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DE 



CHAMPAGNE 



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DE BRIE 



BEAUX -ARTS 



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TOME DIX-HUITIEME 

NEUVIÈME ANNÉE — DEUXIÈME SEMESTRE 



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ARGIS-SUR-AUBE 

Léon FRÉMONT, Libraire-Éditeur 

Place de la Halle 






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4 HISTOIRE — BIOGRAPHIE ^ 

o ARCHÉOLOGIE - DOCUMENTS INÉDITS — BIBLIOGRAPHIE o 




REVUE 



DE CHAMPAGNE ET DE BRIE 



Arcis-sur-Aubc. — Imprimerie Léon FRÉMONT. 



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HISTOIRE — BIOGRAPHIE 

ARCHÉOLOGIE — DOCUMENTS INÉDITS — BIBLIOGRAPHIE 

BEAUX-ARTS 



TOME DIX-HUITIEME 



NEUVIEME ANNEE. — DEUXIEME SEMESTRE 



ARGIS-SUR-AUBE 

LÉON FRÉMONT, IMPRIMEUR-ÉDITEUR, PLACE DE LA HALLE 



1885 



JAN 1 91973 



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REVUE 



DE 



CHAMPAGNE ET DE BRIE 



ÉCLAIRCISSEMENT HISTORIQUE 



Hermesende de Bar-sur- Seine ^ veuve d'Ans eau II de Trahiel, 
bouteiller de Champagne, épousa en secondes noces Thi- 
baut P^, comte de Bar-le-Duc K 

Nous prouvons notre assertion. 

Hermesende ou Hermance était fille de Gui, comte de Bar- 
sur-Seine, et de Pétronille-Elisabeth de Chacenay*. Herme- 
sende était sœur de Milon, Guillaume, Gui, Manassès et 
Thibaut. Manassès de Bar-sur-Seine, devenu évêque de 
Langres, appelle sa sceur^ la dame de Traiuel, veuve d' An- 
seau H. Du mariage d'Anseau H de Trainel et d'Hermesende 
de Bar-sur-Seine naquirent deux enfants : Anseau III de 
Trainel, marié à Ide de Foissy*; et Marie de Traînel, dame de 
Charmoy*. 

Or, il est certain que cette même Hermesende de Bar-sur- 
Seine, veuve d'Anseau H de Traînel et mère d'Anseau HI et 
de Marie, épousa en secondes noces Thibaut P', comte de 



1 . On constate sur ce point la plus grande confusion parmi les historiens. 
Voir VArt de vérifier les dates : Comtes de Bar-sur-Seine. — Comtes de 
Bar-le-Duc. 

2. Aube, cant, Essoyes. 

3. Voir nos Documents pour servir à ta généalogie des anciens seigneurs 
de Trainel, p. 9-11 ; 49, n° 1-28. 

4. Yonne, cant. VilIeneuve-l'Archevêque. 

5. Aube, cant. Marcilly-le-Hayer. 



6 ÉCLAIRCISSEMENT HISTORIQUE 

Bar-le-Duc, et devint mère d'Henri II, comte de Bar-le-Duc, 
fils de Thibaut P-". 

En effet, Hermesende, qui vivait encore en 1208 au mois de 
novembre, ainsi que Anseau III et Marie de Charmoy, enfants 
de son premier mari Anseau II (voir ci-dessous la Charte n° 1), 
vint à mourir et sa succession était ouverte au mois de mai 
1211. 

Les héritiers qui partagent la succession d'Hermesende sont : 
1» Ide de Foissy, alors veuve d' Anseau III, et agissant au 
nom de ses enfants mineurs ; 2° Marie de Traînel, dame de 
Charmoy; 3'^ Henri de Bar-le-Duc (chartes n°' 2, 3, 4), 

Or, cet Henri, qui sera plus tard Henri II, comte de Bar- 
le-Duc, 1" est désigné au mois de mars 1213 (dans la charte 
ci-dessous n° 4), p.ls du comte de Bar-le-Duc (Thibaut V"^), 
2° Hermesende est appelée sa mire, 3° Marie de Charmoy est 
dite sa sœur. 

Il faut donc admettre comme fait historique incontestable 
que Hermesende de Bar-sur-Seine, veuve dAnseau II de 
Traînel, épousa en secondes noces Thibaut P'", comte de Bar- 
le-Duc. 

Preuves : Extraits de Chartes. 

N° 1 . — 1208, novembre. « Ego Anselliis [III], dominus 
Trianguli, notum facio omnibus presenlibus et fuluris, quod, 
laude et assensu karissime malris mee II., domino Trianguli, 
et Ide, uxoris mee, et M.^ domine Charmei, sororis mee, 
vendidi charissime domine mee Blanche, illustri comitisse Tre- 
censi, quicquid habebam apud Pontes super Secanam*, in 
pedagio, in homiuibus, in aquis. ..et in omnibus modis et 
commodis et quicquid predicte mater et soror mee ibidem 
habebaut in omnibus modis et commodis, pro quo competens 
excambium eis dcdi, ita tamen quod soror mea in manu sua 
relinuit viglnti libras in pedagio Pentium, quas domui Dei de 
Triangulo dederat autequam vendercm supradicla. . . Actum 
anno Domini M" CC*" VHP, mense novembri. Bibliot. nat., 
Lat. 5992 Liber Principum, fol. 235 r" et v°. 

N" 2. — 1211, mai. « Ego Blancha, comitissa Trecensis 
palalina. . . 

Cum discordia esset inter Ilanricum de Barro Ducis, ex 
una parte, et Ida de Fusciniaco, ex altéra, super eschecta 

1. Pont-sur-Seino, Aube, canl. Nogonl sur-Seine. 



ÉCLAIRCISSEMENT HISTORIQUE 7 

Ermensendis, quondam domine de Triangulo , . . Domina Ida 
dimisit Henrico omue id quod habebat iu porta Pruviui et 
quicquid liberi ejus inilji debenl habere, assignavit Henrico XX 
libratas terre apud Marcilliacum ^ et ad Poisiacum'. . . — Qui- 
tavit Henricus Ide et heredibus ejus totam terram quam ipsa 
et maritus ejus teuebant... et totam illam que excidit de 
domina Ermensendi, quondam domina Trianguli... exceptis 
acquestis ipsius Ermensendis . . . que ipsa fecit per se post 
mortem Anselmi, mariti sui, que sunt Henrici; et excepto 
bereditagio dicte Ermensendis, ubicumque sit. . . qmod etiam 
remanet ipsi Henrico ; excepto quoque hoc quod Ida babet 
apud Charmoi. Quod ipsa tenet ex parte patris sui. . . redibit 
post decessum domine de Charmoi ad prefatam Idarn et ad 
suos heredes; etillud quod Ida habebat in bereditagio ex parte 
matris domine de Charmeio.. . post decessum ipsius domine 
de Charmeio ad Henricum redibit. De feodis sic fuit ordi- 
natum, quod omnia feoda rémanent prefate Ide et heredibus 
suis, exceptis feodis Villemauri^ et in illis etiam habet prefata 
Ida et heredes sui feodum Garneri de Gumeriaco*. Domina 
vero Ida quittât Henrico, feodum domus fortis de Sorme- 
riaco". » Toutes ces conventions seront ratifiées par les en- 
fants d'Ide de Foissy « cum venerint ad etatem. » Ide « ex hoc 
dédit plegios : comitem de rfancto Paulo, de Lhbris ; Galcherum 
de Jovigniaco, de L hbris; Johannem de Arceiis*, de L Ubris; 

Symonem de Jonvilla de L Ubris Datum per m^Bum 

Remigii, cancellarii mei. -^ BibHot. Nat., Fr. 11853, Cart. des 
Comtes de Bar, XIII^ XI V« S., fol. 20. 

N" 3. — 1211, juin, a Ego Blancha... » accord entre 
« Henricum de Barro et Idarn- de Fusseio, in presentia mea.. . . 
Ida concessit Henrico quicquid habebat in porta Pruvini et 
XL libras quas Maria, domina Carmeii, habebat ibi de bere- 
ditagio suo. . . Ida reddidit [Marie] in eschangium predicti 
hereditagii : 1° baunum Trianguli... 2° et furnum mercali 
Novi de Triangulo. . . 3'' et censum Trianguli. . , (Marie avait 
la moitié dans ces revenus.) 4" Dadit Ida Marie pedagium de 



\ . Marcilly-le-Hayer, Aube. 

2. Pouy, Aube, caiit, Marcilly-le-Hayer. 

3. Villemaur, Aube, cant. Estissac. 

4. Gumery, Aube, cant. Estissac. 

5. Sormery, Yonne, cant. Flogny. 
G. Arcis-sur-Aube, Aube. 



8 ÉCLA.IRCISSEMENT HISTORIQUE 

TranqueP, 5° et census et consuetudines nummorum de Villa- 
nova' et de Sancto Mauricio\ , .» Ide fera ratifier cet accord 
par ses enfants « quando venerint ad etatem . . . Pro conveu- 
tionibus istis teneudis tradidit Ida domine Garmeii totam terram 
hereditatis sue, etiani totam terram conquerementorum suo- 
rum...» Ces gages pourront être remplacés par une somme 
de 600 1. prov. « Actum apud Nogentum anno gratie M"^ CC° 
undecimo, mense junio, » Bibliot. Nat., Fr. 11853, Cart. des 
comtes de Bar y fol. 20 r° et v». 

N*^ 4. — 1212, mars, (Pâques le 25). 6 Ego Blancha , comi- 
tissa Trecensis palatina, notum facio... Henricus, ^lius 
comifds Barri Ducis, vineam suam apud Senouas... terram 
apud Foisseium , , . terram de Fontibus, quam Hermensendis, 
quondam mater sua, emerat, Marie, sorori sîie, domine de 
Charmé, quandiu ipsa vixerit, teuere concessit. ..« Après la 
mort de Marie (sœur de mère de Henri de Bar-le-Duc, fille 
d'Anseau de Trainel et de Herraesende de Bar-sur-Seine) les 
biens ci-dessus désignés reviendront à Henri, fils de Thibaut pr, 
comte de Bar-le-Duc, et d'Hermesende de Bar-sur-Seine. 
« Actum Paancii*, anno gracie M" GG" duodecimo, mense 
marcio. » Bibliot Nat., Fr. 11853, Cartul. des comtes de Bar, 
XIÎI«-XIV«S., fol. 21 vo. 

L'abbé Gh. Lalorb. 



1. Trancault, Aube, cant. Marcilly-le-Hayer. 

2. La Villeneuve-aux-Kiches-Hommes, Aube, cant. Marcilly-le-Hayer, 
comm. Traucault. 

3. Sainl-Mauricc-aux-Ricbes-Hommcs, Yonne, cant. Sergines. 

4. Payns, Aube, 2* cant. Troyes. 



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NOTICE HISTORIQUE 



SUR 



LA MAISON DE GRANDPRÉ 

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GEOFFROI II DE GRANDPRE 

Seigneur de Gliâteau-Porcien . 

Geoffroi II avait déjà hérité de son père en 1196 ; à cette 
date, il renonçait aux gîtes et aux corvées qu'il réclamait à 
Herpy, village de l'abbaye de Saint-Remy, et faisait accepter 
cette renonciation par Raoul, son fils aîné, et ses autres fils 
plus jeunes, Geoffroi et Gui. Son sceau représente un cheva- 
lier galopant, tenant un écu aux armes de Grandpré, avec la 
légende : SIGILLVM lOFRIDl DE BALHAM^. 

Il mourut avant 1207, puisque son fils, Raoul, était alors 
qualifié seigneur de Château-Porcien. Sa femme, Elisabeth, 
dame de Grandchamp, fille de Roger de Rozoy et d'Alix 
d'Avesnes, avait été d'abord mariée à Engueran de Boves ; 
elle lui survécut longtemps, jusqu'en 1220, au moins, et prit 
le titre de dame de Ghâteau-Porcien, probablement à cause de 
son douaire. En 120G, sous le nom d'Elisabeth de Grand- 
champ, elle donnait une charte en faveur des Templiers ; 
la même année, Raoul de Rouvroy lui avait engagé, pour 
60 livres, la dîme de Mesmont et de Grandchamp^. 

De ce mariage sont issus : 

1° Raoul qui suit. 

2'' Geoffroi, seigneur de Grandchamp. En mai 1211, il 
renonçait à ses réclamations au sujet de droits d'usage de bois 
et de pâture qu'il contestait à l'abbaye de Signy; il donnait un 
muid de froment sur le moulin de Grandchamp et approuvait 
la donation de ses ancêtres ainsi que les bornes posées entre 
Signy et Grandchamp. En 1217, il acquit la terre d'Avançon 

• Voir page 454, tome XV, de la Revue de Champagne et de Brie. 

1. Archives de la Marne, fonds de Saint-Remy, liasse 105. 

2. Archives nationales, S 5037; — Cartulaire de Signy, f" 43. 



10 NOTICE HISTORIQUE 

et eut aussi la seigneurie de Mesmout *. De sa femme, Margue- 
rite, il eut deux enfants : Jean^ mort avant lui, et Anfelise, 
femme d'Henri de Saint-Loup. Geofïroi prit part à la croisade 
contre les Albigeois. 

3° Guichard, chanoine de Reims ; il fit un accord avec Signy 
en 1222. 

4 . Gui, chanoine et archidiacre de Soissons. 

5. Henri, auteur de la branche d'Aumenancourt. 

6. Catherine. 

7. Elisabeth, épouse de Nicolas de Rumigny. 

RAOUL DE GRANDPRÉ 

Seigneur de Château-Porcien. 

Nous avons vu Raoul figurer avec son père dans un acte de 
1 196. La première lois qu'il est mentionné, avec le titre de sei- 
gneur de Château-Porcien, est de 120G. Nous allons passer en 
revue les actes assez nombreux que nous avons pu recueillir 
et qui sont émanés de lui. 

1206 , Raoul, seigneur de Château-Porcien, donne à l'abbaye 
de Signy des biens situés à Chappes et fait cesser les réclama- 
tions de ses vassaux de Balliam ; dans cet acte sont menlionnés 
ses frères : Geofïroi, Henri, Guichard, chanoine, et Gui (Car- 
tulaire de Signy, f" 44.) 

1207, janvier. Il ratifie et vidime la charte de son père, de 
1196, au sujet d'Herpy; nous voyons paraître, dans cet acte, 
Agnès, sa femme, Geoffroi, Henri et Gui, ses frères, Catherine, 
sa sœur (Archives de la Marne.) La même année, il est garant 
de la vente faite, à l'Hôtel-Dieu de Reims, des grosses et 
menues dîmes d'Ecly par Thomas, chevalier, de Château-Por- 
cien (Archives de l'Hôtel-Dieu de Reims, B carton 8, 1. 4.) 

1208, Le cartulaire de Signy contient plusieurs chartes 
données dans le cours de cette année ; l'une est relative à 
Chaudion (commune de Sain t-Ferj eux). La plus importante 
est celle par laquelle Raoul rappelle que son ayeul, Geof- 
froi I"', parlant pour Jérusalem, avait accordé à l'abbaye un 
chemin à travers la forêt, entre Chappes et Son; que son 
père, Geoffroi H, d'accord avec son frère, Nicolas de Son, fit 



1 . Cartulaire de Signy, f" r)2 ; — Cartulaire de Notre-Dame Je Reims, 
B lit G. 



SUR LA MAISON DE GRANDPRÉ 11 

poser les bornes de ce chemin (Gartulaire de Signy, f"* 46, 47 
et 48.) Une autre charte est donnée en faveur des Temphers ' ; 
le sceau de Raoul est équestre ; l'écu est aux armes de Grand- 
pré, brisées d'un franc cartier. 

1209. Raoul est garant, jusqu'à concurrence de 1,000 livres 
laonnaises, de la vente de 27 muidées de bois, situées entre 
Sissonne et Sainte-Reuve, faite à l'abbaye de la Valroy par 
Mile de Sissonne, au prix de 810 livres, monnaie de Laon, 
(Gartulaire de la Valroy, f° 89.) 

1209, octobre. Il vend à THôtel-Dieu de Reims une terre, 
sise à Ecly, au lieu dit Le Chevron; dans cet acte figurent : 
Agnès, sa femme, Henri et Gui, ses frères (Archives de 
l'Hôtel-Dieu de Reims, B carton 8, 1. 1.) 

1210, Il est mentionné dans deux actes du cartidaire de 
Signy, f^' 49 et 50, 

1211, mai. D'accord avec sa femme, Agnès, et son frère 
Geofîroi, Raoul donne à l'abbaye de Signy le droit de pèche, 
dans l'Aisne, devant son château ; à la même date, il rappelle 
que son bisaïeul Henri, comte de Grandpré et seigneur de 
Chàteau-Porcien, a donné à Signy tout ce qu'il possédait sur 
les territoires de Signy, Libercy, Draize, Hauteville, Saint- 
Piérre-sur-Yance et Menibiîs : de plus, il rappelle le don fait 
par Geofîroi, son aïeul, de la moitié (ÏAngelerville et Mahaîia- 
gium (Gartulaire de Signy, f"^ 51 et 52.) — Avec l'assentiment 
de sa femme, Agnès, et de ses frères, Geofîroi et Henri, il 
donne 100 sous de rente, monnaie de Reims, après son décès, 
sur son vinage de Balham, à l'abbaye de la Valroy : jusqu'à sa 
mort, il s'engage à payer 5 sous. Par un autre acte, il fait con- 
naître que son frère, Geofîroi, a constitué, dans les mêmes con- 
ditions, une rente de 20 livres rémoises sur Grandchamp, 
renonçant à ses droits sur la maison de Vaignon ; de plus, que 
son oncle, Nicolas, seigneur de Son, a donné à Signy le droit 
de passage sur ses terres (Gartulaire de la Valroy, f^^ 93 
et 97.) 

12Î2. Raoul avait été excommunié pour avoir, l'année pré- 
cédente, exigé un droit de gîte à Saint-Pierre-aux-Dames de 
Reims ; il n'en fut relevé qu'après avoir donné une charte par 
laquelle il renonçait à ses prétentions [Gall. Chr., t. IX, 273.) 



1. Ed. de Barthélémy, Noies sur les établissements des ordres religieux 
et militaires dans l'ancien archidiocèse de Reims, p. 3.'i; — Archives 
natileonas, S. 5037. 



12 NOTICE HISTORIQUE 

1214, mai et septembre. Accords entre Signy, Roger, sei- 
gneur de Rozoy, et Raoul, seigneur de Ghâteau-Porcien, au 
sujet de bornages (Cartulaire de Signy, f°s 60 et 62.) 

1215. Charte de Raoul en faveur des Templiers (Archives 
nationales, S 5037.) 

1218 . Il donne, à l'Hôtel-Dieu de Reims, une rente annuelle 
de deux muids de blé à percevoir sur les moulins de Balham. 
(Archives de l'Hôlel-Dieu de Reims, B carton 31.) — Aux 
religieuses de Saint-Pierre de la môme ville, une rente de six 
setiers de blé sur les mêmes moulins pour fonder son anniver- 
saire qu'il fixe au jour après la Saint-Barthélémy (Archives 
de la Marne, fonds de Saint-Pierre-aux-Dames, 69.) — 
Enfin, à l'abbaye de Signy, six muidées de bois, entre Signy 
et Grandchamp, tant pour le repos de son âme que de celles 
de ses ancêtres et de ses descendants (Cartulaire de Signy, 
f° 70.) 

Ces libéralités précédèrent de très peu de temps la mort de 
Raoul ; en effet, cette même année, Agnès fondait, elle- 
même, un anniversaire pour le repos de son âme et de celle de 
son mari, moyennant une rente de GO sous de cens, monnaie 
de Soissous, assise sur les biens qu'elle possédait à Loistres ; 
cet anniversaire était fixé au jour de Saint-Augustin . Il est à 
remarquer que, dans cet acte, ou a soin de prévoir le cas où la 
monnaie soissonnaise venant à être abaissée de titre, ces 
60 sous ne représenteraient plus la valeur de 30 sous, monnaie 
de Reims (Cartulaire de Signy, f" 69.) 

D'agnès de Bazoches, fille de Nicolas et d'Agnès de Cérisy, 
et de Raoul de Château-Porcieu naquirent : 

1° Geoffroi III qui suit. 

2° Henri, mentionné dans un acte de 1230. 

3° Raoul, chanoine de Soissons. Nous avons plusieurs actes 
par lesquels il cède au comte de Champagne ses droits sur 
Château-Porcien, et 10 livres de rente sur Givron en 1268 et 
1271 ; le comte devait lui assigner en échange, comme revenu 
équivalant, une rente de 100 Uvres, à Fismes ; il eu donnait 
quittance le 13 décembre 1269, puis, peu après, les revendait 
au comte pour 500 hvrcs tournois (H. d'Arbois de Jubainville, 
t. VI, p. 43, 44 et 51.) a Pensions à vie et volonté. A Raoul 
de Chastel en Porcien, chanoine de Soissons, de 4 livres ad 
vitam XI li remenanz chict pour dis livres de terre qu'il doit 
asseoir le roi dcu temps le roi Thibaut » (BibHothèque uatio- 



SUR LA MAISON DE GRANDPRÉ 13 

nale, Glairembaut, 469.) — Vers la même époque, en 1273 et 
1276, nous voyons un Raoul de Chastel, chevalier, cousin de 
Jacques et d'Alix, enfants disabelle deChâteau-Porcien, dont 
je n'ai pas encore reconnu la filiation (Archives de l'Hôtel- 
Dieu de Reims, B cart. 8, liasse 2 ; car t. 31); il était peut- 
être fils de Nicolas. 

4'' Isabelle, épouse de Jacques de Montchâlons. 

S*» Nicolas, mentionné, en 1273, dans une charte relative 
aux moulins de Balham, par Jacques de Montchâlons qui le 
nomme son oncle (Archives de l' Hôtel-Dieu de Reims, B 
cart. 59.) 

GEOFFROI III DE GRANDPRÉ 

Seigneur de Château-Porcien . 

Geoffroi III était mineur lorsque son père mourut ; à cette 
occasion, le comte de Champagne donna la garde du château 
de Château-Porcien à Henri IV, comte de Grandpré. Agnès de 
Bazoches, ayant épousé en secondes noces Erard d'Aunay, 
maréchal de Champagne, celui-ci porta le titre de seigneur de 
Château-Porcien. GeoS'roi III était majeur vers 1230 ; à cette 
date, Henri, archevêque de Reims, faisait savoir que Geoiïroi 
le Jeune, seigneur de Château-Porcien, à l'exemple de ses 
ancêtres, donnait à Signy la moitié des moulins de Balham : 
cette libéralité était confirmée, en 1235, par le comte de Cham- 
pagne (H. d'Arbois de Jubaiuville, Hist. des ducs et des com- 
tes de Chmipagne., t. V, p. 157, 192, 208 ; Carlulaire de Signy, 
f<'348.) 

1236, mars. Geoffroi III remet à Guillaume de Sapigny la 
moitié de la grosse et de la menue dinie de Taissy (Archives 
de l'Hôtel-Dieu de Reims, B cart. 31 .) 

1239. Charte relative au moulin de Juise, appartenant à 
Jean-Pain-de-Seile, bourgeois de Château-Porcien ; cet acte, 
en français, est donné par a Joifrois, chevalier et sire de Gha- 
stel-eu- Portion » (Cartulaire de Signy, f" 389 .) 

\1k\, janvier . Geoffroi III confirme plusieurs ventes faites 
à l'Hôtel-Dieu de Reims sur le territoire de Taissy (B 
cart. 31.) 

1242, feria sexta post /est. S. Mart. kyem. Transaction 
entre Geoffroi III et le Chapitre de Notre-Dame de Reims au 
sujet de blés enlevés par le bailli et le sergenl du seigneur dans 



14 KOTICE HISTORIQUE 

les maisons de THôtel-Dieu à Ecly, Gomont et Vaulmy (B 
cart. 8.) 

1243, avril. Geoffroi III est pleige de Renaud de Montbret, 
pour une vente de biens faite à l'abbaye de l'Amour-Dieu, sur 
le territoire de Manellum juxta Annellam (Cart, de l'Amour- 
Dieu, f° 37. j Nous trouvons des actes, de la même anoée,- 
donnés par Nicolas et sa femme, seigneur et dame de Rumi- 
gny et de Château- P or cien ; comme il y en a un qui est rela- 
tif au moulin de Jean Pain-de-Seile, mentionné plus haut, en 
1239, il iy a lieu de croire qu'ils ne prenaient ce dernier titre 
que pour la part qu'ils avaient dans le £ef principal (Cart. de 
Signy, P^ 405, 406 et 407.) 

1244. Guillaume de Sapigny reconnaît qu'il est vassal de 
Geoffroi III cà Bergnicourt et à Novion [Cart. de RétJiel, 

p. ee.) 

1243, mars. Geoffroi III fait connaître la transaction passée 
entre l'abbaye de Signy et Henri de Chàtel, son frère, au sujet 
de Chappes (Cart. de Signy, ^^ 416 et 417.) 

1246, am/, et 1247. Actes dans lesquels Geoffroi III figure 
ainsi que sa femme Félie et Henri de Gbâtel, son frère, cheva- 
lier; à la première de ces dates, il semble qu'il u"avait pas de 
sceau personnel (Cart. de Signy, fos 432, 437 et 438.) 

\2^%, juillet. Le roi de France intervient dans une discus- 
sion entre l'abbaye de Signy, Roger de Rozoy et Geoffroi de 
Ghâteau-Porcien ; ceux-ci renoncent à leurs prétentions (Cart. 
de Signy, f» 446.) 

Geoffroi III n'ayant pas laissé de postérité de sa femme 
Anfelise ou Félicité, le fief de Château-Porcien passa à sa 
sœur Isabelle, successivement femme de Jacques de Mont- 
châlons, puis de Gilles de Roisin qui figure de 1254 à 1264 
dans les actes de Signy et de la commanderie de Reims; 
il revint ensuite à Jacques de Montchàlons, fils d'Isabelle, qui 
vendit ce qu'il en avait, au commencement du xiv*^ siècle, à 
Gaucher de Châtillon. 



URANCIIE D AUMENONCOUllT 



HENRI DE GRAND PRÉ 

Je n'ai pu réunir que peu de notes, jusqu'ici, sur ce rameau 
de la branche de Grandpré-CluUeau-Porcien. D'après Duchesue, 



SUR LA MAISON DE GRANDPRÉ 15 

daus la Généalogie de la Maison de Châtillon, Henri aurait eu 
d'une femme, nommée Oenor, deux fils; l'un, Geoffroi, aurait 
épousé Maliaut ; l'autre, Raoul, aurait été chanoine de Sois- 
sons. Je crois que, pour ce dernier, il y a une confusion de 
nom. 

J'ai vu. aux Archives de la Marne, un sceau d'Henri sur 
lequel on reconnaît, très distinctement, les armes de Grandpré, 
brisées. 

121 G, septembre. Henri de Châtel, seigneur d"Aumenan- 
court, en présence d'Aubri, archevêque de Reims, cède aux 
habitants de Bavisy (commune de Briment) et d'Anserières 
(commune du Fresne) le même droit d'usage que celui dont 
usent les habitants de Bourgogne, sur le territoire d'Aume- 
nancourt (Archiv. de la Marne, Chap. métrop. de Reims, 
3° boite, L, 26, n°« 1 et 2. — Gartul. B. de l'Archev., f» 294.) 

1230. Acte du même, au sujet de la délimitation des terri- 
toires de Wasigny et de Justines (Cart. B de l'archev. de 
Reims, f^596.) 

1232, août. Acte de rofficiahté de Reims constatant un 
accord entre Henri de Ghâteau-Porcien et les habitants de Bri- 
montel (commune de Briment) au sujet du droit de pâturage 
de ceux-ci à Aumeuancourt ; ils prétendaient en avoir la jouis- 
sance moyennant que, la deuxième férié après la Pentecôte, 
chaque berger devrait au seigneur un fromage valant une 
obole et un pain d'un denier (Arch. de la Marne, Chap. 
métrop., 3" boite. — Cart. B de l'Archev., f" 394.) 

Relativement aux seigneurs d'Aumenancourt, je n'ai 
retrouvé qu'un acte, daté de février 1295, pour lequel Philippe- 
le-Bel prend une décision en faveur de Jean^ seigneur dudit 
fief, et de ses vassaux, au sujet du droit d'appel devant la 
Cour royale de Laon ; il en coûta à Jean 52 livres 10 sous tour- 
nois (Arch. du Chapitre de Reims'.) 



1. Daus l'Histoire de l'abbaye d'Avenay, par M. L. Paris, nous voyons 
deux actes, de 1369 et 1381, mentionnant Hue de Porcien, chevalier, sei- 
gneur de Pressy, en Bourgogne, qui contestait à l'abbaye le fief de Monfes- 
chier et rendait un dénombrement au seigneur de Bussy-le-Châteaupourune 
maison et des rentes à Somme-Suippe. Je crois que son nom indique sim- 
plement sou lieu d'origine et qu'il n'avait aucune parenté avec le seigneur de 
Château -Porcien. 



16 NOTICE HISTORIQUE 

BRANCHE DE SOMMEPY 

RENAUD DE GRANDPRË 

Renaud de Grandpré paraît pour la première fois dans 
une charte donnée par son frère, le comte Henri P% en 1176, 
en faveur du prieuré de Saint-Thomas ; il est mentionné dans 
le Livre des vassaux de 'Champagne comme possédant des 
fiefs relevant du comté, dans les châtellenies d'Epernay et de 
Bu ssy -le- Château 1, et était mort avant 1222 puisque, vers 
cette époque, sa femme rendait personnellement aveu". 

Eu 1186, devant le Chapitre de la cathédrale de Reims, 
Renaud réglait les redevances qui lui étaient dues à Sommepy. 
Cet acte avait été motivé par des plaintes portées à l'occasion 
des prétentions exagérées soulevées par des chevahers et des 
vassaux de quelques abbayes*. En 1217, avec son frère Geof- 
froi de Château-Porcien, il était témoin dans un acte relatif à 
Rouvroy*. 

Depuis cette date, jusqu'à la moitié du xin° siècle, nous 
voyons paraître Robert de Sommepy, probablement fils de 
Renaud; en 1218 il figure, comme témoin, dans un acte de 
Vilain, seigneur de Sommesous\ Dans la lutte entre le comte 
de Champagne et Erard de Brienne, il prit le parti de ce der- 
nier et, par suite, fut excommunié le 2 février 1218 avec les 
autres adhérents du prétendant"; il rentra en grâce, ensuite, 
auprès de sou suzeram, car, dix ans plus tard, le comte de 
Champagne lui donnait, à charge d'hommage lige, lé péage de 
Tilloy et 8 livres à prendre sur les péages de Bussy et de La 
Cheppe '. 

Robert avait épousé Marie, fille de Gui de Bussy, seigneur 
de Livry et d'Isabelle; en septembre 1241, ils ratifiaient le 
legs fait au chapitre de Chàlous par ce seigneur ; ce legs con- 
sistait en un demi-muid de seigle et un demi-muid d'avoine 
sur la dîme de Trécon, pour son anniversaire \ 

1. Longnon, n-" 1726, 2820, 283G. 

2. Ibid.., u» 2862. 

3. Arch. de lu Marne, 

4. Ed. de Barthélémy, Noie hist. cl arch. sur les communes du caiilon 
de Ville-sur-Tourbc {Marne], p. 60. 

."). Arch. nat. — Carlulaire de M. de Saiiil-Remy. 

6. Laijetles du Trésor des charlcs, 1, 459. 

7. H. d'Arhois de Jubainville, t. VI, n» 2001. 

8. Arch. de la Marne, fond du Chapitre. 



SUR LA MAISON DE GRANDPRÉ 17 

Il ne «emble pas avoir vécu longtemps après, car, vers cetlo 
époque, sa veuve faisait hommage au comte de Champagne 
pdur ce qu'elle possédait à Juvigny, ainsi que pour ses arrière- 
fiefs tenus par Mile de Germaine, Enguerau du Plessis, 
Renaud de Saint-Mard et Perrot de Veran; en outre pour 
Livry, son héritage personnel, pour ce qu'elle avait à I^a 
Cheppe, à Bussy et à Tilloy ; pour un arrière-fief, tenu à Livry 
par Mile de Semoienue, enfin pour son fief de Trécon '. 

C'est aussi à celte époque que parait Renaud de Sommepy, 
peut-être frère aîné de R.ohert; il était vassal du comte de 
Champagne pour des fiefs situés à Villeueuve-les-Rouffy, 
à fîenneville et à Puits (commune d'Etréchy -). En avril 1247, 
il approuvait la vente faite à Notre-Dame de Reims, par 
Hugues, chevalier, de Sommepy \ Vers 1259, il faisait aveu 
au comté de Champagne pour ce qu'il possédait à Heitz-le- 
Maurupt, à Sogny, à Lisse, à Vavray-le-Grand et Vavray-Ie- 
Petit, à Scrupt, à Rennevillc et à Puits. Le comte lui donnait 
alors 1 S livrées de terre à Villeneuve-les-RoufTy \ 

Au mois d'avril 1263, Renaud ratifiait l'acte de 1186 donné 
par son ancêtre homonyme en faveur des habitants de Som- 
mepy, et leur accordait une commune administrée par quatre 
échevins. Son sceau était alors aux armes de Grandpré. A la 
même date, il reconnaissait aux francs-sergents de l'église de 
Reims le droit de saisir les biens des habitants de Sommepy, 
eu cas de non paiement du chevaige qu'ils devaient à Notre- 
Dame \ 

Je ne trouve plus rien, ensuite, sur cette branche de la 
Maison de Grandpré, si ce n'est l'indication d'une confiscation 
de fief, par suite de forfaiture, sur Robert de Sommepy. 
En 1325, Jeanne, comtesse de Nevers, donnait à Philippe 
de Bourlande, son cousin, des terres sises à Saint-Pierre, dans 
les environs de Reims, et à Sommepy, lui provenant de cette 
confiscation. De plus, dans les partages de 1364 de la succes- 
sion d'Ahx des Armoises, dame de Hans, nous avons vu que 
la maison des Armoises avait eu la plus grande partie de Som- 
mepy dès le premier quart du xiv° siècle. 

Anatole de Barthélémy. 

1. Longuon, Rôles des fiefs, n°» 297, 312, 1201, 1305 et 297 de l'appea- 
dice . 

2. Ibid., n» 1200. 

3. Arch. de la Marne. 

4. Rôles des vassaux, n"" 180 et 1238. 

5. Arch. de la Marne. ' 2 



NICOLAS DUMONT 

Curé de Villers-d.e-va.nt-le-TlT.ou.r 

(Ardennes) 

Dépulé aux Elals Généraux et à l'Assemblée Nationale de 1789 

PIECES JUSTIFICATIVES 



APPENDICE 
I 

ACTES DE BAPTÊME ET DE DÉCÈS DE NICOLAS DUMONT 
(Extrait des registres de la paroisse Saint-Etienne de Reims, 1732, 21 février) 

Du même jour, vingt et un février mil sept cens trente-deux 
je prestre desservant cette paroisse, ay baptisé le fils de Jean- 
Baptiste Dûment et de Marie-Jeanne Pierret, ses père et mère 
mariés ensemble de cette paroisse, auquel on a imposé le nom 
de Nicolas. Le parrain Nicolas Dumont, la marraine Marie- 
Magdelaine Husé, qui ont signé. (^S'i^^i^j Nicolas Dumont, Jean- 
Baptiste Dumont, Marie-Madelaine Huct, A. Legros. 



(lîxlrait du registre des décès de la ville de Reims pour l'an XIV, f" 258, 
22 juillet 1806). 

Cejourd'hui, vingt-deux juillet mil huit cent six, au bureau 
de l'état-civil par devant nous Charles-Henri Leleu, adjoint au 
maire de la ville de Rheims, faisant les fonctions d'officier 
public, sont comparus Messieurs Jean-Baptiste Fauart, âgé de 
trente-cinq ans, propriétaire, demeurant rue du Barbâlre, et 
François Aulmont, âgé de cinquante-quatre ans, marchand, 
demeurant rue de Tambour, tous beaux neveux du dcffunt cy- 
après nommé, lesquels nous ont déclaré que Monsieur Nicolas 
Dumont, âgé de soixante-quinze ans, natif de Rheims, prêtre 
et pensionnaire de l'Etat, demeurant audit Rheims, rue des 
Augustins, fils des defi^unls Jean-Baptiste Dumont et de 

* Voir page 429, tome XVII, de la Rcvug de Champagne et de Brie. 



NICOLAS DUMONT 19 

Marie-Jeanne Pierret, étoit décédé le jour d'hier à diï heures 
du soir en sa demeure sus-désignée, et ont les déclarans signé 
avec nous le présent acte après lecture faite. {Signé) Aulmout- 
Dumout, Fanart, Leleu, adjoints. 

[Archives de V état-civil de Reims). 

II 

SIGNIFICATION DES GRADES DE M. DUMONT 
ARCHIVES DE REIMS 

Registre vingtième des Insinuations ecclésiastiques du Diocèse 
de Reims ^ cotmnencé le 2 Juin 1757 et fini le 21 décembre 
\1&2, /^ 20 verso. 

En présence des Notaires royaux et apostoliques duement 
institués pour la ville et diocèse de Reims, y demeurants 
soussignez, Maitre Nicolas Dumont, prêtre de Reims, Maitre 
es arts en l'université dudit Reims, licentié en la faculté de 
théologie, demeurant à Reims, rue et paroisse de St-Jacques, 
Gradué nommé, duement qualifié et insinué sur l'archevêché 
et le chapitre de l'église métropolitaine de Reims, en conti- 
nuant ses précédentes significations et insinuations de degrés, 
et les réitérant dans le présent temps de carênie, a notifié et 
insinué ses nom, surnom, degrés, qualités, diocèse et demeure 
à Son Altesse Monseigneur l'archevêque Duc de Reims, en 
parlant pour son absence à Messire François Escouvette, cha- 
noine de ladite Eglise métropohtaine de Reims et vicaire 
général de mon dit Seigneur archevêque de Reims, trouvé en 
son hôtel proche le collège de l'université, et à Messieurs les 
vénérables Prévost, doyen. Chantre, dignités, chanoines et 
Chapitre de l'Eghse métropolitaine de Reims, en parlant pour 
tous tant conjointement que divisément à défaut de chapitre 
assemblé à Messire Nicolas Parchappe de Vinay, prévôt et 
chanoine de ladite Eghse métropolitaine, trouvé en son hôtel, 
rue du Trésor, Et du présent acte de réitération copie leur a 
été donnée et laissée par les notaires soussignés, à ce qu'ils 
n'en ignorent et ayant à nommer ou pourvoir ledit sieur 
Nicolas Dumont, ainsy gradué nommé de Bénéfices de leurs 
dépendances qui viendront à vacquer dans les mois affectés 
aux Gradués, dont acte fait et passé audit Reims, aux lieux 
ainsy et parlant comme dessus, l'an mil sept cent soixante, le 
vingt septième jour du mois de Mars avant midi, et a ledit 
sieur Nicolas Dumont signé avec nous notaires après lecture 
faite en la minutte des présentes sujettes à insinuations ecclé- 



20 NICOLAS DUMONT 

siastiques, ladite minute controllée audit Reims le lendemain 
aux controlles des actes et des exploits, signé de Recicourt et 
Lefebvre qui ont reçu les droits, signé Briquet notaire Robert 
secrétaire: Insinué et coutrollé à Reims le 31^ Mars 17G0. — 
(Signé) Modaine Greffier. 

III 

PROCUEATION POUR RÉSIGNER LA CURE DE VILLERS 

DEVANT LE TOUR EN FAVEUR DE M, DUMONT, 1761 

(Même registre, f" ^W verso). 

Aujourd'huy par devant moy Pierre Vasse, conseiller du 
roy, garde nottes apostoliques en la ville et au diocèse de 
Rouen, reçu et immatriculé au baillage de ladite ville, y 
demeurant rue Beauvoisin, paroisse de St-Laurent soussigné, 
eu la présence des sieurs témoins cy après nommés et 
soussignez fut présent Messire Jean François Aubriot de Bon- 
court prêtre curé de la paroisse de St-Remy de Villers devant 
le tour et de St-Pierre de Juzancourt son annexe diocèse de 
Reims, lequel demeurant depuis plusieurs années dans la 
maison des écoles chrétiennes dites de St-Yon, établie au 
faubourg et paroisse de St-Sever de cette ville de Rouen, ou 
il est détenu par ordre du roy et ou nous nous sommes exprès 
transportés à l'effet des présentes sur sa réquisition, sain de 
corps ainsi qu'il nous a paru et sain d'esprit, a ledit sieur de 
Boncourt de sou plein grés et libre volonté fait et constitué 
par ces présentes son procureur général et spécial mandataire, 
auquel il donn.e pouvoir de pour luy en son nom résigner, 
céder et remettre entre les mains de notre Saint père le pape, 
Monseigneur son vice chancelier ou autres aians a ce pouvoir 
canonique, son bénéfice cure de laditte paroisse de St-Remy 
de Villers devant le tour et de St-Pierrc de Juzancourt, son 
annexe, diocèse de Reims, ensemble de ses droits apparte- 
nances et dépendances, et ce pour el en la faveur toute fois de 
Messire Nicolas Dumont, prêtre du diocèse de Reims, docteur 
en théologie et vicaire chapelain de la paroisse de S t- Jacques 
de la ville de Reims, et non d'autre ny autrement, pour être 
ce dit bénéfice cure avec son annexe possédés par ledit sieur 
Dumont, sous la réserve de la somme de cinq cent livres de 
pension anuuele et viagère que frais, par le représentant ledit 
sieur de Boncourt sur tous les fruits, revenus et émoluments 
dudit bénéfice cure de St-Remy de Villers devant le thour et 
St-Pierre de Juzancourt. Laquelle sera exempte de toutes 



NICOLAS DUMONT 21 

charges et impositions faites ou à faire, payable audit sieur de 
Boncourt en sa demeure sa vie durant par le dit sieur Dumont 
et ses successeurs de six mois en six mois, à courir du jour 
qu'il en aura pris possession et ce par avance de six mois en 
six mois, consentir à l'expédition de toutes lettres sur ce néces- 
saires, même jurer et affirmer comme il a présentement fait 
devant mon notaire et témoins eu son ame et conscience, 
qu'en ce que dessus il n'est intervenu aucun dol, fraude, 
simonie, ny autres pactions contraires aux dispositions cano- 
niques, déclarant ainsi que quoy que par ordre du roy détenu 
dans la ditte maison de St-Yon, il n'est intervenu aucune 
violence ny suggestions dans ces présentes, et qu'il faict sa 
résignation de son plein gré et libre volonté. Lecture faite des 
présentes au sieur de Boncourt, en présence des sieurs 
témoins il a déclaré que c'étoit son intentention et sa volonté 
et y a persisté. Fait et passé à Rouen en ladite maison et 
communauté de St-Yon^ en une salle à rez de chaussée de 
laditte maison, comme bien libre, le vingt neuf aoust environ 
une heure après midi, en présence des sieurs Jacques de Vac- 
querel menuisier, et Louis Jean Baptiste Doien serrurier, 
demeurants audit faubourg et paroisse de 8t-Sever, témoins, 
lecture faite le dit sieur de Boncourt, et lesdits sieurs témoins 
ont signé avec moy Vasse notaire. Controllé à Rouen les 
mêmes jour et au que dessus par le sieur Boucher qui a reçu 
six livres cinq sols. Insinué à Rouen le 29 aoust 1761, pour 
expédition, Vasse. Insinué et controllé à Reims le trois novem- 
bre 17Gi. — (^igné) Modaiue greffier. 

IV 

VISA DE LA CURE DE VILLESS DEVANT LE TOUR 

POUR M. DUMONT, 1761 

{Extrait du même registre, f" 319 recto). 

Heuricus Hachette des Portes raiseratione divina ac sanctée 
sedis Apostolicee gratia Episcopus Gydoniensis, nec non sere- 
nissimi principis Armandi Julii de Rohan archiepiscopi 
Remensis primi Francise paris suffraganeus et vicarius gene- 
ralis etc., dilecto nobis in Ghristo magistro Nicolao Dumont 
presbytère, sacrée facultatis Universitatis Remensis doctor 
Theologus, salutem in Domino, cum Magister Franciscus 
Aubriut de Boncourt, presbyter, parocliialem ecclesiam sancti 
Remigii de Villers-devant le tour cum ejus annexa sancti 
Pétri de Juzancourt diocesis remensis, quam obtinebat in 



22 NICOLAS DUMONT 

manibus SS. DD. nostri PapsB in tui favorem sponte et libère 
resignaverit et super dicta resignatione admissa provisionem 
apostolicam Roma? datam apud Sanctam Mariam Majorem 
decimo octavo Galendas hujusce mensis octobris anno quarto, 
signatam per concessum ut petitur et in forma diiinum antiquâ 
expeditam obtinueris, Nos visa dicta provisione apostolica 
dictam parocbialem ecclesiam sancti Remigii de Villers devant 
le tour, cum ejus annexa Sti pétri de Juzancourt sicut pro- 
fertur vacautem, tibi ante dicto magistro Nicolao Dumont 
capaci sufficienti et idoneo preemissa que formularii subscrip- 
tione autoritate nostra vicaria contulimus et douavimus confe- 
rimusque et donamus per pressentes, cum omnibus illius 
juribus et oneribus, curam et regimen animarum ac adminis- 
trationem sacramentorum plenarie tibi committentes, id pro 
dicta parochia de Villers devant le tour et ejus annexa de 
Juzancourt et non pro aliis diocesis remensis. Quocirca man- 
damus decano ruralis districtus loci, vel alteri, de ejus licentia, 
quateuus te vel procuratorem tuum pro te et tuo nomiue, in 
realem actualem et corporalem dictae parochiœ et ejus annexée 
possessionera ac jurium omnium quibus frui solebant qui 
prn?dictam parocbialem ecclesiam pacifice hue busqué oblinue- 
runt, ponat et inducat. Datum Remis sub signo nostrœ Guriee, 
arcbiepiscopalis sigillo et unius ex Secretariis archiepiscopatus 
chirographo, anno Domini millésime septingentesimo sexage- 
simo primo, die vero mensis octobris trigesima prima, preesen- 
tibus Magistro Josepho Auda presbitero, Sanctorum Thimothei 
et Apollinaris civitatis Remensis canonico, et Petro La clef 
civis remensis, Remis degentibus testibus, ad prasmissa vocatis 
et nobiscum in praesenlium minuta subsignatis. Henricus 
eppus Cydoniensis et infra Gobreau. Insinué et controllé à 
Reims le dix neuf novembre 1701. — (Signé) Modaine greffier. 

V 

PEISE DE POSSESSION POUR LE MÊME, 1761 

{Extrait du môme Registre, f" 319 verso). 

Ego infrascriplus Joannes Fresson, presbyter, doctor Theo- 
logus, parocbialis ecclesi;p sancti Lupi de Sevigny pastor, 
Decanus ruralis do St-Germainmont diocesis Remensis, fidem 
facio quod anno iQstituliP salutis millesimo septingentesimo 
sexagesimo primo, die vero mensis Novembris tcrtia, virtute 
provisionis aposlolicîc Rom;o data apud Sanctam Mariam 
Majorem decimo octavo Galendas octobris mensis hujus anni 



NICOLAS DUMONT 23 

anno quarto, signatsB per concessum ut pelitur et in forma 
digaum antiqua expeditee et virtute litterarum provisionis ac 
collationis sub signo integro data die trigesima prima mcnsis 
octobris supra dicti, quibusDD. Henricus Eppus Gydoniensis, 
suffragaueus et vicarius generalis Serenissimi principis Ar- 
mandi Julii de Rohan archiepiscopi ducis Remensis, parochia- 
lem ecclesiam sancti Remigii de Villers devant le tour et 
Saneti Pétri de Juzancourt ejusdem diocesis concedit magistro 
Nicolao Dumont, sacrée facultatis Remensis doctore Theologo, 
presbyterum prœdictum in possessione reali, actuali et corpo- 
rali, prœdictee parochialis ecclesiœ et ejus annexée ac jurium 
omnium quibus frui solebant qui preedictam parochialem 
ecclesiam pacifice hue usque obtinuerunt, CoUocans, obser- 
vatis solemnitatibus requisitis ac solitis, nempe per ingressum 
ecclesiee, aspersionem aquce benedictee, osculum majoris 
altaris, tactum libri missalis, visitationem sanctissimi sacra- 
menti ac fontiuni baptismalium, pulsum carapanee, cui pos- 
sessioni neminem quoque intercessisse tester. Datum in 
ecclesia parochiali de Villers devant le tour anno et die preo- 
dictis, preesentibus magistris Joanne Francisco Savart, doctore 
Theologo, et pastore Sancti Jacobi Remensis civitalis, Petro 
Didier, pastore d'Asfeld, Joanne Varlet, pastore du Tour, 
Jacobo Bevière, Nicolao Prillieux, Remigio Potier presbytero, 
^gidio Gacoiu, Nicolao Bardin, lestiljus ad hoc specialiter 
vocatis, qui nobiscum subscripserunt et alii Didier, Savart, 
Potier, Varlet, Bevière, Gacoin, Dumont, Prillieux, Mouret, 
Fresson decanus. ControUé à Reims le cinq novembre 1761, 
reçu six livres cinq sols, de Recicourt. Insinué et controllé à 
Reims le dix neuf novembre 1 7H1 . — (Signé) Modaine greffier. 

VI 

RÉPONSE AU QUESTIONNAIRE DE 1774, SUR LA PAROISSE 
DE VILLERS-DEVANT LE THOUE 

Cwfé ? Nicolas Dumont, prêtre, docteur en théologie, dio- 
césain, âgé de 41 ans, prêtre depuis le 12 juin 1756, employé 
daas le ministère dès le mois de novembre de la même année ; 
a exercé à Saint-Pierre et Saint-Jacques de Reims et curé 
depuis près de 13 ans. 

Seigneur de la paroisse ? A Villers, M. le Noir, écuyer, 
conseiller du roi, à Paris, et FIIôlei-Dieu de laditte ville 
chacun pour moitié. Aucuns droits honorifiques. 

A Juzancourt, M. de Villiers, lieutenant colonel dans l'artil- 



24 NICOLAS DUMONT 

lerie, résidant à Juzaucourt, jouit de la nomination au prône et 
de l'eau bénite par présentation ; il y a aux environs 18 ans 
qu'on lui a accordé l'eau bénite par présentation ; je ne sais 
quand a commencé l'usage pour la nomination au prône. 
La seigneurie est partagée entre plusieurs : Madame de 
Semeuze, de Reims en possède une partie, mais le principal 
seigneur est ledit sieur de Villiers. 

Bailliage ? Sainte-Menehould, du conseil supérieur de 
Cliâlons, subdélégation de Château, élection de Reims, maîtrise 
de Sainte-Menehould. 

Lieit de poste ? On n'a point d'autres messagers que les 
coquetiers qui vont à Reims une fois la semaine; on peut 
addresser les lettres chez M. Dumont, fabriquant rue Bar- 
batre à Reims. 

Hameaux ? Trembleaux, neuf ménages. — Moulin à eau. 
Les chemins sont aisés ; il n'y a ni rivière ni ruisseau ; le 
diamètre de l'étendue de la paroisse est de plus d'un quart de 
lieue. 

Secours ? Juzancourt, où l'on bine de tems immémorial à 
cause du nombre des habitants et de l'éloignement de toute 
autre église, cimetière de tems immémorial. Point de rivière à 
passer, la plus grande difficulté des chemins c'est la longueur. 

Communiants i 360 à Villers, 140 à Juzancourt. 

Caractère dominant des paroissiens, leurs donnes qualités 
ou les défauts et les vices les plus ordinaires ? Le caractère 
des habitants de Villers est à peu près celui des autres 
hommes. 

Profession ? Ils s'exercent à cuUiver la terre, les vignes et 
à maneuvi'er. 

MaUre d'école ? Il y a un maître d'école que les paroissiens 
choisissent et payent moyennant un demie quartel de blé par 
ménage chaque année et cinq sols par mois d'école de chaque 
enfant ; son casuel vient do l'assistance au service de l'église 
quand on le requiert. 

/fco^e ? Le maître reçoit les garçons et les filles, l'école se 
lient chez lui ; il y a aux environs de soixante enfants. 

Hglise''! Dimensions 1 Eglise suflisanuneal grande ù Villers, 
un peu trop petite à Juzancourt. 

Autels ^l Trois consacrés à St-lleaii, à la Stc-Vierge et à 
Si-Fiacre, chacun avec pierre sacrée. 



NICOLAS DUMONT 25 

Cimetière "^ Bien fermé, on n'y tieut ni foires ni marchés. 
Pas de réparations à faire à l'église. 

Cloches ? La plus grosse cassée, ne peut être réparée, vu 
que la communauté est surchargée de frais. 

Clergé ? Point de vicaire, ni ecclésiastique résidant. Choriste 
et deux souschautrcs que la fabrique paie annuellement ; leur 
honoraire est de dix hvres, ils sont laïques ainsi que le maître 
d'école. 

8tation ? Adus ? Elle n'est pas fondée, elle est d'usage ; 
Messieurs les supérieurs envoyent le stationnaire, qui a pour 
honoraire le produit d'une quête qui se monte aux environs à 
36 livres pour l'avent et autant pour le carême. Il prêche dans 
cinq églises, savoir St-Germainmont, Gomont, le Thour, 
Villers et Juzancourt. Il y a deux sermons par semaine dans 
ces ég'hses, excepté à Juzancourt qui n'en a qu'un. — Les 
abus à réformer seroient s'il éloit possible, la trop grande 
facilité des stationnaires et le peu de rapport qui se trouve 
entre leurs instructions et le besoin des paroisses. 

Heure des Offices ? Messe en été à 8 h. et en hiver à 9 h. 1 /2 ; 
on dit la 1'° messe en hiver à Villers et la 2° en été. Il n'y a 
point d'autre règlement que l'usage. Le catéchisme se fait à 
1 h. 1/2 et les vêpres ensuite. 

Sage- femme "l Point de sage- femme, le chirurgien du lieu 
fait la besogne, il est juré et doit sçavoir administrer le 
baptême en cas de nécessité. 

Revenu de la Fabrique ? Le revenu fixe est de 200 livres 
sur titre, et le casuel monte à 50 livres. 

Marguilliers ? Ou choisit les marguilliers en assemblée 
dans les fêtes de Noël. Comptes suspendus depuis six ans 
pour raison de refus de la place de marguillier fait par un 
fermier du Trembleau, l'affaire est devant les juges royaux. 

Presbytères ? Presbytère mis en bon état par le curé actuel ; 
il est à portée de l'Eglise, il consiste en un corps de logis à 
trois pièces et un étage, en cour, jardin, fournil et écurie. 

Dîmes ? Le curé a trois parts sur neuf des grosses dîmes. 
Le rapport de fer consiste à moitié de la dime sur les terres 
cultivées par mes paroissiens sur les terroirs limitrophes. 

[Archives départementales de la Marne, à Châlons, Série G, 
Archevêché de Reims, Visites du Doyenné de St-Germainmonl, 
dernière liasse, 12 pièces). 



26 NICOLAS DUMONT 

VII 

PORTRAIT DE M. DUMONT, DÉPUTÉ EN 1789 

Peintîire. Il existe dans la famille Fauart, à Reims, une 
peinture sur toile, portrait à mi-corps, œuvre de Louis Périn, 
miniaturiste célèbre et neveu de M. Dumont. — M. Louis 
Périn est le père de M. Alphonse Périn, le peintre de N. D. de 
Lorette et le grand père de M. Félix Périn, architecte à Paris. 

Dessin. Bibliothèque Nationale, Cabinet des Estampes, 
dessin portr. m-S'\ Nf. 62 b. — Cf. Portraits des Champenois 
par Soliman Lieutaud, in-S", Paris, Kapilly, 185(), verbo 
Dumont. 

Gravures. Il en existe deux, l'une de 1789, l'autre de 1791. 
Le cuivre de celle-ci appartient à la famille Fauart, et c'est 
l'épreuve de ce cuivre qui est eu tète du tirage à part de cette 
notice. Le costume est le même dans les deux, mais l'expres- 
sion diffère. 

I. Hauteur de 21 cent, sur 13 cent, de largeur. — Tête 
tournée à droite, vue de profil, costume ecclésiastique avec 
manteau de cérémonie. Buste dans un rond, avec tablette 
au-dessous portant ce titre : M. Dumont, docteur en théologie, 
curé de VUler devant le Thour, né à Reims le 21 Février 
1732, député des Bailliages de Reims et de Vitri le Fr^ à 
l'assemblée natio?iale de 1789. Ecusson à 3 fleurs de lys avec 
guirlande et ces mois La Loi et le Roy, Assemblée nationale. 
Labadye del. — Guei-saut se. — A Paris chez le s'' Dejabin 
éditeur de cette collection, Place du Carrousel, n^' 4. 

IL Hauteur 21 cent, sur îli cent, de largeur. — Tète tour- 
née à gauche, vue de profil, même costume, figure plus rem- 
plie. Ovale avec ruban au-dessus, reposant sur tablette : 
Nicolas Dumont (mômes titres que plus haut, sauf le dernier) 
DépiUé à V Assemblée nationale de 1789, élu dans les Baillia- 
ges de Vitri/-le-François et de Reims. — Lefebvre del. 1791. 

Henri .Jadart. 



LA 

FAMILLE DE CHARTONGNE 



Godefroy de Romance habitait le château de la Malmaison 
en 1704, époque à laquelle il fut nommé lieutenant au régiment 
du Blaisois, puis capitaine des chevaux légers de la reine. 

Il alla ensuite fixer sa résidence au château d'Inaumont où il 
était déjà avant 1713. 

Ce château entouré de fossés remplis d'eau était situé à 500 
mètres au sud du village. Godefroy de Romance ayant acquis 
le fief d'Inaumont après son mariage, fit construire un autre 
château au centre du village sur une petite falaise qui domine 
de dix mètres environ la grande rue de l'endroit. L'établisse- 
ment de ce nouveau château date de 1718 comme l'indiquent 
deux inscriptions, l'une gravée sur une poutre dans l'escalier 
principal et l'autre reproduite par des chiffres saillants en fer 
forgé servant d'agraffes aux poutres destinées à maintenir Té- 
cartement. 

C'est là que mourut Godefroy de Romance le 1 décembre 
1753, âgé d'environ 75 ans; il fut enterré le lendemain dans 
l'église de sa paroisse. 

Gabrielle de Charlongne mourut aussi à Inaumont le 5 août 
1729, à l'âge de 60 ans et fut inhumée dans la chapelle de 
Saint-Jean. 

Ils eurent de leur mariage : 

88 . Gabrielle de Romance, née le 22 juillet 1 701 , au château 
de la Malmaison. 

89. Claude de Romance, né à la Malmaison le 7 septembre 
1702, décédé à l'âge de 31 ans au château d'Inaumont le 2 
octobre 1732 et inhumé auprès de sa mère dans la chapelle de 
Sainte- Anne. 

90. Marie de Romance, née au même château le 2 septem- 
bre 1704, élève de la maison royale de Saint-Gyr. 

9 1 . Marguerite de Romance, née au château de la Folie le 

• Voir page 291, tome XVII, de la Revue de Champagne ci de Brie. 



28 LA FAMILLE DE CHARTONGNE 

4 décembre 170K, décédée à Inaumont, âgée de 9 ans, le 20 
mai 1715 et inhumée dans l'église devant l'aulel Saint- Jean. 

92. Et Philippe-François-Lonis , né aussi au château de la 
Folie le 29 février 1708. ' 

Ce dernier épouse sa cousine Marie- Anne-Elisabeth-Gene- 
mève de Chartongne (34) de la branche d'Arsonville. (Voir 
ci-après, 3^ partie, chap. l'=^) 

92 Us. Claude, baron de Romance et de Terrier, seigneur 
de la Malmaison et d'Inaumont, page de la grande écurie du roy , 
lieutenant aux gardes françaises, chevalier de Saint-Louis, 
mort sans postérité. Au sacre de Louis XV, il remplit les 
fonctions de chevalier de la Sainte-Ampoule. 

IX 

84. PMlippe-François-Louis de Chartongne, fils de Claude 
et d'Angélique Leprévost, né à Bertoncourt le 2 juillet 1691, 
seigneur de la Folie, Bertoncourt, Ginaux, le Moncet, le 
Chesne, Villomé et Veutelay, vicomte de Pernan, lieutenant 
des maréchaux de France, rendit avec sa mère le 11 janvier 
1740 les foy et hommage de la seigneurie de Bertoncourt et 
des fiefs de la Folie, la Motte et la Mocque. 

Il épousa à Veutelay, le 28 mai 1714, Antoinette- Margue- 
rite de Villcmor, iille de Messire Jacob de Villemor, chevalier, 
seigneur du Chesne, Villomé, Vandières, Trotte et de Veu- 
telay en partie, chevalier de Saint-Louis, ancien lieutenant- 
colonel de cavalerie au régiment d'Estaniol et de dame Anne- 
Marguerite d'Alligret. 

De Villcmor. — D'azur à la ramure de cerf d'or, surmontée d'une molette 
de même. 

D'Alligrcl. — D'azur à 3 aigrettes d'argent becquées et membrécs de 
sabla. 

Par son contrat de mariage, Philippe-Frauçois-Louis de 
Chartongne eut notamment la terre de Ginaux et l'assurance 
de la dignité de lieutenant des Maréchaux de France dès qu'il 
aurait atteint l'âge de 25 ans, et la future épouse eut la censé 
du Moncet ainsi que la moitié de la terre de Villomé. 

De ce mariage sont issus : 

US. Claude- Antoine de Chartongne, né à Veutelay le 27 
octobre 1715. 

119. Jacoh-Louis de Chartongne, né au mèm(! licui le 25 
novembre 17H), 



LA FAMILLE DE CIIAKïONaNE 29 

120. Louise-Marguerite de Chariongne^ née aussi cà Ven- 
telay lo o septembre 1718, décédée à Bertoncourt le 18 juin 
1721 à l'âge de 3 ans et inhumée dans l'église de cette 
paroisse. 

1 21. A nne-Radegonde . 

122. Et Charles-Gabriel- Claude, marié à Gabriello-Angé- 
liquede Rémont (12G), sa cousine germaine. (Voir ci-après). 

Antoinette-Marguerite de Villemor décédée à Ventelay le 
24 avril 1731 , à l'âge do 34 ans, a été inhumée le lendemain 
dans l'église de la paroisse. 

Philippe-François-Louis de Chartongne épousa en secondes 
noces, dans la chapelle castrale du château de Vaux-Varennes, 
Elisabeth-Anne-Louise de Conquérant, veuve de messire 
Jacques-Henry de Laimionier, vivant marquis, seigneur des 
terres de Vaux-Varennes, Verneuil, Bouvancourt et autres 
lieux. 

De ce mariage sont issus : 

123. Louise- Angélûjue-Cha^'lotte. 

124. Angélique-Elisabeth-Loidse de Chartongne née à 
Bouvancourt le 30 mars 1732. 

Philippe-Frauçois-Louis de Chartongne est décédé à P»ethel 
le 2 décembre 1740, étant âgé de 50 ans et d'après ses inten- 
tions il a été inhumé dans l'église de Bertoncourt. 

X 

87. Louise-Marguerite de Chartongne iiile de Claude et 
d'Angélique le Prévost. 

Epouse le 27 mars 1720, dans la chapelle du château de la 
Folie : 

Antoine-Charles de Rémont^ vicomte de Porcien, baron de 
Saint-Loup et Saint-Mamin en Champagne, seigneur suzerain 
de Sorbon, Maison, Arnicourt, Sery et Inaumont en partie, 
lieutenant de Nosseigneurs les Maréchaux de France, lequel 
comparait dans un acte de foy et hommage rendu pour le 
vicomte de Pcruan, le 12 septembre 1739. Ce dernier était fils 
de Rolert de Rémont, chevalier, seigneur de Sorbon et de dame 
Antoinette, de la Salle. 

De Rémout. — D'azur, semé de France au franc quartier d'argent, chargé 
d"uuc merlette de sable sans pattes. 

Les enfants nés de ce mariage sont : 



30 LA FAMIL7E DE CHARTONGNE 

125. Robert-Antoine de Rémont, né à Sorbou le 9 février 
1721. 

126 . Gahrielle- Angélique, demoiselle de la maison de Saint- 
Cyr en 1732; mxiriée à Gharles-Gabriel-Claude de Ghartongno 
(122), son cousin germain. 

127. Marie-Antoine-Angélique de Rémont, né au même 
lieu le 18 avril 1724. 

128. Margiierite-Zouise de Rémont, née à ArnicourL le 6 
septembre 172G, décédée le 4 mars 1731, âgée de 5 ans. 

129. Re g nauU- Antoine de Rémont, né audit Arnicourt le 
26 avril 1728. 

1 30. Louis-Anne-Abraham de Rémont, né aussi à Arnicourt 
le 14 juin 1731, prêtre chanoine de l'église métropolitaine de 
lieims. 

131 . Philippe-Fra7içois-Louis de Rémont, né au même lieu 
le 21 février 1733, baron de Saint-Loup, capitaine au régiment 
d'infanterie du roy, chevalier de Saint-Louis, commissaire 
pour le roy de la noblesse du bailliage de Mazarin. 

132 . Et Anne-Louise-Radegonde de Rémo?it, née également 
à Arnicourt le 29 juin 1734. 

Louise-Marguerite de Chartongne est décédée à Arnicourt 
le 14 septembre 1755 à l'âge de 52 ans. 

Antoine-Charles de Rémont est lui-même décédé mari en 
secondes noces de dame Magdeleine-Henriette Durand le 2 
décembre 1783, âgé de 88 ans au château de la Folie et pour 
se conformer aux dispositions de son testament il a été inhumé 
le lendemain dans le caveau de sa maison en l'église d' Arni- 
court. 

En vertu du partage fait après la mort de Claude de Char- 
tongne son père, le 18 octobre 1717, Louise-Marguerite de 
Chartongne alors mineure émancipée sous la curatelle de 
Louis de Saint-Quentin son oncle, avait obtenu la seigneurie 
de Ginault, estimée 16,000 1., a elle cédée par Philippe-Fran- 
çois-Louis de Chartongne son frère, à litre de transaction. 
Comme on l'a vu plus haut, cette propriété avait été donnée 
en mariage k Philippe-Frauçois-Louis le 4 mai 1714. Elle 
avait été acquisu par Claude de Chartongne de Louis de 
Montguyon pour un quart moyennant 5,000 1., vers 1702 et 
les trois quarts de .surplus provenaient des propres d'Angé- 
lique le Prévost*. 

1. Lo château d'Aruicourl entoure de lossés au coucbaut, devait en avoir 



LA FAMILLE DE CHARTONGNE 31 

De Montguyon. — D'argeut ù 3 têtes de more de sable, bandées du 
champ 2 et 1. 

XI 

121. Anne-Radegonde de Chartongm, née à Veulelay le 8 
avril 1720, fille de Philippe-François-Louis et de Antoinette- 
Marguerite de Villemor, décédée le 11 octobre 1758 à l'âge de 
37 ans épouse, le 28 novembre 1740, dans la chapelle castrale 
du château de la Folie : 

Joseph-Louis- Nicolas de Chamjjagne, chevalier de Saint- 
Louis, seigneur des Hantes, du Chesne, de Venlelay et de 
Vandières en partie capitaine de grenadiers au régiment du 
roi infanterie, fils de M'''' Henry-Claude de Champag7ie, che- 
valier, seigneur de Morsain, Lange, Beauregard, les Hantes, 
Neuvj, Condry et Joiselle et de dame Marie- Françoise de 
Saint- Maurice. 

De Champagne. — D'azur à la bande d'argent, cotloyée de deux cottices 
potencées et conte-potencées d'or de 13 pièces. 

Louis-Joseph-Nicolas de Champagne, né en 1707 le 5 novem- 
bre, commença à servir dans son régiment en 1724, il était à 
l'armée du Rhin en septembre 1744 et mourut àHermonville 
en 1763 des blessures qu'il avait reçues étant au service. 



aussi au levant. Tout porte à croire que ce domaine qui n'était qu'un pied 
à terre avant 1705, a été néanmoins construit pour soutenir au besoin un 
siège comme il arrivait souvent au temps de la féodalité. La largeur et la 
profondeur des fossés, les créneaux qui existent encore à la porte d'entrée, 
du côté du village cette entrée elle-même nommée rue du château et l'é- 
norme épaisseur des murailles tout porte à donner à cette pensée le poids 
de la vérité. 

Nous disons donc que le levant de ce château devait avoir aussi son 
enceinte de fossés. 

La position de ce domaine est remarquable en ce que les eaux ne peuvent 
l'envahir quelque grosses qu'elles soient et en ce que ces mêmes eaux ne 
tarissent jamais durant l'été quelque sec qu'il soit. 

Le château d'Arnicourt fut longtemps la propriété de l'honorable et 
regrettée famille des comtes de Rémont qui a répandu dans cette contrée d'in- 
nombrables bienfaits. 

Cette famille avait droit de sépulture dans un caveau qui existe encore 
aujourd'hui dans l'église de ce village, sous la chapelle de la Sainte-Vierge. 

En 1793 a disparu le marbre qui fermait le caveau et sur lequel étaient 
gravées des inscriptions et les armoiries de ces seigneurs. 

Ce château qui tombait en ruine fut démoli de nos jours. 

Ce qu'on appelle aujourd'hui le château d'Arnicourt n'a plus guère l'aspect 
que d'une caserne ou une longue grange avec fenêtres. (M, Chéry Pauffin.) 



32 LA FAMILLE DE CHARTONGNE 

Il eut de sou mariage : 

152. Charlotte-Louise-Françoise de Champagne, née au 
château de la Folie le 2 jauvier 1742 et décédée daus la maison 
royale de Saiut-Cyr où elle avait été admise le 3 décembre 
17'49. 

153. Françoise- Angéliçue-Gabrielle qui épouse son cousin 
Charles- Joseph, marquis de Lescuyer (113). (Voir ci-après 
3'^ partie.) 

153 Ms. Anne-Adélaide de Champagne, née à Relhel le 24 
août 1745, décédée à Bertoncourt le 5 octobre suivant, âgée de 
6 semaines et inhumée dans l'église delà paroisse le même 
jour. 

154 . G ahrielle- Angélique^ dame du Ghesne, née à Relhel le 
29 octobre 1746, qui épousa son cousin Claude-Louis de Char- 
tongne (134), de la branche de Piraodan. (Voir 3'' partie.) 

155. Angélique-Radegonde de Champagne, née à Ventelay 
le 18 novembre 1748, dame des Hantes, épouse de M, Louis 
Agalhon Remy de Flavigny vicomte de Monampteuil mort 
en Saxe en 1800. 

156 . Charles-Marie-Louis de Champagne, né au môme lieu, 
le 15 mai 1750, mort et enterré à Romain, le 23 août suivant. 

157. Françoise- Louise de Champagne, née à Ventelay le 
19 novembre 1751. 

158. Françoise- Angéliqu-e-Radegonde de Champagne, née à 
Ventelay le 15 mai 1754, décédée au même lieu le 27 janvier 
1758, âgée de 4 ans et enterrée le même jour dans l'église du 
lieu. 

159. Claudine- Emilie de Champagne^ née à' Ventelay le 
10 octobre 1755, décédée à Berloncourl, le 18 août 1772, âgée 
de 17 ans et inhumée dans l'église dudit lieu. 

160. Louise-Françoise- Angélique de Champagne, dame de 
Vaudières et Trolle en partie, née à Ventelay le 21 novembre 
1757, épouse de M. le baron du Buat, maréchal de camp et 
armées du roy, chevalier de Saint-Louis. 

M. cl ^Madame du Bual eurent de leur mariage Louise-Char- 
lottc-Emilie-Sophie du Bual mariée à M. Louis Guillaume de 
Sautille de la Presle, maire de Vandières et juge de paix de 
Ghâlillon-sar-Marnc, lous deux décédés à Vandières le mari 
le 18 août 1844 et la femme le 11 avril 1838 d'où : 

I . Athénaïs-Elisa Guillaume de Sauville de la Presle, décédée 
le 16 oclobre 1848. 



LA FAMILLE DE CHARTONGNE 33 

II. Araicie-Emilie Guillaume do Sauvillc de la Presle. 

III . Et Louis-Hippolyte-Adalbert Guillaume de Sauville de 
la Presle, officier de la Légion d'honneur, officier supérieur 
d'infanterie en retraite à Orléans, marié à Geneviève de Gillibert 
de Merlhiac d'où : 

Léopold Guillaume de Sauville de la Presle, employé 
dans rAdministration télégraphique et depuis contrôleur à 
Orléans. 

Adalbert Guillaume de Sauville de la Presle, ancien sous- 
préfet de Saint- Amand (Cher). 

Et Emilie Guillaume de Sauville de la Presle. 

XII 

123. Louise-Angélique-Charlotte de Chartongne^ fille de 
Philippe-François-Louis et de Elisabeth-Anne-Louise de Con- 
quérant, épouse à Bertoncourt le 7 octobre 1755 : 

A^iioine-Marie de Befroy, chevalier, seigneur de la Grève, 
du Breuil, Saint-Marcel, Servion, Haudrecy, né au château de 
la Grève en 1729, fils de défunt Alcan de Beffroy, chevalier, 
seigneur de la Grève, Chéry et Haudrecy et de défunte Anne,- 
JSuzanne d'Argy de la paroisse d'Ecordal. 

Beffroy. — De sable au liou d'argent, armé et lampassé do gueules. — 
Devise : honor ab aimis. 

Argy. — D'argent au lion de sable, armé et lampassé de gueules. 

Les deux époux habitaient le château du Breuil le 5 juin 
1757 époque à laquelle Louise- Angélique-Charlotte de Char- 
tongne fut marraine d'Angélique- Aimée de Coucy née à 
Ecordal. 

Antoine-Marie de Beffroy, capitaine au régiment d'Orléans 
Infanterie, en 1751, chevalier de Saint-Louis en 1759, se retira 
du service en 1778 avec le grade de lieutenant-colonel. Il était 
frère de Jean-Baptiste de Beffroy, grand bailli de l'épée du 
Soissonnais qui a présidé l'assemblée des Trois Ordres réunis 
à Soissons. 

Après le décès de sa femme arrivé à Charleville (alors 
Libreville), le 10 pluviôse an II de la République (29 janvier 
1794), il épousa en secondes noces Adélaïde-Madeleine de 
Flavigtiy de Charmes, près La Fère, en 1797, de laquelle il n'a 
pas eu d'enfants. 

De Flavigny. — Echiqueté d'or et d'azur. 



34 LA FAMILLE DE CHARTONGNE 



XIII 



122. Charles- Gabriel-Claude de Chartongne, né à Venlelay 
le 10 juin 1724, fils de Philippe-François- Louis et de Antoi- 
nette-Marguerite de Villemor, vicomte de Villonié et de 
Pernan, seigneur de Bertoncourt, la Folie et Sorbon, était en 
Bohême dans la glorieuse retraite du Maréchal de Belle-Isle 
après la prise de Prague ; lieutenant au régiment du roi-infan- 
terie, le 8 février 1745 il se trouvait à la bataille de Fonteuoy 
le 11 mai 1745 et eût une commission de capitaine dans son 
régiment que le roi lui donna au camp devant Tournay le 22 
du même mois. 

Il épousa le 13 février 1746 à Arnicourt Gabrielle-Angé- 
lique de Rémonl (126) sa cousine germaine dont la dot com- 
prenait notamment do 3,000 livres du don de Sa Majesté pour 
avoir par elle eu l'honneur d'être élevée dans la royale maison 
de Saint-Louis à Saint-Gyr. 

Il n'a pas eu d'enfants de son mariage et avec lui disparait 
la branche aiuée des Chartongne, seigneurs de Bertoncourt. 

Décédé en son domicile au château de la Folie le 1 '^'' novem- 
bre 1806, câgé de 82 ans et 5 mois, Gabrielle-Angélique de 
Piémont sa veuve, mourut à son tour audit château le 11 juin 
1812 à l'âge de 90 ans. 

{A suivre.) Paul Pellot. 



LES FIEFS 



DE 



LA MOUVANCE ROYALE DE COIPPY 

RÉPERTOIRE HISTORIQUE & ANALYTIOGE 
PRÉCÉDÉ d'une Étude sur les fiefs 



BETONCOURT-SUR-MANCK 

Comme Betaucourt, dont il vient d'être question, Beton- 
court-sur-Mauce, ou plutôt sur Amance, aujourd'hui com- 
mune du canton de Vitrey, dans le département de la Haute- 
Saône, faisait partie de la Franche-Comté. Son territoire était 
divisé, au siècle dernier, eu plusieurs fiefs appelés d'Inteville, 
de Roncourt et de Lullier, possédés par les familles Jannin, 
Massin, Baudot d'Epinant, Poncelin, de Vernerey, Legros et 
autres. Un arrêt du 22 décembre 1757, de la Chambre des 
comptes de Franche-Comté, en avait maintenu la suzeraineté à 
l'abbé de Cherlieu^ Mais une dîme inféodée sur tous les héri- 
tages qui s'ensemençaient en grains et gros légumes, et sur les 
vins, à raison d'une gerbe par treize gerbes et d'un fût vin par 
treize fûts, exception faite des cantons sur lesquels l'abbé de 
Cherlieu et le chapelain de Pisseloup levaient la dîme, était 
dé lâchée de la mouvance de l'abbaye et relevait directement de 
Coifîy. Cette dîme appartenait, aux xvii° et xviii" siècles, aux 
seigneurs de Chaumondel et de Pisseloup qui l'énonçaient, 
comme on le verra plus loin, dans leurs dénombrements. 

BIZË 

Bize, commune du canton de la Ferté-sur-Amance (Haute- 
Marne), a toujours été une localité champenoise. Son fief, pos- 
sédé, en 1295, par Guy IIl, fils et héritier de Gauthier de 

* Voir page 430, tome XVII, de la Revue de Champagne et de Brie. 
1 . Titres de notre collection. 



36 LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 

Vignory, seigneur de la Ferlé et de Velles, se trouvait, au 
xv° siècle, entre les mains de la famille de Doncourt. En 1461, 
Jacques de Doncourt, seigneur de Bize, fit une donation dans 
la prairie de l'Amance, à l'abbaye de Beaulieu, en présence de 
Guy le Bœuf, seigneur de Guyonvelle, et de Claude de Baudri- 
court, prieur de Varennes. Possédée depuis par les familles du 
Châtelet, de Balidas et Letoul, la seigneurie de Bize, suivant 
une déposition consignée dans l'information du 13 février 1 618, 
des commissaires généraux, ordonnés pour la liquidation des 
droits de francs-fiefs, contre la veuve et les héritiers Roussat, 
serait échue, par droit d'aubaine, au roi qui en aurait fait don 
à son fidèle Jean Roussat, lieutenant général au bailliage de 
Langres. On lit, en effet, dans cette information, que ladite 
veuve et lesdits héritiers « en ont toujours jouy depuis quinze 
ans ou environ, par donation faite audit Rossart (Roussat), 
par le roi defjfunct Henry le Grand, que Dieu absolve^ auquel 
ladite terre et seigneurie de Bize était escheue par droit d'au- 
ieine '. » On verra plus loin que Roussat l'avait acquise par 
adjudication par décret. 

Jacques-Marie de Froment, écuycr, seigneur de moitié de 
Bize, lieutenant-colonel au régiment de R.ohan-Soubise, che- 
valier de Saint-Louis, président du collège électoral de l'arron- 
dissement de Langres, mort en cette ville, le 29 juin 1817, est 
l'auteur d'un ouvrage intitulé : Idées militaires sur la cotupo- 
sition des régiments d'infanterie et la formation des batail- 
lons, 1790-. 

L'ancien château de Bize, détruit par les Laugrois pendant 
les guerres civiles du commencement du xv' siècle, fut recons- 
truit plus tard. Il était entouré de fossés. Le château actuel, 
dont certaines parties sont assez anciennes, appartient à 
M. Guyot de Verseillcs. 

Consistance du fief d'après le dénombrement du 21 décem - 
bre 1770, de MM. Profillet de Dardcnay et de Froment, — 
Haute, moyenne et basse justice ; droit d'instituer un juge, un 
procureur-fiscal, un greffier et un sergent ; amendes grosses et 
menues, confiscations, pouvant valoir le tout environ 20 livres 
par an ; château, cours, hcbergeages, granges, hallier, jardin et 



\. Archives Naliouales à Paris. Francs-fiefs du bailliaj^e de Langres, 
carlon P. 773'2, 

2. Biographie de la liautc-Muruc, par Mgi' Fèvre, 1883. Tome 111, ait. 
de Froment, page 71. 



LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 37 

verger de la contenance de deux journaux environ ; lods et 
ventes à raison d'un sol par livre ; cens de deux sous six 
deniers et d'une poule dûs, par chaque feu, à la Saint Martin 
d'hiver ; plus 13 livres et 4 sous, IG bichets de froment, trois 
quartes d'avoine et un chapon, dûs par divers habitants, pour 
leurs maisons, terres et vignes ; charrois pour la rentrée du foin 
du pré duBreuil, et du bois de chauffage, au château ; plus deux 
journées de charrue par chaque habitant ayant chariot et bêtes 
trahantes ; un jour de faucille en blé, par chaque habitant, dans 
la corvée de la seigneurie ; un bichet de blé méteil, mesure de 
Bourbonne, pour droit de four banal ; droit de chauffage pour 
les seigneurs et de gros bois, pour l'entretien du château, de 
pâturage et de glandage pour leurs bestiaux, dans les bois de 
la baronnie de La Ferté ; droit de dîme sur les grains de toute 
espèce récoltés dans l'étendue de la seigneurie, à raison d'une 
gerbe par 13 gerbes, cette dîme partable avec le curé d'Anro- 
sey, à raison de deux tiers pour le seigneur, et d'un tiers pour 
le curé ; ladite redevance évaluée à environ 200 livres par an ; 
droit sur la rivière d'Amance pour moitié avec le baron de La 
Ferté, mais dont le juge de la seigneurie a seul connaissance ; 
terres labourables : aux semailles des Varenues, le champ Mo- 
relle de 21 journaux, le grand champ Richard de 4 journaux, 
le petit champ Richard de 2 journaux, le champ de la Perche- 
rie de 5 journaux; aux semailles des Grands Essarts : la cor- 
vée derrière le château, 8 journaux, moins 80 toises, au Sillon 
du Château 2 journaux, au champ des Bergères, 3 journaux, 
au bas de la Corvée, 200 toises, au Petit-Rupt, 3 journaux 1/2, 
au bas du buisson Labigand, un pénal, le surplus en friche ; 
aux semailles des Planches-Rondes : au Petit-Rupt 11 jour- 
naux 1/2 environ, plus 5 quartes plus haut, en la corvée Entre 
deux Eaux 13 journaux et demi, au champ Guillaume 4 jour- 
naux 105 toises, plus 220 toises en cheuevière ; prés, environ 
5 fauchées aux Naisoires, 7 fauchées trois quarts au Breuil, 
environ 74 fauchées et demie dans les prés de la Blonde, de la 
Bonne-Femme, de la Vèvre-du -Breuil, Henry, des Coignaux, 
d'Entre-deux-Eaux et au pré Mentent ; vignes : aux Vieilles- 
Vignes 8 ouvrées et demie, cà la Petite-Vigne, 3 ouvrées. 

Invenlaire des titres 

19 novembre 1526. Foi et hommage de Bize, par messire 
Humbert de Concourt, écuyer. (Original parch., P. 164', pièce 
n"^ XIII, et Reg. PP. 13 des inventaires.) 



38 LES FIEFS DE LA MOUVAMCE ROYALE DE COIFFY 

27 juillet 1551. Foi et hommage par Philibert du Châtelet, 
écuyer, comme mari de Marguerite de Doncourt, fille et héri- 
tière de Humbert de Doncourt, chevalier, (Original parch., P, 
164S pièce XVII et PP. 13.) 

8 août 1570. Dénombrement par Philibert du Châtelet, 
écuyer, seigneur de Sosey, Doncourt et Bize, à cause de Mar- 
guerite de Doncourt, sa femme. (Original parch., Reg. P. 177 \ 
pièce n« XIX.) 

18 novembre 1587. Foi et hommage dudit Bize, par Robert 
de Hoguinguan, au nom et comme procureur de messire Jean 
Letoul, dit de Pradines, chevalier, seigneur de Semoustier, et 
Jean Letoul, son fils aîné, la dite terre leur appartenant en 
vertu du transport à eux fait, par Claude de Bahdas, écuyer, 
seigneur de Félines, héritier de feu Marguerite de Doncourt, 
eu son vivant femme de Philibert du Châtelet, bailli du Bas- 
signy. (Original parch., Reg, P. 164' et PP. 13.) 

10 août 1602. Foi et hommage de Bize, par Jean Roussat, 
lieutenant-général du bailliage de Langres, conseiller d'Etat, 
maître des requêtes ordinaires du roi de Navarre ; ladite terre 
lui appartenant par adjudication par décret ^ (Orig. parch., 
P. 164», pièce XLVIII et PP. 13.) 

10 janvier 1605. Dénombrement présenté par Jean Rous- 
sat, conseiller du roi, naguère président au présidial de Chau- 
mont, lieutenant-général au siège royal de Langres, conseiller 
d'Etat et maître ordinaire des requêtes de la maison et cou- 
ronne de Navari'e, seigneur en partie de Gilley, et de Bize pour 
le tout, « o/ù fai, déclare-t-il, un chasteau à pont dormant, 
fermé à tentour de double joussé, avec la lasse-coicr, grange, 
four hannal, e?icloz entre lesdits deux fossez. » (Orig. parch., 
en 6 pages et demie, P. 177 ', pièce XXV.) 

10 mars 1609. Foi et hommage par Jean d'Hémery, grene- 
tier au grenier à sel de Langres, au nom et comme procureur 
de M° Jean Andrieu, avocat fiscal au bailliage de Langres, 
pour moitié de la seigneurie' de Bize, à lui échue du chef de 
Charlotte Roussat, sa femme, par suite de la donation entre- 
vifs, à elle faite, par Elisabeth Noirol, veuve de Jean Roussat. 

Lacune. 



1. Celte pièce est en contradiction avec l'information, du 13 février 1618, 
deâ commissaires généraux ordonnés peur la liquidation des droits de 
francs fiefs, rapportée précédemment, dans laquelle il est déclaré que Jéau 
Koussat avait reçu la terre de Bize, en don, ilu roi Henri IV. Nous u'hési- 
tous pas à nous en rapporter à l'indication de l'acte d'hommage. 



LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIPFY 39 

1"^' juin 1658. Liquidation de droits faite sur Alexandre de 
Gilles, s'élevant à J,600 livres, en raison de l'acquisition faite 
par lui, pour la somme de 8,00U livres, dans la seigneurie de 
Bize, sur Anne du Han, veuve de Josué d'Alba. (P. 1773, In- 
ventaire, p. 38.) 

4 août 1G60, Foi et hommage de Bize, rendu en la Cham- 
bre des comptes^ à Paris, par André de Froment, écuyer. 
(P. 1773.) • 

22 mai 1GG6. Dénombrement de Bize, par ledit de Froment, 
non admis jusqu à ce qu'il ait représenté son contrat d'adjudi- 
cation s'élevant à 10,300 livres, et un état de ce qui est fief et 
roture. (P. 1773 et Reg. 9 et 23.) 

13 juin 1671 . Faute de rapporter ledit contrat et l'état ré- 
clamés, la pure perte sera adjugée au domaine. (P. 1773.) 

24 novembre 1681 . Hommage par Charles-Luc de Froment, 
comme donataire de Bize, par son contrat de mariage, et 
dénombrement fourni le 20 avril 1686. (P. 1773 et Reg. 17.) 

9 janvier 1723. Hommage par ledit Charles-Luc de Fro- 
ment, à cause du joyeux avènement. (P. 1773 et Registre im- 
primé.) 

21 juillet 1732. Hommage de moitié de Bize par François 
de Froment, héritier du précédent, son père. (P. 1773 et Re- 
gistre 28.) 

21 juillet 1732, Autre hommage d'un huitième par Guil- 
laume Lefebvre, à cause de Marie de Froment, sa femme, fille 
dudit Charles-Luc. (P. 1773 et Reg. 28.) 

30 juillet 1732. Autre hommage d'un quart par Hubert de 
Froment, fils dudit Charles-Luc. (P. 1773 et Reg. 28.) 

6 septembre 1737. Souffrance donnée à Jean- François de 
Pointe, comme héritier d'Anne de Froment, sa mère, pour 
fournir le dénombrement d'un huitième de Bize, (P. 1773 et 
Reg. 32.) 

7 septembre 1737. Dénombrement présenté par les héri- 
tiers de Froment, vérifié le 10 décembre 1738. (P. 1773 et 
Reg. 32.) 

10 janvier 17^8 . Hommage d'un huitième de Bize par Hu- 
bert de Froment, comme héritier de François de Pointe, son 
neveu; le rehef liquidé à 120 livres. (P. 1773 et Reg. 35.) 

9 février 1748. Hommage de moitié par Philippe-Gabriel 
ProfiUet, écuyer, à cause de Marie-Bernarde de Froment, sa 



40 LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 

femme, héritière de François de Froment, sou père. (P. 1773, 
et Reg. 35.) 

4 novembre 1757. Hommage d'un huitième par Hubert de 
Froment, comme héritier de Marie-Claude de Froment, sa 
sœur, femme de Guillaume Lefebvre ; le relief liquidé à 150 
livres. (P. 1773 et Reg. 39.) 

10 décembre 1770. Hommage par Jacques-Marie de Fro- 
ment pour moitié de Bize, à lui échu par partage de la succes- 
sion de son père. (P. 1773, Reg. 45.) 

21 décembre 1770. Dénombrement par Philippe-Gabriel 
Profillet de Dardenay, écuyer, et Jacques-Marie de Froment, 
écuyer, capitaine aide-major au régiment de Rouergue, de la 
terre et seigneurie de Bize indivise entre eux. Ledit dénom - 
brement présenté le G janvier 1771 et reçu le 15 mai suivant. 
Scellé des armes dudit Profillet : d'azur à la iande d'or accos- 
tée de deux étoiles d'argent, et dudit de Froment : un cJie- 
tron accompagné en, pointe de 3 épis de froment d'or, au clief 
de. . . chargé de trois étoiles de. . . (P. 1773, Reg. 45 et origi- 
nal au carton Q' 695.) 

30 décembre 177G. Hommage de Bize par ledit Profillet, tant 
pour lui que pour Jacques-Marie de Froment, à cause du 
joyeux avènement. (P. 1773 et Reg. 48.) 



BOURDONNE 



Bourbonne, VIndesina des Romains, la Vernona ou Vervona 
des temps mérovmgieuSj était, au moyen-âge, comme un grand 
nombre de domaines de notre région, une terre de franc-alleu. 
Dès Tan 987, il est fait mention de ses seigneurs, à l'occasion 
de la fondation du prieuré de Serqucux^. 



1. Rourbonne-les-Bains a déjà été l'objet de plusieurs études historiques 
dans lesquelles on trouvera la filiation de ses soigneurs et do noml)reux ren- 
seignements, qui ne peuvent, malgré lïnlérêt qu'ils présentent, trouver place 
dans le cadre restreint du présent article. Notre intention étant de ne faire 
précéder l'inventaire des documents féodaux, relatifs à chaque seigneurie, 
que d'une courte notice, nous avons jugé utile de n'entrer ici dans quelques 
détails, qu'à l'occasion des pièces inédites et de quelques points de critique 
historique. Nous engageons, en conséquence, les lecteurs qui désireraient de 
plus amples indications à se reporter à la Ledrc à M. Hase, pnr M. Berger 
de Xivrey, à la Bibliolheca Dorvoniensis, do M. le docteur Bougard, enfin 
aux Scignetrie et féaullr dç Itourhonne, do M. A. l^acorciaire (jui a donné 
un travail étendu sur ce sujet. 

2. Snbjun(jcndus qui do Sarcopliaf/is aut Sarcopltago dictus a dyiiastia 
Acrinionlis, borbminœriur fundalHS. (Ghron. Lingonensis, p. 84.) 



LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFT 41 

A partir du xii" siècle, ils sont cités, assez fréquemment, 
dans les chartes de l'abbaye de Morimond et d'autres établis- 
sements religieux, où ils interviennent, soit à titre de bi^fai- 
teurs, soit comme témoins de donations. Au commencement du 
xiii'^ siècle, dame Vuillaume, sœur de Rég-nier, Foulques et 
Guy de Bourbonne, apporta à Guy deTricliastel, son mari, une 
portion importante de ce domaine, déjà fort divisé à cette épo- 
que, et accorda à ses sujets de Bourbonne leurs premières 
libertés. Leur arrière-petit-fils, Perrin de Tricliastel, marié à 
Alix de Seilley ou de Soilley, n'eut qu'un fils mort jeune, en 
13M, et une fille qu'on croit avoir été mariée dans la maison 
de Ghoiseul. 

Mais, depuis longtemps déjà, les portions de domaine possé- 
dées par les seigneurs du nom de Bourbonne, par les Trichas- 
tel, par les sires de Jonvelle, de Clefmont, de Soilley, du Pailley 
et autres, n'étaient plus que des fiefs et des arrière-fiefs rele- 
vant d'un seigneur principal. Ainsi, en 1227, Ptegnard, sire 
de Ghoiseul, fait acte de seigneur dominant, en approuvant, 
comme étant de son fief, la donation consentie, par Foulques, 
seigneur de Bourbonne, à l'abbaye de Cherlieu^ 

En 1243, Jean de Trichastel reconnaît que tout ce qu'il pos- 
sède à Bourbonne est du fief d'Alix, dame de Ghoiseul, et lui 
est jurable et rendable en sa maison -. 

Au mois d'avril 1304, Jean de Ghoiseul se réserve, par la 
charte même de fondation de l'hôpital de Saint-Antoine de 
Bourbonne, pour lui et les siens, la garde de tout ce que cet 
établissement possède dans ses fiefs et arrière-fiefs \ 



1. Ego Raynaldus domiaus Caseoli notum facio omnibus presens scrip- 
tum inspecturis, quod ego laudavi et concessi domino et fratribus Gariloci ele- 
mosinam quam Fulco domiuus Borboniîe, consanguiueus meus, laude et 
assensu uxoris suse Elisabeth et fratrum suorum Raynaldi et Guidouis fecit 

eisdem fratribus, videlicet etc.. et quicquid idem Fulco dedil iu Bor- 

bonia prefatis fratribus, quod pertinet ad feodum meum, et hoc totum lau- 
davi et concessi et bona fide adjuvabo manu tenere... etc.. Actum anno 
domini millesimo ducentesimo vicesimo septimo. {Biblioth. nation., Tilres 
origin. Choiseul.) 

2. Johaunes, dominus de Tylecastro, cognoscit quod tenet de feodo Aalydis 
domina? de Cascolo, hoc quod babet apud Borbonam reddibile et jurabile ad 
dictam domum. {Archives départementales de ta Haute-Marne, Fonds de 
Morimond. Voir aussi les Seignevrie et féavlté de Bourbonne, par M. A. La- 
cordaire, 1883, p. 19.) 

3. lia lamen quod dictum hospitale cum bonis suis acquisites in fendis et 
in rétro fendis sint de bona gardia ipsius domini vel heredis sui dongionem 
Borbonie tenentis. [Idem, M. A. Lacordàire, p. 23.) 



42 LES FIEFS DE LA MOUVANCE EOYALE DE GOIFFT 

D'autres titres, dont il sera fait mention plus loin, établis- 
sent et précisent, en le détaillant, le droit des seigneurs de 
Ghoiseul. 

On constate, d'un autre côté, qu'au xrii'' siècle, par suite de 
circonstances particulières, et, sans doute, en exceptant le 
devoir lige qu'ils devaient à leur seigneur principal, les sires 
du nom de Bourbonne s'étaient inféodés au comte de Champa- 
gne', et que plus tard, en 1294, Guy de Jouvelle rendait hom- 
mage à ce dernier pour ce qu'il tenait à Bourbonne, du 
chef de Marguerite, dame de Chauvirey et de Soilley, sa 
femme ^. 

{A suivre.) A. Bonvallet, 

Président de la'Société des Antiquaires de l'Ouest, 



1. On voit, en effet, figurer dans la période de 1223 à 1272, li sires de 
Borbone Reniers de Borbone, et plus loin : Renins de Borbone, liges, home 
le conte deu fie de son père es foires de Bar VII, Ib. (Le livre des vassaux 
du comté de Champagne, publié par .M. A. Longnon.) 

2. Biblioth. Borvon. D' Bougard, p. 17. 



CINQUANTE ANS DE SOUVENIllS 



DUN 



ANCIEN PRÉFET ^ 



Pendant mon séjour à Paris, j'appris qu'il était à peu près 
décidé que je ne resterais pas à Mâcon, et cela pour com- 
plaire au député de Ghalon, auteur de tous les bruits répandus 
contre moi, qui ne me pardonnait pas les mesures rigoureuses 
que j'avais dû requérir contre la ville qu'il représentait. 
M. Martin (du Nord), qui ne me connaissait même pas de vue, 
ne cessait de me desservir auprès de MM. Mole et de Mouta- 
livet et envoyait note sur note contre moi' aU cabinet du hàUt 
fonctionnaire du ministère de l'Intérieur dont j'ai déjà parlé. 
M. Petiot me poursuivait parce que je m'étais explique fran- 
chement sur lui dans la notice confldentielle que m'avait 
demandé le ministre : elle lui fut montrée et il en fut profondé- 
ment blessé, bien qu'elle fût parfaitement honorable pour lui; 
mais ses défauts y étaient indiqués et il oublia, dès lors, tout le 
bien que j'avais pu écrire, d'autre part, sur lui. M. le député 
Petiot, que j'avais fait décorer, dont j'avais, avec une extrême 
complaisance, placé les parents et les protégés, crut que sa 
situation politique était perdue si je n'étais pas sacrifié : il 
trouva un appui auprès de ce haut fonctionnaire dont je tais le 
nom : j'étais condamné, mais on espérait encore exciter assez 
mon découragement pour m'amener à donner ma démission. 

Prévenu à temps et ne pouvant quitter mon poste, au mois 
de septembre 1838, je dus envoyer ma femme, non pas pour 
chercher à prévenir un changement qui n'était un mystère pour 
personne, afin de le rendre aussi peu désavantageux que 
possible. M*** feignit une extrême obligeance et cachant le 
projet de révocation arrêté alors, parlait des dépai-tements les 
moins importants : la Lozère, la Corrèze, les Basses-Alpes. 
L'affaire revint trois fois au Conseil. Le garde des sceaux, 

* Voir page 440, tome XVII, de la Revue de Champagne et de Brie. 



44 CINQUANTE ANS DE SOUVENIRS 

M. Barthe, me soutenait et voulait me faire envoyer au Mans, 
à Evreux ou à Amiens ; M. de Montalivet était hostile et ne le 
dissimula pas à ma femme qui eut cependant le courage de le 
voir plusieurs fois. Elle s'adressa alors au comte Mole, qu'elle 
ne connaissait pas, mais qui, véritablement touché de l'émo- 
tion que lui causait la pensée de voir ma carrière brisée — il 
le dit depuis, — lui promit formellement de me sauver : il la 
reçut de nouveau et lui offrit la Haute-Saône (f ou de rester à 
Mûcon, ce que je ne conseille pas à votre mari », ajoula-t-il. 
Ma femme accepta sans me consulter, car le ministre exigea 
une réponse immédiate. Ce fut heureux pour moi, car si j'avais 
été là, sous le coup de la mauvaise humeur, j'aurais proba- 
blement refusé et je m'en serais ensuite amèrement repenti. 

Pendant les cinq années que je passai à Mâcon j'eus beau- 
coup à me louer de la société nombreuse et agréable de la ville 
et des châteaux des environs; en partant, j'emportai un grand 
nombre de lettres de regrets, émanant de gens de tous les partis. 
J'eus là de très fréquentes et intimes relations avec M. de 
Lamartine et sa sœur, M™" de Cessiat qui habitait Màcon, 
mais je me réserve de parler à part de Tilluàtre poète qui était 
bien le plus embarrassant des hommes politiques. On se vo^-ait 
volontiers à Màcon et tout le monde se réunissait, à part quel- 
ques rares familles légitimistes qui, à la fm même, s'habituèrent 
à venir à la préfecture. Je trouvai un grand charme dans l'in- 
timité d'un des plus aimables généraux que j'ai connus et qui 
commanda longtemps la subdivision, le baron de Gazan qui 
avait épousé une fille de Bernardin de Saint-Pierre, homme 
plein de finesse, d'esprit cl de grâce et du caractère le plus 
agréable, quoiqu'il ait été trépané à la retraite de Russie et en 
souffrît parfois cruellement. Je citerai encore le receveur-géné- 
ral, M. de Valory qui avait succédé à M. le comte de Germiny 
— depuis gouverneur de la Banque et sénateur, — ancien 
bénédictin, célibataire à cause de cela, mais bon viveur cepen- 
dant, gourmand, ne se refusant aucun plaisir, pétillant d'es- 
prit; quelques années plus tard il devait s'empoisonner en 
laissant à peine quelques gros sols dans sa caisse. Dans un 
autre ordre d'idées, révè([ue d'Autun, Mgr du Troussel d'Hé- 
ricourt, ancien mousquetaire, prélat de cour, élégant, plein 
d'esprit, mais prêtre sérieux, profondément attaché à ses 
devoirs, qui venait souvent, à la préfeclure, avec son excel- 
lent vicaire-général, l'abbé Devoucoux, mort sous lem- 
pire, évèque d'Evreux. Je retrouvai aussi dans les environs, à 
Champgrenon, mon ancien collègue du Conseil d'Etat, le 



d'un ancien préfet 45 

comte de Rambuteau, ami sur et dévoué, chez lequel nous 
allions souvent, certains de trouver toujours, auprès de sa 
femme, un accueil aimable et empres'^é. 

Je quittai sans retard, mais non sans de vifs regrets, Màcou 
pour me faire installer à Vesoul (3 novembre 1838), désagréable 
et laide petite ville, sans ressources sociales et je me rendis à 
Paris. Je n'eus pas de peine à m'apercevoir.au ministère, qu'on 
y était vivement contrarié de l'empressement que j'avais mis à 
prendre possession de mon nouveau poste : le lendemain j'ap- 
prenais de source certaine que, sans cette formalité, j'eusse été 
mis de côté. Le ministre m'avait fait venir dans l'espoir que je me 
rendrais directement de Mâcou à Paris, pour me demander ma 
démission comme un service personnel dont on me tiendrait 
compte par une récompense honorifique immédiate et, après la 
session, par une importante préfecture. Je clierchais à complaire 
au ministre en lui olTranl de permuter à son gré, mais je ne 
voulus jamais paraître comprendre l'aléa qu'en réalité on aurait 
voulu me voir accepter. Gela dura cinq semaines. M. d'Argout 
m'offrit alors le département d'Eure-et-Loir que j'acceptai 
et pour prouver que je n'avais nullement démérité aux yeux 
du gouvernement, il y ajouta la croix d'officier de la Légion 
d'honneur (17 janvier), puis tout d'un coup on ne me parla plus 
de rien et on me dit de rejoindre Vesoul. La veille de mon 
départ j'allai voir dans la soirée M*** — toujours le même. — 
Il me conduisit affectueusement jusqu'à sa porte, et chemin 
faisant, je lui exprimai le désir de ne pas m'éterniser dans la 
Haute-Saône. Alors avant de me quitter, il me dit tout d'un 
coup, d'un air amical, mais sans que rien pût provoquer cette 
allusion : « Vous êtes riche, mou cherl — Mais non, je n'ai 
que de l'aisance, — Si, vous êtes riche, je le sais. « Nous nous 
quittâmes assez embarrassés sur ces mots. Je me rappelai, en 
revenant à mon logis, qu'une personne placée auprès de M*** 
parlait également de ma fortune au moment où l'on avait pré- 
paré le dernier mouvement préfectoral et je ne pus repousser 
dans mon esprit certains soupçons sur lesquels je crois inutile 
d'insister. 

Nouveau voyage cà Paris par ordre, au mois de février 1839. 
J'appris cette fois qu'il était question de me nommer conseiller 
d'Etat cà condition que je me présenterais à la députation contre 
le baron Pérignon, l'un des 213, à Sainte- Meuehould. Je pres- 
sentis là un nouveau piège. D'ailleurs je considérai la dissolution 
comme une faute énorme, car le résultat des élections ne me 
paraissait pas douteux, et le ministère était évidemment cou- 



46 CINQUANTE ANS DE SOUVENIRS 

damné au milieu de difficultés inextricables. Je vis le ministre, 
le 5 février et il me formula officiellement la proposition dont 
on m'avait prévenu. Je déclinai ce double honneur en invo- 
quant de si bonnes raisons qu'il ne ti^ouva pas sérieusement h 
les combattre. Le surlendemain M. Mole me manda pour 
revenir à la charge : cette fois, il ne me parla pas de la 
place de conseiller d'Etat, mais bien d'un sacrifice sollicité de 
mon patriotisme. Je fus inébranlable. Puis ce fut le tour de 
M*** qui chercha à me démontrer que je me perdais maladroit 
temeut, et quand je lui exposai que ma longue liaison avec 
M. Pérignon rendrait réellement odieuse ma candidature, il 
me répliqua d'un ton que je u'oubHai pas : « En politique, ou 
n'a pas d'amis. » 

Je n'eus à m'occuper dans la Haute-Saône que des élections 
dans lesquelles le statu quo fat maintenu : la lutte avait été 
vive et l'un des candidats ministériels, le duc de Marmier, 
m'écrivit le soir : « Je n'ai que le temps de vous embrasser ; 
succès inespéré, mais acheté chèrement. » Mais j'eus du moins 
la satisfaction de me lier pendant mon séjour avec l'un des 
hommes les plus aimables et en même temps un des prélats les 
plus considérables de l'église, le cardinal Mathieu, archevêque 
de Besançon, qui est resté notre ami et eu a donné de constants 
témoignages à moi et aux miens. C'était un homme d'une rare 
érudition, d'une apparence lourde et endormie à cause de son 
énorme corpulence, mais, tout au contraire, plein de vivacité 
et d'ardeur, menant son diocèse, comme un vigoureux colonel 
conduirait son régiment. Très attaché à la cause ultramoniaine, 
il eut une part considérable et très heureuse à la direction de 
l'église en France pendant le gouvernement de juillet : le roi 
l'écoutait volontiers et ses conseils étaient habituellement 
suivis. 

Le ministère changea au mois d'avril 1839. Le nouveau 
Cabinet amena à la présidence le maréchal Soult et à l'Inlé- 
rieur le comte Duchâtel. Ce revirement était des plus favora- 
bles à mes intérêts et j'en eus promptement la preuve par ce 
billet que le ministre m'adressa le 10 août : « Mon cher préfet, 
je vous envoie dans la Loire. J'aurais voulu vous mettre plus 
près de Paris, mais la Loire est un département très difficile 
et où, en ce moment, diverses complications appellent une 
main ferme et capable. La Loire doit être élevée de classe aus- 
sitôt que nous pourrons transférer le chef-lieu à .Saint-Etienne. 
Je vous répète que j'aurais voulu vous mieux caser, mais je 
n'ai pas voulu vous faire attendre et je vous ai donné une tâche 



d'un ancien préfet 47 

digne de votre capacité et de votre dévouemenl. » Plusieurs 
journaux parisiens s'occupèrent de moi : le National déclara 
que je n'étais pas « le plus mauvais choix » de M. Duchàtel. 
Le Constitutionnel reprocha au ministre de m'avoir de nouveau 
disgracié, ce qui motiva l'insertion au Moniteur d'une note 
relevant cette erreur et disant que la Loire au contraire était 
de classe égale à Saône-et-Loire et pouvait être regardée 
comme une préfecture de première classe. 

Je ne pouvais donc que me considérer comme ayant eu 
complète satisfaction. Je passai deux années relativement 
tranquilles à Montbrison, assez triste résidence qu'il me 
fallait souvent quitter pour aller à Saint-Etienne, oiij'eusà 
réprimer deux graves insurrections de mineurs, une surtout 
où il me fallut faire venir de la cavalerie de Lyon pour réduire 
des hommes qui ne reculaient pas d'une semelle devant l'in- 
fanterie : il y eut quelques victimes. Sur ces entrefaites M. de 
Rémusat remplaça M. Duchàtel, mais il s'empressa de m'é- 
crire qu'il espérait que je lui conserverais « ma confiance ». 
Singulière formule pour un ministre à son subordonné. Ce 
Cabinet dura peu de mois et, le 29 octobre 1840, s'installait le 
ministère de M. Guizot qui ramenait avec lui M. Duchàtel. 
J'en profitai pour demander mou changement que je désirais 
ardemment à cause des difficultés que les nouvelles élections 
allaient soulever et au milieu desquelles je ne voulais pas m'ex- 
poser à cause de l'attitude prise par le député de Saint-Etienne 
dont les maladresses avaient compromis la position et dont le 
gouvernement souhaitait le maintien, M. Lasnier travaillait à 
mon changement et par le fait me secondait, tandis que le 
Conseil général émettait le vœu de me voir maintenu. 

Survint à La Rochelle la mort presque subite de M. Gabriel : 
le département, très important, matériellement, par son étendue, 
l'était encore davantage au point de vue politique puisque le 
ministre de l'Intérieur était un de ses députés. On le demanda 
pour moi, mais cette circonstance même m'inspirait des inquié- 
tudes et je n'acceptai qu'après, deux démarches pressantes de 
M. Duchàtel (2H novembre 1841). 

Le département de la Charente-Inférieure, de seconde classe, 
est un des plus importants : il comptait six arrondissements, 
plus de 500,000 habitants, un port maritime de guerre, un 
commerce considérable. Il avait parmi ses représentants des 
hommes importants comme MM. Dufaure et de Chasseloup- 
Laubat, dont l'antagonisme ne devait pas être parfois sans 



48 CINQUANTE ANS DE SOUVENIRS 

amener des difficultés. Je passai là six années, les plus agréa- 
bles de ma carrière, car ce ne fut que vers la fin que je retrou- 
vai mes anciens ennuis. M. Duchâtel me témoignait une con- 
fiance absolue et m'adressait sans cesse des billets autographes 
dans lesquels il suivait avec un soin particulier tout ce qui pou- 
vait intéresser son département. Mes élections réussirent et 
même, à faulomne de 1845, je parvins à faire passer, à Roche- 
fort, le comte Dumas, aide-de-camp du roi, au succès duquel 
la cour tenait excessivement, La comtesse Duchâtel vint passer 
le moi^ de juillet 1843 chez moi, à La Rochehe. où les bains de 
mer attiraient déjà beaucoup de monde. On s'amusait sans cesse 
dans cette ville où la société était riche et très unie. Parfois, 
pendant le carnaval, on dansait tous les jours et avec la saison 
des eaux, ces divertissements recommençaient de plus belle. 
L'élément protestant occupait le haul du pavé à La Pvochelle, 
sans être très nombreux, et se montrait assez intolérant; il 
avait notamment fait maintenir l'usage qui interdisait aux 
prêtres catholiques d'accompagner les convois. Pendant que 
j'étais en tournée de révision, une pauvre femme vint à mourir 
sur la paroisse maritime, celle de Saint-Jean : le curé vint 
trouver ma femme et lui demanda, ne me sachant pas absent, 
si je m'opposerais à ce qu'on saisît cette occasion de recom- 
mencer à faire suivre les enterrements par le clergé; après 
une courte hésitation, ma femme pressa vivement l'abbé de 
Turpiu de passer outre : la chose se fit le lendemain sans 
amener le moindre incident : ou fut un peu étonné, mais nui 
ne réclama. Depuis ce jour les enterrements reprirent leur 
pompe religieuse et cela n'a plus cessé. 

(A suivre). 



mSÏOlPiE DE L'ABBiYE B'ORBAIS 



DOM DU BOUT 



La famille de Chavigny subsiste encore aujourd'huy dans ce 
pays, dans Jean et Pierre de Chavigny, sieurs de Corrobert, 
qui demeurent à Margny, el N. de Chavigny, sieur de Gourtbois. 
On ne sçait si Pierre de Chavigny, notre abbé, et lesdits sieurs 
de Chavigny sont sortis de la même famille, laquelle n'est plus 
recommandable aujourd'huy que par sa noblesse et son anti- 
quité ' . 

1428- 

Le troisième jour de may mil quatre cens vingt-huit, Dom Héritages pro- 
Thibaud Hébert, religieux et chambrier d'Orbaiz, fondé des let- en^ B^rie'^^dou- 

tres de procuration de ses confrères les autres religieux, donna nez à cens an- 
nuels. 

• Voir page 449, tome XVII, de la Revue de Chamqagne el de Brie. 

1. [«. Dom Du Bout ne se trompait pas eu supposant que la famille du 
vieil abbé d'Orbais était encore représentée dans le pays. Ces sieurs de 
Chavigny portaient au xvu« siècle les mêmes armoiries, à peu de chose 
près, qu'on voit gravées aux quatre coins du tombeau. Cf. Armoriai gé- 
néral de (l'Hozier (généralité de Paris, t. IV, p. 82).... Les Chavigny 
ont un dossier dans le fonds Chérin au cabinet des litres de la Bibliothèque 
Nationale. On y voit figurer les membres de cette famille qui étaient contem- 
porains et voisins de Dom Du Bout, et ces gentilshommes portaient eu 
1700 (( d'argent à une croix de gueules endentée de sable et alaisée, et uu 
« lambel à trois pendants de sablo, posé en chef. /> L'abbé d'Orbais était 
donc bien de leur maison. La famille tirait son nom du hef de Chavigny, 
paroisse de Saint-Cyr (Seine-et-Marne), qu'elle posséda avec la terre de 
Gourtbois au moins jusqu'au xvii° siècle et dont elle rendait hommage au Roi 
« comme mouvant de lui à cause de son chàtel et comté de Mcaux. » Le 
Pavage de l'église d'Orbais. p. 11.] 

2. [Le successeur immédiat de Pierre de Chavigny comme ablié d'Orbais 
s'appelait JEAN. « XXIV. Johannes I promisil obedienliam Nicolao (Nicolas 
Graibert) Suessior.ensi episcopo, qui obiit au. 1422 aut sequenti. » (Gallia). 
On ne sait pas autre chose sur cet abbé.] 

4 



50 HISTOIRE DE l'aBBAYE d'oRBAIS 

à ceus annuelz et à la charge de lots et veute.s ' et ameudes, 
certains héritages proche de Sézanne en Brie, à Laurent Noël 
et à sa femme. Ou ne jouit plus aujourd'huj de cette rente ; on 
ne sçait comment elle a été perdue, si ce n'c-t par uégligeQce. 

1435 
REMIGIUS 

Remy a])bé en Lc dernier abbé, dont le manuscript de Sainl-Mcdard de Sois- 
1435 ou 1430. gons nous fournit le nom, est Remy qui gouvernoit cBtte ab- 
baye en l'année mil quatre cens trente-cinq ou trente-six. On 
ne sçait ni la première année ni la dernière année de son admi- 
nistration, ni s'il a succédé immédiatement à Pierre de Cha- 
vigny -, ni ce qui s'est passé icy de considérable de son 
tems. 

1473^ 
PIERRE 

Pierre abbé en ^^^ connoît que Pierre étoit abbé d'Orbaiz en mil quatre cens 
i/i73. soixante-treize, par l'acte d'union du prieuré ou chapelle de 

Noire-Dame d'Oiselet à l'office claustral de chambricr d'Orbaiz, 
du neuvième jour de mars mil quatre cens soixante-treize, en 
parchcûiin et conservé dans notre chartrier. Voyez les remar- 
ques cy-dessus, chapitre IV. 

Ce Pierre abbé est peut-être le môme qui, en mil quatre cens 

quatre-vingt deux, donne à surcens à Pierre de Sestrcmont des 
prez et autres héritages proche de Coupigny, au dessous de la 
Pierrardcrie, par acte du dixième mars audit an 1482, et en 
mil quatre ceus quatre-vingt six, fait un bail emphytéotique 



1 . [Lods et ventes, profit de mutation dû en cas de vente d'une censive.] 

2. |Lc Gallia nous apprend, on vient de le voir, que Pierre de Chavigny 
fut remplacé par 1 abbé Jean !•'. Il ajoute que Remy eut lui-même pour suc- 
cesseur un abbé nommé JEAN MAALOT (Joinnes II Maalot) sur lequel 
manquent les renseignements.] 

3. [C'est 19 ans avant cette date, en 1454, que Pierre, dont il va être ques- 
tion, fut tiré du monastère d'Hautvillcrs pour devenir abbé d'Orbais, après 
la mort de Jean Maalot. Jean Juvénal des Ursins, archevêque de Reims, le 
mit à lu tête des religieux à la suite d'une élection qui avait dû Cire déclarée 
contraire aux règles, ^'oici, à partir de Jean I''', la série des abbés donnée 

par le Gallia : « XXV. Rcmigius pra-eral an. 1436 XXVI. Johan- 

« nés II Maalot, quo defunclo, XXVII. PETRUS V GACLTIER ex mo- 
( nacho Altivillarcnsi Orbacensibus qui in eleclione peccaverant datus est 
« abbu.-j ub archiepicicopo Remen.si anno 1454.... v] 



HISTOIRE DE l'ABBAYE d'ORBAIS SI 

de quatre-vingt dix-neuf ans de la Couture de Suisy-le- 
Frauc'. 

1497 
PIERRE GAUTIER 

L'abbaye d'Orbaiz étoit gouvernée en l'année mil quatre cens pierre Gautier 
quatre-vingt dix-sept par Pierre Gautier, comme il paroît par abbé en 1497. 
l'accord fait entre luy abbé et sa communauté d'une part, et 
Nicolas Lesguise, écuyer, et Jeanne de la Val, sa femme, sei- 
gneurs du Bailly-lez-Verdon d'autre part, pour régler à l'amia- 
ble les bornes et les limites des seigneuries de l'abbaye d'Or- 
baiz et du Bailly ; ledit accord fait et daté le dix-neuviéme avril 
mil quatre cens quatre-vingt dix-sept - . 

1500 
PIERRE 

Cet abbé est peut-être le même que les deux précédents de pjerre 1500. 
même nom. Il donne conjointement avec les religieux à cens 
perpétuel à Jean Tierson une pièce de terre au lieu dit les Mo- 
liuots, au dessus de Suizy-le-Franc vers le midi, par acte du 
premier septembre mil cinq cens. Ou a fait depuis un nouveau 



1 . [20 février i486. — Pierre, abbé d'Orbcz baille « à Gillet le Bérat et 
« Jehanoette, sa femme, demourans à Coursemont, preneurs pour eux et 
a leurs enffants nez et à naistre durant le mariage d'iceulx et le survivant 
« d'eulx à lillre viagiers, une pièce de terre et pré séant à Suisy, contenant 

« envyron huyt arpens nommez la Couslure moienuant et parmi ce 

« que lesdits Gillet le Bérat, sa dite femme, etc. en seront tenus rendre 
« et paier, . . par chacun an au jour Sainct -Martin d'iver la quantité de 
« huit boissiaux de grain, moitié bief et l'autre avoine^ à la mesure dudit 
« Orbez, el recevoir audit Coursemont, » Archives de la Marne, F. d'Or- 
bais, n" 2. 

10 novembre 1489. — Bail à cens par MM. les abbé et couvent d'Orbais 
à Jean Darnoult, écuyer, et autres, des maisons, terres et prez scitués à la 
rue du Val, a la Chapelle-sur-Orbais, moyennant 5 sols de cens. (Acte 
notarié indiqué par simple mention), Archives de la Marne, F. d'Orbais, 
n° 38. 

b février 1492. — Bail à cens de Pierre, abbé d'Orbais « à Jean Darnoult, 
« écuyer, et Jeanne de Taladuc, sa femme, demeurant à la Chapelle-sur- 
« Orbais, lieudit au Val. . .s au sujet des héritages situés en ce même lieu, 
dans la seigneurie du couvent. Archives de la Marne, ibidem.] 

2. [12 novembre 1498. — Bail à cens d'héritages sis au terroir de Verdon 
consenti par Pierre, abbé d'Orbais, à Gillet BouUoy et à Jehanne, sa femme. 
V. aux pièces justificatives.] 



5Z HISTOIRE DE L ABBAYE D ORBAIS 

[l)ailj de cel héritage sur lequel on a construit une maison et 
un petit moulin à bled. Le sieur de Bernier y demcuroit et en 
jouissoit en mil sept cens. 

Et le premier jour de juin luil cinq cens un, ledit abbé et les 
religieux d'Orbaiz donnent à cens annuelz et perpétuelz trente 
arpents de terre au dessus des Roches de Goupigny à Pierre 
Brasseur. 

Ces trois abbez nommez Pierre ne sont peut-être que la 
même personne : Tous ces différens actes, cy-dessus rapportez 
selon leurs dates, ayant peut-être été passez du tenis et sous 
l'administration d'un abbé nommé Pierre, qui peut avoir gou- 
verné cette abbaye pendant environ trente ans et plus * . 

Io09- 
DENIS BONGNIER ' 

Bcins Bonpnier j^q procés-verbal fait à Vitry le François en Parthois, daté du 
abbé eu loUy. ,. , .- , ,, , .-,.'* « i ^p 

samedi sixième jour d octobre mil cinq cens neut pour la reior- 

maliondela coutume du bailliage dudit Vitry*, marque que De- 
nis Bongnier fut appelle à cette assemblée, convoquée pour ladite 



1 . [Dans les trois abbés du nom de Pierre mentionnés ici par Dom Du 
Bout, on ne doit pas hésiter à reconnaître un seul et même personnage, 
Pierre Gautier, qui gouverna l'abbaye 48 ans {Gallia). Le 15 juillet 1501 
Pierre fit, entre les mains du pape, sa résignation volontaire en faveur de 
Denis Bongnier, et il mourut le 17 octobre 15o2. « In veteribus schedis sic 
« memoratur : Anno 1502, luce vero 17 meusis octohris, animam exhalavit 
« reverendus dominus Petrus Gaultier, quondam ahbas hujus monasterii. . . 
« cujus anima, passionis mcrito, sit perpétue cœleslibus visa.,. » ]\lonas~ 
« ticon.] 

2. [En janvier 1508-1509 N.-S., Claude de Bièvres, ccujer, seigneur du 
Mesnil-lez-la Chapelle-Monthaudon, avoue tenir du roi sur la rivière de la 
Chapelle «. deux molins à blé, l'ung appelé le molin neuf, l'autre le moliu 
& Bardon, sur lequel moliu neuf M. l'Abbé d'Orbes preut tous les ans qua- 
« rantc. sous tournois, uue mine d'avoine et uMg chapon. » Archives natio- 
nales, P. 17'J (3), 180. — L. Courajod, Recherches sur l'histoire de l'in- 
dustrie dans la vallée du Surmelin, p. 7G.] 

3. [Nommé abbé d'Orbais en 1501, après Pierre Gautier. « Dionysius de 
« Boynet [aliàs de Bouguet, Bouguier, BougniesJ resigualionis jure sim- 
« plicitcr per dictum Petrum diclo Dionysio sibi sponte coram summo ponti- 
« fice légitime facta, decimu quinta luce mensis julii anuo 1501. » Monas- 
ti':on.} 

4. [Cf. Ilisl. du bailliai/c de Vilnj'le-l'rançois, par M. Bouchot, Revue 
de Champaijite, t. X, p. 15. J 



HISTOIRK DE L'aRBAYE d'oRBAIS 53 

réformation, et qu'il y comparut en qualité d'abbé d'Orbaiz le- 
dit jour sixième d'octobre liJOO, par maître Pierre de la Rue, 
son procureur spécial, comme il est expressément dit dans le 
premier tome des Coutumes de France, page 35;J, colomne 
première, recueillies par M. [Charles du Moulin, augmentées 
et revues par Gabriel Michel Angevin, avocat au Parlement] , 
imprimé à Paris, chez Jacques Daniel' en 1664, et se trouve 
dans notre bibliothèque -. 

1510 
JACQUES ■' 

Par un bail à vie du huitième jour de lévrier mil cinq cens Jacques abbé en 
dix on apprend que l'abbé d'Orbaiz s'appelloit Jacques ; et par ^^^^^ et 1517. 
un autre bail ou fieffée à cens perpétuel de terre de six arpents 
sous les terres du Tremblay sur le pendant des Pioches, du qua- 
triesme jour de décembre rail cinq cens dix-sept, on reconnoit 
que notre abbé Jacques vivoit encore. Il est apparemment le 
dernier qui a possédé cette abbaye en qualité d'abbé régulier, 
après et en vertu du droit que les religieux avoient de se choi- 
sir librement et canouiquement un abbé conformément à notre 
sainte règle, aux saints canons et au droit naturel, dont les 
religieux ont été entièrement dépouillez par le Concordat de 
Léon X et de François P'" fait à Boulogne en Italie en 1515, et 
enregitré le 22 mars 1517 au Parlement après bien des oppo- 
sitions de sa part. 

Notre nécrologe cy-dessus cité chapitre V. fait mention d'un Miion abbé. 
abbé appelle Milon qui donne trente sols à prendre sur un 
fond ou vigne de Bayart pour le repos d'Helizeude laïque. Ou 



1 . [Le catalogue de la bibliothèque convectuelle d'Orbais porte : à Paris, 
chez Jacques d'AUin, Calai, des manusc. de la bibliolh. dJEpernay, 
n-41.] 

2. [«..,. Frère Denis Bongnier, ab])é d'Orbays, par maistre Pierre de 
« La Rue son procureur. » Nouveau Coulumier général de liichebourg, 
t. III, p. 329, édit. 1724, 4 vol. in-f°.] 

.3. [XXIX» et dernier abbé régulier d'Orbais, d"après la liste du Gallia. 
— Cette liste nous a servi de guide pour compléter celle de Dom Du Bout. 
Mais elle présente encore des lacunes et ses chitTres ne sont pas définitifs. 
11 est impossible aujourd'hui, en l'absence des documenls plus précis, 
de dresser la nomenclature exacte des abbés réguliers d'Orbais dont 
plusieurs, parmi les plus anciens surtout, demeurent inconnus ] 



54 



HISTOIRE DE l'abbaye D'ORBAIS 



ne sçait si Milon étoit abbé d'Orbaiz; ou d'ailleurs, ni quand il 
vivoit ; on n'en trouve aucun mémoire * . 



I . [Sur les différentes phases de l'histoire de l'abbaye d'Orbais au moyen- 
âge, consulter : Abbé Pécheur, Annales du diocèse de Soissons, t. I, p.22i; 
t. II, p. 585 et s.; t. III, p. 373 ot s.; t. IV, p. 497 ; elpassJm.] 




Carreau émaillé de l'Eglise d'Orbais 



HISTOIRE DE l' ABBAYE d'ORBAIS 55 



ASBEZ COMMENDATAIRES 



Les loix les plus sages et les plus discrètes, les usages les 
plus saints et les droits les plus sacrez établis sur des motifs 
très justes et des fondemens qui paroissent inébranlables, ne 
sont pourtant pas à couvert des attaques, du caprice, de l'in- 
constance et encore plus de la cupidité des hommes. Cette 
vérité n'est que trop connue dans la révolution et l'abolition 
du droit, dont les clergez séculier et régulier avoient joui 
respectivement depuis leur institution, de se choisir eux- 
mêmes un chef et un supérieur d'entre eux jusqu'au commen- 
cement du xvi" siècle qu'ils en ont été entièrement dépouillez 
contre toutes raisons. Qu'y avoit-îl en efFect de plus naturel, 
de plus juste et de plus conforme aux règles des saints insti- 
tuteurs et k l'intention des pieux fondateurs que celuy qui 
devoit conduire, gouverner et instruire les autres, eût aupa- 
ravant, pour apprendre cet art divin, mais si difficile, • — Ars 
artium regîmen animarum, S. Gregor. in Pastoraliy parte I, 
c. \ \ — luy-même obéï, et pratiqué longtems, et pratiquât 
ensuite le premier ce qu'il devoit enseigner à ses inférieurs 
beaucoup plus par ses exemples que par ses paroles, et que 
par une longue expérience qu'il auroit acquise des maximes, 
des pratiques saintes et des observances de son état, par son 
exactitude précédente à les garder fidèlement et à se remplir 
de l'esprit intérieur de sa profession, il fût jugé digne et 
choisi par ses seuls et propres confrères pour être leur chef et 
leur supérieur qui les gouverueroit chacun selon les règles et 
les loix de leur institut ? « Cum adversus SS. Patrum statuta 
« venitur, non tantum illorum prudentiae atque senteutiae, qui 
« in œvum [ms. seva] victura sanxerunt, sed ipsi quodam 
« modo fidei et catholicee disciplinée irrogatur injuria. Quid 
« enim tam sanctum atque venerabile est, quam penitus non 
(( exorbitare ab itinere majorum, quorum canouica statuta 
« [ms. instituta] veluti queedam fundamenta sunt ferendis 
« fidei jacta ponderibus ? » S. Zozymus papa, epistola VI 
[alias ITj ad cpiscopos Africœ, Galliœ, Hispania? -. 

1. {^Liher regulœ pastoralis, ap. Migue, Patr. lat., t. LXXVII, c. 14.] 

2. [Migne, XX, G61.J 



56 HISTOIRE DE L ABBAYE D ORBAIS 

Le profond et religieux respect qu'on avoit eu pour les 
ordonnances des saints patriarches des ordres canonisées et 
confirmées par tant de conciles, de souverains pontifes, et par 
une suite non interrompue de plusieurs siècles, avoit maintenu 
le clergé de France dans ce droit d'élection si légitime. Mais 
l'Eglise gallicane, qui fait sonner si haut et qui se prévaut tant 
de ses libertés, qu'elle fait consister particulièrement à n'avoir 
point d'autres règles de sa discipline ecclésiastique que les défi- 
nitions et les canons des conciles généraux, a vu ces mêmes 
libertés violées et comme anéanties en plusieurs articles, et 
voit encore tous les jours enlever de grosses sommes d'argent 
portées à Rome par les artifices, les entreprises, l'intrigue et 
l'avarice des officiers de la Cour romaine, qui surprirent la 
bonne foy et la religion de François I"^'", roy de France, et 
l'obligèrent par leurs importunités et leurs puissantes sollici- 
tations réitérées depuis longtems par leurs émissaires, d'abolir 
la pragmatique sanction (faite et publiée à Bourges le septième 
jour dejuillet mil quatre cens trente-huit par le roy Charles VII 
avec les grands du royaume et les personnes les plus intelli- 
gentes dans les matières ecclésiastiques, et appellée par Gene- 
brard Pragmatica Sanctio liber tatum Gallicarum ipalladium, 
par laquelle Sa Majesté entend que, suivant les anciens canons 
renouveliez par un des décrets du concile de Bàle ^ tenu sous 
les pontificats de Martin V et d'Eugène IV, chaque église et 
chaque communauté aura droit d'éhre son chef et son supé- 
rieur), ôtérent les élections des évêques et des abbez aux 
églises cathédrales et conventuelles et les transportèrent au 
Roy par le fameux Concordat fait entre le pape Léon X et le 
roi François F'', projette et commencé dans une entrevue du 
Pape et du Roy à Boulogne le XI ou XIV de décembre mil 
cinq cens quinze, un peu après la bataille de Marignan, et 
conclu le seizième août 151 G, et accepté à Rome au nom de 
François F'', par Roger de Barme, son ambassadeur, et inséré 
dans les actes du concile V de Latran", session XI, sous 
Léon X. 

Le premier article de ce Concordai parle dos cleciions, et 
porte que les chapitres des égli&es cathédrales de France ne 
feront jilus l'élection de leurs prélats '. lorsque le siège sera 

1. [1431.] 

t. [i:ii2-ir.i7.] 

:;. Ce règlement nouveau déroge au canon IV' du 1""^ concile de Nicéo en 
32;'), qui dit : « Episcôpum convenit maxime ab omnibus qui snnt in pro- 
« vincia episcopis ordiuari [id <'s/ eligi). t> ■ • , 



HISTOIRE DE l'aBBAYE d'oRBAIS 57 

vacant, mais que le Roy, comme patron de toutes les églises 
de son royaume, nommeroit au Pape pour pasteurs des églises 
vacantes des docteurs ou licentiez en théologie ou en droits, 
âgez de vingt-sept ans au moins, six mois après la vacation, 
pour en être pourvus par le Pape sur le brevet du Roy. Que 
les abbayes et prieurez conventuelz électifs seroient conférez 
de même que les évêchez, sinon que l'âge est réduit à vingt- 
trois ans, et que le Roy nommeroit un religieux profez expres- 
sément du même ordre. « Idem Rex illorum (monasteriorum) 
« occurrente hujusmodi vacatione, religiosum ejusdem ordinis 

« in 8etate viginti trium annorum ad minus constitutum 

u nominare. » Si le Roy nommoit un sujet au dessous de 
vingt-trois ans, ou un prêtre séculier, ou un religieux d'un 
autre ordre, ou une autre personne inhabile, neuf mois étant 
écoulez depuis la mort du dernier pourvu, pour lors le Pape ou 
le Saint-Siège y nommeroit, comme aussi aux évêchez, abbayes 
et autres bénéfices consistoriaux vacants en cour de Rome, 
les titidaires y mourans, sans attendre la nomiuaiion du Roy. 
Que néantmoins ce Concordat ne déroge point aux droits et 
privilèges que quelques chapitres et couvents ont d'élire leurs 
évêques, abbez et prieurs. 

Par le second article du Concordai on abolit les grâces 
expectatives, les spéciales ou générales, et les réserves pour 
les bénéfices qui vacqueronl. 

Le troisième article regarde les collations et le fait des gra- 
duez y est établi *. 

Le roy François r'"" devoit faire ratifier le Concordat six mois 
après qu'il avoit été fait. Il alla pour cela en 1516 au Parlement 
de Paris, où le chancelier du Prat ayant expliqué les intentions 
de Sa Majesté, les chanoines de Notre Dame et les Docteurs 
qui s'éloient trouvez au Palais répondirent par la bouche du 
cardinal de Boisi que les affaires dont parloit le Concordat ne 
pouvoient être terminées que dans une assemblée générale du 
clergé de France. 

Monsieur Le Lièvre, avocat général, remontra avec tant de 
vigueur que le Concordat étoit contraire aux Ubertez de 
l'Eglise gallicane et aux véritables intèrests du royaume, qu'il 
fut résolu qu'on n'enregitreroit point le Concordat. 

Il y eut aussi beaucoup de difficultés de la pari de l'Uni- 

1 . [V. le lome X des Mémoires du clergé publiés sous le titre de Recueil 
des actes, titres et mt'moires concernant les affaires du clergé, de France, 
Paris, 1710-1750, 12 vol. in-f°.] 



o8 HISTOIRE DE L' ABBAYE d'ORBAIS 

versité de Paris. Elle appella du Concordat au futur concile 
légitime. Mais le Roy pressa tant et si vivement la Cour dudit 
Parlement que, l'authorité et l'intérest du Roy l'emportant 
sur toutes les remontrances, oppositions et appels, le vingt 
deuxième de mars mil cinq cens dix-sept ' , elle fut contrainte 
d'enregitrer ledit Concordat ', déclarant néantmoins et jugeant 
toujours selon la pragmatique sanction. 

La Cour en effet s'opiniàtra de telle sorte à juger conformé- 
ment à celte ordonnance que François P'", en colère de cette 
fermeté, obtint un bref du Saint-Siège pour nommer aux bé- 
néfices privilégiez". Ainsi la liberté des élections canoniques 
fut entièrement détruite on France, et elle l'a toujours été 
depuis, et le Concordat fut publié et mis en exécution par 
toute la France*. C'est ainsi qu'après que tant de Papes, de- 
puis l'an 1U76 jusqu'à l'an 1150, avoient emploie les excom- 
munications ^ , les conspirations et les révoltes, et fait perdre 
la vie à tant de millions d'bommes, pour ôter aux princes tem- 
porels la collation des évêcbez et en donner l'élection aux cha- 
pitres ; tout au contraire Pie II et cinq de ses successeurs 
Paul II, Sixte IV, Innocent YIII, Alexandre VI et Jules II, 



1. [Isambert, t. XII, p. 97.] 

2. Le Cardinal [de Lorraine] opinant au concile de Trente sur l'article 
de l'élection des évêques, dit que le Pape Léon X et François P' avoient 
partagé entre eux la collation des bénéliccs du royaume, comme les chas- 
seurs parta^'cnt leur proye. (Fra-Paolo, à la fin du VII<- livre de VfJistoire 
du concile de Trente), [Iraduct. Amelot de la Houssaie, 2' édit., p. 681.] 

Mais ce que Mézeray dit du Concordat est digne de remarque. « Léon X, 
dit-il, fit le Concordat avec François 1" par lequel il obtint l'abolition de la 
Pragmatique et s assura les Annales payables à chaque mutation des évê- 
ques et des abbez. Cet accommodement à la vérité augmenta les revenus dos 
Papes, mais ternit fort leur réputation, car on ne vit jamais d'échange plus 
bizarre. Le Pape qui est une puissance spirituelle prit le temporel pour luy, 
et donna le spirituel [c'est-à-dire la nomination des évêchez et des abbayes) 
à un prince temporel. » 

3. [Bulle du pape Clément VII du '.t juin 1531. ^fémoires du clergé, 
t. XI, c. 23.] 

•'i. a Le clergé de France, dit le môme Mézeray dans un autre endroit, 
les universilez, les Parlemens et tous les gens de bien y opposèrent plaintes, 
remontrances, protestations, appels au l'ulur concile. Toutefois, au bout de 
deux ans, il fallut céder à l'authorité absolue et enregîtrer le Concordat au 
Parlement. » — [Sur rhisioriquo du coucordut cf. Eliies Dujjin, Histoire 
de l'église et des auteurs ccclcsiastiqxics du XVh siècle, chap. I, §§ VIII 
et IX.] 

5. Depuis Grégoire \'II ju.-.qu'à Innocent IV, c'est-à-dire en 200 ane 
[1073-12!j4], il y eut sept em])ereurs excommuniez, sçavoir : Henry IV, 
Henry V, Fédéric I, Philippe I, Olhon IV, Fédéric II et Conrad I. 



HISTOIRE DE l' ABBAYE d'oRBAIS 59 

ont combattu pour ôter cette élection aux chapitres de France 
et la donner aux Roys, comme fit enfm Léon X. Tant il est 
vray qu'on change de doctrine et de croyance selon que l'on 
change d'intérests ^ ! Les spéculatifs ont cru que la raison 
qu'ont eue ces Papes, est que l'exemple des élections du Clergé 
tient en vigueur l'ancienne pratique et la doctrine universelle 
de l'Eglise, toute contraire à la moderne. Les autres sont d'opi- 
nion que les Papes en ont usé ainsi parce qu'il seroit plus 
facile de retirer la collation des bénéfices des mains de nos 
Roys qui auroient besoin du Pape, ou qui ne seroient pas 
d'une grande pénétration d'esprit, ou qui seroient d'une cons- 
cience trop timorée et scrupuleuse, que de celles des Evoques 
et du Clergé de France qui ont scu en différentes occasions 
signaler leur fermeté et s'opposer généreusement aux entre- 
prises des Papes ou des officiers de la cour de Rome, sans 
s'écarter du respect et de l'obéissance qu'ils dévoient au Saint- 
Siège Apostolique ; témoin ce qui se passa lorsque Gré- 
goire IV, voulant se rendre l'arbitre du différend survenu entre 
l'empereur Louis le Débonnaire et ses enfans, il menaça les 
évêques de France de les excommunier s'ils n'entroient dans 
ses sentimens. Nos Prélats, surpris d'un procédé si contraire 
aux canons, répondirent avec courage qu'ils n'obéïroient point 
à la volonté du Pape, et que s'il venait dans le dessein de les 
excommunier, il s'en retourner oit luy-même excommunié. « Si 
« excommunicaturus veniret, excoramîmicatus ahiret. » 

François F"' fit encore plusieurs loix pour régler le posses- 
soire des bénéfices* et garda toujours le Concordat. Mais son 
fils Henry second en suspendit l'exécution durant quelques 
années qu'il fut en guerre avec le pape Jules III au sujet de 
Panne. Car ce Roy défendit, en liJ51% de recevoir de Rome 
aucune provision de bénéfices, voulant qu'ils fussent tous con- 



1. Fra-Paolo dit mots pour mots : « C'est ainsi que le changement des 
intérêts tire avec soy le changement et la contrariété de la doctrine. » 

2. [V. les deux ordonnances d'octobre 1535 (chap. IX) et d'août 1539 
(art. 46 et suiv.). Isambert, t. XII, p. 474 et 009. Cf. Mémoires du clergé, 
t. XI, c. 975 ; t. XII, c. 1623.] 

3. [Editdu 3 septembre 1551, enregistré le 7 au Parlement. Preuves des 
libériez de l'église gallicane (3" édit., 1731, 2 vol. in-f°). II" partie, p. 211. 
— Isambert, t. XIII, p. 215. — Cf. Dupin_, Histoire de l'église et des auteurs 
ecclésiastiques du AT/» siècle, Ih partie, p. 327.] 



go HISTOIRE DE L ABBAYE D ORBAIS 

ferez par les ordinaires'. Mais quand la paix fut faite, le Con- 
cordat fut rétabli ' . 

Les Etats d'Orléans, tenus l'an 15G1 sous Charles IX, ne 
laissèrent pas de le réformer en beaucoup de choses^ Mais le 
cardinal de Ferrare (Hippolite d'Esté de la maison des ducs de 
Ferrare, petit-fils du pape Alexandre VI) étant venu légat en 
France dans un tems que le royaume éloit tout en combus- 
tion, il obtint la suspension des réglemens faits à Orléans *, 
sous promesse que le Pape remédieroit au plutôt aux abus qui 
avoient donné lieu à ces réglemens^. Mais cela ne s'étant point 
encore exécuté, le Concordai subsiste toujours. Et voilà comme 
les choses se sont passées eu France. 

Le concile de Trente fit beaucoup de décrets contre les abus 



1. Il disoit dans son Edit qu'il n'éloit pas juste que la France fournîL de 
l'argent au Pape pour en faire la guerre aux François, que par conséquent il 
défendoit absolument de porter or ni argent à Rome, ou en tout autre lieu 
de l'obéissance du Pape, pour bénéfices, dispenses ou autres grâces, sous 
peine de conliscation aux ecclésiastiques et, outre cela, de punition corpo- 
relle aux séculiers, appliquant le tiers de la confiscation à ceux qui les 
déponceroicnt. Et le Procureur général, en faisant vérifier l'Edit au Parle- 
iqént, dit que ce seroit une insigne folie aux François de fournir à la cour 
de Rome de quoy faire la guerre à leur Roy. Outre qu'ils pouvoieut se 
passer aisément des dispenses papales, qui aussi bien ne suffisoient pas 
pour acquiter la conscience devant Dieu. [Preuves des libertés etc. .., loc. 
cit., p. 213, 214. — Fra-Paolo, op. cit., p. 302.] 

2. [Edit du 21 mai 1552, enregistré au Parlement le 13 juin, qui révoque 
celui de 3 septembre précédent. Preuves des libériez etc. . ., loc. cit., p. 2ir). 
— Isambert, t. XIII, p. 276.] 

3. C'est dans ces Etats d'Orléans que le député du Clergé dit que l'on 
avoit remarqué que l'hérésie de Luther était née dans la même année que le 
Concordat. [Harangue de Jean Quintin. Des Etats (iénéraux, o\c. . ., La 
Haye, 1789, t. X, p. 386. — Aux Etats de 1560-61, à Orléans, Jean Bn- 
gard, curé et doyen dOrbais, était député du clergé du bailliage de Vitry. 
Ibid., p. /.t7.] 

4. Il obtint la suspension des réglemens faits à Orléans, un desquclz 
défendoit de payer les annates et d'envoicr aucun argent à Rome ni pour 
bénéfices ni pour dispenses. [Isambert, t. XIV, p. O'i; cf. t. XII, p. 98. j 

î). [« Au moment où s'ouvraient à Saint-Germaia les conférences pour la 
« rédaction d'un édit de pacification (3 janvier 1561-15()2), les difficultés avec 
« le légat prenaient un caractère si grave que le conseil crut nécessaire de 
« céder sur la question des annates. Aussi, le 10 janvier, le roi signait-il une 
« abolition des art. 2, 4 et 22 do l'ordonnance d"Orléans à la prière du Saint- 
« l'ère; la seule réserve que contînt cet acte était l'engagement du cardinal 
« de Ferrare promettant au nom du Pape la révision des taxes pontilicales 
« (lettres-patentes données à Cbartres). » Picot, Hi.stoirc des Etats-Généraux, 
l. II, p. 8;;, note 1. — I-o texte des lettres-patentes de Cliarlos IX se trouve 
dans le Recueil de jurisprudence canonique et bénéficiate de Guy du Rous- 
seaud de I.aronibe, Paris, des Vonles, 1771, in-f", appendice, p. 78.J 



HISTOIRE DE l'aBBAYE d'oRBAIS 61 

qui réguoieut alors daus les matières béuéficiales. Il défendit 
les commendes à vie des béuéfices à cure ou à charge d'âmes 
comme étant uue couverture pour en faire avoir et posséder 
deux ensemble'. Il commanda encore qu'à l'avenir les monas- 
tères ne fussent plus mis en coinmeude et que ceux qui y 
éloient alors fussent remis en titre, quand ils vacqueroient -. 

Nonobstant tous les décrets du concile de Trente, les diffé- 
rents édits de nos Roys, les règlements des Etats assemblez à 
Orléans, la vigoureuse résistance et les constantes oppositions 
du Parlement, les remontrances du Clergé, des avocats et pro- 
cureurs généraux du Roy, des Universitez et de tous les ordres 
intéressez du royaume pour faire casser et annuler ledit Con- 
cordat et maintenir toujours la pragmatique sanction de 
Charles VII, faite à Bourges, le Concordat subsiste dans toute' 
sa forte et son étendue, et la Pragmatique [est] entièrement 
détruite'. L'on a appaisé les membres du Parlement et autres 
magistrats par les Induits'' qu'on leur accorde sur des béné- 
fices ausquelz on leur a accordé de nommer, et leurs indul- 
taires d'être préferez à tout autre en observant les formalités 
requises en telles occasions. 

Les Universités sont aussi dédommagées, puisque les 
graduez^ sont toujours préférez à tous autres requérans les 
béuéfices. Il n'y a que les chapitres séculiers et réguliers qui 
sont entièrement privez et dépouillez, non-seulement de leur 



1 . « Quicumque plura bénéficia cura ta. . . sive par viam unionis ad vitam, 
seu commendœ perpetuœ . . . recipere, ac simul retinere prœsumpserit, bene- 
ficiis ipsis..., prœsentis canonis vigore, privalus existât. » Concil. Trident, 
capite 4, De reformatione, sessions VII, 

2. « Confidit (sancla synodus Tridentina) sanctissimum Romauum ponli- 
ficem pro sua pietate et prudentia curaturum ut monasteriis, quaî nuuc com- 
mendata reperiuntur, [et] quœ suos conventus habent, regulares personœ 
ejusdem ordinis. . . prœficianlur, Quih vero in posterum vacabunt, non nisi 
regularibus conferantur. » Claap. 21, De la ré formation des réguliers, 
session XXV. [Montalembert, Les moin&s d'Occident, introduction, ch. VIL] 

3. [Malgré les attaques dont il avait été l'objet, le concordat de Bologne 
resta en vigueur jusqu'à la Révolution, et ses règles ne cessèrent pas d'être 
appliquées. Au point de vue de Tannate notamment, c'est-à-dire de l'impôt 
dû à la cour de Rome pour les provisions d'un nouveau bénéficier, l'abbaya 
d'Orbais au xvin° siècle était taxée à une somme de 530 florins, soit 2933 
livres. — Le florin de Rome valait cent six sols, huit deniers, en monnaie 
de France. — Mémoires du clergé, t. X, c. 709 ] 

4. [V. Chéruel, Dictionnaire historique des institutions, v Induit. — 
Mémoires du clergé, t. XI, c. 1331 et s. — Picot, op. cit., t. III, p. 458.] 

5. [V. Chéruel, op. cit., v» Gradués. — Mémoires du clergé, t. X, 
c. 1915 et s. — Perrière, Dictionnaire de droit et de pratique, v Gradué.] 



62 HISTOIRE DE l'abbaye d'oRBAIS 

droit d'élection de leurs chefs et supérieurs, mais de leurs plus 
beaux et plus considérables revenus qui passent de leurs mains 
dans celles des étrangers, surtout ceux des réguliers, à qui on 
donne un chef d'un ordre différent, ce qu'un ancien autheur 
ecelésiastique appelle une espèce de monstre. Reg^Uaris con- 
ventus accipiat Patrem reçjulari instikUione fonnatwn, ne 
statuœ aureœ caput œneum dicatur affixwn. Aruulphus, in 
sermone habito in synodo ^ . 

On recouuoîtra cy-aprés que cette abbaye a éprouvé autant 
qu'aucune autre les suites du Concordat, prévues et déplorées 
par avance par le Clergé, les Parlemens et tous les gens de 
bien, puisque la dissolution, le relâche et l'ignorance succé- 
dèrent icy à la piété, à l'observance et à l'étude. Les religieux 
réduits à un très petit nombre manquèrent souvent du néces- 
saire, furent bannis et chassez même de ce monastère pendant 
dix ans par Nicolas de la Croix, et n'y rentrèrent que par arrest 
à la main, après sa mort tragique. Les réparations négligées 
causèrent la ruine et la chute de la voûte de la nef de nôtre 
église, des lieux réguliers et des fermes; l'office divin, ou fait 
avec peu de décence, ou tout à fait abandonné; les titres, 
charlres et papiers enlevez et perdus par ledit de la Croix ; les 
fonds et domaines vendus et aliénez à vil prix. On n'a arraché 
un tiers du revenu pour les religieux que par des procez et 
des arrests. Voilà les suites du Concordat. « Sed cum talibus 
« malis magis prolixi gemitus et fletus, quam prolixi libri 
« debeantur. » St-Augustin, epist. 122'. 

Io20 
LOUIS DE BOURBON 

lis de Bour- Le premier qui a joui du revenu de cette abbaye après le 

ou premier concordat de Léon X et de François l'"" est Louis de Bourbon, 

Qcndata'irë connu SOUS le nom du cardinal de Vendôme. Il éloit lils de 

n 1520. François de Bourbon, comte de Vendôme, et de Marie de 



1. [Doui Du Bout el des auteurs conlemitoraind croyaieul à torique le 
passage dout il s'agit était tiré du Discours prononcé data un Synode par 
Arnoul, évoque de Lisieux au xi^ siècle. C'est une erreur qui a été rectifiée. 
[Histoire liUérairé, XIV, 333 et 324. Cf. Maxima biUiolhcca velcrum 
palrum (30 vol. in-f") Lugduni, Anisson, 1G77, t. XXII, p. 1328.). — On 
sait aujourd'hui que l'extrait cité par l'historieu d'Orbais appartient en réalité 
à une lettre d'Arnoul au pape Célestiu II, epist. 3 ad Cœleslitium papam, 
ap. Migae, Patr. M., t. CCI, c. 2U; Gallia christ., t. XI, instrum. c. 162.] 

2. [Migne, op. cit., t. XXXIII, c. /i22.] 



HISTOIRE DE l'aBBAYE d'ORBAIS 6o 

Luxembourg-, comtesse de St Paul, de Marie, etc. . . Louis 
naquit à Ham en Picardie le deuxième jour de janvier 1493, 
et il fut élevé au collège de Navarre de Paris pour y être ins- 
truit aux bonnes uKPurs et aux belles-lettres. En quoy il fit de 
si heureux progrez qu'ayant meuri avant le Icms, il l'ut pourvu 
avant l'âge, en 1510, de l'évèché de Laon, vacant par le déceds 
de Charles de Luxembourg, son grand-oncle. Le pape Léon X 
le fit cardinal du titre de Sainte-Sabine à viugt-qualrc ans en 
1518, et comme son mérite étoit rare, il fit les délices de la 
cour de France et de celle de Rome ; son mérite et sa nais- 
sance lui firent avoir des emplois importans en toutes les deux. 
Il succéda au cardinal du Prat, chancelier de France, un des 
principaux autheurs du concordat, dans l'archevêché de vSens, 
en 1 536, et eut encore l'administration de diverses autres pré- 
latures, comme celles du Mans, de Lueon, de Lantriguier 
[Tréguier] ', et des abbayes de Saint-Denis'^ en France, de 
Saint-Corneille de Compiégne, de Saint-Faron de Meaux, de 
Ferriéres et de celle de Saint-Pierre d'Orbaiz^ ; comme il 
paroît par une procuration du quinzième de novembre 1 520 *, 
donnée à M'^ Guillaume de Le Févre prètie, procureur et rece- 
veur dudit Louis de Bourbon, pour donner à bail emphytéo- 
tique le clos communément appelle le Clos Dame Ileleine situé 
dans Orbaiz le long des murs, vers le couchant. Il étoit encore 
abbé commcndataire d'Orbaiz en 1024", comme on l'apprend 



1. [Cf. Gams, Séries episcoporum, passim.] 

2. [Histoire de l'abbaye de Saint-Denis, par Dom Félibien, p. 379, 3H3 
et 393. — Histoire de Vabhaije de Saint-Denys en France, par Jacques 
Doublet, livre I, chap. XXXVII, Paris, 1625, in-4''.] 

3. [Le cardinal de Bourbou était eucore évêque de Saintes et abbé com- 
mendataire de Corbie, d'Aisnay, de Saiut-Crépiu-le-Grand, de Cuissy, dio- 
cèse de Laon (1548 à 15oi). Il posséda aussi les abbayes de Notre-Dame de 
Colombs, de Saint- Valer3' sur Somme, de Saint-Serge d'Angers, de Notre- 
Dame de Ham et de Saint-Amand eu Pévèle. Cet évèque-cardinal ne borna 
point là ses dignités. En 1538 il fut pourvu de l'abbaye de Saint-Vincent de 
Laon qu'il agrandit et ou il fixa sa résidence. Sur sa biographie, cL Histoire 
de l'abbaye de Saint- Vincent de Laon par D. Robert Wyard, 1. XII, chap.I, 
§ I, p. 526 à 520 ; Fisquet, La France pontificale, (Métropole de ReimsJ, 
Soissons et Laon, Paris, 1867, in-8", p. 281 et 379.] 

4. [V. aux pièces justificalives.] 

5. [1522. — 15 juin. — Gilles Partois, vicaire de la cure de Suizy, prend 
à titre de cens et rente annuels et perpétuels des religieux d'Orbais « une 
« place à faire molin à blé et à draps, scituée et assise dessus la rivière de 
« Surmelain au-dessoubs et assez près du pont de Suezy. » Recherches sur 
Vhistoire de l'industrie dans la vallée du Surmelin, p. 48.] 



64 HISTOIRE DE l' ABBAYE d'ORBAIS 

par uu bail à cens perpétuel des bois ou terres joignaut la 
Croupière dessous le Tremblay, fait le seiziesme de may audit 
an 1524 à Pierre Frenot par ledit M'' Guillaume de Le Févre, 
prêtre, fondé de son pouvoir et procuration à cet efîect. On 
peut conjecturer qu'il a fait faire les chaires du chœur, ou 
qu'elles ont été faites de son tems, puisque ses armes se trou- 
vent en sculpture à la première et à la dernière des chaires du 
côté du midi ' . On voit encore ses armes peintes à la voûte du 
chœur autour de l'ouverture par où on monte les cloches et 
aux vitres du rond-point et de la nef au dessus des galeries ' . 
En 1702 on voyoit encore dans notre clocher une cloche du 
poids d'environ huit cens de pezant, fondue en 1325 du tems 
de Louis de Bourbon, cardinal et abbé d'Orbaiz, suivant l'ins- 
cription eu lettres gothiques. Il a voit quitté cette abbaye dans 
la même année 1 525, puisque Laurent de Gampegge, qui suit, 
en étoit déjà pourvu au mois d'octobre de ladite année 1 525, 
comme on dira cy-aprés. 

Notre premier abbé commendataire cardinal mourut à Paris 
le onzième jour de mars mil cinq cens cinquante-six, et fut 
enterré dans l'abbaye royale de Saint-Denis, sépulture ordi- 
naire de nos Fioys, dans la croisée septentrionale derrière les 
chaires du chœur, vis-à-vis du mauzolèe de Louis XII et 
d'Anne de Bretagne, sous une colonne ' au haut de laquelle 
il est représenté revêtu de sa pourpre, à genoux'. Janus 

1. [Nous publierons, comme appendice à notic travail, une description 
des stalles d'Orbais accompagnée de gravures. Ces stalles, ainsi que nous 
l'avons déjà dit, ne portent plus les armoiries de Louis de Bourbon.] 

2. [Aujourd'hui les armoiries du cardinal Louis de Bourbon ne .<e voient 
plus à Orbais ; mais elles existent encore dans l'église du Grand-Tremblay 
(S.-et-O.) à la clef de la voûte du sanctuaire. De Guilhermy, Inscriptions 
de la France, t. III, p. 118. — M. Arthur de Marsy, dans son Armoriai 
des évêqucs de Laon (l'aris, Dumoulin, 1865), p. 17, décrit le blason de 
Louis de Hourbon-Veudômc ainsi qu'il suit : « D'azur à trois (leurs de lys 
« d'or, 2 et 1, à la cotice de gueules brochant sur le tout. (Jetons, tapisseries 
« du trésor de Sens, et livres imprimés en 1552.) Sur d'autres ouvrages de 
« 15ÎJ4, la cotice est périe en bande. Le P. Anselme remplace la cotice par 
« une bande que les Sainlc-Marlhe chargent de trois lionceaux d'argent. 
« V. Julliot, Arm. des Archev. Je Sens. »] 

3. Le corps du cardinal L. de Bourbon est enterre dans la cathédrale de 
Laon, et son cœur à Saint-Denis, sous la colomne dont il est ])arlé dans 
cet article. [Note ajoutée au manuscrit postérieurement par une main étran- 
gère. J 

4. [La statue agenouillée, eu marbre, du cardinal Louis de Bourlmn a 
disparu à la Révolution. Arrachée seule ù la destruction, la colonne qui lui 



HISTOIRE DE l'abbaye d'ORBAIS 65 

Vitalis, qui composa son éloge en vers, dit que loule la France 
considéroit ce cardinal comme son père * . Pierre Gemel fit son 
oraison funèbre -. 

[Â suivre.) 



servait de support a repris place dans Féglise de Saint-Denis, uon pas à 
l'endroit oii elle se trouvait primitivement, mais à côté de la porte du croi- 
sillon méridional. Pour la description de la colonne et de plus amples 
détails, V. la Monographie de Véijlise royale de Saint-Denis par le baron 
de Guilhermy, p. 41, 44, 93, 9b et IbT, Paris, Didron, 1848, in-S".] 

1 . [Janus Vitalis, comparant Louis de Bourbou à Nestor, célèbre ainsi sa 
.sagesse : 

Nestor consiliis, armis pufriiabat Achilles : 

Consiliis Nestor plus metuendus erat. 
Sic Romanus habel merito, Lodoïce, senatus 

Nestora, res magnas te suadente, suum. 

Frizon, Gallia purpurata, p. 562, Paris, 1638, in-f". — Adde J. A. Pe- 
tramellarius, De pontif. et cardinal., p. 5 et 37, Bologne, 1599, 10-4".] 

2. [La mort du cardinal Louis de Bourbon a inspiré les vers suivants qui 
66 trouvent à la fin de son oraison funèbre : 

Mœsta licet plores funestam Gallia mortem 

Borboni, lacrimis Gallia parce tuis. 
Prsesulis atque ducis sacro perfunclus bonore, 

Pontifici summo proximus ille fuit. 
Florentes inter proceres regnique monarcbas, 

Si regem abstuleris, proximus ille fuit. 
Altéra pars polior celso consislit olympo : 

Altéra pars istis clauditur exequiis. 

Pelri Geinellii de obitu illuslriss. principis Ludov . Borbonii cardmalis 
oratio funcbris, Paris, 1557, in-4''. — Auberi, Histoire générale des car- 
dinaux, t. III, p. 259. — Ughelli, llalia sacra, t. L c. 221.] 



MAISON 



DAMPIERRE- SAINT -DIZIER 

ET 

BRANCHES DE BOliRBON-DÂMPIERRE ET DE DAMl'IERRE-FLANDRE 



Ea 1280, Lore donne au prieuré d'Epiueuseval un sep- 
tième des dîmes de Pré-sur-Marne % et cède moitié des ter- 
rages de Villiers-aux-Bois pour doter la chapelle Saint- Jean- 
Baptiste dépendant du prieuré. (E. de B.) 

En juillet 1281, prenant la qualité de seigneur de Saint- 
Dizier, Jean reconnaît être tenu à acquitter Gui, comte de 
Flandre, son oncle, de 9'M livres que celui-ci s'était engagé à 
payer pour lui. (P. Anselme.) 

Par ses lettres datées du mardi « après la Saiut-Bertholomei 
« 1281 , » Lore, dame de Dampierre et d'Autrey, fait hommage 
à Othon IV, comte de Bourgogne, et « recognoisl que Autrey 
« et ses appartenances sont du fief dudit comte. » (Duchesue, 
Hist. de Vergy, preuves). 

En janvier 1282, Jean prend la qualité de seigneur de Saint- 
Di'/icT dans la donation qu'il fait à Geoffroi de Ranzières', son 
ami, de toutes ses renies du bois de Bailleul. (P. Anselme.) 

Après 1282 (sans date précise], il confirme les donations 
qu'avaient faites à Tabbayc de Moncelz : 1" en 1272, Hclis- 
sanl, veuve de Henri de Gigny et Gautier et Béalrix d'Arzil- 
Iières% ses enfants, de !j livres de rente sur le péage de Meix- 
tiercelin; 2" ledit Gautier, en 127[); 3" et en 1282 Béalrix, de 



• Voir paf,'c '160, tome XVII, de la llcvut; de Champagne cl de Bric. 

1 . Prez-sur-Marno, canton de Chcvillon (Haute-Marne) 

2. Kanziôres, c. de Saint-Mihiel (Meusf). 

3. Gigny et Arzillièrcs, cautou de Saint-Reiny (Marne). 



MAISON DE DAMPIERRE-SAINT-DIZIKR 67 

2 livres sur le même péage. Meixtiercelin était mouvant du fief 
de Jean. (Manuscrit de Vaveray.) ' 

La veille de la Chandeleur 1286, Jean reconnaît avoir reçu 
du comte de Flandre, son oncle, 480 livres et son fief de 
Bourse'. (P. Anselme.) 

Eu août 1287, il confesse que le comte de Flandre lui avait 
assis 200 livres de rente sur le tonlieu de Dam' , à charge de 
les tenir du comte de Namur. (Ihid.) 

La même année, il est un des pleiges des conventions matri- 
moniales de Béatrix de Flandre, sa cousine germaine, avec 
Hugues de Chàtillon*. (Ibid.) 

Aux fêles de Pâques de l'année suivante, il vend au comte de 
Flandre Bailleul et ses appartenances moyennant 4,500 hvres. 
(Ibid.) 

Le vendredi après Pâques 1291, le comte Gui, qui l'appelait 
ordinairement pour tenir la chambre légale de Flandre, lui 
permet d'asseoir à sa femme jusqu'à 800 livres de rente sur la 
ville de l'Ecluse. (Ibid.) 

En décembre 1292, il confirme au prieuré de Dampierre tout 
ce que ses ancêtres lui ont donné, et prend sous sa garde et 
protection les religieux et leurs biens. La charte est ainsi 
conçue : « Universis présentes litteras inspecturis Johannes 
« dominus de Bonnopetri miles, salutem in Domino. Noveriut 
« universi quod nos piam devotionem et amicitie puritatem 
« quam predecessores nostri et nos hactenus habuimus et 
« habemus erga religiosos viros monachos S. Martini Majoris 
« Monasterii et Prioratum suum castri nostri predicti de Don- 
« nopetri ut tenemur sollicite allendentes et nolentes dictes 



4 . Il paraît que la terre de Sainl-Dizier no fut divisée qu'après la mort 
de Lore, eu 1286, et qu'alors Guillaume eut ou partage Sainl-Dizier, Eur- 
ville et Humbécourt. (Jolibois). 

2. Gui de Dampierre, comte de Flandre et de Namur, créa ces pensions 
militaires connues sous le nom de flefs de Bourse, qui attirèrent à son 
service un grand nombre de seigneurs étrangers. Le mode de création de 
ces espèces de tiefs militaires variait selon les circonstances; ainsi quel- 
quefois le comte donnait à un seigneur une certaine somme d'argent que ce 
damier s'engageait à employer à l'achat de terres situées dans le comté ou 
au voisinage, pour les tenir en fief du comte, mais toujours avec promesse 
de services militaires. (J. Borguet, Histoire de Namur.) 

3. Dam, près Bruges (Belgique). 

4. Hugues devint comte de Saint-Pol en 1288, après la mort de Gui II son 
père, puis comte de Blois, en 1292, par la mort de Jeanne de Ghâtillon sa 
cousine. 



68 MAISON DE DAMPIERRE-SAINT-DIZIER 

« religiosos seu dictum prioratum eorura per nos vel alios 
« quoscumque decet perlurbari, seu etiam molestari super 
« possessione pacifica et perpétua furui religiosorum ipsorum 
« siti in Castro nostro predicto eum pertiuentiis et juribus 
fl omnibus ipsius quibuscumque et hoc specialiter q. nullus 
a alius quam religiosi predicli ibidem furnum habere débet 
« etiam neque potest, quia nobis constat légitime dictum 
« furnum cum juribus et pertineutiis suis religiosis prefatis a 
« nostris predecessoribus data et in perpeluum concessa fuisse 
et ea dictos religiosos juste et légitime possidere et etiam 
« possedisse. Nos de fonte bone voluutatis uostre dictam dona- 
« tiouem et coucessioueni perpetuam nostro et beredum ac 
« successorum nostrorum omnium nomine laudaraus, volu- 
« mus, et penilus approbamus, ipsam que per présentes lit- 
« leras confirmamus itaque q. nos heredes seu successores 
« uoslri vel a nobis seu ab ipsis heredibus nostris causam 
a habentes in diclo castro de Dounapetra furnum habere seu 
« edificare non possumus nec debemus nec decet poterunt vel 
« del)e])unt, promilLimus etiam in verilate nostro et dictorum 
« heredum ac successorum nostrorum nomine contra ipsum 
« ullatenus non facere nec venire, sed potius eam pro potes- 
« tate nostra dictis rehgiosis garantire et defendere erga 
« omnes. In quorum omnium prcfatorum testimonium et cer- 
« titudiuem presentibus littoris sigillum nostrum duximus 
« appoueudum. Datum auuo Domini mill" duccn. nouage- 
« simo secundo mense dccembris. » [Original, Arch. Aiibe.) 

A Saint-Dizier, le jour de lafètc de Saint-Clément, novem- 
bre 1293, Jean, sire de Dampierre et de Saiul-Dizier, donne 
aux religieuses de Foissy' niaiu-levée de la main-mise faite 
par lui sur une rente de 28 setiers de blé, seigle et avoine à 
la mesure de « Mailley » [Maillij) qu elles avaient sur les terres 
de « Mailley, » laquelle seigneurie est de son fief; attendu que 
celte rente n'est pas un nouvel acquêt, comme on le lui a dit, 
mais provient aux religieuses des hoirs de monseigneur de 
Sainl-Oiain, [Saint- Ouen) chevalier. (Arch. de l'Aube, fonds 
de Foissy ; 27, 11. 3.) 

En 1300, Jean donne h. l'abbaye de Moncelz une renie de 
07 setiers de seigle et Oi d'avoine sur sou greuoir seigneurial. 
(E. deB., I, 11»0.) 

« Eu 1302, Jean, sire de Dampierre et de Saint-Dizier, 



1. Foissy, sur Sainl-Parrcs-aux-Tcrlres, près Troyes. 



MAISON DE DAMPIERRE-SAINT-DIZIER 69 

*' remet au monastère de Iluiron le droit d'amortissement qui 
« lui compétait ; c'est une grâce à laquelle il donne le titre 
« d'aumône. On voit dans le titre un long détail des biens 
« amortis. Il est fait en présence de Thiébaud, abbé de Saint- 
« Pierre-aux-Monts ; d'Aruoul, abbé de Troistbntaiucs; de 
« Gïdlîaume de Dampierre fils de Jean"^'^ de Gautier d'Arzil- 
« Hères, etc. . . » {Chron. de Huiron. — Manuscrit de Vave- 
ray, art. Troisfontaines. 

La même année, le roi Philippe le Bel donne à Jean, sur son 
trésor à Paris, une rente de 5U0 livres dont il jouira jusqu'à 
sa mort. (P. Anselme.) 

Jean fait partie de l'expédition de Flandre en 1302. — Les 
deux pièces suivantes (Orig. Archives du château de Dam- 
pierre) indiquent le montant de ses gages pour cette cam- 
pagne : 

« NousJehans, sire de Dampierre et de S. Dizier, faisons 
« savoir à touz, que come notre seigneur le roy de France 
« fust teuuz à nous et nous deust pour nos gages de ce darrien 
« ost de B'iandres wy t cenz et cinquante cinc livres quatre solz 
« et troiz deniers, de compte fait à honorables personnes 
« G. chantre de Milly clerc notre seigneur le roy et Jofïroy 
« Coquatrix, nous en avons eu et reçeu deux cenz livres de 
« petiz tournoiz dou dit Goffroy Coquatrix, et nous en tenons 
« à bien paie. En tesmoignage de laquelle choze nous avons 
« scellées ces présentes lettres de noire sael données l'an de 
« gvdCQ mil troiz cenz et deux le Jour de la feste Saint Gré- 
« goire. » (Sceau en cire noire portant le lion de Flandre.) 

« Lou doit à Monseigneur Jehan de Dampierre van (valant) 
« pour lui et pour sa gent dou temps notre seigneur le roy de 
« l'ost de Flandres, daireiunement passé p'" compte Geuffroy 
« Coquatriz fait au genz dou dit monsz de Dampierre, cest 
« assavoir avec monsz Henry de Closey (?) chevalier.... 
« mons. Jh. de Sonpuiz son chappelain dou remanant de ses 
« gages pour raison de l'ost desus dit huit cenz cinquante cinc 

« hvres iiij s. iij d. tor. petiz. Fait à Paris le XX jourz 

« de fevr. sous le signé de clerc dou dit Geuffroy, l'an 

« de grâce mil trois cenz et deus. » 



1. Jeau a-t-il eu un fils du nom de Guillaume, mort avant lui? — Ou 
bien Guillaume son frère prenait-il le titre de fils de Jean {I"), comme 
avant lui Gui III avait pris celui de fils de Marguerite? — Ou bien encore 
la charte portait-elle : « F. Johaiinis >^ que le traducteur aura interprété par 
Filius au lieu de Fraterl 



70 MAISON DE DAilPIBRRE-SAINT-DIZIER 

En 1304, Philippe-le-Bel déclare de nouveau la guerre à la 
Flandre. Il convoque la noblesse de Champagne, et cinquante 
chevaliers répondent à son appel, suivis de tous les nobles qui 
sous leurs ordres devaient service au roi. Au rôle des seigneurs 
qui comparaissent à l'arrière-bah, on voit figurer le Seigneur 
de Bampiert'e et Messire Gui/ de Dampierre. Ce dernier est 
évidemment Guillaume de Dampierre, seigneur de Saint-Dizier. 
(Boutiot, II, p. 7.) 

Jean était mort le jeudi avant la Saint-Martin 1307, jour où 
ses enfants firent le partage de sa succession. (P. Anselme.) 

Il avait épousé Marguerite de Brienue, fille d'Alphonse de 
Brienne, grand chambrier de France, et de Marie comtesse 
d'Eu ' . 

Il en eut : 

Jean III, qui suit; 

Marguerite, femme de Gaucher de Châtillon ; 

Et Jeanne qui épousa Miles VI, soigneur de Noyers, maré- 
chal de France* Elle fut dotée entr' autres choses de 500 livres 
de rente; elle posséda Moeslain, hérita d'Eclaron en 1307 et 
transigea en 1326 avec le seigneur de Saint-Dizier, son parent. 
Elle mourut sans enfants. Miles de Noyers épousa en deu- 
xièmes noces Jeanne de Montbéliard. — Il avait acheté la terre 
de Vendeuvre. 

Observation : 

On lit au Cartulaire de la Piélc, déjcà cité, que « le 
« dimanche après la Nativité de Kolre-Seigneur 1288, Jeoffroy 
(( de Dampierre et Jeanne sa femme donnent aux religieuses et 
« couvent, Jean-le-Rond, berger, et Margueriie sa femme, 
« leurs homme et femme de corps. » 

Ne s'agit-il pas de Guillaume de Dampierre, seigneur de 
Saiut-Dizier (dont le nom se trouve défiguré, comme il arrive 
parfois dans les chartes), et de Jeanne de Chalou, sa femme? 

XV 

J K A N III 

Jean III partagea les biens de la succession paternelle avec 

1 . Alphonse de Brienne élait fils de Jean de Brienne, roi de Jérusalem 
cl empereur de Constantinople, et de Béraiigère de Gastille. — Bérangôre 
était lillu d'Alphonse IX, roi de Caslille, et sœur de Saint-Ferdinand, 111° 
du nom, et de Blanche de Gastille, reine de Franco. — Alphonse était doue 
cousiu-içermain do Saiul-Louià. 



MAISON DE DAMPIERRE-SAINT-DIZIER 71 

ses sœurs, le jeudi avant la Saint-Marlin 1307, comme on l'a 
vu précédemment. 

Il fut seigneur de DampierrOj de Sompuis et del'Ecluse-lès- 
Douai. 

Il mourut sans alliance peu après son père . 

La seigneurie de Dampierre et celles de Sompuis et autres 
échurent à sa sœur Marguerite, qui les porta dans la Maison 
de Châtillon \ 



XVI 

Branche de Saint-Dizier 

Nous avons vu que Jean I de Dampierre avait eu deux fils : 
Jean II et Guillaume IV. 

I. Ce dernier, seigneur de Saint-Dizier en partie, d'Eurville, 
d'Humbercourt et d'Avrainville, épousa Jeanne, fille unique 
d'Etienne de Chidon et de Jeanne de Vignory; il en eut plu- 
sieurs enfants, enlr'autres : Jean (mort sans postérité) et 
Guillaume V. 

II. Guillaume V, seigneur de Saint-Dizier, de Vignory, 
etc., laissa de Marie d'Aspremont, sa femme, Jean (III de 
Saint-Dizier), et Geoffroy qui fut tué à Poitiers eu 135G. 
(Henri, fils de Geoffroy, ne laissa qu'une fille). 

III. Jean III, seigneur do Saint-Dizier et de Vignory, 
épousa Alix, fille de Gui de Nesle d'Offémout, maréchal de 
France, dont il eut Jean IV, Isabelle (mariée à Jean de Cliâ- 
tillon-Gandelus) ; et Jeanne (femme du Sire de Xoviant). 

IV. Jean IV, seigneur de Saint-Dizier et de Vignory, 
Grand-Queux de France en 1367, épousa Marie de Bar, fille 
d'Erard de Bar, seigneur de Pierrepont et d'Isabelle de 
Lorraine. 

V. Edouard de Dampierre, seigneur de Saint-Dizier, leur 
fils unique, mari de Jeanne, fille de Jean de Vienne, mourut 



1 . Voir la troisième partie de celte notice : Maisoa de Dampierre- 
Châtilloa. 



72 MAISON DE DAMPIEREE-SAINT-DIZIER 

Bailli-Royal de Chauraont eu 1401. Il fut le dernier repré- 
sentant mâle de la maison de Dampierre \ 

Nous ne nous étendons pas davantage sur la Branche de 
Saint-Dizier, qui ne posséda rien à Dampierre. 

Ch. Savetiez. 



\ . Cette filiation est indiquée d'après le père Anselme et Ducliesne : 

Suivant M. Jolibois : 

Guillaume IV eût entr'autres enfants, Guillaume V qui mourut peu après 
lui (sans postérité de Marie d'Aspremont), et Jean III qui épousa Alix de 
Nesle d'Offémont, et continua la lignée. 

Jean III laissa Jean IV (qui lui succéda), et Geoffroy, dont le fils Heary 
n'eut qu'une fille. 

Puis Jean IV. 

Enfin Edouard. 



LA VIE 

DU MARÉCHAL DE SCHULEMBERG' 

Comte de Montdejeu, Chevalier des Ordres du Roy, 

Ancien Gouverneur de la ville et cité d'Arras, Grand Bailly d'Artois, 

Gouverneur du Berry, Capitaine du Château de Madrid 

et de la Varrane du Louvre, etc. 



Le Prince de Condé, qui redoubloit ses soins et ses pra- 
tiques qu'il avoit avec quelques bourgeois d'Arras, eut l'adresse 
de leur faire sçavoir que s'ils se soulevoient à propos, il y auroit 
un assaut général en même temps, pourvu qu'ils sçussent lui 
en donner le signal, dont il leur expliquoit mistérieusement 
l'usage et les raoiens. Ce fui un franc Comtois, qui leur porta 
cet avis, en feignant d'être envoie par un espion du sieur de 
Turenne, dont il avoit les mémoires qu'il présenta au gouver- 
neur faisant une histoire de la crainte que cet espion avoit eue 
d'être reconnu pour ue sçavoir pas assez bien parler espagnol, 
dont il avoit l'habit, que lui qui s'étoit chargé de ses dépes- 
ches. Ces mémoires étoient si artificieusement dressés que le 
gouverneur ne put pas d'abord en soupçonner la supposition. 
Le franc Comtois étoit déjà chargé d'une réponse et j^rest à 
sortir pour, comme on le craint, porter des nouvelles certaines 
de l'état de la place à Monsieur de Turenne, lorsque l'arrivée 
d'un exprès qui portoit des preuves certaines de sa fidélité et 
de la commission dont il étoit chargé, rendit suspecte l'ingé- 
nuité apparente de ce franc Comtois ; on le retint et on le mit 
en stireté, jusqu'à ce que les mouvemens de la bourgeoisie 
firent éventer la mine prête à jouer. On en fit aussitôt un 
exemple de justice militaire. 

Le gouverneur, bien convaincu des assemblées secrettes des 
bourgeois dans les églises et dans les monastères, envoia dire 
à tous les capitaines de la ville de se rendre incessamment sur 
la grande place avec leurs compagnies de bourgeois ; mais ces 
messieurs ne trouvèrent pas à propos d'obéir à cet ordre, et 

• Voir page 472, tome XVIT, de la Revue de Champagne et de Brie. 



74 LA VIE DU MARÉCHAL DE SCHULEMBERG 

tous d'une commune résolution s'enfermèrent chacun chez soi 
avec toute la plus Gère tranquillité qu'il leur fût possible d'af- 
fecter. Le gouverneur, sans autre délibération, se transporta 
au cimetière de Saint-Jean et commanda au sieur de Voignon 
de le suivre, avec ses trois escadrons, il se mit lui-même à leur 
tête et les conduisit sur la grande place où étoit logé le pre- 
mier capitaine des bourgeois, il fit enfoncer la porte de sa mai- 
son, où ce mutin s'étoit barricadé, et l'aiant fait saisir et mener 
sur celte place, le gouverneur lui demanda raison de sa déso- 
béissance. Mais comme ce rebelle n'eut que de mauvaises 
excuses à donner, il demanda aussitôt un prêtre et un bour- 
reau ; le bruit de la résolution de cette punition exemplaire fut 
jépandu dans toute la ville avant qu'elle fût exécutée, et l'on 
vit en un moment toute la bourgeoisie accourue sur la place 
avec tous les capitaines des quartiers à la tète de leurs compa- 
gnies pour recevoir les ordres du gouverneur. Les principaux 
se jettèrent à genoux et demandèrent pardon et grâce pour ce 
malheureux pendant qu'on dressoit une potence et une échelle 
pour l'expédier. Mais le comte de Montdejeù, feignant de ne 
pas les entendre, commanda au sieur de Voignon de faire défi- 
ler tous ces bourgeois par quatre et de les conduire droit à l'ab- 
baye de Saint- Wast avec ordre de fendre la tète au premier qui 
feroit mine de s'écarter, et au premier mouvement qu'on apper- 
cevroit dans quelque inûtin, de faite main-basse sur tous. 

Le sieur de Voignon les aiant ainsi mis en mai^he fit défiler 
ses trois cents chevaux un à un, moitié sur la droite de ces 
bourgeois et moitié sur la gaUche à là sefre-fille. Ce spectacle 
extraordinaire donna tant de fraieur à ces misérables brouil- 
lons, qu'on eût dit qu'ils alloieut au supplice et que chacun 
d'eux pensoit à sa conscience. Le comte de Monldojeu leUr fit 
l'honneur de les accompagner comme un convoy jusqu'au lieu 
destiné à leur servir de prisoû. Il U'y avoit que deux postes à 
garder dans cette abbaye. Ce furent comme deux guichets où 
l'on posa deux corps de garde de quinze hommes chacun. 
Après avoir renfermé cette bourgeoisie sans distinction et sans 
en excepter qui que ce fût, on fit une exacte recherche dans 
toutes les maisons pour voir s'il ne s'y étoit caché personne : 
on n'y trouva que des enfaiis, ou gens incapables de porter les 
armes ni de rien enlrcprendro. Le patient qui étoit resté sur 
la place entre les mains du confesseur et du bourreau sous la 
garde du prévosl, ne se pressoiL pas de faire sa dernière con- 
fession, et il chercha tant de délais qu'il donna aux principaux 
de la ville, que le gouverneur retira aussitôt de la prison, le 



LA VIE DU MARÉCHAL DK SGHULEMBERG 75 

temps de demander sa grâce, C'étoieut les échevins et les con- 
seillers, et quelques autres personnes dont le caractère et la 
probité attirèrent des égards du comte de Montdejeu, qui en fit 
une distinction suffisante pour n'être pas accusé d'être dur, 
impitoyable et violent à l'excès. Il renvoia ces honnêtes gens 
dans leurs maisons, après en avoir exigé un serment public de 
fidélité au Roy. Ils s'engagèrent non seulement de ne rien faire 
contre le service de la France ; mais d'avertir le gouverneur de 
tout ce qu'ils apprendroient, ou qu'ils sçauroieut par eux- 
mêmes être pratiqué ou fait contre les intérêts de la France. 
Cette distinction leur inspira la confiance d'obtenir le pardon 
du malheureux destiné à servir d'exemple. Le gouverneur, qui 
n'avoit pas moins d'humanité que de résolution, se laissa flé- 
chir à condition que ce coupable resteroit dans un cachot jus- 
qu'à la fin du siège, et avant que de lui faire ôter la corde par 
où le bourreau le tenoit, il ordonna que puisqu'il n'avoit pas la 
fleur de lys dans le cœtir, ou la lui fit porter sur la joue. Le 
prévost fit exécuter ses ordres, sans que personne plaignît le 
patient. Ce coup de sagesse du gouverneur mit sa place et sa 
garnison en sûreté. Il est plus aisé de l'admirer que de le louer 
autant qu'il le mérite un expédient de cette conséquence ima- 
giné si à propos, et plutôt exécuté que mis eu délibération, 
sans quoi les François n'eussent pas évité d'être en peu de 
jours sacrifiés à de nouvelles Vêpres siciliennes. Cette seureté 
ne fut pas le seul bien qui revint au gouverneur de ce procédé. 

{A suivre). 



NÉCROLOGIE 



Deux familles champenoises viennent d'être frappées : M. Tirant 
de Bury, est mort le 21 décembre en son château de Savigny-sur- 
Ardre (Marne) Il appartenait à une vieille famille noble qui possé- 
dait au siècle dernier les seigneuries des Itres et de Bury au bailliage 
de Reims, et était fils d'une demoiselle Perrier de Savigny. Il avait 
épousé M"e de Seroux de Dienville, des environs de Compiègne, et 
meurt jeune, laissant un frère, ancien magistrat. 

M. le comte Hocquart de Turtot, est décédé à Paris le 26 
décembre, chef de sa maison et l'arbitre incontestés des courses où 
ses décisions étaient absolument écoutées. Il était fils du comte 
Hocquart, chambellan de Charles X, et officier aux gardes de Mon- 
sieur, et de M'" deLauristoa, et laisse un frère ancien capitaine de 
frégate. Cette famille fut reconnue noble par sentence des Elus de 
Rethel du 4 juin 1536. La branche aînée de la famille Hoccart — 
ainsi que ce nom s'écrivait autrefois — se fixa peu après à Ste- 
Menehould : dans l'église paroissiale de cette ville est une chapelle 
qui porte en clef de voûte les armes de la famille, de gueules à 
trois roses d'argent boutonnées d'or, posés 2 et 1 . 

Elle a formé plusieurs branches, toutes éteintes, à l'exception de 
celle de Turtot -. branches de Renneville, à Châlons, dont était 
M. Hoccart de Renneville, grand bailli de Châlons au siècle dernier ; 
de Montfermeil, éteinte dans le Malon, marquis de Bercy d'où les 
Nicolaï ; une autre éteinte vers le second tiers du xvii« siècle, par 
mariages avec le duc de Brissac, les marquis de Montesquieu et 
d'Ossun. M. de Turtot, autrefois de la Motte, se fixa en Bretagne : 
sa branche a été formée par Jean, trésorier des guerres, parent de 
Colbert; son fils fut commissaire général de la Marine. L'ayeul du 
défunt servit avec éclat sous le bailli de Suffren, et fut appelé à la 
pairie en 1827. 

Au mois de décembre s'est éteinte, à Pari.s, M""^ la comtesse 
d'Ivernois, veuve en premières noces de M. Aubelin de Villers, et 
fille de la vicomtesse de Raymond, dont la mère était une du 
Cauzé de Na/.elles. Née à Châlons, elle appartenait à la Cham- 
pagne par ce toté et encore plus par sa grand'mcre. Les Aubelin 
étaient d'ancienne souche châlonnaise, où ils sont connus dès le 
xv« siècle : elle laisse de ce mariage une fille mariée au baron de 
Secondât de Montesquieu. Armes des Aubelin : d'azur au chevron 
haussé d'argent, accompagné de deux étoiles et d'un massacre de 
cerf d'argent. 



NÉCROLOGIE 77 

Le 5 janvier, s'est éteint l'un des hommes les plus considérés de la 
Marne, M. Théobald Barbier La Lobbe de Felcourt, président du 
comice de l'arrondissement de Vitry, chevalier de la Légion 
d'honneur, officier d'académie, ancien membre du conseil général 
de la Marne, à 83 ans, dans son château de Maisons, près de Vitry. 
Depuis 20 ans, M. de Felcourt a été mêlé à toutes les questions qui 
ont intéressé le département de la Marne, et il a rendu les plus 
grands services. Il appartenait à une ancienne famille du Perthois, 
d'une des branches de laquelle était sorti l'avocat Barbier, le célèbre 
chroniqueur du XYiiF siècle. — Armes : d'argent fretté de sinople, 
au chef de gueules chargé de 3 grelots d'or. 

* 

A la tin de décembre, Mm^ D'Ursus est morte à 77 ans, dans 
son château des Epées, près Sézanne. Elle était fille du comte 
Daru, le célèbre ministre de Napoléon I«'. C'était une femme d'une 
haute vertu et dont l'existence s'est passée à faire le bien. Elle 
laisse deux filles : la vicomtesse de Villiers de la Noue et la baronne 
de l'Epée. 



BIBLIOGRAPHIE 



Nous relèverons dans le dernier volume paru ces jours-ci du 
Bulletin de la Société historique de Compiègnc, — recueil réelle- 
ment excellent, soiL dit en passant — deux mentions intéressantes 
pour notre province. 

Dans un précédent volume, M. Pécoul y avait publié un travail 
sur les conciles et assemblées ecclésiastiques tenues à Compiègne ; 
à propos du concile de 1329, indiqué par erreur par le P. Anselme, 
comme convoqué à Senlis, M. Pécoul dit qu'on ne s'y occupa que 
des usurpations de pouvoir faites par l'autorité laïque. M. Anatole 
de Barthélémy constate qu'on y traitait également des affaires 
ecclésiastiques et, à l'appui, il reproduit une charte du 8 septembre 
d329. par laquelle le chapitre de Saint-Etienne de Ghâlons nomme 
deux de ses membres, les chanoines Jean de Condé et Gailhard 
Frozin, pour aller exposer au concile les griefs du chapitre contre 
Guillaume de Trie, archevêque de Reims, au sujet des appels des 
causes de la juridiction capitulaire. 

M. le baron J. Pichon a inséré aussi dans ce volume la note 
suivante -. « Je possède un livre très singulier, intitulé : Histoire 
généalogique. M. Vaillant, apothicaire de monseigneur le mar- 
quis d'Huxelles, et habitant la ville de S. Gengoul-le-Royal. 
A Chalon (sur-Saône), par Philippe Tan, 1651, in-8» de 12 
feuillets. » — C'est un poëme mal fait et obscur, mais fort curieux. 
Jean Vaillant, peintre, frère de l'apothicaire, en est l'auteur. Ils 
avaient un frère graveur (Jacques), et un autre orfèvre (Pierre) : 
ils étaient originaires de Reims et parents de Marlot. Le livre a 
pour adieu : 

« Voilà mon chasse ennuy en souffrant de la goutte. Excusez 
mes défauts, car je n'y vois goutte. J. Vaillant. — Vivit post 
funeras pictor. » 

L'autre jour nous parlions de l'histoiie de Dubois de Crancé pu- 
bliée par M. le colonel Jung. Il vient de compléter son œuvre par 
l'Analyse de lu Rvvuluiion française dejntis rourerlure des Etafs 
généuaux jusqu'au 6 brumaire de l'an IV, suivie du compte-rendu 
fait par Dubois-Crancé de son administration au ministèie de la 
guerre, composé par le célèbre champenois auquel M. Jung décerne, 
dans une courte introduction, à nouveau, les plus éclatants éloges. 
Nous n'insisterons point à cet égard. — Cette œuvre inconnue de 
Dubois de Crancé est intéressante. Il paraît qu'elle ne forme 
qu'une partie des papiers laissés par l'ancien ministre de la guerre; 



BIBLIOGEAPHIE 79 

les autres se trouvaient dans des caisses déposées dans une maison 
de campagne dans les Ardennes et servirent de combustible aux 
soldats allemands en 1870. Ce sont des espèces de mémoires qui 
dénotent chez leur auteur une conviction assez solide pour lui valoir 
réellement de circonstances atténuantes. Le volume est complété, 
— s'y serait-on attendu, — par une comédie, le Dépositaire infi- 
dèle, composée en 1803 par Dubois de Crancé et jouée sur le petit 
théâtre qu'il avait fait construire dans son château de Balham. On 
voit que le farouche conventionnel avait su conserver du goût pour 
les divertissements aristocratiques. 

Nous le répétons, M. Jung a fait une découverte réellement im- 
portante, et ces mémoires de Dubois de Crancé prendront une place 
notable parmi les plus intéressants documents sur l'histoire de la 

Révolution française. B. 

* 

TuRGOT ET SON TEMPS, par M. Alfred Neymarck, 2 vol. in-S", Paris, 
Guillaumin, 1885. 

Nous avons parlé dans le temps d'un premier ouvrage de M. Ney- 
marck consacré à Colbert, qui a obtenu un légitime succès. Nous 
croyons pouvoir en prédire autant à sa nouvelle œuvre qui nous 
paraît même supérieure à la précédente. Le sujet d'ailleurs est 
moins connu, car si on prononce souvent le nom de Turgot, sa vie 
a été jusqu'à présent imparfaitement étudiée ; après M. Neymarck 
il n'y a plus rien à ajouter et il met pleinement en lumière l'e.xis- 
tence de cet homme de bien qui avait deviné bien des choses réali- 
sées depuis lui, après avoir été traitées d'utopies. 

Anne- Robert -Jacques Turgot (1727-1781), fils d'un prévôt des 
marchands de Paris sous Louis XV, fut destiné d'abord à l'état 
ecclésiastique -, il fit ses études à Saiat-Sulpice et fut nommé en 
1749 prieur de la Sorbonne et prononça en cette qualité un discours 
remarquable sur les progrès du genre humain, qui annonçait la 
direction de ses idées. En 1752, il se décida à rentrer dans la vie 
laïque et obtint l'année suivante une charge de maître des requêtes, 
charge très enviée et très enviable, car elle ouvrait la cari'ière aux 
plus hauts emplois. Dès ce momeut, Turgot se fit une grande répu- 
tation comme économiste. Elle grandit encore quand, nommé 
intendant de la généralité de Limoges (1762), il en profita pour 
appliquer quelques-unes de ses idées au point de vue des impôts, 
du service de la voirie, de la libre circulation des grains et de l'or- 
ganisation des bureaux de charité. Aussi Louis XVI s'empressa, en 
montant sur le trône, de l'appeler au ministère de la marine et 
l'année suivante au contrôle général des finances. Turgot donna 
alors libre cours à ses théories, bien nouvelles pour l'époque ; c'est 
ainsi qu'il tenta d'établir la libre circulation des grains, d'abolir les 
corvées et les jurandes. Mais ces idées n'étaient point encore 
mûres pour le temps et il se heurta à l'opposition réunie du clergé. 



80 BIBLIOGRAPHIE 

de la noblesse, des gens de finance et des parlements, qui tous se 
sentaient ou se croyaient atteints dans leurs privilèges. La lutte 
n'était pas possible contre de tels adversaires qui trouvaient natu- 
rellement le plus actif soutien dans la coterie de la cour. Aussi, 
dès 177G, Turgot dut abandonner le ministère, le roi lui ayant fait 
demander sa démission et il demeura dtns une retraite absolue 
ce nouveau détail : 

Telle est en quelques lignes la vie de l'homme dont M. Neymarck 
s'est constitué l'historien. Ce travail est très heureusement divisé 
de façon à en rendre la lecture facile : la jeunesse d'abord ; puis 
l'intendance de Limoges oii Turgot put développer ses théories ; 
— aussi M. Neymarck partage ce livre en chapitres traitant suc- 
cessivement des innovations tentées par Turgot pour les tailles, la 
milice, le commerce du blé ; — le ministère de la marine ; le con- 
trôle général, en consacrant également un chapitre spécial à chacun 
des essais de réforme soulevés par le ministre. La seconde partie 
de ce travail est consacrée à l'étude des doctrines économiques et 
sociales de Turgot. Le chapitre sur la religion est particulièrement 
intéressant. Turgot n'était pas athée, ni irreligieux ; mais il avait 
abandonné toutes ses traditions du séminaire pour adopter une 
religiosité passablement vague qu'on regrette de trouver dans un 
homme aussi distingué. Une troisième partie, — et c'est celle qui 
sera lue par le plus grand nombre de lecteurs, — s'occupe de la 
vie privée de Turgot et de ses relations. M. Neymarck avait fait de 
même avec un plein succès pour Colbert : ici il réussit au moins 
aussi bien. C'est une étude non-seulement sur l'homme auquel est 
consacré ce livre, mais aussi sur la société parisieime à la fin du 
xviiic siècle, qui apprendra bien de choses et offre constamment 
le plus vif intérêt. Deux chapitres nous présentent Turgot 
homme de lettres et les détails de sa lin. Vient ensuite la conclu- 
sion, dans laquelle l'auteur résume avec conscience et talent les 
traits générau.x de son livre, en se montrant très partisan des idées 
de Turgot au point de vue des théories économiques et persuadé 
qu'elles sont assurées finalement de triompher chez nous. 

En appendice, M. Neymarck a publié une série de lettres inédites 
qui intéresseront particulièrement les lecteurs de la Revue. Ces 
lettres, adressées par Turgot, contrôleur général, à Rouillé d'Or- 
fenil, intendant de la généralité de Châlons, ont été trouvées par 
l'auteur dans les archives départementales de la ^larne-, quelques- 
unes sont des ciliculaires générales, mais les plus curieuses concer- 
nent spécialement la Champagne. C'est de plus tout un chapitre 
éclairant les mœurs administratives do l'époque et l'on peut y cons- 
tater que les hauts fonctionnaires y montraient un zèle pour leurs 
administrés et une politesse envers leurs inférieurs qu'on n'est plus 
habitué à rencontrer aujourd'hui. E. de D. 



BIBLIOGRAPHIE 6l 

La publication de M. Joseph Fabre sur Jeanne d'Arc a suggéré à 
M. Ludovic Drapc} ron une intéressante application de la géogra})hie 
à l'étude de l'histoire. Il l'a fuite dans un article de la Rrruc de 
Géographie livraison de novembre) que nous devons signaler à nos 
lecteurs. 

Après avoir précisé la région où s'est écoulée l'enfance de Jeanne 
d'Arc, et reconnu que Philippe le Bel, maître de la Champagne de 
par son mariage, avait fait prévaloir la suzeraineté de la France 
sur le Barrois, à la limite duquel naquit Jeanne d'/\rc, dans le 
domaine royal, le savant géographe ajoute : 

« Géographiquement et politiquement, la qualification de «bonne 
Lorraine o appliquée par Villon à Jeanne d'Arc n'a rien de rigou- 
reux. En effet, le Barrois ne fut réuni au duché de Lorraine qu'en 
1431, année de sa mort, et Domremy beaucoup plus tard, en 1571. 
Tout au plus peut-on dire que Jeanne d'Arc appartenait à la 
ft Marche de Lorraine. » 

« Il est visible que c'est sur la France et non sur la Lorraine que 
s'orientait le village en partie double de Greux -Domremy. Or, le 
contact avec la France s'opère par la Champagne. Si l'on songe que 
le père de Jeanne d'Arc était de Ceflbnds, près de Montiérender 
(Haute-Marne), et que tous ses ancêtres paternels étaient origi- 
naires de \'itry-le-François, on ne se trompe guère en l'appelant 
de préférence la honni' Champenoise. 

ft C'est de la Champagne, et non de la Lorraine, placée dans la 
mouvance impériale, que lui venait cette langue d'oïl, cette langue 
française, qu'elle parlait dans toute sa pureté, et qui fut un des 
signes indispensables de sa vocation et de sa mission, Aussi bien, 
par les réponses que ses ennemis eux-mêmes ont enregistrées, ne 
nous rappelle -telle pas le sénéchal de Joinville, sur les domaines 
duquel elle serait née un siècle plus tut? Sa subite irruption dans 
l'iiistoire ne nous fait-elle pas souvenir de cet autre plébéien cham- 
penois, Jacques Pantaléon, fils d'un savetier, lui-même moine 
mendiant, qui s'assit sur le trône pontifical (Urbain IV) et disposa 
à son gré des trônes de Naples et de Sicile? Cet esprit des croi- 
sades, qui animait Jeanne d'Arc à son insu, n'était-il pas en quel- 
que sorte l'esprit champenois lui-même, comme en témoignent cet 
Henri de Champagne, émule de Richard Cœur de Lion et de 
Philippe-Auguste, qui fut roi de Jérusalem, ainsi que Jean de 
Brienne, son compati iote, qui, le premier, dirigea une expédition 
religieuse en Egypte et devint Empereur de Constantinople — • et, 
par-dessus tous, Urbain II, qui prêcha la première croisade? » 



CHRONIQUE 



Peintures de la. chapelle de l.\ Très -Sainte- Vierge dans 
l'église Notre-Dame de Reims. — Les travaux de décorations, 
dans la chapelle de la Très-Siiinte-Vierge, en l'église métropoli- 
taine de Reims, sont enfin terminés. Ils ont exigé bien du temps; 
cependant, les artistes ont travaillé sans relâche. C'est dire que les 
peintures sont d'une importance exceptionnelle. Nous donnons une 
idée du travail, en attendant que les clôtures disparaissent. 

1 l'admirablo chapelle du Saint-Laict, décorée au commencement 
du XVIe siècle, par les so'ns de Robert de Lenoncourt, a retrouvé 
son ancienne splendeur. Il n'y manque que le riche autel en pierre, 
dont il ne reste, hélas! que le dessin. Cette restauration prouve 
l'amour que l'église a toujours eu pour les arts, la protection 
qu'elle accorde aux artistes et la générosité avec laquelle elle leur 
confie des sommes importantes, pour leur permettre de donner un 
libre essor à leur talent. La foi a toujours eu et aura toujours les 
arts pour escorte. 

Les peintures exécutées à la cathédrale sont véritablement 
remarquables -, mais comme elles ne sont, en grande partie, qu'une 
reproduction, elles font également honneur aux artistes du XVI» 
siècle et au décorateur de nos jours qui les a si bien comprises et 
si heureusement interprétées. Nous n'avons pas à faire ici l'éloge 
de ce dernier. Il nous suffit de nommer M. Lamaire, de Paris, pour 
que le monde artistique sacho que les travaux ont été conduits avec 
un talent hors ligne. M. Lamaire, si connu par son Crttholicon, 
pour lequel le jury de l'Exposition de Paris avait demandé, dit-on, 
une récompense exceptionnelle, a l.i passion de son art. Il ne 
recule devant aucune difficulté ni devant les sacrifices personnels ; 
il ne s'entoure que d'hommes de valeur qui, eux-mêmes, seraient 
des maîtres (MM. Vernacher père et fils). La peinture murale ne 
serait pas connue qu'il saurait l'inventer. 

La personne généreuse qui a si largement aidé à la restauration 
de la chapelle aura la gloire d'avoir fait revivre une grande œuvre. 
On peut le dire sans exagération, cette décoration est et sera un 
des types les plus curieux de peintures murales du commencement 
du XVI"-" siècle. On y trouve la chaleui' des tons, l'harmonie des 
couleurs, les ciTets incomparables de l'or, le fini, la variété des 
dessins, en un mot, la conception d'un luimme de talent. 

Aujourd'hui que les travaux sont terminés, grâce à la persé- 
vérante activité de M. le Curé de Notre-Dame, on ne peut que se 



CHROlSflQUB 83 

réjouir de les avoir entrepris. Quel regret n'aurait-on pas, si ces 
peintures avaient été à jamais perdues! Peut-être leur reprochera- 
t-on d'être trop riches. Mais elles ne sont qu'une reproduction. 
Dans tous les cas, que l'on s'en prenne à Robert de Lenoncourt et 
à la bienfaitrice de nos jour.s, qui, en offrant une somme très 
importante pour les travaux, a su déterminer le gouvernement à y 
coopérer; que l'on s'en prenne à M. Lamaire, qui a certainement 
surpassé de beaucoup, dans la restauration, les ouvriers de Robert 
de Lenoncourt. 

Avant d'entrer dans le détail des décorations de la chapelle de la 
Très-Sainte-Vierge, rappelons pour les mieux faire apprécier ce 
qu'a été cette chapelle. On y conservait une relique dite du Saint- 
Laict, envoyée par Adrien IV, ancien archidiacre de l'église de 
Reims. C'était une poudre fine, blanche, semblable à de la roche 
pulvérisée, provenant d'une grotte, située à deux cents pas de 
Bethléem, appelée la Grottc-dii-Laif, dans laquelle la Sainte- Vierge, 
se cacha lors de sa fuite en Egypte. 

Dès la reconstruction de la cathédrale, après l'incendie de l2ll, 
la chapelle devint à jamais célèbre, à cause de la sainte relique 
que l'on conservait dans une statue assise de la Sainte- Vierge, 
toute en or, portant sur la tète une couronne d'or enrichie de 
perles et de diamants. C'était un don de Blanche, comtesse de 
Champagne, nièce de Saint-Louis. Les fondations se multiplièrent 
à cet autel en si grand nombre que, dès 1321, on n'en acceptait 
plus. Cependant Charles V, en 1380, obtint d'y fonder deux messes 
à perpétuité, et à cette occasion il fit de magnifiques présents. 

Au moment de l'incendie de la cathédrale, en 1480, la Très- 
Sainte-Vierge ranime' la confiance des fidèles : de nouveaux embel- 
lissements sont entrepris à la chapelle du Saint-Laict. Charles VIIL 
en 1484, l'enrir.hit d'or et d'azur; en 1516. Hugues Cady fait 
exécuter l'autel avec un retable en pierre. Enfin Robert de 
Lenoncourt achève la clôture de la chapelle, l'orne de belles statues, 
entoure l'autel de quatre piliers en cuivre surn.ontés d'anges 
portant les instruments de la Passion, et décore les piliers, les 
voûtes et les murs de riches peintures à son chiffre et à ses armes. 
Ces riches décorations disparurent sous le badigeon, dont on fit un 
si grand emploi, quand la cathédrale dut subir les restaurations 
entreprise? vers la fin du XVIII«= siècle. . . 

La chapelle de la Très-Sainte-Vierge, avant d'être ce qu'elle est, 
était divisée en deux. A la place de la table de communion s'élevait 
un autel tout en pierre orné de clochetons et d'une haute flèche, 
surmontée d'un Saint-Michel terrassant le démon et sous laquelle 
était une vierge assise. L'autel buttait de chaque côté contre les 
piliers qui, pour cette raison, n'avaient pas été décorés dans la 
partie basse. Contre le mur oir l'on voit aujourd'hui l'autel moderne 
était une maçonnerie cachant les colonnes et les nervures de la 
fausse fenêtre ; ce qui explique l'absence de décorations de cette 



64 CHRONIQUE 

partie de la chapelle, dans laquelle il y avait un autel éiigé en 
l'honneur de Saint-Pierre, orné d'un reliquaire en cuivre, très 
remarquable, conservé au trésor de la cathédrale. 

Parmi les décorations que nous allons décrire, les unes sont 
la fidèle reproduction des anciennes, avec les perfectionnements 
modernes, avec les vieux tons parfaitement imités et des dessins 
plus corrects que nous signalerons. Les autres sont absolument 
neuves, là où il n'y en avait jamais eu. Enfin, les fresques anciennes 
ont été remplacées par une décoration murale, uniforme pour toute 
la chapelle. La réparation de ces fresques aurait été bien intéres- 
sante : mais elle aurait de beaucoup augmenté la dépense; et puis 
qu'étaient ces fresques depuis le badigeonnage? 

Dans la chapelle, il y a deux sortes de piliers : ceux qui sont 
isolés et ceux qui sont engagés daus le mur. Les premiers se 
composent d'un pilier principal, cantonné de quatre colonnes. Le 
pilier est enrichi de rinceaux, en saillie d'or, sur un fond pourpre. 
Ces ornements reproduisent les anciens, seulement ils sont plus 
finement dessinés, plus légèrement traités et dorés avec plus d'effet. 
C'est un ensemble d'eni'oulements, de chimères, de grotesques, de 
fleurs s'échappant de vases et d'écussons aux armes de Robert de 
Lenoncourt et du chapitre, le tout modelé et sorti avec arts : c'est 
une des choses les plus remarquables de la décoration. Les 
colonnes, azur, sont ornées d'un semis en or, de fleurs de lys et 
d'R de deux dessins ombres ei rappelant les anciennes qui étaient 
dorées sur feuille d'étain et gaufrées. Ces lettres, dans leur 
ensemble, par leur disposition et leurs contours combinés, sont 
d'un très gracieux effet : on dirnit une guirlande, une raie d'R qui 
serpente le long de la colonne. La fleur de lys était sans doute en 
l'honneur du chapitre ou des rois donateurs, Charles V et Charles 
Vin. Les R rappelaient Robert de Lenoncourt; mais par un 
heureuse coïncidence, désormais elles désigneront également le 
nom delà bienfaitrice qui a donné des fonds pour refaire l'œuvre 
du cardinal donateur. Nous ne croyons pas devoir mettre ici son 
nom : Dieu le connaît. D'ailleurs, quand, à Reims ou dans un 
village voisin, on parle d'un don princier fait à une église, à une 
communauté religieuse ou à des écoles, de suite, sans crainte de se 
tromper, on prononce le nom de cette personne à laquelle Dieu a 
donné non-seulement la facilité, mais surtout la volonté de répandre 
chaque jour de nombreux bienfaits en occupant les ouvriers et les 
artistes. 

Les Piliers eiifiancs forment un faisceau. La colonne principale 
est semblable à celle du pilier isolé, azur avec semis de fleurs de 
lys et d'R en or. Les colonnettcs voisines sont également bleues, 
ornées dans toute la hauteur des armoiries de Robert de Lenon- 
court d'argent à la croix de gueule, le tout surmonté de la croix 
archiépiscopale. Les deux colonnettcs suivantes sont pourpres, avec 
une suite de grenades or, argent, filets et perles de couleur, d'un 



CHRONIQUE 85 

eifet merveilleux. C'est un des plus beaux motifs de l'ancienne 
décoration, ainsi que celui qui serpente sur les deux dernières 
colonnettes, vermillon avec chevron bleu, brodé d'une large guir- 
lande de houx en or, qui semljle être un reste du XVc siècle. 
L'encorbeillement des chapiteaux des piliers est peint en vermillon, 
les fleurs sont en or, quelquefois allégées par un filet. 

Du chapiteau s'élance VArc doubleau azur, avec semis de fleurs 
de lys en or, soutenu par une plate-bande bistre avec un enrou- 
lement d'or, et accompagné de deux tores bleus avec les armes de 
Lenoncourt et de deux autres tores azur avec chevrons or et bruns 
alternés. 

Les routes, couleur chamois saumoné, constellées de fleurs et de 
points en or, sont soutenues par des arrêtiers, pourpres avec suite 
de grenades, semblables à celles des colonnettes du pilier engagé 
sur laquelle ils reposent. 

Les murs de la chapelle sont peints couleur brique pâle, avec 
filets formant assises, le tout divisé par une étroite bande bleue 
agrémantée de fleurs d'or, et orné de carrés dans lesquels reparaît 
partout la lettre R. I^es socles sont en ton de pierre, mais de 
plusieurs nuances. 

Les gros piliers, dans la partie basse de la chapelle, sont moins 
riches que dans les étages supérieurs. Le pilier principal est peint 
et orné comme le fond du mur-, les colonnes sont azur avec semis 
de ileurs de lys et d'R comme celle du haut. La décoration des 
colonnettes des piliers engagés descend jusque sur les soubasse- 
ments, semblable à l'ornementation supérieure. 

Le mur de la chapelle est couronné par une large moulure ou 
cordon, qui se retrouve sur les piliers engagés. Elle est ornée d'un 
riche motif couleur et or, genre feuille de houx qui soutient la 
décoration de la partie supérieure et la relie avec celle du bas. 
Cette bordure se voit également, sur le cordon en pierre, sur les 
gros piliers et sert ainsi de transition entre la décoration si riche 
du haut, et celle du bas, bien plus simple, et qui n'avait jamais 
existé. 

Les colonnettes, les tores, les débrasements des Fenctvs sont 
ornés de damiers jaune et rouge, de chevrons or et bistre, de 
motifs orange sur fond rouge avec médaillons enrichis d'une fleur 
de lys ou d'une croix. Ce dernier dessin qui joue la broderie et 
semble être d'une décoration antérieure au XV« siècle, a été 
religieusement conservé. La fausse fenêtre, fond blanc, est entourée 
d'une très riche bordure imitant celle d'un vitrail; au milieu 
apparaissent deux fois les armoiries du cardinal de Lenoncourt. La 
rose est enrichie d'ange de l'ancienne décoration, d'un travail très 
fin que le restaurateur a respecté le plus possible, mais que 
l'élévation ne permettra pas d'apprécier. 

Une des parties les plus éclatantes de la chapelle, ce sont les 



86 CHRONIQUE 

larges e'braspmcnts des fenêtres. Sur un fond d'azur sont jetés avec 
ampleur des rinceaux d'or et rouge sortis, dans lesquels sont 
accrochés des cartouches de 60 centimètres, fond rouge, ornés les 
uns d'une croix en or, les autres d'un R remarquable de dessin et 
enrichi de torsades or et argent serties du plus puissant eflet. On 
croirait que l'artiste a voulu faire hommage an donateur en mettant 
tous ses talents dans la composition de la première lettre de son 
nom qui se lit en entier sur le talus de la fausse fenêtre au milieu 
de gracieux dessins, ainsi que l'année 1514. 

Une décoration, dont toute la gloire revient à M. Lamaire, 
termine cette série de richesses. Dans le fond de la chapelle, au- 
dessus de l'autel, la fausse fenêtre est remplie par un sujet unique. 
Sur le plat du mur azur se déroulent, en or, de bas en haut, 
les branches d'une sorte d'arbre de Jessé, terminé par la rose 
mystique d'où sort la Vierge couronnée tenant son fils, (los de 
radice Jesse. Les rois sont remplacés par des placets où sont peints, 
avec une grande finesse et une grande douceur de tons, quelques 
attributs de la Sainte- Vierge. Cette décoration est encadrée dans 
une bordure or et couleur, elle-même renfermée entre les colon- 
nettes de la fenêtre ornées de chevrons bistres et or. 

L'autel de 4740, si disparate avec le st}de de Cathédrale, à raison 
de sa valeur artistique, a cependant été conservé -. mais M. Lamaire 
avec son pinceau enchanteur le mettra en harmonie avec la 
décoration de la chapelle. 

La patronne de la Cathédrale possède enfin, dans la cathédrale 
élevée en son honneur, une chapelle digne d'Elle, et en rapport avec 
la piété des fidèles qui se feront un bonheur de prier pour les 
bienfaiteurs anciens et modernes. 

En contemplant la chapelle de l'abside de la Cathédrale, qui 
presque toutes ont reçu leur décoration murale, on éprouve un 
legiet, c'est que le gros pilier qui relie les chapelles entte elles 
dans la nef n'ait pas été décoré au moins jusqu'à la hauteur du 
gros chapiteau. Dans la partie basse de ce pilier, comprise entre le 
socle et le cordon en pierre, il aurait été très facile de ménager une 
décoration riche avec un motif XIV'' siècle, dans le milieu duquel 
on aurait peint chacune des stations du Chemin de la Croix. Il 
serait facile d'en faire l'essai : avec quelques rouleaux de papier et 
un peu de couleur, M. Lamaire aurait bien vite réalisé cette idée, 
(Le Courrier de Champ(tijnr). Cii. Cerf. 

* 

Dans l'hôtel où la Ville de Reims a hébergé le père delaPucelle, 
M llennerich a eu la noble pensée de consacrer une salle où sont 
reproduits, en grand, les faits principaux de la vie du Jeanne. 

La salle est tout en .Wlc siècle. Les boiseries, en vieux chêne, 
avec filets, armoiries et ornements en or, ont été exécutées par la 



CHRONIQUE 87 

Maison Renneville de Reims. Dans les 42 caissons du plafond, tous 
décorés, sont placés vingt-et-un écussons des villes que Jeanne 
d'Arc traversa ; des seigneurs qui l'accompagnaient; de l'Arche- 
vêque de Reims, du Chapitre, de la Ville, de Jeanne et du roi 
Charles VII. 

Les dix tables, les vingt-quatre chaises, le remarquable bahut en 
chêne, surmonté d'une horloge ont été exécutés à Dijon par 
M. Schanoski. 

Du plafond, pend un lustre artistique, vieux cuivre, exécuté par 
M. Chaillet, de Dijon, ainsi que les quatre appliques accrochées dans 
les angles de la salle. Les globes sont aux armes de Jeanne. 

Ce qui surtout attire les regards, ce sont les quatre grandes 
toiles, peintes par M. Lavigne, de Paris. Sur l'une on voit VEnfrc'c. 
à Reims . e Jeanne d'Arc, à cheval, bardée de fer, l'étendard à la 
main. Elle indique à Charles VII la Ville où il va être sacré. En 
avant et à la suite du Roi, sont ses sonneurs de trompe, des sol- 
dats, des personnages historiques, dont deux sont représentés sous 
les traits de M. Hennerich et M, Brion. 

Le deuxième tableau rappelle VArchecéqtie de Reims s'apprêtant 
à déposeï' la couronne royale sur la tête de Charles VII, à genoux 
au milieu du sanctuaire, et auprès duquel se tient Jeanne d'Arc. 

Dans la troisième toile, on aperçoit Jeanne, à cheval, qui s'élance 
à toule vitesse sur des soldats anglais. Une escorte nombreuse suit 
l'héroïne. Ce tableau est intitulé la Prophétie. Jeanne avait prédit 
qu'elle serait blessée, aussi voit-on un arbalétrier décochant une 
flèche contre elle. 

La quatrième toile est consacrée à Janne, attachée sur le bûcher 
auquel on met le feu, pendant qu'un religieux présente une grande 
croix devant laquelle s'efforce de s'incliner la victime, quoique liée. 
Dans le fond de la scène apparaît un personnage qui fulmine l'arrêt 
de mort. 

Dans un trumeau, en face la porte d'entrée, sur un fond en saillie 
d'or, est peinte Jeanne, en pied, armée, tenant son oi'iflamme et 
foulant du talon un drapeau anglais. L'artiste a cru devoir mettre 
autour de la tête de la Pucelle un nimbe de gloire. 

Les travaux de la salle — à part la boiserie qui existait au 
moment où M. Vernachet père en entreprit la décoration — ont 
tous été dirigés par lui, exécutés sous ses yeux. Il a donné tous 
les dessins des peintures, des meubles, du lustre. 



Académie des Sciences. — Séance du 15 décembre 1884. — 
Le Pleuraspidotherium. — Notre savant compatriote. M, le Dr Le- 
nioine, de Reims, si bien connu pour ses grandes découvertes en 
paléontologie, désigne sous le nom de plcuraspidotheriam un mam- 
mifère de terrain eocène inférieur des enviions de Reims. Cette bête 



88 CHRONIQUE • 

fossile est caractérisée par l'inclinaison de ses denticules dentaires, 
qui rappellent certains marsupiaux actuels, ainsi que par diverses 
analogies qu'il présente avec les mammifères anciens du groupe 
PalœoUicrium. Ces rapprochements, basés tout d'abord sur de 
simples fragments de mâchoires, se sont trouvés confirmés par des 
découvertes successives qui ont mis l'auteur en possession de 
plusieurs têtes entières et de la presque totalité du squelette, de 
sorte que le nouveau mammifère peut être comparé à la fois au 
pachi/nolopluis Gaiidnj des sables à térédines, et au phalantjinta 
vulpina marsupial actuel d'Australie. 

Ainsi, la forme dentaire générale est la même chez le plruras- 
pidotherium et chez le phalangista ■ on y rencontre trois grandes 
incisives supérieures, une petite borre, une petite canine suivie 
d'ime fort petite prémolaire, une nouvelle barre, puis cinq molaires 
en rangée continue rappelant complètement comme forme les dents 
du pdclninoluphus. A la mâchoire inférieure, il y a, comme chez 
les maisupiaux actuels, une paire de grandes incisives proclives qui 
correspond fonctionnellement aux trois paires d'incisives supé- 
rieures; mais, entre ces deux grandes incisives inférieures, se 
rencontrent deux paires de fort petites dents qui n'existent pas 
chez les marsupiaux actuels. 



Nous trouvons dnns le Figarn de 12 décembre, la note suivante 
très intéressante pour notre province au sujet des archives de 
Monaco : 

M. Saige nous ouvrit alors la porte de la bibliothèque-, nous nous 
trouvâmes en présence de cinq ou six cents cartons rangés symé- 
triquement avec des étiquettes, et comme nous hésitions à ques- 
tionner d'abondance l'honorable archiviste sur les mystérieuses 
collections dont nous étions entourés, il nous ouvrit lui-même la 
« poule aux œufs d'or » et nous raconta ce qui suit. 

C'est là le point très intéressant de la découverte dont j'ai parlé 
au début de cet article. Personne ne s'en doute à Monaco, sauf. le 
prince à qui reviendra l'honneur de l'avoir provoquée. 

Jusqu'en 1880, les archives du palais de Aïonaco étaient dissémi- 
nées dans diverses pièces du palais même, et à Paris, dans les diffé- 
rentes résidences du prince Charles 111 et de sa mère, c'est-à-dire 
rue Saint-Dominique, dans l'hôtel aujourd'hui exproprié par le bou- 
levard Saint-Germain, — et rue Saint-Ciuillaume, où Son Altesse 
Sérénissime hab'te lorsqu'elle passe à Paris. 

En 1880, le prince, qui connaissait l'importance de beaucoup de 
ces pièces, eut l'idée de les réunir en un seul dépôt et fit tout trans- 
porter à Monaco. C'est alors' qu'on amena, d'une salle basse où elles 
étaient restées au moins depuis quatre-vingts ans, les archives 
remontant au xiii*' sjèclc du duché de Réthel-Mazaiin. Le prince 



CHRONIQUE 89 

est le petit- fils et l'héritier du titre de la duchesse de Mazarin, 
morte en 1827, qui était la dernière descendante de la belle Hor- 
tense Mancini, celle-là me* me qui fut en Angleterre l'amie de Saint- 
Evremond. 

C'est ainsi que le prmce et le palais de Monaco, — premier point 
curieux, — possèdent les archives les plus antiques du Nord de la 
France, par suite : 1" du transport des archives de Rethel à Paris 
au moment de la Révolution ; 2'^ du retransport de ces mêmes 
archives à Monaco en 1880. 

Ces documents étaient perdus, et c'est un événement scientifique 
que leur révélation. 

A ce fonds perdu, le prince réunit, — deuxième point curieux, — 
les correspondances des Matignon. 

Le maréchal Jacques de Matignon, le grand batailleur des guerres 
de religion, était l'ancêtre, par les mâles, du prince de Monaco, 
puisque Jacques Léonor de Matignon échangea son nom et ses 
armes contre ceux des Grimaldi, en épousant la dernière héritière 
de la famille en 1715. 

Or, si on se rend compte de ce fait que les Matignon avaient toutes 
les qualités de l'archiviste et qu'ils conservaient avec un soin jaloux 
leurs plus modestes correspondances, on peut imaginer ce que 
contient aujourd'hui une collection de 25,000 (vingt-cinq mille) 
lettres politiques ou relatives à l'administration de la Normandie et 
de la Guyenne. Les Matignon ont été gouverneurs successifs de 
l'une et de l'autre province. 

Cette collection va de François pr à la mort de Louis XIV. 

Certains savants ou chercheurs ont bien connu cette mine, depuis 
le comte de Béthune qui, en 1633, enlevait au chartrier du château 
de Thorigny, en Normandie, résidence principale des Matignon, 
trois grandes caisses de lettres qui forment la plus grande partie 
du fonds Béthune de la Bibliothèque nationale. Le comte n'avait fait 
qu'emprunter. On a le reçu de sa main. Mais il oublia de rendre, et 
vendit même le tout au grand roi, en 1666. Ce fut l'un des plus 
riches fonds du cabinet du roi. 

Eh bien! cette mutilation, encore qu'elle soit cruelle, dépare à 
peine les archives, aujourd'hui de premier ordre, qui sont à 
Monaco. L'ensemble des documents, mis en ordre et classés là 
depuis deux ans par les soins de l'homme érudit que le prince a 
choisi pour son archiviste, est tellement énorme que la brèche pra- 
tiquée en 1633 dans le fonds de Thorigny est à peine sensible. 

Car si vous ouvrez les casiers et les registres aujourd'hui mis en 
ordre dans la salle des archives de Monaco, vous trouvez par cen- 
taines des lettres de François l", autographes et originales, de 
François II, de Henri III, de son frère le duc d'Alençon, de Cathe- 
rine de Médicis, d'Henri IV, surtout comme roi de Navarre, de 
Louis XIII, de Mazarin, de Richelieu, de Gaston d'Orléans, du grand 



&(J CHRONIQUE 

Condé, d'Anne d'Autriche, de Louvois, de Colbert, de De Lionne, 
de Ponchartrain, et jnsqu'à Saint-Simon, qui est. représenté par 
une seule lettre, ce qui s'explique par son inimitié avec les Mat'- 
gnon. 11 ne devait guère leur écrire. 

Enfin, il y a plusieurs lettres de Montaigne. 

J'ai vu défiler sous mes j'eux, hier, toute cette épopée de docu- 
ments, j'ai lu et relu les signatures royales et historiques au bas 
de missives qui sont encore lettre morte pour tout le monde, et 
j'avoue que j'ai éprouvé autant de joie à parcourir les ordres secs 
et brefs de la vieille Catherine de Médicis, que les lettres narquoises 
du bon roy Henry IV, car les unes comme les autres sont neuves, 
et absolument inconnues des historiens. C'est l'attrait du fruit vert. 

Ce n'est pas tout. On a retrouvé dans les vieux papiers plus de 
neuf cents sceaux, déjà moulés en gmnde partie. Ils sont de 
vassaux, d'abbayes, ou de communautés en relations féodales avec 
les comtes de Rethel. Le sceau de Joinville, avec son contre-^ceau 
formé de trois pierres antiques enchâssées dans une légende gothi- 
que, est le bijou rare de la collection. 

Je ne puis rapporter ici que ce que j'.ii retenu de mon intéres- 
sante entrevue avec l'archiviste du prince. On pense qu'un travail 
suivi, avec des listes exactes et un dénombrement historique, serait 
autrement curieux. Il faut espérer que le prince, dont la haute 
intelligence a su tirer du chaos de semblables reliques, fera publier 
une étude technique sur le trésor inopiné du palais de Monaco. 

M. Saige, anciennement aux Archives nationales, à Paris^ a été' 
grandement honoié par le choix que le prince a fait de lui pour 
entreprendre l'un des travaux de classement et de débrouillement 
les plus considérables qui se soient vus en ce genre. II a fallu tirer 
des salles basses les liasses de papiers, les lire, les classer, les éti- 
queter. C'est une œuvré de bénédictin, qui comporte en outre les 
deux ou trois ouvrages didactiques nécessaires pour donner à l'his- 
toire l'appoint qu'elle attend de semblables découvertes^ et j'espère 
bien que M. Saige nous donnera ces ouvrages-là d'ici quelques mois, 
avec l'approbation du prince Chailes III. 



Le contre-amiral Franipiet, de Songy, près Vitry, commandant 
l'escadre de l'Océan Pacifique, vient d'êtr» nommé commandeur de 

la Légion d'honneur. 

* 

Le fils du général baron Berge, appartenant au Rémois, par 
sa mère. M"" Andrès, lieutenant de tirailleurs et aide de camp du 
général de Négrier, après avoir reyu deux blessures au Tonkin, 
a été décoré à l'âge de 22 ans. 

* 



CHRONIQUE 91 

Mentionnons le mariage de M"'^ Jacobé de Xauroies, avec M. de 
Seré de Rivière, capitaine d'artillerie et fils du général de division 
de ce nom. La famille Jacobé appartient à la noblesse du Perthois, 
où elle a formé les branches de Soulanges, de Pringy, de Con- 
court, d'Arrembécourt, de la Franchecourt. Un de ses auteurs reçut 
de François I^'' du terrain pour bâtir lors de la construction de la 
ville de Vitry. — Armes : d'azur au fer de moulin d'argent, accolé 
de 2 épées d'or, les tiges passées en sautoir vers la pointe de 
l'écusson. 



Un autre mariage récent nous révèle l'existence d'une vieille 
famille noble de Champagne. M. de Minette de Beaujeu, officier de 
cuirassiers, vient d'épouser Mlle Massias, fille du baron Massias, 
ancien sous-préfet, — dont deux frères se sont mariés avec les 
petites lilles du vicomte Delalot, le célèbre député de la Marne 
sous la Restauration. La famille Minette a été maintenue par l'in- 
tendant de Caumartin, en 1668, comme remontant à Henri, écuyer, 
seigneur de Saint-Vrain, commandant en 1498 les francs-archers 
des doyennés de Vassy, Joinville et Saint-Dizier. — Armes : d'or 
tretté de gueules, au lozange d'or, chargé d'un lion de gueules. 



MÉLANGES 



Nous avons relevé dans les papiers de Bertin du Rocheret à la 
Bibliothèque d'Epernaj-, la liste des chevaliers de la compagnie de 
l'Arc de cette ville en 1732 : 

Marquis de Souvré et de Louvois, colonel. 

L'abbé de Rochefort d'Ailly de Saint-Point, grand aumônier. 

Ch. de Fortia, abbé d'Epernay, premier commandeur. 

A. Frizon de Blamont, abbé de Beauger, second. 

T. AUan des Ardilliers, capitaine. 

A. Bertin du Rocheret, lieutenant vétéran. 

J. Parchappe du Fresne, lieutenant. 

N. Quatre-Sols de la Mothe, enseigne. 

Y. Bertin du Rocheret. 

J. de Villers, sr de Tranville. 

A. Geoffroy, s"" d* Chouilly. 

A. Chertemps, sr de Vigneux. 

J. Lochet, sr de Naumartin. 

J. Collet, s' de la Marqueterie. 

J. de Lespine, s"" de Lespine. 

(I. Quatre-Sols, s"' de Portelaine. 

J. Moët, sr des Costes. 

J. Cazin de Morfontaine. 

N. Parchappe, s'" de Broussy. 

A. A. Cazin de S. Antoine. 

G. AUan, s' de Cramant. 

E. Le Faux de la Barre. 

A. Filliatre de "Villeneux. 

A. Chertemps, s"" de Courcelles. 

P. Lochet du Buisvon. 

N. Tremault de Montilers. 

L. Lochet delà Treille. 

A. Collot de Fosses. 

J . Pothier de Gartedet, sergent. 

B. Siinet de Lubre. 

N. du Verdier de Montrez. 

A. de la Cloche de la Malmaison. 

Nous signalerons dans ce mrme dépôt deux manuscrits inédits 



MÉLANGES 93 

intéressants : Vie de la bienheureuse Idc, jireiniirc (ibbesse (V.ir- 
i/rnisolles, écrite en 1695, in -12 n" 47. — Et 17e des Saints, par 
Fr. Parchappe de Vinay avec une épître dédicatoire à Mm" de 
Bouftlers, abljesse d'Avenay, janvier 1765, 2 vol. in-4'% n" 46. 



Nous continuons à recaeillir les opinions diverses énoncées au 
sujet de la maison dite des Musiciens à Reims : 

Monsieur le Rédacteur du Courrier de la Champagne 

« J'ai lu avec un vif intérêt les notices que votre savant collabora- 
teur a consacrées au Vieux Reims; mais je ne saurais partager, je 
l'avoue, son opinion sur l'origine de la maison des Musiciens. 
Aucun document ne prouve qu'elle ait été construite ou habitée par 
Guillaimie de Machault, et l'on sait au contraire, d'une façon 
précise, que le célèbre poète champenois demeurait à la fin de sa 
vie, dans un quartier assez éloigné de la rue de Tambour. 

« En effet, une Charte du 23 mai 1372 nous apprend qu'il 
occupait une maison canoniale dans le voisinage du cloître : 
«... doniuiii in qua inhabitat Guillermus de Machaudio, sitam 
propc Pourcclettam ...» 

a L'hôtel de la Pourcelette, dont il est ici question, est bien 
connu, et son histoire a été écrite d'une manière fort complète par 
M. Jadart dans les Monuments historiques de Reims, de M. Leblan. 
C'était un vaste immeuble dépendant primitivement de l'abbaye de 
Trois-Fonlaines, et acquis par le Chapitre de Reims au commence- 
ment du XYiie siècle; son emplacement est occupé aujourd'hui par 
le n" 1 de la rue d'Anjou. Une bourgeoise, qui joignait à l'élégant 
nom de Sybille le surnom beaucoup moins gracieux de la Pource- 
lette, habitait ce lieu en 1283; telle est, paraît-il, l'origine de cette 
appellation bizarre, qui s'est conservée jusqu'à une époque assez 
récente. 

« En 1646, la même maison avait pour hôte un jeune écolier du 
Collège des Bons-Enfants qui devait être plus tard une des gloires 
scientifiques de la Champagne, Jean Mabillon. Il avait alors trouvé 
un asile chez un protecteur éclairé et bienfaisant. Clément Boucher, 
abbé de Thenailles. 

La maison de Guillaume de Machault était située en face de la 
Pourcelette, dans la rue d'Anjou, à la place de la maison qui porte 
actuellement le n" 4. Certains documents précis, qui complètent la 
charte de 1372, nous ont permis d'arriver à cette conclusion. 

« Ainsi, ce quartier a été habité à trois siècles de distance par 
deux hommes illustres, un poète et un savant: l'un esprit délicat, 
artiste distingué, qui a tenu une haute place dans l'estime de ses 
contemporains; l'autre, qui s'est acquis par ses travaux éminents 
une renommée encore plus durable, et qui est resté le type et le 
modèle de l'érudit. 



94 MÉLA.NGES 

« Quant à la destination de la maison des Musiciens, c'est là un 
problème que nous croyons encore insoluble. (]eux qui ont exploré 
avec le plus d'assiduité les archives de Reims n'ont jamais pu ren- 
contrer les éléments nécessaires pour trancher la question. La rue 
de Tambour était appelée au xiiie siècle rue des Monnayeurs 
(Viens Monctariorum' \ de nombreuses loges de changeurs étaient 
établies dans son voisinage ; elle était le centre de l'activité com- 
merciale de la cité, et était habitée par les familles les plus nota- 
bles de la bourgeoisie rémoise. 

« Voilà presque tout ce que nous révèlent les anciens documents. 
Il est probable que la maison des Musiciens a été construite par 
quelque riche marchand, par quelque opulent banquier, d'ailleurs 
parfaitement inconnu et sans aucune célébrité dans l'histoire. Cette 
supposition est confirmée par la présence, au rez-de-chaussée de 
ce curieux édifice, de boutiques dont les vestiges existent encore, 
et qui remontent à l'époque de la construction primitive, ainsi que 
Viollet-le-Duc l'a fort bien établi. 

« Mais, dira-t-on, que deviennent dans cette hypothèse les statues 
des musiciens? C'étaient de purs ornement sans signification, sans 
caractère symbolique, à moins qu'elles n'aient rempli le rôle d'en- 
seignes, ce qui nous paraît assez admissible. Telles sont les explica- 
tions, suivant nous, les plus satisfaisantes? tant que le hasard 
n'aura point fait découvrir de nouveaux renseignements, sur 
lesquels, du l'este, nous n'osons guère compter. » 



LA MISÈRE. — Nous ne croyons pas qu'il régna en Champagne 
plus eflVayante misère que celle qui désola quelques années de la 
seconde moitié du xiv'^ siècle. 

Les campagnes étaient incessamment ravagées par des bandes 
armées. On ne cultivait plus les champs, dont les produits étaient 
mis en coupe réglée par les pillards. Les paysans se réfugiaient 
avec leurs meubles et leurs bestiaux dans les bourgs et les villes. 
En certaines provinces, ils se creusaient des asiles sous terre. 

Pétrarque, qui lit un voyage en France en 1300, ne reconnut 
plus le beau et opulent royaume qu'il avait antérieurement visité : 
« Toutes les maisons qui ne sont pas protégées par des enceintes 
de murailles sont renversées », écrivait-il. 

En cette année 13G0, le roi Jean débarqua à Calais ; il avait pro- 
mis pour sa rançon au roi d'Angleterre trois millions d'écus d'or, 
dont six cent mille avant de sortir de ses mains et quatre cent 
mille chaque aimée jusqu'à l'acquittement de la somme entière. La 
France, épuisée par la guerre civile, par la résistance aux Anglais, 
par les Compagnies, singulièrement réduite par suite des nomljreuses 
cessions de territoire qu'Edouard avait exigées à Brétigny, était 
incapable de fournir, dans un bref délai, la première partie de 
cette rançon. 



MÉLANGES 95 

Les bonnes villes, cependant, répondirent de leur mieux aux 
commissaires que le roi et le dauphin leur expédiaient. 

« La paix estant faicte, dit Rogier, et le roy de retour en France 
de sa captivité, les habitants de Reims, pour luy tesmoigner la joie 
et le contnntement qu'ils avoient de sa délyvrance et de son retour, 
lui envoyèrent faire ung présent de deulx mil huit cent royaulx 
d'or, valans deux mil six cens vingt-cincq escus, quy luy fureut 
présentés par Thibault la Barbe et Jehan Cochelet, dedans quatre 
couples d'argent pezantes dix-sept mars six onces, quy avoient 
constés à raison de neuf escus le mars. Et fut ledict présant faict 
le mercredy après la Sainct-Brie de l'an mil trois cens soixante. 
Thomas le Poix et aultres habitans de ladicte ville accompaignèrent 
lesditctz la Barbe et Cochelet, et leur fut baillé pour leur voyage 
trois cens soixante et quinze escus. 

« .... Oultre ce, lesditz habitants payèrent pour leur part du 
premier payement de la rançon du roj, la somme de seize mil 
royaul.v d'or, vallans vingt mil escus, qu'ilz empruntèrent. » 

De fortes impositions vinrent alors accabler les Rémois, et des 
tailles furent levées pour rembourser les emprunts contractés. Ces 
tailles se prolongèrent jusqu'en 1.368. 

Nous voyons dans un compte de cette époque que les perceptions 
suivantes eurent lieu dans la paroisse de la Madeleine ; nous en 
modifions l'orthographe pour que le sens soit plus facile à saisir : 

« Eobins de Yailly fut gagé de demi-franc par Fromment, pré- 
sent Colart Larois (sergent de la taille), et, quand il eut tardé un 
mois, il paya audit Colart 8 s. 6 d , au Marché aux Harens, présent 
feu J. de Mez, et 12 d. que Fromment eut. Et lors commanda à 
Fromment que il lui rendît ses gages, qui estaient chez le Cor- 
delier, et les r'eut. Maintenant J. Gilebers l'a gagé de nouveau 
d'un chauderon à mains laver et un bassin à mains laver. On li 
recroira (on lui rendra sous caution) ses gages jusques à la Chan- 
deleur, l'an Lxvi. » 

Une note, ajoutée postérieurement, donne sur cette perception 
jusqu'à sa mort. 

« Ponce, qiù fut femme le Cordelier, dépose que, par certaines 
enseignes que Fromment lui vint dire, elle lui rendit ses gages. 
Autre chose ne sait. . . » 

Le compte reprend : 

« Alexandre du Jardin fut à 2 francs, dont sa femme paia à 
Colart Larois, si comme elle dit, H s. 4 d., présents P. Lenioinne 
et G. Godefroy. Le remenant Je reste) a été paie à Th. Jupin (l'un 
des receveurs). Derechef il a été gagé de un surcot de brunette à 
femme, fourré de gris. On la recroua jusques à la Chandeleur et 
tont recreu à Marie sa femme. i> 

Note écrite postérieurement ; 



96 MÉLANGES 

« Li Moinnes a déposé plainement qu'il, comme maire du bourg 
de Velle à ce appelé, fut présent et sa femme aussi... et fut à 
cette déposition présent N. de Mauregart, le 27 janvier. G. Gode- 
froy dit que lesdits il s. 4 d. furent paies audit Colart, mais qu'il 
en failli (manqua) un terçain, pour lequel elle (Marie) bailla un 
anneau en gage ; et li sont recreu jusques au liquaresrae. . . » 

Le compte reprend : 

« Aubert d'Ourraes fut à 2 francs ; si le quicta (l'acquitta^ Colart 
Larois pour demi franc, lequel Gilette sa femme paya audit Colart, 
présente une converse qui estoit en sa maison ; et maintenant est 
gagée de un franc pour J. Gilebert d'une cote hardie à femme, 
fourrée de conin (lapin), et d'une cote-hardie à homme, fourrée de 
aingniax (agneau). Il paiera un franc et demie. On les a recreus à 
la dicte femme jusques à la Chandeleur, à peine de 40 s. » 

Ajouté en note : 

« On lui fait amodéracion (diminution) de un franc. . . et est si 
pauvre que elle ne le pourra payer. » 

Et cela continue ainsi, lamentablement, en de longues pages ; le 
sergent énumère les objets reçus en gage, habillements, vaisselles 
ou instruments de travail. D'autre fois, c'est la prison pour 
l'insolvable. 

« De nouvel il li a esté commandé, à painne de IX s. et de main 
mise, qu'il rendist son corps en prison à Saiiit-Remi. . . » 

Ceci est plus triste encore : ceux qu'il poursuit ont trépassé : 

« 11 et sa femme sont mors n'ia rien demoré et n'i a qui s'en 
face hoir (héritier). » 

Et où passait l'argent ainsi récolté ? Dans le trésor du roi 
d'Angleterre. La France payait ainsi la rançon de ses princes, 
considérée par elle comme une dette d'honneur. 



Le Secrétaire Gérant, 

Léon Fkkmont. 



HISTOIRE DE L'ABBAYE D'ORBAIS 



PAR 



DOM DU BOUT 



1525 
LAURENT CA.MPEGQE 

Quoique le revenu «le celte abbaye ne fût pas forl considé- Laurent Cam- 
rable, on ne laissa pas d'en gratifier des personnes de très pegg«, second 
grande considération, puisque dés aussitôt que le cardinal de data^ireeuTsM 
Vendôme, Louis, s'en fui démis volontairement, on la dpnua 
à Laurent Campegge, qui prend la qualité d'abbé commenda- 
laire et d'administrateur, tant au spirituel qu'au temporel, de 
l'abbaye Saint-Pierre d'Orbaiz, dans la procuration par luy 
donnée à Boulogne en Italie, le cinquième jour d'octobre mil 
cinq cens vingt-cinq, indiction treizième, sous le pontificat de 
Glémeut VIT, insérée dans un bail empbytéotique des prez 
appeliez les Prez-le- Comte ; ladite procuration donnée à 
Marc-Antoine Campegge, sou frère, son procureur et vicaire 
général, clercq de l'église de ladite ville de Boulogne, et 
depuis évèque de Grossette, qui se trouva au concile de 
Trente. 

Un mémoire de notre charlrier intitulé : Singularités d'Or- 
baiz, écrit en 1609 par un religieux de ce monastère, marque 
que « notre abbé Laurent Campegge, cardinal, fut envoie en 
« Angleterre il y a environ soixante ans, lorsque les Hugue- 
a nots coramençoient à pulluler en Angleterre, et que ledit 
« Campegge, passant par ladite abbaye d'Orbaiz, qui étoit à 
« luy (ou qui avoit été à luy), il y dispensa les saints ordres. 
« Ainsi le ie7ions-)ious par lraditio7i de nos pères religieux qîd 
« étaient en ce tems-là. » — Cependant il y a dans le char trier 
un bail fait au mois d'août mil cinq cens vingt-sept à Jannin 



* Voir page 49, tome XVIII, de la lievue de Champagne et de Brie. 

7 



98 HISTOIRE DE l'abbAYE d'oRBAIS 

L'Abbé et Perrette sa femme, à ceus perpétuelz, d'une pièce de 
terre eu friche fermée de murs, teuaut d'un côté aux MeuUiers 
et h ]a pièce dite le Diable, par Pierre abbé et tout le couvent 
d'Orbaiz. Ce Pierre se dit par la permission divine Mmihle 
abbé de V église Saint-Pierre d'Orbaiz, diocèse de Soissons, 
paroles dont ses prédécesseurs les abbez réguliers se sont 
servis dans les différeus actes qu'ils ont faits, et desquelles 
les deux commeudataires précédens ne se servent point. Il 
faut donc, ou que l'autheur du susdit mémoire se soit trompé 
en marquant que cette abbaye étoit encore possédée par Lau- 
rent Gampecge quand, en passant par icy, il y dispensa les 
saints ordres avant que de passer en Angleterre en 1528, selon 
les historiens de ce teins-là\ ou qu'il s'en soit, démis avant le 
mois d'août 1527, puisqu'on trouve que Pierre prend la qua- 
lité d'humble abbé d'Orbaiz en la même année 1527. 

Laurent Gampegge naquit à Boulogne en Italie vers la fin 
du quinzième siècle -, et parut avec éclat dans le seizième, 
d'une famille en considération depuis plusieurs siècles^. Il 
étoit fils [aîné] de Jean Campeggi, sçavant jurisconsulte. Lau- 
rent s'avança aussi beaucoup dans la jurisprudence civile et 
canonique et fut même professeur endroit à Padoue. Il s'étoit 
marié avant qu'il embrassât l'état ecclésiastique. Il épousa 
Françoise Guasta-Villani, dont il eut trois fils et trois [lisez 
deux] filles : Rodolphe, qui fut général des Vénitiens ; Jean- 
Baptiste, évèquc de Majorque, l'un des plus doctes prélats de 
son siècle ; et Alexandre, cardinal et abbé d'Orbaiz, dont on 
parlera icy dans la suite, 

Laurent, après la mort de sa femme, s'élant fait ecclésias- 
tique, il eut des emplois considérables et fut enfui cardinal. 
Il contribua beaucoup à la réduction de la ville de Boulogne 
sous rauthoiité du Saint-Siège ^ et Jules II luy eu voulant 

1. [Guichardiu, Jhsloirc d'Italie, i. XIX, cli. II, dans le PauUicon litté- 
raire] 

2. [En 1474.] 

3. [Celte famille très ancicunc était originaire du Dau])hiu(5. Elle s'établit 
en Italie à la suite do Charles, duc d'Anjou, frère de Louis IX, lorsque ce 
prince lit en 126!j la conquête du royaume de Naples. — Armoiries. Gam- 
pegi di Bologna. « D'or au demy-aigle de sable, parti d'or au lévrier de 
« sable. » Bibl. uat., Cabinet des titres, vol. liS.'J, p. 9 et 83, avec dessin. 
Les armoiries des Campegge sont plusieurs fois gravées dans UghcUi, Italia 
sacra, notamment au tome II, col. 37 et 39.] 

4. [Bologne expulsa Jean Bcntivoglio et ouvrit ses portes au pape Jules II 
le 10 novembre 1506,] 



HISTOIRE DE l' ABBAYE d'oRBAIS 99 

témoiguer sa reconnoissance, le fit pourvoir d'un office d'au- 
diteur de rote, puis de l'évèclié de Feltri, et ensuite l'envoia 
nonce en Allemagne et à Milan. 

Léon X luy confia à luy et à Thomas Gampeggi, son frère, 
le gouvernement des villes de Parme et de Plaisance, el le 
renvoia nonce en Allemagne. Ce fut eu ce tems-là, c'est-à-dire 
le !"■ juillet 1517, qu'il le créa cardinal du titre de Saint- 
Thomas ou de Sainte-Anastasie qu'il changea depuis avec 
celuy de Sainte-Marie de delà le Tibre, et pour les évêchez 
d'Albe, de Palestrine et de Sabine '. Il revint à Rome au mois 
de janvier de l'an 1518, et l'année d'après on l'envoia légat en 
Angleterre pour y lever les décimes contre les Turcs, Mais il 
ne réussit pas en cette commission ; il obtint seulement l'évê- 
ché de Salisbury^ pour luy. Depuis, sous le pontificat du pape 
Clément VII, il fut envoie légat en Allemagne contre Luther 
et ses sectateurs, en 1524, et il y fit des ordonnances pour la 
réforme des mœurs. Il se trouva à la diète qui se tint à Nurem- 
berg la même année, où il demanda l'exécution de la bulle du 
pape Léon X et de l'édit de l'empereur Charles V contre Luther, 
sans parler du concile que les Allemands avoieut demandé 
dans la diète précédente ^ . 

En mil cinq cens vingt-huit [le 8 juin] il fut envoie légat 
en Angleterre, pour être juge du divorce de Henry VIII qui 
vouloit faire déclarer nul son mariage avec Catherine d'Arra- 
gon et de Castille, pour épouser (comme il fit ensuite) Anne de 
Boulen, sa propre fille naturelle, qu'il avoit eue de la femme 
de Thomas de Boulen, pendant qu'il étoit son ambassadeur en 



1 . [Laurent de Campegge, abbd d'Orbais, occupa successivement eu Italie 
les évêchés de Feltre (lol2-l»23), de Bologne, sa patrie (1523-1525), d'Al- 
baao (1534-1533), de Palestrine, Prcnestc (1535-1537), de Sabine (1537-1539). 
Gams, Séries episcoporum.] 

2. [1524-1534.] 

3. [« Le pape fit cboix, pour le représenter à la diète, avec le titre de 
« légat à latere, du cardinal Campeggio, homme de tête et de caractère, théo- 
« logien habile, rhéteur exercé à la parole, admirateur et ami d'Erasme, etc.» 
Audia, Histoire de la vie, des écrits et des doctrines de Martin Luther, 
3 vol. iu-S", 1846, t. II, p. 475 et s. Ailleurs le même auteur ajoute : « N'est-ce 
pas à Gampeggi, dont Léon X récompensa magniûijuement la science, 
qu'Erasme écrivait, à propos d'une bague qu'il en avait reçue : « Le feu 
« brillant de l'or sera l'éternel symbole de votre sagesse cardinaliste ; la 
« lumière du diamant ne sera jamais qu'une pâle image d", la gloire de 
« votre nom. » Audin, Histoire de Léon X, 2 vol. in-8°, 1844, t. II, p. 233. 
— Cf. Henri Martin, Histoire de France (4'"« édition), t. VIII, p. 32.] 



100 HISTOIRE DE l'abbaye d'ORBAIS 

France. Mais notre légat ne conclut pourtant rien, et le Pape 
le rappella l'année d'après, s'étant réservé cette affaire, et il 
revint à Rome eu 1 529 ' . 

Il étoit évèque de Boulogne sa patrie depuis l'an 1523. Il se 
trouva en cette ville le 24 février 1530 au couronnement de 
Charles V empereur par Clément VII, de qui il reçut la cou- 
ronne impériale. Après cette auguste cérémonie, Campegge 
repassa en Allemagne, il y assista à la dietle d'Ausbourg 
[juin 1530] 2. A son retour, le Pape étant mort, il donna sa voix 
pour l'élection de Paul IIP, qui le nomma en 1538 pour se 
trouver eu qualité de légat à Vicenze, oii l'on devoit faire l'ou- 
verture du concile qui s'est depuis continué et a fini à Trente. 
Mais Campegge mourut cà Roine le dix-neuviéme [lisez 25'^] 
jour de juillet mil cinq cens trente-neuf. 

Il avoit composé quelques ouvrages de droit qui n'ont pas 
été publiez. Sponde parle de luy dans ses Annales ecclésiasti- 
ques " et autres. 



1 . [L'intervention de Campeggio dans le procès du divorce de Henri VIII 
avait été réclamée par Wolsey, grand-chancelier du roi d'Angleterre. La 
politique du cardinal italien dans cette affaire consista toujours à tempo- 
riser. Le 23 juillet 1529 eut Hou la dernière séance des commissaires-légats. 
Le conseil de Henri VIII demanda en termes insolents que la cour pro- 
nonçât enfin son jugement. Campeggio répondit à l'injonction hautaine de 
l'orateur qu'tl était trop vieux et trop malade pour craindre les menaces ; 
que, près de mourir, il voulait paraître la conscience sans tache devant le 
tribunal suprême. Presque en même temps lo pape Clément VU évoqua le 
procès à Rome, et Campeggio regagna l'Italie. Audin, Histoire de Henri VHI 
et du schisme d'Angleterre, 2 vol. in-8°, 18i7, t. I, p. 451, 456, 464 à 487 
et passim. — Henri Martin, Hist. do France, t. VIII, p. 173 et s.] 

2. [Henri Martin, Hist. de France, t. VIII, p. 163 et s. — Merle d'Au- 
Ligné, Hist. de la Réformation, t. IV, p. 155 à 390. — Fra-Paolo, Hist. 
du concile de Trente, p. 49 et s. et passitn. — l'allavicini, Hist. du concile 
de Trente (édit. Migne, 2 vol. in-4", Montrouge, 1844}, 1. III, ch. III; 
V. ibid. 1. II, ch. X et XV.] 

3. [Alexandre Farnèse.] 

4. [Annaliuin card. Cœs. Baronii conlinuatio {\i01-\<}iO) per Henricum 
Spondanum etc., t. III, Paris, De la Noue, 1641. — « Campeggio, dit 
« Audin, était une des lumières de son siècle. » Il est certain que l'abbé 
d'Orbais eut, en diplomatie, un rôle particulièrement délicat. Il a été légat 
du Saint-Siège en Allemagne et eu Angleterre, à l'époque où la Réforme 
tendait à s'introduire dans ces deux pa3-s. L'insuccès do plusieurs de ses 
missions s'explique par la dil'liculté des circonstances. Laurent Campeggio 
n'en doit pas moins conserver la réputation d'un négociateur habile, recom- 
mandable par sa vie active, ses talents et son inilueuce dans les affaires. Ou 
a de lui des letti-es intéressantes pour l'histoire du temps, qui se trouvent 



HISTOIRE DE l' ABBAYE DORBAIS 101 

lb27 

PIERRE 

On conjecture que Pierre étoit abbé régulier en mil cinq 
cens vingt-sept, parce que dc-wis un bail à cens annuels et per- 
pétuels à Jehannin L'Abbé et Perrette sa femme, au mois 
d'avril [alias août] 1 527, d'une pièce de terre en friche fer- 
mée de murs, tenant d'un côté à la pièce le Diable et aux 
MeuUiéres, cet abbé Pierre se dit : par la permission divine 
humUeahhé de V église Saint-Pierre d'Orbaizde l'ordre Saint- 
Benoisl au diocèse de Soissons^ et tout le couvent en ce même 
lieu. Les deux précédons abbez qui étoient commendataires 
n'ont pas employé, ni les successeurs dudit Pierre n'emploient 
pas les mêmes termes dans les actes publics qu'ils ont faits ; 
il n'y a eu que les abbez réguliers qui s'en sont servis. — On 
ne sçait la première ni la dernière année de l'administration 
de cet abbé nommé Pierre. 

Léon X et François P'" ayant abrogé et aboli par leur Con- 
cordat du 16 août 1516 la pragmatique sanction et par con- 
séquent les élections canoniques, on ne sçait par quelles rai- 
sons cette abbaye fat encore confiée et gouvernée par cet abbé 
Pierre qu'on suppose toujours avoir été auparavant religieux 
bénédictin profez, après avoir été entre les mains de deux 
commendalaires. Si les élections n'avoieut pas été abolies par 
ce Concordat, ou diroit que ces deux commendataires, quoique 
pourvus par la cour de Rome sur le brevet du Roy, étant cardi- 
naux, sont censez réguliers et capables de posséder toutes sortes 
de bénéfices selon les prétentions de la cour de Rome ; cette ab- 
baye ne seroit pas encore ou n'étoit pas encore sujette à la 
commande, ni les religieux d'Orbaiz déchus et dépouillez de leur 
droit de se choisir eux-mêmes un abbé de leurordre et profession, 
conformément aux saints canons et à leur règle. Mais comme les 
élections n'avoient plus de lieu dans la plupart des abbayes de 
France et que le Roy nomraoit aux bénéfices consistoriaux, 
tels que sont les évêchez, les abbayes, etc. . . , on ne sçait par 
quelles raisons celte abbaye fut donnée à Pierre qu'on croit 
avoir été abbé régulier. Si ce n'est qu'on veuille dire que — 



dans le recueil intitulé : Epistolarum miscellanearum ad Fridericum 
Nauseam Dlancicampiamim, episcopum Vicnncnsem, etc., singulariuin 
personarum libri decem, Bâle, 1530, in-P^ — Sur les missions diplomatiques 
de Laurent de Campegge, V. EUies Dupin, L?ieliotu. ecglésiast , Hiatoire 
de réglise et des auteurs ecclésiastiques du XVl" siècle, I" partie] 



Pierre abbé eu 
1527. 



102 HISTOIRE DE l'abbaye d'oRBAIS 

le revenu de cette abbaye n'étant pas assez considérable, oa 
que, le Concordat causant trop de plaintes et de murmures eu 
France par rapport aux petites abbayes dont le nombre des 
religieux se trouvoit trop petit, après l'introduction des com- 
mendataires, pour faire décemment le service divin etacquiter 
les auLi'es charges — le Roy permit encore aux religieux de se 
choisir eux-mêmes uu abbé de leur corps, ou plutôt que le 
Roy, conformément à sou Concordat, nomma un religieux 
profez de l'ordre âgé de vingt-trois ans. 

Quoiqu'il en soit, si l'abbaye rentra dans ses droits d'élec- 
tion, ou si on nomma un religieux de l'ordre pour abbé d'Or- 
baiz afin de ne pas réduire d'abord le nombre des religieux à 
une trop petite quantité pour faire l'office divin avec la décence 
et l'édification convenables, ou pour temporiser et laisser 
tomber les plaintes et les murmures, il est certain que ce mo- 
nastère ne jouit pas longtems de son droit, et qu'il retomba 
bientôt sous la domination des abbez commeudataires ^ qu'il 
n'a pu encore secouer, puisqu'aprés la mort de l'abbé Pierre, il 
tomba entre les mains d'Alexandre de Campegge qui suit, sans 
la participation des religieux, qui ne concour[ar]ent point de 
leurs suffrages à sa nomination, et qui eurent tout à souffrir, 
duretez, refus de pensions, expulsion, exil de leur monastère 
par Nicolas de la Croix , successeur d'Alexandre de Cam- 
pegge. 



1. [Le monaslère d'Orbais avait à sa tête, au mois d'avril 1527, un abbé 
régulier du nom do Pierre. Ce fait, qui semble inexplicable à Dom du Bout, 
se justifie peut-être par les ri'sidtau<;es qu'a soulevées !;i mise on praticjuo 
imméfliate du concordat. Il est certain qu'au début le système de la nomi- 
nation royale et celui de l'élection entrèrent en lutte relativement au choix 
des abbés. L'aucieuue tradition, chère au clergé, était plus forte (jue la loi 
nouvelle promulguée par François l<". « Ou vit maintes fois encore, dit 
« Henri Martin, les chapitres et les couvents procéder aux élections comme 
« si le concordat eût été non advenu, et les parlements douner gain de 
« cause au candidat élu contre l'homme du roi. Cette étrange situation d'un 
a état régi par deux lois opposées se prolongea jusqu'à ce que le roi, déses- 
(( pérant de vaincre la résolution du corps judiciaire, eût enlevé aux parle- 
« ments la connaissance des procès concernant les élections ecclésiastiques 
« pour la transférer au grand conseil (1527). » Hisi. de France, t. VII, 
p. '163. — La mesure en question résulte d'un édit des 23 juillet-6 septem- 
bre 1527. Il a été conGrmé par un autre édit de Henri II du mois de 
septembre 1552, enregistré le 3 octobre suivant, qu'on trouve inséré dans le 
recueil de Fonlanon (4 vol. in-f») t. I, p. 130.] 



I.jil. 



HISTOIRE DE l'aBBAYE d'ORBAIS 103 

1541 
ALEXANDRE DE CAMPEGGE 

L'abbaye d'Orbaiz ne profita pas longtems de l'avantage Alexandre 
d'être soumise à la conduite immédiate d'un abbé régulier, abbé^UPcom- 
puisqu'elle fut conférée à Alexandre de Garapegge, clerc sécu- mendataire en 
lier, troisième fils de Laurent de Gampegge et de Françoise de 
Guastavillain dont on a parlé cy-devant. 

Alexandre leur fils fut élevé avec beaucoup de soins, et eut 
pour maîtres les plus sçavans hommes de son siècle, comme 
Lazare Bonamici', Pierre Borrhano, et Antoine Bernardi, qui 
fut depuis évèque de Gaserte ^ . Il répondit si bien à tous ces 
soins qu'il fut bientôt en état de posséder les principales char- 
ges de la cour de Rome et puis les plus belles dignités de 
l'Eglise. En effet le pape Paul III le fît clerc de la Ghambre, 
luy donna des employs, et eu 1541 il Féleva sur le siège épis- 
copal de l'église de Boulogne % sa patrie. Il étoit abbé com- 
raendataire de Saint- Pierre d'Orbaiz en la même année 1541, 
comme le marque sa procuration expédiée à Rome, le 14 de 
novembre audit au 1541, à Messire Jean Lumel, évèque de 
Séba^liane et abbé de Saint-Sébastien de Rome *, par laquelle 
il l'établit et le constitue son vicaire général de Saint-Pierre 
d'Orbaiz pour gérer et administrer en son nom ladite abbaye 
d'Orbaiz. 

Le vingt et unième jour de décembre 1547, Dom Pàquier 
Ghattou, religieux, prévôt de Saint-Pierre d'Orbaiz et prieur 



1. [Buonamici (Lazare), né à Bassaao eu 1479, mort à Padoue le 11 fé- 
vrier 1552.] 

2. [Antoine Bernardi, né à Mirandole en 1503, évoque de Caserte de 
1552 à 1534, mort à Bologne le 19 juin 1565. MM. Ernest Nys et Guido 
Fusinato ont récemment consacré à la vie et aux travaux de ce savant une 
étude intéressante. Revue de droit inlernalional cl de législation comparée, 
t. XVI (1884), p. 283 et 597. Bernardi lut enterré dans le chœur de la cathé- 
drale de Mirandole où l'on voit encore aujourd'hui son buste en marbre et 
son épitaphe. Un portrait à l'huile, qui le représente revêtu de la toge et 
tenant un livre à la main, est à la bibliothèque municipale de la même 
ville.] 

3. [D'après Gams, Alexandre Gampegge occupa ce siège de 1526-27 à 
1553] 

4. [A Rome, dans l'église de Saint-Sébastien hors les murs, on lit une 
inscription où le nom du personnage est orthographié Jo(hanues) Lunelius. 
Forcella, Iscrizioni délie chiese e d'allri edifcii di lioma, i. XII, p. 150, 

n» 187.] 



104 HISTOIRE DE l'abbaye d'ORBAIS 

du prieuré Noire-Dame d'Oiselet, diocèse de Ghâlons, fondé de 
la procuration dudit Alexandre abbé, des prieur et couvent de 
ladite abbaye Saint-Pierre d'Orbaiz, présenta au baillif de 
Vitry-le-François la Déclaration des fonds, domaines, terres, 
fiefs, seigneuries, et revenus temporelz de cette abbaye, et 
la mit au greffe dudit bailliage de Vitry ; elle est à présent 
à la Chambre des Comptes de Paris, d'où René de Rieux, évo- 
que de Léon en Bretagne et abbé commendataire d'Orbaiz, en 
obtint une copie le premier jour d'août 1633, et le R. P. Dom 
Félix Mauljean, premier prieur de la Réforme, une autre copie 
en I GC8 ou 1669, qui se trouvent dans notre chartrier d'Orbaiz. 

Le 15° jour d'octobre 1548, indiclion VI, la 14° année du 
pontificat de Paul III, Nicolas Barthélémy, citoyen Luquois 
résident k Paris, eu vertu de la procuration expédiée à Rome 
lesdits jour et an et à luy donnée par ledit Alexandre de Cara- 
pegge, donna à bail emphytéotique la Couture de Suisy-le- 
Franc à Gilles Béra et Jehannette. L'abbaye est rentrée dans 
ce bien et en jouit présentement. — La procuration expédiée 
audit Nicolas Barthélémy et bail emphytéotique se trouvent 
en parchemin fort long dans notre chartrier, au titre de Suisy * . 

Le concile commencé à Ti'ente ayant été transféré à Boulo- 
gne, les prélats s'assemblèrent chez Alexandre et Jean-Bap- 
tiste Gampcgge ^, et on y remarqua cinq prélats de cette famille 
de Campegge, proches parens du feu cardinal Laurent, sça- 
voir : Thomas, évèque de Feltri\ Marc-Anloino de Gros- 
sette*, Jean, évoque de Parento\ son neveu, fils d'Antoine- 



1 . [V. aux inèces justificatives.] 

2. [Celte tr.inslation eut lieu le 11 mars 1547, sous prétexte de la peste 
qui régnait à Trente. Une inscription commémorative a été plac e à Bologne 
dans le palais des Campegge. — Ughelli, t. II, c. 40. J 

3. [Thomas, évêque de Fcltrc (1;i20-1559), frère du cardinal Laurent, 
qu'il accf)mpagn;i dans la plupart de ses missions. On a do lui des lettres 
et plusieurs traités de discipline ecclésiastique. Il s'associa comme coadjuleur 
Philippe-Marie Campeggi, son neveu, qui lui succéda dans l'évêché du Fel- 
trc. {i;i59-ir)84). Mort à Home, à Tage de 64 ans, le 11 janvier lîJG'i, Tho- 
mas y i'ut enterré dans l'église de Sainte-Marie dVlra cœli. Sou épita- 
phoost donnée par CghcUi, I. V, c. .377, et par ForcMla, t. I, p. 176, n" 672.] 

4. [Marc-Antoiijp, évêque de Grossetto (1."."2X-ir)!'i3;, frère de Thomas, 
évoque de Feltre. et du cardinal Laurent. — Ugludli, t. ill, c. 093.] 

.''i. [Jean Campegpe, évêque de Parcnzo (Parentium) cl Pola de 1537 à 
L'iris, fils d'Anloitie-Marie. sénateur. 11 était cousin-germain fl'Alcxandre 
Campegge dont il fut le coadjutcur et le successeur dans Tévi^ché de Bolo- 
gne en ir);i3 Jian mourut le 7 soplmnhre 1561}. — Ughelli, t. II, c. 40.] 



Alex. Cam- 
per- 



HISTOIRH DE l' ABBAYE d'ORBAIS 105 

Mary sou frerc, et ses deux fils, Jean-Baptiste évèrjue de Ma- 
jorque ', et Alexandre notre abbé, qui étoit évêque de Bou- 
logne. 

Alexandre fut aussi vice-légat à Avignon, où il étudia assez 
adroitement les desseins des Huguenots, qui cherchoient à s'y 
jetter sur les terres de l'Eglise. Il s'acquit tant de réputation inûle Pab- 
par sa conduite que le pape Jules III le fit cardinal au mois de caudoa^ avec 
novembre 1551. Au mois de décembre suivant il échangea celle d'Or- 
cette abbaye avec Nicolas de la Croix qui luy bailla celle de à^Nicolas'^de 
Boscaudon au diocèse d'Ambrura -. Il mourut le 25 [lisez 21] la Croix, 
septembre 1554, âgé de 48 ans \ 

1551 
NICOLAS DE LA CROIX 

L'échange, par où on a fini l'article précédent, fit tomber ,,^. , , , 
*^ . , , , , . . 1 -iT- , 11 Nicolas de la 

cette pauvre petite abbaye sous la domination de INicolas de la Croix, IV« 
Croix Qui en fut le quatrième abbé commendataire dez l'année abbé com- 

., . 1 11 / • mendalaire 

mu cinq cens quarante et une, ou, selon d autres mémoires, au en 1551. 
mois de décembre 1551. 

Le mémoire de ce chartrier, intitulé Singularités d'Orbaiz, Nicolas de la 

dit que « Nicolas de la Croix étoit sorti de l'illustre et ancienne 9^?'^ ^°^'^ ^^ 

'■ 1 illustre mai- 



son des Ur- 
sins. 



1. [Jean-Baptiste, évêque de Majorque (1533-1560), orateur célèbre, qui 
ouvrit le concile de Trente, le 13 décembre 1545, par une harangue De reli- 
gions tuenda. Labbe, Conciles, l. XIV, p. 1851.] 

2. [G. ch. III, 1106.] 

3. [La devise d'Alexandre de Campegge était une pyramide au sommet 
de laquelle se trouvait enroulée la tête d'un serpent avec cette inscription : 
Per ardua virtus. — Il fut enterré auprès du cardinal Laurent, son père, 
qui l'avait précédé dans la dignité d'abbé-commeudataire d'Orbais. Leur 
tombeau commun est à Rome, dans l'église de Sainte-Marie du Transiévère. 
On y lisait autrefois l'épilapho suivante : 

f.aurenlii tituli S. Mariœ Transtyberhn 

palris, et Alexandri S. Luciœ in silice filii, 

ex légitima mati-imonio ante 

sacerdolium suscepti, 

ex nolili Cainpegionim Dononiensium familia 

Sanctœ Romatue Ecclesiœ 

cardinalium 

ossa ex eminenti loco 

anno salutis MDLXXf hue translata 

in unum requiescunt. 

Les marquis Emile et Cbarles Malvezzi, héritiers de la famille Campeggi, 
ont fait récemment restaurer la sépulture des deux anciens évêques de Bo- 



106 HISTOIRE DE l' ABBAYE d'ORBAIS 

c famille des Ursins, célèbre dans l'Eglise et dans le siècle K » 
Il fut conseiller d'Etat, aumônier du roy Charles IX, et deux 
fois ambassadeur de Sa Majesté auprez des Suisses % où il fit 
bâtir l'hôtel des ambassadeurs de nos Roys à Solioure\ 

On peut dire, sans faire tort à sa mémoire, qu'il remplit 
entièrement (mais au grand préjudice de cette abbaye et de ses 
pauvres moines) l'idée et la signification de son surnom de la 
Croix, et que jamais on n'a pu faire une plus juste application 
de ce vers pentamètre : 

Conveniunt rébus nornina sœpe suis. 

« Car dés aussitôt qu'il eut prit possession de celte abhaye, 
< dit le mémoire cité cy-dessus, il voulut prendre connoissance 
« de tout son revenu : pour cet effect, il prit, enleva et s'em- 
a para par force et violence d'un grand coffre où étoient con- 
flt servez soigneusement par les religieux tous les titres, char- 
« très, papiers, renseignemens et remarques des biens, droits, 
« domaines, seigneuries et possessions de cette abbaye, les- 
« quelz titres et papiers depuis ce tems-là ont été perdus » 
sans qu'oQ ait pu les retirer ou recouvrer, quelque diligence 
qu'on ayt faite, parce qu'avant son ambassade en Suisse, il 



logue. Depuis 18G8 elle porte une épitaphe nouvelle substituée à l'aucienne 
et publiée dans le recueil de Forcella, t. II, p. 377, u" 1170 ; cf. ibid., 
p. 345, n" 1063. — Adde Auberi, Histoire générale des cardinaux, t. III, 
p. 273, et t. IV, p. 394. — Sur les Campeggi et leurs contemporains, 
V. Tirabuschi, Storia délia letteratura italiana, Milan, 1822-26, IG vol. 
in-S".] 

1. [Les familles de La Croix sont nombreuses, et nous n'avons pu déter- 
miner celle à laquelle appartenait l'abbo d'Orbais. Nous ignorons s'il se rat- 
tachait à la maison des barons de Plancy, vicomtes de Semoinc en Cham- 
pagne, dont était Claude de la Croix, qui fut député de la noblesse du baiF- 
iiage de Sézanne aux Etats-Généraux de loGO à Orléans (Des Etals-Gènc- 
raux, etc.... t. XI, p. 96) et qui mourut «n 1572. Cette maison portait : 
«. D'azur à une croix d'or chargée en cœur d'un croissant de gueules. « Voir 
Bibl. Nat., Cabinet des titres, dossier bleu 5738, n" 1 à 100, avec dessin 
des armoiries.] 

2. [La première ambassade de Nicolas de la Croix on Suisse remonte aux 
années 1562 à 1565. Sa correspondance diplomatique, pendant cette période, 
est conservée dans un manuscrit qui provient du couvent dos Minimes de 
Paris et .qui se trouve aujourd'hui à la Bibliothèque Mazarine, Ms. 1781 H. 
et. Btbliothèque hislorique du I*. Lelong, t. III, n» 30101. Ou verra plus 
loin que la seconde ambassade de l'abbé d'Orbaie auprès des cantons Helvé- 
tiques eut lieu de 1573 à 1577.] 

3. [Soleure.] 



HISTOIKE DE l'aBBAYE d'ORBAIS 107 

les avoit confiez à Jean Aubry, son receveur, quiavoit intelli- 
gence secrète avec Christophe de Gomer, seigneur JuBreuil, qui 
devint après, comme ou verra, l'enuemy de cet abbé et de l'ab- 
baye, et à qui, pendant l'ambassade de Nicolas de la Croix, il 
vendit et aliéna, le sixième avril lbG4, la seigneurie, justice, 
cens et rentes de Verdon et Violaine, moyennant la somme de 
quatre mille cinquante livres, et divertit tous lesdits titres à 
luy confiez, ou peut-être les remit entre les mains dudit Go- 
mer, et sont perdus. 

Cette aliénation, et le refus que Gomer faisoit annuellement 
de fournir la prestation de 39 septiers de grains, partie bled, 
partie avoine, furent la cause principale de leurs grands diffé- 
rents et de la mort précipitée et également tragique desdits 
de la Croix et Gomer, comme on le rapportera dans la suite de 
ce recueil. 

La perte de ces titres et papiers, l'aliénation des seigneuries 
de Verdon et Violaine, ne furent pas les seuls dommages que 
cette abbaye eut à supporter ni les seules occasions que l'abbé 
de la Croix suscita et fournit aux religieux pour exercer leur 
patience, puisqu'en 1563 il avoit encore vendu, le 29° décem- 
bre, les prez de l'abbaye appeliez les Prez-le- Comte, moyen- 
nant la somme de deux cens quatre-vingt livres tournois. Ils 
ont été depuis retirez par le soin, le zèle et la bonne œconomie 
du R. P. Dom Pierre Mougé, en vertu de la Déclaration du 
Roy du [31] octobre 1675 pour les retraits des biens ecclésias- 
tiques. — On verra encore dans son lieu les autres aliénations 
de nos biens par ledit abbé de la Croix. 

Nous rapporterons un peu plus bas un arrest du Grand 
Conseil du 2 avril 1574, en la pronoutiatiou du 16 may 1575, 
où sont repris tout au long les griefs, duretés, mauvais trait- 
temens, refus des pensions alimentaires aux religieux qui furent 
contraints de céder à la violence dudit de la Croix, de sortir, et 
d'abandonner leur monastère et de se pourvoir pardevaut nos 
dits seigneurs dudit Grand Conseil qui prit sous sa garde et 
protection lesdits religieux, qui défend audit de la Croix et à 
ses domestiques d'user de rigueur et de mauvais traittemens, 
ains de porter affection paternelle ausdits religieux, et leur 
enjoint de rentrer et de vivre en commun en ladite abbaye, et 
condamne ledit abbé à cinquante livres d'ameude. Mais le mé- 
moire cité cy-dessus assure qu'ils ne rentrèrent dans le monas- 
tère qu'après la mort dudit Nicolas de la Croix, arrivée le 23 



108 HISTOIRE DE l'abbaye d'orBâIS 

juillet 1577, qui les en avoit chassez et tenus dix ans entiers 
bannis de sa propre authorité et par ses violences ; c'est pour- 
quoy ils n'osoient seulement en approcher, tant la conduite de 
cet homme qui remphssoit si mal ses devoirs d'abbé et de père 
étoit dure et inhumaine envers ces pauvres religieux, les avoit 
effarouchez et bannis de leur propre maison, obligez d'être 
errans, vagabonds, manquans souvent du nécessaire et exposez 
à tous les incouvéniens que traîne après soy une extrême né- 
cessité. 

La mésintelligence de M*" de la Croix et de Christophe Go- 
mer fut très préjudiciable à cette abbaye. En 15G0 on attaqua 
le droit d'usage dont l'abbaye jouissoit paisiblement depuis 
Tanuée 1165 en vertu de l'échange faite avec Henry P'' du 
nom, comte palatin de Champagne et de Brie, qui avoit accordé 
aux abbez et religieux d'Orbaiz tout droit d'usage et à prendre 
bois pour bâtir, réparations, chauffage indifféremment dans 
la forest de Vassy. Gomer, maître particulier des eaux et 
forests de Château-Thierry, profila de cette occasion pour si- 
gnaler et faire éclater sa mauvaise volonté contre l'abbaye. Il 
rendit ua jugement peu équitable, le douzième jour de février 
mil cinq cens soixante et un, par lequel il ordonne qu'il seroit 
seulement délivré aux abbé et religieux par chacun an pour 
leur chauffage la quantité de cent cordes de bois et quatre 
milliers de fagots, sans faire aucune mention du droit de l'ab- 
baye de pouvoir prendre bois-à-bâtir selon leurs besoins dans 
ladite forest de Vassy, et autres droits. — Ou appella de cette 
sentence, on obtint des lettres-patentes du roy Charles IX, 
du 4 may 1567, par lesquelles Sa Majesté confirma à la vérité 
eu partie notre droit, en ajoutant à la sentence de Gomer le 
droit de prendre bois-à-bâtir, mais ne nous accordant que Ics- 
diles cent cordes de bois et quatre milliers de fagots. Ce droit 
est aujourd'huy perdu, ou compensé pour quatre- vingt et 
quelques livres avec Monsieur le duc de Bouillou, eugagiste 
du duché de t'-hâteau-Thierry. Voyez cy-dessus le commen- 
cement et la fin de cette affiiire si préjudiciable à l'abbaye. 
Quand on a une fois fait brèche et donné atteinte aux droits 
les plus justes et les plus anciens, on trouve assez de faux 
prétextes pouren dépouiller les légitimes possesseurs (Chap. V). 
— On trouvera dans notre charlrier, au titre des papiers com- 
muns aux ahhez et religieux, la sentence de Gomer, les lettres- 
patentes de Charles IX et ses successeurs en original, et dans 
un gros écrit en parchemin où toutes les pièces contenantes 



HISTOIRE DE L ABBAYE D ORBAIS 



109 



et concernantes notre droit d'usage sont transcriptes. Item 
toutes les procédures et diligences faites en 1672 par le 
R. P. Dom Félix Mauljeau, premier prieur depuis la Ré- 
forme. 

La mort de Dom Jean Louveau, religieux, prieur claustral 
de ce monastère, prieur du prieuré simple de Notre-Dame de 
Celle, diocèse de Châlons-sur-Marne, suivant ladite Déclara- 
tion du 21 décembre lo47, et vicaire général et perpétuel de 
l'abbé de Saint-Pierre d'Orbaiz, arrivée le cinquième jour de 
novembre 1563, ayant obligé les religieux d'Orbaiz de se choi- 
sir un nouveau prieur, [ils] choisirent apparemment Dom 
Pierre Picot, qui, n'étant pas peut-être au goût de Nicolas de 
la Croix, ledit sieur abbé refusa de le reconnoitre et de luy faire 
délivrer ses lettres et provisions de sou vicaire général|et per- 
pétuel dans ladite abbaye et ses dépendances; ce qui donna 
lieu et fut l'origine de toutes les procédures, difîérens, mauvais 
trailtemeus des religieux par ledit de la Croix, ses officiers, 
receveurs et domestiques ; refus dudit abbé de fournir ausdits 
religieux leurs pensions ahmentaires, vins, bois, vestiaire, 
vases sacrez, ornemens, linges, livres choraux, pour faire dé- 
cemment le service divin, faire réparer l'église, dortoirs, cloî- 
tres, réfectoir, infirmerie, et autres lieux dépendans de ladite 
abbaye. 

La conduite peu raisonnable dudit abbé envers les religieux, 
les mauvais Iraittemens et les menaces qu'il leur faisoit, effrayè- 
rent et intimidèrent tellement ces pauvres religieux que pas 
un ne voulut accepter la charge de prieur qui luy fut offerte, 
et qu'ils abandonnèrent leur abbaye pour n'èlre point davan- 
tage exposez aux duretés du sieur de la Croix le reste de ses 
jours. Dom Pierre Picot n'accepta ladite charge de prieur (qui 
luy fut déférée par les prieurs des abbayes de Saint-Germain 
desPrez et Saint- Victor de Paris et Saint-Martin des, Champs, 
commis par arrest du Grand Conseil du deuxième avril 
mil cinq cens soixante-quatorze pour faire choix d'un prieur 
d'Orbaiz) qu'après avoir obtenu ledit arrest du 2 avril 1574 
contre ledit abbé, dans lequel arrest sont rapportez au long 
les griefs, plaintes, demandes faites par les religieux et à eux 
accordées, et ledit sieur de la Croix condamné à y satisfaire et 
à une amende de 50 livres, et ses receveurs à payer exactement 
aux religieux ce qui leur est adjugé, sous peine d'emprison- 
nement. Voicy une copie de cet arrest du Grand Conseil pour 
le règlement des religieux de l'abbaye d'Orbaiz du 2 avril! 574 
et en la prononlialion du 16 raay 1575. 



1503. 

Mort de Dom 
Jeau Louveau. 



Dom P. Picot 
élu prieur le 
l"'' et 5 no- 
vembre lo63 
par les reli- 
gieux,comme 
on le voit 
dans l'arrest 
cy-aprés es- 
cript. 



110 



HISTOIRE DE L ABBAYE DORBAIS 



ARREST 

<( Henry, par la grâce de Dieu Roy de France et de Pologne, 

< à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Comme 
« procez et instance ayt évocquée, retenue et intentée en 
a nôtre Grand Conseil, entre nôtre amé et féal maître Nicolas 
« de la Croix, abbécommendataire de l'abbaye de Saint-Pierre 
« d'Orbaiz, appellant de la sentence donnée le troisième no- 
<x vembre 1 570 par nôtre amé et féal conseiller en nôtre cour 
« de Parlement à Paris M" Hiérôme Auroux, commissaire exé- 
« cuteur d'un arrest donné en nôtre dite cour le 26 may audit 
« an S procédures faites par ledit Auroux et par les Pères par 
« luy appeliez pour la réformation de ladite abbaye, d'une 
« part, et nos cbers et bien amez frères Pierre Picot, Jacques 
« Odot,et Nicolas Maillard, religieux de ladite abbaye intimez, 
« d" autre. — Et entre ledit de la Croix, Nicolas le Noble, et 
« Jacques le Févre, fermiers de ladite abbaye, appellans d'au- 

< très sentences données par ledit Auroux les 2 et 17 novem- 
a bre audit an 1570, exécutions et saisies faites en vertu 
« d'icelles et de ce qui s'en est ensuivi, d'une part, et lesdits 
a Picot, Odot et Maillard intimez, d'autre. — Et entre ledit de la 
a Croix demandeur et requérant l'entérinement d'une requeste 
« du 4 aoust 1573 tendant afin que ladite réformation soit exécu- 
Œ tée pendant ledit procez pour le regard des mœurs et disci- 
a pliuc régulière seulement, d'une part, et lesdits Picot, Odot et 
« Maillard défendeurs, d'autre.— Et entre lesdits Picot, Odot 
« et Maillard demandeurs et requérans l'entérinement d'au- 
« tre requête du 22 septembre audit an , tendant afin 
« qu'inbibitious et deffenses soient faites aux fermiers de ladite 
« abbaye de payer aucune chose du prix de leur ferme audit 
« de la Croix jusqu'à ce qu'il ait entièrement fait exécuter 
« lesdits arrests et obéy à l'exécution d'iceux, d'une part, et 
« ledit de la Croix défendeur, d'autre. — Et entre lesdits Pi- 
« cot, Odot et Maillard appellans de la vente et adjudication 
« d'une maison, estables et dix-huit arpents de terre dcpen- 
« dantes de ladite abbaye, faite par M'^ Jean. Musquiu, iieute- 
« naut en la prévôté d'Orbaiz, le 20 avril loG'J, d'une part, et 
f ledit de la Croix intimé, d'autre. 

« Sçavoir faisons que, veu par nôtre dit Grand Conseil les 



1. [Alias 26 may 1509.]- 



HISTOIRE DE l' ABBAYE d'ORBAIS 111 

« plaidoyerz et écritures desdites parties esdites instances, 
« lesdites requêtes et arrests donnez en nôtre cour de Parle- 
« ment de Paris le 18 septembre 1568, par lequel est ordonné 
« qu'il sera procédé à la Visitation et réformation de ladite ab 
« baye par le bailly do Vitry ou son lieutenant à Château- 
« Thierry, appeliez deux Pores réformateurs et nôtre procureur 
a audit lieu, et que cependant Jehan Aubry, fermier de ladite 
a abbaye, sera contraint à fournir aux religieux et couvent 
a d'icelle les provisions et choses contenues en son bail à ferme 
« fait audit Aubry du revenu de ladite abbaye du 22 juin 1 561 ; 
« autre bail à ferme ausdits le Févre et le Noble le 8 avril 
« 1568. Ledit arrest de nôtre dite cour du 26 may 1569, par 
« lequel est ordonné que ladite réformation sera faite par l'un 
« des conseillers de nôtre dite cour, appeliez deux Pères réfor- 
« mateurs, et que lesdits religieux seront tenus rentrer en la- 
« dite abbaye, (ils en avoient été ou chassez par les mauvais 
« traittemens de l'abbé de la Croix, ou obligez d'en sortir à 
« cause de ses menaces, et pour se mettre en état de deman- 
« der justice aux juges séculiers sans en être empêchez par 
« ledit abbé), et, en ce faisant, payez de ladite provision à eux 
« adjugée. — Procez-vcrbal dudit Auroux, commissaire exé- 
« cuteur dudit arrest, contenant ladite sentence du 3 novem- 
« bre dont a été appelle. Procédures faites par lesdits Pères 
'( réformateurs dont aussi a été appelle. Autres sentences 
« dudit Auroux des deux et dix-sep liesme novembre audit 
« an, par lesquelles est ordonné que lesdits le Noble et le 
« Févre sont contraints à payer ausdits religieux la somme 
« de douze cens quarante -cinq livres, cinquante-six sentiers 
« de froment et vingt poiaçons" de via pour deux années de 
« leur pension échues au jour Saint-Remy audit an, exploits 
a des exécutions et contraintes faites en vertu desdites sen- 
« tences, dout aussi a été appelle. Sentence donnée par ledit 
« lieutenant de Château-Thierry entre Heloy de Bouge, par 
« nous proveu [sic) d'une place de religieux lay en ladite ab- 
« baye, et les fermiers d'icelle, le 4 août 1568. Lettres missives 
« dudit abbé des 24 juiu 1567, 8 février, dix-sepliesme et 
« 21 may, premier juin, dix-huitiesme novembre, l°^ l'omet 
<( 27"^ décembre 1568, et 17 février 1569. Procez-verbal de la 
« reconnoissance d'icelles, acte contenanù V élection de prieur 
« dudit Picot par les religieux d'icelle des deux et ciîiç no- 
« vembre 1563. Informations des 13 et 20 octobre 1565, 28 
« may, 24 juin et 4 juillet 1568, 15 février et 17 décembre 
« 1569, 28 octobre 1570, 24 décembre 1570, et 12 janvier 1572. 



112 HISTOIRE DE l' ABBAYE d'ORBAIS 

tt Autres arrests donnez en nôtre dite cour les 12 mars 1569, 
« b janvier, 12 août, dernier septembre et 20 octobre 1570. 
« Procez-verbal dudit Musquin, lieutenant d'Orbaiz, contenant 
« la vente et délivrance par luy faites à Nicolas le Noble des- 
« dits dix-huit arpens de terre pour la somme de six ceus 
« livres, et desdites maison et étables à Jacques de Touche 
« pour la somme de trente-cinq livres, dont a esté appelle. 
« A.cte de Lois Gibourg, notaire royal, du 19 dudit mois 
« d'avril 1569. Sentences données par les députez du clergé 
« les 13 juillet 1568 et 11 février 1569. Gontract d'acquisition 
« de soixante-treize livres, douze sols, onze deniers tournois 
« de rente sur la ville de Paris au profit desdits abbé, religieux 
t et couvent du 16 mars 1574. Arrests de rétention desdites 
a causes en nôtre dit Conseil des i février et 6 septembre 
« 1571. Autres arrests de nôtre dit Conseil des 29 novembre 
« 1571, 21 janvier, 6 septembre 1572, 21 juillet et 21 octo- 
« bre 1573, et 6 mars 1574. Conclusions de nôtre dit procu- 
« reur général et tout ce qui par lesdiles parties a été mis et 
« produit par devers nôtre dit Conseil. 

(^1 suivre.) 



LA 

FAMILLE DE CHARTONGNE 



Avaut d'adresser nos adieux aux braves seigneurs duuL le 
petit village de Bertoncourt s'houore d'avoir vu naître les plus 
glorieux représentants, citons la belle page par laquelle 
M. Ch. Pauffin termine sou intéressante description du 
château : 

« Il se passa dans le château de la Folie un fait qui honore 
« trop les maîtres de la Folie et les pères des habitants de 
a Bertoncourt pour ne pas le signaler à la reconnaissance 
a publique. 

« La Terreur n'avait pas encore fini ses jeux cruels, la Loire 
« à Nantes venait à peine de fermer ses abinies, Saint- Denis 
« venait de voir disparaître les ossements de nos anciens rois 
« portés au charnier et la seconde ville de la République, Lyon 
« pleurant ses victimes, voyait fumer encore ses débris amon- 
« celés sous un effroyable bombardement lorsque M. et M""^ de 
« Ghartongne qui vécurent pendant plus de soixante ans dans 
a les liens d'un heureux mariage, en célébrèrent religieuse- 
« ment le cinquantième anniversaire au château de la Folie. 
« Cette cérémonie auguste et sainte eut lieu dans la chapelle 
a en présence de quelques amis fidèles des environs, tous les 
« serviteurs du château s'inclinèrent respectueusement der- 
« rière leurs maîtres prosternés devant l'autel où ils reçurent 
« la seconde bénédiction nuptiale des mains de M. labbé 
« Mouret, aumônier de la maison. La confiance fut telle qu'un 
'« Te Deumy fut même chanté. Eh bien 1 il ne vint à personne 
a dans le village l'idée de dénoncer cette réunion de chrétiens. 
« Les habitants de Bertoncourt ont compris qu'il est un autre 
« moyen de payer sa dette à la patrie et ils le firent en 
« envoyant en 20 ans sous nos drapeaux un chef de bataillon 
« et quatre capitaines tous décorés après nos grandes batailles 



Voir page 27, tome XVIII, de la Revue de Champagne ei de Brie. 



114 LA FAMILLE DE CHARTONGNE 

« de l'Empire. Gravons ici leurs noms avec orgueil et respect 
« ce sont MM. Chariot, Pergant-Pellot, Roilet, Commun aîné 
a et Commun jeune. 

« J'ai donc raison de dire qu'on retrouve en France dans 
« tous les coins le sentiment poétique et patriotique. 

« Mais hélas ! tout finit en ce monde et la vénérable madame 
« de Chartongne décéda à la Folie le 11 juin 1812 à l'âge de 90 
« ans, enlevant dans la tombe les regrets et les bénédictions 
« de tous ceux qui la pleuraient. 

« Si vous dirigez vos pas vers cette contrée, arrêtez-vous un 
« moment au nord derrière l'église toute moderne de Berton- 
« court et donnez une prière à deux modestes tombes de gazon 
(' séparées par une croix eu fer soutenant deux modestes 
« plaques en plomb ^ qui vous indiquent la dernière demeure 
« des seigneurs de la Folie. 

« Mais n'y cherchez pas le petit château, en 1813 les démo- 
« lisseurs ont passé par là et ont rasé ce délicieux manoir que 
« je me suis complu à. rebâtir par la pensée pour ceux de 
« mes compatriotes qui veulent bien encourager mes faibles 
« esquisses. 

CHAPITRE III 
Seigneurs de Tourteron. 

I 

29. Louise de Chartongne, fille d'Adrien et de Claude de 

1. Ces plaques portent les inscriptions suivantes : A la gloire de Dieu 
et à la mémoire de M" Charles-Gabricl-Glaude de Charlongne, ancien 
capitaine au régiment d'infanterie ci-devant du roi c" seigneur de Berton- 
court, Pernan et autres lieux décédé le premier de novembre MDCGGVI, 
âgé de 82 ans et cinq mois. Priez Dieu pour le repos de son âme. De pro- 
fundis, etc. 

A la gloire de Dieu et à la mémoire de dame GabricUe-Angélique de 
Rémonl v° en l"' noces de feu M" Charles-Gabriel-Glaude de (^hartongnej 
ci-devant seig' <le cette paroisse, ancien capitaine au régiment d'infanterie 
ci-devant du roi, décédée le onze juin 1812, âgée de (]ualrc-vingt-dix ans 
un mois et 19 jours. Priez jjour le repos de sou ûmo. Do profundis. .. 

Afin d'avoir pour successeur un parent portant ses armes et son nom, 
Gharles-Gabriel-Claude de Charlongne avait donné par contrat de mariage 
à Claude-Louis de Chartongne et Gabrielle-Augélique de Champagne, sa 
nièce, l'usufruit viager, et à l'aîné des enfants mâles, qui naîtrait de leur 
union, la ])ropriété du château de la Polie, du titre de seigneur et des droits 
seigneuriaux de Bcrtoncourt. Même en l'absence de la transformation poli- 
tique accomplie' depuis, cette libéralité n'aurait pu complètement produire 
son effet, Claude-Louis do Chartongne n'ayant laissé qu'une fille de son 
épouse décédéc après quelques années de mariage. 



LA FAMILLE DE CHAETONGNE 115 

Mérode, née vers 1630, décédée à Vendresse, le 29 septembre 
1686 et inhumée dans l'église paroissiale suivant son intention 
à l'âge de 56 ans, épouse par contrat du 20 juillet 1660 : 

François de la Rocque, escuyer, lieutenant et aide major du 
régiment de cavalerie de M. le comte d'Estrade. 

De cette union sont nés à Tourlerou : 

48. Alexandre de la Rocque, le 5 octobre 1662, décédé à 
Vendresse le 23 février 1685 à Tàge de 23 ans. 

49. Marie de la Rocque, le 26 septembre 1664 qui épouse à 
Vendresse le 4 février 1686, Nicolas Prévost, fils de feu Jean 
Prévost et de Claude Morel. 

50. Antoinette-Nicole de la Rocque, le 18 novembre 1666. 

II 

30. Jean-François de Charlongne, 2'^ fils d'Adrien et de 
Claude de Mérode, seigneur de Tourteron en partie. 
Epouse Marie d'Asinol. 
De laquelle il a : 

51. Thomas de Chartongne, né le 10 février 1666. 

52. Marie-Louise de Chartongne, née le 29 février 1668. 

53. Et Marie de Chartongne, née le 29 septembre 1669. 
Jean-François de Ghartongue était au service en 1667, 

époque, à laquelle il fut maintenu en noblesse par M. de Cau- 
martin, suivant ordonnance rendue à Chàloos, le 20 septem- 
bre de la même année. 

Il est décédé le 22 mai 1670 et a été inhumé le même jour 
dans l'église de Tourteron sous la pierre de marbre qui se 
trouve près du portail, en présence de Frauçois de la Rocque 
son beau-frère et Antoine de Montigny son beau-père. 

CHAPITRE IV 
Seigneurs de Saint-Pierremont. 

I 

44. Louis de Chartongne, fils de Claude et de Françoise de 
Bombelles, chevalier, seigneur de Saint-Pierremont, 0(;hes, 
Fonteuoy, Grimausart, Leplain et Tourteron; capitaine de 
carabiniers, lieutenant des maréchaux de France, fournit au 
roy le 17 juin 1699, un aveu et dénombrement pardevant 
Messieurs les présidents trésoriers de BVance pour la terre et 
seigneurie d'Oches mouvant de Sa Majesté à cause de son 
chcâteau de Sainle-Manehould et qu"il avait acquise le 20 mai 



116 LA FAMILLE DE CHARTONGNE 

précédent de M'"'^ Louis comte de Guiscard, seigneur de 
Mailly, chevalier des ordres du roy, lieutenant-général de ses 
armées et gouverneur de Sedan. 

De son mariage célébré à Condé-lès-Vouziers avec Mar- 
guerite le Prévost de Longpré^ fille de Pierre le Prévost, che- 
valier, seigneur de Grivy, Loisy et Condé et de dame Gabrielle 
de Dermy, il eut : 

Le Prévost. — D'or à trois barres de sable. 

76. Pierre-Gabriel de Chartongne , chevalier, seigneur de 
Grimausart, Saint- Pierremont et autres lieux. 

77. Claude- François de Chartongne, né le 28 juillet 161)5. 
77 Hs. Gabrielle- Angélique. 

7W. Louis. 

79. Claude de Chartongne, né le 23 septembre 169'J et 
décédé le 27 décembre 1702. 

80. Godefroy de Chartong7ie, né le 12 juin 1705. 

81. Louis-Gabriel de Chartongne, né le 30 avril 1706 et 
décédé le li juin 1706. 

82. Claude de Chartongne, dame de Saint-Pierremont, 
Oches, Fontenois, née le !j février 1708 et décédée le 9 mai 
1780. 

Après le décès de Louis de Chartongne arrivé le 23 mars 
1708, Marguerite le Prévost sa veuve rend hommage au roi 
en 1731 pour les droits seigneuriaux qui lui apparlienuentc n 
la terre de Saint-Pierremont. 

Décédée elle-même à l'âge de 80 ans, le 2 mars 1755 elle 
avait épousé eu secondes noces M"^ Louis de Riencoiirt, 
capitaine dans le régiment du Maine, dont elle a eu quatre 
enfants savoir : 

Gabrielle-Marguerite de Riencourt, née le 19 septembre 
1712. 

Anne-Charlotte de Riencourt^ née le 19 octobre 1714. 

Louise- Angélique de Riencourt, née le 23 août 1715. 

Bé Pierre-Louis de Riencourt^ né le 1*"' août 1717. 

Marguerite Lep'"évosl ainsi qu'Angélique sa sœur, épouse 
de Claude de Chartongne, étaient à cause de Gabrielle de 
Dermy leur mère, parentes avec le célèbre bénédictin Mabillon. 

Une lettre du fr. de la Haye à doni Ruiiiart, en date du 24 
juin 1708 et que M. H. .ladarl a reproduite dans son savant 
ouvrage constate cette communauté d'origine en ces termes : 



LA FAMILLE DE CHARTONGNE 117 

« Le village de Saiut-Pierremont dépend de nos pères de St- 
« Denis de Reims pour la moitié, de M''^ de Fontenois, Char- 
« tongne, Beauvais, Neuville pour l'autre moitié. Au commen- 
« cernent du xiii" siècle, l'abbé de Saint -Denis et le seigneur 
« d'Aulry archidiacre de Clullons en étaient seuls seigneurs, 
« la moitié de la seigneurie possédée par ce dernier a passé depuis 
(( ce temps à plusieurs familles distinguées. M'' de la Tour 
a trouva le secret de la faire passer dans la sienne par son 
« argent et après sa mort elle a été divisée entre ses enfants ; 
« Mad^ de Lougpré, sa fille en eut une part, M'' de Failly une 
« autre , M'" de Beauvais une autre , ces deux derniers épousèrent 
« des filles de M. de la Tour qui se nommait Guillaume de 
« Dermy; son fils eut le reste, qui se fit annoblir et prit le nom de 
« Antoine de Dermy, escuier. Le P. Mabillon est parent à ces 
« M''' cy-dessus només par sa mère qui provenait d'une fille 
t de Guillaume Leroy, d'où descendent nos seigneurs pré- 
ce sentement et par la même raison de Madame de Chartongne 
« fille de mad° de Longpré qui a deux parts dans la moitié de 
a la seigneurie. » 

II 

70 his. Gahrielle- Angélique de Chartongne^ fille de Louis et 
de Marguerite le Prévost de Longpré, née à Saint- Pierremont 
le 5 février 1797. 

Epousa le 17 septembre 1724. 

Thomas- Adolphe Renart de Fuchsamherg, chevalier, mar- 
quis d'Arson, seigneur d'Arson, Doux, Parguy, Rubigny, 
Vadimont-le-Phaucon, Vrignes-aux-Bois, Tendrecourt, Vivier- 
au-Gourt, Thiers, Tumécourt et du fief souverain de Saint- 
Basle, sire de Rameluse, etc, grand bailli de l'épéc du duché de 
Mazarin, fils de Charles-Albert Renart de Fuchsamderg, che- 
valier, comte de Moucy, marquis d'Arson, seigneur de Moucy, 
Arson,Doux, Pargny, Vrignes aux -Bois, Vivier. Tendrecourt, 
Saint-Basle, le Faucon, Raillicourt, Rubigny, Vadimont et de 
Marie de Saint- André. 

Thomas- Adolphe Renart de Fuchsamherg né à Paris vers 
1665, capitaine de chevaux légers dans Gouffier, fut nommé 
gouverneur de Rethel le 28 février 1703 à la place de son 
père et sa réception en cette qualité eut lieu le 12 septembre 
de la même année à sa première entrée dans la ville. 

De Fuscharnberg. — D'argent au chêne de sinople englanté d'or, au chef 
d'azur chargé de 3 étoiles du champ. 

Il avait été marié en premières noces à Marie-Antoinette 



118 LA FAMILLE DE CHARTONGNE 

Ferdinande de Boilleaume morte le 14 octobre 1723. Il 
mourut sans enfants de ses deux mariages au château 
d'Arson le 4 décembre 1726, à l'âge de 61 ans et fut inhumé 
dans la chapelle seigneuriale dite de la Vierge en l'église de 
Pargny. 

Gabrielle- Angélique de Chartongne sa veuve se remaria' à 
Retbel le 23 janvier 1745 avec Antoine de Lescuyer , oh&vdXxQT , 
seigneur, de Monligny-sur-Vence, Hagnicourt, Harzillemont 
et Neuvisy, veuf lui-môme de Louise-Béatrix de Monlguyon 
(voir ci-après 3° partie) décédée le 6 mars 1768, âgé de 63 
ans. 

Lescuyer. — D'argent à 3 merlettes de sable. 

L'acte de décès de Gabriellc-Angélique de Chartongne 
morte à l'âge de 96 ans le 22 octobre 1788 l'a qualifié : 
dame douairière d'Hagnicourt et constate qu'elle a été inhu- 
mée le lendemain dans l'église Sainte-Claire d'Hagnicourt. 

m 

78. Louis de Chartongne^ fils de Louis et de Marguerite le 
Prévost de Longpré, né à Saint-Pierremont le 28 octobre 1698, 
y décédé le 26 novembre 1767 à l'âge de 69 ans chevalier, 
seigneur de Saint-Pierremont, Tourteron, Oches, Le Plain et 
Fontenoy, avoue, le 13 novembre 1731 tenir en plein fief, foy 
et hommage tant pour lui que pour Pierre-Gabriel et Marie de 
Chartongne ses frère et sœur, la terre et seigneurie d'Oches à 
eux échue par le décès de leur père. 

Par contrat du 20 juillet 1757 il acquiert à titre de partage 
de Gabrielle- A ngéhque de Chartongne sa sœur, épouse séparée 
quant aux biens de Antoine de Lescuyer savoir : 

La part appartenant à ladite dame de Lescuyer par indivis 
avec ses co-héritiers dans la terre et seigneurie d'Oches et en 
la terre et seigneurie de Tourteron et dépendances ensemble 
tous les héritages au terroir de Tourteron appartenant à la 
cédante tant en fief que roture. 

Par le même acte la dame de Lescuyer vend également à 
son frère un corps du ferme sis au village et terroir d'Oches et 
voisins consistant en maisons, terres, prés el chenevières et 
une pièce de bois sise au terroir de Saint-Pierremont, licudit le 
bois Saussi, contenant 21 arpents, tenant à l'acquéreur d'une 
part, à M. le marquis de Blaisel d'autre. 

Ces vente et abandon à titre de partage ont eu lieu moyen- 
oaut 16,000 1, non remboursable du vivant de la vendcresse 



LA FAMILLE DE CHARTONGNE 119 

sauf l'agrément de celle-ci avec engagement par l'acquéreur de 
payer cà sa sœur le l''" janvier de chaque année 800 1. de 
rente jusqu'au remboursement du principal exigible seule- 
ment après l'expiration des deux qui suivaient le décès de la 
venderesse. 

Le 4 juin 1704, il déclare aussi posséder au même titre de 
fief hommage la moitié de la seigneurie de Fontenoy mou- 
vante du roi. 

Le 31 mai 17(55 tant pour lui que se faisant fort de M'« 
Antoine-Albert-Anne du Blaizel, marquis du Saint-Empire, 
chevalier, seigneur de la Neuville, Pierre-Gabriel et Claude ses 
deux frère et sœur, il avoue tenir la moitié de la seigneurie de 
Saint-Pierremont. 

Du mariage de Louis de Ghartongne célébré le 10 août 
1735 en l'église Saint-André de Verdun avec Elisabeth le 
Chartreux, fille de M™ François le Chartreux, écuyer, com- 
missaire d'artillerie et de dame Anne Doyen sont nés à Saint- 
Pierremont. 

114. Pierre- Gabriel de Chartongne, le 6 avril 1736. 

115. A ngélique-Marie- Françoise. 

116. Marie-Anne-Nicole de Chartongne le 21 septembre 
1739. 

117. Louis- Gabriel de Chartongne, le 12 juillet J742. 

IV 

145. Angéliqm-Marie-Françoise de Chartongne, née à 
Saint-Pierremont le 27 septembre 1737, fille de Louis et de 
Elisabeth le Chartreux. 

Epouse audit Saint-Pierremont, le 30 janvier 1759 : 
Pierre de Fvife, natif d'Omont, âgé de 27 ans, chevalier, 
seigneur de la Grangette. la Folie, Chàtillon, Grimausart, 
Pierremont, Oches, Tourteron et Fontenoy, fils de dé- 
funt Pierre de Finfe, chevalier, seigneur de la Grangette, 
capitaine de carabiniers et de Claude du Puy de Louvercy. 
De cette union sont nés à Saint-Pierremont ; 

Finfe. — D'argent à la croix de gueules cantonnée de 4 lêles de 
mores. 

146. Claude de Finfe, le 18 décembre 1761, et décédée le 
30 mai 1^03. 

147. Pierre-Louis de Finfe, le l'"' juillet 1764. 

148 . Claîide-Antohie-Robert de Finfe, le 28 juillet 1 766. 



120 LA FAMILLE DE CHARTONGNE 

149. Antoinette-Gabrielle- Angélique-Rose de Fitife, le 29 
juillet 1767. 

150. Angélique- Antoinette. 

151. François-Louis de Finfe, le 1 2 octobre 1771. 

V 

150. Angélique-Antoinette de Finfe, fille de Pierre et de 
Angélique-Marie-Frauçoise de Ghartongne, née le 18 décembre 
1768, épouse à Saint-Pierremont le 11 octobre 1787, W" Jean- 
Charles- Louis de Perrin, de Labessière, damoiseau, seigneur 
d'Auceraont et Tanuon, fils de Louis de Perriti de la Bessière, 
chevalier, seigneur d'Ancemont, Tannon, Cabusen. etc., ancien 
lieutenant du régiment de Rouergue, chevalier de Saint-Louis, 
pensionnaire du roy, et de feue dame Jeanne de Fassart d'An- 
cemont. 

De ce mariage est issu : 

175. Antoine Théophile, marié à Victoire de Ghartongne 
(174), sa cousine de la branche de Pimodan. (Voir ci-après, 
3'^' partie.) 

TROISIÈME PARTIE 

BRANCHE CADETTE DES DE CHARTONGNE 



CHAPITRE PREMIER 
Seigneurs d'Arsonville. 

I 

Les fUiartongne sont devenus possesseurs de la seigneu- 
rie d'Arsonville, située à Maizy-sur-Aisne ou la personue 
d'Etienne fondateur de la seconde branche au moyeu de la 
donation qui lui en a été failo par Alexandre d' Arsonville et 
Katherine de Novion sa femme, il i-ésulle de l'aele dressé le 
25 juillet 1 56:'> que celte donation avait été consenlie en faveur 
du futur mariage du donataire. 

Peut-être la parenté ne serait pas étrangère à celle lil)éralilé 
comme semblerait l'indiquer un acte de foy et hommage rendu 
en 1510 par G'aude de Gharlongue, escuier, à Monseigneur 
P>obertde Lenoncourt, archevêque de Reims et abbé de Saïut- 
Rcmy, de la moitié de la terre et seigneurie de Wariscourt et 
ses appartenances, parlissant i)ar moitié îi l'enconlre de .Jacques 
de Nottviun, seigneur de l'autre moitié da ladite terre mouvant 



LA FAMILLE DE CHAETONGNE 121 

du chastel de Cormicy, à lui escheue par le trespas de feu 
Jeûaa de Ghartongûe son père. 

Novion. — D'azur à la bande d'or, accompagnée de 3 colombes d'ar- 
gent en 2 chefs, l'autre en pointe. 

La seigneurie d'Arsonville existe encore actuellement à 
gauche en entrant du côté de Beaurieux un peu avant d'arri- 
ver à la mairie. C'est une ferme bordée d'un côté par la rue 
principale et de l'autre par le canal. On remarque encore du 
côté de la rue une demie tour en saillie et en cul-de-lampe. 

Arsonville paraît venir d'Axonce villa, villa, maison de cam- 
pagne sur l'Aisne et en effet les anciens titres prouvent que le 
fief touchait autrefois à la rivière qui a été reculée plus loin 
dans la campagne Ce nom pourrait aussi venir d!Arx in villa, 
maison de campagne fortifiée. 

Outre le fief dont nous parlons et ses dépendances qui com- 
prenaient une soixantaine de pièces de bois, prés et terres 
labourables, les de Ghartongne possédaient encore à Maizy 
un château situé derrière l'église dans un endroit occupé par 
des vignes qu'on appelle encore aujourd'hui le château et qui 
appartient depuis quelque temps à un cultivateur de Mérival. 
Un bois ta:illis situé sur le chemin de Maizy à Révillon porte 
le nom de garenne Arsonville, mais ce n'est pas l'ancien fief, 
c'en était seulement une dépendance. 

Les vieillards de Maizy ont vu enlever les derniers matériaux 
« du château » qui formait jadis la résidence habituelle des de 
Ghartongne. Les châtelains entraient à l'église par une porte 
qui leur était spéciale placée à portée de leur chapelle de Saint- 
Jean dans laquelle, indépendamment de plusieurs pierres 
tombales qu'on ne peut plus lire, se trouvent les tombes de 
Messire Alexandre d'Arsonville, écuyer de Monseigneur le 
prince de Bourbon-Gondé, comte de Rouci et de sa femme 
Gatherine de Novion. Cet Alexandre descendait de Jehannot 
d'Arsonville qui servait en 1537 sous le maréchal de la 
Marche '. 



1 . Les pierres lombales situées dans la chapelle dédiée à Saint-Jean 
l'Evangéliste qui occupe le bras droit du transept sont placées à plat devant 
l'autel de manière à former le pavé, les pièces étant juxlaposées, celle de la 
femme à ia droite de celle du mari, les pieds tournés vers l'autel, c'est-à- 
dire vers l'orient. Elles ont chacune deux mètres de longueur et 80 centi- 
mètres de largeur, y compris une bande de deux centimètres environ qui se 
trouve en dehors de l'inscription et qui règne tout autour de chaque pièce. 



122 LA FAMILLE DE CHAETONGNE 

Les d'Arsonville sont demeurés à Maizy après la cession 
de leur titre jusqu'en 1720, comme il est prouvé par l'acte de 
décès de damoiselle Julie d'Arsonville morte à Maizy le 25 
mars 1720 âgée de 72 ans et enterrée le lendemain dans le 
cimetière du lieu. 

Les seigneurs d'Arsonville et ceux de Magneux et Ormont 
dont nous nous occuperons ci-après, relevaient des comtes de 
Roucy, personnages très puissants et comptés parmi les plus 
hauts barons de la couronne. Ils étaient tenus non-seulement 
de les servir dans les guerres, mais ils leur devaient encore la 
garde du château de Roucy pendant un certain temps de 
l'année lorsqu'ils en étaient requis, sauf par le comte de les 
nourrir et de les loger, eux, leurs gens et leurs chevaux 
pendant le môme temps. Ils leur devaient également foy et 
hommage, aveu et dénombrement et serment de fidélité 
lorsqu'ils entraient en possession de leur seigneurie; ils 
étaient aussi tenus d'assister avec leurs officiers aux assises 
ou plaids généraux qui se tenaient à Roucy pour rendre les 
ordonnances et règlements de police, corriger les abus, punir 
les délinquants et reconnaître les droits dus au comte. 

Voici d'après le papier terrier obtenu du roi par François II 
de Roye de la Rochefoucauld le 4 juillet 1676 les droits sei- 
gneuriaux dus aux comtes de Roucy. 

Aux comtes de Roucy appartenait. , . le droit de partage dû 
par les seigneurs de Maizy, notamment le droit de chasse dans 
toute l'étendue du comté et des fiefs en dépendant, le droit de 
pèche et passage sur la rivière d'Aisne et de péage sur les mar- 
chandises passant soit en montant, soit en descendant sur 
ladite rivière, depuis l'embouchure de la Suippe jusqu'au port 
de Vailly, le droit de péage par terre et par eau dans le lieu de 



Les coins sont garnis des emblèmes airéreiils aux quatre érangélistes, le 
blason qui se trouve sur la pierre du seigneur d'Arsouville est celui que 
portu actuellement la maison do Novion ; celui qu'on lit sur la tombe de la 
femme est probablement l'écusson de Novion ancien Ces monuments sont 
sans doute dus à la reconnaissance d'Etienne de Chartongne. Parmi les 
textes figurant sur la pierre du mari, sn remarque ces deux vers latins : 

Ultima judicii mortales hora videbit 
Laturos factis pectora digna tuis. 

Le sens de ce distique pourrait se rendre assez exactement par les deux 
vers suivants : 

Quand Dieu viendra juger les mortels éperdus 
11 trouvera des cœurs digues de tes vertus. 



LA FAMILLE DE CHAETONGNB 123 

Maizy, les droits féodaux, de quints, requints, reliefs, au- 
baines, mortemains, bâtardises, confiscations épaves, biens 
vacants, et les hauts services sur la rivière d'Aisne. 

Les appels des justices de Maizy, Magneux, Ormont, etc. . . 
étaient du ressort du bailliage de Roucy qui avait droit de pré- 
vention dans ces justices, c'est-à-dire qu'en cas de négligence 
de leurs officiers, les officiers du bailliage de Roucy avaient 
droit de poursuivre les procès civils et criminels. 

II 

3. Etienne de Chaftongne, écuyer, seigneur d'Arsonville, 
deuxième fils de Laurent, comparait dans le jugement du 30 
juillet 1579 qui a pour objet le partage des biens dépendant 
des successions de son père et de Marie de Saint-Quentin sa, 
mère; le 25 avril 1572 il fait acte de foy et hommage à 
François comte de La Roche-Foucault à cause du fief et 
terre d'Arsonville et en 1603 il donne sur parchemin le 
dénombrement de sou fief à Monseigneur Charles de Roye de 
la Rochefoucauld pour lors comte de Rouci. 

De son mariage avec Marie de Lizaine sont nés : 

7 . Luc de Chartongne. 

8. Alexandre. 

9. Charles. 

10. Pierre de Ckariongney écuyer, sieur de Bellefontaine. 

1 1 . Louis. 

12. Antoinette de Chartongne. 

1 3 . Françoise de Chartongne. 

III 

8. Alexandre de Chartong7ie, second fils d'Etienne et de 
Marie de Lizaine, écuyer, seigneur d'Arsonville, assiste au 
contrat de mariage de Charles son frère le 13 janvier 1598, 
comme fondé de procuration spéciale d'Etienne leur père. 

Il eut de son mariage avec Elisabeth Le Blond, deux 
enfants : 

16. Charles de Chartongne, mort en 1639. 

17. Pierre. 

Elisabeth Le Blond mourut le 10 juin 1604, d'après son épi- 
taphe que l'on remarque encore, dans la chapelle de la 
Vierge de l'église de Passy-Grigny : 

« En ce cercueille funèbre est le corps et la cendre deliza- 



124 LA FAMILLE DE CHÀRTONGNB 

« bethe de Blond espouze dalexandre de Chartongne darson- 
« ville escuyer et seigneur quy luy mit ce lobeaux pour son 
« loz et Ihôneur de sa fidélité, sa noblesse et vertu, dont la 
a terre privez le cielle san est uestuz. » (Le marbre noir qui 
contient cet éloge est incrusté dans le mur.) 

IV 

17. Pierre de Chartongne, fils cadet d'Alexandre, écuyer, 
seigneur d'Arson ville, mort en 1G81, advoue et confesse le 11 
juin 1639 tenir en fief, foy et bommage à cause des succes- 
sions à lui escbeues tant par le décès de feu Alexandre de 
Cbartongne vivant son père que de feu Cbarles de Cbartongne 
aussi vivant son frère aisné. (Suit le dénombrement du prin- 
cipal et accessoire du fief d'Arsonville.) 

Il a pour fils : 

32. Benjamin. 

32. Benjamin de Chartongne, fils de Pierre, écujer, sei- 
gneur d'Arsonville, capitaine-lieutenant d'une compagnie de 
cbevaux légers dans le régiment de Monsieur le marquis de 
Rouvroy en 1682, chevalier du cordon militaire de Saint-Louis 
en 1707, lieutenant-colonel au régiment de cavalerie de Mon- 
seigneur le duc de Bourbon et mestre de camp au jour de son 
décès, rend hommage le 17 février 1682 pour le fief d'Arson- 
ville. La pièce se termine par ces mots : « Promettons à Mon- 
« seigneur le comte de Rouci foi de fidélité et serment tel et 
« autant qu'il appartient pour le fief d'Arsonville, protestant 
« que si peu ou trop avons mis au présent dénombrement 
« qu'il ne nous puisse préjudicier à présent ni à l'advenir ou 
« aider à Mgr le comte dudit Rouci ains le corriger sitôt qu'il 
« viendra à notre connaissance ouque nous en serons requis. » 

Sa première épouse René-Thérèse Anger de laquelle il n'a 
pas eu d'enfants, est décédée à l'âge de 35 ans le 19 juillet 
1707 et a été inhumée le lendemam dans l'église de Maizy eu 
la chapelle Saint-.] ean. 

Benjamin de Chartongne est lui-même décédé à l'âge de 90 
ans le 1 octobre 1721 et il a été enterré dans la môme chapelle. 

Il avait épousé en secondes noces Marie- Anne Clemenceau 
décédée en son château le 11 avril 1760 âgée de 711 ans et de 
laquelle il n'a eu qu'une fille : 

1)4 . Marie- Anne-Elisaheth-denevieve. 

[A suivre.) 



LES FIEFS 



DE 



LA MOUVANCE ROYALE DE COIPFY 

RÉPERTOIRE HISTORIQUE & ANAIYTKJCE 
PRÉCÉDÉ d'une Étude sur les fiefs 



Bourbonne, au surplus, était revendiqué par le comte de 
Champagne et par le comte de Bourgogne. Il finit par être défi- 
nitivement attribué à la Champagne '. 

En tous cas, le droit de suzeraineté, eu tant qu'autorité féo- 
dale, pour l'un comme pour l'autre des deux prétendants, de- 
vait être assez mal défini et manquer de sanction, puisque le 
seigneur principal de Bourbonne était, en sa qualité de pro- 
priétaire d'alleu exempt de tout hommage et de tout devoir 
envers quelque seigneur que ce fût. 

On ne saurait indiquer à quelle époque la puissante maison 



• Voir page 3o, tome XVIII, de la Revue de Champagne et de Brie. 

1. Les prétentions des comtes palatins de Bourgogne pour l'attributioti 
de Bourbonne à leur comté n'étaient pas si mal fondées qu'on s'est plu à 
l'avancer. 11 ne faut pas oublier, en effet, que, jusqu'à l'époque de la Kévo- 
lution, celte ville a fait partie, sous le rapport spirituel, de l'archidiaconé 
de Faverney et du diocèse de Besançon. Or, il est admis, au moins, en 
thèse générale, que les divisions ecclésiastiques ont été établies, à l'origine, 
conformément aux divisions administratives de la Gaule sous les Romains. 
11 s'en suivrait que Bourbonne aurait appartenu à la province Séquanaise, 
qui devint plus tard le comté de Bourgogne. Du reste, à la fin du ïiii" 
siècle et au commencement du suivant les comtes de Bourgogne comprenaient 
parmi leurs vassaux : 1° vers 1290 le Sire de Choiseul pour bour- 
bonne (Gollut. Mém. sur la République Séquanaise, édit. de 1846, col. 604); 
2" en 1313 : Monsignor Renard de Choissuel et ma-dame Guillaume de 
Borbone et autres signer qui de tour tiennent ensemble tous les hom- 
mes et habitons de la ville de Borbone et tours biens comme ceulx que 
Von avoe a esire du /"i/e ilege de la conté de Bourgoingne. (Arch. départ, 
do Dijon. Ftblioth. Borv., D"' Bougard, p. 22 et suivantes.) 



126 LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 

de Choiseul est entrée eu possessioa de Bourbonne. On cons- 
tate seulement que dès le xiii" siècle elle y dominait \ 

Au siècle suivant, le 26 mai 1324, Regnard ou Renaud de 
Choiseul vendit au roi Charles le Bel, pour une rente annuelle 
de 200 livres, et sous la réserve de son château et de ses dé- 
pendances, la moitié de ce qu'il possédait à Bourbonne, tant 
eu justice qu'en bois, droits de foires et marchés, ban- 
vin, produit des bains et autres redevances, avec la garde 
complète des fiefs, arrière-fiefs et établissements religieux. Il 
accorda, en outre, au souverain, « son receu » dans son châ- 
teau, « leguelx chatel » comme il est spécifié dans l'estima- 
tion qui fait suite à l'acte de vente, « nest rendauMe à 
nulz-. » 

Reudable à nul I C'était bien là un des caractères essentiels 
du franc alleu, de la terre libre, ne relevant d'aucun seigneur 
ni en fief ni en censive. Mais cette qualité, déjà fort menacée 
par l'immixtion partielle du souverain à sa possession, n'allait 
pas tarder à disparaître. 

Quelques années plus tard, en effet, au mois de juillet 1338, 
Guillaume P'' de Vergy-Mirebeau, gendre de Reguard de 
Choiseul, et à ce titre seigneur de Bourbonne, se reconnaissait 
l'homme lige du roi de France et soumettait son château et 
son domaine « de franc aluef «, à l'hommage du roi, qui 
lui abandonnait en échange, à perpétuité et en toute propriété, 
la portion de seigneurie acquise en 1324, à l'exception des 
fiefs et des bois^ Ce fut la fin de l'alleu de Bourbonne qui 



i, M. Lacordairc attribue à Heuier de Choiseul la qualité do seigneur de 
Bourbonue, à Toccasion de la fondation, eu 1084, du prieuré de Varennes, 
dépendant de Tabbaye de Molesnie, et de la douatiou du domaine de Coifly, 
en l'au 1101. Nous n'avons rien trouvé, dans les deux chartes mentionnées, 
qui justifie celle assertion. La même observation pourrait s'appliquer à Re- 
nier de Choiseul, dit le jeune, qu'il semble avoir conCondu, d'après le texte 
de 1182, qu'il cite, avec un seigneur de la maison de Bourbonne Rainerius 
dominus Borbone. (Los Seigncvrie cl féavllc de Bovrbonne, p. 12 et 13.) 

2. Voir la teneur de cet aclo dans l'ouvrage de M. Lacordaire, pages 42 
à 49. 

3. Le texte complet de ce document ayant déjà été reproduit, nous n'en 
citerons que la première partie nécessaire à la juslilication des interpréta- 
tions qui suivront : « Philippes, par la grâce do Dieu, Koys de Franco, 
savoir faisons à tous présens et à venir, que comme uoslre amé et féal Guil- 
laume de VcTgy, sire de Mireboal, chevalier, disant qu'il teuoil le chasLol 
de Bourbonne avecques quatre cens livrées de terre ou environ en la chas- 
tellenic et es apartenances dudist chastel et en la ville de Corcbau sur la 
rivière de Vigenne, de franc aluef, ait repris de nous le ehasteal et les qua- 



LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 127 

devint dès lors et détmîtivement uu fief de la mouvance de 
GoifFy. 

Par l'effet de celte donation, à laquelle le duc de Normandie 
ajouta au mois de septembre 1344, avec confirmation du roi, 
son père, par lettres du l'"' mars 1345 (N. S.) cinquante livrées 
de terres composant les fiefs de la dame de Montureux et de 
Guy de Raigecourt, à Bourbonne, ainsi que certaines rede- 
vances en avoine \ le domaine parlable resta, sauf les bois et 
la garde des fiefs, en la main des seigneurs de Bourbonne, jus- 
qu'au moment où, à la faveur de la minorité des enfants de 
Guillaume II de Vergy, petit-fils du donataire, les agents du 
domaine royal en reprirent possession, par un motif qui est 
resté inconnu. 

Quoiqu'il en soit, Jean de Bauffremonl , fils d'Henri de 
Bauffremout et de Jeanne de Vergy, seule survivante des en- 
fants mineurs de Guillaume II de Vergy, réclama sa réinté- 
gration dans la propriété usurpée sur sa mère et obtint même 
du roi des lettres de confirmation des donations antérieures. 
Mais la Chambre des Comptes refusa de les enregistrer. En 
1460, la question n'était pas résolue et un procès était pendant 
devant la Chambre du Trésor. Aussi, dans son dénombrement 
de Bourbonne, daté du P'" novembre de cette même année, ce 
seigneur fait-il, à cet égard, réserve expresse de ses droits et 
déclare-t-il que, s'il n'eSt pas rerais en possession des fiefs en 



tre cens livrées de terre dessus dites à tenir en fîelige do nous, de nos hoirs 
et successeurs, ensamble les choses que nous li donnons, si comme ci-après 
est contenu : Et avec ce nom a juré, pour luy, ses hoirs et succeseurs, foy 
et loyauté pourter à nous et nostre chière compaigne la Royne, et à noz 
enfans et à nos hoirs, envers tous ceulx qui pourront vivre et mourir et 
contrester elTorceement de tout son pouvoir à noz annemis, especialement à 
ceulx qui vouldroient entrer à force d'armes en nostre royaume pour y por- 
ter dommage. Nous pour considération de ce, de grâce especial et de nostre 
libéralité royal avons donné, cessé et transporté, donnons, cessons et trans- 
portons audit Guillaume pour lui, ses hoirs et successeurs à touz jours mais, 
en héritage perpétuel, toutes les choses et tout le droit que nous avons en 
la ville de Bourbonne, commune entre nous et ledit chevalier, pqur cause (?) 
de ses eni'ans, tant en justices, seigneuries, tailles, ventes, minages, paa- 
ges, seel, escriptures, bains, moulins, gélines, cens, oublies, corvaiges, 
criages, fours, bans et esbonnemens, quant en quelconques autres choses 
que nous et ledit chevalier avions en commun en ladite ville, tant en propriété 
comme en saisine, excepté tant seulement les fiez et les bojs que nous rete- 
nons à nous, etc..., etc Ce fu fait à Conflanz lès le pont de Gbarea- 

ton, l'an de grâce mil GCG XXXVIII, au mois de juillet. » 
1. M. Lacordaire, p. 242. 



128 LES FIEFS DE LA MOUVANCE BOYADE DE COIFFY 

litige, le pacte de 1348 aura cessé d'exister et que sa terre 
reprenant son état de franc alleu, ne sera plus sujette à l'hom- 
mage-lige^ 



1. Le dénombrement du l" novembre 1460, dont nous avons découvert 
récemment l'original aux Archives nationales, à Paris, est d"un tel intérêt 
pour l'histoire de la seigneurie de Bourbonne que nous croyons utile d'en 
donner un extrait : « A tous ceuli qui ces présentes verront et orront, 
Jehan de Beffroymont chevalier seigneur de Mirebel et de Bourbonne, salutt 
Saichent tuit que je congnois confesse et advoue tenir en foy et hommaige 
du Roy nostre sire, à cause de ses prévostés, chastellenies et ressort de 
CoilTy et de Montigny, les terres hommaiges seignories droiz et possessions 
dont cv après sera faict déclaracion en la manière que seusuit. Et première- 
ment en ma ville de Bourbonne a une seiguorie appellée la grant seignoriee 
partable par moitié au Roy nostre dit seigneur et a mo}' par indivis, qui fut 
acquise et achettée par le feu Roy Charles, en l'an de grâce courant mil, 
CGC vingt-quatre de leu messire Regnard de Choiseux, chevalier, à son 
vivant seigneur dudit Bourbonne, de laquelle seignoric la déclaracion s'en- 
suit. C'est assavoir que en ladite ville a toutes manières d'officiers en icelle 
seignoriee comme prevoslz, sergens, tabellions et autres, et puet bien 
valoir la prevoslé et explois de justice, partable comme dit est, par commu- 
nes années X livres T. Item le tabellionnaige, partable comme dessus, puet 
bien valoir par an XL s. T. ; Item le four bannal en ladite seignoriee puet 
bien valoir par communes années LX. s. T. ; Item la vente audit Bour- 
bonne en laquelle le Roy et moy n'avons que la moitié à cause d'icelle sei- 
gnoriee, laquelle moitié partable comme dessus puet bien valoir par communes 
années XI. L. T.; Item en ladite ville deux foires cbacuu an, c'est assavoir 
à la Sainl-Lorend et à la Saint-Remy, lesquelles foires se tiennent l'une en 
la halle de cest, et lautre en la halle devant le chastel appelle le Pailley, et 
chascun jeudi marché qui sont partables comme la vente cy-dessus. It(;m 
audit Bourbonne a une maison que l'on appelle la maison des bains et eaue 
chaude, partable comme dit, que l'on admodic diacun an au plus oIFrant, et 
puet valoir par an VIII. L. T. ; Item tous les habitans en icelle seignoriee 
achettans héritages doivent à cause de lous XII. D. par livre que l'on admo- 
die chacun an et puelent valoir X'V. s. T. ; Item le ban vin de ladite ville 
ouquellc le Roy et moy n'avons que la moitié à cause d'icelle seignoriee par- 
table comme dessus, puet valoir par an en notre part X. s, T. ; Item les 
taillagcs, criages (o) et saunaiges, langues et langlots [b), partables comme 
dessus, puet bien valoir par communes années X. s. T. ; et quant il y a 
un ladre, le Roy et moy uy avons riens. Item cy-après s'ensuit les noms 
des habitans estant à présent en icelle seignoriee et les franchises et condi- 
cions dont ilz usent. Et premièrement, Pierre Horgcrel, Vincent de Che- 
saux, Morel son Clz, Jehan Ducnot, Aubry, Simon Giruaul, Jehan Legris, 
Jehan Morelct, Jehan liurel, Jehan Guiot, Barat, Perrot Regnaudel, Mon- 



(a) Criage, droit dû pour le cri ou publication du via à vendre en détail 
(Glossaire du Gange). — Taillage, droit dû pour la vente en détail. (Id.). 

(6) Langlots pour otiglots, pieds et certaines parties de la fressure des ani- 
maux de boucherie. 



LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 129 

Le résullal ne répoudil pas aux espérances de Jean de 
Baulfremonl. La seigneurie parlable continua d'exister, sans 
le réLablissemeut du franc alleu. Peut-être une compensation 
lui fut-elle accordée; mais un fait certain, c'est qu'à l'avenir 



siu Greiiant, Jehan (jiruaut, Thierry Joll'roy, Jehan Tacheret, Simon Gil- 
lot, Jehan de Cliampaigno, Jehan Moiniot, Mongin Baral, Jolîroy Goussel, 
Pierre Arnym, Odo Viart. Girard Labaille, Michot iMagnien, Bernard Mon- 
net, Jehan Charton, Simon Magnien ; Item lesdits habitans sont charlrés et 
de coustume, chacun an à la my-karesme sont esleuz trois gouverneurs 
appelles eschevins pour toute la ville entièrement, qui font les tailles appel" 
lées les eschiefs et gouvernent toute l'année entière, en faisant le.squolz 
eschiefz je dey avoir mon prevost ou autre ofScier quelqu'il me plaira avec 
lesdits eschevins, desquels eschevins moy ou mes gens et officiers recevront 
les sermeus eu tel cas accoustumé, et puellent bien valoir lesdits eschiefz 
qui sont en ladite seignorie partable comme dessus, par communes années 
VIII liv. T. qui se paient à deux, termes, c'est assavoir les deux pars à la 
Saiut-Remy et le tiers aux bordes ; Item tous les habitaus d'icelle seignorie 
doivent par chascune bête trahant au terme de la Saint-Martin d'iver ung 
penault froment et ung penault avoine à la mesure dudit Bourbonne. A 
appelle les cornaiges et puellent bien valoir à présent par communes 
années XXIX penault froment et XXIX penault avoine, qui pueieut 
valoir cent S. T. Item au finaige dudit Bourbouue, à cause dïcello 
seignoriee le Roy notre sire et moy avons bien environ IIII c. 
arpens de bois dont oncques je ne viez faire vendaison ne vente et s'amodie 
le pasnaige environ X s. T. ; Item est deu chacun an au lendemain de Noël 
plusieurs menues parties à cause de censé par moitié comme dessus, tant en 
pain blanc, gélincs, ou terme que dessus. Lesquelles choses par avant ledit 
acquectz par icelluy seigneur Roy audit de Ghoiseux, mes prédécesseurs 
avoient tenus et tenoient de franc allucd sans de riens en estre hommes des 
Roy de France ne autres seigneurs. Or est ainsi que par avant ladite acqui- 
sicion le Roy nostre sire n'avoit riens en ladite ville de Bourbonne, mais 
la tenoit de franc allued et retint ledit chevalier feu messire Reguard de 
Choiseux a soy plusieurs beaux droiz dont mes prédécesseurs et moy avons 
joy, c'est assavoir qu'il retint et mist hors dudit acquestz et compaignie pour 
luy et ses hoirs meuvant de franc allued mon chastel dudit Bourbonne, les 
fossés autour, la grange devant la place et halle de cest, jusques à mon 
dit chastel, mon culty (a), mes vignes, prez. terres, gaiugnages (6), rivière 
cornaiges de bestes (c), cens, gélincs, corvées de charrues, de bras, mon 
loingnier (d), ma justice en tout mondit chastel et appartenances d'ieclluy et 
les fiedz, lequel mon chastel n'est reudable à nulz seigneurs et plusieurs 
autres droiz plus avant declairez es lettres dudit acquest que a le Roy notre 
dit seigneur eu sa chambre des Comptes à Paris, dont j'ay la copie devers 
moy; et depuis par le Roy Philippe et le Roy Jehen son hlz, que Dieu par- 

(a) Cully, cullis, jardin potager, verger (Glossaire du Gange). 
(';) Gaingnage, terres en culture (id-)- 

(c) Cornaige de lestes, le cornage était une redevance due au seigneur 
pour les bêtes à cornes (id.). 

(d) Loingnier, longnier, provision de bois, obligaLiou de la voiturer. Le 
mol lignier ou lignière avait la même signification. 



130 LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 

les seigneurs de Bourboouc conlinuèrenl à énoncer, dans leurs 
dénombrements, sans formuler aucune revendication ni ré- 
serve, le domaine parlable dont la propriété l'esta bien réelle- 
ment commune entre les deux seigneurs. 



donne, et châscun d'eux pour plusieurs services que leur fit feu (luillaume de 
'Ve''gy, père de madame ma mère (a), dame Jehanne de Vergy, dont j'aj 
eu cause, donnèrent audit Guillaume de Vergy pour lui et ses hoirs, leur 
part et droit d'icelle seignorie ainsi acquise au prix de deux cens livres t. de 
tente, dont dès lors fut possesseur, moyennant que par perpétuelle donacion, 
il esloit home du Roy dudit chastel et do toutes autres terres, seignories et 
possessions ainsi retenues et réservées par ses prédécesseurs Regaard deChoi- 
seux audit vendaige; faisant lequel de Vergy après son trespas laissa madite 
dame et mère en mynorité, non ayant congnoissance a'icellos lettres et jusques 
nagueres que par moy ont esté trouvées et présentées au Roy nostrc sire qui 
les a confirmées et ratiffiées, voulant sortir leur effect, et ne rest que la vérif- 
ficaciou d'icelbs de nosseigneurs de la Chambre des Comptes à Paris et du 
Trésor ou de présent le procès est pendant pour le renvoy de mesdits sei- 
gneurs de la Chambre, pourquoy je fais prolestacion et réserve que ou cas 
que icelles lettres ne seroient du tout expédiées et que joïssement ne me 
seroiont donné du contenu en icelles, de reprendre en main mondil chastel 
et seignorie et les autres choses réservées franches et quictes de homaige et 
les tenir de franc aluef, comme mes prédécesseurs et mo}»^ les avons tenus 
du temps passé, sans ce que moy ne ceulx qui de moy auront cause ou 
temps advenir seigneurs de Bourbonue soyent eu riens tenus d'en demeurer 
ne estrc hommes ne subgicz du Roy nostre seigneur et ses successeurs Roys 
de France, jusqu'ad ce que j'auray plaiu joïssement dudit don fait à mesdiz 
prédécesseurs et euterinemenl desdiles letties de don et confirmation et de 
povoir renoncier ce dit présent dénombrement. Item sur une rivière dudit 
Bourbonne a ung moulin appelle le moulin de n. Rcgnard près de l'Oppilal 
de Saint-Anthoine. sur lequel le commandeur dudit hospital prent chacun 
au un muid de bled, et s'il valoit plus le Roy et moy prenons le surplus 
chacun par moitié. Item la justice haulte dudit Bourbonne et les actraires (/;) 
quand elles y advienuenl la moitié d'icelle est au Roy nostre dit seigneur et 
a moy par moitié par indivis, et l'autre moitié est a moj' siugulièremeut a 
cause de mes autres dites seignories particulières qui cy après seront déclai- 
rées ; item toutes et quantelfois que j'ay mcslier de viande, je la puis pren- 
dre au regard des cschevins paiant les deniers lauxés par lesdits esclievios 
ensemble mon prevost et lesdits échevius le puelleut paier do mes deniers 
prins sur mes eschiefs (c) et autres deniers à moj' dchuz et par termes mes 



(a) 11 y a certainement une erreur dans celte désignation. Jeanne de 
Vergy n'était pas la fille, mais bien l'arrièrc-pelite-fille de Guillaume I"' de 
Vergj-, qui avait contracté les obligations défuiies dans les lettres de 1338. 
— Elle était fille de Guillaume II de Vergy, mort eu \']'i. (Voir l'Histoire 
Généal. de la maison de Vergy, par André du Ghesue.) 

(6) Attrahière (ou actraire) droit du seigneur d'attirer à soi et de s'appro- 
prier les biens des criminels, aubains, bâtards et serfs. (Du Cangc.) 

(c) Eschiels, redevaucc due au seigneur par chaque feu ou ménage. 



LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 131 

Le 14 août 1574, Erard do Livron déclare encore, dans son 
aveu, ce qui suit : « Audit Bourbo7me sont deux seigneuries, 
une particulière appartenant à nous pour le tout, et t autre 
seigneurye est partable par moictyé au Roy notre dit sire\ » 

A quelques anuées de là, en 1589, à la suite des aliénations 
du domaine Royal, la portion partable de Bourbonne, dont on 
excepta les bois, fut engagée, pour la somme de 5040 livres, à 
Erard de Livron, seigneur du lieu, qui la transmit à ses des- 
cendants^. Reprise et remise en vente, elle fut définitivement 



dits hommes de Bourbonne (sont obligés) de attendre lesdils deniers des cho- 
ses par moi prinses jusques au jour que les eschiefz sont dehuz \ item je doy 
avoir tous ouvriers en ladite ville pour la fortifticacion et garde de ma for- 
teresse et autrement au regard desdits echevins. Item au regard du bonne- 
rot [a] de mondit chastel je tiens plusieurs héritaiges dont cy après est la 

déclaracion (En voici la déclaration abrégée : Au-dessous du château 

sur i.espance 16 fauchées de pré, cinq au Breuil de Monsterul, trois au 
point de la Châtre appelées le Breuil de Lignon, cinq au Breuil de la Ro- 
chelle, cinq au Breuil de Mailley ; une corvée de cinquante journaux déterre 
en Charmiliot ; autres corvées de trente journaux au-dessus du pré Gaul, 
de cinquante journaux en Cersoix, de six journaux en la Censé; le vieil 
étang du Vivier, un autre étang, le vieux moulin de la Châtre et ses appar- 
tenances ; trente ouvrées en la vigne de Craix ; douze ouvrées en la vigne 
du champ Huon; une vieille place dite l'éLaug Baudot.) — ce Item à cause de 
mes autres seignories dudit Bourbonne non partables avec le Roy nostre dit seil 
gneur j'ay et tieng plusieurs bois de haulte forestz ; premièrement à cause de 
ma seignorie appellée la seignorie de Monsterul, de la Rochelle et de Mailley, 
IlII c. arpens de bois, etc. .. Item j'ay et tieng audit Bourbonne plusieurs 
seigneuries particulières qui sont à moy et me compectent pour le tout non 
partable au roy nostre dit seigneur ne a autres quelxconques personnes, c'est 
assavoir la seignorie de Monstereul, de la Rochelle et de Mailley et les sei- 
gnories de Lignon et de la Grange esquelles et sur tous les manans et 
hahitans en icelles seignories j'ay toute haulle justice moyenne et basse... 
etc., etc. (Suit le détail et autres articles, à la suite desquels se trouve 
la nomenclature et la déclaration des fiefs relevant du seigneur de Bour- 
bonne, dont le texte figurera au chapitre des arrière-fiefs du Beuillon, 
de la Nouvelle et de Bourbonne ; puis le dénombrement de Ghezcaux rele- 
vant également de Coiiïy, et celui de Parnot (Parnon) mouvant de Monti- 
gny.) — c( En tesmoing de ce j'ay signé ce présent dénombrement et décla- 
racion de mon seing manuel en sceellement de mon seing armoyé de mes 
armes cy mis le premier jour du mois de novembre l'an mil quatre cens 
soixante. » (Registre P. 177', pièce n" V, grande feuille parchemin ori- 
ginal.) 

1. Archives nationales. Registre P. 177', pièce n° XXI, 32 feuillets, par- 
chemin.) 

2. M. Lacordaire estime que les seigneurs de Bourbonne avaient reçu, en 



(a) Bonnerot ou bcnneret, labourage, culture des terres. (Du Cange.) 



132 LES FIEFS DE LA. MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 

adjugée, le 13 septembre 1674, pour la somme de 4200 livres, 
à M. Pierre Guimbert, président au présidial de Gaudebec qui la 
céda, le 14 décembre suivant, à M. Golbert du Terrou, alors 
propriétaire du reste de la seigneurie de Bourbonne', 

Ou a vu que des Vergy, Bourbonne était passé, à la fin du 
xiv^ siècle, aux Bauffreniont, par le mariage de Henri de Bauf- 
fremont avec Jeanne de Vergy. Il entra ensuite dans la maison 
de Livrou, par l'union conlraclée, eu 1477, par Bertrand de 
Livron, seigneur de la Rivière et de Wart en Limousin, capi- 
taine du cbàteau de Goiffy, avec Françoise de Bauffremont. 
Leurs descendants, dont plusieurs firent grande figure en leur 
temps, finirent par se ruiner. Saisie sur Gharles II de Livron, 
la terre de Bourbonne fut mise en décret et adjugée, en 1670, 
avec celle de Torceuay, peu importante, du reste, à Cbarles 
Golbert du Terron, intendant de la marine à la lîocbelle, pour 
le prix de 182,500 livres. Son gendre, le prince de Garpegna la 
vendit, en 1711, à Nicolas Desmarets, contrôleur général des 
finances du royaume, x^cquise, en 1731, sur ses héritiers, par 
Madame Ghartraire, possédée successivement par MM. Ghar- 
traire, présidents à mortier au parlement de Dijon, elle échut à 
Reine- Giaude-Gharlot le Ghartraire, mariée, en 1777, à Paul de 
Mesmes, comte d'Avaux, qui fut, eu fait, le dernier seigneur 
de Bourbonne. 

Madame d'Avaux étant morte sans enfants, en 1810, sépa- 
rée depuis plusieurs années de corps et de biens de son mari, 
la propriété de Bourbonne revint à sa mère, l'ex-présidente 
Ghartraire, qui, par acte du 12 septembre 1812, passé eu vertu 
du décret du 12 juin 1811, vendit à l'Etat, pour la somme de 
tiente mille francs, les bains civils avec les sources thermales 



1332, à tilre de teuance cl de garde seulcmeiil, sous l'obligation de l'hom- 
mage, la portion partablc du roi et qu'ils la conservèrcul ainsi jusqu'en 
1674. Nous ne saurions partager cette opinion, que nous trouvons absolument 
contraire aux termes cl à l'esprit de l'acte de 1338. Aucun des dénombre- 
ments que nous avons rulrouvés ne fail mention de celte préleudue teuance 
et garde. 

1. L,e cbiiïrc de la vente était tellement faible, qu'en 1737 les habitants 
de Bourbonne, qui avaient à se plaindre de leur seigneur, de la ra])acité et 
dos vexations de ses amodia'.curs, exposèrent au roi les avantages qu'il reli- 
rait en remboursant les /i'200 livres payées par l'acquéreur de l(J7'i, et en ren- 
trant ainsi dans sod domaine qui ne valait pas moins de cinq mille livres de 
rente. (Voir les différcnles pièces relatives au domaine du Uoi, à Bourbunue, 
Arch. uat., carton Q' 61)4.) 



LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYAI,E DE COIFPY 133 

dont on évaluait, on 1324, le revenu à dix livres par an, dans 
l'estimalion qui fil suite à la vente d'une partie de Bourbonne, 
au roi de France, Charles le Bel ', et àliuit livres dans le dénom- 
brement du V' novembre 14G0, de Jean de Bauffremont, cité 
précédemment. 

Le baron Rigoley d'Ogny, héritier pour moitié, avec le 
comte de Ségur, de M'"° Chartraire, poursuivit la licitation de 
la terre de Bourbonne, devant le Tribunal de la Seine, et eu fut 
déclaré adjudicataire, par jugement du 25 novembre i815. Il 
vendit, en 1822, ce qui restait des bois à M. Moreau du Breuil, 
et le château à M. Victor Labérard-. 

Bourbonne n'était qu'une simple châtellenie, et les qualifi- 
cations de baronnie et de marquisat qu'on lui a successive- 
ment attribuées ne reposaient sur aucun titre régulier d'érec- 
tion. Les Livron, en prenant, dès le xvi'' siècle, le titre de 
laroîis, puis au xvii'^ siècle, à partir de Charles P'" de Livron, 
chevalier du Saint-Esprit, lieutenant-général au gouverne- 
ment de Champagne, celui de marquis de Bourhonne, s'arro- 
geaient et recevaient une qualité qui ne leur appartenait pas, 
mais que justifiait, eu quelque sorte, Tusage du temps et la 
haute situation qu'ils occupaient. C'était un simple titre de 
courtoisie, car de droit il n'en existait pas. Aussi lorsque 
M. Colbert du Terrcn qui, en 1G70, était devenu adjudicataire 
de la terre de Bourbonne, sous la dénomination de marquisat, 
se vit contester cette qualité par la Chambre des Comp- 
tes, il présenta, à la date du 27 mai 1671, une requête « ten- 
dant à ce que les créanciers poursuivans et opposans fussent 
condamnez de faire valider l'adjudication par décret, qui luy 
avoit esté faite, de la terre de Bourbonne sous le nom et titre de 
marquisat et en conséquence le faire jouir de ladite terre en 
marquisat et des trois fiefs de Pcrnot, Chezeaux et Orles en 
dépendant ; sinon et à défaut de ce faire, pour avoir fait saisir 
et vendre ladite terre comme marquisat, quoyque ladite terre 
ne fust qu'une chastellenie, il fust ordonné que sur le prix de 
ladite terre, ledit Colbert serait payé par préférence de la valeur 
desdits- trois fiels... Si mieux n'ainioient que ledit Colbert 



1 . Item yaucs chaudes, ou ly Lains sont, qui vallent de reuto par dix 
livres. 

2. Bibliotheca Borvoniensis, p. 130 à I3(i. M. d'Avaus avait déjà aliéné, 
en 1794, le bois de la Dame. 



134 LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 

fust payé de la somme de vingt mille livres, par forme de dom- 
mages et iutérests '. » 

On n'en continua pas moins de qualifier Bourbonne de mar- 
quisat et ses seigneurs de marquis. Cependant, il fut plus dif- 
ficile, dans les actes de foi et hommage, dans les dénombre- 
ments, de faire passer cette attribution, qu'on ne se lassa pas 
de reproduire, chaque fois que l'occasion s'en présenta. Mais 
la Chambre des Comptes ne s'y laissa pas prendre, car l'in- 
ventaire des hommages et dénombrements des fiefs mouvant 
de Coiffy, porte, à l'article de Bourbonne, cette gênante obser- 
vation : Prétention de marquisat. On y voit aussi qu'à l'occa- 
sion du dénombrement présenté, le 28 septembre 1750, par le 
président Charlraire, cette quaUfication fut rayée jusqu'à pro- 
duction des lettres patentes d'érection, qu'on attend encore*. 

Nous avons rappelé, au commencement de cet article, que, 
sous les Mérovingiens, Bourbonne était appelé Verjiona ou 
Vervona. C'est dans un manuscrit du moine Aymoin que cette 
indication figure. 

En l'an 612, Thierry, roi de Bourgogne, allant combattre 
Théodebert, roi d'Austrasie, rassembla ses troupes près de 
Langres, et les dirigea sur Toul en passant par Bourbonne 
dont on commençait à construire le château*. 

(A suivre.) A. Bonvallet. 



1 . Extrait de l'arrêt d'ordre de la terre de Bourbonne, du 7 septembre 
1671, imprimé 10-4", page 18. — Nous sommes en possession de eut impor- 
tant document, ainsi que d'un assez grand nombre de pièces de procédure, 
du xvii» siècle, concernant la mise eu décret et la vente des seigneuries de 
Bourbonne, Torcenay, Vauvillers, etc.. 

2. Archives nationales, Paris, lîeg. PP. 13, p. •'iO. 

3. Theodoricus, anno XVII regni sui, menso maio, universos ditioni suse 
ad bella promptissimos Lingonis coadunari prîEcipicns, ac per Vernonam 
castrum (tum temporissedificari cajptum) iter faciens, Tullum devenil. — En- 
trait du texte do Gestis Francorum, du moine Aymoin, cité par M. Berger 
de Xivrey. 



CINQUANTE ANS DE SOUVENIHS 

d'un 

ANCIEN PRÉFET' 



En 184'j, je reçus à déjeuner Mgr le prince de Joinville qui 
revenait de sa glorieuse campagne de Mogador. 

Deux ans après, je me retrouvai en pleine crise électo- 
rale et dans les plus mauvaises conditions. A Saint-Jeaa- 
d'Angcly, M. Desmortiers, procureur du roi à Paris, avait com- 
promis, comme à plaisir, sa candidature par une suite de mala- 
dresses. A La Rochelle, M. Paillet se posait avec le tout-puis- 
sant appui de la Loge maçonnique contre M. Râteau qui ne 
pouvait se résoudre à prendre une décision. Les deux oppo- 
sants passèrent, mais pour comble de disgrâce, M. Paillet 
ayant été également élu à Château-Thierry, opta pour ce col- 
lège et M. Bethmont, beaucoup plus accentué, reprit la lutte 
sans hésiter, dans sa profession de foi, à affirmer ses sentiments 
monarchiques, phrase qui décida bieu des défections. Ma posi- 
tion se trouva naturellement ébranlée et dès le lendemain de 
cet échec on parla de mon envoi dans le Var. Mais le premier 
moment d'humeur passé, M. Dachâtel reconnut mes etforts, 
approuva la franchise de mes dépèches où je n'avais jamais 
dissimulé mes inquiétudes avec des candidats aussi indécis ; 
par écrit et de vive voix, il m'assura que je ne serais pas 
déplacé el il le répéta même publiquement dans un de ses 
voyages chez sa mère, à Mirambeau. Mais, à ce moment pré- 
cisément, s'ourdissait contre moi une intrigue qu'il ignorait 
encore, et dont le détail, bref du reste, est assez piquant 
pour être raconté. 

Le baron de Ghassirou, député de La Rochelle extra muros, 
l'un des familliers de M. Duchâtel, ex-homme à bonnes for- 
tunes, spirituel, mondain, tiré à quatre épingles, pemt, frisé 
et paraissant mon ami, ayant été jadis avec moi au Conseil 

* Voir page 43, tome XVIII, de la Revue de Champagne el de Brie^ 



130 CINQUANTE ANS DE SOUVENIRS 

d'Etat, avait un fils, secrétaire d'ambassade, type du viveur 
le plus accompli, plein d'esprit et de verve, mais aussi d'ex- 
centricité et qui, fatigué de sa vie errante, visait pour son père 
la pairie, et pour lui, sa succession à la députation. Il avait 
dix-huit mois devant lui avant d'avoir atteint l'âge d'être élu, 
mais il voulait mettre dès ce moment son affaire en train et sou- 
haitait un préfet nouveau. Il ne laissa plus, dès lors un moment 
de trêve au ministre, après avoir su mettre la mère de celui-ci 
dans ses intérêts. Il rencontra en môme temps un utile cou- 
cours auprès de MM. Armand et Demeufve, députés de l'Aube, 
qui, eux aussi, voulaient se débarrasser de M. Zédé, leur préfet 
et, auprès de M. Lasnier qui ressentait le même désir à l'égard 
de mon successeur à Montbrison, le baron de Daunant. Entre 
ces trois courants, le comte Duchâtel ne pouvait résister long- 
temps. La comtesse douairière se décida à intervenir. J'étais 
allé passer quelques jours, au mois de novembre 1846, chez 
elle à Mirambeau, splendide château, voisin de la Gircfnde où 
elle tenait, chaque automne, cour plénière. Rien n'était amu- 
sant, soit dit en passant, comme son attitude. Elle avait été, 
comme on sait, l'une des belles femmes de la cour impériale 
et Napoléon n'avait pas été insensible à ses charmes : elle 
avait toujours, à ce moment de l'année, une série d'invités et le 
soir, elle daignait admettre dans ses salons les bourgeois de Mi- 
rambeau, qui, généralement arrivés avant la fin dudiner, atten- 
daient respectueusement, debout, dans une galerie qui séparait 
la salle à manger du salon : la comtesse passait comme une 
reine entre ses humbles vassaux rangés sur deux files et 
rentrait majestueusement suivie par eux. Elle me reçut aussi 
gracieusement que de coutume sans la moindre allusion à ce 
qui se tramait. Mais le 21 décembre, elle se décida à presser 
la solution et elle m'écrivit pour me proposer, de la part du 
ministre, la préfecture de la Meuse avec la croix de comman- 
deur de la Légion d'honneur et une sous-préfecture pour mon 
fils aîné, secrétaire général des Gôtes-du-Nord depuis un an. 
Elle demandait une réponse immédiate eu ajoutant qu'on l'at- 
tendait pour la signature du mouvement. Je refusai nettement. 
Madame Duchâtel revint, sans perdre un courrier, à la charge 
en me faisant comprendre celte fois que le changement était 
irrévocablement décide par son fils. Je ne voulus pas accepter 
la Meuse et in(li({uai cinq autres départements parmi lesquels 
l'Aube. Le 4 janvier, le ministre m'adressa un billet autogra- 
])he dans loqu(>l il me déclarait qu'il vùl préféré \q statu qw). 



d'un ancien préfet 137 

mais que les exigences de la politique lui avaient imposé cette 
mesure et que, partant, il était heureux de pouvoir m' assigner 
une des préfectures que je désignais et de m' annoncer que le 
roi y ajoutait le cordon de Commandeur pour bien constater 
que je ne subissais pas une disgrâce. MM. Zédé, de Daunant 
et moi exécutâmes donc entre nous un chassé-croisé pour 
complaire à nos députés respectifs. 

Je quittai La Rochelle avec regrets. J'avais pu m'y concilier 
des sympathies réelles et cette résidence, je l'ai dit, était la plus 
agréable que j'ai eue. J'y formai de précieuses relations avec 
l'évêque, Mgr Villecour, un des membres les plus savants du 
clergé français que le Pape appela peu de temps auprès de lui 
comme cardinal romain ; avec M. de Chasseloup-Laubat, qui 
devait devenir ministre de Napoléon III, l'un des esprits les 
plus fins, les plus gais, trop paradoxal peut-être, que j'aie 
connu; avec M. Dufaure dont le portrait n'est plus à faire, 
type original s'il en fut, qui sous une enveloppe rustre et 
brusque, cachait un cœur excellent, une amitié très sure, 
mais aussi un excessif orgueil bourgeois. 

A mon passage à Paris, au mois de janvier 1847, je vis le 
roi, qui me reçut comme toujours, avec une grande cordialité, 
mais m'adressa une plaisanterie qui, dans la bouche d'un sou- 
verain, me causa une certaine surprise. Faisant allusion à ce 
que j'en étais à ma sixième préfecture, le roi me dit : « Allons, 
mou cher préfet, tâchez cette fois de vous mettre un pain à 
cacheter! » C'est pendant ce séjour que ma femme fut pré- 
sentée à Leurs Majestés avec — singulière coïncidence — 
madame Achille Fould. 

J'arrivai à Troyes sous les plus favorables auspices. Les 
journaux de toutes les nuances faisaient à l'avance mon éloge. 
J'y trouvai un de mes cousins, le baron de Vendeuvre, pair de 
France, qui y jouissait dune grande influence. Le département 
était vaste, très industriel, riche, mais l'administration y était 
facile; pas d'élections en l'air. Je n'aurais pas à parler de mon 
séjour sans une affaire qui eut à ce moment un grand retentis- 
sement et à laquelle je suis fier d'avoir attaché mon nom, à la 
fin de ma carrière. 

Vers le commencement de l'été, l'opinion publique s'émut 
vivement de l'excessive mortalité, qui depuis assez longtemps 
d'ailleurs, se produisait dans la maison centrale de Clairvaux. 
J'en fus bientôt frappé h mon tour et, sans imiter l'indiffé- 
rence volontaire ou non de mes prédécesseurs, je prescrivis 



138 CINQUANTE ANS DE SOUVENIRS 

immédiatement une enquête que j'allai commencer moi-même 
sur place. Presqu'ausssitôt j'eus la preuve que ce triste état 
de choses était le fait des entrepreneurs qui ne nourrissaient 
pas les détenus. J'essayai d'abord d'arranger les choses à l'a- 
miable eu forçant ces individus à .résilier leur marché sans 
bruit. Mais ils se sentaient puissamment soutenus dans les 
bureaux du ministère et ils résistèrent audacieusement. Je 
résolus alors de pousser les choses jusqu'au bout après avoir 
prévenu M. Ducliâtel qu'il pourrait en rejaillir de fâcheuses 
éclaboussures sur de hauts employés de son administration. Je 
dois reconnaître que le ministre m'encouragea en me promet- 
tant son concours absolu. Les entrepreneurs ne désarmèrent pas 
et ils parvinrent même à provoquer à la Chambre, de la part de 
M. de laRochejacquelein, une interpellation dans laquelle j'eus 
la douleur de voir cet honorable député se laisser entraîner jus- 
qu'à incriminer ma conduite (29 juin). Le ministre monta aussi- 
tôt après à la tribune et me couvrit complètement : « Les faits, 
dit-il, m'ont été signalés par le préfet, administrateur très 
intelligent et très zélé qui isait remplir tous ses devoirs. » Et 
comme M. de la Rochejacquelein revenait à la charge, le comte 
Duchàtel reprit à sou tour pour déclarer que j'avais parfaite- 
ment fait mon devoir. » Et le lendemain, il m'adressait un 
billet confidentiel pour me féliciter sans réserve et me donner 
l'ordre que « tout ce qui peut être livré à la justice, le soit. » 
La cause était gagnée d'avance. L'enquête ne laissa subsister 
aucun doute : un haut fonctionnaire de l'admiDistratiou cen- 
trale fut révoqué. Le Conseil de préfecture de l'Aube cassa le 
marché et les poursuites judiciaires furent commencées par le 
tribunal de Bar-sur Aube. La Révolution de février retarda la 
solution. Mais l'affaire fut reprise par l'ordre formel du garde 
des sceaux Marie : elle traîna jusqu'au mois de mai 1849 et 
l'on eût alors le triste spectacle de voir le môme M. Marie, 
redevenu avocat, plaider pour un des accusés qu'il avait fait 
poursuivre : tous furent condamnés à la prison et à de fortes 
amendes, ce que confirmèrent successivement la Cour d'appel 
et la Cour de Cassation. 

Cette triste affaire avait absorbé tout mon temps, pas assez 
cependant pour que je ne me rendisse pas compte des nuages 
qui s'amoncelaient à Ihorizon politique. Un incident me fit 
plus vivement sentir la gravité d'une situation sur laquelle le 
gouvernement semblait s'aveugler volontairement. La cherté 
des grains provoqua à Troycs, au mois d'août, une émeute qui 



d'un ancien préfet 139 

dura trois jours : Troyes n'avait pour garnison que deux cents 
hommes d'infanterie et la garde nationale, malgré mes pres- 
santes convocations, refusa de prendre les armes pour rétablir 
l'ordre. Il me fallut faire venir de la cavalerie des garnisons 
voisines. Je vis toujours, dans ma longue carrière, la même 
attitude de la part de la milice citoyenne : bonne pour para- 
der, pour causer des embarras à l'administration par ses ridi- 
cules prétentions, elle ne répondait jamais à l'appel quand il 
s'agissait de réprimer le désordre ; bienheureux encore quand 
je ne la voyais point pactiser avec les émeutiers. 

La campagne des banquets réformistes en présence de 
laquelle le gouvernement fit preuve d'une si incroyable fai- 
blesse, ne répondant jamais aux demandes d'instruction que 
lui adressaient sans cesse ses agents, mit le comble au péril 
social. Las de ce mutisme, je me rendis à Paris au mois de 
janvier 1848 : je vis le roi, les ministres et je revins bien plus 
effrayé de la légèreté avec laquelle j'avais vu nos gouvernants 
envisager les complications qui se préparaient. Cet aveugle- 
ment dura jusqu'à la dernière heure et j'en reçus une preuve 
singulièrement frappante. Le 22 février, à quatre heures 1/2, 
M. Passy, sous-secrétaire d'Etat à l'Intérieur, avec lequel 
j'étais particulièrement lié, m'adressa ce mot : « Mon cher 
ami, nous avons des rassemblements à Paris, mais on les dis- 
sipe facilement. » 

Le 25, la nouvelle de la déchéance du roi fut apportée à 
Troyes vers quatre heures de l'après-midi par le fils d'un 
aubergiste de la ville. Le soir, la foule s'amassa devant la pré- 
fecture, en renversa la grille et força mes domestiques à illu- 
miner les fenêtres avec les lampes et les candélabres préparés 
pour un bal que je devais donner le lendemain. Le 26, j'en- 
voyai ma démission au « citoyen Ledru-RoUin » , ministre de 
l'Intérieur, et le 28, j'étais remplacé par trois commissaires : 
les sieurs Farjasse, Labosse et Crevât; ce dernier, la veille 
encore, exerçait la profession de marchand d'hommes. 

VU 

M. de Lamartine d'après mes relations avec lui. 

J'ai dit que je réserverais pour un chapitre spécial mes sou- 
venirs sur M. de Lamartine et je tiens parole. Je m'occuperai 
impartialement de sa personnalité, car je puis déclarer que 
mes relations avec lui, qui ont été très suivies pendant mon 



140 CINQUANTE ANS DE SOUVENIRS 

séjour en Saône-et-Loire, n'ont jamais cessé d'être conve- 
nables. Il ne m'a fait ni bien ni mal : je n'ai aucun grief contre 
lui. Je puis même dire que j'ai toujours trouvé auprès de lui 
un conseil obligeant. Mais j'avouerai sans détour aussi que je 
n'ai jamais ressenti de sympathie pour cet homme célèbre que 
par position j'ai pu voir et apprécier de très près. On comprend 
que j'avais dû m'appliquer à bien connaître ce personnage qui 
exerçait une très grande influence sur le Conseil général et sur 
ses concitoyens. Parmi ces derniers, de très avancés étaient si 
fiers de leur illustre compatriote, qu'ils allaient jusqu'à excuser 
ses opinions légitimistes. 

Je n'essaierai pas de faire le portrait de M. de Lamartine. On 
peut dire que tout le mondfe le connaît et d'ailleurs il s'est peint 
lui-même avec tant de complaisance qu'il serait présomptueux 
de vouloir recommencer après lui. Il reçut en naissant tous les 
dons désirables, tous, excepté un seul : imagination brillante, 
esprit fin, intelligence admirable, perspicacité soudaine, parole 
facile, abondante et entraînante, force d'expansion communi- 
cative, bel organe, geste noble, sang-froid imperturbable. 
Son excessif amour-propre malheureusement a faussé son 
jugement en développant sa foi dans son infaillibilité. 11 y 
joignait une mobilité extraordinaire d'impressions qui donne la 
clef de ses variations et explique les étranges caprices de sa 
conduite politique. Ces mêmes défauts ont occasionné les 
embarras financiers qui ont tristement abaissé M. de Lamar- 
tine en le réduisant parfois à recourir à une réclame navrante 
pour battre monnaie avec ses livres. Il avait eu cependant une 
fortune personnelle considérable ; sa femme lui avait apporté 
d'Angleterre des sommes importantes et ses livres lui avaient 
procuré plusieurs centaines de mille francs. Mais il dépensa 
toujours sans compter, fastucusement, inutilement et il ne 
fut jamais à son aise. 

(A suivre.) 



LA VIE 

DU MiRÉCHiL DE SCHULEMBERG* 

Comte de Montdejeu, Chevalier des Ordres du Roy, 

Ancien Gouverneur de la ville et cité d'Arras, Grand Bailly d'Artois, 

Gouverneur du Berry, Capitaine du Château de Madrid 

et de la Varrane du Louvre, etc. 



11 tira uu merveilleux avantage de ces bourgeois prisonniers. . 
Comme la plusparL étoieut des jardiniers fourbouilliers fort 
entendus à remuer habilement la terre, il en faisoit sortir tous 
ies jours cà diverses reprises des détacliemens de douze ou 
quinze cents, et leur fournissant des oudls, il les emploioit à 
réparer les brèches, à faire des détacheraens, et à d'autres 
semblables travaux sous bonne et sûre garde, et sous les yeux 
des inspecteurs préposés. Il avoit coutume de leur demander 
d'abord en combien d'heures ils se promeltoient de faire ce qui 
leur étoit ordonné d'ouvrage en paiaut, et il leur ofîroit le dou- 
ble de la somme convenue, s'ils venoient à bout de finir leurs 
tâches en gagnant la moitié du temps qu'ils s'étoient prescrits, 
par ce moien il étoit servi avec une diligence à laquelle n'au- 
roient pu fournir ses soldats. On remeuoit ces ouvriers bour- 
geois dans leurs prisons après les avoir bien paies, et on les 
relevoit d'un nombre égal de nouveaux travailleurs, de sorte 
que les soldats de la garnison n'avoient que les fonctions pure- 
ment militaires à remplir et à defîendre les dehors, après la 
précaution qu'avoit prise le gouverneur pour s'assurer des 
dedans, ce qui leur étoit d'un grand soulagement. Outre ce 
secours, le gouverneur avoit une autre précaution qui n'étoit 
pas d'un moindre effet, c'étoit de faire distribuer tous les soirs 
avec proportion aux officiers et soldats de garde des tonneaux 
de vin et des barils d'eau-de-vie pour les soutenir, et pour 
conserver leur vivacité et leur feu sans les laisser abattre, ni 
par les travaux ni par les veilles. Il leur répétoit de temps en 
temps qu'il ne falloit qu'avoir du courage pour faire bientôt 

* Voir page 73, tome XVIII, Je la Revue de Champagne et de Brie. 



142 LA VIE DU MARÉCHAL DE SCHULEIMBERG 

perdre le peu qu'il en restoit aux assiégeans, ajoutant que pour 
lui il n'en viendroit jamais à aucune composition, dût-il mou- 
rir sur la brèche. 

Avec ces dispositions d'une générosité tout à fail exemplaire, 
il n'étoit pas possible qu'il ménageât sa bourse, elle étoit 
ouverte pour tous ceux qui se dislinguoient par quelque action 
de valeur et de sagesse. On a sçu que ses seules libéralités pen- 
dant le siège, montèrent à plus de cinquante mille écus. Il s'en 
trouva si bien qu'il ne lui étoit pas nécessaire d'animer ses 
gens et qu'il étoit servi au moindre signal avec une activité 
qui sembloit souvent et toujours avec succès, prévenir ses 
ordres. Jamais homme n'entendit mieux la distribution des 
récompenses, ni sçut plus heureusement les faire valoir. Rien 
n'étoit mieux réglé que la dépense ordinaire pour la subsis- 
tance des troupes de la place. Tout le temps que dura le siège, 
un capitaine avoit par jour une livre et demie de viande qui 
étoit presque toujours du mouton, un demi pot de vin qui fait 
la pinte de Paris et un pot de bierre avec un pain du poids de 
vingt- quatre onces. Un lieutenant avec autant de pain n'avoit 
qu'une pinte de vin, un pot de bierre, et une livre de viande. 
Un sergent avoit la ration de pain double avec trois pintes de 
bierre et trois quarterons de mouton ou de bœuf. Le soldat 
avoit demie livre de viande, un pain et demi, un demi pot de 
bierre et du sel. La cavalerie à proportion, sans les distribu- 
lions extraordinaires avant et après les sorties et lorqu'on étoit 
do garde. 

La garnison, ainsi entretenue, ne demandoit qu'à faire des 
sorties, et quoiqu'il s'en faisoit tous les jours, ce n'étoit jamais 
sans qu'il restât un nombre considérable de morts dans les 
tranchées des assiégeans. Les Italiens et une partie des Espa- 
gnols, et les Lorrains en étoient si rebutés, et perdoient tous 
les jours tant de monde, que les officiers ne relevoieut la 
tranchée qu'à coups de canne. 

Le Prince de Condé, qui n'étoit pas naturellement patient, 
détacha pour un coup hardi trois cents officiers réformés des 
plus braves à la tète d'un choix des plus vigoureux grenadiers, 
et d'un nombre considérable de cercles à feu, soutenus d'un 
corps de cavalerie et d'infanterie. Ces gens déterminés à tout 
entreprirent de forcer la barrière de la porte Ronville pour 
entier par la gro.nde place d'armes des assiégés. Le sieur de 
Voiguon y accourut avec ses trois escadrons, et aiant bordé la 
palissade, il fut contraint de la défendre à coups de pistolets et 



LA VIE DU MARÉCHAL DE SCHULEMBERGr 143 

de mousquetous. Il y fut secouru par les sieurs de Montmo- 
rency, DesquancourletdeBolian, colonel, avec de l'infanterie, 
et là chacun fit son devoir de capitaine et de soldat. Les assié- 
gés furent ainsi repoussés avec une perte considérable des plus 
hardis sans avoir rien avancé. Le lendemain, on attaqua une 
traverse qui couvroit l'un des demi bastions de la grande corne 
de Guiche, mais ce ne l'ut que pour attirer de ce cùté-là les 
forces des assiégés pour surprendre la barrière qui avoit été 
disputée si vigoureusement le jour précédent, Desquancourt 
faisoit ferme à la traverse et de Bohan à la barrière. L'occasion 
étoit pressante, car on vit bien que le Prince de Condé faisoit 
faire un effort de ce côté-là. Le comte de Montdejeu envoia 
quérir un capitaine nommé Dreiiil qui étoit posté avec soixante 
hommes dans une traverse au-dessus de la petite corne de 
Guiche; mais cet officier, qui n'aimoit pas les occasions, fit 
réponse qu'il étoit commandé là, qu'il ne quitteroit pas son 
poste pour quelque (îontre-ordre que ce fût. Le gouverneur 
n'eut pas le temps de se mettre en colère, ni de se faire obéir, 
car l'affaire pressoit ailleurs, il eut recours sans délai au sieur 
de Voignon qui vint à pied à la tète de quatre-vingt maîtres 
aussi tous à pied, avec le sieur de Saint-Estephe, major dans 
le régiment de Bouillon qui lui avoit apporté l'ordre. En cet 
état, il commanda à son lieutenant de se mettre à la serre-file, 
et de faire suivre, la cornette et le maréchal-des-logis furent 
commandés sur les ailes pour faire marcher. Gomme on ne 
pouvoit défiler que par deux, et d'espace en espace que par 
quatre, et que la nuit étoit avec cela des plus obscures, le sieur 
do Voignon n'arriva qu'après que les assiégeans eurent emporté 
la traverse attaquée ; mais ce qui le surprit plus que ce désa- 
vantage fut de se voir seul avec les premiers rangs de son monde 
et son maréchal-des-logis. Le gouverneur, fort impatient eu 
cette rencontre, ne put joindre en cette occasion que quelques 
Suisses de sa garde qui se trouvèrent là. Les ennemis profi- 
tèrent cependant de leur avantage. Ils avoieut passé par nue 
galerie faite dans le fond du fossé, où ils s'étoient déjà assuré 
un logement, jusqu'à la pointe du demi bastion du grand 
ouvrage à corne vis-à-vis la traverse qu'ils venoient de gagner. 
Le mineur y étoit attaché et ne perdoit point de temps. Le 
sieur de Voignon eut ordre de descendre dans le fossé et d'al- 
ler droit à la galerie et au nouveau logement des ennemis. Il 
le fit lui trente-troisième et tailla en pièces tous ceux qui se 
trouvèrent dans ce poste, tua deux mineurs et rompit la gale- 



144 LA. VIE DU MARÉCHAL DE SCHULEMBERG 

rie. Gela fait, le comte de Moutdejeu cria aussitôt de toutes ses 
forces qu'on remontât et qu'on regagnât la traverse perdue ; le 
sieur de Voignon obéit et s'y jetta l'épée à la main avec ses 
trente-deux hommes, à travers une grêle elîroiable de grena- 
des et de cercles à feu qui faisoient de temps en temps un aussi 
grand jour, qu'en plein midi. Les assiégeans furent repoussés 
jusqu'à la redoute de pierre, et le sieur de Voignon rompit en 
se retirant tout le logement, après avoir tué tout ce qui se ren- 
controit sous sa main, et qui s'opposoit à lui, et tout cela à la 
vue du gouverneur et du sieur de Saint-Lieu ; mais la perte 
qu'il fit de vingt-trois de ses hommes, lui attira des reproches 
de témérité pour les éloges que méritoit une action de bravoure 
si peu commune. On vit le lendemain la ten-e toute couverte 
de morts en cet endroit aussi bien que devant la barrière qui 
fut mieux deffendûe que la traverse. Le sieur d'Esquaocourt y 
fut blessé avec de la Mare, capitaine, et il ne s'y perdit que 
trente soldats. Pour les trois cents officiers réformés, ils étoient 
trop animés par les promesses du Prince de Condé pour réchap- 
per de ces occasions sans y rien faire ; aussi s'y firent-ils tous 
échigner avec la plus grande partie de leur suite. Les assié- 
geans rétablirent aussitôt les logemens de leur galerie du fossé 
d'oii ils battoient en écharpe les deux demi bastions de l'ou- 
vrage à corne qui n'étoient que terrassés. Les assiégeaus per- 
dirent dans une sortie qu'ils firent sur la contrescarpe de la 
demie lune de Bourgogne, du Chenoi, capitaine et major daus 
Monldcjeu allemand, du Cëi, sou frère, et Desgres, capitaines 
au même régiment, y furent blessés, celui-ci à la mâchoire 
d'une balle de mousquet qui lui perça les deux joues, et du Cëï, 
d'un éclat de grenade au ventre. Debieuredaut, capitaine dans 
Artois, blessé en deux endroits, avec Beaulieu le bohème, 
lieutenant. 

(À suivre.) 



NÉCKOLOGIË 



M. Marie-François- Albert Carra de Vaux, ancien magisiral, esl 
décédé à Paris le 6 juin 188i, âgé seulement de 51 ans. Ses obsèques 
ont eu lieu à Rieux (Marne). 

Sa lamille paternelle est originaire du Lyonnais où se trouve encore 
le château de Vaux qu'elle a vendu à l'époque de la Révolution. 

Le domaine de Rieux, près Montmirail (Marne), provient do la 
famille de Beljoyeuse à laquelle il fut acheté, en 1776, par M. Des Roys, 
intendant des finances du duc d'Orléans. M. Des Roys était l'aïeul 
maternel de M. le baron de Vaux, père de celui que nous regrettons! 

M. Albert Carra de Vaux avait épousé M"8 Pernety. Cette alliance 
lui valut la terre de Pansey, canton de Poissons (Haute-Marne), qui 
avait été déjà dans sa famille. En effet, le célèbre président Henrion 
de Pansey ne s'était pas marié. Il avait laissé sa terre à une nièce, 
M"* Henrion de Saint-Amand, qui appartenait, par sa mère, à la 
famille de Vaux, et qui avait épousé le général vicomte Pernety. 

M. Albert de Vaux laisse plusieurs enfants de son mariage avec 
M"" Pernety, nièce de l'oflicier général de ce nom, mort sans posté- 
rité. 

De nombreux liens rattachaient M. Carra de Vaux à la Champagne. 
Il s'intéressait, comme les siens, à toutes les questions concernant 
cette province. Le tome IX de la Reoue (p, 334) contient une lettre 
du baron Carra de Vaux qui signale à l'attention des érudits les pro- 
blèmes historiques soulevés par l'origine de la châtellenie de Baye 
(canton de Montmort). 

Homme du monde et homme de travail, M. Albert Carra de Vaux 
a noblement suivi les traditions de sa famille. La perte si prématurée 
de ce magistrat distingué a causé de vifs regrets à ses amis. 

Le 10 décembre dernier, à la séance de réouverture de la Société de 
Législation comparée dont il était l'un des membres les plus actifs, le 
président, M. Henri Barboux, ancien bâtonnier de l'ordre des avocats 
de Paris, a rendu à sa mémoire un hommage mérité. L'éloquent ora- 
teur s'est fait, en ces termes, l'interprète du sentiment unanime de la 
savante compagnie : 

« M. Albert Carra de Vaux était trésorier de notre Société, quand 
« il a été enlevé en quelques jours par la maladie la plus inattendue 
« à la tendresse des siens et à l'airoctueuse estime de ses collègues. 
« Il était âgé de cinquante ans. Son père avait été pendant longtemps 
€ juge au tribunal de la Seine, où il a laissé le souvenir d'une bien- 
« veillance et d'une douceur inépuisables. Le fils prit la même car- 

10 



146 NÉCROLOGIE 

« rière; il était en 1870 procureur de la République à Bar-sur- Aube, 
« et il eut bien des fois l'occasion d'opposer aux exigences de l'en- 
f nemi une fermeté qui le rendit populaire. Mais M. Carra de "Vaux 
« fuyait le bruit comme d'autres le recherchent ; il ne se plaisait 
« qu'aux joies intimes de l'amitié et du foyer domestique; il vivait 
« pour le travail et pour les siens. En 1872, la santé de sa femme 
« l'obligeait à quitter le Nord pour le Midi ; d'ailleurs, effrayé du train 
( des choses, sentant venir les épreuves réservées à son ardent amour 
« de la religion, il donna sa démission. Il partagea alors son temps 
« entre les études religieuses et sociales et la pratique des œuvres de 
« chanté. En 1877 il vint parmi nous; bientôt il nous donna la col- 
« laboration la plus active; nos Annuaires et notre Bulletin contien- 
« ncnt un nombre considérable de travaux dus à sa jilume. Sa mort 
« a été pour nous tous un véritable deuil ; puisse ce sincère témoi- 
« gnage adoucir l'amertume des regrets qu'il a laissés! » V. 

Ed.mond di; Som.merahd. — Le monde savant et artistique vient de 
faire une grande perte. M. Edmond du Sommerard, membre de l'Ins- 
titut, directeur du Musée des Thermes* et de Cluny, président de la 
Commission des Monuments historiques de France et de l'Association 
des Artistes, est mort samedi à Paris, à l'âge de G7 ans, des suites 
d'une fluxion de poitrine. 

Il était fils d'Alexandre du Sommerard, le célèbre antiquaire qui, en 
1833, achetait l'Hôtel de Cluny pour y placer ses magnifiques collec- 
tions particulières, admirable héritage que sa veuve et son fils Edmond, 
abandonnèrent à l'Etat en 1843 pour un prix dérisoire, par patrio- 
tisme, pour 200,000 francs, alors que leur étal de fortune ne leur per- 
mettait point de décliner des avances et que l'Angleterre leur en offrait 
UN MILLION : une fortune. 

Si M. Edmond du Sommerard était parisien de naissance, il était 
briard d'origine. On sait que Provins fut le berceau de cette famille 
de savants. Son aïeul, Jean-Sébastien du Sommerard était né à Pro- 
vins le 12 juin 1740. Après avoir été sous l'ancien régime receveur 
des aides en différentes localités, puis chef de bureau à la Cour des 
Comptes, il revint dans sa ville natale, où il mourut le 16 janvier 1823, 
ses restes reposent ilans le cimetière de la Ville-Haute. Son père, 
Alexandre du Sommerard, bien que né à Ikr-sur-Aul)e en 1779, fat 
élevé à Provins : il commença ses études à notre vieux collège avec les 
Michelin, Lebrun, .Mlou et autres de nos concitoyens, et qui sait si ce 
n'est pas en jouant journellement au milieu des ruines de nos fortifi- 
cations et do nos monuments militaires et religieux, sur lesquels il fit 
éditer en 1822 un Recueil de vues si recherché aujourd'hui des collec- 
tionneurs, qu'il a puisé cet amour des antiquités qui fit de lui, plus 
tard, l'éminent archéologue universellement connu? 

Edmond du Sommerard qui vient de mourir a laissé do nombreux 



NÉCROLOaiE 147 

travaux; il a collaboré avec son père à ce bel ouvrage, les Arts du 
moyen-âge, dont grâce à lui la Bibliothèque de la ville de Provins qu'il 
a toujours aimée, possède un exemplaire ; il a pris une grande part 
dans la fondation du musée du Trocadéro ; enfin, de 1867 à 1878, il a 
été pour la France commissaire général à toutes les expositions étran- 
gères, portant haut le drapeau français. C'est lui qui, en 1871, orga- 
nisa l'Exposition française de Londres. Pendant que les Prussiens 
campaient autour de Paris et occupaient le quart de la France, que la 
Commune tenait la capitale, il montrait au monde entier stupéfait que 
la France n'était point morte. 

L'Exposition française éclipsait celles de toutes les autres puissances. 
L'organisation en avait été un véritable roman, oii le jiatriotisme de 
M. du Sommerard triompha de l'hostilité des étrangers et des difficul- 
tés presque insurmontables que les terribles événements de 1870-71 
ajoutaient à tant d'éléments d'insuccès écrasant. 

A l'Exposition de 1873, à Vienne, M. du Sommerard assure égale- 
ment le succès de la France, qui y affirme d'une façon éclatante son 
relèvement national. Là encore il avait à lutter et contre l'influence de 
l'Allemagne, et contre une hostilité sourde qui, pour se cacher sous 
une apparence de courtoisie internationale, n'en était que plus dan- 
gereuse et plus puissante. Un fait en donnera la preuve. 

Le commissaire général de la France avait réclamé du directeur de 
l'Exposition une extension de galeries pour les exposants français ; il 
voulait un espace aussi vaste que celui qui avait été attribué à l'Alle- 
magne. Le directeur répondit par un refus catégorique. M. du Somme- 
rard s'en alla trouver le grand-duc Renier, président de l'Exposition, 
et lui soumit sa requête. Le grand-duc fit des objections courtoises et 
finalement déclara que la France ne pouvait avoir la prétention d'exi- 
ger un emplacement aussi considérable que celui de l'Allemagne. 

M. du Sommerard, qui se trouvait en face de l'archiduc, de l'autre 
côté de son bureau, bondit, et, les larmes aux yeux, répliqua : « Mon- 
seigneur, la France n'est point aussi morte que vous le pensez ; ce 
que vous faites là c'est le coup de pied de l'âne. Nous nous retirons. » 
Le grand-duc Renier pâlit, et, se levant, dit à M. du Sommerard, la 
voix tremblante d'émotion : « Je ne croyais pas qu'on eût jamais osé 
me parler ainsi ! Monsieur, vous êtes un patriote ; faites-moi l'hon- 
neur de me serrer la main. » 

Et, prenant une plume, il indiqua lui-même sur le plan général de 
l'Exposition l'emplacement de la France, signa de son nom et le remit 
à M. du Sommerard. 

Notre pays perd en M. du Sommerard un de ses serviteurs les plus 
dévoués et les plus utiles. 



M. Alexandre Colson, docteur en médecine de grande valeur et 
numisraatiste distingué, est mort à Noyon, où il demeurait, le 20 



148 NÉCROLOGIE 

décembre 1884. Il était né à Bouzancourt (Ilaute-Marne), le 22 sep- 
tembre 1802. Il laisse d'importants travaux médicaux : de plus, un 
grand nombre de mémoires numismatiques publiés dans la Revue 
numismatique belge, les Mémoires des antiquaires de Picardie, du 
Comité archéologique de Noyon, etc. 



Mentionnons aussi la mort, arrivée le 25 décembre 1884, à Saint- 
Quentin, de M. Charles Gomart, né à Ham en 1805, l'un des érudits 
les plus considérables de l'Aisne et qui laisse une collection de travaux 
très intéressants sur le Vermandois : il était correspondant du minis- 
tère de l'Instruction publique et chevalier de la Légion d'honneur. 



Nous avons aussi à enregistrer la mort d'un de nos plus vaillants 
généraux, le général Carteret-Trécourt, commandant en chef du corps 
d'armée de Lyon, enlevé ces jours-ci par une courte maladie et dont 
les obsèques ont été célébrés le 10 février aux Invalides pour rendre 
hommage à ses éclatants services militaires. Son corps a été trans- 
l)orté dans son bourg natal, à Rolampont (Haute-Marne), 



BIBLIOGRAPHIE 



Sous le titre de Journal d'un bourgeois de Paris pendant la Ter- 
reur. M. Edmond Biré vient de publier une série d'études piquantes 
et de tableaux instructifs sur la période révolutionnaire qui s'étend 
de la première séance de la Convention à l'exécution de Louis XVI. 
Comme il l'avait fait dans ses précédents ouvrages, la Légende des 
Girondins et Victor Hugo avant 1830, l'auteur redresse les erreurs 
de ses devanciers, avec une érudition aussi sûre qu'impitoyable. II 
sait trouver sur les choses et surtout sur les hommes des docu- 
ments oubliés ou cachés dans les colonnes des journaux contempo- 
rains; il les remet en lumière, et en tire parfois des effets accablants 
pour le personnage qu'ils concernent. Il fait ressortir également les 
dévouements obscurs, plus méritoires peut-être que les plus écla- 
tants. Quelques-unes de ses constatations sont relatives à des per- 
sonnages champencùs, et à ce point de vue, nous croyons qu'elles 
auront quelque intérêt pour les lecteurs de la Revue. 

Tout le monde connaît, par exemple, le républicain Danton ; mais 
Danton monarchiste est à peu près ignoré. Il était pourtant roya- 
liste constitutionnel en 1790, alors que substitut du procureur de 
la commune, il s'écriait : « L\ royauté constitutionnelle peut durer 
plus de siècles en France que la royauté despotique. » Il l'était 
aussi, lorsqu'il aurait dit à La Fayette : « Général, je suis plus 
monarchiste que vous. » Le farouche démocrate avait eu également 
en 1790 des prétentions à l'aristocratie, lorsque sur le registre des 
clubs des Cordeliers, il écrivait et signait son nom en séparant par 
une apostrophe la première lettre de son nom de la seconde, de 
manière à lui donner une apparence nobiliairt3. Il n'avait pourtant 
aucun droit à s'appeler ainsi D'Anton ^ , et nous doutons que son 
nom soit orthographié de cette façon sui' le socle de la statue qu'on 
lui destine, non plus qu'on y inscrive ses protestations d'attache- 
ment à la royauté constitutionnelle.. 

Un autre champenois, qui figure parmi les victimes et non 
parmi les persécuteurs, c'est Jacques Cazotte. Son admirable 
fille avait attendri les bandits des massacres de septembre; elle ne 
put émouvoir les bourgeois du tribunal révolutionnaire. Celui-ci 
était présidé par un autre champenois, le professeur et lexicographe 
Charles Thiébault-Laveaux, né à Troyes en 1749. Ce pédant, après 
avoir prononcé la sentence de mort, jugea à propos de répandre 



1 . M. Bos a cité d'autres preuves de celte orthographe, dans son livre 
intitulé : les Avocats aux Conseils du roi, 1881, page 519, 



1 50 BIBLIOGRAPHIE 

sur sa victime toutes les fleurs d'une rhétorique niaise, emphatique 
et sentimentale. On a peine à croire que c'est à un vieillard, qui 
devait être guillotiné le jour même, que le président du tribunal 
pouvait dire : — Rassure-toi; si la loi est sévère, quand elle pour- 
suit, quand elle a prononcé, le glaive tombe bientôt de ses mains... 
regarde-la verser des larmes sur ces cheveux blancs qu'elle a cru 
devoir respecter jusqu'au moment de ta condamnation ; que ce 
spectacle porte en toi le repentir ! . . . 

On connaît le morceau littéraire célèbre sous le nom de prophétie 
de Cazotte, et dans lequel on lui faisait prédire le sort qui l'atten- 
dait. Les prophéties véritables ne manquèrent pas pourtant à cette 
époque. En juillet 1791, l'auteur d'une pièce politique intitulée les 
Régicides faisait dire à Robespierre : 

Que notre roi périsse ! 
Que sa femme avec lui soit coaduite au supplice!... 
Qu'à ma voix on abatte et traîne dans les rues 
De nos ci-devants rois les futiles statues, 
Que les biens des Français, qui sont hors de la France, 
De nos braves chasseurs fassent la récompense; 
Qu'on se défasse enfin du reste du clergé, 
Que tout le papier soit en assignats changé., . 

Ces temps étaient venus rapidement; mais la chute du roi, sa 
captivité, son procès ne s'accomplirent pas sans protestations ; elles 
suscitèrent des dévouements, que M. Biré est heureux de signaler 
et parmi lesquels il en est qui appartiennent à la Champagne. 

C'est ainsi qu'il rappelle, au nombre des défenseurs de Louis XVI, 
le nom de l'ancien lieutenant général de police deTroyes, Sourdat. 
Sourdat, qui fit imprimer ses deux plaido5'^ers en faveur du royal 
accusé, était un homrne d'un caractère énergique et d'un esprit 
élevé, dont on essayera peut-être un jour de retracer la biographie 
mal connue. M. Biré s'étend davantage sur un autre troyen, le 
négociant Guélon-Marc, qui s'offrit comme otage de Louis XVI, 
dans une lettre qui fut lue à la Convention, le 16 décembre 1792, et 
qui a mérité d'être reproduite plusieurs fois. « Son engagement est 
un chef-d'œuvre de sensibilité », disait l'auteur d'un livre intitulé 
les Otages de Louis XVI, imprimé en 1814. L'auteur de cet ouvrage 
rare, qui a échappé aux recherches de M. Biré, avait lui-même 
habité la ville de Troyes. C'était Boulage qui exerça dans cette 
ville la profession d'avocat, au commencement de ce siècle; il 
s'était offert lui-même comme otage à Auxerre, et il cite, parmi ses 
confrères dans le département de l'Aube, le capitaine de cavalerie 
HaufTroy de Ville-sur-Arce, le notaire de Troyes, Guyot et son fils. 
« Si jamais je meurs, avait dit Guyot, de la fureur des ennemis du 
trône et de l'autel, mon dernier soupir sera pour ma religion et 
pour mon roi. » 

Une sorte d'obélisque de pierre blariche, sans inscription, marque 



BIBLIOGRAPHIE 151 

encore le lieu où Guélon-Marc fut enterré en 1823, dans l'ancien 
cimetière de Troyes, aux frais de la municipalité. Il est à désirer 
que ce monument, transporté dans le nouveau cimetière, reste 
comme un témoignage de la fidélité et du courage civil, que doi- 
vent honorer tous les hommes de cœur, à quelque parti qu'ils 
appartiennent. A. B. 



Les seioneuus et le cuateau de Bethon, par le vicomte de Poli. Un 
vol. in-18, avec vues du château, 1885. 

Voici une remarquable monographie de château qui doit servir ije 
modèle à tous ceux qui à l'avenir voudront entreprendre de pareils 
travaux. Bethon est un écart de la commune d'Esternay (Marne), oîi 
s'élève un très beau château, restauré avec beaucoup de succès par son 
propriétaire actuel, M. Le Brun de Neuville. 

Bethon, autrefois Fontaine-Bethon, tire son nom d'un personnage 
important que M. de Poli croit avoir retrouvé dans un Botton, sei- 
gneur de la cour de Louis-le-Débonnaire. Sans discuter cette première 
attribution qui nous paraît trop vaguement démontrée encore, nous 
constaterons que depuis le xne siècle le travail de M de Poli ne subit 
ni obscurité, ni lacune. Il suit chacun des seigneurs de Bétlion et a 
relevé avec la plus patiente érudition toutes les mentions qu'il a pu 
heureusement recueillir en grand nombre sur cette localité, que si elle 
n'a pas eu à jouer de rôle dans l'histoire, a passé à travers un nom- 
bre incroyable de maisons. Pendant quelques années, au siècle der- 
nier, l'abbé Terray posséda cette seigneurie. 

M. de Poli a complété son travail par un choix précieux de pièces 
justilicatives inédites du plus réel intérêt, et par une table de noms qui 
achève de rendre ce travail réellement utile et y facilitent les recher- 
ches. Ajoutons qu'une très jolie vue du château reproduit un monu- 
ment presqu'inconnu et qui cependant a une valeur archéologique 
incontestable. E. B. 



Nous trouvons dans le magnilique ouvrage de M. le comte de Reiset 
« Modes et usages de Ma"ie-Antoinette », qui renferme tant de détails 
neufs et saisissants, des notes très intéressantes sur le massacre du 
général de Dampierre, venu saluer Louis XVI au retour de Varennes : 
elles ont été communiquées à l'auteur par le général comte de Dam- 
pierre, petit-fils de la noble victime. . 

C'est l'acte- de notoriété dressé le 28 décembre 1817 par devant 
M. Gilson, juge de paix de Sainte-Menehould, par MM. Dommanget, 
conseiller à la cour Royale de Metz, Mathieu de Vienne, juge au Tri- 
bunal, Mauclerc, juge au mêaie siège, de Chamisso, membre du con- 
seil d'arrondissement, Robinet, membre du Conseil général et maire 
de Sainte-Menehould, le Serrurier, conseiller municipal et Buirette de 
Verrière, avocat, déclarant que le 22 juin 1791, Anne-Fiizéar du Val, 



152 BIBLIOGRAPHIE 

comte de Dampierre, demeurant en son château de Hans, ayant appris 
l'arrestation du roi à Varennes, se rendit sur le champ à Sainte-Mene- 
hould pour rejoindre Louis XVI; qu'il y arriva un peu avant lui et que 
voyant les violences auxquelles il était en butte, il résolut de l'accom- 
pagner ; qu'à peu de distance de la ville, il fut reconnu au moment où 
le roi lui parlait, qu'il fut assailli par les forcenés et massacré près de 
la voiture, malgré les efforts de la famille royale pour le sauver. 

A Pont-de-Somme-Vesle, le roi vit un garde national décoré de la 
croix de Saint-Louis. En demandant quelle action d'éclat lui avait valu 
cette récompense, il lui répondit que c'était la croix de l'aristocrate 
Dampierre qu'il avait pris dès qu'il avait été abattu. Ce misérable vint 
peu après à l'Assemblée nationale raconter ses hauts faits et demanda 
la permission de continuer à porter la croix de celui dont il avait 
écrasé la tête [Journal le Petit Gontier, août 1791). 

M. le comte de Dampierre fut écharpé mais non décapité, comme on 
l'a dit. Son corps fut inhumé provisoirement, le 2.3 juin 1791, au vil- 
lage voisin de Chaudefontaine et inhumé dans le caveau de famille à 
Hans le 18 octobre 1821. 



L'Invasion allemande en 1544. — Fragments d'une HisTomE militaire 
ET DIPLOMATIQUE DE l'Expéditioh DE Charles-Qqint, oiivrage pos- 
thume de M. Ch. Paillard, mis en ordre et publiés par M. G. Hérelle. 
1 vol. in-8". Paris, Champion, 1885, avec cartes. 

M. Paillard a laissé d'excellents travaux qui font encore plus vive- 
ment regretter sa fin prématurée : un légitime succès a accueilli son 
Histoire des causes des guerres religieuses au xvi« siècle dans les 
Pays-Bus et son Histoire des troubles religieux de Valenciennes de 
lo60 à loGT. Il préparait peu de temps avant sa mort la publication 
d'une œuvre à laquelle il avait rêvé d'attacher son nom et qui, en 
olTet, présentait un intérêt d'autant plus grand que l'épisode qu'elle 
traitait est peu connu dans ses détails, VInrasion de lu France par 
Cluirles-Quint. Un érudit apprécié îles lecteurs de la ReDUc, dont il 
est un des plus savants collaborateurs, M. Hérelle a heureusement eu 
la bonne pensée d'achever ce travail, que la Société des sciences et 
arts di; Vitry-le-François a édité.- Cette période de la vie militaire du 
tout-puissant empereur touche directement la Champagne, puisqu'elle 
a pour étapes le siège de Saint-Dizier, la hataille de Vitry-en-Per- 
ihois, la ruine de Saint-Dizier, la marche sur Chàlons que Charlos- 
Quint évita d'attaquer, la marche et roccu])alion d'Kpernay. M. Pail- 
lard avait étudié avec un soin extrême ce sujet : non-seulement il 
était venu examiner minutieusement les pays à travers lesquels était 
passée l'armée impériale, mais il avait compulsé avec une érudition 
patiente les documents qu'il était allé étudier en Belgique, les corres- 
jiondances de (Jharles-Quint et de Henri VIH, les archives de Venise 
et de Vienne. Grâce à cet effort, nous pouvons suivre sans peine la 
marche de l'armée envahissante et saisir dans les moindres détails les 



BIBLIOGRAPHIE 1 53 

péripéties des attaques. Le temps seulement a manqué à M. Paillard 
pour bien mettre en lumière le plan de défense de François 1er, pris 
entre les forces coalisées do l'Angleterre et de l'Allemagae ; défaut 
irrémédiable, puisque les chroniqueurs contemporains ne fournissent 
à cet égard que des indications incomplètes et que nos papiers d'ar- 
chives ne permettent pas d'en réparer l'insuffisance. 

En 1542, la guerre avait recommencé entre François I«r et Char- 
les-Quint : la campagne de 1543 avait favorisé nos armes. Mais alors 
l'Angleterre et l'Allemagne se coalisèrent en vue de nous envahir. 
L'expédition anglaise se borna aux sièges de Boulogne et de Mon- 
treuil. L'expédition allemande, au contraire, pénétra jusqu'au cœur 
du pays et en menaça même un instant la capitale. 

Fernand de Gonzague commanda la première armée d'invasion et 
prit d'abord Commercy, Ligny et vint mettre le siège devant Saint- 
Dizier, pendant que Charles-Quint, avec la seconde armée d'invasion, 
ayant échoué devant Metz, venait rejoindre son lieutenant. Le siège 
fut long, comme on sait, et énergiquement soutenu : on a dit que la 
capitulation fut provoquée par une fausse lettre du duc de Guise que 
l'empereur aurait fait parvenir dans la place. M. Paillard discute ces 
faits et ne croit pas que ci-t incident ait eu l'important décisif que les 
historiens lui ont attribué jusqu'à présent. Joinville succomba en même 
temps : l'empereur remit Saint-Dizier en état et marcha ensuite sur 
Chàlons. Mais en apprenant les préparatifs faits en cette ville et la 
présence de l'armée française, presque à ses portes, à Jaalons, Char- 
les-Quint ne voulut plus perdre de temps. Il évita celle-ci et gagna 
rapidement Epernay qu'il occupa ainsi qu'Ay, prit sur Château- 
Thierry et obliqua soudainement sur Soissons, renonçant à sa marche 
directe sur Paris. M. Paillard explique ce changement par le mauvais 
état de l'armée impériale oij l'indiscipline était devenue inquiétante, 
par l'abandon de Henri VIII et par l'espoir d'une prompte négocia- 
tion pacifique. L'Empereur chercha donc par ces diverses rai- 
sons à se rapprocher de l'Allemagne. De nombreuses conférences 
avaient déjà eu lieu, en effet, à Saint-Amand, à Sarry, à Chàtillon : 
de plus décisives s'ouvrirent à Soissons et la paix fut signée, en dépit 
des étions de l'ambassadeur anglais, à Crespy-en-Laonnois, le 15 sep- 
tembre 1544. 

Tel est, en quelques mots, le livre que M. Paillard avait préparé et 
que M. Hérelle a si bien terminé. On voit de quel intérêt il est pour 
notre pays et quelle lumière il répand pour une année si importante 
de son histoire. Le siège de Saint-Dizier n'avait jamais été aussi com- 
plètement raconté et toute la partie relative à la marche de l'armée 
impériale depuis cette place jusqu'à Château-Thierry est presque 
entièrement neuve, car les historiens n'y ont jamais consacré que 
quelques lignes. Nous ne saurions trop recommander ce travail. 

E. B. 



154 BIBLIOGRAPHIE 

A signaler dans le dernier numéro du Bulletin du Comité des Tra- 
vaux historiques, section d'archéologie : une note de M. L. Mercier de 
Morière — dont nous venons d'apprendre la mort prématurée — sur 
des chartes et sceaux de Jean de Joinville et de Robert de Joinville, 
seigneur de Sailly, qu'il a pu recueillir dans les archives de Meurthe- 
et-Moselle. Par l'une d'elle, du mois d'octobre 1263, Jean de Joinville, 
sénéchal de Champagne, reconnaît que son cousin Jean de Sailly est 
devenu l'homme-lige de Thiéijaut, comte de Bar-le-Duc, ayant repris 
dudit comte des terres à Maxey-sur-Vaire et à Rosières-en-Blois. Par 
l'autre, du mois de mai précédent, Robert de Sailly reconnaît ledit 
fait. 

Robert Je Sailly, cousin-germain du compagnon de Saint-Louis 
était comme lui petit-fils de Geofroy IV de Joinville. Le sceau de 
Robert est malheureusement brisé : on ne distingue sur l'un qu'un 
chef sans aucune pièce. Celui de Jean de Joinville au contraire est 
intact et très intéressant, parce qu'il diffère de ceux publiés par M. de 
Wailly dans son Histoire de Saint-Louis. Celui-ci s'en distingue au 
revers par une très curieuse représentation d'un château féodal avec 
son enceinte fortifiée et ses tours et la légende GAMPANIE, — 
chaque lettre séparée par une fleur de lys — complétant celle du sceau 
à effigie équestre — S. I. DOMINI lOINVILLE SENESGALLI. — Plus 
une note de M. Demaison sur deux inscriptions de l'église Saint- 
Remy de Reims, antérieures au xii^ siècle, dont l'état trop fruste 
empêche de déterminer exactement la valeur. On sait que cette église 
possédait autrefois de nombreuses inscriptions : dom Châtelain au 
xviii'^ siècle en a composé un recueil assez complet, conservé à la 
bibliothèque de Reims et dont la publication serait bien désirable. 



Les Cahiers dks doléances du Tiers-Etat rural du Bailliage de 
Chalons-sur-Marne, par M. l'abbé Puiseux, in-8". Châlons, Thouille, 
1885. 

Très curieux travail pour connaître l'état des esprits des paysans 
en 1789. L'auteur a dépouillé les 170 cahiers ruraux du bailliage do 
Châlons, conservés en original aux Archives de la Marne. Il conclut 
quo ces documents rédigés dans un moment d'exaltation et sous l'in- 
fluence des plus malsaines agitations, ne sont pour la plupart qu'un 
tissu de plaintes exagérées, mêlées parfois à des déclamations violentes. 
Une série d'études de ce genre serait très utile. 



Mentionnons la publication de Camille Le Tcllier de Lonoois. par 
M. l'abbé Gillet (1 vol. in-8". Paris, Hachette); Jehan Vittevianl, 
recteur de VUniversilé de Paris, par M. l'abbé Desjardins (1 vol. 
in-8". Châlons, Thouille); Slatisti(jue de l'élection de Rethcl en 
1636, jiar M. Jadart (in-8". Romi, Michaud) ; Statistique des élec- 
tions de Rcthel, Reims, et Sainte-.)fenehould, en 1657, par E. de 
Barthélémy (in-S". Le même). 



CHRONIQUE 



Une vente importante de livres aura lieu ces jours-ci à Paris, salle 
Silvestre. Elle comprend les nombreux ouvrages relatifs au mouve- 
ment révolutionnaire de 1789, pamphlets, journaux, caricatures, 
affiches, placards provenant de la bibliothèque de M. le comte B. de 
Nadaillac. 

Plusieurs de ces ouvrages concernent l'histoire de notre région, et 
nous croyons devoir les signaler à nos collectionneurs. 

On sait combien sont rares les exemplaires des jugements rendus • 
par le tribunal révolutiounaire de Paris. Le tirage de ces pièces était 
limité au nombre des membres et des jurés du tribunal et on ne les 
a jamais vendues ni colportées hors de son enceinte. Le dossîer des 
jugements ou des ordonnances d'acquittement qui intéressent l'histoire 
de la Champagne et que M. de Nadaillac a pu recueillir est de 
trente-neuf pièces. En voici quelques titres : 

« Jugement qui condamne à la peine de mort G.-L. Ganet-Dugay- 
Marangé, procureur général de la Chambre ardente de Rheims, con- 
vaincu de conspiration contre la République. Paris, 15 nivôse an II, 
10 pp. in-4''. 

« Jugement qui condamne Ant. Louis Champagne, ci-devant noble, 
chanoine de Troyes, né à Marsins (Marne), et Madeleine Chrétien, 
convaincus de manœuvres tendantes à provoquer la guerre civile Paris, 
13 nivôse, an II, 14 pp. 

« Jugement qui acquitte Sébast. Caillot, femme Brioland, née à 
Verzy (Marne), prévenue de propos contre-révolutionnaires. Paris, 18 
vendémiaire an III. 

« Jugement qui acquitte Pierre Dégrevé, né àSézanne, et Catherine 
Kieffer, prévenus de propos contre-révolutionnaires. Paris, 2G bru- 
maire an III. 

« Jugement qui acquitte Claude Mathieu, bourrelier à Montagne- 
sur-Aisne, accusé de ]jropos contre-révolutionnaires. Paris, 5 bru- 
maire an III. 

« Jugement qui acquitte Louis Noirjean, né à Sermaize, cultivateur, 
prévenu d'infidélité dans une fourniture de fourrages pour l'armée. 
Paris, 2 frimaire an III. 

« Ordonnance qui acquitte L.-Ant. André, curé de Givry-en-Ar- 
gonne, accusé d'avoir, dans le département de la Marne, pratiqué des 
manœuvres tendantes à exciter des troubles par le moyen du fana- 
tisme. Paris, 18 frimaire an III. 

( Jugement qui acquitte Louis Gonel, né à Reims, accusé d'avoir 



156 CHRONIQUE 

frappé de plusieurs coups de sabre l'arbre de la liberté de la Section 
des Amis de la Patrie. Paris, 4 vendémiaire an III. » 

Parmi les brochures relatives aux Etat-Généraux, mentionnons 
VAppel à la Nation de Gérard de Cherval, vicaire de Reims. 

Les brochures et pamphlets de Linguet sont au nombre de six : 
Serait-il trop tard? Aux Trois Ordres. Onguent pour la Brûlure 
avec des Réflexions sur l'usai/ e de faire brûler les livres par la main 
du bourreau. Lettre au Comité patriotique de Bruxelles. Justifica- 
tion et Confession sincère et général de Vavocat Linguet., auteur de 
C Ami du Peuple., attribué à Marat. Qu est-ce que Lin.quet, etc. 

De Linguet encore : 

« La France plus qu'Anglaise, ou comparaison entre la procédure 
entamée à Paris, le 25 septembre 1788 contre les Ministres du roi 
de France et le procès intenté à Londres, en 1640, au comte de 
Straffard. Bruxelles, 1788. » 

Les Mémoires sur la Bastille sont représentés dans la collection 
Nadaillac par l'exemplaire de Pixérécourt, auquel ont été ajoutés trois 
beaux portraits de Linguet, dont deux gravés par Saint-Aubin et 
Delastre. 

Enfin, dans un recueil de brochures se trouvent réunies les pièces 
suivantes : 

« Première lettre de l'archevêque de Reims au comte de Périgord, 
son frère. — Notice sur Tronsson du Coudray, né à Reims, par Blanc. 
— Les cahiers du bailliage de Reims aux Etats-Généraux de 1789, 
par H. Paris. — Procès-verbal authentique de l'arrestation de Bonne- 
Savardin, à Chàlons-sur-Marne. — Les Geais de Châlons, ou con- 
fession magistrielle de l'avocat du roi du défunt grand bailliage de 
Châlons-sur-Marne. Troyes, 1788. Pamjjhlet très rare. — Liste des 
électeurs du département de la Marne. An V, etc., etc. » 



Les peintures de l\ chapelle de la. Sainte- Vierge a la cathkdmale 
DE Chalons. — Il y a environ huit ans cette partie de la cathédrale 
châlonnaise avait été l'objet d'une restauration complète grâce au zèle 
de M. le curé Noblet : 

Un autel élégant avait été installé : un carrelage émaillé du xu"^ 
siècle, avait remplacé les dalles et tout le pourtour de la chapelle avai^ 
été revêtu de peintures polychromes, le tout dans le style du xivc 
siècle. Puis M. l'abbé Ilermant, successeur de M. Noblet, avait fait 
placer de beaux vitraux de M. Maréchal, offerts parNN. SS. de Prilly 
et Bara, successivement évéqui;s de Châlons*. Enfin on avait enlevé 



1. Les quatre fenôlre.'^ représentent : Marie promise à uos premiers parents 
après leur chute. — Marie saluée par les Conciles comme mère de Dieu et 
proclamée Immaculée par Pie IX entouré des évêques. — Les mystères du 
Rosaire. — Les principales scènes de la vie de la Vierge. 



CHRONIQUE \IJ1 

les boiseries pour laisser reparaître la fine arcature en pierre qui court 
tout autour de la Chapelle'. 

Les peintures avaient été exécutées par M. Laraéru qui en avait 
emprunté les divers sujets aux diverses invocations adressées ù la 
Vierge par la liturgie catholique : chaque tympan de l'arcature pré- 
sentait un motif peint au trait sur un fond d'or au milieu de feuil- 
lages ou de rinceaux. Mais les désastreux effets du salpêtre ont rapi- 
dement altéré si gravement cette décoration, qu'il a fallu entreprendre 
une complète restauration, qu'on a confiée à M. Vernachet, de Dijon, 
auquftl on doit la décoration de la chapelle de la Vierge à la Cathé- 
drale de Reims. Tous les motifs ont été conservés sauf deux remplacés 
volontairement par deux scènes représentant l'une S. Dominique age- 
nouillé recevant le Rosaire des mains de la Vierge, l'autre Ste Cathe- 
rine de Sienne, agenouillée devant l'Enfant Jésus qui lui présente une 
couronne de roses et une d'épines, qu'elle choisit. Les changements 
ont été faits pour rappeler un souvenir. Après la disparulion des 
Dominicains en 1791, la confrérie du Rosaire érigée dans leur église 
— supprimée alors — fut transférée dans celle de la Trinité contiguë 
à la cathédrale; la Trinité démolie à son tour plus tard, la confrérie 
émigra à la Cathédrale 2. 

De plus, M. Vernacher a eu l'heureuse pensée de couvrir également 
de peintures la surface régnant entre l'arcature et le glacis des fenêtres, 
dont la nudité choquait l'œil : il a décoré cette partie dans le même 
genre avec de charmants rinceaux, de nombreux points d'or, des 
chiffres de Marie, etc. 

L'Administration de la Bibliothèque Nationale à-Paris, a exposé dans 
plusieurs salles de cet établissement des curiosités littéraires et artis- 
tiques dont la rareté et la beauté font l'admiration des amateurs et des 
curieux. 

Il y a plusieurs pièces qui intéressent Seine-et-Marne, entr'autres : 
Un manuscrit : Valèrc Maxime, copié à Provins, en 1167, par Guil- 
laume Langlais pour Henri, comte de Champagne. La suscription du 
copiste est imitée des formules de l'antiquité : « Titulis scriptoris : 
Féliciter emendavi descriptum Pruvini, jussu illustris comitis Henrici; 
Willelmus AngUcus, anno incarnati verLi MCLVII, indictione xv. » 

Lettre de Jacques Amyot (de Melun) au duc de Nivernois, du 9 

1. La belle Vierge eu bois qui décore l'autel, attribué à Bouchardon, 
ornait autrefois l'autel de la chapelle de Mesdames de France au château de 
Louvois. La tradition assure que l'autel de marbre et le rétable qui ont été 
transportés en 1800 de la chapelle de la Cathédrale à l'église de Ste-Puden- 
tienne, provenaient ainsi que les lambris de la chapelle de ce château. Les 
lambris ont été placés dans la chapelle de S. Viucent-de-Paul à la même 
Cathédrale. 

2. Inslruclion pour les confrères cl consœurs de la confrérie du Rosaire 
érigée en l'éylise paroissiale de S. Etienne de Chûlons. — A Châlons- 
Mercier, rue de Brebis (Orfeuil), vers 1805. 



1 b8 CHRONIQUE 

août 1589. Lettre de Nicolas Foucquet, surintendant des finances, 
vicomte de Vaux, à sa femme, du 23 janvier 1662. Sermons de 
Bossuet, manuscrit autographe. Lettre de Hossuet au cardinal d'A- 

guirre (minute). 

* 



La Société des aquarellistes français, — dont la septième exposition 
a été inaugurée le 1er février dans la galerie Georges Petit, rue de 
Sèze, — s'est augmentée cette année de plusieurs artistes de talent, 
au premier rang desquels nous remarquons M. Adrien Moreau, de 
Troyes. 

Notre compatriote, bien connu et apprécié du grand public, exposait 
pour ses débuts six délicieuses aquarelles, dont la légèreté de touche 
et le ravissant coloris ont attiré tous les regards des très nombreux 
visiteurs. Nous citerons notamment la Promenade, la Sortie d'église, 
où l'habile peintre met en scène de nobles personnages, bourgeois 
et gentilshommes, en riches costumes Louis XIII : c'est son époque 
de prédilection ; puis une étude champêtre, très naïve et très sincère, 
la Cueilleuse d'herbes ; enfin, dans une note exquissement moderniste, 
l'adorable Liseuse, assise à la table rustique d'un grand parc enso- 
leillé. 

Le 10 février, le jury de l'Ecole des Beaux-Arts a procédé au juge- 
ment du concours de la fêle d'expression, dans la section de sculp- 
ture. 

Le prix a été décerné, à l'unanimité, à M. Chavalliaud, de Reims, 
élève de MM. Jouffroy, Falguière et Roubaud. 

On sait que le jeune et sympathique artiste, élève pensionnaire de 
sa ville natale, à contribué à la décoration du nouvel Hôtel municipal 
de Reims en y exécutant plusieurs grandes figures allégoriques, et 
s'est, d'autre part, distingué par ses envois à divers Salons. Nous lui 
souhaitons pour cette année, au Palais de l'Industrie, tout le succès 
auquel il a droit. 



MÉLANGES 



Nous trouvons dans le catalogue de la vente d'autographes de la 
collection Baylé, vendue le 29 janvier dernier, la mention ci-jointe 
d'une lettre adressée par le duc de la Vallière, le fameux bibliophile, 
à Grosley, de Versailles, le 17 juin 1756. 

Il lui adresse une liste de 92 ouvrages qu'il a choisis sur un cata- 
logue imprimé d'une bibliothèque d'un couvent de Troyes. Il prie 
Grosley de faire lui-même le prix de ces livres et de lui expédier au 
plus tôt sous le couvert de M. de Malesherbes. Il parle ensuite de 
divers autres volumes. « Je vous auray la plus véritable obligation si 
vous voulez bien faire des recherches non-seulement dans la ville de 
Troyes, mais même aux environs, surtout s'il y a des maisons reli- 
gieuses. C'est là où j'ay puisé la plus grande partie de mes trésors. Je 
ne vous prie pas de tenter aucune négotiation pour le roman de la 
Roze manuscrit qu'a ce subdélégué. J'ay les deux plus beaux conus 
dans la Uttérature. » 



La Semaine Religieuse de Châlons a publié le procès-verbal de 
l'incendie de la Cathédrale de Châlons en 1668, déjà publié par M. de 
Barthélémy dans ses Variétés historiques sur la Champagne. Un 
lecteur a envoyé à cet excellent recueil la note suivante : 

« Je crois, dans l'intérêt de la vérité historique, devoir vous signaler 
deux erreurs qui se sont glissées dans une note du dernier numéro 
de la Semaine Religieuse, concernant l'incendie de la Cathédrale en 
1668. 

I On dit tous les ans, à la Cathédrale, écrit l'auteur de la note, au 
« jour anniversaire de cet accident, un De Profundis pour le repos 
« de l'âme de M. le chanoine Debar, brûlé en essayant de sauver les 
« Saintes-Espèces. » 

« En premier lieu, le Salut ne se célèbre pas le jour anniversaire de 
l'incendie, mais le dimanche le plus rapproché de cette date. Avant la 
Révolution, il avait lieu le 20 janvier, après les vêpres de la fête de 
saint Sébastien, alors fête d'obligation à Châlons. (Voir Prières pour 
les salufs, qui se font en Véglise cathédrale de Chaalons, etc.. 
Chaulons^ Seneuze. 1740 p. 47, et Rituale catalauncnse, 1770, t. II, 
p. 574.) 

et En second lieu, M. Debar, doyen du chapitre, ne périt pas en 
sauvant le Saint-Sacrement. L'imprimé du temps, que vous avez 
reproduit, le donne d'ailleurs à entendre. M. Debar fonda précisément 



160 fMÉLA.NGES 

le Salut du 20 janvier en action de grâces de ce que la divine Pro- 
vidence avait gardé ses jours pendant qu'il accomplissait ce pieux et 
mémorable devoir. Vous en avez la preuve dans la teneur de son 
épitaphe, que je transcris fidèlement dans l'orthographe du temps, 
avec l'arrangement adopté par le graveur, avec toutes les incorrec- 
tions qu'y a introduites la main de cet ouvrier illettré. La tombe de 
M. Debar, en marbre noir, se trouve derrière le Maître-Autel de la 
Cathédrale, dans le déambulatoire, devant la Chapelle de la Sainte- 
Vierge. 

« D. O. M. 

« Cy rjist vénérable et discrette 

w personne M. Pierre Debar prestre et 

« Doyen et chanoine de cette église, le 

« qvel par son testament a fondé aperpétvité 

« Le salot solemnel du S^ Sacrement Qvi 

« se dict tovs les ans le joor de la [este 

« de S* Sebastien en action de grâce 

« de ceque laditte église ne fut pas 

« entierrenient consignée jjar le feu du 

« ciel qui ariva le {9 Jan(vier) de Vannée 

« 1668, et de ce quil fut lui mesme 

« heureusement préservé en ostant le 

« saints ciboire du tabernacle. Il est 

« décédé le premier jour de septembre 

« de lannée 1687 âgé de 69 ayis. 

Il Priez Dieu pour le repos de son âme. » 



Le Secrétaire Gcranl, 

Léon FutiMONT. 



MONTMIRAIL 



Moatmirail est uue petite ville de près de trois mille habi- 
tants, située aux confins de la Champagne et de la Brie, 
aujourd'hui chef-lieu de canton du département de la Marne, 
autrefois siège d'un bailliage d'épée, connaissant des causes 
des ecclésiastiques et des nobles, avec deux paroisses, une 
communauté de missionnaires Lazaristes, un Hôtel-Dieu, — 
encore existant, un prieuré — originairement abbaye — de 
bénédictines à Montléau. Sa situation très pittoresque sur 
une colline dominant la vallée du Petit- Morin et les vastes 
forêts des environs explique son nom ancien, Mons Mirabilis. 

Nous ne ferons pas ici l'histoire détaillée de cette localité : 
son origine remonte à l'époque gallo-romaine, comme le 
démontrent clairement de nombreuses découvertes d'anti- 
quités. Au commencement du moyen-âge, c'était un centre 
féodal important. Un château fort y existait déjà au xi'' siècle, 
époque où nous voyons Gaucher de la Ferté-Gaucher épouser uue 
fille du comte de Champagne, laquelle lui apporta Montmirail 
en dot. A la fm du xii'^ siècle la seigneurie appartenait à Jean, 
qui fonda le couvent du Mout-Dieu à Montmirail et donna dans 
la seconde partie de sa vie des exemples d'une telle piété, qu'il 
a mérité d'être rangé au nombre des bienheui-eux, n'ayant trouvé 
cependant que la plus douloureuse résistance auprès de sa 
femme et de ses fils, qui plus lard en firent publiquement 
amende honorable. En î213, Marie, héritière de la première 
famille de Montmirail, apporta cette baronnie à Enguerrand III 
de Coucy. Un autre mariage la transmit à Jean, comte deRoucy 
vers le commencement du xv° siècle ; Jeanne de Roucy fit de 
même en 1 41 7 au profit de Robert de Sarrebruck, et Philippe de 
Sarrebruck, vers 1525, pour Charles de Silly, sire de la Roche- 
Guyon. De cette famille Marguerite de Silly fit entrer Montmi- 
rail dans la maison de Gondy en épousant Philippe-Emmanuel 
de Gondy, général des galères de Louis XIII et de ce mariage, 
naquit à Montmirail, le 20 septembre 1613, celui qui devait 
être le célèbre cardinal de Retz : « Ce jour-là, dit-il, dans ses 
Mémoires, on pécha dans le Petit-Morin un esturgeon mons- 
trueusement gros. » C'est pour son éducation que ses parents 
appelèrent à Montmirail Vincent de Paul qui était venu fonder 
à Fontaine-Essart une maison de Lazaristes, transférée dans la 

11 



1 62 MONTMIRAIL 

ville en 1678. Le duc de Retz, frère aîné du coadjuteur, vendit 
le domaine à Louis delà Trémouille, marquis de Noirmoutiers, 
en 1655, pour la somme de 555,000 livres ; le roi érigea ce 
marquisat en duché-pairie et le transféra sur la baronnie 
de Montmirail par lettres patentes du 8 février 1G57, qui ne 
furent pas enregistrées. Sa veuve recéda Montmirail, le 27 
avril 1678, au marquis de Louvois dans la famille duquel cette 
belle terre demeura enfin jusqu'à M"'' de Louvois qui épousa, 
en 1778, le vicomte de la Rochefoucault dont les descendants 
la possèdent encore. 

Le château, comme nos lecteurs peuvent eu juger par la 
belle gravure que nous devons à l'amicale obligeance du comte 
de Gourcy, est un des beaux spécimens de l'architecture 
civile du xvii* siècle en France. Une cour immense bordée de 
communs considérables — écuries, orangerie, bâtiments de 
service — aboutit à une grille vers laquelle rayonnaient de 
magnifiques avenues. Louvois s'entendait en construction et 
adorait la truelle. Louis XIV s' étant arrêté à Montmirail au 
mois de mai 1687, loua vivement le château, admira les points 
de vue sur la vallée, mais regretta l'absence d'eau dans les 
jardins. A son retour il trouva des bassins que son ministre 
avait fait creuser en toute hâte et remplis d'eau amenée de 
Fontaine-Essart. En un mois ce travail gigantesque avait été 
exécuté. A la grille d'honneur, Louvois avait fait arborer la 
fameuse inscription : Veui, vidi, vici ; mais à l'entrée du parc 
un autre oriflamme portait cette modification : Venii, vidit, 
ego vici : et comme le roi manifestait son étonnemeut et cher- 
chait à coiiiprendi-e le sens de l'inscription, Louvois fit un 
signe et l'eau vînt sous les yeux du roi remplir le bassin 
et rebondir partout en jets brillants et variés. 

Un descendant du grand roi Louis XVI, passa aussi à 
Montmirail, mais dans de toutes autres circonstances. Caché, 
fuyant Paris, et courant vers Varennes, il y fut reconnu, mais 
personne ne le trahit. Détail poignant : le petit Dauphin s'é- 
chappa pour courir dans une cour de ferme et amena un retard 
d'une demi heure qui ne contribua pas peu au désastreux 
échec de cette entreprise si heureusement commencée \ 

Dernier souvenir : la célèbre bataille livrée le 1 1 février 1814. 

Comte E. de B. 



1 . Madame la duchesse de Tourzel dans ses Mémoires qui vieunent 
d'être publiés, ne parle pas de ce lail. Mais elle ne fournit mucuu détail sur 
le trajet du roi entre Paris et Châlons. 



LE CHATEAU DE VILLEBERTIN 

ET LES 

STATUES DE SON LABYRINTHE 



Le château de Villebertin élaiL au siècle deruier, comme il 
l'est encore aujourd'hui, un des plus importants des environs 
de Troyes. Depuis le xvi^ siècle, il appartenait à l'ancienne 
famille champenoise de Mesgriguy^ Sous Louis XV, ses vastes 
bâtiments, construits sur les bords du ruisseau de l'Hozain, 
étaient couverts de tuiles communes et de tuiles plombées, et 
flanqués de deux tourelles carrées couvertes d'ardoises de Saint- 
Louis. On y pénétrait par un escalier de pierres de Tonnerre 
eu forme de perron, abrité sous un auvent garni « de petites 
ardoises taillées avec plomb sur les arrêtiers. » A l'intérieur, à 
côté d'un escalier de bois à quatre rampes, s'ouvraient une 
salle à manger garnie de petits carreaux et une autre grande 
salle plancheyée. 

En 1072, à la mort de Nicolas de Mesgrigny, cette grande 
salle, tendue de sept pièces de tapisserie façon de Ghâtillon, 
était ornée de deux portraits d'empereurs et d'un grand tableau 
« où était dépeint Moïse -, » et qu'on estimait 50 livres. C'était 
à coup sûr le tableau que Jérôme de Mesgrigny, à son retour de 
Terre-Sainte, avait fait exécuter à Bologne par un des Garra- 
che, et dont Grosley nous a donné une intéressante descrip- 
lion\ La pièce, munie de tapis de Turquie, était garnie d'un 
« lit de salle » et de sièges recouverts de moquette. 



1. Emile Socard, Essai d'histoire généalogique de la famille de Mesgri- 
gny. Mém. de la Société académique de VAube, 1866, p. 55. 

2. Description du château on 1733 (Archives judiciaires do l'Aubo, 
n" 1179). 

3. Ephémérides, Ed. Patris Debreuil, 11,257. Ce tableau existait encore 
en 1865 au château de Briel. (Emile Socard, Mémoires de la Société acadé- 
mique de VAube, 1866, p. 56.) 



164 LE CHATEAU DE VILLEBERTIN 

Avec la grande salle communiquait la chambre à coucher du 
seigneur, tendue de tapisserie de haute lisse, avec un lit drapé 
de damas cramoisi et un grand miroir garni d'argent. Dans les 
autres cliambres, qui étaient assez nombreuses, on remarquait 
quelques meubles de luxe, tels « qu'une cassette de nuit de Ijois 
de la Chine garnie de cuivre doré, » un « sac de tabis incarnat 
garuy de dentelle d'or et d'argent, » une montre d'argent propre 
à mettre sur la table. Au second étage, se trouvait une chapelle 
munie de ses ornements, et quioLait dédiée à la Nativité. Tout 
dans le château et ses dépendances, où douze chevaux étaient 
renfermés dans les écuries *, attestaitla vie large et noble qu'on 
y menait. 

Eu 1725, après la mort de l'abbé de Mesgrigny, la terre de 
Mesgrigny fut mise en vente par jicitation, et reprise, moyen- 
nant oîi ,100 livres, par uu des membres de la famille. Le clmteau 
n'avait pas été modifié depuis la mort de Nicolas de Mesgri- 
gny; en 1733, son état d'entretien laissait même à désirer; 
mais il devait recevoir d'importants agrandissements dans le 
cours du siècle. A l'époque de la Révolution, il avait été trans- 
formé selon le goût du jour. Dans le grand salon, on avait 
substitué aux tapisseries d'étoffe - des tapisseries de papier 
collées sur toile. La grandeur des glaces, le nombre des meu- 
bles \ indiquaient des habitudes de luxe et de large hospita- 
lité. Gomme dans la plupart des grands châteaux du temps et 
de la région, à Brienne, à la Chapelle-Godefroy, à Chassenay, 
par exemple, on avait construit à Villebertiu une salle de 
comédie. Quinze chambres à coucher, numérotées comme au 
château de Brienne, étaient destinées à recevoir les hôles, et 
l'on peut avoir une idée de la largeur avec laquelle ils étaient 
traités, en sachant que les caves renfermaient cinq muids de 
vin d'Espagne. 

Si le mobilier était estimé en 1793 au chiffre élevé de 
33,023 fr., il n"y était pas question des tableaux, que Grosley, 
l'un des familiers du château', y avait vus eu 1704". Ces ta- 

1. Invealaire de 1672. (Archives judiciaires de TAubc, u° 1209.) 

2. Aux tapisseries mentionnées plus haut, la description de 1733 ajoute 
une tapisserie à personnages de sept pièces, estimée 250 livres. Celte des- 
cription, avec l'inventaire de 1725, se trouvent dans la liasse H7'J des Archi- 
ves judiciaires de l'Aube. 

3. Deux canapés, quatre bergères, vingt-quatre fauteuils, quatre voyeuses 
en tapisserie brodée à l'aiguille, estimés 800 livres. (Iiiv. de 1793.) 

4. Voiries Correspondants de Grosleij. {Mémoires de la Société acadé- 
mique de l'Aube, XLVl, 3-i9 à 352. 

5. Inventaire du 25 juin 1793. (Arch. de l'Aube, 4, Q, 59.) 



ET LES STATUES DE SON LABYRINTHE 165 

bleaux avaient sans doute, en grande partie, été transportés à 
Troyes, à l'hôtel de Vauluisant, qui appartenait à la famille de 
Mesgrigny*. On reconnaît dans l'inventaire de cet hôtel, sous 
le titre d'un «grand tableau peint sur toile et à cadre doré 
représentant une danse, » le curieux tableau vénitien sur bois, 
où Grosley nous montre Henri III dansant avec une vénitienne, 
dans un vaste salon, où sont d'autres danseurs. 

Un autre tableau, dont le sujet n'est pas désigné sur l'in- 
ventaire, mais qui paraît avoir été de la même dimension que 
le précédent, était sans doute la Vue de Flandre, animée par 
des personnages dans le caractère de ceux de Téniers, dont 
Grosley parle également. On peut aussi rapporter cà sa descrip- 
tion deux des trois paysages à cadre doré, relatés dans l'inven- 
taire et que l'on prise avec un parapluieà la somme de 50 livres. 
Il y est aussi fait mention d'un grand tableau représentant le 
Carnaval de Vetiise % dont l'érudit Troyen ne parle pas, si 
Ton n'y trouve pas trace d'un tableau signalé par lui, où 
Augustin Carrache avait peint l'entrevue de saint Charles 
Borromée et de saint Philippe de Néri\ On avait pu croire 
que ces tableaux transportés dans la résidence urbaine de la 
famille de Mesgrigny y seraient plus en sûreté que dans un 
château isolé, exposé aux attaques et aux déprédations des 
révolutionnaires. 

II 

On ne se trompait pas. On avait laissé dans les jardins quel- 
ques statues, sans doute de peu de valeur et que leur poids 
rendait difficiles à déplacer. Ces jardins avaient subi des modi- 
fications comme le reste du château. On avait suivi la mode 
du lemps, en créant un parc anglais, et dans l'un de ses bos- 
quets les plus reculés, ou avait disposé, sur les pentes d'une 
butte, un labyrinthe orné de différentes statues, parmi les- 
quelles on remarquait, sur des piédestaux de maçonnerie, un 
hermite en terre rouge, un Bacchus sur un tonneau et un 
pécheur. 



1. Une partie de ses archives y était conservée. En 1721, après la mort 
de Jean de Mesf^rigny, lieutenant général, gouverneur de Tournay, on fit 
l'inventaire de ses papiers conservés dans une armoire de la tour de l'hôtel 
de Mesgrigny. (Archives judiciaires de l'Aube, u" 1721.) 

2. Inventaire du 23 pluviôse an II. (Arch. de l'Aube, 4, Q. 57.) 

3. Ephémérides, II, 257, 258. 



166 LE CHATEAU DE VILLEBERTIN 

Lorsqu'en avril 1794, à la suite de l'émigratiou des frères de 
Mesgrigay, le mobilier du château de Villebertin fut mis en 
vente, plusieurs des révolutionnaires les plus ardents de Troyes 
allèrent à cette vente comme à une partie de plaisir. Parmi eux 
se trouvait le citoyen Meunier, commandant de la garde soldée 
chargée de la surveillance de la maison de réclusion du grand 
séminaire, qui devait se livrer, dans l'exercice de ses fonc- 
tions vexatoires, à de tels excès que la municipalité fut obligée 
de le faire arrêter \ Meunier, avec quelques sans-culottes de 
ses amis, se rendit dans le labyrinthe, et, après leur passage, 
on put constater que l'hermite, le Bacchus et le pécheur gi- 
saient en morceaux au bas de leurs piédestaux. 

Après la chute du régime de la Terreur, on poursuivit ceux 
qui s'étaient signalés le plus par leurs vexations et leurs excès. 
Meunier fut du nombre. A. défaut d'autre grief précis, on l'ac- 
cusa d'avoir détruit les statues du labyrinthe de Villebertin. Le 
procès, qui lui fut intenté à ce sujet, est un épisode assez 
curieux de notre histoire locale et de l'histoire des arts pendant 
la Révolution; nous pouvons le retracer brièvement, grâce à 
un dossier, dont nous devons la connaissance et la communi- 
cation à l'érudition et à l'obligeance de M. Edmond Bonnafîé-. 

Dans l'interrogatoire qu'il subit pendant l'instruction, Meu- 
nier avoua qu'il avait eu du moins l'intention de détruire une 
des statues du labyrinthe. 

ce En me promenant dans le jardin, dit-il, avec les deux 
frères Gharbonnet, l'un concierge de la grande prison deTroyes, 
l'autre résidant à Paris, nous avons aperçu, dans une espèce 
de jardin anglais, qui dans le fait n'est qu'un bois taillis, une 
statue représentant un hermite déjà renversé par terre, ayant 
la tôte séparée du corps, et tenant un format (sic) de livre à la 
main. Alors je dis : — Voilà encore une marque de fanatisme. 
Il faut l'achever. — A l'instant, j'ai tiré mon sabre, lui en ai 
porte un coup sur le bras ; ce qui ne fit autre chose que de 



1 . Histoire de Troyes pendant la Révolution, II, 300 à 302. 

2. Ce dossier contient: 1" Précis pour le citoyen Henri-Théodore Meu- 
nier, tisserand à Troyes, accusé de bris de monuments dans le ci-devant 
château de Villebertin, du 20 ventôse an III, à Troyes, de l'imprimerie de 
Garnicr, in-4" do 4 p. — 2" Copie do l'interrogatoire de Meunier. — 3» Copie 
du jugement du tribunal criminel d'Auxerre, du 17 germinal an III, — 
4" Appel en cassation du 19. — .'i" Déclaration du Directoire do l'AuLo. sur 
l'absence dans l'inventaire du château des statues, dont on a constaté la des- 
truction, 26 germinal an III. 



ET LES STATUES DE SON LABYRINTHE 1G7 

casser mon sabre dans le milieu sans casser le bras. J'ai vu 
Bacchus sur un tonneau et n'y ai point touché. Je n'ai point vu 
de pêcheur, et n'ai coupé aucun arbre, si ce n'est peut-être une 
petite branche de lilas que j'ai cueillie et ai donnée à la femme 
Hâtier, demeurant à Troyes. »> 

Ce dernier détail répond à l'imputation, qui était dirigée 
contre Meunier, d'avoir coupé dans le parc « plusieurs arbres 
étrangers de différentes espèces. » C'est un trait qui complète 
le type de ce sans-culotte, qui brise son sabre sur une statue 
d'hermite et qui offre ensuite une branche de lilas h une 
citoyenne de ses amies. Il reproduisit la même déposition dans 
un mémoire imprimé, avec quelques légères variantes. Il 
ajoutait que les statues détruites ne pouvaient être considérées 
comme « des monuments des arts, » et que les commissaires 
chargés de l'inventaire du château en avaient jugé ainsi, 
puisqu'ils n'en avaient point fait mention. 

Ni le jury d'accusation du district de Troyes, ni le jury du 
tribunal criminel d'Auxerre, devant lequel fut renvoyé Meu- 
nier, n'admirent cette apologie. Meunier eut beau dire qu'il 
avait pu s'attirer des haines comme commandant de la garde 
de la maison de réclusion ; le jury de l'Yonne le déclara cou- 
pable d'avoir brisé les statues de l'hermite et du pêcheur, et le 
condamna à deux ans de fers et à l'exposition préalable de six 
heures sur une place publique de Troyes. 

Chose singulière ! Le jury de l'Yonne avait considéré comtae 
monuments des arts des statues décoratives, d'une valeur artis- 
tique douteuse, tandis que quelques mois plus tard, un jury 
du tribunal criminel de l'Aube devait acquitter les destruc-,, 
teurs des admirables tombeaux des comtes de Champagne,,^ 
parce qu'il ne considéra pas ces chefs-d'œuvre du Moyen-Age 
comme des « objets d'art*. » 

Albert Babbau. 



1 . Histoire de Troyes pendant la Révolution, II, 362. 



LA FAMILLE D'ADRIENNE LE COUVREUR 



La carrière dramatique d'Adrienne Le Couvreur est connue 
dans ses moindres détails, les mémoires et les gazettes du 
temps se sont chargés de nous tenir au courant de ses triomphes 
au théâtre, et de ses intrigues à la ville. Sa naissance, sa 
jeunesse et sa mort sont entourées de plus de mystères. L'on 
s'inquiétait moins à celte époque de connaître la famille, les 
parents, les origines des artistes, on se contentait de les 
admirer et de les aimer. La curiosité est plus exigeante aujour- 
d'hui, il faut tout savoir, il faut pénétrer dans la vie intérieure 
des personnages en renom, les surprendre en déshabillé et 
livrer leurs secrets au grand public. C'est, il faut bien le 
reconnaître la manie du bric-à-brac appliquée à l'histoire, 
mais en somme, la vérité et l'exactitude en profitent. Les pièces 
qu'on lira plus loin n'éclairciront que quelques points de la 
jeunesse d'Adrienne Le Couvreur, mais la pénurie de docu- 
ment qui la concernent est si grande qu'il faut user du peu 
qu'on en connaît. 

Lorsque en 1730, la grande tragédienne mourut dans les 
circonstances dramatiques que l'on sait, l'avocat Barbier très 
au courant de tout ce qui se passsait, après avoir rapporté la 
nouvelle de sa mort ajoute ^ : « Un nommé Prungent intendant 
« de madame la duchesse de Brunswick, a été son amant à Paris, 
« et a mangé avec elle beaucoup d'argent à la Princesse. Elle 
« aeudepuis beaucoup d'autres amants notamment le maréchal 
« de Saxe. . . on dit quelle avait plus de 300,000 fr. de biens à 
« sa mort. Cependant elle ne laisse qu'une modique pension 
« viagère à sa sœur, elle institue M. Ferriole d'Argental- cou- 
« seiller au Parlement son ami, mais c'est un fidéicommis eu 
« faveur de deux filles qu'elle a eues et dont on ne nomme pas 
«< le père. » 

C'est ce qu'on a dit de plus exact, et les pièces origmales 
ne feront que 1<î confirmer. Le lieu de sa naissance était 

1. Journal de lt(iihirr,'l' A. p. 'W"k 

2. L ami de V'ollairc né eu 1730, mort en 1788. 



LA FAMILLE d'aDRIENNE LE COUYREUR 109 

inconnu, il a été découvert par M. Demanne qui a publié 
i'acte de naissance \ 

Le comédien D'AUainval, écrit sur les premières années 
d'Adrienne : plusieurs bourgeois de Fismes, m'ont dit que dès 
son enfance elle se plaisait à réciter des vers, et qu'ils l'at- 
tiraient souvent dans leurs maisons pour l'entendre. Elle arriva 
à Paris en 1702. Son père ouvrier chapelier avait quitté son 
village, était venu demeurer à Fismes, et delà, fondant sans 
doute quelques espérances sur les dispositions de sa ûUe, était 
parti pour chercher fortune à Paris. Ce n'est qu'en 1717, le 14 
mai que nous la retrouvons, elle est engagée au théâtre de 
Strasbourg et a emmené sa famille avec elle, de là elle se rend 
à Lunéville. La même année elle est engagée à la Comédie- 
Française où elle demeura jusqu'à sa mort. 

A quel moment exact de sa vie connut-elle ce Prugent? 
c'est ce qu'il n'est pas facile de déterminer ; déjà dès 1710, elle 
avait eu une fille que l'on nomma EUsabeth-Adrienne ; on 
connaît l'acte de naissance : il est du 3 septembre -, mais il 
n'est pas fait mention du père. D'autre part, nous trouvons la 
famille Le Couvreur installée dans la seigneurie de Ville-sur- 
Lumes^ dès le mois de juin 1719. Il est certain que c'est à la 
protection de Prugent qu'elle dut cette sorte de faveur. 
En effet, Ville -sur-Lumes se trouve dans la principauté 
de Charleville dont une portion appartenait à Bénédicte- 
Palatine de Bavière, duchesse de Brunswick; elle avait été 
maintenue en sa possession par arrêt du Parlement du 1 7 octo- 
bre 1716, et Ton a vu qu'il était sou intendant. Pour se débar- 
rasser d'une famille qui l'importunait . d'un père ivrogne et 
qui battait sa femme, d'une sœur avec laquelle elle ne put 
jamais s'entendre, elle recourut à la protection de son amant, 
et celui-ci ne trouva rien de mieux que de les envoyer sur les 
frontières de Champagne administrer un domaine appartenant 
à la duchesse ; ils pourraient vivre-là sans gêner personne, 
loin de Paris, les intérêts de ses maîtres seraient peut-être 



1 . Galerie Historique des comédieas français de la troupe de Voltaire. 

Ce jourd'hui, o avril 1692, est née et baptisée en cette église, Adrienue, 
lille de Robert Couvreur et de Marie Bouly, ses pères et mères mariés en- 
semble. Signé Moreau curé. (Extraits des registres de l'église de Damery, 
département de la Marne, arrond. et canton d'Eperuay. 

2. Gueulette, Auteurs et actrices du temps passé, Paris 1880. 

3. Canton de Mézières, déparlement des Ardeunes. 



170 LA FAMILLE d'aDRIENNB LE COUVREUR 

compromis, mais cela u'était pas fait pour arrêter le sieur 
Prugeut. 

Le domaine confié à M. Le Couvreur se composait de trois 
ou quatre villages d'uu revenu de 3,500 1., bon an mal an, et 
sa résidence était fixée à Ville- sur-Lumes qui possédait à 
cette époque un château construit au xvii° siècle. En voici la 
description d'après un registre terrier dressé eu 1695 : 

a Sera renseigné qu'au dit Ville-sur-Lumes il y a la maison 
seigneuriale avec les jardins en dépendant appartenant à Son 
Altesse ' consistant savoir en une cuisine avec un poésie à 
costé et fournil, une grande chambre, une étable et le cabinet 
au bout dicelle, une écurie près ladite chambre, une étable et 
grenier au-dessus desdits maisons et bastiments consistant le 
tout en cinq espaces de bastiments au-devant desquels il y a 
une grande cour fermée de murailles avec une porte cochère 
au milieu vers le septentrion et de faustre costé une grange à 
costé dicelle, deux espaces de bastiments servant de bergerie 
et à l'autre costé un autre espace de bastiment servant d'écu- 
rie, le tout de même longueur et hauteur de ladite grauge, le 
jardin potager fermé de murailles faisant front sur rue et 
d'autre au grand clos, une tour à l'un des coins de l'écurie ser- 
vant de deffense vers le couchant couverte d'ardoises, un autre 
petit bastiment carré au coin de l'étable avec créneaux à la 
muraille servant pareillement de deffense, un petit bastiment 
proche la porte cochère basti en forme de colombier, le tout 
basti de pierre et bois couvert de faiseaux '. » 

C'était, comme on le voit, dans ce petit manoir seigneurial 
que l'ancien chapelier de Fismes allait s'installer avec sa 
famille ; les pièces publiées plus loin montreront comment il 
s'y comporta. 

7 juin 1719 

Information' faite par nous, Remy Lancereau, avocat 
général fiscal au bailliage de la principauté d'Arches et Gharle- 
villc, pour le départ do M. le lieutenant criminel audit bail- 
liage, à la requeste du sieur Robert Lecouvreur, fermier du 
domaine de Ville-sur-Lumes, Vautraincourt dit Saint-Laurent 



1. Ferdinand-Charles, duc de Mantoue, prince d'Arches et Charlo- 
ville, etc. 

2. Archives des ArJennes. 

3. Archives des Ardennes, B. 594. i m 



LA FAMILLE D'aDRIENNE LE COUVREUR 171 

et dépendances appartenant à LL, AA.. SS., pour l'absence du 
procureur général fiscal, joints contre le seigneur de Uhume, 
seigneur dudit lieu, deflendeur et accusé. 

Dix heures du matin. 

Déposition de Jean Hanuser. — Dépose sur les faits mentionnés en la 
plainte dudit Le Couvreur de laquelle lui avons fait lecture que le 30 may 
dernier icelui déposant venant de Rhume ' pour aller à Ville et étant par- 
venu au moulin de Ville sur le ban et grand chemin dudit Ville il vit ledit 
sieur de Rhume* qui venoit du costé de Ville pour aller à I-{huma et ledit 
Couvreur qui venoit de Rhume pour aller à Ville, que ledit sieur de Rhume 
ayant joint ledit Le Couvreur il lui demanda pourquoy il se qualifioit sei- 
gneur de Rhume et d'Issancourt à quoy ledit Couvreur répondit doucement 
qu'il n'avoit jamais pris cette qualité et qu'il falloit découvrir la véritiî, à 
quoy ledit sieur de Rhume répliqua plusieurs fois que cela étoit vrai et qu'il 
mettroit une douzaine de ses bourgeois après luy et le feroit mettre dans un 
cul de basse losse si cela hiy arrivoit encore et ledit Le Couvreur insista 
toujours au contraire, sur ces entrefaites ledit déposant passa son chemin ; 
puis après il entendit ledit Le Couvreur courant de son costé lequel lui dit 
que ledit sieur de Rhume lui avoit donné un soufflet duquel il auroit fait 
tomber sa perruque et l'auroit fort maltraité par un autre d'un coup de bas- 
ton sur la teste ayant appelle ses bourgeois à son secours leur disant pre- 
nez moi ce gueux là et me l'emmenez, qui est tout ce qu'il a dit savoir. 

Déposition de Jean Perrotiu, berger, demeiu^ant à Ville. 

A vu étant à la garde de son troupeau vers i h. sur le grand chemin 
près du moulin de Ville le sieur de Rhume et ledit Couvreur lesquels après 
avoir été du temps l'un près de l'autre ledit sieur de Rhume descendit do 
son cheval et prit un baslon à un des hommes qui étoient auprès de lui 
duquel ledit Le Couvreur fut frappé, ne scoit le déposant par qui, mais 
appercut que sa perruque était tombée ensuite de quoy ledit sieur de 
Rhume remonta à cheval et fit emmener par des hommes qui étoient avec 
lui vers Rhume environ 100 pas après lesquels ledit Le Couvreur s'échappa 
et se sauva à course de jambes et ledit sieur de lihume couroit après lui 
avec les hommes qui l'accompagnoient. 

Déposition de Jean Le Ghandellier, marchand-tailleur 
d'habits, demeurant à Ville. 

Il a seulement ouï dire par le nommé Graffiaux garçon demeurant à 
Rhume qu'il auroit vu le demeslé d'entre ledit Le Couvreur et le seigneur de 
Rhume que ledit Le Couvreur s'étoit plaint à lui de ce que les cabaretiers 
d'Issancourt lui refusoient le droit d'alForagc à quoy ledit seigneur de Rhume 
auroit répondu qu'ils auroieut fort bien fait; ensuite de quoi ledit Le Cou- 



1. Canton de Mézières. 

2. Monsieur D'aguisy, seig' de Rhume. 



172 LA FAMILLE d'aDRIENNE LE COUVREUR 

vreur lui auroit dit que le successeur dudit seigneur vouloit l'empescher de 
chasser autour de l'Etang du Moulin de Rhume à quoy ledit seigneur a 
répondu qu'il avoit raison et que sil y venoit chasser, il le feroit conduire 
dans ses prisons et en mesme temps ledit seigneur avoit donné audit Le 
Couvreur 2 soufflets dont il lui a abattu la perruque, ce qui s'est passé sur le 
grand chemin. 

Je n"ai pu retrouver le jugement qui a suivi cette plainte, 
17 septembre 1719 

A Monsieur le Lieutenant général civil et criminel, au bail- 
liage de la principauté d'Arches et Charleville \ 

Supplient et remonstrent très humblement liegnauld Caussin maistre 
bateUer employé pour les travaux du Roy demeurant à Prix près Maizières 
et Nicolas Lambert maitre corroyeur demeurant au Theux lesquels ont fait 
élection de domicile eu l'étude de M. J.-B. Suan advocat disant que ce 
jourd'hu}' vers les 2 heures de relevée les suppliants estant occupés savoir, 
ledit Caussin dans son basteau pour charger des pierres des carrières 
d'entre Romery et le Theux pour les conduire à Maizières pour le compte 
du sieur Louis Paul entrepreneur pour Sa Majesté et ledit Lambert à tra- 
vailler à sa carrière, le nommé Robert Le Couvreur demeurant à Ville-sur- 
Lumes qui estoit caché au bord de la rivière de Mcuze dans des saules s'est 
tout à coup découvert et a arresté celuy qui conduisoit les chevaux qui ser- 
voient à tirer le basteau d'iceluy Caussin eu luy monsirant le bout du fusil 
en luy criant d'arrester ou quil le tueroit, ledit Caussin suppliant ayant 
demandé avec douceur ce que ledit Le Couvreur souhailoit ce dernier luy 
auroit respondu avec jurement si c'estoit luy qui en vouloit prendre le party 
et luy criu de mesme d'arrester ou quïl alloit le tuer, ce qu'il dit en tenant 
ledit Caussin en joue en faisant mention de le tirer, lequel bruit ayant esté 
entendu par ledit Nicolas Lambert il auroit paru de dessus sa carrière et 
dit dudit Le Couvreur qu'il ne falloit pas traiter de la sorte les ouvriers du 
Roy. Ce qu'ayant ouy ledit Le Couvreur il se seroit retourné vers ledit 
I^ambert en criant aussi avec jurement qu'il falloit qu'il le tuât et en etl'et il 
lui auroit lâché un coup de son fusil que ledit Lambert suppliant auroit par 
un très grand bonheur esquivé en se baissant, en se mettant habilement à 
l'abri et à couvert derrière une grosse pierre qui auroit esté atteinte des 
balles qui estoient dans le fusil et non content de ce ledit Le Couvreur vou- 
loit encore le recharger pour contenter son mauvais dessein, ce qui estant 
un guet-apens des plus formels et ledit suppliant aj-aut intérêt d'en avoir 
réparation pour se mettre à l'abri de pareilles insultes et des menaces que 
luy a encore faites ledit Le Couvreur il se trouve obligé d'avoir recours à 
vostre autorité. 

Ce considéré il vous plaise, etc. 

Signé : Canel (19 sept. 1719). 

25 septembre 

Information faite par nous, Jean Canel, écuyer, lieuteuauL 
général civil et criminel. 

1 . Archives des ArJenues, 13. 597. 



LA FAMILLE d'aDRIENNE LE COUVREUR 173 

Marie de Presseux, femme de Jean Trouet, dépose que le 10 du préseul 
mois elle a vu le sieur Robert Le Couvreur au Theux qui sortoil de chez le 
nommé Fery hoslelaiu criant : à moy! el que dans le moment la dépo- 
sante estant assise sur un Lan de pierre au devant de sa maison elle lui 
auroit demandé : qu'est-ce que vous avez à quoy il auroit répondu en ces 
termes : retire- toi foutue p. . . sans quoy je te tuerai, ensuite de quoy ladite 
déposante rentra chez elle. 

Déposition d'Etienne Lefèvre,- huissier et sergent en cette 
principauté. 

Dépose que le 19 du présent mois luy estant au Theux pour y faire son 
ministère et s'estant trouvé chez le nommé Fery hoslelain demeurant audit 
lieu à boire chopine avec J. Brouet bourgeois du Theux ledit R. Le Cou- 
vreur bourgeois de Ville S. Lûmes seroit entré chez ledit Fery auroit com- 
mencé à faire des excuses audit Fery des insultes qu'il avoit faites le jour 
précédent à sa femme et après avoir bu deux chopines de vin seroit sorti de 
la maison pour aller joindre une compagnie d'officiers qui buvoienl dans le 
jardin et après y avoir esté quelque temps il seroit revenu en la maison 
dudit Fery lequel luy auroit demandé tl sols de dépense quïl avoit faite 
dans ledit jour et jour précédent, lequel auroit fait semblant de chercher de 
l'argent et n'en trouvant pas auroit demandé au déposant s'il vouloit payer 
pour luy, à quoy iceluy déposant lu}' auroit répondu qu'il ne répondoit point 
pour dépenses de cabaret mais que pour toute autre cause il paieroit pour 
luy, dans le moment ledit Lecouvreur auroit demandé son fuzil en disant 
qu'il casseroit la teste audit Fery et brusleroit la teste audit déposant. 

Jeanne Lefebvre, femme de Nicolas Fery, fait une déposi- 
tion analogue à celle ci-dessus. 

Il est sorti de la maison en disant : Je suis un homme au désespoir et 
faisant des exclamations qui parurent à la déposante des traits de folie. 

Jean Michel, pastre de la proye vachine du Theux. 

Il a apperçu ledit Robert Lecouvreur et ayant ledit déposant aussi bien 
que le nommé Cogniart berger de Saint-Laurent esté joint par ledit Lecou- 
vreur il leur auroit dit : Il faut bougres que je vous tue. A quoy le dépo- 
sant et ledit Cogniart lui auroient dit : Pourquoy? nous ne vous faisons pas 
de mal ny de tort ; ensuite de quoy il poursuivit son chemin et s'en fut droit 
à un batelier qui chargeoit des pierres et luy demanda par quel ordre il 
chargeoit et qu'il le tueroit sil continuoit à quoy le batelier auroit respondu 
quil alloit sortir et quil ne tira pas dans le même moment et ledit Lambert 
ayant paru dans le moment ledit Lecouvreur lui auroit dit : retire toi ou je 
te tue et etleclivement l'ayant couché en joue il lâcha le coup. 

M. Fourquet, procureur général fiscal, donne l'ordre de 
l'amener des prisons de la Ville pour l'interroger. 

3 novembre 1719 

Interrogatoire de Robert Lecouvreur détenu aux prisons de 
la ville de Charle ville. 



174 LA. FAMILLE d'ADRIENNE LE COUVREUR 

Dit quil se nomme Robert Lecouvreur quil est bourgeois de Ville S. 
Lûmes y demeurant et quil est aagé de 53 ans. Il nie les faits, il n'était pas 
caché dans les saulx, n'a pas quitté le grand chemin, il ny avoit rien dans 
son fuzil, il dit qu'il a tiré sur deux oiseaux appelles culs-blancs. 

Il dit qu'après le coup de fuzil lesdits Caussin et Lambert l'ont maltraité 
et conduit au Major de Mézières qui l'a fait mettre à la citadelle jusqu'au 
temps où on l'a conduit en prison. 

6 septembre l'SO 

Les conclusions du procureur général fiscal de LL. AA. SS. dattéos du 
29 aoust quoique a nous remises avec les pièces du procès seulement le jour 
d'hier H du présent mois de septembre. 

Tout veu et considéré : Nous, faisant droit, disons qu'il y a lieu de décla- 
rer comme de fait nous déclarons ledit Robert Lecouvreur duement atteint 
et convaincu d'avoir le 19 septembre 1717 arresté sur le cours de la rivière 
de Meuze la personne qui conduisoit les chevaux qui servoient à tirer le bat- 
teau dudit Caussin et d'avoir menacé ledit conducteur de chevaux et ledit 
Caussin de les tuer en leur montrant le bout de son fuzil comme aussi 
d'avoir lâché un coup de fuzil sur ledit Nicolas Lambert, pour réparation de 
quoy nous avons iceluy Robert Lecouvreur condamné à comparoir en nostre 
audience ou estant nUe teste et à genoux il demandera pardon à Dieu au 
Roy à LL. AA. SS. et à justice des susdits excès par luy commis, luy fai- 
sons deffense de récidiver et de porter à l'avenir des armes sur les terres 
de cette ville et dépendances desquelles nous avoas ledit Lecouvreur banny 
pour trois ans ce luy enjoint de garder son ban sur les peines portées par 
l'ordonnance; le condamnons en lUO livres de réparations civiles dommages 
et intérêts envers ledit Caussin et Lambert et 10 livres d'amende et aux 
despens du procès le tout sans «voir égard à la requeste d'intervention de 
ladite Marie de Bouly dont nous l'avons déboutlé. — Fait et jugé et remis 
au (ireffe eu la chambre du Conseil et avec les pièces des parties le 6 sep- 
tembre 1720. 

Canel, Lambert, Chevalier. 

Prononcé audit Robert Lecouvreur ce jourd'huy 7 septembre 1720. 
Signé : Lecouvreur. 

20 octobre 171'J 

A M. le lieutenant général et criminel au bailliage d'Arches 
et Charleville. 

Supplie et remoulre humblement Mario de Bouly femme de Robert 
Lecouvreur demeurante au château de Ville pour laquelle domicile csl élu 
en l'étude de M» Remy Carbon son advocat et procureur disant que dejuiis 
3 mois ou environ ledit Lecouvreur son marit est détenu prisonnier aux i)ri- 
Bons de cette ville sur certaines plaintes formées contre luy à la requeste du 
nommé Caussin batelier et Lambert maistrc carrieur demeurant au 'l'heux. 

La suppliante a appris que le sujet de la détention de son mari et du pro- 
cès extraordinaire contre luy fait est ])ar rapport à ce que ledit Lecouvreur 
étant suivant toutes les apparences dans une de ses saillies assez fréquentes 
il auroit eu chemin l'aisant lire un coup de fuzil contre deux carriers qui tra- 
vailloient dans un endroit qui est audessus du chemin dans lequel ledit Lo 



LA FAMILLE D'ADRIENNE LE COUVREUR 173 

Couvreur se trouva en revenant audit Ville ou en allant à Gharlevillo, quil 
ne se trouvera pas que ledit Lecouvreur aye eu aucuns propos ni dossela 
prémédité de l'aire aucun mal aux personnes sur lesquelles on prétend quil 
a tiré un coup de fuzil puisque il no les a jamais vus ni connus, mais bien 
l'effet d'une extravagance aussi bizarre qu'ordinaire audit Lecouvreur, les 
saillies duquel la suppliante a eu le malheur d'essuyer plusieurs fois, et on 
différents lems sans pourtant qu'il ayt jamais fait aucun mal à qui que ce 
soit de ce pays ci. La suppliante tairoil volontiers ainsy quelle l'a fait jus- 
qu'à présent les excès et violences contre elle exercées par ledit Lecouvreur, 
ey elle ne craignoit qu'en gardant le silence, ce même silence ne devint 
funeste audit Lecouvreur dont l'esprit est depuis quelques années dérangé e 
aliéné de temps à autre, de manière qu'elle s'est trouvée exposée elle même 
aux traits les plus vifs de sa folie en luy présentant plusieurs fois le bout 
d'un fuzil chargé de balles et d'autres lois en luy exposant la teste sur un 
bloc tenant d'une main un ferrement appelé couperet pour la luy couper. 
L'effet de ses extravagances s'en seroit ensuivi, si la suppliante n'avoit esté 
dans le moment secourue. La suppliante a reconnu que ces extravagances, 
pour ne pas dire faiblesse et égarement d'esprit augmentant le plus souvent 
par la boisson, ce qui la détermina depuis un au ou environ, quelle est 
demeurante au château de Ville d'interdire de la maison non seulement le 
vin et l'eau de vie mais encore toutes autres sortes de liqueurs, de sorte que 
si ledit Lecouvreur est tombé dans quelques égarements, ce que la sup- 
pliante n'a pas de peine à croire par les saillies fréquentes quil a fait voir 
publiquement augmentées et échauffées sans doute par un peu d'eau de vie 
ou de vin quil aura bu avec le premier qu'il aura rencontré en chemin ; il y 
a plus c'est qu'au moment de la naissance de ces saillies il insulte indirecte- 
ment un chasseur soit dans la campagne ou dans les villages, et ensuite la 
suppliante a esté une infinité de fois excédée et exposée dans des fâcheux 
moments à perdre la vie ; mais comme ces sortes d'égarements vont plutôt 
en augmentant et est de sa prudence pour prévenir par la suite de fâcheux 

accidents 

Ce considéré il vous plaise la recevoir partie intéressante, etc. 

Marie de Bouilly, Gahbon. 

Les faits rapportés plus haut serviront à expliquer le désir 
qu'avait eu Adrienue Le Couvreur de se séparer d'uue pareille 
famille. Elle dut cependaut intervenir pour faire adoucir la 
peine prononcée contre son père. Le 27 février 1721, Marie de 
Bouly poursuit eu son nom un fermier de Ville, et, le 27 sep- 
tembre de la même année, nous retrouvons Robert Le Cou- 
vreur agissant en son propre nom dans une autre poursuite. 
Mais il ne resta pas longtemps eu liberté, ainsi que le prouve 
la pièce suivante : 

Il est encore qualifié de fermier de Ville dans un acte insi- 
gnifiant du 12 juin 1722, mais il en avait sous-loué une par- 
tie à un laboureur du pays, Ignace Gilson. 

Les Le Couvreur durent quitter leur ferme et leur château 
entre 1723 et 1726, car dans le procès- verbal du décès de la 
femme il est dit simplement bourgeois de Charie ville. 



176 LA FAMILLE d'aDEIENNE LE COUVREUR 

La mère d'Adi'ienne mourut le 7 novembre, ainsi qu'il 
résulte des différents actes qui vont suivre : 

Extrait des registres des actes de l'Etat civil de Charlevilte 

L'an de grâce 1727, le 7 novembre, est décédée en celte paroisse dame 
Bouly, âgée de 58 ans, vivante épouse de Robert Le Couvreur. Son corps 
a esté inhumé dans le cimetière de cette paroisse où nous l'avons conduit 
avec les cérémonies accoutumées. 

Martinkt, Le Couvbeuk. 

L'An 1727, le septième jour du mois de novembre, Nous, Jean Canel, 
écuyer et lieutenant général civil et criminel au bailliage de la principauté 
d'Arches et Charleville, sur l'avis à Nous donné par le Procureur général 
fiscal de Leurs Altesses, du décès de demoiselle Marie de BouUy, vivante 
femme de Robert Le Couvreur, bourgeois de cette ville, y demeurant, arri- 
vée le 6 du présent mois, et où nous nous sommes transportés, accompa- 
gnés du Procureur général de Leurs Altesses, pour la conservation des 
droits des absents, assistés de notre greffier ordinaire et de Jean Bachelet, 
huissier de service en la maison mortuaire de ladite deffunte où étant avons 
fait apposer nos scellés sur une grande armoire de bois de chesne fermante à 
clef en travers de la serrure en une bande de cordon aux extrémités des 
deux bouts, ensuite avons fait faire description des autres meubles trouvés 
en évidence ainsy qu'il ensuit : 

Une paire de croupes à cendre. 

Une paille à feu et une pincette, 

Un petit pot de fer. 

Un chandelier de cuivre, 

7 pièces de mauvaise fayence, 

Une taière, 

Une écriloire dont le couvert est de cuivre, 

2 bouteilles de verre, 

Une brosse, 

Une petite table de bois avec un tapis bleu dessus, 

2 rideaux de fenestre d'indienne. 

Une vieille tapisserie de Bergame en cinq pièces, contenant environ 9 à 
10 aulnes, 

Un lit avec son accoutrement de serge bleu avec un galon blanc, 

Une paillasse. 

Un lit, 

Un matelas, 

Bois de lit, 

Une couverte blanche, 

Une armoire, 

3 fauteuils dont 2 de tapisserie, 

1 petit tabouret couvert de tapisserie, 

4 chaises de paille de différentes grandeurs. 

Plusieurs linges qui sont au grenier dont n'est point fait état attendu 
qu'ils sont fort salles et avons laissé pour la garde desdils effets François 
Gillet huissier de service, attendu que ledit Robert Le Couvreur s'est retiré, 
lequel dit François Gillet s'est volontairement chargé desdits effets et pro- 



LA FAMILLE d'aDUIENNE LE COUVREUR 177 

mis les représeuler toutefois et (juont requis en sera comme dépositaire 
dudil bien de justice et a signé avec nous. 

Canel, Telinge, Gillet, Fourquet 

DE MONTIMONT, BaGHEI.ET. 

Et à l'instant ledit Le Couvreur s'est représenté lequel nous a dit qu'il se 
rendrait gardien et commissaire desdits meubles au lieu et place desdits 
François Gillet lequel dit Le Couvreur s'en est volontairement chargé et 
promis leâ représenter touttefois et quant requis en sera comme dépositaire 
des biens de justice et a signé. 

Le Couvredr, Telinge, Canel. 

Ce jourdhuy ' 13 décembre 1727, 2 heures de rellevéc en l'hostel et par 
devant nous Jean Canel escuyer, lieutenant général civil et criminel au 
bailliage de la principauté d'Arches et Charleville, est comparu le procureur 
général liscal de Leurs Altesses, lequel a dit que demoiselle Marie de 
Bouilly, vivante, femme du sieur Robert Le Couvreur, bourgeois de cette 
ville, étant décédée le 6""= novembre dernier, ayant laissé Marie-Marguerite 
Le Couvreur, fille mineure âgée de 22 ans procréée de leur mariage, à 
laquelle il est nécessaire de donner un tuteur et subrogé tuteur, pourquoy il 
a de notre ordonnance fait convoquer par devant nous ce jourd'huy sçavoir 
ledit Robert Le Couvreur, bourgeois de cette ville, père de ladite mineure 
et au défaut de parents les amis dicelle mineare, savoir le sieur Claude de 
"Vimart, ingénieur demeurant à Mézières, M» Gobert Bouillard, notaire et 
procureur au bailliage de cette ville, le sieur Léonard Peroté, demeurant on 
cette ville, le sieur Noël Persenet, aussi marchand y demeurant, le sieur 
François Bourdon, aussi marchand demeurant en celte ville, et le sieur 
Charles de Coux, aussi marchand demeurant en cette ditte ville, pour déli- 
bérer et donner leur avis sur l'élection et nomination d'un tuteur et d'un 
subrogé tuteur à la dite mineure, tous lesquels parents et amis étant compa- 
rus, nous avons d'eux en présence dudit procureur général pris et reçu le 
serment au cas requis. 

Le sieur Le Couvreur fut nommé tuteur. 

Le sieur de Vimart subrogé tuteur. (Suivent les signatures.) 

Ce jourdhuy 17 décembre 1727 comparut au greffe du bailliage le sieur 
Claude de Vimart^ ingénieur demeurant à Mézières, lequel au nom et 
comme fondé de pouvoir de demoiselle Adrienne Lecouvreur, fille majeure 
demeurant à Paris, suivant sa procuration passée par devant de Saviguy et 
Duport, notaires au Chatellet de Paris, le 27 novembre dernier, a déclaré 
qu'après avoir pris communication de l'inventaire fait après le décès de 
Mlle Marie do Bouilly, mère de la dite demoiselle Adrienne Lecouvreur, 
décédée eu la ville de Charleville le G novembre dernier, quoique la commu- 
nauté d'entre le sieur Robert Lecouvreur et la demoiselle de Bouilly, ses 
père et mère, soit plus profitable qu'onéreuse, cependant il désiroit y renon- 
cer pour ladite demoiselle Adrienne Lecouvreur comme eu effet il y 
renonce. Vimart. 

Inventaire et description générale faite par nous Jean Canal, écuyer et 



1, Archives des Ardennes, B. 147. 

12 



178 LA FAMILLE d'aDRIENNE LE COUVREUR 

lieutenant général civil et criminel au bailliage de la principauté d'Arches et 
Charleville. des meubles et effets, litres et papiers et renseignements trouvés 
et délaissés après le décès de demoiselle Marie de Boully, vivante femme du 
sieur Robert Lecouvreur, bourgeois de cette ville y demeurant, à la requête 
et diligence dudit sieur Lecouvreur, au nom et comme tuteur créé par justice 
de Marie- Marguerite Lecouvreur*. fille mineure, en présence du sieur de 
Vimart ^, ingénieur demeurant à Mézières, subrogé tuteur de ladite Marie- 
Marguerite Lecouvreur et encore en présence du procureur général fiscal 
pour la concervation des droits de ladite mineure, assisté de noire greffier 
ordinaire et de Jean Bragelet, huissier présent vendeur après diceluy avoir 
pris le serment de se bien el fidèlement comporter en la prisée et estimation 
desdits meubles et effets auquel inventaire avons procédé ainsy que ensuit. 

Et à l'instaut est comparu M' Carbon, avocat el présidant ce siège, 
lequel a dit qu'il auroit formé opposition à la levée et reconnaissance desdits 
scellés par actes des 7 el 12 novembre dernier, à la requesle d'Ignace Gil- 
son, laboureur demeurant à Ville-sur-Lumes, et du sieur Jean Eocquillon, 
marchand demeurant en cette ville, pour la sûreté des sommes qui leur sont 
dues par le sieur Lecouvreur, savoir audit Gilson 32 1. 8 s. restante de plus 
grosses sommes suivant le traité du 3 octobre 1726 d'une part et quelques 
autres sommes insignifiantes. 

Le total de la vente du mobilier s'élève à 644 1. 

Dettes passives 

Au sieur Bouiilard pour loyer de maison, 11 1. 

Au môme 56 eous pour ports de lettres. 

A M. Gonet, curé de Bosséval, 10 1. pour messes dites. 

Au sieur Malherbe, pour drogues fournies pendant la maladie, 11 1. H. 

A Guillaume Ponsart, perruquier, 8 1. pour une perruque vendue audit 
Le Couvreur. 

Id. pour les frais funéraires, 10 1. 17 s. tant pour les droits du sieur curé 
et vicaire, chantre, que pour les enfants de chœur. 

A la veuve Bartholet, pour le luminaire, 4 1. 

En somme : 248 1. 

Le sieur Lecouvreur déclare qu'il n"a rien dissimulé, 

Vimart, Le Couvreuh, Telinge, Bachklet, 
FouRQUET de Moutimont, Canel '. 



1. L'existence de Marie-Marguerite Le Couvreur, qui avait été contestée 
par M. Gueulolte {Acteurs et actrices du temps passé), est démontrée ici. 
Elle était bien réellement sa sœur et non sa fille. Elle épousa un sieur 
Denis, maître de musique. (Voir M. Campardon.) 

2. Le dit sieur de Vimart, au nom et comme fomlé de pouvoir de demoi- 
selle Adrienno Le Couvreur, fille majeure dudil Robert Le Couvreur et de 
ladite dcffunle, demeurant à Paris, habile à se dire el porter liérilièrc de 
ladite Marie de Bouilly, vivante sa mère, suivant la procuration passée par 
dovaul Savigny et du Port, notaires au Cbaliilel de Paris, le 27 novembre, 
et Icsdites protestations faites de par le dit sieur de Vimart audit nom de 
pouvoir renoncer à ladite succession si bon semble à ladite Adricune Le 
Couvreur. 

3. Archives des Ardenncs, B. 424. 



LA FAMILLE d'aBRIENNB LE COUVREUR 17U 

Go jourdhuy ' 20 avril 1728, 2 heures de rellevée, nous Jean Cancl, 
écuyer, seigneur d'Ixcrmonl et lieutenant général civil et criminel au hail- 
lage de la principauté d'Arches et de Charleville, en vertu de notre ordon- 
nance apposée au bas de requeste à nous ce jourd'huy présentée par le pro- 
cureur général fiscal de Leurs Altesses, tendant à ce qu'il nous plut nous 
transporter en les chambres de Robert Lecouvrcur arrêté ce jour dhyer et 
conduit dans une des chambres de la porte de Luxembourg par les maré- 
chaussées de Maubert Fontaine en vertu d'une lettre de cachet accordée par 
Sa Majesté, nous sommes transportés accompagnés dudit procureur général 
assisté de notre greffier ordinaire et de Jean Bachelet, huissier de service en 
ladite chambre située rue Saint-Charles, quartier Saint-François, dont le 
sieur Bouillard est propriétaire et avant que d'entrer en ladite chambre 
aurions interpellé tant ledit sieur Bouillard que Nicolas Rossignol, maître 
tapissier demeurant en cette ville, plus proches voisins dudit Lecouvreur 
pour être présents à l'ouverture des portes et armoires qui sont dans 
ladite chambre dont ledit procureur général fiscal nous a représenté les clefs 
au nombre de 4 et ensuite à la description des meubles et effets trouvés en 
icelle avec lesquels assisté comme dessus serions monté en une chambre 
haute au premier étage donnant sur ladite rue Saint-Charles ou étant 
aurions fait ouverture de la porte et étant entré dans ladite chambre aurions 
trouvé les effets qui ensuivent. 

Entr'autres : 

5 chaises de paille, 

2 fauteuils à couverture de tapisserie, 

Un miroir, 

2 rideaux d'indienne, 

Un chapeau. 

Une perruque, 

Une calotte noire, 

Une veste noire, 

Une tapisserie contenant 4 morceaux, 

2 paires de draps, 

Une paire de bas noirs, 

Une eravatte de mousseline, 

Un bénitier. 

Une vieille écritoire en marqueterie. 

Au grenier, 3 quarterons de bois. 

Id. 3 quittances de frais funéraires de sa défunte femme. 

A l'instant ledit procureur général nous a requis qu'attendu que ledit 
Lecouvreur est dénué de meubles et d'effets qui peuvent lui convenir dans 
l'endroit où il est détenu, mesme de linge, il nous plust ordonner qu'il luy 
sera porté 2 paires de drap^ une veste noire, un bonnet de nuit avec sa coiffe, 
4 mouchoirs de poches, un pot de nuit, une paillasse, le lit de plumes, un 
traversin, 2 oreillers avec sa taye, une table^ 2 chaises de paille, une paire 
de croupe à cendres avec un cait pommes, un soufflet, une pincette et une 
paille à feu, un pot d'étain, un chandelier avec mouchette, une salière 
d'étain, 4 chemises, 2 paires de chaussons, 4 serviettes, une écuelle d'étain, 
une cuillièrc d'étain et les 3 quarterons de bois cy-dessus renseignés à 



1. Archives des Ardennes, B. 4i5. 



180 LA FAMILLE d'aDRIENNE LE COUVREUR 

mesure qu'il aura besoin, 3 ou 4 livres de dévotion et ses lunettes ; nous 
ordonnons que les effets luy seront délivrés pour son usage et avant que de 
signer il nous a été déclaré par la fille Adam, blanchisseuse, qu'il luy avoit 
donné à blanchir 4 chemises, 2 paires de chaussons, ensuite de quoi lesdite» 
portes ont été refermées ainsi que celle de ladite chambre, et les quatre clefs 
remises à notre greffier jusqu'à ce qu'il eu soit autrement ordonné cl ont, les 
susdits comparants, signé avec nous. 

Telinge,, Gillet, Bouillard, Canel, Fodrquet 

DE MONTIMONT, RoSSIGNOL, BaCHELBT. 

Telles sont, en résumé, les pièces que renferment les archi- 
ves du département des Ardennes ; elles pourront servir à 
excuser jusqu'à un certain point Adrieune Le Couvreur, qui 
n'a pas laissé la réputation d'une sœur et d'une fille bien ten- 
dre. L'on saura du moins pourquoi elle se sentait si peu d' en- 
traînement à vivre en semblable compagnie. 

0. DE GOURJAULT. 



CINQUANTE ANS DE SOUVENIP.S 

d'un 

ANCIEN PRÉFET' 



Son père, M. Prat, ancien officier émigré et chevalier de 
Saint -Louis, type d'honneur et de loyauté, était dévoué de 
cœur aux Bourbons. Ses ancêtres, de famille ancienne, mais 
sans naissance dans l'acception du mot, comptaient parmi eux 
plusieurs notaires de l'abbaye de Cluny. Sa mère était une 
femme supérieure par son esprit : elle avait été élevée dans la 
famille d'Orléans et y avait reçu une belle éducation ; sa beauté 
était remarquable, sa réputation intacte, sa piété exemplaire. 
C'est elle qui, la première, développa les heureuses dispositons 
de son fils et fut sa véritable institutrice. Le respect le plus 
profond, la reconnaissance la plus vive, l'affection la plus 
tendre ont payé M'"" Prat de son dévouement maternel, et ont 
inspiré à son fds ses plus touchantes poésies. 

Dans un téte-à-tète assez long que j'eus en 1835 avec le roi 
aux Tuileries, ce prince me parla de la P«.évolution de juillet et 
des circonstances qui l'avaient porté au trône : il répudiait 
toute participation à cet événement ; il assurait ne l'avoir pas 
même désiré et n'avoir accepté la couronne que parce que, en 
1830, il n'y avait pas d'autre parti à prendre pour lui. 11 éta- 
bUssait que de tout temps les cadets des familles royales 
avaient été, avec leurs aînés, dans une opposition sourde ou 
patente et que les premiers se trouvaient ainsi en position de 
remplacer les seconds, quand ceux-ci commettaient des fautes 
et étaient dépossédés par de grands mouvements populaires. Il 
ajouta enfin que lïUustration de l'origine des branches cadettes 
et le sang royale qui coulait également dans les veines de leurs 
membres, plaçaient ceux-ci au-dessus de tous et écartaient les 
prétendants vulgaires : dans une crise, on accepte pour chef 
un prince, mais on repousse un égal. Sa conclusion fut que la 

* Voir page 135, tome XIX, de la Revue de Champagne et de Brie. 



182 CINQUANTE ANS DE SOUVENIRS 

force des choses, et non pas sa volonté ni ses goûts, l'avait mis 
où il était. Le roi vint ensuite à parler spontanément de M. de 
Lamartine : il témoigna quelque étonnement et môme quel- 
que regret de ce que ce député affectait de ne pas se rap- 
procher de son gouvernement. Il me rappela que M"^'= Prat 
avait été élevée dans sa famille avec'Madame Adélaïde qui l'avait 
traitée comme si elle lui appartenait et l'avait comblée de 
bienfaits. Je répondis en quelques mots que M. de Lamartine 
se croyait lié par ses antécédents personnels et que d'ailleurs 
on ne pouvait s'étonner si la conduite privée et publique d'un 
homme doué d'une imagination aussi poétique, d'un caractèi-e 
aussi impressionnable et d'une aussi forte dose d'amour-propre, 
n'était pas telle qu'elle devrait être, Louis-Philippe, dont l'esprit 
était positif, laissa alors échapper ces mots pleins de sens et 
presque prophétiques : « Ah ! vous avez bien raison ! Ces 
poètes n'ont pas la tête bien réglée, il y manque quelque chose. 
Ne me parlez pas des poètes qui se mêlent de politique 1 » 

J'ai dit que M'"e Prat était très pieuse : elle chercha certai- 
nement à inspirer à son fils ses convictions rehgieuses. On a 
pu croire d'abord qu'il les avait conservées et plusieurs de ses 
poésies renferment en effet les aspirations les plus chrétiennes. 
Mais je fus toujours convaincu que leur auteur n'avait pas 
plus de convictions eu rehgion qu'en politique. En 1835, 
bien avant le déplorable A^ige déchu, alors que tous les amis 
du trône et de l'autel voyaient dans le grand poète un patron 
et un chef, je me rencontrai avec lui à une messe basse, un 
dimanche, dans la principale éghse de Màcon. Je ne pus 
m'empêcher de remarquer sa tenue. Debout, sa taille élevée 
attirait tous les regards; sa tête tournait de tous les côtés, ses 
yeux mobiles, comme elle, son air distrait et ennuyé, tout indi- 
quait un homme qui ne pensait nullement au lieu où il était 
et songeait uniquement à l'effet qu'il produisait. A quelque 
jour de là, un ami qui avait été élevé avec M. de Lamartine, 
entendant mes réflexions à ce sujet, se mit à rire et me dit : 
« Je connais Lamartine depuis qu'il est "au monde : il n'a 
jamais cru à aucune religion. C'est tout au plus s'il croit en 
Dieu : je n'en suis pas bien sûr. » 

Le mariage de M. de Lamartine a toujours été entouré 
d'épais nuages. Dans un voyage en Suisse, il rencontra une 
jeune miss accomp?gnée d'une dame ;1gée : elle s'éprit du 
jeune poète, déjà célèbre, el se fit calhohque pour aplanir les 
difficultés que la différence de religion eût suscité de la part 



d'un ancien préfet 183 

de la famille Prat. Un peu plus âgée que son mari, elle passait 
pour fille du roi Guillaume d'Angleterre ; sa physionomie toute 
anglaise, avait incontestablement des traits communs avec les 
types de la famille royale d'Angleterre. Digne, froide, sans 
avoir élé jolie, elle avait été agréable ; elle avait de la distinc- 
tion, de l'esprit, et une bienveillance pleine de charme, quoique 
un peu banale. Elle subit toute sa vie l'influence absolue de 
son mari; elle n'avait ni opinion ni volonté à elle ; elle n'agissait 
et ne parlait que par et pour M. de Lamartine. Son abnégation 
était sans bornes et elle était tellement identifiée avec celui qui 
était réellement son idole qu'elle écrivait pour lui des lettres 
dont l'écriture et la signature étaient impossibles à distinguer 
de celles tracées par son mari. J y ai été pris tout le premier 
et je l'ignorerais encore si M. de Lamartine n'eût pas dit un 
jour, devant moi, que sans le secours de sa femme, il ne pour- 
rait faire face à son immense correspondance. 

Saint-Point est une campagne fort ordinaire : la maison, 
flanquée de deux lourdes tourelles, et le parc sont situés au 
fond d'un vallon : la vue bornée par des coteaux de vignes n'a 
rien d'étendu : l'ensemble est sévère, voire même un peu 
sauvage. C'est là que M. de Lamartine aimait le plus à se reti- 
rer et à travailler ; \k qu'il recevait les nombreux visiteurs de 
tous les pays et de tous les rangs qui y venaient en pèlerinage, 
comme précédemment on se i-endait à Ferney. On y voyait 
force jeunes hommes de lettres incompris, force jeunes poètes 
chevelus, plus une nuée d'admirateurs et de disciples, dont il 
recevait sans étonnement, les hommages et l'encens. Il savait 
conquérir d'un mot et d'un regard les nouveaux venus. Mal- 
heur, par exemple, à ceux qui ne paraissaient pas subir suffi- 
samment le charme. Un jour j'assistais à la réception d'un de 
ces jeunes, très chauden;ient recommandé et d'autant mieux 
conseillé : quand il fut sorti du salon, on demanda à M. de 
Lamartine sou impression : a fort bonne, répondit-il, cependant 
il n'a pas paru ému eu me voyant ! » Un soir, un jeune ménage 
était venu à Saint- Point; le lendemain, M. de Lamartine 
demanda au mari s'il avait bien reposé, et celui-ci voulant 
dire un mot aimable, de répondre qu il lui avait été impossible 
de dormir dans un lieu où le génie avait créé tant de chefs- 
d'œuvre. — Eh! bien, qu'avez-vous pu faire toute la nuit? — 
J'ai eu recours à un moyen qui me l'a fait trouver bien courte, 
je l'ai passée à relire vos Lamentalions. » — Le malheureux 
avait voulu parler des Méditations. Pden ne put exprimer le 



184 CINQUANTE ANS DE SOUVENIRS 

silence des assistants, lamine pincée du grand poëte et ensuite 
la déconvenue du visiteur reconnaissant enfin sa bévue. 

En 1834, M. de Lamartine était tellement légitimiste qu'il 
n'avait guère avec les fonctionnaires que des rapports officiels. 
Pendant son voyage en Orient, l'influence de sou heau-frèro, 
M. de Staplande, l'avait fait élire par le parti dans le Nord. 
Mais dès 1835, il s'acliemiua vers le juste milieu, comme on 
disait alors. En 1837, il volait avec la majorité et l'année sui- 
vante il était un des plus dévoués soutiens du parti Mole. 
L'année 1839 le vit descendre définitivement vers la gauche : 
bientôt il dépassa Odilon Barrot. Puis le gouvernement n'ayant 
pas voulu appuyer sa candidature à la présidence de la Chambre, 
son ressentiment ne connut plus de bornes : il introduisit à 
Màcon la mode des réunions publiques et il commença la per- 
version de ce département qui devait rapidement devenir com- 
plète. Depuis 1 841 , il avait véritablement embrassé les opinions 
républicaines. 

En 1836, il était président du Conseil général de Saône-et- 
Loire par le concours des membres de l'opposition qui avaient 
voulu à tout prix écarter du fauteuil, M. Ilumblot-Conté, pair 
de France, dévoué au gouvernement et en possession de ce 
titre depuis plusieurs années. C'est cette élection qui décida de 
sa conversion. Je me rappelle qu'un soir, pendant la session, 
étant allé rendre, selon l'usage, la visite que m'avaient faite les 
membres du Conseil, je rencontrai, à ma grande surprise, M. de 
Lamartine sortant de l'hôtel de l'Europe à la tète d'un groupe 
bruyant, composé do huit à dix des membres les plus avancés 
et paraissant encore sous l'influence d'un bon dîner. Il était 
huit heures du soir. Jaboi'dai la bande joyeuse pour exprimer 
mes regrets de me présenter trop tardivement. M. de Lamartine 
me dit alors gaiement : « nous allons boire de la bière au café, 
voulez-vous être des nôtres? » Je déclinai naturellement cette 
étrange invitation et me retirai réellement attristé de voir ce 
dont un homme d'une pareille distinction était capable pour 
consolider une déplorable popularité, en se montrant eu pareille 
compagnie et dans une telle attitude dans sa ville natale. 

Comme pré.-ident du conseil, j'eus celle année à voir plus 
souvent M. de Lamartine : lui-môme se rapprocha do moi e 
vint plusieurs fois me trouvrir dans mon cabinet. Notre con- 
versation abordait tons les sujets et plusieurs traits en sont 
heureusement restés dans ma mémoire. Un jour, comme le 
Voyage d'Orient avait paru depuis peu, et que j'avais cru 



D UN ANCIEN PREFET 185 

devoir en lire quelques pages : il trouva ce volume sur ma che- 
minée. — « Est-ce que vous lisez cela ? — Mais certainement 
et j'y prends plaisir. — Gomment pouvez- vous vous imposer 
une pareille pénitence ? Cela ne vaut rien du tout, gardez- 
vous de continuer. J'avais vendu cet ouvrage à Gosselin 
1 (II), UUO francs. J'ai commencé par manger {sic) celte somme. 
L'éditeur me pressant de lui livrer le manuscrit queje n'avais 
pas encore commencé, j'ai été forcé, pour m'acquitter, de me 
mettre à l'œuvre, et comme ce genre de travail ne me plaisait 
pas, je m'en suis débarrassé au plus vite. Aussi, cela est 
mauvais : ne le lisez pas. » 

Dans une autre conversation, datant celle-là de 1837. M. de 
Lamartine me dit tout-à-coup : « On ne me considère que 
comme un poëte, comme un faiseur de vers et l'on est daiis 
une erreur profonde. Depuis bien des années, je me suis occupé 
constamment et sérieusement des questions sociales et écono- 
miques. Si je dois à quelques heureuses inspirations de jeu- 
nesse et au hasard une renommée littéraire, je vous assure que 
j'y attache bien peu d'importance. Mais ce que j'ai à cœur, 
c'est de passer pour ce que je suis, un homme positif, un 
homme pratique, en un mot, pour un homme d'affaires. » Ma 
surprise était profonde en entendant ces paroles, je me contins 
cependant, mais pas assez pour que mon interlocuteur ne saisit 
une partie de ma pensée : il s'interrompit en effet un instant, 
puis reprit avec un certain emportement : « Je le vois bien, 
vous êtes comme les autres : vous croyez que je ne suis qu'un 
homme d'imagination, toujours dans les nuages, occupé sans 
cesse à aligner des vers. » Je protestai poliment. Il continua : 
« Mais vous-même, je suis sûr que dans votre jeunesse vous 
avez fait des vers ... Si vous vous y étiez exercé comme moi, 
si vous vous étiez appliqué avec ardeur, avec persévérance, 
vous les auriez faits aussi bien que moi. » Je me mis à rire. 
« Des vers, dit-il eucore, qui est-ce qui n'en fait pas, quand 
il le veut bien"? C'est si peu de chose que ma réputation de 
poëte; elle ne me touche guère, mais celle à laquelle je tiens 
infiniment, parce que je sais que je la mérite, c'est celle 
d'homme spécial, d'homme d'affaires et je vous dirai que les 
fonctions pour lesquelles je me sens le plus propre, seraient 
celles de ministre des finances ou de l'intérieur. » Ces paroles 
furent prononcées avec gravité et animation. Celte fois, je 
demeurai impénétrable. C'était une profonde conviction et 
M. de Lamartine le répéta devant bien des personnes qui me 



186 CINQUANTE ANS DE SOUVENIRS 

l'ont redit. Or, je ne puis m'empêcher de rapprocher ce sou- 
venir d'un incident qui se produisit pendant cette mèrae session. 
M. de Lamartine faisait partie de la Commission des finances 
chargée de la rédaction du budget départemental. A la fm de 
la session, quand tous les crédits sont votés, on suspend un 
moment la séance pour que la Commission puisse se retirer 
dans son bureau afin d'aligner définitivement les chiffres et 
présenter le teste que tous les membres doivent signer. Au 
moment où la Commission se rendait dans son local pour ce 
travail, elle fit appeler M. de Lamartine qui se contenta de 
répondre : « Que voulez- vous que j'aille faire là, moi qui de 
ma vie n'ai jamais su faire une addition? « Et il resta à son 
fauteuil. Quelques-uns de ses collègues ayant mis en doute 
cette déclaration, le président prit la peine de répéter et même 
de nous démontrer qu'il n'avait jamais pu apprendre la pre- 
mière règle de l'arilhmétiquo. Voilà l'homme qui prétendait 
diriger le ministère des finances ! 

Depuis son alliance avec la portion avancée du Conseil 
général, M. de Lamartine se montra son fidèle allié en Saône- 
ct Loire, alors même qu'à Paris, il faisait partie de la majorité 
ministérielle et soutenait M. Mole; à Mâcon, il se rapprochait 
de l'opposition et appuyait de sa parole et de son vote les vœux 
en faveur de la réforme électorale qui était adopté toujours, parce 
que ce vœu était présenté à la fin des sessions, au moment où 
les conservateurs qui formaient la majorité avaient déjà pris 
la clef des champs, laissant libre carrière à leurs adversaires. 

Je veux raconter un incident tout personnel, qui montrera 
la fixité des idées de M. de Lamartine, ou sa bonne foi, comme 
on voudra envisager la question. Au Conseil général, il s'était 
cru une spécialité : la défense des enfants trouvés, ce qui lui 
donnait chaque année l'occasion de prononcer un magnifique 
et émouvant discours qui, je n'exagère pas, faisait inévitable- 
ment pleurer sept ou huit conseillers. C'était connu. Je n'ai 
pas envie d'aborder ici la question si complexe des enfants 
trouvés : je dirai seulement pour la clarté du récit, qu'effrayé 
en arrivant à Màcou, du nombre de ces malheureux et du chiffre 
de la dépense qu'ils iuiligeaient au budget, — l,4i)Û enfants 
ctll7,0U0 fr. — jefis voter un crédit de 1,000 fr. pour opérer le 
déplacement de ces petits êtres d'un hospice à un autre, 
mesure qui, opérée avec prudence, décidait beaucoup de 
parents à les reprendre; en trois ans, je vis le total des enfants 
à 900 et celui des dépenses à 72,000 fr. ; M. de Lamartine 



d'un ancien préfet 187 

repoussait ce système contre la cruauté duquel il trouvait 
chaque année des accents nouveaux et plus touchants. Au 
mois de juillet 1838, il vint me voir un matin pour me pré- 
venir qu'il n'aborderait pas cette fois sa question favorite, 
résolu à attendre le renouvellement prochain du Conseil qui 
pourrait amener des membres nouveaux et lui donner dès lors, 
l'espoir de pouvoir parler utilement : que, à cet égard, je devais 
être assuré de son silence. Je le remerciai en lui disant qu'il 
me rendait un réel service en m'éparguant dès lors un travail 
d'autant plus pénible pour moi, que je ne possédais pas son 
talent d'orateur. — « Rien n'est plus aisé que de parler, me 
répondit-il alors : il ne s'agit que, de s'y habituer : c'est une 
faculté que Ion acquiert par l'exercice et je suis arrivé à ce 
point que je parierais de parler pendant deux ou trois heures 
sur tel sujet qu'on m'indiquerait. Tout le monde peut en faire 
autant. » 

La session suivit quelques semaines après cette conver- 
sation : on discuta le budget et je vis arriver sans m'en pré- 
occuper le crédit des déplacements. Il est mis aux voix; quand 
M. de Lamartine se lève pour déclarer qu'il n'avait pas eu l'in- 
tention d'aborder cette fois ce sujet, mais qu'emporté par ses 
convictions, il n'avait pas été maître de se taire, et il partit de 
là pour prononcer un long discours, attaquant l'administration 
avec une extrême violence, faisant l'éloge des filles mères en 
avançant résolument quelles étaient, en bien des endroits, 
plus recherchées que les autres comme ayant fait preuve de 
leur fécondité. 

J'étais stupéfait et blessé : je me contins cependant et 
j'exposai aussi froidement que possible au Conseil la déclaration 
que m'avait faite l'orateur le mois précédent. Je l'interpelai 
directement et à deux reprises il le reconnut. Je demandai donc 
la remise au lendemain. Je passai la nuit à réunir des docu- 
ments et j'eus la satisfaction d'obtenir l'assentiment du Conseil 
général. — Dans une autre circonstance, plus importante, M. de 
Lamartine donna encore un plus triste exemple de sa légèreté, 
pour ne pas dire plus. L'incident suivant montre en effet, sous 
un jour nouveau, le caractère de M. de Lamartine et indique 
nettement quelle confiance on devait avoir en lui. 

On sait qu'eu 1837, le comte Mole commit la faute — à mon 
avis — de dissoudre la Chambre, se croyant assez fort pour 
faire un appel au pays, au lendemain de l'amnistie qui avait 
été si mal accueillie par ceux qui en bénéficiaient, et du 



188 CINQUANTE ANS DE SOUVENIRS 

mariragede Mgr le duc d'Orléans. En 1834, M. de Lamartine 
avait été élu à Mâcou- Ville et à Bergues et il avait opté pour 
ce dernier collège, quoique sachant d'avance que son choix 
ferait entrer à la Chambre M. Mathieu, membre de l'InstiLut, 
beau-frère d'Arago et démocrate comme lui. En 1837, nous 
pensâmes naturellement à présenter M. dé Lamartine pour 
évincer M. Malhieu. Mais avide de célébrité, M. de Lamartine 
pour renoncer à Bergues, exigeait qu'il fût élu dans les deux 
collèges de Mâcon. Cette combinaison dérangeait tout plan 
possible, d'autant plus que le candidat se montrait aussi 
incertain qu'irrésolu, affectant de répéter partout qu'il ne se 
présenterait pas, mais se laissserait porter par ses amis. Le 
ministre voyait avec regret ce danger et me pressait d'agir 
pour le faire comprendre à M. de Lamartine (12 octobre). 
Celui-ci ne vit que mou secrétaire général, — j'étais en tournée 
de révision — qui chercha vainement à lui faire voir que son 
attitude compromettait toutes les chances du candidat conser- 
vateur pour le collège exira-muros : M. de Lamartine en 
convint volontiers, reconnut que le concurrent de gauche ferait 
les affaires de la Révolution, mais se retrancha dans la néces- 
sité où il était, pour renoncer à Bergues, de remporter un 
succès imposant dans son département. « Si j'obtiens ainsi une 
double élection, dit-il, j'accepterai pour mon pays et le 
gouvernement aura évité un député de l'opposition. » On 
essaya vainement de lui faire remarquer quelle situation 
fausse il créait à M. de la Charme, son ami, qui n'aurait 
qu'une candidature en l'air ou de pis aller. M. de Lamartine 
persistait toujours, tout eu laissant échapper qu'après son 
double succès, il choisirait le collège de Mâcon et alors appuie- 
rait son ami dans le collège extra-muros. Mon secrétaire géné- 
ral saisissant cotte parole au vol, demanda s'il pouvait en faire 
usage officiellement. 6on interlocuteur battit aussitôt en 
retraite. « Permettez, s'ôcria-t-il, s'il se présentait un ami 
pour lequel j'eusse plus d'affection ou dont les opinions fussent 
plus conformes aux miennes, il se pourrait que je me laissasse 
allei- à l'appuyer; mais cet ami, je ne le vois pas et il ne sur- 
gira pas comme un champignon. » (Textuel). Il fut impossible 
de rien tirer de plus positif : sous prétexte d'indépendance, 
M. de Lamartine recherchait un triomphe personnel et ne s'oc- 
cupait pas du reste. M. Mole cependant lui adressa une lettre 
pressante pour le prier de ne pas créer une pareille difficulté 
électorale. M. de Lamartine vint la montrer encore à mou 
secrétaire général, en ayant soin de le prévenir (jue sa réponse, 



d'un ancien préfet 189 

coustatant sou inviolable résoluliou, clait ])arlie auparavant. 
De guerre lasso, le ministère me donna Tordre d'accepter sa 
double candidature, et il ne pouvait réellement faire autrement 
dans son intérêt eu face de l'impérieuse exigence du candidat, 
mais je ne puis dire les efforts qu'il fallut pour faire sortir le 
même jour le nom deM.deLamartine des deux urnes de Maçon, 
surtout quand ou songe qu'en 1834, les électeurs du collège 
extra-muros ne lui avaient donné que 98 voix sur 226 : surtout 
pour leur faire comprendre l'étrange combinaison qui nous était 
imposée : M. de Lamartine ne cachait pas en effet qu'il opterait, 
en cas de succès, pour Màcon-Ville et je dois à la vérité d'a- 
jouter que plus d'un votant <ï extra-mtôvos ne se décida cà nous 
imiter qu'en échange de cette assurance. Le désintéressement 
montré par M. de La Charme, avait grandement accru les sym- 
pathies en sa faveur. Et ce désintéressement était d'autant plus 
réel, qu'élevé dès l'enfance avec M. de Lamartine, il n'avait 
qu'une très médiocre confiance dans les promesses de concours 
que celui-ci lui prodiguait à ce moment. 

M'étant rendu à Paris après la double élection réussie, j'eus 
occasion de voir M. Thiers, qui me demanda beaucoup de 
détails sur les intrigues auxquelles elles donnaient lieu. Après 
m'avoir entendu en sileuce, contrairement à son habitude, 
M. Thiers me formula ainsi nettement son impression : « Il n'y 
a pas à l'applaudir de cette double élection : c'est une détes- 
table combinaison et M. de Lamartine est le plus mauvais choix 
que l'on ait pu faire. » 

Le 22 février 1838 eut lieu l'élection nécessitée par l'option 
de M. de Lamartine. L'académicien Mathieu se présenta contre 
M. de la Charme qui, passablemeut découragé, avait dès le 
début singulièrement paralysé les efforts de l'administration, 
en se refusant à faire aucune visite. Le parti légitimiste, pour 
combattre le gouvernement, conseilla, par une lettre de 
Berryer, de soutenir la candidature radicale. M. de Lamartine 
acheva la ruine de nos chances en affectant subitement une 
indifférence absolue : il vint présider le collège, mais il lit bien 
plus de mal à son ami en ne disant pas un mot, n'écrivant pas 
une ligne en sa faveur : son attitude permit de laisser croire 
que le succès du républicain ne l'affligerait pas : il lui 
adressa au contraire un mot affectueux dont ou se servit à la 
dernière heure et nul ne douta qu'il ne désirait l'échec de 
M. de la Charme affn d'accaparer pour lui seul toute influence 
politique à Màcon. Cette lettre que m'écrivit alors M. de 
Lamartine ne doit laisser aucun doute à mes lecteurs. 



190 CINQUANTE ANS DE SOUVENIRS 

a Monsieur, je viens d'apprendre que les chances de M. de 
la Charme, sans être atténuées, n'étaient pas certaines. Je sais 
qu'on lui oppose un candidat sérieux et pour lequel j'aurais 
moi-même un extrême penchant comme homme en toute 
autre circonstance. Mais je n'hésite pas à aller porter loyale- 
ment mon suffrage aux amis politiques de M. de la Charme 
qui m'en ont eux-mêmes si obligeamment apporté 60. Je par- 
tirai jeudi ou samedi, sauf impossibilité de santé réelle et 
absolue. Je vous prie de ne laisser mêler en rien mon nom à la 
polémique hostile contre M. Mathieu. Je serais obligé de démen- 
tir publiquement ce qui aurait été dit. La lutte doit être loyale 
et polie de ma part contre un compatriote estimable. » — Mais 
cette attitude était-elle loyale envers un ami qui venait de 
s'effacer avec un désintéressement assurément rare en poli- 
tique? 

Ces souvenues se terminent avec ces lignes : nous nlajout^rons 
que quelques mots pour faire connaître les dernières années de 
leur auteur. 

M. de Barthélémy, après avoir quitté Troyes au lendemain 
de la Révolution de février, se retira à Châlons-sur-Marne ; il 
fut élu, sans s'être présenté et pendant qu'il était absent du 
département de la Marne, membre du Conseil général pour 
le canton de Villc-sur-Tourbe au mois d'août 1848 et il prit 
une part active aux travaux de l'assemblée départementale, où 
il siégea jusqu'en 1852, n'ayant pas cru devoir solliciter le 
renouvellement de son mandat à cette date. Au mois de mai 
1849, ses concitoyens le choisirent pour présider le Comité 
central conservateur du département pour les élections à l'As- 
semblée législative. Au mois d'août 1853, il fut nomme maire 
de la commxuie de Courmelois (Marne) où était sa résidence 
d'été et il exerça ces fonctions jusqu'à sa mort, arrivée à 
Chàlons, le 23 décembre 1808. 

Il était commandeur de l'ordre de la Légion d'honneur et de 
l'ordre d'Isabelle la Catholique, médaillé de Sainte-Hélène à 
cause de la part qu'il avait prise au siège d'Hambourg comme 
officier de la garde nationale mobilisée ; il avait reçu les déco- 
rations de l'ordre de la Réunion et de l'ordre du Lys. 



LES FIEFS 

DE 

LA MOUVANCE ROYALE DE COIPFY 

RÉPERTOIRE HISTORIQUE & ÂNÂLÏTIQIIE 
PRÉCÉDÉ d'une Étude sur les fiefs 



On ne saurait indiquer exactement sur quel point de la ville 
s'élevait ce château ; il serait possible, mais loin d'être prouvé 
cependant, qu'il eût été construit sur le lieu appelé, dès 1248, 
le vetermn castrum, et dans d'anciennes chartes le vieil chastel, 
que le dénombrement présenté, le 20 décembre 1537, par Jean 
de Barisey à Nicolas de Livron pour l'arrière-fief de Fousseux 
de Bourbonne, détermine ainsi qu'il suit : Une place eniplas- 
tre * là ou soidoit avoir une forte maison séante audit Bour- 
lonne sous la porte Gaullon. Or, la porte dont il s'agit s'ap- 
puyait au mur de soutènement de l'église, dans la rue qui a 
conservé de nos jours le nom de Porte-Gallon. 

Sans parler du château du Pailley, cité dans le dénombre- 
ment, du l""" novembre 1460, de Jean de Bauffremont, un 
autre château, avec donjon, tours, remparts et fossés, avait été 
construit à l'extrémité du plateau qui domine les vallons de 
Borne et de l'Apance. Déjà en assez mauvais état, au com- 
mencement du XVII" siècle, puisque M. Desraarets avait dû, en 
1773, faire abattre la grosse lour, il fut achevé par le terrible 
incendie qui détruisit une partie de la ville, en 1717. Ce n'était 
plus qu'une ruine, lorsque le comte d'Avaux le fit démolir, en 
1783, et en utilisa les matériaux pour la construction de l'éta- 
blissement des bains civils. De l'ancienne demeure des sei- 
gneurs de Bourbonne, il n'est resté qu'une ancienne poterne 

* Voir page 125, tome XIX, de la Revue de Champagne et de Brie. 
1 . Emplaistre, emplastre, emplacement, place vide. (Du Cauge.) 



192 LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 

ilauquée, autrefois, de deux tours dout uue seule, celle de 
droite, existe encore. 

Le château actuel, construit sur l'emplacement des anciens 
jardins, a été commencé par M. d'Ogny et continué par 
M, Lahérard. Restauré et embelli par M. Tonnet, ancien pré- 
fet, il est actuellement la propriété de M. Ghevandier de Val- 
drome. 

'Consistance du fief, d'après le dénombrement du 8 juillet 
1766, de M. Gbartraire, marquis de Bourbonne. — Justice 
haute, moyenne et basse ; droit de commettre prévôt, procu- 
reur fiscal, greffier, sergent et autres officiers pour exercer la 
justice ; greffe et tabelliounage de la prévôté ne rapportant 
rien pour le moment, étant donnés gratis; mais affermés pré- 
cédemment 1 00 livres par an ; a la place en masure du châ- 
teau au-devant duquel il y a un jardin fermé de murailles, 
joignant à la basse-cour dans laquelle il y a une maison nou- 
vellement bâtie, un collombier, vinées, granges, caves, gre- 
niers, écuries en trois corps de logis au bout desquels il y a 
une porterie flanquée de deux tours. Ledit château ayant été 
compris dans l'incendie général arrivé audit Bourbonne, le 
l''''mai 1777, et entièrement consumé, avec les titres et papiers, 
qui estoient dans la chartre ; au nombre desquels étoit celui de 
l'érection de ladite terre en marquisat ; » — halle devant la 
porterie; marché le jeudi de chaque semaine; — trois pres- 
soirs banaux amodiés 6U livres par au ; — taille des eschets 
sur chaque habitant, le fort portant le faible, valant 100 livres 
par an, et établie par deux échevins, l'un nommé par le sei- 
gneur et l'autre par les habitants ; — les marchands forains 
doivent : 1 denier par personne ; ceux (|ui passent sur le ûnage 
pour droit de rouage, pour un chariot ferré 8 deniers , pour un 
chariot non ferré 4 deniers. Le tout affermé 20 livres ; — droit 
de bauvin de Pâques au dimanche de l'Ascension, évalué à 
20 livres ; — droit de taillage sur ceux qui vendent en détail, 
valant 40 sous ; — droit de langues et onglots; — deux fours 
banaux pouvant valoir 200 livres de revenu par an ; — la 
rivière de l'Apance, où les habitants ne peuvent pêcher, sous 
peine d'amende, valant environ G livres ; — un moulin banal 
sur l'Apance, derrière le château, pouvant valoir 300 pénaux 
de blé de mouture ; — un étang converti eu pré de six fau- 
chées, valant 20 livres de revenu ; — dû par chaque habitant 
ayant charrue, un pénal froment et un pénal avoine, lesdits 
cornages valant, jjar an, IGO pénaux froment et 160 pénaux 



LES FIEFS DE LA. MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 193 

avoine ; — dû par cha([uc Icu, à la Saiut-Marlin d'hiver, uu 
peual avoine, appelé le pénal du feu, valant SOU pénaux; les 
veuves et les filles tenant ménage n'y participant chacune que 
pour un demi-penal ; — droit de guet pouvant valoir . . . avec 
faculté pour le seigneur d'exiger le guet, en cas d'imminent 
péril, en sou château de Bourbonne ; — dû par cha(|ue habi- 
tant une poule; par les veuves et les filles une demi-poule ; — 
dû par ceux ayant bêtes tirantes, chacun deux voitures de bois 
pour droit de lignière, le bois rendu au château ; plus par 
ceux ayant charrue, six journées de charrue, soit deux à la se- 
maille des blés, deux à la semaille des avoines et deux pour les 
rentrer, représentant, le tout, 40 jours de charrue ; — deux 
corvées de bras par chaque habitant, dont une pour moisson- 
ner les blés et l'autre les avoines ; — « item audit Bourbonne 
avons des bains et une fontaine chaude auprès de laquelle 
avons une maison et devant icelle une chenevière ; lesquels 
maison, fontaine, bains et chenevière nous laissons par admo- 
dialion. et nous peuvent valloir par commune année la somme 
de mille livres ; et ont nos habitans dudit Bourbonne droit de 
se baigner dans lesdits bains sans rien payer. » — Droit 
d'amende pour délits dans les bois, environ 20 livres; — droit 
de fondateur de l'hôpital de Saint- Antoine où les officiers du 
seigneur doivent empêcher scandale le lendemain de l'Ascen- 
sion; il est dû à cet effet par les religieux dudit hôpital, aux 
officiers du seigneur, 20 sous en argent et une poignée de 
chandelles ; — droit de petits fours, six livres par an, de 
bancs de bouchers 6 livres, de bancs de marchands six livres ; 
— dû 5 sous au portier de notre prison par chaque homme 
incarcéré, et 5 sous par bête trouvée en dommage et mise en 
fourrière ; — Cens réunis : sur divers 25 livres, 1 1 deniers 
environ, 32 poules, 28 chapons, 8 livres trois quarts de cire et 
6 petits pains ; — plus 6 pénaux froment et 6 pénaux avoine 
dus par les héritiers de M. Pavée, secrétaire du roi ; — droit 
de tierce sur 500 journaux de terres labourables, tenant au 
chemin qui va de Villars-Saint-Marcellin à Senaïde, à raison 
de deux gerbes par journal, avant la dîme qui est de quinze 
gerbes l'une ; — chaque habitant qui se marie doit, dans l'an- 
née de son mariage, une voiture de bois ou 10 sous ; — une 
tuilerie près dia bois de Ratel; — terres labourables, 230 jour- 
naux environ, aux lieux dits : Champinon, la Croix Bourgui- 
gnon, la Croix, les corvées de Charmillon, d'Entre deux Eaux, 
de la Pérouse, du Pont, du Pré des Eaux, de Montiilot, de la 
Corne, de la Fontaine aux Chaats, des Graillières, de Joyot, de 

13 



194 LKS FIEFS DE LA MOUVANQE ROYAI*B DB CQIFFY 

Mignou, de Sersoix, de la Vigue du Breuil, de la Gliaille, de 
Parfondru, proche le moulin de Villars-Saiut-Marcelliu ; — 
plus 49 fauchées de prés, sises à la Fontaine à l'Aigle. Entre les 
Deux-Foulons, au pré de Vannes, aux Grandes-Fauchées, en 
l'Etang, au Moulin, au Grand-Pré, à la Petite-Botte, au Da- 
nonce, au Voly ; — plus 81 ouvrées de vignes en Graix ; — 
plus les bois, et forêt du Danonce ou des Revenus, 959 
arpents, 73 perches ; — la terre et seigneurie de Monlbeliiard 
fiuagc de Bourbonne « relevant de notre fief et arrière-fief, à 
cause de notre château et marquisat dudit Bourbonne, comme 
le tenant du Roy, notre souverain soigneur » ; ce dit fief, con- 
tenant maison, bâtiments, 107 journaux, 33 toises de terres 
labourables, 33 fauchées et demie et 52 iroises de pré, 25 jour- 
naux trois quarts et 14 perches de terres désertes, et pouvant 
produire environ 40 pénaux froment et 40 pénaux avoine par 
année ; — plus le bois de la Dame de 14 arpents, 32 perches; 

— une ferme appelée la Grange de Montaubert, contenant 
bâtiments, potager, verger, terres incultes et buissons de 
8 journaux un quart et 62 toises ; — 122 journaux et demi, 
42 toises de terres labourables, 41 fauchées, trois quarts et 
29 toises de pré, 12 journaux trois quarts et 7 perches en ma- 
rais, valant le tout 60 pénaux froment et 60 pénaux avoine ; 

— la ferme appelée la Grange de Vaumartin, contenant bâti- 
ments, potager, 118 journaux, 88 toises de terres labourables, 
17 arpents, 20 perches de broussailles, 24 fauchées un quart, 
77 toises de pré, valant environ 30 pénaux froment et 30 pé- 
naux avoine. — les trois quarts des grosses et menues dîmes 
de Bourbonne tant en grains qu'en vin, l'autre quart étant par- 
table entre le prieur de Saint-I^aurent et le curé ; — Droit de 
collation de la chapelle de Saint-Nicolas, fondée eu l'église 
paroissiale de Bourbonne, sous la voûte des cloches; — le cha- 
pelain qui est à la nomination du seigneur est tenu de célébrer 
chaque semaine cinq messes à l'intention des fondateurs, d'en- 
tretenir la chapelle et de payer le service divin, pour quoi il 
lui est alloué, chaque année, 48 pénaux froment et 48 pénaux 
avoine, une queue de vin ou à sa place 40 sous ; — plus la 
garde gardienne de Bousseraucourt , pour laquelle chaque 
habitant du lieu doit, à la Saint-Martin, un pénal avoine ; — 
plus les gardes gardiennes de Bourbonne, de l'abbaye de Cher- 
lieu, du prieuré de Saint-Gengoulf de Varennes, de Saint- 
Laurent de Bourbonne, de la commanderie de Jérusalem à 
Geurupt, et de Saint-Antoine à Bourbonne. — Plus à cause 
du dit château et marquisat dudit Bourbonne, « Messire 



LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 195 

Charles Poulier, comte de Saonne, seigneur de la Neuvelle et 
du Beuillon, comme héritier et représentant messix'e Ignace 
de Han, vivant seigneur desdits Meux, tient à cause de sa 
seigneurie de la Neuvelle et du Beuillon, en plein fief et 
hommage de nous. . ., etc. » (Suit le déuomhrement de cette 
seigneurie). — Plus tiennent audit Beuillon les héritiers de 
M. Nicolas Gougenot, et autres, 20 sous de cens sur une vigne 
au-dessus de l'étang de Ruffey. 

Inventaire des titres ^ 

21 septembre 1376. Foi et hommage au roi, à cause de son 
château de Coiffy, par « Pyerre de Bar, escuier, comme ayant 
le bail et gouvernement des enfans mineurs d'ans de feu Guil- 
laume de Vergi », son cousin, pour ce qui suit : « assavoir 
le chastel de Bourbonne et le Breuil, la courvée, la vigne 
appartenant audit chastel ; item une seignorie appellée la sei- 
gnorie de Luroul où il a environ six magnées d'homes et un 
four banual ; de rechef la grant seignorie qui est par indivis 
avec le Roy et les diz enffaas, et se partent les émolumens 
d'icelle par moictié, etc. . . » (Archives nationales, original en 
parchemin. Reg. P 177», pièce n" ITI.) 

l''^ novembre 1460. Dénombrement des seigneuries de Bour- 
bonne, Ghezeaux et Pamot, par Jean de Baufîremont, cheva- 
lier, seigneur de Mirebeau et de Bourbonne. (Original en par- 
chemin. Reg. P 177', pièce n" V, citée précédemment.) 

28 septembre 1461. Lettres de souffrances du roi Louis XI 
accordant à Pierre de Bauffremont, nouveau seigneur de 
Bourbonne, un délai de six mois, pour fournir le dénombre- 
ment de cette terre ainsi que de celles de Ghezeaux et de Par- 

1 . Nous indiquons pour mémoire que le roi Louis le Hutin avait fait don à 
Anceau de Joinville, sénéchal de Champagne, fils de l'illustre historien de 
Saint-Louis, dune rente viagère do 400 livres sur les villes de Bourbonne 
et de Chantemerle. Il la rendit au roi Charles, en 1323. Ce renseignement 
est resté ignoré des chroniqueurs de Bourbonne. {Trésor des Chartes, et 
Essai sur Vhistoire et la généalogie des sires de Joinvïlle, par M. Simon- 
net. Langrcs, 1876^ p. 243, note 1.) — En rapprochant ce document de la 
Charte bien connue, du mois d'avril 1318, par laquelle Philippe le Long 
révoqua, sur la demande des habitants de Bourbonne et de Chantemerle le 
droit de commune qu'ils tenaient de ses prédécesseurs, et supprima la 
redevance annuelle de 170 livres tournois qui en était la conséquence, on 
est amené, s'il s'agit bien de notre Bourbonne, à reconnaître que, malgré 
les termes du dénombrement de 1460, il aurait existé sur ce point, avant 
l'acquisition de 1324, un domaine royal quelconque, incorporel peut-être, 
distinct de l'alleu des Choiseuls. 



196 LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 

not, (Original en parchemin. Reg. P. 164', pièce u*^ LXXXXIX, 
et inventaire PP. 13'.j 

28 mai 1 498 . Foi et hommage au roi par son « amé et féal 
conseiller et chambellan Bertrand de Livrou, chevalier, sei- 
gneur de Bourbonne, Paruon, Gheysaulx- » pour les dites 
seigneuries. (Original en parch. Reg. P 164\ pièce CXI V, et 
PP. 13.) 



1 . Le texte qui suit, et que nous avons retrouvé aux Archives Nationales, 
montrera comment étaient libellées ces lettres de souffrance. « Loys par la 
grâce de Deu Koy de France a noz amez et feaulx gens de noz comptes et 
trésoriers, au bailli de Chaumont et a noz procureur et receveur oudil bail- 
liage et. a tous noz autres justiciers et officiers ou a leurs lieutenants et à 
chacun d'eulx, si comme a lui appartiendra, salut et dillcction. Receue avons 
humble supplicacion de n. amé Pierre de Beffroymont, cscuier, seigneur 
de Mirebel contenant que uaguercs il nous a faict la Iby et hommage que 
tenu estoit do nous faire de ses terres et seigneuries de Bourbonne et de 
Chassaulx tenus de nous à cause de nostre chastel et seigneurie de Coiffy et 
aussy de la terre et seigneurie qu'il a à Pernon, tenue de nous a cause de 
nostre chastel et seigneurie de Montigny le Roy, ayant ledit supliant dou- 
blé que dedans le terme dedans lequel il est tenu de nous bailler ses dénom- 
brement et adveu des terres et seigneuries, il ne le peust pas faire tant pour 
cause de ce qu'il double que ses vassaulx et subjects ne lui vueillent pas 
bailler en bref la déclaration des héritages et possessions qu'ils ont en IccUes 
seigneuries ; que icellui suppliant est nouvel seigneur qui ne peut pas savoir 
au vray la vraye déclaration d'icelles terres et seigneuries et que par de- 
faull dudit adveu ou dénombrement non baillé vous ou aucun de vous lui 
vueillez mettre ou faire mettre et donner destourbier et empcschcmeut en 
ses dites terres et seigneuries ainsi tenues a cause de noz chastelz et sei- 
gneuries de Coiffy et Montigny, et pour ce nous a icellui suppliant hum- 
blement requis nostre grâce et provision lui estre faiz et imparliz ; pourquoi 
nous ces choses considérées a icellui suppliant avons donné et octroyons de 
grâce spécial, par ces présentes, Iresve, respit et souffrance de bailler par 
escript son dit dénombrement et adveu jusques a six mois, pourveu que 
ledit suppliant nous paiera les droitz et deniers saucuus nous en sont pour 
ce dcubz, se faiz cl paiez ne les a. Si vous mandons. .... Donné à Paris le 
XXVIII" jour de septembre, l'un de gruce mil CCCG. soixante et ung, et 
de notre régne le premier, soubz le sel ordinaire, en l'absence du grant. Par 
le Roy a la relacion du Conseil. Arnoul. » (P. 1G4 ', pièce 99.) 

2. Nous avons relevé au registre n" 1730 des titres originaux de la 
Bibliothèque nationale dix quittances de pension annuelle signées de Ber- 
trand de Livron, et scellées la plupart du sceau do ses armes. Dans celles 
de 1474, 1477, 1.178, 1479 et 1482, il est qualiiié d'escuier d^escuries du 
Itoij ; dans celles de 1479 et de 1480 do cappilaine de Coyfi ; enfin dans 
celle du 29 août 148.3 de : conseiller cl chambellan du Roy. Voici la for- 
mule de l'une de ces quittances : « Je Bertrand de Livron, escuier, seigneur 
de la Rivière et cappilaine de Coyfi, confesse avoir eu et reçue de Michel 
Tamtimpier, conseiller du Roy nosire seigneur, trésorier et receveur général 
de ses finances es païs de Languedoc, Lyouuois, Forestz et Beaujouloys, la 



LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 197 

4 avril 1508. (N. S. 1509.) Foi et hommage de la laronnie 
de Bourbonue, de Peruoul et de Chesaux, par Nicolas de 
Livron. (Orig. eu parcb., P. 177', pièce n" XV.) 

23 avril 1509. Dénombrement de la baronnie de Bourbonne 
et de la seigneurie de Chezeaux, mouvant de Coifîy, et de celle 
de Paruot mouvant de Montigny, dressé par devant Jacques 
Genuuyer garde du scel do la prévôté de Bourbonne, par « noble 
et puissant seigneur Nicolas de Livron, ecuier. » (Original en 
parchemin, Registre P. 177 ', pièce n» XIV, et copie Registre 
P. 203.) 

7 juin 1510, Foi et hommage desdits Ueux, par Nicolas de 
Livron. (PP. 13.) 

14 avril 1529. Foi et hommage de Bourbonne, Chezeaux et 
Parnot, par Claude de Livron, fils du précédent*. (Original, 
P. 164 S pièce n« XV, et PP. 13.) 



somme de six cens livres tournois à moy ordonnée par le Roy nostre d, 
seigneur sur sesd. finances de Languedoc pour ma pension de ceste présente 
année commencée le premier jour d'octobre dernier passé, de la quelle somme 
de VI c. livres, je me liens pour content et bien payé et ay quicté et quicte 
led. trésorier général et tous autres. En tesmoing de ce j'ay signées ces 
présentes de ma main et fait seellcr de mon seel le huitiesme jour 
d'aoust l'an mil CGCC soixanle-dix-neuf, signé Bertrand de Livron. » 
Sceau en cire rouge représentant l'écu fascé au franc canton chargé du roc 
d'échiquier de Livron. L'écusson incliné de droite à gauche est surmonté 
d'un cimier posé sur l'angle senestre et surmonté lui-même d'une tête de 
licorne, le tout accompagné et soutenu par deux enfants nus et entouré de 
la légende gothique : « Bertrand de Livron. » — Le sceau de la quittance 
de 1474 est différent. Il se compose seulement des armes de Livron, sans 
cimier ni supports, et de la légende « Bertrand de Livron. » 

i . Claude de Livron était né du premier mariage de Nicolas de Livron 
avec Claude de Ray. Son père lui avait fait donation des terres et seigneu- 
ries de Bourbonne et Parnot, le 14 mars 1528 (N-S-1529) en faveur de son 
mariage avec Gabrielle de Stainville. Claude étant mort l'année suivante sans 
laisser de postérité, Bourbonne revint à son père Nicolas de Livron. Voici un 
extrait de celte donation : « Devant Gérard Morelot, prevost de Bourbonne, 
comparut en personne messire Nicolas de Livron, chevalier, seigneur de 
Vart, la Rivière, Parnoul, Chesaulx et dudit Bourbonne, et recognut de sa 
bonne volunté, sans conlraincte, avoir donné, cédé^ quicté, délivré et trans- 
porté par ces présentes, donne, cède, quicte, délivre et transporte par pré- 
sent don. irrévocable, fait entre vifs «t en meilleure manière que donation 
se peult faire, a honoré escuior Claude de Livron son filz, usant de ses 
drois, aussi comparant en personne, stipulant et acceptant pour lui ses hoirs 
et ayans cause au temps advenir, toute sa seignoric, rentes et revenues qu'il 
a et tient tant en la baronnye dudit Bourbonne que à Parnoul, et tant en 
justice haultc, moyenne et basse, hommaiges, boys, fours, mulins, estangs» 
bledz, vins, cornaiges, courvées, chapons, gélines, fromaiges, prez, terresj 



198 LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 

6 avril 1530. (N. S. 1531.) Foi et hommage desdites sei- 
gneuries par messire Nicolas de Livrou, chevalier, père du 
précédent. (PP. 13.) 

15 janvier 1538. (N. S. Î539.) Dénombrement des seigneu- 
ries de Bourbonne, de Ghezeaux et de Parnot, par « Nicolas 
de Livron, chevalier, seigneur de Bourbonne, Vard, Larivière, 
Ojal, Peruot et Chezeau, grand gruyer et général réformateur 
des eaux et forêts du Roy, nostre sire, en la duché de Bourgo- 
gne. » (Copie coUationnée aux archives de la ville de Bour- 
bonne.) 

29 septembre 1559. Foi et hommage de Bourbonne, Parnot 
et Chezaulx, par François de Livron. (PP. 13.) 

8 mai 1560. Aveu et dénombrement desdites seigneuries, 
par François de Livron , chevalier, seigneur de Bourbonne, etc. 
(Orig. enparch., P. 177', cahier n° XVIL) 

14 août 1574. Dénombrement desdites seigneuries, par 
« Hérard de Livron *, chevalier, seigneur de Bourbonne, Par- 
not, Ghezeaux, Vart, Larivière, Ogal, Torcenay, Vauvillars, 
gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roy. » (Original en 
parchemin, 32 pages, P. 177', pièce n° XXL) 

21 août 1618. Foi et hommage de Bourbonne, Chezeaux et 
Parnot, par messire Charles de Livrou, chevalier, seigneur de 
Bourbonne, etc. , gouverneur des château et citadelle de Goifîy, 



vignes, bonncretz, que aultrcs droiz, sans aulcuno chose réserver ni excepter, 
ensemble son chastel et maison fort dudit Bourbonne et le pourpris et mai- 
son, etc.... etc., pour et en faveur et contemplation du mariage qui se 
fera, si Dieu et notre mère Sainte Eglise si accordent... entre ledit Claude 
do Livron. d'une part, et damoisclle Gabriello de Stainville. . ., etc., etc., 
14 mars 1528. (N. S. 1529.) (Original en parchemin, Biblioth. nation, à 
Paris, Reg. 1730, Titres originaux.) 

1 . Erard de Livron qui occupa de hautes positions aux cours de France 
et de Lorraine était aussi capituine du cliâtoau-f'ort de Coiffj', comme l'avaient 
été plusieurs de ses ascendants et comme le devint également son fils. 
Dépossédé de ce commandement pendant les troubles de la Ligue, Erard 
y fut réintégré vers ir)94 et l'exerçiit encore en 1602, suivant une quittance 
du 15 septembre, datée de Coidy, par laquelle il reconnaît avoir reçu du 
trésorier général la somme de 33 cens et un tiers pour son a estât et appoin- 
tcmerd d'un mois de la présente année. » Il se qualifie dans ce titre de 
seigneur de Bourbonne et de « gouverneur ])Our le Roy de la citadelle de 
Coiffy. » — Le 12 août 1607 il délivniit encore, eu cette qualité, une 
attestation de service pour divers soldats de la garnison do Coiiïy. (Bibliolh. 
nat., titres originaux, Livron. Keg, 1730.) 



LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 199 

fils du précédent. (Origin. en parch., P. 164\ pièce n° GLXXI 
et PP. 13.) 

Lacune. . . . 

15 septembre 1670. Foi et hommage de Bourbonne par 
Hugues Mathé, écuyer, seigneur de Vitry-la- Ville, au nom et 
comme procureur de Charles Colbert du Terron , marquis de 
Bourbonne, intendant des armées dans les côtes du Ponant, 
« prétention de marquisat ». (PP. 14 et P. 1773, page 50. 
Sur ce dernier registre, cet acte porte la date du 10 septem- 
bre 1670.) 

27 septembre 1673. Souffrance d'une année accordée à Char- 
les Colbert du Terron, pour fournir son dénombrement. 
(P. 1773.) 

10 novembre 1680. Dénombrement du marquisat de Bour- 
bonne, par Charles Colbert du Terron, chevalier, marquis de 
Bourbonne, conseiller d'Etat ordinaire. (P. 1773 et copies.) 

12 mars 1723. Foi et hommage du marquisat de Bourbonne, 
par Louis Desmaretz, Pierre, Henri et Marie-Madeleine Des- 
maretz, épouse de Louis Vincent, marquis de Goësbriant, 
Angélique-Charlotte Desmaretz, épouse de Charles-Henri de 
Molon, et Louise Desmaretz, épouse de Louis-Pierre-Maxi- 
milien de Béthune Sully, ledit hommage rendu, tant à cause 
du joyeux avènement, qu'à cause du décès de Nicolas Desma- 
retz, ancien contrôleur général des finances, leur père et beau- 
père. (P. 1773, et Pveg. 26 ancien, p. 86.) 

11 septembre 1731. Foi et hommage de Bourbonne-les- 
Bains, par dame Bénigne de la Michodière, veuve de François 
Chartraire, comme acquéreur des héritiers de M. Desmare ts, 
contrôleur général des finances ; reçu et enregistré le 1 2 mai 
1732. Le quint liquidé à la somme de 20,000 livres. (P. 1773, 
PP. 14, et Reg. ancien, n« XXVHI, f'^ 27.) 

3 mars 1738. Hommage du marquisat de Bourbonne et 
dépendances, par Jean- François-Gabriel Bénigne Chartraire, 
chevalier, conseiller du roi en ses Conseils, président à mortier 
au parlement de Boiugogne, marquis deBourbonne-les-Bains, 
donataire de la dame de la Michodière, sa mère, expédié le 14 
avril suivant. La mouvance, attribuée par erreur à Chaumont, 
fut reportée à Coiff"y, par un arrêt de la Chambre des Comptes, 
où l'hommage fut enregistré le 23 décembre 1739. (PP. 14, P. 
1773, et ancien reg. 33, fo 16.) 

5 septembre 1749. Dénombrement du marquisat de Bour- 



200 LES FIEFS DE LA MO UN ANGE ROYALE DE COIFFY 

bonne présenté le 28 janvier 1750, par ledit Jean-François- 
Gabriel Bénigne Ghartraire, reçu le 15 mars suivant « excepté 
la qualification de marquisat qui a été rayée jusqu'à produc- 
tion des lettres patentes d'érection. » (Original en parchemin, 
carton Q' 094, Reg. P. 1773, et ancien reg. 35, f'^ 93.) 

3 janvier 1763. Enregistrement de l'hommage deBourbonne 
fait le 23 novembre 1762, en la Ghambre des Gomptes, par 
Marc-Antoine-Claude Ghartraire, comme héritier de Jean- 
Frauçois-Gabriel Bénigne Ghartraire. son père. (P. 1773, an- 
cien reg. 41, fo 14.) 

8 juillet 1766. Dénombrement de la terre et seigneurie de 
Bourbonne-les-Bains, présenté le 22 juillet, par Marc-Antoine, 
Bernard-Glaude Ghartraire, chevalier, conseiller du roi en tous 
ses Gonseils, président à mortier au parlement de Bourgogne, 
marquis de Bourbonne-les-Bains, vérifié le 29 septembre et 
reçu le 27 février suivant. (Original en parch., carton Q' 694, 
et Reg. P. 1773.) 

22 juin 1776. Hommage de la terre et seigneurie de Bour- 
bon ne par le sieur Ghartraire. (PP. 14.) 

CHAUMONDEL ET PISSELOUP 

Le fief de Ghaumondel, anciennement appelé Chaumont 
{Calvns mons), a donné son nom à une maison qu'on a in- 
diquée comme étant une branche de celle de Laferté-sur- 
Amance, et à laquelle appartenait Odo de Ghaumnnt qui 
abandonna, en 11 52, aux religieux de Vaux-la- Douce, 
l'usage sur toutes ses terres et ce qu'il possédait le long 
du ruisseau allant de Vaux au bas de Ghaumont ou Ghau- 
mondel ^ On trouve encore un Pierre de Ghaumont-sur- 
Amance, fils de Wibcrt de Laferté, vivant en 1234, et un 
Aymé de Betoncourl qui fit don à l'abbaye de Vaux-la- 
Douco, en ll'l I , de son homme de Pisselouf, dit Malaisard, et 
de tout ce qu'il y possédait '. 

Guillaume de Vergy, 1''' du nom, seigneur de Mirebeau, 
sénéchal de Bourgogne, en 1219, mari de Glémence de Fou- 
vent, était sciLçncur do Pisselouj). Henri do Vergy, son fils, 
cité dans des titres de 1241 cL I2i)li, marié à Flisabelh d(î Ray, 
fut enterré à Gherlicu\ 

1 . lîocherchfts liistor. ot slalisl. sur les principales communes de l'arron- 
(lissemc.nl île Lanj^res, 183fi. Art. Vaiix-la-])ouce, p. -'iSH. 

2. La Ilautn-Marnc ancionne cl nioderno, M. .Tolibois. Article Pisseloup. 

3. Histoire de la maison île Vergy, par André du Chesuo, 1G3i). In-folio, 
p. 137. 



LES FIEFS DE LA MOUVANCE EOYALE DE COIFFY 201 

C'est peut-être par les Vergy, que Chaumondel et Pisseloup 
entrèrent dans la maison de Choiseul. Eu tous cas, Jean de 
Choiseul, chevalier, seigneur d'Aigremont et de Meuse, possé- 
dait moitié de ces deux fiefs eu 1 508 '. En 1 S77, Gaspard d'An- 
giure donnait la déclaration de ce qu'il tenait à Pisseloup et à 
Velles-. 

L'autre moitié était alors la propriété d'une famille du nom 
de Chezeaux, de qui elle passa, par alliance, au milieu du 
xvr siècle, à celle de Pointe ^ qui la conserva jusqu'au milieu 
du siècle dernier. A partir de cette époque, la totalité des deux 
seigneuries se trouva partagée, soit par alliance, par succes- 
sion ou par acquisition, entre MM. Marchand, Baudot, Legros 
d'Epinant, de Bernard de Moutessus, Benoit d'Anrosey et 
Tugnot de Lannoye. 

Il existait anciennement à Chaumondel une maison forte et 
quelques habitations de paysans; mais, depuis fort longtemps, 
le tout avait disparu. Seigneurs et habitants étaient descendus 
dans la vallée et avaient établi leurs demeures à Pisseloup. Au 
siècle dernier, plusieurs co-seigneurs y résidaient. Leurs mai- 
sons seigneuriales appartiennent, de nos jours, aux familles 
Domet de Vorges et Lescure. 

Consistance des fiefs réunis de Chaumondel et Pisseloup, 
d'après les dénombrements du 22 novembre 1(Î82 de François 
de Pointe, et du 14 février 1700 de MM. Méat et Jourdeuil. — 
Haute, moyenne et basse justice sur les hommes du territoire 
de Pisseloup et Chaumondel ; — droit d'instituer, par les 
co-seigneurs, un juge, un lieutenant, un procureur fiscal, un 
greffier, un notaire et tabellion garde du sceau, un maire et 
un sergent, pour toute la seigneurie ; chaque seigneur 
pouvant, toutefois, avoir son procureur d'office particulier ; 
— droit d'amende, épave, confiscation, pouvant valoir, par 
année commune 8 livres ; — de lods et ventes, de retrait sur 
tous les héritages du finage, à raison d'un sol par livre, pou- 
vant valoir en moyenne (J hvres par au ; — Cens annuel de 
8 pénaux moitié froment et moitié avoine pour droit d'échet, 
payable à la Saint-Remy ; — plus dix livres en argent ; — 



1. Voir la généalogie de la maison de Choiseul, P. Anselme. T. IV. 

2. La Haute-Marne ancienne et moderne, art. Anglure. 

3. Par le mariage de Marguerite de Chezeaux, fille d'Eudes, avec An- 
toine de Poiute. 'Généal. de Pointe ) 



202 LES FIfiFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 

droit de rouage' et de péage, pour les forains, à raison de 
8 deniers par chaque chariot, 4 deniers par charette et 4 de- 
niers par tête de bétail, évalué à 1 sols par an - ; — banalité 
delà rivière de Pisseloup, estimée 3 livres ; — droit de per- 
rière\ 20 sols par an ; — de dîme à raison de 13 gerbes l'une, 
sur tous les héritages desdits Pisseloup et Ghaumoudel, sur 
les blés, seigles, orges, avoines, pois, fèves, lentilles, navettes, 
chanvres, etc. , à l'exception du fief de Darnay et des héritages 
réservés au chapelain de la chapelle de Pisseloup ; — droit de 
dime de 13 muids l'un, sur tous les vins du terroir, à l'excep- 
tion des vignes seigneuriales qui ne doivent rien ; — une place, 
au-dessus du village de Pisseloup, dite Ghaumondel, où exis- 
tait autrefois la maison seigneuriale ; — les bois des Brosses 
et de Montjeune, dans lesquels les habitant? n'ont que le droit 
de bois de mort, mort bois, de vive et vaine pâture, de cham - 
payage, de panage, pour lequel ils paient 5 deniers par habi- 
tant ; — plus, il est dû, par chaque ménage faisant pain et 
feu, pour droit de four banal, un pénal d'avoine et une poule, 
au lendemain de Noël, pouvant le tout valoir 12 livres par an ; 
— 30 ouvrées de vigne aulieudit En Couchant; — 13 ouvrées 
« du costé tenant à la chapelle fondée et bastie audict lieu de 
Pisseloup, par les prédécesseurs de nous lesdits de Pointe » ; 
— 8 fauchées de pré au lieu dit En la Banne, plus 8 fauchées 
en la prairie ; — à Pisseloup, une maison, sise en la rue de la 
Fontaine et appartenant aux sieurs Méat et Jourdeuil, ladite 
maison consistant, tant pour ce qui dépend de la grande sei- 
gneurie de Pisseloup et Chauraondel, que du tief de Darnay, 
en cuisine, poêle, chambre, cellier, et cinq chambres hautes, 
plus les granges, écurie, grande cour, chambre à four, habita- 
tion du fermier, jardin et enclos d'une contenance approxima- 
tive de 18 journaux, tant en pré qu'eu terres*. 



1 . Le droit de rouage consistait on une taxe imposée à chaque chariot 
passant sur l'étendue du fief, 

2. Le droit de péage fut rayé par lu Chambre des Comptes jusqu'à pro- 
duction du titre de possession. 

3. Ce droit de pcrriôre se percevait sur l'extraction des pierres des car- 
rières. 

4. Un jugement du l" août 1701 déclare qu'il existait trois seigneuries à 
Pisseloup : 1» celle d'Aigremout ou la grande seigneurie ; 2° celle de Ghau- 
mondel, mouvante du roi ; 3° celle de Darnay, mouvante de Laferté, et en 
arrière-ficf du roi. (Reg. P, 177:!, ]t. 24.S.) 



LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 203 

Inventaire des litres. 

29 novembre 1508. Dénombrement d'une partie de Pisse- 
loup et do Ghaumondel « où souloit avoir une maison de gen- 
tilhomme », et l'étang sous Velle, le tout partable pour moitié 
environ avec Mgr d'Aigremont (Jean de Choiseul), établi par 
Didier et Jacquemin de Chezeaulx, enfants et héritiers d'Odet 
de Chezeaulx, leur père, écuyer, seigneur en partie desdits 
lieux, et se portant forts pour Jeanne de Genicourt, leur mère. 
Ce dénombrement ne fut présenté qu'après la prestation de foi 
et hommage du 16 décembre de ladite année. (Orig. en parch. 
Reg. P. 164', pièce n*^ XIII.) 

16 décembre 1508. Foi et hommage entre les mains du 
chancelier de France par « Didier de Chesaulx, escuier, sei- 
gneur de Pisselo et Ghaumondelle-sur-Amance » , pour les- 
dits fiefs « tenus et mouvans de nous à cause de notre chastel 
de Coiffy ». (Original en parchemin, P. 164% pièce n° I, et 
inventaire PP. 13.) 

13 décembre loi 8. Foi et hommage par le même, pour Pis- 
seloup et Ghaumondel. (Original en parchemin, P. 164', pièce 
n° VII, et PP. 13.) 

22 juin 1599. Dénombrement de partie desdites seigneuries 
par noble homme Nicolas le Tondeur, bourgeois de Langres. 
(Origin. parch. P. 177', pièce n« XXIII, et PP. 13.) 

16 mars 1607. Foi et hommage par Antoine de Paris, au 
nom et comme procureur de François de Pointe, écuyer, sei- 
gneur de Pisseloup, Ghaumondel et Velles, en partie, et pour 
René, François et Catherine, ses frères et sœur, enfants et 
héritiers d'Antoine de Pointe, écuyer. (Orig. parch, P. 164', 
pièce n° LUI, et PP. 13.) 

Lacune. . . 

28 juillet 1665. Foi et hommage, pour moitié de Pisseloup, 
Ghaumondel et dîme de Betoncourt, par Antoine Gousselin, 
comme mari de Sébastienne le Tondeur, et pour Marguerite le 
Tondeur, filles de feu Jean le Tondeur. (P. 1773 et copie.) 

20 mars 1666. Foi-hommage et dénombrement du 6 avril 
1666, présenté à la suite de l'hommage du 20 mai, pour moi- 
tié de Pisseloup, Ghaumondel et dîme de Betoncourt-sur- 
Mance. par François de Pointe. (P. 1771 et P. 1773, f'^ 13 
et 19.) 

23 novembre 1682. Dénombrement établi pour lesdites por- 



204 LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 

lions de seigneuries de Chaumondel, Pisseloup, Velles et Be- 
toncourt, par Claude-François et François de Pointe, écuyers, 
enfants et héritiers de François de Pointe ; ledit dénombrement 
reçu le 29 janvier 1683 à l'exception du droit de péage pour 
lequel ils devront produire leurs titres dans le délai d'un mois. 
(Original en parchemin, carton Q' G95, scellé des armes des 
dénombrants qui sont : « Ecartelé aux le"" et 4*, d'or à trois 
lions naissants de sable qui est de Pointe ; aux 2° et 3^, barelé 
d'or et de gueules de six pièces, qui est de Geviguey » ; et P. 
1773, pages 77 et 248.) 

18 décembre 1G94. Hommage pour un quart, rendu par 
Joseph Rodouan d'Epinois, écuyer, comme mari de Xicolle de 
Pointe, fille et héritière de Claude de Pointe; le dénombrement 
vérifié le 21 août 1699. (P. 1773 et Reg. 20.) 

Février 1699. Dénombrement du quart de Pisseloup, 
Chaumondel et Velles, par Joseph de Rodouan, écuyer, sei- 
gneur d'Epinois, Velles et Anrozey en partie, lieutenant de 
cavalerie au régiment de Saint-Maurice, comme mari de Nicole 
de Pointe, fiJle de Claude de Pointe et de Claude-Françoise 
Chapuis, ses père et mère, suivant partage du 12 janvier 1694, 
ledit dénombrement reçu le l^"" avril 1699, et scellé des armes 
du dénombrant : d'argent à une emmanchure d'azur accom- 
pagnée en chef de 2 roses ou quiatefeuilles de gueules. (Orig., 
carton Q' 695.) 

28 décembre 1699. Hommage pour moitié de Pisseloup, 
Chaumondel, etc., par Hubert Jourdeuil et Pierre Méat; le 
relief liquidé à 40 livres. (P. 1773 et Reg. 21.) 

14 février 1700. Dénombrement de la moitié indiquée ci-des- 
sus, par nobles Pierre Méat, avocat eu parlement, et Hubert 
Jourdeuil, commissaire provincial en la maréchaussée» do 
Champagne, héritiers de Marguerite et Sébaslienne le Ton- 
deur, et de Sébastienne Gousselin, filles et petite-fille de Jean 
le Tondeur, seigneur en partie de Pisseloup et seul seigneur 
de Darnay, ainsi qu'il est spécifié dans l'acte : « De la partie 
qu'ils tiennent de la terre et seigneurie de Pisseloup, mouvante 
du Roy, nostre sire, à cause de sou chaslel et chastelleuie de 
Coifly cy après énoncé. Et encore ce qu'ils tiennent dudit sieur 
baron de Laferlé à cause de son chastel dudit Laferté et s'ap- 
pelle ladite [jartie qui en dépend le fief de Darnay, qui est un 
arrière-fief du Roy, nostre sire, appartenant seul auxdits dé- 
nombraus, » Sont comprises audit dénombrement, les dîmes, 
par moitié, de Betoncourt ; acte reçu le 19 mai 1700. (Original 



LES KIEFS DE LA MOUVAMCE KOYALE DE COIFFY 20H 

en pai'chemiu, carlou (J' 695, scellé des armes dudil Jourdcuil 

« d'argent à un épi de accompagné de 3 étoiles de 

2 en flanc, 1 ou chef » ; et Rcg. P 1773.) 

7 août 1722. Soulfrauce pour l'hommage de moitié de Pisse- 
loup et dépendances, en faveur de Pierre Baudot âgé de six 
ans, Nicolas âgé de cinq ans, Anne âgée de quatre ans et Bar- 
thélémy Baudot âgé de trois ans, enfants de Jacques Baudot, 
écuyer, et de Marie Jourdeuil. (P. 1773 et Reg. 20, f'^ 58.) 

l^'juin 1722. Hommage d'un quart, par Claude-Françoise 
et Marie- Anne de Pointe, à cause du décès de François de 
Pointe, leur père, et de Anne Legoux, leur mère et du joyeux 
avènement. (P. 1773.) 

19 juillet 1730. Hommage, pour moitié, par Pierre-Bernard 
Baudot et ses frères, à cause du décès de Marie Jourdeuil. leur 
mère, veuve de Jacques-François Baudot, écuyer. (P. 1773 et 
Reg. 37.) 

12 décembre 1731. Dénombrement de moitié des seigneuries 
et terres de Chaumondel et Pisseloup, relevant du roi, et du 
fief de Darnay, mouvant du baron de Laferté et en arrière- 
fief du roi, par Pierre-Bernard Baudot, fils aîné et héritier de 
feu Jacques-François Baudot, écuyer, seigneur en partie des- 
dits lieux, marôchal-des-logis de la gendarmerie écossaise du 
roi, et de Marie Jourdeuil, ses père et mère, pour lui et ses 
sœurs. Ce dénombrement, qui ne fut reçu que le l*"" août 1761, 
est scellé de ses armes : « Ecartelé aux V'^^ et 4°, coupé au 1°'' de 
gueules à la croix pâtée d'argent, et au 2'^ d'or à trois roses de 
gueules; aux 2'= et 3° d'azur au cygne d'argent, l'écu surmonté 
d'un casque de profil orné de lambrequins. » (Orig. en parch. 
carton Q' 093.) 

4 avril 1732. Foi et hommage par Charles-Bouaveuturc 
Ptodouan, écuyer, seigneur d'Epinois, etc., comme héritier de 
Joseph Rodouan et Nicole de Pointe, ses père et mère. (P. 1773 
et Reg. 28.fM7.) 

24 septembre 1734. Hommage par Françoise, Marie-Anne 
et Jeanne-Bernarde de Pointe, pour quatre parts de sept, à 
Pisseloup, Chaumondel, Velles et dîmes de Betoncourt, comme 
héritières de François de Pointe, leur père. (P. 1773 et Regis- 
tre 30.) 

10 janvier 1748. Hommage par Marie Cornille du Tercq, 
veuve d'Etienne Marchand, pour elle et comme tutrice de ses 
enfants, pour la portion acquise de Nicolas Grange et de Marie- 



206 LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DB COIFFY 

Anne de Pointe, sa femme; les droits liquidés à 144 livres. 
(P. 1773etReg. 3o, f» 27.) 

23 avril 1755. Hommage par Sébastien Legros, écuyer, pour 
moitié desdites seigneuries, savoir : un quart à cause d'Anne 
Baudot, sa femme, héritière de Jacques-François Baudot et 
dame Marie Jourdeuil, ses père et mère, et un autre quart, 
acquis par échange de Barthélémy Baudot, héritier de Pierre 
Baudot, son frère; le relief liquidé à 252 livres 10 sols 
(P. 1773 et Reg. 38, f-' 33.) 

11 juin 1750. Hommage d'un quart desdites seigneuries, par 
François-Salomon de Bernard de Montes sus, baron de Vitrey, 
a lui donné par Charles-Bonaventure Rodouau, écuyer ; le 
quint liquijdé à 1,200 livres. (P. 1773 et Reg. 38, f^ 58.) 

26 août 1757. Réception du dénombrement de moitié, ou de 
la grande seigneurie, fourni par Pierre-Bernard Baudot, écuyer, 
le retrait censuel et le péage rayés, et autres modifications 
apportées par suite du jugement rendu sur l'opposition des 
habitants, du 31 juillet et du 1<"" août. (P. 1773 et Reg. 40, 
f 42.) 

11 décembre 1761. Déclaration donnée par ledit Pierre-Ber- 
nard Baudot, pour servir de complément au dénombrement 
du 30 janvier 1732, reçue le 26 juillet 1761, et par Sébastien 
Legros, écuyer, seigneur eu partie do Pisseloup et Ghaumon- 
del, à cause d'Anne-Marie Baudot, sa mère. (P. 1773 et orig., 
carton Q* 695.) 

22 août 1770. Foi et hommage, avec dispense de fournir le 
dénombrement, présentés par Charles Tuguot, écuyer, et Ma- 
rie-Claude Marchand, son épouse, et les sœurs de cette der- 
nière, pour un septième dans le quart de Pisseloup et pour 
une portion de Velle-sur-Amance, à eux appartenant, comme 
héritiers d'Etienne Marchand, leur père et beau-père. (P. 1773 
etReg. 45,fM6.) 

22 août 1770. Hommage pour Un quart de Pisseloup et pour 
une portion do Voile, par Pierro-Iguace-Marie de Bernard de 
Montessus, baron de Vitrey. (P. 1773 et Reg. 45, f" 17.) 

{A suivre.) A, Bonvallet. 



LA 



FAMILLE DE CHARTONGNE 



— »r .C'^rg g , n. ^-^— 



VI 



54, Maric-Anne-Elisaheth-Genemève de Chartongne fille 
(le Benjamin et de Marie- Anne- Clemenceau naquit vers 1720. 

Elle épousa le 1^'' avril Î738 dans la chapelle du château de 
Vâux-Varennes : 

M'''' Philippe-François- Louis de Romance (92) son cousin, 
écuyer, puis chevaher, seigneur d'Inaumont en partie, la Mal- 
maison, Arnicourt, Sery, vicomte de Villomé, baron de Théry, 
lieutenant ua régiment royal de carabiniers, capitaine de cava- 
lerie au régiment de Montauban et chevaher de Saint-Louis. 

De cette union sont nés au château d'Inaumont : 

93. Zêlie de Romance, le Tr décembre 1740. 

94. Hyacinthe-Ange de Romance, le 25 octobre 1743. 

95. Marie-JosèpAe de Romance, le 19avril 1745. 

96. Philippe-François- Louis de Romance, le 31 décem- 
bre 1746, décédé le 17 juillet 1763 à peine âgé de 17 ans et 
enterré dans la chapelle de sa famille. 

Marie- Anne- Elisabeth-Geneviève de Chartongne est décédée 
au château d'Inaumont le 19 mai 1748 âgée de 28 ans envi- 
ron et elle a été enterrée dans l'église de la paroisse le lende- 
main, auprès de ses parents. 

Devenu veuf Phihppe -François-Louis de Romance se re- 
maria avec Geneneviève-Louise Foilard de Grancourt, née en 
1725 et décédée également au château d'Inaumont, le 28 Juillet 
1766 âgée de 40 ans. 

De ce second mariage naquirent : 

* Voir page 113, tome XIX, de la Revue de Champagne et de Brie. 



208 LA FAMILLE DE CHARTONGNE 

Gode froy- Joseph de llomance, le 9 janvier 1754. 

Geneviève-Louise de liomance^le 18 septembre 17ÎJ2. 

Gairielle-Angélique de "Romance, le 4 septembre 1759. 

Et Emélie-Josèphe de Romance, le 14 décembre 1761. 

Pliilippe-Frauçois-Louis de llomauce résidant à sou château 
d'Inaumont y est mort le IG janvier 1777 étant âgé de 09 
ans. 

Le 8 juin 1739 il avait donné le dénombrement du fief 
d'Arsonville dont il était devenu propriétaire du chef de sa 
femme. 

Il donna également le dénombrement du même flef le 9 
juin 1762. Par cet acte, il avoue tenir eu Iby et hommage de 
très haute et très puissante personne dame Elisabeth-Marthe 
de Roye de la Rochefoucauld, duchesse d'Ancenis : Première- 
ment une maison appelée le iief d'Arsonville consistant en un 
corps- de-logis, cour, grange, cellier, es tables, colombier, 
caves, pressoir, jardin, tenant à ladite maison, royés et atte- 
nant les pressoirs de ladite dame duchesse d'Ancenis d'une 
part et d'autre part au sieur Marquette pardevant à la Grande- 
Rue et par derrière à la rivière, le tout contenant environ un 
arpent. 

Il résulte d'un autre dénombrement en date du 25 novembre 
1776 que Philippo-François-Louis de Romance et sa femme 
avaient vendu leur titre à Henry Le Bourgeois qui le transmet 
par succession à son fils M^'^ Charles- Antoine Le Bourgeois, 
chevalier, capitaine au régiment provincial de Chàlons. 

Celui-ci et dame Marie-Anne de Hédouville sou épouse 
cèdent ensuite le môme titre à Anloùie- François Marquette, 
chevalier, conseiller du roy, doyen de la première chambre des 
enquêtes du Parlement à Paris, y demeurant par contrat passé 
devant Petiljean notaire à Laon le 16 novembre 1676. 

Les Marquette furent les derniers seigneurs d'Arsonville. 

CHAPITRE II 
Seigneurs de Vieil-Saiat-Eemy, Nouvisy, Longchamps et Apremont. 



9. Charles de Chartongne, second lils d'Etienne, écuyer, 
seigneur de Neuvisy et Vieil-Saiul-lleniy, capitaine au régi- 
ment de Gerny par commission du 15 janvier 1629, au régi- 



LA FAMILLE DE CHARTONGNE 209 

ment de Graudpré par aulre commissiou du G janvier 1632, 
comparaît pardevaut le bailli de Vermaudois à la couvocatioa 
du bau et arrière-bau de la ville de Laou, le 28 juia 1G;55, par 
foadé de pouvoir, étant empêché à cause de sou graud âge et 
de ses iulirmités et en oousidéralion de sa vieillesse et de ce 
qu'il a deux fils au régiment de Geruy, il est déchargé du ser- 
vice qu'il devait audit arrière-bau. Il était ca])itaiue au régi- 
ment de Boissi en 1G3G. 

Suivant contrat reçu par Luciller, notaire, le 8 juin 1601, 
Charles de Ghartougne qualifié alors écuyer, sieur d'Ambly- 
sur-Bar, au nom et comme fondé de pouvoir d'Etienne sou père, 
vend à Pierre Camart, procureur-général du duché de Relhel- 
lois, moyennant la somme de 1 ,033 écus, divers héritages assis, 
au ban et fiuage de Bertoncourt, en nature de terre et pré pro- 
venant à Etienne d'un partage opéré entre lui, Adrien son frère 
et ses autres co-hériliers, le 20 avril 1595. 

Le 24 mai 1629, Charles de Chartongne acquiert, pour le 
prix de 1,200 livres tournois, de Jean de Villelongue, cheva- 
lier, gentilhomme ordinaire de la chambre du roy, seigneur de 
Baupré et d'Ogny, demeurant à Paris, une censé située à 
Vieil-Saint Remy, consistant en maison, grange, étable, cour, 
jardin et cheuevières avec les terres et prés en dépendant. 

Il avait épousé par contrat du 13 janvier 1598, JVicoîle de 
Villelongue, fille aînée de damoiselle Jeanne d'Amhly, veuve 
de Gilles de Villelongue, écuyer, seigneur de Neuvisy en 
partie, maitre des eaux et forêts du duché de Rethellois, et de 
laquelle il eut : 

Ambly. — D'argent à 3 liouceaux de sable. 

18. Tristan. 

19. Bénigne de Chartongne, née vers 1614. 

20. Claude de Chartongne, née vers 1615, décédée à Vieil- 
Saint-Remy, le 26 décembre 1696, âgée de 85 ans et inhumée 
le lendemain dans le cimetière de la paroisse. Elle et Bé- 
nigne sa sœur s'étaient donné mutuellement tous leurs biens, 
par acte du 23 août 1656. 

21. ^^ Thomas. 

Ces quatre enfants procèdent, le l""" décembre 1639, au par- 
tage eu quatre lots des biens provenant de la succession de 
Nicole de Villelongue leur mère et situés au village du Vieil- 
Saint-Remy, Neuvisy, le petit bois les Neuvisy et la Péreuze, 
proches et contigus l'un de l'autre. 

14 



210 LA FAMILLE DE CHARTONGNE 

Les biens faisant l'objet du partage consistaient savoir : 

Ceux de Vieii-Saiut-Rcm}^ : en une maison forte, bâtie en 
carré, couverte en ardoises, cour, colombier, grange, eslables, 
accompagnée de jardinage, chenevières, terres et prés en plu- 
sieurs pièces tenues en nature. 

Ceux de Neuvisy, en droits seigneuriaux et bois tenus et 
mouvants en plein fief, appartenant à Thomas de Ghartongne 
pour moitié à cause de son droit d'aîné, à Tristan pour un 
quart, à Claude et Bénigne pour le dernier quart conjointe- 
ment. 

Ceux du petit bois lès Neuvisy eu terres et prés. 

Ceux de la Péreuze en un demi-quart du moulin tournant par 
eau, maison, grange, étable en dépendant, étang, prés et terres 
tenant tout ensemble, appelés le Petit-Moulin. 

Et en le quart au moulin à vent de Vieil-Saint- Reray, 
affermé pour 80 livres par an. 

Plus les droits revenant aux enfants de Ghartongne, tant 
dans ce dernier moulin que dans la censé du petit bois lès 
Neuvisy et du petit moulin de la Péreuze à cause des donations 
et succession de feu Cristophe de Villelongneleur oncle, en son 
vivant abbé de Laval-Dieu. 

II 

18. Tristan de Ghartongne, second fils de Charles, écuyer, 
seigneur de Lonchamps et Cierges en partie, lieutenant d'in- 
fanterie tué au siège de Kuppenheim au mois de mai 1645, est 
nommé dans un échange du 29 novembre 1G39, par lequel il 
acquiert de Thomas son frère, les trois quarts dans une maison, 
grange, étable, cour, jardin et chenevières en dépendant, d'un 
seul tenant, assis à Vieil-Saint-Remy, lieudit la grande rue, 
ci-devant acquis par leurs père et mère de feu M. de Raupré. 

11 avait épousé damoiselle Judith de la Fontaine dont il ne 
paraît pas avoir eu d'enfants. 

III 

21 . Thomas de Char longue, fils aîné de Charles, écuyer, 
seigneur de Neuvisy, Maure et autres lieux, uonuné capitaine 
d'une compagnie de gens de guerre à pieds au régiment com- 
mandé par le comte de Cerny par commission du roi, le 20 août 
1632, puis capitaine commandant d'une autre compagnie de 



LA FAMILLE DE CHAETONGNE 211 

cent hommes de gens de guerre à pieds par commission du 24 
septembre 1634, reçut, le 16 juin 1636, étant alors capitaine 
commandant au régiment de Boissy, du duc de Rohan, pair de 
France, lieutenant général, par lettre signée au camp de Tra- 
houue, i'ordi-e de reverser les soldats de son régiment, à cause 
de leur petit nombre, dans le régiment de Tourraine. Un certi- 
ficat du même jour atteste les bons services et la vaillantise de 
Thomas de Chartongne, et il obtient en même temps un laisser- 
passer pour retourner en France avec ses trois valets. Le len- 
demain, le duc de Rohan adressa une lettre à M. Desnoyers, 
conseiller du roi et secrétaire de ses commandements, pour 
faire foi des bons services de Thomas de Chartongne en le 
priant de le recommander au roi. Il fut pourvu en 1652 d'une 
compagnie franche à Jametz, 

Il épousa par contrat du 21 avril 1640 : 

Antoinette de Roucy, fille de Paul de Roucy, seigneur de 
Villette et de Guillemette cC Anibly de Malmy. 

Roucy. — De gueules au chou d'or. 

Leurs enfants sont : 

33. Philippe-François Louis. 

34. Christophe-Antoine de Chartongne, né vers 1650, 
écuyer, cadet dans la compagnie du sieur de Montfort, au 
régiment de Saint- Vallier où son frère aîné était lieutenant en 
1667. 

33. Charles-Jean de Chartongne. 

36. Tristan-Louis de Chartongne, né vers 1660, chevalier, 
seigneur de Neuvisy, capitaine au régiment d'infanterie d'Ar- 
tois. 

IV 

33. Philippe-François-Louis de Chartongne, fils aîné de 
Thomas, écuyer, seigneur de Maure, Vieux, Neuvisy, et Vieil- 
Sain t-Remy, épousa par contrat passé au château de la Folie, 
le 20 avril 1672. 

Henriette de Chartongne (43) sa cousine, fille de Claude et 
de Françoise de Bombelles. 

De ce mariage sont nés douze enfants savoir : 

55. Claude. 

56. Françoise de Chartong?ie, née à Rethel le 8 mars 1675. 

57. Louise-Bénigne de Chartongne, née le même jour. 



212 LA FAMILLE DE CHAKTONGNE 

58. Louis-François de Chartongne, né au chàleau de la 
Folie, le 2 janvier 1679. 

59, Claude. 

GO. Claude François, lieutenant au régiment d'Artois, tué 
près de Bosne sur le Rhin, âgé de 18 ans. 

61 . Remy-Charles de Chartongne, né à Bertoncourt, le 2 
juin 1681, capitaine aide-major au régiment de Normandie, 
chevalier de Saint-Louis, pensionnaire du roi. 

62. Henriette. 

63. Jean-François de Ckarto7igne. 

64. Gahrielle de Chartongne, née au château de la Folie, le 
11 juillet 1683. 

65. Elisabeth de Chartongne, née au même lieu, le 24 sep- 
tembre 1686. 

66 . Louis de Chartongne., né à Vieil-Saint-Remy , le 23 août 
1688, nommé enseigne à la compagnie, colonel du régiment 
d'infanterie de Catinat, le 7 août 1694, sous-lieutenant à la 
compagnie de son frère Claude, capitaine au régiment de 
Piémont, le 15 août 1703 et lieutenant en la môme compagnie, 
le 1 4 novembre suivant, fut tué au siège de Vérue avec son 
père, à Tâge de 15 ans. 

Henriette de Chartongne, décédée à Rethel, à l'âge de 48 
ans, a été inhumée en la paroisse Saint-Nicolas de Bertoncourt 
le même jour, 11 décembre 1694. 

Le Dictionnaire des généraux français de Courcelles, la 
Chro7iologie militaire de Pinard et le Nobiliaire de Saint- 
Allais ont consigné tour à tour les brillants états de service 
de Philippe-François-Louis ; nous empruntons à ces auteurs 
l'extrait suivant consacré à la mémoire du plus brave repré- 
sentant de la maison de Chartongne : 

« Philijjpe-Frauçois-Louis de Chartongne fut fait enseigne 
< à la compagnie de Mouli'ort, du régiment de M. le marquis 
« d'Herbouville, le 11 décembre 1663. Nommé Heutenaut à la 
« même compagnie, le 9 novembre 1665, il servit au siège et 
« à la prise de Touruay, de Douai et de Lille en 1667 et à la 
« conquête de la Franche-Comté eu 1668. Réformé le 26 mai 
« de la même aonce, il suivit le régiment d'Herbouville dans 
« l'expédition de Candie et s'y trouva à la fameuse sorlie du 
« 25 juin. Il fut replacé lieutenant en ])ied, le 10 novembre 
« 1670, servit à tous les sièges que le roi fit en personne en 
« 1672 et obtint une compagnie dans le régiment de Château- 



LA FAMILLE DE CHAETONGNE 213 

cr neuf, le 28 septembre de cette dernière année. Il se trouva 
« au siège de Maestricht en 1G73, au combat de Senefî et à 
K celui de MuUiausen en 1674 et enfin à celui de Turckein, le 
« 5 janvier 167o. Devenu capitaine de grenadiers de son régi- 
« ment le G avril suivant, il passa sous les ordres du maréchal 
a de Gréquy, combattit à Consarbruck, concourut à la défense 
« de Trêves, servit au siège et à la prise de Valenciennes, de 
« Cambrai et de sa citadelle en 1677, au siège et à la prise de 
< Gand et d'Ypres en 1678 et à la bataille de Saint-Denis près 
« Mons la même année. 

« Il fut nommé major de son régiment le 23 octobre 1G83, 
a servit en Flandre, sous le marquis de Boufflers en 1689 et à 
« l'armée du Piémont, sous M. Gatinat en 1690. Lieutenant- 
« colonel du régiment d'infanterie d'Artois par commission du tî 
« juin, il contribua la même année à la prise de Gahours, à la 
a victoire remportée à Staffarde, à la prise de Berges, à la sou- 
« mission de Suze et au siège de la citadelle. Il fut employé en 
« 1691 à la réduction des Vaudois dans les vallées de Saint- 
« Martin et de la Pérouse, au siège et à la prise des ville et 
« château de Villefrancbe, des villes de Montalban, de Nice, 
« de Veillane, de Garmagnole et commanda pendant l'hiver 
« dans la vallée Pragolas. 

« En 1692, il servit à l'armée de la Moselle, d'où il passa à 
« l'armée de Flandre au mois d'août et se trouva au bombar- 
« dément de Charleroi. Gréé brigadier le 30 mars, il combattit 
a à la Marsaille sous M. de Gatinat, fut employé sur la fron- 
« tière du Piémont pendant l'hiver, par ordre du 14 novembre 
« et continua à servir à la même armée qui se tint sur la défen- 
a sive en 1695. Il fut créé inspecteur général de l'infanterie 
a par ordre du 21 décembre, servit au siège de Valence en 1 696 
« et à celui de Barcelonne sous le duc de Vendôme en 1697. 
« Il obtint la lieutenance du roi de cette place par commission 
a du 20 août et quitta alors son régiment. 

« Employé à l'armée d'Italie par lettres du 19 mars 1701, il 
« combattit à Garpi et à Ghiari la même année. Il fut promu 
« au grade de maréchal de camp par brevet du 29 janvier 
« 1702. Employé en cette quaUté à l'armée d'Italie par lettre 
« du 21 février suivant, il contraignit les ennemis d'abau- 
« donner Viadonna, contribua à la victoire emportée à San 
« Villoria au mois de juillet, combattit à Luzzarra au mois 
« d'août concourut à la prise de cette place. On le créa direc- 
« teur général de l'infanterie par commission du 4 septembre. 



214 LA FAMILLE DE CHARTONGNE 

« Employé à l'armée d'Italie en 1703, il se trouva à la défaite 
« de r arrière-garde du général Staremberg près la Stadella, au 
« combat de Gastelnovo de Bonnia, suivit le duc de Vendôme 
« dans le Trentin, combattit à Sau-Sébastiano où il défit le 
« général Visconti et servit à la prise de Villeneuve et d'Ast. 
« Il fut employé en 1704 au siège et à la prise de Verceil, 
« d'Yvrée et de sa citadelle. — Gréé lieutenant général des 
« armées du roi par pouvoir du 26 octobre, il commanda une 
« attaque à la prise du cbemin couvert du fort de Guerlignan, 
« qu'on emporta. Il était de tranchée le 26 décembre au siège 
« de Vérue, lorsque les assiégés firent une sortie avec toutes 
« leurs troupes. Il combattit avec la plus grande valeur dans 
« cette occasion et déjà il repoussait les ennemis lorsqu'il fut 
« fait prisonnier, après avoir reçu une blessure dont il mourut 
« au bout d'une heure. [Chronologie militaire, tome IV, page 
« 560. Gazette de France. Méynoire du temps.) » 

Telle fut l'existence de celui dont Louis XIV disait : a si 
j'avais à combattre l'enfer, j'y enverrais de Gharlongne. » 
Après une carrière aussi noblement remplie, à la suite de cette 
vie d'abnégation et de dévouement passée dans les camps et 
sur les champs de bataille pour la défense de la patrie. Phi- 
lippe-François-Louis de Ghartongne mourut pauvre, laissant 
comme seul héritage à ses enfants, l'exemple des plus hautes 
qualités mihtaires; il leur avait envoyé quelques instants avant 
de rendre le dernier soupir, sa croix de chevaher de Saint- 
Louis. 

La vente de son équipage ne suffit même pas à payer les 
gages de ses domestiques. 

Par une lettre touchante, datée devant Vérue du 2 janvier 
1705, pleine do délicatesse, et de sentiment dans sa naïve sim- 
plicité, Remy-Gharles son lils, « fait part à Monseigneur de 
Ghamillart de la douleur mortelle que lui et ses frères éprou- 
vent par la perte de leur cher père décédé sans laisser aucun 
bieti, le priant de leur procurer les grâces du roy pour 
pouvoir continuer le service avec honneur eu considération de 
ce qu'ils ont perdu uou-seulement un père, mais encore 
un oncle et deux frères qui ont tous contribué à la con- 
consommatiou de leur fortune pour servir avec éclat dans les 
armées. 

V 
5!i. Claude de Ghartongne, fils aîné de Philippe- François- 



LA FAMILLE DE CHARTONQNE 215 

Louis et de Henriette de Ghartongne, né à Bertoncourt, le 7 
octobre 1677, seigneur d'Apremont, Exermont, Forges, Nan- 
tillois, chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis, capitaine 
au régiment de Piémont, acquiert, le 21 février 1714, la sei- 
gneurie de Forges appartenant alors à Armand de la Faxe. 

Il avait épousé par contrat du 17 avril 1707, NicoUe-Q>har- 
lotte cCEsfinoy (7u), fille de César d'Espinoy, chevalier, sei- 
gneur de Châtel-Chéry et de Claude de iSamt- Quentin dont il 
n'eut pas d'enfants. Sans doute par suite d'irrégularité de ce 
premier mariage, un nouveau consentement des époux a été 
solennellement donné en l'église d'Apremont, le 1 2 octobre 1715. 

Espinoy. — D'azur à 3 besants d'or en bande. 

« Ze Manuel de la Meuse, de Jeantin, constate que le qua- 
« trième enfant de M. Jean-Bapliste- François de Paviot, sei- 
« gneur de Nantillois et de Marie-Françoise-Fioreuce, comtesse 
« de Ryant sou épouse, fut tenu sur les fonds baptismaux par 
« Claude de Chartougne, seigneur de Nantillois et par Ghar- 
« lotte d'Espinoy son épouse, le 10 juillet 1730. » 

VI 

62. Henriette de Chartongne, fille de Philippe-François- 
Louis et de Henriette de Ghartongne, née vers 1681, épousa 
par contrat du 28 juillet 1700 : 

Henry- Joseph- Germain d'Aunois, écuyer, seigneur de la 
Neuville, y demeurant, fils de Jean- Germain d'Aunois, aussi 
écuyer et seigneur du même lieu, et de Jaôqueline Anger^ 
dont elle a eu : 

)02. Jeanne-Edwige d'Aunois, née le 28 février 1701. 

Henriette de Ghartongne, décédée le 20 juillet de la même 
année, fut inhumée dans l'église de la paroisse. 

Son mari, depuis remarié à Marie de Ruthan de Ghepy, est 
lui-même décédé veuf de son second mariage, âgé de 60 ans, 
le 8 janvier 1729, il a été enterré le lendemain auprès de sa 
première épouse dans l'église de la Neuville. 

CHAPITRE III 
Seigneurs de Vauzelles, Magneux, Ormont. 
I 
M. Louis de Chartongne, fils d'Etienne et de Marie de 



216 LA FAMILLE DE CHARTONGNE 

Lizaine, seigneur de Vauzelles et Magneux, vicomte d'Ormont, 
rendit foy et hommage le 1 8 juillet 1G09 pardevant les officiers 
au bailliage du comté de Roucy. 

De sou mariage par contrat du IG mars 1608 avec Guille- 
mette de Méry, fille de défunt Thomas de Mèry et de damoi- 
selle Claude de Morimme sont nés ; 

22. Marie de Chartongne. 

23. François. 

24 . Anne de Chartongne. 

25. Jeanne. 

26. Isabelle de Chartongne^ épouse de Antoine de Vignoles, 
écuyer, seigneur de Blanges. 

Vignolles. — D'azur à la bande d'argent chargée de 3 coquilles d'or, 
2 en chef, l'autre en pointe. 

27 . Et Charles de Chartongne, mort au service du roy sans 
faire souche. 

II 

23 . François de Chartongne, fils de Louis et de Guillemelte 
de Méry, écuyer, seigneur de Vauzelles, Magneux et vicomte 
d'Ormont en partie, figure le 5 juin 1653 avec Isabelle sa sœur 
alors veuve d'Antoine de Vignolles et Jeanne de Chartongne, 
femme de Charles de Saint-Quentin son autre sœur, au par- 
tage des biens dépendant de la succession de leur père ; et le 6 
juin 1654, il rend foy et hommage aux comtes de Roucy pour 
lui et ses co-héritiers dans la succession de deffunt Louis de 
Chartongne leur père. 

Marié par contrat du 16 janvier 1644 avec Philippine de 
Grossines, il eut de cette union : 

37. Louis de Chartongne, né vers 1661. 

III 

Les seigneurs de Magneux, vicomtes d'Ormont (lilre que 
l'archevêque de Reims leur contesta inutilement en 1468) 
avaient droit de haute, moyenne et basse justice, droit de 
garenne, de chasse à chiens, oiseaux et harnois, pressoirs, 
fours banaux, lods et ventes, saisine et amende, aubaine, con- 
fiscation, etc. . . La propriété qui a été vendue par licitalion au 
Châtelet de Paris eu juin 177'.l, cniibislaiL : 1" dans le cliàteau 
ancien; 2" dan^ la maison du fermier; :>" eu une pièce de bois 
d'environ 1 arpenls et une garenne de môme étendue ; 4° en 



LA FAMILLE DE CHARTONQNE 217 

300 arpeuls environ de terre labourable et cinq en vignes et 
prés. Cette propriété était affermée par bail 1 ,900 1. et le 
fermier était en outre chargé des vingtièmes, des menues et 
grosses réparations et des procès criminels [Annuaire de la 
Marne Xm'o). 

CHAPITRE IV 
Seigneurs de Cierges, Harzillémont, Hagnicourt, etc. 

I 

25. Jeanne de Charlongne, fille de Louis et de Guillemette 
de Méry. 

Epousa : 

Charles de Saint-Quentin^ chevalier, seigneur de Cierges, 
maréchal de camp des armées du roy, et gouverneur de Jamaide 
et de Mar ville. 

D'oii sont nés : 

38. Louis. 

39 . Claude de Saint-Quentiti-Manimont , chevalier, seigneur 
de Cierges, Manimont et la Grauge-aux-Bois, gouverneur de 
Marville, 

40. Françoise. 

41. Et Claude. 

{A suivre.) 



LA VIE 

DU MARÉCHAL DE SCHDLEMBERG* 

Comte de Montdejeu, Chevalier des Ordres du Roy, 

Ancien Gouverneur de la ville et cité d'Arras, Grand Bailly d'Artois, 

Gouverneur du Berry, Capitaine du Château de Madrid 

et de la Varrane du Louvre, etc. 



La tranchée d'où ils chassèrent les ennemis fut remplie 
de morts. La nuit suivante, qui étoit celle du 7 d'aoust 
1654, à deux heures après minuit, les assiégcans aiant heu- 
reusement fait jouer deux mines aux deux pointes de la corne 
de Guiche donnèrent un assaut général à droite et à gauche, 
les assiégés ne défendirent pas ces postes comme ils le dévoient, 
ils y firent en nombre la plus considérable perte de tout ce 
siège ; les assiégeans s y logèrent avec tout l'avantage qu'ils 
souhaitoient, n'y aiant perdu de leur aveu que deux cents 
hommes parmi lesquels étoient Dom Philppes Delmors, ser- 
gent-major de bataille, et Dom Bernard de Foix, colonel ita- 
lien, et environ quarante officiers tant commandans que subal- 
ternes. Les assiégés y perdirent Depreu, capitaine au régiment 
de Bohan, Des Granges et Blecourt, homme d'un mérite sin- 
gulier, tous les deux capitaines dans Artois, Du Ronsoir, Bras 
de fer, de Mcdi-aue, de Saint-Sulpice, tous quatre capitaines 
blessés ; Deblan, lieutenant tué, de Mouthier, Girauldy, Dum- 
brieres, de Gercot, lieutenans blessés, Pavicstosqui, capitaine 
polonois, tué avec un aide-major de la même nation, Grime et 
Gredc, capitaines des gardes Suisses, blessés après avoir fait 
des merveilles avec Triboulet et Monin, leurs lieutenans, et 
Devigeres, leur enseigne, deux sergents de tués avec environ 
vingt soldats, outre cjualrc autres soldats qui furent tués et 
plu.sicurs autres blessés des éclats de deux boulets qui se ren- 
contrèrent en l'air en ligne horizontale. Il fut facile aux assié- 
geans de se retrancher dans le grand ouvrage à corne, et ■ d'y 
avancer leurs travaux par des galeries souterraines et par des 

• Voir page l^'il, tome XIX, de la licvuc de Champagne el de Bric. 



LA VIE DU MARÉCHAL DE SCHULEMBBRG 219 

batteries qu'ils élévoient sans peine pour battre le second 
ouvrage à corne qu'ils trouvèrent à leur tète, et qu'on appel- 
loit la petite corne de Guiche. Le gouverneur, fort chagrin de 
la perte du grand ouvrage, se trouva à la principale attaque de 
celui-ci qui fut aussi vendu bien chèrement après onze jours 
d'attaque et de défense continuelles ; ou leur y disputoit jus- 
qu'à un pouce de l.erre, par des traverses tantôt de terre, tan- 
tôt de panniers ou de palissades qu'on élevoit d'espace en 
espace en se retirant pour ne céder qu'au nombre des assail- 
lans, et à la fatigue d'une trop longue résistance. On évitoit 
l'effet de leurs grenades par des rigoles que le gouverneur eut 
la précaution de faire faire aux endroits les plus exposés à cette 
pluye meurtrière de fer et de feu et l'on prévenoit leurs assauts 
à craindre par de fréquentes sorties qui interrompoient de jour 
en jour leurs desseins. On ne s'opiniatra pas mal à propos à la 
défense de ce petit ouvrage à corne dans la nécessité où on 
étoit de ménager la garnison pour les sorties dont elle avoit 
ordinairement tout l'avantage. La petite corne de Guiche coûta 
donc onze jours d'attaque aux assiégeans et la perte de cinq 
de leurs plus habiles mineurs qui furent poignardés sur leurs 
ouvrages, prêts à faire leur jeu et de plus de quatre cents sol- 
dats. Le chevalier de Médicis, lieutenant-colonel, y fut fait 
prisonnier par les assiégés avec un capitaine et deux lieute- 
nants et vingt-deux soldats à qui on accorda la vie que les Ita- 
liens n'ont jamais honte de demander de bonne heure, au pre- 
mier danger de la perdre. Du côté des assiégés, le sieur de Lau- 
nois, capitaine dans Montdejeu, infanterie, fut blessé d'un 
coup de mousquet qui lui traversa le milieu du corps, et dont 
cependant il ne mourut pas, Buchetel, capitaine dans Montde- 
jeu, infanterie, aide-major de la place, homme d'une bravoure 
extraordinaire, y fut tué et regretté ; de La Ferté, capitaine 
au même régiment, dangereusement blessé, Douches et de 
Boisguitaut, capitaine dans Montdejeu allemand, tués ; Rain- 
ville et Deruca, lieutenans au même régiment, blessés. Les 
assiégés étoient réduits à emploier la cavalerie pour monter la 
garde à pied et à cheval sans distinction et à faire des sorties 
de même. Ils perdirent tant en deffendaut la contrescarpe de 
la demie lune de Bourgogne que dans les sorties qu'ils firent 
après la perte du petit ouvrage à corne de la CapaUère, de la 
Chavarie, capitaines, Delaneuille, lieutenant, et TEsideau, 
maréchal-des-logis, il en coûta environ deux cent cmquante 
hommes aux assiégeans sans avoir gagné un pouce de terrain. 
Le brave de Bohau, colonel dans la place, reçut un coup de 



220 LA VIE DU MAEÉCHAL DE SCHULEMBERG 

mousquet à la tête dont il mourut après avoir été trépané. Le 
capitaine de Fontenay eut le même sort, de Villette, grand 
prévôt des Suisses de la place, fut fait prisonnier par les assié- 
geans, le sieur de Voignon, commandant les gens d'armes, le 
marquis de Pluveaux, le marquis de Montoy, le chevalier de 
Montmorency et le sieur de Grandflot, avec quelques autres 
officiers volontaires, forcèrent ce jour-là la garde des ennemis, 
et la poussèrent jusques dans les lignes, où ils tuèrent environ 
quarante maîtres dans une des plus chaudes escarmouches de 
tout le siège. 

Avant que de finir les particularités de ce siège, quoique 
tout le détail n'en soit point nécessaire, ni du fait de cette his- 
toire, ou doit à la valeur de ceux qui y ont eu part le souve- 
nir qu'on en conserve et dont nous sçauront bon gré du moins 
ceux qui y sont interressés par quelque rapport de famille ou 
de valeur. Avant donc que de finir ce détail, je dois remar- 
quer que le courage et les forces augmentoient de jour en jour 
dans ceux de la garnison et diminuoient visiblement dans les 
assaillans par le dépit qui les faisoit murmurer hautement 
contre le Prince de Coudé pour qui les généraux avoient eu 
trop de déférence en entreprenant ce siège. La deffense de la 
place ne consistoit plus que dans les sorties continuelles des 
assiégés, les mineurs, les galeries souterraines, une grêle con- 
tinuelle de grenades les désoloient, et tuoient, ou mettoient 
jour et nuit quelques officiers de la garnison hors de service, 
de sorte qu'il n'y en avoit plus de vieux dans l'infanterie, sur 
qui le gouverneur pût se reposer. Il eut recours au sieur de 
Voignon, à qui il donna quatre-vingt maîtres à pied et deux 
cents hommes d'infanterie pour s'exposer aux derniers et aux 
plus violents efforts que les assiégeans firent dans une contre- 
scarpe par la demi lune de Bourgogne. L'effet de deux mines 
qui tuèrent ceux de la garde du sieur de Voignon qui étoient 
les plus avancés et postés auprès du feu qu'il entretenoit toute 
la nuit pour voir venir à lui les assiégeans, causa une telle 
épouvante qu'il ne restât au sieur de Voignon que trois per- 
sonnes dans leur poste, dont l'un étoit Decufan, capitaine, 
homme intrépide, lautro Grandchamp, lieutenant, et le troi- 
sième un gendarme dont le véritable nom mériteroit d'être ici 
au lieu du surnom la Rose qui lui étoit commun avec une infi- 
nité de soldais sans mérite. Cette désertion donna le temps et 
le courage aux assiégeans de descendre aux brèches et se faire 
un logement à la faveur des grenades et des cercles à feu qui 
les mettoient à couvert en les guidant où ils avoient lieu de 



LA VIE DU MARÉCHAL DE SCHULEMBERG 221 

s'avauccr. Le sieur de Voignon avec ses trois braves y accou- 
rurent cependant l'épée à la main en faisant tout le bruit qu'il 
leur fut possible pour suspendre de quelques moments, comme 
ils firent, l'activité des assaillans ; ses gens dissipés eurent 
ainsi le temps de se rallier et de se joindre à lui, et sans hési- 
ter, il chargea si à propos et si vigoureusement les plus hardis 
des ennemis, qu'il les fit plier et se ranger derrière les palis- 
sades que les mines n'avoient pas fait sauter. Le sieur de Voi- 
gnon fit redresser les autres palissades, couvrir de gabion, et 
remplir de sacs de terre et de fascines les endroits endom- 
magés et découverts, à la faveur d'un grand feu qu'il fit rallu- 
mer aussitôt à la tête des ouvrages endommagés pour y éviter 
toute surprise et pour observer tous les mouvemens dont il 
avoit à se défier. 

Ce succès lui inspira le dessein d'une sortie pour rompre le 
logement qu'il s'aperçut que les ennemis faisoient derrière 
les palissades ; mais comme il vit qu'on ne se déterminoit pas 
assez vite à le suivre, et à lui envoler du monde, il sauta sur la 
contrescarpe dont il se fit un avantage pour voir dans les loge- 
mens des ennemis où il se jetta l'épée à la main en criant : à 
moi les plus braves ! il y fut si heureusement secondé que tout 
répondit à ses désirs à la vue même du gouverneur et du sieur 
de Saint-Lieu qui aiant eu avis de ce coup comme d'une témé- 
rité y étoient accourus pour y donner les ordres nécesaires. 
Pendant cette attaque, il s'en faisoit une autre du côté de la 
demi lune des Carmes, les prisonniers que les assiégés y 
firent avouèrent qu'il y avoit plus de deux mille hommes com- 
mandés à ces deux attaques, dont le mauvais succès acheva 
de faire désespérer de la prise de la place après neuf jours d'at- 
taque à cette contrescarpe; d'Aider, major de la place, le mar- 
quis Monblairie-Savigny et Demaré, capitaines de la garnison, 
y furent blessés, neuf sergens tués et environ quarante ou 
cinquante hommes tant de cavalerie que d'Infanterie. De 
Vaustein, capitaine, y resta mort sur la brèche de l'une des 
mines. Quelques relations assurent qu'il parut diverses fois, 
pendant ce siège, des étoiles cométées en l'air du côté du nord, 
et que la nuit de cette grande attaque, qui fut le vingt-troi- 
sième d'aoust 1654, on vit dans l'hémisphère, vis-à-vis la 
grande place d'Arras, une colonne de feu qui s'éleva comme 
une fusée, foible, mais sans bruit, et qui tomba parabolique- 
ment dans le camp des assiégeans, sur le quartier du Prince de 
Condé. Un historien ne doit pas se rendre garant de ces sortes 
de faits qui sont toujours mal assurés et équivoques par rap- 



222 LA. VIE DU MARÉCHAL DE SCHULEMBERG 

port aux imaginations et aux visions dont ils empruntent pour 
l'ordinaire leurs principales circonstances. Le lendemain de 
cette attaque qui étoit le 24 d'aoust, jour de saint Louis, les 
assiégeans donnèrent un assaut presque général à la place, 
mais ils y furent repoussés si vivement que cet effort fut leur 
congé. La garnison perdit le sieur de la Verdure, capitaine de 
cavalerie, avec deux lieutenans ; le grand Saint-Jean, fameux 
par sa taille et par la force de son Ijras, comme un autre Barsa- 
bas, y fut blessé et mis hors de combat, outre deux sergens et 
vingt-cinq ou trente tant cavaliers que soldats qui restèrent 
morts dans les dehors. Pendant que le comte de Montdejeu se 
deffendoit de la sorte sans manquer un jour ni une nuit de se 
trouver aux attaques et d'y faire sou devoir avec une distinc- 
tion exemplaire digne du succès, dont sa sagesse et sa valeur 
fui-ent suivies, les troupes que le vicomte de Turenne atten- 
doit, arrivèrent de Stenay. Le maréchal d'Hoquincourt se 
détacha aussitôt avec un corps de troupes suffisant pour l'exé- 
cution des desseins dont il fut chargé, il passa à la tète et à la 
vue des lignes du côté de la Bassée et fut droit au mont Saint- 
Eloi, où l'archiduc avoit porté une garde considérable d'hom- 
mes choisis pour favoriser les convois qui leur venoient de 
Saint-Omer et d'Aire. Le maréchal fit prisonnier de guerre 
tout ce qu'il trouva dans ce poste dès la première attaque et se ^ 
posta au camp de César qui étoit à la portée du canon des lignes. 
Le comte de Broglie, qui avoit été envoie en même temps du 
côté de Saint-Paul, en fit sortir de même la garnison ennemie, 
de sorte que les vivres étoient coupés de tous côtés au camp 
des assiégeans. Les maladies, qui commençoient à faire du 
ravage dans la place, obligèrent le comte de Montdejeu de cher- 
cher le moien de faire hâter le secours qui lui étoit nécessaire, 
il engagea par une généreuse récompense un nommé La Tour, 
soldat hardi de la garnison, à se charger de porter un billet au 
vicomte de Turenne, on lui fit avaler ce billet dans une balle 
de plomb préparée, ce soldat traversa le camp des ennemis 
pendant la nuit, sans être aperçu, et il tomba heureusement 
dans le quartier du maréchal de la Forte, auquel il fut aussi- 
tôt présenté, mais comme il ne fut pas en sou pouvoir de don- 
ner son billet, que ce maréchal vouloit voir sur le champ, il ne 
put d'abord expliquer que de vive voix ce qu'on lui demaudoit 
touchant les dispositions de la place, on étoit sur le point 
d'éveutrer ce soldat par ordre du maréchal, si son apoticaire 
n'eût promis de tirer plus doucement la balle, où étoit le biUet 
du gouverneur, par le secours d'un remède. La peur dont fut 



LA VIE DU MARÉCHAL DE SCHULEMBERG 223 

saisi le pauvre La Tour prévint reflet de ce remède. Le 
vicomte do Tureune, à qui La Tour fut amené, fit sur le champ 
passer divers billets pour donner de nouvelles assurances aux 
assiégés qu'on f'urceroit les lignes, ou que toute l'armée y 
périroit, et que cependant ils continuassent à se defïendre, 
comme ils avoient si bien fait jusques-là, puisque leur résis- 
tance auroit dans peu une bonne issue, et ne demeureroit pas 
sans récompense. Il tomba quelques-uns do ces billets entre 
les mains des assiégeans, mais ou en avoit concerté les termes 
de manière à ne pas craindre d'accident, et à déconcerter l'en- 
nemi plutôt qu'à l'instruire d'aucune chose dont il pût tirer 
avantage. 

La Cour étoit à Péronne depuis le treizième d'aoust pour 
avancer le secours d'Arras ; on s'y disposoit avec toutes les 
précautions nécessaires, lorsque la nouvelle d'un convoi dç 
deux mille chevaux conduit par le marquis de Boutteville et 
entré dans le camp des assiégeans avec des munitions considé- 
rables de poudre, de boulets et de grenades, fit prendre la der- 
nière résolution de prévenir les nouveaux efforts qu'ils étoienl 
par là en état de faire contre la place, surtout étant informés 
que le gouverneur manquoit de poudre. 

Le vicomte de Turenne ne fut pas plutôt informé de l'extré- 
mitô où étoit le gouverneur par ce défaut, qu'il fit monter à 
cheval une colonne de cavalerie et s'en allât lui-même recon- 
noître les lignes des ennemis du côté de Souche, il dit à Pertuis, 
officier de ses gardes, de bien remarquer l'endroit qu'il lui 
montroit vis-à-vis le moulin de Sainte-Catherine, et après 
avoir reconnu de plus près le quartier du Prince de Gondé où 
il perdit le duc de Joyeuse dans une rude escarmouche qu'il 
essuia, il rentra dans son camp pour résoudre l'attaque la nuit 
qui précédoitla fête de saint Louis ; il s'y prit d'abord par une 
fausse attaque commandée par le sieur de Tracy entre le quar- 
tier du Prince de Gondé et celui de l'archiduc. On ne vouloit 
que donner l'allarme et faire du bruit de ce côté-là, avec un 
grand nombre de tambours, de trompettes et de mèches allu- 
mées sur des piquets d'espace en espace ; comme s'il y eut eu 
une nombreuse infanterie et tout y consistoit cependant en 
quelques escadrons qui exerçoient l'attention des gens du 
Prince de Gondé et de l'archiduc pour les retenir dans leurs 
postes, tandis qu'on faisoit ailleurs de véritables attaques en 
trois endroits à la fois. Les assiégeans venoient de donner un 
espèce d'assaut général à tous les dehors de la place. Ainsi 



224 LA VIE DU MARÉCHAL DE SCHULEMBERG 

leurs lignes furent un peu dégarnies pour fournir deux mille 
hommes à cette grande attaque. C'est ce qui diminua la résis- 
tance qu'ils auroient dû faire à celle du vicomte de Tureune 
qui, dans ce même temps, fit essaier de forcer les lignes du 
côLéd'Estrun, par le maréchal d'Iioquincourt, et, vis-à-vis de 
Saint- Laurent, par le maréchal de la Ferté ; s' étant réservé 
pour lui les plus hardis efforts à faire sur le miheu de ces 
lignes qu'il éloit allé reconuoitre auparavant. Il avoit eu la pré- 
caution de faire apporter une suffisante quantité de clayes et 
de sacs de terre pour combler ou couvrir les trous, les puits et 
les piquets dont les lignes et les contrelignes des assiégeans 
éloient bordées de côté et d'autre. Cette nouvelle manière de 
retranchement fut par là rendue inutile. Le vicomte de Turenue 
attaqua d'abord le quartier des Espagnols, que Dom Ferdi- 
nand de Solio commandoit, il en força les lignes avec tout le 
succez qu'il pouvoit espérer, le reste de l'ai-mée suivit les 
troupes et les traces du vicomte de Tureune sous les deux 
maréchaux qui y commandoient. Mais le maréchal d'Hoquin- 
court qui s'étoit égaré, le joignit trop tard pour partager avec 
lui la gloire de cette entreprise, le passage éloit tout ouvert et 
libre ; à son arrivée il ne restoit plus à pousser que l'arrière- 
garde soutenue par l'intrépidité du Prince de Condé. Le comte 
de Montdejeu, qui ne sçavoit pas que ce fut ce jour même 
qu'on avoit destiné pour forcer les lignes et pour le secourir, 
avoit envoie le lieutenant de la vieille compagnie de cavalerie 
du côté de Lentz avec cinquante maîtres pour tâcher de décou- 
vrir ce qui se passoit et de faire quelques prisonniers par qui 
on en pût être informé pendant que le sieur de Voiguon, avec 
sept autres officiers, étoit couché sur le ventre tenant chacun 
son cheval par la bride au bout des remparts, du côté de la 
porte de Ronville, où le comte de Montdejeu vint le joindre 
après avoir donné ses ordres dans les dehors de la place, d'où 
on venoit de repousser les assiégeans, où il leur dit qu'il venoit 
d'apprendre à ce moment par le guetteur qui étoit au befroy 
de l'hôtel de ville, qu'on avoit donné un signal, et qu'il sem- 
bloit que les ligues fussent attaquées; il les fit monter à cheval 
et se mit à leur tète, croiant que le grand feu dont ils s'apper- 
çurent venoit de quelques baraques où quelque hazard avoit 
pu mettre le feu et causer tout ce désordre. Comme il fut 
arrivé entre la porte de Miolan et la brèche par où Arras avoit 
été pris par les François, on entendit le bruit et la marche 
précipitée de quelques troupes sur les bords du fossé ; c'étoit 
de Liège, le lieutenant, qui revenoit de son embuscade avec ses 



LA VIE DU MAUKCllAL DE SClIULEMliERG 225 

cinquante maitrcs et Monsieur de Casteluau qu'il avoit arni- 
ché du détachement des ennemis entre les mains de qui cet 
olficicr étoit tombé. Si le gouverneur ne l'eût reconnu à sa 
parole, on auroit eu de la peine à le garentir d'être dépouillé 
par quelques marauts de cavaliers qui eussent mieux aimé 
que c'eût été un ennemi qu'un officier françois do l'armée do 
Monsieur do Turcnue. On apprit d'abord par Monsieur do (Jas- 
telnau qu'il avoit été détaché avec quatre mille hommes pour 
se jetter dans la place et pour soutenir l'attaque des lignes qui 
étoit commencée, mais qu'il avoit été coupé avec ce secours, 
et qu'aiant échapé aux gardes des ennemis, il avoit donné 
dans l'embuscade de ces cavaliers de la garnison. Il conseilla 
aussitôt au gouverneur de se mettre à la tête de toute sa cava- 
lerie et de sortir en diligence par la porte de Mieulau et le mou- 
lin de Sainte-Catherine, et de monter sur la hauteur jusqu'aux 
lignes de contrevallation. Le comte de Montdejeu ne perdit 
point de temps, il y courut et joignit le maréchal de la Ferté, 
et, un peu plus haut, le vicomte de Turenne au milieu du 
camp des ennemis. En prévenant ainsi les ordres pressans 
que le général lui envoioit par le sieur de Bar, gouverneur de 
Dourlans, de s'avancer incessamment et de venir le joindre 
parce que ses troupes s'étoient débandées et jettées au pillage, 
l'abandonuaut presque seul au gré du Prince de Coudé, qui 
auroit pu le faire prisonnier sans peine, s'il eût eu un peu 
moins à faire de son côté pour arrêter les fuyards et pour ral- 
lier ce qu'il pouvoit en retenir. L'archiduc d'Autriche, Fuen- 
saldagne n'eurent pas plutôt la nouvelle de l'entreprise du 
vicomte de Turenne qu'ils gagnèrent la campagne à toute 
jambe et allèrent se mettre en sûreté, partie à Douay et partie 
à Cambrai, sans laisser aucun ordre à leurs troupes. Le Prince 
do Coudé, à qui cette craintive diligence causoit un chagrin 
mortel, donna ordre au comte de Marsein de retirer ses trou- 
pes de la tranchée et de rallier tout ce qu'il pourroit pour faire 
ferme au passage d'une ravine qui séparoit son quartier de 
ceux des autres généraux et d'où il vit venir à lui les Fran- 
çois. Cependant il passa et repassa plusieurs fois le pont de 
Saint-Laurent avec ses Espagnols qui ne lâchèrent pas le pied 
en cette occasion qu'à l'extrémité sous un chef (jui étoit dans 
un mouvement continuel avec une présence d'esprit incroiable 
au milieu d'un si grand désordre. Il culbutta dans la rivière 
trois escadrons des François qui voulurent forcer ce passage. 
De Puitsmarets, colonel de cavalerie, fils du sieur Debar, y fut 

15 



226 LA VIE DU MARÉCHAL DE SCHULEMBERa 

tué, et le sieur de Voignon y perdit plusieurs de ses geus d'ar- 
mes et de ses cavaliers, eu sorte que de trois cents dont 
étoieut composés ses escadrons, il ne lui en restoit après cette 
action et les autres sorties durant le siège tout au plus que six 
vingt eu état de service. Le Prince de Coudé fit ainsi tout ce 
qu'on pouvoit attendre de ces Espagnols, mais trop contre son 
souverain et sa patrie. Il s'étoit engagé peut-être trop inconsi- 
dérément, il falloit s'en tirer avec honneur ; aussi le fit-il par 
une retraite qui valoit le gain d'une bataille, étant toujours à 
r arrière-garde et soutenant presque seul en se retirant à Cam- 
brai tout le choc des armées françoises . 

Le vicomte de Tureune, qui n'avoit que quatre officiers ou 
gardes auprès de sa personne, prit avec lui le sieur de Voignon 
el son escadron réduit à six vingt maîtres, et le pressa si fort 
de ne le point quitter, que ses ordres teuoient plus d'une prière 
d'ami que d'un commandement de général. Le sieur de Voi- 
gnon fit ainsi avec lui une partie du tour des ligues, tandis que 
toute l'armée françoise étoit au pillage, deux mille hommes 
ralliés qui seroient venus charger ces affamés de butin, en 
auroient eu bon compte, et eussent pu sans doute n'en laisser 
pas échaper un seul, si grande en étoit la déroute et la confu- 
sion. Comme aussi doit-on avouer que sïl y eût eu plus d'or- 
dre, et que le soldat frauçois n'eût pas été abandonné à sa 
liberté pour se jetter sur les dépouilles, on auroit pu passer 
sur lé ventre et tailler en pièces toute l'infanterie des assié- 
geans. 

Le cardinal-ministre, qui s'approchoit en diligence, ne put 
en dissimuler son dépit ; mais le vicomte de Turenne répon- 
dit à ses regrets que c'étoit assez d'avoir secouru Arras, et 
qu'il ne s'étoit pas proposé autre chose. Ce siège coûta la vie 
à près de deux mille hommes de la garnison ; quoiqu'en cette 
dernière action, les Frauçois n'en aient perdu que deux cents 
parmi lesquels étoit La Carde, capitaine dans le régiment de 
Tureune, et un autre, capitaine dans le régiment de Picardie. 
Le comte de Broglie fut blessé d'un coup de mousquet, et il y 
demeura trois lieutenaus-colouels blessés ; de Coursière, La 
Grange el de Babèze. Le vicomte de Tureune eut son cheval 
blessé sous lui, et reçut deux coups de mousquet, l'un dans 
ses armes avec contusion : et l'autre dans ses cheveux. Les 
assiégeaus perdirent de leur aveu, près de douze mille hom- 
mes tant au siège que dans cette déroule, plus de soixante 
pièces de canon, tout leur bagage, el un grand amas de toutes 



LA VIE DU MARÉCHAL DE SCHULEMBERG 227 

sortes de munitious. Le comte de Graudpré poursuivit les 
fuyards et lit quelques prisonniers dont le nombre grossit 
celui de plus de quatre mille qui avoit été arrêté dans les 
lignes et dans le camp ; on comptoit parmi les plus considéra- 
bles Dora Boniface, mestre de camp, général de l'infanterie 
espagnole, et Dom Ferdinand de Solio, par le quartier duquel 
on avoit commencé à donner dans les lignes et à les forcer, et 
le baron d'Inshequi, intendant du prince François, frère du 
prince Charles de Lorraine détenu prisonnier, que l'on recon- 
nut depuis s'être laissé prendre à dessein de donner des avis 
pour les intérêts de son maître. 

Dans la sortie que le comte de Montdejeu fit faire au quar- 
tier des Lorrains, l'on prit prisonnier un officier du régiment 
d'Haraucourt. Monsieur le gouverneur apprit de lui que les 
troupes lorraines n'étoientpas trop unies, étant dans un grand 
chagrin de la prison de leur maître. Le gouverneur apprit 
encore de cet officier que tous les jours Monsieur l'Archiduc, 
Monsieur le Prince et Monsieur de Fueusaldagne passoieut au 
travers de leur camp sans beaucoup de suite ; le comte de 
Montdejeu proposa à cet officier de le renvoier sans rançon 
pourvu qu'il voulût porter un billet de sa part h. Monsieur 
d'Haraucourt qui étoit son parent et son ancien ami. L'officier 
lui promit de le lui rendre iidèlement. Voici en substance ce 
que contenoit ce billet : Gomme je suis persuadé que tous les 
bons sujets et serviteurs de Monsieur le duc de Lorraine ont 
le poignard dans le cœur de sa prison, et que je vous crois un 
des plus zélés, je m'adresse à vous pour vous proposer un 
moien sûr de le tirer de captivité : il n'est question que d'ob- 
server un fort grand secret et un peu de vigueur ; j'apprends 
pac l'officier que je vous envoie, que Monsieur l'Archiduc, 
Monsieur le Prince et Monsieur de Fueusaldagne passent tous 
les jom's dans votre corps avec très peu de suite, il vous est 
aisé de les enlever tous trois. Je vous donne la corne de Bodi- 
mont pour mettre toutes les troupes qui voudront vous suivre 
et tous les otages que vous pourrez souhaiLter raisonnable- 
ment ; voilà le moien le plus sûr pour ravoir Monsieur le duc 
de Lorraine. Votre camp n'est fermé que par deux rivières qui 
n'ont communication que par les ponts, desquels il n'y a qu'à 
se rendre maître et vous donner de garde de Monsieur de Ligne- 
ville qui commande les troupes. Il n'est rien de si vrai que 
Monsieur d'Haraucourt a reçu le billet, mais soit qu'il n'ait 
pas pu exécuter l'avis qu'il reçut, l'affaire ne se fît point. 



228 LA VIE DU MARÉCHAL DE SCHULEMBERG 

Le troisième jour après la levée de ce siège, la Cour eutra 
daus Arras, où elle fui reeile, comme ou s'y atlendoit, par uu 
gouverneur à qui elle de voit une partie du calme qu'elle se 
promettoit de ce désavantage des ennemis, et du dépit qu'eu 
auroit le party des frondeurs. Le Roy fut en cette occasion 
aussi libéral en louanges à l'égard du gouverneur que le méri- 
toit une si glorieuse deffense. Il exagéra la faiblesse des forti- 
fications de la place en l'état qu'elle avoit été confiée au comte 
de Montdejeu ; mais il n'en revint que des promesses de recon- 
naissance à ce gouverneur, pour s'être répandu sans ménage- 
ment tout le temps du siège eu libéralités et en récompenses, 
sans autre intérêt que la gloire du souverain et le repos de 
l'Etat. Il est vrai que la parole lui fut donnée de le faire maré- 
chal de France ; mais les lauriers seuls n'étoient pas tout à fait 
en ce temps un prix suffisant pour s'attirer cet honneur sous 
un ministère aussi intéressé que commençoit à l'être celui par 
où couloient alors les faveurs et les récompenses. 

Le Roy voulut visiter les tranchées, et être mstruit des atta- 
ques, des travaux et des retranchemens, voir les coffres, les 
traverses et toutes les autres preuves de l'mdustrieuse valeur 
de ce gouverneur. Toute la Cour s'écrioit à chaque pas que 
jamais terrain n'avoit été mieux disputé pendant cinquante- 
sept jours de tranchée ouverte. On trou voit encore dans les 
dehors de la place trois demi lunes en bon état, celle de Bour- 
gogne et les deux des Carmes, le corps de la place n'étant non 
plus endommagé que s'il n'y avoit point eu de siège. Les assié- 
geans n'avoient pu se faire nulle part un logement sur la con- 
trescarpe. On sçut que le gouverneur n'avoit pas manqué une 
fois de passer la nuit daus c[uelques-uns des dehors et de se 
trouver en personne à toutes les principales attaques. 

{A suivre.) 



BIBLIOGRAPHIE 



Histoire du Collège des Bons-Enfants de l'Université de Reims, par 
M. l'aljbé Cauly, chanoine lionorairo, aiimùnier du Lycée de Reims'. 

Le goût est, de nos jours, à l'érudition, à la recherche des docu- 
ments ])r6cis qui nous mettent sous les yeux l'histoire vraie du passé, 
qui substituent des données authentiques et certaines aux tableaux 
fantaisistes dépourvus de critique. 

Aussi fait-on bon accueil à tout ouvrage sérieux qui témoigne d'in- 
vestigations patientes et de découvertes solides. De plus, s'il est une 
question historique que l'on désire voir éclairer de lumières sûres et 
abondantes, c'est assurément celle qui concerne l'état intellectuel des 
siècles passés, leurs méthodes d'instruction, leur zèle pour la science. 
Or, le livre qui vient de paraître, et que déjà nous avons annoncé, 
présente ce double attrait : il nous fournit des renseignements sérieux, 
puisés aux meilleures sources de l'histoire, et il nous révèle les pro- 
cédés de culture intellectuelle en usage chez nos pères. 

Dans un récit curieux et attachant, on suit, à travers les siècles, la 
physionomie des études, la vie de la gent écolière, les travaux et les 
distractions do ce petit peuple actif et bruyant qui reflète si bien le 
caractère des diverses époques. 

L'Académie nationale de Reims, en 1883, avait mis au concours 
l'histoire du Collège des Bons-Enfants. 

« Nul sujet, a écrit M. le Rapporteur, n'était plus digne d'une étude 
sérieuse et approfondie. Ecrire l'histoire An Collège des Bons-Enfant s .^ 
c'est faire l'histoire littéraire et scientifique de Reims; c'est évoquer 
des noms illustres, dont notre cité peut être fière, et révéler l'une des 
pages les plus intéressantes de ses annales. Reims a été au moyen- 
âge une ville savante, et ses écoles attirèrent des étudiancs des pays 
les plus lointains. Le Collège des Bons-Enfants, destiné primitivement 
à mettre l'instruction à la portée des écoliers pauvres, contribua pour 
une large part à cette suprématie intellectuelle, et lorsqu'au xvi« siècle, 
grâce au zèle éclairé du cardinal de Lorraine, il reçut une vie nou- 
velle par la fondation d'une Université, il devint un foyer d'instruc- 
tion et de solides études oîi se formèrent des esprits distingués qui 
firent honneur à leur patrie. » 

Tel était le thème proposé à l'auteur comme objet de ses recherches. 
L'étude de cette institution rémoise, 'dont le rôle a été jadis si impor- 
tant, était allrayante, mais difficile. M, l'altbé Gauly, qui s'est chargé 

1. Chez F. Michaud, libraire à Reims. 



230 BIBLIOGRAPHIE 

de cette tâche laborieuse, l'a remplie fort heureusement. Voici en quels 
termes M. le Rapporteur du concours d'histoire appréciait cet excellent 
travail : 

« L'auteur n'a négligé aucun moyen d'information : les archives et 
les bibliothèques de Reims, les archives départementales de la Marne 
et la bibliothèque nationale ont été largement mises à contribution 
par lui, et il a su tirer un excellent parti des nombreux documents 
manuscrits et imprimés qu'il a eus à sa disposition. Son mémoire se 
distingue par ces recherches originales, par ces investigations patientes 
qui font la valeur des ouvrages d'érudition. 

« L'histoire du Collège des Bons-Enfants est une œuvre d'un 
mérite indiscutable. On y trouve un ensemble très complet de docu- 
ments présentés avec ordre et méthode : le sujet a été très bien appro- 
fondi et étudié sous toutes ses faces ; les matières sont de plus bien 
divisées, et le style est fort correct. » 

L'intérêt du livre s'accroît par le soin qu'a eu l'auteur de rattacher 
avec clarté et sobriété l'histoire du Collège à l'histoire de la Cité et de 
la France. La lecture offre sans cesse, sous ce rapport, des points de 
repère judicieux, attrayants, féconds on réflexions solides sur les 
causes de l'explication dos faits accomplis. 

D'ailleurs, en écrivant l'histoire si intéressante et si complète de 
l'enseignement à Reims, M. Cauly n'a pas seulement comblé une 
lacune de notre histoire locale : il vient d'apporter une pierre monu- 
mentale à l'édifice qui sera l'œuvre de notre siècle; la reconstitution 
de notre histoire nationale par l'histoire des institutions particulières 
de nos provinces et de nos cités. 

Cette étude sur le Collège de Reims, s'ajoutant à d'autres travaux 
importants faits sur la même ville, contribuera, pour sa bonne part, à 
une conclusion plus générale que signalait déjà le savant M. Varin : 
« Les institutions rémoises, a écrit ce laborieux chercheur, offrent 
l'image et comme le tyj)e des institutions de maintes autres villes, et, 
sous ce rapport, leur histoire dépasse l'enceinte de la cité particulière 
dont elles offrent le tableau. 

Ajoutons que l'auteur et l'éditeur de Vllisloire du Collège des Bons- 
Enfants n'ont rien épargné pour donner à cet ouvrage d'érudition le 
cachet et le charme d'un livre d'amateur. 

Abbé J. GiLLET, docteur ès-lettres. 



Histoire du protestantisme et de la ligue en Bouroogne, par 
M. Baudouin, tome III, in-S». Auxcrre, Chambon, ISSS, 

Nous avons déjà fait connaître ici le tome premier de ce travail qui, 
tout on concernant particulièrement la Bourgogne, est si intéressant 
en mémo temps pour la Champagne. Le second volume commence à 
l'abrogation des édits de tolérance et à la nouvelle prise d'armes des 



BIBLIOGRAPHIE 231 

protestants qui se fit immôdiatemnnt sentir dans l'Auxcrrois (1568), et 
se forme avec l'assassinat de Henri III. L'auteur a souvent à parler 
des événements accomplis dans les environs de Langres et dans le 
Bassigny, et qui s'adressent tout particulièrement à nos lecteurs. 
Guillaume de Saulx-Tavane est constamment en scène. 

Ajoutons que d'intéressantes pièces justificatives complotent ce 
travail, auquel manque seulement une table détaillée des noms énu- 
mérés dans ce récit. B. 



Le théâtre a Reims depuis les Romains jusqu'à nos jours, par Louis 
Paris, 1 vol. iu-S", avec gravures. Reims, Michaud, 1885. 

Très intéressante étude sur un sujet qui n'avait pas encore été 
traité. IM. Louis Paris a recueilli, avec l'érudition qu'on lui connaît, 
tous les documents et renseignements qu'il a pu rassembler sur la 
matière, en ajoutant à son récit un grand nombre de pièces justifica- 
tives inédites excessivement curieuses. 

Laissant de côté les temps anciens, nous signalerons comme parti- 
culièrement dignes d'attention les chapitres dans lesquels l'auteur s'oc- 
cupe du théâtre au Collège des Bons-Enfants et chez les jésuites-, de 
la comédie de salon au temps de Maucroix et au xyia^ siècle, quand 
brillaient à Reims M'l« de Navarre, et Mme Desjardins de Courcelles, 
dont nous possédons deux volumes manuscrits de recueil de ses fêtes 
et des poésies de circonstances improvisées chez elle, du plus piquant 
intérêt. M™e Desjardins était une femme aimable et bel esprit, le centre 
du monde lettré de Reims. Outre les deux volumes que nous citons, 
nous en connaissons quatre ou cinq autres actuellement dans la biblio- 
thèque de M. Wagner, qui possède Courcelles, l'ancien château de 
Mme Desjardins, et dans lesquels sont résumés une foule d'extraits de 
poésies des auteurs qu'elle prisait le plus. 

Nous regrettons seulement que M. Louis Paris n'ait pas eu con- 
naissance des notes extraites des papiers de l'Intendance de Châlons 
sur le théâtre à Reims, de 1776 à 1790 et publiées dans la Revue, 
tome XVII, pages 105 et suivantes : elles lui auraient fourni des 
détails nombreux et très complets. En revanche, le chapitre du 
théâtre à Reims pendant la Révolution est très curieux. En somme, 
c'est un livre qui mérite le succès et comble une véritable lacune pour 
l'histoire rémoise. B. 

* 

Nous mentionnerons seulement la publication du second et dernier 
volume des Mémoires sur le second Empire, de M. de Maupas (in-8°, 
Dentu). Ce livre est trop exclusivement politique pour que nous 
puissions nous en occuper avec détail dans cette Revue. Nous dirons 
seulement que ces souvenirs présentent le plus vif intérêt : écrits avec 
un esprit hautement impartial, dans un style correct, ils renferment de 
nombreux détails inédits et les plus intéressantes appréciations sur les 



'232 BIBLIOGRAPHIE 

hommes et les choses. En terminant, l'ancien ministre de Napoléon III 
déclare que la forme de gouvernement personnel n'est plus dans nos 
mœurs et se prononce pour le gouvernement strictement constitu- 
tionnel. 



Nous ne passerons pas sous silence l'importante publication de notre 
savant compatriote et collaborateur, M. Longnon, dont la première 
livraison vient de paraître chez Hachette. L'Atlas historique de la 
France depuis César jusqu'à nos jours sera une publication d'une 
haute valeur. Il paraîtra en sept fascicules comprenant chacun une 
livraison de texte explicatif et cinq planches comprenant une ou 
plusieurs caries. Le nombre total des planches sera de 35, mais, 
plusieurs reproduiront quatre petites cartes à la fois. 



Très intéressante la Brie d'autrefois (mœurs et coutumes des bords 
du Grand-Morin), publiée par M. Jules Grenier, avec de nombreuses 
gravures. (Un vol. in-i8. Goulommiers, Bertier). C'est un recueil de 
souvenirs, de récits et de légendes très-heureusement mis en œuvre 
et qui fait réellement revivre ce coin peu connu de la Brie : on y 
trouve des rondes et des chansons qui étaient bonnes à conserver. 
M. Grenier a composé un livre qui devrait être imité dans toutes nos 
provinces, pondant qu'on peut encore saisir ces souvenirs du passé. 
Ce serait une oeuvre utile. Ajoutons que l'illustration de ce volume 
mérite l'allenlion. 



CHRONIQUE 



Nous recevons la lettre suivante : 

Louze, ce 1'^ mars 1885. 
Monsieur le Directeur, 

La Revue de Champagne et de Brie ne gâte pas ses collaborateurs. Je 
crois bien aussi, Monsieur, qu'ils ne demandent pas qu'on les gâte; mais 
enfin, il y a un degré où la discrétion et l'oubli confinent à rinjusticc. Si 
vous le permettez, nous éviterons ce tort en rendant un hommage, un peu 
tardif, mais nécessaire, à divers ouvrages, qui attendent, depuis un an^ le 
salut de la plume. 

M. Bonvallet, en devenant poitevin, n'a pas cessé d'être des nôtres : nous 
en avons la preuve tous les jours. En voyant ce qu'il fait par ici, nous 
pourrions ne pas rechercher ce qu'il fait là-bas. Mais, puisqu'il est devenu 
président de la Société des antiquaires de l'Ouest et qu'il a présidé, à ce titre, 
le cinquantenaire de la savante compagnie, nous pouvons, sans pré- 
somption, supposer que ses œuvres l'ont recommandé à la haute estime du 
Poitou. Ne croyez-vous pas qu'il serait bon de signaler, à son futur bio- 
graphe, une savante étude sur le Bureau des finances, de la généralité de 
Poitiers et un rapport sur le dernier comte apauagiste de Poitou, le comte 
d'Artois. Ce dernier écrit est bref ; il ne mesure que vingt-quatre pages ; 
mais, dans sd brièveté, il est complet, clair, fort bien fondé en fait, parfai- 
tement illustré en science. L'écrit sur le Bureau des finances, est un ouvrage 
de trois cent quatre-vingt pages, grand iu-8°, c'est-à-dire un traité sur la 
matière, avec préface, généralités historiques, développement de l'institution 
à travers les siècles, listes des titulaires, tables des noms propres. Si 
M. Bonvallet avait vécu au xvi"^ siècle, on n'aurait pas manqué d'écrire que : 
« Docte et scientifique personne, maistre Bonvalletus pictiensis, a brillé 
comme un astre merveilleux au firmament de la science et do l'érudition ; » 
mais halte-là, historien en us: M. Bonvallet n'a été que prêté au Poitou, 
et nous revendiquons, pour son pays, les rayonnements de sa gloire. » 

Après ce salut cordial à M. Bonvallet, je voudrais pouvoir parler plus 
onguement de M. le docteur Bougard. M. Bougard a donné un certain 
nombre de publications. Quoiqu'il soit occupé comme praticien, il s'apjtlique 
encore des deux mains à la science : d'une main, il défriche ; de l'autre, il 
édifie. J'ajouterais volontiers, qu'il a, comme certain personnage de la mytho- 
logie indouo, une troisième main pour travailler aux savantes publications. 
Pour ne pas parler^d'autre chose, son édition princeps du « Journal de ce qui 
s'est passé de mémorable à Langres et aux environs depuis 1G28 jusqu'à 
1658, par Messire Clément Macheret », est à la fois un bijou et un chef- 
d'œuvre. Ce n'est pas qu'il faille un grand génie pour déchiiïrer un manus- 
crit et pour le mettre au jour, un zèle commun peut suffire ; mais lorsqu'on 
peut créer soi-même un ouvrage et l'écrire de pleine verve en y mettant 
son âme, s'astreindre comme l'a fait le docteur de Bourbonne, à lire deux 
ou trois cents volumes de mémoires pour chercher des notes sur les parti- 



234 CHRONIQUE 

cularités, parfois bien peu importantes, puis condenser le résultat de ses 
recherches en courtes notes; enfin, codifier le tout dans une table où il n'y 
a rien de trop, mais où rien ne manque, c'est se mettre au niveau des 
savants exégètes de France et d'Allemagne, qui illustrent les grands écri- 
vains ; et, parce que j'ai parlé tout à l'heure du xvi» siècle, c'est marcher 
dignement sur les traces des Saumaire, des Scaliger, des Casaubon et de 
tant d'autres qui n'ont rien ignoré des écrits de la savante antiquité. S'as- 
treindre à un tel travail pour redresser les erreurs, éclairer l'histoire et cons- 
tater le fait certain, c'est un chef-d'œuvre de science, de conscience et de 
patience. J'ajoute même que j'y vois plus de mérite qu'aux exégètes clas- 
siques; car ici, il y a une tradition, et tellement riche, qu'un âne même peut 
labourer à son aise; tandis que là tout est à faire : déchiffrement des textes, 
établissement de la version, recherche des commentaires, classification des 
personnes, des choses, des dates et surtout des livres. Or, sur tous ces 
points, le travail du docteur est excellent ; et, pour la connaissance biblio- 
graphique, il est non pluribus impur, ou, si l'on veut, hors de pair. 

Après ces doctes recherches, le docteur s'est donné un autre souci : De 
concert avec son éditeur, M. Jules Dallet, grâce au concours intelligent de 
M. Pichat, il a établi son livre dans des conditions d'une grande beauté 
typographique. Dire qu'il est partagé en quatre fascicules; que les trois 
premiers contiennent le journal ; le dernier, les notes et la table ; ce n'est 
rien dire. Je voudrais pouvoir faire admirer, comme je l'ai admii-é moi-même, 
ce parfait agencement de toutes choses. Le titre général rouge et noir, les 
armes d'en-tête, les titres en corps de page, le choix des caractères, la 
justification, la correction, tout est à souhait, un vrai régal d'amateur. 
M. Bougard, et je l'en félicite, nous donne à tous un bel exemple. Quand il 
s'agit de notre pays, il ne faut épargner ni temps, ni travail, ni dépense; 
surtout il faut se hâter lentement. Dans ces conditions, M. Bougard a 
attaché, au front de la Champagne, un diamant précieux et ajouté, à la 
])ibliothèque champenoise, un bijou. 

Je me reprochais, en commençant, un oubli qui n'était pas, comme on le 
voit, celui de l'inditférence. Si vous voulez bien, Monsieur, accueillir cette 
lettre, on ne pourra plus, au sujet de MM. Bougard et Bonvallet, adresser 
ce reproche. 

Dans cet espoir, je suis, Monsieur, avec un cordial respect, votre très 
humble et très obéissant serviteur, 

Justin FiivRE, 

Vicaire général, Protonotaire apostolique. 



Nous recevons la lettre suivante : 

Cambrai, le 17 mars 1885. 
Monsieur, 

Voulez-vous me permettre d'ajouter quelques lignes à la note que vous 
avez insérée dans la Revue du mois do janvier 1885, au sujet ce la nationa- 
lité de Jeanne d'Arc. 

Ce qui a dû contribuer à l'aire considérer cette héroïne comme étant ori- 
ginaire de Lorraine, c'est que la partie du Barrois où elle naquit, a été 
annexée à ce duché quelque temps après sa mort. Mais il existe des docu- 
ments, dont on ne ])eut ractlre l'authenticité eu doute, et qui prouvent que 



BIBLIOGRAPHIE 235 

le village de Domremy faisait, à l'époque de sa naissance, partie du comté 
de Champagne. 

L'un de SCS documents rapporté par M. Wallon dans son histoire de 
Jeanne d'Arc, est le texte des lettres d'anohlissemcnt accordées à elle et à 
sa famille par le roi Charles VII, en décembre 1429. 

On y lit en effet : 

« Notre chère ot bien-aimée Jeanne d'Arc de Domremy, au bailliage de 
Chaumont ou dans son ressort. . . » 

a Johannce Darcq, de Dompremyo, charœ et dilectas nostra;, de balliriâ 
« Calvi-Montis, seu ejus ressortis. . . » 

Un autre document tout aussi probant nous est fourni par un érudit de la 
Haute-Marne, le docteur Athanase Renard, de Bourbonne-les-Bains, qui a 
fait sur l'origine de Jeanne d'Arc des études consciencieuses et appro- 
fondies, et qui, dans une notice qu'il a publiée en 1835, reproduit un extrait 
du réquisitoire dressé contre Jeanne au moment de son procès. On y trouve 
ce passage : 

« Il est établi comme une vérité acquise qu'elle est née à Greux et a été 
élevée à Domremy, du bailliage de Chaumont et de la prévôté de Montéclair 
et d'Andelot. » 

« Verum est quod dicta rea fuit, et es oriunda de Grus, paire Jacobo 
« d'Arc, matre Ysabella, ejus uxore, nulrita in juventute usque ad XVIII 
« annum aetatis suse, vel eo circa, in villa Dompremi, super iluvium Mosse, 
« diocesis TuUensis, in balliviatu de Chaumont en Bassigny, et prajpositurâ 
« de Monteclerc' et d'Andelo. » 

Ces deux documents desquels il résulte que Jeanne d'Arc est née dans le 
bailliage de Chaumont et dans la prévôté d'Andelot, pays essentiellement 
champenois, me paraissent corroborer l'opinion émise dans la note de la 
Revue, et ne laisser aucun doute sur l'origine champenoise de celle que l'on 
a longtemps appelée la Vierge Lorraine. 

Veuillez agréer, Monsieur, l'assurance de mes sentiments les plus dis- 
tingués. Victor Froussard, 

De Chaumont (Haute- Marne). 



Chatoillenot (Haute-Marne). — Il y a quelques mois, un jeune can- 
tonnier d'Esnoms, L. Sauvageot, cassait, pour l'entretien d'une route, 
les pierres d'un meurger- sur le revers méridional de la colline des 
Montoilles; il retirait les derniers blocs reposant sur le sol arable, 
quand il vit sur l'un d'eux un objet en bronze posé à côté des os d'une 
main. Effrayé de cette rencontre inattendue, il appela son frère qui 
travaillait à quelques pas de lui, et tous les deux, nettoyant la place, 
trouvèrent un squelette à peu près complet, sans] aucun autre insigne 
que la hachette déposée à côté de la main. 



1 . Montéclair est une colline qui domine Andelot et au sommet de laquelle 
existait autrefois un château dans lequel se tenaient les assises de la Pré- 
vôté. 

2. Nom donné dans le sud de la Haute-Marne aux pierriers épars dans 
les champs. 



236 CHRONIQUE 

Cette hachette à ailerons mesure : dix-huit centimètres de longueur 
sur deux à peine de largeur au talon, cinq et demi au tranchant dont 
la forme est arrondie, et onze millimètres d'épaisseur au milieu ; elle 
va en diminuant du centre aux deux extrémités; mais elle n'a point,- 
comme d'autres types, au milieu des ailerons, la saillie destinée à 
retenir le manche. 

Bien que cotte forme soit assez rare, on l'a déjà rencontrée sur le 
territoire des Lingons ; un spécimen à peu près semblable à celui qui 
fait l'oljjet de cet article est dessiné et décrit au tome III, p. 225, des 
Mémoires de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (année 1723); 
mais l'auteur s'est trompé sur son usage. 

Le tranchant est aminci, et non affilé ; ce qui prouverait, confor- 
mément à l'opinion de M. Millescamps, que ces hachettes étaient des 
objets votifs déposés par la piété des parents près du corps de ceux 
qu'ils confiaient à la terre. 

N'y aurait-il pas une parenté entre ces hachettes en pierre ou en 
bronze placées dans les sépultures gauloises, et la dédicace sub ascia 
qui se lit si fréquemment sur les monuments funéraires de la Gaule 
Lyonnaise? A. Fouuot. 

Saint-Dizier. — Dans une carrière de sable ouverte aux Pénissières, 
sur la rive droite de la Marne, un ouvrier de Valcourt, Aubin Noël, 
trouvait, l'été dernier, à un mètre environ de profondeur, des osse- 
ments que leur délicatesse et leur blancheur ont fait attribuer à une 
jeune fdle, et, sur les os des bras, un chapelet d'un travail assez curieux. 

Les grains sont en os taillé à facettes inégales ; au milieu de 
chaque facette un petit cercle profondément évidé fait saillie. Les 
dizaines sont séparées par des statuettes en os de dix-huit millimètres, 
percées dans leur longueur et représentant une sainte qui porte la 
palme de la main droite, tandis que, sur la gauche, repose un livre ou 
bien un édicule. 

Il nous a semblé que ces statuettes jiouvaient convenir à Sainte Ur- , 
suie, vierge martyre et fondatrice d'un Institut religieux. On lui ren- 
dait un culte solennel à Sainl-Dizior, comme l'attestent les archives de 
la municipalité. On jieut supposer qu'une jeune malade sera venue en 
pèlerinage à l'autel de la sainte, et qu'en retournant à son pays, elle 
siTa morte en ce lieu, où ceux qui raccûm])agnaient lui auront donné 
la séjmllurc. Le chapelet jieul remonter à deux ou trois siècles. 

* * 

La cause de la béatification du vénérable de la Salle se poursuit 
avec succès à Rome. Sa proclamation de l)ienlieureux remonte au 8 
mai 1(S40. Le décret de renommée de sainteté est du 22 avril 1842. 
(;elui «riiéroïcilé des vertus du pieux fondal(Mjr des Frères, du 1'^'* 
novi'mliro 1873. La question des miracles est actuellement étudiée. 



CHRONIQUE 2o7 

Même nouviillc pour la licalificatiim (1(3 .IcunrKî d'Arc, dont l'iiili'o- 
duclion est duc, commo on sait, à Mg'' r)uj)anloui). Sou Vi]nin-a\Ae 
successeur s'occupe acluell(jmi;nt do recu(jillir les traditions orai(;s qui 
seraient conservtjes sur Jeanne et prouveraient sa réj)Ulalioii de sain- 
teté. 

* 

Le dtjfenseur htjroïquc de ia place de Ïuyen-Quan en (lliine, le 
commandant Dominé, est originaire de Vilry-le-François. Il vi(!Ut d'être 
promu lieutenant-colonel. Le général en chef a déclaré ce lait d'arme 
un des i)lus beau.x qui aient honoré la gloire des armes fran- 
çaises. 

Le 21 février, on a représenté avec succès, sur le théâtre de Reims, 
un opéra-comique inédit en trois actes, Yvonne, paroles de M. Grand- 
mougin et musique d'un artiste rémois, M. Ernest Letebvre. La presse 
parisienne avait envoyé à Reims ses critiques ordinaires des premières. 



Les Antkjuités Gauloises de la Marne au MusiÎE de Saint- 
Germain. — De nombreux vestiges de l'époque gauloise, provenant du 
département de la Marne, ont été récemment recueillis par les conser- 
vatours du Musée de Saint-Germain-en-Layo, Ils se trouvent aujour- 
d'hui exposés dans une salle nouvellement aménagée au second étage 
du château. 

Des vitrines rangées le long des parois renferment une belle col- 
lection de vases, d'armes, de bracelets trouvés dans des tombes à 
Witry-les-Reims, à Saint-Jean-sur-Tourbe, à Auve, à La Gheppe, à 
Bussy-lo-Ghâteau, fouilles dirigées par M. Aboi Maître, chef des 
ateliers du Musée. 

M. A. de Barthélémy est le donateur d'un beau lot d'antiquités du 
même genre, découvertes à Berru. 

Ces fouilles de Berru ont été particulièrement importantes. Les 
objets mis au jour attestent qu'il y avait en ce lieu un campement 
gaulois : ce sont des débris de cuisine et des traces de revêtement en 
terre grasse portant l'empreinte des branchages dont étaient formés 
les murs des cabanes. 

Le Musée de Saint-Germain s'est également enrichi d'un grand 
nombre d'antiquités gauloises provenant de la collection Fourdrignier, 
armes et ustensiles trouvés dans des tombes à Thuisy, à Jonchery- 
sur-Suippe, Saint~IIilaire-au-Temple, à Guperly, à Wargemoulin près 
de Saint-Jean-sur-Tourbe, et dans le tumulus du Gatillon. 

Au centre de la salle est placée la sépulture d'un chef gaulois, 
découverte au lieudit La Gorge-Meillet, à Somm(3-Tourbe (collection 
Fourdrignier). Les ossements du guerrier, dépouillés de la terre qui 
les recouvrait, reposent au fond d'une excavation profondément 



238 CHRONIQUE 

creusée dans la craie. Son casque est posé à ses pieds ; un bracelet 
d'or se remarque à son bras gauche ; des fers de lances, des vases, 
des urnes, sont disséminés sur le sol autour de lui. Deux grands 
cercles de bronze émergent de terre de chaque côté, ce sont les roues 
du chariot de guerre avec lequel il a été enseveh. 

Au dessus de la crypte du chef, sur une couche de terre, on voit 
deux squelettes, probablement ceux des esclaves enterrés avec leur 
maître pour lui tenir comj)agnie, selon une pratique de l'époque. 

Ce tumulus, ainsi reconstitué, est du plus grand effet. Toute 
la salle du reste est fort habilement aménagée ; nons ne croyons pas 
qu'il y ait en France de collections plus clairement exposées sous les 
yeux du public que celles du Musée de Saint-Germain. S'il y a quel- 
que part une organisation modèle, c'est là qu'il faut aller la chercher. 

On sait que les cimetières gaulois des environs du camp de Ghàlons, 
fouillés, ont fourni une amjjle récolte. Celle-ci, outre les objets — ce 
sont principalement des vases — exposés dans la salle dont nous 
parlons, comprend des séries d'épées en fer avec fourreau du même 
métal, des torques ou colliers, ornements de prédilection des Gaulois, 
des bracelets et des fibules qui ont été déposés dans plusieurs meu- 
■ blea du deuxième étage. 

Rappelons aussi que c'est au Musée de Saint-Gormain que se trouve 
aujourd'hui la curieuse trousse de chirurgien-oculiste découverte en 
1854, à Reims. Elle renferme une quantité d'instruments en bronze, 
étonnamment conservés, tels que scalpels, spatules, pinces de diffé- 
rentes formes. Cette trousse qui date du temps de Faustiae et d'An- 
tonin, comme le prouvent des monnaies trouvées dans la môme 
fouille, faisait partie du cabinet de M. Duquenelle. 

(Courrier de la Champagne.) 



MÉLANGES 



On a enterré ùernicrement, à Provins, un vieux tisserand, nommé 
Victor Barbichon, qui était le dernier membre survivant de la con- 
frérie de Saint-Lyé, fondée en 1510 et dont la dernière fête fut célébrée 
le 9 juillet 1838. Depuis, les enfants du défunt sont venus déposer au 
Musée de Provins une intéressante relique du vieux temps : c'est la 
statue de Saint-Lyé, avec la chapelle qui la renferme et la hampe qui 
supporte le tout. Ce curieux travail en bois sculpté, doré et peint, doit 
dater de la fin du xv<^ siècle ou du commencement du xvi". 

Cette relique était restée en possession de M. Barbichon, qui était le 
dernier bâtonnier de la confrérie. Elle est ])lacée au Musée à titre de 
dépôt et devra faire retour à la confrérie des tisserands si jamais elle 
se reforme, ce qui est peu probable. 

La corporation des drapiers et des tisserands comptait G, 000 métiers 
à Provins, en 1264. Aujourd'hui, il n'y a plus de drapiers et on ne 
trouverait peut-être pas cinq tisserands. 

Le don qui vient d'être fait au Musée donne de l'actualité aux ren- 
seignements suivants extraits de nos archives : 

Saint-Lyé, suivant la tradition, naquit au village de Savins, près 
Donnemarie, en l'an 1155. Ses parents étaient tisserands de leur pro- 
fession et ne négligèrent rien pour lui procurer une éducation chré- 
tienne. En peu de temps, il devint un modèle d'édification dans la 
paroisse et se concilia l'estime générale. Or, il y avait dans le pays une 
famille qui avait une mauvaise réputation, à laquelle il voulut donner 
de sages conseils; mais ces méchants sujets, nommés les Achins, dont 
il resta longtemps dans le pays des descendants auxquels on reprochait 
quelquefois leur origine, ne pouvant souffrir les avis salutaires de ce 
jeune enfant, dont ils étaient cependant les cousins germains, résolu- 
rent sa mort. 

L'ayant rencontré près d'une fontaine, dans la vallée de Savins, ils 
voulurent se saisir de lui, mais il s'échappa de leurs mains et s'enfuit 
jusque sur une montagne où, trouvant un orme, il grimpa dessus. Ces 
méchants, l'ayant poursuivi, renversèrent l'arbre à coups de coignée. 
Saint-Lyé s'étant jeté à bas, tomba sur un grès et se brisa la tête. On 
montrait encore les traces de son sang sur ce grès conservé dans la 
chapelle bâtie au lieu de son martyre. Ceux qui le persécutèrent lui 
coupèrent ensuite la tête le 2 juillet 1169 et c'est ce qui lui mérita la 
couronne du martyre. 

Un vieux manuscrit dont cette histoire est tirée et que l'on ])rétend 
copiée sur le procès-verbal qui est dans la châsse ajoute : 



240 MÉLANGES 

« Apres quoi les meurtriers s'en étant allés, le tronc du corps Je cj 
saint martyr se leva et, prenant sa tête entre ses deux mains, il l'ap- 
porta jusqu'à l'église de Savins dont les portes s'ouvrirent d'elles- 
mêmes pour recevoir le saint, comme en triomphe. » 

En l'an 1200, un légat du Saint-Siège, nommé Henry, accom- 
pagné de ra])bé do Saint-Jacques de Provins, leva le corps do Saint- 
Lyé, l'enferma dans une châsse et le plaça dans l'église de Savins. 

Avant la Révolution, le clergé et les habitants allaient tous les ans 
on procession, le deuxième dimanche de juillet, jour de la fôte, à une 
chapelle démolie aujourd'hui et qui s'élevait à l'endroit où. Saint Lyé 
avait été décapité. 

Les marchands tisserands do la province avaient j)ris Saint Lyé 
pour patron. 

Les tisserands de Provins ont fait peindre, on 1525, sur les vitraux 
de l'église de l'Hôtel-Dieu, où se célébrait tous les ans la fête de Saint 
Lyé, les circonstances de son martyre, avec tous les oulils qui servent 
dans leur métier et même un tisserand faisant de la toile. On lisait au 
bas, les vers suivants, en mauvaise rime, qui donnent une idée de la 
poésie du temps où ils ont été faits. 

En l'année mil cinq cent vingt-ciuq, 

Au mois de mars, par aumône, 

Les marchands tisserands de Provins 

Ont fait faire cette verrière ; 

Priez Dieu et Monsieur Saint Lyé 

Qu'en Paradis tous soient joyeux et liés. 

On invoque toujours Saint Lyé à Savins ; on y va encore en jièle- 
rinage pour les enfants noués (ou liés). 



Le Secrétaire Gérant, 

LiioN FiîiiMONr 



L'IMPORTANCE DES TEMPS NEOLITHIQUES 

Affirmée par les travaux pratiqués 

A L'INTÉRIEUR DU SOL ET A SA SURFACE 

Dans quelques stations de la Champagne avoisinant 
le Pktit-Morin. 



Les périodes archéologiques désignées sous le nom d'âges de la 
pierre, en s'ajoutant aux époques historiques, ont jeté le trouble 
dans les cadres des études naguère admises. Les illustrations de 
la science sont restées (^e qu'elles étaient ; les nouvelles connais- 
sances, arrivées trop tard, ont à peine obtenu les honneurs d'un 
point d'interrogation. Les savants, déjà célèbres dans l'étude des 
temps appelés préhistoriques ont, au contraire, dirigé toute leur 
attention de ce côté. Ils considèrent les époques de la pierre 
comme le complément indispensable de l'histoire de l'homme. 

La masse des amis de la science a cherché à connaître la situa- 
tion. Les uns ont souri en voyant les instruments en pierre qui 
leur semblaient des larcins commis au préjudice de la voirie. 
D'autres visitèrent les musées, et, en présence des produits très 
célébrés des temps préhistori([ues, ils jugèrent beaucoup trop 
pompeuses les expressions : d'âge, de civilisation, d'industrie de 
la pierre. Ils ne voyaient qu'une ébauche d'industrie supportant 
sans succès la comparaison avec les époques archéologiques dont 
les productions sont admirées. Le triomphe de la civilisation de 
la pierre n'a pas été favorisé. Un outillage très primitif, quelques 
vases grossiers étaient les seules pièces à conviction généralement 
proposées. 11 faut en faire l'aveu : une opinion pleinement favora- 
ble ne pouvait se former sur la déposition de pareils témoins. 

Nous reconnaissons volontiers la réalité de celte situation, c'est 
pourquoi nous avons voulu apporter de nouveaux documents. 
Pour nous, l'importance des temps néolithiques est affirmée par 
les travaux exécutés à l'intérieur du sol et à sa surface dans les 
stations de la Champagne avoisinant le Petit-Morin. Dans ces con- 
trées, nous retrouvons les restes d'une civilisation, modeste sans 
doute dans ses manifestations, mais néanmoins très facile à recon- 
naître et fortement exprimée. D'autres archéologues pourront 
faire les mêmes observations dans les contrées qu'ils étudieront. 
Nous nous bornons à signaler ce que nous avons nous-mêmes 
remarqué. Nous n'entendons aucunement imprimer à notre 
mémoire un caractère unique et exclusif. C'est un simple apport 

16 



242 l'importa>;ce des temps néolithiques 

à la scdence et le résultat de plus de dix années de recherches. 
Nos collègues y verront peut-être une invitation à examiner les 
mêmes faits dans d'autres régions. Ces grottes bien disposées, 
régulièrement taillées que nous avons ouvertes au nombre de cent 
cinquante environ attestent le troglodytisme sur les deux rives du 
Petit-Morin. Les divers groupes de cavernes s'étendent sur plus 
d'un myriamètre. Les anthropologistes affirment, sans hésitation, 
l'existence de certaines tribus qui sont loin d'avoir laissé des tra- 
ces aussi puissamment accentuées. Ces grottes, groupées sur une 
vaste étendue, accusent une grande population et une fréquenta- 
tion de longue durée. Nous n'insistons pas cependant sur ce point 
parce que ces hypogées sont connus sous d'autres aspects. Une 
critique disposée à la négation pourrait, du reste, ne voir dans 
ces souterrains que des abris passagers imposés par la nécessité. 
Bien que nous ne puissions admettre une telle interprétation, 
nous n'interrogeons pas cette longue série de grottes si sérieuse- 
ment datée par les instruments, parce qu'elle a déjà parlé. Nous 
avions écrit ce qui précède pour une communication aux l'éunions 
des Sociétés savantes à la Sorbonne, lorsque le 5 mai dernier 
nous avons visité et exploré une grotte située à Coizard (Marne). 
Cette grotte renfermait des ossements qui avaient été transportés 
après un long séjour dans d'autres cavernes. Ces sortes de sépul- 
tures affirment, en effet, la permanence des populations néolithi- 
ques dans la contrée. Nos témoignages proviennent d'autres 
sources. 

Derrière le groupe ft)rmant l'hypogée de Razet, à une distance 
de 300 mètres, se trouve un champ situé dans une gorge environ- 
née de bois sur plusieurs côtés. Ce champ, appelé la Haie-Jeanne- 
toily est presque entièrement miné. Les habitants des grottes 
allaient y chercher le silex destiné à confectionner leurs instru- 
ments. Des puits ont été pratiqués sur différents points ; ils sont 
reliés entre eux par des galeries souterraines étroites dans les- 
quelles l'homme peut passer en rampant. Ces travaux importants 
ont été exécutés pour extraire les fifons de silex dont on voit 
encore la place et les restes. Bien plus, les hommes de la pierre 
polie, qui ont exploité le silex pour en faciliter le transport, ont 
ébauché les instruments dans les puits qui sont ainsi jonchés 
d'éclats portant lo bulbe de percussion. Des instruments impar- 
faits sont faciles k reconnaître parmi les rejets de fabrication. Les 
galeries ouvertes dans la craie, qui se développent sur une vaste 
étendue, ont été énergiquement expluilées et révèlent non-seule- 
ment un centre considérable de poiuilation, mais un travail conti- 
nué pendant longtemps. Les habitants de la station ont dû recher- 
cher les endroits où les bancs de craie étaient abondants en silex, 
ensuite forer les puits et créer par l'exploitation ces nombreuses 
galeries qui sont incontestablement le résultat de longues années 
d'une active extraction. Si l'exploitalion sur une si grande échelle 



l'importance des temps néolithiques 243 

est expliquée par la présence d'une population nombreuse ou par 
le commerce des instruments, l'importance de l'industrie néolithi- 
que reste toujours établie au même degré. On peut, toutefois, 
admettre simultanément les deux explications sans témérité. Il 
existe de puissantes raisons qui démontrent que le silex de la 
Gbarapagne a été transporté jusque dans la vallée do la Lcsse, en 
Belgiq*ue. M. de Quatrefages a exprimé son opinion sur cet ordre 
de faits : « C'est en Champagne et jusque sur le bord de la Loire 
qu'ils allaient chercher des silex pour fabriquer leurs instruments 
de toute sorte et des coquilles fossiles qu'ils utilisaient comme 
ornements ^ » — « Les envahisseurs, ou au moins une partie 
d'entr'eux, guidés peut-être par les renseignements tirés du com- 
merce des silex, poussèrent jusqu'en Champagne, et, trouvant 
dans la vallée du Pctit-Morin un ensemble de conditions on ne 
peut plus favorable à leur genre de vie, ils s'y arrêtèrent '. >> 

Les archéologues ont puisé de précieux enseignements dans les 
mines de l'Egypte ; le mode d'exploitation, l'outillage ont fourni 
les moyens de les dater. Rien de plus autorisé que de suivre leurs 
exemples dans l'interprétation des mines de silex. L'absence de 
métal dans les galeries, les empreintes des instruments en pierre 
gravées sur les parois des puits et des galei'ies, les débris de cor- 
nes de cerf démontrent l'homme néolithique. Les puits mesurent 
généralement 2 mètres de diamètre et descendent jusqu'à 3 mètres; 
l'ouverture en est évasée et beaucoup plus large qu'au point qui 
accède aux galeries. Ces dispositions, la régularité avec laquelle 
les puits sont espacés, les galeries pratiquées de la même manière 
lorsqu'elles suivent les filons de silex, et avec symétrie lorsqu'elle? 
sont des moyens de communication, attestent des ouvriers formés 
par l'expérience et longtemps occupés dans ces carrières. 

Un exploitation du même genre a été examinée soigneusement, 
à 5 kilomètres environ, sur le versant opposé de la montagne, 
près de 'Vert-la-Gravelle. Sur deux points différents bien distincts, 
séparés par 300 mètres de distance, il est facile de suivre les 
extractions de silex qui remontent vers la montagne. L'exploita- 
tion la plus rapprochée du groupe de Razet ne présente que des 
puits peu profonds, la colline a été dénudée, le silex se trouve à 
peu de profondeur. Néanmoins, les éclats, les ébauches, les ins- 
truments achevés qui ont été rencontrés sont les preuves irrécusa- 
bles d'une longue exploitation sérieusement suivie. Les galeries 
sur lesquelles nous attirons l'attention rappellent celles qui ont 
été visitées à Spiennes, en Belgique, par les membres du Congrès 
international de Bruxelles, en 1872. Dans l'excursion, à laquelle 
nous faisons allusion, les archéologues se succédaient un à un, 



1. Hommes fossiles et hommes sauvages, par M. de Quatrefages, p. 102. 

2. Même ouvrage, p. 110. 



244 l'importance des temps néolithiques 

pour voir la marque d'un instrument en silex sur la craie. 
L'exploitation que nous mentionnons montre sur les parois ces 
mêmes empreintes en nombre coiTsidérable. A une petite distance 
de la carrière, dont nous venons de parier, nous avons rencontré 
des excavations plus larges que nos galeries ordinaires ; ces tra- 
vaux ont été exécutés certainement dans le même but. Les débris 
nombreux, les rebuts de fabrication le disent hautement. L'une 
des fouilles opérées pour découvrir le filon de silex contenait les 
restes notables d'un vase en terre de l'époque néolithique, qui 
avait été abandonné par les extracteurs. 

Cette dernière carrière offre une nuance propre, le travail a été 
simplifié, le mode d'exploitation accuse une expérience plus com- 
plète ; aussi la considérons-nous comme l'œuvre du groupe de 
Vert-la-Gravelle, appartenant à la fin de la pierre polie. 

Les travaux souterrains exécutés sur une aussi vaste étendue, à 
divers endroits, sont diis à de longues années d'activité. Celte con- 
clusion s'impose avec encore plus de force lorsqu'on pense que 
l'homme ne disposait que d'un outillage primitif. Les faits précé- 
demment exposés avaient été reconnus dès l'année 1872 et 
publiés avant 1879. On trouve, en effet, dans une de nos publica- 
tions : « Les hommes de la pierre polie séjournèrent longtemps 
sur la pente de Razet, les nombreuses galeries où le silex était tiré 
pour fabriquer les instruments le démontrent d'une manière évi- 
dente. Ces galeries sont peu distantes des grottes, dans le lieu 
appelé la Haie-Jeanneton. Il est vraisemblable que la tribu de 
Razet se livrait à la fabrication des instruments en silex qui 
étaient cédés par des échanges à d'auti-es populations auxquelles 
le silex faisait défaut. L'étendue des galeries accessibles par plu- 
sieurs puits est sans proportion avec les besoins du nombre 
d'habitants que l'importance de la station suppose. En outre, de 
semblables galeries existent aussi du côté opposé de la montagne. 
Enfin, les éclats répandus dans les galeries accusent une ressem- 
blance avec la manière de procéder qui a été signalée à Spien- 
nes'. » 

Il y a donc lieu de s'étonner lorsqu'on lit dans les Matériaux 
pour servir à L'histoire de l'homme : « En voyant les armes et 
outils en pierre des premiers hommes, on se demande naturelle- 
ment où et comment ils se procuraient la matière première. Les 
ouvriers primitifs taillaient souvent des cailloux roulés. Nous en 
avons la preuve certaine. Le plus souvent, ils exploitaient la roche 
à ciel ouvert à l'endroit même où elle eflleurait. Mais nous savons 
que les roches possédant leur eau de carrière sont d'un travail 
plus facile et plus sûr. Il est donc naturel que les premiers hom- 
mes aient cherché à retirer, du sein même de la terre, les niaté- 



1. L'Archéologio préhistorique, p. 13i. 



l'importance DBS TEMPS NÉOLITHIQUES 245 

riaiix plus propices à être transformés en armes et outils plus ou 
moins délicats. » 

« Pourtant les découvertes de ce f,'enre sont peu nombreuses. 
Et c'est d'une d'entr'elles, la dernière en date et la seule connue 
en France, dont je veux parler. — La découverte a été faite par 
M. Carthailhac et moi au commencement du mois de septem- 
bre 1883. Elle a été communiquée par M, de Quatrefages, au nom 
de M. Cartailhac, à l'Académie des sciences, dans sa séance du 
17 novembre 1883'. » 

Les puits et les galeries d'où le silex était extrait étaient connus 
depuis longtemps en France, comme on peut le voir. 

Sur le territoire de Coux'jeonnet, dans la vallée qui s'étend der- 
rière le hameau de Joches, à une petite distance du Menhir, fort 
connu dans la localité, on remarque une élévation naturelle du 
sol, vers l'est. L'action érosive des eaux a formé dans le terrain 
une coupe perpendiculaire de 2 mètres de hauteur sur une partie 
de la colline qui mesure 60 mètres de longueur. Ce point inter- 
médiaire, entre la station de Razet et les groupes de la Pierre- 
Mickelot et du Trou-Blériot, est éminemment digne d'attention. 
Toute la partie de la colline, taillée perpendiculairement, a été 
creusée régulièrement, de manière à former d'étroites cellules 
où un homme pouvait se dissimuler et se mettre en vedette. Ces 
étroites excavations forment conmie une suite d'échauguettes. 
Cette position sépare plusieurs groupes de grottes des environs. 
L'examen de la situation autoi'ise à croire que, dans les moments 
de lutte, des sentinelles étaient placées en observation pour veiller 
à la sûreté des habitants de la station de Razet dont elles for- 
maient comme un poste avancé. Ces loges, conliguës et nom- 
breuses, sont encore faciles à reconnaître en faisant quelques 
déblais. De pareils travaux de défense, accomplis dans une si 
vaste proportion, indiquent une population établie depuis long- 
temps, mue par des intérêts différents de ses voisins vivant dans 
les habitudes d'une même civilisation. Les parages de ces station- 
nements sont jonchés de silex travaillés; ces restes n'ont pu 
s'amonceler sans de longues années ; ils représentent une époque. 
Une population, relativement peu nombreuse dans le début, ne 
pouvait avoir laissé des vestiges semblables par un simple passage 
dans la contrée. 

Les peuplades néolithiques ont longtemps séjourné dans la val- 
lée du Petit-Morin. Leur industrie^ telle qu'elle apparaît dans les 
travaux retrouvés à l'intérieur du sol, s'est conservée générale- 
ment dans sa pureté, car l'existence des puits et des galeries 
était ignorée et leur connaissance ne pouvait servir aucun intérêt 
matériel dans le cours des siècles suivants. Ainsi en est-il des cel- 

1. Matériaux pour servir à l'histoire de l'homme ; février 1884, p. 68, 



246 l'importance des temps néolithiques 

Iules que nous avons citées en dernier lieu. Ces travaux, d'une 
exécution laborieuse, bien datés et sans rapport avec les témoins 
des temps plus rapprochés, autorisent à conclure que la civilisa- 
tion néolithique s'est développée et conservée longtemps sur les 
rives du Petit-Morin. Au milieu du groupe des grottes ayant servi 
d'habitations, plusieurs souterrains, vraisemblablement destinés à 
conserver des provisions, contribuent à la démonstration des 
mêmes faits. Ces magasins de réserve caractérisent incontestable- 
ment un séjour permanent et prolongé. Enfin il est visible que ces 
installations, si laborieusement organisées, conviennent mieux à 
des populations fixées qu'à des nomades. 

Toujours dans la même contrée, sur un point s'éloignant vers 
l'ouest, à partir de la station de la Pierre-Michelot, la surface du 
calcaire qui forme le sous-sol de la plaine porte des traces remar- 
quables des temps néolithiques. Sur une étendue de plus de 
2 kilomètres, comportant de rares lacunes dues à la nature de la 
terre, on découvre, lorsqu'on enlève la couche arable, une quan- 
tité considérable de sillons, d'excavations larges et peu profondes, 
de rigoles, de trous de plusieurs métrés et d'autres travaux qui 
nous montrent un terrain qui a été torturé. Le sol a été gravé 
partout, rien ne donne une idée plus exacte de cette surface cal- 
caire, que le travail du xylophage dans les vieux bois. Il est impos- 
sible de ne pas y reconnaître les preuves des campements, des 
huttes, des tentatives et les restes des stationnements. De tels tra- 
vaux ne peuvent être que l'œuvre du temps, puisque les tribus 
néolithiques n'étaient pas très nombreuses. Il est impossible de se 
méprendre : le travail intense qui a fixé notre attention remonte 
à la pierre polie, les débris qu'il récèle en sont la pi'euve. 11 y a 
donc une action visible, prolongée sur une grande étendue, qui 
revêt un caractère démonstratif que tous les instruments possibles 
ne sauraient avoir. Il serait facile de l'etrouver les mêmes travaux 
sur le territoire d'Oyes, dans la partie qui s'étend à l'ouest de la 
commune. 

Dans la région habitée par les populations néolithiques que 
nous n'avons pu explorer qu'imparfaitement, parce que le labeur 
est énorme, il existe plus de cent trous infundibuliformes dont les 
plus grands mesurent 2 mètres iiO de diamètre. Ces excavations 
ont été pratiquées dans le calcaire. Les vestiges de l'art qu'on y 
rencontre, comme silex ouvrés, vases en terre cuite et cornes de 
cerf, les rattachent indubilublemont à l'époque néolithique. On ne 
trouve aucune trace de métal parmi ces témoins de la pierre 
polie. Ces nombreuses excavations, régulièrement creusées et 
d'une nuance identique, sont l'expression d'habitudes sociales 
bien caractérisées. Elles ne peuvent être attribuées qu'à une 
population établie pendant longtemps. 

Le territoire de Villevenard, très riche, encore imparfaitement 
connu, renferme une quantité considérable de foyers circulaires 



l'importance des temps néolithiques 247 

profonds, de 2 à 3 mètres d'ouverture. Ces foyers appartiennent 
aussi à la pierre polie. L'action du feu sur la craie est visible, les 
pluies ont fait dissoudre la chaux qui s'était produite, le fond des 
foyers en est rempli. Elle y forme une couche épaisse qui ressem- 
ble à la craie, sans toutefois en avoir la pâte ni la constitution 
intime. L'expérience apprend à reconnaître ce produit formé par 
la chaux qui s'est précipitée dans les parties inférieures. Les pro- 
duits ouvrés attestent, du reste, que la couche n'est pas natu- 
relle. 

Près de la commune de Courjeonnet, sur une pente située au 
midi, nous avons exploré une grande excavation circulaire ayant 
au moins 8 mètres de diamètre. Les parois étaient pourvues de 
plusieurs rangs de trous dans lesquels se trouvaient des crânes ; 
plusieurs de ces crânes étaient parfaitement conservés. Les cases 
renfermaient des restes décomposés qui ne permettaient pas de 
douter un instant de l'usage auquel elles étaient destinées. Il n'est 
pas hors de propos de supposer que ce lieu était destiné à conser- 
ver les crânes des personnages importants de la contrée. Cet 
ossuaire, muni de compartiments bien disposés, n'a pu être établi 
sans un long travail ; il ne saurait être l'oeuvre d'un peuple vaga- 
bond qui ne faisait que passer. iNous n'avons pas à insister sur le 
caractère néolithique de ce dépôt, tout y accusait son origine : 
silex travaillés, vases, fragments de vases et les cornes de cerf, en 
un mot la même physionomie, au point de vue de l'industrie, que 
dans les autres points déjà signalés. Ces crânes, si soigneusement 
conservés dans une enceinte spécialement appropriée, nous disent 
que nous pourrions invoquer les données de l'anthropologie pour 
la démonstration de notre thèse. Le mélange des types humains 
reconnus par les sommités de la science, particulièrement par 
Broca et M. de Quatrefages, affirment une population développée, 
mélangée, permanente qui avait vécu dans des conditions introu- 
vables chez une peuplade infime et vagabonde. 

ÎS^ous avons signalé récemment un dépôt de flèches à tranchant 
transversal sur le versant d'une colline qui domine le giboyeux 
marais de Saint-Gond. Ce dépôt de soixante-quinze flèches, de 
formes et de dimensions variées, accuse des habitudes de chasse 
bien organisée, caractéristiques d'une population fixe, habituée 
depuis longtemps à un pays aimé. 

Les pierres monumentales transportées, malgré les plus grandes 
difficultés, sur ces collines oîi les grottes ont été creusées, n'indi- 
quent-elles pas elles-mêmes un long séjour ? Les grès formant la 
fermeture des grottes, dont quelques-uns atteignent 3 mètres de 
hauteur sur i mètre 40 de largeur, sont aussi la preuve de l'exis- 
tence d'une population permanente. 

Enfin les nombreux polissoirs dont quelques-uns existent 
encore, par leurs encoches vigoureusement creusées, par leurs 



248 l'importance des temps néolithiques 

cuvettes profondes dans des grès d'une densité exceptionnelle, 
témoignent en faveur d'un travail suivi et durable. Les polissoirs 
qui existent encore ne sont pas les seuls de la contrée. Les anciens 
agents-voyers, les propriétaires nous ont affirmé que plusieurs de 
ces témoins de l'époque de la pierre avaient été détruits sur les 
territoires de Saint-Prix (à Coléard), d'Oyes, de Villevenard et de 
Congy. La disparition de certains polissoirs ne remonte pas à 
soixante ans. 

Les travaux des temps de la pierre polie, qui existent dans le 
sol et à sa surface, ne permettent donc pas de douter de la civi- 
lisation néolithique ni de Timportance de son industrie. 

Baron Joseph de Baye. 



LA CAMPAGNE RÉMOISE 

PENDANT LA FRONDE 



L'Académie de Reiras a publié, par les soins de M. Loriquet, 
en 1875, un livre très curieux, mais qui, paru en province, 
n'a pas eu la notoriété qu'il mérite. Nous voulons parler des 
Mémoires de Oudard CoquauU, bourgeois de Reims, relatant 
tout ce qui s'est passé dans cette ville et aux environs 
de 1649 à 1668. Comme si un ouvrage édité hors Paris n'était- 
pas digne d'attention ! Mais nous ne nous arrêterons pas à 
libeller une protestation détaillée à ce sujet : nous constaterons 
seulement que ces Mémoires sont particulièrement curieux à 
lire et tracent un tableau vivant de la vie provinciale et rurale 
à cette époque. On est trop habitué encore à considérer cette 
guerre de la Fronde comme une guerre inventée pour l'amuse- 
ment de grands seigneurs et de grandes dames et pour per- 
mettre au bon peuple Français de donner libre cours à cet 
aimable esprit d'opposition dont il fait plusieurs fois par 
siècle un si inintelligent usage. Notre compatriote démontre, 
tout au contraire, combien cette guerre fut terrible, meurtrière 
et quelles misères elle infligea, sinon aux villes qui pouvaient 
encore se défendre, mais aux villages, « au plat pays », comme 
on disait alors, également maltraités par les troupes amies ou 
ennemies. 

Il nous a paru qu'il ne serait pas sans intérêt de rassembler 
dans un croquis d'ensemble les principaux traits de ces cruel- 
les annales si simplement et si véridiquement racontées par 
Coquault. On y verra les douloureuses épreuves subies par 
nos pères et les excès qui, pendant quatre années, désolèrent 
les verdoyantes et riches vallées de l'Aisne, de la Suippe, de la 
Vesle et du Noiron. 

/ 

I 

Nous n'avons pas à revenir sur les origines de la Fronde. Nos 
lecteurs les connaissent ; nous entrerons donc sans plus de 
phrases en matière. 

C'est au mois d'avril 1645 que commença l'envahissement 



250 LA CAMPAGNE REMOISE 

(Je nos mîilheureuses campagnes, et ce commencement fut hor- 
rible, comme on peut en juger par deux plaquettes imprimées 
à l'époque même et qui fournisseut les plus lamentables dé- 
tails. A cette date, le baron d'Erlach, suisse de naissance, entré 
au service de France depuis 1633 sous les auspices de Turenne, 
avait embrassé le parti de Condé et lui amenait une armée 
d'étrangers ramassés au hasard : suédois, polonais, suisses, 
indisciplinés et pillards k outrance en dépit des efforts énergi- 
ques cependant de leur général, dont le nom sert encore actuel- 
lement en Thiérache et à Laon à désigner un furieux, un brutal 
dangereux. Ses troupes avaient pénétré en Champagne par 
Sainte-Meuehould et Suippes, et, le 1" avril, elles occupèrent 
Prosne, Sepl-Saulx, pendant que leurs coureurs poussaient 
jusqu'à "Villers-Marmery, V.erzy et Verzenay. Elles avaient 
déjà laissé derrière elles d'effroyables traces de leur passage. 
Au Thour, dans les Ardennes, les soldats ayant découvert une 
famille Savoye cachée depuis trois jours dans un toit à porcs, 
y mirent le feu et les malheureux y périrent : une vieille 
femme eut les pieds grillés avec une pelle rouge pour lui faire 
dire où était son argent ; l'église fut pillée et on y massacra 
nombre d'habitants qui s'y étaient réfugiés, après avoir violé 
les femmes. Tous les villages des environs d'Attigny furent 
saccagés, nombre de maisons brûlées, de malheureux massa- 
crés et toutes les filles violées jusqu'à celles de 7 à 8 ans. Le 
château de M. de Joyeuse, à Saint-Lambert, ne fut pas plus 
respecté : tous ceux qui y furent trouvés furent tués. Les Alle- 
mands mirent une chèvre entre deux draps et voulurent forcer 
le curé à lui administrer la communion : sur son refus, ils le 
martyrisèrent odieusement ; puis ayant saisi cinq malheureux 
paysans qui se sauvaient dans les bois, ils les pendirent au 
même arbre. Les églises étaient toujours pillées et souvent ces 
sauvages tiraient sur l'hostie comme sur une cible : les curés 
étaient particulièrement torturés : on leur attachait des chats 
sur le dos jusqu'à ce que ce ne fut j)lus qu'une plaie, puis on 
les traînait attachés à la queue d'un cheval. Près de Rosoy, les 
Allemands consentirent à composer avec un gentilhomme pour 
lui laisser son château, mais ils prétendirent lui faire livrer sa 
sœur, jeune et belle fille : ce gentilhomme s'y refusa naturel- 
lement et oppo.-a une énergique résistance, mais il ne se 
trouva pas eu force : le château fut emporté, le gentilhomme 
pendu et sa sœur enlevée. 

Aussonce fut brûlé et les bandits assiégèrent le sieur de Ra- 
butin dans son château de Celles, mais ce fut en vain. Les pay- 



PENDANT LA FRONDE 2bl 

sans s'étaient réfugiés en masse à Beims, d'où ils sortaient la 
nuit pour aller chercher chez eux des fourrages pour les bes- 
tiaux qu'ils avaient amenés avec eux. C'est dans une de ces 
courses nocturnes qu'une pauvre vieille femme de Wilry-lès- 
Reims fut brûlée vive sur un feu de paille pour la forcer à 
déclarer les « caches « de ses voisins. Sur divers points cepen- 
dant les paysans avaient pris résolument les armes et labou- 
raient pendant que quelques-uns d'entre eux les gardaient, 
l'arquebuse à l'épaule : plusieurs des soldats tombèrent sous 
leurs coups et il est triste d'ajouter que plus d'une fois ils eu- 
rent à se défendre contre des hommes des troupes royales. 

Pendant la première quinzaine de mai, les Allemands opé- 
rèrent à Sept-Saulx, Wez, Beine, Pontfaverger, Heutrégé- 
ville et dans tous les alentours : une partie de la population 
s'était réfugiée dans les forêts de la Montagne de Picims avec 
leurs bestiaux, et où déjà se trouvaient tous les habitants des 
villages de Hilly jusqu'à Villers-Marmery, car les coureurs 
venaient journellement porter la terreur dans toutes ces loca- 
lités : ils massacraient tous ceux qu'ils rencontraient sur leur 
chemin, sans autre motif que de faire du mal. A Wez, ils enva- 
hirent le petit manoir de la dame de la Motte, femme de 60 ans, 
qu'ils voulurent outrager : elle se jeta dans une « gloye » d'où 
ils la retirèrent, l'attachèrent à l'un des poteaux de ses fenê- 
tres et l'étranglèrent après lui avoir fait subir un véritable 
martyre. A Prunay, les Allemands trouvèrent de la résistance 
et perdirent plusieurs des leurs : ils incendièrent le village et 
puis attaquèrent le château de Sillery après avoir appris que 
quelques-uns de leurs adversaires s'y étaient réfugiés et les 
enlevèrent par la lâcheté du capitaine du château. A Beau- 
mont-sur- Vesle, même résistance et le lendemain le feu était 
mis sur huit points du village : de même à Saint-Léonard, 
incendié également. 

A Villedom mange, à Faverolles, ce sont les soldats du baron 
de Rivière qui, faute de subsistances régulièrement fournies, 
se payaient en nature et mettaient en outre le feu aux échalas 
du vignoble. 

Au 15 mai, les Allemands quittèrent la Champagne. Mais le 
mal était fait et la province ruinée : la récolte avait presque 
entièrement manqué, la vigne n'avait presque rien produit et 
le blé coûtait dix-sept livres. « Ainsy. dit Coquault, sy toutte 
la Montagne de Reims estoit vendue avec tout ce qui en des- 
pend de bastimenls, elle ne pourroit païer les debtes de ses 
habitants. » 



2U2 LA CAMPAGNE RÉMOISE 

Au mois de mai 1650, les alarmes recommencent par l'appa- 
rition d'une bande à Bourgogne, à laquelle on parvint cepen- 
dant à soustraire le troupeau du pays en le faisant filer à tra- 
vers les blés déjà hauts. Reinliold de Rosen avait succédé à 
d'Erlaoh, mort pendant l'hiver; ce honneste homme », dit 
Coquault, il cherchait à faire observer une discipline sévère : 
aussi cette année, on n'avait à déplorer ni meurtre, ni profa- 
nation d'ég'Hses, mais ils ne pouvaient empêcher ses soldats de 
piller, ni même de couper les blés. Les récoltes paraissaient 
superbes, mais on ne pouvoit en profiler . « Le peuple mou- 
roit de faim fonlre son bien. » Il n'y avait plus aucun com- 
merce, même pour les vins dont on avait cependant besoin par- 
tout. Mais les champs n'étaient absolument pas tenables. Tîne 
attaque contre l'abbaye de Saint- Thierry fut repoussée. Une 
compagnie saccagea pendant quinze jours Villers-Allerand, 
mais ils y furent surpris le jour de la Pentecôte par les gens 
de Guchery et de Belval et en partie massaciés. Ils furent 
achevés par les habitants du faubourg d'Eperuay à Reims, 
quand ils y arrivèrent pour se cantonner. Le 1 i juin, l'armée 
délogea : « Le pauvre peuple respire, chacun remmène les 
vaches enfermées depuis trois mois et semble estre à ung autre 
monde. Pourtant il y a toujours quelle que trouj^pes de bri- 
gandz et coureurs. » Mais le saison était froide et pluvieuse 
et le blé cher. Malheureusement la prise de la Capellc (4 août) 
réveilla toutes les alarmes. « Le mal est tel que nous mois- 
sonnons, de la 'grâce de Dieu, en belle abondance, on ne sça- 
voit pour qui c'est : tel laisse son bled coupé au champ, l'autre 
le renferme qui aime autant le perdre en sa maison : chacun 
qui peut battre amène en grande diligence en cette ville ; or, 
toute celle sepmaine, chariols perpétuels de meubles du Ré- 
thelois que l'on retire des châteaux craiucte de l'enneray. » 
L"armée royale, commandée par le maréchal de Senneterre, 
apparaît peu après : elle campa le 11 et le 12 août à Courme- 
lois, pour se diriger vers la Suippe, d'où la nouvelle de l'ar- 
rivée des Espagnols à Chriteau-Porcieu, la fait brusquement 
replier sur Reims où il élablil sou camp au moulin de la 
Housse. Nos soldats Irailèrenl le pays en pays conquis, pil- 
lant, volant, vendant le blé à vil prix et faisant chaque jour 
bombance, tout en perdant forces vivres. A la fin d'août, l'en- 
nemi occupait Saint-Thierry, Biimout et force fut aux Rémois 
de laisser entrer l'année de Kosen dans leurs murs, pendant 
que les coureurs espagnols pillaient Prin et attaquaient vaine- 
ment Pevy, dont les habitants tinrent bon derrière leurs rem- 



PENDANT LA FRONDE 



253 



paris de terre, mais se sauvèrent le lendemain dans lieims 
avec leur bétail. Le 1*^'' septembre, le faubourg de Fisnies fut 
livré aux flammes : de là, l'archiduc Léopold remonta vers 
Rethel et Joinville, balayant et saccageant tout sur son pas- 
sage. Rosen quitta Reims le 22, pour venir à Sillery et se por- 
ter au-devant de l'ennemi à Pontfaverger, pendant que le maré- 
chal de Praslin occupait les Mesneux et Sacy, sans pouvoir 
faire respecter les vendanges, et que Senneterre allait couvrir 
Sainte-Menehould : le régiment des gardes était campé dans la 
plaine entre Sillery et Beaumont. Mais il faut lire ce que les 
paysans avaient à souffrir des troupes chargées de défendre 
leur pays : par exemple, celles de Rosen, redescendant sur 
Reims, le 25 septembre, y enlevèrent tous les moutons et les 
vaches qu'on y avait fait revenir depuis trois jours ; partout 
nos soldats saccageaient les maisons, brûlant les sièges, les 
lits, les râteliers des écuries et enlevant tout ce dont ils pou- 
vaient tirer profit, en dépit des défenses sévères sans cesse 
publiées ; ils enlevaient le plomb des clochers ; à Sacy, ils pri- 
rent les orgues de l'église, mais ils délaissèrent les vases sacrés 
après avoir reconnu qu'ils étaient eu étain. 

On se rendra plus facilement compte de la misère du peu- 
ple en ce moment, en voyant les prix auxquels étaient mon- 
tées les denrées les plus ordinaires ; le beurre, 20 s. la Uvre ; 
les œufs, à 30 s. le quarteron ; le fromage, 12 s. la livre ; un 
cent de noix, 5 s. ; un quarteron de petites poires et pommes, 
5 s. ; les légumes manquaient absolument ; l'anneau de bois, 
8 1. ; le cent de fagots, 25 1. ; le petit vin, 7 s. le pot. 

Au mois d'octobre, l'armée de Praslin redescendit sur Sil- 
lery et alla malmener les gens de Villers-Allerand : chacun 
s'empressa de se renfermer dans Reims, délaissant labours et 
vendanges, après avoir eu le temps de constater qu'il ne res- 
tait dans les maisons, comme à Ormes, Tillois, les Mesneux ou 
Bezannes, fenêtres, portes ni clôtures. Rosen assista en per- 
sonne, assure Coquault, au pillage des bestiaux à Avenay, 
Germaine et Courtagnon. Ajoutons à cela que de Rethel les 
Espagnols rançonnaient tous les villages jusqu'à Reims sous 
prétexte de les racheter du pillage Le 29 octobre même, ils 
vinrent saccager Saint-Thierry et emmenèrent des moines pri- 
sonniers. Les villages qui voulaient refuser de s'accommoder 
étaient impitoyablement brûlés : c'est ce qui arriva pour Pont- 
faverger, Gourcy, Pomacles et d'autres, où plus d'un paysan 
fut tué ou brûlé : ils couraient ainsi jusque sous les murs de 
Ghâlons. Il faut reconnaître aussi avec Goquault que les pay- 



254 LA CAMPAGNE RÉMOISK 

sans ue savaient pas s'entendre pour résister utilement : « En 
nostre Montagne, dit-il, les paysans qui sont chestifs, ont bien 
le testou pour faire des excès lorsqu'ils viennent à la ville et se 
tenir dans la taverne une journée, ue peuvent et ue veulent 
payer un sol de debte, n'ont d'autre but que d'en faire sy ils 
pouvoienl, mais afin de ne les point paier, perfides et des- 
loyaux qu'ils sont, trompeurs en toute rencontre où ils peu- 
vent, sans fidélité. La pluspart de ces villages peuvent se rem- 
parer et s'assurer contre ces coureurs par la situation de leur 
lieu et de leur église, en faisant une petite dépense par des 
guets, et pour se former, qui ne cousteroit pas autant qu'un 
seul logement. Ils sont sy aveugles et sy malheureux, qu'ils 
n'en ont ny le courage, ny la volunlé et aymant mieux fuir et 
estre vagabondz dans les bois, et estre misérables que de se 
tenir généreusement retranchez en leurs lieux. » Même parmi 
eux, plus d'un brigandait sur les routes pour leur propre 
compte ; c'est ainsi que, le 19 novembre, on pendit Duchesne, 
Lallemantetïlomo, de Verzy et Verzenay « pour avoir tenu les 
chemins de Beaumont à Sillery. Ils avaient arrêté et dépouillé 
un marchand de Vitry et venaient de l'attacher à un arbre, 
quand un sergent de Reims passa, courut chercher main-forte 
à Sillery : il revint sur nos voleurs qui, se mettant dos à dos, 
juraient de vendre chèrement leur vie. Ils ne purent être pris 
qu'après avoir été grièvement blessés. Bien plus, les paysans 
allaient achever de dévaliser les maisons abandonnées, empor- 
tant tout ce qu'ils trouvaient encore. Goquault eut de la sorte 
sa maison de Chigny complètement dévalisée des portes et 
serrures que les soldats y avaient brisées, ne sachant quoi en 
faire. 

Au printemps de 16iJl, tout recommença de mal en pire. 
Tout le pays entre Châlons, Laon et Soissons fut de nouveau 
foulé par des passages continuels de troupes. « Tout brigant 
logeant, où ils vcullent, surprenant villages et châteaux, pil- 
lant tout ce qu'ils trouvent et tuant où ils trouvent résis- 
tance. » Ils saccagèrent complètement Isle eu y violant plu- 
sieurs femmes ; le Moulin l'Archevêque près de Reims où ils 
outragèrent également les femmes qu'ils y trouvèrent (juin 
1051), Prouilly, C^auroy, la ferme de Nuisement près de Cor- 
moutreuil, Baconne, où ils tuèrent le curé; Bourgogne, Nauroy 
où ils ne respectèrent môme pas un pauvre gentilhomme 
nommé M. de Neuville ; Pevy, où ils mirent M. de Villette 
hors do chez lui, en chemise, avec sa femme et ses quatre 
enfants. Des Polonais se chargèrent de la besogne à Chamery, 



PENDANT LA FRONDE 255 

Nogent, Sermiers, au châleo.u du Cosson qui, apparleuaut à 
Févêque du Puy, avait été respecté l'aunée précédente, Villers- 
aux-Nœuds, Chamfleury. Quelques soldats du régiment de 
Navarre vinrent un jour à Beaumont sous la conduite d'un ser- 
gent, en annonçant qu'ils n'avaient d'autre dessein que d'y 
enlever quelques filles. Toutes |)urent s'échapper à temps, et 
ils n'en trouvèrent qu'une seule gravement malade : ils chas- 
sèrent sa mère d'auprès d'elle et la firent périr par les excès de 
leur odieuse brutalité. Le 7 juin, une malheureuse jeune fille 
était poursuivie depuis deux jours par quelques forcenés : elle 
entrait enfin dans Sillery, quand un misérable, voyant qu'elle 
allait leur échapper la tua d'un coup de fusil et jeta son corps 
dans les marais \ 

Nous avons dit tout à l'heure que si les paysans avaient 
voulu s'entendre, ils auraient pu résister. C'est ce qui arriva 
dans la vallée du Noirou. Un ouvrier en toile, ancien soldat, 
Charles Oudard, de Belleval, forma une bande de 150 ou 200 
solides gars, et, sous le nom de capitaine Mâchefer, se mit 
à houspiller les soldats et les maintint cà distance. 11 fallait agir 
résolument, car nous avons vu que la discipline n'existait nulle 
part et aucune répression n'était à attendre de la justice. Go- 
quault remarque que rien ne peut donner une idée de l'état du 
« plat pays » à cette époque : « Plus de festes au village, plus 
de festins de noces à la ville », dit- il mélancoliquement, et on 
sent qu'il regrette le temps où l'on faisait pour les mariages 
des repas « qui duroienl la semaine entière et où on dépeusoit 
1,500 ou 2,000 livres. 

L'hiver de 1652 s'ouvrit avec une grande cherté des grains, 
puisque le seigle et l'orge atteignaient 12 livres. La mortalité 
frappe sur un grand nombre d'enfants de paysans, devenus 



1. Tous ces détails navrants et qui paraissent exagérés sont, non pas seu- 
lement racontés par Coquault, mais recueillis dans une relation officielle 
écrite par le s"' Audry, lieutenant des habitants de la ville de Reims : elle a 
été imprimée en 1651, in-4° de 16 pages s. 1. 

On trouve des détails bien plus horribles encore dans une rare plaquette, 
in-4° de 12 pages, intitulée: « Les impiétez sanglantes du prince de Condé. » 
Nous ne pouvons qu'y renvoyer le lecteur, car nous noserions pas en rap- 
porter ici la description. Nous citerons un seul fait : « Quel divertissement 
impie d'ouvrir le ventre d'un homme, et après sa femme forcée, lui enfermer 
toute vive la teste dedans pour luy faire rendre l'âme dans le ventre de son 
pauvre mary, l'ayant liée et serrée pour ce faire, si trois pauvres innocents 
à qui Dieu donna l'industrie de les délier et sauver au moins la vie à leur 
mère ? » 



2b6 LA CAÎkIPAGNE RÉMOISE 

orphelins ou abandouués : les villages étaieul déserts ou dé- 
truits. Eu ville, la misère était égaleiuent grande : « Les bon- 
nes maisons ne vivent plus que de paiu de seigle et de petite 
chaire bouillie. « Dans la campagne les paysans étaient cou- 
verts de misérables haillons, cherchant à empêcher leurs ma- 
sures de tomber tout à fait, ce qui n'empêchait pas encore les 
soldats de venir les piller et enlever les rares bestiaux que ces 
malheureux avaient pu ramener à l'étable. Pendant l'hiver, 
plusieurs personnes furent trouvées mortes d'inanition sur les 
roules : plus cf un n'avait pour se nourrir que du son, des 
herbes, des débris de choux, voire même des limaces et des 
chats. Cependant, vers le mois de n^ars, h. misère diminua 
c( ung petit ». Tous ceux qui voulurent travailler, le purent 
facilement, car les bras manquaient aux champs et aux vignes 
où les récoltes commençaient très favorablement. Mais les 
troubles n'étaient pas terminés : le retour de Mazarin fit 
reprendre les armes aux princes et le roi dut faire venir des 
troupes d'Allemagne. Mais elles évitèrent celle fois la Cham- 
pagne sachant qu'il n'y avait plus moyen d'y subsister ; elles 
tirèrent sur la Brie qui avait été jusque-là préservée et était 
singulièrement riche. 

II 

Une nouvelle phase, et non moins douloureuse, s'ouvrit 
alors pour notre province. Le duc Charles IV de Lorraine 
s'approchait, également sollicité par le roi et par Condé. Ce 
prince, alors sans Etat, subsistait, avec son armée de 7 à 8,000 
hommes, à force de rapine et un peu partout, se mettant au 
service de celui qui luii offrait le plus. Avec lui, nos contrées 
allaient voir encore de tristes jours. Le duc arriva par Rethel 
et vint camper à Sillery le 14 mai : il logea à Prunay, Ce 
prince était sans scrupule d'aucune sorte et n'avait do considé- 
ration pour qui que ce soit au monde. Il faisait rançonner les 
villages à quinze lieues à la ronde, battant et tuant au 
besoin les paysans qui résistaient ou refusaient de dénoncer 
leurs « caches » ; ses hommes brûlaient les maisons en tirant 
à bout portant dans les couvertures de paille ; « pas un coin 
de terre qu'ils n'aycnt fureté » ; ils mirent de la sorte le feu à 
Sept-Saulx, au Grand-Sillery, à Nogent-l'Abbesse, à Sainl- 
Basle, à Saint-Thierry, au château de Ludes, aux Marais, etc. 
« Ce duc a grand nombre de gardes (ju'il donne à ceux aux- 
quels il fait croire estre amy, leur fait donner 2 ou 3 pistoles 
par jour, lesquelles sont pour lu}^ et ces gardes sont espions 



PENDANT LA. FRONDE 2Î)7 

qui découvrent le secret des maisons et puis vendent ceux 
qui les ont reçus. » Puis il prélevait le tiers de tout butin fait 
par ses soldats. P'eignaut une bonhomie brusque, le duc 
s'excusait en disant que cnacun de ses cavaliers avait un dia- 
ble dans le corps et qu'il n'y pouvait rien. Du reste, il était 
infatigable, mal vêtu, sans train, sans meubles et vivant sans 
recherche. Vers la fm de mai, les Lorrains remontèrent sur 
Paris, vinrent à Fisnies et à Pout-à-Vert, pillant et brûlant 
journellement châteaux et villages sur leur route. Puis s' étant 
accommodé avec le roi, Charles de Lorraine redescendit par la 
Brie en Barrois, après avoir rançonné le paj's de Vertus. Mais, 
comme on commençait à respirer, « le Lorrain reparut sur 
l'Arne, passe à Variscourt où le corps de ville rémois vint le 
saluer et lui apporter le vin d'honneur, puis à Bazoche. Dans 
le pays on avait pris certaines précautions. Reims avait quel- 
ques compagnies pour sauvegarder le plat pays : on avait 
rompu les ponts de la Vesle pour préserver le vignoble de la 
Montagne. Le duc occupe Saint-Thierry, vagabondant autour 
de Reims pour tâcher de tirer le plus de profit possible, mais 
laissant ses hommes commettre mille excès, comme à Heutre- 
géville où il décida, après de formelles promesses, les habi- 
tants d'abandonner le fort qu'ils avaient construit autour de 
l'église, puis les laissa assommer et piller : dix-sept maisons 
y furent brûlées sur quarante (juillet 1652). Les Rémois 
essayèrent cependant de protéger efficacement, cette fois, les 
moissons, et les Lorrains furent surveillés de près dans leur 
retraite le long de la Suippe, mais non sans qu'il y eût encore 
nombre de pilleries, meurtres et violences de tous genres. Et 
pour achever de consterner nos champenois, on apprit le 
27 juillet l'arrivée de l'archiduc Léopold au Pont-à-Vert. 
Charles recommença alors ses allées et venues à Gormicy, 
à Balhan, à Saint-Germainmout, à Heu Iregré ville, à Sept- 
Saulx, à Mourmelon, prétendant regagner le Barrois : puis il 
reparut à Condé-sur-Marne (25 août) qu'il brûla presqu'en- 
tièrement, à Oiry, à Plivot. à Matougues qu"il incendia égale- 
ment, à Vertus (28). Il errait çà et là, sans plan déterminé, 
cherchant uniquement à faire vivre ses troupes en attendant 
les événements, et l'on éprouvait partout un vif étounement à 
voir la patience du roi envers ce « Lorrain qui n'est qu'un 
picoreur et un frippon, qui désole tout, sans sçavoir s'il est du 
party du roy ou non. » Au commencement de septembre, il 
exploitait les environs de Poni et de Nogent-sur-Seine. On 

17 



v. 



258 LA CAMPAGINE REMOISE 

profila de son éloignement pour faire rapidemeut les veudaa- 
ges. Ou les fmissail à pciue, quaud ou apprit le retour du 
({ picoreur » vers Fismes et uous allons savoir pourquoi 
Coquault en parle si amèrement. 

Le 1 7 octobre, notre brave bourgeois rémois revenait à che- 
val de Hautvillers où il était allé surveiller la rentrée de ses 
vins, et se trouvait vers 10 heures du soir aux environs de 
Ghamery, quand il fut surpris par un détachement du régi- 
ment de Haraucourt, eulevé et gardé à vue toute la nuit. On 
le mena le lendemain au marquis de Haraucourt à Fère-en- 
Tardenois : il n'était pas encore très inquiet, le marquis a^-^ant 
été élevé à Reims et a^-ant de sérieuses obligations envers un 
de ses oncles, M. BacheHer ; mais cela ne compta pas et 
Coquault dut payer 720 livres de rançon, en abandonnant un 
excellent cheval, ses armes et un manteau auquel il semble 
avoir beaucoup tenu. Dix jours se passèrent k ces négocia- 
tions, car l'argent n'était pas facile alors à trouver. Il fut par- 
faitement traité, du reste, mangeant à la table du marquis. Il 
n'en était cependant pas quitte encore et, le mois suivant, les 
Lorrains vinrent piller Hautvillers : ils y burent et gaspillèrent 
plus de six cents pièces de vin, et saccagèrent le logis de l'on- 
cle Bachelier. 

Les ennemis se divisèrent ensuite pour gagner Château-Por- 
cien d'un côté et Sainte-Menehould de l'autre. 

La paix se rétablit enfin et, après la reprise de Sainte- 
Menehould et le sacre du roi (1 654), le calme reparut en Cham- 
pagne, Mais il fallait du temps pour i)anser des plaies aussi 
terribles. La misère était immense, les campagnes dans un 
état déplorable, et, au mois de novembre, on eut encore à 
souffrir du passage de l'armée du maréchal de Senueterre 
revenant du siège de Clermont : la fin des vendanges en souf- 
frit, il y eut du bétail, des chevaux de pris et pas mal de dégâts 
commis. Mais la récolte était bonne : on recueillit une caque 
et demie par quarte!, le bon vin valant 50 1. la queue ; le sei- 
gle était à 55 s. le septier, le blé à G 1.; « tout le peuple gagne 
sa vie. » Cependant les Espagnols cantonnés à Rocroy et qui, 
à cette dislance, ne pouvaient frappes-, comme dans leurs 
environs, les villages d'une conlribulion régulière, dite de 
rachat, enti*etenaienl des bandes qui battirent pendant tout 
l'hiver de 1656 le pays jusqu'à Reims, enlevant le bétail, les 
grains par convois et ramenant des pri>onniers qu'on mettait à 
rançon. Montai, qui commandait à Rocroy, fit proposer aux 
Rémois de se soumettre à un abonnement : ils refusèrent tière- 



PENDANT LA FRONDE 



2sg 



ment, mais sans se mettre en mesure de résister, et les Espa- 
gnols alors se mirent à faire contribuer jusqu'à Fismes et à 
Ghàlons tous les villages sous menace d'incendie (juillet). Au 
commencement de septembre, ils se montrèrent encore plus 
hardis. Trois cents cavaliers passèrent la Vesle à Sept-Saulx, 
où ils laissèrent une garde pour assurer leur retour, et, le 4, 
ils allèrent rançonner toute la Montagne jusqu'à Ville-Dom- 
mange, tuant et brûlant à Verzenay, dont les habitants avaient 
voulu résister, et à Ghigny. Le 18, ils repassèrent à Sept- 
Saulx pour aller exécuter Villers-Marmery. La terreur en un 
instant se répandit partout, et s'accrut d'autant plus qu'on ne 
voyait aucune force pour se défendre et que Montai avait 
signifié qu'il empêcherait la vendange. Il offrait l'abonnement 
à des conditions exceptionnellement douces, parce que son but 
était, en présence de l'épuisement de la Champagne, de trou- 
ver devant lui libre terrain pour gagner la Brie, le Tordenois, 
le Valois et les environs de Paris à l'aide de ses coureurs. 
Reims refusa obstinément et d'autant plus qu'enfin au milieu 
de septembre, le comte de Grandpré avait reçu deux ou trois 
cents hommes avec lesquels il couvrait TAisne, gardant Rethel 
et gênant les courses des Espagnols. Montai, voulant troubler 
les vendanges, essaya de surprendre le comte à Isle, mais ce 
dernier était sur ses gardes ; il était de plus convenu avec les 
habitants de la Montagne de les prévenir par un coup de canon 
s'il y avait une alarme. Cependant la situation devenait intolé- 
rable. Le Conseil de ville de Reims ne demandait qu'à tenir 
ferme dans sa résolution, mais à condition d'être soutenu et 
elle envoya en cour deux députés, MM. Dallier et Gallon, pour 
demander ou du secours ou la permission de s'abonner : 
n'ayant obtenu satisfaction sur aucun de ces deux points, le 
Conseil passa outre sur le second. Montai, aussitôt, somme les 
villages de la Montagne de contribuer à lui sous peine d'être 
brûlés : les villageois s'exécutèrent, mais leurs paiements 
étant inexacts, Montai vint à la fin d'août par Gernayà Sillery 
où il installa le bureau de recettes, et, comme on n'obtem- 
pérait pas assez vite à ses sommations, il fit incendier Taissy, 
Moiitbré, Champfleuri et Sacy : plus de deux cents maisons 
passèrent dans celte exécution. 

Le Conseil rémois, apprenant l'arrivée du général espagnol, 
en prévint aussitôt Grandpré qui était occupé à rançonner le 
pays ennemi du côté de Mouzon. Le comte se replia en toute 
hâte sur Reims et arriva le 4 septembre, vers midi, à la porte 
Gérés, pour se diriger sur la Montagne. Apprenant que l'en- 



260 LA. CAMPAGNE REMOISE 

nemi était à Sillery, il en prit rapidement le chemin et trouva 
le camp espagnol installé au-dessus de laPompelle, ce qui per- 
mit à M. de Grandpré de le surprendre. Le combat fut engagé 
immédiatement et poussé si vivement qu'en moins d'une 
heure nos soldats avaient tué cent vingt cavaliers et pris 
deux cents. Montai se hâta de battre en retraite par le pont de 
Sillery qu'il fit rompre aussitôt, tourna eu Champagne et 
regagna promptement Rocroy (4 septembre 1657). 

Cette affaire, qui mit fia aux incursions des ennemis daDS 
nos parages et rendit définitivement la paix à nos champs, pro- 
duisit un grand etîet dans le pays et auprès des Parisiens qui 
croyaient déjà voir les Espagnols rançonner le pays à leur por- 
tée. La Gazette de France consacre à la bataille de Sillery une 
relation spéciale : « La défaite de neuf cents chevaux de la 
garnison de Rocroy par le comte de Grandpré. » Ce document 
est assez peu connu et le combat assez intéressant pour notre 
contrée pour que nous l'analysions ici. 

Montai avait quitté Rocroy le 30 août avec treize escadrons 
des régiments d'Enghieu, Wurtemberg, Foix, Ravenel, les 
compagnies de chevau-légers de Bourbon et de Linchamp, des 
dragons et divers détachements de garnisons voisines. Le l"^"" 
au matin il arriva au moulin de l'archevêque, au-dessus de 
Reims, mais le trouvant gardé, il envoya reconnaître le pas- 
sage de la Vesle à Sillery pendant qu'il demeurait à Cernay en 
y autorisant le pillage, A 10 heures il s'installa au château de 
Sillery, fit camper ses troupes au-dessous de Mailly et envoya 
sommer les villages de la Montagne de venir s'accommoder. Le 
lendemain il expédia 200 chevaux pour brûler les localités que 
nous avons nommées, afin de stimuler les autres par la ter- 
reur. C'est alors que M. de Grandpré, prévenu comme il 
s'acheminait dans le pays ennemi, rassembla en hâte les com- 
pagnies de Dampvillers, Jamelz, Stenay, Mouzou, la Capelle, 
Charleville, Mézières et les carabins du marquis de Vandy 
avec M. de Givry. Dès qu'il eut réuni au moins une partie de 
ses troupes, il s'achemina sans perdre un instant, mais 
croyant Montai à Soupir pour tirer du côté de Laon, il se diri- 
gea d'abord sur Craonne. Dans la nuit du 1*^'" au 2 septembre, 
il apprit enfin la véiitable direction prise par les Espagnols. Il 
rassembla alors ses principaux officiers, Givry, Guy-Haudan- 
ger et Saint-Louis, et résolut de doubler sa marche : il passa 
entre Boult et Bazancourt, fit donner l'ordre à tous les paysans 
de s'armer sur la Suippe et sur la Vesle, et dressa un pont à 
Gormontreuil pour assurer au besoin la poursuite. Montai, 



PENDANT LA FRONDE . 261 

malgré la rapidilé de celle course, avait élé prévenu et on le 
trouva prêt à combattre, ayant mis ses troupes en bataille au 
bas de la Pompelle sur deux lignes, l'une de escadrons, 
l'autre de 5, avec 2 escadrons de réserve et 80 dragons au 
moulin pour garder le passage. Nos troupes s'avançaient 
également en deux lignes, l'une de cinq escadrons commandés 
par M. de Guy-IIaudanger, l'autre de trois, par M. de Givry, 
plus une de réserve aux ordres de M. de Pavant, formant en 
tout 6U0 hommes appartenant aux régiments de Grandpré, 
Bourlémont et Baradas, et à la compagnie de Madaillan. Les 
Espagnols avancèrent avec assurance sur nous à cause de leur 
supériorité numérique. M. de Grandpré, menant la première 
ligne, gagna le haut de la côte de la Pompelle, fit prendre le 
large cà ses hommes et, accompagné de 200 fantassins, « alla à 
la charge qui se fit la plus sanglante qu'aucune qui se soit 
encore vue. » Les ennemis, cependant, soutinrent assez vail- 
lamment ce choc, et, faisant avancer leur seconde ligne, ren- 
versèrent la nôtre. C'est alors que M. de Givry entra en ligne 
à son lour, pendant que Grandpré amenait lui-même l'esca- 
dron de réserve : la lutte demeura quelque temps incertaine, 
tant on se battait avec acharnement de part et d'autre, mais à 
ce moment M. de Guy-Haudanger, ayant rallié ses hommes, 
attaqua l'ennemi en flanc et le culbuta à ce point que M. de 
Montai prit précipitamment la fuite par la chaussée du château 
et repassa le pont du moulin avec un tel désordre qu'un certain 
nombre des siens s'y noyèrent. Ayant eu la présence d'esprit 
de faire rompre le pont, nos hommes furent arrêtés dans leur 
poursuite. M. de Givry courut alors passer la Vesle à Gormou- 
treuil, mais Montai avait eu le temps de rassembler son monde 
en se dirigeant sur Livry. Il perdit M. de Foix avec un certain 
nombre d'officiers, deux cents prisonniers et ses drapeaux. 

Parmi les officiers français qui se distinguèrent dans cette 
affaire dont les conséquences furent si importantes pour la 
Champagne, la Gazette cite, outre les chefs que nous avons 
djà nommés, MM. du Bois, le baron de Cornay, du Menil, de 
la Marche, de la Grave, capitaines ; de Saint-Jean, lieutenant 
au régiment Grandpré ; de Montmcllant et des Fossés, capitai- 
nes de cavalerie, d'A.mbly, colonel de Bourlémont, Davis et de 
Romilly, capitaines, Bretoneau, lieutenant — tous trois griève- 
ment blessés ; — de Forgue, capitaine de l'escadron de Roque- 
pine, qui fut tué avec trois de ses officiers ; de Saint-Quentin, 
fils du gouverneur de Jamelz, de la Rivière, de Saint-Germain, 
de Bréville, du Bois ; des Portes, capitaine de fantassins. 
Comte Ed. de Barthélémy. 



LES FIEFS 

DE 

LA MOUVANCE ROYALE DE COIPPY 

^ RÉPERTOIRE HISTORIQUE & ÂNÂLITIQIIE 
PRÉCÉDÉ d'une Étude sur les fiefs 



8 janvier 1776. Dénombrement du quart de Pisseloup et de 
Velle en partie, présenté par Ignace-Pierre-Marie de Bernard 
de Montessus, chevalier de l'ordre militaire et hospitalier de 
Saint-Jeau-de-Jérusalem, seigneur de Pisseloup, Velle, Be- 
toncourt, en partie, et du fief du Moulin-Neuf, fils et héritier 
de François-Salomon de Bernard de Montessus, seigneur et 
baron de Vitrey, Chauvirey, Ouge, la Quarte, etc., ledit 
dénombrement reçu le 26 avril 1776. (Original en parchemin, 
carton Q' 995 aux armes de Bernard de Montessus : d'azur au 
chevron d'or, accompagné de trois étoiles d'argent posées 
deux en chef et une en pointe.) 

18 décembre 1776. Hommage d'une partie desdites terres, 
par Jean-François Benoit d'Anrosey, écuyer, à cause de l'heu- 
reux avènement. (P. 1773 et Reg. 48.) 

20 décembre 1776. Hommage d'une autre partie, par Sébas- 
tien Legros d'Epinant, écuyer, pour l'heureux avènement. 
(P. 1773 et Reg. 48, f^ 50.) 

13 août 1777. Hommage d'une partie, par Charles Tugnot 
et consorts, pour l'heureux avènement. (P. 1773 et Reg. 48, 
f'' 99.) 

GHÉZEAUX 

Ghezeaux [Cas/r, Casuis), Ghassaulx, Chessaulx, Ches- 
saux, Chesaux, est une commune du canton de Varennes et 
de l'arrondissemeut de Langres (Haute-Marne). 

* Voir pap^e 191, tome XIX, de la Revue, de Champat/ne cl de Brie, 



LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 263 

Le fief et les dîmes de Chezeaux appartenaient anciennement 
à la maison de Ohoiseul. En 1216, Raynard II, qui en était 
seigneur, fil don à l'abbaye de Molesme et au prieuré de Va- 
rennes, à charge d'une messe à perpétuité, pour le repos de 
son âme et de celles de ses prédécesseurs, du tour banal et du 
moulin de Cliezeaux, avec la tierce des terres cultivées et d'un 
cens de quatre deniers sur chaque maison nouvellement cons- 
truite. Ce fut là l'origine de la seigneurie ecclésiastique de ce 
lieu, qui conférait au prieur le droit de collation à la cure*. 

La seigneurie laïque était, au xv° siècle, entre les mains des 
Vergy-Bourbonne, qui la transmirent par alliance aux Bauffre- 
mont. Passée, également par mariage, à la maison de Livron, 
elle y resta, après bien des tribulations, jusqu'en l'année 1733, 
où elle fut acquise, sur Aune-Erard-Jean-Bapliste de Livron, 
par Joseph-Louis de la Marche, qui la vendit, en 1748, à 
Gabriel-Jean-Baptiste Pavée, écuyer, seigneur de Vendœuvre, 
conseiller, secrétaire du roi et munitiouuaire général des 
armées"". Elle passa ensuite à son gendre, M. de Bovier de 
Saint-Julien, chevalier, président en la Chambre des Comptes 
de Dauphiué. Ses fils l'aliénèrent dans la première partie du 
siècle courant. 

Il existait, au xv siècle, une famille du nom de Chezeaux 
qui a possédé moitié du fief de Chaumondel et de Pisseloup, et 
qui s'est éteinte, au milieu du siècle suivant, dans celle de 
Pointe. On ne trouve aucune trace de ses rapports d'origine 
avec la localité dont elle portait le nom. 

Il semblerait, par le dénombrement du l^"^ novembre 1460, 
de Jean de Bauifremont, seigneur de Mirebeau, mis à la suite 
de celui de Bourbonne, que la terre de Chezeaux était restée 
jusque-là un franc- alleu. Ce document inédit offre un lel iulé- 
rèt, en raison de cette indication et des renseignements qu'il 
contient sur la condition des habitants de la seigneurie, que 
nous n'hésitons pas à en reproduire la teneur en nole\ 



1 . Cartulaire de Molesme, Arch. de la Côte-d'Or. 

2. La famille Pavée de Vendœuvre a reçu, sous l'Empire, un titre de 
baron et a donné un pair de France sous le gouvernement de Juillet. 

3 Item je congnois et conffesse tenir en foy fîed et homaige du Roy, 
mondit seigneur, à cause du ressort et chastellenie dudit Coifly, la ville et 
seignoi-ie, linaige, territoire et toutes les appartenances de Chesaux dessoubz 
Coilïy et les membres et fiedz appartenant a icelle ville cy après déclairez. 



264 LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 

Ghezeaux possédait, au moyen-âge, une maison forte douti 
n'existait déjà plus que des ruines, en 1460, ainsi que le cons- 
tate le dénombrement de Jean de Bauffremont. La mention de 
ce château continua d'être faite sur les aveux de la seigneu- 
rie. Le 23 avril 1509, Nicolas de Livron en donnait la descrip- 
tion suivante : « Et soulloit avoir maison forte audit Chesaulx 



Et premièrement je suis seigneur dïeelle ville en laquelle j'ay toutes haulles 
justice moienne et basse, bois, rivière, garenne, et me loist et puis mettre 
en ladite ville tous officiers de par moy, comme bailli, prevost, maieur, ser- 
gent, gruiers et autres tant et tel qui me plest et que en madite ville sont 
nécessaires, laquelle ne fut oncques rcprinse devant par mon grant père, 
mon père ni de moy. Item j'ay en icelle ville sur une place ruinaist et inha- 
bitable où il souloit avoir une forte maison à cause de laquelle j'ai au plus 
près d'icelle une grange et le grangeage qui y appartient, c'est assavoir 
environ XXX faulx de pré et IIIIxx journaulx de terre arrable séant ou 
linaige dudit Chesaux, et plusieurs lieux avec le moulin bannal qui est au 
plus près d'icelle place et grange, lequel grangeage et moulin puei bien 
valoir par an VJIIxx pénaux à la mesure dudit Chesaux par moitié froment 
et avoine. Item oudit finaige et en trois lieux environ Ile arpens de bois de 
haulte feustez. C'est assavoir le bois de Mouti'auron, le bois de la V'andue 
et bois de vers Soyers qui sont bannaux et puet bien valoir la paisson par 
communes années XX sols, et tous ceulx qui y sont trouvés mesobeissans 
sont acquis ou amaudables, lequel qu'il me plest. Item j'ay une vigne des- 
sus l'une de mes corvées' en laquelle a environ cent ouvrées de vigne. Item 
en ladite ville a de présent XXIIII mesgnées (a) d'hommes qui sont de 
franche condition chartrées en telle manière qui s'ensuit, que me doivent et 
eslissent chacun an, au lendemain de Pasques, trois hommes de entre eulx 
dont je fais, duquel qu'il me plaist, mon maieur et li autres sont eschevins 
pour gouverner ma justice et bailler conseil, et par dessus eulx puis mettre 
autres officiers s'il me plaist, et se puelleat lesdits habitans obliger par point 
de leurs Chartres a quelconque personne que ce soit sans ma licence, sinon 
l'un et l'autre ne aucunement ne se povoit absenter, ouquel cas s'ils demeu- 
rent an et jour sans revennir ou lieu pour demeurer, tous leurs héritaiges 
me sont acquis, et ce ilz s'en vont et ilz sont trouvez ilz perdront tout. Item 
lesdiz habitans me doivent chascun an, au jour de Pasques, chacun uug 
chapon ou X'V deniers. Item doivent en fait de commun a cause de la me- 
seane {h) chascun an au jour de la Penlhecoste XXV sols t. Item eul.^: et 
tous autres tenant prés en la fin dudit Chesaux me doivent le jour de la 
foste Saint-Pierre et Saint-Pol, pour chascune faulx de pré II deniers t. et 
en délaut de paier l'amende, qui valent par communes années XV sols t. 
Item lesdits habitans doivent chascun feu au jour de la feste Saint-Remy 
XII deniers et un ponault moitié froment et avoine et une géline, sur peine 
de paier l'amende. Les exploix de justice d'icelle ville peuvent valoir par 
communes années XX sols t. Item doivent à ce mesme jour de Sainl-Kemy 



(a) Mesgnée, mesgniée, famille, maison. (Glossaire de Du Cange.) 

(b] Le mot mosseane doit venir de mesnie qui signifie famille, maison et 
tous ceux qui la composent. (Voir Du Gange.) Il ue saurait dériver du 
mot lalin messis. 



LES FIEFS DE LA. MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 265 

laquelle est de ruyne et toute abattue desmolie par la fortune 
des guerres qui ont esté cy en arrière sur les marches, là ouïe 
dit villaige do Chesaulx est scitué ; et pour Tapparence d'icclle 
maison il y a encore ung portai dont il ny a que les deux pans 
de la muraille de la porte là ou souloit estrc ladite maison 
et chaslcl et apparance des fossez qui estoicnt autour de ladite 
maison et chastel ^ » 

Le château de Chezeaux ne fut jamais reconstruit, et ce 
qu'on décore de ce nom n'était que l'habitation du fermier, 



les maaaiges (a), c'est assavoir pour lesdiz habitans en quelque nombre 
qu'ils soient doivent faucher et faire mes prés, et chascun harnoix de ladite 
ville doit charroier mesditz foings un jour en trois. Item doivent le guet et 
garde en madite maison, si je la refaisois, chascune nuit, deux habitans, à 
peine do l'amende Item chascune charrue traihant en ladite ville me doit 
six corvées, c'est assavoir deux au tramoix, deux au sombre et deux au 
semer les blez, et y a pour le présent IIII charrues qui font XXIIII journées 
esdits trois saisons. Item lesdiz habitans, en quelque nombre qu'ilz soient, 
me doiveut chascun an cueillir, lever, moissonner et mettre en ma grange 
dudit Chesaux tous mes blés et avoines, labourer en mes terres et corvées 
en quelque nombre que s'en soit. Item en madite ville de Chesaux a ung 
fied que tient Loys de Cuney doni il est mon homme, et le tient ledit Loys 
à cause de Husson de Blanonville et y a environ V mesgniés d'ommes qui 
sont de la condition et chartre des autres mes hommes, ensemble et avec 
plusieurs autres héritages, et comme par sa déclaration puet apparoir et puet 
valoir ce que tient de rente X livres t. Item les rentes que souloit tenir feu 
Thiébault de Graffigny ou ban et finaige de Chesaux partable contre le 
prieur de Varennes, lesquelles ledit Thiébault tenoit à sa vie et après son 
décès me sont revenues. Item en ladite ville a un banvin qui dure dix sep- 
maines après Pasques chascun an. Item en ladite ville (pour lods) de tous 
les héritages que l'on vend, l'on lui doit pour livre II sols t. dont le maieur 
prent la moitié et moy l'autre. Item je doys avoir la garde chascun an, à 
Varennes, le soir et le jour de la feste Saint-Gengoul, et me doit le prieur 
à cause de ladite garde X livres, pour laquelle garde ledit prieur a interjecté 
appellation en parlement à Paris, et proteste en tant qu'elle me sera adjugiée 
de la mettre et déclairei- plus a plain eu cest présent dénombrement. Item 
pareillemeut ay la garde de la ville de Celles chascun an le jour de la feste 
Saint-Wruignard, pour laquelle il m'est deu audit jour XX sols t. dont 
d'icelle, je suis en procès à Sens. — (Suit le dénombrement de Parnot.)... 
En tesmoing de ce j'ay signé ce présent dénombrement et déclaracion de 
mon seing manuel en sceellement de mon seel armoyé de mes armes cy mis, 
le premier jour du mois de novembre l'au mil quatre cens et soixante. (Arch. 
nat.^ original en parch., Reg. P, 177', pièce n» V.) 

1. Arch. nat. Dénombrement de Bourbonne, Ghezaux et Parnot. (Keg. 
P. 177', pièce XIV, orig. parch.) 



(a) Manaige, masnaige, masnage a la même signification que mesnie, 
famille, maison, feu. 



266 LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE GOIFFY 

construite au siècle dernier par M. Pavée de Vendçeuvre qui la 
définit de la manière suivante dans son dénombrement de 
1750 : « Une belle et grande maison pour un fermier, bastie à 
neuf, située audit Cheseaux, vis-à-vis la maison curiale, avec 
une cour et un beau colombier à pied, rempli de pigeons, des 
jardins potagers et fruitiers derrière^ » 

Consistance du /^e/ d'après le dénombrement du 20 novem- 
bre 1750 de M. Pavée de Vendœuvre, — Haute, moyenne et 
basse justice ; — nomination de majeur, bailli, lieutenant, 
procureur d'office, greffier, tabellions, sergents et autres offi- 
ciers exerçant la justice, laquelle peut rapporter 15 livres par 
an ; — droit de lods et ventes à raison d'un sol pour livre, 
évalué à 60 livres par an ; — droits honorifiques et de pré- 
séance à l'église avec banc dans le chœur ; — droit de retrait 
féodal sur tous les héritages ; de vendanger avant les habitants 
du lieu ; de moulin banal valant, par an, 300 livres; — droit 
de cens de 20 livres d'argent et de six chapons, sur un autre 
moulin appelé le Moulinot ; — halle contenant deux pressoirs 
banaux, affermés 100 livres ; — la place où était autrefois la 
maison seigneuriale, appelée la maison forte, sise à Chezeaux, 
près du moulin, avec jardin et un journal de terre, produisant 
le tout environ 35 livres ; — une grande et belle maison pour 
le fermier, avec cour, colombier, jardins, vergers, chenevières, 
de la contenance totale d'environ quatre journaux, ^lant 60 
livres par an ; — droit de chasse et de pêche, évalué 30 livres ; 

— droits d'amende pour les déUts commis dans les bois, d'épa- 
ves, de confiscation et d'aubaine^, valant environ 60 livres ; 

— redevance de 12 livres par chaque laboureur de charrue 
entière de six bêtes au plus ; de 9 livres par demie charrue de 
trois bêtes, de 6 livres par chaque manouvrier et veuve tenant 
feu ; plus un chapon et une poule due par chaque ménage, le 
tout évalué à 800 livres' ; — dîmes en grains et en vin sur le 



1. Arch. nat. Dénombremeut de Chezeaux. (Carton Q' 69-1.) 

2. La Chambre des Comptes raya le droit d'aubaine. 

3. Auparavant, chaque habitant payait au seigneur de Chezeaux, a la 
Saint-Martin d'hiver, 2 pénaux de blé et 'i pénaux d'avoine, pour droit do 
feu ou d'échet, plus 4 pénaux de blé et 4 pénaux d'avoine et 4 sous par 
charrue de 5 bêles et au-de.ssus ; moitié par charrue de 4 bêtes ; un pénal 
d'avoine et un sol par charrue de 2 bêtes : 10 sous à la Circoncision pour 
droit de four banal, une poule à la Saint-Martin et un chapon à Pâques. Ces 
droits furent maintenus en faveur du seigneur de Chezeaux par arrêt du 
parlement du 5 mai 1738, avec paiement des arrérages depuis le 31 juillet 



LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 267 

finage de Ghampigny \ du côté de Greffigny, à raison d'une 
gerbe par dix, et d'un fût par dix, valant environ 150 livres, 
non compris d'autres dîmes sur quelques cantons du finage de 
Chezeaux, non évaluées ; — les forains et non résidants, au 
nombre d'environ 70, doivent pour droit de charrue et autres 
environ 100 livres, plus 20 livres pour leurs prés ; — Gens 
de 80 livres sur environ 40 journaux de terre et 150 ouvrées 

1715. Par une transactiou du 31 août 1748, ces redevances furent fixées 
comme il est indiqué au dénombrement du 20 novembre 1750. 

1. La seigneurie de Cbampigny, aujourd'hui commune du canton de Va- 
rennes, appartenait presque exclusivement à l'évêquo de Langres et au prieur 
de Vàrennes. Dès l'an 1095, Henri de La Forte etEugarde, sa femme, avaient 
fait don aux religieux de Vàrennes de leur maison de Campaniaco et de ce 
qui en dépendait. A quelque temps de là, Raynier de Choiseul, qui était 
aussi seigneur à Cbampigny, avait accordé aux mêmes religieux sa corvée, 
le droit de pâturage pour leurs bestiaux dans toute l'étendue de son fief, et 
d'autres avantages encore dont on trouve le détail au cartulairc de Molesme, 
et au tome XXI de la collection de Champagne, conservée aux manuscrits 
de la Bibliothèque nationale. — La charte de 1101, par laquelle Robert de 
Bourgogne, évèque de Langres, confirma les donations faites antérieurement 
à l'abbaye de Molesme, mentionne l'église de Cbampigny : Ecclesiam Cam- 
paniaci. (Gallia Christ, t. IV, col. 149 et 150.) 

On a donné diverses étymologies du nom de Cbampigny. Les uns y ont 
trouvé la preuve d'un combat : Campus pugnae ! D'autres le souvenir d'un 
vaste incendie : Campus ignis ! D'autres enfin, les délicats, ceux-ci, comme 
les appellerait M. Houzé, auteur d'une étude estimée sur les noms de lieux 
en France, ont reconnu dans le suffixe igny : 

Un signal enflammé, messager du péril ! 

C'est à n'y voir que du feu ! Cbampigny, le Campaniacum et quelquefois 
par altération le Campigneium des anciennes chartes, signifie simplement la 
propriété de Campanus. Ce n'est pas, en effet, comme le rappelle M. Houzé, 
dans la langue latine qu'il faut aller chercher l'explication de la terminai- 
son igny. C'est dans la langue de nos pères, dans notre vieux Gaulois. La 
finale celtique ec.ou ac. ou auc, donnait aux noms propres, avec une forme 
adjective, un sens de propriété. Ainsi de Campanus on faisait Gampani-ec, 
Campani-ac suivant la région, et l'on prononçait Campagniec, Campa- 
gniac. Les Romains en adoptant le suffixe gaulois, et en le transformant 
souvent en a, eu y, en ieu, et en cy, lui donnèrent la terminaison um, autre- 
ment dit le latinisèrent. De Campaui-ac ils firent Campani-ac-um, Cam- 
pani-ey-um, et en y adoptant le g de la prononciation habituelle, Campa- 
gniacum, Campagnieum, d'où les noms de Champigny, Champigney, 
Champignac, Champagny, Champagnac et autres variantes. La même 
règle s'applique aux noms d'Arbigny (Arbiniacum), Moutigny {Montinia- 
cum), Orbigny (Orbiniacum) , Graftigny et autres de notre région. (Voir 
l'ouvrage de M. Houzé sur les noms de lieux en France, 1864, p. GO à 62 
et 113.) — Cette question des noms de lieux en acum, en ay, ey, y, igny, 
etc., a fait l'objet d'une très intéressante dissertation à la section d'histoire, 
lors de la réunion des Sociétés savantes à la Sorbonne, en 1884. L'accord 
est fait sur la question. 



268 LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 

de vignes, sis à Graffigny et laissés à cens aux habitants de 
Ghampiguy, en partie ; — plus 65 paires, mesure de Ghe- 
zeaux, la paire valant 4 livres en moyenne, soit 260 livres, sur 
trois corvées dépendant de la maison forte et formant 48 jour- 
naux et demi, et sur la corvée du Sorbier, derrière le village, 
formant G journaux, valant les 4 corvées 65 paires, dite mesure 
de Ghezeaux ; — plus trois corvées de 16 journaux chacune, 
au canton de la Vesvre, rapportant environ 20 paires, à 4 livres 
par paire ; — plus 32 fauchées de pré, aux prés Menignon, du 
Treuil, de la Gour, du bas d'Airon, à 10 livres l'une; — plus la 
ferme de la Grange-Neuve, avec maison neuve, granges, écu- 
ries, greniers, cour, jardin, vergers et une pièce de terre de 90 
journaux, avec 17 fauchées aux prés des Gloches, de la Voye, 
de Laferté et derrière les Roises, la totalité de ladite ferme amo- 
diée 600 livres ; — plus la ferme du Pimont, près du bois de la 
Vendue, consistant en trois mauvaises maisons avec granges, 
écuries, jardins, 40 pénaux de terres labourables et quelques 
fauchées au pré des Gloches et au pré Jean Roussard, la tota- 
lité de la ferme amodiée six bichels de blé, six bichets d'avoine 
et 100 livres d'argent; — plus le marais appelé Leguière, au 
finage de Ghezeaux, près de Ghampigny, de 30 fauchées et 
demie, plus 75 fauchées de la seigneurie et acquises de divers 
particuliers ; — plus une pièce de pré de 105 fauchées et 
demie, d'un seul tenant, entourée de saules et de grands fos- 
sés et saignées pour le dessécher, de nulle valeur quant à pré- 
sent, et pouvant, dans la suite, avec les autres prés, rapporter 
environ 1000 livres ; — plus 68 ouvrées de vignes touchant 
au bois de Montforgon ; — plus 50 arpents au bois de Monl- 
forgon, valant 200 livres l'arpent ; — 80 arpents au bois de 
la Vendue, de môme valeur, 160 arpents un quart, cédé par 
les habitants de Ghezeaux eu vertu de la .transaction du 
11 août 1748. 

Inventaire des titres^. 

1°'' novembre 1460, Dénombrement de Ghezeaux, par Jean 
de Bauffremont, chevalier, seigneur de Mirebeau. 

28 septembre 1461. Souffrance accordée à Pierre de Bauffre- 
mont pour présenter son dénombrement. 



1 . Les hommages et les déuombremcnts de Ghezeaux figurout avec ceux 
de Bourhonne et de Parnot, sur les mêmes actes, uous renvo3'ons pour plus 
de détails sur la période de 1400 à 1618, à la liste que nous avons donnée 
à rinveutaire dos titres de Hourbonne. 



LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 269 

28 mcai 1 198. Foi et hommage de Ghezeaux, par Bertrand de 
Livron. 

4 avril 1508. (N. S. 1509.) Foi cl hommage, par Nicolas de 
Livron. 

23 avril 1509. Dénombrement, par Nicolas de Livron. 

7 juin 1519. Foi et hommage, par Nicolas de Livron. 

14 avril 1529. Foi et hommage, par Claude de Livron. 

6 avril 1530. (N. S. 1531.) Foi et hommage, par Nicolas de 
Livron. 

15 janvier 1538. (N. S. 1539.) Dénombrement par ledit 
Nicolas de Livron. 

29 septembre 1550. Foi et hommage, par François de 
Livron. 

8 mai 15G0. Dénombrement, par le même. 

14 août 1574. Dénombrement par Erard de Livron. 
21 août 1618, Foi et hommage par Charles de Livron. 
Lacune . . . 

7 avril 1683. Foi et hommage de Chezeaux, par François 
Forendel, commissaire aux saisies réelles. Ladite terre saisie 
réellement sur Marie de Galant, veuve de Nicolas de Livron. 
(P. 1773. Inventaire.) 

10 juin 1684. Foi et hommage, par Joseph-Remy de Livron, 
pour ladite terre, acquise par lui, avec celle de Parnot, pour 
30,000 livres, de Hiérosme-Ignace Goujon, marquis de Thuisy. 
qui l'avait acquise par décret, fait aux requêtes du palais, 
moyennant 27,500 livres. (P. 1773.) 

l*^"" juillet 1716. Hommage de Chezeaux, par François Pel- 
letier, comme acquéreur de Anne-Erard-Jean-Baptiste de 
Livron et de Charlotte de Netiancourt, sa femme ; le quint et 
le requint hquidés cà 7,800 livres. (P. 1773, et Registre 85, 
copie.) 

16 décembre 1722. Hommage, par Anne-Erard de Livron, à 
cause du joyeux avènement, et comme ayant évincé François 
Pelletier, par sentence du Chàtelet, faute de paiement de prix 
de ladite terre. (P. 1773 et registre imprimé dudit au.) 

14 septembre 1733. Hommage, par Joseph-Louis de la 
Marche, comme acquéreur d'Anue-Erard-Jean-Baptiste de 
Livron ; le quint et le requint liquidés à 7,440 livres. (P. 1773 
et Reg. 29.) 

8 mai 1748. Hommage, par Gabriel- Jean-Baptiste Pavée, 



270 LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFT 

écuyer, comme acquéreur du sieur de la Marche ; le quint et 
le requiut liquidés à 14,400 livres. (P. 1773 et Reg. 35.) 

20 novembre 1750. Dénombrement présenté le 7 décembre 
1750, reçu le V^ février 1751 (à l'exception du droit d'aubaine 
qui a été rayé pour la seigneurie de Chezeaux), par Gabriel- 
Jean-Baptiste Pavée, écuyer, conseiller, secrétaire du roi, 
maison et couronne de France et de ses finances, seigneur de 
Chezeaux et dépendances, relevant du roi à cause de son châ- 
teau de Coifîy. (Original en parchemin, scellé des armes du 
dénombrant : d'or au paon au naturel ; au chef d'azur chargé 
d'une croisette, accostée de deux étoiles d'or. — Cart. Q' 604, 
P. 1773 et Reg. 43.) 

29 août 1766. Hommage, par François-Claude de Bovier de 
Saint-Julien, à cause de Louise-Marie Pavée, sa femme, fille 
et héritière de Gabriel-Jean-Baptiste Pavée. (P. 1773 et 
Reg. 43.) 

14 mai 1767. Dénombrement de Chezeaux, par messire 
Claude Bovier de Saint- Julien, chevalier, conseiller du roi en 
ses Conseils, président en la Chambre des Comptes de Dau- 
phiné, seigneur de Saint-Julien, Vourey, Salvaing-les-Vourey, 
Labuisse, Saint-Julien-de-Raz et autres lieux. (Original en 
parchemin, carton Q' 694. P. 1773 et Reg. 43. Scellé des 
armes de Bovier : échiqueté d'argent et de sable de quatre 
traits ; au chef pallé de sable et d'argent de six pièces.) 

o juin 1776. Hommage de Chezeaux, à cause du joyeux avè- 
nement, par ledit président Bovier de Saint- Julien. (P. 1773 
et P«.eg. 47.) 

GUYONVELLE 

On croit que Guyonvelle {G-uyonis ou Guidonis villa), com- 
mune du canton de Laferté-sur-Amance, arrondissement de 
Langres, dans le département de la Haute-Marne, a pris nais- 
sance, au moyen-âge, d'un château construit par un seigneur 
de Laferté, nommé Guy ou Guyon'. 

Le domaine de Guyonvelle était un franc- alleu. Gauthier II 
de Vignory, seigneur de Laferlé, le plaça, en 1265, pour une 
rente annuelle de quarante livres, sous l'hommage et devoir 
du comte Thibaut de Champagne, de qui il reprit également 
Laferté, qu'il reconnut : « Jurable et rcndable à Thibaut con- 



1. La Haute-Marne aucienue et moderne, par M. Jolibois, archiviste, art. 
Guyonvelle. 



LES FIKFS DK LA. MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 271 

Ire tous, sauf la lij^ité aux seigueurs de Viguory et de Choi- 
seul, à la charge que ladite Ferté sera rendue huit jours après 
que le comte s'en sera aide '. » 

Un fait assez particulier à noter, c'est que, jusqu'au milieu 
du xvii« siècle, on ne retrouve, soit dans les actes originaux, 
soit dans les répertoires des hommages de Champagne, prove- 
nant de la Chambre des Comptes, qu'une seule pièce relative 
à Guyonvelle. C'est l'hommage rendu au roi, le 26 mai 1498, 
par Philippe de Chevery, pour ce qu'il y tenait en cens et 
autres revenus. On sait, cependant, qu'en 1540 Antoine d'An- 
glure, et en 1577, Gaspard, sou fils cadet, rendirent hommage 
pour ce qu'ils possédaient à Guyonvelle, Bonnecourt, Pisse- 
loup, Velles. etc2. Néanmoins, il paraît certain que cette sei- 
gneurie^ fut pendant un certain temps distraite de la mouvance 
royale, et que ce ne fut qu'à partir de la fin du xvii^ siècle 
qu'elle fut définitivement rattachée à Coifîy. 

Quoiqu'il en soit, cette terre était possédée, en grande par- 
tie, dès le milieu du xV^ siècle, par la famille Le Bœuf, repré- 
sentée, en 1 461 , par Guy Le Bœuf, écuyer, seigneur de Guyon- 
velle, témoin d'une donation, faite par Jacques de Doncourt, 
seigneur de Bize, à l'abbaye de Beaulieu. En 1551, autre Guy 
Le Bœuf, chevaher de Malte, commandeur de Thors et de la 
Romagne, seigneur en partie de Guyonvelle, fit ériger, dans le 
cimetière de cette paroisse, une fort belle croix eu pierre qui a 
été détruite pendant la révolution. 

Guyonvelle entra dans la maison d'Anglure par le mariage 
de François, avec Béatrix Le Bœuf. Pour suppléer à l'insuf- 
fisance des titres féodaux sur cette seigneurie, nous allons 
donner la filiation de ses seigneurs, d'après la généalogie qui 
servit à établir leur maintenue de noblesse, par M. de Cau- 
martin, intendant de Champagne S en vertu de la déclaration 
du Roi du 22 mars 1666. 

1. La Haute-Marne ancienne et moderne, par M. Jolibois. Articles Guyon- 
velle et Laferté. 

2. Ibidein. Article Anglure. 

3. Le registre des Inventaires d'hommage de la Chambre des Comptes, 
coté P. 1773, porte en effet, à la page 147, la mention suivante : « Guyon- 
velle, suivant le terrier;, mouvant de Goiiîy », et plus loin : « Par l'acte du 
13 novembre 1657, on soustient qu'elle est mouvante de Coiily, ce qui es 
au dix-septiesme registre aux causes, folio 140 ; jugement en pure perte du 
27 juin 1663, et défaut de jugement du 21 février 1683, registre audit an, 
folio 15. )) (Archives nationales, Paris.) Les registres aux causes n'existent 
plus. 

4. Cette généalogie qui comprend toutes les branches existantes de la 



272 LES FIEFS DE LA MOU VAN' CE ROYALE DE COIFFY 

I François d'Anglure, chevalier, était le deuxième fils d'An- 
toine d'Auglure et de Jeanne de Rochebaron. Veuf en premiè- 
res noces de Marie, fille de Gillequin de Choiseul, seigneur de 
Challevraine, dont il n'avait eu qu'une fille, Jeanne, dame de 
Bonuecourt, et de Ravennefontaine, il se remaria à Louise de 
Vienne, qui ne lui laissa pas de postérité. De son union avec 
Catherine Le Bœuf, dame de Guyonvelle, vivant eu 1517, il 
eut cinq enfants : 1'^ Antoine, qui suivra; 2" Catherine, femme 
de Philippe de Tresloudans ; 3" Louise, mariée à Jean de Choi- 
seul, seigneur de Bronvilliers ; 4° Isabelle, religieuse ; 5°Bona- 
veuture, mariée, le 6 août 1537, avec François de Vy, seigneur 
de Longe velle. Il laissa aussi un fils naturel appelé Mengin de 
Nuisement, qui épousa Jeanne de Charnage. 

IL Antoine d'Anglure, seigneur de Bounecourt et de Guyon- 
velle, en 1538, épousa Jeanne de Saulx, fille de Girard de 
Saulx, seigneur de Vantoux et de Jeanne de Saint-Seine. De- 
venue veuve, Jeanne de Saulx se remaria avec Hubert Faul- 
quier de Ghauvirey. De sa première alliance, elle avait eu trois 
enfants qui, en 1561, étaient sous la tutelle de Jean de Choi- 
seul, seigneur de Valeroy, leur oncle, savoir : 1" Philippe, dont 
l'article va suivre; 2° Gaspard, qui fit branche'; 3'^ Jean 
d'Anglure. 

{A. suivre.) A. Boxvallet. 



famille d'Anglure, au moment de la Recherche des usurpateurs de noblesse, 
se trouve à la Bibliothèque nationale à Paris, à la fin du tome 67, des Titres 
originaux. Moréri et la Chesnaye des Bois qui ont donné la généalogie de 
cette maison, n'ont pas reproduit celle des branches de Bounecourt et 
de Guyonvelle. 

1. Celte seconde branche de Bonnecourt eut de l'éclat. Gaspard d'An- 
glure, chevalier, seigneur de Bounecourt, cité plus haut, épousa en premiè- 
res noces Christine de Ligneville, fille de Jacques de Ligneville, capitaine 
général de l'artillerie de Lorraine, dont il n'eut que deux filles, et en secon- 
des noces Barf)e de Ludres, qui le rendit père de deux enfants : 1» de Gas- 
pard d'Anglure, gouverneur de Jamets, grand maître et chef des finances de 
Lorraine, qui eut postérité de Charlotte de Galéan, sa femme ; 2" d'Henri 
d'Anglure, seigneur de Bonnecourt, conseiller d'Etat et gentilhomme de la 
Chambre du duc de Lorraine, en 161(), uni en premières noces à Marguerite 
de Lalain, fdle d'Antoine de Lalaiu, chevalier de la Toison d'or, et de Léo- 
nore de Montmorency ; puis en deuxièmes noces à Cléophas de Béthunc. Il 
eut de .sa première union trois enfants : Philippe d'Anglure, seigneur en 
partie de Bonnecourt ! AlexanUre, jésuite, et Elisabeth dame du ch.ipîlre de 
Remiremont, puis religieuse de Sainte-Claire de Bar. 



HISTOlRlî DE L'ABBAYE D'ORBAIS 



PAR 



DOM DU BOUT 



« Iceluy nôtre dit Grand Conseil par son arrest du deuxième 
« jour d'avril 1574, du règne de feu nôtre très cher seigneur 
a et frère le Roy Charles IX, en faisant droit sur ladite requête 
« du 4 aoust et appellation interjettée par ledit de la Croix de 
3 ladite sentence du 1 3 novembre ' et procédures dudit Auroux 
« et Pères réformateurs, a mis et met au néant ladite appella- 
« lation et ce dont a été appelle au néant, en ce qu'il est or- 
« donné que ledit Picot seroit prieur de ladite abbaye et que 
« séparation seroit faite du revenu d'icelle entre l'abbé et les 
« religieux à commencer au jour Saint-Remy loTO, et que 
« cependant ledit de la Croix délivreroit ausdits religieux 
« vingt cordes de bois, un millier de fagots et douze cens 
« livres, et, en amendant le jugement, nôtre dit Conseil a 
« ordonné et «)rdonne qu'il sera mis en ladite abbaye lai reli- 
« gieux de bonne vie et doctrine, pour y être prieur prepétnel, 
« lequel sera nommé, pour la première fois, par les prieurs de 
« Saint-Martin des Champs, Saint- Germain des Prez et 
« Saint-Victor lez Paris, ou par les souprieurs eyi leur ab- 
« sence,, auquel prieur ledÀt ablé sera tenu iailler vicariat 
« irrévocable pour l'observance et correction régulière, et que 
« lesdits Picot, Odot et Maillard et autres religieux de ladite 
« abbaye rentreront en icelle, et avec eux et ledit prieur sera 
« le nombre des religieux de ladite abbaye remply jusqu'à 
a huit prêtres et quatre novices, l'un desquelz prêtres sera 
« pris de doctrine suffisante pour enseigner les novices, aus- 
« quelz sera baillé vingt livres par an par lesdits prieur et 
« religieux pour avoir des livres, auxquelz prieur et religieux 
« nôtre dit Conseil enjoint de demeurer et résider en ladite 
« abbaye, y vivre en commun au réfectoir, coucher en dortoir, 
« et observer en tout la régie saint Beooist, et ce qui a été 

* Voir page 97, tome XIX, de la Revue de Champagne cl de Brie. 
\ . [Lisez 3 novembre.] 

18 



No min atio n 
d'un prieur et 
vicaire perpé- 
tuel à OrÉaiz 
par les prieurs 
de, etc... et 
pour la pre- 
mière lois 
seulement. 

Les religieux 
chassez par La 
Croix, rappel- 
iez par la jus- 
tice , qui les 
prend sous sa 
garde et or- 
donne à La 
Croix de les 
trailter person- 
nellement. 

Douze religieux 
dont l'un est 
établi maître 
des novices, et 
vivront en com- 
mun et cou- 
cheront aux 
dortoirs, etc. 



274 HISTOIRE DE l' ABBAYE D ORBAIS 

« ordonné par lesdils Pores réformateurs, aussi de porter 
« honneur et révérence audit de la Croix, et audit de la Croix 
« de porter affection paternelle ausdits prieur et religieux, luy 
« faisant et à ses serviteurs et domestiques inhibitions et dé- 
« fenses d'user de rigueur et mauvais traittemens envers les- 
« dits prieur et religieux, lesquelz nôtre dit Conseil a mis et 
« met en nôtre sauvegarde et de nôtre dit Conseil, et les a 
« baillez eu garde audit de la Croix. Et a iceluy nôtre dit Conseil 
« ordonné et ordonne que séparation sera faite par murs et ciô- 
« turesde pierresde la maison et logis dudit abbé d'avec les cloî- 
« très, dortoirs, réfectoir, infirmerie et autres logis desdits reli- 
« gieux, faisant laquelle séparation sera baillée par l'exécuteur 
« du présent arrest ausdits religieux portion commode de court, 
« jardins et préclôtures de ladite abbaye, et seront faites deux 
« portes et entrées diverses, l'une pour le logis dudit abbé, et 
« l'autre pour celuy desdits religieux, saus que ledit abbé ayt 
« aucune porte pour entrer de son logis en celuy desdits reli- 
« gieux que par l'église. Et outre a nôtre dit Conseil ordonné 
a et ordonne qu'il sera baillé chacun an par les fermiers de 
« ladite abbaye ausdits prieur et religieux, pour leur nourri- 
« ture et entretenement et de leurs serviteurs de cuisine, la 
« somme de quatre cens livres tournois en argent, six muids 
a huit septiers de bled-froment, mesure d'Orbaiz ou de Paris, 
fl au choix desdits religieux, quarante poinçons de vin bon et 
« loyal, et encore un poinçon de vin pour célébrer les messes, 
« et quarante cordes de bois et deux milliers de fagots faits et 
« rendus au logis desdits religieux aux frais dudit abbé; 
« plus pour le vestiaire desdits rehgieux, outre le même ves- 
a tiaire que le chambrier est tenu de fournir, la somme de 
« cent livres tournois par an, et pour les vivres, médicamens 
« et nécessitez des religieux malades retirez eu l'infirmerie, 
« soixante livres par an. Tous lesquelz deniers, bled, vin et 
a bois seront payez et délivrez en ladite abbaye par les fer- 
a miers d'icelle ausdits prieur et religieux de six mois en six 
« mois, par moitié et égale portion au premier jour desdits six 
« mois, dont le premier payement sera et commencera au pre- 
« mier jour du mois de may mil cinq cens soixante et quatorze, 
« et de ce faire et payer lesdits fermiers s'obligeront ausdits 
« prieur et religieux et couvent, et leur eu bailleront bonne et 
« suffisante caution pour, à faute do payement des choses des- 
« sus dites ausdits jours, eu estre lesdits fermiers et leur cau- 
« tion et chacun d'eux seul et pour le tout contraint par toutes 
a voyes et manières dues et raisonnables, même par empri- 



mSTOIRE DE L ABBAYE D ORBAIS 



275 



« sounement de leurs personnes, — le tout sans comprendre 
a les deux estaugs et leur réservoir dont par cy-devant les- 
« dits religieux ont accoutumez de jouir, e^isemble les foiida- 
« tioYis des mmiversaires et autres meniles rentes accoutumées 
« d'êt7-e levées par lesdils religieux, et les biens et revenus 
« affectez audit prieur, chamàrier et autres officiers de ladite 
i> abbaye., dont lesdits religieux, officiers et couvent jouiront 
« ainsi qu'ils avaient accoutumé du tems des précédens abbez. 
« Et a nôtre dit Conseil ordonné et ordonne que lesdits de- 
« niers, bled et vin cy-dessus adjugez ausdits religieux pour 
H leur nourriture seront employez par chacun jour par lesdits 
« prieur et couvent pour faire les portions desdits huit reli- 
« gieux prêtres et quatre novices qui seront au réfectoir ou 
« malades en l'infirmerie et non ailleurs, et encore que ledit 
« nombre des religieux ne se trouve en ladite abbaye, seront 
« lesdites portions faites, pour être les portions des défaillans, 
« ensemble les reliefs de table, par chacun jour portez et dis- 
« tribuez aux pauvres à la porte dudit couvent, et les cent 
« soixante livres destinées pour le vestiaire et infirmerie seront 
« employées par lesdits prieur et couvent pour les habits des- 
« dits religieux et nécessités de ladite infirmerie, et outre a 
« condamné et condamne ledit abbé à faire refaire les église, 
« cloître, dortoir, réfectoir, cuisine, infirmerie et autres bàti- 
« mens de ladite abbaye, et les mettre en bon et suffisant 
« état, et achepter les ornemens d'église et livres ordonnez 
« par lesdits réformateurs et meubles nécessaires pour lesdites 
« infirmerie et cuisine, et pour ce faire, ensemble pour fournir 
« aux frais nécessaires pour faire lesdites séparations et clô- 
ï tures et exécuter ladite réformation, lesdits fermiers seront 
« contraints par toutes voyes, même par emprisonnement de 
« leurs personnes, de fournir et consigner promptement la 
« somme de six cens livres sur le prix de leur ferme, sauf à 
« ordonner de plus grande somme par l'exécuteur du présent 
« arrest, et seront aussi lesdits religieux contraints de rap- 
« porter en ladite abbaye les calices, croson * et autres orne- 
« mens et meubles qu'ils ont emportés d'icelle, même ledit 
« Picot le lit et livres qu'il a confessé avoir par devers soy, et 
u néauLuioins les détenteurs desdits calice, croson et autres 
« choses dédiées pour le service de ladite église seront con- 
« traints de les rendre et restituer promptement en ladite ab- 
« baye par emprisonnement de leurs personnes, sauf leur 



Revenu du pe- 
tit couvent et 
des offices 
claustraux 
conservé aux 
religieux et 
couvent. 



1 . [Croison ou croix.] 



276 



HISTOIRE DE L ABBAYE D ORBAIS 



Cassation des 
ventée d'une 
partie du bien 
faites en 11109 
par N. de la 
Croix, abbé 
d'Orbaiz. 



« recours contre qui ils verront être affaire pour le recouvre- 
«C ment des deniers qu'ils prétendront avoir donnez sur les- 
« dites choses par forme d'engagement ou autrement ; et pour 
« r advenir ledit abbé sera tenu de fournir toutes choses néces- 
« saires pour l'entretenement de ladite église et bâtimcns de 
« de ladite abbaye, ensemble lesdits meubles et ornemens de 
« ladite église, luminaire et autres choses requises pour le 
a service divin, et faire les aumônes ordonnées par lesdits ré- 
(( formateurs, et supporter toutes charges ordinaires et extraor- 
« diuaires de ladite abbaye, sans préjudice toutefois des char- 
« ges que les officiers d'icelle seroient tenus de porter ; et à 
« faute de fournir par ledit abbé ou ses fermiers ce qui sera 
« nécessaire pour l'entretenement desdits bâtimens et fourni- 
ce tures desdits ornemens, meubles et aumônes, lesdits fermiers 
« y seront contraints par ordonnance du bailly de Vitry, ou 
a son lieutenant à Château-Thierry, auquel nôtre dit Conseil 
« enjoint de faire visiter lesdiles réparations et autres choses 
« susdites, et selon les rapports qui luy en seront faits, faire 
tt expédier mandements ausdits prieur et couvent pour con- 
« traindre lesdits fermiers de fournir les sommes qui auront 
« été par luy ordonnées. Et a nôtre dit Conseil ordonné et or- 
« donne que le surplus de ladite sentence dudit Auroux du 
« troisiesme novembre et ordonnance desdits Pères réforma- 
« teurs sortiront leur plein et [entier] effect et seront exécu- 
« tez selon leur forme et teneur. — Et ayant aucunement 
« égard à ladite requête du 22« septembre, nôtre dit Conseil 
■ enjoint audit de la Croix de faire exécuter le présent arrest 
et y obéïr, autrement, à faute de ce faire, il y sera con- 
« traint par saisie du temporel de ladite abbaye et sera pro- 
« cédé à la séparation et division du revenu d'entre lesdits 
« abbé et religieux, ainsi qu'il appartiendra par raison. — Et 
« pour le regard de l'appellation desdiles sentences des 
« deuxiesme et dix-septiéme novembre et de ce qui s'en est 
« ensuivi, nôtre dit Conseil a mis et met lesdites parties hors 
« de cour et de procez, sans répétition toutefois de ce qui 
« auroit été payé en vertu desdites sentences ausdits Picot, 
« Odot et Maillard. — Et quant à Tappellalion interjettée par 
lesdits religieux de l'adjudication desdites terres, maison et 
« étal)les dépendantes de ladite abbaye, nôtre dit Conseil dit 
« qu'il a été mal, imllement et abusivement procédé par ledit 
« Musfiuin, Jjicn appelle par lesdits religieux-, a cassé et an- 
« nulle, casse et aunuUe lesdites ventes et adjudication par 
« luy faites, et a condamné et condamne ledit de la Croix à 



HISTOIRE DE l'ABBAYE d'oEBAIS 277 

« remettre au revenu de ladite abbaye lesdils biens vendus, a 
« ordonné et ordonne qu'il exhibera dedans un mois les con- 
« tracts des autres aliénations qui ont été faites de son tems 
« du revenu de ladite abbaye, ensemble les taxes et cottiza- 
« tions pour lesquelles lesdites ventes ont été faites et les quit- 
« tances des payemens d'icelles, pour ce fait et rapporté par 
« devers nôtre dit Conseil, estre fait droit sur les autres con- 
(i clusions prises par lesdits abbé et religieux pour le regard 
« desdites aliénations ainsi que de raison, et a ordonné et or- 
tt donne que ledit Musquin sera adjourné à comparoir en per- 
« sonne en nôtre dit Conseil, pour répondre à telles fins et 
« conclusions que nôtre dit procureur général vouldra contre 
« luy prendre et élire, et a condamné et condamne ledit de la 
« Croix, pour les e7npêchemens imr hcy donnez à l'exécuteur 
« dudit arrest de nôtre diie cour de Parlement de Paris et 
« autres causes résultantes dudit procez- verbal dudit Auroux, L'abbé condam 
« en cinquante livres d'amende envers nous, sans dépens de ^f ^ ^^ ^^^' 
<t toutes lesdites instances, attendu la qualité des parties.^Et 
« le jour et date des présentes ledit maître Nicolas de la Croix, 
« abbé d'Orbaiz, auroit présenté à nôtre dit Conseil requête 
« narrative qu'en l'instance d'entre lesdites parties, par arrest 
« du vingt-deuxième jour de mars 1575 a été ordonné que 
a ledit arrest du deuxiesme jour d'avril dernier, pour raison de 
« la réformation de ladite abbaye, seroit exécuté sur les lieux 
« par l'un de nos amez et féaux conseillers en nôtre dit Con- 
« seil, requérant qu'il plût cà nôtre dit Conseil ordonner com- 
« mission luy être délivrée, addressant au premier de nos 
« conseillers en iceluy pour procéder à l'exécution dudit ar- 
« rest ; sur laquelle nôtre dit Conseil auroit commis nôtre 
« amé et féal maistre Loys Durau, conseiller en iceluy. Si 
« donnons en mandement et commettons par ces présentes à 
« nôtre amé et féal conseiller en nôtre dit Grand Conseil maistre 
« LouisDuran, que, àla requête dudit maistre Nicolas de laCroix, 
« abbé d'Orbaiz, ledit arrest du deuxième jour d'avril 1574, ap- 
« peliez ceux qui pour ce seront à appeller, il mette et fasse met- 
« tre incontinent et sans délay à dette et entière exécution 
« réaniment et de fait, de point en point, selon sa forme et 
« teneur, en ce que exécution y est ou sera requise, en con- 
te traignant à ce faire, souffrir et obéïr tous ceux qu'il appar- 
« tiendra, et qui pour ce seront à contraindre par toutes voyes 
« dues et raisonnables, nonobstant oppositions ou appella- 
« tions quelconques, et sans préjudice d'icelles pour lesquelles 
« ne voulons être différé ; et outre mandons au premier nôtre 



278 HISTOIRE DE l'abbaye d'orbais 

« huissier oa sergent royal sur ce requis, faire tous comman- 

« démens, contraintes, assignations et exploits requis et né- 

a cessaires pour l'exécution et accomplissement du présent 

arrest, de ce faire leur avons donné et donnons pouvoir. 

« Mandons et commandons à tous nos justiciers, officiers et 

« subjets que à eux et chacun d'iceux, sans pour ce demander 

« aulcunes lettres de placet, visa ou pareatis, en ce faisant 

« soit obéï. En témoing de quoy nous avons fait mettre etap- 

« poser nôtre scéel à ces dites présentes. Donné en Nôtre dit 

« Grand Conseil à Paris, le seiziesme jour de may, l'an de grâce 

Il mil cinq cens soixante-quinze et de Nôtre régne le premier. 

« Par le Roy, à la relation des gens de son Grand Conseil, 

« signé de la Herbaudiére. » 

En vertu et en exécution de l' arrest du Grand Conseil cy- 
devant trauscript daté du 16*^ may 1575,. les prieurs des 
abbayes de Saint-Germain des Prez et de Saint- Victor de Paris 
et le soûprieur de Saint-Martin des Champs s'assemblèrent, et 
après plusieurs conférences et délibérations entre eux, — 
n'ayant pu porter aucuns des religieux d'Orbaiz cy-aprés 
nommez dans l'acte suivant à accepter l'office de prieur, inti- 
midez par les menaces et mauvais traittemens etofi^enses qu'ils 
avoient déjà reçus et ausquels ils seroient encore plus exposez 
delà part dudit de la Croix abbé, ou parce que ni l'église ni 
les lieux régaliers n'étoient pas en état convenable, ou appa- 
remment pour soutenir et maintenir l'élection qu'ils avoient 
faite depuis quelques années dudit Dom Pierre Picot pour 
leur prieur après la mort de Dom Jean Louveau, dernier prieur 
et vicaire général de ladite abbaye, — lesdits prieurs de Saint- 
Germain des Prez et de Saint-Victor et soûprieur de Saint- 
Martin des Champs , commissaires établis par ledit arrest, 
nommèrent pour prieur dudit Saint-Pierre d'Orbaiz la personne 
dudit Dom Pierre Picot, et le présentèrent à M*^ Louis Durand, 
conseiller audit Grand Conseil et commissaire eu cette partie, 
pour être ledit Dom Pierre Picot mis eu possession de ladite 
charge et office de prieur d'Orbaiz par ledit sieur Louis Du- 
rand, comme ou voit par l'acte d'élection dudit Picot faite par 
lesdits prieurs et soûprieur commissaires, du.... 1576, dont 
voicy une copie tirée sur l'original en parchemin conservé 
dans le chartrier de ce monastère de Saint-Pierre d'Orbaiz : 

Nomination de a Frère Estienue Gousard, prieur de l'abbaye Saint-Germain 
Dom Pierre ^ lez-la-viUe de Paris, Guillaume du Bourg-l'Abbé, prieur 
prieur d'ih- « de l'abbaye Saint-Victor, et François des MoHns, soûprieur 

Laiz. 



HISTOIRE DE L ABBAYE D OHBAIS 



279 



« de Saint-Martin des Champs aussi lez-Paris, commis par 
« arrest du Grand Conseil du Roy du deuxième avril mil cinq 
« cens soixante-quatorze, donné entre M° Nicolas de la Croix, 
« abbé commendataire de Saint-Pierre d'Orbaiz, et frères Pierre 
< Picot, Jacques Odot, et Nicolas Maillard, religieux de ladite 
« abbaye : A vous noble seigneur et sage M° Louis Durand, 
a conseiller du Roy en son Grand Conseil et commissaire en 
« cette partie. Après avoir vu ledit arrest à nous présenté de 
« la part desdils religieux et aussi les lettres de vôtre commis- 
« sion en datte du huitième aoust mil cinq cens soixante- 
« quinze, par laquelle nous est mandé de vous nommer, choisir 
« et élire pour prieur en ladite abbaye un religieux de bonne 
« vie et mœurs, pour soy transporter en ladite abbaye, y de- 
« meurer et vivre selon l'oidre de ladite abbaye, régir et gou- 
« verner les religieux d'icelle selon leur règle et observance de 
« religion de saint-Benoist, et à vous envoler par nous son 
« nom avec nostre commission et mandement, pour par vous, 
» procédant à l'exécution dudil arrest, sur les heux estre ap- 
« pelle afin d'être mis eu possession suivant la forme et teneur 
« dudit arrest. Avons aussi vu autre arrest dudit Grand Con- 
« seil donné entre lesdites parties le onzième avril dernier 
a avec deux actes de nominations pour prieur de la personne 
« dudit Picot, l'un desquelz actes est du vivant de Dom Jean 
« Louveau, dernier prieur dudit Orbaiz, estant en son lit ma- 
« lade, en datte du deuxiesme novembre 1563, l'autre de Dom 
« Pierre Crespy, Pierre Oudiné, et desdits Odot et Maillard, 
a représentans la plus grande et saine partie desdits religieux, 
« estant ledit Louveau décédé, en datte du ciuquiesme dudit 
« mois de novembre lo63, — et que nous nous assemblerons 
« pour nommer ledit prieur, — suivant lesquelz arrests nous 
a soyons premièrement assemblez en l'abbaye dudit Saint- 
« Victor-lez-Paris ; secondement en ladite abbaye Saint-Ger- 
«- main des Prez ; tiercement et d'abondant ' en ladite abbaye 
« dudit Saint- Victor; et es dites diverses fois et vacations fait 
« diligence possible avec les rehgieux desdites abbayes de nous 
« enquérir si aucuns d'eux vouloit accepter cette charge de 
« prieur en ladite abbaye d'Orbaiz, lesquelz ni aucuns d'eux 
« n'ont voulu prendre ladite charge, tant pour crainte d'être 
•s o/Jmsez en leurs personnes, que pour plusieurs autres causes 
« et raisons, joint aussi que l'église et autres lieux réguliers 
« de ladite abbaye ne sont réparez, ni en état pour y pouvoir 



Plusieurs reli- 
gieux: refu- 
sent d'être 
prieur à cau- 
se des mau- 
vais traite - 
mens et offen- 
ses, etc. 



1. [En outre. — Terme de palais.] 



280 HISTOIRE DE l'ABBAYE d'oRBAIS 

« vivre et garder l'observance de religion, suivant la réibrma- 
« lion et intention dudit Conseil. Tellement que délibérations 
« par nous sur ce faites, et considéré ce qui a esté à nous pos- 
« sible de considérer et regarder, vous avons envoie et envoyons 
« cette présente nostre piocédare par laquelle avons, confor- 
« mément ausdites nominations desdits religieux de ladite ab- 
tt baye d'Orbaiz, nommé, choisy et élu, nommons, choisissons 
« et élisons ledit frère Pierre Picot pour être en ladite abbaye 
« prieur perpétuel, auquel ferez suivant lesdits arrests bailler 
« par ledit Nicolas de la Croix, abbé, vicariat perpétuel irré- 
« vocable pour l'observance et correction régulière en icelle 
« abbaye, remettant à vous le surplus de l'exécution dudit 
<r arrest dudit deuxième avril, ainsi que verrez appartenir. En 
« foy de quoy avons respectivement signé ces présentes à 

« Paris le jour de mil cinq cens 

« soixante seize. Signé : frère Gonssard, prieur dudit Saint- 
« Germain, et frère du Bourg-FAbbé, prieur de Saint- Victor. » 
Dom Pierre Picot, nommé prieur, et les autres religieux 
d'Orbaiz ayant obtenu et en mains d'aussi bons titres et d'aussi 
fortes assurances de leur bon droit que cet arrest du Conseil 
et la nomination d'un prieur par lesdits commissaires, il sem- 
ble qu'ils n'avoient plus à appréhender les menaces, les vio- 
lences et les mauvais traittemens de l'abbé de la Croix, que la 
justice devoit avoir réduit et mis à la raison par ses arrests, 
et qu'en vertu d'iceux ils dévoient retourner promptement, 
avec joye et comme en triomphe dans leur monastère, d'où il 
les avoit si injustement et si indignement chassez. Cependant 
le mémoire de notre chartrier cy-dessus cité et intitulé : 
Singularitez d'Orbaiz, assure qu'ils n'osèrent encore y ren- 
trer et qu'ils n'y retournèrent qu'après la mort de cet abbé 
arrivéele23 juillet 1577. 

Il est encore à croire ((ue ces pauvres religieux, quoique 
fondez eu arrest, n'osèrent ou ne purent obliger cet abbé à 
faire exécuter les principaux chefs et articles ausquelz il étoit 
condamné de mettre ordre et de satisfaire sans délay, puisqu'il 
négligea tellement les réparations de l'église et des lieux régu- 
liers, que la voûte de la nef est tombée depuis et que les dor- 
toirs, cloîtres, infirmeries et autres lieux, ou n'étoient plus 
habitables, ou n'étoient plus propres qu'à servir de retraites 
à des hiboux, des serpcns et à des bètes, et non pas de loge- 
ments à des hommes, des religieux de saint Benoist, et à des 
minisires des autels, tant ce lieu avoit peu la figure et la res- 
semblance d'un monastère, d'un lieu saint. Son rétablissement 



HISTOIRE DE L'aRBAYE d'oRBAIS 281 

enlier tant pour le spirituel, le bon ordre, la régularité, que 
pour l'éclaircissement des affaires temporelles, étoit un grand 
ouvrage réservé au zél-e, à l'industrie, à l'œconomie, à la pru- 
dence, à la religion, à la frugalité, à la pénitence, à la vigi- 
lance, aux sueurs et aux travaux infatigables du Révérend 
Père Doin Pierre Mougé, troisième prieur depuis l'introduction 
de la réforme de Saint-Maur dans ce monastère, et dont on ne 
sçauroit assez parler, en étant le Restaurateiir . 

On dira peut-être que Nicolas de la Croix avoit sujet de se 
plaindre que ses religieux ne vivoient peut-être pas dans toute 
l'exactitude qu'il souhaittoit, et que leur conduite l'obligea à 
présenter sa requête pour porter la Cour à luy permettre d'y 
appeller des religieux pour y établir une espèce de bon règle- 
ment et de réforme, — comme on peut le conclure des diffé- 
rentes procédures faites entre ledit abbé de la Croix et les reli- 
gieux, des procez-verbaux et ordonnances de deux Pères 
réformateurs commis, appeliez et dénommez audit arrest du 
Grand Conseil du 16 may 1575, Ou ne sçait ni les noms de 
ces deux Pères réformateurs, ni de quelle abbaye ils furent 
tirez, ni précisément quel règlement ou observance ils établi- 
rent icy, ni s'ils y demeurèrent longLems. On a trouvé dans le 
chartrier quelques réglemens pour rétablir la discipline et la 
régularité dans ce monastère. On ne sçait s'ils y furent établis 
par les susdits deux Pères réformateurs. On les rapportera ici 
dessous. Mais auparavant, pour répondre'à la plainte de l'abbé 
de la Croix, il faut dire et avouer que si la discipline et l'ob- 
servance régulières reçurent quelques atteintes et furent affoi- 
blies dans Orbaiz, c'étoit une suite comme nécessaire (sans 
vouloir authoriser le relâche et le désordre, s'ils étoieut intro- 
duits) et les fruits de l'introduction des commandes, qui est un 
malheur et une infortune pour les petites abbayes, sur leequelz 
il vaut mieux verser des torrens de larmes et gémir amèrement 
et continuellement, que de composer de gros volumes entiers 
dans l'espérance de porter les hommes à rétablir le droit des 
élections libres et canoniques, comme ou a remarqué cy-devant 
que le saint concile de Trente l'avoit ordonné. « Gonfidit S. 
« synodus Tridentina SS. Pontificem Romauum pro sua piè- 
ce tate et prudentia curaturum ut nionasteriis queo nunc 

M comraendata reperiuntur, [et] qu£e suos conventus habent, 

« regulares personee ejusdem ordinis prœficiantur. Quœ 

« vero in posterum vacabunt, non nisi regularibus. . . confe- 
rantur. » Sess. XXV [Deregular. elmonial.], cap. 21. 

Cette introduction, dis-je, des commandes, est un mal et 



282 HISTOIRE DE l'aBBAYE d'ORBAIS 

un mal qui en introduit et qui devient la source de presque 
tous les désordres des petites communautés régulières ; c'est 
un si grand mal, et d'autant plus déplorable, qu'on le croit 
aujourd'huy incurable dans les grandes abbaj^es, plus exposées 
à la cupidité des hommes, comme dans les petites, qu'on peut 
dire de cette introduction dans les cloîtres ces belles paroles de 
St Augustin : « Gum talibus malis magis prolixi gemitus et 
« fletus quam prolixi libri debeantur. » Efist. 122^. C'est 
donc à Messieurs les abbez commendataires, Nicolas de la 
Croix et ses prédécesseurs ou leurs agents, à qui il faut attri- 
buer le relâche qui s'étoit dans cette abbaye glissé insensible- 
ment, parce que ces Messieurs s'emparans et jouissans de 
presque tout le revenu des abbayes, et négligeans et laissans 
tomber par terre les bâtimens convenables et nécessaires pour 
la vie commune et régulière, les rehgieux ainsi réduits à un 
très petit nombre, ne pouvant plus loger dans un même dor- 
toir, mais séparez les uns des autres dans des maisons diffé- 
rentes et particuUéres , se trouvant comme dans la liberté de 
vivre chacun à sa manière, — plus de réfectoir commun, plus 
d'exercices ensemble, excepté le service divin, — il leur ètoit 
impossible dans de telles circonstances de pratiquer exactement 
la vie commune et régulière. 

Quoique la nomiuatiorl et élection de Dom Pierre Picot pour 
prieur d'Orbaiz eût été faite par les prieurs de St Germain des 
Prez et de St Victor de Paris, commissaires établis par le 
Grand Conseil pour cette élection, Nicolas de la Croix, qui ne 
trouvoit pas à son goût Dom Picot, à cause de son zèle et de 
sa fermeté à soutenir les droits et les intérests de sa commu- 
nauté, s'y opposa, et empêcha l'exécution de cet arrest, en 
sorte que M'' Louis Durand, 'conseiller au Grand Conseil et son 
commissaire député, fut obligé de faire assembler eu 1577 les 
trois prieurs commissaires cy-dessus nommez, eu sa présence, 
qui élure'nt pour prieur d'Orbaiz Dom Michel Flamen, religieux 
du prieuré de Sainte-Marguerite de Lincourt '\ ordre de Cluny, 
qui, s'étant présenté en cette abbaye pour être reconnu, ins- 
tallé et faire les fonctions de la charge et office de prieur, six 

1. [MigDc, Vair. lat., l. XXXIII, c. 422.] 

2. [Elincourt-Sainte-Marguerile, aujourd'hui commune du caulon de Lus- 
sifrny (Oise), arr. de Coînpiègne. — M. .1. J. A. Peyrecave publie actuel- 
lement riiisloire d'Elincoiirt-Sainte- Marguerite et de son prieuré. La pre- 
mière partie a paru dans te Bulletin de la Société historique de Compiègne, 
(1884], l. VI.] 



HISTOIRE DE l'aBBAYE d'ORBAIS 283 

religieux de cette abbaye s'y opposèrent fortement, ou parce 
que Flamen étoil étranger, ou pour maintenir l'élection de Dom 
P. Picot, de sorte que Dom Flamen fut obligé de se retirer et 
de s'en retourner, et ayant été ensuite fait prieur claustral de 
Lincourt par l'abbé de Cluny, ou commit un religieux d'Orbaiz 
pour exercer par commission l'office de prieur jusqu'à ce qu'on 
eût procédé à Téiection d'un autre prieur. 

Voicy les réglemens dont on a parlé [ci-dessus], qui furent 
peut-être publiez en 1375, ou en 1G67 par Charles de Bour- 
lons, évêque de Soissons, après son mandement du 19" octo- 
bre 1667. 

RÉGLEMENS POUR LES RELIGIEUX DE l'aBBAYE SAINT-PIERRE 

d'orbaiz. 

I 

« Comme le service divin est l'une de leurs premières oblL- Réglemen! 
,. . .-i . .-TT» .^pour rétabli] 

« gâtions, aussi auront-ils un som particulier de s en acquiter f'observance. 

« le mieux qu'il leur sera possible, en s'y trouvant toujours 
« de bonne heure et avant qu'il soit commencé, et en y chan- 
ce tant les louanges de Dieu avec toute la dévotion et toute la 
« révérence que demande une action si sainte. 

II 

« Ils ne s'en exempteront sans cause légitime, et ne sorti- 
« ront pas même du chœur pendant le service sans en avoir 
« permission du supérieur. 

III 

« Immédiatement après les matines et les vêpres, ils em- 
« ploiront une petite demi-heure à quelque récollection et 
« oraison mentale, ou à examiner leurs consciences, ou à dire 
« leur chapellet et faire autres dévotions. 

IV 

» Sitôt compiles dites, si elles se disent à sept ou huit heu- 
« res du soir, ils se retireront dans leurs chambres, et depuis 
« ce tems-là jusqu'aux primes du lendemain, ils se tiendront 
a dans le silence qui leur est tant recommandé dans ce tems-là 
« au 42'' chapitre de leur règle. 

V 

« Tout le revenu de la maison sera reçu par le procureur 
« qui en rendra compte tous les ans à la communauté par 



284 HISTOIRE DE l' ABBAYE d'oRBAIS 

a un compte général qu'il dressera de toutes ses receptes et 
tt mises. 

VI 
« Ils n'auront rien en leur possession comme leur apparte- 
« nanl en propre, mais par le consentement et sous le bon 
« plaisir du supérieur. Ils pourront tenir les choses nécessaires 
« à leurs usages, sans superfluité, desquelles ils donneront 
« inventaire par chacun ajQ au supérieur. 

VII 

« Ils tiendront communauté de vivres, beuvants et man- 
« geans tous ensemble en un même réfectoir, dont personne 
« ne se dispensera sans permission du supérieur , et se 
« rendront fort exacts à se trouver à la bénédiction de cha- 
;< que repas, ainsi que l'ordonne le 43" chapitre de leur 
« règle. 

VIII 

« La lecture se fera pendant tout le dîner, en la commençant 
« par le latin et puis la continuant et l'achevant par le 
« françois; et pour le souper, il n'y sera lu qu'au commen- 
« cernent, chacun gardant durant la lecture le silence qui 
« est pour lors si étroitement recommandé par leur règle, 
« chap. 38". 

IX 

« Il feront abstinence de chair tout l'avent, tous les mer- 
« credis de l'année, et toutes les veilles des principales fêtes 
« de la Vierge. 

X 

« Ils se garderont de l'oisiveté comme de la mère de tous 
« les vices, et partant seront fort soigneux d'employer en 
« choses bonnes le tems qui leur reste hors des heures du 
« service, suivant la règle, chap. 48". 

XI 

« Le chapitre se tiendra une fois la semaine pendant l'avent 
« et le carême, et es autres tems de l'année quand le trouvera 
« bon le supérieur. 

XII 

<(. Nul ne sortira pour aller aux champs, ou hors la maison, 
« sans permission du supérieur. 

XIII 

a Ne sera permis aux femmes d'entrer dans aucun des lieux 



HISTOIRE DE l'aBBAYE d'oRBAIS 285 

« qui seront censez réguliers, ni aux religieux de leur y don- 
« ner entrée. 

XIV 

(• Les portes de l'abbaye se fermeront tous les jours au soir 
a à heure compétente, et les clefs en seront rapportées au su- 
ce périeur. » 

Les différends survenus entre Nicolas de la Croix, abbé, et 
les religieux d'Orbaiz sur plusieurs points et articles qui furent 
réglez par le susdit arrest de may 1575 rapporté cy-dessus, 
nous ont obligé de mettre icy de suite tout ce qu'on a trouvé 
par écrit de cette affaire, et omettre plusieurs autres circons- 
tances arrivées auparavant, durant et après ces grands dé- 
mêlez, dont ou va faire mention séparément et selon leur tcms. 



Nicolas de la Croix ne fut pas plutôt pourvu de cette abbaye 
par l'échange qu'il avoit faite avec le cardinal Alexandre de 
Campegge qu'il songea à grossir son revenu. Un des moyens 
qu'il jugea plus propre et plus prompt pour y réussir, ce 
fut de solliciter et d'obtenir du pape Jules troisième une bulle 
par laquelle Sa Sainteté luy permettoit de retirer les biens de 
l'abbaye aliénez ou donnez et fieffez à un cens au-dessous de 
leur juste valeur, et de les fieffer à un cens plus avantageux. 
Voicy une copie de ladite bulle datée du treizième jour de mars 
1552, dont l'original est conservé eu parchemin dans notre 
charlrier. 

« Julius episcopus, servus servorum Dei, dilectis iiliis An- g^ug ^q j^igg 
« tonio Lermitte canonico ecclesia3 Suessionnensis et officiali I^I poi'r don- 
« Suessionuensi salutem et apostolicam beuediclionem. Ex {|aut cens' les 
« injuncto nobis desuper apostolicce servitutis officio, votis, iondsdel'aL- 
« per quœ ecclesiarum et monasteriorum quorumlibet ulilita- 
« tibus consuli possit, libenter annuimus, ac ea favoribus 
« prosequimur opportunis. Exhibita siquidem nobis nuperpro 
« parte dilecti filii Nicolai de la Croix qui, ut asserit, monas- 
« terium Sancti Pétri de Orbaco,.ordinis sanctiBenedicti, Sues- 
« sionneusis diœcesis, ex concessione vel dispensatione apos- 
« tolica in commendam obtinet, petitio coulinebat quod, si 
« sibi plurimas arabiles et alias terras, prata, liortos, domos, 
« sylvas, nemora, et alla boua immobilia, uecnon census 
« et jura in diversis locis consistentia et assignata, quorum 
« aliqua et ^orsan omnia per diversas personas ecclesiasticas 



baye. 



286 HISTOIRE DE L ABBAYE d'ORBAIS 

« vel seeculares forsan sub colore locationum et coucessiouiitn 
« eisdeillis per abbates, qui fuerunt pro lempore dicti monas- 
« terii, aut alios olim faclarum sub cerlis irralionabilihus cen- 
« sibus annuis, quorum plerique pro singulo arpento seu jugero 
« duodecim denarios turoneuses plerumque non excedunt, 
« aut alias occupataet diBtractaexistunt, detenloribus illorum 
« aut aliis illa pro majori et potiori ceusu et recognitione con- 
« ducere volentibus, iu perpetuum locaudi seu concedeudi 
« licentia et facultas concederetur, profecto utilitati dicti mo- 
« nasterii non parum consuleretur. Quare pro parte ejusdem 
a Nicolai commendatarii nobis fuit humiliter supj)licatum ut 
t sibi prata, hortos, domos, sylvas, nemora et plurimas ara- 
« biles et alias terras, ac alia immobilia bona censusque et 
a juralocandi et alienandi, ac indebite alienata vel illicite dis- 
« tracta ad proprietatem ipsius monasterii reduci permittendi 
« licentiam et facultatem concedi mandare, ac alias in prœ- 
a missis opportune providere de benignilate apostolica digna- 
« remur. Nos igitur de prsemissis certain notitiam non baben- 
« tes, ac terrarum et aliorura immobilium bonorum ac jurium 
« prsedictorum situs, confines, deuominationes, qualitales, 
« quantitates et valores etiani anuuos de prœsenti assignâtes, 
« nec non tenores instrumentorum et scriplurarum etiam con- 
« ficiendarum prœsentibus pro sufficienter expressis liaberi 
« volentes, bujusmodi supplicalionibus inclinati, discrétion! 
« vestree per apostolica scripta maudaraus quatenussi, et 
« postquam vocatis ad boc dilectis liliis conveutus prœdicti 
« monasterii et aliis qui fueriut evocandi, ac specificatis prius 
« coram vobis terris, pratis, borlis, domibus, nemoribus, silvis 
« ac bonis et juribus prœdictis de prsemissis et aliis couside- 
(( randis in similibus, vos conjunctim précédentes diligenter 
« informctis, et si per diligentem informatiouem, locationem 
« et concessionera bujusmodi, si fiaut, in evideutem prœdicti 
« monasterii cedere utilitatem repererilis, eidem Nicolao corn- 
et mendalario terras, prata, bortos, domos, silvas, nemora et 
« alia bona ac census et jura bujusmodi sub polioribus et 
« majoribus ceusibus quam illi qui bactenusa dictis dclento- 
« ribus soluli luerunt et solvuntur, eisdem delentoribus aut 
« aliis sibi benevisis personis, in perpeluum vel adlempus de 
w (|uo sibi videbitur locaudi vel concedeudi liccnliam et i'acul- 
« talein auctoritale nostra coucedatis ; et si aut poslquam loca- 
« liones et seu coucessiones vel alieuatioues bujusmodi factae 
« fuerinl, illas ac omnia et singula in singulis instrumentis 
« desuper coulicieudis contenta ac iude secuta quaecumque 



HISTOIRE DE l'aHBAYE d'ORBAIS 287 

« approbelis et coniirmelis, ac illis perpelusB et inviolabilis 
« firmitatis robur adjicialis, omnesque ac singulos tam juris 
« quam facti ac solemailatura requisitarum defectus, si qui 
« forsan in eisdem iuterveneriiil, suppleaLis, decernentes illa 
« omnia subsistereac perpetuo per eumdem Nicolaum. et suc- 
« cessores suos pro tempore existantes abbates, sou commen- 
« datarios, uec non superiores mouasterii etdomus praedicto- 
» rum, observari, nec per eos emphyleolas seu ccusuarios 
« quavis occasione prœtorquam ob non solulionem censuum 
« hujusmodi ullo unquam tempore a terris, pratis, hortis, do- 
te mibus, nenioribus, silvis ac bonis et juribus praedictis 
« amoveri vel privari posse, sicque iu prœmissis per quos- 
« cumque judices ecclesiasticos et sœculares quavis autliori- 
t tate fungentes, sublata eis et eorum cuilibet quavis aliter 
« interpretandi,judicandi et diffmicndi facultateet aulhoritate, 
tt interpretari, judicari et dif6niri debere, nec non irritum et 
a inane quidquid secus super his a quoquam quavis authori- 
« tate scienter vel ignoranter contigerit attemptari ; uonobstau- 
« tibus fœlicis recordationis Pauli papte prœdecessoris noslri 
« etiam de rébus Ecclesi;e non alienandis et quibusvis aliis 
« constitutionibus et ordinationibus apostolicis, nec non mo- 
« naslerii et ordinis preedictorum juramento, confirmatione 
« apostolica, vel quavis firmitate alia roboratis statutis et con- 
ot suotudinibus cœterisque contrariis quibuscumque, aut si 
« aliquibus communiter vel divisim ab apostolica sit sede in- 
« dultum quod interdici, suspendi, vel excommunicari non 
« possint per litteras aposlolicas non facientes plenam et 
« espressam de verbo ab verbum de induite hujusmodi men- 
« tionem. Dalum Romee apud Sanctum Petrum anno lucarna- 
« tionis dominicse millésime quingentesimo quinquagesimo 
« secundo, tertio idus martii, pontificatus nostri anno quarto.» 
Signé et scellé d'un sceau de plomb en forme de mé- 
daille pendant avec un cordon de soye rouge, représentant 
d'un côté les tètes de S. Pierre et de S. Paul avec une croix 
entre-deux, et de l'autre est ecript : « Julius Papa tertius. » 

Si la permission de retirer les biens, fonds et héritages alié- 
nez ou baillez à un cens modique et de les fieifer de nouveau 
à un cens plus haut et plus avantageux, obtenue par Nicolas 
de la Croix, procura quelque avantage à cette abbaye, elle n'a jjiirérenie.sali 
jamais été et ne sera jamais dédommagée des torts, préjudices, nations, 
dommages et grands intérests qu'il luy a causez par plusieurs 
aliénations qu'il a faites luy-même ou qui ont été faites de son 



288 HISTOIRE DE L'ABBAYE d'oRBAIS 

tems, et eau delà de ce qui étoit nécessaire d'aliéner, pour contri- 
buer de sa côte-part aux taxes imposées par les députez du 
Clergé pour subvention accordée au roy Charles IX. Car, sous ce 
prétexte spécieux et apparent de subvention, il aliéna, — outre 
les prez appeliez les Prez-le- Comte, aliénez ou vendus le 29 
décembre li>63 et retirez depuis après 1676, en 1G7 7, par le 
R. P. Dom Pierre Mongé, — item la terre, fief, seigneurie, 
justice, cens et rentes de Verdon et Violaine, qu'il aliéna en- 
core en 1564, ou du moins Jean Aubry sous son nom, au pro- 
fit de Christophe de Gomer, seigneur du Breuil. 

On prétend que le Roy ayant permis en 1675 aux ecclésias- 
tiques de rentrer dans leurs biens aliénez, en payant à Sa Ma- 
jesté le huitiesme denier et les deux sols pour livre du prix 
des aliénations, [moyen par lequel] les ecclésiastiques pour- 
roient rentrer dans lesdits biens, Pierre de Séricourt, connu 
sous le nom de monsieur d'EsclainviUiers, pour lors abbécom- 
mendataire d'Orbaiz, fit semblant de vouloir retirer, rentrer et 
réunir au domaine de l'abbaye lesdits fiefs, terres, seigneu- 
ries, cens, justice et dépendances de Verdon et Violaine, ce 
qu'ayant appris le sieur de Gomer de Luzauc}', détenteur de 
Verdon et de Violaine, il alla au devant dudit Pierre de Séri- 
court,. convint, traitta avec luy moyennant une somme d'ar- 
gent, l'appaisa, luy fit lâcher prise, désister de ses poursuites, 
et fit un traitté ou contract par lequel on fait monter si 
haut les sommes qu'il faudroit rendre pour rentrer dans les- 
dits biens aliénez qu'on en perde l'envie d'y rentrer, parce que 
ce seroit rachepter son bien trois fois plus qu'il ne vaut. — 
On ajoute que ledit sieur Gomer de Luzancy s'étant assuré et 
mis à couvert de toutes les recherches, poursuites et deman- 
des dudit Pierre de Séricourt, abbé, qui apparemment avoit 
renoncé à tous droits et prétentions sur lesdits biens, fiefs et 
seigneuries de Verdon et Violaine tant pour luy que pour ses 
successeurs, abbez d'Orbaiz, ledit de Gomer fit peu de tems 
[après] abattre une grande quantité d'arbres et de bois, qui le 
dédommagèrent entièrement au delà de toutes les sommes 
qu'il peut avoir données secrètement audit Pierre de Séricourt 
et autres, sans que les rehgieux de l'abbaye d'Orbaiz ayent 
touché seulement un soi. — On veut aussi que le château du 
Rreuil ayl été bâti en partie par Christophe de Gomer des dé- 
molitions de la maison seigneuriale et chef-lieu de Verdon bâti 
par les abbez et religieux de Saint-Pierre d'Orbaiz, et que 
ledit Gomer fit démolir promptement et transporter au Breuil. 

Outre lesdites aliénations des prez appeliez les Prez-lc- 



HISTOIRE DE l'abbayk d'orbais 289 

Comte^eldes terres, fiefs, seigneuries, justice, cens et rentes de 
Verdou et Violaine, il aliéna et vendit encore le sixième juin 
1569 les fiefs, terres et seigneuries de Crézancy, Mollins et 
Faussoy, avec tous les droits en dépendans, lots et ventes, 
deffauts, amendes, etc., sous prétexte de subvention au lloy. 

Il faut en rapporter icy les motifs qui peuvent avoir coloré ces 
aliénations. Le sieur Mézeray, tome troisième de son Histoire, 
page cent dix-neuf, vers le milieu, assure avec sa liberté ordi- 
naire que le roy Charles IX ou ses ministres sous son nom, 
au mois de juin 15G3 ', permirent d'aliéner et exigèrent « avec 
« des rigueurs tout à fait extraordinaires pour neuf cens mille 
« livres des biens et fonds de l'Eglise gallicane ", sans avoir as- 
« semblé le clergé et sans attendre le consentement et per- 
(( mission du Pape, ce qui ayant fait murmurer et crier hau- 
« tement le clergé et le peuple », le Roy, pour appaiser ces 
bruits et ces murmures, s'adressa au pape Pie V, et obtint de 
Sa Sainteté une bulle du vingt-quatrième jour de novembre 
mil cinq cens soixante-huit ^ par laquelle le Saint Père per- 
mettoit aux bénéliciers du royaume de France d'aliéner jusqu'à 
la valeur de cinquante mille écus de rente, pour le prix èlre 
baillé audit Seigneur Pvoy pour subvenir aux grands frais et 
dépenses de la guerre qu'il étoit obligé de soutenir contre les 
hérétiques-calvinistes et autres puissans ennemis de la reli- 
gion et de l'Etat. {A suivre). 



\ . [« Ordonnance du roy sur l'exécution de l'édict d'aliénation de cent 

mil Bricus du temporel de l'Eglise Faict au conseil privé du roy tenu 

au boys de Viucennes, le tresiesme jour de juiug 1563. » Paris, Jean Dal- 
lier, 1563. L'édit auquel se réfère cette ordonnance est le suivant : « Edit 
du roy sur le faict de l'aliénation de cent mil escus soleil de renie et revenu 
annuel, prins sur les terres, héritages et Liens patrimoniaux des églises 
cathédrales, leurs chapitres, abbayes, priorez, commanderies et autres digni- 
tez, estans eu son royaume, païs, terres et seigneuries de son obéis- 
sance Donné à Sainct Germain en Laye au moys de may, l'an de 

grâce mil cinq cens soixante-trois ; enregistré au parlement de Paris le 
17 du môme mois. » Lyon, BenoisL Rigaud, 1563. — Cf. Henri Martin, 
t. IX, p. 162.] 

2. [Pendant la seconde moitié du xvi<= siècle les besoins dos guerres de 
religion ont déterminé Charles IX et Henri III à demander au clergé des 
subventions extraordinaires. Un certain nombre d'édits de ces rois ont eu 
conséquence permis d'aliéner les biens d'église dans une proportion qui, 
comme le dit Mézeray, fut assez considérable. V. Henri Furgeot, L'aliéna- 
tion des biens du clergé sous Charles IX, dans la Revue des quesiions liis- 
toriques, t. XXIX, avril 1881, p. 428.] 

3. [Vérifiée en cour de parlement le 20 décembre suivant.] 

l'J 



LA VIK 

DU MARÉCHAL DE SCHULEMBERG" 

Comte de Montdejeu, Chevalier des Ordres du Roy, 

Ancien Gouverneur de la ville et cité d'Arras, Grand Bailly d'Artois, 

Gouverneur du Berry, Capitaine du Château de Madrid 

et de la Varrane du Louvre, etc. 



Le Roi alla loger dans l'abbaye de Saiut-Wast où il reçut 
des complimens des principaux de la ville à qui le gouverneur 
avoit laissé la liberté. Pour les autres qui avoient été resser- 
rés durant le siège, ils ne purent le lui pardonner. Ils trou- 
vèrent dans la personne du duc de Broglie l'homme qu'il leur 
falloit pour appuier leur ressentiment et pour les venger. Il 
leur dressa le modèle des plaintes qu'ils avoient à faire contre 
ce gouverneur, et aiant fait signer leur placet raisonné en 
forme de l'équité, et chargé leurs griefs et divers chefs d'accu- 
sations contre le comte de Montdejeu, il la fit signer aux prin- 
cipaux d'Avras, qu'il prit sous sa protection, et après avoir pré- 
venu le cardinal-ministre du dessein des bourgeois et de 
l'oppression que leur avoit fait souffrir leur gouverneur qu'il 
traitoit de tyran et de concussionnaire, il présenta lui-même 
au Roi le placet de ces mutins apostés pour demander hardi- 
ment un autre gouverneur sous lequel ils pussent, disoienl- 
ils, goûter la douceur de la domination françoise. Le Roi 
trouva les esprits préparés et si prévenus qu'il eut de la peine 
à rebutter des plaintes qui venoieut, ce lui sembloit, troubler 
si mal à propos Iji joye et ternir la gloire d'un avantage auquel 
la sagesse et la valeur du comte de Montdejeu avoient d'un 
commun consentement le plus contrihut'. Le sieur de Brienne, 
secrétaire d'Etat, fut d'avis au conseil tenu pour ce sujet eu 
présence de Sa Majesté qu'on arrêtât le comte de Montdejeu, 
et que les faits dont il s'agissoit étant suffisamment prouvés 
par le témoignage des personnes de mérite qui avoient signé 
la plainte, il n'y avoit pas de meilleur party à prendre que de 
faire couper la tète à ce gouverneur pour faire la leçon aux 

• Voir page 218, tome XIX, de la Hcvue de Champagne cl de Brie. 



LA VIE DU MARÉCHAL DE SCHULEMBBRG 291 

autres. Cet avis étoit celui de la plus flatteuse politique, parce 
qu'on étoit persuadé de riucliuatiou qu'avoit le eardiual à favo- 
riser les sollicitations du comte de Broglie dont le ressentiment 
étoit trop religieusement déguisé pour rendre son zèle aussi 
suspect qu'il devoit l'être. Mais le sieur le Tellier, depuis 
chancelier, père de Monsieur de Louvois, secrétaire d'Etat 
pour les affaires de la guerre, fut d'un sentiment contraire, 
quoiqu'il se vît presque seul du pàrty de la bonne justice, il le 
soutint en habile homme, tel qu'il a toujours été surtout où il 
étoit persuadé des véritables intérêts de son maître. Il repré- 
senta donc alors au Conseil, comme il l'a souvent répété 
depuis, que la deffense d'Arras étoit un coup d'Etat dans les 
conjonctures de ce temps-là, et qu'ainsi la punition du comte 
de Moutdejeu seroit d'un fort mauvais exemple quand même 
les chefs d'accusation formée contre lui seroient vrais, qu'il 
n'avoit tenu qu'à lui de prévenir ses plaintes, s'il étoit coupa- 
ble, en laissant perdre cette place, comme il l'auroit pu sans 
donner pour cela un légitime sujet de l'en blâmer, et qu'ainsi 
le succès de sa fidélité étoit une preuve de soii innocence et 
porloit sa justification d'une manière à lui mériter des récom- 
penses plutôt que des peines, et qu'après tout il étoit à croire 
que les bourgeois d'Arras étant trop Espagnols pour aimer un 
gouverneur si bon françois n'avoient fait des plaintes contre 
lui que pour se venger de la sage conduite qu'il avoit tenue à 
leur égard pour prévenir leur rébellion. Monsieur le Tellier 
termina son avis par des expressions d'une joie publique qui 
intéressa tout le Conseil à y prendre part, et à ne pas la trou- 
bler par un sacrifice aussi criant que l'auroit été la mort d'un 
gouverneur à qui on ne pouvoit disconvenir que toute la Cour 
ne fût redevable du désespoir des frondeurs et du triomphe 
complet du Roy. 

La prise du Quesnoy par le vicomte de Turenne fut le pre- 
mier fruit de la conservation d'Arras, et fut d'un si heureux 
présage à la Cour des avantages qu'on tireroit de cette campa- 
gne, qu'en sortant d'Arras elle laissa le comte de Montdejeu 
tout rempli d'espérances d'être bientôt dignement récompensé 
de ses imposans services. Il ne sçavoit rien de tout ce qui 
s'étoit tramé contre lui; ce qui étoit une preuve de la libre 
confiance qu'il avoit en la droiture de ses desseins, et en l'in- 
tégrité de sa conduite. Une s'occupa qu'à rétablir la place, à 
combler les tranchées, à raser les lignes, et à réparer tous les 
désordres du siège, à fournir ses magasins, à faire de nouvel- 
les levées pour rafraîchir et fortifier la garnison, et à recom- 



292 LA VIE DU MARÉCHAL DE SCHULEMBERG 

mencer ses courses ordinaires sur les frontières ennemies, où 
il rétablit ses contributions ordinaires jusqu'au-delà de la lice. 
Le premier usage qu'il en fit, fut de récompenser tous ceux 
de la garnison et de sa maison qui avoient signalé leur zèle et 
leur fidélité pendant le siège. 11 le fit avec une proportion si 
juste qu'il n'y eut ni mécontens ni envieux, chose presque 
inouïe en fait de récompense et de faveur. 

Au bout de neuf ou dix mois qu'il emploia depuis ce siège 
à remettre sa place en état de defîense, sa garnison se trouva 
de six mille hommes de pied et de huit cents chevaux. Sa com- 
pagnie de cent gardes à cheval étoit composée de gens d'élite, 
et dans le meilleur état qu'on pouvoit le souhaiter, il s'entre- 
teuoit avec cela une compagnie de cent suisses choisis tous 
vêtus de sa livrée. Il commença d'avoir règlement cent cou- 
reurs dans l'une de ses écuries et cinquante chevaux de car- 
rosse dans une autre. Sa table fut réglée à 24 couverts, qui 
n'étoient point étallés comme on en voit chez certains gouver- 
neurs, par pure ostentation. On trouvoit à celle du comte de 
Montdejeu, avec la propreté, l'abondance et la délicatesse qui 
y étoient ordinaires, une affabilité qui y invitoit les moins 
empressés, et qui préveuoit l'indiscrétion des plus incommo- 
des parasites. Ce n'étoit point chez lui qu'on épioit les occa- 
sions de surprendre les officiers en quelque défaut de civilité 
bourgeoise pour avoir quelque prétexte de lui faire querelle , 
et pour le rebuter de venir se présenter. On n'y tenoit point 
de registres pour renvoier ceux qui se moutroient trop assidus 
à remplir les places vuides de sa table. Lorsqu'il arrivoit que 
le nombre des gens disposés à y manger surpassoit celui des 
couverts, il faisoit servir une deuxième table plutôt que de 
souifrir que ses gens fissent à quelques-uns l'afîrout de les 
renvoier et de leur faire céder une place qui n'étoit point des- 
tinée au choix des gens ; mais libéralement présentée au der- 
nier venu pourvu qu'il eût un état ou un caractère suffisants 
pour s'introduire avec liberté jusques-là. Ainsi, lorsque quel- 
que armée éloit sur le terriloire d'Arras, cette table étoit ser- 
vie à toutes les heures du jour. 

Outre ces dépenses, le comte de Montdejeu faisoit celle 
d'entretenir six vingt gentilshommes dans sa garnison, où il 
en avoit formé une compagnie de cadets qui étoient ses élèves 
eu l'art d'()l)éir et de commander à la guerre. Il leur enlrete- 
noit gratuitement des maîtres d'armes, deux écuiers, et deux 
ingénieurs pour les former et les rendre habiles dans les 



LA VIE DU MARÉCHAL DE SCHULEMBERG 293 

exercices les plus nécessaires et essentiels à leur métier. De 
sorte que ces cadets n étoient chargés que de s'habiller une 
fois en se présentant pour être reçus, et à faire la dépense du 
maître à danser, ou de quelque autre semblable éducation 
surabondante de leur choix, et pour leur plaisir particulier pour 
tout le reste il ne leur en dcvoit rien coûter jusqu'au temps 
d'être tirés de là pour prendre de l'emploi dans le service et 
par les ordres du Roi, ou par la destination particulière que ce 
gouverneur avoit occasion d'en faire parmi les officiers de sa 
garnison et de sa maison. Il avoit avec cela près de cent pen- 
sionnaires en divers endroits du nombre desquels il y avoit 
plusieurs gens lettrés avec lesquels il entretenoit un commerce 
de lettres ou de conversation qui suppléoient en lui à ce qui 
lui manquoit d'étude, de sorte qu'on eût dit qu'il possédoit les 
belles-lettres, et qu'il avoit donné une application particulière 
à l'histoire, à la géographie, aux parties les plus curieuses des 
mathématiques et aux intérêts des Princes, quoiqu'il n'eût 
point reçu là-dessus toute l'éducation qui convenoit à sa nais- 
sance, à sa fortune, et au caractère d'esprit dont il étoit pourvu. 
Parmi ces pensions, on en comptoit de quatre mille francs, et 
les moindres n'étoient pas au-dessous de deux cents écus. 
Toutes ces manières tenoient si fort de la grandeur, que ceux 
qui ne pouvoient les imiter, ou à qui elles donnoient de la 
jalousie, les faisoient passer pour des traits copiés de la sou- 
veraineté et pour des préparatifs à quelque prochaine élévation 
téméraire, comme si l'on eût voulu le rendre suspect d'aspirer 
à s'ériger en souverain, ou du moins à ne dépendre de per- 
sonne, et à se faire un nombre suffisant de créatures pour se 
soutenir par lui-même en un temps que rien n'étoit plus à 
craindre en France où tout sembloit rendre la conjoncture 
favorable à de semblables desseins. Mais c 'étoit un pur amour 
pour la gloire, et une grandeur d'âme naturelle qui inspiroit 
au comte de Montdejeu, toutes ces manières élevées et si peu 
communes, du moment où il vit sa fortune en état de satis- 
faire son inclination bienfaisante. Il trouvoit, ce semble, plus 
de plaisir à faire du bien aux personnes de mérite, quand il 
en pouvoit découvrir eu quelque disgrâce, que ces personnes 
mômes n'en avoieut d'être secourues et peut-être prévenues 
dans leur besoin. Le mérite de l'esprit et des services n'avoit 
que faire de recommandation auprès de lui. Son bon cœur lui 
parloit suffisamment en faveur de celui à qui son crédit ou sa 
bourse étoient nécessaires. Cette conduite démentoit tous les 



294 LA VIE DU MARÉCHAL DE SCHULBMBERG 

chefs d'accusation contre lui. Cependant on en prenoit occa- 
sion d'exagérer ses concussions prétendues, et l'on faisoit tout 
valoir pour le détruire à la Cour où le comte de Broglie conti- 
nuoit de s'intriguer et d'appuier ce qui avoit été avancé. Le 
comte de Montdejeu fut enfin averti, quoiqu'un peu tard, des 
démarches qu'on faisoit pour le perdre et de l'attention qu'on 
avoit sur sa conduite pour le desservir à la Cour. Il fit son pro- 
fit de l'avis sans faire connoitre qu'il étoit informé de la perfi- 
die de ceux des magistrats d'Arras, et des autres chels des 
Bourgeois qui lui faisoieut le plus assidûment leur cour. Il les 
regarda comme autant d'espions qu'il falloit tromper pour les 
faire tomber tôt ou tard en confusion. Le cardinal fut si fort 
sollicité qu'il informât le Roy des fréquentes plaintes qui 
demandoieut justice contre le gouverneur d'Arras. Le Roy y 
envoia le sieur de Villemonté, qui a été depuis évéque de St- 
Malo, avec ordre d'éclairer de si près les démarches et toute 
la conduite du comte de Montdejeu qu'on put sçavoir de cette 
information de vie et de mœurs ce qu'on devoit positivement 
croire, et s'il y avoit lieu de faire le procès à ce gouverneur, 
ou de le recounoître innocent, et de le protéger contre l'envie 
des ennemis de l'Etat ou des siens particuliers. Cette informa- 
tion se fit avec toute la liberté qui étoit nécessaire de la part 
du comte de Montdejeu. Il ne fit pas le moindre mouvement 
pour se justifier à la Cour, ni pour s'assurer de la faveur de ce 
commissaire secret et extraordinaire. Le sieur de Villemonté 
emploia quelques mois à écouter tous ceux qui eurent à lui 
parler ; mais il ne fit pas comme ces juges malins qui ne com- 
mencent des informations qu'avec une détermination secrète 
de trouver coupables d'une manière ou d'autre les accusés, et 
qui fournissent aux accusateurs des expressions équivoques et 
subtiles pour déguiser ce qu'on veut noircir, pour exagérer un 
fait et pour servir d'indice aux suites qu'on a la maligne pré- 
tention d'en fiiire tirer par induction, quand on ne peut pas 
directement établir ce qu'on cherche dans un accusé. Le sieur 
de Villemonté trouva de si légitimes sujets de récusation et 
tant d'aigreur, ou une passion si bien concertée dans ceux qui 
se plaignoient de leur gouverneur, et il vit au contraire une 
ingénuité si désintéressée dans ceux qui portoient témoignage 
de sa conduite, qu'il revint à la Cour tout désabusé des pré- 
ventions, où ou avoit tâché de le mettre pour lui ôler cette 
indifférence si rare et si absolument nécessaire dans tous ceux 
qui sont étabHs ou commis jjour de semblables affaires. Il 
informa la Cour que le comte de Montdejeu étoit un homme 



LA VIK DU MARÉCHAL DE SCHULEMBERG 293 

aussi populaire que loial, qu'il étoit aussi sensible aux misères 
des bourgeois de l'artisan et du peuple, qu'ardent où il s'agis- 
soit des intérêts du souverain, qu'il se consumoit en frais pour 
l'entretien de sa garnison, pour régaler et aider les officiers des 
troupes qui passoient à Arras, et surtout pour rétablir et aug- 
menter les fortifications de sa ville, et qu'il se répandoit en 
bienfaits plutôt par charité que par aucun dessein criminel, 
puisqu'on avoit découvert qu'il faisoit secrètement ses princi- 
pales libéralités aux hôpitaux, aux Religieuses de Sainte- 
Claire, aux familles affligées, et aux personnes de naissance 
maltraitées par quelque contrariété du sort, ou par des mala- 
dies. 

Cette justification fut si glorieuse au comte de Montdejeu, 
que le comte de Broglie n'en put soutenir le dépit. Il en sentit 
d'autant moins son éloignement de la Cour, où il commençoit 
à cesser de plaire : on fenvoia en Italie où il fut paie de ses 
bons offices par le sacrifice que se firent de sa vie des ennemis 
ses voisins. Mais avant sa mort, le comte son frère, qui a été 
après lui gouverneur de la Bassée, et qui l'est encore aujour- 
d'huy d'Avesnes, fit appeller le comte de Montdejeu pour son 
aîné dont il ofîroit de soutenir la querelle sur le bruit qui se 
répandit que le comte de Broglie étoit disgracié et que le gou- 
verneur d' Arras étoit l'auteur de sa disgrâce. Le comte de 
Montdejeu fit réponse à ce cadet, qu'il ne preuoit pas le change 
et qu'au retour du comte de Broglie, à qui il avoit à faire, il 
verroit quelle satisfaction il en tireroit, et qu'il ne tiendroit 
qa'à lui pour lors de servir de second à sou aîné. 

Quoique le gouverneur d'Arras eût surmonté l'envie et con- 
fondu la calomnie jusqu'à se soutenir, il lui en coûta un retar- 
dement qui lui faisoit presque désespérer de se voir récom- 
pensé de ses services. Il ne faisoit plus sa cour durant les 
hivers comme auparavant, il avoit conçu une si juste indigna- 
tion contre ceux qu'il voioit abuser si indignement de leur 
part au ministère, qu'il ne pouvoit se résoudre d'aller en sou- 
tenir la viie sans sacrifier à la politique sou ressentiment du 
dessein qu'on y avoit eu de le perdre, pour toute récompense 
des services importans qu'il avoit rendus à l'Etat et en parti- 
culier au party des Roiaux. On étoit bien aise pour justifier en 
apparence l'oubh, où il sembloit qu'où le laissoit à la Cour par 
des soupçons qu'on donnoit au ministre contre sa fidélité, par 
l'appréhension où on étoit de le voir entrer en part des faveurs 
d'un ministre qui avoit avoué, aussi bien que le Roy, qu'on 



296 LA VIE DU MARÉCHAL DE SCHULEMBERG 

avoit les dernières obligations à ce gouverneur, et que la 
France lui étoit redevable du calme et du repos, dont le succès 
d'Arras avoit été suivi. On publioit comme une nouvelle 
secrète, que le gouverneur d'Arras étoit d'intelligence avec les 
gouverneurs des villes frontières ennemies. Il est vrai qu'il en 
courut quelque écrit d' Arras ; mais tout devoit être suspect de 
ce côté -là, après ce qui s'y étoit passé entre le gouverneur et 
la bourgeoisie trompée dans l'espérance qu'elle avoit fondée 
sur la parole et sur le crédit du comte de Broglie. 

Ces bruits auraient pu faire de la peine à un gouverneur 
moins irréprochable que ne l' étoit le comte de Montdejeu. Il 
étoit plus incommodé ds sa goutte que de tous ces coups de 
langue ou de plume empoisonnées. Ses deux mains, en effet, 
étoient comme à la torture par le ravage qu'y faisoit cette 
fluxion incurable, de sorte qu'il en avoit tous les doigts rever- 
sés et noués, mais tous ces obstacles au repos de sa vie n'in- 
terrompirent jamais le service qu'il devoit au souverain dans 
le poste qu'il remplissoit, il n'en étoit ni moins vif ni moins 
agissant, et bien loin d'agir jamais par aucun dépit, ni de con- 
sulter ses ressentimens, ou le vit toujours prêt à tout sacrifier 
aux véritables intérêts de l'Etat. 

Les ennemis ne furent pas plutôt venus se fortifier à Lentz, 
qu'il ne cessa de les harceler jusqu'à ce qu'il leur eût fait aban- 
donner ce poste et changer ce dessein et, comme ils se forti- 
fièrent presque en même temps à Aiter sur la Lis, il les y pour- 
suivit de même et les força au passage de la rivière, et après 
avoir rasé leurs redoutes, il les contraignit de se retirer ail- 
leurs, quoiqu'ils fussent plus de quatre mille hommes, et de 
laisser leurs nouvelles provisions et leur place à sa discrétion. 
G'étoit ainsi qu'il avoit intelligence avec les ennemis ses voi- 
sins. 

Il ne faut pas oublier ici un trait tout héroïque de sa géné- 
rosité à l'occasion des hgnes de Valenciennes que l'armée espa- 
gnolle força, et où le maréchal de la Ferlé-Semieterrc fut fait 
prisonnier et son armée défaite. Aussitôt que le comte de Mont- 
dejeu qui y étoit accouru selon sa couturue dans toutes les ren- 
contres hardies, où il pouvoit prendre part; aussitôt, dis-je, 
qu'il sçut que plus de cinq mille hommes de l'armée de ce maré- 
chal étoient arrêtés prisonniers dans les villages du territoire 
de Valenciennes, il envoia à celui de Sesy son secrétaire 
nommé Valicourt, qui étoit receveur ordinaire de ses contribu- 
tions, qu'il sçavoit avoir des habitudes et beaucoup de crédit 



LA VIE DU MARÉCHAL DE SCHULEMBERG 297 

dans tous ces villages pour Iraitter de la rançon de ces cinq ou 
six mille hommes. Valicourt réussit dans sa commission avec 
tant de promptitude et tant d'habileté que les généraux enne- 
mis n'en furent avertis qu'après que ces prisonniers eurent été 
relâchés. Le comte de Montdejeune s'en tint pas là, il conclut 
des traitlés particuliers pour les rançons des officiers, qui 
avoient aussi été faits prisonniers. Il lui en coûta cent mille 
livres pour dégager le comte de Grandpré, les sieurs La Roque, 
Saint-Chamant et plusieurs autres qui avoient eu le môme 
sort, et qui éprouvèrent sans qu'il leur en ait rien coûté depuis, 
la grandeur d'âme du comte de Moutdejeu. 

[A suivre). 



LES ARCHIVES DES ACTES DE L'ÉTAT-CIVIL 



DE 



CHALONS-SUR-MARNE 



353. Le 25 mars 1711, décédé Monsieur Pierre Horguelin, ancien 

Juge Consul, 89 ans. Inhumé dans le chœur de cette EgHse. 

354. Le 14 may 1711, b. Jean-Anthoine, f. de Claude Buyrette et de 

Marianne Talon. 

355. Le 4 juin 1711, décédée dame Anne Cocquart, 64 ans, femme 

de feu Monsieur Deya, Trésorier. Inhumé en l'Eglise Notre- 
Dame. 

356. Le 6 novembre 1711, Louis Taverne de Morvilliers, fils de 

Messire Louis Taverne de Morvilliers, Escuyer, Seigneur de 
Chouilly, Commissaire ordinaire des Guerres en la résidence 
de Metz et de dame Anne de Gapy, etdamoiselle Marie Deya, fille 
de feu Messire Claude Deya, Escuyer, Seigneur de Germinon 
et de feu dame Anne Cocquart ont esté mariés. 

357. Le 8 février 1712, Nicolas Deu, Seigneur de Rapsecourt, fils de 

feu Louis Deu, Seigneur de Montcetz et de dame Françoise 
Ogier et Mario-Magdeleine Guyot ont esté mariés. 

358. Le 2 may 1712, décédé Jean-Anthoine, Clerc du diocèse de 

Trêves, Précepteur des enfants de Monsieur T;e Clerc, Tréso- 
rier, 32 ans. 

359. Le 15 may 1712, baptisé Piorre-Paule, né le 11, f. de Messire 

Jérome-Joachim Lallemant, Vicomte, ChevaHer de Lestrée et 

de dame Marie Jacquesson. 
3Ô0. Le 11 décembre 1712, décédée dame Marie du Molinet, 69 ans, 

veuve de feu Messire Louis de Braux, I']scuyer, Seigneur de 

Clamanges, (Conseiller d'honneur au Présidial de Chaalons. 

Inhumée au chœur de cette Eglise. 
3G1 . Le 25 décembre 1712, décédée damoiselle Françoise de Tanois, 

dame de Louvercy, Livry, les Grandes-Loges, 68 ans. Inhumée 

en la nef de cette Eglise au tombeau de Messieurs de Gouvrot. 

362. Le 27 décembre 1712, née Marguerite-Jeanne, f. de Messire 

Philippe-Maurice Saguez, Seigneur de lireuvery et de dame 
Jeanne Gargam. 

363. Le 25 novembre 1713, décédée, paroisse Saint-EIoy, dame 

Françoise-Augustine Aulant, 63 ans, veuve de feu Monsieur 

• Voir page 391, lomc XVII, de lu Revue de Champagne cl de Brie. 



LES ARCHITES DES ACTES DE l' ÉTAT-CIVIL 299 

Charuel-Dubois, Commandant en la Ville d'IIaguenau. Inhumée 
en cette Eglise au tombeau de son mari. 

364. Le 11 novembre 1713, b. Pierre-François, f. de Nicolas Dou, 

Seigneur de Rapsecourt, et do dame Marie-Magdeleine-Gt5cile 
Guyot. 

365. Le 8 janvier 1714, b. Pierre-Philippe, f. de M. Philippe-Mau- 

rice Saguez, Seigneur de Brcuvery et de dame Jeanne Gargam. 

366. Le 15 mars 171-i, b. Benoist-Nicolas, né d'hyer, f. de Benoist 

de Pinteville, Conseiller au Bailliage et de dame Marguerite 
Moret. 

367. Le 19 juillet 1714, décédé Messiro Pierre de Pinteville, Chevalier, 

Seigneur de La Motte. Inhumé au chœur de cette Eglise au 
tombeau de ses ancêtres. 

368. Le 31 juillet 1715^ baptisé Marguerite-Louise, f. de noble 

homme Nicolas Deu de Rapsecourt, officier chez le Roy et de 
dame Marie-Madeleine-Cécile Guyot. 

369. Le 18 mars 1716, décédé Monsieur Pierre Dubois, 53 ans. 

Inhumé en l'Eglise des R. P. Augustins au tombeau de ses 
ancêtres. 

ins REGiSTRB (1718-1747) 

370. Le 26 janvier 1718, baptisé Pierre-Louis, f. de Philippe-Mau- 

rice Saguez, Seigneur de Breuvery et de dame Jeanne Gargam 
Parrain : Pierre-Louis Loisson, Chevalier, Seigneur de Guinau- 
mont, grand Prévost de Champagne. 

371. Le 4 mars 1718, baptisé Pierre, fils de Messire Jacques de 

Pinteville, Seigneur de Villers et Gendarme de la Garde du 
Roy et de dame Marie de Laitre. 

372. Le 6 avril 1718, décédée damoiselle Cécile de Pinteville- Vau- 

gency, 68 ans. Inhumée dans le chœur de cette Eglise au tom- 
beau de ses ancêtres. 

373. Le 14 aoust 1718, décédée dame Claude de Combles, 82 ans» 

veuve Messire Ignace Linage, Escuyer, Seigneur de Saint- 
Mard. Inhumée en la nef de cette Eglise. 

374. Le 22 avril 1719, baptisé Jacques-Benoist, fils de Messire Jac- 

ques do Pinteville et de dame Marie de Lestre. 

374. Le 1*^'' octobre 1720, baptisé Barthélémy- Cécile-Remy, fils de 
Messire Isaac de Klienhott, Capitaine de Dragons au Régiment 
d'Orléans et de dame Marie-Françoise-Cécile de l'Epine. Par- 
rain : Messire Barthélémy de Kleinhotte, Chanoine et Trésorier 
de la Cathédrale de Bonne. 

376. Le 14 octobre 1720, décédée dame Marie-Françoise-Gécile dâ 
l'Epine, femme de Messire Isaac de Kleinhott. Inhumée 
en l'Eglise Notre-Dame de l'Epine, au tombeau de ses 
ancêtres. 
{A suivre). Comte D. de R. 



LETTRES DE M. DE DINTEVILLE 

1589-1597 

V 
HAUTE-MARNE 

1590-1^94 

II 

COIFFY-LE-CHATEAU. — MONTIGNY-LE-EOI. — CHATEAU- 
VILLAIN. 



Coiffy est une petite ville sise à trois lieues de Longres; elle 
avait autrefois une réelle importance à cause du château con- 
sidérable qui y existait et de la prévoté royale dont elle était 
le siège. Henri IV tenait beaucoup à sa conservation et il féli- 
citait, le 10 août 1589, Roussat au sujet des précautions qu'il 
avait prises à cet égard. Au mois d'août 1591, le duc de Lor- 
raine songea à s'en emparer et recula en apprenant les forces 
qui alors garnissaient le château. L'année suivante le marquis 
de Pont-à-Mousson revint à la charge et la ville capitula le 1 '•'' 
août. Les ligueurs y demeurèrent jusqu'au moment où, l'an- 
née suivante, ils se soumirent au roi. Henri IV écrivait au duc 
de Nevers, le 20 avril 1592, son regret qu'il ne se fut pas ache- 
miné à ce moment vers le Bassigny et deux jours après il lui 
mandait le déplaisir que lui causait la prise de Coifîy. 

Jusqu'à présent on n'avait aucun détail sur ce siège où la 
petite garnison et la population lit, comme nous le voyons 
plus loin, la plus brillante résistance. M. Bonvallet, dans 
son excellente histoire de Coilfy se trompe en présentant M. de 
Bourbonne comme commandant de la place et il a grandement 
raison en insistant sur l'invraisemblance qu'un ennemi du roi 
put occuper ce poste. Le commandant était le baron de Lanc- 

* Voir page 145, tome XVI, de la Revue de Champagne et de Brie. 



LETTRES DE M. DE DINTEVILLE 301 

ques, Antoine de Choiseul, qui péril en 1503 cLans uu 
combat contre les ligueurs. Erard de Livron, baron de Bour- 
bonne, fut installé à sa place par les Lorrains. Il mourut en 
1018, gentilhomme de la chambre du roi et grand chambellan 
du duc de Lorraine. 

Montigny, bourg voisin de Goifîy, était demeuré également 
fidèle au roi. En lo91, M. de Guyonvelle vint l'attaquer; M. 
de Sacqueuay, qui y commandait, le reçut à coups de canon ; 
les ligueurs se retirèrent en brûlant le bourg. Le marquis de 
Pont y vint après la prise de Coiffy et l'enleva facilement par 
la trahison, comme nous voyons, du nouveau commandant. 
Les Ligueurs le gardèrent jusqu'à leur soumission et Henri IV 
fit démanteler le château en 1604. 

Langres, 9 avril 1592. A M. de Praslia. 

Coiffy est assiégé depuis trois semaines par le duc de Lor- 
raine « qui le bat avec fureur de 1 2 pièces de canon. Nous 
avons esté requis par le baron de Laucques d'avertir et récla- 
mer le secours de tous les seigneurs affectionnez au service du 
roi. Le Conseil de Ville. 

Langres, 9 avril 1592. A M. . . 

« Monsieur, nous vous avons averti du siège de Coiffy qui 
est place l'oyale ; depuis nos dernières il a esté battu si vive- 
ment qu'il a reçu 2300 coups de canon et bresche faite où 
l'ennemy s'est mis à l'assaut > mais il a esté vivement 
repoussé avec grande perte. » Secours urgent. 

Le Conseil de Ville. 

Langres, 10 avril 1592. A M... 

« Monsieur, le prompt secoiurs est nécessaire à Coiffy ; l'as- 
siégé à receu 2b00 coups de canon, ung assaulx furieux a eu 
lieu ; la batterie continue à la longue l'emportera si dans 5 à 
6 jours il n'y est remédié. Cinq cents chevaux qui s'avance- 
roient suffiroient de Montigny. A Montigny il faut canons, 
poudre, munition, hommes, » et ce qui est pis, argent. . . . 

Le Conseil de Ville. 

Ghaource, 12 avril. 

Les ennemis sont devant Coiffy où ils sont déjà logés sur la 
contrescarpe des Fossés. « Je croy que les assiégés ne sont pas 
munys de tout ce qu'il leur fault. S'ils preuoient ceste place, 
ils mettront en efroy tout ce pays et principalement ceux de 



302 LETTRES DE M. DE DINTEVILLE 

Laugres qui commeuceut fort à s'estouuer, et croy qu'ils le 
seroient encore plus sans que ceulx de Montigny se sont dé- 
clarés pour le service du roy. » Demande des ordres. 

Praslin . 

Mussy, 13 avril 1592. Au duc de Nevers. 

« Je viens tout maintenant d'estre assuré que le château de 
Goiffy, l'une des meilleures places de ceste province a esté 
prinse de force par l'armée de M. le duc de Lorraine qui l'avoit 
assiégé et battu depuis 3 ou 4 jours avec neuf pièces de canon 
et trois couleuvrines. La prise en fut faicte hier et du s'' baron 
de Lancque qui estoit dedans. De là ceste armée est allée atta- 
quer Montigny-le-Roy, qui est une fort bonne place auprès de 
Lan grès, mais qui ne peut non plus résister que ledict Goiffy 
pour n'estre garni d'hommes. 11 semble que tout cet orage doit 
à la fiD tomber sur Langres qui est maintenant assez désarmez 
des gens de guerre. Si tant est que ce malheur arrive, il ne 
fault plus faire estât que S, M. puisse nous conserver ceste 
province, car si Laugres qui est la meilleure place ne peut 
résister, il sera facile à croire que les autres places qui ne sont 
de semblable étoffe ne feront plus qu'elle. » Descars. 

Langres, 17 avril 15&2. Au duc de Nevers. 

Grande batterie du duc de Lorraine contre le château de 
Goiffy qui a besoin de prompt secours. Il a déjà reçu 3 à 400 
coups de canon. Le baron de Lancques est résolu d'y bien 
tenir. Le Gonseil de Ville. 

Lsingrcs, 20 avril 1592. Au duc de Nevers. 

a Nous espérions vostre venue icy ce qui après Dieu nous 
peut seulement restaurer. » La situation est très aggravée 
depuis la perte de Goiffy que M. de Lorraine avait fait investir 
avant Pâques en y acheminant 4000 hommes de pied et 1200 
chevaux en attendant 2;i00 lansquenets ; il a mis une batterie 
de 12 canons ; « ayant attaqué luug des boulevards de la cita- 
delle appelé de Lorrayne contre lequel a esté tiré plus de 2000 
coups qui firent bresche telle que l'eunemy vint à l'assaut le 
H" du mois, qui fut très bien soutenu par ceux du dedans et fu- 
rent longtemps aux mains. Il y eût de part et d'autre plusieurs 
morts et blessés ; l'ennemy y perdit six capitaines eutr autres 
uug nommé Salyne qu'ils estimaient beaucoup. « Le lendemain 
lesbatteryes furent recommancées et donnèrent un assaut lequel 



LETTRES DE M. DE DINTEVILLE 303 

ne put eslre repoussé comme le précédent pour le petit nombre 
des nostres, gens de bien, qui resloicnt, et alors le baron de 
Lancques qui ne pou voit plus résister, pour sauver la vie des 
siens fut contraint de capituler que ses soldats sorliroient avec 
leurs armes et chevaulx, conduits, comme ils ont esté, en ceste 
ville moyennant 10000 écus que ledict s'' de Lancques a pro- 
mis, demeurant néanmoins prisonnier et ont mené à Chatel- 
sur-Mezel où est le baron de Saint-Amand et le s'" de Myron 
estroitement tenus et serrés. Il n'y avoit à Coiffy que 50 h. de 
pied et 25 arquebusiers à cheval, et M. de Lancques ne put y 
ajouter que 100 hommes. M. de Lorrayne y a mis gouverneur 
le sieur de Bourbonne comme auteur de ce siège, avec 300 h. 
et 2 canons (nous n'en avions pas). Le marquis de Pont après 
avoir fait réparer la brèche, a investi Montigny et on comment 
cera demain à battre avec 10 canons. Il y a peu de monde 
dedans par la malice de celuy qui y commande. Il nous a re- 
fusé et n'a accepté qu'à toute extrémité 40 hommes, après il 
ira à Chateauvilain qui manque de tout et a peu de monde, 
comptant y mener 20 à 25 canons. « Tout le bétail du plat 
pays est enlevé et la misère des paysans est à son comble. 
Alfonse Corse traite d'une trêve avec le duc de Nemours qui 
ira ensuite rejoindre le duc de Lorraine. » 

Les capitaines d'Origny et de St-Chéron. 

Goiffy, 21 juillet 1592. Aux gens de Langreà. 

Il les invite à se joindre à lui. Il a l'ordre du duc de Lorraine 
de se montrer doux et de soulager le plat pays. « Qui ne 
cherche les moyens de gagner le Paradis ne peut rien espérer 
de bien. Un homme qui est hors l'Eglise ne peut attendre que 
tout malheur. Ne continuez donc pas, je vous en supplie, cà 
vous oppiniatrizer. » Livron de Bourbonne. 

Laugres, 29 juillet 1592. Au duc de Nevers. 

Envoi de la lettre précédente ; l'élu Gourtet a été bien reçu 
par le duc (de Lorraine). Le ravage de la campagne continue. 
Des secours prompts sont urgents. Le Conseil de Ville. 



m 

CHATEAUVILLAIN 

Petite ville de l'arrondissement et à 5 lieues de Chaumout; 
elle fut dévastée à plusieurs reprises et dans d'horribles coudi- 



304 LETTRES DE M. DE DINTEVILLE 

lions par les protestants. Au commencement de la ligue, ses 
habitants essayèrent de demeurer neutres, mais ils durent se 
prononcer et firent cause commune avec les Langrois comme 
fidèles au roi, soutenant une guerre continuelle avec leurs voi- 
sins de Chaumont et ayant eu à subir quatre sièges, vail- 
lamment repoussés par le baron de Saint-Remy, fils naturel de 
Henri II et par M. de Choiseul-Meuse. En 1^80 Vincent Ad- 
jacetti, florentin enrichi dans les fermes, acheta le comté et la 
ville et les donna en dot à son fils à l'occasion de son mariage 
en 1583 avec Anne d'Acquaviva d'Aragon, l'une des demoi- 
selles d'honneur de Catherine de Médicis. François Adjacetti 
était un triste personnage qui échappa à la corde par le crédit 
de sa femme ; il avait fait assassiner par ses gens un gentil- 
homme français avec lequel il s'était battu eu duel et qui lui 
avait sur sa prière accordé la vie sauve. 11 dut payer une forte 
amende aux pauvres, puis fournir largement de l'argent à 
Henri III, ce qui attirait sur lui toute la haine des ligueurs ; 
sa femme, en dépit de lettres de sauvegarde spéciale du duc de 
Guise, qui l'avait connue à Naples, fut prise et gardée àChau- 
mont jusqu'au paiement d'une forte rançon. Un nouveau siège 
entrepris, comme nous le voyons, dans de périlleuses condi- 
tions, fut tenté en 1592 et se termina par la défaite des Lor- 
rains. La résistance fut héroïque et la tradition assure que 
les femmesy curent une glorieuse part. 

Adjacettis'y comporta, parait-il, médiocrement etuous voyons 
en effet dans une lettre de Diuteville, qu'il y montrait peu de 
chaleur. Il fut tué le 26 avril 1593 par M. de Choiseul-Meuse, 
commandant la ville auquel il avait donné un démenti. Nous 
croyons que ce motif, reproduit par M. Jolibois, est peu exact. 
Les documents que nous publions éclairent complètement ce 
sanglant épisode. Demeurée veuve, la comtesse de Chateauvil- 
lain laissa paraître une excessive affection pour son mari. Elle 
intenta un procès contre la ville pour réclamer des bois et elle 
gagna pour la plus importante portion. .Scipion, leur fils, porta 
le titre de comte de Ghàteauvillain et de duc d'Atri en Italie ; 
veuf de M"" Doni d'Attichy, il embrassa fêtât ecclésiastique 
et mourut cardinal en 1648. 11 avait abandonné ses domaines à 
son fils Joseph, mais celui-ci, à la mort d'Aune d'Acquavivas, 
en 1023, vendit Ghàteauvillain à M. de fHôpilal, duc de 
Vitry. 

Châteauvilluin, 26 mars 1î)02. Au duc de Nevers. 

Il a la certitude que le duc de Lorraine et Gu^^onvelle 



LETTRES DE M. DE DINTEVILLE 30o 

veulent l'attaquer avec 18 canous. Il faut comme il la dit 
« cent fois, » renforcer la garnison. Adjacelti. 

•27 mars 1S9'2. Au même. 

Son messager parti la veille voyant l'euncmi à Vendeuvre a 
jette sa lettre et s'est sauvé. Il y a 4000 hommes avec le duc 
de Lorraine et des canons. Rien à espérer de M. de Diutcville. 
Si Châteauvilain succombe, Mussy sera pris, etLangres« sera 
de tout bouchée. Vous vous souviendrez combien de fois j'ai 
escrit au roi et à vous de ce qui estoit nécessaire. Je ne puis 
croire que sentant un fait d'aussi grande importance comme 
celuy-cy, vous no nous secouriez pas. » Adjacetti. 

Châteauvilain, 29 mars 1.'J92. Au duc de Nevers. 

Il a appris que l'objectif de l'ennemi est Chaumont où le 
duc de Lorraine a des intelligences avec Guyonvelle, le lieute- 
nant-général Briocourt, Pietrequin et 3 ou 4 autres. Dinte- 
ville lui annonce que sa cavalerie est prête. Il envoie des mes- 
sagers partout. Adjacetti. 

30 mars 1592. Au même. 

Le siège est décidément certain. L'ennemi ce soir est à Mou- 
téclair et Valderoignon. Ou lui assure que le duc va venir 
lundi le secourir. 

Châteauvilain, 25 avril 1392. Au duc de Nevers. 

Il n'est pas coupable s'il n'a pas rajeuni ; il est vieux, mais 
ce n'est pas la cause de son absence. Au moment où il a reçu 
l'ordre de marcher, M. de' S. Remy avait demandé à aller avec 
toute la cavalerie pendant quatre jours au secours de M. de 
Saiut-Amand près de Châlons ; il y resta trois mois au grand 
préjudice de ce pays. Il n'aurait pu venir qu'avec 4 ou 5 che- 
vaux, f ce qui auroit fait mocquer, » Adjacetti. 

19juiu io92. Lettre saisie du duc de Lorraine à M. de Vaudemout. 

Sans la promesse de Guyonvelle et des gens de Chaumont, 
de l'assister de troupes et de munitions, il n'aurait pas fait 
attaquer Châteauvilain en cette saison s^ans plus de forces. Il 
faut les sommer d'exécuter leur engagement ou lever le siège. 

Chaource, 12 juin 1592. Au duc de Nevers. 

Châteauvilain est assiégé, g II n'est pas possible de pouvoir 

20 



306 LETTRES DE M. DE DINTEVILLE 

VOUS fait enlenclrn comme toutes les places de ce païs sout 
effrayés des Lorrains, vo^^ant que personne ne se met en peyue 
de s'opposer à leur desseing Je vous suplye avoir com- 
passion de ceste pauvre province qui implore votre assistance.» 

Praslin. 

Mussy, 13 juin 1592. Au même. 

C'est le 5*^ avis envoyé. Le feu commença à midi devant 
Châteauvilain. Urgent d'arriver ou d'envoyer 7 à 800 bous 
chevaux. Descars. 

Sommaire des lettres de M, de Praslin des 28 mai, 2, 3, 15, 
2-4 juin 1592. Au duc. 

Tout est ébranlé, — la présence du duc urgente ; — il avait 
amassé quelques armes, mais personne n'est venu ; — c'est la 
presse des affaires qui le fait trois fois revenir à la charge ; — 
l'armée royale pense loger à Mussy et à Bar. — « Vous prie de 
rechef avoir pitié du pauvre et désolé païs que vous pouvez 
sauver avec 12 ou ISOO hommes, » 

Au duc de Nevers. 

Le baron d'Aix (Gharle des Cars) écrit les 6, 10, 11, 13 juin 
1592 pour réclamer -sa présence; — un régiment; — Château- 
vilain ne pourra tenir que ij ou jours ; — le duc indispen- 
sable à moins qu'il n'envoie 600 chevaux. 

Au Même. 

L'évêque de Langres lui écrit les 10 et 22 juin les mêmes 
instances. On peut compter sur M. de Praslin. 

Mêmes instances du comte de Tonnerre et des habitants de 
la ville, la chute de Châteauvillain exposant grandement Ton- 
nerre. 

13 juin 1592. Au duc de Nevers. 

Il doit arriver à cause du péril de Châteauvilain. « Il no me 
reste plus que vous suplier avoir pitié de ce pauvre et désolé 
païs auquel vous pouvez sauver avec 12 ou lliOO hommes et 
faire resevoir leur afront aux ennemys. Pardonnez à ma na- 
tion qui n'est payée que de la pitié en (|uoy je voy réduit 
tout ce peuple qui implore voslre aide. » Praslin. 

Chaource, 13 juin. Au duc de Nevers. 

Le feu commencera demain mercredi. Bonnes sorties très 



LETTRES DE M. DE DINTEVILLE 307 

meurlrières pour l'ennemi. Il annonce partout l'arrivée du 
duc pour exciter un chacun à monter à cheval. « Je vous sup- 
plie très humblement de vous haster d'aultant que je crains 
que l'estonnement que chacun ha jusqu'issy ne continu. » 

Praslin. 

Grancey, 16 juin. Au Roi. 

Cent chevaux viennent d'entrer ayant forcé quatre corps de 
garde ennemis; si ce secours était venu plus tôt, l'ennemi ne se 
serait pas arrêté. Ses gens fout « de belles sorties et tueries. » 
Un messager rentré cette nuit annonce que Prasliu va rejoin- 
dre M. de Nevers vers Flavigny. Très surpris, car un gentil- 
homme qui a quitté Flavigny hier à porte fermante, n'en 
savait rien, sinon que Tavanes avait pris Flavigny, vendredi 
le fortifiait et que le Parlement voulait y retourner. Le feu a 
commencé hier à 3 heures du soir avec 8 pièces . 

Adjacetti. 

P. S. lia appris qu'on avait dit au duc de Nevers qu'il y avait 
15000 lorrains pour le dissuader de venir; c'est absolument 
faux. Le duc en venant même sans forces, il en aurait trouvé 
assez par deçà pour empêcher le dessin des ennemis. « Ga esté 
un très meschant et préjudiciable acte à vostre service. » 

{A suivre.) 



NÉCROLOGIE 



Le colonel d'artillerie baron Boulard vient de mourir à Paris. 
11 était fils du général baron Boulard, né à Reims, commandant 
de l'artillerie de la garde à Moscou, qui sauva sa ville natale du 
bombardement en 1814, en refusant nettement d'exécuter l'ordre 
donné par Napoléon. — Armes : Coupé : au 1" d'azur à un tube 
de canon en pal d'or ; au 2" d'or au cheval d'azur, accompagné 
d'une étoile à 5 pointes de même en abîme. 



Nous mentionnerons aussi la mort prématurée de M. Quatresols 
de MaroUes, capitaine au 3* cuirassiers, enlevé par une fièvre 
typhoïde pendant un voyage en Italie. Officier jeune et plein d'a- 
venir, il sera vivement regretté de tous ceux qui ont pu apprécier 
sa valeur. Il appartenait à une très ancienne famille de la Brie où 
est situé le château de Marolles possédé encore par son frère. On 
sait qu'un de ses ancêtres appartenant au Parlement de Paris et 
demeuré très dévoué à Henri IV, ce prince aimait à dire que 
« tout son Parlement ne valait pas Quatresols. » — Cette famille 
a pour armoiries : d'azur au lion, accompagné en chef d'une 
étoile à b pointes et en pointe d'une palme, posée en bande, le 
tout d'or. 



Nous ne devons pas passer sous silence la mort de M. Chéreau 
(Achille), bibliothécaire de la Faculté de médecine de Paris, mem- 
bre associé de l'Académie de médecine, il est mort le 17 janvier. 
Il était né à Bar-sur-Seine, le 23 août, d'une famille qui comptait 
plusieurs médecins. Son père avait été chirurgien-major des 
armées. Il se fit recevoir docteur en médecine à Paris, le 9 août 
1841, s'occupa d'abord des maladies des ovaires et publia, sur ce 
sujet et sur l'opération césarienne (18ii-18;i2) quelques mémoires 
qui sont encore consultés av(u'. fruit. Mais, entraîné par son goût 
I)Our les recherches historiques, on le vil aux archives, à la biblio- 
thèque nationale, à la bibliothè([ue de la Faculté, plus souvent qu'à 
Ihùpilal. En 1848, il obtint à l'Académie une récompense pour un 
iiiémoire sur le suicide (prix Civrieux), publia de très nombreux 
articles médico-historiques dans l'Union médicale, amassa de 
riches matériaux pour une histoire de runciennc Faculté de méde- 
cine, pour l'histoire des médecins des rois de France, et pour une 



NÉCROLOGIE 309 

nouvelle édition des lettres de Guy Patin dont il avait retrouvé un 
assez grand nombre inédites. 

Parmi les nombreux écrits de Chéreau, il faut citer : ses Essais 
sur les origines du journalisme médical français, un Mémoire sur 
la mort de J.-J. Rousseau, siir la guillotine, sur les six couches de 
Marie de Médicis, un très grand nombre de biographies dans le 
Dictionnaire encyclopédique des Sciences médiailes, le Parnasse 
médical français, in-12, 1874, des Esquisses biographiques sur 
Sacmes, sur Bichat, VUistoire d'un livre, Michel Servet — qui 
lui attira quelques contradicteurs — car il se laissait quelquefois 
entraîner par une imagination un peu trop ardente. 

Chéreau avait aussi un goût assez prononcé pour les sciences 
naturelles, et il accumulait depuis assez longtemps des matériaux 
pour une histoire des Fourmis. Il est mort avant d'avoir pu réa- 
liser son rêve, de voir publier ce dernier travail. 

Il avait été nommé chevalier de la Légion d'honneur, le 15 
octobre 1871, membre associé de l'Académie de médecine en 1S76, 
et bibliothécaire de la Faculté, le l^^ janvier 1877. 



BIBLIOGRAPHIE 



Très intéressant le nouveau volume des Annales de la Société 
histoî'ique et archéologique de Château-Thierry . Nous y citerons 
la notice de M. deKerouartzsur Jean de Louan, seigneur de Nogent- 
l'Artaud, l'un des plus fidèles serviteurs de la duchesse Anne de 
Bretagne ; — le relevé des chartes de Tabhaye de la Barre, à Châ- 
teau-Thierry, par M. Rollet; l'analyse des chartes de la prévôté de 
Marizy-Saint-Médard, par M. l'abbé Poquet; — les pierres tom- 
bales de l'égUse de Villiers-sur-Marne, par M. Léguillette ; — la 
notice sur la vie et les œuvres d'Amédée Varin, graveur, notre 
regretté collaborateur. 



A lire dans le tome XXXIV des Mémoires de la Société d'archéo- 
logie Lorraine, te travail de M. Henri Le Page sur un épisode du 
règne du duc René II « la guerre de Sedan » (4493-1496). Il s'agit 
de la lutte engagée à cette époque entre le prince Robert de La 
Marck, duc de Bouillon, au sujet de Dun-le-Château, dont ce 
dernier réclamait la possession, et qui se termina par l'arbitrage 
de Charles VIII qui prononça en faveur du duc. Cet incident n'est 
mentionné dans aucune histoire de Sedan. 



Lire aussi dans ce même volume, V Elude sur le comté de Vau- 
démont, de M. Léon Germain. L'auteur y étudie la question de 
savoir si Ancel, sire de Joinville, gendre de Henri III, comte de 
Vaudémont, posséda après lui ce comté. 11 démontre au contraire 
que Ancel ne put posséder ce comté, étant mort avant son beau- 
frère : c'est seulement leur iils qui en hérita en 1346. M. Ger- 
main publie à ce propos la liste de tous les actes d'Ancel qu'il a 
pu réunir. C'est un recueil très important pour Thistoire do la mai- 
son de Joinville, car la [plupart de ces chartes sont inédites. 



M. l'abbé Le Conte, vicaire général honoraire du diocèse de 
Chàlons, vient de publier le Petit Manuel pour la fondation et la 
direction des patronages ruraux (in-l(S, Martin). C'est une œuvre 
remarquable, tout-à-fait d'actualité ei conçue dans l'esprit libéral 
le plus chrétien et le plus éclairé. Mgr l'évcque avait demandé ce 
travail à M. Le Conte et dans une élo(|ucnte lettre il rend hom- 



BIBLIOGRAPHIE 3 1 1 

mage au talent de l'auteur « à qui le diocèse de Chàlons doit la 
rég-énératioD et la consolidation de la vie chrétienne dans beau- 
coup de paroisses, grâce à ses œnvres de patronages. » 



Lire dans le dernier numéro du Bulletin Monumental, qui 
vient de passer entre les mains de notre collaborateur le comte 
de Marsy, élu directeur de la Société française d'archéologie, le 
travail d'un autre de nos collaborateurs, M. Jadart, sur les anciens 
pupiti'es des églises à Reims. 



La Revue Belge de numismatique, dans le deuxième numéro de 
1885, p. 285 à 292, s'occupe, sous la signature de M. G. Vallier, de 
la médaille frappée en 4591, à l'effigie d'Henri IV, à l'hôtel des 
monnaies de Châlons-sur-Marne. Cet article, curieux surtout par 
les explications eiTonées données par des auteurs allemands et 
relevées par M. Vallier, est accompagné d'une gravure très tidéle 
de cette pièce curieuse. 

* 

M. Pornsignon, inspecteur honoraire d'Académie, va publier 
une Histoire de Champagne, en trois volumes in-8°. Nous nous 
ferons un plaisir de rendre compte de cet important ouvrage. On 
souscrit chez M. Martin, à Châlons, au prix de 18 francs, payables 
par tiers à la réception de chaque volume. La grande carte de 
Champagne par Sanson (1692) sera reproduite dans cet ouvrage. 



CHRONIQUE 



Un volume dk Grolier a la bibliothèque de Chaumont, — Jean 
Grolier, de Lyon, trésorier de France au xyi» siècle, fut, comme 
on le sait, l'un des bibliophiles les plus érudits de son temps, et le 
Mécène des gens de lettres. Sa bibliothèque, qui ne renfermait pas 
moins de 3 à 4,000 volumes des meilleurs ouvrages, fut dispersée 
après sa mort (loCo). 

« Grolier, dit un de ses biographes, ne voulait que des exem- 
plaires irréprochables, et souvent il en faisait tirer plusieurs pour 
lui, sur papier do choix. Il faisait peindre les frontispices et les 
initiales en or et couleur. Mais c'est surtout dans les reliures qu'il 
faisait faire, que Grolier donnait les preuves les plus irrécusables 
de sa magnificence et de son goût. L'art et le soin avec lesquels 
elles sont exécutées ne seront jamais dépassés. Les ornements, 
qu'il dessinait lui-même, sont riches, variés, et toujours d'un goût 
exquis. « 

Un archéologue distingué, M. Le Roux de Lincy, a publié, en i 866, 
un ouvrage intitulé : Recherches su?- Jean Grolier et sa biblio- 
thèque, dans lequel il indique les dépôts où se trouvent des livres 
ayant appartenu à ce iameux bibliophile. Mais en limitant, comme 
il semble, ses recherches à quelques grandes villes, M. Le Roux de 
Lincy ne pouvait produire qu'un travail nécessairement incomplet. 
En effet, sa liste ne dépasse guère 3û0 volumes. Depuis sa publi- 
cation, d'autres livres de Gi'olier ont été signalés dans des biblio- 
thèques publiques ou particulières. 

Chaumont fut une des localités que le savant bibliographe ne 
jugea pas dignes de ses investigations. Et cependant, nous avons 
la bonne fortune de posséder une épave de cette célèbre biblio- 
thèque du XVI® siècle. C'est un volume de théologie, in-4°, de 73 
feuillets de texte, chiffrés, et 3 feuillets de préliminaires, non 
chiffrés. Superbe impression sur fort papier, belles marges, 
vignette or et couleur au-dessus de la première page du texte, et, 
çà et l;'i, des initiales également dorées et coloriées. 11 est relié en 
veau brun et doré sur tranches. Les deux côtés extérieurs de la 
couverture sont ornés d'arabesques et de lilets en or, d'une grande 
délicatesse de dessin et d'exécution. Au bas du plat de dessus, on 
lit, encadrée dans un des ornements, la marque suivante, indice 
d'un noble co^ur : Jo. Grolierii et amicorum. Au milieu du plat 
de dessous, la devise du bibliophile : Portin onea, domine, sil in 
lerrd rirentiiini ; mar(jue vl devise inscrites en lettres d'or sur 
tous les exemplaires de Grolier, et qui les font reconnaître. 



CHRONIQUE 313 

Ce livre rare, provenant de TOratoire de Langres, a pour titre : 

Origenis Adamantii de recta in Deum fuie dialogus adversus 
Megcthium, Marciim, Droserium, Valentem et Marinum hxre- 
ticos, Joannc Pico scnatore Parisiensi interprète. 

Parisiis, apud Audoem(m Parvum, via ad dimim Jacobum, suh 
Lilioaurco, 155(!. 

Si, après plusieurs siècles, on peut regretter quelques dégrada- 
tions légères et inévitables dans la reliure, il n'en est pas de même 
de l'intérieur du volume, dont la conservation est si parfaite, qu'il 
semble soi'tir des mains de l'imprimeur. 

En l'ésumé, aux prix fabuleux qu'atteignent les Gvoller dans les 
ventes (souvent quelques mille francs), je considère, à juste titre, 
le livre dont je viens de parler, comme l'un des plus précieux de 
notre riche bibliothèque publique. Emile Voillard, 

Bibliothécaire de Chaumont. 



Viticulture champenoise antédiluvienne. — La Revue scienti- 
fique, dans son numéro du 7 mars ISS'6, reproduit une communi- 
cation faite par M. V. Lemoine au Comité central d'études et de 
vigilance contre le phylloxéra de Reims, sur la vigne en Cham- 
pagne pendant les temps géologiques. 

M. V. Lemoine soumet au Comité l'empreinte d'une feuille de 
vigne recueillie récemment en Champagne dans le calcaire de 
Sézanne, dont la formation remonte, comme on le sait, au début 
de la période tertiaire. Ainsi, la vigne existait en Champagne dès 
la plus haute antiquité, et il faut déposséder les légions de César, 
de l'honneur de l'y avoir introduite. Mais, pour accorder la légende 
avec la paléontologie, on peut, sur des données certaines, supposer 
que la vigne a existé en Champagne aux temps géologiques, puis 
a disparu par suite de bouleversements climatériques subits, et 
qu'enfin la température normale de sa culture une fois rétablie en 
Champagne, elle a dû attendre l'initiative romaine pour y l'epa- 
raître elle-même. 

La période tertiaire à laquelle appartient la feuille de vigne dont 
M. V. Lemoine présente l'empreinte, fut une période très longue. 
On a recueilli d'autres empreinte de tiges, feuilles et fruits, prou- 
vant que la Champagne avait, à cette époque, une température 
égale, ou à peu près, à la température actuelle des plus chaudes 
régions de la terre vers l'équateur. 

Forcé de laisser de côté les signes éphémères, bien que caracté-j 
ristiques, que le temps a enlevés, nuances de feuille nouvelle, rou- 
geâtres de pampre automnal, efflorescences analogues à celle du 
Meunier, filaments et duvets, que M. V. Lemoine se borne à l'étude 
des nervures, des lobes et des denticulcs du limbe. 



314 CHRONIQUE 

Une feuille de vigne a le plus souvent cinq lobes ; ils se réunis- 
sent parfois en trois, les inférieurs et les moyens pouvant se 
souder; pai'fois mf-me, il n'y a aucune trace de lobes. On appelle 
auriculp une portion d'un lobe inférieur sur laquelle se distiibue 
la plus interne et la plus grande des nervures tertiaires qui s'écar- 
tent de la nervure secondaire inférieure. Ceci posé, l'auricule de 
la feuille de vigne préhistorique est fort réduit, sans denticules à 
son contour inférieur; la nervure qui le parcourt ne surpasse pas 
en dimension les autres nervures tertiaires de même ordre. C'est 
donc précisément le contraire de l'aspect que présentent notre 
vigne champenoise et la plupart des vignes exotiques des deux 
continents. Le type présenté n'offre pas, à proprement parler, des 
lobes distincts, ce qui le rapprocherait du Vitis sézannienzis, 
tandis que, sur nos types actuels de vignes champenoises, surtout 
le Morillon blanc lobé et sur plusieurs types américains, les lobes 
apparaissent fort distinctement. 

M. V. Lemoine croit ses caractères suffisants pour constituer 
une vigne champenoise fossile d'époque tertiaire pour laquelle il 
propose le nom de Vilis Balbianii, du nom de M. le professeur 
Balbiani. Le calcaire de Sézanne renfermerait ainsi deux anciens 
types de vignes plus voisins des types américains anciens que des 
types français actuels. 



Nous trouvons dans un récent catalogue d'autographes les deux 
articles suivants : 

« Correspondance de M. Milon de Villiers, sous-préfet de Mézières 
et de Rétbel, du 2 avril 181 'i au a décembre 181b. — 56 pièces 
originales ou copies. 

w 1814: M. de Villiers reconnaît l'autorité du gouvernement 
provisoire; il engage les habitants, pour témoigner leur amour au 
roi, à abandonner, à l'exemple d'autres villes, les créances pour les 
fournitures faites par suite des réquisitions, créances déjà acquit- 
tées par le roi. 

« 181b : Il organise le service sanitaire à l'occasion des troupes 
rassemblées en nombre dans le département. Il a à répondre sur 
sa tête de l'exécution des mesures prises par le général Vandamme 
pour résister à linvasion des alliés qui se trouvent le 27 juin entre 
Isles et Rcthcl, où ils capturent le courrier. — Lors de l'entrée du 
roi à Paris, Fouché répond à Manuel qui a voulu le tuer : « Jeune 
homme, il est trop tard, je suis pré veau. » 

M Le 1 G juillet, Villiers est chargé d'une mission à Sedan et à 
Mézièi'es pour y faire reconnaître raulorilé du roi. Le général 
Hacke ne reconnaît que les autorités établies par les alliés ; des 
ordre du roi non contresignés par lUuchor n'ont pas été reçus. Les 
alliés veulent que les places se rendent à eux avec confiance, car 
ils sont les amis du roi, mais Sedan et Mézières ne veulent se 



CHRONIQUE 3 1 5 

rendre qu'aux délégués du roi. Hacke bombarde Mézières qui 
sera bientôt détruite si le roi ne prend souci de cette ville. La 
situation des habitants est désespérée : les maisons sont abandon- 
nées et pillées, les magistrats emprisonnés. Les Prussiens acca- 
blent le pays de vexations, tandis qu'à Reims les Russes sont plus 
favorables aux populations. Mézières est toujours assiégée tandis 
que l'Alsace a obtenu un arrangement depuis le 26 juillet. Quoique 
la guerre soit terminée, les Prussiens continuent leurs vexations; 
fe pays est à bout de ressources, et les cantonnements de troupes 
alliées, beaucoup trop nombreux, vont l'épuiser complètement. » 

Ce dossier est d'une importance réelle pour l'histoire de Sedan 
et de Mézières pendant l'occupation des alliés. 

« De la permission de R. P. en Dieu monseigneur levesque et 
duc de Langres per de France. On vous recommande Ihospital 
sainct Jacques du hault pas près Paris. Auquel tous pèlerins sont 
logez... Petit placard in-4° oblong de 7 lignes imprimées en 
caractères gothiques. » 

Cette pièce rarissime a été imprimée de lo30 à i'ôio. Elle devait 
être affichée dans les églises et dans les établissements hospitaliers 
de la capitale, afin d'exciter la charité publique en faveur de l'hô- 
pital Saint-Jacques-du-Haut-Pas. 



Nous aurions dû, depuis longtemps, signaler à nos lecteurs une 
communication faite à l'Académie des Inscriptions et Belles- 
Lettres, par M. |le vicomte de Ponton d'Amécourt, le 2r> juillet 
4884. Il s'agit de Triens mérovingiens que ce savant numismatiste 
propose d'attribuer à des localités de Champagne et de Brie. Dans 
la légende BAINISSO, il retrouve très judicieusement le nom de 
Binsoïi ; il pense que ODOMO est la capitale de l'ancien pagns 
Otniensis, sur lequel M. Aug. Longnon a publié un travail spécial, 
dans la Revue archéolofjiqite, en 1869, et désigne la ville qui 
depuis le ix® siècle seulement prit le nom de Château-Thierry; 
lORO VI (co) serait Jouarre ; MUGRECE VICO, serait Mouroux, vil- 
lage situé au passage de la voie antique de Sens à Meaux sur la 
rivière du Morin, en latin Muera; enfin ORTOBRIDVRVM, signi- 
fiant, suivant M. d'Amécourt, Poilu fortifié sur l'Ort, serait Pro- 
vins, la rivière de Voulzie ayant pu s'appeler Ortia et Oltia. 



On vient enfin de transporter dans une salle de l'Hôtel-de- Ville 
de Reims, la mosaïque dite des Promenades, remarquable morceau 
de l'art romain découvert en 1860 dans cette ville. L'opération 
délicate du transport a parfaitement réussi 

Mariage d'un jeune sportman, M. Kraft, associé de la maison 
Louis Rœderer, de Reims, avec M'"' Breton, petite-fille du célèbre 
éditeur Hachette. 



MÉLANGES 



Note sur l'ancien caêNaval a Reims. — Ce fut surtout dans 
les compagnies des arbalétriers et des arquebusiers que se recru- 
tèrent les joyeux drilles qui avaient le privilège de mettre la cité 
en belle humeur. 

Au commencement du xvii'' siècle, un de ces hardis compères 
qui défiaient chacun le pot ou l'arbalète à la main, avait nom 
Simon Yoland. C'était le Gamhrinus ou le Falstaf de Reims. Si 
Rabelais l'avait connu, il en eût fait le digne émule de Grandgou- 
sier et de Gargantua. A table, il n'avait pas son égal et les propos 
de haulte graisse tombaient de ses lèvres dru comme grêle. 

Simon Yoland était le maître de rhôtellerie des Grandes-Meidles, 
et l'on pouvait, dire, lorsqu'on le voyait souriant et bedonnant sur 
le pas de sa porte, que jamais auberge ne trouva meilleure 
enseigne. 

Mais les plus belles choses ont le pire destin, comme a dit un 
poète, Simon Yoland mourut jeune, miné par les excès auxquels 
il devait son gai renom. 

Pussot fait de lui le plus grand éloge, éloge posthume, partant 
sincère. C'était, dit-il, un « bon pillier de table, de rustieque et 
joyeuse vie, aymant fort les compaignies, qui pour plusieurs excès 
baccussins devint ydropicque, combien qu'il fut encor jeune 
homme, de bonne volonté et réputation, fort gros, replecque et 
pellecaviste. » 

Lorsqu'on le mit en terre, le 24 mai \CAi, les compagnies des 
arquebusiers et des arbalétriers, qu'il avait tant aimées et fêtées, 
voulurent assister h son enterrement. Mais lorsqu'il s'agit pour 
elles de prendre rang dans le cortège, une grosse querelle s'éleva. 

« Vouloient les ditz arbalestriers forcer la prévention de la har- 
quebuze, roi, cappittaynes et compaignie d'iceulx arquebuziers : 
mais n'y peurent advenir, synon que tout le long du dit convoyé 
faire noises, disputes, cryment, trouble, batterye et grans etlroy, 
jusqucs au devant dudit cymelier (de Saini-Jacques), avec une 
merveilleuse et scandaleuse insolance; mais furent sy bien opposez, 
que les dits arbalestriers n'entrèrent au dit cymctier, et retournè- 
rent à leur jardin par l'huys de derrier, comme frustrez de leur 
prétendue victoire. Dieu les veuille accorder. » 

En ce temps-là, les arbalétriers et les arquebusiers étaient à 
Reims deux sociétés rivales, très hères, l'une de son vieux renom. 



MÉLANGES 317 

l'autre de rimporlanco que lui donnaient les temps nouveaux ; 
elles représentaient deux âges et deux esprits dllFcrents. Jalouses 
de maintenir leurs privilèges, elles se disputaient avec rage la pré- 
séance en toute occasion. 

Dix ans plus tard, nous voyons, dans une circonstance analogue, 
les arbalétriers disputer à la corporation des boulangers les mêmes 
droits de préséance. 

« Le VHP febvrier 162i y eut grande confusion au convoyé du 
corps de Jehan Jonet que l'on portoit en terrer au grand cymotier 
de Saint-Jacques, à cause que Monsieur le curé et son cicrjc l'ayant 
levé, voulant cheminer cliantant près du corps, et Monsieur le 
Lieutenant des habittants avec sa compaignie du guet forceant et 
prenant place entre ledit clerjé et icelluy corps en expulsant le 
clergé avec grand débat et confusion : oultre les arbalestriers 
forceant aussy, voulant aller devant la compaignie des boulangers, 
causant grande oppression, scandale, noises et débats; tellement 
qu'ilz chemynoient avec plusieurs altes, tous en masse et grand 
trouble, s'injuriant et se mocquant l'un de Taultre avec grande 
insolance. » 

Simon Yoland n'était plus là pour mettre tout le monde d'accord 
et ramener à la raison les plus mutins et les plus bruyants, parmi 
lesquels figurait sans doute Pierre Deschamps, le fondeur de 
cloches, un jureur émérite dont les violentes apostrophes faisaient 
alors rougir les nonains derrière leurs murailles. 

Mais revenons au carnaval. Reims avait au xYii"^ siècle, ce que 
nous n'avons plus, des combats de coqs : 

K Aux derniers jours gras, qui estoient au commancement du 
moys de mars 1616, fut faict plusieurs batailles de cocqs par 
plusieurs habittants de ceste ville de Reims, et en plusieurs 
endroitz; la première soustenue par Jehan Baussonnet, surnommé 
Maroqin, conroyeur de cuyrs, et par Jehan Mittouart, chapellier, 
au logis de la Rouge-Maison, parvy; et la dernière, qui estoit le 
lundx gras, soustenue par ledict Baussonnet, Pierre Le Grand et 
aultres en son logis du Petit-Prys, en la Coulture, où y avait 
grand nombre d'habittans, grande partie mandez par les suppotz 
susnommez, menant grande joyc, récréation et bon festin. » 

Maitre Maroquin ne se contenta pas de ce premier exploit : après 
avoir provoqué les parieurs, il s'avisa de provoquer le bailli ducal : 

« L'après midy firent leur monstre aulcuns à cheval avec les 
instrumens de Bacchus, le roy, qui estoit ledict Baussonnet, riche- 
ment revestu et coronné, beuvans en tous quartiers oîi ilz allèrent, 
crians : le Roy boy ci vive le Roy. Dequoy plusieurs en rioient et 
les autres estymoicnt foUiye, attendu lagc de ceste homme et non 
enflant. 

« Et ce estant faict contre la delïence de Monsieur le bailly de 
Reims et sans sa permission, à la poursuytte et requeste du procu- 



318 MÉLANGES 

reur fiscal, furent lesditz siippotz poursuyvis, ledit roy mis prison- 
nier, ledict Le Grand absent craignant la détention de sa personne; 
les aultres solicitans, nonobstant récusation, opposition, renvoyé, 
demande, protestation de se prendre au juge en son pur et pryvé 
nom, appellation et touttes aultres actes de justice, dont ilz furent 
débouttez; le procès faict entre les partyes et envoyé à la cour. 
Ce pendant ledit roy demeurant prisonnier, où ledict Le Grand ne 
manqua de sollicitude. » 

Baussonnet demeura cinq semaines en prison. Il fut élargi le 26 
avril, en vertu d'un arrêt de la cour de Parlement, « à la charge 
de se représenter en personne au jour que la cause sera plaidée. » 

Le bailli de l'archevêque n'aimait pas les cavalcades et interdi- 
sait les amusements du carnaval. Plus tard (c'était Tan 111 de la 
République), une administration jacobine fit fermer la salle de 
spectacle de la rue Large et le jardin de l'Arquebuse où se don- 
naient des bals. On voit que de tout temps et sous tous les régimes 
il y eut à Reims des empêcheurs de danser en rond. 

{Courrier de la Champagne.) 
* 

On sait à quel point est développée à Reims la passion de la pêche 
à la ligne. Nous trouvons à ce sujet dans le Courrier de la Cham- 
2mgne une note très curieuse, qui ])rouve que ce goût remonte loin 
dans la ville du sacre : 

Un conflit avait surgi au xin» siècle entre les échevins rémois et 
l'abbaye de Saint-Remi, au sujet du droit de pêche dans la Vesle. 
Nous ne savons pas quelle solution lui a été donnée, mais nous voyons 
par une pièce conservée dans nos archives, que déjà vers 1240, l'abbé 
de Saint-Remi défendait aux rémois de pêcher à la ligne dans la 
rivière qui passait aux portes de leur ville. (Ne piscarentur in aquà 
Vidule ad lincam.) 

Un siècle plus tard, on se disputait encore de part et d'autre le 
même privilège, ainsi que le prouve l'extrait suivant d'un compte de 
frais présenté à l'échevinage par Pierre de Ghâlons et portant la date 
de 1353 : 

« J/c?//.Pour dépens fais à Reims on la maison la Gougz, le ven- 
dredi devant la Nostre-Dame en septembre, quand Tassin Bergier, 
lieutenant dou bailh de Reims, son clerc Rémi Cauchon, Thomas 
Buiron-Renart et Pierre de Chàlon, eschevins, et Bauduyns de Mai- 
sières comme tabellions, et plusieurs autres tesmoings furent à Saint- 
Remi parler au sous-infermior, pour une verge à peschour que ses lieu- 
tenans avoit ostée à Robert Roucelet, bourjois de Reims, peschour-, et 
il fu requis ])ar ledit Tassin qu'il vanssiL ressaisir ledit Robert de sa 
verge, ainsis comme la verge avait cstée prinse, quar la verge estoit 
entière et à III soyons quant on l'osta audit Robert, et lidis enfermiers 
!a rendoit brisié a I soyon ; et montarent les dépens, l'escut pour XL s. 
paris, à XVII s.. . » 



MÉLANGES 310 

Robert Roucclet n'eut pas seul à se plaindre (ie3 gens de l'abbaye. 
Un long mémoire sur une affaire analogue se trouve aux archives de 
rnôtel-dc- Ville. On y voit que plusieurs pêcheurs de Reims, parmi 
lesquels figuraient Jehan de Sens, tailleur de robes, Jacquet, Antoine, 
Gobin, de la Porte-Saint-Pierrc, Poncclct, fils La Bille, Robin la 
Chinche et Perresson TEmperùro, furent arrêtés, « leurs verges et 
harnès, prins et brisiés par aucune et plusieurs fois, et li aucuns mis 
et détenus en prinsons b, pour avoir péché dans la Vcslo en amont 
de la rue des Moulins. 

Une prison spéciale était réservée par les administrateurs de l'abbaye 
aux pêcheurs qui se hasardaient sur leurs terres. C'était une maison 
« appelée sept », située sur le bord de la rivière. Les fervents de l'ha- 
lieutique s'en libéraient en payant une amende aux religieux. 

Ceux-ci n'admettaient pas qu'on pût pêcher dans la rivière sans leur 
autorisation et assimilaient le pêcheur à la ligne ù un maraudeur qui 
dépouillerait une vigne ou un champ. 

— Les eaux de la rivière sont au public, on peut y pêcher de droit 
commun, affirmaient les pêcheurs de Reims. 

— Ce sont, au contraire, des eaux privées, closes et arrêtées en nos 
domaines, répondaient les gens de l'abbaye. Nous les donnons à 
ferme aucune fois pour l'an cent livres, aucunes fois cinquante livres, 
aucunes fois soixante, plus ou moins, selon les profits. Nous avons 
donc le droit de défendre de pêcher cà ceux qui ne sont pas nos 
fermiers. 

Un accord intervint le 21 juin 1300 entre les échevins et les reli- 
gieux. Cet accord permettait aux bourgeois de Reims de « peschier en 
leurs rivières à ung, deux ou trois soyons, eu toute manière que on y 
puet peschier à verge, jusques a trois soyons seulement, tant en 
entrant en ladicte rivière si avant que le pescheur y pourra entrer, 
comme en estant sur les hors, ou ailleurs, sans nef (bateau), sans vive 
ahoche de poissons (sans amorce vive), sans soye d'Aumarie*, sans 
cordel, sans rassal et sans aucun autre engin. » 

Mais cet accord ne devait pas mettre un terme aux poursuites et aux 
tracasseries dont les pêcheurs à la ligne étaient l'objet. Les religieux 
de Saint-Remi se départaient de leurs rigueurs, il est vrai restaient 
les défenses de l'archevêque. 

Guillemin le Pelletier s'étant aviser d'aller taquiner le goujon aux 
abords des moulins épiscopaux fut arrêté par des officiers du prélat; 
on lui prit « ses harnais et son poisson » et il fut même question de 
lui imposer une amende. 

Les échevins prirent en mains sa cause, mais vainement; l'affaire, 



1. Nous avons lu autre part « soie de d'Aumeurie; » Aumarie, Amarie, 
Amatie seraient synonymes et désigneraient la Dalmalie. Le rassal doit être 
une sorte de iilet. 



320 MÉLANGES 

portée devant le Parlement, se termina le 10 janvier 1392 parla con- 
damnation des magistrats qui furent déboutés de leur action. Dans un 
but de conciliation, Guillemin obtint cependant la remise de l'amende, 
mais il était entendu que l'archevêque possédait le droit de tenir « ses 
molins et bacs et nocs (canaux) d'iceulx frans et exemps de toutes 
pescheries à la ligne et autrement. » 

L'archevêque céda plus tard. Quand? Nous l'ignorons. Mais il était 
évident qu'il devait céder à son tour. On ne résiste pas aux pêcheurs 
à la ligne. Ils lasseront toujours la patience de leurs adversaires. 

Il a été dernièrement question d'exiger des pêcheurs un permis 
comme on le fait pour les chasseurs. Le législateur s'est bien vite 
ravisé. Il a compris à quel péril il s'exposait dans une société démo- 
cratique. Imposer la pèche à la ligne, c'était faire passer aussitôt le 
pêcheur irascible dans les rangs de l'opposition! {Ibidem.) 



Le dernier numéro du Correspondant contient un article sur la 
correspondance de Berryer avec Eugène Delacroix. L'auteur établit 
que le grand orateur et le peintre illustre dont on vient d'admirer les 
œuvres à Paris étaient petits-fils de M. Varocquier, bailli de Givry- 
en-Argonne (Marne). Dans une lettre du 4 octobre 1858, Berryer a 
fait allusion à son origine champenoise : « Ils ont dit, l'année der- 
nière, que j'étais mort, ce qui a causé une certaine émotion parmi 
bon nombre de gens de Champagne et autres qui comptent sans 
doute sur mon héritage. » 

Le Secrétaire Géraul, 

LÉON FliKMONf 




MONOGRAPHIE 



DE 



L'ABBAYE DE BONNEPONTAINB 



CHAPITRE I 

Fondation de Bonnefontaine. — Bésumé historique. 

Les nombreux établissements de maisons religieuses au 
commencement du xii° siècle, loin de ralentir la piété des 
fidèles, lui avaient au contraire donné un nouvel essor. Ces 
abbayes nouvelles acquéraient même un si rapide développe- 
ment que, quelques années à peine après leur fondation, leur 
vitalité était si grande, qu'elles pouvaient détacher de leur 
sein des colonies qui, à leur tour, donnaient naissance à de 
nouvelles communautés. C'est ainsi qu'Igny, cet essaim sorti 

21 



322 MONOGRAPHIE DK l' ABBAYE DE BONNBFONTAINE 

de Clairvaux, en 1126, à la voix de Saiut-Bernard, envoyait, 
en 1135, une colonie de ses religieux à Signy qui, à son tour, 
donnait naissance, eu 1152, à l'abbaye de Bonnefontaine. 

Bonnefontaine, Bonus Fons, dépendant actuellement de la 
commune de Blanchefosse \ fut fondée par Nicolas III, sei- 
gneur de Rumigny ^. 

« L'an 1152 de riucaruation, disent les auteurs du Galîia, 
d'après un ancien parchemin du cartulaire de Signy, qui leur 
fut communiqué par D. Bertrand Tissier, le seigneur de Rumi- 
gny donna à Bernard, abbé de Signy, une ferme appelée 
autrefois Séri fontaine ^ et dont le nom s'est changé depuis en 
celui de Bonnefontaine. D . Bernard choisit douze religieux de 
son couvent qu'il envoya prendre possession de ce lieu, après 
leur avoir donné pour abbé le pieux et honnête Thierry". . . 

« Les douze frères envoyés à Bonnefontaine ne consentirent 
à quitter Signy qu'à la condition que, quand il mourrait un 
moine ou un frère convers de ce couvent, tous les moines ou 
convers de Signy feraient pour lui les mêmes prières et les 



1 . Blanchefosse, canton de Rumigny, arrondissement de Rocroy, dépar- 
tement des Ardennes. 

2. D'après Marlot, t. II, p. 254, le fondateur de l'abbaye de Bonnefon- 
taine serait Nicolas II : « Hune Bonifontis Monachi Ordinis Cisterciensis 
Fundatorem agnoscunt, sepulcrumque ejus visilur in eorum ecclesia cnm 
epitaphio quod antiquitalem non sapit. Ohiit anno 1175, A' cal. marlii ex 
necrologio remensi ». 

Le tombeau dont il est parlé, indique Nicolas I, comme nous le verrons 
plus loin. Une polémique s'étant engagée à ce sujet dans le Bulletin du 
Diocèse de Heims, M. l'abbé Paubon, curé de Tarzy, citant une lettre de M. 
le doyen de Rumigny, a donné le dernier mot sur celte question eu l'ap- 
puyant de preuves convaincantes : ce Pour concilier cette apparente contra- 
diction, dit-il, nous dirons que Nicolas III est lo troisième do la famille qui 
se soit appelé Nicolas, et qu'en même temps, il est le premier de la bran- 
che aînée qui se soit appelé Nicolas. Comme son père Hugues a porté le 
nom de Grand après la mort de son neveu Nicolas II, et que son fils, par 
ses grandes actions, et surtout par la fondation do lîounefontaiuo, a mérité 
le surnom de son père, on conçoit que ses conlcmiiorains, pour le flatter, 
aient gravé sur sa tombe le nom do Nicolas I, comme étant alors lo plas 
illustre de sa branche, quoique cependant dans la léalilé il soit le troisième 
de sa famille qui ait porté ce nom ». Uullelin, IV" année, p. 252. L'abbé 
Mahieux, dan» sa généalogie des seigneurs de Rumigny, au 1734, l'appelle 
Nicolas III. 

3. Bien que la fondation du seigneur de Rumigny remonte à l'année 
1152, on ne voit pas que le monastère qui en a été l'objet, ait pris naissance 
avant illji, époque indiquée par le.s Annales do l'abbaye de Citeaux, 
auxquelles ou doit se rapporter. Conf. Marlot, II, 882. 



MONOGRAPHIE DE l'abBAYE DE BONNEFONTAINE 323 

mêmes offices et cérémonies qu'ils avaient coutume de faire 
pour ceux de leur propre abbaye, et réciproquement les reli- 
gieux de Bonuefontaine promirent d'en faire autant pour ceux 
de Signy, ce qui s'est en effet toujours observé fidèlement et 
exactement depuis cette époque' ». 

Le fondateur de Bonnefontaine donna à l'abbaye, la ferme 
ou le village de Sérifontaine, avec la seigneurie de tout le ter- 
ritoire*. Mais ces biens étant insuffisants, pour la construction 
et la dotation du nouveau monastère, l'abbé D. Bernard déla- 
cba des possessions de Signy, les trois fermes de Martinsart, 
Waleppe et Coingt*, dont il fit don h l'abbaye de Bonnefon- 
taine. 



1 . Quod quando aliquis monachus vel conversus de eorum convcntu 
moreretur, tantum pro eo ab uuoquoque moaacho vel converso Signiacensis 
monasterii fieret, quantum pro uuoquoque eorum fieri consuevit ; et ipsi quo- 
que pro Signiacensibus idem perpetuo factures 6e spopoaderunt ». Gallia 
christiana, t. IX, 3U. Marlot, II, 2îi4. 

2. En 1786, la commune de Bay et celle de Blanchefosso ayant été en 
désaccord, au sujet du parcours et de la vaine pâture, M. Dumont de la 
Charnaye, défenseur de Bay, fit un long mémoire historique de 390 pages, 
pour être présenté aux membres du Parlement en la seconde chambre des 
requêtes. C'est de ce mémoire que nous allons extraire la note suivante : 

a Le territoire de Blanchefosse et Bonnefontaine contient 2,751 arpents 
65 verges, savoir : 2,416 arpents 78 verges en terres et prés seulement, à 
raison de 100 verges par arpents, et de 22 pieds 1/2 la verge ; 325 arpents 
47 verges en bois, à la mesure de l'ordonnance, et 10 arpents de bruyères ». 
Mém. p. 48. 

Bonnefontaine était, à la fin du siècle dernier, du Parlement de Paris, du 
bailliage royal de Reims, de la généralité de Chàlons, et de l'intendance des 
eaux et forêts de Reims. 

Blanchefosse et Bonnefontaine étaient régis par la coutume de Reims, et 
Bay par celle de Witry. 

3. Martinsart, écart de Logny-Bogny, canton de Rumigny. 
Waleppe, hameau de Sévigny, canton de Château-Porcien, arr. de Re- 
thel. 

Coingt, village du canton d'Aubenton (Aisne). — Ce village, qui compte 
aujourd'hui 540 habitants, doit son origine à une ferme que l'abbaye de Si- 
gny possédait en cet endroit, et qui lui avait été donnée par le seigneur 
Herbert de Jantes, dont le château était proche. D'après une charte de l'é- 
vêque de Laon, de l'année 1160, Thiéry, abbé de Saint-Michel, du consen- 
tement de son chapitre et du curé de Jantes, cède à l'abbaye de Bonnefon- 
taine <r toute la dîme qui lui appartenait ( à l'abbaye et au curé) des deux 
côtés du ruisseau de leur ferme de Cuitt, moyennant un trécens de trois 
septiers de froment, à la mesure de Rozoy, payable à Jantes, à la Tous- 
saint ». 

Le droit de change est appelé trecensum, dans la Villelhmine. Varin, 
Arch. adm., I, 82. 



324 MONOGRAPHIE DE l'abBAYB DE BONNEFONTAINE 

L'archevêque de Reims, Samson, qui se fit remarquer par 
sa libéralité envers l'ordre de Giteaux, lui donna aussi pour 
subvenir à la nourriture de ses religieux, l'autel de Waleppe, 
ainsi que cela résulte d'une ancienne charte qui porte cette 
suscription : « Autel de Waleppe et ses dépendances, don de 
Monseigneur Samson, archevêque de Reims^ ». 

Le pieux prélat usa de son influence pour engager les sei- 
gneurs à enrichir le nouveau monastère. Sou exemple fut 
bientôt suivi par un grand nombre de personnages, parmi les- 
quels on compte Eudes de Sévigny, Régnier, sou frère, la 
très pieuse dame de ce lieu appelée Gisèle, et Vautier, son 
fils, Herbert de Jantes, Renaud de Rozoy et quelques autres, 
dont les donations sont toutes rapportées dans une bulle du 
pape Alexandre III. Eu 1153, Samson de Mauvoisin, avait 
confirmé par une charte, rapportée dans le Gallia', les pro- 
priétés du monastère naissant, et décrit dans les plus minu- 
tieux détails les biens qui lui avaient été accordés. 

Grâce à ces libéralités, les religieux eurent bientôt des fonds 
suffisants pour élever une vaste abbaye, ainsi qu'une magni- 
que église, où se faisait un grand concours de peuple qui 
venait honorer les reliques de saint Gaprais, martyr d'Ageu, 
dont la fête se célébrait le 20 octobre'. 

Quelque temps après la fondation de l'abbaye, des serfs 
vinrent se grouper autour du monastère, attirés qu'ils étaient, 
soit par la charité des rehgieux, soit par les nombreux avan- 
tages qui leur étaient offerts. Ils échappaient ainsi, en travail- 
lant à l'exploitation des terres de l'abbaye, à l'oppression 
générale que les seigneurs faisaient peser sur leurs serfs. C'est 
même un fait digne de remarque, que la condition des servi- 
teurs des Eglises et des couvents était de beaucoup supérieure 
à celle des autres serfs, c'est ce qui nous explique la quantité 
innombrable de ces malheureux qui venaient alors s'abriter à 
l'ombre des monastères ; telle est aussi l'origine du proverbe : 
Il fait Ion vivre sous la crosse. 

Vers le milieu du xi° siècle, les religieux ne pouvant plus 



1. • Ex dono domini Samsonis, Archiepiscopi rcmensis, altare de Wa- 
lapia cum appenditiis suis ». Marlot, II, 882. 

2. T. IX, col. 46. Nous ea donnons la traduction aux Pièces justificati- 
Tes A. 

3. Saint Captais, né à Agea, eut la tôle tranchée eu 287, par ordre de 
Dacicn, gouverneur de la Gaule larragonaisc. 



MONOGRAPHIE DE l'aBBAYE DE BONNEFONTAINE 325 

suffire à diriger personnellement l'exploitation de leurs pro- 
priétés, les concédèrent en partie, et probablement en baux 
emphytéotiques à ceux qui les cultivaient, moyennant une 
rente annuelle connue sous le nom de Terrage '. C'est à cette 
circonstance qu'il faut attribuer l'établissement des hameaux 
des Grrands-CaiUatix, des J^etits-Caillanx et de la Censé du 
Coq ou Biicquoy^^. 

Dans sou mémoire, M. Dumout dit « qu'il n'y avait aucune 
maison dans les parties orientale et méridionale du territoire 
de Bonnefontaine. L'abbaye possédait seulement deux fermes, 
nommées la Bonde et le F aux-Bâton " dans la partie méridio- 
nale* ». Il nous apprend ensuite que le hameau de Thiéry- 
Pré" dépendait de Blanchefosse , et le dois du Notaire de 
l'abbaye : « En qas de réparations à faire à l'église paroissiale, 
les deux tiers de la dépense doivent être supportés par les 
propriétaires des biens-fonds* ». 

L'endroit où le monastère fit construire le moulin banal, a 
donné aussi sou nom à un petit hameau, connu aussi sous le 
nom du Moulin ; il n'en reste plus maintenant que le déversoir. 

L'abbaye de Bonnefontaine avait la seigneurie de [tout le 
territoire de Blanchefosse et Bonnefontaine qui relevait d'elle, 
et pour lequel elle percevait une redevance annuelle de cinq 
sols et une certaine quantité de cire pour chaque arpent de 
terre dans les cantons de meilleure valeur, et de cinq sols seu- 
lement dans les cantons de moindre valeur'. 



1 . Lo Terrage est un droit seigneurial qui se dit en plusieurs lieux pour 
signifier la même chose que champaH, (campi pars), qui se lève comme la 
dîme de dix ou douze l'une. 

2. Ces hameaux, écarts de Blanchefosse, situés sur la hauteur des crêtes' 
forment environ une population de 120 habitants. 

3. La Bonde, petit écart de Blanchefosse, à 3 kil, 350, habité par un 
seul ménage. Ce nom lui vient d'une grosse borne qui se trouvait à cet 
endroit, et qui servait de limite entre les territoires de Blanchefosse et de 
Bay. Cette borne avait près de 2 mètres de hauteur sur m. 50 de large. 

Le Faux-Bâton, écart à 4 kil. 500, habité par cinq ménages. 

4 . Mémoire, p. 53. 

5. Thiéry-Pré hameau dépendant actuellement du Fréty, distrait du 
territoire de Blanchefosse, par arrêté de M. le Préfet des Ardennes, en date 
du 30 mai 1791. 

6. Mémoire, p. 73. 

7. Le cueilleret de ces revenus se conserve à Mézières, Archives départ., 
série H, et forme un in-folio de 37 feuillets (1713-1715), 

On trouve aussi dans la même Série, la déclaration faite par l'abbé, d 
tous les biens du couvent à l'intendant de la généralité de Champagne. 



326 MONOGRAPHIE DE l' ABBAYE DE BONNEFONTAINE 

Les religieux étaient chargés de Tadministratiou spirituelle 
de Blanchefosse, ils en étaient les véritables curés, bien qu'au 
commencemement la paroisse n'ait pas été érigée en titre'. 
Les habitants n'avaient pas d'église, le service divin se célé- 
brait dans une chapelle érigée en l'honneur de saint Jean- 
Baptiste, à quelque distance de l'abbaye ', et qui était desser- 
vie par les religieux. Ces derniers ne recevaient aucune 
rétribution pour ce service, tout leur territoire étant exempt 
de dîmes. 

En 1193, Nicolas IV, de Rumigny, donna une charte à 
l'occasion des difficultés élevées entre les religieux de Bonne- 
fontaine et les habitants de Rumigny, relativement aux bois 
concédés aux premiers par son prédécesseur Nicolas III, fon- 
dateur de l'abbaye. Il dit dans cette charte que « toutes ces 
choses ont été du consentement de Mahaut, sa femme, de 
Hugues, son frère, de Gaucher, son fils, et aussi du consente- 
ment de ses bourgeois et de ses écuyers... que personne 
n'entreprenne de violer celte ordonnance... J'ay promis 
auxdits frères de les garantir légitimement partout et contre 
tous^ ». 

« On voit par la charte de 1193, qu'anciennement les habi- 
tants de Rumigny prenaient librement dans les bois de Rumi- 
gny leurs chauffages et leurs maisonnages, sans en rien 
payer, même encore cinquante ans après la fondation de 
Bonnefontaine faite en 1152 par Nicolas III, du nom, seigneur 
de Rumigny, qui donne à cette abbaye une partie de ces 
bois ; mais les religieux de Bonnefontaine s'étant plaints aux 
habitants de Rumigny, qui continuaient à couper les bois 
aumônes à leur maison, Nicolas IV, seigneur de Rumigny, 
pour dédommager lesdits habitants, leur donna le bois d'/tre- 
montj comme il est spécifié dans ladite charte de 1193. 



1. Le Fouillé latia imprimé ca 1G15, ne fait nullement mention de la pa- 
roisse de Blanchefosse, il se contente seulement d'indiquer à la suite des 
Chapellenies : « Abbas Boni Fontis ■■>. 

2. Cette chapelle se trouvait située à l'endroit qu'occupe actuellement 
l'église de Blanchefosse, bâtie en 13j4 par les religieux. C'est ce qui fit 
donner d'abord à cet endroit le nom de la Chapelle, ce n'est que plus lard 
qu'il prit celui de Blanchefosse. 

3. Voir aux pièces juslilicatives B cette charte, retrouvée en 1726 à 
Bonnefontaine par l'abbé Mahieux, qui l'a copiée sur l'original. Cette pièce 
était eu double exemplaire à l'abbaye, et les habitants de Rumigny no la 
possédaient plus. Il est probable que leurs pères l'avaient déposée aux 
archives de Bonnefontaine, pour la sauver, pendant la longue guerre avec 
les Anglais au xiV et au xv» siècle. 



MONOGRAPHIE DE L'aBBATE DE BONNEFONTAINE 327 

Depuis lequel temps les habitants out toujours continué de 
jouir dudit bois d'Aremont , sous le nom d'Aysements de 
Kumigny' », 

En 1206, la proximité et la disposition des deux territoires 
de Bay et Blanchefosse, firent naître le projet de rendre les 
pâturages communs. L'abbaye de Bonuefontaiue, seule de son 
côté, ce qui porterait à croire qu'il n'y avait encore que des 
serfs sur son territoire; l'abbé de Rumiguy et les habitants de 
Bay de l'autre, se réunirent pour consommer l'arrangement 
qui fut consigné dans une charte donnée par l'abbaye de Bon- 
nefontaiue, et acceptée par l'abbaye de Rumigny et les habi- 
tants de Bay^. 

En 1277, c'est-à-dire soixante-et-ouze ans après la charte 
dont nous venons de parler, une première contestation s'éleva 
entre les religieux de Bonnefontaine qui voulaient garder 
leurs bois, et les habitants de Bay qui réclamaient l'exécution 
de la charte qui leur accordait le droit de pâturage dans ces 
mômes bois. L'abbé de Bonnefontaine et celui de Saint-Nicaise, 
de Reims furent choisis pour arbitres, et, sous forme de 
transaction, ils rendirent, le jour de la seconde férié de l'octave 
de saint Jean, c'est-à-dire le 25 juin, une sentence arbitrale 
qui mit fin pour le moment à la lutte ^ 

Cinquante ans plus tard il parut une seconde sentence qui 
ne porte plus sur le droit de pâturage en lui-même, mais sur 
le libre parcours. La cause fut jugée aux assises par le 
bailli de Rumigny, le jeudi d'avant la mi-carême de l'année 
1326, nous en donnons plus loin le dispositif*. Enfin, pour en 
finir avec ce démêlé qui se reproduisait d'une manière inter- 
mittente, la question fut encore remise sur le tapis en 1786, 
et probablement réglée comme précédemment, en sauvegar- 
dant les intérêts des deux parties. 

D'après le manuscrit de Tâté, de Château-Porcien, Gaucher, 



1 . Manuscrit de M. Piette, de Rumigny. 

2. « Cette charte, dont l'original est sur parchemla, après de longues 
recherches, a enfin été retrouvée dans le chartrier de Saint-Nicaise, de 
Reims, duquel dépendait le monastère de Rumigny, en voici les termes : 
« Mémoire de M. Dumont, p. 107. Pièces justificatives B. 

3. Pièces justificatives C. 

4. Pièces justificatives D. 



328 MONOGRAPHIE DE l'aBBAYE DE BONNEFONTAINE 

de Châtillon, fit don à l'abbaye de cinq muids à prendre sur 
les assises de Ghâteau-Porcien ^ 

Par un traité de 1216, Roger de Rozoy abandonna à Nicolas 
de Rumigny « tous les droits qu'il avait dans les bois et sur 
les champs de Bîiemont (Besmont) et le terroir de Bucilly, 
jusqu'au grand chemin qui va de Brunehamel à l'abbaye de 
Bounefontaine ». Et en échange, Nicolas cède à Roger tous ses 
droits sur les champs de Bounefontaine et des Autels, et sa 
moitié dans l'avouerie de Thin-le-Moûtier, 

En 1231, Gautier ou Vautier de Rumigny, tValcherus de 
Rumigniaco, seigneur des Autels, donne à l'église de Bonne- 
fontaine, entre autres choses, « le droit de pâturage à Maim- 
brecy et Maimbresson, tel que les hommes de ce village en 
avaient joui jusqu'alors- », 

Nous apprenons, par une transaction du mois de septembre 
1289, faite entre la dame de Bancigny et la chevalerie du 
Temple de Seraincourt d'une part, et les religieux de Bonne- 
fontaine de l'autre, que ces derniers acquirent 50 muids de 
terres et 75 fauchées de prés sur les territoires de Maimbressy 
et Maimbresson'. 

Le 15 avril 1282, naquit à Grandville, Ferry, seigneur de 
Rumigny, connu sous le nom de Ferry II, duc de Lorraine. 
Il fut tenu sur les fonts de baptême par l'abbé de Bounefon- 
taine, en présence du duc Ferry, sou aïeul, et de Thibaut, son 
père, seigneur de Rumigny. On confia à l'abbé l'éducation du 

•-) L-c! 

1. Le muid à Reims comprenait 12 setiers, le setier 2 mines, la mine 2 
quartels, le quartel 14 quartes ou écuelles. On ajoutait à ces mesures la 
quatorzième partie du total, pour livrer avec les droits qui tenaient lieu du 
bon do mesure ». Almanach de Rehns MDCCXC, p. 38. 

En évaluant d'après ces données la libéralité de Gaucher de Châtillon, 
elle s'élèverait à plus de 700 boisseaux. 

2. Archives nationales, Section des Domaines. Département des Arden- 
nes. Q. 34. 

3. Jusqu'au xvii* siècle, il y eut à Maimbressj', village du canton de. 
Chaumont-Porcien, une maison du Temple qui dépendait de celle de Serain- 
court qui, à son tour, relevait de la commauderie de Boncourt. Au xvii" 
siècle les terres furent réunies à celles de la commanderie. Il y avait 200 
arpents en labour et prairies, qui étaient affermés en 1788, 1.C00 livres; 
Arch. nat., section du Domaine. Dép. de l'Aisne. Commanderie de Bon- 
court. 

Le muid, mesure de terre, contenant la semaille d'un muid de grain, ager 
niodii scmiuali caparo. On peut évaluer l'acquisition de l'abbaye de Bou- 
nefontaine, à 300 hectares environ . 



MONOGRAPHIE DE l'aBRAYE DE BONNEFONTAINE 329 

jeune prince, il fut élevé dans le mouaslère, son sage précep- 
teur lui inspira les sentiments de piété qu'il conserva toute sa 
vie. 

La lèpre, cette affreuse maladie rapportée d'Asie par les 
croisés, était devenue très commune, et le môme zèle qui 
avait conduit en Terre-Sainte les valeureux guerriers qui en 
avaient été atteints, avait fait élever sur toute la surface de la 
France, une quantité prodigieuse de maisons appelées lépro- 
series. Dans ces asiles, moyennant certaines précautions pour 
éviter aux personnes préservées un contact dangereux, les 
malades trouvaient, non la guérison, car le mal était incurable, 
mais du moins un refuge et des soins. On prétend que le nom- 
bre de ces léproseries était de près de deux mille, aussi beau- 
coup de villages en étaient pourvus. Bonnefontaine ne resta 
pas en arrière de cet élan de charité, et établit un de ces 
refuges*. 

Par suite des désastres causés par les guerres, la situation 
financière de l'abbaye se trouvait dans un état déplorable, les 
murs tombaient en ruines. Pour remédier à cet état de choses, 
le chapitre général de l'ordre de Citeaux , réuni en 1311, 
autorisa la vente d'une partie des immeubles, à savoir : le 
moulin de Berlize et plusieurs terres, prés et rentes qui en 
dépendaient, pour subvenir aux frais de reconstruction de la 
maison conventuelle, ad relevationem suœ domus, et sous la 
direction des abbés de Signy et d'Igny, Ce fut l'abbé de Signy 
qui s'en rendit acquéreur moyennant 800 livras tournois. 

A ces désastres vint bientôt se joindre un autre fléau, l'in- 



1 . L'existence de cette léproserie est prouvée par un acte de bornage de 
l'année 1214, entre les églises de Saint-Martin de Laon et de Bonnefontaine, 
de leurs terres de Berlize et Renaeville, Bonnefontaine et les Autels. D'a- 
près cet acte, la léproserie aurait été située à la limite des territoires de Bon- 
nefontaine et des Autels. 

< Jusqu'à la borne placée sur le chemiu de Bonnefontaine aux Autels, et 
de là, de borne en borne, suivant qu'elles sont placées autour de nos 
terres, (c'est l'abbé do Bonnefontaine qui parle), jusqu'à celle qui se trouve 
le long du chemin, près de la maison des lépreux « usque ad illam quœ sita 
est juxlà viam, prope domum leprosorum ». Cartul. de S. Marlin de Laon, 
t. IL p. 34 L 

Dans une charte indiquée par I\L Edouard de Barthélémy, sous le numéro 
CLVn, « Gaucher de Châtillon, comte de Porcien, connétable, ordonne 
que l'abbaye (de Signy) possédera les biens acquis de l'abbaye de Bonne- 
fontaine, en même liberté et franchise que celle-ci ». Carlulaire de Vabbaye 
royale de Notre-Dame de Signy. Reims. Imprimerie coopérative. P; 33. 



330 MONOGRAPHIE DE L'ABBAYE DE BONNEFOMTAINE 

troduction des abbés commeadataires. Ce régime qui enlevait 
aux religieux la plus grande partie de leurs revenus, fut très 
nuisible à l'essor de la vie monastique. Bonnefontaine, que 
nous avons déjà vu réduit à la dure nécessité d'aliéner une 
partie de ses biens, en ressentit un contre-coup funeste, dont 
cette maison ne se releva pas. 

Un autre résultat de ce changement fut le relâchement de 
la discipline ecclésiastiqae dans la plupart des monastères. 
Celui de Bonnefontaine n'échappa pas à cet entraînement, et 
s'il eut le bonheur de retremper sa ferveur première, il en fut 
redevable au prieur claustral D. Bertrand Tissier, [qui y intro- 
duisit la réforme, et dont les efforts furent couronnés de suc- 
cès, du moins pendant quelque temps. 

Dans la lutte qui commença en 1521 , entre les deux grands 
rivaux qui se disputaient la domination du continent occiden- 
tal de l'Europe, François P"" et Gharles-Quiiit, les soldats du 
duc de Nassau, honteux de l'échec qu'ils venaient de subir 
sous les murs de Mézières que défendait l'illustre Bayard, 
ravagèrent dans leur retraite tous les pays qu'ils rencontraient 
sur leur passage. Bonnefontaine qui se trouvait sur leur route, 
ne fut pas épargnée. 

{A suivre.) J. Chardron. 



LES FIEFS 



DE 



LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 

RÉPERTOIRE HISTORIdCE & ANALYTIQUE 

PRÉCÉDÉ DUNE ÉTUDE SUR LES FIEFS 



III. Philippe d'Anglure , seigneur de Bonnecourt et de 
Guyonvelle, chevalier de Tordre du roi, guidon et capitaine 
d'une compagnie d'ordonnance en 1364-1570, se jeta avec 
ardeur dans le parti de la Ligue, qui, eu 1589, le nomma bailli, 
gouverneur de Chaumont et chef du conseil souverain de la 
Ligue en cette ville ^ Il faillit perdre la vie sous les murs de 
Châteauvillain, où il combattait avec son fils, et avec René 
d'Anglure, seigneur de Melay, gouverneur de la Mothe, son 
parent. Il se rallia plus tard à Henri IV, qu'il ne tarda pas à 
quitter pour entrer au service du roi d'Espagne, Philippe II, 
qui lui confia, pendant quelque temps, le commandement de 
la petite ville de Jussey, en Franche-Comté. 

Philippe d'Anglure s'était marié trois fois : 1° à Jeanne de 
Fouchier de Faverieux- ; 2*^ à Jeanne de Mailly ; 3° à Huguette 



* Voir page 262, tome XX, de la Revue de Champagne et de Brie. 

1. Eu 1591 et en 1594 Philippe d'Anglure prenait dans les actes les noms 
et qualités qui suivent : « Philippe d'Anglure, chevallier de l'Antien ordre de 
France, sieur de Guyonvelle, bailly, capitaine et gouverneur de Chaumont 
et du pays de Bassigny, général des forces y establies, capitaine de cin- 
quante hommes d'armes des ordonnances. » (Voir aux titres originaux de la 
maison d'Anglure, à la Eiblioth. nation., tome 67.) 

2. Jeanne de Fouchier, morte, à Langres, le 24 juin 1583, fut inhumée 
dans l'église de Guyonvelle, sous une tombe qui la représente eu demi-re- 
lief, avec quatre de ses enfants^ morts en bas-âge, un fils et trois filles 
gravés au trait. Outre son inscription, cette tombe, encastrée depuis 1851 
dans le mur extérieur du chœur de l'église, contient dans sa riche décora- 
tion les armes des familles d'Anglure, de Fouchier, de Choiseul et autres. 



332 LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 

de Seuailly. 11 n'eut d'enfants que de sa première alliance, 
savoir : 1° Anne d'Auglure, femme d'Africain de Mailly, sei- 
gneur de Glinchamp ; 2° Catherine, mariée à Guillaume de 
Montarby , et 3° François, qui suit, 

IV. François d'Anglure, deuxième du nom, seigneur de 
Guyonvelle, capitaine de chevau-légers, au service du roi, qui 
laissa de Louise Merlin de Ferouviile, sa femme : 1" Jeanne, 
unie à ?sicolas le Bègue, seigneur de la Tour-Nonsart ; 2° Phi- 
lippe, dont il va être question. 

V. Philippe d'Anglure, seigneur de Guyonvelle, lieutenant- 
colonel au régiment des Salles, mort au siège de Montbéliard, 
eut d'Adrienne des Erards, fille de Georges des Erards, seigneur 
de Fleury, et d'Agnès Aurillot, deux enfants : 1° Louise, 
épouse de Georges de Stainville ; 2" Jean-François, capitaine 
de chevau-légers, au siège de Dôle, en 1630, plus tard maré- 
chal des camps et maréchal-des-logis de la cavalerie de France, 
mort sans postérité de Françoise de l'Eglise, sa femme. 

La seigneurie de Guyonvelle appartenait en 1699 à Armand- 
Léon d'Aruoult de Foiitenay ', chevalier, dont ou rencontre 
encore le nom en 1714 et en 1715 dans les registres parois- 
siaux de celte localité^. Peu après on la voit possédée par la 



Voici, à notre avis, la définition qu'il convient d'appliquer à celles d'An- 
glure : D'or semé de grelots d'argent soutenus dor qui est d'Anglure, 
avec un franc canton coupé : le 1" de vair, rappelant l'alliance contractée 
au xvi« siècle par Oger IV d'Anglure, avoué île Therouenne, avec Isabelle 
de Châtillon, fille de Jean de Châtillon, grand-maître de France, et d'Isa- 
belle de Montmorency ; le second, semé de fleurs de lis, eu souvenir de 
raliiance avec la maison de Rochebaron, dont les armes avaient une bor- 
dure d'azur, semée de fleurs de lis d'or. — Voir, pour de plus amples dé- 
tails, notre notice sur la tombe de Jeanne de Fouchier, insérée au tome II 
du Bulletin de la Société historique et archéologique de Langres, page 317 
et suivantes. 

1 . Les armes de la famille d'Arnoult de Fontenay étaient : d'argent à un 
chevron de gueules accompagné de Irois cœurs de même, posés deux en 
chef et un en pointe (La Chênaie). 

2. Le registre paroissial de Soyers, pour Tannée 1703, cite le nom de 
Charlotte de Moroville avec la qualité de dame de Guyonvelle. Son nom 
se trouve également daas les registres paroissiaux de Guyonvelle sous la 
dénomination de Charlotte de Moroville en 1714, et de dame Marie-Char- 
lolle de Lhivel- de Moroville en 1715, mais sans la qualification de dame do 
Guyonvelle. D'autres actes dnsdits registres montrent que la famille noble 
(le Lhiver, de Lhivert, ou mieux de Lyver, suivant l'orthographe qui a 
))révalu, s'était alliée dans cette paroisse aux Guiot et Tliévonot. Mais 
rien, en drhors de la menlion précitée du registre de Soyers, n'indique 



LES FIRFS DE LA. MOUVANCE llOYALE DE COIFFY 33o 

famille de Serrey (jui la conserva, comme ou le verra plus 
loin, jus(]u'à l'époque de la Révolution, ou environ '. 



Inventaire des titres 

2(3 mai 1498. Foi et hommage par Pliili[)pe de (Jhevery, 
ccuyer, bieur d'Auuoy, tant en son nom queu celui d'Isaljeau 
d'Orge, sa femme, du château de Mareille et dépendances, 
relevant de la châtellenie de Ghaumonl; de la seigneurie de 
Louvières et du village de Ton, relevant de Nogent-le-Roi, 
« et aussi de plusieurs cens, rentes, droiz et devoirs qu'il a et 
tient de la seigneurie de Guyonvelle lenuz et mouvans de 
nous, à cause notre chastel de Goiffy, » et d'une maison et 
d'un four banal sis à Montesclaire. (Original parchemin, Reg. 
P. 104', pièce n'^ 136-2.) 

2 avril 1731. Requête présentée aux trésoriers de France, à 
Châlons, par Jean de Serrey, ëcuyer, seigneur de Guyonvelle, 
à l'effet de pouvoir rendre hommage de cette seigneurie, mou- 
vante de Goifîy, que Nicolas de Serrey, son père, écuyer, sei- 
gneur de Velle, Ghatoillenot, Gharmoise et autres lieux, con- 
seiller d'honneur au présidial de Langres, et dame Angélique 
Gautherot, sa mère, lui ont donnée en faveur de sou mariage 
avec dame Louise Béquia de Suzemont. (Original, Registre 

P. 231 .; 

3 avril 1731. Foi et hommage de Guyonvelle, par ledit Jean 
de Serrey. (Reg. P. 231, et Registre des inventaires, P. 1773, 
p. 147.) 

23 avril 1749. Foi et hommage, par Nicolas de Serrey comme 
héritier de son père, ladite terre ayant été rapportée. (P. 1773, 
et ancien reg. 35, f*^ 70.) 

3 avril 1771. Dénombrement de Guyonvelle, par ledit Nico- 



qu'elle y ait possédé des biens seigneuriaux. Nous dounous donc le , ren- 
seignement pour ce qu'il peut valoir, en ajoutant que MM. de Lyver 
étaient seigneurs de Breuvannes et de Frettes ; qu'on les trouve alliés 
aux familles Courageot, Barrois de Sarrigny, de Simony, de Montarby, 
Lacordaire et autres ; enGn que leurs armes étaient : un écu écartelé aux 
\" et h" quartiers d'or à la hure de sanglier de sable, accompagnée eu chef 
de 2 fleurs de lis de siuople (lis-verts^ ; aux 2' et 3' quartiers d'argent à 
3 quintefeuilles de gueules boutonnées d'or. 

1 . De Serrey portait : d'argent à la bande de gueules chargés de trois 
serres d'or, et accompagnée de 2 têtes de loup de gueules. 



334 LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFT 

las de Serrey, reçu le 7 décembre 1772. (P. 1773, registre 45, 
f'' 92, non retrouvé.) 

10 décembre 1776. Hommage par Nicolas de Serrey, pour 
l'heureux avènement. (P. 1773 et ancien reg. 48.) 

25 juin 1782. Hommage de Guyonvelle, par Jean-Baptiste 
de Serrey, comme donataire de Nicolas de Serrey, écuyer, son 
oncle. (P. 1773, et reg. 51, f 95.) 

MAIZIÈRES-SUR-AMANCE 

Maizières [Maceriœ, maisons, masures), est une commune 
du canton de Laferté-sur-Amance, (Haute-Marne). 

Sa seigneurie était divisée en plusieurs parties. L'une qui 
provenait de la donation faite, en 1170, par Pons de la Roche, 
aux chevaliers du Temple \ avait été plus tard attribuée à 
l'ordre de Malle et dépendait de la commanderie de la Roma- 
gne. 

Une autre appartenait au prieuré de Saint-Vivant. Saisie, 
faute d'hommage, à la requête du procureur du roi du bailliage 
de Chaumout, elle fut maintenue, par un arrêt provisoire du 
13 novembre 1458 dudit bailliage, en la possession et jouis- 
sance du prieur, avec main-levée de la saisie féodale qui avait 
été pratiquée^. 

Le prieur, seigneur principal et collateur de la cure, réunit, 
en 1522, à sa seigneurie les terres et l'office de grand maire 
de Maizières, sorte de fief qui conférait, avec le droit de jus- 
tice, le pouvoir de nommer et de destituer le maieur et les 
autres officiers de justice du lieu*. 

Un troisième fief, appelé la Tour Saint-Jean, le seul dont 
nous ayons à nous occuper spécialement, relevait directement 
de Goiffy. Jean le Moine, qui en était le seigneur dès 1601, 
le vendit plus tard à René du Han, chevalier de Malte. Il fut 
réuni à sou ordre, en 1605, avec soumission à la commanderie 
de la Romagne*. 



1. Recherches sur les principales communes de l'arrondissement de Lan- 
gres. Art. Maizières. 

2. L'ancien doyenné de Pierrefailc, par M. l'abbé Mulson. 

3. La Ilaule-Marne, ancienne et inod' nie, pnr M. Jolibois. Article Mai- 
zières. 

4. Recherches sur les principales cooiniunes de l'arroadissement de Lan- 
gres. Art. Maizières. 



LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 33') 

Au milieu du xV siècle, les hommes de Maizières dépen- 
dant du prieuré de Saint Vivant, étaient encore attachés à la 
glèbe. Ils ne pouvaient quitter le fief, ni s'absenter sans la 
permission du seigneur ; ceux qui se mariaient hors du lieu 
devaient y rentrer le soir même de leurs noces et y faire leur 
résidence, sous peine de la confiscation de leurs biens et do 
l'emprisonnement de leurs personnes s'ils étaient repris '. 

Il existait autrefois deux châteaux fortifiés à Maizières. Ils 
ont disparu depuis longtemps. On y voit cependant encore 
quslques restes de la tour Saint-Jean. 

Consistance dic fief suivant le dénombrement du 24 sep- 
tembre 1601, dont la teneur suit : « Adveu et dénombrement 
que baille par devant vous Nosseigneurs des Comptées à Paris, 
Jacques le Moine, escuier, vallet de chambre du Roy, des 
héritaige cy après déclairé, mouvant en plain fief de Sa Ma- 
jesté, à cause de son chastel et chastellanie de CoifTy, iceulx 
héritaiges sois et assis au lieu, banc et finage territoire et jus- 
tice de Maizières, comme s'ensuit. Premièrement une maison 
platte avec ses aisances et appartenances, assis audit lieu de 
Maizières, au-devant de l'église d'illec, tenant de toutes parts 
au chemin royal, appelle la Tour de Maizières ; — Item une 
pièce de terre contenant la semée de quarente penaulx appelle 
le Champ-d'Autry ; — Item une pièce de pré, assize des- 
soubz la ville, contenant cinq faulchées ; — Item en ce dict 
lieu, deux faulchées de pré tenant au sieur Dufaie ; — item, 
audit finage, en Arbottes, environ une faulchée et demie de 
pré ; — Item une faulchée de pré, au pré au Prestre ; — 
Item, en ce dict Keu, cinq andaiues ou coups de faulx ; — 
item, en la Carre, une faulchée tenant d'une part à Belin 
Giraud... (Vient ensuite la désignation de ce qu'il tient en 
dîmes à Avricourt, Poiseul et Andilly, mouvant de Montigny- 
le-Roi.) — Qui est tout ce que ledit Lemoiiie a déclaré et 
affirmé tenir en fief, du moins qu'il soit venu à sa cognoissance, 
mouvant du Roy, nostre souverain seigneur. En tesmoing de 
quoy il a signé le présent adveu, le XXIIP jour de septembre 
mil six cens cinq. Signé Le Moine. — Reçu en la Chambre 
des Comptes le 24 septembre 1601 -. » 



\. M. Jolibois, art, Maizières et divers. 

2. Archives nationales. Reg. P. 164, pièce XXIIII, parchemin. 



336 LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 



inventaire des titres 

2i février loB'J. DénombremeLit de la seigneurie do la 
Tour de Maizières, relevant du château de Coiffy, par no])le 
Gu^y Marguoty, seigneur dudit iiel", par donation à lui taile par 
feu vénérable Jean Marguoty, prêtre, son oncle. (Original eu 
parchemin, Keg. P. 177', pièce n° XXII.] 

24 septembre 1601. Dénombrement par Jacques le Moyne, 
écuyer, valet de chambre du roi. (P. 164', déjà cité.) 



MARQUELON 

Le fief de Marquelou était situé au territuiic de A'iUars -le- 
Pautel, où il existe encore, à l'est, un lieu dit Mercidon,. 

Confondu dans les dénombi'ements des xv- et xvi^ siècles, 
les seuls que nous ayons retrouvés, avec la seigneurie de Vil- 
lars proprement dite, dont le roi était le principal seigneur, il 
nous a été impossible d'en déterminer exactement la consis- 
tance. Dans cet état de choses, nous la donnerons telle qu'elle 
est inscrite dans les aveux que nous avons eus en main, et 
ferons figurer à cet article la mention de tous les actes pouvant 
concerner les seigneurs particuliers de Marquelon et de Villars- 
le-Pautcl. On y verra qu'au xve siècle, Marquelon, dont la 
maison forte était alors en ruine, se trouvait possédé, avec 
quelques portions de Villars, par les familles Erart, de Mar- 
quelou, de Barges, de la Chambre et de Raincourt ; qu'au 
xvi'' siècle, il passa aux Legros ou Le Gros, puis au siècle 
suivant, par suite d'aUiance, à la famille de la Coffe, qui fit 
construire, à Villars, la grande maison d'habitation, encore 
appelée de son nom, et maintenant occupée par plusieurs 
ménages de cultivateurs ou vignerons ; enfin qu'il revint 
aux Legros, et fut acquis, eu 1776, par M. Duport, leur 
allié». 



1. Claude Le Gros, prévôl royal de Bourbonuc, écuyer, eut entr'autrcs 
enfants : Claudette, mariée à M. Pavée, seigneur de Veudcuvre ; Marie, à 
André de la ColFe, officier chez le roi ; Jeanne, à Antoine du Port, écuyer ; 
Edinée, à Jean de Bourbonne, écuyer ; Agnès, à Jean-Baptiste de Barthé- 
lémy, écuyer, avocat du roi à la prévôté de Coiify, etc. 



LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 337 



Consistance des fiefs farticulurs de Marquelon 
et de Villars'le-Pautel. 

1» D'après le déuombremeat, du 11 mars I4U2 (N. S, 1 jU3), 
des sieurs Erarl. — Haute, moyenne et basse justice avec la 
huitième partie des profits, exploits, amendes et couûscations 
de la jprévôté de Villars-le-Pautel « partent au Roy notre dit 
seigneur et à autres personnes, » ladite partie évaluée à 40 sous 
tournois, par au ; droit d'échet de 30 sous, sur Nicolas Tilot et 
Perrenot des Degrez ; droit de cens de 20 sous sur plusieurs 
héritages baillés à cens h plusieurs hommes dudit Villars qui 
sont bourgeois le Roy ; un moulin appelé le Mouliu-Rouge, 
avec sa chaussée, ses aisances, dépendances et 4 journaux 
de terre y attenant, pouvant valoir environ 50 sous de revenu, 
par année ; la moitié du bois Pizot de Marquelon ; iteyn la 
quarte partie d^une fort maison qui soidoit estre au haut de 
ladite ville et que ton appelait la maison de Marquelon, 
laquelle est de présent en ruyne » ; le quart d'un jardin y atte- 
nant ; une pièce de terre de 17 journaux en désert, joignant 
au bois du roi. — Quatre fauchées au pré Montbéliard ; — la 
huitième partie du droit de bourgeoisie payable par les habi- 
tants du lieu, le jour de Noël, et valant environ 25 sous tour- 
nois, mais ne valant « pour le présent que 10 sols tournois 
pour ce que lesdiz habitans sont diminuez et aUi de vie à tre- 
passement » ; — plus la huitième partie des dîmes du roi dues 
en ladite ville pouvant valoir 10 pénaux, moitié froment et 
moitié avoine, et valant environ 10 sous tournois ; la totalité 
des choses dessus dites pouvant valoir environ 8 livres, 
12 sous tournois. 

2° Consistance d'après le dénombrement du 14 novem- 
bre 1508, de Claude de la Chambre : la quatrième p^artie du 
four banal de Villars- le-Paulel, depuis longtemps en ruine, 
partable avec Jean de Monstereul (de Montureux) el avec les 
hoirs de Jean de Raincourt ; la huitième partie des dîmes que 
le roi prend audit lieu, ainsi que de celles que le prieur de 
Jonvelle y perçoit, lesdites portions partables entre lesdits de 
la Chambre, de Richecourt, de Moutureux et de Raincourt, la 
part du dénombrant pouvant valoir, par année commune, 
40 quartes formant 20 pénaux moitié froment et avoine, 
mesure du heu, et valant 50 sols ; la huitième partie des bour- 
geoisies de Villars-le-Pautel, valant à la part du dénombrant 

22 



338 LES FIEFS DE LA MOUVANCE RChTALE DE COIFFY 

10 blancs; un bois de haute forêt contenant 40 arpents, 
appelé le bois Parisot (sans doute le bois Pizot, de l'aveu de 
1402), appartenant moitié au dénombrant, et l'autre moitié 
auxdits Richecourt, Montureux et Raincourt ; plus divers 
cens montant à la somme de 24 sous 10 deniers ; la totalité 
des revenus énoncés s'élevant à 79 sous tournois. 

3° D'après le dénombrement du 23 novembre 1508, de 
Etienne de Marquelon. — Trois emplaistres sis à Villàrs-le- 
Pautel, l'un en la rue du Mous lier, les deux autres en la 
Grand'rue ; 17 journaux de terre; deux fauchées de pré sur 
la Basseuille ; deux fauchées en la Grande- Voye ; 1 deniers 
tournois de cens dûs par Martin Morel, sur une place sise en 
la rue de la Oultre ; 3 sous 9 deniers dûs par Jean Demouys 
pour un meix sis en la rue Neuve. 

Inventaire des titres 

11 mars 1402 (N. S. 1403), foi, hommage et dénombrement 
présentés au roi, à cause du chastel de Coiffy, par Jean Erart, 
chanoine de Ghâlons, tant pour lui que pour Guillaume et 
Antoine Ei^art ses frères, des choses qu'ils tiennent « étant en 
la ville et finage de Villars-le-Pautas. » Passé sous le sceau 
de la prévôté de Paris, le 11 mars 1402. (Original en parche- 
min, reg. P. 177', pièce n" IV,) 

23 mars 1499 (N. S. 1500), foi et hommage par Jacques de 
Grauchault (de Grachault), écuyer, pour ses terres de Ghaugé, 
Villers-le-Saulx (Villars-le-Pautel) et les fiefs qu'on tient de 
lui à Ghaudeuay, arrière-fief du roi, le tout mouvant des 
ckastel et chaslellenie de Nogent-le-Roy et Coiffy. (Original en 
parch., P. 177', pièce GXX.) 

2 septembre 1499, foi et hommage par noble homme 
Etienne de Marcoulon, (de Marquelon), demeurant à Baissey, 
pour ce qu'il tient à Villars-le-Pautel. (Original parch., 
P. 177', pièce n« X.) 

19 juin 1500, foi et hommage par Pierre de Raincourt, 
écuyer, des terres, seigneuries, rentes et revenus qu'il tient à 
Villars-le-Pautel et à Betaucourt, n'excédant pas 20 livres 
tournois de revenu. (P. 177', n° XI. Voir à l'art. Betaucourt.) 

2 mars 1502 (N. S. 1503), foi et hommage des cens et ren- 
tes de Villars-le-Pautel, compris dans l'acte de Richecourt et 
Aisey, par François de Cicon, écuyer, seigneur desdits lieux. 
(Original parch. ,*P. 163', pièce GXXXIX.) 



LES PIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 339 

14 novembre 1508, dénombrement fourni par Claude de la 
Chambre, écuyer, des cens et rentes situées au finage de Vil- 
lars-le-Pautel. (Original parch., P. 177', pièce n" VII.) 

23 novembre 1508, dénombrement fourni par Etienne de 
Marquelon, écuyer, pour ce qu'il lient à Yillars- le-Pautel» 
relevant du château de CoiJÏy, y compris ce quo noble homme 
Nicolas de Tizot, demeurant à Vernoires, tient en fief de lui, 
et eu arrière-fief du roi à Passavant et à Martinvelle \ (Origi- 
nal parch., P. \11\ n» IX.) 

24 mars 1508 (N. S. 1509), dénombrement par François de 
Cicon, écuyer, seigneur de Pùchecourt, pour ce qu'il tient en 
cens et rentes à Villars-le-Pautel ; fait suite au dénombrement 
de Richecourt et d'Aisey. (Original parch., P. 203, pièce n° 1.) 

24 novembre 1508. foi et hommage par Pierre de Rain- 
court, écuyer, seigneur de Villars-le-Pautel eu partie et de 
Betaucourt pour ce qu'il tient audit Villars, en dîmes, bois, 
terres, cens, revenus et en justice parlable avec le roi. (Origi- 
nal parch., P. 177\ pièce XII.) 

30 janvier 1567, foi et hommage par Jean Nicquet, fondé de 
procuration de Jean Legros, licencié ès-lois, prévôt du roi à 
Bourbonne, pour le fief de Marquelon, qu'il a acquis d'Am- 
broise de Raincourt, écuyer, seigneur de Betaucourt, et de 
Jeanne d'Agicourt, sa femme. (Original parch., pièce n° XXIV 
et registre des inventaires PP. 13.) 

25 mai 1570, dénombrement par damoiselle Marie de Mon- 
tureux, veuve de Joseph de Salon, écuyer, seigneur de Saint- 
Aubin et d'Aisey en partie, pour ses fiefs de Villars-le Pautel, 
Aisey, Passavant et Martinvelle. (Original parch., P. 177', 
pièce n^ XVIII.) 

27 juin 1570, foi et hommage par François Laroque, fondé 
de procuration de Joseph de Salon, écuyer, cité ci-dessus *, et 



1 . Bien que Passavant, Martinvelle et Vougécourt soient, quelquefois, 
indiqués dans les hommages et aveux comme mouvant de Coiffy, ces fiefs 
relevaient directement des domaine et chatellenie du roi, à Passavant 
même. Le fief particulier de Passavant s'appelait la tour de Donzel. Mar- 
tinvelle, avec sa mouvance, fut cédé à la Lorraine, en 1778. (Voir au reg. 
des inventaires, P. 1773, p. 101.) 

2. Il pourrait paraître irrégulier de voir un dénombrement présenté avant 
la prestation de l'hommage. L'irrégularité n'est qu'apparente ; la date du 
23 mai 1570, indiquée pour le dénombrement, est celle de la confection de 
l'acte lui-même, dont la présentation n'eut lieu qu'après la prestation de 
l'hommage, c'est-à-dire après le 27 juin 1570 ou à cettedate. Joseph de 
Salon était décédé dans l'intervalle. 



340 LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 

par Jean de Thuillières, écuyer, seigneur d'Aisey en partie, 
époux de Marie de Monlureus, pour raison de ce qu'ils ont en 
fief à Villars-le-Pautel, Aisey, Passavant et Martinvelle. 

9 avril 1571, foi et hommage par François du Banc, bache- 
lier en médecine, fondé de procuration de Didier de Barges, 
écuyer, mari et administrateur des biens d'Aune de la Mare, 
sa femme, pour le petit fief qu'il tient à Villars-le-Pautel. 
(Original en parch., P. 164', pièce XXX.) 

26 juillet 1606, foi et hommage par Claude Legros, des ter- 
res et seigneuries de Montesson et de Marquelon, lui apparte- 
nant, la première par échange avec le sieur de Pressigny, la 
seconde par le décès de Claude Legros, son père, et par acqui- 
sition des sieurs de Richecourt et de Villeneuve. (Original 
parch., P. 164', pièce n« LU et PP. 13.) 

Lacune. 

22 septembre 1696, dénombrement par Adam-Louis de Bru- 
net de la Motte, écuyer, heutenaut de cavalerie au régiment 
de liomainville, pour ce qu'il possède à Richecourt, Aisey et 
Villars-le-Pautel ; savoir pour ce dernier heu : moitié d'une 
dime appelée la Guimaude, consistant en cinq pénaux de fro- 
ment et trois d'avoine, de trois ans l'un ; plus du huitième 
d'un autre dime appelée la Grande-Rente, valant cinq pénaux 
de froment et autant d' avoine, chaque année, plus en moitié 
d'un sol par chaque habitant pour droit de bourgeoisie, paya- 
ble à la Saint-Martin. (Original parch., carton Q' 995 et 
P. 1773.) 

22 novembre 1721, foi et hommage ud fief de Marquelon, 
par Marie-Françoise Legros, veuve de Louis-André de la 
Coffe, à cause du retrait lignager qu'elle en a fait sur Antoine 
Maillard, qui l'avait acquis de Michel Guillemin ; les droits de 
quint et requint liquidés à 310 Hvres. (P. 1773 et reg. 26, 
f«37.) 

(A suivre.) A, Bonvallet. 



REPERTOIRE 

GÉNÉRAL ET ANALYTIQUE 

DES PRINCIPAUX FONDS ANCIENS 
Conservés aux Archives Départementales de la Marne 



RÉPERTOIRE GÉNÉRAL 

(Suite.) 

SÉRIE H 
I 

Abbayes. 

ORDRE DE SAINT-BENOIT 

S 1. Hommes. 

* Abbaye royale de Saint-Pierre-au-Mont de CMions. 
Fonds: 53 boites; 1 4 liasses apparentes ; 15 registres; 4 plans. 
Grand nombre de parchemins anciens. (1049-1785). — Inven- 
taires de 1551 et de 1844. Autre inventaire partiel. 

Manuscrit : « En cest original sont toutes les rantes, tuit 
« li cens et tuit li loier que on doit au couvent de Saint Pierre 
« de Chaalons pour tout l'an. Anno Domini MûGCC°VI°. Com- 
« positum fuit istud volumen feria quinta post festum As- 
« sumptionis béate Marie Virginis. » Volume in-4° relié en 
bois ; environ 80 feuillets de parchemin, non cotés. 

Archives Nationales, Q. 662, 669, 676, 683, justice ; Z2.4344. Dans la 
section N, plans des domaines de l'abbaye à Ghouillj, Cramant et Pierry. 

Douet d'Arcq. n° 9596, sceau du prieur. 

Gallia Christiaaa, IX, 927. 

Drouet, Notes sur les abbayes de St-Pierre-au-Mont et de Toussaiuts, 
Congrès Archéol. de 1855. 

Buirette, Annales Hist., p. CXXXVI. 

Barbât, Hist. de Châlons, p. 17. 

E. de Barthélémy, Diocèse ancien, I, U9, 355, 369. 

Note sur St-Pierre-au-Mont, Revue de Champagne. IV, 482. 

• Voir page 238, fome XVII, de la Revue de Champagne et de Brie. 



342 RÉPERTOIRE GENERAL ET ANALYTIQUE 

Àblaye de Saint-Pierre d' Rautvillers . Fonds partagé entre 
Reims et Châlons ; à Reims, environ 120 liasses; à Châlons, 
9 boîtes, 4 liasses apparentes, 11 registres. (1274-1782), — 
Inventaire de 1788. 

Varin, Prolégomènes, p. CCLX. 

Archives Nationales, L. 1002, 

Douet d'Arcq, n" 8240, sceau de l'abbaye ; n» 8754, sceau d'un abbé. 

Gallia Christiana, IX, 251. 

G. Marlot, Hist. de Reims, II, 281. 

Chalette, Description et histoire de l'abbaye d'Hautvillers, Annuaire de 
la Marne, 1833, p. 51. 

L. Paris, Monographie de l'abbaj'e d'Hautvillers, Chronique de Cham- 
pagne, IV, 137. 

Pierquin, Histoire de l'abbaye d'Hautvillers. — Rapport de M. Paris sur 
cet ouvrage, Acad. de Reims, VIII, 232. 

Manceaux, Histoire de l'abbaye et du village d'Hautvillers, 3 vol. in-S», 
Epernay, 1881. — Rapport de M. Jadart sur cet ouvrage, Acad. de Reims, 
LXIX. Cf. Revue de Champ., XI, 330. 

* Ablaye de Saint-Martin d'Huiron. Fonds : 22 cartons 
comprenant 49 liasses ; 1. liasse apparente, 4 registres, 12 plans. 

— (1135-1780.) 

« Cartulaire des chartes et titres concernant la manse con- 
« ventuelle de l'abbaye de St-Martin de Huiron... par D. 
« F. P. A Huiron. M.DCG.LXVII. » Grand in-folio en papier, 
de 624 pages cotées ; au commencement, une table des ma- 
tières. Ce cartulaire-inventaire ne contient les copies ou ana- 
lyses que des 25 premières liasses du fonds. Dates extrêmes : 
1135-1695. 

Douet d'Arcq, n" 9403, sceau du prieur. 
Gallia Christiana. IX, 937. 

E. de Barthélémy, Diocèse ancien, I, 152, 358, 375. 
Anat. de Barthélémy, L'Abbaye d'Huiron, Revue de Champ., t. IV et V. 
Dom Baillet, Histoire de l'abbaye de Saint-Martin de Huiron, publiée 
par le D' Mougiu, Chalous, in-S", 1879, sur mss. provenant de l'abbaye. 

Ahhaye de Moiremont. Fonds ; 13 cartons ; 2 liasses appa- 
rentes, 6 registres, 5 plans. (1074-1788). 

Cartulaire in-folio en papier, écrit au xvii° et au xviii^ siè- 
cles, 575 feuillets; 340 pièces, de 1074 à 1612. Donations, 
acquisitions, contirmations, partages, etc. 

Douet d'Arcq, n" 8292, sceau de l'abbaye . 

Gallia Christiana, IX, 931. 

Cartulaire de l'abbaye de Moiremout, Annuaire de la Marne, 1865, 471. 

G. Marlot, Hist. de Reims, III, 177, 710. 

Ed. de Barthélémy, Diocèse ancien, I, 156, 375. 



DES PRINCIPAUX FONDS ANCIENS 343 

Ablaye de Saint-Pierre d'Orbais. Fonds : 1 carlou. (1440- 
1785). 

Archives Nationales, série N, plan de l'abbaye. 

G. Marlot, Hisl. de Reims, II, 302. 

Douet d'Arcq, n° 8816, sceau de l'abbaye, et 8892, sceau d'abbé. 

Chronique de l'abbaye d'Orbais, Revue de Champagne, t. V et VI. 

Dom du Bout, Histoire de l'abbaye d'Orbais, publiée par M. de Villefosse 
dans la Revue de Champagne, 1883-1885. 

L'abbé Musard, Notice historique sur l'église et l'abbaye d'Orbais, Chû- 
lons, in-8% 1843. 

Monasticum Gallicauum, Abbaye de Saint-Pierre d'Orbais. 

* Allaye de Saint-Basle ou de Verzy. Fonds partagé ; à 
Reims, 27 liasses ; à Ghâlons, 12 boites contenant 27 liasses, 
1 registre. (1086-1787). —Inventaire de 1785. 

Archives Nationales, série N, plan, et L.230, une bulle. 

Gallia Chrisliana, IX, 193- 

Varin, Prolégomènes, p. CCLX. 

Jean Sorel, Histoire de la vie et des miracles de saint Basle, in-12, 1632. 

G. Marlot, Hist. de Reims, II, 212, 762. 

Maillart, Histoire de l'abbaye de Saint-Basic, Ghâlons, in-S", 1870, Il y 
a dans cet ouvrage un catalogue de titres. 

Barthélémy, Description historique et archéologique de l'abbaye de Saint- 
Basle, Annuaire de la Marne, 1867 et 1868. 

Monasticum Galhcanum, abbaye de Saint-Basle. 

E. do Barthélémy, L'Abbaye de Saint-Basle pendant la Révolution, 
Revue de Champ. VII, 428, VIII. 39. 

* Abbaye de Saint-Nicaise de Reims. Fond partagé : à Reims, 
4 grosses liasses et 2 volumes in-folio de copies de pièces ; à 
Ghâlons, 9 boîtes contenant 20 grosses liasses subdivisées 
en 61 paquets, 5 autres liasses, 3 registres, des plans. (1123- 
1787). 

Il doit exister un cartulaire dans l'une des liasses appa- 
rentes. 

Varia, Prolégomènes, p. CCXXXV ; 3t p. CCLIX, pour le partage du 
fonds. 

Archives Nationales; P. 2889, déclaration du temporel j série N, plan. 
Voir aussi dans le ibnds de la Sainte-Chapelle. 

Douet d'Arcq, n" 8993, sceau d'abbé. 

G. Marlot, Monasterii Sancli Nicasii remensis initia et ortus, (publié 
p. 636 da l'appendice des Œuvres de Gaibert de Nogent, Paris, 1651). 

G. Marlot, Hist. de Reims, III, 318, Abbaye de Saint-Nicaise ; III, 372. 
prieurés du diocèse de Reims dépendant de Saint-Nicaise. 

Povillon-Pierrard, Mémoire historique sur l'église abbatiale de Saint-Ni- 
caise, Annuaire de la Marne, 1825, p. 239. 

Fleury, Saint-Nicaise et son église, Chronique de Champ., IV, 1. 

Les Prieurs de l'abbaye de Saint-Nicaise de Reims, Revue de Champ., 
IV, 232. 

Monasticum Gallicanum, l'abbaye de Saint-Nicaise. 



344 RÉPERTOIRE GÉNÉRAL ET ANALYTIQUE 

* Archimonastère de Saint-Remi de Reims. Fonds partagé : 
à Reims, 80 liasses inventoriées, toutes les liasses de « ren- 
seignements » non inventoriées, 4 volumes de cartulaires ; 
à Châlons, 51 boites contenant 3351iasses, 1 7 registres, 3 plans. 
(972-1787). — Inventaire de 1783. 

Gartulaire de la prévôté de Ghenay, in-4'', 8 feuillets, pa- 
pier. 

Décret d'union de l'abbaye de Saint-Remi à l'archevêché de 
Reims, 1777, par Antoine d'Argent, iu-8'', 135 pages. 

Varin, Prolégomènes, p. CCXVIII ; et p. GCLVIII pour le partage du 
fonds . 

Archives Nationales, série N, plan ; L.1002, justice de Saint-Remi. 

Douet d'Arcq, n» 8992, sceau d'abbé. 

B. Guérard, Polyptique de l'abbaye de Saint-Remi de Reims, in-4", 
1853. 

Varin, Archives Législatives de Reims, Statuts de l'abbaye; Coutumes 
et administration du ban de l'abbaye. 

Documents inédits de l'Histoire de France, Mélanges, I, 355, Notice sur 
le Gartulaire de Saint-Remi. 

Maillefer, Nécrologe de l'Archimonastère de Saint-Remi. 

P. Tarbé, Les Sépultures de l'église de Saint-Remi de Reims, 1842. 

Macquart, Notice sur les Sépultures de l'église Saint-Remi de Reims, 
in-8°, 1844. 

P. Tarbé, Saint-Remi de Reims, dalles du xiii= siècle, in-folio, 1849. 

Gallia Christiana, IX, 219. 

G. Marlot, Hist. de Reims, H, 503, l'abbaye ; II, 607, prieurés du dio- 
cèse de Reims dépendant de Saint-Remi; IV, 312. 

Sur le prieuré de Corbeny, uni à l'abbaye de Saint-Remi : Gallia Chris- 
tiana, IX, 239 ; Archives Nationales, Z^, 928, bailliage de Corbeny ; Ed. 
de Barthélémy, le prieuré de Corbeny, Revue de Champ., II, 140; l'abbé 
Ledoublé, Notice sur le prieuré de Corbeny, in-S", 1883. 

Leblanc et Poussin, Monographie de l'abbaye de Saint-Remi, in-S" , 
1857. 

Pierre Châtelain, Histoire de l'abbaye de Saint-Remi, 

Pierre Châtelain, Histoire secrète de l'incendie de l'abbaye de Saint-Remi, 
Chronique de Champ., I, 105. 

Demaison, Macquart, Notices sur Saint-Remi, publiées dans les Mém. de 
l'Acad. de Reims, I, 212, II, 267, LXXI, 298, LXXII, 115. 

Monasticum Gallicanum, l'abbaye de Saint-Remi. 

Ouvrages sur la Sainte Ampoule conservée à Saint-Remy : par H. Morus, 
in-8% 1593 ; G. Marlot, in-4", 1642 ; J.-J. Chiiflet, Anvers, 1651 ; J.-A. 
Tourneur, in-4", 1652; Pluche, Paris, 1775, etc. 

* Ahlaye de Saint-Thierrij ou du Mont-d'IIor, unie à l'ar- 
chevèché de Reims. Fonds partagé : à Reims, 15 liasses ; à 
Chàlous, 9 boites contenant 07 liasses. (974-1783). — Inven- 
taire de 1777. 

Varin, Prolégomènes, p. CCXLI, Notice d'un rartulaircde Saint-Thierry ; 
CCLX, mention du partage. 
Archives Nal., série N, plan. 



DES PRINCIPAUX FONDS ANCIENS 345 

Douet (l'Arcq, u" 8396, sceau de l'abbaye ; n"« 9073-907*i, sceaux d'abbés; 
no 9339^ sceau du prieur de l'abbaye. 

Gallia Christiana. IX, 180. 

G. Marlot. Ilist. de Reims, II, 183, 194; III, 44. 

Povilîon-Pierrard, Tableau historique et statistique de la Montagne, de 
l'ancienne abbaye et du village de Saint-Thierry, Annuaire de la Marne, 
1826. 

Monasticum Gallicanum, Abbaye de Saint-Thierry. 

* Ahbaye de Saint- Sauveur de Vertus. Fonds : 29 liasses, 
11 registres. (1179-1779). — Inventaire ancien. 

Un registre contient des copies de documents. 

Gallia Christiana, IX, 939. 

Maupassaut, Notice sur l'abbaye de Saint-Sauveur de Vertus, Mém. de 
la Soc. d'agric. de la Marne, 1839, et Annuaire, 1840. 
Ed. de Barthélémy, Diocèse ancien, I, 147, 356, 376. 

Ahbaye de Saint-MédaYd de Soissons. Fonds : 1 carton. 
(1532-1751). 

Douet d'Arcq, n" 8417^ sceau de l'abbaye. 

G. Marlot, Hisl. de Reims. II, 199. 

Monasticum Gallicanum, Abbaye de Saint-Médard. 

Privilegium S. Medardi Suessionensis propugnatum, auctore D. Roberto 
Quatremaires, 1659, in-8°. (Autres pièces de 1657, 1661, 1670, sur ce 
sujet). 

§ 2. Femmes. 

* Abbaye de Notre-Dame d'Andecy. Fonds : H cartons 
contenant 54 liasses ; 1 liasse apparente, 1 registre, 4 plans. 
(1109-1784). — Inventaire ancien, ne répondant plus au clas- 
sement actuel. 

Carlulaire de l'abbaye de N.-D, d'Andecy. Manuscrit du 
xm^ siècle, 8 feuillets in-folio en parchemin à deux colonnes, 
non relié ; parait n'être qu'un fragment. 

Archives Nationales, L.988. 
Douet d'Arcq, n« 9183, sceau d'abbesse. 
Gallia Christiana, IX, 941. 
E. de Barthélémy, Diocèse ancien, I, 160, 376. 
Lalore, Cartulaires du diocèse de Troyes, IV, 259-271, 
E. de Barthélémy, Recueil de chartes de l'abbaye d'Andecy, Mém. de la 
Soc. d'agriculture de la Marne, 1883. 

* Abbaye de Saint-Pierre d'Avenay. Fonds partagé : à 
Reims, 10 liasses totalement ou partiellement, et 3 volumes 
de cartulaires et copies de pièces ; à Ghâlons, 6 cartons conte- 
nant 13 liasses, 6 liasses apparentes, 1 registre, 4 plans, (1140- 
1780). — Inventaire de 1667. 



346 RÉPERTOIEfcB GÉNÉRAL ET ANALYTIQUE 

Varin, Prolégomènes, p. GGLX. 

Gallia Christiana, IX, 277, 

Documents inédits de l'Histoire de France, Mélanges, I, 369, Nolice sur 
le cartulaire d'Avenay. 

G. Marlot, Hist. de Reims, II, 307. 

Liste des abbesses d'Avenay, Annuaire de la Marne, 1873, p. 27. 

Description et histoire de l'abbaye des Bénédictines d'Avenay, Annuaire 
de la Marne, 1837, p. 108. 

L. Paris, Histoire de l'abbaye d'Avenay, avec le cartulaire de cette 
abbaye, 2 vol. in-8», Picard. 1878. Cf. Revue de Champ. VIII, 82. 

Allaye de Saint-Pierre-les-Dames de Reims. Fonds par- 
tagé : à Reims, 7 liasses ; à Ghâlons, 9 boites contenant 18 
liasses, 1 liasse apparente, 2 registres de justice, 18 plans. 
(1244-1786). 

Varin, Prolégomènes, p. CCXLII ; et p. CGLIX pour le partage do 
fonds. 
Gallia Christiana, IX, 269. 

Jean Rogier, Obituaire (manuscrit) de Saint-Pierre de Reims. 
G. Marlot, Hist. de Reims, II, 228. 

Allaye de Notre-Dame de Sézanne. Fonds : 21 articles, 
3 plans. (1546-1789). 

Archives Nat., 0, 661. 



ORDRE DE CITBAUX 

§ 1. Hommes. 

* Allaye de Notre-Dame de la Charmoie (commune de Ghal- 
trait, près Montmort). Fonds : 10 cartons contenant 31 liasses, 
2 liasses apparentes, 12 registres, 1 plan. (1170-1789). 

Archives Nationales, L. 988. 

Douet d'Arcq, n» 8614, sceau d'abbé. 

Gallia Christiana, IX, 950. 

E. de Barthélémy, Diocèse ancien, I, 175, 362, 373. 

* Allaye de Notre-Dame de Cheminon. Fonds : 23 cartons 
contenant 46 liasses numérotées et à peu près autant de lias- 
ses non numérotées (cartons 18-23); liasses concernant la jus- 
tice et la gruerie; 6 registres ; 30 plans. Très-riche en parche- 
mins anciens. (1110-1787). — Deux petits inventaires anciens, 
dont un du xiii® siècle. 

« Chartulaire de Cheminon. » Manuscrit petit in-4°, en 
parchemin, écrit au xii° et au xiii" siècles ; 58 feuillets, parais- 
sant être des fragments réunis de volumes différents. Charte 
de fondation, bulles de confirmation, actes d'acquisition, etc. 



DES PRINCIPAUX FONJ)S ANCIENS 347 

« S'ensuit la table et indice des coppies des tiltres et ensel- 
« gnements des censés, cens, rentes, revenuz, appartenances 
« et deppendances appartenants à l'abbaye de Nostre Dame 
« de Cheminon, ordre de Cisteaux , au diocèse de Ghaa- 
« Ions en Champagne. » Manuscrit in-4° en papier, écrit en 
1621, d'une pagination irrégulière ; 264 feuillets ont été cotés, 
mais il y a des lacunes. 

« Copies de plusieurs tiltres et accords, droicts avec privi- 
« lège des Roys, appartenant à l'abbaye et monastère de Che- 
« mynon, et confirmés par Nostre Saint Père le Pape, envers 
« les habitans de Ghemy non-la- Ville, Maulrut, commune de 
« Sermaize. » Cahier en papier, xvi° siècle. 

Cahiers contenant copies des privilèges, bulles, chartes prin- 
cipales de l'abbaye; annales historiques de l'abbaye ; généa- 
logie des comtes de Champagne. (Liasse 45.) 

Fragments en parchemin d'anciens cartulaires . 1° un de 16 
feuillets, xii° s. ; 2° un de 21 feuillets, xin° s. ; 3'' un de 22 
feuillets, xm^ s.; 4" un de 7 feuillets, xiii® s. (Liasse 46}. 

Gallia Christiana, IX, 964. 
Ed. de Barthélémy, Diocèse aucien, I, 167, 372. 

Ed. de Barthélémy, Recueil des chartes de N.-D. de Cheminon, Société 
des sciences et arts de Vitry, t. XI (textes et analyses). 

* Ablage de Notre-Dame de Haute-Fontaine. Fonds : 6 
cartons contenant 47 liasses, 9 liasses apparentes. (1141-1786). 

« Inventaire ou Répertoire sommaire fait en 1680, » décrit 
dans notre introduction ; est un véritable cartulaire auquel on 
pourra recourir avec d'autant plus d'utilité que les titres ori- 
ginaux sont en très-mauvais état de conservation. 

Gallia Christiana, t. IX, 962. 

Ed. de Barthélémy, Diocèse ancien, I, 170, 360, 372. 

* Ahiaye de Notre-Dame WIgmj. Fonds : 4 layettes subdi- 
visées en 40 Uasses numérotées. (1126-1788). — Inventaire 
ancien, qui ne répond pas exactement au classement actuel. 

Archives Nationales, L.1002; série N, plan. 

GaUia Christiana, IX, 300. 

G.. Marlot, Hist. de Reims, III, 273, 423, 738. 

Péchcnard, Histoire de l'abbaye d'Igny, Reims, in-S", 1883. 

P. M. R. Mercier, Précis historique de la commune d'Arcy-le-Ponsart, 
suivi de l'histoire de l'abbaye d'Ifjny, Paris, in-S», 1871, et Reims, 1874. 
Pages 69-112, Histoire de l'abbaye et pièces justificatives. 

Monographie de l'abbaye d'Igny; Revue de Champ., VII. 

* Abbaye de Notre-Dame de Montiers-en-Argonne. Fonds : 



348 RÉPERTOIRE GÉNÉRAL ET ANALYTIQUE 

9 cartons conlenant 57 liasses, 6 liasses apparentes, 1 liasse 
pour la justice et la gruerie. (1 134-1709). 

« Cartulaire de toutes les Chartres, lettres et sentences des- 
« quelles les originaulx sont de présent en la charterie et 
« thésaurerie de l'église Nostre-Dame de Monstiers-en-Argonne, 
« sur les quels originaulx ont esté faictes et tran scriptes au 
« vray les coppies selon leurs formes et teneures, par l'ordon- 
« nance de Révérend Père en Dieu Denys-Pierre Maillard, 
« abbé dud. Monstiers, en ceste année m . v" . xxxiii . » Beau 
manuscrit petit in-4'*, 40 feuillets en parchemin ; 74 pièces, de 
1138 àl316. 

Douet d'Arcq, n°' 8873 et 8874, sceaux d'abbés. 
Gallia Christiana, IX, 967. 

E. de Barthélémy, Diocèse ancien, I, p. 173, 373 ; II, p. 421, analyse du 
cartulaire. 
Remy, L'abbaye Notre-Dame de Montiers-en-Argone, Tours, in-S", 1876. 

* Abbaye de Notre-Dame du Reclus. Fonds : 3 cartons 
comprenant 46 liasses, 1 liasse apparente, 1 registre. (1173- 
1788). 

Cartulaire in-8°, en parchemin, écrit au xii^ siècle ; 20 feuil- 
lets. 

Registre in-4° en parchemin ; 24 feuillets. Déclaration des 
biens de l'abbaye, faite en 1522. Lettres patentes, déclara- 
tions, amortissements. 

De Baye, Notes pour servir à l'histoire de l'abbaye du Reclus, Revue de 
Champ., 1882-1883. 

L. Grignon, L'Abbaye du Reclus, maison de détention ou xvai' siècle. 
Revue de Champ., 1884. 

* Abbaye de Notre-Dame de Trois-Fontaines. Fonds : 11 
cartons contenant 94 liasses, 10 liasses apparentes, 6 plans, 
1 registre. Nombreux parchemins anciens. (1117-1788). — 
Inventaire de 1787. 

Douet d'Arcq, n" 9143-9144, sceaux d'abbés. 

Gallia Christiana, IX, 956, 

Ed. de Barthd'lemy. Diocèse ancien, I, 163, 3G0, 371. 

§ 2. Femmes. 

Abbaye de l' Amour-Dieu (commune de Troissy). Fonds : 
3 cartons contenant 9 liasses, 3 plans. (1222-1770). 

Cartulaire de l' Amour-Dieu, sans titre. Petit manuscrit du 
xvf siècle, en papier; 53 feuillets. Mauvais état. 



DES PRINCIPAUX FONDS ANCIENS 34*J 

Archives Nationales, 0, 619. 

Gallia Christiana, IX, 481. 

Dom Albert Noël, L'abbaye de l'Amour-Dieu, Revue de Champ., I, 144. 

Abbaye de Notre-Dame d'ArgensoUes (commune de Grau- 
ves). Fonds : 7 cartons contenant 17 liasses, 1 liasse appa- 
rente, 7 registres, 3 plans. (1224-1784). — Un inventaire 
ancien est compris dans le fonds. 

Archives Nationales, O, 620. 

Douet d'Arcq, n" 9185, sceau d'abbesse. 

Gallia Christiana, IX, 478. 

* Abbaye royale de Saint-Jacques de Vitry-en-Perthois. 
Fonds : 9 cartons contenant 42 liasses, 1 1 liasses apparentes, 
12 registres. Beaucoup de titres anciens. (1233-1789). — 
Inventaire ancien. 

« Livre des cens de Sainct Jacques. Ce présent livre a esté 
« faict et coppié par frère Jehan Piétremont, prieur de l'ab- 
« baye dud. St Jacques, et auparavant soubprieur de Ghe- 
« minon l'Abbaye.... Faict par M" Jeham du Temps, presbtre 
« et receveur de Madame Marie de Guise, abbesse de céans, 
« l'an 1600. » Petit in-4'^ de 112 pages. 

Archives Nationales, O, 671. 

Gallia Christiana, IX, 973. 

E. de Barthélémy, Diocèse ancien, I, 177, 374. 

L'abbé Boitel, Hist. de Vitry, p. 86. 

ORDRE DE SAINT AUGUSNTI 

§ 1 . Hommes. 

* Abbaye de Saint~Memmie-lès-Châlo?is. Fonds : 10 car- 
tons contenant 48 liasses, 17 registres. (1163-1788). — Ré- 
pertoire alphabétique. Inventaire des meubles et immeubles 
fait en 1790 (liasse 39 du fonds). 

« Abbaye de St Memmie. Garlulaire. » On a faussement 
écrit au dos : Inventaire. Volume in-4'' en papier de 159 pages, 
copie d'un car lulaire ancien, collationué en 1483 par Jean Le 
Moyne, clerc de la prévôté de Vitry. Les pièces y sont classées 
eu 7 chapitres : 1° St Memmie ; 2° Récy ; 3" La Veuve ; 
4» Sogny,Mairy, Togny, Fagnières ; 5" Gourgançon ; 6° Rouffi, 
Gheppy, St Hilaire, Moncetz ; 7°Dompremy, Favresse, Vitry, 
Ghangy, Bassuet, Lamer, etc. 

Un registre de cueillerets de 12ô3, écrit tout entier en fran- 
çais (liasse 39). 



350 RÉPERTOIRE GÉNÉRAL ET ANALYTIQUE 

« Ci commencent les rentes que on doit à l'Eglise Saint 
« Menge de Ghaalons. . . 1297. » Registre in-i*» en parchemin, 
relié en bois. 

Copie de titres anciens, exécutée au xvi° siècle, registre 
in-folio, cartonné, de 109 feuillets. 

Douet d'Arcq, n" 8180, sceau de l'abbaye ; n» 8610, sceau de l'abbé. 

Gallia Christiana, IX, 943. 

Buirette, Annales Hist., p. CLVII. 

Barbât, Hist. de Cbâlons, p. 27. 

E. de Barthélémy, Diocèse ancien, I, 179, 363, 371. 

* Ahlaye de Toussaints-en-VIle de Châlons. Fonds: 
20 cartons contenant 66 liasses numérotées et quelques 
autres, 20 registres. Grand nombre de parchemins anciens. 
(1065-1783). — Inventaire de 1770. Dans Iccartulaire ci-des- 
sous on trouve au f" 61 un répertoire du xiii" siècle. 

a Chartularium ecclesie Monasterii Omnium Sanclorum in 
« Insula Cathalaunensis,ordinis Sancti Augustin!. » Manuscrit 
in-4° du xiii° siècle, avec additions. Relié en bois et veau ; 
63 feuillets de parchemin. Copies de 62 pièces, dont la plus 
ancienne est de 1062. Titres de donations, d'acquisitions, bul- 
les, chartes de coufirmalion. 

« Gartularium ecclesiee SS. Omnium Cathalauui, ex antique 
i« mss. excriptum, anno 1730. » Manuscrit in-4*' eu papier de 
62 pages, non relié. Table. 

« Nécrologe de l'abbaye de Toussaiuts de Ghalons. 1730. » 
Manuscrit in-4° de 100 pages, non relié, de la môme main que 
le précédent. Table. 

Ordinaire dos observances et cérémonies religieuses, xii'= siè- 
cle. Manuscrit in-4"^, cartonné. 

Gallia Christiana, IX, 947. 

Buirette, Annales hist., p. CLI. 

Barbai, Hist. de Châlons, 83. 

Drouet, Notes sur les aJjbayes do Saint-Pierre-au-Mont et Toussaints, 
Congrès Archéol., année 185b. 

E. de Barthélémy, Diocèse ancien, I, 183, 370 ; II, 397, cartulaire de 
Toussaints. 

Lalore, Cartulaircs du Diocèse de Troyes, IV, p. 242-258, a publié ou 
analysé 27 chartes île Toussoints. 

{A suivre.) G. Hérelle. 



LA 



FAMILLE DE CHARTONGNE 



— a >^ *J =iag\> ^1^^ 



II 

38. Louis de Saint- Quentin, fils de Charles et de Jeanne 
de Chartougne, chevalier, seigneur d'Harzillemont, Cierges, 
Mauimont et Mazerny comparait dans rechange du 3 1 juillet 
1700, intervenu entre lui et Claude de Chartongne son beau- 
frère, par lequel EHsabeth de Chartongne sa femme, reçoit la 
terre et seigneurie de Mazerny hors les bois el garennes aban- 
donnés à Philippe-François-Louis de Chartongne, consistant 
en haute, moyenne et basse justice et tous les droits de ter- 
rages seigneuriaux et moulin banual ainsi que différentes par- 
celles de terre et pré acquises par le cédant du comte de 
Bourg. 

Louis de Saint-Quentin épousa à Bertoncourt, le 21 mars 
1686, Elisabeth de Chartongne (46) sa cousine, fille de (Maude 
de Chartongne et de Françoise de Bomielles. 

De cette union sont nés à Hagnicourt ; 

67. Anne de Saint- Quentin, le 4 février 1688, mariée le 23 
août 1718 kW^ Edmond de Fermont, seigneur de Saussy et 
de Saint-Morel. 

68. Philippe- François de Saint- Quentin, le 24 août 1692. 

69. Zonis de Saint-Quentin, le 1" mai 1694. 

70 . Gabriel-Tristan de Saint-Quentin, le 14 août 1693. 

71. Charles-Louis. 

72. Roland de Saint-Quentin, le l*^'' août 1701. 

73. Jeanne-Claude de Saisit-Quentin, le 9 octobre 1704. 
EUsabeth de Chartongne est décédée le 2 janvier 1720, étant 



* Voir page 207, tome XX, de la Revue de Champagne ei de Une. 



352 LA FAMILLE DE CHARTONGNE 

âgée de 55 ans, et Louis de Saint-Quentin sou mari, mourut 
à son tour le 4 juin 1733, âgé de 78 ans. Tous deux ont été 
inhumés dans l'église d'Hagnicourt. 

III 

40. Françoise de Saint- (Quentin, tille de Charles et de 
Jeanne de Gharlungne, 

Epousa François-Joseph de Montguyon, chevalier, seigneur 
de Ghâtillon-sur-Bar, Noirval, Quatre-Champs, et le Mesnil, 
dont elle eut : 

74. Lonise-Béatrix. 

Montguyon. — D'argent à 3 têtes de More de sable tortillées du champ 
2 et 1. 

IV 

41 . Claude de Saint- Quentin, fille de Charles et de Jeanne 
de Chartougne, mariée à César d'Espinoy, chevalier, seigneur 
de Châtel, Apremont, Ëxermont, Forets de Soissons, Châlelel, 
Rimogne, Avançon, Etremont, les monts de Pierres, haut et 
bas, bois et forêts de Règlements, demeurant au château de 
Châtel, a eu de cette union : 

75. Nicole Charlotte, ma.rïée comme on l'a vu ci- dessus à 
Claude de Chartongne (55). 



71. Charles-Louis de Saint- Quentin, fils de Louis et de 
Elisabeth de Chartongne, né à Hagnicourt le 2 septembre 
1699, y est décédé le 18 avril 1785, âgé de 86 ans, il épousa, le 
15 décembre 1733 à Apremont, Marie-Elisabeth de Niger, 
fille de Claude de Niger, chevaUer, seigneur de l'ordre de 
Saint -Louis. 

Niger. — D'azur au lion d'or, au chef d'argent chargé de 3 têtes de More 
de sable, accostées de 2 étoiles de gueules. 

Sont nés de ce mariage à Hagnicourt : 

103. Claude de Saint- Quentin, le 12 février 1737, marié le 
15 janvier 1752 avec Nicolas d'Aguizy, chevalier, seigneur de 
Maiubresson, fils de feu Louis d'Aguizi/, chevalier, seigneur 
de Guincourt et de Marie- Awie de Bohan. 

Bohan. — De sable à la bande d'argent coltoyée de 2 collices de 
même. 



LA. FAMILLE DE CIIARTONGNE 353 

104. Louise-Antoinette de Saint-Quentin, née le 14 mars 
1738, et mariée à M'"'^ Admn-Re'my Rénaux de Montguyon. 

105. Claude-Marie de Saint-Quentin, le 26 février 1739. 

106. Antoine-René-Roland-Ckarles-Louis de Saint-Quen- 
tin, le 28 mai 1740. 

107. Jeanne- Antoinette- Louise de Saint- Quentin, le 17 
juillet 1741. 

Après le décès de sa première femme, Claude-Louis de 
Saint-Quentin s'était remarié à Marie-Françoise de Cugnon, 
décédée aussi à Hagnicourt le 22 décembre 1782, âgée de 82 
ans, dont il a eu : 

Cugnon. — De sable à 3 étriers d'argeut 2 et 1. 

108. Jeanne-Marie-Françoise de Saint -Quentin, née le 20 
novembre 1746. 

VI 

74. Louise-Béatrix de Montgicyon, fille de François- Joseph 
et de Françoise de Saint-Quentin, née vers 1721 , décédée le 2G 
novembre 1743, âgée de 22 ans, épousa par contrat du 17 
novembre 1737 : 

• Antoine de Lescuyer^ fils de Charles de Lescuyer et de Jeanne 
de Lescmjery chevalier, seigneur de Montigny-sur-Vence, 
Hagnicourt, Harzillemont, Baujosse, Bohan et Amicheuoy, 
capitaine au régiment de Poitou, infanterie, par commission 
du 2 février 1729. 

De cette union sont nés à Hagnicourt : 

109. Charles- Antoine de Lescuyer, le 11 septembre 1738, 

110. Jeanne- Françoise de Lescuyer, le 7 janvier 1740, 
.111. Charlotte-Louise de Lescuyer, le 11 décembre 1740. 

112. Charles-Louis-Joseph de Lescuyer, le 4 décembre 
1741, décédé le 19 janvier suivant. 

113. Chatles-Joseph. 

VII 

113. Charles-Joseph de Lescuyer, fils de Antoine et de 
Louise-Béalrix de Montguyon, chevalier, seigneur d'Hagni- 
court, Harzillemont, Banjosse, Montigny, La Grauge-aux- 
Bois, Puiseux, Le Mesnil, Châtillon, Noirval et Quatre- 
Ghamps, lieutenant des maréchaux de France au département 
de Gharleville, maréchal de camp, major général de la cayalerie 

23 



3S4 LA FAMILLE DE CHARTONGNE 

belge, chevalier de Saint-Louis, mourut victime du tribunal 
révolutionnaire à Paris, le ]°^ août 1793, âgé de 50 ans, con- 
vaincu d'avoir agi dans les intérêts du gouvernement légitime 
de la maison de Bourbon. 
Né à Hagnicourt le 29 septembre 1743, il épousa : 
En premières noces : à Hagnicourt le 12 juillet 1762 : 
Jeanne-Marie-Françoise de Saint- Qicenthi, (108), sa cou- 
sine issue de germains, fille de Charles-Lotàs de Saint-Quentin 
et de Marie-Françoise de Cugnon, décédée le 17 février 1764, 
âgée de 18 ans. 

De ce mariage est né le 12 avril 1763 : 

140. Antoinette- (jfairielle- Angélique de Lescnyer, mariée 
le 7 décembre 177*J avec Nicolas- François-Marie dii Bois 
d'Ecordal. 

Du Bois. — D'argent à 5 hermines de sable 3 et 2. 

En deuxièmes noces : 

Henriette-Christine-Louise-Rose du Rocher oi. 
Dont il a eu : 

141 . Gabrielle- Angélique-Rose de Lescuyer^ née le 24 mai 
1766, décédée le 5 juin suivant. 

142. Antoinette- Gabrielle-Rose de Lescuyer, née le 10 
janvier 1770. 

142 iw. Ponce- Antoine de Lescnyer, capitaine de dragons 
à 17 ans, émigré en 1790, qui fit toutes les campagnes des 
princes et mourut au service de Sa Majesté Belge. 

En troisièmes noces : 

(153) Françoise- Angéliqne-Galrielle de Champagne sa cou- 
sine, fille de Nicolas-Joseph de Champagne et de Anne-Rade-- 
gonde de Chartongne. 

Dont il eut : 

143. Gabrielle- A ngélique. 
En quatrième mariage : 

Marie-Marc, baro7ine de Lamy de Besanges. 

Lamy. — D"azur à deux ûpécs d'argent en sautoir entortillées do 
deux serpents d"or. 

D'où sont nés ; 

144. Pierre-Louis- Charles-Marc de Lescuyer, le 26 mai 
1774, chevalier de Malte, tué à l'armée royale où il se signala 
en qualité d'aide de camp du général, comte de Frotté. 



LA FAMILLE DE CHARTONGNE 355 

145, Charles-Marc de Lescuyer, né le 6 mars 1776, cheva- 
lier de Saint- Jean de Jérusalem, comme son frère servit dans 
la légion de Rohan, fit toutes les campagnes des princes et 
mourut à 19 ans au service de Sa Majesté Belge. 

Charles de Lescuyer, marié à sa cousine de Fillelongtie de 
Vigneux. 

Eugèm de Lescuyer, marié en 1811 à Louise d^Avesues 
d'Hermon ville. 

Et Angéliq^ue de Lescuyer, épouse de M"^ Du Presnoy. 

VIII 

143. Gabrielle-Angélique de Lescuyer, née à Hagnicourt 
le 7 août 1771, fille de Charles- Joseph et de Françoise- Angé- 
lique-Gabrielle de Champagne.. 

Epousa à Londres en 1805 : 

« M. Robert Adair, membre du Parlement pour un comté 
« appartenant au duc de Bedfort, son cousin germain et l'un 
« des diplomates les plus distingués et les plus estimés de 
« notre siècle. M. Adair fut ministre plénipotentiaire de la 
« Grande-Bretagne près la cour de Vienne en 1806 sous le 
« ministère du célèbre Fox son parent et ami. Il remplit cette 
« mission avec une dignité et une modération qui lui valurent 
« les témoignages les plus flatteurs de sa cour et des princes 
« de l'auguste maison de Bourbon. 

« Son Altesse Sérénissime le prince de Condé daigna le 
« faire remercier en particulier d'avoir organisé un paiement 
« régulier de la part de la Grande-Bretagne pour les gentils- 
« hommes de sabrave et immortelle armée pendant la guerre 
« de 1809. 

« En quittant la cour de Vienne, M. Adair fut nommé par 
« Sa Majesté le roi de la Grande-Bretagne, sous le ministère de 
« M. Canning, ambassadeur extraordinaire près la Sublime 
« Porte pour négocier avec cette puissance un traité de paix et 
« d'aUiance qui devenait nécessaire aux relations politiques et 
« commerciales des deux nations. M. Adair eut le bonheur de 
« réussir dans cette importante négociation et d'assurer par 
« un traité qui fut signé le 4 février 1809, le salut de l'Europe 
« entière, caria Turquie unie à l'Angleterre cessa bientôt tou- 
« tes ses relations avec l'usurpateur devenu le fléau du monde 
« et fit quelque temps après sa paix avec la Russie qui, dès 
fc lors maîtresse de toutes ses forces, les dirigea en masse con- 



356 LA FAMILLE DE CHARTONGNE 

fl tre le désolateur du genre humain et l'ennemi de tous les 
« rois et le força à descendre d'un trône qu'il avait usurpé, pour 
« y replacer le souverain légitime que le vœu de tous les fran- 
« çais y appelait depuis longtemps. 

« M, Adair ne saurait recevoir trop d'éloges de ceux qui sa- 
« vent apprécier la politique et la diplomatie parce que sa con- 
« duite en celte circonstance a fait preuve qu'il avait une con- 
(( naissance profonde de ces deux sciences et le résultat de sa 
<i négociation a été d'un trop heureux effet pour l'Europe pour 
« qu'on ne lui en rende pas ici un hommage éclatant. 

« M™® Adair a suivi son époux à Vienne où elle a toujours 
« manifesté les sentiments de dévouement le plus pur et le 
« plus respectueux pour tous ses devoirs envers la Grande- 
« Bretagne devenue sa patrie adoptive ainsi que pour l'auguste 
A maison de Bourbon fSaiut- Allais). » 



CHAPITRE V 
Seigneurs de ia Morteau. 

I 

ij'j. Claude de Chartongne, Q\s de Philippe-François -Louis 
et de Henriette de Chartongne, né à Bertoncourt le 18 mai 
1680, chevalier, seigneur de Neufvisy et de la Morteau, est 
nommé, dans un partage provisionnel du 23 décembre 1713, 
intervenu entre lui à cause de sa femme, et Jean-Baptiste de 
Verrières à cause de Marie-Louise de Laires, épouse de ce 
dernier d'une part et Marie-Magdeleine CUquet de Flaman- 
ville, veuve en dernières noces do M'« Henry de jNIontguyon, 
écuyer, seigneur dePuiseux, y demeurant et auparavant veuve 
de Jean-Baptiste-Nicolas de Laires d'autre part, aux termes 
duquel celle-ci abandonne aux sieurs de Chartongne et de 
Verrières tous les biens lui appartenant, à Novy, Chevrières 
et lieux voisins ainsi que ceux qu'elle avait hérités de feu 
Robert de Llaman ville son frère, sans que Pierre- Jacques de 
Montguyon son fils puisse rien répéter. 

Claude de Chartongne avait épousé en la paroisse de Lr-unois, 
le 28 septembre 17U7 : 

Marie de Laires de la Morteau, lUle île Jcan-Baptiste-Nico- 
las de Laires, écuyer, seigneur de îa Morteau et de Marie- 
Magdelehie Cliquet de Flamauville. 



LA FAMILLE DE GHARTONGNE 357 

De Laires. — D'azur à l'aigle d'or, le vol abbaissé, surmonté de deux 
croix pattées au pied fiché d'argent ; pour cimier un aigle éployé issant d'or. 

Leurs enfants sont : 

97. Claude-Rohert de Ghartongne, ne vers 1710, décédé le 
31 décembre 1737, âgé de 27 ans et enterré dans l'église de 
Venderesse devant les marches de l'autel de la Sainte-Vierge. 
Par sou testament olographe signé le 1 5 septembre de la môme 
année, Claude-Robert lègue tous les biens lui provenant de ses 
père et mère à Louise sa sœur, à charge par celle-ci de lui faire 
dire chaque année une messe basse le jour anniversaire de sa 
mort. 

98. Marie-Louise. 

99. Louis-Robert. 

100. Charles-Rolert. 

101. Et Louise de Chartongne décédée à Apremont, âgée 
de 15 ans, le 25 juin 1735, 

II 

98. Marie-Louise de Chartongne, fille de Claude et de 
Marie de Laires. 

Epousa à Apremont, le 4 août 1738 : 

M'"" Charles-Michel de Barber, âgé alors de 23 ans, capitaine 
dans le régiment de Touraine, fils de Jean de Barber, aide 
major de la ville de Valenciennes et de dame Elisabeth Barroy. 

De cette union est né notamment : 

133. Claire-Louis de Barber, ancien lieutenant colonel 
d'infanterie, habitant le château de la Folie jusqu'en 1812 où 
il faisait les fonctions de receveur auprès des derniers proprié- 
taires, décédé à Rethel chez M. Pauffin, à l'âge de 64 ans, le 
21 décembre 1812, c'est-à-dire six mois après la dernière 
dame de Bertoncourt. 

Le 17 septembre 1738, Claude de Chartongne, seigneur 
d' Apremont, curateur de Louis Robert et Charles Robert ses 
neveux, M° Charles-Michel de Barber avec Jeanne-Louise de 
Chartongne sa femme, pour satisfaire au testament de Claude- 
Robert de Chartongne de Flamanville, cèdent à l'église de 
Venderesse une demi fauchée de pré situé sur le ban de la 
Morteau, lieudit la Culée-Renard, à la charge de faire dire 
tous les ans, à perpétuité, trois messes basses de Requiem 
savoir : une le deuxième jour de janvier pour le repos de 
l'âme du défunt et les deux autres, les 3 et 4 janvier de chaque 



358 LA. FAMILLE DE CHARTONGNE 

année pour le repos de l'âme de M'' Glauds-Robert de Flaman 
ville. 

CHAPITRE VI 

Seigneurs de Pymodan'. 

La terre de Pymodan (autrefois Piedmodan, pied mouvant, 
pied marchant) appartenait originairement à l'ancienne famille 
de la Vallée de Pymodan qui a joué un grand rôle dans l'his- 
toire du Clermontois et dont l'un des membres est mort héroï- 
quement à Gastelfidardo au service de Sa Sainteté Pie IX. Cette 
famille possédait le fief du même nom et ou voit encore les 
restes de son ancien château près de Rarécourt au lieudit la 
Vallée. On remarque dans l'église de Glermout-en-Argonne la 
chapelle dite des morts qui contient divers monuments, ins- 
criptions, pierres tombales et armoiries de la famille de la 
Vallée. 

La Vallée. — D'azur semé d'hermines à 5 anneaux de sable relevés 
d'nne ligne d'or et posés en sautoir. 

L'érection du fief de Pymodan en haute-justice a été con- 
sentie le 31 août 1669, par Monseigneur Henry-Jules de 
Bourbon, duc d'Enghien, prince du sang, pair et grand-maître 
de France, comte de Glermont, en faveur de Gharles- Chris- 
tophe de la Vallée, chevalier, seigneur de la vallée de Pymo- 
dan, de Bois-le-Gomte, depuis baron d'Eschenets, lieutenant 
pour le roi au gouvernement des ville et pays de Toul, lieute- 
nant des maréchaux de France. L'acte d'inféodation constate 
qu'il était dû un droit de relief à toutes les mutations depuis 
modéré et réglé par grâce et sans tirer à conséquence pour 
l'avenir à la somme de 500 livres, par sentence du Conseil de 
Mgr le prince de Gondé en date du 4 avril 1748. 

Par lettres patentes du mois de janvier 1671 vérifiées et 
regislrées en la Chambre des Comptes les 10 et 23 mars 
mars suivant et au bailliage de Glermont le 16 septembre de la 
môme année, le roi ratifia ce contrat avec création au fief de 
Pymodan de haute, moyenne et basse justice et pouvoir d'y 
établir un juge et des officiers de justice. 



1 . Je dois la plupart des renseignements qui m'ont servi à établir la fin 
de cette notice aux soins et à l'empressement dévoué de no(re ami 
M. l'abbé Gillanl, curé d'Auzéville, et je suis heureux de lui exprimer ici 
la reconnaissance due à son cordial et généreux concours. 



LA FAMILLE DE CHARTONGNE 359 

Charks-Christopbe de la Vallée était deuxième fils de Chris- 
tophe de la Vallée, troisième de nom, chevalier, seigneur de 
Pymodan, Vraincourl, Parois et autres lieux et de Louise de 
Comitin d'Anglebert, il était aussi petit neveu de Christophe 
de la Vallée, mort évoque de Toul, le 'Il avril lt>Û7. 

La terre de Pymodan ne fut pas longtemps la propriété de 
la famille de la Vallée, toutefois elle lui donna son nom à partir 
du milieu du xvii° siècle ; la famille de Rarécourt de la Vallée 
a ajouté à son nom celui de Pymodan qui devint ensuite le 
principal nom de cette famille. 

Sept ans après l'érection du fief dont nous nous occupons, 
Charles-Christophe de la Vallée vendit la terre de Pymodan 
moyennant la somme de 50,000 livres par contrat passé devant 
Masson et Picard, notaires à Toul, le 26 août 1676, à M. Claude I 
Antoine de Gourcelles, fils de Pierre-Antoine de Courcelles et 
de Marguerite Tivier alors commis de M. de Fresuois, premier 
commis de Monseigneur de Louvois, ministre secrétaire d'Etat, 
et damoiselle Jeanne Prouvoyeur sa femme. 

Cette vente fut confirmée par le duc d'Enghien, le 15 
novembre 1876 et par le même acte, il accorda permission à 
l'acquéreur, ses enfants et ayants-cause de posséder ladite 
terre, fief, justice et seigneurie à la charge de tenir à tou- 
jours cette terre en plein fief, foy et hommage de Monseigneur 
de Duc et de ses successeurs. 

Cette permission a elle-même été ratifiée par lettre patente 
du roy Louis XIV, donnée à Saint-Germain-en-Laye au mois 
de mars 1682. 

L'acte de vente passé au profit de Claude-Antoine de Cour- 
celles par Charles-Christophe de la Vallée contient la désigna- 
tion suivante de la propriété cédée : 

« La terre et seigneurie de Pimodan située au ban et finage 
« d'Aubréville avec toutes ses appartenances, dépendances et 
« circonstances, la maison, château dudit Pimodan avec tous 
« les jardins et enclos de prairies, la rivière d'Aire d'une part 
« et le grand chemin d'autre, aboutissant sur le pré dit les 
« Quatre-Fauchées, fermé de haies vives du côté dudit che- 
« min, aussi le droit de haute, moyenne et basse justice, de 
a troupeaux à parts, colombier sur pilier dans la prairie. 

« Une autre maison avec ses aisances, grange, cour, écurie 
« dans le village d'Aubréville, avec le jardin potager dépendant 
« de ladite maison, les héritiers Thomas d'une part, et la rue 
« basse d'autre, terres arables, prés, chenevières et vignes 



3(iO LA FAMILLE DE GHARTONGNE 

a savoir : 87 à 88 arpents de terre appelés valgairement 100 
<( de terre pour l'arpent, à la mesure dudit lieu en cliacune 
« saison, 30 à 34 fauchées de pré à compter 80 verges de lon- 
« gueur et 4 de largeur pour la fauchée à la même mesure, 
(( outre la prairie dudit enclos, les chêne vières et vignes et 
« dépendant et de tous autres héritages que les vendeurs pou- 
« valent avoir à Aubréville,Gourcelles et Moncel. » 

Le 15 décembre 1676, Claude- Antoine de Courcelles fournit 
le dénombrement de son fief. 

Le 4 février 1677, Charles-Christophe de la Vallée, grand- 
bailli d'épée de Toul et Jeanne-Catherine Midot de Villers sa 
femme, donnent quittance de la somme de 50,000 livres au 
nouvel acquéreur du prix de la seigneurie de Pymodan avec 
ses dépendances. 

Nouveau dénombrement de la terre de Pymodan, le 23 mars 
1678. 

Le 6 juin 1682, le lieutenant général, civil et criminel au 
bailliage du comté de Clermontois, après descente sur les lieux, 
accorde au sieur de Courcelles la permission de faire ériger 
dans un endroit de la pièce de terre lieudit Gallofontaine, 
distant de la fontaine de six verges, le signe patibulaire pour 
y servir de marque publique et apparente de haute, moyenne 
et basse justice. 

[A suivre.) 



LA VIE 

DU MARÉCHAL DE SCHULEMBERG' 

Comte de Montdejeu, Chevalier des Ordres du Roy, 

Ancien Gouverneur de la ville et cité d'Arras, Grand Bailly d'Artois, 

Gouverneur du Berry, Capitaine du Château de Madrid 

et de la Varrane du Louvre, etc. 



Après ce désavantage, le vicomte de Turenne se relira à 
Lentz où il fut vivement poursuivi par le Prince de Condé, et 
comme il ne se crut pas en sûreté, il gagna les hauteurs do 
Hesdin où le comte de Montdejeu lui envoia un grand envoi, et 
plus des deux tiers de sa garnison pour renforcer ses troupes 
et une armée toutes prêtes à succomber à l'épouvante où elle 
étoit avant l'arrivée de ce secours. Le Prince de Gondé, si 
actif et si vigilant, ne profita pas de la conjoncture dans l'inter- 
Talle qu'il eut pour être informé de la disposition des François 
qu'il serroit de si près. L'endroit où étoit posté le comte de 
Turenne étoit mieux connu aux officiers d'Arras qu'à lui, 
c'est ce qui lui fit déférer aux avis du sieur Fresdeau, officier 
de cavalerie de la garnison du comte de Montdejeu. Cet officier, 
vieux routier en tous ces pays, conseilla au vicomte de Turenne 
de s'avancer où il lui fit remarquer les avantages d'un poste 
plus sur et plus commode que celui où il s'étoit arrêté. 11 se mit 
ainsi à couvert d'un bois sur la droite et d'un village sur la 
gauche d'où il pou voit tirer ses convois de Hesdin, et y envoler 
ses équipages. Le Prince de Condé ne jugea pas à propos de 
bazarder une approche, ni de l'attaquer, quoiqu'il fût supé- 
rieur en nombre d'hommes. Ce qu'il y a encore de surprenant 
dans la conduite généreuse du comte de Montdejeu, est qu'aiant 
reçu ordre du cardinal d'envoier douze cents hommes à la Bas- 
sée, six cents à Béthune et trois cents au Quesnoy, où les gar- 
nisons étoient trop foibles, il satisfit à ses ordres sur le champ 
sans réplique et avec une satisfaction, dont on ne pouvoit pen- 



• Voir page 290, tome XX, de la Hevue lie Champagne cl de Brie. 



362 LA VIE DU MARÉCHAL DE SOHULEMBERG 

ser d'autre motif sinon Thonneur qu'il faisoit de la confiance 
qu'on avoit en sa fidélité, eu la bonté de ses troupes, et au bon 
ordre où il les entretenoit. Il eut soin de paier ces détachemens 
de la garnison tout le temps qu'ils furent emploies dans ces 
trois places, comme s'ils y eussent été sous ses ordres et à son 
service. Je ne crois pas qu'on ait beaucoup d'exemples de ce 
procédé, ni qu'on ait jamais fait un si bon usage des contribu- 
tions. Le gouverneur de Lille s'avisa d'acheter les prisonniers 
de la garnison d'Arras, qui étoient dans différentes villes du 
pays ennemi et leur fit mettre les fers aux pieds et aux mains 
et les enferma dans des cachots de Lille. Le comte deMontde- 
jeu étant indigné de ce violent procédé, leur redemanda ses 
prisonniers par échange ou par rançon ; le gouverneur n'en 
voulut rien faire, il lui manda que s'il ne lui renvoioit ses pri- 
sonniers dans huit jours, il lui envoieroit brûler ses moulins et 
ses fauxbourgs : le terme étant échu, le comte de Montdejeu 
voiaut qu'il n'en avoit rien voulu faire, lui envoia brûler le neu- 
vième jour deux fauxbourgs et cinquante-deux moulins tant 
à huile qu'à bled, et battit les troupes ennemies, qui étoient 
venues pour s'y opposer. Ce fut le sieur de Voignon qui lit 
cette expédition, lequel étoit commandant de toute la cavalerie 
d'Arras.. depuis la levée du siège. 

Un espion du gouverneur de Lille vint trouver le comte de 
Montdejeu à Arras, et lui promit de lui faire prendre 500 hom- 
mes de la garnison de Lille. Mais le comte de Montdejeu ne 
pouvant y aller en personne, parce qu'il étoit incommodé, y 
envoia le sieur de Voignon avec 400 chevaux, lequel se fut 
mettre en embuscade dans un endroit qu'on appelle Courrière 
où effectivement il vint 450 hommes de cette garnison qui 
furent tous tués ou prisonniers de guerre. Cet espion promit 
encore au comte de Montdejeu de lui faire prendre pareil 
nombre d'hommes de cette môme garnison ; ce qui fit sortir le 
sieur de Voignon d'Arras avec même nombre de troupes 
aiant l'espion à sa tète qui croioit qu'on n'euvoieroit que 400 
chevaux comme la première fois. Mais le comte de Montdejeu 
qui sçavoit bien qu'il ne faut point se fier à un traître fit sui- 
vre le sieur de Voignon par 000 hommes de pied dont bien lui 
eu prit, car cet espion qui étoit un scélérat avoit vendu ce 
détachement d'Ai-ras au gouverneur de Lille. Cet espion, dans 
la croiance, comme on vient de dire, qu'il n'y avoit que les 
400 chevaux, qu'il avoit vus sortir d'Arras, et qu'il avoit con- 
duits lui-môme, retourna à Lille d'où il amena 900 hommes 
qui ne laissèrent pas d'être battus par la cavalerie du sieur de 



LA VIE DU MARÉCHAL DE SCHULEMBERG 363 

Voignon soutenue des 600 hommes d'infanterie dont le comte 
de Montdejeu l'avoit fait suivre. Ce scélérat, se doutant bien 
qu'on avoit reconnu ses fourberies, ne jugea pas à propos de 
retourner à Arras recevoir la récompense de ses bons services. 
Le gouverneur de Lille aiant sçu qu'il avoit vendu le premier 
parti qu'il avoit envoie et qui avoit été battu eut la bonté de lo 
faire pendre et bien étrangler, quoique le comte de Montdejeu 
l'eût répété. 

Le marquis de Créquy et de Broglie, qui étoient gouver- 
neurs, l'un de Béthune, l'autre de la Bassée, avaient mis en 
contribution tout le pays qui est au-delà de la Lis, et en 
jouissoient seuls. Un nommé Casignac, capitaine de cavalerie 
et grand partisan du marquis de Créquy, se brouilla avec lui,- 
et pour lui faire pièce vint offrir ses services au comte de 
Montdejeu à Arras, où après avoir fait quelque séjour, il lui 
proposa de partager leurs contributions ; le comte de Montde- 
jeu leur en écrivit, mais ces gouverneurs ne jugèrent pas à 
propos de toper à ce partage, ce qui l'obligea de détacher le 
sieur de Montplaisir. maréchal de camp et lieutenant du Roy 
à Arras, avec trois mille hommes de pied et huit cents che- 
vaux que le sieur de Voignon commandoit, pour faire une 
irruption au-delà de la Lis, où ils firent un pont à la tête 
duquel ils se retrauchoient et fireut deux détachements, un 
sur la droite, un sur la gauche. Ces deux détachements 
brûlèrent et pillèrent une partie des villages que ces gouver- 
neurs avoient mis en contribution, puis se rejoignirent. Gasi- 
guac commandoit un de ces partis ; et le sieur de Voignon 
commandoit l'autre. Le marquis de Créquy vint voir ces 
retranchements et mena beaucoup de bruit, mais l'affaire étoit 
faite, et quand elle ue l'auroit pas été, le comte de Montdejeu 
n'en auroit pas voulu avoir le démenti. Il eut donc depuis sa 
part des contributions du pays qui est au-delà de la Lis, quoi- 
que la ville d' Arras en soit éloignée de 8 à 9 lieues. 

Hasbroug, qui est un des lieux de la Flandre le plus peuplé, 
étoit rempli de mutins qui ne vouloient point contribuer ; ce 
que volant, le gouverneur d' Arras, qui avoit la guerre à soute- 
nir, envola le sieur d'Escancourt avec quatre mille hommes de 
pied et huit cents chevauî pour réduire ces mutins à la raison. 
Comme le maréchal de Gassion y avoit été autrefois et en 
avoit été repoussé, il fallut prendre des précautions pour y 
entrer. Dans le conseil que l'on tint pour cette expédition, il 
fut résolu qu'il falloit tâcher de les surprendre. Le sieur d'Es- 
cancourt pria le sieur de Voignon de vouloir prendre l'avant- 



3()4 LA VIE DU MARÉCHAL DE SCHULEMBERG 

garde, ce qu'il fit ; mais comme c'est uu pays couvert et un 
chemin très mauvais, il se mit à la tête d'une vingtaine d'offi- 
ciers volontaires, et peut-être de quinze gardes du gouverneur 
d'Arras tous soutenus par les régiments de Montdejeu et 
d'Escancourt, tous deux cavalerie. Il partit au grand trot afin 
de porter l'allarme avec soi. Il trouva en son chemin un parti 
de Saint-Omer d'environ trente hommes qu'il prit et envoia au 
sieur d'Escancourt, puis continua sa marche. Il trouva à la 
barrière d'Hasbroug quinze cents hommes qui firent leur 
décharge sur lui, et tuèrent trois ou quatre gardes et cinq ou 
six officiers et quelques valets, ce qui n'empescha pas qu'on 
ne les poussât jusques dans leur fort, et qu'on n'en tuât un 
grand nombre, et qu'on n'eu fit plusieurs prisonniers. Le fort 
étoit voûté. Le sieur d'Escancourt avoit une pièce de canon de 
24, dont il tira dessus tant qu'il eut de la poudre et des bou- 
lets, enfin ils se rendirent et donnèrent des otages pour mener 
à Arras et pour régler la contribution. On y fit un fort grand 
butin, on y prit pour cent mille francs de toiles qui éloient au 
blanchissage, on y brûla plusieurs maisons avant que d'avoir 
des otages, mais dans la retraite on lâcha les écluses et la pièce 
de canon pensa y demeurer. Monsieur d'Escancourt fut 
chargé à son arrière-garde ; mais les chargeurs furent rude- 
ment battus ; mais comme les écluses qu'on avoit lâché avoient 
fait une espèce de rivière, il fallut faire un pont pour passer la 
pièce de canon et le butin, et n'aiant point de quoi le faire, ou 
démolit plusieurs maisons, dont on fit servir le bois ; et le tout 
arriva à Arras sans danger et à bon port. Les ennemis vinrent 
encore se fortifier au château d'Elze au nombre de sept ou huit 
cents. Le comte de Caries, cadet du comte de Broglie qui est 
gouverneur d Avesnes aujourd'hui, à qui le Roi avoit donné le 
gouvernement de la Bassée après la mort du comte, son frère, 
qui fut tué en Italie, et dont il avoit pris le nom, n'étant pas 
bien aise d'avoir de tels voisins si près de lui, éci'ivit au gou- 
verneur d'Arras que s'il vouloit lui envoler des troupes de sa 
garnison, il les feroit débusquer. Ce que le gouverneur fit 
volontiers, et lui envoia le sieur de 'Voignon avec deux mille 
cinq cents hommes de pied et sept cents chevaux. Le comte 
de Broglie le joignit avec deux pièces de canon et tout le 
monde qu'il avoit pu tirer de la Bassée et de Béthune. Il fit 
d'abord sommer ces gens-là de se rendre, ce que ne voulant 
point faire, il fit tirer sur eux ses deux pièces de canon tant 
qu'il eut de la poudre et dos boulets. On doit dire ici par 
avance que le gouverneur d Arras, peut-être k cause des 



LA VIE DU MARÉCHAL DE SCHULEMBERG 365 

demeslés qu'il avoit eus avec le défunt comte de Broglie, dit 
au sieur de Voignou d'accepter tous les partis vigoureux 
qu'où lui proposeroit. Le comte de Broglie voiant la résolution 
de ces gens-là, dit au sieur de Voiguon qu'il falloit se retirer, 
et qu'il n'y avoit pas moien de les pouvoir jamais forcer, ce à 
quoi le sieur de Voignon répondit qu'il ne croioit pas qu'il eût 
eu envie de les prendre, et qu'il ne falloit se servir du canon 
qu'à la dernière extrémité et leur en faire peur, et qu'il ne 
retourneroit point à Â.rras sans les forcer, et que, pour cet 
effet, il avoit fait faire un pont de batteaux sur la rivière de Lis, 
et qu'il alloit les attdquer. Le comte de Broglie dit qu'il prît 
garde de ne pas risquer ses troupes mal à propos, et qu'il ne 
lui en donneroit pas des siennes, quoique le comte de Broglie 
fût lieutenant général, le sieur de Voignou ne laissa pas de lui 
dire, qu'il ne lui en demanderoit pas, qu'il eu avoit assez de 
celles qu'il avoit amenées avec lui d'Arras, et sur le champ 
détacha douze cents hommes de son infanterie, se mit à leur 
tête, passa sur le pont de batteaux qu'il avoit fait faire à la vue 
du château d'Etzer, et entra dans la ville après en avoir essuie 
tout le feu, lui et ses troupes, il se munit de fagots au lieu de 
fascines, et de tout ce qu'il crut propre pour se retrancher. 
Etzer est un vieux château fort ancien et fort grand, envi- 
ronné d'un très grand fossé plein d'eau et de difficile accès ; 
mais toutes ces difficultés ne firent qu'augmenter le courage et 
l'ardeur du sieur de Voiguon. Il posta une partie de sou infan- 
terie dans les maisons les plus proches du bord du fossé et fit 
faire grand feu à toutes les ouvertures du château ; pendant 
que d'un autre côté il faisoit avancer sur le bord du fossé ses 
chariots qu'on emplissoit de fagots pour mettre les soldats 
à couvert dans le temps qu'il redoubloit le feu aux ouvertures 
du château. Ensuite il détacha cent cinquante hommes des 
plus résolus, et de ceux qui sçavoieut nager, leur donna ordre 
de passer le fossé à nage s'ils ne trouvoient pas pied, et d'aller 
faire des logements aux pieds du château où ils trouveroient 
du terrain pour se loger. Il se trouva que les soldats détachés 
n'avoient de l'eau que jusqu'à la ceinture. Ils ne furent pas à 
moitié passés, que les ennemis firent battre la Chamade, se 
rendirent et furent faits prisonniers de guerre, sans l'assis- 
tance ni le secours du comte de Broglie et de ses troupes. Ce 
comte vint féliciter le sieur de Voignon sur son opiniâtreté, à 
quoi il répondit que la chose n'en valoit pas la peine. Il lui 
envoia ensuite le sieur de la Vogadre, colonel d'infanterie, 
pour sçavoir s'il trouveroit bon qu'on mit dans ce château pour 



366 LA VIE DU MARÉCHAL DE SCHULEMBERG 

garnison moitié des troupes de la garnison d'Arras et moitié de 
celle de la Bassée, ce qu'il voulut bien, mais ou lui manqua de 
parole, et les fumées de jeunesse n'étant pas encore passées, 
le sieur de Voignon se trouva obligé de faire tenir parole au 
sieur de la Vogadre, sur quoi le comte de Broglie lui dit que 
le gouverneur d'Arras en décideroit. Sur le champ le sieur de 
Voignon en écrivit au gouverneur et lui expliqua le fait sans 
aucun déguisement. La prise du château d'Etzer étoit trop 
heureuse pour en demeurer là, celle de Montcastel devoit la 
suivre ; c'est pourquoi le comte de Broglie envoia faire au 
sieur de Voignon la proposition d'y aller, par le sieur de la Fre- 
noye, major de la place, homme de mérite. Sur cette proposi- 
tion le sieur de Voignon fut trouver le comte, et lui dit qu'ef- 
fectivement ce n'éloit pas la peine d'être venu pour le château 
d'Etzer seul, et qu'il falloit attaquer Montcastel, il lui 
demanda s'il marcheroit. à quoi le comte dit que non, ce qui 
fit dire au sieur de Voignon que puisqu'il ne marchoit pas, 
qu'il croioit qu'il n'y avoit personne qui pût lui disputer le 
commandement. Il lui répondit (on ne sçait si c'est obligeam- 
ment ou non) qu'il avoit jette les yeux sur lui pour comman- 
der ce détachement. Gomme le sieur de Voignon étoit retourné 
aux troupes qu'il devoit commander pour donner ses ordres et 
mettre ses affaires en état, le comte de Broglie lui envoia dire 
qu'il avoit appris qu'il y avoit dans Montcastel six cents hom- 
mes de guerre, outre cela que la bourgeoisie étoit nombreuse 
et bien aguerrie, qu'il ne falloit pas y aller, que ce seroil ris- 
quer les troupes du Roy peut-être mal à propos, qu'on ne 
pouvoit manquer d'y être battu, mais comme le gouverneur 
d'Arras avoit dit au sieur de Voignon, comme on l'a dit ci- 
dcvaut, que tous les partis vigoureux qu'on lui proposeroit, il 
les poussât à bout, il se trouva obligé de mander au comte de 
Broglie qu'il avoit donné sa parole d'y aller, et qu'il iroit ; de 
plus, qu'il étoit mal informé du nombre des troupes qui étoient 
dans Cassel, qu'il avoit envoie deux petits partis à la guerre de 
ce côté-là, et que ces partis lui avoieut amené des prisonniers, 
et qu'au lieu de six cents hommes de guerre, comme il croioit, 
il y en avoit neuf cents, que cependant cela no le rcbuteroit 
point. Le comte de Broglie envoia chercher le sieur de Voi- 
gnon, à qui il dit quantité de choses qui seroient trop longues 
à déduire ici, et entre autres choses, qu'il iroit donc tout seul, 
et qu'il ne lui donncroit point de troupes de la Bassée. Le sieur 
de Voignon, ravi d'une occasion où il auroit seul la gloire, 
partit à minuit avec quatre cents houinies de pied et quatre 



LA VIE DU MARÉCHAL DE SCEULEMBERG 367 

cents chevaux et s'en alla à Cassel où il arriva à la pointe du 
jour. Il se rendit maître d'abord d'un chemin creux qui est 
contre Cassel, du côté d'Etzer. 11 fit passer sa cavalerie et la mit 
en bataille dans une petite esplanade sur la droite du chemin 
creux et ne fit ses escadrons que de deux de hauteur afin de 
paroitre un plus grand front. Il mit à la tète de quatre-vingts 
hommes de pied, deux capitaines et des subalternes à propor- 
tion, et s'avança en cet ordre, jusqu'à cinquante pas de la 
ville, où il fit faire halte, et s'avança avec son trompette pour 
sommer Cassel de se rendre. On tira sur lui et sur son trom- 
pette une décharge d'environ cinq cents coups de mousquets 
qui ne les blessèrent point. Ensuite il fit avancer ses quatre- 
vingts hommes soutenus du reste de son détachement droit à 
la porte qui n'étoit ni flanquée, ni pahssadée, d'où il sortit 
deux R. P. Jésuites, le bonnet à la main, demandant miséri- 
corde pour le peuple de Cassel, à qui il répondit chemin fai- 
sant que ces messieurs étoient des matins, et qu'il étoit bon 
de les punir en s'avançant toujours près de la porte dont il se 
rendit maître sans grande difficulté, puis fit entrer ses trou- 
pes dans la ville, mit sa cavalerie en bataille sur la place, et 
fut se saisir de toutes les autres portes où il mit des corps de 
garde, et dès qu'il en fut assuré, il envoia dans toutes les 
églises et les couvents des sauvegardes, et abandonna la ville 
au pillage, et quand elle fut pillée il y fit mettre le feu à cin- 
quante endroits. Aussitôt que le gouverneur d'Arras eut reçu 
la lettre que le sieur de Voiguon lui avoit écrit avant que d'al- 
ler à Cassel, il envoia à Elzer le sieur de Valicourt, son secré- 
taire et receveur des contributions, où il s'aboucha avec le 
comte de Broglie qui lui fit beaucoup de plaintes de Monsieur 
de Voiguon, qu'il ne pouvoit pas manquer que d'être bien 
battu à l'entreprise de Cassel où il avoit été contre son gré ; 
mais le sieur de Valicourt, qui étoit plus des amis du sieur de 
Voiguon que le comte ne croioit, ne fut pas sans répartie ; 
mais il fut bien surpris quand il vit le Mont -Cassel en feu. 
Monsieur le marquis de Créquy, qui a été maréchal de France 
depuis, arriva d'Etzer, et dit au comte de Broglie, parlant du 
sieur de Voiguon dont il avoit bonne opinion, qu'il eutreroit 
dans Mont-Cassel ou qu'il y périroit. Comme ils le virent en 
feu, ils se retirèrent chacun dans leur place. Le comte de Bro- 
ghe laissa à Etzer un ordre pour le sieur de Voignon pour se 
retirer à Arras, et s'en retourna à la Bassée. Le Mont-Cassel 
est sur une grande hauteur à la vue de toute la Flandre. 
Quand on y vit le feu, on tira du canon dans toutes les places 



358 LA VIE DU MARÉCHAL DE SCHULEMBERG 

frontières des euuemis pour assembler les garnisons. Après 
avoir brûlé Mont-Gassel, le sieur de Voignon fit battre et son- 
ner la retraite, et retira toutes ses sauvegardes des couvents 
et des églises et tous les corps de garde qu'il avoit mis aux 
portes, fit une perquisition la plus exacte qu'il put, pour trou- 
ver les neuf cents hommes de guerre, qu'on lui avoit dit être 
dedans, sans les découvrir, s'étant cachés dans des caves et des 
lieux souterrains, ensuite il se mit en marche avec beaucoup 
de prisonniers et un butin très considérable, dont ses cavaliei's 
et soldats étoient si chargés, qu'ils étoieut contraints très sou- 
vent de mettre pied à terre et les soldats de se reposer de 
temps en temps. Il fut chargé sur son arrière-garde plusieurs 
fois par les ennemis, mais ils furent repoussés si vivement 
qu'enfin il fit sa retraite sans perdre aucun homme, ni la 
moindre partie de son batin. En arrivant à Elzer, il trouva les 
troupes qu'il y avoit laissées avec une lettre du gouverneur 
d'Arras que lui donna le sieur de Valicourt. Par laquelle il lui 
mandoit qu'il ne se soucioit pas qu'il restât de ses troupes 
dans le château d'Etzer, qu'il le falloit raser, afin d'ôter aux 
ennemis le moieu de s'y fortifier une autre fois. Il fit rafraîchir 
ses troupes, se mit eu marche et se rendit à Arras, Quoique le 
comte de Broglie n'eût point voulu aller à Etzer ni à Cassel, il 
ne laissa pas de faire mettre sur la gazette, qu'il avoit forcé le 
château d'Etzer, forcé, brûlé et pillé Mout-Cassel. Il euvoia un 
courrier à Monsieur le Cardinal sans parler ni du gouverneur 
d'Arras, ni de ses troupes. Le gouverneur d'Arras, de sou 
côté, lui dépêcha aussi un courrier par lequel il lui mandoit 
naturellement comme les choses s'étoieut passées. 

[A suivre.) 



HISTOIRE DE L'ABB.VYE D'ORBAIS 



PAR 



DOM OU BOUT 



L'abbaye de Saint-Pierre d'Orbaiz fut taxée et collisée par 
les députez et subdéléguez de Soissons à la somme de quarante 
écus-sols ', racheptable au denier vingt-quatre, montant ledit 
racbapt à la somme de deux mille cinq cens quarante-quatre 
livres. 

Le Roy permit par son Edit du douziesme avril mil cinq 
cens soixante-neuf ausdits bénéficiers de différer la vente et 
adjudication des fonds et domaines de leurs bénéfices jusqu'à 
un an après la publication dudit Edit, et cependant leur per- 
mit de prendre argent à iutérest et constitution de rente -. 

L'abbé de la Croix, n'ayant pas ladite somme de 2544 
livres, ou plutôt ne voulant pas l'avancer, ou retrancher de sa 



* Voir page 273, tome XIX, de la Reçue de Champagne cl de Bric. 

1 . Ecu-sol, espèce d'or pesant deux deniers quinze grains et valant 
soixante sols du temps des roys Henry II et Charles IX, sou fils. Voy. le 
Dictionnaire de Richelet. — [Le diocèse de Soissons a payé au fisc 
47,050,000 livres tournois dans Tespace de trente et un ans, .sous Henri II, 
François II, Charles IX et Henri III, au lieu de 5,119,0U0 levés durant les 
seize années du règne de Louis XII. Histoire de Soissons, par Henri Martin 
et Paul Lacroix, 2 vol. in-S", 1837, t. II, p. 45.j.] 

2. [« Ordonnance du roy sur le payement des cotlizalious des Lénéficiez 
de ce royaume, suivant le dépaitement faict sur chacun diocèse d'iceluy, 
procédant de la vente de leur temporel à perpétuité jusques à la somme de 
cinquante mil escuz d'or de rente au denier vingt-quatre sans aucune 

faculté de grâce ou rachapt Donné à Metz le douziesme jour d'avri 

1569 ; enreg. au parlement de Paris le 5may suivant. » Paris, Jean Dallier, 
1569.] 

24 



370 HISTOIRE DE l'abbaye d'oRBAIS 

dépense ordinaire et se réduire à quelque chose de moins pour 
épargner ladite somme,vendit d'abord et aliéna lesixiéme jour de 
juin audit an 1569 la seigneurie de Crézancy SMollins et Faus- 
soy, pour fournir ladite somme de 2544 livres. Non content 
de celte aliénation, mais profitant de la permission du Roy de 
prendre les sommes demandées pour subvention, à intérest, 
il emprunta et prit encore à constitution ladite et même somme 
de 2544 livres des nommez Jacques Le Févre et Nicolas Le 
Noble, de Château-Thierry, affectant et hypothéquant pour 
sûreté d'icelle les bois taillis de l'abbaye appehez la Main- 
ferme, contenant cent-quarante arpens, et le grand- étang, 
appelle V E tang-des-Molinots , joignant ledit bois. Le contract 
de cette constitution est daté du quatrième juillet mil cinq cens 
soixante-neuf. 

Le R. P. Dom Pierre Mougé éteignit et remboursa cette 
rente le premier jour de septembre mil six cens soixante dix- 
huit, suivant l'acte passé pardevaut Gau vain, notaire à Orbaiz, 
ledit jour-. 



1 . [Sur cette localité, cf. Recherches sur Vinduslrie dans la vallée du 
Surmelin, p. 79.] 

2. [Au milieu du xvi" siècle, Orbaia était eucore une ville, et un centre 
d'industrie assez active. L'importance du revenu temporel de l'abbaye fut 
détermmé à cette époque par une déclaration que Dom Pâquier Chatton, 
religieux-prévôt d'Orbais, présenta à la Chambre des Comptes du roi eu 
15.47, au nom du couvent. Ainsi qu'on l'a vu plus haut, le texte de cette 
déclaration est malheureusement perdu. Il nous reste néanmoins certains 
documents sur les années qui suivirent. (V. Recherches sur l'histoire de 
l'industrie dans la vallée du Surmelin, p. 49 et s.; Archives départ, de 
la Marne, fonds d'Orbais, n° 38). Nous nous bornerons à donner ici quel- 
ques indications : 

1550. — 22 octobre. — Emeri Brigard d'Orbais fait, à l'âge de 23 ans, 
sa profession monastique à Saint-Jean des Vignes de Soissons entre les 
mains de l'abbé Pierre Bazin. 11 mourut à la Chapelle-Mouthodon (auj. 
cant. de Condé, Aisne). Chronicon abbaliatis canonicœ S. Johannis ap. 
Vineas Suession., par P. Le Gris, p. 207, Paris, L. Sevestrc, 1C19, 
in-S". 

1556. — 27 juillet. — Accord devant M'* Di-luleaue et Bcra, notaires, 
entre l'abbé Nicolas de la Ooix et les prieur et religieux d'une part, et 
Jean liuby d'autre part, a>i sujet de sept arpents de terre aux environs de 
Suizy, terroir d'Orbais, lieu dit les Bornes do Saini-Loup. (Acte notarié 
indiqué par simple mention). 

1557. — 21 juin. — Concession d'eau faite par l'abbaye à Nicolas Tho- 
reau, marchand tanneur degieurant à Orbais. « Devant Claude Ploiiiu et 
« Prix Delaleaue, notaires royaulx..., furent présents en leurs personnes 



HISTOIRE DE l' ABBAYE d'oRBAIS 371 

Les arrests du Parlement et du Grand Conseil, et les senten- 
ces des conseillers-commissaires députez sur les lieux par ces 
deux cours souveraines, purent bien régler et terminer les dif- 
férends survenus et les prétentions réciproques de l'abbé et 
des religieux d'Orbaiz. Mais les sujets de mécontentement et 
les griefs de Nicolas de la Croix contre Christophe de Gomer, 
et la mauvaise volonté et la haine implacable et irréconciliable 
de ce gentilhomme contre cet abbé, ne purent pas même être 
arrêtées, assoupies et éteintes par la mort également tragique 
et malheureuse de tous les deux, comme on verra dans la suite; 
puisque d'un côté il est très certain que ce Christophe Gomer 
laissa à sa mort pour successeurs de sa haine contre Nicolas de 
la Croix, comme de ses héritages, ses quatre fils Christian, 
François, Pierre et Jacques de Gomer, dont Christian l'aîné fit 
cruellement assassiner cet abbé d'Orbaiz, et d'autre côté Jean 
Le Févre, soy-disaut écuyer-seigueur de Verdon et du Bailly, 
avocat de la cour de Parlement de Paris, petit-neveu dudit Ni- 
colas de la Croix par sa mère , et Charles de Gomer, sieur en- 
gagiste de Marcharotte-Francsauge, petit-fils dudit Christophe 
Gomer, quoique parens ou alliez, fomenloient la mésintelli- 
gence de ces deux familles qui n'avoient pu encore se réconci- 
lier ensemble depuis prez de cent ans. 



« noble et scienlificque personne M" Nicolas de la Croix, abbé commenda- 
« taire de l'église et abbaye Monseigneur St-Pierred'Orbais,Domp Jehan 
« Louveau, prieur claustral delad. abbaye, Dom Jehan Parandis, prévost, 
« Domp Alpin Coifîy, trésorier, Dom Pierre Crespy, chainbrier, Domp 
« Pierre Oudiné et Domp Pierre Picot, tous religieux en ladite abbaye 
« faisant et représentant tout le couvent d'icelle abbaye, etc..» 

1560. — 17 février. — Transaction devant M»» Delaleaue et Plouin entre 
l'abbé Nicolas de la Croix, les prieur et religieux du couvent d'Orbais d'une 
part et les habitants de la Chapelle-sur-Orbais d'autre part, au sujet du 
droit pour ceux-ci de mener paître et d'abreuver leurs bestiaux « es étangs 
de La Chapelle, Chaussée-Maillard et Petite Censé. » V. aux pièces justi- 
ficatives. 

1566. — 21 décembre. — Bail à rente de la censé de la Chapelotte moyen- 
nant quatre boisseaux de bled- froment et quatre boisseaux d'avoine, mesure 
d'Orbais, et quatre chappons payables au jour des Innocens et encore de 
payer la dixme, corvée et autres charges anciennes, comme les autres habi- 
tans de la Chapelle, et encore trois sols de cens par chaque arpent. (Acte 
indiqué par simple mention). 

1^67. — 26 avril. — Devant Claude Plouin et Nicolas Divoire, notaires 
bail à cens de cinquante arpents de terre à la Chapelle-sur-Orbais consent 
par l'abbé Nicolas de la Croix et les religieux à « Messire François d« 
« Souflier, écuyer, seigneur du Méiùl-lez-la-Caure, advocat à Chasteau- 
« Thierry. » V. a.nx pièces justificatives.} 



372 



HISTOIRE DE L ABBAYE D OEBAIS 



Pierre de Go- 
mer, seigneur 
duBreûil,d"où 
sortent M M . 
de Gomer de 
Luzancy. 



Pour sçavoir la véritable cause de la mort de Nicolas de la 
Croix, notre abbé, et de Christophe de Gomer, il faut la cher- 
cher dans la copie d'une production conservée dans notre char- 
trier, fournie au bailly ou lieutenant général du siège présidial 
de Château- Thierry, dans un grand procez que ledit sieur Jean 
Le Févre, petit-neveu de Nicolas de la Croix, poursuivoit con- 
tre ledit Cliaiiesde Gomer, petit-fdsdudit Christophe, ea 1662. 
On voit dans cette production, qui et quel étoit ce Christophe^ 
son [grand] père, son humeur, ses inclinations, ses charges, 
ses alliances, ses biens, sa conduite, ses démêlez avec notre 
abbé, et autres circonstances de sa vie, et enfin sa mort 
funeste. On va copier mot-à-mot cette production pour la sa- 
tisfaction de la curiosité de ceux qui voudront la lire. 

« Pierre de Gomer ', bisayeul du susdit Charles, et père de 
« Christophe, seigneurdu Breûil, étant eu grand procez pen- 
« dant au Parlement de Paris contre damoiselle Jeanne de 
« Gomer, sa sœur 2, touchant les bois du Breiïil, et pour rai- 
« son de ce, la Cour ayant commis au sieur des Roches, con- 
<< seiller en icelle, qui s'étoit transporté sur les lieux en la 
« ville d'Orbaiz, eu la maison de monsieur de Besche, pour y 
« procéder à rinslruction du procez, auquel lieu ledit Pierre 
« de Gomer ayant comparu, au mois de février 1534, à l'assi- 
« gnation qui luy avoit été donnée pour cet efîect par ledit 
« sieur conseiller-commis, accompagné de François et Chris- 
« tophle de Gomer ^ ses enfans,dout le dernier n'étoil encore 
« âgé qu'environ seize à dix-sept ans, et s'y étant transporté 
M de colère contre sa sœur, en sortit en la menaçant, et y 
« laissa ses deux enfans avec leur tante qui y étoit aussi eu 
« ladite même maison, assistée d'un prêtre nommé maître 
a Guillaume Corresmes, qui luy servoit aussi de solliciteur, — 
« bel employ pour un prêtre que de solliciter des procez pour 
« une femme, luy qui ne devroit penser qu'à prier Dieu pour 
« le peuple, ou tout au plus à accommoder les procez ! — les- 



1. [De Gomek eu Picardie, maison dont l'ancienneté paraît remonter au 
xi" siècle. Armoiries : « D'or au lambcl à 3 pendants de gueules accompa- 
« gné de 7 mcrlcttes, i en chef posées en lace et 3 eu pointe posées 2 
« et l. »] 

2. [Jeanne de Gomer, mariée à Guillaume de Voisins, écuyer, seigneur 
de Villiers-le-Bascle. — Pierre de Gomer plaidait contre son beau-frère et 
sa sœur eu 1!i-l2, suivant un arrêt du Parlement du 4- novembre de ladite 
année. — Saint-Allais, Nobiliaire universel de France, t. XIII, p. àlJl, 
Puris, Duchelin-Dellorenne, 1876.] 



HISTOIRE DE l'aBBAYE d'oRBAIS 373 

« quelz François et Ghristophle, son cadet, sitôt que leur père commence - 
« fut sorti, soit qu'ils en eussent eu ordre ou non, montèrent ment des em- 
« tous deîix en furie en la climïbre haute où était le solliciteîtr jj^g (.rimes de 
« de leur tante avec cinq oii six particuliers làprésents pour la Christophe 
« même affaire, et dés Ventrée ayant mis l'épée à la main, ^^^„^ ^^j ^^ 
« V outragèrent tellement, tant en présence de leur tante que prc-trc. 
« dudit conseiller-commis aussi présent en la chamire-basse, 
« qu'ils l'y laissèrent pour mon. En sorte que l'un et l'autre 
« s' étant échappez de la mêlée au logis de leur père, et de là 
« en garnison tant à Landrecy qu'à Montreûil et ailleurs, On luy fait son 
« leur procez leur fut fait par contumace, et par iceluy con- condamné à^ 
« damnez à mort, pendant lequel François estant décédé hors la mort. 
« son pays pendant treize années d'absence, sans jamais avoir exilé '^de^^s"u 
« osé se représenter. , païs. 

« On chercha tous les moyens pour conserver les biens 
« audit Ghristophle, survivant à son aîné, en luy sauvant la 
« vie, tant qu'après avoir satisfait à partie-civile ou plutôt à 
« Gilles de Grenelles \ seigneur dudit lieu, qui eu avoit pris 
« les droits dits, on luy obtint l'entérinement des lettres de 
« rémission % où le fait avoit été déguisé si adroitement, 
« qu'après les avoir gardées pendant un an tout entier sans les 
« avoir osé représenter, il luy fut aisé de succéder à son père 
« en ladite terre et seigneurie du Breûil, en vertu de l'arrest 
« de la Gour du vingt-septième février mil cinq cens quarante- 
« sept qui emporte l'entérinement. 

« Get entérinement ainsi fait eu faveur dudit Ghristophle, 
« qui par ainsi étoit rendu capable de succéder à son père 
« en la seigneurie du Breûil, on avisa, pour luy donner 
« entrée au Louvre, de le pourvoir de l'office de pannetier 
« ordinaire en la maison du Roy où ayant fait plusieurs habi- 
« tudes, et le déceds de Pierre de Gomer son père étant arrivé 
« et survenu, se fit aussi pourvoir de l'office de maître parti- 
ce culier des eaux et forests au présidial de Château-Thierry, 
a au moyen de quoy ayant tout pouvoir en la forest de Vassy, 
« il se réserva les bois du Brettil et eu ajouta encore plusieurs 
« autres à son domaine, en sorte que s'étant ainsi rendu fort 



1. [Gilles, seigneur de Grenelles, était beau-frère de François et Chris- 
tophe de Gomer dont il avait épousé la sœur Jeanne.] 

2. [« Lettres de grâce que le roi accorde pour homicide commis involon- 
tairement ou à son corps défendant, dans la nécessité d'une légitime défense 
de sa vie. » Perrière, Dictionnaire de droit et de pratique, v° Lettre.] 



374 



HISTOIRE DE L ABBAYE D ORBAIS 



« puissant au pays tant à cause de sa seigneurie du Breûil 

« qu'il possédoit seul, que de ses deux offices de paunetier 

« ordinaire et de maître des eaux et forests qui luy donnoient 

« tout crédit en la maison du Roy et dans la forest*, il ne 

a luy fut pas difficile de se procurer la bienveillance de Mon- 

« sieur de Thou, premier président au Parlement de Paris, qui 

« luy fit épouser sa petite-niéce, Charlotte de Marie, qu'il 

« tenoit lors en sa tutelle par le déceds de M"" de Marie *, son 

« père, avocat en la cour. 

Nicolas de la « En 06 même tems, Messire Nicolas de la Croix, aumônier 

Croix, abbé, „ (ju j^ov et SOU ambassadeur en Suisse, ayant traitté de l'ab- 

albaye de « baye d"Orbaiz contre son abbaye de Notre-Dame de Bosco- 

Noire-Dame „ (jon, au diocése d'Ambrum% par échange faite entre luy et 

contre celle « le cardinal de Campegge, évêque de Boulogne, en décembre 

d'Orbaiz. « n^jl cinq cens cinquante et un, se trouva aussi voisin dudit 
1551. ^ ^ 



1. [Christophe, seigneur du Breuil par provisions du 1<"" juin 1547, de 
Luzancy, Athis, Moucheton et Verdon. Il fut « homme d'armes de la com- 
« pagnie du concstable de Montmorency en 1546, puis chevalier de l'ordre 
« du roy, gentilhomme ordinaire de sa chambre, caiiitaine et gouverneur de 
« la ville de Reims, grand-maître des eaux et forests et capitaine des chasses 
« du duché de Château-Thierry, et prévôt de Châtillon-sur-Marue. ); Louis 
de Bourbon, prince de Coudé, lui accorda un acte de souffrance pour l'hom- 
mage de sa terre de Luzancy le 18 septembre 1559. L'influence que Chris- 
tophe de Gomer réussit à acquérir dans son pays le fit nommer député do la 
noblesse du bailliage de Vitry aux Etats Généraux tenus en 1560 à Orléans. 
Des Etals Généraux, t. XI, p. 96. — Cf. Saint-AUais, Nobiliaire universel, 
v Gomer. Le P. Anselme, Histoire généal., t. I, p. 332.] 

2. [De Marle, famille originaire de Paris et remontant à la 6n du xui» 
siècle. Armoiries : « D'argent, à la bande de sable, chargée de trois mo- 
(( lelles d'éperon du champ. » — Christophe de Gomer épousa le 6 février 
154G Charlotte de Marie, dame de Luzancy, près la Ferté-sous-Jouarre, fille 
de Pierre de Marie, chevalier, seigneur d'Arcy-le-Ponsart, Luzancy, Versi- 
gny, Chaucouyu (Chaucouiu), etc.. et d'Anne de KeCnge. Pierre de Marie 
était mort en I.^HI, laissant, dit le manuscrit d'Orbais, sa fille Charlotte sous 
la tutelle du premier président Christophe de Thou (m. en 1582). Au contraire 
nous voj-ons ailleurs que ccîtte tutelle aurait appartenu à Guy Karuol, com- 
missaire ordiuaire des guerres du roi, bailli et gouverneur de Beaumont-sur- 
Oise. Quoi qu'il en soit, il est certain que des liens de famille unissaient 
Charlotte de Marie à Christophe de Thou. El elfet la mère de ce magistrat 
se nommait Claude de Marie, et était cousine- germaine de Jérôuie de Marie, 
grand-père de Charlotte. Le P. Anselme^ Histoire généal. , t. VI, p. 383. 
Cf. La Cheuayc-Desbois, Dictionnaire de la noblesse, v Marie.] 

3. [V. Abbaije de Notre-Dame de Roscodon près Embrun, règle de 
saint-Benoît — chef d'ordre, par E. Pdot de Thorey, Grenoble, Drevot, 1873, 
in-g". — Adde Histoire géofiraphiquc etc. du diocèse d'Embrun, 2 vol. 
ia-S", 1783, t. II (Histoire ecclésiastique], chap. IV, p. 365 à 380.] 



HISTOIRE DE l'abbaye d'ORBAIS 



375 



« Christophle de Gomer, seigneur du Breiiil, qui, comme dit 
« est, ayant épousé ladite Charlotte de Marie, sa cousine au 
« troisième degré, se trouvèrent doublement obligez de vivre 
« l'un et l'autre en bonne intelligence, non seulement comme 
« voisins, mais aussi comme on en doit user entre parens et 
« alliez, comme ils estoient. Mais l'humeur jointe à l'habitude 
« contractée de longue-main par ledit Christophle de Gomer 
« de s'aggrandir aux dépens de son voisinage, ne leur permit 
« pas de posséder longtems les bonnes grâces l'un de l'autre, 
« tant que — quelques années s'estant écoulées sans avoir 
€ tenu compte de faire fournir à la recepte de l'abbaye d'Or- 
« baiz les trente-neuf sepliers de grains, partie bled, partie 
a avoine, qu'il étoit obligé de fournir annuellement à cause du 
« moulin du Breûil, provenant de l'abbaye d'Orbaiz, qui est 
« encore de présent chargé de ladite redevance — tant qu'enfin 
« l'abbé n'eu pouvant tirer payement, intenta l'action contre 
« ledit Christophe de Gomer, seigneur du Breiiil, qui ne luy 
« vouloit payer qu'à son mot. 

« Pendant leur différend, ledit Christophle de Gomer reu- 
« contrant à Paris Jean de la Croix, seigneur du Pont de No- 
ce gent, frère de l'abbé d'Orbaiz, dans la rue de Saint-Germain- 
« l'Auxerrois, le trente et uniesme jour d'octobre mil cinq 
« cens cinquante-cinq, sur ce qu'il ne luy faisoit pas un si bon 
« accueil qu'à l'ordinaire, luy disaut plusieurs mauvaises pa~ 
« rolles, mit pied à terre et l'épée à la main, et l'obligea d'eu 
« faire de même, à l'occasion de quoy, ledit de la Croix ayant 
» aussi mis pied à terre et l'épée à la main, reconnut aussi-tôt 
« que ledit Christophle de Gomer étoit muni d'une chemise 
« de mail, son épée s'étant ployée contre à plusieurs reprises, 
« ce qui l'obligea de le prendre au deffault, et le sçût si bien 
« choisir qu'il luy porta un coup d'estoc dans l'estomac au- 
« dessous de la mamelle, et un autre coup de taille à la tète 
« qui l'obligèrent de luy demander la vie en luy rendant 
« l'épée. Ce qui s'estant passé de la sorte, Christophle de Go- 
« mer n'eut pas plutôt ruminé sur la disgrâce qui luy étoit 
« ainsi arrivée dans ce premier combat qu'il eût souhaitté n'y 
« avoir jamais songé, si son humeur altiére et violente luy eût 
« permis d'en demeurer là. En sorte que son vainqueur ne l'eut 
« pas si tôt remis en possession de son épée par l'entremise 
« d'aucuns qui s'y rencontrèrent qu'il luy fallut encore tenter 
« si, dans un second combat, la fortune ue luy seroit pas plus 
« favorable qu'au premier, et par un mouvement de désespoir 



Les différends 
de l'abbé et 
de Gomer 
vieuaent du 
refus de four- 
nir la presta- 
tion de grains 
due à l'ab- 
Ijayc à cause 
du movdin du 
Breûd qui est 
de 11(5 bois- 
seaux de fro- 
meiit et 116 
boisseau x 
d'avoine. 



Jean delà Croix 
frère de l'ab- 
bé d'Orbaiz, 
attaqué et ou- 
tra gé par 
Christophle 
de Gomer, le 
terrasse , 1 e 
désarme, luy 
donne la vie, 
et par géné- 
rosité luy 
rend son épée 
Mais Gomer, 
au désespoir 
d'avoir été 
vaincu, court 
sur Jean de 
la Croix, qui, 
étant surpris 
à l'imprévu, 
glisse et tom- 
be à la ren- 
verse, et Go- 
mer le perce 
de coups dont 
il mourut. 



Mauvais carac- 
tère do Go- 
mer, homme 
lâche, sans 
cœur et sans 
honneur. 



376 



HISTOIRE DE L ABBAYE D ORBAIS 



« courant derechef l'épée à la main contre ledit Jean de la 
« Croix, qui en avoit si bien usé envers luy que de luy sauver 
« la vie, ayant eu le pouvoir de la luy ôter, le surprit si brus- 
« quement au dépouvû qu'il le fit reculer plusieurs pas en 
ti arriére, même tomber par terre à la renverse, son pied luy 
« ayant glissé pendant qu'il remelloit l'épée à la main pour se 
« garantir d'une telle violence, tant qu'enfin par une lâcheté 
« sans exemple l'ayant outragé en cet état, tant d'estoc que de 
« taille, et l'y ayant laissé pour mort, ledit de la Croix en 
« seroit décédé le jour de Chandeleur au mois de février sui- 
« vaut, 

« Plusieurs émus d'une si grande lâcheté se ruèrent sur 
« ledit Christophle de Gomer et l'empêchèrent de l'outrager 
« davantage, puis menèrent l'un et l'autre chez les chirurgiens 
(( du quartier, et de Là chacun en sa maison. Mais comme les 
« playes de Jean de la Croix éloient plus dangereuses que 
« celles dudit Christophle de Gomer, aussi n'en ayant pu 
« échapper, ledit Nicolas de la Croix, abbé d'Orbaiz, et da- 
Procez intenté " moisclle Espérance de la Croix, frère et sœur dudit Jean de 
contre Gomer « la Croix, procédèrent criminellement contre l'homicide de 
(( leur frère pour leurs intérests civils, pour raison de quoy 
« ledit Christophle de Gomer s'étant pourvli pai' lettres de ré- 
« mission au mois de février mil cinq cens cinquante-six, 
« même par lettres d'ampliation, altributi[ves] de jurisdiclion 
fl pour procéder à l'entérinement d'icelles pardevant le prévôt 
« de l'hôtel * ou son lieutenant, et — sur ce que par sentence 
« portant entérinement d'icelles du dix-septième jour d'octo- 
« bre mil cinq cens cinquante-sept il n'y avoit été condamné 
« qu'à la somme de deux cens livres pour toute provision et 
« intérests, ensemble à la somme de vingt-cinq livres pour 
(I être employées à faire prier Dieu pour l'âme dudit Jean de 
« la Croix, dont quinze livres seroient distribuées aux pauvres 
« de riIùtel-Diea, cent sols à la parroisse du lieu de sa nais- 
« sance, pour tout et sans dépens, — par arrest rendu au Par- 



qui obtient 
encore des 
lettres de ré- 
mission enté- 
rinées. 



1. [Le prévôt de l'hôlcl avait juridiction sur le Louvre et sur toute la 
maison du roi. 11 connaissait par lui-même ou par ses lieutcuauls de toutes 
les causes, tant civiles que criniinolles, des ol'iiciers attachés à la cour. Le 
privilège de celle juridiction spéciale résultait pour Ghri.stophle de Gomer 
de sa qualité de pannctier ordinaire du roi. — Le prévôt de l'hôtel com- 
mença à porter le titre de gra>}d prcvôl à la fin du xvi" siècle (dernier jour 
de février 1578). V. Miraulmont (Pierre de). Le prévost de l'hostcl cl grand 
prévost de France, Paris, Chevrdier, 1615, in-8'>.] 



HISTOIRE DE l'abbaye d'ORBAIS 377 

« lement de Paris du dix-sepliéme may mil cinq cens soixante, 
« entre les héritiers dudit Jean de la Croix, appellans de ladite 
« sentence, le Procureur général joint d'une part, la Cour, en 
« tant que touche l'appellation inlerjettéc par le Procureur 
« général du Roy, l'a mise et met au néant ; et quant à l'ap- 
« pellation interjettée par lesdiis de la Croix, sans avoir égard 
« aux fins de non -recevoir proposées par l'intimé, les déclare 
« bien recevables comme appellans de ladite sentence donnée 
« par ledit prévôt de l'hôtel ou son lieutenant, et, en faisant 
« droit sur ladite appellation, qu'il a été nullement et mal jugé 
« par ledit prévôt de l'hôtel ou son dit lieutenant, bien appelle 
« par lesdits appellans, et néanlmoins a entériné et entérine 
« audit de Gomer lesdites lettres de rémission ou ampliation ^ 
« selon leur forme et teneur, et iceluy condamné envers les- 
« dits de la Croix en la somme de six cens livres parisis pour 
« toutes réparations civiles, dommages et intérests, et à tenir 
« prison jusqu'à plein payement de ladite somme, et si le con- 
a damnons es dépens tant de la cause principale que d'appel 
« et de ce qui est aussi ensuivi tels que de raison, la taxation 
« d'iceux réservée, et outre ordonne que le nommé La Lame, 
« soy disant lieutenant dudit prévôt, qui a donné ladite sen- 
« tence, sera ajourné à comparoir en personne en icelle à cer- 
« t&in jour pour répondre au Procureur général du Roy aux 
« conclusions qu'il voudroit contre luy prendre et élire, et 
« procéder en outre comme de raison. 

« Ce n'estoit point assez à Christophle de Gomer d'avoir 
« ainsi traitlé celuy de qui il tenoit la vie ; il ne fut pas plutôt 
H sorti des prisons qu'il se résolut de s'en venger tant sur la 
« personne de l'abbé son frère qui luy faisoit le plus d'obs- 
« tacles, que sur les biens de son abbaye, le temps et l'occa- 
« sion s'estans toujours depuis montrez favorables en toutes 
« ses entreprises. En effet si les troubles et les désordres des 
« guerres civiles causez par les nouveautés d'une rehgion nais- 
« saute avoient ouvert le chemin à Christophle de Gomer et 
K autres factieux du pays, qui en faisoient profession, tant 



1 . [Lettres d! ampliation de remission ou « Lettres par lesquelles un 
homme qui a obtenu une remission pour un crime, représente qu'il a oublié 
quelque circonstance du lait exposé dans sa remission, laquelle circonstance 
omise causeroit la^nullité de ses lettres; mais pour en empêcher la nullité, 
sur l'exposition des circonstances omises, Sa Majesté, par les lettres d'am- 
plialion, lui pardonne cette ci.constance oubliée. » Ferrièrc, Dictionnaire de 
droit et de pratique, v" Lettre.] 



378 



HISTOIRE DE l'aBBAYE d'ORBAIS 



Notre fief et 
seigneurie de 
Francs auge 
aliénée et 
usurpée par 
ledit de Go- 



Nicolas de la 
Croix , am- 
bassadeur en 
Suisse, y fait 
bâtir l'hôtel 
des ambassa- 
deurs fran- 
çais. 



Il se plaint des 
aliénations. 



Il recouvre des 
sommes con- 
sidérables des 
surtaxes qu'il 



« pour entreprendre sur les biens des ecclésiastiques et des 
« particuliers avec impunité, l'absence de l'abbé d'Orbaiz, qui, 
(( pendant tous les troubles, fut continuellement occupé 
« pour le Roy Charles neuf en plusieurs ambassades et divers 
« autres emplois pour son service, ne l'a pas moins favorisé à 
a augmenter son patrimoine du Breûil, tant au moyen de la 
« seigneurie de Francsauge, dépendante de ladite abbaye 
« d'Orbaiz, qu'il se fit adjuger pour la somme de trois mille 
« trois cens soixante- quinze livres, à quoy ladite abbaye fut 
« taxée en mil cinq cens soixante-trois, que des dégradations, 
« qui se faisoieut impunément dans la forest de Vassy, dont 
« le seigneur du Breûil appliquoit la meilleure part à son pro- 
< fit. — Pour raison de quoy ledit sieur abbé fait mention 
« dans ses faits et articles par luy fournis au mois de juillet 
« 1569 pour sur iceux faire oûir et interroger Jean Aubry, 
« son fermier audit Orbaiz, que ledit Aubry a servi de témoin 
« au procez que ledit Du Breûil avoit lors contre le Roy pour 
ce les malversations par luy commises en la forest de Vuassy, 
« important au procez plus de cent mille livres.. 

« Et de fait ledit sieur abbé d'Orbaiz n'eut pas plutôt ter- 
« miné ses négotiations à Soleure en Suisse', où il eut tout 
« le loisir de faire bâtir l'hôtel des ambassadeurs pendant le 
« séjour qu'il y fit, — que pour trouver les moyens de se pour- 
ce voir contre les aliénations que ledit de Gomer s'estoit fait 
« ainsi adjuger pendant son absence si fort à son détriment, — 
« il se plaignit hautement de toutes les surtaxes qu'on avoit 
« faites sur son abbaye, en sorte que pardevant les Directeurs 
« du Clergé il en obtint une décharge considérable et commis- 
<< sion pour eu faire le recouvrement contre Monsieur l'évêque 
« de Soissons et son chapitre qui avoient surtaxé ladite abbaye 
« d'Orbaiz à leur décharge propre, et mèmement de ce que 



i. [Vers 11364, le maréchal de Vicillcville, Nicolas de la Croix, abbé 
d'Orbais, et Sébastien de L'Aubespine, évêquo de Limoges, furent choisis 
pour aller, au nom de Charles IX récemment déclaré majeur, renouveler 
l'alliance française avec les Suisses. En 156o l'abbé d'Orbais était encore à 
Sole ire d'où il correspondait avec Catherine de Médicis. Voir : h^égocia- 
tiens, le'.lres el pièces diverses 7'clatives au règne de François II, etc., 
publiées par Louis Paris, préface, p. XXVII. Lettres de Catherine de 
Médicis publiées par le comte Hector de la Perrière, t. II, p. 283 et 
285, note. Ces deux ouvrages font partie de la Collection des documents 
inédits de l'Histoire de France. — Voir aussi une dépêche du 22 mai 1565 
à M. d'Orbais (Nicole de la Croix) conservée à la bibl. nat. Mss. fonds 
français, n" 17,832, f" 87 v.] 



HISTOIRE DE l'abbaye d'ORBAIS 379 

a ledit de Gomer, son enuemy capital, s'estoit emparé de tous 

1 1 I T,- 11- )-i • devoit om- 

« les titres de son abbaye par 1 mlelligeuce qu il avoit avec pioier à reti- 

« ledit Jean Aubry, sou receveur, qui étoit de la même fac- tirer les fonds 

^ * par luy alié^ 

« tlOn. nez, Crézan- 

« Pendant ces nouveaux différeos, lorsque Louis de Bour- '^m^ '^encore 

« bon, prince de Gondé, grand protecteur de l'hérésie de Cal- aliénez, et à 

« vin, et grand ennemi de l'Eglise catholique, — tué cà la [es™ 2544 uV 

« bataille de Jarnac en Angoumois le 13 de mars 1SG9 par prises par luy 

« Montesquieu, capitaine des gardes du duc d'Anjou, depuis tion^^^reml 

« Henry III, — pendant, dis-je, que ce prince marchoit avec boursées en 

« son armée contre la ville de Soissons pour l'assiéger ', ledit î^iirrieux'" 
« de Gomer, ne voulant omettre aucune occasion pour accé- 
« lérer la perte de l'abbé d'Orbaiz qu'il s'étoit conjurée, dés Gomer fait as- 

« au'il s"étoit vu hors de prison, se servit de l'occasion pour siéger l'abbé 

/T ^1-1 T- ITT-l' P*^ 'SS SOl- 

« fEure passer par Orbaiz les troupes du Sieur de Jenhs qui les dats hugue- 

« commandoit, et qui, l'ayant tenu assiégé dans le château f^^^,^, P^^' 

,,.,.,,, , , , . lent 1 abbaye, 

« (logis abbatial) de son abbaye pendant deux jours et demi, lâchent et pê- 

« le contraignit enfin de se rendre et céder à la force, où l'abbé xî^*^^*^ ^® ! 

D etangset 

« d'Orbaiz, outre la pêche des étangs de l'abbaye, qui y furent commetten t 

« lâchez et mis au pillage, et dont la pêche fut estimée monter dr^'^^^n'^ises" 

« jusqu'à six mille Uvres ^, et y perdit toutes ses provisions, 

« livres, linges, habits, tapisseries, vaisselle d'argent et autres 

« meubles de grand prix, dont l'abbé et les siens furent ainsi 

« dépouillez par la malice de son ennemy et de ses adhé- 

« rans. 

« Cette disgrâce ainsi aveniie à l'abbaye d'Orbaiz en l'année 
« mil cinq cens soixante-huit ^ par la faction dudit Ghristo- 
« phle de Gomer estoit sans doute trop sensible à l'abbé pour 
« la laisser impunie, en sorte que les troupes étant éloignées 



i. [La prise de Soissons par les Huguenots sous la conduite de Genlis, 
de Boucbavannes, d'Harcourt, de Crécy et d'autres gentilshommes, eut lieu 
le 27 septembre 1567. Sur cet événement et sur les pillages d'abbayes qui en 
furent la conséquence, V. Histoire de Soissons, par Henry Martin et Paul 
Lacroix, t. II, p. 420 à 444.) 

2. [Orbais, aux xvi" et xvii' siècles, fut le centre d'un grand commerce 
de poissons. Recherches sur Vhisloire de l'industrie dans la vallée du Sur- 
melin, p. 26.] 

3. [Le 15 décembre 1567, d'après une note ajoutée au manuscrit de Dom 
Du Bout. — Pendant les années 1567 et 1568 (seconde guerre de religion), 
les Huguenots infestèrent la Brie et y commirent des excès contre les Ca- 
tholiques, V. à ces deux années les Mémoires de Claude Halon, 2 vol. in-4", 
publiés par M. Bourquelot dans la Collection des documents inédits de l'Hist. 
de France.] 



380 



HISTOIRE DE L ABBAYE D OR BAIS 



Chrislophle de 
Gomer reçoit 
à Orbaiz le 
juste châti- 
ment dîib à 
ses différens 
crimes par sa 
mort funeste 
le 13 octobre 
1571 . 



« du pays, comme l'abbé poursuivoit les moyens d'en tirer 
« raison et de rentrer en même tems dans les aliénations de 
« son abbaye, qu'il faisoit lors réparer, ledit Ghristopble de 
« Gomer, plus animé que jamais contre l'abbé, armé d'une 
« cuirasse et accompagné de Christian , son fils aisné, et d'une 
« vingtaine de cavaliers pour Ip surprendre en son abbaye où 
« il vint l'assaillir le treizième jour d'octobre mil cinq cens 
« soixante et onze, sous prétexte d'une recherche ou visite 
« simulée qu'il prétendoit y faire en qualité de maître parti- 
« cuber de la forest de Vassy, et y ayant trouvé plus de résis- 
« tance qu'il ne se l'estoit promis, fut contraint d'y recevoir 
« luy-même la punition exemplaire de son mauvais dessein 
« avec les nommez Charles Gosset et Jean Bonnenfant, qui, 
« d'entre les adhérans dudit Christophe Gomer, s'estoient le 
« plus opiuiâtrez pour ôler la vie à l'abbé d'Orbaiz. Ledit 
« Chrislophle de Gomer y ayant perdu la vie avec lesdits 
« Gosset et Bonnenfant, soit que ledit abbé l'ait tué luy- 
« même de sa propre main, ou les nommez Louis Pigeon, 
« Robert Boullard et autres, ses domestiques, par son or- 
« dre. » 

C'est ainsi que ce Ghristopble de Gomer fmit malheureu- 
reusement sa vie, transporté d'un esprit de haine et de ven- 
geance, et, ce qui est le plus déplorable, sans avoir eu le tems 
de se réconcilier et de se repentir de ses crimes, c'est ainsi qu'il 
fmit sa vie qu'il avoit racheptée deux fois de la main d'un 
bourreau sur un échafîaut par son argent, le crédit de ses amis, 
et sur de fausses informations de ses deux assassinats commis 
sur un prêtre et sur Jean de la Croix, palliez aux yeux de ses 
juges. C'est ainsi que, par un juste jugement de Dieu, Chris- 
tophle de Gomer perdit la vie dans Or])aiz môme, où dans sa 
jeunesse il avoit outragé cl laissé dans une chambre M'' Guil- 
laume Corre-me pour mort ; assassinat qui l'exila longtems de 
son pays. Enfin ce fui dans l'abbaye d'Orbaiz que Dieu vengea 
sur sa personne tous les dommages, pertes, torts, intérests, 
usurpations de ses fiefs, terres et seigneuries, enlèvement de 
ses titres et papiers, retranchemens de ses droits d'usages dans 
la forest de Vuassy, pillage de l'abbaye par les soldats du 
sieur [de] Jeulis corrompus et animez par ledit Gomer, et tous 
les maux el préjudices qu'il avoit causez k cette abbaye qu'il 
voulut ruiner. 

« Cette rélribulion si justement survenue conlre l'intention 
« dudit Ghristopble de Gomer luy fut encore d'autant plus 



HISTOIRE DE L ABBAYE D OHBAIS 



381 



favorable que, quaud il aui'oil survécu à cette action si 
odieuse, il n'en pouvoit attejidre autre punition moins sévère 
que celle dont ou punissoit lors tous les rebelles au Roy et 
les factieux de son royaume, d'entre lesquels ledit seigneur 
du Breùil s'étoit le plus signalé suivant les faits et articles 
a baillez par l'abbé d'Orbaiz pour faire interroger ledit Chris- 
« loplile de Gomer et aucuns de ses complices contre qui il 
« avoit fait sa dénoutialion par devant les juges-commis par 
« le Roy Charles IX, pour la recherche des rebelles et factieux 
« du temps, mais particulièrement pour avoir suivi le parti 
« des Huguenots qui s'étoient soulevez contre les Edicts du 
« Roy, pour avoir lieu de se venger contre l'abbé d'Orbaiz, 
« sous prétexte de la guerre qu'ils avoient déclarée contre tous 
« les ecclésiastiques du royaume; pour s'eslre trouvé à toutes 
« les entreprises du prince de Condé, qui en estoit le chef, 
« mesmemeut à Amboise ', à Orléans, à la bataille de Dreux *, 
« à la bataille de Saint-Denis, et assisté au brùlement des 
« moulins de la ville de Paris ^; pour avoir aussi esté de l'en- 
« treprise de Meaux pour y surprendre le Roy *, estant pour 
« cet effect que, pour aller à Saint-Denis, avoir donné le ren- 
« dez-vous à plusieurs gentilshommes en sa maison du Breûil; 



Nicolas de la 
Croix dénon- 
ce aux juges 
Christophle 
de Gomer et 
ses complices 
rebelles a u 
roy Charles 
IX. 



Actions crimi- 
n el 1 e s de 
Christophle 
de Gomer dé- 
noncées par 
de la Croix, 
pendant s a 
vie. 



1 . [Conjuraliou d'Amboise en février et mars 1560. — Mentionnons aussi 
les réunions du parti protestant tenues chez Condé à La Ferté-sous- 
Jouarre. Le duc d'Aumale, Histoire des princes de Condé, t. I, p. 71 et 
123. J 

2. [Condé entra à Orléans avec les réformés le 2 avril 1562. 11 fut fait 
prisonnier à la bataille de Dreux le 19 décembre suivant.] 

3. [Cet incendie suivit immédiatement l'insuccès du coup do main que 
les chefs protestants avaient tenté pour enlever le roi du château do Mon- 
ceaux près Meaux. Ils brûlèrent en une nuit tous les moulins qui alimen- 
taient la partie septentrionale de Paris, de la porte du Temple à la porte 
Saint-Honoré. (Henri Martin, Hist. de France, t. IX, p. 218). Peu après, le 
10 novembre 1367, eut lieu la bataille de Saint-Denis.] 

4. [A la fin de septembre 1567, Charles IX et sa mère Catlierine de 
Médicis furent pressés depuis Meaux jusqu'à Paris par les troupes protes- 
tantes de Condé et de Coligny. Les 6,000 Suisses à la solde du jeune roi 
assurèrent son salut. « Trois fois ils se retournèrent contre Tenuemi ; ils 
« lui lancèrent tout ce qui leur venait à la main, jusqu'à des bouteilles ; el, 
^< baissant leurs piques, ils coururent sur lui comme des chiens enragés 
i< tous en bon ordre, sans que l'un mît le pied avant TauLi'e, et animés d'un 
«< tel désir de combattre que l'ennemi n'osa pas attaquer. Ainsi le roi put 
" se réfugier dans Paris. » Jean Correro, lielalions des ambassadeurs vé- 
niliens, etc.. publ. par Tommasco, t. II,]». 187, dans la Collection des 
documents inédits de l'Hist. de France. — V. La seconde guerre civile 
par le comte H. de la Ferriôre, dans la Revue des quest. histor., janvier 
1885, p. 128.] 



382 HISTOIRE DE l'aBBATE D ORBAIS 

« pour durant les premiers troubles avoir toujours entretenu, 
« nourry et couché en sa maison le capitaine la Palice lors pri- 
« sonnier en la conciergerie du palais, l'avoir envoie au châ- 
« teau d'Esternay avec plusieurs soldais de son party pour y 
a tenir bon contre le Roy ; pour, après que ledit la Palice eut 
« tenu bon dans le château d'Esternay ^ contre le sieur de 
« Forcy, et qu'il eut été contraint de rendre la place, la vie- 
« sauve, luy avoir donné retraite en sa maison du Breûil jus- 
a qu'au jour que, l'ayant mené avec luy à Paris, ledit la Palice 
t y avoitété reconnu et en même tems constitué prison Lier eu la 
« conciergerie pour avoir porté les armes contre le Roy et par 
« ainsi contrevenu à ses Edits ; pour avoir été de l'entreprise 
« pour la reddition de la ville de Château-Thierry, qui se devoit 
« faire entre les mains des rebelles du Roy; pour avoir pratiqué 
« ordinairement avec le capitaine Marshault, les Vandiers, les 
a Lemers, Heurtebize, Hartonges et le sieur d'Apremont, tous 
c rebelles du Roy ; pour avoir pareillement entretenu en sa 
« maison le nommé Marc Blanchard, député par ceux de son 
« parti pour y recevoir leurs paquets et les faire tenir en An- 
« gleterre, où la femme dudit Blanchard en faisoit la distri- 
« bution, — plus avoir tenu en sa maison un nommé Remy d'I- 
« vry, couturier, qu'il sçavoit être fugitif des prisons d'Orbaiz; 
« pour estre venu au bois de Vincienne pour y capituler avec 
« le Roy ; fmalemeut, pour avoir pleine grâce et pardon du 
« Roy, promis et juré de ne porter jamais les armes contre Sa 
a Majesté au voyage d'Orléans ^, et au préjudice de ce, n'avoir 
« tenu sa foy à son Prince, ains avoir derechef porté les armes 



1. [Le château d'Esternay (auj. arr. d'Epernay), bâti en 1515, était à 
l'époque des guerres de religion le centre du mouvement calviniste dans la 
contrée. Le seigneur de ce château, Antoine Raguier {dit Esternay), fut, 
comme on le sait, l'un des plus formes alliés du prince de Condé. 11 mourut 
en 1569 « d'une fiebvre chaulde qui le pressa, avec le regret qu'il avoit d'avoir 
« habandonné ses maisons, qui esloicnt demeurez à la miséricorde du sieur 
« de Foissi. » Mémoires de Claude Haion, p. 556, 1147 et passim. — Cf. 
Recherches hislor., archéol el slatist. sur Eslcrnay, son chcUcau, etc... 
par l'abbé Boitel, Châlous, Honiez-Lambcrt, l.S5(t, iu-12, — Cf. Bibl. Nat. 
MsE. fonds français, n° 15545 f" 138 r°, u" 15547 f" 92 r» et f" 295 r.] 

2. [Le roi Charles IX fit son entrée à Orléans le 26 avril 1563, un mois 
environ après la paix d'Araboise qui avait terminé la première guerre de 
religion. L'année précédente, les succ^s du parti réformé avaient soulevé 
une crise assez générale. Mais dans !a Ch:inipagne, la Picardie, l'Ile 
de France, les protestants s'étaient trouvés trop faibles pour s'emparer d'au- 
cune grande ville. Cf. Henri Martin, t. IX, p. 123. — René de Bouille, 
Histoire des ducs de Guise, t II, p. 300] 



HISTOIRE DE L ABBAYE D ORBAIS 



383 



« contre sou service, même avoir prêté argent aux Etrangers 
« pour entretenir les troubles dans sou royaume. 

« Mais, comme il estoit aisé de juger que l'abbé d'Orbaiz 
« ayant ainsi survécu à son enncmy, tous ses différens ne 
« seroieut pas encore terminez par la mort dudit Christophle 
« de Gomer (quoique l'abbé et tous [ceux] qui luy avoient 
« prêté secours en fussent pleinement déchargez par arrest du 
« Grand Conseil du troisiesme décembre mil cinq cens soixante 
« douze, portant l'entérinement des lettres de rémission que 
« l'abbé et les nommez Louis Pigeon, Robert Boullard, ses 
« domestiques, Nicolas Droûet, lieutenant du juge d'Orbaiz, 
€ Nicolas Musquin, dit Pierrou, et Sacré Masse, dit le grand 
« Sacre, n'eurent pas grande peine à obtenir du Roy en uo- 
« vembre mil cinq cens soixante et onze), puisqu'il laissoit 
<x encore quatre garçons, Christian, François, Pierre et Jac- 
« ques *, qui ne pouvoient pas longtems demeurer en repos 
a sans faire éclatter plus avant leur injuste ressentiment. » 

On tient communément dans le pays par une tradition po- 
pulaire (dont on ne se rend poiul caution) que ladite Charlotte 
de Maries, dame du Breùil et de Luzancy, veuve dudit Chris- 
tophle de Gomer, conserva soigneusement, après sa mort, la 
chemise et les habits tout ensanglantez et teints du sang de 
son mari, et qu'elle les développa et les exposa aux yeux de 
ses enfaus, accompagnant cette cérémonie d'un torrent de ses 
larmes et d'un discours entrecoupé de soupirs et de sanglots 
et de tout ce qu'elle put employer de plus touchant pour aigrir 
leurs esprits, envenimer leur cœur, irriter leur ressentiment, 
renouveller leur douleur et leur amertume par le ressouvenir de 
la mort tragique de leur père, pour les animer à venger cette 
grande perle sur celuy qui en avoit esté l'autheur, quoiqu'en 
son corps défendant. 

« Quoiqu'il en soit de cette tradition, il est toujours très 
« certain que Christian de Gomer, fils aîné de Christophle et 
a propre oncle dudit Charles de Gomer ', n'avoit-il à peine 



Nicolas de la 
Croix obtient 
des lettres de 
rémission en- 
térinées au 
Grand Con- 
seil le ■'.' dé- 
cembre 1572. 



1. [1° Chistian ou Chrestien de Gomer, né vers 1S52. — 2° François, 
né vers 1554, chevalier, seigneur du Breuil, épousa le 5 avril 1583 Marie 
de Maniquet. — 3° Pierre, né vers 1558, seigneur de Verdon et de Mon- 
cheton, de Luzancy et d'Atbis, etc.. épousa le 12 avril 1602 Anne de 
Garges. — 4° Jacques, chevalier, seigneur de Luzancy, de Courcelles- 
sur-Marne, d'Athis, de Condé près la Ferlé-au-CoL (lise:; la Ferté-sous- 
Jouarre), etc.. fit donation en 1631 et 1633 à Charles de Gomer, son 
neveu, de ses terres de Luzancy, de Courcelles et de Condé.] 

2. [Charles de Gomer, chevalier, seigneur de Verdon, puis de Luzancy, 



384 



HISTOIKK DE L ABBAYE D ORBAIS 



Nicolas de la 
Croix tombe 
dans une em- 
buscade d e 
Christian de 
Gomer qui 
Tassassine le 
22juillet1o77 
à V e r d n , 
d'où son corps 
fut apporté et 
inhumé dans 
l'église de 
l'abbaye; 
mais on ne 
Eçait le lieu 
de sa sépul- 
ture. 



« atteint l'âge de dix-neuf à vingt ans, qu'ayant eu avis du 
a retour de l'abbé d'Orbaiz (qui pou de tems ensuite de Fob- 
« tentiou dudit arrest du Grand Conseil du troisième de dé- 
« cembre lo72, avoit retourné en son ambassade pour le Ro}^ 
a Charles IX, et y avoit encore séjourné plus de quatre ans à 
« Soleure en Suisse en la même qualité d'ambassadeur, où il 
« avoit travaillé à renouveller les dernières alliances ' et luy 
« avoit procuré grand secours de ses coufédérez), il luy avoit 
« dressé une si forte embuscade en trois divers endroits du 
« grand chemin de Gondé audit Orbaiz le vingt-deuxième jour 
« de juillet mil cinq cens soixante dix-sept, que l'abbé s'y 
« voyant enveloppé et poursuivi d'un parti d'environ quarante 
'< cavalliers de sa faction, fut contraint de se réfugier eu la 
a maison des Marshault joignant le cimetière dudit village de 
« Verdon, son cheval s'y étant abattu à la descente d'iceluy, 
« où eufm il auroit esté cruellement assassiné avec son suisse 
« nommélePetit-Jean, qui l'y avoit defîcudujusqu'àrexlrèmité 
«t contre Christian de Gomer et les autres assassins, qui arra- 
« chérent et tirèrent par force l'abbé de la maison des Mar- 
« shaults, les menaçant de les brûler tous vifs s'ils ne le chas- 
« soient et ne le leur livroient. » 

Ainsi finit ses jours notre abbé, le fameux Nicolas de la 
Croix, dans des circonstances à peu prez aussi funestes que 
Christophle de Gomer, n'ayant pas eu uou plus que luy le 
lems de se préparer à la mort et au compte qu'il avoit à ren- 
dre à Dieu de sa conduite envers ses rehgieux. En effet, sans 
vouloir trop approfondir les secrets et les jugemens de Dieu, 
on peut dire que ces oracles de l'Evangile s'accomplirent eu 
sa personne : « Vous serez mesurez de la mesure et vous serez 
0. traittez comme vous aurez traitté et mesuré les autres », et 
que « celuy qui frappe de l'épèe périra par l'épée » , puisque 
Nicolas de la Croix, ayant autrefois mallraittè et obligé par ses 
menaces, ses refus et ses rigueurs, ses religieux de sortir et 



de Courcelles, de Condé-lès-la Ferté et du Bois-Larcher, etc. . . II fut en- 
seigne au régiment de Normandie par provisions du 14 juin 1G28, puis lieu- 
tenant audit régiment eu 1633, ensuite capitaine au régiment d'Effiat par 
commission du 6 août 1635. Il était fils de Pierre de Gomer et d'Anne de 
Garges. Le 5 juin 1G34 il épousa en premières uoccs Marie Anthonis de 
Ferreux fille d'un gouverneur de Laval. Il eut comme seconde femme Ma- 
deleine de La Haye.] 

1 . [Ou a vu plus haut que l'abbé dOrbuis avait déjà rempli uue mission 
semblable dans sa première ambassade eu Suisse auprès des cuulous ca- 
tholiques.] 



HiSTOiRb; i)K l'abbayk d'orbais :î8;> 

d'abaudonner leur abbaye, et ayant tué de sa propre maiu, ou 
par celles de Louis Pigeon, Robert BouUard, ses domestiques, 
ou autres par son ordre, Christophle de Gomer, comme ou a 
vu cy-devant, il eut le même sort, il fut poussé et jette hors 
de la maison des Marshaults, où il s'étoit réfugié, et ensuite 
cruellement massacré et mis à mort par le fils aîné de Chris- 
tophle de Gomer et ses complices. Si on a fait cette réilexiou 
par occasion, c'est sans avoir jamais voulu approuver cet 
horrible assassinat. 

A svicre. 



NÉCROLOGIE 



Nous mentionnerons la mort de la baronne de Ponty de Saint- 
Avoye, âgée de 87 ans, à Troyes. Elle était la dernière représen- 
tante d'une ancienne famille de l'Aube, les Rousseau de Chamoy. 
Elle laisse an fils, chef d'escadron au 10^ cuirassiers et une fille, 
M™6 la comtesse de Beauvoir.— Armes : d'azur à trois bandes d'or. 



Le 28 avril est mort à Charleville, à 94 ans, le général Noizet, 
parisien d'origine, mais devenu, depuis bien des années, ardennais 
par son mariage avec M"^ Renaudin (de Mézières). Il avait célébré 
l'an dernier ses noces de diamants. Issu d'une famille de commer- 
çants aisés, François-Joseph Noizet, admis à l'Ecole Polytechnique, 
entra comme sous-lieutenant d'artillerie en 1810 ; il devint capi- 
taine en 1813 ; il fut nommé chef de bataillon en 1831 seulement, 
maréchal de camp en 1846 et général de division en 1851. Il était 
grand officier de laLégiond'honneur et avait, jusqu'en 1883, exercé 
les fonctions d'administrateur de la Compagnie des chemins de fer 
de l'Est, dans lesquelles son fils lui a succédé. 



Nous mentionnerons la mort de la marquise de Lesseville, née 
L'Anglois, à l'âge de 84 ans. La famille Le Clerc de Lesseville, 
anoblie par Henri IV et qui a obtenu au siècle suivant l'érection 
du marquisat de ce nom, a fourni un grand nombre de magistrats 
au Grand Conseil, au Parlement à Paris, des évêques, etc. Fixée 
depuis plus d'un siècle en Champagne, au château d'Aulnay, entre 
Châlons et Vitry, elle y est encore représentée et est alliée aux 
principales familles de la région. — Arjnes : d'azur à 3 croissants 
d'or, accompagnés en chef d'un lambel de trois pendants de même. 



Le 16 mai ont eu lieu, à Châlons, les obsèques de M. Copia, 
ancien secrétaire général, conseiller de préfecture honoraire, che- 
valier de la Légion-d'Honneur, décédé à l'âge de 89 ans. 

Par cette modestie qui était un des traits de son caractère, 
M. Copin avait exprimé le désir qu'aucun honneur militaire ne fût 
rendu à sa dépouille mortelle ni aurim discours prononcé sur sa 
tombe. 



NÉCROLOGIE 387 

Nous regrettons qu'il n'ait pas 6t6 permis à l'un de ceux qui 
s'honorent d'avoir connu M. Copin de retracer cette vie qui fut 
celle d'un homme de bien et d'un chrétien fervent. Même au déclin 
des forces physiques, et jusqu'au dernier terme d'une longue et 
belle vieillesse, M. Copin avait conservé avec son exquise bonté 
toute la finesse et toute la distinction de son esprit. 

Il ne fut pas seulement un digne serviteur de l'Etat; il avait au 
plus haut degré le goût des lettres et de l'étude. Il se plaisait a 
d'heureuses excursions dans les littératures étrangères, et nous 
connaissons de lui des traductions d'ouvrages italiens, les Mémoires 
de Benvenuio CeUlni, les Comédies d'Alberto Nota. Sa conversa- 
tion était intéressante par ses souvenirs qui remontaient jusqu'au 
premier empire et qui faisaient revivi'e des hommes disparus ou 
des époques déjà lointaines dont il était un des derniers témoins. 
Il avait été non-seulement le collaborateur, mais Fami de nos 
anciens préfets, MM. de Jessaint et Bourlon de Sarty, et il consacra 
à ce dernier une notice qui n'honore pas moins le comr qui l'a 
dicté que le talent de l'écrivain. 



BIBLIUGKAPHIE 



lllSTOIKE DU GOLLÈGS DES BoNS-EnfANTS VK l'UnIVKRSITÉ UK RkIMS, 
DEPUIS SON ORlGtNE JUSQU'a SES RÉCENTES TRANSFORMATIONS, par l'abbé 

E. Cauly, chanoine honoraire, aumônier du Lycée de Reims. Edition 
ornée de plans, gravures et vignettes, d'après les dessins de MM. Leblan, 
Parmenlier, Ilabran et Kalas, avec pièces justificatives. Ouvrage couronné 
par l'Académie nationale de Reims. 1 vol. gr. in-S" raisin, de Xlll-7"t) 
pages, Reims, F. Michaud, éditeur, rue du Cadran-Saint-Pierre, 23, 
1885 (Titre orné sur la couverture, planches dans et hors teste. Prix : 
•10 francs.) 

Les ouvrages édités à Reims se succi'deul fort noiubreux depuis 
quelque temps. Nous avons eu l'an dernier les Allemands à Reims; 
nous venons d'avoir le Théâtre à Reims. Voici un autre volume 
non moins rémois, rétrospectif et contemporain en même temps, 
correctement écrit sans négliger l'érudition, abondamment illustré 
sans tomber dans la fantaisie. Ce sont là des titres sérieux à l'at- 
tention et k l'examen de tous ceux qui ont souci dos choses de 
l'esprit on province, notamment en Champagne. 

L'auteur a préparé pondant six ans son couvre et avec une 
patience digne d'éloges, mettant à prolit ses voyages vers les 
dopiMs d'archives, mûrissant ses idées et son style, utilisant les 
invosligalions dos architerlos et dos dessinateurs. On lui reprochera, 
sans doute, d'avoir étendu son cadre au-delà môme de son sujet, 
mais ceux que l'étude du passé tourmente de son insatiable curio- 
sité, re sauraient lui faire un grief d'avoir apporté un trop l'ori 
contingent à l'histoire de Reims. Les amateurs pressés et super- 
ticicls se dédommageront de la longueur du livre, en considérant 
ses gravures. Tous, nous le pensons, rendront hommage au mérite 
du travail, au talent discret et modeste de l'éoi-ivain, aux apprécia- 
lions calmes et modérées du critique. On peut diiférer avec lui 
d'oi)inions. Une plume laïque aurait peul-ôtrc tourné aulroment 
quelques chapitres et modilié certains jugements, mais personne 
ne contestera la parfaite bonne foi, la courtoisie, la bienveillance 
do l'ancien et regi'etté aumônier du Lycée de Reims. En sa com- 
pagnie, on méditera mûrement et librement les documents du 
passé. 

Un ouvrage du genre do celui que nous roconunandons, ne s'a- 
nalyse pas. 11 suffit d'en exposer le plan pour mettre à môme de 
le juger dans .<;on ensemble. Quant aux critiques de détail, nous 
les reinetlous à plus tard, nous souvenant que personne n'est 



BIBLIOGEAPHIE 389 

exempt de peccadilles vis-à-vis de l'érudition. Ceux-là qui pf-sent 
les efforts à leur valeur, sont des juges plus indulgents, d'ailleurs, 
que le public trop hahùtué à la littérature courante. 

Donnons simplement une idée du volume. 

L'introduction est un hors-d 'œuvre, mais elle sert de préambule. 
La première partie, divisée en dix chapitres, étudie les Ecoles de 
Reims au moyen-âge, le rôle des écolâtres du Chapitre, celui des 
archevêques, bien plus qu'elle ne fait l'histoire du Collège primitif, 
humble fondation du xiii^ siècic, dont les ai'chives ont disparu dans 
la poussière des temps. En remontant à son origine, on trouvera 
l'étymologie de son titre devenu plus tard si célèbre et si sympa- 
thique de Collège des Bons-Enfants. La seconde partie, de beau- 
coup plus étendue, compte aussi dix chapiti'es qui se succèdent 
depuis la fondation de l'Université de Reims en 1348, jusqu'à sa 
suppression en 1793. L'histoire du Collège des Bons-Enfants, res- 
tauré et doté par le cardinal de Lorraine, devient alors très vivante, 
très animée, très instructive. C'est l'histoire de la Faculté des Arts 
tout entière, aussi bien dans son oi'ganisation, ses revers et ses 
succès intérieurs, que dans son extension et ses luttes au dehors, 
notamment dans ses conflits avec le Collège rival des Jésuites. Que 
de noms revivent dans ces pages bien remplies : ceux de Nicolas 
Boucher, Antoine Fournier, Thomas Mercier, Pluche, Fillon, 
Fremyn, Migeot et de tant d'autres hommes lettrés, actifs, 
dévoués ! Ce furent les maîtres de Mabillon, de Thierry Ruinart et 
d'une foule d'autres disciples qui poursuivirent leurs travaux. Les 
entrepi'ises ne durent que par ces âmes généreuses, les événements 
politiques viennent seuls en suspendre le cours. Un épilogue sur 
la Révolution, l'Université de France et le Lycée de Reims, relie la 
chaîne des temps et des traditions. Suivent une vingtaine de pièces 
justificatives, s'étendant de H 92 à 1790. Des tables méthodiques 
résument l'ouvrage. 

Pour mieux relier encore le passé au présent, jetez un regard 
sur ces quatre grandes planches et sur ces vingt-deux dessins inter- 
calés dans le texte. Pour beaucoup, ce seront des souvenirs de 
jeunesse; pour tous, ce seront des documents d'art et d'histoire 
qui embellissent une œuvre sérieuse et durable. H. J. 



Le dernier numéro du Bulletin de la Société historique de 
Langres contient un long rappoi^t de M. l'abbé Louis au nom de 
la Commission du concours Barotte — légataire d'une rente de 
100 fr. pour un prix au meilleur travail historique sur la Haute- 
Marne composé depuis 1878. — Ce rapport énumère un grand 
nombre de publication — près de soixante — qui ne témoignent 
pas malheureusement, pour la plupart, d'un travail suffisant. Le 
prix a été accordé aux « Recherches historiques et statistiques sur 



390 BIBLIOGRAPHIE 

« les communes et écoles de la Haute-Marne » de M. Fayet, 
ancien recteur, œuvre très remai'quable et qui soit dit en passant, 
constate que dès 1680 il y avait dans les pays circonscrits par les 
limites actuelles du département, plus de 235 écoles rurales. 

Des médailles d'argent ont été décernées à M. Garnier, curé de 
Corlée, directeur de la Semaine Religieuse de Langres; au R. P. 
Ceslas Bayonne pour l'Histoire des Dominicaines de Langres; et à 
M. Lacordaire, dont nos lecteurs connaissent les utiles recherches. 

Nous citerons ensuite l'étude de M. l'abbé Gelin sur les fouilles 
faites avec succès à Fontaines-sur-Marne et le commencement 
d'une notice de M. de Resancenet sur la tombe de Jeanne de Fou- 
chère, femme du célèbre Philippe d'Anglure, seigneur de Guyon- 
velle(1583). 

* 

Très important travail de M. Siméon Luce, dans la Revue des 
deux-Mondes du i"'" mai, sur Jeanne d'Arc à Domremy. Nous ne 
prétendons pas l'analyser ; le savant académicien déclare for- 
mellement que Jeanne est née dans la portion de Domremy 
relevant de la chàtellenie de Vaucouleurs, « dans une chaumière 
située entre l'église et le ruisseau, par conséquent à l'extrême 
limite du bailliage de Chaumont et du Bassigny champenois ». Et 
plus loin il dit bien nettement que « la Pucelle était champenoise 
par son père et lorraine par sa mère. » La question de nationalité 
de Jeanne d'Arc est donc désormais bien définitivement franchie 
en faveur de la Champagne. M. Luce fournit les plus curieux 
détails sur la famille de Jeanne qui comptait de nombreux parents 
à Sermaise où elle vint même faire des séjours. Le frère de sa 
mère y était curé et y attira un autre de ses frères qui exerçait la 
profession de couvreur et y lit souche : l'un de ses fils entra comme 
moine à l'abbaye de Cheminon. Nous constaterons, en outre, que 
la famille occupait un certain rang : le père de la Pucelle était 
doyen de la communauté des habitants de Domremy et jouissait 
dune certaine aisance. Dans cet article notons encore les détails 
les plus intéressants et les plus neufs sur les guerres de di^O à 
1428 en Bassigny, en Pcrthois et même dans toute la Champagne; 
il y est question des sièges de Sermaise, do Vertus, etc. Tout est à 
lire. 



Annonçons la publication de la Notice sur les comtes de Grandpré 
(in-S°. Menu), de M. Anat. de Barlhélemy, dont nos lecteurs ont 
eu la primeur. C'est un travail entièrement neuf, très curieux et 
de la plus haute valeur pour l'histoire de la Champagne. De bonnes 
planches accompagnent cette notice. 



CHRONIQUE 



On a représenté, le 2 mai, au théâtre des Nations, à Paris, un 
drame de Chamfort, de MM. Emile Catelain et Courmeaux, député 
de Reims. Voici l'appréciation de M. Vitu, dans le Figaro. Celles 
de V Indépendant rémois sont beaucoup plus vives encore. 

Le drame de MM. Emile Catelain et Eugène Courmeaux, toute 
réflexion faite, me demeure incompréhensible. Je sais bien que la 
donnée principale en est empruntée, comme avec la main, à la 
Mère coupable, de Beaumarchais. Le marquis et la marquise de 
Champfort s'appelaient en 1792, au théâtre du Marais, le comte et 
la comtesse Ahnaviva, Georges de Champfort s'appelait Léon et 
Blanche de Champfort Florestine. Mais Beaumarchais avait pru- 
demment supprimé Chérubin, le vrai père de l'adultérin Léon, 
jugeant le personnage de l'amant impossible à présenter en tiers 
avec le comte et la comtesse. 

Ici, au contraire, le précepteur Brière, le séducteur peu sédui- 
sant de la marquise de Champfort, réclame audacieusement sa 
criminelle paternité; le marquis, offensé dans ses affections comme 
dans son honneur, se venge, et il en avait le droit. Cependant les 
auteurs lui donnent tort. Pourquoi? Parce que le précepteur Brière 
est devenu jacobin, athée et nihiliste, tandis que le marquis de 
Champfort a gardé le culte et les opinions de sa race. Cependant, 
la préférence avouée des auteurs pour un désagréable bavard qui 
se coiffe à la Robespierre, si elle explique la froideur d'une partie 
du public, n'est pas le défaut saillant de la pièce. Et voici où j'en 
veux venir. 

Le dénouement comporte une situation terrible : le marquis, 
chef victorieux des Vendéens, va faire fusiller le père et le fils, 
c'est à-dire Brière et Georges, comme alliés des bleus et traîtres à 
la cause royale. La marquise, éperdue, arrache au marquis la grâce 
de Georges, qui est bien son fils à elle, en menaçant le marquis 
de crier à haute voix la vérité, qui déshonorera le nom des 
Champfort. Et cependant cette situation terx'ible ne produit aucun 
effet. Pourquoi? Parce qu'elle est inexplicable. 

De deux choses Tune : ou bien Georges passait, aux yeux de tous, 
pour le fils du marquis de Champfort, et, en ce cas, l'armée ven- 
déenne devait croire que le marquis dejChampfort allait fusiller son 
propre fils, hypothèse révoltante et contre nature; ou bien l'armée 
savait que le jeune homme, élevé sous le nom de Georges de 
Champfort, n'était plus le fils de son père, et dans cette seconde 
hypothèse, la brèche faite à l'honneur des Champfort ne se 
pouvait plus réparer. 



392 . CHRONIQUE 

Le drame de MM. Catelain et Courmeaux est bouiTé, non de 
Irulïes au vin de Champagne, mais de tirades révolutionnaires qui 
échaufferaient la bile du public, si elles ne l'endormaient profon- 
dément. Le style à la fois naïf et pompeux des Champfort a excité 
parfois de doux sourires. 



En présence des réclamations presque unanimes de la popula- 
tion, et de la demande officielle de l'évêque, le Conseil municipal 
de Châlons a décidé, dans sa séance du 2 mai, le rétablissement 
de l'antique procession du lundi de la Pentecôte, dite des Châsses, 
la plus grande solennité religieuse de cette ville, qui avait été sup- 
primée depuis quelques années. Cette procession, dans laquelle 
sont promenées dans toute la ville les châsses des diverses paroisses 
remonte à la plus haute antiquité. Certains auteurs ont avancé, ce 
qui est un peu légende, qu'elle avait été instituée en mémoire de 
la défaite d'Attila. Tous les prêtres y portent de longues baguettes, 
souvenir des temps où les mauvais chemins entourant la ville, 
dit-on, rendaient nécessaires l'usage du bâton pour se soutenir. 



M. Roserot a fait une communication très intéi'essante au Comité 
des travaux historiques du ministère de l'Instruction publique : 
deux chartes de Geoffroy de Villehardouin relative aux dîmes de 
Vilk'hardouin, des années'H91 et 1192. Ces documents ont une 
importance considérable en ce qu'ils éclairent d'un jour nouveau 
la généalogie fort obscure jusqu'à présent de Geoffroy de Villehar- 
douin. On ignore le nom de son père et tous les auteurs avaient 
conjecturé que ce devait être Guillaume, maréchal de Champagne 
de II.jS à 1179 : cette opinion n'est plus soutenable. M. d'Arbois 
de Jubainville a démontré que Guillaume fût la tige des Le Brebant 
de Provins. Ce que l'on savait positivement c''est que Geoffroy, né 
en 1104, maréchal de Champagne en 1185, qui avait dû mourir 
entre 1212 et mars 1214, appartenait à la famille des seigneurs de 
Villehardouin. Or, il résulte des deux chartes trouvées par M. Ro- 
serot dans les Archives de l'Aube ((ue Villain, seigneur de Ville- 
hardouin du temps de saint Bernard, par conséquent au milieu du 
xn" siècle, donna le jour à Roscelin, chanoine de Troyes, mort en 
USii, cl Villain, sou.s-doyen de S. Etienne de Troyes 1191 et à 
plusieui's antres lils dont les chartes ne mentionnent pas les noms : 
il est permis de croire que Geoffroy, mort seigneur de Villehar- 
douin avant mars 1214, a été l'un de ces lils. Villain de Villehar- 
douin avait donné la dune de Villehardouin à l'évêclic de Tioyes 
sur les instances de saini lirni;ii'd. 



Nous signalerons au Salon un beau tablonii de M. Kdouaid ISail 



CHRONIQUE 393 

de Besançon, représentant le cardinal Gousset à la charrue. Le 
cardinal est descendu de voiture et saisissant une charrue attelée 
de deux chevaux montre à un jeune paysan inexpérimenté 
comment on doit s'y prendre. Le jeune homme écoute respec- 
tueusement : au fond apparaît dans un soleil couchant la cathé- 
drale de Reims. La ressemblance est parfaite. On sait que ce 
tableau rappelle une scène réelle de la vie du grand archevêque. 



Un erratum au sujet du siège de Coiffy. — En publiant les 
lettres relatives au siège de Coiffy en 1592 dans le dernier numéro 
de la Revue, nous avons commis une erreur en avançant que, dans 
son Histoire de Coiffy, M. Bonvallet, notre savant collaborateur, 
avait dit qu'à cette date le gouverneur de la place était M. de 
Bourbonne. Tout au contraire, M. Bonvallet avait, dès cette 
époque, combattu l'opinion de ceux qui soutenaient ce fait et 
déclarait qu'il était « matériellement impossible que le roi eût 
confié la défense de Coilfy au favori de ses ennemis les plus 
acharnés (page 45 et suiv.) Dans son travail sur Richecourt, inséré 
ici même, M. Bonvallet a bien établi que le gouverneur était en 
loo2 M. de Choiseul-Lancques. E. B. 



Fromentières. — Deux magnifiques verrières viennent d'être 
posées dans l'église par M. Anotta, peintre à Baye. 

La grande verrière, placée derrière le maître-autel et donnée 
par M. Constant Touzet, de Fromentières, représente le Christ en 
croix, à droite la sainte Vierge, à gauche saint Jean, au pied de la 
croix, sainte Marie-Madeleine, patronne de la paroisse, et deux 
anges adorateurs. Les dessins et grisailles du xii'' siècle font le 
plus agréable effet. 

La rosace, placée au-dessus des grandes portes de l'église et 
donnée par M"'' Blampain, d'Epernay, représente un chef-d'œuvre 
de Michel-Ange : le Père éternel, tenant d'une main le soleil, de 
l'autre la lune, et le globe terrrestre à ses pieds. Cette verrière est 
digne de sa belle grande sœur. 

Ces verrières ont été faites à Toulouse, ot sont parfaitr-nient 
réussies. 



Réunion des Sociétés savantes a la Sorbonne. — M. Jadart, de 
l'Académie de Reims, lit en réponse à la septième question du 
programme (Anciens livres de raison et de comptes et journaux 
de famille), une notice sur les Mémoires de Jean Maillcfer, bour- 
geois et négociant de Reims (1611-1684). Ce recueil, conservé à la 
bibliothèque de Reims, offre la biographie de Tautcur et plus de 
cinquante chapitres de réflexions morales et pratiques, de comptes, 



394 CHRONIQUE 

de négoce, de conseils à ses enfants, de poésies et d'œuvres litté- 
raires. Maillefer tenait un haut rang dans la bourgeoisie locale ; il 
avait séjourné à Rome,, à Paris et à Lyon; sa vie présente donc un 
intérêt historique, et son journal a une portée morale et économi- 
que de natui'e à en faire souhaiter la publication. 

M, Jadart, de l'Académie de Reims, lit, en réponse à la huitième 
question (Etat de L'instruction 'primaire et secondaire avant 
178'J), un mémoire sur les Ecoles primaires des environs de 
Reims en 177S. 11 a reproduit les réponses faites au questionnaire 
adressé par l'archevêché de Reims, en 1773, à tous les curés du 
diocèse. Deux questions concernent les écoles, et les réponses y 
ont été faites d'une façon très sérieuse; elles donnent les résultats 
d'une véritable enquête sur la situation des maîtres et sur le 
nombre des élèves fréquentant leurs écoles à la veille de la Révo- 
lution. La situation des écoles de Reims était loin d'être florissante : 
les Frères des écoles chrétiennes, fort mal rentes, étaient seuls à 
y pourvoir. Les écoles des villages paraissent avoir été plus régu- 
lièrement tenues. On trouve, pour chacune d'elles, l'état des 
enfants placé en regai'd de celui des communiants, les ressources 
atïectées à l'entretien du maître, soit par un droit dû par chaque 
ménage, soit par des quêtes, soit par les droits payés par les 
écoliers. Presque toutes les écoles sont tenues chez le maître, et 
presque partout ce dernier est choisi par les habitants eux-mêmes. 
Les données de l'enquête sont insti'uctives et remarquables par leur 
ensemble qui embrasse l'arrondissement de Reims et le départe- 
ment des Ardennes. Les totaux du document ont été reproduits, 
mais personne n'en a publié le texte original, souvent expressif, 
toujours sincère en apparence, et assez vivant pour mériter d'être 
pubhé. 

M. Fadart lit un mémoire en réponse à cette môme question et 
parle du Mariage dans la liturgie rémoise au XVI" siècle, selon 
les prescriptions du rituel confoi'mes à de très anciens usages. Il 
cite les paroles échanj^ées par les époux pour le consentement, la 
remise de l'anneau et des treize deniers, la bénédiction donnée 
sous le voile, le baiser de l'autel, l'offrande des époux et des 
parents, la bénédiction du lit conjugal, la bénédiction du pain et 
du vin que goûtaient ensemble les époux. Il cite enfin l'usage de 
ceindre les époux de l'étole et il signale la persistance de quelques- 
uns de ces usages, tels que le don des deniers, le baiser de l'autel, 
le pain et le vin. Plusieurs de ces cérémonies sont communes à 
d'autres liturgies, d'autres sont propres à Reims et d'autant plus 
curieuses à signaler. 

A propos de cette lecture, M. l'abbé Rance fait observer ([u'ii 
eût été avantageux d'indiquer d'une manière bien précise ce qui 
est .spécial à l'église de Reims et ce qui est encore d'un usage 
général. 



MÉLANGES 



Processions qui se faisaient a Reims. — Pour la rôduetion de 
la Normandie, mentionnée dans les mémoires de Foulquart. 

Du S. Sacrement : on y portait les torches de tous les métiers, 
de divers poids et grandeurs : il y en avait jusqu'à '60 pieds de 
haut. Tous les ordres religieux y assistaient. L'archevêque sup- 
prima les torches vers 1688. 

Du dimanche de Quasimodo pour demander l'abondance des 
moissons ; 

Du dimanche d'après la Toussaint pour remercier Dieu de ladite 
abondance. On y portait la statue de la Sainte-Vierge. 

Des Rameaux, à S. Maurice avec les religieux de S. Remy et de 
S. Nicaise, mentionnée dans l'ordinaire manuscrit de Notre- 
Dame. 

Du mardi après la Pentecôte dite des Robardeaux (Foulquart), ou 
des corps saints : elle allait à Notre-Dame, à S. Remy et à S. Mau- 
rice où on apportait les châsses des SS. Thiesrinde, Nicaise, Rigo- 
bert, Calixtes, Eutrope, Marcoul, Basle, Oricle. Interrompue par 
les guerres civiles, cette dévotion existait encore en partie au xvii" 
siècle. 

Pour les nécessités extraordinaires de la ville où on porte la 
châsse de S. Remy, sur notification de l'archevêque. 

Procession des chanoines pendant la semaine de Pâques, chaque 
jour. 

Des pèlerins de S. Jacques. 

Des rois. 

Des fêtes des paroisses. 

De la fête des Fous. 

De l'Ascension. 

Le samedi d'après la S. Jacques, les pèlerins s'assemblaient à 
la maison du bâtonnier ou de celui qui représentait S. Jacques et 
venaient en procession à l'église S. Jacques où l'on chantait les 
premières vêpres, puis on reconduisait le bâtonnier en son logis 
en chantant des dictons devant ou dedans. Le lendemain, les 
pèlerins s'assemblaient au même endroit à 6 heures 1/2 du matin, 
allaient par la rue du Barbâtre à S. Remy, revenaient par la rue 
Neuve et on récitait les dictons devant S. Thimothée, dans la cour 
abbatiale de S. Remy, devant le grand portail de Notre-Dame, à 
l'Hôtel- Dieu, dans la chapelle Sainte-Catherine. Ils rentraient à 
S. Jacques et en ressortaient avec le célébrant, les diacres, etc., et 
allaient en procession à Tentour de la paroisse; on chantait ensuite 



390 MÉLANGES 

une messe solennelle et les pèlerins vêtus en apôtres commu- 
niaient. A la fin des vêpres on récitait les dictons dans les nefs de 
l'église; on allait ensuite à S. Pierre-le-Vieil où l'on redisait les 
dictons; enfin aux Capucins où on les disait à l'entour du jardin. 
On reconduisait ensuite le bâtonnier et on finissait par un Te 
Drnm et un dernier récit des dictons dont voici la première 
strophe : 

S. Pierre : Pour commencer ta créance 

Je croirais, sire, eu ta puissance. 

Et je confesse en vérité 

Que tu es Dieu et Trinité 

Qui vit en le ciel et la terre, 

Ainsi je crois avec S. Pierre 

Je crois en Dieu le père tout-puissant 

Saus rien enquerri aucunement 

Qui a fait de nulle matière 

Les anges, le ciel et la terre. 

Mgr Le Tellier a interdit les dictons et défendu aux pèlerins de 
se travestir en apôtres ' . 



Mémoires de Jean Maillefer, bourgeois et négociant de Reims, 
16H-1684. — Nous avons parlé récemment d''une communication 
faite au Congrès des Sociétés savantes par M. H. Jadart, membre 
de l'Académie de Reims, au sujet des mémoires de. lean Maillefer. 
L'auteur de cette note nous adresse une analyse de son travail, 
que nous sommes heureux de placer sous les yeux de nos lecteurs : 

Les livres de famille abondent dans le midi de la France, ainsi 
que l'a surabondamment prouvé M. de Ribbe, l'un de leurs pre- 
miers éditeurs. Ils sont plus rares dans le centre, mais on en 
retrouve encore de nombreux extraits dans les testaments et les 
registres conservés parmi les minutes des notaires. 

Dans la région rémoise, ces documents sont des relations liislo- 
ri([ues aussi bien que des récits intimes. Le bourgeois qui prenait 
la plume pour narrer ses inqiressions ne se bornait pas au cercle 
de la famille ; il relalail les menus incidents de la cité et de la 
province. 

C'est de la sorte que la famillr t'.anuiri écrivit un recueil sur les 
principaux événements du Hethélois aux xvï'" et xvii" siècles, el 
qu'un greffier de rilôtcl-de-Ville de CJiAteau-Porcien, Jean Taté, 
composa une chronique idcinc (TinlérêL sur les fails locaux de sa 
région au xviir siècle. 

Voilà des pièces encore inédilcs ilans leur ensemble, et cepen- 
ilant elles sont de li(Jè|es labicaux irun |ia>'<r (|n'arrani>enl. lro|i 



1. Note de la mnin du clianoine Lacourl : Hih. Nationale, collection de 
(jhampafcne, tome XX-VH. 



-MÉLANGES 307 

souvent ,"i leur guise, nos liisloriens inudenics, U^i ue prétéreraiL 
puiser ses coniuiissances aux sources vraimout orig-inales? A Reims, 
l'exemple a été donné de très utiles publications, dues à l'initiative 
de l'Académie et au zèle de M. Cli. Loriquet, si bien inspiré en 
divulguant les trésors dont il a la garde. 

L'édition du Journalier de Jean Pussot, maitre charpentier en 
la Couture, serait une leçon d'histoire à la |)orlée de tous, si ses 
trop rares exemplaires n'étaient devenus le partage des seuls 
bibliophiles. Il est vrai que, plus tard, les Mémoires d'Ûudard 
Coquault ont été tirés à plus grand nombre; mais ils sont aujour- 
d'hui demandés davantage à Paris et à l'étranger (jue dans la 
ville dont ils retracent les annales. 

11 faut cependant, pour l'honneur des historiens rémois, pour- 
suivre l'entreprise et mettre au jour les autres curieux recueils de 
ce genre que recèle encore le cartulaii'e municipal. Citons René 
Bourgeois, l'organe sincère, mais prolixe, du Conseil de Ville au 
xvu^ siècle; citons Jean Rogier, qui compulsa, avec méthode, les 
titres du chartrier dont il fit un commentaire d'une véritable 
valeur pour l'histoire; citons enfin Jean Maillefer, vers lequel nous 
attire particulièrement le caractère intime et moral de son précieux 
manuscrit. 

S'il n'offre pas un aussi grand intérêt historique que les précé- 
dents, il a tout le mérite et le charme des journaux de famille. 
C'est à ce titre que nous en présentons une très brève analyse, qui 
s'étend de 16H à 1684. 

Pour en faire connaître les détails, il faudrait donner le texte 
lui-même dans ses parties essentielles, avec l'abrégé des chapiires 
secondaires. Cette publication formerait un volume respectable, 
car le registre autographe ne comporte pas moins de 273 feuillets 
ou ooO pages du format petit in-foiio. Le tout comprend une série de 
plus de 30 chapitres dont la vie de l'auteur forme la première et la 
plus instructive portion. 

Issu d'une honnête bourgeoisie dont le négoce fit la fortune, 
Jean Maillefer était fils d'un marchand de soieries. On trouve, dans 
le Remensiana de M. Louis Paris, quelques pages très sommaires 
sur son existence, auxquelles pourront recourir ceux qui aiment à 
approfondir la condition ancienne des commerçants. Ils y appren- 
dront, notamment, les abus excessifs du régime corporatif. 

Maillefer raconte, en efi'et, le procès qu'intentèrent à son pèi'e 
les marchands drapiers pour l'empêcher de vendre du drap en 
même temps que des soies. Il dût à cette malencontreuse jalousie 
de ne point suivre d'études complètes au collège des Bons-Enfants 
de l'Université, et d'être rais, dès son jeune âge, en apprentissage 
chez un drapier, afin d'y gagner la franchise à temps, au sein de 
l'ombrageuse corporation. Heureusement, il eut la bonne fortune 
de sortir de cette étroite lisière en faisant un tour de France, près- 



398 MÉLANGES 

que un tour d'Eufope, car il séjourna successivement à Rome, à 
Paris et à Lyon. 

Il eut à Rome de plaisantes aventures qui dénotent son esprit 
curieux et investigateur; pour voir le pape Urbain VllI, il se glissa 
parmi la suite de l'ambassadeur de France au cours d'une audience 
de cérémonie. Il en rapporta une certaine connaissance de Titalien, 
suffisante pour pouvoir complimenter, en sa langue, le cardinal 
Barberini, quand il vint prendre possession du siège de Reims. 

A Paris, il constata bien des faits marquants dans les usages du 
monde, se montrant en tout un provincial avisé ; il vil le retour 
du roi du siège de La Rocbelle en 1627, et nota l'incendie qui con- 
suma, deux jours après, la toiture de la Sainte-Chapelle. 

A Lyon, il apprit les règles du commerce et la pratique des 
affaires, il acquit l'habitude de négocier avec les fournisseurs de 
Venise et de Gênes. 

Enfin il revint à Reims, rentrant avec joie, dil-il naïvement, 
dans la boutique et près de la marmite des père et mère. Il coula 
une vie paisible, fructueuse et honorée au sein de sa famille, au 
milieu d'une société qui le compta parmi ses plus utiles citoyens. 
Mais il ne fut pas seulement homme pratique et entendu, il fut à 
sa^façon un véritable philosophe. 

Voici le début des mémoires de Maillefer; il nous révèle la saga- 
cité et le bon sens de l'observateur : 

« Les Athéniens, écrit-il, avoient raison de mettre au frontis- 
pice de leur temple ceste parolle : Cognois toij mesme, car comme 
nos forces sont trop faibles pour pouvoir aimer et atteindre en 
ceste vie à la cognoissance de Dieu, il n'y a pas de cognoissance 
plus belle ny plus utile que celle de nous mesme. Touttes les 
auttres sciences à comparaison sont veines. . ., au lieu que la cog- 
noissance de nous mesme nous est très nécessaire pour régir nos 
actions pendant le cours de ceste vie, et en un mot pour y vivre 
heureusement, et enfin pour nous conduire à l'aultre vie qui doibt 
être éternelle. » 

Maillefer mettant en pratique son précepte, commence ainsi sa 
narration : 

« Je fais donques mon entrée en ceste vie le premier jour de 
décembre mil six cent unze, feu mon père se nomoit Charles Mail- 
lefer, décédé à quarente ans, etc.. . » 

Il poursuit son récit que nous avons suffisamment mis en relief 
pour engager à y recourir. 

Il est temps d'indiquer les chapitres de réflexions morales qui 
suivent l'autobiographie. Hln voici les titres qui précisent exacte- 
ment leur contenu : 

Combats de l'amour. — Combats estranges. — De l'art de com- 
poser. — Du temps. — Du commerce. — De la préséance. — De 
Testât ecclésiastique. — Des charges. — Du mariage. — Dea 



MÉLANGES 399 

voyages. — Des amis. — Des employés. — Des repas. — De cog- 
noistre le monde. — Des artisans. — Des Fainéants et vagabons. 

— Du soing. — Du jugement des hommes. — De ia vie heureuse. 

— La vie de feue ma mère. — Pratique des vertus. — Laretraitte 
et le silence. — De la chasteté. — De l'humilité. — De la patience. 

— De la prière. — De la charité. — De la diligence. — De 
la vérité. — Du jeune. — De la justice. — Du bon exemple. 

— Comandement à mes enfans. — Ode apologltique. — Conduitte 
pour ia vie. — Ambition à modérer. — Des hergnies ou ruptures. 

— Des imaginacions. — De la mort. — Des banqueroutiers. — De 
l'habitude. — De la cholère. — De la guerre. — Des infirmités. — 
Du logement. — De l'espérance. — Du desgout. — Desseings de 
cest guerre. — De l'ennuyst. 

En atteignant les derniers chapitres, l'auteur arrivait à la vicl- 
lesse; il avait condensé à loisir ses souvenirs, ses comptes de 
négoce, ses conseils à ses enfants, ses poésies et ses œuvres litté- 
raires. II continua, bien qu'atteint des plus cruelles infirmités, à 
noter au jour le jour ses impressions, les incidents de sa famille, 
la mort de ses amis, ses propres souffrances, et surtout ses élans 
vers Dieu, en qui se confondaient ses invincibles sentiments de 
confiance. 

Notre époque ne comprend plus la grandeur surhumaine qu'ins- 
pirait jadis aux hommes les plus humbles, une connaissance appro- 
fondie de l'Ecriture Sainte. Ces fortes générations de chrétiens 
étaient bien moins adonnées aux pratiques minutieuses et étroites 
de religion, qu'à la lecture et à l'intelligence des fortes pensées de 
l'Evangile. Au soir de la vie, l'âme y trouvait une consolation 
suprême, un avant-goût de l'éternité. 

Après avoir cité Montaigne, Maillefer rapproche de l'auteur pro- 
fane cette citation pieuse : Qiiomodo dllexi legem taam, Domine, 
Iota die meditatio mea est, puis il ajoute ce commentaire : 

« Les gi'âces que je receue et que je reçois continuellement de 
vous, mon Dieu, sont inconcevables; mais de vous, mon Dieu, il 
ne peut venir que des choses grandes, vous êtes le tout puissant et 
nous sommes des néants. . . » 

Tirés du néant par Dieu, nous sommes immortels, ajoute-t-il 
plus loin, laissant ainsi entendre que sa fin prochaine ne l'effrayait 
pas. 

Des soins constants et affectueux entourèrent au surplus ses der- 
nières années soit à Reims où il séjournait la plus grande partie 
de l'année, soit à Cormontreuil où il possédait une maison de cam- 
pagne. Il parle souvent des fruits qu'il y recueillait, des séjours 
qu'il aimait à y pz-olonger Le 16 juillet 1680, il consignait cette 
page dans son journal. 

« Je m'en retourne à Reims, Dieu aidant, cesle après midy, 
ayant envoyé quérir les chevaux de monsieur mon nepveu le lieu- 



■100 MKLAJNGES 

lenaal criiuiuel, à cause que les chemins sont gastés de la pluyt". 
Voici le tiO™'-' jour que je suis en ce lieu avecq mon fils Philipes, 
n'y ayant pas encore resté sy longt temps. Je me porte assez bien, 
grâce à Dieu. J'y ai receue 70 lestres, dont il y en a 62 de mes 
enfans. » 

La correspondance, on le voit, ne chômait pas, malgré le 
jnanvais état des chemins; si la vie de famille était très ati'ec- 
tueuse, c'est que les relations étaient constantes et tous les mem- 
bres groupés les uns près des autres. 

Jean Maillefer avait épousé Marie Lelevre, el un de leurs lils, 
Philippe, né en 1664, eut pour parrain Philippe d'Orléans, frère 
de Louis XIV, et pour marraine la reine de France, représentée 
par Angélique de Beauvais. 

Ce nom si honorable était encore porté à Reims il y a quarante 
ans, en même temps que s'y étaient transmises les traditions 
d'honneur et de loyauté, inséparables du nom depuis deux siècles. 

Le fils de Jean Maillefer acheva de remplir le registre paternel, 
en nous donnant d'abord le récit de la mort de son père survenue 
le 13 mai 168i. 11 y joignit des mentions et des dates d'événements 
de famille, puis le discours qu'il prononça, le -il décembre 1704, 
en la justice consulaire, et enfin l'éloge funèbre de sa femme, 
morte en 1711. Voilà de précieux et complets documents . [pour 
retracer l'histoire des Maillefer. Ils furent Tune des familles 
modèles de cette bourgeoisie l'émoise qui en compte tant d'autres 
l'emarquables, les Rogier, les Levesque, les Roland, les de la Salle, 
pour ne citer que les plus dignes de souvenir. Leurs bienfaits, leurs 
œuvres, leurs écrits, leurs noms seuls sont une pari glorieuse du 
patrimoine intellectuel de Reims ; ils forment une dynastie dont 
notre époque intelligente et investigatrice doit aimer et bénir la 
mémoire. H. Jadart. 

(Courrier de la Champagne.) 



Le Secrétaire Gérant, 

Léon Fké.mont. 



LETTRE DE PRAlNÇOlS r 

lï DIOCÈSE DE TROTKS POUR L\ (il'ERRE D'ANGLETERRE 

{[■1 Février i:i45) 



Les Archives de l'Aube renferment (sous la cote G. Lias. 
162) un document historique important. Il comprend : ]° une 
lettre de François P"", du 12 février l'ô45 {nouv. style), qui 
impose uu subside aux bénéficiers du diocèse de Troyes, pour 
la guerre qu'il projetait contre l'Angleterre ; 2"^ uu rôle des 
bénéfices, avec la cote d'imposition de chaque bénéficier; 
3° les quittances du receveur général des finances délivrées 
aux percepteurs ecclésiastiques nommés pour lever l'impôt. 

I. — Le roi rappelle d'abord la glorieuse résistance des Fran- 
çais contre les armées de Charles-Quint et d'Henri VIII, pen- 
dant la campagne de 1d43-1544, et la paix signée avec l'empe- 
reur, à Grépy, le 18 septembre 1544. Mais Boulogne a été 
rendue aux Anglais le 14 septembre 1544, par Jacqueo de 
Coucy-Vervins. Contrairement à l'opinion de VArt de véîifier 
les dates (t. XII, p. 246, éd. Saint-Allais), le roi déclare que 
la ville serait encore au pouvoir des Français, « si les chefz des 
gens de guerre estant en icelle eussent eu leur cueur aussi 
bon comme ilz estoient bien fournis de vivres, munitions... » 
Enfin le roi développe un plan de campagne contre Henri V'III, 
qui a repoussé des offres de paix très honnestes et plus que 
raisonnablez, » qui lui ont été faites selon « l'encienue et natu- 
relle magnanimité des François. « Non-seulement le roi se 
met en devoir de recouvrer la ville de Boulogne et d'arrêter 
tout progrès de l'invasion anglaise en France, mais il projette 
une descente en Angleterre pour a getter » dans les états 
d'Henri VIII « la guerre à laquelle il est iniquement obstiné. » 
A cet effet le roi vient de former : 1" une armée de terre, qu'il 
entretiendra dans le Boulonnais ; 2" une grande flotte portant 
une armée assez forte, non-seulement pour garder la mer, 
mais encore pour opérer une descente sur les côtes d'Angle- 
terre et envahir le pays ; 3° « une aultre grosse armée qui se 
dresse en Escosse pour courir sus à nostre dit euuemy. » 
On sait que tous ces projets aboutirent à la prise de l'ile de 

26 



402 LETTRE DE FRANÇOIS I^'" 

Wight, après le grand combat naval du juillet 1545. C'était 
la première fois que les Français se mesuraient avec les An- 
glais sur mer. La paix fut conclue avec l'Angleterre à Ardres, 
le 7 juin 1^46; mais la ville de Boulogne ne fut rendue à la France 
que le 24 mars 1550, par le traité d'Outreau, moyennant 
400,000 écus. 

II. — C'est pour réaliser les projets qu'il vient d'exposer, que 
le roi impose aux bénéficiers du diocèse de Troyes un don gra- 
tuit ou subside de 13,352 livres, équivalent à quatre décimes 
du revenu des bénéfices ecclésiastiques. La répartition de cet 
impôt a donné lieu de dresser un rôle des contribuables, qui 
est plus complet que tous les rôles d'aides et de subsides qu'on 
trouve antérieurement à 1545. Nous le publierons procbaine- 
mont dans VEtat de V ancien diocèse de Troyes avant la Révo- 
lution. 

III. — Le don gratuit, imposé en 1545 aux bénéficiers du dio- 
cèse de Troyes, était relativement onéreux, puisqu'il équivalait 
à quatre décimes du revenu bénéficiaire. D'ailleurs ces sortes 
de dons gratuits étaient fréquemment imposés par le roi ; car, 
selon Y Art de vérifier les dates., « les tailles, sous le règne de 
François I'^'", augmentèrent de plus de neuf millions. » Cepen- 
dant les bénéficiers du diocèse de Troyes s'exécutèrent sans 
retard, et les percepteurs ecclésiastiques effectuèrent le recou- 
vrement complet de l'impôt de manière à faire leur dernier 
versement le 6 mars 1546, à Reims, entre les mains du rece- 
veur général Jean Piocbe. 

Françoys, par la grâce de Dieu roj" de France, à noslre amé 
et féal conseiller l'évesque de Troyes, ou à ses vicaires, Salut. 

Puysquo par les grands elfors, conspirations et entreprinsos des 
plus grands et puissans princes de la chrestiantô et de leurs 
royaulmes, pays, communiiez et subgcctz, nos plus prochains 
voisins et anciens ennemys entrez avec grosses et furieuses armeez 
en nostre royauhuc î^ diverses fois et en divers ondroictz durant la 
dernière guerre, a esté myeux que jamays cogncu, exprimé et 
santi quelle est la force et résistance de nostre dit royaulme 
conservé soubz la main do Dieu, noire Créateur, pour l'unyon, 
obéissance et bonne volaintô do tous les cslatz et subgeclz d'iceluy, 
dont est provenue la paix et alliance faicte entre Nous et mon 
beau-frère l'Empereur, laquelle , comme nous l'espérons, entre- 
tiendra nous et les cniruns, pays, subgcctz de cbascun de nous en 
longue, parfaictc et prospère aniytié cL tranquillilé. EL aussi puis 
qxie de tout ce que nous tenons avant le conmieaccment de ladite 



LETTRE DE FRANÇOIS l"'' 403 

guerre nous n'avons à présent rien perdu, sinon noslre ville de 
Boullongne, qui fust encore en nos mains, si les chefz des gens de 
guerre estant en icelle eussent eu leur cueur aussi bon comme ilz 
estoient bien fournis de vivres, munitions et aultros choses néces- 
saires à leur deffence. Et que en là xpistianté, qui na guère estoit 
quasi toute esmue et armée contre nous, n'avons pour le présent 
aultre ennemy que le roy d'Angleterre, lequel n'a voulu accepter 
les très honnestcs et plus que raisonnablez oiFres et coaditious de 
paix à lui présentées de nostre part, c'est chose condescente, 
nécessaire et appartenant à l'encienne et naturelle magnanimitié 
des François. Que non seulement nous mettons en devoir de recou- 
vrer ladite ville de Boullongne et d'empescher le roy d'Angleterre, 
notre ennemy, de faire aultre entreprinsesur Nous; mais en oultre 
de nous efforcer à gelter en ses pays la guerre à la quelle il est 
iniquement obstiné. Et à cestc cause avons fait dresser une armée 
par terre que nous entretiendrons en nostre pays de Boullongneys, 
tant pour l'advitaillement de nostre ville d'Ardre, que pour faire 
teste à nos ennemys et empescher qu'ilz ne soient secourus de 
vivres et aultres munitions à eux nécessaires en ladite ville de 
Boullongne. Et faisons préparer, équiper et advitailler grand nom- 
bre de gros navires, galUons, gallères et aultres vesseaulx, tant en 
la mer de ponant que en celle de levant, pour faire une grosse 
armée de mer assez forte et puissante, non seulement pour garder 
les Anglois de courir sur la mer et oultrager nos subgectz, en 
quoy faisant nous assurerons le train et commerce de la marchan- 
dise par de là la mer grandement profitable à uosditz subgectz; mais 
aussi pour faire descentes es pays d'Angleterre et exécuter certai- 
nes entreprinses dommaigeables à nostre dist ennemy. Aussi fai- 
sons dresser grand nombre de gens de guerre pour la dite armée 
en noz pays prochains de ladite mer, afin de préserver noz aultres 
pays des dommaiges que leur pourroit porter le passaige desdits 
gens de guerre, delà soulde desquelz, quand ilz seront embarquez 
sur mer, nostre royaulme sera délivré. Pour l'entretenement des 
quelles armeez de terre et de mer ; pour subvenir et contribuer à 
la soulde d'une aultre grosse armée qui se dresse en Escosse pour 
courir sus à nostre dit ennemy ; aussi pour le grand secours que 
nous avons promis pour la deffance de la chrestianté contre les 
ennemys de la foy chrestienne, faisons graudz préparatifz coati'e 
iceux ; et pour les grandes fontes et munitions d'artillerie, vivres 
et aultres provisions nécessaires, réparations, fortifications et def- 
fences des . places des frontières, et aultres grandes despences de 
ceste dite année, Ceulx qui ont veu et entendu les incroyables 
despences qu'ilz nous a convenu par cy devant supporter peuvent 
bien juger que tous les deniers ordinaires et extraordinaires des 
années passéez n'est rien demouré bon qui ne soit deu et assigné 
pour reste des despences faictes en icelles annéez passéez, et qu'il 
convient par nécessité pour ceste dite année lever et recouvrer 



/,Q4 lkttrl; J)E krançois i"'' 

aultres grandz deniers, avec l'aide de noz bons et loyaiili.subjj;eclz; 
lesquelz continuant leur bonne alfection seront prest d'uydcr de 
leurs puissances à la conduicte de la guerre qui reste îi faire 
promptenient pour parvenir au reste do la paix et union de la 
crestianli^, ou pour le moins pourgetter hors nostrc dit royaiune 
ladite guerre et les souldars estrangcrs dont nosdils subgects sont 
las et ennuyés en leurs maisons, terres et héritages. A ces causes, 
nous mandons que incontinent vous faictcs assembler les gens 
d'église et clorgié de votre diocèse, ou aulcuu nombre compétant 
des principaux d'iceulx, et après leur avoir reniouslré noz affaires 
dessusdictes, leur requérez de par Nous qu'ilz nous octroyent et 
accordent en don gratuit et octroy caritatif la somme de treize 
mil trois cens cinquante deux livres, équipolont à quattrc décimes 
(les t'ruictz et revenu de leurs bénélices, à i)ayer la moictyé d'i- 
celle somme au quinziesmc jour de may, et l'aultre moycliô au 
premier jour d'aoust prochainement venant ; et la sonune coctisés 
et départes promptenient sur lesdits gens d'esglise sans aulcun en 
excepter ne exempter, faictes lever et recepvoir ausditz jours par 
celuy qui à ce faire vous commettrez suffisant et solvable, et in- 
continent après porter et délivrer au recepveur général de noz 
liûances en la ville de Reyms, qui on baillera ses quittances, et 
après l'envoyra au trésorier de uosti'e espargne pour convertir en 
luts dits urgens affaires ainsi (îomme, il sera par Nous ordonné. De 
ce faire vous avons donné et doniu)ns pouvoir, autliorilé, commis- 
sions et mandement espécial, par ces dites présentes mandons et 
commandons à tous noz justiciers officiers et subgcctz que à vous 
en ce faisant soit obéy nonosbtant quelconquez ordonnances, pri- 
vilèges, etc., à ce contraires, pour lesquelles, à cause do l'impor- 
tance de nos dites affaires, ne voulions estro différé, car tel est 
nostre bon plaisir '. Donné à Montargis, le XIP jour de février 
l'an de grâce mil cinq cens quarante quattrc ci d<' nostre règne le 
trente et ungiesme. » 

Les décimes sont levées pur Jean Petit, chanoine de la cathé- 
drale. Le compte e.sl rendu par lui et « sigiu- juir .liivenis, vicaire- 
général de Mer jy Troycs -. ■' 

Versements cl ijuitlonres. 

1. — Le 4 juin 1515, « Je Jehan l'ioclu!, rouseilhîi- du lloy et 
recepveur général de ses finances en la charge et généralité d'oul- 
tre Seyne et Yonne pour ledit seigneur, estably ii Heyms, confesse 
avoir receu contant des vénérables chanoines et chappilre de l'é- 



1. François 1" est l'auteur de celle roniiulc, (jui s'oinploic diiis la plu- 
pari dos édils ou lellres-royaux . 

'■2. A celle Louis de Lorraine, àg<5 do 1"J uns, oldil évèqau-a lininislralour 
de Troycs. 



LETTRE DE FRANÇOIS I"' 401» 

glise de Troyes, le siège épiscopal vacant, par les mains de niaislre 
Jehan Petit et Bauldouyn lo filanc, ciianoynes de ladite csglisc, la 
somme de qualtre mil liuict cens vingt neuf livres sept solz tour- 
nois, en mil escuz soleil, cinquante cinq solz tournois, cent dou- 
blez dncatz à «juatre livres seize solz tournois pièce, et le reste 
lestons et demy testons, sur ce qui peuvent debvoir à cause du don 
gratuit éqnipollont à deux décimes par eulx accordez au Roy en 
cestc présente année, pour subvenir à ses aQ'aires, du terme paya- 
ble au quinziesme jour do niay dernier' passé, suivant Testât à moy 
baillé. Icelli! somme de IIII»' Ville XXIX 1. VII s. t. à moy ordonné 
par ledit seigneur pour convertir et employer au faict de mon 
office, dont je me tiens contant et bien payé et eu ay ({uitlé et 
quitte lesdits chanoyncs et chappitre Petit et Liîblanc et tous aul- 
trcs. Tesmoing mon seing manuel ay mis le llll'' jour de juing l'an 
mil Vc XLV. .. 

« Ainsin signé : Piochk. )> 

II. — Le 12 juillet 1 iiii, Pioche délivre aux mêmes une autre 
quittance de « la somme de dix huict cens quarante six livres 
treize solz tournois, en deux cens escuz à quarante cinq solz pièce, 
testons, douzains, dizains et liars. » 

III. — Le 5 septembre lo45, Pioche délivre aux mêmes une 
troisième quittance de u la somme de cinq mil deux cens quattre 
vingtz huycl livres, sept solz, quattre deniers tournois, en quinze 
cens e?<;uz soleil à XLV solz pièce, deux cent vingt six ducatz à 
XLVIII s. t. uussy pièce, et le reste testons, demy testons, douzains, 
dizains. » 

IV. — Le 6 octobre l.'ii-ii, Pioche délivre aux mêmes une qua- 
trième quittance de « la somme de huyct cens douze livres tour- 
nois en VI" escuz soleil à XLV s. t. pièce, douzains, dizains. » 

V. — Le 23 octobre lliio, Pioche délivre aux mômes une cin- 
quième quittance de « la somme de trois cens dix livres tournois 
en cinquante escuz soleil à XLV solz pièce, testons, douzains, 
dizains » 

VI. — Le (1 décembre lîJi'J, Pioclie délivre aux mêmes une 
sixième quittance de « la somme de deux cens douze livres tour- 
nois en vingt escuz soleil à Xl^V solz |iièce, et le reste en testons 
à XI solz aussy pièce, et douzains. » 

VII. — Le 6 mars l.'liO, Pioche délivre aux mêmes une septième 
quittance de « la somme de LUI I. XII s. VU! d. t. en monnoie de 
douzains et double. » 

«Somme des deniers complables, XIII'" III'- Ml livres tournois. " 

("-II. Lai.ork. 



MONOGRAPHIE 



DE 



L'ABBAYE DE BONNEPONTÂINE 



Cinquante ans plus lard, en I068, François de Haugest, 
seigneur de Geulis et zélé de huguenot, a^-anl ravagé le Laon- 
nais, traversa la Thiérarche pour aller rejoindre le prince 
d'Orange à Indoigne, il est probable qu'il n'épargna pas Bon- 
nefontaine. C'est ce que semblerait indiquer la date de 1569, 
que porte la cloche de l'abbaye qui se trouve aujourd'hui à 
l'église paroissiale de Blanchefosse, et sur laquelle on lit l'ins- 
cription suivante : « M. Jehan de Coucy, abbé de N.-D. de 
Bonnefontaine, doyen et chanoine de Rozoy, f Frère Jacques 
le Geusier, prieur audit au 15G9, m'a fait faire >^. 

Quelques années plus lard, en 1586, l'abbaye eut encore 
beaucoup à souffrir de la part des calvinistes de Sedan qui la 
pillèrent complètement. 

En 1707, l'abbé de Bonnefontaine eut à réprimer de nom- 
breux délits dans ses bois de Coingl, où ils prenaient toutes 
les proportions de l'usurpation violente et de la rébellion armée. 
M. Martin, dans son Histoire de Rozoy-sur- Serre, nous a 
raconté tous les incidents de ce curieux conflit, où l'on voit 
une population s'opposer à l'exécution de la loi, et repousser 
successivement à main armée deux huissiers et les hommes 
chargés de les aider dans l'accomphssemeut de leur mandat \ 

Il est probable que les terres de l'abbaye n'échappèrent pas 
au désastreux hiver de 1709, dans lequel, dit un manuscrit 
contemporain « tous les blés ont été gelés sur le terroir de 
Rumigny et voisins. On a donné à cette année le nom de 
chère année^ ». 

Nous touchons, dans notre récit, à la période révolution- 
naire qui vit disparaître cette abbaye de Bonnefontaine, « dont 

• Voir page 321, tome XVIII, de la lierne de Champagne et de Bric. 

1 . T. II, p. 3îi3 et suiv. 

2. Arcli. delà f'ab. de Uumigny. 



MONOGRAPHIE DE L' ABBAYE DK BONNEFONTaINE 407 

le pape Alexandre III confirma les possessions, et qui reçut 
aussi de grands privilèges des Souverains Pontiies Innocent 
IV, Grégoire X et Clément X' ». Avant d'aborder cette partie 
de notre étude, consignons quelques faits historiques qui 
n'ont pas trouvé place plus haut. 

Bonnefontaiue possédait une imprimerie qui eut une cer- 
taine céléhrilc, et dans laquelle Rennesson de Laon vint 
exercer son art. En 1677, on y imprima un hrévaire, un mis- 
sel et un rituel de l'ordre de Citeaux. 

Bertrand Tissier, natif de Rumigny, le célèbre prieur dont 
nous avons déjcà parlé, et qui introduisit la réforme dans l'ab- 
baye, y publia (1660-1664), les six premiers volumes de l'édi- 
tion in-folio de sa BiDliothèque des écrivains de l'ordre. 
^ihliotheca Patnmi Cisterciensium, Ce savant rehgieux, qui 
avait le titre de docteur en Sorbonne, est aussi auteur de plu- 
sieurs ouvrages de polémique et de théologie imprimés à 
Gharleville. 

Voici la liste d'ouvrages imprimés à Bonnefontaine : 

Le Valois Royal amplifié^ in-S", 1662, par Muldrac, prieur 
de Longpont, ami de Tissier. Ouvrage rare. 

Hisioria Fusniacensis cœnoMi {Foig)iy), necnon Collationes 
seu sermones qiiorumdam mo'iiachorimi ejusdem loci. '■Mono- 
Fonte, 1670. 

Dom Marlot appelle Tissier, un homme très érudit, d'une 
science peu ordinaire, et il se fait un titre de gloire de son 
amitié". 

Bonnefontaine eut aussi l'insigne honneur de fournir à 
l'Eghse un saint nommé Thomas, dont la fêle est indiquée au 
3 juillet sur les calendriers de l'ordre de Citeaux. On ignore 
l'année de sa mort, et on sait peu de choses sur sa vie. Voici 
l'article que lui a consacré Chalemot, dans sa Série des Saints 
de Citeaux^. 

« En Thiérache, province de la Gaule Belgique, au monastère 



1. Dictionnaire des abbayes et des monastères. Coll. Migne, 1856, 
p. 128. 

2. « Vir eruditissimus, doctriuœ non vulgaris, mihi amicissimus ». 
T. II, 320, 881 . 

3. Séries Sanclorum et Bcalorum Ordinis Cisterciettsis, auctore R. P- 
Chalemot. Parisiis, 1666. — Menologiuiii (Sislcrcieiise d'Henriquez, 3» jour 
de juillet. — Manrique, dans sps Amiales, parle du bienheureux Thomas, 
sous la date de 11.54. 



408 MONOGRAPHIE DE l'aBBAYE DE BONNEFONTAINE 

de BoDuefonlaine, de la filiation de Signy, diocèse de Reiras, 
la fête du bienheureux Thomas, prieur de Bonnefontaine. Ce 
saint homme, puissant en œuvres et en paroles, mena une vie 
fort exemplaire et se fit remarquer par sa grande piété. Il mit 
tous ses soins à marcher sur les traces de ses saints prédé- 
cesseurs, qu'il imita de tous points. Après avoir heureusement 
terminé le cours de sa vie, il s'envola au ciel et fut inscrit au 
catalogue des saints de l'ordre de Citeaux, en ce troisième 
jour de juillet. Tous ceux qui ont écrit avec amour de l'ordre 
font une mention honorable de ce bienheureux ». 

Citons encore un religieux nommé Dom Arnould ; il avait 
composé un recueil de sermons qui n'ont jamais été imprimés, 
mais dont le manuscrit se gardait à l'abbaye de Longpont, 
près de Soissons. On ignore le siècle où il a vécu'. 

Le Fouillé de 1346 indique pour Bonnefontaine un revenu 
de 432 livres parisis, et une taxe de 31 livres 12 sols. 

Celui de l'abbé Bauny de 1777, dit : « Cette abbaye est en 
commende, elle est estimée aux décimes 6000 1. et paie de 
taxe 1397 1. 

« La communauté est ordinairement composée de douse 
religieux qui ont un prieur à leur à leur tète ». 

Bonnefontaine ressentit de bonne heure le contre-coup de 
la Révolu lion. Les religieux furent obligés de quitter ce saint 
asile au mois de mars 1790. L'estime et l'affection qu'ils 
avaient su s'attirer, par leurs vertus et leur charité, ne réus- 
sirent pas à les abriter contre les funestes conséquences des 
décrets qui sécularisaient les communautés. 

Au moment de la suppression, l'abbaye ne comptait plus 
que huit religieux qui possédaient les cures de Coingt et de 
Marlemont, ainsi que la desserte de Blanchefossc *, 



1, Uihliolheca Scrtploruni, Ordinis Cisterciensh. l>e Visch. — Grande 
Bibliothèque ecclésiastique de Labbc, édil. de Cologne. 

2. Coingt. Voir ce que nous avons dit plus haut. Nous nous conlenlerons 
d'ajouter comme note historique, les renseifjufnienls suivants, qui résultent 
d'un devis dressé le U) février l"8'i : 

rt L'église paroissiale du village de Coin dont les chœurs et cancols sont 
à la charge de ladite abbaye (de Bonnerontainoj, suivant la Irndilion du 
pays, fut autreiu s consumée par le feu qui a communiqué d'un refuge de 
pestiférés, qui avait été établi pri!s do ladite éj^lise, dans le temps de la 
peste de 11568. Cette église entière:nont consumée dans ce lemi)s-]à, n'a pu 
être réédiliée à cause des malheurs causez tant par In ];este que par les 
"■lierres. Elle a été simplement rétablie en oratoiri- érigé sur poteaux, le 



MONOGRAPHIE DE l' ABBAYE DE BONNEFONTAINE 409 

Dom Cagniard occupait alors la cure de Blanchefosse, à 
laquelle il avait été nommé le 12 juin 1764 ; et il la conserva 
jusqu'à sa mort, arrivée le 24 vendémiaire au VI (15 octobre 
1789). 

de saint religieux sauva plusieurs objets précieux de l'abbaye 
de Bonnefontaine, nous en parlerons plus loin. Malgré les 
malheurs de l'époque, et l'indigence à laquelle il se trouva 
réduit, il ne voulut jamais s'en défaire. Les regardant comme 
un dépôt qui lui était confié, il préféra se réduire à la condi- 
tion de bûcheron plutôt que de se créer des ressources en les 
vendant. Il les déposa entre les mains de son légataire qui. 
suivant l'intention du testateur, les donna à l'église de Blan- 
chefosse, mais cala condition que le service religieux s'y ferait, 
et non ailleurs. 

Dora Cagniard s'était retiré, avec plusieurs prêtres non- 
assermentés dans le bois d'Estrémont ; c'est de là qu'ils sor- 
taient pendant la nuit pour aller porter les consolations reli- 
gieuses dans les paroisses environnantes. 

Les biens de l'abbaye de Bonnefontaine, devenus propriété 
nationale, furent mis en vente, et adjugés à très bas prix au 
mois d'août 1790. L'acquéreur ne pouvant en solder le prix, 
quoique très faible relativement à la valeur des immeubles, la 
propriété fut remise en vente publique à Rocroy, en 1792. Ce 
fut alors qu'elle fut adjugée, sur une seule enchère, à M. 
Charles-Nicolas Truc, notaire et avocat à Rocroi, âgé alors de 
vingt-huit ans. 

Çevenu contre toute attente, propriétaire de l'abbaye, M. 
Truc en fut fort embarrassé et ne prit pas immédiatement 
possession de sa nouvelle acquisition. Ce fut durant cet inter- 
valle que la maison fut livrée au pillage. Cependant la magni- 
fique église restait debout. Survint alors un général français, 
nommé Oudinot, chef d'un bataillon de volontaires parisiens, 
en quartier à Rumigny, il détacha quelques hommes pour 
aller enlever, ou plutôt briser les armatures en fer de l'église 
de Bonnefontaine. Cet acte de vandalisme entraîna la chute 
des voûtes , et par suite celle d'une partie considérable de 
l'édifice. 

M. Truc, dont les tendances religieuses étaient connues, et 



pourtour garny de branches ou lateaux. avec uue couverlure en bordeaux 
non cartelés ». Papiers de M. Edouard Piette, de Vervins. 

Marlemont, canton de Rumiprny, arroml. de Rocroy. 



410 MONOGRAPHIE DE l'abBAYE DE BONNEFONTAINE 

qui avait deux oncles chanoines, fut accusé par le tribunal 
révolutionnaire d'avoir acheté l'abbaye pour la rendre dans la 
suite aux religieux. C'est pour ce motif que le citoyen Levas- 
senr de la Sarthe, représentant du peuple en mission dans les 
Ardennes, ordonna, le 16 floréal an II (5 mai 1794), au comité 
de Charleville, de le faire incarcérer comme suspect au Mont- 
Dieu*. Voici les termes de l'arrêté : « Que Truc, procureur 
dans l'ancien régime et demeurant à Aubigny, est célèbre par 
les vexations et concussions qu'il a exercées contre le peuple 
et qu'il a toujours tenu la conduite la plus aristocratique; 
qu'il est le neveu et l'intime de deux prêtres émigrés, lesquels 
ont voulu faire la contre-révolution dans le canton de l'Echelle 
et voisins, enfin qu'il est prévenu de dilapidation dans une 
acquisition de biens nationaux ». Prévenu à temps, M. Truc 
se déroba au mandat qu'on venait de lancer contre lui, mais il 
revint, après le 9 thermidor se constituer prisonnier au Mont- 
Dieu, pour éviter l'application de la loi contre les émigrés. Il 
en sortit cependaut quelque temps après, à la suite d'une 
demande qu'il avait adressée au représentant Lacroix, et dans 
laquelle il priait humblement « qu'il lui soit accordé de venir 
en bon républicain faire cultiver ses terres* ». 

Devenu alors paisible possesseur de son nouveau domaine, 
M. Truc conserva une partie de son acquisition, eu revendit 
une autre, et ne pensa plus qu'à réparer et à reconstruire le 
cloître et la maison dont il ne restait plus que la façade. Il 
mourut le 30 mai 1843, et fut inhumé le T"'" juin suivant. Son 
corps est déposé dans un caveau voûté et adossé au grand 
autel de l'église paroissiale. Au-dessus, on lit cette inscriptFon 
qu'il avait fait placer de son vivant : Sou Deo honor et 
GLOiaA\ Sur une pierre de marbre de blanc, ou lit cette autre 
inscriptioQ : 

« Gi-git M. Charles -Nicolas Truc, né à Aubigny, le 21 



1. Monl-DieUf Chartreuse, cantou de liaucourl, arroudiseement de Sedan. 
Ardennes. 

2. Cette curieuse requête, qui se trouve aux archives de Mézières et qui 
a été reproduite dans la Revue historique des Ardennes, t. II, p. 72, 74, est 
adressée par « Charles-Nicolas Truc, cultivateur à lilauchefosse, district de 
lloc-libro (Rocroi), au représentant du peuple Charles Lacroix, en mission 
dans le département des Ardennes. Pièces Justif. V . 

3i La pierre sur laquelle se trouve placée celte inscription servait de 
fronton à la porte principale du cloître qui faisait face à l'église de 
l'abbaye. 



MONOGRAPHIE DE L'aBBAYE DE BONNEFONTAINE 411 

septembre 1761 ; avocat, notaire; décédé en sa demeure à 
Bonnefontaine, le 30 mai 1843. Bienfaiteur de cette église. 

« Priez Dieu pour lui ». 

Le domaine passa ensuite, par héritage à M. Renard Truc, 
Théophila Maur Cosme, ancien notaire à Rocroy, neveu de 
M. Truc, né à Aubigny, le 4 novembre 1790. Maintenant il 
est la propriété de M. et M""' Lamotte-Renard, petis-neveux 
de l'acquéreur. 

Constatons en terminant le soin religieux avec lequel les 
propriétaires actuels de Bonnefontaine veillent sur les ruines 
de l'antique abbaye, et la gracieuse affabilité avec laquelle ils 
mettent le voyageur à môme de visiter ce qui reste de cet 
ancien monument, témoignage vivant encore, malgré son état 
de vétusté, de la foi de nos pères. 



CHAPITRE II 
Abbés de Bonnefontaine. 

§1 

ABBÉS RÉGULIERS 

L Thierry, moine de Siguy, fut choisi par le vénérable 
Bernard, abbé de ce monastère, pour fonder, en 1152, avec 
l'aide de douze religieux, l'abbaye de Bonnefontaine, dont il 
fut le premier abbé. Il gouvernait encore cette maison le 
9 février 1 163, d'après une bulle du pape Alexandre III. 

II. Vaiitier lui succéda, mais en 1181 il devint abbé de 
Signy où il mourut en 1185. 

III. Pierre I. On trouve son nom dans le Cartulaire de 
Saint-Nicaise de Pv.eims pour avoir concédé, en 1 185, au prieuré 
de Rumigny dépendant de Saint-Nicaise, un muidde froment, 
en retour de quelques aisances qu'il avait obtenues pour sa 
maison. On voit aussi sa signature au bas d'une charte de 
1188, en faveur de l'abbaye de Foigny en Thiérache. 

IV. Etienne fut élu en 119U, et mourut le 7 mai suivant, 
d'après le Nécrologe. 

V. Gérard I qui lui succéda, concéda au prieuré de Rumi- 
gny, par acte authentique de 1206, l'usage de la vaine pâture 
dans les terres et bois de Bonnefontaine ; c'était rendre à ce 
monastère la même faveur que les religieux en avaient reçu 



412 MONOGRAPHIE DE l'aBBAYE DE BONNEFONTAINE 

SOUS l'abbé Pierre; mais comme, malgré cette réciprocité, 
la transaction était encore à l'avaulage de Bonnefoutaine, on 
maintint la redevance d'un muid de froment '. 

VI. Raoul. Son nom se trouve inscrit clans le aartulaire 
de Saint-Nicaise de Reims, sous les années 1210 et 1211. 

VII. Gérard II figure dans les Archives de l'abbaye d'Elan 
en 1214. 

VIII. Jean I souscrivit deux chartes en 1229 et 1248; elles 
étaient autrefois conservées au chartrier de Saint-Nicaise de 
Reims, 

En 1224 Henri, seigneur de Berlize lui donna une partie des 
dîmes du village et de celui de Noircourt, concession qui fut 
ratifiée par Alix, dame de Rozoy. 

En 1230, cet abbé fut choisi comme arbitre, ainsi que le 
curé de Bancigny, pour régler une contestation qui s'était éle- 
vée entre les religieux de Bucilly et la commune de Besmont. 
Voici quel en était ;e sujet. Par une charte de 1 192, Tabbaye 
de Bucilly et Nicolas de Rumigny, après avoir rappelé la cha- 
pelle fondée par celte abbaye sur ie territoire de Besmont, en 
l'honneur de sainte Marie, étaient convenus que, si un village 
venait par hasard à y être construit, casu aliûuo, l'église de 
Bucilly eu posséderait l'autel et toute la dîme, sauf le droit du 
prêtre. Cette prévision de la construction, du village s'étant 
réalisée, et la chapelle étant devenue insuffisante, le frère 
Richer qui en était curé, en demanda une aulre plus digne et 
plus convenable. La commune de Besmont et les religieux de 
Bucilly se refusant à cette dépense, dont ils se renvoyaient 
•■éciproquement la charge, la sentence de 1230 condamna la 
commune à construire une église convenable, sauf aux reli- 
gieux à la réparer quand il en serait besoin *. 

Nota. D'après quelques auteurs, il faudrait placer ici un 
abbé dont le nom est resté inconnu, et qui aurait été honoré 
])ar le B. (irégoire X d'une lettre apostoliqu(î. 



1. Pièces juslificatives C. 

2. « Anno 1230 a gralia l^ei, abbas Bouifonlis el D. pre»l)iler de Banci- 
gny, posl litem molam inter abbatoin Buciliensem el conveutnai ex una 
parte, et commuuitatcm de Belmonl ex allera, quantum ad ludificationem 
cancellorum ad celebranda commodiiis diviua in ecclesia de Belmont 
auditis hinc inde partibus, assignant cxtructioncui Jicti cancelli hominibus 
Bellomontanis, reparatiouera vero seu manuLcnlionem Buciiiensi abbaliœ ». 
Brève chronicon abbatiœ BuciUcnsis, par Casimir Oudin, publia par Arfli. 
Demarsy, Larm. Coquet et Stenger, 1S70, p. 21. 



MONOGRAPHIb; bH L ABHAYK DE BONNEFONTAINK il3 

IX. (xilles OU Eloi, parent, selon certains auteurs, de Fré- 
déric, duc de Lorraine, était abbé en 1266, 1277 et 1280, 
comme le prouvent des actes signés de sa main et conservés 
au Gartulaire de Saint-Nicaise. En 1277, une contestation 
s'élaut élevée entre les religieux et les babitanls de Bay, au 
sujet du droit de pfiturage concédé par la charte de 1206, 
Gilles fut choisi pour arbitre avec l'abbé de Saint-Nicaise '. 

« L'abbé Gilles était savant, dit Dom Noël, et l'on conserve 
actuellement dans la bibliothèque de Troyes, dans les manus- 
crits, sous la cote 1249, le recueil de ses sermons qui n'ont 
jamais été imprimés. C'est un in-quarto sur papier vélin de 
188 feuillets, écrits à l'époque, à deux colonnes, en gothique 
mixte avec rubriques et initiales coloriées. L'œuvre de Gilles 
se trouve réunie à celle d'autres auteurs de l'ordre des 
Cileaux, et a pour titre : Frater Egidius de Bono ^onte. 

X. Guy /vendit, eu 1312, aux moines de Signy, avec le 
consentement du Chapitre général, le moulin de Berlize. Ce 
moulin est probablement celui que Nicolas avait permis aux reli- 
gieux de Bonnefontaine, de faire construire sur l'étang qui est 
devant Rumiguy ; il leur avait aussi accordé' le droit de pèche 
dans l'étang, mais seulement pour l'usage des infinnes [et des 
malades de la maison. 

XI. iV^ïcoZa,? / est mentionné eu 1321 et 1323. 

XII. Guy II, que Marlot confond avec Guy I, et auquel 
il attribue la vente du moulin de Berlize. Sous son gouverne- 
ment, Guy de Chàtillon tlt don à l'abbaye d'un revenu annuel 
de cinq muids de froment. Celte donation fut confirmée en 
1359, par l'archevêque de Reims". Clément VI lui accorda un 
induit. Il mourut le 19 septembre 1375. 

Nota. Ici nous avons encore une lacune de plus de soixante 
ans. 

XIII. Ponsard, appelé aussi Ponce, siégea en 1449 et 1451. 



\ . Pièces justificatives D. 

2. Tous les auteurs, copiant probablement Marlot, disent que cette confir- 
mation fut laite par Guillaume de Trie : c( Coufirmavit Guilelmus de Tria 
Rcmensis Archiepiscopus anno 1339 ». Marlot II, 883. Or, Guillaume de 
Trie fut archevêque de Reims de 1324 à 1331, et en '1359, Jean de Craon 
occupait le siège de Reims. Il y a donc une erreur que nous n'avons pu 
vérifier, n'ayant pu retrouver l'acte. Si la confirmation a été faite par Guil- 
laume de Trie, la date de 13j9 est fausse; si au contraire, la date est vraie, 
il faut attribuer cette confirmation à Jean de Cra^n. 



414 MONOGRAPHIE DE l'aBBAYE DE BONNEFONTAINE 

On le croit parent des abbés d'Igny et de Signy qui portaient 
le même nom. 

XIV. Robert. Le nom de cet abbé ne nous est connu que 
par une cbarte de Saint-Remi, de 1457. 

XV. Pierre II, appelé d'Aubenton, du lieu de sa naissance, 
occupait le siège abbatial eu 1 470. 

XVI . Nicolas II de Lalohie reçut la bénédiction abbatiale 
des mains de Pierre de Laval, archevêque de Reims, probable- 
ment vers 1474. 

Le Gallia donne ensuite les noms de sept abbés, dont ou 
ne sait absolument rien, sinon que le jour de leur mort est 
indiqué dans l'Obituaire de Bonnefoutaine \ ce sont : 

XVII. Goswin. 

XVIII. Goiert. 

XIX. Jean II de Laloble. 

XX. Jean III Joli. 

XXI . Pierre III Jostrin ou Joffrin. 

XXII . Jemi IV Havet de Relliel. 

XXIII. Louis 1 de Rethel qui mérite une mention particu- 
lière. 

Il parait quil obtint l'usage des ornements pontificaux. « On 
observe que Louis de Rethel, dit D. Lelong, avait sa table 
séparée de celle des religieux, et souffrait qu'ils lui donnas- 
sent le titre de Monseigneur, usage peu conforme à la profes- 
sion monastique ^ ». 

XXXI. Jea7i V Kint ou Quint (cinquième de nom), mourut 
le 8 août lbo2. Dans son épitaphe il est désigné comme le 
31^^ abbé. 

XXXII. Jean VI d'AnerliouU fut probablement le dernier 
abbé régulier. Marlot semble indiquer que dés auteurs le 
regardent comme le premier abbé commendataire\ Suivant la 
tradition il aurait été d'abord moine de Saiut-Nicaise de 
Reims. 

\. Ici Marlol indique seulement le nom des trois abbés, avec la date de 
leur mort, d'après XOhiiuairc de Bonnefontaiue : 
« Gosvinus ad superos excessil, 19 docemb. ex obituario Boniibntis. 
« Johannes II excessil 20 maii. 
a Gobortus viverc dcsiit 25 maii ». Morlol 11, p. S82. 

2. P. 26C. 

3. Johannes d'Avcrhoult IV', regularis abbas, an commendatarius luerit, 
non constat ». Marlot II, p. 883. 



MONOGRAPHIE DE L'aBBÀTE DE BONNEFONTAINE 415 

§ II 

ABBÉS COMMENDATAIRES 

I. Jean î de Concy, fils de Raoul, seigneur de Vervins, et 
d'Hélène la Chapelle fut, en 1538, le premier abbé commen- 
dataire de Bonnefontaine. Il était aumônier du roi François I^"", 
qui le nomma à l'abbaye en vertu du concordat qu'il venait 
de signer avec le pape Léon X. Cet abbé, qui joignit à cette 
dignité, trois ans plus tard, le titre de doyen du Chapitre de 
Rozoy, avait toutes les quahtés d'un excellent administrateur. 
Aussi s'empressa-t-il de relever tous les lieux réguliers que 
les Calvinistes de Sedan avaient ruinés^ à l'exception de la 
magnifique église qui était restée intacte, nous dit notre his- 
torien Marlot*. Il fit aussi construire de son vivant, dans cette 
église, un mausolée assez remarquable dans laquelle on plaça 
seulement son cœur, car son corps fut déposé à Vervins dans 
le sépulcre de ses ancêtres^. Il mourut le 8 janvier, ou d'après 
Marlot,le 27 décembre 1584. Son mausolée a malheureusement 
disparu à la destruction de l'abbaye. 

Cet abbé se fit remarquer par le soin tout particulier qu'il 
prit des religieux qu'il regardait comme ses enfants. Les Ar- 
chives des Ardennes renferment encore l'état qu'il fit dresser 
en 1580 pour l'assiette des sommes à allouer aux divers servi- 
ces de la maison. Cet état nous apprend qu'il n'y avait alors à 
Bonnefontaine que six religieux revêtus du sacerdoce. 

II. Antûine-aux- Enfants, nommé en 1585, par le roi 
Henri II, gouverna jusqu'en 1600. 

III. Fiacre Ployart fut nommé par Henri IV en 1601, et 
mourut en 1622 ; on croit qu'il abdiqua quelque temps avant 
sa mort. 

IV. Emmanuel de Lannois de la Boissière, nommé en 1622 
ne fit que passer. 

V. Claude d' Ogier, aumônier de Louis XIII, obtint l'abbaye 
en 1623, mais onze ans après, il s'en démit en faveur d'un 
chanoine de Chartres, tout en se réservant une pension de 
1,800 livres. 



1 . « Totum monasterium reparavit, excepta ecclesia elcgantis structure, 
quse intégra remanserat ». Marlot II, 883. 

2. « Idem vivens sibi sepulcrum in ea sat insigne construxit, in quo 
tamen cor illius duntaxat reposituna est, corpus vero Vervinum iu Mausoleo 
gentilitio delatum ». Ibid. 



4 1 6 MONOGRAPHIE DE L ABBAYE DE BONNEFONTAINE 

VI . Nicolas de la Lâne, né à Paris et chanoine de Chartres, 
obtint l'abbaye en 1634, par suite de la résignation faite en sa 
faveur par Claude d'Ogier. et après avoir obtenu le 9 juin de 
la même année, l'agrément du roi; il la garda jusqu'en 1680. 
En 1642, il fit homologuer par un arrêt du parlement, la sépa- 
ration des menses abbatiale et conventuelle. Cet acte nous 
apprend que cette dernière ne comprenait guère que le tiers 
des revenus du monastère. Ce fui sous sou administration que 
D. Tissier, grand prieur perpétuel du monastère, y introduisit 
la réforme en 1664. 

VII. Charles Maurice le Tellier, archevêque de Reims, 
prit possession le 10 août 1682, et garda Bounefontaiue jus- 
qu'à sa mort, arrivée à Paris le 22 février 1710. 

IX. François Maréchal, conseiller au parlement de Paris, 
et le plus jeune des fils de Georges Maréchal, premier chirur- 
gien du roi, fut nommé le 2o juillet 1710 ; il conserva l'abbaye 
jusqu'à sa mort, arrivée à Paris le l'''' août 1733. 

X. Jean II Théodore Fagnier de Vienne, chanoine de l'E- 
glise de Paris et conseiller au parlement, fut nommé par 
Louis XV le 3 juillet 1737. La mense abbatiale valait alors 
4,800 livres, et le prélat, pour avoir ses bulles, paya à la 
chambre apostohque une taxe de 1,250 livres environ. 

XI. Pierre Maucler ou Mascler de laMuzancIière, né en 
1700 au diocèse de Luçon, sacré le octobre 1746 évêque de 
Nantes, fut nommé abbé de Bonnefoutaine en 1760, et mourut 
le 1*' avril 1775. Ce prélat, d'une conduite exemplaire, se fit 
remarquer par son zèle contre le jansénisme, 

XII. Julien César de Hercé, vicaire général du précédent, 
nommé en 1778, possédait encore l'abbaye en 1790, au mo- 
ment de la suppression. 

{A suivre.) J. Chardron. 



LES FIEFS 

DU 

LA. MOUVANCE ROYALE DE GOIFFY 

RÉI'EiiTOlRE mSTIlIlKlEE 4 ANAIÏTI^IIE 
PRÉCÉDÉ d'unk Étude huk lks fiefs 



6 avril 1734, déaombremeuL de Marquelon par Marie-Fran- 
çoise Legros, veuve d'André de la Coffe. (P. 1773 et reg. 30.) 

() novembre 1730, foi et hommage de Marquelon, par 
Gabriel-André de la Coffe, comme héritier de Marie-Françoise 
Legros, sa mère. (P. 1773 et reg. 36.) 

28 février 175o, dénombrement de Marquelon par Gabriel- 
André de la Coffe. (P. 1773, reg. 38.) 

18 novembre 1776, foi et hommage, et dénombrement de 
Marquelon. le mars 1777, par Antoine Duport, comme 
acquéreur de Louise Legros, héritière d'André de la Coffe, le 
relief liquidé à 200 livres. (P. 1773 et reg. 38.) 

MONTESSON 

Le fief de Montesson était situé dans la paroisse de ce nom 
qui forme, de nos jours, une commune du canton de Laferté- 
sur-Amance (Haute-Marne). 

Jean de Vergy, seigneur de Fou vent, sénéchal de Bourgo- 
gne, qui en était seigneur, le reprit, en 1273, du comte do 
Champagne, avec Pierrefaite, Monlangou, et uns rente inféodée 
de 90 livres sur la foire de Bur-sur-Aube, moyennant une 
somme de 500 livres et eu réservant la ligéité qu'il devait à 
l'évêque de Langres, au duc et au comte de Bourgogne *. On 

* Voir page 331, tome XVIII, de la Heviiu de Champagne et de Brie. 

1 . Je Jehanz de Vergi, chevaliers, sires de Fonvanz ei seneschaux de 
Bourgoingne, fas savoir a louz que jfï ai reprias de mon Ires chier Signour 
H. (Henri), par la grâce de Dieu Roi de Navarre, de Champagne et de Brie 
Conte Palazio, Mon-TaissjQ et les apartenances, et Pierrefrite, les liez et 

27 



418 LES FIEFS DE LA. MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 

peut, en conséquence, considérer que Montesson était an des 
plus anciens fiefs dé la mouvance de Coiffy. 

Après avoir appartenu aux Choiseul de la branche de Pres- 
signy, aux Le Gros, Heudelot, Petit, Damedor, il se trouvait, à 
la fin du siècle dernier, en la possession des familles Lavisée 
et Joly. 

Une maison forte, disparue depuis des siècles, mais dont on 
distingue encore parfaitement la trace des anciens fossés, cou- 
ronnait la hauteur de Montesson. L'habitation actuelle qui a 
été élevée sur son emplacement, n'est guère qu'une maison de 
ferme. La famille Joly de Montesson l'a aliénée, dans le cou- 
rant de notre siècle, avec ce qui lui restait de l'ancienne sei- 
gneurie. 

Consistance du fief, suivant le dénombrement du 27 novem- 
bre 1736, de Jacques Damedor, — Haute, moyenne et basse 
justice ; droit d'institution des officiers de justice ; droits 
d'amende et de confiscation qui n'ont jamais été amodiés, et 
suffisent à peine à payer les gages des officiers ; maison basse, 
granges, grangeages, terrain inculte de la contenance de 9 â 
10 journaux, jardin potager avec maison à trois chambres ; — 
cens de 30 sous dû au seigneur, par divers habitants, sur dif- 



les arriërefiez et toutes les aparlenances desdiz lieus, en bois, en plain, en 
prez et eaues, en homes, en t'ames, en rentes et en toutes autres choses qui 
i sont, et qui i porront estre, et en tous acroissemanz. Et avec ces choses 
dessusdites taiugje de mon signour le Roi devant dit ce que mes pères sou- 
loit tenir à Mont-Aingon et es apartenances en fiez et en arrièrefiez. Et 
quatre vinz et dis livres de tornois que je ai chascun an en la bourse de 
mon signour le Koi devant dit, ou paiement de la foire de Bar à panre. Et 
mes sires li Rois sb est acordez à ce que je et mi hoir tainguons toutes ces 
choses desus dites de lui et de ses hoirs, à un fié et a un bornage : par tel 
condicion que je et mi hoirs eu serons si home lige devant lous homes, sau- 
ves les ligeitez que je doi à l'Esvesque de Laiugres, au Duc de Bourgoin- 
gne et au Conte de Bourgoiugne. El me sui obligiez, que se je ai plusors 
hoirs après mon décès, qui soient terre tenant, cil qui tiendront Fonvauz 
seront home lige as Contes de Champagne après la ligeité de l'Evesque de 
Laingres. Et se il avenoit que toute la teri'e que je tainge orendroit venir 
ensamble à un de mes hoirs, il seroil lenuz à faire hommage à mon Signour 
le Roi devant dit et as ses hoirs, en tel fourme comme je li ai fait et comme 
il est desus devisé. Et pour ce que je ai reprinses ers choses dessus dites 
de mon Signour le Roi devant dit. il m'a donné einc cenz livres de tournois, 
des quels je me taing pour bien paiez. En tesmoiguage de la quel chose je 
ai scellées ces présentes lettres de mon seel. Qui furent faites le jeusdi 
après la décolalion Saint Jean Baptiste eu l'an de grâce mil deuz cenz 
soixante et treize. (André du Chesne, Hist. généal. de la Maison de Vergy, 
preuves, page 202.) 



LES FIEFS DE LA. MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 410 

férents morceaux de terre ; plus cinq sous et une poule par 
chaque habitant, au nombre de trente environ ; — droit de 
four banal et de pressoir banal ; de lods et ventes au 20'' 
denier ; cens de 40 sous et d'un chapon dû par Claude Pierrot, 
pour son réduit et le journal de terre sis en la corvée de 
l'Etang ; — les deux tiers des dîmes de grains et de vin à rai- 
son d'une gerbe et d'un fût, par treize gerbes et par treize fûts 
de vin ; — plus 80 arpens de bois à la Velde ; la corvée du 
Bois-Renard contenant deux journaux ; la corvée du Haut des 
Planches, contenant environ douze journaux ; la corvée de 
l'Etang d'environ 15 journaux; la corvée de la Froisotte de 
4 journaux ; la corvée de la Charrue d'environ 4 journaux ; la 
corvée de la Chapelle d'environ 10 journaux ; une pièce -de pré 
de 13 fauchées et une pièce de vigne de 40 ouvrées. 

Inventaire des titres 

26 juillet 1606, foi et hommage de la seigneurie de Montes- 
son par Claude Legros, seigneur dudit lieu et de Marquelon, 
la dite terre de Montesson lui appartenant par suite d'échange 
avec le seigneur de Pressigny. (Orig. en parçli. Reg. P. 164', 
pièce LII.) 

24 novembre 1662, hommage et dénombrement de Montes- 
son, par François Heudelot, écuyer, seigneur de Pressigny, 
le dit dénombrement reçu le 1"' février 1664, après hquidation 
des 700 livres dues par lui pour droit d'acquisition de cette 
terre. (Reg. P. 1773 et reg. 8, fol. 1.) 

3 octobre 1698, foi et hommage par Jean-Baptiste Petit, 
écuyer, seigneur de Pressigny, à cause de Marie-Anne Hude- 
lot, sa femme. (P. 1773 et reg. 21.) 

20 décembre 1698, dénombrement présenté par ledit Petit, 
pour la terre de Montesson à lui arrivée par son contrat de 
mariage, du 25 novembre 1677, avec Marie-Anne Hudelot, 
fille de François Hudelot, seigneur dudit lieu. (Orig. parch. 
Q' 695, avec cachet des armes : de. . . au lion léopardé de. . . 
P. 1773 et reg. 21.) 

17 mars 1732, foi et hommage par Anselme Petit, écuyer, 
comme héritier de Marie-Anne Heudelot, sa mère, femme de 
Jean-Baptiste Petit. (P. 1773 et reg. 28.) 

10 juin 1733, foi et hohimage par Etiennette-Françoise 
Damedor, veuve de Joachim comte de Trestondans, seigneur 
de Percey, comme acquéreur de Anselme Petit ; le quint et le 
requint liquidés à 3040 livres ; le dénombrement fourni le 



420 LES FIEFS DE LA MOUVA-NCE ROYALE DE COIFFY 

21 août 1733, et vérifié le 4 janvier 1734. (Original en pareil. 
Carton Q' 695 avec cachet d'armes représentant deux écus- 
soDs accolés, le premier : d'azur à trois chevrons dor couchés 
en lande, entre deux cotices de même, qui est de Trestondans ; 
le second ; de gueules à la croix patriarchale d'or, cantonnée 
de quatre trèfles de même, qui est de Damedor. — Couronne 
de marquis — et Reg. P. 1773, 29 et 30.) 

27 novembre 1730, hommage et dénombrement par Jacques 
Damedor, écuyer, seigneur de Bourguignon -les- Moret et 
autres lieux, comme donataire de Etiennette-Françoise Dame- 
dor, veuve de Joachim comle de Trestondans, vivant seigneur 
de Percey-ie-Grand et de Percey-le-Petit, ledit dénombrement 
établi le 22 novembre, présenté le 27 dudit mois et reçu le 30 
août 1737. (Oiig. parch. Carton Q* 69o, avec cachet aux armes 
du dénombrant, représentant deux écussons accolés, le pre- 
mier aux armes de Damedor, le second aux armes de Treston- 
dans, avec couronne de marquis et deux lions pour supports 
— et Reg. P. 1773, 30 et 31.) 

21 mai 1766, foi et hommage de Montesson par Louis Lavi- 
sée, Simon Lavisée, Joseph Joly et Madeleine Lavisée, sa 
femme, comme acquéreurs de Jacques Damedor ; dénombre - 
ment fourni le 8 juillet 1768. (P. 1773, et reg, 43.) 

30 décembre 1776, foi et hommage par lesdits Lavisée et 
Joly, à cause de l'heureux avènement. (P. 1773, et reg. 43.) 

PISSELOUP 

Voir à l'article Chaumondel et Pisseloup. 

RICHECOURT 

Richecourt {Rîischicurtis ', Ruchescort), situé à l'exlrèmité 
de la Champagne, vers les confins du comté de Bourgogne ou 
Franche-Comté, dont il avait fait partie jusqu'à la fin du 
xiii° siècle, était un fief à hante, moyenne et basse justice rele- 
vant du château de Coifl'y. Richecourt était, dès cette époque, 
comme il l'est encore maintenant, compris dans les limites de 
la paroisse d'Aisey [Altessum ■). Il fait actuellement partie de 

1 . Le suffixe Curtis (métairie, iiabilatioii rurale) d'où sont venus les 
noms de localités eu court, si nombreux dans noire région, date de l'an- 
cienne invasion des Francs. On le trouve accolé à des noms d'origine 
ludesque. 

2, Celte lormo latine du nom d'Aisey est citée, d'après d'anciennes 
chartes, à la note de la page 11 de l'histoire de la seigneurie de Jonvelle 
et de ses environs, de MM Coudriel et Chalelet. Elle correspond adniira- 
])lemeul à la position très-élevéo de ce village ; mais il faut avouer qu'on 
y retrouve assez diflleilemcul son nom actuel d'Aisey. 



LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFT 421 

la cûiiiinune de ce nom, située dans le département de la 
Haute-Saône . 

Ce qui a donné de l'importance au fief de Richecourt, c'est 
la forteresse qui y fut élevée, dès 1290, par Foulques de 
Rigney, sénéchal du comté de Bourgogne, contre le gré du sire 
de Jonvelle, son seigneur dominant *, et le renom des familles 
qui ODt possédé cette terre jusqu'au xvii° siècle. 

On voit, en effet, que dès 1216 et 1228, les sires de la Roche 
avaient des possessions à Richecourt ; qu'en 12n5 cette terre 
appartenait au seigneur de Passavant; qu'à partir de 1290, 
elle fut possédée par les maisons de Rigney, de Frolois, puis 
par celle de Vergy, à qui elle avait été apportée, vers les pre- 
mières années du xV* siècle, par le mariage de Jeanne de 
Rigney, avec Antoine de Vergy, comte de Dammartin, maré- 
chal de France pour le roi d'Angleterre ; qu'elle passa à Guy 
de Clicou, par suite de son alliance, en 1470, avec Isabelle de 
Vergy, dont les petits-fils Guillaume et Claude de Cicon se 
partagèrent Richecourt et Aisey. La portion qui comprenait en 
plus le château fort et son circuit, comme préciput, échut à 
l'aîné et fut transmis, par alliance, aux maisons de Vy- 
de Demaugevelle, d'Occors, de Saulx-Tavannes et de la 
Baume-Montrevel. L'autre moitié échut, au miheu du xvii" 
siècle, et dans les mêmes conditions, à la famille de Mauléon- 
la-Baslide. 

Eu 1691 et 1G94, Simon Humbelot, conseiller au bailliage et 
siège présidial de Langres, acheta les trois quarts de la seigneu- 
rie de Richecourt, qui comprenaient les ruines du château 
fort. Pierre Carelot, seigneur de Joachery et d'Anrosey 
en partie, procureur du roi au bailliage de Ghaumont, 
devenu acquéreur de cette portion, en 1719. !a revendit la 
même année, pour le prix de 20.000 livres, à Guillaume 
Gousselin, magistrat au présidial de Langres. Son fils, 
Nicolas-François Gousselin, lieutenant-colonel d'infanterie, 
chevalier de Saint-Louis, en était seigneur au moment de la 
Révolution. Le neveu de ce dernier, M. Charles.de Langres, à 
qid les trois quarts de Richecourt étaient échus, par succession, 
ne put conserver cette propriété- Elle fut adjugée, en 1808, 
à la barre du Tribunal civil de Langres, à M. de Dalmassv, 



1 . Voir sur le château forL de Richecourt, sur sa construction, sur sou 
iiDportuuceetsur le rôle qu'il a joué dans Tliisloire des guerres de la région, 
notre notice iotiluléc : Richecourt, son chûieau et ses seigneu7's, publiée 
dans la Revue de Champagne, année 1883. 



422 LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 

dont le fils, ancien membre du Conseil général de la Haute- 
Saône, a fait construire, près des ruines de la forteresse, et en 
partie sur les assises d'une ancienne enceinte, l'habitation ou 
château moderne qu'il habite actuellement. 

L'autre quart du fief de Richecourt entra successivement, 
et par mariage, dans les familles de la Rue, de Lombard, 
Brunet de la Motte, de la Motte-d'Arsonval et de Vallerot, puis, 
par diverses acquisitions faites de 1762 à 1783, à MM. Priozet 
de qui il passa, par alliance, aux familles Babel de Bonnille et 
Bonvallet. C'est cette dernière qui le possède maintenant avec 
l'ancienne maison des Brunet de la Motte et de Vallerot. 

Consistance du /lef, 1" pour les trois quarts, suivant le 
dénombrement du l*^"" octobre 17;i4. présenté par M. Gousse- 
lin. — Les trois quarts de la justice haute, moyenne et basse 
avec institution de tous les officiers ; les trois quarts des 
amendes, épaves et confiscations, valant à sa part, environ 
24 livres par an ; droit d'érection de signes patibulaires : — un 
ancien château en ruine avec ses dépendances, consistant eu 
maison basse, chapelle, colombier, graugeage, écuries, grande 
cour, jardin potager et fruitier, fossés et enclos, deux petites 
maisons pour le garde et pour le jarainier ; — pressoir banal ; 

— corvée due par douze habitants du Heu, dont i laboureurs 
et 8 manouvriers, pour les sombres, les semailles, les foins, la 
moisson, la coupe et le transport du bois, et le battage des 
grains, pouvant, le tout, représenter 9 livres par an ; — plus 
30 sous pour droit de guet et garde; cinq sous pour la poule de 
carnaval; sept sous dûs par divers formant au total pour les 4 
laboureurs 36 hvres, et pour les 8 manouvriers 33 livres 1 2 sous; 

— le four banal produisant 1 5 livres par an ; droit de dime sur 
les terres en roture situées au finage de Richecourt, à raison 
de 13 gerbes l'une ; plus le quart des cens sur tous les habi- 
tants du lieu, à raison de 3 sous 4 deniers par chaque journal, 
valant avec le quart des cens d'Aisey, 30 livres à sa part ; — 
les trois quarts des lods et ventes, à raison de 3 sous 4 deniers 
par livre, valant en année commune 10 livres ; — autres droits 
et cens : 7 hvres 13 sous, un chapon et 2 poules, dûs par les 
habitants dudit lieu ; — le bois de la Vouère d'une contenance 
de 100 arpents ; — le pré Moreau de 3 fauchées ; le pré aux 
Parges de 2 fauchées trois quarts ; le pré de la Goulotte de 
8 fauchées un quart ; le pré de la Plâlrière de 3 quartiers ; for- 
mant au total 24 fauchées 1/2, qui, à « livres par fauchée, repré- 
sentent 196 hvres par année; à la pie des Fournées, savoir : au 



I^ES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFT 423 

Crais-Marlin, au Revers-du-Vallois, à laMéchaute-Gorvée, aux 
Larrons, en Gamuset, aux Fournées, aux Fourches environ 42 
journaux et demi ; à la pie de la Voivie, savoir : à la corvée du 
Palis, au Ghamp-des-Lièvres, au Rompe, au Grais-la-Borne, 
à la Haye de la Voivre, environ 4G journaux ; à ia pie du 
château, savoir : à la Borne, sur la Côte, àla Croisotte, au Grand- 
Montant, au Petit-Montant, à la Gorvée, aux Sillons, environ 
38 journaux, plus 2 journaux en chenevièies. — Le reste de la 
consistance, indiquée au dénombrement, concerne Aisey; il en 
a été fait mention à l'article de ce fief. 

2o Pour le quart de Richecourt, d'après le dénombrement 
du 22 septembre J696, de M. de Brunet de la Motte, ledit 
quart formant, avec les trois quarts indiqués ci-dessus, la tota- 
lité de la seigneurie de Richecourt. — Haute, moyenne et 
basse justice pour un quart ; 3 sujets à Richecourt et deux 
chasaux tenus par Glaude Desbranches et Jean Ganiche dit 
l'Orange ; — 3 corvées de charrue, par an, aux avoines, aux 
sombres et aux semailles de froment ; — plus 6 corvées à 
bras pour le sarclage des avoines et des froments, pour la fau- 
chaison et la façon des foins, pour la moisson des froments et 
des orges, la nourriture restant à la charge du seigneur; — 
plus par ceux ayant chariot, 3 corvées de chariot pour les 
foins, les blés, les avoines et le transport d'une voiture de 
bois de chauffage à rendre en la maison du seigneur, la veille 
de Noël, pour laquelle voiturée le seigneur doit donner à boire 
un coup de vin ; — redevance d'un boisseau de froment dit le 
boisseau de la Porte et 5 sous pour droit de guet et garde ; 
— les lods et ventes et droit de retenue à raison de 3 sous 
4 deniers par livre ; — terres labourables : 55 journaux, plus 
une pièce non déterminée : aux Pâtis, près des Montants, aux 
Grais Martin, au Gué Bâtard, en la Gombe-Vautol, au champ 
Gamuset, prés la Grois Premier ; — plus un sillon der- 
rière le four de Richecourt et une quarte plus loin ; 9 fauchées 
un quart de pré en la Voye des Fours. 

Inventaire des titres. 

14 avril 1461 (N. S. 1462). Aveu et dénombrement par 
a Jehan de Vergey (de Vergy), seigneur de Richecourt. . . à 
cause du chastel de Goiffy ou bailliaige de Ghaumont. . . C'est 
assavoir le chastel et bourg dudit Richecourt, ensemble toute 
la circuité à i'environ, lequel chastel et bourg de Richecourt 
sont receptables au Roy, et y peut mectre le Roy ou ses gens, 



/l24 LES FIEFS DE LA MOUVANCE ROYALE DE COIFFY 

quand mesUer en a, et tenir es prisons d'icelluy chastel et 
bourg es missions du Roy, et en son péril, quant à garde, » 
et du reste de la seigneurie qui comprend celle d'Aisey, avec 
l'arrière- fief qu'y tient Simon de Montureux, veuf de Margue- 
rite d'Aisey ; plus de ce que ledit de Vergy tient à Vouge- 
court et à Passavant. (Original