'agit du dictionnaire d'une langue reconstruite, et dont les mots 
sont rangés sous la forme que la reconstruction comporte avec 
indication des rapprochements comparatifs qui justifient la 
reconstrucrion. 

Il n'y a rien àdire ici de cette reconstruction. Elle est arbitraire, 
comme il est fatal, en ce sens d'abord que la forme donnée 
aux mots représente un vague état de langue, évidemment 
archaïque, mais d'époque indéterminée, et où les contradictions ne 
sont pas rares. Elle l'est aussi par le fait que bon nombre des 
mots enregistrés ne remontent peut-être pas, au moins sous la 
forme qui leur est donnée ici, à. la période de l'italique commun. 
Mais on ne s'arrêtera pas à ces critiques. Le plan étant adopté, il 
fallait se résigner aux conséquences qn'il entraîne et les accepter 
malgré leurs défauts. L'ouvrage est un essai intéressant de rajeunis- 
sement d'une vieille méthode, et par l'abondance de faits qu'il con- 
tient il rendra certainement des services. 

Sa principale nouveauté est de présenter le vocabulaire du groupe 
italique tout entier, c'est-à-dire de faire à l'osque et à l'ombrien la 
place qu'ils méritent à côté du latin. Ces deux dialectes, malgré la 
pauvreté du vocabulaire que nous en connaissons, conservent 
cependant quelques vieux mots du fonds italique commun ; on doit 
savoir gré à M. Muller de les mettre en valeur. Mais dans les rap- 
prochements établis avec les autres langues indo-européennes, les 
celtistes regretteront que les langues celtiques n'aient pas été mieux 
traitées. Il y a entre l'italique et le celtique des rapports de vocabu- 
laire qui méritaient d'être particulièrement soulignés. Le plus 
souvent, l'auteur se borne à ranger la forme celtique parmi celles 
des autres langues au milieu ou parfois même en queue de liste, 
alors qu'elle eût dû être placée en tête comme ayant avec la forme 

Revue Celtique, XLII1. 14 



2io Bibliographie. 

italique le rapport le plus étroit. Ainsi l'irlandais muin « cou » 
devait cire immédiatement rapproché demonlleQp. 274) et l'irlandais 
secb, gallois beb, de secus(p. 424) : le sens premier, commun à ces 
trois derniers mots, est « en dépassant, au delà de » tandis que le 
sanskrit sâcà, sàkâm a un sens assez différent. Sous *auos (p. 55) est 
bien cité bret. eontr, mais le rapport étroit du mot brittonique et 
du latin auonculus n'est pas marqué comme il convient (cf. Meillet, 
M. S. L., IX, 141). C'est par exception que l'auteur souligne un 
rapport de vocabulaire italo-celtique (ainsi p. 59 sous *badios ou 
p. 575 sous *ured-) ; le cas s'en présentait assez souvent (par 
ex. pour le nom de la « terre », p. 488). 

Il arrive même que les mots celtiques manquent, là où on les 
attendrait. L'auteur ne cite pas irl. âr à propos de ager, ni irl. 
comitgim à propos de fingô, ni irl. écen à propos de necesse, ni bret. 
anaoun à propos de animas. Il sépare loquor de irl. -tluchur (p. 230) 
et lai us de irl. letb (p. 451). Pourtant le parallélisme dans l'évo- 
lution de ces derniers mots (devenus tous deux prépositions, irl. 
le, la, franc. le\) semble indiquer une même origine ; et il n'est pas 
difficile de les ramener à un prototype commun : soit *let- e j s-, 
*l°t- e / -s avec une alternance comparable à celle de fiivOoc; et fïâOoç: 
ttévôo; et 7:a0oç. (Cf. avec vocalisme zéro, itizo; et TrÀii-oç); en 
latin même s'observe une alternance vocalique entre saxum (*sak- 
s-o-) et secespita. Il eût fallu aussi, sous *manus citer l'irlandais 
montar muinler, en même temps que le vieux allemand muni, v. 
isl. mund, et faire ressortir la valeur juridique du mot dans les trois 
dialectes. C'est un fait de civilisation des plus importants (cf. 
d'Arbois de Jubainville. R. Celt., XXV, 2 et ss.) Il est possible 
que le mot muinler ait subi dans son sens et même dans sa forme 
l'influence du latin monasterium (ou mieux monisteriuni). L'hypothèse 
de l'emprunt pur et simple est en tout cas impuissante à expliquer 
les sens variés de l'irlandais muinler, et surtout les sens les plus 
anciens. 

M. Muller n'a pas admis entre l'italique et le celtique certains 
rapprochements pourtant plausibles et que l'on peut préférer à 
ceux qu'il propose lui-même. Ainsi il ne dit rien, p. 125-126 de 
irl. duine sous bomô ou de dôini sous hûmânas (cf. R. Celt., XL, 
437), p. 164 de irl. dligim sous indulgërc (Jb., XL, 428), p. 43 de 
irl. ad sous ombrien arsmor (Jb., XXXV, 212), p. 512 de gall. 
dryll sous frustum, p. 122 de irl. accobor sous cupiô ombr. kubrar, 
etc. A propos de bellua, bëslia (p. 153) on devait attendre l'irlan- 
dais dâsacht « fureur » (en parlant d'un animal), dâslir prêter. 
rodàssed (L. IL, 63 a) « s'emporter, se mettre en fureur », dàsaim 



Bibliographie. 21 1 

« je rends fou » ; tous ces mots remontent à *dwâsià de *divostà- en 
alternance avec le radical *dhwêst- de l'italique et du germanique 
(m. h. a. getwâs « spectre, fantôme, revenant »). 

Ce n'est pas le lieu de discuter tous les points d'étymologie pro- 
prement latine sur lesquels on peut différer d'opinion avec M. Muller. 
Il suffira de quelques exemples. P. 69, l'explication qu'il donne de 
carmen, germen se heurte à de grosses difficultés. On ne voit pas 
pourquoi il rejette l'hypothèse de prototypes *can-men, *~gen-men; le 
passage de -?//«-à -rm- à l'intérieur des mots est d'un type connu 
par ailleurs (cf. en comique dremas de *der-mas, *den-mas, « bon- 
homme » R. Celt., XXXIV, 17e, ou breton premoch de per-moc'b, 
pen-moch « porc »,i?. Celt., XXXV, 28). P. 286, le grec vi'Çoj est 
rangé sous *neideiô est rattaché au latin renïdeô ; on est tenté d'en 
appeler de M. Muller latiniste à M. Muller helléniste. L'étymologie 
de v;Çw donnée dans le Grieksch IVoordenboek du même auteur « 
parait encore la meilleure. — P. 237, il a échappé à M. Muller que 
M. Cuny a reconnu une forme empruntée à l'ombrien vesklu dans 
un passage de Plaute (Trin. 888) ; l'hypothèse est ingénieuse et 
méritait une mention (cf. Rev. Et. Ane, XVIII, 248). 

La partie celtique du livre aurait eu parfois besoin de la révision 
d'un spécialiste. P. 151, v. tri. to-ucc-, ro-ucc- est rangé sous *deukô. 
Cela ne va pas tout seul. L'hypothèse que lat. dùcô contiendrait un 
d- préverbial ou, comme dit M. Muller, a préformatif » ne peut en 
tout cas se rapporter qu'au préindo-européen ; car l'existence en indo- 
européen d'une racine *deuk- «tirer, mener » est suffisamment établie 
par la comparaison de lat. dùcô, got. tiuhan, gall. dygaf, et pro- 
bablement gr. oa'.o'jffTEffflz'.. D'autre part, l'irlandais lo-ucc- au sens 
de « comprendre », comme M. Meillet l'a montré (R. Celt., XXIV, 
171), doit-être rapproché de arm. usanim, « j'apprends », v. si. 
wyknoti « apprendre », got. biubts « accoutumé à », lit. jùnkstu«. je 
m'accoutume » ; c'est un thème de présent à nasale qui n'a rien à 
faire avec lat. dùcô etc., ni pour la forme, ni pour le sens. Seulement 
le celtique présente cette particularité que les types radicaux *deuk- 
tt*Lo-unk-y ont été confondus, de telle sorte que dans la flexion du 
verbe irlandais signifiant « porter », berim, des formes de type -ucc- 
ont été introduites par supplétisme ; et qu'inversement le verbe 

1. C est une occasion de recommander publiquement cet excellent livre-, 
un des meilleurs dictionnaires grecs qui existent ; il vient d'en paraître une 
2e édition corrigée. Sous un format des plus commodes, il contient tous les 
renseignements philologiques et linguistiques qu'on peut désirer. Après plu- 
sieurs années d'un emploi constant, un Français ne peut lui reconnaître 
qu'un défaut, c'est d'être écrit en hollandais. Une édition française de ce 
dictionnaire serait vraiment souhaitable. 



212 Bibliographie. 

qui signifie « comprendre », do uccim, présente en vieil irlandais un 
infinitif tabart (Ml. 42 c 13 et 44 d 6), emprunté à la racine de 
berim. La confusion a dû partir du composé *to-ber- qui au sens de 
« apporter, amener» se trouvait en synonymie axec*deuk-. On est 
passé de *deuk- à *to-ukk-, d'où le thème *ukk- est entré dans la 
flexion du simple berim. Comment cela s'est-il fait ? Il est difficile 
de le dire exactement, car l'accident est fort ancien. On ne peut 
l'expliquer seulement par l'influence du type *to-ukk- « comprendre » 
sémantiquement assez lointain. Il est permis de penser que l'inter- 
médiaire essentiel a dû être un type *dukk- forme à géminée de la 
racine *deuk-. Le sens se prête assez à une formation expressive de 
ce genre; et on sait par ailleurs combien la gémination est un pro- 
cédé fréquent du vocabulaire celtique. Un impératif *duic (de *dukke) 
« amène » aurait été changé en tuic comme s'il contenait le préverbe 
to ; et un prétérit do uc -tue, do uesat -tuscat, etc., en aurait été tiré. 
Quant aux formes brittoniques m. gall. goruc « il a fait », gall. 
amygaf « je combats, je détends », bret. amouka « tarder » que 
M. Pedersen rattache à irl. do ucc, elles en sont assez éloignées 
pour le sens et même pour la forme. La flexion de amygaf est évi- 
demment modelée sur celle de dygaf, mais cela n'implique pas 
identité radicale (cf. J. Morris-Jones, Welsh Gr., 371). — P. 400, 
est cité un verbe irlandais saigim « je dis » ; ce verbe n'existe pas 
(cf. Pedersen, Vgl. Gr., II, 606). — P. 423, sont citées les formes 
sétaim, fétaim d'un verbe irlandais signifiant «je puis », lequel verbe 
est rattaché à une racine indo-européenne *swen-. Il y a là une série 
de méprises. Le verbe fétaim n'existe qu'en irlandais moderne (jè- 
adaim); il est issu d'un ancien composé de type éla-, sur lequel on 
consultera Thumeysen, Hdb., p. 329 et Pedersen, Vgl.Gr., II, 638. 
Un verbe sétaim n'existe pas. Il n'existe qu'une locution issétir, 
comme l'a montré M. Thurneysen, qui y voit avec raison un subs- 
tantif au génitif singulier (Z. f. Celt. PbiL, XI, 310 et s.) '. — 
P. 15 3, à propos du celtique dusius, manque un renvoi à J. Loth R. 
Celt. XXXVI, 63 et à propos du gallois gogofz]. Loth, Arch. Celt. 
Lex., III, 259. — P. 153, à propos de lat. bortus, il convient de 
signaler que le brittonique possède à la fois une forme en *-to- et 
une forme en *-dho- : gall. garth et gardd (cf. R. Celt., XXXIV, 
143 et XXXVI, 174). La forme gardd est ancienne; elle se litB.B. 
C, p. 49, 2 Ev. : heb art in y cbilchiu « sans clôture autour de lui ». 

J. Vendryes. 

1. Ce substantif figure dans le texte édité ci-dessus par M llc Sjœstedt, 
p. 52, 1. 31 : a seitir « leur capacité, leur force, leur pouvoir». 



CHRONIQUE 



Sommaire. I. Mélanges offerts à M. Ferdinand Lot. — II. Festschrift 
L. Gauchat. — III. Thèses de doctorat de M lle M. L. Sjcestedt. — IV. 
Statistique de la langue galloise en Galles. — V. Le problème du bilin- 
guisme. — VI. Actes du Congrès d'histoire des religions de 1923. — 
VIL Les fouilles de Glozel (Allier). — VIII. Anciennes relations entre 
l'Irlande et la péninsule ibérique. — IX. Ephémérides d'Alesia par 
M. S. Reinach. — X. Pro Nervia et les marques de potiers de Bavay. — 
XL Le système des poids chez les Germains, d'après M. Marstrander. — 
XII. Un livre de M. Devoto sur la phonétique latine. — XIII. L'ac- 
centuation des mots grecs en latin. — XIV. M. BertolJi et les noms 
dumvrtille. — XV. L'identification de Blcheris ou Bréri, par M. Loo- 
mis. — XVI. Suite de l'édition deGerbert de Montreuil par le D r Marv 
Williams. — XVII. Extraits de Keating par M. O. Bergin. — XVIII. 
Poèmes irlandais inédits par le même. — XIX. Réflexions du 
P. Lehmacher sur la langue irlandaise. — XX. Chansons populaires de 
l'île de Man. — XXL Le passé et l'avenir de l'archéologie irlandaise 
d'après M. Macalister. — XXII. Un cas de mélange de grammaires, par 
M. Sommerfelt. — XXIII. Traductions du français en gallois par 
M. Hudson Williams. — XXIV. La vie la plus ancienne de Saint Coren- 
tin. — XXV. L'onomastique du Cap Sizun. — XXVI. L'histoire de la 
langue française de M. Brunot, t. VIL — XXVII. Livres nouveaux. 



I 

Le 30 décembre 1925, dans une salle de l'École des Hautes- 
Études, une cérémonie touchante réunissait autour de M. Ferdi- 
nand Lot une foule compacte d'amis et d'élèves. Il s'agissait 
d'offrir au maître des études médiévales un volume de Mélanges '. 

:. Mélanges d'histoire du Moyen âge offerts à M. Ferdinand Lot par ses 
amis et ses élèves. Paris, Champion, 1925, xlj-770 p. 8°, avec quatorze 
planches hors texte, 125 fr. 



214 Chronique. 

La cérémonie était présidée par M. Meillet, président de la section 
historique et philologique de l'Ecole des Hautes-Études. Outre le 
discours de M. Meillet, on entendit M. Béniont, M. Ganshof, 
M. Fawtier, et M. Lot lui-même, qui dans une improvisation 
charmante exposa l'histoire critique de sa vie et fit son examen de 
conscience de professeur et de savant. Les Mélanges Ferdinand Lot 
ne contiennent que de l'histoire du moyen âge, mais de l'histoire 
entendue au sens le plus large, c'est-à-dire comprenant aussi la 
littérature, et en un mot toute la civilisation. L'auteur des Derniers 
Carolingiens et du Règne de Hughes Capet n'est-il pas en même 
temps celui du Lancelot en prose ? L'ancien élève de Fustel de Cou- 
langes et d'Arthur Giry n'a-t-il pas aussi écouté les leçons de 
Paul Meyer et de Gaston Paris ? Même, par une initiative qui ne 
fut pas assez suivie, il ne dédaigna pas de suivre l'enseignement 
de d'Arbois de Jubainville et de M. Gaidoz ; il collabora au Cours 
de Littérature celtique et il affirma dans plusieurs travaux sa compé- 
tence en matière celtique. A ses yeux, on n'a jamais de la littéra- 
ture française du moyen âge qu'une connaissance incomplète, si 
l'on n'est pas capable de remonter soi-même aux sources qui sont 
de l'autre côté du détroit. La bibliographie qu'ont dressée 
MM. Halphen et Fawtier en tête du volume montre la variété des 
talents et des curiosités du donataire. 

Le celtique n'est pas absent de ce volume. M. Bémont y a donné 
un joli article (p. 41-54), où il défend l'authenticité de la bulle 
Laudabiliter (cf. Rev. Celt.,XL, 225). M. Fawtier, poursuivant ses 
études critiques sur la Bretagne armoricaine, exprime dans un 
article subtil les doutes que lui inspire l'historien Ingomar (p. 181- 
204). M. Merlet étudie p. 549-562 l'origine de la famille des 
Bérenger, comtes de Rennes et ducs de Bretagne. Enfin, un der- 
nier article, signé du rédacteur de cette chronique, est consacré à 
Pharamond dans la tradition irlandaise (p. 743-767). C'est la par- 
ticipation d'un profane. Elle a une double excuse ; en plus d'un 
témoignage d'amitié, elle est un acte de reconnaissance pour la 
place que M. Ferdinand Lot a prise dans le petit groupe des cel- 
tistes français. 

II 

L'année 1926 a vu paraître un beau volume de Mélanges offert 
au Professeur Louis Gauchat, de Berne, par ses amis et élèves de 
la Suisse (Festschrifl Louis Gauchat, Aarau, Sauerlânder, xviij- 
522 pages 8°). Les collaborateurs ont naturellement fait porter leur 



Chronique. 2 1 5 

contribution sur des questions de philologie ou de littérature 
romane. Ce n'est pas à dire que les celtistes ne puissent çà et là 
tirer de l'ouvrage un grand profit. M. Bally, Sphère personnelle et 
solidarité (p. 68-78), donne un nouveau modèle de ces pénétrantes 
études où il analyse si finement la syntaxe du français moderne. 
Partant de la notion de sphère personnelle, qui comprend les choses 
ou les êtres associés à la personne, il en dégage la notion de soli- 
darité ou de participation et il montre comment l'une et l'autre 
s'expriment dans diverses langues indo-européennes, et notam- 
ment en français. L'expression en paraît souvent capricieuse. 
C'est qu'elle est sujette à des renouvellements fréquents. Il faut 
avoir bien soin de distinguer les tours consacrés par l'habitude, qui 
survivent d'une expressivité antérieure, et ceux qui viennent d'être 
créés par un besoin de renouvellement de l'expression. Quiconque 
a pratiqué les ouvrages de M. Bally imagine sans peine combien- 
de fines et délicates remarques il y a à tirer de son joli article ! 
Distinction de l'article et du possessif dans : baisser la yeux, fermer 
la bouche, tourner la tête, donner la main et dans veux-tu baisser tes 
yeux ! ferme donc la bouche ! ne tourne pas ta tète ! donne-moi ta 
main ! Le premier tour forme une locution stéréotypée symbo- 
lisant un acte subjectif et instinctif; le second tour implique une 
participation moins étroite et par suite un effort volontaire accompli 
sur l'objet (p. 72). Il est question p. 73 de la différence du pro- 
nom personnel et de la personne désignée par un substantif dans 
des cas comme : on lui court après, on court après le voleur ; on lui 
tombe dessus, on tombe sur F ennemi. En fait, l'opposition n'est pas 
entre ces deux tours ; mais, dans le cas du pronom, entre : on 
court après lui et on lui court après, on lui tombe dessus et on tombe 
sur lui. Et il s'agit d'une opposition entre la langue littéraire et 1 
langue parlée. Cette dernière, qui tend à faire un tout du groupe 
verbe -)- adverbe (crier après, marcher dessus), donne à ce tout un 
régime pronominal à la place ordinaire : on te crie après, tu me 
marches dessus. Mais quand le régime est un subtantif, cette cons- 
truction est impossible et le tour ancien subsiste : on crie après le 
roi, tu marches sur mon frère. Il est vrai que la langue populaire a 
toujours la ressource de dire : Le roi, on lui crie après ; mon frère, 
tu lui marches dessus. 

M. Max Niedermann étudie, p. 40-51, des cas d'épenthèse de r 
en roman. Suivant une explication dont il a déjà donné la for- 
mule (Indog. An^., XVIII, 75), après M. Behrens (Z. /. rom. Phil., 
XI V, 367) et en même temps que M. Gauchat lui-même (Mélanges 
Chabaneau, Roman. Forsch., XXIII, 871 et ss.), il ramène ces cas 



216 Chronique. 

d'épenthèse à des faitsde dissimulation consécutifs à une production 
de phonème par assimilation. Type : lat. tab(ii)la devenant *tlabla 
d'où franco-prov. Irabla ; ou, en sens inverse, gr. ancien [ÏX-Itov 
devenant *pX;tXov d'où gr. mod. [iXitio. M. Niedermann donne de 
chacun de ces types des exemples nombreux tirés des langues 
romanes. On peut être tenté de faire une distinction entre les 
deux. Le premier est un fait d'anticipation, dont le processus pho- 
nétique est bien connu. Le second se ramène souvent à un phé- 
nomène morphologique de changement (ou d'addition) de sut- 
fixe. Les langues celtiques en fournissent maint exemple, que l'on 
trouvera mentionnés dans la Vergl. Gr. de M. Pedersen t. I, 
p. 332 (avec des additions, R. Celt., XXXI, p. 5 15). 

Un article qui touche de plus près au celtique est celui de 
M. J. U. Hubschmied (p. 435-438). 

. Il existait en celtique des suffixes *-k u 'i- *-h u o- ou *-k lv â-, qui 
sont régulièrement conservés en brittonique sous la forme *-pi-, 
*-po-ou*-pâ- (cf. Pedersen, Vgl. Gr., II, p. 33). M. J. U. Hub- 
schmied étudie quelques mots gaulois qui lui paraissent contenir 
ces suffixes : 

*kassipà (*kossipâ), de *kaksipâ(*koksipâ) « objet foulé aux pieds » 
(radical *koksd « pied »). De là seraient tirés une série de mots 
romans de type kospa, kaspa, gaspa désignant le marc de raisin. 

*pelpâ « tournant » (de la racine *k w el-), conservé dans le nom 
de lieu Beîp, près de Berne, anc. Pelpa ou Perpa (Cartulaire de 
Lausanne, an 1228). Le mot a été traduit en alémanique sous la 
forme kir. De là le nom de lieu Kebrsati (Satz = terrasse), porté 
par un hameau de la commune de Belp. 

*wospâ (d'où *waspa) et *wespâ « pâturage », tirés de la racine 
*wes- « se nourrir, manger » (cf. Rev. Celt., t. XXXV, p. 89) ; il y 
en a des représentants en roman : d'un côté normand gàpe 
v résidu de battage servant à nourrir le bétail », d'où fr. dial. gas- 
pailles « ce que le van jette à terre » et ^gaspilles (d'où le verbe 
gaspiller}; de l'autre, Vespia nom ancien (attesté en 1 100) de la 
ville de Viège, ail. Visp en Valais. 

*alpa- ou *alpi- « pâturage », de la racine *al- synonyme de 
*wes- ; c'est de là que le nom des Alpes serait tiré. 

III 

L'édition du Forbuis Dr orna Damgaire, par laquelle débute le 
présent fascicule de la Revue Celtique, a servi à M lle Sjœstedt de 
thèse complémentaire pour l'obtention du grade de docteur es 



Chronique. 217 

lettres. La thèse principale roulait sur un sujet de linguistique, 
l'Aspect verbal et les formations à affixe nasal en celtique. Il en sera 
rendu compte dans un prochain fascicule. La soutenance des deux 
thèses a eu lieu en Sorbonne le 12 juin 192e devant un jury com- 
posé de MM. J. Loth, A. Meillet, J. Marx, A. Ernout, J. Bloch et 
J. Vendryes. La candidate a obtenu à l'unanimité la mention très 
honorable. 

IV 

On nous communique les résultats du- recensement de 1921 en 
ce qui concerne l'état linguistique du Pays de Galles (y compris le 
Monmouthshire). Nous les reproduisons ci-dessous en un tableau 
par comté. La première colonne donne le chiffre global de la popu- 
lation ; la seconde le chiffre de la population au-dessus de trois 
ans, sur lequel repose la répartition linguistique. Viennent ensuite 
dans les colonnes 3 et 4 les chiffres de la population ne parlant que 
gallois, et ceux de la population parlant anglais et gallois ; les deux 
sont additionnés dans la colonne 5 qui donne le chiffre global des 
individus parlant gallois. Enfin, la colonne 6 contient les chiffres 
de la population qui ne parle qu'anglais, et la colonne 7 ceux de 
la population au-dessus de 3 ans sur laquelle aucun renseignement 
linguistique n'a été fourni. 

Population Population Ne Parlant Total de Ne Population 

totale an-dessus parlant anglais la ffarlant non 

de } ans que et population qu' recensée 

gallois gallois parlant anglais pour la 

gallois langue 

Anglesey S 1 -744 48.877 15.202 26.479 41.681 5-752 1.444 

Carnarvon i3°-975 124.960 32.774 61.199 93-973 28.974 2.013 

Merioneth. . . . . 45.087 42.806 12.743 22.557 35-3°° 6.547 959 

Montgomery . . . 51.263 48.396 4.324 16.216 20.540 26.826 1.030 

Denbigh 154.842 145.939 12.470 58.778 71.248 68.725 5.966 

Flint 106.617 100.361 2.366 30.872 33.238 61.497 5.626 

Brecon 61.222 57.640 2.626 19.004 21.630 32.821 3.189 

Radnor 23.517 22.313 103 1.291 1.394 20.097 822 

Cardigan 60.831 58.010 15.297 32.752 48.049 7305 2.656 

Carmarthen. . . . 175.073 164.319 27.158 108.886 136.044 24.839 3.436 

Pembroke 9 x -978 86.423 5.079 21.345 26.424 57895 2.104 

Glarnorgan . . . . r. 252.481 1.1(67.969 25.827 346.725 372.552 753.816 41 .601 

Monmouth 450.794 423.875 1.047 26.081 27.128 387.776 8.971 

Totaux.. . 2.656.434 2.491.888 157.016 772.185 929.201 1.482.870 79 817 



218 Chronique. 

Si l'on compare ces résultats avec ceux du recensement de 1901, 
tels qu'ils figurent dans la brochure de J. E. Southall, tbe Welsh 
Languaoc Census oj 1901 (Newport, 1904, 60 p. 8°, with a colou- 
red map of Wales, 6 d.), on constate d'abord que la population 
ne parlant que gallois a fortement diminué. Elle atteignait encore 
le chiffre de 280.985 en 1901 ; elle n'est plus en 1921 que de 
157.016. Si l'on tient compte des bilingues, on constate que le 
parler gallois se maintient à peu prés stationnaire, toutefois avec 
une légère tendance à décroître. De 1891 à 1901 se marquait une 
tendance inverse, puisque la population parlant gallois atteignait 
en 1901 un total de 929.824 individus contre 898.914 en 1 891. Il 
est instructif de suivre par comté les fluctuations du parler gallois 
de 1891 à 1921. En voici les chiffres : 



Anglesey. 

Carnarvon 

Merioneth 

iMontgomery 

Denbigh. 

Flint 

Brecon 

Radnor 

Cardigan 

Carmarthen 

Pembroke 

Glamorg.ni 

Monmouth 

Pour être exactement interprétés, ces chiffres doivent être d'abord 
rapportés à ceux de la population globale du pays. On s'aperçoit 
alors que le gallois décroît sérieusement. La population de la prin- 
cipauté a en effet beaucoup augmenté, passant de 1. 771. 174 en 
1891 à 1.864.696 en 1901 pour atteindre en 1921 2.656.434: Cette 
augmentation n'est due qu'en partie à la natalité ; elle résulte sur- 
tout de l'immigration, l'industrie galloise attirant à elle un nombre 
croissant de travailleurs étrangers au pays. Les statistiques 
accusent d'ailleurs d'assez torts déplacements de population entre 
les divers comtés ; c'est ainsi que visiblement les comtés ruraux 
tendent à se dépeupler au profit des centres industriels, surtout 
miniers. Ces conditions sont peu favorables au maintien du gal- 
lois, qui se trouve plus exposé à l'action destructive de l'anglais et 
moins capable de s'en défendre. 



1891 


1901 


1921 


30.021 


43-554 


41.681 


105 .771 


105 . 301 


93-973 


57- 157 


42.755 


35-300 


31.856 


24.341 


20.540 


71.322 


75.604 


71 .248 


27.021 


37.290 


33 238 


18.689 


23.119 


21.630 


987 


1 . 360 


1-394 


77-751 


55.638 


48.049 


99.028 


1 1 3 • 947 


136.044 


24. I7 1 


28.333 


26.424 


316.071 


344.892 


372.552 


39.069 


35.690 


27. 128 



Chronique. 219 



Le problème du bilinguisme est un des plus délicats de la lin- 
guistique; il a un côté théorique et un côté pratique, c'est-à-dire 
qu'il intéresse à la fois l'historien et le pédagogue. C'est au point 
de vue pédagogique, « educational » comme on dit en anglais, que 
se sont surtout placés les auteurs d'un petit livre publié en 1924 à 
Wrexham (librairie Hughes and Son, 112 p. in-12, 2 s. éd.), sous 
le titre The bi lingual problem, a Study based upon experiments and 
observations in Wales. Ces auteurs sont au nombre de trois, 
M.D.J. Saer, M. Frank Smith et M. John Hughes. Le premier a 
déjà été mentionné dans la Revue Celtique, comme l'auteur de The 
Story of Cardiganshire, (t. XXXIII, p. 122). 

Le principal intérêt de leur ouvrage est qu'ils se sont résolument 
placés sur le terrain de l'expérience et des faits. Ils sont partis des 
données statistiques relatives au langage pour tracer la courbe de 
la décadence du gallois depuis le début du xx e siècle. Pour le 
recensement de 1921, les chiffres qu'ils ont eus à leur disposition, 
et qui étaient des chiffres provisoires, diffèrent légèrement de ceux 
qui ont été reproduits ci-dessus d'après les documents officiels. 
Mais cela ne modifie guère les conclusions qu'on en peut tirer. Le 
gallois perd du terrain ; c'est un fait incontestable ; et le nombre 
des individus qui ne parlent que gallois diminue si rapidement 
qu'on peut prévoir un moment prochain où tous ceux qui parle- 
ront gallois seront bilingues. Cela crée au gallois une situation à 
part, qui réclame toute l'attention des autorités scolaires. La ques- 
tion est de savoir comment doit être donné l'enseignement des 
deux langues. Faut-il dès le début les faire apprendre conjoin- 
tement toutes les deux et donner à l'école les éléments de l'une aux 
enfants qui chez eux ne parlent que l'autre ? ou bien y a-t-il 
intérêt à pousser l'étude de l'une pour remettre à un âge plus 
avancé l'apprentissage de l'autre ? Les auteurs ont institué des 
enquêtes sur les effets du bilinguisme, quant au développement 
intellectuel des enfants ; et ils en publient les résultats, qui sont 
assez inattendus. Le principal est que les enfants monoglottes se 
développent plus rapidement et mieux que les bilingues. Aussi les 
auteurs concluent-ils en proposant de ne faire apprendre aux 
enfants qu'une seule langue (l'anglais ou le gallois) jusqu'à l'âge 
de neuf ans. C'est alors seulement que devrait commencer l'appren- 
tissage de la seconde langue, et par la méthode directe. On dis- 
cutera sans doute leurs conclusions; on discutera surtout les expé- 



220 Chronique. 

riences qui les y ont conduits. Il est certain que l'usage des tests, 
tels que le pratiquent certains psychologues, laisse souvent à désirer ; 
on ne doit en tirer de conclusions qu'avec la plus grande prudence. 
Mais la discussion reste ouverte. Le témoignage que les auteurs de 
ce petit livre versent aux débats mérite en tout cas une attentive 
considération. 

VI 

Il s'est tenu à Paris au mois d'octobre 1923 un congrès d'histoire 
des religions, sous les auspices de la Société Ernest Renan. En se 
faisant connaître au- monde savant par une initiative des plus 
fécondes, cette société accomplissait un acte de piété envers son 
patron, dont on célébrait la même année le centenaire (cf. Rev. 
Celt., XL, 205). Les Actes du Congrès ont paru à Paris chez l'édi- 
teur Champion en 1925. Ils forment deux forts volumes de 519 et 
466 pages grand 8°, avec figures et 2 planches hors texte. Le prix 
en est de 125 fr. 

Le Congrès comprenait douze sections dont la neuvième avait 
dans son apanage la religion des Celtes. C'est à cette section que 
M. Czarnowski présenta le travail sur l'arbre d'Esus et le culte des 
voies fluviales en Gaule, publié depuis dans la Revue Celtique, 
t. XLII, p. 1-57. Les Actes du Congrès n'en contiennent qu'un 
résumé fort bref, t. II, p. 163. Une communication de M. G. Poisson 
sur les influences ethniques dans la religion irlandaise n'est éga- 
lement donnée qu'en résumé dans les Actes (t. II, p. 208). En 
revanche on y trouvera au complet la communication de 
M. Albert Bayet sur les sacrifices humains en Gaule (t. II, p. 178- 
198). L'auteur y discute les textes sur lesquels on s'appuie d'ordi- 
naire pour prouver l'existence en Gaule de sacrifices humains ; il 
leur dénie à peu près toute valeur et conclut que si les Gaulois, 
comme d'autres peuples, ont parfois immolé des victimes, la répu- 
tation de férocité qu'on leur a faite provient de légendes hostiles et 
est démesurément exagérée. L'auteur paraît surtout préoccupé 
d'ôter tout caractère rituel ou religieux aux meurtres dont il accepte 
la véracité. Il est regrettable que dans son étude il ait complètement 
négligé ce que nous savons des Celtes insulaires et notamment de 
ceux d'Irlande. Une cite même pas le beau travail de M.F.N. Robin- 
son, que la Revue Celtiques analysé, t. XXXIV, p. 470. 

Le celtique est touché çà et là dans quelques autres mémoires 
présentés au Congrès. Ainsi, à la page 152 du tome I er des Actes, 
on trouvera un article où M. van Genne.p rattache le culte de 



Chronique. 221 

Saint Antoine, tel qu'il existe aujourd'hui en certaines parties de 
la Savoie, au culte gallo-romain de la déesse Epona et du dieu 
Mullo (Mars Mullo). Le culte actuel de Saint Antoine dans cette 
région est en effet celui d'un protecteur des chevaux, ânes et 
mulets ; il y aurait dans les cérémonies encore en usage lors de la 
fête du saint des restes d'un vieux rituel gaulois. 

A la page 238 du même tome 1 er , M. P. Saintyves, expliquant 
le mythe de Josué par la méthode comparative, rappelle l'anecdote 
de la vie de Saint Fechin, où le saint « arrête» le soleil pour per- 
mettre à quelques-uns de ses moines, fatigués par une longue 
marche, de rentrer au monastère avant la nuit. M. Saintyves ne 
connaît ce miracle que par Bugatta, dont l'ouvrage, Admiranda 
orbis Cbristiani, date de 1695. Il fallait renvoyer à l'édition des 
Vilae Sanctoriim Hiberniae, de noire savant collaborateur C. Plum- 
mer, t. II, p. 83, § xx. 

VII 

Il se fait quelque bruit depuis plusieurs mois dans le monde des 
archéologues au sujet de trouvailles provenant de Glozel, commune 
de Ferrières-sur-Sichon, département de l'Allier. Il s'en fera plus 
encore, quand ces trouvailles seront connues davantage, surtout si 
les fouilles continuent à être aussi fructueuses qu'elles l'ont été 
jusqu'ici. 

Le i cf mars 1924, un cultivateur de Glozel, M. Emile Fradin, 
en labourant un champ, mit au jour deux petites briques à cupules 
qui attirèrent son attention. Des recherches immédiatement entre- 
prises firent découvrir une longue fosse ovalaire, dont le fond était 
constitué de seize grandes dalles cuites portant de nombreuses 
empreintes digitales. Poursuivies sur les indications d'une institu- 
trice du pays, M lle Picandet, puis d'un instituteur d'une commune 
voisine, M. Clément, les fouilles devinrent méthodiques lorsque 
M. le D r Morlet, de Vichy, en eut pris la direction, au mois d'avril 
1925. Elles ont amené la découverte d'objets fort variés de l'in- 
dustrie préhistorique, parmi lesquels des haches, des tranchets, 
une erminette, un aiguisoir, des maillets, des instruments agricoles, 
une palette à cupule et un timbre matrice avec dépôt d'ocre pour 
peinture corporelle, diverses poteries avec ou sans décor, des 
briques à empreintes de mains, des lampes en argile, des cornes 
sacrées en pierre, des idoles à type viril, des polissoirs à main 
galets perforés, des anneaux en schiste, des flèches et des harpj.... 
en pierre et en bois de cerf, enfin un atelier complet de verroterie. 



222 Chronique. 

L'importance d'un pareil ensemble est assurément considérable; 
mais l'auteur de cette chronique laisse à de plus compétents le soin 
d'en apprécier la valeur. Aussi bien, le principal intérêt de la trou- 
vaille n'est-il pas là ; ce qui assure à la station de Glozel la plus 
grande part de sa célébrité, ce sont les documents a écrits » 
qu'elle a fournis. En plus de tous les objets précités, les fouilles 
ont en effet mis au jour trente-cinq tablettes d'argile portant des 
inscriptions ! C'est une découverte sensationnelle '. 

Sur la portée de cette découverte, les sentiments ont été dès le 
début et restent encore très partagés. Certains ont mis en doute 
l'authenticité des objets trouvés et conseillé le scepticisme. Mais le 
scepticisme est une attitude vaine s'il n'inspire pas le doute métho- 
dique d'où naît la recherche de la vérité. Des savants qualifiés, qui 
ont pris la peine de se rendre sur les lieux pour contrôler l'exé- 
cution des fouilles, en garantissent sans hésiter les résultats. 

L'explication des caractères gravés sur les tablettes de Glozel a 
été cherchée déjà dans les voies les plus diverses. Pour les uns, il 
s'agirait de tablettes magiques du temps des empereurs romains, 
et l'écriture devrait pouvoir en être déchiffrée avec un peu de patience 
et de soin. Mais cela n'explique pas la présence de ces tablettes dans 
une station dont l'outillage est néolithique. Pour d'autresau contraire, 
on aurait à faire à une écriture contemporaine de l'âge du renne ; 
une des inscriptions de Glozel figure en effet sur un galet où est 
représenté un renne ; il faut donc croire que cette écriture était en 
usage à une époque où le renne n'avait pas encore quitté le centre 
de l'Europe pour se retirer vers les régions boréales. Mais cette 
époque est singulièrement lointaine, au dire des préhistoriens, et 
on est un peu effrayé des conclusions où ce raisonnement conduit. 

Quelle que soit l'explication de la présence du renne sur un 

i. Voici dans l'ordre chronologique les publications auxquelles les fouilles 
de Glozel ont donné lieu jusqu'ici : 

D r A. Morlet et Emile Fradin, Nouvelle station néolithique (i er fascicule) 
Vichy, imprimerie Octave Belin, 1925, 54 pages (avec 54 illustrations); 

Les mêmes, Nouvelle station néolithique, L'alphabet de Glozel (2 e fascicule), 
Vichy, Octave Belin, 1926, 24 pages (avec 20 illustrations); 

Les mêmes, Nouvelle station néolithique, le Glo^elien (3e fascicule), Vichy, 
imprimerie Wallon, 1926, 54 pages (avec 58 illustrations); 

D r A. Morlet, Invention et diffusion de Valphabet néolithique, Paris, extrait 
du Mercure de France, numéro du I er avril 1926 ; 

D r A. Morlet, L'alphabet néolithique de Glozel et ses ascendances, Paris, 
extrait du Mercure de France, numéro du I er juillet 1926 (suivi de Une visite 
à Glo\el par A. van Gennep). 



Chronique. 223 

galet de Glozel, récriture des inscriptions, qui est d'un type linéaire 
manifestement déjà très évolué, n'apparaît pas comme quelque 
chose de tout à fait inconnu. Bien au contraire. En parcourant des 
yeux l'alphabet qu'a établi M. le D r Morlet, on est frappé des 
ressemblances qu'il présente avec l'alphabet dit égéen ou égéo- 
crétois. 

On connaît par les belles découvertes et les publications de Sir 
Arthur Evans l'écriture dont se servaient les peuples de la Méditer- 
ranée orientale antérieurement â l'arrivée des Grecs. On peut même 
suivre l'évolution de cette écriture, qui apparaît sur les plus an- 
ciens monuments sous la forme d'idéogrammes à peine stylisés et 
qui aboutit à une écriture linéaire sur les monuments plus récents 
(v. Sir Arthur Evans, Scripta Mitioa, p. 114 ; et le même, Cretan 
Pictographs and praephoenician Script, 189s). Ce type d'écriture se 
rencontre aussi en Egypte. Les fouilles de Pétrie l'ont fait décou- 
vrir sur des poteries contemporaines de la xn e dynastie (cf. Capart, 
Les débuts de l'art en Egypte, p. 140-142), et Sir Arthur Evans a 
reconnu l'identité des signes inscrits sur ces poteries et des alpha- 
bets linéaires créto-égéens (Further discoveries of Cretan and Aegean 
Script tvith Libyan and Proto-egyptian comparisons, 1898). Cette 
identité démontre l'extension à l'Egypte de la civilisation égéenne. 
Elle s'étendait également à la côte de l'Asie Mineure, comme l'ont 
prouvé les fouilles de Schliemann à Hissarlik, sur l'emplacement 
de l'antique Troie. Les monuments trouvés à cet endroit notamment 
les poteries, vases ou fusaïoles, présentent aussi des inscriptions 
dont l'écriture offre de grands rapports avec celle des inscriptions de 
Glozel (voir A. H. Sayce, die Inschriften von Hissarlik .dans le grand 
ouvrage de Schliemann, Ilios, Leipzig, 1881, p. 766-781 ; cf. aussi 
W. Dôrpfeld, Troja und llion, Berlin, 1902, t. I, p. 427). 

Enfin, il y a une vingtaine d'années, on a découvert en Transyl- 
vanie, dans une localité du nom de Tordos, à l'Ouest de Broos, 
sur la rive sud du Maros (Comitat de Hunyad), une station néoli- 
thique qui a fourni des poteries portant des signes gravés très sem- 
blables à ceux d'Hissarlik (v. Hubert Schmidt, Zeitschriftfùr Ethno- 
logie, t. XXXV, 1903, p. 438-469, notamment p. 459); la ressem- 
blance est naturellement la même avec les inscriptions de Glozel. 

Celles-ci ne sont donc pas isolées. Elles rentrent dans une série 
dont le point de départ est en Crète et qui par l'Egypte et la Troade 
s'étend à la Transylvanie et à l'Europe occidentale. Il conviendra de 
modifier en conséquence quelques détails du bel article que Sir 
Arthur Evans publiait en 1908 sur « the European diffusion of 
primitive pictography », p. 40-41 {Anthropology and the Classics, 



224 Chronique 

six lectures delivered before the University of Oxford bv Arthur 
G. Evans, Andrew Lang, Gilbert Murray, F. B. Jevons, J. L. Myres 
and W. Warde Fowler). Nous tenons maintenant un nouveau 
centre d'écriture égéenne. Glozel est le point extrême actuellement 
connu où cette écriture ait pénétré dans la direction du Nord- 
Ouest. 

On ne pourra évidemment tenter un déchiffrement des signes de 
Glozel que le jour où les scripta minoa auront livré leur secret. Il 
n'est pasdit d'ailleurs que les mêmes signes recouvrent les mêmes 
sons d'une même langue à Cnossos et à Mycènes, à Negadah, à His- 
sarlik, à Tordos, à Glozel. On peut même se demander si l'écriture 
linéaire glozélienne ne renferme pas encore quelques idéogrammes. 
Un fait important est l'usage du svastika. Ce signe est des plus 
fréquents sur les poteries d'Hissarlik (v. Schliemann, llios, 1882, 
p. 389 et Troja, 1884, p. 132; Dôrpfeld, Troja und Ilion,\. I, 
p. 256 et ss. et Troja 1893, Berlin, 1894, p. 117, 119, etc.). Il 
apparaît également sur les poteries de Tordos et on le retrouve 
dans l'écriture linéaire de la Haute-Egypte, aussi bien que sur des 
terres cuites étrusques. Or le svastika fait partie des signes qu'a 
relevés le D r Morlet (voir notamment dans le 3 e fascicule, les figures 
34 et 35). Cela donne à penser que les tablettes de Glozel pour- 
raient bien être des tablettes magiques, contenant certains signes à 
valeur idéographique comme le svastika '. 

VIII 

L'existence de relations directes entre l'Irlande et l'Ibérie dans 
les temps préhistoriques n'est pas une pure hypothèse, que de 
vagues traditions irlandaises sur les migrations desMilésiens vien- 
draient seulement appuyer. Plusieurs faits archéologiques la con- 
firment, et notamment la forme et l'ornementation des objets de 
cuivre(haches-poignards)etd'or (croissants ou lumdae) trouvés dans 
les stations préhistoriques de l'Irlande et de la péninsule hispa- 
nique. A ces témoignages bien connus, M. J. Loth en ajoute un 
nouveau, qui paraît décisif. Dans les Mémoires de la Société d'Histoire 
et d'Archéologie de Bretagne (1925, p. 137-155), il rappelle la décou- 
verte mentionnée par W. C. Borlase (The Dolmens of Ireland, 
London, 1897, t. II, p. 45e) de trois larges urnes ou jarres mises 

1 . D'ailleurs le svastika n'est pas particulieràl'art égéen :on le rencontre 
aussi au Yucatan ! Sur l'emploi du svastika, voir J. Déchelette, t. II, pp. 45 3, 
468, 481, 1 500 et 1502. 



Chronique. 225 

au jour en 1737 près de Castle Safïron, Co. Cork. Borlase repro- 
duit la description qu'en donne Charles Smith dans The ancient 
and présent state of Country and Citv of Cork. Il en résulte que 
c'étaient des urnes funéraires dans lesquelles le cadavre avait été 
introduit par morceaux découpés, que des fils de cuivre réunissaient 
en partie. Or, les sépultures en jarre sont très communes dans 
le sud de l'Espagne ; et l'habitude de décharner et de désarticuler 
les cadavres avant de les mettre en jarre est attestée à l'époque pré- 
historique dans les îles Baléares. Cet usage est trop particulier pour 
qu'on en puisse expliquer la présence dans les deux pays autrement 
que par une communauté de civilisation, peut-être même de popu- 
lation. L'examen des courants marins prouve qu'il y a entre l'Es- 
pagne et l'Irlande de singulières facilités de communication, que 
les navigateurs préhistoriques connaissaient et utilisaient certai- 
nement. Une escale s'offrait à eux, en Armorique. Aussi n'est-il 
pas étonnant que le sol de notre Bretagne ait fourni tant 
d'objets qui attestent des relations communes avec les deux terres 
occidentales de l'Europe. 

IX 

Le mont Auxois est avec le mont Beuvray et la montagne de 
Gergovie un des plus illustres témoins de nos origines nationales. 
Des trois, c'est le plus émouvant, le plus vénérable, puisqu'il a vu 
les derniers efforts de Vercingétorix luttant pour l'indépendance. 
Il a en outre sur les deux autres un grand avantage : le sol de 
Gergovie attend toujours d'être fouillé, et celui du Beuvray a cessé 
à peu près de l'être depuis la mort de Bulliot en 1902 (v. Rev. Celt., 
XX, 373 et XXV, 90). Au contraire, on continue à explorer régu- 
lièrement et méthodiquement le plateau d'Alésia. Ce qu'on y a 
trouvé forme un ensemble imposant, réparti entre les deux musées 
du village. Le champ de fouilles est vaste et bien entretenu. Notre 
passé gaulois et gallo-romain y apparaît à découvert. Alésia est 
notre forum romain, notre Delphes. Tout Français cultivé devrait 
y venir en pèlerinage. 

En dehors des publications scientifiques, où des savants com- 
pétents rendent compte des fouilles et en discutent les résultats, le 
touriste a pour s'orienter le Guide du visiteur à Alésia, édité par la 
Société des Sciences de Semur et qui se vend sur place au prix de 
5 fr. (nouvelle édition, 63 pages gr. 8° avec 25 figures). On y 
trouve, avec quelques renseignements pratiques, une description 
de l'état actuel des fouilles et des objets conservés dans les musées. 

Revue Celtique, X LUI. 1 c 



226 Chronique. 

Mais il est utile au visiteur de pouvoir se représenter en perspec- 
tive les principaux événements historiques dont le mont Auxois a 
été le théâtre et d'avoir une sorte de chronologie raisonnée à fois 
des découvertes qu'on y a faites et des thèses archéologiques que 
ces découvertes ont suscitées. C'est pour répondre à ce besoin que 
M. Salomon Reinach a composé une brochure intitulée Épbémérides 
d'Alésia, Histoire, Fouilles, Controverses (Paris, Leroux, 1925, 75 p. 
gr. 8°. 5 fr.). Le savant auteur y a employé une méthode dont il 
avait déjà donné un modèle dans son Répertoirede l'art quaternaire 
(Paris, 191 3, p- xij-xxxviij). Son buta été d'abord de rendre hom- 
mage à l'activité de ceux qui ont constitué, souvent aux dépens de 
leur santé ou de leur fortune, ce trésor de monuments ; mais aussi 
de montrer, documents en main, par combien de tâtonnements 
et d'efforts en sens divers réussit à se constituer la science archéo- 
logique. C'est une bonne leçon de méthode qu'il donne aux jeunes 
en mettant sous leurs yeux ce qu'ont fait les aînés. Dans ces éphé- 
méridesil n'yapas cependant que desexemplesà suivre. On est peiné, 
en les lisant, de voir la place qu'y tiennent les rivalités personnelles 
et les conflits d'intérêts privés. Sur le sol d'Alise, où ont eu lieu les 
combats les plus héroïques pour la cause la plus sacrée, naissent 
aujourd'hui entre savants de misérables querelles. Ainsi va le 
monde. C'est le Lutrin après l'Iliade. 

X 

Pro Nervia, tel est le titre d'une revue qui se publie à Avesnes 
sous le patronage du Syndicat d'Initiative de la région de Bavay et 
qui est consacrée à l'histoire et l'archéologie de. l'ancien pays des 
Nerviens. Le directeur en est M. Maurice Henault, bibliothécaire 
à Valenciennes et directeur du Musée de Bavay. Dans les premiers 
numéros, M. Paul Darche publie une importante série de marques 
de potiers, figurant sur des poteries trouvées à Bavay. Il est inté- 
ressant de les confronter avec les marques des poteries de la Grau- 
fesenque (v. R. Ceît., XLI, p. 52). Les noms Albanus, Albinus, 
Albus, Privatus, etc. se retrouvent notamment aux. deux endroits. 

XI 

Dans les Videuskapssclskabets Skrifter de Kristiania (Hist. fil. 
Klasse), M.Marstrander apubliéen 1924 une brochurede 34 pages 
sur l'histoire des mesures de poids chez les Germains (Spredie 
Ridrag til Voegtens og Voegtterminologieus Historié bos Germanerne). 



Chronique. 227 

Ses conclusions sont résumées p. 31 et s. Il ne croit pas que la 
linguistique puisse déterminer quel était le système de poids en 
usage chez les Indo-Européens, même du groupe occidental. Il ne 
croit pas davantage que la linguistique puisse établir l'existence 
d'un système de poids germano-celtique et prouver une part quel- 
conque d'influences celtiques dans le système de poids des Ger- 
mains. Celui-ci, qui était en vigueur au temps de la civilisation de 
Hallstatt, vient directement des Romains. C'est le plus archaïque 
de l'Europe, puisqu'il reproduit le système romain de la seconde 
moitié du 111 e siècle. Le latin aweus a passé en Scandinave sous la 
forme eyrir ; et on retrouve le latin argenteus dans le premier terme 
du composé ert-ug, qui a pour second terme le mot *iuiïgu-« poids ». 
Uertug est la troisième partie de Y eyrir comme le tremissis de 
Yalérien (p. 23) était le tiers du solidus. Quant au mot shilling, 
german. anc. *skeldulingni, c'est une traduction du latin clipeolus, 
nom vulgaire des médailles romaines à effigie impériale. C'est ainsi 
que l'étvmologie vient confirmer une idée, soutenue précédemment 
par M. A. W. Brogger pour des motifs archéologiques, celle de 
l'origine romaine du système de poids en usage chez les Germains. 

Le celtique, cela va sans dire, n'est pas négligé dans ce savant 
travail. M. Marstrander l'invoque, p. 9 et s., à propos de la racine 
germanique *met- « mesurer » ; et cela donne lieu à une intéres- 
sante étude sur les dérivés irlandais de cette racine. A signaler aussi 
la mention p. 19-20 des formes celtiques empruntées au radical 
latin argentuin. 

XII 

Sous le titre Adattamcnto e distiniionencllafoneticalalina, un jeune 
linguiste italien, M. Giacomo Devoto, a publié en 1924 à Florence 
(maison F. Le Monnier, xij-132 p. 8°, 20 lire) un livre que tous 
ceux qui s'intéressent à l'histoire des langues liront avec le plus 
grand profit. C'est un livre en effet nourri d'idées générales, et où 
l'auteur, qui sait voir juste et penser par lui-même, a appliqué au 
Jatin une doctrine linguistique originale. Le titre ne donne pas une 
idée exacte du contenu. M. Devoto dans sa préface l'interprète par 
« conguagliamento e differenziazione », qui n'est pas beaucoup 
plus exact. En réalité, le problème débattu ici est de l'un des pro- 
blèmes fondamentaux de la « parole », au sens que de Saussure 
donne à ce mot; il s'agit de la position psychologique de l'individu 
à l'égard de la « langue », il s'agit de cet ensemble complexe d'ana- 
lyses et de synthèses, d'imitations et de créations que l'on accom- 



228 Chronique. 

plit en parlant. Le titre ferait croire à une simple étude phonétique. 
C'est bien plutôt d'esthétique du langage qu'il est question ici, 
puisque tout s'y ramène à fixer la part des innovations conscientes 
de l'individu et celle des servitudes qui lui -sont imposées par le 
milieu où il vit. 

Partant de cette idée que la perception d'une phrase quelconque 
par l'esprit comporte non seulement la distinction d'éléments 
abstraits d'importance diverse, mais encore l'évaluation du carac- 
tère individuel de chacun d'eux, M. Devoto s'est proposé de l'ap- 
pliquer à interpréter l'évolution de la phonétique latine. La pho- 
nétique ainsi entendue englobe naturellement tout ce qui dans la 
morphologie résulte de l'action des deux facteurs opposés, conser- 
vation et innovation. Aussi l'exposé touche-t-il pour une bonne part 
à la morphologie. Dans le détail, malgré l'érudition de l'auteur 
qui est remarquablement informé, on pourrait trouver çà et là 
matière à certaines critiques. Il suffisait de marquer ici l'intérêt et 
l'originalité de l'ensemble. 

XIII 

L'étude des mots empruntés d'une langue par une autre 
soulève toujours d'intéressants problèmes de phonétique. C'est 
notamment le cas pour les mots latins empruntés du grec, en ce 
qui concerne l'accentuation. M. Michèle Orlando, professeur au 
Gymnase Garibaldi de Palerme, a publié en 1923 une dissertation 
sur « l'accentuazione délie parole greche in italiano » (Palerme, 
casa éditrice « l'Altualità », viij-88 p. 8°, 10 lire), c'est-à-dire sur 
les traces conservées en italien de l'accentuation des mots grecs 
passés'en latin. La question est d'importance vu qu'il y a parfois 
pour le même mot deux systèmes d'accentuation attestés, l'un 
conforme aux règles grecques, l'autre aux règles latines. Les dou- 
blets du type platêa piài\a ou sinfonia \ampôgna peuvent être laissés 
de côté parce que le premier mot de chaque groupe est un mot 
savant d'origine livresque. Mais il y a des doublets comme butirro 
bùrro qui remontent au contraire à deux prononciations diffé- 
rentes usitées en latin même, comme l'attestent les diverses 
langues romanes. Le cas des mots comme poû-njpov, proparoxy- 
tons grecs à pénultième longue, faisait particulièrement difficulté 
aux Latins. Ceux-ci étaient embarrassés pour conserver à de pareils 
mots l'accentuation propre au grec, parce que cette accentuation 
contredisait les règles latines. On sait qu'ils se tirèrent d'affaire de 
deux façons : tantôt en déplaçant l'accent d'une syllabe, tantôt en 



Chronique. 229 

abrégeant la pénultième. De là des mots latins comme àiicôra, ère 
mus (Prudence, Psychom. 371) et d'autre part comme asilum 
caminus, tirés des mots grecs àyxupa, ip^ao;, iauXov, xâa'.voç. 
M. Orlando a fait un relevé utile des mots de ce genre conservés 
en italien. Il n'a pas cependant pris suffisamment garde de mettre 
à part les mots savants, dont le témoignage est nul au point de vue 
de l'accent. Il paraît en outre trop enclin à expliquer les mots où 
l'accent grec subsiste par l'hypothèse d'un contre-accent initial dans 
les mots dérivés : soit Tàranto deTàpavrov d'après Tdrantini. L'hy- 
pothèse est peut-être justifiée dans quelques cas ; elle ne saurait en 
tout cas expliquer âncôra ou érëmus. L'embarras où se sont trouvés 
les Latins quand ils avaient à accentuer des mots grecs contraires à 
leurs règles les a troublés aussi quand ils eurent à accentuer les mots 
gaulois. On sait qu'en ce cas aussi, ils ont souvent choisi entre la 
quantité et l'accentuation, pour sacrifier l'une à l'autre. De là des 
formes comme Bourges de Bitûrïges, et des doublets comme Nîmes 
(prov. Nemse) et Nemours de Némôsos, Chorges et Chéry de Calù- 
riges, Condé Coudât et Coudes Cosne de Condâte (devenu sans 
doute suivant le cas Condate [attesté chez Ausone avec a long] ou 
Côndâte). 



XIV 

Dans un nouveau périodique, l'Italia dialettale (t. I, p. 1-55), 
M. Vittorio Bertoldi, privatdozent à l'Université de Bonn, a publié 
en 1925 une étude sur les noms désignant le myrtille, autrement 
dit Yairelle (uaccinium myrtillus). Et c'est une bonne étude de 
géographie linguistique. La plante en question dont l'habitat s'étend 
de l'Irlande à la Russie et de la Scandinavie à l'Espagne du Nord, 
l'Italie du Nord et la Transylvanie, porte dans les pays romans 
des noms variés qui se répartissent en diverses couches. L'une des 
couches est préromane ; il y en a une autre qui est romane com- 
mune ; il y a enfin un certain nombre de dénominations locales 
nées indépendamment dans les divers parlers romans. L'objet que 
vise M. Bertoldi a une portée générale : c'est d'étudier un lent 
procès de pénétration lexicographique en montrant les rapports 
des diverses couches entre elles. 

Un des noms les plus anciens du myrtille se conserve sous les 
formes glastiu, glastioni, glastoni, employées dans certaines régions 
de l'Italie du Nord. Il faut le rattacher au celtique glastum, qui 
désignait une plante tinctoriale, l'isatis, en français pastel ou 



230 Chronique. 

guède (cf. Pline, H.N., XXII, 2) '. Ce mot glastum, a laisse des 
dérivés en moyen-cornique (glesin gl. sandix, Z. E. 1076) comme 
en moyen-irlandais (glaisin, Arch.f. Celt. Lex., I, 341) pour dési- 
gner des plantes. C'est proprement un nom de couleur ; l'adjectif 
glas signifie « bleu, vert, jaune, gris, pâle », aussi bien en irlan- 
dais qu'en brittonique. 

XV 

Malgré de nombreux essais d'identification, on n'est pas d'ac- 
cord sur le personnage que Thomas appelle Bréri (Tristan, v. 
2120), le continuateur de Wauchier de Denain Bleheris (Perceval, 
éd. W eston, Romania, XXXIV, 100) et d'autres Bl'wbleheris (Chres- 
tien de Troyes, Erec, v. 1714). Le seul fait sûr est qu'il servit 
d'intermédiaire pour faire connaître en France les thèmes de la 
littérature celtique. M. Roger S. Loomis croit pouvoir préciser 
davantage. Dans un article des Modem Language Notes (June 1924), 
vol. XXXIX, p. 319-329, il cherche à établir que Bleheris eut 
une grande part dans la diffusion sur le continent de la légende 
de Tristan ; et il croit pouvoir fixer la date de cette intervention 
si mémorable. Bleheris, originaire de Galles, était persona grata à 
la cour du comte de Poitiers ; cela est dit formellement par le con- 
tinuateur de Wauchier (v. le passage cité ci-dessus). De quel 
comte s'agit-il ? Ce ne peut être que Guillaume VIII, qui régna 
de 1127 a 11 37 ; il était fils de Guillaume VII, bien connu comme 
poète, et il eut lui-même pour fille la célèbre Eléonore d'Aqui- 
taine. Or, c'est à l'entourage de cette princesse que ramènent les 
plus anciens témoignages relatifs à la légende de Tristan en France. 
Le poème de Thomas (1 185-1200) fut, semble-t-il, écrit sous son 
patronage (cf. Loomis, Mod. Lang. Notes, t. XVII). Marie de 
France dédia le lai de Chievrefoil au second mari d'Eléonore, le 
roi Henri II, ou peut-être à son fils. Eilhart composa son Tristrant 
à la requête d'une de ses filles, Mathilde de Saxe. Chrestien de 
Troyes écrivit la plupart de ses ouvrages à l'instigation de Marie 
de Champagne, une autre de ses filles. Bernard de Ventadour, 
qui mentionne souvent Tristan dans ses poèmes, est connu par la 
passion que lui inspira Eléonore (cf. Deister, Mod. Langu. Notes, 
t. XIX, p. 287). Mention est faite de Tristan dans un poème de 
Cercamon, qui n'est pas postérieur à 1150 (cf. Appel, Z.f. Rom. 

1. C'est par erreur que M. Bertoldi attribue le passage latin qu'il cite 
p. 3 à César, De bello Gallico XX, c. 7, 59 [sic]. 



Chronique. 231 

Pbil., XLI, 223) ; or Cercamon était en relations étroites avec la 
cour de Guillaume VIII ; il célébra dans un poème le mariage 
d'Éléonore et de Louis VII de France (en 1137). La réunion de 
tous ces détails donne à réfléchir. Sans doute la légende arthu- 
rienne était connue sur le continent avant Bleheris. Les noms 
d'Artusius et de Galvanus se rencontrent dans des documents du Nord 
de l'Italie au début du xn e siècle (cf. Rajna, Romania, XVII, 161 
et 355). Mais c'est la légende de Tristan, ce beau sujet de passion 
fatale et d'amour dévorant, que Bleheris a fait connaître à la cour 
de Poitiers. Où l'avait-il été chercher ? sans doute dans la Bre- 
tagne armoricaine, où la légende de Tristan, venue de Galles, 
s'était constituée au xi e siècle. Telle est la chronologie que pro- 
pose M.Loomis. Elle a l'inconvénient de ne pas tenir compte des 
découvertes que M. J.Loth a faites en Cornwall et des preuves 
qu'il a fournies à l'appui d'une localisation comique de la légende. 
Il ne suffisait pas de dire, p. 328, que la théorie de M. J.Loth a 
été critiquée par M. Smirnov (Romania, XLUl, 121). La démonstra- 
tion est assez solide pour résister à cette critique, et à quelques 
autres. 

XVI 

La librairie Champion a mis en vente en 1925 le second volume 
de la continuation de Perceval par Gerbert de Montreuil (v. Rev. 
Celt., XLI, 294). Ce second volume qui forme le tome 50 de la 
collection des « Classiques français du moyen âge », comprend les 
vers 7021-14078. Il est dû, comme le premier, à Mrs Stephens 
(D r Mary Williams), professeur à l'University Collège de Swan- 
sea. Il s'arrête à la fin de l'aventure de Gavain, « qui molt li fu 
dure » (v. 12380), c'est-à-dire à la fin de l'équipée qu'il fit sur 
Gringalet et de ses amours avec la « damoiselle ». Tout ce long 
délayage a sans doute beaucoup d'intérêt pour l'histoire de la litté- 
rature française du moyen âge. Mais les celtistes n'y trouveront 
guère à prendre. Si le fond a contenu jamais des ingrédients 
celtiques, la saveur en est tellement diluée qu'elle ne se sent plus. 
Tout est français dans ce récit. Seuls quelques noms propres, ou 
de rares traits, comme le serment par saint David (v. 10042, v. 
11911), rappellent l'origine insulaire de la légende. 

XVII 

Seize ans après la publication de ses Storiesfrom Keatiug's History 



232 Chronique. 

of Ireland (cf. R. CelL, XXX, 32b), M. Osborn Bergin en donne 
une seconde édition '. Tous les amis de l'irlandais se réjouiront 
du succès de ce petit livre, dont l'étude est l'introduction la plus 
commode et la plus sûre à la connaissance de la langue moderne. 
D'Arbois de lubainville le comparait aux Selectae e profanis scripto- 
ribus bistoriae de Jean Heuzet, par lesquelles tous les collégiens de 
France depuis deux cents ans débutent dans l'apprentissage du 
latin. Il n'est pas d'éloge plus flatteur. 

Cette seconde édition contient les mêmes morceaux que la pré- 
cédente, au nombre de trente et un. Mais le texte en a été révisé 
et çà et là corrigé : par exemple, à la page 14, dans le morceau 7, 
1. 28, dhà labhach a été substitué à dhà tobhach. Le texte de Keating 
dans l'édition Dinneen, vol. II, p. 25e, 1. 3984, porte ag a tubbacb ; 
mais on sait que M. Bergin a utilisé un manuscrit de Keating que 
M. Dinneen n'a pas connu. La grande innovation de cette seconde 
édition est dans la graphie. Conformément à un principe préco- 
nisé par lui-même, et approuvé par des maîtres comme l'abbé 
O'Leary (v. R. Celi., XXXII, 499 et XL, 185), l'auteur a aban- 
donné l'usage des caractères gaéliques au profit des caractères 
latins. Dans un livre destiné à des écoliers, c'est une mesure 
excellente, dont on peut attendre beaucoup pour la diffusion même 
de l'irlandais. 

L'introduction et le lexique ont été revus et augmentés ; les. 
notes, fort abondantes, sont en grande partie neuves. On y trouve 
à glaner une masse d'observations utiles pour la connaissance de 
la langue et de la grammaire. L'introduction mentionne les sources 
auxquelles Keating a puisé sa documentation. Le morceau n° 11, 
qui a pour objet le siège de Druim Dâmhaire, est donné comme 
provenant d'un récit épique encore inédit. Cette indication n'est 
plus vraie aujourd'hui, comme on peut le constater au début même 
du présent fascicule de la Revue Celtique. 

L'introduction contient en outre un abrégé de grammaire et des 
listes de mots empruntés. Parmi les mots empruntés du latin figure 
toujours maintear, malgré les protestations que d'Arbois de Jubain- 
ville ne manquait pas d'opposer à cette hypothèse de Zimmer. Il ne 
parait pas douteux que l'irlandais a possédé un mot indigène muin- 
ter de *manutero-, qui désignait la personne en tutelle légale, 
in manu, comme disaient les Latins. Que ce mot ait été modifié 
dans son sens par l'influence du latin monasterium (ou mieux 



1. Chez Hodges, Figgis anJ Co., à Dublin, 1925, xxxij-120 p. in-12. 



Chronique. 233 

monisterium), c'est fort possible. Mais certains de ces emplois excluent 
Ph\pothèse de l'emprunt ; cf. ci-dessus, p. 210. 

La liste des emprunts au latin contient aussi, avec un point d'in- 
terrogation il est vrai, le mot uball « pomme ». M. Bergin nous 
fait savoir que ce mot doit être rayé ; c'est un mot indigène. Il 
ajoute même qu'il n'a rien de commun avec Abella ; en quoi il 
nous parait aller trop loin. L'essentiel sur la question de l'exten- 
sion du pommier se trouve dans le Reallexikon de Schrader, p. 42 
et suiv. Mais il est vrai que le nom de l'arbre, aussi bien que celui 
du fruit, soulève des difficultés variées. L'irlandais ancien dis- 
tingue aball f. « pommier » de uball n. « pomme » ; la différence 
du vocalisme radical est malaisée à expliquer. En gallois, la diffé- 
rence est dans le suffixe : afall f. « pommier » et ajalm. « pomme » 
(au singulatif afallen et afaleri) : ny phell gwvd aval avall « la 
pomme ne tombe pas loin du pommier » est un vieux proverbe 
gallois (Book of Aneirin 94.7 Skene = 26.8 Evans). Il a dû se 
produire dans chaque langue des actions variées, en grande partie 
mystérieuses. Mais l'hypothèse d'un radical commun à Pitalo-cel- 
tiquè et au germanique ne paraît pas discutable. Il s'agit d'un nom 
d'arbre appartenant au vocabulaire du Nord-Ouest. 

XVIII 

M.Osborn Bergin a continué dans les Studies l'édition d'«unpu- 
blished Irish poems », dont la Revue Celtique a jadis annoncé les 
premières séries (t. XXXVIII, p. 236 et 367). Cette suite com- 
prend les morceaux suivants : 

15. A Winter campaign, poème composé par Eochaid O'Héo- 
ghusa au sujet des souffrances endurées par son patron Hugh 
Maguire pendant la pénible campagne d'hiver qu'il mena en Muns- 
ter au début de l'an iéoo sous les ordres de O'Neill. Maguire 
devait périr le I er . mars de cette même année dans une escarmouche 
aux environs de Cork. Mangan s'est inspiré de ce poème dans son 
« O'Hussey's Ode to the Maguire » ; malheureusement, comme il 
ignorait l'irlandais, il n'a connu le texte d'O'Hussev que par une 
adaptation en prose anglaise de Ferguson, remplie de grossiers 
contresens. 

ié. A lover s quarrel, poème du xvi e siècle, peut-être par 
Maghnus O'Domhnaill, l'auteur bien connu du Betha Colaim Cbille 
(Rev. Celt., XXXIX, p. 87) et de nombreux dànta grâdha. 

17. Neglecled merit ; composé dans le mètre dit sêdnadh, ce 
poème est anonyme, mais il y est question du chef des Mac Car- 



2 J4 Chronique. 

thys de Carbery, c'est-à-dire probablement Finghin mac Domhnaill, 
qui mourut en 1 56e. 

18. The Phantom, attribué dans un manuscrit à Eochaid 
O'Héoghusa (ci-dessus, n° 15), mais sans doute à tort. C'est un 
poème d'amour, où le poète feint d'avoir été frappé à mort par la 
vision angélique d'une créature céleste ; le texte est plein de mots 
à double entente et d'énigmes. 

19. On the recapture of Enniskillen ; il s'agit du château des 
Maguire à Enniskillen, pris par les Anglais le 2 février 1594; le 
17 mai suivant, le château était repris par les troupes irlandaises ; 
pour célébrer cet heureux événement, ce poème fut composé par 
Eochaid O'Héoghusa (ci-dessus, n° 15). 

20. Poème religieux, composé dans le mètre dit dechnad môr. 

21. Poème d'Eochaid O'Héoghusa. adressé au fils de Cû 
Chonnacht, Aodh, qui périt en 1600 dans la campagne d'hiver en 
Munster. Le poète y insiste avec une calme assurance sur les droits 
qu'il a aux libéralités de son maître. 

22. To a harp, éloge d'une harpe superbe, possédée, semble-t-il, 
par Diarmaid, fils de Donnchadh Mâg Eochagâin, Lord de Cenél 
Fiachach, en Westmeath. L'auteur, Gofraidh Fionn O Dâlaigh, 
mourut en 1387, et le poème fut composé après 1382, au moins 
les dix premières strophes ; douze strophes supplémentaires y furent 
ajoutées après coup. 

23. On the death of a poet. Le poète dont il est question ici est 
Eochaid O'Héoghusa; et le poème fut composé durant sa dernière 
maladie, par un inconnu. 

24. Consolations. L'auteur inconnu de ce poème s'y console de 
la perte d'amis chers en se rattachant aux amis qui ne trompent, 
pas, ses livres, son épée, son jeu d'échecs et par-dessus tout, sa 
harpe. La langue est celle du xvi e siècle. 

25. On the breaking up of a school, élégie composée par Tadhg 
Og O Huiginn sur la mort de son maître et frère aîné Fearghal 
Ruadh ; elle est du commencement du xv e siècle.' 

26. An irritable genius, poème qui date de 121 3 ; il est l'œuvre 
de Muireadhach O'Dâlaigh dit Muireadhach Albanach (l'Ecossais), 
bien connu en son temps pour son caractère irritable ; ayant été 
insulté par l'intendant d'O'Donnell, il le tua d'un coup de hache : 
ce meurtre l'obligea à chercher un refuge d'abord en diverses 
régions de l'Irlande, puis en Ecosse, auprès d'un Fitz William, 
dont il implore la protection dans ce poème. 

27. The dead wife ; ce poème, consacré par Muireadhach Alba- 
nach à la mémoire de sa femme Maol Mheadha, est conservé dans 



Chronique. 235 

leBookof the Dean of Lismore, écrit comme on sait en une sorte 
d'écriture phonétique; M. Bergin a dû opérer un déchiffrement 
des plus malaisés ; le poème comprend 24 quatrains, il n'en a pu 
restaurer complètement que seize. 

28. A pointers greeting, salut adressé à Murchadh fils de Brian 
Dali par Muireadhach Albanach au retour d'un pèlerinage en Terre- 
Sainte. 

29. On Cathal Redhand. C'est encore l'œuvre de Muireadhach 
Albanach, qui y implore l'aide du roi de Connaught Cathal Crobh- 
dherg (mort en 1224). Le poème est postérieur à 121 3. 

30. Great expectations, poème de Lochlainn Og O'Dâlaigh, qui 
florissait au milieu du xyi e siècle ; il a pour sujet l'éloge de trois 
jeunes membres de la famille régnante en Thomond. 

31. The passing of the old order. C'est un poème de Fear Flatha 
O Gnimh, qui est également l'auteur des n os 8 et 10 de la collec- 
tion. Il est adressé à Sir Arthur Magennis (mort en 1629), fils de 
Sir Hugh (Aodh, surnommé an fear dorcha, mort en 1595); et il a 
pour objet de déplorer la décadence du métier de poète. C'est un 
sujet fréquemment traité au début du xvn e siècle. 

Ces dix-sept poèmes s'échelonnent dans les Studies entre le numé- 
ro de septembre 1921 et celui de septembre 1925. 

XIX 

Dans le numéro des Studies de mars 1923, le Père Gustav 
Lehmacher a publié « some thoughts on an Irish l.iterary lan- 
guage », qui partent d'un esprit généreux et candide. Ayant pris 
la peine d'apprendre l'irlandais, tant ancien que moderne, il a été 
peiné de constater que l'irlandais d'aujourd'hui est constitué seu- 
lement par quelques parlers locaux fort différents les uns des autres ; 
pour rencontrer le langage vivant, il faut l'aller chercher sur les 
lèvres de paysans ou de pêcheurs habitant les coins les plus recu- 
lés de l'île et ce langage n'a ni unité ni cohésion. Il est donc tout 
à fait différent non seulement des langues comme l'allemand, l'an- 
glais ou le français, mais encore de l'irlandais du moyen âge, qui 
existait comme langue commune et fixée dans l'usage des écrivains. 
Les filid distinguaient fort bien la langue littéraire qu'ils 
employaient pour des fins artistiques (cerd) et le parler vulgaire, 
qui variait sans doute d'une région à l'autre (cauamaint). La langue 
littéraire commune a disparu ; il ne reste plus que des poussières 
de parlers présentant des variétés souvent considérables. Le P. Leh- 
macher estime qu'un état de choses aussi lamentable ne doit pas 



236 Chronique. 

durer. Pas de langue, pas de nation (gan teatiga, gan tir) : « an 
unified language in vocabulary, form and pronunciation must be 
created in Ireland ». 

Mais comment effectuer cette création ? La solution idéale 
serait dans l'apparition d'un grand génie littéraire, un Dante ou un 
Shakespeare qui écrirait en irlandais et imposerait sa langue à tout 
le pays. A défaut de cette solution, qui tient un peu trop du miracle 
pour que les prévisions humaines puissent en tenir compte, le 
P. Lehmacher en indique trois autres, . qui seraient plus pra- 
tiques. D'abord, il paraît croire à l'efficacité de mesures politiques, 
de directives imposées, ou même seulement proposées à tous les 
maîtres chargés d'un enseignement de l'irlandais. Mais quel dia- 
lecte prendre comme norme ? Celui d'Aran, parce qu'il a fait l'objet 
d'un exposé d'ensemble en allemand par Finck et aussi parce qu'il 
se rapproche plus que les autres du vieil-irlandais. Ces deux rai- 
sons sont singulières, et la seconde est d'ailleurs des plus contes- 
tables. Une autre solution consisterait à faire un mélange habile et 
sagement mesuré des divers dialectes, à prendre comme langue 
vivante la langue écrite traditionnelle, seulement allégée des sur- 
charges inutiles que l'érudition historique y a ajoutées, et nourrie 
d'éléments empruntés aux parlers locaux ; on obtiendrait ainsi une 
langue commune qui ne serait pas très différente, comme forma- 
tion, de l'allemand littéraire commun. Enfin, il y aurait comme 
dernière solution à remonter résolument à l'ancien irlandais et à 
l'imposer de toutes pièces aux cerveaux modernes. La langue des 
récits épiques a l'abondance, la richesse, la souplesse et la variété 
de la vie. La prononciation moderne défigure et estropie en mille 
façons, suivant les lieux, cette belle langue ancienne. Le P. Leh- 
macher se demande si l'on ne pourrait pas la restaurer, non seule- 
ment dans sa morphologie, mais encore dans sa phonétique. C'est 
apparemment comme si les Anglais, n'ayant à leur disposition que 
les dialectes actuels et désireux de se constituer une langue com- 
mune, faisaient revivre dans ce dessein la langue d'Alfred et d'Ael- 
fric. Cette simple comparaison permet d'apprécier le caractère pra- 
tique de la proposition. 

L'article du P. Lehmacher a provoqué des réponses de la part 
d'autorités irlandaises comme le D r Sheehan, les professeurs Ber- 
gin, T.O'Rahilly, T.O'Mâille, F. W.O'Connell. Ces réponses 
n'ont pas satisfait le P. Lehmacher, qui s'en montre fortement 
désappointé. Ce désappointement est une nouvelle preuve de can- 
deur. Le P. Lehmacher est un idéologue. Il fait le plan d'une langue 
commune comme J. -J.Rousseau traçait des constitutions.il ne 



Chronique. 237 

manque rien à ses projets si ce n'esi d'être viables. Le P. Leh- 
macher ne tient pas assez compte d'un fait essentiel : l'Irlande 
possède aujourd'hui, comme hier, une langue commune : mais au 
moyen âge cette langue commune était l'irlandais, aujourd'hui 
c'est l'anglais. Avant de songer à répandre l'usage d'un irlandais 
commun, il faut d'abord abolir en Irlande l'usage de l'anglais. Les 
deux faits sont liés et ne dépendent ni de la décision d'un homme 
politique, ni de l'influence d'un écrivain de génie, ni de l'habileté 
d'un maître d'école. Ce sont les nécessités de la vie qui imposeront, 
s'il y a 'lieu, aux Irlandais, l'usage d'une langue irlandaise com- 
mune. Comment se constituera-t-elle? est-ce tel dialecte qui impo- 
sera sa norme ou se créera-t-il une sorte de langue mixte à laquelle 
plusieurs dialectes collaboreront ? La question est fort oiseuse. Le 
jour où l'Irlande ayant abandonné l'usage de l'anglais aura besoin 
de se créer une langue commune, la création se fera d'elle-même. 
Pour le moment, les tenants de chaque dialecte défendent leurs 
droits et refusent de se laisser étouffer par les autres ; ils ont 
raison. C'est la concurrence vitale qui fait la sélection naturelle. 
La première mesure à prendre aujourd'hui est d'ordre moral. Elle 
consiste à encourager chez les Irlandais la volonté de parler leur 
langue. L'avenir décidera de la forme que cette langue prendra. 

XX 

Le n° 29 du Journal of the Folk-Song Society (t. VII, décembre 
1925) contient la suite du recueil des chansons populaires de l'île 
de Man publié par Miss A. G. Gilchrist. La Revue Celtique a parlé 
du premier fascicule au tome précédent, p. 212. Il y en aura encore 
un qui mettra fin à cet important recueil. 

Celui-ci contient d'abord des additions au fascicule précédent 
(p. 203-224). Mais la partie principale en est constituée par 
21 chansons qui sont du genre « carval » (p. 225-276). Le mot 
carval dans l'île de Man est le représentant de l'anglais carol ; 
mais il a conservé un sens des plus précis, quasi technique. II 
désigne les chants qu'il était d'usage de faire entendre dans l'église 
pendant la nuit de Noël, la nuit de YOie'l Verry (« Veille de la fête 
de Marie »). Ces chants étaient accompagnés d'un certain nombre 
de cérémonies, sur lesquelles renseigne utilement l'introduction 
due à Miss Gilchrist (p. 225 et ss.). La tradition s'en maintint 
jusque vers 1870. La composition des carvals remonte principa- 
lement au premier quart du xvn e siècle et s'échelonne sur un 
espace de plus d'un siècle. Le dernier connu est des environs 



238 Chronique. 

de 1836. Ils sont essentiellement de caractère religieux, et plus 
spécialement calviniste ; bien qu'ils fussent destinés à la fête de 
Noël, ils s'attachent de préférence à décrire le sort affreux des 
pécheurs et l'horreur des supplices infernaux. Mais ce sont en 
même temps des chants populaires, que chaque chanteur trans- 
formait ou amplifiait suivant son inspiration. Le clergé n'avait 
même aucune part à la préparation et à l'exécution des carvals. 
Quelques-uns ont un réel mérite poétique, ceux par exemple que 
composa le Rev. Thomas Christian, auteur d'une traduction man- 
noise du Paradise Lost de Milton. Tous sont révélateurs du carac- 
tère des gens de cette île, où régnait au xvm e siècle un puissant 
enthousiasme religieux, porté à son comble lors de la traduction de 
la Bible en langue mannoise (1772). L'inspiration des carols est 
en majeure partie biblique ; mais on y retrouve aussi des thèmes 
traditionnels, qui remontent au moyen âge. Ainsi l'un des carols de 
la collection roule sur le débat du corps et de l'âme. Dans une 
note jointe au texte notre savant collaborateur M. A. Martin Free- 
man, p. 243-248, résume l'histoire de ce débat, si en faveur dans 
l'Europe médiévale et compare le carval qui en traite au poème 
latin de Walter Mapes et à la version irlandaise ; il ne mentionne 
pas les trois poèmes du Black Book of Carmarthen (n os V, VI et 
VII), qui présentent de ce débat une version originale, indépen- 
dante, semble-t-il, des sources auxquelles ont puisé les pays 
voisins. 

Ce n'est pas le premier recueil de carvals qui soit publié. Antérieu- 
rement à la collection du D r Clague, qui fait la base de la présente 
publication, une autre collection avait vu le jour : celle à laquelle 
collaborèrent M. John C. Fargher, propriétaire du journal Motia's 
Herald, le Capt. Christian, de Baldromma, et surtout Speaker 
Moore. Elle parut en 1891 sous le titre Carvalyn Gailckagk. Une 
seconde série a été imprimée dans les colonnes du journal Thelsle 
of Man Examiner entre le 31 juillet 191 5 et le I er janvier 1917. Il 
existe d'autre part des collections encore inédites. Celle qui est 
publiée par Miss A. G. Gilchrist a le grand mérite d'être la pre- 
mière qui contienne les airs notés au-dessus des paroles. Elle se 
recommande en outre par une méthode critique excellente :1e texte 
en a été établi avec soin et éclairci de notes substantielles par des 
érudits compétents. 

XXI . 
Dans un pays comme l'Irlande, si riche de monuments du 



Chronique. 239 

passé, l'archéologie est depuis longtemps en honneur. Les noms 
de Brash, de Graves, dé Ferguson, de Joyce, de Conwell ne sont 
pas moins illustres que ceux d'O'Donovan et d'O'Curry. En ces 
dernières années, l'Irlande a perdu trois archéologues de premier 
ordre, Coffey, Westropp, Armstrong. Mais ceux qui restent sont de 
taille à maintenir les bonnes traditions. Et au nombre des plus 
éminents, il faut compter M.R.A.S. Macalister, le savant éditeur 
des inscriptions oghamlques. Devenu président de la Society of 
Antiquaries of Ireland, il y a prononcé le 27 janvier 1925 un dis- 
cours qui est en même temps un acte 1 . Il ne s'est pas borné à 
jeter un coup d'oeil surle passé et à se féliciter des résultats acquis, 
si glorieux qu'ils soient. Il a dressé un programme pour l'avenir, 
dénonçant les dangers que court en Irlande l'étude de l'archéologie 
et les combattant résolument. Cette attitude donne à son discours 
un singulier intérêt. Il s'y montre vivant, personnel ; il va droit à 
ses adversaires pour les saisir à bras le corps et les terrasser. Il 
manie avec adresse les armes de la dialectique, et la meilleure de 
toutes, qui est l'esprit. Son discours est tout parsemé d'ironie et 
d'humour. Ce sont des qualités qui sont fort prisées en Irlande. 
L'auditoire n'a donc pu manquer d'apprécier les arguments de 
l'orateur, et l'on peut croire qu'en cette soirée bien des gens, 
jusque là réfractaires aux idées de M. Macalister, ont été conquis. 
Parmi les avis qu'il a exprimés, il en est un dont il a été ques- 
tion précédemment (ci-dessus, p. 184): c'est celui qui se rapporte 
à la nécessité d'envisager les faits du passé objectivement, en fai- 
sant abstraction de tout préjugé national. C'est un avis fort sage, 
auquel dans tout pays chacun souscrira. Il en est un autre, qui 
s'adresse particulièrement à ses compatriotes et qui dans sa bouche 
a une grande valeur : c'est celui par lequel il leur recommande 
d'apprendre et de pratiquer la langue irlandaise. La langue doit 
faire partie de l'éducation nationale, surtout dans un pays qui 
possède une littérature si riche. On ne saurait trop recommander 
aux Irlandais d'étudier leur langue. Mais pourquoi M. Macalister 
préconise-t-il cette étude au détriment de celle du français? Les 
deux peuvent se concilier. Il importe peu que le français appris à 
l'école soit assez différent de celui qu'on entend dans les rues de 
Paris. Sans parler de l'excellente gymnastique qu'elle impose à 

1 . The Présent and Future of Arcbaeology in Ireland, an address delivered 
at a meeting of the Royal Society of Antiquaries of Ireland, held on 
27 January 1925 by the Président R.A.S. Macalister. Dublin, Falconer, 
24 p. 8°. 



240 Chronique. 

l'esprit, l'étude du français littéraire a l'avantage de mettre en con- 
tact avec des œuvres qui, pour la forme et le fonds, sont parmi 
les plus belles que l'humanité ait conçues. Et peut-être M. Maca- 
lister n'aurait-il pas écrit un discours si alerte,- si incisif, si péné- 
trant, s'il n'avait été lui-même dans sa jeunesse, au témoignage de 
ses maîtres, « diligent in French ». 

XXII 

Il y a un précieux enseignement de linguistique générale à tirer 
de l'article publié par M. Sommerfelt dans les Avhandlinger utgitt 
av dei norske Videnskaps-Akademi i Oslo (II. Hist. Filos. Klasse, 
1925, n° 3) sous le titre « Un cas de mélange de grammaires ». 
On sait combien les opinions divergent entre les linguistes au 
sujet du mélange des langues : certains vont jusqu'à soutenir que 
toute langue est plus ou moins une « langue mixte » ; d'autres 
affirment au contraire qu'au moins pour le sys ème grammatical, 
un mélange de langues est une impossibilité. Il convient en effet 
de distinguer le vocabulaire, la phonétique et la grammaire. 
Chacun admet qu'une langue peut recevoir une quantité presque 
illimitée de mots étrangers. L'influence d'une population étrangère 
sur un système phonétique n'est pas davantage niable. Mais la 
possibilité d'un mélange d'éléments empruntés à deux systèmes 
grammaticaux est malaisée à établir. M. Sommerfelt montre fort 
bien qu'il faut pour cela le concours de certaines circonstances. 
Des langues dont le système grammatical est très particulier, très 
compliqué, très ferme — c'est le cas des langues indo-européennes 
de type ancien — se prêtent peu à subir des actions étrangères : 
un mélange de systèmes grammaticaux est donc ici à peu près 
exclu. Il faut tenir compte en outre de la différence que présentent 
la structure des langues en contact et plus encore leur valeur 
sociale. Pour des langues étroitement apparentées, comme sont les 
dialectes d'un même groupe, les mélanges morphologiques sont 
possibles, mais sans grande conséquence, parce que les traits de 
l'un des systèmes ont avec ceux de l'autre des affinités naturelles : 
ils peuvent s'échanger sansaltérer le caractère général de la langue. 
Le cas qu'a rencontré M . Sommerfelt est au contraire des plus 
probants : il s'agit d'une langue qui par elle-même possède une 
extrême variété de formations de pluriel dans les noms ; cette 
langue a auprès d'elle une vaste langue de civilisation à grand 
prestige, qui la domine, qui la pénètre, et qui pour le pluriel des 
noms a réussi à se créer un type de formation quasi unique. 



Chronique. 241 

Quand des mots de la première langue ont un pluriel qui manque 
de netteté par suite d'accidents spéciaux, on y remédie en emprun- 
tant à la seconde son procédé de marquer le pluriel. L'exemple 
est saisissant : M. Sommerfelt a le grand mérite de l'avoir décou- 
vert, et le mérite non moins grand de l'exposer avec une clarté 
pleine d'élégance et d'en dégager les conclusions qu'il comporte. 
Nos lecteurs ont sans doute deviné déjà que les deux langues 
en question sont le gallois et l'anglais. La sifflante caractéristique 
du pluriel des mots anglais se rencontre en gallois parlé dans des 
mots qui n'ont pas par eux-mêmes d'expression nette de pluriel. 
Par exemple dans des collectifs :, on dira sers « étoiles » en face du 
« singulatif » seren, ou kirts « cordes » en face du « singulatif » 
kortin. Ou bien dans des cas de flexion anomale : on dira milguns 
« lévriers » au lieu de milgun, pluriel de miîgi. Ou enfin, lorsque 
des accidents phonétiques rendent le pluriel indigène semblable 
au singulier : ainsi on dira sgolurs « pêcheurs » (de pysgotwr) ou 
-fiirnurs « grondins » (de cbwyrnwr) ou byturs « mangeurs » (de 
bwytawr), dans le dialecte de Caernarfon, où le -wyr du pluriel 
se confond avec le -w r du singulier. 



XXIII 

On nous signale des traductions du français en gallois publiées 
dans Y Geninen par M. T. Hudson Williams, Professeur de grec 
à l'University Collège de Bangor. Les numéros de juin 1925, 
novembre 1925 et janvier 1926 contiennent une traduction de 
YAlhalie de Racine, sous le titre Athaliah. A titre d'échantillon, 
voici les paroles d'Abner au début de la tragédie : 

le, wele finnau yma yn ci dy 

yn rhoi fy mawl i'r un tragwyddol Dduw 

yn ol ar arfer gysegredig hen, 

yn cadw gyda chwi yr uchel ddydd 

y rhoed y ddeddf i ni ar fynydd Sinai. 

La traduction est exacte, rend tous les mots du texte, sans y 
ajouter, comme il arrive trop souvent. C'est une jolie réussite. 
M. T. Hudson Williams a également traduit dans Y Geninen la vie 
de saint Alexis (d'après l'édition Gaston Paris) et des sonnets de 
Heredia. 

Revue Celtique, XLIII. 16 

16* 



242 Chronique. 



XXIV 



André Oheix, ce jeune érudit dont la Revue Celtique a jadis 
déploré la perte (v. t. XXXVIII, p. 245), laissait en mourant la 
copie d'un texte inédit d'une Vie de saint Corentin, qu'il avait 
découvert à la Bibliothèque Nationale. La Vie de saint Corentin 
n'était connue jusqu'ici que par une édition due à Dom François 
Plaine et publiée en 1886 au tome XIII du Bulletin de la Société 
archéologique du Finistère. Cette édition consistait en la contamina- 
tion de deux textes, l'un contenu dans un manuscrit de l'abbaye 
de Sainte-Saulve à Montreuil-sur-Mer daté de 1664, et l'autre dans 
un sanctoral de Quimper appartenant à la bibliothèque des Bol- 
landistes à Bruxelles. Tous deux paraissent remonter à un original 
commun, que l'un a abrégé suivant ses besoins, que l'autre a 
développé au contraire en y ajoutant notamment des tirades contre 
le clergé. A quand remontait cet original ? Dom Plaine le sup- 
posait antérieur à l'an 878, date de la translation du corps de 
saint Corentin à Montreuil-sui-Mer, où ce texte l'aurait accom- 
pagné. Et l'argumentation de Dom Plaine a été acceptée par le 
comte de Calan, dans ses Mélanges historiques (Vannes, 1908, 
p. 108). Mais A. de la Borderie considérait la vie de saint Corentin 
comme un document de mince valeur historique, tout au plus du 
xm e siècle (Histoire de Bretagne, I, p. 320). 

Le manuscrit où André Oheix découvrit la Vita Corentini n'est 
pas daté. Mais un examen comparatif de ce texte permet de le 
croire antérieur à celui qu'a édité Dom Plaine. Il est même pro- 
bable que les deux versions amalgamées par Dom Plaine dérivent 
toutes les deux du texte qu'a découvert Oheix. Ce texte n'est 
cependant pas l'antique original que supposait Dom Plaine. En pu- 
bliant la copie d'André Oheix dans les Mémoires de la Société d' Histoire 
et d' Archéologie de Bretagne (1925, 56 p.), M rae Ethel Fawtier-Jones 
l'a fait précéder d'une savante introduction, où elle étudie l'histoire 
de cette Vita Corentini. D'après la toponymie, un certain 
saint Corentin était vénéré anciennement des deux côtés de la 
Manche. Plusieurs documents, datant du x e au xn e siècle, attestent 
qu'une tradition faisait de ce personnage un évêque de Quimper. 
Quant à la Vita Corentini, compo$ée au xm e siècle, à l'aide d'un 
texte antérieur, mais antérieur de peu et de même caractère, ce 
serait un document tendancieux, qui a exploité cette tradition, 
mais ne nous apprend rien de plus sur le personnage. , 



Chronique. 24 5 

XXV 

Les noms de lieu de' la Bretagne armoricaine, si importants 
pour l'histoire, l'archéologie et même la linguistique de la pro- 
vince, n'ont pas encore été étudiés d'une façon complète et métho- 
dique. M. J. Loth a été l'initiateur de nombreuses recherches, tant 
dans les Annales de Bretagne, que dans la Revue Celtique. Et nos 
lecteurs savent que la toponomastique bretonne a en M. Largil- 
lière, élève de M. J. Loth, un représentant qui promet. M. Loth a 
formé un autre élève, M. Daniel Bernard, qui inaugure une série 
d'études sur les noms d'hommes et de lieux du Cap Sizun dans le 
Bulletin de la Société archéologique du Finistère (Quimper, 192e, 
p. 1-34). Ces études sont faites d'après des documents d'archives 
conservés à Quimper ou à Nantes, qui fournissent les formes les 
plus anciennes des noms. Elles serviront de préparation utile à la 
confection du Dictionnaire topographique du Finistère, et, au 
moins pour la région du Cap, elles permettront aux érudits 
d'attendre cet instrument indispensable. Le travail de M. Bernard, 
inspiré et contrôlé par M. J. Loth, est des plus solides. Il donnera 
aux chercheurs une bonne leçon de méthode en leur montrant 
combien de pièges recèlent les graphies officielles des noms. A 
défaut de formes anciennes, c'est toujours à la prononciation 
actuelle qu'il faut recourir. Sur quelques points, des doutes sub- 
sistent. P. ié, on ne voit guère comment le nom à'Audierne aurait 
pu être « influencé par le mot italien et espagnol odierna ». — 
P. 15, le nom de famille Doedy attesté en 1540, n'est-il pas le 
même que le nom actuel Douady ? — P. 25, l'explication donnée 
pour Plomodiern (écrit Ploemordiem dans une vie de saint Corentin) 
ne tient pas compte du fait que les gens du village l'appellent 
Plodiern (prononcé Ploudiern avec accent sur i). On est tenté de 
croire que tno y a été pris pour l'adjectif possessif, si souvent pré- 
fixé dans les noms propres celtiques. 

XXVI 

Malgré des occupations multiples, dont chacune aurait suffi à 
l'activité d'un seul homme, M. Ferdinand Brunot a poursuivi sans 
fléchir la confection de cette magistrale Histoire de la langue 
française des origines à 1900, dont le septième volume vient de 
paraître (Armand Colin, 1926, 360 p. 8°). Ce volume est consacré 
à la propagation du français en France au cours du xvm e siècle. Il 
fera l'admiration de tous les lecteurs par l'effort de renouvellement 



244 Chronique. 

et d'enrichissement qu'il atteste. Sans doute la méthode est aussi 
terme que dans les volumes précédents, l'érudition aussi abondante 
et sûre. Mais le point de vue s'est élevée et l'horizon s'est élargi. 
Ce n'est plus seulement la matière grammaticale, nécessairement 
un peu sèche et fragmentaire, ce sont les idées, les mœurs, les 
conditions de la vie, dont l'évolution est présentée dans toute son 
ampleur, telle qu'elle est reflétée par l'histoire de la langue. C'est 
là un livre de linguistique au vrai sens du terme, puisque, c'est en 
même temps un livre de géographie humaine, d'histoire écono- 
mique et de sociologie. 

Un chapitre est consacré à l'extension du français dans la Bre- 
tagne armoricaine (p. 249-267). Ce n'était pas le plus facile à faire, 
car les documents sont peu abondants. M. Brunot a réuni tout ce 
qu'il est possible de tirer des travaux des historiens ou des récits 
des voyageurs, des ouvrages imprimés ou des pièces d'archives. 
Sur la répartition des langues entre les classes sociales, sur l'orga- 
nisation de l'enseignement, sur l'influence des centres urbains, sur 
le rôle du clergé, etc., il donne des renseignements d'un puissant 
intérêt, et qu'on ne saurait trouver ailleurs. C'est un morceau 
important de l'histoire externe du breton. Le jour où quelqu'un 
entreprendra d'écrire cette histoire, il trouvera dans le livre de 
M. Brunot un de ses chapitres tout fait. 

XXVII 

Livres nouveaux dout il sera rendu compte ultérieurement : 
Tadhg O'Donnchadha, Prosôid Gaedhilge. Corcaigh agus Ath 
Cliath, Clô Ollsgoile Chorcaighe [Prosodie irlandaise, Cork et 
Dublin, Presses Universitaires de Cork], 1925, vij-ioyp. in-12. 3 sh. 

Holger Pedersen, Le Groupement des dialectes indo-européens, 
Copenhague, 1925, 57 p. 8° (Det Kgl. Danske Videnskabernes 
Selskab., Hist. filol. Meddel. XI, 3). 

Thomas F. O'Rahilly, Catalogue of Irish Manuscripts in the 
Royal lrish Academy, fasc. I. Dublin. Hodges, Figgis andCo. 1926. 
130. p. 5 sh. 

Nunzio Maccarrone. Le denomina\ioni del « tacchino » e délia 
« tacchina » nelle lingue roman\e. Torino, 1926, 118 p. avec 6 cartes 
(Estratto dzWArchivio Glottologico Jtaliano). 

K. Van der Heyde. Composita en verbal Aspect bij Plautus. 
Amsterdam, 192e. 122 p. 8°. 

August Oxé. Die Tôpferrechnungen von der Graufesenque. Bonn. 
1926, 99 p. 4 . 

J. Vendryes. 



PÉRIODIQUES 



Sommaire. — I. Language. — II. Annales de Bretagne. — III. Revue 
des Études Anciennes. — IV. Bulletin de la Société de Linguistique. — 
V. The Classical Review. — VI. American Journal of Philology. — 
VII. Glotta. — VIII. Zeitschrift fur vergleichende Sprachforschung. — 
IX. Zeitschrift fur romanische Philologie. — X. Zeitschrift fur celtische 
Philologie. — XI. Indogermanische Forschungen. — XII. Analecta 
Bollandiana. — XIII. Bulletin of the Board of Celtic Studies. 



I 

Le 28 décembre 1924, s'est tenue à New York la première 
séance de la Linguistic Society of America. Cette société doit sa nais- 
sance à l'initiative des Professeurs Léonard Bloomfield, G. M. Bol- 
ling et E. H. Sturtevant, et de vingt-six autres linguistes amé- 
ricains appartenant pour la plupart à l'enseignement universitaire. 
Parmi les noms des premiers adhérents, figuraient ceux de 
Franz Boas, Cari D. Buck, Hermann Collitz, Aurelio M. Espi- 
nosa, J. L. Gerig, Roland G. .Kent, Truman Michelson, 
C. W. E. Miller, Edward Prokosch, Edward Sapir, H. A. Todd « 
etc. La jeune société a reçu à sa première séance une adresse de 
félicitations et de vœux envoyée par M. Meillet au nom de la 
Société de Linguistique de Paris. La cotisation est de 5 Dollars pat 
an, payable entre les mains du secrétaire-trésorier M. le Prof. 
Roland G. Kent, University of Pennsylvania, Philadelphie. 

La société publie une revue, qui porte le nom de Language 
(Waverley Press, Baltimore) et paraît en quatre fascicules par an. 

I. Henry Alfred Todd, Professeur de philologie romane à Columbia 
University depuis 1895, est mort le 3 janvier 1925 à l'âge de 70 ans. Six 
jours avant sa mort, il prit part à la première séance de la société et v fit 
une communication. Il avait fondé deux importants périodiques, Modem 
Language Notes et The Romanic Review. 



246 Périodiques. 

Les fascicules du premier volume (1925) ont un contenu des plus 
variés qui touche à toutes les parties de la linguistique depuis la 
linguistique générale jusqu'à l'assyriologie et les langues améri- 
caines, en passant par le lydien et le hittite, sans négliger les 
langues classiques. Le celtique n'y est que très peu représenté. 
Dans un article sur des alternances de suffixes en indo-européen, 
M. M. Bloomfield aurait pu citer p. 93 le cas de l'adjectif gallois 
cadr « fort » (mbr. ca\r auj. caer « beau ») de *kat-ro- à côté de 
cad « combat » (irl. cafh) de*kat-u-. 

Dans le même volume, p. 1 19-129, M. Louis H. Gray étudie le 
préfixe négatif en n de l'indo-européen. Il ne manque pas p. né 
de citer les formes celtiques qui s'y rattachent : *#- dans v. irl. an- 
hutnal « non humble » in-derb « incertain » é-trocar « impi- 
toyable » (cf. Pedersen Vgl. Gr. II, 212); *ne- dans irl. nech gall. 
neb « quiconque » de *ne-k w o- « personne » ; gall. ne mawr 
« pas grand » bret. ne ira « rien » sortent plutôt, comme le disent 
sir John Morris-Jones (Welsb Gr. p. 313) et M. J. Loth (Chrest. 
p. 501) de *nep mawr, *nep ira. 

II 

Le dernier fascicule du tome XXXVI des Annales de Bretagne 
contient la suite de YHisloria Peredur vab Evrawk par M. J. 
Le Roux (p-' 528-557) et la fin du travail du Chanoine Pérennès 
sur les Hymnes de la fête des morts en Basse-Bretagne (p. 558-599). 
Cette dernière partie comprend les complaintes en dialecte de Cor- 
nouaille (au nombre de trois, dont le fameux cantique du Père 
Maunoir, a den a vexp qner calet « y aura-t-il quelqu'un d'assez 
insensible ?... », publié avec' les variantes des différentes éditions) 
et deux cantiques en dialecte léonais (Klemmou an Anaon « Plaintes 
des Trépassés » et guéri ar garnel « chant du charnier »). Nous 
signalions au tome précédent (p. 218) que la traduction de ces 
hymnes laissait parfois à désirer. La même remarque doit être 
répétée ici : p. 588, nhon eu\ kavet nemedomp ac honoberiou mat est 
traduit par « nous n'avons retrouvé en ce monde que nos bonnes 
œuvres », alors qu'il faut traduire « nous n'avons gardé (avec 
nous, c'est-à-dire emporté) que nous et nos bonnes œuvres ». 
P. 590, c houleti diganeocl) ma teuot d'ober... or peoc'h « vous 
demandant de faire notre paix » (ma teuot n'est pas traduit). Il y a 
aussi des fautes d'impression, dale'het (p. 564 et p. 566) au lieu de 
dalc'het, Done (p. 566) au lieu de Doue, varmomp (p. 582) au lieu 
de varnomp. — A signaler le composé ebers « bientôt » (p. 57e et 



Périodiques. 247 

p. 578) tiré de prest « vite » avec une métathèse dont il y a d'autres 
exemples en breton (cf. R. Celt., XXXV, 27), et aussi la forme 
alchoét « clef» (p. 580) ; Y Atlas Linguistique de M. P. Le Roux ne 
présente du nom de la clef qu'une seule forme à / final, c'est elfet 
à Névez, près de Pont-Aven. — Le chanoine Pérennés a eu l'excel- 
lente idée de joindre au texte des chansons la notation des airs sur 
lesquels elles se chantent (p. 596). 

M. F. Vallée publie dans le même fascicule (p. 484-485) une 
chanson sur « % la Puce » (ar c'hoanenn) à laquelle on comparera 
« la chanson des puces » (jpn ar chuenn) enregistrée par Luzel 
dans ses Soniou, t. II, p. 86. 

Enfin, on lira avec intérêt et émotion le bel article nécrologique 
que M. G. Dottin consacre à la mémoire de l'abbé Duine (p. 629- 
6 45 ). 

III 

Dans la Revue des Études Anciennes t. XXVII, p. 25-28, 
M Seymour de Ricci propose d'ajouter deux nouveaux milliaires 
aux onze que l'on connaît déjà de l'empereur Claude en Gaule. 
L'un a été trouvé à Beaulieu, sur la route de Lyon à Bordeaux ; il 
n'est connu que par une ancienne copie, mais la comparaison d'un 
milliaire de Billom permet de le compléter et en même temps de 
l'authentiquer. L'autre provient de Saint-Pierre les Églises sur la 
route de Poitiers à Bourges. Il est d'une restitution plus difficile, 
et moins sûre. 

Dans le 2 e fascicule du même tome XXVII, on notera une 
étude de M. Jullian sur « l'enceinte gallo-romaine de Bazas » 
(p. 119-121) et une note du même sur « une cella gallo-romaine » 
conservée à Germain la Rivière (Gironde) sous le nom d'Ermitage 
de Saint-Aubin (p. 122-124) ; une étude de M. Raoul Montandon 
sur « la topographie de Genève à l'époque gallo-romaine » (p. 125- 
132) ; une dé M. Jacques Soyer sur le « Nouiodunum des Bitu- 
riges », dont il maintient l'identification avec Neung-sur-Beuvron 
pour des raisons qui semblent excellentes (p. 133-134) ; enfin une 
de M. F. Pajot sur « la question d'Olino et de lesontio » [le pre- 
mier nom ne serait qu'une erreur de transcription du second dans 
la Notitia dignitatum] (p. 135-137). Dans les notes d'archéologie 
rhénane de M. Albert Grenier, on doit signaler la mention d'un 
travail de M. Keune, suivant lequel il faudrait rayer les dit Casses 
du panthéon celtique. Ce nom ne figure que sous la forme du 
datif dans des dédicaces dits Cassibus (Holder, I, 824) ou Cassubus 



248 Périodiques. 

(Corp. XIII, 6668), et il s'agirait tout simplement des « dieux 
Hasards », comparables au bonus Euentus des Latins. Cette hypo- 
thèse est donnée comme remontant à Domazewski, mais sans 
référence. 

Le quatrième fascicule contient une étude de M. Bidez (p. 312- 
318), d'où il résulte que l'empereur Magnence était né à Amiens 
d'un père breton et d'une mère franque. M. Bidez a trouvé ce 
renseignement dans une note marginale du Ms. Vossianus 77 111 
(= v) f° 30 v°. Il est fort précieux, parce qu'il explique nombre de 
particularités delà vie de Magnence, aventurier qui se fit proclamer 
empereur au cours d'un banquet en 350 et qui succomba à la 
bataille de Moursa, sur la Drave. dans la lutte qu'il avait entreprise 
contre Constance. 

P. 327-328, M. Jardé conteste, pour des raisons historiques et 
topographiques qui semblent plausibles, l'identification de X Ar- 
bricum (et non Arebricum), mentionné dans la Vie d'Hérifrid, 
évêque d'Auxerre au ix e s., et du hameau qui s'appelle aujourd'hui 
les Bries ; c'est-à-dire qu'il repousse l'étymologie sur laquelle 
M. Niedermann a appuyé la jolie hypothèse mentionnée R. Celt., 
t. XLII, p. 188. 

IV 

Dans le Bulletin de la Société de Linguistique, t. XXIV, 
p. 214, M. J. Loth étudie les « noms d'homme en -à- long en 
celtique ». Contrairement à l'enseignement de M. Dottin (La 
langue gauloise, p. 117), M. Loth soutient que les dialectes insu- 
laires ont connu des noms en -à- se rapportant à des hommes. 
Sans parler des noms de peuples, comme Demetae (auj. Dyfed) ou 
*Connactae (d'où Connachtd), il rappelle les mots irlandais cerd et 
techl qui signifient à la fois l'un « art » et a artiste », l'autre 
« voyage » et « messager ». Dans les deux cas, ce sont des fémi- 
nins en -à-. En gallois, cerdd « art, poésie, musique » s'emploie 
aussi au sens d' « artiste, poète », mais dans ce sens on lui a 
donné une forme de pluriel masculin, cyrdd (B.B.C. 58.21 Sk. = 
104. 11 Ev., kyrt; B. Tal. 120. 31 Sk. = 11 . 10 Ev., kyrd ; MA. 
160 a 42, 338 a 6). Le correspond gallois de techt est teith, auj. 
taith, qui ne signifie que « voyage » ; mais au sens de « mes- 
sager » le gallois a un mot cennad qui est anciennement féminin, 
comme il Test en moyen-breton (ganat) et en moyen-cornique 
{cannas, Beun. Merias., v. 1433). L'irlandais a d'ailleurs aussi un 
mot echlach a messager », qui dans la Tàin bô Cùailnge est féminin. 



Périodiques. 249 

Dans le même volume du Bulletin, p. 219 et ss., M. A. Som- 
merfelt ajoute une correspondance à celles déjà connues entre 
l'indo-iranien et les langues occidentales. Il s'agit de l'irlandais 
cuanna « joli, distingué » de *cuan-dae, gallois cun « charmant, 
aimable », que M. Sommerfelt rattache à la racine *ku- dont le 
sanskrit a tiré, avec divers élargissements (*kudh-, *kubh-, *kuq-) 
les mots çundhati « il purifie » partie, çuddhâh « purifié n,çubhrdh 
« brillant, beau », çôcati « il luit » çûcih « brillant, pur ». Le gallois 
cun de *kouno- est même directement superposable au sanskrit 
çônah, si l'on admet que la présence de la cérébrale est un fait de 
moyen-indien. Le celtique *kouno- figure encore dans plusieurs 
noms propres, comme v. irl. Coonu, plus tard Cuunu, gén. Cua- 
nach, qui semble sortir d'un ancien composé avec i.e. *ok w -, cf. lat. 
ferôx, atrôx, gr. yXauxo)-|, etc. 

A signaler encore, p. 283, deux notes étymologiques de 
M. Meillet ; il résulte de l'une que le radical *smerto- de gaul. 
Rosmerta, Smertullus etc., pourrait bien être rapproché du nom 
d'une des parques en vieux latin, Morta; de l'autre, que lat. agnus, 
gr. àavô;, à cause de leur voyelle a. doivent rester séparés de irl. 
uan, qui a un ancien d, et de v. si. agne qui suppose un ancien ô. 

C'est dans ce même volume que M. Grammont a publié son 
travail sur l'Assimilation (p. 1-109), qui est un magistral exposé 
de phonétique générale. Les phonéticiens liront également avec 
fruit la jolie note de M. Sommerfelt sur les changements phoné- 
tiques (p. 1 38-141). 

Le tome XXV du même périodique contient, avec les Remarques 
signées J. Yendryes sur les Graffites de la Graufesenque (p. 34- 
43), un article de M. J. Loth sur un groupe de mots du celtique 
insulaire qui commencent par b- et sb- ; il y voit un fait d'alter- 
nance consonantique, comme en a signalé déjà M. Pedersen (Vgl. 
Gr., I, p. 88). Ces mots sont les suivants : irl. brùan « fragment » 
et spruadhna (pi.) « même sens » ; irl. brùar etsprudhar « miette -•> ; 
irl. brus et sprus « déchets de blé » ; irl. bairnech et spairnech 
« furieux ». Bien qu'il y ait quelques exemples de développement 
spontané d'un s initial en irlandais (spréidh « bétail, proie » à côté 
de preidh), M. Loth croit que l'alternance en question remonte au 
vieux-celtique. Il en donne comme preuve l'opposition de gall. 
ffer bret. jer « cheville » irl. seir g. sered (mais duel di ferid L.U. 
69 a 30, comme de sine « mamelle, pis» bè tri-phne L.U . 77 a 38) 
« même sens » corn, fer « jambe » et de gall. berr, corn, ber 
« jambe » ; il existe d'ailleurs un mot irlandais speir, gén. speire 
« jarret, jambon ». Ce qui suppose pour le celtique commun à la 



250 Périodiques. 

fois *berrâ, *\berâ, *sperâ et *spernnà. M. J. Loth explique de 
même le corn, sprus spus « pépins » (collectif), bret. spîuseti 
sprusen et spus « semence qui fait germer » par un prototype 
*\brousto- *ibousto- (cf. v. isl. sproii « bourgeon, pousse » et suéd. 
dial. sputa « jaillir ») ; de même aussi bret. sper « semence, lignée » 
par une racine *%bher- i doublet de *bher- « porter, engendrer » et 
de *sper- «semer », 

V 

On retiendra avec intérêt de The ClassicalReview, vol. XXXVII 
(1923) p. 60, une note de M. A. E. Housman d'après laquelle le 
nominatif singulier Allobroga et le nominatif pluriel Allobrogae 
n'existeraient pas. Ces deux formes, enregistrées par le Thésaurus 
Linguae Latinae, résultent d'une mauvaise interprétation du scho- 
liaste de Juvénal (satire VII, 244). Il n'existe pas d'autre nominatif 
singulier que Allobrox (Horace, Epodes XVI, 6; Gram. Lat. suppl. 
p. 119 et C.I.L. XII 3109), d'autre nominatif pluriel que Allo- 
broges (Schol. Juu. ad VIII 234). Cela est évidemment conforme à 
ce que l'on attend d'après la déclinaison gauloise ; cf. d'Arbois de 
Jubainville, C.R. de VAcad. des Inscriptions, 1892, p. 383. 

Même périodique vol. XXXVIII (1924), p. 14e et suiv., M. D. 
Atkinson publie une inscription récemment découverte par les 
soins de la Birmingham Archeological Society sur l'emplacement 
de l'antique Viroconium, auj. Wroxeter, près Shrewsbury. Cette 
inscription a l'intérêt de nous fournir le nom du peuple celtique 
dont Viroconium était la capitale sous la forme Cornou[iî). On sait 
que la géographie de Ptolémée (II, 3), place immédiatement à l'Est 
des Ordouices le peuple des Cornauii (sic : Kocvaoutot). Le géographe 
de Ravenne (I, 3), dans une liste de noms de cités bretonnes, 
donne Utriconium Cornoninnorum, ce qui est une faute'manifeste ; 
certains éditeurs modernes, comme Wright (JJriconium, p. 1) ont 
corrigé en Cornauiorum, d'autres comme Haverfield (V.C.H. Shrop- 
shire, vol. I,p. 215 f) en Cornouiorum. L'inscription qu'a mise au 
jour la Birmingham Archeological Society prouve que cette 
seconde leçon est la bonne. 

VI- 

Dans le tome XLVI de I'American Journal of Philology, 
p. 101-127, M. G. L. Hendrickson étudie « Archiloque et les vic- 
times de ses iambes ». Il ne pouvait manquer de rappeler le rôle 



Périodiques. 251 

des poètes satiriques en Irlande, tel qu'il a été mis en lumière 
dans un excellent travail du Prof. N. Robinson (v. R. Celt., XXXIV, 
94). Aussi trouve-t-on en appendice (p. 124 et suiv.) un excursus 
sur des analogues irlandais et arabes. On sait de quel pouvoir 
redoutable les poètes, en Irlande comme en Galles, étaient investis. 
Aussi ne les recevait-on pas volontiers chez soi. A la porte 
d'Emain Mâcha, se tenait un guetteur chargé d'éconduire les poètes 
satiristes qui se présentaient (L.U. 61 b : fri snàdud neich dathissad 
co n-airchetul). C'était une mesure de protection fort sage. Tout ce 
que M. Hendrickson rapporte sur le compte d'Archiloque ne peut 
manquer d'intéresser les celtistes, qui y trouveront des motifs 
nombreux de comparaison. 

L'étude de M. Walter Petersen sur « le génitif adnominal » 
(p. 128-160) consiste en une analyse très serrée des emplois variés 
de ce cas pour en déterminer l'origine. C'est une difficile question 
sur laquelle Delbrùck (Grundr. III, 186, 333) et Brugmann (ibid., 
2 e éd., II, 2, 567), MM. E. Schwyzer {i.F. XXIII, 162), van 
Wijk (Der nominale Genitiv singular im îndo-germanischen in 
seinem Verhâltniss \um Nominativ, p. 178) et d'autres encore ont 
exprimé des opinions variées. M. Petersen se propose de prouver 
qu'il existait jadis un type de génitif sans désinence placé auprès 
d'un nom avec une valeur d'apposition ou de dépendance, c'est-à- 
dire pour marquer une idée accessoire appartenant à la sphère de 
ce nom. Le principal argument à l'appui de sa thèse est tiré des 
noms composés, dont le premier terme qui est généralement un 
thème nu peut exprimer avec le second terme un rapport quelconque. 
M. Petersen estime que ces thèmes nus, premiers termes de com- 
posés de dépendance représentaient à date préhistorique ce qui 
devait plus tard être des génitifs. En effet les rapports si variés 
qu'implique la composition peuvent tous s'exprimer au moyen du 
génitif. C'est postérieurement, avec le développement des langues 
que le génitif aurait pris sa forme, par suite de la différenciation 
des divers emplois. S'il en est ainsi, il n'y a pas à établir une hié- 
rarchie entre ces emplois ni à chercher lesquels seraient tirés des 
autres (p. 143) ; ils sont contemporains. Passant en revue ces 
divers emplois (génitif possessif, génitif dépendant d'un adjectif 
verbal, génitif descriptif, génitif appositionnel, génitif de matière 
ou d'origine, génitif complément d'un nom verbal, génitif par- 
titif), M. Petersen montre par des exemples -que la composition 
présente des substituts de tous ces emplois du génitif. Ainsi l'on 
trouve en grec àpYucoO-rjxr, et Ôt^xy, àoyuco'j, ^oûveupov et v-ïpov 
poo;, T£'./oç,ûXa; et cpOXa; to3 te;/ouç. Il conclut de là que le 



252 Périodiques. 

génitif s'est formé par addition d'un élément pronominal au 
thème nu primitivement employé pour le substantif en apposition ; 
ainsi dans les thèmes en *-o-, le génitif aurait été formé par l'ad- 
dition d'un élément démonstratif *so ou *syo. L'hypothèse est 
hardie et indémontrable. Ce qui est dit p. 159 de l'origine du 
génitif pluriel (tiré d'un ancien neutre singulier *rêg-o-m genos 
« race royale » d'où % rêg-ôm genos sous l'influence des thèmes en 
*-o- et en *-a- où il y aurait eu contraction) dépasse les limites de 
la vraisemblance. On admettra difficilement que dans le type grec 
iaTpo-fjLtzvTt; ou xaxo-5atfjuov le premier terme ait la valeur d'un 
génitif partitif. Mais il y a dans cet article des vues de détail inté- 
ressantes et justes. Le celtique y est à peine utilisé ; on trouve 
cités de rares exemples irlandais : p. 147 muitice iri n-ungae et 
p. 151 lestar n-arggit. Ils n'apportent rien de nouveau. En revanche, 
l'irlandais manque là où il pourrait fournir un témoignage positif, 
par exemple pour montrer que l'équivalence du procédé de la com- 
position et de l'emploi du génitif s'était conservée en celtique, et 
surtout pour y attester la survivance des expressions redondantes 
du type skr. sàkhâ sàkhinàm, R.V . , I, 30, 11 (p. 155) ; irl. sui na 
suad « sage des sages » (ci-dessus, p. 26, § 24). Ces expressions 
sont courantes en irlandais (cf. Rev . Celt., XXXVII, 28e et XLII, 
401) ; elles existent également en brittonique. Elles sont même si 
caractéristiques de la syntaxe celtique qu'on les rencontre en latin 
sous la plume d'écrivains auxquels la pensée celtique était familière. 
Ainsi Nennius écrit nullus Britto Brittonum, deusdeorum, miraculum de 
miraculis, os de ossibus, rex inter reges (F. Liebermann, Nennius the 
author of the Historia Brittonum, dans les Essays in Mediaeval His- 
tory presented to Thomas Frederick Tout, Manchester, 1925, p. 32); 
cf. R. Celt., XXXVIII, 345 n. Ce n'est pas le seul idiotisme cel- 
tique qu'on observe dans le latin de Nennius (cf. Windisch, das 
keltische Britannien bis \u Kaiser Arthur^ p. 288). 

P. 358-362 du même volume, M. Hermann Collitz traitant du 
gotique barusnjan « cù^e^Eïv » (Timoth. I, v, 4) y voit le dérivé 
d'un adjectif *baru- emprunté au grec potcû; « grave, sérieux, 
digne » (cf. Iv (îâpet en/ou « être un objet d'honneur ou de respect » 
Thess. J, 11, 6). Il rejette l'hypothèse de M. R. Much {Deutsche 
Stammeskunde, Leipzig, 1900, Samml. Gôschen, p. 46), suivant 
laquelle l'adjectif gotique *baru- aurait été emprunté au celtique. 
Cette hypothèse avait contre elle qu'on ne rencontre pas en effet de 
mot *baru- dans les langues celtiques (cf. toutefois Wh. Stokes, 
Urk. Sprachsch., p. 186, qui imagine un thème *bru- pour expliquer 
gall. bryw « vigueur »). 



Périodiques. 253 



VII 



Glotta, t. XIII, p. 171-188. M. Havers présente d'intéressantes 
remarques sur l'emploi syntaxique du neutre en latin et en grec. 
Le neutre s'emploie parfois à l'accusatif là où on attendrait un cas 
oblique. La répugnance à employer les cas obliques du neutre est 
particulièrement nette dans les bas temps, au moment où le sys- 
tème de la flexion commence à se détraquer C'est au neutre sur- 
tout que l'indéclinabilité est admise dans des « ablatifs » absolus 
comme : nascente uulnus , inuocato nomen, foedus inito, perpetrato faci- 
nus, tour très fréquent en bas latin (Mommsen, Index aux Getica de 
Jordanis, p. 177, col. 2 ; Lôfstedt, Phil. Kommentar \u Peregrinaiio 
Aetheriae, p. 292 ; Niedermann, Festgabe fur Blùmner, p. 328 et s.). 
M. Havers explique le fait en admettant, comme divers linguistes 
l'avaient déjà supposé, que le neutre était à l'origine indéclinable 
(cf. Meillet, M. S .L.,XX, 172), et qu'il n'avait lieu d'être employé 
qu'à l'accusatif parce que c'était le cas qui normalement lui apparte- 
nait (cf. Uhlenbeck, I. F., XII, 170). Dans le cas des pronoms 
neutres, l'emploi de l'accusatif au lieu des cas obliques est attesté 
en slave (Vondrack, Vgl. Gr. IL 339) et en baltique (Mùhlenbach, 
I.F., XIII, 222) ; cf. Delbrûck, Vgl. Synt., I, 34.1. M. Havers est 
tenté de joindre à ces langues l'irlandais, où sin « ceci, -ci «est indé- 
clinable. Mais au masculin et au féminin som et si ne se déclinent 
pas davantage (cf. Pedersen Vgl.Gr., II, p. 139 et 188). Il était peut- 
être plus opportun de rappeler que, l'article neutre étant en voie 
d'élimination dès le commencement du X e siècle (T.O'Màille, The 
Language oj tbe Annals of Ulster, p. 124), c'est après les préposi- 
tions, c'est-à-dire aux cas obliques, que la substitution du mascu- 
lin au neutre paraît avoir commencé (id., ibid.). Mais en somme, 
l'irlandais, où la survivance du neutre est menacée dés les plus 
anciens textes, ne donne guère idée de ce que pouvait être l'em- 
ploi du neutre en indo-européen. 



VIII 

M.Wolfgang Krause avait fait paraître au tome LU de la Zeit- 

SCHRIFT FUR VERGLEICHENDE SPRACHFORSCHUNG (pp. 223-249) Un 

article sur une vieille construction elliptique de l'indo-européen, 
celle dont Zimmer s'était jadis occupé dans le même périodique 
(t. XXXII, p. 153) parce que l'irlandais en conserve des traces : 



254 Périodiques. 

icind tricha bliadan condricfem and ocus tù « dans trente ans nous 
nous rencontrerons ici, [moi| et toi » (note du L.Br., p. 83, au 
Filire d'Oengus, 5 mars ; éd. Stokes [1880], p. lxj) ; intan dorega 
su cot buaib anair doridisi, fibaid sund inn aidchi sin dadaig ocus bin- 
dabair « quand tu seras revenu ici de l'Est avec tes vaches, vous 
coucherez cette nuit-là même ensemble [toi] et Findabair » L.L. 
251 b 25 ; rogabsom didiu iarsin rige Lagen ocus batar hi corae ocus 
Cobibacb « il prit alors ensuite la royauté du Leinster et ils furent 
en paix [lui] et Cobthach » L.L. 270 a 2 ; etc. Cette construction 
en entraîne une autre, dont M.Pedersen Vgl. Gr., II, 138, a donné 
des exemples typiques : immanamaic dôib 7 in maccaillech « il y eut 
rencontre pour eux, [lui] et la jeune nonne » L.L. 285 b 47 ; scith 
limm comrac dûib 7 Cûchulaind « j'ai regret de ce combat entre vous 
[toi] et Cuchullin » L.U. 68 a 44. 

La question est reprise par M. Thurneysen dans le volume LUI 
de la Zeitschrift }. vergl. Sprachf., p. 82 et ss. Il s'agit d'un idio- 
tisme dont la règle doit se formuler ainsi : après un pronom 
pluriel combiné avec une préposition suivant l'usage celtique, on 
peut exprimer un substantif impliqué dans le concept du pronom 
en le faisant précéder de la conjonction « et », mais le substantif 
se met alors au nominatif. C'est au nominatif en effet que sont les 
mots maccaillech, Cûchulaind dans les exemples précédents, et de 
même dans les exemples suivants : iss inund mâthair dôib ocus int 
Eochu « ils ont une même mère, [lui] et Eochu » L.U. 20 a 17 ; 
doècastar imbi hinun folud bis indib ocus a céinide « que l'on voie si 
c'est le même objet qui est en eux, [lui, le dérivé] et son primitif » 
Sg. 188 a 5 ; fechta cath Muighe Tuired etorra ocus Fir Bolc « la bataille 
de Moytura fut livrée entre eux [les Tuatha De Danann] et les Fir 
Bolg » R. Celt. Xll, 58, § 10 ; doroinde sith celgi etarro ocus a clann 
« elle conclut une paix trompeuse entre eux, [Crimthann] et ses 
enfants », R. Celt., XXIV, 178, § 7 ; cethardha ndillata leis ocus 
a ben « quatre vêtements à lui et [à] sa femme » Ane. Laws, IV, 
312, 1 (le tour conforme à l'usage ancien serait ko « à eux, [lui] et 
sa femme »). Toutefois quand l'article est employé devant le subs- 
tantif, ce dernier se met au cas que réclame la préposition : etarru 
son ocus in gréin « entre eux [lui] et le soleil » Ml. 112 a 8 : in ré 
rachtaighin bidbu atnru ocus in féichemuin toicheda, Ane. L., V, 380, 
5 (à côté deeaturu ocus féchem V, 378). Dans la phrase de la FI. 
Br. § 26 (L. U. 103 a 3 5), citée par M. Thurneysen, Hdb. § 400, il 
faut lireco tïsad gaeth etorro ocus talam (et non talmain ; ms. ial-). 
Les manuscrits plus récents ont etir ê ocus talm(ain), ce qui est déjà 
de Pirlandais moderne. 



Périodiques. 255 

Le tour s'explique de deux laçons. D'abord par le fait que le pro- 
nom étant réuni à la préposition, celle-ci perd en quelque sorte 
sa capacité de gouverner un autre mot. Et ensuite par ceci que le 
nominatif ne sert pas seulement de cas sujet et de cas prédicat, 
mais aussi qu'on l'emploie partout où le substantif s'emploie libre- 
ment dégagé de tout rapport avec le reste de la phrase ; c'est le 
symbole du mot, indépendant de toute flexion (cf. Thurneysen 
Hdb.§ 248 et Baudis, Z.f. ait. Phil., IX, 311); c'est donc au 
nominatif que se met naturellement le substantif là où rien n'exige 
l'emploi obligatoire d'un autre cas. 

Cette conclusion est confirmée par un autre idiotisme irlandais. 
Quand le pronom compris dans la particule de ajoutée à un com- 
paratif est développé au moyen d'un substantif, celui-ci se met 
aussi au nominatif. Ainsi : ni môiti eneclann naflatha in cèile sin aice 
« le prix de l'honneur du chef n'en est pas plus grand, par le com- 
pagnon qu'il a avec lui » A. Laïus, V, 218, 8 ; ba nertiti leis a 
menma na scéla adhadar do in gilla « son esprit en était plus fort, 
par les récits que le garçon lui racontait » Ir. Texte, I, 212, 1. 16. 
Le tour s'est conservé en de nombreuses locutions proverbiales 
jusqu'à aujourd'hui, is tigbe-de an brat, a dhûbladh « le manteau en 
est plus épais, par sa doublure ». (T. O'Rahilly, A miscellany 0} 
Irish proverbs, p. 101, n° 31e; cf. le même, Dânfhocail, p. 12, n° 59). 
Il faut donc voir un nominatif dans ôibniti in tech for tichtain « la 
maison en est plus agréable, par votre venue », malgré K. Meyer, 
Univ. of Illinois Studies in Language and Literature, II (19 16), 
p. éoo. 

Il y a d'autres faits de même ordre, comme l'emploi bien connu 
en poésie d'un possessif proleptique (proprement un ancien géni- 
tif) repris au vers suivant par un nominatif. Dans le Saltair na 
Rann un substantif réuni par ocus à un groupe à un autre cas se 
met au nominatif (K. Meyer. Sil^b. Berl. Ak . 19 17, p. 646). Dès 
que le lien syntaxique se relâche, le substantif reste au nominatif. 
Tout cela prouve la détérioration du système flexionnel. 



IX 



Dans la Zeitschrift fur romanische Philologie, t. XLIII, 
(1923), p. 385-402, M. Thurneysen étudie « eine irische Parallèle 
zur Tristan-Sage ». Il s'agit d'un curieux récit intitulé Scéla Cano 
tneic Gartnâin, dont Kuno Meyer a publié le texte d'après le Yellow 
Book of Lecan, p. 128 a et ss.,dans les Anecdota front Irish Manu- 



256 Périodiques. 

scripts, t. I, p. i - 1 5 . Ce récit est d'un type assez répandu dans l'Ir- 
lande du moyen âge : sur quelques données historiques, utilisées 
d'ailleurs avec une fantaisie qui s'inquiète peu des inexactitudes ou 
des anachronismes, l'auteur bâtit un roman, dont le principal inté- 
rêt est dans la peinture des mœurs. Le Forbuis Droma Dambghaire, 
publié ci-dessus par M !le Sjœstedt, est un autre exemple du même 
genre, mais d'un intérêt plus vif encore par tous les renseigne- 
ments qu'il fournit sur la magie. 

Ce que les Annales irlandaises nous apprennent sur Cano mac 
GarUiàin est maigre. Sa mort est mentionnée à l'année 688 (où 
d'ailleurs son père est appelé Garlnait, suivant une forme fréquente 
dans l'onomastique des Pietés). A l'année 668, on signale l'arrivée 
en Irlande des fils de Gartnait venant de l'île de Skye, et à l'année 
670 leur départ d'Irlande. Le récit fait de Gartnàn le fils d'Aed 
mac Gabrain et le neveu d'Aedan mac Gabrain : Aed et Aedan se 
seraient trouvés en compétition pour le trône d'Ecosse. En réalité, 
Aed et Aedan ne sont qu'un seul et même personnage, des mieux 
connus ; c'est celui que Saint Colomba sacra roi d'Ecosse en 574 
et qui mourut en 606. Reeves, considérant toute cette généalogie 
comme des plus suspectes, avait supposé que le père du Cano 
mort en 688 était le roi des Pietés Gartnait filius Domnaill. dont 
les Annales mentionnent la mort en 663. Mais M.Thurneysen 
maintient (p. 402) la succession Gabràn, Aed (Aedan), Gartnait, 
Cano, en se référant à deux passages des Annales d'Ulster (a. 672 
et 704) qui mentionnent un certain Conamail fils de Cano. Quoi 
qu'il en soit, l'histoire du vn e siècle était visiblement peu familière 
à l'auteur du récit. 

De quelle date est ce récit ? C'est difficile à dire. Le titre en est 
mentionné dans la liste de Y Aire c Mentnan Uraird (Anecdota from 
lrish mss., II, 46) sous la forme Serc Crede do Chanainn mac Gartnain 
« L'amour de Cano fils de Gartnan pour Cred ». Mais le seul 
manuscrit qui l'ait conservé, le Yellow Book, est de la fin du 
xiv e siècle. Il renferme plusieurs poèmes, assez mal transcrits d'ail- 
leurs. L'un de ces poèmes contient une strophe qui est reproduite 
dans un traité de métrique, dont la date est peut-être de la fin du 
ix e siècle. En gros le texte aurait donc pu être rédigé aux alentours 
de l'an 900. M. Thurneysen s'est proposé pour objet d'en faire con- 
naître la traduction aux romanistes. Mais une tâche préalable et 
nécessaire était d'en examiner la tradition manuscrite pour l'établir 
aussi solidement que possible. La traduction est donc accompagnée 
de notes, où le savant auteur fait preuve de sa maîtrise habituelle 
et qui constituent en quelque sorte un apparat critique au texte. Il 



Périodiques. 257 

est utile de les reproduire ici pour permettre à nos lecteurs de les 
reporter sur leur exemplaire : 



P. 1, 1. 7, au lieu de indsi, lire intreb « mobilier »? — I. 13, corriger 
telncb en telluch et cet(J)nama en ceci) simma. 

P. 3, I. 6, maintenir a meicc malgré K. Mever. — 1. 13, lire »/ac. — 
1. 19, corriger burg(ar~)adar en burgarad. — I.22, au lieu de i f aile for thano, 
lire /aile fortanu. 

P. 4, 1. 14, corriger ni bat rignafotha en ni ba rigne fota « ce ne sera 
pas long ». — 1. 16, lire nim mairfider. — 1. 17, corriger segaithsi en refait 
se « j'irai ». 

P. 5, 1. 5, comprendre di-ar n-inchaib-ne » loin de notre honneur », c'est- 
à-dire « en nous dégageant de toute dette d'honneur envers eux ». — 
I. 10, comprendre do thetarreacht or mbaegail « notre péril a été conjuré » 
expression empruntée au jeu d'échec, cf. Eriu, V, 32. — 1. 13, lire isin 
tir. — 1. 24, comprendre qu'ils ne se déshabillèrent pas pendant deux jours. 

P. 6, 1. 3, lire Gesi Cernai' mos-rabthus, dom liiec ni-nio (= tnad) -ragbus. 

— 1. 8, ajouter quatre syllabes comme lochain locha. — 1. 9, reporter is beg 
tarba (3 syll.) au %'ers suivant et supposer la chute de quatre syllabes après 
cliiim. — 1. 18, au lieu de ben lire bath « mer » (Corni. n° 53). — 1. 20, 
il manque deux syllabes au vers. — 1. 21, au lieu de isi or lire isind uair. 

— I. 22, il s'agit du combat de Carn Conaill, livré en 649, où Diarmuid 
vainqjiit Guaire. — 1. 23, lire;» mbale. 

P. 7, 1. 1, lire a imchomarc. — 1. s, lire cia dordu « bien que (ou ce que, 
ou à qui) je fredonne » et 1. 6, lire a orba « son patrimoine », — 1. 7, lire 
a canai « ce que tu chantes »• — 1. 9, lire rom-sd « qui m'obtienne ». — 
1. 1 1, lire diambè i n-ingnais « duquel est éloigné » au lieu de diaviongnais. 

— 1. 12, lire roliad si ioruin ar Cbolcain u elle eut ensuite des relations 
avec Colco », c(. Otia fyters. III, 47 : roliad ind righan for mac... Dichoeme. 

— 1. 15, lire a fêle. — 1. 24, corriger chadtid en chadngud (.— cholugiid). — 
1. 26. au lieu de ceathroimtbi, lire iii cethramtbana. 

P. 8, 1 10, au lieu de saidig, Vue gaibid comme dans la suite. — 1. 16, 
lire dia bliadtw « au bout d'un an, Tannée d'après » (se rattache à or se 
qu'il faut rétablir dans le texte). — 1. 19, corriger or en 0. 

P. 9, 1. 4, lire '//</ diaid ind aigi. — 1. 23, 1. a con (ou traduire « seine 
Hunde »). 

P. 10, 1. 6, au lieu de co na tictis, lire con-alecht si « elle demanda ». — 
1. 14, lire... a anitn. A malhair robui... — , 1. 16, corriger lici en Hoc, et 
tallsath en tall. — 1. 22, au lieu de lochrad inim vadmain, lire romchrdiler 
Un midmahn. 

P. ii,1. io, changer cach anua en cacha nona et 1. 15, rotfersat en rotfer- 
fat. — 1. 30, au lieu de /or bol lire peut-être forbairt. 

P. 12, I. 11, au lieu de araid nierach lire peut-être qradain each. — 1. 19, 
21, 25, cf. R. Celt. XIII 94 et XVII 161. — 1. 22, corriger inmend en is 
•netid « est clair ». — 1. 26, lire peut-être ni annb cèin beo-sa nadb; les vers 
Rrvue Celtique. XLIII. 17 



2 5 8 Périodiques. 

25-26 se retrouvent avec des variantes dans les //•. Texte III, p. 18, § 51 et 

p. 4 fi >§73- 

P. 13, 1. 6, au lieu de iar mbernas lire quelque chose comme iaruber 
nglas. — 1. 7, corriger Illadon en Illanddin et par suite alladon en quelque 
chose comme alluiddin. 

P. 15, 1. 2, au lieu de nisela, 1. nud-sela ou peut-être nod-seJa. — 1. 4, 
lire a lie « sein Stein ». — 1. 5, lire comonaccaib doib. Don-arthet teora 
longa... — 1. 7, il faut supposer une lacune après a gn uis se ont. — 1. 8, cor- 
riger in ligi en in lie '. 

Les Scéla Cano meic Gartnâin ne brillent pas par la composi- 
tion. Plusieurs épisodes y sont entremêlés. Au § 13, le narrateur 
s'arrête pour insérer deux anecdotes burlesques sur le fameux poète 
Senchan Torpeist. Il ne reprend le fil de son histoire qu'au § 15. 
L'épisode qui prête à un rapprochement avec Tristan et Iseult 
n'occupe dans l'ensemble qu'une place restreinte ; il commence 
assez gauchement aux §§ 11- 12, puis reprend au § 16 et se termine 
en quelques phrases rapides au §23. On peut le reconstituer ainsi: 
Cred, fille du roi de Connaught Guaire, est l'épouse de Marcan, 
qui a lui-même un fils du nom de Colcu. Cred s'éprend de Cano 
sur le récit de ses exploits avant même de l'avoir vu; et lorsqu'il 
vient à Derlus, la cour de Guaire, elle sent sa passion s'affirmer. 
Mais elle est elle-même aimée de Colcu, auquel elle refuse de 
céder du vivant de son père. Le poète Senchan, peut-être à l'ins- 
tigation de Colcu, s'arrange pour faire partir Cano de Derlus. A 
la nouvelle de ce départ, Cred, que la passion possède au point 
qu'il faut quatre hommes pour l'empêcher de s'enfuir, endort par 
un philtre tous les habitants du château et restée seule avec Cano, 
lui déclare son amour. Celui-ci, invoquant les lois de l'hospitalité, 
résiste ; mais il promet de s'unir à elle quand il sera roi d'Ecosse 

1. Ci-joint quelques remarques ou suggestions sur le texte. P. i,l. 3, 
sousl'énigmatiquez/m me Uchen ne pourrait-on chercher à retrouver inis mi 
Cruitbne, puisque d'après Reeves, Life of St Colomba, p. 290, l'ile de Skye 
était occupée par les Pietés avant que les Scots en eussent pris possession, en 
668. — P. 6, 1. 18, le mot du ne doit-il pas être traduit par « terre », sui- 
vant son sens propre et étymologique? — P 9, I. 23 (traduction p. 397, 
!. 11) a chou « de ses chiens à lui » et non « de leurs chiens ». — P. il, 
1. 1 (trad. p. 398, 1. 23*, nit-rirfider « tu ne sera pas vendu » et non « vous 
ne serez pas ». — P. il, 1. 16, n'a-t-on pas affaire à la locution breitb i 
calad « mener au port » (au figuré), dont K.Meyer, Contrib. p. 308, four- 
nit des exemples ? — P. 13, 1. 14, lire peut-être a sneachla buaraighthe là m, 
duit in Dun B. nib sdm « ô neige qui refroidis les mains, pour toi il n'y a 
pas de repos à D . B. ». 



Périodiques. 259 

et il lui remet en gage une pierre qui enferme son âme. Puis il 
quitte les lieux. Cred garde précieusement la pierre dans un coffre 
qu'elle vient voir chaque jour. Vingt-quatre ans s'écoulent, pen- 
dant lesquels les deux amants restent fidèles l'un à l'autre et, 
semble-t-il, font pour se rencontrer des tentatives que la jalousie 
de Colcu réussit à déjouer. Enfin, un jour, ils se donnent rendez- 
vous à Loch Creda, dans le N. de l'Irlande. Cred se tient sur le 
rivage, la pierre à la main. Elle voit approcher la barque de Cano 
venant d'Ecosse. Mais à ce moment, irois barques entourent celle 
de Cano, la renversent, et lui-même est jeté à la mer, Cred aper- 
çoit dans les flots le visage de son amant, probablement ensan- 
glanté ; elle le croit mort et se laisse tomber du rocher, où elle se 
tue. La pierre se brise en même temps ; et Cano, qui était sorti 
de l'eau sain et sauf, retourne en Ecosse et meurt neuf jours après. 
Il y a assurément des analogies entre ce récit et celui de Tristan, 
surtout dans le dénouement. L'auteur des Scéla Cano, dont la fan- 
taisie se jouait parmi les thèmes littéraires, a pu connaître les 
aventures de Tristan et s'en inspirer partiellement. Aussi bien, le 
récit de Tristan, qui est essentiellement celtique, était-il probable- 
ment fixé dans ses grandes lignes à l'époque où les Bretons et les 
Goidels formaient encore une unité. C'est l'opinion de M.J.Loth 
qui dans une communication à l'Académie des Inscriptions (1924, 
p. 122) a discuté le parallèle établi par M. Thurneysen. 

Aux pages 206-215 du tome XLIY du même périodique, 
M. P. Marchot étudie « le gaulois archaïque apia ». Ce mot se trou- 
verait comme second terme dans une série de noms désignant des 
cours d'eau ou des lieux riverains dans la région du Nord : gena- 
pia « source ? » ou « fontaine ? » d'où Genappe, Gennep, Guemps, et 
Annappes (de *Ex-genapia « lieu dépourvu de source ») ; alterepia 
« ruisseau annexe » (d'où Lautreppe, Autreppes, Otreppe) ; vellapia 
« bonne source » (d'où Waleppe) ; garanapia « eau des grues » ou 
vernapia « eau des aulnes » (d'où La Garnache en Vendée) ; alta- 
pia oc eau de la hauteur » (d'où Oteppe) ; glissapia « eau de la 
glaise », cf. glisso-marga « marne blanche » Pline XVII, 46 (d'où 
Gileppe, par gislapia) ; Toranapia « eau de Taranus » (d'où Tour- 
neppe, flam. Dworp) ; voesapia « les deux eaux d'Esus » (d'où 
Jf'iseppe) ; gemapia « confluent » (d'où Jemmappes, Jemeppe, Gué- 
mappe, Garnache) ; hanapia « marécage », cf. anam paludem du glos- 
saire d'Endlicher (d'où Hannapes, Hatiuaches). Le simple apia expli- 
querait peut-être aussi les noms de Eppes (commune du département 
de l'Aisne, Apia en 1147, Appia en 1250) et Epe (village hollan- 
dais dans la Gueldre, Eep en 1125) ; mais un nom de lieu Apia 



260 Périodiques. 

pourrait être aussi le pluriel de opium « ache » ou le dérivé du 
gentilice Appuis. L'article de M. Marchot contient quelques détails 
contestables, à commencer par son explication de Voesapia et de 
Gemapia. Mais dans l'ensemble il paraît avoir raison. 

X 

Le tome XIV de la Zeitschrift fur celtische Philologie con- 
tient, comme toujours, une partie importante de textes inédits : 

Miss M. E. Dobbs termine p. 44-144 l'édition commencée par 
elle au tome précédent du Senchas SU hlr (cf. R. Celt., XLII, 229) ; 
elle y ajoute un index complet des noms de personnes et des noms 
de tribus. C'est un texte précieux par l'abondance des renseigne- 
ments historiques qu'il fournit ; mais il exigerait un commentaire 
pour être tout à fait utilisable, car un bon nombre des détails et 
des allusions qu'il renferme demandent à être éclaircis. En plus 
d'un passage il est visible que, malgré son érudition et son zèle, 
l'auteur n'a pas triomphé des difficultés de son texte. Les morceaux 
en vers ne sont généralement pas traduits, même là où ils offrent 
un sens. P. $8, 1. 17, pourquoi écrire clar Clin et clar ndeis, alors 
qu'il s'agit évidemment d'une opposition entre la « plaine de gauche » 
et la « plaine de droite i> comme entre les cadain « bernacles » et 
les gesi « cygnes ». P. 66, 1. 8, la traduction ne se comprend pas : 
ceannide désigne un objet recouvrant la tête, un capuchon. P. 86, 
1. ié, il fallait écrire conige en un seul mot (— connici seo). 

La même miss M. Dobbs a publié aux pages 395-420 un curieux 
récit de la bataille de Findchorad d'après le ms. B. IV. 1 a de la 
R. Irish Academy, p. 17. Le texte en est malheureusement assez 
mal transmis. Çà et là une correction s'impose. P. 40e, 1. 14, il 
faut évidemment lire an m and dési din « [sont] les noms de deux 
d'entre nous » ; à la ligne 18, le vers a deux syllabes de trop ; il 
faut lire quelque chose comme/o// bond co ind ou folt ô ârm-bond 
coâr n-ind « nous sommes chevelus des pieds à la tête » (cf. otâ 
tnind gom bond, Z. E. 954, 1. 30, et pour des locutions analogues 
avec bathis, K. Meyer, Contrib., s. u.). La traduction n'est pas 
toujours exacte. P. 400, 1. 2$ dam dretill c'est « le taureau favori » ; 
p. 404, 1. 24, asna signifie « côte » et non pas « boyau ». 

Sous la signature Kàte Mùller-Lisowski, sont édités, p. 145- 
163, des textes relatifs à la légende de Mog Ruith. Cela commence 
par un récit de la mort de saint Jean-Baptiste et des miracles 
accomplis par sa tête. Ce récit, tiré du Yellow Book of Lecan, figure 
aussi, sous une forme légèrement différente, dans les Passions and 



Périodiques. 261 

Homilies du Leabhar Breacc (éd. Atkinson, p. 64 etss.). Mais 
dans le Leabhar Breacc il n'est pas question de Mog Ruith ; tandis 
que ce personnage est introduit dans le récit du Yellow Book 
comme étant le seul homme qui ait consenti à décapiter le Précur- 
seur. Et c'est ce qui attira sur l'Irlande trois maux dont elle souffre 
encore, le froid, la faim et la maladie. Dans les morceaux qui 
suivent, il n'est plus question de saint Jean-Baptiste, et Mog Ruith 
est seul en cause. Mog Ruith était le fils d'un poète (Jces) nommé 
Cuindeasg descendant de Fergus mac Rossa et d'une servante du roi 
d'Irlande Roth mac Righuill. Cette esclave s'appelait Cacht ; elle 
était fille d'un Breton de l'île de Man nommé Catman (c'est le nom 
gallois bien connu Cadvati) ; sa mère avait été emmenée en esclavage 
en Irlande avec cinquante autres femmes. Le roi s'occupa de l'édu- 
cation de Mog Ruith, dont un druide avait prédit la gloire future ; 
et Mog Ruith fut envoyé auprès de Scathach apprendre le métier 
des armes, ce qui est un souvenir de Cuchullin. Comme Cuchul- 
lin aussi il est sur le point de tuer sans le reconnaître un fils qu'il 
avait eu de Dron,- fille d'Oengus Mac Echach (cf. K. Meyer, Fianai- 
gecht, p. 22). Ce Mog Ruith devait devenir un des druides les plus 
puissants d'Irlande, comme nos lecteurs ont pu s'en faire idée en 
voyant la part prise par lui au siège de Dru m Damhghaire (ci-des- 
sus, p. 57 et ss.). Il est d'ailleurs mis en rapport avec Simon le 
magicien, Simon drui (cf. Z. f. celt. Phil., VIII, 332). L'édition de 
M me Mùller-Lisowski prête à quelques critiques. P. 151,1. 9 et 13, 
tiag ne désigne pas en général un sac, mais une boite, une caisse ; 
c'est le latin thêca. P. 150, 1. 4, nirgabadar uada est mal traduit ; 
comme l'indique le passage correspondant de P. H., 1. 998, il faut 
comprendre « elles n'acceptèrent pas [cela] de lui ». Quant au poème 
sur Tlachtga, édité p. 158 et ss., il fait partie du Dindshencbas en 
vers et il faut le lire aujourd'hui dans l'édition de M. Edward 
Gwynn, t. IV, p. 186, où la traduction notamment diffère sensi- 
blement de celle qui est donnée ici. 

Deux éditions sont dues aussi au Père G. Lehmacher. L'une, 
pp. 173-178, est celle d'un poème d'Eochaid Ua Flainn, qui com- 
mence par Êiriu co nuaill co nidnaib. On le trouve déjà dans le Lea- 
bhar Gabhâla de MM. Macalister et Mac Neill, p. 154 et ss. ; mais 
ici texte et traduction sont notablement améliorés. Dans l'autre, 
p. 212-269, il s'agit d'une version de YEachira Conaill Gttlban, 
contenue dans un manuscrit de Bruxelles, n° 6131-3 (f os 74-76). 
Cette version est d'ailleurs incomplète. Les observations au texte 
sont incorporées à la traduction, si bien qu'elles ne ressortent pas 
toujours suffisamment ; quelques-unes sont critiquées par M. O 



262 Périodiques. 

Briain, même volume delà Zeitscbrijt, p. 324 n. A relever, p. 265, 
1. 10, l'expression dorônsat tir cloidimh « ils dévastèrent le pays » 
(déjà dans K. Meyer, Contrib. p. 379), à laquelle il faut comparer 
ar nglanad a claideamtir doib « après qu'ils eurent fait place nette du 
pays » dans le même volume de la Zeitschrift, p. 64, 1. 11. 

M. Thurneysen a donné au même volume une série de notes qui 
intéressent l'irlandais et le gaulois (pp. 1-17) ; il publie d'abord 
une courte liste de titres de récits épiques empruntée à un manu- 
scrit d'Edimbourg et qui ajoute quelques titres à la liste donnée 
dans l'Introduction au Senchus Mor ; il explique la locution co 
nômad nàu (110) en voyant dans le dernier mot une sorte de génitif 
donné au nom de nombre" neuf» (ci-dessous, autre explication de 
M. M. O' Briain); il justifie les formes égthiar rigthiar, dringthiar 
etc. de l'Amra Choluim Chille comme des graphies destinées à 
marquer, en l'exagérant, la prononciation palatale de la syllabe 
finale ; il cite le nominatif de roida (Sg. 204) sous la forme ruud 
Ane. L. IV, 278, 8 ; il explique le nom propre Connlongas comme 
anciennement constitué de deux mots séparés Conn Longas, le der- 
nier étant un génitif pluriel, soit « Chef des équipages » ; il voit 
dans le mot cumsanad « séparation »(à ne pas confondre avec cutn- 
sanad « repos ») un composé de *cotn + uss -\- sana-, le simple 
apparaissant dans les Lois sous la forme satina- (sous l'influence 
apparemment de ranna-) ; il propose de corriger en madesgné la 
forme madesgre du ms. de Cambrai (Thés. Pal. II, 246, 29) et peut- 
être aussi saithor en saither (ibid. 247, 8); il interprète quelques 
phrases gauloises, celle de l'inscription de Voltino (Pauli, Altital. 
Forsch., I, table II, 20 et J. Rhys. Proceed. Brit. Acad. II, 65, n° 
xxxv) tomeieclai par to-med-ec-lai « me pose » ou « m'a posé », 
celle de l'inscription C.I.L. XIII 10012, 19 toberte par « donne » 
ou « a donné », celle que la mère de saint Symphorien lui cria 
comme il marchait au supplice mentobeto to diuo par « souviens-toi 
de ton dieu » (ment obère verbe gallo-romain, fr. mentevoir, cf. 
Meyer-Liibke R.E.W. n° 5507); il explique le nom des Helvètes 
par *belu-êt-io- « qui a beaucoup (irl. il, got> filu) de terrain (irl. 
iath gén. iatha, thème en -«-) » ; il propose de lire cuique (au sens 
de a qito) au lieu de quique dans la phrase où Gildas fait allusion à 
sa naissance (De excidio et conquestu Britanniae, ch. 26); enfin, il 
publie avec traduction allemande un court passage du Livre de 
Lecan (f° 183 v° b) sur l'arbre mystique qui a les pieds au fond 
de la terre et le sommet dans le firmament. 

Sous le titre « Hibernica », M. Michéal O' Briain publie p. 309- 
334 une série de notes en majorité grammaticales. Bien peu 



Périodiques. 263 

entraînent la conviction. Qui croira par exemple que la particule 
négative neph- (neb-) sorte de*nesw- (siv- représentant la partie su-, 
gall. hy- ?) ou que l'élément os de os-mé soit le nominatif singulier 
du participe présent *sont-s du verbe substantif? ou que les formes 
relatives du verbe soient d'anciens participes présents combinés 
avec une particule *yod marquant relation ? Suivent quelques éty- 
mologies. Le m. irl. irràir, auj. nréir « hier soir » est expliqué par 
un mot fàr f. « aube, crépuscule du matin » équivalent de gall- 
gwaïur f. « même sens » ; cf. irl. camâr, dat. catnâir « aube ». 
L'accusatif fâir est donné par Cormac, n° 605. C'est ingénieux. 
Mais que irl. mêadal « gros ventre » remonte à un même prototype 
que lat. metitula, ou irl. es « trace de pas » que lat. pansa ; que irl. 
mod. sonuachair « épouse » remonte à *stiusocaris ou nâmae 
« ennemi » à *ne-amant-s ! Tout cela est bien peu satisfaisant. 
L'explication de co nomad nau par n-au de aue « descendant «est 
meilleure ; et aussi celle de géd « oie » dont la voyelle, en face du 
gn\\. gwydd, ne se serait pas diphtonguée sous l'influence de géis 
« cygne ». M. O' Briain explique fort bien les mots focbla ex fait se 
désignant la place respective du cocher et du guerrier sur le char. 
Mais l'explication n'est pas nouvelle. On la trouve tout au long 
dans YArchiv fur Celt. Lexic, t. II, p. 337, donnée par Wh. Stokes, 
qui sans doute ne l'avait pas inventée. Les derniers mots traités 
sont : trogaim « je produis » d'où le nom de la « truie » (bas lat. 
troia àz*trogyà) aurait été tiré; femen emprunté du latin f'emina 
dans Mag femen substitué à un plus ancien Mag na mBan ; ûiais 
« domestique femme » du français « hôtesse » ; toth « membrum 
muliebre » rapproché de lat. Tutunus, tutulus ; odor « brun » dérivé 
du nom de la « loutre ». La série se termine par une étude sur les 
anciens noms de l'Irlande, Ériu, Banba, Fotla, Fail, Elca. L'auteur 
croit le nom de Banba emprunté d'un gallois *Banja représentant 
* Bannomagos , et il interprète Fotla (prononcé Fodla) comme issu 
d'un ancien *wo-dolo- désignant le couchant, l'Occident (cf. alba- 
nais dal « je m'en vais ») ; c'est de ce mot *wo-dolo- que les Gallois 
auraient tiré le nom de Gwyddyl d'où l'irlandais Gàidil serait 
emprunté. 

M.Pokorny publie p. 270 une note sur la forme Aï- qui figure en 
de nombreux noms de lieu; cette forme appartient souvent au nom 
de nombre « deux », Glenn dâ locha « Glendalough » (Vallée des 
deux lacs) ; mais souvent aussi elle ne peut s'expliquer ainsi. 
M. Pokorny propose d'y voir une forme de l'article au génitif plu- 
riel, da pour inda, syncopé avant le passage de inda à inna. P. 272, 
il rattache le nom de montagne gall. Aran et Arenig, conservé en 



264 Périodiques. 

Ecosse comme nom d'ile, Arami, du mot basque aran qui veut 
dire « vallée » ; en revanche, il nie tout rapport entre celtique 
ratis « fougère » et basque irat\e « id. ». P. 334, il signale le ratta- 
chement du nom du Barrow, irl. Berbcu, à la forme Bipyoç de 
Ptolémée en supposant une confusion de y et de f dans la graphie. 
Mais il resterait à prouver que Ptolémée employait le digamma ! 
Cela étonnerait bien des hellénistes. Heureusement il y a une autre 
possibilité : c'est que le Btpyoç de Ptolémée n'ait rien à faire avec 
Berbae et soit conservé dans le mot bearg ./. sruth d'un glossaire du 
Ms. H. 3. 18. 

M. Joseph Schnetz continue p. 35-42 et 274-308 ses études sur 
les noms de lieu et de fleuve celtiques dans l'Allemagne du Sud. 
Il s'agit des mots Rednitz, Zusam, Kissingen, Kinzig, et d'anciens 
mots en -âcum. 

De M. St. John D. Seymour, deux articles sont à signaler : sur 
« les sept ciels dans la littérature irlandaise » (p. 18-30) et sur 
« l'eschatologie de l'ancienne église d'Irlande » (p. 179-21 1). De 
M. L. Mùhlhausen une note sur les Aithech-tbùatha, dont lagénéa- 
logie est conservée sous deux formes, que les Quatre Maîtres et 
Keating ont cherché maladroitement à concilier (p. 31-34). De 
M. G. Schaaffs (p. 164-172), une discussion serrée de l'argumenta- 
tion de M. Macalister relativement à des mots en écriture romaine 
qui figurent sur des inscriptions ogamiques, (Macalister II, 23 et 
III, 158). 

Enfin, M. Thurneysen commence p. 335 une série d'importantes 
études sur le droit irlandais. On sait combien ce domaine est dif- 
ficile à explorer, parce qu'il exige une double compétence de 
juriste et de celtiste. D'Arbois de Jubainville qui possédait les deux 
s'y était exercé avec succès et on doit regretter qu'il n'y ait pas 
travaillé davantage. M. Thurneysen y a été attiré par son collègue 
le juriste Partsch, aujourd'hui à Berlin. Et c'est tout profit pour le 
texte des Lois d'Irlande car chacun s'accorde à reconnaître que 
l'édition, la traduction et le glossaire préparés sous la direction de 
R. Atkinson laissent beaucoup à désirer. Dans cette première 
étude, le savant celtiste étudie le système des allocations par lequel 
un homme, libre ou non, est lié à un maître dont il dépend. Le 
rapport du maître à celui qui reçoit l'allocation est appelé céilsine 
« compagnonnage » et il y a deux types de compagnons, le saer- 
chéle et le daer-chéle, comme il v a deux types d'allocations le saer- 
ratb et le daer-rath. M. Thurnevsen publie ici avec un précieux 
commentaire le texte des Lois qui se rapporte au daer-rath. Ce 
dernier n'était pas un « esclave » ; sa situation, inférieure à celle 



Périodiques. 265 

du saer-chéle était désignée sous le nom de giallna ou de aicilhie. 
C'est de cain aigillne qu'il est ici question. Une liste des mots étu- 
diés termine cet important et utile travail (p. 335-394). 

XI 

Dans les Indogermanische Forschungen, t. XLIII, p. 40-46, 
M. F. Sommer explique les parfaits ombriens en -nç- comme tirés 
du parfait purtinçus « porrexeris », lequel devrait sa formation Ç-d- 
inç-) à une contamination du thème di- de la racine *dô- « donner » 
et du thème *enk- de la même racine que le grec -^vEyxov. M. Brug- 
mann a expliqué déjà par une contamination analogue le présent 
gotique briggan (Ind. Fschg. XII, 150), qui remonterait à*bhr-enk-. 
A quoi le celtique offre sans doute un analogue dans le gallois he- 
brwng « amener » qui remonte à *bbr-otik-. On a également le voca- 
lisme de la seconde racine dans le prétérit germanique qui est à 
la base du gotique brâhta. On peut éclairer tous ces faits des fines 
remarques qu'a publiées Gauthiot dans les Mélanges de F. de Saussure, 
p. il). Le présent briggan en gotique a la valeur perfective. 

Sur le nom de la ville de Lucerne, ail. Lu\ern, M. Karl Ettmayer 
accumule p. 10-39 une série de savantes hypothèses qui plongent 
fort avant dans la préhistoire. Il croit que ce nom est antérieur à 
l'arrivée des Romains et fut donné par une population peut-être de 
langue étrusque, en tout cas d'une langue qui était différente de l'ita- 
lique et du celtique, si elle était indo-européenne. La démonstra- 
tion repose sur un échafaudage d'arguments variés, dont quelques- 
uns sont contestables. P. 23, pourquoi M. Ettmaver veut-il que la 
plupart des substantifs latins en -ex (-/.y), noms de minéraux, de 
plantes ou d'animaux, soient d'origine étrangère: culex etsalix ont 
des équivalents en celtique, râdïx rappelle le v. islandais rôt 
(pourquoi serait-il emprunté du grec?). Le suffixe à gutturale est 
italo-celtique; ci-dessus, p. 208. — P. 38, pour le nom de lubruyère, 
il ne faut pas parler. d'un gallo-étrusque *brucco-, mais d'un gaulois 
brûko-, ou brùkâ- qui s'explique parfaitement par la phonétique 
celtique (cf. R.Celt., XXXIX, 404). 

M. Havers a donné au même volume, p. 207-257, un article sur 
le « nominatiuus pendens » dans les langues indo-européennes. 
On n'a pas oublié le copieux ouvrage consacré parle même auteur 
au « datiuus svmpatheticus ». La syntaxe des cas devient sous la 
plume de ce savant auteur un labvrintheaux chemins tortueux por- 
tant chacun une étiquette destinée sans doute à provoquer l'ahuris- 
sement ou, suivant le cas, le sourire des passants. M. Havers voit 



266 Périodiques. 

les faits en grammairien scolastique, c'est-à-dire qu'il est satisfait 
quand il les a répartis en une multitude aussi variée que possible 
de subdivisions où toutes les langues doivent entrer de gré ou de 
force. L'article en question donne un nouvel échantillon de cette 
méthode. Certains estimeront qu'il valait mieux jeter bas toute cette 
scolastique inutile et chercher seulement à dégager de ce monceau 
de fiches les deux ou trois idées générales qui y restent noyées. 
L'article, il est vrai, aurait tenu en trois ou quatre pages au lieu de 
cinquante, mais le lecteur n'y eût-il pas gagné ? 

L'idée principale est que la langue parlée aime à mettre en 
vedette les mots importants de la phrase et, pour obtenir ce résul- 
tat, cherche à les soustraire non seulement aux règles d'ordre des 
mots, mais aussi aux règles d'accord entre les mots. On peut dire 
en français parlé : « Je commence à avoir assez de votre chien », 
mais imaginez que l'on tienne à insister sur l'idée du chien, qui 
d'ailleurs se présente la première à l'esprit ; on ne dira jamais : « De 
votre chien, je commence à avoir assez » ; on dira : « Votre chien, 
je commence à en avoir assez. » Ce tour qui peut être observé 
tons les jours dans toutes les conversations est facilité par l'absence 
de flexion nominale en français. Parler en français de « nominatiuus 
pendens » et joindre pêle-mêle les exemples français de ce type à des 
exemples sanskrits, grecs ou latins, est vraiment jouer sur les mots, 
et méconnaître le génie de la langue française, qui se distingue 
avant tout des langues anciennes par l'absence de flexion. Dans les 
langues qui n'ont pas de flexion nominale comme le français et l'an- 
glais, on ne peut pas parler de « nominatiuus pendens » sans intro- 
duire une contradiction dans les termes. 

Une autre question est de savoir comment les langues à flexion 
expriment le tour que le français rend par une rupture de l'accord 
des mots. Le nominatif y est souvent employé à cet usage ; et 
c'est bien alors qu'il s'agit d'un « nominatiuus pendens ». Le tait 
prouve que déjà en grec et en latin, le nominatif tendait à expri- 
mer la notion du mot indépendamment de la flexion (et. l'article 
de M. Thurneysen analysé ci-dessus, p. 25 5). Et c'est une conclusion 
capitale qui ne doit pas être seulement mentionnée en note, comme 
une observation accessoire. Il existe d'ailleurs en latin d'autres 
procédés pour détacher un mot et le mettre en vedette (cf. Meillet- 
Vendryes, Traité, p. 573). L'attraction urbem quam statuo uesira est 
est à ranger dans la même catégorie que le nominatiuus pendens. 
C'est un tour qui a une raison d'être et un point de départ ana- 
logue. 

Il y a une autre idée générale qu'il convenait de faire ressortir. 



Périodiques. 267 

C'est que de pareils tours appartiennent essentiellement à la langue 
parlée; ils naissent dans la langue parlée et s'y maintiennent aussi 
longtemps qu'ils restent vivants. Le jour où ils deviennent un pro- 
cédé de style, fixés et stéréotypés, ils perdent leur valeur expressive, 
et il faut que la langue parlée les remplace. L'étude du tour en 
question suppose donc une délicate appréciation des rapports de la 
langue parlée et de la langue écrite. — P. 240 les exemples irlandais 
sont mal écrits et mal traduits. P. 228 le tour français « Pierre, il est 
venu » ne rentre qu'imparfaitement dans le cadre de cette étude. 
Il faut tenir compte pour l'interpréter correctement de la tendance à 
souder le pronom sujet et le verbe, qui se développe beaucoup en 
français parlé et qui est tout autre chose. 

XII 

Tous les hagiographes devront lire de près l'important article 
publié par le Père H. Delehaye dans les Analecta Bollandiana, 
t. XLIII (1925), p. 1-85 et p. 305-325 sur « les recueils antiques 
de miracles des saints ». C'est un utile complément aux Légendes 
hagiographiques du savant auteur (Bruxelles, 1905. xj-264 p. 12 ). 

Nous possédons de ces recueils en grec et en latin, c'est-à-dire 
qu'il y en a un groupe oriental et un groupe occidental. Ces deux 
groupes ne se distinguent pas seulement entre eux par la langue, 
mais encore par l'esprit qui les inspire. 

Les ©auu.aTa grecs offrent une grande variété. Les saints qui en 
font l'objet sont assez nombreux ; ils vivaient dans des pays très 
différents et leur culte s'est développé dans des sanctuaires fort 
éloignés les uns des autres. C'est ainsi que Thessalonique, Constan- 
tinople, Séleucie, Alexandrie possédaient respectivement les sanc- 
tuaires de Saint-Démétrius, de Saint-Artémius, de Sainte-Thèclc, 
des Saints-Cyr et Jean ; saint Théodore était honoré à Euchaïta 
dans le Pont, saint Menas en Egypte et en Phrygie. Les miracles 
attribués par la tradition à ces divers saints sont souvent très éloi- 
gnés de nos habitudes occidentales ; s'ils nous amusent et nous 
touchent parfois par leur fantaisie poétique, ils nous choquent 
aussi par leur frivolité ridicule, par leur puérilité, même par leur 
obscénité. 

Au contraire des précédents, les Mirabilia latins se rapportent 
à trois saints seulement, saint Etienne, saint Julien, saint Martin. 
La légende de ces trois thaumaturges s'est constituée tout entière 
en deux régions : l'Afrique du début du v e s. et la Gaule de la fin 
du vi e , et elle se réclame de deux hommes illustres, Augustin 



268 Périodiques. 

d'Hippone et Grégoire de Tours. Les recueils occidentaux sont 
donc plus simples que ceux d'Orient ; ils sont en général aussi 
plus raisonnes, plus exégétiques, mieux faits pour prouver et con- 
vaincre. Ce n'est pas à dire qu'on n'y trouve pas d'extravagances. 
Le P. Delehaye, dont on connaît la prudence, insiste dans sa con- 
clusion sur les lacunes de l'information si éloignée de nos exigences 
modernes, sur l'insuffisance des précautions prises sinon pour 
garantir l'authenticité des faits, du moins pour permettre de les 
interpréter. Ces livres de miracles n'en forment pas moins un 
monument imposant de la confiance pppulaire en des intercessions 
surnaturelles et ils apportent ainsi un précieux témoignage à l'his- 
toire de l'esprit humain. 

Le Père P. Grosjean a publié, p. 115-121 du même volume, un 
poème latin de 52 vers sur les saints irlandais honorés en Belgique. 
Ce poème, conservé dans un manuscrit de la Bibliothèque Royale 
de Bruxelles, paraît être l'œuvre du Père Jésuite Henry Fitz- 
Simon, né à Dublin en 1566 et mort à Kilkenny en 1643. Le P. 
Fitz-Simon fit son noviciat à Tournay et enseigna la philosophie 
à Louvain. Ainsi s'explique le sujet auquel il employa son talent 
pour les vers latins. Ce talent tenait d'ailleurs plus de la jonglerie 
que de la véritable poésie ; le poème est écrit dans une langue com- 
pliquée, recherchée et qui dans quelques passages, va jusqu'au 
galimatias. 

Le même Père Grosjean propose p. 241-250 une correction à un 
passage du Book of Armagh. Dans l'introduction aux Collectanea 
de Tirechan sur saint Patrice, se trouve la phrase suivante : et anti- 
fana assiduo erat ei de fine ad finetn in nomine Domini Dei Patris et 
Filii attjue Spiritus sancti Jésus Christi Benigni ; hoc autem dicitur in 
scotica lingua ochen (Thés. Pal. hib.,t. II, p. 45). Ni. Wh. Stokes 
(Tripartite Life, t. II, p. 303), ni E. Hogan (Documenta de S . Patri- 
cio, p. 192), niJ.Gwynn (Liber Ardmachanus, p. ccLXxxiij), n'ont 
fourni de ce passage visiblement corrompu une interprétation satis- 
faisante. Le P. Grosjean est parti d'une suggestion de K. Meyer (Z.f. 
Celt. Phil., IX, 181, n. 1) qui voyait dans ochen la traduction de 
antiphona, en comparant la locution fir ochaine « chanteur » (R.Celt., 
VI, 187 et Êriu, II, 20, 1. 3). Son hypothèse est que la phrase 
« hoc autem dicitur... » ayant été écrite au début d'une ligne, les 
derniers mots qui dépassaient la longueur de cette ligne ont dû 
être insérés dans un blanc de la ligne précédente, suivant l'usage 
des scribes ; on devrait donc lire : ...in nomine Domini Dei patris et 
filii atque spiritus (ou gén. sg. irlandais spirto) sancti ; hoc dicitur in 
scotica lingua ochen Jesu Christi benigni. Le cantique en question 



Périodiques. 269 

aurait porté le nom de Ochen Jésus Cbristi benigni. C'est fort ingé- 
nieux, mais on peut conserver des doutes : s'il s'agit de donner 
une précision sur la nature du cantique, on ne comprend guère 
que le glossateur ait fait intervenir l'irlandais ; il lui suffisait de 
dire : hoc autem dicitur antiphona ]. Cbristi ; s'il voulait au contraire 
traduire en irlandais le mot antiphona, il n'avait que faire d'ajouter 
les mots Jesu Cbristi benigni, qui ne sont pas irlandais. L'idée que 
ocben (à lire focheii) sert à gloser benigni peut conserver des parti- 
sans. Il resterait d'ailleurs à justifier l'appellation du cantique sup- 
posée par le P.Grosjean ; mais c'est l'affaire des hagiographes ou des 
historiens de la liturgie. 

XIII 

Le tome II du Bulletin of the Board of Celtic stuihes 
comprend, comme le précédent, trois parties, qui sont également 
riches d'informations variées. 

L'une est consacrée à la langue et la littérature. C'est la plus 
importante. On y trouve à la fois des éditions de textes et des 
études philologiques. 

M. Ifor Williams, qui est un des collaborateurs les plus actifs 
du Bulletin, publie p. 8-16 un « vieux traité d'économie domes- 
tique » d'après le Livre Rouge d'Hergest (c'est la traduction d'un 
ouvrage franco-normand de Walter de Henley, Le dite de Hosebon- 
drie, comme l'établit M. Peredur Jones dans le même tome du 5a/- 
letin, p. 132); p. 16-25 h» « Conseils de Caton » d'après trois 
manuscrits, dont le Livre Rouge de Talgarth (c'est la traduction 
galloise des Disticha Catanis); et p. 26-36 une interprétation gal- 
loise du texte de ce même Caton, tiré du manuscrit P. 3, copié 
aux environs de 1300. P. 118-130, il publie deux poèmes du Livre 
Rouge de Talgarth. L'un est intitulé Kyssul Adatm « Conseil 
d'Adaon » ; il reproduit trois strophes d'un poème du Livre Noir 
de Carmarthen, p. 44 Sk. (— 84 Ëv.}. Adaon ou Afaon est connu 
ailleurs comme fils de Taliesin {R.B.Mab. 150, 17, 160. 1, 503.15 
et 29, 304.7). Le second poème est un dialogue du corps et de 
l'âme, sujet favori du moyen âge et dont le Livre Noir de Carmar- 
then contient aussi des fragments, d'ailleurs différents. M. Ifor 
Williams a joint à ces deux textes un savant commentaire, dont 
nous extrayons les observations suivantes : p. 121, sur le mot mat 
« bon » dans mai ganet (et. ny mad rianed plant adaw B.B.C. 53, 
14 Ev.), dont il rapproche irl. matbgen « druide « (R. Celt. XII, 
127) gall. Madyein (5. An. 16, 12), nom de femme, et gaul. 



270 Périodiques. 

Matugeuus; p. 124, sur le mot bwycit (B.B.C. 8. 11, 84.4 Ev.) 
où il voit avec beaucoup de raison le mot latin Beati • nom d'un 
psaume (le n° 118 de la Vulgate), très en faveur au moyen âge 
(cf. Z.f.c.Ph.. XIV, 203) ; p. 124 aussi, sur le verbe golychaj, 
gzvollychaf, adolychaf et adolygaf « je prie, j'implore », de la même 
racine que irl. atluchur « je remercie », mais avec une formation 
différente (il faut partir d'une racine terminée par un k, et M. Ifor 
Williams suppose que adolychaj, golychaj sont issus d'un subjonctif 
sigmatique adolychiuyf, à côté de l'indicatif adolygaf; ce serait le 
le cas du grec poûÀou.ai, mais d'une racine de ce sens on peut 
même supposer un ancien présent désidératif, du type lat. quaesô 
en face de quaero) ; p. 129, sur l'adjectif mwynfawr « riche; pro- 
fitable ». Enfin, p. 269-286, M. Ifor Williams donne une édi- 
tion critique d'un curieux poème, un dialogue entre Arthur et son 
neveu Eliwlad changé en aigle et niché au sommet d'un chêne 
dans une forêt du Cornwall. Ce dialogue figure déjà dans la 
Myvyrian Archaeology, 2 e éd., p. 130-132; maison en connaît 
plusieurs copies, dont une a été publiée dans le Cymmrodor, 
t. VIII, p. 177-190. M. Ifor Williams a pris comme base de son 
édition une copie qui figure dans un manuscrit d'Oxford (Jes. 3 1- 
3), du début du xv e siècle, mais il donne en note les variantes de 
dix autres textes, manuscrits ou imprimés. Ces variantes sont 
instructives. Elles nous montrent combien les textes gallois du 
moyen âge ont été altérés, dénaturés, disons le mot, tripatouillés 
par les copistes et les éditeurs successifs. Il est souvent malaisé de 
restituer le texte primitif; mais le copiste du manuscrit d'Oxford a 
dénaturé le sien par des erreurs grossières, d'une énormité parfois 
plaisante (v. p. 282). Au milieu du dialogue on retrouve quelques 
strophes du Livre Noir de Carmarthen (p. 84 Ev.), les mêmes qui 
ont été signalées plus haut dans le Kyssul Adaon. Le poème dans 
son ensemble ne paraît pas à M. Ifor Williams postérieur à 11 50. 
P. 184-200 M. John T. Jones publie des extraits de la grammaire 
du prêtre Einion. Cette grammaire est la plus ancienne que l'on 
connaisse du gallois ; M. Ifor Williams a établi qu'elle a pour 
auteur « Einion offeiriad » (v. le tome V du Beirniad et le tome 
XXVI du Cymmrodor}. On en connaît plusieurs copies, notam- 
ment dans le Livre Rouge d'Hergest, dans le ms. Llanstephan, 
n° 3 et Peniarth, n° 20. La copie qu'édite M. John T. Jones se 

1 . Le latin beâtï ne pouvait pas donner bwyeit en gallois. Il faut partir d'une 
forme *bèatl qui s'explique sans doute par la prononciation emphatique de 
l'initiale du mot par lequel débutait le psaume et qui lui servait de titre. 



Périodiques. 271 

trouve dans un manuscrit de Bangor ; ce manuscrit est incomplet, 
mais M. Jones le complète au moyen de deux manuscrits de la 
collection Peniarth, n oS 169 et 191. 

P. 201-229, M. Henry Lewis, à qui l'on doit l'édition des sept 
sages de Rome dont la Revue Celtique a parlé (t. XLII, p. 421) 
publie une version de ce même texte, tirée d'un manuscrit du 
xvi e s., le C. 5 (p. 163-225). Elle présente, par rapport à la précé- 
dente, certaines différences, notamment à la fin. Le récit en gêné- 
rai y est allongé, délayé; en revanche, un morceau n'y figure pas, 
le numéro 1 3 (Senescalcus). Le copiste s'en nomme à la fin : il s'ap- 
pelait Elis Grufydd, natif de Gronnant Uchaf, paroisse de Saint- 
Asaph, comté de Flint, et il copia le texte en 1527 à Londres dans 
le palais de sir Robert Wyng, alors député à Calais. 

P. 135-148 et 229-242, M. T. Gwynn Joncs continue la publi- 
cation de glossaires tirés de la collection Peniarth. 

Les enquêtes lexicographiques et étymologiques sont dues à 
MM. Ifor Williams et Lloyd-Jones. Le premier étudie p. 36-48 
quelques mots tirés du ms. Pen. 3 : dihewyd « désir, volonté, 
amour » et dyheu « id. » (qui auraient la même origine) ; anhyed, 
ymanhyed « flatterie » et aussi « persuasion, sollicitation », écrit 
anbxvyet B.B.C. 75.12 (sortirait de la même racine que irl. adsegat 
« ils implorent », ascid « requête, cadeau » ; la forme ymanhwed 
attestée au moyen âge, auj. ymhwêdd « implorer, supplier » résul- 
terait d'une confusion entre anhyedd « flatterie » et cymlrwedd 
« moquerie, plaisanterie »); drut « fou, sans frein », d'où « cher, 
coûteux » ; ymboffi « se flatter, se vanter » et hoffi « louer, vanter » 
(sens fréquents au moyen âge, dérivent de hoff qui signifiait « joli » 
avant de signifier « cher, aimé » comme aujourd'hui); tapplys 
(empr. à l'anglais tables au sens de « table à jeu, trictrac ») ; cywes- 
tach « coït », gwest « id. » R.B.Mab. 100, 3 (sortent de la racine 
*wes- « coucher, habiter »), dirwest « jeûne » et darwest « id. » 
(de *do-ro-wes-t- et *do-are-wes-t- ; cf. v. gall. it damesti à corriger 
en i tdaruestim) ; anghreifft « reproche » (empr. lat. increpitô), d'où 
« exemple » (la forme anghraiff pourrait sortir de antigraphuni) ; 
crynodeb « utilité, profit», cryno « amasser, thésauriser, épargner » 
et digryno ou anghryno « dépenser » (de cnun « rond », cf. irl. 
cruindigim « j'assemble, j'amasse »). — P. 299-311, M. Ifor Wil- 
liams étudie les mots suivants : cynnydd, cynnif « effort » (qu'il tire 
de la racine *snï-, irl. cosnam, etc.) ; hin « limite », ambin, d'où 
a min « seuil, limite », ambinog « limitrophe » (cf. irl. s'xnim 
« j'étends ») ; cynnor « porte, devant de porte » autrefois cyntor et 
cynbor, de *kintu -\- or, cf. goror = irl. forar, gl. finis, cyfor, etc.) ; 



272 Périodiques. 

gorsin « montant de porte » (et aussi gorsing, comme prin priug et 
lladin Hading; peut contenir comme second terme le même mot 
que zend stiltia- « pilier »); Irefn « arrangement, bon ordre » d'où 
« logement, mobilier » (se rattache â la même racine que trej ; le 
verbe Irefnu signifie proprement « se poser, s'installer », cf. cv 
ireigil cv tbrewna « où se répand-elle ? où s'arrête-t-elle ? » B.B.C. 
88,10 en parlant de la mer, ef a autre fua a il ne se pose pas » B. 
T. 37, 17 en parlant du vent). 

M. J. Lloyd-Jones donne, p. 1-8, des notes lexicographiques 
relatives aux mots suivants : daered, daerawd « service funèbre » 
(de *do-ad-rel- et *do-ad-rôt- ; le sens propre est « remise, versement 
d'argent, taxe » ;) cyfarws, cyfaruys « présent, cadeau » (formé non 
pas, comme le dit M. Lewis, sur cyfar(f) — irl. comarba « héritier », 
mais tiré de la racine *weid-, soit kom-are-wid-to-) ; coned « orgueil » 
(rattaché à gogawn et gwogawn, gogoned,gogonianl ; racine celtique 
*kàn- ; cf. lat. côtiârï ?). Ces notes sont continuées p. 103-113 
à propos des mots suivants : amod (de *ntbhi-bhutâ-, *ambutâ, 
comme attirant de *tttbhi-bhrnt-, amwlcb de tnbhi-bbulk- , etc. ; de 
la rac. *tned- *mod- sont tirés armes, gomedd, gormodd, gormedd, 
germes ; de la racine \s)mik-, dameg, dirmyg, edmyg, ermyg, tremyg ; 
de la racine *bben- gomyn, tremyn ; tous ces mots contiennent le 
préfixe *?iihhi-) ; glaweir, forme archaïque de eirlaw ; aroglau (de 
*are-upo-kU>u>-, même racine que clywed « entendre, sentir » ; 
manque un renvoi à J. Loth, R. Celt., XL, 359) ; gwyrfai nom de 
Heu (peut être formé de gtvyr = irl. juir « en pente » et de mai 
plur. de ma, ci. guylfa, gyrfa, trofa, Gwynfei, Myddfai ; ou bien de 
gwvr pL de gwr « homme », cf. irl. Fir manacb, Fir arda comme 
nom de lieu) ; Penamtun (de Pennant Beititu) ; Gogarth (de go -J- 
certb « clair, visible »). 

Le même M. J. Lloyd-Jones signale p. 297-298 quelques mots 
gallois qui seraient empruntés du latin : caddug « brouillard 
sombre » (de cadùcus),carth « chanvre, étoupe » (de carptum), cer- 
rynt « courant » (de currentem), cyrawal « sorte de baies » (de cêreo- 
lus), glain « perle » de (glatidium), glwys « joli, pur» (deglêsum ?), 
menybr « poignée » (de *maniprum pour maniplum), naid « saut » 
neidio « sauter » (de natis « fesse »), pant « pente » de panctum ; 
mais cf. J. Loth R.C., XLII, 354), iVm/yj (de pdgensis), sertb 
« abrupt » (de serptum), wylo « pleurer» (deni/to). Beaucoup de 
ces explications sont des plus contestables. P. 289-297, le même 
auteur relève des traces d'ancienne contraction vocalique en gal- 
lois (Olion sein-dawd cyntefig yn gymraeg) ; ce sont des faits précel- 
tiques, même souvent indo-européens, mais il y en a peu de con- 
vaincants. 



Périodiques. 273 

Enfin, il faut citer la publication par M. Henry Lewis d'une 
lettre de William Salesbury à Gruftydd Hiraethog (p. 113), et par 
M. Fynes-Clinton d'une série de mots tirés du Dictionnaire latin- 
gallois de Davies (p. 311) ; une note de M. Robin Flower sur le 
fameux acrostiche Sator arepo tenet opéra rotas (p. 131), une autre 
de M. Saunders Lewis sur la Signification du Pater (Pwyll y Pader) 
d'après Hughes de Saint-Victor (p. 28e), et un article de Missjessie 
L. Weston sur l'Évolution du roman arthurien d'après J.D. Bruce 

(P- 173)- 

L'intérêt de la partie philologique de ce beau volume ne doit 
pas faire négliger les deux autres parties consacrées l'une à l'his- 
toire et législation, l'autre à l'archéologie et aux beaux-arts. Dans 
la première sont surtout à signaler les publications de MM. Wil- 
liam Rees et Garmon Jones (anciennes chartes et documents parois- 
siaux, liste d'ouvrages sur l'histoire municipale) ; dans la seconde 
une chronique archéologique fort bien tenue par M. R. E. M. Whee- 
ler. 

J. Vendryes. 



NECROLOGIE 



Le printemps de 1926 a vu se produire deux morts qui pour des 
motifs différents touchent profondément les études celtiques et la 
rédaction de cette Revue : celles d'Anatole Le Braz et de Maurice 
Cahen. Les deux nécrologies paraîtront dans le fascicule suivant. 

CHRISTIAN SARAUW 

Né le 19 septembre 1865 à la maison forestière de Peterswœrft 
(près Stensbyskov sur la côte Sud de Seeland) où son père était 
en fonctions, Christian Sarauw est mort subitement à Copenhague 
le 22 novembre 1925. Son nom avait depuis plusieurs années dis- 
paru des bibliographies celtiques ; et on ne pouvait que le déplo- 
rer, en se rappelant les travaux si originaux, si personnels que ce 
linguiste excellent avait publiés sur la phonétique et la morpholo- 
gie notamment de l'irlandais. C'est qu'il s'était laissé accaparer par 
d'autres études. Son universelle curiosité qui l'avait poussé à visi- 
ter la plupart des pays de l'Europe et à en apprendre les langues, 
l'avait également entraîné à des études aussi différentes que la 
philologie grecque, la linguistique sémitique, la philosophie et la 
littérature allemandes. Il appartint d'abord à l'enseignement secon- 
daire comme professeur d'allemand et d'anglais. Privat-dozent à 
l'Université de Copenhague de 1901 à 1907, il y obtint ultérieu- 
rement la chaire magistrale d'allemand. Comme sémitisant, il a 
donné de 190e à 191 2 une série d'articles à la Zeitschrift fur Assy- 
riologie sur l'assyrien, l'hébreu, l'araméen, l'arabe. Comme germa- 
niste, outre plusieurs manuels d'enseignement à l'usage des classes, 
on lui doit en particulier de savantes études sur le Faust de 
Goethe : Entstehungsgeschichte des Gœthischen Faust ( 1 9 1 8) et Goethe s 
Augen (19 19). Mais la Revue Celtique ne saurait oublier qu'elle a eu 
la primeur de ses travaux comme celtiste. L'article qu'il y publia 



Nécrologie. 275 

en 1896 (t. XVII, p. 17e) sur le verbe fil, et dont les conclusions 
sont aujourd'hui acquises à la sience, était son article de début. 
En 1900, il présentait à l'Université de Copenhague comme thèse 
de doctorat ses Irske Studier, bien connues de tous les çeltistes, où 
plusieurs des questions les plus obscures de la philologie irlandaise 
sont abordées, discutées, résolues de main de maître (v. le compte 
rendu de M. Pedersen, Indog. An\,, XII, 94). Ses autres publi- 
cations sur l'irlandais sont les suivantes : Remarks on the Verbal 
System of Modem Irish, Z. f. celt. Phil. IV, 72 ; Syntaktisches, Z. f. 
vergl. Sprachforsch. XXXVIII, 145 ; a few Remarks on the Thésaurus 
Palaeohibernicus, Z. f. celt. Phil., V, 505 ; die Lauhverte von irish 1 
n r, Z. j. vergl. Sprachforsch, XLII, 53 ; Spécimens of Gaelic as 
spoken in the Isle of Skye, Miscellany Kuuo Meyer, p. 34. 

Christian Sarauw était membre de l'Académie des Sciences 
(Videnskabernes Selskabet) de Copenhague. A la séance de cette 
compagnie en date du 26 mars 1926, sa mémoire a été honorée 
par un discours nécrologique de M. Holger Pedersen, auquel ont 
été empruntés les renseignements biographiques qui précèdent. 

J. Vendryes. 



CORRIGHNDA 



M. Max Fôrster nous écrit pour protester, fort courtoisement 
d'ailleurs, contre une critique qui lui a été adressée au tome pré- 
cédent, p. 452, à propos de son article sur la nationalité de Nen- 
nius. En soutenant que le nom anglais du Dejou (gallois Dvfnciut) 
remontait à une ancienne forme à ; radical, M. Fôrster entendait 
par là une forme du vieux-gallois (et non du vieux-brittonique), 
au i était la notation de la voyelle écrite plus tard y ; cf. v.-gall. 
cilebet, DiuuHguallun L.L. 223, Ciiibelin, Cimeiliauc, Citnro, etc. 
Cette graphie a été étudiée par lui dans son Keltisches Lebngtit im 
Engliscben, p. 117. Il admet donc l'étymologie qui rattache Dyf- 
ncint à Dumnonii (il la mentionne lui-même dans son Jllengliscbes 
Lesebuch, 2 e éd., 1921, p. 41) ; et par suite, la critique qui lui a 
été faite tombe, d'elle-même. Cette critique reposait sur une 
méprise. Corïîme toute critique fausse, elle est regrettable. Nous 
donnons acte bien volontiers à M. Fôrster de sa rectification. 



Le Propriétaire-Gérant : Edouard CHAMPION 



MAÇON, PHOI'AI' I-KLKI-S, IMTKIMFUKS. 



CATH CUMA1R 



THE INTRODUCTION 

This text is the last of the four named in the Rev. Celt., 
vol. XXXIX, p. 2, as relating to Eochaid Feidlech and the 
pre-tâin period. Only one copy of it is known, viz., that in 
the paper ms. 23.K. 37 (R.I.A). This copy was finished in 
1717. The first four pages are in very neat handwriting. The 
rest of the text is in a poorer and later hand. The languageis 
modem and the literary style bombastic. It has been shown 
(see vol. XXXIX, pp. 1, 2) that the copies of Cath Leitreach 
Ruibe and Cogadb Fergusa in 23.K.37 are représentative of 
older texts. They hâve not been modernized in style like Cath 
Cumair, but this latter may be taken from a source quite as 
ancient, for the main incidents are the same as in the Dind- 
senchus of Druim Criaich (edited in Todd Lectures, XI, p. 42, 
by E. Gwynn) which is in the Book of Leinster. It seems 
certain that the Dindsenchus is a summary of one of the 
classic taies enumerated in LL at p. 190, and in the Airec 
Menmanl. m. Coisi, viz., " Argain Echach for a macaib ". If 
it was a classic in the twelvth century it was probably far 
older in origin and was told with many variants and suffered 
from corruptions and emendations. For thèse reasons I sug- 
gest that the first six paragraphs are not modem invention 
entirely though they hâve no corroboration in the Dindsen- 
chus. They contain a story in themselves : the quarrel between 
Eochaid and his queen which led to the paricidal attack on 
Eochaid. Other and indépendant allusions give a family his- 
tory which was probably the original explanationof the crime. 
Eochaid's queen was the daughter of Airtech, a Connaught 

Revue Celtique, XLlll. 18 



278 Margaret C. Dobs. 

prince, and Eochaid slcw him in battle (See R. Cell., vol. 
XXXIX, p. 10). This was the older and more natural expia- 
nation and I suggest it was that given in the original story 
to explain why the queen incited hersons against their father. 

It is évident that the modernizer knew the Dindsenchus 
poem as he quotes from it. 

In transcribing the text I hâve given the spelling and the 
accents as I found them. 

Some obviously missing letters are enclosed in brackets 

]. I hâve not been able to make sensé of some of the poet- 
ry and hâve indicated this by blank spaces. In conclusion I 
regret I am not continuing my translation into French as in 
the preceding texts, but this particular text was finished in 
English some years agoand laid aside till those which rightly 
preceded it had been brought out. Only for this reason I 
should hâve done my best to work in the médium of the 
language most appropriate to the Revue Celtique and to ail 
exact and clear translation. 

Maighread Ni C. Dobs. 



CATH CUMAIR 

D'APRÈS LE MS. 23.K.37, DE LA ROYAL IRISH ACADEMY, 
PP. I-3 I 

1. Bhi a righ amhra oïveadha fair Ekenn fecht a n-aill .i. 
Eochaidh Féidblioch mhic Finn mhic Finnlogha 7 cetera. Maith 
amh ro bhi Eire a n-aimsir an âirdrigh sin or robsad b cui- 
bhdhfe] a cho'igidh uni comhroinn a chriôch. Nirsad ûaimh- 
nech im-eglach a huirreadha re hiomad no re huathadh a 
sochaidhe a n-oireachtaibh air oile. Robsad tzthaigheach a 
thuatha um a thaoisechaibh re tuirgnamh a dhiorrama. Robsad 
biâdhmhaira beoir(?)-lionmhura c a bhrughaidh 7 a bhiath- 
aigh ; 7 muna tteagmai/j uamhan aisge no athaise o fhisMaigh 
ath-iomrâdh air thionn-mhnaibh Eirenn ni badh eagail d'aon 

a. in margin ; " Ann. 3940" — b. in margin ; robsa... Jobhdd... — 
c. beth- in ms, 



Cath Cumair. 279 



THE BATTLE OF CUMAR 

ENGLISH TRANSLATION 

l.There was a great and illustrious king over Ireland once 
upona time viz.,Eochaid Feidlioch, son ofFinn son ofFinn- 
logh etc. Ireland was prosperous indeed in that high-king's 
time for her provinces were agreed concerning her territorial 
boundaries ; her chiefs were not alarmed or uneasy on account 
of either the multitude or the paucity of their retinues in 
each other's assemblies ; her tribes were united round her 
chiefs against popular sédition ; her farmers and her inn- 
keepers were well supplied with food and béer (?). Only for 
the fear of scandai or disgrâce in chivalrous report not one of 



280 Margarei C. Dobs. 

mhnaoi dhiobh Eire do thaisdioladh, no do thiomchiolladh, 
ô Thuinn cairrge cuipghile, chneis-anfenaighe, cuan-thôrthair- 
thaighe Chliodhna ' go Tonn chz'ingach ghairbhe bhuanto- 
ruidh badb thuaidh* ; y o Bheinn fhéir-mhin fhâsaighe iasg- 
thôrthaigh Eadair 3 anoir go Dubh-charrg^r/; 4 dubh-aibhseacha 
dlûimh-fliucha diân-anfennacha a n-iartar choighidh chaomh- 
âluinn Connacht. 

Nior bh'iôngnadh amh Eire do bheith go maith isan aimsir 
sin or robsad bûireadhach bûan-bhleacht a bhuar ba dha 
bhân-tolchadh. Robsad ceann-âirda cuach-bhlaidhach coirr- 
lemhna ceart-reamhra caomh-chennsôighe a fhiodhbhaidhe. 
Robsad mine maoith-fheûra môr-thôrthacha a mhuighe re 
tapha/rt gach toradh do throm-thréad. Robsad comh-mine 
crann-reidhi cnuas-thrôma craobh-thorrthacha a coilte. Rob- 
sad lân-chûine leur-iasgmhura a limite 7 a loch-aibhne. Rob- 
sad seamhaighe sûthaine soirrata (a) sruth-glana selg-throma 
a sléibhte. Robsad caoimhe com-laidre cneis-réidhe clâr-thea- 
gh\aidh a a cuâin. Robsad tiorma tracht-ghlana taobh-reidhe 
treathan-mhin a traga. Niorbsad to/icecht a tûatha re trom- 
thomhus a eciôsa d'à ttaoisecha/^, no chlos fôs foghair fiodh- 
baidhe do griobhghuil gaoithe no frasa folcmhura feartanna 
acht madh driûcht far na mor-mhuighe go meodhain gach 
Idoi lan-solais. 

Niôr bh'iôngnadh amh a taigneamh b sin aig na haird-ren- 
naibh isan aimsir sin uair masa cheart na chomh-airmhe re 
a radh do riarÇ?) chaidh-seghdha suathn/d/; solus-litr^^ 
solumdhaan dara mac-dalta 5 uasal ealaidhna ghlic-ûghdairdha 
Augusdin (?)fhir-fho]rt^/;. Is ag tinsgadal an très 6 bliadhain de 
fhlaithes Eochaigh Feidhlioch ro fhir-ghin 7 ro fhior-chobh- 
ligh an tsaoir-ghin suathnadh so-ghniomhach na soillse sûthaine 
agus an Coimh-Dhé comh-choitcheann ro chum an chethar- 
dhuil 7 an Caon-mhac ro choimprisdmr o'n inghm eabhrach 
gan ionaithmhaich a hôighe. Agus is an très ' bliagain do 
fhlaithes Cowaire ro céasadh é. 

2. Reimhios dha bhliagan dégoirechus Eochaigh Féidhlich 
o'n a m fair torchradh an thlaith riôghdha il-bhreithech .i. 

a. leg. dài-thèigliàhe ? — h. a[n] taigneadh ? 



Calb Cumaii . 281 

the fair ladies of Ireland vvould hâve feared to joumey (or 
make the circuit) round from the rocky foam-white storm- 
ruffled prolific harbour of Cliodna's Wave to the rocky rough 
ever-fruitful Wave 2 in the North ; or from the Peak of Edar 5 
with it's fine grassy wastes and rich fisheries in the East to 
gloomy Dubcarrgach « wrapped in mist and storm in the west 
of the beautiful province of Connaught. It was not indeed 
surprizing that Ireland was prosperous then, for her cattle 
were lowing and ever giving milk on her fair hills (?); her 
groves vverelofty, adorned with cuckoos and single elms, very 
thick and exquisitely peaceful ; her plains were level, soft- 
grassed and fertile, yielding every crop to huge herds ; ber 
forest trees were smooth and straight, heavy with clusters and 
very branching ; her ponds and river-pools were calm and 
full of fish ; her mountains were peaceful, untroubled, tran- 
quil, clear-streamed and full of game ; her harbours were 
beautiful and strong, unruffled and smooth ; her strands were 
dry, with clean dunes, sloping smoothly in fine ripples ; her 
people were not tormented (?) with heavy rents to their 
chiefs. Nor was the roar of forests heard under the scream of 
the wind, nor showers of cleansing rain, but there was dew 
on the vast plains till noontide of each brilliant day. Such 
radiance in the great planets at that time was not indeed sur- 
prizing for, if the synchronisms are right in so saying, the 
second adopted son s of Augustus, noble accomplished and 
sagacious, ruled (?) with illustrious majesty, with marvel, 
with brilliance and gravity, a true governor. It was at the 
beginning of the third year 6 of Eochaid Feidlioch's reign 
that was truly begot and generated the free glorious com- 
mendable conception of the Eternal Light, of the common 
Creator who made the universe, and the gentle Son was 
conceived of the Hebrew virgin without dissolution of her 
virginity (?). It was in the third 7 year of Conaire's reign that 
He was crucified. 

2. The reign of Eochaid Feidlioch lasted twelve years from 
the time when fell the royal all-judging prince viz., most 



282 Margaret C. Dobs. 

Fachtna Fdthach fiôr-neimhnech a cCath Leithruidhe Ruidhe 8 
ar leasaibh Cowachlach Coruinn 9 a ttuaidh. Ro bhl amli 
Teamh«/r gona teâghlach faoi tigmrnmhus an trén-mhilidh sin 
gan eanw ogbhail ■ a hsdthigbc da haird-chinelflz/;/;, gan a holla- 
mhuin agus gan a hûasal ghraidh d'amhriara^ go haindh- 
Yightheach, gan a fhailbhe 7 gan a fhochmi (?) lucht cadhus 
a n-oirech fair aird. 

Ro bhi céile cdoimh corpnûa 7 ainnir dilgean aigesion .i. 
Cloithfhionn I0 cneis-solais ingean Airtigb UchûeatJmn " mac 
Ferguis m. Oililla Aidhnigh I2 7 rob i sin matha[i]r chlainne an 
chath-mhilidhi .i. tri 1 * mie molbthacha mor-ghniomhacha 7 
se hinghine aille âird-mhaisecha ; ut dixit poeta, 

Meidhbh 7 Mumain maoith-ch? itlhacr. 
Eile 7 Deirbhre dhreachacb 
Clothrionn 7 Eithne m 

7 tri mie umorro .i. na tri Finn Eamhna .i. Bres briôghach 
Driâthrach borrfadha 7 Nâr neimhneach neartmhwr nua-dhel- 
bach 7 Lothar laochda liônmhur luath-ghonach, 7 is uime 
deirthi na Finn Eamhna friû .i. a nEamhain Mhacha ro 
hoileadh iad 7 ' 5 Eochaidh Salbuidhi l6 mac Loduin athair 
mathara ConcubhttzV ro chaoimh-leasaigh iad 7 tug a n-âthair 
fearan dôibh .i. garbh-chriôcha na nGamhanvaidhe À. Eas 
rioghdha ramhach réidh-thibroidéach Ruadh ' 7 (se sin dit 
ann air bâitheadh Aodh Rûadh mhac Badhairnd m. Argead- 
mhur) gus an oilean ngreadhach ngeal-tonnach ngear-chairr- 
gach ngarbh-rois risa raiter Corca Baisginn .i. Léim Chon 
chomhramhaigh Choluinn ,8 . As e sin fa fearann dona Fion- 
nuibh Eamhna \J\adh b . Dixit an laoi, 

Tri mie Eochach Fheiàhligh fhinn : 
Breas briôghach fa briathair-bhinn, 
Nar sgiamhdha nar sguir teâghlach 
Lothair neamhdha c nua-dhealbhach. 
A nEamhain mhi'n-ghlais Mhacha 
ro hoileadh na hûrsgatha d . 



a. leg. éan-Jogbail ? — b. leg. ut ? — c. leg. niambda — d. leg. scotba ? 



Cath Cumair. 283 

venomous Fachtna Fathach, in the battle of Leithruidhe 
Ruidhe 8 on the slopes ofConachail in Corann 9 southwards. 
Tara with it's manor was indeed under the rule of that strong 
soldier without any plundering of her peasants by lier nobles, 
without illégal opression by her poets and aristocracy, with- 
out (?)... 

He had a lovely fresh-bodied wïfe and gentle lady viz., 
Cloithfionn IO the bright-skinned, daughter of Airtidh the 
Broad-chested ", son of Fergus son of Oilill Aidneach ,2 . She 
was- mother ot the warrior's children viz., his three ' 5 admir- 
able featful sons and six lovely most élégant daughters. As 
said the poet : 

Medb and Mumain of délicate form, 
Eile and comely Deirbre, 
Cloithrionn and Ethne '*... 

And three sons also, viz., the three Finna of Emain viz., 
vigorous talkative arrogant Bres, and venomous strong fresh- 
formed Nar, and heroic abundant quick-wounding Lotjiar. 
They arecalledthe Finna of Emain because they were brought 
up at Eamain Mâcha ■> and Eochaid Yellow-heel ,6 son of 
Lodun (father of Concobar's mother) educated them well . 
Their father gave them estâtes viz. ; the rough land of the 
Gamanraidhe = the royal navigable smooth-welled Cascade 
of Ruadh '" (that is the place where Aodh Ruadh son of 
Badarn was drowned) to the cheerful (?) bright-waved sharp- 
cragged rough-jutting island which is called Corca Baisginn, 
viz. the leap of combative Cu Chullain l8 . That was the estate 
of the Fionna of Emain of the Ulaid. The poem said : 

Three sons of fair Eochaidh Feidlioch : 

Iively Bres of sweet speech, 

comely Nar whose house hold clave to him, 

bright fresh-shaped Lothar. 

In Emain Mâcha smoothly green 

were reared the noble youths, 



284 Margaret C. Dois. 

Triâr feardha l'a grinn gleaca 

na Finn Eamhna oirdhrarca. 

E ro leasaigh iad fo bhlaigh 

Eochaid Salbhuidhi suthain, 

fer gan léan airnach a fri laige 

rob é sin a ccaôimh-oide. 

Oig \J\adb fa macraidhe mear b 

tugadh iompacZ» da ndidion 

gosraidhe c ûr nar thriall raeabhail 

mun triar ffeata ffolt-leabhair. ' 

Thug Eochaidh Fe'idhliocb na ffleadh 

dha mhacaibh fearann fhôd-ghlao 

o Eas Ruaidh — fa riogha an roinn — 

go Leim Chonn chrodha Cholainn. 

A raibhe d'fearann re headh 

gan d Ghamhanraidh nâr traothadh 

a ccuigedh Chonacht na ccliàr 

thug Eochaidh sin do'n choimh-triâr. 

7 cetera. 

3. Iomtusa an airdrigh Eochaidh Feidhlioch : ro bhi séan 
a tTeamhraigh gan torchradh o thuathaibh gan imdioll o 
oirechtaibh gan amhriâr o riôghaibh gan chriothnughadh o 
chuigedh. 

Laithe naon da mbaoi an t-airdrigh a tTemhraidh a n-ua- 
thadh sloigh 7 sochaidhe acht ceathrar amhâin .i. é féin 7 
Ceit mhic Maghach ,9 7 Conall Cearnach mhac Amhirgin 20 7 
Glunchenn Draoi, 7 do raidh Gluincheann Draoi : " otâmaid 
comh-ûaignech 7 so tiagham a tteach na mban go bhfaghmaid 
fithchioll ann. " Thangadur rompa iarsin isan ghrianân rinn- 
radharcach, sdûadhach, stablanach, seaghdha, socrach, sinis- 
drech, cuanna, clûthmhur, colbhamlaigh, fairsing, fleadhach, 
fairgsionnach, comhlach, coilceach, corrogach, lân-âird, lûa- 
chrach, lochrannach a raibh an riôgan : 7 is amhlaidh ro bhi 
si a ccathâoir chaoimh comh-dachta 7 a bantracht bith-âlainn 
dreac e soluis ag bûain ag a ir-chôirthafr ar a beladh f , 7 ni 
raibh ansa ccathâoir eile acht Meas Bûachalla 2I (.i. ingen 
Eochach Airemhuinn) [i]na macaoimh og iol-dhealbhach 7 ba 



a airthach ? — b. leg. tnacradb tnhear — c. leg. gasradb — d. [fl]? an ? 
e. breac ms. — f. les;, bêlaibb ? 



Cath Cumair. 285 

a manly trio in keen strife, 

the famous fair ones of Emain. 

They were gently reared 

by Eochaid Yellow-heel the constant, 

a fortunate man — pledge against weakness (?) — 

he was their excellent tutor. 

The youths of the Ulaid — active lads — 

were placed round them as guards ; 

noble boys who planned no treachery 

round the gentle long-haired trio. 

Festive Eochaid Feidlioch gave 

a clean-sodded territory to his sons 

from the Cascade of Ruadh — a royal portion — 

to the Leap of gallant Cu Chullain. 

AU the territory which at a time belonged 

to the indomitable Gamanraidh, 

in the province of Connaught of the poets, 

Eochaid gave to the fair trio. 



3. Concerning the high-king Eochaid Feidlioch : there was 
prosperity at Tara without slaughter by the peasants or plot- 
ting by the nobles or oppression by kings or revolts in pro- 
vinces. One day the king was in Tara without any host or 
retinue save four only viz. : himself and Cet son of Maga I? , 
and Conall Cernach 2 ° son of Amergen, and Glunchenn the 
druid. Glunchenn said, " As we are alone together let us go 
to the Ladies' House that we may hâve a game of chess 
there. " They went offaccordingly to the pinnacled (?) arched 
solid stately comfortable windowed élégant sheltered pillared 
spacious festive immense doorçd chalk-white cornered lofty 
rush-strewn lamp-lit salon where was the queen. She was 
sitting in a beautiful decorated chair with her lovely bright- 
faced ladies cutting out their embroidery before her. There 
was no one in the other chair except Meas Buachalla ", the 
daughter of Eochaid Airemun, a youthful beautiful girl. The 
period of her courtship did her honour and she was fit and of 
a suitable âge for a bridegroom. They seated the high-king 



286 Margarel C. Dobs. 

honorach aois a tochmhairc dhi 7 ba cosmhuil comh-aoisa 
ced-nûachair i ; 7 smdheadb an t-airdrigh aca 7 tugadh an fhi- 
chiol chuca dha fat h imzrt. Ro bhi Ceit 7 Cona'll ag tegasg fri 
Gluincheann Draoi 7 rug righ Eirenn cosgur an chluiche 
forra. " A Fhiona ", ar an riogan, " cia da ttabharthaoi cos- 
gur an chluiche sin ? " " Is duitsi do bhearuinnsi e ", ar 
Gluinchenn Drâoi, " da madh me do bhearadh é ". " Da 
bhfaghainn fein air anna a badb marthainne na e anso ", bhar 
Eochaidh, " ni bheruinn o ingen mo bhrathair é 7 an ni 
fûarus ni bheir. " " Do bheirim mo bhriathair chena amh ", 
ar an riogan " go madh cuma liom gidh dhi do bhertha id 
aonta aonleaptha anocht. " Ro hogluigheadb go hanadhbhal 
an t-airdrigh re haithesg na hingene. " Do bheirim mobhria- 
thar chena, " bhair eision, " gion go ttugar dhisi anocht 
nach ttuibhar dhuitsi o nocht amach go brath. A inghiona, " 
ar an righ, " d'isgumdh bhar ndegh-ghresa 7 gabhthar bhar 
ngraidhe 7 coimh-innilltear bar ccarbaid agus eirgidh accomh- 
air bhar n-erredh 7 bhar n-éidigb 7 cengaltar 7 cumhdaigh- 
ther bhar ccâoin-iomdha^/;a 7 é'irghidh h bhar ngille 7 bhar 
nglas-sluaigh do thiumsughadh bhar ttréud 7 do thiomâin 
bhar n-alniha 7 bhar n-innille agus bhar n-imircedh. Agus 
snadlimadh c Ceit agus Conall Cernach dis le caôin-nûachair 
na hingine ud ionnus go mbeith si a nUWiaibh 7 cath-mhi- 
lidh comhlann do Conachtuibh fair dhaingnûgha^/; a diol- 
mhuine ". Agus adubhairt ansin, " do dhilsi dhuit o nach 
achmhuing fanamhna do d' hamhdhéoin fil againne 7 o nach 
ffuil id' hintinn no id' haigneadh a bheidb ag roinn righe no 
rôfhlaithemhnus rinn imeochamaoid 7 eidir-dheileochamuid 
rer ccairde agus re ar ccoigeiledh ". Agus do râidh an t-âird- 
righ a ccedôir, d " imthigh a riôghan" (ol se) " go ro luath 
7 go ro phrap co nach ffaicidh taighleoir no taisdiolecha tire 
thiggoTemhra/^/; do chrodh gan criôcha no esonôir ar haois 
grâdha no dhol fo inechaibh hinghenraidhe no gan tathai- 
gheacbt trom-slôigh id' thech no gan éigsi god' hadhradh no 
gan aois ciuil id' chodal-thech ôs dâil dioghbhala do dhegh- 

a. ms. an// — b. ms. ëirghetb. — c. ms. snadhrru'//; — d. Hand-writing 
changes completely at this point. 



Cet h (lu m air. 287 

and they brought them the chess-board to play, and Glun- 
chenn the druid was coaching Cet and Conall, and the king 
of Ireland won the gameagainst them. 

" Pair sirs, " said the queen, " to whom do you give the 
winning of that game ? " 

" It is to you I would give it, "said Glunchenn, " ifitwere 
I gave it. 

" If I myself were receiving hère more lasting treasure than 
that, " said Eochaidh, " I would not take it from my nièce ; 
and what I got she takes not. " " I give you my word indeed, " 
said the queen, " that I would not care though thou gave it 
to her in thy own couch tonight. 

The high-king was prodigiously enraged by the lady's 
reply. " I also give you my word, " said he, " though Ido not 
give it to her tonight, I shall not give it to thee from this 
night out for ever. Ladies " said the king" leave ofFyour 
handiwork. Let your horses be caught, your chariots be har- 
nessed and go fetch your robes and dresses. Let your good 
beds be tied up and covered. Stir up your servants and 
bondsfolk to gather your flocks and to conduct your herds, 
your cattle (?) and your removal. Let Cet and Conall Cer- 
nach both bind over the marriage property ofthat lady so 
that she will be with the Ulaid, and a fighting champion of 
the Connaught men as surety of her liability. " 

And then [she] said : " Take thine own property as we 
hâve no means of remaining in thy despite and, since thou 
hast no thought or intention of dividing the kingdom or high 
sovereignty with us, we will go away and we will separate 
with our friends and our companions. " 

At once the high-king said : " Départ, oh Queen, quickly 
and promptly so that visitors and travellers coming to Tara 
see not thy cattle without land, or thy followers in disgrâce 
or being taunted by girls, no crowds frequenting thy house, 
no scholars doing thee révérence, no musicians in thy bed- 
chamber. For it is an evil state of things for a gentlewoman 



288 Mqrgaret C. Dobs. 

mnâoi an t-ionadh in a mbiâidh re headh go honorach 6 do 
arreochadh* dûl da chadhus for ccula a bheith aga adhra fa 
esonôir ". 

Ro ling trâ recht ro-mhor isan n-inghin de sin gur griô- 
sadh a gnûis 7 gur ro gaba^ar a gaoidhilg b 7 gur ro fergthar 
a ruisg go hegcoimsigh gur bho hiomthais a herradh ar a hion- 
chaibh à dhlûthughadh a der, 7 ro iârr a henadh anffoisdine 
go hobann 7 ro bhrosd a gille um a hecraidhe do ghabhail 7 
fo a carbaduibh do inioll, 7 thangadar sion rompa gus na fan- 
taibh feurmara fosacha ar ar fhagbhadar a necraidhe 7 ro 
fogradh d'aodharibh iom-choimheda na hecraidhe eirghe as a 
mbothaibh bega brat-ghlasa béol-fhairsinge7a ngraidhegléasda 
glom-sladhacha gnath-lesuighe do ghabhail, 7 do rinnedar 
san samhlaidh 7 thangadur go Temhnz/g^e ar tinnenus 7 do 
chengladar a nechraidhe ar an bhfaiche in a bhfiâghnuisi. 

4. Iomthusa na riôghana : do thiomuin ceileabhradh câoin 
cairdhemhail do sluagaibh na Temrach, 7 thainig roimpe 
aniar-neas a hecraidh 7 ro chuirid in a carbad fo chedoir i, 7 
ro ûiogaidh a lamha go lân-ârd 7 ro-dhluith ghuidhes na dee 
go diân go diôchra 7 go droch-aigentach ar gan techt re na 
hagh no ré na himdioll no ré na honôir tré na k\or\n\iged c 
7 tré na hzindligheadh anbhûain ettechtaigh e'irigh um 
Eochaidh, 7 ro hogal-gresadh a hechraidhe o Themrfl/^/;ebadh 
thûaidh. Thangadur a bantracht 7 a bandhala go haidhlesguil d 
7 go heislm^ach o Themhraigh in a lenmhuin. O do chi 
Gluinchenn Draoi an ni sin do râidh so ann : 

Ni fo fath ferg fôrbhristeôr, 
fhichis aigneadh ard-fhlatha. 
IomguinHacA e do re a dheisgioblaiM». 
Dâl da chol âoifidhrarf 
Cairdine ingen Airtigh a Sluiges. 
Fearsad clanna Clofhinne. 
Cinfid céim go Crûachuin Raitbi. 
Carsad caomhthach Clothrainne. 
Cruthuis a siûr saobhâechta. 
Soidhfidh coimptrac^g caomh-àluagh[a]. 

a. from a r-crinim, or airigbiml — b. See Caithreim C.C. Irish Texts 
Soc, Vol. 5, p. 37, note 1. — c. ionnlach ? — d. leg. .limhlesgamhail ? — 
e. leg. iomgbuimadh ? — f. da cclaoidfidhes cairdine ? — g. coimptar or 
-tre ? 



Cath Cuniaii . 289 

the place where she will be in honour for a time when the 
éléments of révérence which would be paid to her would 
décline in dishonour. " Then indeed the lady flew into a 
violent passion so that her countenance blazed and her speech 
vvas taken from her. Her eyes were so full of wrath that her 
garments were soaked with the press of her tears. Suddenly 
she demanded her property very calmly and hurried her ser- 
vants to fetch the horses and harness the chariots. They went 
off to the grassy desolate slopes where they left their horses, 
and summoned the herds who guarded the horses to arise 
from their tiny, grey-roofed, wide-doored huts and to catch 
their groomed, shining, well-conditioned, broken-in horse- 
team. They did so and came with haste to Tara and they 
harnessed the horses on the lawn before them. 

4. As to the queen, she bade a gentle amicable farewell 
to the company at Tara, and her horses came before her 
from the south-west, and first she was placed in her chariot ; 
and she raised her hands on high and fervently prayed to the 
gods, earnestly vehemently and with evil intent, not to 
oppose her success or défense (?) or honour on account of 
the abuse and continuai lawless injustice arisen through Eochaid 
— and her horses weredriven furiously northward from Tara. 
Her ladies and her women followed her very unwillingly and 
reluctantly from Tara. When Glunchenn the druid saw that 
thing he said this : 



It is not a good reason 
incenses the sovereign's miud. 
Deeplv wounding... 



The children of Clofinn will... 

They will march to Rath Cruachan 

They loved the companion of Clothrann. 

Their.sister fashioned false appearances. 

A fair army... 

the b;?;tk of Cumar whence blood will be spread 



290 Margarel C. Dobs. 

Cath Comair 6 cuirfidhear 

crû tair chorpuibh cath-mhilidh, 

Cet is Conall ; cirrfuidhear 

corpa curadh Craobfh] Ruaidhç. 

Crû-bàis beabhais àrd-Eochaidh. 

Iomghoinw dôibh re ndegh-athair. 

Dala trighbha a a ttiorchanuim : 

taothfuid Firw re flaith-Eochaidh. 

Fiuchfuid croidhe Clothrainne. 

Cuiceadh Eochaigh os mamdha. 

Ionnsa dith a dhefrbh-fhine. 

Durrthuis triamhna trom-chumha. 

Tea;m-throm b tuitim Eochaidh, uch ! Uch ! 

Ba ferg. Ni fo. Ni fo. 

5. Tainig an rioghan .i. " ben bhreidh-gheal bhlath-eirra- 
dhach roimpe a n-inghnûis fhiodhra/^/je 7 fo-sluaigh og- 
bhaidhe 7 fallaigh imeirce agus thangadar rompa go Dubha- 
an-bhanghubh[a] .i. Cionn-sleibhe maoith-fheraich Mo- 
dhairn 2} , 7 is ô chodalta^ corrachz 7 6 throm-chumhfl^ 
mmhelaigh na hingenraidhe an oidhche sin slointear an t-io- 
nadh .i. Druim Banghubha ar ndéalacha^ dhôibh re gas- 
raidhe gnûis-ruitnigh gzo'idhéal 7 re teghluigach trom-sluaigh 
naTemhracr;. Thangadur rompa iarsin go Faiche-na-nDrûadh 24 
go hEmoin, 7 od' conchus an dirim bhanda sin don bhaile 
thainig Leabharcham lûàimnech na n-aghaidh go n-aithni- 
gheadh ciâ ro bhi ann 7 ro leig a hard-ghairm in a béol each- 
lachdha os âird re hadnfld/7athmholta nahinghine 7 re truime 
a troim-thiodhluicto/^// na riôghna 7 thainig roimpe tair a 
hais go hEmhoin 7 do innis do churaidhibh rechtmhura réidh- 
Chlainne Rughraidhe an sgéal sin ; 7 thainig Conchubhar go 
môr-bhuidhnibh do chu'mgeadh an chulgeadh leis in a comhair 
7 ro tearsad failte luinnech liônchar lân-mhuinntirdha ris an 
riôghain 7 do thiafraighdur dhi cià um a ttainig à a fior 7 ô 
Themraigh, 7 ro innis an riogan dôibh gurab é Eochaidh ro 
léig i 7 go ttug diôghruis dhegh-choir in a diolmhuine dhi, 7 
do raidh Concubhur an rann : 

Créad um a ttangais od'thigh, 
a rioghan Eochaigh Feidhligh? 

a. leg. tiughbha ? — b. ms. lent trom. 



Cath Cumair. 291 

on the bodies of heroes, Cet and Conall. 

The bodies of heroes of the Red Branch 

will be mangled. 

Noble Eochaid will die of mortal bleeding. 

They fight with their good father. 

As for the last thing (?) which I prophecy : 

The Finna will fall by the prince Eochaid. 

Clothrann's heart will boil. 

Harder the loss of his own family. 

Thou hast shed deep grief. 

Heavy is the fall of Eochaid. 
Alas ! Alas ! It will be wrath. 
It was evil, evil. 

5. The queen, that " white-robed beautifully dressed lady, 

proceeded without without a detachment ofsoldiers 

without military escort, and they wenton to Dubaan Banguba 
viz., the fine-grassed mountain-summit ofModarn 2, .It is from 
the broken sleep and heavy anguish of the ladies that night 
that the spot is named Druim Banguba (== the ridge of the 
women's lament) after their parting from the bright faced 
youths ofthe Gael and the numerous household of Tara. They 
proceeded after that to the Druid's Lawn 24 , to Emoin, and, 
when that multitude of women "were seen approaching the 
place, nimble Leabharcam came to meet them to find out 
who it was. She gave a loud cry with her horse-like (?) 
mouth on account of the laudable gift (?) of the lady, and 
the weightiness of the queen's largesse, and came back to 
Emoin and told that news to the proud heroes of the noble 
Clan Rudraide, and Concobar came with a great company of 
champions of the province and they welcomed the queen 
eagerly lovingly and cordially. They asked her why she had 
left her husband and Tara, and the queen told them that it 
was Eochaid cast her off and that he did [not] give true an4 
just affection in his love for her. Concobar spoke this verse : 



Why camest thou from thy house, 
oh queen of Eochaid Feidlech ? 



292 Morgan' t C. Dois. 

Innis gau mheabliail do mhodh, 
an deabiiùf/; no an duibh-leiginn ? 

Tugadh iarsin iath-inile ar thorthach fa thalmhain 7 fa a 
harghaibh, 7 ro hesreadb arusa ârd-fhairsionga fa ûrchomhair 
na rioghna do bharr-bhognuaidhebeithe 7 d'arlûachair bhoig- 
leabhair barr-ûaine 7 d'iîrchluimh cholchuige chuill, 7 ro 
hôrduigheadh aca toighthe aoibhne o'ireadba ré hûr-ghardu- 
ghadh, 7 grianana gasda gloine grian-soillse re huaignes 7 re 
hiodhalgrésuibh a re corrthun«7>/.7 re cumhduighth/«'^ b re 
cenn-mhaisibh e re sunna 7 re socardeaighadh d . Ro freasda- 
\adh 7 ro friothaileadh go huasal onorach a n-Emhuin an 
oidhche sin iâd, 7 ro cuireadh fesa 7 fiôr-thechta o'n riôghain 
ar cionn a môr-mhaca, 7 tugadh da hionnsoidhe iâd as a 
hai thle 7 do fhiafraighdur don riôgan ca fochuin rô thogh- 
lûais 6 a fior i 7 ca hadhbar eisiôdha 7 eidir-dhealuigi^/;//^ fa 
rabhadur. " Do bheirim mo bhriâtliar amh ", ar an riôgan, 
" nach feadarsa do fliochuin aige acht méad bhar miosguisi 
fein agus bhar môr-fhuata lais 7 ar uamhan bhar ttecht in a 
aghaidh fein 7 d'egla a thafainn à Temhraigh. " " Do bheir- 
midne dar mbreithir amh " (ar iadsan) " nar smdoinmuirne 
ionar menmoinn 7 nar chogramur ré ar ccaonih-slûagh an 
comhairle sin ". 

" Ma denaidsi, a dhegh-mhaca, éisdecht rem' chomwrlesi 
7 recomurle Conchubha[i]r 7 a mhaca " (ar si) " d'ioghlaidb 
mo mhaslasa 7 mo dhimiadh ar bhar n-athair 7 gairmth^r e 
bhar ngalgada gusmara garg-mhenmnacha agus fadhbaidh go 
ferrdha (oimachi ( go fiôr-ghniomacha gâcha ferainn ; ionar- 
baidh Eochaidh as a fherann is as ard-fhlaithes 7 tabhraidh 
teallaigheTemlirach gona throm-sluaigh da bhar ttoinuimhez. " 

" Aingidlie ", (bhar iadsan) " 7 ni cosmhail ré côir an 
an comairle sin, 7 do badh mi-dhâil da dh^Vbhfine coimh-eirge 
cogaidh a ccenn an ârdflaith iâr ttecht urmhôir aoisi, 6 nach 
bhfuigmis escara oile ar egla 7 ar fhirinne fein ag tiachtuin in 

a. leg. iol-grésuibh ? — b. perhaps used in sensé of ornaments or chas- 
ing ? — c. perhaps used in sensé of a dôme ? — d. perhaps used in sensé 
of soft bedding ? — e. grangtear ms. — f. Foirniata at top of page — g. 

tôiraidhe 



Calh Ciimair. 293 

Relate vour situation without deceît, 
Is it a quarrel or is it the spleen ? 

After that tilled land of the most fertile on earth wasgiven 
[to lier] with it's herds, and spacious dwellin^s were littered^ 
with tip-quivering birch and long soft green-tipped fresh 
downy beds of hazel for the queen. They arranged pleasant 
stately houses for enjoyment, and neat bright sunny salons 
for privacy, for ail manner of (?) embroidery, for fringe- 
making, for coverings, for hair dressing (?), for comfort, 
and for combing wool softly (?). They were served and 
waited on nobly and honourably that night at Emuin and 
despatches and trusty messengers were sent by the queen to 
her distirtguished sons. They were brought to lier after that, 
and they asked the queen what cause took her away from 
her husband and what subject of quarrel and séparation they 
had. " I give my word indeed, " said the queen, " I know 
no cause he lias except the amount of your aversion and great 
hatred of him, and terror of your coming against him, and 
fear oï being hunted from Tara. ' " We give our word 
indeed, " said they, " we neither planned in our minds nor 
plotted with our brave army that design. " 

" If you would listen, fair sons, to my plan and to Con- 
cubar's plan — and my sons, " said she, " avenge ye my 
affront and my disgrâce on your father. Summon (?) your 
mighty fierce-minded champions and take ye every district in 
manly crushing energetic fashion. Expel Eochaid from bis 
territory and from the sovereignty, and give the manor of 
Tara with it's large population to your raiders (?). " 

" Evil " said they " is that counsel and not like justice. It 
would be a misfortune for his own family to stir up war 
against the sovereign in his old âge, since we would not get 
another foe to attack him becauseof awe and of his own right 
feeling. It would be perversity, it would be impious in us, to 
stir up war against him throughout Ireland. 



Rrvue Critique. XL111. Iq 



294 Margarel C. Dobs. 

a aghaidh. Ro badb clàon céille 7 ro badh coirbthe an cho- 
murle dhuinne togbhail cogaid in a aghaidh fo Eirenn. " 

" Léigidh as na meadhracha sin, a ôga, " (ar an caoimh- 
fhlaith Concubhar) ; " agus a mhaca " ar se " 7 an ccuala- 
bairsi gemadh beg môr âuthaigh dhùine nocha n-airimhtear 
idar ardfhlaithi Eirionn é madh oba. Uair gion go ngzbaidh 
sibhsiTemhair achtré thri ttrath biâidh menmna cuth-mh'ûedh 
agaibh ré hàrdfhlaithes Eirionn as a haithle 7 biaidh cediadh 
lé bhar maca annsa chéim chéadna 7 ma eigintàoi a Eire do 
léigion ûaibh dealeochaidh bhar n-ûa ré ceimennuibh re righe 
7 ni harimhtear bhar siôl idar ird-ce'me'ûidhe go brath. " 

6. Agus giodh chlâon an chomhairle sin ro faomhadh ag 
na Fionnuibh i tre chomuirle a mathar, 7 tre ionlughachtan b 
aghmhara escairdemhla' \J\adh, 7 tre comurlechaibh cealga- 
cha câsidecha c comh-thnuthacha cruadh-neimhnecha Concu- 
bhair. Ro ghabsad na meic do lâimh an gniômh do ghrodu- 
ghadh .i. a n-athair do sgaradh ré hârd-fhlaithes 7 do thafann a 
Themhr^, 7 do fhiafraighdar do Chonchubhar ca congnamh 
do bhearadh leo um iomchosnamh Eirenn uile " Do 
bhersadhibh, ''aranc[a]omh-mlaithConchobhar, " x. x.x. c. d 
do chath-mhiluibh 7 do churaidhibh na Crâobh Rûaidhtf do 
bhar ccothughàdh 7 do bhar ccongbhail 7 cuiridh iein bhar 
ccaoimhthechta chum gach coigeadh do thairmesg a ttinôil ag a 
ttighthibh 7 d'fosdogh a n-oirecht in a n-arusuibh 7 do cho- 
thughadh a ccuigecha in a ccrich îein gonach coimh-eirghid 
bhar n-agaidh 7 denaidh féin tionôl 7 toichesdal tinnesnach 
ionnus go madh taôisga sgeimhiolta bhar ccaomh-sluaga^ 
no fresdal na ccuigedach do'n righ ; " 7 do raidh an lâoidh an : 
a sequitur. 

Eirghidh, a Fionna [EJamhna, 
co rachach e dibh môr-mhenmna. 
Cosnaidh Temhra aille drech. 
Marbhthar libh Eochaidh Feidhlwc/j. 
Is aithe gach dealg is so, 
ni hûabhar ni hiomargho. 
Chaith bhar n-athair ni da aôis. 
Nf char cuirn acht comh-aôis. 

a. iigin daoibli ? — b. ionluig heachan ? — c. casaoideacha ? — d. written 
above in ms. deich eut fhithehit — e. go rachadh ? 



Cath Cumair. 295 

" Cease thèse jestings, young men, " said the noble prince 
Concobar; " my sons " said he " did ye never hpar that 
whether a man's estate be big or little he is not reckoned 
among the monarchs of Ireland if he gives in (?). For, if you 
only held Tara for the space of three days, you will hâve the 
will to contest the sovereignty of Ireland afterwards and your 
sons will be adjudged the same rank. If you are obhged (?) 
to give up Ireland, then your descendants will be eut ofFfrom 
the succession to the throne and your family will not be includ- 
ed in the aristocracy ever again " 

6. Though this counsel was perverse the Fionna accepted it 
on their mother's advice, and through the warlike malicious 
snares (?) of Uladh and the lying tortuous (?) envious veno- 
mous counsels of Concobar. The young men undertook to 
expedite the affair viz., to deprive their father of the sove- 
reignty and to expel him from Tara. They asked Concobar 
what help he would give them to contest ail Ireland. 

" I will give you, " said Concobar the prince, " three 
thousand soldiers and heroes of the Red Branch to support 
and to help you. Send you yourselves your partizans to every 
province to hinder them assembling in their houses, to detain 
their nobles in their mansions, and to keep their provincial 
kings in their own boundaries so that they rise not together 
against you. Let you yourselves make prompt assembly and 
muster so that the ambushes of your fine army be quicker 
than the rallying of the provincial kings to the king. " And he 
recited the following poem : 



Arise, oh Fionna of Eamain (?). 

till ambition cornes to you (?), 

Défend Tara of fairest aspect. 

Let Eochaid Feidlech be slain by you. 

The younger thorn is always the sharper. 

This is not a boast or a lie. 

Your father consumes what is of his âge, 

He does not love... except of the same âge than he. 



296 Margaret C. Dobs. 

Cosnaidh Temhair cenn a cceann. 
Marbhthar libh .irdrigh Eirenn. 
Bétlii féin v a tTemhrach dhe. 
A Fhionna Emhna, eirghidh. 

Do riachtadar trâth a slôigh 7 a sôchaidhe go hEmhuin 
an oidhche sin da n-ionnsoigeach 7 ro thinoil siad go tinnes- 
nach tinnsg^Jal, a ttnris a n-oirchioll imchechta ar na mha- 
rach, .i. a ng/oidh gasda glômhara do ghlan-ghleas 7 a ccar- 
baid do chomh-innioll 7 do chomh-dhaingneadh 7an-edai- 
gheacb do exumlûughadh 7 a sûathentais do srethnughû^ 
ar a saor-errdhaibh go sainenihuil 7 a luireacha leabharghlasa 
luinnerrdhn do lesughadh 7 a ccathbharra crûadh-soillsi 
corr-mhogallach do cho'mnleadb 7 a sgeith do snoidhe 7 do 
sâr-dhatngniugharf/j 7 a ccloidhmhe tana taobh-ghorma do 
ùiesdughadb 7 a sleadha gasda gadamhla grinn-r\gan ; 7 ro 
chuiredar techtaoibne ésgaidhe uatha goNuadhaNecht 25 mac 
Seadna Sithbhaic go fiait h sotal sedmhar gniômhach gaisridhe 
gniômh-ôirdheirce Galiân 26 , 7 go Lugh 2 ~ laochda luath-bhuil- 
lech mac Lughach Laimh-fhinn go hârdrigh molbhthach mor- 
glonnach min-leatlmn Muman, agus go Daire Drech-dh^rg 2S 
degh-solus mac Degaidh go hârdrigh cosgrach claidhm-dearg 
(ô sloinntear oirechus Eochaigh mac Lachtna 29 ), do tairgsen 
trom-chomhadh do chradh 7 do chriochaibh dona cui^e- 
chaibh i gan com-eirge ann a n-aghaidh. 

7. Iomthus thri meic Eochaigh Feidhligh iarsin : do eir- 
ghedar go moch ar na mharach 7 thangadur ô Emhoin siar- 
dhes go Bealach na Boroimhe 5 ° (risa raidhtear Tulach Ôg an 
Ri) a 7 a Sliabh Bethach ?I (risa raidhtear Éisidhéin), 7 tair 
cheann Fionn-locha Fobhail 32 7 tar Mhagh nlth 3î ghlas- 
nuaidhe mhac nlthe, 7 a nGlenn fraoichmhor Fhinne 54 , do 
Bhern«/^ Mhor 5 > 7 do Bhemus Bheg ' 6 , 7 do Inbh&ir-dha- 
egan// ?7 (risa raidhtear Easa riôgha Kuadb an tansa) 7 do 
anad///- ann an oidhche sin j.7 thangadur rompa ar na mharach 
tar Mhagh n-iuVmhôir n-ûrthorthach nEine 38 7 tair dhiân- 
srothacb Drobhâois 7 Duibhe ;9 7 tair Mhagh ccnes-solus 
gCedne* 7 tre Chnochaib comh-thorthacha Cairbve 4 ' 7 tar 

a. lcg. (V (luii'i "r 



Cath Cumàir. 297 

Défend Tara bit by bit. 

Let the high-king of Ireland be slain bv vnu. 

Thereby you will be at Tara. 

Arise, oh Fionna of Emain. 

Their host and army reached Emain then that night, and 
they rapidly assembled their vanguard for the mardi, prepar- 
ing for the morrow's start viz. : grooming their swift muzzled 
horseteams, equippingand bracing up their chariots, variegat- 
ing their clothes and distributing blasonry over their 
fine armour in great diversity, repairing their smooth grey 
glittering corselets, polishing their hard shining helmets with 
chain-mail points, chipping and bracing tight their shields, 
testing their slender blue-bladed swords and... their swift 
twisted tough spears. They despatched swift nimble messen- 
gers to Nuada Necht 2 > son of Sedna Sithbac, the haughty 
rich energetic gifted (?) prince of the Galian 2é , of famous 
deéds; to heroic swift-smiting Lugh 2 ?, son of Lugaid White- 
hand, the praise-worthy famous high-king of smooth broad 
Munster ; and to illustrious Daire Red-face 28 son of Dega, 
the victorious red-swoided high-king (from whom Eochaid 
son of Lachtna takes his title 29 ) to offer large concessions of 
cattle and of lands to the provincial kings that they should 
not rise against them. 

7. Concerning Eochaid Feidlech's three sons after that : 
they arose early the next day and marched southwest from 
Emain to Boromhe Road 5 ° (which is called the Hill of Og 
today (?)),and to Betha Mountain }I (which is called Eisidein) 
and past the head of fair Loch Fobal 52 and over the fresh 
green Plain of Ith" (son of Ith) to the heathery Glen of the 
Finn river 3 S to Great Bernus'' and Little Bernus> 6 , and to the 
Estuary of Two Salmon *? (which is called the Cascade of Royal 
Ruad thèse times) and they stayed there that night. They 
went on the next day over the Plain of Eine }8 rich in corn 
and very fertile, over rapid-flowing Drobaois and Duibe î9 , 
over the bright-surfaced plain of Cedne 4 °, through the fruit- 



298 Margarei C. Dobs. 

Sruth an Tobair Ghil * a (risa raidhtear Sligech an tansa) 7 tar 
Es didn-srothach Dara. 4} (.i. Dara Dearg draoi d'Fomhorach 
robaitheadh ann 7 is uaidh a anmniter), [7 doj Ces choimh- 
aldin Choruin JA 7 do chorr-slidbh na Seghsa 4i 7 do Mhagh 
Luirg-an-Ddgha ^ 7 do Mhagh Aôi-»? mhaic Allghubha 7 a 
cComar na Conairt 4H go Cruachan 49 (7 Meadhbh in a bhfar- 
rad ann 50 ) ; 7 ni raibhacht Clothrann 5 ' chiab-solus ag cothu- 
ghadb comh-roine dona caonih-sluagaibh a cCruachan, 7 
thangadur na Finn Emhna i[n a] a carbad do agallam a sethar 
go Cruachan, 7 ô do chuala an ingen fuighle bhaoth-mheara 
a brahrech 7 mi-ghlor meadhrach a muintire ro bhi agfosdogh 
na n-ôg 7 ag toirmesg a tturais 7 ag bregadh a braitrarfr. 

Do chid arsin Ruadh mac Roch^uil7 Loch mac Roch^uil 
an dâ priômh-drai da n-ionnsoigidh 7 do bhadar sin go diô- 
chra dasachtach ag toirmesg a tturus uni na Fionna, 7 ro 
rdidh siad riû : " A mhaca, " ar iadsan, " ni clés céiWide 7 ni 
gniômh gaoisi 7 ni haôn chomhartha amhnusa dhâoibhse 
bhar n-athair do aimh-riarughadh fo Eirm« a n-âoinbhliadain, 
oir ni ba suithin bar sâoghal 6 osnadhaibh an airdthlaith ar 
na aimh-riarugadh 7 ni choiseonaidh bhar ccaoimh-slûaigh 
sibh isan chath-lathar a ccovahxmdead don chursa, ôir ni 
lucht fiodhruigh na fo-sluaighse a ttrath iorgoile no iomghona 
fiocha no faisdine re flaitheas foirbhthe a ttrath foghla no 
foir-éigne do righ Eirenn, 7 ni chlaoidhfidh na meic mhi- 
chrôdha filid ann bhar bhfarradhsa iâd ; " 7 cuma do bhi 
dha râdh 7 adubairt na briâthrasa : 

ni faoMidh fionn (orlaidh 

forfos ré fiôr-fhlatha. 

Nidfl/ ho'ùidb hnn-sluaigh 

figri rigfe, a mhaca. 

Ni soidh oig re harrachtain 

oïrbeart na neart cheidni. Ni ". 

7 ro bhi Loch mac Roch^fuil ag a ttoirmesg 7 do rdidh na 
briathra-sa ann ; 

Ffionna trena, 
béad b mor, 

a. .i. ms. — b. bét ms. 



Calb Cumair. 299 

fui lands of Cairbre 4 ', over the Stream ofthe Clear Well 42 
(which is called Sligech thèse times), over the rapid-flowing 
Cascade ofDara 43 (viz., Dara the Red, druid ofthe Fomorians, 
was drowhed there. It is named after him), [to] beautiful Ces 
Coruin 44 ,to the Peaked Mountain of Segais 4 *, to the Plain of 
the Dagda's Track 4é , to the Plain of Ae 47 son of Allguba, to 
the Valley ofthe Road 48 ,to Cruachan 49 (and Medb was with 
them there s °), and there was no one there save sunny-haired 
Clothrann ;1 dividing their portions to the fair company at 
Cruachan. The Fionna of Emain came in a chariot to talk to 
their sister at Cruachan and, when the lady heard the sense- 
lesstalk ofher brothers and the foolish babble of their follow- 
ers, she began to hinder the you ths and to delay their march 
and to deceive her brothers. 

Then they saw Ruad and Loch sons of Rochedul, the two 
chief druids, approaching them and thèse earnestly and boldly 
endeavoured to avert the Fionna's expédition. They said to 
them: " oh sons" said they " it is not a^wisedeviceorsaga- 
cious deed or mark of acuteness in you to create rébellion 
against (?) your father throughout Ireland in the one year, 
for your lives will not be lasting by reason ofthe monarch's 
groans after the revolt, and your splendid army will not pro- 
tect you in the battle-field where it will fight this time. For 
thèse few troops are no weak (?) folk in time of battle or 
wounding or wrath or prophecy against decaying rule, in 
time of havoc or violence offered to the king of Ireland, and 
the cowardly fellows whoare with you will not defe at th 1 1 
Thus lie spoke, and he said thèse words : 



And Loch son of Rochedul tried to delay them and said 
thèse words : 

Oh strong Fionna, oh great deed. 
A king dcstroys, lord (?) of battle. 



300 Mur cran t C. Dobs. 

mh'iWeadh ri, 
ruarw » gliâigh. 
Garg an gniômh, 
gubha ten», 
taothfaidh feall, 
ûoriidb ég. 
Trûagh adad b , 
buân an bead. Bed. 

8. Thangadar na drâoithe uatha iarsin 7 ro ïeargmdidh na 
Finn tre dhroch-thaisdine na ndrûadh ag taimgire a ttiugh- 
bhdis don turus sin 7 ro cuireadh*ôig athlamha in a n-iarmho- 
recht da bhïosdadh gur mharbhsad na draoithe tre na ndroch- 
fhaisdine, gur ba Dumha na n Druadh 52 a cCrûachain badh 
thuaidh ainm an ionaidh sin ; 7 thangadar rompa da sosâaib 
7 da siôth-longportuibh an oidhche sin, 7 thainig Clothrann 
ar chnocan corr-ghlasa na Crûachan gur ro suidhestar 53 ann 7 
adchidh-siuw dias aille fo cheimennuibh c fionnbhân ar a cco- 
mair .i. câoimh-ainner 7 cumhal, inghen throm-thaithne- 
mhach thaobh-solus seghdha sul-ghlas so-gradhach ro-gheal 
ro-mhin nognaidhç ngloinuidhe ngnûis-dherg ngarechtmgh 
mbârr-ûir mbognuaidhe mbeâl-chorcra ngasda nghcreidh 
ngeal-bhraidigh chûana chiôch-throm chorp-nûaidhe ndrech- 
dh^Vg ndead-ghil ndonn-mhailgh^/;; 7 is amhlaidh ro bhi an 
ingen sin 7 leini aoingheal éttlaith uimpe 7 ionïïar maothsrôil 
min«ren« zmlach iol-bhrec ndhlandi tana taobh-dhearg tai- 
thnemhach baillderg bhlathûr bhrec-nâoidhe slemuinn snâth- 
gheal sâor-mhaisech ettrom ionwûar oigardha uimpe, 7 brat 
bog-chas blath-nûadh thairis sin amûigh a n-echtuir, 7 eô 
chlarda chumhdaigthe. cosar-leptha 5+ criosdail-gheimhecrh] 
ànn, 7 niôr bhfurus s'iïïidh no siôr-fhechain ar soighnén d 
seghdha so-thaithnemhacha saor-chineoil na solus-chem sin 
ar na suidhiughût^ go sâr-mhaisech isan sâr-dhealg sin, 7 
bréid suaithnidh slemhoin siôduidhe tar abhar e a cas-chor- 
curlach, 7 da bhog-asa béal-cumtha brec amlacha ider a troi- 
thigibh tana 7 an talamh, 7 ro àrdaigb fein rogha crotha 7 
dealbha uirre conach ingen badh ferr taithniomh 7 tuarus- 

a. leg. ruad ? — b. leg. ah'td ? — c. kg. coitnenuib ? — d. leg. joinneadb} 
— e. leg. abhara ? 



Cath Cutnair. 301 

Rough is the deed, bitter the lamentation. 

Deceit will death will verify. 

Sad is the kindling ?). Lasting the mischief. 



8. After that the druids left them ; and the Finna were 
angered by the evil prophecy of the druids foretelling their 
speedy death in that expédition. Swift youths were despatch- 
ed in pursuit of them to stop them and they slew the druids 
on account of the evil prophecy, so that " The Druid's 
Mound, > 2 " at Cruachan to the north, was the name of that 
spot. They proceeded that night to their resting-places and 
peaceful camps, and Clothrann came up on the green-peaked 
hillock of Cruachan so that they sat on it. 55 They saw a noble 

pair opposite them in pure-white 

viz. ; a lovely damsel and a handmaid, a most attractive lady, 
bright-formed stately grey-eyed lovable pure-white délicate 
quecnly (?) glittering rosy-checked laughing (?) bright-haired, 
soft and fresh, red-lipped sprightly smooth-handed white- 
throated élégant deep-bosomed fresh-bodied rosy-faced white- 
toothed, brown of eye-brow. The lady was dressed in this 
manner : a pure-white floating (?) tunic on her, and a soft 
silken fine spotted (?) flowing variegated starred thin red- 
bordered shining red-spotted freshly-new bright-speckled 
smooth white-threaded élégant light coolyouthful(?) robe on 
her, and a soft-curled freshly-smooth cloak over that on the 
outside, and a flat chased crook-pinned > 4 crystal-gemmed 
brooch in it. It was not easy to look, or gaze steadfastly, at 
the stately attractive aristocratie flashing (?) of those bright 
gems that were set so exquisitely in that wondrous brooch. 
[There was] a bright smooth silky kerchief over her curly 
purple-hued hair (?), and two soft shoes, well eut, speckled 
and curled, between her slender feet and the ground. She 



302 Margarei C. Dobs. 

gbhail no i, uair ba drâoi amhra i. s > Ba hi sin tra uair 7 
âimsir bhi Bres sinnsear mac Eochaigh ag fechain a s\ua\ghidk 
7 a sochruide cona bhfaca an mhndoi ag imthecht an mhagha 
fa coimnesa dhoibh. 

Gabhus Bres a n-donar da hagaïïaimh 7 anus an ingen ris 
cona é dubhairt Bres. " Can as a ùgidh, a ingen, 7 créad do 
bheir a t-aonar thi'i ? " " Thangusa d'agallaimh a bfuil do thro- 
chaibh ar an maghso, " ar isi. " Nitroich iad amh, " ar eision. 
" Is troich amh " ar an ingen, " ôir da mâdh ail leô saoghal 
badb faide do bheith aca no gheibhddois cumha a righ 
Eirenn. " " Cinnte linne amh, " ar Bres, " gan comha do 
ghabhail uadha acht cath do thabairt dho ionnus go ma linn 
fein righe nEirenn 7 nach ba leision. " " Is olc an chomwrle 
sin, " ar an ingen. Is annsin do chuir Bres a guala [ri fôd na 
faon-léirge 7 do chuaidh an a gnâs 7 in a cao\n\\-\tbaidh 7 
tairnic ris taghall aice. " Ort do dhon 7 do dhuabhas, " ar an 
ingen, " is môr an. col 7 an egcôir do rinnis. " " Ciodh on, 
[a] ingen ?"ar Bres. "Cia thusa ? " " Clothrinn ingen Eochaigh 
Fheidligh misi, " ar si, " 7 is ar thainig dot' hath-mhillea- 
dhsa conach biadh fiôr catha agad a n-aghaidh hathar. " "Do 
chol 7 do chontracht ort, "ar Bres, " ôir is agad ro bhi fios 7 
ni hagamsa. " Ciodh tracht do choimh-riachtad«r na ttriûr ria 
7 as e ann gednna a adubhairt friu cona Glenn an Chuil 56 for 
Chruacha/n a ttûaith ainm an wnaid a ndearnadh sin. Dorala 
trdth caomh-thoirches don ingen uatha na ttriâr go rug mac 
dhoibh .i. Lugaidh Sriabh-ndearg, amhail isbeartan file : 

Beirios Clothrinn ndéad-gil 
énmhac da triur dearbhrathar. 
Ciân a ainm foxsan b Glenn Sainbh " 
Lughaidh Sriabh-ndearg 5* a fhiôr-ainm. 
Mac do Lughaidh milibh giâll 
Criomhthann Cosgrach s» na bhfionn-riân. 
Gear bho ro-throm an col sin. 
Clothrann rob i a matheir. Beirios. 



a. an çcéadna ? — b. ms. arsfln. 



Cath Cumair. 303 

endowed herself with the choicest arrangements of colour 
and form so that no lady excelled her in appearance or de- 
scription, for she was a renowned enchantress. 55 Now that was 
the hour and the time when Bres, the eldest of Eochaid's 
sons, was inspecting his host and his army so that he saw 
the woman passing over the adjacent plain. 

Bres went by himself to accost her and the lady waited for 
him. This is what he said : " Whence comest thou, lady ? How 
is it thou art alone ? 

" I came to talk to ail the death-doomed ones on this 
plain " said she. 

" They are not indeed doomed to death, " said he. 

" Indeed they are doomed, " said the lady, " for, if they did 
désire longer life, they would take terms from the king of 
Ireland. " 

" We are indeed determined, " said Bres, " not to take terms 
from him ; but to give him battle so that we shall rule Ire- 
land, and not he ". 

" That is an evil design, " said the lady. 

Then Bres threw her down on the sod of the sloping way 
and violated her. " On thee be the shame and the sorrow, " 
said the lady. " Great is the sin and wickedness thou hast 
committed. 

" How so, lady? " said Bres. " Who art thou ? " " I am 
Clothrinn daughter of Eochaid Feidlech, " said she : "and I 
came to compass your destruction that you should not hâve 
right on your side in fighting [our] father. " 

" Your sin and your curse shall recoil on you ". said Bres, 
"for you knew — and I did not. " 

However, the three lay with her, and that is the same 
thing she said to them (?), so that the " Glen of Sjn 5Ô " at Crua- 
chan southward was the name of the place where that deed 
was done. The lady conceived by the three and bore them a 
son, viz. Lugaid Red-stripe ; as the poet said : 

Clothrinn the white-toothed bore one son 
to her three brothers. 
Cian was his name in Glen Sanbh ; >» 
Lugaid Red-stripe s 8 was his real name. 



304 Margaret C. Dobs. 



9. Ciodh tracht ro eirgedtfr go m oc h ar na mharach 7 ro 
ghabhsad go hAth Luain timchioll 6o Eirenn go nuige sin 7 
ro ghabhsad sosadh ann 7 saor-longport isan chnoc, dar 
chomh-ainm Cealt' 11 aniû,gan fhios do righ Eirenn, 7 ro tog- 
badh puible aille iôl-dhathachadona Fionnaib ann anoidhche 
sin (.i. Raith na Poible ainm an ionaidh sin aniu), 7 ro chuir 
siad techta oibne eigne go a n-athair a ccéadoir go bhfol- 
mhuigheadh Temhair ar a cceann ; 7 6 rangadar na techta go 
Temhraigh ro fhiafraigh Eochaidh sgéala dhiobh. " Is ar a 
thangamairne, " ar siad, " dâ râdh riotsa Temhair d'folmhu- 
ghadb ar cheann do mhacca 7 righe nEirenn do léigion 
dôibh ". Gach aon imorro do bhi na luidhe isan toigh do 
eirgedar na suidhe 7 gach a bhi na sesamh thugadar a 
n-aghthe a n-éinfhecht orra ionnus go rabhadtfr ag éisdecht 
risan aithesg n-iongantach adchûalada/'. Is ann trath do 
bhi Conall Cernach an tan sin ar dheis righ Eirenn 7 eir- 
ghes a ccéadoir 7 nochtus a chloidhiomh do dhith-chennadh 
na ttechtadhfl/W/; ar a loinne risan aithesg do chualaidh leô. 
Thug Eochaidh Feidhlecfh] a ldmh fris 7 do thoirmisg an 
gniomh. Ô do chûala trâth taoisech an lucht tighe sin, .i. 
Cet mor-mac Magach, fhobr«5 an gniomh céadna do dhe- 
namh. Toirmiosges Eochaidh an gniomh, 7 adubairt : " C'ait 
a bfuil Gtiùncheann drâoi ? " ol se. " Ata sunna, " ar an 
drâoi. " Maseadh, fionntar leat dhuinn an fiôr a ndub^rtsad na 
techta né cionnus ar n-iomsgaivr/ûf/? misi 7 mo mhaca ; " 7 is 
cuma ro bhi aga rad[hj 7 do bert an lâoi ann : 



[E.] Abair riom, a Ghluinchenn drâoi, 
7 na habair iomar-gâoi, 
lomus na ttri bhFinn Emhna 
ca leith a bheraid a rabhra. 
[Gl.] Is chugad bhearid, a fhir 
an ruathar sin, a Eochaidh, 
dot' bheith gan tsluagh gan fhlaitbius 
dot' ath-chur as do m r-mhaithes. 



Catb Cumair. 305 

The son of Lugaid of the thousand hostages 
was Criomthann the Victorious >' of the white seas. 
That crime was bitter and exceeding grievous. 
Clothrann, she was his mother. 

9. Howbeit they arose early on the morrow and went to 
Athlone (round 1'reland 60 thus far) and halted and encamped 
at the hill (whose other name nowadays is Cealt 61 ) without 
the king of Ireland's knowledge. Beautiful variegated tents 
were put up that night for the Fionna so that " Rath of the 
Tents " is the name of that place now. They sent swift hasty 
messengers to their father, immediately to retire before them 
from Tara. When the messengers arrived at Tara Eochaid 
asked them for news. " The reason \ve hâve corne, " said 
they, " is to bid you vacate Tara before your sons and sur- 
render the sovereignty of Ireland to them. " Everyone who 
was resting in the house sat up, and everyone who was 
standing turned simultaneously towards them, so as to lis— 
ten to the amazing demand which they heard. At that 
moment Conall Cernach was at the king's right hand and at 
once he rose up and drew his sword to behead the envoys in 
his wrath at the demand he heard them make. Eochaid Feid- 
lech laid his hand on him and checked the act. But when the 
captain of the household troops, Cet the great son of Maga, 
heard it, he tried to do the same thing. Eochaid restrained 
him and said : " Where is Gluinchenn the druid ?" said he. 
— "I am hère, " said the druid. 

" Well now, examine thou for us whether the messengers 
spoke trulv — - or why I and my sons should separate. " And 
this is how he spoke, and recited the poem : 



\i. Tell me, oh Gluinchenn druid, 
and tell no talsehood, 
concerning the three Fionna of Emain. 
What direction will their wantonness take 

G. Against thee, oh man, is made 
Uns onset, oh Eochaid ; 
to deprive thee of armv and kingdom, 
to thrust thee ont of thv prosperity. 



306 Ma\~gard C. Dois. 

[E.J Abah riom ina mbià dhe, 

tabhair id t'aire id t'faisdine 
\omus na bhFionn riogh fo blaid. 
O tu uai omnim » abair " bl 

Abair. 

"Dentar toichesdal 7 tino[i]l tinnnesnach agadsa, " aran 
drâoi, " ôir atdiddo thri meic chugad [i]na ttricathaibh coir- 
ighthecomh-mora7 deich ccéadfhichiodangach cath dhiobh. " 

lO.Eirghios trath Eochaidh gonachairde annsin ô do chua- 
laidh nach raibh acht cairde na haon oidhche aigeona mhaca, 
7 an tan do eirigh Eochaidh do e'irghedar na .x. ccéacf .x x. 
d'fearuibh fionnliâth 6 ' leis da ghnath-mhuintir fein 7 nach sga- 
radh ris do siôr 7 ba hiad sin a ghnath-theghlach. Ro eirigh 
ansin an ta6isech in lochta tighe . 7 a chenn-comhairle 7 a 
chuinge catha .i. Cet môr-gharg mac Maghach. Is annsin than- 
gzdur amhuis oga ri Eirenn, 7 ba dearbh-comhartha flatha dhô- 
san a ttecht chuige re humaigaigh na hiorghoile, 7 Conall 
Cernach cosgrach cath-bhuadhach curata coromhach mac Aim- 
hirgin rompa .i. taoisech na n-amhus 7 a fhichet cead amhus 
uime. Is annsin thangadwr urradha Bregh 7 Midhe 7 Ràon 64 
mac Rocheduil ri dheargd'Ullto*M rompa 7 Colamain 65 tenna 
na Temhrach mar an cceadna, fiche cead a lion fer re a n-ari- 
omh. Tri fichid cead lion a sochroide an oidhche sin a n-agh- 
aidh a thri maca, 7 thangadwr rompa go hAth Comair an oidh- 
che sin 7 ro ghabhsad , sosadh 7 longport ann 6b . " Caidhe 
Glûinchenn drâoi ? " bhar Eochaidh. " Ata sonna, " bhar an 
dràoi. " Ionnsoigh mo mhaca, " ar an righ, " 7 beir cumha let 
uaimsi dhôibh. " " Ca comha sin ? " ar an drâoi. " Dha 
ttriân Eirenn dôibhsion 7 aôn triândamhsa (ri Themhraigh. " 

Glûaisios an drâoi a ccéadôir go ha[i]rm a rabhadar na Finn 
cona slûagh 7 théid isan phôbal a rab[h]adar. " Fochion do 
thiâchtain, a dhrâoi7 a dheghfhir dana, " bhar iadsan. "Tai- 
resi linn an fhailte sin gus aniogh, " bhar an drâoi. " Tairise 
dhuit aniogh ar bhfailtinne, " ar iadsan. " O'n righ- thangusa 
do thairgsen comha dhâoibhsi. " " Ca comha sin ?" ar iadsa. 
" Dhâ ttriân EÀrenn dâoibhse 7 aôn triân dôsan um Themh- 

a. leg. '«a imSniom ? or ua lomnim = descendant of Imne ? 



Calb Cumair. 307 

E. Tell me vvhat will corne from it, 

betake thyself to watching and prophecy 
concerning the Fionna — the famous kings — 
oh thou speak ! " 6j 

" Lèt prompt muster and assembly be made by you, " said 
the druid, " for your three sons corne towards you in three 
marshalled battalions of equal strength, and three thousand 
men in every battalion. " 

10. Then indeed Eochaid rose up with his friends when 
he heard he had only one'-night's respite from his sons. 
When Eochaid àrose there rose up the three thousand vétér- 
ans 65 with him, his own retinue who never left him. Those 
were his customary retainers. There rose up the captain of 
the household, his chief counsellor and battle-champion ; viz., 
Cet, the fierce son of Maga. The young mercenaries of the 
Irish king came (it was a true token of his sovereignty their 
coming to him for the rounding up (?) of the struggle) with 
triumphant victorious courageous combative (?) Conall Cer- 
nach son of Amergin at their head ; viz., the captain of the 
mercenaries and his two thousand mercenaries round him. 
Thsre came the chiefs of Bregh and Meath and Raon 6 +, son 
of Rochedul, the red king of the Ulaid, at their head ; and 
likewise the grim Colamairi 6s of Tara, two thousand their 
mil number. His army numbered six thousand that night 
against his three sons, and they marched toCumar Ford that 
night and encamped there. é6 " Where is Gluinchenn the 
druid ?" said Eochaid. " I am hère, " said the druid. " Go 
to my sons, " said the king, " and offer them terms from 
me. 

" What terms ? " said the druid. 

" Two thirds of Ireland for them and one third including 
Tara for me. " 

The druid went at once to the place where the Fionna 
were with their army, and goes into the tent where they were. 

" Your coming is welcome, oh druid, oh sage and excel- 
lent man, " said they. 



308 Margaret C. Dobs. 

raigh. " " Is dôigh liomsa, " ar Lothar, " do bhera 7 ni gea- 
bhthar uaidh é ". " Cia uni nach geabhtfor? " ol an draoi ; 
" ôir ni flaith fire nach geabhaidh comha 7 ro badh fearr a gha- 
bhail no a hobadh ôir geliônmar bhar slôigh 7 bhar sochaidhe 
ni rachaidh tair Sionainn siâr aguibh acht tri naonbhair a'ma- 
rach 7 Druim Anûar ainm an droma so gus aniogh 7 budh 
DruimCrô 67 amarach [a] ainm 6 fhuil bhar ccorp, bhar meidh- 
eadh 7 bhar muineil 7 budh Tiobruid na cCeann ainm na tio- 
bruide so sios ; " 7 do râidh an lâoi : 

Ni mar lodar le bhar ttoil, 
a Fhionna Emhna, a hEmhoin. 
Is dearbh nocha réim ratha, 
is dréim a ccionn ârdfhlatha. 
Clothfionu ingen Airtigli Fliinn 
dorad oruibh âgh is imrinn. 
Robdar mudhadb* da bcttaibh 
dahedha/W; — da hilrechtuibh. 
Ath Comafijr — comuirna ccûan — 
Ath a ttroidfiéar na slûaigh. 
Monûar b an tainic bhar ttan, 
A Fliionna. Ni ma[r] lodar. Ni. 



11. Filles an drâoi doridliisi na frithinge go rainig go 
hEochaidh Feidhliocb 7 innisidh a sgéala 6 imthecht go fillead 
in a fhiaghnuise, 7 adubart an laôi ann : 

[G.] Eirigh, a Ri Temxach te. 

Agso chugad do mliaicne. 

Truagh an gniômh — lonn rod».v la — 

ag iârraidb an oighedha c . 

a. leg. perhaps rob bar tnudha " you mav be destroved. "' — b. leg. 
momuiran ? — c. leg. oighreadba ? 



Calb Cumair. 309 

" That welcome was our honour till today, " said the 
druid. 

" Our welcome is an honour to you to day, " said they. 

" I came from the king to offer you terms. " 

" What are those terms ?" said they. 

" Two thirds of Ireland for you and one third for him 
including Tara. 

" It is my opinion,'" said Lothar, " that he may give — 
and it will not be taken from him. " " Why will you not 
take it ? "said the druid. " For no true prince but accepts 
terms — and it would be better to accept than to refuse for, 
however numerous your army and following, there will not 
go westward over the Shannon tomorrow save thrice nine of 
vou. Anûar Ridge was the name of this ridge till today : 
" Ridge of Gore 6 " " shall be it's name tomorrow from the 
blood of your bodies, your trunks and necks — and " Well 
of the Heads " shall be the name of this well hère below."He 
recited the poem : 

Alas that they went as you willed, 

oh Fionna of Emain, to Emain. 

It is certainly no fortunate course; 

it is rébellion against a sovereign. 

Clothfionn, daughter of fair Airtech, 

brought danger and strife on you. 

Thsy were destroyed bv her actions, 

bv her, bv the numerous forms she turned into. 

Comar Ford — meeting place of troops — 

the ford where the hosts will fight. 

Alas, vour time is corne, oh Fionna. 

11. The druid went back the same wav till he came to 
Eochaid and told his story from the time he went till he 
returned to his présence. He recited this pôem : 

G. Arise, oh king of pleasant Tara. 
Behold, thv sons approach thee. 
Sad is the fierce deed winch has driven them 
to seek their death. 



Revue Celtique, XL111. 



3 10 Margarel C. Dobs. 

[E.J Doïïigh liom marbh[adh] mo mhac 

ge thicsad san chath chomhnart. 

Muna marbhthar taoithfad leô. 

Truagh d'ar ccairdibh an cruadh-ghleô. 
[G.] Eirghidh suas is fWthrigh th' fearg 

bitdh letsa Temhair thaobh-dhearg. 

Torchair ré a flaith forghes gâoi 

nt {Ao'ûidb ôig ar aoin-châoi. 
[EJ Cionnus theguid na tri Finn 

go hAthComair? Lûaidhidh rinn. 

Cionnus côirighid iad sunna 

o ghabhus câch a gcomhlann ? 
[G] Bres znneas mar ata 68 

do chomhrac re Collamhna. 

Nâr gus na hamhusuibh — mêad nglonn — 

Lothflr dhuitsi, a ri Eirenw. 
[E.] Muirngh^ar liom Lothar luath 

7 budb lén do Nâr na slûagh. 

Muirfig[h]«ar Bres cibe dhe, 

budh haithrech a luath eirghe . 

Eirigh. 

A haithle an chomhraidb sin troisgios righ E'irenn an oidh- 
che sin iri Chomhair anôir-ttûaidh 7 anaid ann go maidin 
arna mharach ; 7 as é ro dhuisidh iâd, na tri catha comh-mora 
ag a ccomh-moradh 7 ag a ccoimh-egar isan ceann oile do'n 
ath, 7 ro eirigh righ Eirenn 7 gabhus a threalamh troda 7 
tachair uni a chneis. Ro ghabh cloidiomh trom toirt-bhuilkflr/; 
go ffeigh goffaoidh go fiosgadh, se b slioptha slemhuin chrûaidh 
ô a dhornnchla go a rinn. Gabhus a dha sleadh seimhnecha 
sith-fhoda go fFeaithénuibh fionn-bhruinni 7 go mbriocht 
nimhe, 7 ro ghabh a sgiath mhôr mhilita ina uu'ûUeadh tore 
tré-bhliadhnach ina chomh-tharsna, go mbile aith-ghear iar- 
nuidhe 7 go slabhradrunT»/? caomha congmhala. Gabhus iarsin 
a. . . c chathbhardha ciorach chlarach chethar-eochair ar na n- 
egâr do leguibh loinneardha loghmhair 'ga n-uir-egar na cenn- 
bh^rte sin. 

Ro éirigh annsin âirdrigh aghmhar o\midhe d Eirenn À. 
an flaith ar flaithemhnus 7 an taphar ar thaitnemhaidhe 7 an 

a. leg. ri- ? — b. leg. us e. — c. some word omitted ; heimet ? or 
crown ? — d. in ms. margin oir^//;a. 



Cath Cumair. 3 1 1 

E. Grievous to me is the slaying of my sons 
though they came to the fierce battle. 
If they are not slain I shall fall by them . 
The bitter strife is sad for our friends. 

G. Rise upand whet thy wrath. 
Red-sided Tara will be thine 
The royal (?) prince fell by a spear-thrust (?). 
Warriors are in no wise glad. 

E. How do the three Fionna corne 
to Cumar Ford ? Tell us that (?). 
How do they marshall themselves there 
since everyone accepted the combat ? 

G. Bres trom southward is thus, 68 
fighting against the Colamain : 
Nar against the mercenaries — share of deeds — 
Lothar against thee, oh king of Ireland. 

E. Swift Lothar will be slain by me. 
Nar of the hosts shall suffer. 
Bres will be slain — howe'er it be — 
They will repent their hasty rébellion . 

After this conversation the king of Ireland fasted that night 
at Cumar to the north-east. They remained there till the next 
morning and what woke them was the three strong battalions 
mobilizing and forming up at the other side of the ford. 
The king aroseand put on his fighting array. He took a heavy 
hard-hitting sword sharp, and. . . and sheathed (?). It was 
polished, smooth and hard from hilt to point. He took his 
two rivetted lengthy spears with well-refined twists and veno- 
mous magie charms. He took his great soldier's shield, in 
which a three -year-old boar could repose cross-wise, with it's 
sharp iron edge and beautiful supporting chains. After that he 
took his helmet-like crested flat four-edged . . . arranged with 
glittering precious stones adorning that headgear.Then arose 
the warlike commanding high-king of Ireland viz., the most 
sovereign prince, the most pleasing. . ., the. . . of ennemies 



3i2 Margaret C. Dobs. 

tathugh^y/; biodhbtfrf/; d'ais 7 d'elgean 7 an righ ôs na riôghuibh 
7 an t-amhus ôs na hamhusuibh 7 an leômhan ar luinne 7 
an mathghamhuin morghlonnach ar mhire, 7 ro bhi ag egar 
7 zgàrdiigbadha. niliuinntire [i]na ttri mbuidhnibh bruthmhara 
bûan-nertmura .i. na hamhuis ar \eatb 7 na Colamhoin ar 
\eath 7 an fiche cead fer foirfe finnliâ uime sion fein, agus adub- 
hairt Eochaidh an rithk/rg ann : 

Uch mo chràidhe na chaoib chrô 
Mun bam marbhsa ni bam beo. 
Ni bam beô ni bam marbh, 
plaigh M ieidm, dall fri baidhbh. 
Foirgleadb gleic — mo tliri meic clii'i 
mo chuirp tuitfit liom, uch. 
Tri Finn cliù mo ghluinn 
sgeithfid dath snian d'uch. 

Uch. 

12. Is ansin thangadar a amhuis 7 a a.rmaigb chum righ Elrenii 
7 do raidh siad ris : " A Airdrigh," bhar iadsan "léig dhuinne 
sosmrdo chlainne .i. Nàr mac Eochaigh, 7 is briâthar dhuinne 
gion go bfuilmaoid acht uathadh iear 7 (elnmadb annso go 
ccuingeobhtrtir sgidthrach airm-dhluith ag ar laochne;" 7 is 
cuma ro bhi aga râdh 7 adubart taoisech ua na n-amhfw an 
làoidh siôs .i. Conall : 

Léig dhuinne soistu/- do chlainne 
A Eochaidh go nemh-ghainne, 
go ccomh-raicim drech fri dhrech 
isan chath ag Druim Crhhidb. 
Atam tri coicet fer fionn 
go n-armach curadh os arecionn. 
Is dearbh nocha tteithfiom dhe 
gur bam marbh au aônbhaile. 
Da tti Nàr an ar n~aghaidh 
ni ba sâor ar serr-fheruibh a . 
A lôs sgeith is cloidhiom ciorr 
as an lathar ni léigfiom. 

Leig. 

Iârsin deônuighes righ Eirenn dona hamruwa Nâi ■ 

a. leg. searradhiibb ? 



Calb Cumair. 3 1 3 

willy-nilly. the king of kings, tlie soldier of soldieis, the iion 
for wrath, the furious bear for frenzy, and he was marshalling 
and ordering his men in in three fiery staunch régiments ;viz., 
the mercenaries apart, the Colamain apart, and the two thou- 
sand vétérans round himself. Eochaid. recited this rhetoric : 

Alas, mv lieart in a clôt of blood. 

If I am not dead — I will not live. 

I will not live. — I will not die — 

There is a plague against renown (?), 

there is blindness against the goddess of war. 

The contest is decided(?), mv three sons, the bodv 

of mv bodv, will fall by me, alas! 

The three Finn, the body of my knee, 68 a 

will vomit coloured streams, alas 



12. Then came his mercenaries and warriors to the king 
oflrelandand said to him : "oh, High-king, " said they, 
" leave to us the youngest of thy children viz., Nar, and we 
pledge ourselves, though we are but few men and warriors 
hère, that shield-straps will be tightly held by our heroes. "So 
they were speaking, and the leader of the mercenaries, viz., 
Conall, recited the following poem. 

Leave to us thy youngest son, 

oh generous Eochaid, 

till we fight face to face 

in the battle at Crithech Ridge. 

We are thrice fifty fair men 

with hero's weapons above us. 

It is certain we will not flee 

till we be dead in the one place. 

If Nar should corne against us 

he will not escape from scythes (?) 

By dint of shield and crested sword, 

we will not let him escape from the tield. 



The king of Ireland then gave the mercenaries leave to attack 



314 Margaret C. Dobs. 

chathaibh d'ion nsoigidh 7 ba feidhm môr dhoibhsion sin. Is 
annsin adubhradar na fir liath bhadur um Eochaidh, " Ciodh 
dhuinne gan togha ar ïeàdbma. 7 ar foghnamha ar iorgal do 
chloinnesi 7 ciodh tracht gan togha an ti do thoghsinn, .i. 
Lothar an mac-ri neimhnech nert-mhenmnach is mô gâois 7 
gaisgeadh do sluagaibh Eirenn uile, 7 an tan do mharbhuis 
Facht[n]a Fathach 69 mac Rosa Riîaidh mac Rughraidhe do bha- 
murne go ùidm-thenn fulang-thrén ag cosnamh righe nEirenn 
dhuitsi, 7 an tan do mharbhuis Eochaidh Uchûeathan a ccath 
Chraigh isan Choruinn 70 ro ba crûaidhcosgrach coimh-mhen- 
mnach an laocraidhe sinne ann 7 do dhentar calma 7 crûadh- 
ghleca isan 16 seo aniû againne re torrachtain macne Eochaigh 
gus attaoithsad linn cona ccathaibh ; " 7 adubhairt na rainnsi 
ag ionnsoigh Atha Comuir, ut dixit : 

Léig duinn go leig Lothur 

go mbenn dochar frith dhochar. 

7 nocha isûaill an fer 

rug ûain an sosar saor-gheai. 

Sinne in ar bhfearuibh liâth 

giodh môr ar mbladh sar mbri[th]ar 

Leisgidhe rinn dul ar ccûl, 

doilghidhe duinn iompudh. 

Ciodh rugadh rinn ar ratha 

Ni rugadh ar n-armgretha. 

Ni sguirfiom ré Lothar dhe 

gur bam marbh an aoin-bhaile. 

Is annsin do ghabhaddtr na hamhuis do laimh Bres mac 
Eochaigh do dhiongbadh isan chath. Iârsin do ghabhadar fir 
Eirenn do laimh a n-ionaduibh catha 7 comhlainn isan^chath- 
lathar a ccomh-raicfidis dibhlionaibh 7 thugsat go feidhm- 
laidir fogartach fiôr-ghniomhach iad go a n-ionadhaibh catha 
7 go hurlâr na hiorgoile ; 7 o do choncadar na meic sin ro 
choirgheadar gleire feargach fir-neimhnech a n-ûrchomhair 7 
do rinnedar tri catha comh-mora comh-ârda dhiôbh in a râon 
athlamh âointhir da n-ionnsoigh, agus ro thogbhadur a meir- 
geadha maisecha min-leabhra ar a m[h]arrac/; 7 a n-onchoin 
châola chrdos-ôsluigthe 7 a stûadha armgeara aigmheile uath- 
mara iorgoile, 7 thangadar go tinnesnach tresarnach torann- 



Catb Cuniair. 315 

Nar and his battalions and that was a serious undertaking for 
them. It was then the vétérans who were round Eochaid said: 
" why should we not exert the best of duty and service in 
attacking thy sons, and why should we not choose the one 
we hâve chosen, viz., Lothar the deadly stout-hearted prince 
who excels in wisdom and valour ail the hosts of Ireland ? 
When thou didst slay Fachtna Fathach 6? son of Ros the Red, 
we held the kingdom of Ireland stoutly and patiently for thee. 
When thou didst slay Eochaid Broad-chest in the battle of 
Clarach in the Coruinn ~'° wewere astern triumphantunanim- 
ous band of heroes there. We shall fight bravely and hard 
tins day today against the onset of Eochaid's sons till they and 
their battalions fall by us. " When approaching Comar Ford 
he repeated thèse verses and said : 

" Leave Lothar to us in the meanwhile 

that we may retum hurtfor hurt. 

He is no contemptible man 

who took the bright voungest one trom us. 

We grey-haired men 

though great is our famé and renown 

we are more reluctant to retreat, 

it is harder for us to turn. 

Though we be overtaker. in running (?) 

our weapon's clang is not overtaken (?). 

We will not part from Lothar 

till we be dead in the one place ". 

It was then the mercenaries undertook to repel Bres in the 
battle. After that the men of Ireland took up their positions 
for battle and combat on the battle-field where they would 
fight together. They went forcibly threateningly energetically 
to their posts in battle and to the field of strife. When the 
sons saw that, they marshalled fierce deadly picked troops 
against them and made three battalions of equal size and height 
to attack in a quick charge like one man. They raised their 
beautiful flowing standards on the morrow (?),and their slend- 
er gaping leopard-ensigns, and their weapon-sharp wondrous 
awful bowsof war, and thus camequickly in warlike(?) thun- 
dering-wise to the battle. When the mercenaries and the 



3 lé Margaret C. Dobs. 

chlcsach d'ionnsoigidh an chatha ton samhlaidh sin ; 7 o do 
cboncaÀar na hamhuis 7 Colamhoin thenna na Temrach 7 an 
do céad fer foirfe finn-liath an ni sin ro choirighsad iad fein in 
a ttri mbuidnaibh comh-dhluithe catha. Is annsin do chomh- 
raic siâd na catha crodha cechtardha dotular^na sgiath sgiamh- 
dha sgeallbholgach 7 do rennuibh na highneadh leathan-ghlas, 
7 thugadar frasa trena tiûgh-dhluigh da n-o'uighibh catha for a 
chéile no go rangadrtr fo sochar a ccrâoisech ccrô-fairsing 7 ar 
a manaoisibh môra muirnecha miodhar-gheara 7 do chroma- 
dar a ccriosluighibh a sgiath ccadad ccomh-dhualach 7 ro ionn- 
soigh câch a chéile dhiôbh le cloidhmhidh |caol-fhada cuinn- 
iolchrâobhacha, 7 rob [omda ann re headh n-aithghoirid fei- 
nidh fâon-leadartha 7 feuch-bheal fWs-ghonta 7 colann chuirp- 
chiorrtha. 

Ro badh iomdha ann bheos troighthe tana trûaill-gherrtha 
7 fiora fornnochta fiar-léadartha gur bho cosar chnâmh chenn 
7 cholann bher bhenn 7 b\\or\>-s\eadh gach ler[g] 7 gach lathar 
arar cinnsead na slôigh do dhibhleadhibhisin uair sin, 7 thug- 
sad an cath-mhaoidhm sin go fiôchda fearamhuil fôir-thren 
7 go niata naimhdigh nemh-charthannach no go rainic an cath 
a ccennairrche an chomhlainn,7 o do conairc Bres mac Eoch- 
aigh an t-âirdrigh 7 na Colamhuin fri thecht anoir ro ionn- 
soigh iad cona chathaibh go tresach tairpthech tinesnach 
amhail tuinne ro-âird ro-mhear robhartach ag techt 6 hucht- 
linntibh mara môr anfadha/dfe chum tire, no mar bhainne tal 
cairtrom-dhilionn agtuitiom nadhiânsrôthaibh re glenn leirgt 
sleibhe. Is amhlaidh sin tra ro dhith-chuiredar na catha ar 2 
chéile a rionwghala ruaidh a roinn-emhna .i. a soighde sian- 
ghaile sior-luatha 7 a fFoghadha biorra braoin-neimhnacha 7 a 
sleadha seimhneacha snasda so-dhuibhruice. 

13. Ba hi sin tra uair 7 aimsir rainig Bres tair sruth soir 
d'ionnsoigh na cColam«/« 7 do riacht Cet mac Magach tair 
sruth siâr d'ionnsoighidh Nâir meic Eochaigh cona chathaibh. 
Ciodh tracht ro tolluidh 7 ro tulrebuid senacha sâor-chlann 
isan chath sin 7 rob iomdha srotha fôrdherga fola ag snidhe re 
corpuibh curadh 7 ca.ù\-m\i\\eadh sechnôin an chatha o oirtear 
go a iarthair 7 ro bhadar sloigh 7'sochuidhe [i]na bhfâon-lui- 
dhe a bhfola 7 a sruth-linntibli crô sechnôin an chatha isan 



Cath Cumair. 317 

stout Colamain of Tara and the two thousand vétérans saw 
that thing, they marshalled themselves in three close battle- 
formations. It was then both the valiant batallions met, with 
the bosses of their shinlng bulging shields and the points of 
their broad grey lances. They gave each other strong incessant 
showers of their battle-drinks till they attained to the advantage 
of their wide-hooped lances and their big clanging dagger- 
sharp heavy spears.They stooped in the hollows of their hard 
chased shields and each one attacked the other with slender 
long swords with variegated branching. . .In a very short time 
there were many prostrate mangled champions thereand shrun- 
ken lips pierced through and lacerated trunks. There were 
many slender feet lopped trom the carcase and naked mnngled 
backbones(?),so that each slope and spot where the armies had 
appointed with each other that day was a litter of bones, heads, 
trunks, spear-ends and sharp javelins. They gave that battle- 
charge in fierce manly vigorous fashionand in soldierly hostile 
inimical wise till the battle reached the centre (?)of combat. 
When Bres saw the high-king and the Colamain coming west- 
ward he attacked them with his battalions boldly proudly and 
hastily like an enormous rapid tidal-wave coming from the 
depths of the tempestuous océan to land, or like the froth of 
the strong weighty flood falling in swift streams down the 
ravine of a mountain side. It is thus indeed the battalions dealt 
deathto one another with their grievous red points, their. . . 
viz., their gusty swift arrows, their tested darts with poisoned 
drops, their rivetted neat lightly-flung spears. 



13. Now that was the hour and the time Bres came east 
over the stream to attack the Colamain, and Cet son of Maga 
came west over the stream to attack Nar with his battalions. 
Howbeit the seniors (?) of noble families were pierced and 
lacerated in that fight, and many were the red streams of blood 
dropping from heroes' and soldier's bodies throughout the 
battle from east to west, and hosts and companies were lying 
prostrate in their blood and running pools ot gore throughout 



ji8 Margarel C. Dobs, 

uair sin. Rob iomdha ann bheos meitihe maoil-dherga 7 cinn 
gan cholna 7 buinn anairde 7 fir a gcroling bhâis ar fad an 
chatha sin o a oirtear go a iartair. Is ansin ro léig Bres mac 
Eochaigh é 'na bhuinne dhidn-dhiôghar dhasachtach 7 'na tho- 
rainn adhmhuir fhergach 7 'na sruth-dhiôghar dhô-fhresdail 
dhegh-thaptar/r fo sluagaibb na cColamhan. Od' conairc lira 
an milidh mear-chalma .i. Rdon mac Roicheduil ri dhearg 
d'Ulltaibh sin .i. taoisech 7 tren-mhilidh na cColamazn, as é 
ro râidh : " ata liomsacomuirle 7 câoin-chuibhdhes dhaoibh," 
ar se " .i. cojridh bhar n iodhna catha 7 comhluinn foraibh 
7 tagbham an t-achadbso ar a bhfuilmâoid do mac-righ Eirenn 
dôigh isadhbhar triâth 7 tigearna dhuinn é" 1 7 criôch dhiong- 
bhala dhuinn so, 7 da lenntar thairis so sinn iompoidhidh 7 
tabhraidh bharccuid chatha 7 chomhlainn dô 7Ïsdoigh liomsa 
is romhaibb bus rdon 7 bus ruathar ". Ro faomuid sin uile an 
chomuirle sin 7 od' conairc Bres na Colamhuin ina ruathar 
soir ba deimhin le Brescona sluzgaibb gar bho maidm dhôibh 
an t-iompudh sin. Is ansin adubhairt Bres a lenmhain. "Côir 
a dhenamh, "ar a mhuint/r, " go rlacht b a ttighthe 7 a ttre- 
bha 7 gan sgur dhiôbh no go ttugthar a ccinn 7 a ccosguir 7 
a ccomaoidhiomh uatha dar n-ionnsoighne. " Od' chualaidh 
sin trdth Raon mac Roicheduil cona Cholamhuin ro iampôi- 
dar a n-einfhecht 7 a n-donûair a n-aghaidh sidr 7 as é dlûs 7 
tighe ro bhadar go ccomhruicdis renna ruadhz rô-dherga na 
sleagh seimhneacha sith-fhoda slemhuin-chrûaidh slinn-leath- 
an, 7 na cclôidhmhfrf/? ccorr caol-ghlas crûadh rionnuighthe 
ag tolladh chorp 7 chnes 7 cruadh-luirech, gur bho manear 
arm-dhluith fhûar-neimhnech nacrachmia cliâth-righne crûadh- 
armach do dhingedar tar mhor-sgiathû/^ a cheile. 

Is annsin rainig Rdoin mac Rochedail ri dearg fon chath 7 
thug abharann mhileadh fo na slûaghuibh7 do leiàhigh slighe 
ced 7 benn chomhramhach ar ionchaibh a ghnuise mor-mhi- 
leta 7 ro imira lûath-fherg orra 7 ro mharbh ced iear n-armach 
n-ionchomhlainn ar gach ndorus-bheal 7 reidhighes rôd riôgha 
ro-fhairsing go hairm a mbi Bres mac Eochaigh. Thug achmu- 
san ath-gharbh ain-iarm»rtach dhô 7 ro nochtadw a leabhair- 

a. leg. laîrptacb ? — b. riasaidh ? 



Cath Cutnair. 319 

the battle in that hour. Moreover many were the shorn red 
stumps, and heads without bodies, and soles upturned, and 
men in death-agony tliroughoutthat battle from east to west 
It was then Bres went in a véhément audacious rush, in a 
warlike wrathful onset, in a véhément irrésistible stream at 
the hostsofthe Colamain. But when the brave active soldier, 
Raon son of Rochedul, the red king of the Ulaid, saw that 
(that is, the captain and champion of the Colamain) he spoke 
thus : " I hâve advice and fair counsel for you, " said he 
" viz., marshall your weapons of war and combat before you 
and leave this field we are in to the prince of Ireland (for he 
is our future chief and lord) 7 ', and this is a suitable bound- 
ary for us : and, if we are followed past this, turn and give 
him battle and show fight and — it is my opinion that it is 
before you will be rout and be overthrow." They ail agreed 
to that advice, and when Bres saw the Colamain retreating 
eastward,heand hisarmy were convinced that this turn meant 
they were routed. Then Bres ordered their pursuit. " It is 
the right thing te do, " said his men, " till they reach their 
houses and homes; and not to let go till their heads, their 
triumphs and their vauntings are transferred to us. " When 
Raon son of Rochedul and his Colamain heard that, they 
turned simultaneously and faced west. They were so close and 
thick that the ruddy deep-red points of the smooth long 
polished hard flat spears, and of the straight thin grey hard 
irredescent swords piercing body, skin and hard cuirass, were 
crowded together so that it was a weapon-set venomous 
enclosure, the hard phalanxed and weaponed. . . which they 
pressed on one another's great shields. 

It was then Raon son of Rochedal, the red king, reached 
the battle and attacked the hosts with martial fury. A path 
for a hundred to pass and a horn of triumph was cleared 
before his most warlike face, and he raged among them and 
slew a hundred armed men fit for battle at every opening.and 
he cleared a royal spacious road to the place where was Bres 
son of Eochaid. He taunted him roughlv and ominouslv, and 



320 Margaret C. Dobs. 

cholga lonnach-chrûaidhe loni-liomhtha 7 do ronnsad comh- 
rac féigh iuWeach fobhanach fôir-neimhnech dar bhaï\ceibh 
béimenn 7 dar hinnillthirglW/; diubhraicthe tair crann-bholg- 
aibh na sgiath 7 ro impedar ar alanna ro-righne 7 arna sles- 
uibli gur bho doirse bais na beimenna ionnus gur lingedar 
buinneada borb-fhola tar do/rsibh na bhfear-chrecht. Acht 
madh \on ni cluna : râinic câogadh crûadh-chrecht for Bhres 
mac Eochaigh isan iomghoin sin 7 ro thogaidh Raôn a chloi- 
dhiomh coinwleach corr-ghlan crûadh-fhaobhrach 7 thug béim 
ledarthach Iân-chuimsech d'ionnsoigh aighthe Bhreis.Tôgbhus 
Bresan sgiath doimdhidin a chinn go uarlaidh.nn cloidhiomh 
deisgear '< 2 dornchar cert cudramaa bhfiaghnuisi andâ ârdmhi- 
ledh. " An agam, a ri-mh'ùi d h, " ar Bres, " go ndechain d'iar- 
raidb sgeith oile uair ni domh seitrech isin chomhlann gan 
sgiath. " " Fo liomsa sin, " ar Raôn, " acht go bhfregrair do 
chomhlann doridhisi. " Iârsin ttra do chomhraicadar na catha 
crodha cechtardha sin leath ar leath ; 7 fa torann-chles uath- 
mhar aigmheil ûr-dhearg crûadh-choigWal chloidhiomh 
na cColamhan ar chathaibh Bhreis. A n-iomthus co nuige 
sin. 

14. Iomthus catha Nâir 7 na n-amhus ; do bherar os aird 
annso amhail adubhramar romhuin. Rangadwr sin tar sruth siâr 
d'ionnsoigan chatha 7 ro hiomaduigm^/; na héchtaacaann. Ro 
crûadhighft//; na cxo\à\\eadha 7 ro diân-ghonadh nasâr-mhilidh 
7 ro egardhluthighidh a ccriosluigzT»/; a cheile gur bho frasa fola 
îàxgein feareta a fâon-armtf/M curadh 7 cath-rnhiledh re hiomad 
na n-armtff/; na fFadhbflti/j 7 na ffain«-f<?ar 7 na ffann-sluagh 
agtuitima n-eiseachra an chatha gur bo taighleach taithnemh- 
ach iol-bhrec iongantach an t-aidhior 6 panaibh donn-fhola 
7 6 chzobaibh crô, gur bo tulcha tiûgha taobh-dhearga na 
muighe fa na m'ûeadhaibh ; 7 ro chosainsad na hamhuis nert 
na bhfmr 7 na bhfVtfr-ghlonn fria Nâr gur chosainsad a lathar 
catha 7 comhlainn ris ionnus go ndorchair Nâr cona thri châo- 
gadh laoch friâ torann-chles nan-ârdamhus 7 ro chuirsad fir a 
bhfuighl/M a ngonaibb 7 a gcroYighibh 7 tugsad âr 7 esbadha 7 
ainiginn for sluagaibh Nâir. Iomthus na n-amhus 7 mheic-righ 
E'wenn go nuige sin. 

Iomthus righ Eireann annso siôs : thainission roimhe an 



Catb Cuiuaii. 321 

they drew their long cruelly hard bare-polished swords and 
made a brisk bloody disquieting venomous onslaught by 
which blows were strong and by which shots were aimed 
over the wooden bulgesof the shields, and they plied on their 
tough coverings and on their shields so that the strokes were 
gâtes of death and so that torrents of proud blood leapt 
through the doors of the men's wounds. But one thing more- 
over : Bres received fifty severe wounds in that fight, and Raon 
raised hisshiningsmooth-pointed hard-edged sword and struck 
a mangling well-aimed blow at Bres' face. Bres raised the 

shield to protect his head, and the sword fell ~ 2 

exactly equal before the two champions. ' l Desist from me, oh 
royal champion : " said Bres, " till I go and get another 
shield for I hâve no strength (?)in the fight without one. " — 
" Iam willing," said Raon, " provided,you résume the fight 
again. " Now, after that, both the valiant battalions met on 
either side and the hard harmony of riie swords of the Cola- 
main againstthe battalions of Breswas an awful piteous crim- 
son onslaught. Thus far their adventures. 

14. The adventure of Nar's battalion and the mercenaries 
is told aloud hère as we said previously. They came west 
over the stream towards the battle, and exploits were multi- 
plied there. Hearts were steeled.and champions were severely 
wounded, and they pressed against each other's bellies so that 
there were showers of bitterest pouring (?) blood from pro- 
strate weapons, heroes and champions, with the multitude of 
soldiers, of armour, of fainting men and feeble folk falling in 
the tempest of the battle, so that the air was resplendent glit- 
tering many-coioured wonderful from the clots of brown 
blood and lumps of gore, so that the plains were thick red- 
sided hills beneath the soldiers. The mercenaries stood up to 
the mightofthe men and fighting-men with Nar, and they 
held their place in the battle and strife against them ; so that 
Nar with thrice fifty heroes fell under the onslaught of the 
mercenaries, and the men inflicted bleeding and wounds and 
beds of gore, and slaughter, loss and outrage on Nar's army. 
Thus far the adventure of the mercenaries and the prince of 
Ireland. 



;:j Margaret ('.. Dobs. 

xx-o irai loirfc linn-liâth ro blii * 7 ro choirisad leibhenw 
sreith-gheal sliâbh-ra«g b , do sgiathaibh disle donn-dhearga na 
n-uirthimchiall a amuigh 7 ro ghlesiad grinne sesmhach 
sl<v/dh (?) aithghear' tre bhordaibh na sgiath ccadad ccomh- 
dhùalach da n-imdhidion ar ghorm-armachotM curadh 7 
cath-mhileadh Lothair mheic ¥,ochaigb,j ro chuirsad an fiche- 
ced fear foirfe finn-liath a n-ûrthosach nadruinge sîn go trea- 
bhar-dhluth tro'ighesaidh (?), 7 ro orduigluWan t-airdrigh ar 
cul an chath[a]7 dha mhilidh mhor-mhenmneachaar a bheal- 
aibh da imdhidion for -rennuibh 7 b^ruibli 7 hobraibb eochar 
ghalaibh an catha .i. Cet morgharg mac Maghach do Conach- 
taibh 7 Conall Cernach mac Aimhirgin a hUlltaibh ; 7 thangadar 
rompa for rubha ruadh-armach 7 fo thoruinn thesbhratha 
d'ionnsaig lathair d [an chatha], 7 ro chomh-rainic dhôibh ïein 7 
do sluagaibh Lothair for lar-mheodhon an chatha, 7 dob é sin 
an trom-thres tairpthach tulchair tinnesnach 7 an iomghoin 
aghmhar athasach 7 an siân-ghleô sanntach saruighthach 
solamhaigh go n-aidhbhle ngonacb 7 go mbracht-amhlacht 
mbeimenn re \uamhairecbt laithri : 7 ro dhluighedar na deabh- 
atha 7 ro ârdaighdar na hiom-ogbfW/;tf e 7 is mairg tharlaidh 
a n-aghaidh na ttresa sin muna uegbadh catha/o-/;^coimh-thenn 
no milidh lonn lamh-thren, 7 ni thainig fear do mhuinntir 
Lothairgan laighin leathan-ghlais7gan sgeith choinnlech 7 gan 
ligh-lamha lâoicha 75 ccûastolla/W; na ccrum-sgiâth, 7 rochom- 
hrainic dhôibh go diân duibhrictech degh-thapflfc/; 7 go ferga fea- 
ramhuil friolmhach ' 7 go niata naimhdighe nathardha, 7 ro 
chuimhnigh câch dhôibh a nûa-fhala 7 a sen-fhala da chéile an 
tan sin : 7 ba trûagh trâ éisdecht re gulgharibh na mirdhfl^ 7 na 
muadh-laoch aga mudù[g]hadb j re sreng-fhadhaigh na bhfear 
sech-mharbh aga srothill^/; g 7 re huchbhadhaibh na bhfear 
ngonta aga bhïothughadb 7 re holl-ghaibhthz'W; arda adhuath- 
mhara ar faonthrachtuibh an chath[a] an tan sin, 7 nior sguir- 
sad dona hiorguilibh sin gur basuigheadb béoil aca 7 gur bânui- 
gheadh gnuisi 7 gur reabadh ruisc 7 gur tesgadh fuilt 7 gur 
ciorbadh cuirp 7 gur bho subhach saithech baidbh 7 brainneôin 
a thuil-sechtuibh h renn 7 faobhair an ruathair sin. Ro ghairsad 

a. some words omitted hère ? — b. leg. sliabh-radhach or slabhradhach ? — 
c. [n-]aitbgetir ? — d. or Lothair ? — e. leg. iotnadha? — f. friothalmhach ? 
— g. sroichilledh} — h. Fuilleachtaibh} 



Catb Cumair. ^25 

The adventure of the king of Ireland as follows : he came 
with his two thousand experienced vétérans, and they arrang- 
ed a bright-layered surface of trusty brown-red shields round 
them outwardly and they ranged stout bundles of sharp spears 
through the edges of the hard evenly-plaited shields to défend 
them from the blue weapons of the heroes and soldiers of 
Lothar. They set the twp thousand experienced vétérans in 
the fore-front of that host in dense nimble-footed wise. They 
placed the high-king behind the battalion and two high-spi- 
rited warriors before him to protect him against the points, 
darts, edges and skirmishes of the battle; viz., Cet the fierce, 
son of Maga of the Connaught men, and Conall Cernach son 
of Aimergen of the Ulaid. They advanced with red-weaponed 
slaughter (?) and hotly ardent onset to the field, and they and 
Lothar's army met right in the middle of the battle. That was 
the proud strong wilful hasty fight, and valorous effective 
conflict, and greedy injurious darting strife with vast wound- 
ing, with substantial blows, with swift slinging. The con- 
flicts waxed denser and the strife rose higher, and woe to him 
who was opposed in that struggle unless he were a stout war- 
rior or a fierce strong-armed soldier. None of Lothar's men 
came without a broad grey lance, without a shining shield, 
"without a hero's hand-stone " 5 in the pierced hollow of the curv- 
ed shield. 

They met vehemently rapidly swiftly. and manfully pluck- 
ily serviceably (?), and heroically inimically venomously;, 
and every one of them remembered his présent and former 
grudges against others then. It was pitiful truly to listen to 
the wailing of the. . . and of the softlings being destroyed, to 
the groaning of dying men being scourged (?), to the deep 
moaning of the wounded trying to survive (?), to the shrill 
and terrible lamenting(?) from the level stretches of the battle 
at that time. They ceased not from those slaughters till lips 
were dead and faces blanched and eyes torn out and hair lopp- 
ed offand bodies mangled by them. The crows and ravens 
were merry and full from the traces of point and blade of that 



324 Xlargavtl C. Dobs. 

fôs bonnain 7 bocnna geiltc gleinne 7 demhain aidhir do 
gach aird 7 do gach airchenn don chath chrôdha chechtardha 
sin. Iomthusa an chatha co nuige sin. 

15. Dala Lothair immorro : do chuaidh-sen go hûr an atha 
ait a bhfacaidh a athair 7 do conairc-sen [aj athair a ccert- 
mheôdlion an atha 7 Conall Cernach ar a dheis 7 Cet mac 
Maghach for a chli aga iomchoimhed ; agus, amhail thug 
gach fear a chloch leis,thug Lothar mar an ccéadna 7 ro togadh 
Lothar iarsin an lamh go des degh-thapach 7 thug nert a 
cholna ar a nghidh 7 nert a righidh ar a dhorn 7 nert a 
dhuirn forsan lia fh&zd/nna 7 dorad urchar direch dô-ghionga- 
bhalach d'ionnsoigh a athair ait a raibh ar chûl an chatha 7 
do rinne rotha réim-thuibhruice don rhemhtf/V-liâ ar fosadh 
lâr an atha 7 ro ghab go seolta d'ionnsoigh an airdrigh. O do 
conairc Cet mac Maghach 7 Conall Cernach mac Airtwgm an 
ni sin ro thogbhadar an da sgéith ldn-tiûgach, lân-mhôra a 
n-aonuair na haghaidh. Ciodh tracht do chuaidh an liâgh 
thortilleach iheadbma. idir an dâ sgeith siâr go tta.r\adb tair 
leadhan-ochta 7 ûrbhruinne don airdrigh ionnus gur leg faon 
fo tharsna for lâr-mheadhon an atha é gona sgiath riogha ro-lea- 
dhan 7 cona thréalamh goile 7 gaisgeach a bhfothar-linntibh 
Atha Comair gur chuirestar ûan cubhair dubh-f hola tair a bheal 
isan linn ; 7 ro eirigh righ Eirènn suas annsin 7 an t-ionadh 
in a bhhcadh an cloch do tharsin thug a chos uirre 7 ro adhnaic 
isan ath i conach bhfuil acht aon triân 6s talman di 7 ro chuir 
a chos uirre an gan a bhadar ag cur an chatha 7 mairidh fôs 
isan n-ath 7 sliacht a throighthe innte " 4 7 mairidh go di an 
brath. Ciodh tracht od' concadar an dâ righ-mhilidh ar threisi 
7 ar thren-fherdhacht 7 an dâ fhair-choin iorghoile ar ghoil 7 
ar ghaisgeadh 7 an dâ suinne-catha a 16 cliâch 7 comhlainn 7 
an dâ uaithne iorguile fri fosagadh 7 fri gabhail ghiall 7 an 
dâleomhan ar lemhandacht 7ar luinne 7 an dâ mhathghamrtm 
mhor-ghlonnach 7 an dâ thoinn rabhartha 7 an da bhuinne 
dhilionn7 an dâ nathir ar neimhnighe 7 an dâ choin ar chu- 
ratacht .i. Conall Cernach mac Aimergin 7 Cet môr-gharg 
mac Maghach an t-urchar sin dolegan an righ, ro ghabhsad a 

a. leg. cein ? 



Calh Cutnair. 325 

onslaught. Also sprites and goblins, madmen of the glens, and 
démons of the air screamed from every quarter and edge of 
that redoutable battle. So far the doings of the fight. 

15. Now as to Lothar : he went to the brink of the ford 
where he had seen bis father ; and he saw him right in the 
middle ofthe ford, and Conall Cernach on his right and Cet 
son of Maga on his left protecting him ; and as every one 
brought his stone with him so Lothar had done the same. 
Then Lothar raised his hand skilmlly and swiftly and put his 
whole strength into his fore-arm, and the strength of his fore- 
arm into his fist, and the strength of hisfist into the service- 
stone and made a straight unavoidable shot at his father 
where he was at the rear of the battle : and the thick stone 
became a straight careering wheel in the middle ofthe ford, 
and it went direct at the high-king. When Cet and Conall 
Cernach saw that thing they raised both their thick large 
shields at the same instant against it. Howbeit the strong 
serviceable stone went onward between the two shields till it 
struck the broad chest and noble bosom of the high-king so 
that it laid him prostrate, cross-wise in the very middle of the 
ford, with his royal broad shield and his hero's armour in the 
swampy pools of Comar Ford, so that he vomited a froth of 
black bloody foam in the pool. Then the king of Ireland rose 
up and where he saw the stone lying he put his foot on it and 
buried it in the ford, so that only one third of it is above 
ground, and he kept his foot on it as long as the battle lasted. 
(It remains still in the ford and the mark of his foot on it, 7+ 
and it remains to the day of judgement.) But when the two 
kingly soldiers in their strength and manhood, when the two 
pugnacious war-hounds of bravery and heroism, the two bat- 
tle-stakes in the day of war and strife, the two pugnacious 
pillars of shelter and hostage-taking, the two lions of ferocity 
and fierceness, the two bears of mighty deeds, the two tidal- 
waves, the two flood-bursts, the two snakes for venom, the 
two hounds for valour, viz. Conall Cernach and Cet the fierce, 
when they saw that shot lay the king low they seized their 



Rente Celtique, XLIII. 



326 Margarel C. Dobs. 

ttrealamh troday tachairorradh 7thugsadan fiche-céd ferfoirfe 
finnliath a mbrigh 7 a mbarann for na sluagaibh ionnus gur 
ciorrbadh cuirp 7 gur crechtnuigh/V//? colla 7 gur dalladh ruisg 
ré sâobh-srothuibh na fola ag snidhe for fhairgsionnach. Ro 
trasgradh mir-mheic a 7 mûadh-lâoich b isan cosgur sin leô. 
Rob iomdha ann amhlaidh buinn fri mheidhe 7 meidhe fri 
bhonnuibh. Ko fadhbhuidh sluagh 7 10 dichennadh sochaidhe 
isan tren-thres sin. 

16. Iomthus Chonaill Chernaigh 7 Chet mac Maghach : 
thugsad fon cbath go coimh-thenn céim-dhiôchra iâd 7 ba 
samhalta re dhâ ôrd for inneainn ath-gbarbh iarnuidbea lamh- 
aibh niâd 7 nert-chunzi^coighedal 7 comh-thûargain an dâ righ- 
mhilidb rathmhara roarrachta. sin for na sluagaibh, 7 ro dhlu- 
ihaigbsed na catha dibhïionaibh 7 ro ghabhsad aga sloidhe 7 
aga n-athchuma 7 an titrus(}) c fa tiûgh na slôigh do thanui- 
ghdis 7 ni biôdh tana na tiughdis ag d'ioghail anthorlainn ri 
Ekenn orra, 7 ni tugadh o sin aie gus aniogh urchar is treisi 
ro-dioghladh no an t-urchar sin oir do rochair céad fear n-ar- 
mach fria gach fer dhiôbh 7 an comh-liôn céadna fria gach 
fear dona fearuibh lia a bhfrithairigh/i/; an chatha chéadna. 
Ciodh tracht ro badh iomdha isa[n] chath chliathach sin nech 
arna thrdoithadh re nert na miledh mor-mhenmnachasin go 
ttarladh Cet mhac Magach 7 Lot[hJair for aroile isan chath 7 ni 
rainigimsgne naiom-agallamh eottrra/W; d acht thugsad rûathair 
fortille féim-laidir tair môr-sgiâthaibh a cheile 7 ô do conairc 
Conall Cernach an ni sin gonus 7 ath-gonus Lothtfr. Fregrus 
Loihar dosan mar an ccéadna 7 thug comâoin a ghona 7 iôca 
leath ar Conall 7 do chongbaidh a chomhlann le Cet. Acht 
chena ni raibh ldoch a n-eigin comhlainn badh mô no bheadh e 
ider iom-ghona an dâ righ-mhilidh sin. Is ansin tâinig îer 
n-armach d'ionnsoigh Lothair dachabhair. Ionnsoighid umorro 
na fir liath iadsan 7 brisid râon cat[h]a orra tair âth siâr 7 
ro fhagbhadar Lothar a n-âonar ar na ghon[adh] ar lathair 
an chatha 7 an chomhlainn. Ô do concadar an da chath oile 
an ni sin ro iompoighdar a n-aghaidh siar 7 ro thréigsad a 
ccmneadh 7 a ccothughadh. 

a. leg. meirbh nibeic ? — b. nùa-, in margin o( ms. — c. leg. tan ? — 
d. leg. eattorra — e. lei*. na bbeith ? ms. bhetb. 



Catb Cumair, 327 

battle and righting array. The two thousand experienced vétér- 
ans spent their force and fury on the hosts so that bodies 
were mangled, and trunks were gashed, and eyes were blind- 
ée! with the obstructing(P) streams of blood pouring across 
the vision. Weak youths and softlings were overthrown by 
them in that victory. So there were many feet by necks and 
necks by feet. The army was spoiled (?) and the host beheaded 
in that strenuous combat. 

16. As concerning Conall Cernach and Cet son of Maga : 
they went into the battle grimly and with eager step. Like 
two hammers on a rough iron anvil in the hands of cham- 
pions and strong warriors was the concert and striking tog- 
ether ofthe two fortunateand powerful warriors upon the hosts. 
The battalions closed up on both sides and they began to 
slay and mutilate them and when the hosts were dense they 
thinned, and when they were thin they thickened them, 
avenging the kingof Ireland's injury on them. There was not 
made from that day to this a cast more thoroughly avenged 
tlian that- cast ; for a hundred armed men fell by each one ot 
them, and the same by every one ofthe vétérans in the waging 
of that same battle. Howbeit there was many a one in that 
skirmishing right exhausted by the strength of those high-spir- 
ited soldiers, till Cet and Lothar met each other in the battle. 
There was neither talk nor parley between them, but they 
charged stoutly and with mighty effort across one another's 
shields each at other. When Conall Cernach saw that thing lie 
wounded Lothar again and again. Lothar retaliated in like 
fashion, and exchanged wounds and paid back Conall, and 
kept up hisfight with Cet, but indeed there was never a hero 
in greater stress of battle than to be between the attacks of 
those two champions. Then armed men came to Lothar to 
help him ; but the vétérans attacked them and drove them in 
a charge over the ford westward, and they left Lothar alone 
in his wounds on the field of combat and of strife. When the 
two other battalions saw that thing they turned their faces 
west and abandoned their families and their sustenance. 



328 Margarel C. Dobs. 

17. Is annsin ro ionnsoighdar naonmar do macuibh riôgh 
\J\haibb da chomh-dUahaibb Nâr 75 mac Eochaigh 7 ro thogsad 
leô éasan ccosar chatha iâr na chrosba/Wr 1 gur cuirsad crôchar 
cao\aigb fàoi ar ghûïûUbh b g'alghadh 7 gùsgidhech. Ciodh 
tracht re iomad na n-iolar ro l£a//?nuighedar na ruaga 7 do 
â'ibhUgheadar na hechta 7 do dhislighdar a ndromana 7 than- 
gadar na mbuidhnidh sgïthahacha. sgenamhla 7 na ndiorma- 
haigh truagha tuirsecha tar ath siâr, 7 ro len Eochaidh iâd go 
cenn iarthuraigh, 7,ro len gach fear ô sin suas a ghona fein 7 
a chomhruic 7 as e torchair as sin go hiâth an ath-longport 
dhiôbh go Chelt ~ 6 .i. mile (ear n-armach, 7 ro len cach a 
thoghairm ô sin suas go Sionuinn, 7 ro chuirsad a n-àr 
annsin gonach ternô tair Sionuinn diôbh acht naonmar um 
gach mac 7 chiodh iadsen ann a sgaciltech sganruidhech do 
chûada/- .i. naonmar dhiôbh tar Snamh-dha-én " 7 naonmar 
tar Ath Liâg > 8 7 an treas naonmar tar Ath Lûain 79 um Bhres 
mhac Eochaigh, 7 gabhus Ràon mac Roicedail Kuadh na 
ndiaigh tar Ath Lûain agus chiodh gach nech do chuir dhe ni 
hé Râon go râinig Magh n-alainn nAoi mheic Allghubha an 
drûadh, 7 ro marbh triir gach muimear an[nj 7 rainic fein go 
criôchaibh iârthair Conacht. Agus ad-chi Bres a dhûn 8o 7 a 
dhegh-bhaile fein ûaidh 7 ni raibh beô da mhuintazr annsin 
do coingeobadh sgiath tar a lorg da eise acht a aonmac fein .i. 
Da Thi 8 ' mac Bre[i]s, 7 do fhan an mac d'éis [a] athar 7 do 
rinnecomhrac fri Râoin 7 ro thortamhladh Râoin fa dhéoigh 
ar isan comhlann gur bhain a cheann de, 7 lenus Bres iârsin 
go fiôchda fearamhuil 7 ni ciân do chuaidh ûaidh an tan do 
rug Râoin fair 7 thugsàd tuinnsiomha tenna trena nertmura 
daccaol-armuibh cath-neimhnechaforaroile;7 ôdochoncad«r 
lucht an dunaidh chuca[iad] ag a thrén-thogairm ro foisligt&xaT? 
doirse an dunaidh leô ; 7 o do ci Raoin an ni sin thug lamh 
mun tsleigh sim-remur so-dhuibhruicthe ro bhi in a gheal- 
ghlaic 7 dorad rogha a n-ûrchair dhi go ttarla a gcert-mhead- 
hon dhroma an ri-mhWeadb i ionnus gur bho cjaomh-throm 
an ccrois très an hoch-mh'ùidb an tsleagh, 7 ro dhichenn é as 
a haithle a ndorus a dhunaidh 7 a d[h]egh-bhaile fadhéin, 7 

a. leg. aioslach ? — b. ghuaiîlnibb. 



Cath Cumair. 329 

17. It was then nineof the princes of the Ulaid, ofLoihar's" 5 

foster-brethren, chargée! and lifted hira out of the litter of 
battle on their girdles(?), so that they put a hier of wattles 
underhimon the shoulders of champions and heroes.Howbeit 
the multitude was so great that the rout was wide-spreaù and 
theslaughter increased, and they retreated and came in weary 
distracted troops and pitiful tired crowds over the ford west- 
ward. Eochaid followed them to the western side ; and after 
that, every one pursued his own stabbing and fighting and 
thèse are what fell fromthis cause, from their camping-ground 
at the ford to Celt, " 6 viz. a thousand armed men. Every one 
followed up his rallying-call from that to the Shannon, and 
they made a slaughter of them there so that none of them 
escaped over the Shannon savingnine with each of the sons. 
Even thèse wentscattered and demoralized viz. ; nine of them 
over Snamh-da-en, " and nine over Ath Liag, " 8 and the third 
nine over Athlone 79 round Bres. Raon son of Rochedal charged 
after them over Athlone ; and, though every one else desisted, 
he did not till he reached the fair Plain of Aoi (son of All- 
guba the druid). He slew three of each party there and he 
himself came to the western parts of Connaught. And Bres 
beheld his fort 80 and his own fair home afar, and none of 
his men survived to cover his retreat saving his only son, Da 
Thi. 8l The son stayed behind his father and fought with 
Raon, and Raon overcame him at last in that combat and 
beheaded him. Then he pursued Bres fiercely and boldly,and 
he had not gone far till Raon overtook him, and they made a 
stout strong powerful assault on each other with their deadly 
slender weapons. When the garrison of the fort saw them 
coming with loud shouts they opened the gâtes of the fort. 
When Raon saw that, he seized a spear no thicker than a 
rush, easily flung, which was in his whitened fist, and took 
careful aim with it till it hit the royal warrior in the middle 
of the back, so that the spear was an equally balanced cross 
through the hero. After that he beheaded him in front of his 
fort and his own fair home, and returned after victory and 



330 Margaret C. Dobs. 

thainig roimhc ina frithing iarccosgar 7 idr ccomh-mdoidhthe 
7 an da cheann sin leis a ccobhrach a sgeith an la sin. 

Iomthus Lothair : ro ghabhsan roimhe tair Snamh-dha-én 
tar Siondin siâr 7 monmar da mhuintir maille fris 7 ro lensad 
na laoich é go rainic a chriôch fein a n-idrthair Conacht a 
cCera 82 7 tarli Cet fair annsin 7 ro dhichenn Conall a a naon- 
mar muintire 7 do rinne carnw 7 dumbha forra : Fert Lothair 85 
ag Fionn-loch Ceara ainm an ionaidh sin da éis. 

18. Dala Nâir mac Eochaigh : rugsad a mhuinntir léo é tair 
Ath Siâr 84 , 7 do lenadtfr na hamhuis é 7 Conall rompa 7 ni 
fhid/V nech dhiôbh nar beô é 7 ro dhichennsad Nâr cona ndon- 
mur muinntire conaTir-an-d[i]r s > a ccriochaibh iarthar Umhm- 
huill 86 ainm da eise inti(?) b . Ro iompoighdar idrsin tarSio- 
nainn cona ccosgar leô. Chiodh fil an ira acht do iompoigh- 
àar fir Eirerm haithle na n-echt 7 na n-athes sin go Druim 
Chrithidh 7 thugsad na tri cinn sin a bhfidghnuisi ri E\renn,y 
adubhairtsion ag faicsin na ccenn : " truagh amh sin ", ol se 
" do gheabhasa bas do chumhaidh na ccenn-sa " ; 7 tugadh 
chuige i n-ucht idd 7 do rinne doghra 7 drar-gubha os a ccionn, 
7 adubhairt an lâoi an. 

Leisuight/;<w libli na tri cinn 

do dhearg-faobhar, do dhearg-rinn. 

Lc'isuightear a bhfuilt ma le 

7 glantar a n-aighthe . 

Coirightrar iâd bhar n-ucht 

na tri cinn — fa câoimh a ccuirp — 

na tri flaith riôgha ferdha 

na tri f[e]ar-choin oire[gh]dha. 

Trûagh nach éadh raidhid na fir 

[a] haithle chatha Chumair. 

Da chinn donVdheis, chinn dom'chliu , 

is mo cheann d'faicsin eotrach. 

Cuma liom an domhan dian 

thés is thuaidh — thôir is thiar — 

tairéis na ccolann gan chol 

fil fo linn gan \esughadb. 

Les. 

a. les. Cet ? — b. •«/• ms. 



Catb Cumair. 331 

exultation ;and he had thetwo headson the boss of hisshield 
that day. 

As to Lothar, he went across Snamh-da-en westward over 
the Shannon and nine of his people with him. The lieroes 
followed him till he reached his own land in western Con- 
naught at Cera, 82 and he met Cet there, and Cet beheaded his 
nine men and made acairnand mound over them. " Lothar's 
Tomb " ,J at the White Lake of Cera is the name of that place 
after him. 

18. As to Nar son of Eochaid ; his people took him with 
them over West Ford * 4 and the mercenaries followed him, 
Conall at their head. None of them knew he was dead, and 
they beheaded Nar and his nine folio wers; so that " Land of 
Slaughter, 8 > " in the western districts of Umall 86 , is the name 
ever after. After that they returned across the Shannon being 
victorious. 

Howso e'er it be, the men of Ireland returned after thèse 
exploits and successes to Crithech Ridge and brought those three 
heads before the king of Ireland. On beholding the heads he 
said : " it is sad indeed, " said he, " I shall die for grief of 
thèse heads. " They were laid on his lap and he lamented and 
wept bitterly over them, and recited this poem : 

" Dress ye the three heads 

from the red edge to the red point. 

Dress ye their hair about them 

and let their faces be cleansed. 

Clasp them to your bosoms 

the three heads — fair were their bodies — 

of the three royal manly princes, 

the three illustrious warriors. 

Alas, that the men were not saved (?) 

after the battle of Comar. 

Two heads atmy right, one at my left, 

and my own head between them. 

The cruel world is nothing to me 

south and north, east and west, 

after the sinless corpses 

which are uncared for ". 



j }2 Margaret C. Dobs. 

A haithle na mbriathar sin ro togbadh leis na cinn sin go 
Temhraigh, 7 dubhairt righ Eirenn ar na rachtain ; " truagh 
nach bas a fuarusa " ar se, " sûl do bheinn beô do bhar n-eise 
7 is deoch thonnaidh mo chuidsi do fhlaithemhnus fesda " : 
7 gach cor da ccuradh dhe is crû fola do' thigeadh ar a bheol, 
7 adubhairt na briâthra-sa ann. 

Ro chûirsium cath Cuma[i]r, 
do ibhsin 3 di[gh] thonnidh, 8 " 
ro laisim snaidmniuith, 
rom liithe réim ratha. 
Rom bhuirsad mo leicne 
fo maigneadh for meimeadh. 
An caih mar ghuilsium 
ni cheilsium. Ro chûirsium. 

19. Ro gabh crith 7 tuacht righ Eirenn annsin 7 ro bhi go 
cenn secht lâoithe gan tomuilt bidh no lenna 7 thangadar air- 
ghena bais 7 bûain-ega chuige iârsin 7 ro bhi ag frithegasg a 
mhuinntire 7 adubhairt friu ; " beanhar misi a ccrich Conacht 
.i. go Crûachâin Rath Aôi 7 murthar talamh zrom-ïhoideach 
oram ann 7 tar chollnaibh mo thriar mac .i. labhanhar na 
tri cinn do leath dhiôm 7 na tri colna do'n leath oile; " 7 
tugadh chuige na cinn 7 ro ghabh aga bhfechainn 7 aséthar- 
laidh in a lâimh dhiôbh .i. ceann Bhreis, 7 adubhairt: " rob 
ionmhoin amh an ti is ceaijn-so, " ar se, " 7 niôr bho ghnaith 
emh an ceann so do chleith ar aoxdheadhnibh. no ar dhamhuibh 
ar slûaghuibh nô ar sochuighibh " : 7 is cuma ro bhi aga râdh 
7 do bm an lâoi ann. 

Dûn Bhreis, ba hiomdha a zoidhidh. 
Breis rompa, ba for-fhâoilidh 
Niôr ghnath ar aoidhidh a cheilt, 
gus na laithe ag Druim Crithidh. 
Nâr, ba hè sosir na bhfear 
cgal grini gne Temhra/f/; (?), 
ro lenadh gus an sâl surin 
go tir an âir siâr a nUmhall. 
Lothar nar bhaoth beartac^ 
gt^rsad ille a airm-ghreatha. 

a. leg. sinn ? 



Calh Cumair. 333 

After thèse words he took those heads with him to Tara, 
and the king said when he arrived there : " it is a pity I did 
not die before I survived you, and my share of sovereignty is 
henceforth a drink of death. " Every movement he made a clôt 
of blood came from his mouth. He spoke thèse words : 

\Ve fought the battle of Cumar. 
We drank a deadlv draught 8 ". 
We overthrew 

They made my face swell 



19. Then shivering and chilliness seized the king and he 
was seven days without takingfood or drink. The symptoms 
of death and dissolution came upon him, and he instructed 
his people, and he said to them : " carry me to the land of 
Connaught, viz., to Cruachan Rath Aoi,and pile heavy-sodd- 
ed earth over me there and over the bodies of my three 
sons ; viz., let the three heads be put one side of me and the 
three bodies on the other side. "The heads were brought to him 
and he was looking upon them, and the one that happened 
to be in his hand was the head of Bres, and he said : " Dear 
indeed was he whose was this head, " said he, i£ and it was 
not wont for this head to hide from guests or companies, or 
hosts or armies. " 

Thus he was speaking, and he recited thefollowing poem. 

Many were the guests of Bres' fort, 
Bres welcomed them right gladly. 
He was not wont to hide from guests 
till the day of Crithech Ridge. 
Nar, he was the youngest of the men 



He was pursued to the sea hère, 

to the " Land of Slaughter " westward in Umall. 

Lothar — of no foolish deeds 



334 Margaret C. Dobs. 

Go Cera 's go Cle-na-con 88 
ro Iensad na leith Lothar. 
Bhaoi rompa ro bhi dha ndéis 
Niôr chuimsech aôn a fhaisnéis 
Doilghe liom Gha Thi gan oil 
no an triâr laoch gan lan-bhûaidh. 
Do rith Raôn idir dha rinn 
go rug ar Dha Thi go grinn. 
Rug Dha Thi, an ghaisgidh ghrinn, 
Bres na thir îeino chaoimh-druim. 
Ba làn slighthein a dhiâigh. 
Rochuir Bres mûr tar ghriân. 
Gearsad ile — fichtibh gai — 
id'uatharf/; aniû 'na dhûnadh. 

Dûn. 

20. Adubairt Eochaidh a haithle na laoidhe sin : " rom 
thangadar airdhionna bais chugamsa 7 berthar mé chum an 
ionaidh um ar dichennadh mo mheic go bhfaiciod a ngona 7 a 
ccrechta " : 7 do rinnedar uile a ndubhairt an righ riû, 7 ro 
togbadh é iarsin 7 a mhaca maraôn fris 7 tugadh tri chaogadh 
îear oglach for gach iear dhiobh, .i. Eochaidh 7 a mhaca, 7 
thugsad 6 Themhraigh siâr go ndirech é 7 adubaz'rt an righ : 
" ionmhoin amh an chriôch fhorbha 7 ferainn re sgarthar an 
trath-sa 7 is cead liom gach righ gheabhus hire gan a mhac 
do gabhail na dhiâigh gan righ oile eataradh ". Conach ba bes 
da mac eirghe da athair um righe nEirinn 7 do bhi ag ceileabh- 
radh d'Eirinn 7 do Themhraigh 7 da sluaghuibh go coitchenn, 
7 adubairt na rainn-so sios ann. 

" Cealeabhra dhuit, a Themhair, 
um a ndenaid riôghà rô-dheabaidh. 
Auocht is folamh do chrô 
gan righ is gan ri-dhamhncS. 
Ba meince do sgeith d'foghail 
7 do slegha caoimha ar conair, 
7 do chabharga — meâd ngeall — 
ar sealba<f/;airdri Eirenn. 
Agam ba môr do chadhus, 
7 nochar laghduigh me haras : 
ag Eochaidh, ag fiôr na ngiomh, 
ba mo haoibhnes na hiomsniomh. 
Monûar soidhfid^ar do dhath 



Cath Cutnair. 335 

though his weapon-frays were many — 

The grey-beards pursued him 

to Cera and to Cle-na-con. 88 

He who had been behind them fled before them 

No one is fit to tell of it. 

I mourn more for blameless Da Thi 

than for the three defeated heroes. 

Raon dashed between two weapon-points 

till he skilfully seized Da Thi. 

Da Thi, the trained champion, brought Bres 

to his own land from the fair ridge. 

There were many tracks behind him. 

Bres sent a cloud over the sun. 

Though thev were many with scores of exploits 

they are lonely today in his fortress . 

20. After that poem Eochaid saîd : " The symptoms of 
death hâve corne upon me. Carry me to the place where my 
sons were beheaded till I see their wounds and their scars. " 
So they did ail that the king told them, and they lifted him 
up thereupon and his sons along with him, and thrice fifty 
men-at-arms were assigned to each of them viz., to Eochaid 
and his sons. They took him straight from Tara westward, 
and the king said : " Dear indeed is the inheritance and estate 
from which I am parted now.I hope that any king who takes 
Ireland shall'not be succeeded by his 'son without another 
king between them. " (So that it shall not be a custom for a 
son to rebel against his father for the sake of the sovereignty 
of Ireland.) He was bidding farewell to Ireland, and to Tara, 
and to his people in gênerai ; and he repeated the following 
verses. 

Farewell to thee, oh Tara, 
'round whom kings make fierce contention. 
Thy fold is empty tonight 
without king or king's heir. 
Many were thy shields plundering 
and thy fair spears on the road, 
and thystays(?) share of pledges (?) 
in the possession ot the monarch of Ireland. 
Great was my révérence for thee 
and under me you were honoured. 
With Eochaid, with the man of exploits, 



3}6 Margarel C. Dobs. 

7 millfighéw hionach. 

Is fada liom-sa — li'th ngal — 

6 atû dhuit ag ceileabnii//; . " 

A haithle na lâoidh[e] sin d'fech Eochaidh an righdaûnadb 
7 ro mhaoigh cno-mhaoidhm cumhadhda chrôidhe in a chliàbh 
7 gach conair a ndubhairt a bhreith rugadh, 7 ba tuirsecli 
mna 7 fir da chumhaidb ansin, 7 rugadh go Crûachain Rath 
Aoi é 7 tugadh colna a thriâr mhac da ionnsoigh 7 ro hadhnai- 
cedh maraôn fris iâd, 7 ro muradh talamh tromfhoidech thorra 
a cCruachain 8? : ro cheilisdar as a haithle. Cona é sin Cath 
Cumair 9°, 7 Oighidb thri meic Eochaigh Fheidhligh, 7 Eoch- 
aigh Fheidhligh fein co nuigesin. 

Finit um 22 la da mi Nobembear, 1717. 



Catb Cumair. 337 

your pleasure was greater than your displeasure. 
Alas, your colour will be changed, 
your assembly will be destroyed. 
I regret — oh heroic exploits — 
that I am bidding you farewell . 

After that poem Eochaid contemplated the royal fortress, 
and a burst of sorrow from his heart broke in his chest. He 
was taken by the route he had commanded, and men and 
women were weary with mourning for him there. He was 
borne to Cruachan Rath Aoi, and the bodies of his three sons 
were brought to meet him, and were buried with him, and 
heavy sods of earth were heaped over them at Cruachan. 8 * 
Afterwards they were concealed. 

So that is the battle of Cumar *° and the tragical death of 
Eochaid Feidlech's three sons, and of Eochaid Feidlech himself 
so fan 

Finished November 22, 1*717. 



NOTES 

1. Bay ol Glandore, Co. Cork. 

2. Mouth of R. Bann, Co. Derry. 

3. Howth Head, Co. Dublin. 

4. Unknown. Possibly Achill Head ? 

5. Tins seems to be an ailusion to Tiberius, Drusus being the other 
adopted son of Augustus. 

6. See Laud 610, fol. 112» where E. F's régnai date is given as 3 B. C. 
The B Synchronisms in B B date his reign as circa 50 B. C. 

7. cethramad — fourth in Laud 610, fol. 112. 

8. See R. Celt. Vol. XXXIX, no 1. 

9. Now Cunghill townland in parish of Achonry, Co Sligo. 

10. Ban-senchus in Lecan 386 gives : "Crofind daughter of Artech U., 
wife of E. F., mother of the three Finna of Emain and of Clothrand. In 
one birth the four were born. Onga, another daughter of Artech, was 
mother of Mumain and Ethne ". 

Ban-senchus in LL 137 has : " Croind, child of Eochaid U., consort 
of Eochaid F., mother of Medb... and the Find Emna... " 

D. 2. 1., p. 95 and H. 3. 17., col. 734 hâve " Cloand daughter of Air- 
tech U. "cp. BB, 283. 

u. See Vol XXXIX, p. 10, for A's death before battle of Leitir Ruibhe. 

22* 



338 Margaret C. Dobs. 

Eochaid Feidlcch slcw him. He was of the Domnand of Connaugbt. See 
Celtic Review III, p. 18 for his territory west of Cruachan. See Caithreim 
C. Clar. for " Oilill son of Airtech U. " Also Cath Airtigh in Lecan 342. 

12. leg. Eanna Aignigh} See Keat. II, p. 179 (/ T5edit.). 

13. Cath Boinde adds a fourth = Conall Anglondach. 

Cath Leitrech Ruibhe names " Ailill, Eochaid, Conall sons of Eochaid 
F. ", and says the first two were killed at L. Ruibhe. 

14. cp. Bansenchus, Lecan 386 : 

" Mumain hEli ard-rathach 
Meadb 7 Derdriu drethach 
Clothra 7 Eithni... " 

Also Cath Boinde, Ériu u. p. 174. 

15. See Cath Boinde, ibid., for another dérivation, " eamain = a thing 
which is not divided ". cp. Coir. aumann par. 104. Another trio of this 
name occurred in the family before ; " Irereo, Dael, Daire the three Find 
Emna... " Lecan 128» and Me Firbis p. 105 (in R. I. A. copy). 

16. Other allusions to E. Salbuide associate him with the Mourne 
Mountains, not with Armagh. 

17. Assaroe at mouth of r. Erne, Co. Donegal. 

18. Loop Head in Co. Clare. 

19. Uncle of Conall Cernach and his chief enemy in the Tain cycle. 

20. The well-known Ulster champion. He is also brought into thestory 
of Conaire Mor in Bruden da Derga as in the service of the High-king 
rather than of Ulster. 

21. Meas B. belongs to the Etain and Conaire Mor cycle. She is generally 
called grand-daughter of E. Airemun. 

22. In MS the reading may be " fifty whiterobed women, etc. " as 
" .1. " resembles " .1. ", but that given seems the most likely version. 

23. This locality is in Co. Monaghan. As it was on a route to Armagh 
it was probably the name for some point in the hills northwest ofCarrick- 
macross. 

24. Locality unknown. 

2 5 . A King of East Leinster residing at Alenn = Knockavv lin in Co. Kil- 
dare ; ancestor of Cairb Nia "Fer, and Ailill husband of Medb. 

26. A Gaulish race settled in East Leinster. 

27. Probably father of Eochu " mac Luchta " who is always given as 
contemporary of Concobar. See Rawl., B 502. p. 162 g. (facs). 

28. The second king of Munster of the Clann Dedad and father of Cu 
Roi m. Daire. 

29. This interpolation is more likely a référence to E. mac Luchta and 
should be placed earlier after " muman ". 

30. This name is unknown but, if it is same as " Tulach og", it seems 
to suggest Tullaghoghe north of Dungannon. This ison the route to Lough 
Foyle, but not to Slieve Beagh the next name on route. 

51. This must be Slieve Beagh due east of Armagh, but it does not fit 



Cath Cumair. 339 

in with the line of march as a whole. Possibly there was a Sliabh B. in 
the Sperrin Mountains. 

32. The r. Foyle north of Lifford where it begins to widen. 

33. Plain of Raphoe, Co. Donegal. 

34. Unidentified. Probably the valley of r. Finn. 

35. Bamesmore Pass, Co. Donegal. 

36. Unidentified, but probably south side of Barnesmore and east of 
Lough Eske. 

37. Poetic name for Assaroe at mouth of Erne. 

38. The fiât coast from r. Erne to r. Drowes. 

39. The rivers Drowes and Duff. 

40. The plain between Benbulbin and the sea. 

41. Country from DrumclirT to Sligo. 

42. Sligo river which rises in L. Gill. = Clear Lake. 

43. Ballysadare, Co. Sligo. 

44. Keshcorrin Mt. Co. Sligo. 

45. Curlew Mts. in south Sligo. Segais was ancient name of r. Boyle 
just south of Curlews. 

46. The plains south of r. Boyle Co. Roscommon. 

47. The plain round Croghaun, » » 

48. Unknown, but must hâve been just north of Cruachan = Croghaun. 

49. Rathcroghan in north Roscommon, ten miles from Croghaun. 

50. This is a superfiuous interpolation as Medb is not in the story at ail. 
ji. Same as Clothra. married to Conchobar m. Nessa (Cath Boinde, 

Leitir Ruide) and Clothra married to Fergus m. Roigh (Cogadh Fergusà), 
and Clothra married to Cairbre Cennderg (LL p. 379). Queen of Crua- 
chan after Eochaid Feidlech, dethroned by Medb. (LL pp. 124 15 , 379). Dif- 
férent sources call her mother of Furbaide, or of Cormac, sons of Conco- 
bar m. Nessa. 

52. Thereare many mounds still in existence at Rathcroghan. This name 
probably indicated one of them. 

53. There is something omitted hère, or put in wrong order : tainig C. 
7 cumal " ar ctwcan... " or " tainig na Fionna ar cnocan... " 

54. casar-lubtha ? which would aptly describe the pin characteristic of 
Irish brooches. 

5 5. Cp. H. 3. 17., col. 668 (T C D) for the magical hood of Clothra. 

5 6. Exact spot unidentified. 

57. Probably in Magh Sainb the plain between Cruachan and Athlone. 
Sanb son of Cet was a king in Connaught after Medb's time (Me Firbis 
p. 59- R- LA.). 

58. See Eriu V, pp. 201-218 for Lugaid S. 

59. Son of Lugaid S., and High-king. (Keat. il, p. 235. I T S edit.). 

60. Cp. Dinds. (LL151.) " tuatbbel nErenn " left-hand-wise round Ire- 
land. 

61. Cp. Dinds. (ibid.) for route of the Finn E. from Athlone to Druim 
Criaich = Comar. Cealt is not named, but from a référence in par. 17 it 
seems it was before their final encampment on west side of Comar. 



340 Margaret C. Dobs. 

62. At this point the Dinds. version says Eochaid asked for amonth's 
truce and was refused (LL 151» ; D. 2.2., 52 b ; D. 2. 1., 162». R I A.). 

63. Lit., " light-grey men ". cp. airtch n-arsaid in Dindsenchus. 

64. Unknown elsewhere. 

65. See note by E. Gwynn, Todd Lectures XI, p. 386. 

66. ** On the hill east of the ford " (Dinds. LL 151). 

67. " It was called Druim Cro and Druim n-ûar nAirthir " Dinds. 
(LL. 151»). 

68. Cp. thèse four lines' with Dinds., ** Bress aness immar ata, do throit 
risna cohmna etc. ". (LL 1 5 1). 

68». Cf. J. Loth, Rev. Celt., XL, p. 143. 

69. In battle of Leitir Ruibhe. See Rev. Celt. XXXIX, p. 1. 

70. This surely is the same battle as that referrcd to in Cath. L. Ruibhe 
as fought by Eochaid against Airtech Uchtleathan, his father-in-law. There 
is a Claragh west of Templehouse Lake, in Sligo. 

71. Cp. Dinds. " Bres fought his way across the river., the Colamain let 
him corne : it was to spare the king's son... " 

72. Something corrupt, or omitted hère. 

73. Cp. O'Curry, M .C. 11. 146. 

74. See Bulletin Soc. d'Anthropologie, VI e série V,p. 181 for " two foot- 
prints on a rock., near a stream, pointing' towards a carved rock on the 
otherside.., at Pierre le Mulot.... dates from neolithic times... " Some 
thing of this kind may hâve existed at Ath Comair, and given rise to 
this legend. 

73. " Nar " is in the Ms., but the context requires " Lothar ". 

76. Cp. note 61. From the context it is probable Celt was about a day's 
march west of Comar. 

77. A ford near Clonmacnoise. Dinds. adds " into Magh Find ". 

78. Ballyleague at north end of Lough Ree. Dinds. adds " past Loch 
Déchet ". 

79. Instead of Athlone Dinds. has " Ath Fir Féne ". Perhaps an alter- 
native name for Athlone. 

80. " Dun B tothe south-west of Loch Corrib " Dinds. 

81. The copy of Leabar Gabala in 23 k 32, p. 125 (R I A) says, " Da 
Thi m. Breis an cuigeadh fer do rochair a bfail a athar". 

82. Carra in Co. Mayo. 

83. Some tumulus on the shore of Loch Carra was probably thus named. 

84. The previous name given is" Ath Liag" which isalso in the dinds. 
poem. Perhaps we should read " Ath [Liag] siar ". 

85. The Dinds. reads " co tir in Ndir... " 

86. Burrishoole in Co. Mâyo. 

87. Cp. Dinds. " dgmar in t-pth... asar' dàiled deog thonnaid... " 

88. » " darCera co ClèithnaCor 

ro lensat na liith Lothor ". 
The prose paragraph on Lothar's death does not mention this place but 
talks of " Fert Lothair ". This points to the présent taie being a com- 
pound of two, or more, earlier versions. 



Calh Cutnair 



341 



89. The tradition of their burial is really ancient. The Senchus na Relec 
in LU alludes to it : " Oenach Cruachain, it was there the race of Ere- 
mon were used to bury till Cremthann son of Lugaid Riab-nderg viz.... 
Eocho Feidlech with his three sons (the three Find Emhna), Eocho 
Airem.. the six daughters of Eocho Feidlech... " 

cp. poem by Torna Eigeas in L U. 

90. The oldest title for the taie is that in LL p. 190; " Argain Echach 
for a macaib ". 

A later Ms. (D. 4. 2.) gives " Cath Droma Criaich or Cath Atha 
Comair ". 

Possibly we hâve another form of title hère " Oighidh thri Meic E.F. ". 

PERSONAL NAMES 



Airtech Ucht-leathan 
Aimergin 
Aodh Ruadh 
Aoi m. Allguba 
Argeadmar 

Badharn 

Bres m. Eochaigh F. 

Cet m. Magach 

Cian 

Clothfhionn .1. Airtigh U. 

Clothrann .1. Eochaigh F. 

Conaire 

Conall Cernach 

Conchobar m. Nessa 

Criomthann m. Lugaig S 

Dara Dearg 
Daire Drechderg 
DaThi 
Dega 
Deirbre 



Fergus m. Oililla 
Finn m. Finnlogha 
Finnlogh 

Glunchenn Draoi 
Ith 

Leabharcam 

Loch 

Lodun 

Lothar m. Eochaig F. 

Lugh m. Lughach 

Lughaid 

» Larah-finn 
» ■ Sriab-nderg 

Maga 

Meadb 

Meas Buachalla 

Mumain 

Nâr 

Nuadha Necht 



Eile 

Eochaid Airemhun 

» Feidlech 

» m. Lachtna 

» Salbuidhe 

» Ucht-leathan 

Ethne 

Fachtna Fathach 

Revue Celtique, XL! II. 



Oilill Aidhnech 

Rion 
Rochedul 
Ros Ruadh 
Ruadh 
Rudhraighe 

Seadna Sithbac 



342 



Margaret C. Dobs. 



PLACE NAMES 



Ath Comair 


Eisidhéin 


» Liâg 


Ess Dara 


» Lùain 


» Ruadh 


» Siar 




• 


Fert Lothair 


Bealach na Boroimhe 


Fionn-loch Cera 


Benn Eadair 


» » Fobhail 


Bernus Mor 




» Beg 


Glenn an Chuil 


Bregh 


» Fraoich 




» Sainbh 


Cairbre 




Cealt 


Inbhear da Egonn 


Cera 




Ces Coruin 


Léim Con Choluinn 


Cionn-sleibhe Modhairn 


Leith-ruidhe Ruidhe 


Clârach 




Clé na Con 


Magh Aoi 


Comar 


» Cedne 


» na Conaire 


» Eine 


Conachail Coruim 


» Ith 


Connacht 


» Luirg an Dagda 


Corca Baisginn 


Midhe 
Muman 


Corr-sliabh na Segsa 


Cruachan (Rath Aoi) 


Rath na Poible 


Druim Anuâr 


Snamh da En 


» Bangubha 


Sionainn 


» Crithidh 


Sliabh Bethach 


» Crô 


Sligech 


Drobhaois 
Dubh 


Sruthan tobair ghil 


Dubh-carrgach 


Teamhair 


Dubha an Bangubh 


Tiobruid na cCeann 


Duma na ndruadh 


Tonn Cliodhna 


Dûn Breis 


Tonn Tuaidhe 




Tulach Og [an ri ?] 


Eamhain Mâcha 


Umhuill 



LUGNORRE, CHAMPTAUROZ, TOLEURE, 

LIMMAT 



Presque en même temps M. Aebischer, dans la Rame Celtique, 
et le soussigné, dans h Romania ', ont signalé comme un nou- 
vel exemplaire des composés gaulois en -durum le nom du 
village de Lugnorre, dans le Vuilly fribourgeois. Aux graphies 
médiévales identiques de Soleure et de Lugnorre correspondent, 
dans ce qui reste du patois de Lugnorre, les prononciations 
identiques satyrà et bnçrà ou Inqrà. 

Le radical associé dans ce nom de lieu à l'appellatif duros 
est malaisé à identifier. Partant de l'orthographe et de la pro- 
nonciation officielles, M. Aebischer croit reconnaître dans les 
mentions Lognerro de 1336, Lignoura^ de 1350, Lugnourro 
de 1352, Lignorre de 1378 une n mouillée. Mais la tradition 
patoise, concordant avec la plupart des graphies médiévales, 
nous assure que cette interprétation est erronée. Jusqu'au 
xvi e siècle nos mots digne, signe, règne ont été prononcés, 
comme l'attestent des rimes, et maintes fois écrits dine, sine, 
ren(n)e 2 ; encore aujourd'hui nous ne mouillons pas Yn de si- 
gnet. Le génitif Agneiis paraît dans une charte neuchâteloise 
de 131 1 sous la forme Annetis^, et la prononciation n se per- 
pétue dans les noms de famille vaudois Anet et Anex. Je 
relève dans un inventaire genevois de 1448 pag nus pour pan- 
nus* ; ailleurs et à plusieurs reprises dognus pour domnus ; 

1. P. Aebischer, Rev. Celt., XLII, p. 110 ; E. Muret, Noms de lieu cel- 
tiques en Suisse (Rotnania, L, p. 449). 
- 2. Nombreux exemples dans le Dictionnaire de Godefroy. 

3. Glossaire des patois de la Suisse romande, art. Agnès. 

4. C. Martin, La Maison de Ville de Genève, p. 113. 



344 Ernest Muret. 

parmi d'anciennes mentions de localités suisses, Dignens pour 
Denens, Magnens pour Mannens, Rugnens pour Retiens, Pig- 
pignet pour Pépinet (Lausanne), quelquefois prononcé et écrit 
Pimpinet '. On voit par ces exemples que la graphie gn pour 
n s'est propagée de quelques mots « savants » à d'autres mots 
et qu'il y faut regarder à deux fois avant d'appliquer à ce 
groupe de lettres nos habitudes de lecture modernes. 

Dans le nom de Lugnorre, cependant, le mouillement illu- 
soire de Yn parait à M. Aebischer s'imposer, en quelque sorte, 
avec un caractère de nécessité. Constatant que les graphies en 
gn « prennent la succession de graphies — les plus anciennes — 
en -sn- », il croit « que nous avons ici un exemple de plus du 
phénomène connu par ailleurs du passage d'un -s'n- à -n-, 
phénomène qu'on retrouve actuellement dans une zone 
horizontale, insinuée entre le français et le domaine du pro- 
vençal, allant de Bordeaux et de la Vendée, à l'Ouest, jusqu'au 
Rhône et à la Côte-d'Or, à l'Est. » L'aire ainsi délimitée 
« devait englober jadis le territoire franco-provençal égale- 
ment. » Preuve en seraient quelques formes savoyardes ou 
valaisannes des mots « chêne » ou « frêne » et d'anciennes 
mentions de lieux dits du canton de Fribourg: « le nom de 
la maison isolée de Fragnire (commune de Neirivue) écrit 
Fragnyeres en 1432 et Frasnieres en 1235 » (fraxin-arias) ; 
Chagno (*cassanum) et Chagnel, à Cerniat (1305), Vaulruz 
(1355) et Marsens (1378); ou pas a Vagno (asinum), à 
Vuadens, en 1355. De ces exemples le seul valable, con- 
cordant avec des répliques vaudoises, est celui de la Fragnire, 
en patois la frèhïri. Dans les autres cas nous retrouvons l'em- 
ploi de gn pour n, ainsi qu'en témoignent les prononciations 
actuelles u tsânà à Marsens, u prâ a l'ânô à Vuadens 2 . 

A la seule exception des noms de lieu du type Fragnire, le 
changement de sn en n mouillée n'est sûrement constaté dans 

1. H. Jaccard, Essai de toponymie, pp. 131, 2^5, 358, 382. 

2. Dans son mémoire Sur l'origine et la formation des noms de famille 
dans le Canton de Fribourg (p. 33), M. Aebischer allègue encore l'exemple du 
lieu dit Agnens, jadis Asnens, dans les communes de Saint-Aubin (Fribourg) 
et de Missy (Vaud). Mais j'ai entendu prononcer onè (fr. anus) à Saint- 
Aubin, ânè à Missy. 



Lugnorre, Cbamptauroi, Toleure, Litumat. 345 

la Suisse romande qu'en Valais, de Martigny à Sierre, dans 
le mot « chêne » et très rarement dans le mot « frêne ». Ce 
sont les mêmes qui constituent, à eux seuls, l'aire délimitée 
par M. Aebischer au centre de la France. Un mouillée n'appa- 
raît sur la carte âne de Y Atlas Linguistique qu'en dehors de 
cette aire, au point 43, dans le département du Doubs, et 
bien loin au nord (points 193, 194 et 196), dans la province 
de Liège. Or, « chêne » et « frêne », sujets à être influencés 
l'un par l'autre, sont deux mots sui generis. On sait que plu- 
sieurs noms d'arbres ont dans les langues romanes des doubles, 
anciens adjectifs en -eusou-ius: *abieteum, *bettium, *betul- 
leum, fageum, pineum, "liernium 1 . Sur ce modèle on a pu 
susciter à *çassanum et fraxinum, après la syncope de la 
pénultième, des concurrents à consonne mouillée. 

Il convient, au surplus, de distinguer entre Vs dentale (afr. 
asne, disner, isnel) et l'ancienne s palatale (afr. aisne, fraisne, 
taisnieré) et de rechercher si les voyelles précédant ou suivant 
le groupe sn n'ont pu concourir, différemment selon les par- 
lers, au mouillement de la nasale. En considérant les desti- 
nées divergentes de c et g latins dans jouer, louer, rue et dans 
loiier, noiier, paiier, soiier, plaie, on conçoit très bien que dans 
les mêmes contrées la même n latine puisse être prononcée 
autrement dans fraxin-aria que dans fraxinum. Complétée 
par de nouveaux exemples (les ègnes en Champagne, egnilli 
ou ignelli à Guernesey, araigner en Bourgogne, mègnie, magnie 
magnée) 1 , la thèse trop générale de M. Aebischer se résout en 
une série de cas particuliers dont aucun ne concorde exacte- 
ment avec, les données fournies par le nom de Lugnorre. 

L'étymologie Losunius, proposée avec de prudentes réserves 
par M. Aebischer, est donc à rejeter. Un*Lousinos, non attesté, 
qu'il mentionne en passant, serait préférable. Mais ici surgit 
un doute, né de la graphie Loisnuerre du commencement du 
xm e siècle. D'où proviendrait IV, sinon d'une s palatale, con- 
tinuatrice de si ou ti en hiatus, de c suivi d'e ou d'i, ou 



1. A. Thomas, Essais de philologie française, p. 74. 

2. G. Paris, Romania, XV, p. 619 ; Godefroy, articles isnel, araisnier, 
tnesniee. 



346 Ernest Muret. 

bien du groupe de consonnes noté en latin par x ? L'absence 
de cet i dans les autres graphies ne contredit pas cette inter- 
prétation ; car l'écriture des langues romanes ne représente que 
très imparfaitement les consonnes palatales inconnues au 
latin. A la vérité, Loisnuerre pourrait n'être pas autre chose 
qu'une graphie inverse, témoignant de la réduction de oi à 
par où s'expliquent les formes fréquentes bu et bû du mot 
bois. Je ne prétends pas résoudre ici le difficile problème 
auquel s'est vaillamment attaqué M. Aebischer. Je voudrais 
seulement en avoir précisé les termes. Pour achever cette 
mise au point, j'ajouterai que l'ancien protonique, devenu? 
ou amuï en patois et remplacé par u dans la forme officielle 
Lugnorre, peut résulter non seulement d'un long ou bref 
ou d'un u bref, mais tout aussi bien d'une des diphtongues 
celtiques ou et eu. Le nom de Lausanne (Lousonna) se pro- 
nonce en patois lo^pna ; celui d'Ogo est ramené par M. Hub- 
schmied à un prototype *ouksuko\ Des noms de saints 
Eustachius, Eugendus, Euphemia, Eulalia sont dérivés le 
nom de famille Hostache et les noms de lieu Saint-Oyens 
(Vaud), Saint-Offenge (Maine-et-Loire, Savoie), Santa Olalla 
et Santa Olaja (Espagne). 

On s'étonne que M. Meyer-Lubke et après lui M. Aebi- 
scher aient pu songer un seul instant à annexer au petit groupe 
des noms suisses en -durum celui d'Yvorne (Vaud), qui jure 
si fort avec les autres. Dans le Dictionnaire Historique du Can- 
ton de Vaud, achevé en 1921, je l'ai rapproché, sous sa forme 
patoise féminine èwerna, du cognomen Eburnus mentionné 
par Festus, et j'aurais pu égalemeut faire état du nom gaulois 
EVORNOS enregistré par Holder. En revanche, dans un autre 
article du même dictionnaire, j'ai identifié le nom d'un autre 
village vaudois, Champtauroz (Chantuoro 1228, Chantouro^ 
1453, Chanteurre dans le Nécrologe du prieuré de la Lance, 
tsàtQru en patois), à un *Cantoduros helvète, formé de 
l'adjectif *cantOS, « blanc », ou d'un nom de personne cor- 
respondant au français Blanc. A la suite de Lugnorre et 
Champtauroz, oserai-je encore présenter à mes lecteurs un 

1. Romania, L, p. 440. 



Lugnorre, Champlauro\, Toleure, Limmat. 347 

nouveau candidat qui depuis longtemps me sollicite de le 
réintégrer dans son indigénat celtique? 

Ce candidat, le Toleure, est un gros ruisseau du canton de 
Vaud, tributaire de l'Aubonne qui se jette dans le lac Léman,' 
entre Lausanne et Genève, et formait jadis la limite des deux 
diocèses. L'Essai de toponymie suisse de Jaccard n'en fournit 
qu'une seule mention antérieure au xix e siècle : Tolère en 1597. 
L'archiviste de l'Etat de Vaud, M. Maxime Reymond, m'en 
a obligeamment communiqué plusieurs autres, qu'il a extraites 
de documents inédits: Tolloura^ (env. 1350) et Tholouurru^ 
(env. 1380), dans l'analyse d'un acte de 1304 ; Tolloure (158 1), 
Toullouro^ (1673)'. On prononce en patois talâoru (ou 
talauru) à Bière, sur la rive gauche, talaeru à Saubraz, sur la 
rive droite. L'û final atone des anciens proparoxytons se con- 
tinue dans les patois suisses tantôt par un tantôt par un u ; 
dans celui de Bière la diphtongue âo ou au répond, comme 
à Lugnorre, à un latin, bref ou long, libre et accentué 2 . 
De talâoru on remonte sans aucune hésitation à un nom du 
même type que Soleure, Lugnorre et Champtauroz. 

Mais comment un composé ainsi formé aurait-il pu servir 
à dénommer un ruisseau ? Le transfert à des cours d'eau du 
nom des lieux où ils passent n'est point rare. Un ruisselet de 
la commune genevoise de Bardonnex est dit le Petit-Pont 
ou le Maréchet (diminutif de « marais »). La Raisse et le 
Fleurier, affluents de la Reuse, dans le canton de Neuchâtel, 
le Chandon (ou ruisseau de Chandon), ' affluent du lac de 
Morat, tirent leurs noms du hameau de la Raisse (la « scie- 
rie »), des villages de Fleurier (Floriacum) et de Chandon 
(Cambodunum) 3 . Le cas le plus intéressant est celui de 

1. Une grosse, un terrier grossoyé en 1441 . offre à plusieurs reprises la 
graphie Colouroç, qui est une faute évidente, une faute de lecture du copiste. 

2. Cf. krà, « creux », à Lugnorre, et krau à Bière, krâu dans la com- 
mune limitrophe de Berolle (JbJraula). 

3. Aebischer, Les noms de quelques cours d'eau fribourgeois, 2 e série 
(extrait des Annales Fribourgeoises, 1925), I Chandon. Cet exemple et les 
autres semblables l'emportent dans ma conviction sur les arguments avan- 
cés plus loin par l'auteur (pp. 25 ss.) contre l'opinion qui identifie le nom 
du Gotteron fribourgeois, rivi de CbauJru[n] en 1254, ail. Gallerenbacb, 
à celui de la gorge, Cboudrun en 1262 (c'est-à-dire « le Chaudron »), 
par où ce ruisseau- débouche dans la Sarine en face de Fribourg. 



348 Ernest Muret. 

la grande rivière qui jusqu'à son entrée dans le lac de Zurich 
s'appelle la Linth et à sa sortie devient la Limmat. La forme 
Limât n'apparaît qu'à la fin du xv e siècle. Sous les mentions 
antérieures Lymag (1492) ', Linmag, Lindmag ou Lintmag, 
Lindemacifluminis[S l )^],Lindimagifluminis [820] 2 , on recon- 
naît du premier coup un composé formé du gaulois magos 
et d'un nom jadis commun à la Linth et à la Limmat. Ce 
devait être, selon toute vraisemblance, l'appellation d'une 
localité riveraine, située entre Zurich (Turicum) et le con- 
fluent avec l'Aar, peut-être de la plus importante, Baden 
en Argovie, dont nous ne connaissons que le nom alle- 
mand et le nom romain, Aquae Heluetiae, mais qui a dû 
en avoir un autre dans la bouche des Helvètes, puisqu'on y a 
découvert des vestiges celtiques. 

A Bière, on a relevé sur le plateau de Champagne, au som- 
met d'un ravin abrupt qui domine le cours du Toleure, 
l'emplacement d'un ancien camp retranché qui, suivant 
l'archéologue cantonal vaudois, M. Albert Naef 5 , peut avoir 
été utilisé dès les temps préhistoriques, mais dont aucune 
fouille n'a permis de préciser l'origine. Les exemples ci-des- 
sus nous autorisent à supposer que le ruisseau s'est approprié 
et nous a transmis le nom gaulois de cette forteresse, devenu 
vacant sous le régime de la paix romaine. A quel mot ou à 
quel nom propre celtique identifiera-t-on le premier élément 
du composé Toleure ? Vo de la forme française et Va du patois 
talâoru étaient interchangeables en syllabe protonique, par assi- 
milation ou par dissimilation. \J Altceltischer Sprachschat\ offre 
diverses possibilités d'explication, entre lesquelles je suis 
embarrassé de choisir. Les radicaux Toi- et Tul(l)-ne sont 
point rares dans l'onomastique des pays jadis occupés par les 
Gaulois. De talos, « front », il semble qu'on ait pu tirer la 
dénomination d'un ouvrage fortifié ; des noms d'hommes 
Talorix, Argiotalos, Dubnotalos et autres semblables, un 
hypocorostique *Talos. Ernodurum, aujourd'hui Saint- 

1. Mélanges Ferdinand Lot, p. 533. 

2. Urkundenbuch der Stadt und Landscbaft Zurich, von J. Escher und 
P. Schweizer, I, pp. 8 et 2 1 . Cf. Holder, Lindimacns. 

3. Lettre du 17 avril 1926. 



Lugtwrre, Cbamptauro^, Toleurc, Limmat. 349 

Ambroix, sur l'Arnon ', affluent du Cher, suggère une hypo- 
thèse qui ne manque pas de piquant. La Béthune (Seine- 
Inférieure) était jadis la Telle (Telia), éponyme du pays de 
Talou ; plusieurs cours d'eau suisses s'appellent Tela, Teylaz, 
Thièle ou Toile et Talent. Est-ce que le Toleure, comme la 
Limmat, nous aurait conservé, sous le nom qu'il a pris par 
droit de conquête, celui qu'il portait auparavant par droit de 
naissance ? 

Ernest Muret. 

1. Longnon, Les Noms de lieu de la France, p. 38. 



23 



LA PRÉPOSITION « ENTRE 



La préposition signifiant « entre « présente dans les langues 
celtiques et romanes un curieux développement sémantique, 
dont le parallélisme est instructif. 

En latin, inter s'emploie pour désigner l'espace intermédiaire 
à deux objets. Et cet emploi subsiste dans les langues 
romanes : français entre deux mers, entre cour et jardin, entre 
cuir et chair, etc. Mais les deux objets peuvent être compris 
eux-mêmes dans les, limites qu'enferme la préposition: si bien 
que du sens de « entre » celle-ci passe à celui de « y compris, 
tout ensemble, à la fois ». Ce développement sémantique a 
du être favorisé par la confusion de inter et de intra. En latin 
classique, les deux prépositions sont bien distinctes : intra 
signifie « à l'intérieur de, dans les limites de ». Ainsi, chez 
Plaute, intra limen (Men. 416, Mil. 59e, Most. 1064), intra 
praesepis (Cas. prol. 57, Rud. 1038), intra portam (Men. 400), 
intra aedis (Men. 816), intra dentés (Trin. 909), intra pectus 
(Truc. 44), etc. C'est le contraire de extra. Mais dans les bas- 
temps, inter et intrâ se confondent ; v. Einar Lôfstedt, Spàtla- 
teinische Studien, p. 82-83 (Skrifter utgifna af K. Kumanistika 
Vetenskaps-Samfundet i Uppsala, XII, 4). 

Les romanistes font remonter à inter la forme entre du fran- 
çais, du provençal, du catalan, de l'espagnol et du portugais, 
intre du sarde, intre du roumain ; et d'autre part à intra la 
forme ira de l'italien (cf. Grôher, A. L. L., III, 268). Mais le 
sens est le même. Et en espagnol ou en français comme en 
italien s'observe le même développement sémantique. Nous 
disons en français : « Entre canards et poulets, j'avais une tren- 
taine de volailles ». De même en espagnol : « Veinte perso- 



La préposition « entre ». 351 

nas, entre mujeres y ninos, han perecido ». Ou encore en 
italien : « Morirono più di mille settecento, tra cavalieri e 
pedoni ». Cet emploi est fort ancien, plus répandu même dans 
le français du moyen âge que de nos jours. En italien, la 
langue de Dante en fournit des exemples : « Non erancento 
tra ' suo' passi e i miei » (Purgatoire, XXIX, v. 9 ; « nous 
n'avions pas fait cent pas à nous deux », m. à m. « ses pas 
et les miens n'étaient pas cent »). 

Il arrive même que la préposition « entre » urtisse le sens 
de « conjointement, à la fois » à celui d'une autre préposition 
suggérée par le contexte. Quand nous disons en français : « La 
vie se passe entre les plaisirs et les affaires », il faut comprendre 
« à la fois dans les plaisirs et dans les affaires », ou encore : 
« entre les courses et les visites, on perd tout son temps » ; cela 
veut dire : « par les courses unies aux visites ». De même en 
italien : « Tra una cosa e l'altra abbiamo perduto un tempo 
precioso », ou encore : « Tra le stampe, la posta e le visite, è 
andata via una mattinata in un momento ». 

Dès les plus anciens textes, le correspondant celtique du 
latin inter présente en irlandais des valeurs semblables. Au 
sens de « tout à fait, complètement » etir est courant en vieil- 
irlandais (Z. E., 613; Thurneysen, p. 499) ; et de la prépo- 
sition on a tiré un substantif qui figure dans les locutions 
imm-an-etar « réciproquement » (Z. E., 614), ni thibér-sa tra 
motharb di-an-etur « je ne donnerai certes mon taureau à aucun 
des deux » (L. L., 55 a 26) ; Pedersen, Vgl. Gr., II, 144. 
Le substantif pourrait être traduitpar« communauté, ensemble 
de deux ». Au sens de « à la fois, conjointement », etir, eter 
est d'un emploi courant à toutes les époques de la langue. 
Les exemples en sont innombrables ; il suffira d'en citer 
quelques-uns : eter soir 7 dôir, eter mug 7 coimdid « à la fois 
homme libre et esclave, serviteur et maître » {JVb., 27 c 15) ; 
eter chorcair ocus gortn « aussi bien pourpre que bleu » (L. L., 
54 a 36) ; eitir laithe 7 oidhche « jour et nuit » (L. Gabh., éd. 
Mac Neill-Macalister, p. 214 t) ; eter dhaine 7 innile « à la fois 
gens et bestiaux, bêtes et gens » {Beatha Abâin, § 13, dans 
l'édition C. Plummer) ; eter mnai 7 fer « à la fois homme et 
femme » (R. Celt., IX, 24, 1. 9). Comme on le voit par la 



35 2 /• Vendryes. 

rection appliquée dans plusieurs de ces exemples, il ne s'agit 
pas d'un simple adverbe marquant simultanéité ou com- 
préhension, mais d'un adverbe doublé d'une préposition. Les 
deux mots réunis par la conjonction « et » dépendent en prin- 
cipe de la préposition eter '. Mais c'est le sens adverbial qui 
domine : edir thûaith, thés is thiar « à la fois au Nord, au 
Sud et à l'Ouest »(Baile Suibhne, p. 188). 

L'ensemble des deux mots commandés par la préposition 
etir et dont cette dernière marque l'union peut jouer syntaxi- 
quement dans la phrase un rôle quelconque. 

Ainsi de régime direct : (diabraigdis) eter chlochu 7 drmu « ils 
lançaient à la fois pierres et armes » (Côir Anmann, § 146, 
/. T., III, 352); ancid Colmân iatt uile, etir ech ocns duine 
Colmdn les sauve tous, à la fois cheval et homme » (K. Meyer, 
B. Colm. y p. 90, v. 12); rogab Une féin ider édach 7 cris 7 éidedh 
« il mit autour de lui-même à la fois vêtement, ceinture et 
costume » (Z. /. Celt. Phil., XIII, p. 231, 13) ; etc. 

Ou de régime indirect, la nature particulière du rapport 
étant indiquée par le contexte : cech locc asmbi aurgnam déicsi 
iter mag 7 tech « tout endroit permettant la vue, aussi bien 
dans la campagne que dans une maison » (San. Cormaic, éd. 
K. Meyer, n° 1212) \amin torsich sund itir toind 7 carraic «nous 
sommes fatigués ici à la fois de la vague et du rocher » 
(FI. Bricr. dans /. T., II, 1, 178, 1. 131); ifern iter sen is ôcc 
« l'enfer à la fois pour le vieux et le jeune » (C. Plummer, 
Miscellanea hagiographica hibernica, p. 109) ; eter foss no uttnailli, 
eter suide no sessam « à la fois dans le repos ou l'agitation, 
dansla position assise ou debout» (Hymne de Colman, Thés. 
Pal., II, 300, 1) ; soilsi etir là 7 adaig « de la lumière à la 
fois pendant le jour et pendant la nuit » (Sait, na Rann, 
v - 4 376); eier cill 7 tûaith « à la fois dans le monastère et 
parmi le peuple ». (An. from Irish Mss., III, 7); co fargabsat 
ili itir bas 7 ergabail « et ils perdirent beaucoup (d'hommes) 
à la fois par la mort et la captivité » (Ann. d'Ulster, I, 
p. 426.9 Henn.); etc. 



t . Exceptionnellement, cette dernière est répétée deux fois : eter mor is 
eter bée «grand et petit» (R. Celt., XXIII, p. 306, str. 9). 



La préposition « entre ». 353 

Ou même le rôle de sujet : firis muntir dé... etir airgid oms 
ecneva. à m. « a rassasié la troupe de Dieu... aussi bien l'ar- 
gent que les saumons » (Jmmr. Snedgusa, cf. la note de l'édi- 
tion de M. Thurneysen, p. 16, qui souligne le fait quele verbe 
au singulier a pour sujet l'ensemble des deux mots que com- 
mande etir). 

La préposition etir conserve d'ailleurs en irlandais le sens 
propre de « entre » et s'emploie comme le latin inter pour 
désigner l'espace intermédiaire à deux objets ou occupé par un 
groupe complexe : atâim idir antmiin 7 imtechd « je suis entre 
le fait de rester et celui de partir » (Trip. Life, 540, n. 3); 
doicc etrom is mhïionar « est venu entre moi et ma tunique » 
(B. Suibhne, p. 88) ; atnal foelaid etir chair cha « comme un 
loup parmi les brebis »(Tog.Trôi, 2 e éd. , 1. 1433). Mais le tour 
etir... ocus pour unir les élément d'un tout est un idiotisme 
tellement habituel aux Irlandais qu'on le rencontre dans des 
textes latins écrits en Irlande ou sous l'influence irlandaise. 
Windisch (das Keltische Britannien, p. 288) l'a relevé dans le 
latinde Nennius, chap. 48 : Postquam exosi fuerunt i 11 i omnes 
homines gentis suae pro piaculo suo inter potentes et impo- 
tentes, inter seruum et liberum, inter monachos et laïcos, 
inter paruum et magnum, etc. Il est vrai que, dans ce cas, ce 
pourrait être aussi bien un idiotisme brittonique. 

Le gallois connaît en effet le même emploi que l'irlandais. 
Il le pratique seulement dans une mesure beaucoup plus res- 
treinte. C'est que l'ancienne préposition celtique, conservée 
en irlandais sous la forme etir, eter, a disparu du gallois. Elle 
y a été remplacée par une préposition nouvelle, rhwng ou 
yrwng, dont la valeur propre est « entre » au sens du latin 
inter. Ainsi : yrwng y dwydor « entre les deux portes » (Mab., 
R. B., I, 172, 5 du bas); y rwng y venic ae lewys « entre ses 
gants et ses manches » (ib. 148, 29) ; a bot gelynyaeth y rynghot 
ar holl adar « et qu'il y a de l'inimitié entre toi et tous les 
oiseaux » (Mab., W. B., col. 109, 23); a ranu yr yspeil a 
vjnaethpwyt y rwgywyr ef « et le partage du butin fut fait 
entre ses gommes » (Bruts, R. B., II, 49,6). 

C'est là l'emploi ordinaire de la préposition yrwng. Mais 
dès les anciens textes s'observe un emploi idiomatique ana- 

23* 



354 /• Vendryes. 

logue ii celui de l'irlandais ': yriung dyd a nos « (les messagers 
marchèrent) jour et nuit » (Mab., R.B., 88, 6 ; J.Loth, Mab. 
2 e éd., I, p. 22 1) ; ac enynnu trwy var rwg nef a dayarv. et 
embraser par colère à la fois ciel et terre » (B. Tal., p. n.8Ev.); 
gogwn atrefnawr rwg nef a llawr « je connais le régulateur à 
la fois du ciel et de la terre » (B.Tal., p. 20.25 Ev.) ; 
ac yna rwng dicter a llit taraw ym plith y llygot a wnaeth « et 
alors, emporié par la fureur et le dépit, il se mit à frapper les 
souris » {Mab. R. B.,I, 54, 3); sef ni fer a las yna rwg tywysso- 
gyon a gwyr da ereill tri ugeinwyr a phedwar canwi , « le nombre 
de ceux qui périrent là fut de quatre cent soixante hommes, à 
la fois princes et gentilshommes» (Bruts, R. B., II, 139-140); 
esgynneis aruelyn Vaelyenyt hyd ynhir Reged rwg nos [ytny] adyl 
« je suis monté sur un cheval bai pour aller de Maelienyd 
jusqu'au pays de Rheged jour et nuit » (Gorhoffet Hywel ab 
Ywein Gwynet, dans la Myf. Arch. 198 b 12 = R. Celt., 
XLI, p. 99, v. 36-37) 2 . Cf Sir J. Morris-Jones, Taliessin, 
p. 67, qui rappelle le tour du gallois moderne rhwng y naill 
beth ar Hall « taking one thing with another ». L'emploi 
idiomatique a survécu à la disparition de la vieille préposition 
qui signifiait « entre « et s'est étendu à son substitut. C'est-à- 
dire que rhwng (y rwng), qui désignait d'abord l'espace inter- 
médiaire à deux objets, a finalement englobé les deux objets 
dans sa sphère. En moyen-gallois, rwng un ac arall signifie 
« dans la foule » : ac yn hynny rwg vn ac arall llithraw yr 
yskymun vratwr allan « et alors le maudit traître s'échappa 
dans la foule (m. à m. entre l'un et l'autre) », Bruts, R. B., 
II, 172,7 (le texte latin porte inter unum et alium elapsus). 

On n'a pas relevé de tour analogue en corniqueni en breton 
armoricain. Mais ce dernier connaît la préposition entre dans 



1. Le moyen-gallors emploie fréquemment un autre idiotisme : ryngtaw 
ac « entre lui et (un lieu)» pour dire « dans la direction d'un lieu » {Mai., 
R. B., 85, 15 m W. B., col. 182, 35, etc.). 

2. On peut joindre à cette liste l'exemple suivant deDafydd ab Gwilym, 
dans la pièce sur l'Alouette (pièce 95, v. 25 de 1 édition O. M. Edwards ; 
pièce 55, v. 44 de l'édition Ifor Williams) : dysgawdur niawl rhwng gwawl 
a gtvyll, disgyn, nawdd Duw ar d'esgyll « professeur de louange matin et soir, 
descends, avec la grâce de Dieu sur tes ailes ! » 



La préposition « entre ». 355 

un emploi particulier, qui est également répandu en moyen 
français. Lorsque la préposition a pour régime un pronom 
personnel au pluriel, l'ensemble constitue une locution qui 
exprime la réunion de deux (ou plusieurs personnes). Entre 
nous équivaut alors à « moi et toi », comme entre vous à « toi 
et lui ». 

Dans beaucoup de langues, la préposition signifiant « entre» 
s'emploie avec un pronom personnel au pluriel comme ré- 
gime ; mais elle conserve sa valeur propre de préposition. 
Entre nous signifie alors « entre toi et moi, en limitant à nous 
deux l'entretien «.Ainsi, en français 

Je crois bien, entre nous, que vous n'existe^ pas. 

On dit de même en allemand unter uns ', en anglais belween 
ourselves 2 , et en grec moderne XsYaps (àva);j.sta;j u.a; ou àvâ- 
jxsaà [lxç « nous disions entre nous ». 

Le latin ancien fournit des exemples analogues avec inter : 
Quousque, quaeso, ad hune modum \ inter nos aniore utemur sem- 
per subrepticio} (PL, Cure, 205) ; Age inepte quasi nunc non 
noritnus nos inter nos, Ctesipho (Ter., Ad. 271) ; et plus encore 
avec intra : Ea intra se consumant Arabes (Plin. H. N., XII, 
45, 1) ; praecipue quum affirnietis intra uos futura « surtout 
puisque vous m'assurez que cela restera entre vous (sans être 
connu de personne autre) » (Plin., Epist., III, 10). C'est le 
point de départ de la confusion des deux prépositions (v. 
ci-dessus, p. 350). 

Il faut interpréter de même l'exemple suivant emprunté au 
comique (Origo Mundi, v. 935) : 



1. Comme on dit unter Freunden, nnter vier Augen. Certains dialectes 
emploient ^wischen au sens de unter. 

2. L'anglais moderne connaît l'emploi de bettveen,au sens signalé ci-des- 
sus en celtique et en roman (cf. le Dictionnaire de Murrav, s.u. belween, 
§ 19, p. 835 3e col. en bas) Krùger dans son Engliscbe Syntax, § 3617 a, 
cite : Between followers and sergeanis the Templars mustered about 15.000 
me n, phrase qui correspond tout à fait aux phrases irlandaises, françaises, 
italiennes, etc. reproduites plus haut. Mais le tour ne paraît atttesté ni en 
allemand, ni en Scandinave, ni même en ancien anglais. 



356 /. Vendryes. 

ha dyso my a leuer 

yntrethon taelow pryve 

«et je vais te dire, 

entre nous, les choses secrètement ». 

Mais l'originalité du breton armoricain est d'employer une 
locution de ce genre en réduisant la préposition « entre « au 
rôle d'un simple adverbe marquant l'union des personnes en 
question. En moyen breton, les exemples sont fréquents où 
entrom (entromp) signifie « nous deux, nous tous, tant que 
nous sommes » (Myst. de Jésus, 17 a, 36 a, 227 b, etc.), où 
entroch signifie « vous deux, vous tous ensemble » (ib., 206 a, 
222 a; Ste Barbe, 5, 397, etc.). A ce tour se rattache l'emploi 
de entre dou au sens de « tous deux, ensemble » : en se on grej- 
vtt entre dou « ainsi nous sommes battus tous deux » (Myst. de 
Jésus, 147 z);gruet hy entre dou badouet «faites la tous deux 
défaillir » (Ste Barbe, 593), etc. 

Aucun de ces deux tours bretons n'est ancien en celtique '. 
Car pour traduire l'idée de « nous deux, nous trois », etc., 
l'irlandais conserve l'usage d'un vieil idiotisme, qui consistait 
en l'emploi du nom de nombre personnel au datif-instrumental 
précédé de l'adjectif possessif : âr n-oendis « nous deux seuls » 
(Poème de St Paul, II, 3 ; Thés. Pal., II, 293) ; cf. Pedersen, 
Z. C. P., II, 379. De là meinic bàmar i n-dr n-dts « souvent 
nous étions tous deux» (B. Suibhne, 154,20);^ rangadar in-a 
n-dis « qu'ils s'en allèrent tous deux » (ib., 158, 2). En gallois 
aussi, c'est l'adjectif possessif qui figure dans les locutions de 
ce genre : aivnn yn dwyv. allons tous deux » (Historia o vuched 
Dewi, p. 13, 1. 12); an taered ni an whech « notre affirmation 
à nous six » (Mab., R. B., 18, 30). 

L'origine des tours bretons entromp « nous deux », enlrocb 
« vous deux » est évidente. Ce sont des emprunts au français. 

1. Sur l'emploi de irl. etarru au sens de « entre lui [et un autre], » ce qui 
est un idiotisme différent, voir Zimmer K. Z., XXXII, 156 et Thés. Pal.hib. 
I, 563, n. b(cf. R. Celt., XXX, 360, n. 2, XXXII, 356 et ci-dessus, 
p. 254). Dans le texte édité ci-dessus, p. 24, § 23, et p. 36, § 34, on lit 
doronsat in laidh etorra « ils firent ce poème entre eux, en se répondant 
l'un l'autre » ; ce qui se rapproche du tour breton étudié ici. 



La préposition « entre ». 357 

Le moyen français, qui employait couramment la préposition 
entre pour réunir deux noms en un ensemble grammatical, 
étend naturellement cet emploi au cas du pronom. On lit dans 
la Chanson de Roland, v. 3073 : 

Entre Rembaltet Hamon de Galice 
Les guideront tôt par chevalerie 

et dans le Jeu de la' Feuillée, v. 213 (éd. Ern. Langlois, 
Champion, 191 1) : 

Entre lui et Robert Cosel 

c'est-à-dire « Robert Cosel et lui, tous deux ensemble ». Le 
Dictionnaire de F. Godefroy donne de nombreux exemples 
analogues. Avec le pronom personnel, les exemples ne sont 
pas moins fréquents : Alons à lui parler, sire, entre vous et moi 
(Berte, cv). Et par suite, avec un seul pronom régime : Jeveuil 

que entre nous nous en allons notre chemin (Froissart, II, 2, 

232) ; entre vous qui ce corps porter, or ar restez-vous, arres\e\ 
(Anciens Airs de Cour publiés à Poitiers en 1607, cités par 
A. Loquin, Mclusine. t. II, p. 349, str. 19). 

Si l'on met à part ce dernier cas, où le français a manifes- 
tement agi sur le breton, les faits rapportés dans cet article ne 
peuvent guère s'expliquer par des actions réciproques. Il s'agit 
bien plutôt d'un de ces développements parallèles dont les 
langues celtiques et romanes offrent, comme on sait, certains 
exemples si frappants. 

J. Vendryes. 



Revue Celtique, XL1II. 2 3 



THE ANNALS 

IN 

COTTON MS. TITUS A. XXV 

{suite.) 



MARGINALIA. 



Many of the marginalia are attached to passages which, being 
in Latin, will not be translatée!. It will therefore be conven- 
ient to collect hère the translation of ail those, except bare 
dates, which are in Irish. Référence to this list is made in foot- 
notes to the Translation by quotation or partial quotation and 
the abbreviation ' M. ' (= ' marginalium'). 

§ 21. cein corgab etc. Until faithful David came to the throne, 
forty years and nine hundred passed, it is sure... This is not 
a thing which... Eight hundred, as thou reckonest, and two 
great thousands. 

§ 25. mongach musga (which I cannot translate). 

§ 40. ella ella, etc. ( ? in cypher). 

§ 48. O Abraham, etc. From Abraham to David — it is clear 
if thou compute it — two and forty and nine hundred years. 
From Adam until David was admitted to his kingship it is nine 
and eight hundred and two thousand years. 

§51.0 Dauid, etc. From David until the people were car- 
ried into captivity, seventy-three years and four hundred, 
without error. From Adam until the people's leaving its land ', 
three and sixty and three hundred and three thousand years. 

§ 77. O doeradin, etc. From the condemnation of the people 
to the birth of the faithful Lord, five hundred and nine and 
eighty years, most surely. From Adam until the Only Son of 

1. ? cor deracht. 



The Annals in Cotton MS. Titus A. XXV. 359 

gentle Mary was born it is two and fifty and nine hundred 
and three thousand years. 

§ 122. commarbad. He was killed. 

§ 126. bliadain et da, etc. 1341 years since Conn Cétchathach 
died. 

§ 140. xl bliadna iar, etc. Forty years after the death of 
Niall Nôigiallach Patrick came to bless Ireland. At the end o 
four years after the slaying of Niall Nôigiallach Patrick was 
taken captive in Ireland. K (n). After his release by the angel 
Victor. 

§ 169. F. Gtin chain, etc. Poetical quotation : The glorious 
birth of Colum our cleric today above learned Ireland. On the 
same festival — no matter of pride — falls the blessed death 
of Buadach the son of Brônach. 

§ 172. hi ielcuba, etc. In a vat of wine, on Hallow-eve, at 
Mullach Cleittigh on the Boyne. 

§ 175. Tuathal Mael Garb, etc. Tuathal Mâel Garb, son of 
Cormac Caech son of Carbry son of Niall, king ofTara, jugu- 
latus in Grellach Eilte by Mâel Môr, grandson of Mac I, qui et 
ipse (that is, O hArgatain) statim occisus est, unde dicitur 
Mâel Môr's exploit. 

§ 177. budi Connaill. The stubble-yellow (disease). 

§ 183. do rèir m., etc. According tothe martyrology of Saints' 
Island. 

cethra xx li , etc. Eighty years from the death of Patrick to 
the death of Dermot son of Carrol. 

.i. Liban, etc. This was Li Ban (White Bue), thedaughter 
of Eochu son of Muredach. [She was taken] on the shore at 
Ollorba in a net, to wit that of Beondn son of Inli, who was 
fisherman to Comgall of Bangor. 

§ 213. Tomaltach mac E., etc. Tomaltach, son of Eochu son 
of Aed son of Diarmait son of Ruadri Câech, mortuus, id est 
in the last month of this year, in his own house in Cluain 
Frôich... Gofraid O Domnaill king of Cénel Conaill. 

§ 253. Fedlimid, etc. Fedlimid king of Munster quievit. 

§ 282. Coriagal, etc. Coriagal quievit in Ard Oileân. 

§ 290. 7 corôin, etc. Taking the crown of the king of Ireland 
with him. 



360 A. Martin Freeman. 

§ 291. in gha bernaid . Of the gapped spear. 

§ 335. mac in s. Son of An Sinnach. 

caisc esa duibe. The easter (?) of Ess Dub. 

§ 344. re n-abarthar, etc. Who is called Mac Diarmata. 

§ 393. leubar eiris, etc. The book of annals in Saints'Islana. 

§ 397. gahbail na c, etc. The taking of the Rock hère. 



TRANSLATION OF PASSAGES IN IRISH. 

Note. — A few single Irish words occur in paragraphs 
whichare otherwise in Latin. To save space, such paragraphs 
arenot,as a rule,- translated when the only Irish words they 
contain are among the following : 

Cath = battle; 

Mac = fili-us, -um,-o, -orum ; 

Meic = filii ; 

Ingen = daughter ; 

Ri (ri, rig) = king ; 

IQjï) = in. 

In paragraphs containing passages in Irish and Latin, the sen- 
tences wholly in Latin are not translated. On the other hand, 
a number of passages hâve been included in the translation 
which might be considered to be in Latin (the verb, e. g., 
being Latin), but which are not readily intelligible unless the 
Irish proper names (often eccentrically spelt in our text), 
with their inflections, are understood. 

§§ I_ 5> 7: ' Enair ' = ' of January'. 

32. Hoc tempore the Fir Bolc conquered Ireland. 

35. Hoc tempore the Tuatha Dé Danann acceperunt forti- 
tudinem... over the Fir Bolc. 

88. Oengus Turmech won the battle of Tara, ubi cecidit 
Fergus by the hand of Oengus. 

93. ... Mors of Cû Chulind... The battle of Almain, ubi 
cecidit Eterscél by the hand of Nuada Necht. The battle oï 
Cliu, ubi cecidit Nuada Necht by the hand of Conaire... 



The Annals in Cotton MS. Titus A. XXV. 361 

99. Bruden Da Berça desrroyed and Conaire Môr slain. Ire- 
land five years without a king. 

10 1. Lugaid Roderc' xxvi annis rexit in Tara. There are 
triginta reges of Conn's Half between Lugaid Roderc and 
Diarmait son of Cerball. 

103. The [brothers] Fothad regnaverunt uno anno. 

109. Iriel Glûnech 2 occisus est by Crimthann Nia Nâir. 

114. In hoc tempore claruit Morann son of Maen, a quo 
Morann's collar. 

125. Fiacha Find interfcctus est in Tara by Elim son of 
Connra. 

126. ... Conaire son-in-law of Conn rexit annis viii... The 
sons of Oilill Ôlomm and the three Cairbres (sons of Conaire 
son of Lug Lama) won the battle of Cend Ebrat against Lugaid 
MacCon. Lugaid MacCon won the battle ofMag Mucruma,ubi 
cecidit Art Oenfer son of Conn Cétchathach (C. of the Hun- 
dred Battles) et viifilii of Oilill Olomm... Benne Brit, more- 
over, occidit Eogan... Cormac Ulfota, grandson of Conn, rexit 
annis xlii... Cormac grandson of Conn won the battle of Gra- 
nard against the Ulstermen. Cormac made an expédition across 
Mag Rein. The Ulstermen deposed Cormac grandson of 
Conn... Cormac grandson of Conn won the battle of Fochard 
Murthemne... Disappearance of Cormac grandson of Conn 
for the space ofa week. Cormac grandson of Conn won the 
battle of Crinna in Bregia. 

130. Muredach Tirech occisus fuit by Caelbad son of Cronn, 
kingof Ulster, at Portrig Uas Abull '. 

139. Niall Nôigiallach (Niall of the Nine Hostages) occisus 
by Eochu son of Enna Censalach by the Sea of Wight. 

148. A great victory by Laegaire son of Niall. 

151. The Leinstermen defeated Laegaire in the battle of 
Ath Dara, in quo et ipse captus est... 

152a. Mors of Laegaire son of Niall at Grellach Daphil. 

155. The assembly of Tara was held by Ailill Molt. 



1. Sriabh uDercc. F. M. ; Reoderc, Tig. 

2. Called glumar in § 98 and ghinmar in 5 1 10. 

5. i. e.' Portrfg above Aball '. F. M. and Tig. hâve ' Daball '. 



362 A. Martin Freeman. 

156. Ailill Molt defeated the Leinstermen in a hand-to- 
hand fight at Bri Eile. 

157. Mors of Conall Crimthaine son of Niall. 

158. The battle of Ocha, in quo cecidit Ailill Molt son of 
Dathi by the hand of Lugaid son of Laegaire. 

159. Initium regni of Lugaid son of Laegaire... 

172. The drowning of Murchertach son of Ert 1 . Ailbe of 
Imlech Ibair quievit. 

179. Jugulatio of Colmân M6r (Ç. the great) son of Diar- 
mait. ... 

180. Diarmait son of Cerball was defeated in the battle of 
CûilDremne. Fergus and Domnall, the two sons of Ere, and 
Ainmire son of Sétna and Nainnid son of Dui and Aed son of 
Eochu, king of Connacht, victores erant per orationes of 
Colum Cille. 

183. Occisio of Diarmait son of Cerball 2 . In hoc tempore 
capta est the mermaid '. 

i88i.Initium regni of Aed son of Ainmire. The battle of 
Belach Dathi, in quo cecidit Colmân Bec (C. the little) son 
of Diarmait, a quo the Clann Colmâin, i. e. the Ui Maelsech- 
naill. Aed son of Ainmire victor erat. Dega (i. e. Daig 4 ) son 
of Cairell quievit. 

193. Jugulatio of the son of Colmân Môr, i. e. Subne son 
of Colmân, by Aed Slâne. Quies of Cainnech of Achad Bô. 

203. Subne Mend son of Fiachra interfectus by Congal 
Caech son of Scanlân. Domnall son of Aed son of Ainmire 
regnare incipit. 

204. Môr of Munster, daughter of Aed Bennâin, mortua est. 

205. Domnall defeated Congal in the battle of Mag Rath, 
ubi cecidit Congal Claen > son of Scanlân. 

211. Conaing grandson of Dant quievit... 

213. Mortalitas magna, namely the Stubble-yellow[Plague]. 

1. ' Of Ere ', F. M., A. U., and so in § 164 above. 

2. See MM. ' do rèir m. ' and i cethra xx^\ 

3. See M. ' .1. Li Bâti . 

4. This is a gloss in the original. 'Daig' is the reading of A. U. and 

Tig- 

5. Called 'Congal Caech' by Tig. and at § 203 above. 



The Annals in Cotton MS. Titus A. XXV. 363 

Diarmait and Blâthmac, the two kings of Ireland, mortui 
sunt... of the Stubble-yellow Plague '. 

214. Cendfaelad son of Blâthmac son of Aed Slâne [was 
defeated by] Finnachtason of Donnchad, ubi Cendfaelad inter- 
fectus fuit 2 . Finnachta regnare incipit. 

216. Loch Echach turned into blood. 

218. Finnachta, king of Tara, and Bresal his son jugulati 
sunt... 

224. Bech 5 of Boirche obiit. Pluit a shower of honey on 
great Athan and a shower ofsilver on little Athan and a show- 
er of blood super fossam Laginarum, et inde dicitur 'Niall 
Frosach mac Fergail' (\ T iall of the Showers, son of Fergal), 
quia tune natus est. 

227. Murchad son of Brian, king of Leinster, mortuus est. 

235. Naves in aère vi?ae sunt cum viris suis above Clonmac- 
noise. A great beast was castashore at Boirche in the time of 
Fiachna son of Aed, king of Ulster. There were three golden 
teeth in its head, and each tooth weighed fifty ounces. Oneof 
the teeth was placed or the altar of Bangor. 

237. Naufragium of the Delbne Nuadat on Loch Rib, id 
est, there were thirty vessels of them, and none escaped except 
the people in one small boat. 

243. ... unde dictum est : Five thousand haughty years, 
and a thousand ail but one, from the beginning of the wise, 
calm, world till the certain death of Donnchad was heard of 4 . 

245. The battle of Ruba Conaill between the two sons of 
Donnchad, ubi Ailill cecidit... 

250. ' athair ' = ' father '. 

251. Turgesius went to Loch Rib and made a fort there. 
He was taken by Maelsechnaill son of Maelruanaid and drown- 
ed in Loch Uair. 



1. See M. ' Tomaltach mac E.\ 

2. This entry is nonsensical in the original. To make sensé, we might 
supply ' Cathfor' (the reading of Tig. ) before the first word. 

3. Otherwise ' Becc ' (Tig. etc.). 

4. By changing ' demin ' of the original into ' demie ' we could trans- 
late • the death of Donnchad's good son', which the context seems to 
require. 



364 A. Martin Freeman. 

255. The battle of Cell Ua nDaigre was won by Aed son of 
Niall, king ofTara, and Conchubar son of Tadc, king of Con- 
nacht, against the Ui Néill of Bregia and the Leinstermen and 
a host of nine hundred foreigners vel amplius... 

259. Maelfabaill son of Clerech, king of Adne, moritur. 
In Scotland the sea cast up a woman 195 feet tall, with hair 
16 feet long, fingers 6 feet long, nose 6 feet long, and ail her 
limbs 44 feet '. 

261. The [sanctuary ofj Kells was violated by Fland son of 
Maelsechnaill against Donnchad, his own son. . . Joseph the 
abbot of Clonmacnoise, qui dicitur Joseph of Loch Con, quie- 
vit. 

262. The battle of Belech Mugna was won by the Lein- 
stermen and Conn's Half against the Munstermen, in quo ceci- 
dit Cormac son of Cuilennân, high-king of Cashel and a 
high noble of Ireland. Fland son of Maelsechnaill, Cerball son 
of Muiricén, and Cathal son of Conchubar, king of Con- 
nacht, victores fuerunt... Cerball son of Muiricén, king ot 
Leinster, [died.J 

264. The battle of Dublin, in quo cecidit Niall Glundub. 

266. Congalach son of Maelmithid routed the foreigners 2 . 

267. Murchertach son of Niall, a royal prince of Ireland, 
interfectus. 

268. The foreigners lost the battle of Muine Brocâin, in 
quo cecidit Ruadri grandson of Cananan et alii multi. . . 

270. Fergal grandson of Ruarc was castrated and beheaded. 

272. Murchertach son of Domnall grandson of Niall, and 
Congalach son of Domnall son of Congalach interfecti sunt 
by Amlaib son of Sitric. 

273. The battle of Tara was won by Maelsechnaill son of 
Domnall, king of Ireland, against the foreigners of Dublin, 
and particularly against the sons of Amlaib. 

274. A battle was won by Maelsechnaill and Glûn Iarainn 
son of" Amlaib against Domnall Claen, king of Leinster, and 
Imar of Waterford, ubi ceciderunt multi. . . 

1. In place of thi- last phrase A. U., F. M. ha^e 'she was ail as white 
as a swan '. 

2. ' Routed the Gailcnga ', A. U., F. M. 



The Annah in Cotton MS. Titus A. XXV. 365 

275. Maelsechnaill son of Domnall ravaged the isles of Con-' 
nacht and killed their chieftains. 

27e . Donnchad grandson of Brian, coarb of Ciarân of Clon- 
macnoise, quievit. . . 

277. Brian and Maelsechnaill led out an army and brought 
away hostages of the foreigners. 

278. Brian led an army to Athlone. ... 

279. The battle of Croeb Tegla ' between the Ulstermen 
and Cenél Eogain,ubi ceciderunt duo reges, scilicet Aed 
grandson of Niall and Eochaid son of Ardgal, king of Ulster, 
et multi alii. 

280. Incipit hic . . .bellum of Brian son of Cennétig son of 
Lorcân, the noble great high-king of ail Ireland. . . 

281. Mxiiii. Brian son of Cennétig son of Lorcân, high- 
king of Ireland, marched forth with the warriors of great sta- 
tely Munster, and with Maelsechnaill son of Domnall, king 
of Tara, with the chief men of Ireland about them, and 
came to Dublin to attack the Norsemen and the Danes 
and Maelmorda son of Murchad, king of Leinster; for he it 
was who had gathered and led and massed them from the 
large and small islandsof . . . 2 Scandinavia in the Northwest, 
and from the forts and strong places of England and Wales, 
and brought them into the land of Ireland. Among them 
were a thousand [men with] breastplates. They came tog- 
ether at Dublin to fight this heroic wonderful unmatched 
battle, so valorous and valiant that its like has not been seen 
before or since. And after they had been battling for a great 
while, the foreigners and the Leinstermen were routed through 
sheer force of arms and smiting and bravery. Maelmorda son of 
Murchad son of Finn, king of Leinster, fell there, and the son 
of Brogarban son of Conchubar, king of Offaly, et multi alii 
nobiles, and countless numbers of the men of Leinster were 
slain about them. On the side of the foreigners there fell Dub- 
gall son of Amlaib, Gilla Ciarâin son of Glûn Iarainn, Sigurd 
son of Lodar, earl of the Orkney isles, Brodor, the leader of 

1. Croeb Telcha, A. U. 

2. An unintelligible word or syllable occurs hère. 



366 A. Martin Freeman. 

the Danes, and ail of the thousand men with breastplates. 
Three thousand of the foreigners, at the very least, fell 
there. Moreover there were slain there Murchad son of Brian, 
heir-apparent, and Toirdelbach his son, who would hâve 
become high-king of Ireland, with thirty kings of Connacht 
and Munster about them, viz : — Mothla son of Domnall son 
of Faelân, king of the Déisi ; Eochu son of Dûnadach, Niall 
grandson of Conn and Cûduilich son of Cennétig, the three 
defenders of Brian ; Tadc son of Murchad, king of the Uî 
Maine ; Maelruanaid grandson of Eiden, king of Aidne ; Gei- 
bennach son of Dubchû, king of the Fir Maige; Mac Bethad 
son of Muredach Claen, king of Ciarraige Luachra ; Domnall 
son of Diarmait, king of Corcu Baescind;Scanlân son ofCath- 
al, king of the Eoganacht of Loch Léin ; Domnall son of 
Emine son of Cainnech Môr, a high-steward in Scotland '; 
et alii multi nobiles. At that time Brian the high-king 
was behind the battle with Conaing son of Donn Cuan, his 
brother's son, and they were singing psalms; and one of the 
Danes 2 reached the spot where they were, unknown to their 
people; and seeing his chance he lifted his hand and struck at 
the high-king with hissword, and then lifted his hand again 5 
and struck at Conaing son of Donn Cuan, and so he killed 
them both, et in eodem loco ipse occisus est. 

Brian son of Cennétig son of Lorcân, high-king of Ireland 
and the foreigners, fell in the battle of Cluain Da Tarb, tog- 
ether with Conaing son of Donn Cuan, Murchad son of Brian, 
and Toirdelbach son of Murchad son of Brian. And theguard- 
ians of the Staff of Jésus immediately carried their bodies to 
Armagh, where they were buried honourably, with much 
dignity and révérence. Mxv. 

282. Mac Liac, chief poet of Ireland, mortuus est 4 . 

284. Cuan O Lothcain, chief sage of Ireland, interfectus 
est by the men of Tethba. 



1. ' High-steward of Marr in Scotland ', A. L. Ce. 

2. According to A. L. Ce, this was the Brodor mentioned above. 

3. The MS. adds : ' against him '. 

4. See M. ' Coriagal '. 



The Annals iu Cotion MS. Titus A. XXV. 367 

285. Tadc son of Cathal Mac Conchubair interfectus est by 
Maelsechnaill O Maelruanaid, king of Crumthand. 

287. Much snow in this year. . . 

288. Tadc son of [Aed] O Conchubair per dolum occisus 
est by[the men of J West Connacht. 

290. Donnchad son of Brian went toRome on pilgrimage '. 

291. The battle of Turlach Adnaig, in which fell Aed O 
Conchubair 2 , king of Connacht, and Aed O Conchennainn, 
king of the Ui Diarmata. 

292. Diarmait son of Mael na Bô, king of Britain and the 
Hébrides and Dublin and Mug Nuadat's Half, was killed and 
slaughtered by Conchubar O Maelsechnaill in the battle of 
Odba. Mlxxxi. 

293. Mlxxxii. K. Domnall son of Tadc O Conchubair, heir 
apparent of Connacht, was treacherously killed by Cathal O 
Conchubair. Cathal O Conchubair fell in battle, together with 
a large host, by the hand of Ruadri O Conchubair. Mlxxxiii. 

294. The battle of Môin Cruinneôige, ubi occisus fuit Donn- 
chad son of [Art In] Cailech O Ruairc. Mlxxxv. 

296. Ruadri son of Aed O Conchubair won the battle of 
Connachla, in quo cecidit Aed son of Art O Ruairc, and ail 
the chiefs of Conmaicne jugulati sunt et occisi. 

297. . . . Cend Corad was sacked and Limerick burnt by 
[Domnall] son of Mac Lochlainn and Ruadri O Conchubair. 

298. In Crâibdech (The Pious) O Fallamain was drowned 
in Loch Cahrgin through the curse of Ruadri O Conchubair. 
Ruadri O Conchubair, king of Connacht, was blinded by Flath- 
bertach O Flathbertaig and [the men of] West Connacht. 
Ab incarnatione Domini usque ad the blinding of Ruadri flu- 
xerunt anni Mxcii. . . 

299. The battle of Fidnacha, in quo ceciderunt multi of 
West Connacht and of Corcumruad by the hand of Tadc son 
of Ruadri O Conchubair. Mxcv. 

300. . . . Flathbertach O Flathbertaig, king of Connacht, 
was killed by Matudan O Cuannu to avenge the blinding of 
his lord. . . 

1 . See M. ' et corôin '. 

2. See M. i in gha b.\ 



368 A. Martin Freeman. 

301. Murchertach O Briain rnade a great inarch round Ire- 
land. Me. 

302. K. Mciii. The battle of Mag Coba. Magnus, king of 
the Danes, was killed cum multis by the Ulstermen. Mciiii. 

303. Fiacha O Floind was killed. Murgius O Concennaind, 
king of the Ui Diarmata, mortuus est. 

304. Domnall son of Ruadri O Conchubair was deposed by 
Murchertach O Briain, and his (Domnall's) brother, Toirdel- 
bach, was made king in his stead. Mcvii. 

305. The Conmaicne routed the Sil Muredaig at Mag Brén- 
gair. The Sil Muredaig routed the Conmaicne at Ros. 

30e. The clergyof Ireland held the synod of Usnech. 

307. The report about Murchertach O Briain \ 

308. Toirdelbach [O Conchubair] was attacked by O Rech- 
tubrat 2 at Àth Bô, but he recovered safely. The driving snow. 
The Conmaicne were expelled from Mag Aei and sent eastof 
theShannon. The Leinstermen's year. 

309. Theslaughterat Ruadbethach, whereDiarmait O Briain 
was defeated. 

310. Diarmait Mac Enna, king of Leinster and Dublin, 
mortuus est. The battle ofLeittir Odrâin. Càthasach O Cnâill, 
archiepiscopus of Connacht, quievit. Maelmuire' O Dunain, 
archiepiscopus of Munster, quievit in Christo. 

311. Diarmait O Briain, king of Munster and Leinster, mor- 
tuus est. . . 

312. Murchertach O Briain, high-king of Ireland and the 
valorous vétéran ' of ail this latter âge, in bono fine vitam 
finivit. 

313. The bridge of Athlone was built. 

314. Domnall son of Mac Lochlainn, king of Ireland, mor- 
tuus est. 



1. A report that he was in ill-health, which Tigernach says caused the 
men of Ireland to turn againsthim. 

2. According to A. U. this attack was made by the sons, and according 
to A. L. Ce, by the grandsons of Ruadri [probably O Canannain, whose 
murder is recorded in the previous year]. Both state that Toirdelbach was 
seriously wounded. 

3 ? egnunia for engnama 



The Armais in Cotton MS. Titus A. XXV. 369 

315. Tadc son of Mac Cartaig, king of Desmond, mortuus 
est. The rout at Craib Rois. Maelsechnaill son of Tadc [O 
Maeh'uanaid] the king of Mag Luire, interfectus est. 

316. Enna Mac Murchada, king of Leinster, moritur. 
Domnall Find (D. the Fair) O Dubda mersus est. Toirdel- 
bachO Conchubair entered Dublin and left his son, Conchu- 
bar, there. 

317. Cellach, the coarb of Patrick, quievit. The very ftot 
summer. 

318. A very greateropof every fruit hoc anno. The battle of 
Craib Tretain, ubi ceciditDiarmait O Maelsechnaill and Cochul 
Fliuch son of Mac Senân. Tigernàn O Ruairc victor fuit. 

319. The men of Connacht routed the North of Ireland at 
Segais (the Curliew Hills). 

320. In hoc anno [there was a] great [cattle-plague called] 
Mael Garb (? Bald and Rough). Dûn Môr and Dûn Mug- 
dornd were burnt by the Munstermen and Leinstermen and 
[Cathal] son of Cathal O Conchubair 1 ; and Gilla naNaem O 
Floind occisus. 

321. The consécration of Cormac's church. . . 

321. The defeat of Aed son of Domnall O Conchubair and 
Tadc O Cellaig and the Ui Mani at Findabair, ubi cecidit Con- 
chubar O Cellaig the father of Tadc et alii multi. Conchubar 
son of Toirdelbach [O Conchubair] and the Sil Muredaig vie- 
tores fuerunt. 

323. Aed son of Domnall O Conchubair occisus est. Dom- 
nall O Dubhtaig, Elfinensis episcopus and coarb of Ciarân of 
Clonmacnoise, quievit in Christo at Brandan's Clonfert. 

325. Cormac Mac Cartaig, king of Desmond, occisus est by 
Toirdelbach O Briain. Donnchad son of Tadc O Maelruanaid 
was blinded. 

326. Defectus solis, id est, the Spring of the black cloud. 

327. The year of the great catch of herring 2 . 

328. The chief men of Leinster turned against Diarmait 



1. Thus our text; but according to F. M., A. L. Ce, Cathal O Conchu- 
bair was killed bv the men of Munster and Leinster. 

2. Read >i-in:da in the text 

24' 



370 A. Martin Freeman. 

Mac Murchada. The son of Mac Faelân ' and [Murchad] O 
Tuathail and the son of Mac Gormâin were killed by him ; he 
also blinded Mac Gilli Mocolmôc. Mcxlii. Constructio Mel- 
lifontis 2 . 

329. Conchubar O Briain, high-king of Munster, mortuus 
est. A. D. Mcxliii. 

330. Murchad O Maelsechnaill was taken prisoner by Toir- 
delbach O Conchubair and the kingship of Meath was given 
to Conchubar, his [Toirdelbach's] son. Gilla Oengussa O Clu- 
main, the ollav of Ireland, mortuus est. 

333. Tigernàn O Ruairc went to Loch Long... The break- 
ing of the wicker [bridge] at Athlone J . 

334. Kalendae of January. An attack on Tigernàn O Ruairc 
at the instigation of Toirdelbach O Conchubair. 

336. The night (?) ofFiad Mogain 4 . 

337. Toirdelbach's victorious raid at Cromad. The battle of 
Môin Môr... 

338. Debôrgaili, the wife of Tigernàn O Ruairc, was 
abducted by Diarmait Mac Murchada. Cathal Miguran son of 
Toirdelbach [O Conchubair] occisus fuit by the Calraigi of 
Corann. 

339. ... Toirdelbach O Briain wasbanished by Toirdelbach 
O Conchubair and went into the North. The rout at For- 
druim. The blindingof Tadc O Briain. Toirdelbach O Briain 
in Munster iterum. A. D. Mcliii. 

340. . . . The rout at Bonnamair. . . 

341. Kalendae of January... The skirmish at Berna na 
Fingaile (?). 

342. The rout at Cuaille Cepàin. Toirdelbach O Conchu- 
bair, king of Connacht, Meath, Dublin and Leith Moga Nua- 
dat, — (?) of Ireland, mortuus est. A. D. Mclvi. ab init. 

1. F. M. hâve ' Domnall, lord of the Ui Faelâin ' and Tig. has ' Dom- 
nall Mac Faelâin '. 

2. The monks' church at Drogheda. Its consécration is mentioned in 

§ 343- 

3. Whereby many of the followers of Toirdelbach O Conchubair were 

drowned. 

4. Read Fiada Mogan in the text. 



The Aimais in Cotton MS. Titus A. XXV. 371 

Mundi viM.ccclv. The blinding of Brian Breffnech... 

343. . . . The consécration of the church at Drogheda. The 
ravaging of Inis Senaig J by Ruadri O Conchubair. Cû Ulad, 
son of Dondslébi [O hEochada], king of Ulster, moritur. . . 

344. Domnall OLongarcâin, archiepiscopusofMunster,quie- 
vit. Donnchad O Maelsechnaill was routed at Àth Maigne by 
Diarmait [O Maelsechnaill] and Tigernân [O Ruairc] Conchu- 
bar son of Domnall O Briain was blinded. The Connacht 
clergy were routed at Corr [Cluana]. The rout at Mag Bachla, 
whereinfell Donnchad son of Ruadri [O Conchubnir], grand- 
son ofAed, and Tomaltach O Maelbrennaind 2 . 

345. Diarmait son of Tadc O Maelruanaid, king of Mag 
Luire, mortuus est. The rout at Ath Firdiad,ubi cecidit Gilla 
Crist, the son of Diarmait [O Maelruanaid], king of Mag Luire, 
Murchertach son of Tadc O Maelruanaid and Diarmait O Con- 
cenainn et alii nobiles et ignobiles. 

346. Kalendae of January. Donnchad son of Domnall Sûc- 
ach O Maelsechnaill, king of Meath, occisus est. Brodon son 
of Turcall, kingof Dublin, occisus est. 

347. . . .The castle at Tuaim was built by Ruadri O Con- 
chubair. 

348. In Cosnomaid (The Contender) O Dubda occisus fuit. 

349. Niall son of Murchertach Mac Lochlainn wascaptur- 
ed by the Ui Maine aud his followers slain. 

350. Amlaib son of Gilla Coemgin O Cennétig was blinded. 

351. Toirdelbach O Briain wenton pilgrimage et filius ejus 
[Murchertach] regnavit in Munster. . . 

352. Toirdelbach O Briain regnavit iterum. Ruadri O Con- 
chubair marched to Dublin and was madekingby theforeign- 
ers there. Thence he went to Drogheda, where he was 
made king by Donnchad O Cerbaill and the men of Oriel ; 
thence into Leinster, where he took hostages from Mac Mur- 
chada for the Ui Cennsalaig only. Eochaid grandson * of 
Dondslébi [O hEochada], king of Ulster, was blinded by Mur- 



1. F. M. hâve « Inis Enaigh ». 

2. See M. 're n-abarthar\ 

3. A. U., F. M. hâve 'son'. 



372 A. Martin Freeman. 

chertach MacLochlainn. Murchertach son of Niall Mac Loch- 
lainn, king of Ireland, occisus est. The Cenél Conaill gave 
hostages to Ruadri. Ruadri O Conchubair, Diarmait O Mael- 
sechnaill and Tigernan O Ruairc, with the Leinstermen and 
the foreigners ot" Dublin, banished Diarmaid Mac Murchada 
overseas. Ruadri, Diarmait and Tigernan marched into Lein- 
ster, Ossory and Munster, and the people of ail thèse made 
Ruadri king. 

353. The Cenél Eogain gave hostages to Ruadri. Diarmait '. 
Toirdelbach O Briain, kingof MugNuadat's Half, moritur. . . 

354. Art O Maelsechnaill was routed at Ath in Chomair 
by Diarmait O Maelsechnaill. In Gilla Lethderc (The Half- 
red Lad) O Conchubair of Corcumruad occisus est. 

355. Ferchar O Fallamâin moritur. The fleet of Robert [Fitz- 
StephenJ came to assist Mac Murchada. Diarmait O Maelsech- 
naill occisus est by Domnall Bregach (D. of Bregia)[0 Mael- 
sechnaill.] 

356. A great fleet came with Richard, the earl of Striguil, 
to assist his son-in-law, Mac Murchada. Sanctus Thomas. . . 
occubuit. Ruadri, Art O Maelsechnaill, Domnall Bregach, 
Tigernan O Ruairc and Murchad O Cerbaill marched to 
Dublin. When they were on the green; they saw the fortress 
in a blazeof fire, and Ruadri with his chieftains at once turn- 
ed back, while Mac Murchada went, under a promise, into 
the fortress. But he broke his word to the foreigners of the 
place, nam multos exeisoccidit. Mac Murchada's hostages were 
putto death at the instigation of Tigernan. 

357. Diarmait Mac Murchada, king of Leinster and the 
foreigners, moritur. The Rout of the Ashes, [in which] Aed 
son of Tigernan O Ruairc occisus est. Magnus Mac Duind- 
slébi [Ui Eochada,] king of Ulster, moritur. . . 

358. 'toisech' = 'chieftain'. 

359. 'tuisech' = 'chieftain'. 

360. • . . Gilla Meic Liacc % the coarb of Patrick, quievit. 
Gilla Mochabdeo, abbas of the monastery of Paul and Peter 

1. D. Mac Murchada arrived from overseas inthis year (A. U.). 

2. Giollamoliag, A. L. Ce. 



The Annah in Col ton MS. Titus A. XXV. 373 

in Armagh, quievit. Florence O Gormâin, chief lector oflre- 
land, moritur. . . The synod of Byrr. 

361. Maellsu, son of In Clérech Corr (The Crooked Clerk), 
episcopus of Ulster, quievit. Amlaib, son of the coarb of Fin- 
nén, episcopus of Ulster, quievit. Domnall Caemanach (D. ot 
Kilcavan), son of Diarmait Mac Murchada, king of Leinster, 
occisus est. The foreigners marched against Limerick. Conchu- 
bar son of Mac Conchoille Seganach, coarb of Patrick quievit. 

362. Richard Striguil, the earl, moritur. The foreigners aban- 
doned Limerick. Diarmait son of Cormac [Mac Cartaig] was 
captured by Cormac Liathanach, [his own son]. Niall son of 
Mac Lochlainn occisus est. .. Domnall Midech (D. of Meath), 
son of Toirdelbach O Conchubair, heir-apparent of Connacht, 
moritur. . . 

363. Aed son of Gilla Broiti ORuairc mortuus est. Ragnall 
son of Gilla Cellaig O Ruadin, coarb of Mac Dé, moritur. 
Vivianus cardinalis venit ad Hiberniam. John de Courcey came 
into Ulster. . . Conchubar Maenmaigi (C. of Mag Maen) was 
captured by his father, [Ruadri O Conchubair.]. . . Murchad 
son of Ruadri [O Conchubair] was blinded. . . 

364. The drying-up of the (river) Gahvay. Hugo de Lacy 
[made the]journey [acrossSliab] EchtgitoClonmacnoise. Con- 
chubar Maenmaige was taken from Loch Cuain by his followers. 
Aed O Flathbertaig, king of West Connacht, moritur. A sei- 
zure (?) ofearthquake on the Shannon '. . . 

365. . . .The poisonous snow. 

36e. Gilla Crist son of Mac Cargamna, chieftain of the 
Muinter Maelshinna, occisus est. The battle of the Conchu- 
bars. . . 

367. Domnall O Cennétig, king of Ormond, moritur. . . 
The battle of the princes. . . 

368. .. . Myles Gogan, Raymond, Cend Cuilinn, and the 
two Fitz-Stephens occisi sunt. Ruadri and Conchubar Maen- 
maige routed O Maeldoraid and Donnchad son of Domnall 
Midech [O Conchubair,] ubi multi occisi sunt. 

1. Tigernach says : 'An island appared in the Shannon, and it is not 
known where it came from '. 

Rnue Celtique. XLIII. 24 



374 A. Martin Freeman. 

369. . . .Ruadri O Conchubair left his kingdom to hisson, 
Conchubar Maenmaige. . . [Henry] Fitz-Empress, rex Anglo- 
rum, moritur. . . 

370. 'toisech' = 'chieftain'. 

371. War between Ruadri and Conchubar Maenmaige. Dom- 
nall O Briain . . . ecclesias et praedia of West Connacht devas- 
tavit. . . Diarmait son of Cormac Mac Cartaig, king of Des- 
mond, occisus est ab Anglicis. Maelsechnaill son of [Murcher- 
tach] Mac Lochlainn, king oftheCenél Eogain, occisus est by 
the foreigners. Diarmait son ofToirdelbach O Briain was blind- 
ed by Domnall O Briain. Mathgamain son of Conchubar 
Maenmaige was [captured] by Murchad son of TadcO Cellaig 
[and] given up to Domnall O Briain '. The kingship of Con- 
nacht was seized by Conchubar Maenmaige. 

372. Conchubar O Flathbertaig occisus est in Aran. Rua- 
dri was banished by Conchubar Maenmaige. . . The Rock of 
Loch Ce was burnt . . . John de Courcey was routed in the 
Segais. . . 

373. ...Conchubar Maenmaige, high-king of Connacht, 
and of Ireland for his importance, occisus est a suis. Conchubar 
O Diarmata, [his murderer,] occisus est. Cuilén son of Cui- 
lén of Claenglais occisus est. Murchad O Flannacâin, dux ot 
the Clann Cathail, moritur. 

374. The ship of Cathal Crobderc(C. Red-hand) [O Con- 
chubair] was" sunk, in qua xxxvi viri submersi sunt, including 
Airechtach O Rodib, chieftain of the Clann Tomaltaig, Con- 
chubar son of Cathal Migarain 2 and Murchertach son of Con- 
chubar son of Diarmait [O Maelruamaid.]. . . 

375. Ruadri O Conchubair left Connacht and went into 
Cenél Conaill. . . 

377. Cathal Odur (C. the swarthy) son of Mac Cartaig 
occisus est. Derbôrgaill daughter of Murchad O Maelsechnaill 
in Mellifonte defuncta est. Aed O Maelbrenainn, chieftain of 



1. This is the meaning of the corresponding passage in A. L. Ce. Our 
text is ambiguous. 

2. Thus A. L. Ce. A. U. has 'mie Urain', i. c. 'the son of Uran' 
whileour text has merely ' mie' with a stroke over the c. 



The Aimais in Cotton MS. Titus A. XXV. 375 

the Clann Conchubair, occisus est. Inis Clothrann was ravag- 
ed by Gilbert Mac Gostelb. 

378. Domnall son of Toirdelbach O Briain, king of Mun- 
ster, monuusest. Murchertach,grandson of Conchubarson of 
Domnall Cerrlâmach ' (D. of the Crooked Arm) [O Briain], 
was blinded by Murchertach son of Domnall [? O Briain]. 
Gilbert Mac Gostelb marched to Ess Ruad, but turned back 
without accomplishing anything. 

379. . . .Cathalson ofDiarmait[0 Maelruanaid] came out 
of Munster to Hag's Island 2 et multos homines occidit. . . 
Domnall O Finn, coarb of Brandan's Clonfert, quievit. 

380. The MuinterEolais slaughtered by Ualgarg O Ruairc. 
Ruadri O Flathbertaig made submission to Cathal Crobderc 
and peace was made between them by the coarb of Patrick. In 
Gilla Ruad (The Red-haired Lad) son of Mac Ragnaill, occi- 
sus est . . . 

381. Ruadri O Flathbertaig was captured by Cathal Crob- 
derc. Flathbertach OMaeldorid, king ofthe Cenél Conaill and 
the Cenél Eogain, moritur. In Gilla Srônmael (The Blunt- 
nosed Lad) O Dochartaig rexit Cenél Conaill. . . 

382. Ruadri O Conchubair, high-king of ail Ireland, mori- 
tur. 

383. Cathal Carrach and Cathal Crobderc made peace. Cathal 
Carrach was brought into the country and land given to him. 
[Ruadri] O Flathbertaig was released. 

384. Donnchad Uaithnech (D. of Uaithne) son of Ruadri 
[O Conchubair] occisus est. The rout of Cathal Crobderc and 
the men of Connacht at Âth Borim (?), ubi cecidit Ruadri O 
Flathbertaig cum aliis multis. The rout at Int Orbar (?). Wil- 
liam Burke in auxilium of Cathal Carrach venit in Connach- 
tiam, and they left no property of layman or cleric in Con- 
nacht unsacked ; neither church nor altar of monks nor canons 
or abbots could protect [the people] from them. Never before 
was Connacht afflicted with such a scourge of hunger and 
nakedness. 



1. Called ' Gerrlâmach ', i. e. ' Short-armed ', by A. L. Ce. 

2. Either a mistake, or another name of Hag's Castle. 



376 A. Mari in Freeman. 

385. Ruadri Mac Duindslebi [Ui Eochada] king of Ulster, 
occisus est. Cathal Crobderc made a successful foray against 
Diarmait son of Conchubar [O Maelruanaid] at Cûil Cnâma. 
[He made] another foray into Tir Ailella, against Tomaltach 
[son of Conchubar O Maelruanaid,] carryingoff much cattle. 
Cadla O Dubthaig. . . quievit. The Fir Manach, O Néill, the 
Cenél Eogain and the Cenél Conaill were routed at Ess Dara. 
Ibi Niall O hEcnig, king of the Fir Manach, occisus est, et 
alii multi. Cathal Crobderc vero perrexit cum suis ad Hag s 
Castle, and turned back thence with his army routed. O Néill 
went into the church at Ess Dara '. Tomaltach O Conchu- 
bair. .. quievit. John de Courcey and Hugo de Lacy were 
routed at Ard Ladrann 

38e. crowned 5 by O Néill and the men of Connacht. O 
Néill made some great raids and got away safely afterwards. 
The foreigners of Ireland were assembled by [Aed] son ot 
Cathal Crobderc, but the Munstermen inflicted great damage 
on them, plundering them and killing many people. Echmar- 
cach MacBranàin occisus. The sons of Ruadri *• were banish- 
ed from their land and went into the North, and Donn Og 
son of Mac Oirechtaig together with them, after the country 
had been laid waste by them ail. 

387. The corn was reaped after St. Brigit's Day, and the 
plowing was going on at the same time 5 . A great disease 
among human beings this spring. O Néill led an army to the 
borders 6 of Connacht, and turned back without accomplish- 
ing anything, though he had assembled the host. Hostages 
of the Cenél Conaill were taken and the son of O Domnall 
captured. Fergal O Taidc occisus est. 

1 . A. L. Ce say he was taken there as a prisoner. 

2. Hère the record of twenty-two and a half years is missing from the 
MS. The next fragment begins in the middleof a sentence. 

3. This must refer to Aed O Conchubair, who succeedej his father, 
Cathal Crobderc. The death of the latter is recorded on May 28th of this 
year by F. M., A. U., A. L. Ce. 

4. Tordelbach and Aed. Set the endof§ 388. 

5. Reading ' inaenecht' for ' innecht ' 

6. Read iwell in the text. 



The Annals in Cotton MS. Titus A. XXV. 377 

388. [Aed] O Conchubair appointed to meet the son of 
Geoffrey. [William] Mareis, the son ofGeoffrey, was captured, 
together with other foreigners. The Constable of Athlone was 
killed.Mac Airt was captured with his wifeand his foster-father 
and many of his followers. A great famine in Ireland. Dond- 
slébi O Gadra, king of Sliab Luga, waskilled by In Gilla Ruad 
(The Red-haired Lad), his brother's son. In Gilla Ruad was 
killed. Aed son of Cathal [Crobderc O Conchubair] was depo- 
sed and went into the North. He returned thence into Con- 
nachtand came to the Curliew Hills, where he was routed by 
the two sons of Toirdelbach O Conchubair. They captured 
his wife and carried her offin bondage. Geoffrey [Mareis] built 
the castle at Rinn Dûin and that at Athleague as well. There 
was much fightingfor the land between the two sons ofRua- 
dri, Aed and Toirdelbach, so that they devastated Connacht 
between them. 

389. Aed son of Cathal Crobderc O Conchubair, the most 
comely and active lad there ever was in Ireland, was treacher- 
ously killed in the house of Geoffrey Mareis. Great dévasta- 
tion from Ess Dara to the river of the Ui Fiachrach in the 
south, ail except a little tract in Sliab Luga and Lucht Airtig. 
David O Floind, chieftain of the Sil Maelruanaid, mortuus est. 
Aed sonof Ruadri [O Conchubair] seized the kingship of Con- 
nacht. . . The archbishop of Dublin quievit. A great famine 
in Connacht this year. .. 

390. Kalendae of January. Diarmait son of Mac Cartaig 
mortuus est . . Muiredach O Gormginli ', prior of Inis Mac 
nErin, a famous man for piety and churchmanship in the land 
he lived in, moritur. Diarmait Mac Gilli Cartaig, archipresbi- 
ter of Tech Baethin, in fine ejusdem anni mortuus est. . . 

391. Dondslébi O hlnmainéin, chief master-carpenter of 
the monastery ofBoyle, moritur. MaelmuireOMaeleôin.coarb 
of Ciarân of Clonmacnoise, [quievit.] O Cerballâin, bishop of 
Cenél Eogain, mortuus. Joseph Mac Teichedâin, bishop of 
Conmaicne, mortuus est. Gilla îsuOClérig, bishop of Luigne, 
mortuus est. Rool Petit, bishop of Meath, . . . quievit. A great 

1. Garmghaile, p. M. ; Gormghaile, A. U. ; Gormshuiligh, A. L. Ce. 



378 A. Martin Freeman. 

army was gathered by Richard Burke and the chiet foreigners 
of Ireland and Donnchad Cairbrech O Briain. They came into 
Connacht and reached the Curliew Hills; Aed son of Ruadri, 
king of Connacht, and the Connachtmen were defeated and 
Aed son of Ruadri was banished, and Donn Oc Mac Oirech- 
taig, chieftain of the Sil Muredaig, was killed et multi alii cum 
ipso occisi sunt. The same day the Justiciary came with an 
army to the shore at the Rock of Loch Ce. He remained there 
a week and two nights, and he gave the kingship thereof to 
Fedelmid son of Cathal Crobderc. After this the foreigners 
went away and the army was disbanded. 

Aed O Néill, king of Cenél Eogain and Cenél Conaill, mor- 
tuus est. 

392. Fethfailge daughter of Conchubar Mac Diarmata mor- 
tuus est. Fedelmid O Conchubair was treacherously captured 
by the Justiciary at Milec. Eodem anno Cormac son of Tomal- 
tach [Mac Diarmata] incepit to make a market-town at Port 
na Cairge. Dionysius, bishop of Elphin, after resigning his 
bishopric for the sake of God, and after completing inTrinity 
Island a life devoted to God and to Clarus Mac Mailin, arch- 
deacon of Elphin, and to the canons of th;it place, xviii kalen- 
das Januarii in eadem insula in Christo quievit. 

393. Aed OFergail, chieftain ofMuinter Angaile, was burnt 
by his kinsmen on the island of Loch Cuile. Richard Burke 
built the castle at Bun Gaillme, and Adam Standon the castle 
at Dûnlmgain. Conchubar son of Aed [O Conchubair] escap- 
ed from the foreigners and gathered the sons of the king of 
Connacht about him. He went into the Tuatha and the inha- 
bitants killed him. Donnchad son of Tomaltach [Mac Diar- 
mata] mortuus est. Fedelmid was released by the forei- 
gners. . . 

39_|. Kalendae of January feria septima. Fedelmid O Con- 
chubair marched into Connacht and encamped at Dûn nGre- 
graige. The Muinter Maelruanaid and the three Tuatha came 
on to his side, and they pursued after Aed son of Ruadri, 
kingof Connacht, and routed him, killing Aed himselt, Donn- 
chad son of Diarmait son of Ruadri, Aed Muimnech son of 
Ruadri and his son, Thomas Biris and Owen his brother, 



The Annals.in Co'ton MS. Titus A. XXV. 379 

Owen Guer ' and many other Gaels and Gauls. Thèse men 
had plundered churches and clerics, who cursed and excom- 
municated them. William deLacy and the foreigners of Meath 
marched with a large host into Breffny against 2 Cathal O 
Ragallaig and Cûconnacht his brother, and made greatforays. 
However, a party of O Ragallaig's peoplecame upon William 
de Lacy and the chiefs of the army as they followed up the 
prey, and engaged them. William Brit was killed on the spot, 
with other notable foreigners, and William de Lacy, Cerlas 
son of Cathal Gall (C. the Foreigner) O Conchubair and many 
more were wounded.'Sothey retired out ofthecountry with- 
out obtaining hostage or surety 3 . William de Lacy and 
Cathal Gall died very shortly afterwards, in their houses, of 
the wounds inflicted on them. Fergal Mac Cormaic mortuus 
est. 

395. Kalendae of January on a Sunday. A great frost in 
this year, so that the lakes froze, and men and horses 4 with 
their loads walked [on] Loch Ce and Loch Rib and many 
other lakes. Aed O hEgra was killed by his own brother, the 
son of Duorcân O hEgra, while he [i. e. Aed] was king of 
Luigne. 

Diarmait O Cuinn, chieftain of Muinter Gilgân, mortuus 
est. Richard Marshall made war upon the kingof England in 
England. He crossed over and came into Leinster, and the 
foreigners of Ireland gathered to oppose him on behalf of the 
kingof England, viz - : — Mac Muiris, justiciary of Ireland and 
Hugo de Lacy, earl of Ulster and Walter de Lacy, lord ot 
Meath. They reached > Currech Life in Leinster and attacked 
the Marshall, who was killed and his followers heavily defeat- 
ed. Aengus Mac Gilli Finnéin, king of Loch Erne, was killed 
by O Domnaill. He had been plundering O Domnaill and 
O Domnaill had corne after him to recover the spoil. Maelisu 

1. Called l Sguiér\ i. e. 'Squire', by A. L. Ce. 

2. Literally 'towards ', and thus F. M., A. L. Ce. 

3. 'gançial! gan eittere\ F. M. ; gan gheill gan edire\ A. L. Ce. 

4. An unintelligible word is inserted hère. For ' on ', five words later, 
the MS. has 'and '. 

5 . ? siachtatar. 



380 A. Martin Freeman. 

son of Daniel O Gormgaile, prior oflnis Mac nErin, in Christo 
quievit. Gilla na Naem son of ArtO Briain, archipresbiter of 
Roscommon and [êrenagh] ', in Christo quievit. Moelpetair 
O Carmacain, master of Roscommon, in Christo quievit. The 
bishop O Maelagmâir. . . quievit. Gilla Isu O Gibellâin, a 
monk anchorita lnsulae Sanctae Trinitatis, in Christo quievit. 

396. Kalendae Januarii feriasecunda, lunae nona. Domnall 
O Néill, king of Cenél Eogain, was killed by Mac Lochlainn, 
who seized the kingdom after him. MatudânO Matudâin,king 
of the Sil nAnmchada, in Christo quievit. 

397. Kalendae of January. Thecastle of Milec was razed by 
Fedelmid O Conchubair. There was a fight in a camp in Con- 
nacht, and Taichlech O Dubda was wounded in it, so that 
hedied 2 . A great army was raised } by Mac Muiris, Justiciary 
of Ireland, and Hugo de Lacy, earl of Ulster, Richard son of 
William Burke, Walter Rittabard 4 , chief baron of Leinster, 
with the Leinster foreigners, John Gogan with the Munster 
foreigners, and the bandsof Ireland. They raided far and wide, 
and came on thenight ofTrinity Sunday to the monastery ot 
Boyle and damaged it. They broke open the crypt and car- 
ried off the mass-chalices of the monastery and its vestments 
and its treasure. The next day they made a great foray till they 
came to Cret and Cairthe Muilchén and the Tower of Glen- 
farne, and brought huge booty to Ard Carna tomeet the Justi- 
ciary of Ireland. He came there to meet them, and they [ail] 
went thence into Thomond in pursuit of Fedelmid and Donn- 
chad Cairbrech O Briain. They defeated Donnchad Cairbrech 
and took hostages from him. Thence they went into northern 
Connacht and came to Tobar Pâtraic and, together with O 
Flathbertaig and O hEdin, they raided in ships round Insi 
Mod. From there they proceeded to Ess Dara, wherethey raid- 

1. I take this word from F. M., A. U., A. L. Ce. Uasah[h]acart, the 
reading of our text, is the same as archiprespiter. 

2. According to F. M., A. L. Ce, Taichlech was killed by an arrow 
while trying to quell a disturbance in the camp of Fedelmid O Conchubair, 
king of Connacht. 

3. See M. ' gabhail na c.\ 

4. Riddesford. 



The Aimais in Coiton MS. Titus A. XXV. 381 

ed O Domnaill ' on account of the banishment of Fedelmid 2 . 
Thence they passed to the shore of the Great Rock of Loch 
Ce, into which Fedelmid had put ma n'y of his chief followers, 
to hold it. On this occasion, however, the foreigners of Ire- 
land, on pitching their camp, granted protection and sanctuary 
and safeguard to Clarus Mac Mailin, archdeacon of Elphin,and 
to Trinity Island with its canons on Loch Ce. Moreover the 
Justiciary and the principal foreigners of Ireland went to see 
the place and to pray therein and do it révérence, so that no 
man might venture to dishonour it. However, a fleet arrived 
at Loch Ce, bringingengines (?) 5 and mangonels, and a man- 
gonel was mounted on a small platform 4 aud many stones 
were cast out of it into the fortress. But since it could not be 
reduced bythis means, the foreigners made great rams(? rafts) 
outof the houses of Ard Carna, and brought ail the fuel (?) 5 
of the countryside and setfire to it. And they tied empty bar- 
rels round those rams to keep them afloat, and sent one of 
their ships, a large one roofed with planking, to tow the rams 
to the fortress and so set it afire. But the people inside were 
seized with fear, and they came out on parole and upon con- 
ditions; and the Justiciary put a garrison of foreigners into 
it. And when they had been in it twenty nights complète, 
from Thursday to Thursday, they went away on the Satur- 
day. Peace was made with Fedelmid, and Cormac Mac Diar- 
mata came with him [to make peace]. One day, however, 
when the constable of the castle went outside its door, one 
of their own men, namely O hOstin, shut [the door of ] the 
place behind them. The foreigners fled for sanctuary to Tri- 
nity Island and were conveyed [safely] thence. Now when 

1. The MS bas ' they raided with O Domnaill', but A. L. Ce, F. M. 
hâve 'against for 'with', as the sensé requires. 

2. i. e. on account of his having harboured Fedelmid during his banish- 
ment : see F. M., A. L. Ce. 

3. A. L. Ce has gailhribh, explained as' foreign implements'. 

4. O' Grady (Cat.) suggests tHe altération of 'buic' to 'biuc'. Meyer 
(Contribb.) translates ' crebanacV by 'platform', referring to O' Grady's 
transcription of this passage. A. L. Ce has a créjhaladh bheg. 

5. The MS. has 'kilns', which does not seem good sensé. Mever (op. 
:it.) suggests that ' dthanna ' stands for ' aUbinne' = ' firebrand '. 



382 A. Martin Freeman. 

Cormac hadcaptured theRockhedetermined to throwit down 
and break it in pièces, so that the foreigners should not take 
it again. . . 

398. Kalendae of January on a Tuesday. The Justiciary 
made an appointment with Fedelmid O Conchubair to the 
west of Afeoran ' and came there to meet him 2 with a great 
army, came up with him } and plundered him 4 . The Justi- 
ciary made a great foray. They reached the Sligo in Cairbre 
where they came up with Fedelmid and O Domnailland Mac 
Diarmata. They took a great booty of the cattle and people who 
were crossing the Sligo to corne into Connacht, captured 
many women, and carried off this great spoil across the Cur- 
liew Hills into Mag Luire. The Justiciary was waiting for 
them in Druim nGregrâige until they arrived. Fedelmid came 
into Connacht out of the North, with an army, and reaching * 
the country of the Ui Maine he raided their fortress. Conchu- 
bar Buide [O Conchubairj was killed as he followed after the 
prey. 

Mac Craith Mac Maelin, sacerdosof Cell Meic Trena, mor- 
tuusest. Aed O Gibellâin, sacerdos of Cell Rotâin and finally 
a canon ofTrinity Island, mortuusest, at Christmas and was 
waked in the choir that night until the next day's Mass, and 
buried honourably on that day b . 

399. Kalendae of January on a Thursday. Fedelmid O Con- 
chubair came into Connacht with Cûchonnacht O Ragallaig 
and Cathal Mac Ragnaill and O Brûin 7 and the Conmaicne. 
They crossed the Curliew Hills northwards in pursuit of the 
sons of Ruadri, engaged and routed them. They made great 
forays against Conchubar son of Cormac [Mac Diarmata] in 
Tir Ailella; and after that they put a fleet on Loch Ce and 
drove out Cormac Mac Diarmata, king of Mag Luire, ravaged 



1. F. M., A. L. Ce hâve ' Àth Feorainne'. 

2. ? ' i gcenn ' = * i geionn '. 

3. }'roth' for 'rocht' : cp. 'luth' for 'lucht' above. 

4. ? innrad. 

5. ? ' seth ' for ' siacht '. 

6. Or possibly on the third day. The text is ambiguous. 

7. F. M., A. L. Ce hâve ' and the Ui Brûin '. 



The Annals in Cotton MS. Titus A. XXV. 383 

Mac Luire and left the kingship of the land and the lake in 
the hands of Donnchad son of Murchertach [Luathshûilech 
Mac Diarmata.j 

Donâit O Fidubrâ, coarb of Patrick, died in England. Mael- 
muire O Lachtnain, archbishop ofTuaim,held his first synod 
at Athlone, after his pallium had corne for him from Rome. 
Murchertach son of Ruadri [O Conchubair] waskilled by the 
sons of Magnus son of Murchertach [Muimnech O Conchu- 
bair]. Thomas O Ruadain, bishop of Achad Conaire, in Christo 
quievit. Gilla Isu son of In Scélaige (The Narrator), bishop 
of Conmaicne, died. The building of a monastery of canons 
was begun ' by Clarus Mac Mailin, archdeacon ofElphin, on 
Trinity Island in Loch Uachtair, by means of the contribu- 
tion * of Cathal O Ragallaig. 

400. Kalendae of January on a Friday. Cathal Mac Riabaig, 
chieftain of the Fir Scène, mortuus est. 



401. Kalendae of January on a Sunday... 

402. Kalendae of January on a Monday. The foreigners of 
Ireland made a great — (?) this year at Ath na Riaig (?). 
Lucia daughter of Mac Gilli Duib O Conaing, monialis of the 
community if Ard Carna,. . . quievit... 

403. Kalendae of January on a Wednesday. David son of 
Cellach [O Gillipâtraic], episcopus Casilensis, quievit... The 
daughter of the Earl [ofUlster] mortua. The bishop ofElphin, 
Tomaltach O Conchubair, built a palace at Cell tSésin. 
Mccliii. 

404. Kalendae of January on a Thursday. Pax tota Hiber- 
nia. 

405. Kalendae of January on a Friday, and a good year. 
In this year came Florence Mac Floinn, archbishop of Tuaim,... 

406. Kalendae of January on a Saturday... The Muinter 
Ragallaig slaughtered by Aed son of Fedelmid O Conchu- 
bair... 

1 . ? tinsc(a)nad = tindscelal leg. 

2. A. L. Ce has ' gift' ; F. M. has ' permission ' . 

3 . The leaves containing the record ot the remainder of this year and 
the whole of the following twelve years are missing from the MS. 



384 A. Martin Freeman. 

407. Muiris Mac Gerailt quievit... Goffraid O Domnaill 
plundered... by the foreigners and was wounded... Conchu- 
bar son of Tigernân [O Ruairc] was killed by the Muinter 
Ragallaig. 

(A suivre.) A. Martin Freeman. 



UN NOUVEAU 

« DÉBAT DU CORPS ET DE L'AME » 

EN GALLOIS 



Dans le Bulletin of the Board of Celtic Studies, t. II, p. 127 
et ss.,M. Ifor Williams a publié le texte gallois d'une version 
inédite du « Débat du corps et de l'âme », d'après le manuscrit 
de Llanstephan n° 27, f° 164. On sait combien ce sujet a été 
répandu au moyen âge ; il en existe des versions dans la plu- 
part des langues de l'Europe ', notamment en français 2 et en 
irlandais K Certaines de ces versions paraissent remonter à un 
poème latin du xn e siècle, la Visio Fulberti, lequel n'est qu'une 
amplification d'un texte latin en prose, sensiblement antérieur 4 . 
Il y a d'ailleurs entre les diverses versions de notables diffé- 
rences, dans le fond comme dans la forme du dialogue. Les 
sources en peuvent être cherchées fort haut dans l'antiquité 
classique >, et jusqu'en Orient 6 . Il s'agit d'un thème très ancien, 

1. Voir surtout Batiouchkof, Romania, t. XX, pp. 1 et 534. Cf. Kleinert, 
Ueber den Streit \iuischen Leib und Seele, Halle, 1880 (compte rendu dans 
la Romania, IX, 31) et G. Paris, Littérature française au moyen dge (1SS8), 
pp. 158, 227, 263, 272. 

2. Voir pour les versions en français : Romania, XIII, 519 et Z.f. rotn. 
Ph., IV, 75 et 365 ; en provençal : R. des langues romanes, XLVIII (1905), 
p. 30 et 141, Annales du Midi, XXIV (1912), p. 204, et consulter Blanche 
Sertorius, le Débat provençal du corps et de Vdme, Thèse de Fribourg (Suisse), 
1916. 

3. Voir Gaidoz, R. Ceît., X,46$ et Dottin, ibid., XXIII, 8 ; Abbott and 
Gwynn, Calai, of Irish mss. in Trinity Collège, p. 403 ; R. Flower, Catal. 
of the Irish Mss. of the Brit. Mus., II, 28, 37 et 183. Cf. R. Celt., XI, 
392, 399 et 425 ; Z. /. Celt. Phtl, I, 495. 

4. Gaidoz, R.C., X, 465. 

5. Voir Gaidoz, Mélusine, V, 1890-1891,001. 107-109. 

6. Voir Dudley, The Egyptian éléments in the legend of the Body and 
Soûl. Bryn Mawr Monographs, 191 1. 

25* 



38e /. Vendryes. 

qui a été traité assez librement par les écrivains qui s'en sont 
emparés dans les divers pays. Mais ce n'est pas le lieu d'aborder 
l'étude de la diffusion de ce thème, ni même d'examiner la. 
place qu'occupe le fragment gallois édité par M. Ifor Williams 
dans l'ensemble des versions que l'on en connaît. Par lui- 
même et en raison de l'intérêt qu'il présente pour la philologie 
galloise, ce morceau mérite de retenir l'attention. 

Ce n'est pas le premier texte gallois qui roule sur le débat 
du corps et de l'âme. Le Black Book of Carmarthen contient 
deux morceaux consacrés à ce sujet : ce sont les poèmes numé- 
rotés 6 et 7 par Skene (F . A . B . , t. II, p. 8 et 9, = p. 23 et 
24 éd. Evans), dont l'un est un discours du corps et l'autre 
une réponse de l'âme. 

Depuis, M. Henry Lewis a publié dans le Bulletin of the 
Board of Celtic Studies, t. III, p. 119, un nouveau poème inédit 
qu'il considère comme se rattachant au même thème. Il ne 
s'y rattache en tout cas que d'assez loin. D'abord, ce n'est pas 
un dialogue. Pour le fond, c'est plutôt une admonestation 
adressée à l'homme pour l'engager à méditer sur le soft qui 
l'attend après la mort '. 

Le poème contenu dans le manuscrit de Llanstephan est au 
contraire un dialogue, où même le corps et l'âme échangent 
des répliques sur un ton fort animé. Il est probablement ina- 
chevé, car il s'arrête brusquement, sans conclusion. En outre, 
le Dialogue proprement dit y est précédé de trois strophes, qui 
peuvent être considérées comme lui servant d'introduction, 
mais qui y ont été vraisemblablement rattachées après coup: 
Les trois strophes d'introduction sont des triplets ; le dialogue 
lui-même se compose de quatrains. C'est déjà une présomp- 



1. Dans son article du B. B.C. S., t. II, p. 127, M. Ifor Williams signale 
une autre version du même débat qu'il aurait étudiée dans le Cymtnroder 
de 191 3. Nous n'avons pas pu prendre connaissance de ce travail. — Le 
Débat du Corps et de l'Ame est resté un sujet favori des poètes gallois. 
M. W. J. Gruffydd a signalé un « interlude » du XVI e s. où le corps et 
l'âme se querellent en présence de saint Michel et du démon ; il en a donné 
quelques fragments, d'après le ms. Philipps 17 17 1 de la Bibliothèque de 
Cardiff (Llenyddicieth Cymru o 1450 hyd 1600, Liverpool, 1922, p. 69-70). 



« Débat du corps et de F âme ». .387 

tion qu'il s'agit de deux morceaux différents. Mais une preuve 
plus convaincante peut être fournie à l'appui de cette hypothèse. 
Le premier quatrain du dialogue est prononcé par l'âme. Le 
second est également adressé par l'âme au corps, tandis que 
l'échange régulier des deux interlocuteurs se poursuit ensuite 
de quatrain en quatrain jusqu'à la fin du poème. Il manque 
visiblement un quatrain entre le premier et le second. Or, ce 
quatrain manquant est conservé ailleurs. Dans un blanc du 
Black Book of Carmarthen, au bas de la page 79 (éd. Evans; 
t. II, p. -41 Sk.) ont été transcrits par une main plus récente 
deux quatrains, dont le premier est celui par lequel débute 
notre poème; le second par une heureuse chance est celui qui 
a été sauté dans le manuscrit de Llanstephan. On sait que la 
page 80 du Black Book, qui terminait un cahier, sans doute 
à l'origine indépendant, est aujourd'hui à peu près complète- 
ment illisible. Il est tentant de supposer que le dialogue se 
continuait sur la page 80. Mais il faut laisser à des paléographes 
compétents de se prononcer sur ce point. Un examen rapide 
de la page 80 du fac-similé donne plutôt l'impression qu'elle 
contenait un poème différent. La main récente n'aurait donc 
utilisé que le blanc laissé au bas de la page 79, et pour y 
inscrire seulement les deux premiers quatrains du dialogue. 
Cette copie est d'ailleurs des plus fautives, et il est heureux 
que, pour le premier quatrain du moins, nous puissions la 
corriger au moyen du manuscrit de Llanstephan. On ne peut 
pas dire que le copiste du manuscrit de Llanstephan ait uti- 
lisé le Black Book, mais plutôt qu'il s'est adressé à la source 
où la main récente du Black Book a également puisé. Ce 
n'est d'ailleurs pas le seul cas où l'on relève des similitudes 
entre les deux manuscrits. A la page 84, 1. 2, du Black Book 
(éd. Evans) se trouve un poème qui commence par Mi ae 
gowinnei s. Skene (t. II, p. 44) l'a maladroitement confondu avec 
le poème précédent, Kyntaiv geir a dywedaw; les deux n'ont 
aucun rapport. Or quatre strophes du poème Mi ae gouuinneis 
se rencontrent dans le ms. de Llanstephan n° 27, p. 163 b 
(Ifor Williams, B.B.C.S ., II, J20). Ce poème dut avoir au 
moyen âge une certaine vogue : cinq strophes s'en retrouvent 
à la fin d'un « Dialogue d'Arthur et de l'Aigle » dont on a 



388 /. Vendryes. 

plusieurs manuscrits (Ifor Williams, ibid.,p. 276 et ss., surtout 
p. 282). 

Au point de vue du mètre, il convient de remarquer que le 
triplet est dans la versification galloise un vieux genre, déjà 
démodé au xn e siècle (J. Loth, Mètr. gall., Il, 178 etss.).Les 
trois triplets qui forment ici l'introduction du dialogue sont 
d'un type régulier. 

Toutefois dans le troisième, le premier vers ne rime pas 
avec les deux autres, mais avec la coupe du second; en outre, 
il comprend neuf syllabes, tandis que le second vers n'en a 
que six. C'est un type également bien connu (J. Loth, ibid., 
192) '. Au dernier vers, il faut compter dans le premier triplet 
le y de y ogawr, mais le supprimer dans les deux autres (à 
condition de lire lliaws en deux syllabes dans le troisième). 

Les quatrains dont se compose le dialogue sont en principe 
du genre « englyn unodl unsain «, dont le modèle est fourni 
par le Marwnad de Madawc ab M;iredudd (par Cynddelw, 
M. A., 154b) ; v. J. Loth, op. àt. 3 I, p. 72, II p. i98etss. 
Les trois derniers quatrains présentent une disposition un peu 
particulière. Le septième est du genre « englyn unodl cyrch » 
(Loth, I, p. 76; II, p. 230), dont il y a des exemples dans le 
Black Book (p. 31.14, 34-19 Sk. = 66.8, 69. 6 Ev.). L'avant- 
dernier comprend quatre vers égaux qui riment. Enfin, le 
dernier est formé de la réunion de deux pelydr d'englyn unodl 
unsain ; la rime finale est la même dans les deux. En outre, 
chaque paladr a naturellement une rime intérieure. Chacun 
des quatrains présente en outre un certain nombre de parti- 



1. Les triplets suivants (R.B. poetr. II, 253 . 19 et 256.6 Sk.) peuvent 
servir d'exemples : 

Gorwyn blaen grue ; gnaivt seithuc ar Iwfyr ; 
bvdyr vyd diufyr ar dal glan ; 
gnawt gau gywir eir kyvan. 

yn aber Cuawc cogeu a ganant ; 
ys atvant gan vym bryt ; 
ae kigleu nas clyiv hefyt. 



« Débat du corps et de Vàme » 389 

cularités prosodiques (contraction, élision, syncope) d'un type 
connu ; v. J. Loth, op. cit., I, p. 247-266. 

Le texte de VYmdidan y Corf ar Eneit est donné ci-dessous 
d'après le manuscrit de Llanstephan. Le quatrain emprunté 
au Black Book a été inséré à la place qui lui revient, entre 
crochets. Pour le premier quatrain, le texte du Black Book a 
été donné en note. 



YMDIDAN Y CORF A'R ENEIT 

1 . Deu gedymdeith deu diwyt 
deu lwgwr deu rywe.yt 
deu vwynuawr y ogawr byt. 

2. Deu gedymdeith deu vuner 
eu da ac eu drwc goleither 
deu vwynuawr y ogawr llawer. 

3 . Claer ac anglaer deu annwarwenwyn 
deu derwyn trwm eu gnaws 
deu vwynuawr y ogawr lliaws. 

1 . Tra vom gytgerdet ogonet gedymdeith, 
bit byrfteith yn gweithret ; 

keisswn yma ymwaret 
trwy ffyd a chrefyd a chret r . 

2 . [Kyd credwit douit drvi kereirhyt fit, 
maur penyd meith peunyt; 

eneid, pan im kenerchyt, 
pa divet ae bet ambit ?] 

1 . Le texte de ce quatrain est des plus corrompus, tel que le donne le 
Black Book : 

tra vont kyd keredd gonet kydimyteith 
bid pyrfeyth in gueithred 
keyssun yvnuared 
drvi fit a crevit a cred. 
Revue Celtique, XL1U. 2 * 



390 /. Vendryes. 

3 . Na vit ryued gennyt kynn elych y ved ; 
car benyt a chrefyd, 
ti a gychwynny y uynyd 
elchwyl y'th delw ar elwyd 

4. Gwedy drewo vyng knawt ac yn ulawt vy esgyrn, 
att esgus dy wenwlawt ; 
ny chredaf a dywedyfd] 
onym byd ffyd y drindawt. 

5 . Mi ae gweleis mywn goleu lythyr 
a mynnyr mawr eireu, 
mae ymed gwedy gwed angeu 
vyd dy diein a'th dieu. 

6 . Canys dieu ym ved a divroed mawr 
a digawn o dycned, 

meuyl ym or colla[f J vyn gwed 
a'm edweryt a'm enryded. 

7 . A gorff, bychan pechadur, 
wyt gwenwyn hygawd hygur ; 
nym oed, pan deuthum yth odeu, 
eisseu dim da heb lafur. 

8 . Am oed ym dan a gweryt 
a dwfyr a daear y gyt ; 

a minneu, pei na bydut, 

nyt oed reit ym, eneit, wrthyt. 

9. Pan deuthum yth gyt, gorff ehut anwadal, 
pa aryal a allut ? 

Nythraethut a'thdauawt, ny chlywyt a'thglusteu, 
dim fîrwytheu nys gallut. 



« Débat du corps et de F âme » 391 

TRADUCTION 
DIALOGUE DU CORPS ET DE L'AME 

1 . — Deux compagnons, deux assidus, 

deux très corrompus, deux très protecteurs (?), 
deux bienfaisants pour la subsistance du monde. 

2. — Deux compagnons, deux chefs 

dont on supporte le bien comme le mal, 

deux bienfaisants pour la subsistance de beaucoup. 

3 . — Brillant et obscur, deux hargneux (?) sans douceur, 

deux impétueux à la nature lourde, 

deux bienfaisants pour la subsistance de la multitude. 

1. — L'Ame. Tant que nous marcherons ensemble, hono- 
rables compagnons, 

que soit parfaite notre conduite ; 
cherchons ici à nous sauver 
parla foi, la croyance, la religion. 

2. — Le Corps. Bien que Dieu accorde la croyance par 
l'affection de la foi, 

(il faut) grande pénitence longue chaque jour; 
âme, puisque tu t'adresses à moi, 
quelle fin aurai-je ? est-ce la tombe ? 

3. — Ne sois pas troublé, jusqu'à ce que tu ailles à la 
tombe ; 

aime la pénitence et la foi, 

tu reviendras en haut 

une seconde fois vers ta forme sur terre. 

4. — Après que ma peau pourrira et mes os seront en 
poudre, 

abandonne le prétexte de ta pure essence ; 
je ne croirai pas ce que tu dis, 
si je n'ai pas la foi de la Trinité. 

5 . — J'ai vu en lettres lumineuses les grandes paroles que 
tu désires, 

(à savoir) que dans la tombe, après la forme de la 

[mort, 
tu auras une renaissance et des jours. 



392 y. Vendryes. 

6. — Puisque j'aurai certainement la tombe et un grand 
exil 

et assez de misère, 

j'ai honte de perdre ma forme, 

et ma restauration (?) et mon honneur. 
7 . — O corps, petit pécheur, 

tu es hargneux, irritabie, soucieux ; 

je n'avais, quand je suis venu vers toi, 

besoin d'aucun bien, sans effort. 

8. — J'avais à moi feu, argile 

et eau, et terre ensemble ; 

et moi-même, si tu n'avais pas été, 

je n'avais, âme, aucun besoin de toi. 

9. — Quand je suis venue à toi, corps irréfléchi, incon- 
stant, 

de quelle vigueur étais-tu capable ? 
Tu ne parlais pas avec ta langue, ni n'entendais avec 

[tes oreilles ; 
tu ne pouvais produire aucun fruit. 

NOTES CRITIQUES 

Triplets, 1, v. 2. Il faut sans doute lire rylwg(wjr, comme 
le propose M. Ifor Williams, pour avoir les sept syllabes du 
vers. Le second w de Iwgwr est une voyelle irrationnelle. Pour 
le sens de llwgr, cf. llygru qui signifie proprement « gâcher, 
gaspiller, ruiner » (Mab., R.B. 37. 30, 100.19, etc.) et le 
composé dilwgyr « intact, non corrompu » (ib., 40. 18). On 
trouve Iwgr, Iwgyr dans la Myf. Arch. (p. 240 b, v. 29 du 
Dadolwch i Lywelyn et p. 265 a 13) et aussi dans les Lois 
au sens de « dommage » (Wade Evans, Wehh Med. Law, 
p. 378). M. J. Loth me signale un passage intéressant de Iolo 
Goch (éd. H. Lewis-Ifor Williams, p. s 5, v. 18), où le poète 
dit d'un cheval : ni Iwgr ar ddwr « l'eau ne lui fait pas de 
mal, il résiste à l'eau ». — Le mot ryweryd est embarrassant. 
Le sens est sans doute opposé à celui de rylwgr. Ce pourrait être 
un verbe : gweryd, 3 e pers. sg. ind. prés, de giuaredu, précédé 
de la particule ry- (cf. Wade Evans, op. cit., p. 5.3 et 7.9). 



« Début du corps et de l'unie » 393 

Mais d'après M. J. Loth, gweryd existerait aussi comme sub- 
stantifavec un sens approchant de celui de gwared; cf. M. A. 195 
a 49, merch brenhin dwyrein doeth i Vrewi, a phryd a gweryd y 
gyd a hi (poème en l'honneur de saint David) et 265 b, çwr 
coeth gweryt doeth dethol (Marwnad Blegywryt, v. 20). Voir 
encore M. A. 259 b 6 et surtout 316 a dern. 1. (poème à la 
Vierge) : llewenyd pob tir, gwir y gweryt. 

v. 3. Pour gogaïur, aux références données par M. Ifor 
Williams, M. J. Loth ajoute : B. B. (48.10 Sk. = 90.6 
Ev.), guenin i gogawr, où igogawr est remplacé plus loin par 
igado, igkeithiw ; M . A. 215 b 4 du bas ; Iolo Gocb, éd. Lewis- 
Williams, p. 135, v. 63 : bu im ogor « j'avais des ressources ». 

2. v. 1-2. Il y a un mot mimer substantif signifiant « chef, 
prince, seigneur » (Ifor Williams. B. B.C. S. ,11, 106). On le 
trouve accompagné de l'épithète mwynfawr, par ex. M. A. 
153 b 17, 163 a 6. Mais mimer peut aussi être un verbe ; cf. 
M. A. 147 a 24 nys mimer na fer na fynedig (= R. Celt., XL, 
264, v. 84). Et le parallélisme du verbe goleither engagerait à 
prendre aussi mimer comme un verbe. L'expression muner eu 
da s'opposerait alors à eu drwc goleither. Et le sens serait : 
c deux dont on désire le bien, deux dont on supporte le mal » 
ou quelque chose d'approchant. Mais il est sans doute préfé- 
rable de réunir eu da ac eu drwc comme sujet de goleither. Ce 
dernier mot, fréquemment attesté dans les vieux poèmes 
comme verbe et comme substantif (B.B.C., 48.15, 5^-3° 
Sk. = 90.9, 105 .2 Ev. ; B.Tal. 113 . 19 Sk. ; L. R. poetr., 
298. 18, 306.8 Sk. ; M. A. 160 a 32, 176 a 15, 179 b 31, 
192 a 30, 33 1 b 13 d. b., etc.) a des sens variés : « soumettre », 
« flatter » et « détruire ». Le sens de « supporter » semble 
établi par L. R. 306.8 : areilh gwell goleith no gofit « c'est un 
dicton que mieux vaut supporter que se faire du tourment ». 
— M. J. Loth me signale qu'il y a un mot muner qui paraît 
signifier « présent », pi. munerawd (M. A. muneiawd manu 
ni mwynyant « présents de mort n'est pas une jouissance ») et 
composé difuner (M. A. 215 b 10 du bas). 

3. Pour gwenwyn, d. R.B. Sk. II, 247, 2 -.'bit wenwyn gwrach 
« que la sorcière soit hargneuse ». Le mot anwar est le con- 
traire de givar « doux ->. Toutefois, wenwyn pourrait ici repré- 



394 ]■ Vendryes. 

senter venwyn (cf. plus loin elwyd pour elvycT), d'après une 
orthographe ancienne en gallois ; il s'agirait alors d'un mot 
menivytt, dont M. Loth me fournit, entre autres exemples, cas 
venwyn (M. A. 165 b 14), gwrluar vann vawr venwyn (ib. 165 
b 25). Il existe d'ailleurs deux mots gwenwyn, entièrement dif- 
férents d'origine, l'un à sens défavorable (empr. latin tienenuni), 
l'autre à sens favorable, qui apparaît notamment dans le nom 
d'un roi de Powys, Gwenwynwyn, et dans gwenwynder (M. A. 
167 a 32). 

Quatrains. 1. Au vers 1, ogonet doit dépendre de gedymdeith, 
et comme il s'agit d'une appellation, la mutation de l'initiale 
est dans les deux mots justifiée. D'ailleurs le mot gogoned est 
à la fois substantif et adjectif; ex.: B.Tal. 178.21, rangogo- 
net « part de gloire » et R. B. 22e. 10, yn ogonet « glorieuse- 
ment, solennellement », ibid. 300.2 et 3, rann gan ogonet 
« part avec gloire » et gogonet an rann « glorieuse notre part » . 
Le Black Book fournit à la fois gogoned (12.29, 38. 33 Sk. = 
36.9, 73 . 10 Ev.) et gogonedauc (12. 8, 12 . 30 Sk. = 35 . 1, 
36. 10 Ev.). 

2. Le premier vers est manifestement corrompu, et les formes 
credwit et kereirhyt sont d'une interprétation douteuse. Pour la 
seconde, la correction en herenhyt est vraisemblable (cf. kerenhyt 
« affection, charité », notamment B.B. C. 47.78k. =88.15 
Ev. et B. Tal. 114.20, 117.33); maison pourrait songer à 
creir-hyt de creir « reliques » ? 

Pour la première, M. J. Loth propose un dérivé vieux cel- 
tique en *-yos (gall. -ydd) du mot qui est en irlandais cretem 
« foi » ; credwydd signifierait « croyant » ; pour des idées ana- 
logues, cf. M. A. 179 a 4. Le sens serait alors : « Bien que 
croyants en Dieu, (unis) par l'affection de la foi » (?). 

v. 4. Comprendre comme s'il y avait : pa divet ambii ? ae 
bet ? c'est-à-dire que les mots ae bel ont été introduits dans 
l'interrogation. 

3. v. 4. Noter elwyd, orthographe ancienne pour elfyd; cf. 
ci-dessus wenwyn et ci-dessous gwenwlawt. 

4. v. 1. Mot à mot, que mes os seront en tarine. 

v. 2. att vient du verbe adaw, souvent confondu avec gadn 
(cf. J. Loth, R. Celt., XXXVII, 45). — gwenwlawt s'analyse 



« Débat du corps et de l'âme » 395 

sans peine en given- fém. de gwyn « blanc, bienheureux » et 
blawd « fleur ». Le mot blawd est masculin ; mais le composé 
a pu prendre le genre féminin, parce qu'il s'applique à l'âme, 
à qui le corps s'adresse comme à une femme (M. J. Loth, 
qui me signale le fait, me renvoie pour cela à J. Morris Jones, 
tVelsh Grammar, p. 223). Le mot blawd « fleur » (à bien 
distinguer étymologiquement de blawd « farine »)peut s'em- 
ployer au figuré pour désigner l'essence, la partie la meilleure 
d'une chose. On peut songer aussi aux légendes celtiques sur 
les êtres nés de fleurs ou formés avec des fleurs. Cf. l'épisode 
du Mabinogi de Math, où Gwydyon et Math font naître une 
femme en lui composant un corps avec des fleurs (J. Loth, 
Mab., 2 e éd., I, 199 et ss., 208, n. 2). Cet épisode est rappelé 
dans le B. of Taliesin (158. 15 Sk. = 36.4 Ev.) : Gwydyon ab 
Don. . . a hudwys gwreic vlodeu. On y peut joindre le pas- 
sage du même recueil, où le poète dit qu'il a été créé vriallu 
à blodeu bre, vlawl gwyd Godeu, etc. (B. Tal., 142.6 Sk. = 
25 .24 Ev.). Cf. B.B.C. p. 9. 2 Sk. = 24.5 Ev. \ 

5. v. 1. « en lettres de lumière » ou « à la lumière des 
lettres ». Pour mynnyr au v. 2, M. I. Williams propose de 
lire myuyr au sens de « livre ». La correction serait admissible, 
à condition que dans l'original copié par le scribe, le u (= /) 
fût ici écrit uu, comme ci-dessus, 3. Mais on peut conserver 
mynnyr, de mynnu « désirer, vouloir ». Les formes en -yr sont 
parfois équivalentes comme sensà la 2 e pers. dusingulier. Ainsi, 
rotwyr, rymawyr (Loth, R. Celt., XXIX, 45 et XXXI, 481). 
Le scribe a pu avoir sous les yeux mynnir. Cf. ny daw pan myn- 
nir « il ne vient pas quand on veut » (B. Tal. 160. 14 Sk.). 
La construction serait : « j'ai vu ce que tu désires, de grandes 
paroles, à savoir. . . ». 

v. 3. La leçon diein paraît suspecte à M. I. Williams. On 
peut y voir le mot dien « première pousse » (B.B.C. 12.18, 
47. 27 Sk. = 35 . 12, 89. 12 Ev.) ; cf. J. Loth, Arch. f. Celt. 
Lex., I, 503. Silvan Evans cite un adjectif dieinig, qu'il traduit 
par « plein d'activité, de vigueur ». — Le pluriel dieu doit 
être scandé en deux syllabes, comme dans le Book of Taliesin 
(132. 16 Sk.)et ailleurs encore. 

6. v. 1. M. I. Williams rappelle que divroed (c'est-à-dire 



396 /. Vendryes. 

di-jro-edd) signifie souvent « tristesse ». Mais ici le sens pre- 
mier, « exil », convient assez bien. 

v. 2. Sur dycned, de dygn ou dygyn, voir J. Loth, R. Celt., 
XXXVI, 182. 

v. 4. A propos d'edweryt, il faut peut-être rappeler, non seu- 
lement le mot cturyt, eturct, edvyryt des Lois (Tim. Lewis, 
Gloss., p. 137), mais aussi eturyt du Mabinogi de Pwyll (R. 
B. 22, 30 = W. B. col. 34, 32). 

7. v. 3. Le mot goddeu « intention, direction » a pris de 
bonne heure une simpie valeur prépositionnelle : im gotev « vers 
moi » (B.B.C., 8.26 Sk. = 23.7 Ev. );ytb oteu « vers toi » 
(M. A. 166 a 41, 231 a 11), etc. 

8. Le corps énumère ici quatre des éléments dont il est con- 
stitué. Cf. dans le poème adressé par Prydydd y Moch à 
Llyvelyn mab Iorwerth, v. 5 (M. A., 210 b): Crist mab 
Meir ampeir dm pedicar defnyt. 

Dans le fragment du Black Book (poème VI, p. 8 Sk . 
'= 23 Ev.), le corps parle de sept éléments, parmi lesquels le 
vent, le nuage, les fleurs. L'énumération des éléments du corps 
varie suivant les textes (v. notamment R. Celt., t. I, p. 261 
et 502 et t. VI, p. xj) ; ils sont généralement supérieurs à 
quatre. On peut s'étonner qu'ici la terre figure deux fois, sous 
les noms de gweryd et de daear, et que l'air ne soit pas men- 
tionné. 

9. v. 1. Le mot cyd veut dire « réunion, contact » et même 
« coït » (B.B. C. 1 1 . s Sk. = 39.10 Ev.). Cf. cydiaw ac dans 
les Bruts (R.B. II, 142, 25 et 143, 7). 

v. 2. Le mot aryal (B.B.C. 39.15 Sk. = 74.11 Ev.), 
écrit aussi aral (ibid. 49. 13 Sk. = 91.15 Ev.) est un com- 
posé de ar -f- gai ; il signifie « vigueur, impétuosité » et s'em- 
ploie comme adjectif aussi bien que comme substantif. Il est 
formé comme l'irlandais irgal (Windisch, Wlb., 645). Pour 
le g devenant y, comparer penn-yal (Mab. R. B., 212, 14; 
Loth, Mab., 2 e éd., II, 20_|) qui répond à l'irlandais cend-gal. 
A l'intérieur d'un mot, on peut rappeler le cas de ariant 
«argent » etcelui dearyen «gelée, frimas» (R.B. poet., II, 222, 
27 Sk., M. A. 230 b 23) écrit aussi aren (B.B.C. 47.25 Sk. = 
89. r 1 Ev.). 



« Débat du corps et de Vâme » 397 

v. 3. Au lieu de ny chlywvt il faut lire ny chlyivul. Comme 
l'imparfait a aussi la valeur d'un conditionnel, on pourrait 
comprendre : « (sans moi) tu ne parlerais pas, tu n'entendrais 
pas, etc. ». 

v. 4. Pour la construction, suivant laquelle un substantif, 
étant jeté en tête, est rappelé ensuite au moyen d'un pronom 
régime, comparer les phrases suivantes : 

R.B. poetr. II 305, 4 Sk. (= 20 b 20 Ev.) : pob llyfwr 
llemittyor arnaiv « tout lâche, on le foule aux pieds » ; 

Mab. R.B. 222, 27 : a iawn nys gwnawny neb « et droit, je 
ne l'ai fait à personne » (= « je n'ai jamais rendu justice à 
personne »). 

J. Vendryes. 



NOTES 
ETYMOLOGIQUES ET LEXICOGRAPHIQUES 

{Suite). 



420. Irlandais moyen dé, gén. diad, dumacha — gallois 
dew ; dewaint (addition à Revue celtique, t. XLII, p. 85). 

Le vieil-irl. daè (Ml. 57 a 10 ') ^lose fumus. En moyen- 
irl. ce mot a deux sens : i° fumée, vapeur, brume : Tain Bô 
C. (éd. Windisch) 5508 : tre diaig (pour diaid) in tigi imbi 
d'faicsin, par le fait d'apercevoir la fumée de la maison qui 
l'enveloppe 2 , cf. dé, gén. diad (in Cath Cath. 1502). 

Le sens de brume est net dans Macgnimartha Finn, Rcv. Celt., 
V, 202, 1 (dé do loch). 

2 e coup de vent, étincelle (P. O'Clery). Cf. Kuno Meyer, 
Contr. 

Pedersen (Vergl. Gr. II 102) a proposé, avec doute, un rap- 
prochement avec le grec Seorro (brilla) ; de remonterait à 
dijet-s ou dijat-s. D'après lui, il serait peut-être aussi possible 
de le rattacher à l'irl. dâsacht, foreur (ibid., p. 32); ^'remon- 
terait, dans ce cas, à *dhweset-s. 

Pedersen n'eût sûrement pas eu recours à ces hypothèses, 
s'il avait connu ou tenu compte du gallois deiv, quia les mêmes 
sens et la même origine que dé. 

Silvan Evans donne à dew deux sens : i° brouillard, brume, 
brune, obscurité et au point de vue métaphorique, mélancolie. 

2° air chaud malfaisant ; température lourde (Gwent). 

Ce sont les sens principaux que relève Walde àfûmus : 

1 . Vice fumi omniseorum electio evanescit : atnal arindchrin die « comme 
s'évanouit la fumée. » 

2. Le chef médecin Fingin reconnaît la maladie eu voyant la fumée dans 
laquelle se trouve le malade. 



Notes étymologiques et lexicographiques. 399 

fumée, vapeur chaude. Il y a d'autres sens dérivés : Ôujôç 
(à côté de Ou[xà(o qui a le sens propre de fumer): irlandais 
moyen dumacha, brouillards (/« Cath Cath 2496 i Stokes le rap- 
porte à fûmus) = vieux celt. diïtnâkâ, irl. mod. damhach 
(*dumâko-) nébuleux, sombre (v. ind. dhulikâ nuage). La 
racine indo-européenne est *dhù (*dheuâ-). Le sens primitif 
serait : être en mouvement rapide ; en particulier, tourbillon- 
ner en parlant de la fumée, de la poussière (ôâeXXa, tempête). 

Il y aurait une racine dérivée *dheues- qui pourrait se retrou- 
ver dans l'irl. dâsacht fureur, rage (dhwôs, dhwâs-). Cf. Walde, 
Lat. Et. W . à fûligô, fûmus, et ci-dessus, p. 210-21 1. 

Dé, diad supposeraient un vieux-celt. deuet-s, gén. deuet-os 
(ou dewat-s), mais le gallois dew, ms. remonterait à un neutre 
*dewos. 

L'irlandais moyen dethach, f. fumée, foyer fumant ; vapeur 
(au point de vue médical) suppose un vieux-celtique dïtâkâ, 
de *dhu-itâ ? Cf. Walde, Lat. Et. W. kfimus. 

Le gallois moyen deweint, moderne dewaint paraît bien être 
un dérivé de dew-. On comprend en général, sous ce mot, le 
temps qui s'écoule depuis minuit jusqu'à l'aube ou, depuis 
l'établissement des heures canoniques, jusqu'à pylgeint (pid- 
licantio) le chant du coq ; en irlandais gairm an chailig '. 
L. Noir (F. a. B. II. 35, 44): on engage le pécheur à se réveil- 
ler : deiueint duhuned, qu'il se réveille à deweint. C'est à pyl- 
geint qn'il doit se lever : ibid. 45, 1 : le pécheur obtient le 
pardon. 

am kywodi pilgeint a deweint duhunau 

« en se levant au chant du coq et en se réveillant à dewaint » . 
Llywarch Hen (Myv. Arch. 89. 2) 

dechreu nos hyd deweint 
Dihunaf wylaf bylgaint 

« depuis le commencement de la nuit jusqu'à deweint ; je 
me réveillerai, je pleurerai à pylgeint ». Gwynfardd Brychein- 
iawc (M. A. 194-1) 

1. Cf. R. I. Best, The Leabhar breac tractate on the canonical bours,p. 162. 



400 /. Lolh. 

am roto dy vot dedwyt deweint 
aiven gan awel pan del pylgeint 

« que ta volonté (à Dewi) me donne heureux deweint, inspi- 
ration avec bon air quand viendra l'aube » (même idée dans 
des termes semblables, M. A. 178. 1). 

Mais pylge int n'existe que depuis le christianisme et la divi- 
sion du jour et de la nuit en heures canoniques. Auparavant, 
on ne connaît que deiveint et gwawr, l'aube, ou dyd,\e jour, 
M. A. 122. 2 (poème attribué à Meigant, qui montre des traces 
d'antiquité) : dit dyvit ' trenghit deweint 
« le jour vient, deweint s'en va. » 

L. de Taliesin (F. a. B. II. 165. 13) : à Dieu : 

ys tidi a vedyd dyl if deweint a dyd 

« c'est toi qui es le maître de la trame des heures sombres 
et du jour. » 

Ibid. p. 182.49 on trouve à propos des moines le vers sui- 
vant, fort significatif: 

ny wdant pan yscar deweint a gwawr 

« ils ne savent pas quand se sépare l'obscurité de l'aube. » 

Deweint a désigné sûrement d'abord les heures sombres, 
troubles de la nuit avant l'aube : c'est l'opposé de dyd et de 
gwawr. Il est même peu probable qu'avant l'époque chré- 
tienne dewoint désignât des heures fixes et commençât, par 
exemple, régulièrement à minuit. Dans les heures canoniques 
deweint va de minuit à trois heures du matin, a l'époque 
où le jour avec la nuit fut partagé en huit parties de trois 
heures chacune. 

Dewaint est donné comme masculin mais a sans doute été 
féminin : *dewanti. Ce changement de genre pour le même 
suffixe se constate en irlandais (irl. moderne méid, ms: quan- 
tité, grandeur ; irl. moy., tnéit, f. = maniï). 

1. Ici, comme dans les exemples du L. Noir et celui deG>. Brycb,t = d. 



Notes étymologiques et lexicographiques. 401 

421. Gallois grenn ; vannetais grenn, loa-grenn. 

Gren est un vase, une cuve de grande capacité, qui apparaît 
dans les Ancient Laïus I. 296, xxxiv. O. Pughe le décrit 
comme un cuvier en argile et cite, pour sa capacité, deux pas- 
sages des Lois, sans autre référence. Le mot est clairement 
féminin. 

Le dictionnaire vannetais d'Ernault a aussi gren, qu'il donne 
comme employé à Neulliac (haut-vannetais) et Plouny (bas- 
vannetais) dans le sens d'auge, envier. Le mot eût dû être 
écrit avec deux nn ; malheureusement le Dictionnaire écrit 
systématiquement toute finale par une seule -n. Le mot est 
bien connu dans la région de Guémené-sur-Scorff ; on pro- 
nonce grenn, orhrenn. C'est un cuvier d'une assez grande capa- 
cité. Il est en bois ; on s'en sert pour la bouillie. 

Ailleurs le mot semble inconnu. Il existe cependant à 
Ouessant en composition : ha-grenn, cuiller à pot répondant 
au loa-bot de Le Pelletier. Quand la cuillère est en bois, on 
l'appelle loa-brenn. Le vase contenant la bouillie ou la soupe, 
marmite ou vase en terre, était d'une grande capacité (Dom 
Malgorn, Le breton (Y Ouessant, Annales de Bretagne, 19 10, 

P- 394)- 

422. Irlandaismoyen craic ; crec ; irlandais moderne craig, 
creag; scraig, screag; irlandais moyen crach, crache — 
gallois moyen greic, moderne craig; cragen; crach — bre- 
ton crac, crag: cragell ; crogenn; vannetais crah. 

L'irl. moyen craie, gén. craicce; crec, gén. creca; mod. craig, 
gén. craige ; creag, gén. creige (avec s- initial : screig, gén. 
screige; screag, gén. screige), ont tous le sens de l'anglais crag : 
roche, colline rocheuse (Kuno Meyer, Contr. ; Dinneen). Ces 
mots sont largement représentés en toponomastique. Crach se 
montre en irlandais moyen vraisemblablement avec le sens de 
rude, dur, que lui donne Kuno Meyer. Crache paraît être le sub- 
stantif correspondant. On le trouve au génitif dans un passage 
du Glossaire de Cormac à prull, mais son sens n'y est pas net, 
le mot qui le gouverne ne paraissant pas ailleurs et étant lui- 
même de sens inconnu '. Le contexte cependant et la variante 

1. A chougrus chraiche, dô dur a mullacb, « il avait... sur le sommet de la 
tète ». 



402 /• Loth. 

craicei semblent indiquer un sens voisin de craie (cf. plus bas 
le gallois crach). 

Le gallois craig (gallois moyen cre'ic ') a les mêmes sens que 
l'irl. craig. Cragen, écaille, coquille, est de même origine. 
On trouve un pluriel craig, avec ce sens. Cragen, au sens de 
tesson, fragment de poterie, rappelle le breton crag, mean crag, 
grès; pod crag, pot de grès (Le Gonidec ; Vallée, Dict. fran- 
çais-breton ; Ernault, Gloss. à cragg). 

Crach est adjectif et substantif : crach 2 , qui a des croûtes 
(sur la tête), des escarres, galeux, teigneux ; crach, croûte, 
escarre, gale, teigne. 

Crach est très employé métaphoriquement dans un sens 
péjoratif (cf. anglais scabby, gueux) ; crach brydydd, méchant 
poète ; crach feddyg, médicastre ; crach foneddig, faux noble, 
parvenu, etc. 

Le breton, outre crag, tnean-crag, grès, acrac-houad, sarcelle, 
qui répond au gallois crach-hwyad, même sens ; vannetais cra- 
gell, sarcelle (Le Goff, Suppl.). Crac est employé, à Ouessant 
dans un sens ironique, qui'rappelle crach foneddig : cracou, ar 
c'hrakou (prononcez cracu), les aristos. Cracou conserve son c 
intervocalique dur sous l'influence de crac dans des mots 
comme crac-houad. 

Au gallois crach répond le haut-vannetais crah, monticule, 
butte: le sens primitif a dû être celui du gallois craig, colline 
rocheuse; crah de plus, a pour synonyme crêu, qui, d'après 
son origine, a eu le sens d'endroit rude, âpre (voir plus bas 
crèu). En bas-vannetais (région de Guémené-sur-Scorft), 
crahec (pour crahic) est un qualificatif méprisant ; je l'ai 
entendu appliquer moi-même à des personnes chétives, désa- 
gréables, ratatinées. 

En résumé, en celtique, on a affaire à deux thèmes : crac- 
et cracc,et, semble-t-il, crée-, crecc-. La racine est la même que 
dans l'irl. moy. carrac, carraic, mod. carraig, roche, rocher; 
gall., bret., comique carrée, carreg. De même qukcarraig, car- 
tec répondent gall. crach, breton crach, de même à l'irl. 

i. L. Tal. F.aB. II, 141. 23. 

2 . Proverbe, hawdd tynnu gwaed ben cracha, il est facile de tirer du sang 
d'une tête à escarres. » 



Notes étymologiques et lexicographiques. 403 

carrach qui a des croûtes, escarres, galeux, répond le gallois 
crag, breton crag. L'irlandais moderne càrr a le sens du 
gallois crach ;l'irl. moyen cairre, f. , de même (Kuno Meyer, 
Contr. : cairre, scabs, scalds). Il est reconnu que carr remonte 
à *car-s-. Le sens général paraît être celui de : raboteux, âpre, 
rude. Pour la racine qar, car, d'où carc-, crac-, cf. xapxtv;ç T 
xipxapo;; carina, cancer, carabus etc. (Walde, Lat. Et. W .). 

Le gallois craig, f= *cracï le breton crac = craco- (cracû- ?). 
L'irl. crache suppose *craciâ. A crac- appartiennent les dérivés 
gallois cragen, écaille, coquille ; breton, comique crogenn, 
même sens. De plus, en comique et aussi en breton, crogen a 
le sens de crâne (cf. vieil-ind. karanka-h, crâne). Le gallois 
connaît aussi la forme crogen. Crac- et croc- s'expliquent dans la 
série vocalique à. 

A *cracc- remontent l'irl. craie, craig; gall. crach, vannet. crah. 
Craie s'expliquerait par un indo-eur. *crac-nï-; crach par *crac- 
nâ- : cf. norvégien raeke, cancer, squilla, écrevisse: germanique 
*hrâki_ôn = ide. *krêkri . 

Kuno Meyer ne donne pas le genre de crée, gén. creca. Ce 
serait un féminin, si on s'en fiait à l'analogie de crecc, gén. 
creicce qui figure en toponomastique, vraisemblablement avec 
un sens voisin. -L'irlandais moderne creag, gén. creige, lui est 
identique. Quant au type indo-européen *de crecc, c'est pro- 
bablement *crcnâ qui aura donné *criccâ, creccà. Une forme 
masculine cricc, gén. crecca (*criccû- nom.) n'est pas toutefois 
impossible : cricc serait devenu crée sous l'influence de crecca. 

J. Morris Jones (Gratnmar, p. 144, 156) adonnédem^une 
étymologie insoutenable (J. Loth, Remarques, p. 62). 

423. Haut-vannetais créu — irlandais crô, crû ; gallois 

CREU, CRAU. 

Je neconnaiscr^M(écrit&rà*)quepar leSupplément de Le GofF: 
krah, kra, krêu, hauteur, butte, Commeje l'ai fait remarquer 
pour crah, évidemment apparenté au gallois craig, irl. craie, 
craig, au breton crag et aussi au gallois crach, le sens de crah a 
dû être d'abord celui de colline rocheuse. Krèu le confirme. Pho- 
nétiquement, créu (prononcez crèw) peut remonter à un 
vieux-celtique *creuo- ou crouo- : rcu, gelée (révS) est identique 



404 ]■ Loth. 

au gallois rhew, mais l'analogie celtique indique *crouo-. En 
effet, l'irlandais crû, crû, sang, gallois moyen creu, moderne 
cran, comique crow, sang et mort ', qui remontent à *crouo-, 
ont une racine dont le sens primitif est brut, dur, solide: crp, 
crau, c'est le sang versé, épaissi, provenant d'une blessure. Cf. 
skr. kravis, chair crue ; xpsaç, v. slav. krûvl, sang ; v. norr. 
hrâr = ags. braêw, hréaiu (angl. raiv ; wha. rô, cru, non cuit 
(Walde, Lat. Et. W . à cruor ; Falk-Torp, Norw. -Dan. Et. W. 
à raa). De la racine crou- dérive l'irl. moyen crnaid, mod. 
cruaidh — *croudi-. 

Le breton cri%, vannet. cri. a le sens primitif de cru, non 
cuit , de dur (vannetais den cri, homme dur ; se dit aussi en 
parlant de cidre acre) ; rude, en parlant du chanvre, en van- 
netais ; dregri, par force, en haut- et bas-vannetais, est opposé 
à dre ger (g dur écrit à tort gaer dans le Dict. d'Ernault). 
Cri%, cri, comme le dit avec raison Pedersen, n'est nullement 
emprunté au latin crûdus mais remonte à un vieux celt. *crûdi- 
(Pedersen, Vergl. Gr., I, 207). 

424. Gallois crammen ; breton crammen,cremmen — irlandais 
moderne screamh, screamhôg, screamhach ; irlandais moyen 
crem, moderne creamh ; irlandais moyen et moderne creimmm? 

Le gallois cramen, f.,a le sens propre de croûte se formant 
sur une plaie ; cramenu, se couvrir de croûtes. Silvan Evans 
cite de cramen ou plutôt du pluriel crannnynnau, un exemple 
du xiv e siècle. 

Ernault (Gloss.) donne crammen, cremmen f. avec le sens 
de crasse qui se forme sur la tête, et tire le gallois comme le 
breton, du vieux-français cramme, le saint chrême, laïcisé dans 
le provençal craumo, crasse, sédiment : étymologie de tout 
point impossible 2 . Ernault donne crammen comme propre au 
Léon, cremmen, cremen étant la forme usitée ailleurs. Crammen 
est donné par Le Goff (Suppl.), avec le sens de pellicules, 
ce qui concorde mieux avec le sens du gallois. En bas-vanne- 
tais (canton de Guémené-sur-Scorff), crammen (prononcez 

1 . Cf. vha brêo, cadavre. 

2. En trégorrois, crânien indique aussi le dépôt que laisse le lait dans un 
vase. 



Notes étymologiques et lexicographiques. 405 

crâmsn) a le sens de croûte, crasse adhérente à la tête, et de 
pellicules, quand on se gratte. 

L'irlandais moderne screamh, f., gén. screimhe, a le sens de 
croûte, pellicule, excroissance ; screamhôg (Dinneen : a scab). 

Il semble(?) qu'il y ait un rapport entre crammen, screamh, 
et l'irl. moyen cm», gén. crema, ail (cneamh vient de creamh) ; 
cf. Revue Celtique, t. XXVIII, p. 137. A côté decre?n, on trouve 
aussi en moyen-irl. crim (K. M. Contre). Crem est sûrement en 
rapport avec l'ags. hramsa (anglais ramson), ail, norvégien rams, 
rdmsleg (allium ursinum). La forme germanique fondamentale 
est *hramdsan ; ci. /.pi;xuov pour *-/.ps[Ausov et lit. kermus^e, 
ail. A l'irlandais creamh répond le gallois craj : vieux-gaëlique 
*cremu-; vieux-britt. *cramu-. L'irlandais crem a été précédé 
par crim ; cram est dû à l'influence du génitif crema. 

Quoi qu'il en soit, (s)creamh, f. gén. screimhe suppose *scretnd 
ide. scrmmâ ; cratnm-a la même origine, le double m excepté. 
Il y a entre les deux langues, au point de vue du vocalisme, 
alternance : -em- ; -am-. 

Il est connu que le suffixe -w-est souvent évincé par -mm- 
qui peut avoir plusieurs origines (cf. Pedersen, Vergl. Gr., 
1, 169 ; II, 60). Il est possible que (s)creamh soit pour screabh ; 
on pourrait, dans ce cas, supposer pour le brittonique *crabm-\ 
racine ide. krebh, skrebh ; skerdbh ; cf. danois hrabe ; v. norr. 
krabbi, ags. crabba ' (anglais crah) écrevisse; danois skrabe; 
■AxpoL^z:, lat. carabus. 

Le sens primitif paraît être gratter, égratigner, érafler. 

Ce sens est voisin de celui de l'irlandais moyen et moderne 
creimm, action de ronger ;cremiuim, je rouge ; corroder; mordre, 
pincer (Dinneen). 

Dinneen donne aussi à creim ; f. gén. creime, le sens de : 
gnawing pain. Or le danois-norv. kraeft, emprunté au bas-alle- 
mand, a le sens de : maladie qui ronge la peau (Falk-Torp, 
Norw.-dàn. Et. W . à krebs). Creimm = *cremml = crebmî? 

Le breton cremmen, à côté de crammen peut sortir de *crebm- 
mais est dû probablement à l'influence du pluriel : cremm- 
= *crammîs (primitivement thème en -/) : d'où un singulatif 

1. Il y a un doublet ide. *geiAé*çreb. 
Revue Celtique, XLIII. 26 



406 y. Lolh. 

crèmmen a côté de crammen. Le pluriel de cremmen est cremenou. 

425. Irlandais moyen curach ; gallois corwg. 

Ces deux mots sont bien connus à toute époque dans le 
sens de canot pour la pêche, fait de branches(osier notamment) 
entrelacées et recouvert de peau ou cuir. Thomas Richards 
donne du corwg une description très détaillée dans son Dic- 
tionnaire. La forme la plus ancienne est corwc. L. Aneur. F. 
a B. II, 90, 195. Un proverbe gallois cité par S. Evans en 
indique les dimensions : llwyth gwr yn ei gorwg, le poids de 
l'homme est dans son corwg : il est de tel poids que l'homme 
peut le porter, et qu'il peut porter l'homme. 

Ce qui est moins connu, c'est curach que Kuno Meyer, 
Contr., traduit par body. 

O'Clery donne curach. i. cor p. Kuno Meyer cite ce passage 
de H. 3.18, 212: foxladh do chud re curach. i. delughudh cinn 
recolainn, (séparation de la tête ' du corps). 

Le gallois emploie couramment le mot corwg dans le même 
sens, mais avec plus de précision. C'est le tronc, le corps 
moins la tête (S. Evans, Wehh Dict.). Silvan Evans cite l'ex- 
pression du Sud-Galles : 

y mae y gigfran yn gwaeddi am ei gorwg 

« le corbeau est en train de croasser pour sa carcasse ». 

L'évolution du sens s'explique du fait que le curach = 
corwc est essentiellement un bateau de peau, et par sa forme, 
représente assez bien le tronc du corps. Dans différentes langues 
peau se dit métaphoriquement de l'homme ou de la femme : 
en danois ancien, hud, peau, est un terme de mépris pour les 
femmes ; en vieux-norrois kvennskinn a un sens analogue. 
En revanche, skind peut se dire actuellement d'une personne 
honorable :aerligt skind, peau honorable (personne honorable): 
cf. Falk-Torp Norw.-dan. Et. W. à skind). En français, une 
peau se dit d'une femme de mauvaises mœurs. En somme, 
curach, tronc, est quelque chose comme un sac de peau. 

1. cud, cod se trouve dans le sens de tête en irlandais moyen (cf. K.M., 
Contr.). 



Notes étymologiques et lexicographiques . 407 

A côté de corwc, le gallois présente le dérivé corwgl, 
cwrwgl. 

D'après ce qui précède, l'étymologie du mot me paraît 
assez claire : curach, corwc = *corûco-, est à rapprocher du latin 
corium, racine largement représentée dans d'autres langues 
indo-européennes (Walde, Lat. Et. W .). 

En irlandais moderne, curach (écrit souvent currach) ne 
paraît avoir que le sens de canot. 

En moyen-irl., il y avait un dérivé curchân. 



426. Irlandais moyen cnâi, marb-chnai- gallois cnaif, 
cnuf, cnu ; breton de Vannes canèu, ailleurs kreori. 

Kuno Meyer, Conir., donne à enai f. les deux sens de toi- 
son et de couverture (d'après Sait, na rann 5.303). Comme 
étoffe, laine floconneuse, enae (vieil-irl. vellus) a pu facilement 
arriver à ce sens. Ce qui est plus singulier, c'est le composé 
marb-chnai (gl. on marb-chnai) qui apparaît dans les Ane. Laws 
I, 176, 20. Atkinson cite l'expression et traduit enai par dress 
avec un point d'interrogation (enoi olla, toison de laine, ibid., 
V, 80, 12, 81, note). 

Il ne me parait pas douteux qu'il s'agisse de l'étoffe, du 
linceul enveloppant le mort. Le mot courant pour linceul 
est en irlandais moyen et moderne eisléne (Kuno Meyer, 
Contr., donne aisléne et eisléne). On l'a interprété par 
manteau de mort, ce qui est faux. Léne, mod. léine, gall. 
moyen lieîn, breton lien est un tissu de lin primitivement, 
avec le sens de chemise, vêtement de dessus, surplis (au sens 
religieux). 

L'expression marb-chnai semble indiquer qu'à une certaine 
époque, à une époque pré- ou proto-historique, le linceul 
devait être fait d'un tissu de laine et même d'abord d'une 
peau de mouton avec sa toison. Chez les Européens, dès l'é- 
poque du bronze, le mort est enseveli revêtu de peau, de cuir 
ou de laine. 

En Armorique, à la première époque du bronze, dans un 
coffre de pierre, sous tumulus, on a découvert le squelette 
d'un homme de haute taille, enveloppé dans un linceul 



408 ]■ Lotb. 

de cuir; un autre dans un tronc de chêne avec des restes 
de tissu non déterminé. 

En Scandinavie, à la même époque, le mort a été trouvé 
dans un cercueil de chêne enveloppé de peaux. En Norvège, 
d'après un livre remarquable qui vient de paraître de Haakon 
Shetelig, La Norvège préhistorique -(Champion, 1926), p. 102, 
à l'époque du bronze, il n'y a pas de cercueil de chêne, mais 
le mort dans son vaste tombeau de pierres sous tumulus, est 
inhumé, revêtu d'un tissu de laine. 

Les formes celtiques au sens de toison, tonte, sont variées. 
Le vieil-irl. enae, irl. moy, cuâi, cnôi peut s'expliquer par 
*knapià (voir Falk-Torp, Norw.-dàn. Et. W . à nap et noppè). 
Cnae peut aussi avoir la même formation que le vannetais 
canèu ms. {cannv), dans les autres dialectes creon (creo) qui 
suppose *knauio- ' : a, en breton, a subi l'infection, comme 
le prouve la différence de traitement avec *knou-, noix : gall. 
enau, bas-vann. cançw, haut-vann. kenêu (foneiu), ailleurs kraon 
(krao). 

Le gallois enaif, f., a surtout le sens de tonte, en moyen- 
gallois (S. Evans, Welsh Dict.); cneivyaiv, aujourd'hui cneifio 
a le sens de couper, non seulement les cheveux, mais même 
le blé : eilliaw 2 y varyf a chneivyaw y ben (Brut. , Gr. ab Arthur, 
Myr. Arch. 11.283) ; raser sa barbe et tondre sa tête; a mi 
ddisgoganaf cynhaeaf cneifir yr yd glas (Gorddodau Myrddin, 
d'après S. Evans, à cneifio) « et moi je prédis un printemps 
où on coupera le blé vert ». 

Cnaij,i., suppose un ide. knabià ou knabhià (cf. grec y.vazToi. 
vvasw, /.vasaAsv). Dans ie sens de toison, c'est cnuf, cnu qui 
est employé en gallois : Ane. Lawsl, 519, 13 : daval ae chnuj 
ae hoen ganti, brebis avec sa toison et son agneau avec elle 
(cf. Silvan Evans, IVelsh Dict.).Cnuf =knottbâ,kneubâ (y'xeux- 
suédois (k)niupa, suéd. nypa, pincer, tirailler, plumer). 

Le comique knêti (« = û semi-voyelle) ne repose que sur 
l'autorité de Lhwyd (Arch. Brit. 170 : knêu glàn, toison de 

1. Cf. xvaiw, j'égratigne, je frotte. 

2. allaw, raser, existait en moyen-gallois : sef a wnaeth allaiu y wallt, il 
fit raser ses cheveux (M. A. 589 : notes à Brut Tyssiliaw et Brut Gr.ab 
Arthur) ; cf. irl. alt,altdn, rasoir; bret. aoten ; dérivé gall. eUyn. 



Notes étymologiques et lexicograpbiques. 409 

laine). Son existence reste douteuse. Lhwyd a enrichi le cor- 
nique assez souvent de mots forgés d'après le gallois ou le 
breton, et il y a parmi ces mots des formes démenties par la 
phonétique même de ces langues. 

427. Gallois moyen hydrum ; breton truin; vieux-breton 

TROMDEN. 

Trum est connu en breton surtout dans l'expression maro 
Inim, mort subite. Il est donné comme adjectif et adverbe par 
Grégoire de Rostrenen : trumm, prompt, diligent, diligemment; 
Le Gonidec : protnptement, vite. Trumàer, promptitude, dili- 
gence, est donné par Grégoire et Le Gonidec {ci. Ernault, 
G/055.). Le mot n'est pas usité en vannetais. 

Trum n'existe qu'en gallois-moyen dans le composé hydrum : 
Ane. Laws II, 302, V : la loi admet un certain nombre de cas 
où un retard dans la comparution devant les juges après som- 
mation est légal ; le dernier cas indiqué est : neu na vo hydrum 
nac yddo nac yw gennat y wlat « ou que le pays ne soit pas 
accessible (facile à atteindre), ni à lui, ni à son messager. » 

Le même mot, pour le même cas, est donné sous la forme 
hyttrum ' dans le Dimetian Code{ib. I, 610, iv, 5) : ac (mieux 
la variante neu) na vo hyttrum nac idaw nac oe gennat. 

Régulièrement trum suppose un vieux-celtique *troummo-. 
Il semble bien que le même thème, à degré vocalique différent 
se montre dans la glose envieux-breton tromden gl. pervolamt. 

Pour le sens primitif, on peut comparer tremor, le vieux- 
saxon thrimman, tressaillir, sauter, etc. (cf. Walde, Lat. Et. 
JV.y Mais pour le sens on penserait plutôt à âpôjwç. Outre 
que dr- alterne parfois avec tr- en gallois {drem, irem ; drwm, 
trwm) on peut supposer anciennement deux formes apparentées 
trum et drum, trom et drom qui se seront confondues pour la 
forme et le sens sous trum, trom. C'est le cas pour le germa- 
nique qui présente : germanique trem-, ide. drem- ; germanique 
ftrem-, ide. trem- : ags. trem, trym, marche, pas ; norvégien 
t rampe, piétiner (avec voyelle différente moyen-haut-all. trump- 

1 . C'est probablement une graphie inexte. Cependant on peut y voir 
une influence de hyt ou même, à la rigueur, un composé avec hyt : bytynt y 
divfr, le cours de l'eau ; hyt introduirait l'idée de jusqu'à. 



410 /. Lotb. 

j'en, courir), et trem (ide. drem) : vieux-saxon thrimman, 
sauter, etc. 

Trom (trâtri), trum supposent tru-m-bo- ou trub-mo- ; trou- 
m-bo-, ou troub-nw (cf. tremor, trepidus (cf. Falk-Torp, Norw. 
dan. Et. W. à trampé). 

428. Vannetais offen. 

Offen, f., au sens de mangeoire, auge, est usité dans tout le 
vannetais; dans le bas-vannetais ofzn,f est nettement sourd, et 
ouvert. C'est d'autant plus remarquable que dans ce sous-dia- 
lecte, / intervocalique devient généralement v. Il est probable 
que le singulatif offen a été appuyé par off. Le mot n'existe pas 
dans les autres dialectes bretons ; il n'y en a pas trace en gal- 
lois non plus qu'en comique. 

Un emprunt à l'anglais ovcn est de tout point impossible ; 
on ne peut pas plus songer à l'ags. ofen, ni pour la prononcia- 
tion ni pour le sens. Le sens n'est pas non plus en faveur 
d'un emprunt à l'allemand ofen, four, fourneau. Uoffen van- 
netais est une auge généralement en pierre, de forme quadran- 
gulaire. On en voit encore fréquemment auprès des puits; on y 
versait de l'eau et les bêtes venaient y manger et s'y abreuver. 

Si off est indigène, il remonte à un v.-britt. *oppiï, *uppà, 
qui ne pourrait s'expliquer que par uq u -uq u à. Pour nq u , on 
pourrait penser à 1— vie, four. Les formes germaniques sont 
très complexes: cf. Falk-Torp, Norv.-dân. Et. W. à ovn{et v.- 
norr. çgri); cf. Walde, Lat. Et. W. à aulla, anxilla. Ct. skr. 
ukhâ, vase ; pour le sens, cf. ags. ofnel, pot, marmite. 

429. Gallois RHAFF. 

Le gallois rhaff, gallois moyen raff f., est employé à toute 
époque dans le sens de corde; Ane. Laivs II, 805, lui raf 
welew , corde de crins (Ane. L., I, 582, xl, raff vkw); raj 
livyf, corde d'écorce d'ormeau (Ane. L., I, 582, lvii, raff IwyJ). 
Aucun mot semblable ni apparenté n'apparaît dans les autres 
langues celtiques. 

La comparaison s'impose avec le vieux-norrois reip, n.,got. 
raip, courroie, lien ; norvégien reb, cordage, corde, courroie ; 
ags. rap, angl. tope, ail. reif. Les mots germaniques supposent 



Notes étymologiques et lexicograpbiques. 41 1 

un indo-eur. *roipnô-. Raff suppose un vieux-celt. rapnâ — ïde. 
*fpnâ ? 

430. Breton ràn; rÀnenn ; — rann — gallois rhann ; irl. 

RANN, RANNAIM. 

On a confondu, sous rann en breton, deux mots de forme 
et de formation, sinon d'origine différente : rann part ■ {Doctri- 
nal 1628); rann, fracture (à Ouessant, fracture sans sépara- 
tion); haut-vannetais rann part; rannein, diviser; rannedigeah, 
divisibilité (léon. rannedige\, gall. rhanedigaeth). 

Le gallois dit rhann, Y 'irl. rann, rannaim, je partage, distribue. 
Stokes (Urk. Spr., p. 227) après avoir donné sous *rannà, les 
principales formes des langues celtiques, termine en disant qu'il 
ne s'explique pas le double -un : il rapproche, en effet, rann 
de rapsïv, T.i-ptoxai: pars, portiro. Pedersen {Ver g. Gr., I, 52) 
l'explique par *pfsnâ, ce qui, phonétiquement, explique le 
double -nn. 

Mais il existe, en breton, une forme avec une seule -n, 
avec allongement et nasalisation de la voyelle a : bas-van- 
netais (région de Guémené-sur-Scorfî) : rànet, brisé en par- 
lant du cœur ; une des plus belles chansons du pays, au point 
de vue mélodique, commence par rànd'bra^ec e me halôn, 
« bien 2 déchiré est mon cœur» ; rânein, déchirer. 

La différence entre ràn et rann est également très nette à 
Ouessant : rânenn, fente dans un rocher, falaise, mais rann, 
fracture. Le bas-vannetais, comme Ouessant, sépare nettement 
dans la prononciation -an accentuée, de -ann : cann, blanc 
cannein, laver (blanchir), mais cân, chanter, cànein, chanter. 

Ran pourrait, à la rigueur, s'explique par *pf-nâ. 

Une autre explication est-elle possible ? Rân-enn rappelle 
pour le sens le latin rupes (cL rumpo) et d'autres mots appa- 
rentés. Il y a des racines synonymes plus voisines, *rep, *rap : 
rapio, gr. Ips^Tcpuzi ; irl. recht, fureur ; gallois rheith, anrcith, 
pillage, butin (*rept-). 



1. Vieux-bret. rannou g\. partimonia, gl. climatibus. 

2. bni{ec pour bra^ic serait mieux traduit par gros : déchiré, gros est 
mon cœur : cf. brades, femme grosse. 



412 7- Lotb. 

Rân pourrait remonter à râpnà : et. tan, irl. tene {tan = 
*tapno) '. Ràn remonterait peut-être à ?(p)nâ (cf. Walde, Lat. 
El. W . à rapio, rumpo, râpes ; Folk-Torp, Norw.-Diin Ft. W 
à rov. 

431. Gallois tavv ; irlandais moyen tâi ; irlandais ancien et 
moyen tâm — vieux-breton taguelguiliat. 

Taw, en gallois moyen, est employé dans le sens de mort : 
L. Aneurin (Gorchan Adebon), Skene, T.a.B. 11 .95, 30: 

ys meu y gwynaw 
kyn vwyf y dyd taw 

« c'est à moi de le pleurer avant que je ne sois au jour de 
la mort. » M. a. 250.2 le poète adresse une demande à Dieu : 
Kyn taw a chyn tezui, « avant la mort et avant de me taire. » 

Il n'est pas douteux que les auteurs gallois n'aient vu dans 
taw, le mot taw, silencieux, se taire : L. Noir (F.a.B.n. 33, 
9) : au sujet de la tombe d'un guerrier : 

kin bu taw y dan mein 

« avant qu'il ne fût silencieux sous les pierres. » 
On trouve athaw dans un sens analogue : M. A. 209. 2 (au 
sujet de la mort d'un chef: 

Bydoed y g kyhoed y g kwyn a ethyw 
oe athaw yu amwyn 

« des mondes publiquement, en deuil, sont devenus, par 
sa mort (son grand silence), sans joie. » Je suppose que amwyn 
est pour ammwyn = anmivyn 2 . 

1. Stokes, Urkeltischer Sprachschat^, p. 227, à *re{p), cite l'irl. rap tout 
animal qui fouit pour lui (les cochons par exemple) ; il cite aussi ropp 
bête d'attaque = *rupnô. C'est fort douteux. On trouve rop, avec le sens 
de tronc d'un corps, In Cath Cath, 6098. Dinneen donne indifféremment 
rap, rop, tout animal qui fouille pour sa nourriture. 

2. M. A. 167.2 cyn trenl iithaw peut être lu : treul a tbaw, avant l'usure 
(l'apaisement) et la mort. S. Evans a lu athaw dans un vers de Taliesin : 
il faut lire a thraw, comme en fait foi le ms. (Gwenogvryn Evans, the book 
ofTatiein, p. 42,7). 



Notes étymologiques et îexicographiques. 413 

On peut se demander toutefois s'il n'y aurait pas eu con- 
fusion, ou avec tâm-, ou avec un autre tâu. En vieil-irl. tâm 
apparait avec un sens un peu vague : Thés. pal. 11 .258, 1. 12 : 
Crist ocus Patrie Artmache jarna feil tâm na cisel, Christ et 
Patrie d'Ardmag sur lesquels il n'y a ni maladie (pestilence : 
Stokes traduit par plagué) ni démon. O'Davorens Gloss. 1539 
donne à tam le sens de mort ou qui demeure, reste. Tâm-galar 
(Acall. na Sen. 1184) aie sens clair de maladie mortelle. On 
trouve en irlandais moyen taim, tamh avec le sens de : repos, 
défaillance, mort (Windisch, JVôrt.). Il en est de même en 
irl. moderne (Dinneen). Tdimhnéll ' (Acall. na Sen. 1932): 
a le sens d'évanouissement (nuage de défaillance). Cf. Tain 
BdC. p. 558, 1. 3907 : Laeg a roué de coups le cocher de Fer- 
diad et l'a laissé pour mort sur le carreau : 

iarsin ergis ara Firdiad asa thdimhnéill 

« après cela le cocher de Ferdiad se leva de son évanouis- 
sement. » 

Tàmh aurait pour équivalent régulier en gallois, tœw : cf. 
llaw, main, irl. làmh. Il est vrai qu'en dehors de la forme 
monosyllabique, m reparaît : dy-lovi; il n'y a pas d'évolution 
analogue pour taw. 

Un mot irlandais fort rare, tâi, laisse place au doute comme 
origine et comme sens. Il apparaît dans le Glossaire d'O' Da- 
voren, 1580 (édition de YArchiv fur Celt. Lex) : 

taimthiu À. bas no sereclighe. tamtdi .i. 
eg a enar, ut est taimtiu Eutaic espoic 

« taimthiu, c'est-à-dire mort ou consomption (lit de dou- 
leur), tamtdi, c'est-à-dire la mort seule, comme est tamtiu 
(mort) d'Eutychius l'évêque. D'après Stokes, le glossateur 
aurait vu dans tamtdi, tam, silencieux et tâi, mort : c'est une 
tentative étymologique. 

Tâi apparaît encore xlans un poème appartenant à Toehmarc 
Etâine. Windisch donne ce poème à la suite de son édition 
de Toehmarc Etâine (Ir. Texte 1, p. 132, 24). Voici le passage 

1. Au pluriel, tdimnélla. 

27 



414 /■ Loth. 

concernant lài. Le dieu Mider invite Etain à le suivre dans sa 
demeure divine et lui en dépeint les charmes : 

Is and sin nad bi mûi na tdi 
gela det and dubai brai 
Is H sida lin ar sluag 
is dath sion and cech gruad 

« c'est là qu'il n'y a ni ni mort ; des dents blanches, 

des sourcils noirs ; la multitude de nos troupes a le regard 
éclatant (la splendeur de l'œil) ; toute joue a la couleur de 
la digitale. » Mûi ne se retrouve pas. Windisch a reproduit avec 
un point d'interrogation, très justifié, la traduction d'O' 
Curry : there no grief or care is known. Whitley Stokes (Thés, 
pal. 11, p. 195, note e à mûi gl. 10, 1. 29), voit dans le vers 
cité plus haut du poème à Étâin, le pronom possessif d'ail- 
eurs connu de la i re personne, et dans tâi, le pronom pos- 
sessif de la seconde personne. Il traduit : there there isneither 
mine nor ihine. Au point de vue phonétique, c'est irrépro- 
chable et, aussi, ingénieux , mais c'est faire de la demeure 
céleste de Mider un paradis communiste qui contraste étran- 
gement avec les idées et les mœurs des anciens Celtes. Ils 
étaient fort susceptibles en ce qui concerne l'article du mien, 
puissance, richesse, femmes, et beaucoup moins préoccupés du 
tien. D'ailleurs, que viendraient faire immédiatement après 
dans le même grand vers : dents blanches, sourcils noirs et le 
reste ? Le contexte n'est guère en faveur d'une pareille hypo- 
thèse. Le pays de l'éternelle jeunesse, le pays où on ne meurt 
pas est, au contraire, un thème favori des poètes et auteurs de 
l'ancienne Irlande. 

D'ailleurs, en supposant même que tdi ait ce sens dans le 
poème, il ne peut l'avoir dans la glose d'O'Davoren. Cette 
glose paraît avoir sa source dans une glose du Félire, Jul. 2 Gl., 
reproduite par Windisch Ir. Texte, Wort. à taimthiu : taim- 
thiu ? .i. bas no tam no serb, no tamthiu À. tomaithium, no 
tai[m]thiu À. tam tai À. éc a aenur no serg. 

« taimthiu, c'est-à-dire mort ou maladie, ou consomption (je 
lis serg : serg à la fin de la glose parait déplacé) c'est-à-dire 
menace ou mort (Windisch death-bed), c'est-à-dire tam tdi, 



Notes étymologiques et lexicographiques. 415 

c'est-à-dire mort, seul. L'expression éc a aenur est éclairée par 
une glose au Félire, june 30 : taimthiu .i. a éc fri hadart « taintr 
thiu ', c'est-à-dire, sa mort contre l 'oreiller, mort solitaire 2 . Si 
on ne tenait pas compte du vers du poème à Étâin, on serait 
tenté de voir dans tdi, un dérivé en i de tau- (irl. to) : mort 
silencieuse. Mais tâi paraît .être un substantif. 

La comparaison de l'irl. tàm (tâmh) avec le latin tâbes, s'im- 
posait : c'est un élargissement par -m (par bh en latin) de la 
racine tâ(ji)-, à laquelle on donne généralement le sens de 
fondre (gallois tawdd, toddi, breton teu^i, fondre). 

En irlandais, tau- n'apparaît pas dans ce sens, ce qui ne 
constitue pas une preuve contre l'origine indiquée de tàm, 
mais une simple présomption. On remarquera d'un autre côté 
que les idées de silence et de mort sont corrélatives. Comme 
tàm, taw a non seulement le sens de tranquillité, cessation, mais 
aussi de mort. Taw est substantif et adjectif: pour le breton, 
le supplément de Le Goff au Dict. d'Ernault, donne taù, 
silence. Teùel, taùein, en vannetais, a le sens de cesser (par 
exemple pour la pluie), se taire, faire cesser, apaiser : taùein 
kounar, faire cesser la fureur (de Dieu). Ce sens rappelle le 
glose du vieux-breton guo-teguis gl. compescuit. Certains sens 
de tàm ne s'expliquent pas, sans en forcer le sens, par la tra- 
cine tâu-, fondre. Il semble qu'en celtique tout au moins, les 
deux racines se soient confondues. 

Le vieux breton taguelguiliat gl. siliccrnium n'est pas sans 
intérêt au sujet de la parenté du silence et de la mort. Le 
mot a le sens propre de veillée 3 silencieuse (ou fête silencieuse), 
en réalité, fêle des silencieux, des morts. C'est le sens du mot 
latin glosé silicernium. On l'interprétait par le repas appelé silen- 
cieux, pris en silence. Osthoff (Par. 1 . 66 et suiv.)en a trouvé 
une interprétation qui s'impose : c'est le repas des morts, 

1. Cela paraît être une expression consacrée : éc friadart, Goid. 102,12 
(K.M., Contr. à adarf). 

2. Windisch Wort. traduit taimthiu par death-bed. L'accusatif sg. tatnthine 
se trouve Fêl. oct., 29 (Windisch, après i 29, a un point d'interrogation). 
C'est un subst. en -tiô, -tien. L'a paraît bref, tomaithium est connu comme 
accusatif. Dinneen donne, d'après P. O'Clery, un nominatif tomba itbeamh. 

3. Le gallois gwyl, breton gouel, irl. /^//représente le latin vig(i)lia. 



416 /. Loth. 

c'est-à-dire, suivant son heureuse expression, des silentes (cf. 
Walde «, Lat. Et. IV.). 

Il est probable que tdi, qui parait bien avoir le sens de 
mort, a eu le sens primitif de silence (*tâui, *tausï ?). 

Les veillées et repas des morts étaient bien connus des 
Celtes. Il y en avait, il n'y a pas loHgtemps, des souvenirs en 
Irlande et en Bretagne. 

En Basse-Bretagne, suivant un usage qui n'a pas encore 
disparu, la veillée du mort réunissait bon nombre de parents 
et d'amis, un repas leur était servi. Mais le repas principal, 
se fait après l'enterrement. On boit ferme avant 2 , pendant et 
après, en l'honneur du défunt. 

432. Gallois cerdded ; breton kerzet ■ voc. corn, kerd, 
iter ; corn. moy. certhes (th = d) ; irlandais-moyen ceird ; 
fo-cherdam — allemand scherz, scherzen. 

Le sens des mots gallois, breton, comique, est marcher, se 
mettre en marche. Stokes (\Jrk. Spr., p. 80) cite un mot irlan- 
dais-moyen, du Glossaire d'O'Davoren : ceird. : céimniugud 
no cing, sens analogue. (Le substantif verbal decingim, je vais, 
marche, est généralement céirri). 

On a généralement rapproché de cerd-, le vieil irlandais et 
irl. -moyen fo-cherd — très largement représenté comme verbe 
dans le sens ordinaire de lancer, placer (Pedersen, Vergl. Gr. y 
n, 380-384, 499, 502) '. 

Je ne crois pas qu'on ait jamais rapproché le brittonique 
de l'allemand scherzen, plaisanter, rire, se moquer, folâtrer. 
Or, en mha. scherzen avait le sens propre de sauter joyeusement, 
sautiller ; scherz, saut, marche rapide ou course. On en a rap- 
proché oxaipw, v.ipox^ (cf. Kluge, Etym. Wôrt ; Falk-Torp, 
Norw.-Ddn. Et. W . 1.262 àforskjertse). Le gallois nous apporte 
pour ce rapprochement un argument décisif. O. Pughe, Dict., 

1. En Nachtrag, Walde cite de silice) nium une interprétation d'Ehrlich, 
qui paraît peu vraisemblable. 

2. Dans les bourgs, une tournée dans les différentes auberges est obli- 
gatoire, sous peine d'être accusé d'avarice. 

3. Pedersen a rapproché, à tort, de cerd- le gallois cordd qui remonte à 
coriâ, et est identique, moins le genre, à l'irl. cuire, troupe = *cor\o-. 



Notes étymologiques et lexicograpbiques. 417 

donne, comme mots courants : go-gerdd, f., a burlesque ; go- 
gerddol, ludicrous (*uo-cerd-). Je n'en connais pas d'exemple 
ancien, mais il n'y a aucun doute à avoir ni sur la lorme, ni 
sur le sens. Falk-Torp, comme on l'a fait souvent, rapproche 
desformes germaniques, Yul.fo-chetdaim, schlenkern.springen. 
Je n'en connais pas, en ce qui me concerne, d'exemple avec ce 
sens. 

433. Note additionnelle à goubannùél-noz, goubanen ; 
vieux-breton gud — (voir Rev. Celtique, t. XLII, p. 366). 

L'explication que j'ai donnée du maintien de ^ initiale après 
gou- dans goubannïoel, est fort discutable. Le sens et la phoné- 
tique recommandent la composition en vieux-breton, par 
gud- = uo-ud-. banwel, zénith : gubanwel = gud-banwel, 
lumière diminuée, crépuscule. Cf. gud-ndiol gl. minus erudiens 
(Gloses d'Orléans) ; gud-coguod ' gl. reprehendendi (ibid.) ; gud 
(Gloses d'Orl., p. 29, n° 163) est un mot commencé visant 
évidemment parvum : utrum parvum an magnum quis fura- 
tur. Gud se trouve sous la forme guod- dans guod- cess gl. odio 
habentes (ibid.} : le mot est vraisemblablement inachevé. La 
composition avec gud- guod- paraît avoir été courante en vieux- 
breton et ici, comme ailleurs, suivant la juste remarque de 
Pedersen {Vergl. Gr. I, 259), le préfixe précédant ud- n'est que 
secondaire ; il est certain que la valeur significative appartient 
à ud-. 

Goubànen-no^, goubanen étant bas-vannetais je verrai dans 
bàn- (cf. lân, plein, ailleurs leun) l'irl. bân, blanc, pâle et une 
composition analogue : u(o)-ud-bân-. 

434. Irl. moyen bongim, bongaim, je brise ; gallois moyen 

DI-VWNG, GORDIVWNG. 

1. coguod pour com-uod est vraisemblablement une forme vocalique dif- 
férente de yed- : argywdd : cf. v. bret. arcogued gl. nicivos, (pour ued-, irl. 
fed- cf. Pedersen, Vergl. Gr., I, 339; II, 516.) La racine, ijet-, aller qui pa- 
rait dans l'irl. -moy. con-fethim, je rencontre, se trouve peut-être dans le gal- 
lois moyen kywet (Myv. Arch., 181. 1 : yn llann yn llwyr gywed, dans le 
cimetière, en complète rencontre (compagnie). S. Evans donne un exemple 
plus récent : adar gywed : cywed, pour lui, a le sens d'accord. 



4 i 8 J. Loth. 

Sur bongim et ses composés, voir Pedersen, Vergl. Gr., 
II, 339, 367, 391, 460, 477. On n'a pas signalé jusqu'ici à 
ma connaissance, de forme brittonique avec le préfixe nasal 
du présent. Bong, sous la forme régulière bwng, se trouve dans 
di-vwng qui a le sens net d'inflexible (qu'on ne brise pas) : 
M. A. (xn e s.) 210-2 : 

Divwlch ut divalch y esgar 

Divw(ii)g bhvng l blaen uvel drwy var 

« chef sans entaille (qu'on n'entame, atteint pas), — pas 
fier ses ennemis — , inflexible, rude, en avant de la flamme 
(ou flamme d'avant) dans la colère. » 

Ibid. 266.2 Pendefic Crukyeith meith mygyr divzu(n)g 

« le chef de Cruckyeith, large, admirable, inflexible ». 

Ibid. 176.1 Yssym argluyd gurd gordivung y var 
Gordwy neb nyv y si un g 

« j'ai un seigneur rude, à la colère tout à fait inflexible, 
oppression de quiconque ne se soumet pas à lui ». 

Jusqu'ici on n'a, je crois, trouvé d'équivalent au celtique 
que le sanskrit bha-nâj-mi, je brise. 

Whitley Stokes avait rapproché de bong, un comique boing, 
hache, mais il faut lire bony qui a deux syllabes et rime en -y 
(P. D. 2564). 

{A suivre.) J. Loth. 

1. Cf. breton moyen bhonhi, reprocher à quelqu'un sa nourriture (com- 
paré par Ernault à blwuç). Dans ces deux vers, / =d. 



LES 

LANGUES BRETONNE ET FRANÇAISE 

EN BRETAGNE 

D'APRÈS UN TRAVAIL RÉCENT 



En 1886, Paul Sébillot avait publié dans la Revue d'ethno- 
graphie un travail de statistique concernant la langue bre- 
tonne (La langue bretonne, limites et statistiques avec cartes). 
M. Albert Dauzat a repris cette étude dans la Nature du I er mai 
1926, p. 273 : Le breton et le français, avec canes à l'appui. Il 
rappelle le travail de Sébillot et le résume : la limite tracée 
par lui partant de la mer à l'ouest de Portrieux, décrivait un 
vaste arc de cercle (à convexité tournée vers l'ouest) jusqu'au 
canal de Nantes à Brest, qu'elle coupait à égale distance de 
Loudéac (côté français) et de Pontivy (côté breton) ; elle se 
dirigeait ensuite au sud-sud-est jusqu'à l'embouchure de la 
Vilaine en passant à 15 km. environ à l'est de Vannes. En 
note, M. Dauzat rappelle qu'il existait encore, en 1886, une 
enclave bretonne en Loire-Inférieure (partie rurale de la com- 
mune de Batz), résidu d'un ilôt plus important que la pous- 
sée du français dans la basse vallée de la Vilaine sépara du 
reste de la masse bretonne vers le xn e siècle. Il n'y restait en 
1886, que trois cents bretonnants environ, aujourd'hui il n'en 
reste presque plus (cf. R. Celt. XXXIII, 151). J'ajouterai que 
le breton de Batz nous est connu : c'est, avec quelques traits 
particuliers, du haut vannetais '. 

1 . La parabole de Y Enfant prodigue a été donnée en dialecte du bourg 
de Batz par M. Bureau, dans la Revue Celtique, t. III, p. 250 (1 876-1878). 
M. Ernault a publié en 1883, dans les Mémoires de r Association bretonne, 
une étude sur le dialecte breton de la presqu'île de Batz (cf. R. Celt. VI, 
508). 



420 /. Loth. 

La statistique de M. Dauzat rectifie et complète celle de 
Sébillot. Le breton a perdu du terrain depuis 1886. La limite 
n'est plus tout à fait la même. Le recul est surtout sensible 
dans le Morbihan. Des renseignement précis ont été fournis à ce 
sujet à l'auteur par l'abbé Guillevic, vicaire général de Vannes. 
Sur 169 paroisses qui avaient été classées comme étant de 
langue bretonne lors du remaniement des diocèses sous Napo- 
léon I er ; il y en a aujourd'hui 48 où le catéchisme et la plu- 
part des prédications (sinon toutes) se font en français, et 27 
qui) considérées comme bilingues, ont deux catéchismes, l'un 
en breton et l'autre en français, et des prédications en breton 
ou en français suivant les messes. Ces données appellent un 
léger correctif, d'après l'abbé Guillevic, parce que les institu- 
teurs et institutrices, même libres, engagent les enfants parlant 
plutôt le breton à suivre le catéchisme français. Dans trois 
localités, Caudan, Crach et Camac, tous les garçons vont au 
catéchisme breton, toutes les filles au français : répartition 
arbitraire, d'après M. Dauzat, mais qui prouve du moins que 
les enfants connaissent les deux langues. La raison en est fort 
simple : en général, les institutrices religieuses se refusent 
tout net à enseigner à lire en breton, et cela avec l'appui des 
habitants. Des paysans de mon pays m'ont dit plusieurs 
fois : nos enfants savent le breton ; ils n'ont pas besoin qu'on 
le leur enseigne. Ce recul du breton est peu sensible à l'inté- 
rieur ; il est considérable sur la côte du Morbihan. Il n'y a 
plus de catéchisme breton à Groix, à Belle-Ile, dans le canton 
(ou doyenné) de Sarzeau, dans les îles du Morbihan, et les 
paroisses, jadis bretonnantes de Muzillac et de Questembert. 
Les îles de Houat et Hœdic, plus isolées, font exception : 
Houat est bilingue ; Hœdic, entièrement breton. 

J'ai passé en 1923 deux mois à Saint-Gildas-de-Rhuys ; des 
vieillards parlent encore le breton. A Arzon, et Port-Navalo (où 
j'ai passé deux mois, deux années de suite en 1921 et 1922), 
j'ai pu constater que la population d'âge mûr savait le breton, 
mais que les jeunes, en général, l'ignoraient et ne le com- 
prenaient même pas. Dans une génération, le breton aura dis- 
paru de la péninsule. Dans les îles du Morbihan, il y a une 
vingtaine d'années, tous les indigènes parlaient ou compre- 



Les langues bretonne et française. 421 

naient le breton. J'ai recueilli moi-même un certain nombre 
de chansons à l'Ile-aux-Moines et publié une étude sur le bre- 
ton de cette île. J'en ai publié une autre sur le breton de 
Sauzon (Belle-Ile), qui est, en somme, du bas-vannetais. 

M. Dauzat constate que, dans les Côte-du-Nord, le breton 
résiste mieux, bien qu'on observe un fléchissement au sud et 
surtout sur la côte. A Saint-Connec, où on prêchait en breton, 
il y a trente ans, on ne parle presque plus breton et on ne 
prêche plus qu'en français ; la paroisse de Saint-Gilles est com- 
plètement francisée ; à Mur, il y a vingt ans qu'on ne prêche 
plus qu'en français. Le curé-doyen de Plouha à déclaré à M. 
Dauzat qu'Userait bien obligé de cesser les prédications en bre- 
ton, sous peine de n'être plus compris. A Plouha, il n'y a plus 
de catéchisme breton, et on a dû organiser des catéchismes 
français dans le doyenné, à Lanloup, Lanleff, Pléhédel et 
Pludu^l où l'on ne prêche encore qu'en breton. 

Ce qui est beaucoup plus grave, c'est qu'à l'intérieur même 
de la zone bretonnante, il y a un grand nombre d'importants 
îlots français. Toutes les villes grandes ou petites parlent le fran- 
çais et sont des centres de propagation du français. Dans le 
Finistère même, où il n'y a que 14 paroisses exclusi- 
vement de langue française, le français domine dans toutes les 
villes. A Châteaulin (2.500 habitants), commerçants, bour- 
geois, fonctionnaires parlent exclusivement le français, paysans 
et domestiques parlent breton. M. Dauzat résume ainsi, dans 
une note, p. 277, les résultats de son enquête : « En détal- 
quant les îlots français des villes et des bourgs (ceux de Brest 
et de Lorient surtout sont considérables), on arrive à la con- 
clusion, qu'un tiers à peine des Bretons parlent habituel- 
lement breton. » 

Il y aurait des réserves à faire sur certains éléments de la 
statistique de M. Dauzat. De ce qu'il n'y a, plus de caté- 
chisme breton dans certaines bourgades, il ne faut pas con- 
clure que le breton en ait disparu. Ce n'est pas non plus, 
je crois, la pensée de M. Dauzat, mais ses lecteurs pourraient 
le supposer. C'est ainsi qu'il n'y a plus que le catéchisme 
français dans ma bourgade natale, Guémené-sur-Scorff (Mor- 
bihan). Et cependant la population est bilingue. Il y a même, 

Revue Celtique, XL11L 27 



422 /. Loih. 

je crois, très peu d'habitants de Guémené qui ne comprennent 
pas le breton. Il y a de 20 à 30 ans, les deux catéchismes exis- 
taient ; à le grand'messe, on prêchait alternativement en fran- 
çais et en breton. Je me souviens que les paysans (hommes) 
massés en face de la chaire, près de la grand'porte, sortaient 
tous, aussitôt que le curé montait en chaire, et entamait son 
prône en français, pour aller boire à sa santé dans les 
auberges groupées aux alentours de l'église. Une chose que M. 
Dauzat n'a pu observer et qui n'est pas sans importance, c'est 
que des personnes, dans les centres bilingues, parlant couram- 
ment le breton, le parlent incorrectement. 

Il n'y a pas longtemps, à Guémené, entendant une com- 
merçante de mes amies parler breton avec une paysanne, je lui 
fis une remarque qui l'étonna fort : « Vous croyez savoir le 
breton ? Dans la simple phrase cpre vous venez de dire, vous 
avez fait trois grosses fautes. » J'appelai sa mère qui, comme 
tous les anciens, savait vraiment le breton. Je fis répéter la 
phrase à l'intéressée : la mère la reprit et les trois solécismes 
furent dûment constatés. 

Il y a dans le travail de statistique si consciencieux de M. 
Dauzat, quelques regrettables erreurs. On compte, dit-il, 
p. 277, cinq types principaux de dialectes : le vannetais (Mor- 
bihan); le cornouaillais (sud du Finistère), léonais (nord du 
Finistère) ou plutôt Léonard ; trégorrois (ouest des Côtes-du- 
Nord), Goëlo (à l'est du précédent). Ces délimitations sont 
beaucoup trop vagues. Il y a pour le cornouaillais une grosse 
erreur : il s'étend non seulement sur le sud du Finistère, 
mais encore sur le sud des Côtes-du-Nord pénétrant à l'inté- 
rieur, au nord, jusqu'à la hauteur de Bourbriac. Il eût suffi à 
M. Dauzat de se reporter aux limites des évêchés avant la Révo- 
lution. Il y a là un fait d'une très grande importance : les 
limites des évêchés étaient les limites des dialectes. La base des évê- 
chés était linguistique, ethnique. Pour l'évêché de Vannes, on 
ne peut guère signaler dans l'évêché de Cornouailles qu'une 
paroisse de langue vannetaise, Neulliac, aujourd'hui dans le 
Morbihan. Le canton actuel de Gourin (Morbihan) qui est de 
dialecte cornouaillais, dépendait de l'évêché de Quimper ; de 
même toute la partie de dialecte cornouaillais du canton du 



Les langues bretonne et française. 423 

Faouët : là, la limite était PEllé (mieux Elé : Elegium flumen). 
Les communes de ce canton sur la rive gauche de l'Ellé, 
Berné, Meslan, Priziac, de dialecte vannetais, dépendaient de 
l'évêché de Vannes. La paroisse actuelle de Plouray, comprise 
dans le canton de Gourin, de dialecte vannetais, était aussi 
dans Tévèché de Vannes. Il en était de même de Guilïgomarch, 
aujourd'hui dans le Finistère ; de même aussi des paroisses de 
Mellionec, Lescouet, Plélauf, Perret, Mur aujourd'hui dans 
les Côtes-du-Nord. 

On peut faire, à la rigueur, un dialecte particulier du Goello. 
Le Goello d'ailleurs ne faisait pas partie de l'évêché de Tré- 
guier ; c'était un des deux archidiaconés de l'évêché de Saint- 
Brieuc, mais, dans ce cas, il faudrait également faire un dia- 
lecte spécial du bas-vannetais (entre Scorff et Elle). M. Dau- 
zat aurait trouvé dans ma Chrestomathie bretonne, des échan- 
tillons des différents dialectes et des principaux sous-dialectes. 

M. Dauzat (p. 274) nous dit que le breton, vers les vm e - 
ix e siècles, avait gagné, au nord, le diocèse de Saint-Malo ; 
au sud, la région de Guérande jusqu'au voisinage de Saint- 
Nazaire. Il y a là une grosse erreur historique; Eginhard était 
bien informé quand il avançait que les Bretons émigrés 
s'étaient établis d'abord sur les terres des Vénètes et des Curio- 
solites. De fait, les premiers émigrés dont nous connaissons 
les noms, les prêtres Lovocatus et Iserninus, menacés d'ex- 
communication par trois évêques gallo-romains de la province 
de Tours, parmi lesquels l'évêque de Rennes (vers la fin du 
règne de Clovis) devaient se trouver sur les terres de l'évêché 
de Rennes 1 . 

Au vi e siècle, le monastère de Dol, fondé par un saint insu- 
laire qui est un personnage historique, est un centre breton 
fort important. Nominoé, grand politique aussi bien que grand 
guerrier, qui s'était débarrassé des quatre évêques gallo-romains 
de la péninsule, dont celui de Vannes, et avait soustrait ses 
évêques à la suprématie de Tours, fit de Dol la métropole de 
la Bretagne. 

Au sud, ce sont les Bretons établis entre l'embouchure de 

1. Duchesne, Revue de Bret. et de Vendée; janvier 1885. 



424 7- Loth. 

la Loire (le breton a été parlé jusqu'à Donges) et l'Ellé, qui 
engagent, au cours du vi c siècle contre les Francs, une lutte 
presque incessante jusqu'au triomphe définitif par la victoire 
de Nominoé à Ballon, en 84e. Tous les combats se livrent sur 
leur territoire. Le plus grand des chefs Bretons, Weroc, qui 
a donné son nom au vannetais breton, au ix e siècle Bro- 
Weroc (le pays de Weroc), aujourd'hui Broerec ', lorsque 
l'évèque de Nantes, saint Félix, vers 579-580 alla le trouver 
pour intercéder en faveur de ses ouailles qu'il avait emmenées 
en captivité, avait sa résidence à Aula Quiriaca, que M. Quil- 
gars a fort heureusement identifié avec Les-Guiriac, en Piriac, 
près de Guérande (dans les chartes du Cartulaire de Redon, 
du ix- x e siècle, le breton lis, les équivaut à Aida ; ci. R. Celt., 
XXIII, 205). 

Presque toute là péninsule a été bilingue. A l'ouest, au 
ix e siècle, le breton avait fini par étouffer le roman. Mais le 
recul du breton, commença dès le x e siècle pour des raisons 
historiques que je résume en quelques mots. 

Après avoir conquis les pays de langue française du Rennais 
et du Nantais, dans la seconde moitié du ix e siècle, et reculé 
les frontières de la Bretagne jusqu'à la Mayenne et la Maine 
(au nord, le Cotentin avait été annexé), les principaux chefs 
bretons, avec leurs guerriers, s'établirent sur les frontières, 
en pleine zone de langue française. Des alliances entre eux et 
des familles françaises (on en signale avec des princesses de 
France) ne tardèrent pas à se nouer. Les mœurs et la civili- 
sation françaises ne tardèrent pas à les gagner et avec eux, la 
langue de leurs sujets et de leurs alliés. Mais cette francisation 
n'aurait pas eu de graves conséquences dans le reste de la 
péninsule, si elle n'était pas venue renforcer l'élément gallo- 
roman qui persistait sur un grand nombre de points de la zone 
bretonnante. L'exode d'un grand nombre de Bretons des 
classes élevées, par conséquent, en général, de langue bre- 
tonne, pendant les ravages des Scandinaves, devenus maîtres 
de la péninsule de 921 à 937, diminua aussi fortement l'élé- 



1. Ce terme est aujourd'hui inusité. Je me souviens de l'avoir entendu 
employer par ma mère, quand j'étais enfant. 



Les langues bretonne et française. 425 

ment breton. Les uns passèrent en Angleterre; d'autres en 
France. Bon nombre, sans doute, ne revinrent pas. La dépopu- 
lation fut si grande que le duc Alain Barbe-torte demanda au roi 
Louis d'Outremer de lui envoyer des serfs français, leur pro- 
mettant la liberté. Si on peut avoir quelque doute sur ce point, 
un fait significatif est que les serfs en Bretagne, certaines régions 
exceptées, paraissent avoir été affranchis à cette époque. 

Sous les influences que je viens de signaler, aggravées par 
les vides produits par ce grand exode, l'élément breton perd 
du X e au xii e -xm e siècle, toute la zone qui s'étend du Coues- 
non jusqu'à une petite distance à l'ouest de Saint-Brieuc. La 
bretonisation avait été évidemment de ce côté superficielle. 

Le sud, plus fortement et dès la première heure occupé, 
résista beaucoup mieux. La péninsule guérandaise resta long- 
temps bretonnante. 

M. Dauzat connaît la Revue Celtique puisqu'il en fait men- 
tion. Il eût feuilleté avec fruit notamment certain travail 
sur Les langues romane et bretonne en Armorique (R. C, 1907, 
p. 374 et suivantes). ' 

M. Dauzat termine son travail utile et intéressant, p. 278, 
par une note qui m'a laissé rêveur. Il signale d'abord que, 
sur la zone limitrophe, là où la population abandonne le bre- 
ton pour le français, les paysans parlent un très bon français. 
Très bon, me paraît fort risqué. A la vérité, ils parlent le fran- 
çais qu'on leur a appris à l'école, assez correctement, en appa- 
rence, mais quand on a habité une localité où la majorité de 
la population et même depuis que la totalité parle français, 
on est assez vite renseigné. Le français parlé, par exemple, à 
Port-Navalo, par les gens du peuple, m'a donné l'impression 
contraire. Les idiotismes bretons passent souvent en français. 
Je me souviens de la stupéfaction de M. Gaidoz quand il 
m'entendit dire : je l'ai fait sans savoir à moi pour : je l'ai 

1 . Un romaniste compétent '.et peu suspect d'indulgence, M. Paul 
Meyer, l'a déclaré neuf et convaincant. Il a fait des réserves sur la conser- 
vation deçà- dans un certain nombre de noms de lieux voisins de la fron- 
tière du Couesnon,.que j'avais attribués à l'influence du breton : il a cru 
à une influence normande. Or ca- (ke-) devient che du Couesnon jusqu'à 
Coutances. 



426 /. Loîh. 

fait sans le savoir ; c'était une traduction de mon breton : 
hon(p) goût t'ein (léonard hep gou^put d'ih : l'infinitif joue le 
rôle de substantif). On dit couramment «à Guémené : toute 
la rue va avec eux pour : ils remplissent la rue. J'ai entendu en 
réponse à une question : à récurie quest le cheval, construction 
parfaitement bretonne, pour : le cheval est à récurie. 

Ce qui m'a le plus surpris dans la note de M. Dauzat, c'est 
ce qui suit : « A mesure qu'on s'éloigne à l'ouest, le français 
des paysans devient plus incorrect, on est surtout frappé par 
le recul de l'accent tonique et par une prononciation de cer- 
taines consonnes qui rappelle celle des Alsaciens (aspiration 
de k, t ; assourdissement de b, g, d) et qui a son origine dans 
la phonétique lexicale ou syntaxique du breton. 

Ces défauts disparaissent avec la génération qui ne se sert 
plus du breton comme langue usuelle. » Le recul de l'accent 
tonique n'existe pas en vannetais, en général. L'accent sur la 
pénultième brève ou longue existe bien dans les autres dia- 
lectes, surtout en cornouaillais et en trégorrois. Chez ceux qui 
n'ont jamais parlé breton, c'est moins la place que la forme 
de l'accent qui est remarquable. J'ai remarqué sur un mien 
cousin, né et élevé à Quimperlé, qui a quitté le pays vers la 
dix-neuvième année, lettré, qui a passé de longues années en 
Tunisie et au Maroc, et je le remarque souvent maintenant 
qu'il habite Paris, qu'il a l'accent le plus souvent sur la même 
syllabe qu'en français, mais que son accent est très intensif, 
brusqué. 

Un fait général, c'est que la consonne occlusive finale, 
sonore en français, devient sourde. Il y a trois ou quatre ans, 
je causai à mon ami l'abbé Rousselot une sorte de stupeur, quand 
je prononçai sans y réfléchir câmdràtt au lieu de camarade ; il ne 
s'en cacha pas. Il y aurait aspiration de k, t d'après M. Dauzat : 
dans ce cas pourquoi pas aspiration de />? je ne sache pas que les 
Bretons actuels aient imité les vieux Celtes qui l'avaient perdu. 
On n'a jamais fait d'expériences de phonétique expérimentale 
bien nette sur les occlusives initiales sourdes et sonores du 
breton et s'il y a aspiration, elle est sporadique. Quant à 
l'assourdissement de b, d,g, à l'initiale, elle n'a jamais été obser- 
vée. J'ai fait faire, deux années de suite, au laboratoire du 



Les langues bretonne et française. 427 

Collège de France, des expériences sur les sons du gallois du 
Glamorgan. Elles ont été décisives : les occlusives sourdes 
initiales sont aspirées ; les sonores, sourdes ou accompagnées 
de très peu de vibrations. AU Sommerfelt est arrivé au même 
résultat dans une autre partie du Pays de Galles. Dans un 
récent travail sur l'irlandais de Torr, en Donegal, il a égale- 
ment constaté que les occlusives sourdes irlandaises, à l'initiale 
sont aspirées mais b d g sont sonores. 

Les Bretonnants parlant français ont aussi parfois une ten- 
dance à transporter en français la loi générale des langues 
celtiques, suivant laquelle la syllabe initiale du mot uni inti- 
mement au mot précédent et formant composé avec lui, subit 
les mêmes mutations que la consonne dans l'intérieur du 
mot : par exemple, un c intervocalique devient g. Dernière- 
ment Alf Sommerfelt m'écrivait qu'il avait eu d'abord du mal 
à retrouver sélect hôtel dans le sekgôtel où une commerçante 
lui avait dit être descendue à Paris. 

Il y a, en Bretagne, un vaste champ d'études ouvert pour 
les dialectologues et les phonétistes. 

J. Loth. 



VARIÉTÉS 



I. Sur un passage du Mabinogi. 

Dans son édition scolaire du Mabinogi, annoncée ici-même au 
tome XLI, p. 206, M. [for Williams a proposé, p. 90, de com- 
pléter le second vers du second englyn chanté par Gwydyon en 
ajoutant le mot gwres. Cette correction n'est pas mauvaise, mais 
elle laisse subsister quelques difficultés, qu'il est possible d'écarter 
au prix d'une correction légèrement différente. 

Les deux premiers vers del'englyn en question sont donnés dans 
les manuscrits ainsi qu'il suit (R. B. p. 79, 4 ; W. B. col. 108, 8 ; 
éd. Mùhlhausen, p. 65, 7-8): 

dar a dyj yn arduaes 

nys gwlych glaw nys mwytawd. 

M. J. Loth (Mab., 2 e éd., I, 401) a déjà signalé qu'il manque 
une syllabe au 2 e vers ; et, fait plus grave, ce vers n'a pas de rime. 
L'expression nys gwlych glaw se suffisant à elle-même (cf. B. B. C. 
28, 17 Sk. = 63, 2 Ev. et 32, 22 Sk. = 67, 14 Ev.), il faut com- 
pléter les mots nys mwytàwd qui restent en l'air. L'addition du mot 
gwres « chaleur » proposée par M. Ifor Williams donne au vers la 
syllabe et la rime qui lui manquent et au verbe mwytawd le sujet 
qu'on attend. Mais ce sujet convient mal pour le sens, puisque le 
verbe mwytaw (auj. mwydd) signifie « humecter, tremper, imbi- 
ber». Si l'on admet la correction gwres, on ne peut maintenir le 
verbe mwytawd. Or, cette forme est par elle-même suspecte. C'est 
en effet un prétérit, qui ne répond pas au présent gwlych. Le vers 
contient visiblement deux phrases parallèles qui doivent être au 
même temps (cf. B.B.C. 17, 4 Sk. =46, 12EV.). Dans le Red Book, 
d'après l'édition diplomatique de Rhys-Evans, mwytawd semble 
écrit en deux mots. Le White Book n'enseigne rien, car, d'après 
l'édition de M. J. G. Evans, mwy figure à la fin d'une 
ligne et tawd au commencement de la suivante. L'hypothèse 



Variétés. 429 

qu'on ait à faire à deux mots différents est donc à peine une cor- 
rection. Une forme tawd, 3 e pers. sg. de l'indicatif présent de toddi 
« faire fondre », outre qu'elle convient au point de vue de la suite 
des temps, s'accorde bien avec l'idée de la chaleur que le mot 
gwres exprime. Ce verbe se rencontre souvent ave tan pour sujet 
(tan ae tawd, M. A. 287 b 13 d. b. ; cf. rac tand tanaul ibid. 245 b 
7 d. b.) Mais il est aisé d'améliorer encore le vers en y introdui- 
sant une allitération de plus. Le verbe toddi suggère naturellement 
comme sujet tes, autre nom de la « chaleur » (cf. Red Book Poetry, 
240, 26 Sk., où tes rime avec kyffes; B. B. C. 47, 23 Sk. = 89, 
10 Ew). 
Le distique paraît donc devoir être lu: 

dar a dyf yn arduaes 

nys gwlych glaw, nys mwy tawd tes 

« chêne qui pousse sur une haute terre, 

que la pluie n'humecte pas, que la chaleur 

ne dissout pas davantage » . 

Il faut entendre «dissoudre » au sens de « consumer, détruire», 
comme dans la plupart des langues où le verbe toddi a des corres- 
pondants 1 . Pour l'emploi de mwy, cf. ny mwy gysgogit Wit uab 
Peithana pas davantage ne fut secoué W. fils de P. » (B. An. 73, 
27 Sk. = 10, 4 Ev.). Le petit mot tes a disparu de l'archétype du 
Red Bopk et du White Book; on s'expliquerait moins bien la dis- 
parition d'un mot plus long comme gwres. 

II. Un mot breton en poitevin. 

Notre savant collaborateur M. Antoine Thomas veut bien nous 
apprendre que le breton pri « argile » a envahi la Vendée et même 
l'Aunis avec son sens propre, voire au sens de « cambouis », l'arron- 
dissement de Civray (Vienne). 

Dans le Glossaire du Poitou, delà Saintonge et de l'Aunis par Fabre 
(Niort, 1867), on lit p. éi: bri, m. « argile ». Du celtique pri 
« argile ». 



1. Sur l'étymologie de ce verbe, voir Wh. Stokes, Urk. Sprachsch., 
p. 120; Walde, Lai. Etym. Wtb.,2« éd., p. 759; Boisacq, Dict.Etytn. Gr., 
p. 965. La même racine est abondamment représentée en germanique 
(Falk-Torp, Norw.-Dàn. Etym. Wtb., II, p. 1313). L'hypothèse de Stern, 
qui rattachait toddi à l'irlandais tàdaim « j'accorde, je réconcilie» (Z.f. celt. 
Phil., Vil, 493) ne parait pas valable. 



430 Varié lés. 

Le Glossaire de V A unis de L. H. Meyer mentionne simplement, 
p. 30 : bri « argile ». 

Le Glossaire du parler poitevin de Lalanne (Poitiers, 1868) dis- 
tingue: bri m. « cambouis », air. de Civray, et bri m. « argile », 
Vendée. 

Dans le Supplément au Dictionnaire de Littré, p. 54, est enre- 
gistré le mot bry (bri), nom de l'argile employé dans la Charente- 
Inférieure à la construction des digues; et nom donné en Saintonge 
aux terres des marais, qui sont argileuses, noirâtres et fertiles. 

M. Ant. Thomas ajoute : Je ne crois pas que le français brai 
« bouc, goudron » qui s'applique parfois (dans les dialectes 
modernes) à une « terre grasse », servant à faire, mêlée à la paille, 
le mortier dit bauche, puisse être réduit à bri; le type étymolo- 
gique en est *brae-, d'origine indéterminée. 

Pour expliquer le mot bri, Favre paraît seul à mettre en cause 
le celtique. Mais l'identité de ce mot avec le pri(\) du breton est 
des plus vraisemblables. L'altération de l'initiale pourrait tenir à 
la mutation syntaxique du breton dans des cas comme skudel-bri 
« écuelle de terre ». Mais s'il est possible de faire intervenir l'in- 
fluence du français brai, le changement de pri en bri s'explique 
mieux encore. Le breton pri est masculin. C'est le même mot que 
le comique pry et le gallois pridd. Le correspondant irlandais en 
est cré, gén. criad, avec un suffixe à dentale en plus (cf. Pedersen, 
Arkiv for nordisk Filologi, XXIV, 300). C'est par le commerce que 
ce mot breton aura passé dans nos provinces de l'Ouest. Mais il 
est étrange qu'on ne l'ait pas signalé, à notre connaissance, dans 
les parlers français de la Bretagne. Aurait-il été transporté par des 
ouvriers bas-bretons? C'était peut-être à l'origine un mot technique 
dans les parlers du Poitou. 

III. Des Marseillais en Egypte au second 

SIÈCLE AVANT NOTRE ÈRE. 

Les textes sur papyrus, qui ont tant ajouté à notre connaissance 
de la littérature et de la civilisation classiques, vont-ils fournir 
aussi des enseignements aux celtistes ? 

M. Isidore Lévy nous signale un article delà Zeitscbrijt fur aegyp- 
tische Sprache und Allertuinshunde, t. 60 (1925), p. 89 et suiv., où vl. 
U.Wilcken publie et commente un texte, récemment découvert, digne 
d'intéresser nos lecteurs. Il s'agit d'un acte passé, semble-t-il, devant 
notaire entre un capitaliste du nom d'Archippos et cinq emprun- 



Variétés. 431 

teurs qui avaient besoin d'argent pour fréter un navire en vue d'al- 
ler faire le commerce dans la région des « aromates », c'est-à-dire 
au delà de la Mer Rouge sur la côte des Somalis ou de Koroman- 
del. L'acte est du 11 e siècle avant notre ère. Parmi les cinq arma- 
teurs figure un Marseillais ([Me<T]<j<xXiu>TTrj<;) dont le nom est mal- 
heureusement fort peu lisible ; on voit seulement que ce 
nom commençait par Ti. Mais le papyrus contient autre 
chose encore. Il donne le nom et la nationalité de cinq 
personnes associées avec les précédentes et qui servirent de 
garants au prêt consenti par Archippos. Or, parmi les cinq garants 
figurent deux Marseillais qui portent tous deux le nom de Ktvxoç. 
Le nom du père du premier n'est plus lisible; mais le second est 
dit fils de Kfvroç, si bien qu'il est permis de croire que les deux 
garants portant ce nom étaient père et fils. 

Il n'est guère douteux que Kivtoç ne soit ici un nom celtique. 
C'est celui qui sous la forme latine Cititus apparaît sur des inscrip- 
tions en plusieurs endroits du monde gaulois (v. Holder, t. I, 
col. 1023 et t. III, col. 1224). C'est pour le sens l'équivalent du 
latin Primus. 

M. Wilcken ajoute que le nom Kivto; se retrouve sur deux frag- 
ments de papyrus conservés au Musée de Berlin (P, 5838.4 et P. 
5840+ 5837.10), qui paraissent se rapporter à la même affaire, 
et qui permettent d'en fixer la date avec plus de précision au milieu 
du 11 e siècle avant notre ère. M. Wilcken rappelle enfin qu'il y a 
un r<r.o; Kivrousur un texte d'Alexandrie publié par M. Preisigke 
dans le Sammelbuch (2101, 8). Et il remarque (p. 97) : « Dass 
ein Bùrger der Griechenstadt Massalia einen keltischen Namen 
fuhrt ist historisch nicht ohne Interesse ». Mais il n'est pas sans 
intérêt non plus de trouver des Marseillais installés à cette époque 
en Egypte pour y faire des affaires et pousser le commerce jus- 
qu'au delà de la Mer Rouge. L'association que mentionne l'acte est 
des plus internationales: on y trouve un Grec du Péloponnèse, un 
Thessalonicien, un Eléate (de Lucanie). un Carthaginois. Les Mar- 
seillais se trouvaient là en bonne compagnie. 

J. Vendryes. 



BIBLIOGRAPHIE 



Sommaire. — I. Holger Pedersen, Le groupement des dialectes indo- 
européens. — II. Otto Heinertz, Eine Lautverschiebungstheorie. — III. 
Emil Hochuli, Strasse, Weg und Kreuzweg im romanischen. — IV. 
August OxÉ, Die Tôpferrechnungen von der Graufesenque. — V. Tadhg 
O'Donnchadha, Prosôid Gaedhilge. — VI. Donald Maclean, The Law 
of the Lord's Day inthe Celtic Church. — VII. MaxFôRSTER, Keltisches 
Wortgut imenglischen. — VIII. René Largillière, Les saints et l'orga- 
nisation chrétienne primitive dans l'Armorique bretonne. 

I 

Holger Pedersen. Le groupement des dialectes indo-européens, 
Copenhague, 1925, 57 p. (Det Kgl. Danske Videnskabernes 
Selskab., Histor.-fîl. Meddelelser, XI, 3). 

Nous avons précédemment annoncé les conférences faites par 
M. Pedersen au Collège de France (v. R. Celt., XLII, 444). Elles 
viennent de paraître en volume; et ceux qui ont eu la bonne for- 
tune de les entendre auront grand plaisir à les retrouver sous la 
forme imprimée. Dédiée à M. J. Loth, « le grand connaisseur des 
choses celtiques », la brochure est pleine de ces vues originales et 
profondes dont M. Pedersen a le secret. Traitant du groupement 
des dialectes indo-européens, il ne pouvait se contenter de suivre 
les chemins battus. On ne trouvera donc dans sa brochure ni un 
résumé de l'état actuel de la question, ni, même un exposé d'en- 
semble à la façon du livre, d'ailleurs si suggestif et si plein, de 
M. Meillet. Son but n'était pas de faire œuvre de vulgarisation ou 
d'exposition dogmatique, mais bien œuvre de recherche ; et dans 
ce genre, il a donné un modèle. 

Il a pris son sujet par un biais, qui lui a permis, tout en fixant 
chemin faisant nombre de détails nouveaux, de préparer l'établis- 
sement de conclusions générales d'une grande portée. Il est parti 



Bibliographie. 433 

du celtique, ou plutôt de l'italo-celtique (qu'il considère à la façon 
habituelle en repoussant l'hypothèse soutenue naguère parWalde; 
cf. R. Celt., XLII, 379) ; et il s'est proposé d'en marquer les rap- 
ports avec les langues indo-européennes nouvellement découvertes, 
le tokharien et le hittite. 

Dès qu'a été commencée l'interprétation des textes en tokharien, 
l'on a été frappé des traits que cette langue offre en commun avec 
l'italo-celtique (cf. R. Celt., XXXIV, 129 et XXXVIII, 79). 
M. Pedersen ajoute plusieurs rapprochements à ceux qui ont été 
déjà proposés. Il retrouve par exemple dans le latin premô (per- 
fectum pressi) un type d'élargissement des racines au moyen d'un 
suffixe -m-, plusieurs fois attesté en tokharien. Il compare irl. 
cailin bret. pl-ac'h « jeune fille » à koutchéen klea femme », irl. cèle 
gall. cilydd « compagnon »au suffixe comitatif -s'seh dutourfanien, 
irl. flailh gall. gwlad a pays » au koutchéen walo et lânle « roi », 
irl. cucht ce forme extérieure » (cf. v. isl. hâttr « apparence », de 
*koktu-) au koutchéen kektsene « corps », le suffixe italo-celtique 
*-ti-ôn- (attesté en osco-ombrien) au suffixe -tsènd et -Iso du 
koutchéen, le suffixe italo-celtique *-âgôn- au suffixe -ako du kout- 
chéen, le suffixe celtique *-iyamon- (irl. brithem gén. brithemon 
« juge ») au suffixe des mots xvasamo « compagnon », aisamo 
« savant» du tokharien, l'évolution sémantique de l'irlandais daig 
(doig) « feu » et « maladie » à celle de tokharien teki « maladie », 
etc. Ces concordances ne sont certainement pas accidentelles. On 
peut les interpréter tantôt comme des survivances communes, tantôt 
comme des innovations parallèles, dont le point de départ était 
peut-être à peine perceptible dans la langue mère (ainsi le système 
des formes en -r- apparaît à M. Pedersen comme une innovation). 
Dans les deux cas elles révèlent une étroite parenté entre l'italo-cel- 
tique et le tokharien. Ce dernier doit son caractère particulier à la 
position périphérique qu'il occupe. On peut dans une certaine 
mesure en dire autant de l'italo-celtique. 

Le hittite vient confirmer encore cette conclusion. La résurrec- 
tion de cette langue est un événement linguistique considérable, 
dont on ne peut encore mesurer toute la portée. Le déchiffrement 
et l'interprétation des milliers de tablettes trouvées à Boghaz-Keui 
se poursuivent régulièrement. Ce qu'on en sait déjà, après les tra- 
vaux de Knudtzon et de MM. Hrozny, Marstrander, Forrer, Som- 
mer, Friedrich etc., paraît à M. Pedersen prouver des rapports spé- 
ciaux entre le tokharien et le hittite. L'italo-celtique présente par 
suite quelques concordances avec ce dernier, et avant tout la con- 
jugaison en -r. 



434 Bibliographie. 

Cette conjugaison apparaît aussi dans le peuqu'on a du phrygien. 
Il faudrait donc supposer que Pitalo-celtique, le phrygien, le tokha- 
rien et le hittite auraient constitué dans une antiquité reculée un 
groupe continu de dialectes de la langue mère et que plus tard ces 
branches auraient été violemment séparées et éloignées l'une de 
l'autre, une partie pour dominer l'Europe, une autre pour s'épa- 
nouir et s'évanouir dans la mer de nations de l'Asie. C'est la con- 
clusion de M. Pedersen. Il la précise d'un mot qui est précieux pour 
nos études. C'est que grâce à un esprit linguistique particulier, qui 
a d'ailleurs créé tant de bizarreries à une époque plus tardive, le 
celtique a souvent conservé, par exemple dans la conjugaison en -r, 
des irrégularités anciennes que les autres langues ont aplanies 
(p. 52). Si donc les langues celtiques cessent d'être parlées, une des 
nuances les plus originales et historiquement les plus intéressantes 
de l'indo-européen aura disparu (p. 6). Cette conclusion est à médi- 
ter par ceux qui ont reçu du destin la garde de ce précieux dépôt. 

J. Vendryes. 



II 

Otto Heinertz. Eine Lautverscbiebungstheorie. Lund, 1925. 84 p. 8° 
(Lunds Universitets Aarsskrift, N. F. Avd. 1 Bd 20, nr 7). 

Depuis plus de cent ans que les règles de la mutation conso- 
nantique du germanique ont été découvertes et formulées, on a 
bâti mainte hypothèse pour expliquer la raison d'être de ce phéno- 
mène. Jakob Grimm tout le premier avait imaginé une explication 
fort simple, qui eut pendant de longues années un succès général 
dans son pays ; il retrouvait dans les transformations des occlusives 
l'effet des meilleures qualités du tempérament national des Ger- 
mains, la rude franchise et l'énergie robuste : « Liegt nicht ein 
gewisser Mut und Stolz darin, média in tenuis, tenuis in aspirata 
zu verstàrken ? » Plus tard on substitua des causes physiologiques 
à ces prétendues raisons de psychologie ethnique. La mutation des 
consonnes fut attribuée au climatet à l'altitude : le séjour des mon- 
tagnes ne développe-t-il pas l'activité des poumons et ne porte-t-il 
pas à prononcer les sons avec plus de souffle ? Il y a aujourd'hui 
encore, paraît-il, des linguistes sérieux qui s'en tiennent à cette 
manière de voir et que n'ont pas ébranlés les critiques si judicieuses 
et si fines de M. Jespersen (Phonetische Grundfragen, p. 17e note et 
Lattguage, p. 257). Enfin il y a l'explication ethnologique, qui 



Bibliographie. 435 

attribue la mutation aux habitudes de prononciation d'un certain 
peuple et en justifie le développement par une tradition héréditaire. 

Cette explication implique l'hypothèse d'un substrat ethnique 
qui aurait introduit dans l'indo-européen un type de prononciation 
étranger. Elle a été depuis longtemps proposée pour expliquer la 
mutation consonantique commune à tout le germanique. On la 
trouve notamment exposée dans le livre de M. Meillet sur les Carac- 
tères généraux des langues germaniques, 3 e éd., p. 40. M. Siegmund 
Feist s'en est lait le champion en Allemagne (Paul urid Braunes 
Beitrâge, t. XXXVI, p. 307 et t. XXXVII, p. 112 ; lndogermanen 
und Germanen, p. 36 et ss., Kultur Ausbreitung und Herkunft der 
lndogermanen, p. 450) ; son argument principal est tiré de la 
seconde mutation consonantique spéciale au domaine du haut- 
allemand. Sur ce domaine en effet l'existence d'un ancien substrat 
celtique n'est pas contestable. D'Arbois de Jubainville (Les Celtes 
depuis les temps les plus anciens, p. 170), Mùïïenhoft (Deutsche Alter- 
tumskunde, II, 207), d'autres encore l'ont établi par des preuves 
convaincantes. M. Hirt a fait sienne cette doctrine dans son beau 
livre, die lndogermanen, p. 175, en des termes qui méritent d'être 
cités : « Das Hochdeutsche herrscht nun, wie keinem entgehen 
kann, durchaus auf dem Gebiete, aufdem die keltischen Stàmme 
in kompakter Masse sassen... Das Hochdeutsche ist ein Deutsch 
im Munde einer fremden Bevôlkerung, bei dersich, als sie versuchte 
sich die neue Sprache anzueignen, eine Reihe von Eigentùmlich- 
keiten entwickelten, die der Sprache ein ganz anderes Aussehen 
gaben. » L'une de ces particularités les plus frappantes est naturel- 
lement la mutation consonantique propre au vieux-haut-allemand, 
c'est-à-dire la seconde dans l'histoire des langues germaniques. 

En abordant l'étude de la mutation du haut-allemand, M. Hei- 
nertz avait donc des devanciers qui lui montraient la voie à suivre. 
Mais en s'engageant après eux dans cette voie, il s'est appliqué à 
faire œuvre personnelle. Comme on va le voir, son travail n'a 
emprunté à autrui qu'une direction générale ; dans le détail il est 
original et neuf. 

Sous le terme assez vague de mutation consonantique (Lautver- 
schiebung) on range trois évolutions distinctes, concernant res- 
pectivement les ténues (occlusives sourdes*), les moyennes (occlu- 
sives sonores) et les spirantes. M. Heinertz a soin de les distinguer 
pour les étudier séparément (p. 26-40, 41-50, 50-59). Mais il 
ramène les trois traitements à une même tendance phonétique, dont 
la formule est donnée p. 64. Tous les procès de mutation conso- 
nantique du haut-allemand résulteraient : i° En ce qui concerne 



436 Bibliographie. 

l'initiale, d'un renforcement articulatoire, et pour certains sons 
d'une exagération de l'articulation, provoqués par l'accent expi- 
ratoire ; 2 En ce qui concerne l'intervocalique, d'un adoucis- 
sement (Lenierung) des sons dû à la mollesse de l'articulation qui, 
dans le cas des occlusives oppose au passage de l'air une fermeture 
plus lâche et dans le cas des spirantes laisse une ouverture plus 
large. Or M. Heinertz croit pouvoir attribuer au substrat celtique le 
point de départ de cette double tendance. Non pas qu'il adopte 
l'ancienne hypothèse aujourd'hui généralement abandonnée, suivant 
laquelle l'accent aurait frappé l'initiale en celtique commun. 11 croit 
même que les Celtes installés dans les régions où l'allemand devait 
s'étendre ne possédaient pas d'accent expiratoire. Son raisonnement 
est fort subtil. Soit le cas des ténues, qui est le plus clair. La 
mutation des ténues germaniques résulterait d'une exagération arti- 
culatoire provoquée par le fait que les Celtes n'avaient ni l'accent 
expiratoire ni les ténues aspirées des Germains. Le phénomène 
rentrerait dans ce que Hermann Paul appelait le « sentiment arti- 
culatoire » (« Bewegunsgefùhl » Prinijpien, 4 e éd., p. 48), qui 
diffère suivant les langues. En cas de contact ou de mélange de 
langues, la langue qui adopte la prononciation d'une autre exagère 
parfois certains mouvements articulatoires, quand elle a une infé- 
riorité de « Bewegungsgefùhl» à compenser. En se mettant à parler 
une langue germanique, les Celtes qui avaient l'habitude d' «adou- 
cir » les intervocaliques auraient continué à le faire, mais en outre 
ils auraient transformé la prononciation de la langue qu'ils adop- 
taient en exagérant les effets de l'accent initial et de l'aspiration des 
ténues, dont ils n'avaient pas la pratique. Telle est en gros l'hypo- 
thèse. 

Elle se heurte à de graves objections. Elle oblige à séparer 
la seconde mutation consonantique de la première et à leur recon- 
naître à toutes deux des causes différentes, alors qu'il paraît prouvé 
au contraire que le principe de la mutation étant admis, l'appli- 
cation s'en est poursuivie au cours de l'histoire et jusque dans la 
période contemporaine. Elle a d'autre part l'inconvénient de sup- 
posera la mutation consonantique duhaut-allemandun caractère que 
beaucoup de linguistes jugeront inadmissible. Le rôle de l'accent 
expiratoire dans le phénomène n'est rien moins que prouvé. 
M. Meillet enseigne depuis longtemps sur les mutations du germa- 
nique une doctrine qui a l'avantage d'être cohérente, d'embrasser à 
la fois les diverses périodes du phénomène et d'expliquer les 
mutations semblables attestées par exemple en arménien. Il y voit 
non pas une question d'accentuation, mais une question d'ouver- 



Bibliographie. 437 

ture glottale. Enfin, du côté celtique aussi, ily aurait des objections 
à faire '. 

M. Heinertz ne s'en tient pas là. Il retrouve l'influence du sub- 
strat celtique dans la loi dite de Notker, qu'il compare au jeu des 
mutations initiales dans les langues celtiques modernes. La loi 
appliquée par Notker dans ses écrits et baptisée de son nom con- 
siste en une alternance des sonores bd g et des sourdes p tk à l'ini- 
tiale (cf. Braune, Althochdeutsçhe Grammatik, §103). Un mot est écrit 
par une sonore à l'initiale quand le mot précédent se termine par 
une voyelle, une liquide ou une nasale; un mot est écrit par une 
sourde à l'initiale quand il figure au début d'une phrase ou quand 
le mot précédent se termine par un des sons p tk i bd gf h\s. Tou- 
tefois, en ce qui concerne les dentales, l'alternance s'applique seu- 
lement au cas de d ( =got. p) et non au cas de / (= got. d) qui 
reste toujours / en toute position. Telle est la « loi de Notker ». 
Sur les mutations initiales du celtique, nos lecteurs sont trop bien 
informés pour qu'il y ait lieu d'insister. Ils savent»qu'une des prin- 
cipales originalités des langues celtiques est que les mutations de 
l'initiale y ont pris une valeur morphologique et sont devenues 
une marque de l'emploi et de la valeur des mots. Il y a des caté- 
gories grammaticales, par exemple celle du genre en brittonique, 
qui n'ont guère d'autre expression que la mutation de l'initiale. 
Mais l'intérêt du rapprochement n'est pas là. Il est dans le principe 
de l'altération des initiales suivant les conditions syntactiques. Cette 
altération suppose que le mot n'a pas d'individualité propre, qu'il 
est noyé dans son contexte et déterminé dans sa forme même par 
les éléments qui l'entourent. Il s'agit d'un type de prononciation 
continue de la phrase, caractéristique des langues celtiques. On 
sait que des altérationsde l'initiale s'observent aussi dans les langues 
de peuples qui ontété en contact avec les Celtes, comme le basque 



1. Sur la prononciation des occlusives galloises, M. Heinertz n'a trouvé 
à citer qu'une note de M. J. Loth (R. Celt., XXXVIII, 261). En fait, la 
prononciation particulière de ces occlusives a été depuis longtemps signalée. 
Il en est question déjà dans les Principes de phonétique expérimentale de 
Rousselot, t. I, p. 501, où d'ailleurs l'enseignement donné est incomplet et 
pour la sonore d sujet à caution. Mais on a maintenant la description du 
gallois de Cyfeiliog par M. Sommerfelt (R. Celt., XLII, 434), que M. Hei- 
nertz, il est vrai, ne pouvait connaître. A consulter aussii?. Celt., XXXVIII, 
17 et 231. — Il est regrettable que M. Heinertz n'ait pu utiliser non plus 
le travail de M. Marstrander sur les inscriptions des casques de Negau 
(cf. R. Celt., XLII, p. 199). 

Revue Celtique, XL1II. 28 



4 3 8 Bibliographie . 

ou qui paraissent recouvrir un substrat celtique, comme certains 
dialectes de Toscane et de l'Italie du Nord. Cela pourrait donner une 
valeur particulière au rapprochement tenté par M. Heinertz. Tou- 
tefois, si l'on admet l'existence en haut-allemand d'un type de 
prononciation particulier hérité d'un substrat celtique, il est 
étrange que la trace en soit restée seulement dans une habitude 
orthographique si limitée dans l'espace et dans le temps. C'est une 
objection que maint lecteur ne pourra manquer de se faire. 11 faut 
ajouter que rien ne justifie l'existence en germanique d'une pro- 
nonciation « continue », comme celle qui caractérise les langues 
celtiques. 

M. Heinertz a été plus loin encore. Dans un dernier chapitre, il 
a réuni certains faits qui tendraientà prouver l'influence du substrat 
celtique sur le vocalisme du haut-allemand. Il s'agit de menus 
détails de prononciation, qui n'ont en fait avec le celtique que des 
rapports assez lointains. L'auteur reconnaît lui-même qu'il apporte 
plutôt des probabilités que des certitudes. En dernier lieu il cite un 
fait qui se rapporte à la flexion verbale. Le vieux-haut-allemand 
est seul parmi les langues germaniques à présenter à la i re pers. 
du plur. des verbes une désinence compliquée, -mes, laquelle, sui- 
vant une ingénieuse explication de M. H. Hirt (lndog. Fschg. 
XVII, 73), résulterait de l'addition d'un pronom postposé à l'an- 
cienne forme verbale. Or, l'addition de particules pronominales 
aux formes flexionnelles du verbe est un fait courant en celtique ; 
et la désinence -mi de première personne du pluriel absolue en 
irlandais a été expliquée par M. Pedersen(f^/. Gr.,II, 343) comme 
M. Hirt explique la désinence -mes de l'allemand (soit bermi de 
*berom -f ni). Mais il faut tenir compte ici de certaines difficultés 
qui dans chacune des langues s'opposent à un rapprochement 
trop étroit. D'ailleurs l'habitude de renforcer la personne du verbe 
par l'addition d'une particule se manifeste bien ailleurs ; et quand 
la flexion verbale manque par elle-même de clarté, il en résulte 
fatalement une soudure de la particule à la forme verbale. Ces con- 
ditions sont de nature trop générale pour qu'on en conclue au 
rapprochement de deux langues particulières. 

C'en est assez pour marquer les qualités et les défauts de la thèse 
de M. Heinertz. Elle est vigoureusement conduite et soutenue 
d'arguments bien liés. Si elle n'emporte pas la conviction et con- 
tient même plus d'un détail discutable, elle fait du moins toujours 
réfléchir avec profit sur des questions qui touchent aux plus vastes 
problèmes de l'histoire des langues. 

J. Vendryes. 



Bibliographie. 439 

III 

Emil Hochuli. Einige Be\eichxungen fur dm Begri ff Strasse, Weg 
unà Kreuzweg im romanischcn (thèse de Doctorat de l'Université 
de Zurich). Aarau, 1926, xiv-172 p. 8°. 

Ce n'est pas aux lecteurs de cette Revue qu'il faut apprendre 
l'utilité des recherches de toponomastique pour la linguistique his- 
torique. Notre connaissance du vieux celtique repose pour la plus 
grande part sur les noms de lieu; et l'histoire desdialectes celtiques 
modernes, celle notamment du breton armoricain, tire de la topo- 
nomastique une masse de précieux renseignements, comme 
M. J. Loth l'a si souvent montré ici même. La dissertation qui a 
valu à M. Hochuli le grade de docteur devant l'Université de Zurich, 
touche largement à la toponomastique, puisqu'elle traite des noms 
de la « route » et du « carrefour » dans les langues romanes. L'au- 
teur se recommande du patronage de deux maîtres éminents, les 
professeurs Gauchat etjud. C'est dire assez qu'il est bon romaniste 
et qu'il sait travailler suivant la bonne méthode. 

On sait quel rôle jouent les routes dans l'histoire de l'humanité. 
Un pays qui a des routes est un pays ouvert au commerce, capable 
de bénéficier de tous les échanges qui favorisent la civilisation et 
le progrès. La Gaule avait sans doute des routes avant la conquête 
romaine. Mais cette conquête l'a dotée d'un réseau tellement bien 
conçu et si solidement exécuté qu'on le retrouve encore pour une 
bonne part dans le système de nos routes nationales. L'étude des 
noms qui ont été donnés à la route est un travail de géographie 
humaine autant que de linguistique historique. Dans l'histoire de 
ces noms, de leur élimination, de leur renouvellement, se reflète 
le développement de la technique et du commerce. 

M. Hochuli commence par une brève introduction sur l'histoire 
de la construction des routes. Les Romains en devraient la pratique 
aux Phéniciens. Mais il faut tenir compte des perfectionnements de 
la construction et aussi de la nature des terrains, qui a ici une 
grande importance. L'auteur a négligé les indications contenues 
dans le grand article de M. Meringer (analysé dans la R. Celt., 
t. XXXIV, p. 229 ; cf. aussi Meillet B. S. L., t. XXII, p. 17). Il 
n'est pas possible à l'origine, et dans l'Europe continentale, de 
séparer le « pont » du « chemin ». 

Comme noms du a chemin », les Romains avaient des mots 
variés, iter, uia, callis, frames, sêmita. dïuerticulum, qui ont donné 



440 Bibliographie. 

dans les langues romanes des dérivés plus ou moins vivaces. On 
y peut joindre les mots actus, cliuns, dluortium, dîner liculum, même 
uïcus et plalea (avec deux accentuations, cf. ci-dessus, p. 228). 
Mais pour désigner la « route », les Romains employaient le mot 
stràta. Ce mot a survécu en français comme nom propre seulement 
(dans de nombreux Estrées) : dans le Midi s'emploie encore le mot 
estrade, mais il eût convenu de distinguer plus nettement ce mot 
méridional du mot français emprunté estrade au sens d'échafaud, 
construction provisoire servant pour une manifestation dramatique 
ou une exécution de criminel. Les deux mots peuvent remontera 
un étymon latin identique (le participe stratus) ; ils n'ont rien de 
commun. 

Le mot stràta a. été remplacé comme nom commun par des mots 
variés, camminum, ruga, et surtout par des épithctes précisant la 
valeur du mot uia, soit (tiia) calciâta, (am) carrâria, (uia) rupta. 
M. Hochuli étudie chacun de ces mots dans leurs dérivés romans 
et fait l'histoire des notions qu'ils représentent. C'est-à-dire qu'il 
traite des mots français chemin, rue (ruelle, etc), chaussée, charrière, 
route. Il ne cite pas le dérivé routin et il ne dit rien des mots layon 
ouvenelle. Manque également une mentiondumot mi-voie fréquent 
dans l'onomastique, et, à propos du carrefour, de l'expression 
Quatre-chetnins . Il touche à deux reprises, p. 68 et 86, la question 
des Chaussées Brunehaut, des Chemins de la Reine Blanche ou des Sar- 
rasins ; mais il ne le fait qu'incidemment. Cette question mérite 
qu'on lui consacre une étude spéciale, en s'inspirant des sages 
remarques deLouis Havet, mentionnées R. Celt., t. XXXIX, 404, 
sur les Camps de César. 

Le breton armoricain est mentionné deux ou trois fois. Il eût 
mieux valu le laisser de côté. Au point de vue de la toponomastique 
FArmorique forme un tout qui demande à être traité à part. Les 
problêmes ne s'y posent pas comme dans le reste de la France ; ils 
ne peuvent d'ailleurs être élucidés sans une solide connaissance du 
breton, à toutes les périodes de son histoire et sous toutes ses formes 
dialectales. P. 73, ru-dall veut dire « rue aveugle » ; p. 116, treb 
n'est pas un mot breton actuel ; c'est un vieux mot attesté dans le 
Cartulaire de Redon au sens de « village ». On dit aujourd'hui 
tref (français trêve), mais au sens très spécial de «territoire dépen- 
dant d'une succursale de paroisse». P. 144 et suiv. ce qui est dit 
de Condatetx. de ses dérivés en français est contestable ; cf. ci-des- 
sus, p. 229. P. 32,1e détail tiré de la vie de sainte Brigitte se trouve 
mentionné dans la Trias Thaumaturga de Colgan (1647), p. 522, 
§ 3ï- 



Bibliographie . 441 

La dissertation de M. Hochuli, par l'abondance des documents 
qu'elle contient, rendra des services ; elle fait bien augurer de 
l'avenir de ce jeune philologue. 



J. Vendryes. 



IV 



August Oxé. Die Tôpferrechmingen von der Graufesenque. Bonn. 
Marcus und Weber, 192e (Sonderabdruck aus den Bonner Jahr- 
bûchern, Heft 130. S. 38-99. Mit einer Tafel). 

Après les travaux que les linguistes ont consacrés aux graffites 
de la Graufesenque et dont le principal a paru ici même, signé de 
M. J. Loth (t. XL1, p. 1 et ss.), il est bon que les archéologues 
discutent à leur tour les problèmes qui se posent à ce sujet. On a 
déjà signalé le travail de M. O. Bohn paru dans XzGermania (1924, 
p. 19 : d.R.Celt., XLI, p. 493) Voici que M. August Oxé con- 
sacre à ces graffites une brochure où il en reprend l'étude de fond 
en comble, et où l'on trouvera çà et là quelques suggestions à 
retenir. 

La brochure aurait été certainement plus courte si M. Oxé n'y 
avait exposé que des idées nouvelles. Il a opéré en effet comme si 
personne avant lui, en dehors de M. O.Bonn, n'avait examiné les 
graffites mis au jour par l'abbé Hermet, etcette méthode l'a conduit 
à répéter bien des choses qui étaient connues avant lui, Il avait été 
averti parM. Thurneysen que des « savants Français » (p. 39)avaient 
publié sur la matière quelques travaux, où il y a même des inter- 
prétations exactes. Mais il a dédaigné ces interprétations ou n'a 
pas pris la peine de les mentionner. Ceux de nos lecteurs qui liront 
sa brochure se féliciteront que sur certains points il y ait entre les 
vues de M. Oxé et celles de M. Loth d'heureuses concordances, 
qui sont pour l'un et l'autre une présomption d'exactitude; mais ils 
constateront aussi entre les deux savants de nombreuses divergences, 
qui sont le plus souvent tout en faveur de M. Loth. Ce n'était pas 
la peine de reprendre la question dans son entier pour présenter 
au public des hypothèses qui marquent souvent un recul sur les 
travaux antérieurs. Si M. Oxé avait l'ambition, d'ailleurs parfai- 
tement légitime, d'établir une édition aussi définitive que possible 
desgraffites de La Graufesenque, il devait procéder autrement qu'il 
n'a fait. 

C'est sur la partie celtique des graffites que son travail est le 
moins satisfaisant. Il s'excuse lui-même de n'être pasceltiste. C'était 



442 Bibliographie. 

une raison déplus pour tenir compte de l'opinion exprimée par des 
celtistes qualifiés. Sur les noms de nombre, qui sont une des curio- 
sités les plus intéressantes des graffites de la Graufesenque, il émet 
parfois des doctrines inexactes et insoutenables. P. 71, il n'y avait 
pas lieu d'envisager même l'hypothèse d'un gaulois petrametos 
répondantà l'irlandais cethramad. La forme irlandaise est visiblement 
refaite sur le modèle des ordinaux de sept à dix(Pedersen, Vgl. Gr., 
II, 135); fût-elle ancienne, qu'on n'aurait pas nécessairement 
d'exact correspondant à en attendre en celtique continental. Ce qui 
est dit p. 73 de nametos (sic) « neuvième » est tout à fait erroné ; 
v.J. Loth, R. Celt. ,XLI, p. 38. 

On sait quelles difficultés présentent les quelques mots celtiques 
conservés dans les graffites. Les hypothèses qu'on a proposées 
pour les interpréter divergent parfois ; certaines sont en tout cas 
parfaitement plausibles. Mais personne ne pourra prendre au sérieux 
ce que dit M, Oxé de tuHbos ou de ïnxios. 11 rattache le pre- 
mier de ces mots à la famille des mots grecs -rvcpoç et 6up.ôç 
(p. 70) ! Et le second à la racine de leûc:6<o, hicëre en lui donnant le 
sens de « cuit « ou « à cuire » (p. 76)! Ce dernier sens n'est 
justifié ni par l'indo-européen ni par les langues celtiques 
modernes. Il voit deux conjonctions copulatives dans les mots diui 
et toni — ce qui est déjà des plus contestables — et il affirme avec 
désinvolture que les celtistes n'auront pas de peine à justifier lin- 
guistiquement une interprétation aussi singulière (p. 66-67) ! A 
propos de cassidonos, quelle que soit l'autorité de Zeuss, il eût été 
bon d'y joindre des garanties plus modernes et de renvoyer à l'ar- 
ticle sur arcantodan(os) publié dans la Revue des Études anciennes, 
t. XXI, p. 263. Quant à cassidanalone, l'hypothèse que ce composé 
contiendrait comme dernier terme le mot ialo- est inconciliable 
avec le sens que M. Oxé lui prête : ce serait un « bureau de sur- 
veillant» (p. 76)! Le mot ialo- ne. saurait avoir ce sens. Sur le mot 
uxsedia, M. Loth s'était exprimé avec de prudentes réserves :M. Oxé 
y voit un rapport avec l'irlandais ocus « proche» (p. 70) ! Cela est 
tout à fait en l'air pour le sens et se heurte pour la forme à une 
impossibilité phonétique. 

Ces critiques sont graves; on pourrait en allonger la liste. En 
revanche, il est juste de signaler certaines améliorations notables 
que M. Oxé apporte aux lectures ou aux interprétations de ses 
devanciVrs. 

Au lieu du cintux(os) de l'abbé Hermet, M. Oxé lit cintu comme 
un mot indépendant. Le mot cintusest bien connu dans l'onomas- 
tique gauloise (v. ci-dessus, p. 431). Il correspond pour le sens au 



Bibliographie. 443 

latin primus, et pour là forme il a des correspondants exacts dans 
les langues celtiques insulaires (irl. cet-, gall. cyttt-). Les contro- 
verses auxquelles a donné lieu l'interprétation d'un ordinal cintuxos 
deviennent du coup sans objet. 

L'abbé Hermet, après Déchclette, avait \v\ ..sli sena[rios\ sur un 
graffite inséré depuis dans le Corpus (XIII, 3, n° 10016, 1. 7). 
M. Oxé propose de lire ..s tisena[ri] et interprète ce dernier mot 
comme une « tasse à tisane » en comparant le passage d'Horace 
(Satires, II, 3, 15$), où il est question d 5 un ptisanarium ; c'est très 
vraisemblable. 

Pour interpréter le mot imbractaria, M. Oxé a pensé au mot 
imbractum qui chez Apicius désigne une espèce de « sauce » ; 
imbractarium serait donc une « saucière ». L'hypothèse est ingé- 
nieuse et mérite sans doute d'être préférée à celle que M. J. Loth 
devait à son confrère M. Pottier, si séduisante qu'elle fût elle- 
même (R. Celt., XLI, 46). 

L'abbé Hermet n'avait pas cru pouvoir considérer comme un nom 
de mois le mot Auguslas (sur le graffite n° 38 de son édition) ; il 
s'était donc décidé à le prendre pour un nom de vase, et M. Loth 
appuyait cette décision de son autorité. Mais la comparaison d'un 
graffite publié au tome III du Corpus (n° 11 382) rend vraisemblable 
qu'il s'agit en effet d'un nom de mois. On ne peut sur ce point 
encore que donner raison à M. Oxé (p. 79). 

Voici un dernier cas où il paraît également tomber juste. P. 72, 
il voit dans le nom de lieu Finten (à 5 milles à l'O. de Mayence) 
le nombre ordinal gaulois pimpetos « cinquième «. La comparaison 
du nom des villages de Quint et de Det\em, situés respectivement 
à cinq milles et à dix milles de Trêves et qui remontent visiblement 
à Ad Quintum et Ad Decimum Çapidem) est en faveur de cette 
hypothèse sur Finten. En revanche, il est bien douteux que Schweich 
(à un mille au delà de Quint) remonte à la forme celtique suexos 
« sixième ». Il parait tout de même étrange qu'autour de Trêves 
la numération celtique ait été ainsi mélangée à la numération 
latine; et d'ailleurs le vocalisme de Schweich fait difficulté. 

On voit par ces exemples que le travail de M. Oxé n'est pas 
négligeable. Il a le mérite de présenter un classement plus métho- 
dique des comptes de potiers de la Graufesenque et d'y joindre 
les fragments de comptes recueillis dans les mêmes conditions à 
Blickweiler et à Rheinzabern, à Arezzo, à Horta, à Montans. En 
outre, sur plus d'un détail il fait faire à l'interprétation des graffites 
un sérieux progrès. Il dénote un esprit érudit et ingénieux. On 
peut juger d'autant plus sévèrement le parti qu'il a pris d'ignorer 



444 Bibliographie. 

les travaux français. La science ne peut progresser sans la collabo- 
ration internationale. Si les savants de chaque pays se refusent à 
considérer ce que d'autres font au delà de leurs frontières, c'est 
l'avenir même du travail scientifique qui sera compromis. 

J. Vendryes. 

V 

Tadhg O'Donnchadha (Tôrna). Prosôid Gaedhilge. Clé Ollsgoile 
Chorcaighe, Corcaigh agus Ath cliath. [Taeg O'Donoghue. 
Prosodie Irlandaise, Cork University Press, Cork and Dublin]. 
1925. vij-107 p. in-12.3 sh. 

Comme le dit l'auteur dans sa préface, le titre de Prosodie ne 
convient qu'à moitié à cet ouvrage. C'est en fait un manuel de 
versification. Il a servi de matière à un enseignement professé aux 
cours d'été del'University Collège de Cork ; et l'auteur, qui est lui- 
même un poète apprécié, a eu en le publiant un double dessein: 
celui d'initier les jeunes poètes, dont le nombre ne va pas en dimi- 
nuant, aux règles de la poésie nationale ; et aussi celui de fournir 
aux maîtres qui enseignent l'irlanda.is etaux élèves qui l'apprennent 
le moyen d'apprécier les œuvres poétiques, si abondantes en Irlande 
dans les derniers siècles. 

Il y a en Irlande deux sortes de versification. La versification 
ancienne, qui porte le nom de Filidheacht Shiollabhach ou encore 
de Duanaireacht, repose sur le nombre des syllabes. La versification 
moderne, dite Filidheacht Aiceanta repose sur l'accentuation. C'est 
de cette dernière seulement qu'il est question ici. Même réduit à 
cet. objet et bien qu'il soit écrit en irlandais, l'ouvrage mérite tout 
succès à l'étranger; car c'est un excellent manuel, où la matière 
est clairement et commodément disposée d'après une progression 
méthodique. 

Le simple résumé des chapitres du livre est un exposé des règles 
essentielles de la versification irlandaise moderne. 

Chaque vers est défini par un certain nombre d'accents placés 
à > intervalles réguliers. En principe, les accents métriques sont 
empruntés à la langue courante. Toutefois, dans celle-ci, il y a des 
syllabes frappées d'accents principaux, d'autres d'accents secon- 
daires; aux deux s'opposent les syllabes non-accentuées. La versifi- 
cation au contraire ne connaît que l'opposition de syllabes accen- 
tuées et de syllabes non-accentuées. Et il arrive parfois que des 
syllabes non accentuées dans la langue courante soient frappées 



Bibliographie. 445 

dans la versification d'un accent métrique : inversement, des syl- 
labes accentuées dans la langue courante sont traitées souvent dans 
la versification comme si elles étaient dépourvues d'accent. Il con- 
fient donc d'apprendre d'abord à reconnaître le nombre d'ac- 
cents métriques contenus dans chaque vers. 

Autant d'accents, autant de pieds. Chaque pied (mm) commence 
par un accent métrique et comprend toutes les syllabes enfermées 
entre cet accent et le suivant. Il peut y avoir des pieds d'une syl- 
labe (laquelle porte naturellement un accent métrique), et des pieds 
de deux, trois ou quatre syllabes (la première syllabe étant seule 
accentuée, les autres non-accentuées). Enfin devant le premier 
accent métrique peuvent se trouver dans un vers une ou même 
plusieurs syllabes qui ne comptent pas dans le mètre et constituent 
une sorte d'anacruse, qui porte en irlandais le nom de ruthag (m. 
à m. « élan, secousse »). 

La forme métrique d'un vers est définie par la nature des voyelles 
qui portent l'accent métrique. Il importe de connaître le timbre et 
la quantité de ces voyelles (en se réglant naturellement sur la 
prononciation et non sur l'écriture); car il y a des concordances 
obligatoires entre les voyelles accentuées des vers qui forment une 
strophe ou un quatrain. M. O'Donoghue ramène à quinze le 
nombre des voyelles métriques qu'emploie la versification irlan- 
daise: ce sont d'abord les cinq longues (fada)âôùéi, puis les cinq brè- 
ves Çgaerid) ao ue i, puis les quatre mixtes (cummaisg) ua ia ou et y, 
auxquelles il joint la « brève imparfaite » (gairid neamhchruinn) qu'il 
note/ï. La voyelle v est celle que Ton observe dans la première syllabe 
des mots adhmad, coillte, deighbhean , gaibhil, meidhreach ou dans les 
monosyllabes binn,fadhb,greim,roinnt. La voyelle « représente le son 
écrit 1 dans file, u dans aimas ou dubhàn, ei dans feiceann, io dans 
gliogaire, oi dans doille. ui dans guirt, etc. La liste n'est d'ailleurs 
pas complète ainsi; car il convient d'y ajouter les voyelles nasales, 
que l'auteur note par un accent circonflexe (0 û î y), et aussi les 
deux voyelles qu'il note â et ï et qui représentent la prononcia- 
tion spéciale de a et de i devant m,nn, II, rr, ng. On les désigne du 
nom de gairid trom. Il faut ajouter que toute cette classification 
repose sur la prononciation en usage dans le Munster. 

Il y a des voyelles qui sont élidées. Ce sont des voyelles inac- 
centuées appartenant le plus souvent à des mots accessoires. L'éli- 
sion porte en irlandais le nom de bàthadh. En revanche, il y a des 
voyelles irrationnelles qui s'introduisent parépenthèse à l'intérieur 
de certains groupes de consonnes. Ainsi calma est prononcé 
cal-u-ma; macnas, mac-u-nas; greannmhair , grean-u-mhuir ; etc. La 



446 Bibliographie. 

voyelle irrationnelle est dite en irlandais guta tacair (« voyelle artifi- 
cielle»). Elle est naturellement toujours inaccentuée. 

La versification comporte certains « ornements » (prnâideachta), 
dont quelques-uns sont si habituels qu'on peut les considérer 
comme « de rigueur ». C'est d'abord la uaim, qui correspond à 
notre « allitération » et consiste en ce que deux ou plusieurs syl- 
labes accentuées commencent par le même son: 

r/7/; na Reatt is ceall ré câbbadh. 

C'est ensuite la comhjhuaim, d'après laquelle dans 1rs vers qui 
ont plus de trois syllabes accentuées (ou même trois syllabes 
accentuées seulement), deux de ces syllabes successives à l'intérieur 
du vers doivent avoir une voyelle semblable : 

dttiiie gan star a gblôr ni measlar i gcéill. 

C'est enfin Yaicill et le conchlann, deux ornements qui sont en 
usage dans les couples ou groupes de vers. Viiicill est un lien 
métrique (ceangal méidreacbla) entre deux vers formant distique ; 
il consiste en ce que les syllabes accentuées qui terminent le pre- 
mier vers et celles qui commencent le second ont la même 
voyelle: 

do mealladh Icis céad thar ctadtba i gckthaoir 
do Itigheadb go glA.n diocbt néamhdha. 

Le conchland est également un « lien », mais entre deux qua- 
trains d'un même poème. Il consiste en ce que le dernier mot d'un 
quatrain est répété au début du quatrain suivant. 

La poésie de l'irlandais moderne comporte quatre espèces de 
poèmes, le rosg, le laoidb fiannaidbeachta, le caoine et Yamh- 
rân . 

Le rosg est formé de strophes, comprenant chacune un certain 
nombre de petits vers égaux (deux ou trois pieds); dans chaque 
strophe, la dernière syllabe accentuée a la même voyelle. 

Le laoidb fiannaidbeachta est un reste de ce qu'on appelait ran- 
naidbeacht dans l'ancienne poésie. Il se compose de quatrains, dont 
chaque vers a le même nombre de pieds (trois ou quatre); il y a 
obligatoirement aicill dans chaque demi-quatrain ; les deux vers 
pairs du quatrain se terminent par la même voyelle accen- 
tuée. 

Le caoine « lamentation » ou « élégie » était originellement un 
chant funèbre, comme la marwnad des Gallois. Mais on l'emploie 
aujourd'hui à beaucoup d'usages qui n'ont rien de funèbre. Il se 



Bibliographie. 447 

compose également de quatrains, dont les vers sont égaux (trois 
ou quatre pieds); mais les quatre vers finissent obligatoirement 
par la même voyelle accentuée ; il arrive même que la succession 
des mêmes voyelles accentuées se reproduise dans les quatre vers 
du quatrain. Enfin il y a comhfhuaim au milieu ou au début de 
chaque vers. 

Vamhrân est proprement un poème chanté; mais on tend aujour- 
d'hui à donner ce nom à toute espèce de composition poétique. Il 
est constitué de strophes (ceathramhna) comprenant un même nombre 
de vers. Mais le nombre des pieds dans le vers et le nombre des vers 
dans la strophe sont variables. Le type normal de l'amhrân comprend 
une suite de vers groupés métriquement (c'est-à-dire ayant la même 
forme métrique avec les mêmes voyelles accentuées) deux à deux ou 
quatre à quatre. Dans le premier cas, on a Vamhrân cùpluighiachta 
(c'est le mètre sur lequel est bâti le Cùirt an Mheadhonoidhche de 
Brian Merriman); dans le second, on a Vamhrân féin. La comh- 
fhuaim est de rigueur à l'intérieur des vers. Mais il y a un nombre 
considérable de variétés ôVamhrân. Même ceux qui se composent 
de quatrains présentent des formes métriques différentes de Vamh- 
rân féin. Beaucoup se composent de strophes, qui ont de cinq à 
vingt vers. Les strophes de huit vers sont particulièrement fré- 
quentes. Dès que la strophe dépasse cinq vers, des combinaisons 
très variées y sont possibles : les vers peuvent être inégaux, la même 
forme métrique s'y reproduit à intervalles réguliers, par exemple 
de deux en deux vers (pairs ou impairs) ou dans deux vers consé- 
cutifs ou même dans quatre vers de suite. Il peut arriver que la 
forme métrique varie d'un vers à l'autre ou que la ressemblance 
entre les vers soit limitée à l'une des voyelles accentuées (en pre- 
mière syllabe ou en dernière). C'est le cas dans Vochtjhoclach breach- 
tach (« huitain varié ») et dans la crosânacht (où les vers sont 
inégaux de deux en deux). C'est le cas surtout dans la versifica- 
tion libre ou irrégulière (réidh ou neamhchruimï), où seules sont de 
rigueur l'application de Vaicill et l'égalité du nombre des pieds. 

M. O'Donoghue donne de chaque type des exemples variés, 
qu'il analyse minutieusement; si bien que son livre est à la fois 
un répertoire et une anthologie de la versification de l'irlandais 
moderne. Une liste des termes techniques avec leur définition et 
un index des principaux types étudiés terminent cet excellent 
ouvrage. 

J. Vexdryes. 



448 Bibliographie. 

VI 

Donald Maclean [Prof, of Church History, Free Church Collège 
Edinburgh]. TheLaw of tbe Lord' s Day in the Celtic Church. Edin- 
burgh, T. and T. Clark, 1926- xj-58 p. in-12. 3 sh. 

La Câin Domnaig « Loi du Dimanche » est un des textes les 
plus intéressants de la littérature ecclésiastique de l'Irlande. Il en 
existe plusieurs copies, dont on trouvera l'indication dans Ériu, 
t. II, p. 189. Dans un certain nombre de manuscrits, le texte de 
la Câin proprement dite est accompagné de deux autres : une 
épître de Jésus (sic) sur l'observance du dimanche et un récit de 
trois miracles se rapportant à la violation de cette observance. 
Mais ces trois morceaux ne sont pas toujours réunis ; et la question 
des rapports qui les unissent soulève, comme on le verra plus 
loin, des difficultés d'ordre varié. 

Le texte irlandais de la Câin Domnaig a été publié par M. J. G. 
O'Keeffe dans les Anecdota from Irish Manuscripts, t. III, p. 21-27. 
La lettre de Jésus a été publiée et traduite en anglais par le même 
dans Ériu, t. II, p. 193-21 1. Enfin 00 trouvera le texte du récit 
sur les miracles dans la Zeitschrift fur Celt. Phil., t. III, p. 228, 
d'après le Ms. Harleian n° 5280, ,f° 38. M. Pokorny a récemment 
reproduit le texte d'un des miracles dans son Altirische Gramma- 
tik, p. 15, mais en le reconstituant sous la forme originale, qu'il 
suppose être des environs de l'an 830. 

M. Donald Maclean ne s'occupe dans son ouvrage que delà Câin 
Domnaig; et il en donne d'abord une traduction. C'est la première 
qui soit faite; et la tâche n'était pas aisée. Le texte nous a été 
transmis dans des manuscrits dont l'orthographe est des plus flot- 
tantes. Il offre par lui-même un grand nombre de difficultés, parce 
qu'il est rédigé dans une langue très voisine de celle des Lois, 
hérissée de termes techniques et remplie de formules dont la 
concision est souvent aux dépens de la clarté. Le traducteur s'est en 
général tiré à son honneur des difficultés de sa tâche. Pourtant on 
ne peut dire qu'il n'ait rien laissé à faire à ses successeurs 1 . Le 



1. P. 5, l'appel de note 1 doit être placé quatre lignes plus bas, au mot 
« proclamation ». Et la correction proposée dans la note paraît inutile (cf. 
Pedersen, Vgl. Gr., II, 580). — P. 5, 1. 15, les mots du texte irlandais, 
robud rianaimdib « prévenirde l'arrivée d'ennemis » (Anecd., p. 22, 5) n'ont 
pas été traduits. — P. 7, n. i.Les mots a dhiri du texte (p. 23, 1. 1) sont 



Bibliographie. 449 

texte irlandais de la Câin qui est rempli de formes archaïques 
intéressantes, attend encore un éditeur, qui l'établisse en s'inspi- 
rant de la langue juridique et surtout en faisant une comparaison 
minutieuse avec le texte de la lettre de Jésus qu'a publiée M. O' 
Keeffe. 

Il y a entre les deux morceaux des rapports évidents dont 
M. Donald Maclean semble tenté d'atténuer l'importance. C'est 
qu'il les étudie surtout en historien de l'Eglise, en théologien. La 
lettre de Jésus fait partie de ces grossiers subterfuges, dont Char- 
lemagne, dans un capitulaire de l'an 789, avait prononcé la con- 
damnation (Baluze I, 174 cité par Haddan andStubbs, Connais and 
Ecclesiaslical Documents, III, p. 616). C'est d'autre part un texte mal 
composé, où il y a des répétitions choquantes. La Càin est d'une 
trame plus serrée, encore que la composition n'en soit pas très 
régulière. M. Maclean cherche à souligner entre les deux des dif- 
férences. C'est qu'il veut faire du texte de la Càin un morceau 
vraiment irlandais, profondément celtique d'esprit et de pensée, 
tandis qu'il reconnaîtrait volontiers à l'autre un caractère plutôt 
romain. 

Là gît le nœud du problème que posent ces deux textes. Il n'est 
pas douteux que les prescriptions de la Càin relatives à l'obser- 
vance du dimanche sont tout à fait dans l'esprit de l'ascétisme 
irlandais. Leur rigueur surprend et révolte quiconque ne connaît 
pas les habitudes irlandaises en matière de pénitence (v. l'étude 
qu'a donnée M. McNeill dans la Revue Celtique, t. XXXIX et XL 
sur les « Celtic penitentials » et cf. R. Cell., XXXII, 484). La 
lettre de Jésus d'autre part passe pour avoir été envoyée de Rome 

corrigés enaidbri, 3e personne ; c'est une correction qui s'impose. — P. 8, 
1. 10, la traduction n'est pas sûre ; on est tenté de lire (Anecd., p. 23, 1. 12) 
condathissat « jusqu'à ce que viennent à eux... ». — P. 8, dern. ligne, les 
mots no là haùiri (p. 23, 1. 21) n'ont pas été traduits. — P. 11, ligne 1, les 
mots eter soiri ndomnaig « à la fois en ce qui concerne l'observance du 
dimanche » (p. 25, 1. 1) n'ont pasété traduits. — P. il, 1. 15, la traduction 
est inexacte: lirearnacha cloathar (Anecd., p. 25, 1. 9) « afin qu'il (Dieu ou 
Patrice) ne les écoute pas ». — P. Il, I. 20 (=r Anecd., p. 25, 1. 12) 
conascar, non pas « brise », mais « a brisé » (prétérit de con-scaraim, avec 
ad comme particule perfective). — P. 12, 1. 9. les mots di nench tes incinaid 
(Anecd., p. 25, 1. 20) n'ont pas été traduits: lire peut-être in-a cbinaid, cf. 
Ane. Laïus, I, 10.25, 12.25. — P- J 4, 1- *)> il est probable que sous la 
forme iasscratai (Anecd., p. 26, 1. 21) se cache un mot formé de ess-\-scart- 
et désignant la « fausse couche. » — En quelques passages, l'auteur a laissé 
des blancs dans sa traduction. C'était le parti le plus sage. 



^ 50 Bibliographie. 

en Irlande; on donne même le nom de celui qui l'aurait apportée 
avec lui; c'est Conall Mac Coelmaine, abbé d'Inis Coel en Done- 
gal, parent et contemporain de Colum Cille. Cela nous reporte au 
vi e siècle. Or les Annales d'Ulster mentionnent l'arrivée delà lettre 
en Irlande à l'année 886. C'est le plus ancien témoignage daté que 
l'on possède sur la loi du dimanche 1 . Il ne permet pas de trancher 
la question des rapports entre les deux textes. Seule une étude 
philologique minutieuse pourrait en fournir le moyen. Mais M. 
Maclean ne l'a pas tentée. Tout ce qu'on peut dire c'est qu'ils 
offrent des similitudes frappantes ; visiblement celui qui a rédigé 
l'un avait connaissance de l'autre. La lettre est mentionnée 
dans le texte de la Càin, p. 13 (= Anecd., III, p. 26, 

I. 9-10) : amal do-n-imarnad isatid epistil dorala do mm for 
altoir Roma « comme il a été transmis dans la lettre qui 
est venue du Ciel sur l'autel de Rome ». Les mêmes idées y 
sont exprimées presque dans les mêmes termes ; voir notamment 
Ëriu II, p. 201-202 etAnecd., p. 21, 1. 6 etss. ou encore Ëriu, II, 
p. 210, 4 et Anecd. p. 22, 1. 4, etc. Il est interdit de balayer le 
dimanche (jcuap dar làr tige, Eriu, II, 200, § 17 et 206, § 25 ; cf. 
Anecd. , p. 21, 1. 7 : gan glanad tighi). Mais la Lettre précise par- 
fois les prescriptions de la Càin. Si l'on est forcé le dimanche d'aller 
protéger un champ du pillage, il y faut rester jusqu'à la fin du 
jour ; si l'onse rendquelque part pour répondre à un appel de détresse, 
on n'en doit pas revenir avant que la journée soit écoulée {Ëriu, 

II, 208, § 32): le texte de la Càin accorde seulement la possibi- 
lité du déplacement. Dans les deux textes, il est question des Scan- 
dinaves, sous le nom de Genti (Ëriu, II, p. 196, 1. 4 et p. 208, 
1. 11; Anecd., p. 26, 1. 24). Comme ils sont présentés sous l'aspect 
d'êtres redoutables, cela date la rédaction de l'époque où l'on avait 
le plus à craindre en Irlande les dévastations de ces pirates, c'est- 
à-dire environ du ix e siècle. Mais si le mot benn-chopur au § 20 
de la Lettre de Jésus (Ëriu, II, p. 202) désigne bien les tours 
rondes, il nous reporte à une date sensiblement postérieure. 11 est 
vrai qu'on peut supposer ici une addition faite après coup. 

Une chose est probable, c'est que, dans certaines de ses parties, 

1. M. Maclean y joint un témoignage tiré du Félire d'Oengus et qui 
par conséquent remouterait aussi auix e s. Mais il s'agit en réalité d'une note 
marginale ajoutée dans le Leabhar Breacc au texte du précieux calendrier: 
Càin dômnaig cen tairmthecht ind itir « la loi du dimanche [qui consiste] à 
ne faire aucune transgression ce jour-là » (cf. Félire d'Oengus, éd. Stokes, 
1880, p. xiv). Le Leabhar Breacc est un manuscrit du xiv e siècle. 



Bibliographie. 451 

la lettre de Jésus est d'une époque où un mouvement se dessinait, 
dans le clergé irlandais, pour ramener l'église d'Irlande à l'étroite 
obédience de Rome. Le préambule par exemple manifeste nette- 
ment cette préoccupation, par l'insistance avec laquelle l'idée de 
Rome y revient. Quelques autres détails sont encore à signaler, 
comme la mention de l'oiseau dénommé locusta (Êriu, II, p. 194, 
§ 4), qui apparaît dans le Betha Grighora édité au tome précédent 
de la Revue Celtique (t. XLII, p. 132). Ainsi que le signale M. 
Robin Flower (Catalogue of Irish Manuscripi 's in tbe British Muséum, 
t. Il, p. 442), c'est un emprunt à la vie de Saint Grégoire par Paul 
Diacre (Migne, Patrol. Lat., LXXV, col. 5 1, § 20) '. 11 y a encore 
dans le Betha Grighora un trait qui se retrouve dans la Lettre de 
Jésus. Il y est dit (Rev. Celt., XLII, t4<?) que le dimanche les 
pécheurs en enfer ne subissent pas de châtiment. Or dans Êriu, II, 
194, on lit : ar ni piintar cid fir in-iffim and (= isin domnach). 

Même si la rédaction que nous avons des deux textes est con- 
temporaine, la Câin Dotnr.aig est en elle-même probablement plus 
ancienne que la Lettre. M. Maclean suppose que la loi du diman- 
che était en vigueur dès le vi e s. en Irlande. C'est bien possible. Les 
arguments philologiques qu'a présentés M. Eoin Mac Neill pour 
faire remonter un texte comme le Crith gablach à la fin du vn e siècle 
(Ancient Irish Laiu, dans les Proceedings of the Royal Irish Acadetnx, 
vol. XXXVI, 1923, p. 27i)peuvent être également invoqués pour 
assigner à la Câin Domnaig une date de composition aussi reculée. 
C'est un texte essentiellement juridique, où apparaît surtout la 
minutie subtile des juristes irlandais. Les intentions que trahissent 
certains passages de la Lettre de Jésus sont tout autres. 

J. Vendryes. 

VII 

Max Fôrster. Keltisches IVortgut im englischen, Eine sprachliche 
Untersuchung. Halle, M. Niemeyer, 1921, 128 p. 8° (Sonder- 
druck aus : Texte und Forschungen zur englischen Kulturge- 
schichte, Festgabe fur Félix Liebermann, p. 119-242). 4 M. 
80 pf. 

C'est seulement au cours de l'année 1926 que cet ouvrage est 

1. Cette vie de saint Grégoire par Paul Diacre a certainement été utili- 
sée par le rédacteur du Betha Grighora. L'anecdote de la femme qui éclata 
de rire en recevant la communion se trouve dans les deux (Migne, P.L., 
LXXV, col. S2 = R.C XLIJ, 139,5 n)- 



452 Bibliographie. 

parvenu à la rédaction de la Revue Celtique. Mais sans doute 
n'est-il pas trop tard pour recommander aux celtistes un travail très 
consciencieux où ils peuvent trouver beaucoup à prendre. 

M. Fôrster s'est proposé de rechercher les éléments celtiques 
du vocabulaire anglais. Il n'a pas limité son enquête aux noms 
communs ; il l'a étendue aux noms propres de personnes et de 
lieux ; ce qui lui ouvrait un domaine presque illimité, et qu'il ne 
pouvait même espérer d'embrasser complètement. Malgré des 
dépouillements vraiment considérables, on ne peut dire que 
M. Fôrster ait pour les noms propres épuisé sa matière. Et peut- 
être en ce qui concerne la toponymie, aurait-il été préférable de 
traiter le sujet pour lui-même, c'est-à-dire géographiquement, en 
montrant sur la carte l'extension des noms brittoniques conservés 
en Angleterre. Mais tel qu'il est, par l'abondance et la précision 
des références, l'ouvrage sera d'une grande utilité à ceux qui étu- 
dient l'histoire et le développement des noms propres d'hommes 
et de lieux. 

Pour les noms communs aussi, l'entreprise était immense, et à 
certains égards prématurée. Il s'en faut que toutes les richesses du 
vocabulaire gallois du moyen-âge soient classées, inventoriées, 
identifiées. On peut voir par les enquêtes menées en Galles dans 
le Bulletin of ibe Board of Celtic Studies et par celles dont M. J. Loth 
fait profiter la Revue Celtique depuis de longues années combien il 
reste encore à faire pour déterminer le sens et la forme de bien 
des mots de l'ancien gallois. M. Fôrster est avant tout angliste. 
Les connaissances qu'il a du celtique sont en majeure partie de 
seconde main. Il s'appuie principalement sur les dictionnaires éty- 
mologiques, commeceux de Wh. StokesoudeV. Henry, répertoires 
fort précieux en effet, parce qu'on n'a pas mieux, mais dont on 
sait qu'ils ne doivent être aujourd'hui utilisés que sous le contrôle 
de la critique. 

Ces observations faites, il convient de souligner tout le profit 
que les études celtiques peuvent tirer d'enquêtes comme celle-ci. 
Les dépouillements qu'a faits M. Fôrster du côté anglais fournissent 
un grand nombre de données d'une valeur incontestable pour fixer 
maint détail de l'histoire des langues celtiques, notamment du 
brittonique. Le fait par exemple que certains mots brittoniques 
empruntés en anglais s'y présentent avec la double occlusive non 
encore changée en spirante (p. 8) est pour l'évolution phonétique 
une date fort utile. Et d'autres conclusions de ce genre sont don- 
nées chemin faisant par M. Fôrster. 

Un livre aussi riche de faits appelle naturellement mainte 
remarque de détail. Nous en indiquerons quelques-unes. 



Bibliographie. 453 

P. 6, n. 3. Il faut donner aussi au vieiix-cornique les gloses à 
Smaragdus, comme M. J. Loth l'a prouvé (Arch. fur Celt. Lexi- 
cogr., III, 249-256, txRev. Celt., XXXV, 215-216). Depuis l'ou- 
vrage fondamental de M. Loth, Vocabulaire vieux-breton , Paris, 
1884, la bibliographie du vieux-breton s'est enrichie de maint 
article : cf. notamment R. Celt., VIII, 492, 504 ; X, 147; XI, 86, 
203; XIV, 70; XXVII, 151; XXVIII, 43 ; XXXIII, 417 ; Z. f. 
Celt. Phil., II, 83 ; etc. 

P. 11. Le mot brat, sous la forme du plur. bratteu, figure dans 
deux passages du Mabinogi de Pvvyll (W. B. col. 23, 9 et 24, 19 ; 
R. B. p. 14, 27 et 15, 24). Il est donc plus ancien en gallois que 
le xiv e siècle, puisque le White Book est de la fin du xm e , et que 
l'accord des deux manuscrits atteste qu'il figurait déjà dans l'ar- 
chétype. C'est sans doute un mot irlandais passé au gallois, et du 
gallois à l'anglais. 

P. 28. Il est exact que le mot dryiu au sens de « druide », est 
depuis le xv e siècle un mot savant de la langue des bardes ; mais 
l'équivalent de l'irlandais driii, gén. druad, ne pourrait être en gallois 
que dryw, si l'on compare syw « sage, prophète », qui est l'équiva- 
lent de l'irlandais sûi, gén. suad. On Wtsyw dans le dialogue de Mer- 
lin et de sa sœur (R. B. Poetry 577, Skene II, 218, 3). II est pro- 
bable que le mot dryw a été de bonne heure appliqué en surnom 
au roitelet et s'est conservé comme tel ; cf. J. Loth, R. Celt., XX, 
340 et Rev. Archcol., 1924, t. II, p. 63. 

P. 37. Sur le mot clocca, il fallait renvoyer aussi à Schuchardt, 
Z.f. rom. Phil, XXIV, 566. et à Dottin, R.E.A., XXII, 39. 

P. 41. Pourquoi citer le verbe grec 71X7^111x1 a je frappe », qui 
n'est attesté qu'au moyen et dans un seul passage (Thucydide IV, 
125)? 

P. 50. L'irlandais cret ne signifie pas seulement « coffre » (de 
voiture); il s'emploie souvent pour le corps humain. Son sens 
propre est « carcasse », c'est-à-dire qu'il désigne un objet combiné 
d'éléments agencés, comme tant de noms appliqués à la voiture 
(M.S.L., XIX, 61 ; cf. les épithètes 7tXexTÔç eu7rXe>cT0;; sùitXexv',:; 
données en grec au char, Hom. W 335, 436, Hés. Boucl. 63, 306, 
370). Il est donc permis de rattacher irl. cret à la racine représen- 
tée en latin par crûtes et cartilage (Walde, 2 e éd., p. 198). 

P. 54-55. Il convient toutefois de remarquer que le mot gallois 
gafael gafel est bien attesté dans la langue juridique au sens de 
« saisie » (Wade Evans, IVelsh Mediaeval Law, p. 85, 1. 15) et 
que le correspondant irlandais (gabàil, atb-gabâil) a la même 
valeur juridique. 

RtTiie Celtique, XL1II. M) 



454 Bibliographie. 

P. 61. Le nom Crinoc est bien attesté en irlandais. Il figure dans 
la charmante pièce de vers que K. Meyer a éditée Z. f. Celt. Pbil., 
VI, 266, et dont il a donné une traduction anglaise Ane. IrishPoe- 
try, p. 37. 

P. 63. Depuis les observations de M. J. Loth sur le thème 
*iouto- en celtique (R. Celt., XXXIII, 249-258,' et ci-dessus, 
p. 160 et ss.), on ne peut pas affirmer que le nom propre Tuta 
sorte du nom du « peuple » (gall. tud). C'est certainement à une 
autre origine que remonte Tut dans Morgan Tut par exemple. 

P. 65, n. 1. Sur les alternances de /et dd, ff et //;, en partie 
réglées par une tendance à la dissimilation, voir aussi Mélanges 
F. de Saussure, p. 312. 

P. 71-72. Il ne faut pas oublier que dans une bonne partie du 
Pays de Galles, y est prononcé devant w et même devant / ; ainsi 
dans bowyd, cowir, towydd pour bywyd « vie », cywir « juste », 
tywydd « temps », etc., mofi pour myfi « moi » (dans le sud de 
Galles), etc. Cf. la transcription Howel du' nom propre Hywel et 
inversement la forme tywel donnée dans l'orthographe galloise au 
mot anglais towel emprunté. 

P. 84. Le prétendu mot uch « fille » est un monstre qu'il faut 
désormais rayer des lexiques, depuis que M. J. Loth l'a expliqué 
comme une simple abréviation graphique du mot uerch (mutation 
de merch), v. R. Celt., XLI, 235. Mais l'article de M. Loth n'avait 
pas paru quand M. Fôrster préparait son livre. 

P. 103, 104, m. Pour comprendre l'extension comme noms 
propres des adjectifs gwynn, llwyd, anwyl, il faut tenir compte de 
la valeur religieuse de ces adjectifs. Il est certain que Gwynn ou 
Llwyd ne sont pas de simples équivalents des noms Leblanc ou 
Legris du français. Ils s'employaient dès l'ancien gallois au sens 
de c< saint, bienheureux ». On disait Crist guin (B.B.C., 11.34 
Sk. = 34. 1 Ev.), Duw gwyn(Cyndde\vf, M. A. 190 a 2 = R.C., 
XL, 312), Dewi wynn(M..A. 194 b 29), Duw Iwyd (Daf. ab 
Gwil., éd. Ifor Williams, p. 102, 1. 33), etc. Et anwyl z une 
valeur religieuse dans certains emplois que mentionne le Diction- 
naire de Silvan Evans. Ce n'est pas seulement une particularité 
physique ou une qualité morale qui explique l'emploi de ces 
adjectifs comme noms propres. 

P. 107. C'était le cas de citer la forme bochan attestée dans 
Giraud de Cambrie (t. VI, p. 81, 1. 14) : canlref-bochan, id est 
Kantaredo breui. Giraud était de Manorbier et parlait naturellement 
le gallois du sud. 

P. m. Il n'est pas surprenant que le poète Rhys Cain ait tiré 



Bibliographie. 455 

son nom de la rivière, le Cain, qui arrosait son pays natal. Ce 
cas n'est pas isolé. Tudur Aled, né sur les bords de l'Aled, avait 
fait de même. John Ceiriog Hughes, né à Llanarmon, a pris son 
nom aussi d'une petite rivière voisine, le Ceiriog ; il est vrai que 
dans le choix qu'il a fait, il pouvait y avoir un souvenir de Huw 
Morus, qu'on avait surnommé en son temps Eos Ceiriog. 

P. 112. Pour expliquer les formes étranges prises par le nom 
Gwenhwyfar dans le français du moyen âge, il faut sans doute 
tenir compte de l'existence du nom de Geneviève. 

J. Vendryes. 

VII 

Largillière (René). Les Saints et l'organisation chrétienne primitive 
dans V Armorique bretonne. Rennes, 1925, in-8°, 270 pages (thèse 
de doctorat). 

La toponymie de la Bretagne armoricaine a un aspect sui generis 
qui frappe les voyageurs les plus distraits. Les noms de villages, 
par milliers, commencent par les termes plou-, lan-, tré-, lok-, plou 
désignant le territoire d'une paroisse, lan un monastère ou une cha- 
pelle, tré un hameau, lok un lieu de culte (monastère, prieuré, cha- 
pelle). De plus, si peu familier qu'on puisse être avec la langue bre- 
tonne, on ne tarde pas à s'apercevoir que le second terme, du nom 
est presque toujours un nom de saint, de saint celtique, de saint 
local. Une formation de ce genre ne se retrouve pas ailleurs. Elle 
est spéciale à l'Armorique. Et l'idée devait venir tout naturellement 
qu'elle est en rapport avec le repeuplement de cette contrée par les 
émigrés bretons venus de Grande-Bretagne au V e siècle. Aurélien 
de Courson, dès 1863', puis A. de la Borderie 2 , ont vu dans 
lep/oîv-un petit clan celtique; le second terme du lieu commençant 
par plou- représenterait le nom du chef breton amenant en Armo- 
rique la petite troupe d'émigrants; ce chef se serait appelé machtyern. 
La paroisse, dont les limites se confondent avec celles du plou, se 
serait modelée sur cette organisation politique, ou plutôt la lan 
serait la colonie ecclésiastique, alors que h plou serait la colonie 
civile. 

Il y a longtemps que M. J. Loth >, sans parler de feu l'abbé 

1. Dans les prolégomènes à son édition du Cartulaire de Redon. 

2. Histoire cb> Bretagne, t I, p. 281; t. II, p. 14^, 174, 1 79- 

3. Rt-vue Celtique, t. XXII, 1901, p. 109. Cf. Mots latins dans les langues 
brittoniques, p. 38. 



456 Bibliographie. 

Duine et de M. H. Sée, avait fait à cette théorie de fortes objections. 
Rien absolument n'indique l'existence en Bretagne armoricaine 
du régime du clan. Dans chaque pion il y aplusieurs machlyeriis ou 
seigneurs 1 , et non un seul, ce qui s'explique bien vu l'étendue 
territoriale de cette circonscription. Enfin le pion ne saurait être 
une division politique, mais religieuse, à l'origine: le mot est en 
effet emprunté au latin d'église plebern qui s'entend de la paroisse 
rurale. La synthèse de Courson et de la Borderie était prématurée. 
Elle ne pouvait qu'induire en erreur les historiens. 

Un disciple de M. J. Loth, M. René Largillière, a eu l'ambition 
louable de reprendre le problème ah ovo. Il lui a consacré des 
recherches extrêmement étendues dont il nous offre le résultat 
dans le présent ouvrage. 

La première tâche c'est de déterminer si les noms en plou, 
tré, lan, lok, sont synchroniques ou non. Un premier résultat 
acquis c'est que les noms en lok- n'apparaissent pas avant le 
xi 8 siècle et que leur formation ne se prolonge pas au delà de 
la fin du xm e siècle. Cette catégorie est donc à éliminer 2 . Seuls 
les noms commençant par plou, tré, lan sont anciens et remontent à 
l'introduction du christianisme breton en Armorique. Il y a cepen- 
dant une différence à noter: lan et tré cessent de bonne heure 
d'être compris et ne se séparent plus du second terme du mot, 
alors que plou garde plus longtemps son sens et sa vie propre 
(p. 44). 

Ces principes posés, M. L. entreprend une étude particulière 
des saints éponymes des paroisses en plou-, lan-, saint-, en se limi- 
tant au Bas-Tréguier qu'il connaît à fond. La conclusion c'est 
que « la nuit presque complète règne sur chacun de ces individus; 
des noms ont subsisté, presque rien autre » (p. 125). On ne sait 
d'eux qu'une chose c'est qu'ils ont donné leurs noms à la paroisse 
qu'ils fondaient (p. 139-140). 

La topographie des lieux de culte révèle un fait énigmatique : à 
un établissement côtier répond dans l'arrière-paysun établissement 
ayant lemêmeéponyme. Ainsi saint Guirec, éponymedes paroisses 



1 . De même il y a plusieurs le% (cours féodales) dans une paroisse 

(P-233)- 

2. Comme les noms en lok- ont souvent pour second terme un saint 
irlandais, l'auteur conclut (p. 128-130) qu'ona exagéré le rôle des Irlan- 
dais, lequel est tardif dans l'évangélisation de l'Armorique. 11 est signifi- 
catif que le culte de saint Patrice soit presque inconnu en Basse-Bretagne 
(p. 140- 



Bibliographie. 457 

côtiéres de Locquirec et Perros-Guirec, a, à l'intérieur des terres, 
la chapelle de_ Guirec en Ploubezre (p. 150). Comme la chose se 
répète pour une série de saints, on n'est pas en présence d'un fait 
de hasard. S'agit-il d'un transport de reliques, ou bien le saint, 
après avoir résidé sur la côte, s'est-il enfoncé dans l'intérieur? L'au- 
teur (p. 156-166) semble pencher pour cette dernière explication. 
En tout cas la topographie du culte montre que les saints ont agi 
sans obéir à un plan d'ensemble, sans être les serviteurs d'une orga- 
nisation. « Ce sont des isolés qui ont travaillé à leur guise, au 
mieux des intérêts de la religion et au hasard de leurs pérégrina- 
tions » (p. 166). 

Une seconde partie, intitulée LesParoisses, contrôle et développe 
les principes posés dans la première partie (Les Saints). Les pa- 
roisses primitives sont toutes des plou. Les tré et les lan sont des 
paroisses moins anciennes, issues d'un démembrement parfois très 
récent (xix e siècle) d'un plou antique. Ce qui frappe c'est l'éten- 
due considérable des plous: Plestin et sa trêve, Tremel, s'étendent 
sur 4645 hectares, Plougras et ses trêves sur 9. 138 hectares. Plou- 
milliau, amputé de Trédrez, a encore onze kilomètres de long, 
Plouigneau 1 5 kilomètres d'est en ouest (p. 177). La différence de 
superficie avec les paroisses du reste de la France est saisissante: 
la moyen