(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Biodiversity Heritage Library | Children's Library | Advanced Microdevices Manuals | Linear Circuits Manuals | Supertex Manuals | Sundry Manuals | Echelon Manuals | RCA Manuals | National Semiconductor Manuals | Hewlett Packard Manuals | Signetics Manuals | Fluke Manuals | Datel Manuals | Intersil Manuals | Zilog Manuals | Maxim Manuals | Dallas Semiconductor Manuals | Temperature Manuals | SGS Manuals | Quantum Electronics Manuals | STDBus Manuals | Texas Instruments Manuals | IBM Microsoft Manuals | Grammar Analysis | Harris Manuals | Arrow Manuals | Monolithic Memories Manuals | Intel Manuals | Fault Tolerance Manuals | Johns Hopkins University Commencement | PHOIBLE Online | International Rectifier Manuals | Rectifiers scrs Triacs Manuals | Standard Microsystems Manuals | Additional Collections | Control PID Fuzzy Logic Manuals | Densitron Manuals | Philips Manuals | The Andhra Pradesh Legislative Assembly Debates | Linear Technologies Manuals | Cermetek Manuals | Miscellaneous Manuals | Hitachi Manuals | The Video Box | Communication Manuals | Scenix Manuals | Motorola Manuals | Agilent Manuals
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Revue de Champagne et de Brie"

This is a digital copy of a book that was preserved for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 
to make the world's books discoverable online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 
to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 
are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that 's often difficult to discover. 

Marks, notations and other marginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book' s long journey from the 
publisher to a library and finally to y ou. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prevent abuse by commercial parties, including placing technical restrictions on automated querying. 

We also ask that y ou: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain from automated querying Do not send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a large amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attribution The Google "watermark" you see on each file is essential for informing people about this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are responsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countries. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can't offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
any where in the world. Copyright infringement liability can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps readers 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full text of this book on the web 



at |http : //books . google . corn/ 




A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 
précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 
ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 
"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 
expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 
autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 
trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en marge du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 
du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages appartenant au domaine public et de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 

Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter. Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer r attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

À propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 



des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse ] ht tp : //books .google . corn 



i 








■TANretlO UNIVIIIfiTV 

uBnMumtê 

STACKS 



REVUE 



DE 



CHAMPAGNE & DE BRIE 



Arcis'Sur-Aube. — Imprimerie Léon Frémont, 



REVUE 



DE CHAMPAGNE 



ET 



DE BRIE 



«M«M«MM^^^«%^M» 



HISTOIRE — BIOGRAPHIE 

ARCHÉOLOGIE — DOCUMENTS INÉDITS — BIBLIOGRAPHIE 

BEAUX-ARTS 



•H* 



VINOT-SIXIÈMB ANNÉE — DEUXIÈME SÉRIE 



TOME TREIZIÈME 



^■H aie H,^ 



ARGIS-SUR-AUBE 
LÉON FRÉMONT, IMPRIMEUR-ÉDITEUR, PLACE DE LA HALLE 

1901 



Revue de Cbaipagne et de Brie 

LES TEMPLIERS A SANCEY 

Aujotird'hui SAINT-JULIEN (Aube) 



CHAPITRE PREMIER 



Comment l'Ordre du Temple eet devenu poeees- 
seur de la terre de Saneey. — Donations et 
autres aetes eoneernant la domaine de Saneey 
de l'an 1205 à l'an 1307. 



A la fin du xn^ siècle, la lerre et seigneurie de Saneey, 
aujourd'hui Saint-Julien «, appartenait au comte de Champa- 
gne» Henri II dit le Jeune. 

A une date que nous ne pouvons préciser, mais qu*il faut 
nécessairement placer entre le 16 mars 1181, jour de son 
avènement, et le 10 septembre 1197, jour de sa mort, il la 
donna, en tout ou en partie, au chevalier Vilain de Alneto, 
Vilain d*Aulnay '. 

Vilain n'en demeura pas longtemps possesseur. 

Voulant assurer, dans la mesure du possible, le salut de 
son âme, de Tâme de ses parents ei de celle de son illustre 
bienfaiteur, le comte Henri II, il donna en effet, comme 
aumône, et sans aucune réserve, à la Chevalerie du Temple, 
tout ce qu'il possédait dans le village de Saneey et ses dépen- 
dances, tant en moulins qu'en bois, terres, prés et eaux. 

Les témoins de cette donation furent Oger de Saint-Chéron ' 
et Guillaume, son frère. Gui de Chappes^, Clérembaud de 

1. Aube, arr. et cant. de Trojes. 

S. Aube, arr. d'Arcis, cant. de Chavaoges. — Vilain d'AuInaj était pro- 
bablement fils d'Érard d'Aalnay, maréchal de Champagne en 11S4, qui 
mourut excommunié en 1185. 

3. Marne, arr. de Vilry, cant. de Saint- Remy-en*Bjuzemont. 

4. Aube, arr. et cant. de Bar-sur- Seine. 



G ^ LBS TEMPLIERS A SANCBT 

Ghappes, Geoffroy de Villehardouin < et Geoffroy Putemon- 
Qoie. Étaient également présents, non comme témoins requis 
par le donateur, mais sans doute comme représentants de 
l'Ordre du Temple, et pour accepter îe don, frère Robert de 
Chaurville, commandeur du Temple d'Acre, el Guillaume des 
Ârdillières, maréchal de la chevalerie du Temple. 

Le frère de Vilain d'Aulnay, Oudarl^, maréchal de Cham- 
pagne, confirma la donation, par lettres données à Vitry, au 
mois de février 1206. 

L*acte de donation et celui de confirmation furent vidimés 
par Tofficial de Troyes au mois de novembre 1254, et c'est 
ainsi que nous les conqaissons, les originaux ayant disparu. 

Deux copies du vidimus existent : Tune aux Archives 
nationales 3, Tautre aux Archives de TAube *, Dans celle- ci^ la 
donation porte la date de 1205; dans l'autre, elle nest pas 
franchement datée ; le dernier chiffre a été tracé dune main 
mal assurée; s'il ressemble à un ], c'est seulemerit d'une 
ressemblance très relative, très éloignée. 

S'appuyant sur ce dernier document, et n'ayant sans doute 
pas eu connaissance de celui des Archives de TÀube, M. Man- 
nier, dans son Histoire des Commanderies du Grand Prieuré 
de France, n'hésite pas à placer la libéralité du seigneur de 
Sancey en l'année 1201, et il ajoute : c II est probable que 
Vilain d'Aulnay se trouvait alors en Terre Sainte, car sa dona- 
tion est faite en présence de Guillaume des Ardillières, maré- 
chal de la chevalerie du Temple, et de Robert de Chaurville, 
commandeur du Temple d'Acre. » 

La conclusion n'est pas rigoureuse, nous le disons avec tout 
le respect dû au nom de M. Mannier, et la date qu'il propose 
ne saurait être admise. 

En effet, si Guillaume des Ardillières et Robert de Chaur- 
ville se trouvaient en Terre Sainte, en Vannée 1201, ce que 
nous admettons volontiers, les autres témoins de la donation, 
Oger de Saint-Ghéron, Gui de Ghappes, Geoffroy de Villehar- 

1 . Aube, arr. de Troyes, cant. de Piney. 

2. Eudes, Oudarl ou Odard d'Auloay, qui avait suivi le comte Henri II 
à la seconde croisade, succéda probablement à son père Ërard comme maré- 
chal de Champagne. En 1227, il résigna sa charge, mais conserva cepen- 
dant le lUre bonorifique de maréchal jusqu'en 1235. Pour plus amples ren- 
Êfligiiam^nts sur ce personnage, voir d'Arbois de Jubain ville : Uiti. des 
c<fmes de Champagne, t. IV, p. 118, 163, 512 et 513. 

3. S* 4956. 

i. 31 H U bis, fol. 95 et 96, nouv. pagin. 






QUAUTV CONTMOL MANK 



LBS TBMPLIBRS A SANGBY 7 

dooio, etc., étaient encore en Cbampagoe, se préparant à la 
quatrième Croisade, et ce fut seulement dans Toctave de la 
Saint-Remi de rannée 1202 qu'ils s'embarquèrent à Venise ^ 

Chacun sait comment les Croisés se trouvèrent détournés du 
but de leur entreprise et turent amenés, d'abord à s'emparer 
de Zara, puis de Cbnstantinople, remettant à un lendemain, 
qui ne devait pas venir, leur entrée en Palestine. 

Sans doute plusieurs chevaliers protestèrent contre des 
expéditions qui n'avaient avec la Croisade proprement dite que 
des rapports très éloignés^ et abandonnèrent le gros de l'armée 
pour passer en Terre Sainte. Mais les seigneurs, témoins de la 
donation de Vilain d'Âulnay, ne furent pas du nombre de ces 
dissidents ; ils restèrent unis aux Vénitiens, et Geoffroy de 
Villehardouin, notamment, prit une part active et brillante à 
la conquête de Constantinople, puis à Torganisation et à la 
défense de l'Empire latin. 

La donation n'eut donc pas lieu en 1201 en Terre Sainte, 
puisqu'à cette date cinq au moins des témoins désignés étaient 
encore en Champagne, et que, d'ailleurs, ils ne mirent pas le 
pied en Palestine. Elle eut lieu en 1 205, comme Tindique le 
vidimus des Archives de l'Aube, et à Constantinople y puisque 
lesdits témoins se trouvaient alors dans cette ville. 

Reste, il est vrai^ pour que la démonstration soit complète, 
à expliquer la présence à Constantinople, en 1205, des deux 
autres témoins, les Templiers Guillaume des Ardillières et 
Robert de Chaurville, mais l'explication nous parait facile. 

En 1204, le légat du pape, Pierre de Capoue, estimant, avec 
raison, qu'il importait, pour le succès des Croisades futures, 
de maintenir Baudouin sur le trône de Constantinople, ordonna 
aux Croisés, dont l'action était à peu près nulle en Palestine, 
de joindre leurs forces à celles du nouvel empereur. En exécu- 
tion de cet ordre, une flotte partit de Syrie pour Constantino- 
ple, portant, avec la plupart des Croisés, un certain nombre 
de chevaliers du Temple et de l'Hôpital, que Baudouin établit 
dans sa capitale *. 

N'est-il pas permis de penser, je dirai môme d'affirmer, 
sans témérité, que Guillaume des Ardillières et Robert de 
Chaurville, comme dignitaires de l'Ordre du Temple, eurent à 
cœur de donner l'exemple de l'obéissance au légat du pape et 

1. PeUlot, Mémoiret lur VHist. de France : VUlehardouin, p. 22, 148. 

2. Petitot, op. cit., pp. 66^ 324. 



8 LBS TBMPLIBRS ▲ SANCBT 

qu'ils quiitèreDt alors la Terre Sainte, pour se mettre à la tète 
de leurs frères et présider à leur établissement ? 

La présence de Robert de Chaurville dans cette armée de 
secours nous parait d'autant plus naturelle, que la femme de 
Baudouin, Marie de Champagne S venait de mourir à Acre, et 
qu'il s'agissait de porter la trisle nouvelle à l'empereur, avec 
force détails sur l'arrivée, le séjour et les derniers moments de 
son épouse bien-aimée. Nul, semble-t-il, ne pouvait mieux 
remplir cetle délicate mission que le commandeur du Temple 
d'Acre. 

N'insistons pas; il nous parait maintenant clairement établi 
que la donation de la terre de Sancey aux Templiers eut lieu 
en 1205, à Constantinople, et nous nous croyons amplement 
autorisé à ajouter à la liste des seigneurs champenois, qui pri- 
rent part à la quatrième Croisade, les noms, jusqu'ici non men- 
tionnés, de Vilain d*Aulnay, de Guillaume de Saint-Chéron et 
de Geo&oy Pulemonnoie. 

D'après M. Bouliot, dès le mois de janvier 1209, les Tem- 
pliers, établis à Sancey, étaient en procès avec leurs voisines, 
les religieuses du prieuré de.Foicy^, qui voulaient empiéter 
sur leurs droits seigneuriaux. Abandonnant leurs prétentions 
sur le village de Sancey, les religieuses finirent par c se con- 
tenter d'un droit d'usage dans le bois de l'Orme, situé au terri- 
toire de Sancey et sans doute dans le voisinage du moulin Le 
Roi, aûn de chauffer leur four ^ >. 

Nous n'avons pas trouvé trace de ce procès, et, à vrai dire, 
nous avons peine à croire que les religieuses de Foicy aient 
contesté aux Templiers leurs droits sur le village môme de 
Sancey, quatre ans à peine après la donation de Vilain 
d'Aulnay. 

L'importance du fonds de Foicy, que M. Boutiot cite comme 
source, sans autre indication, c'est-à-dire sans aucun point de 
repère, rend le contrôle bien difficile, pour ne pas dire impos- 

1 . Marie de Champagne avait pria la croix avec ftoo époux, maia une 
grossesse Tavait retenue en Flandre lors du dépari des Croisés. Après ses 
couches, fidèle à son engagement, elle voulut rejoindre l'armée et elle s'em. 
barqua à Marseille pour SaintJean-d'Âcre, où elle croyait trouver Baudouin- 
Ce fut là qu'elle apprit son élévation au trône. Elle en mourut de joie au 
moment où elle allait s*embarquer pour aller à Constantinople partager la 
gloire de son mari. 

2. Commune de Saint-Parre-les-Tertres (Aube), arr. et cent, de Troyee. 

3. Boutiot : Hist. de la ville de Troyes et de la Champagne vtéridionalet 
U 288. 



LKS TBMPUBRS A SANCBY 9 

sible. Cependant, après l'examen sommaire que nous avons 
fait de ce fonds, un seul point, selon nous, reste acquis, c'est 
qu'au mois de mars 1209 (?. st.) frère A. de Coulours <, maître 
du Temple de France, de Tavis et du consentement de frère 
Guillaume eeclesiastici Bovit (sie)^ son prédécesseur, de frère 
Aimard et d'autres chevaliers, reconnut aux religieuses de 
Foicy, pour le chauffage de leur four seuîemeul, un droit 
d'usage dans le bois de l'Orme près de Sancey ^ 

11 n'y eut donc ni procès, ni transaction, mais reconnais- 
sance explicita d'un droit concédé aux religieuses de Foicy, en 
1187, par le comte de Champagne Henri U^. Le bois étant 
passé des mains du comte dans celles de Vilain d'Âulnay , puis 
dee mains de ce dernier dans celles des Templiers, il était tout 
naturel que les religieuses demandassent au nouveau proprié- 
taire de reconnaître leur droit. 

Cette reconnaissance prouve qu en 1209 les Templiers pos- 
sédaient la terre de Sancey, ce qui, d'ailleurs, n'a plus besoin 
d'être démontré, mais elle ne prouve nullement qu'ils étaient 
alors établis dans le village, comme TafQrme M. Boutiot. 

Sur ce point, le doute au moins reste permis, et cela pour 
trois raisons : d'abord, dans la donation de Vilain d'Aulnay, 
nous ne voyons pas figurer de maison d'habitation, mais sim* 
plement un moulin; ensuite, le droit d'usage dont nous venons 
de parler est reconnu non par les Templiers de Sancey, mais 
par A. de Coulours, quahûé maître du Temple de France; 
enfin, les donations qui, les années suivantes, vinrent 
augmenter le domaine de Sancey, furent faites non à la maison 
du Temple de ce village, mais aux Templiers sans spécification. 

Nous rappellerons ces donations et les autres actes concer- 
nant le domaine de Sancey, en suivant simplement l'ordre 
chronologique. 

La première donation qui s'offre à nous est datée de 1217. 
Elle a pour objet un charpentier de Courgerennes ^, nommé 
Droyn, fils de Pierre Gprois et d'Émeline, et homme de corps 
d'Alix, femme du chevalier Guillaume de Courgerennes. 

1 . Yonne, arr. de Joigny, cant. de Cerisiers. 

2. Arch. de TÂbe, Fonds de Foicy, 21 H 3. 

3. Il résulte de celle concession, relatée par M. Bouliol lui-mdine (op. cii,, 
l, 271), que le comle Henri possédait encore la lerre de Sancey en 1187, el 
qae la donation qu'il en fit i Vilain d'Aulnay est postérieure à celle dale el 
doil dire placée entre 1187 el 1197. 

4. Hameau de Bnchères (Aube), arr. 4^ Troyes, cant. de Bouilly. 



10 LRS TRMPLIRRS A SANCRT 

Pour le salul de son âme et de celles de ses ancêtres, 
Guillaume, du consentement et avec l'approbation forn^elle de 
sa femme, donna ledit Droyu et ses descendants à Dieu et aux 
Frères de la chevalerie du Temple. 

Faite d'abord par devant Champagne, chanoine de Troy es. et 
Etienne, curé de Sancey, qui eu dressèrent Tacte, la donaliou 
fut ensuite, à la demande de Guillaume, scellée et notifiée par 
maître Guyard, archidiacre et officiai de Troyes *. 

Au mois d'août 1229, le bailli de Troyes, Guillaume Pute- 
monnoie, et Elisabeth, sa femme, donnèrent en aumône, aux 
frères de la milice du Temple, la moitié du pré qu'ils possé- 
daient près du moulin Saint-Loup, vers la Bretonnière*, et 
appelé le pré du Soillar, Quant à l'autre moitié, ils la vendi- 
rent aux mômes religieux. Devant l'official de Troyes, ils s'en- 
gagèrent à ne jamais revenir ni sur la donation, ni sur la vente, 
et garantirent aux Templiers la possession du pré contre toute 
revendication ' . 

En 1233, au mois de décembre, le vendredi avant la fête de 
S^-Nicolas, sous le sceau de Pierre de Clesles, officiai de 
Troyes. le chevalier Guillaume de Rouillerot^ céda également, 
à titre purement gratuit, c'est-à-dire comme aumône, aux 
Religieux du Temple, tous les droits qu'il avait, ou pouvait 
avoir, sur dix arpents de terre sis au finage de Sancey. lieudit 
la Vasonniêre, et tenus à cens par Hugues de la Renouil- 
lère*. écuyer. 

Devenu ainsi feudataire des Templiers pour ces dix arpents, 
Hugues de la Renouillère voulut également l'ôtre pour deux 
jardins, sis près des vignes de Sancey et qu'il possédait en 
franc-alleu. Ces jardins, avec les dix arpents de terre, consti- 
tuèrent donc un fief, mouvant désormais de la seigneurie du 
Temple de Sancey ". 

Soit par suite de donations, soit autrement, les Templiers 

1. Arch. de l'Aube, Carlul. du Temple, 31 H 14 &t5, fol. 93, nouvelle 
paginatioD. 

2. Ferme, commune de Verrières (Aube), arr. de Troyes, cent, de Lusi- 
gny. La Bretonnière était une grange appartenant à Tabbaye de Saint-Loup 
de Troyes. 

3. Arch. de l'Aube. 31 H U bis, fol. 94^ nouv. pag. 

4. Hameau de Houilly-Saint-Loup (Aube), arr. de Troyes, cant. de 
Lusigny. 

5. Hameau de Saint-Jolien (Aube), arr. et cent, de Troyes. 

6. Arch. de TAube, même cote, fol. 95. 



LES TEMPLIERS A SANCEY 11 

avaient des biens à Villeparl ^ dans la justice, la censîve et les 
terrages de l'abbaye de Saint-Loup deTrojes. Au mois de juin 
1244, dans le but. très louable, d*erapècher a l'avenir tout diffé- 
rend entre les deux communautés, fabbéde Saint- Loup, G..., 
reconnut et con6rma toutes les possessions des Templiers et 
leur en assura à perpétuité la paisible jouissance, réserve faite 
cependant des droits de justice, des cens et des coutumes 
qu'on payait annuellement àTabbayedansToctave de Pâques. 

Il fut, de plus, stipulé qu'à Tavenir les frères de la milice 
du Temple ne pourraient faire aucune nouvelle acquisition 
dans la justice de Tabbaye, sans avoir préalablement demandé 
et obtenu le consentement de l'abbé *. 

En 1255, le lendemain de la Pentecôte, Thibaut d'Assenay ^ 
drapier, et Julienne sa femme, qualifiés bourgeois de Troyes» 
cives trecenses, reconnurent, toujours sous le sceau de l'offi- 
cial de Troyes, tenir à cens du précepteur et des frères de la 
milice du Temple, sans désignation de commanderie, 2 pour- 
pris, HT arpents de terre en 20 pièces et 19 arpents de pré en 
7 pièces. 

Le cens annuel, payable à la Saint- Rémi, était de 12 
deniers pour chaque pourpris, et d'un denier seulement pour 
chaque arpent de terre ou de pré. Les deux pourpris étaient à 
Menois ^ ; les terres et les prés, partie sur Menois et partie sur 
Sancey ^. 

Un acte du mois de mai 12.^^7 relate un échange conclu 

1 . Hameau de Bréviandea (ÂubeJ, arr. et caol. de Troyes. 
i. Arch. de TAnbe, ibid, 

3. Aube, arr. de Trojes, cant. de Bouilly. 

4. Hameau de Rouillj-Saint-Loup (Aube), arr. de Troyes, cant. de 
Lusigny. 

5. Voici le détail de ces biens : Terres : 15 arp. lieudit la Hâte ; 4 arp. 
in oschia de fumo; 5 arp, derrière la maison de Jaquin Jovenet; 2 arp. en 
Quarette ; 1 arp. devant la bergerie du Temple ; 8 arp. aux Vignettes ; 
2 arp. près du Pré-Dieu ; 7 arp. au Nodain ; 5 arp. sur la Corvée ; 1 arp. 
près de la Corvée, ayant appartenu à défunt Gui Adlo (?) ; 2 arp. près de 
la Haye Boiart ; 1 arp. devant Lardeli ; 2 arp. derrière la maison de Renaud 
Guagni ; 1 arp. près du Clos Jacquin ; 3 arp. aux Fosses ; 1 arp. au Ter- 
rau ; 2 arp. derrière la maison de Lallemand ; 2 arp. au pré du Faucon ; 
1 arp. près du Breu ; 2 arp. en Langle. — Prés : 4 arp. au-delà du Ter- 
rau ; 4 arp. 1/2 en Langles ; 3 arp. aux Maseis ; 1/2 arp. près de Renaud 
Guagoi ; 5 arp. au pré à Brebain ; 1 arp. au Fette Wuyrain ; 1 arp. en la 
Noë (Arch. de l'Aube, 31 H 14 bis, fol. 96 v« et 97 r»). 



12 LBS TEMPLIERS ▲ SANCET 

entre les Templiers el les Religieux du prieuré de Noire- 
Dame-en-l'Isle de Troyes «. 

Ces derniers^ doos ne saurions dire en vertu de quel droit, 
prélevaient annuellement sur la dime de Sancey, et dans la 
grange même du Temple, quatre setiers une mine de froment 
et une mine de méteil. 

Ils abandonnèrent cette rente en échange d'une pièce de 
terre labourable, que les Templiers possédaient à Rouillerol» 
lieudit la Haye lie Daude, tenant d'une part au domaine du 
prieuré de N.-D.-en-l'Isle, et, d'autre part, à la terre ayant 
appartenu autrefois à Luquet le Fau trier. 

L'échange était fait à titre irrévocable ; il fut cependant sti- 
pulé que si, dans la suite, les Religieux de N.-D.-en-l'Isltt ne 
pouvaient garantir aux frères de la milice du Temple la quan- 
tité sus dite de froment et de méteil, le contrat tomberait nul 
et les parties rentreraient en jouissance de leurs droits momen- 
tanément aliénés. 

Scellé du sceau conventuel, cet acte fut notiûé par le prieur 
de N.-D.-en-lIsle, dont le nom n'est pas indiqué *. 

L'année 1264 amena une nouvelle transaction entre les 
mêmes parties. 

Les Religieux du Prieuré de Notre-Dame-en-risle perce- 
vaient annuellement un cens de 8 deniers, portant lods et ven- 
tes, le cas échéant, sur une pièce de terre sise devant 
Panay *, et appartenant à Jean, dit Ernaudin. 

Ils cédèrent ce cens aux Templiers, en échange d'un autre, 
de quatre deniers, que ceux-ci percevaient sur un champ du 
prieuré, sis eu haut de Rouillerot, près du chemin conduisant 
à Marivas K L'échange fut notifié par TofQcial sous le sceau de 
la Cour de Troyes, au mois do juin 1264\ 

Le comte de Champagne, Thibaut V, agissant en son nom 
personnel et au nom d'un certain nombre de ses sujets de 
Troyes, gens d'église, de communautés et autres, voulait obli- 
ger leè Templiers, en leur qualité de propriétaires du moulin 
de Sancey, à réparer la rupture des rives de la Seine, dans la 

1 . Prieuré dépendant de Tordre du VaUdes-Ëcoliers, sur remplacement 
actuel du Grand-Séminaire. 

2. Ârcb. de l'Aube, loc, cit., fol. 98 r«. 

3. Ferme, commune de Sain t-Parre- aux -Tertres, arr. et cent, de Troyes. 
i. Ferme, commune de Bréviandes (Aube), arr. et cant. de Troyes. 

5. Areh. de TAube, loc. cU., loi. 97 v«. 



LBS TEMPLIERS A SANOBY 13 

parlie de son cours comprise entre ledit moulin et Técluse 
Troiessive (vannes tranchines), sise en aval du moulin. 

Il voulait même obliger les Religieux à payer les dommages 
causés à différents particuliers, par suite de cette rupture, due, 
selon lui, à un défaut d'entretien qui leur était imputable. 

Les Templiers résistèrent à cette double prétention ; de là 
un procès, qui se termina en juin 1267 par le compromis sui- 
vant : 

Thibaut abandonna ses réclamations, pour l'avenir comme 
pour le passé, à la condition qu'il serait libre de donner • à 
l'agout et aux eaues qui descendent et descendront des esclu- 
ses et des rives de Seine, par dessuz les devant diz molins • , la 
direction que bon lui semblerait^ après avoir pris l'avis de son 
conseil. 11 paierait aux Templiers et à leurs hommes le terrain 
qu'on leur avait déjà pris, et qu'on pourrait leur prendre 
encore, pour cette dérivation, en se conformant à l'estimation 
de deux prud'hommes, élus d'un commun accord par les deux 
parties. 

D'autre part, il fut stipulé que les Templiers seraient tenus 
de réparer les ruptures se produisant dans les biefs au-dessus 
de leurs moulins, • aux us et aux coustumes de la rivière •, 
et de laisser courir i les biez et les ventaux > de ces moulins, 
sans être jamais rendus responsables des dégâts qui pour- 
raient être occasionnés par leur cours. 

Thibaut s'engagea, en son nom et au nom des comtes de 
Champagne, ses successeurs, à garantir la paix conclue sur ces 
bases. La garantie cesserait cependant, et le comte de 
Champagne ne serait pas tenu d'intervenir, si l'évèque de 
Troyes, le chapitre de Saint-Pierre, celui de Saint-Êtienne, 
ou d*autres intéressés, soit religieux, soit clercs, reprenant un 
jour l'action contre les Templiers, portaient l'affaire en cour de 
chrétienté ', c est-à-dire devant les tribunaux ecclésiastiques. 

Les Templiers avaient pour maleur ou maire, à Sancey, un 
habitant de ce village nommé Droin Godet, qui mourut en 
1269 au plus tard. 

La veuve de Godet, Émeline, en reconnaissance des bien^ 
faits qu'elle avait reçus des frères de la milice du Temple, et 
aussi en prévision des services qu'ils pourraient encore lui 
rendre à Tavenir, leur donna, librement et d'une manière irré- 
vocable, d'importants immeubles ainsi spécifiés et détaillés 
dans l'acte, passé sous le sceau de l'official de Troyes : 

1. Ârcb. de l'Aube, loc, ciL^ fol. 126 v. 



14 Lies TBMPLIBRS A SANCBY 

1* Un verger, sis au-delà de la Seine, lenaDt au verger de 
Guillon de Sancey, d'une part, et à celui de Bonin de Sancey, 
d'autre part. 

2° Deux pièces de terre arable, sises à la Cour de Sancey 
(ad curiem de Sancepo), tenant à la terre de Pierre Lécuisié, 
d'une part, et à uoe ruelle 4 autre part. 

3* Une pièce de terre arable, sise derrière la maison de la 
donatrice, tenant, d'une part, au champ du Temple et d'autre 
part au champ de Jobelet. 

4^ Sa grande vigne, tenant au champ du Temple, d'une 
part, et à la vigne de Thibaut Beract d'autre part. 

5^ Sa maison d'habitation, sise à Sancey, tenant d'une part 
à la maison de Jobelet de Sancey, fils de défunt Girard Go6t, 
et, d'autre part, à la masure de Manassès Clérin. 

6^ Un quartier de vigne, tenant, d'une part, à la vigne de 
Jobelet de Sancey et à celle de Tabbesse de Torvoye, Torta 
Via\ d'autre part. 

Tous ces immeubles se trouvaient dans la justice des Tem- 
pliers et mouvaient d'eux, tant en fief qu'en censive. 

Émeline, voulant mettre le comble à sa libéralité, donna 
également au Temple tous ses biens meubles, présents et à 
venir. Elle promit avec serment de ne jamais revenir sur sa 
donation, soit directement soit par d'autres, consentit à être 
excommuniée par Tofficial, si jamais elle était infidèle à son 
engagement, et se soumit, à cet effet, à la juridiction de la 
Cour de Troyes. 

Cette donation, qualifiée donation entre vifs, porte la date 
du lundi après la Saint-Martin d'hiver de Tannée Î269 *. 

Les Templiers, s'ils n'élaient pas encore établis à Sancey, 
vinrent sans doute peu après habiter la maison d'Ëmeline, 
car, dans un acte de 128t, il est fait mention expresse, pour la 
première fois, de la maison du Temple de Sancey. 

Cet acte a pour objet la location d'un pré, faite à Colin, dit le 
Cornillaz, des Trévois, et à Marguerite sa femme. Le bail est 
conclu pour 19 ans, à raison de 40 sols, payables chaque année 
à la fête de S'- André apôtre. 

Bien que le pré fût sur le finage de Sancey, lieudit le Cul 

1 • TorU Via, Torveia, Torvit, Tourvoje ou Tonroie, près de Sourdun 
(Seine-et-Marne, arr. de Provins, cant. de Villcrs-Saiot-Georges], a pria, 
à la 6n du ivi* siècle, le nom de Moctbron. 

2. Arch. de TAube, loc. cil,, fol. 99 r>. 



tKS TSMPLIBRS A SANCBT 15 

du Sac 1, les frères de la maisoD de Sancey ne sont pas seuls 
bailleurs ; le précepteur et les frères de la maison de Troyes 
interviennent conjointement avec eux dans le contrat, ce qui 
prouve qu*un lien de dépendance rattachait Sancey à Troyes, 
ou, en d* autres termes, que la maison de Sancey n'était pas 
une commanderie proprement dite, comme M. Boutiot le pré- 
tend, mais simplement un membre de la commanderiede Troyes. 

Comme la plupart des précédents, Tacte fut passé sous le 
sceau de l'ofûcial de Troyes. Colin le Cornillaz et sa femme 
engagèrent tous leurs biens, meubles et immeubles, comme 
garantie du loyer, et se soumirent, pour Texécution des clau- 
ses du contrat, à la juridiction de h Cour de Troyes, quelque 
puisse être, dans la suite, le lieu de leur résidence ^. 

C'est la dernière fois que nous voyons intervenir Tofficial en 
ces matières ; les contrats vont se laïciser ; ils se passeront 
désormais sous le sceau de la prévôté de Troyes, et par le 
ministère de notaires, ou de jurés royaux. C'est ainsi que, le 
jeudi avant la Nativité de S^ Jean-Baptiste de Tannée 1296, 
Henno de Bar, garde du scel de la prévôté de Troyes, notifie 
que par devant Jacques de Coucloye\ clerc, et Henri Dame- 
ron, bourgeois de Troyes, jurés royaux dans celte ville, ont com- 
paru en personne Thiébaut le Bègue, bourgeois de Troyes, et 
Helvys sa femme, lesquels ont reconnu avoir vendu au com- 
mandeur et aux Frères de la chevalerie du Temple, en France, 
une maison avec sa grange, son pourpris et toutes ses appar- 
tenances. 

Cette maison, sise à Sancey, dans la censive et la justice des 
Templiers, tenait d*une part à la maison et au pourpris de 
défunt Robert le Ta vernier, et, d'autre part, à la maison ayant 
appartenu à Guyot de Sancey. 

Le prix de vente fut de 97 livres tournois petits, payées 
comptant. 

Les vendeurs garantirent aux acheteurs, envers et contre 
tous, la paisible possession de l'immeuble et de ses dépendan- 
ces. Us se soumirent sur ce point, eux et leurs biens, à la juri- 
diction royale, exercée par le bailli ou le prévôt de Troyes et 
leurs successeurs, i en manière que ceulx qui lors seroient 
bailly ou prévost de Troyes, les puissent et dolent contraiu- 

1 . Il tenait d'une part au pré de défunt Guillaume de Vennis et d'autre 
part a un pré des preneurs. 

2. Arch. de l'Aube, loc. cit., fol. 100 v«. 

3. Coclois (Aube), arr. d'Arcis^sur-Aube, canl. de Hamerupt. 



16 LES TBMPLIBUftS A SANCBY 

dre, par la prise et la vendue de leurs biens, à leuir et garder 
les choses dessus dictes • . 

Assistèrent au contrat, comme témoins requis, Gautier le 
Picard, chandelier, et Thibaut de Chaumont, couturier K 

L'année 1303 amena une nouvelle transaction entre Hugues 
de Péraude, visiteur général de TOrdre du Temple, et les Reli- 
gieux de Notre-Dame-en-risle. Par cette transaction, les Reli- 
gieux abandonnèrent aux Templiers le droit qu41s avaient sur 
la dime de Laines-aux-Bois >, et ceux-ci s'engagèrent, par 
compensation, à leur livrer chaque année, à Noël, deux 
setiers de grain, par moitié seigle et orge, pris sur les produits 
de la terre de Sancey ^. 

De 1303 à 13U7, nous n'avons à relater aucun acte concer- 
nant le domaine du Temple à Sancey. Les Templiers qui Fex- 
ploitaient allaient en être violemment expulsés. Ils furent 
arrêtés, comme tous leurs frères de France, le matin du 1 3 
octobre 1307, sous le poids d'accusations que nous relaterons 
plus loin» et que bon nombre d'esprits sérieux et impartiaux 
jugent calomnieuses. 

Nous ne savons rien des circonstances de leur arrestation, 
mais les pièces du procès de Tordre renferment sur la maison 
de Sancey, ou plutôt sur les Frères qui Tout habitée, quel- 
ques détails que nous avons soigneusement relevés, et qui 
feront Tobjet du chapitre suivant. 

Terminons celui-ci en constatant que de 1205 à 1307, c'est- 
à-dire dans l'espace d'un siècle, le domaine de Sancey s'accrut, 
soit par donation, soit par acquisition, 1<> d'un homme de 
corps, Droyn, de Courgerennes ; 2^ du pré du Soillar ; 3^ de 
dix arpents de terre à la Yasonnière et de deux jardins ; 4" d'un 
verger, de 3 pièces de terre et de deux vignes dont la conte- 
nance n'est pas indiquée ; h^ enfin de deux maisons. 

Nous n'avons pas trouvé la moindre trace des servitudes 
féodales, telles que taille, mainmorte, corvée, droits de pour* 
suite et de formariage. 

Nous pouvons en conclure qu'antérieurement à la donation 
d'Henri le Jeune, les habitants de Sancey avaient été complè- 
tement affranchis, ou que le comte de Champagne ne s'était 
pas dessaisi de ses droits seigneuriaux en faveur de Vilain 
d'Âulnay, ou bien encore que ce dernier, s'il en avait été 

1. Arcb. de TAube, loc, cU., fol. 103 et lOi* 

2. Aube, arr. et cant. de Troyes. 

3. Arcb. de l'Aube, G 17, Registre. 



LBS TKMPUICRS A SANCBt l7 

réellement investi, n*avait pas cru devoir les céder aux Tem- 
pliers. 

Le texte de la charte de 1205 rend ces deux dernières con- 
clusions plus logiques que la première. S*il mentionne, en 
effet, comme objet de la donation aux Templiers, tout ce que 
Vilain possède à Sancej eu moulins, bois, terres, prés et 
cours d eau, il est muet non seulement sur les hommes de 
corps, mais encore sur les droits de justice inhérents à toute 
seigneurie. 

Ce silence nous autorise à penser que, primitivement, par 
suite de la donation de Vilain d'AuInay, les Templiers ne 
furent pas, dans toute l'acception du terme, seigneurs de San- 
cey, et que la justice qu'ils y posoédèrent fut une justice 
purement foncière. 

Ajoutons que la maison seigneuriale des Templiers était 
située sur la rive gauche de la Seine, près de leurs moulins, 
dans l'emplacement des villas actuellement possédées par 
Mme veuve Honnet-Ravinet et M. Jules Herbin, au midi de 
l'église paroissiale. 

Il est très probable que le terrain occupé par Téglise et par 
le presbytère faisait également partie de leur domaine, et qu'il 
fut cédé à la communauté de Sancey, soit par les Templiers, 
soit par leurs successeurs. 



CHAPITRE II 
La Maison dt Sanoey diins lo Procès des Templiors. 



Nous n'avons pas la prétention de réviser ici le procès des 
Templiers, mais ayant relevé, dans les pièces de ce procès, les 
noms de quatre Frères originaires de Sancey, et de plusieurs 
autres ayant fait profession, ou ayant résidé dans la maison du 
Temple de Cd village, il nous a paru bon de consacrer à chacun 
une notice spéciale et de reproduire inlégralement leurs déposi- 
tions, en les soumettant à un examen critique, qui, à défaut 
d'autre mérite, aura celui de la plus stricte imparlialilét 

Nous présenterons donc successivement à nos }ecteurs les 
frères Nicolas de Carres, Jean de Ponl-rEvèque, Jacques de 
Troyes, Foulques de Troyes, Jean de Sanci^y, Nicolas de 
Sancey, Jacques dq Sancey, Étiepne de Sancey, Cbréli^n de 
Bjssey et Raoul de Gl»y, 

On nous a objecté qu'un travail de ce genre, équivalant à 
une révision partielle du procès des Templiers, n'avait pas 89 
raison d'être ; que toutes les pièces du fameux procès ayant 
élé publiées par Michelet, nous ne pourrions aboutir qu'à une 
répétition, et qu*enfin, par respect pour nos lecteurs, il con- 
venait de laisser dans Tombre certaines accusations plus ou 
moins obscènes. 

Nous n'avons pas tenu compie [de ces critiques et nous 
allons dire pourquoi : 

D'abord il est inexact que toutes les pièces du procès aient 
été publiées par Micbelet. 

La première enquête, faite en octobre 1307 dans la baillie 
de Troyes, par le délégué du grand inquisiteur, a échappé 
aux recherches du grand hislorien, et il y a dans cette enquête 
plus d'un détail qui ne manque pas d'intérêt pour notre his- 
toire locale. 

D'autre part, les pièces du Procès sont en latin ; y renvoyer 
purement et simplement ceux de nos compatriotes qui désirent 
savoir quelle fut alors Tattitude des Templiers de Sancey, 
conslituerait, à noire avis, ce qu'on appelle une mauvaise 
plaisanterie. 



LB8 TBMPLI6R8 A SANCRT 19 

Parmi ceux-là même qui sont familiarisés av0c la langue 
laliae — et ils deviennent de plus en plus rares — combien y 
en a-t-il qui auraient le loisir et le courage de parcourir les 
deux in quarto de Michelet, de chercher toutes les mentions 
des Templiers ci-dessus nommés, de grouper leurs dépositions 
multiples et éparses, et surtout de noter les nombreuses 
divergences qui s'y rencontrent? 

Si quelques érudits Troyens n'ont pas reculé devant cette 
lâche, il est fort regrettable qu'ils aient gardé peureux le fruit 
de leur labeur, et, sur ce point, nous pe croyons pas devoir 
les imiter. 

En effel, nous l'avons plus d'une fois constaté, à côté de 
ce petit groupe, de celle élite intellecluelle, pour qui Thisloire 
locale elle-même ne garde plus de secrets, il y a bon non^bre 
d'esprits cultivés, qui ne connaissent que trè^ iroparfaitça^eul 
la question des Templiers. Une élude générale les effraierait à 
juste titre ; une étude parlielie ei locale les intéressera et les 
initiera suffisamment aux différentes phases du drame. 

C*est cette considération qui nous a déterminé à entrepren- 
dre ce travail, que nous publions, npp comme une oeuvre 
d'érudition, mais comme une œuvre de vulgarisation. 

Reste la dernière objection, qui peut se résumer ainsi : par 
respect pour les oreilles chastes, ne touchez pas aux oreilles 
longues, c'est-à-dire ne cherchez pas à diminuer l'ignorance, 
si, pour le faire, il vous faut entrer dans certains détails, qui 
répugnent à la décence et bravent l'honnêteté. 

Cet épouvantait ne saurait nous arrêter. Sans doute la 
pudeur -^ qu'il ne faut pas confondre avec la pruderie ^--* a ses 
droits, et nous ne sommes pas de ceux qui songent à les lui 
contester, mais Thisloire a également les siens. Ces droits 
réciproques ne sont pas inconciliables, comme certains le pré-- 
tendent, et nos lecteurs nous rendront cette justice que nous 
avons su tenir compte et des uns et des autres. 



Nicolas de Gerres^ 

Quelques explications préalables ne seront pas inutiles, et 

1. Hameau de Mootceauz, Aube, arr. de Troyei, canl. de Bouillj. l\ y 
eut dauB l'Ordre du Temple deux Nicolas de Cerres; l'aioé qui était, oo 
1201, préeapieur de la maison de Troyes, dut mourir avant l'arrestation des 
TempUera* U u'eut d'ailleurs, i notre couuaissance, aucuu rapport avec 
Sancej et nous n'avons pas à nous en occuper. 



20 LES nCMPLUCKS ▲ SAXCKT 

panitseepi iDème n éc eosai res, pour leodre intelUgible à Unu, 
ce que 0005 mtods k dire de Nicolas de Cènes H de ses frères 
eo rdigido. Plaçons-les en tèle de eeile DoUce. 

Les principaux grieCs formulés par Philippe-le-Bel contre 
les Templiers, dans les lettres ordonnant leur arrestation et la 
saisie de kors biens, étjûent oeux-d : trois fois ils craduient 
sur le Cruciûx et reniaient le Christ, lors de leur admission 
dans rOrdre : puûï, dépouillant les Tètemenis qu*ils portaient 
dans le siècle, et s^offrant nus à leur Tisiteur, ou à son rem- 
laçant chargé de procéder à leur réception, ils étaient par 
trois fois bai$é« par lui, une fois au baf^ de l'épine du dos, 
ensuite sur le nombril et enfin sur la bouche. 

Le roi prétendait, en outre, qulls s engageaient, par le tobu 
de leur profession, à se livrer entre eux à d'horribles et 
effrojaUes immorahtés. 

Datées de labbaye de Notre-Dame, près Pontoise, le I4sep* 
tembre 1307, ces lettres furent sans doute expédiées sur le 
champ, mais les officiers royaux reçurent Tordre de ne les ouvrir 
que le 13 octobre, avec Tinjonction de les mettre à exécution 
aussitôt qu'ils en auraient pris connaissance. Cest ainsi que 
toute indiscrétion put être évitée, et que, dans toute la France, 
les Templiers, sans pressentir le malheur qui les menaçait, 
furent incarcérés, le même jour, et presque à la même heure. 

Aux lettres royales étaient jointes des instructions très pré- 
cises, pour les commissaires chargés de l'arrestation. Cho>e à 
peine croyable, — étant données les nombreuses et ardentes 
polémiques que suscita dans le cours des siècles l'affaire des 
Templiers, — ces instructions, d'une importance capitale, 
sont demeurées, semble-t-il, lettre morte pour la plupart des 
historiens. On les chercherait en vain dans Fleury, Rorbacher, 
Henrion, etc. Cest en 1871 seulement, que M. Boutaric en a 
publié le texte <, et nous ne saurions trop Ten remercier, car 
ce document constitue, à notre avis, un des plus précieux élé- 
ments d'information et de critique, et il révèle, à lui seul, 
avec quelle astuce, avec quel parti pris, fut conduite la pre- 
mière enquête contre les Templiers >. 

1 . Clément V, Philippe le Bel et les Templiers, dans Bévue des queslitms 
kistoriques, t. X «t XI. 

S. Dq>aU qae c«t lignes sont écriief, noos sTons troQTé les insUndions 
de Philippe le B«l dans l'oavrsge qae If. Élise de Uonlsgnsc pobUs en 
1S64 sons ce litre : Biitoire des chevaliers Templiers ef de leurs prHem^ 
dus successeurs, suivie de Vhistoire des Ordres du Christ et de MçtUeseu 
P-sri^ iû-lï. 



LRS TEMPLIERS A SANCBY 21 

Voici d*ailleurs, fidèlement transcrits, les principaux articles 
de ces fameuses instructions : 

• Il [les commissaires] mettront les personnes souz la boenne 
et seure garde, singulièrement et cescun par soi, et euquerre- 
ront de eus premièrement, et puis appeleront les commissaires 
de rinquisiteur, et examineront diligemment la vérité, par 
gebine (torture), se meslier est; et si ils confessent la vérité, 
ils écrîviront leurs dépocisious, tesmoings appelés. • 

• C'est la manière de Tenquerre. 
€ L'en les ainortera* des articles de la foi et dira comment 11 
pape et li roys sont enfourmé, pajr plusieurs tesmoinz bien 
créables de Tordre, de Terreur et de la b.... que il font, espé- 
ciaument en leur entrée et en leur profession, et leur prome- 
teront pardon se il confesse vérité, en retornant à la foi de 
sainte Eglise, ou aultrement que il soient à mort condempné. » 

Traduction libre, mais exacte : le roi connaît la vérité ; ses 
agents n*ont donc pas à la chercher, mais simplement à obte- 
nir des aveux, qui, enregistrés par les inquisiteurs, seront 
autant de preuves juridiques de la culpabilité de TOrdre. 

Pour arriver à ce résultat, les commissaires, dès qu'ils 
auront emprisonné leè Templiers, procéderont. eux-mlmes,et 
seuls, à un premier interrogatoire. L.es inquisiteurs ne f'eront 
appelés et n'interviendront qu'après celte première enquête. 
Seules, les dépositions de ceux qui confesseront la vérité, 
c'est-à-dire qui avoueront les crimes imputés à Tordre, seront 
écrites; les autres seront considérées comme nulles et non 
avenues. 

On aura soin de dire aux prisonniers qu'ils n'ont rien à 
cacher ; que plusieurs de leurs frères ont parlé; que le pape et 
le roi savent tout. 

En faisant ainsi intervenir le chef de l'Eglise, on insinuera 
habilement, contre touto vérité, que Clément Vet Pbiiippe^le- 
Bel agissent de concert, et ceux qui pourraient être tentés de 
résister au roi s'inclineront devant l'autorité du pape. 

Du reste, la torture est là. Puis, pourquoi ne pas avouer, 
quand Taveu doit avoir pour conséquence non pas le châti- 
ment, mais le pardon, c'est-à-dire la vie et la liberté du cou- 
pable, tandis que la négation entraînera la condamnation à la 
peine capitale. 

1. Aioorter ou enorter : exhorter. Godefroy : Dict. de Vancienne langue 
française. 



22 LBS TEMPLIERS A 8ANCBT 

Si ces inElructions, vraimeut dignes de Philippe-le-Bel et de 
ses conseillers, furent scrupuleusement suivies dans le bail- 
liage de TrojeSt elles ne semblent pas avoir donné tous les 
résultats qu'on eu attendait. De tous les Templiers de la 
région, et ils devaient être nombreux, trois seulement, à noire 
connaissance, firent immédiatement les aveux demandés. 
Ce furent Jean de Sainte-Geneviève*, Nicolas de Cerres, et 
Raoul de Gizy. Les dépositions des deux premiers, détenus 
dans la prison d*Isle-Aumont^ furent consignées dans un 
seul acte, rédigé par Jean de Thonon, clerc, notaire aposto- 
lique et impérial, résidant à Troyes. 

D'après ce procès-verbal^ que nous traduisons littéralement, 
au moins dans ses parties essentielles, le dimanche après 
la fête de S*-Denys, c'est-à-dire le dimanche 15 octobre, sur- 
lendemain de l'arrestation des Templiers, Jean, prieur des 
dominicains de Troyes', et délégué du grand inquisiteur de 
France, Guillaume de Paris, se rendit à Isle-Aumont, accom- 
pagné dudit Jean de Thonon, et de plusieurs autres person- 
nages, dont les noms seront donnés plus loin. 

Là comparurent devant eux les frères de la milice du 
Temple, Jean de Sainte-Geneviève, du diocèse de Liège, de- 
meurant à Cerres, et Nicolas de C^irres, du diocèse de Troyes, 
demeurant à Vilhers *. 

Après leur avoir fait prêter serment de dire la vérité, Tinqui- 
siieur procéda à leur interrogatoire : 

• Lors de votre admission dans la milice du Temple, n'avez- 
▼0U6 pas, par troie fois, renié J.-C. en crachant à chaque fois 
sur la croix ? • 

— Oui, nous Tavons fait. » 

• Après les reniements et les crachats, ne vous a-t-on pas 
enlevé vos habits séculiers, et, ainsi mis à uu, le Maître, ou 
son délégué, ne vous a-t-il pas donné trois baisers, Tun au bas 
de 1 épine dorsale, le second sur le nombril et le troisième sur 
la bouche? 

• Ne voue a-t-il pas dit ensuite : Si Tun de vos frères veut 
avoir avec vous des rapports charnels, ne vous y opposez pas, 

1. Belgique. 

2. Aube, àrr. de Troyes, cant. de Bouilly. 

3. Jean d*Isle-Aumont, que M. Bouliot a pris pour un Templier, tout en 
le qualifiant prieur d9 Troyes. Cf. Bouliot, Hist, de la ville de Troyes^ 
II, 26. 

4. Commune de Verrières, Aube, arr. de Troyes, cant. de Lusigny. 



LBS TBMPLIBRS A SANCBY 23 

mais supportez cela patiemment, les statuts de l'Ordre vous 
en font un devoir?*. » 

— Oui, il nous a donn(3 les trois baisers et nous a tenu ce 
langage; cependant, depuis noire entrée dans TOrdre, aucun 
frère ne nous a fait ces propositions honteuses et nous n'avons 
pas eu à subir une telle ignominie. § 

— « Les cordelettes qu'on vous a remises, et dont vous 
vous ceigniez, avaient-elles été préalablement mises en contact 
avec ridole? • 

— Nous ne savons pas ; nous croyons plutôt que ces petites 
cordes nous ont été données le jour de notre réception, comme 
des signes de pénitence. > 

— I Tous les membres de l'Ordre étaient-ils reçus de la 
manière susdite? • 

— Nous rignorons, n ayant assisté à aucune réception. » 
Les autres déclarations des deux prisonniers peuvent se 

résumer ainsi : tous deux ont été reçus dans TOrdre du Temple 
par Raoul de Gizy, receveur des finances royales dans la pro- 
vince de Champagne. La réception de Jean de Sainte-Gene- 
viève remonte à six ans ; elle eut lieu à Chevru ^, au diocèse de 
Meaux, Raoul de Gizy étant alors précepteur de Brie. Quant à 
Nicolas de Cerres, il dit avoir fait profession à Sancey, près 
Troyes, dans la chambre même de Raoul de Gizy, il y a quatre 
mois seulement, en présence des frères Raoul de Sans' le 
jeune, Chrétien, précepteur de Villiers, Jacques de Sancey, 
Etienne, demeurant à Sancey, Baudouin et Pierre, demeurant 
à Troyes. Ces témoins, ajoute-t-il, ont vu ou entendu le renie- 
ment, les crachats et l'injonction de céder aux désirs infâmes 
des frères, mais ils n'ont pas vu les baisers. 

Après avoir enregistré ces aveux, le notaire a soin de noter 
que Jean de Sainte-Geneviève et Nicolas de Cerres pleuraient 
en les faisant, qu'ils clamaient à genoux leur repentir et qu'ils 
demandaient pardon pour des fautes que, d'ailleurs, ils 
n'avaient pas commises librement, mais sous l'empire de la 
craiute. 

1. Celte accusation paraîtra d'autant moins vraisemblable que la règle 
du Temple avait classé la sodomie parmi les fautes capitales eotrainant c la 
perte de la maison », c'est-à-dire l'exclusion de l'Ordre (U de Curzon : la 
Règle du Temple, 41S, 572, 573.) 

2. Àpud Chevreyum, Cbevru, Seine-et-Marne, arr. de Coulommien, 
c«nt. de La Ferté-Gaucber. 

3. Il faut probablement lire : Raoul de Saux ou Saulx. 



24 LES TEMPLIERS A SANCBT 

Âesistèrent à Tinlerrogatoire comme témoins requis : 
fière Jean du Clos S dominicala de la maison de Troyes, frère 
Jean de Voves', Jean Anseleti de Dronnay^ écuyer, Jean dit 
VEvôque, Pierre de Columeio^, clerc, Huet, écuyer de Guy de 
Villamoroier^, chevalier, Jacques dit Gaillarde, prévôl dlsle 
ÂumonI, Nicolas dil Gueroz, Pierre, dit Biaucoullons et Jean, 
dit Sortes. 

Le mercredi suivant, Jean de Sainte*Geneviève et Nicolas de 
Cerres étaient à Troyes, el là, dans une chambre de la maison 
de Boulancourl", le chevalier Gui de Villamoroier, assisté des 
notaires Jean Patriarche' el Jean de Thonon, les interrogea 
à son tour, comme officier du roi. 

La question des cordelettes et celle relative à Tuniversalilé 
du fameux cérémonial furent abandonnées; T interrogatoire 
porta exclusivement sur le reniement, .les crachats, le5 baisers 
et l'ordre de se livrer à la sodomie. 

Les deux pri.<^onniers renouvelèrent leurs aveux, en présence 
de Pierre le Jumeau le jeune, bailli de Troyes, de Pierre de 
Foicy «, de Pierre de Columeyo et de Jean de Villebon (de VU- 
labonâ)^ clercs. 

Ils déclarèrent en outre que, le dimanche précédent, àlsle 
Aumont, ils avaient répondu librement, et sans contrainte 
aucune, au délégué du grand inquisiteur^. 

1. Probablem. Le Clos, ancien lieudil entre Troyes et le faubourg Saint- 
Jacques. 

2. Hameau de Saint-Thibaut, Aube, arr. de Troyes, cant. de Bouilly. 

3. La Motte de Dronay, près de Souleauz, territoire de Saiot-Pouange, 
Aube, arr. de Troyes, cant. de Bouilly. 

4. Peut-être Coulemel, ferme maintenant détruite, entre Breviandes et 
Saint-Léger. 

5. Peul-ôire Villemereuil, Aube, orr. de Troyes, cant. de Bouilly. 

6. La maison ou bdtel de l*abbaye de Boulancourt, dite Petit BouUn - 
court, à Troyes, rue Hennequin, n» 26. 

7. Le clerc-notaire, Jean Patriarche, eut également à instrumeuter dans le 
procès de l'évdque Guichard. 

8. Commune de Saint- Parre-les- Tertres, Aube, arr. et cant. de Troyes. 

9. Arcb. nat., J. 413, A, n* 16. Raynouard, dans son ouvrage intitulé : 
Monumtntt historiques relatifs à la condamnation des chevaliers du 
Temple et à Vabolition de leur Ordre (pp. 235 et 236), a, le premier, 
croyons-nous, donné un compte rendu de Tenquéte faite dans la baillie de 
Troyes en octobre 1307. Très exact quant au fond, ce compte rendu laisse 
beaucoup à désirer quant aux détails : on n'y trouve qu'un seul nom propre, 
celui de Nicolas de Cerres ; le lieu de Tenquête n'est pas même indiqué. 

Un auteur allemand, Hans Prutz, dans Enlwicklung unâ Untergang des 



LES TEMPLIERS A SANCEY 2o 

Tel est le procès-verbal de la double enquête qui suivit 
iromédiatemeot Tarrestalioû des Templiers. 

Il nous parait bien sommaire, pour Tépoque à^^laquelle il fut 
rédigé; nous le voudrions moins incomplet et plus métho- 
dique sur certains points. Pourquoi, par exemple, les témoins 
de la réception de Nicolas de Cerres sont-ils soigneusement 
désignés, tandis qu il n*est pas fait mention de ceux qui assis- 
tèrent à la profession de Jean de Sainte^Geneviève? 

Mais laissons là les points d interrogation ; ils ne sauraient 
modifier le procès-verbal ; acceptons-le donc tel qu'il est, et 
continuons à exposer les faits. 

Transféré de Troyes à Paris, Nicolas de Cerres est un des 
cent quarante Templiers, qui, du 19 octobre au 24 novembre 
1307, comparu i*ent devant le Tribunal de Tlnquisilion, siégeant 
dans la maison du Temple, sous la présidence de Guillaume 
de Paris. 



Tempelhtrrenordens (Berlio, Grote, 1888), p. 135, est moins incomplet ; 
il a trtduit littéralement les passages principaux du premier iaterrogatoire, 
mais il a également laissé dans l'omhre bien des détails de nature à nous 
intéresser, nous autres Trôyens, et qu<) nous avons relevés avec soin sur 
l'original. Il B*est montré, du reste, quelque peu inexact, en disant que, sur 
l'aulorisalion de se livrer à la débauche entre frères, les prisonniers, dans 
leur réponse, avaient été moins catégoriques que sur le reniement, les cra- 
cliats et les baisers; qu'ils n'avaient pas affirmé formellement, mais qu'ils 
croyaient seulement que cette autorisation leur avait été donnée. Il n'y a 
pas dans le procès-verbal la moindre trace de cette prétendue hésitation. 
La réponse est aussi nette que les précédentes. 

De p!us, il ne s'agit pas d'une autorisation ^ mais d'une injonction basée 
sur les statuts de l'Ordre. 

Des deux enqudtes, M. Boutiot n'en signale qu'une, celle de Troyes, 
c'est-à-dire la secondi», et il le fait en ces termes : c Aux piemiers jours de 
la persécution, arrivée dans le cours de l'année 1307..., Guillaume de 
Parir, confesseur du roi, son confident le plus intime et inquisiteur de la 
foi, parcourant la France pour Tinstruction du procès, arriva i Troyes vers 
la Saint-Denis (9 octobre) et y interrogea, en présence de deux personnes 
nobles de la contrée, dont les noms n'ont pas été conservés, trois membres 
de la milice résidant dans la baillie de 'Troyes. Deux de ces Templiers 
reconnurent que lors de leur réception... ils avaient donné à celui qui les 
recevait trois baisers. > (Boutiot, op. cU,^ II, 26.) 

Il y a dans ces quelques lignes plusieurs grosses erreurs à relever : 1* Le 
Grand Inquisiteur, Guillaume de Paris, n'intervint pas personnellement'; 
l'enquête d'Isle-Aumont fut faite par son délégué, Jean, prieur des Domi- 
cains, et celle de Troyes par Guy de Vitlamoroier, 2« Cette dernière 
enquête eut lieu en présence non seulement de deux personnes nobles, mais 
de quatre témoins dont les noms consignés au procès-verbal ont été parfai- 
tement conservés. 3» Les inculpés avouèrent non pas avoir donné les trois 
baisers, mais les avoir reçus. 



26 LES TBMPLIBRS A SANCBY 

Interrogé par le dominicaiD Nicolas â*Anaecy (de Anes- 
ciaco), délégué du* grand inquisiteur, en présence de trois 
autres Frères Prêcheurs * appelés domme témoins, il prêta ser- 
ment, la main sur le livre des Evangiles, et fities déclarations 
suivantes : 

I Je suis âgé de 26 ans ; lors de mon arrestation Je résidais 
dans la maison du Temple de Villiers, au diocèse de Troyes, 
où j'étais employé aux travaux des champs. 

« J'ai été reçu dans l'Ordre par frère Raoul de Gizy, le 
lendemain de la fête de l'Assomption de Tannée courante. 
Assistèrent à ma réception, qui eut lieu dans la maison du 
Temple de Sancey, les frères Chrétien, portier de ladite mai- 
son, Baudouin, frère de Raoul de Gizy et Jacques de Sancey. 

« Lorsque j'eus prêté serment d'observer les statuts et de 
garder les secrets de T Ordre, on me revêtit du manteau de 
Templier, puis Raoul de Gizy, me montrant une croix peinte 
sur un livre, dit que je devais, conformément aux statuts de 
rOrdre, renier trois fois Celui dont je voyais l'image et cracher 
trois fois sur la croix. Je le fis de bouche, mais non de cœur. 

< Après cela, les frères présents m'ôtèrent mes vêlements et 
Raoul de Gizy me baisa au bas de l'épine dorsale, sur le nom- 
bril et sur la bouche. » 

Sommé de dire si, dans sa déposition, il n'avait pas altéré 
la vérité, soit par force, soit par crainte de la torture, soit pour 
toute autre cause, Nicolas de Cerres jura que non et déclara 
qu'il avait parlé conformément à la vérité, pour le salut de son 
Ame. 

Le commissaire délégué par le grand inquisiteur pour cet 
îuteriogatoire s'élait adjoint deux notaires, Geoffroy Euguelor 
dit Chalop, du diocèse de Dô!e et Even Phily de Saint-Nicaiée * 
(de SanctO'Nicasio), du diocèse de Quimper. Ils enregistrèrent 
îes déclarations de Nicolas de Cerres et apposèrent leur sceau à 
lacle qui les relatait ^, 

L'arrestation des Templiers s'était faile à l'insu du pape, 
qui n'en fut informé que par la rumeur publique. 

Loin d'y avoir donné son assentiment, comme Philippe le 

1. Frères Guillaume Durand et Hugues de Noailles {De Noalhis)^ du 
couvent de Paris et frère Félix de Foro, du couvent de Troyes . 

2. Probablement Saint-Nic, Finistère, arr. et cent, de Cbftteaulin. Bven 
Pbilj intervint également comme notaire dans le procès de l'évGque Gui- 
chard. 

3. Micbelet : Procès des Templiers, H, 370, 371. 



LES TEMPLIRRS A SANCRT 27 

Bel et ses courtisans raffirmaient, ou rinsinuaieni, dans les 
inslruclioas relatives à l'enquête, Clément V, par une lettre 
au roi. datée du 8 des calendes de novembre (27 octobre 
1307), protesta contre cet acte évidemment attentatoire aux 
druite de juridiction, que l'Eglise a toujours? revendiqués sur 
les clercs et les religieux. Ensuite, lorsqu'il constata que Tin- 
quisiteur général du royaume se faisait Tagent du roi. et 
mettait l'inquisition au service de ses convoitises et de ses 
haines, il fit mieux que protester, il frappa les inquisiteurs 
comme indignes, suspendit leurs pouvoirs en France et évoqua 
l'affaire à son tribunal. 

De làTinstitution, par le pape, d'une commission d'enquête 
composée de Tarchevêque de Narbonne, des évêques do 
B<yeux, de Mende, de Limoges, des archidiacres de Rouen, 
de Trente, de Maguelonne et du prévôt d'Aix. 

Nicolas de Cerres, qui avait été interné à Grèvecœur * (Cre^ 
picordium), diU diocèse de Meaux, comparut devant cette com- 
mission, à Paris, le 17 février 1310, en compagnie de Foulque 
de Troyes. Là il revint, au moinsimplicitement, sur ses aveux, 
eu déclarant aux commissaires qu'il était prêt à défendre 
l'Ordre. 

Il demanda eu outre à être admis aux sacrements, consola- 
tion dont il était privé depuis son arrestation ^. 

On prit acte de sa déclaration et de sa demande, mais ce fut 
tout ; nous ne voyons pas qu'il ait été ai pelé de nouveau et 
qu'on l'ait mis à même de démontrer, comme il voulait le 
faire, son innocence et celle de ses frères. 

Si, le 28 mars suivant, nous le retrouvons devant la Com- 
mission papale, c'est en vertu d'une citation collective, et en 
vue seulement de la nomination de procureurs. Perdu dans la 
foule de ses co-détenus, Nicolas de Cerres ue peut que gémir 
avec eux et s'associer à leurs doléances. 

c Depuis le jour de notre arrestation, disent ces intortu- 
nés, nous sommes privés des sacrements, dépouillés de Tbabit 
rehgieux, spoliés de n.s biens, retenus en prison et enchaînés 
comme les plus vils malfaiteurs. 

■ On ne pourvoit à nos besoins que]d'une manière insuffi- 
sante. 

€ Presque tous nos frères morts en dehors de Paris ont été 

1. Seine-et-Marne, arr. de Coulommiers, canton de Rozoy-eu-Brie. 

2. Micbelet, op. ciL, I, 74. 



28 LKS ThMPLIBRS A SANCBT 

inhumés dans une terre non bénite, et ils ont dû paraître 
devant le Souverain Juge sans recevoir les sacrements, qu'on 
leur a impitoyablement refusés. 

t Vous nous demandez de constituer des procureurs pour la 
défense de TOrdre, nous ne pouvons le faire sans le consente- 
ment du Grand Haitre du Temple ; nous nous sommes placés 
sous son obédience et nous voulons y rester. 

t Du reste, pour la plupart, nous sommes illettrés ; nous 
avons besoin des conseils d*hommes sages et prudents, pour- 
quoi nous refuser cette assistance ? 

t Ils sont nombreux ceux de nos frères qui demandent à se 
joindre à nous pour la défense de TOrdre, mais on ne leur en 
laisse pas la liberté. 

I Permettez au Grand Maître et aux grands chefs des pro- 
vinces de se réunir et de délibérer ; c'est à eux qu'il appartient 
d'agir ; à leur défaut, mais à leur défaut seulement, nous 
interviendrons personnellement ^ § 

La commission papale enregistra ces doléances, ces vœui et 
ces déclarations ; rien ne nous autorise à ajouter qu'elle en 
tint compte. 

Le 2 avril suivant, Nicolas de Cerres et six de ses frères, 
détenus avec lui dans la maicon de Jean de Chaminis à Paris, 
répondirent aux notaires qui leur avaient été envoyés par la 
commission papale : c Dans l'Ordre du Temple nous n'avons 
jamais rien vu que du bien ; rien de répréhensible ne s'y est 
passé à notre connaissance '. » 

Et maintenant où se trouve la vérité? 

A cette question il est difQcile de donner une réponse cer- 
taine, péremptoire et levant tous les doutes. 

Cependant, il faut reconnaître que, devant la commission 
papale, Nicolas de Cerres jouit d'une liberté qu'il n'avait pas 

1. Miohelet, J, l0l-1('3. Parmi les adhérents à la déclaration collective, 
vingt sont désignés comme appartenant au diocèse de Trojes. 

Ce eont : Nicolas de Cerres, Foulques de Troyes, Philippe de Trois-Pon- 
laines. Jacques de Sacey, P. de Cerres, Thomas de Troyes, Jean de Cam- 
paneâ de Troyes, Aymon de Barbonne, Nicolas de Sancey, P. de Somme- 
Toir^^ P. de Ville>sur-Terre, Jean de Vilie-sur-Terre, Jean Leunaube, 
Nlc-oId^ Musard. Uobert de Montaxo, Jacques de Sancey, P. de Ver- 
rièrcEi, O^ion de Trefons et Chrétien de Bisa-y, qui ailleurs est désigné 
plu« juitement comme appartenant au diocèse de Langres. 

1 Michelei, op. cit., \, 136. 



LBS TBMPUBUS A SANCKT 29 

eue devant les inquisilours, el que, parcooséquent, sa dernière 
déclaration est plus digne de foi que les précédentes. 

Rappelons-nous les instructions de Philippe-le-Bel : le par- 
don, la liberté, la vie à ceux qui avoueront les turpitudes 
imputées à TOrdre, la torture et la mort à ceux qui les nieront. 
N'est-il pas naturel que, placé dans cette cruelle alternative, 
un homme soit tenté de reconnaître des fautes qu'il n*a pas 
commises, et qu*il cède à la tentation? 

Celte considération, d^ordre général, suffirait, à elle seule, 
pour nous tenir en garde contre len aveux du pauvre 
frère servant delà mai6on du Temple de Villiers, mais nous 
avons encore d'autres raisons de les suspecter. 

Nicolas de Cerrés avait été reçu dans TOrdre le lendemain 
de TAssomption, c'est-à-dire moins de deux mois avant 
Tarrestation des Templiers. Or, depuis quelque temps déjà, 
ces Religieux savaient que d'infâmes accusations pesaient sur 
eux. Dès le mois d'avril 1307, le Grand-Mattre s'en était 
expliqué avec le pape, et avait même demandé une enquête 
d'où sortirait, disait-il, la pleine justification de l'Ordre. 

Eh bien, je pose la question à tout homme de bonne foi, est-il 
vraisemblable, est-il admis^^ible, que, dans ces conditions, les 
réceptions aient continué à être souillées de pratiques ignomi- 
nieuses et impies, si toutefois elles l'avaient été auparavant ? 

D'autre part, Nicolas de Cerres est pris en flagrant délit de 
réticences, voire même de contradictions, relativement aux 
témoins de sa profession. 

Dans sa première déposition il en nomme six : Raoul de 
Sans, Chrétien, avec le M^r® de précepteur de Villiers, Jacques 
de Sancey, Etienne demeurant à Saucey, Baudoin et Pierre 
demeurant à Troyes. 

Devant les inquisiteurs de Paris il n'en cite plus que trois : 
Chrétien, avec le titre de portier de la maison du Temple de 
Sancey, Baudouin, frère de Raoul de Gizy, et Jacques de San- 
cey. Pourquoi ne fait-il plus mention des trois autres i Est-ce 
défaut de mémoire ? Evidemment non, car trois semaines à 
peine se sont écoulées entre la première déposition et la 
seconde. 

Puis, lors même qu'il semble être complet, Nicolas de Cerres 
ne l'est pas. Aux six frères, qu'il désigne comme ayant assisté 
à sa profession, il faut ajouter, d'après les procès- verbaux de la 
commission papale, Simon de Jez, prêtre, probablement curé 



30 I.BS TBMPUBES ▲ SAMCKT 

da Saucey, Pierre de Cercelles\ précepleur de la maison du 
Temple de Troyes, Raoul de Saulx (de Salicibus) du diocèse 
de Laon et Nicolas de Troyes^ frère servant. 

Supposé que Pierre de Cercelles et Pierre, demeurant jt 
Troyes, ne forment qu'un seul et même personnage, qu*il 
faille identifier Etienne ds^ Verrières à Etienne demeurant à 
bancey, et Raoul le jeune de SatiS à Raoul de Saulx, ce qui 
nous parait très probable, il nous reste encore huit témoins au 
lieu de six. 

Or, sur ces huit témoins, trois, Pierre de Cercelles» Raoul 
de Saulx et Nicolas de Troyes déclarèrent formellement que 
rien de répréhensible n'avait eu lieu, ni pendant, ni après la 
réception de Nicolas de Cerros '. 

Deux autres, Jacques de Saucey et Baudouin de Gizy afûr- 
raèreut à plusieurs reprises rinuoeencede l'Ordre ; le premier 
mourut môme sur le bûcher pour Talte^^ter^ 

Un sixième, Chrétien de Bicey, lorsqu'il cduiparut devant la 
commission papale, ne dit pas un mot de la réception de Nico- 
las de Cerres, et les commissairei ne cherchèrent pas à le faire 
sortir de Fon silence. 

Quant aux deux autres, Simon de Jez et Etieune de Verriè- 
res, nous ne voyons pas qu'ils aient été interrogés, et, par con- 
séquent, nous devons les mettre hors de cause. 

En résumé, pas une voix ne s'est élevée pour confirmer les 
aveux de Nicolas de Cerres, tandis qu'au contraire la rétracta- 
tion de ces aireux se trouve appuyée par cinq témoius, que 
Lous n'avons aucun motif de réc«jser. 

Nous nous croyons donc eu droit de conclure que la mai- 
son du Temple de Sancey, au moins dans ce cas particulier, 
n'a pas abrité les turpitudes et les impiétés qui pèsent, main- 
tenant encore, sur la mémoire des Templiers. 



Jean de Pont-FÉvôque '. 

Jean de Pont-l'Evôque, du diocèse de Noyon, se rattache 
à Sancey au moins par sa profession religieuse. 

1. Sarcelles, Seine- el- Oise, arr. de Poutoise, caot. d'Ecouen. 

2. Michelel. op. cit., 1, 571, 675, 683. 

3. Idem, l 67, 104. iSd. 

4. Pont-rETdque, Oise, arr* de Compiègoe, cani. de Nojon. 



I,BS TBMPLIPH^ A 6ANCI£Y 31 

Admi^ iwfi Tordre compie frère servam, il élail séuépbal dp 
la maison de Montécourt ^ en Vermandois, lors de TarresU-* 
tiop des TepupUers. 

Transféré à Paris, à la suite saas doute d'aveux pbteouâ 
par les officiers du roi et par l'inquisiteur de Noyou, il com- 
parut, le 11 Qovenbre 1307, devant le doo^inicain Nicolas 
d'Annecy, délégué du grand inquisiteur Guillaume de Paris, 
et, sous la foi dusermeot, fil la déposition suivante : 

I Je suis âgé de 24 ans. Mon admission dans rOrdfO remonte 
à six ans environ* 

« J'ai été reçu dans une chambre de la maison de Sancey, près 
Troyes, par frère Raoul de Giîçy, receveur de Champagne, et 
sur l*ordre du visiteur de France, Hugues de Paraud, en pré- 
sence des frères Jean Leujambe, Geoffroy de Trachy* et 
autres dont j'ai oublié les noms. 

■ Après m'avoir fait jurer d'observer les statuts de l'Ordre et 
d*eu garder les secrets, Kaoul de Gi^y m'imposa le manteau 
de Templier, puis me montrant un crucifix il m?^ dil : f II faut 
que trois fois tu renies celui dont tu vois Timage, et que, trpis 
fois également, tu craches sur la croix. » 

« Je résistai pendant quelque temps, mais, bientôt, sur les 
iostaLces des frères, je reniai le crucifix, et non le Christ, 
puis, je fis semblant de cracher une fois sur la croix, mais, en 
réalité, je crachai à côté. 

« Baoul de Gizy m'ordonna alors de le baiser sur le nombril, 
sans toutefois se découvrir. Je refusai ; il p insista pas et p^Q 
laissa, parce qu'il avait hâte de &e rendre aux Jours de Troyes. 
En partant, il ordonna aux frères de m'inslruire sur les diffé- 
renlQ points de la Règle. 

f Je confessai ma faute, dans Tannée môme de ma réceplioni 
à un frère mineur de Troyes, qui m'imposa, comme péqitence, 
déjeuner chaque vendredi, sans chemise, pendant un an^. • 

J^n de Pont-r^vèque revint sur ses aveux dès qu'il vit le 
pape substituer à des inquisiteurs inhumains, et d'une impar- 
tialité plus que douteuse, des enquêteurs relativement indé- 

1. Membre de la commanderie d'Bterpigoy, cominupe de Moncbj-lp* 
G«r.be, Somme, arr, de Péronne, caDl. de Ham. 

2. Trachy-le-Mont ou Tracby-le-Val, Oise, arr. de Compiègne. Le 
commandeur d'BterpigD|r élait seigneur haut justicier de ces deux localités. 

3. Micbelet, t. II, 378. La règle du Temple rendait le jeûne obligatoire 
toua les vendredis, de la Toussaint à Pâques (H, de Curzoo, pp. cit., 
XXVI). 



32 LKS TEMPUBBS ▲ SANCET 

pendants, el remplissant leurs fonctions sans recourir à la tor- 
ture. 

Le 18 février 1310, il déclare, devant la commission papale, 
que s'il était dans Tétat où il se trouvait le jour de son arres- 
tation, il s'engagerait volontiers à défendre TOrdre ; mais, pri- 
sonnier depuis plus de deux ans et dénué de toute ressource, 
il se trouve maintenanl réduit à rimpuissnnce. 

Cependant, ce qu'il n'ose entreprendre seul, il l'entrepren- 
dra avec ^es frères. 

Le 28 mars, nous le voyons s'associer aux proteslations et 
aux doléances que nous avous ci-devant relatées, el il compte 
parmi les 546 Templi'isrs résolus à défendre l'Ordre. 

Cette noble ardeur, hélas I ne devait pas durer. 

Le 18 mai, Jean de Pont-l'Evêque revient devant la com- 
mission d'enquête, et, cette fois, semble-t-il. il n'a qu'un* 
but : faire oublier sa noble el courageuse altitude. Eu effet, 
sans donner la moindre raison, il déclare purement el simple- 
ment renoncer à la défense de l'Ordre *. 

Essayons d'expliquer ce revirement subit, cette étrange 
versatilité. 

En même temps que la commission pontificale s'occupait du 
procès contre VOrdre^ et recueillait des éléments d'information 
pour le concile, qui devait le juger, les évoques et les inquisi- 
teurs, auxquels le pape avait rendu leurs pouvoirs, pour- 
suivaient le procès contre les personnes, c'est-à-dire contre les 
membres de l'Ordre pris en particulier. 

Il y avait donc deux actions judiciaires, deux procédures 
parallèles : d'un côté une simple commission d'euquôte, travail- 
lant pour le futur conoile, qui prononcerait sur le sort de 
rOrdre ; de l'autre côté un vrai tribunal, pouvant, hic et nunc 
juger, condamner, supprimer chaque templier en particu- 
lier. 

En vertu de cette distinction, la Commission pontificale, qui 
aurait dû avoir la prééminence, se trouvait en réalité à la merci 
des tribunaux diocésains, qui pouvaient, si bon leur semblait, 
terroriser, et même faire disparaître, les témoins gênants par 
leur courage et leur sincérité. 

Il ne faut pas oublier, en effet, que tout concile provincial, 
érigé en tribunal d'inquisition, avait le pouj^oir de condamner 

1. Michelet, I, 79, 108, 282. 



LES TEMPLIERS A SANOBT 33 

même sans les enlendre, ceux qu'il Jugeait coupables, et de 
faire exécuter ses arrêts du jour au lendemain ^ 

Le diocèse de Troyes relevait alors, comme aujourd'hui, de 
la province de Sens, et Tarchevôque de Sens, étant le frère 
d'Enguerrand de Marigny, l'un des principaux ministres de 
Pbilippe-le-Bel, devait être gagné à la politique du roi. 

A la fin de mars 1310, au moment où les Templiers rele- 
vaient la tête devant la commission pontificale, au moment où 
les défenseurs de l'Ordre devenaient légion, l'archevêque se 
souvint, ou on lui rappela, qu'en vertu des lettres papales, il 
pouvait agir, et agir vigoureusement contre les personnes. 

Il importait de le faire sans délai, si on voulait conjurer le 
danger. 

Aussi l'archevêque convoqua brusquement, à Paris, le 
concile de sa province. 

Ce qui suivit est facile à deviner. 

Le i2 mai, 54 Templiers furent condamnés, commô relaps, 
par le concile et brûlés publiquement, le lendemain matin, 
hors de la porte Saint-Antoine*. 

Cette sinistre exécution n*eut pas seulement pour efifet de 
supprimer les plus vaillants défenseurs de TOrdre, elle effraya 
mortellement les autres. 

€ Hier, disait le chevalier Aimery de Viilicrs-le-Duc^ aux 
commissaires pontificaux, hier, quand j'ai vu 54 de mes frères 
dans les fourgons, en route pour le bûcher, parce qu*ils 
n'avaient pas voulu avouer nos prétendues erreurs, j'ai pensé 
que je ne pourrais jamais résistera la terreur du feu. J'avoue- 
rais tout, je le sens. J'avouerais que j'ai tué Dieu si on vou- 
lait. • 

Et il suppliait les commissaires et les notaires de ne pas 
répéter à ses gardiens ce qu'il venait de dire, de peur qu'il 
ne fût lui-même brûlé comme les cinquante-quatre. 

Qui s'étonnera maintenant que, le 18 mai, six jours seule- 
ment après le supplice de ses frères, Jean de Pont-l'Evêque 

1 . Ch.- V, Langlois : Lt> Procès des Templiers d*après des documents 
nouveaux f dans Revue des Deux- Mondes^ 15 janvier 1891. 

3. Le concile provincial de Sentis, présidé par rarchevôque de Reims, 
Rob#t de Coarlenaj, ne se montra pas moios impitojab'.e et fit biùler 9 
Templiers le 16 mai. (J. Delaville Le Roulz : La suppression des Terri' 
pliers, dans Revae des questions historiqueSy t. Xl^VIII, i" juillet 
1890.) 

3. Cête-û'Ofy trr. et cant. de Ghâtillon- sur-Seine. 

3 



34 LBS TBMPLIBRS A SANCBY 

soit allé déclarer devant la commission qu'il renonçait à son 
projet de défendre TOrdre ? Qui s'étonnera même qu'il ait fait 
devant le concile de nouveaux aveux, et que, soumis, il ait 
demandé à Tévôque de Chartres de l'absoudre et de l'admettre 
à la réconciliation ? 

L'absolution et la réconciliation n'étaient jamais refusées aux 
Templiers qui s'avouaient coupables, mais elles n'entraînaient 
pas, comme conséquence immédiate, leur mise eu liberté. Sans 
doute la prison n*avail plus pour eux les mêmes rigueurs, mais 
on ne leur en ouvrait pas la porte, car pour obtenir la condam- 
nation de rOrdre par le concile général, il importait de faire 
enregistrer leurs aveux par la commission pontificale. 

Celte commission, eu raison de l'ajournement du concile de 
Vienne, et, plus encore peut-être, en raison du désarroi, de la 
terreur jetée dans les âmes parle supplice des cinquante-quatre, 
crut devoir suspendre ses travaux petidaul cioq lougs mois. 
Du 30 mai elle s'ajourna au 3 novembre, el ce fut le 1 1 mars 
1311 que Jean de Pont-l'Ëvéque comparut devant elle, saus 
manteau et barbe rase. 

Sa déposition étant un peu plus explicite que celle qu'il fit 
en 1307 devant l'inquisiteur Nicolas d'Annecy, nous croyons 
devoir la reproduire. 

Après avoir entendu la lecture de l'acte d'accusation, il dé- 
clara que n'ayant assisté à aucune réception, à aucun chapitre, 
il ne savait absolument rien de la plupart des choses reprochées 
aux Templiers, qu'il n'y croyait pas, et que jamais il n'en avait 
entendu parler, puis, venant à ce qui le concernait personnel- 
lement, il dit : 

c Je suis âgé de 27 ans. J'ai été reçu dans l'Ordre il y a eu 
neuf ans à la Notre-Dame de Septembre, par frère haoul de 
Gizy , en présence des frères servants Jean le Mambe, Jean Ber- 
ger, et de plusieurs autres dont j'ai oublié les noms. Je ne sau- 
rais dire si les deux témoins, ({ue je viens de citer, sont actuel- 
lement morts ou vivants. 

« La cérémonie de ma réception eut lieu dans une chambre 
de la maison du Temple de Sancey, au diocèse de Troyes, de 
la manière suivante : ayant demandé par trois fois le pain, 
l'eau, le pauvre vêtement et la société des Frères, j'eus à affir- 
mer, avec serment, que je n'étais ni de condition servile^ ni 
excommunié, ni marié, ni engagé dans un autre ordre religieux, 
ni atteint de quelque infirmité cachée ; puis, la main sur cer- 
tain livre, je fis vœu de chasteté, d'obéissance, de pauvreté et 
de ne nas résider dans un lieu où quelqu'un, à cause de moi. 



LBS TKMPLIBRS A SANCST 35 

serail iujuslemeQl déshérité {el quod non esset in toco in quo 
àliquUi studio suo exheredaretur injuste.) 

I Cela fait, Raoul de Gizy m'imposa le maoteau de Templier, 
il m'embrassa au visage ; les assislauts firent de même. 

« Il venait de m'indiquer combieo j'aurais à dire de Pater ^^ 
pour mes heures, et comment je devrais me conduire dans 
rOrdre, quand, me mon(r<-.nt une croix de bois, sur laquelle était 
Timage du Crucifié, il me demanda, en présence des Frères, si 
je croyais que ce Crucifix étail Dieu. 

c Je répondis négativement, disant que c'était seulement 
une représentation de Dieu et du Crucifié, 

— Eh bien, reprit-il, ne crois pas en Celui qui est ainsi repré* 
seule ; il n'était pas Dieu ; il ne faut voir en lui qu'un faux 
prophète et je te demande de le renier. 

• Je refusai. 

c II insista, disant que le reniement était prescrit par les 
statuts. 

I L'aurore commençait à poindre ; je cédai à la peur, 
et, dans la crainte qu'il ne m'arrivât malheur si je persistais 
dans mon refus, je reniai Timage, de bouche seulement, et 
sans avoir l'intention de renier Dieu, ni Jésus-Christ. 

I Raoul de Gizy m'ordonna ensuite de cracher sur une croix 
peinte, en mépris soit de Dieu, soit de la croix, je ne puis 
préciser lequel des deux. C'était encore, parait-il, une des 
prescriptions de la Règle. 

c Je fis semblant d'obéir, ayant soin de cracher non sur la 
croix, mais à côté. 

■ Quant aux autres choses illicites relatées dans l'acte d'accu- 
sation, il ne m'en parla pas. Pressé de partir pour Troyes, il 
me quitta, laissant aux Frères le soin d'achever mon instruc- 
tion. » 

Sommé de dire s'il savait, ou s'il croyait, que le même céré- 
monial était observé dans toutes les réceptions, Jean de Pont- 
l'Evèque répondit : c Je l'ignore, mais j'inclinerais à le 
penser. » 

Il ajouta qu'il avait foi aux sacrements de l'Eglise ; qu'à son 

1. Qaand les Frères ne pouvaient entendre l'ofQce, par exemple dans 
les maisons secondaires où il n'y avait pas de chapelle, ils devaient dire 
14 Pater pour chaque heure, prime, tierce, sexte, none et complies, 18 Pater 
pour vêpres, 26 pour matines, la nuit, puis 30 pour les morts et 30 pour les 
vivants avant de boire et de manger. (H. de Canon : la Règle du Temple^ 
180 et 349.) 



36 LES TBMPUBRS ▲ SANGBT 

avis, tous les Templiers y croyaient comme lui, et que leurs 
prôlres offraient validemeut le saiot sacrifice. 

Il avait juré de ne jamais quitter l'Ordre, et, vraisemblable- 
meut, tous les frères avaieut fait le môme sermeut. 

Il reconnut également que les réceptions étaient clandes- 
tines ; que les frères se ceignaient de cordelettes prises où bon 
leur semblait, les portant sur leur chemise, et les gardant 
même pendant leur sommeil ; qu'iUeur était défendu de révé- 
ler les secrets des chapitres, et, qu'à moins d'autorisation spé- 
ciale, ils ne devaient se confesser qu'à des prêtres de l'Ordre ; 
enfin que ceux qui connaissaient les abus imputés aux Tem- 
pliers étaient coupables de négligence, puisqu'ils auraient dû 
les corriger ou les dénoncer à l'Eglise. 

Interrogé sur le fait des aumônes* et de l'hospitalité, Jean 
de Pont-l'Evèque répondit : 

c J'ai entendu dire que frère Gérard de Villiers avait ordon- 
né de restreindre les aumônes et d'exercer moins largement 
l'hospitalité, mais, dans toutes les maisons de l'Ordre où j'ai 
été appelé à séjourner, ces deux grands devoirs étaient cons- 
ciencieusement remplis. 

< Défense était faite d'augmenter les biens du Temple par 
des moyens illicites, et je dois dire que ce qui avait été décidé 
par le Grand Maître et par le chapitre était ponctuellement 
observé dans l'Ordre, contre lequel surgissent aujourd'hui de 
grands scandales, le soupçon et l'infamie. 

c J'ai entendu dire que le Grand Maître et d'autres digni- 
taires ont avoué quelques-unes des fautes imputées à l'Ordre. 

« Lorsque je me suis présenté pour le défendre, je voulais le 
faire sur quelques points seulement, mais non sur les abus que 
jai moi-même confessés. Rappelez-vous d'ailleurs qu'aujour- 
d'hui même, en me présentant devant vous, j'ai commencé 
par déclarer que je n'entendais modifier, en quoi que ce soit, 
la déposition que j'ai faite devant Tévêque de Chartres*. • 
La précaution était bonne et ne saurait nous surprendre. 
En revenant sur les aveux, qui avaient précédé et motivé son 
absolution et sa réconciliation, Jean de Ponl-l'Evêque serait 

1 . D'après Tabbé de Vertot, daos chaque maison des Templiers, on fai- 
sait, trois fois la semaine, une aumône générale et on donnait chaque Jour 
aux pauvres toute la desserte du réfectoire {Hiit, de V Ordre de Malle, t. II, 
p. 60). 

2. Michelet, 11, 30-32. 



LES TEMPLIERS A SANCBT 



37 



devenu relaps, et, comme tel, il aurait pu être condamné au 
bûcher. 

C*est à la lumière de ce bûcher qu'il a fait sa déposition 
devant la Commission pontificale ; c'est également à cette 
lumière que nous devons la lire pour la bien apprécier. 

Suspecte en raison des circonstances, cette déposition Test 
encore parce que, sur certains points, elle diffère de colle reçue 
en 1307 par Nicolas d'Annecy, et que nous avons rapportée 
ci-dessus. Ainsi, par exemple : 



Dans la déposition de 1307. 

Les témoins de la réception 
sont Jean Leugambe et Geof- 
froy de Trachy. 

C'est sar les instances des 
Frères qae Jean dePont^FEvê- 
que a renié le Gracifix. 



Le receveur donne au réci* 
piendaire Tordre de le baiser 
sur le nombril, sans toutefois 
se découvrir. 



Dans la déposition de 1811. 

Les témoins de la réception 
sont Jean le Mambe et Jean 
Berger. 

G'est sur Tordre de Raoul de 
Gizy seul, et par crainte qu'il 
ne lui arrivât malheur, c'est- 
à-dire qu'on ne TassassinAt. 

Il n'est fait aucune mention 
du baiser sur le nombril ; Jean 
de Pout-TEvêque affirme seu- 
lement qu'après avoir reçu ses 
vœux Raoul de Gizy et les as- 
sistants l'embrassèrent in ore. 



En résumé, des nombreuses accusations portées contre TOr- 
dre, une seule se trouve confirmée par la déposition de Jean de 
Pont-TEvèque devant la commission pontificale, celle relative 
au reniement du Christ et aux crachats sur la croix. 

Et que vaut cette confirmation ? Bien peu de chose, puisque 
d'une part le témoin a varié dans ses affirmations comme dans 
son attitude, et que, d'autre pari, avouer Tun des crimes 
imputés à TOrdre, était pour lui Tunique moyen d'échapper à 
la torture et à la mort. 



Jacques de Troyes. 

Jacques de Troyes avait à peine 18 ans lorsqu'il entra dans 
rOrdredu Temple, à Sancey, trois ans et demi avant l'arres- 
tation des Templiers, c'est-à-dire vers le mois d'avril 1304. 

Il devint, peu après, sénéchal de la maison de Villiers, 
près Troyes, puis jeta, comme on dit vulgairement, le froc aux 
orties. 



38 LES TEMPLIERS ▲ SANCBT 

Il était rentré dans le monde un an avant Teiécution des 
décrets de Philippe le Bel. Nous avons donc tout lieu de croire 
qu'il ne fut pas incarcéré, et qu'il s*off rit spontanément, comme 
témoin à charge, aux agents du roi. 

Examiné d'abord par l'archevêque de Sens, puis par l'évo- 
que d'Orléans, sans être mis à la question, Jacques de Troyes 
comparut le 9 mai 1310 devant la commission pontificale, en 
habits laïques, barbe et cheveux ras. 

Il avait, semble- t-il, une certaine culture intellectuelle et 
comprenait le latin. 

Interrogé d'abord sur les quatre premiers articles de l'acte 
d'accusation, il fit la déposition suivante : 

• Voulant entrer en religion dans l'Ordre du Temple, il y a 
six ans, je me rendis à Sancey, accompagné de mon père, de 
ma mère et de plusieurs amis. 

c Parents et amis restant dehors, je fus introduit dans une 
chambre de la maison du Temple, où se trouvaient frère Raoul 
de'Gizy, receveur des revenus du roi en Champagne, frère 
Ponsard de Gizy, son neveu, un prêtre bourguignon nommé 
Milon, Simon de Pruino, également prêtre, et plusieurs 
autres frères dont j'ai oublié les noms. 

€ Raoul de Gizy m'enjoignit de renier ■ Noslre Sire • qui fut 
attaché à la croix. 

< Je refusai ; puis, craignant d'être mis à mort, car il y 
avait là, sous mes yeux, une grande épée tirée du fourreau, 
je reniai trois fois, de bouche mais non de cœur, en disant : 
i Je reui Nostre Sire puisque vous le voulez. • 

■ Le Receveur m'ordonna ensuite de fouler aux pieds un 
crucifix d'argent et de cracher dessus. Trois fois je posai mes 
pieds sur les pieds du Crucifié et je crachai, non sur la croix, 
mais à côlé. 

i Alors Raoul me remit le manteau de Templier, sur lequel 
se tenaient quelques-uns des frères, et, m'ayant fait asseoir à 
terre devant lui, il me fit promettre, avec serment,, de ne rien 
révéler de ce qui venait de se passer, de garder la chasteté, de 
ne rien posséder en propre, et de pratiquer l'obéissance. 

c Je jurai en outre de ne jamais entrer dans une maison où 
se trouverait une femme en couches, de ne tenir, comme par- 
rain, aucun enfant sur les fonts du baptême ^ et de ne faire, à 
la messe, aucune offrande. 

1. L'article 72 de la règle du Temple défend en eflet aaz irèret d*êtro 
parrains ; il est ainsi formulé : c Nos comandons à trestous frères que nul 



LES TEMPLIBRS A SANCHY 39 

I Je n*ai pas gardé ces serments, car, épris d amour pour 
UQefemme,je suis sorti de rOrdre, un au avant Tarreslation des 
Templiers ; j'ai accepté d'ôlre parrain, môme avant ma sécu- 
larisation« et, depuis, il m'est arrivé de prendre part, à la 
messe, à la cérémonie de loffran Je. 

f Après les acles et les engagements que je viens de rela- 
ter, le Receveur, me du : « Il te faudra désormais souffrir 
la faim quand tu voudrais manger, veiller quand lu voudrais 
dormir^ et remplir plusieurs autres obligations dont je t*inslrui- 
rai à mon retour de Paris, où je vais partir pour les affaires du 
roir 

fEn attendant, sache qu'il t*est interdit de prélever quoique 
ce soit sur les biens du Temple, pour le donner à ton père, à 
ta mère ou à tes amis, mais qu'au contraire, ton devoir est 
d'augmenter les revenus de l'Ordre dans la mesure de ton pou- 
voir. • 

I Raoul de Gizy se dépouilla alors de ses vêtements, en pré- 
sence de tous ceux qui assistaient à ma réception, et, complè- 
tement nu, il m'ordonna de le baiser in ano, cela, dit-il, étant 
prescrit par les statuts de Tordre. 

f Je refusai; je finis cependant par le baiser sur la chair 
nue, à la partie postérieure de l'épaule.' 

€ Tout ceci s'est passé de jour, vers l'heure d3 prime, c'est- 
à-dire vers six heures du matin. • 

Telle fut la déposition de Jacques de Troyes sur les quatre 
premiers points de Tacte d'accusation. Les commissaires pon- 
tificaux ne l'ont sans doute que très imparfaitement repro- 
duite, car, avant de passer outre, ils ont soin de consigner, 
dans le procès-verbal, que le témoin était très bavard, peu 
solide dans ses déclarations, mais variable et comme vacillant, 
çuasi varians ei vaeilans. 

Or il n'y a rien que de très net et de très précis dans les 
affirmations que la commission a enregistrées et que nous 
venons de traduire. 

Quoi qu'il en soit, Jacques de Troyes, par son attitude et par 
son langage, éveilla la méûducedes commissaires, et, voulant 
sans doute le mettre à l'épreuve par une question prise en 
dehors de l'acte d'accusation, question qu'il n'avaient pas l'ha- 
bitude de poser, et qui, par conséquent, ne pouvait être prévue, 

de d en avant soit hardi de lever enfans de foos, et n'en ait vergogne de 
refuser compères ne comères, que celé vergoigne amsioe plus gloire que 
pëcbié. (H. de Curzon, op, ct7., 70.) 



40 LBS TBMPUBRS A SANCBT 

ils lui demandèrenl si le Receveur ne lui avail pas ordonoé, 
en verlu des statuts de l'Ordre, de faire, avec ses doigts, îa 
figue * au Crucifié, chaque fois qu'il eu verrait Timage. 

Gomme s'il avait flairé le piège, Jacques de Troyes répon- 
dit qu'il D* avait jamais eutendu parler de cela. 
Continuant leur interrogatoire, les commissaires demandent : 
c Les points visés dans les quatre premiers articles, et sur 
lesquels vous venez de témoigner, élaienl-ils observés dans 
Tordre tout entier? 

— Oui ; j'en suis certain et je le jure. 

— Comment avez- vous cette certitude? 

— Parce que TOrdre est un, et qu'il aurait perdu son unité, 
s*il y avait eu plusieurs modes différents de recevoir les Frères. 
Du reste, j'ai assisté à la réception de J. Petitpars par Raoul de 
Gizy, dans la maison du Temple de Payns ^ Étaient présents 
avec moi, frère Ponsard de Gizy, et le prêtre Milon le Bour- 
guignon. Or cette réception fut de tous points semblable à la 
mienne, même pour l'heure. Il y aurait tout au plus deux dif- 
férences à signaler : je n*ai pas vu d'épée, et je n'ai pas remar- 
qué que le récipiendaire refusât de faire ce qui lui était pres- 
crit. » 

Sur les articles suivants de l'acte d accusation, jusqu'au 
XXXIII* inclusivement, Jacques de Troyes déclare ne rien 
savoir ; mais il croit fondées les accusations renfermées dc.ns 
le XXXIV« et leXXXV^. car oc lui a fait jurer de ne jamais 
sortir de l'Ordre et on lui a dit que, par le fait même de sa 
réception, il avail fait profession, c'est-à-dire qu'il s'était 
engagé irrévocablement. 

II avait donc été admis à la profession religieuse sans le 
moindre noviciat '. 

1. Faire la figue, montrer le bout du pouce entre IMndez et le mtôius. 
Cette locution vient de la vengeance exercée par Frédéric Barberousse 
contre les Milanais, qui avaient promené ignominieusement sa femme sur 
une mule. 

Une fiffue fut mise dans les parties sexuelles de la mule ot chaque captif 
fut obligé de la retirer avec ses dents ; ceux qui refusaient étaient mis à mort. 
Rappeler, par moquerie, cette aventure aux Milanais, au moyen du geste 
ci-dessus, fut dit leur faire la figue. (Littré : Diciionn., au mot : Figue.) 

2. Aube, arrond et cent, de Troyes. 

3. Les statuts originaux de l'Ordre du Temple prescrivaient un noviciat 
avant la profession, mais dans la Règle française cet article fut supprimé. 
Il paraît donc certain qu'on s'engageait par des vœux perpétuels sans avoir 
été soumis à la moindre préparation, à la moindre épreuve (Cf. H. de Cur- 
xon, op. cit.t IV). 



LBS TBMPLIBB8 A SANCBY 41 

Il reconnaît (art. XXXVI à XXXVIII) que les réceptions se 
faisaient clandestinement, portes et fenêtres closes, et que, 
seuls, les Frères pouvaient y assister. 

Quatre ans avant d^entrer dans TOrdre il avait bien entendu 
dire, par plusieurs personnes et dans des lieux différents, que 
les Frères de la milice du Temple s'em.brassaient in ano. 

Celte accusation, jointe à la clandestinité des admissions, 
rendait dès lors l'Ordre suspect ; mais il n'avait pas voulu 
ajouter foi à ces turpitudes. S*il avait pensé qu'elles fussent 
vraies, il n'aurait jamais songé à se faire Templier. 

Passant aux rapports charnels que les frères, disait-on, 
avaient entre eux (arr. XL à XLV), il déclare qu'il n*en a pas 
môme entendu parler, et qu'il n'y croit pas. 

On accusait les Templiers d'avoir, dans chaque province, 
une idole ou tAlo, qu'ils adoraient, lui attribuant le pouvoir de 
les sauver, de les enrichir, de faire fleurir les arbres et germer 
les plantes (art. XLVI-XLVII). Ils avaient soin, disait-on, de 
faire loucher à l'idole les cordeleleltes dont ils se ceignaient, 
et c'est à ce contact qu'elles empruntaient toute leur vertu. 

Appelé à témoigner sur ces deux points, Jacques de Troyes 
le fait ainsi : 

i Quelques années avant ma profession j'ai ouï dire, je ne 
sais où, ni par qui, que lors de la tenue du chapitre général, à 
Paris, une tète apparaissait aux Chevaliers, vers minuit, et 
qu'ils avaient pour elle une grande vénération ^ 

c Depuis ma profession, je n'ai pas entendu parler de 
cette apparition, et je n'y crois pas. On m'a dit cependant 
que frère Raoul de Gizy avait un démon familier qui le 
rendait prudent et riche. 

J . £n fait de caput, on ne trouva, dans toutes les commanderies de la 
chréUenté, après Parrestation des Templiers, qu'un vulgaire reliquaire, en 
forme de tdte, conservé au Temple de Paris. 

Mais si Tidole échappa à toutes les investigations, il n'en fut pas de 
mdme d'un des coffrets, où, paraît-il, elleétiit conservée. On fut assez heu- 
reux pour mettre la main dessus, sans le chercher, 500 ans après la sup - 
pression de l'Ordre du Temple. 

L'histoire de cette découverte est trop intéressaute pour que nous en 
privions nos lecteurs. Résumoos-la en deux lignes : 

Bn 1789, on déterra à ISssarois (Côte-d'Or^ arr. de Ch&tillon-sur-Seine, 
canton de Recey-sur-Ource) un coffre de pierre sculpté et portant sur ses 
parois certains signes mystérieux. Un M. Mignard se mit à l'étude de ces 
signes, et nouveau Champollion, y déchiffra tout le symbolisme du mani- 
chéisme. 

Or, à quatre lieues d'Bssarois, il y avait eu une commanderie du 



42 LES TEMPLIERS A SANCEY 

c Quant aux cordelettes, jamais on ne m'a ordonné d en 
ceindre ma chair, jamais je n'en ai porlé, mais j'ai vu quelques 
frères qui en portaient, y» 

S'étant précédemineul expliqué sur les articles LXII-LXIV, 
touchant le mode de réception des Frères, il passe aux suivants 
LXV-LXXII et dit : 

c On nous faisait jurer de garder le secret le plus absolu sur 
le mode de réception des Frères, menaçant d'emprisonnement 
et de mort celui qui, sur ce point, violerait son serment. Aussi, 
loin de songer à en entretenir nos amis séculiers, nous n'osions 
pas même en parler entre nous. 

c Ma mère, voulant faire enti-er dans l'Ordre, mon frère 
Pierre, me demanda conseil, en raison du mal qu'elle avait 
entendu dire contre nous. Je la dissuadai, mais sans lui faire 
la moindre révélation. 

« Je n'en sais pas davantage, mais j'afûrme qu'il eut été 
préférable poui moi de mourir d'une bonne mort, le jour de 
ma réception, que de faire ce que je vous ai avoué. 

c 11 me fut ordonné, comme aux autres sans doute, de ne 
me confesser qu'à des prêtres de l'Ordre (art. LXKIII), mais je 
ne tins pas compte de cette injonction. 

c La culpabilité des supérieurs est certaine (art. LXXIV- 
LXXVI) ; ils ont été négligents, puisqu'ils n'ont pas corrigé les 
abus, qu'ils ne les ont pas dénoncés, alors qu*ils le pouvaient, 
et qu'ils n'ont pas su s'en garder eux-mêmes. 

c A mon avis, ces abus ont existé en deçà et au delà de la 
mer, c'est-à-dire dans l'Ordre tout entier (art. LXXVII- 
XGVI); ils étaient autorisés, mieux que cela, prescrits par les 
statuts et par les dignitaires. 

t D'autre part, les Templiers ne faisaient pas Faumône et 
ne pratiquaient pas l'hospilalilé, comme ils auraient dû le 
faire ; ils ne pourvoyaient pas même, d'une manière convena- 
ble, à la nourriture des Frères (art. XCVII). 

I J'ai constaté qu'ils s'enrichissaient par tous les moyens, 

Temple. M. Migoard était trop érudit Ipour Tignorer, et trop bon logicien 
pour ne pas tirer, de ce rapprochement, une conséquence, pour le moina 
ingénieuse. 

Il conclut donc que le coffre avait appartenu ouz Templiers, et qu'il ser- 
vait a enfermer le caput, c'est-à-dire l'idole. 

Après une pareille preuve, qui pourrait douter encore de la culpabilité 
des Templiers?... (Cf. Monographie du coffret de Ai. le duc de Blacaz, 
Paris, 1852, in-4». — Ch.-Y. Langlois : Hevue historique^ t. XL, p 179.) 



LES TEMPLIERS A SANCEY 43 

licites ei illicites. Cela cependaût n'était pas imposé comme un 
devoir ; on ne prenait pas, sous serment, rengagement d'agir 
ainsi, et je n'ai pas entendu dire qu'on pouvait le faire sans 
pécher (art. XCVIII-C). 

c Jamais je n'ai assisté aux chapitres. D'après ce qui m'a 
été raconté, ils se teaaieut clandestinement, la nuit; il en était 
de même des réceptions ; quelquefois la famille ^ en était exclue 
(art. CI-CVI). 

« Enseignait-on aux Frères que le Grand Maître, les pré- 
cepteurs, ou d'autres, n'ayant pas reçu le sacrement de l'Ordre, 
avaient ie pouvoir de les absoudre de leurs péchés ? (art. CVII- 
CXI). Je ne le crois pas ; je ne l'ai jamais entendu dire, et je ne 
sache pas que des aveux aient été obtenus sur ce point. 

< Par contre, je crois que les décisions, prise^^ par le Grand 
Maître, en assemblée générale, étaient obligatoires pour l'Ordre 
tout entier (art. CXII-CXIII). 

I J'ignore à quelle date ont commencé les impiétés et les 
obscénités qui avaient lieu dans la cérémonie de la réception 
des Frères. On dit qu'il y a bien cinquante ans. 

c J'ai appris de plusieurs séculiers, dix ans avant ma pro- 
fession', qu'un chevalier du Temple, venant d'outre-mer, où il 
avait vécu parmi les païens, avait introduit en France ces 
usages criminels. Impossible de préciser davantage, et de dire 
par qui, et en quoi lieu, cette révélation m'a été faite (art. 
CXIV-CXVII), 

< J'ai quitté l'Ordre en raison des choses honteuses qui s'y 
passaient, plus encore que sous l'impulsion de la passion 
dont je vous ai parlé tout à l'heure. En effet, cette femme que 
j'aimais, je l'avais et je pouvais l'avoir, à mon gré, tout en 
restant dans la milice du Temple. 

• Je crois que bien d'autres Frères, sont rentrés dans le 
siècle, comme moi, et pour la même cause (art. CXVIII), 
c'est-à-dire profondément écœurés des obscénités, dont ils 
étaient les complices ou les témoins. 

I Je ne saurais dire s'il y a eu scandale ou non (art. CXIX). 

€ Les désordres que j'ai avoués sont connus de tous les 
Frères ; je crois même que le bruit s'en est répandu parmi les 
séculiers; je ne puis cependant affirmer que ce soit aujour- 
dhui vow et famapublica ; je ne sais même pas exactement ce 
que l'on entend par ces mots (art. CXXCXXIII). 

1 . PanUliaf probablemeol les domestiques laïques. 

2. C'est-à-dire à huit ans; est-ce vraisemblable? 



44 LBS TEMPLIERS A SANCVY 

t Je crois que plusieurs Frères ont fail les mêmes aveux 
que moi , mais je ne le sais pas de science certaine (art. 
CXXIV-CXXVlI)i. 

Sommé de dire si, dans le langage qu*il venait de tenir, il 
avait cédé à des instances, à des ordres, à Tespoir d'une récom- 
pense, à Tamour, à la crainte, à la haine, à un avantage tempo- 
rel passé ou futur, Jacques de Troyes répondit que non. 

Il lui fut alors défendu de parler de sa déposition, soit à un 
Frère, soit à un séculier, jusqu*à ce qu'elle ait été transmise au 
pape *. 

Ici encore, usant de notre droit de critique, nous nous per- 
mettrons quelques réflexions. 

Jacques de Troyes était un transfuge, un renégat, vul- 
gairement un défroqué. Les accusations portées par les gens 
de cette sorte, contre la famille religieuse, qu'ils ont plus ou 
moins lâchement abandonnée, sont suspectes a priori et 
demandent à être sérieusement contrôlées. 

Dans Fespèce, le contrôle s'imposait également a posteriori, 
puisque la commission pontificale constata, elid-mème, qu'il y 
avait bavardage el variations dans la déposition qu'elle venait 
d'entendre. 

Il importait donc de confronter avec Jacques de Troyes 
les Templiers qui, d'après lui, avaient été témoins de sa 
réception, c'est-à-dire Milon le Bourguignon, Simon de Pruino 
etPonsarddeGizy. 

Or cette confrontation[n'eul pas lieu. 

Milon le Bourguignon et Simon de Pruino étaient sans 
doute morts, soit avant l'arrestation des Templiers, soit dans 
les deux longues années qui s'écoulèrent entre cette arresta- 
tion et l'entrée en fonctions de la commission pontificale. En 
effet, ils ne sont nommés qu'une seule fois dans les pièces 
du procès, et c'est par Jacques de Troyes, de sorte que, sans 
sa déposition, nous ignorerions même leur existence. Nous ne 
pouvons donc savoir dans quel sens ils auraient parlé. 

Reste Ponsard de Gizy, précepteur de Payns. Il avait com- 
paru devant les commissaires dès le 27 novembre 1309, et il 
s'était déclaré prêt à défendre l'Ordre, si on lui en fournissait 
les moyens. Il était encore dans les mêmes dispositions le 19 
février et le 27 mars 1310 *. Il fallait donc le citer de nouveau 



1. Michelel, op. cU,, I, S53-2d9. 

2. Michelet, op. cit., I, 80, 108. 



LBS TBMPLIBRS ▲ SA^OBY 46 

et l'interroger sur le fait particulier de la réception de Jacques 
de Troyes. On n'en fit rien. Pourquoi ? 

La commission fut elle impuissante à l'arracher au Concile 
de bens ? Nous ne pouvons que poser la question. 

Quoi qu*il en soit, les déclarations de Ponsard de Gizyétant, 
de tout point, contraires à celles de Jacques de Troyes, il 
importe de les relater. Voici, d'après le procès- verbal de la 
Commission, quel fut son interrogatoire : 

D. Voulez-vous défendre rOrdre? 

R. Oui. L'imputation qu'on nous fait de renier Jésus-Christ, 
de cracher sur la croix, d'autoriser des moeurs infâmes, et 
toutes les accusations semblables, soni fausses. 

c Si moi-môme, ou d'autres membres de l'Ordre, nous 
avons fait des aveux, devant Tôvéque de Paris, ou ailleurs, nous 
avons trahi la vérité, nous avons cédé à la crainte, au péril, à 
la violence. 

t Nous étions torturés par Flexian de Béziers, prieur de 
Montfaucon, et par le moine Guillaume Robert, nos ennemis. 

€ Plusieurs des prisonniers étaient convenus entre eux de 
faire ces aveux pour éviter la mort. En effet, durant l'épreuve 
des tortures, trente-six chevaliers étaient morts à Paris, et 
d'autres, en grand nombre, dans différents pays ^ 

< Quant à moi, je suis prêt à défendre l'Ordre, en mon nom, 
et au nom de ceux qui feront cause commune avec moi, si, sur 
les biens de l'Ordre, on m'assigne de quoi faire face aux frais 
qui seront occasionnés par la procédure. Je demande qu'on 
m'accorde le conseil de Raynaud d'Orléans et de Pierre de 
Boulogne, prêtres de l'Ordre. 

< Je dépose devant la Commission cette cédule, où j'ai écrit 
de ma main, les noms de ceux que je regarde comme nos 
ennemis. 

D. Avez- vous été torturé? 

R. Oui, trois fois, avant l'aveu que j'ai fait devant l'Evoque. 
On m*a lié les mains derrière le dos, si serré, que le sang 



1 . La torture était si bien entrée dans les mœurs de celte triste époque 
que nous voyons Clément V, lui-même, non seulement la tolérer en France, 
miis, horresco referens, la recommander, voire môme l'ordonner contre les 
Templiers, en Angleterre, en Aragon, en Gsstille, en Toscane et en Lom- 
bardie. (Cf. RegesL Clementis K, t. V, passi n : lettres du 6 aoûi 1310, 
18 mars, 27 Juin, 95 et 29 août 1311. — Élizé de MonUgnac, op. cit., 
p. 81. — Delaville Le Roulx : La suppression des Templiers ^ dans Revue 
4es quesL hisL, i. XLVIU.) 



4H LBS TEMPLIERS A SANCEY 

jaillissait des ongles; on ma descendu dans une basse-fosse, 
altaché avec une longe, el je suis resté dans cet état pendaol 
une heures 

I Si on me fait encore subir de pareilles tortures, je nierai 
toul ce que je dis maintenant, et je dirai tout ce qu*on 
voudra. 

« Je suis prêt à subir des supplices, pourvu qu'ils soient 
courts : qu'on me coupe la tète, qu'on me fasse bouillir, pour 
l'bonneur de l'Ordre, mais je ne peux pas supporter des tour- 
ments à petit feu, comme ceux qui m'ont été infligés, depuis 
plus de deux ans que je suis en prison . » 

Redoutant l'effet qu'une telle déposition devait produire 
sur la commission papale, un agent du roi, Philippe de Voêt, 
prévôt de l'église de Poitiers, préposé à la garde des l'empliers 
et les accompagnant devant les commissaires, comme les 
gendarmes accompagnent aujourd'hui les accusés devant leurs 
juges, crut devoir intervenir. Il produisit une dénonciation 
contre le Temple, que Ponsard de Gizy avait écrite de sa 
main, et lui avait autrefois remise. 

c Je l'avoue, dit Ponsard, j'ai écrit cette cédule, mais c'était 
pour être admis en présence du pape et de la Commission. Je 
l'ai écrite, du reste, dans un moment de trouble contre l'Ordre, 
un jour que le Trésorier du Temple m'avait injurié. • 

Et il persista dans ses déclarations, exprimant, en termi- 
nant, la crainte qu'il avait, de voir aggraver sa prisoti, simple- 
ment parce qu'il voulait défendre l'Ordre. 

Cette crainte, hélas! n'était que trop fondée; non seule- 
ment il eut à subir uns détention plus rigoureuse, mais 
bientôt il lui fallut monter sur le bûcher; c'est là, du moins, 
l'opinion que soutient Raynouard * et elle nous parait pour le 
moins très probable. 

Violente ou non, c'est entre le 28 mars 1310 et le 9 février 
1311* que la mort vint mettre fin aux épreuves de Ponsard de 
Gizy ; elle le trouva ferme, inébranlable dans ses négations, 

1. Le témoignage de Ponsard de Gisy relatîTement à la lortnre se trouve 
confirmé par beaucoup d'autres, notamment per celui d'un de nos compa- 
triotes, Jean de Bar«sur A.ube. Amené devant la commission pontificale, 
le 13 février 1310, il déclara vouloir défendre l'Ordre, ajoutant qu'il avait 
été trois fois mis à la question, et tenu, douze semaines, au pain et à Teau 
(Michelel^ op. cU.^ I, 67.) Nous perdons ensuite la trace de Jean de Bar- 
sur-Aube ; il dut donc mourir peu après, en prison ou sur le bûcher. 

2. Op. cil,, 109-111. 

3. Micbelet, op. cit., 1, 52i* 



LES TRMPUBaS A SANCSY 47 

qui. pdrsoQoe ue saurait le joatester, oui uae autre autorité, 
une autre valeur morale, que les affirmations sévèrement 
qualifiées par la commission pontificale elle-même, du défroqué 
Jacques de Troyes. 



Foulques de Troyes. 

Quelle était la résidence de Foulques de Troyes, lors de son 
arrestation? Dans quel pays fut-il incarcéré? Devant qui 
subit-il son premier interrogatoirei et quelles furent ses décla- 
râlions? Autant de questions que nous devons laisser sans 
réponse. 

Du 7 octobre au 13 novembre, sur lui, comme sur bon 
nombre de ses frères en religion, les documents sont muets; 
c est Tobscurité, c'est la nuit, la nuit la plus noire et la plus 
silencieuse. 

Le 13 novembre 1307, Foulques de Troyes est à Paris ; il 
comparait devant Nicolas d'Annecy, délégué du grand inqui- 
siteur, el, après avoir prêté serment de dire la vérité, il fait 
les déclarations suivantes : 

t Je suis âgé de 28 ans ou environ ; mon admission dans 
rOrdre du Temple remonte à dix ans ; elle eut lieu dans la 
maison de Sancey, près Troyes, sous la présidence de Raoul 
de Gizy, alors receveur de Champagne. 

• Étaient présents : frère Gauthier dePayns, frère Raoul de 
Compiègne (de Compéndio) et plusieurs autres dont je ne 
me rappelle pas les noms. 

c Lorsque j*eus pris l'engagement d*ob&erver les statuts de 
rOrdre et d en garder les secrets, on m'imposa le manteau de 
Templier, puis un frère, je ne sais plus son nom, me montrant 
une croix sur laquelle était peinte l'image du Christ, me 
demanda si je croyais en Celui que représentait cette image. 

< Je répondis affirmativement. 

« il ne faut plus y croire, me dit-il alors, car c'était un 
imposteur ; crois seulement en un Dieu supérieur. » 

c Et comme preuve que je renonçais à ma foi de chrétien, il 
m'enjoignit de cracher sur la croix. 

« J obéis, ou plutôt je fis semblant d'obéir, crachant, non 
sur la croix, mais à côté. 

• Alors un des frères, élevant la voix, dit en me désignant : 



48 LBS TBMPLISRS A SANCBT 

c Ne le tourmentez pas trop, il est si jeune I i (non fiieiaêis 
ntagnam vim de isioy, 

I Raoul de Gisy m^ordonna ensuite de le baiser au bas de 
Tépine dorsale, sur le nombril et sur la bouche. Je refusai 
le premier baiser, mais je donnai les deux autres. 

i 11 me dit encore que la cohabitation avec des femmes était 
interdite dans l'Ordre, mais que les lits des frères étaient com- 
muns '• » 

Après sa déposition devant le délégué du grand inquisiteur, 
Foulques de Troyes fut conduit à Crèvecœur, où il demeura 
interné jusqu'au 17 février 1310. 

II fut alors ramené à Paris et comparut devant la Commis- 
sion papale, avec vin£;t-trois de ses co-détenus. Interrogés 
séparément, ces vingt-quatre Templiers déclarèrent vouloir 
défendre l'Ordre ^ 

Foulques de Troyes Qt donc alors une rétractation implicite 
de ses aveux. 

Il la renouvela et l'accentua encore le 28 mars, en prenant 
part à la déclaration collective, dont nous avons parlé ci- 
dessus *. 

1. Peut-êtrô vaadrtit-il mieux traduire iiinBi : c Ne faites pas grand cas 
de lui, ne comptez pas trop sur lui, il est si jeune. » 

La traduction, que nous avons donnée ci-dessus, est conforme à celle de 
M. Laoglois, qui met les paroles non faciatiSf etc., non sur les lèvres d'un 
Templier, mais sur celles d'un moine inquisiteur. D'après lui, les choses se 
seraient passées ainsi : 

Foulques de Trojes, soumis à la question, aurait d'abord manifesté quel- 
ques velléités de résistance, puis il aurait succombé en avouant l'insulte au 
cruciBx. Comme on continuait néanmoins de lui appliquer la torture sur les 
autres chefs d'accusation, un des inquisiteurs se serait laissé attendrir et 
aurait dit : « Ne lui faites pas trop de mal, il est si jeune I » (Cf. V. Lan- 
glois : Le procès des Templiers d'après des documents nouveaux^ dans 
Bévue des Deux-Mondes^ 15 janvier 1891.) 

Cette interprétation, très ingénieuse, nous paraît inadmissible. Hien, en 
effet, dans le texte, n'autorise à penser que la parole en question fut pro- 
noncée en 1307, lors de la comparution de Foulques de Troyes devant le 
tribunal de l'Inquisition ; tout, au contraire, porte à croire qu'elle fut dite en 
1297, lors de sa profession. 

Il avait alors dix-huit ans, et le cri : « 11 eet si jeune ! m par quelque 
sentiment qu'il ait été inspiré, parait tout naturel. Il ne le serait plus do 
tout en 1307, Foulques de Troyes ayant alors vingt-huit ans. 

Nos préférences restent donc acquises à la traduction : « Ne comptez pas 
trop sur luf, il est si jeune. ■ 

2. Michelet, op. cit., Il, 383. 

3. Michelet, op, cU*^ I, 74. 

4. Michelet, op. cii., I, 103. 



LKS TEMPLIERS A SANCEY 49 

Le jeudi après l'oclave de l'AunoiMîialioû, 2 avril, Foulques 
esl lou'ours à Paris, enfermé, avec Nicolas de Cerres el ciuq 
autres Frères, dans la maison de Jean de Chaminis, rue de la 
porte Baudière (de porta Bauierii\ et, ce jour-là môme, les 
prisonniers reçoivent la visite des notaires envoyés par 
la Commission papale. 

On espérait que, pris isolément, ou par petits groupes, les 
Templiers ne persisteraient pas dans leur refus de nommer 
des procureurs pour la défense de l'Ordre. Au lieu donc de cou- 
rir au-devant d*un nouvel échec, en les appelant une seconde 
fois en masse devant la Commission, on envoya des notaires 
dans chaque prison, avec mission de solliciter une procuration 
qu'ils enregistreraient hic et nunc, 

La tactique était habile, mais elle demeura sans succès près 
de Foulques de Troyes et de ses six compagnons d'infortune. 
« Nous ne pouvons, dirent-ils, faire ce qu'on nous demande, 
sans Tautorisation du Grand-Maître. Nous sommes encore 
sous son obédience ; qu'on nous ménage une entrevue avec 
lui, nous délibérerons sur la question et sur tout ce qui peut 
toucher à la défense de l'Ordre. • 

Et, comme les notaires insistaient, se déclarant prêts à 
écrire tout ce que les prisonniers pourraient dire pour ladite 
défense, et à le soumettre ensuite aux commissaires, les sept 
répondirent simplement : i Dans TOrdre, nous n'avons jamais 
va que du bien, et rien de répréhensible ne s'y est passé à 
notre connaissance. » Puis, de nouveau, ils demandèrent à 
être admis aux sacrements ^ 

Cette fois, la rétractation des aveux est formelle, explicite, 
et il y a contradiction absolue entre les déclarations de 
Foulques de Troyes devant les inquisiteurs et celles qu'il fit 
devant les notaires. 

Où se trouve la vérité ? 

La commission d'enquête n'a pas pris la peine de le de- 
mander au témoin, que nous ne verrons plus désormais com- 
paraître devant elle, et dont nous n'entendrons même plus 
prononcer le nom. 

Judiciairement parlant, la question n'a donc pas été 
tranchée, oi/^uc sub judice lis est ; mais du fait seul que la 
torture joua son rôle dans le premier interrogatoire, les pre- 
mières déclarations de Foulques sont, pour le moins, sus- 

1. Michelei, op. cU»^ I, p. 136. 



50 LES TBMPLIBRS ▲ SANCBT 

pectes, et nous devons leur préférer les 6ecoDd*JS, qu'il fil 
librement et sans la moindre pression. 

Nous irons plus loin et nous dirons : le silence qui se fait 
sur le nom de Foulques de Troyes, à partir du 2 avril 1310, 
autorise à penser qu'il persévéra dans sa rétractation, devant le 
concile de Sens, et qu'il fut alors condamné, soit au bûcher, 
soit à la détention perpétuelle, car s'il avait été absous et 
réconcilié, à la suite de nouveaux aveux, on n'aurait pas 
manqué de faire enregistrer ces aveux par la Commission 
pontificale, et nous le verrions défiler devant elle, comme les 
autres témoins à charge ^ 



Jean de Sancey. 

Diaprés la déposition de Raoul de Gizy, qui seule nous 
révèle son existence, Jean de Sancey aurait fait profession 
dans la maison du Temple de son village, à la Saint-Martin 
d'hiver de l'année 1299, en présence de Foulques de Troyes, 
de Jacques de Sancey et d'Etienne de Villiers *. 

La présence de Jacques de Sancey à la cérémonie est au 
moins contestable. En effet, si nous en croyons Pierre de 
Cercelles, Jacques de Sancey n'entra dans la milice du Temple 
qu'en 1307, l'année même de l'arrestation des Templiers, 
in eodem anno quo capti fueruni '. Il ne put donc assister à 
la réception de son compatriote, si, réellement, elle eut lieu 
en 1299. 

Nous n'avons pas trouvé trace de la déposition de Jean de 
Sancey devant les inquisiteurs, ni de sa comparution devant 
la Commission papale ; peut-être était-il mort avant l'arres- 
tation; peut-être Raoul de Gizy Ta-t-il confondu avec un 
autre Templier originaire de Sancey. 



Nicolas de Sancey. 

Nicolas de Sancey était prêtre. Nous ignorons dans quelle 
commanderie il exerçait son ministère, lors de l'arrestation des 
Templiers, et quelle fut son attitude devant les inquisiteurs. 

1. Celte rétleiion s'applique égalemeol à Nicolas de Cerret. 

2. Michelet, op. cit., l, 136. 

3. Ibid., 575. 



LBS TSMPLIBRS A SANCBY 51 

La première fois que uous ie rencontrons, c'est à Paris, 
devant la Commission papale, le 13 février 4310. 

11 avait été amené là de la baillie de Chaumonl^ au diocèse 
de Sens, avec Pierre de Somme voire ', prôlre, Pierre de Ville- 
sur-Terre*, Robert de Macey*, Jean de Vi Ile-su r-Terre, Nico- 
las Musard, ses co- diocésains, et quelques autres Templiers 
des diocèses circouvoisins. 

Interrogés séparément, tous déclarèrent vouloir défendre 
rOrdre, demandant avec instance qu'on leur rendit Thabit 
religieux et qu'on les admit aux sacrements *. 

Nicolas de Saucey était encore dans les mômes dispositions 
le 28 mars suivant, puisque son nom se trouve dans la liste 
des adhérents à la déclaration collective. 

Nous perdons ensuite sa trace, ce qui nous autorise à pen- 
ser qu'il mourut en prison, ou qu'il fut condamné par le con- 
cile de Sens à la détention perpétuelle, ou enGn qu'il périt sur 
le bûcher. 

Jacques de Sancey. 

Encore un enfant du pays, et non le moins intéressant. 
Raoul de Gizy ne le nomme pas parmi les frères qu'il reçut 
dans l'Ordre ; il le connaissait, cependant, et il n'avait pas 
oublié son nom, puisque, nous venons de le voir, il le cite 
comme témoin de la réception de Jean de Sancey en 1299. 

Sa mémoire est-elle fidèle sur ce point, ou bien est-ce 
Pierre de Cercelles qui est dans le vrai, quand il affirme que la 
réception de Jacques de Sancey eut lieu seulement en 1207? 

Dans cette dernière hypothèse, pour laquelle nous ne cache- 
rons pas nos préférences, il faudrait admettre les autres 
affirmations de Pierre de Gercelles, c'est-à-dire que la réception 
de Jacques eut lieu sous la présidence de Raoul de Gizy, 
dans une chambre de la maison de Troyes, et qu'il ne s'y 
passa rien d'illicite. 

Quoi qu'il en soit, Jacques de Sancey, incarcéré à Tiers, 
diocèse de Sens, comparut devant la Commission papale le 

t. Probablemeol Cbaumout-âur-Yoone. Yonne, arr. dj Sens, caolon de 
Pontsur- Yonne. 
t, Haute-Marne, arr. de Vassy, canton de Monlie r-en»Der. 

3. Aube, arr. de Bar-sur-Aube, canton de Soulaines. 

4. Aube, arr. et canton de Trojes. 

5. Micbelet. op. cU-t 1> 66. 



52 LES T&MPLIBHS A SANCEY 

14 février 1310, avec dix de ses co-déteuus. Inlerrogés sépa- 
rément, tous déclarèrent vouloir défendre TOrdre, demandant, 
avec instance, qu'on leur permît de recevoir les sacrements et 
qu'on mit fin à leur détention. 

• Je n'ai jamais avoué les fautes dont on nous accuse, 
dit Bertrand de Saint-Paul, du diocèse de Vienne, et je ne 
les avouerai jamais, parce que nous ne les avons pas com- 
mises. > Et il ajoutait, dans un élan de foi sublime : 
• Dieu opérerait un miracle, si la commuuion nous était 
donnée, et si vous entendiez contradictoirement ceux qui 
avouent et ceux qui nient. » 

De son côté, Jacques de Saucey appela l" attention des 
commissaires sur ce fait, quà sa connaissance, vingt-cinq 
Templiers étaient morts, à la suite des tortures auxquelles ils 
avaient été soumis, propùer lormenla et passionesK 

Même attitude dans la réunion générale du 28 mars. 
Jacques de Sancey fut un des o4t> Templiers qui, après avoir 
protesté contre les infamies imputées à l'Ordre, refusèreiit 
énergiquement de nommer des procureurs, et son nom se 
trouve dans la liste des adhérents à la déclaration collective. 

Soit désir de simplifier sa besogne, soit complaisance pour 
les agents du roi, la Commission persista dans sa résolution 
de traiter l'affaire avec des procureurs, mais au lieu d'appeler 
de nouveau tous ces vaillants, elle changea de tactique, comme 
nous Tavons déjà dit, et fit faire le siège de chaque prison par 
des notaires . 

Le mercredi 1*' avril 1310, deux de ces notaires se trans- 
portèrent dans la maison de Tabbé de Lagny, près de la porte 
du Temple, où Jacques de Sancey et dix de ses frères étaient 
détenus. Â la demande qui leur fut faite, les prisonniers 
répondirent d'une voix unanime : • Nous ne pouvons, nous 
ne devons, ni ne voulons nommer des mandataires. Nous 
avons un chef et d'autres supérieurs ; nous voulons et devons 
rester sous leur obédience ; qu'on nous réunisse à eux et nous 
délibérerons. Si nous choisissons des procureurs, ce sera 
exclusivement parmi nos frères ; chacun de nous, du reste, est 
prêt à défendre TOrdre selon ses moyens et selon ses vues. 

< Nous demandons à être admis aux secours spirituels par 
la réception des sacrements ; nous déclarons, en outre, que 
jusqu'à ce jour, tourments et promesses nous ont trouvés 

1. Michelet, op. cit., 1, 69. 



LBS TKMPLTBRS A SANCBY 53 

nébranlables, et que pas uo de dous n'a aToué une seule des 
fautes qui nous sont imputées, t 

Après celte répouse, à la fois si digne et si fière, les onze 
consentirent cependant à élire quatre d'entre eux : Jean de 
Lozon*, Pierre de Landres*, Laurent de Pruino^ et Bernard 
de Saint-Paul*, pour plaider la cause de l'Ordre devant la 
Commission, mais sous la réserve formelle que les autres 
Templiers, demeurés Gdèles, en feraient autant. Dans le cas 
contraire, les quatre délégués devraient se borner à remettre 
à la Commission la défense écrite de chacun, et, afin de pou- 
voir la rédiger, ils demandèrent du parchemin et de Tencre s. 

Si on fit droit à leur demande, ce que rien n'indique dans le 
procès-verbal, les prisonniers durent se mettre, sans délai, à 
l'œuvre et rédiger leur défense. 

Ce fut peine perdue. 

Non seulement les quatre délégués ne furent pas mandés 
devant la Commission, mais nous n'entendrons plus parler 
désormais ni des mandataires ni des mandants. La maxime : 
< débarrassons-nous de ce qui nous gêne », n'est pas si 
moderne que certains le supposent. Philippe le Bel et ses 
agents la connaissaient déjà, et le coup du concile de Sens, 
dont nous avons parlé, n'en fut en réalité que l'application 
plus ou moins déguisée. 

Nous ne reviendrons pas sur la distinction machiavélique, 
faite par les agents du roi. entre l'Ordre du Temple et les 
Templiers eux-mêmes, distinction qui permit de soustraire 
les personnes, les individus, à la Commission papale, pour 
les livrer au Concile de Sens ; nous dirons de suite que ce 
Concile établit trois catégories parmi les Templiers. 

Ceux qui, après avoir avoué, s'étaient ensuite rétractés, 
furent déclarés hérétiques relaps, livrés à la justice séculière 
et condamnés au feu. 

Ceux qui, n'ayant jamais fait d'aveux, persistèrent dans 
leursdénégations, furent condamnés à la détention perpétuelle, 
comme Templiers non réconciliés. 

1. Manche, arr. de Saint- Lô, cant. de Marigny. 

2. Landres-et- Saint-Georges, Àrdennes, arr. de Vouziere, cent, de 
Buxancy. 

3. Probablement Provins. 

4. Saint-Paul de Varces, Isère, arr. de Grenoble, cant. de Vif, ou peut- 
être Saint-Pol, fief dépendant de ia seigneurie de Gandieourl, à Ôelle-£glise, 
Oise, arr. Je Senlis» caot. de NeuUlj-ea-Thelle. 

5. Michelet, op. cit., I, 129, 130. 



54 LBS TEMPLIKRS A SANGRT 

Ouanl aux aulres, c'est-à-dire à ceux qui persislèrent dans 
l'aveu des turpitudes imputées à TOrdre, ils furent, dit Ray- 
nouard. mis en liberté et récompensés, comme Templiers 
réconciliés K 

Jacques (ïe Sancey aurait dû être placé dans la seconde 
catégorie, puisque, d'après ladéclaralion collective du 1«" avril, 
ci-dessus relatée, il n'avait jamais fait d'aveux. On lui en 
prêta sans doute, ou bien encore, la ligue de démarcation 
n'étant pas infrancbissable, 1 énergie de ses protestaJLions le ûl 
classer au nombre des témoins qu'il importait de supprimer, 
car il fut condamné au feu. 

Combuslus Parisius cum aliis Templariis, brûlé à Paris 
avec d'autres Templiers, dit, en parlant de lui, Pierre de 
Cercelles, dans sa déposition du 19 février 1311. 

Jacques de Sancey fut donc des cinquante-quatre Tem- 
pliers condamnés le 11 et exécutés le 12 mai 1310, aussi 
nous tenons à reproduire, comme un bommage à sa mémoire, 
les lignes émues, qu a inspirées à M. Haynouard, la mort de 
ces vaillants. 

I Tous les historiens qui ont parlé de leur supplice, quel- 
que opinion qu'ils aient, amis ou ennemis, nationaux ou 
étrangers, ont unanimement attesté le vertueux courage, la 
noble intrépidité, la résignation religieuse que montrèrent, 
jusqu'au dernier moment, ces martyrs de l'honneur. 

i Arrivés au lieu du supplice *, ils voient les bûchers pré- 
parés, les torches déjà fumantes et agitées par les bourreaux ; 
ces chevaliers ^ ne se déconcertent pas. 

• En vain, un envoyé du roi proclame la grâce et la liberté 
de tous ceux qui ne persisteraient plus dans leurs rétractations; 
en vain les amis et les parents de ces infortunés, par les 
prières et les larmes, portaient l'attendrissement dans leur 

1. Rayoouard, op. cii>^ lOl). — Ce fut plutôt un élargissement qu'une 
mise en liberté immédiate ; il importait, comme nous l'avons dit, de garder 
cette dernière catégorie de Templiers jusqu'à leur comparution devant la 
Commission pontificale. 

2. Ante oculos staret ignis et carnifex et, voce prœconià, conûteati pro. 
misse salus atque libertés, nemini ex omnibus, amicis et nccessariis tien- 
Ubus orantibusque, persuadere potuit ut irato cédèrent régi et confessione 
sue, su» parcerent vit» (Bocatius : de cas. vir. illust. lib. IX, 
cap. XXI). 

3. C'est à tort que M. Raynouard les englobe tous sous ce titre de cht' 
valier$\ la plupart des cinquante-quatre n'étaient, comme Jacques de San- 
cey, que de simples frèret tervants. 



LBS TEMPUKRS A SANCBY 55 

cœur : offres, menaces du roi, prières, larmes des pareuts et 
des amis, rien ne les ébranle ; invoquant Dieu, la Vierge et 
les Saints, ils entonnent Thym ne de la mort ; triomphant des 
plus cruelles douleurs, ils se croient déjà dans les cieux et 
leurs âmes s'exhalent avec leurs derniers chants ^ 

• Telle fut la fin honorable de ces illustres victimes ; leur 
sort fut décidé dans Tespace du lundi 11 mai 1310 au lende- 
main matin. C'eût été trop peu de temps pour des juges ; c'en 
fut assez pour des inquisiteurs *. § 

Cette dernière appréciation pourra paraître sévère, mais elle 
est juste, et nous n'hésitons pas à y souscrire. A ceux qui s'en 
scandaliseraient, nous rappellerons que l'histoire n'est pas la 
morale en action, c'est-à-dire une compilation, un choix de 
faits édifiants, mais une image es^acte du passé. Dans le 
champ du père de famille, comme l'a fort bien dit l'abbé 
Houssâye ^, l'ivraie se môle toujours au bon grain ; comment 
en reproduire l'exacte image, si l'on ne peint que des blés jau- 
nissants ? 

La devise du prophète : Viam verilalis elegi, doit être 
également celle de l'historien, et c'est par sa fidélité à cette 
devise qu'il se distingue du panégyriste. 



Etienne de Sancey. 

Nous savons fort peu de chose sur Etienne de Sancey. En 
t306 il assista à la réception de Baudouin de Gizy dans la mai- 
son du Temple de Lagny-le-Sec, et, en 1307,àcelles de Jacques 
de Sancey, dans la chapelle de la maison du Temple de Troyes, 
et de Nicolas de Cerres à Sancey *. 

Détenu dans le diocèse de Paris, il se présenta, le 9 février 
13t0, devant la Commission pontificale, et déclara vouloir 
défendre l'Ordre *. H est à croire que la mort vint, peu après, 
mettre fin à ses maux, ou qu'il fut condamné à la détention 
perpétuelle, car il n'est plus fait mention de lui dans les procès- 
verbaux de la Commission. 

1 . Invocabant proindè Deum ac beatam Virginem et alios sanctos ; et sic 
▼itam inter tonnenU fioïbant (Gesta Pontif, Leodiensium)^ t. II, p. 347. 

2. Raynoaardy op, cH.y \\ï, 112. 

3. Le P. de BéruUeet VOratoire de Jésus, II, 528. 

4. Michelet, op. cit., II, 129; I, 575, 583. 

5. /d., I, 60. 



iiG LBS TEMPLIERS ▲ SANOBT 

Au lieu d'Elienne de Sancey, Nicolas de Troyes cite Etienne 
de Verrières, demeurant dans la maison du Temple de Sancey, 
parmi les témoins de la réception de Nicolas de Cerres^ Peut- 
être ne faut-il voir, sous ces deux noms différents, qu*un seul 
et môme personnage. Dans l'hypothèse contraire, il y aurait 
lieu d'ajouter le nom d*Etienne de Verrières à la liste des 
Templiers ayant résidé à Sancey. Nous n'avons d'ailleurs 
absolument rien découvert sur ce frère servant. 



Chrétien de Bissey^ 

En 1 301 il assista à la profession religieuse de Jean de Pruino, 
à Payns, en 1304 à celle de Raynaud de Bergeron dans la cha- 
pelle du Temple de Corgemin *, au diocèse de Langres, et. en 
1307, à celle de Nicolas de Cerres k Sancey *. 

Chrétien de Bissey, meunier de profession, était, paraît-il, 
au mois d'août 1307, portier de la maison du Temple de San- 

1. Michelet, op. cit„ i, 571. 

2. BiBsey-la-Pierre, Cdte-d'Or, arrood. de Châtillon, caot de Laignes. 
11 j a, daos les pièces du prooès, deux Templiers du nom de Chrétien : 

Cbrétieo de Bitsey et Chrétien, tout court, c'est-à-dire sans désignation 
d'origine. 

Le premier se dit meunier ; le second, d'après Nicolas de Cerres, fut 
portier de la maison de Saocey et précepteur de Villiers. 

Cette différence dans les noms et dans les qualités semble indiquer deux 
personnages différents, et cette opinion se trouve corroborée par le fait que 
Chrétien de Bissey, dans sa déposition, ne parle ni de la maison de San- 
cey, ni de celle de Villiers. 

Cependant, Pierre de Cercelles appelle Chrétien de Bissey le Templier 
qui figure parmi les témoins de la réception de Nicolas de Cerres, sous le 
nom de Chrétien, tout court. 

D'autre part, Nicolas de Troyes affirme que le même Chrétien de Bissey 
assista à la profession de Jean de Pruino dans la chapelle du Temple de 
Payns, et Chrétien de Bissey est muet sur cette maison comme sur les 
précédentes. 

Enfin, Chrétien de Bissey, dans les pièces du procès, est donné tantôt 
comme du diocèse de Troyes (I, 108), tantôt comme du diocèse de Langres 
(I, 65, 283), auquel il appartenait réellement, par son origine comme par le 
lieu de sa profession. 

Bn présence de ces contradictions, il nous a paru bon de prendre le parti 
le plus sûr et de donner place à Chrétien de Bissey dans notre travail, 
comme s'il avait certainement résidé à Sancey. 

3. Lire Corgebiny aujourd'hui simple ferme avec château, dépendant de la 
commune de Brottes, Haute- Marne, arr. et canton de Chaumont. 

4. Michelet, I, 571, 575, 59i ; II, 370. 



LES TBMPLIBRS A SANCBY 57 

cey et c'est à ce titre que nous devons le présenter à nos lec- 
teurs. 

Il est probable qu'il fut arfôlé à Villier8,donlil était devenu 
précepteur, et que, comme la plupart de ses frères, il ne fit 
aucun aveu ni aux agents du roi, ni à l'inquisiteur. 

Amené du Temple de Pa^i^, devant la Commission pontifi- 
cale, avec trente-quatre de ses cô-délenus, le 10 février 1310, 
il déclara vouloir défendre TOidre S et son nom se trouve glo» 
rieusement accolé à ceux des 545 Templiers, qui refusant de 
constituer procureurs, firent entendre leurs protestations et 
leurs doléances à la Commission, par la déclaration collec- 
tive du 28 mars *. 

Il était des soixante -quinze frères détenus au Temple de 
Paris, lorsque le 31 mars, les notaires de la Commission s'y 
présentèrent. 

Interrogés si, conformément aux désirs des commissaires, ils 
s'étaient entendus sur le choix de leur procureur, ils firent 
dicter aux tabellions la réponse suivante : 

• Nous avons un chef; nous ne pouvons ni ne devons consti- 
tuer procureur sans son autorisation . Nous sommes prêts à nous 
présenter nous-mêmes devant les Commissaires pour défendre 
l'Ordre. 

f On nous a lu la bulle du pape ; les horribles accusa- 
tions qu'elle relate, sont injustes, fausses et mensongères; 
elles ont été inventées, fabriquées par nos ennemis ; TOrdie 
du Temple n'est pas et n'a jamais été souillé de pareils vices. 
Ceux qui le prétendent, parlent comme des infidèles et des 
hérétiques, en vue de semer l'hérésie et une honteuse zizanie 
dans l'Eglise. 

c Nous sommes prêts aie prouver : nous défendrons l'Ordre 
de cœur, de bouche et par nos actes, en un mot selon la 
mesure de nos forces et de la façon la plus convenable. 

• Pourcelanousderaandons notre mise en liberté. Il importe 
que nous puissions assister au concile général, ou que ceux 
qui ne pourront s'y rendre personnellement, y soient repré- 
sentés par d'autres Frères ; il en sera certainement ainsi, si 
nous voyons s'ouvrir les portes de notre prison- 

• Tous les Frères, qui ont fait des aveux contre l'Ordre, ont 
menti ; il ne faut cependant pas les juger trop sévèrement, car 
ils ont été amenés à ces aveux par les tourments et par la 

1. Michelety I, 65. 

2. /d., I, 108. 



58 LES TEMPLIERS A SANCBY 

crainte delà morl. Si quelques-uns n*ont pas été souniis per- 
sonnellement à la torture, ils ont vu torturer les autres, et, 
dans la crainte de subir le môme sort, ils ont dit tout ce que 
les inquisiteurs ont voulu. 

f Ils sont excusables, la torture d'un seul suffisant à terro- 
riser la multitude qui eu est témoin ; du reste, ils n'avaient qu'un 
moyen d'éviter les tourments et la crainte de la mort : le men- 
songe. Ce moyen, est-il étonnant qu'ils l'aient employé? 

a Quelques autres, peut-être, ont été gagnés par nos enne- 
mis, à force d'instances, à prix d'argent, par la flatterie, par 
de belles promesses ou par des menaces . 

i Tout cela est si public, si notoire, qu'on essaierait en vain 
de le cacber. 

< Nous demandons, par la miséricorde de Dieu, qu'on nous 
fasse justice, à nous qui sommes opprimés depuis si long- 
temps et si injustement, et, en bons et fidèles chrétiens que 
nous sommes, nous voulons être admis aux sacrements ^ • 

Ce que nous continuerons à appeler le coup du Concile de 
Sens, et surtout le sinistre auto-da-fé du 12 mai, lancèrent 
bientôt Chrétien de Bissey dans une autre voie. Le 19 mai, 
quarante-quatre Templiers se présentaient devant la Commis- 
sion et déclaraient purement et simplement, sans la moindre 
explication, renoncer à la défense de l'Ordre. 

Chrétien de Bissey était du nombre «. 

Cette renonciation impliquait la culpabilité de FOrdre; il 
fallait nécessairement, pour être logique, et justifier ce revi- 
rement, avouer, sinon en totalité, du moins en partie, les fautes 
relevées par l'acte d'accusation. Chrétien de Bissey le comprit; 
il consentit à quelques petits aveux, et, de suite, il fut absous 
et réconcilié par l'archevêque de Sens. 

D'avocat il devint donc témoin à charge, et c'est à ce titre 
qu'il fut entendu par la Commission papale, qui, depuis le 

1. Michelet, op, cit., 1, 115, 116. Parmi les 75 Templiers qui firent cette 
fière déclaration, nous croyons devoir citer nos compatriotes Philippe de 
Ville-sur-Terre, dont nous perdons ensuite complètement la trace, et Nico- 
las de Troyes, qui plus lard finit par avouer qu^il avait renié Dieu, le jour 
de sa profession, sur l'ordre du frère servant de Gérard de Villiers, et à 
Tiusu de ce dernier. 

2. Micbelet, op, ciL, I, 2»t, i83. Citons également parmi les 44 : 
Nicolas de Troyes, Jean de Pou l-l'E vaque, Pierre de Cercelles, Jean de 
Sainte-Geneviève, Barthélémy de Troyes et Pierre Picard, précepteur ds la 
maison du Temple de Loages, au diocèse de Troyes. 



LBS TBMPLIBRS A SANCBT 59 

3 novembre, avait repris ses séances interrompues pendant 
six mois. 

Il fut des dix témoins qui comparurent le 8 février 1311 
devant Mathieu de Naples et l'archidiacre de Trente, dans la 
maison des Fières mineurs de Paris. Avant d'être interrogés 
séparément, les di^ déclarèrent collectivement ne vouloir en 
rien contredire leurs aveux et leurs dépositions devant l'Ordi- 
naire. « Si nous le faisions, par ignorance ou autrement, 
dirent-ils, il ne faudrait pas nous Timputer à faute ni à préju- 
dice. 9 Et, la main sur le livre des Evangiles, ils jurèrent de 
dire la pure et pleine vérité *. 

Chrétien de Bissey ne fut pas interrogé le jour môme, mais 
seulement le lendemain, 9 février. Il avait 40 ans. Une portait 
plus le manteau de Templier, qui lui avait été enlevé au 
Concile de Sens, et sa barbe était rase. Après lecture de tous 
les articles de Tacle d'accusation, on Tinvita d'abord à répon- 
dre sur les treize premiers et il le fit ainsi : 

f Etant meunier, je n'ai assisté a la réception d'aucun frère ; 
j'ignore donc si les accusations, que je viens d'entendre, sont 
fondées ; mais je ne le crois pas, car je n'en ai jamais entendu 
parler, et je ne serais certainement pas resté dans l'Ordre, si 
j'avais appris que de tels désordres y régnaient. 

• J'ai fait profession il y a eu 1 8 ans à la Purification, dans la 
chapelle du Temple d'Avalleur, en présence dt trois frères 
servants de la maison : Gérald, laboureur, Dominique de Cour- 
ban' et Guillaume, porcher. Je ne connais pas leurs surnoms 
et j'ignore si, actuellement, ils sont morts ou vivants. 

i La cérémonie fut présidée par le frère Humbert de Mon- 
chtlhiy précepteur du Temple de Monchelhi ^, et elle eut lieu 
de la manière suivante : • Lorsque j'eus demandé, à genoux, 
le pain, l'eau, la société et le pauvre vêtement des frères, me 
déclarant prêt à me faire le serviteur, l'esclave de l'Ordre, et 
à mourir pour Dieu, il me fut répondu : i C'est une grave 
affaire : réfléchissez bien ; il vous faudra renoncer à votre 

1. Michelet, op. tii., 1, 5i1, 512. 

2. C6te-d'0r, arr. de Chfttillon-sur-Seine, cant. de Moutigoy^sur- 
Âabe. 

3. Il doit y ayoir ici une erreur de copiste et il faut à notre avis lire pré- 
cepteur d'iit;a//«ur, au lieu de précepteur de Monchelhi, Bn etfet, eu 1291, 
le précepteur d'Avalleur s'appelait Humbert, et, puisque nous trouvons 
encore on Humbert à la tôte de la maison en 1293, il est plus que probable 
que c'était le même religieux. 



60 LES TBMPLIBRS A SANCBY 

volonté propre, vous soumettre à celle d'un autre, remplir des 
devoirs pénibles et accepter de durs sacrifices. » 

• Je me déclarai prêt à tout souffrir. 

c On me dit alors de réfléchir encore, de me tourner vers 
Tau tel et de prier Dieu de m'indiquer la voie que je devais 
suivre. Je le fis et réitérai ma demande, mais je n'obtins 
encore que la même réponse. 

• On finit cependant, après m'a voir fait jurer, sur un livre, 
de dire la vérité, par me poser les questions suivantes : f Etes- 
vous marié, ou engagé dans un autre ordre religieux ? Avez- 
vous des dettes ? Etes-vous de condition servile, ou bien 
atteint de quelque infirmité cachée? » 

f Je répondis négativement. 

« Humbeit me fit alors prononcer les vœux de chasteté, 
d'obéissance et de pauvreté, promettre avec serment d'obser- 
ver Ick bonnes coutumes de l'Ordre et de garder le secret sur 
tout ce qui se passerait en chapitre, et il m'embrassa sur la 
bouche, ce que firent également les autres frères. 

f II me dit ensuite que je devrais coucher avec des vêtements 
de lin, et me ceindre d'une petite corde, de n'importe quelle 
qualité et He n'importe quelle provenance', afin de ne pas tou- 
cher trop librement ma chair. 

€ Il m'indiqua combien de Pater j'aurais à dire, pour mes 
heures, et m'exposa les cas pour lesquels je pourrais être privé 
du saint habit, ou encourir d'autres peines. 

i Eofin je fus conduit derrière Tautel, pour y prendre l'ha- 
bit de Templier. Lorsque j'en fus revêtu, que les frères se 
furent retirés, et que la porte eût été fermée, Humbert me 
montra une croix de bois, sans crucifix, et me commanda de 
renier Dieu. 

« Je refusai. 

c II insista en me disant : i II le faut; du reste vouspourrez 
vous en confesser ensuite, si vous le voulez • . Alors je reniai, 
de bouche, mais non de cœur. 

• Il m'ordonna de môme de cracher sur la croix. Par mala- 



1. Les frères couchaient couverts de leurs vêtements de dessous, c'est- 
à-dire de la chemise, retenue par une petite ceinture, Jes braies (caleçons) 
et des chausses. Un sac ou paillasse, un linceul ou drap, et deux couver* 
tures, une étamine assez légère et une carpite plus 4paisse, composaient 
leur literie. L'usage de la carpite, d'un matelas ou d'un grand manieau 
appelé esclavinût n'était autorisé que par faveur exceptionnelle. (H. de 
Curzon, op. ci/., XXIV.) 



LES TEMPLIERS À SANCET 61 

dresse voloutaire, je crachai à côlé. Quant aux baisers déshoii- 
Dèles, à la sodomie el autres iufamies, on ue m'en parla nulle- 
ment. 

<c Je n'ai rien à dire de plus ; j'ajoulorai cependant que le 
jour môme de ma profession, après dîner, Je me confessai à 
Pierre d'Avalleur, prôlre séculier, qui desservait notre cha- 
pelle S et à qui je m'adressais auparavant, lorsque j'étais au 
seivice des frères comme simple domestique. Il me donna 
Tabsoluiion, m'im posant comme pénitence de jeûner au pain 
et à leau pendant trois ans, la veille des fêles de la Sainte 
Vierge, et m'interdisant de demeurer là où de telles impiétés 
seraient en usage. J'obéis aux prescriptions de mon confes- 
seur ; je ne sais s'il est encore vivant. » 

Glissant rapidement sur tous les autres articles, Clxrétien 
de Bissey continue ainsi : 

f Je crois aux sacrements, et les autres Templiers y 
croyaient comme moi. J'estime que leurs prêtres célébraient 
validement et canoniquement, car j'ai vu fréquemment des 
prêtres séculiers les assister dans la célébration des saints 
mystères, et vice versa ^ 

i Les frères qui n'avaient pas reçu le sacrement de l'Ordre, 
ne pouvaient pas nous absoudre, mais nos supérieurs pou- 
vaient nous remettre les peines disciplinaires que nous avions 
encourues par nos fautes contre la règle. 

• Je ne crois nullement fondées les accusations touchant les 
baisers déshonnètes, la sodomie et les idoles. 

■ Ce qui est vrai, le voici* Nous promettions de ne jamais 
quitter l'Ordre; les réceptions étaient clandestines, de là, soup- 
çons contre nous ; nous jurions de ne pas révéler les secrets 
des chapitres, et, cela sous peine de nous voir enlever l'habit 
religieux. 

• Dans les maisons où j'ai passé, l'hospitalité était pratiquée 

1 . Uo clergé était attaché à l'Ordre du Temple, pour célébrer le ser- 
vice religieux et réciter devaut les frères les heures caDOuiales. Ces prêtres 
relevaient directement du Saint-Siège et jouissaient de plusieurs privilèges 
honorifiques, Â ces chapelains, qui faisaient une profession spéciale en 
entrant ddns l'Ordre, il faut ajouter un nombre peut-être considérable de 
prêtres et de clercs, engagés à terme, sans autorité, sans droits spirituels 
iUT les frères, mais utiles pour les offices et pour la récitation des prières 
aux repas. ('1. de Curzon, op. cit. y XXII-XXIII.) 

3. On accusait les Templiers de ne pas croire au sacrement de l'Eucha- 
ristie, et on prétendait que leurs prêtres, en disant la messe, ne pronon- 
çaient pas les paroles de la consécration. 



*>2 LKS TKMPLIKBS ▲ SANCKY 

et les aumônes se faisaient conformément à la règle. Il nous 
était défendu de rien acquérir par des moyens injustes, et 
de demeurer là où quelqu'un aurait été injustement déshé- 
rité. 

c Ce que le Grand-Maître ordonnait, en assemblée, était 
observé dans TOrdre tout entier. 

c De grands scandales sont résultés des fautes qu on nous 
impute, et ies aveux faits, dit-on, sur ce point, parle Grand 
Maître et par d*autres Templiers. 

f J'avais demandé à défendre TOrdre. panu: que je ne croyais 
pas que ces pratiques coupables s'y étaient introduites. • 

Suit le cliché sur la liberté, l'impartialité et le désintéresse- 
ment absolus avec lesquels cette déposition a été faite, et la 
défen>e au témoin d en révéler la teneur avant la publication 
des témoignages * . 

Cette déposition me parait celle d'un homme qui, obb'gé 
d'entrer dans la voie des aveux, pour éviter la mort sur le 
bûcher, ou la détention perpétuelle, ne s'engage qu'à regret 
dans cette voie, el avec la ferme résolution d'avancer le moins 
loin possible. 

• Ma conviction, dit-il en résumé, est celle-ci : TOrdre du 
Temple est innocent des infamies qu'on lui prête. Il est vrai 
que, le jour de ma proft^ssion. ou m'a demandé de renier Dieu 
et de cracher sur la croix, mais c'est là un fait isolé, qui ne 
saurait peser sur TOrdre tout entier. Ne faisons pas de l'excep- 
tion la règle. » 

En parlant ainsi, il satisfait tout à la fois, semble-t il, el sa 
conscience et les agents du roi ; sa conscience, puisque, sur la 
plupart des points, il prend la défense de l'Ordre ; les agents 
du roi, puisqu'il avoue deux fautes dont ils sauront bieu tirer 
parti. 

D'autre part, pour justifier la hardiesse de son argumenta- 
tion, pour enlever à son refus de généraliser, ce qu'il pourrait 
avoir de téméraire ou de déplaisant, el surtout pour ceuper 
court à toute question indiscrète, il a recours à une tactique 
très habile : il af&rme que sa profession de meunier ne lui 
permettait pas d'assister aux réceptions des frères et qu'il n'en 
a vu aucune... quand, eu réalité, il avait assisté au moins à 
trois. 

Mensonge I mais mensonge de diplomate ; n'en faisons pas 

1 . Michelei, ^. cit., I, 524 et suiv. 



LBS TEMPLIERS A SANCBT 63 

un crime à Chrétien de Bissey ; féliciloos plulôl les maisons 
du Temple d'Avalleur et de Sancey d'avoir eu, Tune comme 
meunier, l'autre comme porte-clefs, un homme que la flamme 
du bûcher seule a pu faire sortir du chemin de la vérité. 



Raoul de Gizy. 

RaouldeGizyS receveur des finances royales en Champagne, 
se donne, dans les pièces du procès, comme précepteur de 
BelviciniSj de Lagny-le-Sec« et de Sommereux; jamais il 
ne prend le titre de commandeur du Temple de Troyes, 

Il Télail cependant dès 1 294, et c'est bien lui qui, sous le nom 
de Raoul du Temple, commandeur de la baillie de Troyes et de 
Payns, donna alors à cens à Jaquinot, fils de feu Etienne de 
Bouilly', moyennant trois bichets d'avoine une géline et trois 
deniers de coutume, une pièce de terre sise finage de Bouilly ^ 

Dans deux actes datés de 1303, il est qualifié i comman- 
deur de Brie, de la maison de la chevalerie du Temple de 
Troyes et des appartenances d'icelle, commandeur de Brie et 
de Troyes, commandeur des maisons de la chevalerie du 
Temple en la baillie de Brie et de Payns * • . 

Ce fut en qualité de receveur du Roi en Champagne qu'il 
veudit, en 1306, à Nicolas Clairin, épicier, le cimetière des 
Juifs de Troyes, appelé le Champ Madeleine^. 

Tout nous x)orte à croire qu'en raison de sa dignité de com- 
mandeur, et de ses fonctions de receveur des fiuances royales 
en Champagne, Raoul de Gizy résidait habituellement à 
Troyes. 

1. Aisne, arr. de Laon, cant. de Sissoone. 

2. Oise, arr. de Seolis, cant. de Nanteail-le-HaadoaiD. 

3. Aube, arr. de Troyes, chef-lieu de canton. 

4. Ârch. de l'Aobe. 31 H M bis, fol. 448. 

5. Le pienier de ces actes, daté du vendredi après T Assomption, a pour 
objet uo compromis passé entre Raoul et le seigneur de Saint-Mesmin 
(Aube, arr. d'Arcis-sur-Aube, canton de Méry-sur-Seine), « touchant la 
pescberie de la rivière ». — Le second, daté du samedi après la Saint~Mar- 
tin d'hiver, relate la comparution de Raoul devant Pierre de Vauchassis et 
Pierre de Courcelles, bourgeois d'Brvy, arbitres élus pour trancher le dif- 
férend survenu entre les Bénédictins de Saint-Benoît sur- Loire (Loiret, 
arr. de Gien, canton d'Ouzouer-sur- Loire), et les Templiers, au sujet du 
gagnage d'Errey à Messon (Aube, arr. de Troyes, canton d'Bstissac). — 
Ârch. de l'Aube, 31 H 14 bit^ fol. 477 et 242. 

6. Boatiot : Hist, de Troyes, II, 45. 



64 LES TEMPUKBS A SANCBY 

Seigneur de Sancey, il v venait 1res fréquemmenl ; il y 
avait même sa chambre, comme nous 1 apprend Nicolas de 
Cerres, dans sa déposition, et ce fut lui qui y présida toutes 
les professions religieuses que nous venons de relater. 

Raoul de Gizy dut èlre arrêté à Troyes ou dans les environs, 
puisqu'il fut incarcéré dans cette ville, où on ne l'aurait eer- 
tainement pas amené d'un pays éloigné. 

Détenu daus une chambre de la Tour, il fui interrogé, le 
mercredi 18 octobre, par le prieur des dominicains de Troyes, 
délégué du grand inquisiteur, en présence des notaires Jean 
Patriarche et Jean de Thonon, des frères prêcheurs, Jean du 
Clos, Jean de Courcemain% et Anche^deCbavanges^ des che- 
valiers Jean de Charny' et Guy de Villamoroier, et aussi de 
Guy de Columeio, clerc de ce dernier. 

La déposition de Raoul de Gizy est de tout point semblable 
à celles de Nicolas de Cerres et de Jean de .^ainte-Geneviève ; ce 
sont les mêmes aveux, les mêmes gémissements, les mêmes 
larmes, le même appel à la miséricorde et au pardon, la même 
circonstance atténuante invoquée : je n'ai pas agi librement, 
mais sous le coup de la terreur. 

Aussi les notaires, qui ont écrit cette déposition à la suite de 
celles de Nicolas de Cerres et de Jean de Sainte-Geneviève, 
sur la même feuille de parchemin, n'ont pas même pris la 
peine d'en modiOer la forme; ils se servent des mêmes termes, 
c'est le même procès-verbal dans les parties essentielles, il 
est simplement abrégé sur quelques points de détail, ne 
faisant mention par exemple, ni du diocèse d'origine du pri- 
sonnier, ni de ses fonctions dans l'Ordre, ni de son dernier 
domicile, ni de la date, ni du lieu de sa profession, ni du Tem- 
plier qui la présida, ni des frères qui y assistèrent. 

Pour tout le reste nous ne pourrions que nous répéter, 
comme les notaires l'ont fait, et il nous semble préférable de 
renvoyer nos lecteurs aux dépositions de Nicolas de Cerres et 
de Jean de Sainte-Geneviève. 

Il est un point, cependant, sur lequel nous croyons devoir 
appeler leur attention : en parlant des trois baisers, Raoul de 
Gizy déclare formellement qu'Us étaient donnés, au frère qui 
entrait dans V Ordre ^ par le dignitaire qui présidait la céré- 
monie. 

1. Marne, arr. d'Epernay, cant. de Fère- Champenoise. 

2. Aube, arr. d*Ârcis-Bur-Aube, chef-Lieu de cant. 

3. Aube, arr. d'Arcis-sur-Aube, cant. deMéry-sur«Seine. 



LBS TBMPLIBBS A SANOBT 65 

Cette coDStatatioD est, selon nous, d'une importance capi- 
tale, et voilà pourquoi, dès maintenant, nous tenons à la sou- 
ligner. 

Nous avons vu que, trois jours -après leur comparution 
devant Tinquisileur, Nicolas de Gerres et Jean de Sainte-Gene- 
viève durent subir un second interrogatoire devant un agent 
du roi, Guy de Villamoroier. On craignait sans doute de les 
voir revenir sur leurs aveux, et il importait de les leur faire 
renouveler, à quelques jours d'intervalle, avec la déclaration 
formelle qu'ils les avaient faits librement et sans contrainte. 

On ne prit pas la même précautioh avec Raoul de Gizy. 
Pourquoi? sinon parce qu'on la jugea inutile, et que, son dé- 
vouement au roi étaut connu, on n'avait pas à craindre la 
moindre rétractation. 

Aussitôt donc qu'il eut entendu les aveux, Guy de Villa- 
moroier, qui était là comme simple témoin, intervint comme 
agent du roi, et &t cause commune avec T inquisiteur. A leur 
requête, les notaires relatèrent ce qui s'était passé, dans un 
acte en forme d'instrument public, et les requérants y appo- 
sèrent leur sceau, à côté des seings manuels desdils notaires, 
sans que les témoins, ^ï scrupuleusement désignés, aient été 
appelés à corroborer cet acte de leur propre signature*. 

Conduit à Paris, Raoul de Gizy fut interrogé le 9 novembre, 
dans la maison du Temple, par l'inquisiteur Nicolas d'Annecy, 
eu présence de plusieurs témoins, parmi lesquels nous signa- 
lerons le prieur des dominicains de Troyes, Jean d'Isle-Au- 
mont. 

Après avoir dit qu'il était âgé de 50 ans, que sa profession 
religieuse remontait à 22 ans et qu'elle avait eu lieu dans la 
maison du Temple des Vallées', au diocèse de Troyes, sous la 
présidence d'Hugues de Paraud, alors précepteur d'Epailly^, 
et en présence de plusieurs frères dont il ne se rappelait pas 

1. Arch. nal., J. 413*, n* 16. 

2. VcUleiat Les Vallées, commune de 6erceoay-en-Olbe, .\ube, arr. de 
Troyes, cent. d'Estissac. 

C'est & tort que M. Bouliot [op. ciL^ II, 2S) a identifié Valleia à Aval- 
leur. On se demande en outre pourquoi, après avoir dit que Raoul de 
Gizj devint receveur du roi en Champagne, il ajoute : « è Trojes, à Payns, 
à Sancey, à Bonleu, au Mesnil-Saint-Loup, etc. », comme si tous ces pays 
n'étaient pas en Champagne. 

3. Epailly, aujourd'hui simple ferme sur le territoire de Courban (Cdte- 
d'Or, arr. de Cbfttillon -sur-Seine, cant. de Montigny-sur-Aube), était js'lis 
une commanderie de Templiers. 

5 



66 Ltth TBMPLIEIIS A SANCEY 

les noms, il renouvela purement el simplement les déclarations 
qu'il avait faites à Troyes relativement aux bai&ers, au renie- 
ment et à la sodomie. 

Mais de nouveaux cbets d'accusation étaient venus s'ajouter 
à ceux qui pesaient déjà sur les Templiers lors de leur arresta- 
tation. On les inculpait notamment d'adorer une idole en forme 
de léle, et Raoul de Gizy eut à s'expliquer sur ce point. 

— Avez -vous vu la tète ? 

— Oui, je l'ai vue dans sept chapitre?, tenus par Hugues 
de Paraud et d'autres.' 

— Quel culte lui rendait-on ? 

— Dès qu'on la leur montrait, tous les frères, ôtanl leur ca- 
puce, se prosternaient pour l'adorer. 

— Quelle était la figure de l'idole ? 

— Si affreuse, si terrible à voir, qu'elle me parut être la 
ligure d'un Maufé (démon). Chaque fois qu'elle me fut mon- 
trée, une telle frayeur» un tel tremblement s'empara de moi, 
que je pus à peine la regarder. 

— Pourquoi les Templiers Tadoraient-ils ? 

— Ils n avaient pas à reculerdevant cette impiété, puisquils 
élaieut allés plus loin en reniant Jésus-Christ. Pour moi, ce- 
pendant, je ne l'adorai jamais de cœur. 

— Pourriez-vous citer quelques noms de ceux qui l'ado- 
raient ? 

— Oui; Gérard de Villiers, par exemple, et le frère servant 
qui était sou compagnon. 

— Combien avez-vous reçu de frères dans l'Ordre ? 

— Dix ou douze. 

— Avez-vous suivi le cérémonial observé dans votre propre 
profession ? 

— Oui ; il y a cependant quelques frères que je ne voulus 
pas baiser au bas de l'épine dorsale, à cause de l'horreur que 
cet acte m'inspirait. Pour le reniement, les crachats et le reste, 
les choses se pa^'sèrent comme à ma propre réception. 

— La violence, la crainte de la prison, de la torture, ou toute 
autre cause, ont-elles influé sur voire déposition, vous amenant 
à parler contre \\ veriie, ou bien à la taire ? 

— Nou ; j'ai parlé librement et j*ai dit la pure vérité «. • 
Après deux ans de détention, passés très probablement à 



t( Micbdei, op. tçtl., Il, 3ti3 et suiv. 



LBS TKMPLIBRS ▲ SANCBT 67 

Paris, dans la maison du Temple, Raoul de Gizy demanda à 
comparallre devant la Goounission papale, qui venait de com- 
mencer son enquête. Il y fut conduit, avec plusieurs autres 
Templiers, sous la garde du prévôl de Poitiers et de Jean de 
Jamville» le jeudi 27 novembre 1309. 

Introduit le premier, sous les titres de précepteur de Belvi- 
einis et de Lagny-le-Sec, et de receveur du trésor royal eu 
Champagne, ou lui demanda : 

€ Pourquoi ètes-vous venu? Voulez-vous défendre TOr- 
dre? » 

f Non, répondit-il, je n'ai nullement Tintention de défendre 
rOrdre ; je ne veux dire que ce que j*ai dit ailleurs, dans ma 
confession. Si je suis venu, c'est que Tévèque de Paris nous a 
dit que tous ceux qui voulaient se présenter devant vous pou- 
vaient le faire, et que j'étais curieux de vous voir ^ » 

La curiosité de Raoul ne fut sans doute pas pleinement sa- 
tisfaite par cette première visite, car nous le voyons revenir 
devant la commission le 20 février suivant. 

Son attitude est alors celle d*uu homme hésitant, qui se 
tient sur la réserve, se demandant de quel côté le vent va 
souffler, et cherchant, avant tout, à ne pas se compromettre. 
Il ne confirme pas ses déclarations antérieures, mais il ne les 
rétracte pas non plus. Il se borne à protester qu'il ne veut 
et n'entend rien dire contre le souverain Pontife, contre 
r Eglise, le roi, ses fils ou ses frères, — nous aimerions 
mieux l'engagement sérieusement pris, de ne rien dire 
contre la vérité, — puis il ajoute, plus ou moins ironique- 
ment : f Si vous voulez me rendre la liberté, me garantir con- 
tre tout emprisonnement, et me restituer les biens du Temple, 
dont je jouissais au moment de mon arrestation, je m'engage 
à comparaître devant vous chaque fois que vous me mande- 
rez*, t 

Rengagement était facile à prendre, et les avantages qui 
devaient en résulter pour le prisonnier, fort appréciables, mais 
les commissaires, estimant sans doute la proposition peu 
sérieuse, ne prirent pas même la peine de l'enterrer sous un 
non possumus. 

Raoul de Gizy resta doue en prison et nous le retrouvons 
devant la commission papale le vendredi après l'octave de 
TËpiphanie, 15 janvier 1311. Aux titres déjà connus de pré- 

1. Mkhelet, op. cit., I, 35, 36. 
S. Michelet, op. cit., I, 82. 



68 LES TBMPLIBRS A SANOBT 

cepleur de Lagny-le-Sec et de receveur du Trésor royal en 
Champagne, il joinl celui, — nouveau pour nous — de pré- 
cepteur de Hommereux S au diocèse de Beauvais ; il omet, par 
contre, celui de précepteur de Belvicinis, qu'il avait pris l'an- 
née précédente. De plus, nous constatons qu'il n^était pas 
chevalier, mais simple frère servant, chose étonnante, 
étant données les fonctions importantes qu'il a remplies. 

Il se présenta barbe rase et sans le manteau de Templier, 
qu'il avait quitté au concile de Sens, où il avait été absous et 
réconcilié par l'évèque de Paris. 

Après lecture de tous les chefs d'accusation, — et la liste en 
était longue — on lui demanda de s'expliquer d'abord sur les 
quatre premiers et il le fit en ces termes : 

c Avant toute chose, je déclare persister dans les aveux que 
j'ai faits à l'évèque de Paris. 

« Oui, l'Ordre du Temple, samtement institué, a été con- 
firmé et approuvé à Troyes, par l'autorité apostolique, en pré- 
sence de saint Bernard et d'un grand nombre de prélats et 
de barons. 

< Tant que la règle y fut observée, il prospéra ; mais dans 
la suite des temps, Je ne sais par le fait de qui, ni à quelle date 
précise, les abus relatés dans les quatre articles que vous 
venez de lire s'y introduisirent. 

< A chaque profession on apportait une croix, ou bien un mis- 
sel sur lequel était peinte l'image du Crucifié, et celui qui pré- 
sidait la cérémonie ordonnait au frère admis dans TOrdre de 
renier Dieu ou Jésus-Christ, de cracher sur l'image ou sur la 
croix, ot il était obéi. Quelquefois, cependant, les nouveaux 
frères, d'après leurs déclarations, reniaient de bouche et non 
de cœur, et ils crachaient à calé de la croix. 

« Le président leur disait ensuite que s'ils sentaient l'aiguil- 
lon de la chair, ils pouvaient avoir, entre frères, des rapports 
charnels, puis, sur son ordre, ils le baisaient sur la chair nue, 
entre le nombril et la poitrine. J'ai même entendu dire, mais 
je ne l'ai pas vu, qu'ils le baisaient quelquefois à l'anus. 

— Comment savez-vous les choses que vous venez de nous 
dire? 

— ■ D'abord par ma propre profession, qui eut lieu le diman- 
che après la Saint-Remi, il y a 26 ans, dans la maison du 
T«mple des Vallées, au diocèse de Troyes, sous la présidence 

L Oiâé^ arr. de Beauvais, canU de Grandyillien. 



LBS TBMPLISRS A SANCBT 69 

d'Hugues de Paraud, alors précepteur d'Epailly, en présence 
des frères Pierre de Vauchelles', Geoffroy de Tracby*, Mathieu 
de Pullencourt, Hugues le Bourguignon, Philippe de Man^ 
ciaeo^ et d'un autre appelé Emoliande, tous défunts. 

t Lorsque j'eus demandé le pain, leau et la société des frè- 
res*, Hugues de Paraud me dit : t C'est une grave affaire ; 
réfléchissez bien. En entrant dans l'Ordre, vous renoncez à 
▼otre volonté propre ; quand vous voudrez être en décade la 
mer, il vous &udra vivre au delà, veiller quand vous voudriez 
dormir, jeûner quand vous voudriez manger, et autres choses 
semblables. 

c J'insistai. 

< Après avoir délibéré quelques instants avec les frères 
présents, Hugues de Paraud me dit : c Je vous ad- 
mets », et il me fit prendre l'engagement, par vœu et par 
serment, prêté sur certain livre, de garder la chasteté, la pau- 
vreté, l'obéissance, d'observer les coutumes de l'Ordre, ainsi 
que tous les points de la règle, d'aider, selon mes forces, soit 
en deçà, soit au delà de la mer, à la conquête du royaume de 
Jérusalem, de ne pas demeurer là où quelque personne de 
noble condition serait injustement déshéritée, et de ne pas 
abandonner l'Ordre pour un autre, soit meilleur, soit moins 
bon, sans l'autorisation de mes supérieurs. 

c Après ce serment il m'ordonna de renier Dieu et de cra- 
cher sur la croix du missel, affirmant que c'était là un point 
de la règle. Comme je protestais, objectant qu'un tel acte était 
en opposition flagrante avec la sainteté de l'Ordre, il me dit : 
c N'ayez souci de cela ; ce n'est point votre affaire. » 

c Alors je reniai, de bouche, mais non de cour, et je cra- 
chai non sur la croix, mais à côté. 

c 11 m'en coûta beaucoup d'agir ainsi, et mon affliction fut 
extrême ; j'aurais mieux aimé être mort au milieu de la mer, 
ou de toute autre façon. Aussi, quand je sortis, je pleurai 
amèrement, en présence de personnes élrangères à l'Ordre, qui 
se trouvaient là. On me demanda la cause de mes larmes, mais 
je ne voulus pas la révéler. 

c Après le reniement et les crachats, Hugues de Paraud 

1. Oise, arr. de Compiègne, cant. de Noyoa. 

2. Traehy-le-Mont ou Trachy-le-Val, Oise, arr. de Compiègne. 

3. Probablement Mancy, Marne, arrondissement d'Bpernay, cant. 
d'ATize. 

4. Dans le texte on lit : Frêhorum, 



70 LES TBlfPLIBR£( A SANCBT 

m'ordonna de le baiser sur la chair nue» entre le nombril et la 
poitrine. Il ajouta même qu'un point de la règle me prescri- 
vait de le baiser à Tanus. Je refusai et il n'insista pas. 

c n me dit en outre que si j'étais brûlé par des désirs impurs, 
il m*était permis de chercher un rafraîchissement dans des 
rapports charnels avec les frères. Je ne le fis jamais et je ne 
sache pas que d'autres l'aient fait. 

c Enfin il me revêtit du manteau de l'Ordre, puis il m'em- 
brassa sur la bouche, et les autres frères en firent autant. 

t J'ai moi-même admis dans l'Ordre de la même façon plu- 
sieurs frères, notamment : 

c Jean de Leniambe, dans la maison du Temple des Vallées, 
il y a seize ans, en présence des frères Geoffroy de Trachy, 
Humbert d'Avalleur', Martin deBeurviile*, Pierre de Vau- 
chelles et autres, dont j'ai oublié les noms. 

c Jean de Sancey, dans la maison du Temple de ce village, 
il y a environ douze ans, en présence de Foulques de Troyes, 
de Jacques de Sancey et d'Etienne de Villiers, qui sont peut- 
être morts, peut-être vivants ; 

• Foulques de Troyes, dans la maison de Sancey, il y a envi- 
ron quatorze ans, en présence d'Humbertd'Âvalleur,d'Élienne 
de Villiers et de Geoffroy de Trachy, peut-être morts, peut- 
être vivants ; 

c Le frère appelé Tossanez, dans la maison de Langi- 
ville^ au diocèse de Beauvais, il y aura sept ans, entre la Pen- 
tecôte et la bWean-Baptiste, en présence de Jean de Noilhac, 
prêtre, de Pierre de Langiville, de Paris de Bures S peut-être 
morts, peut-être vivants. 

f J'observais ces pratiques, parce que les statuts les ren 
daient obligatoires", mais elles me déplaisaient beaucoup. 
Après la cérémonie, je prenais à part ceux que j'avais ainsi 
admis dans l'Ordre, et je leur recommandais de s'abstenir de 

1. Hameau de Bar-sur-Seine (Aube). 

2. Haute-Marne, arr. de Wassy, cant. de Doulevant. 

3. Probablement Laigueville, Oise, arr. de Clermont, cant. de Uancourt. 

4. Bure-les-Tempiiers, Côte-d'Or, arr. de Chfttii Ion- sur-Seine, cant. de 
Recey-sur-Ource. « Paris de Buref s'offrit à défendre l*Ordre. 

5. L'Ordre du Temple fut régi jusqu'à son dernier joar par des lois 
irréprochables yraiment monastiques et vraiment fort sévères. On n'a réel- 
lement rien retrouvé de ces fameux statuts secrets, malgré les recherches 
actives et intéressées des juges et des bourreaux. (H. de Curzon, op. cit.* 
XIII-XIV.) 



LES TBUPLIBR^ A SANCBT 1\ 

tout commerce charnel avec leurs frères, rélractaut ainsi l'au- 
torisation que je leur avais donnée antérieurement. 

c J'ai vu recevoir de la môme manière, par Hugues de 
Paraud et Gérard de Villiers, précepteur de France, quatre ou 
cinq frères dont j*ai oublié les noms. Je ne connais pas d'autre 
mode de récepliou et je crois que celui dont je viens de vous 
parler, élait suivi dans loules les maisons de TOrdre. 

c Je Tai souvent condamné dans mes entretiens avec 
Hugues de Paraud el Gérard de Villiers, leur disant que les 
professions devraient être publiques. Ils me répondaient : il 
faut se conformer à ce mode de réception, puisqu'il est prescrit 
par la règle; vous savez bien qu'on ne peut la modifier sur 
aucun point, sans le Grand Maître et le couvent d'oulre-mer. » 

— • Parlez-nous des 29 articles suivants, touchant les 
erreurs dogmatiques, la croix foulée aux pieds, le chai\ les 
sacrements, les pouvoirs du Grand-Maître et les baisers. • 

— c J'ai déjà répondu sur ce dernier poiut et je n'ai rieu à 
ajouter à ce que je vous ai dit. 

€ A mon avis, les Templiers croyaient aux sacrements, et 
j'y crois moi-même. 

c  la fin des chapitres, le président faisait de nombreuses 
prières pour le pape, pour l'Église et pour, d'autres causes 
juste», suivant la coutume de TÉglise. Ensuite, déposant son 
capuce et se tenant debout devant les frères, inclinés comme 
pour prier et pour demander pardon, il disait en langue vul- 
f'aire : 

f Beaus segnurs frères, toutes les choses que vous leys- 
seez à diere pour la honte de la char, ou por la justice de la 
mayson, tel pardon comme je vous fayit, je vous ens fais de 
boun cuor et de bone volenté ; et Dieu qui pardona la Maria 
Magdalene ses péchiez, les vos pardoint, et vos pri que vos 
priez à Dieu qu'il me pardon les miens ; et nostre frère cha- 
pelans se lèvera et fera la solucion, que Dieus absoUe lui et 
nous. » 

t Alors, s'il y avait un piètre, il se levait, faisait la confes- 
sion générale en disant : i Confiieor •, etc., et il terminait 
par les paroles de l'absolution : c Misereatur », etc. 

• Lorsqu'il n'y avait pas de prêtre dans l'assemblée, le pré- 
sident disait : t Si un prêtre se fût trouvé parmi nos frères, il 
aurait fait I absolution. » 

1. On accusait les Templiers d*adorer un chat, qui apparaissait quelque- 
fois dans leurs chapitres. 



} 



72 LBS TEMPLIERS A SANCBT 

— • Parcelle absolution, donnée par un président non re- 
vêtu du caractère sacerdotal, les frères se croyaient-ils absous 
de certains péchés d'impureté, ou d'autres, non confessés? 

— « Non ; et je ne me serais pas considéré comme absous 
de mes péchés non confessés, quand môme celte absolution 
générale eût été donnée par un prêtre. 

« Les Templiers se confessaient et communiaient trois fois 
Tannée ; mais ils devaient s'adresser à des prêtres de l'Ordre ; 
c'était seulement à défaut de ces prêtres, ou avec leur autori- 
sation, qu'ils pouvaient se confesser à d'autres. 

— c Pourquoi donc, alors, le président du chapitre faisait-il 
l'absolution et prononçait-il les paroles susdites ? 

— « Parce que plusieurs d'entre nous violaient leur vœu de 
pauvreté et commettaient certaines fautes, qu'ils n'osaient pas 
avouer, soit par crainte des peines édictées par la règle, soit 
par pudeur. En effet, ces fautes entraînaient, comme châti- 
ment, la discipline, donnée en plein chapitre par un prêtre. Les 
Coupables devaient, pour cela, se mettre complètement à nu, à 
partir des bras, sur lesquels ils tenaient leurs vêtements 
ramassés. Beaucoup avaient honte de paraître dans cet état 
devant leurs frères, et voilà pourquoi ils ne révélaient pas 
leurs fautes en chapitre ^ 

— c Est-il vrai qu'on entrait dans l'Ordre et qu'on jurait de 
ne pas le quitter, sans avoir fait de noviciat ; que les récep- 
tions étaient clandestines et que, de là, de graves soupçons 
planaient sur les Templiers? (art. 35 et suiv.). 

— I Oui; on jurait de ne pas quitter l'Ordre; on était de 
suite considéré comme profès, et les réceplions étaient clandes- 
tines ; je ne sais cependant si, pour cela, nous étions devenus 
suspects. 

— € La sodomie était-elle autorisée, voire même ordonnée ? 
(art. 40-45). 

— • J'ai déjà répondu sur ce point, et je n'ai rien à dire de 

1. Il est bon de rappeler, pour rintelligeDce de ce passage, que les Frè- 
res qui avaient violé la Règle, sur un point quelconque, devaient déclarer 
l6iir faute en Cbapitre et en demander pardon à genoux. 

Ceue confesELon purement disciplinaire, prescrite dans la plupart des 
Ordres rctigieun au moyen- ftge, n'avait rien de commun avec la confession 
Si^rumenUlle, aussi l'absolution que donnait le supérieur n'était pas l'abso- 
liilj(»a a pcccatis, mais simplement l'absolution ab excessibus regularumt 
cW-S'dire des fautes contre la Kègle (Cf. H. de Curzon, op. cU,^ XXIX- 
JtXX' — ÉiiEé de Montagnac, op. cit., p. 75). 



i 



LBS TEMPLIERS A SANCET 73 

plus. Je ne crois pas que les Frères se soieiil jamais livrés 
enlre eux à ces acles infâmes. 

— a Esl-ii vrai que, dans chaque province, les Templiers 
avaient des idoles, par exemple une tôle, à une ou à trois 
faces, ou bien encore un crâne humain ? (|u'ils adoraient cette 
tète dans leurs chapitres, disant qu*elle pouvait les sauver, les 
enrichir, qu'elle faisait fleurir les arbres et germer les plan- 
tes ; que TOrdre lui devait ses richesses? N*entouraient-iis pas 
cette tète de cordelettes, qu on remettait ensuite aux nouveaux 
profès, avec ordre de les porter continuellement sous leur che- 
mise? 

— • Il y a neuf ou dix ans, j'assistai, dans la semaine qui 
suivit la fête des apôtres S. Pierre et S. Paul, à un chapitre 
général tenu à Paris par Gérard de Villiers, précepteur de 
France. A la fin du chapitre, lorsque les assistants se furent 
agenouillés, un frère servant, attaché à la personne de Gérard, 
le frère Hugues de Besançon, si je ne me trompe, apporta une 
tète d'idole et la plaça sur un banc, près dudit Gérard. En la 
voyant, j'éprouvai une telle frayeur que je ne savais plus où 
j'étais, et que, baissant la tète, je sortis sans attendre Tabso- 
lution. J'ignore ce qui se passa ensuite. 

— c Quelle élait la figure de cette idole ? 

— « Je n'en sais rien; la frayeur m'empêcha de l'examiner, 
de me rendre compte. 

— I Auparavant, aviez-vous entendu parler de la tète ? 

— a Non. 

— t A votre avis, cette tète était-elle quelque chose de bon, 
ou quelque chose de mauvais ? 

— • Quelque chose de mauvais. 

— c N'avez-vous pas été réprimandé pour avoir ainsi quitté 
le chapitre ? 

— c Non ; je remplaçais alors le grand receveur des finances 
royales, et je pouvais entrer et sortir quand bon me semblait. 

— « Avez-vous demandé à ceux qui étaient restés ce que 
Ton fit avec la tète ? 

— f Non. 

— I Nommez les frères qui assistaient au chapitre. 

— c Je ne me rappelle pas ; je me souviens seulement de 
Gérard de Villiers et de Hugues, son frère servant. 

c Dans un autre chapitre tenu à Paris, Tannée précédente 
ou l'année suivante, par Gérard de Villiers ou par Hugues de 



74 LBS TF.MPLIERS A SANCBT 

Paraud, mais plutôt par le premier, je vis la même lête. Je ne 
pourrais dire qui l'apporta; mais dès que je Taperçus, je me 
retirai. J'ignore ce qui se passa ensuite, et je ue me souviens 
pas de ceux qui assistaient au chapitre. 

— « Le président et les frères se levèrent-ils, ou ûrenl-ils 
une révérence à la tète au moment où on l'apportait ? 

— « Non. 

— € Dans quoi fut-elle apportée? 

— I Je ne sais plus; il me semble cependant que ce fut dans 
un petit sac. Je ne pourrais dire non plus si elle était grande 
comme une tête d'homme, si elle était en métal ou en bois, ou 
si c'était un crâne humain. 

— c Parlez-nous des cordelettes? (art. 58-61). 

— • Nous devions coucher, vêtus de lin, et ceints d'une 
petite corde, qui nous était remise le jour de notre profession. 
J'ignore si ces cordes avaient touché à l'idole ; il n'en fut cer- 
tainement pas ainsi de la mienne, que je croyais porter en 
signe de chasteté. 

— c Le mode de réception dont vous avez parlé était-il suivi 
partout? Ceux qui ne voulaient pas s'y soumettre n'étaient-ils 
pas mis à mort ou emprisonnés? Le secret ne vous était-il pas 
imposé sous les mêmes peines? Quelle est la responsabilité 
des frères qui connaissaient ces abus? Comment le devoir de 
Taumôue et celui de l'hospitalité étaient-ils remplis dans 
l'Ordre? (art. 61-100). 

— I Je crois que le mode de réception était le même partout. 
Nous nous engagions, par serment, à ne pas le faire connaître ; 
j'ignore de quelle peine auraient été frappés ceux qui n'au- 
raient pas voulu s'y soumettre, ou qui auraient été infidèles à 
leur serment. Entre nous, cependant, nous parlions souvent 
de cet étrange cérémonial, et nous sommes assurément cou- 
pables de négligence, car nous aurions dû réformer ces abus, 
ou les dénoncer à l'Eglise. 

« On était plus ou moins ûdèle à faire les aumônes pres- 
crites et à exercer l'hospitalité. L'année où le blé fut très cher, 
j'ai fait augmenter la somme fixée pour les aumônes, dans la 
maison de Lagny-le-Sec, bien que les frères me conseillassent 
le contraire. Gérard de Villiers, dans les baillies de Brive, de 
Mont-Soissons^ etdeBarbonneSaagi tout autrement que moi. » 

1. Mont-de-Soissons, commanderie, commune de Serches, Aisne, arr. 
de Soissons, cant. de Braisnefi. 

t. M<)rne, arr. d'Épernaj, cant. de Sézanne. 



LES TEMPLIKRS A SANCEY 75 

Sur les derniers articles de Tacte d'accusation (101 et suiv.), 
Baoul de Gizy déposa ainsi : 

« Les chapitres se teuaienl de jour, mais secrètement ; seuls 
les membres de TOrdre y étaient admis; on y célébrait une 
messe du Saint-Esprit, et un sermon y était prononcé par un 
religieux. Ils pouvaient se tenir de nuit, tempestive, lorsqu'une 
raison majeure le demandait, ou que les frères avaient à che- 
vaucher contre les ennemis de la foi. 

c Je crois que tout ce que le Grand-Uaitre ordonnait en 
assemblée générale avait force de loi dans l'Oidre entier; que 
de grands scandales sont résultés des abus relatés ; que le 
mode de réception, connu de tous les frères, ne Tétait pas des 
étrangers ; en6n, j*ai entendu dire que plusieurs frères ont 
avoué les fautes qui nous sont reprochées. Pour moi, je m'en 
suis confessé à Lyon, lors du couronnement du Souverain 
Pontife, c'est-à-dire avant notre arrestation, et lorsque rien ne 
la faisait pressentir. 

c Je me suis adressé à Jean de Dijon, religieux de l'Ordre 
des Frères Mineurs, et grand pénitencier dii Pape. II est, 
maintenant, dit-on, à la Cour romaine, et on peut l'interroger 
à ce sujet. 

i En entendant de tels aveux, mon confesseur, frappé de 
stupeur, se mit à se signer (comme on le fait en présence d'un 
démon), mais, finalement, il me donna Tabsolution. Comme 
pénitence, il m'imposa de me donner fortement la discipline, 
en secret cependant, et de manière à ce que les frères ne 
pussent s'en apercevoir. Lorsque cela me serait impossible, 
je- devrais jeûner et faire d'autres œuvres satisfactoires. 

« Il me défendit de recevoir désormais aucun frère de la 
manière susdite, et me demanda de travailler, dans la mesure 
de mes forces, à la suppression des abus dans la milice du 
Temple. 

< Je le promis, et, de fait, peu après, j'engageai Hugues de 
Paraud, qui se trouvait alors près de Lyon, à joindre ses 
efforts aux miens pour opérer cette réforme. 

I II me répondit : « le Grand-Maître va venir d'Outre-Mer ; 
attendons son arrivée •, et il jura, la main sur la croix de son 
manteau, que si le Grand-Maître refusait de prendre l'initia- 
tive, il la prendrait lui-même, certain à l'avance d'être suivi 
dans cette voie par tous les frères. 

I Nous eûmes cet entretien dans la maison du Temple de 



76 LRS TBMPLIBRS A SANCET 

Vaux S à six lieues au-delà de Lyon ; mais nous étions seuls, 
aucun témoin ne Tentendit et ne pourrait en déposer*. > 

De la simple narration, passons à la critique. 

Receveur des finances, c'est-à-dire fonctionnaire rojal, 
autant et plus encore peut-être que religieux, Raoul de Gizy 
devait être gagné à la politique de Philippe-le-Bel, et faire 
cause commune avec les agents de la Couronne. A ce titre, 
nous aurions droit de le récuser comme témoin. 

Ce droit, nous ne voulons pas en user. 

Dans rintérôt même de la vérité, il importe de retenir, dans 
leur intégrité, les trois dépositions que nous venons de trans- 
crire. Elles constituent, en efiet, un tel monument de four- 
berie, qu'elles vont tout-à-fait à rencontre de ce que Raoul 
de Gizy veut établir. Ce qui en résulte, après une lecture 
attentive, ce nest pas la culpabilité des Templiers, mais la 
mauvaise foi du témoin. Mentita est inifuUas sibi. 

Relevons brièvement, à Tappui de cette assertion, les con- 
tradictions flagrantes dans lesquelles le receveur royal est 
tombé, les démentis qu'il se donne, et ceux qu'il reçoit. 

Dans son premier interrogatoire, à la Tour de Troyes 
(18 octobre 1307), Raoul affirme que trois baisers, Tun au 
bas de l'épine dorsale, l'autre sur le nombril, le troisième à la 
bouche, étaient donnés au frère qui faisait profession, par le 
dignitaire qui recevait ses vœux et l'admettait dans TOrdre. 

Le mois suivant (9 novembre 1307), il renouvelle cette 
affirmation à Paris, devant l'inquisiteur Nicolas d'Annecy, 
disant que les choses s'étaient passées ainsi dans les diverses 
professions religieuses qu'il avait eu à présider, sauf cepen - 
dant quelques exceptions, motivées par la répugnance qu'il 
éprouvait à donner le premier baiser. 

Devant la CommissioH pontificale (15 janvier 1311), il tient 
un tout autre langage : l'a^^eut devient le patient, et vice versa, 
c'est-à-dire que les baisers sont donnés, non plus par le pré- 
sident au nouveau Frère, mais par le nouveau Frère au pré- 
sident, ce qui, d'ailleurs, parait moins invraisemblable. 

En outre, il n'est plus question de trois baisers, mais d'un seul, 
donné entre le nombril et la poitrine. Raoul a bien entendu 
parler d'un baiser à l'anus, mais il ne Ta pas donné le jour 
de sa réception, et il n'a jamais vu aucun de ses frères le 
donner. 

1. RhÛDey arr. et cant. de Villefranche-sur-Saône. 
^1. Micbeiet, op. cîL, 394-402. 



i 



W^- 



LKâ TBMPLIBRS A 8AKCBT 77 

N*est-ce pas là ce qu on peut appeler se contredire à plaisir? 
et de telles variations ne sont-elles pas plus que suffisantes 
pour discréditer et disqualifier un témoin 7 

La Commission pontificale n'avait sans doute pas sous les 
yeux les procès- verbaux des deux premières enquêtes faites 
par rinquisition, car il lui eût été facile de relever ces contra- 
dictions, et si, réellement, son impartialité et son désir défaire 
la lumière s'étendaient au-delà de la crainte de déplaire au roi, 
elle eût mis Raoul de Gizy en demeure de les expliquer. Peut- 
être aurions-nous ainsi la clef du mystère, le mot de Ténigme. 

Ce mot, que la Commission, volontairement ou non, ne nous 
a pas laissé, nous Tavons cherché et, au moins sur un point, 
— le point principal, — nous croyons Tavoir trouvé. 

Le voici : 

Dans ses deux premiers interrogatoires, Raoul de Otzy a 
parlé conformément à l'acte d'accusation dressé par les agents 
du roi ; en fonctionnaire dévoué, il a confirmé purement et 
simplement les méfaits imputés aux Templiers. 

En effet, que lisons-nous dans les lettres du 14 septembre 
1 307, portant Tordre d'arrestation ? Ceci : • Les Templiers 
crachent sur le Crucifix et le renient trois fois lors de leur ré« 
ception. Puis, dépouillant les vêUmenls qu'ils portaient dans le 
siècle^ et i offrant nus à, leur visiteur ou à son remplaçant, 
chargé de procéder à leur réception, ils sont baisés par Ini trois 
fois : uns fois au bas de V épine du dos^ ensuite sur le nombril 
et enfin sur la bouche^. 

L'accusation est précise : les trois baisers sont reçus et non 
donnés par le récipiendaire, et celad'après les statuts de l'Ordre. 
Le roi Taffirme et Raoul de Gizy l'avoue. 

Si le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable, c'est ' 
seulement par exception, comme le mot quelquefois Tindique, 
et il y a dans l'invraisomblance des limites qu'il ne faut pas 
dépasser. 

On le comprit, et bientôt on jugea prudent de sortir de 
Texceplion pour rentrer dans la règle. 

1. • Ter abnegtnt Cbri8ttim,terinftciem spauDlejut. Bipostmodumezotis 
▼esUbos quot in tecalari habitu dafarebaat, oudi in vifiittoris, nui vicem 
ejus gerentjt, qai eos ad profeaaionem redpit, preanntià oonatituti» in pos- 
teriori parte spine dorsi primo, secundo in umbilioo, et deaiam in ore, in 
knninne dignitatis opprabrium, jnxta propbanum or linia ani rilnm deoscn- 
lantnr ab ipeo. i (Ciroolaire de Philippe le Bel accompagnant l'ordre d'arrea- 
talion dee Templiers et dont lecture fat donnée au peuple. Edidit Boutarie 
dans Aev. àss quesl. htsi., X, p. 329.) 



78 LES TRMPLIBBS A SANCKY 

L'acte d'accusation fut donc quelque peu modifié. Celui 
remis par le pape aux membres de la Commission d'enquête, 
mentionnait non plus les trois baisers réglementaires, c'est- 
à-dire prescrits par les statuts, mais tantôt un, tantôt deux, 
tantôt trois ; et ces baisers étaient donnés, quelquefois par le 
président au récipiendaire, d'autres fois par le récipiendaire 
au président. 

C'était ouvrir une nouvelle voie à ceux qui s'étaient impru- 
demment engagés dans la première. Raoul de Gizy s'empressa 
d'y entrer, heureux de pouvoir, en intervertissant les rôles, 
laver la honte dont il s'étiit couvert dans ses premiers aveux *. 

Il déclara donc dans son troisième interrogatoire que, lors de 
son admii^sion dans l'Ordre, il avait donné au président un 
baiser seulement, entre le nombril et la poitrine, qu'il avait 
été lui-même baisé sur la bouche pur tous les frères présents, 
et que les choses s'étaient passées de la même façon dans toutes 
les professions qu*il a^ait eu à présider. 

Cet aveu était moins déshonorant, pour lui, que les premiers, 
mais qui oserait prétendre qu'il était plus conforme à la vérité ? 

Les contradictions de Raoul de Gizy relativement à Tagect, 
au nombre et à la place des baisers, ne sont pas les seules que 

1 . Bn octobre 1307 dix Templiers recoonureat à Paris de?aot les inqui- 
siteurs SToir reçu les trois baisers, du visiteur ou de son délégué, ce sont : 
Raoul de Gizy, Jean de TurnOt trésorier du Temple de Paris, Imbert de 
Saint-Joire (Meuse), précepteur de la baillie de CbAlons, Dominique de 
Dijon, gardien de la maison de Joigny, Raoul de Grandyillar, du diocèse 
d'Amiens, Jean de Sivrej, du diocèse de Sens, Mathieu de TahuUâ, du 
diocèse de Beauvais. Nicolas de Cerres, Jesn de Saiate- Geneviève et Jean de 
VaUe-BeUaudi, 

Or, de ces dix témoins à charge, les quatre premiers ont parlé dans un 
seus tout opposé devant la Commission pontificale : Raoul de Gizy en inter- 
vertissant les rôles, comme nous venons de le voir , Jean de Turno en 
déclarant avoir baisé non le président, mais frèra Guillaume Fabri, sur le 
sein gauche, on le sein droit, vêtements interposés; Imbert de Saint-Joire en 
niant purement et simplement tout baiser déshonnête ; Dominique de Dijon 
en disant avoir reçu les baisers sur la bouche et sur les épaules, vêtements 
interposés {Michelet, 1, 68, 114, 132. 407, 597, 633 ; - II, 315, 366,368). 

Des six antres, cinq rétractèrent, au moins implicitement, leurs aveux, en 
déclarant vouloir défendre l'Ordre : ce sont Raoul de Grandvillar, qui dut 
mourir sur le bûcher, Jean de Sivrey, Mathieu de TàbuUâ, Nicolas de Cerres 
et Jean de Sainte-Geneviève {Michelet : I, 64, 65, 67, 77, 104, 105, 110, l34. 
494 ; — II. 354, 368, 381). 

Quant au dixième, Jean de Valle-BeUaudi, il n'est plus fait mention de 
lui dans les pièces du procès après son aven ; il ne comparut pas une aenle 
fois devant la Commission et n'eut par conséquent ni à le confirmer» ni à le 
rétracter {Michelet, U, 359). 



LBS TBMPLlIfiHS A SANGBY 79 

nous ayons à relever. D'autres suivent, non moins flagrantes, 
non moins cyniques. 

Par exemple, devant les inquisiteurs, il affirme avoir vu la 
tête dans sept chapitres, tenus par Hugues de Paraud et d'au- 
tres dignitaires. A la vue db Tidole, les frères, ôtantleur capuce, 
se prosternaient pour iadorer, et il Tadora lui-môme, mais non 
de cœur. 

Devant la Commission papale, ce n'est plus dans sept cha- 
pitres, mais dans deux seulement, tenus, l'un par Gérard de 
Villiers, l'autre par le même, ou par Hugues de Paraud, mais 
plutôt par le premier. 

Raoul a été tellement effrayé^ que, de suite, il est sorti du 
chapitre ; il n*a donc pas adoré Tidole ; de plus les frères ne se 
sont pas inclinés devant elle, au moment où on l'apportait, ec 
il ignore s'ils Tout adorée après son départ. Autant de contra- 
dictions que d'affirmations. 

Devant les inquisiteurs. Raoul affirme avoir reçu dans l'Ordre 
dix ou douze frères ; devant la Commission pontificale, il n'en 
nomme plus que quatre, dont la profession remontait à 7, 12, 
14 et 16 ans. 

Il ne parle pas des réceptions dont il aurait dû plus facile- 
ment se souvenir; celle, par exemple, de Nicolas de Cerres, qui 
avait eu lieu quelques mois seulement avant Tarrostation des 
Templiers. 

Pourquoi ces omissions ? Pouquoi cette sélection ? 

La Commission pontificale, qui aurait pu utilement poser 
ces questions, ne Va pas fait, laissant ainsi le champ ouvert à 
toutes les conjectures. 

N'entrons pas dans cette voie et bornons-nous à dire que, 
d'après le relevé que nous en avons fait sur les actes du procès, 
ce o'est ni quatre, ni douze, mais vingt-deux frères qui 
furent reçus dans l'Ordre par Haoul de Gizy. 

Nous pourrions encore faire remarquer que les trois renie- 
ments et les trois crachats, avoués devant les inquisiteurs, se 
réduisent à un seul devant la Commission pontificale, et que 
Raoul de Gizy, qui, en 1307, ne se souvenait pas des frères 
qui avaient assisté à sa profession, en nomma cinq en 1311 , 
avec la certitude qu'ils ne le contrediraient pas, puisque tous 
les cinq étaient morts ; mais à quoi bon insister ? La mauvaise 
foi de Raoul de Gizy nous parait amplement démontrée, et au 
lieu de servie la cause du roi, elle sert admirablement celle 
des Templiers. 



80 LMB TBMPLIBBS A SANCKY 

En effet, si un faux lémoignage r/est pas une preuve abso- 
lue de rinnocence de l'accusé, contre lequel il est porté, c'en 
est au moins une grave présomption, et, dans Tespèce, on est 
autorisé à penser que si les gens du roi ont cherché et trouvé 
un faux témoin, ils ont pu tout aussi bien en chercher ei en 
trouver vingt. 

Eq résumé, sur les dix Templiers se rattachant, par un 
lien quelconque, soit au village, soit à la Maison de Sancey, 
nn, Jean deSancej, doit être éliminé, comme n'ayant pas pris 
une part active au procès ; il est en effet simplement nommé, 
une seule fois, comme témoin d'une réception, dans les actes 
de Tenquète. 

DeMX doivent être récusés : Jacques de Troyes, comme 
transfuge, et Raoul de Gizy, comme faux témoin. 

Deux, soumis à la procédure inquisitoriale, ont fait des 
aveux qu'ils ont rétractés ensuite et sans retour, devant la 
Commission pontificale; ce sont : Nicolas de Cerreaet Foul- 
ques de Troyes. 

Vevw, Jean de Pont-rEvèque et Chrétien de Bissey, eurent 
une conduite tout opposée : après s'être fait inscrire comme 
défenseurs de TOrdre, ils renoncèrent à leur généreux dessein, 
effrayés par Taffreux auto-da-fé du 12 mai, et ils finirent par 
avouer, sur deux points seulement de Tacte d'accusation : le 
reniement de Notre-Seigneur et les crachats sur le crucifix. 

Deux, Etienne et Nicolas de Sancey» furent également des 
546 qui s'offrirent pour la défense de TOrdre; nous ne voyons 
pas qu'ils revinrent sur leur décision, et nous n'avons aucune 
raison de le penser, (^^e qui nous parait probable, c est qu'ils 
furent condamnés à la détention perpétuelle, ou qu'ils mouru- 
rent en prison, entre les 9-12 février 1310, dates de leur décla- 
ration, et le 9 novembre de la même année, date de la reprise de 
Tenquête pontificale, car, comme nous l'avons dit, il n'est plus 
fait mention d'eux dans les procès-verbaux de la Commission. 

Quant au dixième, Jacques de Sancey, il affirma courageu- 
sement l'innocence de l'Ordre, non seulement jusqu'à la tor- 
ture, mais jusqu'à la mort, et quelle mort I la mort sur le bûcher. 
Ainsi, après enquête sérieuse, les aveux partiels et in extre- 
mis de Jean de Pont-l'Ëvèque et de Chrétien de Bissey, sont 
les seules charges qui restent contre les Templiers de Saocey ; 
mais ces aveux, intéressés et cootradictoires, nous paraissent 
d'un poids bien léger, à côté du témoignage invariable, désin- 
téressé et héroïque de Jacques de Sancey. 



LBS TBMPUKRS A SANCEY 81 

Âyaut à choisir enlre ces lémoios, il oous semble que tout lec- 
teur impartial dira comme nous, et sans la moindre hésitation : 
c Je crois celui qui Q*a pas varié, même sous la flamme du 
bûcher ; il a sacrifié sa vie à la vérité, tanJis que, selon toute 
apparence, les autres ont sacrifié la vérité à leur vie ou à leur 
liberté. » 

Et maintenant quelle sera la conclusion de notre travail ? 
Affirmerons-nous que les Templiers étaient innocents ? 

Non ; nous n'avons pas jusqu'à ce point oublié les règles de 
la logique. 

Notre enquête n'étant que partielle, Tinnocence générale de 
rOrdre ne saurait en résulter comme conséquence. Tout ce 
que nous pouvons dire, c'est que, après mûr examen, en ce 
qui concerne la maison de Sancey« aucune charge sérieuse ne 
reste debout contre l'Ordre du Temple. 

On nous objectera peut-être que/ même dans les limites que 
oous avons voulu lui donner, notre travail est incomplet et 
qu'aux dix Templiers que nous avons présentés à nos lec- 
teurs« il conviendrait d'en ajouter quatre autres : Robert de 
Sancey, Arnoux de Sancey, Guy de Dourdan et Dreux. Ils sont 
CD effet mentionnés par M. Boutiot, les deux premiers comme 
originaires de Sancey, et l&s deux autres comme précepteurs 
du Temple de ce village K 

A cela nous répondrons : 

Si nous n'avons pas de raisons d'éliminer Robert de Sancey, 
nous n'en avons pas non plus pour l'admettre sur notre liste, 
car il est cité une seule fois dans les pièces du procès, et sans 
indication de diocèse, de sorte que rien ne nous autorise à le 
revendiquer comme nôtre *, 

Le nom de Dreux ne se trouve également qu'une seule fois 
dans les documents édités par Michelet. Cjté, par le frère 
Lambert de CormelliSy au nombre des témoins qui, en 1303, 
assistèrent à la profession d'Hugues de Nanteuil dans la mai- 
son du Temple de Cheroy, il est ainsi qualifié : Droeo, precejh 
tordomus de Scinhi^ diocesis Trecensis, Dreux, précepteur de 
la maison de Scinhi, diocèse de Troyes. 

1 . Boutiot : Hist. de Troyes, II, 8. 

2. Michelet, I, 118, 119. — finfermé avec vingt autres Templiers dans 
la maison de l'évêque de Beauvais, sise entre l'église Sainte-Geneviève et 
le couvent des Frères Prêcheurs, Robert de Sancey et ses co-détenus réfu- 
tèrent de constituer procureurs, quand, le 31 mars 1810, ils reçurent la 
visite des notaires envoyés par la Commission papale. Robert doit donc 
être compté parmi les défenseurs de TOrdre* 

6 



82 LBS TBMPLIBBS A SANCBT 

M. Bouliol a traduit Scinhi par Saneey. La traduction est 
UD peu libre, on en convieDdra, et les mots diocâsis Treeensit 
ne sauraient suffisamment la justifier. 

Arnoul de Sanciaco ou de Sanceyo adhéra à la déclaration 
collective et résista, avec ses co-détenus, aux instances des 
notaires, qui leur demandaient Je constituer des procureurs ; 
mais, d'après les actes du procès, il appartenait au diocèse de 
Sens, Senonensis ; il n'était donc pas de Sancey près Troyes *. 

Môme réflexion pour Guy de Dourdan. La maison de 
Sanceyo, dont il fut précepteur, était du diocèse de Sens. Plus 
favorisée que la nôtre, elle avait une chapelle, et c'est dans 
cette chapelle qu'eut lieu, en présence de Guy, la réception 
d'Ârnoul de Mondeville *. 

Si nous en croyons les actes du procès, les Templiers 
avaient donc un établissement dans un village du diocèse de 
Sens, appelé tantôt Sanciacum, tantôt Sanceyum^ et c'est à ce 
village, et non à Sancey près Troyes. qu'Amoul et Guy de 
Dourdan doivent être rattachés. 

Du reste, en fût-il autrement, et les quatre Templiers en 
question eussent-ils réellement, comme Taffirme M. Boutiot, 
appartenu, à un titre quelconque, à notre Sancey, que lès 
conclusions de notre travail n'en seraient en rien modifiées. 

En effet, Dreux et Guy de Dourdan doivent être mis hors de 
cause, et nul ne peut dire quelle fut, ou quelle eût été leur 
attitude, puisqu'il ne reste pas trace de leur comparution, soit 
devant le tribunal de Tlnquisition, soit devant la commission 
pontificale. S'ils ne sont pas pour nous, ils ne sont donc pas 
non plus contre nous. 

Robert et Ârnoul, au contraire, ont nettement pris position 
devant la commission ; ils ont déclaré vouloir défendre l'Or- 
dre ; peu importe d'où ils viennent, ce sont des auxiliaires, 
qui militent en faveur de nos conclusions, et nous les saluons 
comme tels. 

A. PÉTBL. 

1. Michelet, op. cit., I, 109 ; il, 1^0. 

2. Michelet, op. ci(«, I, 411. 



LES TKMPUtt&S A SANCttT 



83 



TABLE DES NOMS DE LIEUX ET DES NOMS 
DE PERSONNES* 



Acre 6, 8. 

Aimard, T., 9. 

Aimery, de Villier«-Ic-Duc, T., 

Aix (Prévôt d*). 27. 

Alix, femme de Guillaume de 
Courgerennes, 9. 

Amiens (Diocèse d'), 78, note. 

Ancher de Chavanges, domini- 
cain. 64. 

Annecy (Nicolas d*), dominicain, 

261 31» 34, 37> 47. 6^. 1^- 
ArâiUures (Guillaume des», T., 6, 

7- 
Arnoul de Mondcville, T., 82. 
Arnoux de Sancey, T., 81, 82. 
Aj»enay (Aube) (Thibaut d'), 11. 
Auluay (Aube) (Erard d'), j, note 
a ; 6, note. 

— (Eudes d'), 6, note i. 

— (Odard d'), 6, note i. 

- (Oudart d'), 6. 

- (Vilain dO, 5, 6, 7, 8, 9, 

16, 17. 
Avallcur (Aube), 56, note; J9, 
65, note 2, 

— (Humbert d'), T., 70. 

— (Pierre d'), prêtre, 61. 
Aymon de Barbonne, T., 28, note. 

Barberousse (Frédéric), 40, note 

I. 
Barbonne (Marne), 74. 

— (Aymon de), T., 28, 
note. 

Bar- sur- Aube (Jean de), T., 46, 
note. 



Barthélémy de Troyes, T., 58, 

note. 
Baudière (Porte), k Paris, 49. 
Baudouin, empereur de Constan- 

tinople, 7, 8. 
Baudouin de Gizy, T., 23, 26,29, 

30. 55. 
Bayeux (Eveque de), 27. 
Beauvais (Diocèse de), 68, 70, 78 ; 

(Ëvéque de), 81, noce. 
Belle- Eglise (Oise), 53, note. 
BehicinLs (Précepteur de), 63 , 67, 

68. 
Beracc (Thibaut), 14. 
Bercenay-en-Othe (Aube), 65, 

note 2. 
Berger (Jean), T., 34, 37. 
Bergerofi (Raynaud de). T., 56. 
Bernard (Saine-), 68. 
Bernard de Saint- Paul, T , J3. 
Bertrand de Saint^Paul, T., 52. 
Besançon (Hugues de), T., 73. 
Beurville (Haute-Marne) (Martin 

de), T., 70. 
Béziers (Flexian de), 4$;. 
Biaucoullons (Pierre, dit), 24. 
Bissey (Côte-d'Or) (Chrétien de), 

T., 18, 28, note, $6 à 63, 80, 

81. 
Blacas /Duc de), 42, note. 
Bonin de Sancey, 13. 
Bonleu (Aube), 6j, note 2. 
Bouiliy (Aube), 63 ; (Etienne de), 
63. 

— (Jaquinot de), 63, 
Boulancourt (Maison de), à Troyes, 

24. 



• A'oCa. — Dans celte lable, chaque nom de Templier est suivi de 
la lettre initiale T. 



84 



LBS TBMPLIKRS A SANCKY 



Boulogne (Pierre de). T., 4$, 

Boutaric, 20, 77, note. 

Boutiot, 8, 9, 15, aa, note 3 ; 

a5, note; éiy noce ^; 81, 8a. 
Bretonnière (La) (Aube), 10. 



Bréviandes (Aube), 7, note 7; la. 

Brie (Saillie de), 63, 74; (Com- 
mandeur de), 63 ; (Précepteur 
de), 33. 

Buchères (Aube), 9, note 4. 

Bures (Cdte-d'Or), 70. 

Campaneâ (Jean de), T., 28, note. 
Capoue (Pierre de), 7. 
Cercelles (Scine-et-Ôisc) (Pierre 
de). T., 30, 50, 51, 54, j6, 
note ; 58, note. 
Cerres (Aube) (Nicolas de), T., 
18 à 30, 40, 50, note; 
5fj5^y^47^5y 78, note. 
79, 80. 
— (P. de). T., 28, note. 
Châlont (Baillie de), 78, noce. 
Chalop, surnom de Geoffroy En- 

gueior, 26. 
Cnaminis (Jean de), a8, 49. 
Champ-Madeleine, cimetière des 

Juin, 63. 
Champagne (Comtes de), ^, 9, 
la, 13, 16; (Maré- 
chal de). 5, note a ; 

— (Marie de), 8. 

Champagne, chanoine de Troyes, 

10. 
Chappes (Aube) (Clérembaud de), 

- (Gui de), 5, 6 
Charny (Aube) (Jean de), 64. 
Chartres (Evéque de), 34. 
Chaumont (Thibaut de), coutu- 
rier, ij. 
Chaumont (Yonne) (Baillie de), 

ChaurvilU (Robert de), T., 6, 7, 

8. 
Chavanges (Aube) (Ancher de), 

dominicain, 64. 
Chevru (Seine-ec-Marne), a3. 
Chrétien, T., portier de Sancey, 

a6, 39 ; Précepteur de Villiers, 

a3, 29. 
Chrétien de Bissey, T., 18, 28, 

note ; 56 à 63, 80, 81. 
Clair in (Nicolas), épicier, 63. 
Clément V, 21, 27, 4$, note, 
Clérembaud de Cnappes, j. 



Clérin (Ma nasses), 14. 

Clesles (Marne) (Pierre de), ofiS- 

cial, 10. 
Clos (Le) (Aube), a4, note i. 
— (Jean du), dominicain, 24, 

64. 
Coclois (Aube) (Jacques de), 

clerc, juré royal, 15. 
Colin, dit le Cornillaz, 14, 1$. 
Columeio (Guy de), clerc, 64. 

— (Pierre de), clerc, 24 
Compiègne (Raoul de). T., 47 
Constantinople, 7. 
Corgebin (Haute-Marne), 56. 
Cormellis (Lambert de). T., 82. 
Cornillaz, surnom de Colin, 14, 

Coulemel (Aube), 24, note 4. 
Coulours (Yonne) (A. de), T., 9. 
Courban (Côtc-d'Or), 65, note 3. 

— (Dominique de). T., 59. 
Courcelles (Pierre de), bourgeois 

d'Er^, 63, noce 5. 
Courcemain (Marne) (Jean de), 

dominicain^ 64. 
Courgerennes (Aube) (Droyn de), 
9« 10, 16. 
— (Guillaume de), 9, 

10. 
Courtenay (Robert de), archevê- 
que de Reims, 33, note 2. 
Crèvecœur (Seine-et-Marne), 27. 
Cul-du-Sac, lieudit de Sancey, 14. 
Curzon (Henri de), 23, note 1 ; 

31, noce 3; 35, note; 39, noce; 

40, noce; 61. note; 70, note j; 

72, note 1. 

Dameron (Henri), juré royal, 1^. 
Delaville-Le-Roulx, 33, note 2 ; 

45, note. 
Dijon (Dominique de), T., 78, 
note. 

— (Jean de). Frère mineur, 

75. 
Dôle (Diocèse de), 26. 
Dominique de Courban, T., 59. 
Dominique de Dijon, T., 78, note. 
Dourdau (Seine-et-Oise)(Guy de), 

T., 81, 82. 
Dreux, T., 81, 82. 
Dronnay {\\iht) [JtMi AnuUtiàt), 

M- 
Droin Godet, maieur de Sancey, 

Droyn de Courgerennes, charpen- 
tier, 9, 10, î6. 



LBS TEMPLIERS A SANCKY 



85 



Durand (Guillaume), dominicain, 
a6, noce i. 

Elisabeth, femme de Guillaume 

Pucemonnoie, lo. 
Emeline, femme de Pierre Gorois^ 

9- 
Emeline, veuve de Droin Godet, 

13, 14. 
Emoliande, T., 69. 
Engaerrand de Marigny, 33. 
Epailly (Côte-d'Or) (Temple d'), 

65, 69. 
Ernaudm (Jean, dit), ia. 
Erre y (Aube) (Gagnage d'), 63, 

noie 5. 
Ervy (Bourgeois d'), 6^, note j. 
Essarois (Côte-d'Or), 41, note 1. 
Eterpigny (Somme) (C^ommande- 

rie d*), 31, noie i. 
Etienne, curé de Sancey, 10. 
Etienne, T., demeurant à Saiicey, 

Etienne de Bouilly, 63. 

Etienne de Sancey, T., 18, 5J, 

j6, 80. 
Etienne de Verrières, T., 30, j6. 
Etienne de Viliier», T., 50, 70. 
Even Phily, notaire, 26. 

Fabri (Guillaume), T., 78, note. 
Félix de ForOy dominicain, a6, 

note I. 
Flexian de Béziers, dominicain, 

Foicy (Aube) (Prieuré de), 8, 9. 

— ^Pierre de), 24. 
Foulques de Troyes, T., 18, 27, 

47 à 50, 7o> 80. 

Gaillarde, surnom de Jacques, 

prévôt d'Isle-Aumont. 24. 
Gandicourt (Oise), 53, note. 
Gauthier de Payns, T., 47. 
Gauthier le Picard , chandelier, 

Geoffroy Enguelor, notaire. 26. 
Geoffroy Putemonnoie, 5;, 8. 
Geoffroy de Trachy, T., 31, 37, 

69, 70. 
Geoffroy de Villehardouin, J, 6, 

7- 
Gérard de Villiers. T., 36, 58, 

note ; 59, 66, 71, 73, 74, 79. 
Girard Goët, 14. 

Gizy (Aisne) (Baudouin de). T., 
a6, 29, 30, 55. 



— (Ponsard de), T., 38, 40, 

44> 4$y 46- 
(Raoul de), T., 18, 22, a6, 

a9> 31? 14. 3J- 37>47> 48,50» 
51, 53 à 82. 
Godet, Droin, maieur de Sancey, 

13- 
Goët (Girard), 14. 
Gorois (Pierre), 9. 
GrandvUlar (Raoul de). T., 78, 

note. 
Gueioz (Nicolas, dit), 24. 
Gui de Chappes, 5. 
Guillaume, T., porcher, 59. 
Guillaume Durand, dominicain, 

26, note I. 
Guillaume Ecclesiastici Bovis, T., 

9- 
Guillaume Fabri, T., 78, note. 
Guillaume Robert, dominicain, 

45* ... 

Guillaume de Pans, grand inquisi- 
teur, 22, 25, note ; 26, 31. 

Guillaume de RouiJlerot, 10. 

Guillaume de Saint>Chéron, 5, 8, 

Guillaume de Vennis^ 14, note 3. 

Guillaume des Ardillières^- T., 6, 7. 

Guillon de Sancey, 13. 

Guy de Columeio^ clerc, 64. 

Guy de Dourdan, T., 81, 82. 

Guy de Villamoroier^ chevalier, 
24, 25, note; 64, 65. 

Guyard, archidiacre, 10. 

Guyot de Sancey, 15, 

Hans Prutz, 2^, note. 

Haye de Daude, lieudic de Rouil- 

lerot, 12. 
Helvys, femme de Thiébaut-le- 

Bègue, i<, 
Henno de Bar, prévôt de Troyes, 

Henri H, comte de Champagne, 

5, 6, note I ; 16. 
Herbin (Jules), 17. 
Honnet-Ravinet (Veuve), 17. 
Houssaye (l'Abbé), ^5. 
Huet, écuyer de Guy de Villamo' 

roier^ 24. 
Hugues de Besançon, T., 7 



, éci 



Hugues de la Renouillère, écuyer, 

10. 
Hugues de Nanteuil, T., 82. 
Hugues de Noailles, dominicain, 

26, note I. 
Hugues de Paraude, T., 16, 65, 

66, 69, 71, 73, 75, 79. 



86 



LES TEMPLIRRS A SANCRY 



Hugues le bourguignon, T., 69. 
Humbert d'Avalleur, T., 59, 60, 

70. 
Humbert de Monchelhi^ T.. 59, 60. 

Imbert de Saint- Joire, T., 78, 
note. 

Isle-Aumont (Aube) , 22 , 24 ; 
(Jean d*), prieur des Domini- 
cains de Troyes, 22, 25, note; 
6y. 

Jacques, dit Gaillarde, prévôt 

d Isle-Aumont, 24. 
Jacques de Cociois, clerc, juré 

royal, 15. 
Jacques de Sancey, T., 18, 23, 

26, 28, note ; 29, 30. 50 à 55, 

80, 81. 
Jacques de Troyes, T., 18, 37 à 

47, 80. 
JamvilU (Jean de), 67. 
Jaquinot de Bouilly^ 63. 
Jean, dit Ernaudin, 12. 
Jean, dit l'Evéque, 24. 
Jean, dit Sortes, 24. 
Jean AnseUtiy de Dronay, 24, 
Jean Leunaube, T., 28, note. 
Jean de Bar-sur-Aube, T., 46, 

note. 
Jean de Campaneâ^ T., 28, note. 
Jean de Chaminis^ a8, 49. 
Jean de Charny, chevalier, 64. 
Jean de Courcemain, dominicain, 

64. 
Jean de Dijon, Frère mineur, 75. 
Jean d'Isle-Aumont, prieur des 

Dominicains de Troyes, 22, 25, 

note; 65. 
Jean de Jamville, 67. 
Jean de Leniambe, F., 70. 
Jean de Lozon, T., 53. 
Jean de Noilhac, T., 70. 
Jean de Ponc-l'Evéque, T., 18, 

31 à 37, j8, note ; 80. 
Jean de Pruino, T., 56. 
Jean de Sainte-Geneviève, T., 

22 à 25, 58, note; 64,65, 78, 

note. 
Jean de Sancey, T., 18, 50, 51, 

70, 80. 
Jean de Sivrey, T., 78, note. 
Jean de Thonon, notaire, 22, 24, 

64. 
Jean de Turno^ T., 78, note. 
Jean de Valle BelLwdi, T., 78, 
note. 



Jean de Villebon, clerc, 24. 
Jean de Vil le- sur-Terre, T., 28, 

note; 51. 
Jean de Voves, dominicain, 24. 
Jean du Clos, dominicain, 24, 

64. 
Jean Le Mombe, T., 34, 37. 
Je^ (Simon de). T.. 30. 
Jobelet de Sancey, 14. 
Joigny (Temple de), 78, note. 
Juifs (Cimetière des), à Troyes,* 

Julienne, femme de Thibaut d'As- 
senay, 11. 

I.agny-le-Sec (Oise), 52, $$, 63, 

67, 68, 74. ; 

Lai nes-aux- Bois (Aube), 16. 
Lambert de CormeUis^ T., 82. 
Landres (Ardcnnes) (Pierre de), 

T., n. 
Langiviile (Oise) (Temple de), 70. 

— (Pierre de), T., 70. 
Langlois (Ch.-V), 33. note i; 

42, note ; 48, note. 
Langres (Diocèse de), 56, 
Laon (Diocèse de), 30. 
Laurent de PruinOy T., 53. 
Lécuisié (Pierre), 14. 
Leniamhe (Jean de), T. , 70. 
Le Roi (Moulin), 8. 
Leujambe (Jean), T., 31, 37. 
Leunaube (Jean), T., 28, note. 
Liège (Diocèse de), 22. 
Limoges (Kvèque de), 27. 
Loagfs (Temple de), 58, note. 
Lozon (Manche) (Jean de)^ 53. 
Luquet-le-Fautrier, 12, 
Lyon, 75. 

Macey (Aube) (Robert de), T., 

Madeleine (Champ-), cimetière 

des Juifs, 63. 
Maguelonne (Archidiacre de), 27, 
Mambe (Jean le), !'., 34. 
Manciaco (Philippe de). T., 69. 
Mancy (Marne), 69. note 3. 
Mannier (E.)^ 6. 
Marguerite, femme de Colin le 

Cornillaz, 14, 15. 
Marie de Champagne. 8. 
Marigny (Enguerrand de), 33. 
Marivas (Aube), 12. 
Marseille, 8, note. 
Martin de Beurville, T., 70. 
Mathieu de Naples, 59. 



LB8 TBMPLIBRS A SANCBY 



87 



Mathieu de PuUencourt, T., 69. 
Mathieu de TahuUâ^ T., 78, note. 
Meaux (Diocèse de|, 27. 
Mende (Evoque de), '27. 
Metiois (Aube), n. 
Mesnil-Saint-Loup (Aube), 65;, 

note a. 
Messon (Aube), 63, note $. 
Michelet, 18. 82. 
Mignard, 41, 42, note i. 
Milanais^ 40, noce i. 
Milon*le-Bourguignon, T., 38, 

40,44. 
Monchelhi (Teniple de), 59. 

— (Humbert de), J9. 
Monchy-la-Gache (Somme), 31, 

note I. 
Mondeville (Arnoul de), T., 82. 
Montagnac (Elizé de), 21, noce i ; 

45, note ; 72, note. 
Montayo (Robert de), T., 28, note. 
Montbron (Seine-et-Marne), 14, 

note I. 
Montceaux (Aube), 19, note t. 
Montécourt (Somme), 31. 
Montfaucon (Prieur de), 45. 
Montaoissons (Aisne) (Bail lie de), 

Musard (Nicolas), T., 28, note; 
51- 

Nanteuil (Hugues de), T., 82. 

Naples (Mathieu de), 59. 

Nar bonne (Archevêque de), 27. 

Nicolas, dit Gueroz, 24. 

Nicolas d* Annecy, dominicain, 

2^1 3i> 34, 37, 47, ^5) 7^- 

Nicolas de Genres, T., 18. 19, 22 
^ 30, 49,„ jo, note ; n, j6, 
64, 6j, 78, note ; 79, 80, 

Nicolas de Sancev, T,, i8| 28, 
noce ; Jo, 51, 80. ^ 

Nicolas de Troycs, T., 30, 58, 
note. 

Nicolas de Verrières. T., 30. 

Noailles (Hugues de), domini- 
cain, 26, note I. 

Noël, terme de paiement. 16. 

Notre- Dame-en-risle TPrieuréde), 
à Troyes, 11, la, 16. 

Noyon (Diocèse de), 30 ; (Inquisi- 
teur de), 31, 

Odon de Trefons^ T., 28, note. 
Oger de Saint-Chéron, j, 6, 
Orléans (Evèque d*), 38. 

- (RaynauddO,T.,4j. 



Orme (Bois de 1'), près Sancey, 8, 
9- 

Panay (Aube), 12. 

Faraud et Faraude (Hugues de), 

„T-'H»^^66^9i7i,73,7/>79- 
Pans (Evéaue de), 4^, 67, 68. 

— (Guillaume de), Grand In- 
quisiteur, 22, 2J, note ; 26, 31. 

Paris de Bures, T., 70. 
Patriarche (Jean)^ notaire, 24, 64. 
Payns (Aube), 40, 44, 56, 63. 
65, note 2. 

— (Gauthier de), T., 47. 
Peraude (Hugues de), T. Voir 

Paraud. 
Petit - Boulancourt , maison de 

Troyes, 24, note 6. 
Petitpars (J,), T., 40. 
Philippe de Manciaco^ T., 69. 
Philippe de Trois- Fontaines, T., 

28, note. 
Philippe de Ville-sur-Terre, T., 

^8, note. 
Philippe de Voët, prévôt de Té- 

glise de Poitiers, 46. 
Philippe- le- Bel, io, 21, 22, 27, 

.29» 33,53, 7V77. note. 
Picard rPierre), T., j8, note. 
Pierre, Templier de la maison de 

Troyes, 23, 29. 
Pierre, dit Biaucoullons, 24. 
Pierre d*Avalleur, prêtre, 61. 
Pierre de Boulogne, T., 4J. 
Pierre de Cspoue, légat du pape, 

7- 
Pierre de Cercelles, T., 30, 50, 

51, j4, j6, note; ç8, note. 
Pierre de Clesles, officiai, 10. 
Pierre de Cçlumào. clerc, 24, 
Pierre de Courcelles, bourgeois 

d'Ervy, 63, note 5. 
Pierre de Foicy, 24. 
Pierre de Landres, T., ^3. 
Pierre de Langi ville, T., 70. 
Pierre de Somraevoire, T., Ji. 
Pierre de Vauchassis, 63, note 5. 
Pierre de Vauchelles, T., 69, 70. 
Pierre de Ville-sur-Terre, T., 51. 
Pierre-lc- Jumeau, bailli de Troyes, 

34- 

Poitiers (Prévôt de l'église de), 

46, 67. 
Ponsard de Gizy, T., 38, 40, 44. 

4^ 46. 

Pont-r Evèque (Oise) (Jean de), 
T., 18, 30 à 37, 58, note ; 80. 



88 



LES TEMPLIERS A SANOBY 



Pruino (peut-être Provins) (Jean 
de), T., 56. 

— (Laurent de), T. ,^3. 

— ($imon de). T., 58, 44. 
Pullencoitn (Matmeu de), T., 69. 
Putemonnoie (Geoffroy), 5, 8. 

— (Guillaume), 10. 

Quimper (Diocèse de), 26. 

Raoul de Compiègne, T., 47. 
Raoul de Gizy, T., 18. 23, a6, 

^9> 31. 34, 3^ 37 a 41. 47, 

48, 50, 51, 63 à 8a. 
Raoul deGrandvillar, T., 78, note. 
Raoul de Sansj T., a^, 29, 30. 
Raoul de Saulx, T., 30. 
Raoul du Temple, T., 63. 
Raynaud de Bergeron, 1' , 56. 
Raynaud d'Orléans. T., 45. 
Raynouard, 24, note 9 ; 46, 54. 
Renouillère (Aube) (Hugues de 

la), 10. 
Robert de Chaurville, T., 6, 7, 8. 
Robert de Courtenay, archevêque 

de Reims, 313, noce a. 
Robert de Macey, T., 51. 
Robert de Montayoy T., a8. note. 
Robert de Sancey, T., 81, 82. 
Robert-le-Tavernier, 15. 
Rouen (Archidiacre de), 27. 
Rouilleroc (Aube), 12. 

— (Guillaume de), 10. 
Rouilly-Saint-Loup (Aube), 10, 

note 4; 1I9 note 3. 



Saint-André, terme de paiement, 

»4. 
Saint - 

(Bén 
Saint- 



Saint- 

Saint- 

Saint- 

T., 

Saint- 



Saint- 

M- 

Saint 
Saint-; 
Nie 



Benoit - sur - Loire (Loiret) 
nédictins de), 63, note 5. 
•Chéron (Marne) (Guillaume 

de), j, 8. 
— (Oger de), $. 6. 

Etienne (Chapitre), à Troyes, 

■Jean-d*Acrc, 8, noce. 

•Joire (Meuse) (Imbert de), 

78, note. 

■Loup, abbaye à Troyes, lo, 
note 2 ; moulin a 
Verrières, 10. 

— . (G., abbé de), 11. 

-Martin , terme de paiement. 



Mesmin (Aube), 63, note^. 
Nicaise, probablement Saint- 
(Finistère), 26. 



Saint-Parre-les-Tertres (Aube), 8, 

note 2; 24, note 3. 
S oint 'Paul (Bernard de). T., 53. 
— (Bertrand de). T., 52. 
Saint-Pierre, Chapitre de Troyes, 

«3- 

Saint-Pouangc (Aube), 24, note 

Saint- Rémi, terme de paiement, 

II. 
Saint-Thibaut (Aube), 24, note 2. 
Sainte-Geneviève (Belgique) (Jean 

de), T., 22, 21, 24, 25;, 58, 

note ; 64, 6j, 78, note. 
Sainte-Geneviève, église, à Paris, 

8f, note. 
Sancey (Aube) (Curés de), 10. 30; 
(Cour de), 13 ; (Maieur 
de), 13. 

— Membre de la Commande- 

riede Troyes, 14, t$. 

— (Bonin de), 13. 

— (Etienne de). T., i8, 23, 

55y j6, 80. 

— (Guillon de), 13. 
-— (Guyot de), 15. 

— (Jacques de). T., 18, 23, 

26, 28, note; 29, 30, 

jo à 55» 7^» ^°» ^*- 

— (Jean de). T., 18, 50, çi, 

70, 80. 
•— (Jobelet de), 14. 

— (Nicolas de), T., 18, 28, 

note ; 50, 51, 80. 

— (Robertde},T., 81, 82. 
Sanceyum et Sanciacum (Arnoux 

de), T., 81, 82. 
Sans fRaoul de). T., 29, 30. 
Sarcelles (Seine-et-Oise>, 30. Voir 

Cercelles. 
Saulx (Diocèse de Laon) (Raoul 

de). T., 30. 
Scmhi (Temple de), diocèse de 

Troyes, 82. 
Senlis (Concile de), 33, note 2. 
Sens (Archevêque de), 33, 38, 

58 ; (Concile de), 33, 45, jo, 

5i> 5h S^y J9» 6»; (Diocèse 

de), ji,82. 
Simon de Je^y T., 30. 
Simon de PruinOy T., 38, 44. 
Sivrey (Aube) (Jean de). T., 78, 

note. 
Soillar(Prédu),à Verrières (Aube), 

10, 16. 
Sommereux (Oise) (Temple de), 

63, 68. 



LBS TEMPLIKB8 A SANCBY 



89 



Sommevoire (H'«- Marne) (Pierre 

de). T., a8, noce; 51. 
Sortes (Jean, die), 24. 

TahuUà (Mathieu de), T., 78. 

note. 
Temple (Porte du), à Paris, 52. 
Thibaut V, la. i}. 
Thibaut Beract, 14. 
Thibaut d'Assenay, 11. 
Thibaut de Chaumont, couturier^ 

Thiebaut-le-Bègue, citoyen de 

Troyes, 15. 
Thomas de Troyes, T. , a8, note. 
Thonon (Jean de), notaire, aa, 

24, 64. 
Tiersy diocèse de Sens, ^i. 
Torvoye (Seine-et-Marne) (ab- 

betse de), 14. 
Tossanez, T., 70. 
Tour (prison de la), à Troyes, 

64, 76. 
Trachy (Oise) (Geoffroy de), T., 

Tranchmes (vannes), a Sancey, 
12. 

Trefons (Odon de). T., a8, note. 

Trente (Archidiacre de), 27, J9. 

Trévois (Les) (Aube), 14. 

Troiessive (écluse), à Sancey. la. 

Trois'Fontaines (Philippe de), T., 
a8, note. 

Troyes (Archidiacre de), 10; 
(Bailli de), 10, 24 : (Baillie de), 
6^ ; (Chanoine deK 10 ; (Cha- 
pitres de), 13 ; (Citoyens de), 
II, 15 ; (Dominicains de), aa, 
24, 64; (Jours de), 31 ; (Notai- 
res de), aa, a4, 64; (Officiai 
de), 10, II, la, 13, 15; (Pré- 
vôté de), 15 ; (Religieux de), 
II, la, 16, 31. 

Troyes (Barthélémy de), T., j8, 
note. 

— (Foulques de). T., 18, a7. 

47 à 50, 70, 80. 
-^ (Jacques de), T., 18, 37 à 
47, 80. 

— (Nicolas de), T., 30, 58, 

note. 

— (Thomas de), T. , a8, note. 



Turno (Jean de), T., 78, note. 

Val -des- Ecoliers (prieuré du), 11, 
note 5. 

Valle-BelUtidi (Jean de), T., 78, 
note. 

Vallées (Les) (Aube), S^, 68, 70. 

Vasonnière (La), lieudit de San- 
cey, 10, 10. 

Vauchassis (Aube) (Pierre de), 
63, note 5. 

Vauchelles (Oise) (Pierre de). T., 
69, 70. 

Vaux (Rhône) (Temple de), 76. 

Venise, 7. 

Vennis (Guillaume Je), i4,note3. 

Verrières (Aube), 10, note a 
(Etienne de), T., 30, 
56. 

— iP. de), T., a8, note. 
Vertot (L'abbé de^, 36, note. 
Vienne (Diocèse ae), 52. 
Vilain d'Aulnay, J, 6, 16, 17. 
VHlamoroier (Guy de), chevalier, 

24. 25, note : 64, 65. 
Villehon (Jean de), clerc, a4. 
Villehardouin (Aube) (Geoffroy 

de), 5, 6, 7. 
Villemereuil (Aube), a4, note 5. 
Villepart (Aube), lo. 
Ville-sur-Terre (Aube) (Jean de), 
T.,i8,note; $1, 
(P. de), T., a8, 
note. 

— (Philippe de). T., 

58, note. 

— (Pierre de), 51. 
Villiers (Aube) (Temple de), aa, 

a6, 29, 37, 56, note; 

$1' 

— (Etienne de), T. jo, 70. • 

— (Gérard de), T., 36, j8, 

note; 66, 71. 73, 74,79- 

Villier»-le-Duc (Côce-d*Or) (Aime- 
ry de). T., 33. 

Vitry^ 6. 

Voët (Philippe de), prévôt de l'é- 
glise de Poitiers, 46. 

Vovcs, hameau de Satnt-Thibauc 
(Aube), a4. 

Zara, 7. 



LES ASCENDANTS MATERNELS' 



DB 



SAINT JEAN-BAPTISTE DE LA SALLE 



CHAPITRE X 
■<> Moèt de Dugny. — 2"* Moèt de Louvergny. 

|u Descendance de la branche de Dugny. 

Jacques Moët, écuyer, seigneur de Dugny, conseiller du 
roi, lieulenant parliçulier au présidial de Reims, époux, en 
1699, de Marie- Madeleine Vieuville; fille de Philibert Vieu- 
ville, procureur du roi à la prévôté de Laon, et de Madeleine 
le Carlier ; d'où : 

1. Marguerite MoëL de Dugny épousa M*"^ César-Nicolas- 
Alexandre de Fougères, chevalier, seigneur de Courlandon, 
étant veuve d'Alexandre-César de Cauchon, ch*', sgr. baron de 
Neuflize, qu'elle avait épousé lorsqu'il était septuagénaire. 
(Sans enfants.) 

2. Aune-Thérèse Moêt de Dugny, née à Reims en 1703, 
décédée à Reims, paroisse S^-Hi)aire, et inhumée à Rosnay le 
11 février 1783. Épousa Pierre-François Maillefer de Résigny, 
écujer, avocat du roi au présidial de Reims (1692-15 janvier 
1769), Qls de François-Hély Maillefer et de Marie de Malval, 
tous déjà nommés. 

Anne-Thérèse Moët de Dugny et Pierre-François Maillefer 
de Résigny ; d'où : 

1. Jean- Baptiste Maillefer de Résigny, capitaine au régi- 
ment de Navarre, décédé sans aUiance. 

2. Jo&eph-Hély Maillefer de Résigny, capitaine au régi- 
ment de Colonel général, décédé à Rosnay le 6 avril 1769, 
Bans alliance. 

3. Alexandre-César Maillefer, sgf. de Lor, officier d'artille- 
rie, tué en duel à la Fère. 

4. Marie-Madeleine-Anne- Agathe Maillefer épousa Messire 

• V ûir pnge 852, tome XH de la Revue de Champagne, 



\ 



DE SAINT JKAN-BAPTISTB DK LA SALLE 91 

Philippe du Plessier, sgr. de Roissy et FonUine-U tertre (près 
Cambrai), ancien capitaine au régiment de Cambrésis ; d'où : 

1. Alexandre-CésarRemi du Plessier, seigneur de Fon- 

taine- U ter ire, épousa d*"*" .... Rillart; mort sans 
enfants. 

2. Marie-Madeleine-Anne-Catherine du Plessier, demeu- 

rant à Reims, morte sans alliance. 

5. Marguerite-Thérèse Maillefer épousa le marquis de Ter- 
mes. 

Marguerite-Thérèse Maillefer de Résigny, née à Reitn^ eu 
1725, morte à Rosnay le 12 mai 1809, épousa à Reims, le 
7 avril 1750, Gédéon-Anne-Jean de Sahuguet, marquis de 
Termes, seigneur de Rosnay, Janvry, Quatrechamp, vicomte 
de Germigny, etc., capitaine de dragons au régiment d'Ap- 
chon, 61s de Jean-Baptiste de Sahuguet, marquis de Termes, 
et d'Élisabeth-Renée Berryer, dame de Varville, sœur du 
garde des sceaux de ce nom ; d'où : 

1. ISicoIas-René-Anne de Sahuguet, dernier marquis de 
Termes, né à Reims le 14 mars 1752. ancien mousquetaire, 
épousa à Sapicourt, le 9 février 1784, d*''**' Marie- Isabelle Fré- 
myn de Sapicourt, mort sans enfants, à Sapicourt, le 18 
février 1838. 

2. Louise-Anne-Gédéou de Sahuguet de Termes, née à 
Reims le 19 mai 1754, épousa à Rosnay, le 30 mars 1784, 
Cil arles- André du Hamel, chevalier de Brazais, vicomte de 
Breuil, ancien capitaine au régiment Dauphin-cavalerie, che- 
valier de Tordre royal et militaire de Saint Louis, fils de Mes- 
sire Jean du Hamel, marquis de Brazais, seigneur de Beau- 
fort, LeyneroUes, etc., et d'Anne-Andrée dTel d'Enneval. 

Louise-Anne-Gédéon décéda à Plombières le 24 juin 181 1 , et 
Charles-André du Hamel à Reims, le 28 mars 1814. 

Louise-Anne-Gédéon de Sahujiuet de Termes et Charles- 
André du Hamel, vicomte de Breuil ; d'où : 

1. Thérèse-Alexandrine du Hamel de Breuil, née à Reims 
le 30 septembre 1785, épousa à Reims, le 3 juin 1807, Fran- 
çois-Charles, comte de Saint-Pol, né à Masles (Orne), le 
7 février 1783, fils de Nicolas- François, comte de Saint-Pol, et 
d'Anne-Charlotte Rousseau de Chamoy. (Voir ci-dessous.) 

2. Marie -Madeleine-Éléonore-Frédéricque du Hamel de 
Breuil, née à Reims le 12 novembre 1786, épousa à Reims, le 
3 juin 1807, François-Pierre; comte de Saint-Pol, né à Masles 



92 LES ASCENDANTS MATERNELS 

le 21 avril 1778, frère aîné de François-Charles ci-dessus. (Voir 
ci-dessous.) 

3. Charles- Anuié-Eugène du Hamel, vicomte de Breuil, né 
à Reims le 25 novembre 1787, épousa à Paris, le 5 mai 1832, 
Henriette-Marie- Geneviève de Murât de TEstang, née à Paris 
en 1804. morte à Rosnay le 18 octobre 1873. fille de Hugues- 
François- Casimir, marquis de Murât de TEstang, et d'Aglaé- 
Charlotte-Marie, princesse de Broglie. (Voir ci-dessous.) 

4. Alexandre du Hamel de Breuil, né à Reims eu 17^b, 
épousa le 2 janvier 1826, au château de Grosbois (Côte- d'Or), 
Marie-Julie-Élisabeth de Moyria-Châlillon, fille ainée de Beui- 
gne-Ferdinand, comte de Moyria-Châtillon, et de Marie- 
Armande de Balathier de Lantage. Alexandre décéda à Dijon 
le 12 décembre 1864. (Voir ci-dessous.) 

Thérèse- Alexandrine du Hamel de Breuil et François- Char- 
les, comte de Saint-Pol ; d*où : 

Alexandrine de Saint-Pol épousa son cousin germain Michel- 
Alphonse, marquis de Chamiilart de la Suze et décéda eu 
1889 ; d'où : 

1. Robert, marquis de Chamiilart. a épousé M'i« Conan de 
Saint-Luc. D*oii une fille unique : Michelle de Chamiilart, 
femme de Raymond Harscouët, vicomte de :Sainl-Georges. 
D'où deux enfants : Pierre el Anne. 

2. Lionel, comte de Chamiilart, marquis de la Suze, né en 
1844. 

3. Micheline de Chamiilart, femme du général vicomte de 
Bar ; d'où : 

1. Marie-Thérèse de Bar a épousé le comte de la COdrede 

Montpansein. 

2. Micheline de Bar. 

4. Berlhe de Chamiilart a épousé le vicomte Harscouët. de 
Saint-Georges, ancieu officier de cavalerie, décédé sans enfants 
le l*»" septembre 1900. 

5. Yolande de Chamiilart, religieuse. 
Marie-Madeleine-Éléonore-Frédéricque du Hamel de Breuil 

et François- Pierre, comte de Saini-Pol; d'où : 

1. Jules, comte de Saint-Pol, né à Reims le 14 décembre 
1810 ; général, tué à l'assaut de Malakoff le 8 septembre 1853. 
Sans alliance. 

2. Hippolyte, comte de baint-Pol, chef d'escadron d'état- 
major. Mort sans alliance en 1884. 



DB SAINT JBAN-BAPTISTB DB LA SALLB 93 

Charles- André-Eugène du Hamel, vicomte de Breuil, el 
Henrietle-Marie-GeneTiève de Mural de l'Eslang ; d'où : 

1. Charles-Ândré-Marie de Breuil, ué à Paris le 20 avril 
1833, aocieu officier, chevalier de la Légion d*honneur, a 
épousé à Lyon, en mai 1867, Marie-Thérèse- Valenline de la 
Plagne, fille de Pierre-Amédée de la Plagne el de Marie- 
Emma de Bellevue ; d'où : 

1. Marguerile de Breuil a épousé, eu 1895, le vjcomle 

Guslave du Doré. 

2. Marie de Breuil a épousé, en 1899, le comle Louis de 

Lambilly ; d où : 

1. Marie-Thérèse. 

2. Jean. 

3. Renée de Breuil. 

2. Edgard-Viclor- Marie de Breuil, né à Paris en 1838, ofii- 
cjer supérieur de dragons. 

Alexandre du Bamel de Breuil el Marie-Julie- Ëlisabelh de 
Moyria-Ghâlillon , d'où : 

I. Pierre-Marie-Ferdinand de Breuil (1827-1897) épousa 
Marie Dupin ; d'où : 

1. Jean-Charles-Ferdinand, né le 27 aoûl 1857. 

2. Yolande, chanoinesse de Sainle-Anne de Munich. 

3. André- Marie-Bénigne a épousé, en 1889, M^>« de 

Sainl-Vincenl, nièce du duc de Rohan. D'où quatre 
enfants : Aymar, Ferdinand, Charles-André, Jeanne. 

4. Marie-Fernande-Charlotte-Françoise a épousé, en juin 

188b, le vicomte Henry de Ponton d'Amécourt, 
capitaine d'infanterie ; d'où : 

1. François. 

2. Bernard. 

« ' 3. Elisabeth. 

2. Marie-Alexandre-Ernest de Breuil, né le 8 décembre 
1^28, officier, mort sans alliance à Paris le 19 octobre 1867. 

2« Descendance de la branche de Louvergnj, 

L — Madeleine-Françoise-Louise Moël de Louvergny, 
vicomtesse de Berthenay et de Belleaucourt-Coulommes, dame 
d'Ogny, du Plessier, de Forzy, Mont-Saint-Pierre, Thillois, 
Cernay, du Terron, etc., fille de Jean-François Moêt, cheva- 
lier, seigneur de Louvergny, el de Marie- Agnès Coquebert, 
dame de Belleaucourt-Coulommes, épousa le 10 septembre 



94 LES ASCENDANTS MATBBNELS 

1750, en la paroisse Sain l - Philippe de Beims, Messire 
AIpbODse-César-Emmanuel-François, comle deMiremont, che- 
valier, marquis de Berrieux, vicomte d*Aizelle, baron châte- 
lain de Monlaigu, seigneur de Bel val, Goudelancourt, Fayot, 
Saint-Élieane-sur-Suippe. Menancourl-le-6rand , Bertincourt, 
etc., décédé le 12 janvier 1790. 

Madeleine-Françoise- Louise Moët mourut en 1797 en son 
château de Belval. 

D*oii sont issus douze enfants, dont deux morts en bas-âge : 

l"" Jean-François-Charles-Alphonse de Miremont, né en 
1755, député de la noblesse du baillage de Laon aux États 
généraux le 27 mars 1789, capitaine de dragons, épousa, en 
premières noces, par contrat du 26 avril 1790, Louise de Mail- 
lart d'Hannesse, dame dudit Hannesse» de Landre, Pomme- 
rance, Andevanne, Nouart. Sivry» etc., fille de feu M*"** Marie- 
Innocent de Maillant d'Hannesse et de dame Marie-Ursule- 
Dieudonnée d'ivory, dame de la Malniaisou, Germent, Chenor- 
guel, Sivry, etc., et eu deuxièmes noces Caroline du Baiilet, 
fille de Messire Antoine-Pierre-François-Marie-Gabriel du Baii- 
let, et de Dame Anne-Louise Grossard de Virly. Nous donne- 
rons plus loin sa descendance. 

2** Alphonse-François-David de Miremont, sous- lieutenant 
de dragons (1757-72). 

2" Louis-François-Alpboiise de Miremont, né en 1766, che- 
valier de )*ordre de Malle, épousa, en 1794,Marie-Glossiûdede 
Féret, fille de défunt Messire N... de Féret» chevalier, 
seigneur de Brienne, et de DamoiFelle N... du Val de Dam- 
pierre*. D'où descendance. 

4** Joseph-Alexandre de Miremont, chevalier de Tordre de 
Malte (1761-69). 

y** Louise- Appoliue -Françoise de Miremont épousa, le 
10 mars 1779, Louis de Colney, chevalier, seigneur de Houy, 
N'eufmaisons. etc.» officier au régiment de Berry -infanterie. 
D'où descendance. 

6'' Marie-Françoise-Aguès de Miremont épousa, le 13 novem- 
bre 1786. Henry d'Herbemont, comle dudit lieu, seigneur 
châtelain de Charmois, ofûcier au régiment de Chartres-cavale- 
rie. D'où descendance. 

?• Henrielle-Thomase-Alphonsine de Miremont, dite Made- 
moiselle de Goudelancourt, décédée en célibat le 8 mars 1817. 

h' Marie-AgnèB-Charlolte de Miremont, dite Mademoiselle 
fU', .--^int-Ktienue, aussi décédée eu célibat le 4 juin 1828. 



DE SAINT JBAN-BÂPTISTB DE LA SALLB 95 

9« Marie-Madeleioe-Françoise-Alphonsine de Miremont, dite 
Mademoiselle de Forzy, née en 1769, épousa en 1802 Jean- 
Baptiste-Marie de Dion, baron de RicquebourgS ancien capi- 
taine d'infanterie, ancien officier de la marine suédoise, che- 
valier de Tordre royal et militaire de Saint Louis par brevet du 
2t août 1816, décédé le 19 décembre 1830 au château de Bel- 
leaucourt, fils d*Ântoine-Joseph-Tranquillain de Dion, baron 
châtelain de Ricquebourg, seigneur de Maresquel, Ovardein, 
Lannoy, etc., capitaine au régiment de la Vieille-marine, et de 
Josèphe-Dlphe-Pélagie Brunel de Bertraucourt». 

1 0<* Marie-Louise-Françoise-Agalhe de Miremont, dite Made- 
moiselle de Berthenay, née le 21 février 1772, épousa, en 1801 , 
Amable-Louis-Éléonor de Bertoult, né le 14 février 1772 à 
Haulecloque, fils de Louis-Philippe- Joseph de Bertoult d'Hau- 
tecloque et de Marie-Éléonore- Julie Dùglas d'Arancy. 

II. — Jean-François-Charles-Alphonse de Miremont et Caro- 
line de Baillet (en deuxièmes noces). 

D'où une fill^ unique : 

IIL — Louise- Virginie de Miremonl, née en 1795, épousa 
le comte Joseph- Justin de Montangoo, ancien capitaine d'ar- 
lillerie de la garde, chevalier de la Légion d'honneur. 

D'où un fils et une fille : 

IV. — 1» Charles- Victor, comte de Montangou, mort à 

Crespy (Aube) en 1868, épousa D«"« de Mûller, d'où deux 

filles : Marie-Joséphine-Ëlisabeth de Moulangon, qui épousa 
le marquis de Roys de Lédignan, député de l'Aube et colonel 
d'infanterie territoriale; Marie-Louise-Clotilde de Montangon, 

1. L'an de grftce 1802» 29 avril, Gançailles soleonelles entre Jean-Bap- 
title-Marie de Dion et Magdelaine-Françoise-ÂlphoDaine de Miremonl..., 
je, Charles Labbé, piètre vicaire de S'-Tjmothëe de Reims et missionnaire 
de M** l'archevêque, ai accordé la dispense de la pablictUon des trois bans 
de mariage... à raison des circonstances difficiles et fâcheuses dans les- 
quelles se trouve la religion catholique, qui ne peut encore être exercée 
librement et publiquement, et en l'absence de W Malherbes, curé catboli* 
que de la paroisse de Saint-Pierre, lequel n'est pas de retour de son exil 
pour la foy, ai reçu les consentements mutuels de mariage, que j'ai célébré 
en face de la S^ Église. Signé : J.-B.-M. de Dion, Alphonsine de Mire- 
mont, Branel de Dion, J.-T. de Dion, Victor d'Herbemont, Labbé, Mire- 
mont, P.-F. d'Ostrel, Louis Miremont, Alexandre Colnet, Auguste de Col- 
net, A. de Bertoult. 

(Extrait du chartrier de Belleaucourt.) 

2. Bn 1793, le baron Antoine de Dion fut incarcéré à M on treuil-sur- 
Mer ; ses anciens vassaux de Maresquel allèrent, toiis sans eoocepUont le 
réclamer aax Terroristes, et, ayant ainsi intimidé ceux-ci, ramenèrent en 
triomphe à Hicquebourg leur ancien seigneur. 



96 LES ASCBNDANTS MATBRNBLS 

qui épousa le bâroo Frédéric de Klopsteiu, aocieu ofQcier de 
cavalerie. D*oti desceadance. 

IV. — 2^ Louise de Monlangou (1820-88) épousa le baroD 
Paulin de Joybert. 

D*où un fils et une fille : 

Le comte Ludovic de Joybert, ancien officier de cavalerie, 
qui a épousé M"'' de Beffroy, et Marie de Joybert, qui a 
épousé Arthur de Guillebon. Ou premier mariage est issu 
RaouI^Louis-Marie-Jérôme de Joybert, n^ en 1877, el du 
second sont issues trois filles ; Tatnée, Clotilde de Guillebon, a 
épousé Amédée de Franqueville, fils d'Âdalbert, conseiller 
général de la Somme, et de N... Ck)llart de Lebucquière; 
Louise de Guillebon est décédée en célibat (1868-88), et Thé- 
rèse de Guillebon a épousé N... de Gilles 

S"» Louîse-Henriette-Victoire- Alphonsine de MontangoD, 
mariée à François-Charles-Ëdmé, baron de Joybert, frère du 
précédent ; le baron François-Charles de Joybert épousa en 
secondes noces Gabrielle du Fou. De sa première alliance il 
n^eut qu'un fils, Henry de Joybert. décédé en bas-âge. 

IL — Louis-François-Alphonse de Miremont, chevalier de 
Tordre de Malte, ancien capitaine de dragons au régiment de 
Languedoc, né en 1760, épousa en 1794, à Reims, Henriette- 
Marie-Glossinde de Féret, fille de N... de Féret elde N... 
du Valk de Dampierre. 

D'où quatre filles : 

III. — 1« Alphonsine-Delphine de Miremont épousa, en 
1821, Alexis- Anne de Vissée, marquis de La Tude, officier 
supérieur d'infanterie, chevalier de Saint Louis et de la 
L^on d'honneur, fils de Bernard, vicomte de Vissée de La 
Tude, et de Françoise-Henriette-Charlotte Magallon de laMor- 
lière. Alphonsine-Delphine, née en 1795, mourut le 10 sep- 
tembre 1864 à Brienne. D'où descendance 

2"* Philippine de Miremont, née en 1799, épousa son cousin 
germain, Auguste de Colnet, et est à ce titre citée de nouveau 
plus bas. 

3^ Delphine de Miremont, née en 1806, morte en religion à 
Reims, le 7 février 1880, après avoir consacré toute son exis- 
tence à l'éducation de pauvres orphelines. 
40 Caroline de Miremont, décédée sans alliance. 
U. ~- Louise-Apolline-Françoise de Miremont et Louis de 
Gobet, chevalier, seigneur de Houy, Neuf maisons, etc., offi- 
cier au régiment de Berry. 



DB SAINT JBAN-BAPTISTB DR LA SALLB 97 

D'où qualre fils : 

m. — 1^ Louis-ÂlphoDse de Colnet épousa Félicité de 
Tauffekerque, fille du prince de Barbaoçon, chambellan de 
Bavière, el mourut en 1842. 

2" François-Eugène de Colnet, célibataire, décédé le 22 
février 1833. 

3^ Gbarles-Âuguste de Colnet épousa sa cousine germaine 
Philippine de Miremont, née en 1799 de Louis-François- 
Alphonse de Miremont et de Marie-Glossinde de Férel, comme 
on l'a vu plus haut. 

Il mourut le 21 février 1867, laissant quatre fils doul on lira 
plus loin la nomenclature. 

4^ Alexandre de Colnet, mort célibataire à 20 ans. 

III. — Philippine de Miremont et Charles- Auguste, cheva- 
lier de Colnet. 

D*où quatre fils : 

IV. — V Charles de Colnet, qui suit. 

2^ Gustave de Colnet, né en 1828, mort célibataire le 12 
octobre 1883. 

3<» Auguste de Colnet, vivant en célibat. 

4^ Henry de Colnet, mort célibataire. 

Charles de Colnet ci-dessus épousa Louise d'Ancelet, fille 
du comte d'Ancelet de Mont-de-Jeuz et de Dame Lévesque de 
Champeaux ; il mourut en 1884. 

D*où un fils : 

V. — Alphonse de Colnet, né le 25 novembre 1857, lieute- 
nant de dragons démissionnaire, épousa à Abbeville, le 11 
février 1884, Thérèse de Witasse de Thézy, sœur de la 
baronne Anatole de Romance. Il mourut en 189., laissant 
postérité. 

II. — Marie-Françoise- Agnès de Miremont et Henri, comte 
d'Herbemont, chevalier, seigneur de Charmois, Hennemont, 
Rubigny, Thonne-la-Long, etc., fils de Nicolas-Bernard, 
comte d'Herbemont, seigneur de Charmois, Pouilly, etc., et 
de Barbe de Failly ; né le 10 juillet 1746 ; capitaine au régi- 
ment de Chartres-cavalerie, chevalier de Tordre royal et mili- 
taire de Saint Louis au licenciement de Tarmée du prince de 
Gondé ; veuf en premières noces d'EdméeJoachime- Victoire 
du Cauzé de Nazelle, fille de Louis-Charles- Victor du Cauzé, 
marquis de Nazelle, chevalier, vicomte de Prouvay, seigneur 
de Guignicourt, etc., chevalier de Saint Louis, ancien capi- 



^ ^ 



98 LES ASCENDANTS MATBRNSLS 

taine de dragons, gouverueur de la ville de Châlons, et d'Ed- 
mée-Calherine-Âgathe de Lespioe. 

D*où deux fiU : 

1® Louis- Viclor-François, comte d^Herbemont, ofBcier au 
6* régimeoi de chasseurs à cheyal, né le 20 août 1787, tué au 
combat de Fontana-Fréda (armée dltalie) le 16 avril 1809. 

2* Bxupert-AlphoDse-FrançoiB-Marie, qui suit. 

Le chartrier de Belleaucourt renferme un extrait de baptême 
de Marie-Louis- Viclor-François d*Herbemont : 

« L*an 1787, le 20 août, ué un fils de Henry, comte d*Herbe- 
mont, et de Marie- Françoise-Agnès de Mireraont, demeurants an 
château de Charmois, à qui on a imposé le nom de : Marie-Loais- 
Victor-François. Le parain a été : Loois-Érard- Victor du Cauzé, 
baron de Nazelle, capitaine de dragons au régiment.de Langue- 
doc, et la maraine, Hagdeleine-Françoise-Louise Moêt de Louver- 
f^ny, ayeuUe maternelle, représentée par Françoise de Zuciffelt de 
Suève, Dame de Milly, cousine du côté paternel. » 

III. — Ëxupert-Âlphonse-François-Marie, comte d'Herbe- 
mont, chevalier, seigneur de Charmois, né le 8 octobre 1788, 
chevalier de minorité de l'ordre de Malte, gendarme de la 
garde ordinaire de Louis XVIIL chevalier de Tordre d*an- 
cienne et illustre noblesse, dit des Quatre Empereurs, mem- 
bre du Conseil général du département de la Meuse, épousa, 
en date du 10 avril 1826, Caroline-Justine Béranger, sa cou- 
sine, fille d*£iienne-Antoine-Toussaint> Jacquemin Béranger, 
chevalier de Tordre royal et militaire de Saint Louis, ancien 
capitaine des gendarmes de la garde de S. M. Stanislas, roi de 
Pologne, et de Dame Scolastique-Charlotte-Nicole deFailly de 
Florent ; Alphonse d'Herbemont n^ayant pas eu d*enfants, 
constitua pour sou héritier et successeur, par acte en date du 
8 mars 1851, un neveu de sa femme, Alphonse-Charles 
Béranger, dont Tarticle suit. 

IV. — Alphonse-Charles Béranger, comte d*Herbemont, 
fils de Charles- Pierre-Antoine Béranger, colonel du 9* régi- 
ment de cuirassiers, commandeur de Tordre de la Légion 
d'honneur, et de Dame Anne La Mothe ; capitaine comman- 
dant au 9<* cuirassiers, épousa, en 1861, Anne-Marie-Berthe- 
Louise de Pouilly, sa cousine, fille d'Alphonse, comte de 
Pouilly, baron de Fléville, marquis de Lançon, marquis d'Es- 
ncs, baron de Cernay, etc., et de Pauline, née baronne Van 
der Stralen Waillet. 

Le comte d*IIerbemont décéda à Charmois le 5 décembre 
1878, laissant trois enfants : 



DB SAINT JBAN-BAPTtSTB DB LA SALLB 99 

\^ AlphonBe-Charles- André Ferry, qui suit. 

2® Marie-Charles-François-Guillaume, yicomte d'Herbe- 
mont-Béranger, né à Charmois le 3 septembre 1864, engagé 
volontaire pour cinq ans le 15 novembre 1884 à Charleville 
(Ardennes) ; incorporé au 20» régimenl de chasseurs à cheval; 
maréchal des logis en date du 21 seplerr.bre 1886, décédé à 
lliôpital militaire de Châleaudun, des suites d'un accident de 
cheval, le 30 mai 1887. 

3* Jeanne-Marie-Caroline-Pauliua-Anne-Madeleine, née au 
château de Charmois le 11 février 1872, mariée en 1897 au 
marquis de Massol de Rebetz, lieutenant de dragons : dont 
un fils et une fille. 

V. — Alphonse Charles-André Ferry Béranger, comte 
d'Herbemont, né à Charmois le 25 février 1862, épousa le 16 
juillet 1885, au château d'Uccle, en Belgique, Marie-Renée- 
Louise-Victoria Allard, fille de Martin-Féiix-Alphonse Allard, 
directeur de la fabrication des monnaies de Belgique, consul 
général de Turquie et consul du Chili à Bruxelles, officier de 
Tordre de Léopold, commandeur avec plaque de Tordre du 
Christ de Portugal, commandeur de Tordre de Saint Stanislas 
de Russie, chevalier de Tordre des SS. Maurice et Lazare, 
grand officier de Tordre du MedjiJié, etc., et d'Ëlisa-Louise- 
Annette Allard. D'où deux fils et quatre filles. 

n. — Marie-Madeleine-Françoise-Alphonsine de Miremonl, 
née en 1769, dite Mademoiselle de Forzy, épousa, en 1802, 
Jean-Baptiste-Marie de Dion, baron de Ricquebourg, ainsi 
qu'il a été mentionné plus haut. 

D'où un fils qui suit, et une fille, Delphine de Dion de 
Ricquebourg, décédée en célibat. 

III. — Charles-Isidore de Dion, baron de Ricquebourg 
(1803-72), membre du Conseil d'arrondissement de Reims, 
épousa, le 2 juillet 1844, Henrietle de Beaufort, fille de Louis- 
Edouard de Beaufort, chevalier de Malte, chef de bataillon, 
officier de la Légion d'honneur, député de la Haute-Marne, et 
d'Anne-Zoélie de Coucy *. 

D'où deux filles : 

IV. — 1* Marie- Stéphanie de Dion de Ricquebourg épousa, 
le 14 juillet 1863, à Belleaucourt, Charles-Odoard-Arthur, 



1 • Nous tenons ici à rendre an hommage mérité à la vie si chrétienne- 
ment belle de M°^* de Beaufort, fondatrice des Petites Sœurs des Pauvres, 
à Saiat-Dizier et à Reims. 



tOO LBS ASCENDANTS MATERNELS 

yicomte du PId de laGuérivière*, aDcien maréchal des logis 
aux dragons pontificaux, commandeur militaire de l'ordiede 
Sainl Grégoire le Grand, chevalier de l'ordre pontifical du 
Saint-Sépulcre, etc., et décéda le 3t août 1892 en sondit châ- 
teau de Belleaucourt. 

D'où un fils, Odoard-Ernest Edmond (auteur du présent 
travail), né le 20 avril 1864, marié à Antoinette Cavrois de 
Saternault*, le 12 auûl1895. 

D'où un fils et deux fille;s : 1^ Marie-Antoinette Charlotte- 
Stéphanie-Louise, née à Arras le 6 septembre 1896; 2"* Odoard- 
Valeran- Marie- Louis- Paschal, né à Belleaucourt le 8 avril 
1h98; 3" Jeaune-Bapli^tine-Marie-Emestine-Romaine, née à 
Belleaucourt le 14 mars 1901. 

2* Marie*Renée de Dion de Picquebourg épousa eu 1872. à 
Reims, Henry Richard, vicomte de Vesvrotte. capitaine d'in-X 
fauterie, chevalier de la légion d'honneur, officier d'ordon- 
nance du ministre de la Guerre. 

D'où quatre fils et deux filles : Louise, Charles, Jeanne, 
Ernest, Maurice et Just de Vesvrotte. 

IL — Marie-Louise-Françoise-Agathe de Miremont, née 
en 1772, et Amable-Louis-Éléonor de Bertoult, né le 14 
février 1772, chevalier de Sainl Louis, fils de Louis-Philippe- 
Joseph de Bertoult d'Hautecloque et de Marie-Éléonore-Julie- 
Duglas d'Arancy ^ (des Douglas d'Ecosse). 

D'où trois enfants : 

liL — 10 Amable- Louis- Alphonse, tige des marquis 
actuels de Bertoult (1802-60), propriétaire du château de 
Paucy (Aisne), épousa Zéphyrine-Louise-Valentine de Ber- 
toult d'Hulluch. sa cousine, d'où : a. Georges de Bertoult, 
marquis d'Hautecloque, époux d'Adeline de Colbert Gastle- 

1. Fils d'Odoard-FloriaD-Âlpbonse-Bdmond. vicomte du Pio de U Gaé- 
rivière (1806-44). page de S. M. Louis XVIII, chevalier de Malte, lieate- 
nanl de cavalerie dans la garde rojalef el de Françoise-Emmelioe Cooper. 

i. Fille de Louis-Jules-Ëlisce, baron Cavrois de Salernault, et d'Antoi- 
nette-Marie- Charlotte Lantoiue. 

3. Ce mariage se célébra à Reims, en ISO 1, «o présence de Louis-Phi- 
lip pâ-Ârnoult Bertoult, propriétaire, demeurant à Arancy, frère de l'époux, 
ei de Thomas-Antoine-Jean Maussion, aussi propriétaire, demeurant audit 
ArtiDcy, beau-frère de Tépoui. (Chartrier du cbàleau de Forsj.) U. de 
MiiuEÈion avait épousé Marie- Anne-Cbarlotte-Eulalie de Bertoult d'Haute- 
eb^pti (eœur des précédents) : il en eut une fille, qui deviut la marquise de 
la Tour du Pin, décédée à Tftge de 93 ans, après une vie noblement rem- 
plie, 4 la fin du xix* siècle. 



% 



DB SAINT JBAN-BAPTISTE DB LA SALLB 101 

Hill. b. ValeDline de Berloult d Hautecloque, épouse du 
comte de Geslas de Lesperou en 1 852. D'où : Georgina, sans 
alliance, et Louise, femme en 1883 de Feruand Puissant de la 
Villeguérif. 

2"* Louis- Charles, comte de Berloult, né à Ployart en 1804, 
officier de la garde royale, chevalier de Saint Louis, épousa 
Amélie Lespagnol de Chanteloup. (Voir la généalogie Les- 
pagnol.) 

3® Clémentioe- Louise de Berloult épousa N... du Puy de 
Grandval (sans postérité). 

IlL — Georges, marquis de Berloult d'Hautecloque et 
Adeline de Colbert Casile-Hill, fille de Roger, baron de Col- 
bert, et d'Olympe de Sandelui. 

D'où : 

IV. — i» Robert-Georges- Louis -Marie, marquis de Ber- 
loult d*Haulecloque, né en 1862, épousa, en 1890, Jeanne- 
Marie-Pauline- Viclurnienne de Rougé, fille de Théodoric, mar^ 
quis de Rougé, et d'Anne Cadeau d'Acy, son épouse en 
deuxièmes noces. Dont deux fils et deux filles. 

2® Marguerite- Louise- Valeuline de Berloull d'HdUlecloque 
(1860-92), femme en 1883 de Jacques, baron le Fonteuay. 
bout un fils et une fille. 

3" Jean-Marie-Olivier de Berloult d'Haulecloque, né en 
1878. 

lU. — Louis, comte de Berloult, et Amélie Lespagnol de 
Chanteloup. 

D'où: 

IV. — P Adrien d^ Berloull, officier aux lanciers de la 
garde impériale, épousa Borlhe Le Grand, fille de N... Le 
Grand, inspecteur général des finances, et de N... Despréaux 
de Saint-Sauveur. D'où une fille, Marie de Berloult, veuve du 
comte Ëruesl Lachaud, remariée à Henri Rillart de Verneuil. 

2^ Amable de Bertoult épousa Blanche Bablet ; il était capi- 
taine de mobiles en 1870 et fut tué à l'explosion de la citadelle 
de Laon sans laisser de postérité. Sa veuve s'est remariée au 
comte Ëstève. 

3^ Clémentine de Berloult épousa Edmond, baron de Chau- 
venel eu 1857. 

Sans poôtérilé. 

III. — AlphoDsine-Delphine de Miremonl, fille de Louis- 
François- Alphonse et de Marie-Glossinde de Férel, et Alexis- 
Anne de Vissée, marquis de la Tude. 



102 LBS ASCBNDANTS MATERNELS 

D'où deux filles : 

IV. — 1*> Louise-Glossiade de Vissée de la Tude, née le 
23 janvier 1822, vivant en célibat. 

2"* Isabelle- A Iphonsi ne de Vissée de la Tude, née le 21 mai 
1824, mariée le 30 décembre 1844 à Antoine-Louis, baron de 
Romance, décédé le 15 mars 1881, conseiller à la Cour 
d'Amiens, fils de Joseph Godefroy, baron de Romance, capi- 
laiue de cavalerie, ancien garde du corps du roi, et de Marie- 
Charlotte de Befifroy de la Grève. 

D'où cinq enfants : 

V. — \^ Godefroy, VI1I« du nom, Alphonse-Anatole, 
baron de Romance, né à Laon le 9 novembre 1845, lieutenant 
dans la garde mobile de l'Aisne, puis volontaire à Tarméede 
Paris où il fit la campagne de 1870, juge suppléant démission- 
naire au Tribunal civil d'Amiens, épousa à Abbeville, le 
18 février 1873, Antoinette de Witasse de Théïy, fille de 
Joseph-flenri-Gustave et de Henriette-Valentine Acquêt de 
FéroUes. Dont descendance. 

2*" Louis-Marie-Gaston de Romance, né le 16 décembre 
1846, sous-lieutenant de la garde mobile de T Aisne, tué le 
9 septembre 1870 dans la citadelle de Laon, à côté de son cou- 
sin, Amable de Bertoult précité, aussi victime de l'explosion. 

3« Hugues-Godefroy-Charles-Henri, marquis de Romance 

Mesmon, né à Laon le 20 avril 1859, époux de D«"« 

de Mannoury de Croisilles. Dont postérité. 

A^ Caroline-Louise-Marie de Romance, mariée le 6 février 
1872 à Armand-Laurent de Mython, lieutenant d'infanterie 
démissionnaire, fila de Laurent-François de Mython, officier 
supérieur dans la garde royale, chevalier de Saint-Louis, de 
Saint- Ferdinand et de la Légion d'honneur, et de Marie- 
Louise- Emmauuel Chrestien de Poly. Dont postérité. 

5^ Berthe-Isabelle-Théodorine de Romance, mariée le 12 
octobre 1875 à Bernard-Gustave-Alfred le Roux de Puisieux, 
fils des feu Élienne-Charles-Floris-Alfred et Louise-Aglaé de 
Corbehem. Dont deux fils et une fille : Jean, Raymond et 
Marguerite le Roux de Puisieux. 



DE SAINT JBAN-BAPTISTB DB LA SALLE 103 

CHAPITRE XI 
Moèt d« Romont ot Moèt do Gourban. 

On a vu au chapitre III les documenls que dous avoDs 
réunis sur Nicolas Mo6l, coseigneur de Taissy, sa femme 
Jeanne Mareschal et ses deux ûls Philippe et Guillaume. 
Nous abordons aujourd'hui la descendance de Nicolas Mo6t 
par la branche Moët de Romont (Romont, paroisse de Mailly). 

!•' degré. 
Nicolas Moêl épousa Jeanne Mareschal. 

2* degré. 
Leur fils atué, Philippe, épousa Marie Tartier, et le second, 
Guillaume, Jeanne Cauchon, de la branche de Yerzenay. 

3» degré. 

Guillaume Moêt fut marchand drapier (minute de Nicolas de 
Huzendatedu 12 Juillet 1532) et mourut avant le 19 mars 
1537 (minute de Rogier en date de ce jour, au sujet d'héritages 
sis à Suippes). 

Quant à Philippe, une minute d'Augier donne les noms de 
quatre de ses enfants : 

« Bail fait le 6 avril 1559 par devant Jacques Augier et Collet 
son collègue, notaires à Reims, par Damoiselle Marie Moët, veuve 
de Maître Pierre Tiercelet, licencié es loix, demeurante à Reims, 
de terres aux terroirs de Belhny, Rufiy et autres circonvoisins, à 
elle échues par les successions et trespas de feu Damuiselle Marie 
Tartier, sa mère, de Claude Moêt Faisuel, Claude Mo^t le jeusne 
(décédés célibataires) et de Philibert Moôt, religieux profès en 
Fabbaye S^-Remy de Reims, ses frères,. . . etc. » 

La Teuve de Pierre Tiercelet mourut à Rethel en 1613 ^ : 
Rethel : 

« 1613, le mercredy, 11 décembre, décès de Marie Moêt, vesve 
de feu M« Pierre Tiercelet en l'« noces. » 

Philibert Moêt, frère de Marie Moél, est nommé en 1570 
dans un bail passé avec Raulin Darlois, laboureur à Brouillet 
(Archives de la famille Prévôt-Moreau, déjà citée). On y 

1. FamUIe Tiercelet : Revue des Questiom héraldiques, archéologiques 
et hisloriques, livraison da 25 février 1901, page 490. 



104 LES ASCENDANTS MATERNELS 

remarque Âmery (sic) de Mal val, famille de la femme du Ueu- 
lonant-colonel Jean-Bapliste Moêt de Brouillet. 

A tous ceulx. .. etc. furent présens vénérables et reiligieuses 
personnes doms Claude de Laonnois, docteur en théologie, grant 
prieur de Monligny, soubprieur, Amery de Malval, frère prieur. 
Augustin [ ], chantre et quart prieur, Remj le Bœuf, 

Remj le Saige, et Philbert Moët, tous prestres relligieux à l'abbaye 
Saiuct-Remy de Reims, lesquels baillent à ferme et admodiation 
à Raulin Darlois, laboureur, et Françoise de la Bruyère, sa 
femme, de luy licentiée sufflsamment, demeurans à' Brouillet, 
treize quartelz de prez sciz audict Brouillet, lieudict amy la prai- 
rie, royé M" Nicolas Moët, escuyer, procureur du roy, d'une part 

durant le temps de neuf années et neuf despouilles moiennant 
redevance de trente livres tournois et deux chappons. 

Ce fut faict et passé le cincquiesme jour d*apuril l'an mil cincq 
cens et septante. 

Signé des notaires royaux : 

AUGIER. 

Vaobonard. 

Une minute d'Âugier, datée de 1546, nous fournit six des 
sept enfants de Philippe Muet et de Marie Tartier. Est omise 
seulement Jeanne Moët, femme de Claude Dudrépuis de Jean 
Cbinoir. 

c< Vente faite le 25 mars 1546 par devant Jacques Augier et 
et Nicolas Déhuz, son collègne, par Philippe Moêt, escuyer, 
demeurant à Reims, tant en son nom que comme père, tuteur et 
légitime administrateur de Claude, Loys, Philibert, Claude, 
Nicolle et Marie Moët, enfans de lui et de feu Damoiselle Marie 
Tartier, sa femme ; 
d*une maison située au bourg Sainct-Denis de Reims. » 

Ainsi ses enfants furent : 

1« Claude, mort en célibat ; 

2« Loys, époux d'Anne Tavernier, qui continue la descen- 
dance. 

30 Philibert, moine à S»-Remy ; 

4'' Claude, mort en célibat ; 

50 Nicole, femme d'Antoine de Poulie; 

6« Marie, femme de Pierre Tiercelet. 

7*> Jeanne, femme en premières noces de Claude Dudré, 
écuyer, sgr. de Provisy, puis remariée à Jean Chinoir, veuf 
lui-môme, écuyer, sgr. de Bsine, du Grand-Montfort, vicomte 
de Ghambrecy, etc. 



DB SAINT JBâN-BâPTISTB DE LA SALLB 105 

Nous devoDs ajouter, au sujet de Philibert, qu*il reçut, le 
19 juin 1573, les lettres de provisioil de sa nomiualiou à la 
prévôté de Corbeny, vacante par la résignation de Dom Adrien 
Maulevault. (Arch. de S*-Remy.) 

Nicole Moêl épousa Antoine de Poulie en 1551 . • 

u Contrat de mariage du 8 décembre 4551, passé par devant 
Jacques Augier et Nicolas Dehuz son collègue, notaires à Reims, 
entre nobles personnes Maître Antoine de Poulie, licencié es loix, 
avocat à Chastillon-sur-Marne d'une part ; 

et Damoiselle Nicolle Moêt, fille de feu Philippe Moêt et de feu 
Damoiselle Marie Tartier, ses père et mère, en la présence et de 
l'avis et consentement de Jean de Paris, seigneur de Branscourt, 
son tuteur et curateur, Damoiselle Jeanne Moêt, sa sœur, veuve 
de Maistre Claude Dudré, en son vivant aussi licencié es loiz, avo- 
cat à Reims, Nicolas le Vergeur, escuyer, sgr. de Branscourt, 
Damoiselle Jeanne Tartier, sa femme ; Robert Tartier, contrôleur 
du grenier à sel de Reims, et Damoiselle Nicolle Tartier, veuve 
d'Antoine du Puis, en son vivant, capitaine de Reims, d'autre 
part ; dans lequel il est dit que lad. Dam**'* Jeanne Moêt, sa sœur, 
est débitrice envers elle d'une somme de 200 livres tournois à elle 
laissée en dépôt par le testament de lad. Dam"^* Marie Tartier, 
leur mère. » 

Nicole Moêt était veuve en 156b : à la date du 13 décembre, 
elle vendit par devant Taillet, notaire à Reims, plusieurs héri- 
tages sis au territoire de Chamery. 

Les enfants de Guillaume Moêt, frère de Philippe et de 
Jeanne Caucbon, furent : 

l"" Mai^uerite Moêt, femme de Jean Chinoir, mentionnée ci- 
après. 

2* Claude Moêt, éc^, sgf. de la Saulx-Basse, possessionué à 
Courmelois, mari de N... : d'où des filles, dont on ignore l'al- 
liance. 

3® Nicolas Moêt, receveur des aides, mari de Roberte le 
Plorinier, ainsi qu'il a été dit plus haut. 

De son premier mariage, Jeanne Moêt, ûlle de Philippe, eut 
Robert Dudré, écuyer, seigneur de Provisy, et du second, 
Nicolas Chinoir, écuyer, seigneur du Grand-Montfort et de 
Guillecourt. De son côté, Jean Chinoir, époux en deuxièmes 
iioces de Jeanne, s'était marié en premières noces, en 1550, à 
Marguerite Moêl, fille de Guillaume Moêt, frère de Philippe. Il 
fallut môme t fulminer une dispense • pour permettre la célé- 
bration du mariage de Marguerite Moêt, cousine germaine de 
la première femme de Jean Chinoir, puisque Marguerite était 



106 LBS ASCENDANTS MATBRNBLS 

fille de Guillaume Ho6t, frère de Philippe, et de Jeanne Cau- 
chon de Verzenay. 

De Marguerite Moét, Jean Chinoir eut trois enfants : 

1® Jean, qui continua la descendance ; 

2® Louise, qui épousa Robert Dudré, écuyer, seigneur de 
Provisy, ci-dessus nommé ; 

3® Suzanne, qui épousa Antoine Guyot, écuyer. 

Pour Tintelligence des pièces ci-dessous, nous devons faire 
savoir au lecteur que de Loys Moët et d*Ânne Tavemier 
naquit un fils, Henry Moët, mari à son tour de Jacquette 
Polonceau. 

« Constitution de rente faite le i**^ mars 1601 par devant Pierre 
Brisset et Viscot, son collègue, notaires à Reims, par Damobelle 
Jeanne Moët, veuve de Jean Chinoir, esc% sgr. de Beine et de 
Chambrecy^ demeurant à Reims, Hubert Dudré, esc% sgf. du 
Ruisselé^ Damoiselle NicoUe du Blaireau, sa femme de lui licen- 
ciée, demeurant à Damery, et Henry Moët, demeurant audit 
Reims, au profit d'honorable homme Nicolas Lespagnol,* bour- 
geois dudit Reims, envers lequel ils s'obligent solidairement. » 

« Acte de garantie fait le même jour par les mêmes (sauf 
Henry Moët) devant les mêmes notaires en faveur d'Henry Moêl, 
dem* à Reims, neveu de ladite dam*'^* Jehanne Moët, fils de Loys 
Moët, son frère, et d'Anne Tavemier, sa femme ; par lequel ils 
s'obligent solidairement à le dégager de Tobligation contractée 
avec eux en l'obligation de rente précitée. » 

Henry Moët fut toujours intimement lié avec sa tante, la 
vicomtesse de Gbambrecy. Dès le 19 avril 1586, cette deruière 
abandonna, en faveur d'Henry, un droit de retrait lignager 
(Ponce Augier et Bonnestrayne) ; le 14 décembre 1586, elle fut 
marraine de Jeanne Moët, fille de ce même Henry et de Jac- 
quette Polonceau. 

liO 30 septembre 1595 elle poursuivit, de concert avec son 
neveu, un habitant de Damery nommé Jean Gaillard (Pierre 
Brisset et Loys Lagoille). 

Henry Moët et Jacquette Polonceau eurent une fille, Barbe, 
qui épousa: l^" Wuarin Houppier; 2^ Charles de Lumbre, 
écuyer. 

c 1623. 30 nov. Baptême de Marie, fille des mêmes. Parrain : 
Nicolas Larcher, archer de robe courte. > 

(SaiutHilaire.) 

< i636. 11 juin. Baptême de Claude, fille de Wuarin Houppier 



DB SAINT JBAN-BâPTISTB DB LA 8ALLB 107 

et de Barbe MoéU Parrain : M^^ Jean de Miremonl'. Marraine ; 
Dame Claude Herbin. » 

(Saint- Michel.) 

c 1629. 29 août. Baptême de Jeanne, fille des mômes. Parrain : 
M» Jean Thoury, huissier royal. » 

c 4636. 6 jan?. Baptême de Charlotte^ tille de Charles de Lam- 
bre, escuyer, dem^ à Reims, et de Barbe Moët. » 

' (Saint-Hilaire.) 

« 4638. i8 avril. Baptême de Claude, Ois des mêmes. » 

(Saint-Pierre.) 

c 4640. Baptême de Charles, fils des mêmes, b 
c 1641. Baptême de Pérette, fille des mêmes. » 

(Saint-Hilaire.) 

Les autres enfants de Henry Moët furent : !• Thomas Moôt, 
mari d'Elisabeth Pinchart, qui suit; 2^ Jean, né en 1574; 
3^ Jacqueline, née en 1580; 4^ Tsabeau, née en 1590; 
5* Pierre, né en 1591 ; 6<» Raulin, né en 1592 ; 7* Marie, née en 
1595. 

IV. — Henry Moël, fils de Loys et d*Anne Tavernier, 
épousa Jacquette Polonceau. 

V. — Thomas Moët, fils de Henry et de Jacquette Polon- 
ceau, épousa Elisabeth Pincbart. 

VI. — Pierre Moêt, fils de Thomas et d Elisabeth Pin- 
cbart, épousa Jeanne Détré. 

Les paroisses de Reims nous fournissent un certain nombre 
d'actes sur Henry Moël, du 4*" degré, ainsi que sur un autre 
Henry Moël, fils do Pierre et de Jeaune Détré^ et époux de 
Jeanne Pierlot (1653-1726), dont il eut dix enfants. 

1574, 29 mars. Baptême de Jehan, fils d'Henry Moët et de 
Jacquette Polonceau. 

1580, 2 octobre. Baptême de Jacqueline, fille des précédents. 
Parrain : M'* Pierre Polonceau. Marraine : Jacqueline, sa femme. 

(Saint-Bilaire.) 

1. Jean de Miremonl, ch«% sgr. de Blérancourt, né en 1608 de Dtvid, 
eh*', 8gr. de Berrieuz, Gueoz, Vrigny, etc., maréchal du Laonnoii, et de 
llargaerite d'Klbenne, issue des Gonfalonniers de Florence* Le ▼icomte de 
VesTrolte, nommé dans cet oavrage comme époux de Marie- Henée de Dion 
de Ricqaebourg, possède en son ohftleau de Mont- Richard (Cête-d'Or) le 
portrait de François de Miremont, frère de Jean, cap* au rég* de cheveu- 
légers d'Anjou, blessé à la baUilIe de Rethei. Celui dVn autre frère de 
Jean, Alphonse de Miremont, ch*' de Malte, grand prieur de Champagne, 
aziste au chftteau de Belval en Laonnois, oi!! il a été envoyé par le grand 
mettre de l'ordre. 



108 LES ASCKNDANTS MATERNELS 

i5d0, 8 février. Baplème d'Ysabeaa. fille des précédents. 
i59i, 20 février. Baptême de Pierre, tiis des précédents. 

(Saint-Pierre.) 

4592, 25 novembre. Baptême de Raulin, fils des précédents. 
Parrain : W^ Raulin Lacaille. Marraine : Jehanne, sa femme. 

(Saint-Hilaire.) 

1595, 16 février. Baptême de Marie, fille des précédents. 
1681, 17 février. Mariage entre Henry Moët, fils de feu Pierre 
Moêt et de Jeanne Detré, âgé de 27 ans, et Jeanne Pierlot. 
4684, 44 décembre. Baptême de Jacques, fils des précédents. 

1686, 20 janvier. Baptême de Jean -François, fils des précé- 
dents. 

(Saint-Pierre.) 

1687, 17 avril. Baptême de Jean, fils d'Henry Moêt et de Jeanne 
Pierlot. 

4688, 47 juin. Baptême de Nicolle, fille des précédents. 

4689, 25 septembre. Baptême de Noël, fils des précédents. 

4690, 42 septembre. Baptême de Jeanne, fille des précédent». 
(Décédée le 21 avril 1692.) 

4695, 30 septembre. Baptême de Marie, fille des précédents. 
1696, 23 septembre. Baptême de Sébastienne-Thôrèse, fille des 
précédents. 

4698, 45 octobre. Baptême de François, fils des précédents. 
4701, 24 août. Baptême de Henriette, fille des précédents. 
1726, 47 roay. Mort de M' Henry Moêt, âgé de 73 ans. 

(Saint-Ëtienne.) 
Henry Moët habita Reims. 

c 46 novembre 4691. Henry Moët, marchand à Reims, prend à 
louage de la Commanderie Saint-Antoine de Reims (vénérable 
Langue de France de l'Ordre de Saint Jean de Jérusalem) une 
maison faisant coin vis à vis le collège de l'Université.. . pour six 
ans, moyennant soixante-six livres par an. > 

(Minutes de Copillon.) 

Pierre Moêt, mari de Jeanne Détré, habita Soissons : 

c Procuration faite le 26 août 1644 par devant Nicolas Cloquet 
et Rogier, son collègue, notaires à Reims, par Pierre MoëtPaisné, 
demeurant à Soissons, étant de présent à Reims, à Gilles Plin- 
cliart, demeurant audit Reims, à l'effet de poursuivre en son nom 
Charles de Lambre, esc', et Barbe Moët, sa femme, auparavant 
veuve de Warin Houppier, dem' à Reims, pour le remboursement 
de la somme de 600 livres en principal, à lui due par le testament 
de défunte Jacquette Polonceau, son aïeule, avec l'intérêt détroit 
années d'arrérages. » 



DE SAINT JBAN-BAPTISTB DB LA SALLB 109 

Pierre Moët est fils de Thomas MoëLeld^Élisabelh Pincharl, 
petit-fils d'Henry Moët et de Jacquette Polonceau, et il atta- 
que sa grand'tante, Barbe Moët de Lambre. 

VU. — Guillaume Moët, fils de Pierre et de Jeanne Détré, 
épousa Damoiselle Geneviève de la Cour. 

VIII. — Claude Moët, fils de Guillaume et de Geneviève 
de la Cour, épousa Barbe Virtou, d'Épernay, en 1717. 

D'où deux fils, qui suivent, et une fille, Pérette Moët, née 
en 1718, dont on ne sait rien. 

IX. — 1^ Claude-Louis-Nicolas, né en 1719, auteur de la 
branche de Romont, dont nous parlerons ci- après. 

"l^ Simon-Joseph, né en 1721, auteur de la branche de 
Courban; il épousa Marie -Thérèse de la Faux, et nous allons 
suivre leur descendance. Courban était un fief de la paroisse 
de Pocancy (Marne). 

En 1758, Simon-Joseph Moët de Courban. de concert avec 
son cousin Joseph Moét de ChauSbur, fit relever à Ëpernay la 
Croix-Bussy, en remplaçant Tancienne, qui était de pierre, 
par une croix de fer, devant laquelle vint se dérouler, en 1 759, 
la procession des Rameaux. Joseph Moët appartenait à la bran- 
che de Tarnaux. La rue Croix- Bussy part de la rue du Com- 
merce et se dirige vers la colline de Bernou K 

X. — Etienne Moët, fils de Simon-Joseph et de Marie-Thé- 
rèse de la Faux, épousa Catherine Flocart du Pavillon. 

D*où trois enfants : 

XI. — \^ Claude-Bernard Moët, mort sans alliance. 

1. c M' de Bussj, lieuteDaoi du roi à Épernaj en 1619, fil relever une 
«DcieDoe croix, érigée déjà, sous le mdme oom de Bussy, sur l'emplacement 
de l'ancien Lôpilal, brûlé et entièrement ruiné en 1429. Cette croix fut enle- 
vée par rétablissement d'une nouvelle route, puib reposée le 15 janvier 1744 
sur un autre point du même emplacement, au bord de la route, lorsqu'elle 
a dû être supprimée par suite de constructions nouvelles faites ultérieure- 
ment à cet endroit. Quantité d'ossements, exhumés lors de ces dernières 
constructions, établissent d'une manière certaine l'emplacement de l'ancien 
hdpital. > (Renseignements dûs à l'obligeance du comte Raoul Chandon de 
Briailles, et extraits de l'ouvrage de M' Poterlel, paru en 1837.) 

Nous avons précédemment restitué la vie de Nicolas de Bussj, lieute- 
nant du roi à Epernay, mari : !• de Jeanne de Courtagnon ; t" d'Anne de 
Garges {Une famille d^épée sous Vancien régime. Maison de Bussy d'Ogny). 
Nicolas de Bussy savait sans dout*», par tradition familiale, que l'érection 
de la croix primitive sur les ruines de l'hôpital était l'œuvre de l'un de ses 
aocêlres, et c'est ce 4ui a dû l'amener a cette réfection. 

Si l'on en croit les Dossiers bleus (B. N., Cab. des Titres), Simon- 
Joseph Moët de Courban était surnommé • le Prophète t. 



110 LES ASCENDANTS MATBUNBLS 

2° Clémeijce-Georgette, mariée à N... Not. 

3"" Aonette, mariée à Casimir-Auguste Moêt, son cousin de 
la brauche aînée, fils de Jacques-François-Fidèle Moët et de 
Dame Aimée Marescbal (qu'il avait épousée après le décès de 
sa première femme Rosalie Falempia ; consulter à ce sujet le 
chapitre des Moël de Noyon), 

D*où deux filles, doul Tune mariée à M. Josse, avocat à 
Reims. 

IX bis. — Claude- Louis-Nicolas Moët, ûls de Claude et de 
Barbe Yirtou, conseiller du roi et son procureur au grenier à 
gel d'Éperniy, épous:* Louise-Catherine Bruslé, fille de Nico- 
las Bruslé et de Louise- Catherine Lejeune^ 

D*où un fils : 

X. — Jean-Remy Moël de Rpmont, qui épousa Marie-Émé- 
lie Rossignon de Vrigny, d^une ancienne famille d'Irlaude, 
venue en France (sous le nom de Ross, francisé et devenu 
Rossignon) avec le roi Jacques II, lors de la Révolution de 
1682. 

D*où trois enfants : 

XI. — lo Adélaïde Moët, mariée à Pierre-Gabriel Ghandon 
de Briailles. 

2^ Caroline Moët, mariée à Hugues Baron Clément. 
3<^ Victor Moët, marié à Sidonie Caguiard. 

XII. — D'Adélaïde Moët et de Pierre-Gabriel Chandon de 
Briailles sont issus deux fils : 

1^ Gabriel, mari d'Aurélie Michaux de Chassy ; d'où deux 
fils : René- François- Philibert et Frédéric-Louis- Gabriel, 
marié à M"* de Baudreuil de Fontenay ; dont trois enfants. 

2^ Paul, mari de Marie de Mordant de Massiac, créé comte 
romain. 

D'où neuf enfants : 

XIII. — \° Le comte Raoul, marié à Blanche de Clermont- 
Tonnerre ; 

2<' Christian, décédé sans postérité en 1868; 
y Le comte Gaston, marié à Minie Re-Tallak Garrisson : 
d'où Claude ; 
4"* Alice, décédée sans alliance en 1864 ; 

1. Mariage célébré le 30 Juin 1750 en présence de Joseph Moél el de 
JcDu Noisette, frère et beau- frère de l'époux; d'Eugène Brûlé, lieutenant 
ile mtme, de M. Rocb Homaire, assesseur en THôlel de Ville de Retbel, 
oacLes paternels de l'épouse (Registres paroissiaux de Retbel). 



DB SAINT JBAN-BAPTISTB DE LA SALLB 111 

5^ Ëdmée, décédée sans alliance en 1865 ; 

6<> Marie, mariée au comte Arthur de Maigret : d*où Chris- 
tian, marié à M^^* d'Auteroche ; 

1"* Jehanne, mariée au comte Gaston de Maigret : d'où 
quatre fils et une ûUe, mariée au duc d'Abrantès ; 

8^ Hélène, mariée au comte Geoffroy d'Andigné : d*où un 
fils et deux filles ; 

9^ Jean-Remy, marié à M^^ de Salignac-Fénelon. 

XII. — De Caroline Moët et de Hugues Baron Clément sont 
issus : 

1^ Céline, mariée au comte de Sarrigny : d'où un fils et 
une fille. 

2» Emile, marié à Marie de Vie : d'où deux filles. 

3* Victorine, décédée sans alliance. 

XII. — De Victor Moët et de Sidonie Caguiard est issue : 

Kachel, mariée à Victor Auban : d'où deux filles décédées. 

{A suivre.) £. du Pin de la GuéRiviÈRB. 



il 

as 



il 

s f II* 



l!^ 






b 9 es 



II 



ll£ 



^ 


^ 


■^ 


&5 






H 




« 




Z 


•T3 b 


11- 


-12 




U^ 


1 


^1 



:?o; 



e « c'C « 

"s II 



Êl 




. ë>* 


•" *^ 




r-i-^ • 


A 




^A"" 


i 

ii'i 


Ifi 




i;^ 


f.-=? 


S> 






»' t 






X, ^ 










ill- 



* S. • £ 5 * - o 
Sa 



5 II -S 



Il "Il 



s 



II 

11 






il^ si* 



ÔZ^ 




s t 
s 1 

8 .4 
Il §23 



Ë 

= ! si 



e * 



sOS 



«•S si 

s • 



3 * I ï II 



4 



I 

8 

O 



^ I If 

llli 

.5 • 00 

s 



NÉCROLOGIE 



On annonce la mort du général de brigade Lambert, du cadre 
de réserve, sénateur du Finistère. 

L'épisode le plus glorieux de sa carrière militaire fut, on s'en 
souvient, le combat de Bazeilles (1870) où, avec une poignée de 
braves, parmi lesquels le capitaine Aubert, il défendit la maison 
des « Dernières Cartouches ». Il était alors chef de bataillon d'in- 
fanterie de marine et sous-chef d'état- major de la division d'in- 
fanterie de marine attachée au 12* corps d'armée. 

Il fîgure sur le tableau bien connu de Neuville, et l'on se rap- 
pelle à ce sujet la polémique qui a eu lieu à un moment donné 
entre lui et le capitaine Aubert, polémique qui aboutit à la 
constatation de mérites égaux dans cette brillante affaire. 

Né à Carhaix (Finistère) le 23 juin 1834, il sortit de Saint-Cjr 
en 1856, dans Tinfanterie de marine, fut promu lieutenant en 
1859, capitaine en 1862 et commandant en 1869. 

Fait prisonnier à Bazeilles, il réussit à s'échapper et termina la 
campagne dans les armées de province, comme chef de bataillon 
d'infanterie de ligne. 

Après la guerre il resta dans Tarmée de t«rre, fut promu en 
1880 lieutenant-colonel au 124«, en 1885 au 108«, d'où il passa au 
130<', puis, au commencement de 1886, au Luxembourg, en qua- 
lité de commandant militaire du Sénat. Il reçut les deux étoiles 
en 1890, commanda la 44* brigade d'infanterie à Quimper et 
passa dans le cadre de réserve en 1896 ; il venait d'êlre élevé à la 
dignité de grand officier de la Légion d'honneur. 

Le général Lambert avait été élu sénateur du Finistère comme 
républicain,' au renouvellement triennal de 1900, par 744 voix. II 
remplaça M. Savary décédé en octobre 1899. 

Le général Lambert, qui écrivait dans le Matin^ est décédé à 
Paris, 16, rue Stanislas, des suites d'une maladie de vessie. 

Ses obsèqnes ont eu lieu le 14 janvier, à dix heures. 

Les honneurs militaires ont été rendus par le 103* de ligne, 
commandé par le colonel, avec musique et drapeau. 

Le deuil était conduit par MM. Théobald Lambert, frère du 
défunt ; Louis et Paul Roulin, et Charles Delisle, ses neveux. 

A l'église Notre-Dame-des-Champs, la cérémonie a été très sim<> 
pie, mais très imposante. Dans l'assistance, très nombreuse, se 
rencontraient MM. Pallières, président du Sénat ; le lieutenant- 
colonel de La Mothe, représentant le Président de la République ; 
le général André, ministre de la Guerre ; le général Pendezec, etc. 



r 




N^ROLOaiB 1 1 5 

Au cimetière Montmartre, où a été faite rinhumation, des dis- 
cours odI été prononcés par MM. Plichon, sénateur du Finistère, 
au nom du Sénat ; Marc, vice-président des Vétérans, au nom de 
la Société, et par M. Théophile Lefèvre, au nom de la viiie natale 
du général Lambert, Carhaix. 



Il y a quelques mois, dans un article intitulé : Les Missionnai- 
res de la j)rovince de Champagne^ le Courrier de Reims mention- 
nait la mort du P. Paul Denn, massacré par les Boxers à Ho-Kien- 
Fou. Depuis, des renseignements plus circonstanciés nous sont 
parvenus sur la mort de ce martyr et nous nous empressons de 
les publier. 

On sait que lorsqu'éclata, cette année, le terrible mouvement 
boxer, en Chine, le P. Denn resta au milieu de ses deux chrétien- 
tés, dans son district, malgré les dangers qui le menaçaient. 

Dans les premiers jours de juillet, ses chrétiens, traqués de tous 
côtés, durent abandonner leurs maisons et se réfugier où ils 
purent ; sur la volonté du ministre de leur section, le R. P. Denn 
et le R. P. Mangin vinrent alors à Tchou-Kia-Ho. 

Cette chrétienté de Tchou-Kia-Ho, la plus importante de la sec- 
lion, avait élevé des remparts de terre pour se protéger contre les 
attaques des Boxers. Beaucoup de chrétiens de King-Tcheou et 
des sous-préfectures voisines s'y étaient réfugiés. On peut en esti- 
mer le nombre à 3,000 hommes, femmes et enfants. Les deux 
pères voulurent rester avec leurs ouailles. 

Le 15 juillet, les Boxers, au nombre de plus de 1,000, dit-on, 
firent une première attaque qui fut repoussée avec perte de quel- 
ques dizaines des leurs ; les 16 et 17, nouvelles attaques, avec per- 
tes plus considérables, tandis que les chrétiens, protégés parleurs 
remparts, n'avaient aucun blessé. Malheureusement, le 17, vint à 
passer par la ville voisine de King-Tcheou une troupe de soldats 
réguliers chinois, venant du midi et se rendant au nord pour 
défendre Pékin. Aussitôt, les mandarins de la ville, les notables 
des environs et les chefs des Boxers vinrent supplier le chef mili- 
taire qui commandait cette troupe de les délivrer des chrétiens 
renfermés dans Tchou-Kia-Ho, prétendant que c'étaient des rebel- 
les. Ce chef, probablement partisan des Boxers, envoya plus de 
2,000 soldats avec de Tartillerie pour bombarder les malheureux 
chrétiens. 

Les 18 et 19, lattaque des soldais réguliers et des Boxers réunis 
n'eut pas de succès et il n'y eut que quelques chrétiens tués par 
les obus; mais le 20, dans la matinée, entre sept heures et huit 
heures, une brèche fut faite aux remparts de terre et alors com- 
mença le massacre général auquel quelques-uns d'entre eux seu- 
lement échappèrent ; parmi ceux-ci se trouvaient surtout quelques 
enfants, dont certains soldats eurent pitié et qu'ils emmenèrent 
avec eux. 



116 NÉCROLOGIB 

Les PP. Denn et MaQgin étaient dans Téglise au pied de Tautel, 
d*où ils purent donner leur dernière bénédiction à la foule des 
chrétiens qui s'y étaient pressés. C'est là qu'ils tombèrent héroï- 
quement et saintement sous les balles des réguliers chinois et des 
Boxers. 

Deux lettres. Tune adressée à sa mère, l'autre à M. Duvocelle- 
Vanpoulle, de Reims, son neveu, ont été retrouvées sur le corps 
du P, Denn. Nous avons vu ces lettres, non sans émotion ; l'héroï- 
que martyr les a rougies de son sang. Aujourd'hui, les petits sol- 
dats de France l'ont vengé ; il ne nous reste plus qu'à saluer sa 
mémoire, 

P. F. 

C'est avec peine que nous avons appris aussi la mort du P. 
Henri Ledoux. 

Ce jeune missionnaire rémois a été frappé à l'aube d'une vie 
d'apostolat qui s'ouvrait devant lui, belle et féconde, étant donnés 
sa jeunesse et le prosélytisme ardent qui l'animait. 

11 adorait cette Afrique à laquelle il s'était donné tout entier et 
il était fier de la noble et belle mission qu'il y avait acceptée : 
celle d'y planter la croix à côté du drapeau français. 

Après avoir passé deux années au séminaire de Binson, une 
année au noviciat de Maison-Carrée, près d'Alger, et accompli son 
année de service militaire au i« zouaves à Tunis, il était entré au 
Scholasticat des Pères Blancs à Carthage, où la mort vient de le 
frapper. 

Il a tenu à prêter son serment de missionnaire avant de mou- 
rir ; deux ans encore le séparaient de cette prestation de 
serment. 

Le P. Henri Ledoux a suivi les cours du Pensionnat des Frères 
de Reims pendant onze années, de 1885 à 4896. Brillant élève, il 
couronna ses études par l'obtention du baccalauréat spécial. Sur 
le vote de ses camarades, ses maîtres, le Frère directeur et l'au- 
mônier, de concert avec le Comité des anciens élèves, lui décernè- 
rent, en 1895, le grand prix d'honneur fondé par l'Association 
amicale. 

Le P. Henri Ledoux était le beau-frère de M. Mailfait, l'artiste 
rémois bien connu. 

Son frère est mort, il y a quelques années, à Kayes, dans le 
Soudan français, où il servait dans Tartillerie de marine. 



On annonce également la mort : 

De M. Arthur Lhuillier, fondé de pouvoirs du Trésor à Porto- 
Novo (Dahomey), enlevé par la fièvre jaune. 
Il avait épousé, en mai 1900, M"« Poirrier, d'Épernay ; 



NÉCROLOOIB 1 I 7 

— De M. Malhis Volbart, ancien brigadier de gendarmerie, che- 
valier de la Légion d'honneur, décédé à Reims à !*àge de 84 ans. 

Il laisse trois enfanls, dont Pun, sulpicien, esl professeur de 
philosophie au séminaire de Moalréal (Canada • ; 

— De M Lesueur, père du président du Tribunal civil do 
Vilry- le- François ; 

— De M Léon Dagonet, ancien juge suppléant au Tribunal de 
commerce, ancien commandant du P' bataillon des mobiles de la 
Marne, chevalier de la Légion d'honneur, décédé à Châlons-sur- 
Marne, le 3 décembre 1900, dans sa soixante-douzième année. 

Les obsèques ont eu lieu le 6, en l'église cathédrale, au milieu 
d'une nombreuse et sympathique assistance. 

Le deuil était conduit par les fils du regretté défunt. M. Ernest 
Dagonet, M. le lieutenant Kdmond Dagonel, du 3l« dragons, cl 
par son gendre, M. Paul Pithois. 

Au cimetière, des discours ont été prononcés par MM. Aubcriin, 
ami de la famille, Schmit, au nom du Comité des volontaires de 
1870, et Giraud, maire de Saint-Memmie, au nom des mobiles de 
la Marne. 

Tous trois ont rappelé en termes émus les qualités familiales et 
civiques de M. Léon Dagonet, sa vaillante attitude pendant la 
guerre, les cruelles soullrances si courageusement endurées qui 
ont attristé ses dernières années et déterminé sa mort ; 

— De M. Jacques Nicolas- Aristide llobert, maire de Sacy 
(Marne), décédé le 13 décembre 1900, dans sa cinquante-septième 
année. 

Les obsèques ont eu lieu le 17» en l'église de Sacy ; 

— De M"* Marie-Thérèse Vimont, décédée au Mesnil sur-Ogcr 
(Marne), le 15 décembre 1900, dans sa vingt-sixième année. 

Les obsèques ont eu lieu le 19, en l'église d'Oger ; 

— De M. l'abbé Caquot, curé-doyen de Vienne-le-Cbâ'.eau 
(Marne), décédé à I âge de 86 ans. 

Les obsèques ont eu lieu en Tcglise paroissiale. Plus de qua- 
rante prêtres de la région avaient quitté leurs presbytères pour 
venir dire une dernière prière et conduire à sa dernière demeure 
leur vénéré confrère qui, depuis plus de quarante ans, exerçait 
son ministère dans cette commune. 

M. le curé Henry, archiprôlre de Sainte-Menehould, présidait la 
funèbre cérémonie et dit la messe. Il fît, dans un sermon élo- 
quent, réloge du défunt et retraça la vie du digne doyen de 
Viennc-le-Ohâtcau, faite toute de dévouement, de sacrifices et 
d'abnégation. 

Après la cérémonie, le corps fut transporté au cimetière de 
Saint-Hoch, et inhumé sous les dalles du parvis de la chapelle ; 

7— De M. Emile Dagonet, négociant en vins de Champagne, 
président du Comité départemental de la Croix Rouge, décédé 



118 NÉCBOLOGIB 

subitement à Châlons-sur-Marne, le 21 décembre 1900, dans sa 
soixante-treizième année. 

Les obsèques ont eu iicu le 24, eu Téglise catbédrale. 

Le deuil était conduit par MM. André Dagonet, Ernest et 
Edmond Dagonet, Henri Chanoine. Paul Pithois, fils et neveux du 
défunt. 

Au cimetière, deux discours ont été prononcés par MM. Ferdi- 
nand Lambert, délégué de la Croix-Rouge, et le colonel Varoquier, 
vice-président du Comité départemental. Ils ont évoqué la ôgure 
sympathique du négociant, du juge du Tribunal de commerce, du 
conseiller municipal, et surtout du président de la Société de 
secours aux blessés qui se signala par son dévouement, lors de la 
guerre de 1870, comme membre du Comité d'organisation de la 
Croix-Rouge, alors que son digne frère, — emporté si douloureu- 
sement quinze jours auparavant, — avaii lui-même pris le com- 
mandement des mobiles de la Marne ; 

— De M. Eugène Peltier, ancien greffier de la justice de paix, 
trésorier de la Fabrique, conseiller municipal de Suippes, décédé 
en cette ville le 22 décembre 1900, à l'âge de 39 ans. 

Directeur de l'usine Vareone, il laisse derrière lui d'unanimes 
regrets. 

Les obsèques ont eu lieu le 26, eu l'église paroissiale. Au cime- 
tière, M. le docteur Colon, ami du défunt, a prononcé quelques 
paroles émues ; 

— De M. le D' Remy, décédé à Mareuil-le-Port (Marne), dans sa 
quatre-vingt-quatrième année. 

iNé à ChAlillon-sur-Marne en 1817, M. Remy venait, il y a près 
de soixante ans, se fixer à Mareuil-le-Port comme médecin. Dès 
1846, les habitants de cette commune, appréciant le dévouement 
que, jeune encore, M. Remy témoignait déjà à cette époque pour 
les alfaires publiques, rappelaient au Conseil municipal. Eu 18^8, 
c'est-à-dire à l'âge de 30 ans, le docteur Remy était nommé maire 
de la commune de Mareuil-le-Port, qu'il administra avec une 
grande distinction pendant trente-cinq ans, résumant ainsi en sa 
personne l'histoire de cette commune pendant la seconde moitié 
du XIX* siècle, avec lequel il s'est éteint. 

M. Remy s'était signalé également comme archéologue. 

Les obsèques ont eu lieu le 26 décembre. 

Le deuil était conduit par M. le colonel Remy, fils du défunt, et 
M. le colonel Vives, son gendre ; 

— De M. Félix-Edmond d'Huicque, décédé à Reims, le 28 décem- 
bre 1900, dans sa quatre-vingt-unième année. 

Doyen des clercs de notaire de France, il vient de s'éteindre 
après soixante-sept années de cléricature. Né à Droizelles, canton 
de Nanteuil (Oise), le l*"" février 1820, M. d'Huicque débuta dans 
la carrière notariale à l'âge de 14 ans, dans une étude de Tarron- 



NÉOROLO0IB 119 

dissement de Senlis. Quelque temps après, il vint s'installer à 
SoissoQS où, de longues années durant — jusqu'en 1872 — il tra- 
vailla dans les études Rigaux, Petit de Reimpré et Suin. En août 
1872, il entrait à Reims comme clerc liquidateur en Tétude de 
M« Neveux, puis en celle de M« Thiénot, son successeur, où il tint 
sa place jusqu'à ces jours derniers. 

Né dans le premier quart de ce siècle, M. d'Uuicque avait été 
bercé de toutes les légendes et de toutes les traditions de Tépopée 
impériale dont il tenait mille détails de témoins oculaires. 

Doué d'une excellente mémoire, ses plus heureux instants 
étaient ceux où quelque interlocuteur, le mettant à contribution, 
évoquait ses confidences et ses souvenirs sur les dernières années 
de l'Empire, sur la Restauration, mais particulièrement sur la 
Révolution de 1848, à laquelle il avait pris une part active, le 
bataillon de la garde nationale de TAisne, auquel il était affecté à 
cette époque, ayant dû se rendre à Paris pour aider au rétablisse- 
ment de l'ordre. 

Figure aimable, modeste et d'une grande égaillé d'humeur, 
M. d'Huicque laisse des regrets unanimes chez tous ceux qui l'ont 
connu et spécialement parmi tous ses collègues qui éprouvaient 
pour lui une très vive sympathie et une profonde vénération. 

Les obsèques ont été célébrées le 31, en l'église Notre-Dame. 
L*inhnmation a eu lieu le même jour au cimetière de Nanteuil-le- 
Haudouin (Oise) ; 

— De M. Paysant, commissaire central de Reims, chevalier de 
la Légion d'honneur, décédé en cette ville le 28 décembre 1900, à 
l'âge de 51 ans. 

Les obsèques ont eu lieu le 31, en l'église cathédrale. Au cime- 
tière, où le cercueil a été déposé dans un caveau de la Ville en 
attendant son transfert à Cherbourg, des discours ont été pronon- 
cés par MM. Laby, adjoint, au nom de l'Administration ; Jullien, 
commissaire de police, et Mallet, commissaire spécial ; 

— De M. Pierre-Victor Martin, lieutenant de vaisseau, chevalier 
de la Légion d'honneur, décédé à Reims le 30 décembre 1900, à 
l'âge de 36 ans. 

Les obsèques ont eu lieu le 2 janvier» 1901, en Téglise Saint- 
André ; 

— De M"« Marie-Philomène Sant, fille de charité de Saint- Vin- 
cent-de-Paul, eu communauté sœur Marguerite, décédée dans la 
vingt-quatrième année de son âge et la troisième de sa vocation, 
à l'hôpital d'Avize. 

Les obsèqnes ont été célébrées le 3 janvier, en l'église parois- 
siale ; 

— De M. Renault, inspecteur primaire à Meaux, officier de 
l'Instruction publique, décédé le 2 janvier, à l'âge de 50 ans. 



120 



NÉCAOLOOIS 



11 était né à Tauxiéres (Marne) le 3 mars 1849. Après de bril- 
lantes études à l'École normale de Châlons, il occupa divers pos- 
tes d^nstituteur, notamment à Reims. Ses aptitudes pédagogi- 
ques le désignèrent de bonne heure pour tes fonctions d'inspec- 
teur primaire, qu*il remplit successivement à Ribérac, à Sedan, 
et enfin à Meaux, où il fut nommé en 1887 ; 

— De M. Camille Écoulin, avocat, ancien membre du Conseil 
municipal, vice-président de la Commission administrative des 
Hôpitaux de Châlons. décédé en celte ville le 2 janvier, à Tâge de 
77 ans. 

Les obsèques ont eu lieu le 5. en Téglise cathédrale ; 

— De M. Louis Cblique, rentier, officier d'Académie, président 
de la Société de gymnastique La Patrie, trésorier de VAssocialion 
des Sociétés de gymnastique de Reims, membre du Conseil de 
lamille la Croix rouyôj administrateur des Élabliàsements écono- 
miques de la ville de Reims, décédé subitement en cette ville le 
13 janvier, dans sa quarante-neuvième année. 

Les obsèques ont été célébrées le 15, en Téglise Sainte-Gene- 
viève. L'inhumation a eu lieu au cimetière de TOuest ; 

— De M. le rabbin Séligmann, décédé à Châlons- sur-Xarne, à 
l'êige de 82 ans ; 

— De M. Sutainc, capitaine en retraite, décédé le 27 janvier, à 
Piney (Aube) ; 

— De M. Ponsinet, ancien magistrat, décédé à Reims, à l'âge 
do 89 ans ; 

— De M"« la comtesse de Bucy, née Tricornot, décédée au cbâ- 
leau de Dammartin (Haute-Marne), à Tâge de 68 ans ; 

— De M"« la comtesse de Riancey, née Marie-Thérèse de Vil- 
liers, décédée à Gray (Haute-Saône), à Page de 26 ans. 

Le corps a été transporté à Sézanne (Marne), et déposé provi- 
soirement dans le caveau de la famille Dursus, pour être ultérieu- 
rement inhumé à La Noue. 



BIBLIOGRAPHIE 



Élude historique iur Warmeriville et $s$ dépendances, Vaudétré, Rago- 
net. Le Pré, Les Marais et le Valides- fi is, par Cousin- Hbnhat. 
Ouvrage couronné par l'Académie nationale de Reims, 1899. Avec 45 
gravures dans 1a texte ei hors texte. — Reims, impr. Lucien Monce, 1900. 
1 vol. gr. in-8» de 392 pages. Prix de vente : 5 francs pour les souscrip- 
leur». « 

Cet ouvrage succède à uu autre du même genre, composé et 
publié par l'auteur sur Lavaniies, la commune qu1l habite (canton 
de Bourgogne, Marne). En récompensant ces utiles publications, 
l'Académie de Reims a considéré surtout le mérite de tant de 
recherches entreprises et poursuivies sur le pa^sé d'intéressantes 
localités rurales, et l'intérêt qu'elles offrent au point de vue de la 
connaissance exacte du passé comme du maintien des traditions 
et de l'attachement au pays. Encourageons-les, en outre, en les 
faisant connaître de tous. 

En ce qui concerne Warmeriville, le but d'une monographie 
locale est certainement atteint par l'exactitude du récit, autant 
que par le nombre des documents mis au jour sur les anciens sei- 
gneurs, sur l'église, la communauté, les impôts, la justice, l'ensei- 
gnement primaire et l'agricullure. Les faits historiques sont 
ensuite retracés jusqu'à la date la plus récente avec une grande 
impartialité. 

H J. 



École nationale des Chartes, — Positions de Thèses sout€n%kes par les élè- 
v(s de la promotion de igoi pour obtenir le diplôme d'archivisie-paléo^ 
graphe, (Extrait.) Just Bbrland. — Recherches sur le droit de gîte 
royal i Reims a l'occasion du Sacre. — MAcon, Protal frères, impri^ 
meurs, 1901. — Brochure gr. in>8* de 12 pages. 

Sous peu de pages se déroulent, dans ces positions, un vaste 
tableau, un ensemble méritoire de recherches et de preuves sur 
les plus intéressantes questions relatives aux frais du Sacre de nos 
rois à Reims, du x« au xvie siècle. C'est donc un apport précieux 
pour l'étude d'une des plus importantes institutions de l'ancienne 
monarchie : l'auteur, M. Just Berland, originaire du pays rémois, 
a payé sa dette envers sa patrie, en même temps que conquis 
honorablement son diplôme d*archiviste-paléographe. 11 fera 
mieux encore, en publiant un jour le texte même de son travail, 
on même temps que les pièces justificatives et inédites dues à une 
.laborieuse enquête poursuivie à Reims et à Paris principalement. 

Voici l'aperçu de l'œuvre ainsi élaborée et résumée : Première 



122 BIBLIOGRAPHIB 

partie préliminaire j observations sur le droit de gîte, itinéraire 
suivi par le roi, annonce de la venue du roi, préparatifs du sacre, 
dépenses du trésor ; — Seconde partie^ les frais du Sacre, de 
l*origine des débats à 1287, de 1287 à 1317, de 1317 à 1320, de 
1320 à 1325, date de Tarrêt qui resta en vigueur jusqu'aux der- 
niers temps de la monarchie ; — enfin Troisième partie, l'ijnpôt 
du Sacre, la question du prêt, )a prisée des héritages, la levée de 
rimpôt et les compensations accordées aux contribuables. 

Ce furent, en somme, Tarcbevêque de Reims et sescbâlellenies, 
puis les bourgeois de Reims eu concours avec lui, qui supportè- 
rent les frais d'une cérémonie qui tenait une première place dans 
le droit public de la France. 

Reims, le 24 février 1901. 

H. Jâdart. 

/d. — Jacques Laurent. — Cartulaires de l'abbaye de Molesmes, pré- 
cédés d*uoe élude sur les origines de celte abbaye el sur la géographie de 
l'évêché de Langrcs ; zi*-ziu« siècles. — Ibid,, broch. gr. in-8« de 10 
pages. 

La préface de cette thèse comporte la description des deux 
manuscrits, dont le premier renferme 283 chartes, le second 
753 ; ces cartulaires appartiennent au milieu du xn* siècle et à la 
fin du xiiie. Avec le plan de l'édition préparée, Tauteur nous 
donne la bibliographie des documents imprimés^ la table onomas- 
tique, l'examen chronologique de toutes les pièces non datées. 

La première partie de ce travail est consacrée à Thistorique des 
principales seigneuries de la région : évêchéde Langres, comté de 
Bar-sur-Seine, chàtellenie de Montbard, comté de Tonnerre, mai- 
son de Maligny, fondatrice de Molesmes. Tous ces grands sei- 
gneurs féodaux ont été les bienfaiteurs de Tabbaye bénédictine. 

Dans la seconde partie, M. Laurent étudie l'organisation du 
monastère, établi à Molesmes le 20 décembre 1075 par saint 
Robert, moine champenois, ancien abbé de Saint-Michel de Ton- 
nerre, Saint Bruno le visite et y séjourne, de 1082 à 1084 environ. 
Robert quitte momentanément Molesmes, fonde en 1098 Citeaux, 
dont il devient le premier abbé, rentre à Molesmes en 1100, 
repart l'année suivante pour de nouveaux voyages et meurt le 
17 avril illl. L'auteur entre dans les plus grands détails sur l'ad- 
ministration intérieure de l'abbaye. 

La troisième partie est remplie par une notice sur chacun des 
cinquante-six prieurés dépendant de l'abbaye, et répartis dans 
dix-sept diocèses. 

Cet intéressant travail se termine par le texte du premier car- 
tulaire de l'abbaye de Notre-Dame de Molesmes, accompagné de 
l'inventaire analytique du second cartulaire de Molesmes, et de 
deux copieux index. 



r 




BIBLIOOBAPHIE 123 



Id. — Jban Michel ob Boisli^le. — Le marquis de l'uysieulx, ambas- 
sadeur de Louis XIV en Suisse (1698-1708). — Ibid,, brocb. gr. in-S" de 
1R pages. 

Dans cette remarquable thèse, qui ne touche qu'indirectement 
à Thistoire de notre province, l'auteur consacre un chapitre 
(liv. il, ch. II) à la généalogie du marquis de Puysieulx et à l'ori- 
gine champenoise des Brûlart ses ancêtres, depuis Jean P' Brû- 
iart, procureur fiscal de rarchevêché de Reims (1429) et bailli de 
Reims, et Pierre \*' Brûlart, conseiller, notaire et secrétaire du 
roi, qui vivait en 1437 et mourut en 1483 ; ce dernier est la tige 
de toutes les branches^ de cette maison. Jean II Brûlart et son fils 
aîné, Pierre II Brûlart, occupent une situation infiuente au Parle- 
ment de Paris. Pierre III Brûlart épouse Marie Cauchon, dame de 
Sillery et de Pujsieulx, le 30 novembre 1543. Leur fils aloé est 
Nicolas Brûlart, chancelier de Sillery (1544-1624), dont la fortune 
diplomatique et politique fut des plus considérables. Dès lors, les 
Puysieulz, de père en lils, sont mêlés, plus ou moins aux grandes 
affaires de TÉtat, et cela pendant près de deux siècles. Roger Brûlart 
de Sillery, marquis de Puysieulx, lieutenant général des armées du 
roi, gouverneur de Huningue et d'Epernay, chevalier des ordres, 
conseiller d'Etat, député et ancien ambassadeur de France en 
Suisse, meurt à 79 ans d'une indigestion (28 mars 1719), laissant 
tout le bien dont il peut disposer à son neveu Louis-Philogène 
Brûlart, qui relèvera le titre de marquis de Puysieulx et finira 
secrétaire d'État aux Afi'aires étrangères, puis ministre d'État sous 
Louis XV. 

A..T..R. 
* 

Avec le 3« et dernier volume du poème de Froissart, Méliador, 
publié par M. Auguste Longnon, la Société des Anciens textes 
français a distribué, pour l'exercice de 1899, Orson de Beaiivais^ 
chanson de geste du xii* siècle, publiée par M. Gaston Paris. Ce 
poème, composé en dialecte lorrain vers U85, est un roman 
purement d'aventures, et sans aucun fondement historique. 

* 

A. Callat, Catalogue raisonné et descriptif des plantes vasculaires du 
département des Ardennes; préface de Ë. Bourqublot, membre de T Aca- 
démie de Médecine, professeur à TËcole supérieure de pharmacie de 
l'Uni versi lé de Paris. 

(]et ouvrage, couronné par l'Académie des Sciences, est publié 
sous les auspices de la Sociétjô d'histoire naturelle des Ardennes. 
11 forme un fort volume in-8<' de 475 pages, contenant le portrait 



124 



BIBLIOORAPHIB 



de fauteur et la carte géologique coloriée du département. Il est 
Édité chez Edouard Jolly, libraire-éditeur à Charleville (Ardeunes) 



Atmanach Malol- Braine^ Historique, Aûminislrolif et Commerciat de la 
Marne, de VAUne et des Ardennes pour 1901. — 43* année. 

L'éditeur de V A Imanack- Annuaire ne recule devant aucun 
sacrifice pour rendre celte publication de plus en plus intéres- 
sante. Le nombre seul des pages et des gravures (612 pages et 85 
gravures), sufHt pour nous montrer son accroissement considé- 
rable. 

M. Henri Matol, le dévoué continuateur de MatolBraine, a 
vuulu donner le plus de renseignements possible aux familles, et 
celte année, il a ajouté dans la partie administrative, en tête de 
chaque canton, faisant suite aux orOciers ministériels et aux méde- 
cins, les noms des percepteurs et des pharmaciens. Plus loin se 
trouvent mentionnées les douanes, la gendarmerie nationale et la 
iiste des élèves reçus dans nos grandes écoles du gouvernement, 
utiles additions qui trouveront, nous n*en doutons pas, leurs 
appréciateurs. 

La partie historique n'est pas moins curieuse à parcourir que 
les années précédentes. Après les Èphémèridcs rémoises et 
déparlementales, bien rédigées et très documentées, on rst heu- 
reux de retrouver la suite des Vieux Arbres de la Contrée^ que 
M H. Jadart se plait à décrire en véritable admirateur de la 
nature. M. Louis Bossu, un érudit magistrat, nous révèle, avec son 
âlariage dans la Chevalerie Lorraine en ilii^ un fait piquant 
dos mœurs de notre antique noblesse. La Nolice gén jaksur le 
Canton de Montkerméj par Dom Al. iNoël, s'achève avec les villa- 
ges de Laifour, Lavrezy, Metlier-Fontaine, Thilay. Tournavaux et 
un aperçu sur la Semoy. 

\}\\ jeune chercheur, M. Gustave Laurent, qui étudie avec pas- 
sion l'époque de la Révolution, nous offre des pages intéressantes 
sur Les Assembler s primaires et l'Election des Députés du Dépar- 
tement de la Marne à la Convention Nationale lil92). Un insi- 
gne révolutionnaire rémois, de M. le D' Pol Gosset, donne l'oc- 
casion à celui-ci d'écrire quelques lignes dont la saveur se retrouve 
en chacune de ses plaquettes. 

Une Notice sur le Château de Neuville et ses seigneurs^ de M. E. 
Leclerc ; un mot sur Les Anciennes fortifications de Reims, de 
W. E. Maussenet, précédant Tétude que M. l'abbé A. Chevallier, 
l'archéologue connu, poursuit sur les Carreaux vernissés du 
moyen'dge. 

L'illustration abonde dans ces articles comme dans les notices 
ftirt intéressantes que M. Camille Blondiot nous fait lire avec sa 
y allée du Surmelin, si fertile en sites et en monuments. Enfin, il 



BIBLIOGRAPHIE t25 

nous sufOra de citer Les RéquisUions de f/uerre à Rethel en 152S 
eien f543j par M. Albert Baudon, et Un village de la Haute- 
Marne pendant les invasions de 484â et 1815, qui permettent de 
se reudre compte des charges imposées par Tennemi à touies les 
époques. — Voilà pour la partie historique. 

Les articles d'actualités, les légendes, les petits morceaux litté- 
raires y seront goûtés de même et reposeront Tesprit en le dis- 
trayant ; signalons notamment deux délicates poésies de M. Geor- 
ges Piesveaux, Nos Pommiers et Au pressoir de chez nous, très 
habilement illustrées par l'artiste rémois E. Auger. 

Nous ne ferons qu'énumérer ces articles : An clair de la lunCj 
de M. E. Maussenct ; La Colonne des Mobiles au cimetière de 
Montcornet (Aisne), par M. Lépinois; Les Grottes de Nickel à 
Givet, par M. le Dr Beugnies ; Les Compagnons du Devoir. 
Petits tableaux populaires : La Lessive et Le Krach du Charbon^ 
nier, dus à la plume de M. P. Henriet ; Les Ardoisières des 
Ardennes (Hn). par M. le D' Séjournet; La Défense de liazeilles 
m 1870 ; UExposition Universelle de 1900, par M. J. Poirier; 
La Revue régionale illustrée ; UÉdilité rémoise en 1900 ; Les 
Décorations dans les trois départements ; Les Vendanges, etc., 
etc. 

Comme chaque année, la première partie du volume se termine 
par les articles nécrologiques des notabilités de la région, illustrés 
de reproductions photographiques. 



Sommaire de la Revue d'Ardenne et d'Argonne (décembre 
1900) : 

L.-B. RiOMBT, Éludes campanaircs : 
I. loacriplioo de la cloche de Liart. 
II. Cloches de l'abbaye de Bonnefooiaiue. 

III. Le fondeur Pierre Guillemin. 

IV. Notes complémentaires sur les cloches de Rumigny : J.B. de L.ami- 
rault de Cerny, leur parrain, et Suzanne de Lancry, leur marraine. 

Stéph w Lebot, Le loyalisme des Sedaoais et leur hospitalité, de 1638 à 

1680 {suite). 
Variétés. — I. Releré des dates de construction dans Téglise do Méziè- 

res (A. SfCHBRBT). 
II. loFcriptions d'un étudiant fumacien a la Faculté de Droit de Douai, en 

1755 (P. COLLINET). 

Bulletin bibliooraphiqub. 

— Janvier- février 1901 ; 

Jban Boui^ouiGNON et Chàblbs Houm, Puètes ardennais : Arthur Rim- 
baud. — VI. HOle d'Arthur Rimbaud en Afrique. 



I 



126 BIBLIOGRAPHIB 

SrépHBN Lbrot, Le loyalisme des Sedanais et leur hospitalité, de 1638 à 

1680 (suite.) 
CaRONiQUB. — I. Un uniforme de polytechnicien ardennais à TBiposition 

uoiTerselle de 1900 ^Ch. Houin). 
Jl. Les objets d'art religieux appartenant aux églises des Ardennes i l'Bx- 

posiiion rétrospective de l'art français en 1900 (P. Collinbt). 
llf. Une nouvelle médaille de bornage de l'arpenteur Jacotin (Ch, Houik). 



Sommaire de la Revue fiislovique ardennaise (janvier-février 
11)01) ; 

I. Jacques Testu, abbé de Grandval, membre de l'Académie française 

[1626-1706), par Roobr Gbappin. 
n« Notes sur Annelles, par Paul Pbllot. 
IIL VARi^Tés pévoLUTiOMNAiRBS. — Hévolte des habitants de Giraumool 

contre la Régie. — La vente de l'abbaye de Signy. 

IV. BiBL^oQBAPHiB. — Les Ardennes à r Académie de Rnms en igoo, — 
Correspondance intime du gênerai Jean Hardy , de Mouzon (H. 
Jadaht). — Louis Bossu, Un couvent janséniste : Voisins et sadrrnière 
abbesse (N. Albot). — D' O. Guelliot, Deux nouveaux oculistes gatto- 
romains, 

V . Plamcheb. — Chiffre et armoiries de l'abbé Testu. — Lettre autogra- 
phe de Tabbé Testu (1698J. 

Sommaire du BuUelin du Bibliophile el du Bibliothécaire 
(15 décembre 1900) : 

Tne pièce devers de M. de Latouche adressée à M"' Desbordes- Valmore, 
par M. le vicomte de Spoblbbrch db Lovbnjoul. 

Lti lune parlante, poème nocturne de Saint-Amant, par .M. Frédéric 
Lachèvrë. 

Le Musée centennal de la reliure à l'Exposition universelle, par M. Gas- 
ton DUVAL. 

Les Maxarinades de la Bibliolhèque Mazarioc. 

Kl vue de publications nouvelles, par M. Gbo^oes Vicairb. 

CLironique. 

Livres nouveaux. 

Table des matières. 

— 15 janvier !90l : 

Mfjralité nouvelle de Pyramus et Tbisbé, p:ibliée par M. ÉuiLB Picot. 
A l'Hôtel Drouot, veule des livies de feu M. Edouard Lorlic. 
Hfvue de publications nouvelles, par M. Gkohges Vicairb. 
Cbrofiique. 
Livies nouveaux. 



> 



BIBUOGBAPHIB 127 



Revue régionale illustrée (Première année). Extrait de la 
table des matières : 

I. Etudes géographiques et historiques sur Reims, GhftloDS-sur-Mame, 
Bar-le>Ouc, Laoo, Mézières, Charleville, Sedan, Bazeilles, Pierrefonds, 
les Quatre Fils Aymon tt la Forêt des Ârdennes, Sermaize, la Ferté- 
Milon, etc. 

II. Variétés : Chaosoo et contes, coutumes d'autrefois et d'aujourd'hui, 
feux de la Saint-Jean, veillées populaires en Champagne, etc. 

III. Fêtes enfantines et scolaires : Voyages et promenades d'instruction 
dans la région du Nord- Est. 

Un beau volume contenant 125 illustrations avec 5 gravures 
hors texte. Broché : 5 francs. 
(L'édition est presque entièrement épuisée.) 

— (Deuxième année). Extrait de la table des matières : 

I. Etudes géogrspbiques et historiques sur Laon, Cbaumont, Troyes, 
Melun, Bpernay, Vitry le-François, Sainte-Menehould, l'Argonne, la 
Xlsrne et la Vallée, la bataille et le centenaire de Valmy, la Tunisie, 
etc. 

II. Variétés : L'Bxpositioa universelle de 1900, la machine à vapeur et le 
télégraphe, la Fédération de 1790 i Reims, la mission des Convention- 
nels de la Marne en 1792, etc. 

III . Colonies scolaires. — Jeux et promenades. — Fêtes enfantines. — 
Vîntes à l'Exposition. — Excursions diverses dans la région du Nord- 

Uu beau volume contenant 190 illustrations avec 5 gravures 
hors texte. Broché : 5 francs. 

* 

A TRAVERS LBS RbVUBS : 

Bulletin critique. 1900. N* 30. — Article imporUnt du P. Baudrillart sur 
leBossu«(de AJ. Rébelliau. 

Journal dts Savants. 1900. Septembre, octobre, novembre. Brn. Babelon, 
Les Gemmes antiques. 

Revue critique d'Histoire et de Littérature, 1900. N« 42. Article de 
M. A.Chuquet sur les^ouventrs des guerres d'Allemagnependant la Révo- 
lution et V Empire, par le baron de Comeau. (Ces mémoires fourmillent 
d'erreurs et d'inventions, ayant été écrits près d'un demi-siècle après les 
événements qu'ils rapportent; ils sont, par conséquent, sans grande 
portée.) 

— N* 4H. Aiticle intéressant de M. A.Chuquet sur L. LacouretLes origines 
du féminisme contemporain. - 

Société de l'histoire de Paris. T. XXVI, 1899 (Champion). 

M. Albert Babeau. LUàtel de Ville de Paris et l'inventaire de son mobi^ 
lier en i^4^. 



ItM BIBLIOGRAPHIB 

leilschrift fur Kirchengeschichte. Vol. XXI, 3* livraison. Bratke, Elude 
âur iiQ prétendu manuscrit d'Origène conservé à la Bibliothèque de 
Troyes sous le n" 890, et qui n'est qu'une homélie sur le prologue du 
quatrième évangile où sont combattued les erreurs des Ariens et des 
Manichéenâ. 






CHRONIQUE 



Société littéraiue et historique de la Brie. — Séance du 
8 novembre 1900. — Présidence de M. Maller, vice- président. 

Le président dépose sur le bureau comme dons faits à la 
Société : 

i"* Par la Société d'bistoire et d'archéologie de Tarrondissement 
de Provins : le Bulletin de ladite Société, tome IV, octobre 1900 ; 

2"» Par M. Lemarié, la Pelite Gazelle de Dammartin. 

Sont présentés comme membres titulaires : 

[^ Par MM. Gassies et Chardon : MM. les docteurs Graverry et 
Vilpellé nis. demeurant à Meaux ; 

2** Par MM. Droz et Gassies : M. Monmarte, architecte, demeu- 
rant à Meaux ; 

3° Par MM. Guériu et Nansot : M. Peythieu, greffier de la Justice 
de paix de Lizy, y demeurant ; 

4<* Par MM. Andrieux et Gassies : M. Gaston Marchand, impri- 
meur, demeurant à Meaux ; 

5** Par MM. Gassies et Barigny : M. Miguet, directeur de Técole 
de la place Henri-[V, à Meaux ; 

6** Par MM. Mâller et Barigny : M. Daniel Charpentier, conseil- 
ler municipal, demeurant à Meaux. 

M. Andrieux présente à la Société un petit buste en bronze 
représentant Mercure, donné au musée de Meaux par M*»" Margue- 
rite Dupré. Ce buste a été trouvé dans les fondations d'une mai- 
son que son père, M. Boucher, ancien imprimeur, avait fait bâtir 
il y a vingt-cinq ans dans la rue Saint-Faron. 

Le président donne lecture d'une peiite notice concernant 
féclairage de Meaux en 1524. 

Après l'incendie qui, le 24 mai 1524, détruisit le tiers de la 
ville, le prévôt des marchands ordonna, dans la crainte d'un sem- 
blable sinistre à Paris, à chaque habitant de mettre à Tavenir une 
lanterne à sa fenêtre et on seau d'eau près de sa porte (Ordon- 
nance du 7 juin 1524). 

M. Mûller lit ensuite un spirituel quatrain concernant Napo- 
léon l*'', et une délicieuse chanson berrichonne ; quatrain et 
chanson figureront au prochain Bulletin. 

Le président donne lecture d'une notice de M. Andrieux sur la 
vie et les ouvrages de M. de Saint-Martin, sieur de Chassonville. 

M. de Saint-Martin, sieur de Chassonville, naquit à Meaux, le 
15 mars 1696. Ses parents, bourgeois aisés, furent honorés de la 
protection de Bossuet. Dè$ son enfance, le jeune de Saint-Martin 

9 



1 30 CHRONIQUB 

mollira un goût 1res vif pour Tétude, car à six ans il possédait les 
éléments de la langue latine. Ayant perdu son père en MOi et sa 
mère s'étant remariée, il lut envoyé à Paris, au collège de Sainte- 
Barbe, pour continuer ses études, mais il s'enfuit du collège au 
bout de quelques mois. 11 revint à Meaux perdre quelques 
années. En 1712, on le place au collège de Juilly, mais, d*nn 
caractère inconstant, il retourne à Paris pour y faire sa philoso- 
phie. Ses études terminées. Saint-Martin partit pour Marseille, entra 
chez les Trinitaires et prit Thabit de cet ordre ; mais au bout d'un 
an il quitta le monastère et revint à Meaux en 1717. Il se livra 
alors à un tel libertinage que sa mère et un de ses beaux-frères 
obtinrent contre lui une lettre de cachet ; il fut mis en prison et 
transporté à Paris. M de Macbault prit sous sa protection le jeune 
prisonnier qui retourna à Meaux. Quelques jours après il alla 
s'enfermer dans l'abbaye de Prémontré et prit l'habit de cet 
ordre. Il s'enfuit encore du monastère el, de retour à Meaux en 
1721, entra chez un procureur où il resta très peu de temps, puis 
s'embarqua pour la Martinique. Saint-Martin reparut à Meaux en 
1740. Il visita ensuite la Hollande, la Suisse. En 1743, il publia à 
La Haye le tome premier de ses Mémoires. En 1744, il pablia 
encore à Lausanne une traduction des Nouvelles de Cervantes. On 
ignore la date de sa mort. 



Société des Sciences et Arts de Vitry-le-Fbançois. — Séance 
du 8 novembre 1900, — Présidence de M. Jovy, président. 

M. William Grosseteste fait hommage à la Société du tirage à 
part d'une note sur le mot rail dans la langue française et son 
origine qu'il a communiquée au Congrès de TAssociation pour 
Tavancement des sciences qui s'est tenu en 1899 à Boulogne-sur- 
Mer. Voici cette note : 

« Après 1830, le mot 7'ail^ qui jusqu'alors ne se trouve pas dans 
les dictionnaires français, s'es^ introduit dans la langue usuelle à 
l'occasion de la création des voies ferrées : il désigne un objet bien 
déterminé, la barre de bois ou plus généralement de fer, qui, 
dans ces voies, sert au roulement des véhicules. Il est prononcé 
comme raille. Ce mot est venu d'Angleterre, où il sert à désigner 
le même objet ; mais il a une signification plus étendue ; d'une 
manière générale, il désigne une barre (un objet de forme allon- 
gée suivant une ligne droite), — un barreau, — le bord horizon- 
tal d'un cadre, — une barrière (une barre servant à fermer un 
passage). 

Littré dit que ce mot railj en anglais, vient du gaélique rhail ; 
ce serait donc le même mot dans les deux langues. L'objet dési- 
gné par ce mot, la barre, la bande ou la règle de bois ou de fer, 
a été utilisée, à l'origine, dans les mines du pays de Galles; l'ori- 
gine de l'objet serait gaélique, du moins pour l'Angleterre. 

Quelle est l'origine du mot? J'ai posé dans V Intermédiaire de 



r 



^ 



CHBONIQUB 131 

fAfas (513, IV, p. 197, i898) la question suivante : Eziste-t-il 
daus quelques patois français un mot qui» prononcé rhêlj ou 
approximativement, ait le sens de barre de bois, de fer, etc., ou 
de barrière. 
Deux réponses ont été données : 

|o Dans le patois du Haiuaut (le roucbi), on emploie le mot 
rieule, probablement du latin régula^ pour désigner une règle de 
maçon. A Lille, on dit rieulel (C. Hécart, DicL rouchi^ p. 409). 

2<> Le mot rhii^ riiie, morceau de lard ; règle à Tusage des 
maçons (Diciionnaire du vieux langage français, Lacombe, 
1767, t. II, p. 477). 

Voilà donc deux mots : rieule ou rieulel, et rille qui sont, l'un 
d'origine flamande et Tautre du vieux langage français^ très pro- 
ches, comme phonétique et comme sens, du mot anglais ralL 

Dans les dialectes du bas-allemand on trouve, pour exprimer le 
même objet, les mots suivants, représentés par une orthographe 
très variée, mais par une prononciation peu différente : regel, 
reghely rûgel..., dans lesquels le g ou le gch se prononce com- 
munément avec le son d'un j ou d'un y. 

Dans la langue française, nous trouvons les mots raie (ancien- 
nement roye) — roye (d'un champ) et, avec le même sens, dans 
le Berry et la Saintonge, raye, raiye^ rêge ; enlin le mot règle qui 
désigne la barre avec sa forme géométrique. 

Littré donne pour Tétymologie du mot règle le latin régula (en 
normand, riulle); le latin régula, prononcé communément r^u/a 
se présente avec toutes les probabilités, sinon des certitudes, 
comme Torigine de toutes ces orthographes diverses, avec une 
phonétique semblable ou du moins très analogue. 

Terminons par le son / le français raie, et nous aurons exacte- 
ment la prononciation anglaise du mot rail, si étrangement déQ- 
guré par la prononciation adoptée en France ; dès lors, on est 
autorisé à dire que le mol rail ne serait qu'un mot du vieux fran- 
çais revenu de l'étranger avec son ancienne prononciation peu 
modiOée. 

J'ai cherché inutilement dans la langue française une syllabe 
qui, écrite rail, ne se prononce pas raiUe. Depuis quelle époque 
cette syllabe se prononce-t-elle ainsi, uniformément, dans la lan- 
gue française ? 
Certains de nos collègues pourraient aider à fixer ce point. 
Au mot raye ajoutons le mot français voie qui se prononce 
encore maintenant vouêe^ dont la prononciation est singulière- 
ment proche du mot anglais rai/u;ai/^ qui a la môme signification. 
La prononciation française raille pour le mot rail est absolument 
défectueuse, c'est là un exemple assez fréquent de mots passés 
autrefois à l'étranger et qui nous reviennent avec un aspect eicoti* 
que, parce qu'ils ont conservé une forme qui, dans leur pays 
d origiue, s'est modifiée avec le temps. 



132 



CHaONIQUB 



Celle région de Boulogne-sur-Mer où se tient le Coogrës pour- 
rait, sans doute, en fournir de nombreux exemples. » 

M. Jovy remercie vivement M. Grosseteste d'avoir bien voulu 
communiquer à la Société ces précieuses recherchés sur un point 
intéressant de la philologie française. Il se propose d'apporter, à 
une autre séance, le résultat de sa propre enquête sur cette ques- 
tion d'étymologie et de phonétique à la solution do laquelle 
invite, avec une information si érudile et si suggestive, M. Wil- 
liam Grosseteste. 

M. le comte Julien de Felcourt lit une intéressante étude de 
M. Etienne d6 Felcourt sur le livre de M. Prantz Funck-Brentano, 
L'Affaire des poisons * au xvii* siècle. 

M. Etienne de Felcourt examine d^abord, à la suite de M. Funck- 
Brentano, l'étrange figure de cette fameuse marquise de Brinvil- 
tiers « qui est demeurée la figure la plus célèbre de nos annales 
Judiciaires par l'énormité de ses crimes, par l'éclat de son rang, 
par les circonstances qui entourèrent son procès et sa mort >». 

Il éludie ce monde de l'occultisme, si curieux, du siècle de 
Louis XIV, les sorciers, les sorcières, les alchimistes. Parmi eux se 
distingue la célèbre Voisin à la fois devineresse, chiromancienne. 
t< physiognomoniste », et par-dessus tout empoisonneuse. Elle 
gagne par an cinquante et cent mille francs de notre monnaie, 
lient table ouverte, reçoit sa clientèle vêtue d'uner robe et d'uu 
manteau spécialement tissés pour elle, qu'elle avait payés 
1 5,000 livres (75,000 francs de valeur actuelle). C'est la Voisin qui 
fournit aux seigneurs de la cour, et même, parait-il, au tendre 
Racine, des recette.'», des poudres, des philtres, des poisons. C'est 
à elle que M"'' de Montespan, qui désire jalousement l'amour 
entier de Louis XIV, vient demander ses secrets. C'est par Tinter- 
médiairo de la Voisin que sont célébrées, avec M^* de Montespan 
en personne, les rites bizarres de la « messe noire » que l'étrange 
abbé Guibourg célébra, une fois, la nuit, dans la chapelle d'un 
vieux château des environs de Montihéry. Les châtiments et les 
supplices édictés par la Chambre ardente mirent fin à ces prati- 
ques et à ces crimes. 

L'auteur de cette analyse, révélatrice de tant de détails négligés 
par l'histoire telle qu'on la comprenait autrefois et rendus à ta 
lumière par Térudition contemporaine, termine en faisant l'éloge 
du lieutenant général de police qui dut s'occuper de toutes ces 
affaires criminelles, rendues si délicates par la qualité des person- 
nes qui s'y trouvaient compromises, — Gabriel-Nicolas de la Rey- 
nic. Le terrible Saint-Simon s'arrête lui-même avec respect 
devant le caractère de ce magistrat dont il dit « qu'il avait enno- 
bli son pénible emploi par l'équité, la modestie et le désintéresse- 
ment avec lequel il l'avait rempli ». 

1. Vàtiff Ilachelle, ia-18. 



t 



CHRONIQUE 133 

M. Jovy t)ous présente ensuite la personnalilé si curieuse de 
Louis-Henri de Loménie, comte de Brienue, qui fut secrétaire 
d'Etat aux affaires étrangères sous le règne de Louis XtV. II 
voyagea dans toute TEurope pour se préparer à cette charge. II 
ne Texerça que pendant un temps très court. Subitement il entra 
à rOratoire où il resta depuis 16G3 jusqu*en 1677. A la piété la 
plus vive succéda chez lui un grand amour des divertissements II 
fut chassé de l'Oratoire. Il reprit le goût des voyage», li commit 
en Allemagne quelques imprudences. Louis XtV le rappela en 
France. On renferma à Saint-Germain des- Prés, puis à Saint- 
Benoit-sur-Loire, et enfin à Saint Lazare, chez les Pères de la Mis- 
sion^ où il fut retenu comme fou pendant dix-huit ans et soumis 
à la plus rigoureuse détention. Il mourut eu 1698, après s'être 
constamment occupé, au milieu de cette existence si agitée et 
tourmentée, de littérature et d'arts 

M. Jovy a retrouvé à Vitry quelques documents absolument 
inédits qui font connaître Tamatenr expert, le collectionneur dis- 
tingué de livres, de tableaux, d'objets d'art quVtait ce singulier 
et très spirituel comte de Brienne. — l'ami à la fois des jansénis- 
tes et des jésuites, de Racine, de Boileau et de La Fontaine, et 
Tuu des premiers éditeurs des Pensées de Pascal. Le principal de 
ces documents est une longue protestation adressée à « Monsieur 
le Premier Président », alors Potier de Novion, au sujet de sa 
détention. 

Séance du 20 décembre 1900, — Présidence de M. Jovy, pré- 
sident. 

M. le D** L. Vast communique à la Société une très intéressante 
reproduction d'un portrait de l'un dei principaux défenseurs de 
Saint- Dizier assiégé par Charles-Quint, le comte de Sancerre Ce 
portrait a été récemment retrouvé par M. Albin Rozet. Il porte le 
nom de ce célèbre capitaine ainsi orthographié : Saincl-Serre, 

M. Duterlre, trésorier, présente le compte-rendu financier de 
Texercice l900. Il est approuvé sans discussion. Le projet de bud- 
get est adopté. 

Le scrutin est ouvert pour l'élection d'un vice-président et d'un 
secrétaire. M. Jovy est élu vice-président pour Tannée 1901. 
M. Dutertre est élu secrétaire. 

A l'unanimité des suffrages, M le b' Albert Vast, licencié ès- 
sciences, présenté par MM. le comte Julien de Felcourt et E.Jovy, 
est proclamé membre titulaire. 

M. Jovy communique à la Société les quelques observations 
d'histoire locale suivantes : 

1 . Cf. »ur Louis-Heori de Loménie de Brienne, ses curieux Mémoires 
publiétf par P. Barrière, l^aris, Ponihieu, 1828, 2 vol. ; J.-A. Jacquot, 
Notice historique sur Brienne, Paris, Faur, 1832, p. 76 ; Bourgeois, His- 
toire des Comtes de Brienne, Troyes, Aoner-André, 1848, p. 92. 



\ 



1 ^4 CHRONIQUE 

I. M. Léopold Delisle el M. Tabbé Missel ont bien voulu lai 
siirtialer Teatrée, à la Bibliothèque nationale, d'une impression 
trciyenne qui intéresse Vitry-en-Perlhois : Epilhoma sive brevia- 
rtum octo partium oralionis grammaticaiis, adjeclis gramma- 
tirm principiiSj ad completam grammaticam introductorium ex 
ViCiriacen [sium] gymnasiorum oflicmula depromplum [AArque 
de Jean Lecoq]. A la fin, folio 20 v« : Imprimé à Troyes par 
Jehan Lecoq, imprimeur et libraire demourant audit Troyes en 
la rue Notre-Dame. Petil-in-8*. Caractères gothiques. 20 feuillets. 
Troiâ cahiers signés A. B. G. 25 lignes à la page. Ce titre soulève 
nue question : qu'étaient ces gymnasia^ ces collèges de Vilry-en- 
l*erthois? 

U. Le célèbre Âmbroise Paré cite à deux reprises, en marquant 
i Lriime qu'il en faisait, un médecin établi à Paris, Louis Paradis, 
qui êtail de Vitry-en-Perlhois et qui avait voyagé en Egypte où il 
se trouvait en 1573. II en parle en son Discours de la Licorne 
f\\ion peut lire dans Le Vingtuniesme livre Iraiclani des venins 
et morsure des chiens enragez et autres morsures et piqueures 
éf. besles vénéneuses des Œuvres d' Ambroise Paré, conseiller et 
premier chirurgien du Roy, 10« édition, Lyon, 4641, in-folio. 
Vuici ce qu'il en dit au § L (p. 511) : 

» Or pour le désir que i'ay louiours eu de sçavoir la vérité tou- 
ehaut ce que l*on pourroil souhaiter de la Licorne, sçachant que 
],ux\y% Paradis, chirurgien natif de Vilry en Partois, à présent 
demeurant en cette ville de Paris, auoit longtemps voyagé, ie le 
jtri^ty de me dire s'il n'auoit point veu de licornes. Il me dit qu'il 
en auoit veu une en Alexandrie d'Egypte, el un éléphant au logis 
du gouverneur de la ville, que le Prestre-Jean enuoyoil au Grand 
Seigneur, de grandeur d'un grand lévrier d'attache, non si gresie 
par le corps. Son poil esloit de couleur de castor, fort lissé, le 
rarps gresie, petites oreilles, une corne entre les deux oreilles fort 
lissée, de couleur obscure, bazanée, de longueur d'un pied de roy 
seulement, la teste courte et seiche, les jambes seiches, les pieds 
tmjtjus comme une biche, la queue ronde et courte comme celle 
li uEi cerf. Elle esloit toute d'une mesme couleur, fors un pied de 
devaut qui esloit de couleur jaune. Son manger estoit de lentil- 
to^« pois, fèves, mais principalement de cannes de suere. Ce fut au 
nuiis d'avril mil cinq cens soixante et treize. Il s'euquit par un 
truchement de ceux qui auoient amené ladite licorne s'il y auoit 
lioaiicoup de pareils animaux en cette prouince. Oa luy lit res- 
pi)nse qu'ouy, el que c'esloit un animal fort furieux, et très 
ditljcile à prendre, principalement lorsqu'il est en rut, el que les 
hululants du puis le craignent plus que nul autre animal féroce. 
It^^iiit Paradis affirme qu'ils luy monslrerent un fragment de corne 
i\v licorne qui esloit comme de couleur du dedans d'une pièce de 
rhiMibarbe fraischement rompue. » 

Au paragraphe LU (p. 513), il dit encore : 

f Louys Paradis, chirurgien natif de Vitry en Sartois duquel 



CHRONIQUE 131» 

j'aj faicl mentioD cy deuant, dit auoir veu en Alexandrie d'Egypte 
deux aiguilles, appellées les aiguilles de César et grandes à 
merueilles, néantmoins chacune tout d'une pièce : et tient-on 
pour vray qu'elles sont de pierre fondue. Hors ladite ville environ 
huicl-cens pas, il y a une colonne, qui s'appelle la colonne de 
Pompée de merueilleuse grosseur et hauteur, tellement que c'est 
tout ce que faict le plus fort homme, de ietter une pierre sur le 
sommet d'icelle. La grosseur est telle que cinq hommes ayans les 
bras estendus ne la pourroient entourer. Néantmoins on dit 
qu'elle est d'une pièce, et de diuerses couleurs de pierres, comme 
noire, grise, blanche, incarnate, et dit-on qu'elle est aussi de 
pierres fondues ; que si ainsi est que de telle matière on ait peu 
construire les dites aiguilles et colonne, qui empesche que Ton ne 
puisse contrefaire les cornes de licorne». » 

Kl. Nicolas de Malezieu (1650-i727) fut le précepteur du duc 
du Maine et le professeur de mathématiques du duc de Bourgo- 
gne, l'ami de Bossuet et du duc de Montausier. Fontenelle a fait 
sa biographie dans ses Éloges des membres de l'Académie des 
Sciences morts depuis 1699, Dans cet éloge on rencontre les 
lignes suivantes : 

c< Des affaires domestiques l'appelèrent en Champagne. Comme 
il étoit destiné à plaire aux gens de mérite, il entra dans une liai- 
son étroite avec M. de Vialart, évèque de Châlons, aussi connu 
par la beauté de son esprit que par la pureté de ses mœurs, et il 
se fortifia par ce commerce dans des sentiments de religion et de 
piété qu'il a conservés toute sa vie. Il se maria à vingt-trois ans 
avec demoiselle Françoise Faudelle de Faveresse, et quoiqu'amou- 
reux il fit un bon mariage. II passa dix ans en Champagne dans 
une douce solitude, uniquement occupé de deux passions heureu- 
ses, car on juge bien que les livres en étoient une. C'est un 
bonheur pour les savants que leur réputation doit amener à 
Paris, d'avoir eu le loisir de faire un bon fonds dans le repos 
d'une province ; le tumulte de Paris ne permet pas qu'on fasse de 
nouvelles acquisitions, si ce n'est celle de la manière de savoir. » 
(Fontenelle, Œuvres ^ 1767, t. VI, p. 316.) 

D'après ce passage de Fontenelle, il semblerait que Malezieu soit 
resté dix ans à Favresse ; mais il faudrait en pouvoir administrer 
la preuve. D'après M. de Vaveray {L'Élection de Vitry k- Fran- 
çois ^ p. 184), les Faudel ont possédé la terre de Favresse de 1604 
k 1622. Ce n'est qu'en 1673 que se maria M. de Malezieu. Les Fau- 
del avaient-ils encore, en 1673, des droits et une résidence à 
Favresse, ou avaient-ils gardé, bien que partis de Favresse, le nom 
de « Faudel de Favresse ? » 

» * 

Séance publique de la Société Académique de Troyes. — La 
Société Académique de Troyes a tenu sa séance publique annuelle 
le jeudi 27 décembre, à 8 heures et demie du soir, dans la grande 



1^§ CHRONIQUE 

salle de THAtel de Ville, sous la présidence de M. Marcel Grégoire, 
préfet de TAube, président d'honneur de la Société. 

A l'ordre du jour de la Féanec figuraient une allocution de M. le 
préfet ; des discours de M de la Boullaye, président de la Société, 
ei de M. Tabbé Etienne Georges ; le compte-rendu des travaux de 
fa Société depuis la dernière séance publique, par M. l'abbé Nioré, 
lïccrétatre ; un rapport sur les récompenses décernées, par M. Th. 
Bémond, secrétaire adjoint; un autre rapport de la Commission 
dtï Prix fondé par M. l'abbé Etienne Georges ; des lectures sur Le 
Prince Xavier de Saxe^ seigneur de Pont-sur-Seine, candidat au 
trône de Pologne^ par M. Jules Vernier, et sur La Sculpture 
froycnne au XVI'' siècle d'après une récente publication, par 
M. Albert Rabeau. 



Aptogrâpuks champenois. — Le mardi 18 décembre a eu lieu à 
riiôtel Drouot, par les soins de M. Noël Charavay, expert, une inté- 
ressante vente d^auto^raphes parmi lesquels nous avons relevé 
une lettre du général Chanzy (n» 31) ; une de Diderot à Grimm 
(n^ 46), en partie inédite, et une relation de l'ouverture de la 
cb^se de eaint Reniy faite en août 4646, manuscrit du xvii* siè- 
(!le, de 8 pages petit in quarto. 

Le manuscrit est formé par la réunion de plusieurs pièces 
copiées par la même main : 1» copie d'une lettre de Dom de 
Bivery à Dom N. Coquebert ; cette lettre contient la relation de 
l'iHiverture de la châsse de saint Remy ; 2» liste des personnes qui 
a^^Ulèrent k une autre ouverture de la châsse le 10 novembre 
1G40 ; 3» détails sur la nouvelle châsse qui est offerte par M. Bour- 
geob; 40 extrait des registres capitulaires de Saint-Remy; pro- 
cés-verbal de l'ouverture de l'ancienne châsse et détails sur la con- 
servation du corps de saint Remy, a lequel corps s'est trouvé tout 
ftUicr exhalant une bonne odeur; et son clief ayant été décou- 
vert, s'ust vu encore au menton du poil assez rare... » ; 5» détails 
de la translation dans une nouvelle châsse et de la procession 
ilutis la ville. 

~ Le Catalogue à prix marqués de la maison Noël Charavay, 
n'' 309, janvier-février 1901, renferme des lettres de Bossuet ; du 
^iHiéral Carra Saint-Cyr à Vaudamme, datée d'Ottersbourg, le 
4:t avril 1813 ; des poètes et romanciers Pierre Louys et Henri de 
Hf«^i}ior, la dernière adressée à Paterne Berrichon et relative à 
Arthur Rimbaud ; de Jean-Charles-Philibert Trudaine de Monti- 
^ny, de l'Académie des Sciences, à Vicq d'Azyr (Paris. 29 décem- 
itru 1774); une quittance de Turenne (24 janvier 1675), et une 
pm\e signée par J.-B. Colbert, au sujet de travaux à exécuter au 
rtrjUeau de Vincennes (Paris, 16 février i655). 

— Le n» 242, janvier 1901, de la Revuedes Autographes publiée 
pjir M"^* veuve Gabriel Charavay, contient également des lettres 
t]ii médecin Nicolas Chambon de Montaux, qui fut maire de Paris 





CHRONIQUE l 'M 

eo 1792; de M"»* d'Kngenle, sœur du célèbre naturalisU», poète et 
romancier allemand Adalbert de Chamisso, d'origine champenoise 
comme l'on sait, à Élisa Mercœur (Paris, décembre 1829); une 
ordonnance de paiement du duc Cliaries d'Orléans, le charmant 
poète, en faveur de son neveu, le bâtard de Vertus (6 mai 



Une iNscBipTioN nÉMoisK. — l.e Courrier de la Champagne 
reproduit cette inscription funéraire conservée aujourd'hui dans 
l'église de Villcneuve-Saint-Georges (Seine -et-Oise), et qui, par 
certains côlé«, se rattache à l'histoire locale : 

Ici nBPOsBNT 

M^i^siRU Jean Bachelier 

kcuybr, juge et consul 

Db la villB db Paris 

DécBDB A Paris 

LE 17 Mars 1688 

Et dame Genbnibve Marcadby 

SON épouse 

Dâcédbb également a Pari» 

LE 23 juillet i684 

Leur vie put marquée 

Par de nombreux bienfaits 

Ils ont constitué 

Des legs pieux 

Et des fondations 

En FAVBUii DS l'Hôtel Dieu 

De Paris 

De la commune 

De Villbnbuve-Saint-Ghoroes 

et de celle dbs m a rets 

Prés Rbims 

Dont ils étoiunt Seigneurs 

Et ils reçoivent aujourd'hui 

LB PRIX db leurs VERTUS 



Dons a la Bibliothèque de Reims. — D'après un usage ancien, 
la Bibliothèque de la Ville témoigné sa gratitude envers ses bien- 
faiteurs annuels en publiant leurs noms dans les journaux de 
Reims au moment du nouvel an. 

Les bienfaiteurs du Musée ont été cités par M. le Maire de Reims 
dans son discours à la distribution des prix de vertu. Nous don- 
nons la liste des bienfaiteurs de la Bibliothèque selon l'ordre d'ar- 
rivée de leurs dons, d'abord pour les livres et ensuite pour les 
manuscrits, autographes, dessins et gravures. 



1:^8 CHRONIQUE 

L DOî<ATiïuns d'ouvrages, brochures, rtc, etc. 

SU — L'Étùtj les Villes et Sociétés, 
t'Élut : 
Vn Vilk de Paris. 
Lu Bocièlô des ïlibliophiles belges. 
I/Académie de Reims. 
La Villf! âti Rehïiïi. 
Lt Mutée de H^ii. 
Lft (laiivprnement des Élats-Unis. 
La Carc^lo phannaceulique de la Marne. 
L*Aft^adatioii du Lycée. 
Un. Vilb ci*^ Ciernjont (Oise). 
ÏJi Chatrihrc de Commerce de Reims. 
U Vilk d'OHéajïs. 
Lo l)r>piïrtDmenL de la Marne. 
Caliii dn» Ha u les- Pyrénées. 

L*A9S()Dmtîoi) de^ Propriétaires d*appareils à vapeur. 
La î^oc^it^té de^ Architectes de la Marne. 
Lp« Archives de TAIlier. 
La Ville dt* Kral Vinchrady (Bohême). 
EuOii le!» Jùunuax de Reims et les Revues locales. 

S 2, — Donateurs particuliers. 
MM, Anatule de Barthélémy, Blavat-Deleulle, Engelhart, 
Liubois FoplimoiiU Arthur Brissart, Deligny, Deschamps, Maillet, 
iugêtûeur ; Henri Ja dart, Emile Lefèvre, Henri Menu, Tabbé A. 
Cbevalîier, Henri Matol, imprimeur ; Charles Givelet, Portevin, 
ingffiiieur \ Varicke, Schwingrouber, Tanasacq, Demilly aîné, Vil- 
lain, greffier; Tabbé Hannesse, librairie Hachette, Bolack, d'An- 
ptemnnl, D' Weîll, Razous, inspecteur du travail ; Collet, de Sois- 
soiiï ; Vikbhé liuLixJiit D' Bourgeois, Breuil, Brouillion, Despiques, 
A le Flandre Tausrerat-Radel, Armand Bourgeois, Louis Morin^ 
V, lJiïflli.4lcau^ Dr Poi Gosset, Lucien Monce, D' Guelliot, Demai- 
siin, an hivisle \ .Mit-'haud, libraire ; Pellot, à Rethel ; Quarré-Rey- 
boialon, à Lille ; de La Guérivière, D"" Henri Henrot, Henri Lori- 
i]ueL, Virlrtr Diaucourl, Ladeuille, Ostermann, professeur d'aile- 
niartd ; Kala^, aicbilecte ; Espéraiidieu, Gustave Laurent, Bour- 
gu)n« iiigéiaeur : Alexandre Henriot, Saint-Venant, archéologue; 
Llioiuine, Weratjiîk^btiff, D*^ Lapierre, de Sedan ; Frédéric Henriet, 
Maurice Pru^u^ Ludor. Marlier, viticulteur; Mousseaux, D>'Valensi, 
de Pdlma; Leculfrc, libraire; Jules Laurent, Léon Morel, Joseph 
Paul fri^r**, M^^* Laiatte, M«« Lefèvre, Tarbé et ses sœurs (collec- 
tiah ini|>urtanle de livres provenant de la bibliothèque de 
M. PrtJ^per Taibi', historien rémois). 

EL Bo^àTECRS DAUTOGRAPH&S ET DESSINS. 

MM. Henri Mi'iiii, Tabbé Decheverry, la Ville de Reims, TAcadé- 
mio de Hciniâ (cle^^^itis du répertoire archéologique par E. Auger), 




M 



CHRONIQUE 139 

Goerg. Fraoz (dessins de E. Leblan pour les monuments histori- 
ques de Reims), 

III. Donateurs d*estampbs. 

UM. le D' Pol Gossel, Giilen, Henri Menu, Miciiaud. Charlier, 
Jadarl, Emile Lefèvre, Lhosle, Alex. Henriot, Lucien Monco, 
Charles Givelet, Henri Malol, Jacquier, Godin, Kalas, la Société du 
Stand. 

Nous terminons par le nom de M. Emile Dubois, qui a gratifié 
la Bibliothèque d*ane série de ses impressions sur tissus d'après 
les Œuyres d'anciens maîtres et les dessins les plus variés, dont 
plusieurs empruntés aux portefeuilles de la Bibliothèque. 

Dans sa séance du 19 janvier, le Comité a pris connaissance de 
plusieurs dons, particulièrement rémois, faits à la Bibliothèque : 
en premier lieu, de la suite d'ouvrages d'écouomie politique et de 
publications relatives au Conseil de prud'hommes, données par 
M. Nouvion-Jacquet, ~ puis des Vendanges en Champagne, 
publication illustrée offerte par l'auteur. Jean des Tournelles ; ^ 
enfin de plusieurs morceaux de musique, œuvres de M. Henri 
Favre. Le Comité transmet à chacun de ces donateurs ses plu^ sin- 
cères remerciements. 

Le Comité exprime également toute sa gratitude aux proprié- 
taires de terrains qui ont permis que M. Jules Orblin, gardien du 
Musée archéologique, entreprenne et continue des fouilles fruc- 
tueuses dans leurs propriétés au profit de la ville. Ce sont 
MM. Cb. Lhotelain, H, Vasnier, J. Holden, Demerlé, Paul Houzeau, 
Kunkelmaun, de Bary, de Tassigny, J. Demaison, Truchon, Bec- 
ker, Jules Marot, l.efèvrc, Laval, M°>° Luzzani, ainsi que plusieurs 
propriétaires de Prosnes et de Bétheny. Les mômes remercie- 
ments sont dûs, pour les mêmes causes, à la Compagnie de l'Est 
et à la Société protectrice de l'Enfance. 

Dbdx ossbments de saint Rémi. — On sait qu'à la Révolution 
le corps de saint Rémi, jusque-là conservé dans sa parfaite inté- 
grité, sans qu'il en ait été distrait la moindre parcelle, fut odieu- 
sement profané. Le 23 octobre 1793, la châsse qui le contenait fut 
brisée, les ossements furent jetés sur le pavé, et la populace, ivre 
de fureur impie, voulait les brûler ; mais la Providence veillait 
sur le précieux trésor et ne permit pas qu'il fût à jamais perdu. 

Sur l'observation de l'officier municipal, Jean-Pierre Favréau, 
faisant remarquer que saint Rémi avait droit, en sa qualité d'être 
humain, aux honneurs dont on ne prive aucun mort, on décida de 
porter ses restes au cimetière, et après les avoir rassemblés, ou 
les mit avec les suaires qui les enveloppaient, dans un drap, et on 
les inhuma au-des5ous du cadavre d'un soldat, dans la fosse creu- 
sée pour celui-ci. 






140 CHRONIQUE 

Cependant, moin^ de deux ans plu^ lard, Tapiii-^cniciit s'étant 
fait dans les €spriU, Favréau ré*«o1ul d'exhumer Les sain les reli- 
ques du lieu od elles gisaient sans Unrineur et dont il avait soi- 
gneusement marquL' id place. 

Le dituannlie ^j juitlel, veri ci nq heu rf^s du niatin^ acc^Jimpagoé 
seulement du fossoyeur Jean ^ioolaa Gérard, il accomplit son pro- 
jet ; et Taprès-midi du même jour, il invita plusieurs personnes 
à venir les leconnatlre chez lui où il les avait déposées. Parmi cel- 
les-ci, se trouvaient deui prOtre.% un élève en ufiirurgie et quatre 
bourgeuis dont Tun était Jean-NTcolas Kuber t-l1e/ançon, dit aussi 
Robert de Bonn^val. Le petit- fila de ce riernier, M, François-Marie 
Uobert de Romieval, prnpriélaijH, membre de la couférence de 
Saint-Vinceid de Paol, est mort à Reims, dans sa quatre-vingt- 
cinquième année, le 17 juillet 190(1 , et tous ceux qui Tout appro- 
ché garderont le souvenir de sa foi profoiide, de sa piété sincère 
et de sou admirable générosité pour les œuvres chrétiennes. 

Son grand- père avait cou^ervé par devers lui, en souvenir de la 
rcconnais*ïance des reslcîi de saint Renii à laquelle il avait assisté, 
denx ossemenl;> et plusieurs fragment?^ des suaires ainsi que des 
étoiipes qui entouraient le corps de l'apôtre des Francs dans son 
tombeau. 

A îa mort de }A, Robert de Bonneval qui en avait hérité lui- 
même de M, Robert'SiduT son père, et le^ avait toujours gardées 
avec un l'oin jalnu?^, ce«i reliques furent remises par sa famille à 
l'Arcbevôi'hé avec les papiers qui y ètiiicnt joints, notamment un 
cahier de quinze pages in^l2, émit et sigué de la main d'Isidore 
Thibaut, où «îont relatées les trois reconnaissances du corps de 
saint Elemi en nO>i, et dont îe teite nlfre quelques vanarttes avec 
celui qui a Été publié par M^^ Péciienard dans snn intéressant 
ouvrage sur les reliques de li^aint Rémi ■ nous îe reproduirons ici 
proehaiuemcnt. 

Las den:t os^einejits de :i!aini llemi do[Lt TA relie véché vient de 
rentrer en possession sont un Iragrnenl de côte de Soo»» et le 
Iroisîéme métatarsien gaucht?, auquel adhérerit encore des parcel- 
les du suaire ; ils sont destinés à l'église de Sainte^Clotilde, dans 
la crypte de laquelle on espère pouvoir réunir des reliques de 
tous tes saints qui, connne saint Renn^ ont travaillé k La christia- 
nisa] lion de la FrauL-e. 

A. F. 



DiSTBiBUTrON sni,KN?iKLLE DtlS Mlllît DE VEaTt\ A RkIHS. — La 

distribution annuelle des piijE de vertu a en liru au théâtre de 
Reim^> le dimanche 23 décembre, sous la prèï»idence de M. Val lé, 
sénateur, a'^sisté de MM. Ch, Arnould, maire de Reims; Gilbert, 
sous-préfet; Diancourl, sénateur; H. Henrotj direet^-ur de l'Ecole 
de lUédecine ; Pavot, inspecteur d*académie, etc. 



CHRONIQUK 141 

M. Arnould soabalte la bienveaue au président et lui offre une 
médaille commémorative. 

M. Vallé répond par un spirituel discours que nous nous plai-- 
sons à reproduire en partie : 

« Je remercie M. le Maire des paroles aimables qu'il vient de 
m'adresser ; je dirai même que j'accepte ses compliments, mais je 
ne les accepte qu'en la formç, car ayant appris depuis de nom- 
breuses années à me connaître, je sais qu'ils ne sont pas mérité:», 
tout au moins pour la plupart. 

u Vous avez cru, mon cher ami, conformément à on usage plu- 
tôt mauvais, que vous étiez mon débiteur, parce que je consentais 
à veiiir présider cette cérémonie, et avec votre générosité habi- 
tuelle, vous avez trop payé ; j'aurais mauvaise grâce à me plain- 
dre de cet excès, c'est pourquoi je le fais assez mal, quitte à pen- 
ser, comme Voltaire, « que le juste éloge est un parfum réservé 
pour embaumer les morts ». Je vous sais presque gré de m'avoir 
traité en homme bien vivant 

« Vous me rendrez cependant cette justice — la seule à 
laquelle je tienne réellement — que quand vous m'avez prié d'ac- 
cepter cette présidence, je n'ai opposé qu'une ftiible résistance, 
heureux que j'étais de pouvoir donner à votre noble cité et à sa 
municipalité le témoignage d'une amitié qui n'est pas d'hier et 
dont vous me trouverez toujours prêt à fournir des gages. 

« Mais cet honneur si grand, dont je sens tout le prix, n'a pas 
été sans me causer de grosses appréhensions, à raison de ses 
périls. 

« C'est par des écrivains, des moralistes, des savants de premier 
rang, que cette place est ordinairement occupée. 

« Naguère encore, elle était illustrée par des académiciens qui, 
vous le savez, entre autres occupations, s'exercent annuellement, 
sous la coupole où ils siègent, à célébrer la vertu et le font avec 
tant d'ingéniosité que, suivant l'expression de l'un d'eux, « ils 
trouvent le moyen de ne se répéter jamais, en disant toujours la 
même chose ». 

« Comment, après les célébrités littéraires les plus hautes, les 
plus qualiiiées de notre France, pouvais-je, sans un émoi dont je 
ne suis pas encore remis, venir prendre possession de ce fau- 
teuil? 

« Et à quel litre spécial avais-je le droit de vous entretenir de 
la vertu ? 

M J'ai pensé qu'en s'adressant à un simple représentant de 
notre pays, la municipalité de Reims a voulu, une fois en passant, 
placer près des braves gens que nous allons récompenser, quel- 
qu'un qui ne soit trop loin ni trop au-dessus d'eux, et qui ait, 
pour son compte personnel, la satisfaction de s'enorgueillir, 
comme tout fervent Champenois, de la magniflcence avec laquelle 
éclot la charité sur notre bonne et féconde terre de Champagne, 



fit CHRONIQUE 

M J*ai pensé encore qae voos n'attendiez pas de moi une disser- 
tallon savante et concluante sur la Vertu. 

<f Peut-être mon argument sera-t-il faux, mais je crois ferme- 
tiient que la vraie manière d'honorer la vertu c'est de Pimiter, et 
quand on ne peut pas le faire, c'est de se borner à lui rendre un 
hommage discret. 

«t Toutes ces raisons vous fout assez voir que je vais être néces- 
sairement brefy n'ayant d'ailleurs ni la vanité, ni la possibilité 
d'ébrécber la réputation de Démosthène, le seul orateur dont ou 
ail dit, à ma connaissance, que les meilleurs discours étaient les 
(ilu<) longs. 

a Laissez-moi toutefois adresser k la municipalité de Reims un 
rnmerciement tout particulier, si, comme j'en ai la confiance, elle 
îi voulu, en nia personne, associer à vos œuvres les assemblées 
politiques où je m'honore de siéger. 

M C'est une malice de Tespril français — elle est à peu près tra- 
ditionnelle chez nos académiciens — de railler les hommes politi- 
ques. La peur des redites ne décourage pas ; aussi les parlemen- 
Uiies contemporains ont-ils été et sont-ils encore peu ménagés. 

a Qu'il me soit permis non pas de récriminer, ce serait excessif 
— et ça ne servirait à rien, — mais de dire en cette réunion 
d*hommes charitables que si la raillerie va rarement sans esprit, 
tlJB est presque toujours sans charité et, assez souvent, sans 
jDslice. 

V Certes, nos assemblées politiques prennent leur part des fai- 
lkl(;f;ses et des imperfections qui s'attachent aux entreprises 
humaines; mais au moins.n'ont-elles manqué ni de bon vouloir 
iti de générosité en face des malheurs qu'ici même vous vous 
itrorcez d'atténuer et des souffrances que vous tentez de sup- 
tïrimer. 

n . . . Messieurs, un savant étranger qui avait la prétention de 
bien connaître l'espèce humaine, quoi qu'il ait surtout étudié les 
inalincts et la nature des animaux, Alfred Wallace. a fait à l'an- 
cien monde ce reproche collectif : 

it En comparaison de nos étonnants progrès dans les sciences 
*« physiques et leur application dans la pratique, uos système^ 
'< de gouvernement, de justice administrative, d'éducation natio- 
u uale, toute notre organisation sociale et morale sont à Fétat de 
t. iiarbarie. » 

<* Le jour est certainement venu où cette accusation n'est plus 
méritée, si jamais elle l'a été complètement dans notre France, 
qui est et reste la glorieuse émancipatrice à laquelle on rend 
hiiinmage. 

^ Et n'aurail-il pas été tenté de se rétracter lui-même, ce 
:«t>mbre philosophe, s'il avait soupçonné ce qui se passe dans notre 
ville où l'on voit d'années en années les libéralités s'accumuler, se 
superposer, à ce point qu'un véritable trésor est maintenant 



GHRONIQUR 143 

coDstituôy dont la destination excla»ive est de récompenser de 
bonnes œuvres, d'obscurs dévouements, de salutaires exemples. 

« Non, elle n*est pas à Tétat de barbarie morale, la souche 
dans laquelle se rencontrent tout à la fois et des hommes favori- 
sés de la fortune qui, songeant à Tinfortune des autres, créent 
des fondations opulentes pour récompenser les plus méritants 
d'entre eux, et tint de gens qui sont dignes de recueillir ce pré- 
cieux témoignage de sympathie. 

« Aussi des cérémonies comme celles-ci sont-elles d'un puissant 
réconfort. 

a Le scepticisme facile, trop facilement accepté, n'y a pas de 
succès; et celui-là serait plutôt ma) vu parmi vous qui, se posant 
en découragé, quand il n'a pas fait Teffort, viendrait soutenir, se 
réclamant de je ne sais quelle école, « que le tableau de nos ver- 
tus pâtit tellement à côté de celui de nos vices, qu'il devient inu- 
tile d'y risquer une retouche ». 

M Ici c'est une doctrine plus consolante et plus vraie qu'on pro- 
teste. 

(c On démontre par le fait que le bien est plus fort que le mal. 

« Que si, d'aventure, quelque incrédule se risquait à deman- 
der, comme le personnage des comédies de Dumas : « Pourquoi 
voit-on alors si souvent le mal l'emporter sur le bien ? » 

« On lui répondrait avec le bon Remonin : 

« C'est parce que vous ne regardez ni d'assez près, ni assez 
longtemps. » 

M. le Maire présente alors le rapport dont nous extrayons les 
lignes essentielles. i 

DONS ET LB69. 

Le Musée de peinture et de sculpture a reçu : 

De M. A. Subé, une quarantaine de tableaux d'écoles diverses, 
une superbe horloge Louis XV et huit vases de faïence ou porce- 
laine. 

De M*"* Courville, trois tableaux : Marine^ de Mosin, portrait 
d'Âbel Maurice par Lamare, et Vue de la Cathédrale d'après 
Leblan. 

De M. Victor Lambert, le portrait de M. Noirot, ancien maire, 
par Lamare. 

De M>»« veuve Victor Rogelet, née Palloteau, bijoux modernes, 
tasse eu argent, grande glace sculptée, etc. 

De M. Krug, le beau Groupe des Vendangeurs^ de Peynot. 

De M. Lépinois, un camée moderne, avec la ûgure de Mars. 

De M. Louis de Bary, une gravure offrant la vue de la fresque 
de Vllémicycle de l*Êcole des BeauooArts, de Paul Delaroche. 

Le portrait de M. J.-N. Ponsin, professeur et artiste rémois, et 
celui de M. Ch. Wéry, l'artiste ciseleur et estimé, tous deux 



144 CHRONIQUE 

offerts par les familles; enfiD, une maquette réduite de la fri?e en 
mosaïque de la maison J. Mumm, exécutée et donnée par 
M. Kalas. 

Musée archéologique el lapidaire. — Un bienfaiteur des col- 
lections d'anliquités, fondées par M. Habert,esl M. Lugeart, insti- 
tuteur communal, qui poursuit à Aussonce et à Prunay, de con- 
cert avec M. J. Orblin, gardien de ces collections, des fouilles très 
fructueuses et pleines d'intérêt. 

La Société protectrice de TEnfance a donné à la Ville la sépul- 
ture gallo-romaine très remarquable, trouvée sur l'emplacement 
de sa nouvelle crèche, comprenant : pierre tumulaire, tombe en 
plomb, vases en verre, chaussures et autres objets fort curieux. 

M. Paul Duchâtaux a offert également plusieurs objets romains, 
trouvés non loin de là ; M. Henri Lansun. deux pierres de fonda- 
tion d'anciennes demeures bourgeoises; M. Bonnelou, deux clefs 
assez petites, mais très rares de formes, trouvées au faubourg de 
Laon, et enfin M. Wilniolte, une bague en argent avec pendelo- 
ques symboliques pour les fiançailles. 

Musée rétrospectif. Sa aux et monnaies. — Le musée a reçu : 

De M. Courmcaux, une fort belle médaille de bronze à l'efOgie 
du sculpteur Cartellier. 

De MM. P. Laignier, H. Jadart, Menu, Massary et le docteur 
Guelliol, plusieurs sceaux-matrices ou empreintes, monnaies, etc., 
qui enrichissent ces séries diverses. 

Ville. — Dons et legs : 

Titre de rente de 134 francs légué par M™« Assy, pour être 
appliqué, après Textinction de l'usufruit de sa fille, à la distribu- 
tion de prix de vertu à trois jeunes filles pauvres qui, par leur 
conduite et l'accomplissement de leurs devoirs filiaux, se seront 
dévouées et sacrifiées pour leurs parents. 

Legs de 30.000 francs par M°»e veuve Prats, pour que la rente 
soit partagée entre deux ménages de vieillards mariés à l'église. 

Dons de 5,900 francs pour la Caisse des écoles et pour les dis- 
tributions de prix. 

Don de 1,000 francs par la maison Pommery, pour TËcole 
ménagère. 

Les dons oflerts jusqu'à ce jour pour venir en aide aux 
ouvriers sans travail s'élèvent à ta somme de 5,900 francs envi- 
ron ; il ne s'agit ici que des sommes recueillies directement par la 
mairie. 

Hospices. — Maison de retraite. 
50,000 francs de MM. Arthur et Louis de Bary. 
18,000 francs d'un anonyme. 
8,000 francs de M»"» veuve Pideux-Quenet. 
2,000 francs de MM. veuve Pommerv, fils et C*'. 
i,000 francs de M. le Dr Colleville.* 



r k 



CURONIQUB 145 

10,000 francs de M. Auguste-Isidore Charboiineauz. 
2,000 francs de M. Auguste Bonnefoy. 

Bureau de bienfaisance. 
4,000 francs de M"« veuve Chauveau. 
5,000 francs de M. Auguste Bonnefoy. 
12,000 francs de M. David. 
5,000 francs de M. Marquant. 
4,000 francs de M. Jonathan Holden. 
6,000 francs de MM. veuve Pommery, (ils et C'«. 
4,000 francs de M. Gh. Arnould. 
1,000 francs d'un anonyme. 
1,000 francs de la famille de M. le D** Décès. 
1,000 francs de M Luling père. 
1,000 francs de M. Goulden. 
8,870 fr. 25 de divers. 

Société de CfiariU ^materne lie. 
10,000 francs de MM. Arthur et Louis de Bary. 
t,000 francs de M)l. veuve Pommery, fils et O: 
1,000 francs de M«« Goerg. 
3,i35 francs de divers. 

Œuvre de la Miséricorde. 
oOO francs des enfants de M™* Marti n-Ducrocq. 
1,000 francs des enfants de M°^' G. Gharbonneaux. 
1,443 fr. 60 de divers. 

Petites Sœurs des Pauvres, 
1,000 francs de M. Villediea. 
911 francs de divers. 

Société protectrice de t'enfance. 
10,000 francs de MM. Arthur et Louis de Bary. 
2,000 francs de MM. veuve Pommery, fils et G»«. 
2,535 francs de divers. 

Asile de nuit. 
2,000 francs de MM» Arthur et Louis de Bary. 
25,000 francs de M"»» veuve Prals. 
1,173 francs de divers. 

De nombreux prix et médailles d'or, d'argent et de bronze, des 
croix de la Légion d'honneur et du Mérite agricole, des palmes 
académiques sont distribuées. 

La séance est levée au son de la Marseillaise. 



Fêtes do Jubilé do cardinal Langênibox, a Reims. — Le car- 
dinal Langénieui, archevêque de Reims, célébrait, le 20 décembre 

10 



146 CHBONIQUB 

dernier, les uoces d or de sa prêtrise, enlouré de son clergé au 
num duquel le vénérable doyen du chapitre, Ms^ Juillet, porta la 
parole. 

Son Éminence, en remerciant, rappelle que, tout enfant, sa 
mère le porta à N.-D. de Fourviéres pour le vouer au service de 
Dieu. 11 entra ensuite au séminaire, fut vicaire à Saint-Roch puis 
catéchiste, vicaire général et enfin curé de Saint-Augustin. 

C'est à ce moment qu'éclata la Commune. On venait d'arrêter 
le curé de la Madeleine quand un fédéré, dans le cœur duquel 
subsistaient quelques bons sentiments, vint à la dérobée prévenir 
le futur archevêque de Reims du sort qui lui était réservé. 

Il se réfugia alors dans une maison amie où il attendit des 
jours plus calmes. 

Il fut ensuite nommé évêque de Tarbes, puis, en 1874, archevê- 
que de Reims. Il prit possession de son siège en 1875 et, quelques 
ûunées plus tard, le Souverain-Pontife le revêtait de la pourpre 
cardinalice. 

Le lendemain de cette fête de famille, 2i décembre, le cardinal a 
célébré solennellement la messe pour la première fois dans la 
nouvelle église Sainte-Clotilde, désormais livrée au culte. 

Assisté de Ms^* Mare, abbé d'Igny, évêque de Constance, du cha- 
pi Ire, des chanoines honoraires, Hi^ Baye, curé de Saint-Remi, 
dont relève la nouvelle église, a reçu le prélat, qu'accompagnaient 
tes vicaires généraux, Ms" Cauly et les abbés Compant et Labarre. 

Son Éminence remercie Torateur, puis Ms^ Cauly prononce un 
long panégyrique où il retrace la belle carrière sacerdotale du 
pasteur. 

La messe ponliUcale est ensuite célébrée an milieu d'un 
Liiimense concours de iidèles accourus de tous les points de la 
cité. 

CONFÉRENCK DE M. PlBRRE LbROT-BeâOLIBU A L'AcXDÉMIE DE 

H mus. — Le samedi ^6 janvier a eu lieu à TArchevêché de 
Keims, sous les auspices de l'Académie, la conférence donnée par 
M, Pierre Leroy-Beaulieu sur ce si^et tout d'actualité : La Chine 
devant l'Europe. 

La séance était présidée par Son Éminence le cardinal Langé- 
nioux, assisté de MM. Colleville, président de l'Académie; Jadart, 
Mîrrétaire perpétuel ; Demaison, archiviste. 

M. Colleville présente le conférencier, « un peu notre compa- 
irif)lc par son mariage récent avec une rémoise, W^ Hour- 
UWn » ; porteur d'un nom illustre, il est fils, neveu, petit-fils de 
rnr*mbres de l'Institut et prédestiné lui-même à s'asseoir quelque 
jDur sous la coupole. Après de brillantes études à l'École polytech- 
nique, il a parcouru longuement l'Amérique, le Cap, le Traosvaal 
ùi enlln la Chine. 



CHAONIQUifi 147 

C'est sous rimpre9sion des souvenirs de ce deruier vojage, 
accompli en i897, que M. Leroy-BeauHeu prend la parole et 
expose, dans une série d'observations ingénieuses et neuves, la 
situation de la Chine par rapport aux prétentions européennes. 
Devant les convoitises des puissances qui semblaient prêtes à vou- 
loir se partager une proie facile, l'instinct national s'est réveillé et 
a suscité celte terrible crise, cette formidable explosion de haine 
contre l'étranger envahisseur, trop enclin à froisser le culte sacré 
des Chinois pour les ancêtres, et à vouloir imposer à tout prix les 
bienfaits douteux d'une lointaine civilisation. 

M. Colleville a offert à M. Leroy- Beaulieu une médaille commé- 
morative et lui a conféré le titre de membre correspondant de 
l'Académie. 

La magnifique collection d'objets d*art rapportée de Russie par 
notre distingué compatriote et collaborateur le baron de Baye, et 
offerte par lui à la ville de Paris, est, depuis le milieu de décem- 
bre, exposée au musée Galliera. Cette collection, qui occupe une 
salle entière, présentée avec beaucoup de goût, obtiendra, à n'en 
pas douter, un vif succès auprès du public : il y verra en effet, 
groupés avec intelligence et en une variété très pittoresque, tous 
les échantillons, anciens et modernes, de l'art industriel russe, 
depuis les bijoux qu'on fabrique au Caucase jusqu'aux broderies 
exécutées par des paysannes de la Petite Russie. 

La statue de Rouget de Tlsle, qui occupait depuis longtemps 
une place provisoire au bas de l'escalier qui mène à la bibliothè- 
que, dans l'Hôtel de Ville de Reims, a été transportée un peu plus 
loin, dans l'allée qui conduit à la salle des Mariages, et remplacée 
par le groupe des Vendangeurs du palais du Champagne à TEx- 
position, si gracieusement offert à la Ville par M. Krug, président 
du Syndicat du commerce des vins de Champagne. 



Le neuvième diner des Haut-Marnais de Paris a eu lieu le 
10 décembre sous la présidence de l'éditeur Flammarion. On 
remarquait dans la nombreuse assistance : les docteurs Jamin, 
Flammarion, Méoetrel, Simonot ; le colonel de Montangon ; 
M. Tantet, maire du III* arrondissement ; M. de Borssat, le comte 
et la vicomtesse de Bucy, le peintre Guérin, MM. Cohs, Mon profit, 
Schneider, Colas, Relier, Courtier, Dessein, Delécolle, etc. 

* 
La commune de Soudé-Sainte-Croix (Marne) possède certaine- 



148 



CHRONIQUR 



ineot le plus vieux tambour des pompiers de France. C'est 
M. Arsène Lefèvre, dit Memmie, charron. 

Voici ses états de service : 

M. Lefèvre est né à Coole (Marne) le 3 septembre 1820. Entré 
romme tambour de la commune et de la garde nalionaledeCoolele 
f8 janvier 1836. En 1838, nommé tambour de la compagnie des 
sapeurs-pompiers jusqu'au 30 juillet 1841. Incorporé à cette date 
ramme fusilier, à Avignon, au 6i« de ligne, il passe caporal* 
tambour le 12 novembre de la même année. Rentre dans ses 
foyers en février 1842, s'élanl fait remplacer au corps. Nommé 
lambour-maltre du bataillon cantonal de la garde nationale du 
tauton de Sompuis le 1*' mai 1842, il continue ses fonctions jus- 
i|u'à la dissolution de la garde nationale. 

Quitte la commune de Coole pour résider à Soudé-Sainte- 
Croix, entre dans la compagnie des sapeurs>pompiers le 8 août 
suivant et continue sans interruption jusqu'à ce jour. Dans l'in- 
lervalle, il reçut pour ses bons et loyaux services, à la date du 
li février 1877, !e diplôme d'honneur. 

Au renouvellement de la compagnie, en 1899, il signa encore 
une fois un engagement de cinq ans. 

Espérons qu'il sera toujours eh tête de la compagnie jusqu'au 
hgut de son mandat, car aujourd'hui, avec ses soixante-quatre 
ans de service et ses quatre-vingts ans d'âge, il peut passer pour 
lu plus vieux tambour des pompiers de France et doit mériter uue 
t>e Ile récompense. 

— Ou peut citer, à côté de lui, danslacommune'de Villers-sous- 
ClJÂtillon (Marne) le plus vieux tambour communal de France. 
C'est M. Nicolas-Pierre Tanneux. 

Voici ses états de service : M. Tanneux est né à Villers-sous- 
ChAtillon le 18 avril 1821. Entré comme tambour communal, tam> 
boLir de la compagnie des sapeurs-pompiers en 1833, tambour de 
in. garde nationale jusqu'à sa dissolution, il a quitté la compagnie 
dtS5 sapeurs-pompiers vers 1888 et a continué ses fonctions de 
tambour communal jusqu'à ce jour. 

tians l'intervalle, il reçut pour ses bons et loyaux services le 
Jjjjlôme d'honneur lè 19 novembre 1900. 

Aujourd'hui, avec ses soixante-sept ans de services sans interrap- 
l»ui](ayantété exempté comme fils de veuve) et ses quatre- vingts ans 
J'A^e, il peut passer, lui aussi, pour le plus vieux tambour com- 
munal de France et mériter également sa récompense. 



* 



Ka nouvelle prison, â Rems. — Depuis un an environ se 
poursuivent, à Reims, les travaux de construction d'une prison 



iT 



CHRONIQUE 1 49 

nouvelle, située rue Danton prolongée, non loin des casernes de 
NeufchâteJ. 

Le mur d*eDceinte, haut de six mètres, est construit aux deux 
tiers; il aura 160 mètres de longssir 65 de largeur. 

La prison sera contiguë à la nouvelle caserne de gendarmerie. 

On y pénétrera par une solide porte cocbère et Ton se trouvera 
devant un bâtiment détaché de la maison de détention propre- 
ment dite. 

Ce bâtiment doit renfermer la bibliothèque, les archives, le 
bureau, une écurie, une remise à voiture et trois cellules d'attente 
qui seront occupées par les pensionnaires nouveau-venus auxquels 
un gîte particulier n'aura pas encore été affecté. 

Le logement du gardien-chef occupera le premier étage. 

Cette construction sera reliée à la prison proprement dite par 
un couloir couvert. 

Pénétrons dans le bâtiment principal. A droite, c'est le quartier 
des hommes ; à gauche celui des femmes. 

Le bâtiment, à deux étages, e t séparé dans le sens de la lon- 
gueur par une immense galerie éclairée d'en haut au moyen de 
châssis vitrés. Cotte galerie court d'un bout à l'autre des cons- 
tructions. 

Une cloison vitrée isole le quartier mâle du quartier féminin. 

Aux deux extrémités se trouvent les préaux, six pour les hom- 
mes et trois seulement pour les femmes. ~ Ces préaux sont à. air 
libre. A chaque extrémité se trouve un espace couvert où les pro- 
meneurs pourront se réfugier en temps de pluie. 

Au rezde chaussée, à droite en entrant, on trouve le greffe ; à 
gauche, le parloir, le vestiaire, la salle de fouille, la salle des bains 
et douches; puis, des deux côtés, des cellules ordinaires, d'infir- 
merie, de correction, de gardiens, d'observation, les chambres 
d'instruction, des témoins et des avocats. Quelques-unes de ces 
dernières sont munies d'une cheminée. 

Dans le quartier des femmes est installée une buamiecie en par- 
tie double. Dans chacune des cases une prisonnière seule pourra 
lessiver. 

De spacieux escaliers s'uuvrant dans la grande galerie et don- 
nant sur de larges paliers conduiront au premier étage. De là les 
gardiens n'auront qu'à se pencher sur les balustrades pour sur- 
veiller d'un coup d'œil leurs pensionnaires. 

A droite, à gauche, partout des cellules de gardiens ou de déte- 
nus avec, au-dessus de l'entrée, les salles dites du culte, de l'école 
et de la sacristie. Une ingénieuse disposition permettra aux déte- 
nus qui voudront assister aux offices religieux d'être présents sans 
apercevoir leurs compagnons de détention. 

Le deuxième étage, outre une demi-douzaine de cellules, cou- 



^ 



1 50 GHRONIQUB 

tient sii immenses salles de désencombrement, une lingerie et 
une cellule pour le repassage. 

En somme, dans l'immeuble, on compte environ 55 cellules 
spécialement destinées à la claustration des criminels ou des délin- 
quants. 

Chacune de ces cellules est éclairée par une. fenêtre exiguë, 
ouverte presque à hauteur du plafond, solidement close par des 
barreaux de fer et hors de la portée des détenus. 

Toutes les mesures d'hygiène ont été prises dans la construc- 
tion de cette prison. Les joursMe froid excessif, elle sera chauffée 
à la vapeur. 

» * 

Nominations et distinctions. — M. de Geffrier, général de bri- 
gade, chef d'état-major du gouvernement de Lyon, est promu 
général de division. 

Le nouveau divisionnaire est notre compatriote par son mariage 
avec'la fille du regretté docteur Titon, de Châlons. 

Il est bien connu, d'ailleurs, dans cette ville, où il a fait partie, 
pendant plusieurs années, de Tétat-major du 6* corps d'armée. 

Parmi les colonels promus généraux de brigade, nous citerons 
M. Plstor, qui a servi également à Châlons comme lieutenant d'ar- 
tillérie. Il était à celte époque — en 1873 — un des rares lieale- 
nants d'artillerie qui fussent décorés. Il portait encore l'uniforme 
de polytechnicien lorsque, sur le champ de bataille de Freschwil- 
1er, sa brillante conduite lui valut la croix de chevalier de la 
Légion d'honneur. 

Son nom fut encore honorablement cité pendant la guerre, 
dans la campagne des Vosges. 

* 

M. le lieutenant-colonel Boissoné, breveté hors cadre, chef du 
3« bureau de l'état-major de l'armée, vient d'être nommé direc- 
teur-adjoint de l'artillerie à Reims. 

¥ ¥ 

Par décret du Président de la République, est nommé au grade 
de lieutenant de vaisseau, l'enseigne André Moreau-Besserat, à 
compter du l" février. 

Ce jeune officier, originaire d'Ay, reçoit ainsi son troisième 
galon à l'âge de 29 ans. 

¥ ¥ 

Par décret du 31 décembre 1900, M. le capitaine Gabriel Abinal, 



CHRONIQUE 151 

du 3* régiment de génie, en détachement à Châlons, a été promu 
commandant au 7« régiment du génie, à Avignon. 



Dans sa séance du ii janvier, TAcadémie de Reims a élu pour 
vice-président M. Bourguin, ingénieur en chef des ponts-et»chau8- 
sées, en remplacement de M. le général Maillac, élu membre hono- 
raire à son départ de Reims. 

* 

Le cardinal Langénieux, archevêque de Reims, vient de nom- 
mer chanoine d'honneur de sa cathédrale, Mr Augustin Marre, 
abbé de la Trappe d'Igny. 



Promotions dans l ordre de la Légion d*honnbdr. — Le géné- 
ral Hagron, commandant le 6« corps, a passé en revue les troupes 
de la garnison de Châlons, le mardi 15 janvier. 

Le général en chef a remis cinq croix de la Légion d'honneur 
aux généraux Hartschmidt, Marcille, Germer-Durand et aux colo- 
nels de La Laurencie et d*Hombres. 

Parmi les nouvelles croix distribuées à Toccasion de TExposition 
universelle, nous avons remarqué les noms de M&f. Charles Mar- 
teau, rindustriel bien connu, et Bazin de Bezons, proviseur du 
Lycée ; le docteur Strapart, professeur honoraire à FÉcole prépa- 
ratoire de médecine et de pharmacie, médecin honoraire des 
hôpitaux, à Reims; Jules Le Conte, de Chàlons, conseiller réfé- 
rendaire à la Cour des Comptes ; Jules-JosephBernard Desgeans, 
ingénieur des ateliers de la Compagnie des chemins de fer de 
l'Est, à Épernay ; Georges Hérelle, ancien professeur au collège de 
Vitry*Ie-François, chargé du cours de philosophie au lycée de 
Bayonne, et Maxime-Emile Clairin, avocat à la Cour d'appel, 
ancien conseiller municipal de Paris, originaire de Vitry. 

Notre ancien collaborateur M. Hérelle, lauréat de l'Académie 
française, déjà connu par ses travaux historiques, a bien mérité 
des lettres par les belles traductions des œuvres d'Annunzio et de 
Mathilde Serao, qui ont si puissamment contribué, par leur 
charme poétique, au succès de ces deux romanciers dans notre 
grand public trop môle de snobs et d'indifférents. 



Promotions dk l'Instruction publique. — A l'occasion de la 
réunion annuelle de la Société des Beaux-Arts^ et par arrêté 
du ministère de Tlnstruction publique et des Beaux-Arts, 



152 CHnONIQUE 

en date du iO décembre 1900, ont été nommés officiera d'Acadé- 
mie MM. Frédéric-Edmond-Paulin Baltliazard, président du tribu- 
nal civil à Sedan (Ardennes); Jules-Léon Reslout, correspondant 
de la Société des Beaux-Arts, à CbâIons-sur-Marne. 

A l'occasion de Tinauguralion du nouvel bôlel des postes de 
Chaumont (Haute-Marne), sous la présidence du sous-secrétaire 
-d'État des postes el télégraphe, M. Mougeot, et par arrêté du 
ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, en date du 
15 décembre 1900, ont été nommés officiers d'Académie MM. Fran- 
çois Hutinet, ancien maire, délégué cantonal à Chalencey (Haute- 
Marne) ; Paul-Émile Pierre, inspecteur des postes et télégraphes à 
Chaumont ; Charles-Louis Tilquin, secrétaire du Conseil général 
de la Haute-Marne, à Chaumont. 

Par un autre arrêté en date du 31 décembre 1900, a été nommé 
officier d'Académie M. Auguste-Félix-Eugène L'Hoste, président de 
la Société de tir de Mézières, à Villers-Semeuse (Ardennes). 



Sur la demande du directeur de l'agriculture et du commerce 
de Tunis et sur la proposition du résident général, le Bey de Tunis 
vient de conférer te grade de chevalier de première classe dans 
Tordre du iNichan-Iftikar à M. Rv>gez, instituteur à Moutmort. 

Voici dans quelles circonstances. M. René Millet avait organisé, 
au mois de mai 1900, au profit des instituteurs français, un 
voyage d'études en Tunisie. Cinq instituteurs de la Marne, dési- 
gnés par Tautorité académique, y avaient participé. M. Rogez 
était du nombre A son retour, il rédigea un mémoire très docu- 
menté et en même temps très personnel sur la situation de la 
Tunisie, au point de vue de la colonisation agricole L'inspecteur 
d'Académie de la Marne, à qui ce mémoire fut soumis, envoya à 
M. Rogez de très chaudes félicitations et l'engagea à en faire par- 
venir un exemplaire au résident général, à Tunis. 

La distinction qui vient de lui être accordée est la constatation 
officielle du grand mérite de son travail. 

Rappelons à cette occasion que M. Rogez a déjà mérité une 
médaille de bronze à l'Exposition de 1900 pour un travail sur les 
œuvres post-scolaires. 

• » 

Parmi les nominations récentes au grade de chevalier du 
Mérite agricole, figurent MM. Laurent, professeur au Lycée de 
Reims ; Duensing, négociant à Avize (Marne), cultivateur à 
ChampttuberL-lH-Hataille (Marne) ; Marguet, cultivateur à Mourme- 
lun-ie-Grttod (Marne) ; Marlin-Gaunerol, inspecteur des contribu- 
tions directes en retraite à Châlons-sur Marne; Tarbouriech, hor- 
Uctiit-uir k Châlons-sur-Marne ; Bannier-Borel, viticulteur à 
Fêrébrîiinges (Marne) ; Clément, cultivateur à Coulommes-la-Mon- 



/ 



CHRONIQUE 1 53 

tagne (Marne); Collet, agriculteur à Uiichair (Marne) ; Deverdun, 
propriétaire-cultivateur à Vertus (Marne) ; Duval-Moigneux, pro- 
priétaire-viticulteur à Faverolles. 

Parmi les nonohreux lauréats des prix de vertu décernés cette 
année par l'Académie française, nous devons mentionner M"** Marie- 
Louise Beaudet, de Cbaudefontaine (Marne), qui a obtenu une 
récompense de mille francs. 

Née en 1812, et par conséquent entrée aujourd hoidans sa qua- 
tre-vingt-neuvième année, celte vénérable personne n'a cessé, 
depuis plus de cinquante ans qu'elle passa au service de l'abbé 
Mangin, curé de la paroisse, de se consacrer avec un dévouement 
sans égal au soin des malades. Elle fit son apprentissage en 1849, 
lors de l'épidémie de cboléra, et depuis ce temps, sans se rebuter 
devant les maux les plus infectieux comme les plus répugnants, 
elle a soigné toutes les infîrmilés avec le même zèle, la même 
inaltérable patience. 

Une fois en possession de la somme qui lui était attribuée, l'ex- 
cellente femme a voulu faire bénéficier la commune de cette 
bonne fortune en affectant la plus grande partie à la refonte 
d'une ancienne clocbe datant de 1689 et à peu près hors d'usage. 
i.a bénédiction de la cloche nouvelle, nommée Marie, a eu lieu le 
dimanche 4 novembre 1900, au milieu de l'allégresse et de la 
reconnaissance de tous. 

M. Jules Dourdon, pilote à Reuil (Maroe). vient de recevoir du 
ministre de l'inlérieur une mention honorable pour six sauveta- 
ges accomplis par lui. 

Il faut espérer qu'une récompense plus haute ne tardera guère 
à récompenser le zèle d'un homme toujours prêt à se dévouer 
pour le salut de ses semblables. 

Mouvement judiciaire. -- M. Ranvier, juge d'instruction à Ton* 
nerre, vient d'être nommé juge à Épernay, en remplacement de 
M. Couvreux, nommé président à Bar-sur-Anbe. 

M. Renckofi^, président à Bar-sur-Aube, a été nommé président 
à Meaux, en remplacement de M. Lemarchand, nommé juge au 
tribunal de la Seine. 

M. Goupillaud a été nommé juge suppléant à Troyes. 



Mariages. — On annonce de La Chaussée (Marne) le mariage 
de M. Joseph-Louis-Théodule Garnier, lieutenant au 16« bataillon 



CHRONIQUE 154 

de chasseurs à pied, fils de feu le général de division Garnier, 
avec M"« Augusline-Léonie Allègre ; 

— De M. Henri Marteau, de Reims, professeur au Conservatoire 
de musique de Genève^ avec M>^* Agnès-Marie-Sophie-Magdalène 
von Ernst; 

— De M. Charles-Henry-Marie Uuard, ancien sous-préfet de 
Tarrondissement de Reims, préfet du département du Cantal, à 
Aurillac, avec M*'« Aimée-Marie Fiaud, à Paris ; 

— De M'"" Madeleine Pillon, fille de l'ancien et honorable pré- 
sident de la Chambre des notaires de Reims, M. Léon Pillon, 
décédé notaire honoraire, avec M. Henri Slingsby, licencié en 
droit, conseiller de préfecture à Bar-le-Duc, fils d'un ofQcier dis- 
tingué tué à la bataille de Sedan ; 

— De M'i" Antonia Trézaune, agrégée des sciences, officier de 
rinstruction publique, directrice du Lycée de jeunes filles de 
Reims, avec M. Constant Toubhans, de Baccarat. 

* 

Le 27 décembre 1900 a été célébré, à Lens, le mariage de 
M. Auguste Vandenbroucque, docteur en droit, avocat au barreau 
de Reims, et de M^e Jeanne Salvetat, fille de M. Hippolyte Salve- 
tat, ingénieur des mines de Lens. 

Les témoins étaient, pour la mariée, M. le général Kessler, 
inspecteur d'armée, membre du conseil supérieur de la guerre, et 
M. Florimond, contrôleur à la Monnaie, ses oncles ; pour le 
marié, M. Edouard Grardel, propriétaire à Amiens, et M. Jules 
Grardel, avocat à Arras, ses oncles maternels. 

* 

NocBB d'or. — Le 2 janvier 1900 ont été célébrées à Montmi- 
rail (Marne) les noces d'or de M. et M>°«'Romanet. 

* 

Noces de diamant. — Le 5 janvier ont été célébrées à Ville- 
nauxe (Aube), les noces de diamant de M. et Mon* Gesliu-Lecerf. 

M. Geslin est né à Villenauxe en juin 1814. A vingt>six ans, 
il a épousé M^e Lecerf, âgée de dix-neuf ans et sept mois, fille de 
M. Claude Lecerf, notaire royal. Le mariage a été contracté le 
27 décembre 1840, à Villenauxe-la-Crande, par devant M« Louis 
Jacob, maire. 



BfinATUM. — Dans la livraison de septembre-octobre 1900, 
p. 7H4, nous avons reproduit, d'après diverses feuilles parisiennes 
el régionales, sous ce titre : Un frère de lait du roi Humbert, 
une nouvelle inventée de toutes pièces et dont il convient de faire 
justice. 



MÉLANGES 



Un Bravb : Li génébal Lambert. — Le général Lambert, qui 
vient de mourir, personnifie non seulement la bravoure coutu- 
mière, traditionnelle, et sur laquelle il est bienséant de ue pas 
accumuler les éloges, tant elle est naturelle, immanente et prévue, 
de Tarinée française, mais encore ce vaillant représente dans nos 
annales militaires la vertu guerrière la plus haute, la plus exem- 
plaire : la résistance à outrance. 

Lambert, capitaine en 1870, fut le héros de la maison des u Der- 
nières Cartouches ». Le pinceau d'un maître a popularisé ce fait 
d'armes héroïque; mais il est bon en saluant la dépoaille de celui 
qui ligure au premier plan du tableau légendaire, de rappeler 
son exploit, et l'indomptable courage de ceux qui défendirent avec 
lai, jusqu'à la dernière pincée de poudre, lachétive masure trans- 
formée en forteresse, suprême réduit de l'honneur français; sans 
demeurer hypnotisés par la défaite, sans r6der perpétuellement 
parmi les décombres de 1870, comme un moine impuissant se 
lamentant, sans agir et sans réagir, devant les ruines des temples 
détruits après le passage des barbares, sans s'éterniser dans le 
cimetière du passé, il est utile pour les patriote;;, quand les cir- 
constances le permettent, comme nous le ferons dimanche pro- 
chain, à l'occasion de l'anniversaire de Buzenval, de raviver les 
souvenirs de désastres glorieux, tels que Bazeilles. Il n*est pas 
question de pousser hors de propos de vains cris de revanche, 
mais il est bon, pour les jeunes générations, comme l'Église com- 
mémorant ses martyrs, de rappeler, à leurs dales, les deuils tra- 
giques et les beaux désespoirs de ceux qui, dans une lutte inégale, 
où tout fut perdu, sauvèrent du moins l'honneur français. C'est 
en songeant à l'avenir qu'il faut lutter contre Toubli du passé. 

C'est le 1" septembre 1870 que fut livré ce combat mémorable,' 
au souvenir duquel demeure lié le souvenir du général Lambert. 
Bazeilles est, ou plutôt était un gros bourg des Ârdennes, sur la 
route de Sedan à Montmédy. Une ceinture verte de fraîches et 
vigoureuses prairies, encadrées de peupliers aux plumets Uns et 
légers, entourait le village. Quelques fabriques de draps, des foo- 
leries, dressaient ça et là leurs tuyaux rouges dans la campagne. 
Ces clochers industriels sont aujourd'hui refaits, ayant été rasés 
par les obus. 

Dans cette plaine était massé le 12* corps français, faisant face 
au l*** corps bavarois, commandé par le général Von derThann. 
La brigade de marine des Pallières et la brigade Reboul étaient 
engagée<< ; malgré leur bravoure et leur dévouement ces troupes 



156 MéLiNGBS 

d*élites ne purent lenir. Le nombre du cûlé des Allemands et le 
désarroi du commandement chez nous amenèrent la retraite. 
Mac-Mahon avait été léf^èrement blessé, et avait dû céder la direc- 
tion du combat au général Ducrot. Mais le général de Wimpffen, 
invoquant une lettre du ministre de la guerre, réclama le com- 
mandement en chef. Un génie militaire aurait pu tirer les Français 
de la position désastreuse où ils se trouvaient. Mais, avec des troupes 
très inférieures en nombre et en partie déjà démoralisées, avec 
des généraux médiocres se disputant la préséance, la situation ne 
pouvait élre sauvée. Il ne pouvait plus être question que d'impo- 
ser à Teunemi le respect et l'admiration dus au courage désespéré. 
Ce fut alors que l'infanterie de marine donna son superbe exem- 
ple. Retranchée dans Bazeilles, rue par rue, pied à pied, cette 
infanterie défendit le village, essuyant une mousqueterie meur- 
trière et ripostant. Chaque maison devint une redoute. L'ennemi 
dut conquérir les habitations crénelées et sabordées, comme un 
navire sous la mitraille, étage par étage. 11 y eut des combats 
corps à corps sur les seuils. Les escaliers avaient des degrés 
humains et, sur lescadavreschauds et fracassés, l'assaillant devait 
piétiner pour atteindre, dans les chambres supérieures, les intré- 
pides défenseurs barricadés. Le combat rappelait, ici, les épisodes 
de la chevalerie, où un seul preux défendait un passage contre 
vingt adversaires, et là, le farouche tumulte de l'abordage. Quand 
la dernière maison du village où le capitaine Lambert se trouvait 
acculé avec ses braves, ayant épuisé leurs munitions et tiré leurs 
dernières cartouches, fut prise, les Bavarois mirent le feu par- 
tout. Ils fusillèrent, à bout portant, les habitants, femmes, vieil- 
lards et enfants qui s'étaient réfugiés dans les caves et qui, chassés 
par la fumée, s'échappaient à la lueur de leurs maisons en tlam- 
mes. Les Allemands ricanaient et poussaient des cris de triomphe 
féroces en canardant ces malheureux, qui ne fuyaient l'incendie 
que pour rencontrer l'assassinat. 

On a souvent prétendu que, durant la guerre de 1870, les Prus- 
siens seuls s'étaient montrés impitoyables. On a cru et l'on a 
répété que Ton trouvait des combattants plus généreux et des 
vainqueurs plus humains dans leurs confédérés. Bien des gens se 
sont imaginé aussi que, si la guerre venait à se rallumer, les 
Allemands du Nord, les hommes de la Sprée rencontreraient des 
défections parmi les anciens États incorporés à l'Empire et que la 
France trouverait en face d'elle, dans les contingents de la Saxe 
ou de la Bavière, des adversaires moins ardents et moins impi- 
toyables que les vrais Prussiens. C'est une croyance fausse et une 
opinion dangereuse. Bazeilles témoigne du contraire. Ses ruines 
sont une leçon de choses inoubliable. Ce sont les Bavarois, les 
bons Bavarois, les braves gens à larges fîgures placides, buvant si 
pacifiquement l'excellente bière de la brasserie Pschorr, les dilet- 
tantes épris de Wagner et jouant eu famille des quintettes de 
Mozart, les érudits de la Pinacothèque, les musicolâtres de Bay- 



MÉLANOKS 157 

reuth, les aociens sujets du roi Louis, poète, niusiciea et vierge, 
participant aux folies mystiques de leur souverain détraqué, ce 
sont ces honnêtes Bavarois, que nous semblions calomnier en les 
confondant avec les féroces Borusses du Brandebourg; ce sont eux 
qui, à Bazeiiles, ont broyé contre les murs fumants des crânes 
d*enfants enlevés de leurs berceaux, évenlré des femmes enceintes, 
fusillé des bourgeois sans armes et achevé des blessés demandant 
un médecin, et auxquels on répondait par un coup de grâce fai- 
sant jaillir les cervelles sous la lourdeur des crosses. 

Le général Von der Thann a essayé, par la suite, de se discul- 
per de ces atrocités. On n'aime guère, la paix venue, quand les 
politesses de palais s'échangent, et que les ambassadeurs repren- 
nent leurs réceptions, conserver la réputation d'un Attila ou d'un 
Tamerlan. Fusiller des blessés et massacrer des non-combattants 
donne un mauvais renom dans le monde diplomatique lly a dans 
la guerre des actions qui sont sans éclat et des taches de sang qui 
déshonorent. On conçoit que dans les salons, on cherche à effacer 
les unes et à taire les autres. 

Mais le général a reçu d'éclatants démentis; entre autres celui 
de l'abbé Domenech. aumônier du 12* corps. Ce prêtre, l'ancien au- 
mônier dn corps expéditionnaire du Mexique, vit encore et pour- 
rait répéter son affirmation. 

« Le général Von der Thann, a dit l'abbé Domenech. répondant 
à un démenti écrit du boucher de Bazeilles, «ait que sa lettre de 
dénégation e^t un chef-d'œuvre de duplicité. N'est-ce pas lui, son 
état-major et la musique d'un bataillon de la garde royale, qui 
formaient le cortège des officiers que j'ai enterrés à Bazeilles ? 
N'ont'ils pas tous vu, comme moi, en traversant les rues de ce 
village, les Bavarois mettre le feu, dans la matinée du 2 septem- 
bre, à la mairie, aux usines et aux maisons qui n'étaient pas 
encore brûlées? N'ont-ils pas tous vu, comme moi, dans cette 
même matinée, des groupes d'hommes, de femmes et de soldats 
qu'on allait fusiller du côlé de la Meuse? > 

Ce même témoin, qui fut non seulement oculaire, non seulement 
spectateur, mais acteur dans la tragédie, puisqu'il enterrait les 
victimes de Bavarois, a ajouté à sa déposition que seize soldats 
d'infanterie de marine, le lieutenant Vatrin et le sous-lieutenant 
Chevalier, ont été fusillés, sous ses yeux, bien que s'étant rendus, 
conformément aux lois de la guerre, après avoir épuiné leurs der- 
nières cartouches. 

La mort du général Lambert, dernier survivant de cette petite 
épopée de la défeuse, car il avait été précédé dans la tombe par 
un autre brave, le capitaine Aubert, qui lui avait disputé avec 
vivacité l'honneur de la défense héroïque dans la maison immor- 
talisée par le tableau d'Alphonse de Neuville, ne peut inspirer qu'un 
cri de honte, à l'adresse de ces fusilleurs de prisonniers, de ces 
égorgeurs de blessés et de combattants se rendante merci, de ces 



158 MÉLANGES 

assassins d'habitants sans armes. Elle doit aussi noas arracher un 
cri d*admiration pour cette armée qui a supporté le poids de sa 
défaite, et qui n'a pas connu, à l'heure de l'agonie des batailles^ 
le son joyeux des clairons annonçant la victoire. Le général Lam- 
bert était l'un des derniers de ces héros vaincus, auxquels la pos- 
térité rendra l'hommage qu'ils inspirèrent, il y a trente ans, à 
leur vainqueur, et pour tous ceux qui défendirent la patrie, en 
1870, cette épitaphe convient, tracée par Guillaume lui-même : 
a Oh ! les braves gens ! » 

E. Lepklletier. 



L'imprimeur-Gértot, 

Léon FRÉMONT. 



> 



f 




1 



Monographie de la Commune de Lbuitre 



INTRODUCTION 



L'auteur de cette iiionoi^rapliie est un ancien et 
fidèle apùlre de la décentralisation littéraire. Sans 
méconnaître ni conleslcr la suprématie de Paris dans 
le domaine des aris, des sciences el des lettres, il 
prêche de précepte el d'exemple, depuis (|uaranle 
ans, l'émancipation intellectuelle et morale de la Pro- 
vince, qui, aujourd'hui, en àq'e de majorité, sait pen- 
ser, parler et ajç-ir avec assez de réflexion et de matu- 
rité d'esprit pour pouvoir s'allranchir, sous plus d'un 
rapport, de la tutelle parisienne, en sacrant et hono- 
rant elle-même ses artistes, ses savantes et ses littéra- 
teurs de mérite. 

Cet auteur a exploré une j'-rande partie de nos 
archives locales, et il en a extrait plusieurs notices 
biog-raphiques, historicpies el statislicpies qui ont été 
couronnées par diverses Sociétés académiques dépar- 
tementales, et insérées dans leurs Mémoires, 

Au cours de ces travaux, il conçut un projet 
(ïE/jhéméri(/e,s cotntnnnairs dont il voulut doter 
txjutes les conununes de France, el cpTil fit j)résenter, 
dans ce hut_, à la (Mnunhre des Dépulés, t^n i88(*>, 
sous forme de proposition de loi ainsi ctmcue : 

Article v^, — Il sera ouvert dans toutes les mairies de 
la France et des colonies IVanvaises, sous le titre àEphé- 
mérides communales, un registre sur lequel serout ins- 

11 



I 



162 



MONOGRAPHIE DE LA COMMUNE DE LHUITRE 



1 



crits, dans leur ordre chronologique, tous les faits acci- 
dentels et autres, de nature à intéresser la commune et à 
former les éléments de son histoire. 

Article 2. — Ce registre sera tenu en double expédition, 
comme ceux de TEtat civil, et arrêté tous les cinq ans. Un 
exemplaire sera conservé dans les archives de la com- 
mune, pour être tenu, sur place, à la disposition des habi- 
tants, tandis que l'autre sera déposé aux archives du 
département. 

Article 3. — Un règlement d'administration publique 
déterminera la forme spéciale de ce registre, ainsi que le 
mode et l'objet de sa rédaction, qui sera confiée au secré- 
taire de la mairie, ou à un rédacteur spécial. 

Cette proposition fut d'abord soumise à l'examen 
de la sixième commission d'initiative parlementaire, 
([ui conclut à la prise en considération. Renvoyée 
ensuite à une conmiission spéciale de onze membres 
et examinée de nouveau par celle-ci, elle fut égale- 
ment l'objet d'un rapport favorable, concluant à son 
adoption, à l'unanimité. 

Ce rapport, déposé sur le bureau de la Chambre, 
le 6 février 1888, par M. Steenackers, député de la 
Ilaule-Marne, fut imprimé, soiîs le numéro 2.370, 
puis inséré au Journal Officiel du 18 avril suivant. 
A partir de ce moment, cette proj)osition continua de 
figurer au Bulletin de la Chambre, où elle était sur 
le point de venir en discussion, et d'être infaillible- 
ment adoptée, quand la législature prit fin, en 1889; 
ce qui fît rentrer cet utile projet dans l'ombre des 
cartons parlementaires. 

En attendant qu'un "député intelligent Ten fasse 
sortir,* et qu'une Chambre dévouée au bien public ait 
le temps et le bon esprit de revenir aux lois d'atîai- 
res et de le voter à nouveau, l'auteur de ce projet a 



L 



kOMOQR^PMlB DE LA ÇOHMÙNB DB LHÛITBB 163 

voulu fiiire pour sa commune ce qu'il voudrait que 
Ton fît pour toutes. Ce sera là son oeuvre ultime, 
comme c'est son travail de prédilection qu'il destine à 
être déposé à la mairie de Lhuitre, après sa mort, 
pour être continué par les soins de l'instituteur et de 
l'administration locale. 

Puisse ce modeste exemple être suivi par d'autres, 
afin que chacun, connaissant mieux l'histoire de son 
villag'e et la vie de ses aïeux, l'aime et s'y attache 
davantage, et ne soit plus tenté de le cjuitter pour 
aller chercher la fortune, et souvent reui^ontrer la 
misère, dans les villes. 

Quant au plan de ce travail, il est superflu de l'in- 
di(juer ici, puisqu'il suffit de se reporter à la Table 
analytique qui le termine pour en voir l'ensemble. 
Sans doute, si l'on se plar^ à un point de vue géné- 
ral, on pourra trouver certains détails un peu trop 
minutieux et prolixes; mais si l'on veut bien se pla- 
cer au point de vue local, comme il faut le faire ici, 
on verra et l'on comprendra que ces détails, qui, à la 
rigueur, pouvaient être supprimés, ne laissent pas 
d'offrir un intérêt particulier pour les habitants qu'ils 
concernent. 

On remarquera ensuite (jue c<» registre, tel cpi'il est 
établi, peut être continué et tenu à jour, en réservant 
((uelques feuilles blanches, tant pour les mouvements 
et les recensements de la population, et les listes 
chronologiques des maires, des desservants et des 
instituteurs et institutrices, ({ue pour les faits divers 
des Kphémérides, la Biographie et la Bibliographie. 

• * 

Le a4 février lyoo, le manuscrit de Cette Mono- 



i64 BlONOGBAPaiB bS Lk COMMUNE DE LâUITRB 

graphie fut déposé au secrétariat de la Société Aca- 
démique de l'Aube, pour prendre part au concours du 
prix triennal de cinq cents francs, fondé par M. 
l'abbé Etienne Georgpes de Troyes, et destiné à récom- 
penser les auteurs des travaux historiques, littéraires, 
archéologfiques ou biog-raphiques les plus méritants, 
relatifs à Tancienne provim-.e de Ghampag-ne. 

Le 25 avril suivant, la commission spéciale char- 
gée de l'attribution de ce prix, à l'unanimité de ses 
onze membres présents, le décerna à Fauteur de la 
Monographie snr la commune île Lhniire. 

La remise eut lieu, par le fcmdaleur du prix, hii- 
méme, qui donna l'accolade au lauréat, dans la séance 
solennelle tenue à l'Hôtel de Ville de Troyes, sous la 
présidence de M. de la Boullaye, le 27 décend)re i()oo. 

Voici un extrait du rapport lu à cette séance par 
M. Henri Renaud, au sujet du roncours et du prix 
en question : 

Pour la troisième lois, la Société Académique de l'Aube 
est appelée à décerner le prix triennal de 5oo francs, 
fondé par M. Tabbé Etienne Georges de Troyes, et, pour 
la troisième fois elle a le bonheur de le faire len la pré- 
sence du fondateur, lui-même, qui a la douce satisfaction 
de pouvoir constater que son appel a été entendu et que 
sa générosité ne demeure pas stérile. 

Puisse-t-il, longtemps encore, venir ainsi au milieu de 
nous, et voir sa libérale initiative susciter de nombreux 
imitateurs ! 

I^a Connnission a suivi les intentions du fondateur du 
prix, eu uiéme teuips que son propre sentiment, en le 
«iécernant i\ {^tuteur de In Monographie de la commune 
de Lhnîlre, 

Je n'entn»prendi'ai pas de vous en faire l'analyse ; il me 
faudrait un temps qui ne m'appartient pas, et, de votre 
part, une patience dont je craindrais d'abuser. Je vous 



monographib de la cohmunb de lhuitbe 165 

dirai seulement que Tauteur est né à Lhultre ; il a pris 
soin de le dire, mais on le devinerait à Tamour filial qui 
perce dans tout son travail, et à sa préoccupation de ne 
laisser de côté aucun détail, si infime soit-il. Quel dom- 
mage que le rôle de cette petite commune n*ait pas été 
plus important ! Topographie, Statistique civile, agricole, 
industrielle et commerciale, Histoire, Biographie, Archi- 
ves et Bibliographie : telles sont les divisions de ce tra- 
vail. On voit de suite que l'auteur est rompu aux travaux 
de statistique. 

Bien qu'il soit très connu, permettez-moi de vous rap- 
peler qu'il a publié un grand nombre de volumes, parmi 
lesquels je citerai seulement la Statistique générale du 
canton de Ramerupt (1869), récompensée d*une médaille 
d'or par la Société Académique de T Aube ; — Histoire de 
la Ville et de la Châtellenie de Pont-sur-Seine (1873); — 
Correspondance inédite du prince François- Xainer de 
Saxe (1875); — Notice sur le Collège et le Lycée de 
Troyes (1877) ' — Biographie de Charles-Eugène Delau* 
nay (1878), Téminent astronome, pour laquelle la Société 
Académique lui a attribué, en 1877, ^^^ nouvelle médaille 
d'or; — Statistique intellectuelle et morale du départe- 
ment de VAube (1881) qui a obtenu le second prix de sta- 
tistique de l'Académie des Sciences, en 1884. 

Travailleur infatigable, M. Arsène Thévenot a encore 
en portefeuille une Histoire inédite de la Ville et de la 
Châtellenie d'Arcis-sur-Aube. J'en passe et des meil- 
leures; mais la carrière littéraire de M. Thévenot a été 
si bien remplie qu'à tout énumérer je sortirais des limites 
qui me sont imposées. 

C'est pour cet ensemble considérable de travaux sur la 
Champagne, aussi bien que pour la Monographie de 
Lhuître, que la Commission décerne à M. Arsène Théve- 
not le prix de 5oo francs, fondé par M. l'Abbé Etienne 
Georges. 

L'auteur croit devoir répéter ici que le manuscrit 
complet de la Monographie de Lhaitre, tel qu'il a 



H^" pr«^nl*^ à la S(«'ÎV*i*^ Afadr^iniiiiip de TAiibe, 
**M flestîni^ ;ï *^tne inifiî§*»fvp A*ins h^ arcliives de la 
tnairit* *!*• Lhi»flre, jM>ur v i^tre rurilitmé et lerm à la 
ïli^piisiUt^n tlt^s tuihîtanls H de*> liïsturi»*tis nii rfiro- 
iiiqneiifâ i{ui vuiidn)at Ip eonsiilter sur plare. Dans 
res ronililîi>n^t ci>irini4^ on ïii ilit aussi, U a elê fait 
;i lui pi>iiil dt* vue i*xrliïsi%>*iiii*nl liical, t^l i-^n- 
fermt». (Kir in-niî^^i|ii**n!, plii^^ii^iirs n^nseiiifnt^nit^nts', 
dV'taifs liifxttrniphtijues r*t s1alislH|iiPs, el nieriiis fails 
iirridt*i*ttM,^, dont It^ It^thitaiits [>euvenï tenir à ron- 
st*r%er lt*î* Iracrs rt le *<*>uv»niir^ niais i|ul n'ivllrenl 
aiieuii intt^ret lu>lorî<iii»* jnmif le puhlif*. 

Le travHtl tjftt <m\ esr doiir un extrait de <**^ nianus- 
*Ti!, ilont lifi a i'4ii:rii»^ I»*^ d**laîls *4 les tatls acces- 
M«res, [xMir pulilier. iiatiire)lem»^nl. les parties qui 
(>eiivi*ul prt'%i*nt»T Ii'pluNd'inl*V»'t gt^néral^ aux divers 
|M»itits d»' vti4* to|Miirrapl)itpit^ slatîslît|ue, liistori<jiie, 
hiuKrapluipit' et t*i|ilin£rraplu«|i>r\ 

Tel pst le Ikut tinal tp»»' s'est projHjse l'auteur de la 
}ft*ntHjraphif #/*- /Juayrr rn ►Vrîvanl rpt nuvraaff*. 
Piiisse-l-tl Taviur at1t*ttit ! 

Arsi'tie TuKVKMJT. 



MONOORAPHIB DK LA COMMUNS DB LHUITBB 167 

§ 1" - TOPOGRAPHIE 

PREMIÈRE SECTION — TERRITOIRE 



Étendue et Bornes. 

Le territoire de Lhultre occupe la partie nord du dépar- 
tement de TAube ; il affecte la forme d'un polygone 
allongé du nord-est au sud-ouest, en s*élargissant un peu 
dans cette dernière direction, et formant une petite saillie 
rectangulaire dans la partie sud-est. 

Sa longueur totale est de 9.500 mètres, sa largeur 
moyenne de 4»5oo, son périmètre de 28.5oo, et sa super- 
ficie totale de 35.8:22. aïo mèti'es carrés, ou 3.582 hectares, 
22 ares, lo centiares. 

Il est borné, au nord, par le territoire de Granville, 
sur une longueur de 7.000 mètres, et par celui de Dos- 
non, sur 2.5oo mètres ; à Test, par le territoire de Saint- 
Ouên (Marne), sur 2.5oo mètres, et par celui de Dam- 
pierre, sur 4.500 mètres ; au sud, par le territoire d'Isle- 
sons-Ramerupt, sur 2.000 mètres, et par celui d'Aubigny, 
sur 5.000 mètres ; enfin, à Fouest, par le territoire de 
Vinets, sur 4-ooo mètres, et par celui du Chêne, sur i.ooo 
mètres. 

Ce telritoire est arrosé par la LhuUrelle. petite rivière 
qui prend sa source à Mailly, à i4 kilomètres au nord, 
pour aller se jeter dans l'Aube, à Vinets, à 4 kilomètres 
au sud, après un parcours sinueux de 25 kilomètres, en 
traversant le territoire de Lhuître du nord au sud, dans 
sa partie ouest, sur un parcours d'environ 6.000 mètres. 

La largeur moyenne de la Lhuîtrelle est de 6 m. 5o, sa 
profondeur de o m. 63, sa pente de i m. 38 par kilomètre, 
et sa vitesse de o m. 5o par seconde ; ce qui lui donne un 
débit moyen de i8j2 litres par seconde. 

Cette rivière, dont l'eau est très fraîche et très limpide, 
ne tarit jamais ; elle nourrit d'excellentes truites et quel- 
ques anguilles. Elle renfermait aussi, autrefois, beaucoup 
d'écrevisses qui, après avoir disparu presque complète- 




|68 MONOORAPHIS DK LA COIIMUNK DB LUUITBB 

ment, pendant une trentaine d'années, commencent à s'y 
reproduire. 

Deux petits ruisseaux : le Rêi*eillon et la Congé, ainsi 
que la fontaine du Foulon, coulent plus ou moins abon- 
damment, sur la rive gauche, pendant les mois d'hiver, et 
de nombreuses sources bâtardes s'échappent des deux 
bords. Dans les hivers de grandes eaux, des sources appa- 
raiïisent aux environs de la Chapelle de Sainte-Tanche, et 
u*èmejusi]uedans la contrée du Champ-le-Roi, à l'est de la 
Lhuiti*elle. bien qu'en temps normal, la nappe d'eau soit 
U plus de vingt mètres de profondeur, dans cette contrée. 

La profondeur des puits dans la vallée, est de 3 à 5 mè- 
tr'**s, et l'eau qu'ils donnent est. en tous temps, fraîche, 
limpide et de bonne qualité. 

La rivièi'e partage le territoire en deux parties inéga- 
les. Le eOté est. ou rive gauche, s'étend jusqu'à 7.200 mè- 
In^s, taudis que le cùié ouest est borné à s.3oo mètres. Le 
lorrain s'élève graduellement en pente douce, de chaque 
cAté de la vallée principale, pour atteindre son point 
iMilmiuant à la limite même du territoire, avec des altitu- 
dt^s de 100 mètres, au niveau de la rivière, en amont du 
UHUilin ; de 199 mètres à l'extivoiité est du territoire, et 
lit* 1 48 mètres à l'extrémité ouest. 

[a* sol forme de chaque cùté de la rivière, deux grands 
vu lions principaux aboutissant à la vallée ; à lest le val- 
lau de la Nuirie, entre la côte de Beigne et la côte de 
Siunt-Etienne, et le vallon à'OrgeçaU entre la précédente 
iiVIe et la côte de Bois ; à l'ouest, le vallon de Valendreux, 
riitiv la côte au Clergeat et la côte de Beauregard ; et le 
vallon de la Voie-Blé, entre la côte de la Voie-du-Chéne 
el In côte du Centrât. 

NatuPê et oomposition du soL 

Le M(d 4lu territoire de Lhuître appartient tout entier à 
\u région jurassique de l'époque ou formation tertiaiinî. 
Il j rportc sur un fond de craie moyenne, quelquefois sur- 
iiiuriléiruue couche plus ou moins épaisse de terre jaune ou 
Jj^ Hublc détritique vulgairement appelé grèçe bouillante, 

U exintc aussi quelques terrains d'alluvion de chaque 
vùU*. de In rivière, sur une assez faible largeur. Ces ter- 
ruirm frais et fertiles, formaient autrefois les terres à che- 
nil iières, consacrées aujourd'hui à la culture des fourra- 



MONOGRAPHIE DE LA COM&IUNB DE LHUITRB 169 

ges verts : choux, betteraves, carottes, etc. ; ainsi qu'à 
quelques parcelles de prés, dans la contrée dite des Prés 
de Badin, à i.5oo mèti*es au nord du village. Le surplus 
de ce terrain, sur les bords immédiats de la rivière, est 
occupé par des rideaux d'arbres et quelques massifs de 
taillis, dont les essences principales sont le peuplier noir, 
le frêne, le saule et Taunelle. Ces bois, plantés depuis un 
siècle, se trouvent surtout dans les contrées de la Prée et 
des bois Mandait, à deux kilomètres au sud du village. 

Dans la plaine, la couche arable, généralement très 
mince, est formée d*une teri*e légère et sablonneuse, très 
perméable, avec détritus et silex, dans laquelle on trouve 
aussi de nombreuses pyrites ferrugineuses vulgairement 
désignées sous le nom de tonnerres, ainsi que des frag- 
ments de quartz hialin ou pierres vitrifiées, et quelques 
pétrifications d'ammonites, de térébratules et d'autres 
menus coquillages. 

La craie domine surtout à Test, où on l'exploite à ciel 
ouvert, dans plusieurs carrières, au lieudit la Perrière, 11 
existe aussi sur divers points du territoire, des terriers 
appelés Crocs, où l'on extrait de la terre jaune à bâtir, 
dont on fait des torchis et des carreaux de terre. Enfin 
l'on extrait aussi sur quelques friches élevées, principale- 
ment sur la côte de Beigne, des silex ou cailloux noirs, 
employés à l'entretien des rues. 



Au point de vue agricole, les terres arables se distin- 
guent en deux classes ou catégories : les terres blanches 
où la craie domine, et qui se trouvent sur les plateaux et 
les pentes des collines, avec une mince couche végétale ; 
et les terres rouges ou silico-sablonneuses, dites aussi 
terres séleuses, situées au fond des vallons, où la couche 
arable est plus profonde et plus fertile. 

Les sommets et les pentes les plus arides et les plus 
éloignés, principalement à l'ouest, sur la côte de Beigne, 
étaient plantés, depuis 60 ans, en pins sylvestres que l'on 
commençait à exploiter comme bois de chauffage, lors- 
que la funeste invasion de la chenille connue sous le 
nom de Bombyx du pin, ou Lasiocampa pini, vint dé- 
truire presque complètement ces plantations, pendant les 
années 1B93, 1894, et 1895. 

Une partie des terrains furent défrichés et remis en cul- 



170 



MONOSBAPHtB DS LÀ^ OOMMUNB DB LHDITSB 



r 



I 



tore; une autre portion plus couëiclérable fut laissée avec 
ralevin ou semis naturel', qui, après renlèvement des arbres 
morts, ne tarda pas à pousser avec vigueur et forme aujour- 
d'hui des massifs assez épais que Ton devra bientôt éclaircir 
pour ne laisser que les plus beaux baliveaux. 

Mais toute la contrée nord-est du territoire , comprise entre 
les flnages de Granville et de Dosnon, au nord, celui de Saint- 
Ouen, à Test, le chemin vicinal de Lhultreà Saint-Ouen, au 
sud, et le chemin rural de Trouan, avec une bande de terrain 
au-delà, à Touest, va être englobée dans le camp de Mailly, 
qui est actuellement en voie d'organisation. 

La superficie totale du camp de Mailly sera de 11,109 
hectares, 11 ares, 27 centiares, dont 1,008 hectares, aa 
ares, 17 centiares, comprenant 1,695 parcelles, sur le ter- 
ritoire de Lhultre. Le décret de déclaration d'utilité 
publique pour l'expropriation des terrains situés sur le 
territoire de Lhultre, et compris dans le périmèti^ du 
camp, a été rendu le 18 avril 1901, et le jugement d'expro- 
priation a été prononcé par le Tribunal civil d'Arcis, le 
9 août de la môme année. 

Division du Territoire. 

D'après le plan cadastral dressé en i838, le territoire de 
Lhultre est divisé en six sections, comprenant 176 contrées 
ou lieuxdits, qui renfermaient 7.347 parcelles de terrain. 
Ces dernières sont aujourd'hui de 7.423, par suite d'alié- 
nations de chemins. Voici, au reste, quelle était cette 
division en 1900. 



Sections 



A La Côte de Beigne 

B La Censé 

C Les Chemins de Dam 

pierre 

D La Voie du Chcne 

K Valendreux 

F Le Chnponnat 

Totaux 



s I 



lî 

12 
23 

1^5 



i.i5o 

845 

a. 584 

1.292 

633 

917 



7.42: 



SUPERFICIK 



827»»63aQ6c 

583.28.12 
906.18.18 

454.88.30 

289.61 • 
507.51 .26 



3.509.10.82 



Revenu 



655.75 
867.92 

5. 044.13 
3.338.10 
X. 643. 20 
2. 103.99 



13.6^3.09 



M0N0QBAPHI8 DB LA COMMUNS DB LHUITRB 171 

Contrées et Lienzdits (Toponymie) 

Voici maintenant la liste des noms de contrées ou lieux 
dits compris dans chaque section. 

Section A, de la « Côte de Bbione x>. 
(Rive gauche de la Lhultrelle, à Test.) 

I. Le Champ-le-Roi. 
a. La Mottenle-Mars. 

3. La Noue-la- Vache. 

4. La Voie-Mazée. 

5. Le Haut-de-la-Voie-Mazée. 

6. L'Epinette-Berton. 

7. Le Buisson«des-Caves. 

8. Les Ormes-de-la-Pierre. 

9. L'Orme-Denis-Leudot. 
10. La Noue-Toquet. 

Ti. Le Tertre-Augustin. 

12. Le Haut-de-la-Cense. 

i3. La Voie-de-Lhultre. 

14. L'Horloge. 

i5. La Petite -Nuirie. 

16. La Perrière-Jacqueline-Frissard. 

17. La Côte-de-Beigne, 

18. L'Orme-René-Gadet, 

19. Le Chemin-de-Sompuis. 

30. Le Rouseiller ou la Rouseillée. 

21 . Le Haut-du-Rouseiller. 

M. Le Pied"de-Beigne. 

a3. LaNoue-Pigy. 

04. L'Avé-Maria. 

a5. La Ronce-Berçault. 

36. La Voie-Gérard. 

27. Près-de-la-Chapelle. 

Section B, de la « Censé ». 
(Rive gauche.) 

1 . Les Grands-Chemins. 

2. Le Côtat-de-Laval. 

3. La Voie-Belée. 

4. Les Caves. 

5. Le Pied-de-Bique. 

6. La Noue-de-Laval. 

7. LePuits-Noé. 



I 



172 HONOORAPHIB DB LA COMMUNS DB LHUITBB 

8. Le Haut-de-Laval. 

9, La Voie-des-Bois. 

10. Le Haut-du-Chemin-de-LavaL 

1 1 . Le Chemin-de-Laval. 

12. Les Noyers-de-Laval. 
i3. Le Tertre-Barthélémy. 
14. Le Cerisier-Briee. 

i5. Le Noyer-Jacques-Frissard. 

16. Buchy. 

17. Le Haut-dè-Buchy. 

18. La Censé. 

19. Les Sapins-de-la-Cense. 

20. La Tartelette. 

21 . Le Tertre-Baian. 

22. Les Ardillères. 

23. L'Orme-au-Saint. 
fi4« LaMargallée. 

25. L'Orme-Roch. 

26. La Côte-Saint-Etienne. 

27. Bertaigne. 

28. Gapinet. 

29. Les Montants de Sainte-Tanche. 

30. Au-Des8us-de- Sainte-Tanche. 
3i . La Chapelle-de-Sainte-Tanclie. 

32. La Nuirie-de-Sainte-Tanche. 

33. La Nuirie-de-Lhultre. 

34. L'Orme-Legaut. 

Section C, des « Chemins db Dampierre ». 
(Rive gauche.) 

1 . Le Nuisat-Charlot. 

2. Le Bout-des- Vignes. 

3. L*Orme-au-Cendron. 

4. L'Orme-Didier- Voisin. 

5. Le Nuisat-Henpy. 

6. La Noue-Brouillard. 

7 . Le Croc-de-Valmoy. 

8. La Pointe-Quinot. 

9. Près-de-Valmoy, 
10 • Les Commelies. 
n. Orgeval. 

12. Les Vignes-de-la-Côte. 
i3. La Voie-du-Neuf-Chemin. 



MONOORAPHIB DE LA COMMUNS DB LâUITRB 173 

14. L'Orme-de-Fer. 

i5. Les Longaes-Roies. 

16. Le Comble-d' Argent. 

17.. Le Pré. 

18. La Voie-de-Dampierre. 

19. Le Haut-de-la-Voie-Greuse. 

20. Le Tertre- Jean-Fleury. 

21 . Les Vignes-de-Claude-Baillat. 

22. Le Ghemin-du-Foulon. 

23. Les Bouchonneaux. 

24. Le Tertre-de-la-Carrée. 

25 . Les Challeranges. 

26. Le Bouty. 

27. La Voie-de-Ramerupt. 

28. Le Haut-de-la-Prée. 

29. L'Orme-au-Pendu. 

30. Le Buissou-Golbert. 
3i . La Prée. 

82. Le Champ-aux-Anes. 

33. Le Pré-Thévenot. 

34. Les Bois-Mauduit. 

35. Le Foulon. 

36. Le Garon-d' Usage. 

37. LeGhassy. 

38. Le Haut-du-Foulon. 

39. Le Noyer-au-Gordier. 

40. Goastence. 

41 . Le Houssat. 

42. La Voie-de-Dampierre. 
4Î. Le Tertre- Albin. 

44. Le Buisson-Nicolas-Henry. 

45. Le Revers-de-la-Perrière. 

46. L'Orme-aux-Groix. 

47. La Perrière. 

48. LePUori. 

49. Valadosse. 

50. Le Village, rue de Rillebon. 

— de RivereuUe. 

— de Guloison. 

— de Gourte-Rue. 
5i. I^ Gonge. 

52. Les Denuges. 

53 La Voie-Lambert. 

54. La Noue-du- Houssat. 



^ 



174 MONOâRlt^ms Dfe LÀ CX)iiHt)Nt Dis LMttttfttt 

Section D, de la <k Voie du Chêne ». 
(Rive droite de la LhailreUe.) 

I . La Souche, 
a. Le Marteau. 

3. La Côte- Guillaume. 

4. La Voie-Blé. 

5. La Voie-dU'Chéne, 

6. Le Noyer-Lignot. 

7. La Voie-Creuse. 

8. Le Tertre-Billieux. 

9. Au-dessus-de-l'Eglise. 

10. La Croix-Denis-Bergaull. 

11 . Le Chemin des Oehes ou des Oochds. 

12. Les Oehes ou les Ouches. 
i3. Le Village. 

14. La Planche-de-Nuisard. 
i5. Le Château. 

16. La Prée, 2« de nom. 

17. Le Chemin-du-Centrat. 

18. La Garenne. 

19. Les Cerisiers- Jacques-Henri. 
QO. La Côte-Guillaume, a® de nom. 
ai . La Grosse-Haie. 

aa. Le Haut-du-Centrat. 
a3. Derrière-la-Garenne. 
a4. Le Tertre-de-la-Louvière. 
a5 . La Voie-de-Vinets. 

Section E, de « Valbndreux ». 
(RiYo droite.) 
I . En Badin, 
a. Voie de la Jourdaigne. 

3. Voie de Granville. 

4. Valendreux. 

5. Le Buisson-de-la-Mère-Marie. 

6. Le Chemin-de-Paris. 

7. Froideparoy. 

8. La Côte-au-Clergeat. 

9. Le Buisson-Boileau* 

10. La Voie-Creuse, a® de nom, côté nord* 

11. Les Vignes-de-Beauregard. 
la* Le Champ-aux-Pierres» 



MONOGRAPHIB DB LA COMMUNE t>B Lâtltïfttt Mt 

Section F, du « Chaponnat ». 
(Rive gauche.) 

I . La Voie-Gérard, a« dû nom. 

a . Les Gromattes. 

3« Le Tabourin. 

4. Les MachcJ^ées. 

5. La Gagne. 

6. La Gôte-aux-Guenées. 

7. Le Chaponnat. 

8. Les Sapins-de-Rillebon. 

9. Sainte-Tanche, a» de nom, côté nord. 

10. La Voie-des-Groix. 

11. L'Orme-Glaude-Ezard. 

12. Le Garré. 
i3. La Mérose. 

14 . Le Buisson-Tliomassin. 
i5. Le Pommier-de-Bois. 

16. Les Vignes-de-Riliebon. 

17. Le Gloître. 

18. Malpas. 

19. La Fausse- Vanne. 

ao. Les Prés-de-Badin, 2° de nom, rive gauche. 

21. Le Bâtard 

aa. La Voie de Ghâlons. 

23. Le Clos. 

DEUXIÈME SECTION — VILLAGE 

Situation et Aspect. - 

Le village de Lhuitre est agréablement et avantageuse- 
ment situé dans la partie sud-ouest de son territoire, au 
fond de la vallée où coule la Lhuîtrelle. Il est à 8 kilo- 
mètres, nord-nord-ouest, de Ramerupt, son chef-lieu de 
canton; à 10 kilomètres, nord-est, d'Arcis, son chef-lieu 
d'arrondissement; à 4o kilomètres, nord, de Troyes, son 
chef-lieu de département; et à 200 kilomètnts (214 kilo- 
mètres par chemin de fer), est-sud-est de Paris. 

Sa position géographique, prise de Téglise comme centre, 
est à 48 degrés, 34 minutes, i5 secondes, de latitude nord; 
à t degré, 56 minutes, 20 secondes de longitude est du 
méridien de Paris, correspondant à une avance de 7 



il 



176 MONOORAPHIB DB LK COMMUNS DE LHUITRB 

minutes, i5 secondes, en temps. Son altitude, ou élévation 
au-dessus du niveau de la mer, est de loo mètres au niveau 
du déversoir de la rivière, en amont du moulin, et de io3 
mètres, au niveau du sol de l'église. 

Ce village est bâti sur un plan assez irrégulier et occupe 
une vaste étendue de chaque côté de la Lhuîtrelle, qui le 
partage en deux sections, bien distinctes, que Ton pourrait 
prendre pour deux villages difïërents. Ses maisons, à demi 
cachées par les arbres, sont isolées les unes des autres, et 
environnées de jardins et d'accins, par suite des démoli- 
tions opérées, en raison de la diminution de la population. 

Autrefois, toutes ces maisons étaient construites en 
charpente avec torchis en terre jaune, et quelquefois un 
mur de craie à Touest, et couvertes en chaume ; mais 
depuis plusieurs années, et surtout après les deux grands 
incendies de i85() et 1886, qui détruisirent complètement 
celles de Courte-Rue et de la rue de Sainte-Tanche, beau- 
coup de maisons nouvelles ont été reconstruites en murs 
de pierres dures ou de briques, et couvertes en tuiles ou 
en ardoises ; ce qui donne à ces rues un aspect moderne, en 
même temps que ces maisons, comme les bâtiments qui en 
dépendent : granges, écuries, hangars, sont plus vastes et 
plus confortables que les anciennes. 

Au i**" janvier 1900, le nombre des maisons existant à 
Lhuître était de iS^, dont 3i couvertes en chaume, 83 en 
tuiles et 23 en ardoises. Mais, sur ce nombre, 7, dont 6 
couvertes en paille et une en tuiles, étaient inhabitées et 
en ruines, pour être démolies. Parmi les i3o maisons 
Iiabitécs, 120 n'avaient qu'un rez-de-chaussée et 10 étaient 
à un étage. Mais aucune ne se distinguait par son style, son 
architecture ou son époque. 

Ecarts. 

Les écarts ou maisons isolées du village sont actuelle- 
ment les suivants : 

Bel-Air, vaste exploitation rurale, située à 3oo mètres à 
Test de l'église, sui' la rive gauche de la Lhuitrelle. C'était 
autrefois un centre de population érigé en fief, sous le nom 
de Rillebon, ayant un maire particulier. 

Le Château, ferme située sur l'emplacement d'un ancien 
cliàteau, environné de fossés dont on voit encore les ves- 
tiges, à l'extrémité sud-est de la Grande-llue, et à un kilo- 
mètre de l'église. 



M0N0OBAPF{IB DB LA. COM&tUNB DB LfiUITBB 177 

La Maison Quinot, située sur le chemin d'intérêt 
commun numéro 9, à i.5oo mètres au sud de Téglise, cons- 
truite en bois et couverte en ardoises ; bâtie par Isidore 
Quiiiot, en i855. 

La Scierie, située sur la rive droite de la Lhuitrelle, à 
1.800 mètres, au sud et en aval du moulin; construite en 
187*3, par MM. Auguste Aviat, charpentier à Lhuitre, et 
Adolphe Ménard, charpentier à Trouan-le-Petit. Vastes 
bâtiments d'habitation et d'exploiUition. 

La Voie Musée, ferme située à 6.700 mètres à Test de 
Téglise et à 5oo mètres à l'ouest de la limite du territoire, 
touchant au département de la Marne. 

Ecarts disparus. 

Il existait autrefois sur le territoire de Lhultre, plusieurs 
autres écarts, qui ont disparu successivement depuis plus 
ou moins longtemps. Nous rappellerons seulement ceux 
de ces écarts que nous avons connus. 

Le Foulon existait depuis fort longtemps, et était situé 

sur la rive gauche de la Lhuitrelle, à i.ioo mètres au sud 

et en aval du moulin. Les bâtiments ont été enlevés en 

1846; mais il reste le bief et la chute d'eau qui attestent 

. encore son emplacement. 

La maison du Clos de Malpas avait été bâtie vers i8ao, 
par M. Nicolas Thévenot. Elle était iituée à l'angle des 
chemins de Rillebon et de Malpas, et fut enlevée, en 1840, 
par M. Paul Berton, pour être transportée à l'extrémité de 
la rue des Forges où elle est encore. Cette maison, cons- 
truite en charpente de bois peint, et couverte en ardoises, 
forme un beau corps de bâtiment iMîctangulaire avec deux 
pavillons en retour d'équerrc, à chaque extrémité, au sud. 

La Chaumière Bronne était située au pied de la Côte de 
Beigne, à 4 kilomètres au nord-est de l'église. Elle avait 
été construite en pierre de craie et couverte en paille, en 
iH'io, et cessa d'être habitée en 1860. 

La maison Louis Jobé était située à l'angle de la voie de 
Ramempt et du premier chemin d'Aubigny, à 400 mètres 
au sud du Foulon. Elle fut construite en 1840 et démolie 
en 1870. 

La maisonnette Nicolas Renaud, située au-dessus du 
chemin des Ouches, avait été construite en i85a ; elle fut 
détruite par un incendie en 1884. 

12 



178 



monooràphir db la commune db lruitbb 



Deux chaumières qui existaient sur le même chemin, au 
bout de la ruelle des Dîmes, furent démolies, lune en i85o. 
l'autre en h^hk 



Edifices communaux. 

Bglise. 

L'église de Lhultre, dédiée sous le vocable de sainte 
Tanche, est située dans Tangle nord-est de la Grande-Rue 
et de la rue de la Chaussée, sur la rive droite et à loo 
mètres à Touestde la Lhultrelle. Cette église, classée parmi 
les monuments historiques de France, depuis Tannée iS6!^, 
est une des plus belles du département deTAnbe, tant par 
ses belles proportions, que par la parfaite exécution de 
toutes ses parties, qui sont assez bien raccordées pour que 
le défaut d'unité et rintervalle ({ui sépare chaque époque 
de construction ne nuise en rien à Tliarmonie et à l'eUel 
d'ensemble. 

Elle est bâtie sur un plan en forme de croix latine, avec 
une grande nef et deux bas-côtés ou nefs collatérales. La 
deuxième travée du transept et la partie inférieure de la 
première travée de la nef appartiennent au xii* siècle 
(époque de transition romane); Tabside et la première 
travée du transept datent du xiii" au xiv* (époque ogi- 
vale); enfin la grande nef avec ses bas-cùtés et le beau 
portail occidental sont du xvr au xvir siècle (époque 
flamboyante). (Iles trois époques sont bien caractérisées, 
ici, et tous les travaux indiquent une main et une direction 
de maîtres. 

La tour centrale carrée est surmontée d une flèche oclo- 
;;ont; couverte d'ardoises, et cantonnée de quatre cloche- 
tons ((ua<lrangulaires. Cette tour, reconstruite dans le style 
roman de la précédente, après l'incendie de iH^4' est percée 
de douze baies géminées en plein-cintre (trois sur chaque 
face). Klle renferme trois cloches, fondues en 1880, dont les 
Hons forment une harmonie parfaite. La plus grosse, du 
|Huds de i.'j^i kilogrammes, donne le Uê naturel ; la 
moyenne, de 9*j-j kilogrammes, donne le Mi naturel ; et la 
petite, de G45 kilogrammes, donne le Fa dièze. 

Extérieurement, les murs de cette église présentent un 
développement total de 140 mètres, et sont soutenus jiar 
\ ingt-cinq contreforts à redents. Ceux des basses nefs, sur 
'••i<j uelH s'appuient des ares-boutants soutenant les murs 



AfONOQBAPlllB DB LA COMAiUNB DE LHUtTRE 179 

de la grande nef, sont surmontés de clochetons en pierre 
sculptés et lleuronnés. 

Lorsqu'on se présente en entrant par le portail principal, 
à l'ouest, on est religieusement impressionné par la gran- 
deur et la beauté du vaisseau qui apparaît dans toute sa 
magnificence. Les voûtes en arôtes et à croisées d'ogives 
sont soutenues par dix piliers à colonnettcs fasciculécs, 
mesurant 6 à 7 mètres de circonférence. La hauteur de ces 
voûtes, sous clef, est de i3 m. 20 pour la grande nef; de 
9 m. 80, pour le chœur et l'abside; et de 6 m. 5o, pour les 
basses nefs. 

La grande nef mesure, avec ses bas cotés, aO m. i5 de 
long, sur i5 m. 20 de large; le chœur, i4 mètres de long, 
sur 17 m. 5o de large, avec les deux bras du transept; et 
l'abside à cinq pans, 6 m. 55 sur 5 m. 60 d'ouverture. D'où 
la longueur totale intérieure est de 4^ m. 70, et la surface 
de l'église de 680 mètres carrés, y compris rcmplficement 
des dix piliers qui occupent environ 40 m. carrés. 

Empruntons, maintenant, à la plume experte et exercée 
de M. Amédée Aufauvre, la brillante et fidèle description 
suivante, qu'il donne dans son Album de VAube, des 
richesses archéologiques et sculpturales que renferment 
les deux beaux poHails de cette église : 

« Le portail méridional déploie entre deux contreforts 
« son arc ogival surbaissé, son voussoir à gorges et sa 
« double baie. Le tympan à jour est occupé par un réseau 
« Qamboyant que partage un habitacle, où repose, exté- 
« rieurement, une Mère des Douleurs, qui paraît appar- 
« tenir au xiii^ siècle. » 

Les deux pilastres qui encadrent ce portail sont cou- 
ronnés de figures assez curieuses. A droite, un animal à 
tête de chien avec un corps d'oiseau terminé par une 
queue de lézard, tient dans sa gueule un serpent par le 
milieu du corps. Derrière cet animal fantastique, est un 
oiseau avec une tête au bout d'un long cou en spirale. 
Sur le pilastre gauche, une femme couchée et ceinte d'une 
corde, tient dans sa main droite une coquille d'escargot 
d'où s'échappe un enfant. Ces figures sont évidemment 
allégoriques. 

Mais le portail principal de l'ouest mérite surtout d'at- 
tirer et de retenir l'attention. En voici également la des- 
cription : 



180 



MONOORAPHIB DK LA COMMUN B DB LHUITRB 



<r Deux contreforts à rcdents montent du sol à la base 
« du galbe ou pignon Ils sont ornés, à leur extrémité, 
« d'aiguilles à crochets, abritées sous les larmiers supé- 
« rieui's. Dans les angles inférieurs sont des pinacles en 
« application, avec soubassements, triples clochetons en 
« bas-reliefs, et aiguilles à crochets pour le couronne- 
if ment. A la baie se dessine un arc en accolade semé de 
« crochets et terminé par un pédicule et un bouquet. 

« Du soubassement qui régne dans la partie transver- 
« sale des tableaux, partent des gorges qui se rencon- 
« trent eu arc surbaissé. L*intrados de cet arc borde 
« ragencement de meneaux découpés à claire- voie, qui 
a couvrent le tympan. Une niche avec statue de la Vierge 
« en occupe le centre. 

a Le chambranle de la grande porte, à double enti'ée, 
« partagé par un trumeau biais, est en aix' déprimé. Un 
« jeu de gorges et de moulures sert d'encadrement à 
<c rentrée. Le pédicule et le bouquet de Textrados, s'ajus- 
« tent dans un panneau d'arcatures tribolées, surmontées 
« d'une frise de trèfles et d'une boi*dure lancéolée. Au- 
« dessus s'épanouit circulairement, dans une baie ogi- 
« vale, une rose flamboyante, partagée par une colon- 
« nette d'appui. 
« Le pignon, à rampants semés de crochets, est accom- 
pagné, h sa base, de deux aiguilles ornées de frontons , 
et de crochets, et couronné par une figure de saint 
Michel terrassant le dragon. Ce portail mesure dix- 
huit métrés de hauteur, de la base au sommet du 
pignon. » 

Nous compléterons celte magistrale description du 
grand porUiil par les détails accessoires suivants. 

Au-dessus du trumeau et dans l'intervalle de la double 
arcature des baies, est une figure humaine (probablement 
Adam) enlacée d'un serpent et d'un pampre de vigne, sym- 
bolisant l'humanité asservie au démon par le péché origi- 
nel, et qui devait être délivrée par la sainte Vierge, pla- 
cée immédiatement au-dessus de cette figure, avec le 
secours de saint Michel-Archange, placé plus haut. On 
voit que la même idée est ici bien suivie. 

Sur les socles des deux niches, placées dans la favade, 
au-dessus des portes, se voient deux écussous dont les 
armes ont été grattées en 17912, mais où l'on distingue 



MONOORAPHtB DB LA COMMUNS DB LHaiTHiS 181 

encore, sur celui du sud, le colice des comtes de Champa- 
gne. Il est probable que l'autre était celui du seigneur de 
Lhuître, qui, à Tépoque de la construction de ce portail, 
vers l55o, était déjà la maison Picot de Dampierre. 

Enfin, on trou\e encore, çti et là, dans les frises et sur 
les arcatures de ce portail, des figures et des animaux de 
divers genres : une folie, un écureuil, une grenouille, une 
écrevisse. 

Deux autres petites portes s'ouvrent. Tune à l'ouest, à 
droite du grand portail ; l'autre, au nord, vis-à-vis du por - 
tail méridional. La première qui est restée longtemps 
murée, a été ouverte en 1890, à la suite de la réfection des 
soubassements de l'église. Elle est surmontée d une arca- 
ture en accolade avec pédoncule terminé par un bouquet. 
La seconde qui servait autrefois d'entrée particulière pour 
le prieur-curé qui demeurait de ce côté, est simplement 
encadrée d'une moulure à gorge en accolade. Au-dessus 
de cette porto est une petite niche vide pratiquée dans le 
mur, et qui a dû renfermer autrefois une statuette reli^ 
gieuse. 

A gauche du portail occidental s'appuie une tourelle 
octogone de i3 mètres de hauteur, surmontée d'un petit 
clocher d'ardoises. Dans cette tourelle s'enroule un esca- 
lier de pierre de soixante-cinq marches, qui conduit au 
jubé* à rhorlôge, aux combles de Téglise et aux cloches. 

Toute la grande nef, autrefois couverte eu plomb, est 
couverte d'ardoises, tandis que les deux bas-côtés, les 
deux travées à doubles pignons du transept et l'abside 
sont couverts eo tuiles plates. 

Examinons, maintenant, les richesses intérieures, 
archéologiques, artistiques et décoratives de cette église. 

Le maître-autel en bois n'a pas de rétable ; il est accom- 
pagné de quatre colonnes à fûts cylindriques, avec chapi- 
teaux et entablement d'ordre corinthien, surmonté d'une 
couronne à baldaquin, supportée par quatre pieds obli- 
ques et coudés, le tout peint et doré. 

Dans les murs de l'abside, autrefois recouverts d'une 
boiserie peinte, règne une arcature plein-cintre et ogive, 
avec des colonnettes «mono-cylindriques terminées en 
trilobés. 

Une pierre tombale en marbre noir, placée originaire- 
ment dans le chœur, au-dessous de la lampe, puis transpor* 



182 



MONOORAPUItt DV LA COMMUNIC DK LHUITRK 



tée plus tard, dans le sanctuaire, devant le nialti^ autel, 
a été reportée derrière, en 1860. On lit sur cette pierre 
l'inscription suivante, gravée en caractères gothiques : 

i( Cy gist Artiis de Brissarl, seig^ de Luître en p^'^, 
i( qui comniât\da à une compagnie de gens de pied, 
« entretenue du depuis, à de la cavalleriey qui décéda le 
a 3 janvier 1 6 10, » 

Les cinq niagni(i([ues vitraux historiés qui éclairent le 
sanctuaire sont de la première moitié du xvi* siècle. Ils 
mesurent 5 m. 5o de hauteur sur i m. 80 de largeur. Un 
meneau de o m. uo d'épaisseur divise en deux comparti- 
ments, chaque fen»^tre, à baie en ogive, et se bifurque à la 
naissance du tympan pour former les deux arcatures tri- 
lobées qui soutiennent le quadrilobe terminal. 

Quatre de ces vitraux sont en couleurs vives, où dominent 
surtout lebleu-ciel, le rouge-foncé, le vert et le jaune-orange, 
dans une harmonie parfaite avec les figures de carnation. 

Le premier, dans le fond, au milieu, représente les 
Mystères de la Passion ; le second, à droite, retrace les 
Mj'stèreS glorieux ; le troisième, à gauche du premier, 
offre Y Histoire de Joseph ; le quatrième, à droite du 
second, renferme les Huit Béatitudes ; et le cinquième et 
dernier, à gauche du troisième, raconte, en grisaille, le 
Miracle de V Hostie, 

Ces vitraux, d'une remarquable ûnesse de dessin et 
d'une grande pureté de coloris, sont aussi intéressants 
que rares par les sujets qu'ils traitent. Malheureusement, 
tous sont plus ou moins détérioriés par les outrages du 
temps, et ils ont besoin d'une réparation à la fois urgente, 
intelligente et habile. 

Pour faciliter et hâter cette restauration, M. l'abbé Ber- 
nard, alors curé de Lhuitre, ouvrit, en 1897, une souscrip- 
tion en faveur de ces vitraux, et il publia, dans le même 
but, une très intéressante brochure, consacrée à la descrip 
tion et à l'explication détaillée des sujets de ces vitraux'. 
C'est pourquoi nous renvoyons à cette brochure qui nous 
dispense d'entrer ici dans de plus grands détails, au sujet 
de ces vitraux . 



I . Us^otice descriptive et historique sur les Vitraux de Viglise de 
LhuttrCf brochure in 8* de 88 paires, avec deux photogravures ; impri- 
merie Frémont, à Arcis. Prix : i fr., au profit de la souscription pour 
la restauration des vitraux. 



MONOGRAPHIE DE LÀ COMMONB DE LHUITRB 183 

Uautel de la Sainte Vierge, placé dans le bras sud du 
transept, date de Tannée 1874* époque où il a remplacé un 
ancien autel en bois peint. Il a été exécuté par M. Louis 
Charton, de Dampierre, dans le style néo-grec, en pierre 
blanche d'un grain, très fin. 

11 se compose d'une table rectangulaire reposant sur 
quatre colonnettes cylindriques. Un tabernacle à dôme 
imbriqué est encastré dans le rétable et s'avance en sail- 
lie sur l'autel. La porte, à tympan trilobé, est surmontée 
d'un rectangle et accompagnée de deux colonnettes cylin- 
driques supportant deux tourelles crénelées, et couron- 
nées également de dômes imbriqués. 

Le rétable, d*un très bel effet, comprend un soubasse» 
uient en forme de frise, avec guirlandes de (leurs en sail- 
lie ; puis, en retrait, quatre colonnettes -mono-cylindri- 
ques encadrant trois fenêtres ogivales géminées, terminées 
par un quadrilobe, avec décoration de fleurs et de feuilla- 
ges dans les arcatures'. Le tout est surmonté d'une corni- 
che saillante sur laquelle s'élèvent quatre clochetons qua- 
drangulaires à crochets terminés par un bouquet, et reliés 
par des créneaux. La partie centrale est occupée par une 
plate-forme délicatement ornée de dessins fleuris et feuil- 
les, sur laquelle repose une belle statue de la Vierge, 
portant l'Enfant Jésus. 

Mentionnons aussi la piscioe ou crédence de cet autel 
pratiquée dans le mur sud, à côté, et qui est du xiv siè- 
cle. 

L'autel du collatéral nord, désigné sous le nom d'autel 
de la Charité, est en bois peint appliqué au mur, à l'est. 
Le rétable est formé par un assez bon tableau, au milieu 
duquel on voit Jésus-Christ s élevant au ciel ; puis au- 
dessus de sa tête, le Saint-Esprit, sous la figure d'une 
colombe ; et au sommet le Père-Etemel, au moment du 
Fini lux. 

Sur la droite du même tableau, s'accomplissent divers 
actes de charité, au-dessous d'un groupe d'anges portant 
une banderole sur laquelle on lit : « J'ay eu faim et vous 
« m'avez donné à manger ; i'ay eu soif et vous m'avez 
« donné à boire ; i'ay été malade et vous m'avez consolé. » 
(Mathieu, q4*) ^ gauche, on voit une scène de commu* 
nion que domine un autre groupe d'anges avec cette ips- 
cription : 



tSi monographie: db la Ci mmunb db lhuitrk 

« V^enez les bien aymez de mon Père, posséder le 
u rijyaume qui vous a esté préparé dès le eonimencenieut 
(lu monde. » 

lieux autres autels, placés dans la nef et appliqués contre 
\v*i piliers du chœur, sont consacrés Tun à sainte Catherine, 
r^uitre à sainte Tanche. Mais ils n'ont aucune valeur artis- 
Ufpie qui puisse mériter une description ; ils sont, du reste, 
tHi mauvais état et destinés k disparaître prochainement. 

Mais parmi les trésors historiques et archéologiques que 
pussêdc cette église, il en est deux qui fixent tout particu- 
iiènMuent Tattention et Fadmiration des connaisseurs. 
Ci*Hi d'abord, par rang d'ancienneté, la belle piscine mono- 
lit tu^ du xii° siècle, qui mesure i mètre de hauteur et 3 
Mil très Go de pourtour. Elle se développe sur huit paas à 
t-iihmnes, avec des arcades trilobées, sous chacune des- 
qutjtles se dresse une figure d'apôtre oud*évangéliste, por- 
tiiiit «n livre ou un reliquaire. Une frise à enroulements 
tli* r^'uillage et un soubassement à dessins chevronnés corn- 
pïrU^nt rornementation de ce rare morceau de sculpture 
religieuse. 

(l'est ensuite et surtout le magnifique rétable en pierre, 
provenant de l'ancien maltre-autcL et qui est actuellement 
ilr|uïSé près du mur, à Textrémité sud-ouest de la nef. Ce 
rhi1-d\euvre, qui date de la Renaissance (xvi" siècle), se 
i'oinpose de trois cadres sculptés en ronde- bosse et bas- 
n*licf8, où sont i^eproduits avec une émouvante expression, 
U*n trois principaux actes du divin drame de la Passion. 

A gauche, Jésus, chargé de sa croix, monte au Calvaire, 
mrnmpagné par la foule des soldats et du peuple. Au 
înilieu, le Rédempteur est attaché à la croix, entre deux 
Ijirrons. Au pied de la croix, deux femmes soutiennent la 
sainte Vierge éplorée, tandis que trois cavaliers montent 
la garde au devant^ et que d*autreB soldats jouent aux dés 
il l'écart, en se disputant la l'obe du Sauveur. Dans le fond 
du tableau, la ville de Jérusalem apparaît en relief et en 
amphithéâtre* Enfin, à droite, on voit la résurrection glo- 
rieuse du Christ; debout sur son tombeau, parmi ses gardes 
endormis. 

Os trois scènes, pleines de vigueur et d'animation, s'en-^ 
t-iidrent dans des pilastres formant portiques, au-dessus 
tiesquels se penchent les figures des douée apôtres. Dans 
iles niches appliquées aux pilastres sont quatre autres 



AIONOORAPHIB DB LA COMMUNS DR LHUITU 185 

personnages symboliques, debout avec des attributs, 
représentant la Foi, rÉspérance, la Charité et la Justice. 
Puis, aux deux extrémités, deux médaillons à Teffigie de 
Tempereur romain et du gouverneur de la Judée, au temps 
de la mort du Christ, Tibère et Ponce Pilate. 

Toutes CCS ligures, ainsi que les détails d'ornementation, 
sont exécutées avec une rare perfection; mais il serait utile 
que ce remarquable travail, qui a déjà traversé quatre 
siècles sans éprouver de trop graves mutilations, fût, néan« 
moins, habilement restauré, pour aller reprendre sa place 
d'honneur dans le sanctuaire. 

Au-dessus de ce beau tnpty que sont placées deux statues 
d'anges, sculptées en bois, dont Tune porte les clous et le 
marteau, instruments de la Passion, et l'autre la couronne 
d'épines. Un groupe formé de sainte Anne et de la sainte 
Vierge, enfant, occupe le milieu plus élevé, où il n'a pas 
sa raison d'être et devrait être remplacé par une Mater 
Dolorosa. 

Les autres statues et tableaux qui ornent cette église 
sont, en 8culptui*e, un saint Symphorlen, la main gauche 
appuyée sur un livre ouvert, portant la date i53i, et tenant 
nue palme de la main droite * ; un saint Joseph tenant 
1 Knfant Jésus, avec une petite hache de la main droite, et 
un lis tige de la main gauche. Ce groupe, d'une asses bonne 
facture, est attribué par Charles Fichot au célèbre soulp* 
leur troyen François Gentil (xvi° siècle). 

Citons encore une Vierge, portant l'Enfant sur le bras 
gauche ; une sainte Tanche en bois, avec sa tête entre les 
maiils ; un saint Jean-Baptiste, vôtu d'une peau de mouton { 
une sainte Anne, tenant un livre ouvert, et un saint Nicolas, 
avec la crosse et la mitre, ressuscitant les trois enfants. 

Puis, en peinture, une Vierge au Rosaire, d'une belle 
facture, provenant du retable de l'ancien autel du Rosaire; 
une Vierge à l'Enfant, provenant de l'ancien autel de la 
Vierge; et un saint Roch avec son chien, provenant éga- 
lement d'un ancien autel de ce saint, placé dans la seconde 
travée du transept sud, où se volt ebcore la piscine pra*» 
tiquée dans le mur. 

I. Cette ttâtue est mentionnée par MM. Kœchlin et Mârqutt de Vas- 
sclot (i lo), dans leur ouvrage ; La Sculpture à Trùf€$ et dam la ChaiH" 
fagnt méridionale au seizième 5iéc/e [ 1 900), comme appartenant à TEcolç 
italienne. 



186 MONOORÀPHIB DB LA COMMUNS DK LUUTrRK 

Les chapiteaux des gros piliers qui soutiennent la tour 
centrale, et ceux des deux premiers piliers de la nef, offrent 
aussi des morceaux de sculpture remarquables, parmi 
lesquels une sibylle, reproduite dans l'ouvrage précité de 
MM. Kœchlin et Marquet de Vasselot; un prophète tenant 
ua philactère ; un guerrier, armé d'un glaive et d'un bou- 
clier; un templier ou un chevalier de Malte, à la fois reli- 
gieux et militaire ; un ange aux ailes éployées; un énorme 
escai^ot sur un gros chou frisé ; deux chiens dévoilant un 
fémur à chaque bout; des feuilles d'acanthe, des pampres 
de vignes chargés de raisins, et des branches de chêne avec 
feuilles et glands. 

Au-dessus du portail, au bout de la grande nef, à la hau- 
teur de 7 mètres, est un jubé en pierres de i m. 20 de lar- 
geur, sur 5 m. 5o de longueur, devant lequel règne une 
balustrade à claire-voie, d'un mètre de hauteur. 

La grille en fer forgé qui sépare le chœur de la nef, a 
L té donnée, en 1818, par M. et Madame Bi'odiez-Gouverne ; 
t't les tableaux e.n gravure du Chemin de la Croix, dont 
1 érection eut lieu le 10 octobre 1845, sont dus à la libéra- 
lité d»Mme Marguerite Champy, veuve Alexis Royer. 

Il nous reste encore à mentionner la châsse de sainte 
Tanche, qui renferme le crâne de la glorieuse patronne de 
LhuUre, avec un authentique de i6()3, et un vidimus de 
1840. Ce reliquaire est conservé dans un placanl de la 
sacristie, pour être exposé à la vénération des fidèles, et 
lïorté processionnellement à la chapelle, aux pèlerinages 
(jui ont lieu le lundi de la Pentecôte et le jour de la fête 
patronialc (10 octobre) quand le temps le permet. 

C'est un modeste coffret en bois peint et doré, en forme 
de tombeau rectangulaire, muni d'un oculaire vitré sur le 
devant, laissant voir la relique. Ce petit meuble mesure 
tk m. 40 de long, sur o m. î25 de large, et o m. 21 de haut, 
lion compris le comble triangulaire de o m. o5. Cette châsse 
ost ornée, à sa partie supérieure, d'un glaive, instrument 
i\c supplice de la martyre, d'une palme, emblème de son 
martyre, et d'une couronne, symbole de la gloire éternelle. 

Cimetière. 

Comme dans la plupart des villages du département de 
TAubo, le cimetière de Lhuître environne l'église. Sa sur- 
fiico totale est de 3.85o mètres carrés, non compris rem- 
placement do réglisc, qui est de 860 mètres. 11 forme un 



^ 



MONOGBÀPHIB DE LA COMMUNS DB LHUITRB 187 

mamelon surélevé d'environ 2 m. 5o, et est clos par une 
haie vive d*épicéas, dans laquelle sont pratiquées deux 
larges voies d'accès fermées par des grilles de fer, en face 
des deux portails de Téglise. 

Autrefois, ce cimetière était couvert de noyers, d'ormes 
et d'autres arbres qui ont complètement disparu depuis 
quelques années. 

Nous devons signaler, dans le cimetière de Lhultre, une 
ancienne croix de pierre, érigée en 17 16, dédiée à tous les 
Saints, et bénite par M. François Godet, de Saint-Hilaire- 
mont, chanoine et prieur curé de Lhuître. Cette croix, 
située à Toucstde Téglise, se compose d*un socle quadran- 
gulaire à simple bandeau, avec corniche eu saillie, enca- 
drant diverses inscriptions en partie effacées, et d'un fût 
cylindrique à gorges, surmonté d'un petit chapiteau et de 
la croix avec figure de Christ en relief, du même bloc. 

Aux termes de la loi, et en vertu d'un arrêté préfectoral 
du ao mai i855, la commune de Lhuîti'e est autorisée à 
accorder, sur son cimetière, des concessions temporaires 
de quinze années, au prix de 20 francs le mètre carré ; de 
trente années, au prix de 3o francs; et perpétuelles au 
prix de Go francs. Sur ces sommes, les deux tiers sont au 
profit de la caisse municipale et l'autre tiers au profit du 
bureau de bienfaisance. 

Presbytère. 

Le presbytère est enclavé à l'angle sud-ouest du cime- 
tière, où il occupe, avec la cour et le jardin qui en dépen- 
dent, une superficie de 1.200 mètres carrés. Il se compose 
d'une ancienne maison de modeste apparence, n'ayant 
qu'un rez-de-chaussée, construite en pans de bois et cou- 
verte en tuiles plates. 

Cette habitation comprend une cuisine, une salle à 
manger, une chambre à coucher, deux autres chambres à 
feu, ajoutées au nord en i855; un cabinet, un cellier et une 
cave. 

La cour doit être close, au sud, sur la rue de la Chaussée, 
par un mur en pierres dures d'Etrochey, à la suite d'une 
rectification d'alignement qui divise le conseil municipal 
et fait retarder les travaux depuis l'année 1900 *. 

I. Voir les détails de ce conflit^ non encore terminé en 1901, aux 
Ephémérides de la commune. 






ItfS MOSKmupmx ds la coxvrxs ds lettiiks 



DépM dM poapet à iBceadîe. 

t/anciefifte luJie. qui sert aajonrdliiii de mnise pow les 
d«ax p<Mnpe« a iaeeDdie et leurs aceessoires. tient aa près- 
Ljtêrc a l'ouesL arec leqael elle fait corps. Elle occupe 
1 3iri{^ Dord-oiiie-st de la Grande-Rae et de la me de la 
Oiaufifiée. Ce«t oneancieime constracUon en boi>. reposant 
»itr des poieaax de chêne, à coaTertore basse en tuiles 
pbteft. Antrefois oaverte sur les deux mes. elle a été close 
de planches poor sa nourelle destination. Cette remise, qui 
s oavre an sud par one porte cochêre, occupe une surface 
de jo mètres carrés. 

Kn résumé, la superficie totale de l'enceinte isolée com- 
prenant réglîse, le cimetière, le presbj-têre et la remise 
des pompes est de G.ooo mêti-es carrés ou f>o ares. 

Mairie et écoles. 

I«a maison commune, comprenant la mairie et les deux 
iTcoles primaires de garçons et de filles, est située à la 
naissance de la Grande-Rue, à l'ouest de l'église. Sa 
reconstruction, sur remplacement de l'ancienne école des 
filles, date de i8jo à 1872. La dépense totale des bâtiments 
et du mobilier scolaire s'est élevée à 25. 000 francs ; le 
tout fut adjugé au sieur .\Iexandre Beaujean, entrepre- 
neur de maçonnerie à Piancy, d'après le devis dressé par 
M . Lasnier, architecte à Arcis. 

IjCS bâtiments, construits en murs de briques et cou- 
v«?rts en tuiles plates, comprennent une grande maison ree- 
t angulaire à un étage, en longueur sur la rue, renfermant 
urjo salle de mairie et d'archives, au rez-de-chaussée, ptiis 
it" logement de Tinstituteur, au bout du nord, et celui de 
r institutrice, au sud, sans communication ni coniniunautc 
inlérieure entre ces deux habitations. Chaque logement 
SL* compose d'une petite cuisine et d'une salle à manger. 
au rez-de-chaussée, d*une chambre à coucher et de deux 
cabinets au premier étage, avec un grenier au-dessus et 
il ne cave au-dessous. 

Les deux salles de classes, situées à louest des cours 
i|ut sont séparées par un mur, sont également contigués 
t*t sans communication. Knfln les hangars et les cabinets 
iJ aisances, avec des toitures à un seul versant intérieur, 
si>nt placés sur les deux côtés des cours, entre la maison 
d'habitation et les classes. 

Le surplus du terrain, qui s'étend jusqu'au chemin des 



V 



HONOOflAPHIB PS L4 C0MMUK9 D8 {iQUrrRl 189 

Ouches, est affecté également par moitié à rinititutaur et 
à rinstitutrice. La superficie totale 4e la propriété est de 
ai2 ares 5o centiares, dont un tiers environ occupé par les 
bâtiments et les cours. 

Chapelle de Sainte-Tanche. 

Cette chapelle est située à une distance de 9,46o mètres 
à Test de Téglise, sur le côté sud du chemin vicinal de 
Lhuitre à Saint-Ouën. Elle est un peu au nord de Templa^ 
cernent de la chapelle primitive, édlQée sur le lieu même 
de la pi-emière sépulture de sainte Tanche, et se trouve 
exactement au centre du territoire de la commune, 

Cest un petit édicule qui date de 1811, construit en 
craie et couvert en tuiles, qui ne se distingue par aucun 
caractère architectural. Cette chapelle est précédée d'un 
petit poi*tail en avancement de 2 mètres, soutenu par deux 
poteaux à patins. Elle s'ouvre à Touest par une porte en 
bois et est éclairée, au nord et au sud, par deux petites 
fenêtres grillagées. Six contreforts de a mètres de hau* 
teur la soutiennent extérieurement. Sa longueur inté* 
Heure est de 4 mètres, sa largeur de 3 m. 5o, et la hauteur 
de sa clef de voûte de 3 mètres. On remarque sur son 
autel une assez bonne statue en pierre de la sainte 
patronne de Lhuitre. 

Enfin cette chapelle est accompagnée de quatre beaux 
tilleuls qui Tombragent, et elle a pour dépendance un ter- 
rain de !25 ares, sur lequel existe un puits de i5 mètres de 
profondeur, muni d'une margelle de pierre et d'un seau 
avec cliaine et poulie, pour permettre aux laboureurs et 
aux passants de se désaltérer pendant Vêlé. 

Croix rurales. 

I^s principales croix rurales érigées sur le territoire de 
Lhuitre, indépendamment de celle du cimetière, sont au 
nombre de huit, ducs^ en général à la pieuse générosité 
des habitants. En voici la nomenclature et la description 
dans Tordre chronologique de leur érection. 

!• La croix de Joseph Théçenot, située à l'angle nord- 
ouest du chemin des Ouches et du chemin vicinal du 
Chêne ; érigée primitivement en i8i5, dédiée à saint 
Joseph, et bénite par M. Gilles, curé de Lhuitre. Elle se 
composait alors d'un socle quadrangulairo en pierre, et 
d'une croix en bois peint, avec un Christ grossièrement 



l9Ô MONOC^RAPHIB DE lA COIfMUNK DB LFiUITRB 

sculpté. Réérigée en 1890, le socle fut conservé et la croix 
en bois remplacée par une croix en fonte ajourée, avec un 
Christ de même métal. 

u** La croix de Basile Martin, située à l'angle de la 
rue de la Noue et de Courte-Rue. Socle quadrangulaire de 
pierre, et croix en fonte ajourée. Erigée en i845 et bénite 
par Tabbé Maillot, curé de Lhuître. 

3" Lacroix Alexis Somsois, à la bifurcation de la Grande- 
Rue et de la rue de TEglise. Socle .en pierre, avec inscrip- 
tion commémora tive ; arbre en fonte ajourée avec sta- 
tuette de Christ. Erigée en 1846 et bénite le 25 mai, par Mgr 
Dcbelay, évêque de Troyes, en tournée de confirmation. 

4" La croix des Ormes-de-laPierre, située à 5 kilomètres 
à l'est de Téglise, et à 3 kilomètres au nord-est de la cha- 
pelle, près du chemin de Sompuis, sur le revers sud de la 
r<Hc de Beigne, et sur le lieu môme où la tradition place 
h' martyre de sainte Tanche. Cette croix réérigée en 1846. 
im\ frais de Pierre Martin, dit Pierrot, et bénite par 
l îibhé Maillot, le 10 octobre do la dite année, est dédiée au 
luarlyre de sainte Tanche. Elle se compose d'un socle en 
]»i<iTe, avec une petite niche renfermant une statuette de 
ta mainte décapitée, et d'un fût cylindrique surmonté d'une 
t rtiix quadrangulaire également en pierre dure. Il existe, 
au pied de cet édicule, une cavité de o m. ^5 de profon- 
th»ur, au fond de laquelle on voit une pierre brute de grès 
erratique, sur laquelle la tradition dit que le sang de la 
martyre fut répandu. 

5** La croix de la Chapelle ou de Sainte-Tanche, située 
en avant de la chapelle, à l'ouest, à la place d'une 
îuieionne croix en bois qui datait de i83o. Beau socle qua- 
drangulaire d'un mètre cube, en pierre bl^QcJie unie, sur- 
monté d'un fût cylindrique et d'une croix de môme pierre 
&Hns sculptures, avec un Christ en bronze. Erigée en 1890, 
aux frais de M. Paul Thévcnot, et bénite le 10 octobre par 
M. l'abbé Ecalle, archiprétre d'Arcis. 

fif" Lacroix de Badin, à Textrémité nord-ouest de la rue 
\\v ce nom. Socle de pierre à l'anieurcment du sol, dans 
lequel est fixée une croix de bois peint, avec un Christ en 
fimtc. Erigée et bénite en i8<)(>, en remplacement d'une 
aiiiuenne croix semblable. 

;-** La croix du Château, à roxtréiuité et à l'angle sud- 
ouest de la (Irande-Rue et du chemin de la Voie-Blé. 



Y 



MONOGRAPHIE DE LÀ COMMUNE DE LHUITRB 191 

Même croix et même érection et bénédiction que la précé- 
dente. 

8° T^ croix Chambaud, à la naissance du chemin ou 
tertre du môme nom, sur le chemin de Vinets, à 5oo mè- 
tres au sud de la précédente. Mêmes détails que pour 
celle-ci. 

Voies publiques. 

Nous comprenons, sous ce titre général, toutes les voies 
de communication qui sillonnent le territoire de Lhuitre 
et forment trois catégories ou réseaux de chemins diffé- 
rents, qui parfois se confondent ensemble. 

Ces trois catégories sont : 

i^ lies place, rues et ruelles du village ; 

a** Les chemins vicinaux classés et entretenus ; 

3* Les chemins ruraux ou d'exploitation, y compris les 
tertres limitrophes, servant aussi de chemins. 

Un plan général d'alignement de toutes les voies publi- 
ques de Lhuitre, dressé par M. Lasnier, agent- voyer»d'ar- 
rondissement à Arcis, fut adopté par le Conseil municipal 
le i3 octobre i855, et approuvé par M. le Préfet de l'Aube 
le ij novembre suivant. Mais diverses modifications par- 
tielles ont été apportées à ce plan depuis cette époque. 

1» Place, rues et ruelles. 

Autrefois, les rues de Lhuitre étaient dans un état qui 
les rendait à peu près impraticables par les temps de pluie 
et de dégel pendant l'hiver. Chaque année, il est vrai, les 
habitants étaient requis de fournir quelques voitures de 
matériaux et quelques journées de travail, pour réparer 
tant bieu que mal, les endroits les plus endommagés ; 
mais, comme personne ne s'en occupait ensuite, ces rues ne 
tardaient pas à se retrouver dans le même état qu'au})a- 
ravant. 

De i85o à 1870, et principalement sous l'administration 
de M. Auguste Trusson, maire de lacommune,toutes les rues 
et ruelles de Lhuitre les plus fréquentées furent successi- 
vement alignées, reconstruites et mises dans un état de 
viabilité qui ne laisse rien à désirer, grâce à leur bon en- 
tretien conlîé à un cantonnier spécial. 

il existe actuellement, à Lhuitre, une place publique, 



192 IIOVOORAPHIB DE LA COIIICUNB D|B LHUITM 

rjuntorze rues, treize ruelles, un abreuvoir» deux ponts et 
tleiix passerelles à pied 

La place est située au sud du presbytère et au carrefour 
iie ia Cipaude-Rue, de la rue de TËglise et de la rue de la 
Chaufisée. Elle forme un quadrilatère irrégulier qui mesure 
35 iiiMi^s de longueur, de Test à Touest, sur ao mètres de 
lai'i;(^ui% f. Test, et i5 mètres, à Touest. Cette place où se 
Ueiint^it les fôtes publiques, est ombragée par des tilleuls 
Oc Hollande qui auraient besoin d'être i*enouvelés. 

Les principales rues sont : 

La rue de Badin qui va dcTégliseà Textrémité nord du 
villnijo, avec une longueur d'environ 800 mètres. 

La Grande Rue faisant suite à la première, de Tcglise 
a ri*\lrémité sud du village, avec la même longueur de 800 
m être s. 

i\cs deux rues, situées sur la rive droite de la Lhuitrelle, 
sont traversées dans toute leur longueur par le chemin 
d'ittUîrCt commun numéro 9. 

La rue de Sainte-Tanche, autrefois appelée rue de Riçe- 
renUi* oade A^a/rt^, commence au pont du moulin, sur la rive 
gaiiclii! delaLhuîtrelle,àrest, et se termine à sa dernière 
m a bon, à 640 mètres. 

ÇçUe rue et celle de la Chaussée du Moulin, sur la rive 
droite» sont traversées dans toute leur longueur par le 
çlieniin vicinal, numéro 5, de Lhuître à Saint-Ouën. 

î .t;?> rues de Courte-Rue, Neuve etdu Reçeillon forment le s 
Irois tnmçons d'une même rue dirigée en ligne droite, du 
nord il a sud, en traversant la rue de Sainte-Tanche à angle 
ilruil, et se développant sur une longueur totale de 94^"', 
dv lu lue de la Noue à la rue ou chemin de la Conversion. 

Le pont du Moulin est situé sur la Lhuitrelle, en amont 
t'I îtiuiiL'diatementau nord du moulin, et au centre du vil- 
luge-, dont il relie les deux sections. Sa dernière recons- 
trucLioii date de Tannée 1878. Il forme une seule arche ou 
travOi' de 6 mètres d'ouverture posée ea biais. Il est cons- 
truit un poutrelles de fer, recouvertes d'un tablier en 
iiiavt^iinerie de briques, chargé d'un encaissement de 
pîctTe:i cassées, le tout reposant sur deux culées en pier- 
res dtî taille. Sa largeur totale est de 6 m. 65, dont 
4 m. ïi.i de chaussée et un mètre de trottoir en dalles for- 
uiHiil saillie, de chaque côté, avec deux parapets enfer 
soutenus par des colonnes de fonte. 



HONOORAPHIiB DB LA COMMUNiE OB LUUITKB 193 

2** Chemins vicinaux. 

Le chemin d'intérêt commun, numéro 9, de Mailly à 
iVo^e/i^8ttr-^tt^, suit parallèlement la rive droite de la 
Lhaitrelle, à Test, et traverse la rue de Badin et la Grande- 
Rue, en mettant Lhuttre en communication avec Granville 
à 3 kilomètres au nord, et avec Vinets, à 4 kilomètres au 
sud. Sa construction date de 1848 à i852i, et sa traversée 
sur le territoire de Lhuitre est de 4*5oo mètres. 

Le chemin vicinal numéro 3, de Lhuttre au Chêne, 
s*embranche sur la Grande-Rue, pour se diriger sur le 
Chêne, à 6 kilomètres à Touest. Sa construction date de 
187a à 187^1 6^ SA longueur sur le finage de Lhuttre est de 
a.Soo mètres. 

Le chemin vicinal numéro 5, de Lhuttre à Saint-Ouën, 
s embranche sur la Grande-Rue, pour se diriger sur Saint- 
Ouên, à is kilomètres à Test. Sa construction date de 1880 
à i885, et sa longueur sur le fmage de Lhuître est de 7.200 
mètres. 

Un autre chemin vicinal ordinaire est classé sous le 
numéro 4» pour aller de Lhuttre à Donnement ; mais il 
est resté à Tétat de projet depuis Tannée 1882. Il doit s'em- 
brancher sur la Grande-Rue, vis-à-vis le chemin vicinal 
du Chêne, pour se diriger à Test par la ruelle du Chêne, 
la rue des Forges, Courte-Rue et la voie de DampieiTC, 
puis traverser une portion des territoires de Lhuttre, 
Aubigny, Isle, Dampierre, Vaucogne et Donnement, où 
il rejoindrait le chemin d'intérêt ccmmun numéro 5. 

3* Chemins ruraux 

Les chemins ruraux qui rayonnent sur le territoire de 
Lhuttre et qui flgurent sur le plan d'alignement, dressé en 
i855, sont au nombre de 64, y compris les tertres qui limi- 
tent et environnent ce territoire. Les principaux de ces 
chemins sont les suivants. 

Sur la rive droite, à l'ouest : 

Le chemin de la Voie-Blé, du chemin d'intérêt commun 
numéro 9, au tertre du Chêne; 1.664 mètres. 

Le chemin des Ouches* ou des Oches, du chemin 

I. Le mol Ou ht, dans Tancicn français, désignait un terrain voisin 
de la maison, dos de haies ou de fosses, comme le nom accin. Aussi, 
irouve-l on dans beaucoup de villatçcs un chemin des Ouchcs qui envi- 
ronne le villape et Hmilc les accins. 

13 



194 UONOaRAPHiB DB Lk COMMUNS DB LHUITBB 

tiuméro 9, à rextrémité de la rae de Badin, au même che- 
min, à rextrémité de la Gi*ande-Rue, en passant au-dessus 
de ces deux rues à Touest ; longueur i854 mètres. 

Le chemin du Centrât, du chemin des Ouches, au tertre 
de Vinets ; 1735 mètres. 

Le chemin d'Arcis, de la ruelle des Dîmes, au tertre du 
Chêne ; a38o mètres. 

Le chemin de Paris, du précédent, au tertre de Gran- 
ville ; 1640 mètres. 

Le chemin de Valendreux, du chemin des Ouches, au 
tertre de Gran ville ; 1690 mètres. 

Sur la rive gauche, à l'est : 

La voie de Châlons, du chemin de la Conversion, au 
tertre de Granville ; igao mètres. 

La voie des Neuf-Chemins, du précédent, au chemin de 
Dampierre ; 3ooo mètres. 

Le chemin de la Conversion ou Voie des Croix, de Bel- 
Air, au chemin vicinal de Saint-Quën ; i4a5 mètres. 

Le chemin de la Voie-Gérard, de la voie des Croix à la 
llonce-Bergault ; aaoo mètres. 

Le chemin de Trouan, du tertre de Granville, au tertre 
irAubigny, en traversant le territoire du nord au sud et 
passant près de la chapelle ; 4^00 mètres. 

Le chemin de Sompuis, du chemin vicinal de Saint- 
< >iiën, près de la Chapelle, à l'angle nord-estdu territoire, 
entre les tertres de Dosnon et de Saint-Ouën ; 4760 mètres. 

Le chemin d'Orgei^al, de TOrme-de-Fer, au tertre de 
Dampierre ; 24^0 mètres. 

Le chemin de Valmqy, du précédent au tertre d'Isle ; 
Toio mètres. 

La voie de Dampierre, de Courte-Rue au tertre d' Aubi- 
(Çiiy ; 1640 mètres. 

[^a voie de Ramerupt, du Foulon au tertre d' Aubîgny ; 
I Tioo mètres. 

Le chemin du moulin de la Liberté, du précédent à la 
iiinite du tertre d'Aubîgny ; 1900 mètres. 

liCS Tertres limitrophes du territoire de Lhuître ; !i8,5oo 
iiilftres. 

RÉCAPItULAttON 

Kn résumé» les diverses rues, ruelles et voies de com- 



L 



MONOOEAPHUI Dft LA COMMUNS DB LHUITaB 195 

monication de la commune de Lhvitre présentent, dans 
lenr ensemble, le développement ci-aprës : 

Rues et ruelles 8.640 mètres. 

Chemins vicinaux 14.000 — 

Chemins ruraux ....... 78*378 — 

Tertres limitrophes 28.500 — 

Total. • . . . . 124.518 mètres. 

Sur cette longueur totale, il y a à déduire a,6i5 mètres 
pour les rues traversées par les chemins vicinaux dont 
nous avons compté intégralement la traversée sur le terri- 
toire, ce qui fait ressortir la longueur totale du réseau k 
iai.903 mètres. 

Ajoutons, à propos des voies de communication, que les 
deux gares les plus rapprochées de Lhultrc sont : celle 
d'Arcîs-sur-Aube, à 11 kilomètres, et celle de Mailly, à i4 
kilomètres. 

Antiquités et Découvertes. 

Epoque romaine. 

Ancienne voie romaine de Bar-sur- Aube à Paris, sui- 
vant la rive droite de l'Aube qu'elle quittait à Vinets pour 
se diriger sur Herbisses et Sézanne, en traversant le terri- 
toire de Lhuître du sud-est au nord-ouest, sur l'emplace- 
ment du chemin de Paris, oii elle n'a laissé aucune trace. 

On considère aussi comme une voie romaine le tertre 
qui limite le territoire, à l'est, en se dirigeant du sud au 
nord, et qui est encore désigné vulgairement sous le nom 
Grand Chemin ou Chemin des Romains. D'après la Table 
de PeuHnger, ce tertre se trouverait sur l'emplacement de 
la grande voie allant directement' de Milan à Boulogne^ 
sur-Mer, Du reste, on trouve encore quelques traces d'en- 
caiflsements de cette route, sur divers points du départe- 
ment de l'Aube. 

Le 17 décembre i856, on a découvert un cercueil en 
pierre, de l'époque gallo-romaine, dans le cimetière de 
Lhultre, au sud et au pied des murs de 1 église. 

Moyen-âge. 

Indépendamment de la partie romane de Téglise de 
Lhultre, et de sa belle piscine du xii** siècle, on peut 



196 MONOaiiAPUIB DB LA COMMUNS DB LHDITRB 

considérer comme remontant au xii" siècle et, au plus 
lard, au xiv**, les restes des fossés qui entouraient Tancien 
château, ainsi que les galeries souterraines qui, partant 
de ce château, venaient aboutir à Téglise, en suivant ou 
côtoyant la Grande-Rue. 

Uéglise, elle-même, était autrefois environnée de fossés 
et servait de forteresse et de lieu de refuge pour les habi- 
tants, aux époques de troubles, et surtout pendant la guerre 
de Cent- Ans avec TAngleterre, et même pendant les trou- 
bles de la Fronde, ainsi qu'en témoignent encore les fenê- 
tres des basses nefs, murées à leur partie inférieure, et les 
éraQures des projectiles restées visibles sur les murs. 

I^s galeries, plusieurs fois mises à jour par des éboule- 
ments accidentels, sont creusées à même dans la terre 
jaune ou la grève bouillante. Leur forme est triangulaire ou 
ogivale, de o m. 80 de hauteur, seulement, sur un mètre de 
largeur à la base. Elles se composent d'une suite de lignes 
brisées, aûn d'en dissimuler la direction et d'empêcher la 
portée du tir, en cas de poursuite dans ces galeries. 

De distance en distance, l'ogive s'abaisse tout à coup 
pour ne laisser subsister qu'un boyau circulaire, de 
o m. Go de diamètre sur un mètre de longueur, de manière 
à ne permettre qu'à une seule personne à la fois de passer 
en rampant. Puis, derrière ce boyau, au nord, du côté de 
l'église où avait lieu la retraite, de chaque côté du souter- 
rain élargi, est pratiqué un enfoncement de o m. 60 en 
forme de niche, pour placer deux hommes de garde armés 
et chargés de défendre ce passage. 

On voit que ce travail était fait avec intelligence et selon 
les règles du génie militaire de l'époque. Du reste, tout 
dans la forme et la direction de ces galeries, indique 
(|u'elles étaient destinées à établir une communication 
Hocrète entre les deux points fortifiés du village, et, en cas 
tralerte ou de danger, à favoriser pour les habitants une 
retraite du château, — qui n'avait pas de murailles, — 
verrt l'église. 

Renaissance. 

Uappclons, pour mémoire, comme appartenant à la 
Hcmnissance, la grande nef de 1 église, son magnifique réta- 
ble et s(»s beaux vitraux dont nous avons donné la descrip- 
tion précédemment. 




MONOORAPHIR DE Lk COMMUNS DE LHUITRE 197 

§ IL - STATISTIQUE 

PREMIÈRE SECTION — STATISTIQUE CIVILE 

Population. 

L'étendue du territoire de Lhuttre, celle du village où 
Ton trouve partout des vestiges dancieunes constructions 
disparues ; les vastes proportions de sa belle église ; tout 
atteste que cette commune eut autrefois une population 
beaucoup plus nombreuse que celle qu*elle compte aujour- 
d'hui. Mais à défaut de recensements réguliers et de docu- 
ments précis avant 1790, on en est réduit aux conjectures 
sur les fluctuations qu'a pu subir le chiffre de cette popu- 
lation, dans les siècles passés. 

Ce que Ton sait seulement* c'est qu'aux plus beaux 
temps connus de son histoire, vers le xv^ siècle, Lhultre 
était un centre où Ton comptait une population d'environ 
douze cents habitants. C'était, disent les chroniques du 
temps, la seconde commune de la subdivision de Brienne, 
et un lieu de passage très fréquente entre le Pays-Bas 
(Bassigny, Vallage et Perthois) et la Haute-Champagne. 
II s'y tenait deux foires très importantes dans l'année, et 
un marché, chaque semaine, pour les menues denrées 
ménagères. 

D'antre part, il résulte d'une pétition des habitants, 
datée du 6 avril ijSa, et dont on trouvera le texte dans la 
partie historique, qu'à cette époque la paroisse de Lhultre 
était encore composée de deux cent vingt feux ou ménages, 
et comptait plus de huit cents communiants ; ce qui impli- 
querait une population totale d'environ mille habitants, 
car on entendait par communiants les personnes ayant 
fait leur première communion ; ce qui laissait en dehors 
tous les enfants au-dessous de onze à douze ans, et dont le 
nombre ne pouvait guère être moindre de deux cents. 

Depuis cette époque, la population de Lhultre parait 
avoir toujours été en diminuant ; mais c'est surtout pen- 
dant la seconde moitié du dernier siècle que cette décrois- 
sance a été le plus rapide, ainsi que Ton peut en juger par 



198 MONOOftAPHIB DE LA COMMONB DB LHUITRB 

les tableaux de recensements et les mouvements annuels 
de la population. 

Deux causes principales et également fâcheuses contri- 
buent à ce résultat, qui est aujourd'hui général dans les 
communes rurales : D'une part, Témigration des habitants 
des campagnes vers les villes, où ils sont attirés par Tap- 
pât et Tespoir d'un travail ou d'un emploi plus agréable, 
plus facile et plus rémunérateur que les travaux des 
champs ; de l'autre, la diminution volontaire de la nata- 
lité, soit par le célibat, soit par la circonspection des 
époux, dans le double but de s'épargner les soucis et les 
charges de la famille, et ensuite de concentrer toute leur 
tendresse et leur fortune sur un seul enfant, pour lui assu- 
rer plus d'aisance, avec le secret et souvent vain espoir de 
le voir sortir de la modeste condition dans laquelle il est né. 

La preuve de cette dernière cause de dépopulation res- 
sort avec évidence du tableau des recensements quinquen- 
naux de la population, où l'on voit que le nombre des 
ménages est loin d'avoir suivi une progfression décrois- 
sante proportionnellement aussi rapide que celle des per- 
sonnes. Ainsi, en i836, on compte 19a ménages et 618 habi- 
tants ; ce qui donne une moyenne de 3 habitants 4^ cen- 
tièmes par ménage ; tandis qu'en 1896, on constate l'exis- 
tence de 148 ménages et de 410 habitants, ne donnant plus 
qu'une moyenne de 2 habitants 77 centièmes par ménage, 
soit 65 centièmes de moins. 

Mais cette diminution de la natalité est rendue plus 
sensible et plus précise encore par le tableau du mouve- 
ment annuel de la population, où l'on voit par exemple 
que pendant la période décennale de 1791 à 1800, la 
moyenne annuelle des naissances était de aS unités 4 
dixièmes ; celle des mariages de 5.s, et celle des décès de 
18.8 ; soit 46 naissances d'excédent sur les décès pendant 
cette période, ou 4 unités 6 dixièmes par année ; tandis 
que les moyennes de la dernière période décennale de 
1891 à 1900 sont de 8.1, pour les naissances ; a. 7, pour les 
mariages, et 10. i, pour les décès; soit ao décès d'excédent 
sur les naissances, pendant la période, ou une moyenne de 
a décès par an. En comparant les chiffres totaux de ces 
deux périodes, juste à un siècle d'intervalle, on trouve 
que ceux de la première présentent sur ceux de la der- 
nière un excédent total de i53 naissances, aS mariages et 
87 décès. 




MONOGRAPHIE. D£ hk CQICMUNB DB LHUrTRE 199 

Langage. Caraotère. Mosiirs et Coutumes des habitants. 

Sous le rapport professionnel, les habitants de Lhuître 
peuvent se diviser en deux classes principales : les culti- 
vateurs qui forment à peu près les deux tiers de la popu- 
lation, et les industriels ou artisans qui composent le 
reste. Mais cette division n*a rien d'absolu, car le com- 
merçant, le fabricant, et Tarlisan, possèdent pour la plu- 
part quelques parcelles de terre, quHls font cultiver, pour 
récolter un peu de grain, de légumes et de fourrage, 
nécessaires à leur nourriture et à celle d'une vache, d'un 
porc et de quelques lapins et volailles. Puis, à Tépoque 
des moissons, ils quittent volontiers le métier ou Tatelier, 
non seulement pour faire leur petite récoite, mais encore 
pour se livrer aux m^mes travaux, comme auxiliaires, 
chez les principaux cultivateurs du pays. Du reste, tous 
ont les mômes habitudes de travail, d'ordre et d'économie 
et tous respirent le même air de satisfaction, de force et de 
santé. 

Le langage vulgaire employé couramment à Lhuître 
s est bien amélioré depuis cinquante ans, en raison des 
progrès réalisés dans l'instruction primaire. Les nouvel- 
les générations, à très peu d*exceptions près, parlent un 
français plus pur et ont une prononciation plus correcte 
que les anciennes. Mais, sans avoir, comme autrefois, un 
patois bieli accentué, on emploie assez fréquemment cer- 
taines expressions triviales, vieillies ou démodées, telles 
que moult, pour beaucoup : j'ai moult faim, il fait moult 
chaud ; mes'huy, pour désormais : Je n'ai mes'huy plus 
rien à faire ; désorée, pour limite : Je vais commencer 
désorée d'ici ; etc. 

L'accent tonique local est un peu traînant sur certaines 
syllables dont on prononce les voyelles brèves, comme 
si elles étaient surmontées d'un accent circonflexe : Voiih 
du bon pain et de la côUe forte. 

On élide généralement l'e muet dans les monosyllabes 
et dans le corps des mots, à moins qu'il ne s'en trouve 
deux de suite, auquel cas on en prononce un en élidant 
l'autre, à volonté : Je suis rev'nu ou r'venn d'ia noce. 

L'è ouvert se transforme généralement en é fermé et 
allongé, comme s'il y avait deux éé de suite : Mon péére, 
ma méére et mon fréére sont v'nus m' voir c'matin pour la 
fééte. 



'JllO MONOGKAPHIR DB LA COMlfUNK DE LHUITRB 

On fait sonner fortement les r, dans le corps des mots 
comme s*il y en avait plusieurs de suite , c'est ce que Ton 
appelle parler grras : Un grros et grrand garrçon. Mais 
f>ur contre, on supprime complètement cette consonne à 
Ih fin de certains mots et dans Finfinitif des verbes de la 
liouxième conjugaison, que Ton prononce comme leur 
participe passé : C'est pou Tpuni de n*pas y*ni pa c'beau 
temps-là. 

Enfin, on transpose souvent la lettre r dans certains 
mots comme brebis, bretelles, frelon, ortie, que l'on pro- 
nonce : berbis ou beurbis, beurtelles, feurlon, chédron, 
otpille. 



Au point de vue du caractère et des mœurs, les habi- 
tants de Lhuître sont généralement gais, sympathiques et 
hospitaliers pour les étrangei*s ; fréquentant peu les caba- 
i^ets, et fuyant les querelles et les procès. 

Les hommes aiment leui*s travaux, leurs champs et leur 
foyer, qu'ils n'abandonnent plus pour aller chercher for- 
tune ailleui*s. dès qu'ils sont mariés. Les femmes, de leur 
l'ùté, sont d'excellentes et actives ménagères, très atta- 
t'iiées à leur famille et à leurs devoirs. Tout en s'occupant 
avec zèle des soins du ménage, de la cuisine, du bétail et 
de la basse-cour, elles trouvent encore le temps et le 
juoyen de cultiver un jardin potager, avec quelques fleurs, 
4^t mé^me de seconder leur mari dans les travaux des 
( hamps les plus pressants. 

Grâce à leurs habitudes laborieuses et rangées, à leurs 
progrès en agriculture et à leur esprit d'ordre et d'écono- 
mie, les liabitants de Lhuitre jouissent! en général, d'une 
hounéte aisance qui, malgré la dépréciation survenue 
ilepuis quelques années sur les propriétés rurales et les 
pmduits agricoles, leur permet encore, dans la nourri- 
ture, le vêtement et le logement, un confortable et un 
Men-être que ne connurent pas leurs ancêtres. 

1i)n effet, les maisons et les bâtiments d'exploitation 
nouvellement reconstruits, sont plus vastes et mieux dis- 
|Kisés et meublés que les anciens ; les vêtements de fête, 
les « beaux habits » comme on dit, sont plus riches et 
plus élégants, bien que souvent moins durables que ceux 
tl autrefois; quant à la nourriture, sans être fine et recher- 
chée, elle est saine et substantielle. Le pain de ménage, le 



MONOQRAPHTB DR L\ GOMMUNB DB LHUÎTRR 201 

porc salé, les légames, les œufs et le laitage, en forment 
toujours la base principale ; mais on y ajoute souvent, 
surtout pendant la moisson, le café et le petit verre d eau- 
de vie dont n'usaient pas les anciens laboureurs. EnQn, le 
vin, autrefois réservé aux plus favorisés de la fortune, 
iigure aujourd'hui à tous les repas et sur toutes les 
tables, où Ton fait aussi un plus fréquent usage du pain de 
boulanger, et de viande de volailles et de boucherie. 

Sous le rapport intellectuel et moral, les habitants de 
Lhultre ont fait également de grands progrès, depuis une 
cinquantaine d'années. Sans avoir vu naître des hommes 
d'un grand génie, la population actuelle ne compte pas 
d illettrés parmi les indigènes du pays, et elle a produit 
deux écrivains modestes, dont un poète membre de la 
Société des Gens de Lettres, et un chroniqueur local, con- 
servateur de la Bibliothèque municipale de la Ville de 
Troyes ; ainsi que plusieurs instituteurs, et quelques au- 
tres hommes distingués. 

Depuis la création du certificat d études primaires, en 
1873, la plupart des élèves des deux écoles obtiennent ce 
diplôme, à la fin de leurs études ; d'autres vont les com- 
pléter dans les écoles ou pensionnats publics ou libres, à 
Troyes ou à Arcis. 

Quoique les Jiommes, surtout, soient peu assidus aux 
offices du dimanche, et aux pratiques de la religion catho- 
lique, la population est restée, au fond, sincèrement atta- 
chée à la foi de ses ancôtrcs, et elle ne néglige aucun des 
principaux actes religieux qui marquent et consacrent les 
grandes phases de la vie : Bapti^me, première commu- 
nion, bénédiction nuptiale, extrômc-onction et obsèques 
canoniques. 

* * 

En politique, les électeurs sont en uîajorité conserva- 
teurs et modérés. Anciens bonapartistes ardents, ils ne 
sont venus à la République que lentement, et, en quehfue 
sorte, sous bénéfice d'inventaire, et par les nouvelles géné- 
rations. Amis sincères de l'ordre et de la liberté, et enne- 
mis de tout bouleversement social, ils se soumettent tou- 
jours, et de bonne grâce, à un gouvernement démocrati- 
que et libéral, quels que soient sa forme et son nom, 



202 MONOdRAPHIB DB LA COMMUNB DB LHUTTRB 

poarvu qu'il soit basé sur la justice et la souveraineté 
nationale. 

Administration. 

1» Anciennes juridictions. 

Avant 1790, la commune de Lhultre appartenait, pour 
Tadministration civile, à la généralité de Champagne, 
dont le siège de Tintendance était à Châlons-sur-Marne. 
Depuis la réunion de cette province à la France, en i3i4; à 
la subdivision de Troyes et à Télection de Bar-sur- Aube. 

Pour la justice royale, la partie du village et du terri- 
toire située à Test, sur la rive gauche de la Lhuîtrelle, 
relevait du bailliage et de la coutume de Chaumont ; tan- 
dis que la partie située à l'ouest relevait du bailliage et de 
la coutume de Sézanne, où les affaires de la justice sei- 
gneuriale allaient en appel ^ 

La justice seigneuriale se rendait au nom du seigneur 
de Dampierre, qui exerçait à Lhuttre le droit de haute, 
moyenne et basse justice, dont les trois degrés correspon- 
daient à peu près aux cas qui constituent aujourd'hui les 
contraventions et Içs affaires de simple police, qui sont 
(le la compétence de la justice de paix ; les délits et les 
affaires civiles qui sont du ressort des tribunaux de pre- 
mière instance ; et enfin les crimes et autres affaires qui 
relèvent des jurys de cour d'assises. 

Le seigneur haut justicier avait le pouvoir de faire con- 
damner, dans l'étendue de sa juridiction, à une peine capi- 
tale, et de connaître de toutes les causes civiles et crimi- 
nelles, excepté des cas royaux** La moyenne avait le droit 

1 . Les bailliages étaient des districts de justice dont Tinstitution 
remontait au xi* siècle On en distinguait deux sortes : Les bailliages 
royaux ou grands bailliages, dont les juges étaient appelés baillivi 
majores ; et les bailliages seigneuriaux, ou petits bailliages dont les juges 
portaient le titre de baillivi minores. Il y avait aussi, parmi ces der- 
niers, des baillis ecclésiastiques pour juger les cas touchante la religion. 

2. Comme marque de son autorité, le seigneur haut justicier avait le 
droit de faire élever des fourches patibulaires pour y pendre les crimi- 
nels Ce? gibets étaient toujours placés sur des lieux élevés qui ont 
conserve en beaucoup d'endroirs les uoms de Justice ou de Pilori, C'est 
ainsi qu il exi<ie encore à Lhuîtrc, sur le sommet de la côte Saint» 
Etienne, à Test du village, une contrée dite du *Pilorit qui était évi- 
demment le lieu des exécutions et des expositions des condamnés à des 
peines infamantes. 



MONOOBÀPHIB DB LA COMMUNE DE LHBITRB 203 

déjuger les actions de tutelle et les injures dont les amen- 
des ne pouvaient excéder soixante sols. La basse connais- 
sait des droits dûs au seigneur, du dégât des bestiaux et 
des injures dont Tamcnde ne pouvait excéder six deniers. 
Les autres causes étaient du ressort delà justice royale. 

La juridiction locale était une prévôté qui se tenait à 
Lhuitre, avec lassistance d'un lieutenant du bailli, d'un 
procureur fiscal et d'un greffier. Elle se divisait en deux 
parties et deux appellations, selon le bailliage royal dont 
elle relevait. Ces deux juridictions prévôtales étaient cellç 
de Rillebon j^onr le côté est de la Lhuîtrelle ; et celle de 
Riçereulle pour le côté ouest ; bien que la rue de Rive- 
reuUe f&t au^si située à Test, et les appels de celte der- 
nière étaient portés à Vitry-le-François. 

Au commencement de chaque année, le bailli de Dam- 
pierre, ou son lieutenant, tenait ses grandes -^ssis^s, dans 
la salle de FAùditoire du château, od étaient convoqués 
tous les officiers de la justice seigneuriale de son ressort. 

Voici les noms de quelques-uns de ces anciens baillis et 
des officiers de la justice de Lhuitre, qui figurent dans ces 
assises, d'après le manuscrit a. 865, liasse cartonnée, 
numéro i.56o, conservé à la Bibliothèque de Troyes, et 
copié par M. Charles Savetiez, sur les Archives judiciaires 
du château de Dampierre. 

iSaj. — Panthaléon le Pelleterat, écuyer licencié 
es lois « bailly dudîct Dampierre, pour noble seigneur 
« Messire Loys Picot, chevalier baron de Dampierre ». 

A ces assises figure Jehan TherriUon, comme mayeur 
de Rillebon. 

i53i . — Nicolas Favier, écuyer, est bailli de Dam- 
pieri'e, et a pour lieutenant général Jehan de Rothières. 

Lacune de j537 à 1620. 

1620. — Jehan Pesme, lieutenant au bailliage de Dam- 
pierre, préside les assises. 

1654. — Jean Aubry, écuyer, avocat en parlement, est 
bailli de Dampierre. 

1677 . — Pierre Aubry, fils et successeur de Jean Aubry, 
est bailli de Dampierre, et habite Troyes. 11 préside les 
assises de cette année où figurent, parmi les officiers de 
police : 

Robert Pesme, lieutenant général ; 

Jacques Thévenot, de Lhuître, juge mayeur ; 



204 MONOORAPHIB DB LA COMMUNE DB LHUITRB 

Jean Thévenot, procureur d'appui ; 

Jean Martin, lieutenant ; 

Pierre Thévenot, greffier. 

En 1681. nous trouvons : 

Claude Berton, notaire à Lhnltre ; 

Jean Thévenot, juge en garde ; 

Pierre Thévenot, procureur d'office. 

Le 21 décembre 1790 eut lieu la dernière audience et 
fut jugée la dernière cause au bailli âge de Dampierre. 
. Sous le rapport ecclésiastique, la paroisse de Lhuttre 
faisait partie du diocèse de Troyes, de Tarchidiaconné et 
doyenné d' Arcis ; mais son église appartenait à Tabbaye 
de Toussaint-en-risle de Châlons, dont Tabbé était gros 
décimateur, avec charge des grosses réparations de Téglise, 
et droit de présentation et de visite à la cure. 

2*" /.dministrations modernes. 

Lors des nouvelles divisions administratives de la 
France, par la loi du i5 janvier 1790, Lhuttre fut compris 
dans le département de TAube, dans le district d'Arcis- 
sur-Aube, et dans le canton de Ramerupt. 

La loi du 17 février 1800 (28 pluviôse an VIII) qui rem- 
plaça les administrateurs du département par un préfet, 
et ceux du district par un sous-préfet, en reconstituaiit les 
districts en arrondissements, et donnant plus d'étendue 
aux cantons, laissa la commune de Lhuttre dans les 
mêmes circonscriptions administratives. 

Au moment du rétablissement du culte catholique en 
Finance, et de la réorganisation des diocèses, par la loi con- 
cordataire du i5 juillet 1801, la paroisse de LhuUre rentra 
dans le diocèse de Troyes et dans Tarchidiaconné d'Arcis, 
et fit partie du canton ecclésiastique de Dampierre. 

Les municipalités communales établies en France par 
la loi du 14 décembre 1789, sont aujourd'hui régies par la 
loi organique du 5 avril 1884. Aux termes de cette loi, les 
communes de 5oo habitants et au-dessous, comme c'est le 
cas pourLhuître, sont administrées par un conseil muni- 
cipal de dix membres, avec un maire et un adjoint pris au 
sein du conseil, et élus par les conseillers. 

Les conseillers sont nommés pour quatre ans, par les 
électeurs de la commune, et renouvelés le premier diman- 
che de mai. 



HOMOGRAPHIB DK LA OOMMUNIC DB LHUITRB 205 

Liste chronologique des anciens maires de Lhultre. 
1587, 7 novembre. — Louis Brodiez, syndic municipal. 

1790, 3 jrin. — Pierre Thévenot, dit NLcaise, maire. 

1791, 20 novembre. — Henry Thévenot, dit Cadet, 
maire. Il démissionne, par écrit, huit jours après, en dé- 
clarant au conseil que : « Pour insultes à lui faites la nuit, 
« devant sa porte, lise démet, par les présentes, de sa 
« charge de maire de la commune de Lhultre, et qu'il n*en- 
« tend en faire les fonctions en aucune manière, et a signé : 
« Thévenot. » 

1791, 4 décembre. — Jean-Baptiste Trusson, î*''du nom. 

1792, a décembre. — Henry Lesaint. Celui ci démis- 
sionne au bout d'un an : « Par rapport à une hernie, dont 
« laquelle {sic) il souffrait beaucoup. » 

1793, décembre. — François-André Martin, ci-devant 
prieur curé de Lhultre, agent municipal ' . 

179Î, 19 février. — Jacques Brodard, officier public. 

1795, 9 septembre. — Joseph Thévenot-Baudin. dit le 
Philosophe, agent municipal. 

1796. — Nicolas Frissard, adjoint, en Tabsence de l'agent 
municipal. 

1797. — Pierre-Victor Henry, agent municipal. 

1798, 17 mai. — Jean-Baptiste Turot, agent municipal. 
1799» 36 septembre. — Jacques Brodard, pour la seconde 

fois, adjoint. 

1800, 18 juillet. — Jean-Baptiste Trusson, maire, pour la 
seconde fois. 

1808, 14 janvier. - Pierre Brodiez-Lesaint, dit le Grand 
Brodiez, maire. 

i8i3, 3 mai. — Jean-Baptiste Trusson, a** de nom. 

i8i5, 9 juin. — Joseph Thévenot, le Philosophe^ pour la 
seconde fois. 

Malgré une instruction qui laissait surtout à désirer 
sous le rapport de l'orthographe, ce maire était intelli- 
gent, et il eut beaucoup d'initiative dî^ns l'intérêt de la 
commune. Il fit planter des tilleuls sur la place publique, 
des noyers sur le cimetière et sur les deux côtés du che- 

I. L'agent municipal ou ofricler public, dont les fonctions furent dévo- 
lues au maire en 1800, était spécialement chargé de la rédaction des 
actes de TEtat civil (naissances, mariages et décès). 



206 MONOGBAPHIB DE LA COMMUNE DE LaUITBE 

miu de la Nuirie, et des peupliers sur le tertre de la Croix 
Chambault. 

1821, 10 mars. — Alexis- Yalentin Baudin, adjoint, rem- 
plit les fonctions de maire. 

1826, li février. — Nicolas Thévenot, de MalpaSt maire. 

1827, a4 novembre. — Yalentin Baudin, adjoint, supplée 
le maire pour la 2* fois. 

1828, 9 mars. — Jérôme Merlot, maire. 
i838, 25 mars. — Léonard Henry, maire. 

1843, 17 septembre, — Pierre-Paul Berton-Gombault, 
maire. 

i853, 4 décembre. — Hubert-Barnabe Vauthier-Char- 
ton, maire. 

i855, i4 juin. — Auguste Trnsson, 3* du nom. Sous 
Tadministration de ce maire actif, intelligent et énergi- 
que, mais personnel, les rues de Lhuitre furent alignées 
et mises en bon état de viabilité. Il prépara aussi la cons- 
truction de la maison d'école et des chemins vicinaux de 
Lhuître au Chêne et à Saint-Ouen, qui furent exécutés sous 
l'administration de son neveu Gustave Trusson. 

Malheureusement, il montra autant d'hostilité contre la 
commune, après avoir cessé d'en être maire, qu'il avait 
fait preuve de dévouement pour elle, étant à sa tête. 
Aujourd'hui, ses torts sont oubliés, mais ses bienfaits res- 
tent. 

1869, 6 décembre. — Auguste Aviat, adjoint, remplit 
les fonctions de maire. 

1870, i"'* novembre. — Florentin Bardon, maire. 

1871, 14 mai. — Joseph-Gustave Trusson, 4** et dernier 
du nom. 

1884, 27 juillet. — Léonide Bardon, qui démissionne 
aussitôt. 

i884, I" novembre. — Auguste Aviat, adjoint, qui 
démissionne également. 

1884, 3o novembre. — Alexandre Oudin, ancien insti- 
tuteur, aussi démissionnaire. 

i885, I®'' mars. — Léonide Bardon, pour la seconde 
fois. 

1889, 9 juin. — Ernest Bardon. 

1892, 29 mai. — Léonide Bardon, pour la 3*^ fois; il 
démissionne encore. 



MONOGRAPniB DB LA COMMUNS D8 LHUITUB 207 

1892, 27 juin. — Ernest Bardon, pour la seconde fois ; il 
démissionne de nouveau. 
1894, 14 janvier. — Edmond Hanry. 

Culte. 

Le culte catholique et romain est le seul pratique ou 
adopté à Lhultre. Ce culte est principalement régi par la 
loi concordataire du i8 germinal an X (9 avril iSos), et 
par le décret du 3o décembre 1809 qui réglemente minu- 
tieusement les fabriques des églises. Mais la loi munici- 
pal du 5 avril 1884 a étendu les prérogatives des com- 
munes sur les fabriques. Ensuite la loi de finance du 36 
janvier 1892, complétée par le décret du 27 mars 1893, a 
fait des trésoriers de fabriques de véritables comptables 
publics, assimilés à ceux des hospices et des bureaux de 
bienfaisance. 

La paroisse de Lhuttre est desservie par un prêtre 
résidant, qui, de i838 à 1898, fut chaîné, en même temps 
du binage de la paroisse de Gran ville \ 

Avant la Révolution, les desservants de Lhultre pre- 
naient le titre de prieurs, en raison d'un ancien prieuré 
qui avait été réuni à Féglise. 

Aujourd'hui, les devoirs religieux sont très négligés à 
Lhuttre ; mais sauf de très rares exceptions, tout le 
monde respecte le prêtre et la religion, dont on demande 
toujours Tassistance dans les grandes phases de la vie et 
de la mort. 

Liste des anciens prieurs et curés de Lhultre. 

i44o. — Jean Lejeune, curé-prieur. 

1462. — Julien Maréchal, sieur de Boismoreau. 

. . . .? — Pierre Douby. (Archives de la Marne, fonds 
de l'abbaye de Toussaint en l'Isle.) 

1529. — Jacques Legrand, qui succéda au précédent. 

i574« — Nicolas Gravier, porté en remplacement de 
Julien le Mareschal, démissionnaire. (Archives de l'Aube, 
registre des insinuations du clergé, G. 77, page 164.) 

i58o. II juin. — Claude Qirardin, en remplacement de 
Nicolas Gravier, démissionnaire. (Id., G. 79, page 287.) 

I. Après la Révolution, la paroisse de Granville fut réunie à celle 
de Dosnon^ comme elle le fut de nouveau en 1898. 



208 MONOaUAPHIB DR LA COMMUNS DE LUUITRB 

i58a. — Jacques Thiessot, en remplacement de Claude 
Girard in. 

i584, 9 janvier. — Jacques Thoraassin, en remplace- 
ment de Jacques Thiessot. 

. . ..? — Fabien Brodard. 

1687, 22 août. — Pierre Loyseau, en remplacement du 
précédent. 

1997. — Nicolas Collot, né a Lhuître, où il est nommé 
prieur-curé, après avoir reçu tous les ordres dans la 
même année. 

1600. — Denis Collot (est-ce le même que Nicolas Col- 
lot), inscrit avec cette date dans la tour de l'escalier, à 
rentrée du jubé. 

i6<)5. — Pierre Loyseau (est-ce le même que celui de 
1687?). 

1625. — Nicolas Vallier. 

1626 à i633. — Nicolas Bouquet. 

i63oà i63i. — Louis Gombault, vicaire. 

1639. — Claude-Nicolas Félix. 

1659. — L'abbé Pierre Helvis, religieux de Tabbayo 
de Toussaint-en-risle de Châlons, est nommé prieur-curé 
de Lhuître, en remplacement du précédent. Sa nomina- 
tion est datée du 11 octobre 1659, sa provision est du 14, 
et sa prise de possession du 17 du même mois ; mais une 
opposition est produite contre cette nomination, par Phi- 
lippe Bouquet, curé du Petit-Trouan, qui avait proba- 
blement des droits antérieurs ou supérieurs sur ce poste 
auquel il fut appelé le 28 du même mois d'octobre 1659. 
(Archives de la Marne, fonds de Toussaint-en-l'Isle.) 

1680. — Mathurin Bureau. 

1687. — Jean Cazin, ayant pour vicaire l'abbé Roise 
qui ne fut pas remplacé. 

1690. — Raoul-René de Boishamon. 

1699. — Philippe Boulanger, religieux cordelier, signe 
les actes de catholicité, comme desservant de Lhuître, du 
i5 mars au i5 mai 1699 ; puis Edme Bouillot, religieux 
dominicain, Jes signe du 2 juin au 4 juillet suivant, et, 
ensuite, du i'^'' septembre au i*"^ octobre de la même 
année. 

1701. — Laurent Becquct. 



MONOGRAPHIB DB LA COMMUNS DB LHUITKB 209 

17 lo. — Ignace-François-Xavier Godet, de Saint-Hilai- 
remont. 

ijSn, mai. — Guillaume Clicquot. 

1764 a 1792. — François-André Martin, dernier prieur 
de Lhuître. (Voir sa notice biographique.) 

De 17912 à i8o3, cessation du culte. 

i8o3, 3o avril. — Joseph Isabel, curé. 

i8o5. — André Gillet, qui de Lhuitre Tut appelé à la 
cure d'Aix-en-Othe, en 1810. C'était un prédicateur distin- 
gué, car Tannée suivante, en 181 1, il vint prêcher la sta- 
tion du carême^ à la cathédrale de Trôyes. 

iBio. — Jacques Gilles, mort et enterré à Lhuitre, le 
18 novembre i8i5, à Tâge de 66 ans. 

1816. — Nicolas Degand, mort et enterré à LhuUre, 
le 7 juin 1819. à Tâge de 66 ans. 

181 9. — Louis-François Brochot, mort et enterré à 
Lhuitre, le 3 octobre 1837, à Tàge de 79 ans. 

1837. — Antoine Maillot, mort et inhume à Lhuître, les 
v et 4 février 1878, à Tâge de 65 ans, après un séjour 
pastoral de 41 ans dans cette paroisse, à laquelle avait 
été rattaché le binage de Granville. (Voir les détails de ses 
obsèques aux Ephémérides, et sa notice à la Biographie.) 

1877, mars. — Foin, vicaire. 

1877, septembre. — Honoré Legrand, vicaire. 

1878, 3 mars. — Félix Perthuisot, curé. 

1879, avril. — Henri-Louis Lutel, venant de Plancy 
comme vicaire, quitte Lhuitre pour aller à Bayel. 

iBgti. — Camille Picard, venant de Saint-Pierre de 
Bar-sur-Aube, comme vicaire, quitte Lhuître avec un 
exeat pour passer dans le diocèse de Moulins (Allier). 

1894» ï^ octobre. — Ulysse Bernard, venant de Frali- 
gnes ; quitte Lhuitre pour aller à Dosnon, où il conserve 
le binage de Granville, qui avait été rattaché à Lhuître en 
i838. 

1898, 7 août. — Georges Rabiat, venant de Vougrey. 

Instruction primaire. 

U existe k Lhuitre deux écoles primaires publiques ; 
Tune pour les garçons, dirigée par un instituteur laïque, 
l'autre pour les filles, dirigée par une institutrice égalc- 

14 



2t0 MONOORAPHIB DR LA COMMUNE DB LHUITBB 

ment laïque. Ces écoles sont installées dans deux salles 
contiguës et séparées, comme les logements des maîtres. 

Chacune de ces écoles est fréquentée, en moyenne, par 
3o élèves, de six à treize ans. L'enseignement gratuit et 
obligatoire est donné conformément à la loi et aux pro- 
grammes universitaires ; et, chaque année, une moyenne 
de deux élèves par école obtiennent le certificat d'études 
primaires. 

Deux cours d'adultes, l'un pour les hommes, l'autre 
pour les femmes, ont lieu le soir, tiH>is fois par semaine, à 
des jours différents, depuis quelques années, pendant les 
mois de décembre, janvier et février. 

En résumé, l'instruction primaire à Lhultre ne laisse 
rien à désirer, ni sous le rapport de l'enseignement, ni au 
point de vue des progrès des élèves. 

Ajoutons que chaque école possède une bibliothèque 
scolaire dont les ouvrages choisis, instruotiftt et moraux, 
sont mis à la disposition des élèves et de leurs familles. 
Celle des garçons compte environ aoo volumes, at oelle 
des filles environ i5o, d'ouvrages différents, 

I4st« des anciens instituteurs de Lhutire. 

1607. — Edmond Remy, inscrit dans la tourelle de 
l'église comme « recteur d'escoUe ». 

1617. — Hilaire Remy, peut-être fili du précédent avec 
lequel il est inscrit. 

i683 à 1695. — Claude Grippon, très bon calligraphe, 
qui écrivit « l'Etat des fondations, obiits et services » qui 
se faisaient dans l'église de Lhultre, en 1695. 

1707, i8 février. — Décès et inhumation d'Alexandre 
Bouclier, « maître d'école de ce lieu », âgé de aS ans, 
enterré dans l'église. (Etat civil.) 

1711. — Nicolas Collet, <% recteur d'école », inscrit sur 
le mur de l'église. 

171a, II mars. — Inhumation de Jean-Baptiste Simard, 
âgé de 3a ans, « maître d'école », à Lhultre. (Etat civil.) 

173a. — Jean Pasquot, dont le nom est gravé par lui 
avec le titre de « recteur d'école », dans la tourelle de 
l'église, et figure également dans les registres de l'Etat 
civil, à la naissance de plusieurs enfants. 



f^n-. 



MOMMIÀPQIB m lé4 COMMUNE 08 I4HUITRS 21 1 

ij6o. ~ Joiiohim Fm»apd, figure »ur le» registres de 
l'Etat civil, comme recteur d'école, vers cette époque. 

1782.» — Louis Huart, fils. 

1785. — Louis Huart, père (est-ce le même devenu 
père?). 

1791. — Nicolas Isabel. 

1794. — Du 3 mars au 23 décembre 1794» la commune 
fut dépourvue de mattre d'école, et, pendant ce temps les 
garçons furent reçus à l'école des filles, tenue par Marie- 
Jeanne Leudot. 

1795. -«• Savinien Menuelle, ancien maître d'école, est 
nommé instituteur à Lbultre, par les Administrateurs du 
district d'Arcis. Mais cet individu, qui était un ivrogne 
fieffé ne s'occupant pas de sa classe, ne resta que quel- 
ques mois dans la commune qu'il quitta pour se livrer à 
la mendicité. (Voir les Ephémérides.) 

1795. — Laurent, dit Cade<, fabricant de bas, ouvrit une 
école pour les garçons, en attendant l'arrivée d'un nou- 
veau mattre pour remplacer le précédent, mis en interdit 
par les habitants. 

1796. — Pierre Moreau,' ancien maître d'école, vient 
s'établira Lhuître. 

1810. — Dominique Moreaux, non parent du précédent, 
lui succède. Celui-ci Ait un bon maître pour son époque, et 
surtout un excellent chantre à Téglise. 

L'école des filles ayant été supprimée, en i8i3, M. Mo- 
reaux prit possession de cette maison d'école où 11 réunit 
les deux sexes, jusqu'en 1849. 

1834 ^ 1848. -<- Alexandre-Ambroise Oudin, né à Lhuî- 
tre, le 26 avril 1796 (6 floréal an IV), ancien élève du sémi- 
naire de Troyes, ancien sous-officier d'infanterie, cheva- 
lier de la Légion d'honneur, pourvu du nouveau brevet de 
oapaoité pour l'enseignement primaire, ouvrit à Lhuître, 
au moia d'octobre i834) nue école primaire libre, où il 
reçut les élèves des deux sexes. 

Cette école, pendant les quatome ans qu'elle fut dirigée 
par cet habile maître, jouit d'une honorable et légitime 
réputation, dans toute la contrée d'où lui vinrent phisieurs 
élèves pensionnaires. 

i849i ï5 août. — Alexandre Oudin, fils du précédent, 
succède à M. Moreaux comme instituteur public. Il était 



212 MONOGBAPHIB DE LA COIIMONB DB LHUITRB 

pourvu du brevet supérieur et fut, comme son père, un 
maitre très distingué. 

i865, octobre. — Dupont (Léon-Emile). 

1878, i**" octobre. — Gauthier (Ernest-Isidore). 

1881, i""" octobre. — Drouard (Eugène-Elysée). 

1884, 10 janvier. — Lorin Richard. , 

1894, 16 février. — De Saint-Thibaut Emile. 

1900, 22 septembre. — Drouard (Eugène-Elysée), pour 
la seconde fois. 

Liste des anciennes iDStitutrices de Lhultre. 

1767. — Marie- Anne Bruchon figure avec le titre de 
« maîtresse d'école », comme marraine, dans un acte de 
baptême du 28 juillet 1757. 

1770. — Marie- Jeanne Leudot tient son école dans la 
maison nouvellement achetée à cet effet. 

1801. — Marie- Anne-Catherine Froissard, de Trouan- 
le-Grand. Elle quitte ses fonctions, le 22 mars i8o3, pour 
se marier à Lhuître, avec Jean-Baptiste Brodard. 

i8o3. — Marie-Jeanne Hubert, « sœur d'école », née à 
Sompuis, morte à Lhuître, le 12 juillet 1810, âgée de 68 ans. 

1810. — Marie- Anne Froissard, devenue veuve, reprend 
les fonctions d'institutrice à Lhultre. 

En i8i3, l'école des filles est supprimée, et l'instituteur 
vient prendre possession de cette école où il réunit les 
deux sexes. 

De i8i3 à 1849, suppression de l'école des filles. 

1849, octobre. — Rétablissement de l'école des filles, 
confiée à la direction de Mlle Prost (Delphine), institu- 
trice laïque. 

i853. — Mlle Adèle Masson. 

1857. — Mlle Mélina Rapinat, de Granville, qui quitte 
l'école pour se marier avec Auguste Brisson, à Lhultre, 
le 10 janvier 1859. 

i85o. — Mlle Isidorine Mullet. 

1860. — Mlle Léontine Bernard. 

i863. — Mlle Palmyre Guillaume. 

1868. — Mlle Joséphine Masson. 

1870, i*"" janvier. — Mlle Esther-Noémie Maillard. 

1878, i'^*' janvier. — Mlle Louise- Amélie Pouillot. 



HONOeRAPHIB DB LA COMMUNS DE LHUITRB 213 

1879, !•*' octobre. — Mlle Marie- Augustine Damet. 
1882, 10 septembre. — Mlle Marie-Zoé Bruant. 

1886, a8 février. — Mlle Félicie-Noémie Hudot. 

1887, i®*" octobre. — Mlle Maria-Rosine Aubert. 

1889, février. — Mlle Marie-Louise-Célestine Dupont, 
de Scey-sur-Saône (Haute-Saône), mariée à Lhuître, le 
21 octobre 1898, avec M. Elle Marchand. Cette excellente 
institutrice continue ses fonctions. 

Bureau de Poste. 

Depuis Tannée 1824, la commune de Lhuître relevait 
directement du bureau de poste d'Arcîs-sur Aube, dont 
elle est éloignée de lo kilomètres, et elle était desservie 
journellement par un facteur rural qui apportait, en même 
temps, les correspondances des deux communes de Gran- 
ville et Dosnon, qu'un second facteur, résidant à Lhuître, 
portait à destination. 

Depuis le i**" septembre 1899, cette commune est dotée 
d un bureau de facteur receveur, dont relèvent les com- 
munes de Granville et Dosnon. Ce bureau, rattaché à 
celui d'Arcis, est desservi par le courrier en voiture 
d'Arcis à Brienne qui, deux fois par jour, à 6 heures 1/2 
du matin, venant de Brienne, et à 4 heures 1/2 du soir, 
venant d'Arcis, dépose à son passage à Vinets les dépê- 
ches de toutes les directions pour le bureau de Lhuître. 

Le facteur-receveur de Lhuître et son auxiliaire, le fac- 
teur de Granville et Dosnon, viennent, à tour de rôle, à 
pied ou en bicyclette, chercher ces dépêches, en même 
temps qu'ils apportent celles de ce bureau. 

Deux distributions journalières sont faites à Lhuître ; 
la première à 8 heures 1/2 du matin, la seconde à 6 heures 
du soir : excepté le dimanche où la seconde distribution 
n'a pas lieu. 

Le bureau est ouvert au public de i heure à 3 heures, et 
de 7 heures à 8 heures du soir. 

Il y a deux boites aux lettres placées, l'une au bureau 
de poste, dans la rue de Badin ; l'autre au centre du village 
près du moulin. La levée de ces boîtes a lieu trois lois par 
jour aux heures ci-après : 

1° A 8 heures du matin pour les correspondances des- 
tinées à Granville et Dosnon seulement ; 



214 MONOOBAPHIB DB LA COMMXTNC DV LfiUITRB 

a^ A a heures du soir pour Ramempt, Brienne et autres 
directions ; 

3** A 6 heures du soir pour la boîte du moulin, et à 
5 heures du matin, le lendemain, pour la boite du bureau 
seulement» pour Arcis, Troyes, Paris et autnes directions. 

Lhultre n*a pas encore de bureau télégraphique, 6t cette 
commune est rattachée, sous ce rapport, an bureau de 
Ramerupt, son chef-lieu de canton, dont elle est éloignée 
de 8 kilomètres. 

Revenus, impôts et budget. 

La commune de Lhultre fait partie de la perception de 
Maillyf dont le titulaire est autorisé à résidera Arcis. Le 
percepteur fait Toffice de receveur et de payeur municipal 
pour la commune, et il vient opérer sa recette à la mairie 
le dernier mercredi de chaque mois. 

Cette commune ne possède aucun bien fonds ni revenu 
Axe. Ses revenus éventuels sont ceux établis par les lois 
de finance, et qui proviennent principalement du produit 
sur les amendes de police, sur les permis de chasse, sur 
les concessions ; les taxes sur les chiens, les voitures, les 
bicyclettes, etc. Elle ne peut donc faire face à ses dépen- 
ses obligatoires ou facultatives qu*au moyen des centimes 
additionnels, que le conseil municipal vote, pour ôtre ajou- 
tés au montant des contributions directes. 

Les impôts généraux sont fixés chaque année par une 
loi de finance, votée par les deux Chambres, et c^est à la 
session ordinaire du mois de mai que le conseil municipal 
est ai)i>elé à s*occuper des comptes de la commune, et ji 
préparer son budget pour l'année suivante. 

Aux termes de Fartide i45 de la loi du 5 avril i884i sur 
Torganisation municipale, le budget de la commune est 
proposé par le maire, voté par le conseil et approuvé par 
le préfet. 

Bureau de blenfaisanoe. 

La charité est un devoir sacré pour tous les peuples 
civilisés, à quelque nation et à quelque religion qu'ils 
appartiennent. Cette belle devise que le Christ vint prê- 
cher aux hommes sur la terre : « Aimes- vous les uns les 
autres », a pour conséquence et pour corollaire cette 
autre : « Aidez-voi^s les uns les autres. » 



HONOORAPHIB DR LA COMMUNE DB LHUITRB 215 

Le plus grand apôtre de la charité chrétienne fut Tadmi- 
rable saint Vincent de Paul, qui institua, en 1617, à Châ- 
tillon-les-Dombes (Ain), où il était curé, une Confrérie de 
Charité qui servit de modèle à toutes celles qui, sous son 
active impulsion, ne tardèrent pas à s'établir dans la plu- 
part des autres paroisses. 

Nous ne savons pas an juste à quelle époque la com- 
mune de Lhultre fut dotée de cette utile institution, mais 
tout nous porte à croire que ce fut vers i65o ; c'est-à-dire 
du vivant même du fondateur du premier établissement 
de ce genre. 

En 1708, date à laquelle remonte le plus ancien registre 
de la Confrérie de Charité, conservé dans les archives mu- 
nicipales de Lhultre, les femmes, qui composaient seules 
cette philanthropique association, étaient au nombre de 
soixante-et-onze. Le bureau, qui se renouvelait chaque 
r année à l'élection, était présidé par le prieur^uré, et se 
composait d une supérieure, d'une trésorière et d'une 
garde-meuble. Il était, en outre, assisté d'un procureur. 

Les revenus de la Confrérie provenaient des cotisations 
de ses membres, des dons volontaires, des quêtes fiiites à 
l'église et de l'argent trouvé dans le tronc des pauvres. 

Les secours consistaient en aliments ; pain, vin et 
viande ; en linge, vêtements et chaussures ; et^ enfin, en 
argent donné aux plus nécessiteux, en raison de leurs char- 
ges de famille et de leurs besoins. 

En 1709, les recettes s*élèvent à ao4 livres, 10 sols, 
4 deniers, et les dépenses à 170 livres, 10 sols, 3 deniers. 

Cette confrérie, dont nous reparlerons dans la partie 
historique, fonctionna régulièrement jusqu'au i*' août 
1792, époque où M"« Adélaïde Thévettot rendit compte de 
sa gestion, comme trésorière, depuis le i®*" août 1791. Ce 
compte se réglait par une recette de 56 livres i sol 9 de- 
niers, et par une dépense de 80 livres, 3 sols, 3 deniers. 

Après la Révolution, le bureau de bienfaisance ou de 
charité fut, peu à peu, négligé, et il cessa même complète- 
ment de fonctionner, vers 1827, époque où il fut réorga- 
nisé et confié à des administrateurs spéciaux. 

Aujourd'hui, le décret du ^3 mars 185a, qui régit l'admi- 
nistration des hospices, s'applique également aux bureaux 
de bienfaisance dont la commission se compose de cinq 
membres, nommés par le préfet et renouvelés annuelle- 



216 MONOeRAPHIB DE LA COMMUNE DE LHUITRE 

ment par cinquième, plus le maire qui en est président 
de droit. 

En 1900, les revenus du bureau de bienfaisance de Lhuî- 
tre se composaient ainsi : 

Rentes sur TEtat 102 fr. 

Concessions du cimetière ... 4^ — 
Secours de TEtat 5o — 

Total 192 fr. 

Les dépenses comprenaient : 

Secours en nature i5o fr. 

Secours en argent 4^ — 

Total 190 fr. 

Indépendamment des secours foui'nis aux indigents du 
pays par le bureau de bienfaisance, d'autres mesures d'as- 
sistance philanthropique sont encore prises par la com- 
mune, dans les conditions suivantes : 

1" Des dames de charité, libres, se cotisent pour venir 
spécialement en aide aux mères de famille dans la gêne ; 

a*» La commune prend à sa charge le logement des indi- 
gents étrangers qui sont de passage, pour l'hospitalité de 
nuit ; 

3** Enfin les indigents de la commune sont portés à Tas- 
sistance médicale, pour recevoir gratuitement les soins du 
médecin et les médicaments du pharmacien, en cas d'acci- 
dents ou de maladie. 

Sapeurs-Pompiers. 

L'organisation des sapeurs-pompiers est réglée parles 
décrets des i4 juin i852 el 29 décembre 1875. Ils relèvent 
du ministre de l'Intérieur et sont organisés par commune, 
en vertu d'arrêtés préfectoraux qui fixent leur effectif 
d'après la population. . Les officiers sont nommés pour 
cinq ans par le chef de l'Etat, et les sous-officiers sont 
désignés par le chef de corps, d'après le vote des hommes 
qui composent l'effectif. Quant aux sapeurs-pompiers ils 
se recrutent au moyen d'engagements volontaires parmi 
les hommes valides, de 26 à 60 ans. Leur engagement est 
également fait pour cinq ans. 



MONOOBÀPHIB DB LA COMMUNE DE LH0ITRB 217 

La commune de Lhultre possède une pompe foulante à 
incendie, depuis le i5 septembre i836, et une seconde 
pompe foulante et aspirante, depuis le i5 août 1887. Elle 
compte une subdivision de sapeurs-pompiers de vingt-six 
hommes, commandés par un sous-lieutenant, deux sergents, 
dont un porte-drapeau, et quatre caporaux. Deux clairons 
sonnent les marches, les rappels, les rassemblements et 
les alarmes. 

La revue et Texercice des pompes ont lieu le premier 
dimanche de chaque mois. 

Les sapeurs-pompiers de Lhuître sont armés et équipés 
aax frais de la commune. Ils ont la tenue de feu ou de 
service en treillis imperméable, avec casque nu en cuivre 
jaune; et pour tenue de fête, pantalon et tunique en drap 
noir, avec parements rouges, et képi en drap rouge à bor- 
dure de velours noir. Leur seule arme est le sabre-baïon- 
nette. 

Leur drapeau en soie tricolore, à franges d'or, a été 
renouvelé le 22 mars 1896. 

Ils célèbrent leur fête corporative par une revue, une 
promenade en musique et un banquet, qui ont lieu le 
dimanche qui suit le 6 décembre, jour de la Saint-Nicolas, 
leur patron. 

Liste des anciens chefs de sapeurs- pompiers. 

i836, i5 septembre. — Oudin ( A mbroise- Alexandre), 
instituteur libre. 
1848. — Henry (Ferdinand), maréchal-ferrant. 
i85o. — Aviat (Auguste), charpentier. 
i853. — Thévenot (Auguste), cultivateur. 
1874. — Gombault (Ferdinand), cultivateur. 
1895, 25 novembre. — Bergault (Ernest), maçon. 

Société musicale. 

La Société musicale de Lhultre (fanfare) a été fondée 
en 1872; mais ses statuts ont été révisés et approuvés par 
arrêté préfectoral, le 6 décembre 1882. 

Elle est placée sous le patronage de l'autorité munici- 
pale qui la subventionne, et a pour but d'étudier et de 
propager la musique d'ensemble. 

Elle se compose de membres exécutants et de membres 



218 MONOGRAPHIB DR LA COMMUNS DB LHUITAB 

honoraires, dont le nombre est illimité. Les uns et les 
autres paient une cotisation annuelle de 3 francs. 

Les répétitions de la musique ont lieu au moins une fois 
par semaine» dans la salle louée à cet effet par la Société . 

Dans les circonstances solennelles, telles que fêtes 
nationales, patronales ou autres, qui peuvent avoir Heu 
dans la commune, la Société se met à la disposition de 
l'autorité locale, pour lui prêter son concours qu'elle 
accorde également pour les fêtes religieuses. 

file donne aussi, de temps en temps, des soirées artis- 
tiques, dans la salle de ses réunions. Ces soirées sont 
gi^atuites pour les membres honoraires et payantes pour 
les autres personnes, aûn d'augmenter ses ressourses. 

Elle posëède une jolie bannière en velours grenat, fran- 
gée 4'oi*, acquise en 1876, au moyen d'une souscription 
spéciale. 

Cette bannière est surmontée d'une chaînette et d'une 
couronne en cuivre doré auxquelles sont suspendues les 
nombreuses médailles, palmes et couronnes obtenues 
par la fanfare, dans les divers concours auxquels elle a 
pris part. 

La Société comptait en 1900, quinze membres exécutants 
et trente membres honoraires. Elle célèbre sa fête annuelle 
par un banquet fraternel suivi d'un bal, à l'occasion de la 
Sainte-Cécile (aa novembre), patronne des musiciens. 

Liste des anciens chefs de musique de Lhultrê. 

187a. — Olivier (Aimé), président-fondateur ; 

1875. — Lefèvre-Aviat, dit Frédès ; 

1879, 8 mai. — Somsois (Léopold) ; 

i885, 3i mai. — Martin (Léonidas) ; 

1886, a3 mai. — Somsois (Léopold) reprend; 

189 1, 7 novembre — Clémont (Henri) ; 

1900, février. — Somsois (Léopoldt) pour la 3« fois. 

Fttes publiques. 

A Lhultre, comme dans la plupart des autres communes 
de France, les fêtes religieuses et les dimanches ordinaires 
ont beaucoup perdu de leur ancienne vogue et de leur 
solennité, depuis que le sentiment religieux a fait place à 
rindifférence et au scepticisme. Nous ne critiquons pas 



MONOGRAPHIE DB LA COMMUNS DB LRtTtTRB 219 

l'esprit moderne, ce travail n^étant pas une oeuvre de dis- 
cussion, mais nous constatons simplement un fait, qui a 
sa répercussion sur le commerce. 

Autrefois, en effet, on s'habillait, le dimanche matin, 
pour assister aux offices. Après les vêpres, la jeunesse se 
réunissait sur la place publique, pour s*y divertir, par des 
rondes ou des danses, tandis que les hommes allaient 
jouer aux quilles, an billard ou aux cartes, au cabaret 
voisin, en y prenant une bouteille de vin ou de bière. Le 
soir, à la nuit tombante, en été, chacun rentrait ohex soi. 

Aujourd'hui, on travaille le dimanche, comme les 
autres jours de la semaine, sans en être ni plus ni moins 
avancé dans ses travaux, ni plus ni moins riche au bout 
de Tannée. Quant aux fêtes chdmées, les divertissements 
qui les caractérisent, c'est^i-dire le bal, les jeux et les ras- 
semblements, ne commencent que vers huit à neuf heures 
du soir, pour se terminer vers une heure du matin. Mais 
ces réunions sont bien moins nombreuses qu'autrefois, 
où Ton y venait de tous les villages des environs. 

Quant aux jeux et aux travestissements du carnaval, 
qui avaient lieu dans les veillées d*hiver, ils ont complè- 
tement disparu avec celles-ci. Disons la vérité : on ne 
sait plus s'amuser. 

Parmi les fêtes locales qui existent encore à Lhuitre, et 
se font dans les conditions restreintes que nous venons 
d'indiquer, il nous reste à signaler les suivantes : 

i'^ La Pentecôte, qui se fait le dimanche et le lundi où 
elle tombe. La musique joue aux offices du dimanche, et, 
ordinairement, un pèlerinage a lieu, le lundi, à la chapelle 
de Sainte-Tanche où se dit la messe. Les repas de famille 
et d'amis et le bal du soir en sont les parties mondaines 
les plus caractéristiques, complétées par les chevaux de 
bois, les tirs à la carabine, les jeux et les jouets divers, 
ainsi que les sucreries et autres friandises qui font la joie 
des grands et des petits. Cette fête est la plus importante, 
en raison de la belle saison où elle arrive, 

Qi^ La fête Nationale du i4 juillet, annoncée par la son- 
nerie des cloches en volée, est marquée par une distribu- 
tion de secours aux indigents, le matin ; une revue des 
sapeurs-pompiers, accompagnés des musiciens qui jouent 



220 MONO0RAPHIB DE LA COMMUNS DE LHUITRB 

la Marseillaise,, à la mairie, et d'un défilé, avec drapeau 
et bannière, par les rues, à quatre heures. 

A cinq heures, un banquet démocratique, composé de 
pain, vin, cervelas et fromage, a lieu sur la place publi- 
que, aux frais de la commune. Tous les hommes et les 
enfants ont le droit d'y prendre part gratuitement. Ce 
banquet est ordinairement égayé par des chants et des 
morceaux de musique, et suivi d'un bal. 

3<* La fête patronale de Sainte-Tanche,^ qui tombe le 
lo octobre, se fait, selon Tusage local, le dimanche et le 
lundi suivants. La musique en forme, naturellement, le 
principal attrait, en prêtant son concours aux offices du 
dimanche, et en donnant un concert sur la place le lundi. 
Quant aux repas de famille, pour les invités, aux jeux et 
au bal du soir, ce sont à peu près les mêmes qu'à la Pen- 
tecôte. 

Aux trois fêtes principales ci-dessus, et aux fêtes cor- 
poratives des pompiers et des musiciens, dont nous avons 
parlé précédemment, il faut ajouter la fête de Sainte- 
Catherine, patronne des jeunes filles à marier, que 
celles-ci célèbrent, le aS novembre, par une grande messe, 
à laquelle elles assistent le matin, et par un banquet suivi 
d'un bal, le soir ; puis la fête de Saint-Nicolas, patron 
des jeunes garçons, que ceux-ci fêtent de la même ma- 
nière, le 6 décembre. 

Nous croyons devoir ajouter, ici, quelques renseigne- 
ments au sujet des usages suivis à Lhuître, dans les fêtes 
de Ma7*iage,Ces fêtes, composées principalement de ban- 
quets, de compliments, de chants et de danses, durent 
ordinairement deux jours et une partie des nuits. 

Autrefois, on se mariait généralement le lundi ; mais 
depuis que le clergé a autorisé l'usage de la viande, le 
samedi, on se marie de préférence ce jour-là, parce que 
le second jour étant un dimanche, il remplace un jour 
ouvrable pour les invités. 

Quand l'un des futurs est étranger au pays, les garçons, 
si c'est le garçon qui est étranger, et les filles, si c'est la 
fille, vont lui présenter un bouquet et lui adresser un com- 
pliment de bienvenue, le jour des accords ou de Ventrée, 
et ils reçoivent du complimenté une gratification en 
argent, que les jeunes gens consomment au cabaret, et 
que les jeunes filles mettent en réserve pour leurs menues 
dépenses communes. 



MONOORAPHIB DE LA COMMUNS DB LHUITRB 221 

Le jour du mariage, à la suite du diner, vers trois 
heures de Taprès-midi, ont lieu la course et le saut des 
gants. Voici en quoi consistent ces exercices : 

Des jeunes gens du pays, en plus ou moins grand nom- 
bre, à cheval, sans selle ni étriers, se rendent à la maison 
où se fait la noce et y prennent une collation, puis ils 
remontent à cheval pour se rendre au champ de course 
choisi, près du village. Toute la noce les suit, musicien en 
tête, accompagnée de la jeunesse. Là, ils s'alignent à une 
distance de 4 à 5oo mètres du but, indiqué par une perche 
plantée en terre, au sommet de laquelle sont attachés un 
ruban et une paire de gants, pour le vainqueur de la course. 
Au signal donné, tous les cavaliers partent au galop de 
leurs chevaux dont ils stimulent Tardeur, de la voix et 
de la cravache, et le premier arrivé sur la ligne horizon- 
tale de la perche reçoit le prix qui y est attaché. L'épreuve 
recommence ensuite avec un nouveau ruban, pour le 
second prix. 

Pour l'épreuve du saut, le jeune marié prend sa course 
et saute, à pieds joints, le i)lus loin x)ossible. On repère, 
par un mouchoir et une barre transversale les deux points 
extrêmes du saut ; puis les jeunes gens sautent successi- 
vement, à leur tour, sur la même piste, à partir du pre- 
mier but pour déliasser le second. Le vainqueur reçoit du 
marié une gratification destinée à être consommée par 
tous les jeunes gens. 

Le jour du tirage au sort, les jeunes conscrits de Lhultre 
sonnent les cloches en volée, au moment de leur départ 
pour le chef-lieu de canton, ainsi qu'à leur retour. Le soir, 
ils dînent en compagnie des conscrits de l'année suivante. 



DEUXEME SECTION — STATISTIQUE AGRICOLE, 
INDUSTRIELLE & COMMERCIALE 

AGRICULTURE 

État bt Progrës de l'Agriculture 



Trartiliez^ prenez de la peine, 
C'est le fonds qui rnanqno le moins. 

(Fai Fontaine, Livre V, fable 9. ; 



Longtemps stationnaire au port de la routine, Tagricul- 
ture s*est enfin mise en marche dans la voie des réformes 



2t2 IfOMOCIBABHIB DB LÀ COMMUN! Dl LHQITU 

et des améliorations, et elle a ftdt on France, et particu- 
lièrement dans la Champagne, d'immenaea progrès, depuis 
un siècle. 

Grftee à Tlntelligente initiative des Sociétés, des Comi- 
ces et des Syndicats agricoles qui se sont multipliés de 
toutes pai'ts ; grâce aux professeurs départementaux d^a« 
grioulture, qui rayonnent périodiquement dans les prinoi-> 
pales communes rurales, pour y Tulgariser la connaissance 
et la pratique des meilleures méthodes de culture, un 
outillage plus complet et mieux perfectionné ; des assole- 
ments mieux combinés, avec une plus large place consa« 
crée à la culture des plantes fourragères, aux dépens des 
jachères improductives ; un meilleur choix des races, et 
des soins plus habiles donnés au bétail et à la basse*cour; un 
meilleur traitement des Aimiers de ferme, et surtout rem- 
ploi de nouveaux engrais chimiques, minéraux et oi^^ani* 
ques, appropriés à chaque sol et à chaque culture : telles 
sont, en résumé, les principales améliorations réalisées 
dans ces derniers temps, et qui ont à peu près doublé le 
rendement des divers produits agricoles. 

Pour compléter tous ces progrès, en ce qui regarde la 
Haute-Champagne, ou plutôt pour les commencer, ses 
vastes coteaux crayeux les plus rebelles à la culture ont 
été plantés de sapins (pin sylvestre et pin noir d'Autriche), 
et de vordres (saule vert et saule marsault) qui rempla- 
cent les friches, en fournissant aux habitants le bois de 
chauffage dont ils étaient autrefois dépourvus. 

Les pins sylvestres de la Champagne ont été gravement 
endommagés, de 1893 à 1896, par le Bombyx du pin fZiasio- 
campa pini) ; mais ce fléau, qui a atteint 5oo hectares sur 
le territoire de Lhultre, n'a été heureusement que passa* 
ger, et, bientôt après, Talevin de semis naturels est venu 
remplacer les anciennes plantations détruites. 

Tous ces progrès, comme nous l'avons déjà dit, ont 
donné aux habitants une plus grande aisance, et même 
une plus grande richesse, car les propriétés rurales ont 
d'abord atteint des prix très élevés. Mair la surproduction 
des grains et des bestiaux indigènes, d'une part, et la 
concurrence des mêmes produits étrangers, de l'autre, 
n'ont pas tardé à amener l'abaissement du prix de ces 
denrées, et, par suite, celui des biens ruraux. 



MQMOQRÀPHm PS LA. COMMUNS DB LHUITBB 223 

Une autre cause de dépréciation de la valeur vénale des 
terres provient aussi, en grande partie, de la dépopula- 
tion des campagnes. En effet, le territoire ayant toujourf 
la même surface à cultiver et manquant de bras pour le 
faire, les salaires des ouvriers agricoles ont augmenté 
dans des proportions qui absorbent, en partie, les revenus 
de la culture. Dans ces conditions, le cultivateur qui pos- 
sède suffisamment de terres pour pouvoir les exploiter 
seul avec sa famille, ne cherche pas à en acquérir davan- 
tage, pour être obligé de prendre des domestiques dont le 
travail lui deviendrait onéreux. 

Mais si l'Agriculture, aujourd'hui, n'enrichit pas le 
laboureur, elle lui procure et lui assure toujours, d*une 
manière à peu près certaine, les deux biens les plus 
précieux et les plus nécessaires au bonheur de Thomme 
ici-bas : Le bien-être matériel et Tindépendance morale. 

Du reste, le paysan n'est plus cet être inférieur d'autre- 
fois, constamment courbé vers le sol, comme une bête de 
somme ; à peine nourri, à peine vêtu et mal logé, méconnu, 
dédaigné et méprisé des autres classes de la société , bien que 
de tous temps il ait su aimer, nourrir et défendre son pays. 

Sa profession est la plus honorable, la plus noble et la 
plus utile de toutes ; par son travail, son esprit d'ordre, 
son intelligence et son instruction, il a su conquérir la 
place qui lui appartient dans la société : celle d'un bien- 
faiteur de l'humanité et d'un bon citoyen, ayant droit à 
l'estime, au respect et à la reconnaissance publics. 

Exploitations ruraieo. 

État dss PROPRiérés. 

Voiei quelle était la répartition ou classification géné- 
rale des propriétés, sur le territoire de Lhuître, à l'époque 
du cadastre, arrêté le 22 septembre i838 : 

i^ Propriétés imposables non bâties, 
Naturb Supexficis Rbv^u 

Terres labourables 3 384!!. 18a. 38c. 11.116 fr. 

Prairies naturelles 11 27 a^ 178 54 

Terrains planta i 86 60 a6 66 

Bois... 6$ 19 60 63a a8 

Landes ec friches 43 81 9a 18 30 

Sartace des bâdmenu lo 39 4$ loo 89 

Premier cocaU ...••. 3.^i6h. 63a, aoc. ia.073 tr, 57 



224 MONOGRAPHIE DB LA C0MMUNB6 DE LHUITRB 

i2° Superficies non imposables. 

Routes et chemins 59 7Î ^^ 

Rivière et ruisseaux 5 ^S ^^ 

Deuxième total é^h. 58a. 90c. 

30 Propriétés bâties imposables. 

Maisons d'habitation 167 '«^i) 

Moulin à eau (a maisons). . a 35^ 



Totaux généraux .... 3.582h. 22a. loc. 13.636 fr. $7 

Voici, maintenant, quelle était la division ten-itoriale, 
d'après la dernière statistique agricole décennale, dressée 

en 1892 : 

jo Superficie culti{>ée. 

Terres labourables 2.43ah.6oa. » 

Prairies naturelles 9 » 

Vignes » ^^ 

Vergers «» 5o 

Jardms potagers 4 4^ 

Bois et sapins 697 77 

Premier total 3 i54 ^o ** 

2^ Superficie non cultiçée. 
Nature Superficie Revenu 

Landes et friches 35^ H " 

Territoire non agricole 75 67 ** 

Deuxième total 427 20 • 



Total général 3 »58^ l^^^t. 



Exploitations. 

Au point de vue agricole, on entend par exploitation 
rurale Tensemble des terres possédées x>ftr ^^ même 
propriétaire, quels que soient le nombre des parcelles et 
rétendue totale de ces propriétés. 

D'après cette donnée, on comptait à Lhuître, en 1892, 
i53 exploitations ; c est-à-dire que son territoire cultivé 
ou cultivable et imposé ou imposable appartenait à i53 
propriétaires différents, tant habitants de la commune 
qu'étrangers ou forains, et possédant ensemble une sux>er- 



MONOORAPHIB DB LA. COMMUNS DB LHUITBB 225 

ficie réelle de 3,iiio hectares, variant, de moins d'un hec- 
tare à !ioo hectares et au-dessus, par exploitation. 

Mais le nombre réel des cultivateurs existant dans la 
commune de Lhultre, en 1900, était de 68, dont 47 culti- 
>ant avec un seul cheval, 16 avec deux chevaux, 4 &vec 
trois chevaux et i possédant quatre chevaux, occux)és con- 
curremment à la culture et aux charrois. 

La moyenne de la culture pour un cheval est de i25 à 
3o hectares. 

Outillage agricole. ' 

Les principaux instruments et machines agricoles 
employés par les 68 cultivateurs de Lhuître consistent 
dans les objets ci-après : 

97 charrues simples, à avant-train ; 

78 charrues bi-socs, ou à deux raies ; 

6 charrues bineuses, à deux versoirs ; 

95 herses, tant en fer qu'en bois ; 

80 rouleaux, — 

ii5 machines à battre, dont la fixes, a locomobiles et 
II à tripot, avec ou sans tarare ; 

lia moissonneuses, dont i5 lieuses (en 190a) ; 

6 faucheuses à pré ; 

4 semoirs à cheval ; 

195 voitures diverses, à moisson, à fumier, à boucher 
et à tombereau. 

Enfin instruments divers, tels que tarares, cylindres, 
hache-paille, coupe-racines, faux, fourches, râteaux en fer 
et en bois, brouettes, bascules, etc. 

BéTAiL ET Basse-Cour 

Le gros et le menu bétail, ainsi que les volailles de 
basse-cour et les ruches d'abeilLes existant à Lhuttre, en 
1900, comprenaient les nombres et les espèces ci-après ; 

Chevaux de craie pour la culture 9^ 

Taureaux de race suisse 3 \ 

Vaches laitières 327 > 385 

Génisses $$ ) 

Porcs à l'engrais i la 

Béliers métis- mérinos 13 \ 

Mères brebis 673 f q. 

Moutons 410 ( '•^^'^ 

Agneaux et agnelles 765 ) 

15 



226 monogbàphib de la communs db lhuitbb 

Lapins domettiquet • i .800 

Poulet et coqs a .000 

Oiet lao 

Dindes et dindons 2^0 

Canes et canards 330 

Pigeons aoo 

Ruches d'abeilles systèmes divers 230 

En 1773, on comptait à Lhultre 98 chevaux de cnltare, 
et Ton voit que ce nombre a peu varié. Mais l'on n'y 
comptait que 209 vaches et 980 moutons et brebis, et ces 
deux chiffres ont doublé. 

Les vashes sont généralement nourries à Tétable. Une 
bonne vache laitière donne environ 1,000 litres de lait et 
un veau chaque année. Ce lait est en partie employé pour 
r^*ievage des veaux gras, que l'on pousse jusqu'à l'âge de 
deux à trois mois, pour la boucherie. Le surplus des 
besoins de la consommation est généralement vendu à des 
laitiers qui le lèvent à domicile, au prix moyen de 10 cen- 
times le litre. 

Production bt emploi dbs fumiers. 

La question du fumier est capitale en agriculture, sur- 
tout pour les terrains de la Champagne ; on pourrait 
même dii'e que le fUmier est le capital de l'agricullure, 
puisque les produits qui en résultent constituent son 
revenu. 

La production et la qualité du fumier de ferme dépen- 
dent naturellement du bétail que l'on nourrit, et aussi des 
fourrages dont on dispose A Lhuf tre, la moyenne annuelle 
peut être évaluée de la manière suivante : 

Pour un cheval 15 mètres cubes* 

— une vache 35 — 

— un gros porc 8 — 

«-> on mouton... i — 

— dit lapins. i — 

Mais il importe de remarquer que le rendement en 
fumier d'une génise ne peut être évalué qu'à la moitié de 
celui d'une vache, et le rendement d'un agneau à moitié 

I Les cheYaux et les moutons prodairaient d^arantage de fumier à 
retable et à Fécttrie sMs ne passaient pas une partie de la belle saison 
dans laa càamps où leur crottin n*est pastoojom^ perdu. 



MONOORAPÛIB DE LA COMMUNS DB LHtliTRB 22'} 

de celui d*an mouton. Ce qui donne pour la production 
entière de la commune de Lhnttre les quantités ei-après : 

Chevaui, 95 X i J = 1,4^5 m/c. 

Vaches, 330 X aj = 8,ajo — 

Génisses, 55 X 12. 50 = . . 687. Jo 

Porcs, lia X 4 "S 448 — 

Moutons et brebis, I9095 X i =.. 1,095 — 
Agneaux et agnelles, 76$ x o ;o = 382 50 

Lapins, 1800/10 X i 3=.... 180 — 

Toul 12,468 m/c. 

On comprend, toutefois, que La quantité de fumier pro- 
duite dans Tannée est subordonnée à la quantité de paille 
et de fourrage dont on dispose. Nos évaluations sont donc 
basées sur une bonne année ordinaire, où le bétail ne 
manque ni de nourriture, ni de litière, en quantité suffi- 
sante. « 

On évalue aussi, quelquefois, le fumier au quintal métri- 
que, et l'on compte à peu près de deux à quatre quintaux 
pour on mètre cube. Mais, quel que soit le mode d*éva- 
luation, le fumier ne doit être ni trop frais et pailleux, ni 
trop consommé, ni trop sec, ni trop humide. Son état nor- 
mal, pour être évalué, comme pour être employé ou vendu, 
est pris environ un mois après sa sortie de Técurie, lors- 
qu41 a été mis en tas et bien mélangé dans la cour, à Tabri 
du soleil et arrosé, au besoin, pendant Tété. Dans cet état, 
il est estimé 5 francs le mètre cube. 

On emploie, en moyenne, pour un bon fumage à fro- 
ment, 48 mètres cubes par hectare, ou Sa voitures à un 
cheval, à raison d'un mètre et demi par voiture. D'où il 
résulte que, d'après les données qui précèdent, on peut 
fumer annuellement à Lhuître, avec les ifi.468 mètres 
cubes de fumier produits par le bétail, environ 260 hecta- 
res, soit un peu plus du dixième de la surface cultivée, à 
laquelle fumure viennent s'ajouter les engrais chimiques 
et les engrais verts. 

Cultures et Produite 

L'assolement triennal est encore généralement suivi à 
Lhultre, où la rotation des cultures a lieu dans l'ordre sui'* 
vant : 

Première année. — Seigle ou froment. 



228 MONOvlRAPHIB DB LA CX>MMUNB DB LHUITRB 

Deuxième année. — Avoine ou sarrasin, après le seigle, 
et orge après le froment. 

Troisième année. — Jachère, pommes de terre, four- 
rage vert, fourrage racines, plantes sarclées et fumées. 

La culture du chanvre, celle du colza, des lentilles et de 
la lupuline ou minette dorée, qui occupaient autrefois 
plusieurs hectares à Lhultre, ont complètement disparu 
depuis quelques années. Celle du sarrasin, qui avait beau- 
coup baissé, aussi, à repris faveur depuis l'emploi des 
engrais phosphatés, pour la culture du seigle dans les 
petites terres blanches, où Ton a constaté que le sarrasin 
réussit très bien après le seigle, tandis que Tavoine ne 
réussit pas. 

Par suite de la destruction 'des plantations de sapins 
par le Bombyx du pin, une partie des anciennes sapinières 
ont été défrichées et remises en culture (environ loo hec- 
tares sur 5oo), tandis que le reste a été conservé en alevin. 

Voici quels étaient en 18912, les surfaces cultivées à 
Lhuître, avec le rendement moyen, en grain, paille et 
fourrage, pour les divers produits : 



MONO0RAPHIB DB LA COMMUNB DB LHUITRB 



229 



CULTURES DIVERSES 



SURFACES 

CVtXVfÉ*». 



i** Céréales. 

Froment 

Méteil 

Seigle 

Orge 

ÀToine 

Sarrasin 

2» TuberculeSy racines 

Pommes de terre 

Carottes fourragères 

Betteraves 

Choux-raves 

3» Fourrages verts. 

Seigle vert 

Vesces et d ravier es 

Beurré 

Cboux verts 

4» Fourrages secs. 

Prés naturels , 

Sainfoin 

Trèfle 

Luzerne 

5» Au'res cultures. 

Haricots 

Petits pois 

Navette 

6«» Jachères mortes. 

Total cultivé 



HeeUrefi. 

150 > 
4 50 
566 > 
70 50 
470 
400 



50 

10 

8 

47 



6 > 
2î 50 

1 50 

7 50 



7 » 

175 » 

40 > 

30 50 



RENDEMENT MOYEN 
par hectare en 




Hectolitre*. 

13 
14 
8 
45 
42 
40 



1 50 

50 

1 » 


20 
48 
12 


500 » 


» 


2.238 > 



Quintaux. 

49 
20 
15 
44 
41 
8 



60 
450 
160 
460 



40 
45 
20 
50 



20 

6 

22 

20 



Anoisnnes cultures 

En ijjS, la culture des céréales, sur le territoire de 
Lhultre, se résumait dans le tableau ci-après : 



230 



UONOQRAPHIB DE hk COMUDNB DB LHUITBB 



CULTURES 


SURFACE 

en 
ARPtirrt. 


laBmn 

pararpeat 
en boÎHieaux 

S4MMC CWpriM 


POIDS 
da boÏMeaa 

en 
limt le graii. 


PRIX 

daboÎMean 

en livret 

MIS et deiien. 


R'rnmfint . « 


50 
1.350 

50 
1.350 

50 


Boisseaox. 

10 
7 

10 
10 
10 


Lirrei. 

40 
36 
30 
20 
32 


1. *. d. 

1 13 4 
1 4 » 
» 18 8 
>» 8 4 
» It 6 


Stfigle «..•.# 


OfUe - . . . â « 


Af Oine • 


Sflrrasio . . •• • 


Total 


a. 850 



Nota. — L'arpent, à Lhultre, valait un demi-hectare, le 
boiMeau valait *à5 litres, et la livre pesait 491 grammes. 



Valeur vénale des propriétés rurales et prix 
et salaires des euvriers agricoles 

La valeur vénale, ou prix de vente des propriétés ru- 
rales a considérablement baissé, à Lhultre, depuis une 
trentaine d'années. Cette dépréciation du sol, qui est 
générale en France et tient à plusieurs causes, fut peut» 
être plus accentuée encore ici qu'ailleurs, en raison de la 
grande étendue du territoire, de la diminution sensible de 
la population, et de plusieurs ventes importantes de 
propriétés, notamment des terres de la ferme du Château, 
en 1875. 

Mais il convient d'ajouter, tout de suite, que depuis la 
certitude de rétablissement du camp de Mailly, actuelle* 
ment occupé par les troupes (19012), les bonnes terres, bien 
placées, ont repris faveur dans les dernières ventes. 

Voici, maintenant, comme termes de comparaison, 
quelle était la valeur vénale et les prix de fermage ou de 
loyer, à Theclare, en 1866, 1882 et 189a : 

1866 



CLASSES 


PROPORTION 


VALEUR 


LOYER 


—- 


_ 


.^ 


.«« 


f Classe 


10 0/0 


3 «OOO francs 


50 francs 


a« — .... 


^5 - 


I , joo — 


35 - 


y - .... 


20 — 


750 - 


10 — 


4» — .... 


14 — 


300 — 


4 — 


y - .... 


3ï — 


80 -^ 


i — 



MONOORAPHIB DB LA COIIMUNB DB LBUITRB 23! 







i88a 




CUISSES 


PROPORTION VALEUR 


LOYER 


— 


— 


^ 


— 


I'* Classe..,. 


lo — 


1.800 i^ancs 


30 francs 


3« — .... 


^S - 


I.OOO — 


15 - 


3* - .... 


ao — 


500 - 


5 - 


4« - .... 


14 - 


80 — 


1 — 


r - .... 


31 - 


40 — 


— 


• 




189a 




I» Classe.... 


» 


1.400 francs 


ao trafics 


a* — .... 


> 


600 — 


5 " 


r - .... 


» 


300 — 


a — 


4* — .... 


» 


40 - 


— 


5- - .... 


» 


15 - 

* 


— 



Quant aux salaires des ouvriers agricoles, loin devoir 
baissé comme le prix des terres et des maisons, dans les 
campagnes, ils ont suivi, au contraire, ime progression 
croissante continue, en rapport, du reste, $ivec les prix de 
toutes les denrées nécessaires à la vie ; mais qui contri- 
buent aussi, pour leur part, à la gêne des fermiers et des 
gros cultivateurs, dont ces salaires absorbent le plus clair 
des bénéfices. 

Les domestiques à gages et les journaliers agricoles 
sont généralement nourris chez les cultivateurs qui les 
occupent. Les appointements annuels d*un bon domes- 
tique, de aS à ^o ans, connaissant tous les travaux des 
champs et de la grange, varient de 5oo à 600 francs, et 
ceux d'une bonne servante, au courant des soins du 
ménage, du bétail et de la basse-cour, sont dç 3oo à 
400 francs. 

Pour les journaliers, il y a naturellement deux prix 
différents, pour l'été et pour l'hiver, encore faut-il distin- 
guer, en été, les travaux spéciaux de la moisson, des tra- 
vaux de culture ordinaires. C'est ainsi qu'un faucheur se 
paie de ^ k 5 francs par jour, et une enjaveleuse de 12 à 
3 francs. 

Pour les autres travaux, la journée de l'homme se paie 
3 francs, en été, et it francs, eu hiver ; et celle de la femme 
I fr. 5o, en été, et i franc en hiver. Si les ouvriers se nour- 
rissent à leurs frais, ces prix sont augmentés d'un franc 
par jour. 



232 MONOGRAPHIB DB LA. COMMUNS DB LHXJTTRB 

Voici, maintenant, quels sont les prix des principaux 
travaux agricoles exécutés à façon : 

Charroi de fumier ou d'emblavé, avec une voiture, un 
homme et un cheval : un franc par voyage, plus la nour- 
riture de rhomme et du cheval, quand ils sont occupés au 
moins une demi-journée. 

Labour simple ordinaire : de 8 à lo francs Thectare, 
selon la nature du sol. 

Ensemencement de seigle, d'orge ou de sarrasin, com- 
prenant trois labours, un hersage et un roulage : de aa à 
a/i francs. 

Ensemencement de froment, un labour, hersage et rou- 
lage : i6 francs. 

Ensemencement d'avoine, deux labours, hersage et rou- 
lage : 14 francs. 

Fauchage de froment, lier les gerbes, les mettre en tas 
et ragrener : 24 à '^^ francs. 

Mêmes travaux de moisson pour le seigle : 16 à 20 francs, 
selon la force de l'emblave. 

Fauchage simple, en ondain, de l'orge, de l'avoine, du 
sarrasin, du trèfle ou du sainfoin : 5, 6, 7 ou 8 francs, selon 
l'abondance et la difliculté de la récolte. 

Fauchage simple du pré naturel : 16 francs. 

Fanage, mise en tas et ragrenage : 16 francs. 

INDUSTRIE 

Anciennes industries 

Avant la Révolution, et même jusque vers 1870, deux 
industries principales occupaient un assez grand nombre 
d'ouvriers à Lhultre : c'était la bonneterie de coton, faite 
à façon, au métier à bras ; et la tisseranderie ou fabrica- 
tion des toiles en fil de chanvre, dites toiles de ménage, 
pour draps de lit, chemises et serviettes ; et en gi'os fil 
d'étoupes, pour toiles de treillis, dites toiles à sacs. 

Cette dernière industrie de la tisseranderie a complète- 
ment disparu, depuis une trentaine d'années qu'a cessé 
également à Lhuître la culture du chanvre. 

Le commerce du chanvre et des toiles de treillis était 
encore important à Lhultre en 1788 ; car, d'après une sta- 
tistique locale de cette époque, l'exportation de ces mar- 



monooràphib de la communs db LHUiraB 233 

chandises pouvait se monter, pour Tannée, à aoo.ooo livres 
ou loo.ooo kilogrammes, environ, à raison de 35 à 40 francs 
les cent livres, représentant une valeur de 80. 000 francs, 
indépendamment de la quantité employée au pays. 

On fabriquait aussi à Lhultre, anciennement, une sorte 
de gros drap, appelé tiretaine (probablement par corrup- 
tion de tire-laine), dont la chaîne était en fil de chanvre, 
et la trame en fil de laine. Ce tissu, dont on confectionnait 
des vêtements de travail pour les hommes, était très 
solide. Il subissait un apprêt, en passant au foulon, établi 
sur la Lhultrelle. 

Quant à la bonneterie, sans avoir cessé complètement, 
elle a perdu beaucoup de son ancienne importance à 
Lhultre. car on n'y compte plus aujourd'hui que i4 ouvriers 
travaillant a façon, pour des maîtres fabricants d'Arcis, 
dont 4 sur métiers hollandais, et 10 sur métiers rectilignes 
français. Encore, plusieurs de ces ouvriers ne travaillent- 
ils sur leur métier que pendant la saison d'hiver. 

Industries modernes 

Il existe actuellement à Lhultre deux établissements 
industriels pour Tachât et l'exploitation des principaux 
produits du pays : un moulin pour les grains, et une scie- 
rie pour les bois. 

Moulin 

Ce moulin est situé sur la Lhultrelle, au centre du vil- 
lage. Il appartenait autrefois à la maison de Dampierre, 
et faisait partie du domaine seigneurial, comme moulin 
banal. Lorsqu'il ne faisait que la mouture des petits sacs, 
pour l'alimentation des habitants, il était mû par une 
roue hydraulique et pourvu seulement d'une paire de 
meules. Reconstruit et agrandi en i856, il fut mû par une 
turbine et pourvu de deux paires de meules. A partir de 
ce moment, il fit la farine de commerce, en achetant les 
grains des cultivateurs, ou en leur échangeant ces grains 
pour des sons et farines, selon leurs besoins. 

Vendu en 1875, par les héritiers du dernier marquis de 
Dampierre, et racheté en 1896, par M. Paul Thévenot, 
celui-ci le fit restaurer complètement, en commençant par 
les pièces d'habitation ; puis il changea et perfectionna 
l'outillage du moulin, en y faisant installer trois paires de 
cylindres assortis, avec trieurs, broyeurs, granulateurs, 
bluteries assorties et autres accessoires de la meunerie 



234 MONOGRAPHIfi DE LA COMMUNS OB LHUITRB 

moderne, des systèmes les plus perfectionnés, pour la 
fabrication des farines de commerce des premières mar- 
ques. 

Enfin, M. Thévenot compléta cette installation par la 
construction de deux vastes magasins pour le dépôt des 
grains, sons et farines ; puis, en 1899, il fit installer un 
moteur gazogène, de la force de i5 chevaux-vapeur, pour 
seconder et, au besoin, suppléer la turbine, qui devient 
insuffisante dans les basses eaux. 

La production moyenne de ce moulin, marchant nuit et 
jour, en toute force, est de 4^ à 5o quintaux de farine par 
vingt-quatre heures* 

Scierie 

La scierie de Lhuître est située à i.8oo mètres, au sud et 
en aval du moulin, sur la rive droite de la Lhultrelle, 
lieudit La Prée, Elle a été construite en 1873 par 
MM. Auguste Aviat, charpentier à Lhuître, et Adolphe 
Ménard, charpentier à Trouan-le-Petit. 

A Torigine, cet établissement, mû par une large roue à 
aubes, actionnée par le courant de la rivière, sans autre 
chute que la surélévation d'eau produite par la retenue 
d une vanne de décharge, se composait d'un simple han- 
gar renfermant un banc de scie circulaire. 

En 1875, M. Ménard étant devenu seul propriétaire de 
l'usine, fit ajouter successivement deux autres bancs de 
scies, ainsi qu'une maison d'habitation et d'autres bâti- 
ments accessoires, grange, écurie, etc. 

Aujourd'hui, cet établissement, dirigé par M. Ménard 
fils, est parfaitement outillé et installé. Les principaux 
bois qui s'y débitent pour la charpente, la menuiserie et 
le charronnage, sont les essences de chêne, d'orme, de 
frêne, de sapin, d'aunelie et de peuplier. 

COMMERCE 

Exportation 

Le commerce d'exportation comprend naturellement la 
vente des produits agricoles et autres, qui excèdent les 
besoins de la consommation ; notamment les grains, le 
gros et le menu bétail et les produits qui en dérivent, 
ainsi que quelques bois d'œuvre. 



MONOORAPHIB DB LA COMMUNS DS LHUITRB 



235 



Les quantités moyennes des divers grains qui peuvent 
être vendues annuellement à Lhultre, sont les suivantes : 



GRAINS 


QUANTITÉS 


PRIX 


TOTAL 


«. 


«• 


— 


— 


Froment. . • 


i.^oc hectolitres 


ao francs 


30.000 francs 


xMéteil 


lOO — 


1$ - 


I . joo — 


Seigle 


4.000 — 


12 — 


48.000 — 


Orge 


I.OOO — 


la — 


I a . 000 — 


Avoine 


I.JOO — 


8 — 


12.000 — 


Sarrasin ... 


I . 000 — 


9 — 


9.000 — 


Sainfoin . . . 


750. - 


10 — 


7.J00 — 






Total,.. 


i2o.ooofrjncs 



Voici, maintenant, comment peut se répartir, approxi- 
mativement, la vente du bétail et de ses produits : 



Lait, i,8op hectolitres à 10 francs. . . 

Veaui gras, aa5 à lao Francs 

Vaches grasses, 25 à aoo francs 

Porcs gras, ay à ijo francs 

Brebis et moutons^ 400 à 30 h'ancs. . 

Laine, 2.500 kilog. à 2 fr. yo 

Volailles diverses, 2.500 à 3 francs. . 
Œufs, ly.ooo douzaines à o fr. 75... 
l apins, I .yoo à a fr. ay .......... . 



18.000 francs 

a7.ooo — 

5.000 — 

3.700 - 

la.ooo — 

6.250 — 

7.500 - 

11.250 — 

3-W - 



Total . 



94.125 francs 



Quant à la vente des bois d'œuvre, elle ne peut être éva- 
luée approximativement, ni en quantité ni en valeur, car 
elle n*a rien de fixe ni de' régulier, comme dans les bois de 
coupes réglées. Elle comprend simplement quelques lots 
ou quelques arbres isolés, principalement en peupliers, 
frênes et aunelles, pris sur les bords de la Lhuîtrelle. Si 
nous comptons cette vente pour 5 à 6.000 francs, cela nous 
donnera, pour la totalité du commerce d'exportation une 
somme de Qao.800 francs. 

Importation 

Le commerce d'importation, ayant pour objet Tachât 
des denrées et articles divers que le pays ne produit pas, 
comprend principalement les vins et alcools, Tépicerie, 
la mercerie, les vêtements et tissus, les meubles et articles 
de ménage, les engrais chimiques, les sons et tourteaux, 
etc. Mais ce commerce est trop variable et trop complexe 
pour que nous puissions entrer, ici, dans une évaluation 



236 IIOHOOSAPHIB DB LÀ COMMUinE DB LHUIIKB 

détaillée à ce snjet. Nous nous bornerons seulement anx 
évalnations approximatives ci-après : 

Vin ordinaire, 600 hectolitres à 3^ francs.. ai. 000 francs 
Eaa de- vie et liqueurs, 20 hectoL à aoo h*. 4.000 — 

Sons et remoalages, 90oquintaui à 13 fr.. 11.700 -^ 
Tourteaux divers, 600 quintaux à ij fir. . . . 9.000 — 
Engrais phosphatés, 400 quintaux à 7 fr . . . 2 . 800 — 

Porcelett^ ûoo tètes à 30 francs 6.000 — 

Total ... 54. 500 francs 

Le commerce de détail, pour l'épicerie, la mercerie, les 
toiles et tissus, la bonneterie, les articles de ménage en 
ferblanterie, vannerie, faïence et verrerie, etc., est géné- 
ralement fait aujourd'hui par des marchands ambulants, 
avec voitures, qui se transportent au domicile des clients 
pour y offrir leurs marchandises. 

Pour les vêtements de toilette, les objets d'ameuble- 
ments, de quincaillerie et les instruments et machines 
agricoles, on s'adresse généralement aux principales mai- 
sons d'Arcis, ou, par correspondance, aux grands magasins 
de Paris. 

Nous terminerons ce chapitre en rappelant qu'il se tenait 
anciennement, à Lhultre, un marché hebdomadaire, le 
mardi, pour la vente des menues denrées alimentaires 
telles que beurre, œufs, fromages, volailles et légumes; 
et deux foires annuelles qui se tenaient le jeudi de la 
mi-carême, et le 9 octobre, veille de la fête patronale. On 
y vendait des petits porcs, des volailles, des étoffes, des 
chaussures, des légumes secs et des petits gâteaux. 



MONOGRAPHIB DB LA. OOMMUNB DB LHUITRB 237 



§ III. - HISTOIRE 

PREMIÈRE SECTION. — PÉRIODE ANTÉRIEURE 
A LA RÉVOLUTION 

ETYMOLOGIE ET ORIGINE DE LHUITRE 

Comme pour la plupart des villages qui n'ont pas encore 
d'histoire écrite, on manque complètement de données 
authentiques et certaines sur l'origine de Lhultre, et sur 
les premiers temps de son existence. Mais, à défaut d'au- 
tres témoignages, son nom seul peut lui servir d'acte de 
naissance,' car il atteste incontestablement une origine 
gallo-romaine. 

Voici d'abord les noms latins sous lesquels Lhuître est 
désigné, dans les anciens documents qui sont parvenus à 
notre connaissance : 

xoij. — Lustriacum, dans un diplôme du roi d'Arles 
Rodolphe III, pour l'abbaye d'Aiçaunum K 

nao. — Lustre j charte de Philippe de Pont, ou Milon II, 
évoque de Troyes. (Archives de la Marne, fonds de l'abbaye 
de Toussaint-en-l'Isle de Chàlons.) 

1147. — Lhuistre, charte de l'abbaye de la Chapelle- 
aux-Planches, près Troyes (Archives de l'Aube). 

1149. — Lustrum, charte de l'évéque de Troyes, Henri 
de Carynthie (Archives de la Marne, fonds de Toussaint). 

1166. — Lustria, charte du prieuré de Ramerupt (Archi- 
ves de l'Aube). 

laii. — Lustria, cartulaire des comtes de Champagne 
(Archives de l'Aube). 

i!ii6. — Molendinum de Lustria, charte de l'Hôtel- 
Dieu-le-Comte, à Troyes (id.). 

x3i!i. — Luistre, charte du même Hôtel-Dieu (id.). 

xvi^ siècle. — Luystre, Pouillé du diocèse de Troyes. 



I. Ville de Tancienne Qaule, chez les Nantuates ; aujourd'hui Saint- 
Maurice en Valais (Suisse). 



238 MONOGRAPHIE DB LÀ COMMUNE DE LHtJITRE 

i58x. — Lhajrsires, registre des baptêmes de la com- 
mune de Lhultre, archives municipales de la commune. 

xviii« siècle. — Luitre et VHuitre, liste des paroisses du 
diocèse de Troyes. 

1783. — Lhuistria et Lhuistre; Topographie de la ville 
et du diocèse de Troyes, par Courtalon-Delaistre ; tome 
UI, page 459. 

xix^ siècle. — LhuUre, nom moderne. 
. On voit, par la liste ci-dessus, que Lhaitre s'écrivait 
autrefois sans A, avec une s à la fin de la première syllabe 
(Luistre), d'où Vl a pris l'accent circonflexe, pour indiquer 
la supression de cet s. 

Quant à l'introduction de TA, que rien ne motivait, et 
qui figure ou disparait quelquefois dans le même document 
et sous la plume du même auteur, elle est due unique, 
ment au hasard, ou à la fantaisie des écrivains, à une 
époque où l'orthographe des noms propres n'avait rien de 
fixe. Mais ce qui fit triompher l'adjonction de cette lettre 
parasitaire, ce fut évidemment le nom du coquillage dont 
on put croire que celui du village était dérivé. 

Si nous voulions faire, ici, un jeu de mots, nous dirions 
donc que ce fut un coquillage qui fit commettre une 
coquille orthographique ; et ce qui le prouve, c'est que 
l'on voit encore souvent, sur les suscriptions de lettres, 
ce nom écrit ainsi, avec ime apostrophe et une H majus- 
cule : r Huître. 

La vérité est que ce nom, comme on l'a vu plus haut, 
dérive directement du latin. Lustre, Lustrum, Lustria, 
c'est-à-dire lustre. Or, on sait que, chez les anciens 
Romains, le lustre désignait une période de cinq aimées, 
à la fin de laquelle se faisait le recensement de la popula- 
tion. Les citoyens se réunissaient pour cela, dans certains 
endroits indiqués, où avaient lieu, à cette occasion, dee 
fêtes et des sacrifices expiatoires, auxquels présidaient 
les prêtres païens qui avaient succédé aux Druides, après 
la conquête de la Gaule par Jules César. Là, aussi, se 
faisaient des ablutions et purifications de tout le peuple 
assemblé, qui se lavait dans Teau lustrale, dans laquelle 
le prêtre avait jeté un charbon ardent, pris à l'autel ou 
foyer du sacrifice. 

Tout indique donc, ici, que Lhultre fut l'un des centres 
où se firent ces recensements de la population, sous la 



MONOeRAPHiE DB LA. COMMUNE DB LHUITRE 239 

domination romaine, où Tean de la Lhultrelle servait aux 
purifications du peuple, réuni sur ses bords. Ce qui peut 
encore confirmer cette opinion, c'est qu'autrefois la Uiul- 
trelle ne portait ce nom qu'à partir de Lhuitre ; tandis 
qu'ordinairement, les cours d'eau prennent le nom du lieu 
le plus proche de leur source. 

Il faut admettre, dit M. Théophile Boutiot, que les lieux 
primitivement habités sont ceux qui portent le nom des 
cours d'eau qui les arrosent. Ainsi Lhuîjre, Herbisse, etc., 
sont des lieux où les habitations ont dû s'élever bien avant 
la conquête de la Gaule par les Romains ^ 

Du reste, l'antiquité de Lhuître est encore attestée par 
un grand vallon, situé au nord-ouest du village, et qui 
porte le nom de Valendreux ; c'est-à-dire Val aux Dreux 
ou Val des Druides. 

Rappelons également ici, ce que nous avons dit ailleurs, 
en parlant des antiquités et découvertes, qu'un cercueil 
gallo-romain a été découvert dans le cimetière de Lhuitre 
en i856. 

Les habitants de Lhuitre sont vulgairement désignés 
sons le nom de Lhuitrats ; mais leur véritable nom éty- 
mologique dérivé du latin, est Lustriens. 

LÉGENDE DE SAINTE TANCHE 

Le fait le plus ancien qui nous soit connu, se rapportant 
à Lhuitre, est le martyre de sainte Tanche, la patronne de 
son église, qui eut lieu sur son territoire. Voici ce que la 
légende, la tradition et l'histoire nous ont appris de plus 
intéressant, au sujet de ce drame mystique : 

A l'époque où Mahomet se mit à dogmatiser, en pour- 
suivant son but d'unité politique et religieuse, de nom- 
breux chrétiens orientaux, pour se soustraire à la domi- 
nation des fanatiques, quittèrent Antioche et Jérusalem et 
s'enfuirent vers l'occident. 

Après de longues pérégrinations à travers l'Europe, 
quelques-uns des exilés vinrent s'établir dans nos contrées 
et sur les bords de l'Aube. L'une de ces familles, origi- 
naire d' Antioche, s'était réfugiée dans le village de Saint- 

I. Boutiot, Histoire de la ville de Troyes et de la Champagne méri- 
dionale ; tome I*% page 56. 



'^40 IIONOORAPHIB DB LA. COMMUNS DB LHUITRB 

Ouën (Marne). Cette famille, qui descendait des anciens 
patriarches dont elle menait la vie simple et frugale, se 
composait du père, nommé Simplice, de la mère appelée 
Léonice, et d^une enfant qui avait reçu au baptême le nom 
de Tanche. 

Cette jeune fille, dit la légende, avait la beauté de Rachel 
et de Rebecca, ses aïeules ; et elle était accoutumée, comme 
celles-ci, aux travaux manuels. Pieuse, modeste, obligeante 
et charitable, elle faisait la joie de ses parents et Fédiû- 
cation de toute la contrée. Dès Tâge de seize ans elle fit le 
vœu secret de se consacrer entièrement à Dieu, en embras- 
sant la vie monastique. 

Peu de temps après ce vœu, probablement le 9 octobre, 
veille du jour où devait avoir lieu la dédicace de l'église 
d'Arcis-sur-Aube, les parents de Tanche se rendirent dans 
cette ville, chez un de leurs compagnons d'exil, qui était le 
parrain de leur fille, et l'avaient invitée avec eux à venir 
assister à cette cérémonie. Mais en voyant que sa filleule 
ne les accompagnait pas, celui-ci s'en plaignit, en expri- 
mant vivement ses regrets. En vain les visiteurs objec- 
tèrent-ils que leur enfant avait préféré rester à la maison 
pour s'y livrer plus paisiblement à ses goûts pour la soli- 
tude, le travail et la méditation; il n'admit point ces 
excuses, et envoya, sur le champ, un domestique qui avait 
toute sa confiance, avec deux hacquenées, pour chercher 
celle qu'il chérissait. 

Tanche ne résista point à cette pressante invitation, qui 
pour elle était un ordre, et elle se confia au messager qui 
lui était envoyé. 

Ils revinrent le matin du 10 octobre, jour où devait avoir 
lieu la consécration de l'église d'Arcis, montés chacun sur 
une hacquenée qui marchaient côte à côte * . 

Le ciel était serein, la verdure n'avait pas encore com- 
plètement disparu, et le calme du paysage que traversait 
la jeune et pieuse voyageuse élevait son âme vers Dieu, 
l'unique objet de son amour. Mais son compagnon était 
obsédé de pensées bien différentes, et pressé par d'auda- 
cieux désirs. 

Il chercha d'abord à faire tomber la conversation sur 
rainoar charnel, en se livrant à une peinture séduisante 



î. La distance d'Arcis à Saint-Ouen, en passant par Lhuttre, est de 
3i kilomètres. 



MONOGRAPHIE DB LA COMMUNS DE LHUITRB 241 

de ce penchant. Mais la vierge chrétienne répondit avec 
une sagesse qui imposa silence aux paroles et aux artifices 
du traître, qui fit semblant de céder et de renoncer à son 
coupable projet. 

Cependant, quand ils furent arrivés dans un lieu désert, 
entre Saint-Ouën et Lhuître, sur le territoire de cette 
dernière commune, et sur le versant sud de la Côte de 
BeignCy il arrêta, tout à coup, sa monture et celle de sa 
compagne de voyage, en menaçant la jeune fille de la tuer 
si elle ne consentait, à Tinstant, à ses infâmes desseins. 

L'infortunée ne voyant personne dans les champs qui 
puisse lui venir en aide, se recommande à Dieu et montre 
à l'ignoble provocateur un front courroucé. Elle s'élance à 
terre, du côté opposé, et tâche d'échapper par la fuite à 
son indigne agresseur, qui se met à sa poursuite et ne tarde 
pas à l'atteindre. Une nouvelle lutte s'engage : « Lutte 
« inégale, dit un hagiographe, si Ton ne considère que les 
« forces physiques ; mais terrible, si l'on se rappelle que 
« le Seigneur a promis d'être lui-même le soutien du fai- 
« ble et de l'innocent. » 

Cependant, après une heure d'une défense courageuse et 
désespérée, les forces de la vertueuse héroïne sont épui- 
sées, son beau corps est affreusement meurtri et son sang 
coule de plusieurs blessures. La rage de son ennemi s'ac- 
croît avec son impuissance et ne connaît plus de bornes. 
Enfin il achève la lutte et son forfait, en tranchant la tête 
de son innocente victime, avec l'arme qu'il portait pour 
la défendre. 

Le meurtrier disparut sur l'heure, sans doute enseveli 
dans les entrailles de la terre qui s'ouvrit sous ses pas, 
comme sous ceux de Coré, Dathan et Abiron. 

Quant à la vierge martyre, disent ici toutes les légendes, 
elle fut glorifiée par le Seigneur d'une manière admira- 
ble. Par un éclatant prodige, elle se relève, prend sa tête 
entre ses mains, et se met en marche dans la direction de 
Lhuître. 

Arrivée près d'un épais buisson d'aubépine, au milieu 
de la plaine, elle s'arrête, dépose son précieux fardeau et 
rend sa belle âme à Dieu. 

Une légion d'anges, dit le pieux Desguerrois, empor- 
tent triomphalement cette âme au ciel, tandis qu'un autre 
groupe de ces esprits bienheureux creusent, en ce lieu, une 
tombe à sa chaste dépouille, en faisant croître à l'instant 

16 



fit MONOORAPHIB DB LA COMMUNS DB LHUITRB 

tout autour, un massif de ronces et d'épines, pour la 
tit fendre contre toute profanation des hommes et des ani- 

IllilUX. 

De nombreux prodiges, ajoute notre hagiographe, ne 
lîirdèrent pas à s'opérer sur cette sépulture : La nuit, on 
y voyait des formes lumineuses ; des malades, en passant 
en cet endroit, éprouvaient un soulagement subit ou une 
giiérison complète. Ce mystère devait être éciairci, ainsi 
fjiie la disparition de Tanche et de son meurtrier. 

Déjà les parents de la vierge avaient appris en songe que 
knir fille bien-aimée était au ciel, lorsqu'un pieux habi- 
tîmt d'Arcis (qui, probablement, n'était autre que le par- 
rain de Tanche) reçut, par révélation divine, Tordre d'aller 
découvrir les restes de la sainte. Mais, n'osant croire tout 
rT abord à sa mission céleste, il prit conseil d'un vénérable 
prêtre, qui l'engagea à obéir à la volonté du Tout-Puis- 
aant, en s'ofirant à l'accompagner. 

Après s'être saintement disposés à ce pieux pèlerinage, 
ils montent sur un chariot attelé de deux bœufs, et se lais- 
ëcmt guider par les animaux qui les conduisent droit au 
buisson funèbre, près duquel ils s'arrêtent. 

Nos voyageurs se mettent à l'œuvre avec ardeur, en 
ciM^usant le sol au pied du buisson, où ils ne tardent pas 
il découvrir, à une faible profondeur, le corps de Tanche 
[jarfaitement conservé, pur et vermeil, ayant la tête déta- 
chée du tronc. 

Remplis de joie et frappés d'admiration, à la vue de ces 
l'i'liques vénérées, nos pèlerins se hâtent de les recueillir 
dans le tombeau dont ils s'étaient munis, et de le placer 
tîiir leur chariot, pour reprendre le chemin d'Arcis. 

Mais, arrivés devant Téglise de Lhuître, les bœufs s'ar- 
rt^teat spontanément et refusent absolument d'aller plus 
loin, malgré les efforts de leurs conducteurs pour les faire 
avancer. La nuit commençant à venir, les deux hommes 
tombent tout à coup dans un pi'ofond sommeil. 

Le lendemain, à leur réveil, quel ne fut pas leur éton- 
LH'ment, en s'apercevant que l'aiguillon d'ormeau qu'ils 
avaient fiché en terre, sur le cimetière, s'était couvert de 
fruiliage, pendant la nuit, comme autrefois la verge d'Aa- 
l'tm. Ce miracle était le signe évident de la volonté de la 
naînte d'être inhumée en cet endroit. 

Ses reliques furent donc déposées dans l'humble sanc- 



uohÇQ&^Puin Dic u COMMUNS t>i6 humtM m 

tuaire de LlmUre, ou elles deviareat aussitôt, et furent 
l)eiidAat des siècles, Tobjet de la vënépatioa des fidèles ; 
taudis que l'arbre miraculeux devint un bel orme, qui 
abrita de nombreuses générations dont il entendit les 
prières. 

Mais, pour qu^e la dévotion envers sainte Taucbe se for- 
tifiât et s'acerût, de jour en jour, Dieu la rendit encore 
célèbre par d'autres miracles qui se multiplièrent k tel 
point qu'on accourait de tous côtés à son tombeau pour 
l'invoquer. Voici quelques-uns des faits merveilleux rap- 
portés par le pieux Nicolas Desguerrois, d'Arcis, dans sa 
Saincteté Chrestienne. 

L'an 1049, au cours des guerres si fréquentes entre les 
seigneurs du moyen-âge, les comtes Uaoul et O.aimbert 
vim*ent vider leur querelle dans les environs de Lhuître . 
Quelques-uns de leurs soldats, détachés du reste de leurs 
compagnons, tombèrent à l'improviste sur ce village pour 
le piller- Mais, ne trouvant rien dans les maisons, ils sup- 
posèrent que les habitaients avaient caclié leur argent et 
leurs provisions dans Tcglise. Ils demandèrent à leurs 
cliefs la permission d'y pénétrer, pour faire des recher- 
ches. Ces seigneurs, craignant de s'attirer le courroux de 
sainte Tanche, s'opposèrent à ce dessein ; mais trois sol- 
dats, plus audacieux et plus impies que les autres, voulu- 
rent passer outre. 

Cependant, les habitants en larmes x)riaient près du tom- 
beau de leur sainte patronne qu'ils avaient placé devant 
la principale i)orte de l'église, pour en défendre l'entrée 
contre la violence sacrilège des soldats. 

Cette barrière n'arrêta pas les profanateurs, et l'un d'eux, 
ayant enfoncé la porte, voulut sauter par dessus les pré- 
cieuses reliques, avec son cheval. La punition ne se fit 
pas attendre ; il tomba à la renverse et resta évanoui sur 
le pavé. Le second, voulant Tijuiter, subit le même sort. 
Le troisième, épouvanté par l'état de ses deux compa- 
gnons, et craignant de franchir ce funeste passage, ouvrit 
une porte latérale et y poussa son cheval. Mais, ô nou- 
veau prodige ! devant lui se présente sainte Tanche, 
elle-même, qui toute resplendissante de gloire, arrête le 
téméraire cavalier, et, la verge en main, le fustige si rude- 
ment qu'il tombe, à son tour, à demi-mort, sur le seuil du 
temple. 
A cette vue, toute la foule se prosterne à genoux, parta- 



244 MONOGRAPHIE DE LA COMMUNE DE LHUITRB 

gée entre la frayeur el radmiration, en rendant grâce à 
Dieu et à sainte Tanche d'une intervention aussi visible. 

Quant aux malheuiH3ux soldats, frappés de la vengeance 
céleste, ils rougissent de leur sacrilège et implorent leur 
pardon de Dieu et de la glorieuse martyre, qui leur appa- 
raît de nouveau pour leur pardonner, en faveur de leur 
repentir et de leur promesse, de ne jamais porter une main 
profane sur les choses sacrées. 

Les trois soldats, guéris à Tinstant, se relevèrent et s'en 
allèrent, racontant partout la puissance et la miséncorde 
de sainte Tanche ; puis en expiation de leurs torts, ils 
firent don à Téglise de Lhuitre de chacun quatre deniers 
de censives. 

A quelque temps de là, un gentilhomme de Boulogne- 
la-Grasse ', chevalier des Croisades, tombe au pouvoir 
des Musulmans, qui le jettent dans un cachot où il est 
enchaîné et soumis aux plus durs traitements. Dans sa 
prison, il entend parler, par un autre prisonnier, des mer- 
veilles opérées par la protection de sainte Tancbe. Il 
conjure le Seigneur de lui rendre la liberté et de lui per- 
mettre, par les mérites et Tintercession de la vierge de 
Lhuitre, de revoir, une fois encore, le vieux manoir de ses 
ancêtres. Soudain, ses chaînes tombent comme par 
enchantement ; la porte du cachot s'ouvre devant lui, et il 
s'enfuit à travers la campagne sans que personne l'arrête ; 
il est sauvé. 

A son retour en France, le chevalier de Boulogne-la- 
Grasse vint s'agenouiller sur la tombe vénérée de sainte 
Tanche, dans l'église de Lhuitre, pour rendre un public 
hommage à sa libératrice. 

A une époque moins ancienne, un jeune enfant de Vitry, 
au diocèse de Châlons-sur-Marne, était atteint d'un flux 
de sang que rien ne pouvait arrêter. Sa mère apprend les 
guérisons nombreuses opérées par le secours de sainte 
Tanche», pour ces sortes de maladies. Aussitôt, elle voue 
son enfant à la vierge martyre, et se met en route avec lui, 
pour venir à Lhuitre. Elle arrive, se prosterne au pied de 
l'autel et prie ardemment ; mais le flux, loin de s'arrêter, 
redouble de violence, à la suite du voyage, et l'enfant ne 
tarde pas à expirer. 

I. Département de l'Oise, canton de Ressons-sur-Matz, arrondisse- 
ment de Compiègne. 



HONOGBAPHIB DB LA COMMUNS DB LHUITKB 245 

Déjà Ton se disposait à rensevelir, quand, soudain, la 
mère désolée, et comme éclairée parune inspiration céleste, 
demande à placer Tenfant sur le tombeau de la sainte. On 
cède à son désir, et la foule chante des hymnes en l'hon- 
neur de la vierge que Ton invoque, tandis que le prêtre 
offre le sacriflce de la messe. Tout à coup, au moment où 
le ministre venait de commencer l'offrande du pain et du 
vin, la vie revient dans les membres déjà glacés du mort 
qui se lève, parle et marche, en présence d'une multitude 
de personnes émerveillées de ce miracle. 

Citons encore ce fait, plus moderne, et par conséquent 
plus facile à vérifier. 

Un seigneur champenois, homme impie, dur et injuste 
envers ses vassaux, qu'il rançonnait, impitoyablement, 
bâtissait, du fruit de ses rapines, un orgueilleux manoir, à 
trois lieues seulement de Lhuître. En passant, un jour, près 
de l'église de ce village, il vit une quantité de matériaux 
amassés pour la réparation de cet édifice, et il jugea qu'ils 
conviendraient parfaitement àla construction de son châ- 
teau. Vainement lui fit-on observer qu'il commettait, en 
s'en emparant, un vol sacrilège, et que sainte Tanche, à 
qui ces matériaux appartenaient, le poursuivrait infailli- 
blement de sa vengeance. Il ne voulut rien entendre, et 
enleva ces matériaux sacfés. 

La punition ne se fit pas attendre. C'était vers la saint 
Jean d'été (24 juin) 1610. 

Soudain, une maladie aiguë s'empare du profanateur 
qui, en peu d'instants, est à Tarticle de la mort. Le prêtre 
du lieu s'empresse d'aller trouver le moribond pour l'en- 
gager à mettre ordre à sa conscience, et à se préparer à 
comparaître devant le souverain Juge. 

Toutes les exhortations furent inutiles ; plus on parlait 
à ce forcené de Dieu et des fins dernières, plus il s'empor- 
tait en injures et en blasphèmes, en déclarant qu'il était 
irrémédiablement damné. 

On pensa à faire venir près de lui, pour le ramener à de 
meilleurs sentiments, Nicolas Desguerrois, d'Arcis, qui 
le connaissait et avait certaine autorité morale sur lui ; 
mais, celui-ci, se trouvait en ce moment, à Saint-Nicolas- 
du-Port, près de Nancy, et regretta vivement cette absence, 
à son retour, quand il sut ce qui s'était passé. 
Ce malheureux seigneur fut également visité par 



248 MONOGfiAPâlB DE LA COUlîVfiK DE LflUÏTRfi 

M. Jean Pelcy, doyen d'Arcls et curé de Saint-Nabord, qui 
n^obtint pas plus de succès. Enfin, après une affreuse 
agonie, oh son corps, pâle et livide, était agité de violen- 
tes convulsions, Il s'écria : 

« J*aî profané les choses saintes, j'ai osé porter une 
« main sacrilège sur ce qui ne m'appartenait pas, j'ai pillé 
« le temple de sainte Tanche, je suis justement puni. 
« Maintenant, je vais, continuer pour l'éternité un enfer 
« que j'ai commencé dans cette vie. » 

A ces mots, il expira et son âme s'échappa de son coq)s 
pour devenir la proie des démons. 

Il est fâcheux que Nicolas Desguerrois, qui était le con- 
temporain et l'ami de ce seigneur, ne nous ait donné ni 
son nom ni sa résidence. Mais d'après ses indications 
nous sommes réduit aux hypothèses. Or, en dehors des 
seigneurs suaSerains de Dampierre, dont tous les membres 
nous sont honorablement connus, et qui, du reste, 
n'étaient pas éloignés de trois lieues de Lhuître, nous ne 
voyons guère que Joachim de Chassy, seigneur de Brille- 
court et de LhuUre en partie, qui se trouvait à peu près à 
la distance indiquée. 

Tel est, en abrégé, le récit légendaire qui nous a été 
transmis par la tradition et les anciens chroniqueurs, sur 
la vie, la mort et les miracles de sainte Tanche. 

Nous allons entrer, maintenant, dans le domaine de 
rhisloire, qui repose sur des faits et des documents 
authentiques, avec des dates plus ou moins précises, con- 
ceriiant le culte et les reliques de la glorieuse patronne de 
Lhutti^e. 

Culte %i r%Uqu%s d^ sainte Tanoha 

I^ culte de sainte Tanche commença, naturellement, à 
Lhtttti^, où le Heu de son martyre fht marqué par-nne 
pierre brute enfoncée dans le sol, et qui, suivant la tradi- 
tion, aurait été teinte du sang de la victime. tJn peu plus 
tard« tine chapelle ftii élevée sur TemplAcenient de sa pre* 
mière sépulture, et prit le nom de chapelle du Bochet » 
ou Bottchêt, en souvênit* du buisson, vulgaii^ment appelé 
boMhon, en patoiâi du pays, qui avait prot^é les restes 
de la sainte. 

t. Du latin liochHus^ bosquet, d'après le Glossaire de Du Gange. 



MONOQBAPHIB DB LA GOMMUNB DB LHUITBB 247 

La renommée de notre chaste martyre s'étendit rapide- 
ment en France, où elle figure avec honneur dans les 
anciens martyrologes. Mais le premier document écrit qui 
fasse mention de son culte, est un diplôme de Charles-le- 
Ghauve, daté du palais de Quiersy-sur-Oise (Aisne), le 
13 août de Tannée 859. 

Par cet acte, qui se trouve aux Archives de la Marne, 
dans le cartulaire de Téglise Saint-Etienne de Châlons, 
pièce n« 8, le roi de France, à la demande de Tévêque 
Erchenard, rend à la cathédrale de Châlons plusieurs pos- 
sessions qui lui avaient été enlevées, auti*efois, dans les 
environs d'Arcis-sur-Aube ; notamment le village de 
Mailly ; le village et la chjèpelle de Saint -Etienne (près de 
Saint-Ouen sans doute ?) ; et la chapelle dédiée à sainte 
Tanche (à Lhuitre). 

Cette pièce, dont voici un extrait, est un document posi- 
tif, qui établit d'une manière certaine le culte de sainte 
Tanche à Lhuitre, dès le ix^ siècle. 

« Res aitœ in pago Arceacensi, cilla videlicet Mallia^ 
« eus, et inaula cum abbatiola in honore sancti Stephani 
« (cujus ecclesia in Mla Arceias habeiur), et abbatiola 
« SANCTI Tanch/C, cum omnibus apptndiciis earum, » 

L'office de sainte Tanche apparaît dans les livres litur- 
giques de la cathédrale de Troyes, dès le xiii" et le xiv« siè- 
cle ^ Plus tard, il n'en est plus fait mention que dans les 
litanies, comme on le voit dans deux missels du xv® siècle 
conservés ë la Bibliothèque Nationale^, et dans la plupart 
des bréviaires imprimés depuis i483 *. Mais l'office repa- 
raît tout entier dans le bréviaire de i58o, dans le missel 
de i6i5 et, enfin, dans le bréviaire de 1840. 

UOrdo de Saint-Pierre d'Angers, postérieur à l'an 
i3oo, nous montre le culte de sainte Tanche en vigueur 
dans ce diocèse *. Dans son bréviaire de 161^ et dans les 
suivants, l'église d'Angers reste fidèle à la vierge de 
Lhuitre, en récitant, au 10 octobre, la même légende que 
récitaient nos ancêtres. 

Avant la Révolution, la cathédrale d'Angers possédait 

1 . Bibliothèque de Troyes, manuscrit n* 1^47» 

3. Bibliothèque Nationale, manuscrits n'* 865 et 865 bis. 

3. Le bréviaire de 1483 est à la Bibliothèque Nationale à Paris; B. 
4879 et B. 661. 

4. Bibliothèque d'Angers, manuscrit 77. 



248 HONOORÀPHIB DE LA COMMUNS DB LHUITRK 

une relique de sainte Tanche, mentionnée ainsi, pour la 
première fois en iq55, dans un inventaire de la fabrique : 
« Reliquie Tanche virginis in philaterio oblungq argen- 
« teo deaurato, cum figura ejusdem tenentis caput 
a suum. )D 

Elle figure également, en lîgS, sous cette rubrique : 

« Quoddam philaterium oblungum argenteum deau- 
m raium, in quo continentur reliquœ beatœ Tanchœ unius 
« stadii^ spacio caput suumçtxit, d 

Mais en 1690, ce n'était plus qu'un petit reliquaire de 
peu de conséquence, fait en forme de médaillon : « En 
« hault duquel il y a une perle de cristal, et dans lequel 
« il y a des reliques de sainte Triche, vierge et martyre '. » 

En quoi consistaient ces reliques? A quelle époque et 
par qui furent-elles transportées à Angers ? C'est ce que 
l'on ignore. Desguerrois dit que pendant la guerre de 
Cent- Ans, les Anglais, qui étaient bons catholiques à cette 
époque, et tout-puissants en France, voyant les miracles 
de sainte Tanche, emportèrent son corps en Angleterre, 
pour pouvoir se placer sous sa protection et l'invoquer 
chez eux. 

Mais il faut remarquer, à cette occasion, que les An- 
glais ne vinrent en France qu'en i337, tandis que les reli- 
ques de sainte Tanche, ou du moins une partie de ces 
reliques, comme on vient de le voir, figurent dans le 
trésor d'Angers en ia55 ; c'est-à-dire quatre-vingt-deux 
ans auparavant. 

Mais d'autres reliques, plus im[K>rtantes encore, de la 
môme sainte, avaient été également transportées à Troyes, 
du xii^ au xiii^ siècle; sans doute sur la demande ou sur 
l'ordre des évéques de cette ville, précisément pour les 
mettre à l'abri d'une profanation ou d'un enlèvement 
auquel elles pouvaient être exposées dans l'église de 
Lhuttre. 

C'est ainsi que la partie inférieure de la tète (os occipi- 

I. Le stade olympique de 600 au degré, correspondait à 185 mètres. 
Mai« la distance parcourue par sainte Tanche, portant sa tête entre ses 
mains, est bien plus considérable, car elle comprend environ deax kilo- 
mètres, de Test à Toucsi. 

a. Archives de la fabrique d^Angerd, Inventaire^ tome I**, page 31 1 
verso, et Archives de PEvéché, Lehoreau, Cérémonial Je Véglise d'An' 
gers^ tome IIl, pape ^oç. 



MONOGRAPHIB DB LA COMMUNS DB LHUITRB 249 

tal) était déposée à l'abbaye de Saint-Loup, comme le cons- 
tate l'inscription d'un reliquaire donné, en n33, par 
Etienne de Noyers *. 

En 1287, le chef de la sainte (os frontal), que possède 
actuellement l'église de Lhultre, était publiquement 
vénéré à Troyes, dans l'église de Notre-Darae-aux-Non- 
nains^. Nous en avons une nouvelle pi*euve dans un 
inventaire de i343, qui constate, en cette église, l'existence 
d'un reliquaire contenant la tête de sainte Tanche '. Ce 
même inventaire fut lu ^publiquement, le 20 juillet i663, 
par François Laminoye, archidiacre de Troyes, délégué 
par l'évêque, François Malier du Houssay, pour recon- 
naître ces reliques * ; et c'est encore le même authentique 
qui accompagne la vénérable relique à Lhultre. 

Un nouveau catalogue des reliques de Notre-Dame fut 
dressé l'année suivante, et nous y lisons : 

« Un grand reliquaire d'argent, où il y a, dans la 
« pomme qui est en cuivre doré, soutenue par deux anges, 
« le crâne du chef de sainte Tanche, vierge et martyre. Ce 
« reliquaire, dont le pied est en cuivre émaillé, a été 
« donné par Madame de Fleurigny, à la profession de la 
« sœur Edmée de Jésus, sa fille ^. » 

D'autres reliques de la sainte de Lhuître se trouvaient 
aussi à l'église Saint-Nizier de Troyes, où M. Denise, 
archidiacre, en fit la reconnaissance, le 11 juin 1664'. 

Nous avons dit que la cathédrale d'Angers possédait 
des reliques de sainte Tanche, dès le xiii* siècle. Voici le 
culte dont elle était l'objet à la même époque dans cette 
église. 

Sous le porche ou narthex, construit également au xiii® 
siècle, on vénérait une statue de la sainte, que l'on invo- 
quait, comme ici, pour le flux de sang, et l'on y venait de 
fort loin en pèlerinage. Plus tard cette statue fut trans- 
portée à l'intérieur de l'édifice et attachée au pilier d'une 

I. Bibliothèque de Troyes, manuscrit n* 2283. 
a. Bibliothèque de Troyes, manuscrit n* 791, 

3. Archives de l'Aube, original 22 H, n* i. 

4. Archives épiscopa!es de Troyes. 

5. Archives épiscopales de Troyes. 

6. Archives épiscopales de Troyes. 



250 monogrâphib db la communs ds lhuitrb 

chapelle; « à cause des abbus que commeltoient les liber- 
tins, à l'égard des pauvres voïageurs (pèlerins) . *» 

I^a liturgie monastique de Troycs ne se montre pas 
moins attachée à conserver la mémoire de notre vierge 
clirétienne, et à solenniser son culte. D'après Desguerrois, 
réloge de sainte Tanclie se lisait dans les anciens marty- 
rologes de Montier-la-Gelle, de Saint-Loup et de Notre- 
Dame-aux-Nonnains. Son office se trouve aussi dans le 
bréviaire de Notre-Dame, de la fin du xii" siècle « ; dans 
le missel de Saint-Loup, du xiii® siècle'; dans les rubri- 
ques de Notre-Damc-aux-Nonnains. écrites en décembre 
1287*; dans le bréviaire de Montier-la-Celle, écrit avant 
i3i8 ; enfin dans celui de Notre-Dame, de i543. 

Il existe aux Archives de la Marne, à Châlons, dans le 
fonds de Toussaint-en-l'Isle, un martyrologe de Tan ii3o, 
où on lit, au 10 octobre : « A Troyes, sainte Tanche, 
vierge et martyre. » Dans l'Ordinaire de la méAie abbaye, 
de Tan 11200. Tofiice de sainte Tanche est de neuf leçons, 
(|ui sont de la vie propre de la sainte. Or, on sait que 
Tégiise de Lhuître fut donnée à Tabbaye de Toussaint par 
les évoques de Troyes, Philippe, en 1120; Hatton, en 
iiiiB; Henry, en ii49; et Mathieu, en 1 175. Les papes 
Innocent II, Grégoire Vil et Adrien IV confirmèrent ces 
donations*. C'est ce qui explique [lourquoi l'abbaye de 
Toussaint comptait la martyre de Lhuître parmi ses plus 
chères protectrices. 

La ville de Châlohs se plut aussi à honorer notre sainte, 
en lui consacrant, hors de ses murs, près de la porte de 
Marne, une chapelle qui existe encore, et où sainte Tanche 
reçoit, avec sainte Prudentienne, les hommages des 
fidèles. 

Sainte Tanche était aussi connue et honorée à Ville- 
nauxe, sous le nom déformé de sainte Etanche^ sans 
doute parce qu'on l'invoquait contre les saignements de 
lit!'/.. On trouve dans les registres de fabrique de cette 
[ifiroisse, le règlement d une ancienne confrérie qui exis- 
Uut en son honneur en 1735. Les membres de la « Gonfré- 

I. Lchoreau, Cérémonial de réglise d'Angers, tome premier, p. 505. 
j. Bibliothèque de Troyes, manuscrit n<» I188. 
j. Bibliothèque de Troyes, manuscrit n» 891. 
4. Bibliothèque de Troyes, manuscrit n" 792. 
*,. Originaux aux Archives de la Marne. 



MONOGRAPHIE DB LA COMMUNS DE LHUITRE 251 

rie de sainte Ëtanche », faisaient célébrer tous les ans, le 
troisième dimanche d*octobre, une messe basse, en son 
honneur, dans Téglise des Bénédictins de Villenauxe, où 
ils se faisaient un devoir d^assister ^ 

Enfin notre glorieuse sainte est encore fêtée comme, 
patronne à Vaupoisson et à Montfey (Aube)» ainsi qu'à 
Villeneuve-Saint- Vistre et à Gonnantray (Marne). 

Mais revenons à Lhuître. Deux chapelles, dit Desgiier- 
rois y furent élevées en Thonneur de sainte Tanche : 
« L'vne plus neufve, faicte de pierres, bien vitrée, fort 
« belle et couverte d'ardoises, ou est le sépulchre de la 
<x saincte ' ; Taultre plus ancienne, est faicte seulement de 
a bois, couverte de tuiles et ouverte en divers lieux 
« symétriquement. Cette cy * a esté bastle par les Anglois, 
« du temps que, sous Charles VI, ils estoient les plus 
« forts en France ; qui en ces temps estoient bons catholi* 
K que», la firent dresser et peindre, à la façon antique, 
« par la révérence qu'ils portoient à Nostre Seigneur ; de 
« laquelle, on tient qu'alors, voyant les miracles de sainte 
<i Tanche, ils emportèrent son corps en Angleterre* » 

Nous avons vu précédemment que la plupart des reli- 
ques de sainte Tanche étaient dispersées avant l'arrivée 
des Anglais en France^ et nous ignorons s'ils enlevèrent 
celles qui pouvaient rester à Lhuître, pour les emporter 
en Angleterre, comme le dit Desguerrois, sur la foi d'une 
tradition dénuée de preuves ; mais ce qui est certain, c'est 
qu'il ne restait rien, ou presque rien de ces reliques à 
Lhuître, en i44ï» comme on va le voir, par le curieux 
procès ci-après, dont nous empruntons les détails au 
Promptuarium de Nicolas Gamusat. 

{A suwre.) Arsène Thévbnot. 



1. Vie det Sainte du dioeèsê dt Ttayeê, supplément et corftctiont^ 
par l'abbé Dtfer, page i6. 

2. C'était l'église de Lhuître q i, ù l'époque où écrivait Desguerrois 
vers 16^0, venait d'être terminée dans sa dernière partie. 

3. Celle-ci était l'ancienne chapelle qui fut remplacée par une autre 
ttï pierres. 



LES MANDEMEKTS EPISCOPAUX 

COMME MOYEN DE PROPAGATION DES NOUVELLES^ 



Messieurs, 
Ceci D*est pas une répouse complète, même pour ma 
régioD, à la dix-septième quesliou de notre section du 
Congrès. Il faudrait, par exemple, pour la donner, étudier 
le rôle des messagers ofBciels qui portaient aux magistrats 
des bonnes villes du royaume les lettres des rois leur 
annonçant, dans un intérêt de défense ou de finance, les 
faits de guerre importants, les passages de troupes, le^ 
Irai tés de paix, aussi les naissances d'enfants du sang royal 
et autres événements de même nature ; il faudrait montrer 
les villes se renseignant entre elles, aux heures de guerre 
ou de troubles intérieurs, sur les questions intéressant leur 
sûreté, par un échange d'estafettes, comme les documents 
contemporains de la guerre de Cent ans montrent que cela 
se passait entre Troyes et les cités voisines; il faudrait 
reparler, après tant d'autres et moi même, du journalisme 
à ses débuts, des gazettes manuscrites qui couraient le pays 
hâtivement copiées et colportées, de cette Gazelle de 
Renaudot, publication quasi-officielle dont des éditions 
provinciales se réimprimaient partout, par privilège de 
l'éditeur principal, et notamment, pour nos pays, à Troyes 
(i686-i75i...), à Châlons-sur-Marne (1686-1727), à 
Reims (1689-1748) ; il faudrait montrer aussi les courriers 
officiels ou privés, les soldats en marche, les pèlerins allant 
à Saini-Jacques-de-Compostelle ou ailleurs, les commer- 
çants en tournée d'affaires, les personnages en voyage avec 

\ . Lecture faite au Congrès des Sociétés savantes, à- Nancy, le 
iO avril i90l, en réponse à la dix-sep lié me question du pro- 
gramme de la section d'Histoire et de Philologie : Comment et 
sous quelles formes les nouvelles politiques et autres , de la 
France et de V étranger ^ se répandaient- elles dans les différentes 
parties du royaume avant 4189? 



COMMB MOTBN DE PROPAGATION DBS NOUVBLLBS 253 

leurs serviteurs, emplissaol les hôtelleries et y laissant les 
nouvelles des pays qu'ils venaient de quitter ou celles 
recueillies sur la route. 

Insuffisamment préparé pour embrasser la question à un 
point de vue aussi vasle, je m'en tiendrai au mode de pro- 
pagation des nouvelles qui résultait, au xvu« et au xviu<' 
siècle, de la communication aux évèques, par les souve- 
rains eux-mêmes, de certains événements à l'occasion 
desquels ils leur demandaient de faire dire des prières, 
événements qu'à leur tour !es évèques portaient à la 
connaissance de leur clergé par la voie de mandements 
imprimés, lesquels, lus au prône des messes paroissiales 
et parfois affichés aux portes des églises, renseignaient les 
fidèles sur ce qui se passait au dehors. 

Quelquefois les informations venaient de plus haut 
encore, quand les papes prenaient l'initiative de jubilés 
pour obtenir de la puissance divine la cessation de guerres 
nuisibles à la foi catholique et conviaient les peuples, par 
Tintermédiaire hiérarchique de leurs pasteurs, à unir leurs 
prières dans ce but. 

D'ailleurs, bien avant même l'emploi des mandements 
imprimés^ pour transmettre des ordres officiels, c'est par 
rinlermédiaire autorisé de TÉglise, mêlée alors à toutes 
les circonstances de la vie sociale, que se propageaient 
beaucoup de nouvelles, et cela de la façon la plus sûre pour 
l'époque. 

Les Recueils de Sémilliard, à la Bibliothèque de Troyes S 
en fournissent plusieurs exemples : 

Le 30 juin 1476, Charles d'Amboise, gouverneur de 
Champagne et de Brie, écrivait de BrienneàLouis Raguier, 
évêque de Troyes, pour lui demander d'ordonner des pro- 
cessions générales à l'occasion de la défaite du duc de 
Bourgogne par les Suisses. L'évêque communiqua celte 
lettre au Chapitre le l«f juillet, et les processions eurent 
lieu, suivies de feux de joie. (P. 107.) 

i . L'impression des nmiidements épiscopaux en fascicules sépa- 
rés remoDte, à Troyes, au milieu du xvii« siècle. 
2. Ms. 2317 de la Bibliolhèque de Troyes, l. II (anc. 111). 



294 IJKS UAMDBUKUTê BPI8C0PAUX 

Le 23 mai 1483, od lui au même Chapitre une lettre du 
roi Louis XI demaûdaot ud service soleonel pour le repos 
de Pâme d'Edouard lY, roi d^Âogleterre, décédé le 4 avril, 
a Toutes les églises de la frateroité ^ y furent mandées », 
dit le collecteur de ces notes. (P. 122.) 

Le juillet 1536 commença ud jubilé accordé par le 
pape pour demander à Dieu la paiiL entre les rois de France 
el d'Espagne. (P. 128.) Les communications, surtout celles 
relatives à la guerre, furent relativement nombreuses pen- 
dant les années qui suivirent : on sollicitait des prières, en 
1337, pour demander la paix; en 1539, pour la santé du 
roi; eu 1544, pour la naissance du dauphin; la même 
année, pour faire dire un Te Deuin à l'occasion de la prise 
de Gnriguan; en 1549, pour la naissance du troisième fils 
du roi el pour la prise du fort de Boulogne ; en 1553, pour 
la levée du siège de Metz; en 1555, pour demander la 
paix. En 1559, des prières sont requises pour le roi 
Henri H, d'abord à propos d'une conspiration découverte 
contre lui, puis à Toccasion de sa mort. En 1575, on célé- 
bra la victoire du duc de Guise sur les reîtres, el eu 1585 
eut lieu un Te Deum à l'occasion de la paix, 

La même source fournit une indication plus précise sur 
lu f^çou dont se faisaient les communications de nouvelles 
onicielles par la voie laïque : 

u U* dimanche 7« de septembre 1544 on fit une procès- 
« sîoii générale à Troyes comme le vendredi, et après la 
<( priia'ssion fut crié à son de trompe, et on dit au cri que 
« le fîdnle (Guillaume 2 étoil pris. » (P. 147.) 

a !,(' .samedi après midi 4« d'octobre 1544, la paix entre 
H h Hny et l'Empereur Charles fut publiée à Troyes par le 

\ . IHv « ks églises de la fralernilé », M Tabbé Ch. Nioré croit 
iju'il fiitti eiileiidre les églises des conimunaulés religieuses 
J honirn^ ». Des « processions frateraelles » avaient lieu fréquem- 
ffiriii h rt4lc époque. — Eu 1650, « les curez de la ville de Troyes 
*rirr;frr!A(nil eiitr'eux de faire fraternil6, et la réglèrent dans 
•f'pl mi finit articles qu'ils dressèrent à ce sujet et dont ils convin- 
rMrii ». ntecuoiln de Sénnlliard, t. 1, p. i47.) 

2, H4*ii» doute (;uillaume de Furslemberg, capitaine de Charles- 



GOMME MOYEN DE PHOPAQaTION DBS NOUVELLES 255 

« maire Riglet, les Echevios et autres habitaos dMcelle au 
c( soo des trompettes, hautbois et clairous, et ou dit au cri 
a qu'où fil les feux de joie, et le leodemaio à 8 heures du 
« matiû ou fit une procession généralle... » (P. 147.) 

<K Le samedi saints^ du mois d'avril 1550 on publia à 
a Troyes la paix entre le roy de France et le roy d'Angle- 
a terre, au son des trompettes et des hautbois, et le lende- 
a main de Pasques... on fil la procession généralle... » 
(P,156.) 

Voici, à présent, les documents que nous voulons plus 
spécialement étudier : les mandements épiscopaux. 

Uo mandement de Tévêque François Malier, venant à 
Tappoi d'une buUe donnée par Innocent X, en 1648^ pour 
accorder an jubilé, ordonne des prières générales « pour 
la manutention de la Foy, extirpation des hérésies, la Paix 
et repos de la Chrestienté, Tvnion des Princes Chrétiens ; 
et geoerallement pour les besoins et nécessitez présentes de 
l'Église, pour sa Saincteté, pour la santé, prospérité et 
conseniation de la personne du Roy, de la Reine Régente, 
de Monsieur frère de sa Majesté, pour tous les Princes et 
Princesses du sang Royal... ^ » 

Le 18 avril 1656, un mandement du même évéque, 
diaprés une bulle d'Alexandre Vil, datée de Tannée précé- 
dente, demande des prières pour « le repos du Royaume 
et la réunion des Princes Chrestiens par une solide et véri- 
table paix...*». 

Entre temps, un mandement imprimé vers le 12 avril 
1652 avait demandé des prières pour le roi ?. 

Le 16 février 1660, Tévêque de Troyes, considérant que 
(c Rien ne nous faisant gouster plus savoureusemeot la 
santé, que lorsqu'elle succède à une longue et fâcheuse 

1 . Prières ordonnées par Monseignevr riiivsirisftime et Reae* 
reodissime Euesque de Troyes, pour gaiguer les grâces du lubilé, 
octroyé par oostre S. Père Je Pape Innoceul X, aux fins portées 
par la Bulle de Rome, l'An 1648. A Troyes, chez leau lacqvard, 
Imprimeur de Mooseig. l'Ëuesque de Troyes. 1648. in-16 de 31 p. 
(Bibl. de Troyes, Catal. loc, a- 185). 

2. Bibl. de Troyes, CaUl. loc, n<> 186. 

3. Arch. de l'Aube, G, 173, liasse. 



2b6 LBS MANDEMENTS ÉPISCOPAUX 

maladie, et la guerre se pouvaDt dire une des plus funes- 
tes maladies des Estais, puis qu*elle u'espargne pas mesme 
les choses les plus sainctes, et qu'à peine retient-elle le 
moindre respect pour la Religion et la Justice, il est hors de 
doute que la paix arrestant la licence si vaste et si esten- 
duë, et restablissaot le repos et l'ordre dans les Provinces 
qu'elle (la guerre) a désolées, doibt estre considérée comme 
un des premiers et principaux biens qui leur puissent 
jamais arriver... », ordonne « aux Chapitres, Abbez, 
Communautez Ecclésiastiques, Curez et Vicaires de cette 
Ville et Faux-bourgs » de se rendre processionnellement le 
22 février, à trois heures de relevée, en l'église cathédrale, 
pour assister au Te Deum qui se chantera après les vêpres, 
et le lendemain à neuf heures pour prendre part à la pro- 
cession générale qui se fera après la prédication, pour 
« demander à la bonté divine une durée solide et les véri- 
tables fruits de celle Paix ^, toutes les bénédictions que sa 
providence jugera convenables pourTheureux accomplis^- 
ment et succès du Mariage de sa Majesté, pour la conserva- 
tion de sa personne chérie et de toute la maison Royalle, 
et généralement pour tous les besoings de TÉglise et de 
TEstal... ». Le prélat ajoute que tous les corps et compa- 
gnies de la ville seront avertis des jours et heures desdites 
prières et invités d'y venir joindre les leurs particulières, et 
que la présente ordonnance sera lue au prône des messes 
paroissiales et affichée aux portes des églises ^. 

N'était la crainte d'être trop prolixe et de rééditer des 
faits connus de chacun, je me laisserais aller à donner l'ana- 
lyse de tous les mandements par lesquels, dans le diocèse, 
les populations furent tenues, durant un siècle et demi, au 
courant des nouvelles sensationnelles. Une liste succincle, 
empruntée aux collections de la Bibliothèque de Troyes et 
aux registres de comptes des Archives de l'Aube \ en mon- 

1 . La paix des Pyrénées, à la suite de laquelle Louis XIV épousa 
Warie-TUérèse. 

2. Bibl. de Troyes, Catal. loc, n» 187. 

3. Les indications empruntées à des documents existant à la 
Bibliothèque de Troyes sont indiquées par les lettres B. T. suivies 
du numéro de leur inscription au Catalogue des livres iotéressaot 



COMMlC IfOYBN DB PBOPAaATION DBS NOUVBLLBS 257 

trera tout au moios la fréquence relative. J'y rappelle, pour 
ordre, ceux cités plus haut. 

Mandement de 1648, pour un jubilé. 

Mandement du 12 .'wril 1652, pour le roi. 

Mandement du 18 avril 1656, à la suite d'une bulle. 

M:indement du 16 février 1660, à propos de la paix et 
du mariage du roi. 

Sauté de la reine, 25 novembre 1664 (Â. Â., 6, 175). 

Naissance du duc de Bourgogne, 14 août 1680 (A. A., 
G, 176). 

Vœu du roi \ 6 août 1683 (A. A., G, 177). 

Naissance du duc d'Anjou, 1683 (A. A., G, 177). 

Décès de la reine, 16 août 1683 (A. A., G, 177). 

Jubilé pour implorer le secours divin contre les Turcs, 
a pour dissiper ce grand nombre de troupes Ottomanes qui 
menacent de deslruire TEinpire Chrestien, et de ravager les 
terres, où le nom de Jesus-Christ est invoqué », 1684 
(B. T., 191). 

Te Deum du duc de Berry, 1686 (A. A., G, 177). 

Heureuse convalescence de Sa Majesté, 9 janvier 1687 
(A. A., G, 178). 

Prise de Philipsbourg, 9 novembre 1688 (A. A., G, 178). 

Prise de vaisseaux sur mer, juillet 1690 (A. A., G, 178). 

Bataille» remportée » par M. de Luxembourg, juillet 1690 
(A. A., G, 178). 

Défaite du duc de Savoie, 1) septembre 1690 (A. A., G, 
178). 

Prières pour le repos de l'àme des soldats morts pendant 
la guerre précédente, 4 avril 1691 (B. T., 193). 

Paix de Savoie, 22 septembre 1696 (A. A., G, 178). 

Prise d*Ar ^ 22 juin 1697 (A. A., G, 180). 

la localité ; les mentioDS prises aux Archives de l'Aube sont mar- 
quées des lettres A. A. et de leur cote d'inventaire, avec la date de 
leur livraison par l'imprimeur. 

1. Le vœu de Louis XIH, pour la célébration de la fête de l'As- 
Horoption (Déclaration du 10 février i638). 

2. Ath, ville forte de Belgique» prise parCalinatle 5 juin 1697. 

17 



258 LES MANDBMBNi'S BPISCOPAUX 

Prise de Barcelone, 4 septembre 1697 (A. A., G, i80). 

Paix de Hollande et d'Anglelerre, 8 novembre 1697 (A. 
A., G, 181). 

[Le 12 novembre 1697, Louis XIV annonçait directe- 
ment, par Torgane du bailli de Troyes et du lieutenant 
général, la paix survenue entre lui, Charles II, roi d'Es- 
pagne, Guillaume III, roi de Grande-Bretagne, et les 
Pays-Bas. (B. T., Becueils de Sémilliard, t. IV, anc. V, 
fol. 116; pi. in-fol.).] 

Paix de Tempereur et de Tempire^ 17 janvier 1698 
(A. A., G, 181). 

Jubilé pour demander la paix « qui paroit s'altérer par 
les préparatifs d'une grande guerre », 1701 (B. T., 19S). 

Victoire remportée en Italie par les armées française et 
espagnole, 1702 (B. T., 196). 

Jubilé pour demander la cessation de la guerre, « fléau 
dont Dieu se sert pour punir les peuples qui méprisent sa 
parole et violent ses \o\% », 1707 (B. T., 199). 

[Les maire et échevins de Troyes ayant reçu Tordre 
du roi de publier la paix d'Utrecht, un feu d'artifice fut 
tiré, le 18 juin 1713, sur la place de l'Hôtel de Ville 
(B. T., Recueils de Sémilliard, t. IV, anc. V, fol 224); 
de même pour la paix de Bade le 2 décembre 1714 (/6id., 
fol. 227).] 

Repos de Tàme de Louis XIV, 1715 (B. T.-, 202). 

Convalescence du roi, 12 août 1721 (B. T., 210). 

Sacre du roi, 23 octobre 1722 (B. T., 214). 

Sacre et conronneinenl, 24 novembre 1722 (B. T., 215). 

Cessation du mal coulaj^ieux dans les provinces du 
royaume qui eu étaient affligées, 23 février 1723 (B. T., 
218), 

Quête pour le rétablissement de féglise de Barbonne 
(détruite par l'incendie le 17 mars 1720), 18 novembre 
1725 ou 1726 (B. T., 222). 

Prières pour que Dieu conduise et protège les desseins 

1 » L'anoée 1698 fut appelée « Taonée de la paix générale », 



COIOIB UOYBN DB PROPAGATION DBS NOUTBLLBS 259 

du roi dans le goaverneineol de son royaame, jailiet 1726 
(B. T., SiO). 
Rétablissemeot de la santé du roi, août 17S6 (B. T., 

ni). 

Prières pour demander ia conservation de la reine et son 
heureux aeeoucbemeot, 26 mai 1727 (B. T., 223). 

Incendiés d'Ârcis-snr-Aube, 7 juin 1727 (B. T., 224). 

Convalescence du roi, qui venait d'avoir la petite vérole, 
2 novembre 1728 (B. T., 227). 

Délivrance de la reine, naissance du duc d'Anjou, 13 sep- 
tembre 1730 (B. T., 229). 

Actions de grâces pour les heureux succès des armes de 
Sa Majesté, 24 décembre 1733 (B. T., 239). 

Prise du château de Milan, 25 janvier 1734 (B. T., 
240). 

Victoires remportées en Italie par les troupes françaises 
et sardes, 25 juillet 1734 (B. T., 242). 

Prise de Pbilisbourg, 2 août 1734 (B. T., 243). 

Victoire de Goastalla par le roi de Sardaigne, 12 octobre 
1734 (B. T., 244). 

Actions de grâces à l'occasion de la paix, 16 juin 1739 
(B. T., 255). 

[« On a affiché et publié le 8 avril (1744) l'ordonnance 
dn roy pour la déclaration de guerre au roy d'Angleterre, 
électeur d'Hannovre », lit-on dans les Recueils de Sémilliard 
(t. V, fol. 271, v).] 

Prise d'Ypres, 1744 (B. T., 267). 

Victoire de Tournai sur les Anglais, Hanovriens, Autri- 
chiens et Hollandais, 12 mai 1745 (B. T., fiches É. 
Socard). 

Prise de Tournai, 24 juillet 1745 (B. T., 269). 

Prise de Gand, 5 août 1745 (B. T., 270). 

Prise d'Ostende, 17 septembre 1745 (B. T., 271). 

Prise de Nieuport, 24 septembre 1745 (B. T., 272). 

Incendiés de Méry-sur-Seine, 7 février 1746 (B. T., 
278). 

Succès dans les Pays-Bas, 2 juillet 1747 (B. T., 280). 



260 LBS MANDBMBNTS ÉPISCOPAUX 

Heureuse délivraoce de la dauphine, 17 septembre 1750 
iB. T.^ 283). 

Heureuse oaissaoce du duc de Bourgogne, 28 septembre 
1751 (B. T.,287). 

Prise du Fort Philippe, 2 août 1756 (B. T., 302). 

Victoire en Westphalie, 31 août 1757 (B. T., 318). 

Repos de Tàme du dauphio, 11 janvier 1766 (B. T., 
329). 

Grossesse de la reine, 24 septembre 1778. 

On* suit ainsi pas k pas, dans cette liste, Thistoire exté- 
rieure de la France dans ses grandes étapes et les modifica- 
tions apportées par le temps à la composition de la famille 
régnante, de même que Ton y rencontre quelques faits 
intéressant plus directement la région. 

Et cette liste n'est sûrement pas complète. Les Recueils 
de Sémilliard sont remplis de messes, de processions, de 
Te Deum et de prières à Toccasion de faits du même genre. 

En 1757, des services avaient eu lieu partout pour 
remercier Dieu d'avoir épargne la vie du roi, frappé par 
Damiens. Les communautés de métiers elles-mêmes en 
prirent Tinitiative : celle des Bouchers de Troyes organisa 
même, à ce sujet, un service commémoratif perpétuel ^ 

En décembre 1778, sans doute sous une inspiration offi- 
cielle, des messes étaient dites pour Theureuse délivracce 
de la reine. 

Celle nomenclature montre que les personnes illettrées, 
ainsi que celles qui ne pouvaient se procurer la gazette, 
n'élaient pas pour cela absolument privées de nouvelles. 
La chaire y suppléait : les prêtres faisaient dans leurs ser- 
mons des allusions aux événements extérieurs parvenus à 
leur connaissance, ils lisaient en public les mandements, 
les moniloires fulminés contre les criminels, même des 
annonces de locaux à louer ^. 

i. Assemblée du 22 janvier 1758 (Min. Fauveau). 
2. En io87, le chapitre de la collégiale Saint- Etienne « faict 
publier es csglises dudict Troyes et faict mettre des aniches et 



GOMMB MOTBN DB PROPAGATION DBS NOUVBLLBS 261 

Des publications officielles, émanaDt du gouveroemeutet 
faites par les soius des officiers du roi, avaient également 
lieu à l'église, aux heures des offices qui réunissaient alors 
une grande partie de la population. 

Toutes ces informations constituaient un peu le Journal 
oro/ dont notre époque a sans succès tenté la création; 
peut-être pouvait-on leur reprocher, avec leur arrivée tar- 
dive, des tendances par trop officielles?... Tout imparfaites 
qu'elles fussent, elles étaient déjà précieuses. 

Le mélange des communications profanes et religieuses 
amena des abus qu'il fallut enrayer. Une déclaration du 
roi, portant que les publications pour affaires temporelles 
ne seront faites qu'à Tissue des messes de paroisses, fut 
rendue le 16 décembre 1698. Louis XIV y rappelle que son 
désir de voir le service divin célébré avec toute la décence 
et la dignité convenables l'avait engagé à défendre, par 
Tarticle 32 de Pédit d'avril 1695, que Ton n'y publiât 
aucune chose profane qui pût l'interrompre ; il ajoute que, 
étant informé de l'inexécution de cette ordonnance, il 
entend qu'il y soit obéi même à l'égard de ses propres 
affaires, que les publications en soient faites seulement à 
l'issue des messes de paroisses par les officiers qui en seront 
chargés, et qu'elles soient de même effet et vertu que si 
elles étaient faites aux prônes desdites messes. 

Sous le premier Empire, on utilisa de même l'influence 
du clergé et ses moyens de diffusion pour faire connaître à 
la nation, par mesure générale, des événements comme la 

bUletz devant les portes des esgUses dudict Troyes et carrefourgs » 
poar anaoDcer les enchères de maisons lui appartenant. 

J*ai trouvé dans un registre du notaire Constantin Jaulneau 
(1593), à Troyes, de petites feuilles manuscrites ainsi libellées : 

M Qui vouldra auoir à loyage une maison séant à Troyes en la 
tf rue du heaulme que tenoit par cy devant Pierre Beloce boulen- 
« gier qu*il se trouue mercredy prochain XXVII« jour du put mois 
« doctobre au chapitre de TEgl mons' S^ Pierre de Troyes et la 
« s'en tiendra lenchere. 

(t Le contenu cy dessus a esté publié en legl sainct Remy le 
« dimenche dix septiesme jour doctobre 1593. 

« Gaolthirin. m 



262 LBS MANDBMBNTS ÉPISGOPAUX 

grossesse de l'impératricejou la naissaDce da roi de Rome, 
comme les victoires d'Austerlitz et autres, eo demaDdaot, 
tout aiosi que l'aurait fait l'aDcieu régime, des prières pour 
remercier Dieu des faveurs dout il comblait la Frauce en 
ces circoDStances mémorables. 



Louis MoRiN. 



LES ASCENDANTS MATERNELS' 



DE 



SAINT JEAN-BAPTISTE OE LA SALLE 



CHAPITRE XII 

^ Moèt de Noyon. — 2» Moèt de la Fortemaison. 
3» Moèt de Tarnaux. 

I*" Bbanchb db Noton 

I. Hiérosma Moèt et Jeanne Charnel; origines de la 
branche depuis fixée à Noyon. 

Hiérosme Moël, fils de Philippe, épousa Jehanne Cbaruel : 
c*esi Tauleur des branches de Noyoo, de la Forlemaison et de 
Taraauz. 

Il eul neuf enfaDls, entre autres : Jean Moèt, mari de 
Jeanne de Cierge; Philippe Moét, mari d'Anne Chalons; 
Georges Moët, auteur de la branche depuis fixée à Noyon, 
époux de Marie Leroux > ; Hiérosme Moët et Marguerite, sa 
femme; Nicolas Moët, chef de la branche de la Fortemaison, 
et Thierry, chef de celle de Tarnaux. 

Passons aux plus anciens documents de ces diverses bran- 
ches, et plus spécialement à ceux qui se rapportent à Georges 
Moét : 

1« Contrat de mariage du H avril 1575, passé par devant Nico- 
las Mercier et Gérard, son collègue, notaires à Reims, entre Phi- 
lippe Moêt, fils de feu noble homme Hiérosme Moët, dem^àReims» 
et de demoiselle Jebanne Charuelf ses père et mère, avec demoi- 
selle Anne Cbaalons, eu présence de Georges et Hiérosme Moêt, ses 
frères. 

2^ Le 8 octobre 1569, noble homme Nicolas Moët, procureur du 
roy à Reims, fait transport à Georges Moét, sou neveu, marchand 
à Reims, de i6 livres 13 sols de rente à luy deue. 

(Jehan Rooixa.) 

* Voir page 90, tome XIIl de la Revue de Champagne. 

1. c Le 6 Janvier 1870. bapldme de Marguerite, fille de M* Gérard 
Rouiierel. Parrain : M'* Hiérosme Moét, Marraine : Marguerite, sa 
femme, i (Registres paroisaiaax de S* Jacques.) 



264 LBS A8GBNDAMTS MATBBNBLS 

3* Le 13 septembre 1572, Georges Moét, bourgeois de Reims, 
vend à Nicolas Moêt, procureur du roy. un vendaugeoir me de 
Porte -Mars moyen uaut 2,400 ]., lequel avoit esté cédé audict 
Georges par Thomas Cauchon, grand archidiacre. 

4« Procuration en blanc faite le 9 juin 1380 par deTant Pierre 
Brisset et Augier par nobles hommes M'^ Nicol Moêt, seigneur de 
Brouillet, Georges Moët et Philippe Moët, demeurans à Reims, 
pour (le fondé de procuration) comparoir pour eux devant le pré- 
vost de Saincle-Manehould, à l'effet d'élire tuteur et curateur aux 
enfans mineurs de feu Jehan Moët, en son vivant, seigneur de 
Crèvecœur, frère desdicts Georges et Philippe Moët, et neveu 
dudict Nicolas Moët, seigneur de Brouillet. 

5* Transaction faite le 10 novembre 1585 par devant François 
Roland et Vaurouard, son collègue, notaires à Reims, entre noble 
homme M'* François Brulart, archidiacre de Champagne, prieur 
des prieurés de Wouillet et d'Épernay, conseiller et ausmonier 
ordinaire du roy Henry III, dem^ à Reims, au nom et se portant 
fort de D* Marie Cauchon, sa mère, vefve de feu noble homme 
M*^ Pierre Brulart, vivant chevalier, conseiller du roy en son privé 
conseil, et président en la Cour de Parlement de Paris, d'une 
part, et d**^* Marie Leroux au nom et se portant fort de Georges 
ÎIoét, son mari, homme d'armes des ordonnances du roy sous la 
charge du sieur de Cerny, étant de présent au service du roy ; et 
noble homme Nicolas Moët, leur fils, demeurant à Reims, d'aultre 

part 

disant ladicte d'*^ Marie Leroux comme dès la Sainct-Remy d'oc- 
tobre 1582, ledict Moët auroit pris à louaige du feu sieur Messire 
Pierre Brulart une maison, jardin, prés, sise à Ausson- les- Reims 

pour neuf ans, moyennant par an 23 escus soleil 20 soh 

supplie ledict sieur François Brulart de vouloir recevoir A renon- 
cer audict bail. 

6* Quittance suivie d*un transport, faite le 27 septembre 1601, 
par devant Ponce Àugier et Bonnestraine. son collègue, notaires 
à Reims, par damoiselle Marie Leroux, femme délaissée et sépa- 
rée de biens de noble homme Georges Moët, demeurante à Reims, 
à prudent homme et saige maistre Augustin Drognet*, ancien 
advocat à Eparnay, et d*"* Claude de Lambourg sa femme, 
comme héritiers de d«^** Anne Charuelle, vefve de feu noble 
homme Hierosme Moët, d'une somme de 109 escus 33 sols 
4 deniers tournois, faisant partie de plus grande somme portée 
pour son apport au contract de mariage d'entre ledict Georges 
Moël son mari et elle, en date du 2 septembre 1358, et à la resti- 
tution duquel apport ladicte deffuncte Charruelle est obligée ; 
pour lesdicts Drognet et sa femme avoir leur recours contre leurs 
cohéritiers en la succession de ladicte demoiselle Charraelle. 

1 • Pour Droy o«i, famtlU alliée aux Moèt, ainii qu'on l'a vu plut haut. 



DB SAINT JBAN-BAPTISTB DB LA SALLB 265 

7"* Le 9 aoûl i602, Anne Cbâlons, femme séparée de biens 
d'avec Philippe Moët, dit que par contrat du 11 mars i588 
Jebanoe de Cierge, vefve de feu Jehan Moét, vivant escuyer, sieur 
de Crèvecœur, demeurant à Bricquenay, a constitué andict Phi* 
lippe Mo6t 6 escus de rente. 

• (Roland.) 

8* Le 17 décembre 1604, Jehan Henneqnin, procureur au prési« 
dial de Reims, a reçu d'Anne Chàlons, femme séparée de biens de 
Philippe Moêt, 60 livres à cause du mariage de Marie Moêt, sa fille, 
femme dudict Hennequin, plus 300 livres. 

(Deholins.) 

9<» Le 8 décembre 1607, testament de Marie le Roux, femme de 
Georges Moét, demeurante paroisse Sainct-Pierre-ie-Vieil, non 
malade. 

Veult estre inhumée en TEglise S*-Pierre-Ie-Vieil. 

Donne aux petils enfans nés et à naître de Nicolas Moét, son 
fils, tous ses biens meubles et immeubles. 

A Garlacbe Souyn S son neveu, qui Va aydée de ses moyens, 
elle veult Iny estre rendu les 4,320 livres qu'elle luy doibt. 

(Elle avait pour petite-fille Marie Moét, femme de Nicolas Gail- 
lard. 

Son fils Nicolas Moét avait eu pour première femme Nicolle 
Cachette.) 

(Ormouns.) 

1578, 2 juin. Baptême de Nicolas, fils de Philippot Moét et 
d*Anne, sa femme. Parrain : Nicolas Moét. Marraine : Guillemette 
de THospital. sa femme. 

(Tiré des registres de la paroisse Saint-Symphurien 
de Reims.) 

1588, 9 mai. Baptême de Jehanne, fille de Philippe Moét et 
d'Anne Châlons. 

1387, 3 avril. Baptême de Marie, fille de Nicolas Mouét et de 
Nicole Cachette. 

(Saint-Pierre.) 

1590, 14 octobre. Baptême de Henry, fils des mêmes. 

(Saint- Jacques.) 

1605, 9 avril. Baptême de Nicolas, fils de Nicolas Moet et de 
Claude Arnoult (qu'il avait épousée après le décès de Nicole 
Cachette). 

1611, 13 lévrier. Baptême d'Estiennette, fille des mêmes. Par- 
rain : Bertrand Guyle. Marraine ; Estiennette Moét, sa femme. 

(Saiot-Hilaire.) 

1. Noua avons parié des Souyn au aajet des Leapagnol. 



266 LBS ASCBNDANTS MATBRNBLS 

1606, 28 décembre. Baptême de Marie, fille de Mrt Jehan Aane- 
qQÎD (sic) et de Marie Moét. Parrain : Bertrand Pillier. Marraine : 
Jehanne Moëtte, sa femme. 

(Saint-Jacques.) 

I6i0, 26 décembre. Baptême d'Isabeau, fille de Bertrand Pil- 
lier et de Jehanne Moët. Parain : M'« Nicolas Leclerc. Maraine 
Isabeau Barois. 

(Saiut-Hilaire.) 

i6f2i 9 mai. Baptême de Nicolle, fille des mêmes. Parrain : 
M'* Nicolas Frizon, contrôleur du grenier à'sel de Reims. 

(Saint-Jacques.) 

1613, 4 septembre. Baptême de NicoUe, fille des mêmes. Par- 
rain : Jacques Mouzon, greffier, et Nicolle Arnould, sa femme, 
marraine. 

(Saint-Hilaire.) 

1624, 5 décembre. Baptême de Philippe Brayard. Parrain : 
Bertrand Pillier, sergent royal. Marraine : Anne Châlons, vefve 
de Philippe Moôl, vivant seigneur de Crèvecœur. 

(Saint-Pierre.) 

Philippe Moët et Aune Châlons eurent une fille, Jehanne, 
en 1588, ainsi qu'on l'a vu précédemment. D'après les parrai- 
nages ci*de88U8 énoncés, et la concordance des dates, il nous 
parait démontré que c*est bie?i elle que nous rencontrons, dès 
le 28 décembre 1606, femme de Bertrand Pillier. 

Le 22 août 1647, Bertrand vendit à André Coquebert, sei- 
gneur de Belleaucourt, une terre que celui-ci réunit à son 
parc : c'est ce que ce dernier nous apprend par une note ajou- 
tée manu propriâ à l'acte de vente. (Chartrier de Belleaucourt, 
dossiers Coquebert.) 

22 aoust 1647. 

c Acquisition de trois cars d'homes de terre derrière la Fon* 
taine Couet sur Bertrand Pillier. 

Fait partie de mon jardin de Belleancours. » 

J'ay, soubsigné, Bertrand Piller, sergent royal dem^ à Reims, 
confesse et reconnois avoir vandu a noble home M'^ André Coque 
bert, cons'"' du roy, premier président en Teslection. une piesse 
de terre au terroir de Coulomes, lieudit derière la Fontaine Couet, 
contenant trois cars d'homé, ou environ, acquise de Pier Laplau- 
che, vigneron dem^ audit lieu, à prendre ycelle comme elle se 
comporte, sans rien verger ny arpenter; et ce moyennant la 
sôme de cent sols, reçeue présentement comptant, me tenant 
pour payé et satisfait ; au moyen duquel payment je promets en 
faire jouir ledit sieur et autres en vertu des présentes, à peine de 
tous despens, domages iulérests et luy en passer conlract de 



DB SAINT JBAN-BAPTISTB DB LA SALLB 267 

feoie, toutes et quantes fois qu'en seray requis. Fait ce zxii aoust 
m. 6* xlvii. 

Signé : Pillibr (avec paraphe). 

11. — Nicolas Moët, fils de Georges Modt, fils 
lui-même de Hiaroma Moêt. 

Les actes précédents nous ont appris que Nicolas Moët, fils 
de Georges, épousa : 1<> Nicole Cachette; 2^" Claude d*Âr- 
nouU. Ils semblent établir qu'il eut deux sœurs, Estiennette, 
mariée à Bertrand Guyie, et Marie, femme de Jehan Heone- 
quin. 

Les Biinutes des anciens notaires de Reims relatent fré- 
quemment Nicolas Moët. 

I* Le 6 septembre 1584, Nicolas Moêt, marchand, fils de Geor- 
ges Moét, anssi marchand, bourgeois de Reims, marié depuis peu 
à demoiselle Nioolle Cachette (les promesses dudit mariage s'étant 
faites au mois de mai dernier), etc. 

(Jehan Rooisa.) 

2* Vente faite le 2 août 1614 par d*"* Suzanne de Failly, veuve 
de Claude de Maubeuge, escuyer, seigneur de Chevrisy, demeu- 
rante à Crespy en Laonnois, à demoiselle Claude Arnoult, femme 
de Nicolas Moêt, escuyer, demeurant à Reims, comme iille et pré- 
somptive héritière de d*>i« Jeanne de Montigny, veuve de Jean 
Amouit, en son vivant seigneor de Fleury, de ses parts et por- 
tions en une censé sise à Cormontreuil près Reims. 

(Miche! Lallkmant et Blondel.) 

3« Donation faite le 21 août 1614 par d«»« Marie de Montigny, 
veuve de feu Antoine de Lousart, escuyer, seigneur delà Louarde, 
demeurante à Cramoiselle, à d***« Claude Arnoult, sa nièce, 
femme de Nicolas Moët, escuyer, demeurant à Reims, de la cin- 
quiesme partie du fief de Fécamp, sciz à Cormontreuil près 
Reims. 

(Gilles SouPLBT.) 

4<' Vente faite le 22 août 1614 par d*ii«* Marie et Françoise de 
Chambly, Valentin et Philippe, escuyers, seigneurs de Gramoy- 
selle en partie, y demeurans, à Nicolas Moët, escuyer, demeurant 
à Reims, au nom de d*i'« Claude Arnoult, sa femme, d'une partie 
du fief de Fécamp, à eux escheue par les successions de d^^^^ 
Catherine de Montigny, leur mère, et de Jean de Montigny, leur 
onde, vivant escuyer, seigneor de Cramoyselle. 

(Gilles SouPLET.) 

5* Vente faite le 18 mars 1616 par Nicolas Moët, escuyer, sei- 
gneur de Fleury la Rivière en partie, demeurant à Reims, à noble 
homme Nicolas Bachelier, d'une renie de 16 livres 13 sols 4 



2(^8 LBS ASCENDANTS MATBRNBL8 

deniers, à percevoir sur la recetle des tailles en TEslection de 
Reims, k luy eschu comme seul fils et hérilier de d*"* Marie 
Leroux, vefve de feu Georges Moét, homme d'armes des ordon- 
nances du roy, héritière elle-même de feu d'il* Madeleine Leroux, 
veuve de Jean Cachette Laisuel, à qui ladicte rente avoit esté 
constituée par noble homme René de Perlet, seigneur de Cuu- 
longe, conseiller du roy en son grand Conseil, grand rapporteur 
en sa chancellerie de France, au nom et comme commis et 
député de S. M. par ses lettres patentes de Commission. 

(Germain Brisset et Viscot.) 

60 Vente faite le !•' juin 1616 par d«'^« Barbe de Montigny. 
Dame en partie de Cramoyselle, y demeurante, à damoiselle 
Claude Arnoult, sa nièce, épouse de iNicolas Moêt, escuyer, 
demeurant à Reims, stipulante par ledict Moët, de )a cinqniesme 
partie du fief de Cormontreuil, vulgairement appelé Fécamp. 
(Gilles SouPLBT, notaire à Sapponay.) 

7« Vente faite le 3 novembre 1616 par d«He Jehanne de Monti- 
gny, vefve de feu Jehan d'Arnoult, vivant escuyer, seigneur de 
Courcelles et de Fleury en partie, demeurant à Beauregard, à 
(jeUe Claude d'Arnoult, su fille, et femme de Nicolas Moët, escuyer 
demeurant à Reims, stipulante par ledict Moët son marit, de ses 
parts et portions dans le fief de Fécamp situé à Cormontreuil près 
Reims. 

(Taillâbt, notaire à Beauregard, paroisse de Fleury.) 

8*» Le 19 juillet 1636, D»"« Claude d'Arnoult. veuve de feu Nico- 
las Moët, vivant escuyer, demeurant à Reims, vend à Nicolas 
Moët, fils dudict deflfunct et d elle, )a dix huictiesme partie par 
indivis de la terre et seigneurie de Fleury la Rivière et toutes ses 
appartenances et dépendances, avec plusieurs pièces de vignes, le 
tout escheu à ladicte damoiselle par le décez de feu Jehan d'Ar- 
noult, vivant escuyer, sieur de Fleury, et de d«i** Jehanne de Mon- 
tigny, ses père et mère. . . par partaige faict avec ses cohéritiers 

le tout vendu moyennant 1,150 livres. 

(Roland.) 

III. — Nicolas Modt et Marie de Lenseig^e. 

Nicolas Moêt, né eu 1602, fils de Nicolas et de Claude d'Ar- 
nouit, épousa, eu 1633, Marie de Leoseing ou Lausein, et 
décéda en 1700. iSi Ton eu croit une tradition de famille, il se 
ruina complètement au jeu et perdit un jour jusqu^à son 
carrosse. Cette tradition se trouve consignée sur le livre de 
raisou du château de Romain (famille Coquebert de Montbret). 

1» Le 19 septembre 1633, contrat de mariage entre Nicolas 
Moét, fils de Nicolas Moét, bourgeois de Reims, et de Claude d*Ar- 
noult, sa femme ; 



DB SAINT JBAN-BAPTISTB DB LA 8ALLB 269 

Et Marie de Laasein, fille de Nicolas de Lauseio, marchand, 
demeuraol à Reims. 

(P. AUGIBR.) 

2» Bail à surcens fail le 27 janvier 1639 par Nicolas Moët» sei- 
gneur de Fleurj la Rivière en partie, à Claude Valois, vigneron 
audict Fleury, d'une pièce de pré size audict lieu, qu'il tient de 
d«"« Claude d*Arnoultsa mère, fille et héritière de d*"«Jehanne 
de Montigny. 

(Roland et Augier.) 

S*» Quittance faite le 3 février <69l par d®"» Marie de Lenseiu^, 
veuve du sieur Nicolas Moël, demeuranie à Reims, à Antoine 
Pommelct, vigneron demeurant à Fleury la Rivière, du prix de 
différents héritages audict lieu, provenans de d<>'° Claude d'Ar- 
noult, femme de Nicolas MoëL, escuyer, seigneur en partie dudict 
Fleury la Rivière, dont ledict deffunct sieur Moët était fils et 
héritier. 

(Lepoivre et Leleu.) 

4» Testament faitjjle {"janvier 1696 par d«"« Marie de Leu- 
seing, vefve du sieur Nicolas Moèt, demeurante à Reims» par 
lequel elle ordonne que ses biens soyent partagés également entre 
ses six enfaus, scavoir : 1» le sieur Gérard Moët; 2^ feu le sieur 
Nicolas Moët Laisnel, époux de d«"* Jacqueline Dureteste, repré- 
senté par ses enfans ; 3* le sieur Nicolas Moët le jousne ; 4*» d*^"* 
Claude Moët; 5" feu d*"' Anne Moët, représentée par ses enfans, 
et 6« feu d*»^' Marie Moët, représentée aussi par ses enfans; nom- 
mant en outre lesdicts sieurs Gérard et Nicolas les Moët pour exé- 
cuteurs testamentaire?. 

(Lepoivre et Copillon.) 

Nous possédons un échange fait le 17 août 1661 entre 
Nicolas Moët, époux de Marie de Lenseing, et Acdré Coque- 
bert, écuyer, seigneur de Belleaucourt, Pypa, Mulry, etc. Par 
cet échauge, André Coquebert acquiert de Nicolas la seigneu- 
rie en partie de Pieury-la -Rivière, et lui cède en retour une 
maison située à Coulommes. Plus tard, Fleury échut en par- 
tage à Henry Co'iuebert, capitaine de dragons au régiment de 
Senneierre, époux de Marie-Anne de Buss^y, décédée à 106 
ans, comme on a pu le voir plus haut ; Henry était fils cadet 
d'André Coquebert. (Chartrier de Belleaucourt, dossiers 
Coquebert.) 

ËCHANGB POUR MOBLB HOMME AnDRÉ CoQUEBBRT, SEIGNEUR DE PyPâS, 
PREMIER PRÉSIDENT RN L*ESLECTION DE KsiMS ; 

CONTRE Nicolas Moet, bourgeois de Reims. 

Par devant les uottaires royaux à Reims furent présens noble 
homme André Coquebert, seigneur de Pipas, const«' du roy, pré- 



270 LBS àSOBNDANTS liATBRNBLS 

sident en l'esleclion de Reims, d'une part, et Nicolas Moët, bour- 
geois de Reims, d*autre; lesquels ont faict les permutlaôns et 
escbange qui ensuit : c'est assavoir : que ledit sieur Coqaebert a 
donné, ceddé, quicté et transporlé et par les présentes donne, 
cedde, quicte et transporte audict Moët présent, le acceptant, 
pour luy, ses hoirs et ayans cause une maison seize à Coulomroes 
en la rue de la Fontaine Couei, consistant en cour commune, cui- 
sine, grenier, escurie, et jardin derrière, occupée à présent par 
Poncelet Maingon, royé ledict sieur Coquebert, d'une part, et la 
veuve Jehan Wafflard d'autre, et une pièce de terre nouvelle- 
ment plantée on bois, contenant quatorze jours, seize au terroir 
dudict Coulommes, royé Claude Lespaignoi. sieur de Bombart 
d'une part, et à plusieurs aboutissans diantre, assise en la sei- 
gneurie des seigneurs du lien, franche de touttes charges et d'hy- 
pothèques quelconques. Et à contre escbange ledict Moët a 
donné, ceddé, quicté et transporté et par les présentes donne, 
cedde, quicte et transporte audict sieur Coquebert aussy présent, 
tes acceptant pour luy, ses hoirs et ayans cause, la seiziesme par- 
tye en la seigneurie de Fleury la Rivière, les seize partyes faisant 
le tout, consistant en haute, moyenne et basse justice, poorTexé- 
cution de laquelle y a Mayre, procureur, greflier, sergent, et 
autres officiers et ceux qui se paient par chacun an aux jours et 
festes Saint*Martin d'hyver et Saint-Estienne Landemain de Noèl, 
par ceux qui possèdent des héritages en ladicle saigneorie, ledit 
droict portant lot, vesture, amande et sept sols six deniers sor 
chacun défaillant les droicts de rouage et affouage, qui est tel qoe 
tout forain passant avecq harnois es terres de ladicle seigneurie 
paie par chacun chariot quatre deniers et pour chascune charrette 
deux deniers, et pour droict d affouage des vins une pinte de via 
pour poinsson, et le payent lesdicts droicts à peine de soixante 
sols d'amende sur la défaillance de payer lesdicts droicts ; le 
droict de chasse dans toule Testendue dudict terroir, pour ceux 
qui sont seigneurs en une part es ladicte seigneurerie. Et la part 
et la quantité et totalité de poulies et autres choses quy se paient 
aux seigneurs par les habitans dudict lieu audict jour et feste 
Saint-Estienoe Landemain de Noél ; et générallement tout ce quy 
appartient audict Moël en ladicte seigneurerie en telle sorte et 
manière que ce soit pour en jouyr ainsi que ledict Moél et ses 
prédécesseurs en ont jouy, jusques à présent, à commencer du 
jour de feste Sainct-Estienne, de Tannée dernière, mil six cens 
soixante, ayant dict estre mis es mains dudict sieur Coquebert le 
dénombrement qui a esté faict le vingt cinquiesme april mil six 
cens vingt neuf par devant Rolland et augier, nottaires royaux 
audict Reims, duquel il y aydera ledict Moët au besoin, vingt sept 
verges de vignes ou environ en une pièce seize au terroir dudict 
Fleury, lieudict le flcf de Muitry, tenant d'un costé au sieur Dor- 
feuil, d'autre à Jacques Alexandre, la pièce comme elle se com- 
porte. Une pièce de vignes au terroir de Mailly faisant hache, lien- 



DB SAINT JSAN'-BAPTISTB DB LA SALLB 271 

dit le Godart, contenant trois qoartels royé la vefve du feu sieur 
Cappitaine Gocquebert d*uue pari et Jacques Henry d'autre, deux 
auli^s pièces de vignes au nnesme lieu contenant un quarlel 
royées le sieur de la Salle ; lesdictes seigneurerie et vignes fran- 
ches de touttes charges et hypothèques 

Ce fast faict' et passé de rellevée en Tliostel dudict sieur Coque- 
bert le dix septiesme aoust mil six cens soixante et un. 

Signé : Desmolin. 

La seconde signature est illisible. 

C'est après cetle vente de la terre seigneuriale de Fieury-la- 
Rivière qne Nicolas Moël abandonna son titre d'écuyer pour se 
livrer au commerce : ausi^i ne figura-l-il pas, avec ses cou- 
sins paternels, dans le nobiliaire dressé par Caumartiu. 

D après les parrainages énoncés ci-dessous, nous croyons 
que de Nicolas Moêtet de Claude d*ÂrnoiiU sont encore issus : 

l« Marie, femme : 1<* de Jean Desprez, procureur au bail- 
lage; 2<* de Jean Cbevillel. Elle décéda le 14 mai 1685 en la 
paroisse Saint-Symphotien de Reims ; 

2o Vhonette Moël, mariée à Claude Auger ; 

3» Jean Moët, époux d'Elisabeth Falon, née en 1620 et 
décédée le 15 mars 1685 en la paroisse Saint-Pierre *. 

1605, 9 avril. Baptême de Nicolas, ûls de Nicolas Muet et de 
Glaade Àrnoald. 

(Saint-Hilaire.) 

1620, 3 octobre. Baptême d'Adrian, fils de Jean Desprez, pro- 
cureur au baillage et cour spirituelle de Reims, et. de Marie .Moét. 
Parrain : M'^ Adrian Desprez, prestre chapelain de TËglise de 
Reims. 

(Saint-Michel.) 

1625, 21 mars. Baptême de Jeanne, fille des mêmes. 

1632, 17 août. Baptême de Charles, né le 29 juin, fils des 
mêmes» 

1634, l*r juillet. Baptême de Nicolle. ûlle des mêmes. Parrain: 
Nicolas Moêt le Jeusne, sergent royal. Marraine : Marie de Lensei- 
gne, sa femme. 

1 • On DOOB excusera de procéder aioti par hjrpothëaes eo déduiaaot cer* 
iaioes pareotéa de l'examen des liasses paroissiales de Reims : celte bran- 
ehe de Nojoo, ainsi que d'autres, citées par la suite, s'étaot depuis long- 
temps séparées de nos aïeux de Brouille t et de Louvergny, le charlrier de 
Belleaneourt D*offre à leur endroit rien de probant. Nous avons donc essayé 
de combler ces lacunes par des recherches, quelquefois infructueuses, à la 
Bibliothèque nationale, à celle de Reims, dans les minutes notariées et 
dans les regisUes dtt ptroiaflet. 



27X LBS ASCENDANTS MATBRNBLS 

1628, 8 novembre. Baptême de Pierre, fils de Jean Dœil et de 
Tlu«^mette Ghastelaio. Parrain : M« Gérard Moét. Marraine : 
Pérotte lloétte, sa sœure. 

(Saint-Hilaire.) 

H35, 6 féfrier. Baptême de Claude, tille de Nir.olas Moét, ser- 
gent rojal, et de Marie de Lenseigne. 

1637, 2( février. Baptême de Nicolas, fils des mêmes. Parrain : 
Jean Moét. Marraine : Claude d'Arnoult, veuve de Nicolas Moét. 

I0^S, 20 octobre. Baptême de Jean, fils des mêmes. 

1044, 8 avril. Baptême de Marie, fille de Nicolas Moét, escuyer, 
sieur de Fleur j-la-Riviére en partie, et de Marie de Lausaigne. 
Parrain : Jean Desprez, procureur au bailtage de Reims. Mar- 
raine : Marie Moët, sa femme. 

(Saint-Pierre.) 

]645« 30 mai. Baptême d'Anne, fille des mêmes. Parrain : 
Jehan Toillet. Marraine : Anne Toillet, sa fille. 

(Saint-Hilaire.) 

1650, 10 février. Baptême de Nicolas, fils de Nicolas Moét et de 
Marie de L*Enseigne. Parrain : Nicolas Moét, et marraine : Claude 
Moét, tous deux enfans dudit Nicolas. 

ï^^2t "i juillet. Baptême de Pierre, fils des mêmes. 

lt»&3, 26 septembre. Baptême de Claude, fille des mêmes. 

(Saint-Pierre.) 

1555, 5 novembre. Baptême d'Adrian, fils de M'* Nicolas Moét 
et de Marie de Lenseigne. Parrain : M** Adrien de Pré, curé de 
Cernav. 

(Saint-Michel.) 

1G51, 5 mars. Baptême de Marie, fille de M'* Nicolas Moët, 
rAisné, et de Marie de Lenseigne. Parrain : Nicolas Moét le moyen. 

ni>0, t** février. Mort de Marie de Lenseigne, veuve de Nico- 
las Hoèi, âgée de 86 ans. Témoins : Gérard Moét et Nicolas Moét, 
ses ûh^ 

t637, i8 février. Baptême de Claude, fils de Jean Chevillet et 
de Marie Moét. Parrain : Nicolas Moët. Marraine : Claude d*Ar- 
DtiuiU teuve de Nicolas Moét. 

1^3^^ 16 mars. Baptême de Claude, fils de Claude Auger et de 
VbooeUeMoêt. Parrain : Nicolas Moét. Marraine: Claude d'Arnoult. 

164Î, 23 mars. Baptême de Milet, fils de Jean Moét et d'ÉHsa- 
belh Falon. 

1643, 23 septembre. Baptême de Claude, fils des mêmes. Par- 
rain : Nicolas Moét, sergent rovaL Marraine : Claude Arnoult. 

1649, 14 décembre. Baptême de Nicolas, fils de Nicolas Giliet 
et d'Estiennette Moét, sa femme. Parrain : Nicolas Moét. Mar- 
raioe : Claude d*Arooult. 



^ 



L 



DE SAINT JBAN-BAPTISTB DB LA SALLB 273 

1649, 28 novembre. Bapléme de Nicolas, fils de M^ Nicolas 
Gillet, sergeat royal, et d*Êstienaette Moët. 

(Saint-Pierre.) 

4651, 17 novembre. Baptême d'André, fils des mêmes. 

1650, 16 avril. Baptême d'Anne Gordier. Parrain : Bertrand 
Pillier, officier du roy. Marraine : Jebanne Moët, sa femme. 

(Saint- Jacques.) 

iV. — Nicolas Moët, fils du précèdent : ses deux 
mariages. 

Nicolas Moët, fils de Nicolas et de Marie de Lenselug, né le 
16 février 1650. épousa, en 1673, d«"« Jehanne Richarl, fille de 
François Richart, docteur professeur en droit, avocat au Par- 
lement, et en 1675 d«**« Jehanne Gérard. 

Nicolas Moët est toujours qualifié f marchand drapier •. 

D*après une tradition de famille conservée dans cette bran- 
che, Nicolas aurait eu un tuleur qui lui aurait dilapidé tous 
ses biens. (Communication de M. Henry Moët.) 

Ses frères aînés, Nicolas et Gérard, épousèrent, Tun Jac- 
queline Dureteste, et l'autre Péretle de Reims. Une de ses 
soeurs, Marie, se maria à Paul Ancelet de Joyeux : famille 
que Ton pourrait peut-être identifier avec les d*Ancelet du 
Mont-de-Jeux. 

1661, 3 décembre. Baptême d'Antoine, fils de Gérard Moôt et 
de Perette de Reims. 

1663, 21 janvier. Baptême de Marie, fille des mêmes. Parrain : 
Nicolas Moët. 

1664, 7 avril. Baptême de Gilles, fils des mêmes. 

1666, 30 juin. Baptême de Marie, fille des mêmes. 

(SaiutrPierre.J 

1667, 27 juin. Baptême de Roberle, fille des mêmes. Parrain : 
Pierre de Reims. Marraine : Roberte Clerjon, sa femme. 

(Saint* Hilaire.) 

1662, 27 janvier. Baptême de Marie, fille de Paul Joyeux et de 
Marie Moët. Parrain : Nicolas Moët. 

(Saint-Pierre.) 

1663, 17 mars. Baptême de Claude, fils de Paul Ancelet de 

Joyeux et de Marie Moët. 

(Saiat-Michel.) 

1667. 15 août. Baptême d'André, fils de Paul Ancelet dit 
Joyeux et de Marie Moët. 

18 



27i 



LBS ▲SCftND^MTS MATERNELS 



1673^ 6 OMurs* lUriageeDire Nicolas Moët, marchaud drapier, 
âgé de 23 ans, et Jehanne Rieb^rdy aagée de 30 ans. 

(Saint-Hilaire.) 

1675, 28 janvier. Mariage enlre Nicolas Moët le Jeusne, veuf, 
aagé de !fô ans, marchand drapier, el Jeanne Gérard, aagée de 
34 ans. 

(9«)nt4a<;40«Bf.) 

1679, -23 septembre. Baptême de Françoise, fille de M'« Nico- 
las Moêt et de Jebanne Gérard. Parrain : M''*' François Ricbard, 
docleur et professeur en droit (grand-père de Tenfant). 

(Saint-Hilaire.) 

1680^ 14 décembre. Baptême de Nicolas, fils des mêmes. 

(Saint-Jacqaes.jf 

16S2. Baptême de Glaadf^ DM* d«« 0iên»es, 

(Saint-Pierre.) 

tfiM, 2f ftoftt* bëpièmë de Jean, fil» de» mêraes^ 

(Sainte iaeqiMis.) 

1^92, 25 août. Sort de Claude, fille des mêmes. 

(Saiot-^Deoyi.) 

f693y 14 novembre. Mort de Jacqueline Du reteste, vefve de 
Nieola»Moét, âgée de 43 ans. Témoins : Gérard Moêt et Anselme 
Dureteste, frères. 

(Saint-Pletrtr.) 

J<199, f3 novembre. Mort de léhstkùe Gérard, leniima de 
M"^ Nicolas Moêt, aagée de 50 ans. 

tSaiat-Hilsire.) 

1701, 26 décembre. Mort de M** Nicolas Moêt, époux dé Jeanne 
Gérard, âgé de 5{ ans. Témoins : André Moêt, fils, et Gérard 
Moët, frère do deffant. 

1707, 3 août. Mort de Claude Moët, fille âgée de 55 ans. 
Témoio : Gérard Moêt frère. (C'est d'elle qu'il s'agit dans le testa- 
ment de Mmm de Lenseigne*) 

illOr 21 fètrier. Mort de Gérard Moêt, veuf de Pérette de 
Reims, âgé de 72 ans. 

1710, 20 mars. Mariage entre Pierre Mercier, marchand, âgé 
de 25 ass^et Marie- Anne Moêt, âgée de 28f ans, fille de défoncts 
Nicolas Moêt, marchand, et de Jacqueline Du reteste. 

(Saint-Pierre.) 

1735^ 18 oclobre/ Mort de Jeanne Moêt, fille âgée de 57 ans. 
Témoins : M' André Moêt, frère de la défunte, et Claude Moêt, 
aerfier» ««iiy iftre. 

(SMi^bilipp^) 



DB SAINT JBAN-BAPTISTE DB LA SALLB 275 

La fami)Wâ« lUîiv» ptuftA^ éà^ê t«s liasa»» papoiaeiales de 
Gueux au xyii* siècle. 

« 23* juin, 4669, baptisé Milet, flls de Claude de Reims, et 
Âone Malo. Le pmftê i W* MrléFÎ hêMiÊi\kfê^ pùé euré de Gueux. 
La manue : Marie Mourette. » Si§né : Lescaillon et Héfmônville, 
curé de Cofiîéfîifiiés. 

a l6My ^ jtfffii Baptisa 1i ÛHê âe Iton^euf Skirtê9 tliêfimë, 

chirarfMft ««N(icl Heu, é4 êë tàd^lÊêtihe La Court. Parin : 
If' Ëstiefikse du 6oîs, chir«FKJtffr A Reims. Marine : Damoiselle 
Marie de Reims, sa femme. » 9^gl9è i Picard. 

Nous IfDôfôflg g! m(ê Um\l\s pmfî rid^mmffr^rmr celle des 
fgrl. éê âAtfiure, ft^fMéourl e( HMéétf-les-M^t^y etéés 
h^rom âU êdiiùi'Eiûpifê M 1650, êi àppàfenlêÊ àùM t/miêù» 
coufl, iHft^Mx de B«eiM90ff , etc. 

y# '^ P ê êê ê Ê Êââiice de Nicolas Moéi jusqu'à nos jours. 

Àndfé Mùfty fils de I^icolas el de Jèaune Gérard, épousa, 
le f 4 mat Yt^t, ïïS^ttm^Tmm 6ê RéftflfW, Jerotrer Mnrin, Bile 
àeU^W ànété Mâfth et ê& â«"* Jeânm JMte\et '.- 

nm$kM%V,h 27 juillet 1745, il ép^îHtà A Saiol'llfaHrtf dfe 
Nojon Marie- Anne Lebfuu, Glle àê JM^ /«MKBaptiste Lebruu 
et ded«"« Marie- Thérèse Paul, il épmêÊ^ êê secondes uoces 
Aune-Louise Fagard, el eut du second ff( .' 

Jacques- Franfrté*Piâêtê Meët, baptisé le 8 mai 1759 à 
Saint-Martin de lf^M# ^}| le 21 Janvier 1782, épousa à 
Saint-Germain de tfôfOti â^ ftosalie Falempin ». 

D où : 

Jean-Baptislê-CkatUMêfHé Mol^t, né le 24 septembre 1787 
et baptisé à SaiDi^M*«il0 iê 6(oyon, époux de Marie-Rose- 
Marguerite TrusscTfî éfl ékië an 1 8 janvier 1 821 . 

D'où : 

Fra%coU'Augu$ii-É4(fMfi àtoëif ûé à Paris le 22 janvier 
1824. époux de éK^ ll«fftf^le-Ërar)fte^ Ifasson en date du 
4 octobre 1849, et péWf 4# HonseW Htnry M«ël, qui Bgura à 
Heims aux fôtes de fa hékix&td^iion de J.-B. de la Salle. 

1. Tiercelet, nom d^jl M#é(>«M dfaas la braocbe Mo«t de RomooL 
î. Jacqaes-Fraoçoia-l^Milé SrféÉt, veuf de .Resalie Falempio, épousa en 
iecoDdea nocea Aimée tfafétféM : cfoù un ûls, Casimir- Auguste Moët, qui 
M maria avec ta cousine AntfMM Moei, 3* fille issue d'Etienne Moet et de 
Catherine Plocart dn PavHlotf (Moét de Rômont). 



Moët de Noyon. 

Ocorget Moèt, éeuyer, filt de HierosoM et de Jet 
s Marte Le Roox. 



» Ckarrael 



1" lit. 



Nicolas Moét, ëcny«r, tei^eur de Fleanr-la-RiTiàre 
èp. . 1* NicoUe Cachette ; 2* Claude d'Arnaolt. 



2« lit. 

I 



:• Marie Mo«t,née en 1587 
s= Nicolai Gaillard. 



2* Nicolas Moét l'aîné, 6c', 
seigneur de Fleury-la- 
RiTÏère, sergent royal 

(16(fâ-76} 

= en 1633 Marie de 

Lanseigne 

(1614-1700). 



I 

3* Henry Moét, né en 1500. 

4* Eticnnette Moét, 

née en 1611 

= Nicolas Gillet, sergent 

royal. 



!• Nicolas Moèl, 2* Gérard Moët 

né en 1637 ( 1638-1710) 

= Jacqueline Dure- = Péretle 

teste (1650-93). delleims. 



3« Nicolas Moét 

(1650-1701) 

èp. 1* Jeanne 

Richard ; 

2* Jeanne Gérard 

(1640-99). 



4* Oande (1635). 
5* Jean (1642). 
6* Marie (1644) 
= Paul Ancelet 
de Jovenx. 
T Anne (lè46-16M) l. 

8» Pierre (1652). 

•• CUttde (16B3-1707), 

fiUe.- 

10* Adrian (1655). 

11» Marie (1657). 



!• 



I 



Marie- Fraoçoise 

(1673). 

2* Raoul-François 

do Paul (1673). 

3* Marie- Anne (1680). 

4« Marie- Anne (1682) 

= Pierre Mercier. 



1* Antoine (1661). 

2» Marie (1663). 

3« Marie (1664). 

4« Gilles (1665;. 

5* Marie (1666). 
6« Roberle (1667). 

7« Anne (1668). 

8* Jean (1669). 

9* Nicolas (1673). 

10* Jeanne (1677). 

11* Marie-Madeleine 

(1679). 



I 

1* André Moét 

= Jeanne Marin 

en 1714. 



2» Nicolas (1676). 

3* Jeanne (1678). 

4* Françoise (167V). 

5* Nicolas (1680). 

6* Claude (1682-92). 

7* Jean (1683). 

8* Glande, sergier. 



2« lit. 



Jacquee-Philippe Moét 

r= Anne-Louise 

Fagard en 1745 ; 

il s'établit à Noyon. 

i 

Jacques>Francois-Fi- 
dèle Moét ép. en 1782 

Rosalie Falempin, 
puis en deuxièmes noces 

Aimée Maresehal. 

1" Ut. 



I 
2* Casimir-Augu«le 

Moët, ép. 

Anne Moët, de la 

branche de Romonl. 



I 

1« Jean-Bapliste- 

Charlemagne Moét, 

ép. en 1821 

Marie-Rose- 

Marguerite Trasson. 

i 

François-Auniste- 

Edonard'Moét 

ép. en 1849 

Marguer ita- Emilie 

MasKm. 

I 

Henry Moét 



1. Awé partit atoir épooié Nioolu JMiOBBot 



DB SAINT JBÂN-BAPTISTB DB LA SALLB , 277 

2<* BrANCHB DB LA FORTBHAISON. 

Nous passons maiolenani à la branche de la Fortemaison, 
également issue de Hierosme Mo6t; nous en donnerons 
d'abord le tableau filiatif . Elle a pour chef Nicolas, second fils 
de Hierosme, et, à ce titre, aurait dû avoir ici la priorité sur 
lesMo6t de Noyon, descendus de Georges, septième fils du 
môme. Nous avons changé cet ordre, pour donner en premier 
lieu les Noyon, comme offrant plus d'intérêt, puisqu'ils sont 
encore aujourd'hui représentés par M. Henry Moët, chancelier 
d'ambassade 

Modt de la Fortemaison *. 

Hierosme Moét =s Jeanne Charrael. 



NieoU» Moét de CrèTecœur, écajrer, procoreur da roi h Epemaj jusqu'en 1593, 
ï= Anne de Bar, fille de Jean, écuyer, leignear de Boiy. 



1* François Moèi, éenjrer, «eigneur de la Fortemaison, rassi 2* Jeanne Moét 

proenreor, :=. Blanche de la Pierre en 1595 (fille de = Glande Mortes. 

Jean, proenrenr en rEleetion). Leurs biens furent » mis en décret n 
en 1652 

I 

I I 

1* Antobe Moét de la Fortemaison, écujer, aussi procureur 2* Glande Moét, fille. 

en 1593, •}• en 1638 =r Marguerite Brisset, ulle 3« François Moét 

d'Ançostin. capitaine au réfiment de Champagne, de la Fortemaison 

et de NieoU Moét S, remariée en 1645 à Jean le Roy = N. . . le Ferre, 

de Beurgnenolle, éenyer. de GhAlons. 

1* César Moét de la Fortemaison, écnjer, lieutenant au régiment du 2* Marie Moét. 
Ploasis-Praalia, ss en 1663 Marie de Noél, reure de Claude 3* Ciaude Moét. 

Thibault, èeuyer, seigneur de Souin, à Pieny ; laquelle 
testa en 1694, derint reure en 1695 et mourut à Pierrr 
en 1701. 

! 

Scipion Moét de la Fortemaison, écuyer, né à Saint-Julien-de-Pierry 

le 14 arril 1664, mort jeune sans alliance, étant cadet 

an réfimeat de Piémont. Qualifié dans les actes paroissiaux 

seigneur des Gonardins, paroisse de Moussy. 

Comme on vient de le voir, Antoine Moët, écuyer, sgr. de la 
Fortemaison, avocat, procureur du roi à Épernay, eut de Mar- 
guerite Brisset : 

César Mo6t, écuyer, sgr. de la Forfemaison, qui épousa 
Marie de Noôl, décédée à Pierry le 10 février 1701 : 

« 10 février 1701 . Décès de Marte Denoëi, 64 ans, en son vivant 

1. Fiersii à Épernay aa fauboarg de TOrme ou du Haut- Pavé. 
S. Nicole Moét» fille de Jeao MoSi de Crèvecœur, fils aioé de Hiéroame 
MoSt et de Jeanne Charmai . 



27Ô 



LBS ASCENDANTS MATBRNRLS 



veQ?e de feu M'^ Çé$are lloiite, escnj«r, s^fgojBur de la Forlemai- 

Ç.é»^ Moëi et M»H§ da No6l eyrept ue ftls, Mptoii, éeq/#r, 
f gf , 4#§ Çop^fdips, dâ^iii ifi paroisse d^ Moys»^. 

t^ AeU du i^f «df^. ««70. . .« U fiâfin Afitmii# Cipioo Niridt, •' 

des Gonardins. Signé : Demoet. 

3° Acte du 21 JMJp }S96. . ,, |a .n)Areine Mvi^ de Noël, veuve de 
feu Monsieur Moëlt. Signé : Marie Oenoel. 

3^^ BftAffOfiv Dv Tasvauz. 

Oue aii(r§ bf«Bi^b«f ïêêUQ dd Htoro^lOd MoSt êi 4e Jeanne 
Charru^h Ëfii celle dUe de Tareaux» N'ayaul sur elle qu'un 

Dag}br§ râ§treini de documiote, nous résu^eroo^ par un 

tableau généalogi-[ue )§ peu ^oe Rgii9 op «AfOOe. 

Celle braLche a pour chef Thierry Moët de Crèvecœur, 
&isièn[)^ âls de Hierosme, et parait s'être éteinte en Charles- 
4Q^@pb^lfarie Moët 4§ Tarsaus (1713^1709). 

Pir ua mariage a?6$ une famille de Obauftur, elle eei deve- 
nue l'alliée des de Bar, maintes fois ynaotioiifliés au cours de 
ce travail *. 



I . Nous devons les açi^s 4p 9\^frj à l'oKrêmo oUlg99BM dt M» Demang^ 
ùîiimT d'Académie, et nous plaisoDs à lui «n p^fit ici nos sincères remer- 
clpmeDls. 

î. Blanche de"B§r 4i ggiot-Mirtiq, fil|§ ie Jijcaups, éçuyer, premier 
pféaident au Présidial i% CbllSBIMUPoMlFBe. 9i 4i LquÎM CftilUl. épousa, 
h U avril 1685, Thomas ifue 4e Mir^mespil, tbavAlitr, eom^lUtP dn roi, 
i fi tendant de Champagne {Annuaire de la Marne pour 1960, page 558). 



r v»i_2r-, ,•» -. 



s 
t 



il 



5^ 



M 

3 



SI 

:-§ 

s- 

II- 

O - 
® o 

i 



S 2- 



il 

sS 
• u 



h 



f S8 

IfJS 



11 

•5 s 



ïl 



SO,^ 









"•3- 



-il 



39 

|.is 



.s 

m 

J 






s^ 



Il Sg^ 



Hi 







•<»•- 






3 

î 



280 LBS àsobndants matkembls 

Jean Mo6t, 4* fils de Thierry Moêt de Crèvecœur et de 
Claude Bérau, épousa Marguerite, dont le nom de famille 
a'esl pas connu. Ils vécurent à Cbâtillon* sur-Marne. 

Dont trois enfants : 

i^ Gilles, baptisé le 13 septembre 1597. Parrains : Claade Lam- 
blay etJean Cbevillet. Marraine : Liénor, femme Aymard Halot. 

2<» Jehanne, baptisée le 20 janvier 1602. Parrain : Jehan Pelli- 
cart. Marraines : Marguerite Malebesle et Jeanne Levesque, dem^ 
à Épernay. 

3<* Jehan, baptisé le 25 juillet 1604. Parrains : Jehan Lefebvre 
et Quentin Petit, procureur. Marraine : Marie Deschamps, fille de 
M* Jehan Deschamps. 

(Communication due à M. Pellol.) 

Sans doute, d'après un usage local, les garçous avaient donc 
deux parrains, et les filles deux marraines. 

Thomas Moët, 2* du nom, épousa à Châlons, en 1703, 
Jeanne le Fèvre : 

Le 18 avril 1703, marié Thomas Moêt, fils de feu Claude Moêt et 
de Marie de Bar d'Epernay, et Damoiselle Jeanne le Fèvre, fille de 
Nicolas le Fèvre et de feu Jeanne Maupas (Registres paroissiaux de 
Chàlons). 

Ici s*arrètent les renseignements que nous avons pu recueil- 
lir sur les Moêt de Tarnaux. 



(À suivre.) E. du Pin db la Gm^viàas. 



w 



NÉCROLOGIE 



Le samedi 9 mars est dôcédée, au château de Conrmelois (Marne), 
M*»' Catherine-Charlotte-Bérangère L'Heureux, comtesse de Bar- 
thélémy d'Hastel, veuve du regretté fondateur de cette revue. 

Les obsèques ont eu lieu le mardi 13 mars, en Téglise de Gonr- 
melois, au milieu d'une nombreuse affluence de parents et d'amis 
venus de Parts et de tous les points du département pour témoi- 
gner leur respectueuse sympathie à la comtesse de Brocas, si 
cruellement éprouvée. Toutes les personnes qui ont connu M"** de 
Barthélémy se rappellent son affabilité, son espri^ si fin, son ami- 
tié si sûre, son extrême désir d'être agréable ou utile, qualités 
qui lui faisaient comme une auréole de charme et de bonté. 

Elle était apparentée par sa mère, fille de la duchesse de Saula- 
Tavannes, née Choiseul-GoufOer, aux familles de Gonzague-Yerco- 
vado, Ghabrillan, Monlholon, Lévis-Mirepoix, Pimodan, Grailly, 
Castellane, d'Hautpoul, etc. 



* 

¥ ¥ 



On annonce la mort de M. Henri Gélot, d'Epernay, volontaire au 
4^ régiment d'infanterie de marine, décédé le 16 janvier 1901 à 
l'hôpital militaire de Saïgon (Indo-Chine) ; 

— De M"* Charlotte-Louise Mirambeau, veuve de M. Henri 
Sntaine, décédée à Reims, le 30 janvier, dans fa soixante-quatrième 
année. 

Les obsèques ont eu lieu le 2 février en l'église Notre-Dame ; 

— De M. Félix Masson, décédé à Père- Champenoise (Marne), le 
2 février, dans sa soixante-dix-septième année. 

Les obsèques ont eu lieu le 4 février ; 

— De M. Charles-Ernest Blanchin, négociant en laines, ancien 
conseiller municipal de Reims, décédé en cette ville le 3 février, à 
l'âge de 48 ans. 

Les obsèques ont en lieu le 6, en l'église Notre-Dame ; 

— De M. Tabbé Viret, curé de GhampÛeury (Blame),{ décédé à 
Champflenry le 1 1 février. 

Les obsèques ont eu lieu le 13 ; 

— De M>* G. Friesenhauser, née Jeanne-Marie-Bugénie Nau- 
din. décédée à Reims, le 12 février, à l'âge de 38 ans. 

Les obsèques ont eu lieu le 15 en l'église Saint-Jacques; 

— De !!•■• veuve J. Couillaud, née Pauline-Stéphanie Oudin, 
décédée à Oiry (Marne), le 17 février, à l'âge de 62 ans. 




282 NéCROLOOIB 

Les obsèques ont eu liea le 32, ea Téglise d'Oiry. Au cimetière, 
M. le D' Evrard, adjoint au maire d*Epernay, a rappelé en quel- 
ques paroles émues la vie toute de dévouement de la regrettée 
présidente du comité de TUnion des femmes de France; 

— De M. François-Amable Sautereau, décédé à La Chapelle, 
près Montmort (Marne), le 18 février, dans sa quatre-vingt-qua- 
torzième année ; 

— De M. l'abbé Toublan, chanoine titulaire de Châlons, décédé 
dans celte ville, le 23 février, à l'âge de 68 ans. 

Ordonné prêtre en 1857, successivement curé de Vrigny (Marne), 
doyen de Fère-Champenoise, il était chanoine titulaire de ChAlons 
depuis 1S83. 

Les obsèques ont eu lieu le 25 en Téglise Saint-Etienne. L'ab- 
soute a été donnée par Ut^ Latty. A l'issue de l'office, le corps a 
été transporté à Ghaudefontaine (Marne), où l'inhumation a eu lieu 
le 27; 

— De M. Nicolas Licourt, maire de Cbâtillon-sur Marne, cheva- 
lier de la Légion d'honneur, décédé le 2 mars, à l'âge de 84 ans. 

Les obsèques ont eu lieu le 5 en Téglise de Châtillon-sur- 
Marne. 

— De M. Alfred Dorin, bibliophile distingué, décédé à Ghâlons- 
sur-Marne à Tâge de 86 ans. Il était le fîls du docteur Dorin, qui 
a doQoé son nom k ane des rues de Ja ?ilie. Il laisse une belle 
coliectioo d'oeuTres d'art et de livres ; 

— De M. Vaux, ancien banquier, président du Sport athlétique 
séunnais, décédé à Sézanae le 3 mars, k l'âge de 76 ans. 

RienCaitear de diverses Sociétés locales et des écoles eomma- 
nales pendant sa vie, il laisse une somme importante à la fille de 
Sézanue. 

Les obsèques ont eu lieu le 5. 

— De M. Cornet, ancien professear au lycée de Reims, aneien 
inspecteur d'Académie, décédé à Châloos le 7 mars, â l'âge de 
71 ans; 

Les obsèques ont eu^lieu le 9 en Téglise Saint- Loup; 

— De M. Jacques Viuyas, négociant en bouchons, décédé à 
Reims le 6 mars, dans sa quatre-vingt-deuxième année. 

Les'obsèqnes ont eu lien le 9 en l'église Notre-Dame ; 

— De M"^' veuve Simon, née Henriette-Lonise-iosépëine Serret, 
décédée à Reims le 6 mars, dans sa quatre-vingt-quatrième année. 

Les obsèques ont eu lieu le 9 en l'église Saint- Jacques ; 

— De Mme venve Jny, née Nicole-Hortense Christophe, décédée 
à Paris le iS mars, dans sa soiiante-dlx- neuvième année ; 

— De la sœur Marie-Eudoxie, de la congrégation de la Provi- 
dence, ancienne directrice de TEcole libre des filles de Vouziers 
(Ardennes), décédée à Reims le 23 mars, à l'âge de 62 ans. 



N^ROLOOIB 283 

Née à Toarleroo (JirdMfli»)^ •!!# «vitt Mitigaé successivement 
à Liart, à Tours-sur-Karne et à Geroay. 

Les obsèques ont eu lieu iê 9ê. 

— De Mme de Ayala, née Berthe-Gabrielle Albrecht, décédée à 
Ay (Marne), le 23 mars, dans sa soixante-troisième année. 

L0f obséfOêi ooi eu lieu le 26. 



BIBLIOGRAPfflE 



IfoMliaire de BarAe-Duc, lyyt, CoDtant-Lagaerr«, 1901, 184 pagM 

in 8«. 

Sous ce titre vient de paraître un intéressaot répertoire généa- 
iQgique des ancieooes familles de Bar-ie-Duc et des eoTiroos ; 
parmi elles uo grand nombre se trouvent intéresser notre Cham- 
pagne, ce qui nous engage à signaler l'ouvrage. Ce recueil est, à 
ce qu'on croit, Toeuvre de Pierre de Longeauz, conseiller à la 
Chambre des Comptes de Bar (1703-1766), et était resté manus- 
crit ju&qu'à ce jour. Il méritait d'être rois entre les mains du 
pultlic par l'abondance el la précision des détails filiatifs qu*il 
renferme. C'est une œuvre d'histoire et non de fantaisie. Un cer- 
tain nombre des familles qu'il relate existent encore. Cet impor- 
tant travail n'était pas cité à la Bibliographie nobiliaire de Lor- 
raine de M. le vicomte de Bizemont. L'ouvrage est précédé d*une 
iiUroduction par M. Dannreuther, le savant et distingué secré- 
t^ûre de la Société des Lettres, Sciences et Arts de Bar-le-Duc qui 
a pris le soin de l'éditer et de le présenter au public et aux ama- 
teurs et curieux d'héraldique. 



Guide de V étranger à Reims, contenant la description de tous les 
monuments et tous les renseignements utiles au voyageur. Nou- 
Ti^lLe édition re?ue et augmentée, contenant 124 dessins et reprodue- 
tJOQB photographiques. -^ Reims, Matot-Braine, 1931. Volume in- 12 
âe £18 pages. Prix : 2 fr. Couverture illustrée, Jules Matot, in». 

Voilà un nouveau type du guide illustré, le seul acceptable pour 
le voyageur et le touriste. On y a semé les vues, les figures, les 
perspectives, les profils de monuments les plus variés. Le livre 
e^t très gracieax à feuilleter, plein d'intérêt à approfondir par les 
descriptions qu'il donne sur l'état actuel de la ville dans l'ensem- 
ble et dans le détail. 

Outre son charme d'illustration et le profit qui en résulte pour 
réliirle, il offre au voyageur pressé toute !a commodité des ren- 
seignements pratiques. L'éditeur, qui est en même temps Timpri- 
meur bien outillé que l'on connaît, M. Henri Matot, a vérifié les 
ptuj minces informations sur les moyens de transports, sur les 
conditions des différents services, sur les heures d'ouverture des 
établissements et la durée des trajets. Chacun y suit son attrait. 

C'est donc un guide vraiment utile et portatif que nous recom- 
mandons, et nous né méconnaissons pas pour cela son caractère 
arlîâtique, historique et archéologique. Il donne tout ce que peat 



BIBUOeRAPHIB 285 

donner, dans un nombre de pages restreint, un puvrage qui n'est 
pas de sa nature voué à l*érudilion. On y a évité bien sincère- 
ment et le mieux possible toute chance d'erreur. On l'a embelli 
avec soin de toute la parure de Tart et du bon goût. Souhaitons 
lui donc une large et rapide difiusion. 
Reims, le i4 mars 1901 . H. J. 

Cabixrs i>K CLÀSai ILLUSTRAS. CollecUoQ publiée par Gontier, libraire 

à Reims. 

Un libraire rémois, M. Gontier^ a entrepris, dans une sphère 
modeste, une œuvre itiléressante et utile^ qu'il convient d*encou- 
rager. Fournisseur de nombreux établissements d'instruction pri- 
maire et secondaire, il a publié, à l'usage des classes, toute une 
collection variée de cahiers abx couvertures illustrées avec goût, 
qui forme un véritable petit musée de plus de deux cents sujets, 
accompagnés de légendes lédigées avec un soin scrupuleux. 

Une nouvelle série vient de paraître, consacrée spécialement au 
pays de Champagne. On y trouve le champ de bataille de Valmy 
avec la statue du maréchal Kellermaim; Sainte-Menehould, le 
monument de Passavant, élevé à la mémoire des mobiles massa- 
crés en 1870 ; Sillery et ses souvenirs du passé, le site pittoresque 
de Rosnay, le château de Gueux, les monuments archéologiques 
par lesquels se recommandent Courville, Cauroy-Iès-Hermonville, 
Mont-Notre-Dame, Dormans, Âsfeld, Reims. 

Les instituteurs trouveront dans ces images une source inépui- 
sable d'enseignements intéressants pour leurs élèves, à leur por^ 
tée et dans le rayon même de leur vie journalière. 

* 

Sommaire de la Revtie historique ardennaise (mars-avril 1902) : 

I. H. MoBAirviLLi. — Une rixe enlre Ardennais el Allemands en 1391. 
il. MiLANOBS. » A. Bâuoon, Les francs-arcbers de Rethelan xv'siècle. 
Hbnri Lâgau.lb, Les droits seigneuriaux des Petiles -Armoises, en 1301. 
A. Frézbt, La cbâsse de saiat Oricle, en 1628. 

m. Vamètèb révolu TiOiCNAiRXS. — Demande d'érecUon de Monxon en 
évdché, en 1790. 

IV. BiBLioGRAPHiB. — DemaisoQ et PéUcier, Imfentaire des archives 
dép€urtemeniales de la Marne (série G). — Cartulaire de la corn- 
mane de Dinant (D. Albbrt Nobl). 

V. Cbroniqub. — Nomination de M. Cbuquet à TAcadémie des sciences 
morales et politiques. — Le tréoor des chartes du comté de Rétbel, au 
Palais de Monaco. 

Sommaire de la Hevue d'Ardenne et d' Ar y onne (mo^rs 1902) : 
Paul PbM'OT, Estais sur la famille de Salnove. 



2S6 



BIBLlOaRAPHlB 



Ft>É«it. — O' SéJOUMfBT, La Meuse. 

C«^âff>4rK. ^ /. Oi/trAfff ixfMAM, MmtHÊtèêmfêtitttêikkêÊâÊêêîêÊ 

If* FAttt UÙLVfffËff Éttf VtfHnêHiHàié &§ (ll^fMM 4# €NfM#iW#r #MH# ## 
Luxpmbourg, meDiioQDani le d«» êê OêâHfêJ^ éfO fWm êÊ êf 

ÇoitrrK-flKfffrU BT BULLETIN BIBLI06IIA.PHIQDB/ 



Sommaire du Bulletin du IrUfHaphile et du bibliothécaire 
{\b février) : 

Ni^!ï#(n«i^ii ^ Hmm» ék ftoflPMr», fwg »— AiMy pêt €NMpmm# tMlâfMK. 

Utffii tiâ«fiél«/ 
Sommatr» da Bulletin du bibUophilê et du kikiHffêkécditë 

LoRiDA» Labqhbt, Eugèfftf Ad§er, iâttfêtiifÊ pif§61NSéê, 

Cb. VnÈAîii, Éttpptémiit ên SaniéHlana fitctU/, 

Loms SdoHm, Les Otxdài, imprtffieu« et ^fiitêS'à ff6y^, à Ptfté.t 

5«0E H à Tours /suite/. 
A l'hôtbl DtiouoT. 

LlTABi kouvbaux. 



> 






CHRONIQUE 



Société des sciences et APfts de Vrtl^Y-tlf-f ÉAî^.ms. — Séance âu 
14 février 4 SOI. 

A^rès ui>e alltfciilion de Si. le D"^ Wast, présîcfent, M. Wfffiaftt 
Grosseteste, ingéuidor des Arts e( Manufacftures à Pa^is, tttettthtë 
associé^ fait hommage à la Société de sa note intitulée : Groupe- 
ment d'aveugleSy communiquée naguère au Congrès dé TA^so- 
ciation française poor l'avancement des sciences c[ul s'est tenu àt 
Paris en 1900. Dans cette étude, M. William Grossetesfô demande 
s'il ne serait pas possible, dans une certaine mesure et paf ^ !e 
groupement des besoins et des ressources », de rendre aoxsavartsl 
ou aux hommes de lettres frstppés de (îécitéfafdCtfUédé continuer 
leur existence inteltectueffe, de faire aboutir leurs tféttauX itftér-* 
rbmpasyde se livrefaux études de leur choix, de suivre lef rwou te* 
ment scientifique et littéraire. 

M^ l'abbé Ch. Urbain, docteur ès-Iettves, adfesse à la Société 
une broefcure intitulée : Èossuet apologiste du P. Quesnet, Nou- 
velles recherches sur le jansénisme de Bossuet (Extrait de la 
Revue du Clergé français^ n» du <5 janvier 490f), Paris, Létoftï- 
zey et Ané>1901, ln.8^ 

M. Arthur Despocq communique la traduction, en patois dé 
Vanault^le-Châtel^ de la parabole de TEnfant prodigue. Afln de 
montrer la différence de langage entre des pays qui, cependant tie 
soDt pas bien éloignés, il joint à cette traduction uneversiotl dé fa 
même parabole en patois de Saint-Amand que donnait, if y a envi- 
ron trente ans^ un journal chAIonnais. Bien de plus intéressant que 
ces patois de nos anciennes communautés champenoises. Ces pap- 
iers anciens « méritent plus de respect qu'on ne se le persuade 
généralement; c'était la langue ouvrière, celfé des éerïtivatcufs, 
des bûcherons, des artisans, inspirée par le crfs joies et feufsf dou^ 
leurs, imagée comme la nature qu'ils avaient sous lés regards, t 
M. Despocq, en procurant cette traduction, a redda ùti véritable 
serviet^ L«» doeomenis rédigés dan» les patois de l'arrondissement 
de l^ftrf sont Irè» rares. Il n'est qi»e temps de fixer ces « parleures » 
antiques dans des formes écrites. Le patois i^i^ déplus en plusàse 
franciser, de sorte que bientôt on ne trouvera plus dans nos vil- 
lage qu'»a français piu» ou moins altéré. Le vrai patois aura dîs- 
pam 

M. Cttmifle Tïjtt Sainte-'Marie donne connaissance de notes écrites 
par II. Glande Dorjsy, qui futdépntéde laMarneàrAssemblé^légis- 
lative, 6û it fat secrétaire (27 âéctfmbfê f79r>, ptfi» nUhffféMefki 
(2(marsl7^etprésident(2avril[79?).Ge!r notes 8(mtrel<tivi»àla 



ISS GHRONIQUB 

viepQlitiqae de M. Dorisy pendant cette législature Elles ne vont 
que Jusqu'au 14 fé?rier 1792. Elles sont de Pintérét le plus vif : 
ki noms de Chabot, de Guyton-Morveau, d'Isuard, de Gondorcet, 
d« firiBsoty deCambon, de Vergniaud, y sont souvent cités. Elles 
viennent confirmer le jugement que porte Taine sur TAsseroblée 
législative dont la physionomie se trouve reproduite. Les dénon- 
cialiûns multipliées, les mille affaires de très minime importance 
qui entravent à tout instant les travaux des législateurs y sont 
mentionnées. M. Dorisy constate, à plusieurs reprises, la part trop 
fréquente que prenait aux délibérations le public des tribunes qui 
manirestait avec violence ses approbations et ses désapprobations. 
Il SË montre enQn très préoccupé de la politique économique, des 
liaosUons financières et en particulier de la question des assi- 
gnats. 

11^ Jovy lit ensuite une notice sur nn bibliophile vitryat, 
M. Auguste-Nicolas de Saint-Genis, né à Vitry-le-François le 
:) février 1741, mort à Pantin le !•' octobre 1808. Dans les loisirs 
que lui laissait, avant la Révolution, sa charge d'auditeur à la 
CUainbre des Comptes, M. de Saint-Genis avait rassemblé nne 
collecUon magnifique de livres et de manuscrits qui intéressaient 
Thi^loire de notre ancien droit français. Elle fut achetée par l'Etat 
en 18t4, s^r Tordre de Louis XVIII, et incorporée à la Bibliothè- 
que du Louvre, aujourd'hui disparue ^ 

M. Uutertre adresse quelques paroles cordiales de bienvenue à 
M. le D' Albert Vast. Il se félicite que la Société compte mainte- 
nant parmi ses membres un esprit si laborieux, si patient, si au 
courant des découvertes et des méthodes modernes dans le 
domdne des sciences de la nature et de la vie, si pénétré de cons- 
cience scientifique. Les résultats heureux, consignés dans une thèse 
remarquable, auxquels Tout déjà amené ses recherches, nous font 
est^érer que M. Albert Vast en atteindra encore de plus impor- 
tants. 

l'armi des pièces récemment envoyées à Vitry par Saffroy, 
libraire antiquaire auxPrés-Saint-Gervais (Seine), se trouvait une 
trUre da Royer-Collard, très probablement inédite, dont M. Jovy 
communique le texte : 

rai quelque excuse à vous faire. Monsieur, d'avoir tant tardé à 
vous remercier de renvoi que vous m'avez fait de votre consulta- 

f. Cf. en parlicuUer sur M. A. N. de Saint-Genis 'et sa collecUon. 
yoticf nur la çieet les travaux de Af. A.-y. de Saint-Genis, audi- 
lent* dfs comptes, par M. M..., avec des noies par M. Barbier, Paris, 
Le NcrfEtand, 1817. Ce savant t'est adonné^ non seulemeot à l'histoire du 
droH, mais encoi« snx études scientifiques et sgrieoles, et Cuvier, dsos 
M4 Hechsrches sur les ossements fossiles des quadrupèdes, Paris, 
l$!3. 4 vol. in-4% Ta cité plusieurs fois svec honneur, notamment su 



r 



CHRONIQUE 289 

lion 00 disserlalioa sur les refus de sacremenl et de sépallure. Je 
Tai lue avec intérêt et profit. La question m'y parait traité3 avec 
une grande exactiiude. et vous Pavez éclairée par beaucoup de 
recherches. Je souhaite que vous soyez appelé à répandre la même 
lumière snr d^aatres questions également graves et difRcilcs. 

Agréez, Monsieur, l'assurance de ma considération très dis- 
tiogoée. 

ROYBR-COLLARD. 

Ce iO février 1825. 
Adresse : Monsieur Mauroy, avocat aux Conseils du Roi, 
Rue de^Seine-Saint-^ermairif n* 62. 

Paris, 
[Le timbre de la poste porte : Février ~9^ 1825.] 

— Le scrutin est ouvert pour l'élection d'un trésorier. 

M le D' Mougin est élu àl'unanimilé des suffrages. 

^ A funanimité des suffrages, M. Golonna, principal du col- 
lège, et M. A. Despocq, de Vanault-le-Ghà(el, sont élus, le pre- 
mier, membre titulaire, le second, membre associé. 

Société littérairb et bistorioub db la Brib. — Séance du 
44 février 4901. — Présidence de M. Gassies, vice-président. 

M. le président a reçu et communiqué à l'assemblée : 

Le Bidletin de la Société de Provins; 

La Petite Gazette de Dammartin ; 

La Revue de la Haute-Auvergne ; 

Le Château- fort de Dammartin et ses différents sièges, généa- 
logie des comtes, et Lagny-le-SeCj sa commanderie, par Albert 
Mélaye. 

M. Barigny offre quatre pièces romaines trouvées à Marcilly. 
Ces pièces sont de grands bronzes de la période des Antonins, 
l'une est à l'effigie d'Antonin le Pieux. Ces pièces sont de la belle 
époque du Haut-Empire. Le dessin n'en est pas parfait. Le revers 
est meilleur que l'avers. Outre la forme du bronze, ses dimen- 
sions et son poids, le relief des flgures et l'inscription S. C. du 
revers indiquent à n'en pas douterdes pièces romaines de l'époque 
sus-indiquée. La Société adresse des remerciements aux dona- 
teurs, 

M. Paul Messager^ juge de paix à Lizy, présenté par MM. Gassies 
et Andrieax, est élu membre à l'unanimité. 

M. Barigny, trésorier, rend compte de sa gestion pendant l'exer- 
cice 1900. 

Il en résulte que les recettes se sont élevées à. .... . 1 . 550 55 

Les dépenses à i .448 20 

D*où un reliquat de 102 35 

19 



290 GHUONIQUB 

Auquel il convient d'ajouter : 
Le montant dû livret de caisse d'épargne au i«' jan- 
vier 1^01 .....^ 805 10 

fit le legâ Devèze 4 » 

Ea«ori«4«ie l'flitiif se trouva être de. .««.•>. .%/.... 913 (fë 

Ce compte est approuvé à l'unanimité et rassemblée adresse ses 
félicitatiofie €\l trésorier. 

M. Gas^ies dépose un certain nombre d*etemp)aires du BultC' 
tin dmU S«>eiité> ioKXk% lli> todc4it« l> conteMtii son travail sur 
los chartes ée U M«iin«ill« «laUeauX (avril H79 et mai 1222). 

Séance en (A mars 4904. ^ Présidence de M. Muiler, vice- 
président. 

M. le président exprime, an tiom de la Société, tous les regrets 
qu'elle éprouva dift la perte qu'elle vient de faire en la personne de 
U% la doa<ia«r Oufrai^g^ia^ membre iitalaira dé(sédé> ai adresse à sa 
vaava et é aa ftunilJa l>sX{)ressloa da sas eondo iéances^ 

M. Hosson dfimsa svir \t buraaa v\ offre è la Société un exem^ 
plaire de son nouvel ouvrage : <« Un soldai briard : le capitaine 
Husson, > La Société lui en exprime ses remerciements. 

Sur )a proposition de M . Ciratdot la Société diédde qa^lla pro- 
cédera, à la séance d'avril, au renouvellement de son bureau. 
lA. Girariul ajoute que l%s ludions de secrétaire <i^a^l remplit 
depuis de longues années hii sont rendaas difAciles par aoa éloi- 
gnement de Meaux, siège de la Soci^ié, et pria U Sodéié de paur- 
voir à son remplacement. 

M« le président, aa nom de la Société, exprime à M. Girardot 
tous les regrets que lui cause sa détermination ; il le remercie au 
nom de tous du dévouement dont il a fait pieuve en remplissant 
Les fondions de secrétaire pendant de nombreuses années. 

L'assemblée propose en reiiipiacemeat de M. Girardot ^ 
M> ^«rrnaïu. 

M l^bé Forint donne lecture d*uo hymne composé par Bos- 
^M«ta>n TboHMeai' de Saint ^«rttiéi^ifiy, patron de la'paruiî^se de 
<^erniiK4'y*l^^^<4<>^« et cbauté par kiiniième au lutrin de cette 
e{<ti<«. Uel l^liitH' et sa tradacliou par II. l'abbe Formé serout 
ta«éres daa> l^ ^lletin d« la Société, actueUement «4i |>répa- 
Uou. 

R^ MattCmarta dépose «ar le bureaa et otfre à la Société une 
nomination de sous-lieateMuiiportafit 4a sigaatare de Bonaparte. 

II. ikglMk doima 4«oUire de la tradoctioo faite par lui du jour- 
nal d'un sous-otfioier allemand qui séjourna à Meaux pendant 
TsMiée 1870*1871. Ce journal, par l'originalité de ses aperçus, 
iotéMsse vivement les auditeurs qui remercient M. Bigaut de sa 
communication. 



OHBONIQtJE 2d) 

M. Camille Jullian, correspondant de ilnstitut^ professeur à 
rUniversilé, que la Société a l'honneur de compter parmi ses 
membres correspondants, après avoir visité des fouiMes que diri- 
gent MM. GUardon et Gassies, a bien tou1« tenir assister à la fin 
de la séance. 

M. Mûller lui offre de prendre U ptéûééat/ê m&m^atÊMiée. Il 
décline cet honneur et remareia iM eolJèfBéf 4e i0ur êcen^s 

AcADÉuig DB Reims. — Dans sa séance du $ {évmr i90J| TAc^- 
démie a procédé à l'élection de nouveaux membres. 
Ont été élus : 

Membres titulaires 
MM. 
Rozey, avocat. 

Paul Simon, vîee président de la Société ée4 Amie dm ÀjrU, 
Graffin, docteur en droit. 
Cordier, professeur à PÉcole de médecine* 

Membres honoraires 
MM. 
Jalenques, conseilkr 4 kkCoiu d'appel, à Përiê^ 
Géaérai MaJifae, ga«faraeur ouiÂLaire d'Aiger, 
Paul Henriot, ingénieur en chef des mim^p à Pafi§« 
Ant. Hénas de ViJIaJMie. mtoàhre da VlméiUUfà PsxU^ 
OaeUiar t^M^èma daj^ea, dNruifieii à Parie. 
Gudefroid Kurth, professeur à l'Université de Liè^ (IM^pMi^e). 

Membres corre$pQmUmU 
MM. 
Pierre Leroy- Beauli eu, économiste à Paris. 
Dr de Bovis, professeur à l'École de médecine de fleims. 
Van Tieghem, professeur de seconde au Lycée deRei^s. 
Gaudier^ professeur de troisième au Lycée de Reims. 
Auguste Philippoteaux, avocat à Sedaju. 
D' Lapierre^ médecin à Sedan. 
Vicomte Ed. Du Pin de la Guérivière, à Coulommes. 
Albert Lamy, à Paris. 

£<*ueM jLefèvj-e^ xu)jgQ|)ij»$iJloar de flfxusixj^ue^ à Aeims. 
José Valenti, â Palm* jCE^pagJae}. 

HiBUorBÈQUE DE Reims. — Tableau des revuos et recueils pério- 
diques tenus a la dispusitiou des lecteurs en 1901 : 

A 

Almanachde Gotha, 1896. 



292 CHRONIQUE 

Almanacli Haclieite, 1896. 

Alaianach-aniuiaire des trois déparlemenls de la Marne, de 
r Aligne et des Ardennes, 1859. 
Amateurs d'autographes, 1900. 
 anales de chimie et de physique, 1790. 
Annales des sciences géologiques, 1870. 
Aouales des sciences naturelles, botanique, zoologie, 1824. 
Annales des mines, 1<« série, 1838. 
Annales de TEsl, 1899. 

Annales scientifiques de l'École normale, 1874. 
Année scientifique et industrielle, 1856. 
Année cartographique, 1892. 
Année politique, 1884 (lacunes). 
Annuaire des bibliothèques et des archives, 1890. 
Annuaire du Bureau des longitudes, 1795. 
Annuaire de la Marne, 1801 . 
Annuaire Matot-Braine, 1872. 
Annuaire des musées, 1896. 
Annuaire statistique de la Ville de Paris, 1880. 
Aunuaire-bulielin de la Société de l'Histoire de France, 1887. 
Annonces rémoises, 1898. 

Archives des Missions scientifiques et littéraires^ 1850. 
Association française pour Tavancement des sciences, congrès 

annuels, 1872. 

B 
Liibliographie moderne, 1899. 

bibliographie de la France, 1887. 
Bibliothèque Je l'École des Chartes, 1839. 
!;uiletin mensuel des nouvelles publications de la Bibliothèque 
imiiùaale, 1882. 
IriiUelin monumental, 1834. 
Hiilletin du Diocèse de Reims, 1867. 
Hullelin de la Société d'étude des sciences naturelles de Reims, 

Miilletin de la Société médicale de Reims, 1896. 
lUilletin du Comice agricole de Tarrondissement de Reims, 1864. 
ttnilelin de la Société industrielle de Reims^ 1858. 
Itiilletin de la Société de vilicullure, horticulture et sylviculture 
ilf I iirrondissement de Reims, 1877. 

Ituiletin mensuel de la Société d'apiculture de Reims, 1897. 
Ilnllclindii Bureau d'hygiène de la ville de Reims, 1883. 
fiulietin ofticiel de la propriété industrielle et commerciale. 



CBAOMIQUB 293 

Bulletin de la Société géologique de Prauce, 1882. 

Bnlletia de la Société de Ftiistoire de Paris et de Tile de 
Frauce, 1886. 

Bulletin de la Société philomathique de Paris, 1880. 

Bulletin des Lois, i79i. 

Bulletin historique et philologique du Comité des travaux histo- 
riques, 1883. 

Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques, 1883. 

Bulletin du Comité des travaux historiques, section des sciences 
économiques et sociales, 1 891 . 

Bulletin de la Société nationale des antiquaires de France, 1817. 

Bulletin de la Société de géographie, 1898. 

Bulletin de la Société des architectes delà Marne, 1878. 

Bulletin des Habitations à bon marché, 1893. 

Bulletin du Laboratoire de la Maison Moôt et Chandon, 1898. . 

C 

Catalogue illustré de la Société des Artistes Français, 1891 . 

Catalogue illustré de la Société nationale des Beaux-Arts^ 1891. 

Chronique des Arts et de la Curiosité, 1833. 

Collection des Lois et Décrets (Duvergier), 1788. 

Collection de Jurisprudence (Dalioz), 1827. 

Compte moral et administratif de la Société de Charité mater- 
nelle de Reims, 1827. 

Comptes rendus hebdomadaires de TAcadémie des Sciences, 
1835. 

Comptes rendus du Cercle pharmaceutique de la Marne, 1816. 

Comptes rendus du Syndicat du commerce des vins de Cham- 
pagne, 1885. 

Conférences de la Ligue de l'Enseignement (Comité Rémois), 
1896-97. 

Correspondance historique et archéologique, 1895. 

D 

Délibérations du Conseil général de la Marne, 1885. 
Délibérations du Conseil municipal de Reims, 1874. 
Devoir (Le), 1896. 

Description des Machines et Procédés pour lesquels des Brevets 
d'invention ont été pris, 181 1 . 

E 
Economiste français, 1887. 
Encyclopédie d'Architecture, 1850. 
Exposition universelle de 1900 (L'), 1894. 



••<fc^ 




94 






*^t~>'*-^n.. .^ « 










n//, 



"rf» 



'^'^ii;^:;/*^^* 









^''ee^ j 




'^fr/i 



-^•^i:;:::;r"'«.,. 



J* 







' *""''. tsgs 






"'^ ««co, 






«Off,ï- 



^Mf s ei ^rfj^ 




CHRONIQUE 295 

Revue de Paris, 1894. 

R«Tue politique et HUéraire (Reviie bl#u«)i I9S0. 

Revue de Champagne et de Brie, 1870. 

Revue historique ardeniiaise, t894. 

Revue d'Ardenne et d'Ârgonne, 1894. 

Revue des questions hi9toriqueS| 1806, 

Revue historique 1876, 

Revue critique d'histoire et de littérature « 1866. 

Revue de lOrieut latin, iS93. 

Revue de Philologie, de littérature et d*hitloire anoienoe» 1880. 

Revue des langues romanes, 1889. 

Revue des bibliothèques, 1891. 

Revue musicale (Sainte-Cécile), 1890. 

Revue archéologique, 1844. 

Hevue numismatique, 1836. 

Revue scientifique (Revue rose), 1863, 

Revue des travaux scientifiques, 1881, 

Revue des Revues, 1896« 

Remania. 1897. 

Revue biblin-iconographiqoe, 1895. 

Revue deTHistoire des religions, 1901. 

Revue universelle (Larousse), 1901. 

Revue philosophique, 1901. 

S 
Séances et travaux de l'Académie des sciences moreles et politi- 
ques, 1864. 
Séances et travaux de la Chambre de commerce de Reioif, 1873. 
Société protectrice de l'Enfance, 1877, 
Société de Secours aux blessés militaires (Croix-Rouge), 1889. 
Souvenirs et Mémoires, 1891. 

T 
Tablean du commerce de la France, 1827. Lacun09. 
Tableau du mouvement du Cabotage, 1845. Laeun09, 
Tour du Monde (Le), 1860. 
Travaux de TAcadémie nationale de Reims, 1842. 

U 
Union des Femmes de France, annuaire, 1886. 
Union médicale du Nord-Est, 1871. 

Y 

Vie Ardennaise, 1897. 



296 CHRONIQUE 



Folklore dbs batbaox db Rbihs. — L'autre jour, grâce au gel, 
je me suis promené, la canne 4 la main, sur le canal, ce qui n'est 
pas tout à fait banal. 

Du reste la promenade était charmante, surtout sur le port, où 
une grande quantité de bateaux vides, hauts sur coque et bloqués 
dans les glaces, formaient les maisons d*une longue et large rue 
blanche qui s'étendait de Técluse de Fléchambault au pont de Vesle. 

C'était un passe-temps charmant et intéressant à la fois, que de 
déchiffrer les noms de toutes ces pénichef<. 

Les noms des bateaux sont en effet le plus souvent bien jolis, 
parce qu'ils sont, pour la plupart, des noms de femmes, de fleurs, 
quelquefois même ils sont beaux, quand ce sont des noms 
d'épopées. 

L'âme des marins y imprime toute la poésie dont elle est impré- 
gnée : de sorte que, tout comme un sonnet, le nom d'un baleaa 
est à lui seul un long poème. 

Donc, j'ai flirté avec les péniches du port et voici leurs jolis 
noms que j'ai relevés dans un délicieux pêle-mêle : 

L'une portait le chaste prénom de Suzanne ; une branche de 
sapin, enrubannée aux trois couleurs, était juchée à la pomme 
de son grand mât. 

Sur la proue rebondie de sa voisine, je lisais : A la volonté de 
Dieu, et tout à côté, sur une autre proue, u Cinquième Génie >. 

Plus loin, c'était Baccarat, un bateau chargé de baliveaux et sur 
lequel séchait pittoresquement une lessive de linges multicolores. 

Après c'étaient V Andrée, VAriony la Briska, VAcomaj VEloff, 
de beaux bateaux placides aux noms sauvages ; les Deux Frères, 
une péniche rouge ; le Courrier des Ardennes, un titre de jour- 
nal qui faisait très bien ainsi, gravé eu belles lettres blanches, sur 
le bois goudronné de la nef à laquelle il donne aussi son nom. 

Ici, le nom de Tauteur de Corinne ; là, celui du vénéré Prési- 
dent de la République du Transvaal. 

Sur la même ligne, VAngèley VEtna, le Nebo, la Jérusalem et 
le Victor-Hugo. 

Quelle singulière arlequinade de noms bizarres, simples, mo- 
destes ou délicieux que le hasard a réunis ainsi dans l'étroite 
étreinte d'un même corset de glace ! 

En voici encore d'autres : VAvis, VElie^ le Vatican, le Tangara, 
— j'eus mieux aimé Tanagra. 

Pour finir, voici V Arche de Noé, La cheminée de tôle de la 
cabine du batelier fumait tout doucement et mélancoliquement, 
et l'arche si tranquille semblait déserte. 

C'était l'Arche après le ra.nneau d'olivier. 

P. F. 



OHRONIQUB 297 






Dans la Revue des Autographes, publiée par M»" veuve Gabriel 
Cbaravay (mars 1901), nous avons relevé quelques documents 
intéressant la Gbampagne et la Brie : une lettre du comte Jac- 
ques Beugnot, datée de Paris, \B avril 4814, et adressée à Loreanx, 
iuspecteur de la librairie (n<* 18 ; 1 p. in-i** ; 10 fr.); une pièce sur 
vélin, signée de Jeanne de Bourbon, abbes.'ie de Jouarre, datée de 
Jouarre, 1602(n« 24; 1 p. in-8» obi., 8 fr.); une lettre de J.-N.-P. 
Hachette, géomètre, à M"« Boursault, datée du 8 octobre 1833 
(n* 90, 2 p. 3/4 in-4» ; 8 fr.) ; une autre de Tabbé Nicolas Halma, 
mathématicien et érudit, datée de Paris, 8 frimaire an X^ (n<>93; 
I p. in-4<» ; 6 fr.) ; une de Tabbé Lambinet, savant bibliographe, 
adressée à Camus, et datée du 9 pluviôse an XI (n'* 126; 3 p. 
1/2 iu-4«; 30 fr). Elle est relative à sa notice sur la Bible des 
Pauvres de Bamberg. 11 se félicite d'être en communion d'idées 
avec lui ; Tluvile è joindre des fac-similé à son ouvrage, et «goûte 
qu*il attend avec impatience la publication des travaux de Van 
Praet et de Daunou sur le sujet qui Toccupe (ouvrages ^relatifs à 
Timprimerie). 

11 faut mentionner également une intéressante correspondance 
d*Antoine-Remi Polonceau, célèbre ingénieur, né à Reims, rela- 
tive à ses travaux et qui comprend treize lettres autographes, 
signées, formant 25 pages (n* 184; in-4« ; 15 fr.) ; une lettre de 
Soufflot, rillustre |architecte du Panthéon, né à Irancy (Yonne), 
adressée de Paris, le 11 janvier i773 aux membres de TAcadé- 
mie de Marseille (n* 220, 1 p. in-4* ; 25 fr.) ; enfin un manuscrit 
autographe de Pierre-Jean Grosley, Poriginal érudit troyen, tra- 
duction inédite, mais non terminée, du poème de La nature des 
choses de Lucrèce. On y a joint un manuscrit autographe et iné- 
dit d'André Lefèvre, avocat, cousin et compatriote de Grosley, de 
12 pages petit in-4®, contenant sous forme de lettre à Tanteor, un 
examen critique de cette traduction (n<* 276; 92 p. in-folio; 
20 fr.). 

MtLANGEs soB BossDBT. — Conféretice de M. Brunetière. — 
M. Brunetière a fait le '40 mars, à l'Institut catholique, une con- 
férence sur r « Apologétique de Bossuet ». 

Beaaconp de personnes n'ont pu trouver place dans la salle 
tant on avait mis d'empressement à venir l'écouter. 

Mgr Péchenard, recteur de l'Institut catholique, a présenté le 
conférencier tout en déplorant de ne pouvoir lui offrir une salle 
dont les dimension^^ fussent plus en rapport avec sou talent. 

M. Brunetière a exposé les attaques de Bossuet contre les pro- 
testants, les « libertins » et les critiques. 

Contre les protestants, qui reconnaissent l'autorité des Ecri- 
tures, le grand évèque établit l'autorité de l'Eglise à l'aide du 



298 OHRONIQUB 

dilemme : « ou bien les Saintes lËcrilures sont assez claires par 
eUes-tnéroes, et alors comment expliquer la diversité das iater- 
l>rélations. souvent contradictoires, auxquelles elles ont doDué 
lieu, et d'où sont sorties tant de sectes eunemieS) dont il a décrit 
les variations? Ou les Ecritures ne sont pas assex claires par elles- 
raéme5, et alors il faut bien admettre que Dieu a constitué une 
autorité visible, chargée de les interpréter souveraioemeut. » 

Contre les libertins, Bossuet établit le dogme de la Providence 
chrétienne, dans laquelle se manifeste la tutelle de Dieu sur U 
création Contre les critiques, il affirma et démontra la vanité 
d*une certaine exégèse. 

Uno phrase de Téminent conférencier a provoqué une tempête 
d*applaudissement9. La voici : « Mesisieurs, il y a du divin dans la 
gouvernement du monde, et nous croyons, comme Bossuet, après 
^aint Paul, que Dieu intervient quotidiennement dans notre vie, 
que nous vivons, que nous nous mouvons, que nous sommes en 
lui. Autrement, ni Thistoire ne vaudrait la peine d'être étudiée, 
ni la vie ne vaudrait la peine d*être vécue. » 

iMgr Péchenard a chaleureusement remercié le conférencier. 

Les cheveux de Bossuet, — Bossuet était-il chauve ? 

Lamartine dit qu' c il portait une mèche. provocatrice et rebelle 
qui couronnait son front ». 

Mais les portraits de Tévêque de Meaux, que Ton peut voir au 
Louvre et au musée de Dijon, le représentent comme complète* 
meut dénué de cheveux sur le sommet de la tête. 

Le peintre Rigault n'a pu s'y tromper. D'où il est permis de 
conclure à la calvitie de Bossuet. 

* 

Haraucourt candidat a l'Acadéiiib. — Il y a un nom à ajouter à 
k liste des candidats an fauteuil de M. Henri de Bornier à l'Aca- 
démif! française : c'est celui de M. Edmond Haraucourt. 

Edmond Haraucourt compte parmi nos meilleurs poètet en 
même temps que parmi nos écrivains les plus vigoureux, 

11 a donné plusieurs remarquables pièces en vers : Shylock, à 
l Ddéon; la Passion, drame sacré i*eprésenté chaque année depuis 
i^^0\ Don Juan de Manara^ kVOdéQn\ Aliénor^ opéra donné 
en Autriche; enfin Circe, actuellement inscrite au programme de 
I Opéra-Comique. Nous avons de lui encore trois beaux volumes 
de vers : L'Anie nue. Seul et l'Espoir du Monde ; un roman : 
Amis ; un volume de contes ; l' Effort, et un poème dramatique, 
jirose et vers : Héro et Léandre, 

Découvert par Banville^ adopté par Leconte de Liste, il entra 
j apidement dans la notoriété par son juste labeur. On lisait déjà, 



CHRONIQUE 299 

il y a quinze ans, dans V Anthologie des poètes français^ cette 
biographie, — la seule que Leconte de Lisie ait écrite : 

« Entre tous les jeunes poètes qui se sont révélés dans ses der- 
nières années, Haraucourt est assurément le plus remarquable et 
le micur doué comme penseur et comme écrivain. . » 

Le jugement s'est ratifié. L'Académie française a déjà décerné 
au poète de VEspoir du Monde le prix de poésie, qu elle lui a 
donné sans partage, comme elle fait à ceux qu'elle n'a pas encore 
élus, mais qu'elle invite à se présenter, et qui n'attendront pas 
longtemps. 



Le dotbn des cdrés de Fbance. — On a enterré, il v a quelques 
jours, le doyen de l'episcopat français, Mgr Dabert. 

Plusieurs personnes nous demandent, à cette occasion, de leur 
dire quel est le doyen des curés de France. 

Mgr de Pélacot, l'éminent évéque de Troyes, nous a mis en 
mesure de répondre à cette question en nous révélant ces jours- 
ci que le doyen des curés est un prêtre de son diocèse, Pierre 
Duval, né en i806, cuié de Saint-Beooist-sur-Seine depuis 1830; 
soit 95 ans d'âge et 7i ans de ministère dans la même paroisse. 

Un double record. 

Voilà, nous disait l'aimable prélat, un prêtre auquel on n'appli» 
quera pas le proverbe : « Pierre qui roule n'amasse pas mousse. » 

Ajoutons que l'abbé Pierre Duval est l'un des curés les mieux 
portants du diocèse de Troyes. 

* 

Les annales de la charité rémoise retiendront, comme digne, 
d'orner leurs plus belles pages, le nom de M. François- Robert de 
Bonneval, décédé à Reims le il juillet 1900, à l'âge de 84 ans. 

Nous apprenons qu'avant de quitter Reims, la famille du regretté 
défunt a voulu, par des largesses aux différentes œuvres chères à 
M. Robert de Bonneval, et particulièrement aux écoles libres, aux 
conférences de Saint- Vincent-de-Paul et au patronage de Notre- 
Dame, laisser un magnifique souvenir de ses bienfaisantes tradi- 
tions. Une somme de 10,000 francs a été en outre répartie entre 
les pauvres des dix paroisses de la ville, par l'entremise de MiM. les 
curés. 



La yiesioN du baaon de Baye. — lly a toujours, dit le Joun^al^ 
quelque chose de nouveau à apprendre aux séances de la Société 
de géographie. L'autre jour c'était M. de Baye qui rendait compte 
de sa mission chez les Tatares. 

Connaissez- vous celte race des Tatares ? — C'est à peine si son 
nom a été jusqu'ici indiqué dans les gazettes. Ils vivent dans la 



300 CHRONIQUE 

régioQ qai s'étend de Derbent à Elisabeth -Pol. Bakou est leur 
principale cité. 

Combien curieuse avec ses antiques palais des khans et ses puits 
de pétrole, la Bakou d'aujourd'hui, où sévit la fièvre de Tor ! 

Mais le type tatare se conserve beaucoup plus pur à Tauris. Là 
l'élément aborigène ne s'est pas modifié au contact des vain- 
queurs russes, malgré rhabileté avec laquelle ceux-ci ont conduit 
leur propagande colonisatrice. 

* 

Limoges n*est pas la seule ville où se remarquent des œuvres 
nouvelles de solidarité et d'assistance sociale. 

La ville de Meaux est fière de revendiquer certaines fondations 
qui sont toutes à son honneur. Telles, les Ecoles maternelles, les 
Soupes populaires, les Ateliers communaux de charité, les Coo- 
pératives de consommation — toutes institutions dues à l'effort 
municipal et qui marchent admirablement. Il faut y ajouter cer- 
taines créations dues à l'initiative privée, comme la Crèche-modèle 
de M. Raiache ; la Bibliothèque populaire ouverte par un publi- 
ciste, M. Charpentier-Caldine ; les cantines scolaires, dont l'idée 
première appartient au maire de Meaux, M. Barbier. 

Voilà une émulation généreuse qui fait l'éloge des municipalités 
des départements. 

D'aucuns, parmi vous, savent que les Parisiens ont manifesté, 
ces derniers temps, l'intention de placer une superbe et allégo- 
rique Lutetia de pierre à la proue de la Cité, ce grandiose bateau 
de Paris qui emprunte ses mâts aux tours de Notre-Dame et qui 
flotte insubmersible sur des flots tranquilles et riants. 

C'est là un idée heureuse. Ainsi les anciens plaçaient fimage 
d'une déesse aimée à la proue légère de leurs galères et c'était, 
moins avec leurs lourdes rame qu'avec les ailes légères de cetle 
divinité, qu'ils volaient à la victoire sur les flots amers. . . 

L'Ile de la Cité, le visage dePariSy mérite bien l'honneur d'avoir 
cette tutélaire. Lutetia à sa proue, et lorsque, plus tard, nous 
viendrons sur les quais admirer u l'Ile immuable », nous serons 
reconnaissants aux Parisiens d'avoir ainsi poétisé leur nef pour 
charmer notre regard. 

Mais nous, Rémois, est-ce que nous avons quelque part, en 
notre ville, un endroit où nous puissions contempler aussi le 
Visage de Reims ? 

Certes oui; montez avec moi, au sommet du vieux tumulus romain 
de Saint-Nicaise et, là, regardez devant vous : à gauche, c'est la 
grande ligne bleue de la montagne; à droite, c'est l'immense 
plaine de la Champagne avec ses routes aux arbres grêles qui s'en 
vont au loin ; en avant, c'est la ville qui borde l'horizon de ses 
toits et, surplombant tout ce paysage, les vaisseaux admirables 



Ik 



CHRONIQUE 301 

de DOS grandes basiliques : Saiat-Remi et la Cathédrale ; c'est 
l'Histoire de France ouverte à ses plus belles pages, du baptistère 
de Clovis à la Sainte- Ampoule. C'est le visage de Beims; visage 
plus beau encore que celui de Paris et dont nous devons nous 
enorgueillir. 

Donc, si Paris rêve de placer une Lntetia à la proue de sa nef, 
Reims devrait rêver de mettre sur le tumulus romain de Saint- 
Nicaise. un gigantesque Clovis qui brandirait fièrement le gUive 
de la France vers la frontière, vers la grande mutilée de l'Est, 
notre voisine ; ou bien encore celui qui baptisa jadis ce u fier 
Sicambre », Saint Rémi, étendant paternellement sa crosse d'or 
sur la ville blottie à ses pieds. P. F. 

Le calvaire du générai Margueritte, — Le calvaire du général 
Margueritte, frappé glorieusement sur le plateau de Floing, a été 
remis à neuf et déplacé. Mais M. Paul Margueritte, un des fils de 
l'illustre général, est venu à Sedan afin de se documenter sur la 
charge de l'épique division des chasseurs d'Afrique. M. Margue- 
ritte a demandé que le calvaire, inexactement situé sur le terri- 
toire dllly, soit mis à son emplacement véritable, à quelques cen- 
taines de mètres de Tauberge dite du Terme, sur la limite des deux 
communes de Floing et d'Illy. 

* 

DécocvBRTB ABCHéoLOGiQUE AU MÉRiOT. — Le 23 février dernier, 
deux ouvriers terrassiers de la commune du Mériut (Aube), MM« 
Paul Champenois et Gaston Godard, ont trouvé, en tirant de U 
pierre, vingt pièces d'argent admirablement conservées, datant 
du règne de Louis XIV (1691 et 1694). 

* 

Inauguration de l'église Sainte-Clotilde, a Reims. ^- Le di- 
manche 24 février, le cardinal Langénieuz, archevêque de Reims, 
a solennellement inauguré une nouvelle église paroissiale. 

La construction de cette nouvelle église avait été décidée, il y a 
quelques années, an moment des fêtes qui célébrèrent à Reims le 
I5« centenaire du baptême de Clovis, et c'est pour perpétuer ce 
souvenir que l'église a été placée sous le patronage de sainte Glo- 
Ulde. 

Construite entièrement en briques de différentes couleurs sur 
les plans de M. Alphonse Gosset, architecte, l'église Sainte Clo- 
tiide se compose d'une large coupole centrale Uanquée sur trois 
cêtés d'absides demi-circulaires et précédée d'une courte nef de 
deux travées qui s'ouvre sur un porche orné de statues et sur- 
monté de clochers A l'intérieur, le mattre-autel s'élève sous 
un baldaquin, un peu en arrière du centre de la coupole, au 
miliea d'un chœur exhaussé de quelques marches, en sorte que 



302 CHRONIQUB 



de tous Jes points de l'église où le jour tombe à flots par de hautes 
fenèlres, il est aisé aux assistants de voir toutes les cérémonies du 
culte. Au dehors, la coupole, dominant les maisons du faubourg, 
^'aperçoit de la ville à travers le joli rideau d'arbres qui borde la 
Vc^le, et sa silhouette élégante anime heureusement la physiono- 
mie de ce faubourg, jusque-là dépourvu de tout mouvement. 



NouvuLLss àbtj6T1(>uk:>. — Les coliactious arUsii4|ues du lycée 
de Reims fieoneot de s'augmeuter de deux ohjets précieux, que 
U inuoieipalité y a mis eu dépôt sur sa demaude. 

11 s*agit de deux portes de bois sculpté, l'une eoloMala, cette 
qui fermait la « Cour Chapitre >% sur la rue Carnot actuelle; 
l'autre, de dimensions ordinaires, qui appartenait à Tancienne 
Hljbaye de Saint-Pierre-les-Dames. 

i.a première, avec ses personnages fabuleux, dont le buste se 
termine en élégants rinceaux, ses lions, ses chimères^ est un des 
plus beaux spécimens de Tari de François l'^^, qui a eu à Reims 
de si iiitéressautes manifestations architecturales, tant dans 
riiôtel Ferret-de-MouUaurent^ rue de Barbâtre, que dans celui de 
Nicolas le Vergeur, rue du Marc. 

La seconde porte, avec ses fines scuiplures oraeoieuJLaleiy ses 
lettres entrelacées formant médaillon central, eât une des belles 
j)roductions du règne de Louis Xdf, auquel appartient le gracieux 
Bûlel de Ville. 

* Le? asiateurs de chotes d'ait mi les curieux d'hiitsire ioeale 
fiourroRt aitfément adfnirer ce.s deux belles portes ^in ont éU 
piaeées softs le ehartil d'eotrèe de l'aoeieu collège des Bons- 
Lnfants. P. F. 

Lapothéose de Colberty aux Gobelins, — Les ouvriers de la 
mfluufaclure des Gobelins vont prochainement entreprendre une 
tapisserie qui ne mesurera pas moins de onze mètres de long stir 
huit de large. Elle sera faite sur des modèles dont l'exécution a 
été confiée à M. Jean-Paul Laureus et représentera la ligure de 
ilalbert entourée des attributs et des symboles de riudusirie et 
in commerce. 

Cette tapisserie est destinée à décorer la salie des mariages de 
la mairie du treizième arrondissement, sur lequel se trouve située 
la manufacture des Gobelins. 

En quoi (^olbert a-t-il affaire dans une salle de mariages ?. . 
iVii importe, d'aitleiir«^ ; unp («livre •!♦» J -P. Lniirens tie saurait 
iHrc que remarquable, et uii«; inlerpréldlioii par le> Gotjflins 
intéressante . 

L'Acadénùe française vient de Mcevjoir deux husieâ de deu& 



L 



CHRONIQUE 303 

« immorlels » d'un caractère bien différent, mais dûs au ciseau 
du même arllsle, Téminenl Paul Dubois : celai de Pa^stsnr et 
celui du duc d^Âumale. 

C'est dans la salle des séances que le marbre reproduisant 
Taustère figure du grand savant a été immédiatement placé. 

On a ménagé an buste du duc d*Aumale un tout autre empla- 
cement. II se dressera entre les deux colonnes qui se trouvent 
derrière le bureau de TAcadémie, et une inscription gravée sur 
le piédestal rappellera, avec les armes du prince» la donation qu'il 
a faite de Chantilly à l'Institut. 

L'Académie a tenu à marquer ainsi sa reconnaissance de cette 
magnifique libéralité, qui ne peut que conconrir av développe- 
ment de renseignement artistique national, si on en jage par 
i'afflfieiioe des visRears qui, peodant la belle saison siutoal, vont 
admirer les wpertyes collectioos reofemiées dans Im demeure 
historique des Ooadé* 

Chez te 9tuip1ew*éf Saint •Marctaux, — M de Saint-Marceau x 
adière en ce moment le monumem funéraire du président félix 
Faure. 

Le regretté président est représenté, dans ce monument, cou- 
ché sur une sorte de lit de parade, les jambes enveloppées de 
draperies, le buste légèrement rehaussé. 

Cette statue est prête aujourd'hui, les fondeurs ayant achevé 
lenr besogne ; les carriers seuls sont en retard « On atieud qu'ils 
aient achevé leurs premiers travaux, pour marier la fHeme nu 
métal. C'est 14 nn travail délicat, qui demandera environ trois 
semaines. 

II. de Saint-Maroenux, qui nons donne Ini-mème ces renseigne- 
men t s ^ nans dit qn'ii a à peine commencé à travailler à la siaine 
d'Alexandre Dumas, destinée à la place Malesherbes. 

Quant au monument d'Alphonse Daudet, M. de Saint-Marœaux 
l'a à peine dégrossi. On ne sait, au reste, pas encore où U sera 
placé. M°^' Alphonse ûaudot désirerait le voir orner l'un des 
massifs de verdure qui se trouvent derrière le Petit- Palais, aux 
Champs-Elysées. 

Le 19 mars, a eu lieu, dans la salle des cours de M. Doiiaillier, 
de l'Opéra, 40, rue des Mathurins, à Paris, la première représen- 
tation de la La Fiancée de Rameau^ opéra-coniique en un acte, 
dont le livret est de notre ancien compatriote rémois. M. Au- 
guste Desmoulin, la musique de M. G. de Salelies. 

Cette œuvre charmante, interprétée avec goût par M. et 
M"*' Douaillier. devant un public choisi, a obtenu le plus vif et 
plus légitime succès, et nous espérons la revoir quelque jour sur 
une soène plus vaste. 



i 



304 OHRONIQUB 

. La première partie de cette soirée artistique avait été remplie 
par une fort intéressaote Suite pour deux violoos, alto, yioloo- 
celle, contrebasse et piano à quatre mains, œuvre de II. de Sa- 
lelJes, dans l'exécution de laquelle ont été particulièrement 
applaudis M>^« Marthe Desmoulin, lauréat du Conservatoire, et 
l'auteur lui-même, aussi habile pianiste que compositeur de 

mérite. 

A. T.-R. 

* 

Parmi les promotions récentes faites par le ministère de llns- 
truction puolique à l'occasion de l'Exposition Universelle de 1900, 
nous relevons les noms suivants qui intéressent notre région : 

Officiers de VInsiruction publique, — MM. Louis Goquelet-Mé- 
reau, professeur à l'École des Arts industriels de Reims; 

Léon Margotin, professeur à l'Ecole des arts industriels de 
Reims. 

Officiers d'Académie, — MM. Aloys Adnet, directeur des ser- 
vices techniques aux usines du Clos-Mortier,-à Sain t-Dizier (Haute- 
Marne). 

Lucien- Charles-Eugène Ballet, horticulteur à Troyes, médaille 
d'or ; 

Jean-Baptiste-Arthur Carré, modeleur sur bois à Nouzon (Ar- 
dennes) ; 

Paul-Marie Champion, chargé de cours au lycée de Chaumont 
(Haute-Marne) ; 

Paul-Louis-François-Hippolyte Chaussioand, médecin de l'asile 
d'aliénés de Saint- Dizier (Haute-Marne), médaille d'argent ; 

Auguste- Arsène Dedet, directeur-adjoint des forges de Cham- 
pagne et de Texploilation du canal de Saint-Dizier à Wassy 
(Haute-Marne); 

Delacour, capitaine au 25« régiment d'artillerie à Châlons-snr- 
Marue ; 

Albert Dosne, négociant à Bar-sur-Seine (Aube) ; 

Prosper-Louis Gavet-Roncin, vice- président de la Fédération 
des Sociétés de gymnastique de l'Est à Charleville (Ardennes) ; 

Germain -Marie-Léonard-Emile Génevoiz, fabricant de coutellerie 
fine à Langres (Haute-Marne) ; 

Jean-Baptiste-Camiile Husson, directeur d'usine à Closmoutier 
(Haute-Marne) ; 

Elisée-Henri Jeanvoine, à Epernay (Marne), secrétaire -général 
du congrès pour l'amélioration du sort des sourds- muets ; 

Ernest-Philippe Kalas^ architecte à Reims, médaille d'argent ; 

Jean-Baptiste Lefort, directeur-général et gérant de la Société 
des forges et clouteries Lefort et Cie de Mohon (Ardennes), grand 
prix ; 



I 



CBRONIQIJK 305 

Jeao-Eugène Lliosle, ébéuiste, chargé de cours à l'Ecole des 
arls décoratifs de Reims (Marne), mentioD hooorable ; 

Jean-Pierre Mahout, conducteur de travaux à Béziers (Ar- 
deones) ; 

Léon-Frédéric Micband, fils de M. F. Michaud, éditeur à Reims 
(Marne), médaille d'or ; 

Gustave-Auguste Millet, ingénieur à l'Ecole Nationale d'Arts-et- 
Métiers de Ghâlons-sur-Marne, grand prix ; 

Flavien-Paul-Anloioe Razous, inspecteur du travail dans Tin- 
duslrie à Reims (Marne) ; 

Charles-Auguste-Norbert Support-Réveilhac, maître de forges à 
Montreuil-sur-BIaise (Haute- Marne) ; 

Théophile- AIzir Vigneron, directeur des usines du Val d*Osne 
(Haute-Marne) ; 

M"« Victoire-Maria Liés, directrice d*école publique àRethel (Ar- 
dennes), médaille d'argent. 

* 

Parmi les noms figurant dans d'autres promotions successives, 
nous relevons également : ^ 

Officiers d'instruction publique, — MM. Léon-Victor Barbier, 
maire de Meaux ; 

René-Eugène Boltot, maire de Fayl- Billot (Haute-Marne), délé- 
gué cantonal ; 

Charles-Alexandre Chardon, maire de Villeneuve-rArchevêque 
(Yonne), président de la délégation cantonale; 

Jean-Baptiste Chevrier, ancien inspecteur primaire, délégué can- 
tonal à Reims : 

Charles Hardy, sous -préfet d*Epernay ; 

Léon JoUy, conseiller général, maire de Sézanne (Marne), délé- 
gué cantonal ; 

Ferdinand -Louis-Philippe Charles- Henri Lambert, secrétaire- 
général de la préfecture des Ardennes ; 

Toussaint-Ernest Lapie, instituteur honoraire à Reims, délégué 
cantonal ; 

Marie-François-Dieudonné Lemoine, sous- préfet de Vitry-le- 
François ; 

Frédéric-Anatole Maury, conseiller général, maire de Lesmont 
(Aube), délégué cantonal ; 

Charles Mérieux, conseiller général à Asfeld (Ardennes), prési* 
dent de la délégation cantonale ; 

Philippe-Auguste Onry, président de la Chambre de commerce 
de Châlons-sur- Marne, directeur de la caisse d'épargne ; 

D' Jules Pouillot, président du Conseil d'arrondissement, délé- 
gué cantonal à Givry-en-Argonne (Marne); 

20 



&06 caitbiiiQuft 

Jo^è)[^h-Jotës ftbuèse!, at[)Joittl au mtitTe de Ch&lond-sur-Marue, 
président dis )à Société Aû Soû des écoles laïques; 

Chàrler-ttippblyte Safdid, juge de paix, à An^s-sur-Aube 
(Aube) ; 

ËUj^èbe VV^itl, sbVi»<t>met &é ^Téaux. 

Officiers (Tacadémie. — MM. Jacques-Paul- André- Albert Rou- 
Ibàc, pt'ocuréUt' de là RtSpublique, à Provins, vice-|^résident du 
Comité de l'Alliance française ; 

San^Uél Àlk&to, prof^^s^Dt did musitlue, à Chelles (Seine-et- 
Marne) ; 

ÀlbeH-Eu^ne Allais, chbî ^ la fanfatie municipale de Sainte- 
Sayine (Aube) ; 

Paiit iGabriel kùAï%, vVce- président àt l'As^otiàtlon dés anciens 
Elèves, membre du bureau d'administration du collège de 
Méauz ; 

Houoré Bovière, professeur libre, trésorttet-^é !^ Sorfélé phttttt- 
tbropiqne la Haute -Mame^ à Pitis. 

Paul-Louis-Jérémie Bernard, maire de Landres (Ardennes), dé- 
légué cantonal ; 

Gharies-Alerandre Bernardin, colnpositeur de musique, à 
Wassy; 

Louis-André Berthélen^, conseiller général, maire de Signy- 
TAbbaye (Ardennes), délégué cantonal ; 

Onésime Bonnefoy, conseiller municipal, à Saint-benis-les- 
Rebais ^Seine-et-Marne). 

Marie-i^urent Brémont, architecte, à Ghâlons-sor-Marne ; 

Désiré Briden, sculpteur, à Troyes ; 

J.-B.- Arthur Carré, directeur de la fanfare municipale de Nou- 
zon (Ardennes); 

Célestin-Prosper-Léon Charlet, chef de la musique de Jouarre 
(Seine-et-Marne) ; 

Ernest-Edmond Chetin, président de la Société de Ur,àGhàteau- 
Tliierry ; 

Georges jGauteau, conseiller de préfecture, à Chaumont (Hante- 
Mmroe)S 

Pierre-Jules Cocus, délégué cantonal, à Saulxure (Haute- 
Manie) ; 

Léon-Emile Cottenet, maire de Vendeuvre (Aobe)^ délégué 
cuiional ; 

Louis-Alexandre Cotty, économe de iliospice de Sézaone 
(Marne); 

Jean-Marie-CoastaoUo Gonsin, ancien adjoint an maire de La- 
Tianes (Marne) \ 



^ CHRÔNlQOB 301 

D' Edgard-Heuri-Fernand Decourt, médecin, à Milry-Mory 
(Seine-el-Marne) ; 

Delalour, secrétaire de la sous-préfecture d*Ârci5-sur-Aube ; 

Alphonse-Achille Delétrée, maire de Sommesous (Marne) ; 

Emile-Théophile Deletlre, maire de CouJonges {Atftaê}| vice- 
président de la délégation cantonale ; 

Eugène Delfosse, conseiller d'arrondissement, maire de Rocroy 
(Ardennes), délégué cantonal ; 

Louis- Philippe-Isidore Deiiisot, maire de Fo4ichères (Vanne), 
président de la délégalion cantonale; 

D' Charles-Jules Duiieu, maire de Longueval (Aisne), liélcgué 
cantonal ; 

Emery- Alexis Dumont, conseiller municipal, à Venlelay (Marne), 
délégué cantonal ; 

Jules-Léon Dupont, architecte, à Meaux ; 

Jean -Baptiste- Louis Elerlet, conseiller municipal, à Chelles 
(Seine-et-Marne), délégué cantonal ; 

Éloi-Alexandre Etienne, adjoint au maire de Vouziers (Ar- 
dennes)^ délégué cantonal ; 

Emile-François- Elisée Fauv^, conseiller municipal, délégué 
cantonal, à la Ferté-sous-Jouarre (Seine- et-Marno). 

Eugène-I^uis- François Gabriel, architecte, è Bar-sur-Aube ; 

Gaillemain, maire d*Epense (Marne), délégué cantonal; 

M°*' veuve Narcisse- ÉUsabeth («eoffroy-Dehaye, fondatrice d'«n 
asile gratuit et laïque, à Ecordal (Ardennes) ; 

MM. Eugène-François Gilbert, délégué cantonal, à Rozoy-en- 
Brie (Seine-et-Marne) ; 

Emile E«gène Gokon, juge de paix à BeiiM (Marne) ; 

Alfred- Eugène-Pierre Grande sous-chef À rUniml Musicale de 
Chàteau-Tliierry (Aisne); 

Jules-Alexandre Gnirot, maire de Pâlis (Aube), délégué can- 
tonal; 

Joseph-Auguste- Ad rien Guyol, directeur en chef de TAsile dé- 
partemenlat d'ahé«és de la Marne ; 

Ferdinand Hatigou, vice -président de la Commission adminis- 
trative de riiospice de Sëzanne (Marne); 

PaulR^né H^niWquin, ïf6itsJ'pféf\ftt de Ch-âteati-Thierry ; 

Louis-René Houdard, conservateur du Musée municipal, admi- 
nistrateur de la Caisse d'épargne, à Saint-Dizier (Haute- Marne) ; 

Jean-Baptiste-Antoine Lacroix, maire de Ciiestre (Ardennes), 
dé4égué c*ntotta1 ; 

François- Hippoly te Laliaye, délégué cantonal à Lieusaint (Seine- 
et-Marne) ; 

Paul Lallemant, juge de paix à Épernay ; 



308 CHRONIQUE 

Léon-Auguste Lamorlelte, directeur des cours de l'Association 
régionale des Sociétés de gymnastique et de tir des départemeuls 
de Seine-el-Oise, Seine-et-Marne et Oise, à Lagny (Seine-et- 
Marne) ; 

Pierre-René Lapierre, suppléant de justice de paix à Troyes 
(Aube), ancien délégué cantonal ; 

Louis-Charles Larieu, directeur de la Société de gymnastique 
de la Ferlé-Gaucher (Seine-et-Marne); 

D*" Paul Launnet, médecin à Troyes, secrétaire de FAssociation 
des Dames Françaises ; 

Victor- Emile Leroy, ancien instituteur, à Hautvillers (Marne) ; 

Louis-Jules Machet, président de la Société mixte de tir de 
Suippes (Marne) ; 

Désiré Maillet| présipent du Conseil d'arrondissement de Cou- 
lommiers, maire, délégué cantonal, à Orly-sur-Morin (Seine et- 
Marne) ; 
1 ^ Arthur Marchant, conseiller municipal, délégué cantonal, à 

Vilry- le- François ; 

D' Jules-Épiphane Maubon, maire de Bettaiacourt (Haote- 
Marne) ; 

Amynthe-Albert Mavré, secrétaire de la mairie de Mouroui 
(Seine- el-Marne) ; 

Ernest Montagne, ingénieur-inspecteur départemental de l'en- 
seignement technique, à Lens ; 

Jean-Marie-Lucieu Morel, archiviste municipal, sous -bibliothé- 
caire, à la Bibliothèque de Troyes ; 

AKred-Hippolyte Morin de Champrousse, conservateur de la 
bibliothèque municipale de Sens ; 

François-Jean-Baptiste Morise, ancien instituteur, délégué can- 
tonal, à Saint-Quentin-le- Verger (Marne) ; 

Pierre- Henri Neymarck, secrétaire de la rédaction du Beniier, 
membre du Comité d'organisation du Congrès interoatioudl des 
Valeurs mobilières et Sociétés par actions, membre du Congrès 
iulernatioual de la propriété foncière; 

Lucien-Henri Ninin, membre de la Commission archéologique 
^* ^w ^ du déparlement de la Seine, à Bois-Colombes (Seine), fondateur 

» "^^ ' de la Société d'études des sciences naturelles de Reims; 

« François- Grégoire Olivaint, instituteur en retraite, à Frondes 

(Haute-Marne) ; 

Joseph- Guillaume Paris, pharmacien, à Crécy-ea-Brie (Seine- 
et-Marne ; 

Louis-Georges-André Parquin, maire de Villeparisis (Seine et- 
Marne) ; 

Pierre-Jean-Henri Pirro, professeur libre, à Saint-Dizier (Haute- 
Marne) ; 



r 



■ 



CHRONIQUR 300 

Gbarles-Aogaste-Anselme Puel, publiciste, secrélaire de l'œuvre 
de l'école macérienne de Mézières ; 

Viclor-Ambroise Roberdeau, maire de la Groix-en-Brie (Seine- 
et-Marne), délégué caittoaal ; 

Emile* Louis-Gabriel Rodolphe, fabricant d'orgues et de piano», 
4 Nogent-sur-Seine (Aube), médaille d'or; 

Louis-Henri-Pierre Rollet, procureur de la République à Arcis- 
sur-Aube ; 

Heo ri-Jules- Alfred Senet, architecte, à Paris; constructeur des 
habitations à bon marché de la Gaisso d'épargne de Troyes, mé- 
daille d'or de collaborateur ; 

Louis-Armand Solvet, conseiller dlarrondiâsement à la Fert'v 
sous-Jouarre (Seine-et-Marne), délégué cantonal ; 

Etienne-Eogéne Tetrol, maire de Goubert (Seine-en-Marne) ; 

Gabriel-Louis Vaillant, maire de la Noue (Marne), délégué can- 
tonal; 

Louis Vanner, instituteur en retraite, à Landricourt (Marne), 
délégué cantonal ; 

Mb* Adélalde-Gécile Védie, née Niverd, professeur de musique 
au lycée de jeunes filles de Reims ; 

Louis-Justin-Gharles Verrat, maire d'Arnancourt (Haute-Marne), 
délégué cantonal ; 

Joseph-Adrien-Innocent Villoleauz, chef de musique, à FesUgny 
(Marne). 

La cantate Fraternité^ de notre distingué compatriote rémois, 
M. Emile Lefèvre, directeur de la Musique municipale, dont nous 
a?ons eu déjà deux auditions, au Théâtre et au Girque de Reims, 
a été exécutée à Paris, le 7 mars, à la fête de jour du Petit 
Palais. 

On se rappelle que Fraternité^ dont le poème est de M. Théo- 
dore Botrel, a obtenu le prix au concours de composition musicale 
ouvert en 1900 par TAssociation des jurés orphéoniques, sous la 
présidence de M. Emile Pessard. 

M. Redoot, Tarchitecte-paysagiste rémois bien connu, vient de 
recevoir par l'intermédiaire du ministère des Affaires étrangères, 
le brevet et les insignes de chevalier de l'Ordre royal de la Gou- 
ronne de Roumanie, que Sa Majesté le roi de Roumanie lui a dé- 
cerné par décret du 21 décembre 1900, pour ses importants tra- 
vaux actuellement en cours d'exécution. 

(ks travaux, qui ont été confiés à M. Redont, consistent en 
l'assainissement et l'embellissement de la ville de Gralova ; les 
projets ont été présentés à l'Exposition universelle dans la section 



310 CHROinQUB 

d'hygiène el ont Tala à la ville de Craiova uoe des plus hautes 
récompenses. 

La distinction accordée à II. Redonl lui fait honneur ainsi qa*à 
fart paysager français. 

M. Pol Roulot, d*Ay, vient d'être pronio capitaine. Noos sommes 
tieureux de féliciter notre jeune concitoyen qui, après être sorti 
du rang, gagne les épaulettes à 32 ans. C'est la récon>pense légi- 
time de ses nombreuses campagnes aq Toukin, à Madagascar et au 
Soudan. 

Par décret du Président de la République, a été nommé au 
grade de lieutenant de vaisseau, renseigne André Moreau-Besserat, 
à compter du i** février. 

Ce jeune officier, originaire d'Ay, reçoit ainsi son troisième 
^'alon à ! âge de 29 ans. 

M.\l. Pierre Verdelol tl H. Auffroy, de Reims, viennent d'ob- 
tenir, ex .'vqtiOy le prix do ministre de rinsiriiciion publique au 
concours de thèses de doctoral en droit (1899). 

Mouvement jitdiciaire. ~- Le garde des Sceaux a soumis à la 
5ignatuie du Président de la République le mouvement judiciaire 
suivant : 

Sont nommés : 

Procureur de la République à Chartres, M. Voisin, procureur de 
la République à Nogent-sur-Seine. 

Propureur de la République à Nogent-sur- Seine, M. Piétri, pro- 
cureur de la République à Rocroi. 

Procureur de la République à Rocroi, M. Perret-Maisonneuve; 
■substitut de la République à Laon. 

* 

Mariages. — On annonce de Reims le mariage de M. Roussel, 
i*apitaine au 26« régiment d'infanterie, à Dijon, avec Mlle Louise- 
Marie-Julie Quinquet de Monjour, fille de M. Quinquet de Monjour, 
Juge au tribunal civil. 

On a célébré, le 21 mars, en la basilique Sainle-Cjulilde, à 
Paris, le mariage de Mlle Germaine de Poly avec M. Louis Le 
tiunte, lieutenant au 31* dragons. 

La bénédiction nuptiale a été donnée par l'abbé L0Conle,oucle 
du marié. 

Les témoins étaient^ pour le marié : M. Henri Gallice^ son 
rmcle, et le colopel d'Andicourt de Taligny ; pour la mariée : N* 



) 



CHRONIQUE 311 

Barribe, ancien préfet de TEmpire, son grand-père, et M. de 
Mylhon, son oncle. 

.* * 

Noces d'or. — Le dimanche 9 mars, avait lieu a Damery une 
charmante réunion de famille, toute intime, pour fêter le cin- 
quantième anniversaire de M. et Mme Xavier Maubéche. 

Les viôQi épons -^ le mari est r«^l^M d^pM)» <U4 4fl U ll)%ilK)n 
Moét et Ghaudon —un regain de jeunetfO 4M cœu?, m lomM^iftl^t 
pas avoir le moindre fouci de« aimée«^ prauVftilt» une (019 4i (^ltl9* 
que le vrai bonheur n'a pas d'âge. 



MÉLANGES 



BossoBT k Meaux et a GfSRMiGNT. — Tandis que ruisselleot les 
averses glaciales de cet hiver sans fin, j'ai plaisir à feuilleter et à 
compléter les notes recueillies au cours d*une promenade que je 
fis par une douce et charmante journée de l'automne dernier. Par 
un temps aussi détestable, il faut, sous peine de grippe, ne flâner 
que de souvenir. 

Je m'étais rendu à Meaux et à Germigny-l'Evêque pour décou- 
couvrir soit à Tévêché, soit dans la maison de campagne de Bos- 
8uet, tout ce qui peut encore y rappeler la mémoire de 
r i< Aigle », 

A vrai dire, ce n'était point V « Aigle i qui, ce jour-là, m'inté- 
ressait, mais l'homme tout simplement. J'avais lu naguère le 
remarquable portrait par lequel se termine la belle étude de 
M. Rebeliiau*, ces pages si vivantes où se dessine avec tant de 
relief et tant de vérité la figure « d'un Bossuet de tous les jours, 
doux et simple >. Il me semblait que nulle part ce Bossuet là ne 
pourrait être mieux évoqué que dans le jardin de l'évêché de 
Meaux et dans le parc de Germigny. c In Germiniaco nostro >, 
lit- on au bas des épitres latines de « M. de Meaux ». 

Je me rappellais d'ailleurs avec quelle surprise j'avais lu autre- 
fois le Journal de l'abbé Le Dieu, ces notes un peu puériles par- 
fois, mais si touchantes dans leur familière simplicité, qui nous 
révélaient un Bossuet bien différent de celui de Bausset. Ce cardinal, 
bien qu'il ait composé son livre d'après les manuscrits de l'abbé 
Le Dieu, n'a pu se résigner au sans-façon du fidèle secrétaire. 11 a 
tout recueilli; sans doute ; il a tout dit ; mais il a cru devoir prêter 
à son modèle une majesté continue et une superbe sans défaillance. 
C'est le Bossuet du portrait de Rigaud. 

Veut-on un exemple de la manière dont le cardinal de Bausset 
transpose les récits de l'abbé Le Dieu ? Bossuet invitait les prêtres 
à dire vite la messe : « Il faut aller rondement^ de peur d'en- 
nuyer les peuples. • Voilà le propos rapporté par l'abbé Le Dieu. 
Et voici comment le cardinal de Bausset traduit la boutade pour la 
rendre plus conforme à la dignité de l'auteur des Oraisons funè- 
bres : c II faut remplir toutes les cérémonies avec dignité, disait 
Bossuet, mais avec la mesure convenable. Il ne faut pas ennuyer 
le peuple. » Simple nuance ; mais un trait de caractère est effacé. 

1. Bossuet, par Rebelliaa, dans la collection des « Grands Ecrivains 
Français i. 



MiLANOBS 313 

J'ai commencé mon pèlerinage par one Tisile à la cathédrale de 
Meauz. 

c H avait pris possession de révêché de Meaax,le dimanche 8 de 
février 1682, et, dès le mercredi suivant, joar des Gendres, pré- 
chant dans 5a cathédrale à rentrée du carême, il déclara qu'il se 
destinait tout à son troupeau et consacrerait ses talents à son ins- 
truction. Il s'engagea à prêcher toutes les fois qu'il officierait pon- 
tificalement ; et jamais aucune affaire, quelque pressée qu'elle 
fût, ne l'empêcha de venir célébrer les grandes fêtes avec son peu- 
ple et leur annoncer la sainte parole. Il ne s'en dispensa jamais, 
pas mêqne pour Texercice de sa charge de premier aumônier. Il 
prenait congé des princesses auxquelles il était attaché avec beau- 
coup de respect, et laissait à d'autres le soin de leur administrer 
la sainte communion aux grandes fêtes. » (Mémoires de l'abbé 
Le Dieu, t. I, p. 182.) 

La chaire où Bossuet prononça tant de sermons n'existe plus. 
On en a retrouvé les panneaux qu'on a rassemblés pour faire une 
chaire neuve. 

D^ailleur^, dans cette belle cathédrale gothique, rien n'ément, 
rien ne parle à l'imagination. Extérieur et intérieur, tout y est 
V fraîchement restauré t. L'âme du passé s'en est allée. 

On va bientôt élever sous les voûtes de l'église le monument 
commémoratif que nous avons pu voir l'été dernier dans le Grand 
Palais au milieu de la cohue burlesque des statues. On me dit 
qu'on n a point encore choisi la place que ce monument occupera 
dans la cathédrale. G'est admirable : le monument a été conçu et 
exécuté pour un emplacement indéterminé ! On traite, comme un 
simple bibelot d'étagère, ce formidable amas de sculptures... Mais 
passons; cela n'intéresse en rien la mémoire de Bossuet. 

A révêché, les appartements de Tévêque sont an premier étage, 
Bossuet y a peu vécu. Il abandonnait volontiers le logis à ses 
neveux et à sa nièce. M»* Bossuet. Sa famille avait facilement pris 
le gouvernement de la maison; lui-même était dépensier et se 
souciait peu des soins extérieurs, tout entier à son formidable 
labeur, c Je perdrais plus de la moitié de mm esprit, écrivait-il au 
maréchal de Bellefonds, si j'étais à Tétroit dans mou domestique, t 

M*"^ Bossuet avait su exploiter la faiblesse de son oncle et son 
incapacité d'administrer ses revenus. Elle était devenue maîtresse 
à révêché; elle y menait la vie d'une mondaine; elle y recevait; 
elle y donnait des soupers et des concerts. 

Durant le carême de 1704, Bossuet est presque & k mort. Les 
horribles douleurs de la maladie lui ont fait perdre le sommeil. 
Voici ce qui se passe à côté de la chambre où il souffre : M"* Bos- 
suet a donné ce soir un festin à M Tévêque de Troyes, c M^* de La 
Briffe^ douairière; M»* Amelot, M. le président Larcher et d'autres 
étrangers et étrangères, jusqu'au nombre de huit. Le repas était 



314 MlÉLiNOIS 

magnifique en gras et en maigre, avec tout le brait qui accompagne 
ces sortes d'assemblées, et néanmoins, dans Tantichambre même 
dé M. de Meaux et à ses oreilles, et lorsqu'il désirait le sommeil 
areo le plus d'inquiétude. » (L'abbé Le Qieu, t. III, p. 74.) 

On comprend que Bossuet n'ait point trouvé dans un pareil inté- 
rieur le calme et la paix nécessaires à ses immenses traraux. Il 
avait dû se faire une retraite où fuir les bruits de fête et de con- 
versation qui remplissaient Tévôcbé. 

Traversons le jardin qui, jadis, fut dessiné par le Nôtre. Au delà 
des parterres, dominant l'ancien rempart de la ville de Meaux, 
une ^venue d'ifs taillés offre un asile sûr et austère à la médi- 
tation. Celait, dit-on, le promenoir de Tévêque. Tout à côté, sur 
le terre-plein d'un ancien bastion, un petit pavillon servait de 
cabinet d'étude. Les vieilles boiseries en ont disparu. Mais on a 
conservé la disposition primitive du pavillon partagé en deux 
pièces : dans l'une était le lit, dan» l'autre ta table detratail. 

C'était là que Bossuet venait chaque soir s'enfermer Au milieu 
de la nuit, après avoir dormi quatre ou cinq heures, il se réveillait 
do lui-même, car il était maître de son sommeil. Il trouvait son 
bureau prêt, son fauteuil en place, ses livresrangéssur des sièges, 
son sac de papiers^ ses plumes, son éeritoire et sa lampe allumée ; 
et il commençait de penser et d'écrire. Les nuits d'hiver, il s'en- 
veloppait jusqu'aux reins dans un sac de peau d'ours. Après une 
veille de icois heures, il disait les matines et se recouchait. 

Tandis que, dans le silence de la nuit, c M. de Meaux » écrivait 
contre les hérétiques et priait pour eux, s'armait pour l'éternel 
combat et travaillall au bien des âmes dont il atait oharg«, les 
salons de l'évôché s'égayaient de lumières et de violons. 

Bossuet résida assidûment dans son diocèse, durant les vingt-deux 
années qu'il fut évoque de Meaux. Mais, au séjour de son palais épis- 
copal il préféra toujours celui de sa maison de campagne de 
Germigny. 

Deux lieues è travers une jolie campagne légèrement ondulée 
et la route franchit la Marne par un pont de pierre. Au xvii* sièel«, 
il n'y avait là qu'un bac. Sur la rive gauche, le petit village de 
Germigny égrène gentiment ses quelques maisons le long de la 
berge. Le paysage a la grâce et la fraîcheur propres k tous les 
sites de ta vallée de la Marne : un horizon de petites collines hum- 
bles et souriantes, une plaine fertile et régulièjrement cultivée, un 
vieux moulin perdu dans les saules, une ligne de grands peu- 
pliers, une rivière nonchalante et her))opie, résignée k de conti- 
nuels détours, et enfin, répandue sur toutes ces cbQM3 banales et 
préfues, une lumière un peu humide qui leyr prête un charme 
délioat, spectacle aimable dont l'iœil 00 se p9ut lasser puisque sa 
subtile séduction est tout entière dans les mqdulatipns di) jour et 
la fuite des ouages. 



liiLANQKS SI 5 

Depuis ie xii« siècle, c'était à GermigDj, sur lame de la Marpa, 
que s'élevait la roaisao de plaisance des évêques de Meaui. Les 
rois s'y arrêtaient soovenl, lorsqu'ils venaient chasser dans les 
forêts voisines. Le prédécesseur de Bossuet^M. de Ligny, dépensa 
^0.000 écus poiu* transformer la vieille fnaisqn en ohûteiu avec 
parc et jardjns. Le domaine fut vendu au temp3 de \^ Révqlution. 
Mais Mgr de Briey eu a raciieté une partie et a ainsi renoué la tra- 
dition des anciens évêques do Meaqx. 

Que reste-t-il du vieux château? Le parc a été dépecé. Des jardins, 
il subsbte une pelouse et quelques allées. Les bâtiments ont été 
ruinés. Un pigeonnier et une vieille tourelle sont encore debout. 
Mais on a respecté la longue terrasse dont le pied baignait jadis 
dans la Manie; aujourd'hui une roUte la sépare de la riviàre. Elle 
est ombragée de grands arbres. C'est un lieu oharmant et qu'on 
dirait fait à souhait pour la promeni^de méditative d'nn orateur 
ou 1^ délassement d'un théologien. 

Bossuel aimait Germignj. Il a souvent^ dans ses lettres^ célébré 
le rJiarme de < sa solitude 9. 11 Ta mfime chanté on latin dans une 
hymne qull composa en l'honneur de saint Barthélémy, patron 
de sa paroisse. Chaque année, il vepail dans sa maison de cam- 
paghe pour y réaliser ce rêve de sa jeunesse qu'il avait ingénu- 
ment exprimé dans un sermon : c Quel agréable diverti<)sement 
(que de) contempler de quelle manière les ouvrages de la nature, 
s'avancent à leur perfection par un accroissement insensible! 
Combien ne goCrte t-on pas de plaisir à observtir le succès des arbres 
qu'on a entés dans un jardin» l'accroissement des blés, le cours 
d'une rivière... » 

« Voulez-vous voir un spectacle digne de vos yeux ? Chantes avec 
David : t Je verrai vos cieux, qui sont les ouvrages de vos doigts ; 
<( la lune et les étoiles que vous avez fondées. > Ecoutez Jésus- 
Christ qui vous dit : c Considérez les lys des champs et ces fleurs 
u qui passent du matin au soir. Je vous le dis en vérité, Salomon 
« dans toute sa gloire, et avec ce beau diadème dont sa mère a 
« orné sa tète, n'est pas si richement paré qu'une de ces tleurs. n 
Voyez ces riches tapis dont la terre commence à se couvrir dans 
le printemps. Que tout est petit en comparaisop de ces grands 
ouvrages de Dieu ! On y voit la simplicité avec la grandeur, Pahon- 
dance, la profusion, d'inépuisables richesses qui n'ont coûté qu'une 
parole, qu'une parole soutient... b 

Et, dans ce même Traité de la concupiscence d'où je viens 
d'extraire ces lignes d'une grâce presque franciscaine^ rappelez- 
vous r^dmirable tableau d'un lever de soleil : « Le soleil s'avan- 
çait, et sqn approc|)e se faisait connaître par une céleste blan- 
cheur qui se répandait de tous côtés ; les étoiles étaient disparues, 
et la lune s'était levée avec un croissant, d'un argent si beau et si 
vif, que les yeux en étaient charmés... A mesure qu'il approchait, 
je la voyais disparaître ; le faible croissant diminuait peu à peu; 



316 MÉLANOBS 

et, quaod le soleil se fût montré tout entier, sa paie et débile 
lumière s'évanouissant, se perdit dans celle du grand astre qui 
paraissait, daus laquelle elle fut comme absorbée... » Cela n*est-il 
pas d*un peintre attentif et passionné ? 

Les nombreuses lettres et ordonnances datées de Germignj 
montrent combien ce séjour plaisait à Bossuet. Ses livres Vj sui- 
vaient. Le travail lui paraissait plus aisé dans cet air salubre et 
dans ce site délicieux. Il y recevait avec des façons nobles et cbar- 
mantes les personnages illustres qui le venaient visiter. Le grand 
Gondé, le duc de Bourbon, le prince de Gonti, le comle de Tou- 
louse, le duc du Maine, le cardinal de Noailles, le maréchal de 
Viilars, M^"* de Montespan et sa sœur Tabbesse de Fontevrault, 
furent les hôtes de Bossuet à Germigny. En 1690, le Dauphin, par- 
tant à l'armée d'Allemagne, avait voulu que son premier gtte fût à 
Germigny, chez son accien précepteur. 

Les prédicateurs les plus célèbres étaient conviés par Parche- 
véque do Meauz à venir prêcher dans sa cathédrale et étaient 
ensuite reçus dans sa maison de campagne. Ce fut ainsi que sou- 
vent Fénelon vint à Germigny. En ce temps-là, Févéque et Tabbé 
8*e8timaient et s*aimaient. « Quand vous viendrez, écrivait de Ver- 
sailles Tabbé de Fénelon à Tévéque de Meauz, vous nous raconterez 
les merveilles du printemps de Germigny. Le nôtre commence à 
être beau : si vous ne voulez pas le croire, Monseigneur, venez le 
voir. ■ (25 avril 1692.) Et^ une autre fois, Fénelon envoyait à Bos- 
suet des vers sur sa campagne, qui sont, hélas ! — des vers de 
Fénelon ! Neuf années plus tard, ils étaient oubliés, les printemps 
de Germigny. Les Maximes des Saints avaient été condamnées. 
Télémaque avait été publié, Télémaque que Bossuet lut à Ger- 
migny même, sous les arbres témoins de l'ancienne amitié brisée, 
Télémaque qu*ii déclara « indigne non seulement d*un évéque, 
mais d'un prêtre et d*un chrétien ». Et un jour, il disait à Tabbé 
Le Dieu que Fénelon c avait été toute sa vie un parfait hypocrite t... 

Parmi les visiteurs de Germigny, il ne faut point oublier Male- 
branche, dont le nom resta attaché à Tune des avenues du jardin ; 
Rigaud, qui commença dans cette maison de campagne le por- 
trait de Bossuet, aiigourd'hui placé au musée du Louvre; Santeul, 
Venfant en cheveux grisy qui 6t des vers latins pour décrire et 
célébrer le château et le parc de Germigny. Que de vers a inspirés 
Germigny I 

Cette belle terrasse qui domine la Marne et où tant d*ombres 
illustres font cortège à celle de c M. de Meauz », voilà bien le 
lieu pour évoquer le « doux et simple » Bossuet ! Quand on lui 
▼oit tant d amis et qu'on lui reconnaît ce goût de la retraite et de 
la campagne, Thomme perd déjà un peu de cette solennité et de 
cette arrogance inflezible qui sont demeurées dans l'imagination 
des hommes comme ses caractères légendaires. 

On semble encore soutenir on paradoze lorsque, même après 



-^V.;'^^ 



MÉLANGES 317 

M. Brunetiëre, môme après M. Rebelliau, on parle, aujourd'hui, 

de la douceur el de l'humanilé de Bossuel. Le xviii* siècle tout i.fjj, 

eotier a travaillé à ooircir et calomnier Tadversaire victorieux du : -P 

€ doux FéoeloD •. Ce n*est pas au cours d'une promenade sur les 

bords de la Marne que je prétends étudier la querelle du quiétbme. 

Cependant, pour peu qu'on veuille se rappeler les vicissitudes de 

la dispute, il faut convenir que les excès de souplesse du délié 

Périgourdin justifiaient assez les excès de dureté de l'impétueux 

Bourguignon. Aussi bien ne s'agit-il pas de Bossue! polémiste. La 

profondeur comme l'ingénuité de sa foi excuseraient la véhémence 

de ses argumentations, s'il nous était permis de nous scandalber 

d'une si courtoise véhémence, à nous qui, incrédules ou chrétiens, 

ne pouvons discuter les plus insignifiants problèmes de politique 

sans en venir aux dernières injures. Bossuet n'avait ni haine ni 

rancune. Tiré de l'émoi du combat, il revenait à son naturel qui 

était de charité et de douceur. 

11 était plus près de TEvangile que ne le fut jamais Fénelon avec 
ses vanités d'artiste. Il avait en lui quelque chose de naïf et de 
gauche qui le rapprochait du peuple plus que des grands parmi 
lesquels il avait vécu. A la cour, il avait fait plus d'une fausse dé- 
marche. Dans son diocèse, on l'aimait pour sa bonté. 

En traitant Bossuet de persécuteur, Jurieu et les philosophes à 
sa suite ont obligé les hbtoriens à examiner de près quelle avait 
été la conduite de ré\éque de Meaux vis-à-vis des réformés de son 
diocèse. Or, il est apparu que, de tous les prélats de France 
chargés d'assurer Texécution de la révocation de l'Edit de Nantes, 
aucun ne montra plus d'humanité. Bossuet condamnait la violence 
et la contrainte : dans le diocèse de Meaui, il n'y eut qu'une seule 
exécution militaire. Il serait puéril de reprocher à un évoque 
catholique du xvii* siècle de n*avoir point blâmé la révocation de 
l'Edit, surtout lorsque cet évêque, ayant écrit la Politique tirée de 
V Ecriture sainte, ne pouvait pas ne pas être frappé des périls que 
préparaient à la monarchie l'esprit républicain des réformés fran- 
çais. Il prêcha les protestants le plus éloquemment qu'il put, dé- 
tourna d'eux la persécution et leur distribua des secours. A Ger- 
migny il reçut un grand nombre de ministres venus pour disputer 
avec lui ; et ce fut dans la petite église, aujourd'hui la paroisse du 
village, qu'abjurèrent entre les mains de Bossuet, Joseph Saurin 
et Jacques- Bénigne Winslow. 

Tout cela, je le sais, vous le pouvez lire dans les biographies de 
Bossuet et, si vous ne l'avez déjà fait, ne manquez point de le lire 
dans le livre de M. Rebelliau. Mais les choses ont de mystérieuses 
suggestions et, depuis que j'ai vu le beau jardin de l'évéché de 
Meaux et la charmante campagne de Germigny, je suis plus dis- 
posé à croire que le Bossuet des modernes historiens est le véri- 
table Bossuet. Je n'ai point contrôlé leurs recherches; mais j'ai lu 
l'abbé Le Dieu, et je me suis promené sur la terrasse de la Marne : 
cela me suffit. 



318 HÉLàK«ftS 

El je serais ingiat si je n'âjoulais ici qae j*eas dans ma prome- 
nade le |)lus aimable et te mieot informé des guides : M. Tabbé 
Formé, curé de^Germigny, desservant de la paroisse de Bossuet, 
tottl simplfemettl. 

(Débats,) André Hallays. 

« * 

ExPLOlTATIOÎf DBS TEaRKS-PRICHBS DB LA CHAMPAGNE. — LeS lerreS 

friches de la Champagne^ à peines recouvertes d'une mince couche 
végélale et d'un maigre gazon rabuugri peuvent encore être 
exploitées utilement de trois manières, selon leur position et leur 
nature : 1* Par des cultures intermittentes de céréales; 2^ par dès 
plantations forestières ; 3* par des plantations fruitière?. Nous 
allons passer successivpmeut etsuccintement en revue ces trois mo* 
des d'exploitation, dans les conditions où ils peuvent être pratiqués. 

!• Cultures céréales inlprmiitenles. 

Pour la mdttire intermittente des néréales, le sol doit être plat, 
on en pente douce, et renfermer urt peu de terre végétale. La 
sarfaœ à exploiter doit être- divisée m atUant de portions égales 
que la rotation de culture doit comprendre d'années, atin ^ué 
Texploitation totale, qui comprend aussi de meilleures lerres 
cultivées en permanence, ait toujours à peu prés la même surface 
cultivée et le même rendement. 

Supposons, par exemple, que la superficie totale des terres 
friches soit de quarante hectares, que la durée de la friche soit 
fixée à cint| ans, et que la durée qui doit suivre comporte une 
récolte de seigle, précédée nécessairement d'une année de culture 
efa jachère, ponr préparer la terre à Tensemencement ; et une 
recolle d'avoine ou de sarrasin après le seigle ; cela fait une rota- 
tion de huit années. Par conséquent les teiTes friches doivent être 
réparties en huit parcelles de cinq hectares chacune, dont la pre- 
mière en jachère, la seconde en seigle, la troisième en avoine, 
la quatrième en friche de cinq ans, la cinquième en friche de 
quatre ans, la sixième en frichiè do trois ans, ta septième en friche 
de deux ans, et la huitième en friche d'un an. 

Ces friches, pendant le temps du repos de la terre, servent de 
vaine pât u pour le parcours des moulons qui les engraissent de 
leurs déjections, et elles sont successivement remises en culture 
dans Tordre de l'assolement. 

Pour améliorer la vaine pâture sur ces friches, on peut semer 
clairement à la vnlée, dans l'avoine ou le sarrazin, quelques grains 
de lopuline, de sainfoin ou d'autres fourrages artificiels, qui four- 
niront Qo nreilleur pâturage aux moutons, pendant un an ou deux. 

2° Plantations forestières. 
Les plantations forestières sur les terres friches de Champagne 
ne peuvent comprendre que les essences de bois qui se contentent 
d'un sol calcaire assez maigre. 



MÉLAJ«OB8 319 

Elles se composent surtout de pius sylvestres et de pias d'Au- 
triche qui se reproduisent de semis naturels ; d'ormes, de bouleaux 
blancs, de trembles, de saules verts et de saules marsault, appelés 
vordres^ que Ton coupe tous les trois ou quatre ans au ras du sol, 
et qui fournissent d'excellents liens pour les fagots. A ces essences 
viennent s'^outer le noisetier ou coudrier, le cornouiller sanguin 
ou drinet qui dragonne en taillii^, et Tépine noire ou prunellier 
sauvage, qui forme aussi des fourrés impénétrables où se retirent 
les lapins de garenne. 

On peut aussi essayer, avec plus ou moins de succès, l'aune ou 
aunelle à feuilles en coeur {Alnus cordata)^ sur lequel nous savons 
que M. Lucien Baltet prépare une sérieuse étude pour la Nature. 

L'épine blanche, le genévrier et l'églantier sauvage croissent 
partout spontanément, sur les terres incultes. 

Ces plantations se font principalement dans les ravins, sur les 
pentes plus ou moins abruptes et les sommets plus ou moins stériles. 

Dans les vallons ou les ravins, où les eaux pluviales entraînent 
la terre végétale, il importe essentiellement d'arrêter cet entraîne- 
ment désastreux^ par des digues de terre élevées de dislance en 
dissance, en travers de ces vallons, et d'autant plus rapprochées 
les unes des autres que la pente du vallon est plus rapide. Ces 
digues doivent être nivelées de manière à ménager un déversoir 
solidement gazonné à Tune des extrémités pour écouler le trop 
plein des eaux, à la suite des grandes pluies qui, sans cette pré- 
caution, pourraient enlever ou détériorer la digue. Mais il est 
utile aussi de protéger celle-ci, non seulement par un bon gazon- 
nage^ mais encore par des plantations d'arbrisseaux qui en assu- 
rent la solidité. 

Il est bon, également, dans les terrains eh pente exposés à être 
lavés et ravinés par les eaux pluviales, de laisser^ sur leur limite 
inférieure, une bordure de gazon un peu surélevée, appelée vul- 
gairement tertat ou petit tertre, pour retenir la terre et l'humus 
qui, sans cela, seraient entraînés dans les champs sitoés au-dessous. 

Ajoutons que rien n'est plus propre que le boisement des côtes 
et des ravins pour protéger les propriétés contre les dégradations 
des eaux, et surtout pour les enrichir et les fertiliser par l'accu- 
mulation successive des feuilles, des mousses, des herbes et, en 
général, de tous les détritus végétaux et autres qui s'amassent et 
se décomposent sous bois. 

3" Plantations fruitières. 
Il n'y a guèY^ qu^ine espèce fruilière qui puisse s'accommoder 
du sol crayeux de nos terres -friches, et y donner des résultats, au 
point de vue de la production et de l'emploi des fruits ; c'est le 
cerisier commun ou cerisier fra«c, qui se reproduit par ses dra- 
geons, et que l'on trouve un peu partout dispersé au bout des 
champs, dans les fosses et sur les digues. Lorsque sa floraison n'a 
pas été compromise par les gelées tardives, et que ses jolis petits 



320 MiLANOSS 

Truits vermeils el appétissants apparaissent par grappes, le long 
des branches inclinées, dès le mois de juillet, les enfants, les moi- 
neaux et les moissonneurs s'en régalent à cœurjoie. Le surplus 
des années d'abondance est distillé et donne une excellente eaa- 
de-vie blanche qui procède de Teau-devie de marc ou du kirsch. 

Mais il y aurait encore un bien meilleur parti à tirer de planta- 
tloas régulières faites en bigarreauliers greffés sur merisier ou sur 
mabaleb. On obtiendrait ainsi des fruits de table plus variés, de 
meilleure qualité» et qui donneraient aussi un kirsch plus fin. 

Hais, quel que soit le cerisier planté pour la production indus- 
trielle, il serait utile, pour Tabondance et la commodité de la 
récolte, que les pieds fussent convenablement espacés les uns des 
autres, de manière à pouvoir cultiver à la charrue entre les 
lignes, et à ne laisser croître aucun drageon ; puis que ces plants 
fussent disposés soit en buisson, soit plutôt en gobelet, dès la 
naissance du sol, de manière à pouvoir faire la cueillette libre- 
ment, sans échelle et sans risque de chutes et d'accidents. 

Déjà plusieurs propriétaires sont entrés dans cette voie que 
nous avons préconisée depuis longtemps, et que nous recomman- 
dons aujourd'hui avec une nouvelle insistance. 

On pourrait également greffer diverses variétés de prunes sur le 
prunellier sauvage, et diverses sortes de poires ou de nèfles sur 
l'aubépine blanche, qui croissent spontanément dans les bois et 
dans les champs. 

Ces derniers sujets ne donneraient pas des fruits de première 
qualité, mais à défaut d'autres, ceux-ci trouveraient encore leur 
<?mploi dans le ménagé. 

Les terres-friches dans l'arrondissement d'Arcis-sur-Auhe peu- 
vent se diviser en trois classes et être évaluées aux prix de 25, 50 
et 100 fr. l'hectare, selon la qualité et la situation du sol. 

Enfln nous terminerons ce chapitre en recommandant vivement 
âvcc notre ami et maître Charles Baltet, la plantation en espèces 
iruitières de haute tige, et particulièrement en noyers, des clie- 
rniiis ruraux et des teitres des communes. C'est un bien qui leur 
viendrait en dormant. 

Arsène Thévenot. 



L'Imprimeur- Géraot, 

Léon FRÉMONT. 



CHRISTOPHIÏ D'ESSOYES 

23* ABBÉ DE MOLESME 
(1239-1252) 



CHAPITRE PREMIER 

I. Election de Christophe d'Essoyes comme abbé de Molesme. 
Mesures qu'il prend pour protéger le temporel de Tabbaye. — 
II. Donation^de Simon de Tudèle. — III. Différend entre Chris- 
tophe d'Essoyes et le chevalier Eschard, seigneur en partie de 
Montceaux. — IV. Conflit avec les religieuses de Juily-les-Non- 
nains. 

Ce n'est pas parce qu'il posséda la terre d'Essojes comme 
seigneur, mais simplement parce qu'il naquit dans ce Tillage» 
que Christophe, 23* abbé de Molesme, est désigné dans l'his- 
toire sous le nom de Christophe d'Essoyes^ 

Nous ne savons rien de sa famille, éyidemment roturière, 
sinon qu'il eut deux frères : Pierre lifos et Jean le Champe- 
nois, le premier, maieur, et le second, prévôt de la seigneurie 
d'Essoyes *. 

Quelle est la date de sa naissance ? A quel âge quilta-t-il 
le monde pour embrasser la vie leligieuse? Ces deux questions 
sont pour nous insolubles. Tout ce que nous pouvons dire, 
c*est qu*en 1238, lors de la mort de l'abbé Isambart, Christo- 
phe d*Es8oyes était prieur de Saint-Hilaire*. 

Trois jours après cette mort, survenue le 22 décembre \ le 
couvent délégua deux religieux à Tévèquede Langres, pour lui 

1. Au su* siècle, voire mftme dans la première moitié du ziii* siècle, les 
noms de famille n'exiataient paa encore. Les individus n'étaient désignés que 
par leur nom de baptême, auquel on ajoutait celui de leur pays d'origine, 
lorcqu'ila Tavaleot quitté pour s'établir ailleurs, ou bien encore un surnom em- 
prunté tantôt à leur profession, tantôt à un travers ou à une infirmité. 

8. Voir notre ouvrage : Easoy^Bt histoire et statistique, pp. 167, 385* 

3. Aube, arr. de Nogent-sur- Seine, cent, de Romilly-sur- Seine. Sur le 
prieuré de Saiot-Hilaire, voir Bmile Socard, Chartes inédites des carta- 
laires de Molesme, p. 50. 

4. X Kalendas januarii obiit dominus Isambardus piœ memorlœ (Bibl. de 
l'Arsenal, 1009, fol. 376 V). 

21 



322 CHRISTOPHE DBSSOTBS 

notifier la va^auce du siôge abbatial et lui demander Taulori- 
sation de procéder à rélecliou d*un nouvel abbé. Ainsi le vou- 
lait, paraîi-il, la règle de S. Benoit. 

L'autorisation fut accordée sans délai; les moines furent 
appelés au scrutin et la majorité des suffrages se porta sur le 
nom de Christophe d'Essoyes^ 

Celait, sans contredit, un très grand honneur, mais en même 
temps une très lourde charge imposée à notre compatriote. 

Pour se faire une idée de l'importance des fondions abba- 
tiales, il suffit de se rappeler que Tabbaye de Molesme, alors 
dans toute sa splendeur, avait des biens, des églises, des prieu- 
rés, en un mot, des ini^rôls spirituels et temporels non sea- 
lement dans plusieurs diocèses de France, mais jusqu'en 
Suisse' et en Âliemagne ', et que, dans la seule partie de la 
Champagne, qui constitue aujourd'hui le département de 
TÂube, quatre-vingt-seize communes étaient plus ou moins ses 
tributaires \ 

Pour proléger leurs possessions ainsi disséminées, les ab- 
bayes du moyen-âge n'eurent, pendant longtemps, d'autres 
armes que les censures ecclésiastiques. 

Or, dès le commencement du xiii* siècle, les censures, dont 
on avait quelque peu abusé, n'inspiraient plus la môme ter- 
reur que par le passé. Bon nombre de seigneurs, chevaliers de 
naissance et aussi d'aventure, s'étaient familiarisés avec l'ex- 
communication, au point de la braver et de la mépriser ouver- 
tement. Elle ne constituait donc plus un obstacle sérieux à 
leurs convoitises, et il en résultait pour les monastères, notam- 
ment pour l'abbaye de Molesme, des dangers, des vexations 
et des oppressions continuelles. 

A peine élu, Christophe d'Essoyes appela l'attention de 
révoque de Langres, Robert HI de Torote, sur ce point, et 
le consulta sur les moyens qu'il conviendrait de prendre pour 
protéger plus sérieusement le temporel de son abbaye. 

Le prélat lui conseilla d associer le roi de France aux droits des 
religieux et de placer, tiotamment, sous la protection royale, 

1. Bibliotb. nat. Champagne, XXI, p. 190. 

2. Prieuré de Sainl-Sulpice. 

3. Prieuré d'Ysodenges, dans le diocèse de Trèvef. 

4. Emile Socard, op, cit*f p. 4. 



CHBrSTOPHB D*BSSOYES 323 

Molesme, Villiers», ChannayS Nicey', Gigoy*, Nilry'^ et 
Leschères ^. 

Ralifiaul môme, par avance, cette aseociation, TéTéque en 
donna un acte muni de son sceau et daté du 20 janvier 1239. 

Le même jour, ajoule dom Deuys Moineau \ à qui noue 
empruuloQS ces renseignements, Robert de Torote donna ea*- 
core un acte par lequel il consentait que les villages de Goi£^* 
le-Chalel* et de Vicq*, dépendant du prieuré de Varennee*^ 
fussent mis sous la protection de Thibaut lY, comte de Cham- 
pagne et roi de Navarre, par un traité de pariage ou d'associa* 
tion. 

Jean de Choiseul, descendant du fondateur du prieuré de 
Varennes, allait se trouver dépossédé de sou droit de garde. 
Puis, que deviendrait son auloritéi sou influence dans la ré^ 
gion, si Thibaut, déjà maître de Chaumont, deMontigny^S 
d*Ândelot ^* et de Nogent^^, étendait ses possessions jusqu*à la 
limite extrême du Bassigny ? 

k&n de parer à ce danger, Jean de Choiseul réclama yive- 
ment près de Tévêque, du comte de Champagne et môme du 
roi. En raison de ses protestations et ^au;j doute aussi du 
désaccord qui ne t'irda pas à survenir eutre le comte etTabbé, 

I. Côte -d'Or, urr. de Beaune, caot. de Lieroais. 

i. Côle-d'Or, arr. de Chatillon-sur-Seioe, cant. de Laignes. 

3. C.ôle-d'Or, arr. de C* atillon sur-Seioe, caot. de LaigQea. 

4. YoDoe, air. deToDoerrd, cant. de Cruzy-le-Cbfttel. 

5. YoDDe, arr. de Toouerre, cant. de Noyers, 

6. ilaule-Marne. arr. Je Vassy, cant. de Doulevant -le- Château. 

7. Mémoire pour servira l histoire de N.-D. de Molesme. Mf. BiM. nat. 
Champagne t XXI. 

8. Coifly-le-Haut, Haute-Marne, arr. de Laogres, cant. de Bourboone- 
les-Baios. 

9. Haute- Marne, arr. de Langres, Câot de Varennes- s.-ÂxoBSce» 

10. Haute Marne, arr. de Langrep, cheMisu de caolon^ 

Le prieuré de Vareunes fut foudé en 11 84 par Hénier de Clioiseul) sei- 
gneur de Bourbonne, et Hunier de Nogent, son beeu-frèr'ï. En 1101. Hé- 
nier de Choiseul le céda à Tabbaye de NJoUfime, ainsi que tous les droits 
qu'il avait sur les villages de Coiily et de Vicq, afin de fubveu>r aux 'lé- 
penses de son fils Boger, parlant pour la Croisade (Laconinire : les Sei* 
gneurie et féauUes de BourbonnCy dans Rev. de Champagne et de 
Brie, t. VllI, p. 168). 

II. Haute- Marne, arr. de Langres» chef -lieu décent. 
12* Haute-Marne, trr. de Chaunooft, cheMien de cani. 
13. H«ut«-ICtrDe> arr. àe CkamnoBt, ch«Mie« de eMi« 



3^4 CHBISTOPHB d'bSSOTBS 

ce fut seulement oDzeaos plus tard, ea 1250, que le traité de 
pariage fut conclu*. 

Quant à celui que l'évoque aurait voulu voir passer avec le 
roi de France, pour Molesme, Villiers, Ghannay, etc.. s*il entra 
réellement dans l'esprit de Tabbé, ce fut pour y demeurer 
indéfiniment à l'état de projet, car non seulement nous n'en 
avons pas trouvé trace, mais nous ne voyons pas qu*il ait 
donné lieu à la moindre négociation. 

II. — Sous le .gouvernement de Chrislophe d'Essoyes, de 
nombreuses donations furent faites à Tabbaye de Molesme ou 
aui prieurés qui en dépendaient. 

Les insérer toutes, suivant Tordre des dates, dans notre 
notice biographique, serait en rendre la lecture par trop labo- 
rieuse, d'autant plus que, pour bon nombre d'entre elles, 
Christophe d'Essoyes n'intervint pas personnellement. 

Nous ne relaterons donc que les principales, réservant les 
autres pour un chapitre spécial. 

Des six qui eurent lieu en 1239, une seule nous arrêtera : 
celle de Simon de Tudèle, de beaucoup la plus importante. 

Dès le commencement du xiii* siècle^ les écoles monasti- 
ques, longtemps florissantes, avaient beaucoup perdu de leur 
éclat et de leur importance ; les écoles épiscopales elles-mêmes 
pâlissaient devant les Universités, auxquelles elles avaient 
donné naissance. 

L'Université de Paris, surtout, était devenue le centre du 
monde lettré, le rendez-vous des maîtres et des étudiants les 
plus distingués, non seulement de la France mais de l'Eu- 
rope. 

En suivre les cours était le rêve caressé par la jeunesse sco- 
laire, aussi bien des monastères que du clergé séculier*. 

1. Cf. Abbé BriiTaut : Hist, de la vallée de VAmance, dans Revue de 
Champagne ^ 2* série, t. III, p. 189 et suiv. ~ Bonvallet : la Prévôté 
royale de CoiffX'le-Châiel, dans Revue de Champagne^ V série, 
l. V, p. 868. 

2. Presque tous les ordres religieux avaient, à Paris, une maison appelée 
Untôt Hospicium, tantôt Collegium et destinée à recevoir les frèree en- 
voyés des provinces pour suivre les cours de T Université. Les Frères Prê- 
cheurs commencèrent à y avoir des étudiants en 1221, les Frères Mineurs 
vert 1230, les Cisterciens en 1246, les Prémontrés en 1252, les ÂugusUns 
en 1259, Clunj et les Carmes en 1260, Saiut-Qermain des Prés vers 1263. 

D*autre8 collèges existaient déjà ou furent établis dans la suite : le 
collège des Dix-Huit (1180), le collège Saint*Honoré (1209), le collège 
Saint-Thomas (1210), le collège des Pauvres-Bcoliers (1219), le cor.ège 



CHRISTOPHE DRSSOYBS 325 

Les frais que nécessitail le séjour à Paris devaient ôtre pour 
beaucoup, serôble-t-il, Tobslacle à la réalisalion de ce rêve, 
d^aoUDl plus, qu'à cette époque, ou n'avait pas encore imaginé, 
au nom de Végaliié^ de faire payer aux déshérités de Tintelli- 
gence les frais d'études de ceux qui, plus favorisés, aspiraient 
aux grades universitaires. 

Eh bien, non. Gomme on Ta fort bien dit, « au moyen-âge 
la vie intellectuelle n'était pas le privilège d'un petit nombre 
d'hommes, à qui la fortune avait réservé ses sourires. Qui vou- 
lait étudier» le pouvait tS car il se rencontrait alors de véri- 
tables amis de la science et du peuple, qui prenaient généreu- 
sement dans leur bourse, en faveur des étudiants pauvres, les 
fonds que TEtat prend aujourd'hui dans les nôtres *. 

C'est ainsi que, le l*** octobre 1239, un chapelain du roi 
Louis IX, Simon de Tudèle, aûn de permettre aux religieux de 
Molesme de suivre les cours de TUniversité, sans ôtre trop à 
charge à leurs frères, donna au monastère toutes les maisons 
qu'il possédait à Paris, dans la censive de l'abbaye de Saint- 
Gerroaia-des-Prés, proche Téglise S. Cosme et S. Damien, avec 
leurs enclos et dépendances ; deux autres maisons, sises dans la 
censive du chapitre de Notre-Dame, et quatre arpents de vigne 
à Argenleuil'. dans la censive de l'abbaye de Saint- Denis. 

Après avoir stipulé que les revenus de ces immeubles se- 
raient exclusivement consacrés à favoriser les éludes des Re- 
' ligieux in Académie Parisiensi, Simon de Tudèle déclare 
faire cette donation pour le salut de son âme, pour le salut de 
Bérengère, reine d'Angleterre, et de sa sœur Blanche de Na- 
Tarre, comtesse de Champagne *, nobles dames dont il avait 

SaÎDi-NicoUc (ayant 1247), le collège des Bons-Bniants (avant 1248), le 
collège oriental (1248), le collège du Tréaorier (1266), le collège de Dace 
(1275), le collège d'Cpaal (1280), et, le plus célèbre de tous, le collège ou 
maison de Sorbonne (1257). Cf. P. Denifle : Cartularium Uniiferaitatia 
Parisienais. 

1. L'abbé Nioré : Un portail de cathédraU an moxen-âge, dans 
Mémoires de la Société académique de VAube, t. XXXI, 3' série, 
p. 78. 

2. Une des gloires de TBglise est d'avoir provoqué et encouragé ces libé 
ralités, témoin la bulle d'Alexandre IV, en 1359, à tous les évdqucs de 
France, pour obtenir des aumônes en faveur de la maison de Sorbonne, ou- 
verte par saint Louid aux écoliers pauvres, et celle adressée en 1262 dans 
le même but, i tous les fidèles, psr notre compatriote Urbain IV. 

3. Seine-et-Oise, arr. de Versailles, cbef-lieu de canton. 

4. Sancbe VI, dit le Sage, roi de Navarre, eut trois enfants : Sancbe VII, 
dit le Fort, Bérengère et Blancbe. 

Bérengère épousa, à la Croisade, et pour son malbeur, le roi d'Angleterre, 



32G CHRISTOPHE d'bSSOTBS 

été chapelain, el eofin pour les âmes de ses parenU, de ses 
amis et de ses bienfaiteurs. 

Sensible à cette pieuse libéralité et voulant lui en témoi- 
gner sa reconnaissance, Christophe d'Essoyes, du consente- 
ment unanime de la communauté, donna à Simon de Tudèle, 
à titre viager et à charge d'entretien, la terre de Villeloup * aveo 
toutes ses dépendances, droits et revenus, un troupeau de 
250 tôtes, deux chevaux avec un charriot ou un carrosse, et 
diSérents meubles. Trois fois par an, lorsque l'abbé de Mo- 
lesme viendrait faire sa visite à Villeloup, le donataire devrait 
le recevoir, ainsi que sa suile, qui, d ailleurs, n'excéderait pas 
dix personnes. 

D'autre part, lorsque la mort frapperait Simon de Tudèle, 
Tabbaye devrait envoyer deux religieux à Villeloup, pour y 
célébrer les saints offices et prier Dieu pour le repos de son 
âme. 

La prière des moines devrait suivre le défunt dans la tombe 
et se continuer dans le cours des siècles ; aussi, pour protéger 
sa mémoire contre un oubli, hélas I toujours à craindre, il fut 
convenu que le nom du pieux bienfaileur seraii écrit dans tous 
les missels, au canon de la messe, au mémento des morts. 

Simon fut d'ailleurs admis de suite à \di Fraternité^ c'est-à- 
dire à la participation aux prières et aux bonnes œuvres do la 
communauté. 



Richard Cœor do Lion. Le mariage eut lieu le 12 mai 1191, à Limaaaol, 
dont Richard venait de s'emparer. Béreogère mourut eu 1230, daui la 
ville du Mans, où, depuis 26 aus, elle avait trouvé un asile. 

Blanche épousa le comte de Champagne Thibaut III, et 6t ainsi passer 
la Navarre dans la maison de Champagne Veuve depiis 1201, elL mourut 
en lt29. (Cf. D'Arhois de Jubainville : HUL des comtes de Champa- 
gne. — Henri Chardon : Histoire de la reine Bérengère^ femme de 
Richard Cœur de Lion et dame douairière du Mans, Le \ianp, 1866, 
i 1 8* de 94 pages. 

1. D'après M. Emile Socard (op. cit,, p. .^9). Villeloup ou Virloops ne 
serait pas le Villeloup du canton el de i'arrondisseuieut Ue Troyes, mais 
un village qui fdisait partie de la commune de Maraye-en -Oihe, et dont 
il ne reste plus trace depuis 1856. Nous n'admettons que sous réserve 
cette identification et notre doute se trouve empierrent légitimé par une 
charte de 1203, publiée par M. Socard lui-même. D'après cette charte, les 
hommes de labbaye de Molesme, à Vilerous, cultivaient des terres sises sur 
le territoire de Payns. Or, de Maraye-en-Olhe à Payns la distance est for 
grande, et on ne voit pas comment des habitants de la première localité 
auraient pu être envoyés dans la seconde pour les besoins de la culture, tan- 
dis que cela se conçoit facilement en identifiant Vileroux avec notre Ville- 
loup actuel, puisque le finage de ce village est limitrophe de celui de 
Payns. 



CHRI8T0PHR d'eSSOTBS 327 

De son c6lé, il jura sur les saints Evangiles, non seulement 
de ne rien aliéner des biens qui lui éUienl confiés, sans avoir 
préalablement obtenu le consentement des religieux, mais 
encore de conserver ces biens en bon état, de les augmenter 
même, s*il était possible, et de les laisser^ à son décès, libres 
de toutes dettes et obligations . 

Il jura également de faire confirmer toutes les clauses du 
contrat par le roi, par le comte de Champagne et par les évè- 
ques de Paris et de Troyes, qui en garantiraient l'observation 
de la part de T abbaye de Molesme. 

En ce qui la concernait, l'abbaye de Saint-Germain-des- 
Prés ût plus que ratifier la donation de Simon de Tudèle ; elle 
abandonna aux religieux son droit de mainmorte sur les mai- 
sons et se réserva seulement quatre livres parisis de censive^ 

m. — En 1240, Christophe d'Essoyes eut avec le chevalier 
Eschard, seigneur en partie de Montceaux*, un différend* qui 
montre à quel point les seigneurs, même religieux, étaient 
alors jaloux de leurs droits de justice, et aussi combien peu de 
respect on avait pour les cadavres des suppliciés. 

Le chevalier avait dressé des fourches patibulaires dans un 
champ que l'abbé, son co-seigneur, revendiquait comme étant 
de la justice du couvent de Molesme. à cause de son prieuré 
de Rumilly-les-Vaudes', et un voleur, sans doute plusieurs 
fois récidiviste, avait été pendu à cette potence*. 

1. Bibl. nat., Champagne, XXi. p. 191. — Mt. Latin, 11818. 
%• Aube, arr. de Troyes, os ut. do fiouilly. 

3. Lucieo Coûtant, dans soa Histoire de Bar^UT'Seine, a donné de 
ce différend un récit incomplet et quelque peu iaesa.t. 

4. Aube, arr. et cant. de Bar-sur-Seine. 

5. Pendant la périole mérovingienne, tout yoleur était puni de la peine 
capitale. Charlemagne rendit la législation un peu moins cruelle en établis- 
sant la gradation suivante : pour un premier méfait, le voleur aura un œil 
crevé; la seconde fois^ on lui coupera le nez; au troisième vol, le voleur sera 
puni de mort. 

Il y avait encore disproportion eutre le délit et la peine. Saint Raymond 
de Pennafort, un des plus illustres canonistes du xiii* sikole, fut le premier 
à protester, non seulement contre la peine de mort, mais encore ooulre toute 
mutilation : Il s'exprime en ces termes : « Fur non est suspendendus, 
aut demembrandaSf aut exoculandus, sed aliàs, arbitrio Judicis 
puniendus, çidelicet ut fasUgetur, çel exulet, vel alio modo prout 
Judici çideatur. 

S'inspirent de ces sentiments d'bumauilé, saint Louis, en 1261, abolit la 
mutilation qui était infligée en Touraine eu cas de vol domestique. (Paul 
Viollet : Registres judiciaires de quelques établissements religieux 
du Parisis, au ziu* et au xiv* siècle, dans Bibliotb. de l'Ëcolo des 
cbartes, t. XXXIV, p. 317.) 



328 CHRI6T0PH8 D*BSSOYBS 

Christophe d'Essoyes estimant qu'une protestation verbale 
ne suffirait pas pour revendiquer son droit de justice, et qu'une 
action Judiciaire serait trop lente à rétablir, donna Tordre d*ar 
racher la potence, et la fit traîner, avec le pendu, devant la 
maison du chevalier. 

Eschard comprit la leçon, et le cadavre fut enterré dans un 
autre champ, sis sous la Croix de Moniceaux. 

Malheureusement, Tabbé avait, ou prétendait avoir, la Jus- 
tice sur ce second champ, comaie sur le premier. Il ordonna 
donc d* exhumer le pendu et de le transporter de nouveau de- 
vant la maison d*Eschard, qui dut lui chercher un autre lieu 
de repos. 

Le conflit était ainsi devenu de plus en plus aigu ; les par- 
ties, pour y mettre fin, convinrent d'en référer à des arbitres, 
qui détermineraient les limites précises des deux justices. 

Ces arbitres, choisis d*un commun accord, furent Jean de 
RoncenayS chevalier, et Jobert Haquetin, bourgeois de Bar- 
sur-Seine. 

Eschard, Eremburge, sa femme, etOdin, fils de ladite Erem- 
burge, promirent de se soumettre à leur décision, quelle qu'elle 
fût. 

D'autre part, Glérembaud, seigneur de Ghappes *, garantit 
que, dans le cas où Odin, qui était son homme-lige, ne tiendrait 
pas sa promesse, il saurait bien Ty contraindre, en vertu des 
droits qu'il avait sur lui. 

Chacune des deux parties fit entendre huit témoins. Après 
avoir reçu leurs dépositions, les arbitres donnèrent gain de 
cause à Christophe d'Essoyes, déclarant que les deux champs, 
oii le voleur avait été pendu et enterré, étaient bien de la jus- 
tice de Molesme; puis, afin de prévenir tout nouveau conflit, 
ils déterminèrent nettement l'étendue de cette justice. 

Elle comprenait tout le territoire, à partir du chemin allant 
du pont de Bancelin jusqu'à la Croix- sous-Monlceaux, et de 
cette croix, en passant par le village, jusqu au Plessis des 
Bons-Hommes de Grandmont', vers Cbantemerle* et Cor- 

1. Aube, arr. de Troyei, cant. de Bouilly. 

2. Aube, arr. et cant de Bar-sur- Seioe, 

3. La maison des Bons-Hommes d'Isle, de l'ordre de Grandmont, fut 
fondée en 1194 par Thibaut, comte de Champagne, et unie par une bulle 
de Jean XXll aux maisons de Mathon et de Chftteaavillaio ;Cf. Reçue de 
Champagne^ t. III, p. 364 et luiy.). 

4. Hameau, commune de Gormost. 



Supplément à la Revue de Champafrne. 





SCEAUX ET COXTUE-SCEAUX DE CHRISTOPHE D'ESSOYES 

(Voir Hevite tfe Champagne, p. 35 i) 



CHRISTOPHE D*ESSOTBS 329 

mo6t^ L*abbé de Molesme avait en outre moitié de la Justice sur 
lechemiu susdit, depuis la Croix jusqu^au Plessis, vers Roçroi. 

La sentence fut rendue à Montceauz, le mercredi après la 
Nativité de la Sainte-Vierge de Tan 1240, par Lambert de Tier- 
celieue, bailli de Troyes, en présence de Christophe d'Essoyes, 
de Gilles, prieur de la Maison-Dieu devant La Ferté-Gauçher *, 
de Giérembaud de Chappes et de ses deux fils, Guillaume et 
Dreux, l'un prieur de Fouchères', Tautre chanoiue de Langres, 
de Bouchard d'Isle-Aumont^, de Jobert Buffetier et de Huet, 
son gendre, de Jannet, maieur d'Isle, de Perrinet de Saint- 
Thibaut*, de Pierre de Chantemerle et d*Adam, son fils, de 
Milet et de Jean, tous deux fils de défunt Jean de Mont- 
ceaux, de Garnier et de Jean, fils de Martin, maieur de Ru- 
milly-les-Vaudes^, de Laurent de Chantemerle et de plusieurs 
autres notables \ 

IV. — Le prieuré de Jully-les-Nonnains*, fondé vers 111b 
par S. Bernard, de concert avec l'ancien évèque de Langres, 
Godefroy, et le comte de Bar-sur-Seine, Milon, avait été placé 
sous la haute direction de l'abbé de Molesme, et les divers 
monastères de femmes, auxquels ce prieuré donna naissance*, 
se trouvaient soumis à la même tutelle. 

! . Aube, arr. de Trojes, cint. de Boaillj. 

2. Seine-et-Marne, arr. de Coulommiera, chef-lien de cant. 

3. Aube, arr. et cant. de Bar-sur- Seine. 
i. Aube, arr. de Troyes, cant. de Bouilly. 

5. Aube, arr. de Troyes, cant. de Bouilly. 

6. Aube, arr. et cant. de Bar-sur-Seine. 

7. Bmile Soeard, op. cit., p. 195/ 196. 

8« Yonne, arr de Tonnerre, cant. d'Ancy-le-Franc. 

D'après M. Bmest Petite la terre de Jully, près Ravières, où fut fondé un 
prieuré de femmes, connu sous le nom de JuUy-les-Nonnains, avait été 
donnée aux religieux de Molesme, en 1115, par Matbilde, femme de Milon, 
comte de Bar-sur-Seine. Cette Mathilde devait dtre de la maison de Noyers 
et peut-être fille de Raynard de Noyers, qui possédait les domaines de 
Senne voy, Gigny et terres voisines {Hist, des ducs de Bourgogne, 
V, 388.) 

9. Au commencement du xiii* siècle, ces monastères, essaims de Jully, 
étaient au nombre de onze. Il nous parait bon d'en donner la nomenclature 
avec la date de leur fondation : l'abbaye deTart(Côte-d'Or, 1125); Tibbaye 
de Criseoon (Yonne), 1130); le prieuré, puis abbaye d'Andecy (Marne, 
1131); le prieuré du Val-d'Osne (Marne, 1140); le prieuré de la Cbapelle 
d'Oxe (Aube, 1145); l'abbaye de Pralon (Côte-d*Or, vers 1149). le prieuré 
de Vioetz, dans la Marne (1155) ; le prieuré de Cbairlieu, diocèse de Troyest 
et celui de Prancbevaux au diocèse de Sens (1159); le prieuré de Bécbot* 
dans la Marne (vers 1170) ; le prieuré de Sècbe-Fontaine, dans l'Aube 



330 CHRISTOPHE d'bSSOTES 

L'abbé avait sur ces maisons uue autorité réelle, qu'il exer- 
çait dans chaque couvent par des religieux délégu(^s ad hoc*. 

L'un de ces moines avait la direction spirituelle des reli- 
gieuses, avec le titre de prieur ; un autre s'occupait de Tad- 
ministration de leurs biens, avec le titre de chambrier. 

Les religieuses de JuUy supportaient avec peine cette dépen- 
dance. Sans chercher à s'affranchir complètement, elles au- 
raient voulu que Tabbé de Molesme, dans le choix du prieur 
et du chambrier, tint compte de leurs préférences, et quand il 
ne paraissait pas disposé à leur accorder les religieux qu'elles 
désiraient, elles recouraient à Tinfluence de certains laïques 
pour lui forcer la main. 

En 11 95, il ne fallut rien moins que l'intervention du pape 
Alexandre III, pour ramener 'les bonnes sœurs à la sainte 
indifférence. Dans sa bulle, le Souverain Pontife autorisait 
formellement l'abbé de Molesme à les frapper des censures 
qu il jugerait convenables, si elles se rendaient coupables de 
nouvelles désobéissances, ou de nouvelles cabales. 

A l'avènement de Christophe d'Ëssoyes, les religieuses de 
JuUy pouvaient croire que les instructions pontificales, vieilles 
de près d'un siècle, étaient depuis longtemps oubliées, et, 
d'ailleurs, il leur était bien permis de penser que le nouvel 
abbé se mont,rerait moins rigide, moins jaloux de ses droits 
que ses prédécesseurs. 

Jugeant donc l'occasion favorable de reprendre l'œuvre de 
leur émancipation, et quelque diable sans doute les poussant, 
elles firent un premier acte d'indépendance en aliénant, de 
leur propre autorité, des biens de la communauté; puis, la 
charge de chambrier étant devenue vacante, au lieu de pré- 
seuler humblement un candidat à l'abbé, ce à quoi se bornait 
leur droit, elles procédèrent à une véritable élection. 

(1173), et enBa celui de la Presie, dans les Ardennes (1212). (B. C: HUt 
du cartulaire et dii prieuré de Notre-Dame et Sainte-Marguerite de 
la Preste^ dans Rei)ue de Champagne ^ Janvier 1890, p. '10.) 

1. Les religienpes éUtient astreintes .î le clôture perpétuelle; «lies davaieiit 
se procurer, au moyen de leurs dois, de leur travail, de la culture, de leurs 
bœufs et des aumônes des fidèles, leur nourriture et leurs vêlements) elles 
ne devaient pas avoir de serviteurs ni de servantes, ni (Véglises.ni de c]i(£ei>, 
ni de fermes. Si quelque don de ce genre leur était fait, la propriété en re- 
venait à Molesme ; les objets mobiliers seulement pouvaient rester aux reli- 
gieuses, les terres même qui leur étaient aumônéei, et qui ne pouvaient dire 

'labourées par leurs propres charrues, rolournaiont à \]oleime(t£. C. : Hiêl. 

^ du prieuré de Notre-Dame et Sainte- Marguerite de la Presle, dans 
Revue de Champagne, janvier 1894, p. 11.) 



CHRISTOPHE d'sSSOYES H31 

Leurs suffrages se perlèrent sur frère Guillaume, proviseur, 
ou pritur, de la maison de Rumilly-les-Vaudes. 

Convaincues de TexceUence de leur choix, elles demandèrent 
à Christophe d'Essoyes de leur accorder ce religieux comme 
chambrier, non pas à litre gracieux, mais en vertu même de 
Télection à laquelle elles venaient de procéder, nomine elec- 
iionis. 

C'était une véritable sommation. 

Christophe d^Essoyes n'était pas homme à s'y soumettre. Il 
répondit par un refus nettement formulé, et, comme les reli- 
gieuses s'obstinaient, il lança contre elles une sentence d'ex- 
communication. 

Quand la résistance est devenue impossible, la sagesse la 
plus élémentaire ordonne de s'incliner. 

C'est ce que firent les bonnes eœurs, non pas toutefois, sans 
pleurer amèrement leurs illusions détruites. Par une lettre 
datée de la fête des Saints Jumeaux (17 janvier 1240, v. st.). 
la prieure, Agnès, et la sous-prieure, Reine, en filles obéis- 
sautes, filioe obedientes, implorèrent humblement et dévote- 
meni, humiliter et dévote, leur père et abbé, Christophe 
d'Essoyes, de leur accorder le bienfait de l'absolution de la 
censure qu elles avaient encourue, résen^e faite cependant 
de leurs droits et de ceux de V abbaye de Molesme. 

Cette réserve nous parait un petit chef-d'œuvre de diplo- 
matie féminine. Portant seult ment sur les droits des religieuses, 
elle eut été de nature à faire rejeter leur supplique, car elle 
aurait indiqué clairement que leur soumission n'était qu'exté- 
rieure, et qu'elles cédaient seulement à la force; aussi ont-elles 
soin de la faire porter également sur les droits de l'abbaye. 

Il importe peu de savoir si les droits du prieuré sont conci- 
liables avec ceux de l'abbaye ; l'essentiel est d'obtenir la levée 
de l'excommunication, tout eu maintenant les premiers. Or, il 
n'y a qu'un moyen d'arriver à ce résultat : affirmer les se- 
conds, et ce moyen on l'emploie. 

N'est-ce pas là une tactique très habile? 

En même temps que les religieuses faisaient ainsi leur sou- 
mission, l'archidiacre de Tonnerre, Pierre de Frolois*, offrait 
sa médiation et cherchait à rétablir l'accord entre les 
deux monastères. 

1. Côte-d'Or, arr. de Semur, caot. de Flavignj, 



332 CHRISTOPHE D*BSSOTBS 

Deux chartes datées de Jully » le jeudi après la Purification de 
la Sainte* Yiei^e, attestent le plein succès de ses négociations. 

Parla première, les religieuses reconnaissent solennellement, 
en Chapitre, que leur prieur et leur chambrier, représentants de 
Tabbé de Molesme, ont seuls qualité pour disposer, par con- 
trat, des biens de la Communauté. Par la seconde, il est con- 
venu que, renonçant à frère Guillaume, leur élu, elles deman- 
deront à l'abbé de leur donner un autre chambrier. 

La prieure Agnès et la sous-prieure Reine furent-elles dépo- 
sées, ou renoncèrent-elles Tolontairement au pouvoir à la suite 
de cette malheureuse campagne? Nous ne pouvons rien affir- 
mer sur ce point, mais la chose nous parait probable, car la 
présentation du chambrier fut faite par une nouvelle prieure, 
désignée seulement dans l'acte par Tinitiale D. 

Le religieux />ropo8^ cette fois, et non pas élu par la Com- 
munauté, fut P. de Nancy, prieur de Vaucouleurs^ Tout 
porte à croire qu'il fut agréé'. 

Cependant, la réserve faite dans l'acte de soumission des 
religieuses l'indique suffisamment, la paix définitive n'était 
pas signée; un simple armistice avait été conclu. Si les sœurs 
de Jully avaient formellement reconnu leurs torts relativement 
à l'aliénation de quelques immeubles de la Communauté, elles 
n'avaient pas fait ameûde honorable quant à l'élection du 
chambrier, et, sur ce point, elles maintenaient leurs prétentions. 
Il est vrai qu'elles avaient renoncé à leur élu, Guillaume, mais 
cette renonciation avait été faite à titre purement gracieux, 
par déférence, pour le bien de la paix, et ne pouvait, par con- 
séquent, infirmer leur droit, si ce droit avait réellement existé. 
Le conflit restait donc ouvert. 

1^8 évéques de Langres et d'Auxerre y mirent fin en ame- 
nant les parties à un compromis, qui fut ratifié par une bulle 
d'Innocent IV, datée de Lyon le 4 juillet 1246. 

Le» clauses de ce compromis ne sont pas indiquées, mais il 
fut certainement favorable aux religieuses. C'est à elles, en 
effet, que la bulle a été adressée ; c'est sur leur demande 
qu'elle a été donnée, et l'obligation pour l'abbé de Molesme 
de leur accorder un prieur et un chambrier selon leur choix, 
dut nettement formulée dans le document pontifical. 

HoMte k savoir si ce document est bien authentique. Ce qui 

1 . UêUê; arr. de Commercy, chef-lieu de cent. 
f . B. Socard : op, cit., 193, 194. — Abbé Jobin : Hist du prieuré 
4§ Juilf'i€$'Nonnain», 149, 150, 274 et aaiv. 



GttBISTOPHB D^BSSOtBS 333 

permet d'ëmeltre un doute à ce sujet, c'est que Tévèque 
d*Auxerre y est désigné par l'initiale A et l'évèque de Langres 
par Tinitiale G. La bulle rend hommage à leur mémoire me- 
diantibus bonœ memoriœ ephcopis, ce qui indique qu'ils 
étaient morts lors de sa publication, ou« tout au moins, qu'ils 
n'étaient plus évoques. 

Quoi qu'il en soit, leur médiation eut lieu nécessairement 
entre l'année 1241, date de l'origine du conflit» et Tannée 1246, 
date de la bulle. Or, si la lettre G peut, à la rigueur, désigner 
Guy de Puiset, qui aurait été évèque, non sacré, de Langres, 
en concurrence avec Hugues III de Rochecorbon, nous ne 
voyons, dans cet intervalle, aucun évèque d*A.uxerre dont le 
nom réponde à l'initiale A^ 

Nous n'affirmons donc que sous réserve la victoire des reli- 
gieuses, victoire d'ailleurs très relative, puisqu'il y eut com- 
promis, et, qu'en échange de ce qui leur était accordé, elles 
durent faire à l'abbé de Molesme certaines concessions jugées 
à peu près équivalentes. 

1. Abbé Jobin : op. cit., 150, 278, S79. — Abbé Roussel : le Diocèse 
de Langres, t. I, p. 109, et t. II, p. 313, 314. 



334 CHRISTOPHE d'kSSOYES 



CHAPITRE II 

I. La discorde à l'abbaye de Molesiue. — II. Reconnaissance faite 
à Auseau de Crémone, avoué de Tabbaye. — III. DilTércud entre 
les Bénédictins de Molesmc et les Cisterciens de Longuay. — 
IV. Christophe d'Essoyes et le chapitre général des Moines noirs 
de la province de Lyon, l^ienveillance du pape Innocent IV pour 
l'abbaye. — V. Donation d'Erard de Brienne. 



1. — Les religieuses de Juliy étaient à peine rentrées dans 
l'obéissance, que les moines de Molesme essayaient eux-mêmes 
d'en sortir. La discorde entra au couvent, nous ne saurions 
dire par quelle porte ; l'autorité de Tabbé fut méconnue par un 
certain nombre de religieux et un véritable schisme désola le 
monastère. 

Proûtant de ces troubles, et prenant sans doute parti pour 
les mutins, Thibaut IV« comte palatin de Champagne et roi 
de Navarre, avait saisi ei tenait en sa main les possessions de 
Tabbaye à Arthonnay*, Rumilly-les-Vaudes*, Poligny* et 
Grancey- sur-Ource<. 

Ces biens avaient été placés sous sa garde; c'est ainsi qu'il 
les protégeait. 

Christophe d'Essoyes députa, vers le ravisseur, son secré- 
taire, frère Robert, et le chambrier de Molesme, frère Nicolas, 
afin de Tamener à de meilleurs sentiments et d'obtenir la res- 
titution de ce qu'il avait injustement saisi. 

Thibaut fit bon accueil aux ambassadeurs, sans toutefois leur 
donner pleine satisfaction. Il consentit à rendre Rumilly, Poli- 
gny et Grancey, mais il garda sous sa main Arthonnay, pour 
la nourriture et le logement des moines dissidents, qui vou- 
draient quitter Tabbaye. 

C'était encourager et favoriser le schisme. 

Christophe d'Essoyts crut cependant devoir accepter ce 
compromis, et il le ratifia par des lettres datées du mois d'avril 
1241 (v. sl.)^ 

î, Yonne, arr, de Tuonerre, cant. de Cruzy. 

2. Aube, arr. bt cant. de Bar-sur-Seine. 

3. Aube, arr. et cant. de Bar-sur-Seine. 

4. Côte-d'Or, arr. de ChâliUon«Bur-Seine, cant. de Montigny-sur- 
Aube. 

5. Bibl. nat. V de Colbert, t. XL, p. 236. Voir ces lettres aux Pièces 
Juatificativea, I. 



CHRISTOPHE d'eSSOYBS 335 

II. — L'abbaye avait, semble-l-il, un déFenseur plus sérieux 
que le corale de Champagne, dans la personne du chevalier 
Anseau de Crémone. Il est juste d'ajouter que son dévoue- 
ment élait loin d'être gratuit, puisque, par lettres datées du 
prieuré de Saint-Broingl * le jour de l'Ascension 124!, Christo- 
phe d'Essoyes et le sacrisle Robert reconnaissent devoir à 
Anseau 400 livres provinoises, pour les services qu'il a rendus 
à Tabbaye dans toutes ses affaires, et pour ceux qu'il conti- 
nuera à lui rendre tant qu'il vivra. 

Dans cette reconnaissance, il est stipulé que le chevalier ne 
pourra réclamer d'autre salaire, et qu'il ne sera pas tenu de 
prendre parti en faveur de i abbaye contre le^ personnes en- 
vers lesquelles ii aurait contracté des obligations antérieures, 
soit par hommage, soit de toute autre manière engageant son 
honneur. 

Le paiement des 400 livres devait se faire à Troyes, entre 
les mains d'Âguè:*, femme d'Anseau, de Colin", sou fils, et de 
Guyot de Vaussomain*, son gendre, en deux versements, sa- 
voir 300 livres aux foires de U Saint Jean et le reste aux foires 
de la Saint- Rémi de l'année courante. 

Les frères de l'abbé de Molesrae, Pierre Lifos et Jean le 
Champenois, qui, comme nous l'avons dit, étaient, le premier, 
maieur, et le second, prévôt de l'abbaye dans sa seigneurie 
d'Esroyes, se constituèrent garants et principaux débiteurs. 
Ils jurèrent de se rendre à Troyes aux époques indiquées et de 
n'en sortir qu'avec la permission d'Agnès, c'est-à-dire, après le 
paiement intégral de la somme promise. 

Le paiement en foire était déjà une garantie, à cause de la 
juridiction spéciale; le serment duprévèt et du maieur de la 
seigneurie d'Essoyes en constituait une seconde, et, cependant, 
ii semble qu' Anseau n'était pas encore pleinement rassuré. 

En eflfet, l'abbé et le sacriste promettent, toujours avec ser- 
ment, qu'ils amèneront la Communauté à s'engager elle-même 
au paiement, par lettres spéciales, munies du sceau conven- 
tuel; qu'ils fourniront encore deux cautions, choisies parmi les 
meilleurs bourgeois de Holesme, et que si, ce qu'à Dieu ne 

1. Saiot-Broingt-les-Moioes, Côte* d'Or, arr. de Châ(illoD-sur-Seiue, 
canU de Recey-sur-Ource, 

2. Sur Colin de Crémone, voir Boutiot, llist. de Troyes y l, 373, 374. 

3. Hameau, commune de So umeyal, Aube, arr. de Tro^'ei, cant. de 
BouiUj. 



336 CHRISTOPHE D^BSSOTBS 

plaise, Tun des garants vient à mourir, ils le remplaceront dans 
les dix Jours qui suivront sa mort. 

Sn&n, comme dernière garantie, Tabbé et le sacrisle enga- 
gent tous leurs biens propres et tous ceux de Tabbaye, tant 
meubles qu'immeubles, de sorte que, si le paiement n'est pas 
effectué aux époques indiquées, Agnès, Colin et Guyot de 
Vaussemain pourront saisir les immeubles, en quelque lieu 
qu'ils soient situés, et vendre les meubles, en s*indemnisant 
du dommage causé par le retard, et des frais occasionnés par 
la saisie et par la vente. 

Cette reconnaissance, faite en double et scellée des sceaux 
des deux parties, fut vidimée au mois d'août 1242 par Tofficial 
de Troyes, Thibaut de Pomor'. 

U nous parait certain, d'après ce document, qu*Anseau de 
Crémone était Tavoué de Tabbaye de Molesme, car, de même 
que les évèchés avaient, au moyen -âge, leurs vidâmes {çice 
domini) chargés de défendre leurs intérêts temporels, de 
même les abbayes avaient leurs avoués {adçocati), remplis- 
sant le même office, quelquefois à titre gratuit, mais la plu- 
part du temps à titre onéreux. 

Luchaire, dans son Manuel des Institutions françaises. 
résume ainsi leurs fonctions : • L'avoué a pour mission de 
représenter l'abbé en tant que seigneur féodal ; il plaide les 
causes de Tabbaye devant le tribunal du comte, ou du haut 
seigneur et rend lui-même la justice, au nom de l'abbé, aux 
tenanciers du monastère. 

« L'abbé possède cependant son tribunal propre, et tient ses 
plaids, auxquels l'avoué est obligé d'assister, quand il en est 
sommé par le seigneur d'église. 

• L'avoué représente aussi l'abbaye dans le duel judiciaire, 
qui est interdit en principe aux ecclésiastiques ; il préside aux 
combats et peut lui-même être tenu de servir de champion aux 
moines. C'est lui qui conduit à la guerre les vassaux et les 
soldats de Tabbaye, sous la bannière du saint auquel elle est 
consacrée. Enfin, il reçoit les donations faites à l'abbaye, s oc« 
cupe de la haute gestion du domaine ecclésiastique et est 
chargé surtout de la protéger efficacement contre tous ses 
ennemis*. • 

Après cette énumération des charges attachées à l'avoueriet 

1. Bibl. nal. V* de Colbert, L^I. foL 9ï, seqq. Voir le teiUaaz Pièces 
Justificetifet. II. 

2. Luchtire : Manuel des Institutions /nuiçaises, p. 286, 287. 



GHRISTOPHK D*BSSOTBS ^37 

DOS lecteurs ue trouveroul plus exagérée, si considérable 
qu'elle soit pour Tépoque, la somme de 400 livres promise par 
Fabbaye à Auseau de Crémoue. 

III. ^ Depuis longtemps déjà, des questions d'intérêt divi- 
saient les Bénédictins de Molesme et les Cisterciens de Lon- 
guay ^ Si Ton marchait unis à la conquête du ciel, oii il y a 
place pour tous, on s'entendait moins facilement qujnd il 
s'agissait de la possession de la terre, où le droit des uns 
exclut nécessairement celui des autres. 

C'est ainsi que les religieux de Molesme avaient quatre gros 
griefs contre leurs frères de Looguay . Ils leur reprochaient : 

1^ D'avoir, contrôleur volonté et sans réquisition, pris pos- 
session et perçu les fruits de huit pièces de (erre sises dans 
leur cenéive de Boudreville". 

2^ De leur refuser le passage sur un chemin conduisant à 
l'emplacement du moulin qu'ils avaient autrefois possédé sur 
les bords de l'Aube, dans un lieu appelé Vennuce. 

3^ De faire pâturer leurs bestiaux sur le ûnage de Boudre- 
ville, sans tenir compte que l'abbaye de Molesme avait la moi- 
tié de la justice sur ce village, ce qui lui causait un grave 
préjudice. 

40 De leur refuser la sixième partie de la dime sur plusieurs 
pièces de terre, que les Cisterciens avaient acquises sur le ter- 
ritoire de Gevrolles *. 

L'affaire ayant été portée à la Cour de Rome, le pape 
nomma, comme arbitres, l'évêque et le doyen de Troyes, qui 
amenèrent les deux abbayes à une transaction. 

En 1243, Tetricus, prieur de Longuay, et Robert, sacriste 
de Molesme, munis de pleins pouvoirs pour terminer le diffé- 
rend, se rendirent à Troyes le merciedi avant la Pentecôte. 

Là, il fut convenu, en présence du vénérable chantre de la 
cathédrale, que les religieux de Longuay Jouiraient paisible- 
ment des droits qui leur étaient contestés, sauf pour le che- 
min en litige. Les moines de Molesme y auraient désormais 
droit de passage, avec faculté de réédifier leur moulin, ou tout 
autre bâtiment. On leur assurait également la jouissance per- 
pétuelle de deux fauchées de pré dans la prairie de Soige^. 

1. Haute-Maroe, arr. de Chaumoot, caot. d'Arc-en-Barrois. 

2. Côte-d'Or, arr. de ChfttilloD-sar-SeiDe, cant. de MoDtigny-aur-Aabe 

3. Cdle-d*Or, arr. de Cbfttilloo- sur-Seine, cant. de Montigny-sur- Aube. 

4. Ba>l. nat., Champagne, XXI, 195. 

22 



338 CHBIBrOPHJE D*ftS»OTRS 

Cesi ainsi que U paix fui rétablie, au moins pour quelqua 
temp°9 eutre les deuk ahbayes. 

IV. — Un des principaux moyens employés pour mainCe- 
-nir 1 observation de la règle dans les nombreui monasièrcs de 
4'ordre de Saint Benoit, et notamment dans ceux qui dépeu«- 
daienl de la célèbre abbaye de Cluny, fut l'institution des 
chapitres généraux* 

Des pisiieurs étaient cbArg«^s dMnspecter les différentes 
maisons de la province et de noter ce qu'ils avaient remarqué 
de réprébensible dans chacune dVlles. Ils faisaient ensuite leur 
rapport au chapitre général de la province, auquel tous les su- 
périeurs, grands et petits^ étaient convoquén et tenus d'as- 
sister. 

Après l'audition et la discussion de ce rapport, le tribunal 
des définiteurs prononçait une sentence qui était enregistrée 
sur le champ par le secrétaire du chapitre. Elle équivalait, 
pour les abbés de l'Ordre, à une mise en demeure de réformer 
les abus signalés ^ 

Telle était la règle gouéralement observée. 

Sommés de s y soumettre et d'assister, fous peine d excom- 
munication, au chapitre général des Bénédictins de la pro- 
vince de L^on, Tablé Christophe d'Essoyeset les religieux de 
Molesme s'adressèrent au pape Innocent IV. 

Ils lui représentèrent que la sommation qui leur était faite, 
par les moines noirs * de la province de Lyon, n'avait pas sa 
raison d'être. 

Il se tenait,. en effet, tous les ans, à Molesme, un chapitre 
général, auquel af sistaieut plus de soixante prieurs. Ou y dis- 
cutait sérieusement tout ce qui intéressait la réformatiou de 
l'ordre et lobservance régulière. D'autre part» l'évoque de 
Langres faisait régulièrement la visite annuelle du monastère, 
corrigeant, tant dans le chef que dans les membres, les abus 
qu^il pouvait remarquer. L'assistance au chapitre général de 
la province de Lyon ne pouvait donc avoir qu'un résultat : 

1. Â. Bruel : Chapitres généraux de Vordre de Claf^, dans BibU 
de l'Ecole des Cbarlef, XXXIV, 294, 541 et laiT. 

9. Les Âugustios comme les Béoédictios étaient vêtos de noir, mais, sa 
moyen- âge, l'expression de moines noirs a loujours éié appliquée eux 
Béoédictius des tnciennoA obédiences, par (pporition aux moines de ( î • 
teaux, qui portaient la tunique et la coulle b'auche^ (J. Delavilie-le-Hoaix : 
les statuts de Vordre de VHôpital de Sainl-Jean-de-Jérusaiem, d«"8 
Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, XLVUI, p 342). 



occasionner, et! pure perle, de grands frai», de graudes dé- 
penses à Tabbaye. 

Ayant égard aux observailocs respeclueuses et aux huoi'- 
bles supplications des religieux, le pape chargea l'évoque de 
Troyes, Nicolas de Brie, d'ouvrir une informatiou éi de lui 
adresser un rapport 6dèle de ce qu'il aurait constaté. Cette 
oommisBÎOD est datée du palais de Latran et du mois de juin 
1244, la première année du poutificat d'Innocent IV* 

L'cnquèle fut de tout point favorable aux religieux de Uo- 
lesme. 

L*évêque de Troyes attesta au Souterain^Pontife qu'Ile 
vifaienl dans une grande régularité ; qu'ils tenaient, tous les 
ans, un chapitre général ; que Tévèque diocésain faisait eiao* 
tement la visite du mooastèrei 

Ainsi éclairé et édifié, Innocent lY donna commission à 
i*évéque de Ldngres de lerer, ad cautelam, les sentences 
d'excommunication, de suspense et d'interdit, qui auraient pu 
être portées contre les religieux de Mole^me, puis 11 adressa à 
Tabbé Christophe d'Essoyes et aux moines vivant sous sa di- 
rection, une bulle par laquelle 11 les dispensait d'assister au 
chapitre des moines noirs de la province de Lyon K 

M. Ëlie Berger, dans les Regesta dlnnocent IV, donne de 
cette bulle Tanalyse suivante : 

Indulget ut quatndlu in obsêrmntia perstitertni rega^ 
lari, in monasterio 9uo capiiulum, annis singalisi aele- 
branles, im^iti non compellaniar ad adeundam capitu^ 
lum monachorum nigrorum*. 

La dispense n*était pas absolue, mais conditionnelle ; elle 
ne devait avoird*effet, dans Tavenir, qu'autant que les religieux 
persévéreraient dans l'observance régulière et tiendraient eux- 
mêmes, chaque année, un chapitre dans leur propre monas^ 
1ère. 

Soit que la bulle n'ait pas été régulièrement notifiée aux 
moines noirs de la province de Lyon, soit qu'ils aient jugé que 

1. Cède bulle est datée de Lyon, du 2l mafft 1244 (▼. 8i.)e( detastf-^ 
conde année du pontificat d'Innocent IV. — Bibl. n^i, Champagne , XXI, 
19S ^ Ma. Latin, 11818, (bl 197 v\ 

2. Le Souverain-Pontife, par indulgence, décide qne tant que lea rel - 
gieoz de Blole&me persévéreront dana l'observance régulière, tenant chaque 
année un chapitre dana leur monaatère, ils ne devront pas être contrainta à' 
asaister au chapitre des moines noira. — Etie Berger : Regeèi,^ anto II 
n* 444, fol. m. 



340 CBRISTOPHK D*BSSOYBS 

les coudilioDs de la dispense n'étaient pas remplies, ils revin- 
rent à la charge en 1246, et portèrent, contre leurs frères de 
Molesme, une sentence d'excommunication basée sur le fait 
qqe, dûment convoqués, ils n'avaient pas assisté au cha- 
pitre général. 

Christophe d'Essojes s'adressa de nouveau au pape. 

Par une seconde bulle donnée à Lyon le 3 des nones de 
juillet 1246^ Innocent IV ordonna à Tévèque de Langres de 
lever l'excommunication, de lire publiquement aux moines 
noirs le document pontifical créant une exception en faveur 
de l'abbaye de Molesme, et de les frapper eux^mômesdes cen- 
sures ecclésiastiques, s'ils refusaient de se soumettre aux déci- 
sions du Saint-Siège. 

Hugues III de Rochecorbon exécuta ces ordres par un man- 
dement daté du mardi après la fête de Sainte Ma^leleine, man- 
dement auquel il joignit la bulle du pape. Il fit signifier le tout 
aux présidents, visiteurs et abbés des moines noirs assemblés 
' à Lyon eu chapitre général. 

La rapidité de l'exécution s'explique par le fait qu'Inno- 
cent IV était à Lyon, que l'évoque de Langres s'y était lui- 
même rendu pour le concile général en 1245, et que probable- 
ment il s'y trouvait encore en juillet 1246. 

Deux brefs, datés de la même année, montrent quelle haute 
estime Innocent IV avait pour Christophe d'Essoyes. 

Par le premier, il prend l'abbaye de Molesme sous la pro- 
tection du Saint-Siège, confirme tous les privilèges qui lui ont 
été accordés, tant par les souverains pontifes, ses prédéces- 
seurs, que par les rois, princes, évêques, ou simples particu- 
liers, et menace de l'indignation des apôtres S. Pierre et S. 
Pa.ul ceux qui lui feront quelque tort ou lui causeront quelque 
dommage. 

Par le second, il réserve au pape, seul, le droit de porter 
contre l'abbaye et ses prieurés une sentence d'excommuni- 
cation . 

V. — Au mois de janvier 1246, Erard de Brienne», seigneur 
de Ramerupt^, et Philippine, sa femme, en réparation des 

1. Cette seconde bulle ne figure pas dans les RegestapMién par M. Elle 
Berger. 

2. Bibl. nat. Champagne, XXI, 199. 

3. Aube, trr. de Bar-sur-Aube, chef-lieu de caot. 

4. Aube, trr. d'Arcis-sur-Aube, chef-lieu de cant. 



OHaiSTOPHB D^BSSOTBS 341 

dommages qu'ils avaient causés à l'abbaye, soit par euz- 
mômes, soit par leurs gens, eu reconnaissance des bienfaits ou 
services qu'ils en avaient fréquemment reçus, et aussi en vue 
d'assurer leur salut, celui de leurs ancêtres et de leurs des- 
cendants, donnèrent aux religieux de Molesme tout ce qu'ils 
possédaient à LannesS au Magny*, près Lannes, et sur la pa- 
roisse de Ricey*. 

L'objet de la donation est ainsi détaillé : les hommes et les 
femmes, la justice, les parcours ou champarts, les terrages» les 
revenus et émoluments de toute sorte, les bois, prés, eaux, 
pâturages situés sur les finages desdits villages, entre Ricey et 
Molesme d^une part, Bagneux^ et Mussy^ d'autre part. 

Les donateurs stipulèrent qu'ils ne pourraient retenir, soit 
en raison du parcours, soit pour toute autre cause, les hommes 
et les femmes ainsi donnés, et ils renoncèrent, pour eux et 
pour leurs successeurs, au droit de faire de nouvelles acquisi- 
tions à Lannes, au Magny et à Ricey. 

Us abandonnèrent également à l'abbaye tout ce qu*ils 
avaient au Tronchois^, la haute et la basse justice, les lods et 
ventes et plusieurs autres droits, à l'exception de leur bois et 
de leurs vignes, qu'ils vendangeraient quand ils jugeraient à 
propos. Ils gardaient la justice sur le bois, mais les religieux 
l'auraient sur les vignes. 

Poussant plus loin encore leur générosité, Erard et Philippine 
donnèrent à l'abbaye leurs droits de fief et d'hommage dans tous 
tes lieux ci-dessus mentionnés, et, spécialement, l'hommage 
dû par André de la Broce' et Thomas de Ricej, chevaliers, 
Guillaume et Guielme, écuyers, et leur^ successeurs. 

Us firent, en outre, abandonner au profit de l'abbaye, par leur 
bailli, Robelin, tous lesdroitssurunchampde terrearable, appelé 
le Champ de Vile, et situé près de Lannes, mais ils eurent 
soin de stipuler que les hommes et les femmes de Lannes et du 
Magny, auxquels ils avaient concédé des terres, continueraient 
à en jouir paisiblement, en payant les redevances convenues. 

1. Hameao aaj. compris dans les Riceys. 
t. Hameau aaj. compris dans les Riceys. 

3. Aube, arr. de Bar-sar-Seine, chef- lieu de cent. 

4. Aube, arr. de Bar-sur-Seine, cent, de Ricey. 

5. Aube, arr. de Bar-sur-Seiae, cbef-Ueu de cant. 

6. Le Tronchois, côte, territoire des Riceys. 

7. Hameau, commune de Radonvilliers, Aube, arr. de Bar-sur- Aube« 
cant. de Brienne, 



342 CHRISTOPHE D^RSSOTgS 

EdQo, Erard et Philippins déclarèreot faire leurdopalioa 
sapa aueupe réaerve, pa« même celle du droit de garde. 

Aq moia de mapa auivanl, He»ri de Brieupe, chevalier, fîls 
d*Brarâ et de Philippine, approuva la donation faite par ses 
parents et a^engagea, avec aerment, à ne jamaia lattaquer, re- 
nonçant k toute action qui pourrait ôtre basée, soit aur le droit 
civil, £oit sur le droit canonique. 

De aon eôté, Mathilde, comtesaa de Nevers, la noti&a e( la 
eon6pina, en qualité de auzeraine, par une ohartt; datée du 
moi« d'août 1d45*. 

Christophe d'Eseoyee, en reconnaisianoe de cette eonfirma- 
tion, plaça lea viilagea de Lannea et du Magny aoua la garde de 
aa nouvelle suseraine. Il eut aoin cependant de faire las réser- 
vée auivautea : la eomte^ae de Navera et aaa boire n auraieoi 
dana lea doux villages aucun droit du gite, de procuratioo, 
d'esaetioo, d^oat ni de oheviuohée*. 

Voici du reste la charte datée du inoia de septembre l^aSi: 

« Nos frères Crialofled, abbéa de Moletmea, e li couvent de 
celui maiaraea leu, faaions aaaavoir a tôt eea qui cea lètres 
verront, que en noi viles de Lannes o do Maianij qui tunt o 
val de Beci, que nos avona aquiaiéa de mpuaopior Brart de 
Breinne, qui Hunt do fié la oonteaae da Nevera, par ee que èle 
le nos a loé, nos li reconnaissons la franeh ) garde, lui e è ses 
oira, en tel manière que èle, ne aui oir. ne puiaeient prendre 
ne giate, ne procuraciom, ne exaction nule, ue oat» ne cbevau- 
ehié, en nul de oeat dues leua Ne nostre bomme de cea leus 
nH seront aemons tenu dealer i, ne les gent la conleaae ue a 
ses oirs ne vaudront ^n nul de eea 11 leua an manière qu'il dos 
facent ne a not boosnea de cas leue. ^ Ce Tu fait en Tam de 
rincaroaoion MCCXUV o moia de a^ptembri-'. i 

Une contradiction eemble eiiaier entre ce document et les 
trois qui le précèdent. Ce que la comteaae de Never#. à la auiie 
d Henri et d'Erard de Brienne. appelle une aumône, un don 
purement gratuit, Ghriatophe dKiBaoyea le mentioune comme 
une acquisition^ un achat : t not viles de Lannes e do Mais- 
nil que nos avons acquisiés de monsenior Erarl de Br^pne ». 

1. Emile Socard : op. eiL, 190 ai tOû. 

2. Teulet : Layetieê, i. Il, p. 587. 

3. L'original de oetta ebtrU, aeoMryé tui Areh. nai., att taalUI ea dra 
▼erte du aceaa de Christopb» d'Raaoyas «t d« Çflui de Tlbbajai tOtiB dans 
d^riu diQ0 rinveataire d0 Doufit d'Arcq ipus les oumtfw 88Ù 9t S295. 

4. Teolel : op. et loc, ciU 



OHmiBTOPHS D'BSfiOTSS 343 

D'autre part, dans une quittance datée de 1244 (v. 6t.) 
comme la charte de donation, Ërard de Brienne reconnaît avoir 
reçu, par les mains de son fidèle Bernard de Moutcuqi, la 
6omiP« de lyiOO livres proviiK>ise& pour la vente de Lanoe^. 
Il 86 diiolare bm payô et tient quitte da o«tta iomma Uê reii- 
^eux et leurs -eautioni K 

Ici la contradiction Q*est pas seulen^ent apparente, elle est 
formelle et évidente. M. Emile Socard Ta relevéà. mai», jugeant 
sapa douta la difficulté insoluble, il s'est borné à la signaler. 
• Nous avons, dit-il, rapporté les trois chartes (donation d'Erard, 
approbation d'Henri et quittance d'Erard), sans nous charger de 
les expliquer». » 

Peut-être pourrait-on, sans témérité, supposer qu*Erard de 
Brienne revint partiellement sur sa donation, quelques jours 
après que son fils l'eût approuvée. Las religieux lui auraient 
alors proposé d*ache(er le village de Lannea (seul mentionné 
dans k quittance), qu'il ne voulait plus leur donner, et il aurait 
consenti. Vente, pHse de posëession et paiement auraient eu 
lieu\dans l'intervalle qui s*éeoula entre l'approbation d'Ueori 
de Brienne et la fôte de Pâques, puisque la quittaoee est 
«neore datée de 1244, 

Dans cette hypothèse, si un nouvel acte fut rédigé (ce qui 
* nVtait vraiment pas néoessaire, la quittance pouvant an tenir 
lieu), on Jugea inutile de la soumettre h la oomtasaa de Ne- 
vers. 

En effet, le mode de cession du village da Lannea, impoKait 
peu à la suxeraine. C'était la cession elle-même et non pas 
le mode, don ou vente, qu'elle avait à approuver. On lui laissa 
donc Ignorer la modification apportée à l'acte de donation, et, 
en septembre, elle ratifia, dans sa teneur primitive, cet aote qui, 
vraiiiemblablaqcient, lui avait été envoyé immédiatement après 
sa rédaction ^ 

4. Sar BofBtrd de Uonlouii. «hamballan de Tblbiut IV, puis mtirt de 
Troyw» voir Goatiot. HUî. (h Trqx^f 1* pa$9im «t U, %t 

2. Rmilf g9C«|d ; 9p* cit,, m- 

3. Ibid,, M, 30, 

i, L'ezplicalioQ que nous avons hasardée ne saurait Sire considérée 
çomiae parejpeQt fanlaislste. De);mis (ju'elle s'est présentée 1 noire esprit, 
UP fait est Tenu en confirmer U yraiseipbîaoce. Au c&mipeDC<>|Qçpl du 
1111° siècle, Q., sire de Vignory, donna aux religieux de Clairvaux certaines 
propriétés, puis, regrettant sa libéralité, il voulut les leur reprendre. Les 
religieux n*iQV(^uèrent pas, pour les conserver, l'irrévocabilité du don, ma 
tachant que G. de Vi^Bory était dans la dlapodtioii de leà vendre, ila les 
luittluitaMAtai.oeQsefvartattinflt. à iitrt onéltus» se qu'ils avaitst d'sbord 



344 0HBI6T0PHB d'bSSOTBS 



CHAPITRE m 

, Prêt de ^o livres à Geoffroy de Polisy. — H. Donation d'Agnès, 
veuve de Viard de Buxi, sons le scean de Hugaes III de Rochecor- 
bon, ami de Christophe d'Essoyes et de l'abbaye. — III. Abandon 
de certains revenus au pitancier de Molesme. — lY. Traité de 
pariage avec Thibaut IV, comte de Champagne, pour les posses- 
sions de Tabbaye à Rumilly-les-Vaudes, Montceaux, Pouchères, 
etc. ^ V. Autre traité de pariage avec le même pour Coiflfy et 
Vioq. — VI. Convention avec Tabbé de Pothières. Haute valeur 
de Christophe d'Essoyes. Sa mort. Son sceau et son contre- 
sceau. 



I. — Si le cartulaire de Molesme abonde en donations et en 
acquisitions de toute sorte, par contre, les prêts d'argent con- 
sentis par Tabbaye y sont très rares. Sous labbatiat de Chris- 
tophe d'Essoyes nous n'en avons découvert qu'un seul. Il eut 
lieu au mois de juillet 1246, sous le sceau de Thierry, doyen 
de VendeuvreS en faveur du chevalier Geoffroy de Polisy '. 

La somme prêtée fut de 40 livres. 

Geoffroy 's'engagea à la rendre en quatre ans, à raison de 
dix livres par an, payables à la foire de Troyes, dite foire de 
la Saint-Remi, et donna comme caution son maieur Honduin. 

11 fut convenu que dans le cas où le remboursement ne se 
ferait pas régulièrement, c'est-à-dire à fépoque indiquée, le 
seigneur de Polisy serait soumis à la juridiction du doyen de 
Vendeuvre, qui, à la requête de Tabbé de Molesme, frapperait 
le débiteur inûdèle des censures ecclésiastiques et mettrait ses 
biens en interdit, jusqu^à ce qu'il ait donné complète satis 
faction '. 

Comme nos lecteurs ont pu le remarquer, il n'est fait au- 
cune mention, dans Tacle, de l'intérêt à payer par l'emprun- 
teur. Ce silence, à une époque où les moindres clauses sont 
minutieusement relatées dass les contrats, e^t significatif. Il 
nous autorise à penser que le prêt fut purement giatuit et 
qu'alors, à l'abbaye de Molesme, on prenait à la lettre la pa- 
role du Sauveur : Mutuum date nil inde sperantes. 

possédé à titre gratoiu (Cf. Roserot : Répert. hist. de la Haute-Mame, 
n» 929. — J. d'Arbaumont : Cart. de Vignory, 2i4. — Cart. de Clair' 
POUX. Il Vignory, XXVIl.) 

1. Aube, srr. de Bar-eur-Âube, cheMieu de canton. 

t. Aube, trr. de Btr-sur-Seise, ctntoa de Mussy-tar^Sebe. 

3. Bmile Socard : op, ciU, SOI. — Bibl. nat., ChampagM^ XXI, 199. 



GHRISTOPHB D*BSSOTBS 345 

n. — En 1248, noble dame Agnès, veuve de Yiard deBuzi, 
donna àlabbaye de Molesme tout ce qu'elle possédail à Golan* 
en hommes, femmes, Justice, cens, prés, pâturages, cours 
d'eau, bois, maisons, terres, coutumes et corvées. 

A ce don princier, Agnès joignit encore celui de deux pièces 
de vignes sises dans le vinage de Fleys', vers le chemin con« 
duisant de Golan à Chichey*. 

Elle se dessaisit de tous ces biens et en investit l'abbé et les 
religieux de Molesme, jurant sur les saints Evangiles que, 
sous aucun prétexte, elle ne reviendrait jamais sur cette dona- 
tion, qui d'ailleurs fut confirmée par son fils, le chevalier 
Gauthier de Buzi *, et par sa fille Dameris. 

En reconnaissance, Ghristophed'Essoyes donna 300 livres à 
AgDès et lui laissa la jouissance de la maison qu'elle habitait, 
ainsi que l'usufruit des deux vignes de Fleys. Il lui accorda, 
en outre, comme rente viagère, un muid de grain, moitié fro- 
ment et moitié orge, à prendre annuellement dans la grange 
du prieur de Golan, ainsi qu'une voiture de foin et une voiture 
de paille. 

Sur la demande des parties» l'évèque de Langres, Hu- 
gues III de Rochecorbon, apposa son sceau à l'acte relatant 
ces conventions. 

Get évèque, sorti du cloître, — il avait été abbé de Marmou- 
tier, puis de Gluny, — et qui continuait, sur le siège épisco- 
pal, à s'appeler ^^r^ Hugues ^ avait une tendre affection pour 
l'abbé Ghristophe et pour les moines do Molesme. Dans plu- 
sieurs documents, il les appelle ses amis, ses très chers, et il 
se plait à louer leur respectueux attachement pour son église 
et pour sa personne. Bien d'étonnant, par conséquent, qu'en 
cette même année 1248, sur le point de partir pour la croi- 
sade, où il devait mourir, il ait tenu à confirmer toutes les 
donations, concessions, exemptions et privilèges qui leur 
avaient été accordés par ses prédécesseurs sur le siège de 
Langres*. 

1. Yonne, trr. et cent, de Tonnerre. 
8. Yonne, arr. et cent, de Tonnerre. 

3. Probeblement Chiehée, Yonne, trr. d'Auzerie, cent, de Cbablie. 

4. Bossy-en-Othe, Yonne, arr. de Joigny, cent, de Brienon, on Bussy- 
le-Repoe, Yonne, arr. de Joigny, caot. de VilleDeuve-le-Hoi. 

&. Bibl. nat. Champagne, XXI, p. i02. Hugues III de Rochecorbon 
partit pour la croisade en Juillet 1248. A peine arrivée Oamiette, il fut 
atteint de la peste, dont il mournt le 13 a?ril 1249. 



346 OH0I6TOPfi« p fiB9QT«S 

/ Par un autre acie, dalé du rooiê de juin, il r(.*conouLqu4les 
égliges de Trichey ' el de Villi^r^-lti^lioie* avaient été régulier 
femeut dounéea à l'abbaye de Molesme par les évéques Ja 
Langres. Si. dono quelqu'un de ses prédéceffgeqra, ou lui* 
0)èo)e, avait nommé aui cures de ces deux villages, cela ne 
devait pas tirer à conséquence et porter préjudice à Tabbaye^ 
infirmant son droit. 

Ce droit, Tévôque je Teconnail foimellement et veut qu'à 
Tavenir, lorsqu'une vacance se produira, il soit scrupuleuse*- 
.ment respecté', 

III. -- Une charte, dont Toriginal sur parchemin est con- 
servé aui archives de la Côte*d'Or, et dont'noi leeteurs trou*- 
yeroot le lej^te aux Pièce» justificatives [n'']lï], nous apprend 
qu'au mois de mai 1250, le lendemain de TA^cension, Chris- 
tophe o'Ësftoyes abandonna au piiaixier de Molesme lea reve- 
nu» provenant d'une vigne, d'un pré el d'une manfe que 
l'abbaye avait acquis à Verpillières*. de Jean S-cbara»i et 
d'Isabelle, épouse dudit Jean, ainsi que 25 spua de cens à 
Bar -sur-Aube, récemment achetés à Milon, damoiseau de 
^lallet^ 

Ces revenu» devraieut être ponsacréâ à la célébration des 
anniversaires de Guiard Pinot, de Marie, sa femme, de Bar- 
thélémy et de Régnier de Mussy (de Musiaco), ses fils. 

Guiard Pinot et les siens, alors défunts, avaient été les bien- 
faiteurs de l'abbaye. C'était avtc Targeut qu'ils lui avaient 
dopué qu'elle avait acquis les revenus ci-dessus indiqués & 
Verpilliôres et à Bar-sur-àube, 

Christophe d'Essoyes le rappelle dansi Tacie en question» 
a0n dç justifier l'affectation spéciale qu'il. donoe à ces revenus, 
et auisi, sans doute, pour perpétuer la reoonnaiseaDce des 
moines, 

Il a soin de stipuler, en outra, qu'à ohaflun des anulyarsaires 
il devra y avoir pitance* à l'abbaye \ 

1 . Yonne, arr. de Tonnerre, canl. de Cruzy. 

2. \ube, arr. de Bar-sur-Scine, caot, d« Cbaottltei 
3 Emile Socard : op, cit., ^3, 2M. 

4. Aub«, arr. d* Bar-8ur«S«iQ«, md(. à'Ktsqym» 

K HtmeAu d« Ndé-lai'MoUois, Aubot mond. dç B»r'«ttr»MM« CSQt. 
d'Essoyes. 

6. Sur U pitance el It piUooler, vuir notrt Ottvngf i BBêf^e^^ hUMre 
et BtaUêtiqae, p. 39 et éÛ. 

7. Arch. de U CÔte-d'Or, H. 167. 



OfiftlSTOPHR p'iOSSQTES 347 

IV/ -*• Si, Juranl les première» années de sou adœipistrA- 
liou. les reUlioQS de l'abbé Chrislophe^'Esioyeaayoô l« comte 
deClmmpagae fureot, quelque peu tendues, une réconciliaUou 
complète parail s'élre opérée danç U «uile, 

Ed effet, au mois de juillet 1250, Tabbé associa Thibaut JV 
aux possessions de Tabbaye, en hommes, femmes, bois et 
plaine à Rumilly*. Cerres*, Moniccaux^, Vaude8\ La Vove^, 
Saint-Papr«-iei-Vaudes^, Courgelaines', Foucbèrçs'^ Frs^li- 
gnes» et Celles *•. 

C'était ce qu'on appelait un traité de partage **. 

^original de ce traité, scellé du sceau de Christophe d'Es- 
foyes et de celui de l'abbaye de Molesme» est conservé aux 
Archiver nationales **. 

La formule n'en est pas nouvelle. Sauf quelques variantes 
quant au fond, c'est uue reproduction souvent littérale de 
l'acte d'association passé en 1233 entre Tabbé deMolesme 
Isambard et le môme comte de Champagne Thibaut IV, rela- 

i. Aube, «rr. #t caot. 49 nap-8ur*$9ip0. 

S. Commune <le Montceaux, Aube, arr. de Troyes, cant. de Bouilly« 

3* Anl^e, arr da Troyes, çaot. de Bouilly. 

4. Aube, ftr. at çapU de Bar sur-§e)p9, 

5. Çopmune de Saint-Thibaut arr. de Troyes, cant. de Bouilly. 

6. Auba. arr. et cant. de Bar-sur-Seine. 

7. Commune de Rumilly-les-Vaudea, Aube, arr. et cant. de Bar-sur- 
8eine . 

8. Àube« arr. et «ant. de Bar sur-Seine. 
0. Aube, arr. et oant. de Bar-sur-Beina. 

10. Auba, arr. da Bar^sur^Baine, cant. de ^Jusay. 

1K U ptritgo, popiaginnif $ocietas, a9$ociaUo^ cornitiunio, oe^sio, 
paifriQ't çopatituait au moyen -d^eupe espaça d'avouerie. C'était la posses- 
sipp, par indivis, entre une abbaye et un seigneur, d'un mOme domaine, d'une 
même seigneurie. Sans être commun, le pariage était moins rare qu'on t'a 
prétendu, et outre les troia conclus antre i'abbaya de Molasma at la aomla 
4$ QbaD)p«8n6f »0U« pouTona citer c«luj 4e 11^3 entre Vabbaya de Saiot- 
lieipi de Heiips et le comte de ^etbel, pour la seigpeurie deRauçourt; celui 
de 1159 entre l'abbaye de Saint-Jean de Sens et Louis le Jeune pour Cbesy* 
Lisy et VooBf ; celui de 11^ antre Pabbaye de Benneval et le mdma Louis 
le Jeune; celui de li43 entre le duc de Bourgogne et les religieux d'Ogny, 
pour la seigneurie de Bftigneun-'leç-JuifSj celui de 1^60 entre l'abbaye de 
Remiremont at le duc de Bourgp^ne. 

12. J. 195, n» 179. 



348 CHRISTOPHE d'bSSOTBS 

tivement aux possessions du monastère à Essoyes', VerpQ- 
lières*, Servigny* et Poligny *. 

Nos lecteurs trouveront le texte intégral du pariage aux 
Pièces Justificatiçes (n* lY), nous nous contenterons d'en 
donner ici les principales clauses : 

r Le comte de Champagne et ses successeurs, car l'asso- 
ciation est faite in perpétuant *, auront la moitié des amendes 
et des échoites des hommes et des femmes de l'abbaye dans 
les pays ci-dessus indiqués, et la moitié des abonnements et 
des tailles. 

2* Lorsque l'un des hommes ou l'une des femmes ainsi mis 
en commun, décédera sans hoirs de son corps, les immeubles 
qu'il laissera seront partagés par moitié entre les contractants, 
qui toutefois ne pourront garder cet héritage, mais devront s'en 
dessaisir. 

Le dessaisissement, qu'il s'opère par ^ente ou par donation, 
ne pourra avoir lieu qu'en faveur d'hommes ou de femmes 
faisant partie de l'association, afin sans doute que les biens 
ainsi laissés ne puissent changer de main et passer à un autre 
seigneur. 

Quant aux meubles, ils seront d'abord employés à acquitter 
les legs et à payer les dettes du défunl. Ce qui restera sera 
partagé par moitié entre le comte et l'abbaye, qui en dispose- 
ront ensuite comme bon leur semblera. 

3* L'association est limitée à la justice, aux abonnements, 
aux tailles et aux échoites, c'est-à-dire à la main-morte ; dans 
les revenue, fiefs et autres droits de l'abbaye, le comte de 
Champagne et ses successeurs n'auront aucune part. 

4* En échange des avantages qui lui sont ainsi conférés, le 
comte de Champagne devra garder et défendre, de bonne foi, 
comme les siens propres, tous les biens de Pabbaye à Ru- 
milly, Cerres, Montceaux, Vaudes, etc. 

5* S'il arrive que des hommes ou des femmes de Tabbaye 
viennent, soit de Molesme, soit de toute autre de ses terres, 
s'établir, par mariage, dans un des pays ci-dessus mentionnés, 

1. Aube, trr. de Bar-sar-Seine, ehef-Uen de canton. 

2. Aube, arr. de Bar>sar-Seine, cent. d'Bseoyea. 

3. Commune d'Bssoyes. 

4. Aube, arr. et cent, de Bar-sur-Seioe. Sur ce pariage de 1233 voir 
notre ouTrage : Essoyeêt histoire et statistiqtte, p. 19 et suiv. 

5. Certaine traités de pariage étaient limitée à la vie des aeigneurt avec 
leeqaels lee abbayee paaaaient l'engagement. 



GHBISTOPHB d'bSSOTBS 349 

ils feront de droit partie de Tassociatioa, c est-à-dire qu'ils 
deviendront communs entre le comte et l'abbé. 

Si, au contraire, ils quittent Rumiilj, Vaudes, (etc., pour 
aller se marier et s'établir à Molesme, ou dans une autre terre 
de l'abbaye, ils appartiendront intégralement à l'abbé et le 
comte ne pourra revendiquer aucun droit sur eux. 

Ces émigrants devront toutefois, dans l'année de leur départ, 
aliéner, soit par vente» soit autrement, mais sans qu'il en ré- 
sulte un cbaugement de main, ce qu'ils auront acquis dans le 
pays qu'ils abandonnent ; sinon ces acquêts seront partagés 
par moiiié eulre le comte et l'abbé. 

Ce règlement seraégalementappUcableauxhommesducomte 
de Champagne, soit qu'ils viennent s'établir, par mariage, à 
RumîUy, Cerres, Montceaux, etc., soit que, déjà fixés dans 
l'un de ces villages, ils y contractent alliance avec des sujets 
de l'abbaye, soit enfin 'qu'ils en sortent pour retourner dans 
une terre du comte de Champagne. 

Il est, de plus, formellement stipulé que le comte ne pourra 
garder ni couvrir de sa protection contre les revendications de 
l'abbé, les hommes ou les femmes de l'abbaye qui sortiraient 
de Rumiliy, Cerres, Montceaux, etc., pour aller s'établir dans 
ses domaines. 

6* A l'avènement d'un nouveau comte de Champagne, 
comme à l'élection d'un nouvel abbé de Molesme, les hommes 
et les femmes de Rumilly, Cerres, Montceaux, etc., renouvel- 
leront leur serment de fidélité. 

7* Afin d'empêcher tout empiétement du comte ou de ses 
agents, un prévôt sera établi, d'un commun accord, et veillera 
à l'observation du présent traité. 11 prêtera serment de fidélité 
au comte et à l'abbé avant d'entrer en fonctions, sinon il sera 
passible d'une amende de 60 sols, à partager par moitié entre 
les contractants. 

Si la charge de prévôt est vendue, c'est-à-dire mise à ferme, 
elle le sera d'un commun accord et le prix Je la vente sera 
également partagé par moitié. Avant d'entrer en fonctions le 
fermier fournira aux deux parties de sérieuses garanties. 

Si ladite charge n'est pas affermée, le prévôt rendra, sous la 
foi du serment, moitié des acquisitions, des dons, ou des 
exactions» quels qu'en soient le mode et la provenance, aux 
religieux, et l'autre moitié au comte de Champagne. Après un 
an d'exercice, il sera remplacé, ou ses pouvoir» seront prorogés, 



3b0 OfifilSTOPHB D'ftSSOtCS 

el, dans celle dernière hypothèse, il devra renouveler sou 
sermenl. 

8* Si Tabbë demande un subside à ses hommes, comme 
c'ebl la coulume. le comte en aura la moitié ; de môme Tabbé 
aura moitié de ce que le comie obtiendra des hommes de 
l'association par prière, par menace, par grâce, ou de iaut<î 
autre manière. 

9* Les hommes de l'abbaye, à RumîUy et daûs les villages 
en dépendant, doivent au comte de Champagne le service mil!'' 
taire tel qu'il a Hé réglé par la coutume. Ceux qui ne répon- 
dront pas à la semonce seront frappés d'une amende dont Tabbé 
de Molesme aura moitié. 

Le sergent chargé de la semonce sera nommé d'un jommuo 
accord entre les coutiaclantô, mais 11 ne devra agir qu*àla re- 
quête du comte de Champagne ou de ses successeurs S'il 
n'exécute pas les ordres reçus, 11 encourra une amende dont 
le produit sera commun entre les parties. 

10* 8i les comtes de Champagne font de nouvelles acqui 1- 
tions â Rumilly , Cerres, Vaudes, etc., l'abbé eu aura la moitié, 
en payant moitié des frais d'achat, dûment établis. Le comte 
partagera les acquêts de Tabbaye aux mêmes conditions. Dan$ 
les deux cas les fiefs sont exceptés. 

1 1* Aucune innovation, aucun changement n*aura Heu dans 
les villages susdits et sur leur territoire, sans le consfntemeot 
formel des deux parties contractantes. 

Les comtes de Champagne ne pourront y prendre giCe et il 
leur est interdit d'imposer aux habitants d'autres servitulès 
que celles ci-dessus relatées. 

12* Le salvamentum ou droit Jesauvement*, que le comte 
de Champagne possède dans le village de Celles sera partagé 
avec l'abbaye, à part égale. 

Les bois d'Ervi* et de Fave^ appelés bois de Rumilly, se- 
ront communs entre les contractants, qui établiront deux 
forestiers seulement pour les garder. 

Ces forestiers, après avoir prêté serment, rendront compte 
de tous les délits, dans la maison de l'abbaye à Rumilly, et, 

,1. D'après Kusèbe de Laurièie, le droit de sauvemeot c est le même que 
celui de vingiaiD, qui coneiste en la 20* partie du blé et du via que les Ha- 
bifauls ^ODt tenus de donner à leur seigneur, à la charge de CoastroirS et' 
entre tenir i ses dépens les murailles du bottrg ou ds TeDcloa du cbttêia 
pour leur sûreié et la coo^ervalion de leurs biens t. 
2. Parlie de la fordt de H umillj-les- Vaudes. 



CHUISTOPUK D'ftSSOYJBS 3fi1 

leur recède ûdèlemenl établie, ils en donoeroot moitié à Tabbé 
et moitié au comte de Cbauipagae^ 

Sera égalemeût coromuo le pasnage^ c*esUà*dire le droit 
perçu pour ia glaudée^et paisBOû des porcs dans les forétSi oti 
pour le pacage et pâturage des bètes^ 

Les ventes de bois se feront après »>D(eiUe préalable et le 
produit eu sera partagé de la même façon. 

L'abbaye prendra dans ces forêts tout le bols, gros et tneuU, 
Couché et debout, sec et vert, du pied à la citne, qui lui sera 
nécessaire pour Molesme, Poligny, Rumilly et ses autres 
apparteuauces, à l'exception d^s prieurés. Le comte de Cliam* 
pagne aura les mêmes droits pour tousses besoins person- 
nels, mais \\ lui est formellement interdit de donner du bois à 
qui que c6 soit sans le consentement de Tabbé qui, du reste, 
ne pourra luUtnème f<iire aucune hbôralité sans l'agrément du 
comte* Cette clause no porte pas sur les bois où le comte avait 
une gruerie, tfi sur ceux où l'abbaye ne percevait rien dans le 
passé; sur ces bois, les droits du comte rrsteront leè mêmes 
qu'auparavant. ; 

Sont exceptés de même les usages, les terres, les prés^ les 
dlme?, les rentes^ en un mot tous les droits de Tabbaye dont 
il n'est pas fait mention expresse dans Tacte. 

13* Pour aucun motif, les comtes de Champagne et leurs 
successeurs ne pourront céder à d'autres les droits qui leur 
sont ainsi concédés. 

' Chaque nouveau comte, à son avènement, sur la requête de 
l'abbé de Molesme, fera Jurer un chevalier, sur son âme, qu'il 
observeia fidèlement les conventions ci-dessus stipulées, et 
tant que ce seiment n'aura pas été prêté, le nouveau comte nn 
jouira d'aucun des avantages que lui assure le traité. 
- V. *^ La même année, le même mois, et très probablement 
le même Jour, Tabbé Christophe d'Ë^soyes associa le comte de 
Champagne aux possessions de l'abbaye à Coi£Fy et i Yicq. 

L'acte d'association , dont l'original sur parchemin est con- 
servé aux Archives nationales * et qui a été publié dans \ His- 
toire de VicÇy a non seulement de nombreuse points de 
rapprochement avec le précédent, comme le dit M. BonvalletS 
mais il lui est identique. Nous n'avons constaté que les modi- 
.ficatioQS suivantes : 

I. SousU culo J 2)1 I1-30. 

i. La prévôté de Coiffx'l*-Chàlel dv&s Revue de Champagne et 
de Brie, 2« série, l. V, p. 872, noie 1. 



352 OHBISTOPHB D*BS80TBS 

1* Le comte de Champagne ne pourra emmener les hommes 
de Vicq et de Coiffy aa delà de deux Journées de marche, de 
manière à ce qu'ils puissent rentrer chez eux le troisième ou 
le quatrième jour après leur départ. L'amende infligée aux 
réfractaires est fixée à 10 sols et la semonce devra toujours être 
faite par le prieur de Varennes. 

2*" Dans la mise en commun des forêts de Vicq et de Coiffjr 
appartenant à Tabbaye, Christophe d^Essojes réserve le bois 
nécessaire à ces deux localités, au prieuré de Varennes et à 
celui de Saint-Didier de Langres. Un droit équivalent dans ces 
forêts est accordé au comte de Champagne. 

« Cet acte d'association, dit l'abbé Briffaut, entraînait natu- 
rellement la construction d'un château pouvant prot^r les 
religieux. Aussi fut-il bientôt question d'une forteresse cou- 
ronnant la montagne de Coiffy et dominant le pays aux envi- 
rons. Alors mécontentement de Jean de Choiseul, qui déclara 
formellement s'opposer à Texécution de ce projet et chercha 
des alliés pour faire la guerre au comte. Mais la mort de celui- 
ci (10 juillet 1253) arrêta les hostilités ' . t 

VI. — Aux traités de pariage, il convient d'ajouter une 
convention passée entre Christophe d'Essoyes et l'abbé de 
Pothières ', convention en vertu de laquelle les hommes de 
l'abbaye de Molesme pouvaient librement, c'est-à-dire sans 
l'autorisation de leur seigneur, s'établir à Pothières, et ceux 
de l'abbaye de Pothières à Molesme '. 

Tels sont les principaux actes de l'administration de Chris- 
tophe d'Essoyes. Les autres, moins importants, mais que nous 
tenons également à relater, trouveront place dans le chapitre 
suivant. 

S'ils nous révèlent par le détail combien lourde était la 
charge, combien absorbantes étaient au moyen-âge les fonc- 
tions d'abbé d'un grand monastère comme Molesme, ils nous 
confirmeront dans l'idée, que nous avons déjà, que Christophe 
d'Essoyes fut à la hauteur de sa mission, et que, sous sa di- 
rection aussi intelligente que ferme, l'abbaye ne put que 
prospérer. 

La considération dont il jouissait auprès du pape Innocent IV, 

1. Histoire de la vallée de VAmance, dans Reçue de Champagne et 
de Brie, S* série, t. IIi, p. 189 et suiT. 

2. Cdle-d'Or, arr. el cant. de CbàUllonHiur*Seine. 
8. Bibl. nat. Champagne, XXI, loc. cit. 



OHaiSTOPUB D*BSSOTBS 353 

Tamitié qu avait pour lui l'évoque de Langres, témoignenl 
éloquemment de sa valeur inlellecluelle et morale. 

A ces preuves eztrio&èques uous pouvons eu ajouter une 
autre : il fut en grande faveur auprès du duc de Bourgogne, 
Eudes, qui mit sous sa protection le village et la celle de 
Saint-Broiug-des-Bois (S. Benigni de nemorey. 

Après avoir ainsi, pendant 13 ans et 3 mois', veillé avec un 
soin jaloux et un zèle infatigable aux iniéi*èts spirituels et 
temporels de l'abbaye de Molesme, Christophe d'Ëssoyes 
mourut. 

Un ancien nécrologe place sa mort au 28 mars'; un ma- 
nuscrit de la Bibliothèque de TArsenal * au V des calendes 
d'avril, et Tobituaire de Molesme au VI des mêmes calendes^ de 
l'année 125t>. 

Il fut inhumé dans le chapitre, côté gauche, et sa tombe 
portait cette inscription d'une simplicité à laquelle uous ne 
sommes plus accoutumés : Hicjacet Christophorus abbas. 
Ajoutons que, d'après les dispositions qu'il avait sans doute 
prises pour pratiquer la charité, même après sa mort, l'abbaye, 
le jour de son anniversaire, donnait la réfection à douze pau- 
vres. 

M. Douet d'Arcq, sous les numéros 8847 et 8848 de ses 
InçentaireSy a décrit deux sceaux de Christophe d'Essoye.-î, 
l'un appendu à une charte de 1239, l'autre à une charte de 
1245. 

Ces deux sceaux, de forme ogivale, ne diffèrent que par les 
dimensions : le premier est de 73 millimètres, le second de 50. 
Tous deux représentent un abbé avec l'exergue : Sigillum 
Christophori abbatis Molismensis. La seule différence que 
nous puissions ajouter à celle des dimensions, c'est que, dans 
le premier sceau, le mot sigillum est en entier, tandis que 
dans le second il n'y a que l'initiale 8, 

Les deux contre-sceaux représentent un ange, vu de profil à 
droite, à mi-corps, avec cette devise : Açe Maria graiia. 

Nous avons fait prendre aux Archives nationales, dans les 
moules de la collection, des épreuves du sceau et du contre- 

1. Saint-BroiDg-les-Moines, Cdte-d'Or, trr. de CbfttiUon-ftur-SeiDe, cant. 
de Recey-sor-Oarce. Bibl. nat. Ma. latin 11S18, fol. 192. 

2. Qallia chrUiiana, IV, 747. 

3. Bibl. nat. Champagne, XXI, p. 204. 

4. BU>1. del'Aneoal. Ma 1009, fol. 176 ▼•. 

5. £rneat Petit : HUU des ducs de Bourgogne, V, 887. 

23 



354 OflSlSTUPHB DB6B0TBS 

sceau o* 8848, le seul du reste qui soit daus sou iolégrilé. 
Noue sommes d^autanl plus heureux de les metlre sous les 
yeux de nos lecteurs que, par une coufusiou très étrange et 
qu*il importe de dissiper, M. Ernest Petit, daus son Histoire 
des dues de Bourgogne\ a donné pour le sceau de Chris- 
tophe d'Essoyes \% sceau de Tabbaye de Molesme, type de 
vierge avec cette exergue : SigiUtun capelle S^ Marie 
MoUsmensis. 

I.T. IV, planche VUI. 




tiaaisTOPHffi d'bssotbs 3SK 



CHAPITRE IV 



Donations, acquisitions, transactions et autres actes intéressant 
l*abbaye de Molesme ou ses prieurés, passés sous l'administra- 
tion de Christophe d'Essoyes. 



Dans ce chapitre, qui n'est eo réalité qu*une oomenolatare, 
UDeénumératioD, oaus suivrous aussi btriclemeol que possible 
Tordre chronologique. 

Les dates entre crochets ne re Irouveiit pas daos Tanalyse des 
textes faite par dom Deoys Moineau. 

Ce sont des dates restituées, à la suite du classement chro- 
nologique de ces analyses. Nous ne les donnons donc que éous 
réserve, vu Timpossibililé où nous somreesde les contrôler sur 
les textes originaux. 

[1239]. — Donations faites à V abbaye par Robert 
de TanUiy et X. de Joux^ à Arthonnar. 

Robert, seigneur de Tanlay S pour le remède de son âuie et 
pour la salut de ses ascendants, donne à Tabbaye de Molesme 
un nommé Bertrand le Valet d'Arihonnay*, ainsi que sa 
femme et leur descendance, avec tous leurs biens, en quelques 
lieux qu'ils soient situés. L*épouse de Robert, dont le nom 
u'est pas indiqué, loue et confirme cette douation. 

En présence du même seigneur de Tanlay, X. de Joux' 
abandonne aux religieux tous ses droits sur la dime d'Ar- 
Ihonnay, avec serment de ne jamais revenir sur cette conces- 
sion \ 

[1239]. — Donations de Thierry, seigneur de Chamjh 
d^ Oiseau, de Guillaume d'Ancy-le-Pranc et de Nicolas 
de Séry aux religieuses de Jully et de la Presle, 

Thierry, seigneur de Champ- d'Oiseau* donne aux religieu- 
ses de Jully, pour leur acheter des couvertures, le tiers du 

1. Yonne, arr. de Tonnerrt, cant. de Crnsy- le-Châtel. 
f. Yonne, srr. de Tonnerre, cant. da Crosy-lo-Chfttel. 

3. Yonne, arr. d* A vallon, caot. de risle-auroSerein. 

4. Uibl. net. Champagne XXI, 19t. 

5. Cdle-d'Or, arr. de Semur, eant. de Monlbard. 



356 OHRistoPHE p'bssoybs 

four de Sennevoy ^ et 3 deniers de cens à prendre annuellement 
sur chaque maison de ce village *. 

Guillaume d'Ancy-le -France donne aux mêmes religieuses 
les droits qu'il possédait par indivis avec sa sœur Elisabeth, 
dame de Fulvy*, sur le fînage appelé la Vicomte. Elir^abeth 
et ses parents ratifièrent cette donation qui était relativement 
importante, puisque Guillaume reçut des religieuses de JuUy, 
à titre de graliûcation, la somme de 200 livres. 

Nicolas, seigneur de Séry% donne aux religieuses de la 
Presle^, pour fonder son anniversaire, 6 muids de vin à prendre 
tous les ans sur le territoire de Juvigny '. 

1239, novembre. — Fondation cTanniçersaires par Dreux 
de Pot hier es. 

Dreux de Pothières*, pour son salut, celui de ses parents et 
de ses héritiers, donne à l'abbaye de Molesme, pour son 
prieuré de la Maison-Dieu, proche La Ferlé- Gaucher*, toutes 
les maisons et toutes les terres qu'il possédait à Pothières, à 
LescheroUes ^^, à Sai n t-Médard <> et à Sain t-Martin-du-Boschet **. 

La donation fut faite sous le sceau de P , évéque de 

Meaux, aux conditions suivantes : 

1^ L'anniversaire du donateur, ceux de son oncle, Richard, 
et de sa tante, Ameline, seraient célébrés chaque année à per- 
pétuité dans Téglise du prieuré de la Maison-Dieu; 

2® Le prieur, du cousentement de Tabbé de Molesme, s'en- 
gageait à payer annuellement à Dreux deux muids de froment 
et deux muids d'avoine ; 

1. YoDoe, arr. de Tonnerre, caat. de Cruzy. 

2. Dans Tbistoire du prieuré de Julij, de l'abbé Jobio, celte charle est 
datée de 1229; c'est une erreur. 

3. Yonne, arr. de Tonnerre, cbef-Iieu de canlon. 

4. Yonne, arr. de Tonnerre, cant. d'Âncy-le-Franc. 

5. Ârdennes, arr. de Retbel, cant. de Novion. 

6. Ardennes. 

7. Marne, arr. et cant. de Chftlons-sur-Marne. — Bibl. nat. Cham- 
pa^e, XXI, 191. 

8. Côte-d'Or, arr. et cant. de Cb&tillon-sur-Seine (ou Polhière, com.de 
VilleneuTe-la-Lionne, cant. d'Ësternaj, arr. d'Epernay, Marne). 

9. Seine-et-Marae^ arr. de Coulooimiers, cbef-lieu de cant. 

10. Seine-el-Maroe, arr. de Coulommiers, cant. de La Ferlé-Qaucher. 
il. Saint-Mers, Seine-et-Marne, arr. de Coulommiers, cant. de La 

Ferté-Gaucber. 
12. Seine-et'Marne, arr. de Provins, cant. de ViUiers-Saint-Georges. 



OHBISTOPHB D'bSSOYBS 357 

3® La livraison du grain devrait èlre faite dans les quatre 
jours qui suivraient la réclamation de Dreux, et cela, sous 
peine de 100 sols d*amende et des frais occasionnés par Tins- 
tance, si i*affaire était portée devant la justice. D'autre part, la 
réclamation ne pourrait avoir lieu que dans le laps de temps 
compris entre la Saint Rémi (!<''' octobre) et la fête de Pâques. 
S'il arrivait que Dreux omit de réclamer la redevance dans le 
temps fixé, les religieux seraient dispensés de la lui payer. 

4® 'Essentiellement viagère, la redevance cesserait de plein 
droit à la mort du bénéficiaire. 

Dreux s'engagea par serment à garantir sa donation et à la 
faire confirmer par ses frères, par ses sœurs et par ses autres 
parents. 

Il est à présumer que les religieux ne devaient pas entrer 
de suite en jouissance, car il fut stipulé dans une dernière 
clause que, dans le cas où Dreux de Potbières aliénerait, soit 
par vente, soit par donation, quelqu'une des choses faisant 
Tobjet du contrat, les religieux seraient exempts de lui payer 
la redevance des quatre muids de grain >. 

1239. — Donations de Jean de Rumill)^ et de Jobert 

d'Isle. 

Sous le sceau de Jean, doyen de la chrétienté de Troyes, 
Jean de Rumilly', écuyer, et Marguerite, sa femme, recon- 
naissent qu'ils ont abandonné à Tabbaye de Molesme, libre- 
ment et spontanément, tous leurs droits sur le village et sur le 
territoire de Rumilly. S'ils continuent à en jouir, ce sera seule- 
ment à titre de fief mouvant de l'abbaye. 

Dix livres provinoises leur ont été données comme compen- 
sation par râbbé Christophe d'Essoyes, et, de plus, Margue- 
rite a reçu un septisr de blé comme gratification personnelle. 

Jean de Rumilly rend de suite hommage à l'abbé, pour ce 
nouveau fief et en reçoit l'investiture. 

Marguerite s'engage elle-même à Thommage, pour ce qui 
lui reviendra un jour, par suite de la mort de son mari, et dé- 
clare ses héritiers soumis à perpétuité à la même obligation. 
Elle promet, en outre, avec serment, non seulement de ne 
jamais revenir sur cette concession, mais encore de la confir- 
mer par devant Tévèque de Troyes, ou son officiai. Elle de- 

!. Bibl. ntt. Champagne, XXI, 192. 

3, Romilly-lee-Vaude» (Aube), arr. et cant. de Bar-sur-Seine. 



358 GHEISTOFHB D'BBSOTBS 

maude même que des lettres testimoniales, eu relatant toutes 
lee clauses, soient rédigées, sous le sceau dudit évèque, ou sous 
celui de la Cour de Troyes et remises à 1 abbé Cbrisiopbe^ 

Un autre bienfaiteur de l'abbaye, en cette année 1239, fut 
Jobert d'Isle», dit Buffetier. 

Après mûre délibération, il lui donna d*une manière irrévo- 
cable, pour le remède de son âme, trois arpents et demi de 
pré, sis à Vaudes*, dans la censive et la Justice des reli- 
gieux. 

La femme de Jobert, ^ybille, louant et approuvant celte 
donation, renonça librement à tou-' les dioits qu'elle pouvait 
avoir sur le pré, soit en raison de sa dot, soit autrement, et 
Jura qu'elle n'attaquerait jamais la libéralité de son mari. 

L'acte fut passé sous le sceau de Robert de Noé, ofBcial de 
Troyes, en présence duquel les donateurs se dessaisirent du 
pré et en investirent l'abbaye, dans la personne du moine 
Guillaume, proviseur de Rumiliy\ 

[1240]. — Concessions viagères aux curés (TAçirey 
et de Merrey. — Donation de Guy d'Arcy. 

Thibaut, curé d'Avirey*, avait, par plusieurs dons succes- 
sifs, enrichi Tabbaye de Molesme de 200 hvres. 

En reconnaissance, Christophe d'Essoyes lui abandonna è 
titre viager, une maison ^ise à Villedieu^, avec les terres qui 
en dépendaient. Après la mort de l'usufruitier, le tout ferait 
retour, de plein droit, à Tabbaye, sans que personne y puisse 
rien prétendre. Thibaut s'engagea même à laisser dans la 
maison, lorsque la mort l'en ferait sortir, une charrue, avec 
les bœufs nécessaires à son attelage, et 200 moutons. A sou 
défaut, ses héritiers seraient tenuH d'exécuter cet engage- 
ment. 

Afin de donner plus de force à la convention, un acte en fut 
rédigé en bonne et due forme, sous le sceau de Pierre de 

1. Emile Soeard: op. eit.^ 190. 191. 

t. Itle'Aumont, Aobe, arr. de Troyes, ctnt. de Bouillj. 

8. Aube, err. et cent, de BaNsar Seine. 

4. Emile Soeard : op. cit., 19i, 193. En 1288, Joberi d'Iale, dit le 
Buffeti^, el Sybille a?aieot veoiu à l'abbaye de Mootiéramey. pour 
45 livres provinoises, plusieurs terres et droits qu'ils avaient à Clërej. — 
Voir Lalore : Cartulaire de MontiérameXt 342. 

5. Aube, arr. de Bar-sur-Seioe, cent, de Rieey. 

6. Cete-d'Or, arr, de Chfttillon-sar* Seine, cent, de Laignes. 



CHRISTOPnB p'fES807B3 S59 

Frollois, archidiacre de Tonaerre, et délivré à l'abbé CbriQ- 
lopba*. 

Uq6 coucessioD viagère de la maison quHl habitait et de 
80D pourpris, fui également faite à Pierre, curé de Merreyi, 
Cette maison avait appartenu au prédécesseur de Pierre, Clé- 
rembaud, qui Tavait donnée à l'abbaye. L*acte fut paseé sou3 
le sceau de larchidiacre du Laçois, Hugues, Uabbé de Mo- 
lesme était représenté par le prieur de Merrey , André *• 

Sous le sceau de Robert de Tborole, évéque de Laogree, 
qui bientôt allait être transféré à Tévéohé de liège, Guy 
d*Arcy* et sa femme, Marie, donnèrent à l'abbaye, pour leur 
salut et celui de leurs prédécesseurs, la dou:(ième partie de ce 
qu'ils possédaient à Gigny ', tant en droits de justice qu'autre- 
ment, 8 deniers de cens annuel, sur une maison sise devant 
Téglise et une pièce de terre devant le four banal, de Tautre 
côté du grand chemin. 

Ils tenaient le tout en fief de Tabbaye. 

Ils s'engagèrent non seulement à ne jamais revenir sur cette 
donalion, mais encore à la garantir envers et contre tous^« 

1241. — Donations faites par Salette de JaUjr^ Cons- 
tance de Laignes et Beaudouin Candavène. — - Répa- 
ration des torts causés au prieuré deBagneuxpar 
Robert Fretiaux. — Geojfroy de Milly prend ce 
prieuré sous sa garde. — Redeçance payée au 
prieuré par Alexandre de Rémaisnih 

Sous le sceau de Nicolas de Brie, évéque de Troyes. Salelie 
deJully^ donne à l'abbé et aux rt*ligieux de Moleeme deux 
seiiers d'orge, mesure de Troyes, de rente annuelle, à préle- 
ver sur un champ appelé Arglans, au Qoage d'Isle* et toute 
la terre qu'il possédait sur le territoire de RumiUy *# 

Dans le cas od les enfants du donateur récUmaraieni quel- 

1. Bibl. Bat. Champagne, XXI, 19S. 
f . Aube, arr. at caDt. de fiar-aar«8ains. 

3. Emile Socard : op. cit., 195. 

4. Aray-sur-Carre, Yonne, arr. d'Auzerre, oant, de Vermenton. 

5. Tonne, arr. de Tonnerre, cent, de Cr«8y*l«-Cbfttelf 

6. Bibl. nat Champagne, XXI. 193. 

7. Aube, arr. et cant. de 3arHinr-Ssise, 

8. UU^AiiaBOu^ (Anbf), arr. ds Tpoy«s, otni. ds BoiiiUy. 

9. Anbe, arr. et oant. de Bar-9ut«8eiM* 



360 OHRISTOPHB d'bSSOTBS 

que chose sur cette donatioD. en raison de la part reveDantà 
leur mère dans les acquêts, Salelte, et, après lui, ses héritiers, 
seraient tenus d'assurer à l'abbaye une terre de même valeur 
que la part dont elle se trouverait ainsi dépossédée '. 

Un clerc de Téglise Saint- Pierre de Tonnerre, nommé Cons- 
tance de Laignes*, reconnut en présence et sous le sceau dix 
doyen de Tonneire, avoir donné au prieuré de Saiut-Âignan 
de ladite ville, dépendant de Fabbaye de Molesme : P la terre 
située près de l'orme appelé TÂuxerrois; 2® 12 deniers de cens 
annuel et un pichet d'orge à prendre sur la maison du nommé 
Cauchein ; 3® 2 sols de cens et 2 pichets d'avoine sur une mai- 
son sise au bourg de Saint-Vallier, et enfin 2 sols de cens et 
2 pichets d'orge sur une grange située derrière sa propre 
maison 3. 

Une autre donation fut consentie, en 1241, en faveur du 
prieuré de Bagneux*, par Beaudoin Candavène, Elle eut pour 
objet 12 journaux de terre à Helzaiiwaly avec 3 sols de cens 
annuel. 

Le prieuré de Bagneux avait eu beaucoup à souffrir des 
vexations de Robert Fretiaux, seigneur de Gezaincourt ^, qui 
prétendait avoir sur le pieux établissement droit de justice et 
de garde. Le prieur avait même dû porter, contre ce singuher 
protecteur, une sentence d'excommunication. 

Revenu à de meilleurs sentiments, Robert Pretiaux déclara 
renoncer à ses prétentions et ne revendiqua sur Bagneux que 
la justice criminelle, supposé que le roi voulût bien la lui ac- 
corder. 

Un autre seigneur, Geoffroy de Milly, bailli d'Amiens, prit 
alors sous sa protection les habitants de Bagneux et de Longue- 
villette' et s'engagea, moyennant une redevance annuelle de 
deux muids d'avoine, à les garantir contre les exactions et les 
violences des gens de guerre. 

Cette convention fut passée, directement, entre le prieur de 
Bagneux et Geoffroy, car son effet est subordonné à l'approba- 
tion de l'abbé de Molesme, auquel on reconnaît formellement 
le droit de l'annuler. 

1. Enule Socard: op. cit.y 197. 

3. Côte-d'Or, arr. de Chfttilloo, chef-lieu do cant. 

3. Bibl. nat. Champagne, XXI, 193. 194. 

4. Commune de Gézaincourt, Somme, arr. et oant. de Doulleoa. 

5. Somme, arr. et cant. de Donllens. 

6. Somme, arr. et cant. de DouUena. 



CHRISTOPHE D B8S0TBS 361 

Ajoutons enfin, avant de sortir de Bagneuz, qu* Alexandre, 
seigneur de Rémaisnil', reconnut alors devoir au prieuré, sur 
sa grange, b setiers de blé, mesure de Doullens*, 

124Î. — Accord entre le prieur de SainUAignan et le 
curé de Tonnerre. — Donations d^EUsabeth, çeuçe de 
Thomas de Ricçy, de Guillaume de Ricey et de Marie, 
çeuçe d'Eudes de Brienon. 

Depuis longtemps déjà, un différend s'était élevé entre le 
prieur de Saint-Aignan de Tonnerre et le curé de celte ville, au 
sujet des oblations, des legs pieux et autres revenus de l'église 
Saint-Aignan et des deux chapelles adjacentes. 

Un arbitrage y mit fin en 1242. 

De ravis de personnes prudentes et sages, il fut réglé, en 
présence de Félix, officiai de Tonnerre, que les grosses dîmes 
de blé et de vin, les offrandes du maltre-aulel de Saint-Aignan, 
rextréme->onction et les croix appartiendraient intégralement 
au prieur. Quant aux autres droits casuels, soit de Téglise, soit 
des chapelles du prieuré et de Saint-Nicolas de Bourberaut, 
tels que annuels» trentains, bénédictions, réconciliations, con- 
fessions, baptêmes, mariages, rouedeSaint-Barthélemy', cierge 
pascal, offrandes particulières, legs pieux, faits à Tun ou à l'autre, 
ils seraient partagés par moitié entre le prieur et le curé. 

Les legs consentis en faveur du chapelain lui resteraient 
quand ils n'excéderaient pas 1 2 deniers ; au delà de cette 
somme, ils seraient partagés entre le prieur et le curé. 

Lorsqu'un legs aurait pour objet quelque fonds de terre ne 
valant pas plus de 40 sols, ce fonds ne serait pas divisé, mais 
deviendrait la propriété du prieur, qui, toutefois, devrait 
payer au curé, en argent, une somme égale à la moitié de la 
valeur intégrale du legs. Si la propriété léguée valait plus de 
40 sols, elle passerait de même en la main du prieur et le curé 
ne pourrait Jamais réclamer plus de 20 sols pour sa part. 

Les menues dimes dans le vinage de Tonnerre, ainsi que les 
cens, s'il en existait, seraient partagés à part égale. 

La part du lion, semble-t-il, était faite au prieur ; le curé et 
ses clercs Jurèrent néanmoins d'observer fidèlement ces con- 
ventions, et il fut stipulé que ce serment serait renouvelé, à 

1 . Somme, arr. de DouUene, cent, de BernavUle. 

t. Blbl. nat., Champagne, XXI, 194. 

3* Cette roue aenrait à déeooTrir lee corps dee noyés. 



362 CHBISTOPHR d'bSSOTBS 

chaque mutation qui se produirait dans le clergé séculier de 
la paroisse Saint-Aiguau ^ 

Elisabeth, veuve de Thomas de Ricey', chevalier, avait 
donoé au pilancier de Molesme trois setiers de graio, par 
tiers froment, seigle et avoine,. à prendre annuellement sur 
ses teries de Stigny*. Ses enfant^, Pierre, Guillaume, Ro- 
bert el one fiUe, dont le nom n'est pas indiqué, condrmèreni 
cetle donation, en présence et sous le sceau de Jacques, doyen 
de Saint-Vinnemer\ 

Peu après, Guillaume de Ricey, écuyer, le même person- 
nage sans doute que celui que nous venons de citer parmi les 
trois ûls de Thomas et d'Elisabeth, donna à Tabbaye, du cou- 
senlemcnl de sa femme et de ses enfants, eu pure aumône et 
avec promesse de garantie perpétuelle, les droits qn*il avait 
sur les dîmes et les tierces de Oigny ^. Il renonça en outre à 
ce qu*il prélevait annuellement sur la grange des religieux 
audit Gigny. 

L'acte fut passé sous le sceau de Félix, curé de Molesme. 
représentant du doyen et du chapitre de Langres dans Tarchi- 
diaconné de Tonnerre •. 

Marie, veuve du chevalier Eudes de Brienon', ne se montra 
pas moins généreuse. Sous le sceau de Tévèque de Troyes, 
Nicolas de Bric, elle reconnaît avoir donné au prieuré d'Isle^, 
pour le remède de son âme, pour le salut de son mari et celui 
de ses parents, tous les champs el tous les prés qu'elle possé- 
dait dans la châtellenie d'Isle. Le prieur en reçut de suite Tic- 
vestiture au nom de Tabbaye de Molesme*. 

124!^. — Donation d* Agnès de Villon et de Jean, 
son frère. 

Damoiâclle Agnès et Jean, sou frère, seigneurs de Villon*^, 
donnèrent à l'abbaye la part qu'ils avaient dans la dime de ce 

1. Bibl. Dtt. Champagne, XXI, 194. 

5. Aube, arr. de Bar-sur-Seine, chef-lieu de caot. 

3. Yonne, arr. de Tonnerre, cant. d'Ancy-le-Pranc. 

4. Yonne, arr. de Tonnerre, cant. de Cmzj-le-Chfltel. 
9. Yonne, arr. de Tonnerre, cant. de Crniy-le-Ghltelt 

6. Bibl. nKt. Champagne, XXI, 195. 

7. Yonne, arr. de Joigny, chef -lieu de cant. 

8. Ittle-Âumont (Aube), arr. de Troyti, oaot, de Boullly. 

9. Emile Socard : op. cit., IM. 

10. Yonne, arr, d» Tonnerre, cant. de Crusj-le-CbâUl, 



CHRISTOPHK D*B8S0TBS 363 

village eleu iiivealirent ensemble rabbéChrislophed'Ës.soyes, 
en préseuce de Félix, officiai de Toaterre. 

Ile s'eDgagèrent, par serment, à faire raii&er celte doualiou 
par leur suzeraine, la dame de MonlfeuiP, et par «ou âU, 
lorsqu'il sérail en âge de le faire ; puis, comme si leur sermenl 
ne consliluait pas une garantie suffisante, ils douuèrenl comme 
caution à l'abbé de Molesme, les chevaliers Jean de Rumilly 
et Guy d'Avirey*. 

L'acte de donation fut passé à Molesme ^. 

1244. — Donation^ de Renaud de Grancey, de Garnier 
de Mussy et de frère Guy, ancien prieur de Nogent- 
en-Othe. 

Au mois d'août 1244, henaud de Grancey^, seigneur de 
Larrey *, donna aux religieux de Molesme, sous son sceau et 
du consentement de sa femme, Marguerite, le droit de prendre 
à perpétuité, dans sa forêt de Larrey, à partir du chemin con- 
duisant de Bouix * à Molesme et allant à Mussy ' et à Sury, 
trois voitures de bois par jour. 

Chaque voiture ne serait tirée que par un cheval. Le bois 
devant servir aux constructions des Religieux, aussi bien qu'à 
leur chauffage et à celui de leurs fours, ils pourraient prendra 
indiiïéremmeni celui qui leur plairait, gros ou pelii, sur pied 
ou abattu, vert ou sec, chèut* ou hêtre. 

Dans le cas où les Religieux amodieraient leurs fours, ils 
auraient la faculté d'abandonner une ou deux des trois voi- 
tures au fournier, qui s'engagerait, par serment, à ne pas ven- 
dre le bois, et même à ne pas remployer à son usage piir- 
sonnel. 

Renaud de Grancey renonça, pour lui et pour ses héritiers, 
au droit de donner, de vendre et nâéme de faire essarter son 
bois sans le consentement de Tabbé de î^olesme qui, de son 
côté, ne pourrait ordonner Tessarlage sans le consentement 
du donateur ou de ses ayants-droit* 

1. Monlfey, Aube, »rr, de Troyes, caat. d'Brvy. 

2. Aube, srr. de 13ar-sur-SeiDe) ca'it. de Hicey. 

3. Bibl. D«t. Champagne, XXI, m. 

4. Côl*-d'Or, arrr de Dijon, chef-lieu de canl. 

5. Côte-d'Or, arr. de Cbâtilloa-sur^Seiqe, cent, de Laigneg. 

6. Côle-d*Or, arr. de CblUlloo-yur-i^eiae, oant, de LaigQ*»* 
7f Aub9f arr. de Bar-ftor«^eioe, chef-lieu de oanU 



L 



364 CHRISTOPHE D*ESSOTBS 

Renaud de Grancey compléta sa libéralité en accordant aux 
Religieux droit de pâturage gratuit dans le même bois, tant 
pour les porcs, moutons et autres bestiaux de leurs fermes de 
Chasejy et du Clos^ que pour ceux des autres établissements 
dépendant fte Molesme. 

Afin de prévenir toute fraude, on mentionna dans Pacte de 
donation, les noms de tous ceux qui avaient droit d*usage dans 
le bois. Quêtaient Renaud de Grancey et ses héritiers, les 
habitants de Larrey et de Poinçon ^ Guiard de Mussy et les 
Lépreux de Molesme. 

Deux mois après, la fsmme de Garnier, seigneur de Mussy, 
conGrma avec ses enfants la donation, que son mari avait faite 
à l'abbaye, des cens, des tierces et du droit de justice qu'il 
avait acquis au village de Molesme. 

Ce fut également en 1244 que frère Gui, autrefois prieur de 
Nogent-en-Othe '. donna à frère Henri, pitancier de Molesme, 
une grande vigne qu il avait acquise à Tonnerre, lieu-dit les 
VUleitês. 

Faite à Molesme, en présence et du consentement de Tabbé 
Christophe d'Essoyes, cette donation fut notifiée par Tofficial 
de Tonnerre». 

|M45, — B^il du four du prieuré de Saint -Didier de Lan- 
grès, — Donation de Gauthier, curé de • Moncéon^. — 
Accord entre les abbayes de Molesme et de Lezinnes, 

L'abbaye de Molesme avait, du vivant même de S. Robert 
(vers 1095), envoyé à Langres une colonie de religieux et 
fondé, sur l'emplacement de l'oratoire dédié à sainte Marie - 
Madeleine, un prieuré sous le vocable de S. Didier, troisième 
évèque de Langres \ 

Ce prieuré possédait un four dans la Grand'Rue. 

En 1245, sous le sceau de Tofficial Milon, Christophe d'Es- 
soyes, de l'avis du prieur de Saint-Didier, donna ce four, par 
bail à vie, à Belèle, bourgeois de Langres, et à Emelarde, sa 

fi*Mir?jO. 

j.i) bail fut fait aux conditions suivantes : les preneurs ren- 

1 , Poil çoo-les- Larrey, Côte-d*Or, arr. de Cb&tillon-8ar-Seine, cent, de 
LelK"^'« 

I. Aube, arr. de Troyes, cent. d'Âix-en-Othe. 

%, Bibl. oat. Champagne^ XXI, 196, 197. 

i. C'* Sur le priearé de Saint-Didier Abbë Roossel : Le Diocèse de 
Laniffeê, II, 321 et euiv. 



CHBISTOPHB D*BSSOTBS 365 

(Iraient chaque semaine au prieur, qui d'ailleurs aurait la cuis- 
son gratuite pour toute sa maison, 18 pains, taxés 2 deniers 
pièce, et de même qualité que ceux qu'eu vendait au marché 
au pain ; ils feraient en outre construire à leurs frais deux 
boutiques dans la maison. 

Si le four Tenait à être détruit par un incendie .imputable à 
leur négligence, ils seraient tenus d'en faire construire un 
autre, qu'ils paieraient de leurs propres deniers. Si au con* 
traire l'incendie provenait d'un accident indépendant de leur 
volonté, la reconstruction aurait lieu à frais commuus entre 
eux et le bailleur. 

A la mort de Tun des deux époux, le survivant jouirait des 
mêmes droits et serait soumis aux mêmes obligations. 

En cas d*inexécution de Tune des clauses du contrat, Toffi- 
cial, à la requête de Tabbé ou du prieur, frapperait les pre- 
neurs d'excommunication. 

Par le même acte, Belêle et sa femme donnèrent au prieuré 
de Saint-Didier le terrain qu'ils avaient près dudit four, se ré- 
servant toutefois d*en jouir leur vie durant. En reconnaissance 
de cette jouissance viagère, ils s'engagèrent à payer chaque 
année au prieur ^ sols de rente le lendemain de Noël ^ 

Vers la même époque, Tabbaye eut à enregistrer une libéra- 
lité du même genre de la part de maître Gauthier, curé de 
Monceon. Il lui donna, pour en jouir seulement après sa 
mort, tous ses biens, meubles et immeubles, à la seule condi- 
tion que les Religieux prieraient Dieu pour le repos de son 
àme^ 

Un différend s'était élevé, depuis quelque temps déjà, entre 
les religieuses cisterciennes de N.-D. de Lézines^ et le cou- 
vent de Molesme. 

Tout en reconnaissant que les moines avaient droit aux 
deux tiers des dimes du village de Lézines, les religieuses, en 
vertu de ]e ne sais quel privilège, prétendaient que leurs 
terres ne devaient pas être soumises à celte redevance. 

L'affaire fut portée devant l'ofûcial de Langres, d'abord, 

1. Bibl. nai. Champagne, XXI, 197. 

2. Bibl. nat. Champagne, XXI. 197. 

3. L'abbaye de Notie-Dame de Léxines» ou La Charité- les- Lézines, était 
aitoée sur l'Armançoo, près de Lésines, Yonne, arr. de Tonnerre, canton 
d'Ancj-le-Franc. Voir sur cette abbaye, abbé Roussel : Le Diocèse de 
Langres, III, 293. 



366 CHRISTÛPHB D'BSSOTBS 

puis devant le doyen d? Molesme, Félix^ qui amena Tabbesse 
de Lëzines, Matbilde, à se soumettre au droit commun. 

Elle recoDDut donc formellement les droits de Tabbaye de 
Molegme, et comme la dime dépendait de l'ofBce du cellérier, 
elle l'en investii par un acte rédigé dans la cbapelle de Mo- 
lesrae, et soup le sceau du doyen Félix, le samedi après la 
fôle de Sainte-Lucie, en 1245*. 

1246. — Vente d'un pré à V abbaye, par Pierre Bon* 
noise. *- Location au chanoine Oassias d'une maison 
sise à Troyes. — Accord entre les abbayes de Mo- 
lesme et de Longuay, relatiçement à la Combe-aux- 
Bœufs. 

Un bourgeois de Molesme, Pierre Bonnoise, du consente- 
ment de sa femme, Agnès, Tendit au sacriste de l'abbaye» 
pour la somme de 36 livres, la moitié d*un pré sis à Molesme, 
f au qnai de Pretbies, au delà de Teau, au-dessous des 
vignes i. 

Après avoir stipulé que ce pré demeurerait toujours affecté 
à la sacristie de Tabbaye, le vendeur s'engagea par serment à 
faire ratifier le contrat par son fils Guillaume, qui était clerc, 
et par ses autres enfants lorsqu'ils seraient majeurs. Celte 
clause, et rengagement qui la suit, nous autorisent à penser 
que le pré fut vendu de tieaucoup au-dessous de sa valeur. 

Ajoutons qu'il était situé dans la censive et dans le fief de 
Huguoh de Bragelogne*, qui en approuva la vente par son 
prévôt Bosellus. 

L'acte rédigé sous le sceau de Félix, doyen de Saint- Vînne- 
mer ', fut, sur la demande de Pierre Bonnoise et d'Agnès, dé- 
livré au sacristain de Molesme au mois de mars 1246^. 

Outre le prieuré de Saint-Quentin, l'abbaye de Molesme 
possédait à Troyes plusieurs maisons qu'elle donnait à bail. 

Au mois de mai 124ô, Gassias, chanoine de Troyes et pré- 
vôt de l'église Saiul-Quiriace de Provins, prit possession d'une 
de ces maisons aux conditions suivantes : il la tiendrait en 
bon état, ferait à ses frais toutes les réparations nécessaires et 
paierait annuellement à Tabbé 40 sols de cens, monnaiede Paris. 

1. Bibl. Dit. Champagne, XXI, 198. 

2. Aabt, «rr. de Bar-sur -Seine, cant. de Rioey. 

3. Yonne, trr. de Tonnerre, cant. de Cruxy. 

4. Bibl. nat. Champ., ibid. 



CHRISTOPHE d'kSSOTBS 367 

A sa mort, la maison ferait retour, lelle quelle, à Tabbaje, 
c'est-à-diie sans que les moines aient à payer la i)lu8*Talu« 
résultant des améliorations que le locataire y aurait faites. 

Cette maison, dont remplacement u*est pas indiqué, était 
meublée, au motus en partie. 

En effet, Gassias, en se réservant la libre disposition de son 
mobilier, s'engage à laisser les meubles qu'il aura trouvés 
dans la maison le jour de sa prise de possession, ou à les rem- 
placer s'ils sont devenus hors d'usage *. 

Nous croyons pouvoir, sans témérité, identifier le Gassias 
en question avec Jean Garcie (Garcia ou Garsia), chanoine de 
Saint-Etitune de Troyes, qui devint plus tard, avec Thibaut 
d'Assenay', procureur du pape Urbain IV, pour l'œuvre de 
l'église Saint-Urbain, et dont il est fait si souvent mention 
dans les chartes de la collégiale. 

La paix fut de nouveau troublée entre l'abbaye de Molesme 
et le couvent de Longuay, relativement à la mouvance de la 
Combe-aux BœufSy proche la métairie de Grand-Bois*. 

Christophe d'Essoyes prétendait que cette propriété était du 
fief et de la censive de Tabbaye de Molesme ; l'abbé de Lon- 
guay s'opposait à ces prétentions, qui ne lui paraissaient pas 
suffisamment justifiées. 

On eut recours à des arbitres, qni tranchèrent ainsi le diffé- 
rend : \^ La Combe-auz-Bœufs, avec le bois et la Justice, de- 
meureraient en toute propriété à Vabbaye de Molesme, mais 
les Religieux de Longuay y auraient droit de pâture pour les 
bestiaux de leur métairie de Grand-Bois; 

2^ Ils devraient, par contre, clore les prés de la Combe, 
en prenant les palis dans leur bois et non dans celui de 
Molesme ; 

3® Le foin serait fauché, fané et mis en meule à leurs frais, 
puis partagé par moitié, d'un commun accord, ou par voie de 
liiage au sort; 

4® Du !•' avril au 1" août, les prés seraient rigoureuse- 
ment interdits aux bestiaux des deux parties ; 

5^ Les années oii il y aurait pasnage dans le bois de la 
Combe-aux-Bœufs, il serait interdit d'y mener les Irou- 

1. Bibl. nat. Champ., XXI, p. 199. 

2. \uhe, arr. de Trojes, caot. de Rouilly. 

3. Ferme, commune d'Âignaj-le-Dua, Côte-d'Or, arr. de CbétilloD-aur- 
Seine, chel-lieu de cent. 



368 GflRISTOPHB D*BSSOYBS 

peaux de la métairie de Grand-Bois, depuis la SaintrRemi 
jusqu^à la Saint-André ; les autres années on les y condui- 
rait librement à toute époque; 

6® Toutes les amendes provenant, soit des prés, soit du 
bois, reviendraient au prieuré de Saiot-Broiogl ', dépendant 
de Tabbaye de Molesme, ei le prieur aurait le droit de 
mettre les prés en culture quand bon lui semblerait*. 

1247. — Retour à V abbaye d'une maison sise à Trqyes. 
— Donation du comte de Soissons aux religieuses de 
la Presle. — Vente et donation en façeur du prieuré 
de Jully. — Réparation des torts causés à Fabbaye 
par Thibaut de Plancy. — Donations de Durand, 
bailli de Molesme, d'Hilduin^ curé de Bagneux, et de 
Gaucher de Saint-Florentin. — Abandon de la dîme 
de Meuse au prieuré de Varennes. — Interçention de 
Christophe d'Essqyes en façeur des habitants de 
Coijgy. 

Indépendamment de celle dont nous avons parlé ci- dessus, 
Tabbaye possédait à Troyes une maison, sise Grande-Rue, entre 
la maison d*Etienne de Ghampguyon * et celle d'Helvis la Chau- 
dronnière et aboutiseant, d'autre face, dans la rue Moyenne. 

Celte miai8on avait autrefois apparteuu à Pierre, dit le 
Petit Bourgeois. L'avait-il vendue, Tavait-il donnée à 
Tabbaye? Nous ne savons; mais cette dernière n*en avait 
en réalité que la nue-propriété, puisque Jacques de Sens et 
Marie, sa femme, avaient droit de Thabiter leur vie durant. 

Au mois d'avril 1247, ils abandonnèrent ce droit àTabbé 
Christophe, pour une certaine somme qui n'est pas indi- 
quée. Ûacte fut passé sous le sceau de Jean, ofBcial de 
Troyes et d'Oger du Val, bailli de la même ville. 

Jacques de Sens et Marie renoncent à tous leurs droits, 
avec serment de ne jamais les revendiquer, ni par eux ni par 
d'autres. S'ils sont infidèles à leur serment, ils consentent à 
être excommuniés par l'official et autorisent le bailli à saisir 
leurs biens'. 

Jean, comte de Soissons, donna aux religieuses de la 

1. Cdte-d^Or, srr. de Chfltillon-SQr Seine, cant. de Recey-eur Oarce. 

2. Bibl. net. Champagne, XXI, 199. 

3. Socard, op. cit., 203. 

4. Marne, arr. d'Epernay, cant. d'Bsternay. 



CHBISTOPHB D*ESSOYBS 369 

Presle < un muid de blé à prendre tous les ans à Villers- 
devaal-le-Thour «. 

Milon, seigneur de Villemorien ^ du consenlemeni de Hu* 
guesy comte de Lignières *, vendit aux religieuses de JuUy 
une partie des dîmes de ce village, et Thibaut, seigneur de 
Plancy* etde Saint-Vinnemer^, les grati&a de deux muids 
de blé, mesure de Tonnerre, à prendre annuellement sur ses 
terres de Saint-Vinnemer, ou dans ses propres greniers. 

Ce Thibaut, si bienveillant et si généreux pour les reli- 
gieuses de Jully, avait de tout autres sentiments pour les 
moines de Molesme, car une sentence du bailli de Sens le con- 
damna à fournir à Tabbaye un fond de terre de la valeur de 
9 livres, en réparation des torts et des dommages qu'il lui 
avait causés \ 

Durand, bailli de Molesme, Agnès, sa femme, et Thibaud^ 
fils de ladite Â^ès, donnèrent à l'abbaye tout ce qu'ils possé- 
daient à Chablis*, à Chichée*, àNilry'^et à Lichères^i, notam- 
ment une maison à Chablis, dans la rue Dousance, et plusieurs 
pièces de vigoe. 

Les Religieux ne jouiraient de ces biens qu'après la mort 
des donateurs, qui, d'ailleurs, s'engagèrent par serment à 
ne jamais revenir sur la donation et l'augmentèrent môme 
de tout ce qu'ils pourraient acquérir dans l'avenir à Nitry 
et à Lichères. L'acte dûment ratifié et muni du sceau de 
révèque de Langres fut remis à Tabbé Christophe. Ce fut 
probablement à l'occasion de cette donation que le duc de 
Bourgogne, Hugues, fut amené à donner acte aux religieux 
qu'il n'avait aucun droit et ne pouvait rien prétendre à Nitry <>. 

De r Yonne rentrons dans l'Aube. Ce fut également en 1247 

1. ArdenDes. 

2. Ardennes, «rr. de Rethel^ eant, d'Asfeld. 

3. Aube, arr. et ceot. de Bar-eur-Seine. 

4. Aube, arr. de Bar-sur-Seioe, caut de Chaource. 

5. Aobe, arr. d'Arcis-sur-Aube, cant. de Méry. 

6. Yonne, arr. de Tonnerre, cant. de Cruzj. 

7. Bibl. nat. Champ., XXI, p. 200. 

8. Yonne, arr. d'Auzerre, cbeî-Ueu de caot. 

9. Yonne, arr. d'Auzerre, cant. de Chablis. 

10. Yonne, arr. de Tonnerre, cant. de Noyers. 

11. Yonne, arr. d'Auzerre, cant. de Chablis. 

12. Bib'. nat., Champagne, XXI, p. 201. 



24 



370 CHRISTOPHE d'eSSOYBS 

que le curé de BagDeuz^ Hilduin, donna à l'abbaye deux 
pièces de vigne qu'il avait au Tronchoi *. Deux mol ifs le déler- 
minèieni à cette aumône : le rachat de ses péchés d'abord, 
puis la fondation d'un service anniversaire pour le repos de son 
âme, dans Téglise du monastère. 

Ck)mme la précédente, cette donation ne devait avoir son 
effet qu'après la mort du donateur, qui, cependant, s'engagea 
à payer annuellement 20 sols au pitancier de Tabbaye, 
tant qu'il conserverait la jouissance des deux vignes. Hilduin 
rédigea lui-même Facte de donation et pria Félix, doyen de 
Saint- Yinnemer, d'y mettre son sceau avant le sien ^ 

Gaucher de Saint-Florentin \ qui possédait les seigneuries 
de Pacy^ et de Laignes*, se montra plus généreux encore en- 
vers Tabbaye, puisqu'il l'associa, k titre purement gratuit, à la 
seconde de ces seigneuries, donnant sans condition, à l'abbé et 
aux religieux, la moitié de ce qu'il possédait à Marcenay ^ et à 
Laignes, en hommes, bois, eaux, prés, pâturages, justice, cou- 
tumes, censives, corvées, tailles, aboanemenis, lods et ventes, 
et autres droits, privilèges et redevances. 

Bien plus, par un acte particulier, distinct du traité d'asso- 
ciation, il reconnaît tenir en fief de l'abbaye, dont il se dit 
homme-lige, tous ses biens de Marcenay, à l'exception de 
10 livres de rente, qu'il tenait de la comtesse de Nevers et que 
les habitants de Marcenay devaient lui payer annuellement. 

Après avoir promis d'observer fidèlement toutes les clauses 
du traité d'association, il se soumet, lui et ses héritiers, en cas 
d'infraction, à la juridiction de l'évèque de Langres, qui sert en 
droit de les excommunier, eux et leurs hommes, et de mettre 
leurs terres en interdit jusqu'à entière satisfaction. 

L'acte fut confirmé par l'évèque de Langres et scellé de son 
sceau, à la prière de Gaucher ^. 

La dime de Meuse^ appartenait à l'abbaye de Molesme. Au 
mois de juin 1247, l'abbé Christophe d'Essoyes, du consen- 

1. Aube, arr. de Bar-sar-Seine, cant. de Ricey. 

2. Fioageûe Ricey. 

3. Bibl. nat., Champagne, XXl, p. 201. 

4. Yoone, arr. d'Auxerre, chef-lieu de cant. 

6. Yonne, arr. de Tonnerre, cant. d'Âncy-le-Franc. 

6. Gôle-d'Or, arr. de Gbfttillon-sur-Seine, chef-lieu de cant. 

7. Côle-d'Or, arr. de Cbfttillon-sur-Seiue, caut. de Laigoes. 

8. Bibl. nat. Champ. , XXI, p. 201. 

9. Uaut^Marce, arr* de Langres, canl. de Montigny-le-Roy. 



Christophe d'bssoItbs 3ll 

(ement des religieux, la céda à Caloo, prieur de Vareniies, aux 
conditions suivantes : Calon el ses successeurs paieraient 
annuellement, le lendemain de la Pentecôte, au pitancier de 
Molesme, ou à son ordre, 1 40 sols, monnaie de Provins. Le 
pitancier distribuerait cette somme aux moines, à Toccasion de 
divers anniversaires, savoir : 20 sols pour Tanniversaire dudit 
Calon; 30 sols pour ceux de Maximim, ci-devant sous-prieur, 
de la femme de Mauger el de Jolelle de Chappes; SO sols pour 
les anniversaires de Jacques, doyen de Sainl-Vinnemer, et de 
maître Etienne de Summâ Tonanciâ, frère encore vivant, 
enfin 40 sols pour Taoniversaire dllier de la Brosse et celui 
de sa femme. 

Calon, prieur de Varennes, et frère Barthélémy, pitancier de 
Molesme, promirent d'exécuter fidèlement ces conventions, 
qui furent écrites sous le sceau de Christophe d'Essoyes ^ 

Jean de Choiseul avait imposé arbitrairement aux habitants 
de Coiffy, village qui, comme nous Tavons va, dépendait du 
prieuré de Varennes, Une taille abonnée de 12 deniers par 
chaque homme travaillant à la houe et une autre de pareille 
somme sur cinq bonniers ou cultivateurs. 

Christophe d'Essoyes protesta contre ce nouvel impôt, el, 
faisant droit à sa réclamation, Jean de Choiseul en affranchit 
les hommes de T abbaye de Molesme, réserve faite toutefois 
des droits que son père et ses ancêtres possédaient à Coiffy *. 

1248. — Açantages consentis en faveur du prieuré de 
JuUy-leS'Nonnains. — Essai de réforme au prieuré 
d'Andecy. — Vente par Simon de Treslon au prieuré 
de la Ferté'Oaucher. 

En 1248, Tabbé Christophe d'Essoyes eut à enregistrer plu- 
sieurs avantages consentis en faveur des religieuses de JuUy. 
Le seigneur de Sennevoy^ Thierry, qui, depuis plusieurs an- 
nées, les empêchait de jouir de la moitié des pâturages qu'elles 
avaient dans ce village, fut enfin touché de repentir et les 
rétablit dans leurs droits. 

Après avoir imité Thierry dans sa faute, le seigneur de 

1. Bibl. nat., Champagne, XXI, SOK 

2. BoQvallet : la Préifôté royale de Coiffy-le'Chàtel, dwâ Bepue 
de Champtigne et de BrUf 2* téria, t. V, p. 86S i 879^ 

3. YoDQe, trr. d* TooaerM^ MBt. àê Qgvay, 



372 CHRISTOPHB d'kSSOYBS 

Champ- d'Oiseau \ Guillaume, Timila égalemeul dans son 
repentir el renonça à ses injustes prélenlions. 

D'autre part, Jean, seigneur d'Ancy-le-Franc*, donna eu 
aumône aux religieuses, pour le salut de son âme, la liberté du 
pâturage pour tous leurs bestiaux à Ancj, à Gusy^. à Ma- 
reuil, à Fulvy*, à Chassignelles*' et k Roche, 

Ce devait être pour la communauté un immense avantage, 
car leâ religieuses, en reconnaissance, donnèrent à «fean, 
30 livres el 150 moutons ou brebis. 

Vers le même temps, Renaud de Grancey®, seigneur de 
Larrey \ fit don aux mômes religieuses d'un muid de froment 
à prendre annuellement sur son gagnage de Cérilly^ et le roi 
Louis IX les exempta de toute contribution pour la Terre- 
Sainte. 

Un des nombreux essaims de JuUy était allé s'établir à 
Andecy *. 

En s'éloignant de la maison-mère, les religieuses perdirent 
quelque peu de leur ferveur. Bientôt même elles cherchèrent 
à s'affranchir comme d'un joug, non seulement de la tutelle de 
Tabbesse de JuUy, mais encore de celle de l'abbé de Mo- 
lesme. 

Entre autres prétentions, elles avaient celle de sortir du 
doitre quand bon leur semblait et sans permission, ce qui 
causait du scandale. 

Impuissantes à faire rentrer leurs sœurs dans le devoir, les 
religieuses de Jully se plaignirent à Innocent IV, suppliant Sa 
Sainteté de remédier aux abus qu'elles lui signalèrent. 

Le pape promit de faire examiner leur re:]uête, mais, soit 
que le.s abus n'eussent pas la gravité qu'on leur prêtait, soit 
pour toute autre cause, l'affaire traîna en longueur et ce fut 
seulement dix ans après, sous Alexandre IV, qu'une décision 
intervint *\ 

i. Côle-d'Or, arr. de Semur, ctot. de Mootbard. 

2. Yonne, arr. de Tonnerre, chef-lieu de cant. 

3. Yonne, arr. de Tonnerre, cant. d'Âncy-le- Franc. 
4 Yonne, arr. de Tonnerre, cant. d'Ancy-le-Franc. 

5. Yonne, arr. de Tonnerre, cant. d*Ancy-le-Franc. 

6. Côte-d*Or, arr. de Dijon, chef-lieu de cant. 

7. Côte-d'Or, arr. de Cbâtillon-sur-Seine, cant. de Laignes. 

8. Côte-d*Or, arr. de Cbfttillon-aur-Seine, cant. de Laignes. 

9. Marne, près Baye, arr. d'Bpernay, cant. de Monlmort. 

10. Bibl. nat. Champagne, XXÎ, 201. 



CHRISTOPHE d'ESSOTBS 373 

L*Hôtel-Dieu de la Ferlé Gaucher^ constituait, comme 
nous l'avons dit, un prieuré dépendant de l'abbaye de Mo- 
lesme. Simon de Treslon', chevalier, avait droit de prélever 
annuellement, sur le moulin dudit Hôtel-Dieu, six setiers de 
blé, mesure de Provins, moitié froment, moitié avoine, et 
2 deniers de cens. Au mois de juin 1248, sous le sceau 
de Henri, évèque de Troyes, il vendit ces redevances au prieur, 
moyennant la somme de 1 5 livres, payées comptant. Marie de 
Courcemain*, sa femme, approuva et ratifia cette conven- 
tion en présence de Jean, doyen d*Arcy *. 

1249. — Jugement arbitral entre le curé de Geçrolles et 
le sacriste de Molesme. — Donation de Robert, curé 
de Stigny. — Achat par V abbaye des biens de Robert 
de Courteron. 

Trois actes seulement, de minime importance, sont à relater 
pour Tannée 1249. 

Le premier est un jugement arbitral enjoignant au curé de 
Gevrolles* de donner au sacriste de Molesme la moitié des 
oblalions et le sixième des dîmes de sa paroisse. 

Le second est une donation de Robert, curé de Stigny<^, qui 
se dessaisit, en faveur de Tabbaye, des terres quMl avait ac- 
quises dans ce village et d'une vigne sise à Ravières \ 

Par le troisième, les exécuteurs lestamentaires de Robert de 
Courteron ^ vendirent à Tabbé de Molesme, pour la somme de 
140 livres, tout ce qui avait appartenu audit Robert à Selles*. 

1250, 1251 et 1252. — L* abbaye rentre en jouissance d'une 
maison sise à Troyes, rue du Cloître-le-Comte. — Ac- 
quisitions faites par le prieuré de VHôtel-Dieu de la 
Ferté-Gaucher, — Accord entre le prieur de Saint- 

1 . Seine-eUMarne, arr. de Coulommiers, chef-lieu de caot. 

2. Marne, arr. de Reims, cant. de Ville-en-Tardenois. 

3. Marne, arr. d'Kpemay, cant. de Fère-Champenoise. 

4. Probablement Arcis-tar-Anbe. — Bibl. nat. Champagn€, XXI, SOS. 

5. Cdte-d'Or, arr. de Chàlillon-sar-SeiDe, cant. de Montigny-aur-Aube. 

6. Tonne, arr. de Tonnerre, oant. d'Ancy-Ie-Pranc. 

7. Tonne, arr. de Tonnerre, cant. d'Ancy-!e-Frano. 

8. Aabe, arr. de Bar-sur-Seine, caot. de Ifassy. 

9. Probablement Celles, arr. de Bar-sor-Seine, cant. de Ma^sy. — Bibl, 
nat., Champagne, XXI, 2094 



374 CHRISTOPHE D*B8S0YBS 

Jean-des- Vignes et celui de V Hôtel-Dieu de la Perte- 
Gaucher. — Donation de Guillaume Bonnoise. 

Au mois de eepiembre 1250, sous le sceau de i'officUl de 
Troyes, Jacques, prévôt de l'évoque, et son frère, Guyol de 
Sens, abaDdoQuèrent à Tabbé et au couvent de Molesme, une 
maison sise à Troyes, rue du Clollre-le-Gomte, proche TégUse 
Sainte-Madeleine, devant la maison de défunt Adam le Maréchal. 

LocataireH de cet immeuble, qui avait autrefois appartenu à 
Foulques de Sens, leur père, Jacques, Guyot et Blanche, leur 
sœur, avaient droit de Toccuper encore pendant six ans, en 
vertu d'un bail de vingt ans passé parleur mère en 1230. Ils 
renoncent à ce droit, promollent avec serment qu'ils n'élève- 
ront jamais la moindre réclamation et consentent à être excom- 
muniés par Tofficial, dans le cas où ils manqueraient à leur 
promesse ^ 

Au mois d'octobre 1250, Droin Groslez de Courtacon' et 
Bertbe, sa femme, reconnaissent sous le sceau d*Henri, doyen 
de la chrétienté de Provins, avoir vendu à l'Hôlel-Dieu de la 
Fer té-Gaucher' trois arpents déterre situés dans la paroisse 
de Saiot-Médard^, de la mouvance et dans la justice du 
prieuré, 

La somme de 6 livres, prix de la vente, est payés comp- 
tant; les vendeurs renoncent à toute réclamation, promettent 
garantie et se soumettent, pour l'accomplissement de leurs 
engagements, à la juridiction dudit doyen de la chrétienté et 
de ses successeurs. 

Le mois suivant, sous le sceau de Pierre, archidiacre de 
Brie, Ërmengarde de la Ferté-Gaucher, vendit au prieuré de 
la Maison-Dieu, aux mêmes conditions, trois autres arpents 
de terre, également situés sur le Qnage de Saint-Médard '• 

1. Socard : op. cit., p. 204. Foulque de Sens avait, dès 1227, veoda sa 
maison à Jean, curé de Saiot-Remi de Troyes. De Jean, elle passa à l'abbaye 
de Vauluisant qui, en 1236, la vendit à l'abbaye de Molesme. Le nouveau 
propriétaire l'afferma de suite, pour 20 ans, à Simon de Coder. A peine 
signé, ce bail fut sans doute résilié, puisqu'en celte même année 12S6 nous 
voyons l'abbaye louer la maison, pour le même laps de temps, i Pierre de 
Sens et à Marguerite, ta mère, veuve de Foulque de Sens. *- Sootrd : op. 
oit., 157. 158, 180 et suiv. 

2. SeiDe-et-Maroe, arr. de Provins, oint, de VilUers-Stint^oorgap. 

3. Seioe-elMarDe, arr. de Coulommieri, cbef»li«u de cent. 

4. Saint-Mars, Seine-et-Marne, arr. de Goolommien» oant. de Lt Fert^ 
Qaucber. 

5. Bibl. nat. Champagne, XXI, p. 203, 



CHRISTOPHE 0*SSSOYBS 375 

Le prieuré de THôlel-Dieu, relevant de Molesme, n'étail pas 
le.seul qui«exislâl à la Ferlé Gaucher ; il y en avait un second 
qui dépendait de l'abbaye de Saint-Jean -des-^Vignes de Sois- 

80DS. 

Or, depuis longtemps, les deux prieurs étaient en désaccord, 
relativement aux grosses dîmes de la Ferlé et de Saint-Martin- 
dU'Boschet*. Ces dîmes leur élaieul communes, et ils se les 
partageaient par moitié; quelques champs seulement étaient 
iulégralement revendiqués à Saint-Marlin-du-Boschet par le 
prieur de THôlel-Dieu, et, à la Ferté, par l'autre prieur. 

Voulant meltro fin à ce désaccord, les deux prieurs, au lieu 
de le porler devant les tribunaux, résolurent de le soumettre à 
€ gens de probité » et de s'en rapporter à leur décision. 

Dom Bonet, prieur de Méry', et dom Nicolas, chanoine de 
Saint-Jean-des- Vignes et prieur de la Ferlé-Angoulphe' furent 
choisis comme arbitres. Il fut convenu qu'ils détermineraient 
exactement les limites de chacune des deux paroisses, après 
quoi la dtme de Sainl-Martin-du-Boschet appartiendrait inté- 
gralement, sans la moindre réserve, au prieuré relevant de 
Molesme, et celle de la Ferté au prieuré relevant de Saint- 
Jean-des- Vignes. 

Si, après examen des titres, des privilèges, de Tétendue et 
de la fertilité des territoires, les arbitres constatent qu'une des 
deux parties se trouve lésée par ce compromis, ils lui assigne- 
ront, comme dédommagement, une redevance en blé, payable 
annuellement par le prieuré favorisé. 

La décision des arbitres sera sans appel : elle devra être 
admise de tout point, sous peine de cent livres de dommages- 
intérêts. 

Les deux parties seront citées à jour fixe pour exposer 
leurs raisons ; à défaut de comparution, elles seront passibles 
d'une amende de cent sols par chaque jour de retard, à moins 
qu'elles ne justifient, par serment, d'un empêchement légi- 
time. 

L'arbitrage devra finir le jour de la Saint Jean-Baptiste 
(24 juin 1251); il pourra cependant être prolongé si les inté- 
ressés y consentent. 

L'acte de transaction sera dressé en double ; chaque partie 

1. Seioe-et-Maroe, arr. de Provins, cant. de Villiers-Saint* Georges. 

2. Méry-sar-Seioe, Aube, arr. d'Ârcis-sur-Âube, chef-Iieo de cant. 

3. La Ferté- BouB-Joaarre, Seine-et-Marne, arr. de Aleanx, chef-lieu de 
cant. 



376 CHRISTOPHE D*BSS0YB8 

en recevra un exemplaire ; elle le fera ratifier par Tabbé et le 
couvent dont elle relève, et le remettra, muni du sceau abbatial 
et du sceau conventuel, à la partie adverse ^ 

En 1252, le clerc Guillaume Bonnoise, de Molesme, donna 
en aumône à Tabbaye, pour lé salut de son âme, la part qu'il 
avait sur le moulin de Magny *, part qui équivalait au cin- 
quième dudit moulin. 

Sa mère, Agnès, consentit à cette libéralité et s'engagea, 
par serment, à ne jamais aller contre, sous quelque prétexte 
que ce fût. 

D'autre part, le seigneur de Bragelogne^, Hugues, dont 
mouvait le moulin de Magny, loua et approuva la donation de 
son vassal. 

Acte en fut dressé, à la demande de la mère et du fils, sous 
le sceau de Félix, curé de Molesme et doyen de Saint- Yinne- 
mer*. 

Ce fut également sous le gouvernement de Christophe 
d'Ëssoyes, mais à une date non indiquée, que le seigneur de 
Plancy^ donna au prieuré dudit lieu un muid de grain à pren- 
dre annuellement sur le territoire de Plancy, et autant sur la 
dîme de Cbampfleury *, avec 3 sols 9 deniers de cen8\ 

A. PérsL. 

1 . Bibl. QtU Champ., XXI, p. 204. 

2. Commune de Ricey (Aube), trr. de Bar-sur-Seioe, chef-lieu de canton. 

3. Aube, arr. de Bar-sur-Seine, cent, des Riceya. 

4. Tonne, arr de Tonnerre, cent, de Gnizy; 

5. Aube, arr. d'Arcis -sur- Aube, oant. de ^lérj-sur-Seine. 

6. Aube, arr. d'Arcis-sur-Aube, cant. de Méry- sur-Seine. 

7. Bibl. nat. Champ,, XXI, p. 204. 



CHaiSTOPHtt D*BSSOTBS 377 



PIECES JUSTIFICATIVES INÉDITES 



Compromis entre Christophe d'Essoyes et le comte 
de Champagne Tliibant IV. 

Omnibus présentes litteras inspecturis, fraler Christophorus, 
Molismensis ecclesiœ minister humilis, salutem in Domino. 

Noverint universi qud cum dominus Tlieobaldus, rex NavarraB, 
Campaniœ et Briœ cornes palatinus. saisivisset et in manu suâ 
teneret Artonai, Rumiliacum, Poligniacum et Granceium super 
Oursam, cum perlinontiis earumdem villarum, quse omnia suut de 
custodiâ ejusy nos, de assensu nostro, per dilectos fratres nostros, 
fratrem Nicolaum camerarium nostrarum (sic) et fratrem Rober- 
tnm, secretarium nostrum, dominum regem petiimus ut de omni- 
bus prœdictis nos restitoeret, qui de omnibus prœdictis villis, 
praeterquam de Arlonai, cum ejus pertinentils, nos reslituit, quam 
villam tenere débet, cum ejus periinentiis, pro monachis procu- 
randis qui dictam abbatiam exierint, occasioue discordiœ inter 
nos et ipsos ortœ. • 

Qnod ut ratum et ûrmnm pèrmaneat, prsesenlibus litteris sigil- 
Inm nostmm apposnimus. 

Actum anno Domini mccxu, mense aprili. 

(Bibl. nat., V de Colbert, t. LX, p. 236.) 



Reconnaissance de 400 livres consentie par Christophe 
d'Essoyes en faveur du chevalier Anseau de Cré- 
mone. 

Omnibus présentes litteras inspecturis, magistef Theobaldus de 
Pomor, officialis Trecensis, in domino salutem : 

Noverint universi quod nos taies litteras vidimus et de verbo ad 
yerbum legimus, sub bis verbis : 

Universis présentes litteras inspecturis, frater Ghristopborus, 
Molismensis Ecclesiœ bumilis abbas^ et frater Robertns sacrista 
loci ejusdem, salutem in domino. 

Noverit universitas vestra, quod nos dilecto et fideli jnostro Do- 
mino Ansello de Gremona, militi, debemus quadringentas libras 
Prnviuiensium, pro servi Lio quod ipse nobis et ecclesiœ nostrœ 
fideliter impendit et se in futur um impensurum promisit, sine alio 
salario, bonâ fide, pro posse suo» corporali super hoc prœstito 



378 CHRISTOPHE D*BSSOTES 

jaramento, in omnibus negotiis ecclesiae quandiu Tizerit, qai 
sint (sic) conlra personas quibus, anle confectionem preesenliam 
erat obligat4is per homagium vel alio yioculo, conlra quod, sal?A 
honnestate suâ, veuire non posset, de quibus quidem trecentis 
libris, de voiunlale ipsius,per juramentum uostrum corporaie super 
hoc prœstilum, promisimus solvere, nomine ipsius, in nundinis 
sancU JoannisTrecensis proximo venturis, residuam vero sumraaro 
in nundinis sancti Remigii Trecensis proximo post sequentibus, 
apiid Trecas, dominœ Agnetœ, uxori, et Golino Oiio, et Guioto de 
Yaussenain, genero ejusdem, pro qua solutione faciendâ, Petnis 
Lifos, majoi\ et ioannes li Champenois, prsepositus de Essois, 
fratres nostri abbatis prœdicti, de mandato nostro se plegios et 
principales debitores constituerunt per juramentum suum, qn6d 
ipsi ad nundinas venienl infra rectum pagamentumi et exindenon 
recèdent sine licenliâ dictœ dominœ, qnousque de dicta summâ 
fuerit plenariè satisfactum. Promisimus quoque prsefato Ansellot 
per dictu m juramentum, qu6d quamcitiùs poterimus, bonâ fide» 
procurabimus qn6d conventus noster^ sub hac eâdem forma, ad 
soiutionem prfrdiclam faciendam se obligare per litteras sdo sigillo 
munitas, et ad hoc etiam nos prœfato modo obligamus, qu6d duos 
bonos et meliores burgen!<es Molismi faciemus obiigari secundum 
quod dicti fratres P. et i se obligaverunt, et qu6d si forte, qnod 
absit, aiiquem ipsorum plegiorum mori contingeret, nos infra de- 
cem dies et a morte ipsius computandos, œquè bonos et suifR- 
cientes plegios et deblitores daremus, qui prœdictis dominse et G. 
et G., prœfato modo se obligarent; obligantes etiam propter hoc 
omuia bona tam mobilia quàm immobiiia ad nos et dictom mo- 
nasterium quomodocumque pertinentia, ita qu6d si dicta solntio 
loco et tempore prtedictis non fiât, jicilum sit prœdictis domi- 
née et swpè dictis G. et G. et cuilibet ipsorum, eadem, ubicumque 
fuerint inventa, saisire et tenere et etiam vendere mobilia, quoùs- 
que de dicta pecuniâ eisdem fuerit satisfactum, et de damnis et 
expeotis quœ propter hoc sucurrissent. 

In quorum testimonium et tirmitatem duo paria litteramm cou- 
fecta suut et sigiilis nostris munita, quorum unum habemos, aiiud 
yero habui, ego Ansellus prœdictus, qui coofiteor et recoguosco 
me prœfato modo obligasse ad dicta servitia impendeuda et per 
dictas litteras me obligo, sigillum meum etiam eidem apponendo. 

Actum in die Ascensionis Domini, anno Domini m* cc<* xlj apud 
villam et prioratum sancti Benigni molismensis eœnobii. Nos 
latem, ofticialis pra^dictus, priesenti scripte sigillum Trecensis 
eariœ apposuimos, anno eodem m« ce* x|j» mense augnsto. 
;Bihl. nat., Yc de Golberl, t. UCU, p. 20 seqq.) 



CHRISTOPHB d'bSSOYBS 379 



111 

Abandon fait par Christophe d'Bssoyes, au Pitancier de 
Molesme, de certains revenus de Pabbaye à Verpil- 
lières et à Bar-sur-Aube. 

Nos frater Chrislophorus, humilis abbas Molismensis, notum 
facimuB uoiversis présentes litleras iospecluris, qu6d nos oinnes 
reddilus et proventns qui evenienlet poteruntevenire el baberiet 
recipi a vinea et pratis et manso si lis apud Vulpileiras^ que omnia 
acquiâivimus a Johanne Sacbarasi et Ysabela uxore ejus, et xx^ vi 
solidos censuales, sitos apud Barrum saper Albam, qui fuerunt ac- 
quisiti a Milone domicello de Malay, concedimus, assignavimus pic 
tanciario Molbmensi, pro anniversariis domini Guiardi Pinot et 
uxoris sue Marie et filiorum suorum Barlholomei et Raynerii de 
Musiaco, defunctorum, singulis annis in perpetuum faciendis ; et 
die cujuslibet anniversarii tenetur et teneatur facere pictancia- 
rius, de prediclis redditibus, pictanciam conventui Molismensi; et 
sciendum qu6d predicli redditus seu proventns fuerunt acquisiti 
de pecuniâ dictorum Guiardi et uxoris sue et supradictorum lilio- 
rum suorum. 

Datum in crastino Ascensionis Domini, anno Domini miiletimo 
ducentesimo quinquagesimo, mense roaii. 

(Arcb. de la Côte-d*Or, H. 267, original sur parchemin.) 



IV 

Traité de pariage entre Christophe d'Essoyes 
et Thibaut IV, comte de Champagne. 

Nos frater Cbristophorus, humilis abbas Molismensis et ejnsdem 
loci conventusy notum facimus universis tàm presentibus quàm 
futuris, qn6d nos in tota justiciâ nostrâ, quam habemus in homi- 
nibusetfeminis, in bosco et piano, apud Rumiliacum, apud Serre^ 
apud Monces, apud Waudes, apud Voves, apud Sanctum Patro- 
clum prope Cappas, apud Corgelains^ apud Fulcheres, apud Frai- 
nines et apud Seles, et in remaneiitiù quam habemus in dictis vil- 
lis^ illustrem virum Theobaldum, Del gratiâ t-egcm Navarre, Cam- 
panie et Brie comitem palatinum, et heredcs sucs comités Trecen- 
ses, in perpetuum associamus, et medielaletn emendarumeteschie- 
tarum homiuum et feminarum^ quas habemus in prefatis villis, 
dicte Régi et heredibus suis in perpetuum concedimus possiden- 
dam;etiterum medietatem abonamentorum et tatliarnm, que 
taille Oent et recipientur in domibus noslris apud Rumiiiacum et 
apud Fulcherias de hiis que pertinent ad prioratum, tam^de man- 
date Qostro quàm de mandato dicti régis et heredum suorum; 
similiter et abonamenta et omnia alla ad dictas villas pertinentia, 



380 CHBlSTOt^HB D*ESSOYBS 

que habemus Ûeri vel dividi inter nos et ipsos in domibus nostris 
apud Romiliacum et apud Pulcherias de hiis que pertinent ad 
prioratum, tàm de mandato nostro quàm de mandato ipsorum, et 
tuuc per mediurc dividenlur, tali siquidem conditione qu6d in 
dictis villis et ûnagiis earundem, in hominibus et feminis dicte 
Societatis, ubicumque morentur, medietasjustitiœ et abonamento- 
rum et talliarum nostra erit in perpetuum, et altéra medietas erit 
dicti régis et heredum ipsius. Si vero aliquis bominum vel femi- 
narum dicte societatis sine corporis sui herede decesserit^ medie- 
talem bereditatis, que ratione escbeite ad ipsos deveniret, in manu 
sua non poteront retirere, uec alicui vendere, dare, vel conferre 
nisi boroinibus vel ferairtis dicte societatis, nec nos similiter me- 
dietalem dicte hereditatis, que ratione eschiete ad nos deveniret, 
in manu nostra poterimns retinere, nec alicui Tendere, dare, vel 
conferre, nisi hominibus vel feminis dicte societatis. Mobilia vero, 
si qua fuerint, legatis et debitis primé persolutis, inter nos et dic- 
tum regem, vel heredes suos, per médium dividentur. In redditi- 
bus sive proventibus, feodis et rébus aliis, que nos in dictis villis et 
in finagiis earumdem habemus, dictus rex, aut heredes sui, nichil 
capere poterunt, vel vendirare, sed nos, sine participatione dicti 
régis et heredum suorum, omnia supradictahabebimus integraliter 
et capiemus, exceptis rébus supradictis, in quibus dictum regem et 
heredes ejus associamus specialiter et expresse. Omnia ver6 bona 
nostra ad dicta loca pertinentia tenentur bonâ fide, tamquam sua 
propria, custodire sine prejuditio juris alieni. 

Si autem contigerit quod bomines vel femine nostre de MoUsmo, 
sive de altéra terra noslrâ ad dictas villas per maritagium venerint 
moraturi, de societate erunt supradictâ; et si homines nostri vel 
femine nostre, qui sic venerint apud Molismum, sive ad aliam 
terram nostram, per maritagium venerint moraturi, sine recla- 
matione dicti régis vel heredum suorum libéré et intégré erunt 
ecclesie memorate, hoc salvo qu6d homines vel femine recedentes 
de locis dicte societatis, ea que ibidem adquisierint, vendere, vel 
alio modo alienare tenebuntur, infra annum, hominibus rema- 
nentibus in locis dicte societatis; qu6d si non fecerint, extunc 
omnia adquisita erunt nostra et dicti régis, vel heredum suorum, 
et per médium dividentur. 

Item sciendum qu6d si homines vel femine dicti régis vel here- 
dum ipsius, in dictis villis existentes, et qui per maritagium juncti 
sunt^ vel fuerint, cum hominibus vel feminis dicte societatis, inter 
nos et dictum regem et heredes ipsius communes erunt, ita qn6d 
eos qui ad dictas villas, de juridictione propria dicti régis vel here- 
dum suorum mansuri venerint, si ad eorum jurisdictionem reverti 
contigerit, sui erunt, hoc salvo quod homines, vel femine, recedentes 
de locis dicte societatis, ea que ibidem adquisierint vendere, vel alio 
modo alienare tenebuntur, infra annum, hominibus remanentibus 
in locis dicte societatis; qu6d si non fecerint^ extunc omnia adqui- 



CHBISTOPUB D BSSOTBS 381 

sita erunt nostra et dicti régis vel heredum suorum et per médium 
dividentur. 

Dictus vero rex et heredes ejus nullum homiaem, sive feminam 
nostram, de vil lis predictis, in terra suâ poterunt retinere nec 
defendere contra ecclesiam aostram, nisi qai de dominio ipsorum 
ibi venerint, si redire ad jurisdictioaem eorum contigerit, ut supe- 
rius est expressum. 

Et sciendum est quod quotiens apud Molismum abbas coasti- 
tuetur Dovus, homines et femine predictorum locorum ûdelitatem 
facient novo abbati constituto ; similiter facient comiti Gampanie, 
qui Qovus veniet ad regimen comitatus Trecensis. Et ne aliquis 
prepositorum vel servieutum (iicti régis, vel heredum suorum ia 
diclis bominibus et feminis. villis et fîaagiis earumdem aliquid 
dominiam val justitiam velit reclamare, aut audeat exercere, 
prepositus, de assensu nostro et dicti régis, prediclâ societate 
servanda la dictis vilJb statuetur, et faciet juramentum lidelitatis 
nobis et dicto régi, vel heredibus suis, antequam de prepositnrâ se 
intromiltat; et si se, aote juramentum, iutromitteret, sexaginla 
solidos emendaret, que emenda per médium divideretur. 

Si prepositura venditur, de commuai assensu vendetur et precium 
venditionis inter nos etdictum regem vel heredes suos equaliter di- 
videlur. Prepositus vero de medietate dicte venditionis, antequam 
de prepositnrâ se intromittat, bonos plegios, vel aliam sec'uritatem 
coupetentem dabit nobis, et régi, vel heredibus suis de aliâ medie- 
tate. Si autem prepositura non veodatur, prepositus omnium acqui- 
sitorum, donorum, sive exactionum, de quocumque loco veniaut, 
vel quocumque modo fiant, ratione dicte societatis, per juramen- 
tum suum reddet nobis medietatem, et dicto régi, vel heredibus 
suis, aliam medietatem. 

Evoluto autem anno, prepositus dictarum villarum vel ex loto 
mutabilur, vel de novo restiluelur; qu6d si restituatur, juramentum 
fîdelitatis faciet tamquam novus. 

Si autem rogatam fecerimus in diclis bominibus, sicut solet fieri, 
ioter nos et diclum regem, vel heredes suos, erit commune quicquid 
acceperimus ab eisdem. Similiter, in omnibus modis et comraodis, 
que dictus rex, aut heredes sui, a prefalis bominibus et feminis 
prece, minis, vel graliâ, seu quolibet alio modo babuerint, per 
médium dividenlur. 

Preterea sciendum est qu6d homines nostri de Rumili et de totâ 
potestate Rumiliaci, dicto régi et heredibus suis debent exercitum, 
prout consueverunt. Qui autem ad submonilionem dicti régis, aut 
heredum suorum comitum Campanie, ire contempserit, vel non 
ierit, emendabit, cujus emende medietas erit nostra et altéra 
ipsorum. Que submonitio, quotienscumque facta fuerit, ex parte 
meâ, vel heredum meorum, vel mandati nostri^ det per servientem 
communiter electum ; idem autem serviens tenebitur facere sub- 
monitioaem prediclam ad solam requisitionem meam et heredum 



382 CHBISTOPHB D'sSSOtES 

nieonini, vel mandati noslri; qu6d si non fecerit, tenebitur ad 
emendam, que nobis et dicto regi erit commuais. 

Et sciendum est qu6d si diclus rex, vel heredes sui, in dictis locis 
aliquid acquisierint, salvis feodis suis, bonâ fide, medietatem acqui- 
sitorum habebimus, priùs a nobis medielate probalorum sump- 
tuum persolutâ, Similiter si nos aliquid acquisierimus in dictis 
villis, vel in finagiis earunidem, salvis feodis nostris, medietatem 
acquisilorum habebit diclus rex et beredes sui, boua fide priùs ab 
ipsis medielate probalorum sumptnum persolutâ. 

Nec in jam dictis villis, vel in finagiis earumdem, aliquid novum 
facere poterunt, neque statuere, sine assensu et volunlate nostra, 
neque destituere constitutum, neque nos sine ipsis. 

Gistum etiam capere non poterunt in villis memoralis, nec ali- 
quam omnino servitutem a diclis hominibus et feminis requirent, 
nec requiri facient, nisi secundùra quod superius est expressum. 

Salvamentum vero, quod diclus rex babebal apud Seles, inter 
nos et ipsum, vel heredes suos, per médium dividelur. 

Nemora autem de Ervi et de Fave, que vocanlur uemora Rumi- 
liaci, erunt communia, et duo foreslarii tantummodo, de assensu 
noslro et dicli régis vel beredum suorum, statuentur ad dicta 
nemora custodienda; qui forestarii per juramentnm suum, nobis 
et ipsis prius preslilum^ de omnibus forefactis, coram mandato 
ipsorum et noslro, in domibas nostris apud Rumiliacum, fideliter 
compulabunt, et per juramentum suum reddeot nobis medietatem 
et aliam diclo regi vel heredibus ejus. 

Similiter de panagiis et de omnibus rébus aliis, que ratione nemo- 
rum possunt vel debent exigi vel recipi, medietatem recipiemus et 
dictas rex vel heredes sui aliam medietatem. De dictis vero nemori- 
bus, quolienscumque facla fuerit venditio, prectum vendilionis, que 
de communi assensu débet fieri, inter ipsos et nos per médium divi- 
delur; ila tamen qu6d de dictis nemoribus capiemus quicquid 
nobis necesse fuerit ad usum Molismi, Polineii, Rumiliaci, cum 
appendiciis suis, et pro omnibus aliis aisanciis nostris propriis fa- 
ciendis, exceptis prioratibus nostris, tàm in grosso quàm in gra- 
cili, jacente et stanle, sicco et viridi, a pede asqae ad cimam. Simi- 
liter diclus rel et heredes sui omnimodum usaatiam in dictis 
nemoribus habebunt pro omnibus aisantiis suis propriis faciendis. 
Sed de diclis nemoribus alicui conferre non poleraat, nisi de 
assensu nostro, nec nos similiter sine assensu ipsoram et tolaa- 
tate : hoc autem intelligitur de nemoribus iu quibos habebat 
graeriam diclus rex et heredes ipsias, salvis etiam sibi et heredi- 
bus suis nemoribus suis, in quibus antea nichrt percipiel^amos. 
Hanc aalem societatem fecimas salvis nobis nsuariis, terris, pratis, 
decimis, redditibus et rébus aliis, que habemas tàm ia dictis villis 
quàm in finagiis earundem, exceptis supradictîs, in quibas dictom 
regem et heredes ipsius specialiter et expresse associamas. Dictus 
▼ero rex, Tel heredes sui, neqae pro pace aliqaft, neque pro casa ali- 



CHRI8T0PHB d'bSSOTBS 383 

quo, societalem istam in aliâ maou ponere, dare aui commeodare 
noD poteruiit, nisi in manu sua; sed quicumque cornes «rit ctvita- 
tis Trecensis dictam societatem in manu sua propria relinebit; qui 
et idem cornes et ejus successores, qaocienscumque novi erunt, 
militem unum in animas suas jurare facient qu6d bec omniabonà 
Ode tenebunt et ûrmiter observabunt, requisiti ab abbate Molis- 
mensi, nec in aliquibus provenlibus dictarum villarum, vel tinagio- 
rum earumdem, aliquid percipientdonecdictum prestiterint jura- 
mentum. 

Ut autem bec omnia rata et inconcassa permaneant et in per- 
petuum inviolabiliter observentur, litteris adnotata sigillorum 
nostrornm fecimus munimine roborari. Âctum anno Domini 
M» ce*» L", mense julio. 

(Archives nalionaleâ. J. 495, n« 79. — Original sur parchemin. 
— Scellé jadis de 2 sceaux sur lacs de soie rouge. Un seul de ces 
sceaux subsiste, celui de Christophe» abbé de Molesme, décrit dans 
'inventaire de Douet-d'Arq^ n* 8848. — Analysé dans le t. 111 de 
l'Inventaire des Layettis du trésor des chartes, n? 3884 (coll. des 
Arcb. nat.). 



SOUVENIRS OU COMTE OE PLANCY' 

(1795-1815) 



CHAPITRE II 

Séances du Conseil d'Etat. — Mission dans les départements de 
la Belgiqae. — Ma nomination à la Sous-Préfecture de Soissons. 
^ Répétitions et céréaK>nie du Couronnement. 



Après le départ de Barras, je repris ma vie de jeune 
homme tant à Paris qu*à la campagne, sans plus avoir de 
relations avec les gens en place. Au bout de deux années 
de cette existence, je songeai à me marier, et ayant eu 
Toccasiun de rencontrer plusieurs foisia fille du troisième 
Consul Le Brun, je sollicitai sa main qui me fut accordée 
plusieurs mois après. 

Je n'ai pas besoin de m'étendre ici en éloges sur le mérite 
et le talent de ce haut fonctionnaire, aussi bon père que 
bon ami et bon citoyen : la France entière comme sa 
famille ont pu les apprécier. Mon contrat de mariage fut 
signé par le premier, le second et le troisième Consul, par 
Joséphine, ainsi que par tous les frères et beaux-frères de 
Biura^Kirle. A côté de la signature de ces personnages, qui 
iom devinrent Empereur, Impératrice, Rois, Reines, 
rriuces ou Princesses, figurait, curieuse antithèse, celle du 
\Am illustre des républicains, le général Kosciusko, qui, 
uial^rè tant de glorieux combats livrés à la Russie, ne 
pal vint pas à sauver l'indépendance de la Pologne. 

Mou beau-père, à qui j'avais fait part de mon désir 
il'iiitrer dans TAdministration, demanda pour moi une 
p].m^ d'auditeur au Conseil d'Etat que le Premier Consul 
m'arcorda aussitôt comme cadeau de noce. 

Jn suivais avec mon beau-père toutes les séances du 

* ^oir page 801, (ome Xll de la Revae de Champagne. 



SOUVENIRS DU COMTK DB PLAi^GY 385 

Cooseil d'Eut, qui étaient toujours présidées par le Premier 
CoDSul, et je fus ainsi initié à toutes les affaires de l'Inté- 
rieur, de TExtérieur, de la Guerre, de la Marine, des 
Finances, du Trésor, de la Police, etc.. A Tépoque où 
j'étais admis à en faire partie, la docte Assemblée s'occupait 
de l'élaboration des Godes immortels, formés de Tamal- 
game des anciennes coutumes de la France avec les pres- 
criptions nouvelles que réclamait une société rajeunie. 
J'eus la bonne fortune d'assister aux lumineuses discus- 
sions d'où sortit le célèbre document juridique qui devait 
désormais régir la France entière et dont Tusage, en plus 
d'un pays, survécut à notre influence ou à la domination de 
nos armes. 

L'étude des hautes questions qu'agitaient en ces réunions 
les jurisconsultes les plus éminents de Tépoque, contri- 
buèrent à former mon jugement et à me donner Téducation 
nécessaire pour les fonctions auxquelles j'allais être bientôt 
appelé. 

De ce que le Premier Gonsul présidait toujours le 
Conseil d'Etat, certaines personnes ont voulu inférer que 
cette assemblée était servile et lui obéissait en tout. Je 
puis, au contraire, affirmer que les hommes les plus 
éclairés de France, en toutes les spécialités qui la compo- 
saient, y délibéraient en pleine liberté et que rien n'entra- 
vait jamais leurs discussions. 

Bonaparte s'attachait bien plus à profiter de leurs 
lumières qu'il ne prêtait attention à leurs opinions poli- 
tiques. Parfois même, voulant égayer les débats, il apostro- 
phait en ces termes quelqu'un des conseillers : « Voyons, 

M , vous qui êtes jacobin, donnez-nous votre opinion, 

et vous, M , qui êtes royaliste, dites-nous quelle est la 

Tôtre. t En d'autres circonstances, il suspendait la discus- 
sion pour causer familièrement. 

Ghacun sait ce qui se passa, lors de l'attentat dirigé 
contre le Premier Consul au moyen de l'explosion d'.une 
machine infernale. Quelques-uns des complices de l'attentat 
étaient cachés dans Paris, notamment Georges Gadoudal. 
Le lendemain même du crime, Bonaparte, qui aurait pu 
se trouver sous l'impression d'une émotion bien naturelle, 

25 



386 SOUTBNIRS DU GOMTB DE PLAXCT 

s'entretenait de eMte affaire avec on calme fraiiMit admi- 
rable. « A Theore qo'il est, disait-il, les Anglais débarquent 
a tonjoors des conspirateurs pour rejoidre ceox qui sont 
a cacbés dans Paris et qui peuTent n'avoir pas encore en 
c connaissance de Tévénement. Ce sont des Taisseanx 
a anglais qui les déposent au bord de la mer, sor des 
a rochers d'ob, à l'aide de cordages, ils escaladent des 
a endroits inaccessibles de la côte pour échapper à la sur* 
a veillance. A l'instant où je vous parle, il en débarque 
a encore qui s'acheminent vers Paris, séjournant de ferme 
« en ferme. » 

U proposa en conséquence ao Conseil d'Etat de bire 
fermer les barrières et d'édicter la peine de mort contre les 
personnes qui auraient recelé des conspirateurs. 

Le Conseil d'Etat semblait hésiter beaucoup à adopter 
des mesures aussi sévères, mais Bonaparte insista en lui 
disant : « Ne savez-vousdonc pas qu'il se trouve dans Paris 
<x d'anciennes religieuses ? Les bonnes filles dévotes abrf» 
« tant quelquefois par charité ces sortes de gens : mais, 
« comme elles respectent aussi les lois, quand elles sa«« 
<c root qu'il en existe à ce sujet, elles ne voudront pas 
<K désobéir. » La mesure réclamée (ùt finalement prise. 

On ne parvint pas à arrêter de suite Gadoudal, qui réussit 
à 8*échapper plusieurs fois au moment même où on était 
sur le point de le saisir, en sorte, nous disait Bonaparte, 
qu'à différentes reprises on trouva son lit encore chaud. 

Dans un de ses jours d'épancbement, Bonaparte, qui 
avait été prévenu probablement par la police d'un bruit 
ayant coursa Paris, et d'après lequel M. de Schwarzenberg, 
ambassadeur de l'Empereur d'Autriche, cachait des armes 
dans son hôtel, dit avec assez de vivacité en plein Conseil 
d'Etat: 

<c Les Parisiens ne me connaissent donc pas encore : ils 
« ne savent donc pas que si M. de Schwarzeoberg cachait 
« des armes chez lui, je ne le considérerais plus comme un 
« ambassadeur, et que je le ferais pendre à la porte de son 
Ci bôtel comme un conspirateur, sans croire pour cela 
c blesser le droit des gens. )> 

Lorsqu'il fut devenu Empereur, comme lorsqult était 



SOUVBNIRS du OOMTB D8 I^LANCt 387 

Premier CoDSoI, Bonaparte s'attachait à présider les séances 
do Conseil d'Etat, et il aimait à donner souvent à ses déli- 
bérations on toor de causerie familière ; c'est ainsi qu'une 
fois ii dit tout à coup : t II parait que le bruit court à Paris 
c que je Tais avoir la guerre avec rAotricbe et que cette 
c Puissance fait de grands armemens : mais Ton ne sait 
c donc pas que si l'Empereur d'Autriche achetait un seul 
« cheval, je serais à Vienne avant qu'il ne fût harnaché. • 

Un jour qu'il était question des traitemens du clergé, 
l'Empereur demandait que ces traitemens fussent augmen- 
tés, mais le conseil d'Etat ayant fait de sérieuses objections, 
l'Empereur répondit assez vivement : « Mais ne savèz-vous 
c donc pas que les curés sont ma meilleure police. » 

Une autre fois la loi sur les préséances était en discus- 
sion. Lorsqu'on en vint au rang que devaient observer entre 
eux les Préfets, les Généraux, les Evoques, le débat se pro- 
longea longtemps. L'Empereur insistait pour que les 
Évoques fussent placés les premiers ; malgré qu'il eût dit 
que, si cela dépendait de lui, il leur donnerait le pas sur 
lui-même, le Conseil d'Etat tint bon et les Evéques n'eurent 
pas le premier rang. 

Je ne raconte ces anecdotes que pour témoigner une fois 
de plus, aussi bien de la noble indépendance du Conseil 
d'Etat que de la sagesse de Napoléon. 

Toutes les délibérations étaient suivies d'une mise aux 
voix, et la proposition une fois votée, l'Empereur ne 
laissait jamais paraître Tombre d'un mécontentement : il 
faisait passer à une autre question. Tout respirait le calme 
et la bienséance Jamais ni discours pompeux, ni moqueries 
ou amertumes : chaque raisonnement était appuyé d'argu- 
ments solides. Il se dégageait de ces séances une impression 
de dignité, telle que la devraient toujours garder dans Iji 
discussion des intérêts publics, des hommes sages et ex- 
périmentés qui ont le respect d'eux-mêmes autant que 
celui des autres. Cet accord qui régnait dans le Conseil 
d'Etat, d'où l'intrigue, la jalousie, l'orgueil comme la ser* 
vilité étaient, je le répèle, strictement bannis, donnait à 
cette assemblée chargée de préparer toutes les lois qui 
devaient être soumises aux votes de l'Assemblée législative 



388 SOUVFNIHS DU COMTE DK PLANCY 

et du Sénat, une influence considérable, et en faisait vrai- 
ment le premier corps de la nation. 

Un jour où la réunion se tenait à Saint-Gloud, M. 
Regnauld de Saint-Jean-d'Angély, Conseiller d'Etat, dit au 
Premier Consul qu'en raison de l'importance de la dis- 
cussion qui allait s'ouvrir, il serait peut-être nécessaire que 
les auditeurs se retirassent. Mais le Premier Consul lui 
répondit avec un bienveillant sourire : f J*ai autant de 
« confiance dans mes auditeurs que dans mes conseillers 
« d'Etal », et il ordonna seulement aux huissiers de sortir. 
Puis il demanda qu'on prêtât serment de ne rien divulguer 
de ce qu4 allait être discuté avant qu'un sénatus-consulte 
n'eût été promulgué pour le ratifier. Le serment prêté, on 
se mit à délibérer sur l'organisation d'un gouvernement 
impérial. Durant le cours de cette intéressante discussion 
qui se prolongea plusieurs jours sans qu'il en transpirât 
rien, le Premier Consul émettait son avis sur toutes les 
questions avec une telle liberté d'esprit et même une telle 
gaîté qu'il semblait n'y avoir aucun intérêt personnel. 

L'article ayant trait aux armes de France occupa à lui 
seul plusieurs séances et c'est un de ceux sur lesquels il fut 
le plus difficile de se mettre d'accord. Les uns étaient d'avis 
de garder simplement les anciennes armes de France, les 
autres de prendre pour emblème un lion endormi, une de 
ses pattes étendues sur la carte de France, comme pour en 
défendre les frontières. Il y en eut qui proposèrent un 
aigle, mais leurs contradicteurs firent observer que cer- 
taines Puissances avaient déjà pour armes un aigle disposé 
de différentes manières, et qu'un pareil choix pourrait nous 
attirer la guerre, alors qu'une jeune dynastie ne pouvait 
bien s'asseoir qu'à la faveur de la paix. Celte dernière ob- 
servation amena une réplique du Premier Consul qui mar- 
motta à voix assez haute : f Ma dynastie sera une des plus 
€ vieilles. » 

On ne savait pas non plus comment parsemer le man- 
teau impérial : les uns voulaient qu'il fût brodé des an- 
ciennes fleurs de lys, les autres d'abeilles. Les partisans des 
abeilles soutenaient qu'au temps des premières dynasties 
qui régnèrent sur notre pays, les abeilles se voyaient dans 



SOUVENIRS DU COMTE DE PLANCY 389 

les armes de France, et que les fleurs de lys o'étaieot que 
des abeilles mal dessinées, auxquelles elles s'étaient substi- 
tuées par corruption. Gesraisonnemens remportèrent et les 
abeilles furent adoptées. 

L'étude de tant de graves questions ne suffisait pas cepen- 
dant à détourner Bonaparte des préoccupations que lui 
causait l'attitude belliqueuse des ennemis de la France. 
Depuis quelque temps il prenait ses dispositions pour 
opérer une descente en Angleterre et il venait de se rendre 
à Boulogne-su r-Mer afin d*y inspecter tous les bâtiments 
de la flotte ainsi que les troupes qu'il avait réunies en vue 
de cette expédition. On sait qu'un Auditeur au Conseil 
d'Etat partait de Paris chaque semaine pour porter au 
Premier Consul, partout où il se trouvait, les portefeuilles 
de tous les Ministres. Le deuxième Consul, Gambacérès, 
devenu Arcbicbancelier, voulut bien me charger de cette 
honorable commission. Je me rendis donc au Pont-de- 
Brique, maison d'assez belle apparence située à la porte de 
la ville de Boulogne et où Bonaparte avait établi son quar- 
tier général. Je lui remis mes dépêches en main propre, et 
quand il eut lu la lettre de Gambacérès, il me dit de remettre 
le portefeuille au Ministre d'Etat. Je le lui portai aussi- 
tôt. M. Maret me prévint alors de l'habitude qu'avait 
Bonaparte, lorsqu'il signait le travail des Ministres, défaire 
appeler l'Auditeur qui l'avait apporté, parce que celui-ci 
ayant assisté aux séances du Conseil d'Etat» il lui faisait 
souvent des questions sur ce qui avait été dit. Je devais en 
conséquence me représenter le lendemain à dix heures du 
matin. Je n'eus garde de manquer au rendez-vous, mais 
l'Empereur était si occupé de sa flottille, de la revue qu'il 
devait passer, de la première distribution des croix de la 
Légion d'honneur qu'il venait de créer peu de temps au- 
paravant, qu'il remit au lendemain la signature des porte- 
feuilles. Il fit de même pendant plusieurs jours : enfin le 
Ministre-Secrétaire d'Etat m'annonça que Bonaparte avait 
la veille au soir signé le travail et qu'il me donnait une 
mission pour les Départements de la Belgique. M. Maret 
ajouta qu'il m'attendait le lendemain matin pour me remettre 
mes instructions signées de l'Empereur, et qu'il allait me 



390 SOUVENIRS DU COMTB DB PLANCT 

préparer mes passeports. Le leDdemaiD» eo effet, je reoanis 
iostractioDs et passeports. 

Je fusviîemeDt impressioDoé parla figure noble etdooœ 
de M. Maret, qui respirait la bonté. Sa tendre bienveillance 
m'émut au point que le souvenir en est aussi présent à mon 
esprit qu'il y a quarante ans, et ma reconnaissance envers 
lui est restée aussi vive qu'elle Tétait à cette époque. 

Je me mis directement en route de Boulogne. J'avais 
24 ans : on comprend donc bien que ma mission n'avait pas 
rapport aux grands intérêts de TEtat, mais Bonaparte vou- 
lait former des hommes et tenait à les éprouver avant de 
leur accorder sa confiance. La mauvaise récolte qui se 
faisait pressentir partout, donnait les plus vives inquié- 
tudes à Bonaparte, particulièrement, alors qu'il était sur le 
point de réaliser son projet de descente en Angleterre. Les 
moissons, pensait-on, avaient été détruites par une succes- 
sion d'orages sur un grand nombre de points, notamment 
en Belgique que Ton avait coutume de regarder comme le 
grenier de la Hollande, de l'Allemagne et même de la 
France. 

Ma mission était précisée dans les instructions suivantes 
écrites de la main même de l'Empereur : 

« Boulogne, le 17 thermidor an XIL 

a M. de Plancy se rendra dans les cantons les plus abon- 
c dans en bled des Départemens du Nord, de la Lys, de 
« TEscaut, des Deux Nèthes et de Jemmapes. 

« Sa mission a pour objet de prendre des renseignements 
« sur les apparences de la récolte, sur les dommages qu'elle 
c( a éprouvés par lesévénemens de la saison, et dur la pro- 
« portion dans laquelle on prévoit qu'elle sera en plus ou 
« en moins avec les années communes. 

<x Pour obtenir ces renseigoeinens, il s'adressera d'abord 
c( aux autorités constituées ; il cherchera ensuite à con- 
<c naître par lui-même et sans intermédiaire l'opinion des 
« riches propriétaires et des riches fermiers. 

« li reparles mêmes opérallons pour les Départemens de 
« l'Aisne et de l'Oise en revenant à Paris. 

« Il convient qu'il ne meUç aucune sorte d'ostentation 



SOUVENIRS DU COIITB DB PLÂIfOY 391 

v( dans sa mission qui do doit pas être publiquement 
« connue, et qui produira des résultats d^autant plus dignes 
a de confiance qu'ils auront été donnés à un simple 
« voyageur^ sans autre objet que de voir avec détails pour 
« son instruction des pays dont ragricullure est justement 
<f célèbre. 

« Signe : NapoléON. » 

Je ne manquai pad de faire appel à Texpérietice et à la 
bienveillance de mon beau-père, dont Tappui pouvait 
m'ètred'un grand secours en ces circonstances. Commencée 
le 18 thermidor an XII, ma mission était terminée le 

10 fructidor suivant. J'avais effectué 158 relais de poste et 
m'étais arrêté successivement à Calais, Dunkerque, Lille, 
Tournai, Mons, Gharleroi, Bruxelles, Gand, L'Ecluse, 
Bruges, Ostende, Menin, Douai, Saint-Quentin, Laon, 
SoissonS) Gompiégne, Senlis, Glermont et Beauvkis, sans 
compter nombre de villes et villages intermédiaires. Les 
Préfets m'avaient accueilli partout avec une grande cordia- 
lité et j'en al pour témoignage plusieurs de leurs lettres que 
je relis pârfbis encore avec plaisir. 

Dés mon retour à Paris je rédigeai mon rapport à TEm- 
pereur.et je fus assez heureux pour le satisfaire pleinement. 

11 m'en témoigna sa reconnaissance, et me remboursa de 
mes frais de déplacement qui s'étaient élevés à la somme de 
1,152 livres, en me donnant sur sa cassette particulière, 
une gratification qu'il m'annonça en ces termes : 

« Monsieur de Plancy, auditeur en tnon Conseil d'Etat, 
Cl je vous ai accordé une gratification de quatre mille francs 
« à l'occasion de la mission dont je vous ai chargé et de la 
« manière satisfaisante dont vous Tavez remplie. Sur ce , 

« je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde. ^^' 

<c A Saint-Cloud, le 29 brumaire an XII. 

« Signé : Napoléon. » 

Je lui répondis aussitôt : 

« Sire, je reçois avec une respectueuse reconnaissance 
« la marque de bonté et surtout de satisfaction qu'il a 
(t plu à Votre Majesté de m'accorder. Mon 2èle aurait été 



392 SOUVENIRS DU COMTB DR PLANCT 

« payé d'uD mot de sa bouche et je La supplie de croire 
« dans tous les temps que je mettrai bien plus de prix k 
a son approbation qu'à ses bienfaits. 

« Signé : Plancy. 
<c Paris, le 2 frimaire an XIII. » 

Sur ces entrefaites, Bonaparte, qui organisait la cour 
impériale, me fit offrir par mon beau-pére d'être un de ses 
chambellans avec 12.000 francs de traitement. G*était on 
beau poste surtout à Tàge de 25 ans que je venais d'avoir, 
et un très grand honneur de se trouver en contact fréquent 
avec le chef de TEtat, bien que ce fût surtout dans ses anti- 
chambres. J'aurais pu me laisser éblouir par tous ces avan- 
tages, et la perspective de revêtir un bel habit rouge tout 
chamarré d'or, mais j'eus le courage de refuser cette offre 
et de répondre à mon beau-pére que je ne me sentais pas 
assez de souplesse dans Tesprit pour habiter la cour, et que 
si un jour je parvenais à mériter l'estime de mes con- 
citoyens, je préférerais le devoir à mon travail ainsi qu'aux 
services que j'aurais rendus à mon pays, et que je priais 
Sa Majesté de m'ouvrir définitivement la carrière admini- 
strative. 

Aussitôt TEmpereur me nomma sous-préfet à Soissons, 
poste modeste et peu rétribué, mais qui me suffisait pour 
mes débuts. Il en informait mon beau-père par la lettre 
suivante : 

a Mon cousin, la Préfecture de l'Aisne était destinée lors- 
« que j'ai reçu votre lettre; j'ai nommé M. de Plancy sous- 
« préfet à Soissons. La première année de son administra- 
« tion me portera sans doute à lui donner la première 
« préfecture qui pourra être à sa convenance. Sur ce, je prie 
« Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde. 

(c A Mayence, le 5 vendémiaire an XIU. 

« Signé : Napoléon. » 

D'autre part, le Ministre d'Etat par intérim adressait 
à TArcbitrèsorier la lettre ci-dessous : 

« Monseigneur, je m'empresse de faire passer à Votre 
a Altesse Sérénissime la nomination de M. de Plancy à la 



SOUVBNiaS DU COMTB DB PLaNCY 393 

« sous-préfecture de Soissoos. M . de Plaocy est à tous égards 
<c au-dessus de la place qu'il va remplir,, mais le talent 
a sait agraudir toutes les places, et le zèle saisit toutes les 
« occasions de servir TEtat. 

a Je prie Votre Altesse de vouloir bien agréer Thommage 
a de mon respectueux et inviolable attachement. 

a Signé : PORTALIS 

« Paris, le 17 vendémiaire an XHI. » 

Peu après, le Secrétaire d'Etat m'écrivait : 

a J'ai rbonneur de vous annoncer, Monsieur, que l'Em- 
a pereur en vous nommant sous- préfet de Soissons vous 
« a conservé votre titre et votre traitement d'auditeur. 

<x Agréez, Monsieur^ Tassurance de mes sentimens très 
a distingués. 

(c Signé : Hugues B. Maret. 

a Saint-Glottd, le 2 brumaire an XIII. » 

Le décret de TEropereur, daté de Palais de Mayence et 
du 9 vendémiaire an XIII, portait que j'était nommé a en 
a remplacement d^Octave de Ségur destiné à d'autres fonc- 
a tions ». 

En réalité la sous-préfecture de Soissons était devenue 
vacante par suite de la disparition romanesque de M. de 
Ségur. Les uns prétendaient qu'il avait enlevé une dame et 
s'ét^t enfui avec elle, les autres qu'il s'était battu en duel ; 
ceux-ci qu'il avait été assassiné, ceux-là qu'il était entré 
chez des religieux par désespoir d'amour. Quelques-uns 
supposaient que sous l'influence de ce désespoir il s'était 
engagé dans un régiment sous un nom inconnu. 

Son signalement fut envoyé par toute la France, ainsi 
qu'aux frontières, et tous les agens du gouvernement reçu- 
rent Tordre de faire les plus sérieuses recherches. Gomme 
je fus nommé quelques mois après préfet de la Doire, à 
deux cents lieues de Soissons, j'ignore quel fut le résultat de 
ces recherches. Je crois toutefois me rappeler que quelques 
années plus tard M. de Ségur fut reconnu servant en 
qualité de volontaire dans un régiment. 

Mon beau-père voulut guider lui-même mes premiers 



394 SOUVENIRS DU GOMTB DE PLANOY 

pas dans ma sous-préfecture. Gomme je coosultaîs diivant 
lui la loi sur les préséances pour savoir les visites que 
j'aurais à faire aussi bien que celles que j'aurais à recevoir, 
devinaut ma pensée et désirant me doooer une leçoo qui 
devait me profiter toute ma vie, il me prit le bras et me 
dit simplement : ce Allons voir tout le monde. » 

Tout en me recommandant de ne jamais être chatouil- 
leux sur les questions d'étiquette, il me fit parcourir la 
ville et entrer partout où se trouvaient des fonctionnaires 
publics; Leur élonnement fut extrême en voyant l'Ârchi- 
trésorier et le nouveau sous-préfet se présenter partout 
comme d^anciennes connaissances^ et la noble bonhomie 
du prince Le Brun nous gagna de suite tous les suffrages. 
Il en résulta que j'étais dès le premier jour r&mi de tout le 
monde, et que Ton ne refusait rien à mon administration 
que chacun semblait approuver. 

J'observai depuis lors dans tous mes emplois la même 
simplicité, qui, à mon sens, m^excluait l^i la dignité ni 
rénergie, et grâce à cette ligne de conduite, je trouvai par- 
tout des amis et des concours. 

L'Empereur avait décidé de se faire sacrer dans sa 
dignité impériale et de donner à cette cérémonie tout Téclat 
possible. Il y invita par lettre close, signée de sa main, tous 
les fonctionnaires de TEmpire. Je reçus la mienne en ma 
qualité de sous-préfet de Soissons. En voici la teneur : 

c A M. de Plancy, sous-préfet de Parroiidissement de 
t Soissons du département de l'Aisne. 

t La divine Providence et les constitutions de TEmpire 
t ayant placé la dignité impériale héréditaire dans notre 
f famille, nous avons désigné le onzième jour du mois de 
t frimaire prochain pour la cérémonie de notre sacre et 
t de notre couronnement, Nous aurions voulu pouvoir 
t dans celte auguste circonstance, rassembler sur un seul 
< point l'universalité des citoyens qui composent la nation 
i française. Toutefois et dans rimpoâsibiiitéde réaliser une 
c chose qui aurait autant de prix pour notre cœur, désirant 
€ que ces solennités reçoivent leur principal éclat de la 
f réunion d'un grand nombre de citoyens distingués par 
t leur dévouement à l'Etat et à notre personne^ noul vous 




fiOUVBNIUS DU GOMTR DE PLANGT 395 

• faisons cette lettre pour que vons ayez à vous trouver à 
c Paris avant le 7 du mois prochain, et à y faire connaître 

• votre arrivée à notre grand maître des cérémonies. 

i Sur ce D0Q8 prions Dieu qu'il vous ait en sa sainte et 
i digne garde* 
c Ecrit à Saîm^Glond, le 4 brumaire an XIII. 

€ Siyn^: Napoléon. 
c Le Secrétaire d'Etat, 

f Signé : Hugues B. Maret. » 

En même tems j'étais prévenu que l'Empereur avait 
décidé que les neuf Auditeurs, attachés au Conseil d'Etat, 
auraient des fonctions à remplir le jour du sacre, comme 
Aides des cérémonies, sous les ordres de M. de Ségur. te 
Grand-Maître des cérémonies. 

Je me rendis avec les autres Auditeurs chez le Grand- 
Maître des cérémonies pour y recevoir nos instructions. 
M. de Ségur nous arma d*un petit bâton couvert de velours, 
à pomme d'or et à bout d*ivoire, diminutif de sa canne de 
Maître des cérémonies, puis il nous fit observer que lors- 
que nous nous présenterions avec cet insigne en main, 
toutes les portes du palais ainsi que celles de la cathédrale 
nous seraient ouvertes et que nous pourrions y faire exé- 
cuter toutes les dispositions que nous jugerions utiles de 
prendre. 

M. de Ségur fit ensuite dresser une table fort longue et 
apporter une boîte qui renfermait tous les personnages 
devant prendre part au couronnement figurés en bois, 
chacun avec le costume qu'il devait revêtir à cette occasion. 
Puis le cérémonial en main, nous les dressâmes et les dis- 
posâmes dans Tordre et à la place qui serait assignée à 
chacun pour les diverses évolutions que le cortège devait 
opérer, soit du trône à Fautel, soit de l'autel au trône. 

Grâce à cette étude, nous devions être en mesure défaire 
exécuter le cérémonial à la lettre. Il est à remarquer que 
presque tous les hauts fonctionnaires et les Princes eux- 
mêmes, qui venaient tous d'être promus à de nouvelles 
dignités et n'avaient guère étudié le cérémonial, auraient 
pu apporter quelque confusion dans une marche pour la- 
quelle il fallait autant d'ordre que de dignité. 



M J 



396 SOUVSNIRS DU COMTE DR PLANCT 

Nos répétitioDS avaient lieu dans uoe grande salle du 
Palais des Tuileries, et Von dous a assuré que pendant que 
nous nous y adonnions^ TEmpereur de son côté, en faisait 
une chez lui d'un autre genre, avec le grand acteur tragi- 
que Talma, qui dans les pièces de Corneille^ représentait le 
naieux les Empereurs ou Consuls et portait avec le plus de 
dignité et de noblesse le manteau impérial ou la tunique 
consulaire. 

Il y eut plus d'un cérémonial imprimé et ils différaient 
quelque peu, notamment sur un point qui avait donné lieu 
à discussion. Sur Tun d'eux en effet il était écrit que le 
Pape mettrait la couronne sur la tète de l'Empereur, sur 
l'autre que l'Empereur prendrait la couronne et la poserait 
lui-même sur sa tète. Ce changement avait eu lieu parce 
que TEmpereur avait déclaré qu'il ne tenait sa couronne 
que de son épée. L'Empereur avait voulu en outre que ce 
fût lui qui couronnât Tlmpératrice. 

Le désir de l'Empereur était encore que le cortège 
revêtit le plus d'éclat possible, pour que le peuple de Paris 
en conservât longtemps la mémoire : il avait en conséquence 
prescrit que le cortège se rendrait en voiture à Noire-Dame 
dans Tordre indiqué par le cérémonial ; mais il dut renoncer 
à cette marche pompeuse après qu'on lui eût fait observer 
qu'en supposant quatre personnes dans chaque voiture qui 
mettraient bien quelques minutes pour y monter et pour 
en descendre (tout le monde étant sensé se réunir aux 
Tuileries), il faudrait plus de trois jours pour que les prin- 
cipaux corps de TEtat eussent le temps d'arriver et de 
prendre place. 

Les membres de ces corps se rendirent donc isolément 
à Notre-Dame pour y occuper les places qui leur avaient 
été indiquées. 

Le poste qui m'était assigné était à gauche des marches 
du Trône ; M. de Stassard se tenait à droite. 

La précaution prise par l'Empereur d'adjoindre ses audi- 
teurs au Maître des cérémonies n'était pas tout à fait inutile; 
car je me rappelle que Napoléon, soit par suite de sa 
préoccupation, soit par un effet de son activité ordinaire, 



SOUVENIRS DU COMTB DK PLANCT 397 

marchait tellemeot vite que je fus obligé de Tarrôler à 
diverses reprises eu le tiraut par son manteau impérial. 

Au contraire, plusieurs de ses frères, qui de simples 
généraux venaient d'être élevés à la dignité de Princes, 
oubliaient que leur rang les appelait en iète du cortège, et 
il fallait les pousser pour les maintenir à leur rang. 

Il en étaitde même des emblèmes impériaux. Le Maréchal 
qui portait Tépée de Gharlemagne voulait toujours aller 
plus vite que ceux qui portaient le sceptre et la couronne. 

Après toutes ces splendeurs, je rentrais dans ma sous- 
préfecture et j'y faisais célébrer un service commémoratif. 
Mais presque aussitôt je quittai Soissons pour prendre 
possession de la préfecture de la Doire. 



398 SOUVBNUiS DU COHTB DB PLAMÛT 



PIÈCES ANNEXES 



Le Ministre d'État au Troiiième Comul. 

« Citoyen Cousu), j'ai rbooneur de veut adreeser expédtUet 
c de l'arrêté qui nomme auditeur le citoyen Godard de Ptaoey. 

c Salut et respect. 

c Signé : Hugues B. Marm. 
€ Le 14 filttviôae. » 

« Au nom du Peuple français, Paris, le 14 pluviôse an i2 de 
c la République une et indivisiblo, Bonaparte, Premier Consul 
f de la République, arrête ce qui suit : 

c Le citoyen Godard de Plancy est nommé Auditeur près le 
« Ministre du Trésor Public et la section des Finances du Conseil 
c d'Etat. 

« Signé : Bokapartb. 

c Par le Premier Consul, Le Secrétaire d'Etat : 

a Signé : Hugues B. Marbt. > 

Passeport délivré à M. de Plancy pour se rendre à Boulogne. 

c Napoléon, Empereur des Français, ordonne à tous les corps 
« administratifs et autorités civiles et militaires de laisser passer 
c librement M. Godard de Plancy, auditeur au Conseil d'Etat, 
a chargé de mission exprès de Sa Majesté Impériale. Leur 
« enjoint expressément de ne pas soufifrir qu'il soit mis aucun 
c obstacle à sa marche et à celle de Louis Valadon et du domes- 
« tique, et de lui prêter au contraire en cas de besoin aide et 
c assistance. 

« Fait au Palais Impérial, à Paris, le 6«"« jour du mois de 
€ thermidor de l'an XIl. 

€ Le Secrétaire d'Etat : 

c Signé : Hugues B. Marct. 

fl En marge le sceau du Secrétariat du Gouvernement > 

V Archichancelier à M, de Plancy 
au Palais de VArchitrésorier, rue de Varennes. 

« Je prie Monsieur de Plancy de remettre à mon valet de 
c chambre porteur du présent billet toutes les affaires qui 
c doivent être soumises au Conseil d'Etat. 

c Sa Majesté Impériale m'ayant autorisé k faire moi-même ce 
« service, il est inutile de porter ces affaires-là à Boulogne. » 



SOUVENIRS DU COMTB DK PLANCY 399 

Le Secrétaire général au Ministère de la guerre 
à M. de Plancy, Auditeur. 

€ Paris, le 6 thermidor aa i2 de la République française. 

• Le Minisire en partant m'a prévenu^ Monsieur, que Tarchi- 
c chancelier do-vait envoyer tous les jeudis à Boulogne une per- 
« sonne de confiance et il m'a prescrit de profiter de cette voie 
€ pour lui faire passer une partie de son travail. J'apprends, 
« Monsieur, que vous partez demain, et je vous prie au nom du 
« Ministre de vouloir bien vous charger de quelques porte- 
« feuilles que j'ai à lui envoyer. Je compte les faire remettre 
c chez vous ce soir à 9 heures. S'il fallait les apporter plus tôt, 
c veuillez bien m'indiquer par le porteur l'heure qui vous oon- 
c viendrait davantage. 

• J*ai l'honneur de vous saluer. » 

(Le Ministre delà Guerre était à cette époque le général 
Berthier.) 

Passeport délivré à M. de Plancy, 

t Napoléon» Empereur d«s Français, ordonne à tous les corps 
c administratifs et autorités civiles et miUtaires de laisser passer 
c librement M. de Planej, auditeur au Conseil d'Etat, se rendant 
c dans les Départemens du Nord, de la Lys, de TEscaut, des 
€ deux Nethes, de Jemmapes, de l'Aisne et de l'Oise. 

c Leur enjoint expressément de ne pas souffrir qu'il soit mb 
c aucun obstacle à la marche du dit auditeur et de lui prêter au 
c contraire en cas de besoin, aide et assistance. 

« Fait au quartier général impérial du Pont-de-Brique près 
c Boulogne, le i 7 du mois de thermidor de l'an XII. 

c Le Secrétaire d'Etat : 

< Signé : Hugues B. Marbt. » 

M, Afaret à M, de Plancy, 

" Je prie M. de Plancy d'agréer tous mes souhaits, pour que 
« son voyage soit agréable et l'assurance du plaisir que j'aurais 
c À le retrouver à Dunkerque. Je logerai chez le Maire. 

« J*ai l'honneur d'offrir à M. de Plancy l'expression de mes 
c sentiments distingués. 

« Signé : Hugues B. Maret. 

c Dimanche, 17 thermidor. » 

Lettres de Varchitrésorier à son gendre^ le Comte de Plancy, 

c Je vois avec bien du plaisir, mon ami^ que vous recevez 
c partout des témoignages d'intérêt et d'amitié. J'ai écrit à 
c M. Maret pour le remercier de toutes ces bontés pour vous. 



400 SOUYBNIBS DU COMTB DB PLANCT 

i< J*ai écrit à l'Empereur pour lui rendre gr&ces de la mission 
t qu'il vous a conôée. 
c Dites à tous les préfets que vous allez visiter, combien je 

< leur suis attaché ; que je vous aurais recommandé à leur 

■ amitié si j'avais pu prévoir cette mission ; mais qu'il j a long* 
14 t^mps que je vous ai dit que je comptais sur leur amitié. Je 

< ne puis vous donner d'autres conseils que ceux que vous avez 
« déjà pris, amabilité, persévérance, discrétion, observer tout, 
I hommes et choses, et écrire régulièrement le résultat de vos 
* observations. 

t Je vous envoie cette lettre par sept duplicatas, chez les sept 
a préfets des départemens que vous allez parcourir. 

fl Distinguer surtout les préfets des Deux-Nèthes. mon intime 
fi ami, M. Malouet, commissaire général de la Marine à Anvers, 

■ M. Gamier à Mons et M. de Courmenil à Laon. 

c Signé : Le Brun. 
« 2t thermidor an XII. » 

Je crois, mon ami, pour que votre mission soit vraiment 
secrète, qu'il faut qu'elle le soit pour tout le monde. Dites aux 
préfets que l'Empereur vous a permis de voyager pour vous 
instruire, que vous les priez de vous donner tous les renseigne- 
mens qui peuvent intéresser le gouvernement dans leur préfec- 
ture. Les lettres que je leur ai écrites à tous les disposeront à 
vous parler avec confiance. 

Vous verrez les sous-préfets avec les mêmes ménagemens. 
Vous vous arrêterez dans tous les villages importans et vous 
vous informerez de tout ce qu'il y a de fabriques, de distilleries, 
d'objols de commerce ; vous saurez sourtoutle prix des grains 
dans tous les marchés. Cinq ou six jours dans chaque départe- 
ment seront peut-être trop, parce que ces départemens se 
touchent et ce qui est arrivé dans l'un est à peu près arrivé dans 
l'autre.. 

Connaissez l'esprit public, ce qu'il y a d'attachement pour le 
gouvernement, d'amour pour la tranquillité, surtout ce qu'il y a 
d'activité dans le commerce et la culture. Surtout où il y a 
beaucoup de travaux, il faut compter que l'esprit est excellent 
et qu'on a confiance dans le gouvernement. 

Quand je vous ai recommandé le secret pour tous, j'ai excepté 
ou dû excepter M. d'Herbouville, M. Garnier à Mons, M. de 
Courmenil à Laon. 

Vos mémoires à l'Empereur doivent être courts, très clairs, 
tout en faits : le véritable esprit est de ne dire que ce qui est 
nécessaire. 

Signé : Le Brun. 

^9 ihermidoranXII. 



r 



t 



éOUVKNCftS bu COMtW t)K t»LANCY 4l»l 

Le Préfet du Nord à J/. de IHancy, auditeur de la seciion 
de l'Intérieur, 

« Monsieur, je suis extrêmement sensible au témoignage de 
f votre souvenir et je me félicite de ce que les circonstances 
f m ont procuré lavantage de vous connaître. Je désire* bien 
« vivcmeut d'être un jour à portée de cultiver plus particulière- 
t ment votre connaissance et d'être le témoin de vos succès dans 
fl la carrière où vous êtes entré et où la confiance dont vous 
c honore Sa Majesté prouve que vous ferez des pas très rapides. 

c Je n'ai pas la présomption de croire que je puisse vous être 
c utile, mais si j'étais assez heureux pour cela, je vous prie de 
« compter sur mon empressement et mon dévouement k faire 
M ce qui peut vous être agréable. 

c Agréez, etc... 

c Signé : Dieddonné. 

• Douai, le 16 fructidor an XII de la République française. ■ 

Le Préfet maritime d'Anvers à M. de Plancy. 

c Je me reproche, Monsieur, de n*avoir pu m'occuper assez 
fl de vous pendant le peu de tems que vous avez passé à Anvers, 
t ce n'était pas un bal que vous y veniez chercher, et je me 
t serais fait un plaisir, si j'avais été plus libre, de causer avec 
c vous des détails de notre administration et de vous mettre à 
c même d'en rapporter quelques notes utiles, au lieu qu'il ne 
c vous est rien resté du fracas et du mouvement dont vous avez 
fl eu le spectacle. Ce n'est pas ainsi, dans une autre circonstance, 
€ que j'aurais répondu à la lettre de M. l'architrésorier dont les 
fl recommandations me sont aussi précieuses que ses lettres, 
c Croyez, Monsieur, que dans tous les temps je serai charmé de 
c me rapprocher de vous et de vous renouveler l'assurance des 
c sentiments distingués avec lesquels j*ai Thonneur de vous 
c saluer. 

« Signé : Malouet* 

« Anvers, le 18 fructidor. » 

M. de Plancy au Ministre de Vlnlërieur. 

« Monseigneur, j'ose prier Votre Excellence d'avoir la bonté 
fl de mettre sous les yeux de Sa Majesté l'hommage de mes 
c remerciements et de ma reconnaissance. Je supplie Votre 
fl Excellence de recevoir l'assurance de mon dévouement 
fl inviolable. 

t Signé : Planct. • 

M. de Plancy à VEmpereur, 

« Sire, 
c J'apprends de l'architrésorier la destination que Votre Ma* 

26 



Î402 SOUVBNIBS DU GOMTB DB PLANOT 

c jesté in*a bien voulu doDUêr. Je la supplie de croire à mon 
a dévouement et au zèle que je mettrai dans toutes les fonctions 
c qu'Elie voudra bien me confier. 

fl Je suis avec le plus profond respect, de Votre Majesté, Sire, 
« le plus dévoué, le plus obéissant et le plus fidèle sujet. 

« Signé : Plangt. » 

Procès-verbal d'installation. 

Le conseiller de Préfecture faisant fonctions de Préfet de 
V Aisne à M, de Plancy, auditeur au conseil d!État, Sous- 
Préfet deSoissons. 

« Laou, le 9 brumaire an xm. 
c Je vous transmets, Monsieur, une expédition du procès- 
c verbal relatif à votre installation dans les fonctions desous- 
c préfet de Soissons. Je vous prie de m'en acuser réception et 
c d'agréer l'assurance de mes sentiments affectueux. 

c Signé : Pompieebbs. > 

Extrait des registres de la Préfecture du Département 
de l* Aisne, 

Du 7 brumaire an XIII. 
c S'est présenté par devant nous conseiller de Préfecture, 
faisant fonctions de préfet du département de TAisne, M. dé 
Plancy, auditeur nommé par décret impérial du 9 vendémiaire 
an Xin, sous-préfet de l'arrondissement de Soissons, en rem- 
placement de M. Octave Ségur, destiné à d'autres fonctions, t 

Suit la teneur du dit décret 

Suit également la teneur du serment prêté entre nos mains 
par M. de Plancy : 

c Je jure obéissance aux constitutions de l'Empire et fidélité 
à l'Empereur. 

c Pour quoi il a été rédigé le présent acte dont lecture a été 
faite à M. de Plancy qui a signé avec nous et à qui expédition 
en a été délivrée. 

c Signé : Plangt et PoMPUBRif . 

« Pour expédition conforme. 

c Pour le secrétaire général absent : 

c Signé : PoMPuanis. ■ 

Le conseiller de Préfecture de l'Aisne faisant fonctions de 
Préfet à M, de Plancy, auditeur au conseil d'État, Sous- 
Préfet de Soissons, 

<c Son Excellence le Ministre de l'Intérieur me charge, Mon- 
sieur, de vous prévenir qu'il vous sera alloué ii francs par poste 



SÔUTBNIRS DÛ COKTB DS PLiNGT 403 

pour frais de voyage lorsque vous vous rendrez au couronne- 
ment. Vous voudrez bien aussitôt votre arrivée à Paris, vous 
présenter au Secrétariat général de ce Ministère et y laisser 
Tindication de votre demeure, cette connaissance étant nécessaire 
à Son Excellence pour vous adresser les ordres qu'Ëlle sera 
dans le cas de vous transmettre, 
c Agréez, Monsieur, Tassurance de mes sentiments afifeotueuz. 

c Signé: Pompibrrbs. » 

Le conseiller de Préfecture faisant fonctions de Préfet 
de VAisne au Sous-Préfet de Soissons, 

ff Je ne puis, Monsieur, qu'applaudir à nos dispositions rela- 
tives au cérémoniel ordonné par vous à l'occasion du Te Deum 
chanté à Soissons le 6 nivôse. 

ff Le détail que vous m'en donnez prouve que vous vous êtes 
scrupuleuseiiient conformé au décret impérial du 24 nivôse 
an Xil. 

c La première place était due à M. le général LaplanchCi dans 
le cas seulement où il aurait des lettres de commandement dans 
ce Département ou dans votre ville. 

fl Dans le cas contraire, c'est un sacrifice que vous lui auriez 
fait et qu'il aurait dû à l'honnêteté qui vous distingue. 

«• Je pense que vousavez parfaitement saisi l'espritde TarticleO, 
section 4, du dit décret, en faisant mettre un fauteuil dans le 
centre : c'est la place réservée aux princes et aux grands 
dignitaires. 

f Agréez* Monsieur, l'assurance de mes sentiments affectueux. 

c Signé : Pomphrabs. » 



404 SOUVENIRS DU COMTB DK PLÀNCT 



CHAPITRE HI 

Préfcclupe de la Doire. — Construction des routes du Grand et da 
Petit Saint-Bernard. — Translation des restes de Desaix au 
Grand Saint-Bernard. — Pacification du Piémont — Voyages de 
Napoléon dans le Piémont. 



Ce fut d'AlexâDdrie, le 24 floréal an XIU, que TEm- 
pereur m'appela à la préfecture de la Doire. Peu de temps 
avant il avait supprimé la royauté de Hollande et nommé 
mon beau-père gouverneur général des Pays-Bas, avec 
pleins pouvoirs (26 mai 1805). II voulut bien lui annoncer 
ma nomination par la lettre suivante, qui montre les senti- 
ments dont Napoléon s^animail en rédigeant les instructioDS 
auxquelles les fonctionnaires devaient conformer leur con- 
duite dans les pays conquis : 

c( Mon cousin, j'ai nommé M. de Plancy, sous-préfet de 
« Soissons, préfet du département de la Doire. Je désire 
« qu'il s'y rendre le plus tôt possible et qu'il y déploie le 
« zèle, Tassiduité et les talens que je suis en droit 
« d'attendre de votre beau-fils. 

c( Il arrive dans un pays où il y a du bien à faire, dans 
a un pays où Ton est extrêmement sensible à la bonne 
(c administration, à la sévère probité et aux bonnes 
ce manières. 

<c Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digoe 
« garde. 

ce Signé: Napoléon. » 

La lettre que m'adressait de son côté le Ministre deTIû- 
térieur n'était pas moins significative : 

« Sa Majesté l'Empereur vient de vous donner. Mon- 
te sieur, un nouveau gage de ses bontés et un nouveau 
c( témoignage de sa confiance en vous appelant à la pré- 
ce feclure de la Doire» Vous comprendrez combien elle se 
ce repose sur votre zèle et sur voire prudence en vous 
ce chargeant de l'administration d'un pays nouvellement 



SOUVENIRS DU OOMTB DB PLANCT 405 

(X réuDiàlaFraoceetdODt les besoins exigent une attjntioQ 
(c particulière. Je oe doute point des efforts que vous ferez 
« pour répondre à son attente. Il importe que vous vous 
(c rendiez immédiatement à Ivrée. Vous m'adresserez à 
a Milan Tavis de votre arrivée. 

« J'ai l'honneur d 3 vous saluer. 

« St^ntf ; Ghampagny. 

« Alexandrie, le 15 floréal an XIII. » 

Combien différentes étaient ces instructions de celles que 
j'aurais pu craindre de recevoir à la suite des événements 
qui s'étaient déroulés dans le Piémont I Mon cœur eût 
saigné si l'on m'avait prescrit des mesures de rigueur, et 
j'aurais sans doute reculé devant leur application. Seules, 
les personnes qui ne connaissaient pas l'Empereur ont pu 
prétendre que ses ordres étaient tyranniques ; la mission 
qu'il nous donnait était au contraire douce, facile et hono- 
rable. 

Ces malheureux départements du Piémont avaient été 
traités comme pays conquis à la pointe de l'épée au lieu 
qu'en réalité ils s'étaient donnés à nous. On les avait con- 
stitués en République et le Consulat leur a^aitdonne, au 
milieu du chaos dans lequel ils se trouvaient encore, un 
gouverneur général et des préfets. La conséquence s'en 
était promptement fait sentir : deux révoltes successives 
avaient éclaté, Tune en Tan VII, l'autre en l'an IX. 

En Pan Vil, Tarmée française ayant éprouvé quelques 
désavantages, Ivrée leva l'étendard de la révolte et fut le 
centre d'une atroce insurrection au cours de laquelle nombre 
de Français et de leurs partisans piémontais avaient été 
massacrés. 

En nivôse de l'an IX ce fut la basse vallée d'Aoste qui 
rivalisa avec Ivrée et vit le massacre d'une quantité de 
Français, soi-disant jacobins. 

Les auteurs et les directeurs du mouvement insurrec- 
tionnel de Tan VII étaient le clergé et la noblesse, qui 
agissaient de concert, la croix et le stylet à la main. Ils se 
flattaient de provoquer l'anéantissement de Parmée dltalie, 
de restaurer le trône du Roi de Sardaigne, d'assurer le 



406 SOUYBNIRS DU GOMTB DE PLAMGT 

triomphe de la religioD sor la liberté des cultes ; en réalité 
ils De voulaient qu'affirmer le despotisme et riotoléraoce. 
C'est dans le coofessiooDal qu'était inspirée et attisée la 
baioe coatre tous ceux qui condamnaient une théologie 
sanguinaire : le pillage et l'assassinat étaient bénis et 
sanctifiés. Le prétexte était trouvé dans TaccroissemeDt des 
contributions, dans les dégâts qui étaient la conséquence 
forcée d^une guerre active,* et aussi dans la conduite de 
quelques employés. Pour réussir on escomptait la situation 
montagneuse du pays et la ligue qui se formait contre la 
France depuis Naples jusqu'aux Alpes, enfin l'approche des 
armées austro- russes. 

En l'an IX les causes et le but de l'insurrection avaient 
été les mêmes qu'en Tan VU ; seulement les personnes qui 
rayaient fomentéei avaient eu soin de masquer d'avantage 
leur action directe, se bornant à lancer leurs satellites en 
avant, de façon que plusieurs d'entre elles réussirent à 
déjouer la surveillance la plus minutieuse. 

Tous ces mouvements avaient provoqué des représailles, 
et avant mon arrivée, la force armée parcourait journelle- 
ment les villages, opérant parfois l'arrestation de tous les 
habitants d'une commune. Une commission militaire 
siégeait en permanence et ordonnait sans cesse de nouvelles 
exécutions : les femmes, les enfants, les vieillards étaient 
jetés en masse dans les prisons et acheminés de brigade en 
brigade jusqu'au centre même de la France. Je me souviens 
que visitant en ma qualité de sous-préfet de Soissons, les 
prisons de cette ville, j*y vis des familles entières de Pié- 
montais. 

Ce Détait certes pas par les ordres du Premier Consul 
que toutes ces horreurs étaient commises, mais à l'époque 
oùOQ les pratiquait, la plupartsdes fonctionnaires de ce 
malheureux pays étaient piémontais, et Ion sait jusqu'à 
quel degré dans la cruauté conduisent parfois l'esprit de 
parti, la faiblesse ou la peur, unpeutparcesombre tableau 
se reprêsêuler en quel état de stupeur et de désolation se 
trouvait laucien Etat du Roi de Sardaigne. 

Le premier remède à appliquer dans ces circoDStances 
était de faire administrer le pays par des Français. Napo- 



80UV1NIRS DU OOMn DB PLANGT 407 

lêoD le comprit, et a&n que la popalalion oe fût pas blessée 
par cette mesure, il eut soio de désigQer pour des emplois 
admiaistratifseo Fraoce autaot de PiémoDlais qu'il oomma 
de Fraoçais eu Piémout. Restait ensuite aux préfets à 
appliquer k la lettre les iostructioas de l'Empereur. 

Eo méditaot celles qu^il m^avait adressées je compris que 
quand il écrivait : « M. de Piaocy arrive dans ud pays où 
(c il y a du bieo à faire », son ioteotioa était de recom- 
maoder à rua sollicitude les diverses branches de la pros- 
périté publiqoe, les établissemens communaux de tons 
genre les institutions de cbaritéi les routes, les canaux, 
etc., et que lorsqu^il ajoutait : <c Dans un pays où Ton est 
<i extrêmement sensible à la bonne admiqistration et à la 
« sévère probité » il entendait que le préfet accueillft tout 
le monde indistinctement avec la même bienveillance, avec 
un intérêt égal, expédiât les affaires promptement et écartât 
de l'administration les intrigants, gardant toujours pour lui 
la cooscieûce pure et les mains nettes. 

Pour ce qui est « des bonnes manières », je me figurai 
que TEmpereur entendait par cette expression qu^il fallait 
recevoir gracieusement, donner des fêtes, des dîners^ avoir 
même un bon cuisinier, un convive satisfait étant presque 
toujours UD ami. Mon beau-père m'avait appris, lui aussi, 
que les fêtes ou les dîners servent à réunir en Tamusant la 
société tro|» souvent divisée ; qu'il l^ut écouter avec uoe 
bienveillance amicale et même paternelle le citoyen le plus 
humble, le plus modeste ou le plus timide d'un départe- 
ment, lui donner de l'assurance, le consoler, le calmer dans 
ses inquiétudes et le congédier content, soit qu'on lui ait 
accordé ce qu'il désirait, soit qu on se soit vu dans la 
nécessité de le lui refuser. 

Personne mieux que rarchitrésorier n!excellait à accom- 
plir un tel programme, et Napoléon avait coutume de dire 
iiprès qu'il lui avait confié le gouvernement général de la 
Hollande, puis celui de Gênes, que « Le Brun par sa bonne 
a administration et ses talents lui gagnait plus de cœurs 
que ses armées ne lui conquéraient de sujets. » 

Grâce à Tapplication de ce système^ à partir du jour de 



40S SOUVENIRS DU COMTB DB PLANOT 

mon arrivée, il Dé' fut plus répandu une goutte de sang, il 
m cotita plus uoe larme en Piémout. 

A 1 ijioque où j'allais prendre possession de ma préfec- 
ture à Ivrée, la roule faite depuis par Napoléoa n'existait 
pa.^ efimre. A notre arrivée au pied du Mont-Genis, il noos 
fallut, l'omme à tous les voyageurs qui le franchissaient 
pour $ii rendre en Italie, nous arrêter dans un village et y 
louer lo$ mulets que nécessitait le transport de nos bagages. 
Notr« (telite caravane s'achemina ensuite dans la montagne, 
Uû mi)let portant les roues de notre voiture, un autre la 
Câtsa% un troisième le train, d'autres encore les vaches et 
ie$ malles ; nous-mêmes les suivions chargés chacun d'an 
sac au dune caisse. Le passage était long et très dange- 
n^ux : fappris que lorsqu'il pleuvait seulement dans la 
pbune.^ il tombait tant de neige sur les hauts sommets qui 
m rt«steDt en tout temps couronnés, que les courriers de 
FrtBee ou d Italie se voyaient obligés de séjourner parfois 
ju$ciu il quinze jours en bas de la montagne d'un côté ou 
lit' Tiutre pour attendre la fonte des neiges. Trois ans plus 
Uxû ce chemin si difficile fut remplacé par une des plus 
Mï^ nmtes de France, à jamais indestructible, car elle 
tv^x^' $ur un sol de granit La largeur en est plus grande 
%lûid tvlle de nos plus belles routes, et elle a été prise sur 
ik^ r\K hers à pic qu'on a dû entailler à coups de mine. De 
iiistaumen distance, de petits acqueducs construits sur sa 
surfit (^ laissent passage aux eaux qui s'écoulent de la fonte 
e^iiitiiuielle des neigesi en sorte que par ce moyen autant 
qiw pir sa pente naturelle elle demeure toujours sèche. 
t]t«|M'iMtani cette pente est si douce que les voitures de toute 
mrW là parcourent presque sans qu'il soit besoin de pré- 
i Hiilions, et Ton ne peut mieux comparer aujourd'hui la 
iiLonla^ïike qu'à une pyramide dont le sommet serait relié à 
In hnsr par une ligne formant des lacets à peine inclinés et 
m^ w\\M\i entre eux par des courbes d'une agréable sinuosité. 
l.i^K paru pets des aqueducs sont disposés avec élégance^ et 
iitfrriit imx voyageurs fatigués par la montée autant de 
buiirn ilii pierre qui l'invitent au repos et à la contemplation 
it'ii Mji^stueux paysage. 

4:c lui pendant le temps de mon administration que le 



SOUYENIBS DU GOMTB DB PLANOT 409 

gouYernement décida et entreprit les trsnraux de coostruclioD 
des routes qui franchisseot le Graud et le Petit Saint- 
Bernard. Depuis plusieurs années les habitans du départe- 
ment de la Doire, et en particulier ceux de la Yallée d'Aoste 
aspiraient à Touverture de ces chemins en Yue de Texten* 
sion du commerce, et des facilités qu'ils procureraient à 
l'exploitation des mines de divers minéraux précieux, mais 
le gouvernement ayant estimé que la route du Grand Saint- 
Bernard coûterait 3.600.000 francs, et celle du Petit Saint- 
Bernard 1.500.000 francs, ne se décidait pas à autoriser 
une aussi grosse dépense au moment même où il venait 
d'entreprendre Touverture de la route du Simplon. Après 
m'ètre rendu dans la vallée d'Aoste, et m'étre assuré que 
le conseil d'arrondissement aussi bien que les habitants des 
communes qui la peuplent, plaçaient dans Touverture 
de ces routes l'espoir de leur fortune future, je leur 
suggérai de contribuer aux travaux à Taide de corvées 
volontaires. Ma proposition fut accueillie avec empresse- 
ment, chacun vint offrir le secours de ses bras, les travail- 
leurs affluèrent, les communes se partagèrent la tâche, et 
celles qui n'apportèrent pas pour des raisons particulières 
leur concours en nature, demandèrent l'autorisation de 
s'imposer afin de contribuer financièrement à cette grande 
œuvre. Mettant à profit ces bonnes dispositions, je par- 
courus jusqu'à rbospice du Grand Saint-Bernard, en com- 
pagnie de ringénieur en chef, le chemin à créer, et je fus 
assez heureux, pour pouvoir par la suite présenter à l'Em- 
pereur un projet, aux termes duquel les dépenses seraient 
réduites à 232.000 francs pour le Petit Saint-Bernard et 
à 463.570 francs pour le Grand Saint-Bernard, moyennant 
le secours de 50.000 corvées à répartir pendant cinq 
années à raison de 5.000 ouvriers travaillant dix journées 
par an. Pour une population de 60.000 âmes ce n'était pas 
une charge excessive. 

A peine arrivé dans le département de la Doire, j'eus 
un noble et douloureux devoir à y remplir. 

L'Empereur venait de décider que les restes du général 
Desaix, Uié à la bataille de Marengo, seraient déposés dans 
on tombeau construit dans l'église du Grand Saint-Bernard 






IM SOCTKTIBS DC COMIB DB PLAHCT 

à h imiiê da PiémoQt et da Valais, et je recevais du 
JCot^^^ de rinufrietir l'ordre d'assister a la cérémonie 
ta^i ^ - i lat:[riei e se re&lraieot le Mioistre de la Guerre 
BarifeiCf* le g< uverDeor g^^oérai do PiémoDt Meooo et le 
^»^ vm a.àfi«laût le iep^rtemeot. Le Grand Bailli du 
Vji^ _ : lit ausii assister à foifice qui serait célébré par 
limMiié& i'j coa^eat. Au joar indiqué noos étions tous 
ïïÊmÊÊà lliosptce du Grandi Sainl-Bernard. 

Onti çn^ooilers de la ^de escortaient les restes précieux 
Al fk;^^^^. et c'ecut qq specta<rle imposant et pittoresque à 
h Èm f t^ •>• : le ce cortège gravissant les sentiers étroits 
iCtonn^tii de la montagne. 

l^ Mrnistre de U Guerre reçut le cercoeil à la porte du 
6t le retr. t aux moines de Thospice qoi Taccom- 
!t à L église, taudis qoe noos soivions à qoelqoes 
fm m arrere. 

A r^<a? Je TofBce le cenrueil fut déposé dans nne tombe 
eraiNée i rintêrieur de rêgli>e ao long don de ses mors ; 
le MiQistri de la Goerre prit une branche de laorier et la 
|eu dim la tombe : noos en fimes autant, et aussitôt 
9(a la dtstribntion des médailles frappées en 
de cette cérêm*>oie. Chactin des principaux fooc- 
tK'iovmt^ eo n\'nt une d'or, d'argent ou de bronze, suivant 
^OQ r%tï^. Après que nous fûmes rentrés an couvent, un 
A^tiioel HsM venu prier le Ministre de la Goerre de lui 
refiw4irF uue iiiêiLiille, Berthier lui demanda rudement si 
lui .itissj avait jeté une branche de laurier dans la tombe, 
n i'ètaLH dans one tribune avec des dames, » répondit le 
nilotieK < mais je Tai fait en intention. » — « Allez alors 
m eti) jrkT uue, » loi répliqua Berthier avec la même hidesse. 
te* a>k>iiel sortit sans mot dire et revint quelques instants 
ii|irès dire ao ministre qo'il avait exécuté ses ordres. 
IlorthitT lui fit alors donner one médaille de bronze seule- 
nmw IVuir moi je trouvai que le colonel, par sa respec- 
ItJiHiM^ .soumissions en aurait bieo mérité one en or I 

1 ni dit que le Grand Bailli du Valais devait assister à la 
riHi^uioriio : il y vint eu effet accompagné de ses deux filles 
h^îm di i4 à 26 ans. Le gouverneur du Piémont, le 
^mmûï Mduou, fit montre de galanterie à T^ard de ces 



SOUVENIRS DU COMTE DS PLANOY 411 

deux demoiselles, ootammeot de la plus jeuoe qui était 
assez jolie, ayaol et peudaut le repas doot la cérémouie fut 
suivie. C'était ud homme ai«nable à la mauiére des grands 
seigneurs de la cour de Louis XIV ; il eu avait la grâce, 
Tesprit et la politesse. Il paraissait euchaDié des maoières 
avenaules et de la fioe couversatiou de la jeune fille qu'on 
lu? avait présentée sous l'appellation de « la Parisienne », 
parce que, disait-on, elle arrivait de Paris : il lui avait offert 
la main pour la conduire à table et la reconduire après, et 
même il lui avait quelque peu pressé lès doigts avec une 
certaine tendresse comme pour l'engager k se promener avec 
lui. Aussi son enthousiasme avait-il besoin de s'épancher et 
comme il faisait à quelques personnes qui avaient accom- 
pagné le Grand Bailli, l'éloge de la jeune fille, une d'entre 
elles lui répondit : « Vous avez raison, Monsieur le gou- 
« verneur général^ seulement c'est grand dommage que 
« cette jeune Tille soit depuis longtemps affligée de la 
<c maladie de peau pour laquelle elle est allée se faire soigner 
« à Paris. » 

« Comment ? Quelle maladie ? » demanda le général. 
« Oh ! peu de chose », continua le personnage en question, 
« ce n'est que la gale. On espérait qu'elle reviendrait 
« guérie ; mais il y a trois jours, le mal a repris avec une 
« telle violence qu'on a craint qu'elle ne pût accompagner 
« son père. » 

Je ne me souviens pas avoir vu quelqu'un dans un état 
pareil à celui où ces paroles mirent le général. Il était pâle 
comme la mort, son dîner paraissait Tétouffer : nous dûmes 
lui faire prendre l'air et, lorsqu'il put enfin prononcer un 
mot, il demanda du vinaigre et fit des ablutions sans 
nombre. Pendant le reste de la soirée, il fut de tous celui 
qui s'approcha le moins de la Parisienne : à peine la voyait- 
il faire quelque mouvements de son côté qu'il semblait pris 
de terreur. 

J'ai toujours supposé qu'on avait voulu jouer un mauvais 
tour au général. 

La troupe devant rester la journée à l'hospice du Grand 
Saint-Bernard, le Maréchal Ministre de la Guerre, pour ne 
pas la laisser oisive, imagina d'accorder des prix de cent 



ffî SOT3TK14llt3 DtJ COMTE DB PLANOT 

francs pour trois jeux auxquels se livreraieot les soldats, 
ceux de la ramasse, de la course et de Tarquebuse. 

Le premier jeo était merveilleusemôDt approprié à la 
localité : il coDsistait à se laisser glisser du haut de la 
mootagûe sur la neige dans uû petit traîneau au grand 
divertissemeot des spectateurs. Plusieurs coDCurreuls se 
séparèrent eu route de leurs traîneau et roulèrent en bas 
sans pourtant se faire le moindre mal : d'autres zigzaguaient 
de faç u amusante, d'aucuns plus adroits arrivèrent au but 
comme une flèche. j 

Le prix de la course échut à celui qui atteignit le 
premier le sommet de la montagne en sens inverse du 
chemin parcouru par les traiueaux. Mais ce jeu n^était pas 
seulement pénible, il était encore cruel : on ne peut se faire 
une idée des efforts que faisaieul ces vigoureux grenadiers 
pour gravir la pente couverte de neige dans laquelle ils 
enfonçaieut jusqu'aux genoux. La plupart restèrent en 
chemin, et le seul qui toucha au sommet y arriva couvert 
de sueur et tomba aussitôt eu faiblesse : on dut l'emporter 
à I hospice où il fut longtemps à se rétablir. 

Je ne dirai rien du concours de Parquebuse, sauf qu'à 
mon retour à Ivrée, le comuiandant de recrutement qui avait 
assisté à la cérémonie vint me voir et me montrant son 
chapeau dont la calotte supérieure avait été traversée d'une 
balle, me tint ce langage : a Si j'avais été plus grand de 
« quelques ligues, on eût pu me placer auprès du général 
cf Desaix : apparemment le tir avait été dirigé de telle 
« manière que les balles perdues arrivaient dans une gorge 
« traversée par le chemin que je suivais le soir en quittant 
« le couvent, et c'est ainsi que je fus atteint. » 

A son départ de Thospice le Ministre de la Guerre dit 
aux moines qu'il leur recommandait le dépôt précieux 
confié à leur garde, et leur fit don de plusieurs caisses de 
mëddilles pour être vendues aux voyageurs au profit du 
couvent, le suis convaincu que ce cadeau ne sera pas de 
quelque temps un des moindres revenus du couvent 
Comme tout le monde d'ailleurs, je rends hommage aux 
vertus de ces bons religieux et puis témoigner des soins 
qu'ils donnent aux voyageurs égarés dans les neiges. Je 



SOUVBNIBS DTJ COMTB DB PLANCT 413 

descendais un jour le Grand Saiot-Bernard du côté du 
Valais, quand je rencontrai deux moines qui portaient sur 
un petit brancard recouvert d'un matelas un homme dont 
la figure était cachée par un voile vert afin que la réver- 
' bération du soleil sur la neige ne lui fatiguât pas les yeux. 
Ils se hâtaient vers le couvent où leurs frères se relayent 
par quartiers pour prodiguer aux malheureux égarés les 
soins les plus touchants. Je crois que les caisses de médailles 
ne furent pas les seules libéralités dont l'Empereur en- 
richit rhospice, où il s'arrêta lors de sa marche à la con- 
quête de l'Italie. 

Puisque le souvenir du célèbre passage des Alpes vient 
sous ma plume, il me faut conter une anecdote que je tiens 
du muletier qui guidait le cheval de Bonaparte. Pierre, 
c'est ainsi qu'il se nommait, était un guide renommé et 
c'est à lui que j'avais eu recours pour franchir, moi aussi, 
le passage. Sa figure paraissait celle d'un brave homme : 
il avait la simplicité et la franchise du montagnard. Pen- 
dant qu'il escortait le Premier Consul, celui-ci s'entretint 
beaucoup avec lui et lui demanda notamment quel était son 
état et s'il se trouvait heureux. 

« Je suis compagnon menuisier, répondit Pierre, et si 
« j'étais assez riche pour acheter quelques outils, je 
ce deviendrais maître menuisier et je pourrais épouser une 
« jeune fille que j'aime. » 

(c Combien vous faudrait-il d'argent pour cela ? » de- 
manda le Premier Consul. 

<i Cinq ou six cents francs, » dit Pierre. 

En arrivant dans un petit village appelé Martignac, assis 
au pied de la montagne du côté du Piémont, le Premier 
Consul s'y arrêta avec son état-major pour se reposer, et 
un officier chargé de régler les dépenses du voyage, paya 
simplement au muletier le prix de ses services. 

Chacun sait que cette descente de l'armée sur l'Italie au 
milieu de dangers de toute sorte ne fut qu'une marche 
glorieuse qui eut pour résuliatla conquête de Tltalie entière, 
où Napoléon entra comme chez lui, la plupart des villes lui 
ouvrant leurs portes. A son retour aux Tuileries, il se sou- 
vint du muletier et chargea son Ministre des Relations 




114 SOUVBÎ^IHS DU COMTB DE PtANCT 

Exlérieuresde lui savoirs! Pierre habitait encore Martignac. 
puis il kîi fil compter sis cents francs» 

En me raconlanl cela, Pierre était visible nneot éran, et 
il ne me cacha pas $on éloonement de ce qu'au milieu de 
tant de grands événements militaires et politiques^ le 
Premier Consul se fût souvenu de lui. Il était deveon maître 
menuisier et s'était marié, mais en reconnaissance des bien- 
faits de Napoléon il continuait a servir de guide à Ioqs les 
voyageurs qui s'adressaient à lui poar franchir la montagne, 
et il u'était jamais si heureux que lorsque ces voyageurs 
étaient des Français. 

J'étais depuis quelque temps déjà à Ivrée lorsque le soin 
de mes affaires privées m'amena à demander un congé. Eo 
celte circonstance encore l'appui de mon beau- père me 
servit précieusement et je rentrai en France par le Mont- 
Cenis, en compagnie du lieutenant^cotonel de la gen- 
darmerie Pavelti, un des législateurs piémonlais qui 
siégeaient à la Chambre des Députés de France* Pavetti 
avait plusieurs fois fait ce voyage et il connaissait parti- 
culièrement les moines du Mont-Cenis, aussi me proposa-t- 
il de nous arrêter an couvent où nous fûmes très bien 
accueillis par les religieux. 

Pendant le trajet mon compagnon me fit remarquer tout 
près de la roule un village de quelques feux seulement, 
appuyé contre une haute montagne couverte de sapins et 
côtoyé par un torrent que traversait un pont sur chevalets 
fort long et fort élevé, de ietTel le plus pittoresque. 

« Voyez*vous, » me dit-il, « ces quelques habitations? 
€( C'est devant ces masures, du moins l'assure-t-on, que 
« César dit à ses officiers, qui riaient de leur délabrement 
*r el se moquaient du costume misérable de leurs propriè- 
« laires, qu'il aimerait mieux être le premier daus ce pauvre 
a village que le second dans Bome. Mais, poursuivit Pavetti, 
a ce qu'il y a de plus curieux et ce que je puis vous 
« affirmer, parce que j'escortais TEmpereur comme chef 
<f d'escadron de gendarmerie, c'est qu après que le maire 
a du village, ijui s'était rendu audevaulde Napoléou pour 
a le complimeuier, habillé en montagnard avec un bonnet 
K de laine couleur de suie et suivi de son conseil muuici- 



'souvenirs du gomtb db planct '41^ 

€( pal velu de la même maoière, eût lermioé sa haraogue^ 
« l'Empereur causa ud iostaut avec lui et lui demanda s'il 
« était le plus riche de la commune. 

« Oh Don 1 » répondit le maire, « il y en a de bien plus 
(V riches que moi. » 

« Combien donc ont-ils ? » demanda l'Empereur. 

a Ils ont bien trois cents livres de rente, » dit notre 
homme. 

« Eh bien ! » répliqua l'Empereur, « comme il faut que 
« le maire ne soit pas seulement le plus' honnête homme 
<i de sa commune, mais aussi, s'il est possible, le plus 
« riche, je vous donne trois cents livres de rente. » 

Vous jugez d'ici Tétonnement et la joie du bon mon- 
tagnard. 

Si c'est bien réellement dans le même village que se sont 
passés ces deux incidents, il faut reconnaître que la sim- 
plicité et la pauvreté ont été bien défendues et bien relevées 
par les deux plus grands hommes du monde depuis dix- 
huit cents ans. 

Au milieu de la nuit que je passai au couvent je me sentis 
tout à coup bercé dans mon lit et je crus entendre un fort 
roulement : nous avions ressenti un tremblement de terre. 
Le lendemain^ quand je me vis entouré de tant de montagnes 
qui s'élevaient tout auprès de nous^ je frémis à la pensée 
que des masses aussi hautes et aussi lourdes pussent être 
ébranlées et je crus m^être trompé. Mais ayant rencontré 
mon cocher qui avait couché dans ma voiture à la porte du 
couvent, je lui demandai si rien ne Tavait dérangé pendant 
la nuit. 

« Pardi, Monsieur, » me répondit-il, «j'ai entendu un 
« fort roulement, puis j'ai été bien secoué dans ma voiture. 
« J'en ai alors ouvert la glace et me suis écrié : quel est 
« le maladroit qui m'accroche ! » 

Je compris alors que je ne m'étais pas trompé et me 
rappelai qu'il m'avait semblé que quelqu'un roulait mon 
lit. Nous apprîmes plus tard que les secousses avaient été 
ressenties jusqu'à Verceilles, chef-lieu du Département de la 
Stura, où plusieurs pans de mur d'une caserne s'étaient 
écroulés. 



|16 socrmsnm du coim db plancîT 

Ces tffrajants phénomèiies de ia natore sont fréqoeDb 
eo Italie, et Ifrée en sentit ooe lois les effets pendant le 
séjour que j> fis. Ta? ais été rendre ?isite à TEvèque doot 
le palais dominait la ?iUe, et là je ne m'aperças de riee 
d'insolite, mais en rentrant à Tbôtel de la Préfecture, j'7 
tron?ai ma famille et mes employés dans le pins graod 
émoi. 

Ces derniers afaient fui leurs bureaux et ma femme 
a? ait emporté ses enfants dans le jardio : personne ne vou- 
lut plus rentrer. 

Après a? oir rassuré chacun de mon mieux, je me mis au 
tra?ail et enfoyai chercher mon secrétaire général, mais 
il me fit répondre que saisi d'un accès de fièvre, il avait 
dû se mettre au lit. Or, le lendemain il vint tout honteux 
me renconter que la veille, étant assis près de son feu, il 
s'était senti secoué et avait cru à un accès de fièvre, mais 
qu'ayant su depuis qa'un tremblement de terre avait eu 
lieu, et ayant observé que la fièvre n'avait pas repara, 
comme il s'y attendait, à la même heure, il ne doutait plus 
maintenant que ce qu il avait cru être le tremblement de la 
Hèvre ne fût la secousse imprimée à la chaise sur laquelle il 
était assis, et que ne se sentant aucunement malade, il était 
prêt à se remettre an travail. 

A ne le juger que par cette anecdote. M. Gardini eût pa 
paraître pusillanime, mais cette impression disparaîtra 
promptement quand on saura à la suite de quelles circon- 
stances il avait été envoyé à Ivrée, où je fus à même 
(l'apprécier son mérite et son énei^ie autant que son dévoue- 
ment à la France et à moi-même. 

Ancien employé d*un Ministre piéniontais, M. Gardioi 
s'était loyalement consacré aux intérêts français. Aussi 
lorsque la révolte éclata en Piémont, fomentée' par les 
partisans du Roi de Sardaigne, il fut traqué et allait être 
{lendn par la populace, lorsqu'il eut la présence d'esprit 
d'haranguer la foule qui, émue par ses discours, le détacha 
de la potence à laquelle il était pour ainsi dire déjà accroché, 
6l le relâcha. 

Gardini ne se montra pas moins énergique à loccasion 
d'un voyage que TEmpereur avait fait en Piémont au cours 



L 



SOUVtfNiaS DtJ COMTK DB PLANCT 417 

de Tan XIII : il se Irouvait alors secrétaire général du 
départemeot de la Sésia et suppléait de son mieux à Tiu- 
souciaoce que le préfet témoigoait pour les affaires et pour 
les manifestatioDS de l'esprit public. L'Empereur avait 
désiré que sa récepllou ne fût aucuoement préparée, sans 
doute afln de pouvoir mieux se rendre compte des dis- 
positioDS des populations. Partout dans le Piémont il avait 
été accueilli avec enthousiasme, sauf dans le Département 
de la Sésia, où quelques polissons seulement le suivaient en 
criant : « Vive TEmpereur I » 

Mécontent de cette réception « de ruisseau », comme il 
rappelait, Napoléon dit assez haut qu^en raison du mauvais 
esprit qui animait ce département, il le supprimerait : 
quand les autorités et les différents corps se présentèrent, 
il les ac<:ueiilit fort mal, mais ce fut quand parut le 
secrétaire général que Torage éclata dans toute sa violence. 
Napoléon s'emporta contre lui, lui reprocha de se mêler 
de tout dans le département et de diriger fort mal les 
affaires : il le traita d'intrigant et d'ennemi des Français. 

Relevant la tête sohs cette apostrophe, Gàrdini inter- 
rompit vivement TEmpereur et lui répondit avec dignité : 
« Quand les Français dénués de tout descendaient les pentes 
ce du Grand Saint-Bernard pour faire la conquête de Tltalie, 
(X qui donc donna des armes à vos soldats ? G*est moi ! Qui 
a leqr donna du pain ? C'est encore moi ! Et je suis 
a l'ennemi des Français ! Sire^ je me retire » 

Il s'en allait lorsque Napoléon, un moment étonné et 
ému de cette courte, chaude et noble défense, s^approcha 
de lui^ le retint, et lui dit en lui donnant la main : « Non, 
« vous êtes mon ami. » 

Oardini se crut néanmoins obligé d'aller trouver le 
Ministre de l'Intérieur qui avait assisté à la scène et de lui 
remettre sa démission, mais le Ministre lui déclara qu'après 
oe qoe l'Empereur venait de dire lui-même, il ne pouvait 
l'accepter. Le département n'en fut pas moins supprimé, 
les divers arrondissemens répartis entre les départemens 
voisins, et Gardini fut envoyé à Ivrée en sa même qualité 
de secrétaire général. 

Depuis les révoltes de l'an VII et de Tan IX le calme ne 

27 



418 



SOUVENIRS DU COMTB DE PLANCT 



s'était jamais complètemeot rétabli en Piémont. 11 y existait 
une fermeotatioD latente que le moindre incident pouvait 
faire déborder, ei qui en Tan XIII se manifesta d^une façon 
apparente. Le gouverneur s^en préoccupait et il m'écrivit 
le 15 fructidor : 

« J'ai l'honneur de vous mander confidentiellemeDl, 
« Monsieur le Préfet, que la majeure partie des troupes de 
« la 27* division militaire ont ordre de partir pour Tltalie: 
<i il est évident que d'après cela les malveillants vont 
c< relever la tête et se coaliser avec les brigands pour 
« exciter des mouvemens. Il faut redoubler de fermeté 
« dans ces circonstances difficiles et se doubler pour ainsi 
« dire pour être partout. 

<c Signé : Menou. » 

En même temps un de mes commissaires de police m 
prévenait qu'au moyen de nouvelles alarmantes babilement 
répandues, on tentait de persuader à la population qae 
d'innombrables ennemis auxquels les forces françaises 
seraient impuissantes à résister feraient bientôt irruption 
dans le Piémont. 

De son côté le maire de Gollereto-Parella venait en hâte 
me faire savoir que son village était le centre de réunion 
des agitateurs. Des clubs se tenaient chez le notaire Enrietti 
Brunone, et chez le nommé Jean-Baptiste Zeretti, secrétaire 
des communes de Strambinello et de Baldissero. Les per- 
sonnes qui composaient ces clubs étaient en général Fex- 
comte Mosca, Fava Victorio, Tex-comte Sola, Bonafide, 
Presbitero, frère du grand-vicaire Bonis, les deux frères 
Léon et Bolatino, tous d'Ivrée. Ces individus passaient sou- 
vent sept à huit jours chez le curé et chez Enrietti Brunone 
où ils prenaient leurs repas. Dans ces clubs se tenaient les 
propos les plus séditieux : on y répandait le bruit que 
l'ancien ordre de choses allait bientôt revenir, que Sa 
Majesté avait fui de Paris, que le général Menou y était 
arrivé et que les Piémontais qui étaient au camp de Bou- 
logne avaient battu les Français. On y faisait circuler un 
libelle écrit en italien contre l'Empereur et fait de telle 
manière que lorsqu'on le pliait d'une certaine façon, on y 



SOUVBNIKS DU COMTB DB PLANGt 4t9 

lisait les plus grands éloges sur Sa Majesté, tandis qu'en le 
pliant dans un autre sens, on y voyait au contraire des 
horreurs contre sa personne. Il était hors de doute que le 
curé du lieu abusait du moyen de la confession pour pousser 
les habitans à la sédition et à la révolte ; car le maire avait 
su par un autre prêtre qui confessait également, qu'il s'était 
aperçu des principes que le curé insinuait à ses partisans. 
Le curé ayant appris que ce prêtre ne confessait pas d après 
les mêmes opinions que lui, Tavait fait mander par le grand 
vicaire qui lui en avait adressé le reproche. Aussi ce prêtre 
voulait quitter la commune. 

Je ne manquai pas de faire part de ces renseignements 
au chef du 3* arrondissement de la police de TEmpire qui 
m'arma aussitôt des autorisations nécessaires pour agir 
énergiquement en cas de besoin. 

Une accalmie s'étant cependant produite, je me proposais 
de me rendre en congé auprès de mon be^iu-përe, à Gênes, 
au chef-lieu de son gouvernement général de la Ligurie, et 
j'en avais obtenu Pautorisation quand les événements poli- 
tiques ayant pris soudain une tournure des plus inquiétantes, 
je dus renoncer à mon dessein. L'Empereur venait en effet 
de déclarer la guerre à l'Autriche et, dans un discours 
retentissant, il en avait lui-même fait l'annonce au Sénat le 
1*^ vendémiaire an XIV (23 septembre 1805). L'avis officiel 
m'en élait donné par deux circulaires successives du 
Ministre de l'Intérieur, qui ne laissaient aucun doute sur la 
gravité de la situation. 

Le Piémont comme tous les autres pays conquis, était 
prêt à s'insurger de nouveau. La plupart des principales 
familles du pays, même celles qui avaient accepté des 
emplois à la cour de Napoléon ou simplement dans l'ad- 
ministration des départemens piémontais, commençaient à 
se remuer, tenaient des conciliabules, et on les sentait 
toutes prêtes à faire cause commune avec les partisans du 
roi de Sardaigne. 

Le gouverneur, de son côté, lançait force proclamations 
pour calmer l'esprit public et intimider les malveillants ; 
mais ces mesures avaient peu d'effet, car on savait que les 
armées epnemies nous entouraient. Le Prince Eugène, à la 



4 10 SOUVBNIBS DU COMTB DB PLANCY 

lèle deceol mille hommes, marchait sur le Piérnool pour 
réjoiudre Masséoa qui n'avait que trente mille hommes du 
côté 'le la route du Mont-Cenis et Napoléon de son côté se 
dirigeait sur Vienne à marches forcées. 

La position des administrateurs français et de leurs 
partisans était des plus critiques. On comprend qu'une 
bataille perdue nous aurait momentanément enlevé le 
Piémont et aurait consommé la ruine de tous les Français. 
Aussi chacun suivait-il avec anxiété les événements, tandis 
tiue Taudace des instigateurs de troubles allait croissant. 
Mon commissaire de police d'Ivrée arriva un jour tout 
crvUtéet meurtri me raconter qu'en passant devant un caté 
il avait été insulté et finalement jeté dans le ruisseau. 

Je sentis que si je prenais une mesure sévère que je 
ue aurais peut-être maintenir faute de moyens coercitifs, 
je provoquerais peut-être l'explosion d'une révolte qui 
piiurrail gagner tout le Pié4Uont. Je cherchai donc à per- 
suader au commissaire de police qu'il était un maladroit, 
qu'on avait voulu sûrement plaisanter avec lui, qu'il était 
lui même cause de Tincident au sujet duquel j'allais 
d'ailleurs prendre des informations. 

L iusurrection pouvait donc éclater à toute minute, et 
lù^ iîeus prudeus prenaient toutes leurs mesures en consé- 
qiit lice. Le bon évêque d'Ivrée vint me trouver et me tint 
le Uitigage suivant : 

^* Monsieur le Préfet, les esprits sont très surexcités en 
Ki Piémont, et si vos armées essuyaient le plus petit revers, 
'0 il u*y aurait plus en ce pays de sécurité pour les Fran- 
H i;m. Dès que vous aurez la moindre inquiétude, venez 
a avec votre famille et tous les Français chercher dans mon 
14 palais épiscopal un asile que je serai heureux de vous 
« y donner ; vous y serez autant en sûreté que moi- 
^f même. » 

L'offre ne me parut pas à dédaigner et j'en fus profondé- 
iiM rjt touché ; mais je lui répondis avec calme, tout eu le 
rtHMorciant beaucoup, que je ue voyais pas de danger. Il me 
aillait aflicher cette apparence de conviction en la sécurité 
(iinir pouvoir rassurer tout le monde. 

Je û'en étais pas moins fort tourmenté et j'avais cru 



SOUYRNiaS DU COMTB DB PLANCT 421 

devoir faire part de mes inquiétudes à roou beau-père qui 
comme gouverneur général de la Ligurie devait se trouver 
dans une position plus critique encore que la mienne. Une 
violente insurrection venait en effet d'éclater dans le 
Plaisantin et se propageait de là jusque dans la vallée 
d'Aoste. 

Sa réponse laconique me parut tout d'abord une si 
mauvaise plaisanterie, dans la situation fâcheuse où nous 
nous trouvions, que je ne puis me dispenser de la repro- 
duire ici : « Mon ami^ je fais danser à Gènes, faites danser 
« à Ivrée. » Mais après y avoir réfléchi, je commandai des 
violons, je lançai des invitations^ et dansai toute une nuit 
avec une partie notable des habitans de la ville. 

Grâce à un mélange de douceur et de fermeté, mon beau- 
père vint à bout assez facilement de la révolte du Plaisantin. 
Il y avait à Plaisance un bataillon du 67^ régiment, appar- 
tenant au camp volant d'Alexandrie, sur lequel les autorités 
avaient compté pour rétablir l'ordre ; mais ce bataillon 
venait d'être appelé par ordre supérieur à Vicenceet, pour 
garder Plaisance, son artillerie, ses munitions, ses arsenaux, 
il ne restait plus que 200 hommes et quelques gendarmes. 
On fit appel à la gendarmerie des Apennins que vint bieutôt 
seconder un bataillon du 3« d'infanterie légère parti de 
Gènes. Guidé par un aide de camp du général Montchoisy, 
le chef d'escadron Viviani, qui déploya en cette occurrence 
toute la valeur d'un soldat jointe au sang-froid d'un sage, 
la gendarmerie des Apennins attaqua les rebelles auxquels 
s^étaîent joints nombre des bandits, les chassa de leurs 
positions même les plus inexpugnables et leur infligea 
défaite sur défaite, tandis que de son côté l'archi trésorier 
faisait appel à la pacification et à la concorde dans le 
langage élégant et persuasif qui lui était propre. 

L'Empereur, instruit de la situation critique du Piémont 
et de Tagitatlon croissante des fauteurs de désordres, écrivit 
au gouverneur de former immédiatement un camp volant 
avec les hommes dont il disposerait. 

« Il est admirable TEmpereur, » me disait à ce sujet le 
général Menou, « avec son camp volant ! Il ne m'avait 
(( laissé qu'une compagnie d'invalides : on vient de me la 



422 SOUYBNIRS DtT OOMTB DB PLANCT 

« reprendre, et je n'ai plus que les hommes qui sont à 
« rhôpital pour former un camp et encore un camp 
« volant ! » 

Il ne restait plus en effet dans tout le Piémont, pour y 
maintenir Tordre, que la gendarmerie, laquelle était en 
partie composée de Piémontais ! Il devenait nécessaire 
d'agir et d'étouffer la rébellion à son début. Pendant que le 
conseiller d'Etat, Petit, chargé de la Police générale de 
l'Empire, recommandait aux Préfets la vigilance et la 
fermeté, le gouverneur me faisait savoir que le moment lai 
paraissait venu d'intimider les rebelles. D'entente avec lui, 
je fis procéder le 18 vendémiaire au matin à Tarresiation 
par la gendarmerie de trois personnes qui m'étaient signalées 
comme étant les principaux instigateurs de la révolte, les 
comtes Sola et Mosca et le notaire Bonafide. Le comte Sola, 
qui par suite de mauvaises affaires était dans une complète 
détresse et que sa pauvreté rendait un instrument docile 
entre les mains des partisans du Roi de Sardaigne, eût été 
capable de tout, en cas de revers survenu aux armées 
françaises. Le notaire Bonafide poussait si loin labaine des 
Français que lors de la première insurrection en Tan VII 
il eut la barbarie de poursuivre dans les montagnes des 
déserteurs français pour les y massacrer et qu'en l'an IX il 
fit tous ses efforts pour que les derrières de l'armée fran- 
çaise fussent coupés par les révoltes. Le comte Mosca, lors 
de la malheureuse retraite des Français, avait voulu faire 
massacrer tout un bataillon qui traversait Ivrée : il était 
allé au-devant des Austro-Russes et dès leur entrée à Ivrée 
il s'était montré en compagnie de l'ancien Evoque au balcon 
de la mairie d'où il avait fait devant le peuple assemblé et 
qui l'acclamait, une véhémente tirade contre les Français, 
promettant au nom du gouvernement autrichien que le 
Piémont n'aurait plus d'impôt à payer. Arrêté deux fois au 
retour des armées françaises à Ivrée, il réussit à s^évader 
et se réfugia à Rome auprès de la cour Sarde. Il y était 
encore lorsque le Premier Consul accorda une amnistie aux 
individus compromis dans les soulèvements, qui ren- 
treraient avant le l^^ vendémiaire an XI. Au lieu de profiter 
de cette faveur, il rentra plus tard sans y être autorisé^ et 
n'eut garde de prêter le serment exigé. Le comte Mosca fut 



SOUVENIRS DU COMTK DE PLANCY 423 

cepeodaDt encore une fois relâché après la pacification, 
mais il resta toujours sous la merveillance de la police. 
Le général Menou m'écrivait à son sujet le !f2 janvier 1806 : 

« J'ai reçu, Monsieur le Préfet, la lettre que vous m'avez 
ce fait Tbonneur de m'écrire relativement à M. Pex-comte 
a Mosca. Sans doute il ne peut avoir, sous aucun prétexte 
« quelconque, un passeport pour se rendre en Amérique, 
« ni même pour sortir de la surveillance des autorités de 
a la Doire. Ces autorités doivent ôtre désignées par vous. 
« Il ast même utile de faire sentir à M. Tex-comte Mosca 
ce que s'il lui prenait fantaisie de forcer la surveillance et de 
a s'en aller, il serait arrêté partout où il se trouverait et 
« déporté en Amérique. Il en est de même des deux autres 
« individus qui avaient été arrêtés en même lemsque lui. d 

Les papiers saisis Chez ces trois personnages, bien que 
ceux-ci eussent eu le temps de faire disparaître les plus 
compromettants, établissaient suffisamment leur culpabilité. 
Avec eux six autres individus avaient été jetés aussi dans 
les prisons d'Ivrée. 

L'Empereur avait donné Tordre que tous les personnages 
arrêtés fussent conduits à Turin pour être ensuite expédiés 
à rtle de Ré, mais ces mesures ne paraissaient pas suffi- 
santes au gouverneur qui m'écrivit la lettre suivante : 

« Turin, le 22 vendémiaire an XIY. 

c< Jedésirerais bien, Monsieur le Préfet, que vous pussiez 
a m'envoyer quelques renseignements plus positifs sur 
« l'ex-comte Mosca, Bonafide et Tex-comte Sola. Gomme 
« il faut être très rigide dans les circonstances, j'enverrais 
« les plus dangereux dans le fort de Fenestrelles ou à 
ce Briançon. Les deux autres je les enverrais en surveillance 
(c dans le centre de la France. Les renseignemens que je 
<c vous demande seront confidentiels entre vous et moi et 
« toute l'exécution sera sur mon compte. 

a J'ai l'honneur d'être avec la plus haute considération, 
« Monsieur le Préfet, Votre très humble et très obéissant 
« serviteur. 

« Sîjfwrf; Menou. » 



Aï A SOUVENIRS DU OOMTB DE PLaNOY 

Au nombre des persooDages les plus influents dMvrée se 
trouvaient encore un comte Palma qui était président du 
tribunal civil et de la commission de Thospice de la ville. 
Il était jeune et brave jusqu'à la témérité. Â lui seul il était 
tout le tribunal ; j'eus quelques démêlés avec lui à ToccasioD 
de ses fonctions et c'est avec lui plus qu^avec aucun autre 
Piémontais qu'il me fallait m'inspirer de prudence et de 
fermeté. 

En 1814, lorsque les événemens nous forcèrent à abon- 
donner le Piémont le Roi de Sardaigne rentra dans ses Etats : 
peu de temps après les journaux nous apprenaient que le 
comte Palma s'était mis à la tète d'une insurrection et avait 
été condamné à mort. II parvint toutefois à s'échapper et 
se réfugia en Espagne, mais à partir de ce moment je n'ai 
plus su ce qu'il était devenu. 

Heureusement l'Empereur approchait de Vienne et le 
cabinet autrichien, pris de peur, rappela le prince Charles 
avec son armée forte de 50.000 hommes pour couvrir la 
capitale. Nous apprîmes bientôt que l'Empereur était entré 
à Vienne et comme par enchantement le calme se rétablit 
dans le Piémont. 

Lorsque la guerre fut terminée, l'Empereur se rendit à 
Turin, voulant sans doute par sa présence effacer jusqu'au 
souvenir de la récente insurrection. Son désir de pacification 
fut même cause qu'au cours d'une réception il fit une sortie 
très violente contre un Préfet qui, sur l'ordre cependantde 
la Police générale, avait fait arrêter et diriger sur Paris une 
ries personnalités les plus marquantes du Piémont. Il 
donna Tordre d'écrire sur le champ pour qu'on mit ce 
personnage en liberté, ajoutant très haut « qu'il aimerait 
(( mieux qu'on lui coupât un bras que de lui faire com- 
c mettre une injustice ». 

Propos admirable quand on est vainqueur et que les 
troubles sont apaisés, quand on est dans sa cour entouré de 
œurtisans et de flatteurs, quand on a oublié toutes les 
circonstances de la crise d'où Ion sort, les instructions 
sévères, le camp volant, etc..... ! Le pauvre préfet, que 
Napoléon estimait et aimait bien cependant, fut appelé à 



r ^ 



SOUYKNIBS DU GOICTB DE PLANGT 425 

d'autres fonctioDS plus paisibles : il passa à la Cour des 
comptes. 

NapoléoD reçut à Turin de toutes les classes de la popu- 
lation Taccueil qu'on fait à un vainqueur. On *ii donna un 
bal magnifique dans la belle salle du théâtre, mais son 
séjour fut de courte durée. Il reçut un courrier de Paris 
qui le fit partir immédiatement et la ville n^apprit son 
départ que le lendemain. Il avait oublié son petit chapeau 
à trois cornes qui fut respectueusement recueilli et pieuse- 
ment placé dans la grande salle du palais sous un bocal en 
verre, où on aura pu sans doute le voir longtemps. La fête 
qu'on lui avait offerte et à laquelle s'étaient rendues la 
noblesse entière et les plus belles femmes du pays couvertes 
des plus riches bijoux lui donna une si haute idée du Pié- 
mont et de ses habitans, que le souvenir Feu décida plus 
tard à nommer le prince Camille Borghèse, son beau-frére, 
gouverneur général du Piémont et qu'il lui enjoignit de 
tenir une cour à Turin. 

Mes administrés n'avaient pas voulu être les derniers à 
acclamer l'Empereur victorieux quMls eussent peut-être 
voulu chasser la veille encore, et ils me chargèrent, au 
mois de mars 1806, de lui faire parvenir l'adresse suivante 
dont les termes hyperboliques pourront faire sourire les 
philosophes : 

a Sire, 

« Vos sujets du département de la Doire viennent mêler 
a à Tallégresse publique les accents de leur amour et de 
a leur reconnaissance. Deux mois ont accumulé sur votre 
« tête auguste tout ce que la guerre et la politique la plus 
oc prudente comme la plus généreuse peuvent donner de 
<K gloire. Votre génie a dans l'espace de deux mois con- 
(( sommé l'ouvrage des siècles, affermi votre Empire sur 
« des bases inébranlables et fixé pour l'Europe et pour le 
« monde entier de nouvelles destinées. 

« C'est parmi nous, Sire, que Votre Majesté commença 
a l'immortelle campagne qui nous donna une première 
« paix. C'est dans cette vallée d'Aoste, que nos neveux 
« appelleront la vallée Napoléon, qu'Elle préluda à la 
« victoire de Marengo. C'est sur nos rochers qu'Elle éleva 



426 SOUTBNIBS DU COMTE DB PLANOT 

ce hd moDumeat à la gloire d'an héros cher à sod cœur et 
« à la France. 

c< Riche de tant de souvenirs, oolre déparlement en fera 
« toujours l'objet de son culte: ils y appelleront souvent les 
« regards de Votre Majesté ! Quelqu'une de ses grandes 
et pensées fécondera ces lieux déshérités par la nature et de 
« ses sujets les plus dévoués et les plus fidèles fera un 
« peuple heureux autant qu'il est reconnaissant. » 

Les diverses insurrections du Piémont avaient trouvé un 
utile concours dans le brigandage qui s'exerçait alors par 
tout le pays et qui subsista longtemps encore après la paci- 
fication. C'est surtout dans le territoire de la 28« division 
militaire, notamment entre Turin, Alexandrie et Gènes que 
s^étaient formées les bandes les plus importantes et 
qu'opéraient ces soi-disant partisans du Roi de Sardaigne. 
Leur principale occupation était de s'emparer de Targentdu 
Gouvernement soit en se saisissant les caisses publiques, 
soit en arrêtant les diligences qui le transportaient; ils ne 
négligeaient pas non plus Targent des fonctionnaires en 
voyage et n'épargnaient pas les passants. Ces bandes étaient, 
comme toujours, composées de conscrits réfractaires et de 
malfaiteurs poursuivis par la justiœ : elles poussaient leurs 
incursions jusqu'aux portes de Gènes. 

M. Salicetii, ministre à Naples, se rendait à Gènes avec 
sa suite, et il avait voulu, malgré les avertissemens qu'on 
lui avait donnés, traverser de nuit la montagne de la 
Boquette pour gagner Alexandrie. Il était arrivé le soir fort 
tard et par une nuit très sombre, au bas d'une côte assez 
rapide que les chevaux gravissaient au pas, quand les 
voitures des gens de sa suite qui se trouvaient en avant 
furent entourées par une bande à la tète de laquelle était 
Mahino en personne, le plus fameux chef de partisans de 
la contrée. Les bandits arrêtèrent la première voiture avec 
les démonstralious et les complimens d'usage en pareil cas, 
c'est-à-dire qu'ils s'assurèrent d'abord des postillons, se 
présentèrent ensuite aux portières le pistolet d'une main 
et le poignard de Tautre, et dévalisèrent poliment les 
voyageurs, après quoi ils donnèrent ordre aux postillons 



0OnTENIRS DU COMTB DB PLâNCT 427 

de cootiouer lenr route, se portèrent à la deuxième voiture 
et repétèreut le même maoège. 

PeudaDt ce temps-là les personnes de la troisième voilure 
où était Salicetti, croyant que quelque harnais s'était cassé 
à la première et qu'on le raccommodait, continuaient à 
sommeiller, lorsqu'elles furent éveillées par les mêmes 
visiteurs et avec les mêmes cérémonies. Seulement un 
colloque eut lieu entre Salicetti et Mahino. Le chef, après 
s'être emparé des malles, des paquets et des bourses, 
voulait encore une petite caisse qu'il voyait sous les pieds 
de Salicetti : mais celui-ci lui déclara qu'elles contenaient 
des papiers d'importance qui ne pouvaient être utiles qu'à 
lui seul et qui lui étaient même indispensables. 

Cl Eh bien ! » dit Mahino, c< donnez-moi votre parole 
« d'honneur qu'elle ne contient ni or ni bijoux. » 

« Je vous la donne, » répondit Salicetti. 

« Alors gardez cette caisse, » répliqua Mahino, « mais 
« donnez-moi votre croix de la Légion d'honneur, je le 
veux. » 

Il fallut la lui donner et aussitôt il la mit à sa bouton- 
nière. Le piquant de celte histoire est que Salicetti, un fin 
diplomate et un souple courtisan s'il en fut, avait été 
Ministre de la Police et il avait voulu sûrement rendre à 
Mahino la monnaie d'un des tours que ce dernier Iqi avait 
joués plus d'une fois. Mahino, de son côté, justifiait sans 
doute son acte en se disant qu*il avait bien le droil de faire 
rendre quelque chose à l'homme qui avait donné Gênes à 
la France et qui s'était cru en position de pouvoir lui offrir 
Rome. 

Peu de temps après, Mahino, pour imiter Napoléon qui 
se faisait appeler l'Empereur des Français el Roi d'Italie, 
s'était fait proclamer partout où il portait ses pas l'Empereur 
de la Plaine et le Roi de la Montagne. 

Les incursions de ce chef de bande jusque dans la vingt- 
septième division militaire, ses attaques hardies, parfois à 
découvert et toujours à main armée, finirent par inquiéter 
le gouvernement qui mil sa tète à prix. Dix mille francs 
étaient promis à celui qui le livrerait mort ou vif. L'appât 
d'une si forte récompense avait stimulé le zèle des agens de 



428 SOUVBNIRB DU COMTB DB PLANGT 

la force pablique, qui slDgéoiaieot, chacun de son côté, pour 
gagner les dix mille francs. Leurs efforts demeurèrent long- 
temps inutiles, car Mahino avait su inspirer une telle 
torreur dans tous les cantons qu'il parcourait, en même 
temps qu'une telle confiance et un tel intérêt que personne 
D^osait ou ne voulait le livrer et qu'il se trouvait plus en 
sûreté en quelque endroit qu'il visitât^ que ceux qui le 
poursuivaient. 

La hante police d'Alexandrie ayant un jour appris que 
le chef rôdait dans la montagne de la Boquette et qu'il lur 
arrivait de séjourner dans les environs de la ville, le fit sur- 
veiller de si prés, qu'on parvint à découvrir la maison où 
il se retirait souvent et couchait parfois. Le chef de la gen- 
darmerie commanda un fort détachement pour cerner la 
maison à la petite pointe du jour et la fouiller. Le détache- 
ment arrivé à point nommé enveloppa la maison de toute 
part : Fofficier qui le commandait, suivi de quelques 
hommes, se précipita pour saisir sa proie et mettre la main 
sur les dix mille francs, mais ils ne trouva que deux per- 
sonnes qui, malgré l'heure matinale, prenaient déjà leur café 
dans une chambre. Mais comme l'officier avait remarqué 
trois tasses sur la table, il demandait à qui la troisième 
était destinée, lorsqu'un coup de fusil retentit dans la 
plaine. Officier et gendarme regardèrent aussitôt par la 
fenêtre et aperçurent un homme étendu à terre vers qui 
courait un gendarme culotte bas. 

C'était un de leurs camarades, qui atteint d'un mal 
d'entrailles, s'était détaché de la troupe pour céder à un 
besoin naturel. Il raconta que pendant qu'il se trouvait dans 
cette position il avait vu un homme se sauver à toutes 
jambes et avait cru devoir faire feu sur lui. 

Une partie du détachement accourut prés de la victime et 
Mahino fut vite reconnu par tous, tant l'app&t des dix mille 
francs avait fait étudier son signalement et l'avait gravé 
dans toutes les mémoires. Deux des premiers arrivés 
voulurent le désarmer, mais Mahino eut encore la force de 
les frapper d'un coup de poignard de chaque main et de les 
étendre tous deux morts à ses côtés. 

L'officier fit alors faire une décharge générale sur Mahino, 



SOUVENIRS DU GOKTB DB PLANGT 429 

et ayant pu aiosi s'approcher de lui en toute sécurité, il 
détacha la croix de la Légioo d'hooneur que le chef avait 
prise à Salicetti, la demanda au gouvernemeut et Tobtlut. 
Mais jMgoore comment se fit la répartition des dix mille 
francs et quelle part en reçut l'homme à la colique. 

Le corps de Mahino fut transporté à Alexandrie, puis à 
Gènes, et exposé sur la place publique, afin que tous les 
habitants des environs pussent venir s'assurer par eux- 
mêmes de la mort de l'Empereur de la Plaine et du Roi de 
la Montagne. 

Moins célèbre fut un autre chef de bande^ nommé Michel 
Nigra, qui opérait sur l'Alexandrin en même temps que 
Mahino sur la Hoquette, et cumulait les métiers de contre- 
bandier et de brigand principalement dans les environs du 
village de Gastellamont : celui-là, la gendarmerie ne put 
réussir à Tarrèter. 

Au mois d'octobre 1807 je fus instruit secrètement par 
le gpuverneur du Piémont du passage prochain de l'Em- 
pereur qui se rendrait à Milan pour s'y faire couronner 
Roi d'Italie et installer le Prince Eugène comme Vice-Roi. 
Il parait que TEmpereur ne voulait pas qu'on lui rendit des 
honneurs de crainte d'être retardé dans son voyage. Avisé 
bientôt après de l'arrivée de Napoléon à Ghivas, je me 
rendis dans cette ville et j'y trouvai TEmpereur déjà 
installé à l'auberge ou il soupait ; il était à table avec le 
Prince Berthier et mangeait des œufs sur le plat et des 
lamproies frites. 

Dès qu'il m^aperçut il me dit : « Je vous ai envoyé un 
<c secrétaire général un peu intrigant. » Je lui répondis 
que M. Gardini m avait toujours paru un homme sage, 
dévoué à la France et à Sa Majesté. 

« Que désire votre département? »ajouta-t-il ensuite. 

« Sire, la roule du Grand Saint-Bernard, si la politique 
« de Votre Majesté n'y voit pas d'obstacles. » 

« Mais, D me répliqua l'Empereur, « il faudrait beaucoup 
c< d'argent pour une pareille entreprise. » 

Je lui expliquai que les dispositions étaient telles que 
nous pourrions répartir la tâche par portions entre les 



430 2$OUVBNIRS' DU COMTE DK PLAUCT 

commuDes et qa une augmeotation de prestations ferait le 
reste. 

L'Empereur me dit alors assez vivemeot : c< Ce oe sera 
Cl pas dtfticile si roas voulez forcer tout le monde à 
cf Irai ailler. » 

Froidement je répondis alors à l'Empereur : « Sire, c'est 
a tout le département qui me force à demander à Votre 
« Majesté la route du Grand Saint-Bernard. » 

Il s entretint ensuite avec le maire de Gbivas, un ancien 
militaire qui avait servi sous le Roi de Sardaigne et j'en- 
tendis que TEmpereur lui disait : « Il n'aurait donc pas 
«r passe te Niémen ! » Le maire flt une réponse de courtisan, 
ei l'Empereur mis sans doute en bonne bumeur par cette 
réponse se tourna vers moi en me disant : 

<i Votre département demande la route du Grand Saint- 
« l)4»ruard, eb bien ! adressez votre rapport au Ministre de 
Qi l'Intérieur ! » Il descendit ensuite de Tauberge et il en 
Ira? ersa la cour au milieu d'une foule immense de peuple 
qui criait : <c Vive 1 Empereur 1 » 

Je tremblais pour sa sécurité et mes inquiétudes étaient 
d'atilaut plus justifiées que j'appris qu'un assassin l'avait 
suivi jusqu'à Milan et avait été arrêté dans le palais même 
de wtle ville. 

Mais alors Tétoile de l'Empereur brillait de tout son 
éclat ! 

Lb i6 avril 1808 le Prince Borgbése m^annonçait qu'il 
pnuiait possession du Gouvernement général des Départe- 
meus au delà des alpes. Je sollicitai aussitôt mon cbange- 
nuuit, il je fus désigné pour la' préfecture de la Nièvre en 
^(irù) que le jour même où le Prince m'avisait de son arrivée 
h Turm, je lui écrivais pour le prévenir de mon départ 
[H>ur lîi France. 

yn\m senti que les préfets des départements situés à 
dm% '*c'ats lieues du siège du gouvernement allaient être en 
tmt h\ix intrigues d'une petite cour à laquelle afflueraient 
\*ms h^^ méconteos du pays, qu'ils seraient mis en cause 
MaaH jHKtvoir se défendre^ qu'on leur imposerait peut-être 
ilm iiMsurcs qu'ils désapprouveraient ou des collaborateurs 
uijiu]»ai)luâ qui nuiraient au pays sous leur nom, et que la 



■^ 



SOUVENUES DO OOKTB DB PL4NCT 431 

perte de leur réputation d'administrateur, de leur considé- 
ration même, ne feraient qu'accompagner la défaveur dans 
laquelle ils seraient exposés à tomber. Javais fait valoir 
toutes ces raisons à mon beau-père, et c'est à son inter- 
vention que j'avais dû d'être rappelé. Je n'avais d'ailleurs 
pas refusé de faire partie de la cour de Paris pour accepter 
d'être de celle de Turin. 

Gomme l'Empereur après ses victoires, je fus, au moment 
de mon départ, couvert de fleurs par mes administrés et 
complimenté en des termes non moins empatbiques, même 
par les membres du clergé qui s'étaient montrés pendant 
mon séjour à Ivrée si hostiles à la France. 



432 SOUYBNIRS DU OOHTB DB PLaNGT 

PIÈCES ANNEXES 



Leiirei de M. de Plancy au Ministre de V Intérieur et à VEm* 

pereur pour leur accuser réception de sa nomination à la 

Préfecture de la Boire. 

Au Ministre de Tlntérieur : 

« MoDseigneur, 

c le viens de recevoir la lettre par laquelle V. Bzo. m'annonce 
la grâce qne m'a faite Sa Mi\]esté en me nommant à la préfecture 
de la Doire. 

^ « Je voudrais devoir à de plus longs et de plus utiles services 
cette nouvelle marque de ses bontés. Moins j*ai fait pour les 
mériter, plus Je m'efforcerai de justifier son choix. 

c Je prie Votre Excellence d'agréer Thommage de ma recon- 
naissance pour l'intérêt qu*Elle veut bien prendre à mon avance- 
ment et celui de mon profond respect. 

c Soissons, le 21 floréal an XIII. » 

A l'Empereur : 

c Sire, 
€ le reçois avec la plus vive reconnaissance la nouvelle preuve 
de confiance que Votre Majesté m'a donnée en me nommant à 
la préfecture de la Doire. En quelque lieu qu'Elle daigne fixer 
ma place, je justifierai son choix par mon zélé et mon dévoue- 
ment, heureux si je puis mériter par des succès plus essentiels 
qu'Elle m'appelle k travailler plus utilement encore pour la 
chose publique et sous ses yeux, 
c le suis avec le plus profond respect, 

c de Votre Majesté, 
c le très humble, très obéissant et très fidèle sujet. 
• Soissons, le 21 floréal an XIII. » 

Le Ministre de Vlntérieur à M. de Plancy ^ Préfet de la Doire. 

« Paris, i*' vendémiaire an XIV. 
c le m'empresse, Monsieur, sur la demande qui m'en a été 
adressée par S. A. S. M. Tarchitrésorier de vous autoriser à vous 
rendre auprès de Son Altesse et d'y rejoindre Madame de Plaocy, 
mais je dois vous rappeller que les opérations de la conscription . 
de l'an XIV doivent être promptement commencées, qu'elles 
exigent tout votre dévouement et tout votre zèle, surtout dans 



SOUVENIRS DU COMTE D£ PLANCT 433 

UD département que vous admiaislrez depuis peu et je ne doute 
pas que ces considérations ne vous fassent sentir combien il 
importe que votre absence soit prolongée le moins longtems 
possible. 
<c Recevez^ Monsieur, Tassurance de ma parfaite considération. 

c Signé : Champàgiit. » 

Le Mitmtre de V Intérieur à S. A, S. Le Prince Le Brun^ 
arehitrésorier de V Empire. 

« Paris, i«' vendémiaire an XIY. 
« Monseigneur, 

c Je suis trop heureux de trouver une occasion de procurer 
au cœur de Votre Altesse des jouissances qu'Elle sait si bien 
goûter pour avoir tardé un seul instant à autoriser M. de Plancy 
à se rendre auprès d*Elle« Comme administrateur il ne peut être 
à une meilleure école, et ce tems ne sera pas perdu pour ses 
fonctions. 

:< Votre Altesse jugera d*ailleurs qu'à la veille des nouvelles 
opérations de la conscription il ne peut les interrompre longtems 
et je m'en remets à sa sagesse. 

c Je prie Votre Altesse Sérénissime d'agréer Thommage de ma 
respectueuse considération. 

c Signé : Champagnt. > 

Le Ministre de V Intérieur à M. de Plancy, Préfet de la Doire. 

« Gènes, le 23 prairial an XIII. 

€ Je n'ai aucun souvenir, Monsieur, d'avoir écrit à votre 
prédécesseur que Sa Majesté se rendait dans le département de 
la Doire, n'ayant moi-même aucune certitude à cet égard. Je 
m'empresserai de vous faire connaître les intentions de Sa 
Majesté dès que je les saurai. Je vous observe au surplus que 
les préparatifs à faire pour le recevoir doivent surtout être 
déterminés par l'empressement des villes qu'Ëlle honore de sa 
présence. 

K L'administration supérieure ne peut y prendre qu'une part 
indirecte, et votre absence momentanée d'ivrée ne peut influer 
en aucune manière sur les préparatifs qui Ton y peut faire. 

c J applaudis à l'heureuse impulsion que vous avez donnée. 

« Agréez, Monsieur, l'assurance de ma parfaite considération. 

c Signé: Ghampacnt. i 

Le conseiller d'Etat, chargé du 3^ arrondissement de la Police 
générale de l'Empire, à M» de Plancy^ Préfet de la Doire. 

« Paris, le 19 prairial an XIII. 
« Je vous prie, Monsieur, de m'envoyer le plus tôt possible 

28 



434 SOUYBSflRS DU GOlfTK DB PLAMOT 

un état confidentiel de tous les individus que la voix publique 
ou des données particulièpes vous font supposer capables de 
brigandages» de vois publics ou de contrebandle; 

c Ce tableau devra faire connaître le nom dechacuChde ces 
individus, ses prénoms, son âge, son lieu* de tteûssance;* son 
domicilevs»pfÔfeâBio«^ sen caractère poFitique, etc.. 

c Vous devrez distinguer dans une colonne d'observations 
ceux qui peiuvent ètse coosidèi^s odaftme chef» ée- dM bandes 
criminelles. Il sera essentiel* que^voos^ indicpiiez les communes 
dans, lesquelles ces bommes dangereux commettent le plus sou- 
vent leurs délits et les gens qui les tolèrent ou leur donnent 
même des avis et peuvent en quelque sorte être considérés 
comme complices. 

(f ie^ne doute pas,. Hlonsieur, qpe pénétré de Tesprit de <Setle 
demande,, vous ne m'adressiez bientôt ce» renseignements avec 
rétendue et la précision convenables. 

c Recevez l'assurance de mes sentiments affectueux. 

fl Signé ^?vun. > 

c Paris, le 9 fhictidor an tOL 

« ie vous remercie. Monsieur, de Tavis que vous m*avez donné 
par vos lettres des 23 et 28 Uiermidor derniers au sujet' des 
conciliabules que q^lqjues babitans d'Yvrée vont tenir à 
Gollereto-Parella. 

« Si comme on' doit leprésumev, le procès- verb^ deM. le 
Maire est exact, les individus qui font partie de ces rassemble- 
meûs doivent fixer toute* votre attention et faire Tobjet d'une 
mirveillance bien spéciale; 

< Xe ne doute pas que vous n'avez déjà pris toutéiïles m^nâM 
pour arrêter le mal dans sa source et pour approfondir jusqu'X 
Itf moindre drcdnstance de cette intrigue. 

<t Xe vous prie de me donner des détails sur les indivuitts 
désignés au procès-verbal : il est importiant de connaitre le degré 
d'influence que cbacnn d'eux peut avoir, soit par ses moyens 
personnels, sa fortune, sa famille, soit par ses autres alentours*; 
il faut savoir s'ils correspondent avec l'étranger, slls font 
de fréquens voyages, quel en est le" but; etc., etc.. 

c n est essentiel que vous dirigez des agens secrets pour voas 
assurer bien positivement de la conduite du curé dé Gollbrdto 
et de celle du notaire Enrietti Brunone cbez lesquelk se forment 
ces sortes de réunions. 

c Si vous appréciez d'une manière bien positive qu'ils con- 
tinuent à tenir des discours semblables^ à oetut dénotioés, vodB 
ne deve^ pas^ balancer k prendre des mesures de répre^on 
contre leurs auteurs, mais si le cas se présente, il est bien im- 
portant que les précautions soient prises de manière qu*on puisse 



90IFVBNIRS DtJ COMTB DB t»LANOT 435 

saisir, en même tems avec les perturbateurs, leur correspon- 
dance et leurs papiers. 

c Je n'ai pas besoin de vous dire de mettre en pareil cas dans 
votre conduite toute la pHidenoe dont vous êtes capable. Je vous 
invité à DM rendre des^ compte» ft^cpxents de tout ce qui peut 
avoii^ rapport' à cette affaire et en général dé tout ce qui tient à 
la tranquillité publique d«ns votre département. 

# VébiUez égdedàent me'^ire part dé vos observations parti- 
culière^ smK lés mesures que Tautorité supérieure potirrait em- 
ployer «vipc-plus die succès relativement aux localités. 

c RécéVé^ FassUi'àn^é' dé' i&es séilfimekid affectueux. 

« Signé : fKUPT. » 

Le HinUirt de V Intérieur h M. le Préfet du Département de là 

Dotre, 

€ Parîtf, le f«^ véûdtemiairé an'XIY. 
c Écinsteu^, I^Empèrieuir a dû compter à tous les momens sur 
votre zèle pour son service et votre amour pour la patrie. H est 
àujourdliui dbns lé cas de réclamer d'une manière particulière 
la preuve de ce double sentiment. Une circonstance inattendue 
diange la position de la France et exige d'elle de nouveaux 
efforts qui doivent la conduire à uï^e gloire nouvelle et à un 
r^pos adi né sei^a plus troublé. Des Puissances de l'Europe 
interviennent dans notre querellé avec TAngleterre, et ont af nié 
pour prescrire à la France les conditions d*uiie paix désavan- 
tageuse» éë qui déjà éUit une déclaration de guerre, car sans 
doute elles n'attendaient pas d'elle cette lâche condescendance. 
Leurs armées ont envahi le' territoire de ses alliés et marchent 
contre nos frontières ; la paix du continent n'existe plus. Ainsi 
est détourné ou plutôt suspendu le coup qui allait' fi^apper 
l'Angleterre. C'est encore sur le continent et par de nouvelles 
victoires (|u'il fout aller chercher la paix. L'Empereur voit aVec 
regret cette triste nécessité, mais il n'hésite pas lorsque l'hohneur 
et rintérèt liational ne laissent pas le choix d^un autre parti. 
Que la guerre soit vive pour être courte ! Que la ilation fasse un 
grand e£fbrt et détruise par son union toutes-puissante, par son 
invincible courage ei surtout par son activité, cette coalition 
nouvelle non moins odieuse que les autres, puisqu'elle a pour 
but de la mettre sous le joug d'une nation rivale qui ne sera 
satisfaite que lorsqu'elle aura détruit, sans espoir de les voir 
reiialtre, notre marine, notre commerce, notre industrie, notre 
richesse' et ilôs moyeutr de prospérité. Les menaces de Tennemi 
commandent surtout une décision prompte et unanime. L'Em-^ 
pereur appelle la conscription de Tan XIV pour une guerre 
elt^ordihaire^ il se borne à accélérer de quelques moisr une 
mesulre ordinaire. Que cet appel ftut au courage de la jeunesse 



43Ô SOUVENIRS DU COMTB DE PLANGY 

française soit cntfndu par elle et répété par tous les fonclion- 
naires publics î Employez voire aclivité, votre influence pour en 
hÀter les résultats Plus Topération sera prompte, plus ses salies 
seront heureuses. Joignez les moyeus de persuation, à l'emploi 
de votre autorité, appelez, pressez ceux que la loi appelle, en- 
couragez le zèle de ceux qui se montrent prêts à lui obéir ; 
déployez contre les autres toutes ses rigueurs. 

c Dites à vos administrés que c*est par cette mesure décisive 
qu'ils arriveront à une prompte paix, premier et dernier objet 
des vœux de TEmpereur ; qu'elle seule peut leur épargner les 
calamités, Tépuisement d^une guerre longtems prolongée et les 
sacrifices qu'elle nécessite ; que c'est elle qui éloignera la guerre 
de nos frontières et en rejettera le fardeau sur Tennemi. Parlez 
de leurs intérêts, de leurs véritables intérêts à ceux qui pour- 
raient ne pas être touchés de la gloire nationale ; mais ceux-là 
ne seraient pas Français ! L'honneur, le sentiment essentielle- 
ment français, parlera avec force à tous les cœurs dignes de ce 
nom, la voix de la patrie les appeliant à sa défense contre une 
injuste provocation ne sera pas méconnue par ceux, et toui 
s'empresseront à partager ce long héritage de gloire recueilli 
sur les Alpes, dans les plaines de l'Italie, sur les bords du Rhin 
et du Danube. 

X Celui qui a toujours maîtrisé la victoire, dont le génie est 
aussi puissant que sa volonté est ferme et inébranlable, dont 
la pensée embrasse toutes les combinaisons des tems, des lieux, 
des hommes, qui vous a sauvés des maux du dedans et des 
périls du dehors, et sous l'égide duquel vous avez placé vos 
destinées, votre Empereur, l'hooime du siècle et de la nation, 
guide lui-même vos phalanges... Quel Français n'est pas j^oux 
de partager ses dangers et sa gloiœ ? 

c Quel est celui qui entendra sans émotion ce mot de Tl^m- 
pereur au Séna», à l'instant de sou départ : t Votre Empereur 
fait son devoir, l'armée fera le sien ; Français, faites le vôtre ! » 

€ Fonctionnaires publics, c'est surtout à vous que ce mot 
s'adresse. Le premier de vos devoirs, c'est la défense de la 
patrie. Propriétaires, cultivateurs, il faut vous assurer la tran- 
quille possession de vos cbamps. Négociants, manufacturiers, 
artistes, artisans, c'est dans votre industrie qu'est votre richesse 
et votre existence, sachez vous en assurer le libre exercice et 
ouvrir de nouveaux débouchés à ses produits. Pères de famille, 
vous avez à éloigner de vos paisibles demeures et les maux et 
jusqu'au bruit de la guerre ; et si vos fds ne marchaient contre 
Tennemi, vous auriez à prendre les armes pour la défense de 
vos foyers. Français, il est question de votre gloire et de votre 
indépendance. 

« Vous, Monsieur, vous avez à justifier le choix dont l'Em- 
pereur vous a honoré, et c'est en hâtant la marche de la con- 



SOUVBNIRS DU COMTE DB PLANCT 437 

scriptîon que vous acquérerez le plus de droits à son suffrage 
et À sa bienveillance. Votre zèle sera jugé par ses résultats ; 
qu'ils soient tels que j'aie à vous féliciter d'avoir bien mérité du 
Prince et de la Patrie. 

« Recevez, Monsieur, Tassurance de ma parfaite considération. 

c Signé: Champagnt. 

c P.-S.— Vous êtes invité à faire parvenir les exemplaires ci- 
joints à MM. les sous-préfets et principaux maires de votre dé- 
partement. > 

f Paris, le 2 vendémiaire an XTV. 

c Monsieur, je vous envoie le discours que Sa Majesté a pro- 
noncé au Sénat, quelques heures avant soq départ pour Tarmée. 
Qu'il soit connu des fonctionnaires publics et des citoyens de 
votre Département ! Que tous s'animent des sentimens qui Tont 
dicté ! Qu'à l'exemple de l'Empereur ils fassent leur devoir ! Ce 
devoir n'est pas douteux. La France est menacée, insultée, 
attaquée dans ses possessions, dans ses alliés -, les armées 
ennemies marchent contre nos frontières ; l'Empereur se met à 
la tête de nos troupes pour les rejeter sur leur territoire. Que 
ceux qui n'auront pas le bonheur de partager ses dangers con- 
courent au moins à sa gloire par une obéissance empressée 
aux ordres du Gouvernement. L'Empereur, secondé par son 
peuple, obtiendra des succès qui seront le partage de tous ; la 
prospérité de la France, son indépendance et une paix solide et 
honorable devant être le résultat de ses travaux, de ses périls 
et de ses efforts. 

« Recevez, Monsieur, l'assurance de ma parfaite considération. 

« Signé : Champagiit. 
« Contresigné : de G^rando. • 

• Au nom de Sa Majesté l'Empereur et Roi, 

a L'architrésorier de l'Empire aux habitants de Salso Maggiore, 
Vigoleno, Lugagnano, Castelio d'Arquato, etc.... 

c Au fond de l'Allemagne, et au milieu de ses victoires, Sa 
Majesté s'occupe de votre bonheur et m'ordonne de préparer 
pour vous le bienfait d'une organisation nouvelle, et j'entends 
sortir de vos retraites le cri de la révolte, et j'apprends que vous 
êtes armés — que prétendez- vous ? quelle est la cause de ces 
mouvemens ? 

€ On veut qu'une faible partie de votre milice s'associe pour 
quelques moments à l'honneur et aux avantages d'un service 
régulier, que quelques-uns de vos enfans, qu'aucun lien, aucune 
affaire ne retiennent encore, aillent sans danger, sans fatigue, 
bien nourris, bien soldés, sous les ordres d'un Prince adoré de 
ceux qu'il commande, garder un dépôt précieux que l'Empereur 
lui confie, et qui vous répond de cette paix que vous désh^ez, 



438 SOUVENIBS DU COMTE DK PLANCY 

et VOUS voulez leur ravû* une gloire que tous les Fraççais leur 
envient ! 

a On vous a dit peut-èlre qu'ils trouveronjl 1^ des AvitrÂchiens, 
des Russes, des Anglais et des combats. Mes amis, les Autrichiens 
ont fui jusque dans leur dernière retraite et ils n'attendent et 
ils n'implorent que la paix. Les Russes ont été cacher dans leur 
désert la honte de leur défaite ; les Anglais ne savent qu'acheter 
les insensés qui Areuleni ^ faire tuer pour eux. Des imposteurs 
vous égarent, des brigands veulent vous associer à ieurs crimes 
pour âcbapp^ i h yjeAgeiaope 4&» lois. Séparez votre cause de 
la leuf 9 çh^e^rlef du ^ie;^ de vpus ; r^B^^^eyei^ez ^ g^e vous 
ayez éi^^ ç^^^ff ^ ^'p^l^fP PM^^i<^? obéissant^ à la y.o^ 4^ ilion- 
I^e^r et di^ /devoir. Ah I pe me forcez p^s à déppgiller jp caf ac- 
^re d^ i'ii^î^uige^e 4 k frapper ceu^ que j'*^ juré, de j^^Tf^ 
h/Bureji^. Rongiez ^x dangers qui vous piep^pêf^. jL^ ^c^ armés 
yffl^fifffivo^p,e', ^^na^i est p^oiioncf^ WPO«P^ W CW*? 
l^les, ypu£ itérez ^us frappés. Rentrez, je vous en pot^jur^e^ d^ 
vpj^ fpyejrs^ et .tan4fs iji^'il est tems encore^ obéf^ez à 1^ vqîx 
d'fkj^ pèF<^; 

$ Dasoi /iMje^ues «^pai|9jBs je «^rai aju mi^m àfi vf^m, 
>*/èc^»«afrAi vos plaiol/es, je jn^diie^aj ayep ivpfjs le$ mt^sw 
d'^sqjn^QOire prpçp^il^. f^iU^ que »ies reg^r^s ne repc/oi^trif^ 
n^n qui m-^afÇige 4 qll^ je ^rg^ye pj»riout 2^ Img^U^ Mq ypfirf 
repenlir ei Ifi souyeiUr 4^ pi^i^ iudMlg^nce. 

c Stf n^ ; Le Bwm. » 

t L'architrésorier de TEmpire» 

€ En vertu des pouvoirs qui lui ont été conférés par Sa Majesté 
l'Empereur et Roîi 
« Décrète : 

c Art. 1 . — Il serjL éfabli une Cpgifnissipn mijitaire, à 1§ ^uite 
de ,1a force arçée chargée d'agir coptr^ ^s insur^ du plai- 
santin. 

^ Art. ^. 77 M. le Çénér^ co;iui|andant la 2^^ dj vi^ipn npmpaera 
1^3 megjjir^eg d^B cejte .Çpiçpiiçsf^n. 

<< jf^ /9j nQtr§ paf^is ^ Çé^/^; l^ 7 jj^yier 18p§. 

f P^^r §ps Al^e 5.^f^ft^vme, 
c le Secrétaire de Ses Gommendèmens. 

« Signé : B^koît. » 

(C ^ yer(p des pp^yo|r§ g||i 1^| pat é(é ponf^^§ par Sa Majes|i^ 
l'En^pereur pt Rpi ; 
f Décrète : 

« Art. I . ~ Grâce est accordée à ceux de« insurgés du DlaifaatiB 
autres que les auteur^ et priocipau^ ageas de riasiinrafitioa, 



qui VÎAodiiOttt dépoaar leurs armes et leurs munitions dans vingt- 
quake keuxsQ^ 

« Art.?. ^ GrÀee «si loème aûc(Mvg^ àceux .de^jaceQiis aecoa- 
daipes .de riBsurrection «qui vleodeofit en 4éao»oer les pi:eQÛeve 
«otems. 

c Aft. ^. — Tous les lHd>itaRs pais^ks qm ont fideont tevîtés à 
rentier dcms leurs lejers eA à «'«tair & ia foiee «naée^^Mâ ««eut 
les protéger. 

« Fait en notre Palais à Gènes, le 7 fôviier 1706. 

a Signé : Le Brun. » 

V ^ar Spn A^iess^ Seréniissime, le Secrétaire de Ses Com- 
mandemei^ç^ 

« Signé : BfeNoiT. » 

£^ §4»éi^l iCe9^9U9 commaBdant général^ faimni fonçOons 

dfi Gomi^mmr ^érsl, ^md officier de la Légion d'kmmmr, 

4 M' de Plancy^ Préfet de la Ihire. 

c Turin, ie 9 Vendémiaire an XTV. 
l«'oct. 1805u 

• a^ atooUwfflt né^oes^aire, Monsieur le Préfet, que vous 
Um^i un^rUoer. publier et afficher la proclamation que j'ai ep 
l'honJOLeM/ 4e i^ous Adresser relativement aux individus qtsi 
voudraient exciter des mouvemens, etc., etc.. 

« tç but est d^efifrajer les bommes qui voudraient remuer et 
4'eiDpevcl^e^ qu'il ^e ^ iovrn^ àm coupables ; vous devez bien 
p^^ser que xnon projet n'a jamais été et ne peut être de vouloir 
90T^f ioutats le;s conmenees du Piémont ffous devons coa- 
piwer le» mécbnnU «et leur inspirer une telle crainte qu'ils n'osent 
pu/» a^ir^eui^^mém^s fti encore moins exciter les aolres à agir. 

f fm 4^ ffût an#Nr plusieurs individus 4ans las autres 
départemens, ce qui a produit le meilleur efifet. Dans las circon- 
stances où nous nous trouvons» il faut commencer par être 
»tyère pour quelques-uns afin d'éviter de Téire pour le grand 
npmtoe. 

# /'M f9|u. Mo9si#ury la liste des oeuf individus qui sontactuella- 
mêfOié^nm k Yvrè^, n n'ait pasdotttauxquas'ilsant M autrefois 
^n^pris 4»ti# Ja mesura de déportation ou qu'ils ayant été mis 
pi^ las tri^navi <t U disposition du Gouvernement ou enfin 
^'ils fçiaat puMiquamant aoupaMas de délits^ sans capaodant 
avoir contre eux de preuve suffîsamment légale, il n'est pas dou- 
tau;^» çUH^^ qu'ils doivent être conduits à Turin d'où ils le seront 
çAfiujte à l'Ile de Ré^ selon les ordres de S. M. TEmpereur et Aoi. 

¥ J'iM rbonoeuf d'être avec la plus baute considôratiout 

« Monsieur la Préfet, 
ff y^taa tfis bambJ# et trép obéis9(mt serviteur. 

< Signé : Mknou. » 



440 SOUVBNIRS DU COMTB DB PLANCT 

« n vendémiaire an XIV. 
« Je crois qu'il est nécessaire dans les circonstances actuelles, 
Monsieur le Préfet, que j*aye 1 honneur de vous envoyer copie 
d'une lettre que j'ai reçue de S. M. I. et R. Ses ordres sont précis ; 
je ne puis ni ne dois m*en écarter. Je vous invite en conséquence 
à me tenir parfaitement au courant de tout ce qui se passe dans 
votre Département, aiin de me mettre à même de prendre toutes 
les mesures que les circonstances exigeront. 

c J'ai l'honneur d'être, etc. 

« Signé : MBifOU. > 

Le conseiller d'Etat j chargé du 3^ arrondmement de la Police 
générale^ à M. de Plancy, Préfet de la Doire. 

« Paris, le il vendémiaire an XIV. 

€ n résulte, Monsieur, de plusieurs rapports qui me sont par- 
venus sur la situation des départements au delà des Alpes que 
l'esprit de parti se réveille et s'agite pour y semer le trouble et 
que des agens de létranger conspirent pour opérer un boule- 
versement. Si à cet état général des choses on ajoute les dés- 
ordres journaliers qui naissent du brigandnge, on peut regarder 
la sécurité de ces départemens comme menacée des dangers les 
plus imminents, et dans cette circonstance, les préfets doivent 
apporter une vigilance continuelle pour découvrir et déjouer les 
complots de l'ennemi. 

c Vous aurez à me faire connaître dans le plus grand détail 
quelle est la situation de l'esprit public et quelles sont les 
tentatives faites pour le corrompre ; s'il existe des réunions 
clandestines sur votre territoire, s'il reste encore des bandes de 
brigands, quels sont leurs noms, leur nombre, leurs chefs, leort 
moyens, leur point d'appui, les lieux de leur retraite ; enfin 
s'ils sont organisés dans la vue du brigandage ou pour quelque 
cause politique. 

«c A ces renseignements qui doivent être circonstanciés et très 
positifs vous joindrez tous ceux que vous pourrez recueillir, 
sur la conduite des fonctionnaires de votre département, sur 
leurs opinions, l'influence qu'ils peuvent avoir, et la manière 
dont ils s'en servent ; si elle est dirigée dans un esprit contraire 
aux lois et à la fidélité qu'ils doivent au Gouvernement ; vous 
examinerez aussi quelle est la conduite des prêtres et quels sont 
ceux qui seraient soupçonnés de favoriser les manœuvres des 
agitateurs. 

« Je désire aussi connaître les individus domiciliés dans votre 
département qui étaient jadis attachés k la maison de Sardaigne 
par quelque emploi ; vous aurez soin de m'indiquer leur nom, 
leur ci-devant qualité, leur fortune actuelle, leurs occupations, 
leur opinion, le degré d'influence qu'ils ont dans le pays, et de 



SOUVENIRS DU GOMTB DGB PLANCT 441 

quelle manière ils remploieot, si c'est pour ou contre le Gou- 
vememeot français. 

c 11 est essentiel, Monsieur, que vous me teniez informé jour 
par jour de tout ce qui peut intéresser la sûreté publique, comme 
de tous les moyens que vous croirez nécessaire d'adopter pour 
la faire respecter. Votre surveillance doit être plus vigilante que 
jamais puisqu'il s'agit d'étouffer le germe d'une guerre civile. 

< Recevez l'assurance de mes sentimens affectueux. 

« 5191»^ ; PiLBT. 

€ P.-S. — Je vous prie de vous faire représenter mes lettres des 
9 fructidoret i*' vendémiaire dernier. Votre lettre du 25 fructidor 
n'ayant pas répondu entièrement à ma première, je vous serai 
obligé de me donner des détails très circonstancées sur les 
individus qui composent le club de Coliereto Parella. Vous 
savez que le curé du lieu est désigné par le maire sous les rap- 
ports les plus dangereux. Il est donc essentiel de le surveiller 
particulièrement et de rendre des comptes fréquents de ^a con- 
duite ainsi que de celle de tous ceux qui sont désignés dans le 
procès-verbal du maire de CoUereto Parella, que vous m'avez 
adressé avec votre lettre du 28 thermidor dernier. > 

« Paris, le 14 brumaire an XIV. 

« J'ai reçu simultanément, Monsieur, vos lettres des 26, 27, 28 
et 30 vendémiaire dernier, relatives à l'arrestation des S'* Mosca, 
Bonafide et Sola. Je ne puis qu'applaudir à la mesure que vous 
avez prise dans cette circonstance. U eût été seulement à désirer 
qu'on n'eût pas mis autant d*éclat dans cette opération, on 
aurait peut-être alors saisi une correspondance et des papiers 
importans. 

c D'après la manière dont étaient signalés le notaire Enrietti 
Brunone et Jean-Baptiste Enrietti, Secrétaire des communes de 
Strambinello et Baldissero, j'aurais cru que. vous auriez proposé 
contre eux une mesure quelconque. La prudence semblait au 
moins exiger qu'on s'emparât de leurs papiers, attendu qu'ils 
étaient désignés pour tenir chez eux des conciliabules. 11 parait 
maintenant qu'il serait inutile de faire une tentative à ce sujet : 
ils ont dû vraisemblablement faire disparaître tout ce qu'ils 
avaient de suspect aussitôt que l'arrestation des S^ Mosca, 
Bonafide et Sola a été connue^ 

c II faut se borner quant à présent à les faire surveiller très 
spécialement. 

c Je vous remercie du rapport que vous m'avez adressé sur 
les individus. qui ont pris part aux troubles des années VII et IX : 
je n'ai pas besoin d'appeler sur ces personnages toute votre 
sollicitude. Je suis bien convaincu que, dès qu'ils vou5 auront 
connus, vous les mettrez dans l'impossibilité de suivre ; je ne 
saurais cependant trop vous recommander de faire observer 



sérapuleusemetit leur oonduHe, notasmefit ée oe«x ^ «oui 
reconnus pour avoir été chefs de parti. 

€ VeuiMez, je ypus prie, ne me laisser ignorer eueun fait, 
aHcune circ^ngtanee qw puisse intéresser la tranquiliité puMiqiie 
eC kl sûreté de l'Etat. 

c ]^ecevez Tassurance de mes ^^ntiip^at^ aflécb^ux. 

^ JSifné : PMMn- * 

Rapport à VEmptreur sur la situation du Piémont. 

Févfwf tm, 
€ Çye, 

# l4# M>UaDts du l^éflHPt imm&^éie }» m^ #) p^rw i i ift ) 
ei»4entif «^tle^3P/ 

s Les luwmes qui ont £ait ke réyolmiioms âk» bbo^ VJi 
ei OL, qui ont is^ûité tant de «aiig mx Mm 4a8 Fimn^aw etaof 
Français eun-^mApitts» aenûant disposés à s'altacher an fionvaroAr 
meBi Mite défendre s'ils éUieot b'um dirigés p^ T^a^de» 
acetéiiaslifaes^ 

a Mais à dilTéMBUa époquas ees prétras ayant eseké Umm 
paroissiens à la révolte et les ayant armés pour la cause du Roi 
de Sardaigne, n'osent pas devant ces mêmes habitans parler 
pour to i^ottveraeflBêttt aofaels, ils ont pria daoe la ré/sotutièn de 
ae taire, fésoklUoB quf dénne te onéine rédultat que alla pré«|iaieat 
aentre fEtat. 

€ £n effet, le paysan qui n'entend point son pastegr soutenir 
lu cause du Gouvernement distant, lorsqu'il Fa vu si ardent 
pour défendre le Gouvernement abbattu, imite son exemple, se 
tait, exécute les lois parce qu'il craint la force, mais tout en 
attendant le plus petk événeinant peur rompra la «ikn^ê. 

fl Votre Wajesté n'ignore pas que les Evêques du FiémoQt n'ont 
ç[ué le i^tre À n'opt point 4é pouvoir. 

A Qu^le^ /sures çont0stent ai» Gouveitiement aon droit sur eux 
f9 d»4At qu'Us tiennent le pouvo^ dn cbef de tous i^ ch^(jp. 

$ U but qnf Vpt^A jWfge^té gofn^ tpuis Je» jourjs du» b^toiHi^ 
p^ur iwin^ir Im leçprjfc» 4^ m» pF^\re§ lAcJ)^ 4 f/iftklw^ 

$f 0» Ma» il {êxA «i*^ Appliqua êu Piim»i la loi 4i^ 
12 germinal an X relative à rorgaQJy$^tipo 4«^ Cljilt0B. 

4L U Gouver;9^oi^ «ywl Alorp w j^and pouvoir »«r les 
Curés et les fivèques, sur les Sous-Curés, il opérera ài^ inbllig^- 
mens s'ils le ju^^e nécessaire, mais les prêtres, sachant qg^ ij^ir 
s^rt d^od 4fî LeMT iv^pduil^, çoAcilieront Jeuf mléf^t pt^rix- 
CilJm *ye*i Ç^luidP l'RUt, et Ç» pays livré toutepti|&r 4 l'çptiiott- 
msm^ et h Vk^miT^n qu'il » ppur votre npm i^'ayra plus A 
anôpdr^ Mioun« s<i^i«pse et vous çbérira 4 l*e]EiB99pi« d9 tP9tie 
i*FfWce. 

« Sl^ : fUJMT. » 



S0UVBNIB6 DU OOlfTB DB PLANCT 443 

Rapport au général Menou. 

€ i«' ii^ar3 180Ç. 

fl Tai Hionoejur de vous envoyer le rapport que vous me 
deipapdez par vçt^e lettre du 25 février 1&06. Je vo.i^s (erai cou- 
mdtre lesr yaria^ions que ce département a éprouyées sous le 
rapport de l'esprit politique. 

<^ Le Piémont {aiosi que la France), dans les différentes i)^vo- 
lutions qu '^ éprpuva, vit paître plusieurs partis qui furent to^r 
à tour yicl^ij^ #| jtrû^impbao^, et «qui Qreat conpaitre les 
hommes qui dans les révolutions de l'çui VU et de Tan IX 
s'étaient n^onl^éé les plus acharnés coptr^ les amis des Français 
et le;» Frai^çai^ eu^-mèm^es. 

c Ce fut après toutes ces dissensions que le Piémont fut a9£k9«cié 
à la France ^ cette réunion confondit tous les partis e^ la ]faveur 
çQntinjgLeilp dont $a Majesté comibla ce pay$ calnaa I4 plup^ 
dLes esprits. Il fallut pour^iiivre \b système 4n Gouvern^n^epi^t, 
chercher à ramener ceux ^ui s'étaient égarés et qui avaient égaré 
les ailles, s'entourer ^ gens estimables de tous les partis, leur 
f^e oublier iju'ils avaient eu des révolutions qui avaient divisé 
le^s hommes, \^ occupier sans cesse du bie^ que Sa MajesU^ 
fai^t i^ Piç,ç^^c)pjt ^]t les assurer que sop intention était que )es 
hommes de mérite employassent leur talent au service dé l'Etat 
et au bonheur de leurs concitoyens. 

c p fallut surtout surveiller les administrations particulières, 
et les affaires de ppHce, afin q^e les citoyens ne furent ppin| 
iaquiétés, soit par vengeance soit par ignorance ; les vexations 
qu'ils ^prouyent les indispo^nt souvent coQtr^ lep administra- 
teurs; le gpuvernement, et lei^r ètele crédit, cette confiancç dont 
ils ont besoin. 

c Tous les habitans du pays commençaient à oublie;* les 
maux et même le parti qu'ils avaient défendu. J'eus la satis- 
faction) d|e voir les amis dû Gouvernement et les hontes qm 
lui étaient les plus opposés, les Français et les Remontais tous 
réunis, et vivre en bonne intelligence. 

c Mais les bruits de ^uisrre apprirent qu'il y avait a^elfluef 
personnes dont le retour n'était pas sincère, car aussitôt que le 
Prince Charles parut s|ir les ff'ontières, les partisans du Roi de 
Sardaigne publièrent partout la force de son armée et celle de 
l'armée française et présagèrent déjà notre défaite et tpus les 
malheurs qu*ellé aurait entraînés. Ces nouvelles effrayèrent le 
peuple et donnèrent de l'audace aux prêtres. 

« Quelques dubs commençaient à se former : ils étaient com- 

Î>osés de Bonafide, notaire, qui fut à la tète des brigands en 
^an VII et qui servit les Autrichiens, de l'ex-comte Mosca qui 
fût déjà arrAté comme perturbateur du repos publie et qui a 



444 SOUVENIRS DU COMTE DB PLANCT 

constamment servi le Roi de Sardaigne, et l'ex-comte Sola, 
homme dangereux par ses mauvaises intentions et son courage. 

c Je pensai qu'il était temps de donner un exemple qui fit 
comprendre le parti que Ton prendrait si l'ordre venait à être 
troublé. J'eus l'honneur de vous proposer l'arrestation de ces 
trois individus ; vous voulûtes bien adhérer à ma demande et 
les faire conduire au fort de Fenestrelles. 

« Je vous désignai de préférence ces particuliers parce que 
dans toutes les révolutions ils furent chefs de parti, malgré qu'ils 
ne soient estimés d'aucun et qu'ils soient dans la misère. 

a L'armée alors entra en campagne : elle gagna toutes les 
batailles. Les bulletins de la grande armée étaient publiés exacte- 
ment et je voyais avec plaisir l'esprit des habitans se tran- 
quilliser. 

c La paix suivit bientôt tant de victoires et les Piémontais se 
rappelèrent alors qu'ils étaient Français, qu'ils étaient commandés 
par le héros qui opérait tant de prodiges, qui du milieu de son 
camp s'occupait de leur bonheur, leur accordait des concessions 
gratuites et d'autres faveurs plus grandes encore, et dès ce 
moment ih mirent de côté leur crainte, leur espoir, et tous les 
liens de la société française furent resserrés. Ce fut alors que 
vous m'accordâtes la liberté des trois individus détenus à 
Fenestrelles. 

c Tous les habitans du Piémont sont aujourd'hui bien per- 
suadés que la forme du Gouvernement ne peut plus changer, il 
s'agit de chercher les moyens de se les attacher de plus en plus. 

c J'ai cru remarquer que l'espoir d'avoir au milieu d'eux le 
Prince Louis les flattait beaucoup. Ils ont Tamour-propre d'avoir 
toujours très près d'eux une cour brillante ; et aussitôt qu'ils la 
reverront paraître, ils adopteront ses principes. 

c J'ai cru m'apercevoir aussi que la quantité des prêtres, les 
principes qu'ils ont professés, et ceux qu'ils professent encore 
aujourd'hui nuisent au Gouvernement français. 11 faudrait faire 
appliquer au Piémont le concordat qui existe pour la France, 
alors les Evèques et le Gouvernement auraient un pouvoir que 
les prêtres du Piémont méconnaissent aujourd'hui. 

« Les contributions se perçoivent avec la plus grande exac- 
titude, sans obstacles et sans de fortes réclamations. 

c La conscription de cette année, malgré qu'elle ait été faite 
au milieu de la guerre, a été terminée en moins de quinze jours. 

K Les mesures que j'ai prises pour faire rejoindre les conscrits 
de plusieurs cantons, qui depuis la loi sur la conscription 
n'avaient pas encore donné un seul homme à TEtat, ont com- 
plètement réussi. Le canton de Vico^ entre autres^ qui comptait 
près de 400 réfractaires et déserteurs, va sous peu prendre rang 
parmi les meilleurs cantons du Département. 



SOUVENIRS DU COMTB DE PLJlNCT 445 

(« Il n'y a point de réunions de brigands ; il 7 a eu quelques 
arrestations particulières, pour des délits de tous les tems, de 
tous les lieux. 

« Signé : Planct. • 

Le général Menou à M. de Plancyj Préfet de la Doire. 

Turin, le 5 octobre 1807. 

c Mon cher Préfet, recevez d'abord mon compliment sur la 
nomination de M. Barbé-Marbois à la place de Premier Président 
de la Chambre des comptes. Quoique cela ne vous intéresse pas 
directement, cependant cette nomination doit vous être agréable 
à cause de Monsieur votre beau-père. Je sais que cela a produit 
un très grand effet dans Paris, et j'en augure bien pour ce que 
nous dédirons, vous et moi. Il faut profiter de la faveur. 

« Je ne suis pas plus instruit que vous en ce qui regarde le 
voyage de S. M. l'Empereur et Roi. C'est aussi un mystère à 
Milan. Dès que je saurai quelque chose vous pouvez compter 
que vous en serez averti par courrier extraordinaire. 

c J'ai l'honneur d'offrir l'hommage de mon respect à Madame 
de Plancy et croyez, mon cher Préfet, aux sentimens que je 
vous ai voués et qui ne finiront qu'avec moi. 

« Signé : Ga> Mmoii, 
« Vale et ama. » 

Le Prince Borghèse à M. de Plancy^ Préfet de la Doire, 

c M. le Préfet, je me plais à vous annoncer moi-même que 
j'ai pris possession des fonctions qui me sont attribuées par le 
Décret Impérial du 24 février 1808. Mon désir étant de les rem- 
plir selon les vues de TEmpereur, et à ma propre satisfaction, 
j'attends de votre zèle pour le service de Sa Majesté que vous me 
fassiez connaître toutes les circonstances dans lesquelles l'in- 
fluence de mon Gouvernement pourra s'étendre sur vos admi- 
nistrés d'une manière avantageuse pour eux et pour le bien de 
la chose publique. Mon intention n est pas de troubler les rap- 
ports trop bien établis des différentes parties de l'administration 
publique, mais au contraire que chacun remplisse la totalité 
de ses attributions sans les dépasser, concoure de tous ses 
moyens au bien général, qui fera toujours l'objet de mon occu- 
pation la plus chère. 

€ Je vous salue. Monsieur le Préfet, avec une parfaite con- 
sidération. 

u Signé : Camille. » 



446 éOUVlWIRS DU CÔMTtf ÔB PLANCY 

Éf, de Plancy au Prince Êorghèse. 

€ Turin, le 26 avril 1808. 
. . tcPtiîiteev 
c Forcé par mes affaires, surtout par ma santé de profiter 
d'un' éù&gé <|be' Sia Majesté' l'Ëmpéreur et- Rai* avait daigné 
m'accorder^ Je n'ai pas pu me trouver à Yvrée, quand Votre 
Altesse Impi^rlale est arrivée dans son Gouvernement. 

« Je là supplie d'agréer un hommage que' je n'ai ^u lui 
présenter ed personne. De tous les fonctionnaires qui sotit sous 
se^ ordres, il n'en sera pas de plus zélé, à seconder ses vues, de 
plus empressé à exécuter ses commandemens et de plus dévoué 
à sa gloire, heureux si je puis mériter son estimé et ses bontés. 
« Je suis avec le plus profond respect, 

c de Votre Altesse Sérénissime 
« Le très humble et très obéissant serviteur, 

« Signé : Plahct. » 

Adresse du Clergé d*Aglio, 

« Ee det^ d'Aglîé dont depuis quatre lustres je soutiens 
faiblement la chargea de son chef accueille av«c transport de joie 
la circoàbtteàce qm hii est offerte pour témoigner ses sentimens 
de devoir, d&ré^ect, d'obéissance, de soumission et de recon- 
naissance au Premier Magistrat, lequel sçait avec tant de sagesse 
si bi^i^. remplir les bienfaisQ»teB intentions de l'invincible Em- 
pereur notre Roi, parfait coonaisseur des besoins de ses peuples, 
fias moins que des moyens capables de les répaï'er. 

« Vous avez rétabli parmi nous et perfectionné Tordre civil 
et politique, jadis si troublé dans les chances passées^, vbus avez 
éteint les partis, assoupi les discordes et ayant avec cela récon- 
cilié les cœurs, vous avez rendu des services bien importans à 
la religion, laquelle sous vos heureux auspices a pu et peut de 
nouveau insinuer aux fidèles l'union et la paix, la charité 
réciproque, ce saint fraternel et très doux amour qui est la an 
dé toute société, la base et Tessence de l'Evangile que nous 
prêchons. 

c Et d'où vient dans un si jeune &ge tant de sagesse, de pru- 
dence et tant de modération ? Je crois bien que le grand homme 
jadis distingué par les faisceaux consulaires et qui à présent fait 
le bonheur de la vingt-huitième division militaire, en vous 
destinant pour votre épouse et votre délice sa très digne, très 
vertueuse et très aùoaable fille, ait insinué dans votre âme une 
bien grande portion de cette sagesse, de ce haut conseil, de 
cette vertu extraordinaire, par laquelle ensemble et avec sub- 
ordination au grand génie de Tunique héros des siècles, dans 
un instant fut ramené sur le sol de la France Tère de la tran- 
quillité, de la sûreté, de la justice et de la religion. 



SOUVENIRS DU GOHTB DB PLA.NGY 447 

« Tel que cela soit, la splendeur de vos mérites, Monsieur le 
Préfet; Hé AéUb laisse fK9r# Mus peine à^ caMstf dé lu efiàt^ de 
vous perdre chaque jour, tûafs à quelque degré que vous porte 
votre destinée, le Département entier ne laissera jamais de vous 
chérir ; votre nom sera toujours parmi nous en honneur et 
héni, et vous aussi en votre élévation, daignez de ne pas oublier 
ici vos administrés et de porter aux pieds du trône vos bon? 
ottoes 6B Botie faveur. 

c Que vos* jour^ le» jours d'une belle époœe^ies jour» de vos 
enfians puissent être jours bien longs, jours plein» de gloire et 
de bonheur ; tels sont nos vœux, telles sont les prières que le 
etergé^feïa ao^Tpès-Haut^à cause^du vespeci qu'il a pour vous 
et de la reconnaissance 91'U vous doit. » 



Monograpilie de la Gommane de LïDltpe* 



Contestation entre les habitants de Lhuttre et oeux 
d'Isles-sous-Ramerupt, au sujet des reliques de 
sainte Tanohe. 

En 144^^ ^^s habitants d*Isles-sous-Ramerapt, jaloux de 
Taffluence des pèlerins qu*attirait à Lhuître la réputation 
de sainte Tanche, ce qui était pour la paroisse une source 
de gloire et de proût, firent courir le bruit, dans les vil- 
lages voisins, qu'ils possédaient une partie considérable 
des restes précieux de cette sainte, renfermés dans une 
pierre creuse, enclavée dans le mur de l'église dlsles, der- 
rière le maltre-autel, au-dessous de la fenêtre centrale. 
Pour donner plus de poids à cette version, ils ajoutaient 
qu'ils la tenaient de leurs ancêtres et qu'elle était connue 
depuis longtemps à Ramerupt et dans divers lieux d'alen- 
tour, d'où l'on commençait, en effet, à y venir en pèleri- 
nage. 

Cette rumeur et cette rivalité avaient occasionné entre 
les habitants d'Isles et ceux de Lhuître des disputes et des 
rixes, qui pouvaient se renouveler et s'aggraver. Ces der- 
niers se plaignaient, avec raison, du grave dommage et du 
préjudice sérieux qui leur était causé par ces bruits, mali- 
cieusement et faussement propagés, ainsi qu'à leur église, 
où de nombreux pèlerins venaient fréquemment implorer 
le secours de la vierge, dont ils affirmaient, de leur côté, 
posséder toujours le corps et les reliques. 

Comme les scandales qui avaient eu lieu, à la suite 
de cette contestation, menaçaient de se reproduire et 
de s'envenimer davantage, l'évêque de Troyes, Jean 
Léguisé, considéra comme un devoir de son ministère 
d'apaiser (;ette querelle et d'y obvier pour l'avenir. D'ail- 
leurs les deux parties l'avaient invité à venir sur place 
examiner cette affaire. 

Il se transporta donc à Isles, avec son officiai, son pro- 
moteur et ses conseillers, tandis que le prieur^curé de 

* Voir page 161, lome Xill de la Revue de Champagne, 



MONOGRAPHltt DE LA COMMUNE DE LHUITRK 449 

Lhultre, Jean Lejeune, avec un marguillier ; le chapelain 
d'Isles, Hugues Potier, et le capitaine du château de 
Ramerupt furent délégués spécialement et envoyés parles 
parties comme témoins. 

En leur présence, Tévéque fit ouvrir la pierre en forme 
de châsse. Il s*y trouva des ossements qui parurent avoir 
appartenu à un corps humain ; tels que des os de bras, 
des fémurs, des tibias dont quelques-uns brisés et divisés 
en deux. 

Il y avait aussi une bande de parchemin portant en gros 
caractères : « Hic sunt ossa B. Tanchœ. » (Ce sont les os 
de la [bienheureuse] Tanche.) Il montra ce parchemin à 
ses conseillers, son officiai et son promoteur, ainsi qu'aux 
antres personnes présentes; puis les ossements furent 
enveloppés d'un linge blanc et renfermés dans la pierre 
que l'évêque scella de son sceau, en attendant de statuer 
sur cette affaire, après mûre délibération. 

Mais il prit avec lui le parchemin, pour l'examiner 
sérieusement au grand jour, avec ses officiers. Dès lors, 
ce parchemin parut, pour plusieurs motifs, suspect de 
faux. De graves présomptions, des informations certaines 
firent croire qu'il avait été écrit récemment et déposé dans 
la châsse de pierre par le chapelain. 

Un jour lui fut assigné pour comparaître au palais épis- 
copal, à Troyes, devant l'évoque, avec les délégués d'Isles 
et de Lhuitre. Chacun s'y rendit. 

Le chapelain prêta serment devant le chapitre assemblé 
sous la présidence de l'évêque; il fut ensuite interrogé 
avec soin sur la fausseté présumée du parchemin, en ce 
qui concernait les reliques ; mais il refusa de faire l'aveu 
de sa culpabilité. De l'avis général, il fut retenu prison- 
nier et enchaîné dans la prison épiscopale, pour être sou- 
mis postérieurement à un nouvel interrogatoire. 

Enfin, sans autre contrainte et de son propre mouve- 
ment, il avoua que, le samedi, veille de la Pentecôte, 
avec le frère Pierre Chastenet, prieur de Ramerupt, Jean 
Turot, Jeancôme CoUin et Colas Moreau, ils s'étaient 
rendus, de bon matin, à l'église d'Isles, et, après avoir 
refermé et verrouillé les portes, ils avaient ouvert la 
pierre qui, soi-disant, contenait le corps de sainte Tanche, 
en enlevant le cercle de fer qui embrassait à la fois la 
pierre et son couvercle. U y avait dans cette pierre creuse 

29 



450 MONOGRAPHIE DB LA COMMUNE DE LHUITRB 

des ossements entourés d'un suaire, mais pas de parche- 
min. 

Alors, refermant la pierre, le mieux possible, et la 
remettant à sa place, ils jurèrent, tons quatre, entre les 
mains du prieur, de ne révéler jamais rien, et de ne parler 
à personne de Fouverture de cette pierre. 

Le lundi ou le mardi suivant, sur Tavis du prieur, le 
chapelain dlsles écrivit sur un vieux parchemin, en con- 
trefaisant son écriture, et suivant le modèle d'une an- 
cienne inscription prise dans une Légende dorée^ que le 
prieur lui avait fournie dans ce but. Le soir du même 
jour, ils rouvrirent encore la pierre, y déposèrent le par- 
chemin, la refermèrent et remirent le tout en place, 
comme on Tavait trouvé, lors de Tenquête épiscopale. 

On interrogea ensuite le prisonnier, pour savoir si les 
ossements avaient été réellement trouvés dans la pierre 
où s'ils les avaient recueillis ailleurs pour les y renfer- 
mer. Il répondit, sous la foi du serment, qu'ils étaient 
auparavant dans cette pierre, et qu'il ignorait si quel- 
qu'an, actuellement vivant, les y avait déposés. 

Les trois habitants d'Isles, qu'oD avait aussi incarcérés, 
firent avec serment, le même aveu, en réponse à l'inter- 
rogatoire de l'oflicial. 

L'évéque délibéra ensuite sur cette affaire, avec des 
hommes vénérables et discrets, qui étaient MM les doyens 
de la ville de Troyes et de la collégiale de Saint-Urbain, 
maître Etienne Grappin, de Sainte-Marguerite ; Jean 
Legras, archidiacre d'Arcis ; l'oflicial, les conseillers et le 
promoteur de sa cour, prononça la sentence qui terminait 
le procès. 

N'ayant pas trouvé par ailleurs des preuves ou indices 
suffisants pour permettre à personne d'assurer si les osse- 
ments en question sont des reliques de sainte Tanche, il 
défendait strictement aux habitants d'Isles et de Rame- 
rupt d'oser affirmer qu'ils possédaient, chez eux, ou dans 
leur église, le corps de la bienheureuse vierge et martyre. 
Il leur était enjoint de ne pas détourner, sous ce pré- 
texte, ou d'empêcher sciemment, par quelque moyen que 
ce soit, les fidèles, allant ou voulant aller en pèlerinage à 
l'église de Lhuitre, ou à la chapelle du Bouchet, près de 
Lhuitre, marquant le lieu où le corps de la glorieuse 
sainte avait reçu la sépulture. 



MONOGRAPHIE DB LA COMMUNS DB LBUITBB 4b 1 

De peur qu*on fût facilement incité à ouvrir la pierre, 
comme cela était arrivé déjà, Tévêque ordonna qu'elle 
fût fermée et scellée à fer et à plomb, pour en rendre 
l'ouverture plus difficile. De plus, il défendait, sous peine 
d'excommunication, de déranger ou ouvrir cette pierre, 
d'en donner le conseil ou d'y prêter la main, sans autori- 
sation épiscopale. 

Bien que telle soit la légende de la sainte, connue tant 
à Lhuître qu'ailleurs : « Parce qu'en ces temps, on njy 
trouçe pas, ou presque pas de reliques d, il fallait bien 
se garder de dire que le corps avait été levé et exhumé de 
la chapelle du Bouchet, et miraculeusement rapporté et 
inhumé dans l'église de Lhultre. 

n défendait aussi, aux habitants de Lhuître, d*oser, à 
l'avenir, affirmer comme vrai qu'ils avaient le corps de la 
sainte dans leur église ; à moins de l'y retrouver plus tard, 
et que le fait fût constaté par l'autorité épiscopale ou 
autre compétente. 

Défense expresse était également faite, sous peine d'ex- 
communication, aux habitants d'isles et à ceux de Lhul- 
ti*e, de soulever entre eux aucune rixe ou dissension à ce 
sujet ; de proférer des propos injurieux et des outrages ; 
de persévérer dans les divisions anciennes ; désirant que 
tout soit pacifié, par la signification de cette sentence 
rendue au palais épiscopal, à Troyes, lan du Seigneur 
1441 « le 4 août, indiction 4t dixième année du pontificat 
d'Eugène IV. 

Mais l'évêque de Troyes, Jean Léguisé, étant mort, le 
3 août i45o, les habitants d'isles et de Ramerupt interje- 
tèrent appel de son jugement au métropolitain de Sens, 
dont l'official rendit une sentence contradictoire disant : 

« Qu'il est probable que les habitants dlsles et de Ra- 
« merupt ont une partie des reliques de sainte Tanche, et 
« que le pèlerinage existant chez eux doit être toléré, » 

Le prieur curé de Lhuître, Jean Lejeune, en appela de 
ce jugement au pape Nicolas V, qui, le 8 juillet i452, délé- 
gua l'archidiacre d'Artenay, avec l'official de Châlons et 
celui de Reims, pour dirimer cette controverse. 

Le 4 octobre 14^^ la sentence de l'official de Sens fut 
annulée, comme injuste et téméraire, la décision de l'an- 
cien évêque de Troyes confirmée, et les habitants d'isles 



45î: MONOQHAPHIB DB LA COMMUNS DB LHUITBB 

et de Ramerupt furent condamnés, sous peine d^excommu- 
nication, au silence perpétuel sur cette question K 

Malgré Tabsence des reliques de sainte Tanche, disper- 
sées comme on Ta dit précédemment — sauf une petite 
parcelle d'os, sans authentique, renfermée dans la niche 
du bâton processionnel de la sainte — les pèlerinages à 
Téglise et à la chapelle de Lhultre continuèrent à attirer 
les fidèles jusqu'au moment où la Révolution vint fermer 
Féglise et aliéner la chapelle. 



HISTOIRE RELIGIEUSE 

Fondation ot donation de l'église de Lhuttre. 

La date précise de la fondation de Téglise de Lhuttre, et 
celle de sa dédicace, qui eut lieu le premier dimanche de 
novembre, nous sont complètement inconnues. Ce monu- 
ment remarquable, dont nous avons donné la description 
dans la Topographie, n'a pas d'autre acte de naissance, 
comme nous l'avons dit, que celui qui est écrit dans son 
architecture. 

Mais il est bien certain qu'une ancienne église romane; 
d'assez vastes proportions, a précédé l'église actuelle, 
ainsi qu'en témoignent les parties qui ont été conservées 
dans le nouvel édifice. Du reste, nous avons trouvé aux 
Archives de la Marne, dans les chartriers de l'ancienne 
abbaye de Toussaint-en-l'Isle de Ghâlons, divers docu- 
ments authentiques du xii* siècle, relatifs à cette église et 
au prieuré ou bénéfice qui y fut réuni plus tard. 

En Tannée iiao, Philippe de Ponts évêque de Troyes, 
sous le nom de Milon II, fit une donation de l'église de 
Lhultre à l'abbaye de Toussaint, de Tordre de saint Augus- 
tin, à Ghâlons, par la charte dont voici le texte : 

In aoinine sa ne te et individue Trinitatis. Quunn brevi dilabun- 
tur et ipsi homines et tacta hominum, ideo quodJam beneficium, 
quod ecclesia Catbalaunensi de insula, in honore Domini omnium 
que 8aactorum constitute caritative concessimus, harum iicterarum 

1. Toutes les pièces authentiques de ce procès sont conservées au« 
Archives de la Marne, à Ghâlons. fonds de Toussaint-en-PIsle. 

2. Cet évèque était issu de la maison des anciens seigneurs de Ponto 
sur- Seine. 



MONOaBAPHIB DB LA COMMUNS DB LHUITRB 453 

noculit assigna re curavimus, uc illud donura racum fierec et sic 
traderetur meroorie posteriorum. 

Notum sit igicur tam presencibus quam futuris quia, Philippus 
Dei gracia Trecencis ecdeste episcopus^ attendens religionem fra- 
tram Domino, canonice servientium mihi profîiturum pro saluce 
noce anime et meorum ancecessonim ecclesie Cathalaunensi de 
insula presbyteratum et circadam, Lustriensis ecclesie saivo juro 
episcopaii et aliis consuetudinibus Trecensis ecclesie pieutis affectu 
contuU. 

Et uc hoc donum firmum et perhenne fieret, hujus munimento 
cartule et noscri sigilli magine confîrmavi. 

Hoc autem factum esc auno ab incarnatione Domini, millesimo 
cencesimo vigesimo, régnante rege Francie, Ludovico Philippo 
régis filio. 

Hujus doni graciam confirma verunc cescimonium, perhiben tes, 
Odo, archidiaconus ; Hugo, canonicus ec decanus; Tegerus, cano- 
nicus; Wallerus de pusseio, canonicus; Valdricus, sacerdos; Odo, 
presbiter ejusdem ecclesie; Obercus... abbas; Adam, presbiter et 
prepositus ; Henricus, Hugo, Fulco, concellarius scripsit et sub- 
scripsit. 

Voici la traduction qui accompagne cette charte et pa- 
raît être du XVII* siècle : 

Au nom de la sainte et indivisible Trinité, 

Parce que les hommes, aussy bien que leurs actions, passent en 
fort peu de temps, Nous avons donné ordre que l'on marque par 
cette présente lettre, un certain bénéfice que Nous avons charita- 
blement accordé à une église, scke en Tisle de Châlons, bastie en 
l'honneur de Dieu et de tous les saints. 

Afin que ce don fût asseuré et que la postérité s'en souvint. 
Nous faisons donc asçavoir à tous, présens et advenir, que Nous 
Philippe, par la grâce de Dieu Evesquç de Troyes, prévoyant que 
la Religion s'estant affermie par des fideis serviteurs de Dieu,feroit 
de grands progrès pour le repos de mon âme et (celle) de mes pré- 
décesseurs, Nous avons accordé, par un motif de piété ec de dévo- 
tion à la dite église, seize en Tisle de Chàlons, le presbitère et les 
environs de Téglise de Lhuistre, saui le droit épiscopal et les autres 
coustumes de l'église de Troyes ; et affin que ce droit fdc asseuré à 
perpétuité, Nous Pavons confirmé par ces présentes lettres et par 
l'image de Notre Scel. 

Faict, de l'incarnation de Nostre-Seigneur, l'an MCXX, régnant 
en France Louis, fils du roi Philippe. 

Les tesmoins suivants ont confirmé ce don ; c'est asçavoir : Odon, 
archidiacre ; Hugues, chanoine et doyen ; Tégère, chanoine ; Walter 
de Fussez, chanoine ; Valdéric, prestre ; Odon, prestre de la même 
église; Obère, abbé; Adam, prestre et prévost ; Henry, Hugues, 
Foulques, chancelier, les a escrites et signées. 



454 MONOGRAPHIB DB LA COMMUNS DE LRUITBB 

Cette donation fut confirmée, en iiaS. par un nouvel 
acte de Tévêque Hatton; puis, en n49- Henri de Carinthie 
réitère la donatiun de ses prédécesseurs, en y ajoutant 
tontes les dîmes du territoire de Lhuître. Voici également 
l'original et la traduction de cette charte fondamentale : 

In nomine Domiai sancce ec individue Trinicatis. Henricus mise- 
racione divina Trecensis ecclesia humiles miniscer. Venerabili 
fracri Jacobi, abbati omnium sanecorum ejusque successoribus in 
perpétua m. 

Si commissam nobis sollicicudinem atcentiore vigiiantia dispen- 
$are satagimus ecclesiarum paci, ac ucilitati quibus mçdis auccore 
Domino potsumus providere debemus. Ex propcer diiecte plurimum 
in Christo Jacobe abbas precibus tuis aurem pietatis inclinantes 
participaco concilio, cum episcopo Lingenensi Godefrido, nec non 
cum religiosimo abbace Clarevallensi Bennrdo eccUsiam d^ LustrU^ 
cum magna et minuca décima a i eondem ecclesiam perciaeniibus 
fraternitati tue et monasterio omnium sanecorum libère possiden- 
dam, canonicam tibi facientes investicuram concessimus. Hec autem 
nostri donationts gracia ne aliqua temporum vecustaci vel persona- 
rum succedentium convellacur, aut mutetur invidia pagine presencis 
assertione sigilli nostri impressione personarum que intertuenint 
sub notatione roborantes roboravi precipimus. 

Signum Pecri, abbacis insuie Germanice ; signum Guidonis Arre- 
raarensis abbatis ; signum Wilhelmi, sancti Martini abbatis; signum 
•ancti Lupi, abbatis ; signum archidiaconorum Fulconit et Wirrici; 
signum canonicorum. 

Pétri Strabonis, Reynerii Brennensis, Wirrici bucelli et aliorum. 
Guibuinus conceliarius scripsit et recognovit. 

Accum Trecis, in presenti^i domini Henrici episcopi, aono ab 
incarnacione Domini miliesimo cencesi no quadragesimo nono. 
Régnante Ludovico piissimo rege Francorum, anno reversio lis 
ejusdem ab lerosolima. 

Au nom de la très sainte et inséparable Trinité, 

Henry, par la miséricorde de Dieu, humble ministre de Téglise 
deTroyeSy au vénérable irère Jacques, abbé de Toussaint, ec àses 
successeurs à perpétuité. 

Sy nouS; nous meslons de gouverner avec une vigilance particu- 
lière Téglise qui nous a esté mise entre les mains. Nous debvons 
pourvoir autant que nous pouvons, avec Payde de Dieu, à Turilicé 
et à la paix des églises de nostre diocèse. 

C'est pourquoi^ noscre biea aymé e