(navigation image)
Home American Libraries | Canadian Libraries | Universal Library | Community Texts | Project Gutenberg | Children's Library | Biodiversity Heritage Library | Additional Collections
Search: Advanced Search
Anonymous User (login or join us)
Upload
See other formats

Full text of "Revue de Gascogne: bulletin bimestrial de la Société historique de Gascogne"

Google 



This is a digital copy of a book thaï was prcscrvod for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project 

to make the world's bocks discoverablc online. 

It has survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject 

to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books 

are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that's often difficult to discover. 

Marks, notations and other maiginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book's long journcy from the 

publisher to a library and finally to you. 

Usage guidelines 

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the 
public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to 
prcvcnt abuse by commercial parties, including placing lechnical restrictions on automated querying. 
We also ask that you: 

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for 
Personal, non-commercial purposes. 

+ Refrain fivm automated querying Do nol send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine 
translation, optical character récognition or other areas where access to a laige amount of text is helpful, please contact us. We encourage the 
use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help. 

+ Maintain attributionTht GoogX'S "watermark" you see on each file is essential for informingpcoplcabout this project and helping them find 
additional materials through Google Book Search. Please do not remove it. 

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are lesponsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just 
because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other 
countiies. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can'l offer guidance on whether any spécifie use of 
any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner 
anywhere in the world. Copyright infringement liabili^ can be quite severe. 

About Google Book Search 

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps rcaders 
discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full icxi of ihis book on the web 

at |http: //books. google .com/l 



Google 



A propos de ce livre 

Ceci est une copie numérique d'un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d'une bibliothèque avant d'être numérisé avec 

précaution par Google dans le cadre d'un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l'ensemble du patrimoine littéraire mondial en 

ligne. 

Ce livre étant relativement ancien, il n'est plus protégé par la loi sur les droits d'auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression 

"appartenir au domaine public" signifie que le livre en question n'a jamais été soumis aux droits d'auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à 

expiration. Les conditions requises pour qu'un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d'un pays à l'autre. Les livres libres de droit sont 

autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont 

trop souvent difficilement accessibles au public. 

Les notes de bas de page et autres annotations en maige du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir 

du long chemin parcouru par l'ouvrage depuis la maison d'édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. 

Consignes d'utilisation 

Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages apparienani au domaine public et de les rendre 
ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. 
Il s'agit toutefois d'un projet coûteux. Par conséquent et en vue de poursuivre la diffusion de ces ressources inépuisables, nous avons pris les 
dispositions nécessaires afin de prévenir les éventuels abus auxquels pourraient se livrer des sites marchands tiers, notamment en instaurant des 
contraintes techniques relatives aux requêtes automatisées. 
Nous vous demandons également de: 

+ Ne pas utiliser les fichiers à des fins commerciales Nous avons conçu le programme Google Recherche de Livres à l'usage des particuliers. 
Nous vous demandons donc d'utiliser uniquement ces fichiers à des fins personnelles. Ils ne sauraient en effet être employés dans un 
quelconque but commercial. 

+ Ne pas procéder à des requêtes automatisées N'envoyez aucune requête automatisée quelle qu'elle soit au système Google. Si vous effectuez 
des recherches concernant les logiciels de traduction, la reconnaissance optique de caractères ou tout autre domaine nécessitant de disposer 
d'importantes quantités de texte, n'hésitez pas à nous contacter Nous encourageons pour la réalisation de ce type de travaux l'utilisation des 
ouvrages et documents appartenant au domaine public et serions heureux de vous être utile. 

+ Ne pas supprimer l'attribution Le filigrane Google contenu dans chaque fichier est indispensable pour informer les internautes de notre projet 
et leur permettre d'accéder à davantage de documents par l'intermédiaire du Programme Google Recherche de Livres. Ne le supprimez en 
aucun cas. 

+ Rester dans la légalité Quelle que soit l'utilisation que vous comptez faire des fichiers, n'oubliez pas qu'il est de votre responsabilité de 
veiller à respecter la loi. Si un ouvrage appartient au domaine public américain, n'en déduisez pas pour autant qu'il en va de même dans 
les autres pays. La durée légale des droits d'auteur d'un livre varie d'un pays à l'autre. Nous ne sommes donc pas en mesure de répertorier 
les ouvrages dont l'utilisation est autorisée et ceux dont elle ne l'est pas. Ne croyez pas que le simple fait d'afficher un livre sur Google 
Recherche de Livres signifie que celui-ci peut être utilisé de quelque façon que ce soit dans le monde entier. La condamnation à laquelle vous 
vous exposeriez en cas de violation des droits d'auteur peut être sévère. 

A propos du service Google Recherche de Livres 

En favorisant la recherche et l'accès à un nombre croissant de livres disponibles dans de nombreuses langues, dont le français, Google souhaite 
contribuer à promouvoir la diversité culturelle grâce à Google Recherche de Livres. En effet, le Programme Google Recherche de Livres permet 
aux internautes de découvrir le patrimoine littéraire mondial, tout en aidant les auteurs et les éditeurs à élargir leur public. Vous pouvez effectuer 
des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse fhttp: //book s .google . coïrïl 



D,B,i..ab,Google 



D,B,i..ab,Google 



D,B,i..ab,Google 



D,B,i..ab,Google 






GASCOGNE 






D,j,i..ab,Google 



db.Google 



REVUE 

M 

GASCOGNE 

BTJLI^TIN MENSTIEL 

DB LA 

SOCIÉTÉ HISTORIQUE DB GASCOONE. 



To«B XII. — 1871. 



AUCH 

npuuui R 1JTH06IUP1I1I ritu Foa, En balcuuh. 

1871. 



D,B,i..ab,Google 



D,B,i..ab,GoOglc 



£lAkfM^rJ>^^ 



f3fc03 



REVUE 



GASCOGNE 



LE DERNIER ENTRETIEN DE H" DE SALINIS, 

AfiCHBVÉQUB dUoCH, 

AVEC L'EMPEREUR NAPOLÉON HI. 

Dans un oarrage récemment publié, un auteur estimable a 
Incriminé la conduite politique de Hgr de Salinis, en particu* 
lier ses relations avec l'Empereur; il n^a su ou n'a voulu voir 
que des motifs intéressés dans des actes et des démarches 
qui avaient des mobiles d'un ordre bien plus élevé. J'ai entre 
tes mains des documents irréfragables qui me permetti-ont, 
lorsque les circonstances seront redevenues favorables, de 
venger d*iine manière complète la mémoire d'un prélat qui, 
malgré des attaques passionnées, n'en restera pas moins une 
des gloires les plus pures de l'épiscopat français au six* siè- 
cle. En attendant que ce moment soit venu, il m'a seiAblé 
que je disàperais les préventions qu'auraient pa laisser dans 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



certains esprits les accusations portées par des ëcriTains liono- 
rables qui ont, sous plusieurs rapports, bien mérité de la 
religion, en publiant le récit de Tentrevue que Mgr de Salinis 
eut avec Napoléon III, deux mois avant sa mort. Le prélat 
attachait une telle importance, pour la justiûcation de sa con- 
duite, à cette démarche suprême, qu'il voulut, à peine rentré 
dans son. palais archiépiscopal, en raconter les diverses cir- 
constances en présence des membres de son conseil. C'est 
d'après les notes recueillies par le secrétaire de ce conseil, 
d'après mes souvenirs personnels, conflrmés et rectiQés par 
plusieurs personnes qui avaient entendu de la bouche du 
prélat le même récit, que. j'ai rédigé la présente relation. 
J'affirme qu'elle ne contient que la vérité. 



db.GpOgle 



Dans raatomae de 1860, Hgr de Saliois se troarant dans 
on état de santé qui inspirait les plus sérieuses iaqmétades» 
t«s médecins lui conseillèrent de s'arracher pour quelque temps 
aux soucis de l'administration diocésaine. Le prélat se résolut 
à un voyage en Bourgogne, dans une famille avec laquelle il 
entretenait depuis longtemps les relations les plus intimes, 
où il était sûr de trouver avec leâ soins d'une unltié dévouée 
les distractions d'une société pleine de charmes. Dans les 
premiers jours de novembre, il se mit en route avec V\Uk de . 
ses grands-vicaires. En traversant Paris, il s'abstint à dessein 
de toute démarche auprès de LL. MM.; son cœur était trop 
blessé par les érénem^its qui ven<ûent de s'accomplir en Italie 
pour qu'il voulût fure une visite qui eût pu paraître un 
acquiescement, et son esprit n'était pas encore suffisamment 
éclairé et rassis pour qu'il pût présenter des réclamations avec 
l'autorité et l'indépendance qui devaient donner du poids k 
sa parole. It se rendit seulement chez lé ministre des cultes, 
avec lequel il avait besoin de conférer de quelques affaires 
diocésaines. M. Rouland, fidèle à son système de diplomatie, 
se montra très condescendant en aSùres dans l'espoir d'obte- 
nir un assentiment, au moins de convenance, aux mesures 
perfides qu'il savait avoir blessé la conscience des catholiques 
et surtout celle des évêques. Son rôle était difficile; quelques 
mois auparavant, il avait donné à Mgr de Salinis l'assurance 
la plus formelle qu'aucune atteinte n^ serait portée au domaine 
du Souverain-Pontife. Avec un abandon plein d'une apparente 
sincérité, il lui av£ùt montré la minute de sa lettre aux évo- 
ques, corrigée par l'Empereur, insistant sur le passage où la 
main impériale avait accentué la dëdiu-atiou dïms un sens qui 



db.Google 



-fi- 
lerait toute équivoque. Tandis que le ministre disait seule- 
ment que le gouvernement garantissait le domaine temporel 
du Saint-Siège, le Souverain avait ajouté ' dans toute son inté- 
grité. • Après TenvïJiissement des Légations et des Marches, 
il ne fallait rien moins que l'éloquence de M. Ronlànd pour 
expliquer et justifier la conduite du gouvernement. À défaut 
de bonnes raisons, le ministre donna au moins beaucoup de 
paroles, car il retint son visiteur pendant plus d'une heure, sans 
lui laisser même le temps d'une simple réplique. L'Evéque ne 
put, en se retirant, que formuler ses réserves: «M. le ministre, 
lui dit-il, j'espère vous revoir sous peu; je vous prie de 
m'accorder pour vous répondre la moitié seulement du temps 
que j'ai mis à vous écouter. > 

Cependant, les espérances des médecins ne s'étaient pas 
réalisées; la maladie, loin d'être enrayée, avait fait des progrès 
' inquiétants. Un accident grave, symptôme trop caractéristique 
d'une fiu prochaine, s'était produit. Il fal^it éviter au malade 
toute émotion violente. Les amis réunis autour du prélat, 
justement alarmés, insistaient pour qu'il retournât directement 
dans son diocèse sans passer par Paris, ou, s'il y passât, pour 
qu'il s'abstint de voir l'Empereur. Un instant, ils purent croire 
l'avoir déterminé. Toutefois, ils remarquèrent chez lui une 
de ces résolutions énergiques qui ont leur racine au plus 
intime de la conscience. En effet, une amélioration s'étant 
manifestée, l'Evêque voulut consacrer les forces que Dieu lui 
rendait à ce qu'il regardait comme Taccompli^ement d'un 
devoir suprême; il voulut, avant de paraître au tribunal 
du Souvenun-Juge, dégager la responsabilité que faisait peser 
sur lui son adhésion publique à un gouvernement qu'il aval 
espéré protecteur de l'EgKse et non persécuteur. 

Le 5 décembre, fête d'un apôfre intrépide, saint François- 
Xavier, fut le jour flxé pour l'audience sollicitée par le minis- 
tre, sans la pju-ticipalion même du prélat. En entendant, le 
matin, la sainte messe que sa santé ne lui permit pas de célé- 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



brêr, Monseigneur s^inspira de ees paroles qui ouvrent le 
Sacrifice : < Je parlais de vos témoignages en présence des 
princes de la téire, et je n'étais pas confondu. > Le cœur 
rempli de ces fortifiantes pensées, il se rendit aux Tuileries, 
vers 10 heures et demie. L'audience, fixée pour 11 heures, 
fot retardée par la présence dans ie cabinet impérial de quel- 
ques ministres. Tandis qu'il attendait, le maréchal Castellane 
arriva dans ràotichambre, et comme il devait repartir pour 
Lyon, il avait hâte d'entretenir l'Empereur. Appréciant ce 
motif, ainsi que la dignité hiérarchiquement supérieure du 
visiteur, lorsque l'huissier eut annoncé « l'Archevêque d'Auch,» 
le prélat, en s'approchant de l'Empereur, crut devoir l'avertir 
de la présence du maréchal et de son désir de repartir sans 
retard : ■ Monseigneur, répoodit SaMajesté, je vous ai donné 
rendez-vous pour 11 heures, il est bientôt!! heures et demie, 
je vous demande pardon de vous avoir (ait attendre. > — 
> Mais, Sire, le maréchal a besoin de repartir pour Lyon, il est 
pressé. • — « Monseigneur, je le sais, le maréchal peut 
attendre. • 



11 



Dès' que Monseigneur fut entré dans te cabinet impérial, 
l'Empereur s'informa, avec une bienveillance gracieuse, de 
rétat de sa santé, qu'on lui avait dit gravement altérée. 
L'Ëvéque remercia et s'empressa à son tour de demander des 
nouvelles de l'Impératrice : ■ J'en ai de bonnes plusieurs fois 
par jour, et tout me fait espérer qu'elle reviendra bientôt 
entièrement guérie. Les médecins, désirant faire diversion à sa 
douleur, ont exclu tous les Ueux qui pouvaient lui rappeler 
la sœur qu'elle pleure, tels que l'Espagne et le midi de la 
France, et ont donné la préférence à l'Ecosse, où elle se trouve 
auprès de la duchesse Marie d'Hamilton, qui, comme vous le 
savez, est une sainte et bi^ capable de la consoler. » 



D,g,tza:Jb.GOOglC 



— 10 — 

— « II est. Sire, pour un Evêque, des peines autrement dou- 
loureuses que les souffrances physiques. Je ne saurais dissi- 
muler à Votre Majesté que les catholiques sont en ce moment 
dans la peine et ceux qui vous sont le plus dévoués ne sont 
pas les moins affligés. Leurs inquiétudes viennentà la fois de 
rintérienr et de l'extérieur. A rintérieur, vos ministres sem- 
blent prendre à tâche de semer la désaffection, de tuer le dé- 
vouement dans le cœur des hommes qui se sont loyalement 
ralliés à votre gouvernement. Vous avez au ministère de Tin- 
térieur un homme qui peut être un avocat très habile, mais 
qui manque des grandes qualités d'un administrateur intelli- 
gent. Il soudoie dans tous les départements des rédacteurs de 
journaux auxquels il donne pour mission d'attaquer la Re- 
ligion dans la personne de son Chef auguste et de ses minis- 
tres. Dans le département du Gers, où Timmense majorité des 
habitants est très attachée à sa religion, le journal préfec- 
toral qui reçoitles inspirations du ministère de l'intérieur ne 
perd pas une occasion d'attaquer le Souverain Pontife et les 
institutions les plus sacrées de l'Eglise. U y a quelque temps, 
j'avais publié une lettre pastorale pour expliquer aux Sdèles 
la question si indignement travestie de Tautorilé pontificale; 
le jour même où cette lettre devait être lue dans toutes les 
chaires du diocèse, le Courrier du Gers inséra un article de 
fonds qui en était censé la contre-partie, de manière à oppo- 
ser le cabaret à la chaire. Je m'en plaignis à M. le Préfet, qui 
demanda l'autorisation de donner un Avertissement au jour- 
nal qui semait ainsi à plaisir l'agitation dans le peuple. M. 
Billaull répondit au Préfet qu'il avait lu l'article; qu'il expri- 
mait la pensée du gouvernement, qu'au lieu de blâmer le 
Rédacteur il eût à le féliciter. J'ai su depuis que TM-ticle avait 
été envoyé du ministère. De son côté, le ministre de la guerre 
a adressé à tous les chefs de corps d^s instructions pour leur- 
recommander d'empêcher autant que possible l'action du 
clergé sur les soldats. » 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 11 — 

— ■ Vous avez dû être mal informé, Monseigneur, de pa- 
reilles iastnictioDS n'ont pas pu être données. * 

— « Sire, je ne voudrais nuire à personne, mais je dois vous 
déclarer qu'un chef de corps a 'eu la conQance de me com- 
muniquer la lettre du ministre, elle est formelle... Au reste> 
ces funestes tendances de l'administration intérieure ne sont 
pas le principal sujet des inquiétudes de l'épiscopat. Ce qiii se 
passe en Italie, avec le consentement au moins tacite de votre 
gouvernement, nous attriste tous profondément, ■ 

' — « Oui, Monseigneur, il s'est passé des choses fort extra- 
ordinaires au sujet desquelles on a porté des jugements hien 
passionnéset bien injustes. Mes intentions ont été totalement 
méconnues, et les évéques de France eux-mêmes, j'ai le re- 
gret de le dire, n'ont pas su se tenir en garde contre les pré- 
ventions. » 

— « Les faits accomplis. Sire, semblent justifier les appré- 
ciations de l'Episcopat. La dernière fois que j'eus l'honneur 
d'entretenir Votre Majesté à Saint-Sauveur, elle dut me trouver 
bien naif à la vue des sentiments de confiance dans l'avenir 
que j'exprimais avec un enthousiasme presque aveugle. J'étais 
sous l'impression du traité de Villafranca qui stipulait la res- 
tauration de l'autorité pontificale," je ne doutais pas que Votre 
Majesté tint à honneur de veiller à l'exécution de ce traité. 
Hélas t il en a été bien autrement. Les dissentiments entre la 
France et le Saint-Siège sont tels qu'on ne peut guère entre- 
voir une solution favorable. • 

— «J'avoue, Monseigneur, que la situation est difficile en^ 
mon goQvemement et celui du Pape, mais à qui la faute? Je 
puis vous dire que nous avons tout fait pour amener une con- 
ciUation; jamais nous n'avons pu y parvenir. Plusieurs fois 
les choses paraissaient arrêtées, et toujours quelques nouvel- 
les exigences de Rome faisaient échouer les négociations. Je 
n'accuse pas le Pape, c'est un saint que je vénère, mais son 
ministre est voué aux Autrichiens et par conséquent ennemi 
de la France. > 



db.Google 



— 12 — 

— « Je n'ai pas. Sire, à défendre le cardinal Antonelli, mais 
je dois à la vérité de dire que j'ai entendu des hommes po- 
litiques éminents louer très haut ses grandes qualités diplo- 
matiques. On m'a raconté avec quelle adresse il avait éludé 
une demande présentée par le gouvernement anglais relati- 
vement à Toccupation d'Anc6ne. Après plusieurs instances 
où il avait déployé toutes les ressources de son esprit habitué 
aux négociations heureuses, le diplomate anglais, décon- 
certé, se serait écrié : « H y a sous cette calotte rouge de cardi- 
nal plus d'habileté que dans toutes les tètes d'ambassadeurs. ;> 
Au reste, si le cardinal Antonelli est encore ministre d'Etat, 
la faute en est à la France. Je sais d'une manière certaine 
que le Souverain Pontife, instruit des préventions du gouver- 
nement français contre son ministre, était disposé à accepter 
sa démission qu'il a plusieurs fois offerte. A Rome, on s'at- 
tendait chaque jour à un changement ministériel, et on ne fut 
pas peu étonné d'apprendre qu'il était suspendu par suite des 
instances de l'ambassadeur français. Vous vous plaignez, 
Sire, des défiances du gouvernement pontifical vis-à-vis de la 
France, ne faut-il pas convenir qu'elles sont appuyées sur 
des motifs au moins bien plausibles? Par qui la France a-t- 
elle été représentée depuis longtemps auprès du Saint-Siège? 
M. de Rayneval, dont je serai le premier à louer les qualités 
précieuses, était-il bien l'homme qui devait inspirer une en- 
tière confiance? Ses rapports de famille avec le rédacteur en 
chef du Journal des Débats inspiraient des appréhensions 
d'autant plus légitimes qu'on n'ignorait pas à Rome que les 
correspondances de ce journal, notoirement hostiles au gou- 
vernement pontijlcal, étaient rédigées dans les bureaux de 
l'ambassade. Le séjour de Rome modifia heureusement les 
idées de M. de Rayneval, et les catholiques ont eu à regretter 
sa mort trop prompte. Eclairé comme il l'était dans les der- 
niers temps, il eût pu contribuer efficacement à rétablir la 
bonne harmonie entre les deux cours. Le successeur qui lui a 



db.Google 



— 13 — 

été donné ne contribnera certes pas à diminuer nos regrets. Sa 
capacité diplomatique est notoirement au-dessous de la mis- 
sion difûcile qu'il a à remplir. ■ 

— « Votre jugement. Monseigneur, est bien sévère; les 
dépêches qui nous viennent de l'ambassade de Rome sont 
d'une rédaction remarquable. » 

— < Sont-elles du ministre? Sire, ce qui m'en ferait dou- 
ter, c'est le jugement que j'ai entendu eipiimer sur M. de 
Gramont par quelques-uns de ses collègues du Conseil géné- 
ral. J'ajoute, Sire, qu'il parait peu dans les traditions et les 
convenances d'accréditer auprès du chef de la religion catho- 
lique un ambassadeur dont la femme est protestante. A défaut 
d'un représentant digne de la France, il semble que votre 
gouvernement aurait dû envoyer et entretenir à Rome, comme 
affidé diplomatique, sans caractère officiel, un homme grave, . 
prudent, modéré, qui pût s'insinuer dans les esprits et dans 
les cœurs, s'instruire des usages et des institutions, connaître 
les personnes et les choses, afin d'être en mesure de fournir 
des tenseignemeuts impartiaux. C'était là, ce me semble, une ' 
mesure de sage politique. L'Autriche l'employa autrefois avec 
grande habileté par rapport à la France. L'Angleterre a par- 

- tout, et même à Rome, ses reprèsenbmts officieux qui lui 
rendent de grimds services. Votre ministère. Sire, a eu ta 
main bien malheureuse dans le choix de son agent auprès 
du Saint-Siège; il a couflé cette mission délicate entre toutes 
à un homme sans convictions religieuses, sans dignité, j'ose- 
rai dire sans pudeur. Quelle impudeur, en effet, que la pubh- 
cation de cet ignoble pamphlet ou rien n'est respecté, pas 
même le cM-aclèreduSouveràn-Ponlife! Pour ceux-là même- 
pour lesquels le pape n'est pas le vicaire de Jésus-Christ, il 
est du moins un souverain légitime, aussi digne de, respect, 
par conséquent, qu'aucun des autres souver^ns. Assuré- 
ment, si un prince qui exerce une prépondénmce efficace 
dans les conseils de rEurop<e avait été iosul^ par un repré- 



db.Google 



sentant quelconque du gouvernement français, uoe répara- 
tion convenable eût été accordée; la seule réparation donnée 
au pape a été de nommer son insnlteur chevalier de la légion 
d'honneur. Je dois vous avouer, Sire, que lorsque j'ai vu dans 
les journauK le décret qui conférait à M. About cette distinc- 
tion, ta pensée m'est venue d'écrire à mes collègues dans 
Tépiscopat pour les engager à vous renvoyer tous ensemble 
les insignes de la légion d'honneur, attendu qu'il ne me pa- 
raissîût pas convenable qu'un èvêque catholique eût quelque 
chose de commun avec celui qui insulte son chef et son 
père. » 

— ^ < J'avoue, Monseigneur, que Rome ne nous est pas 
très connue, mais vous qui avez habité cette ville, ne 
pourriez-vous nous indiquer les hommes qui seraient propres 
à nous servir d'intermédiEÛres pour aplanir les difflcultés 



— « Mon séjour à Rome a été trop court pour que je sois 
parfaitement renseigné sur le mérite des hommes éminents 
qui composent la cour pontiOcale. Je puis cependant fournir à 
Votre Majesté des indications que je crois sûres (1). Du reste, 
Sire, ce qui rassure un peu les catholiques, c'est que Votre 
Majesté n'a sanctionné aucune des iniquités du Piémont, ni 
approuvé les spoliations successives dont le Saint-Siège a été 
victime. Cependant, je ne puis pas taire qu'il circule dans 
le public certains propos de nature à nous attrister profondé- 
ment. Si ces propos n'étaient répandus que par des ennemis 
systématiques de votre gouvernement, nous n'y attacherions 
pas grande importance. Mais pour ce qui me regarde person- 
nellement, je les ai entendus rapporter et attester par un 
homme qui m'inspire toute confiance, et que je crois pouvoir 
vous nommer sans indiscrétion, c'est M. le vicomte de Rain- 



(1) HoiUfliga«iir déaigtiA plnsiao» prJltU eoeora vivïDis, do&I i 
erojoai pu nloriii à livrai lu nonu k la pnlilinlé. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



- 15 — 

neville, aide de camp du géoéral de Pimodan, qui les a re- 
caeillis de la bouche de Cialdiai. Envoyé en partementaire 
après rinfâme gue^à•pens de Castelûdardo pour traiter de la 
capitulation, il faisait valoir auprès du général piémontais. les 
promesses elles eogî^^emeuts de la France. 'Otit monsieur 
» de Rainueville, répondit le facile vainqueur de Tarméepon- 

> tificîde, je sais mieux que vous à quoi m'en tenir sur la 
» pensée de l'Empereur. Je suis allé le voir à Ghanlbéry, et 

> 'il m'a dit : Allez, et faites vile. > 

— < Puisque M. de Rainneville a rapporté ces paroles, je 
crois qu'il les a entendues, car c'est un homme d'honneur. 
Mais Cialdiol est un infâme menteur, il est efiectivement venu 
me trouver à Chambéry, et il m'a dit que Garibaldi menaçait 
les Etats pontificaux du côté deNaples, et qu'il ét^t disposé, 
en tournant Rome, à tomber sur les derrières de l'armée 
pontificale; que sa présence pouvùt être dangereuse, non: 
seulement pour le pape, mais epcore pour le gouvernement 
italien, etc., etc. Fatigué de ses instauces, je lui répondis 
brusquement : Tout cela est, après tout, votre affaire. Je res- ' 
terai fidèle au principe de non-intervention. Je ne prétejids 
assumer sur moi aucune responsabilité. Allez, si vous le 
voulez, et faites vite. » 

— « Hélas ! ce sont bien là, sans doute. Sire, les paroles 
qui ont enhardi le Piémont et causé l'effusion de tant de sang 
français, dont l'opinion publique, juge toujours sévère, fait 
retomber la responsabilité sur votre gouvernement. > 

— « Non, Monseigneur, je n'ai pas autorisé celte invasion, 
qui a eu des suites que je déplore. Depuis Solferiob, le Pié- 
mont a été un ingrat; il n'a suivi aucun de mes conseils. • 

— ■ Mais quoi! Sire, le chef d'un grand peuple n'a-t-il 
pas les moyens de se faire écouter? Vous avez montré à 
Magenta et à Sotferino ce dont vous étiez capable à la tête 
d*nne armée française; faUût-il borner votre action à des 
conseils? > 



db.Google 



— « Oui, Monseigneur, ta France peut tout, mais il est des 
règles de modération qu'une sage politique prescrit. S'il ne 
s'agissait que du Piémont, ce semt l'aftaire de 24 heures; si 
nous n'avions à faire qu'à l'Autriche, on pourrait aisément, 
je crois, se mettre d'accord. Mais toutes les fois que nous 
avons voulu agir, nous avons sans cesse trouvé sur netre 
chemin TAngletene, l'Angleterre armée et prête à engager la 
lutte. - 

— « Mas, Sire, il n'y a pas de guerre qui fût plus popu- 
lure en France qn'une guerre contre l'Angleterre. Pour une 
lutte de cette nature, il n'y a pas un Français qui ne fût dis- 
posé à vous donner jusqu'à la dernière goutte de son sang, et 
jusqu'à son dernier écu. > 

— ■ Monseigneur, je le sais, mais pour entreprendre contre 
un grand peuple une guerre qoi sera4 formidable, il faut choi- 
sir son temps et son terrain. Le temps présent est on ne peut 
plus défavorable. L'Europe s'est persuadée à tort que je vou- 
lais procurer à la France des agrandissements territoriaux; au 
premier coup de canon, elle se lèverait tout entière contre 
nous. Le champ de bataille serait aussi très mal choisi. Il y a 
quelques années, Monseigneur, vous me disiez que l'ItaUe èt^ùt 
minée par les sociétés secrètes; dans ce momentrlà, je croyws 
que vous exagériez. Si je vous disais maintenant tout ce que 
je sus, vous ne me croiriez pas. Si une guerre s'engageait 
en Italie, nous aurions sous nos pieds un volcan, et nous 
serions bloqués par les flottes de l'Angleterre, qui, il faut le 
reconnaître, est plus puissante'sur mer que la France. » 

— •> Ne vous serait-il pas au moins possible. Sire, de pro- 
téger le dernier souverain légitime qui lutte encore en Italie 
contre la Révolution ? L'opinion pubUque est convaincue que, 
sans votre concours, la Sicile ne serait jamais devébue la proie 
de Garibaldi et de ses bandes fanatiques. Quelle honte pour la 
France d'avoir associé son action à celle d'un homme qui 
représente tout ce qu'il y a de plus révolutionnaire en Europel 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 17 — 

Si Ferdinand 11 eût été sur le trdne, on aurait pu s'expliquer 
le mécontement des puissances, mais son fils n'a que des 
droits sans aucuns torts. » 

— « L'opinion, Monseigneur, s'est égarée, parce qu'elle n'a 
pas connu les motifs de mes déterminations. J'étais disposé à 
faire un casus beUi de l'invasion de la Sicile; j'allais envoyer 
mes instructions dans ce sens au commandant de la flotte 
lorsque le gouvernement du Piémont, à qui j'exprimais éner- 
giquement ma volonté, me supplia, dans l'intérêt de sa con- 
servation, de laisser commencer une entreprise qui ne pouvait 
aboutir qu'à une catastrophe, mais qui avait l'excellent résul- 
tat d'éloigner un homme dangereux avec qui il était impossible 
de marcher. Au fait. Monseigneur, qui aurait jamais pu sup- 
poser qu'avec 800 hommes, Garibaldi triompherait d'une 
armée aussi bien organisée que l'armée napolitaine ? N'étalf-il 
pas beaucoup plus probable, comme l'afflrmaitM. de Gavour, 
que Garibaldi courait à une perte certaine? Rien ne pouvait 
faire prévoir une trahison aussi générale et aussi lâche que 
celle des officiers napolitains; je ne sais s'il y en a un autre 
exemple dans l'histoire. > 

ni 

La conversation durait ainsi depuis trois quarts d'heure, 
interrompue à peine pendant quelques minutes par le secré- 
taire de l'Empereur, qui, à trois reprises différentes, crut devoir 
rappeler à Sa Majesté que le maréchal Gastellane attendait et 
qu'il était pressé. Aux deux premières interpellations, l'Empe- 
reur s'était contenté de répondre : « Dites au maréchal que je 
suis occupé avec l'archevêque d'Auch; qu'il attende. » A la 
troisième, il dit avec une certaine humeur: « Je vous ai déjà 
dit que j'étais occupé, qu'on ne m'interrompe plus. >• Ne vou- 
lant pas abuser des moments du Souverain, Monseigneur se 
disposait à le quitter : < Il est grand temps. Sire, que je prenne 
congé de Votre Majesté, et je dois la remercier de la bien- 
veillance avec laquelle elle a accueiUi tout ce que je me suis 

Tome XD. 2 



D,slz.:byCOOgle 



permis de lui dire. Elle aura compris, j'espère, que toutes mes 
observations ont été dictées par ma conscience d'évêque 
catholique, dans les vues les plus pures du bien de la religion, 
du bonheur de la France et dans les intérêts bien entendus 
de votre gloire. > 

— « Je vous remercie, Monseigneur, de m'avoir parlé avec 
franchise et sincérité. Je saisque vous n'êtes conduit que par 
des vues du bien. Veuillez croire que toutes les fois que les 
évêques, se renfermant comme vous dans ce qui se rattache 
aux intérêts sacrés de la religion, m'adresseront des observa- 
tions, fussent-elles opposées à mes pensées, je n'en serai- nul- 
lement offensé. Ce que je ne puis souffrir, c'est que quelques- 
uns d'entr'eux se mêlent à des intrigues de pari,i, et que sous 
le prétexte des devoirs de leur charge, ils conspirent contre 
moi et contre mon gouvernement. Si encore ils travaillaient 
dans les intérêts de M. le comte de Charabord, je ne saurais 
trop que dire, là au moins il y a des souvenirs et des prin- 
cipes. Mais les voir travailler pour les d'Orléans, qui sont 
essentiellement révolutionnaires et ennemis de la religion, 
voilà ce que je ne saurais pardonner. Et cependant. Monsei- 
gneur, j'ai les preuves entre les mains que certain de vos 
collègues est entièrement vendu à ce parti. Je puis vous mon- 
trer des lettres authentiques qui établissent ce fait jusqu'à 
l'évidence. » 

En prononçant ces paroles, l'Empereur se leva pour ouvrir 
son secrétaire, mais se rasseyant : 

— «Ces lettres sont un peu longues, je vous les lirai une 
autre fois. Que se propose-t-on en rappelant la famille d'Or- 
léans? Le bien de la France et de la reUgion y sont-ils inté- 
ressés? Le comte de Paris n'est qu'un enfant. Le duc de 
Nemours est im esprit faible et léger. Le prince de Joinville 
est sourd. Le plus inteUigent de la famille est le duc d'An- 
maie, c'est aussi le plus dangereus par ses principes démo- 
cratiques, qui le portent dans ce moment— j'en ai la preuve 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— à applaudir aux désordres qui bouleversent l'IUdie. « 
Monseigneur prononça quelques mois pour disculper les 
èvêques des reproches immérités que l'Empereur leur avait 
adressés, et il se leva pour se retirer. Au moment où il 
ouvrait la porte du cabinet, ii lui revint dans Tesprit qu'il 
n'avait pas parlé d'une question très importante, l'une de 
celles dont il avait le plus à cœur d'entretenir Sa Majesté; se 
retoumiuit brusquement, il ajouta : 

— « Je vous prie. Sire, de vouloir bien me pwdonner mon 
importunité, je tiens à vous entretenir d'un des intérêts les 
plus graves de la religion : de la nomination des èvêques. > 

— «Ah ! Monseigneur, vous voulez me parler de la nomi- 
- nation de M. Maret. • 

— « Non, Sire, je ne prétends faire aucune personnalité, 
moins encore à l'occasion de M. l'abbé Maret, qui est un de 
mes anciens amis, et dont j'apprécie les bonaes quaUtés. Seu- 
lement, puisque vous m'avez parlé de lui» je vous dirai que le 
pape a eu certainement des raisons très canoniques de ne pas 
agréer ce choix; H. Maret est sourd, il a professé dans VÈre 
ntnweUe des doctrines que les catholiques, et surtout les 
catholiques bretons, ne sauraient oublier; et je ne compren- 
drais pas que votre gouvernement voulût maintenir uue no- 
mination repoussèe par le Souverain-Pontife pour des motifs 
aussi sérieux. Rien ne lui donne ce droit. Mais laissant de 
côté ce fait particulier, que je n'ai pas à apprécier, je me 
permettrai de vous adresser la prière la plus instante pour 

. que vous ne vous laissiez guider dans vos présentations à 
répiscopat que par des pensées catholiques. Je répétais hier 
à votre ministre des cultes ce que j'avais dit autrefois à 
H. Fortoul, que sa plus grave responsabilité au moment de 
la mort serait la manière dont il aurait usé de la prérogative 
mise entre ses mains par le concordat. L'èpiscopat, en France 
surtout, c'est le cathoUcisme vivant; la religion sera plus ou 
moins prospère, selon que les èvêques seront plus ou moins 
dignes de leur haute mission. Coniudssaat, comme je le con- 



db.Google 



— 20 — 

D^s, le clergé français, je oe crains pas que vo\is introduisiez 
dans nos rangs des èvéques indignes; vous n^en trouveriez 
pas, ou si vous en trouviez quelqu'un, vous ne le feriez pas 
agréer et vous froisseriez inutilement la conscience des popu- 
lations catholiques. Vous ne sauriez croire à quel point les 
dernières nominations ont porté préjudice à rautorité morale 
de votre gouvememaDt. Pour se donner le malin plaisir de 
« faire passer quelque mauvais quart-d'heure au nonce ou 
au cardinal AntonelU, • votre ministre a refroidi, éteint peut- 
être, le dévouement de trois cent mille Bretons. Est-ce là de la 
bonne politique? Mus si vous ne trouviez pas d'évêqnes 
indignes, vous pourriez trouver des évêques faibles et 
complaisants; permettez-moi de vous dire que ces prélats, qui . 
seraient un embarras et un danger pour l'Eglise, ne seraient 
pas un appui pour votre gouvernement. Mal vus de leur clergé, 
sans influence sur les catholiques, ils nuiraient à la religion 
sans profit pour l'Etat. Le problème difficile du choîi des 
évéques avait été parfaitement résolu sous la nonciature du 
cardinal Fomari; de concert avec le ministre des cultes, le nonce 
avait dressé une Uste de candidats qui devaient être agréés en 
même temps par les deux autorités qui concourent à la nomi- 
nation. Tant qu'on ne reviendra pas à ce système ou à un 
autre îmalogue, on retoml>era dans des choix fâcheux, qui 
compromettront les intérêts de l'Eglise et ceux de l'Etat. » 

— « Je vous remercie. Monseigneur, de vos utiles obser- 
vations; je n'ai pas rencontré d'évêque qui m'ait parlé avec 
autant de franchise et d'mdépendance. • 

— « C'est que. Sire, vous n'avez pas rencontré beaucoup 
d'évêques prêts comme moi à aller sans tarder rendre compte 
au tribunal de Dieu de l'accompUssement de leur mission 
épiscopale.* 

Château de Marignan, 3 janvier 1871, en la fête de sainte Gene- 
viève, patronne de Paris, 

C. De LADOUE, 

Tic. gËn. de Hgr de Stlinis. 



.:b.Google 



LES ÉGLISES ROMANES DE LA GASCOGNE. 

(SuUe) (1). 

ÉGUSE DE SAINT-SEVER-RUSTAH. 

La petite ville dont Féglise fixe en ce moment notre atten- 
tion, dans les Hautes-Pyrénées^ doit sa dénomination spéciale 
à ta rivière de la Ros, en latin Rmsa, qu'elle avoisine. Elle 
est bâtie, en eCFet, dans le bassin russan ou ntslan, in valle 
russilanâ, comme disent les anciens titres. Et c'est sur la rire 
gaucbe que les premières habitations rurales vinrent s'agglo- 
mérer, autour d'une abbaye bénédictine, dans les demierstemps 
de la période mérovingienne. 

Cet ancien monastère fut, dès le principe, dédié à saint 
Sever. Mais il ne faut pas le confondre avec celui qui, alors, 
avait adopté un patronage analogue, sur un autre point de 
la Gascogne, compris, depuis 1790, dans le département des 
Landes. 

Saint'Sever-Rustan fut ruiné par tes Sarrasins, dans te 
vra" siècle. Centule I", comte de Bigorre (2), qui te rétablit un 
peu plus tMd, obtint, en 1088, du pape Urbain n, une bulle de 
confirmation en faveur de cette bonne œuvre. L'histoire reporte 
donc a la fin du xi' siècle la reconstruction de l'église qui 
nous occupe. 

Dans le plan orienté de ses grandes lignes, uneporte, hante 
de 5" 50 et large d'environ 0° 80, fut ménagée, pour te pu- 



(1) Voir totna il, p&ge 313, 3dB, 413, 4S3 de eMa Rwut. 

(2) C'«ii-i-dite CenlQlle IV, vicomte dsBdani. Il avait dponij, l'kD 10T8, eaïa. 
eoDd«a noces, Béatrix I, qni, denx ans pins tard, sa tronva héritiire ùa eotaU de 
Bigarre par le décès de son dernier frère RijmoDd I", mort ttioi postérité, an moia 
d'atril 1080.— Cenlnlle IV, de Béarti, était doaepar li-méme dencin conta, dn 
ebef de n lecoode époaae. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



btic, sur la façade méridionale; attendu que la population, 
limitée à l'est par la rivière, et au nord par l'enclos monasti- 
que, ne pouvait se développer facilement que dans celts 
direction. 

A Saint-Sever des Landes, ce fut tout le contraire : la porte 
primitive s'établit au nord, A-ers cette même époque, comme 
plus à portée des habitations dont le monastère était le centre. 
Du reste, c'est pour un motif semblable qu'on en fit autant, à 
Sordes, dans les Basses-Pyrénées, et en divers autres lieux 
dont rénumération serait ici beaucoup trop longue. 

La porte de Saint-Sever Rustan se couronne d'un plein 
cinti% archivolte de trois forts tores concentriques, dont quatre 
colonnes reçoivent la retombée. Les filts, disposés deux à 
deux entre bases romanes et chapiteaux profondément fouillés, 
suivent, à droite et à gauche, l'évasement de l'ouverture. 
Celle-ci s'arrondit au sommet de ta baie, sans ménager à 
son tympan, demi-circulaire, une surface propre à recevoir des 
sculptures, telles qu'on les retrouve assez généralement à cette 
place, comme, par exemple, à Saint-Aventin, à Saint-Béat et 
à Valcabrère, pour ne parler que d'une même région archèo- 
lo^que. 

Le sujet principal, que l'art chrétien de cette période réserva 
presque toujoursjiour ce tympan, se trouve sculpté, à Saint- 
Sever, sur la face antérieure d'un chapiteau assez dégradé, 
mais dont il est encore possible de distinguer les Unéamenls, 
du côté droit de celte porte. On y reconnaît Jésus assis, nu- 
pieds et nimbe crucifère en tête. Il bénit de sa main droite; 
et, de la gauche, il porte le hvre fermé de ses divins ensei- 
gneoients. 

Son corps entier est encadré d'une auréole elliptique, dont 
la périférie se trouve rehaussée de perles, sculptées en haut 
reUef. Deux anges, à ailes déployées, et revêtus de longues 
tuniques, servent de support à cette auréole. Ils sont nu-pieds 
comme le Christ. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 23 — 

Notre porte, très voisine du mur pignon occidental, ouvre 
immédiatement sur une nef qu'aucun bas-côté n'accompagne. 
Un transsept, qui mesure 22" du sud au nord sur 5° de 
largeur dans œuvre, réalise la lorme d'une croix latine 
dans l'ensemble de l'édifice; étudié, coté et dessiné, avec grand 
.soin et pour notre usage, par M. H" Durand. 

Sa longueur totale est de SS" 50; et sur cette longueur Tin- 
tertranssept et le chevet prennent ensemble IS" 50. 

La longueur réelle de la nef est donc de 25°. Elle en a 
huit de largeur, et treize de hauteur sous la clé de sa voûte. 

Cette longueur se partage en quatre travées assez inhales, 
et séparées en outre par des arcs doubleaux à vive arête. Ces 
arcs doubleaux portent sur huit colonnes, qui se dressent en 
avant d'un égal nombre de pilastres, auxquels correspondent, 
à l'extérieur, des contreforts sans (ïaractëre spécial. 

Trois fenêtres, remaniées depuis la construction du xi* siècle, 
alternent régulièrement avec les contreforts de la façade mé- 
ridionale. 

Une quatrième est percée dans l'épaisseur de celui qui indi- 
que la Umite orientale de la nef, à la rencontre du transsept. 
Les archivoltes en hémicycle et les colonnettes qui la décorent 
décèlent l'ancienneté de sa construction. Elle a pourtant subi 
une modiGcation qui la dépare, sous prétexte do mettre sa 
longueur en harmonie avec celle de ses voisines. 

Les trois premières travées, de Touest à Test, sont voûtées 
en berceau. Mais la quatrième a une voûte hémisphérique, 
portant sur quatre piles, plus saiUantesàl'intérieur que toutes 
tes autres. L'architecte roman a eu le soin de calculer les for- 
ces- de ces quatre piles, de manière a contre-balancerle poids 
de l'élégante coupole qui devait les couronner. 

Les colonnes qui se détachent, en reUef, de la face anté- 
rieure de ces fortes piles, sont enrichies de chapiteaux his- 
toriés, d'un très beau style. Leurs tailloirs, ornés de billettes 
alternes, se prolongent, à droite et à gauche, en forme de 



,.b.Google 



— 24 — 

corniche romane, sur les deux murs qui encadrent cette qua- 
trième travée. 

Il parait d'abord assez étrange de ne rencontrer ici aucune 
fenêtre à l'aspect du nord. .Mais on saisit bien vite le motif 
de cette anomalie, dès que Ton peut francbir le seuil d'une 
porte qui fut jadis ouverte vers le nord, juste en face de celle 
que nous venons de décrire. Elle était destinée àcommuniquer 
entre l'égUse et un cloître, dont les quatre allées forment en- 
core un carré parfait de 25" de côté, et portent un étage plus 
élevé que la zone des fenêtres. 

Ces allées, larges de 4', ont des voûtes d'arête dont la hau- 
teur en mesure cinq. Elles encadrent un préau découvert qui 
conserve, au centre de ce grand quadrilatère, le puits tradi- 
tionnel qui devait alimenter le Utvacrum des ablutions mo- 



Hais il est aisé de reconiiaitre que ce cloitre est de cons- 
truction très postérieure à celle de TégUse qu'il avolsine. 
Celle-ci, en effet, remonte évidemment au xi' siècle, d'après 
les divers caractères qui lui sont propres, sans compter que 
l'bistoire, avons-nous dit, confirme cette date (1), tandis que 
le cloitre reproduit le style et les conditions iconographiques 
du XIV*. Ajoutons même que les quatre grandes arcades pleln- 
cintre qui, dans ce cloitre, portent sur huit amorces en simple 
cul-de-lampe, selon la direction des points cardinaux, décèlent 
une pose beaucoup plus récente encore que cette dernière 
date : ce cloître ne serait à la place qu'il occupe que depuis la 
fin du xvi' siècle. 

Et, eii effet, l'histoire du monastère nous apprend que son 
personnel fut réduit, sous le dernier de nos monarques de la 
branche des Valois, à vendre une portion notable du temporel 
abbatial, afin de pourvoir aux frïùs de certaines restaurations 
fort importantes. 



(1) GaUiachrUt. Tome I.edon. lUi. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 85 — 

C'est qae, dès rouverture da printemps de l'année 1575, 
UD capil^oe, nommé Léger, avait conçu le projet d'ajouter 
la ruine de SîùntrSever-Rustan à tous les désastres que la Bi- 
gorre avait dû subir dans les années précédentes. Avec ras- 
sentiment de Pons de Lacaze, alors goqvemeur du Béam, il 
se mit à la lête d'une troupe de Béarnais, dévoués au parti de 
la réforme calviniste. Il alla investir le château de Cachou, 
propriété de l'évéque de Tarbes; il le sacc^ea et le livra au 
pillage (1); et puis il se rendit sous tes murs de Saint-Sever, 
bien déterminé à pénétrer dans la place, même de vive force, 
si elle tentait de résister. 

JâBÎs voilà que la trahison lui en ouvrit une des portes; et 
le traître fut un habitant de cette petite ville, nommé Lafont, 
que le capitaine Léger avait trouvé le moyen de corrompre. 

n résulte d'un procès-verbal d'enquête officielle, daté du 
4" août 1S75, et dont le manuscrit est sous nos yeux, que 
tous les Bénédictins furent massacrés, avec plusieurs ecclé- 
siastiques du voisinage et la plus grande partie des habitants 
de Saint-Sever. La ville et le monastère furent pillés, saccagés 
et livrés aux flammes (2). 

Quant à l'égUse abbatiale, le chevet et le traossept furent tel- 
lement mutilés qu'il fallut reprendre- aux fondations cette 
partie de l'édifice lorsqu'il fut question de le relever de ses 
ruines. 

L'abbaye, qui, vers la fin du xi' siècle, avait été unie aux 
Bénédictins de Saint-Victor de Marseille, dépendit, longtemps 
après, de la Congrégation de Saint-Maur (3). Un nouveau 
personnel y fut envoyé sans retard, et on finit par le mettre 
sous la direction d'un religieux de choix, dom Pierre de 



(I) iDfornations da Séodchal de Ttrbfli. 

(S) Ca que le Galtia ehrUtiatia régame, du règle, par ces moti ■ anno 1!>73, 
3 bœrelici perdnelles nibem el moDuterlam Sanclj Saveri detisiaroot. — Tome i, 
coloD. 1S4G- 

(3} GaJtta thriti. Tena i, colon. 1U4. 



D,g,tza:Jb.GOOg[e 



Sabather, qui, dès l'année suivante, 1574, s'occupa de dé- 
blayer ces tristes décombres. 

La coupole fut d'abord surmontée d'un beffroi, qui ne pou- 
vait plus être qu'ua pâle souvenir de celui dont il était venu 
prendre la place. Quant au reste de l'église, tes fondations 
ouvertes pour le transsept et le chevet se trouvaient à peine 
rebâties à fleur de sol lorsqu'un nouvel abbé, Michel de Sa- 
bathier, vint prendre en main l'œuvre importante de ces re- 
constructions. Il s'en occupa jusqu'à la Qn de sa carrière, 
c'est-à-dire de 1576 à 1597. 

Le GaUiachrisliana (1) nous apprend que, dans ces vingt 
années d'une administration fort laborieuse, il put remettre 
en état l'église abbatiale et une partie assez considérable des 
habitations monastiques. Mais hâtons-nous de faire observer 
que l'œuvre entière fut reprise par ce dernier abbé sur un 
nouveau plan, dans le style et selon le goût qui avaient déjà 
prévalu, dans toutes nos provinces, vers la fin du xvi* siècle. 

C'est iùnsi que, pour l'église, par exemple, au lieu de lui 
rendre ses trois absides en hémicycle, on se contenta d'une 
seule, comme sanctuaire. Encore crut-on devoir la faire à 
cinq pans coupés, tels qu'on les voit, de nos jours, se déta- 
chant, vers l'est, des deux pans droits qui suivent l'arc de 
triomphe. 

Au sud, fut adossée une chapelle rectangulfùre; mais à une 
seule travée, bien que celle du nord dût en avoir deux. Quant 
à leurs voûtes, elles furent d'arête et à nervures prismatiques; 
et il en fut de même des trois compartiments de celle du trans- 
sept. 

Le cloître roman se trouvait démoli avec l'ensemble du 
monastère. Au lieu de le reconstruire, comme tant d'autres 
au XVI* siècle, par séries de pleins cintres néo-grecs, por- 
tant, sans chapjteaux, sur de lourds piliers à base carrée. 



db.Google 



— n — 
on eat Thenreuse idée de transporter à cette place tous les 
éléments de celui du couvent des Carmes de Trie, qui se trou- 
vaient alors malheureusement gisants surle sol, par suite de 
la démolition des habitations claustrales. Un stylobate continu 
fut donc préparé à cette fin, autour du préau de Saint-Sever. 
On y dressa, avec le plus grand soin, les quatre rangées d'arcs 
en ogive; et on les subdivisa en huit séries égales et sembla- 
bles, au moyen des quatre hautes arcades à plein-cintre, dont 
nous avons déjà parlé. 

Dans les deun visites que nous avons eu occasion de faire 
à Saint-Sever, nous avons compté, pour Tensemble de ce 
cloitre, quarante colonnes, fort élégantes, posées deux à deux, 
dans le sens de Tépaisseur du mur, sur aut^mt de socles 
accouplés. Quarante chapiteaux géminés les couronnent, con- 
servant en assez bon état les sujets très variés dont le siv» 
siècle avait décoré les corbeilles. 

A l'est et à l'ouest, c'es^ l'ornementation végétîJe et fan- 
tastique qui domine, avec un mélange de quelques sujets 
empruntés au bestiaire allégorique ou figuratif qui eut tant 
de vogue dans le moyen âge. 

Le sud et le nord ont été réservés aui scènes historiques 
des deux Testaments. 

Pour les temps de l'Ancienne Alliance, nous avons pu re- 
connaître : 

i' L'archange saint Michel terrassant le dragon infernal; 

^ Ëlie emporté de la terre au Ciel sur son char de feu; 

5* Judith en présence d'Holopfaeme, dont elle devait cou- 
per la tête; 

4* Les trois jeunes Hébreux que Nabuchodonosor avait con- 
damnés à être jetés dans la fournaise, pour avoir refusé de 
fléchir le genou devant sa statue, et de rendre à ce cruel 
despote, le culte qui n'est dû qu'à Dieu seul. 

D'autres groupes figurent une vraie christologie, en repro- 
duisant les traits les plus importants de la Nouvelle Alliance : 



_.oogle 



1* Jésus adolescent est en présence des Docteurs, qui 
récouteut avec admiration, dans une des salles annexées par 
Hérode au temple de Jérasalem ; 

IP Jésus en présence du démon, qui le tente sur le sommet 
d'une montagne; 

5* L'entrée solennelle de Jésus dans la ville de Jérusalem; 

4° Le repas de la dernière cène, où Jésus institue l'Eu- 
charistie; 

5' Jésus devant Caiphe, qui lui pose des questions; 

6' Jésus devant Pitate, qui le condamne au supplice des 
plus inf&mes scélérats, bien qne le préteur romain fût con- 
vaincu de son innocence; 

7* Jésus portant sur ses épaules la croix de son immola- 
tion, vers le Calvaire ; 

8* Jésus est cloué sur son gibet ; 

9° Jésus est mis dans le tombeau; 

10° Jésus, armé de la croix de .son triomphe sur la mort, 
descend dans les Limbes, pour annoncer leur déUvrance aux 
Justes de l'Ancienne Alliance; 

11° Jésus sort triomphant de son tombeau; 

1^ Jésus apparaît à Madeleine, et lui fait connaître sa ré- 
surrection; 

13° Jésus remonte au Ciel, en présence des nombreux té- 
moins qu'il vient d'encourager et de bénir; 

li" Le Saint-Esprit se communique, sous forme de langues 
de feu,, à Marie, mère de Jésus, à quelques saintes femmes 
et aux Apôtres réunis dans le cénacle. 

Sainte Marthe, sœur de Lazare et de Marie-Madeleine, 
s'y montre aussi, accompagnée de la Tarasque, dont elle a 
délivré les habitants de la Provence. 

Ce dernier trait est étranger, sans contredit, à l'histoire 
du Nouveau Testament, et même à celle des Actes apostoli- 
ques qui suivirent l'ascension de Jésus-Christ. Aussi l'artiste 

D,slz.:Jb.GOOg[e 



— 29 — 

qui le relate ici ne le présente-t-il que comme un résumé 
figuratif des triomphes de la T^ouvelte Alliance et de la foi 
chrétienne, sur le génie du mal et de Terreur, que tous les 
hommes à mission divine sont venus combattre, dans lasuite 
des âges, an nom du Christ vainqueur. 

Du reste, le docteur Jean de Launoy, ■ écrivain décrié (1), 
critique hardi et outré, mais rien moins qu'antiquaire (2), » 
n'était pas encore venu, au xiv siècle, ébranler cette ancienne 
croyance à un fait merveilleux, que le sculpteur de Trie re- 
gardait, avec tous ses contemporains, comme historique. 

Il n'avait pas, à ce sujet, plus de doutes que le savant 
prélat Raban-Maur qui, de 847 à 836, occupa le siège de 
Mayence. Or, voici comment il parlait de la Tarasque, au 
IX' siècle, dans sa vie de sainte Marthe, écrite d'après les 
nombreux documents des périodes antérieures : 

« Les naseaux de la Tarasque — dit-il — lançaient 
naguère, en épaisses vapeurs, un vrai soufde de pesti- 
lence, et ses yeux des éclairs sulfureux. A travers ses dents 
crochues s'échappaient des sifflements horribles, mêlés d'af- 
freux rugissements. Tout ce qui tombait sous sa dent meur- 
trière, ou entré ses griffes, était aussitôt mis en pièces. Et 
même la seule puanteur de son haleine frappait de mort 
tout être vivant qui se laissait approcher de trop près. On 
ne saurait croire combien de victimes elle avait déjà faites, 
surtout parmi les bergers et .leurs troupeaux, combien de 
malheureux avaient péri de son infection délétère. 

• M^s un jour que la Sainte annonçait la parole de Dieu 
à la foule assemblée, on lui parle du dragon, dont l'histoire 
d'ailleurs se trouvait alors dans toutes les bouches. Tandis 
que quelques-uns invoquaient, en toute confiance, l'inter- 
vention de Marthe, d'autres, ainsi qu'il arrive souvent, di- 



(1) Tnûaiâma lettre i* H. Emery an P. Lilande. 
(3} Nomeau traiii dt diplomatique, tome m, p. 65 



dbjGopgle 



— 30 — 

saienl, comme pour la déûer : certes, si le Christ dont nous 
parle notre sainte héroïne avait quelque vertu, ce serait le 
cas d'en faire preuve. Car nulle ressource humaîDe ne saurait 
nous déUvrer d'un tel fléau. 

» C'est bien, dit-eUe. Si vous êtes disposés à croire, rien 
ne résiste à la foi. 

• La foule empressée engage sa parole; Marthe s'en félicite 
et marche en avant, d'un ajr résolu, vers !a retraite du 
monstre. Le signe de la croix suffit pour adoucir sa rage. La 
courageuse vierge lui passe autour du cou sa modeste cein- 
ture; et s'adressant au peuple qui regardât de loin : que 
craignez-vous, dit-eUe? je tiens votre dragon et vous hésitez 
encore ! Approchez donc sans crainte, au nom du Dieu Sau- 
veur, et venez mettre en pièces ce monstre qui a tant fait 
de mal (1). > 

A l'époque où le cloftre de Trie fut installé à Saint-Sever, 
tout aussi bien qu'au xiv' siècle, les chants sacrés de la li- 
turgie cathoHque racontaient, dans tout l'Occident, au 29 
juillet, la victoire de sainte Marthe sur le monstrueux dra- 
gon : Per t£ serpens est sitbversus (2). 

Près de deux siècles plus tard, la croyance générale était 
encore la même, lorsque Launoy tenta de l'ébranler par des 
sophismes que le Saint-Siège se crut obligé de flétrir osten- 
siblement, par l'organe de l'un des plus savants successeurs 
du prince des apôtres (3). 

L'histoire de la Tarasque ne pouvait donc pas faire con- 
traste avec les groupes d'un goût si épuré qui composent les 
séries iconographiques du cloftre que nous trouvons annexé 
à l'ancienne abbatiale de Saint-Sever-Rustan. Et il est juste 



(1) RiBtNOi. — De vitd beata Maria Magdalenœ c( tof ari( tjut raiwlii ifarlA*. 
Cap, »L. — Raban-Manr fat ilevé au siég» de Haysnce en 847, 

(3) PrMe de Sainte- H arthâ, Itb Mârtha gloriosi. 

(3) Index libromm prohibitoram, eancUagimi D. N. Banedicti IIV, ponlificit 
maiiaùjadg rteognito* atqoe éditai Rome, acao 1758. 



db.Google 



— ai- 
de reconnaJb« que le sculpteur s'était, de tout point, inspiré 
des scrupules de saint Bernard en n'admettant ici que des 
sujets d'édification choisis entre les plus propres à favoriser 
le recueUlement des religieux en présence de ces sculptures. 
Le docte et saint abbé de Clairvaux n'aurait donc pas pu 
dire de Saint-Sever, comme il l'écrivait de son temps à pro- 
pos de quelques monastères clunisois : « Devant des îrères 
occupés de lectures, à quoi bon, dans ces cloitres, ces ridi- 
cules beautés difformes ou ces difformités si belles ? Que font 
là ces figures de singes immondes, de fions féroces, de mons- 
trueux centaures, de moitié d'hommes, de tigres tachetés, de 
guerriers combattants, de chasseurs sonnant de la trom- 
pette? Vous pourriez y voir plusieurs corps sous une seule 
tête, puis plusieurs tètes sur un seul corps. Là, c'est un qua- 
drupède avec une queue de serpent; ici un poisson avec une 
tête de quadrupède. Là, une bête affreuse, cheval par devant, 
chèvre par derrière; ici un animal à cornes qui porte la 
croupe d'un chevaL C'est enfin un tel nombre, une telle variété 
de formes bizarres ou merveilleuses qu'on a plus de plaisir à 
lire daiis ces marbres que dans les livres,' et à passer tout le 
jour à admirer ces œuvres singulières qu'à méditer la loi di- 
vine. Grand Dieu ! si l'on n'a pas honte de ces misères, que 
ne se repenl-on du moins des dépenses qu'elles entraînent ! » 
Evidemment, SEÙnt Bernard n'aurait pas eu à déplorer, au 
même titre, les dépenses faites pour sculpter les chapiteaux 
de notre cloître. Nous venons de voir, en effet, que le maître 
de l'œuvre s'était attaché, de préférence, à y reproduire un 
choix des plus grands traits de l'Ancien Testament, et à pui- 
ser, dans le Nouveau, d'utiles sujets de méditations sur les 
mystères si divers de la vie du Rédempteur des hommes. 

Mais que n'aurait pas dit le saint abbé de Clairvaux en 
présence d'une scène de vraies bacchanales, sculptée sur le 
deuxième des treize chapiteaux(l), àgauche, danslepresôyfc- 
ft) Lm ucstoisa qui Ionn«il ici lu places da coiuam UDt, en effet, ta nambre 

DK:iz..b.G00gle 



rmm roman des ruinas de Saint-Savin, à Villefranclie de Quey- 
ran (Lot-et-Garonne)? Ici, un personnage très accentué 
occupe, debout, la place d'honneur. Tout autour se groupent 
an petit nombre de satellites, en habits de parade et dans 
l'altitude d'une joie effrénée. Trois sont montés sur des 
quadrupèdes, et tous se meuvent aux accents d'une musi- 
que voluptueuse, comme pour figurer les funestes écarts 
d'une vie toute sensuelle, dont la désobéissance d'Adam et 
d'Eve donna le premier signal dans le Paradis terrestre. 

C'est qu'en effet, non loin de là et presque en face, le cha- 
piteau de droite, qui est contigu à l'arc triomphal, reproduit 
la fatale scène delà chute de nos premiers parents. Et,sur son 
vis-à-vis, à gauche, nous avons cru reconnaître un monstre 
à deux corps, surmonté de trois tètes, comme emblème 
saisissant de la triple concupiscence signalée par saint Jean, 
eu sa première épîlre aux fidèles de son temps (1). 

Tous les chapiteaux qui suivent, dans l'avantrcoupole, font 
allusion à la déchéance qui, dans la nature entière, végétale ou 
animale, fut la suite si malheureuse de la chute primitive. 

Mais ceux de la coupole rappellent l'histoire de la Rédemp- 
tion, au moyen de quelques sujets prophétiques de l'Ancien 
Testament, et des principaux traits de la vie, de ta mort, de 
la résurrection et de l'ascension du Christ, tels que le Nouveau 
les raconte. 

On comprend donc que des rapprochements ainsi combi- 
nés aient pu fournir à Pierre-le-Vénérable de nombreuses pièces 
justificatives dans ses réponses à l'abbé de Clairvaux. Les 
monstruosités que saint Bernard critiquait avec tant de verve 
auraient trouvé, en effet, leur raison d'être sous le ciseau 



da doua, iîx à droite ui six à gaucbe de la colonne d'hoanear, dresaée à rextrémîtâ 
de l'ixe. L'iconographie des chspilenax esl remarquable. Les MH. Bsrrére et Sama- 
seaille font dtadiée dam ses détaili, bien avaai nom. Qn'il noua suit permia d'ex- 
primer avec eai le regrrl tréa aincére que caa précieux débrii D'aieut pas âié enion- 
râi, depuis toDgiempa, d'un* praiaction intelligente, beaucoup plus efficace. 
il) Cap. 11, V. 16. 



db.Google 



clanisois, si leur disposition eût été, partout, aussi bien en- 
tendue qu'à Saiat-SaviQ de Villefranche. Peut-être même que 
le presf^terium de celte ancienne prieurale, ruinée avec son 
monastère au svi* siècle, fut une œuvre postérieure aux cri- 
tiques de Sîûnt Bernard, c'est-à-dire qu'irserait des premiers 
temps de la Transition; car nous y avons rencontré une 
ogive sculptée dans les détails de roroemenlatiQU du chapi- 
teau qui couronne la colonne d'honneur, au bout oriental de 
Taxe. A la face antérieure, sa corbeille nous a montré un 
personnage nimbe et debout, retenant un livre en avant de 
son cœur. Un oiseau et une figure angéUque sont, à droite 
et à gauche, ûiés à ta hauteur de sa tète; et, au-dessous, 
comme à la hauteur des pieds, deux quadrupèdes leur cor- 
respondent. — C'est le Verbe incamé, que les symboles évan- 
géUques accompagnent : l'aigle, la nature humaine du fils de 
Dieu, le lion et le veau des anciens sacrifices. Or, au-dessus 
de la tète du Christ debout, s'infiéchit en ogive l'arc qui 
l'encadre, et sur lequel s'est portée notre attention. 

Quoi qu'il en soit de ces chapiteaux encore à leur place 
primitive, à Saint-Savin, la controverse soulevée entre les 
Bernardins et les Clunistes devait contribuer, ultérieurement 
et d'âge en âge, à épurer les produits sérieux de l'art chré- 
tien, à tenu- nos iconographes en garde contre les écarts 
d'one imagination trop déréglée. 

Et ne trouvons-nous pas un exemple encore plus manifeste 
de cet heureux résultat dans le cloUre de Saint-Séver-Rus- 
tan? (Euvre des plus scrupuleusement épurées de l'art du 
XIV siècle, il ne conserve aucune trace de l'idéal sans frein de 
certaines périodes antérieures. 

Mads le xr et le xvi* devaient, à leur tour, rouvrir libre 
carrière à tous les caprices de l'invention, sur l'autorité, par 
trop exagérée, de l'adage antique : 

P[CrORI8DS ATQDE POETIS 

QOlDUBET AUDENDI SEHPER FUTT ^tlA POTESTAS. 
TOUXU. 3 



D,= tze:Jb.GOOg[e 



— 34 — 

L'abus de cet adage est des plus saisissants, à Sainte-Ma- 
rie d'Auch; mais surtout aux consoles sur lesquelles reposent 
les personnages des hauts dossiers qui entourent le chœur, 
et dans certaines parcloses. Nous ne pensons pas que les 
fantaisies de roraernentation, spécialement propres à la Re- 
naissance, soient mieux caractérisées quelque autre part que 
dîms cette magnifique enceinte, touteutière de lâ07 à 1550, 
au moins quant aux boiseries. . 

Dix ans avant cette dernière date, oa sculptait la porte 
latérale du midi jusqu'à la hauteur, environ, du Unteau droit 
qui couronne horizontalement ses deux guichets. 

Or, ici encore, c'est-à-dire sur la pierre, tout comme à l'in- 
térieur sur le chêne dur, mais avec moins de profusion, on 
vit, sous le règne de François I'% s'étaler ouvertement les 
plus étranges souvenirs de la mythologie, jusqu'aux faunes 
et aux satyres impurs dont aucune allusion symboUque ne 
justifiait la présence. 

Qu'on étîùt loin, à cette époque, des austères traditions 
de l'école Bernardine, qui avait si énergiquement proscrit des 
motifs aussi profanes, non-seulement de nos lieux saints, 
mais encore des simples allées de nos cloîtres monastiques, 
«ùnsi qu^on a eu soin de le faire, au xir* siècle, pour celui 
de Saint-Sever-Rustan ( 

F. CANÉTO, 
{Ca fin prochamemenU) 



D,g,tza:Jb.GOOglC 



MONOGRAPHIE DE LA VILLE DE SOS. 



Située dans rarrondissemeot de Nérac (département -de 
Lot-et-GaronDe) au cooOuent de la Gélise et de la Gueyze, qui 
coulent à ses pieds. Tune au sud, l'autre à l'ouest, trônant 
enfin sur tout te pays, à 150 mètres au-dessus du niveau de 
la mer, ta ville de Sos n'occupe pas, dans l'histoire, une place 
moiDs élevée que dans le monde physique; car ce fut certù- 
oement le chef-lieu des anciens SoUales, l'opjndum Sotiatum 
des commentaires de J. César. Nous nous sommes sufflsam- 
ment expliqué, depuis longues années {Nérac et Pau, p. 135), 
sur rorigine de cette ville, et c'est à elle que nous appliquons, 
sans aucune hésitation, te passage suivant des Commentaires: 



n 



• A peu près à cette époque (l'an 56 avant J.-C.), P. Cras- 
sus élait arrivé en Aqmiaine, , . Songeant qu'U aurait à faire la 
guerre dans les mêmes lieux où, peu d'années auparavant, le 
lieutenant L. Vaterius Precomnus avait été défait et tué, et 
d'où le proconsul L. Mandats Nepos avait été chassé après 
avoir perdu ses bagages, il crut qu'il ne pouvait déployer 
trop d'activité et de précautions. H pourvut aux vivres, ras- 
sembla des auxiliaires et de la cavalerie, appela près de lui les 
plus braves de Tmdouse, de Carcassonne, de Narborme, pays 
dépendants de la Province romîdne et voisins de VAqttUaim, 



_.oogle 



et mena son armée sur la terre des SoUates{i). A la nou- 
velle de son arrivée, XesSotiates rassemblent des troupes nom- 
breuses, surtout de la cavalerie, leur principale force, et atta- 
quent notre armée dans sa marche. Le combat commence par 
la cavalerie : les nôtres* les repoussent et les poursuivent; alors 
riuf^iterie des ennemis, placée en embuscade dans un vallon, 
parait tout à coup; ils attaquent nos soldats épars et recom- 
mencent le cotnbat. 

• Il fat long et opiniâtre : les Sotiates, fiers de leurs ancien- 
nes victoires, croyaient que le salut de VAquitame dépendait 
de leur valeur. Nos soldats voulaient montrer ce qu'ils pou- 
vaient faire sous la conduite d'un jeune chef, en l'absence du 
général et sans l'aide des antres légions. Enfin, les ennemis, 
couverts de blessures, prirent la fuite. On en fit un grand 
carnage. Crassus, sans s'arrêter, mit le siège devant la capitale 
des Sotiates. Leur vive résistance l'obhgea d'employer les 
mantelets et les tours. Ils faisaient de fréquentes sorties on 
pratiquaient des mines sous nos tranchées, car ils sont habiles 
à ces ouvrages, leur pays étant plein de mines d'airain qu'ils 
exploitent (2). Mais leurs efforts échouèrent contre l'activité 
de nos soldats. Ils députèrent vers Crassus et ofhirent de se 
rendre : sur son ordre, ils Uvrèrent leurs armes. 

> Tandis que tous les nôtres étaient attentifs à l'exécution 
de ce traité, d'un autre côté de la ville parut te général en 

* (1) Lm liUiobrigtt (oa Àgenaù) Ai*nt aniif du peuple romain ilâ« eette ripoiiD*. 
et H iTOVTaDt à chevtl inr la Giroans, Craiiui dat traverser leor lerritoirs, poar 
marcher contre lat SoHattt. En «t&I, les Votattt (ou Bafaiaiê), paaples pajifanta 
ds l'ilfuttatM, lui anraieDi diipuié le passage de la Garonne, et d'ail I enri (7rauu( 
ne marcha contre, eai qn'à la suita de aa vicioire eur l«s SoHaUi. En amont àm 
Hiliabrigei, le« Romaint se leraieaL haartés ani Garitii, ani Lactoratet, m\E(u- 
tattf, peuples sqaittiDi. qui ne cédèrent unx Romain* qu'ai Mrieu renient. Cratiut 
datuaverser la flenve 4 Aiguillon, et remanier ta vallée de la Baiie, paia celle de la 
Gdliae, et ooai ne serioni pai tloignd de croire qu'il «nirit, à est effet, la liinequa 
rappela, depois, la voie romaioa, dite Ténarixê. et coDdDiaaot des ilTet de la Ga- 
ronne i Soi et par delà. 
(3) lel la tradocUar a aobsLitnâ lea Sotiale* ani Àguilaitu. Uw a dit : < Cani- 

> cnlis ad atgerem vineasqoe aclis, cDjos rei longé «ont pcritiulmi àquttatii, 

> proptarei qaod moltit loeU apud eos srari» secturo anni. * 



.b.Googlc 



— 37 — 

(^ef Adcantuamus, avec sa. cents hommes dévoués à sa per- 
sonne, de ceux qu'ils appellent Sddnrims. Telle est la con- 
dition de ces braves : ils jouissent de tous les biens de la vie 
avec ceux auxquels ils se sont consacrés par les liens de Ta- 
mitié; .si leur chef périt de mort violente, ils n'hésitent pas à 
partager son sort ou à se taer eux-mêmes; et, de mémoire 
d'homme, il n'est pas arrivé qu'aucun de ceux qui s'étaient 
dévoués à la fortune d'un chef refusât de mourir après lui. 
C'est avec cette escorte q'd'Adcantuaimus faisait une sortie. 
Des cris s'élevèrent sur cette partie du rempart : on courut 
aux armes; le combat fut sanglant; Adcantuannus, repoussé 
dans la ville, obtint cependant de Grassus les mêmes conditions 
que les autres Sotiates. 

» Après avoir reçu les armes et les otages, Crassus marcha 
sur les terres des Vo€(ties et des formates (4)... » 



m 



Convertis au christianisme, durant To'ccupation romaine, 
par SMnl Semin, évêque de ToiUffltse. les SoUates passèrent 
aux mains des Gotiis qui durent lear commuuiquer rarianisme, 
dont ces derniers peuples se trouvaient infectés, et dont les 
Francs, vainqueurs des Goihs, vers l'an 508, épurèrent 
V Aquitaine, avec le zèle particulier à de nouveaux convertis. 



ÏV 



Sos, vers la fin du vf siècle, subit le joug des Vascons, 
peuples qui, des Pyrénées ibériennes, s'abattirent sur la vieille 
Aquitaine et finirent par lui imposer leur nom. 

Vers l'an 724, cette ville de Sos se vil outragée par les 

(1) J. Gif AR, Commniairtt tur la gutrre d« Gaulet, 1. m, o. SO-39. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



Ma/Ures d''Abdérame (1); et, plus lard, c'est-à-dire vers Tan 
8i4, les Normands, dans l'une de leurs courses dévastatrices, 
se portèrent de Bazas sur Sos, en suivant Sans doute l'an- 
cienne voie qu'indique Vltinéraire de Bordeaux à Jérusalem 
de 353. C'est en vain que les SotùUes leur opposèrent le même 
courage que leurs pères avouent déployé contrôles Romains.lis 
furent vsùncas, passés au fll de l'épée, et leur ville brûlée.' 



Du X' au XI? siècle, nous revoyons la ville de Sos relevée de 
ses ruines, chef-lieu d'un archiprêlré du diocèse d'Auch avec 
un chapitre, et vassale de l'archevêque, chef féodal ou sei- 
gneur, en même temps que métropoUtain. 

Comme, dans les questions de la nature de celles que nous 

allons soulever, ce sont lés anciennes circonscriptions reli- 

■ gieuses qu'il est de règle de consulter, nous nous demandons 

si nous devons voir, dans l'enceinte de cet archiprêtré, tout 

le territoire qu'occupèrent les SoUates. 

Nous posons d'abord en fait : 1' que Vanden diocèse 
d'Àgen, y compris la partie distraite pour la création du 
dàocèse de Condom, nous représente le pays des Nitiobnges, 
comme l'archevêché d'^wcft, avec ses suffragants, correspon- 
dait à l'ancienne Aquitaine ou Novempopulanie; 2* que le 
pays des Nitiobriges et la vieille Aquitaine étaient limitrophes; 
et 3' que Crassus traversa le pays des NiHobriges pour attein- 
dre immédiatenmit et non médiatement les Sotiates; d'où la 
conséquence qu'où finit, de ce côté, VAgenais, devait com- 
mencer le territoire des Sotiates. Or c'est bien ce qu'il en 
était de l'archiprétré de Sos au regard de VAgetiais. Mais la 
limite entre ces deux pays, où la placer?... 

(t) Le nom deUcommnnedeSainte-HaDre rappelle sans doale relieinTuion, el 1* 
foobonrg des Cupott, mi portes de Sot, a conservé jusqa'à nos joars le nom dont 
tarait flétru las fnjards, traînards on prksaaaiers appartenant à cette armés. 



db.Google 



Les coutumes de Montréal, eo Condomois, constatent que 
cette dernière ville fut bâtie à rextrémilé de YAgenais 
(V. Hist. de l'Agenais, t. 1, p. 7). C'est donc la yallée de 
YAuzoue qu'il faut reconnaître comme limite, en ces lieux, 
entre VAgcTutis et VAquitaine. Mais ce serait une erreur de 
croire que VAuzoue continuât jusqu'à laGélise à servir deli- 
, gne divisoire entre ces deux contrées, sans quoi l'ancienne 
paroisse de Pondenas, celle de Louspeyrons et celle d'Arbus- 
san auraient appartenu à VAqmtaine et non à YAgenais, tan- 
dis que les Documents se multiptient pour établir le contrtûre. 
Nous ne ferons faute de les signaler : 

GuiUiaume de Podenas reconnut, en 1287, tenir du roi 
d'Angleterre, comme seigneur d' Agenças, la moitié du châ- 
teau de Podenas et de ses dépendances. • Recognovit se te- 
• nere a domino Agenezii raedietatem castri de Podanas et 

> medietatem pertinentiarum suarum > {Archives fàstoriques 
de la Gironde, t. 1, p. 557); 

Ber&rand de Sos fournit pareille recônnûssance au même 
prince, â raison des héritages et biens qu'il possédait dans 
les paroisses < de Médecine, de Sieuza, de Cazaligrando, de 
Podanas, de Arlmssano et de Andirano » (Ibid., p. 48); 

Pierre de Marthoret reconnut tenir, de son côté* du 
seigjieur d'Agenais certains fiefs situés dans les paroisses 
« Sancti Siepham. de Podanas, de Arbussano, Delspejfrom;, 
■ Delginestar, Delcroza, de Andirano et de Sozaco propè 

> Espienx»(Ibid.) ; 

Enfin, ces mêmes Archives de la Gironde contiennent 
aussi une reconnaissance de Brunet de Rivais, bourgeois de 
Méziui du chef de sa femme et d'Otfum de Sorbe, son pu- 
pille, à raison de fiefs situés dans les paroisses de Saint-Jean 
de Podanas, dé Mezin, d^Arbiissan, Ddspeifroax, etc. 

D'un autre côté, le répertoire de Lacapère, dressé, en 
1604, ainsi qu'un pouillé de 1648, que nous avons trans- 
crit dans les notes sur la carte de Tarronâissement de 



db.Google 



— 40 — 

Condom, pl^ceut Saint-Etienne de Poudenas daos le diocèse 
et archiprêtré de Cond(fm. 

A la vérité, la carie de l'ancien diocèse dUucA, si nous en 
jugeons par une copie manuscrite qu'un homme honorable 
a bien voulu nous en fournir, place dans Vardùprêtré de 
Sos une paroisse dite Poudensan, laquelle, vu sa position 
dans cette carte sur le prolongement de la Ugne de ^os à 
Levèze, et vu également les distances, ne peut être que la 
paroisse de Poudenas, si l'on considère, d'ailleurs, qu'il 
n'existe, dans cette contrée, ni ancienne paroisse, ni annexe, 
ni même une ancienne chapelle du nom de Poudensan. 
Mais cette indication de Poudenas, comme ayant dépendu de 
la vieille Aquitaine ou Gascogne, nous parait une erreur évi- 
dente en face des autorités que nous venons de signaler. — 
Pour ce qui est tfes paroisses d'^rôussàn et de Louspeyrous, 
la carte du diocèse d'Anch les laisse dans le diocèse de 
Condom. 

Quant aux autres voisins de l'archiprêtré de Sos ou des 
SoHaîes, nous savons que Crassus, vainqueur de ceux-ci, 
marcha contre les Vocates ou Bazadais, et les Tariisates, 
peuples du Tursan, dont Aire était la capitale. Or, Varcki- 
prêiré de Sos touchait au diocèse de Bazas vers les confins 
du diocèse d^Aire. En outre, à YEst se trouvait l'archiprêtré 
dB Barbolan, du diocèse d'Auch, et séparant l'archiprêtré de 
Sos du diocèse d^Aire. Sous ce premier point de vue, les pa- 
roisses orientales de cei archiprêtré, savoir : Lvbon, Arcs, 
Baudignan, Rimbez, Saint-Martin-te-Vieux, Saint- Pé d'knmi 
mort, Saint-Simon, Deroux et Labarrère, et les paroisses occi- 
, dentales,savoir:floMss^«,Baudie/,Sflm/-PaM, Meylan,Gueyze, 
Sos, Sainl-Marlin, Lmèze, Peyriac, Cafoet Torrebren{B^-us' 
«^s, placée à rextrémité septentrionale, et ta6afr^r« à l'extré- 
mité méridionale) représenteraient tout le territoire des an- 
ciens Sotiates, formant aujourd'hui les communes de Bous- 
sés, de Meylan, de Gueyze, de Sos, de Sainte-Maure et de 



D,g,tza:Jb.GOOglC 



— 41 - 

SaiïU-Pé-Saiitt'Simon, dans le département de Lot-etOaiioD- 
oe; de Labanère et de Torrehrm, dans le département da 
Gers; et de Lvbon, iHAfcs, de Rimbez et de Baudigtian, dans 
le département des Landes. 

Mais nous ne serions pas éloigné de croire, sous un second 
point de vue, que rarchiprêlrè de Barbotan (dénomination 
relativement moderne), nous représente également une partie 
des terres des Sotiates. La grande bataille qui valut à la viUe 
û'Aire le nom de Vicus Mu, s'étant donnée dans le T^^on, 
Crassos n'y serait parvenu, pour la livrer, qu'après avoir 
traversé le territoire qui forma, depuis, Tarchiprétré de Bar- 
botan, lequel aurait été aux Elusales, sinon aux SoUàtes. Or, 
les^ Commentaires deJ. César ne parlent pas des Eltisates, en 
racontant le départ de Sos par Crassus; et puis, les Elusales 
ne se soumirent aux Romains qu'à la suite de la bataille cî- 



VI 

Le 8 août 1579, l'archevêque d'Aucb vendit pour 5,000 
écus, à messire Guy Du Fawr de Pibrac, la seigneurie de Sos, 
laquelle IHbrac rétrocéda, deux jours après, à Henri (ffAlbret, 
roi de Navarre. Ainsi la ville de Sos n'appartenait pas à ce 
prince lorsqu'il fat fait prisonnier, avec François / % à la 
funeste bataille de Pavie, et voilà pourquoi c'est pour contri- 
buer à la rançon du roi de France et non du roi de Navarre, 
que la ville de Sos vendit les orgues de son église, tandis que, 
par exemple, la ville de Caste^'eUoux contribuait, de son côté, 
à la rançon de Henri d'Albret, lequel n'eut pas à la payer, 
a'étant évadé de sa prison. 

VII 

Survinrent les guerres de religion. Mais il ne nous est par- 
venu aucun détail positif sur le rôle qu'y put jouer la ville 



db.Google 



— 42 — 

de Sos. Nous savons seulement que pour soustrjûre ses offi- 
ciers municipaux aux vexations des gens de guerre, on y 
fit disparaître en lieu sûr et secret les listes et élecUons 
consulaires, ce qu'à tort, crftyons-nous, M. de ViUeneuve, 
dans sa JVoUce sur Nérac, reporte à Tépoque des guerres 
contre les Anglais. Si ces derniers prirent le château de Le- 
vèze, fait au moins problématique (1), rien n'autorise à 
penser que la ville de Sos eut à souffrir de ces hostilités. 

C'est ainsi, du reste, qu'au Mas-d'Agenais le sieur Dufour, 
jurât, prit soin du livre des coutumes pendant le sac et pil- 
lage de cette ville, en 1634, durant les guerres de la Fronde. 

Au surplus, ce château de Levèze fut l'un des derniers 
refuges des ligueurs. Le capitaine Faims, gouverneur de 
Casleljafoux et du duché d'Albret, ayant avec lui les régi- 
ments de Laroche, de Panjas et de Mandel, ainsi que deux 
compagnies tirées de Cbùrac et trois compagnies de Nérac, 
l'assiégea, sur le capitaine ligueur Santo, au mois d'avriï 
1593. Mais les ligueurs Lau, Montespan et Monlttc, petit-flls 
du maréchal Biaise de Motduc, lui en firent lever le siège, 
secondés par les grandes pluies qu'il fit, et k poursuivirent 
jusqu'à Barbaste où ils lui prirent de 50 à' 56 chevatix d'at- 
telage... Mais le capitaine Sanlo ayant été pris dans Later- 
rade, le château de Levèze se rendit aux troupes royales, le 
9 novembre 1594 (V. la chronique Ms. du sieur de Pérès, 
contemporain de ces faits, possédée par M. le conseiller le 
Suem- de Pérès). 

(1) On lit dsna Uè Chronijuti de Froûtari, i ti, p. 109, édidoB Bochao, qn'u 
1315. lei Angltis, sons Derbj, «'emptrérenl da chtiean de l> Lient. D'sprii une 
Doie de r éditeur, ee serait pevl-étrt Levèxtta diocéiede CoDdom. D'abord, comme 
DODS t'avona fait observer (Uistoirs de rA.genais...], neas ne connustoaipat de Lt- 
vèn, daiii le Coniomaii, mtu bien dans le diocèse d'Aueh. arcbiprttré de Sot; et 
liVoD veal prendre la peine (diiooi mieai. le plaisir] de relira dini FroUiarl cella 
■nsrcbe dn comte Derbr. l'on trouvera fort étrange son ddlonr par Levèze el l'on ap- 
pTODvera la forme dubitative que Buchoa a cm devoir donner i soa inlerprélalion. 

D'après H. Henri Ribadîea (Cim pagnes do comte Derb; en Gaienae], la Lièvê, 
c'est Lalind*. en Pèrigord (RecDSJI des acte* de l'Àcaddmie de Bordeaux. 1603, 
p. 319, en note), 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 43 — 

A la mort de Henri IV, survenue le 14 mai 1610 (1), \\ 
se flt quelques assemblées de religiounaires aux environs de 
Sos; mais ces mouvements n'aboutirent pas (Voir la lettre 
des consuls de Nérac à M. Dutour, leur chaîné d'affaires à 
Paris, .du 28 mai 1610, dont nous avons rappelé le texte 
dans YHistoire de VAgenais, du Condomois et du Bazadais, 
l. % p. 521). 

VIU 

Le duché d'Albret étant passé, le 2 mai 1641, à titre d'en- 
gagement, dans les mains du prince Henri de Condé, père 
de rilluslre vainqueur de Rocroi (2), celui-ci entraîna l'Albret 
dans sa querelle avec Mazarin, et ce fut la cause, pour tou- 
tes nos contrées, de maux sans nombre, dont nous avons 
fourni, dans la IH(mographie de CasleljaUmx, un tableau 
détaillé, lequel doit s'appliquer également, du moins en 
grande partie, à la ville de Sos comme aux pays qui l'avoi- 
siuent. Une délibération de cette dernière commune, sons la 
date du 22 mars 1652 (5), constate, entre autres faits, que, 
dans les paroisses de Boulogne et de Sainte-Maure, les gens 

(1) On De pat croira d'ibord, d*na nos cootrëes, qiiB c* crime sot iU eommii pa- 
nn Français; on )il, ea eOel, ànat sne ddlibér&lion ûe» jorats da Cuieljslonx du 10 
miilSlO; c ... Par lesd. s" consali a esta proposé la trisw el déplorable nonvelle qV 

> coart el qui nous a etté mandée par le leignenr de Fabai, noire goDTernear 

> deTassaisinat et meurtre de Dosire roy, par un Eipaj^nol. > 

(9) Les babitantt de l'Àlbnt, poar décider le prioca de Condé i taira raeqaltition 
de ca doché, Inï offrirent une somma de ceni mille livres. Telle fai l'origine do don 
gratuit dont il est souvent qaastiou dans les délibérations dn corpi de ville de Sot. 
Bn considération de ce don gralnil. les habitants d a l',4Iftr«l obtinrent one exemption 
da logement des gens de guerre. La don se paye; mais les logaments ne ^en affe»- 
tnérant pas moins. 

(3' On Terra plos loin qoe, par contrai d'échange da SO mark 1051, l'ilbret fat 
acqnis par le dno de BoDilloni mais il fallat compter avec le prince, qni garda son 
gage pendant quelqaaiempeencore, sibienqoe, même en 165Ï, sas ordres portaient: 
« Le prince de Condé, prince dn sang, pair et grand mattre de France, duc d'Eo- 
■ ghian, Chastaanronx, MonimoreDcy, Àlbrtt al Fronsac, gonvernenr et lienteBant 

> général ponr le roy en eee provioees da Guieone M Berry, généralltiime des ar- 

> méei de Sa Htjesté. > 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



de guerre emportaient les grains, brUaient les granges, bles- 
saient les hommes, femmes et ^Ues, et avaienl rédmt ces 
deux paroisses à de telles ex^émités que les hcdnlanls les 
avaient désertées. Le rédacteur de ce procès-verbal y avait 
aussi accusé ces mêmes soldats de violer les filles. Mais ces 
mots s'y trouvent raturés, bien que lisibles, de sorte que 
Ton ne peut affirmer que ce triste pays eût subi ce dernier 
outrage. Seulement, voici un fait qui rendrait l'autre vrai- 
semblable : on voit, par des documents de même nature, que 
les gens de guerre logés dans la ville de Sos, malgré les 
lourdes sommes que cette commune ne cessait de payer 
pour en obtenir des exemptions aussitôt violées qu'accor- 
dées, s'y conduisaient si fort en brigands, que l'on autorisa 
les habitants à la déserter aussi, et que si les pères de famille 
en faisaient sortir leurs filles, il seraît'permis à cftoeun d'emr 
porter un B tant seulement, sans aucune espèce de grains (1). 
En même temps, les réquisitions, soit en nature, soit en 
argent, pleuvaient sur cette ville. Nous citerons, entre autres, 
celle de deux cents livres que Sos, Torrebren et LabasUde- 
d'Arma^ac eurent à payer par four, durant le siège du chi- 
teau de Nérac par les troupes royales, en mars 1652. La ville 
de Sos députa un s' de Raffls au comte d'Harcourt pour faire 
fixer sa part, d'après la taille, dans cette contribution. Mais 
M. de Raffls n'osa se mettre en route sans escorte pour Gon- 
drin, où était d'Harcourt, et la part de Sos fut appréciée 
provisoirementà 55 liv, parjour. Puis, ne manquèrent pas de 
s'abattre sur la ville de Sos, comme sur nombre d'autres du 
duché d'Albret, ces terribles filles de la guerre, la famine et la 
peste! — Les archives de la ville de Casteljaloux renferment 



(1) PoDr l'inUtligeDcs de ceci, nous rappelons qoe, durant ces grands déuirdrei, il 
•vaittté priai Casleljiloni desarrjiés qni punissaient il'an« forts amnade eeoxqai 
iiiirtaimt la ville et le bien public, pour ne point participtr aut grandet foula 
qaet'on avait ï supporter. Le l'-'aoùt 1650 an des consali, afuitvoalB faire enlever 
qnelquea menblesde sa maisop, le peuple n toulna et l'oppoia au départ dti char- 
rtttes. (HoDograpbie de la ville de Ctsteijaloui.) _ 



db.Google 



des documents desquels il résulte que ta peste avait déjà 
désolé Sos et Nérac, en mai 1632. 

Pour rèdimer la ville de Sos de tant de maux, sa part dans 
l'indemnité qu'accorda la maison de Coildé aux contrées vic- 
times de sa querelle avec Mazàrïn fut de 2,100 livres. 

IX 

11 nous reste à parler de la destruction du ch&teaa de Sos, 
ainsi que de quelques troubles qui se produisirent dans cette 
ville, soit au sujet des élections consulaires, soit au sujet de 
l'exercice de la religion prétendue réformée. 

Les faits qui amenèrent la destruction du château de Sos 
remontent aux années 1620 et 1621. 

Les ducs d'AU/ret, fois de Navarre, y tenaient un gouver- 
neur. On voit, par exemple, dans les comptes conservés aux 
archives de Pau, qu'en 1581, c'est un sieur Jean d£ Lobovr- 
daizière, valet d£ chambre de Henri, roi de Navarre (plus 
lard Henri IV), qui se trouvait revêtu de cette charge. Jeannel 
Dubomqttet commandait dans le château de Sos en 1593 et 
1S94 (mêmes archives). En 1620, TAlbret réuni à la cou- 
ronne de France depuis et par l'avènement de Henri IV, qai 
tenait ce duché de sa mère Jeanne d'Albrei, et qui l'avait 
constitué en dot à Catherine de Bourbon, sa sœur, en la ma- 
riant avec le duc de Bar; VAWrel, disons-nous, revenu au 
domaine royal par la mort de. cette princesse, n'était pas 
encore passé, à titre d'engagement, dans la maison de Condé. 
Un s' de Losse, seigneur de Pontdaurat, y commandait à son 
tour, et les abus qû^il commit, dans l'exercice de cette charge, 
donnèrent heu aux plaintes des Sotiales, ainsi qu'à, des pour- 
suites durant lesquelles le château de Sos fut mis en séquestre 
dans les mains des seigneurs de Lamothe-Gondrin et de 
Fourcés. Mais ces derniers commirent la faute d'y laisser te châ- 
teUùD inculpées! bien que les vexations continuèrent, et que 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 46 — 

forcé fut aux habitants de s'enfuir de la ville et de recourir au 
maréchal de Roguelaure, lieutenant général en Guienne; 
Roquelawe chargea Molère, vice-sénéchal d'Agenais et de 
Gascogne, de rétablir les consuls, jurats et habitants de Sos 
dans leur ville, comme dans leurs droits et privilèges; et, plus 
tard, à la suite d'une information faite à ce sujet, un arrêt du 
conseil rendu, devantMontauban, lei sept^ 16^, prononça 
lasuppression du gouvernement ù& Sos et ordonna la démoli- 
tion du château aux frsus de la ville. Cette démolition mit à 
découvert des s'outerr^ns par lesquels il est des SoHales qui 
pensent qii'Adcaniuan opéra sa dernière sortie contre les 
Romains à la tête de ses six cents dévoués. 



Nous venons de parler des consuls, des jurats, des droits 
et des privilèges de la ville de Sos. Par malheur, la perte de 
ses coutumes ne nous en permet pas rénumération. Mais Ton 
y a conservé quelques registres de délibérations, où nous 
allons puiser des détails sur son organisation municipale. 

Cette commune ou communauté (ce dernier terme ét^t alors 
le plus en usage) se trouvait administrée par quatre consuls, 
sous Tas^slance ou contrôle d'un conseil de jurats, c'est-à- 
dire de membres iissermentés. Les consuls étaient élus, le 
1" janvier de chaque année, sur une liste de tous ceux qui 
avaient été consuls ou qui élakni pour l'être, dernière classe 
d'éUgibles, sur laquelle nos documents ne fournissent ni plus 
de précision ni plus de clarté. Celte liste était remise, par 
tes consuls sortants de charge, aux consuls qui les avaient 
précédés dans ces mêmes fonctions et qui opément Tèlection 
nouveUe, c'est-à-dire que, par exemple, les consuls de 1658 
forent les électeurs des consuls de 1640. Ces électeurs prê- 
taient le serment, entre les mains du juge ou bailli de Sos (1), 

|1] On Terra plu Imd Im officiert dQ biiUitge da Sot. 



db.Google 



de bien et fidèlement procéder à Célection des consuls le mieux 
qu'a leur serait possible sans faveur m support de personne. 
A leur tour, les nouveaux consuls promettaient sous serment, 
devant le même magistrat, de bien et fidèlement exercer leur 
charge, servir te roi et le public (1 ). Ces consuls une fois élus 
et leur serment prêté, ce qui valait installation, l'assemblée, 
composée de ces derniers, du juge ou baiUi, du procureur du 
roi, des deui notaires de Sos et des autres jurats, élisait leur 
secrétaire et deux syndics, l'un de Thépital, l'autre de la 
police. Il nous semble que le valet de ville n'était qu'au choix 
des consuls. — Nous noterons ici que les étrangers ne pou- 
vaient se retirer kSos que sur une autorisïttion des jurats et 
sous serment aux mains des consuls de servir le roi et le 
pubUc, le mieux qu'il leur serait possible. 

C'est également aux consuls qu'appartenait le choix, après 
examen, du -régent chargé de l'instruction des jeunes SoUa- 
tes. Hais ce dernier privilège leur fut disputé par le chapitre, 
sans doute parce que les gages de cet instituteur communal 
se prenaient, du moins en partie, sur le revenu de ce corps 
reUgieux. Il y eut, à ce sujet, au parlement de Toulouse, 
entre les consuls et le chapitre de Sos, un procès dont les 
archives de cette ville ne nous ont pas révélé l'issue. 



J.-F. SAMAZEUILH, 

•f oeat et nembre d« plnsiann Ktiité$ anaxe». 



{La fin au prochain numéro.) 



(1) Le roi, le prince de Condé on le dnc da BaoUloo, Hion les é 



db.Googie 



QUESTIONS. 



41. Jacques de Bèla et aea œavres inèdltea. 



VAUmm pyriném, revue béarnaise mensn^e, qui a doré deux ans (1840 et 
1841) etdontlacollsctionfonneâvol. in-S», avec Dombreiuea lithographies, 
publia sons ce titre, en septembre 1840 (t. i, page34&-354], ane étude intéres- 
sante signée G. U. — Jacques de BËla (bisaïeul du chevalier de Bêla, dont les re- 
chercheshistoriquessurlesBasques, aiilisées parDom Sanadon, ontéièana- 
lysées par H. Walkenaer, dans un curieux article de la Biographie uiUveneUt, 
Stippl. art. Bita), naquit à Uaulton de Soûle en 1586 el mourut en 1667. 11 a 
laissé une compilation de pensées philosophiques et morales, rangées pu ordre 
alphabétique sous lelitre de Tablette», en 7 vol. petit in-i", deplusdel,100 
pages chacun etd'une ècrilure très serrée. L'auteur de l'article cité en parle fort 
agréabtenent. mais d'une manière (il en convient) beaucoup tcop sommaire pour 
en donner une suffisante idée. — Je demande donc que l'on réponde au moins à 
l'une des deux questions suivantes ; 1' Quel est le nom complet représenté par 
tes initiales G. U., placées au bas de cet article? 3° Oùsodtanjourd'hui dépo- 
sés les sept Volumes de philosophie et d'érudition, laissés à une postérité trop 
négligente par Jacques de Bêla? L. C. 



48. D'âne po«sle de Jemn OMton. 



Dans un autre article de VAlbum pyrénéen (t. i, p. 347), je relève la 
mention d'uns^eonGotlonqui faisait imprimer à Orlbez, en 1617, sa poésie 
de la Lot de l'Ettmel. > Je ne me souviens pas d'avoir rencontré ailleurs, dans 
mes recherches déjà bien prolongées sur l'histoire littéraire du sud -ouest, ni le 
nom de ce poète, ni le litre de son oeuvre. Quelque béarnais, ptus heureux que 
moi, voudra bien, je l'espère, m'indiquerce que l'on peut savoir de Jean Gaston, 
etoù l'on peut trouveranjourd'hiusa£otdef'£t«îMl. L. C. 



db.Google 



LEÇ ÉGLISES ROMANES DE LA GASCOGNE. 

(Siate et fin) (1). 

ÉGLISE DE HOBLAAS. 

Nous voici en préseDce d'an monument contemporain de 
celui que nous venons de visiter, sur la rive occidentale de 
La Ros. L'égUse de Morlaàs (Basses-Pyrénèes) est due, en effet, 
au même comte de Bigorre, Centule !•% que celle de Sanl- 
Sever-Rustan. Elle serait même un peu antérieure à cette der- 
nière, TU qu'elle se rattache à une fondation religieuse que 
ce haut et puissant seigneur crut devoir faire, comme il 
n'était encore que vicotnte de Béarn (2). Il voulut, par cette 
œuvre pie, réparer une grande faute que, pourtant, il avait 
commise avec une certaine bonne foi, ainsi'que l'a écrit Pierre 
dé'Marca(3). 

« Il ne faut point trouver estrange — dit cet historien— 
• que nostre Centule fust tombé en cette faute, d'espouser 
» vue femme qoi lui appartint en degré de consanguinité, 

> défendu par l'Eglise; d'autant que c'estoit un crime assés 
» commun, en ce temps, et autorisé par l'exemple des prin- 

> ces et de toute autre condition de personnes, etc., etc. > 
Sur les remontrances paternelles du pape sant Grégoire Vn, 

« qui lui reproche honorablement son mariage (i)» en 1078, 
a CentuUe reconnoist lui-mesme sa faute d'avoir espousè sa 
» femme Gisla, contre la loi de Dieu (5); et pour expiation 

(1] Voir tome xi, paga 313, 945, 413, 493, ei totns m, paje 91 de cette Jtmu*. 
(S) Bien qa'ime charte dn moauièra de Pagna le qoalifle de comte da Béarn et 
d'OloroD. 
(3) ffitloira dt Bfan, liv. it, chap. IS. 
(IJ Ibid. 
(0) Ibidem, chap. 13. 

Ton xn. 4 



,.b.Google 



• de son péché, après s'en estre repenti, consacre à Dieu et 
» à sainct Pierre l'apostre vne église qa'U fait basHr à mesme 
» temps en sa ville de Morlas, sous le nom de Saincle-Foi; 

> lacpielle il dote de plusieurs belles rentes Il proteste 

• de faire ce don à Dieu et à sainct Pierre de Clugoi, pour soi, 
» sa femme Gisia et son flis Gaston; aUn quMI plaise à Dieu lui 
» pardonner ses péchés en eeste vie, et le combler de sa gloire 
» en l'autre : désirant que l'on sache qu'il a fait ce don par 
» le conseil et consentement de Guillaume, ârcbeuesque 

> d'Âux; de Bernard, éuesque de Lescar; d'Amatus, éuesque 
» d'Oloron, et de Bernard Tumapaler, son oncle (1), et de 

• tous le^ seigneurs de sa terre; et qu'il a mis sa dite espousc 

> en mains de Hunaud (2), abbé de Moyssac, pour qu'on la 
» confie à la communauté de Clugni, et qu'on lui ménage la 

• concession de' l'habit reUgieux. 

• Centule ayant donc ainsi esté démârié, par l'auto- 

• rite de l'Eglise, en vertu de la commission décernée par le 

> p£^ Grégoire VII- à son légat Amatus (5), » Gisla fut 

dirigée vers Cluoy, sous la conduite de Guillaume!" de 
Monfaut, archevégne d'Auch, et (fu légat Amatus, ûvëque 
d'Oloron, pour y revêtir l'habit religieux et entrer dans le 
monastère de Marciniac. 

Hitdebert de Lavardin, 33" évêque du Mans, de 1097 à 
H25, et puis archevêque de Tours jusqu'en H36, nous ap- 
prend, dans sa vie de saint Hugues (4), que cet illustre abbé 
de Cluny avait tout récemment bâti et doté cette maison. Il 

(1) Troulèma comte d'Ânnagnae et fondateur da monuiire bdDâdiciin de Saint' 
HoDt, où il erabniM l'état religieoi an 1061. 11 âtait allé fairo viiîts & son Daven et 
avait BÎgaé, à Horlaàt, la charte de fondation de Cenialle IV, loîiqne la mort Tint 
l'y rorprendrs, en 1079. 

(3) HooMidéUit frère de Centale IV. 
(S) Ibid. cbap. XVII. 

(4) ipad paiTHKS SAHHiRTainos, de arthitpUcopit Turon. f Lilterii condidit 
> vitam prsceptorii agi Sancti Hagonia, abbatiiCluniacensis, etc., etc. > DoconieiD- 
poraiit disait de Hildeberl : 

INCLYTiri BT PKOSa TIKSUQDB : PEa OHNIA FRIHU» 
HIU>BBBKTia OLKT PKOUltl DBIQDA ■OKIH. 



db.Google 



s'était proposé, d'après son biographe, d'y donner asile « à des 
vierges avancées eii âge ou à des veuves, et même aux épouses 
qui seraient autorisées à vivre loin de leurs maris, dégoûtées 
d'une vie intime qui, trop souvent, u'étéùt pour elles qu'un 
secret martyre. > Cette communauté paraissait donc tout à 
fait à la convenance de la vicomtesse du Béam. 

Or, entre les monastères et les églises que Ton trouve avoir 
été assignés en dot à Marciniac, par le saint abbé son fon- 
dateur, le pape Urbain II lit mention, en 1106, de la création 
du vicomte Centule dans les termes suivants : « Au comté du 
Béam, l'église Sainte-Foi, bâtie dans la villa qui porte le nom 
de Furcas (1). ■ Et le pape Paschal n, en son rescrit d'énu- 
mération, relatif aux dépendances de Gluny, daté de 1109, 
l'appelle « Sainte-Foi des Morlans, « Sançtam Fidem deMorla- 
nis. Le prieuré bénédictin, attaché au service de cette égUse, 
portait donc l'un et l'autre de ces deux noms, dans les pré- 
mitres années du xn* siècle. 

L'histoire de Gisla, dont l'abbé de Quny, Pierre-le- Vénéra- 
ble, son contemporain, a fait en quelques mots un si com- 
plet éloge, se lie trop intimement à celle de ce prieuré, pour 
qu'on pût la passer ici tout à fait sous silence. Le peu que 
nous en avons dit nous ûxe d'^Ueurs tout aussi l)ien sur la 
date précise que sur les motifs sérieux de cette pieuse fondation. ■ 

L'^Use prieurale est donc notoirement antérieure, comme 
date, à l'introduction de l'ogive par système de construction, 
dans les monuments reUgiéux de la Gascogne. Aussi n'y 
avons-nous trouvé que le plein-cintre roman, dans les parties 
du moins qui remontent manifestement au temps de Centulle 
IV. Et cet exemple est une preuve de plus que les inductions 
■ chronologiques fournies par l'archéologie sont un des plus 
sûrs moyens d'éclairer la marche de nos recherches en his- 
toire locale. 



(1) In c»mtla(H BuuantMti eaUtiam Soiuta FidU, afud viUam qwx dieitur 



,y Google 



Hais revenons au vicomte Centulle. 

Devenu, en 1078, tout à fait libre de- contracter de nou- 
veaux liens, il Épousa, cette année même, Béatrix, fille de 
Bernard I", sixième comte de Bigorre. Toutefois ce n'est 
que deux ans plus tard qu'il prit, avec elle, la couronne 
comtale de Bigorre, par suite du décès de son.beau-frère, le 
comte Raymond 1". Ce dernier était mort sans postérité, au 
mois d'avril 1080. 

Ce n'est donc aussi qu'après cette date que Centulle fît 
battre la monnaie du Béarn qui porte, au droit et autour d'une 
croix grecque nimbée, son nom en légende: CenlitUo Corne, 
pour CentuUo comité, c'es^à-di^e, « Centulle étant comte; • 
car, antérieuremenl à son second mariage, il n'aurait pas pris 
de la sorte un titre seigneurial,' qu'il devait tenir uniquement 
du chef de sa seconde femme, si elle venaità héritcrdela 
couronne de Bigorre. 

D'autre part, comme les Bénédictins se trouvaient déjà, 
quand Raymond 1" vint à mourir, en possession de leur mo- 
nastère des Morlans ou de Forças, Centulle fit graver leur 
devise PAX en exergue du revers, lui donnant pour légende la 
désignation seigneuriale de l'hôtel de la monnaie Morlane : 
Onor forças, « privilège juridictionnel des fourches. » 

Ce privilège, onor, au lieu de lumor, était, pour le vicomte, 
de basse et de haute justice. Et la devise bénédictine authen- 
tiquait, sur la nouvelle monnaie, comme une espèce de titre 
public, octroyé aux reUgieux du prieuré pour des revenus 
dont il les avait gratifiés en 1078. 

C'est en effet à cette date qu'il leur avait accordé la dîme 
de ses droits annuels de haut suzerain sur la fabrication delà 
monnaie qui se battrait désormais à son propre coin, dans 
l'hôtel même de Furcas, ou, comme on a dit plus tard, de la 
Howgme Morlane. 

Ce nom, dont la provenance se rattache aux fourches pa- 
tibulaires diï haut justicier de ce Ueu, était déjà antérieare- 



D,g,tza:Jb.GOOglC 



— 53 — 

ment celai du château Ticomtal qui devait donner 'naissance 
à la ville de Morlaàâ. On comprend donc facilement que le 
prieuré le prenne daos les anciens diplômes, ainsi que nous 
l'avons vu pour les rescrits des papes Urbain II etPaschïd II. — 
Et, par analogie, la même dénomination devait se rattacher 
à des espèces qui se fabriquaient à la Hourquie Morlaue. 

Encore de nos jours, il est notoire, pour tous les numis- 
mates, que cette monnaie eut, fort longtemps, un libre cours 
dans la Gascogne entière, à un taux persévérant très supérieur 
à celui des espèces royales. La dime des droits dévolus à Gen- 
tuUe IV et à ses successeurs dans le Béarn, sur les espèces 
morlanes, était donc pour la nouvelle église un revenu consi- 
dérable. Encore n'était-il pas le seul. 

Pierre de Marca constate en effet que, d'après la charte de 
fondation, dont il a publié le texte, le vicomte ajoute à cette 
dlme • le don absolu de toutes les oblations consacrées par 
l'usage au salut des fidèles soit vivants, soit décédés; celui des 
prémices et décimes de tous les champs que les habitants de 
sa villa cultivaient de son temps ou devraient cultiver à l'ave- 
nir. Il donne aussi à ladite église la dime du revenu annuel 
de tous leurs fours présents et à venir; sa vigne vicomtale en 
propriété, avec abandon de la dime de ses produits. H donne, 
en outre, la dlme des fruits que produiront les champs dits 
de Sainte-Foi, tout aussi bien que celle de ses propres terres. 
Il donne enfin et derechef, toute sa villa des Morlans, avec la 
franchise et les immunités dont elle jouit, avec toutes ses 
appartenances, soit bois, landes, forêts, vignes, champs et 
toutes autres choses quelconques. > 

Malgré les interprétations restrictives que, dans la pratique 
on aura pu donner à d'aussi larges concessions, il est incon- 
testable que les ressources ne devaient pas faire défaut aux 
moines constructeurs de notre nouvelle église. Sans compter 



D,g,tza:Jb.GOOgle' 



— 54 — 

que, d'après le texte de sa charte^ Centulle IV Taurait lui-même 
fait bâtir « à jnesme temps > , c'est-à-dire de son vivant et 
avant l'année 1088, où il périt de mort violente (1). 

Quoi qu'il en soit de la durée réelle des travaux, les rescrits 
romains de 1106 et de 1109, cités un peu plus haut, sem- 
blent supposer que l'édifice était livré au culte, au moins à 
cette dernière date. Et nous avons d'ailleurs fait observer que 
tout ce qu'il conserve encore de plus ancien, dans ses dé- 
tails, accuse les premières années du xir siècle ou la fin du xi*. 

Il reproduit d'aiUeurs, voûtes y comprises, le même plan 
général que Téglise de Valcabrère. Or, nous savons qu'elle est 
due à saint Bertrand, qui fut évéque de Comminge de 1080 
à 1150. 

Nous ferons pourtant observer, dans les détails, certaines 
différences assez saillantes : Les trois absides qui, à Morlaàs, 
correspondent à un égal nombre de bas-cûtés, y sont construites 
en hémicycle à l'extérieur comme à l'intérieur. Les travées 
sont dans la prieurale de Centulle au nombre de cinq, au Ueu 
de quatre seulement; et le transsepl y est sensiblement plus 
marqué qu'à Valcabrère, où rien ne l'accuse à l'extérieur; 
mais sans qu'il se développe du sud au nord avec autant 
d'ampleur qqe dans un grand nombre d'églises à^ trois nefs 
de la même période, c'est-à-dire antérieures à l'ogive. 

Pour toutes celles dont nous venons de parler dans cette 
élude, noos avons fait en sorte de donner une idée exacte de 
la porte principale en Indiquant sa situation relativement aux 
points cardinaux. Et nos lecteurs ont pu s'assurer que celle de 
Valcabrère présente, bien qu'à l'aspect du nord, un type su- 
périeur à toutes les autres. 

Miûs à Morlaàs, cette baie, ouverte à l'ouest selon la prati- 
que générale, l'emporte de beaucoup sur sa contemporaine des 
bords de la Garonne, tant par le plan de son ensemble que 

(1) L'irt dtvirifitrlii dat*i, in-S*, loms ix, page 3S3. 



db.Google 



— 55 — 

par la distincUon et par la richesse de son omementatioD 
soit sculpturale, soit iconographique. 

On voit, de prime abord, que nos Clunistes dû Béam ont 
voulu retracer ici, à l'exemple de quelques autres provinces, 
une sorte d'image symbolique des abords de la vraie cité de 
Dieu, la Jérusalem céleste. 

Unesvelte colonne, entre base et chapiteau, partage notre 
porte en deux compartiments égaux et semblables. Son t^- 
loir reçoit la retombée de deux pleins-cintres géminés, qu'un 
arc supérieur, et à plus long rayon, couronne de son hé- 
micycle. A droite et à gauche sont deux fausses arcades, qui 
se dessinent en fort relief, tout à fait en regard des deux bas- 
côtés. Et devant vous se dressent les vénérables restes d'une 
façade mutilée, tronquée et amaigrie, que surmonte un clo- 
cher à gable o^val, fort peu digne de la place que des temps 
d'épreuve et de pénurie lui ont faite. 

Sur l'aire du tympan qui domine les deux cintres géminés 
de cette porte, une gloire elliptique encadre le Christ assis, 
nu-pieds, bénissant, à nimbe crucifère et portant, de la 
main gauche, le livre de ses divins enseignements, tel qu'on 
le voyait alors à Saint Avenlin, à Valcabrère, à Saint-Sever- 
Rnstan, à Saiut-Orens d'Aucb, à Saint-Semin de Toulouse, 
et autres lieux. 

A sa droite est une figure angélique, et à sa gauche un oi- 
seau dont l'espèce est peu facile à déterminer. Nimbés, J'un et 
Tautre, ces deux symboles sont en rapport direct avec le Ré- 
dempteur des hommes. Ils nous ont paru représenter deux 
èvangélistes, saint Mathieu et saint Jean, au moyen de leurs at- 
tributs personnels. 

• Le premier semble recueillir, à genoux et sur ses tablettes, 
un vers léonin, par lequel le Christ rappelle aux fidèles en- 
trant dans le saint temple, « qu'il estle roi des cieuxetia juste 
récompense de ses élus. » 

Kff «un tatltTvm, main totitifta ■itnun. 



db.Google 



— 58 — 

Le second attribut prend son essor d'aigle vers le Verbe fait 
chmr, et redit après le Christ que « quiconque le sert ne doit 
pas craindre de sacrifier sa vie plutôt que de le perdre. » 

JQt quiranfnt nlH pto nita jinbnt nalit. 

Le premier de ces deux vers est gravé sous Tintrados de 
celui des arcs géminés qui est à notre gauche; et le second du 
côté opposé (1). 

Au-dessous du siège et plus bas que les pieds de Jésus- 
Christ se Toit le monogramme composé des deux, lettres grec- 
ques xp, entrelacées; c'est-à-dire le chrisme, comme désigna- 
tion nominale du Christ assis, par les deux premières lettres de 
son nom grec xpiitoi. 

Nous rappellerons, en passant, que IHS seraient la désigna- 
tion nominale de Jésus mion, dans la même langue. Entrela- 
cées, ces trois lettres formeraient le monogramme du nom de 
Jésus, tel qu'on le vit souvent à partir du xv* siècle. Mais écri- 
tes de suite, elles rappellent tout simplement les trois pre- 
mières lettres de ce nom divin, selon Tusage très fréquent de 
tout le moyen âge. 

C'est donc à tort que, depuis le xvm' siècle, on a voulu voir 
ici des sigles juxtaposés pour signifier: Jésus Hominum S<U- 
vaior. 

Dès le XVI* siècle, les jésuites avaient fait usage de ces trois 
lettres, comme d'une sorte de corps de devise pour la com- 
pagnie, qui, du reste, en orna le dernier folio de ses consti- 
tutions, à rédition de Rome de 1558. Et pour âme de cette 
devise on emprunta la pensée que s^nt Pierre a formulée au 
IV' chapitre des Actes, verset 12 (2). 

(1) Ces d«ai ven sont dits lionint parce que Is césure qai sqU le deaiiâme pied 
rime, duu les deai, avec la dernîâre sylUba de l'haïamélre. Oa eo reironve usez 
sonvenl de cette espèce itm tes iaseripiioiis da mayen-i^e. 

(!) Nec euim ftliad Domen eat sab eœlo dttnm hoolinibiu, in qno oporiaai noi 
Hlvos âeri. 



db.Google 



L'exemple que nous citons ne laisse donc aucun doute sur 
le sens donné par la compagnie de Jésus à cette abréviation, 
puisque les trois lettres y sont entourées de l'inscription inter- 
prétative : 

IN HOC NOUNE 
OPOBim< NOS SALVOS PIHU (1). 

D'où Ton voit clairement que c'est un nom, celui de Jésus, 
et nullement une réunion de trois mots, par leurs initiales, 
que ces lettres signiQent. 

Hais revenons au Christ assis et bénissant. Par dessus 
.son chef divin, l'aire de notre façade s'élargit et se dilate en 
voussures, développant une succession ravissante d'hémicy- 
cles concentriques, dont les deux premiers n'ont que des mo- 
tifs uniformes d'ornementation végétale. 

Le troisième reproduit deux sérieç affrontées d'oiseaux qui 
tous se ressemblent, et paraissent marcher de concert vers la 
clé de ce demi-cercle, comme centre commun de leurs aspira- 
tions. Selon toute vraisemblance, ils appartiennent à la faune 
indigène. Mais il nous paraît fort difâcile soit de dire à quelle 
espèce, soit de déterminer le vrai motif de leur présence. 

Le quatrième demi-cercle est un semis régulier d'alvéoles à 
ruche d'abeilles. 

Le cinquième est orné d'enroulements végétaux, alternes 
et enchahiés deux à deux. 

Le sixième hémicycle flgure une double série de personna- 
ges assis, 12 à droite et 12 à gauche, disposés de manière à 
porter aussi le regard vers la clè, où se trouve un agneau, 
marchant de gauche à droite. Cet agneau est la Qgure apo- 
calyptique du Christ, assis un peu plus bas : c'est l'Agneau 
pascal, très reconnaissable malgré les sacrilèges mutilations 

(1) Il est jiuie de remereisijci le P, AdrieD Curère, noire «mi, de t* qn'il > bien 
Toaln noDsiigoalar, i l'appai de notre interprdtatioo.réditfoDfaUei Rome, en 1S58, 
par les PP. ds «a compagnie. 



db.Google 



— 58 — 

dont il porte la trace, même à cette hauteur d'environ H". 

Si sa tête n'avait pas disparu, elle serait ornée du nimbe 
cracifère. Toute/ois, on distingue encore la hampe triomphale 
de sa croix légère ou de résurrection. Il est debout, comme 
porte le texte de saint Jean (1), et c'est son glorieux triomphe 
que proclameut les 24 vieillards assis en demi-cercle, que le 
disciple bien-airoé avait vus, in drcuitu, dans son extase de 
Patmos (2) que nous retrouvons ici exactement décrite. 

Lé septième hémicycle est rehaussé d'un riche cordon de 
pierres précieuses, taillées en souvenir de celles qui, d'après 
saint Jean, donnent un si grand prix à la structure de la Jéru- 
salem céleste (5). 

Enûn, au huitième hémicycle s'arrondit et se dilate une 
couronne d'autres personnages dont il ne reste que le quart 
environ. Cette voussure suprême est démolie, à partir de sa 
clé, jusqu'à la rencontre des pilastres qui, à droite et à gauche, 
encadraient ce front épanoui de façade romane, et le sépa- 
raient des deux grandes arcatures que l'on voit encore à ses 
côtés. Le sommet triangnlaire du pigaon n'existe donc plus; 
et avecluiadispam le gable primitif dont le clocher actuel ne 
reproduit qu'une pâle figure à l'aspect du nord. 

Nous avions été frappé des traces de calcination que l'ap- 
pareil de celte splendide façade présente sur divers points, 
comme pour dénoncer l'une des causes de son dépérissement 
continu et si regrettable. 

Or, Monseigneur de Salinis, alors notre archevêque, et qui 
était si bien au courant des traditions de sa ville natale, 
nous dit un jour, en présence de ces tristes ruines : 

« J'ai toujours ouï raconter que la reine Jeanne, mère de 
» notre Henri IV, avait ordonné de dresser un bûcher en 

(1) Apocal. cap. T. T. 6. Et tidi... Âgnnm suntam, etc., atc. 
(9) Ibid. cap. IV, T. 1. Et in circoiia, ledilift vigiaii quatuor, et super throDoi 
Tigioti qDMuor uoioret MdeDte», etc., etc. 
(3) Apogàl. «q». XII, T. Il, 18, 19. 



D,g,tze:Jb.GOOgle 



' > contact avec ces sculptures; et que, placée vis-àr^, à 

> une certaine distauce, elle jouissait pieusement du specta- 

> cle de ce vandalisme, sous prétexte que le cuite des saintes 
• images était pour sa nouvelle religion une idolâtrie de 



Nous venons de voir, en effet, que les saintes images ne 
manquaient pas dans les voussures qui, dès le principe, don- 
nèrent tant devaleur àcetteportebâtieenprofondretrail. Mfûs 
on en voyait également avant 1569, une demi-douzaine, 
aussi grandes que nature, et îdtemant avec les Colonnes, qui 
se dressaient comme supports de tous les hémicycles supé- 
rieurs. C'est donc la partie de la façade qui, naturellement, 
devait le plus souffrir de l'embrasement auquel l'avait con- 
damnée la royale châtelaine de la Hourquie. Aussi toutes les 
formes y sont-elles tronquées jusqu'à la hauteur des chapi- 
teaux. Et c'est à peine si, par les traces du nimbe, on peut 
reconnaître aujourd'hui que ces statues représentaient des 
personnages honorés d'un culte religieux. 

Disons, en passant, qu'on en 0t de même pour la façade 
ouest de l'ancienne cathédrale romane de Lescar, encore de- 
bout à quelques lieues de là. La calcination fut même, ici, 
tellement profonde qu'il fallut reconstruire le mur dans tout 
son parement vu; ce qui eut lieu après l'abjuration du roi 
Henri IV, ou du moins dans les premières années du xvu* 
siècle, ainsi que l'indique le style de cette partie de l'édifice, 
mise en si complet désaccord avec les autres. 

Mais revenons à l'église de Morlaàs, qu'on n'a jamais tenté 
de rétablir dans l'état où l'avaient laissée les premières années 
du xr siècle. Presque toutes les voûtes furent effondrées 
à la même occasion, et comme tout ce qu'elle possédait de 
ressources, assurées par la fondation, dut passer à la réforme 
calviniste, notre prieurale demeura hors d'état de se relever 
complètement de ses ruines. 

Evidemment, CentuUe IV était loin de prévoir que l'ordrç 



db.Google 



impie de détruire son œuvre pût jamais partir de la lignée vi- 
comtale dont il laissait la suite, dans le Béam, à son Ois Gas- 
ton, en épousant, lui-même, la future héritière du comté de 
Bigorre. 

Nous avons déjà vu qu'après avoir établi les Clunistes à 
Horlaàs, il alla rebâtir l'abbatiale de Saint-Sever-Rustan. 
Toutefois, rhistoire ne dit point si, avant de laisser la cou- 
ronne de Bigorre à Bernard II, Tatné des deux fils qu'il avait 
eus de Béatrix, il eut la consolation de voir ses deux œuvres 
pies tout à fait terminées. 

Quant à la vicomtesse Gisia, sa première épouse, elle vé- 
cut as^ez longtemps, dans sa paisible retraite de Bourgogne, 
pour y être informée du succès complet de ces deux entrepri- 
ses. 

Centulle, en effet, était mort depuis seize ans, tandis qu'elle 
vivait encore. Elle joua même, en H04, un rôle digne de son 
rang, en présence de Hugues, 69* archevêque de Lyon, de 
1092 à H06, qui était allé cette année-là visiter le monas- 
tère deMarciniac, au nom du pape Urbain II, dont il était le 
légat pour les Gaules. 

Or, de cet incident, raconté tout au long par Pierre le Vé- 
nérable (1), l'historien du Béam conclut que GisIa était à la 
tête de ses compagnes, ce qui est de toute vraisemblance (2); 
car ses vertus étaient assez manifestes pour lui conciUer tous 
les suffrages au jour de l'élection. 

, Il est même constant qu'à la date citée plus haut, sa grande 
foi obtint du ciel, sous les yeux du légat, un vrai miracle, 
proclamé comme tel par de nombreux témoins. Nous voulons 
dire la répression subite d'un effroyable incendie qu'une popu- 



(1) Lib. I, Mirtcul., cap. XI. 

(3) Non en qualité d'sbbeige, ftinsi qaa le dit P. de Haria, mais comme prieare; 
car, k cette date, CIdd]' était la tenle maisoa de la CODfrégatioD qui eût le litre ab- 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— «1 — 
lation voisine était venue combattre, et qui menaçait de con- 
sumer tout le prieure de ces dames. 

Gisla vécut quelques années encore après cet événement. 
Hais on ignore la date précise de sa mort. 

CONCLUSION. 

11 serait bien facile de pousser plus loin ces recherches, à 
propos des édifices que la période romane a semés sur le sol 
dô notre Gascogne. Mais comment ne pas demeurer de plus 
. en plus exposé à des redites par trop fréquentes, qu'il est 
grand temps d'épargner a nos lecteurs, surtout en matière 
aussi aride ? 

Rteumons-nous donc, et reconnaissons que, dans cette étude 
descriptive, nous avons visité quelques égUses romanes dont 
le plan général ne comprend qu'une seule nef, ou bien deux, 
par exception fort peu commune. ' 

Or, avec de tels plans, il est assez rare de rencontrer un 
transsept bien caractérisé, tel que ceux, par exemple, de Saint- 
Sever-Rustan, de Saint-Mont (avant 1569) et deSant-Savin de 
Lavedan. N'oublions pas, en outre, que nos églises de 
Hontaut, de Saint-Avenlin, de Nogaro (Gers) et de Sainte- 
Eugrace (Basses-Pyrénées), bien qu'elles aient trois nefs, sont 
privées de cet élargissement qui donne, ailleurs, au plan géné- 
ral, la forme d'une croix latine. 

Encore avons-nous dû constater que ce dernier caractère 
de consécration hiératique n'est presque pas sensible à Val- 
cabrère et à Mauboarguet; qu'il l'est même assez peu à Mor- 
laàs, comparativement à tant d'autres églises à deux nefs 



Généralement, quand on compte dans les églises romanes 
ce dernier nombre de bas-côtés, le plan se couronne d'un 
chevet doté de trois absides^ et même assez souvent de cinq. 



db.Google 



Le nombre, du reste, est régaliëremenl ii]û[mr poor ces 
sortes de chapelles terminales. Aussi, ronitiue exception à 
cette dernière règle, de no as connue dans le roman, et que 
nous avons signalée à Aignan, est-eUe considérée comme fort 
disgracieuse et d*un effet manifestement bizarre. 

Si donc la chapelle qui répond à rextrémité orientale du 
grand aie n'est pas seule, comme on le voit iCazanx de Lar- 
bonst,à Peyrusse- Vieille, à Préchac, à Taron, à Agos, à Sainl- 
Créac et autres heux> les deox îAsidioles qui Taccomps^ent 
sont symébiquement ^^es et semblables; mais toujours sur 
nn plan plus rédoit que la première, ainsi que nous Tavons 
vérifié pour Saint-Aventin, Vïdcabrère, Morlaàs, Saint-Savïn 
de Lavedan, Sainte-Engrace, Nogaro, Estang, Montant, 
Haohonrguet, à Tarbes pour la caUiédrale, etc., etc. 

Souvent aussi, il y a quatre îAsidioles, avec ce même 
caractère, deux, à droite et deux à gaudie; comme, par exem- 
ple, au chevet si remu-quable de Saint-Nazaire, à Bourbon- 
Lancy (Saône-et-Loire), et encore, plus près de nous, à Tabba- 
tiak bernardine de Ftaran, non loin de Valence-du-Gers, ^nsi 
que dans le plan primitif de celle de Saramon (1). 

Noos devons pourtant ^re observer qu'à Saramon et à 
Flaran, les cinq chapelles ah^dales furent ouvertes de front, 
les arcs d'entrée s'échelonnant, à droite et à gauche, en dou- 
ble série, par rapport à la maltresse abside; qu'enfin ces 
quatre édicules latéraux dévouent, d'après le dessin de leur 
chevet, deipeurer ^anx et semblables entre eux, ûnsi que 
symébiqnement correspondwts sur le même pkm vertical 
que l'abside centrale. 

Hais à Saint-Nazaire, nn architecte de la même période 
archéologique conçut tout aubement la disposition de ses 

(1] Depoii )• seconds moitié da x«i* âècle, 1m Mnédictini ds Sannoii ne pofeat 
conterTer t leur abbalials, si maltrutée i celte «poqae pu les ulvinistes, que les 
deux absidioles da nord. Encore l> pins Toéine dn cenira esl-^e dcTenne eou^e 
tecondairt de l'éjUsa; et 1* inivute, semUdement plu rédoiie, n'ert pins qa'u> 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



cinq chapelles tenninales^ sans rompre, toutefois entre elles, 
ce dernier rapport de ressemblance. Si, en effet, les quatre 
bémicyles latéraux demeurèrent d'une ^alité à peu près 
complète, de même qu'on le remarque pour ceux de Flaran, 
ils furent échelonnés, de Test à l'ouest, vers le transsept. 

Tandis donc que les deux premières absidioles s'ouvrirent 
sur le même plan que l'arc triomphal du sanctuaire, les deux 
autres se dessinèrent en ressaut de leurs voisines. Et, s'écar- 
tant, adroite et à gauche, d'une distance égale- au diamètre 
commun de leurs entrées, elles descendirent jusqu'à la ren- 
contre du mur terminal qui limite, au sud et au nord, les 
deux croisillons. 

Toutefois, nous ferons observer que ce curieux plan, étudié 
en projet avec un soin si délicat, réahse tout simplement une 
croix latine, par la comhmaison des grandes lignes d'une tri- 
ple nef avec celles du transsept. 

Mais lechevet, qui se détache ainsi, à l'est de ces deruières 
lignes, présente un ensemble harmonieux de chapelles qu'on 
pourrait presque dire rayonnantes, et dont le bon effet est 
incomparablement supérieur à celui que produisent les cinq 
chapelles qui se voient encore de front dans l'abbatiale de 
Flaran. 

Néanmoins, si nous supposons que cette espèce de rayon- 
nement s'étende à sept chapelles au lieu de cinq seulement, 
la double série qui se produira symétriquement, et en retnùt 
depuis le transsept jusqu'à la maîtresse abside, sera d'une 
harmonie plus saisissante encore. 

Or, c'est exactement ce qui s'observe à Tabord du chevet, 
large et profond, qui couronne avec tant de splendeur l'abba- 
tiale bénédictine de Saint-Sever-des-Landes. 

Sur une longueur d'environ 50" de l'ouest à l'est, un dou- 
ble rang de colonnes sépare les trois nefs de l'édiflce, qui, en 
largeur, mesurent ensemble 20" dans œuvre, du nord an sud. 

^, du centre de la travée qui avoisiue le banssept, on veut 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— «4 — 

se rendre compte de ce plan général, l'œil se porte, à la fois, 
sur sept autels orientés. Et cela, avec d'autaînt plus d'aisance 
qu'un système d'arcades, sur colonnes à fut élancé, ménage 
un complet dégagement, entre les six absidioles et la vaste 
superflcie que développent ensemble les deux aires du chevet 
et" du transsept (1). 

Sur tous les points, le ciseau bénédictin s'est patiemment 
appliqué à rehausser les innombrables chapiteaux de cette 
église des'sculptures les plus délicates et les plus variées qui 
se rencontrent en Gascogne, pour ces temps reculés de l'ar- 
chitecture romane. 

Il est vrai que des mutilations fort regrettables les avaient 
défigurées, en très grande partie du moins, sous le marteau 
du plus stupide vandahsme. 

Hais heureusement que, de nos jours, une main sacerdo- 
tale, dirigée par le zèle de la maison de Dieu, est venue 
sonder toutes les parties faibles de cette vieiUe abbatiale. Le 
digne archiprêtre qui en est l'âme l'avait trop bien comprise 
pour ne pas consacrer à sa restauration toutes les ressources 
dont il aura pu disposer dans sa carrière pastorale. 

Et la province applaudira à cette œuvre d'intelligence et 
d'entraînement sacerdotal, avec d'autant plus de sympathie 
qu'il s'agit d'une de ses gloires. Sans compter que Saint-Sever 
aura ravivé et conservé ses véritfd)les caractères à un monu- 
ment d'art, près duquel notre célèbre peintre sur verre, Arnaud 
de Moles, reçut des Bénédictins ses premières inspirations, 
vers ta fin du XV' siècle. 



(1) Cetta raperficie forme un irap^ie régulier, dont U bua moyeans en'dt 34", 
el lahaaiear da 23, mesurée entre l'uc triompb&l da BUietasireellalimiteaceideii- 
lale du tranMept. 

C'est doDC, en somme, une dl«Ddne de 538> carrés, qn'tbrilant Denf voulu en 
bareean, portant sur ait piliers de mâme Btj-le et de mfime forme qae ceDx qui fareiit 
drwsé* «Dire lei Mb, pu l'inbiiecte do xi< aUela. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



Quelques-uns de nos lecteurs se sont demandé si> avant de 
terminer cette rapide excursion à travers les églises romanes 
de la Gascogne, il ne serait pas bien naturel de rechercher 
aussi la trace de leur style dans notre ville d^Âuch. D^autant 
qu'elle était déjà reconnue, dans cette féconde période anté- 
rieure au règne de l'ogive, comme cheHieu de cette pro- 
vince. Notre ville pourrait donc bien avoir esercé, même à 
ce point de vue, sa part d'inQuence entre les Pyrénées, l'Océan 
et la Garonne. 

Mais nous ferons observer que le but de ces recherches a 
été de mettre uniquement en relief les édifices religieux qui, 
autour de nous, ont conservé, en tout ou entrés grande par- 
tie, les caractères du style qui nous occupe. 

Or, dans nos murs, il ne subsiste aucune église qui rem- 
plisse cette dernière condition. 

Beaucoup plus ancienne, elle-même, que les premiers radl- 
ments de l'ogive en nos contrées, la cité augustale des Ausci 
eut d'abord ses oratoires gallo-romains de SaintrPierre et des 
deux saints Jean : on les vit s'ouvrir aux exercices du culte 
presque au début des temps apostoliques. 

Ses égUses, plus ou moins splendides, de Sûnt-Orens et de 
Saint-Martin s'élevèrent aussi, à leur tour, bien avant l'empire 
de Charlemagne. 

Mais les Vandales, les Gotbs, les Visigoths, les Sarrasins et 
les Normands ravageurs vinrent successivement disperser les 
ruines de toutes ces anciennes constructions, à mesure qu'el- 
les renaissaient de leurs cendres sur les deux rives du Gers. 

Taurin H, SI' évêque d'Auch, et notre premier archevêque 
(i), eut enfin, vers le milieu du k' siècle, l'heureuse idée de 
transporter sa cathédrale en ruines au sommet de la coUine 
qu'elle couronne encore de nos jours. La Gascogne venîdt 

(I] Voir nom ÀÛat mtmographiqve de Smntt-Xarie tAïuh, lo-fol., ftgt IB. 
Ton ZH. . S 



db.Google 



alors de secouer le joug des dernières iovasions barbares. Et 
tout nous porte à croire que ce vénéré pontife avait dû secon- 
der énergiquement Totilus, duc des Gascons, dans ses géné- 
reux efforts pour la défense publique. 

Aflu de relever, autour de lui, et de soutenir dans tous les 
cœurs l'espérance d'un meilleur avenir, il songea donc sans 
retard à réorganiser le culte. Mais où trouver, après tant de 
désastres, des ressources suffisantes pour construire une église 
qui pût se montrer digne d'être élevée au rang d'honneur et 
de juridiction provinciale que Rome lui destinait? 

Ëauze, notre primitive métropole, avait disparu avec tous 
ses anciens édifices. Et celui qu'il s'agissait de relever à Auch 
ne pouvîdt encore espérer qu'une existence provisoire. 

Aussi ne faut-il pas s'étonner que saint Austinde, notre 
12* archevêque, l'ât trouvé, deux cents ans plus tard, de di- 
mensions fort réduites et composé de matériaux par trop vul- 
gaires (1). 

La métropole qu'à son tour il entreprit de substituer à 
celle de Taurin II, vers le miUeu du xj* siècle, ne put être 
achevée que dans le premier quart du xir. 

Or, nous avons vu qu'à cette dernière date, le style roman 
était eu très grande faveur sur tous les points de la Gasco- 
gne, comme, du reste, dans toutes nos provinces. Aussi les 
Bénédictin&OlunistesdeSaint-Orensd'Auchl'avaient-ils adopté 
pour le plan de la prieurale qu'ils étaient alors en train de 
construire dans leur enclos. Et nous ferons observer à nos 
lecteurs que les grandes lignes de ce monument s'étendaient 
sur le sol même où avait été bâti primitivement l'édicute gal- 
Io-rom£Ûu qui, pendant plusieurs siècles, était resté le baptis- 
tère commun de la ville entière, sous le vocable primitif des 
deux saints Jean, et puis de Sùnt-Orens. 

Ces deux nouvelles églises, celle du Prieuré et la Cathédra- 

(1) Voir Ift IT* leçon da Propre aaKitaln, i l'office de (tint AnitlDde. Et *dhI, 
notre Xtlat monogri^Kigm dt Satntt-Marte d'Aueh, p. %i et niiiNites. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



le, s'élevaient donc à Auch, paraUèlement, dans le goût et selon 
le style de la période romane. Mais si la prieurale put être 
consacrée en 1075, ainsi que nous l'avons dit ailleurs (1), sa 
voisine ne devait célébrer sa dédicace que quarante-six ans 
plus tard (2). 

Nous avons raconté, dans la Revue de Gascogne (5), Tliis- 
toire de Téglise des Oricntins, depuis sa fondation, vers le 
milieu du x* siècle, jusqu'en 1789. 

Et nous avons vu, en outre, que c'est à peine si, en élé- 
vation du moins, on retrouve encore, de nos jours, une par- 
tie de Tabsidiole du sud, accolée au croisillon voisin de son 
large Iranssept. 

Quant à la cathédrale de saint Austinde, ruinée en 1175, 
par Bernard IV, comte d'Armagnac, elle ne présente plus 
rien, au-dessus du soi actuel, qui puisse nous donner, de ce 
qu'elle fut, une idée plus ou moins exacte. 

Constatons, du moins, qu'une portion fort notable de son 
chevet, à trois absides demi-circulaires, comme dans le plan 
de la prieurale de nos Orienlins, a été remise en lumière par 
des travaux de substruction pratiqués au nord-est de la mé- 
tropole actuelle, au printemps de 1867. Des fouilles exécu- 
tées à cette occasion, il nous fut très facile de conclure que 
cette ancienne égUse était bâtie en très sohde pierre (4), et 
que celle qui lui a succédé, à partir de 1489, a conservé la 
même orientation que l'édifice roman. 

Il est donc évident qu'aujourd'hui on ne peut plus rien sa- 
voir, si ce n'est par analogie, du plan de ce dernier et de son 
exécution. 

Quant au nouveau projet, mis en train vers la fha du xv 
siècle, ni la Renaissance qui l'avait conçu, ni les temps pos- 



Cl) Stwe dt Gateogt», U Tiii, p. 35S. 

(S) Le 13 fdfrier 1131. 

(3) Tome Tiii, II, I, II. 

[i) Tôt Bcmt de Gaieogne, t. tui, p. 261 et SS3. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



teneurs, jusqu'en 1689, ne devaient conserver en élévation 
aucune trace des caractères de l'église de saint Austinde. Il 
est, du reste, bien facile d'en juger, à l'aspect seul de la ia- 
çade occidentale, terminée à celte dernière date, et dont nous 
avons donné, dans cette Revue, un dessin réduit d'une grande 
exactitude (1). 

Il n'y a donc pas lieu d'étudier ici, soit l'ensemble, soit 
les détails de ces deux anciens édifices du style roman, vu 
qu'ils n'ont guère laissé à Auch de souvenirs que dans notre 
bistoire locale. 

Ajoutons, en outre, que nos vieilles chroniques eiles-mêmes 
ne mentionnent aucune autre construction religieuse que l'on 
puisse attribuer, dans nos murs, à rintérossantc période que 
nous venons de parcourir. 

Toutes celles qui, à leur tour, avaient pris rang sur divers 
points de la cité accusaient une date postérieure. C'est ainsi 
que les Frères Mineurs de saint François d'Assise, venus à 
Aucb en 12bb, établirent un couvent, dit encore de nos jours 
des Cordeliers. Leur église, construite bientôt après, fut dé- 
molie par les calvinistes en 1569. Mais tout ce que l'on en voit 
du côté oriental de la cour de notre gendarmerie présente 
les souvenirs des beaux temps de Togivc. 

Plus tard vinrent, successivenient, les Dominicains, les Ca- 
pucins, les Ursulines et les Carmélites. Mais leurs églises, 
bâties, sans exception, selon le goût qui prévalait à leur épo- 
que respective, se trouvèrent de plus en plus étrangères au 
style roman, dont la métropole et la prieurale de Salnt-Orens 
avaient seules conservé le type dans la ville d'Auch. 

F. CANÉTO, 

yic. géD. 



(1) Tome H, p. 5SA. 



D,g,tza:Jb.GOOglC 



MONOGRAPHIE DE LA VILLE DE SOS. 

SMtfe et fin (1). 

XI 

Dès le règne de Louis XHI, les ducsd'AIbret ou leurs agents 
se mirent à saper les pririléges municipaux, notamment les 
systèmes d'élections consulaires établis dans les diverses 
communes de ce duché. C'est là un point que nous avons pris 
le soin de développer dans la Itfonographie de Casteljaloux, 
la plus riche des villes de VAU)ret en documents historiques. 
La pénurie des archives de Sos va restreindre singuhèrement 
nos explications sur ce même sujet. 

A partir du gouvernement en Guienne dn duc d'Epemon, 
au Ucu d'une élection directe, ou, pour ainsi dire, d'un seul 
degré, il ne s'agit plus que d'une élection de candidats an 
consulat, deux pour chaque rang; encore le seigneur ne se 
considérail-il pas comme obligé de se renfermer dans Télec- 
tion ou plutôt dans la proposition qui lui était adressée. Par 
exemple, en 1651, le chevalier de Rivière, gouverneur de 
YAlbret pour le prince de Condé, n'eut aucun égard à la liste 
consulaire qui lui fut envoyée de Sos, et, sur les remonsb-an^ 
cfis que M. Laroche, procureur du roi dans cette ville, fut 
chargé de lui soumettre, le chevalier de Rivière maintint ses 
choix, disant que eétaient de plus honnêtes gens que le S' 
Larroclie lui-même. Les jurats députèrent alors auprès du 
gouverneur de VAU/ret un s' de Tarlas, l'un des électeurs 
consulaires, et ce même magistrat, pour te supplier humble' 
ment de vouloir donner pour premier consul un homme d'affai- 
res, attendu qu'il n'y en mait avmn de moins versé en la pra- 

(1] Voir iom« xii, pag« 35 de cette Sevut. 

. D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 70 — 

tique pour instruire une procédure criminelle (i), au cas gu^ti 
arrivai quelques excès dans Ui v^, les consuls étant Juges 
crminels; outre que la communauté était accablée d'affaires 
et avait deux ou trois procès sur les bras. 

Sur quoi, M. de Rivière remit le choii des quatre consuls 
au corps de ville. 

Dans les quatre aunées qui suivirent 16M, ce furent, 
parafl-il, les électeurs consulaires qui procédèrent à l'élection. 
Nous savons déjà que le contrat d'écliange de VAlbret contre 
Sedan et Raueowrt est du 20 mars 1651. Lorsque cet acte 
reçut son exécution, le nouveau duc d'Albrel, Godefroy- 
Maurice de la Tour-d'Auvergne, se trouvait sous là tutelle 
ù'Eléonore de Berg, sa mère (2), et cette princesse donna 
le gouvememenl de l'Albrel, le 18 mars 1654, àU.deMorin, 
baron du Sendat, lequel, à la date du 50 déci^ 1656, manda 
au corps de ville de Sos de lui envoyer la Usle des consuls de 
l'année 1657 pour qu'il en fil le choix, selon l'intention de la 
duchesse de BomUon. 

Des députés furent aussitôt chargés d'aller prier M. de Mo- 
rin de leur laisser l'ancien mode d'élection, et de les mainSemr 
dam leurs privilèges. M. de Morin répondit que telle était la 
volonté de sa maitresse; mais un s' Dubemet, électeur con- 
sulaire, d'accord avec l'un de ses collègues, s'en alla remettre 
au gouverneur de l'Albret, dans Nérac, une liste de quatre 
consuls sur laquelle il s'était inscrit le premier, prétendant 
qu'il avait pour cela la voix de doux autres électeurs, ce qui, 
avec son prQpre suffrage, lui constituait la majorité. Mais 
à cette nouvelle, le corps de ville prolesta contre celte surpri- 



(I) Hsifrf runbignitd de .celle phrue, il wi ^Tident que ce reprocha (Tioaipi- 
rienea pour Ut tSairw l'adreiMii so premier conial qo'avail dcnn^ le chevalier 
de Rivière. 

(9) C'eil Fridérie-Maurict de la Tour-d' Auvergnt, père de ce Godefroi-Mauric», 
qnipuia, avec Looia IIV, le contrai da 30 mara 1651. Duu dei années posUriea- 
Tel, on voit MH. de Lamoignon el de Hesnes, qualifléi de Ivteur* honorairti du 
4ue dt Bûniilon, m mAlar, h ce titre, daDi VAlbrtl, dai éleetioni eoniolaires. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— li- 
se, et il semble résulter, en effet, des débats postérieurs, que 
le S' Dubemet n'aTail obtenu qu'un suffrage, outre le sien. Ce 
fut une grosse affaire. Mais M. deMorin y mit un terme, en 
ordonnant que, pour cette fois, les élections consulaires se- 
ruent confiées au corps de ville en entier. 

xn 

Ceci se passait durant les premières années du règne de 
Louis XIV. Sur la fin de ce règne, la pénurie du trésor de 
l'Etat ayant donnélieu, pour y remédier, à la création d'offices 
vénaux multipliés, les derniers restes d'un régime municipal 
libre et indépendant disparurent dans cet abîme, et ne repa- 
rurent qu'aux approches de la première de nos rèTOlutions, 
après toutefois un semblant de réhabilitation sous Louis 
XV. 

XIU 

Aux agitations que nous venons de signaler à Sos, au su- 
jet des élections consulaires, s'étaient jointes des discussions 
relatives à l'exercice do la religion prétendue réformée. 

Au mois d'avril 1647, l'archidiacre de Sos agissant tant en 
son nom qu'en celui du syndic de MM. du chapitre et des ha- 
bitants catholiques, obtint de l'intendant de Guienne une 
ordonnance portant proAî&t^ion deFexerdce de cette religion 
dans la ville et maison commune de Sos. (Nous reproduisons 
ici le texte même des délibérations prises dans cette occasion.) 
Le ministre et autres faisant profession de la religion préfen- 
due réformée, notifièrent, dès le 24 du même mois d'avril, 
une assignation auxconsiUs, syndic du chapitre et habitants 
catholiques, pour voir rétracter cette ordonnance; et, le len- 
demain, une délibération du corps des jurais, désavouant la 
requête présentée à Tintendant de Guienne au nom des ha- 
bitants cathoUques, et reconnaissant le droit de ceux delare- 
Ugion prétendue réformée d'exercer leur euUe dans la maison 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 72 — 

commune, comme Us faisaient auparavant, ainsi que le boit 
gid avait été fait par la communauté, pour l'etUerremetU de 
leurs morts, donna pouvoir aux consuls d'enwoycr à compa- 
raître à ladite as^gnation, pow faire faire ledit désaveu, 
comme n'ayant intention deplmder. 

n parait, que le chapitre de Sos se retourna pour lors devers 
le duc à^Epemon, et ce gouverneur de la province de Guienne 
ayant rendu une décision favorable au chapitre de Sos, les 
reUgionnaires se pourvurent, contre cette décision, aux con- 
seils du roi; c'est ce qui résulte de ces lignes extraites d'une 
délibération du corps de cette ville, à la date du 50 juin 
i6iS: 

« Comme aussi ledit sieur Albespeyre, consul faisant tant 
» pour lui que pour tous les habitants faisant profession 
» delareligion, prétendue réformée, parlant aux s" Branens, 
■ DummMn, consuls..., leur a représenté comme ils ont 
» procès aux conseils du roi, contre M. Devauls, archi- 
» diacre, et contre le chapitre de la présente ville, pour rai- 
» son de Texercice de ladite rehgion, supposans beaucoup de 
» choses contre eux... Lesquels consuls, syndic et jurats ont 
» dit et déclaré d'une commune voix et accord, être certain 
» etvérit^le avoir vu assemblés publiquement, le jour de 
s dimanche, les habitants faisant profession de la religion . 
» prétendue réformée, dans la maison de Joseph R<A)erl, pour 

* y f^re leurs exercices pieux, ladite année 1634, jusques^ 
» environ le mois de novembre 1643; et depuis ledit temps, 
» ils l'ont vu faire aussi pubUquement, dans la présente mai- 

* son commune, comme ils le faisaient auparavant; et, en 
> passautdans la rue, leur avoir oui chanter leurs psaumes, 
» tant dans la maison dudit Robert que dans la présente 
» maison commune, jusques au mois de février dernier 
» (1648), qu'ils furent interdits par ordonnance de monsei- 
» gneur le duc d'Epemon. » 

Nous n'avons pas trouvé dans les archives de Sos quel 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 73 — 

fut le résultat de ce véritable acte de Dotoriétè. — On sait que 
la révocation de Tédil de Nantes est du 22 octobre 1685. 

XIV 

Le consul Albespeyre, dont il est question ci-dessus, était de 
la religion prétendue réformée, et nous on prenons occasion 
de rappeler ce qui s'exécuta, dans VAlbret, et par conséquent 
aussi à Sos, au sujet des élections de consuls de cette religion. 

Avant Louis XIII, et surtout depuis l'cdit de Nantes, le con- 
sulat, dans les diverses communes de l'Atbret, était mi-partie 
catholique et mi-partie prolestant. Mais à la suite de la rébel- 
lion de Nérac, un arrêt du parlement de Bordeaux ordonna 
qu'il n'y ouvrait plus qu'un consul de la religion prétendue ré- 
formée, qui serait le second. Enfin, trois ans avant la révoca- 
tion del'édit de Nantes, le conseil d'Etat prononça, par arrêt 
du 24 août.1682, l'exclusion des cliarges consulaires ainsi que 
des conseils de jurais, c<mtre tous faisant profession de celte 
religion, et ce, tant de la ville de Nérac, capitale du duché 
d'Albret, que dans les autres villes et lieux dudit duché. 

XV 

Nous voici parvenus à une époque où la personnalité des 
villes de l'Alb)-et s'efface et où nous croyons qu'il convient 
de terminer la modeste monographie que nous avons consa- 
crée à la ville de Sos, par le lableau de ce que fut cette com; 
mune et de qu'elle est de nos jours. 

Au mois d'octobre 1686, le receveur derélecUon rf'^jtteroc, 
dont les SoliiUes se trouvaient les redevables, ayant adressé 
diverses questions aux consuls et jurais de Sos, ils y répon- 
dirent, en ces termes, dans une délibération prise le 20 du 
même mois d'octobre: 

> Au regard de la justice, il est attesté que les ofÛciers, 
> pendant même l'engagement de M. le prince (de Condé), 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 74 — 

» exerçaient la justice, sous le nom du roi, sous le titre de 

» bailliage, et pourvus par Sa Majesté; et, depuis !e décès 

» desdits officiers, qui fut en l'année 1653, les postulants 

« ont exercé ladite justice sous le nom du roi, même pendant 

• l'échange, et depuis sept à huit ans, M. le duc de Bougon 
» a pourvu et commis lesdits officiers. • 

Passant ensuite au chapitre de Sos, « il est attesté qu'il y 
» a six chanoines, y compris l'archiprêtre, quatre grands 
» prébendiers, deux petits, six chapeluns et un archidiacre, 
» n'y ayant pas de monastère de religieux ni religieuses. » 

< Et pour le regard du domaine de la présente ville, qu'il 

• a été toujours possédé par le roi, jusques au temps de 

• rengagement faitdu duché d'Albert par le roi à M. le prince 
« deCondé, vers Tannée 1642 ou 43(1), auquel ledit seigneur 
» prince entra en jouissance du domaine de Sos, sans que 

> pourtant ladite ville de Sos soit une bastille du duché 

• d'Albret, lequel est tout ressortissant du parlement de 

• Guienne, et ledit Sos est, au contraire, ressortissant do 

• parlement de Tholose; après lequel engagement, ladite du- 
■ ché d'Albret ayant été bailhée en propriété et en échange, 

> vers l'année 1652 ou 55, au duc de Bouillon, il a, depuis, 

> joui le domaine de Sos (2). » 

XVI 

Le bailliage de Sos, dont il vient d'être question, avait-il 
le même ressort querarchiprétrè? — Nousnele pensons pas; 
et voici quels sont les motifs qui nous portent à le décider 
ainsi : 

Dans les lettres patentes de l'érection de l'Albrel en duché. 



[t) C«i eng*gemem estda 3 mai 1641. Voir pins haul, page 4B. 

(3) N'y a-t-il pu contradictioD entre ce qui est dit ici et il délibërttioD da 32 
mu8 1S63, où Isa mjmea jnrauponrparticiper fcuneeiempiiande logemeatde (an* 
degoerra accordée par le comte d'Barcourt, en favtvr de la villt de Nirae «( du 
baitiUa M dépendMt, kUégaireDt qne Sos d^pindail di Hirae. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



- 75 — 

on voit qae ce duché comprenait déjà &t vicomte de Boulogne, 
la sdgTieurie de Sainte-Maure et Torrebren, lesquels pays, 
qui se trouvaient dans l'archiprétré de Sos, furent attribués, 
par celte érection, au siège principal du sénéchal d'AWret, 
séant à Nérac. Or, ces lettres patentes furent données à SairU- 
Germain en Laye, au mms de décembre, l'an de gràx» i556, 
et la seigneiffie de Sos n'y figure pas, n'ayant été cédée par 
l'archevêque d'Auch à Pibrae, et par P&)rac à Henri d'Albret, 
qu'au mois (ftwMW 1579. — De plus, devenu possesseur du 
docbè d'Albret, le prince de Condé, par contrat du danier 
de Juin i64S, donna là vicomte deBœdogne, SairUe- Maure et 
Terrien, à Raymond de Lupiac, seigneur de Montcassm et 
capitaiue général des chasses, dans la province de Guienne, 
en échange de la baronnie de Durance, que Raymond de La- 
piac déclara tenir de Frontenac, écuyer de Henri IV, qui 
poussa ta familiarité avec ce dernier jusqu'à partager son ht 
avec lui, et qui gratifia peut-être ce favori de cette baronnie 
comprise dans l'Albret dès les lettres patentes de 1556. — 
D'un autre côté, cette baronnie se composîùt des paroisses de 
Rousses, de Durance, de Pompiey et de TiUet. 

Ces documents établissent, ce nous semble, que la sei- 
gneurie et le bailUage de Sos ne comprenaient ni la vicomte 
de Roulogne représentée aujourd'hui par la commune de 
Saint- Pé-Saint-Simon, ni la seigneurie de Sainte-Maure, au- 
trement dit lesparoisses de Peyriac et de Cajo, ni Torrebren, 
ni Boussés. Nous sommes en doute au sujet des anciennes 
paroisses de Derouy et de Labarrère séparées par la paroisse 
de Torrebren, de toutes les autres paroisses de l'archiprétré de 
Sos (1). 

(1) Daiu DOS ddlibdtntion da 16 féTiier 1653, las jnrtU de Su, poot m ddhiidre 
d'nB« coniribaiioD d« 60 livrei par joor, ii|té|iièreDt que Sot n'oeoil nulle ;urMiIie- 
lianqut timpltmtnl l'melot det murailltt «I le doI du chapon, »t de contmanet 
4tMlS]Searl«lad«(a9Bft«ct. 6S] oupIocHdenKiiionf. Hftis le mot ;urMdt«tion 
était alon pria parfois panr commitnt-, et un bailliag», aonteot tribunal d'appatist 
comme i Laplnme et à CasCeljilDai, compraDÛI dana iod lesaort plnaifiora cominn- 
■Mtonjurïtdiclifmi. Ceci nanooa paraît donc pu un arfiuneot poaitir. 



db.Google 



XVll 

Les décrète des 15 janvier, 16 et 26 février 1790, ayant 
divisé la France en départements, les départements en dis- 
tricts, et les districts en cantons, la ville de Sos fat le chef- 
lieu de l'un des cantons qui composaient le district de Nérac; 
puis l'organisation judiciaire du 16 août 1790 établissant 
un tribunal au chef-lieu de chaque district, le canton de S(M 
devint justiciable du tribunal de ^'érac; et c'est là que se por- 
tèrent les appels de sa justice de paix. Mais les articles 3 et 
S de la Constitution publiée le 1" vendémiaire an iv rem- 
placèrent la division des déparlements en districts par celle 
en cantons, et des cantons en communes. D'un autre côté, 
l'article 216 de cette même Coustilution n'ayant conservé 
qu'un tribunal civil par département, le canton de Sos devint 
justiciable du tribunal séant à Agen, chef-lieu du départeitienl 
de Lot-et-Garonne. • 

Enfin, lors du la révolution du 18 brumaire an vni, l'arti- 
cle l"dela constitution consulaire du 22 frimaire, même an- 
née, distribua le territoire de la République française en dé- 
partements cl arrondissements communaux, et l'article 61, 
ayant créé des tribunaux de première instance et d'appel, 
dont la loi déterminerait l'organisation, la compétence et le 
territoire formant le ressort de chacun, il fut établi un tribu- 
nal civil au chef-lieu de chaque arrondissement, et Nérac, à ce 
titre, reçut le sien et plus tard un tribunal de commerce, ^ïais 
à cette époque le nombre des cantons fut considérablement 
réduit, et celui de Sos ayant été réuni à celui de Mèzin, la 
ville de Sos ne resta plus que le chef-lieu d'une commune 
eirconscrite pendant plusieurs nnnécs, à peu près, dans l'an- 
cienne enceinte de ses murailles, car l'annexion à son terri- 
toire de celui des communes de Saint-Martin et de Levèze 
n'a eu lieu qu'en vertu d'une ordonnance royale du 24 juin 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 77 —, ■ 

1S40. Ainsi le chef-lieu d'un ancien archiprêtrè composé de 
dix-neuf paroisses n'est plus qu'une succwstUe, ayant pour 
annexes les deux églises de Gueijze et de Levèze. Au lieu d'un 
chapitre où l'on comptait seize chanoines, prébendiers ou 
chapelains, outre un archidiacre, Sos ne possède plus qu'une 
maison d'éducation pour les jeunes QUes, leaue par des 
sœurs de la Présentation de Tours, et, à la place du régent 
ijuc nommaient les consuls et que salariait le chapitre, une 
école communale (primîUrc-èlèmentaire) reçoit les élèves dos 
communes deGueyze et de Sos. 

Il y a à Sos une perceptïoii dont se trouvent redevables 
Gueyze, Meylan, Sainie-Maure, Saml-Pé-Sainl-Sinufn, Pou- 
denas et Sos. Le bureau de laposte aux lettres ôeSos dessert 
Sos, Gueyze, Meylan, Saint-Pé-SainIrSimon et Sainte-Maure. 

XVIII 

Le recensement de 1851 porte la population de la commune 
de Sos à 1,572 habitants, et celui de 18(il à 1,346, dont 885 
agglomérés, et dont aussi 648 du sexe masculin et 698 du 
sexe féminin, tous catboUqucs, hormis un protestant. 

D'après le cadastre qui y fut dressé, en 1835, la superficie 
(le celte commune est de 1,429 hectares, 71 ares, 05 cen- 
tiares. 

Dont 559 h. 30 ar. 67 cent, en terres et joualles; 

107 h. 45 ar..40 cent, en prés; 

123 h. 17 ar. 20 cent, en vignes; 

44 h. 42 ar. 82 cent, en pâtures; 

9 h. 07 ar. 71 cent, en jardins; 

7 h. 66 ar. 54 cent, en superficie de propriétés bâlies; 

205 b. 55 ar. 59 cent, en bois, taillis, futaies et pins; 

308 h. 94 ar. 20 cent, en bois à liège ousurrcdes; 

51 h. 58ar.65 cent, en friches, bruyères, ajoncs; 

1 h. 29 ar. en viviers, étangs; 



db.Google 



i ar. 20 cent, enoseraies; 
40 ar. 65 cent, en églises et cimetières; 
28 h. 06 ar. iOcent. en chemins, places publiques; 
i h. 77 ar. il cent, eu rivières et ruisseaux; 
38 ar. 13 cent, en cornières, halles, hôtel-de-Tille et fon- 
taines. 

XIX 

Duquel territoire les principales productions consistent en 
blés, froments et seigles; maïs, orges et avoines; panis, mil- 
lets, légumes et menus grains; chanvres. Uns et laines; pom- 
mes de terre et betteraves; fruits divers et vins convertis, 
presque partout, en eaux-de-vie; foins et fourrages; bestiaux 
de grosse et menue corne, chevaux, ânes, mulets et cochons; 
poissons de rivière et d'étangs ou viviers; force gibiers con- 
sistant principalement en lièvres, lapins, bécasses, bécassines, 
poules d'eau, canards sauvages, perdrix, «ûUes, ortolans, 
oiseaux de vendanges, grives, merles, alouettes, ramiers et pa- 
lombes (la volaille y est d'une qualité supérieure); la même 
commune produit des truffes et beaucoup de champignons 
comestibles; des miels, cires et résines, du liège et des ècorces; 
du bois de chaude et de construction... 

XX 

Ces productions si multipliées et si diverses, la position de 
Sos si favorable aux échanges entre l'Armagnac, les Landes 
et la vallée de la Garonne, la route départementale n" 5 d'it/'en 
à Mmt-de-Marsan, par Né^ac, Mézîn, Gabarret et Saint-Jm- 
Hn; le chemin de gnmde communication n' 9, de Barbaste 
au Gers, lequel traverse la ville de Sos; le xheniin de grande 
communication de Sos à Eauze; le chemin de grande com- 
monication de Sos à Mont-éal; le chemin d'intérêt commun 
u* 9S de Sosk Fourcés; le chemin de petite communication 



db.Google 



— 79 — 

qoi se détache près de Sos du chemin de Barbante an Gers, et 

Ta se souder dans la commune de Lvbon (Landes) à la route 
nationale n" i55, de Périgueux en Espagne, tout concourt à 
rendre fort populeux et fructueux les marchés et les foires 
qui se tiennent à Sos, savoir : les marchés chaque mardi de 
l'année, et les foires, quinze jours avant le camavtU, le lundi 
des Rameaux, le mardi avant Pentecôte, le lundi après la 
Saint-Loms, le mardi avant la Toussaint et le i" mardi de dé- 
cembre. Aussi le nombre des patentables, au sein d'une po- 
pulation qui n'atteignait pas 900 habitants, en 1861, s'y éle- 
vait à 105, parmi lesquels on remarquait des fahricanls de 
bouchons, des fabricants de liqueurs, des fabricantsde toiles, 
des marchands de grains, des marchands quincmlliers et au- 
tres fort multipliés, et de nombreux corps d'état. La ville de 
Nèrac et autres localités vont s'y approvisionner de gibier et 
de volaille, que l'on envoie jusqu'à Bordeaux. 

XXI 

On peut donc affirmer que le commerce et Tindustrie dé- 
dommagent la ville de Sos de la perte du rang qu'elle occupait 
pcmni les villes historiques de la vieille Gascogne. Cette an< 
cienne importance ne se révèle plus même par des ruines. Son 
château fut détruit, il y a un siècle et demi, ses murailles et 
ses portes ont disparu, et quant à son èghse, son défaut de 
caractère mérite d'autant moius une mention de notre part 
que l'on est en train d'en édiSer uue nouvelle plus digne de 
cettevilleparson site, par son style et par son étendue. 

J.-F. SAMAZEUILH, 

sTOcal <i tnemb» de ploiitora société) unntei. 



db. .Google 



NUMISMATIQUE. 



Une pièce de monnaie d'un duc de Milan, trouvée dans les 
Landes. 



Le plateau de Sarron-Saint-Agnet (Landes), situé sur la 
route d'Aire à Pau, et signalé par Monluc au xvi' siècle, de- 
vait être un poste militaire important. On a trouvé dans cette 
station, sur remplacement même d'un bosquet de chênes qui 
a dispani, plusieurs médailles ducales. 

Nous y avons découvert, eu particulier, un florin ou écu 
d'or, frappé en l'honneur du prince Noir, duc d'Aquitaine, el 
une pièce d'argent qui fait partie de notre médailier, pièce 
remarquable par sa conservation cl son module, et dont la 
légende se rapporte à un Galéas. C'est cette dernière qui fait 
l'objet de cette étude. 

Depuis le milieu du xhi' jusqu'à la fin du xv* siècle, trois 
grandes maisons dirigent les destinées du duché de Milan: les 
Délia Torrc, les Visconti et les Sforza ou Sforce. Après avoir 
fait partie du royaume d'Espagne en 1540, Milan fut, en 
1706, définitivement réuni à l'empire. 

La maison Sforza donna plusieurs ducs à Milan. En mou- 
rant (1M7), Filippo-Maria Visconti n'avait pas Icdssé d'héri- 
tier direct; il avait donné sa fille naturelle Biauca à Francesco 
Sforza qui s'empara du duché (1450). Blanche Visconti, du- 
chesse de Milan, à la mort de son époux (1466), se hâta de 
rappeler son fils Galeazzo Maria Sforza, qui était en France au 
service de Louis XL C'est celui dont l'effigie se trouve sur la 
pièce qui nous occupe. 

Les historiens qui ont raconté la vie de ce derhier duc de 
Milan, Léo et Botta {Hisloà'e d'IlaUe), Corio {Histoire Medio- 
Umensis), Machiavel {HisL de Florence), Rosmini {Sloria di 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



ÊtUano) en font un portrait hideux, trop jusUfiè par ses ac- 
tes, on va le voir. 

Galeazzo (Galéas Marie Sforce), second duc de Milan, fils 
de François et de Bianca Visconti, naquit à Foraoue, le 24 
janvier 1444. — En 1468, Louis XI lui lit épouser Bonne de 
Savoie, Qlfe de Louis, duc de Savoie, et sœur d'AmédéelX 
et de Philippe de Bresse. — A peine en possession de son du- 
ché, il déclara la guerre à Florence, qui refusât de lui servir 
une rente allouée à son père. Une rencontre eut lieu en 1467 à 
Molinella, mais la paix se Gt par la médiation du Pape entre 
Milan, Florence, Naples et Venise. — Cruel et débauché, il 
empoisonna sa mère. U fit périr de (aim un prêtre, et, par son 
ordre, Pietro Drago fut enfermé dans un cercueil et enterré 
vivant. Plusieurs Milanais subirent le même sort. Un pareil 
monstre devait périr de mort violente. Deux jeunes Milanais, 
Lampugnano et Olgiato, le poignardèrent le jour de la Saint- 
Etienne, le % décembre 1476, et dans une église qui portail 
ce nom. U expira au milieu d'horribles tortures. — De Bonne 
de Savoie, U avait eu Jean Galéas qui lui succéda, et deux fil- 
les, Anne, mariée à Alphonse d'Est, marquis de Ferrare, et 
Blanche-Marie, aUièe à Phihbert, duc de Savoie. 

Les ducs de Milan portaient : d'argent à la Guivre ou Bisse 
d'azur, mise en pal. tor^e de sept tours, cour<mnée d'or, à 
f enfant issant de guerjUes. 

Muratori a reproduit dans une planche de ses AnUqmUxtis 
italicœ {De moneta, t. n, p. 595), précisément la pièce qui 
est Tobjet de cette étude. Même buste à l'avers, et même lé- 
gende au revers : 

GALEAZ.M.SF.VICE.C0S.DUX.MIL.PP.ANGLE.Q5.C0.AC. 
lANVE.D. 

Lisez : Galeaz Maria SforUa, vice-cornes, dux MUani 
{Mediolani), Papiœ Angleriœque cornes ac Januœ dominus; 

TOD XU. 9 



db.Google 



c'est-à-dire : Galéas Marie Sforce, vkomte, duc de Mikm^ 
comte de Pavie et d'Anghiera et seigneur de Gênes. 

La première moitié de la légende entoure à l'avers le buste 
du duc, tandis que la seconde se Ut autour des armes de 
Milan, que le texte de Muratori décrit ainsi : Anguis vorans 
puerum; addttnkar duo rami arborum, et e singuUs pendent 
daœ situlœ. 

La pièce trouvée à Saint-Agnet, et qui date de la fin du 
XV* siècle, est bien un exemplâre de ce type. On y voit, en- 
effet, au revers, une guivre lildeuse, couronnée d'or, dévorant 
un enfant. Les deui sigles G.M. {Galeazzo Maria) l'accom- 
pagnent, ainsi que la couronne ducale. De la partie inférieure 
du monstre paraissent sortir deux branches d'arbres, aux- 
quelles sont appendns quatre seaux. 

C^te pièce rare, d'un poids de dix grammes, et qui me- 
sure un diamètre de 0,05 centimètres, présente la légende en 
caractères romains, tous bien conservés et limités dans un 
double grainetis. 

J'avoue que les deux sigles P.P. rencontrés sur une bulle 
pontificale auraient reçu une interprétation très naturelle, 
mais que sur une pièce de monnaie portant l'effigie d'un 
monstre tel que Galéas Marie-Sforce, qui faisait enteirer vivan- 
tes les personnes qui lui déplaisaient, ces deux lettres ofErîûent 
quelque difficulté d'interprétation. Grâce à Muratori, j'ai pu 
savoir que P.P. C.O. signifient PaWœ COmes, comte dePavie. 
La seigneurie de ce comté, de celui d'Anghiera (érigé en 1397 
par l'empereur Wenceslas) et de la cité de Gênes était attaché 
depuis les Visconti au duché de Milan. 

Parmi les blasons gravés sur cette planche de l'ouvrage de 
Muratori» on distingue encore les armes de France accolées à 
celles de Milan : Ludooicus D.G. Francorum Rex, par exem- 
ple, avec un écu écartelé aux 1 et i de France, aux 2 et 3 de 
Milan, toujours la guivre en pal dévorant un enfant. 

Mais comment expliquer la provenance de notre pièce de 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



monnaie?— Que le sol aquitain renferme des pièces romaines, 
gallo-romïdnes, visigothiques, arabes, anglaises, et de plu- 
sieurs autres peuples qui ont séjourné dans notre région, leur 
présence s'explique facilement, Hais pour une pièce àl'efGg^e 
do duc de Milan, qui n'a jamais envahi notre territoire, toute 
explication paraft impossible. Voici pourtant, je crois, le mot 
de l'éûigme. 

Monlezun rapporte, dans le tome iv, page 83, de son His- 
toire de la Gascogm, qu'an comte d'Armagnac, étant passé 
en Italie à la tète des grandes compagnies, y fut défait. Ses 
soldats prisonniers furent remis en liberté par Galéas, qui 
leur donna à chacun un florin. De retour dans leur patrie, ces 
grandes compagnies, composées de Gascons, de Bretons, de 
gens de Fois et de Béarn, se dispersèrent, et l'un de ces sol- 
dats put facilement perdre dans notre région ce témoignage 
de la générosité de Galéas. 

D' L. SORBETS. 



D,g,tza:Jb.GOOg[e 



m «ËS DE U CESSATION W COMIRII (1713) - 

DANS liA GÉNÉRALITÉ DE MONTATJBAN 
(ET D'ATJOH.) 



J'ai déjà fait connaître sommairement (1) le Mémoire manus- 
crit dont j'exlrais aujourd'liui le morceau qui suit et qui m'a 
semblé offrir un véritable intérêt pour notre liistoire commer- 
ciale : une branche de nos annales qui n'est pas la plus riche, 
sans doule, mais qui est des plus négligées. Ce morceau est le 
14' article du chapitre Du commfirce. Les précédents traitent de 
divers objets du commerce de la généralité : étoffes, céréales, 
vins et eaux-de-vie, bestiaux, huile de noix, prune et safran, 
toiles, jambons, volaille, poterie, bois, fer, cuivre et charbon de 
pierre. Malheureusement, les renseignements sur ces (diverses 
branches d'industrie commerciale, en ce qui touche propre- 
ment laGascogne, ne sont ni aussi nombreux ni aussi précis 
qu'on pourrait le désirer. — Je reproduis textuellement Tar- 
ticle 14", en y annexant un passage instructif de l'article 
suivant qui le complète : L. C. 

Plusieurs causes ont concouru pour faire tomber le commerce dans 
cette généralité : la longue durée de la guerre, la gelée de 1709, les 
mauvaises récoltes suivies de la disette, et celle-ci de la cherté des 
vivres, les maladies populaires, les fortes impositions que les besoins 
de l'Etat ont obligé S. M. do faire sur la généralité et les droits 
excessifs et multipliés de la traite foraine, de la domaniale ot des 
péages qu'on lève sur les marchandises et sur toutes les denrées qui 
entrent dans le commerce. 

La guerre a rompu tout commerce avec les étrangers, a débauché 

(I) Rtvue it Gateogne, t. ii, p. 135-S; c'eit par an« erreur typographique qoe It 
âtte da ce HJinoirB s'y trouve fîiée i 1703. J'avais écrit 1713. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



les guçofis de métier et fait faire plusieurs banqueroutes qui ont ruiné 
beaucoup de négociants et tendu la campagae presque déserte; car 
l'on n'y trouve plus pour travailler les terres le nombre des paysans 
et des laboureurs qu'il y avait autrefois. 

Xa gelée de 1709 a si fort endommagé les vignes et fait périr un si 
grand nombre d'arbres fruitiers qu'on ne peut plus faire le même 
commerce qu'on faisait autrefois 

Les mauvaises récoltes qu'on a faites pendant quatre ou cinq ans 
n'ont pas permis aux particuliers de faire aucun commerce lorsque 
les revenus de leurs biens n'étoient pas suffisants pour payer les 
chairs et qu'il ne leur restoit aucun fonds pour commercer. 

La cherté des vivres, suite ordinaire des mauvaises récoltes et de 
la disette, a réduit la plupart des ouvriers à la mendicité. 

Las fréquentes inondations ont ruiné une partie du plat pays, em- 
porté les ponts qui étoient sur les ruisseaux et rendu les chemins 
impraticables, ce qui a été 1res nuisible au commerce. 

Les maladies populaires ont enlevé une partie des négociants, et 
surtout des ouvriers et des laboureurs qui n'avoient pas été assujettis 
à la nécessité d'aller h la guerre. 

Les fortes impositions ont obligé tes particuliers possesseurs des 
héritages roturiers d'employer au payement des chaiges ou pour 
nourrir leurs métayers, ou pour ensemencer ces mêmes héritages, le 
fonds qu'ils auroient pu destiner pour commercer. 

Les droits enfin qu'on exige des marchandises et des denrées 
qu'on transporte d'une province k l'autre ou pour les pays étiangers 
ont mis la plupart des négociants dans l'impuissance de conttnuer 
leur commerce; ce qui mérite une attention particulière. 

Car les habitants du Quercy avoient autrefois un privilège parti- 
culier de négocier dans toutes les terres de l'obéissance de S. M., 
sans être assujettis à payer aucuns droits forains que lorsqu'ils 
envoyoient leurs marchandises dans les pays étrangers, et ces droits 
même ne se le\''oient que sur la frontière. 

Cependant, comme il a été établi depuis longtemps un bureau 
considérable k Auvillars et en plusieurs autres endroits, ou exige, 
sur un tarif de 1632 réglé par le conseil de S. M., plusieurs droits 
sur toutes les marchandises que les négociants du Quercy envoyent 
à Bayonne, quoique la plus grande partie ae consomme souvent dans 
le pays de la Chalosse, Marsan, Labour et autres lieux circonvoi- 
sins, et qu'il n'y dût avoir que celles qui sont transportées en Espa- 
gne qui dussent être assujetties aux droits forains. 



db.Google 



— 86 — 

Ce qu'il y a de bizarre, c'est qun ces droits consistoient autrefois 
à 7 1. 16 s. 3 d. par quintal de drapene, et 5 1. il s. 7 d. sur les 
petites étoffes. H est arrivé que ces droits ont été modérés depuis 
quelque temps et réduits à la moitié pour les marchandises qui pas- 
sent eu Espagne; et on les a fait subsister en leur eatier pour toutes 
celles qui sont destinées pour être consommées dans le pays, 

1^3 marchandises du Quercy payent encore les droits forains aux 
bureaux qui sont établis sur la frontière de l'Ageuois lorsqu'elles sor- 
tent du pays du Querey pour passer à être consommées dans celui 
d'Agenois, parce que ce dernier n'est pas compris dans la patente 
de Languedoc et qu'il est réputé, à cause de cela, pays étranger. 

Elles payent encore divers péages qui ont été doublés, savoir : au 
Mont-de- Marsan, à Tartas, à Pontous et à Dax, et tout de nouveau 
à Campet et à Sainte-Croix, et ce qui mérite d'être remarqué, c'est 
qu'il n'y a que quinze liuues de rivière depuis le Mont-de-Marsan 
jusqu'à Bayonne; et cependaut, il y a sept péages établis dans cette 
distance pour chacun desquels on paye dix souIs par ballot, y com- 
pris le doublement. 

Tous ces péages et tous ces droits forains étant établis par des 
arrêts du conseil qui en autorisent la levée, on n'en sauroit récla- 
mer, mais on a raison de se plaindre de ce que, nonobstant tous ces 
droits, il ne se fait aucune réparation à la rivière sur laquelle les 
marchandises se transportent, ce qui est très préjudiciable au com- 
merce et rend la navigation très dangereuse par les naufrages qui y 
sont fréquents. 

n se paye encore au Mont-de-Marsan et à Dax un autre droit 
qu'on appelle de seize, qui revient à 10 ou 13 s. par quintal dans 
chacune de ces villes, et un autre droit d'entrée à Bayonne, 

On exige enfin au bureau de la foraine d'Auvillars 8 s. par quintal 
de prune qui se transporte par Bordeaux en Angleterre et eu Hol- 
lande, et 8 I. pour 53 verges des eanz-de-vie. Ces droits forains 
s'étendent encore sur les bestiaux, meiceries et sur toutes sortes de 
denrées qui entrent dans le commerce. Tons les bateaux qui descen- 
dent par la Garonne sont obligés de s'arrêter au bureau d'Auvillars 
pour faire la déclaration des marohandises qu'Us portent et pour en 
payer les droits si elles y sont sujettes. 

On ne se plaint point des droits forains et des péages que fe roi 
exige sur les marchandises et sur les denrées; mais les négociants 
supportent avec impatience ceux qui sont exigés par les seigneurs 
particuliers, dont la plupart, qui n'ont aucan titre, du moins légi- 



db.Google 



— 87 — 
time, donnent tous les jours de nouvelles extensions à ces droits de 
péage. Un seul exemple suiHra pour être conrainou que la multi- 
plicité de ces péages est très préjudiciable au commerce. 

Voici tous les différents droits qu'une balle de 3 quintaux, car elles 
sont toutes ordinairement de ce poids, paye depuis Auvîllars jus- 
qu'à Bayonne : 

A Auvillats 11 1. 14 s. 8d. 

Pour les 2 sols pour livre » 11 » 

Pour le billet d'acquit » 12 ■ 

Pour le droit du m» des ports » 11 » 

A Manaux, autre péage > 5 3 

A Barbaste, autre péage ». 10 6 

Au Mont-de-Marsan, autre péage. 2 2 » 

A Campet, autre péage. — Ce n'est que depuis quelques années 
que le seigneur de ce lieu exige un péage, de son autorité et sans 
aucun titre, sur toute sorte de marchandises qui montent et qui 
descendent sur !a rivière du Mont-de-Marsan et sur celles qu'on 
transporte par teire, prétendant que c'est pour entretenir une plan- 
che pour le passage des voitures et de leurs chevaux. Il prend de 

chaque balle de 3 quintaux > 3 > 

A Sainte-Croix, antre péage • 3 » 

Le seigneur de ce lieu ne ptenoit autrefois qu'un petit droit sur 
chaque bateau, de quelle quantité de marchandise qu'il fût chargé. 
Mais depuis quinze ou vingt ans, il prend indifféremment un droit 
de péage par quintal de toutes sortes de marchandises et sur les 
laines qui viennent d'Espagne. 

A Tartas, autre péage » 11 3 

A Pontous, autre péage > 3 » 

A Dax, autre péage, ou droit de 1 18 » 

Pour l'entrée à Bayonne 2 2 > 

Deux sols pour livre des susdits péages « 16 a 

Pour la sortie de Bayonne pour passer en Espagne. 14 5 > 

Total 34 7 3 

En telle sorte qu'une balle de 3 quintaux de draperie qui part 
d'Auvillars pour Bayonne et pour l'Espagne paye huit péages à dea 
seigneurs particuliers avant que d'arriver à Bayotme et coûte en 
péage 34L7s.3d. On peut comprendre) pu cet es^nple d'une 



db.Google 



balle de draperie de 3 quintaux, combien les droits sont exeessifs 
SUT une plus grande quantité de marchandises, sans compter les 
autres péages qu'on exige dans les autres lieux et sur les autres 
rivières de la généralité, qui sont excessifs. 

Le préjudice que cela cause est extrême; car cela a donné lieu à 
l'introduction des étoffes et des marchandises d'Angleterre dans le 
royaume d'Espagne et autres pays étrangers, parce que ces mar^ 
cbandises, ne payant aucun droit de sortie en Angleterre, les négo- 
ciants anglois les donnent à beaucoup meilleur marché 



MËCROLOGIE. 
BRUNO DUSAN, 

ARCHinSTE DU DâPABTEUEHT DU GERS. 

La Revue de Gascogne de décembre 1870 a publié une notice sur 
la Tie et les travaux d'Amédée Tarboutiech, archiviste du départe- 
ment du Gers, enlevé à la science et k l'amitié le X" novembre der- 
nier, à l'âge de trente-six ans. J'exprimais dans les dernières hgnes 
de cet opuscule le vœu que le dépât d'archives, privé d'un siregret- 
table conservateur, pût passer en des mains habiles et soigneuses 
comme les siennes; et j'ajoutais, d'après un bruit d^à presque assu- 
ré, que ce vœu était exaucé depuis la nomination de M. Dusan an 
même emploi. Cette nomination était du 13 décembre dernier, je 
crois; et deux mois après, le 21 février, Bruno Dusan expirait après 
une courte maladie, à trente-six ans ou environ : l'âge de son 
prédécesseur, dont il me parlait, dès son arrivée, avec l'expression 
d'tm regret si sympathique et si profond. 

Notre pays bit en sa personne tme perte que ses amis seuls peu- 
vent apprécier. Des relations de trois ou quatre années me permet- 
tent de donner à mes concitoyens quelque idée de son mérite, que 
toute sa modestie n'a pu entièrement me dérober. Bruno Dusan était 
l'érudit à la fois le plus modeste, le plus laborieux, le plus ouvert à 
tous les horizons de la science moderne; il était encore le plus bien- 
veillant et le plus sympathique des hommes, quoiqu'il eût soafiert 



db.GoogIc 



— 89 — 
piusqu'uQ autre des misères, des déceptions, des pauvretés de ta vie 
littéraire. 

Il était presque des nOtres par son origine, car sa famille appar- 
tient à la fraction de la Haute-Garonne la plus voisine du départe- 
ment du Gers. Sous les auspices d'un ou deux de ses oncles, prêtres 
'du diocèse de Montpellier (si mes souvenirs sont exacts}, il lit ses 
études à l'école secondaire de Saint-Pons; et tels furent ses succès ' 
que le supérieur de cette maison, alors très -considérable, le retint 
comme professeur. Ainsi, Bruno Dusan, quoique laïque, enseigna 
plusieurs années la littérature française dans les hautes classes d une 
institution ecclésiastique. L'habile directeur, M, l'abbé Dubreuil, 
aujourd'hui archevêque d'Avignou, avait reconnu dans ce jeune 
homme à l'extérieur naodestc et souHreteux, cette vive pénétration, 
cette chaleur comraunicative, cette patience de travail et d'exposition 
qui caractérisent le vrai professeur d'humanités. 

M. Dusan passa depuis dans une institution laïque, dont il m'a 
parié avec les plus grands éloges, à Valence- d'Ageii. Mais cette fois 
il fut appliqué a l'enseignement scientifique. Heureusement il unis- 
ssit [privilège bien rare!) au goût littéraire le plus délicat uneaptuude 
décidée pour les sciences exactes. Et co n'était là pas même la moi- 
tié des dons de cette riche nature. La philosophie l'attira toujours 
puissamment, et je crois entendre encore avec quelle chaleur d'ac- 
cent il affirmait les grandes doctrines du spiritualisme; les arts lui 
étaient familiers, et personne ne maniait le crayon avec plus de 
sûreté; enfin l'archéologie, dans presque toutes ses branches, ten- 
dait à l'absorber déplus eu plus. 

C'est en effet à cette étude, aujourd'hui si profondément renou- 
velée, si chargée de faits nouveaux et si encombrée d'hypothèses, 
qu'il finit par se livrer presque sans réserve, en fondant à Touloupe, 
ea 1866, la Revue archéologique du Midi. Mais comme il appré- 
ciait de haut la science à laquelle il vouait ses rares facultés ! D'après 
son programme, faire de l'archéologie « au point de vue du senti- 
ment, de la poésie, cela suffit au plus grand nombre; mais bien des 
esprits cherchent autre chose dans l'étude de l'archéologie : quel- 
ques-uns, atteints de désenchantement, y cherchent surtout l'oubli 
du présent; d'autres y veulent trouver le secret dp l'avenir et lui 
demandent ardemment la solution des plus grands problèmes de ta 
destinée humaine; d'autres enfin, ceux que sollicite l'action, fouillent 
dans l'immense entassement des manifestations multiples de Tarf, 
celte vie supérieure, pour y recueillir des enseignements profitahles 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



au présent. » A tous ceux-là, le nouveau recueil périodique devait 
fournir des matériaux sûrs et précieux. Sans énumérer ici tous les 
travaux publiés par la Rvoue archéologique du Midi, j'ose dire que 
la plupart, et spécialement ceux du savant et modeste directeur, 
étaient à la hauteur de son programme. 

Voyez en effet quelle série de fragments intéressants il a réuniâ 
dans ce recueil malheureusement trop peu étendu I Je ne parie pas 
des antiquités pré-historiques, des armes en silex, des inscriptions 
du moyen-âge, des croix tumulaiies, des sai^ophages chrétiens, ete., 
dont il a donné de si nombreux spécimens, avec des figures excel- 
lentes et des explications d'une doctrine si riche k la fois et si dis- 
crète. Mais je rappellerai des révélations spéciales d'un vif intérêt 
d'instruction et de curiosité : les Sorts des apôtres, étrange manus- 
crit en langue d'oc trouvé à Cordes (Tam) et publié en fac-similé avec 
un docte conmientaire; — une étude attentive sur la Croix awtnt le 
Christianisme, à propos d'un mémoire un peu avenluïé de M. de 
Mortillet; — la publication, malheureusement inachevée, des longs 
interrogatoires de l'inquisition albigeoise dans le Lâuragu^; — des 
critiques d'une étendue et d'une portée excepUonnelles au sujet de 
plusieurs ouvrages contemporains, par exemple le Jacine I" d'Ara- 
gon de M. de Tourtoulon, le Recueil des inscriptions chrétiennes 
de ta Gaule de M. Le Blant, etc., etc. Partout brillent, dans ces tra- 
vaux modestes, la sûreté du savant, l'aménité de l'homme, le gOÛt 
de l'artiste, la pénétration du penseur. 

N'oublions pas le secours inappréciable dés figures rép&Qdues avec 
profusion dans le texte. M. Dusan était d'une rigueur presque exa- 
gérée pour ce qui concerne l'exactitude des reproduôtiens. Il se mon- 
tra fidèle à son programme dans l'admission de toutes sones de 
figures, dessins, chromolithographies. Mais son procédé ordinaite 
était la photographie; la photographie, à la vérité, dans des conditions 
toutes nouvelles de production et de conservation, grâce k un secret 
dont il était l'inventeur et qu'on peut nommer la gravure sur pierre. 

C'est lui qui eut en ces dernières années l'idée de la réédition de 
l'Histoire du Languedoc des Bénédictins, avec toutes sortes d'en- 
richissements scientifiques. Cette œuvr&doil être assez avancée au- 
jourd'hui, et je ne doute pas qu'elle ne soit digne de l'érudition et du 
talent des savants qui y président. On me permettra cependant de 
regretter que M. Dusan ait fini par être éhminé tout-à-fait de cette 
éntieprise, pour laquelle il avait travaillé jurqu'à compromettre sa 
Tue et sa santé. Ceci soit dit sans la moindre amertume contre qui 



db.Google 



— 91 — 
quecesoit. Je puis attester que Bruno Dusan n'en tnoatrait jamais' 
contre personne. U était rioâalgieoce même, excusant ce qu'il ne 
pouvait justifier, cherchant dans l'étude aa refuge contre les tristes- 
ses du présent, faisant valoir tous les mérites qu'il avait pu soup- 
çonner, n'ignorant que les siens. 

Depuis son arrivée parmi nous, il s'était hâté de faire connaissance 
avec le dépôt d'archives qui lui était confié ; il l'avait déjà fouillé eu 
tout sens et il avait combiné une foule de projets utiles pour l'arran- 
gement et l'étude de ces restes précieux de notre passé provincial. 
Ou sait qu'un arrêté préfectoral l'avait encore nommé inspecteur des 
antiquités et oeuvres d'art du département. Au double point de vue 
de lliistoiTeet des monuments de notre pays, on ne pouvait désirer 
ni plus de déronement ni pins de compétence. 

Malheureusement sa santé, qui avait toujours été hèle, se trouvait, 
comme je l'ai dit, bien compromise par ses travaux trop continus. 
Les voyages pénibles, les longues veilles qu'il s'était imposées dans 
ces derniers temps, pour recueillir des inscriptions et des dessins des- 
tinés à emichir un grand ouvrage qui ne portera même pas son nom, 
avaient fatigué sa vue, débilité son estomac, appesanti sa tête. Tou- 
tefois il avait gardé son humeur douce et joyeuse, son sourire bien- 
vêiltant, sua boimes peasées de travail et d'avenir. Ses amis comp- 
taient comme lui sur k situation j^us favorable qui venait de lui être 
Êûte pour renoureler et affermir son tempérunent. Ils comptaient 
sans la maladie cruelle, nne angine oouenseuse compliquée de gan- 
grène, qui vient de l'emporter eo trois jours. 

Les secours de la religion n'ont pas masqué à l'a^nie de cette 
fime vraiment chrétienne par ses cdnvictions les plus intimes et par 
les habitudes vertueuses 6e sa vie. M. l'abbé Canéto, vicaire gén^^ 
de Mgr l'archevêque d'Auch, averti par l'amitié vigilante de M, Al- 
bert Brun, préfet par intérim du département du Gers, est venu pré- 
parer au suprême vaptge le modeste archéologue qui s'honorait 
depuis longtemps de sa paternelle bienveillance. 

LÉONCE COUTURE. 
P. S. Nos lecteurs auront appris la mort récente de M. l'abbé 
D. Bouix, théologien et canoniste très distingué, natif de Bagnères- 
de-Bigone; — de M. Edouard Lartet, l'illustre géologue; — de M. 
3. Cénac Moncaut, l'un des écrivains les plus féconds de notre pays. 
Nous consacrerons prochainement des notices suffisamment ét^idues 
su moins à ces deux derniers, qui étaient membres correspondants 
de la Société hiêtoriqtie de Gascogne. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 92 — 

RÉPONSE. 

41. Jacquea âe Bêla et ses œuvres. 
[Vojei la Question dans notre dernier naméro, p. 48.) 

EvPclié de Bayonne, 5 février 1871 . 
Monsieur l'abliè. 

Le dernier numéro de la Revae de Gascogne me prouve que, malgré mes 
recommandations les plus formelles, mon éditeur ne vous a pas encore envoyé 
ie2' volume de la Chronique d'Otoron. qui aurait ilù vous parvenir il y a plus 
■ de quinze mois... Vous y auriez vu un paragraphe tout entier (page293elsuiv.) 
où je fais connaître l'auteur en question. Mais voici quelques détails plus pré- 
cis sur les deux points que je n'avais pas i toucher et qui vous intéressent. 

1" L'auteur de l'article de V Album pyrénéen, signant G. U., est U. le baroD 
Gustave d'Uhart, ancien sous-préfet de Bayonne et de Lipoux, homme d'es- 
prit, issu d'une des plus anciennes familles du Pays basque, beau-frère du doc- 
teur Ségalas, de Paris, et mort depuis quelques années. 

3° Les Tabtettet de Jacques de Bêla sont aujourd'hui d:ms ma bibliothèque, 
d'où je compte les faire passer un jour dans un dépi>t public. C'estM. Bascle 
de Lagrèze, conseiller à la cour de Pau, qui est en possession du manuscrit du 
Commentaire de la coutume de Soûle, manuscrit dont U. Antoine d'Abbadie a 
fait faire une copie. Au sujet des Tableflet. je vous dirai que cet ouvrage n'avait 
plus que six volumes quand il est venu en ma possession; le troisième me 
manque. Quant au fond même de la compositioD, je crois en avoir dit tout ce 
qu'il faut dans la Chronique; l'article Bêla, le seul qui offre un certain inléri't 
local, est de la plus singulière étrangeté et pour le style et pour les choses... 

Recevez, Monsieur le rédacteur, etc. 

Menjoolet, vie. gén. 

— Il y a plaisir h trouver, dans ses embarras, des guides aussi sûrs et aussi 
complètement renseignés que M. l'abbé Menjoulet. Qu'il reçoive ici nos remer- 
ciements, et pour ses réponses si précises à nos deux questions sor Jacques de 
Bêla, et pour la Chronique d'Oloron. qui nous est arrivée peu de temps après 
la lettre précédente et dont nous reparlerons. Ce que l'auteur de cet excellent 
ouvrage y dit en particulier du philosophe de.s TableUtse\.A\i commentateur de 
la Coutume de Soûle est bien ce qu'il faut, eu égard au cadre et \ l'objet de la 
Chronique. Mais la curiosité d'un historien littéraire et d'un bibliographe 
spécial peut désirer encore beaucoup plus. Heureusement, on sait que les écrits 
du vieux Bêla subsistent et qu'ils sont en d'excellentes mains! 

Me voila en demeure de consacrer une élude sérieuse aux deus volumes pu- 
bliés par M. l'abbé Menjonlet sur le diocèse d'Oloron. Les engagero«nls de la 
Revue de Gascogne sont un peu àlong terme, j'en conviens, mus elle n'oublie 
pas ses dettes et Gnit par tes payer. Que l'excellent auteur ne craigne pas 
d'augmenter encore nos obligations en répondant à quelques-unes de nos ques- 
tions passées, relatives !t l'histoire béarnaise et bayonnaise, qui n'a guère de 
secrets pour lui. L. C. 



db.Googlc 



ESSAI HISTORIQUE 

L'ABBAYE DE GIMONT (d. 

I" PARTIE. 

Périi€>de de formatloo et cTépanonlasement. 

I 

Pour cette partie de notre travail nous avoDs des documents 
aathentiques et d'un grand prii que nous croyons devoir 
signaler ici. Ce sont : 

1" Le cartulaire de l'abbaye, en deux volumes in4' sur par- 
chemin, manuscrit du xiir siècle, îq>parteilant à la Bibliothè- 
que du grand sèminare d'Auch, où se trouvent les sommai- 
res de toutes les chartes des donations faites à l'abbaye de- 
puis sa fondation jusqu'aux premières années du xm* siè- 
cle; 

2° Le paréage pour la fondation de Gimont et la charte des 
coutumes qui lui furent concédées ; de cette dernière nous 
n'avons qu'une traduction retrouvée depuis peu, qui est du 
commencement du xvir siècle; 

S*" Le paréage pour la fondation de Solomiac et la charte 
des coutumes du même lieu. De celle-ci nous n'avons égale- 
ment qu'une traduction toute moderne, et que nous croyons 
pouvoir attribuer au dernier curé de Sqtomiac avant la Révo- 
lution de 1789, qui joua un si triste rôle durant les manvùs 
jours; 

(1) L'/niroJuelfon de cet Emû » paru l'annie dernitee, Rmut dt Gaieogiu, 
t. Il, p. 437. 

Ton XU. 7 



db.Google 



— 94 — 

i' Diverses chartes, actes d'accord et senteoces rendus 
à la suite de différends survenus entre les moines et les habi- 
tants des nouvelles bastides. 

Le cartulaire est, sans contredit, le fonds le plus important. 
Il estdivisè en six parties : La i" contient la donation du ter- 
roir où devait être construite l'abbaye, avec un grand nombre 
d^autres qui suivirent de près celle-là, dans les lieux envi- 
ronnants, Marrox, Juilles, Sainl-Caprais, l'Isle-Sauvimonde, 
Ames et Gahusac, sur la rive gauche de la Girnooe. — La 2°, 
les donations faites à Tabbaye de l'autre cûté de la même ri- 
vière et sur la Marcaoue, jusqu'à Maurens et Montiron, dans 
les lieux alors désignés sous les noms de Sànt-Jean-le- Vieux, 
de Saint-Justin, de Saint-Pierre de la Maguère, de Laurs ou 
Laus et de Sainte-Marie de la Grasse, qui forment le territoire 
actuel de la commune de Gimont, au levant de la rivière. — 
La 5* est relative à la grange du Fourc et comprend les do- 
nations faites dans Escornebœuf, S^int-Germier et Sainte- 
Marie. — La 4» se rapporte à la grange de Francheville, que 
remplaça un peu plus tard Solomiac, et contient les donations 
faites àMauveille, Sunte-Margucrite, Homps, TillacetRajast. 
— La 5', afférente à la grange de Saint-Sonlan, contient les 
donations faites au lieu de Saint-Soulan et aux lieux environ- 
nants. Enfin la 6* est consacrée à la grange d'Ayguebelle, 
autrement Saint-Lys, dans le diocèse de Toulouse, et comprend 
de nombreuses et importantes donations faites à l'abbaye 
tant duis Sùnt-Lys même que dans Sainte-Foy et divers au- 
tres lieux des environs. 

L*étade de ce long cartulaire parait, au premier abord, 
devoir être fort aride, et peu féconde en résultats utiles. Il 
n'en est pas cependant ainsi, et l'expérience que nous en 
avons faite nous a laissé parfaitement convaincu que rien 
n'était plus propre que des monuments de ce genre à donner 
' des notions sûres et précises sur les lieux, les institutions, les 
personnes et les mœurs des époques auxquelles ils se rap- 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 95 — 

porteQt; en ud mot, à faire revivre, en quelque sorte, sous 
nos yeux, une société disparue dont les usages et les habi- 
tudes forment un contracte si frappant avec tout ce que nous 
voyons dans nos sociétés modernes. C'est en nous appuyant 
sur les données que nous y avons puisées que nous voulons 
essayer, avant d'aborder l'hisloire même de l'Abbaye, de faire 
comme la topographie des lieux où doit s'accomplir son ac- 
tion, et d'esquisser en- quelque sorte la physionomie de la 
société à répoque de sa fondation, telle au moins qu'elle nous 
a apparu sous les formes, quelijue peu énigmatiques parfois, 
de ces actes contemporains. 

II. 

A cette date de 1142 qui est, comme nous l'avons dit, l'an- 
née de la fondation de l'abbaye, l'aspect du pays était bien 
différent de ce qu'il est aujourd'hui. La culture était peu 
avancée; le sol était occupé en grande partie par de vastes 
forêts, ou par des halliers où ne croissaient que des brous- 
sailles ou des arbres rabougris et de taille fort modeste, qu'on 
désignait communément par le nom de bàrtas. Le cartu- 
laire nous fournit à cet égard des renseignements précis et 
incontestables. Les cent concades données pour rétablisse- 
ment de l'abbaye sonrt prises sur la forêt appelée PUxna- 
Sytva, ou La Plagne, qui s'étendait du cdté de Saramon et 
occupât teute la vallée de la Gimone. De ce même côté de la 
Gimone, en S^nt-Caprais, alors appelé Castet, on rencontrait 
encore le Bédat, qui fournit avec Gimonau et Sillac, situés 
sur la rive droite, le bois nécessaire pour la construction de 
Gimont. Il y en avait encore bien d'autres qui furent abattues 
par les moines aussitôt après leur établissement. Le déMcbe- 
mtsA était, du reste, un des objets principaux de leur mission, 
qu'ils poursuivaient avec une ardeur incroyable. En peu de 
temps, par ces défrichements, ils eurent rendu à la culture des 



db.Google 



terrains considérables, qiii furent pour eux une source d'abon- 
dantes richesses et excitèrent partout une salutaire émulation. 
Les seigneurs propriétaires du sol faTorisèrent l'entreprise de 
toute espèce de manières, et c'est sans doute pour ce motif 
qu'on trouve fréquemment dans les chartes une clause parti- 
cuhère, pour affranchir, soit à temps, soit pour toujours, 
de toute redevance féodaJe les terres défrichées par les moi- 
nes, à leurs dépens et avec leurs propres charrues : • Quas 
hab^aUo'es Gimundi laboraverunt, projprUs impensis et ara- 
tris. < 

Nous n'avons parlé jusqu'ici que des contrées qui relevaient 
immédiatement de l'abbye; mais il doit être entendu que dans 
nos régions l'état du sol était à peu près le même partout, et 
qu'il en était ainsi particuhèrement dans les autres lieux où des 
donations considérables furent faites à l'abbaye, comme So- 
lomiaç, Saint-Soulan et Saint-Lys. Il est, en effet, hors de doute 
que ces donations avaient principalement pour but d'attirer 
dans ces Ueux la féconde activité des moines, et, par là, d'as- 
surer le prompt déMchement des terres incultes et impro- 
ductives, qui, ]$ans eux, ne se serait pas sans doute effectué de 
longtemps» les forces individuelles et isolées ne pouvant suf- 
fire à des œuvres de cette nature. 
La conséquence nècessùre de ce que nous venons de dire 
' de l'état du sol dans les Ueux sur lesquels s'étendit succes- 
sivement la domination de l'abbaye, est facile à tirer : c'est que 
la population devait être peu considérable, eu égard à l'éten- 
due de territoire sur laquelle elle était dispersée. Ou n'y ren- 
contre pas de centre considérable : pas de ville, pas même 
de village. Dans cet espace qui s''étend entre la Save et l'Ar- 
rats, qui servent de limites au levant et au couchant, Mauve- 
zin an nord et Saramou au sud, on ne trouve pas d'autre 
localité à signaler, avec ces deux villes, que l'Isle-Jourdain et 
Aubiet. Nous avons remarqué, pour le dire en passant, qu'à 
cette époque Aubiet avait ses mesures propres soit de capa- 



db.Google 



— 97 — 

cité, soit de longueur, et que ces mesures étaient en usage 
dans toute la contrée, ce qui est, ce nous semble, une 
preuve évidente de son ancienneté. 

Tout le territoire compris dans les limites que nous venons 
d'indiquer était divisé en un nombre considérable de fiefs, 
■ d'une importance et d'une étendue très-variable; mais rien 
n'indique qu'il y eût encore des communes. Le ch&teau 
qu'occupait le maître du fief était le centre d'ime juridiction 
toute seigneuriale et arbitradre s'éxerçant, à peu près sans 
contrôle, sur une population sOTvile qui n'avait pas encore 
conquis ou n'avait conquis qu'en partie son affranchisse- 
ment. Quand l'émancipation se fut accomplie, les limites de 
chaque 8ef devinrent les limites des communes qui se for- 
mèrent au souffle de la liberté. H^s nous le répétons, an 
xn* siècle, ces communes rurales, du moins ici, n'existaient 
pas encore. ' 

Chaque fief avait son château ou habitation seigneuriale, 
autour de laquelle se groupaient d'ordinaire d'autres habita- 
tions destinées aux colons qui cultivaient les terres réser- 
vées, exploitées directement par te seigneur. Dans l'éten- 
due du domaine étaient disséminées les' Cases, petites 
maisonnettes ou cabanes occupées par des familles de 
colons, émanapés sous certains rapports, mais toujours 
néanmoins sous la dépendance de leur seigneur auquel 
ils demeuraient assujettis pour bien des choses. En leur 
accordant' la liberté personnelle, qui était généralement 
encore la seule dont ils eussent été mis en possession, le 
seigneur leur avait fait des concessions de terrains auxquels 
ils demeuraient attachés sans pouvoir les quitter à leur gré, 
mais dont ils faisaient l'exploitation pour leur propre compte» 
à la charge seulement de payer les rentes féodales auxquels 
ces biens furent assujettis, et de rempUrles autres conditions 
qu'il plaisait au bailleur d'imposer. La division du terrain 
^Qsi concédé n'étût pas f»te d'après le nombre des familles 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— M — 

et de manière que chacune eût sa part fixe et détermiDée. 
On voit, au contraire, le plus souvent un groupe de familles, 
réunies en association, pour cultiver en commun, sous la 
direction d'un ciief, dont toutes reconnaissent Tautorité, un 
certain lot qui demeure indivis entre elles et dont elles par- 
tagent les charges et les bénétlces. Elles ont leurs habitations 
distinctes, mais rapprochées et réunies k côté les unes des 
autres, et formant ce qu'on appelait un casai ■ casate, » un 
hameau, comme nous dirions aujourd'hui. Ce même mot est 
encore employé pour désigner le domaine lui-même exploité 
par ces familles. 

Il ne faudrait pas cependant conclure de ce que nous ve- 
nons de dire qu'il n'y avait pas alors comme il y a eu depuis, 
des fermes, des métairies exploitées par une seule famille. Il y 
en avait certainement, et c'est sans doute ce qu'il faut en- 
tendre par ce mol • cuHura, * que nous trouvons fréquem- 
ment employé dans le cartulaire. 

Tout ceci nous explique pourquoi, à l'occasion d'une do- 
nation faite à l'abbaye, on voit successivement apparaîtra, 
enotitredu donateur principal, divers personnages qui pa- 
raissent étrangers les uns aux autres, pour l'approuver et y 
donner leur consentement. Quelquefois l'objet donné appar- 
tienten toute propriétèau donateur,qui peut en disposercomme 
il l'entend sans consulter qui que ce soit. Alors il n'y a que 
lui qui figure dans la charte qui est dressée. Tout au plus, 
pour plus grande sécurité dansl'avenir et par précaution, on 
fait approuver, ratifier et confirmer la donation quand, il y a 
heu, par les enfants, les frères ouautres parents du donateur, 
qui pourraient, en qualité d'héritiers naturels, avoir quelque 
droit à revendiquer. Mais d'antres fois le donateur tient ce qu'il 
donne comme bénéfice, d'un seigneur suzerain qui a mis 
pour condition à sa libéralité que le bénéficier ne pourra, sans 
son autorisation, vendre, donner, ou autrement aliéner le 
fonds qu'il a reçu. Alors, s'il veut se dessaisir et transporter 
à un autre son bénéfice, il doit, au préalable, obtenir l'agré- 

Di;:lz^H;,,.\^.UU'-^ie 



ment du sazeraÎD, et celui-ci, s'il y consent, intervient dans 
l'acte pour autoriser la donation, ou bien l'appronve et la ratifle 
par un acte séparé. D'autres fois aussi il arrive, et même assez 
fréquemment, que le bénéflce a été donné eii fief par son 
détenteur, sous certaines rentes féodales. A la vérité, celui-ci 
demeure toujours le seul vrai propriétaire du fonds. Hais 
cela n'empêche pas que la famille, ou les familles à qui 
le bail a été f^t, aient acquis sur Tobjet donné des droits 
dont il faut tenir compte et dont on ne peut les dépouiller 
sans leur consentement. Il faut donc que ces familles intervien- 
nent, et Ton trouve en effet beaucoup de chartes dont Tuni- 
que objet est de constater l'abandon qu'elles font des droits 
qu'elles pourraient faire valoir pour s'opposer à la donation 
ou pour inquiéter les donataires. 

Nous ayons trouvé deux exemples de concessions de ter- 
rains pour être occupés et possédés par des gens de guerre, 
que les seigneurs avaient sans doute voulu par ce moyen 
récompenser des services qu'ils en avaient reçus. L'une fut 
faite dans le territoire actuel de Solomiac, dans les environs . 
de Sainte-Marguerite, et l'autre dans la commune de Gimont, 
au sud-est, en un lieu qu'on désigne pour cette rîuson par les 
noms d' « ArmadavUle » et « Gamidor, > traduit en ma^e pos- 
térieurement, mais nous ne savons à quelle époque, par 
celui de « Garnison. » 

Les secours et les consolations de la religion ne manquaient 
pas, bien s'en faut, aux populations de ces campagnes. Le 
cartulaire en fournit la preuve évidente en nous révé- 
lant dans chacun des lieux où s'établit l'abbaye, l'existence, 
antérieure à cet établissement, d'un nombre considérable d'é- 
glises ayant chacune pour la desservir, un prêtre auquel ou 
donne le titre de chapelain '«capeKontM», c'est-à-dire, curé, 
comme nous. dirions aujourd'hui. Ainsi, au moment où fut 
fondée l'abbaye, dans le seul territoire formant aujourd'hui 
la commuite de Gimont, sur la rive droite de la Gimone, on 
trouve Saint-Pierre de Brigis, en Laus, dite aussi Saint- 



_.oogle 



— 100 — . 

Pierre de La Maguère, Saiût-Sernin, Sainte-Marie de la Grasse, 
Sainte-Marie et Saint-Orens, dite aussi Sîdnl-JeMi-le-Vieax ou 
SainlrJean de las Mounges, parce qu'il y avait là un couvent 
de religieuses .dont elle dépendait; et Saint-Justin du vieux 
mur, où il y avait aussi un couvent de religieuses bénédictines 
dont dépendaient celles de Saint-Jean. Sur la rive gauche de 
la même rivière se trouvaient les églises de Cahusac, Marrox, 
Juilles, Saint^prais, alors Dommé Castet, Tlsle-Saurimonde 
et Amers. Dans les dépendances de la grange du Fourc, qui 
s'étendaient dans les territoires actuels d'Escornebœuf, Saint- 
Germier, Saint-Martin, Saint-Pé, Sainte-Marie et le Travès, 
nous remarquons Saint-Michel d'Esperville, l'église de Rillac, 
alors paroisse, plus tard qualiflée de Prieuré ; celles de Cor- 
rensac, de Saint-Martin du Fourc, entre le chemin de Saint- 
Jacques et Esperville, de Sainte- Marie de Manville, et du Fas,, 
du Has ou Duhas. Dans le territoire actuel de Solomiac, il en 
existait quatre, celle de Manvielle, celle de Sainte- Marguerite, 
celle de Francheville ou Tortiville peu éloignée de la précé- 
dente, celle de Rajast, qu'on écrit Frajast dans le cartulaire. 
Des deux premières les fondations existaient encore il y a peu 
de temps. Nous croyons même que les restes de Sainte-Mar- 
guerite, où la paroisse de Solomiac se rend tous les ans en 
procession le jour de la fête de cette sainte, sont encore dans 
l'état où nous les avons vus dans notre enfance. Pour celles de 
Francheville et de Rajast, depuis longtemps il n'en parait pas 
de traces; mais on en peut reconnaître assez facilement la si- 
tuation quand on est familier avec les lieux, à l'aide des indi- 
cations fournies par le cartulaire et autres actes postérieurs 
qui en font également mention. 

Dans les dépendances de la grange de Saint-Soulao, qui ne 
paraissent pas avoir dépassé les limites de cette commune, 
se trouvaient les églises de Lausignan, de Clarivat,.de Belloc,' 
de Buffagranja, de Saint-Laurent et de Boolaig. Saint-Lys 
dont le territoire avait une étendue très considérable, semble 
avoir été sous ce rapport moins favorisé. On y trouve cepen- 

Di;:lz^H;,,.\^.UUVie 



— 101 — 

dant encore quatre églises : celle de Sainl-Julien-d'Aiguebelle, 
autour de laquelle s'est depuis b&ti Saint-Lys, celle de Bumàu, 
celle de Vinerca et celle de Mazerolles; sur les conQns, mais 
en dehois de son territoire, étaient celles de Sainte-Foi, de 
Bonrepos et de Fonsorbas. 

Ce qu'il y a de remarquable, c'est que ces églises étaient 
bâties dans des lieux solitaires et isolées des habitations; on 
avait sans doate pris pour chacune d'elles un point central 
autour duquel rayonnaient les cases occupées par les colons 
qui en dépendaient. Il est vraisemblable que chacune d'elles 
formait une paroisse. Ce qui du moins est certain, c'est que 
chacune, comme nous l'avons observé, avàt un prêtre 
pour en faire le service, et qu'elle avait aussi ses revenus par- 
ticuliers, consistant en dimes, prémices et autres redevan- 
ces qu'on désigne par ce mot générique *eccleaiasUat. » 

11 est aussi vraisemblable, pour ne pas dire certain, que 
toutes ces églises argent été fondées par les maîtres des fiefs 
dont elles dépendaient, lis s'étaient pour cette nûson réservé 
une part dans les revenus qui leur étaient affectés. S'il faut 
prendre à la lettre les termes dont on se sert dans les chartes, 
on devrait même penser qu'ils avaient jusqu'alors conservé la 
propriété de ces églises. Pour ce qui concerne les revenus, il 
parait qu'ils étaient généralement divisés en deux portions 
égales dont une était attribuée à l'église, et l'autre revenait 
aux familles; d'ordinaire il y en avait plusieurs qui avaient 
eu part à la fondation et qui partageaient entre elles dans la 
proportion même de leur contribution. 

Toutes ces églises furent livrées à l'abbaye qui se chargea 
de pourvoir à leur service, et avec les églises, les fondateurs 
abandonnèrent également la part des revenus dont ils avaient 
joui jusqu'alors. 

A Aubiet, le 4 juiUet 1870. 

R. DUBORD, 
prêtre, mti d'Aobiit. 
(La imte prochainement). 



db.Google 



VOCABULAIRE 

DBS TERMES LES FLD8 USITÉS DANS L'ÉTIIDE DES HOHUMBNTS. 
CHRÉTIENS. 

{Suite) (0- 

ICONOLOGIE, s. f. Nous avons dit, dans l'article précédent, 
que ['iconographie est la science des saintes images, au point de 
vue de leur reproduction. 

Or l'icoKOLOâiB traite du même objet, mais au point de vue de 
ta description des produits de l'iconographie pratique. Elle traite 
aussi de l'enseignement de l'iconographie théorique. 

La mission particulière de l'iconologue est donc de faire con- 
naître théoriquement de quelle manière les saintes images doi- 
vent être figurées par l'iconographie pratique; ou bien encore de 
décrire, dans sa langue spéciale, les produits peints modelés, 
sculptés, moulés, gravés, estampés, bosselés, etc., etc., dans l'a- 
telier de l'artiste iconographe. 

ICONOSTASE, s. f. C'est la cbancbl proprement dit (3) qui, ja- 
dis surtout, était destiné à voiler l'intérieurdu sanctuaire, aux re- 
gards des fidèles placés dans l'ensemble de l'église. Régulièrement 
plus élevé d'un degré que le sol des nefs, celui du sanctuaire se 
clôturait d'une grille, toujours disposée dans te plan vertical de 
l'arc de triomphe; et I'iconostase s'élevait au-dessus de cette ba- 
lustrade, offrant, en regard des nets, les saintes images dont elle 
tirait son nom. 

En occident, celte espèce de cloison mobile était moins impor- 
tante que chez les orientaux. Elle se formait de riches tentures, de 

(I) Voir tome ii, page 5lî de celte Retua. 
(S) Voir ca mol tome if, page 134. 



db.Google 



— 103 — 
tapisseries suspendues, qne l'on rameaait symélriquemeot, au moyen 
de leurs tringles, sur les deux côtés du sancluaire, lorsque les ca- 
léchumèDes at les pénitents étaient congédiés de l'assemblée des 
fidèles. 

Généralemenl, nos églises ne conservent plus de Viconoslase 
qu'un souvenir, indiqué par l'appui de communion, s'il est placé 
comme il convient, c'est-à-dire entre les deux piles qui portent l'arc 
triomphal. 

A Mainte-Marie d'Aucb l'arc antérieur qui limite le ciborium, 
dans la chapelle terminale, n'a plus quêtes pitons de sa tringle 
primitive. Les riches courtines qui, dans les siècles précédents, 
tenaient ici lieu de l'ancienne iconostase, auraient-elles disparu 
pour toujours de ce vénérable petit sanctuaire où, d'ailleurs, se 
conservent encore les sainles espèces de l'Eucharistie, dont cette 
mystérieuse tenture était ievetamai liturgique? 

IMAGES, s. f. A ne les prendre que relativement à leur desti' 
nation, les saintes ihages ne sont pas uniquement un souvenir de 
leur prototype, et un moyen puissant d'ornementation soit intérieure 
soit extérieure; mais encore une sorte d'enseignement facile. • El- 
> les sont, pour les illettrés, ce que sont les livres pour ceux qui 

■ savent lire; elles sont pour les yeux ce que la parole est aux 

■ oreilles. > 

Telle es! la définition de saint Jean Damascène; et (et est éga- 
lement l'esprit dans lequel l'Eglise des premiers siècles chrétiens 
avait d'abord autorisé la reproduction des saintes images; et puis 
recommandé leur culte relatif, à proportion que s'épuraient les 
idées de ses néophytes qui, des habitudes païennes, passaient aux 
saintes pratiques de la nouvelle religion. 

On sait que les catacombes de Rome furent peuplées de saintes 
images, dès l'ère des martyrs. 

Toutefois, dans certaines périodes de persécution plus ardente, 
on prescrivait, à l'extérieur, plus de réserve pour les pieuses mani ■ 
feslations doDl les saintes images fournissaient l'occasion, dans l'as- 



D,g,tze:Jb.GOOgle 



semblée des fidèles. C'est aiasi, par exemple, que, par suite de 
l'édit de Dioclétien, promulgué l'ao 303 à Nicomédie, pour toute les 
provinces de l'empire, tes évéques réanis au syaode d'Elvire, deux 
ou troisansaprès, voulaient que leurs diocésains «se privassent de 

> représenter sur les murs de leurs églises ce qui pouvait être 

> considéré comme objet de culte et d'adoraliou (1 ). • Et cela dans 
la crainte, sans doute, que les faibles ne fissent, dans ces malheu- 
reux temps, an usage abusif des saintes images, ou même qu'elles 
ne fussent indignement profanées par les persécuteurs ou leurs 
adeptes, qui se montraient d'ailleurs si acharnés contre les livres 
d'église et le mobilier des autels. 

Mais dès que la liberté du cbrisiianisme fut complète, le 'culte 
des saintes images eut tant de vogue que leurs ennemis en prirent 
prétexte pour donner lieu à nne persécution de nouvelle espèce, 
celle des iconoclastes, qui les brisaient avec fureur.' 

Lesecond concile de Nicée, vu' général, réuni à cette occasion, 
en 787, anatbématisa les iconoclastes, dans la septième session, 
appelant saintes im^^es toutes celles qui ont pour but de représen- 
ter • Jésus-Christ, sa sainte Mère, tes Anges et les Saints, comme 
aussi la Croix de Notre Seigneur J.-C. ■ 

Le champ des artistes imagiers était donc bien vaste; et à la 
seule condilion de se montrer dociles aux prescriptions de l'Eglise, 
ils purent, désormais, le parcourir avec autant de liberté que leurs 
devanciers de l'ère des catacombes. 

Nous avons déjà fait l'observation que l'art chrétien, à sa nais- 
sance, avait peuplé d'images ces asiles souterrains de nos pères 
dans la foi. Les voûtes, les parois et les surfaces apparentes de 
leurs sarcophages en furent littéralement couvertes. Or, il e^t à 
remarquer que, pris dans leur ensemble , les sujets qui y sont peints 
ou sculptés se rapportent aux souvenirs les plus saillants des deux 
' Alliances : c'est comme une sorte de parallélisme continu entre 
l'Ancien et le Nouveau Testament; le premier reproduisant une 



D,g,tza:Jb.GOOglC 



— 105 — . 

série de faits que l'imagier néophyte présente à ses cootemporaios 
comme une espèce d'histoire prophétique du second. 

Mais qui ne sait que cette sublime pensée, si féconde en en- 
seignements utiles pour les chrétiens du haut empire, est restée, 
dans les siècles suivants, comme le thème obligé et universel de 
l'imagerie religieuse ? Sa mission presque exclusive était, d'après 
saiDi Jeao Damascène, «d'instruire tes illettrés. • Où pouvait-elle 
mieuzchoisir que dans nos saints livres, des souvenirs d'histoire et 
d'édification qui, au moyen des yeux, pussent pénétrer atilement 
jusqu'au fond de l'âme ? 

Saint Bernard gémissait de voir ses contemporains s'écarter avec 
\aial de laisser-aller de la voie tracée aux artistes chrétiens dès les 
premiers siècles de l'Eglise. Ses critiques sévères à l'adresse dei 
Gunistes finirent par porter leurs fruits. Et l'on vit, après plus 
d'un siècle de lutte, les primitives traditions de l'art des catacom- 
bes remises en honneur, dans un grand nombre d'oeuvres impor- 
tantes, antérieures à la Renaissance. . 

De ce nombre fut, au xiv* siècle, le cloître si digne d'attention 
que nous avons visité naguère à Saint-Sever^Rustan (1). 

Nous avons constaté que le parallélisme des deux Testaments 
domine dans l'ornementation de ses nombreux chapitaux. En ou- 
tre, par l'énufflération succincte des sujets sculptés sur les quatre 
faces des corbeilles, il est aisé de reconnaître que la part fournie par 
les temps de la Synagogue est sensiblement inférieure au nombre 
des groupes choisis dans le saint Evangile. 

Or, c'est le même sujet que nous avons rencontré, à Bagnères- 
de-Bigorre, dans une œuvre plus modeste, de la fin de ce même 
sièclej ou plus vraisemblablement de la première moitié du xv. 
MaiSj cette fois, le sculpteur a choisi ses groupes à l'exclusion de 
l'Ancienne Alliance. Ce sont des reliefs sculptés sur une seule 
pierre qu'on avait taillée en parallélogramme rectangle. 

{\) Voir ci-dsuoi, ptga &6. 



db.Google 



Sa hauteur esl de 1" 21, et sa largeur de 2" 40. La face aa- 
térjeure est divisée ea 1 8 niches qui soat distribuées, eu Dombre 
égal, sur deux rangs superposés horizontalement, et pratiqués 
dans l'épaisseur de ce monolithe. Seize de ces niches reproduisent 
des traits historiques de ta vie de Jésus-Christ; et les deux autres 
sont consacrées au donateur et à la donatrice. 

Au rang supérieur, figurent : 1 « L'archange Gahriel et Marie, 
ouïe myslèrede l'Annonciation;— 2° la Visitation;— 3° le Messager 
célesteet les Bergers; — 4° les Rois Mages â l'étable de Bethléem; — 
5" Jésus à la crèche; — 6° le Massacre des Saints Innocents; — 
7" la Fuite en Egypte;— 8' la Présentation de Jésus au temple de 
Jérusalem; — 9M'Ënranl au berceau (1). 

Au second rang se voient : 1 ° U Donateur; — 2" l'entrée 
triomphante de Jésus à Jérusalem; — 3« la dernière Gène au Céna- 
cle; — 4" Jésus au Jardin des Olives; — 5° Jésus en croix; —6' 
la Résurrection de Jésus-Christ; — 7" les Trois Maries; — 8* 
Jésus à l'entrée des Limhes; — 9« la Donatrice. 

Nous avons publié, en 1849, une étude descriptive de cesre- 
Jiefs (2); et elle donna lieu, quelques mois après, à un dessin réduit, 
que le Magasin Pittoresque crut devoir faire passer sous les yeux de 
ses lecteurs. La reproduction que nous en donnons ici nous dispen- 
sera, pour le moment, de longs détails monographiques, dont l'éten- 
due serait hors de propos dans cet article. 

Ajoutons seulement que le donateur nous a paru devoir être Jean 
111, vicomte d'Asté, dont le château conserve encore quelques res- 
tes de constructions féodales, k peu de distance de Bagnères. — 
La donatrice serait, dans ce cas, Marie de Caupène, que Jean 
avait épousée dans les dernières années dirxiv* siècle. 

Jean et Marie auraient rétabli, dans la ville de Bagnères, l'é- 
glise des Dominicains, que les Routiers venaient de ruiner peu 
d'années avant 4e mariage du vicomte. Notre pierre, sauvée des 

[3) Si c'jtoit l'Baranl-Dieo, du» !• peniie de l'aKiiU, «atle Kioe ne serUt pu i 

ItplkM. 

{1} Let dii-hnil burallets de It vilU Thiti. — la-18 da 60 ptgM. 



db.Go.ogle 



db.Google 



D,B,i..ab,Google 



— ]09 — 

damiers débris de la secondé église, y aurait trouvé place 
d'honneur, en souvenir de cette piense muniricence, jusqu'à ladé- 
molitiondétinitiïedel'édifice, qui disparut vers la fin du xviii* siècle. 

Même en dehors des scènes bibliques, les sujets ne devaient 
jamais manquer à l'imagerie chrétienne : les saints personnages des 
deux Testaments et des temps potérieurs au siècle desapôtres, fu- 
rent indiqués aux artistes par le vit* concile oecuménique. Mais ils 
ne venaient qu'après la Croix, le divin Rédempteur, sa sainte Mère 
et les saints Anges. Et pourtant de quelle fécondité n'a pas été, jus- 
qu'à nos jours, celle autre source de produits, pour les différents 
arts du dessin, depuis les premiers essais tentés au sein des cata- 
combes de Rome, à la lueur de quelques lampes sépulcrales ! 

Nous signalerons, pour notre Sud-Ouest, ce que l'on appelait, 
avant 1791 ,les Saints de Garaison, ancien pèlerinage des Hautes 
Pyrénées, si heureusement remis en vogue de nos jours. Une lon- 
gue série, de statues, grandes comme nature, taillées dans le bois 
dur et richement dorées, était disposée dans la chapelle, sans 
gêner, en aucune façon, les pieux exercices des nombreux pèlerins 
qui accouraient là de toutes parts. Sculptées d'ailleurs avec le plus 
grand soin, elles étaient un sujet continuel d'instruction et d'édi- 
fication pour les fidèles qui aimaient tant à contempler leurs 
Saints, à les vénérer, à leur rendre enfin le culte spécial que le 
second concile de Nicée avait déterminé pour les saintes ima- 
ges. 

Celles de Garaison ont disparu dans la tempête révolutionnaire 
du dernier siècle, sauf quelques épaves qu'on en retrouve encore 
ailleurs. Mais les Saints de Solesmes, bien autrement favorisés, sa 
voient encore à leur place. Ils y sont demeurés en grande véné- 
ration, grâce surtout à h protection dont le pauvre peuple 
eut le courage d'entourer ceux qu'il appelait ses protecteurs, 
contre les aveugles entreprises des iconoclastes de cette désas- 
treuse période, qui fut si tristement fuaeita à presque tous nos 
monuments d'art chrétien et national. 

Tome XII. 8 



.:b. Google 



— 110 — 

Noas croyons de?oir faire obser?er ici que l'on trouve des res. 
tes de peiature sur les plus aocienoes stataas de dos âges chréUeDs. 
Quelques-unes même sont fort remarquables sous le rapport de la 
richesse et de la conservatioa des coutears. Les détails de déco- 
ration sont, en outre, exécutés avec un goût exquis, une grande 
précision de ligne, et un soId des plus éclairés pour en assurer la 
■durée à travers les siècles. 

Si celte ancielnne pratique retrouve aujourd'hui des approba- 
teurs, elle a aussi ses critiques. Mais on peut répondre à ces der- 
niers, avec beaucoup de raisqit, que si une im^e est destinée, 
même sans intention de portrait (1 ), à rappeler son prototype, 
elle n'est complète qu'autant que la coolenr s'ajoute à la forme qui 
le reproduit. 

Il est juste de convenir, â propos de la forme, qu'un des grands 
défauts des artistes du moyen-^e a été de trop négliger les coo. 
naissances anatomiques et la sévérité des proportions dans la struc- 
tore du corps humain, bien que certaines de leurs œuvres soient 
tout à fait à l'abri d'une pareille observation. 

Prise dans sa généralité, elle est tout aussi fondée à propos des 
draperies, qui souvent sont étriquées, ou bien d'une ampleur exa- 
gérée pour les personnages, trop flottantes et mal agencées. Et 
pourtant, ces saintes images, malgré des iocorreclions de dessin, 
qui toujours sont fort regrettables, produisent 4)lu3 d'effet moral, 
sont d'une expression plus religieuse que beaucoup, d'autres pro- 
ductions récentes qui, néanmoins, sont d'une correction irrépro- 
chable, et plus artistement groupées que les premières. 

Cen'estpas que lapureté. du dessin et les beautés de la forme 
soient incompatibles avec la gravité de l'expression religieuse, puis- 
que le beau n'est que la tplendeitr du vrai. 

Mais il faut recoanaEtre, sans détour, que si une oeuvre d'art, 
vraiment digne de ce nom, doit porter le cachet particuUer de 
l'inspiration qui lui est propre, il est indispensable que les saintes 



(1) Voir, plai hu, es d 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



images puisent, avant tout, dans un cœur sincëremeot chrétien, 
les pensées, les impressions et les seDlimenls pieux que l'artiste 
veut reproduire, en utile souveuir de ce que fut sou prototype. 

El qui peitl dire le succès qu'auraient, de nos jours, les imagiers 
sérieux du xui* siècle, avec les éludes anatooiiques et la coirec- 
tioD de dessin qui caractérisent les bonnes compositions du m* ? 

IMBRICATION, s. f. Motifs d'ornemeolation, disposés en re- 
couvrement partiel, de manière à imiter l'arrangement régulier 
des .écailles de poisson. La ligne qui limite, en délait, ces- 
sortes de motifs, est assez variée. t>n en voit de pointus, de 
forme (^vale, d'arrondis en demi-cerclâ^ Ces derniers sool, 
parfois, de très ancienne date, dans les œuvres d'art chrétien. 
On les retrouve, par exemple, dans la crypte de Saiote-Ua- 
rie d'Auch, sur le couvercle du sarcophage en marble blanc 
de saint Léolfaade. Or ce monument est au moins du vu* siècle (1 ). 

Le xiii* el le xiv semèrent assez souvent d'oiBBicAiioNS le 
glacis du sommet des xontreforts, et môme la surface des flè- 
ches dont ils couronnaient les pinacles, les clochetons et les clo- 
chers. 

IMPOSTE, s. f. C'est l'ensemble des moolares qui couronnent 
les pieds droits sur lesquels porte une arcade, et qui leur tiennent 
lieude chapiteau. Ainsi considérée, l'impostese retrouve bien sou- 
vent dans l'architecture romane. On l'appelle cirUrée, lorsque après 
avoir couronné les pieds droits elle retourne, en archivolte, sui- 
vant le contour de l'arcade. 
On appelle encore uposte le sommet dormant d'une fenêtre, et 
' même une petite baie à jour pratiquée an-dessus de certaines 
portes. 

INCRUSTATION, s. f. Sorte d'ornement préparé pour garnir 
des entailles qu'on amendées à la surface d'un produit d'archilecr 

(1) Hoaa l'avons décrit, dans un dinde i p*rt, iD>8*, da H pigea, MCompafDéai 
d« qaalre deiniu de inAnie foriiul. — Aucb, iSM M 18S7. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



ture, de sculpture, de menuiserie, de statuaire, elc, etc. Les ou- 
vrées en marqueterie sont des incrustations. On a trouvé certains 
bustes antiques dont les yeux étaient incrustés en argent. Le 
moyen ^e, à cet exemple, a, parfois, remplacé les yeux des sain- 
tes images par des incrustations émaillées, ou bien en simple verro- 
terie. 

INHUMATION, s. f. Voir l'article cihbtiëbe (1 ). 

INTAILLE, s. f. Gravure en creox. Ce mot désigne, spéciale- 
ment et comme dénomination générique, les pierres fines gravées 
en creux. Quand elles sont gravées en relief, elles prennent le 
nom de Camées. Lacroix gemmée de Cologne-du-Gers, déposée au 
musée national de Cluny, depuis 1862, a son étui métallique orné 
de camées, incrustés sur l'une des surfaces, et aussi de deux in- 
tailles antiques. 

INTRADOS, s. m. Surface intérieure et concave d'un arc, 
d'une voùle. — On l'appelle également (/oue//e, bien que ce mot s'en- 
tende aussi du parement concave d'un simple voussoir. L'extrados 
est la surface convexe, c'est-à-dire celle qui se trouve opposée à 
ladoaelle. 

J. 

JAMBAGE, s. m. Construction élevée verticalement ou à 
. plomb, pour soutenir certaines parties du bâtiment, telles que le 
chambranle ou manteau d'une cbetninée, avec sa botte ou nais- 
sance du tuyau, dont le poids porte sur les deux jambages ou 
montanU de la cheminée, jamba^ï se prend donc dans le même 
sens que pied droit. Ils forment les montants latéraux des portes 
ou des fenêtres, et ils appuient le linteau, c'est-à-dire la pierre ou 
la poutre qui ferme horizontalemont le baut de la baie, d'une 
seule iiièce; ou bien la platC'bande qui la ferme au moyen de 
plusieurs claveaux; ou enbn l'arc en couronnement de sa fermeture. 

(1) ToDM IT, pige 363 de Mlle Jt«mi(. 



D,g,tza:Jb.GOOglC 



— U3 — 
JESSÉ (tigb pe). C'est uns sorle d'arbre généalogique dont les 
rameaux, parlant d'un mâme tronc, s'élèvent et se dilatent, dé- 
veloppant une série do personnages dont le dernier terme est Jé- 
sus-Christ. L'arbre tient, par ses racines, au corps deJessé en- 
dormi. U série ascendante des ancêtres qui couronnent cet arbre 
ligure un certain nombre de patriarches de la race qui débute par 
David, coQformément au chapitre premier de l'Evangile selon saint 
Mathieu. 

Arnaud de Moles dota d'un arbre de Jessé le sanptuaire de Fleu- 
rance; M. Gonssard en a décoré U verrière .d'une chapelle de 
l'église de Marciac. Enrin, M. DesGraDges,successeur de M. Em. 
Thibaut, de Clerraont- Ferrant, l'a aussi reproduit à la fenêtre 
d'honneur de la chapelle du petit séminaire d'Auch, mais avec un 
complément digne de remarque. 

En soubassement, et plus bas que Jessé, est l'ange extermina- 
eur, chassant du Paradis terrestre nos premiers parents. Tandis 
qu'ils fuient en gémissant, une vision céleste vient, -tout à cAlé, 
annoncer lo Rédempteïir : La femme âont le fils écrasera, un jour, 
'a léte du serpent infernal, présente à l'humanité déchue le fruit 
divin de ses chastes entrailles; et Isaïe, prosterné en vue de l'ap- 
parition, reconnaît, dansceiie femme, la Vierge qui doit concevoir 
• et enfanter l'Emmanuel (1). 

An sommet de l'arbre, le Messie apparaît sur les bras de la ' 
Vierge Marie; et an couronnement de l'ogive il meurt en croix, 
entre sa Mère et saint Jean . 

A Saint-Bertrand de Comminges, un magnifique panneau en 
bois dur, délicatement percé à jour dans la première moitié du xvi* 
siècle, reproduit, tout simplement, les souvenirs généalogiques, 
dans le chœur, à la stalle du doyen de l'ancien chapitre. 

Enfin, dans une composition de notre temps, dessinée par M. Le- 
doux pour les ateliers de M. Didron, la verrière, divisée en trois 
compartiments, agrandit le sujet, avec un bel effet d'ensemble. Entre 
les deux meneaux droits, la série des ancêtres proprement dits 



(1) iHie, ch. ^ 



db.GûOgle 



— 114 — 

moQte de Jessé à l'Ënfant-Dieu, que ta Vierge-Mère tient dans ses 
bras, au sommet du vitrail. A la droite de Marie s'élève, parallèle- 
menl, la série des prophètes; et à sa gauche est celle des phi- 
losophes de l'antiquité, avec mélange de sibylles dans les deux. 

JOINT, 9. m. Intervalle qui reste entre deas pierres, posées 
à ctité l'une de l'autre, ou bien superposées. Les anciens ont sou- 
vent laissé les joints vides, entre des pierres soigneusement tail- 
lées dans de fortes proportions. Maisles constructeurs du moyen- 
Âge les ont, an contraire, garnis d'une épaisse couche de mortier 
fin. Déplus, quand les assises avaient reçu toute leur charge et 
que l'édifice avait toute son élévation, ils faisaient jointoyer les 
pierres, c'est-à-dire remplir de ce même mortier tous les joints, 
dt cela de manière à faire saillie à l'extérieur, surtout dans les 
parements vas de la période romane. 

Les joints varient de caractère suivant leur inclinaison. Ils 
sont veriicauœ ou horizotUauco dans les assises ordinaires des 
murailles. Us sont obliques dans les arcs et dans les voûtes; et 
e» coupe lorsqu'ils tendent géométriquement à un centre commun. 
On en voit aussi, parfois, à crossettes, simples ou doubles, surtout 
entre les claveaux qui forment la plate- bande de certaines cbe- 
minées antérieures au xiii* siècle. 

JUBÉ, s. m. Dans son acception la plus généralement reçue, 
ce mot désigne, ^uijourd'bui, une tribune couronnée d'une galerie 
plus ou moins large, élevée transversalement entre le chevet d'une 
église et son transsept, ou bien entre son chevet et la nef, si le trans- 
sept fait défaut. — Il est bien entendu que si l'église a des bas-côtés, 
lejubé ne cidture du chevet que la partie correspondant à la largeur 
de la nef centrale. — Il parait certain que ces sortes de tribunes 
étaientioconnuesavanlle xiv* siècle. A leur place était une clôture 
peu épaisse et sans galerie, formant le chancel (1); ou bien une 
grille plus ou moins riche', avec ou sans iconostase on voile mobile. 

(1) Voir ce moi, tom. iv, p. 134 de eatla Hmu*. 

D,g,tze:Jb.GOOgle 



— 115 — ■ 

La dénomioalion de job& éUit fort antérieara à la création de 
cette espèce de'tribuoes. Mais elle serfait à désigner YanAon on la 
chaire qu'allait occuper le lecteur ou le diacre, pour lir^on pour 
chanter l'évangile. Ils coamtençaieDl par demander la bénédiction 
au président de la céréfflonie ; et c'est fe premier mot de la for- 
mule en us^e, Jdbb Domine benedicere, qui fut appliqué aa 
meuble du haut duquel on l'entendait prononcer. 

Les deuK ambons qui se voient encore, à droite et à gauche 
de l'autel du chœur, à Sainte-Marie d'Auch, j serraient de jobs, ~ 
dans les offices capilulaires, plus de soixante ans avant la cons- 
truction de la tribune qui vint en usurper le nom, sous le règne 
de Louis ^IV, mais qui n'existe plus, depuis 1860. Sans compter 
que ces deux ambons, établis à leur place du temps de Henri IV, 
succédaient à ceux qui avaient servi de Jubé dans les siècles anté- 
rieurs. 

Or, m4me après 1671, date de son installation, le nonveau 
jubé resta muet : le lecteur, le diacre et le sous-diacre n'y pa- 
rurent jamais, dans l'exercice de leurs fonctions. Attendu sur- 
tout que les deux ambons de l'autel du chœur forent jugés beau- 
coup plus commodes, et qu'un escalier n'avait pas été compris 
dans le projet exécuté, au bénéfice de la nouvelle tribune. Plus 
tard, cet escalier fut établi, pour faciliter à quelques personnes 
privilégiées l'usage d'un petit nombre de places, dans les grands 
jours de solennité religieuse. 

II n'y avait donc pas sérieusement lieu à formuler des regrets, 
même passagers, quand l'Ëlat donna l'ordre, en 1S£0, de dépo- 
ser cette construction, dont le style était d'ailleurs si disparate. 
D'autant qu'à ta même place et à ses propres frais, il fit adosser, 
bientdt après, aux vieilles stalles du cancel, un revêtement en bois 
dur, sculpté dans le style de Louis XII, c'est-à-dire dans le goût 
des boiseries intérieures. 

F. CANÉTO, 



db.Google 



J. F. DE MONTÉGUT ET JULIE DE BATZ. 

UHE FÊTE DE CHATEAU EN 1767. 

La première fois que j'eus entre les mains le catalogue des 
mss. provenant de la succession de l'abbé Monlezun, il y 
a une dizaine d'années, j'y remarquai sous le n" 2b9'cette 
indication singulière : 

■ Lettre d'un chrétien qui en 1787 fait élever xin tenif^c 
à Apollon. " 

. Mes recherches d'alors avaient un tout autre objet que ces 
curiosités, et ce n'est que dans ces derniers temps que j'ai 
demandé communication aux archives du séminaire d'Auch 
de la pièce ainsi étiquetée. La lecture de la lettre de ce chré- 
tien prévenu de paganisme m'a fait éprouver un vif plaisir, 
que je ne voudrais pas garder tout. entier pour moi. 

L'érection du temple d'ÂpoUo.i, on le ve.-ra, ne firt pas uu 
acte d'apostasie. Il fut accompli par des gentilshommes atta- 
chés à la foi comme à rhoimear ; il eut même pour complice 
un vénérable enfant de saint Bunoit. J'avoue, du reste, que le 
paganisme littéraire, quiafaitso,i temps et que je ne regrette 
pas, s'épanouit à Taise dans les pages que je vais communi- 
quer* au public. Les flonflons mythologiques ne donnent 
pas la note exacte des idées et des sentiments de la noblesse 

. de province, beaucoup plus chrétieuna et beaucoup moins 
gâtée, à cette date extrême de sa vie, que nombre de gens ■ 

, ne tiennent aie croire. Ils en représentent, j'en conviens, 
l'un des côtés faibles. On faisait des temples d'Apollon, on 
récitait de petits vers tout pleins des souvenii-s de la fable, 
quand se formait l'orage qui allait renverser les institutions 
politiques et religieuses de la France! 



db.Google 



— m — 

Mais, dans la relation que je publie, si vous négligez cette 
enveloppe un peu frivole, ces rubans fanés qui ont pourtant 
leur grâce, quels nobles sentiments ! quelle aménité d'es- 
prit et de mœurs t quel culte de la famille et de ramitlé! 

Au reste, ce ne sont pas des noms inconnus que je vais 
produire. L'auteur des pages qui suivent est un poète et un 
antiquaire de quelque renom. Jean-François de Montéguteut 
pour mère une de nos muses les plus célèbres, Jeanne > 
de Ségla, dame de Montégut, dont il a publié les œuvres 
(4768) en les dédiant à Mme de Bastard, première prési- 
dente du parlement de Toulouse, Lui-même, conseiller à 
ce parlement, unit aux travaux de la magistrature les ètu-- 
des littéraires et les rechei'cties archéologiques. Il fut, 
après un de nos compatriotes, le président Daignan d'Orbes- 
san, l'&me de l'Académie des sciences de Toulouse et l'ini- 
tiateur de l'archéologie mériilionale. Non content de remettre 
au jour les antiquités toulousaines, il étudia celles d'Auch et 
de la contrée voisine, où l'attira le mariage de sa fille Julie 
avec le marquis de Batz, père de M. le baron de Batz, dont 
la verte vieillesse représente encore si bien à Âuch les qua- 
lités aimables et généreuses de sa noble famille. 

La Biographie toulousaine nous fait connaître les titres 
d'une vingtainedemémoires, presque tous relatifs à l'archéo- 
logie, et pour la plupart inédits, qui témoignent de l'activité 
studieuse de M. de Montégut. Nous citerons seulement deux 
de ces essais, et nos lecteurs comprendront sans peine la 
raison de notre choix : 

• Antiquités de la vUle d'Auch. » 
'Observations sur des ruines de bains antiques àUqque- 
■» taure, près Amh. » 

Où sont déposés maintenant ce^ manuscrits auxquels la 
Gascogne ne saurait être indifférente? Rien jusqu'ici ne per- 
met de le conjecturer. Je voudrais bien que la publication 



db.Google 



des pages suivantes, qui, sans avoir la même portée scienli- 
fique, offriront quelque intérêt aux esprits curieux de ressai- 
sir les divers aspects de la vie provinciale à la fin de l'ancien 
régime, nous mit sur la trace des travaux consacrés par le 
même auteur aux antiquités auscitaines. Je ne manquerais 
pas de les communiquer, au moins par analyse et par extraits, 
au public de la Bévue de Gascogne. 

Pour le moment, livrons-nous tout entiers au plaisir d'en- 
tendre rhonnêle gentilhomme, déjà sexagénaire (il était né 
en 1726), nous raconter ses triomphes de père de famille, de 
seigneur et d'antiquaire. Si, dans le titre de mon article, j'ai 
joint à son nom celui de sa fille, c'est que cette dernière — 
on le verra — est l'auteur principal des vers, parfois négligés, 
m^s toujours agréables, qui émaillent la prose de M. deMou- 
tégut. Quelques-uns de ces vers, qu'elle ne pouvait avoir faits 
elle-même, ceux, par exemple, qui renferment son éloge, 
étaient de son frère, Raymond-André-Philibert de Montégut, 
qui n'avait pas encore vingt ans. 

Lettre de M. J.-P. de Montégut au marquis de Belesta (1). 

Séglu (S), la 30 DOTembr* 1767. 

Je crois te faire plaisir, mon cher marquis, en te taisant le récit 
d'une petite fête que mes enfants m'ont donnée à mon retour à Sé- 
gla. Tu jugeras de l'impression délicieuse qu'elle a dû faire sur le 
cœurd'un père, et ces détails ne peuvent manquer d'intéresser un ami. 

Tu n'ignores pas que je viens de faire élever un temple k Apollon, 
que je l'ay enrichi de quelques-unes des belles colonnes de marbre 
blanc qui décoraient l'ancien temple de ce Dieu 9 Toulouse, converti 
depuis en église, sous le nom de Notre-Dame de la Daurade. Elles 
m'ont été données par les PP. Bénédictins. Ces monuments prétieux 

(1)N. de GarJonch, mirqais de B«leaia, snboorgdeea oom (Iritga}. 

(3) Od m'ipdiqna nos deicriplion 1res cnriense et très agréable da chïtUQ de 3d- 
gla, *oitiD do Tonlouae, aujourd'hui transformé «a miiMn do baina, si du Isinple 
d'ApolloD, loniaDra anbaisUnt, dans no livre de H. Ernest Roschacb, qns js regrette 
da n'avoir pu sont la main. 



.D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 119 — 
de la magnificence romaine couraient risque d'être jettes dans les 
fondements de la nouvelle bâtisse et perdus pour la postérité. Je les 
ay demandés; les supérieurs de cet ordre respectable, si cher aux 
amateurs de l'antiquité et à qui les sciences doivent leur conservation, 
se sont fait un plaisir de me les accorder. J'ay donaé au nouveau 
temple la forme octogone qu'avoit l'ancien, avec l'apparence d'un 
édifice à demiruiné. Les colonnes sont au nombre de vingt-quatre, 
d'ordre corinthien; les unes sont torses et cannelées, les autres or- 
nées de pampres et de raisins en relief. Le frontispice du temple 
porte cette inscription en caractères romains : , 

VRTSTISSIWAS APOLLINIS APVD TOLOSATES TEMPLI COLVMNAS 
ERVINIS EITIUXIT PCyTERISQ SERYAVIT, ANTIQVITiTVM .... 
ÀKANTlSSniVS I. F. DE MONTE ACVTO. SVP. TOL. CUHIAE. , . . 
AHNO. SAL. H. DCC. LXÏX. Vil. 

Le moment de mon retour avait été choisi pour faire la dédicace 
du temple. J'arrivai à l'entrée de la nuit. On proposa une promenade, 
j'y consentis et ne soupçonnais rien. A l'extrémité d'une longue allée, 
en face du grand jet d'eau, j'aperçois le nouvel édifice illuminé 
avec des lampions. Nous avançons : je vois les arceaux et les colon- 
nes ornés de festons de laurier et de guirlandes de verdure, entou- 
rées de rubans de toutes les couleurs. L'intérieur était éclairé et 
jonché de fleurs. Au-dessus des quatre portes on lisait dans des car- 
touches les vers suivants : 



I 

Un enfant d'Apollon (a) a relevé son temple. 
Il vient s'y délasser des travaux de Thémis. 

Son œil philosophe y contemple 
Et la grandeur romaine et ses tristes débris. 



II 

Indulgente vertu, cœur sensible et sincère. 
Des grâces, des talents, accord délicieux : 
Amis, tel est le caractère 
De la maltresse de ces lieux (b] . . 

(a) H. de Momégul. [Les DotegiDdiqaéeipar mioDKnlesitaliqiiei wnldsl'ai 
même de la lettre. Hei additions & cet doIm sont enfannées entre eroebeis, el 
DOI«i marquées i t'ordÎDaira par des ttavoi* m chitfrm arabes.] 

(i) Hadame de Hoottgat. 



db.Google 



III 

Avec l'heureux époux, objet de ta teadresse. 
Viens, aimable Julie [c], embellir ce séjour: 

Le temple du Dieu du Permesse 

Sera le temple de l'Amour. 

IV 

Dans ces lieux habités par les Jeux et les Ris 

On voit badiner la saf^sse; 
On s'endort dans les bras d'une douce paresse. 

On folâtre avec ses amis. 

Sur les quatre faces au-dessus des colonnes, on lisoit les vers si 
vanls encadrés dans des guirlandes de myrthe : 



Muses, quittez la double dme, 
Venez vous montrer à nos yeux. 
C'est Apollon qui vous anime. 
C'est lui qui préside à nos jeux. 
Il n'habite plus le Parnasse, 
C'est à Ségla qu'il fixe son séjour. 
De son temple aujourd'hui (1) l'oa fait la dédicace; 
Ne comptez plus sur son retour. 
Entouré des ris et des grâces 
En ces beaux lieux il sourit à l'Amour 
Qui de Mootégut suit les traces. 

II 

La plus aimable des mamans 
Partage en ce jour-nôtre hompiage. 
Qu'elle applaudisse à ses enfants, 
.^EUe paîra bien leur ouvrage. 



(c) Madftme la mtrqiiisr de Balt, l^or tille. [Evidemment ce filant éloge Ml 
l'œuTre do jeane Honlegat, ainsi peut-éire que les Iruii quatrains qui l'iceompi- 
loeni.] 

(1) ViB. cDetjoar. 



D,g,tze:Jb.GOOgle 



m 

Célébrons à l'envi la Tète d'Apollon 

Et les talents du mcjrlel dont le zMe 
A vouluqu'à St^g la comme au sacré vallon 
L'on honorât le Dieu qu'il a pris pour modèle. 

IV 

■ Illustro Montégut, ombre chèro et sacrée (d), 

Qui peignis si bien dans tes chants 
Les jardins deSégla, ses eaux, ses bois charmants, 

Daigne du haut de l'Empyrée 
Honorer d'un regard les jeux de tes enfants. 

Une douce symphonie avait annoncé mon arrivée. Ma petîto-fille 
[e], jeune enfant de trois ans et demi, me reçut sur la première mar- 
che du temple, .et me débita de la meilleure grâce les vers suivants 
en me présentant un bouquet : 

Souris aux grâces de mon âge, < 
Reçois mes baisers et mes vœux; 
Aime-moi, sois toujours heureux : 
Qu'ai-je à désirer davantage 7 

A l'instant, on vit descendre deux couronnes de myrthe et d'im • 
mortelles, qui vinrent se placer sur la tête de ma femme et sur la 
mienne. Madame Raynal m'offrit à son tour un boqquetau nom des 
habitants de Ségla, et en donna de pareils à toute la compagnie. 

On avoit formé le projet de souper dans le temple. La rigueur de 
la saison ne le permit pas. Nous nous retirâmes après avoir vu tirer 
un petit feu d'artifice chinois, et nous filmes nous mettre à table. Le 
plat du milieu étoit un i)àté représentant au naturel le Temple 
d'Apollon, avec ses colonnes et ses portiques. On voyoit sur le som- 
met la figure du maître maçon; avec son bonnet et son tablier, (enan, 

[d] JeaoDe de Ségla de Monlégat, maîtresse des Jeni Floraax, mère d« H. ds 
HoDtégiil. [Née à Taolonte en 1703, marine à H. dd Lardas, avocat aa Parlemasi, 
mone en 175!,] 

[«) Henriette de Bati. [Depuis comtesse de Larj de Latoai, mère de H. le comt« 
Bctael de Lar; de Latoar,] , 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 122 — 
sa truelle d'une main, de l'autre une branche de laurier. Sur le fron- 
tispice étoit pfacée l'inscriptioD suivante : 

Qu'un autre sur le Pinde aille chercher la gloire, 
Je suis content de mon obscurité. 
Assis auprès de ce pâté. 
D'honneur, je ne pense qu'à boire (1). 

Aui quatre coins de la table étoient des bouteilles ornées de car- 
touches, où l'on lisoit ces vers : 



I 

Ces lieux charmants formés par la nature 
Et depuis embellis pai le secours des arts, 
Ces bois, ces prés, ces fleurs, ces sources d'une eau pure 

Ne flxent point seuls mes regards. 

J'y vois le philosophe aimable, 

L'ami sûr, le constant époux. 
Le père tendre et le mattre adorable 
Auquel nous devons tous les moments les plus doux. 

Cette retraite enchanteresse 

Sans lui ne serait qu'un désert. 

Veuille le puissant Dieu qu'il sert, 
En exauçant les vœux de ma vive tendresse. 

Et le combler de tous les biens 
Et prolonger ses jours même aux dépens des miens 

Jusqu'à la plus longue vieillesse. 



Célébrons aussi dans nos chants 
L'aimable ami.de notre père (a). 
11 mérite nos sentiments : 
.Son esprit est formé pour plaire, 
Son cœur est sensible et constant 
Et son muscat est excellent. 



téfnu 

(a) H. RkyDtl, ïvocat an Parlement, ancien capitool. [lean Baynst, né i Ton- 
lonte eu 1733, mmt i Àrgillien (iode) en 1807, sioeal an Paricment, capitool eS 
1767, membre de l'Àcaddoiie da« sciencei da Tonlonae, anisnr d'une médiocre 
Hûloirs da la tilla de Tonlonte, 1769, 1 vol, in-it.j 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



Que de titres à notre hommage ! 

Ah I puissent ses vignes et lui 

Arriver jusqu'au plus grand Sgel 

Et puissions-nous, comme aujourd'hui, 

Tous rassemblés sur c^tle plage 

Dans cent ans boire son bon vin 

Avec le cher bénédictin [b] 

A qui papa doit ce beau temple 

Dont l'esprit est si doux, si fia,' 

Et qui partout donne l'exemple 

De la candeur, de la gaité, 

De la solide piélé. 

III 

Qu'Apollon et Bacchus s'unissent en ces lieux, 

Favori des neuf sœurs, pour célébrer ta gloire ! 

Horace, Anacréon ne chantoient jamais mieux 

Que quand on leur versoit à boire. 



IV 

Un nouvel Apollon (1) à Ségla nous ramène 
Par son retour et les Jeux et les Ris. 
Buvons, trinquons, mes chers amis (2) ; 
Ce bon vin vaut l'eau d'Hippocrèue. 

Le repas fut délicieux. On but en chorus à la santé de l'enfant 
d'Apollon. Enân, la fête fut complète. Il n'y manquoit qu'Un ami tel 
que toi poureo être le témoin. Au reste, je n'ai pas besoin de te dire 
que les vers sont l'ouvrage de Julie et de son frère (3). Ségla fut de 
tout temps le séjour des muses; il étoit juste qu'Apollon y fut parti- 
culièrement honoré. 

Je souhaite, mon cher marquis, que mon récit puisse t'amuser; 
tu éprouves, comme moi, le bonheur d'avoir des enfants aimables et 
dont on est tendrement aimé. 

[b) [Id manque le num ia priear de la Daurade; c'était peDl-SIre Lonls-BoDot* 
de la Borde, ta dernier des prienrs de la liais publiée en 1785, dans le treizième 
volnma do Gallia chmliano] 

(1) Vat. Apolloa-Haoïégni. 

(3) Tar. TrinqDona, bavena i ses plaisirs. 

(3) Var. de Jolie, t l'exception de ceoi da pité qui loni d« la façon de mon Ql). 



db.Google 



— 124 — 
Tous les habitants de Ségla to font mille compliments et offrent 
leurs hommages a madame de Beiesta. Adieu, je t'embrasse de tout 
mon cœur. 



Couplets chantés & table. 

Dans cettF! paisible rctraitu 
Apolloa comble nos désirs. 
Goûtons les innocents plaisirs 
Qu'un Dieu bienfaisant nous apprête. 

— Amis, buvons à l'unisson. 
Buvons à l'enfant d'Apollon ! 

Loin des faux amis de la villi?, 
Des importuns et des jaloux, 
Nous allons vivre enfin pour nous 
Et jouir d'un bonheur tranquille. 

— Amis, buvons 

D'une main aux jeux de Clémence 
H couronne un jeune vainqueur; 
De l'autre il sait avec douceur 
Sécher les pleurs de l'indigence. 

— Amis, buvons 

11 a. de notre antique histoire 
Fait revivre les monuments; 
De cent noms détruits par le temps 
Sa plume éternise la gloire. ■ 

— Amis, buvons 

Du trflne il soutient la puissance ; 
Le crime tremble devant lui ; 
Des malheureux il est l'appui 
Et le vengeur de l'innocence. 

— Amis, buvons 

Ami vrai, tendre époux, bon père, 
Puisse-t-il couler d'heureux ans, 
Et dans les bras de ses enfants 
Terminer sa longue carrièreJ 

— Amis, buvons à l'unisson, 
Buvons à l'eafant d' Apollon ! 

J'espère que mes lecteurs, après avoir souri parfois des 

D,g,tza:Jb.GOOgle 



fadeurs mythologiques gui se mêlent à. l'expression des plus 
uobles sentiments dans la poésie des hôtes de Sêgla, n'au- 
ro.it conservé aucune prévention sérieuse contre le chrétien 
qui érigeait, en 1787, un temple à Apollon. lis se demande- 
ront même peut-être avec un intérêt sympathique quel fut son 
sort et celui de sa famille dans les années terribles qui suivi- 
rent de si près le tempsde ces joyeuses fêles. Je n'ai pas sur 
ce point des renseignements très complets. Ceux que j'ai re- 
cueillis sont des plus triâtes. 

On sait que la fureur révolutionnaire se déchaîna bientôt à 
Toulouse contre les membres du Parlement. Montégut, mal- 
gré la douceur de ses moeurs, et faménitè de son caractère, 
s'était montré plus attaché que personne aux privilèges de sa 
compagnie et aux idées traditionnelles de sa famille. Il se dé- 
roba, dès le commencement de la Révolution, aux rancunes 
populaires et aux poursuites légales, en émigrant en Bis- 
caye, où il trouva la plus généreuse hospitalité et continua 
ses études de prédilection, s'occupant surtout des problèmes 
si nombreux et si délicats que présente la numismatique de la 
Péninsule. Cependant il put rentrer dans sa patrie; gr&cc à l'am- 
nistie proclamée par Louis XVI le IS septembre 1791. On 
a remarqué qu'en 1795, peu de temps avant la suppression 
des corps savants, il fut le dernier qui porta la parole au sein 
de l'Académie des sciences de Toulouse. 

En 1794, il fut arrêté avec sou fils, quoiqu'il ne se fût oc- 
cupé, depuis son retour d'Espagne, que d'études httéraires.' 
L'amnistie de 91 était annulée, et le vieux magistrat eut à ré- 
pondre de l'acte par lequel, avec le président d'Aspe et plu- 
sieurs de ses collègues, il avait protesté en septembre' 1790 
contre la suppression des parlements. L'arrêt de la justice ré- 
volutionnaire ne pouvait être 'douteux. François de Montègut 
fut exécuté le 20 avril 1794. Quant à son fils André-Phihbert, 
condamné purement et simplement comme cort/re-r^(rfu(«»i- 
naire, il monta sur l'échafaud le IS juin 1794, à l'âge de 26 

Tome XII. & 



db.Google 



— 126 — 

ans, après avoir exhorté à la résignation clirétienne les com- 
pagnons de son supplict;. Il laissait un enfant qui devait 
entrer dans les ordres sacrés. Le nom de cette vénérable fa- 
mille s'est éteint avec Tabbé de Montégut en mars 18S7. 

Jolie de Batz transmit à ses enfants avec un soin jaloux un 
héritage d'honneur et de fldélité que l'injustice des hommes 
ne pouvait atteindre. Elle conserva du reste son remarquable 
talent pour la poésie, et M. le baron de Batz, son fils, cite 
encore quelques-uns des vers émus qu'elle consacra au dou- 
loureux souvenir de son mari et de son frère. Elle est morte à 
Auch, en décembre d817. 

Léonce COUTURE. 



DOCUMENTS INÉDITS. 



Quelques JLettres de Demtnlque de Vie, 

Arcbevéque d'Auch. 

Dominique de Vie, qui fut abbé du Bec et qui gouverna 
l'église d'Auéh de 4629 à 1661 (l), était fils de Meri de Vie 
(2), seigneur d'Ermenonville, tour à tour maître des requêtes 
da duc d'Anjou (te futur Henri Ul), président au parlement 

(L) M. Jales HirioD > proloogi la vie d« Dominiqne de Vie jnsqa'ea I6G3 (p. 73 
d« l'ÀtuMairt hitlori^ue dt la toeiéié de l'htstoirt de France pour 1B16. 

(S) El non de Dominique de Vie, comme l'avance Âinoloi de J» Hotissaye [note 3 
de la page 473 du tome ii Oe son édition des letlrn du < ordinal d'Ostat, 1708, 
iu-IS}. Ce Dominique, mort fouveroenr de Calais et vice-amiral de France (1610J. 
ftait le frère cadet du père de l'archevêque. Voir sur ses eiploili, De Thon, Sully, 
l'Eitoile, et tous lea historiens da régue d'Henri IV. J'ai tu de lui plusieurs leltret 
(•Duâee 1600-1609) dans le volume IbbTl du fonds français de U Bibliotbèque na- 
lîoaBla. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— lar- 
de Toulouse, conseiller d'Elal, surintendanl de la justice de 
Guienne (i), garde des sceaux de France (2). 

Je ne referai point ici l'histoire de l'épiscopat de Dominique 
de Vie: je veux seulement protester contre up jugement té- 
méraire porté sur ce prélat par le baron Walckenaer dans un 
ouvrage qui a eu et qui aura toujours beaucoup de lecteurs, 
les Mémoires touchant la vie et les écrits (le Marie de Rabittàn- 
Chantai, marqime de Sévigné (seconde édition, t. i/ 1B52,. 
p. 92). Là, le docte académicien affirme sans le moindre em- 
barras, et commes'il s'agissaildufaitle mieux prouvé et le plus 
clair du monde, que la comtesse de Romorantin (Charlotte des 
Essarts), une des trop nombreuses amies du bon Henri ÏV, avait 
été aussi aimée avec succès par de Vie, archevêque d'Auch, 
mais il se garde bien de dire d'oii il a tiré cette, particu- 
larité. Pour moi, je ne la trouve que dans le Hecueil de diver- 
ses pièces serrant à l'histoire de Henri lit, recueil si souvent 
réimprimé en Hollande dans les quarante dernières années 
du xvu' siècle et dans les premières années du xvm'. En de- 
hors de cet amas de scandaleuses satires, entourées par les 
réfugiés d'annotations qu'envenime la passion, il n'y a rien, 
absolument rien! Inutilement j'ai fait une intrépide battue 
dans tous les mémoires du xvir' siècle, et surtout dans les 
Mémoires de Bussy Rabutin et dans les HistiyrieUes de Talle- 
mant des Réaux; inutilement j'ai fouillé tous les recueils 
épistolaires du temps, depuis celui de Malherbe jusqu'à celui 
de M"" de Sévigné. Tant de vaines recherches me donnent 
le droit de déclarer que l'ancien secrétaire perpétuel de 
l'Académie des Inscriptions n'a puisé son injurieuse asser- 
tion qu'à une seule source, source impure s'il en fut ja- 

(i) le pèfe da Meri de Vie. Raimond de Vîb, seigneur de Camsrde et daTavert, 
étail originaire da Guienne. On trouve diveries lelire; da lui et de quelques luirei 
personnes pdressâes à l'abbd du Bec '1611 ei annies saivantet; dam la Eolleeiioa 
Godetro; à U Btbiiolhèque de l'Ensliint. 
(3) Ca (al le 21 décembre 1621 qaa Louis XIII, étant à Bordeani, tnï cooSilk 
' charge de garde desseeaui qu'occupait Guillauma da Yair, mort A Ttmneioi le S 
août prëcident. 



db.Google 



mais (1), et que, par conséquent, cette' assertion ne peut pas 
plus être admise par l^mpartiale histoire que ne le serait, 
devant un tribunal, une accusation qui reposerait tout entière 
sur la déclaration d'untémoiQ unique et mal famé (2). . 

Parmiles lettres de Dominique de Vie que j'ai eu le plaisir 
de retrouver, on lira qvec un iotérét particulier, j'en suis sûr, 
celle du 18 septembre 1649, relative aux désordres qui écla- 
tèrent à Auch au milieu d'une procession de la Fête-Dieu, 
désordres qui consistèrent surtout en un combat à coups de 
poings et de torches entre les consuls et les juges du prési- 
dial. Toutes ces lettres, du reste, sont d'un excellent style, et 
me paraissent bien dignes d'un homme qui, comme son père, 
aima beaucoup les livres (5). 

' PHU.ffPE TAMZEY DE LARROQUE. 



Quoyqu'eo la grâce que M. l'abbé de Vie, mon frère (5), vient de 
recepvoir de vous, je ne treuve d'anltre raisou que celle do vostre 

(1) Lk légèralé avec tiqaelle H. Walckenaêr « donné comme ioconlmUbla ce qni, 
eomnia od vieotdels voir, est au moiiu très donteux, . D'éionnera aacuo de ceuiqui 
MviDlcombien d'ioadvenaDces lui odi eiti reprocliées, notammeot par M. Patin, an 
«ujel.dela Vie d'Borace (voir Journal drt tavanti de lt<ll el de 1S43) et par H. 
P. Paria, an aujgt des Uémoira lur M"' du Sévigné (voir Cotnmenlairt dit Hù- 
IotUUu). J'ai moi-même au l'occaiion de signaler nne énorniF mépriae de M.Walc- 
Icenaër dana ma dlswnation : de l'Emplatement à'UxModvnurn (noie 1 de la 
page 4). 

(S) Ce qu'il y a devrai, c'est qa'un frère de Dominique, appelé Mert comme son 
père, fut >nr la point d'épooKr, en décembre 1695, Louise de Lorraine, (illeoaiuratle 
deCbarlotte des Essarta. Penl-êlre aura-l-on confondu le quatrième fila du garde des 
Rceam avec son Qls atn£, et ta fille de la comtesse de Ramotantin avec celte trop calé- 
lire eomteue alle-mtme I Las noms de d» YU et de. dtt Ettarts èianl mêlés ensemble 
dans l'an at dans l'autre cas, les substitutions ont dû se faire facilement. 

(3] Sur la bibliothèque si préciease formée par Meti de Vie et possédée, après lui, 
par l'archev^aa d'Auch, voir la BulUlin du Bauquinittt du 1*' avril 1S6», p. ISïl. 
Le StMgtrana glorifie ainsi Heri de Vie : < Bonus et dociua est, et amal doctos. > 

(1) Cette lettre, sans auscription, mais qui, comme les lettres m el v, est adressée 
M chancelier Seguier, appartient ou volume 17363 dn Fonds fraotais da la Bibtio- 
Ihèque nationale ip. 37). 

(B) Charles, abbé de Moire-Dame de Coordon et da Ftoimoni, mort le 30 seplem- 
in 1660. 



db.Google 



— 129 — 
bonté ot de la protection de Monseigneur de Meauls (1), la connoîs- 
sance pourtant que j'ay des servioGs très humbles que les nostres 
vous avoient voué de tout temps me faict croire que vostre mesme 
bonté y aura faict quelque rsfloïioa ot qu'ainsi d'aultant plus voloa- 
tiers vous avez voulu bien faire à ce qui est vostre et par succession; 
d'où je prendray subjefct, s'il vous plaîst, Monsieur, avec les très 
humbles romercimenls que je vous en faicls, de vous assurer que 
mondict frère, non plus quece qu'il'reste dé touts lesnostres, nese 
desparlira jamais de cos loix héréditaires si justes et si aggreables, 
et pour moy. Monsieur, qui y suis soubsmîs devant touts les aultres, 
qui les ày veu praticquer plus longuement, et qui ay repceu milles 
faveurs et protections de vostre bonté, j'auseray vous protester, s'il 
vous plaist, les assurances d'une servitude étemelle et très âdelle. 
Attendant que vous me faciez la grâce d'en tirer les preuves, lesquel- 
les je souhaicteray comme raa vie et avec la mesme passion que je 
suis, 

Monsieur, 

Vostre très humble et très obéissant serviteur ' 
DoMENiQDB, Arch. d'Aux. 
A Aux, ce 10« aoust (1644). 

11 
Monsieur (2); 
J'ay esté si extrêmement malheureux qu'on me donna l'advis de 
la mort de Monsieur de Vabres (3) il y a aujourd'huy six jours, et 
comme cest advis m'estoit porté pour obtenir le beDefice qui despen- 
doit de cest archevesché, j'en ay disposé, avec ceste confusion et 
desplaisir extresme que la précipitation que j'ay heue de faire plaisir 
m'oste en ceste occasion le moyen de vous rendre mes très humbles 
services. Ce gentilhomme. Monsieur, vous pourra dire quelque chose 
de la douleur que j'en ay repceue, et comme aussitost que j'ay eu 
leu celle dont vous m'avez honoré, je luyfeisveoir l'advis qui m'avoit 
prévenu comme l'origine de mou desplaisir. Je vous eu demande un 
million de pardons et suplie très humblement vostre bonté, Mod- 

(1) Dominiqno Seguïi'r, frère cadst ia chancelier, né «a 1593, lacMHWemml 
conseiller au parlemenl, doyen de l'Eglise de Paris, évèqtie d'Aaxerre, pois de 
Meaai (1637-1659) 

li) I A Uonsieur, Haiisieur le dacd'Espernon, go avéra «nr de GqieDDe.À^, II ■ 
FoDds fraacAis 36565. p. 47. 
_ (3) François de La Valelte-Pjrisot, mort le 20 novgmbie 1644. 



D,g,tze:Jb.GOOgle 



— 130 — 
sieur, de faire, s'il vous plaist, réflexion sur ce que j'ay l'honneur 
de vous estre pour juger de l'eïcès de la douleur que je ressens de 
ce nialheureux rencontre fl). Je pricray Dieu cependant toute ma 
vie qu'il vous conihlo d'aultant de grandeur et toute sorte de pros- 
périté que vous en désire, Monsieur, vostre très humble et trps obéis- 
sant serviteur, 

DouENiquE, Arch. d'Aux. 
A Mazères, eo 26 nov. (1644). 



III 



Monsieur' [3j, 



Les désordres passés de Paris qui ne se sont que trop esuoulés en 
la Province se sont aussi faict ressentir en ceste ville par l'occasion 
d'un procès que nostre nouveau Priesidial a contr'elle et ses consuls. 
Ce que je doibs à Dieu et au Roy qui m'ont estably parniy ces peu- 
ples m'a faict emploîer touls nips soings pour empescher qu'ils n'en 
vinssent aux dernières exlremitez-ainsi que le Pra?sidial s'en cxpli- 
quoit librement un peu peult être plus appuie qu'il ne falloît par les 
mescontentement de uostre Parlement. La procession de la dernière 
Feste-Dieu estoit l'occasion en laquelle debvobnt esclatter ces desor- 
dres par la priesaoce des parties. Pour cest effect je l^s voulus sépa- 
rer invitant le Prœsidial, comme le plus digne corps, à la nostre, et 
renvoyajit If's consuls en un-j paroisse particulière. Ceulx-cy y satis- 
firent, mais non celuy-'a qui ne le voulut, sn croyant appuie de gents 
auxquels il avoit persuadé de pren Ir" les arm"s, et se rendit ensuitte 
en la mesme paroisso où la procession commençant, en présence du 
très sainct sacrement, il chargea de coups de flambeaux et de main 
le premier et aultres consuls, aiusi qu'il vous sera justifié, Monsieur, 
par les verbaux et informations qui eu sont portions au conseil (3'. 
Les festes de Nostre Dame d'Aoust et Septembre, qui so'it icy jours 
de processions solennelles, ont passé avec moins do chaleur par 
l'ordre que j'y avois mi-J, mais commp il n'y a que le seul jugement 
du procès el reiglement do la contestation qui aillent à la racine de 
ce mal, permettes, s'il vous plaist. Monsieur, quu je vous suplie très 

(1] Rencontre élnit lulrcrols masculin, nus^i bien que fr^minin. M. Littré a riti', 
pour remploi de ce mot au mH«culin, Seiimin, le car<linal<tpR?lz, Thomas Corn^llp. 

(3) Fonils francsis, vol. I73fl3, p. 38. 

|3) Voir, sarcet é[)iïOilp, VBtitoirt dt la ville d'AucIi, par H. P. Lafforgun, 
I. 1, p. 336 ei taiv. 



D,g,tze:Jb.GOOgle 



— 131 — 
humblement que pour le bien du service du Roy et le repos de ses 
peuples, il vous plaise que ce différent de petite consequeoce, mais 
qui négligé pourroil avoir de fâcheuses suittes, se reigle prompte- 
ment sur les mesmes exemples q ue vostre aequité et bonté at^herées 
ont aultresfois donné de dei^a, où cependant les obligations hsaredi- 
taires et personnelles que je vous ay infinies vous assureront que 
je vivray et mourray. 
Monsieur, 
Vostre très humble très obéissant et très obligé serviteur 
DoMENiQUE, Arch. d'Aux. 
A Aux, ce 18 septembre (1649). 

rv 

Monsieur (1), 
J'avois osporé do rendre à Vostre Altesse mes très humbles res- 
pects à son retour en ce haut pais. Il faut pourtant que je cède à 
l'indisposition qui m'est survenue depuis quelques jours et que je 
sois privé encore pour ua temps d'une des consolations que je désire 
avec plus d'ardeur. Vostre Altesse aura cf-pendant la bonté d'avoir 
agréable que nostre grand vicaire luy renouvelé de mes parts les 
vceux de mes fidèles obéissances et plus que très respectueuses 
sousmissions [2]. Il aura l'honneur de rendre compte à V. A. de ce 
qui s'est passé en ceste ville depuis ses derniers ordres. Je vous 
conjure. Monsieur, avec le respect que je dois de l'honorer de vostre 
audience et croire qun mes plus ardents désirs sont de voir V. A, 
triompher des ennemis du Roy, de ceux de sa très -illustre, très chère 
et trcs honorée maison et servir autant à ses interests que les bontés ■ 
des vostres et celles de V. A. y ont obligé, 
Monsieur, 

vostre très humble et très obéissant serviteur' 
DoMKNiQCTK, Arch. d'Aux. 
D'Aux, ce 33 janvier 1633. 

(I) Celle lellre, ndres^i^e an dae Je Caadalle, est tirée du volume S04S9 du Funâs 
français [p. 13T'. 

tij Ce vicaire général élait l'abbé de Goujon, comine nous l'apprend (p. 01 du 
même volume) une lettre d'Armand de Bourbon, prince de Coati, éerite aa duc de 
Candatk-, le 33 mai 1653, leKre qui commeno' ainai : • On m'a forl prié de vous 
«Dplier do voiillnir donner un passeprjrt à M, l'abbé dii Gonjon qui vienl d'Auch i 
Bourdeaux et délia à Paris pour ses alTairej parliculièrcs. > Le même abbé eit rncore 
recommandé au duc de Candalle {ibid., p. Bb,) par nue ietlre du 31 mai quo lui 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



Monsieur (1), 
Le zèle très fidèle dnqu:^l je suis attaché à vostre service avoit esté 
si jaloux de soy mesme, qu'il avoit cru indigne do luy de paroistre 
devant vous par ses importunités en un affaire que j'avois au conseil 
pour la liberté de mon église contre Monsieur de Parabero filz. J'ay ■ 
apris neantmoins par mon frère, qui a heu l'honneur do vous la 
recommander, que vous l'avez protégée, y adjouslant tant de grâces 
surabondantes, que j'en suis aujourd'huy à voz pieds. Monsieur, 
pour vous en faire mille très humbles temerciments comme du bien 
le plus grand que jo pouvois souhaiter, parce qu'en ceste occasion, 
sans parler de la justice, et advantage de vostre Arrest, vous me 
Taictes connoistre, et avec touts les assaisonnements possibles, que 
vostre bonté n'a pas desaggreables les services très humbles et très 
fidèles dont je vous suis et seray inséparablement attaché toute ma 
vie. Vous acheverés mon bonheur si à ceste dernière grâce, Mon- 
sieur, et à tant d'aultres que je vous doibs, vous y adjoustés celle 
de voz commandements sans reserve, car comme je me les désire 
avec justice et ardeur, je ne sçaurois vivre content sans vous avoir 
faict paroistre par leur accomplissement, que je suis de toutes les 
forces de mon ame. 
Monsieur, 
Vostre très humble très obéissant et plus que obligé serviteur 
DouENiQUE, Aicb. d'Aux. 



A M&zères, ce 17* may. 



VI 



Monsieur (2), 
• J'envoie vous féliciter l'heureux succès du long voyage que vous 
venés de faire, avec le renouvellement de mes très humbles servi- 

«dretse ds Bordfaai le duc d'Angukn. alor» Inui rnfanl, lequel dit qoe cd abbé 
* appartient i Monsieur le comte d'Autcuil, > son gouvernear. Enfin, H, d'Auleiiil 
{ibid.. p. 66.) cnil devoir, lui aassi, L> même jour, réclamer pour son parent In JTO- 
Mction du dac de Candallc. 

(1) Fonda franiais. vol. 17365, p 39. An ebancclicr Scguiir, Ce.le letlreet 1» sui- 
»«nle nVUnt pas datée», ei riiin ne pirmeitanl dd leur alirihuiT uni date cerinine. 
Je me buis décidé à les placer û la suite dea quatre letlr"s des anné'-i lt(44, )<M9 
•t 1653, es qui no veut pns dire qu'à mon avis elles soient pusiérteurrs à ces diverses 

(3) Au duc d'Epernon. Fonda français, >ol. 30665, p. J&. 



db.Google 



— 133 — 
ces et plus que très acquis. Le peu de valeur de nos poires (1} do 
cest'année m'a presque desconceilli^ de vous en faire veoir, neant- 
moiasj'ay inieulx aymé que ledeffault du temps rougit .devant vous 
que de manquer à îa moindre des choses qii« je vous, doibs. J'y ay 
adjousté. Monsieur, quelques fleurs de mon jardin que je vous sup- 
plie d'avoir aussi aggreables que je vous les offre de tout mon cœur' 
et m'assure que si elles sout plantées d'une main seure, elles ne vous 
desplairont pas en leur saison (2). De tout ce qui me reste je n'en 
suis poinct maistre, mais vous, Monsieur, à qui puisque je suis tout 
et absolument, il est juste qu'il n'y ait poinct de reserve. Je vivray 
et mouray. Dieu aydant, en ceste résolution et par conséquent vous 
me fairez la grâce, s'il vous plaist, de me croire plus que personne 
du monde. 

Monsieur, 

Vostre très humble et très obéissant serviteur 
DoMENiQDE, Arcli. d'Aus (3). 
A Aux, ce 27 oot. 



APPKNDICE. 



Une délibération de la Jurade d'Anch, du 4 juin 1649. 

La lettre III de Dominique de Vie m'a donné la pensée de 
chercher la relation authentique des troubles de la Fête-Dieu 
àAuch, en 1649, dans les délibérations du corps municipal 
qui pouvait dire, mieux que personne, de ces scandales : 

(1) Pour \et poiros d'Anch, je ne pais mîonx Taira quo de renvoyer mes leclenn 
3a\ (rais réponses doni 3 éU bnaorëti ici (18Qd, p. 37t<-379) ma queslioti au sujet de 
ces frails si jaslemenl renommés. 

(3) Ces fleurs étaient sans doute destinées a ce jardin dont Labeniiie, ra<;i)iilaiit 
le léjoar du duc d'Epernon à Igen, nous parle ainsi : i 11 lit faire ce bpau jardiD 
da Malrante avec ces belle; allées et ce beau labyrinthe, et pour ren.ire ce jardin un 
lien de plaisance, il renferma de lonraillei dan.s un enclos pré, jardin, vigne, verger, 
labyrinthe, allées de cfiarmes, qui coocoureat avec le raste des ornements de ce jardin, 
à en faire une agréable solitude. * {Histoire de la ville d'Agm, mt. I. il, p. 331.) 

(Z] J'ai renommé à Iranarrirc une lettre de Dominique de Vie nu cardinal Haiarin, 
eTÎte du chïteau de Haiéres la 33 novembre 1S53 {Fonds Fraocais. 30574, p S4,)> 
leilre de pote politesse et, par conséquent, fort iiisignlQaDia. 



db.Google 



— 134 — 

Qmrum pars magna fui. Or, il m'a semblé que les lecteurs 
de la Revue de Gascogne trouveraient le même intérêt que 
moi à ce procès-verbal un peu suranné et verbeux, mais qui a 
bien gardé son cachet, son parfum municipal. Le passage de 
VHisthire d'Amh, auquel renvoie M, Tamizey de Larroque, 
est une excellente mise en œuvre de ces documents, que 
M. Prospcr Lafforgue a étudiés de longue date avec un soin 
scrupuleux. Mais on aime à remonter de temps en temps 
aux originaux eux-mêmes, malgré leurs longueurs et leurs 
incorrections, et cette lecture n'est jamais sans fruit pour 
les esprits attentifs à toutes tes manifestations de la vie 
populaire. 

Je supprime pourtant, pour ne pas prendre trop de place, 
la première des deux séances municipales qui furent consa- 
crées à celle afTaire.Il me suffira d'en doinicr une légère idée. 
Elle eul lieu le jour même de la Fèle-Dieu, 5 juin 1649. On 
y apprend que les consuls et « Monseigneur l'arclievcsque ont 
esté advertis depuis le jour d'hier et encore ce matin » que 
les officiers du présidial veulent humilier le corps consulaire 
à la procession de Saint-Orens, qu'ils ont mc;i;e armé des 
écoliers el d'autres gens à leur dévotion pour se porter à des 
excès contre les consuls. Sur quoi il est décidé qu'on mu- 
nira quelques bonnes gens de hallebardes, tant pour résis- 
ter en Cils de besoin aux muliiis que pour cm pécher le peuple 
de se ruer, comme il a fait trop souvent dans les processions 
précédentes, ■ contre le pouelle el magistrats et bourgeois; ■> 
— en second Ueu, que défense sera faite à son de trompe à 
toutes personnes de sorlir armées el aux hOles de laisser sortir 
leurs locataires en armes « à [leine de cingleus livres (i Hv. 
diacitn) et de punitions corporelles.» — Toutesces précautions 
prises, lescoiisuls se rendirenlàSaintOrens. On adéjàvu.on 
va voir encore mieux par le procès- verbal de la séance du lende- 
main les procédés peu parlementaires dont ils eurent à souffrir. 

L'.tN mil six cous quarante-neuf et le quatnesme jour de juin, dans 



_.oogle 



— 135 — 
U ville et citté d'Auz, maison consulaire d'icolte, se sont assemblés 
messieurs maisires Jean Louys -Peyrusse, Guilh. Larocque, docteur 
es droictz, Dominique Espiau, docteur en médecine, Jean Lafont, 
Vital Espiau, Jean Aignan, Anihoine Serres et Odet Boubea, consuls; 
et pardevant eux MM' Bernard Sancetz juge en la temporalit4, Ber- 
trand Lafunt advocat, François Branet, Jean Perat, Menot Rivière, 
Bernard Jean Lacoste, François Sepet, -Pierre Cuignet, Pierre Durey, 
Jean Ducros, Gregouiere Duclos, Jean Estevenet, Jean Aignan, Jean 
Cerenc, Anthoiene Lagardere, boui^çeois consulaires, pour délibérer 
des affaires de la ville contre les officiers du siège presidial, n'ayant 
peu acister à ceste assemblée pour y présider à cause qu'ils ont inte- 
rest en la proposition qui est à faire. 

Par i.esdits sieurs consuls et par l'organe du sieur Peyrusse pre- 
mier d'iceux a esté représenté comme cy devant il y a eu deux arrests 
donné? au conseil privé , du Roy d'entre le corps de ville et mes- 
sieurs les officiers du siège presidial et senecha! dud. Aux portant 
règlement de toutz les differentz qiri estoint entre lesdicts sieurs con- 
suls et lesdicts sieurs officiers, et entre autres des rangs que les uns 
et les autres douevent tenir ausdites processions et assemblées pu- 
blicques; de sorte que !a procession générale du Sainct Sacrement 
devant sortir le jour d'hier de l'esgiîse Sainct Orens, lesdicts sieurs 
presidiaulx, pour einpesche^rexecutiondcsdictsarrestz et que lesdicts 
consuls De priassent leurs rangs suivant iceux, auroint suscitté et 
prié un grand nombre d'escholiers et habitants leurs parantz et amys 
ou deppandantz d'eux pour se treuver à ladicte esglise et lorsqu'on 
vouldroit faire ladicte procession avec des espees, pangnartz, pistol- 
letz et basions pour leur prester ayde et -main forte pour repossér 
lesdictssieursconsulsen cas ils voudront eu exécutant lesdicts arrestz. 

Dequoy le corps consulaire ayant eu advis, pour empescher l'exé- 
cution de tels monopolles, aurcint faict publier une ordonnance le 
jour d'hier à son de trompe portant inhibitions et deffances tan' 
ausdictz escholiers qu'autres personnes de n'avoir à porter des es- 
pees riy autres armes offancives à peyne de punition corporelle. — 
Et affin de faire tenir iesdictz escholiers pt autres habitans on leur 
devoirà ladicte procession et empescher les séditions qui pourroint 
estre suscitlées de la pari desdictz sieurs ofiiciers presidiaux et excès 
qu'ils auroint preniedîtté de commettre contre Iesdictz sieurs consuls, 
ils aurtjînt faiet prendre d'halebades comme il est de coustume en de 
semblables procî^ssions ou rencontres à leurs gardes, portiers, messe- 
guiers et à quelques autres habitans pour les accompagner par la 



_.oogle' 



— 136 — 

ville et aoister à ladicte procession, et (fiict fenner les portes de la 
■ville pour empescher que ceux qui oscpderoint n'eussent ta commo- 
dité de se sauver. Ils scroint allés à ladicte esglise Sainet-Orfens re- 
vesteus de leurs robbes et livrées consulaires pour acister à la grand 
messe et procession qui se faict immédiate m ont après icelle. Et 
auMint faict commandement ausdictes personnes qui avoint prins 
losdictes hallebardes do s'arrosler au d^'vabt de l'esglise Sainct-Orens. 
Et pour les tenir à leur devoir, Icsdictz sieurs Latont et Aignan par 
l'ordre du corps consulaire seroint demurés avec eux près et au de- 
vant ladicte esglise revesteus de leurs mbbes et livrées consulaires, 
et les autres sieurs -consuls estantz entrés en ladicte esglise auroint 
prins leur siège ordinaire qui est a cousté de l'Evangile. 

La messe grande linîe et deux heures après les sieurs religieux 
ayantz commencé la procession et vouIanLz sortir de l'esglise, les 
principaux officiers du siège presidial de ceste ville avec le r*Bte du, 
corps ayant prins la main droicte assuite du pouelle soubz lequel le 
Très sainet auguste sacrement estoit porté par le sieur Orliae reli- 
gieux pour le porter processionnellement par la ville, ledict sieur 
Peyrusse premier consul et les autres cinq consuls qui le suivoint 
auroint vouleu prandre la main gauche. Et ensuite les autres cinq 
consuls conformemept auxarrestz du conseil. Ce qu'ayant esté veu 
par lesdictz sieurs officiers presidiaux, sans aucun respect du Sainet 
Sacrement ny du lieu, se seroint tournés contre lesdits sieurs consuls, 
acistés de plusieurs personnes qu'ils avoint faict venir en ladicte 
esglise avec des pislouletz et autres armes oSaociyes, auroint mal 
traicté lesdictz consuls à coups de cierges, do poings et de pieds, 
■ rompeu les robbes consulaires, folié aux pieds leurs livrées, le tout 
pour empescher l'exécution desdictz arrestz et qu'ils ne prinsent le 
rang à eux accordé par lesdictz arrestz. Et qui pis est peu s'en fau- 
leut que le sieur de Serres consul ne feut tué d'un coup de pistôulet 
dans ladicte esglise par un nommé Dessagua sieur d'Enberduc pa- 
rant d'un des sipurs officiers dudict presidial. 

Et quoyque le corps consulaire aye esté excédé par le corps dudicl 
presidial et par les personnes qui à ces fins avoint esté employées 
de leur part, neaotmoins lesdictz sieursî presidiaux prétendent non 
sulement faire informer contre lesditz sieurs consuls, mais encore 
contre les personnes qu'ils ont employées et qui ont prins les armes 
do leur mandement quoyqu'elles n'ayent rien faict et ne se sont 
trouvées à l'action randue en ladicto esglise Sainct-Orens, mais tous- 
jours démunies audevant ladicte esglise avec un grand scileoce. Or 



,.b.Google 



— 137 — 
comme lesdictz sieurs consuls n'ayent rien faicl que pour se prému- 
nir et maintenir au rang à euï donné par lesditz arrestz et procédé 
en ce rencontre suivant les ordres de la jurade, prient l'assemblée de 
délibérer ce qui doibt estre faict sur ce dessus. 

Maîtres Jean Boria, procureur du Roy au comté de Fezensacet 
Claude Lancastetz, procureur temporel en la temporalité de Monsei- 
gneur l'arclievGsque, attendeu qu'en ladicte proposition n'y a rieu de 
contraire contre le servioe du Roy ny \a pubticq, ont dit n'empescbor 
qu'il n'y feust délibéré. 

Sun LAQUELLE proposition par commuogs suffrages lesdicts sieurs 
consuls ont esté remerciés des soing^ et diligences qu'ils ont rapour- 
tées à l'exécution des arrestz du conseil et ordonnances de Mgr le 
Duc (1). Et sont priés de se prémunir avec toutes les précautions et 
diligences nécessaires contre lesdictz officiers presidîaux en répara- 
tion des escès et entreprinses qu'ils ont causés. Et à ces fins se pour- 
voieront tant audict conseil que pardevant Son Altesse et mesmes y 
faire toutes instances convenables, faire les emprunte et depputations 
nécessaires. Que l'un desdictz sieurs consuls ira treuver monseigneur 
le premier président de Tholose pour luy donner advis de ladicte 
action, et messieurs les gens du Roy pour luy donner advis de la 
part delà ville. Etun des autres, se ainsin est treuvé à propos par 
lesdictz sieurs consuls, ira promptement voir Son Altesse avec un 
habitant aussyaux lins de luy rendre compte do ladicte action. Et 
parce que cest affaire est pour traîner longuement au conseil et 
ailheurs et que quelques foys il y auroit pf'yne de convoquer la bour- 
geoisie, pouvoir est aussy donné auxdictz sieurs consuls conjointe- 
ment avec quatre bourgeois, deux de robbe longue et les autres de 
robba courte, que lesdictz sieurs consuls nommeront, diriger tout ce 
qui faudra, gérer et négocier, depputer et generallement faire tout 
ce qui par eux sera treuvé à propos, avec promesse i' agréer tout ce 
qui par eux sera faict; comme aussy lesdictz sieurs consuls fairont 
acte ausdictz sieurs presîdiaux par lequel leur déclareront que par 
l'ordre de la ville quelques habitantz le jour do la Feste Dieu pria- 
drent quelques halebardes pour faire tenir le puble à la procession à 
son debvoir et empescher les excès premedittés contre le corps con- 
sulaire. Et ainsin a esté conclud et délibéré, et ordonné que le pré- 
sent acte en seroît faict. 

[Suivent les signatures.) 

(1) D'Epernoa, alors gaDVernear de Guyeaae. On stji qu'il n'y eut pas d'inien- 
daaudepnis 1<M8 jaiqu «d 1653. Vojei ta notice de M. P. Raynund lor l'inleD- 
dftnc» de Béara (Iniwilair* ia archiva du Baitti-Pyriniei, i. m, p. 8), 



_.oogle 



En conséquence de laquelle délibération, par lesdicU âieurs consuls 
ont esté chouesis p[ nommés M" M" Bernard Sancclz, Claude J^n- 
castotz, pour la robbe longue, Jean Aignan et François Sepet pour 
la robbe courte, lesaa etjoursusdiofz. 



CORRESPONDANCE. — ÉPIGRAPHIE. 

A M. le docteur* L. G. 
Bien cher Monsieur, 

La petite médaille, dont l'inscription, placée en légende, a piqué 
votre curiosité, est un denier d'argent. La tète couronnée et à barbe 
inculte que cette légende entoure est, en effet, celle de Julien, l'apos- 
tat, ne.veu de Constantin et son deuxième successeur au trône d^ 
Constantinople. 

Pour vous rendre compte des abréviations, partez du front, hé- 
rissé de cheveux, de ce prince stoïcien, qui aimait tant à s'entourer 
de sophistes, d'astrologues et d'augures, qui affectait de marcher 
nu-pieds, de montrer ses longs ongles et ses mains tachées d'encre. 

Et pourtant il voulait être appelé Seigneur, titre longtemps regardé 
comme fastueux, et dont les Romains du haut empire s'étaient mon- 
trés si avares. Seplime Sévère, qui le prit le premier, n'avait pu 
l'obtenir que dans quelques provinces reculées. Julien tenait fort 
à le garder, comme un héritage honorifique de ses prédécesseurs 
immédiats sur le trône d'; Constantiiiople : c'est là ce que vous 
indiquent les deux premières lettres D N, Dominus Noster, Notre 
Seigneur, FL CL, c'est-à-dire FLavianus CLaudius JVLIAKVS ; et 
il se dit pieux et heureux P F, sans ûtre ni l'un ni l'autre, Pins Félix. 
Quant au titre d'Auguste, AVG, il était d'ancien usage d'en qualifier 
tout personnage élevé ou associé à la dignité impériale. Or, ce fut, 
de bonne heure, le cas de Julien, déjà César depuis 354, c'est-à-dire 
dès son âge de 23 ans : ses soldats, mutinés contre' Constance II, sou 
cousin, le proclamèrent empereur, à Paris, eu avril 360, Et comme 
Constance mourut le 3 novembre 3S1, le neveu de Constantin fut 
seul mis en possession de l'Empire, dont il jouit à peine deux ans. 

Vous me paraissez étonaé de l'abondance de sa barbe. Julien 
mourut jeune, sans doute; mais il avait 31 ans; et depuis quelques 
années il no se faisait pas moins honneur de la barbe que du man- 
teau des philosophes. Lisez donc la satire pleine de verve et de sel, 



db/Google 



bien qu'eotachéedemauvaisgoût, qu'il avait publiée contre les ha- 
bitauts d'Antioche. Ils sV^taiont p"rnii9 de tournpr en ridicule sa 
barbe, son cynisme et soncortég"" de phili}so[)hos. Julien s'en vengea 
par son Misopogon, ou l'ennemi de la barbe. 

Quant à l'ornement de iiUe, c'est bion pluCr^t un diadème qu'une 
couroniie, selon l'usage qui prévalut dans le lias-Kmpire. Ce riche 
tissu entoure, à plal, ta choveluro; et, par siis extrémttûs, il se noue 
derrière la lètc, de manière à retomb'^r sur le cou. Dans le cas actuel, 
il est rehaussé d'un premier rang de perlnji; mais le second est com- 
posé do feuilles de lauri?r, glorieux insign" de victoires, que ce 
prince avait bien méritée. Am mien-Marcel lin, qui suivit Julien en 
Perse, où il mourut en combattant contre Sapor II, ne laisse aucun 
doute à ce sujet (I). 

Recevez, bien cher Monsieur, etc., etc. 

Auch, le 25 mars 1871. 

F. CANÉTO, 
vie. tén. 



QUESTION. 



43. D'une lettre de J.-J. Roassean à J.-F. de HentUlet, arche- 
Tâqna d'Anoh. ' 

Jelis dans un ouvrage de M. le vicomte de Ilastard i'EsUnf {les Parlements 
de France. Paris, Didier, â v. in-S". 18ô8, l. ii. p. 167, noie 2) les paroles sui- 
vantes, à propos des défenseurs de la compagnie de Jésus à l'époque des pour- 
suites des parlements de Toulouse et d'Aix contre cet ordre (176:2) ; 

u De tout temps on a eu des aaiis imprudents, mais toujours aussi les enne- 
mis onirejeté sur le zeleexàgéré des a;nis les persécutions dont ils étaient les 
véritables et seuls auteurs. Rousseau disait, dans sa lettre à Jean-Fratiçois de 
Montillel, arcbevîque d'Auch : <• Lesd'Eguilles [président à mortier du parle- 
i> menl d'Aix] et leurs pareils ont avance la dissolution de la société des jésuites; 
» c'est votre confrère (Christophe de Beaumont) qui a banni du rojaume les 
» Jésuites du ressort du parlement de Paris/ que sais-je si voire lettre pastorale 
" n'aura pas le même succès à Toulouse? '> (p. 5.) 

Je connaissais comme lout le monde de longue date la lettre de Jean-Jacques 
Bousseau, citoyen de Genève, b CHristophe de Beaumonl .archevêque de Paris; 
je n'avais jamais vu citer une lettre semblable adressée par le même auteur à 
un archevêque d'Auch. Je me suis assuré du reste qu'elle ne se trouve pas dans 
les diverses éditions des Œuvres complètes du philosophe genevois que j'ai pu 
consulter, non pas même dans celle de Ch. Labure, qui est, je crois, la dernière, 
et qui parait ne rien laisser A désirer au point de vue de l'intégritâ. Cependant 
rindicalion de H. de Bastard est très précise el ne senibk guère pouvoir se rap- 



11} RUVH GtlTlKDII LIBRl Xllt. 



db.Google 



— uo — 

porter & un document ioèdit. Quel efl donc ce mystère ? Y a-t-il vraiment une 
lettre ioiprimée de J.-J. Rousseau A M. deMonlillel. qui aurait ëcliappè à tous 
les éditeurs de ses œuvres et que l'auteur des PoTiemenls de France aurait entre 
les mains, quoiqu'il nous refuse tout renseignement liibliographique sur cette 
rare curiosité? _ A3. 

RÉPONSES. 

42. D'une poAsie de Jean Gaston. 

(VoyM la Qurstion, dans cotre numéro dejanvïer, p. 48). 
La bibliothèque de Pau possède un exemplaire des Œuvres poétiques et chré- 
tiennes du «leur de Jan Uaston. Orihez, Jacq. Kouyer, 1^, in-8«. M. Ch. 
Katilenbeclf. à qui j'avais comiDunîquË ce volume pendant un séjour qu'il fit a 
Pau, en a entrait quelques pages qui ont Été insérées dans le Bulletin du Pro- 
testantisme {18S1 , p. SSet 6l!J). H. le pasteur E. Casalis a publié dans le m&me 
recueil (1667, p. 174 et suiv.) de nombreux extraits de laiot de l'iïfemeiet 
leii a accompagnas <1u peu de renseignements fournis sur l'auteur par son livre 
mèrae. J'ajouterai seulement que le nom de Jehan daston se retrouve parmi 
ceux des jurats d'Orthez vers l'époque où ces poésies furent imprimées. 

L. SOULICE. 

43. D'une lettre de J,-J. Roasaean & M. de Montillet, 
arcbevAque d'Ancta. 
(Voyez la Quettion d-dessus, p. lafl). ■ 

Le mystère n'est pas très dilDcile à éclaircir. M. le vicomte de Bastard d'Es- 
laug n'a eu que le tort de nommer Housseau, au lieu de l'auteur vrai qui em- 
prunta le masque du citoyen de Genève pour attaquer avec plus d'éclat la 
lettre de l'arclievéque d'Auch en faveur des jésuites. La hrochure d'où U. de 
Bastard a extrait la citation reproduite par noire correspondant n'est pas une 
rareté. En voici la description bibliographique : 

Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Genève, à Jean- François de Montillet, 
archevêque et seigneur d'Auch. (Sans lieu ni dati d'impression, mais le texte 
est daté de Neufchâlel, le 15 mars 1764. In-12 de 22 pages.] 

L'auteur est connu, gràcn au Dictionnaire des anonymes et pseudonymes 
(1833, 4 V. in-8°, t. ii,p. 190). C'est Pierre-Firmin Lacroix, avocat de Tou- 
louse. Je ne connais pas autrement cet écrivain sur lequel il serait intéressant 
d'avoir quelques renseignements. Mais je n'ai trouvé, dans les livres que je 
me suis avisé de consulter a son sujet, fi commencer par cett« pauvre Biogra- 
phie toulousaine, pas même le nom de l'avocat anti-jésuile. La désignation 
fournie par l'auteur au Dictionnaire des anonymes no doit pourtant pas faire 
un doute. Barbier, par ses antécêdenls d'école, était particulièrement ferré sur 
Ubibliographiedes JansËnistes et sur la polémique contrôles Jésuites, comme, 
.du reste, tout son livre en fait foi. 

J'ai dit que celte plaquette n'était pas une rareté; je dois avouer pourtant que 
je la cherche inutilement depuis plusieurs mois. J'en ai vu dans le temps un 
exemplaire à la bibliothèque du séminaire d'Auch, mais il ne s'y retrouve plus. 
Je serai reconnaissant à la personne qui voudrait me dire où je pourrais trou- 
ver la lettre du faux Jean-Jacques à H. de Hontillet. mieux encore m'en pro- 
curer soil un exemplaire, aoil une copie lidéle. L. C. 



db.Go.ogle 



FRANÇOIS DE TERSAC 

BABON DB UONTBBR&nS 



Oelqies lettres d'Ouri III, d'Henri IV et de Cilherioe de Mdieis. 

Un heureax hasard nous a mis sous la main quelques 
lettres des rois Henri IIl et Henri IV et de Catherine de Mèdicis, 
adressées pour la plupart à François deTersac de Montberaud. 
Ces lettres complètement inédites pouvant offrir quelque 
intérêt pour Thistoire des guerres de religion dans les 
provinces de Guyenne et de Languedoc> il nous a paru bon de 
les publier. Elles nous ont fourni en même temps l'occasion 
de (aire revivre le souvenir d'un vaillant chevalier gascon, 
dont la vie tout entière se passa à combattre non sans 
gloire pour les plus saintes causes : Dieu et te roi, et dont le nom 
cependant manque à tous les grands recueils biographiques 
et nobiliaires (1). Puissent nos lecteurs trouver dans nos 
pages une partie du plaisir que nous éprouvions à xelever 
dans les annales de notre Midi les traces de messire François 
de Tersac, baron de Montberaud', seigneur de Tersac, Fon- 
tùnes, Palaminy et autres lieux ! 

Montberaud est un petit village de l'ancien comté de 
Nébouzan, situé sur un des coteaux élevés qui bordent la rive 
droite de la Garonne, à quelque distance de Cazères. On 
aperçoit de bien loin sa grande tour carrée, surmontée d'un 
clocheton élancé, et qui semble encore protéger de son ombré 
les quelques maisons qui se groupent autour d'elle. 

Quelques-uns de nos plus jeunes souvenirs, — qu'on nous 

(1) Scala la Chronologit miltuir* de PJaard DDaniionae Ici titres d« N. de Terue 
de Hontbanud, miii moi j «joniM le moindre reDwigoeinent biognphiqae. 

Ton XU. 10 



db.Google 



— 14Î — 

pardonne ce détail personnel, — se rattachent à ce coin de la 
haute Gascogne qu'ont habité nos aïeux, mais que nous, venu 
trop tard dans la vie, nous nîavons pu visiter qu'en étranger. 
Il nous souvient toujours de la joie naïve que nous éprouvions, 
lorsque, allant voir nos grands-parents, nous apercevions de 
loin la tour de Montberaud et les ruines de l'antique château 
féodal de Saint-Michel, placé sur une montagne voisine. Pour 
tromper les longues heures du voyage, notre mère nous ra- 
contait les histoires des chevaliers et des nobles daines du temps 
passé, ou les souffrances des émigrés et des prisonniers de la 
révolution, dont tous ces lieux lui rappelaient le souvenir. 
Avec quelle religieuse attention nous Técoutions parler, et 
que de fois, au récit de tant d'actions héroïques et de mîdheurs 
noblement supportés, nous sentions une larme trembler sous 
nos paupières ! Ces choses de notre enfance sont déjà loin de 
nous, mais l'impression nous en reste d'autant plus vive 
qu'elle éveille en nous le souvenir de ceux qui écoutaient et. 
pleuraient avec nous, et qui •maintenant ne sont plus ! Mais 
revenons. 

Au pied du coteau de Montberaud, un peu en avant, en 
suivant le cours du Wolf, on rencontre un moulin qui dépendait 
autrefois du château de Montberaud ou de la seigneurie de 
Tersac, et qui poiie encore aujourd'hui le nom de moulin de 
Tersac. C'est là sans doute que les vassaux de la baronnie 
étaient obligés de porter leur blé. Plus loin, dans la pl»ne 
arrivée par la petite rivière, se trouve la terre de Tersac et, au 
milieu d'un bouquet d'arbres, l'ancienne demeure seigneuriale. 
Cette demeure, aujourd'hui convertie en ferme, conserve mal- 
gré le temps un cachet féodal auquel on ne peut se 
méprendre. Ses ouvertures à croisée de pierre, ses vitres à 
losanges enchâssées de plomb, des trawîs d'écusson sur les 
frontons extérieurs, des débris de mur d'enceinte alentour 
laissent soupçonner l'ancienne splendeur de cette châtellenie. 
Mais, hélas ! tout cela, ici comme ailleurs, est à peine un sou- 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 14» — 

venir. Combien de ces demeares seigneuriales, sanctuaire de 
la famille d'autrefois, tombées en dés mains étrangères, ont 
subi sans défense les outrages du temps t Ainsi les souvenirs 
disparaissent, les traditions s'oublient, et. le passé des ancêtres 
n'est plus comp1« dans l'éducation de famille. 

La maison deTersac de Montberaud (1), que nous croyons 
actuellement éteinte, était de très ancienne et très illustre 
chcTalerie. Plusieurs de ses membres ont glorieusement servi 
daàs les armées du royaume. Elle a eu des chevaliers de 
Malte, des gouverneurs, des maréchaux de camp, etc. On 
rencontre parmi ses alliances tes noms les plus illustres de 
notre pays, tels que Bouibon-Lavedan, Montésquiou-d*Ar- 
tagnan, Montaut-Bénac, Mauléon de Francon, etc. Ses armes 
étaient : De gueides à la fasce d'or, au chef d'azur à trots 
fleurs de lys d^or. 

Son premier auteur connu apparaît en 1215 sons le nom 
de noble et puissant chevalier Roger de Tersac, seigneur de 
Montberand. De cette date au milieu du quinzième siècle, les 
documents nous ont complètement manqué. Malgré toutes 
nos recherches nous n'avons rien découvert qui pût combler 
cette lacune. 

En 4452, noble Ramondde Tersac, seigneur deMontberaud, 
chevalier iynUes), épouse noble damoiselle Candie de BareiUes. 
Nous savons de hii qu'il fit donation aux Pères Dominicains 
du couvent de Rieux « d'un Ûef à luy appartenant, de deux 
sols tholosats de rente annuelle, et droits de lods et ventes à 
prendre sur les maysons de la rue fle Coulon(?) audit 
Rieux (2). > Cette générosité lui valut, pour lui et ses des- 
cendants, le droit de sépulture dans l'église du couvent. 

Il) On ne doit pii eonfondiB ces Teriae avec h ramille de Fêydil (on Fajdil) de 
TersK, origiDtire da Qnerey, et doal nne'bruicbe l'établît dans le Conserans vers 
l'an IMO. Les armes de ces deux maiaone n'oot aoean rapport eDtreeltei. Les Feyâïi 
de Tetsai portent : Bnrelj d'argent et de siDopIs de 10 piteès, chacune des pièces 
d'argent tanuoniée d'tme étoile de gaente; an chet d'aznr parti par nn trait de »blc 
à deux lioDi aCtrtKilés d'or GDaroBDés de même. 

t!) IreUTei ds sémin^re d'ineb, — G * S- 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 144 — 

A Ramond de Tersae succéda Ramond-Jean, qui eut un flls 
nommé Hugues de Tersae, gentilhomme de distinction, et qui 
se qualiflait de chevalier haut justicier moyen et bas de Mont- 
beraud, Tersae et autres heux. Hugues épousa noble 
damoiselle Marguerite de Lenant de Lanta, dont il eut Gaspard 
de Tersae, époux de noble dame Marie Béatrix de Benque, et 
père de Jean de Tersae, seigneur de Montberaud. 

Gaspard mourut en l'année 4509. Son fils Jean épousa 
noble damoiselle Jeanne de Nubias (ou Loubias) de la maison 
de Misclas. En Tannée jubilaire 15o0, ilobtint une bulle du 
pape Jules HI, qui le dispensait, ainsi que sa famille, du voyage 
de Rome pour gagner le jubilé (1). Il eut de son mariage 
avec Jeanne de Misclas messire François de Tersae, seigneur 
et baron de Montberaud, Fontaines et autres lieux; chevalier 
des ordres du roi, capitaine de cent hommes d'armes de ses 
ordmiianccs et marécluU de camp. 

Nous venons de nommer le correspondant d'Henri III et de 
Catherine de Médicis. Essayons de retracer sa vie. 

(1) Noua avons relrouvé ceit» bulle daos tes archives da-sé minai re d'^aeb. — Nof 
JoâDoesJaCDbaa Barba, Oei et apostolicai Sedii grk. Epas. aprutin (de Teramo, 
dam l'Àbruiie uUérifure) S'^' in xpo. piia. e\ Dni. on. dni. Julii divina 
providaotiï papœ lorlii sacrisU, el ab eodem S™'. 0°°, nro ad infrascripta 
aocloritalem babeni, quaniain ui oobij relalam esl, Nobilis D. Joannti dt 
Ttrtac ac noliilis 0. Manriiius da Tersae et Nobilia Dna, Gabrieta à» Tersae, 
née non Dobilis D. Joannes Jacobus de Foalainei Laici Riveo (Riou);) diocs. ob 
Taria et diversa impedimenta quibus respeeUve delinenlur, commode ad prnseni 
ad urbcm Roman, ad acquirendum sancliiiimum Jubileum penoualiler accedere doo 
passant: Nos igilur eijdem el eorum cuilibct cam eomm uiarïbus, Cliis, fîtiabas el 
etiam [amiliia.dummodo coDlrïiiel confessi fuerinl, ac in loci; abi deguut, veleliam 
alibi, a irigînla diebns conlinuis seu inierpolatrs quatuor ecciesios vel uoias et 
ejosdem acclesiat qualiuoraot tria alCaria. pereonfessoreaqaosBd hoc dunariul eligendot 
depuiandas seu depalanda dévote visilaverinl, vel si xgroli fueiinl quippiam aliud 
spirilaate e\ dicloruo) confes^oram ordioaliono teccrinl. ac pra felici sUtu toliua 
ccclesif cathaliCK, eisignanierpro ipsiua pace et omone oraveriot, Jnbilenra ipaam 
ae pleuarism omnium el siogulorum peccaloram suorum remissioDcm perinde ac ai 
qualtnor ecclesias almx urbis ad bac depuialaa peraoaajiier visilassenl, mieericorditer 
io DnocoDcedimuselindulgemus : In cujusret Qdem bas présentas liieras manu ara. 
proprii subscriptas eiinde Qeri ac sigilli nostii quo in lalibaa ulimar jassiroai et 
fecimas impre«sione cummuairi. Dal. Rom» in palatio aplico et caméra solile Dostrs 
reaideotix, sob anoo. a Naiîvitate Dni milleaimo quiagentesino qainqoageiimo die 
vero Irigesima Hensia iugiiaii Poati&catns prxiibati 3<°' . Dni. nri. Julii pap» tertii 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 145 — 

François de Tersac, baron de Montberaud, naquit vers l'an- 
née 1550. Sa vie tout entière fut vouée à la carrière des 
armes. Il vivait, du reste, à une époque où tout gentilhomme 
naissait soldat. La réforme était venue diviser profondément 
les âmes, et tes doctrines théologiques se soutenaient les armes 
àla main. Aux dissensions religieuses étaient venues se joindre 
les ambitions personnelles, les vengeances à cjtercer, les 
haines à assouvir, et par suite le royaume de France se trouvait 
dans un désordre'el une anarchie malheureusement trop en- 
tretenus par la jeunesse ou la faiblesse des diîrniers Valois. 

Plus que toutes les autres nos provinces du Midi eurent à 
souffrÎB de ces guerres de partisans. Les calvinistes et les 
protestants s'y Uvrérent à une lutte acharnée, que signalèrent 
des faits de brigandage et de cruauté à peine surpassés par 
les lifionstruosités de 95. 

A l'époque où François de Montberaud entra dans la 
carrière militaire, les deux camps s'étaient déjà parfaitement 
dessinés. D'un côté le roi, avec les catholiques dirigés parles 
princes de la maison de Guise et appuyés par le roi d'Espagne. 
De l'autre les protestants soutenus par la reine de Navarre et 
ayant à leur tèle les Coligny et Condé. Montberaud fut engagé 
de bonne heure dans le parti des catholiques. Sous les ordres 
de Roger de Sainl-Lary, maréchal de Bellegarde, et plus tard 
sous les ducs de la maison de Joyi'usc, il prit une part acliveet 
brillante aux diverses campagnes qui se firent contre les 
religionnaires. 

H figure, en effet, en 1S72, en qualité de lieutenant dans le 
rôle (1) de la compagnie de gens d'armes de Roger de Belle- 
garde, à côté de Mathieu de Giscaro, enseigne, et de J. de 
Castelbâjac, maréchal-^e-logis. 

Cette année est demeurée tristement célèbre dans les annales 
de notre histoire par le massacre de laSaint-Barthéiemy. Les 

(l) HoKLEzuK, Hùt. de (a Goicognc. Tome vi, preuves, p. 103 et 164. 



db.Google 



— 14« — 

protestants e&aspérès se soulevèrent dans tout le royaume. 
Dans le Midi, Nimes et plusieurs villes du Vivarais, du Vêlai 
et du Languedoc brisèrent ouvertement avec le roi. La cour, 
effrayée du progrès de la révolte, dépêcha le maréchal de 
D^nville avec une forte armée. Celui-ci rappela auprès de lui 
une partie des troupes gui gardaient les places fortes et 
nomma Montberaud gouverneur de la ville de Castres (1), en 
remplacement du sieur de La Crouzette, qui était venu le re- . 
joindre avec une partie de la garnison. Le nouveau gouverneur 
prit pos^ssion de son poste au commencement de janvier 
1873. Le 8 février les sieurs de .La Garrigue et de Là Grange 
tentèrent de s'emparer de la ville par surprise (2). HJjUe à 
douze cents arquebusiers disséminés dans la place devaient à 
un moment donné se saisir des portes, et forcer la citadelle. 
Mws Montberaud, qui avait découvert la conspiration, mena 
les choses avec tant d'adresse que les projets des religionnaires 
furent entièrement déjoués. 

L'année suivante (1574), la défection du maréchal de 
Damville et ta mort de Charles IX vinrent donner un nouvel 
aspect aux affaires dans le Languedoc. Damville, déclaré rebel- 
le, fut dépouillé de son commandement et mis hors la toi. 
François de Montberaud fut, lui aussi, relevé de ses fonctions 
de gouverneur. Nous ignorons quel est l'acte qai motiva cette 
défaveur de la cour. Peut-être les anciennes liaisons de MonU 
beraud avec le maréchal félon l'avaient-elles rendu suspect à 
la reine-mère. Dépouillé de son gouvernement, Montberaud 
rentra dans l'armée de Bellegarde et reprit auprès du duc, qui 
venîût d'être fait maréchal de France, son grade de lientenant. 

Henri IIl, en accordant la paix de Beaulieu, toute favopable 
aux protestants, avait excité les méfiances des catholiques. La 
ligue s'était formée et gagnait tfhaque jour du terrain. Le 
roi lui-même, dominé par les circonstances, parut se réveiller 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 147 — 

et sortir un instant de son apathie. En présence des trois 
. ordres du royaume réunis à Blois pour les Etats généraux, il 
cassa la paix de Beaulieu et se déclara chef de la ligue. C'est 
à cette occasion qu'il écrivit à François de Montberaud la 
première lettre de notre collection : 

I 

Mons' de Montberault. Ayant prîns tant de soing et travail comme 
j'ay faict pour faire joyt mes subgects d'un repos asseuré sous 
l'obéissance que Dieu leur commande me rendre; et ne.se pouvant 
exprimer meilleure ny plus saincte intention que la mienne : je serois 
tres-desplaisant que aucuns peu affectionnez à mon service et à ta 
tranquillité puljlicque voullussent par artifices et moyens illicîttes, non 
seuUement circonvenir mes bons serviteurs et subgectz, mais aussy 
remettre la guerre en mon royaulme. El pour ce que je scay quelle 
est la dévotion et bonne volonté que vous portez au bien de mondit 
service, s'en allant par délia le s. de Maaz cappitaine d'une compaguie 
de gens de pied de ma garde, je luy ay donné charge de vous veoir 
de ma part et vous pryer d'empescher par tous moyens que tels per- 
turbateurs du repospubticq ne puissent mectre à effect leurs mauvaises 
intentions, mais asseurer un chascun que mavollonté est de le main- 
tenir en repos, advertir ceuls des villes de ne se laisser surprendre 
et avoir bonne intelligence avecque mes ministres et bons serviteurs 
qui sont par délia pouren cas de nécessité vous trouver tous ensemble 
et vous deffendre contre ceulx qui vouldront entreprendre quelque' 
chose contre mondit service, vos personnes et biens, ainsy que j'ay 
donné charge aud s' do Maaz vous Caire plus amplement entendre de 
ma part. Pryani Dieu, Mons' de Montberault, vous avoir en sa s*» 
garde. Ësoript à Bloys le ij" jour de janvier 15T7. 

Hesrv. 
A Morts' de Montberault, Ueulenant de mon cousin le mares- 
chal de'Bellegarde. 

Dans les deux années qui s'écoulèrent depuis cette lettre 
jusqu'au traité de Nérac en 1579, rien ne nous indique la 
part que Montberaud- prit aux divers événements qui se pas- 
sèrent. Il est probable cependant qu'il se distingua de plus 
en plus et acquit une influence sérieuse, car dès que les divers 



db.Google 



— 148 — 

articles du traité de Nérac furent arrêtés et signés, le roi et la 
reine-mère lai écrivirent pour le prier de les faire publier et 
de veiller à leur entière observance. 

n 

Mons' de Montberault, nous avons, grâces à Dieu, résolu et ar- 
resté (par l'advis des princes et s" du conseil privé du roy, après 
avoir aussy ouy les remonstrances des députez de ceulx de la religion 
prétendue reformée) les moiens qu'il fauît tenir tant pour faire cesser 
tous actes d'hostilité que pour l'entière exécution de l'edit de paciffi- 
oation faict et arresté au mois de septembre m. v'kivij. Et en atten- 
dant que les s" qui sont députez pour ladite entière exécution soient 
sur les lieux, nous vous avons faict expédier la commission que nous 
envoyons pour faire publier ceste bonne resolution et par mesme 
moien faire incontinant cesser tous actes d'hostilité, remettre eu li- 
berté tous prisonniers à l'occazion des troubles sans paier auculne 
ranson, et autres particularitez portées par ladite commission, du 
contenu de laquelle vous prions faire faire ladite publicquation en tous 
et chacun les endroictz et lieux accoustumez à faire avj^s et procla- 
mations (afin que personne n'en puisse prétendre cause d'ignorance) 
l'exécutant et faisant si bien exécuter que chacun y obéisse et le 
suive do poinct en poinct selon et suivant la teneur 4'icelle commis- 
sion. Priant Dieu, Mons' de Montberault, vous avoir en sa s" et di- 
gne garde. Escript à Nerac le iiij* jour de mars 1579. 
Caterinb Henrï. 

[P. SJ Mons'' de Montberault, lé s' vicomte dePolinetle depputé 
Lamet sont par nous ordonnez comme verrez par la commission et 
instruction pour exécuter avec vous le contenu en icelles; lesquels 
vous prions d'advertir af&nque vous proniez liea pour vous assem- 
bler, et vous prions de bon cueur accepter ceste commission pour 
aussi grand bien et pour l'amour de nous qui le recongnoîstrons de 
bien bon cueur. 
Itfons^ de Montberault, ckev' de l'ordre du Roy et lieutenant de la 

compaignie de gens d'armes du s^ mai*' de Bellegarde. 

François de MoQtberaud qui, dans ce moment-là, se trou- 
vait sérieusement malade, ne put accepter la proposition de 
la cour, n écrivit à la reine pour s'excuser et la remercier de 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 149 — 

l'honneur qu'elle voulait lui faire, et Catherine, qui avait déjà 
quitté Nérac et se trouvait à Agen; lui répondit en termes 
aussi courtois qu'élogieux. 

m 

Mons' de Mootberautt. J'ay receu la lettre que m'avez escripte par 
ce gentilhomme présent porteur et eotendu par icelle, et par ce qui 
[qu'ii] m'a dict aussy de vostre part l'iadisposîtion en laquelle vous 
estes doQt je suis bien marry (sic), tant pour vostre considération par- 
ticulière, que pour ce que je scay que vous vous feussiez dignement 
acquitté de la charge qui vous estoit commise. Toutesfois puisqu'il 
ne s'est peu faire, je regarderay d'y pourveoir d'ailleurs et advertiray 
. le Roy monsieur mon fils de la bonne volonté en laquelle vous estiez 
si vostre sancté l'eust peu permectre. Priant Dieu, Mons' deMontbe- 
rault, vous avoir en sa s'» et digne garde. Escript à Agen, le xx' jour 
de mars 1579. Caterine. 

A Mons' de MontberauU ckeo' de l'ordre du Roy monsieur mon 
fils et lieutenant de la compagnie de gens d'armes dont a charge 
mon cousin le s' de Bellegarde, m" de France. 

Il en fut de !a paix de Nérac comme des précédentes; les 
hostilités n'en continuèrent pas moins en province et surtout 
dans le Languedoc. Malgré les efforts du maréchal de Dam- 
ville, rentré en grâce avec la cour et devenu duc de Montmo- 
rency par la mort de son frère François de Montmorency, les 
ligueurs et les protestants s'y faisaient une guerre d'escar- 
mouches et de tracasseries qui désolaient le pays. Exaspérés 
par ces alertes de chaque jour, les catholiques assemblèrent 
leurs Etats à Carcassonne, déclarèrent la reprise de la guerre 
et votèrent les sommes nécessaires pour lever une armée(l). 
La cour, de son côté, donna des ordres et prit ses mesures 
pour seconder le mouvement catholique. Le roi écrivit lui- 
même, à ce sujet, à F. de Montberaud les deux lettres sui- 
vantes : 

IV 

Mons' de MontberauU. Tout ainsi que les cœurs généreux de la 
noblesse francoise ont acquis et conservé nostre monarchie, aussi 

(I) Dom Vaiuctc, Bittoire du langutdoe. 



db.Google 



— 150 — 
avons fiance qu'ils continueront et que toutes divisions ostees, chacun 
recongnoistm comme il doibt son souverain, estant l'obéissance à luy 
deue l'une des choses la plus agréable a Dieu et bien séante entre 
les hommes. Au contraire, des partialilez et divisions proviennent 
infinis maulx et entre autres la destruction de Dostre dite noblesse, 
comme s'est expérimenté ez occasions passées à nostre Ires grand 
regret et desplaisit. Pour à quoy obvier avons faict nostre edict de 
pacification, oultre lequel la Royne nostre très honnoiee Dame et 
mère a voulu avec seing et travail infiny conférer avec nostre très 
cher frère le Roy de Navarre, dont sont ensuivis les articles convenus 
etarrestezdepart etd'autreà Nerac, l'observation desquels est le vray 
et salutaire moyen et remède pour nous rendre obeys et faire cesser 
toutes voyes d'hostilité, lesquelles à ce que avons entendu reconman- 
cent es quartiers de là et pourroient aller plus avant s'il n'y estoit 
pourveu. Nous escrivons sur ce particulièrement nostre intention 
et envoyons mémoires et instructions aji s' de Comusson (1), nous 
reposans sur luy qu'il vous fera scavoir ce qui vous concerne en cesl 
endroict et se conduira en la charge que luy donnons présentement 
ties bien et dignement. Nous vous prions et ordonnons vous trouver 
«t asembler au lieu qu'il vous fera scavoir, y apporter le zèle et l'af- 
fection que avez à nostre service et au demeurant vous conduire en 
cesie si notable occasion selon la parfaicte confiance que avons en 
vous, n'estant besoin vouç user de redicte, vous remectant à ce que 
vous entendrez plus particulièrement par ledit s' de Comusson. 
Priant Dieu, Mons' de Montberault, qu'il vous ayt en sa tressainte et 
digne garde. Escrit à Paris le viij* jour de febvrier 1580. 

Henri. 
Mons' de Montberault, chev* de mon ordre. 



Mons' de Montberault. Renvoyant par de là le s' de Fôntenilles 
ch'' de mon ordre et capp"* de cinq" hommes d'armes de mes ordon- 
nances, je vous ay bien voulu escrire la présente par luy comme à 
l'un de mes meilleurs serviteurs, pour vous faire entendre que vous 

(1) Nevea da fameot La Valelte, seigneur de CorDosson et Paritot, gnnd-mallre 
dt l'ardre de Malte, qui défeDdii si glorieaseineiit saa lie coatre Ici Turcs en 1566. 
CorDOHOD, «ioécbai de TddIoqm, s'acquit lui-mjme une brillante renamméa militaire^ 
il mounit àToalonse la 16 décembre 1536, par saile desfatigaes qu'il avait sappertées 
■D siège do SaliBgnac. Son flis lui succéda dans sa charge, comme ou le verra dans 
nue lettre de Henri IV publiée i la fin de ce tranil. 



D,g,tza:Jb.GOOglC 



— IBl — 
ne me scauriez faire service plus agréable que de m'ayder à surmou- 
tfir les difficultés qui se présentent sur l'exécution de la paix et tenir 
main que la chambre de eô parlement, que j'ay desliberé envoyer 
bientost par de là pour chastier les voUeurs et infracteurs de paix, y 
soit recueillye et forliffiee comme il appartient par tous mes bons 
subjectz, lesquels en ce faisant en recueilleront le premier et princi- 
pal fruiet, outre le gré perpétuel que je vous en scauray, ainsy que 
jay donné charge audit s' de Fontenilles vous fflire plus à plain 
entendre de ma part. Priant Dieu qu'il vous ayt, Mons' de Montbe- 
rault, en sa s" garde. Escnt à St-Germain le xiij' jour de avril 1580. 
Henrï. 
Moni' de Montberaull. 

La pai& de Pleix ne tarda pas à suspendre de nouveau les 
hostilités. Les quelques années qui suivirent cette paix furent 
témoins de nombreux événements, dont le plus grave fut la 
mort du duc d'Anjou, frère de Henri IIL Cette mort laissait 
en tiéritage la couronne de France au roi d^ Navarre. La pers- 
pective d'un prince protestant placé sur le trône de saint Louis 
effraya les catholiques et ranima le courage des prolestants. 
L'excommunication fut lancée contre Henri de Bourbon, et 
ses sujets furent dégagés de leur serment de fidélité. Eq pré- 
sence d'une lutte où les armes n'étaient plus égales, Henri 
lui-même sentit un instant sa grande àme s'ébranler. Un de 
de ses historiens nous raconte qu'à cette nouvelle il laissa 
tomber sa tête entre ses mains et que sa barbe blanchit tout 
à coup (1). Mais quand il vit la fidélité et le dévouement de 
ses amis, son courage reprit le dessus, et il se prépara à une 
vigoureuse résistance. De son côté, la cour rassemblait toutes 
ses forces, les mettait sur le pied de guerre et en confiait le 
commandement au duc de Mayenne, frère du duc de Guise. 
Montberaud, qui avait été nommé capitaine dans le courant 
de Tannée précédente, reçut ordre du roi de rassembler en 
toute hâte sa compagnie, de l'armer et d'aller rejoindre en 

(1) HAtBiin. ffttl. d^HtMi U grand, t. im. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 152 — 

Gulenne le commandant en chef. Il fut en même temps créé 
maréchal de camp. Voici trois lettres que Henri 111 lui écrivit 
à cette occasion : 

VI 

Mons' de Moatberault. Estant adverty que mos subjetz faisant pro- 
fession de la Religion prétendue reformée ont commencé à prendre 
les armes en mon pays de Guyenne pour s'opposer à l'exécution et 
observation du dernier cdit que j'ay faict pour le bien et salut public 
de mon Royaume, j'ay desliber4 envoyer audit pays une bonne et 
forte armée soubs la obarge et conduicle de mon cousin le duc de 
Mayenne assisté dé mon cousin le s' de Matignon mar"' de France, 
pour me faire obeyr; et d'autant que je faiz estât me servir en icelte 
de ta compagnie de cinquante lances de mes ordonnances dont vous 
avez la charge et pareillement de vostre personne, pour la fiance que 
j'ay en vous et l'affection que je scay que vous portez au bien de 
mes afiaires, je vous prie inctfntinent la présente recoue l'assembler 
et mettre sus la plus forte et complettc qu'il sera possible et la con- 
duire et faire acheminer au lieu que vous mandera ledit s' mar*' 
quant il vous euvoyra la présente, afin d'entrer en ladite armée et me 
servir en icello en ce qui se présentera, vous asseurant qu'elle fera 
monstre et recevra payement tout îinsi que les autres compagnies 
de mes ordonnances que j'ay destinées à serWr en ladite armée; et vous 
prie donner ordre que par les chemins et ailleurs où elle sera em- 
ployée elle vive le plus modestement et à la moindre foulle de mon 
peuple que faire se pourra. Et vous me ferez service très agréable. 
Priant Dieu qu'il vous ayt, Mons' de Montberault, en sa saincte 
garde, Escrit à Paris, le xxx' jour de juillet 1585, 

Hesrï. 

A Mons' de MonlberauU, capp** de cinq" hommes d'armes de mes 
ordonnances. 

VII 

Mons' de Montberault. Ayant advisé d'envoyer une armée en 
mon pays de Guyenne soubs la conduite de mes cousins les duc de 
Mayenne et mar*' de Matignon, j'ay faict eslection de vostre per- 
sonne i)Our me servir de mareschal de camp en ladite armée avec le 
s" de S'-Chamaran geutilbonmie ordinaire de ma chambre que j'ay 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 153 — 
aussi choisy pour cest eSect (1), m'asseuraot que vous receverez à 
beaucoup d'honneur que je tous TeuiUe employer ea charge de tel prix 
et conséquence. Et partant je vous prie do disposer vos affaires de 
telle sorte que vous la puissiez entreprendre, sinon m'en donner advis 
incontinent affin que j'y pourvoye de quelque autre qiii s'en acquicte 
à mon contentement comme j'espère que vous ferez. Priant Dieu, 
Mons' de Moniberault, qu'il vous ayt en sa s" et digne garde. De 
Paris, le dernier jour de juillet 1585. 

Henrt. 
A Mons' de Montberault. 

vni 

Mons' de Montberault. J'ay veu ce que vous m'avez mandé par 
vos dernières lettres du 9epV" de ce moys touchant vostre compa- 
gnie de geasdarmes, laquelle puisque vous ne pouvez assembler si 
promptement, je vous prie donc que ce soit le plus tost qu'il vous 
vous sera possible, sans vous arrester aultrement à ^inst^mce que 
vous faictes pour le payefneot d'icelle auquel je pourveoirray lorsque 
l'on fera faire monstre aux aultres compagnies. Cependant je vous 
■ enveoye la commission de Testât de mar^ de camp de mon armée de 
. Guyenne, m'asseurant que vous responderez par vostre valleur et 
fidélité à mon expectation et à'ia bonna opinion que j'ay de vous. 
Et quand à vostre entretenemont pour ceste charge, je Tay faict em- 
ployer sur Testât de la despease de mon armée de Guyenne et en 
serez payé comme les aultres officiers de madite armse. Priant Dieu, 
Mons' de Montberault, qu'il vous ayt en sa s" et digne garde. Escript ■ 
à Paris le dernier jour de septembre 1585. 

Henhï. 

A Mons' de Montberault, chl' de mon ordre et capp" de ànq^ 
. hommes d'armes die m«s ordonnances. 

Nous avons retrouvé le rôle de la compagnie de gens d'ar- 
mes, levée par François de Montberaud (2). Ce rôle inédit 
pouvant offrir quelque intérêt à casse des noms de noblesse 
gasconne qui s'y trouvent, nous le reproduisons textuelle- 
ment. 

(1} SnrJe»a-BtplislePeyroDenc,>ieDrdflSaint-CbainaraD,qihrat<leiiaiï tinéclul 
d'Àgen, vojei Rttiu» de Gattogne, t, tu, p. B07. 
{%) Arcbitea'do sdmiDain d'Aach, S* 83. 



db.Google 



Rôle de la oompacrnie de François de Hontberaad. 



François de Tersac de Fontenes, seigneur de Moutberaut, capitaine. 

Jehan de Montesquieu, seign. d'Artagnan en Bigorre, près la ville 
de Tarbes, et y' demourant, lieutenant. 

Pierre de Haultpoul, seigneur de Rennes (?) en Languedoc, près 
la ville d'AUeth, enseigne. 

OdetdeGoiran (1), seign. de Montaguten Comminges, près la ville 
deSamatban, guidon. 

Arnaud de Meritens, seign. de Rozès en Couzerans, près la ville de 
St Lezer, maréchal des logis. 

HOMMES d'aRUES. 

Arnaud de Montesquieu, seign. de Pons en Bigorre, près Tarbes, 
et y demourant. 

Paul de Polastron, seign. du dit lieu près la ville de Lumbez, et y 
demourant. 

Laurent de Manent, sieur de Nusan (?) en Lauragais, près la ville 
de Mirepoix, et y demourant. 

Bertrand de Raspaud, seign. de Gramont, près Tholose, et y de- 
mourant. 

François de Ricard, seign. de Caudebègue [7), de la ville de Cas- 
telnaudary et y demoiuant. 

Jean Jacques de Bertus (ou Venus), seign. de Castelbon en Com- 
minges, près Salies, et y demeurant. 

Paul de Bruyères, seign. de Stampes (2), près la ville de Tarbes, et 
y demourant. * 

Pierre de Bouloutch, seign. du dit lieu en Armagnac, et y dmiouranl 
près la ville de Nggaro. 

François de Claverie, sieur du dit lieu près le Port-Ste- Marie, et y 
demourant. 

Jehan de Solan, seign. d'AIensfT) en Couserans, près la ville de 
Sl-Girons. 

(1) Vae Qiècs d'Odet de Goirani, nommée Jeanne, fille de Fruifoia de Goirans ma 
Itère, époDsa noble Jf an-Jaeqaea de Teruc, baron de Moatbersad, fils de Francoil de 
Tenu, cqiitiûoB deeatle compagnie. 

(3) Serait-ce Etiampit, gentUhomm» eonmingtoii, hoDonblemeai meaUoaiit 
dam la Relation dt ta Ftoride, éd. Tamliey de Larroqve, p. 46. 47? 



db.Google 



— IftS — 

Jehan de Palhac, sieur du dit lieu près Montreal-de-Rivièie, en 
Comminges, elydemourant. 

Arnaud de Coutray(l], de la ville de Samathan en Conmiiiiges, et 
y demeurant . 

, Lancelotde St Paul, seign. de la Spoy en Bigone, près la ville de 
Tarbes, et y demourant. 

Jehan de St Paul, sieur du dît lieu en Bigorre, près ta ville de 
Tarbes, et y demourant. 

Dominique de la Pêne, sieur du dit lieu en Bigorre, près la ville 
de Tarbes, et y demourant. 

Jehan de Sansac, seign. du dit lieu; diocèse d'Aire, ety demourant. 

Jehan d'Orbessan, seign. de Gonivernisse, diocèse de Rieux, et y 
demourant. 

Jehan Roques, sieur du dit lieu, auprès la ville d'Agen, et y de- 
mourant. 

Bertrand de la Salie, de la ville do St Lezer, et y demourant. 

Jehan Jacquesd'Aulon, diocèse de Rieux, près la ville deRieumes, 
et y demourant. , 

François de Canet, seign. du dit lieu en Bigorre, près la ville do 
Vie, diocèse de Tarbes. 

Nombre XX Vil hommes d'armes. 



Jehan de Rostaing, seign. du dit lieu près Castelnau de Magnoac, et 
y demourant. 

Arnaud de Polastron en Comminges, près la ville de Lumbez. 

Bertrand de Castets, sieur du dit lieu en Couserans, près la ville 
de Castelbon, et y demourant. 

Anthoine de Lomothe, sieur du dit lieu près la ville de Castelnau 
de Magnoac, et y demourant. 

Jehan Roques jeune, près ta ville d'Agen, et y demourant. 

Jehan Sépe, sieur 4u dit lieu en Lauragais, près la ville de Mont- 
grard, et y demourant. 

François Solanac, sieur du dit lieu, diocèse dé Rieux, près la ville 
de Çazères, et y demourant. 

Jehan Bazan, diocèse de Rieux, demourant près la ville de Cazères. 

(1] Àroaud de Couir»; âpoDia an 1581) nobla dunoiseJIe Anoe de Cuulada, OU* 
da noble Jehsnde Cirsal*d«, «eisneurda Poaut, Mda BUnchiiia dePaamai, 



db.Google 



Bertrand Cabalby, sieur du dit lieu eu Couserans, près la ville de 
St Girons, et y demourant. 

Arnaud de Labarthe, sieur du dit lieu, près la ville de Casteloau 
de Magnoac, et y demourant. 

Jehan Breton, sieur du dit lieu, diocèse de Comminges, près la 
ville de Lumbez. 

Mauaud Daulon, sieur du dit lieu, près la ville de Rieumes, et y 
demourant. 

Guilhaume Delaire, sieur du dit lieu, près la ville de Tholose, et y 
demourant. 

Jehan Labat, diocèse de Rieui.près la ville du Fossaret, ety de- 
mourant. 

Tanneguy Laurent, diocèse de Çieux, et y demourant, près Rieu- 
mes. 

Jehan de La Porte, sieur du dit lieu, près la \Tlle de St-Blancat de 
Nebousau, et y demourant. 

Jehan de Posens, sieur du dit lieu en Couserans, près la ville de 
St-Lezer et y demourant. 

Jehan de Tersac, sieur du dit Heu près la ville de Mongraid en 
Lauraguais, et y demourant. 

Pierre Rosselet, de Casteluau de Magnoac, et y demourant, dio- 
cèse d'Auch. 

Bertrand Daubon, du lieu de Mont en Astarac, diocèse d'Auch, 

Anthoine Parquet de lAuguedoc près AUeth, et y demourant, 

Dominique de Lasserre, sieur du dit lieu en Astarac près Masseube 
. et y demeurant. 

■ Laurent Boulp, du lieu de Coladère près la ville de Gazères, et y 
demourant. 

Jehan Broue, seigu. du dit lieu, de Cazaubon, diocèse et près la 
ville d'Auch, et y demourant. 

Jehan Mules, du lieu de Lafitolle en Bigorre près la ville de Tarbes 
et y demourant. 

Samson de Lomaigne, habitant de Gimont, diocèse de Lumbez. 

Pierre Rigail, sieur du dit lieu, diocèse de Tholose, et y demeu- 
rant. 

Jehan Caton, diocèse de Comminges, près Samathan, et y demou- 
rant. 

Jehan de LaBargue, diocèse de Rieux, et y demourant, 

Pierre Ferratge, du heu de Ste-Croix, près la ■tille de Cazères, ety 
demourant, àrurgien. 



D,g,tze:Jb.GOOgle 



— 157 — 
Michel de La G&ssaigne, de Balias-Batz en Astarac près la ville de 
Simone, et y demouranl. 
Durand Sudre, habitant de Gaillac, diocèse d'Alby, trompette. 
Jacques Faoot Mongomet, demourant à Tholose, maréchal. 
Jehan Barat, de La Fage près Rieumes, et y demouTant, fourrier. 

Nombre XXXini archers. 

La guerre s'ouvrait sous de terribles auspices. La haine et 
la rage des deux partis ét^ent surexcitées à un point extra- 
ordinaire. Un édit du roi confisquant les biens des protestants 
et les déclarant coupables du crime de lèse-majesté vint 
combler la mesure. La France se couvrit de ravages. Mont- 
beraud se comporta, comme toujours, en sage capitaine et en 
intrépide soldat. Sa belle conduite et son courage lui valurent 
de la part du roi cette lettre de félicitation : 

Mons' de Montberault. Vous entendrez du s' de Pardaillan, que 
j'envoie par delà poui- visitermon cousin le duc de Mayenne sur l'oc- 
casion de sa maladie, le contentement que j'ay du service que vous 
me faictes en mon année de Guienne. Car je lui ay commandé de 
le vous IJEiite scavoir, et vous prie d'y continuer avec la mesme vigi- 
lance que vous y avez rendue jusques icy, sans abandonner madite 
armée qui a autant de besoiug que jamais de l'assistance de mes 
bons serviteurs. Et je le recognoistray en tout ce qui se présentera 
pour vostre bien et advantage, priant Dieu, mons' de Montberault, 
qu'il vous ayt en sa s" et digne garde. De Paris le zxnu* jour de 
may 1M8. , Hbkbt. 

Mans' de Montberault mar^ de camp de mon armée de Guyenne. 

Mais la bonne fortutie, qui avait toujours protégé notre 
intrépide capitaine au milieu des combats, lui Ût un jour 
défaut. < Le seigneur duc de Mayenne voulant venir se ra- 
» freschiràBourdeaux fil requérir Messieurs les Jurats pour lui 
> faire accomoder son logement, et aux seigneurs de sa suite. 
• Le dit seigneur arriva le dk-haitieme may et Madame la 
Tou su. 11 



db.Google 



• duchesse de Mayenne le dix-neufieme, logèrent à l'arche- 
» vesché, et partit ie dit seigneur de Bourdeaux et se mit dans 
» une galère. Alla à Bourg et de là à Castillon qu'il assiégea 

• et print (1). » — C'est à l'attaque de celle place forte que 
François de Montberaut fut blessé d'un coup d'arquebuse. 
Cette blessure assez grave l'obligea de quitter rarmèe et de 
rentrer dans ses terres pour se soigner. C'est à ce' sujet 
qu'Hepri III lui écrivit la lettre suivante. 

X 

MoDS'' de Montberault. Vous avez bien faict, suivant ce que vous 
m'avez mandé pa^vos lettres du w de ce mois, de vous estie retiré 
en votre maison pour advancer la guerison de l'arquebusade que 
vous avez receue au siège de Castillon, de laquelle j'ay esté aultant 
desplaisant comme j'ai occasion de me contenter da bon' service que 
vous m'y avez faict pendant que voslre santé le vous a permis. 
MecteÈ donoques peine de la recouvrer au plus tost qu'il vous sera 
possible, pour continuer à me faire paroistre l'affection que vous por- 
'tez au bien et prospérité de mes affaires, dont je n'attends pas moings 
de bons effectz que vous en avez rendu par le passé, lesquels je seray 
1res aise de recongnoistre en tout ce qui s'oSrira pour vostre 'bon- 
neur et advantaige, priant Dieu, mons' de Montberault, qu'il vous 
ait en sa garde, fîscrîpt le xxuu* jour de septembre 1586. 

Hekrï. 

A Mar^ de Montberault capp" de cinq** hommes d'armes de mes 
ordonnances et mar** de- camp de mon armée de Guyenne. 

Pendant que Montberaud se remettait dô sa blessure, l'ar- 
mée de Guyenne, sous le commandement d'Anne de Joyeuse, 
était battue et presque anéantie à la fameuse journée de 
Coutras. Henri de Bourbon, à la tête des vieux débris de Jar- 
nac et de Moncontour, entouré de la fleur des gentilshomme's 
du Midi, combattit comme un simple soldat, et montra, ainsi 
qull l'avait dit avant la bataille aux princes de Condé et de 

ilj Chronique bourdtloitt. 



D,g,tza:Jb.GOOglC 



— 159 — , 

SoissoDs, qu'il était l'afoé des Bourbons. Anne de Joyeuse 
périt dans la mêlée. 

. Entraîné par l'ardeur et la fougue de ses convictions, Mont- 
beraud devint un des premiers chefs de la Ligue en province. 
Scipioh de Joyeuse, qui avait succédé à son frère Anne, tiiè au 
combat de Contras, lui conûa le commandement de la ville 
et do diocèse de Rieux(l). Montberaud lève aussitôt et équipe 
une armée aux frais de la ville; à la tête de cette petite 
troupe, il entre en campagne et reprend sur les royalistes les 
petites villes de Montman, Domarjan et antres places (2), 
pais court rejoindre Tarmée du dnc de Joyeuse aux environs 
de Carcassonne. L'armée desligueurs, unmomenttriomphante, 
se vit bientôt sérieusement menacée par les royalistes. Joyeuse, 
poursuivi à outrance par le duc de Montmorency, assembla 
son conseil pour discuter les chances de succès que pouvait 
offrir la résistance. Montberaud elles autres chefs de laUgue, 
d'Hauterrive et d'Ambres, lui* conseillèrent de demander sans 
.retard des secours au roi d'Espagne (5). Joyeuse se rendit 
à cet avis et Philippe II lui envoya un corps d'armée. 

Mais le meurtre d'Henri ni et la Déclaration d'Henri IV 
à son avènement changèrent tout, d'un coup la situation du 
royaume. Beaucoup de gentilshommes, -rassurés par les pro- 
messes et comptant sur la parole du' jeune roi, se rallièrent 
à lui. 

Cependant ta liguene devint que plus entreprenante. François 
de Montberaud resta dans ses rangs. Attaché à la fortune du 
duc de Joyeuse, il refusa comme lui de reconnaître le vainqueur 
d'Arqués et se jeta à corps perda dans la faction des Guises. 
Mais la fortune abandonna ses armes. Après plusieurs escar- 
mouches où elle eut le dessous, l'armée de Joyeuse, poursuivie 
par le duc de Montmorency, fut vaincue en forme près du petit 

{I) DOH YAUim, Hiil. du Langutdoe. 

(S] IdMR. 

(3) lina. 



db.Google 



village de Cesseras. Mootberaud commandait à l'aile gauche (1 ). 
Malgré des efforts héroïques et un courage digne d'une 
meilleure cause, il fut obligé de se replier et de battre en re- . 
traite. Une sorte de fatalité s'attachait à ses armes kl à ses 
conseils. Après la défaite deCesseras, il décida Scipion de 
. Joyeuse à rallier son armée et à mettre le siège devant la petite 
ville de Villemur (2). Mais les royalistes, commandés par 
Themines, leur intligèrent une sanglante défaite, où succomba 
presque tout entière l'armée des hgueurs. Le duc de Joyeuse 
périt en voulant traverser le Gard à la nage, et Montberaud 
lui-même n'échappa à la mort qu'en prenant la fuite avec quel- 
ques gentilshommes (1592). 

La mort de Scipion de Joyeuse laissait sans chef la pro- 
vince de Languedoc et la ligue dans le Midi. Les ligueurs et 
le parlement de Toulouse s'assemblèrent pour délibérer sur 
le choix d'un gouverneur. Après quelques discussions de forme 
et les refus réitérés du cardinal de Joyeuse, les votes de l'as- 
semblée se fixèrent sur le père Ange de Joyeuse, frère de 
Scipion, et rehgieui au couvent des Capucins de Toulouse. 
François de Montberaud, à ta tête de quelques gentilshommes 
échappés comme lui à la défaite de Villemur, allèrent le tirer 
du cloitre (3). Après quelques hésitations, commandées sans 
doute par un reste de pudeur, le capucin jeta le frob et prit le 
commandement en chef de la province du Languedoc et de la 
hgue du Midi. Du reste, il n'était point novice dans l'art de 
la guerre, ayant déjà fait ses preuves comme soldat sous le 
nom de comte du Bouchage. Qui ne conuaft les vers de la 
Henriade : 

Vicieux, pénitent, courtisan, solitaire, 

Il prit, quitta, repril la cuirasse et la haire. 



(1) Dom VuisiTi, But. dit Langtttdoc. 

Wld. 

(3)«. , 



db.Google 



Ange de Joyeuse s'empressa de conclure une trêve avec le 
maréchal de Montmorency et visita son gonvernement. Il re- 
vint ensiUteàToulouse, où on lui fit une réception magnifique. 

■ Il fut reçu entre les deux portes du châteaa par six capitouls. 
» De là, marchant à cheval entre deux capitouls, quatreautres 

• venant après aussi à cheval, il alla descendre devautTèglise 
» de Saint-Estienne où le TeDeumfut chantéenmusique. Il 

• était accompagné de Cornusson, sénéchal de Toulouse, des 

■ barons de Montbéraud et d'Ambres et de plusieurs autres 
» gentilshommes (1). » 

Cependant des royaUstes et des ligueurs inflijents, fatigués 
de ïa guerre, entamèrent des négociations pour engager les 
révoltés dé la province à se soumettre au roi. A la suite de ces 
pourparlers, plusieurs villes du Languedoc se détachèrent de ■ 
la ligue. Toulouse fut une des premières. Déjà même la paix 
était sur le point» de se conclure, lorsque, Ange de Joyeuse, 
mécontent du roi de France, fomenta de nouveaux troubles. 
Il réunit autour de lui quelques hommes dévoués, et à leur 
tété il s'empara de 'plusieurs villes et entra de vive force à 
Toulouse, ayaotà ses côtés Montberaudson fidèle conseiller (2). 
Cette boutade n'eut pas de résultat sérieux; car la paix se con- 
clut l'année suivante, et Henri IV, dont la générosité égalait la 
bravoure, traita avec son ennemi comme avec un vainqueur. 
Il fit droit et honneur à toutes ses demandes. Anne de Joyeuse 
se souvint auprès du roi de son fidèle compagnon. Nous re- 
trouvons, en effet, parmi les articles secrets qu'Henri IV 
accorda au duc le 56*, ainsi conçu: « LVI. Sa Majesté aura 
» agréable accorder pension de 2,000 ècus au sieur de Mon^ 

• beraud pour demeurer ordinairement auprès de la personne 
» du dit sieur de Joyeuse et l'assister en son conseil comme 
> il a accoustumé (3). > Le roi écrivit de sa main : accordé 

(1) innafM de Toulovte. 
(3) Dom VilSiETB. 

,0) DamViiSRRTi.âiit. du fanjutdoe.iome IV, preuves; et ÀrchivesdagémiDaire 
d'Âacb, L'Se. 



db.Google 



i,âOO écm. Les faveurs du roi ne se bornèrent pas là: Henri, 
qui savait reconnaître la fidélité et le courage même chez ses 
ennemis, nomma François de Monti&eraud gentilhojnme or- 
dinaire de sa chambre (1). 

Ici se terminent tous nos renseignements sur la vie de 
Montberaud (2). II est probable qu'après la conclusion de la 
pàx il se relira sur ses terres pour se reposer des fatigues de la 
guerre. L'époque de sa mort nous est encore inconnue. Nous 
savons seulement qu'il fut enterré au tombeau de ses a'ieux 
dans réglise des pères dominicains deRieux. On lui. éleva un 
superbe mausolée au-dessus duquel fut sculptée sa statue armée 
de pied en cap. Sur la pierre sépulcrale on grava, en guise 
d'inscription mortuaire, un dialogue en vers latinâ, entre la. 
Patrie en deuil et un Génie consolateur (5) : 

— In obii^u illtistria viri Domini Monberaldi. — 

EUD^MON. PaTRIA. 

Eud. Quid lacbrimis vultum submergis Patria tantis? 

Pat. Ah I Monberaldi tristia fata ûeo I 

Eud. Siste velim lacbrimas: cou buncrevocarc valebunt, 

Est [et]eQiin dignus nobiliore toco. 
Pat. Ahl locus... iniQiiti extinguar moeroie. Puteati 

Vindice Libertas nunc manet orba suo f 
Eud. Absit, non moritur, vitam phœnicis ad instar 

Morte immortalem possidet ipse sua.. 

Le Gémi E. Patrie, pourquoi inooder ton visage de plouts? 
La Patrie. Ahlje déplore la tristedestinée de Montberaud. 

(1) Archives dngJmiDBirsd'Ancb, Li 8â. 

(3) Non! ne serons s'il faut appliquer i notre héros, an à qailqne antre membre de 
la mSme famille, cette meniion de la 6q de ISIO, qae nous avons rsneonlrée dans 
ÏInvealaire-tommaire det archivei départtmentaltt de la Baute-Garonnê (B 990' 
p. 661 : < Délense aax sieurs de Montbïraad el de Benqae, prévenus de provocalion 
et acceptation de doel, de porter aacnne espèce d'armes, de réunir des partisans 
armés; ordreàtonsgoavarnears,magislral9 et antres oiriciers dei'opposori ces réunions 
et de ponrsuivri; les infraclîond i peine de iOOO livres, i 

(3) dirait de i'épitaphe inicripli, elc. Noie rédigée par frère Tbomas Ssriat, 
prieDrdiftonventdflsdominIcainsdeRieus, 33 septembre 1666. Are hi vis du séminaire 
d'iucb, R SS. 



db.Google 



— 168 — 

Le Génie. Arrête tes larmes, je l'eu prie.elles ne sauraLeot le rame- 
Der, car il est digne d'habiter une plus noble demeure. 

Li Pairie. Ahl cette demeure!... mon cruel chagrin me fera mou- 
rir. La Liberté reste désormais veuve de son puissant, champion. 

Le Génie. -4 Dieu ne plaise 1 il ne meurt pas ; nouveau phénix, il 
entre par sa mort en possession d'une vie immortelle. 

François de Montberaud avait épousé noble damoiselle 
Catherine de Lambès de Savinhiac, dont il eut entre autres 
enfants Jean-Jacgues de Tersac, baron de Montberaud, marié 
à noble dîunoiseUe Jebaone de Goyrans, QUe de noble Fran- 
çois de Goyrans, seigneur de Goyrans, Bernacbon, Lacauguie 
et autres lieux, et de Françoise de Rochefort, de Ut maison 
de Lacaugnie. 

La barounie de Montberaud passa en Tannée i647 de la 
maison de Tersac dans celle de Bazon, par le mariage de 
Catberine de Tersac, fllle de Jean de Tersac, seigneur el baron 
de Montberaud, Tersac, Fontaines, Pataminy, etc. (petit-fils 
de notre héros)', et de Claire de Mauléoo de Francon, avec 
Jean de Bazon, seigneur du Hajan, Larouzet, Labernède(l), 
etc. Depuis ce moment, les Tersac cessèrent de porter le titre 
de barons de Montberaud. — En 1764 eUe devint un des fiefs 
de la maison des vicomtes d'Uslou-Saint-Michel, par le ma- 
riage de Josèphe-Suzanne de Bazon, fille de André-Joseph de 
Bazon, seigneur et baron de Montberaud, Hajan, Palaminy, 
Larouzet et Labernède, petit-flls du précèdent, et de Elisabeth 
de Cotis-de-Bonnes, avec messire Stanislas-Pierre, vicomte 
d'Ustou (2), seigneur et baron de Montberaud, Saint-Michel, 
Labernède, etc., lieutenant des maréchaux de France et député 
de la noblesse duCommingeaui Etats-Généraux del789. Des 
deux enfants mâles nés de ce mariage, l'un Louis-Bernard 
Gausserand, marié avec damoiselle Marie-Guillaumette- 
Eléonore de Bertrand-Moleville, portait le titre de vicomte 

(1) IrehivM ds la [tmilla d'UsIoa, »a cbItMQ da LiAeraJde. , 



db.Google 



— 164 — 

d*ystoa; l'autre, Jules-Joseph, capitaine au riment de 
Harie-Thérëse, marié avec damoiselle Joséphine de Faydit de 
Tersac, état baron de Mpntberaud. La famille d'Ustou-Saint- 
Michel s'étant éteinte dans les maisons des barons de Solan- 

- Saboulies, de Carsalade du Pont, de Gourrége, et des vicomtes 
de Resseguier de Medidier, le titre baronal de Montberaud a 
cessé d'exister. 

Il nous reste à publier deux lettres d'Henri IV, qui étaient 
jointes aux missives précédentes et qui manquent à la grande . 
collection de M. Berger de Xirrey. La première, datée de 1577, 
est adressée à MonMewr de i/ontberaidt, sans autre indication 

* de prénom ou de résidence. D'après une note génésdogique, 
rédigée au xvn' siècle, sur la maison de Tersac, il paraît 
que ceM. de Montberaud serait noble Jehan-Jacques de Tersac 
de Montberaud, frère de François de Tersac dont nous venons 
d'esquisser la vie. Les Tecsac possédaient en effet au lieu de 
risle-d'Arbéchan (1) un fief; plusieurs d'entre eux se qua- 
lifiîûent de seigneur de l'/sle. Il est probable que Jean-Jacques 
y avait fixé sa résidence, pendant que son frère guerroyait dan s 
le Languedoc et la Guyetme. Au point de vue historique, 
cette lettre peut offrir de l'intérêt en ce qu'elle comble en 
partie une lacune de l'itinéraire de Henri IV. Le mois de 
mars de l'année i577 y est complètement vide. Or notre lettre 
constate la présence du roi de Navarre à Mirande le 10 mars ' 
1577. Il était à Agen le 28 février précédent; il dut en re- 
pu-tir vers le commencement de mars et pousser une pointe 
jusqu'à la capitale de l'Astarac. Jacques de Montberaud, crai- 
gnant sans doute que ses troupes se répandant aux environs 
ne vinssent attaquer sa petite ville, dêm»ida au roi une sau- 
vegarde, que celui-ci lui envoya avec cette gracieuse petite 
lettre. 

(1) Aajonrd'hni l'lsle-d«-Ho4. Lt fimille ds Hoé vint i'«tablir ■ l'Ute-d'lrbt- 
ebin Teri l'io ISOO, p*r le mtriace da Jmq, buoo de îfoi, «mc Léonora de Hta- 
léoQ de FnooDD, teifoearMae dodit lien. D«pnir, lt ntl« » chtngé ma nom d'Ar- 
bMua contre eelni de Moi. 



db.Google 



Mons' de Montberault, suyrant ce que m'avez écrit, je vous en- 
Toye la sauvegarde et exemption pour vostre lieu de l'Isle-d'Arbe- 
chao en notre conté d'Armaignac, avec une permission d'y com- 
mander et pourveoir par vous et mons' de Noé à la garde et oonser- 
vatibadudit lieu soubs mon auctorité, si bien qu'il n'en puisse advenir 
surprmse. Avisez en que! autre endroict je vous pourray gratiffier et 
faire [)laisir. Car vous m'y trouverez toujours bien disposé et d'aussi 
, boa cueur que je prie Dieu qu'il vous ait, mons' de Montberault, en 
sa tressaincte et digne garde. De Mirande, ce X' mars 1577. Vostre 
bien bon et asseuré amy. Henbt. 

II 
Mons'de Badens, l'asseuraace que le s' de Cornusson sen'' de 
Tbolouse m'a donnée de sa tidelité et affection à mon service, et dont 
j'ai pris entière confiance m'ameu, pour l'autoriser en ceste bonne 
Toluntéet luy donner moyen de la rendre plus utile au bien de mondit 
service, de lui donner le commandement pour le faict des armes en sa 
seoeschaussée comme avoit le feu s' de Cornusson son père par com- 
mission du feu roi, dont je vous ay bien voulu particulièrement ad- 
venir, à ce que scacbant Testât que je fais de luy vous viviez dores- 
savant en la bonne intelligence qui est nécessaire entre mes servi- 
teurs pour le bien de mes affaires, comjne je m'asseure que de sa 
part il vous en donnera toute occasion selon qu'il scait estre ma vo- 
lunté, et avec la créance que j'ay que vous y apporterez la bonne 
correspondance que je désire, je prie Dieu, mons' de Badens, qu'i' 
vous ait en sa s" et digne garde. Ëscrit au camp devant Laon ce 
xivj» jour de juin 1594. ÏIenht. 

Cette seconde lettre est, comme on le voit, adressée par 
Henri IV à un M. de Badens, que rien, à notre connaissance, 
ne rattache aux Montberaud et sur lequel nous n'avons du 
reste aucun renseignement à donner. Ce n'était pas une rai - 
son pour laisser inédite cette missive du roi béarnais, que 
nous laissons à d'autres le soin d'éclaircir. 

L'^bè Jules de Cabsalade dc Pont. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



NOTES 

L'HISTOIRE DE LA PAROISSE 

ET DU 

CHAPITRE DE SOS. 

M. Samazeuilti a parfaitement mis en œuvre, dans sa courte 
iBt substantielle notice sur la ville de Sos (1), le peu qui reste 
des archives municipales de ce vieux bourg gascon. Il ne s'est 
pas laissé décourager par les lacunes qui criblaient les parties 
les plus importantes de son sujet, et pour ma part je l'en féli- 
cite. Des travailleurs moins dévoués ou plus novices renoncent 
si aisément, pour ce motif, à des entreprises du même genre! 
De là le trop petit nombre de monographies communales 
publiées dans notre région. Ces modestes travaux sont pour- 
tant le plus sûr moyen de refaire solidement notre histoire 
provinciale et nationale, et mieux vaut cent fois, en pareille 
matière surtout, l'essai le plus incomplet, qui chaque jour peut 
s'enrichir et se parfaire, que le vide et le néant. 

M. Samazeuilh était plus à portée que nous de retrouver 
les débris de la vie municipale de Sos; l'histoire religieuse de 
cette ville, au contraire, a laissé plus de traces à Auch que chez 
elle. On n'en sera pas surpris si l'on réfléchit que la cité archi- 
épiscopale avait les plus intimes relations avec le chapitre de 
Sos, et que la Bibliothèque de notre ville renferme, dans les 
glanages de l'abbé Daignan du Sendat, les documents les plus 
précieux sur l'histoire ecclésiastique de notre ancien diocèse. 

En réunissant les notes que j'ai tirées de ses manuscrits et 

(l) Voy» plQt huit, p. S6 SI 30. 



db.Google 



— 167 — 

quelques renseignements puisés à diverses sources, je me 
trouve à même de donner des détails qui compléteront le tra- 
vail de notre vénérable collaborateur : 1' sur l'importance de 
Sos au début du moyen âge; 2° sur quelques points de son 
histoire paroissiale aux xi% x»*, xm', xiv siècles; 3° sur les _ 
ravages qu'y porta le protestantisme armé; 4» sur son état 
religieux aux deux derniers siècles. 

I 

La littérature légendaire, qui a presque toujours une grande 
valeur comme indice moral et tradition générale, même quand 
les faits qu'elle rapporte sont sans caractère historique, me 
semble démontrer la durée de Tinfluence de l'oppidum SoUatum 
dans les temps barbares. N'ayant pas le litre de cité, le bourg 
aquitain ne reçut pas de siège épiscopal, mais il dut garder 
une importance exceptionnelle et être dès l'origine le chef-lieu 
d'une circonscription assez étendue. Sos est nommé en effet 
dans la légende de saint Sever, comme une dés étapes de ce 
saint apôtre des Landes. Il est vrai que certains critiques ont 
voulu appliquer à la ville d'Aire la mention du rédacteur de 
cette vieille vie; mais il n'y a pas de doute qu'il s'agit bien de 
Sos dans-ce document comme dans les Commentmres de 
César (1). 

Une légende encore moins historique, mais encore plus 
curieuse que celle de saint Sever, renferme une particularité 
d'un tout autre intérêt. C'est la légende de saint Lezer ou Le- 
sens, martyr (2), dont le corps repose dans l'église du Mas de 



(1) La lég«ndB <la saint Seyar, pabliéejnsqa'ici d'une maaiére incomplèie. se icoave 
AD entier, saas divenes formef , dans po groi manuscrit latin sar Ibistoire de r»bbaje 
de Baint Sever, cap. de Cascogae, œavre d'un bénédictin de celle abb»ye an ivti* 
aiécle, ul qui cal anjoard'hai la propriété de noire correspondant, H. Lngat, coté de 
Viileneuve-de-MarsaD. 

(3) La légende latine de saint Leier (non pu Liceriut, mais licelui], compléleneot 
inédile, noas a été contorvée par l'abbé Daignan du Sendali Pièct$ juttifieativet, 
p. 17G7 (Mis- de la Bibl. de ta rille d'Âocb, 86). 



db.Google 



Fimarcon. Elle fait naître ce saint en Espagne, leçon qui revient 
^op fréquemment dans notre hagiographie provinciale pour 
être acceptée en toute confiance; elle rappelle ensuite, d'après 
de vagues traditions au fond très plausibles, la vie militaire 
de Lezeretla guerre soutenue contre les Ariens, dont l'erreur 
avait infecté surtout le pays d'Eauze et d^ Sus : cum ariana 
hœresîs venenata in partibus Elisonœ et Sossensis pullularet. 
On a conjecturé qu'il s'agissait des Albigeois; mais tout dé- 
montre que ce sont plutôt les Goths du vi' siècle. D'après la 
chronique, c'est àSos que Lezer reçut le coup mortel; mais il 
put marcher jusqu'au Mas-sur-l'Auvignon, où il expira et fut 
enseveli dans l'église dédiée à saint Martin. 

Il n'y a guère dans notre légendaire de récit plus naïf et plus 
carastéristique que celui du voyage du saint martyr et de ses 
stations à Roquepine, ou il ne voulut pas mourir, et dans une 
vigne voisine du Mas, où il traita lui-même la question de sa 
sépulture. Mais ces détails ne sont plus de mon sujet, et je nt; 
devais noter ici qu'un fait particulier, intéressant la ville de 
Sos, el une impression générale sur l'importance que garda 
longtemps; au moins dans la mémoire des peuples, ce boulevard 
tombé de ta liberté aquitaine. 

Il 

Le plus ancien document relatif à l'église de Sos est de Pan 
1093, et le fait qu'il rappelle est consigné dans les Chroniques 
d'Audi de dom Brugèles, où M. Samazeuilha oublié de le cher- 
cher. En cette année, Guillaume de Montant, archevêque 
d'Auch, « consacra le grand autel de l'église de Sos à l'honneur 
de la Sainte Vierge et de saint Asciscle, tnartyr : il fut assisté 
dans cettecérémonie par Simon II, évéque d'Agen, et Pierre II, 
èvêque d'Ayre, qualifié dans la charte d'évêque de Marsan, de 
quoi on voit ailleurs d'autres exemples, a l'occasion de la vi- 
comte de Marsan qui compose plus de la moitié du diocèse 



db.Google 



d'Aire; ceUe de Tursan, qui est beaucoup moios étendue, com- 
prend le reste (1). » 

On peut lire dans D. Brugèles {Preuves de la 5' parUe, 
p. 64) l'acte de cette consécration, dont je ne garantis pas 
la parfaite exactitude. 

On y verra que des concessions importantes furent faites * 
alors à l'église de Sos, ou plutôt que les propriétaires qui dé- 
tenaient héréditairement des terres appartenant à cette église 
lui en Qrent restitution. On verra aussi que les évéques lais- 
sent au principal de ces bienfaiteurs la possession, sa vie 
durant, d'un vilain dans les terres de l'église de Sos et d'un 
autre dans la ville de Cussia (Cosse ? peut-être Gussia, Gueyze ?) 

La première mention du chapitre de Sos apparaît dans une 
bulle du pape Célestin III en 1195 (2). Dan» ce document très 
important, le souverain pontife, confirmant les possessions et 
les droits de l'église d'Auch, statue entre autres choses que 
■ ceux qui voudront faire partie des chapitres canoniaux de 
Saint-Martin hors des murs (d'Auch), de Saint-Nicolas de 
Nogaro, de Saiut-Serain de Sos, de Sain^Pierre de Vie, de 
Sainte-Candide de Jeguii, de Saint-Jacques d.'Idrag, devront 
d'abord se présenter au chapitre de Sainte-Marie • et lui pro- 
mettre respect et déférence. Cette subordination cessa plus 
tard, à la suite de la sécularisation des chapitres'. 

La seigneurie de l'archevêque d'Auch, reconnue à Sos de 
vieille date, n'éprouva de contestation que sous Bernard de 
Treucaléon, qui prétendit y avoir droit de justice, m<ùs qui 
fut débouté par sentence arbitrale du 8 octobre 1268. Quarante- 
cinq témoins avaient été entendus par les arbitres des deux 
, parties : Hugues, prieur du Port-Sainte-Marie, pour Amanieu, 
archevêque d'Auch; et Guillaume de Laur, prieur de Caude- 
rot, diocèse de Bazas, pour Bernard de Trencaléon (3). 

(1) Chroniq. d'Àvch, l'' pariie, p. 90. 

(3) D. BftUGiLis, Chron. d'Âucti, prouvas ds la l" parus, p. 10. 
(3) Dimit*)) DD SinoAT, Mim. mt$. pour l'hùi. tecl. du -diocèu d'Auch. p. 
741 (BU. de U lùbl. d'Ancb, 83.] 



D,g1tze:Jb. Google 



— no — 
II y eut, dans le siècle suivant, une discussion plus déli- 
cate entre Tarchevêque d'Auch, l'archidiacre et le chapitre de 
Sos, touchant leurs droits respectifs tant spirituels que tem- 
porels. Par une transaction du 30 décembre 1330, les trois 
parties remirent leur différend à l'arbitrage de l'offlcial d'Aueh 
* et de l'abbè de Pessan. Les droits de chacun furent nettement 
déterminés et on fixa la valeur des cures que l'archevêque de- 
vait unir au chapitre pour lui assurer une existence honorable. 
Le chapitre avait la sacristie, c'est-à-dire les droits curiaux. 
Ce n'est qu'au xvii» siècle, comme on le verra, que fut créé 
l'archiprèlrè de Sos. 

III 

Le chapitre de Sos, longtemps régulier, de l'ordre de 
saintAugustin, fut sécularisé en 1548, cbmme celui de Sainte- 
Marie d'Aucli, dont il était regardé comme un membre (1). 
Mais il semble qu'au moins à l'égard du temporel, l'église 
collégiale de Sos était dans un état assez prospère au moment 
des guerres de religion. Il est vrai qu'à la suite probablement 
des guerres du xiv° siècle, les églises du pays, appauvries ou 
ruinées pour la plupart, avaient cessé de payer leurs dîmes au 
chapitre de Sos. Mais ce dernier réclama quand ces églises 
eurent été partout réparées, et voulut rentrer dans ses droits 
cédés temporairement aux fabriques des divers lieux. Un 
arrêt de Henri II, donné à Bordeaux, le dernier mai 1550, 
décide en effet que, les églises étant « bien réparées et con- 
jointes, » les fabriciens qui en retiennent encore les dîmes 
sont « injustes occupateurs, veu que lesdites dixmes sont 
dbeues pour raison du divin service. » Ces dîmes sont éva- 
luées à « 1000 livres ou plus, » sans qu'on énumère les 
églises qui les doivent, elqui sont situées dans diverses séné- 
chaussées du Parlement de Bordeaux. Cet arrêt n'est pas 

(1) Bbdgâlbs, Chrmiqutt «tel. d'Àuch, p. 490. 



db.Google 



d'ailleurs un chef-d'œuvre d'érudition historique. On y fait dire 
à Henri II que les églises avaient été ruinées « par l'invasion 
desGoths (!) ou autres ennemis de la loy chrestienne faite en 
divers. endroits de nostre royaume et mésmement en nostre 
pays et duché de Guyenne. ■ Le chapitre de Sos y est dit en- 
core (assertion sans doute de la même valeur) de fondation 
royale (1). 

M. Samazeuilh n'a pas trouvé le moindre renseignement sur 
les ravages du protestantisme à Sos. Plus heureuxque lui, grâce 
au voisinage des manuscrits de ï'abbè Daignan, nous avons le 
procès-verbal du juge nommé par Biaise de Monluc pour cons- 
tater et réparer les pertes subies à Sos par le culte catholi- 
que. Voici d'abord la commission donnée par Monluc et qui 
me parait inédite : 

Biaise de Monluc, chev. de i'ordredii roy, eap' de 50 hommes d'ar- 
mes de ses ordonnances, et son lient, g»' en Guienae, à M' Jean 
Vedrines, advocat en la co ar presidialle d'Agen et juge de la ville de 
Castelsagrat, salut. Comme oy devant nous aurions baillé commission 
pour informer des desmoliraents des églises et des pilleries et sac- 
cagementz faitz en icelles,- et que-nous soyons deuement advertys 
qu'il y a plusieurs prestres et religieux, mesme aux lieux de Mezin 
Monreal et autres lieux en Gascogne, qui à cause qu'ils n'ont lieu 
pour exercer le service divin, les catholiques demeurant sans religion 
quoi quils soint de l'exercice d'icelle sy se peut exercer (2). A cette 
cause, nous vous mandons et enjoignons par ces présentes et auidi- 
tes fias en tant qu'est de besoin commettons, pour vous transporter 
auxdits lieux de Mezin, Montréal et tous autres lieux plus commode's, 
pour bailler auxd. prêtres et religieux cordeliers de saint François et 
autres, pour eux se louger et faire l'exercice de la religion catholique 
apostolique romaine, des maisons et lieux appartenants à ceux de la 
nouvelle opinion estans auxd. villes de Condom, Mezin, Montréal et 
autres lieux et en icelles les accumoder de ce que pourrez ahn qu'ils 



(1) DiiGniN DU Sendit, Piitct fuitificativu, p. S33. 

(S) Sic! ht, copie est peat-iirs incorrecte, comme il arrive trop souvent dans 
l«a glanages de l'abbt Oaignan, qni recevait de loaies maim et ne rGTOïsit guère 
lee triiueriptioiu du uiciaDS acte*. 



db.Google 



— 172 — 
ayent moyen d'exercer led. service divin. Vous permettant contrain- 
dre les tenanciers et locataires d'icelles, si aucun en y a, les vuider et 
les mettre hors et y faire tout autrement [sic) que verrez être à faire, 
pour raison de ce faire vous donnant plein pouvoir. Mandons à. tous 
les sujets de Sa Majesté vous obéir à peine de désobéissance. Donné 
à Agen le deuxième de mars 1570, Signé B. Demonluc, et plus bas : 
par mondit seigneur, signé Lacbese. Scellé du cachet de ses armes. 

JeMi de Vedrines, tissenssié esdrmtx. Juge de Dunes et lieu- 
tenant de M. le Juge ordinaire d'Agenois en la viUe et jwris- 
diction de CasleLsagrat, se hâta de faire honneur à la commis- 
sion de Biaise de Montluc et à la réquisition de M" Antoine 
Vermounet, premier cbanoine de Sos, et Cuillens, syndic du 
chapitre de la même ville. Il partit de Mezin le 6 mars lS70 
avec Bem. Dacbampgrand , substitut du procureur du Roi, 
et Pierre Fiemoze, son propre greffier, et alla se loger dans 
la m^son de Jacques Bfamens, protestant de Sos, pour lors 
absent. Là (je copie le procès-verbal), 

Se sont présentés et compareus par devant nous led. 

Vermounet chanoine et M' Cuillens sindic dud. chapitré en lad. église, 
lesquels ont dit avoir veu nostre commission et nous ont remoostré 
que, eslans les enemîsidu Roy de la prétendue nouvelle religion en 
lad. ville dernièrement, auroit esté démolie leur église, rompues les 
cloches, brisés les autels, démolies les maisoDS de quatre chanoines; 
nous requérant nous transpourter en lad. église et maisons, pour 
voir lesdits. démoulimans, faire procès verbals d'icelles, pour ce (JEiit 
les acGomoder des maisons et lieux appartenans aux susd. de la 
nouvelle oppîaion suivant nostre d. commission. Avons ordonné, 
avant procéder plus avant au fait de nostre commission et pouvoir, 
sur les réquisitions desd. Vermounet et sindic, que les consuls de la 
ville de Sos comparoistroni par devant nous pour estre ouys sur ce 
dessus et dire ce que bon leui semblera. Et peu après en ce mesme 
jour se sont présentés et compareus devant nous Domengon de 
Pau, Jean de Pau, consuls de lad. ville, lesquels avertis de nostre 
d. commission et réquisition desd. Vermounet et Cuillens sindic, 
ont requis communication de nostre d. commission, que leur avons 
accordé qu'ils verioient, et icelle leur avons iait bailler par led. 
Fimose nostre d. greffier, et ordonné que aux ans ci dessus lesd. con- 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



_ 173 — ■ ' 

suis viendioient dire ce que boa letit sembleroit le mesme jour, heure 

de quatre heure du soir 

Avenaotlad. heure de 4 heures dud. jour, dans nostre lougis ont 
compateu lesd. Domengon de Pau, Jean de Pau, Jeanne [sic} Bosquet, 
Arnaud Sorb4, consuls de lad. ville, lesquels sur la jrequisitioa desd. 
Vermounet chanoine, Cuillens siadic, et Duchampgcand substitué 
du procureur du Roy, ont déclaré qu'ils n'eateudoint insister que 
noslre d. commission ne feust exécutée, offrant néanmoins nous as-' 
. sister en tout et partout. A. led. Duchampgrand requis qu'il feut en- 
joiat auxd. consuls bailler par roUe et nom et surnom les babitans 
de lad. ville qui sont de lad. prétendue religion. Avons sur ce or- 
donné que lesd. déclarations desd. consuls demeurèrent esciites en 
aostre présent procès verbal, et néanmoins qu'ils remettront par roUe 
et en nom et surnom les habîtans de lad. ville absens qui portent 
les armes contre le Roy et qui sont de lad. nouvelle opinion, dans 
demain heure de huit heures, et que présentement nous présente- 
rons à l'église de lad. ville et maisons canonîquales démolies, pour 
lesd. demoulimans par nous veus, en estre fait procès verbal et 
pourveu sur le surplus des réquisitions desd. Vermounet et CuiUens ' 
sindic. — Et incontinent sommes allés en lad. église, accompafjnés 
desd. Duchampgraod, Vermounet, chanoine, et Cuillens sindic; la- 
quelle église avons trouvée decouberte entièrement, la voûte toutefois 
estant en son entier et en danger de se ruiner si lad. église n'est 
couverte en peu de temps; le cœur, autel, images et vitres d'icelle, 
le tout brissé et rompeu entièrement; le cloître semblablement abbatu 
et demoly; six cloches qui etoient au clocher rompeues, et au dernier 
dud. cloistre une petite maison canomquale~ qui souloit estre jouie 
par le S' Bajon, chanoine, entièrement abbatue et démolie jusques 
au sol. — Avons yen aussi et nous a esté remonstré deux maisons 
canoniquales joignantes, scizes eu la grande rue de lad. ville de Sos 
allant vers la porte de ûueyze et près la maison dud. Bramens, nos- 
tre logis, l'une appartenante et que seuUe estre jouie par lesd. Ver- 
mounet chanoine, et l'autre par M' Michel Medrane, aussy cha- 
noine, etelaut entièrement ruinées et démolies, les bois emportés, 
n'y ayant rien debout que les grosses murailles des coust^s, — Et de 
là sommes allez en une autre maison quanoniquale près la porte 
qu'on va àMezinjoignant la maison de Jean Serris, abatue et ruinée 
la plus part et rendue inhabitable. Desquelles demohtions telles que 
dessus led. - Duchampgrand, avec lesd. Vermounet et Cuillens, a 
requis estie fait pioces verbal et informé souverainement sur îcellea, 
Ton xn. 13 



db.Google 



mesme qu'elles ont esté faites dernièrement par ceux de la nouvelle 
opinion et enemis du Roy; et sur ce ouys les baillif et consuls de lad. 
Tille, ce que avons ouidonné que seroit par nous fait; et à ces fins 
intimés les baillif et consuls aud. jour de demain heure de douze 
heures par nostre greffier, pour n'y avoir en lad, ville aucun sergent, 
baille ou lieutenant. 

Ledit jour, lesd. Vermounet et sindic, avec led. Duchampgrand 
'substitué, ont requisque M'Jean Pomarede, chanoine de lad. église, 
feut assigné par devant nous pour déclarer s'il entendoit les désa- 
vouer ou avouer des réquisitions qu'ils ont faittes par devant nous 
pour rint[erest] commun dud. chapitre et chanoines. Avons ordonné 
que nostre d. commission seroit communiquée aud. Pomarede par 
led. Fiemoze notre d. greffier... faire la déclaration requise aud. jour 
de demain, heure de huit heures 

[Le lendemain led. Pomarede] « a dit avoir veu notre d. com- 
mission, déclarant que pour son intérêt particulier il n'entend rien 
requérir pardevant nous, occasion que sa maison n'a point esté de- 
monUe,toutesfbis n'entend... désavouer lesd. Vermounet et sindic...» 

Le reste da procès-verbal ne renferme rien à noter que la 
liste des protestants armés et restimation des dégâts décrits 
plus haut. Voici d^abord le bolle donné par les coàsuls De 
Pau, Bousquet et Sorbe < de ceux de la religion prétendue, 
enemis du Roy, de la ville de Sos, portant les armes contre 
Sa Majesté. * La copie que je suis obligé de suivre est trop 
peu nette pour que Je puisse garantir l'exactitiide de tous les 
noms; je souligne les plus douteux : 

M» Pierre Serris; — M. Cabanes; — Jean Guterra; — Guilhem 
Dandré; — Jean Cabanes de Margals; — Jacques Chêne; — Jouan 
Larroche; — M» Bernard Bramens et François Bramens son nepveu; 
^Domenges Dames; — Domenges Ladezon;— Domenges et Jouan 
Bramens, irère s; — M. Baut ...; — Arnaud LeSartigues, filsde For- 
tuné Lesartigues; — Pierre Albespeyre; — M* Guiraud Labatut; — 
Pierre Garrosta, fils de M. Jean Garrogta; — Bouniface Beziat; — 
Joseph Danié; — M' Jannot de Cosse;— Jean-Bernard Ikiyteaux; — 
Bernard Duloupon de Grandbemard; — M* Guiraud Raufilez et son 
nepveu Antony Bourdille. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— IW — 
Un menui^er et un diarpenti^ de Mezf n, M" Colin et Giron 
Albns, furent mandés pour apprécier le dommage fait pur 
les protestants à Téglise collégiale de Sos et i ses doftres, 
• depuis qna^ mois eu ça • ; ils ëTatuèrent ce dommage, 
« tant en bois que tuile et menuiserie » , i 6>000 livres. Cette 
expertise est du iS mare 1570 (1). 

IV 

L'église calviniste de Sos ne semble avoir eu à aucune épo- 
que une grande importance; mais elle suivit de près la pre- 
mière organisation régulière du culte réformé en France. On 
sait que cette organisation comportât des provinces, divisées 
en colloques, comprenant chacun un certain nombre i^églises 
asssez rapprochées pour former, deux ou quatre fois l'an, des 
réunions où chacune d'elles envoyait son ministre et un an- 
cien. La province entière tenait une ou deux fois Tan son 
synode. Au sommet de cette hiérarche purement parlementaire 
se plaçaient les synodes nationaux, qui se tenaient 'd'abord 
presque tous les ans, puis à de longs intervalles, jusqu'à ce 
que Louis XIV les interdit absolument. 

L'église réformée de Sos était comprise dans la province 
de Basse-Guienne et dans le colloque de Vondomois, l'un des 
cinq de cette province; les quatre autres étaient le Bas et le 
Haut Agenais, le Périgord et le Limousin. En i605, le colloque 
de Condomois comptait douze églises : Nérac, Mezin, Castelja- 
loux, Caumont, La Bastide d'Armagnac, Mout-de-Marsan, 
Eauze, Vic-Fezensac, Tartas et Sos. Le pasteur de cette der- 
nière s'appelait Dumier. Mais l'état de ces églises était fort 
souvent remanié, et, dès 1637, Sos ne figure plus dans la liste 
et n'a pas de pasteur particulier (2). Ou a tu que, quelques 
années plus tard, le culte protestant y était à peu près aboli. 

0) Daignan du Smdat, piècM JiuiifiMtiTU, p. 933. 

l3) J'si extrait cm reDieigoemsQii do reeneU des S^noda MltoMtw. L* Haje, 
' niO,STol.iit-l*. 



db.Google 



L'église catholique de Sos avait été fort appauvrie par le 
malheur des temps. L'archidiacre Hugues de Vaux, digne ne- 
veu du vénérable archevêque Léonard de Trapes, s'occupa 
très spécialemeQt de la relever. Il Ht une visite Tort attentive 
de tout son archidiaconé (19-24 mai 1640), dont le procès- 
verbal était sous les yeux de Tabbé Daignan qui a négligé de 
nous le U-ansmettre(l).Mais il fallut que l'autorité épiscopale 
recourût à une mesure plus radicale. 

Henri de la Motte-Houdancourt, un de nos plus illustres 
prélats, signa, le 1" décembre 1673, un long • décret d'union 
de plusieurs églises au chapitre de Sos. •> Cet acte, qui n'occupe 
pas moins de douze grandes pages dans les manuscrits de 
l'abbé Daignan (2), érige en l'église paroissiale et coUé^ale de 
Saint-Sernin de Sos une dignité nouvelle : c'est une vicairie 
perpétuelle (le chapitre étant curé primitif), avec charge d'àmes 
et titre d'archiprétré. A ce bénéfice sont unis : 1° le canonicat 
et la prébende canoniale de M' Jean Grosnier, de son consente- 
ment; 2° les égUses de Saint-Jean de Meylan et de Saint-Celse 
de Peyriac, àlathargede faire célébrer les messes paroissiales 
dans ces deux églises alternativement (de deux dimanches l'un 
' et de deux fêtes l'une); 5" à la charge d'un service paroissial 
complet (par des vicaires amovibles), les égUses de Saint- 
Barthélémy de Gaeyze, de Saint-Pierre d'Homme mort (auj. 
Mimort) en Bologne, de Saint-Simon, de Saint-Jean de Torre- 
bren avec SainKlIair de Gajo, cette dernière église déclarée 
votive et rurale (5). Du reste, l'archiprètre de Sos aura les 



(l) Mém. pour l'hiti. eccl. du dioc. d'iueh, p. 613. — De Vaux éuit ehiooine 
d'iucb. Las archidiïcoDéa, qai éisient la nombredegaslorudanilediocésad'ADCh, 
GompUisnt parmi le» digoiMs da chapitre métropolilBio. Jo pnblieraî prochainement 
nn poème Uiin inédit sur Barbotan, dédid S U. de Vtoi par son pateat, le P. Àn- 
béry, profeuear aa collège d'Ancb. 

[S] PiâcH initiflealires, p. 037-949. 

[3] Après cette union, H. de La Holhe-Uoadaneoart an décréta nne anlre, en 
ërifeani on l'égtise de Suni-Gtroni de Lagrauloos (anoeie, Lasoia) ans vicairia per- 
pétaella, englobani Sàini-Georgdi et Saiot-Clair da Heiri, S«ii»*-R>degonde de Sle- 
' Moitié et Sainl^else da Tareme*. 



D,g,tza:Jb.GOOglC 



— 177 — 

mêmes droits que tes autres chanoines, portera comme eux le 
surplis, l'aumusse et le bonnet carré, et tiendra le second rang 
au chœur et dans les sermons et processions. 

Ce décret paraît avoir été exécuté sans opposition. Ce n'est 
que dans le siècle suivant qu'un curé de Torrebren appela 
comme d'abus de cette mesure, qui atteignait son bénéfice, et 
poursuivit le chapitre de Sos par devant te parlement de Bor- 
deaux. L'affaire se termina par un arrêt de cette cour, du 28 
avril 1739, déclarant n'y avoir abus dans le décret d'union, 
déboutant M* Jean Batbie, prêtre, licencié en théologie, curé 
de Torrebren, des fins de sa plainte, et le condamnant en l'a- 
mende ordinaire de l'abus et aux dépens envers le syndic du 
chapitre de Sos, défendeur. 

Dom Brugèles nous fait connaître l'état ecclésiastique de 
Sos à son époque (I7A6) : » Le chapitre de cette église est à 
présent composé de six dianoines, dont M.' rarchevéque* con- 
fère en seul toutes les places. Il y a aussi quatre grands 
prébendes et deux petits pour le bas-chœur ; le chanoine 
hebdomadier confère les quatre premières prébendes et le 
chapitre en chœur les deux petites. La cure paroissiale est 
une des six portions canoniales, à laquelle est unie la cha- 
pellenie de Saint-Louis, patron de la ville. Il y a dans cette 
église prédication l'Avent et le carême. » Suit rénuméralion 
de trois ouvreries unies au chapitre et de six -cbapellenies 
établies dans l'égUse de Sos. 

D'après le fouillé du diocèse d'Aiidt de 1727 (1), la por- 
tion canoniale attribuée àt'archiprétre représentait un revenu 
annuel de 164 1. 10 s. Je ne sais ce que valait la chapellenie 
qui s'ajoutait à cette prébende comme supplément de portion 
congrue. Mais le tout devait faire une somme fort modeste. 
Le titulaire de cette époque était l'abbé Dominique Bastard, 
de Fleurance. 



[l) la-fo DM. Biblibth. du simioure d'Auoh. 



db.Google 



- 178 - 

Le dernier archiprêtre de So8 fut l'abbé Couture, mon grand- 
oDde, dont tout raucieu diocèse d'Auch honorait la science et 
la vertu. Il fut député eu 1785 par le second ordre de ce diocèse 
à TAssemblée générale du clergé de France, avec Cénac, curé 
deSaint-Arroman, et présenta avec lui une requête aux évéques 
pour l'amélioration du sort des curés et vicaires à ta portion 
congrue. J'ai sous les yeux leur mémoire imprimé, qui est une 
pièce à consulter pour l'histoire de notre clergé sous l'ancien 
régime et une oeuvre de ferme hon ^ns(l}. L'archiprêtre de 
Sos éffligraen Espagne dans les mauvais jours de la Révolution 
française, accepta au rétablissement du culte le titre de des- 
servant de Gondrin, sa patrie, mais se retira presque aussitôt 
dans la famille de son frèreàMouchan, où il mourut vers 1809. 

Je ne puis terminer ces notes sans nommer Jean Silbon, l'un 
des premiers membres de TAcadémie française, né à Sos vers 
159ti,mortà Paris en 1667. Mais ce personnage, que Bayle 
«Hisidérait comme l'un des plus solides et des plus judicieux 
auteurs de son temps, mérite les honneurs d'une notice spé- 
ciale, que la Revue de Gascogne lui accordera quelque jour. 

Léonce œUTURE. 



(0 17p.ia-i>.iiicli,J. P.Dnpnt. C«lt«Ae9utfl« avait •SUprdpude.l'un^Bpt^' 
cMeDifl. par nue enriBOSs Bipotut Att atréi du dtoeite d'Aueh à la Ultr» airtuét 
aus arehiprétni par Mgr l'archtvigvt, rtlativtmmt à loa prtftt d^amtliortr U 
lorl 4*1 euréi eoitgTuittu. 76 p. io-i*. 



db.Google 



VOCABULAIRE 

; TERMES LES PLUS USITÉS DANS l'ËTUDE DES MONUMENTS 
CHRÉTIENS. 

{SuUe) (i). 



LABYRINTHE^ s. m. C'est dans quelques églises importautes 
le nom d'un compartiment de pavé, formé de bandes rectili- 
goes ou courbes, et donnant lieu à de nombreux détours fort 
compliqués. Ceui de Cbartres, de Bayeux et de Sain^Quentin 
existent encore; mais ailleurs on les a généralement détruits. 
Ou les considérât, dans le moyen ^e, comme autant à\m- 
blèmes piéui du pèlerinage de Jérusalem. 

LAIE, s. f. Hache bretelée ou dentée en manière de scie, 
dont les taillçurs de pierre se servent pour unir les parements 
vus, sans les polir entièrement. Les surfaces layées conser- 
vent de petits sillons dentés; et certains archéologues pensent 
que les pierres traitées à la laie, dans le moyen âge, ne sont 
pas d'un travail antérieur au xin* siècle. Nous nous sommes 
conv£ùncu, plus d'une fois, que, dans nos contrées, les pa- 
rements vus de la période romane ne présentent aucune trace 
de sillons identés. Ceux querinstrument a laissés sur la pierre 
sont parfaitement unis. Tandis qu'à partir du xnr siècle, 
dans le xv* et le xvi', ils portent généralement l'empreinte de 
la laie proprement dite, ou hache bretelée. 

LAMBRIS, s. m. Autrefois ee terme ne s'entendait que des 
plafonds en menuiserie, plus ou moins ornés de couvre-joints, 

(1) Voir tome xi, ptge SU de eelb Rmte. 



db.Google 



de sculptures, de peintures, etc., etc. Dans les églises, ils fu- 
rent antérieurs à l'usage des voûtes; ou bien encore ils en 
tenaimt lieu, en diverses circonstances, faute de ressources 
pécuniaires, ou de résistance safflsante dans les murs pour la 
construction des voûtes proprement dites. Aujourd'hui, ce mot 
désigne, en outre, les assemblages de menuiserie dont on revêt 
les murs, à rintërieur. Dans ce dernier sens on dit lambris 
d'appui, quand l'assemblage n'a de hauteur qu'un mètre en-, 
viron; lanUtris de revêtement, quand il s'élève jusqu'à la cor- 
niche du mur; et de demi-revêlement, quand sa hauteur tient 
à peu près le milieu entre les deux premières. 

On fait aussi des lambris de marbre, de stuc, de plâtre, en 
déterminant les panneaux par des moulures. Mais on ne fait 
qu'un lambris feiiU, quand on se contente de peindre le mnr, 
de manière à imiter, par compartiments, le bois, le marbre, 
etc., etc., au moyen des couleurs. 

LAMPADAIRE, s. m. Meuble à èclairi^e, flxe ou mobile, 
dont la fonction est de porter des lampes. Dans ce sens, le 
chandelier d'or du temple de Salomon ét»t plutôt un lampa- 
d^re à sept lampes qu'on candélabre; puisque ses sept bo- 
bèches ne reçurent jamais ni chandelles ni cierges, tes anciens 
ne s'èclairant qu'avec des lampes à bec de flamme. 

LAMPE, s. f., du latin Umpas, mot qui rappelle un mode 
d'éclsun^e des plus anciennement connus. La Genèse (XV, 17) 
et l'Exode (XX, 18) le désignent comme pratique vulgaire en 
ces temps reculés. 

De très bonne heure, les lampes furent d'un tel usage dans 
rinlérieur de nos églises qu'on en faisait brûler, nuit et jour, 
un certain nombre autour des autels, ainsi que nous l'apprend 
saint PauUn, évêque de Noie : 

Clara coronantur demis aUaria lydvm 
Nocte diegue micant, etc.; 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 181 — 

et l'on donne le nom de couronne aux lampadaires gui en 
portent plusieurs, disposées en rond ou sur une circonférence 
tiorizoDtale. 

De nos jours et depuis longtemps les cierges tiennent la 
place des lampes, au Inminmre en usage sur l'autel, quand 
on le dispose pour les cérémonies religieuses. Mais l'éclairage 
proprement dit se fait ordinairement par des lampes, -dans 
l'église entier^ aux heures où il devient indispensable. 

Toutefois, devant l'autel où la réserve de la sainte Eucharistie 
est déposée, il est de règle qu'une lampe brûle nuit et jour, en 
souvenir de ces mots de Jésus-Christ : Je suis Ut lumière du 
monde: comme aussi pour rendre un hommage respectueui 
et continu à sa présence dans le tabernacle. 

On trouve, en outre, dans les vieux titres relatifs aux églises 
une foule de pièces témoignant de la fondation de lampes qui 
devaient brûler constamment devant certains autels, non à 
cause des saintes espèces, qui ne s'y trouvaient pas, mais on 
.l'honneur de tels ou tels saints, de leurs images, statues ou 
saintes reliques. 

LANTERNE, s. f. Petit meuble à faces translucides, destiné 
à maintenir la flamme d'un bec de lampe ou d'une bougie 
dans son intérieur. Voyez panal(I). 

Par analogie, on a donné le même nom à une construction 
faite en forme de tour évidée, portant à son sommet un 
pavillon ajouré, où s'entretenait la lampe des morts, dans un . 
grand nombre d'anciens cimetières (2). 

Enfin, on appelle aussi lanterne certaines coupoles ogi- 
vales, construites avec une hardiesse prodigieuse au-dessus 
de l'intertranssept d'un petit nombre de cathédrales. Celle 
de Lisieux en présente une qui ne manque ni d'importance 
ni de légèreté. A Evreux, le cardinal de La Ballue fît cens- 



U) Ton. IX, ptg*S8 d« eatle Revut. 
(2) Ibidem, et nui tomo m, pige 63 



db.Google 



Iruire, sous Louis XI, celle qui couronne la cathédrale avec 
tant d'élégance. Mais la France du moyen âge ne.nous a rien 
laissé de supérieur, en ce genre, à la splendide coupole de 
Notre-Dame de Goutances. Le marédial de Vauban en fut si 
émerveillé, lors de son passage daos cette ville, qu'il fit placer 
un tapis sous le dôme, pour s'y étendre dessus; et il resta 
plusieurs heures en contemplation devant ce chef-d'œuvre. 

LAPIDAIRES (signes), s. m. On a donné ce nom à certaines 
marques assez variées de forme, que l'on trouve gravées en 
creux sur les parements vus de certains édifices d'ancienne 
date. Ils sont très nombreux, mais peu variés, sur les pierres 
d'appareil dexe qu'il nous reste encore de l'ancienne priearale 
de Saint-Orens d'Auch, église du x* et ii" siècle. La Renais- 
sance les a variés beaucoup plus à Sainte-Marie d^Àuch, 
de 1489 à 1560, sans nous laisser, ici plus qu'ailleurs, le 
véritable secret de ces mystérieuses marques. Peut-être ne 
faut-il y voir qu'un seing d'ouvrier tâcheron. 

LARMIER, s. m. Dans son acception là plus normale, ce 
mot désigne un membre d'architecture, ménagé en saillie et 
destiné à rejeter à distance l'eau qui glisse le long des murs. 
Le larmier la reçoit sur un étroit glacis dont le bord inférieur 
est, ordinairement, creusé d'un petit canal en son plafond. 

Dans te roman, le larmier ne présente en saillie, très sou- 
vent, qu'un fllel (1), ou listel sensiblement large,' sans glacis 
proprement dit, et sans canal dans son plafond. Ainsi sont 
formés la plupart des cordons romans. A Peyrusse-Vieifie, à 
Montant, etc., etc., nous avons vu cette espèce de moulure 
servir de corniche à l'intérieur; et aussi, tenir lieu de membre 
supérieur au tailloir des chapiteaux de Mouchan, d'Estang, 
de Saint-Sever-Rustan, ^tc., etc. Dans quelques portes des 
plus simples et du même style, elle sert de chapiteau au com- 
met des pilastres qui les encadrent. 

(IJ Virir c« mol, tome ix, pi^e &I3 de cette Rtvut. 



D,g,tze:Jb.GOOgle 



- 183 - 

LÉGENDE, s. f. Récit de faits aocieDs qui ae sont pas 
fondés sur des documents aussi incontestables que ceux 
qui garantissent la certitude des faits historiques. Les récits 
légendaires n'ont donc pour base qu'une tradition plus ou 
moins à Tabri des rigueurs d'une saine critique.- Mais bien 
qu'il soit très souvent fort difûcile ou même impossible de 
prouver leur authenticité, on n'a pas, pour cela seulement, 
le droit de les considérer comme faux. 

L'art chrétien a tiré un grand parti des légendes. La pein- 
ture sur verre du xni' siècle les reproduisait par médaillons 
assez réduits, dont la série raconte la vie légendaire de tel ou 
tel personnage. Et l'on disùl, par exemple, le vitrail de saint 
Hubert, de saint Eustache, de saint Martin-de-Tours, etc., 
etc., bien que fes médaillons ne racontassent que leur vie 
légendaire. 

Ces sortes de verrières ne doivent donc pas être confon- 
dues avec celles dont les sujets sont réelleinent histori- 
ques. 

Les xiv, XV* et xvi* siècles ont souvent mêlé quelques lé- 
gendes aux récits de l'histoire. 

C'est ainsi, par exempte, que notre artiste Arnaud de 
Moles, dansses verrières monumentales deSainte-Maried'Auch, 
place, parfois, de 1507 à 1513, un groupe légendaire en sou- 
bassement, au-deâsous de ses grands personnages. Et les 
sculpteurs contemporains des boiseries du chœur ont imité 
son exemple, de 1507 à 1550. 

LÉZARDE, s. f. Crevasse en fente qui se fait dans les murs, 
ou par suite d'un tassement inégal dans les constructions in- 
férieures, ou bien parla surcharge des parties supérieures. 

Dans le premier cas, c'est vers le bas du mur qu'est le plus 
grand écarlement; et, dans le second, c'est vers te haut. 
Mais on ne doit jamais, quelle qu'en soit l'origine, voir d'un 
œil indifférent cette désunion entre les éléments d'une cons- 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



traction; surtout dans les surfaces extérieures gui sont ex- 
posées à être saturées d'eau de pluie. Il Tant rechercher 
la vraie cause dû mal et y apporter remède. 

LIERNE, s. f. Nervure d'une voûte d'arèles, qui s'étend 
du sommet des tiercerons à la clé centrale des travées. Les 
liemes forment ainsi une croix grecque dont cette clé marque 
le centre. 

La LiERNE, ainsi entendue, n'est pas antérieure à la se- 
conde partie du xv* siècle. — Si donc on la retrouve dans 
les églises de date plus ancienne, c'est parce que Tédifice 
n'est pas monostyle, et que la voûte où elle ligure est d'une 
époque postérieure à la construction du v^sseau. 

LIMAÇON, s. m. Représentés au naturel et traînant leur 
coquille, les limaçons font partie des motifs d'ornementation 
dans les monuments de la Renaissance. — On appelle aussi 
escaiier en limaçon ceux qui présentent une série de mar- 
ches tournantes et à vis. 

LINTEAU, s. m. Monohthe posé horizontalement sur les 
jambï^es d'une baie, pour fermer carrément la partie supé- 
rieure. — Il prend le nom de plate-bande, si on le compose 
de claveaux, taillés de manière à former un tout régulier, pre- 
nant la place de Unleau proprement dit. — Le linteau est 
certaines fois en bois. 

Les Grecs ne connaissaient que l'usage du monolithe hori- 
zontal pour franchir l'espace entre deux piliers, deux pieds- 
droits ou deux colonnes. Mais les Romains employaient sou- 
vent la plate-bande. 

A l'exemple de ces derniers, les architectes du moyen âge 
bandaient, au-dessus, un arc de décharge, dans les cas assez 
rares où ils employaient la plate-bande, afln de prévenir une 
rupture ou bien l'écartémcnt des claveaux. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



LISTEL, s. m. Moulure à trois faces rectangulaires dont 
nous avons déjà parlé sous le nom de filet. 

LITRE, s. f. Bande noire, dite aussi mniwre funèbre, qui, 
dans les siècles précédents, se peignait à Textérieur ou 
même à l'intérieur de certaines églises ou simples chapelles 
annexées. La LrritE supposait droit de patronage dans celui 
dont elle portait le deuil. Elle ne devait pas dépasser en lar- 
geur 0° 67, à moins qu'il ne fût pHnce. Dans ce dernier cas, 
sa largeur pouvait atteindre 0" 83, et les armoiries. du défunt 
se reproduisaient de 8 en 8 mètres, tandis que pour les 
autres seigneurs, elles devient être plus espacées. On 
retrouve souvent des traces de litre sur le mur des églises. 
Mais, en France, elles n'ont plus été rafraîchies depuis 1790. 
— Les litres en drap, velours, étoffe noire quelconque, ne se 
plaçaient qu'à l'intérieur. Après un an et un jour, elles appar- 
tenaient à la fabrique de l'église. 

LOBË,.s. m. Ce mot, en architecture chrétienne, se prend 
dans le sens de feuille. Découpés, dans le principe, en petits 
segments de cercle, les lobes prirent, un peu plus tard, la 
forme ogivale pu bien lancéolée. 

Selon le nombre des segments associés, on a donné au 
motif qui les comprend le nom de trUobe ou trms feuilles, 
parce qu'il y a trois lobes. On l'appelle guafy-e femUs s'il y 
en a quatre; rosace, s'il y en a cinq ou plus. 

Les arcs dont l'intrados est découpé en T.obes saillants, 
sont dits trilobés, miUHlobés. S'ils sont découpés en creux, ces 
sortes de festons sont dits à eot^e-lobe. 

LOSANGE, s. m. Moulure romane, dont le nom indique 
la forme quadrangulaire. Ils forment série continue quand 
ils ne sont pas'liès les uns aux autres. Et s'ils le sont, on les 
appeUe losanges enchaînés. 



db.Goog.le- 



LUNETTE DE vouTE, s. f. Dans les voûtes d'arête, chaque 
travée est ordinairement partagée en quatre compartiments 
triangulaires par le croisement sur la clè des deux nervures 
obliques à l'axe de l'édiflce. Ce sont ces quatre compartiments 
que nous entendons désigner ici par le mot de Lunette. Il ne 
peut donc pas être employé pour indiquer les subdivisions 
qui, dans chaque lunette, naissent de la combinaison des 
liemes avec les tiercerons.^ 

LUSTRE, s. m. Tout le monde sait à merveille ce que ce 
mot désigne dans les salons, où l'éclat des verroteries fait le 
principal mérite de ce mode d'«clairage. C'est le xtii* siècle 
qui rin.troduisit dans les églises, où les luslres sont beau- 
coup moins convenables. Le moyen âge ne connaissait que 
les lampes à couronne de lumière (1). Le bon goût de nos 
contemporains tend, de jour en jour, à les remettre à la place, 
des lustres à ■verroterie. 

LUTRIN, s. m. Pupitre à double face inclinée, et qui s'en- 
Qle sur un pédicule de manière à, tourner fadlement. — Le 
pupitre simple est destiné à porter le livre de Tèpltre on de 
l'évangile devant le diacre ou le sous-diacre, ainsi que le 
Missel sur l'autel. Mais c'est sur le lutrin que reposent, dans 
le chœur, les livres de chant. 

Généralement les lutrins sont en bois plus ou moins bien 
travaillé. On en voit aussi en cuivre, dans lesquels il arrive 
souvent que la main d'œuvre l'emporte de beaucoup sur le 
prix de la matière. 



MACHICOULIS, s, m. Trous carrés, ou larges rainures qui 
se ménagement, dans cert^nes parties de constmctios, comme 
moyen de défense. On les établissait sous bien des balcons 
couverts, au-dessus des portes, ou comme ceinture, saîUaate 

(1) Voit ce not, toma V, p. 167 d« c«Ue.i)«tiii<. 



db.Google 



— 187 — 

au haut des tours et le long des coursières de rqnde. Sans ces- 
ser d'être à couvert, les assiégés lançaient, . par ces espèces 
de meurtrières, des projectiles sur la tête de leurs ennemis, 
massés devant les portes ou au pied des murailles. 

Quelques églises ont longtemps conservé ou présentent 
encore des restes de mâchicoulis. 

MARQUETERIE, s. f. Ouvrage fait au moyen de différentes 
espèces de bois, débités par feuilles mipces, et découpés avec 
soin pour être appliqués sur un assemblage de menuiserie. On 
les choisit de différentes couleurs et on les agence de manière 
à produire diverses figures de géométrie, de fleurs ou de 
fantaisie. Les œuvres de marqueterie ne doivent p9s se con- 
fondre avec les incmstations, puisque, dans ces dernières, 
l'ouvrier commence par pratiquer des entailles à même le fond 
qu'il veut orner. 

MASCARON, s. m. Tête d'homme om d'animal, plus ou 
moins grotesque ou fantastique. Ordinairement, les mascarons 
sont figurés en très bas- reliefs, ce qui fait qu'on les appeUe têtes 
j^tes. Les têtes sablantes ou à haut-relief sont plus rares dans 
ces sortes de charges. Et les feuiUes végétales y jouent un 
grand râle, dans les monuments de la période ogivale. 

MÉDAILLON, s. m. Ornement en forme de médaille ronde, 
ovale, ou autre, dont le champ est orné d'une tête ou d'un 
sujet soit historique, soit légendaire. Comme motifs d'orne- . 
mentation figurée, les médaillons jouent un grand rôle dans 
les monuments d'art chrétien. Et l'on peut dire, en ce sens, 
d'une manière générale, que tout bas relief, peu étendu et 
entouré d'un encadrement quelconque, est un médaillon. 

A l'imitation de l'art antique, la Renaissance multipha beau- 
coup les médaillons. Aux boiseries de Saihte-Marie d'Auch, 
on en trouve plusieurs sur lei pju-closes. Dans leur nombre- 
figurent des tëtos bien dessinées et d'un grand caractère. 
F. CANÉTO, 



db.Google 



œRRESPONDANCE. - NUMISMATIQDE («)• 



A M. le docteur L.. G. 

(IICONDI LITTkK.; 

MoD cher Moasieur, 

Votre frère, le capitaine, est dooc en cause, dans l'ëtude de votre 
médaille, puisque c'est lufqoiTous l'a envoyée del'AJgérie. Mais est-it 
en droit de se plaindre de ce qu'il appelle mon laconisme ? Je o'ai rien 
dit du revers, parce que vos difEcultés ne portaient que sur l'effigie et 
sur la légende qui l'entoure, c'est'à-<£re sur le droit. Je ne vois pas 
pour quel motifj'aurais dépassé les limites de la question posée, sur- 
tout en pareille matière. Heureux encore s'il m'était toujours facile de 
les atteindre. 

Il est vrai que Je n'ai pas cru important de tous parler de ce petit 
cordon de grains fort menus, qui règne sur la superficie, et l'entoure 
juste au bord de la tranche. Je vous dirai donc, puisqu'il le faut, que 
c'est là ce qu'on appelle le gréttetU, et que dans sa circonférence il doit 
renfermer ce qui fait l'omement en relief de la pièce, tout en contribuant 
lui-même à la décorer. 

Son contour est mis en contact avec la tranche, a£n de rendre plus 
difficile l'altération par la rognure du métal, à ceux qui avaient jadis 
la pratique de cette espèce de fraude, au détriment de la valeur des 
espèces monétaires. La vôtre, par exemple, ne pouvait représenter dix 
is, denarius, qu'autant qu'elle conserverait son poids légal. Et tous 
avez dû y remarquer des traces de rognure, surtout sous le buste de 
Julien, d'où le grénetis a disparu, même au revers. 

C'est, du reste, pour le même motif de préservation qu'on reprodui- 
sait ce petit cordon circulaire, au nombre des ornements qui étaient 
en usage, pour cet autre côté des médailles. 

Il est vrai qu'ici le grénetis du revers est' sensiblement débordé par 
le segment de tranche qui correspond au sommet de la tète. Mais c'est 
l'effet d'un simple accident, assez commun chez les anciens, dont les 
procédés étaient fort élémentaires, eu fait de monnayage. Les petites 
pièces, qui portent aujourd'hui le nom de flan avant d'avoir reçu 

(I) C'eM par erreur qno U pr«miir« lattre relative au deoier de Julien a été mite, 
le mois dernier, boiu la mbriqne Epigraphi*. 



D,g,tza:Jb.GOOglC 



leurs empreintes, l'éprouTaientptus souvent queles grandes. La vôtre 
donc avait glissé, dans cette direction, sur le coin inférieur, que les 
modernes ont aoramé pile; et cela, par suite d'un mouTement irrégulier 
que le monnayeur a dû lui imprimer, à l'instant même où il allait 
frapper, de son maillet, le coin supérieur, c'est-à-dire le trousseau. 
Quoi qu'il en soit de cet incident d'assez mince intérêt, vous avez 
certainement observé que, sur votre revers, le grénetis se détache, 
d'environ deux mille mètres, d'une espace de guirlande conceutrique, 
dont les éléments sont peu faciles à déterminer. Et, dans son intérieur, 
vous avez lu cette inscription : 

VOT 

X 
MVLT 

X X 
dont vous me demandez le sens. 

Si je ne me trompe, il faut lire : 

VOTIS 

X 

MVLTIS 

X X 

d'après certains moauments épigraphiques, amsi complétés, surtout 
pour les temps du bas Empire. 

Que ce soit vota ou votis, les médailles qui reproduisent ce genre 
d'inscriptions sont appelées votives par les numismates, depuis que 
Du Cauge eu donna l'idée. Votre denier constate donc des vœux pu- 
blics émis, de son temps, en l'honneur de Julien l'apostat. 

A quelle occasion T me direz-vous, sans doute; mais c'est ce que 
j'ignore. Je puis seulement vous assurer que la date de ces vœux n'est 
pas antérieure au mois d'avril 360. 

VOT X veut dire, on effet, vœux pour dix ans; et, pour ce motif, 
les fêtes publiques qui en étaient l'occasion portaient le nom de dé- 
cennales. 

L'origine de ces solennités remontait à Auguste qui, le premier, y 
avait donné occasion depuis l'an de Rome 72S. Feignant d'ëti« résolu 
à quitta le souverain pouvoir, il accorda, par deux fois, aux vœux 
du Sénat la promesse de gouverner l'empire environ dix ans. De là 
est venue la formule VOT X, qui se perpétua comme une sorte d'ac- 
clamation, réservée aux fêtes décennales. Et comme elles ne pou- 
Toix Xir. 13 



,\^.uuvie 



valent se célébrer qu'en l'honneur des princes proclamés empereurs, 
la médaille ToUve de Julien pourrait bien ne remonter qu'à la mort 
de son cousin et prédécesseur immédiat, Constantin II; si pourtant 
elle n'est pas da mois d'avril 360, date à laquelle vous savez que ses 
légions l'avaient associé, par anticipation, à la dignité impériale, dans 
sa chère Lutèce. 

Enfin l'usage avait prévalu de formuler ces sortes de vœux pour 
au moins une fois plus loin que le terme. Tout en les proclamant 
pour dix ans, VOT X, on ajoutait que, pour plusieurs princes, la 
durée de la puissance impériale s'était étendue au double, MUL- 
TIS XX, ou même davanta^ comme on le voit par diverses inscrip- 
tions monumentales. C'était donc ici une façon d'exprimer le souhait 
qu'il en fût de même pour Julien. 

Et pourtant il devait périr fort jeune, bien avant l'anniversaire de 
ses premières décennales, puisque un daid lui perça le cdté jusqu'au 
foie, le 26 juin 363, comme il comptait à peine 31 ans. 

Ainsi devait ânir le troisième successeur du premier empereur 
chrétien ; obligé de reconnaître que le Galiléen était son vainqueur, 
après avoir tant fait d'eSbrts pour détruire le règne dé Jésus-Christ, 
à Constantinople et dans les provinces de l'Empire. P. C, 

QUESTIONS. 

44. D«a noms dn I4iard (ris «n pfttols. 

Dons une des plus jolies des liomielitt gaieomui de H. Eugène Ducoiu, la 
Cicoulane, je lis : i C'est le nom du petit lézard gris qu'on voit se chauffer au 
soleil sur les muraUles, et qui, au moindre bruit, s'eSuouche et se sauve dans 
la première crevasse qu'il rencontre. » Quelle est l'étymologie de âcoulane f 
Quelle est l'étymologie des deux synonymes que les paysans de l'Agenais em- 
l^oîeat pour désigner le lézard gris, rapUto et «anhueto ? T. de L. 

.' 44. Beox qnastlODB retoUvM à Jmmui« d'Albrot. 

I. — On a bien souvent raconte que, dans une visite faite par Jeanne d'Al- 
bret, le 31 mai 1566 (1) , à l'imprimeur Robert Estieone, cette princesse impro- 
visa le quatrain suivant : 

Art siognlier, d'icy aux derniers ans, 
ReprésenieE aux eofaDts de ma race. 
Que j'ay suivy des craignants Dieu la trace, 
Afin qu'ils soyent les mesmes pas suivans. 

(1} Oit la dale que donnaat La LaliDUraDr (Àdiitiom avx itUmoiret de Catttl- 
MW, tome I, page BOl), Proipar Harehuid {DUttonnairt httlofigMt, Uim» II, 
pafe 18), eu. H. Lrioa Fendre (Ici Ftmtneipeélu on If/* n'jclc, 1060, page 67), 
indique A lorl le mois da mm 1666. 



db.Googlc 



— \n — 

Ce qaatrain est-il bien atriheotique ? Hoi qui me méfia un peu des improvi- 
satkms.en général, de* improvisations des rois et des reines en particuUar, je 
demande quel est le premier anecdotier (jâ n'ose dire historien) qui a rapporté 
le quatrain instantanément pondu par Jeanne d'Àlbret dans la maison de Ro- 
bert Estienoe ? 

II. — Sanval {Histoire et reeherchtt iet antiquiléi de Paris, 1734, in-fol., 
tome II. page 199] ciie un journal manuscrit contenant une sorte. d'histoire de 
Jeanne d'Albiet. composé par Claude Begin, èvêque d'Oleron (1560-1580]. 
'Sait-on ce qu'est devenu ce manuscrit? Quels ^ont les critiques autres que 
Sauvai qui en ont eu connaissance? 

T. de t. 

RÉPONSES. 

43. D'iui« lettre da J.-J. Ronasean h, J.-F. de HoatiUet, 
archttvéqoa d'Ancb. 

^Yoyei la Quetlion â-àessvs, p. 139, et anepraniére Repente, p. 140.) 

Auch,l'' avril 1871. 
Au sujetde la prétendue lettre de Jean-Jacques Roussean à H. de Uontillet, 
archerSqae d'Auch, vous écriveï, mon cher rédacteur en chef, en réponse k la 
qoestion partant le noméro 43, les Ugnes suivantes dans la livraison de mars de 
la Revue de Gascogne : 

« L'auteur de celte lettre est connu, grice an Dictionnaire det anonymes et 
ps«i((WymM,— par Barbier, — [1833, 4 vol. in-8o, l. ii, p. 190). C'est Pierre- 
Pirmin Lacroix, avocat de Toulouse. Je ne connais pas autrement cet écrivain 
sur lequel il serait intéressant d'avoir quelques renseignements. Hais je n'ai 
trouvé, dans les livres que je me suis avisé de consalter i son sujet, pas même 
le nom de l'avocat anti-jésuite. La désignation fournie par l'auteur du Diction- 
naire det anonymes ne doit pourtant pas faire un doute, etc. > 

Toici ce que je viens de trouver, concernant votre homme, dans le supplément 
ifeUM-dellH. Ch. Weis8etl'ahbéBasson[I850, ïlaflndu lomeS'et dernier 
du Dictionnaire historique, page 93], et que je m'empresse de vous transmettre 
en entier : . 

■ Lacroix (Pierre-Firmin) . pr^fre delà doctrine chrétienne, enseigna la 
philosophie à l'Université de Toulouse, et mourut en 1786. On a de lui : Traité 
de morale, ou Devoirs de l'homme envers Dieu, envers la eoeiété et etwers 
lui-mime, CarcassOTne, 1767, in-12; — 2" édit., Paris, 1775, 2 vol. in-12; — 
CennoiMonce tmofyttf ue de l'homme, de la matière et de Dieu, Paris, 1*773, 
iB-12. » 

Pu de doute possible aor l'identité du personnage, puisque les noms, ht 
réaidence et le tempe concordent parfailemnit. Mais Barbier nous le donne 
comme tvocat, tandis que HM.WeisaelBBasoa en font un D«cJntH>*re.Fent-âtre 
Lacroix réunissait-il ces deux titres? Rien d'étonnant, du reste, à ce qn'il eftt 



_.oogle 



— 192 — 
pris à faux, quelque ^art, la qualité d'avocat pour tromper l'opioioD publique 
' sar son compte, puisqu'il avait bien cherché à l'égarer eo se couvrant du nom 
de J.-J. Rousseau, pour attaquer, dans H. de Montillet, un des dêfensears des 
jésuites. Ou sait d'ailleurs que, dans le parti janséniste, auquel appartenait La- 
. croix, on ne se faisait pas scrupule d'user largement de l'anonyme et du pseu- 
donyme pour l'attaque comme pour U défense. 

Vous terminez votre note par cet appel : 

ti Je serai reconnaissant à la personne qui voudrait me dire où js poncrais 
trouver la lettre du faux Jean-Jacques à M. de Houtillet, mieux encore m'en . 
procurer soit un exemplaire, soit une copie fidèle. » 

Si je ne puis vous satisfaire sur la seconde partie de cette demande, peut- 
être cependant arriverai-je indirectement à vous faire atteindre le résultat pour- 
suivi, par ma réponse à la première partie de votre question. 

Pendant plus de quatre années passées par moi, en qualité de professeur 
d'histoire, au lycée de Tournon-sur-Rhâne (Àrdèche), j'ai pu constater la 
richesse 'de ta Bibliothèque de cet établissement en livres jansénistes de tonte 
espèce et de toutes les époques du. parti. La raison en est que le collège de 
Tournon est resté longtemps aux mains des oratoriens, après avoir été entre 
celles des jésuites, La polémique entre les deux ordres a donc toute chance d'y 
Être complète. En vous adressant à l'aum&nier du lycée, je ne désespère pas que 
ses obligeantes recherches aboutissent à constat» L'existence, daus l'ancienne 
Bibliothèque, du petit livre auquel vous faites inutilement la chasse depuis plu- 
sieurs mois. De là A vous en procurer une bonne copie, à défaut d'un double, 
il n'y aurait plus qu'un pas. C'est la chance que je vous souhaite bien vivsraenl. 

Tout k vonsdeciBur comme d'esprit. 

Cl.-Hippolyte Hisson. 

Feu Quërard a donné, dans la France littéraire, sur l'auteur de l'opuscule 
en question. qu^ques-uns des renseignements réclamés par H. L. C. Pierre- 
Firmin-Lacroix, d'après le très exact bibliographe, serait mort en 1786, après 
avoir été prêtre de la doctrine chrétienne et après avoir professé la philosophie 
k Toulouse, Il aurait publié, en 1765, une autre prétendue lettre de J.-J. 
JIotMseau.'gui confient sa renonciation h la société et ses derniers adievx aux 
hommes [sous le voile de l'anonyme, in-12) ; en 1767, un Traité de morale 
[Carcassonne, in-12; seconde éditionaugmentée.l'ns, Toulouse, 2 vol. in-12); 
en 1773, un livre intitulé Connaissante analytique de l'Homme, de la Uatière 
et (Je i>i>u (Paris, in-12}. T. de L. 

Il reste un point obscur, après les communications de nos doctes et attentifs 
correspondants ; le titre d'avocat donné par Barbier à Lacroix. Il pouvait être 
avocat en même temps que doctrinaire, comme le dit H, Hasson, et l'XImanacA 
de Languedoc pour 1786 porte, en effet, un lacroti; [sans prénom indiqué) 
dans la liste des avocats au parlement de Toulouse. Mais, tout considéré, je 
suis porté à croire i une distraction de Barbier, qui aura écrit avocat au lieu 
de prêtre. L. C. 



,.b. Google 



ESSAI HISTORIQUE 

SDK 

L'ÀBBAYE DE GIMONT. 
PREMIÈRE PARTIE. 

CHAPITRE 2". ^ FONDATION DE L' ABBAYE. 

Le XII* siècle fut surtout remarquable par le développement 
prodigieux que prirent dans l'Occident les ordres monasti- 
ques, et ce furent particulièrement les enfants de saint Benoit 
qui avaient embrassé la réforme introduite depuis peu parmi 
eux par saint Robert, abbé deMolesmes, à qui revint dans ce 
développement la principale part. Holesmes cependant, où 
avwent eu Heu les premiers essais de cette réforme rendue 
nécessaire par les désordres'qui s'étaient multipliés pendant 
le siècle précèdent, n'était pas destiné à devenir le centre de 
ce mouvement extraordinaire. Cette gloire était réservée à 
Cîteaux. 

En 1098, des circonstances étrangères à notre sujet ame- 
nèrent saint Robert à quitter le monastère qu'il gouver- 
nait. Sur l'invitation de Gauthier, évêque de Châlons, et de 
Hugues, évéque de Lyon et légat du &unt-Siége, qui l'encou- 
rageaient et le secondaient Tun et Tautre dans ses saintes 
entreprises, il partit, suivi de vingt religieux, et vint s'établir 
avec eux sur les terres-du duc de Bourgogne Othon I", où il 
fonda un nouvelétablissement qui reçut le nom de Cfteanx; 
c'est cette maison ()ue Dieu réservait aux plus hantes desti- 
nées, et qui devait en si peu de temps éclipser tous les autres 
ordres monastiques par la ferveur de ses habitants, par l'ë- 
ToiE XII. 14 



db.Google 



— 1« — 
tonnante fécondité dont elle fut douée et par les innombra- 
bles colonies dont elle couvrit l'Europe entière. Saint Robert 
cependant ne jouit pas longtemps par lui-même de sa fonda- 
tion. A peine une 'année s'était écoulée. qu'il conQaà un de 
ses compagnons, nommé Albéric, son nouvel établissement, 
et revint lui-même à Molo^Qes,où il termina sa sainte carrière, 
le 17 avril (d'autres disent le 29) de l'année 1110. 

Citeaux comptait à peine quatorze ans d'existence, que la 
renommée des vertus qu'on y pratiquait s'était déjà répan- 
due fort loin et excitait partout une juste admiration. Cette 
admiration ne demeura pas stérile : elle^ provoqua dans les 
provinces de l'Est de la France la fondation d'&utres mo- 
nastères célèbres, qui devaient à leur tour donner naissance à 
une infinité de maisons répandues dans le monde entier, ou 
l'on vit refleurir les mêmes vertus. On en compte quatre, con- 
nues sous le nom des quatre premières fiUes de CHeaux, qui 
partagèrent avec leur mère la gloire de. ces pacifiques con- 
quêtes, et devinrent autant de nouveaux centres auxquels se 
rattacheront les abbayes fondées, sous leurs auspices. Nous 
voulons parler de La Ferté, Pontigny, Clairvaux et Moriraont. 

LaFerté fut fondée en 1115. Dans l'espace de quatorze 
ans qui s'étaient écoulés depuis la fondation de Citeaux, le 
nombre des religieux s'y était tellement multiplié, que cet 
établissement ne pouvait plus suffire pour les loger, ni pour- 
voir à leur subsistance. L'abbé Etienne, qui depuis environ 
deux ans avait succédé àAlbéric, se vit, pour ce motif, con- 
traint de chercher ailleurs pour fonder une autre maison. Le 
même Gauthier, évéque de Châlons, au zèle et à la sollici- 
tude duquel on devait déjà la fondation de Citeaux, pourvut 
encore à ce nouvel établissement, qui se fit, comme le pre- 
mier, dans son diocèse et fut doté par la libéralité des comtes 
Sabaric et Guillaume, aidés par quelques autres nobles per- 
sonnages de la contrée. 

La fondation de Pontigny se fit l'année suivante, 1114^ à la 



db.GoogIc 



— 1*6 — 

demaade-de Tbibaud, comte de €hampagDey Qoi donna tes 
terrains nécessaires poifi* la c»ticsttTDCtiion du monâattreet faé 
assara une dotation sufâsante' pour Featretien de^ la oaoHtitp- 
nauté. Cette abbaye était sdtaée das^ le diocèse (i'Aiïierr^ à 
environ quatre lieues de cette ville. 

En 1115, l'abbé Etienite' fende encore dans la^Ctnml|lagne 
et au dioiiëse de LaDgres> à la sollicit&tiW' de saibltfieiinand et. 
a\dc ^assistance que lui prête- le comte Thibâad, ïtitittc^ ék 
GlaiFvaux, qu'a rendue si colore le nom de son preariier 
abbé. Elle se distingua entre toutes par la ftweur de ses hai- 
bitants. par l'austérité de la vie^ qu'on y menait, et par b 
muttitude fles maisons qu'elle fondb. 

Enfin, dans cette môme année 1115,, Etiâine eoroie encoFfi 
une colonie de ses Religieui fbiuLep .M(mmont> dans cette pEu*- 
tie de la Champa^e qui portait le nom d& Basùgûy,. située 
sur les confms de c«tté province et de la Bourgogne. Cette 
^baye dépendait aussi dn dioeèse de Laegres. La foodai&ott 
fut faite par Oldéric d'Aigremont, seigneurde Choiseul^etpàr 
Addine, sa femme. 

Ces quatre premi^^ fondatio&B de Giteàux, deviaeeni, à 
peine formées, ajnsi que dé|à nous l'avons nermrfirày auUot 
de centres de: propagation du nouvel institutL Sansceaserdê 
reconnaître leur dépendance de la maison-màre, <|iii eserqa 
toujours uiiie juridiction vraiment souvers^e sur rordro'en- 
tier en ce qui concemut les iotà'êls gËoùausy eUes avaient 
à bien des égards une e&istenee distincte et' i&dépeadantd> 
sous l'autorité de leur abbé particulier, et admibistraienteUfi»' 
mêmes leurs affaires intéiieuces, tant au spiiitucd qa-aai tem- 
porel» sans que Vabbè de Citeaux. eut à s'en A^sr. Cette sât 
paration d'un côté, et la commune- dépendance de l'autP^ 
loia de nuire à la prospérité de ces maiBons, côùtribaërenb âl 
entretenir entre elles une salutaire éoiulalion favorable à leds 
d«Telopiieqi«it. Les filles rivalisèrent aweo taimère commune, 
soit pour m«Dteslr dans lenr âùurta fetivnu' primitive qui 



db.Google 



— 196 — 

avait concilié aux premiers fondateurs ta faveur et la sym- 
pathie de tous ceux qu'animait le zèle pour la gloire de Dieu 
et les intérêts de son église, soit pour multiplier les établisse- 
ments de Tordre, afin de mettre partout au service de la société, 
dont les besoins étaient si grands, les Immenses ressources 
que présentait leur Institut. On ne revient pas de son étonne- 
. ment, quand on veut jeter seulement un coup d'oeil rapide sur 
le tableau qui résume toutes leurs fondations. Le nombre de 
celles qui se firent dans l'espace d'un siècle, soit en France, 
soit dans les autres contrées de l'Europe est si prodigieux que 
ce serait à ne pas y croire si les monuments les plus respec- 
tables et les plus authentiques n'étaient pas là pour l'attes- 
ter. Pour ne parler que de Morimont, qui nous intéresse plus 
particulièrement comme étant la maison-mère de qui dépen- 
dait l'abbaye qui fait l'objet de ce travail, nous avons compté 
pour sa part, dans cette masse de fondations, deux cent trente- 
huit monastères fondés dans tout le cours de son existence. 
Sur ce nomibre il y a cent cinquante-six fondations qui ont été 
■ (aites dans le cours du premier siècle, c'est-à-dire de H19, 
date de la première, à 1220. La France y est comprise pour 
quarante-sept, dont quatre, Berdoues, Gimonl, Flaran et 
BouiUas, appartiennent au diocèse d'Auch, et huit aux diocè 
ses environnants. 

Berdoues, première implantation de Tordre dans nos con- 
trées, fut fondée en H57, par Bernard, comte d'Astarac, et 
Asnaire-Sanche, son fils. Elle ne larda pas à développer son 
activité expansive et à étendre ses rameaux autour d'elle. C'est 
à cette activité et à la pieuse libéralité de Gérant, seigneur du 
Brouil, et en même temps de Castehiau (Barbarens), Florensac, 
ou plutôt Corrensac, et Miramont, sur les confins d'Aubiet, que 
l'abbaye de Gimont dut sa fondation. Le territoire sur lequel 
elle fut bâtie appartenait à ce seigneur. Pris peut-être d'une 
sainte émulation en voyant s'élever sous ses yeux, dans le lieu 
même dont il portait le nom, un couvent de Tordre de Foate- 



db.Google 



— 197 — 

vrauld, par les soins de Guillaume d'Andozille, archevêque 
d'Auch, avec la coopération de Bernard llï, comte d'Armagnac 
et de Licier, comte de Pardiac; encouragé d'un autre côté par 
les résultats qu'avait déjà produits, dans la vallée du Gers, la 
fondation de Berdoues, qui comptait à peine cinq ans d'exis- 
tence, il songea lui aussi à s'assurer, tant pour lui que pour les 
siens, les avantages spirituels qu'on se promettait de ces 
sortes d'établissements, et à la vallée de la Giraone les bien- 
faits de tout genre que Berdoues répandait autour d'elle. Il 
avait' dans. cette vallée des possessions considérables, et sa 
domination seigneuriale s'étendait sur les terres de Castelnau, ■ 
Saint-Guiraud, Saint-Caprais appelé aussi Castel, Juilles, Mar- 
rox, Miramont qui format alors une paroisse, réunie depuis à 
Aubiet, et de Florensac, ou plutôt Corrensac, dont les limites 
ne sont pas déterminées, mais qui s'étendîùt, croyons-nous, du 
côté de Sainte-Marie et de Blanquefort, en partant du ruisseau 
de Malomerci qui !e bornait au midi. C'est peut-être de là qu'est 
venu le nom de Corrcnsaguet, qui fut anciennement un archi- 
prétré du diocèse, dont nous ne connaissons pas bien les 
limites, mais qui certainement était dans ces contrées. * 

La partie de la vallée appartenant à Gérant était, en grande 
partie, occupée par des bois ou des broussailles. Il proposa 
à l'abbé de Berdoues, Albert, de venir s'y établir, offrant de 
faire, pour cet établissement, une donation convenable et de 
lui assurer des revenus suffisants pour l'entretien des religieux; 
sa proposition fut acceptée. Dans les premiers jours d'avril H42, 
on se transporta sur les lieux, et le 5 de ce mois, au château de 
Mormont, dans le territoire de Miramont, fut signé un premier 
acte de donation par lequel Gérant cède, dans la forêt de La 
Plagne {Plana sylva), qui s'étendait dans la plaine, au levant 
et non loin du château, cent concades de terrain pour la 
construction du nouveau monastère et de ses dépendances. 
La donation était faite au nom de Gérant, de son épouse' et 
de ses enfants. La charte se trouve, non pas dans sa forme 



dbvGoogle 



oriiJHftle, mais en réstnné, comme géaéralement toutes celtes 
qui fdftt piaarûe de ce rcemeil, ea tête du cartulaire de Tabbaye. 
EUe ^nte es substance : 

. «QtMCUimutâu Broutit, Oauseos, sou épouse, Gailkume-Raymond, 
Tfffivcheii «4 G^ut, 9es enfants, et lnlatjiilde, femme dn Guillaume- 
R^j'moad, pour l'amour de Dieu at le rgcfaiU de Iuufs pfk^brâ, fout 
don k Dieu, àl^ bienheureuse Viei:ge'de Berdoues et à Albert, abbé 
dudit lieu, et à son couvent, de cent concades de terre à prendre dans 
la forêt dite Plana sylva, pourqu'ily soit construit, à l'honneur de 
Dieu' et de la bienheureuse Vierge Marie, sa mère, de saint Benoît et 
de tous les saints, une abbajede l'ooire de Citeaux. Fait au ch&teau 
de Mormoat, le 5 d'avril 1142, Liouis étant roi de Fiance et GuUlaume 
archevêque d'Auch. Les témoins sont : Anerius„ch^elaui de Mira- 
mont, Bernard, son frère, et Pierre Malac. > 

Dans cet acte, il ne s'agit que du ^ds sur lequel doit être 
construite J'abbaye avec ses dépendances; c'est en d'aub-es 
teriQÊS le fonds même qui lait l'objet de Ja donation; cela ne 
suffisait pas. U fallait encore pourvoir à l'entretien des religieux 
et leur assurer des revenus suffisants pour mener à bonne 
fin l'œuvre à |aqueU« ils se dévouaient. Dans ce but, Géraut, 
sa femme et ses enfants, firent deux jours après une seconde 
donation, par laqueUe ils cèdent et traosporteot au même abbé 
Afi)ert tous les droits qu'ils avaient sur la paroisse de Cabusac. 
Nous avi»s cçt acte dao^ son texte original; mais il ne se 
trouve pafi dans le carïulaire. Pour ce motif, et aussi à cause 
de son importance et des précieux rwseignements qu'il four. 
oit, nous croyons devoir le reproduire ici tout entier. En voici 
d'abord la traduction littérale : nous donueroos en appendice 
le texte original. 

4 Au nom de Notre-Saigneur Jésus-Christ, amen. Il faut savoir 
que noble Gétaut du Bvouil, chevalier, seigneur du Brouil, de Castel- 
nau, de Miramout et de FJoreasac, de concert avec noble dame Gau- 
sens, son épouse, et nobles hommes Guillaume-Raymond, Trencheri 
et Géraut, ses enfants, et Matbilde, épouse de Guillaume-Raymond, 
son aine; tous ensemble, de boa cœur, de bonne foi, spontanément 
et volontaiiement, tant pour eux que pour tous leurs successeurs; 



db.Google. 



— IM *- 
pour l'amour de Dieu et le salut de leurs âmes et de celles de leurs 
parents, ont donné, cédé et entièrement délivré sans aucune réserve, 
à Dieu et à la bienheureuse Vierge Marie, entre les mains de religieux 
homme Albert, abbé du monastère de la bienheureuse Marie de 
Berdoues, de l'ordre de Citeaux, ici présent, stipulant et *Gette dona- 
tion acceptant, savoir : 

» Toute la terre à eux appartenant, de Cahnsac, de Lartigue et de 
La Plagne, qu'ils ont, tiennent*et possèdent dans le comté d'Arma- 
gnac ou de Fezensac, au diocèse d'Auch; limitée et confrontée, ladite 
terre, du côté de l'orient, par la livière de la Gimone, au midi par le 
ruisseau et le terroir de Marsan, au couchant par le chemin public 
qui va de Saint-Caprais vers le Foorc, jusqu'à la naissance du ruis- 
seau de Malomerci, en suivant ensuite [au nord) ledit ruisseau de 
Malomerci jusqu'à sa chute dans la Gimone. Cette donation comprend 
toutes les dominations, avec ies hommes et lesfeinmes; la haute et 
basse juridiction, la haute et moyenne justice; honneurs, servitudes, 
terres cultes et incultes, bois, pâturages, prés, herbages, eaux, mou- 
lins et emplacements des moulins; chasses, pêcheries, agriers, âçfs, 
oblies, ventes, engagements avec les dhnes et les prémices, y com- 
pris l'égtise rurale dudit territoire de Cahnsac, construite par les 
prédécesseurs des susdits donateurs à l'honneur de la bienheureuse 
Marie, avec tous les droits et appartenances qui en dépendent ou 
qui pourraient y être attachés à l'avenir. Les susdits donateurs ont 
fait cette donation, comme ils le déclarent, à cette fin que dans le 
territoire appelé Plana syloa ou bois de I^a Plagne, il soit fondé ou 
construit un monastère à l'honneur de Dieu Tout-Puissant, de la 
bienheureuse Vierge Marie et de saint Benoît, abbé, suivant la règle 
de Oiteanx, auquel sera donné le nom de Gimont, sous le bon plai- 
sir et avec le consentement et volonté du révéreadissime seigneur 
archevêque d'Auch; voulant les susdits donateurs que ledit monas- 
tère une fois construit, avec tous les biens ci-dessus énumérés et 
tous autres qui. Dieu aidant, pourront s'y ajouter dans la suite, soient 
possédés en paix par les abbés et frères de l'ordre qui l'habiteront à 
perpétuité' avec tous honneurs, dominations et droits quelconques, 
en toute liberté, franchise et sécurité, comme les susdits donateurs 
et fondateurs et leurs prédécesseurs les ont toujours jouis, tenus et 
possédés; sauf néanmoins l'hommage et le serment de fidélité à 
rendre au comte d'Armagnac ou de Fezensac, une fois seulement 
en sa vie. Se sont réservé et se réservent les susdits donateurs, tant 
pour eux que pour leurs successeurs, la hbre entrée et sortie dans 



db.Google 



— soo — 

ledit monastère, se présentant honnêtement et sans dessein fftclieux. 
Se réservent encore les susdits donateurs que si quelqu'un de leur 
race veut faire profession de la rie reUgieuse dans ledit monastère, 
il y sera reçu conformément aux règles de l'ordre s'il n'y a pas d'em- 
pêchement canonique qui s'y oppose. 

> Faite ladite donation au château de Mormont près Aubiet, le 
7* jour du mois d'avril 1142. Régnant Louis, roi de France, en 
présencedu rérérendissime seigneur Guillaume, archevêque d'Auch, 
, qui loua, approuva et ratifia la susdite donation ; d'Anérius, chape- 
lain de Miramont; de Bernard Anérius, d'Aubîet; de Pierre La 
Roque, chanoine d'Auch; de Rîbaud, de MaravaC, chevalier; de 
Sance d'ArcamOnt, chevalier; de Gassie de Pessoulens; de Guillaume 
d'Amers; de Torpètede Bascols (ou Bascous); etd'Assive deSaint- 
Guiraut, et de Jourdain d'Aubiet, témoins à ce appelés ; et de moi, 
Pierre Durand, notaire public de Mauvezin, qui ai écnt cette charte 
et l'ai signée de mou seing ordinaire, comme je fais dans les actes 
authentiques. » 

II n'est pas difficile, quand on est sur les lieux, de recon- 
naître toutes les indications fournies par cette charte. La plu- 
part même des noms anciens se sont conservés jusqu^à nos 
jours, arec quelques légères transformations. Nous ferons 
d'abord remarquer, au sujet du chapelain de Miramont, que 
nous avons trouvé nommé dans plusieurs autres actes, qu'il 
est dit tantôt chapelain de Miramont et tantôt chapelain de 
Mormont; quelquefois aussi on écrit Marmont au lieu de 
Mormont. Il n'y a eu cela rien qui doive surprendre : Mira- 
mont était le nom de la paroisse dans laquelle se trouvait le 
château, Mormont le nom propre du château. La paroisse 
étant de la domination seigneuriale du châtelain de Mormont 
à qui, selon toute apparence, Téglise appartenait, aussi bien 
que celle de Cahusac qu'il donna aux religieux, il n'est pas 
étonnant que le titulaire qui en faisait le service fût inditTé- 
remment désigné tantôt comme chapelain de Miramont, tantôt 
comme chapelain de Mormont ou de Marmont. L'une et l'autre 
de ces appellations continuèrent d'être en usage après la sup- 
pression de cette paroisse et sa transformation en bénéfice 



db.Googlc 



— 201 — 

simple, sous le titre d'Ecctésiasle, pour désigner le bénéficier 
qui en était -pourvu; et nous avons même remarqué que 
dans les derniers pouillés du diocèse, c'était Marmonl qui 
avait fini par prévaloir. 

Le ctiâteau de Mormont n'existe plus depuis longtemps; 
mais il est facile de reconnaître qu'il a dû occuper la place 
de la maison connue sous le nom de la Tour-Blanche, aujour- 
d'hui dans le territoire de Marrox, à une très petite distance 
de la métairie qui porte le nom de Miramont, dans la paroisse 
d'Aubiet. 

Le ruisseau qu'on donne pour Umite au sud du territoire, 
objet de la donation, est celui qu'on appela dans la suite le 
ruisseau de l'abbaye, le long duquel se trouvait le territoire 
de Lartigue. 

Le chemin de Saint-Capraisau Pourc,dansla nouvellepa- 
roisse de Saint-Martin-Saint-Pé, n'existe plus que par tron- 
çons. Mais la partie qui est ici donnée comme limite,- tout 
entière dans Aubiet, s'est conservée juste dans toute son 
étendue, commençant au couchant de la métairie de Mira- 
mont, à quelques centaines de mètres, et allant finir à ta 
naissance du misseauqui porte toujours le nom de Malomerci, 
dans les dépendances de la campagne de feu M. Alem- - 
Rousseau. 

Ce ruisseau de Malomerci, ainsi nommé parce que c'était 
tout auprès qu'étaient lus fourches patibulaires d'Aubiet et 
qu'avaient lieu les exécutions capitales, a son origine au 
sud-est de cette campagne. Il descend de là en ligne droite 
vers le nord-est, t'espace d'un kilomètre environ, puis fait un 
coude dans la direction de Test, en suivant le vallon derrière 
le château de Saint-Araitles, pour aller se jeter dans la Gi- 
mone à une petite distance de Gimont. 

Bascols, plus communément Bascous, en latin *de Vas- 
culis, • dont il est fait mention dans la même charte, .était 
encore une paroisse, qui fut, comme celle de Saint-Barthé- 



db.Goo^le 



lemy de Miramont, annexée àAubiet, à la euite des guerres 
d6 religion. Elle était àtuée au nord-est d'Aubiet, qu'elle 
séparait de la paroisse de Blanquefort, et portail le nom de 
Saint-Jean-de-Bascous . 

Une fois en possession du terrain sur lequel devait s'élever 
Tabbaye et pourvus de ressources suffisantes pour le pre- 
mier établissement, les moines se mirent à l'œuvre avec cette 
ardeur et cette acUvitè qu'ils apportaient dans toutes leurs 
entreprises. Les travaux marchèrent rapidement, et, avant la 
fin de celte année 1142, ils étaient déjà si avancés qu'oti 
pouvjdl célébrer les offices dans l'église du monastère. Nous 
en trouvons- la preuve incontestable dans un acte par lequel 
Géraut du Brouil, son épouse Causons et leurs enfants con- 
firmèrent leurs précédentes donations en faveur de l'abbaye 
et y ajoutèrent de nouvelles libéralités, en témoignage sans 
doute de leur satisfaction pour les résultats déjà obtenus. 
Cet acte, en effet, dit en propres termes que ce fut dans la 
nouvelle église qu'eurent lien celle confirmation et cette nou- 
velle donation. Voici comment fi s'exprime : 

Il faut savoir que, dans cette 'même aDiiée (1141), l'église étant 
déjà coTistruile sar ie territoire donné précédemment, Géraut du 
Brouil) sa femme Gaiisens et leurs enfants, toas ensemble et d'un 
commun accord, confirmèrent les donations précédentes par serment 
prêté sur le Missel (ju'on avait dépose sur l'autel de ladite église, 
en présence des moines et des frères. De plus, ils accordèrent aux 
religieux tant présents que futurs, le droit d'enlrtie et de sortie, de 
pâturage et d'exploitation sur toutes leurs terres et dans toute l'éten- 
due de leur juridiction, ainsi qu'un emplacement pour la construc- 
tion d'un moulin. On cite comme témoin : Dolcez de Preissan ; Guil- 
laume de Corfensac; Torpez de Bascols, le inéme sans aucun doute 
qu'on nomme Torpéte dans l'acte précédent; Guillaume Anerius; 
d'Arners; Bernard de La Lane; Gassies de Pessolens; Raymond de 
Comminges; Sance de Saint-Maur; frère Arnaud de Labruyère. 

R. DUBORD, 
prtire, coré d'Àobici. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



APPENDICE. 

Autbentica tabula monasterii Oimandi, in mânibus Fr. 
Albertl, a^ibatis monasterii Berdonls. 

Id nomine Domini Nostri Jesu Christi, ameD/Sciendum est quod 
nobilis Geraldus de Brolio, miles, dominusdc Brolio, de Castro-Novo, 
de Miramonte et de Florensaco, una cum nobili domina Gausens 
uzore sua et nobilibus vins Guillelmo-Raymundo, Truncherio- et 
Guiraido filiis suis, et Mathildî, usore pnedicti Guiilelini-Râj-mundi, 
primogeoiti, omnes ia simul,, eorum bono animo, bona fide et spon- 
taaea voluntate, pro se ipsis et pro omnibus successoribus suis; pro 
amore Dei et pro salute aniinarum suarum, et omaium parentâm 
suomtn; dcderunt, concesserunt et penilus absolverunt, sine ulla 
retentione, Deo et beatœ Marite de Berdonis, cistemiensis ordinis, in 
comttatu Astariacensi, hic prfesentis, stipulantis et liane donationem 
* recipientis, scilicet : Totam illàm suant terram de Cahusaco, do 
Artiga et de PlanaSylva, quam liabent, tenent et possident in comitatu 
Armaniaci, seu Fezenseaci, in diœcesi auxitana, prout se tenent dict<e 
teirœ et confrontantur; a parte orientis cum fluvio Gimone.et a parte 
meredieii cum rivo et territorio de Marrox, et a parte occidentis, cum 
via publica veniendo de Sanclo Caprasio versus Furcum, usque ad 
caput rivi de Malamercede, et sicut ipse rtvus de Malamercede fluit 
et cadit in Gimoaa, cum omnibus domination ibus, hominibus et 
feminis, atta et bassa juridictione, mero et œiïlo imperio, honoribus, 
servilulibus, terris cultis et incultis, nemohbus, pascuis, pratis, 
herhagiis, aquis, molendinis et moleudinorum locis, venatîonibus, 
piscariis, agrarils, fendis, obliis, vendis, impignorationibus; cum 
decimis et primiciis, una cûm ecclesia ruiali ejusdem territorii de 
Cahusaco, in honorem l)eat^e virginis Marise, per praedecessores 
dictorum donatorum aediûcata, cum omnibus juribus'el pertinenttis 
suis, piseseutibus et futuris. Hanc autem donationem fecerunt dicti 
donatores et se fecisse dixerunt ad hoc ul ibi in diclo territorio quod 
Plana Sylva, sive nemus de La. Plaigna appellatur; fundetur et 
construatur monasterium, in honorem Dei omnipotentis et beati» 
virginis Mariée, et sancti Benedicti abbatis, secundum ordinem cis- 
tercii, JJuod Gemundus appelletur et nominetur; cum licentia et con- 
seosu et voluntate revereodissimiD. D. archiepiscopi auxitaai. Quod 



D,g,tza:JbyGOOglC 



— 804 — 

monasteriuiD , cum cOQstructum fuerit, cum omnibus aupradictis 
bonis el aliis qu», auxiliante Domloo, illi advenerint, possideant in 
pace abbates et fratres dicti ordinis cisteicîeasis qui pro lempore iu 
eoinstitueuturiii Ëetemum; cum omnibus hoaoribiis, domiDalionibus 
et juribusquibusuumque, in omni libertate, immunitate et seouritate, 
quemadmodum supradicli donatores et Tundatores et eorum prsede- 
cessores semper habuerunt, tenuerunt et possederunt, sub homagio 
tamen et fidelitatis juramento priestando et reddendo D. D. comiti 
Armàniaci seu Fezensiaci, semel tantum in vita. Sane retinuerunt et 
retinent sibi, dieti donatores, et succpssoribus suis, libenim ingres- 
sum et egressum ia dicto monasterio, convenienler et sine inoleslia. 
Retinent etiam dicti donatores ut si quis de illorum progenie voluerit 
vitam religiosam in dicto monasterio profiteri quod in îpso recipialur, 
secuadum institiilum dicti ordinis, si canonicum atiquid non obstet. 
Acta autem fuit hac donatio in castro de Marmonte prope Albinetum, 
die septima mensis aprilis, anno Domini millosimo centisimo qua- 
dragesimo secundo, régnante LudovicoFrancorum rege. in praesentia 
reverendissimi D. D. Guillelrai archiepiscopi auxitanensis, qui hanc 
donationem laudavit, approbavit, ratam atque gratani habuit; iu pra.v 
sentia Anerii capellani dp Mereaumonte, Bernardi Anerii, de Albi- 
neto, Pelri de Roca, canonici auxis; Ribaudi do Maravat, niilitis, 
Sanoiid'Arcamonl,milîlis;Gas3ifedePessolens;GuillelmideArDesio; 
Torpeti de Vasculis; Assivi de Sancto Geraldo militis, Jordani de 
Albineto, testium ad praemissa vocatorum, et niei Pétri Durandi, 
notarii publici Malivicini, qtii cartam istam scripsi et signo meo 
coDsuetoquo utor ia.autheaticis signavi. 



dbyGoogle 



VOCABULAIRE 

DES TEHHES LES PLUS USITÉS DANS l'ÉTUDE DES MONUMENTS 



(Suite) (1). 

Le uËDAnxoN, avons-nous dit, prend ordinairement la forme 
des médaiUes. Mais loin de's.'astreindre à leurs dimensions, 
relativement fort réduites, it est presque toujours beaucoup 
plus grand, même si on le compare à celles dont le module est 
le plus étendu (2). 

Une médaille a toujours deux, champs, le (h-oU et le revers; 
tandis que le médaillon n'en a qu'un seul où figurent, avec 
ou sans inscription, les types qu'il est -destiné à reproduire, 
soit historiques, soit légendaires ou de fantaisie; à personnages 
tantôt isolés et tantôt groupés, ou même simplement indiqués 
par leur monogramme (5). 

Enfin, les médailles sont invariablement métalliques et à 
type reproduit par estampage, soit au marteau, soit au balan- 
cier; tandis que le tnédaUlon n'est astreint à aucune espèce de 
matière qui lui soit exclusivement propre. Et, en outre, les 
sujets y peuvent être, indifféremment, ou estampés, ou peints, 
ou gravés, ou moulés, ou sculptés, ou modelés, ou jetés eu 
fonte, etc. , au gré de celui qui les figure; ou bien encore, selon 
que l'exige l'œuvre d'art dont le médaillon doit faire partie. 
C'est ainsi que les sculpteurs en ont fait, surtout à partir du 

(l)Voirtoma m, page 179 decetM R«vue. 

(!) La modale d'une mëdulls est égal t son diamètre. On dit. en Dnmiamatiqne, 
grand modale, moytn oiodale al petit module. De celle deraléie dimension esl le da- ' 
Dier d'argent qbe nous avoas décrit naguire, aiieadu que idd modale ne dépaise pu 
MJM oiilliiiièires. BtcapendanI, p»r lapluséinoge des coquilles, on aoas a fait dira, 
ysfe 189, diux mille mitrtt, au lien da deox millimâlre*, comma meiara de l'at- 
p»ce qui sépue, au Ttveri, le grioelis de la guiilande. 

13) Voir w mot, un pao plus bas. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



XV' siècle, un motif d'ornementation religieuse dans les 
boiseries de nos églises; et que, dans les périodes antérieures, 
les peintres sur verre ont adopté les médaillons, de forme très 
variée, pour encadrer des groupes dont la série raconte l'histoire 
ou la légende (îe nos saints. ' 

MEMBRE, s. m. C'est le nuin qui se donne, en architecture, 
à toute partie notable d'un ensemble, c'est-à-dire d'un bâti- 
ment, ou même d'une baie, d'an entablement, d'une corniche, 
d'une colonne, etc. Pour qu'un ensemble, ainsi compris, soit 
bien exécuté, il faut que les proportions soient harmonteitses 
entre le corps et les membres. 

MEMBRETTE, s. f. C'est la partie d un pied-droit orné de 
pilastres, qui reste nué, à droite et à gauche de chacun d'eux. 
— Oo l'appelle généralement AleOe. 

MÉMOIRE, s. f. Souveuirmonument^ d'une sépultureqa'OR 
ne voulait pas abandonner à l'oubli, à cause du re^ect 
religieux dont on entourait les restes du défunt. La plus célèbre 
est celle de saint Pierre, appelée aussi sa ConfessUm. Saint 
Grégoire de Tours, qui l'avait visitée, nous dit (1) qu'au vi' siècle 
le tombeau du prince des apdtres était placé soas un aatel 
orné de quatre colonnes d'argent que couronnait un cil6orNUtt 
(3). Cet autel était entouré d'une grille qui s'ouvrait devant 
ceux qui venaient y prier. 

De nos jours, ta Mémoire, ou Confession de saint Pierre, est 
un monument prodigieux, élevé par la munificence de nos 
souverainsPontifes, au seind'iui édifice plus prodigi6ux>encore. 

Par extension, et à l'exemple de nos pères dans la foi, on a 
donné souvent le nom de Mémoire à un simple monument 
érigé par un juste sentiment d'affection chrétienne ou de piété 
filiale. Entre divers exemples que nous pourrions en citer ici, 

(I) D( gloria «HrlyruRi, i, 38. 

(3) Vdt le mol cikoïKK, I. r*, p. 330 de eelta Bemt. 



D,g,tze:Jb.GOOgle 



— SftT — 

pQiir tes sjèetes aatérie^rs au xis', ii«uç nous eontântcirâiks de 
celui quâ TabJïé Ga£Z«ra nous fait connatlre dans son étude 
Oei Ptemonle, p. 35. 

HATER DVLCISSIHA 

IN PAGE XPl RECEPTA 

JVLIVS Fi;.IVS HPIOBIAM FEC 

OBIIT KAL., SEPTBU. 

■ ... Mère bien chérie, reçue dans la paix du Clinst ! Jules. 
• son flis, lui a consacré celte Mémoire. Elle décéda le iour 
> des calendes de septembre. » 

MENEAU, s. m. Membre d'architecture qui, dans une baie 
à jour, sert à diviser sa largeur ou sa hauteur en deux ou 
plusieurs compartiments. Les meneaux droits sont perpendi- 
culaires ou parallèles au plan de l'horizoa du lieu ou on les 
observe; tous les autres sont contournés en divers sens. 

C'est ainsi que, dans une fenêtre à un ou deux heneaux 
droits* de la première espèce, leur fonction est de partager sa 
largeur en deux ou trois baies, ordinairement égides entre 
elles. Et ceux de la deuxième espèce traversent l'ouverture 
dans le sens de sa largeur, pour en subdiviser la hauteur; 
comme on le voit, dans les (roisées proprement dites, 
c'est-à-dire dans les fenêtres en forme de croix, simple ou 
double. L'usage de cette démise espèce de henkaux n'est pas 
ant^eur au xv siècle. 

Enfin les meneaux contournés forment, au-dessus des pre- 
miers, une sorte de réseau de pierre, plus ou moins com- 
pliqué, selon la période où Ton se trouve. Les plus tour- 
metilés appartiennent au style flamboyant, c'est-à-dire à la Ho 
du xiv siècle, au xv* et au xvr. 

MERLON, s. m. Partie saillante, au couronnement de 
certains parapets, qu'on appelle crénetù parce qu'ils sont 



D,g,tza:Jb.G06gle 



— 208 — 

munis de tréneaux (1). Ces derniers alternent avec les mbr- 
u)NS qui les encadrent verticalement et arrêtent leur forme. 
Les projectiles étaient, jadis, lancés par les créneaux, tandis 
que le défenseur du parapet s'abritait, à droite ou à gauche, 
derrière les merlons. 

On rencontre, quelquefois, des restes d'anciens parapets 
crénelés construits au service des églises. 

MEURTRIÈRE, s. f. Ouverture étroite, pratiquée dans un 
mur, comme moyen de défense contre les assaillants. Leur 
caractère propre est d'être fort étroites à l'extérieur çt très 
évasées à l'intérieur. Certaines fenêtres, dans les églises du x' 
et du XI' siècle, pouvaient donc servir de meurtrière, ainsi que 
nous l'avons vu pour celles de Peyrusse-Vieille, de Préchac, 
de Taron, etc. (2) 

On a nommé archères les meurtrières dont la hauteur est 
traversée, sur le milieu, par une ouverture semblable, assez 
■ longue pour façonner une espèce de croix, attendu qu'elles 
pouvaient servir aisément au tir de l'arc. Quand l'ouverture 
en travers est moins longue, elles semblent avoir servi au tir 
de l'arbalète; et pour ce motif, on les appelle arbalétrières. 

MINIATURE, s. f. Peinture au moyen de couleurs dé- 
trempées à l'eau gommée. Le minium y joue un tel rôle 
qu'il a donné son nom à cette espèce de peinture dont les 
produits sont invariablement de petite dimension. Ils n'inté- 
ressent le genre d'étude que nous poursuivons dans ce voca- 
bulaire qu'à raison de leur spécialité comme ornementation 
dans les livres d'église. Avant l'invention de l'imprimerie, 
les calligraphes les transcrivaient, presque toujours sur vélin, 
et les miniaturistes demeuraient chargés de l'omementatioii, 
au moyen des titres, des vignettes intercalées, des initiales 



(1) Voir c« dtrnier mol, toma T, p. 574 d« celle Atnu*. 

(S) Voir Qotro étad« de ce» égliM), loma ii, p. 314, a4&,.350 de Mlle Revue. 



db.Googlc 



en couleurs, des groupes historiciues, légendaires ou de fan- 
laisie, dont les marges étaient enrichies. 

MISËRIGORDE, s. f. On entend aujourd'tnù désigner par 
ce mot un membre de stalle offrant un petit siège secondaire 
quand le principal est relevé sur ses charnières. L% tablette 
qui forme ce petit siège porte sur un cul-de-lampe, dont la 
surface antérieure est ordinairement ornée de sculptures. Dans 
le chœur d'Amiens, nous avons compté cent dix miséricordes 
qui offrent ce dernier caractère; et toutes sont historiques, sauf 
la 57* qui reproduit le blason d'un doyen du chapitre. C'est 
celui d'Adrien de Hénencourt, contemporain des sculpteurs de 
ces m:^^iflques boiseries et bienfaiteur de l'œuvre. Tous les 
sujets sont pris, sans autre acception, de TAocien Testa- 
ment, depuis le déluge universel jusqu'à la mort du géant 
Goliath. 

A Sainte-Marie d'Auch, dont les stalles sont de la même 
' période que celles d'Amiens, les hisëricordes, au nombre de 
115, sont également sculptées ' à leur surface. Mais pres- 
que tous les motifs sont de fantaisie, ou bien des souvenirs 
mythologiques. Le ciseau, du reste, les a traités avec un 
soin et une facilité de dessin fort remarquables. 

MONOGRAMME, s. m. Caractère composé de deux ou plu- 
sieurs lettres entrelacées. Nous nous contenterons de parler 
ici de ceux que le christianisme a- consacrés à Jésus-Christ et 
à la Vierge Marie, sa mère. 

Le plus anciennement connn des honograhmes du Sau- 
veur forme un caractère unique, composé des deux premières 
lettres grecques XP de son nom xpiitoi, en les entrelaçant. 
Il était en usage, au sein des catacombes de Rome, lorsque 
Constanlin-le-Grand, devenu chrétien en 312, en orna son 
UtimTtm ou étendard militaire. 

Dans les siècles postérieurs, on y a parf(MS associé quelque»- 



db.Google 



— 210 — 

unes des lettres qui suWent, en les combinant avec le X. 
Et, pour ces différents cas, le divin monogramme est appelé 
le ckrisme. 

Très anciennement encore on Ta f^t précéder des deux 
premières letlres juxtaposées IH du mot grec iucotc ou jhïoyi, 
Jésus. C'est ainsi que sur le tombeau d'une jeune fiUe, aux 
catacombes, ou avait inscrit ces ùmm lettres à la gaacbe dn 
cbrisme, composé du X et du P seulement. 

Enfin, Arringhi a reproduit la gravure d'une pierre des 
catacombes, présumée antérieure au vir siècle, ou l'on voit 
Jésus-Christ donnant les clés à saint Pierre. Or, au-dessus 
des deux personnages se trouvent inscrites ces deux ^ré- 
viatious grecques : me, uet, signifiant Iésus, Pibuib. Le 
trait placé sur cbaque mot, dans . l'original, marque abré- 
viation par suppression des lettres finales. 

Saint Bernardin de Sienne, qui est du sv* siècle, n'eM ^atic 
pas l'inventeur de l'idée qui a fut rendre le nom de Jésus par 
s^ trois premières lettres IIIS. Il aimait à les produioe sur des 
étendards, entourées d'un cercle lumiueux à rayons écla- 
tants, avec cette inscription : In nohine Jeso oune gem; flbc- 
TATUS CŒLESTiiTH, TEBRESiviuH ET infekmobum; afin de propager 
et d'étendre, autant qu'il le pourrait, la dévotion des fidèles 
à ce nom divin. En cela, il suivait l'exemple de saint Do- 
minique, doni le zèle avait eu le même objet. Aussi a-t-on 
souvent représenté Le fondateur des Dominicains ayant sur 
. sa poitrine, au milieu d'une espèce d'auréole rayomiante, les 
trois premières lettres IHS du nom de Jésus. 

C'est à partir du xv* siècle surtout qu'on a entrelacé ces 
trois lettres en honocilubie. 

Les stalles de Sainte-Marie d'Auch ont, de ce chiffiv d'ivin, 
une reproduction des mieux soignées, sous forme de mé- 
daillon qu'une couronne d'olivier encadre. Il se complète 
p»" le mot Maru, gravé en creux sur la panse de la lettre S. 

Quwit au KOHO^^AiiKE de la Sainte-Vierge, on l'a foiaé. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



- 81Ï - 

dans Tépigraphie chrétienne, des deux lettres grec^es AJd, 
entrelacées pour signifler hyia TSapu,, Sainte Marie, w Marltf 
la Sainte par excellence. C'est donc ane invoestion que ce 
soHOGHAjmE exprime, et rron Ht ^Ista^on Ave Mari*. 

MWiOGftAPWË, s. f. Histoire descriptiw (Tan montiment. 
En Franc*!, les plus importantes de ces sortes d'œuvres sont : 
la Monographie de la cathédrale de Bourges, par les PP. jé^ 
suites A. Martin et Cahier; celle de la cathédrale de Noyon, 
par M. Vitet; celle de Saint-Savin du Poitou, partM. P. Mé- 
rimée. La publication de la Monographie de la cathédrale de 
Chartres est suspendue depuis plusieurs années, après n'avoir 
donné qu'un petit nombre de planches, sans texte. — Dans 
la Monographie de Sainte-Marie d'Auch, nous avons livré au 
publie un vot in-fol. contprenant iO* planches et 160 pages 
de texte, soit historiqnev soit descriptif. 

MONOLITHE, a. id. Grandi bloo de fiente, de nlârbr», ekt, 
extrait de sa carrière, disposé selon sa destioatiMi étais 
en place tout d'une pièce. — On ne derrait dons pas douter 
ee nom à- un monuinenl travfdDé dans le roc et (|ni n'en s^- 
ratt pas entrait. 

Nouç venons de dire, ci^tessus, qiue^le-cEuact^ [Hropred» 
Htitemt est d'être un H0N0Ln'(iB;Lerât,ili6nedaAa les grandes 
cotoDAes, Test aussi «-dinaivement. Le It-umeau: ricbemcnl 
sculpté, qui se dresse entre les deux gaiehets des porte» 
tatérades, à. Sainte-Marie d^Audi, est éptemeiit un monû- 
lùhe. — Mais il ne faudmiC pas qualifier' de la sorte une> 
statue^ même colossale, coniae cetlee d& saint Ghristo^i^ , par 
exmple, pas plus qu'un obèdsqde. Oa doit dire, dans oe cas, 
statue d'un seul bloc; tout sbfdiaqne rat d'un seul bloo. 

MÛMOSTYLE. C'est la qaaiifie^ofii d'un édifice complb- 
Umtaa bi& d'u» seei et mkao aty^. Bewcotti) de petit«& 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 212 — 

églises oot cet avantage ; mais il n'en est pas de même des 
grandes, des cathédrales, par exemple, telles que les siècles 
antérieurs nous les ont léguées. On a mis, généralement, tact 
de temps à les compléter, même dans leurs parties essealiel- 
les, qu'elles ont dû prendre successivement l'empreinte des 
diverses périodes qui ont contribué à leur construction. 

MONTÉE, s. f. Elévation verticale et définitive d'un mur, 
d'une colonne, etc. 

La MONTÉE d'une voûte se mesure par la verticale abaissée 
du milieu Se la douelle de sa clé, jusqu'à l'horizontale qui 
passe par les deux naissances de la courbure. 

La MONTÉE d'un escalier est la partie comprise entre deux 
étages. Elle peut donc compter deux ou plusieurs volées. 

MORTIER, s. m. Mélange de sable et de chaux détrempée, 
ou bien de sable et de ciment, gâchés avec soin. Il sert à lier 
les moellons, les caiUoux roulés ou les matériaux en terre 
cuite, dans la construction des murs et dans celle des voûtes 
faites en blocage. 

Le MORTIER fin garnit les joints entre les pierres d'appareil 
ou entre les briques qui en tiennent la place. 11 sert aussi 
à faire des enduits, c'est-à-dire à unir les parements vus, quand 
on ne veut pas se contenter d'un austère crépi. 

Dans tous les cas, le mortier doit faire corps avec les au- 
tres matériaux de la construction, afin de leur communiquer, 
surtout dans l'épaisseur des murs, une grande force de cohé- 
sion. Elle est tellement considérable, dans certains édifices 
du moyen âge, qu'ils paraitrajent indestructibles, si ta poudre 
ne ven^t au secours pour étendre la brèche, quand elle 
devient nécessaire. Entre autres exemples récents, observés 
autour de nous, on peut citer la tour de Sansan, les sanc- 
tuaires de Mouchan et de Reyrusse-Vieille, édifices dee pre- 
miers temps de la période romane. Combien de voûtes de 
très ancienne date présentent aussi une étonnante solidité. 



dbvGoogle 



— 213 — 

bien qu'elles soient fort minces! Nous en avons fait l'obser- 
vation même pour celles qui sont composées en blocage, c'est- 
à-dire de petites pierres anguleuses, entassées pêle-mêle et 
sans appareil. Mais il est à remarquer que ces pierres sont 
partout noyées dans un mortier abondant, source unique de 
la force qui les relie et les unit en une espèce de bloc con- 
tinu. 
- Toutefois, nous avons assez souvent rencontré, dans les 
mêmes régions et pour les mêmes périodes, la preuve incon- 
testable que nos devanciers ne savaient pas ou ne voulaient 
pas toujours se donner la peine de traiter avec le même soin 
le détail des constructions, soit eiviles, soit religieuses. C'est 
ainsi que, dans certains murs, les matériaux se trouvaient 
mal liés, le uortier, peu abondant et jeté au hasard, étant 
demeuré sans cohésion; tandis qu'un appareil régulier de 
moellons smillés servait de voile à ce mauvais travail, et 
réalisait, sur tes deux faces, toute la force de cette partie de 
l'édiflce. 

Est-ce à l'incurie, à l'ignorance ou au défaut de probité 
qu'il faut attribuer une aussi étrange différence dans la ma- 
nière de bâtir ? 

Quoi qu'il en soit de cette question, bien difficile à résou- 
dre, il est certain que la durée des constructions établies sur 
des fondements solides dépend, presque toujours, -de la qua- 
lité et de la quantité du mortier mis en œuvre. 

Aussi, que peut-on en espérer lorsque, sous la main de 
l'ouvrier qui le prépare, un sable impur et de mauvais choix 
vient communiquer à la chaux des éléments terreux, et la 
rendre impropre à toute cohésion durable? 

Il arrive sans doute bien souvent qu'elle se trouve, elle- 
même, avariée ou de qualité trop inférieure pour être digne 
de conBance. Mais quand elle serait dans les conditions 
d'hydranlicitê qui constituent les meilleurs ciments, elle cesse 
de la mériter, à partir du moment ou on la mêle à des saiAes 



dbvGoogle 



tsaefK, poH'' lw% te hortikii qtii doit ssry^r à uoe construc- 
tjoQ de qud^e iqaperUocfi. 

S'il en «^ ainsi (lu HûfiTu;R ordiftaif«, avec quel soin ne 
devrait-on pascboisir etpuriQerlesableflQ, mêmede rivière, 
qtù doit se mêler aux cinoânts proprement dits! C'est 
ordinairefliéat faute à& ces sages pcéoauttons, si scrupuleu- 
sement pratiquées jadis par les Romains, que le travail des 
' (^menteurs oioderaes compense très imparfaitemeirï les frais 
qu'il occasionne. 

IWDSAIQUE, s. f. Ouvrage feiroié de petits ctU}e$ de pita-rœ 
dures, de ^ies vitrlQêes, comme aussi, parfois, de teires 
cuites, et doal la surface définitive stet en vue diOéreotes cou- 
leurs à dessios plus ou moins riches. 

Ces petits cul)es sont juxtaposés avec grand aoïa, coraNae 
il se pratique pour las pièces de marqueterie, «t cidlés au 
moyen d'un ciment èteadu sur un fond solidemenl bètouDé. 
Ce fond est ordinairement l'aire d'une constructioa dont la 
BtosAÏQue remplace le pavé. Elle peut aussi être coUée snr 
les parements vus 4e!8 murs; et même à la surface iotfffievre 
des voûtes, ainsi qu'on le voit encore dans labeltc etspl^âiâe 
église de Saiïtt-Marc, à Venise. 

Enfin, l'art du mosaïste en vint à substituer aux c«bes de 
pierMs dureSf de verre et de pâtes cuiites^ des émaux colorés, 
réduits en filets très menus, variés dans leurs formes, et dont 
le^ nuwces ont été portées au nt^bre de diix mille. A l'aide 
de ces èD3tam, habilement combinés, on réalise toirtes tes de- 
mi-teintes, ayoc lies tciansilions et les dégradations convena- 
bles. C'est ainsi que les paj)es du xvii' et du xvnf sïècde 
ont <ait reproduire, à ftome, les cbetfi^'oeuvre djCS plus grands 
peintres, de mafiière à les rendre impérissables. T«dles sont, 
par eiiiemide, dans l'église de Saint-PieFrc, les copies de la 
Tcan^guration par Raphaël, de la Communion de saiut 
Jéii)œe par le D^niquia^ de la sainifi Pétronille du Guer- 



dbyGOOglC 



— 215 — 

chin, etc., toutes de même grandeur que tes originaax. 
Les HOSAJQDES HC sont donc pas de simples pavés de salle 
à manger, comme on Ta dit légèrement, pour déprécier celle 
qui, à Sainte-Marie d'Auch, couvre, depuis lS6i, l'aire du 
chœur, avec tant d'éclat dans le coloris, et tant de variété 
dans le dessin.— Elle est signée, dans te sanctuaire, au nord, 
par cdui qui en a fait le {dan : LAisnt Gh. Arch.; au sud, 
par c^oi qui t'a exécutée : Cristofoli Mosaista. Il est biea 
fâcheux qu'il s'y produise, çà et là, des gerçures, qu'on ne 
peut attribuer qu'à l'imperfection du ciment, ou bien à celle 
du béton inférieur. 

MOUCïiARABY, s. m. Sorte de balcon couvert, et fermé de 
tout côté, sauf celui qui donne accès dans son intérieur. 
Le caractère, spécial de ce balcon, c'est qu'il est percé de 
mâchicoulis au-dessus d'une porte, afin d'en défendre l'en- 
trée (1). Entre autres églises, aujourd'hui assez rares, dans 
nos contrées surtout, celle de Mauléon (Hautes-Pyrénées) 
cbnserve encore son moucharaby; et à Estang, on vient de le 
détruire, avec la façade entière de l'ouest, qu'il a fallu 
reconstruire. 

MOULURES, s. f. Ornement ménagé en creux ou en saillie, 
au bén^ce de certains membres d'architecture. C'est ainsi, 
pad" exemple, qu'une réunion combinée de moulures forme les 
caniches, décore les frises, les impostes, les chambranles, 
enfin les bases des colonnes en déterminant leur forme pour 
les différents ordres classiques, ou bien pour les styles divers 
qui se soirt succédé au moyen âge. 

Les MOULURES sont ^^tes ou cowiès dans-leur direction, 
ou bien composées de ces deux espèces. Etudiées avec soin 
et nièthode dans les caractères qu'elles présentent, leurs 
formes, arrondies ou jmsmatiques, sont an des plus sûrs 

(1) A rarticle Màehicoutû, page IfiO, il tant lira : * On les éltblisiait xias àtt 
bUeoiu «oàvetta, au-dtuus de* portes, on bion eonue coioiiire, eie., etc. 



D,g,tza:Jb.GOOglC 



— Îl6 — 

moyens de classer, selon la succession des périodes, les mo- 
numents qui appartiennent à Part chrétien. 

MUR, s. m. Corps de maçonnerie qui sert à enclore un 
terrain, un édiflce; ou. les principales pièces qui le compo- 
sent. Un cimetière, par exemple, a son mur de clôture; uoe 
église son mur d'enceinte, limitant, sur le sol, l'espace qu'elle 
occupe, quelque simple que soit le plan d'après lequel elle 
a été construite. Dans ce dernier mur il faut distinguer : !• la 
Ëiçade principale, b&tie à l'aspect de l'ouest, si l'édifice est 
orienté; 2° les deirx façades latérales ; 3° la façade du chevet. 
Ainsi, considérés dans leur ensemble, ces quatre aspects 
prennent le nom de mur de face. 

Od appelle mur de fondation celui qui forme, au-dessous 
du sol, les fondements de l'édifice; et au-dessus du sol est 
le mur en élévation. 

A l'Intérieur sont les uurs de refend, qui rehent entre elles 
diverses parties du mur extérieur, et contribuent, avec les 
cloisons, à former les subdivisions de l'édifice, quelle qu'en 
soit la destination. 

Dans une église munie de chapelles accessoires, adossées 
au MUR d'enceinte, les murs secondaires qui les séparent 
peuvent être considérés comme de refend; et on appelle goiU- 
tereau (et non goutterid^ comme on l'a imprimé quelquefois 
par erreur) celui ou se trouvent les hautes fenêtres qui forment 
ta claire-voie, et dont le sommet porte la charpente de la nef 
centrale. 

Le mur pignon est celui qui se couronne en forme de 
triangle et porte une toiture. Par extension, on a souvent 
désigné ainsi le mur qui fait face au chevet, même quand il 
n'a pas un amortissement triangulaire, parce qu'il est ainsi 
terminé ordin^rement. 

Enfin un uur est dit mitoyen lorsque son épaisseur est 
mi-partie entre les deux propriétaires qui l'avoisinent, La 



db.Google 



jurisprudeoce française ne reconnaft à personne les droits de 
mitoyenneté, en tant qu'elle serait acquise depuis le concordat 
de 1802, au préjudice d'une église cathédrale on paroissiale. 
I/édiflce entier se trouvant dans le domaine publk de l'Etat 
ou de la commune, il jouit, par cela même, de tous les 
privilèges de XindispombUité, dans ses parties comme dans 
son ensemble. Aucun propriétaire voisin ne peut donc invo- 
quer la prescription même du simple appui ni sur les murs, 
ni sur les contreforts, depuis la date ci-dessus; et il ne peut 
en acquérir le droit, à titre quelconque, tu que personne n'a 
le pouvoir de le lui concédef, tant que l'édifice demeure 
consacré au culte public, comme cathedra) ou comme pa- 
roissial (1). 

Mais s'il venait a changer de destination, il entrerait dans 
le domaine privé de l'Etal ou de la commune; et Vindispo- 
nibilHé ue serait plus au nombre de ses privilèges. 

MUSEAU, s. m. Appui supérieur d'une stalle, qui doit en 
avoir quatre, deus supérieurs et deux inférieurs. 

Les deus premiers reçoivent les coudes de celui qui occupe 
la stalle, quand le siège est levé, et qu'il est assis sur ta mi- 
séricorde. Les deux autres sont appelés accoudoirs, attendu 
qu'ils servent plus habituellement à appuyer les coudes, c'est' 
à-dire quand on est assis sur le siège proprement dit. 

Le nom de huseau vient de la forme que les anciens ba- 
hutiers donnaient à ces sortes d'appuis. La partie anterieure 
se taillait en trilobé, avec saillie du lobe central, de manière 
à rappeler te.muQe de certains quadrupèdes. 



NARTHEX, s. m. Selon l'acception actuelle de ce mot, 
appliqué aux basiliques chrétiennes des plus anciennes pé- 

(I) kntu divers de la oonr de casMtioD; sDire vUns, ceni do l*' ddcerobre 1838i 
dn t âéctnitm 1838; do ^ noTembn I6â0. 



db.Google 



— fit — 
riodes, il désigne la même diose qae le porche, dont il sera 
parlé un peu plus bas. . 

NAVIHE, s. m. L'art chrétien en a souvent reproduit la 
Ogure, à titre de symbole, spécialement sur les tombeaux des 
martyrs ou autres saints personnages. C'est l'emblème des 
trionipties célestes après navigation sur une mer si féconde en 
naufrages; c'est le repos de l'âme au port du salut éternel. 

NATTE, s. f. Entrelac, en forme de nattes, dont les lignes 
sculptées ou peintes reproduisent le dessin régulier, en s'en- 
trecroisant d'une manière continue. On retrouve ce motif 
d'ornementation sur la corbeille de quelques chapiteaux ro- 
mans. Dans la cathédrale de Bayeux, la surface intérieure 
des murs goutteraux en est couverte, comme d'une sorte de 
gauffrure dont on ' aurait enrichi le parement vu, dans toute 
l'étendue de la nef centrale. 

NËBULES, s. f. Motif d'ornementation, assez en usage 
dans les monuments chrétiens de la période romane, où on 
les retrouve, en relief, sous forme de torillon onditlé. Ils 
courent horizontalement presque toujours, et forment une 
série continue d'en reliées sans interruption, à la surface de 
certaines frises et des archivoltes. — Cette série est également 
connue sous le nom de frelte ondulée. 

NEF, s. f. Dans son acception la plus générale, ce mot 
désigne toute la partie d'ane église qui se trouve entre le imir 
pignon et le chevet, ou bien entre ce mur et le transsept s'il 
en existe. La sef n'est donc qu'une partie du vameau, puisque 
ce dernier mot comprend l'église tout entière. 

Les églises de Tordre de Saint-Dominique ont souvraitdeox 
NEFS égales et semblables, dont la longueur s'étend à tout le 
vaisseau, entre deux murs à amorti sseménl triangulaire. 

Toulouse en fournit un bel exemple. Dans des proportions 



db.Google 



— 219 — 

plus réduites, on en voit, à Agen, un autre, où M. Tartas 
vient d'exécuter des peintures bien dignes d'éloge. 
. Ordinairement les églises importantes ont trois nefs, de 
même longueur; et celle du centre est plus large, plus 
élevée que les deux autres. Cette différence fait que la nef 
centrale est appelée majeure ou grando nef, et les deux autres, 
nt^s mmewes, coUalératue ou bas-côtés. Toutefois, on en 
rencontre dont les collatéraux ont à la fois et même hauteur 
et mêHie largeur que la nef centrale; mais ces cas sont rares. 
Enfin tes collatéraux sont quelquefois au nombre de quatre, 
et même de six dans les é^ses à très grand vaisseau. 

Presque toujours, la façade principale offre autant de portes 
d'«itrée qu'il y a de nbfs à l'intérieur; et dans tous les cas, 
ces NSFs communiquent entre elles par de Larges arcades por- 
tant sur colonnes, ou bien sur de simples piliers, entourés ou 
non de colonnettes engagées, selon le style oa la richesse du 
plan de rèdificé. 

C'estsuitoHt à partir de la fin du xu' sihci& que l'on voit les 
SEgs se poursuivre au-delà du transsept et faire le tour de Teu- 
ceinle d'un chœur cenlfal, dont la largeiff est égale à odle de 
la NEF HàJESftE. Mais cette partie de l'édifice prend le nom de 
déambvlaUnre; et l'observateur qui le parcourt le trouve bordé 
de chapelles latérales qui rayonnent autour du chœur. 

A partir du xiv* siècle, ces ctiapelles se multiplient à l'ouest 
du trauBsep* et bordent les collatéraux jusqu'au mur pignon 
occidental. 

Enfin, beaucoup d'églises de cette période, ou même pos- 
térieures, n'ont qu'une nef; et tout le vtùsseau est entouré 
d'une ceintvre de chapelles accessoires, dont la série n'est 
point ou presque pas interrompue. Tel est, par exemple, pour 
notre sud-ouest, le plan de l'ancienne cathédrale de Condom, 
celui des deux paroissiales d'Eauze ^ de Gimont, etc., etc. 

F. CANÉTO, . 

vie. |éD. 



db.Google 



CLÉ DE VOUTE ARMORIÉE 

de Saint-Savin (Landes). 

Sur un des poiots de cette longue cbaine de coteaux, 
premiers contreforts des Pyrénées, reliant Aire à Sainl-Sever, 
et sur remplacement d'un ancien camp, romain, dominant 
l'Adour et Grenade, s'élevait, en 1251, une église romane : 
le Sfùnt-Savin que les chevaliers de Saint-Jacques possé- 
daient au diocèse d'Aire. 

Plus tard, une chapelle d'architecture gothique, démolie 
il y a quelques années, remplaça l'église des chevaliers. Dans 
les murs, qui n'avaient été réiails qu'en partie, on retrouvait 
les arcades en plein cintre de l'église primitive. 

Parmi les matériaux provenant de la démolition de l'église, 
on a très heureusement conservé une pierre sculptée qui 
formait la clé de voûte de la petite chapelle dédiée à la Vierge. 
Cette pierre porte les armes ■ des royaumes de France et de 
Navarre, du duché de Milan et des comtés de Poix, d'Arma- 
gnac et de Béarn. 

Comment expliquer l'alliance des armoiries de Béarn et de 
Milan, par exemple, sur une pierre encastrée dans une petite 
chapelle du Tursau? et quel haut personnage, relevant les rui- 
nes du sanctuaire, a mérité que son blason restât fixé dans les 
murs de l'édifice rajeuni? 

En effet, quand un seigneur, un prince du sang ou un roi 
faisait bâtir ou restaurer une chapelle, on avait l'habitude, 
au moyen âge, et encore plus à la Renaissance, de sculpter ou 
de peindre les armes du bienfaiteur sur la pierre qui servait 
de clé de voûte. Les appareilleurs et les sculpteurs firent pour 
la modeste église de Saint-Savin ce qu'ils faisaient pour nos 
cathédrales, et c'est grâce àcet usage qu'il nous sera permis. 



db.Google 



dans le cas actuel, de Qxer une date précise et un nom histo- 
rique. Entrons dans Tétude attentive dece blason. 

Si pour un héraldiste-amateur, il est très facile de recon- 
naître les armes des trois premiers quartiers de Vécartèlement 
deTécusson de Saint-Savin, à savoir: 

Au i, les armes de Navarre (rftames rf'or posée» en croix, 
sautoir et orle); 

Au % celles de Foix {d'or à trois pals de gueules); 

Au 3, celles de Béarn {d'or à dewc vaclies passantes de 
gueules, acconiées et darinées d'azur); 
il lui faudra plus d'efforts pour lire et interpréter le qua- 
trième quartier. 

Ce dernier, qui renferme la clé du problème, présente une 
brisure avec deux pièces héraldiques frustes, mais qui se 
rapportent à un Uon et à une fleur de lys. 

Le lion est celui d'Armagnac, et appartient, selon nous, à 
Gaston de Foix, uii des derniers représentants de la maison 
d'Armagnac, aussi bien que la fleur de lys dont il avait le 
droit d'orner son blason, puisqu'il était neveu de Louis Xll, 
roi de France. 

Mais il ne sera pas sans intérêt de rappeler ici quelques 
f^ts, quelques dates de l'histoire de France à cette époque 
et de la brillante carrière de Gaston de Foix. 

En fait ou en droit, dit M. Gabourd, Louis XII se trouvait 
héritier de trois couronnes : de celle de France {Un saliqué), 
de cçlle de Naples {suc^ssion d'Anjou), et de celle du Mila- 
nais, par son aïeule Valentine Vtsconti. 

Louis XII, roi de France en 1498, joignait donc aux pré- 
tentions de Charles Vlli sur Naples, celles que son aïeule 
Valentine Yisconti lui donnait sur le Milanais. Il l'envahit de 
concert avec les Vénitiens, qui bientôt l'abandonnent. 

Les Français envahisseurs de l'Italie étaient regardés comme 
des Barbares. Pour les chasser, le Pape Jules n forme contre 



db.Google 



— 222 — 

la France la &nnte Ligue (1511-12), dans laquelle il Tait en- 
trer FerdioaDd, Henri MU, Venise et Maximilien. 

Jutes II assiège en personne La Mirandole, et il entre dans 
la ville, par la brèche, au milieu de ses cardinaux tremblants, 
dit Micbelet. 

Poar conjurer la sainte Ligue, Louis Xïl envoie er» Kalie 
son Deveu Gaston de Fois, à la tête d'une armée. Ce jenne 
capitaine déconcerte par son impétuosité et sa bravoure l'ar- 
deur de Jules II et 1^ politique des alliés. Gaston de Poix, duc 
de Nemours, tut surooniDié le foudre éCltaUe, à cause de 
l'effrayante rapidité de ses succès. Corne, Milan et Brescia, 
qu'il livra pendant sept jours à la fureur du soldat. Turent 
témoins de sa valeur. 

A l'attaque deBrescia(l512), le combat fut violent, à coups 
d'épées, de piques, de haches d''armes et de hallebardes. Le 
chevalier Bayard, ami de Gaston, y reçut un si grand coop 
« de pique dans la cuisse que le fer y demeura avec le bout 
du bois où il était attaché. « Le sang coulaità gros bouillons, 
dit le P. Daniel : on le crut mort. » Le duc de Nemours cria 
aui soldats de toute sa force: «Enfants! vengeons le bon 
chevalier, » et il sauta un des premiers sur le retrancbemedt. 
On fit main basse sur tout ce qui s'y trouva, et on poursuivit 
les Fuyards Tépée dans les reins. Le pillage dura plasi^tirs 
jours. La seule maison de la ville qui fui respectée fui celle où 
l'on transporta Bayard. Là, se place un épisode célèbre où 
notre galant chevalier, sans peur et sans reproche, Qt preore 
de courtoisie et de générosité envers la dame et les^ deut 
demoiselles qui lui avaient donné ThospitaUté. 

Dans une autre rencontre, Bayard, royant Gaston tout cou- 
vert de sang, luidit: «Vous êtes blessé. — Non, lépondil-il, 
j'en !Û bien blossé d'autres. > C'était devant Ravenne. « Dieti 
soit loué ! lui crie Bayard, vous avez gagné la bataille, reposez- 
vous, et rassemblez votre gendarmerie, pendant que je vais 
poursuivre les fuyards. * Gaston ne tient pas compte db ce 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



sage conseil, il s'iodigne de voir l'infanterie espagnole, encore 
menaçante, abandonnant le (^mp de bataille. Il s'élance, 
suivi d'une vingtaine d'hommes d'armes. Les Espagnols 
avaient, les uns rechargé leurs arquebuses, et les autres baissé 
leurs piques. 

Gaston de Foix, après avoir eu son cheval tué sous lui, est 
peicé de tant de coups, dit Brantôme, que depiu» le menton 
jusques au front, il en avait quatorze. 

Avec la mort du duc de Nemours (Gaston de Fôix) s'éteint 
la maison d'Armagnac. 

Olbagaray dit que le corps de Gaston • fut avec un très 

> honorable convoi porté à Milan dans une litièfe, suivie de 
» tous les prisonniers, et enseveli avec ane dolent» pompe 

> par ses pauvres soldats, qui pleuraient leur brave et in- 
» vincible chef. > 

Avec les données qui précèdent, il est facile d'expliquer nos , 
armoiries, qui ne peuvent se rapporter qu'à l'époque où ces 
provinces appartenaient à la même famille de Foix-Béarn. Ce 
sont celles de Gaston de Foix de Béarn, duc de Nemours, fils 
de Jean, vicomte de Narbonne, neveu de Louis XII, roi de 
France, surnommé le fondre d'IiaUe, et le dernier représen- 
tant de la maison d'Armagnac. 

L'écu brochant sur le tout est celui de Milan, que Gaston 
avait le droit de posséder, puisque Loois XII le nomma gou- 
verneur du IVKlanais. Cet écu offre, en eSet, des guivres ou 
bisses, qui constituent les armes de Milan et des Sforce. 

Quant aux armes de Navarre, Cénac-Moncaut {Hist. des 
Pâmées, IV, 257) rapporte que Gaston se disait, comme son 
père, roi de Navarr-e, en dépit de Jean d'Albrel. 

Jean, père de Gaston, avait laissé à son fiU des rentes qu'il 
prélevait sur certaines terres du Tnrsan(i). C'est, sans doute, 

(1) JtBU de Fois, vioonle de Nftrboiuia et comie d'Htaupet, p4re de Guton de 
Foii, av*it obtena des brrai dau le TutUD. HoRLizani BUt. dt ta Gatcognt, 
l. V, p. 83. 



db.Google 



avec les revenus de ces terres que Ton bâtit ou répara Tèglise 
de Saint-SavÎD, en Tursan; car le style architectural trahit 
cette époque, la fin du quinzième siècle, ou les premières 
années de la Renaissance; et Gaston mourut en iM% C'est 
aussi l'opinion du R. P. J. Labat, l'un des plus savants ré- 
dacteurs de la Bévue de Gascogne, qui m'a appris de plus le 
fait énoncé au commencement de cette étude : qu'en 1^1 , les 
chevaliers de Saint-Jacques possédaient un Saint-Savin, au 
diocèse d'Aire. 

D'après le procès-verbal de Charles IX (1571), l'église de 
S^nt-Savin fut pillée par les gens du comté de Montgommeri. 
Mais le marteau des démolisseurs respecta la clé de voûte dont 
le blason sculpté témoigne encore d'une œuvre pie accom- 
plie à l'aurore de la Renaissance par le dernier rejeton des 
Armagnacs. \y L. SORDETS. 

DOGUMEIVTS IMÉDITS. 



LETTRE DE HUGUES DE TERMES, 

FILS DD UASËCU&L DE TEAUES. ' 

Tout le monde connaît Paule (1) de Labarlhe, seigneur de 
Termes, maréchal de France et chevalier de l'ordre du roi, né 
dans le Conseranis, à la un du xV siècle, mort à Paris le 6 mai 
15G2, après s'être distingué au siège de Naples (1528), à la 



(1) Et non Paul, comme l'ont écrit la plnp&rl des biitoiieni et des biographes, do- 
Ummenl Mézeray, la P. Anselme, Horâri, CbtndOD, «le. L'arrenr, seioD la Biogra- 
ptiit univertelle (■rlicle de Duroioir), a été corrigée paar ta première foli par le P. 
Daoial.qni avait va des lettres originales signées du maréchal da Termei. J'ai, moi 
tnssi. TU i'Ia Bibliolhéqas naiiotiale (fondi françaù, vol. SllTet collwtiou Colbert 
dite dos ÏOO, vol. 371), pinsiaura lettres aatograpbes adressées par la railUnt espi' 
laine an eaanéubla de Hanlmareticjr et autres personaage6, et toutes portent cette 
signature : Paule de Tênnts. J'ai été étonné de retrouver la forniB Paul dans les 
eicellenies éditions de Ifonfut, parH.de Rubis [i. i, p. ISi, noie S|, et deBranltaie, 
par H. L. La<anne (t. iv, p. 1, note 3). 



D,g,tza:Jb.GOOglC 



conquête du Piémont (1556 et années suivantes), à la ba- 
taille de CénzoUes(1549), à la conquête du marquisat de Sa- 
luées (1547), à l'expédition d'Ecosse (1549), à l'expédition 
de l'île de Corse (1552), à la prise de Calais, de Dunkerque, 
de Bergues, à la bataiUe de Gravelines (1558). etc. (1). Mais on 
connaît beaucoup moins le lits du mai^hal, car J.-A. de Thon 
ayant dit (livre xxxiv) que Paule de Termes n'eut point d'en, 
fants et laissa le peu de biens qu'il possédât à son neveu 
Roger de Saint-Lary, le futur maréchal de Bellegarde, chacun 
a redit que le glorieux vaincu de Gravelines s'éteignit sans 
postérité (2). L'existence d'un fils da sage héros (3) est attes- 
tée par la lettre que l'on va lire, écrite, te 13 avril 1562, de 
la main de ce fils lui-même, le baron Hugues de Termes; et 
cette lettre n'est pas seulement intéressante par la révélation 
qu'elle nous apporte, mais encore par les détàls qu'elle con- 
tient sur les aventures d'un homme qui, après trois siècles 
d'ensevelissement, reparaît dans la lumière de l'histoire (4). 
Philippe TAMIZEYde LARROQUE. 

(DÀuai'qni Tondnieni itadier de pràs l'histoire du marichal, j'tDdIqoeraia 
priacipalem«Dt Im Jf^moirst de Da BelU;, de Honlnc, da Tïvaaaaï, de Do ViL- 
lara, de Rabatïn, les Bitloirti de Paal Jove, de la Popeliniére, da préiideot da 
Tboa, lu Dolices de Br»Dtdme, de P. de Pafie, baron de Farqaevanls, dePinn 
(1. iiii det fût de$ Bommet illwlrti), de Pinard (I. i de U' Chronologie hittorique 
militairt). 

(3) Voir, par exemple, le P. A.iiBelme, HorVi, la Biographie unnierfclle, la 
Nouvelle biographie génitale, la note ddjà citée da dernier iditeur da Bran- 
tôme, eie. 

(9) <... Sa pmdanee l'avait rendu également recommandabla pendant la pais et 
dani la Koerre. Laprndence de Termeaavaitpassé en proverbe parmi nom, comme 
l'iotripidilé d'Ouon. ■ [T.ifde la tradaetion del'ilùiatrc nnietrielfe de J.-A.de 
Thou, édition de Londrea, 1734, p. 187). — ( Oa ditoit de lay eo PiedmoDt : Sa- 
gesse d« Termes et hardiesse d'A.nssan. L'Eapaigaol de mesmas en disoii autant: 
Dieu Dous garde de la sagesse de M. da Termes ei de la prouesse du sieur d'JLus- 
saa.*{LeiYiet dei grandi capitatMi/Vanf oit, par Brantâme. t. ir, p. &}.—< Il s'ac- 
quît celle louable épilhèia da la sagesse de Thermes, lorsqu'on vouloit touqr ou bon 
jugement ou euliar le bon advis de quelqu'un. > (£« Y\e* dt plutintrt granit eapi- 
tatiwf franfoit, par Forquevauls, p. 90). 

(1) An dernier moment, je m'aperçois de ceci : que la lettre du baron de Termei 
a déjà été anal^^ par M. de Rnbla dans une note du tome it des Commtntairu «I 
leltrei de Biaise de JfanltM (1S70). Jamecoosole en ms disant que lamaillaare ana- 
lysa ue Tant jamais ta reprodociiou nème d'un texto. 

TOKE XII. 16 



db.Google 



Aa roi de Kavarre (1). 

Sire, estant à Tholose il y a quatre moys pour le service du roy 
comme guydon de la compagnie de feu Monsieur le mareschal de, 
Termes, mon père, en ce mesme temps je receuz nouvelle de la mort 
de feu mondict sieur le moreschal, et meestautacbemiaé pensant aller 
tÙTQ la révérence au Roy, et aussi pour allerdouner quelque ordre à 
mes afiaires, détibéray de passer à Orléans eu faisant mon voyage, 
là oii estant arrivé, feuz arresié par monseigneur le prince de Condé, 
suyvaat une requeste à luy présentée des églises de Tholoee et de 
Bazadoys (3] se pleignans de moy de les avoyr persécutez, ensemble 
de ladicte compagnie. Là où estant, Sire, retenu prisonier au dict 
Orléans l'espace de deux moyz et demy bien estroictement resserré, 
comme fer* foy le cappitaine Mirepoyz et son frère qui me y ont veu 
et plusieurs autres, à la fin, sire, tout ce qnej'ay peu faire moyenant 
mes amys a esté de sortir de prison avec promesse au dict seigae^r 
prince de ne porter les armes contre ceulx de la religion refiormée 
durant ces troubles, sans me permectre de vous aller, Sire, baiser les 
mains à Bloys. Et estant arrivé à Bourdeaulx, suys esté détenu de 
nouveau prisonnier au chasleau du Ha sans sçavoyr pourquoy l'espace 
de cinq ou six jours, sinon par oppinic«i de quelques particuliers qui 
commandent icy en roy, et ayant encores la ville pour prison suys 
conttainct, Sire, vous importuner par ce mot pour très bumblement 
vous supplier de ordonner que je ne soys tracté en cesto sorte sans 
l'avoir mérité et que je face service au roy comme j'ay accoustumé de 
faire et ay faicl aultant que honmie de mon âge sçauroyt avoir faict, et 
me semble, Sire, que c'est mal recogneu les services que a faictz feu 
Monsieur le mareschal que de me achever de ruyner et de me Eaire 
consumer par les prisons ce peu que j'ay (qui est si peu que rien) 
comme l'on scayt, les biens et biensfaictz qu'avoit feu Monsieur le 
mareschal sont si peu et si endebtez qu'ils ne suffîzent à demy pour 
satisfaire à ses debte3(3), de façon, Sire, que je me puyz véritablement 



(1) Bibliolli^qDa Dalûntle, fonds friQf»is, vol. 15876, p. 41B. 

(S) Je trouvedans le volume 3î36T(mSn)e foodi), tout plein d'axtraits das regJgIrM 
duptrleneii da Bordaaax, eatle noie qui se rapporte âTidemmeni i ooire personnage : 
< La 30 décembre 1 sa 1. Jehan Hngues de Termes receaiiaécbal deBuadoia. > 

(3) Ceci cnafirme ce qa'ont dit toas les biographes de l'honorable panvrelé dans la- 
quelle était mort le maréchal. Aocnn de se9 bii^rapfaes n'a mieiii.parlé dn déainltrea- 
aamaat et de la loyauté de Paol de Termes que le baron de ForqaevaDls (p. 91] ; on 
etoinit lire une page de la m d'un héroa de Phrtarque. 



db.Google 



nommer UDg des plus pauvres geatilz hommes qui soyt au s 
de Sa Majesté, sans estatz aj aucune chai^ comme j'ay eue pour le 
passé, et suyz réduict en tel estât que si sa dicte Majesté n'a pitié de 
moy et vous, Sire, je seray conttainct de mo plaindre. Pour ce, Sire, 
je vous supplie très humblement de voulloyr mander à Monsieur de 
Burie (1) que je soys délivré à cette fin que je me puisse mectre en 
estât de faire service à Sa Majesté et à vous, car tout ce que ilz trou- 
vent à dire, c'est ung mot de lettre que mondict sieur le prince me 
bailla à Orléans se adressant à ceulx d'Agen pour faire chastier ung 
soldat lequel s'estoyt party d'Orléans sans congé et avoyiamené huict 
ou dix soldatz, après avoir affronté La Chassaigne d'Agennoys de 
quelque argent, et ung mot à la royne de Navarre qui conteçoit ce 
qui s'ensuyt. 

< Ma seur, s'en allant le baron de Termes à sa seaeschausée de 
Bazadoys, après avoyr esté prisonier t'espace de deux moys et demy 
touchant les faictz contenus à la requeste qui vous feust présentée à 
Vendosme, laquelle me envoyastes à Orléans, estant arrivé Arpageon, 
j'ay sçeu tout le contraire de ce que l'on l'imputoyt avoyr faict; à cesle 
cause a esté eslargy et m'a prié vous faire es mot par lequel je vous 
prie, ma seur, n'estre poinct marrie contre luy et le tenir au nombre 
de vos serviteurs. II vous dira des nouvelles de par deçà. » 

Voisla, sire, toute l'occasion qu'a Monsieur de Burie de me tenir 
prisonier comme si j'avoys porté les armes contre Sa Majesté, comme 
si je avoys esté et estoys home de maulvaise vie. Ceulx qui m'ont 
cogneu en pourront tesmoigner le contraire, qui est tout ce que j'ay 
déUbéré, Sire, vous escçipre pour ceste heure. Vous supplieray très 
humblement. Sire, me tenir au nombre de vos obeissans serviteurs e^ 
prieray Dieu qu'il vous tienne, Sire, en heureuse santé et longue vie. 

De Bourdeauli, ce xm aoust 15Q2. 

Vostre très humble et très obéissant serviteur, 
HocnES DB TERMES (2). 



(J| Sor Cbkr1«» de Coneey, ■«ifiiBar de Daria, voir les Commentairti et Uttrn it 
Biaiie de Moulue, ÏBiitoirt de J, A. ia Thon. IHUtoire ecclhiattiqut da Th. do 
Béie, BranlAme, VEittoirt de Bordeouïde dom Devienne, elles iT(hivtt hUlorique$ 
du départemmt de la Gironde, où j'»i publié tfamm) diverau lettre» écrite», à 
diTarue ipoqaes, pues gonvernear de la Goyenne. 

(9) Hngae* de Termes dm roonrir pou de temps ftprès avoir écrii ceue lettre, ce qui 
•x^qoe l'oubli où l'ont Itissi tons Isa hislorians H ions tes (éDéilo|ia(M. 



db.Google 



BIBUOGRAPUIË. 

I 

LES riiismiiUTiORS DEJUH db cueuifs, imprimeur i Tadonse lu oommencft- 
ntent du zn* tiècla, par le D' DBâimKucx-axEiuKD. 18 p. iii-8*, j^u une pi. 
pavée. HonUabU), Forestié nevea, 1866. 

WOTiCE biographique et bibliographique sur ikcocts mum, par lx med. 
34 p. iii-8*. ToDlome, Dooladonre, 18^. 

LIS un THEKSuxs KH CHiHE, psT le D' T. D.-B.Secoiide éditioD. 7 p. iii-8*- 
Tonhnue, Ouqvdi, 1870. 

Parmi les nombreuses et très instnictires brochures que M. le D' 
Desbarreaox-Bemard, membre correspondant de la Société hùlori- 
quedeXiaaeognê,ahiea roola oôns adresser, nous choisissons les 
trois plus récentes pour en dooner quelque idée à dos lecteurs. Toutes 
les trois d'ailleurs, pour divers moti&, appellent d'elles-mêmes leur 



La première complète la savante notice sur r/m;»rimme toufetuottw 
aa ITT siècle, dont \aRevtie de Gascognt a déjà rendu compte [1]. 
C'est ici une inonographie spéciale, qui justifie one fois de plus la 
remarque faite par tous les historiens de la typographie : que la 
plupart des premiers imprimeurs « n'eurent guère de résidence fixe 
et menère&t une existence àpeu près nomade. > Nous en avons un 
exemple à Auch dans le premier artiste qui exerça chez nous la noble 
industrie, de Gutembei^, Cl. Gamier, qu'on sait avoir imprimé aussi à 
Bazas et à Limoges (2). 

Celui qui a provoqué les récherches de M. Desbaneaax-Bemard 
était Allemand, et son nom appandt pour la première fois sur le titre 
d'un livre de grammaire latine imprimé à Barcelone en 1468. Telle 
est du moins la date portée sur ce titre même, mais il y a quelques 
raisons d'en suspecter i'exaclitnde. On a cru qu'il fallait corriger et 
lire 1498, correction peu probable si l'on compare les. deux nombres 
écrits en chiffres romains. Notre savant bibliophile propose 1473, 
qui est plus plausible en effet, d'autant que c'est la date assignée par 
des savants espagnols aux origines de l'imprimerie à Baicelone. 

Quelques années plus tard, en 1494, Guertins (ou plutôt Gherlint, 
comme il. écrivit encore alors sou nom) exerçait sou art à Braga en 
Portugal, ainsi que l'atteste un bréviaire in-folio de cette date. II se 
transporta depuis à Toulouse, où il fit long séjour et mourut en lâil. 
M. le D' Bernard cite et décrit uoe douzaine de livres, dont plusieurs 



(1) JI«mM it Gâte., I. il, p. 166. 
(9) Revtu de Gatc, 1. m, p- 363 ei 



db.Google 



— 229 — 

- sont en sa possession, exécutés par Guerlms dans la capitale du 
Languedoc, durant les premières années du seizième siècle. Pour 
imprimer le bréviaire de La Grasse, daté du dernier novembre 1513, 
le typographe voyageur se transporta dans ce monastère de béné- 
dictins au diocèse de Carcassonoe, mais sans cesser d'avoir sa rési- 
dence fixe à Toulouse, où sa veuve continua quelque temps son in- 
dustrie. Elle céda ensuite son fonds à un certain Mareschal. 

Nous ne pouvons indiquer les diverses remarques, critiques, 
hypothèses et découvertes accumulées par M. le D' Bernard dans cet 
opuscule, qu'il nous .suffit de recommander comme un supplément 
précieux & sa définitive histoire de l'Imprimerie à Toulouse, dont 
nous réclamons avec instance la continuation et l'achèvement. 

Toutefois, les lecteurs plus friands de littératureque de bibliographie 
préféreront peut-être aux Pérégrinations de Jean de Guerlins la 
Notice sur Jacques Ferrand. En tout cas, nous devions parier à nos 
lecteurs de cette dernière, ne fût-ce que pour réparer une errent de 
conjecture d'un de nos collaborateurs à son sujet (1). Ne connaissant 
queletitre de cette publication du savant bibliophile toulousain, notre 
chroniqueur littéraire avait pensé que l'objet prmcipal en devait être 
l'authenticité de certaines Lettres attribuées par les uns, refusées par 
les autres au médecin agenais. Il n'en est rien, et cet opuscule, 
afociyphe sans aucun doute, n'obtient pas même de M. le D' Bernard 
l'honneur d'une mention fugitive. 

II ne s'agit donc dans sa brochure [extraite des Mémoires de 
C Académie des sciences de Toulouse) que du petit livre qui a rendu 
célèbre le nom de Jacques Ferrand. Célèbre est bien le mot, car l'au- 
teur du Traité de la maladie d'amour a un article piquant dans le 
i>ic/ionnat}'edeBayle, des citations dans presque toutes les spécialis* 
tes de la même afiection, et un héritier de son nom et de son prénom 
dans un fort vilain personnage d'Eugène Sue. Ce dernier point n'est 
. pas fût, je pense, pour ajouter à sa gloire; mais il marque, aussi 
éloquemment que tout aptre indice, l'identification définitive d'un 
nom d'auteur avec lo sujet traité. 

J. Feriand doit sans doute sa renommée à Ifi science, à l'érudi- 
tion, à la verve de style qu'on trouve réunies dans son livre. D est 
permis de croire cependant que la nature même de ses recherches, 
et les détails scabreux qu'il a caressés avec une complaisance trop 
évidente, sont pour une part dans son succès. Cet attrait du fruit dé- 
fendu est pour quelque chose aussi peut-être dans telle analyse dont 

(1) Rmu dt Gatc, t. ii, p. ï9S. 



db.Google 



letionquin de 3. P«rraDd a été l'objet dans la presse médicale de no- 
tie aècle. Je me hàle de dira que la Notice de M. le D' Beraatd, 
quoiqu'elle reaferme bien quelques citations peu voilées, aun tout 
autre but que de faire connaitre les gravelures savantes du médecio 
ageaais. Notre docte correspondant n'a abordé ce sujet que pour 
révéler un poiot d'histoire littéraire tout à fait nouveau qui s'y 
rattache. 

Le livre de Jacques Ferrand avait eu aa première édition à Tou- 
louse ea 1610, et eatto édition, très différente de la seconde, a été peu 
consultée, quoique signalée plusieurs fois, par les divers critiques 
qui se sont occupés de l'ouvrage. L'impression de Paris, qui ne se 
présente en aucune manière oorame seconde édition, a été remaniée 
au double point de vue de la décence et de l'orthodoxie théologique. 
Lu cause de ces modifications et de ces allures prudentes, que du 
reste personne n'avait encore rejnarquées, est dans un fait curieux et 
inédit de l'histoire de l'inquisition toulousaine. 

Je ne puis indiquer ce fait qu'en gros. Tous les hommes qui s'oc- 
cupent de l'histoire littéraire d'alors voudront en lire les détails dans 
le mémoire de M. le D' Bernard. Ces détails se rattachent du reste à 
une condamnation restée fameuse, celle des livres et de la peirsonne 
de l'infortuné Vanini. Parmi les pièces de son procès, découvertes 
par M, Baudouin, archiviste du département de la Haute -Garonne, 
se trouvent trois sentences contre le traité de Jacques Ferrand, une 
en latin, deux en français. Ces sentences sont portées par des doc- 
teurs en théologie, conformes à la discipline établie en ces matières 
par le Concile de Trente et dirigées uniquement contre le livre, qui 
est jugé < très pernicieux, impie et entaché d'astrologie judiciaire. » 

M. le D' Bernard défend son auteur contre des juges qu'il accuse 
d'obscurantisme. Il estcertain que ces théologiens suivaient l'esprit 
de leur temps et de leur corps, mais ils ne manquaient ni de compé- 
tence (il ne s'agissait pas de science médicale, qu'on le remarque 
bien), ni de science vraie et solide. L0 secrétaire do la congrégation 
était Vincent Baron, l'un des plus doctes théologiens de l'époque, et 
parmi les membres se trouvait, entr'autres docteurs renommés, le 
P. Jean Dupuy, augustin natif de Gimont, dont le savant président 
Du Faur de Saint-Jory s'était fait le disciple. S'ensuit-il que l'arrêt 
si sévère porté contre la doctrine du traité de Jacques Ferrand soit 
d'une exacte et irréprochable équité ? Je ne le prétends pas.Ilyeut 
évidemment, pour des motifs inconnus, mais que de nouvelles dé- 
couvertes pourront révéler, une dénonciation tardive, et cependant 



db.Google 



— 981 — 

séiieuse et pressante cootre le Traité de 1^ Amour, an momMit même 
du procès de Vanim. Le libre-penseur se troJiissait dans quelques 
passages de ce Traité; des iudicalioas de pratiques superstitieuses, 
ooa approuvées par l'auteur, indications jugées très dangereusas à 
cette époque (et sans doute avec raison) surtout dans un livre éorit 
en français : c'était assez pour ameuer et justifier en principe l'arrêt 
qui frappa le livre de J. Ferr&nd. 

Au reste, cette condamnation n'a pas sensiblement influé sur le 
succès de ce livre, qui n'eut pas d'abord grand débit, et qui a pris sa 
revanche depuis, quand le souvenir du ses malheurs était perdu. La 
découverte de cet incident formera désormais us curieux cbapitie 4e 
l'histoire littéraire de Toulouse, dont on cherchera toujours l'expo- 
sition, aussi érudite que piquante, dans cet excellent mémoiie. 

Comment passer des curieuses révélatiousde M. le B'Besbaneaux- 
Bemard sur un livre médical plus ou moins suspect, au récit de M. le 
D^T. D.-B. (gardez-vous de deviner ces initiales) sur trois établisse- 
ments rivauid' eaux thermales, situés... en Chine î En cherchant bien, 
nous trouverions peut-être quelque transition assez naturelle, mais 
nous voilà passés. Nous avons d'ailleurs une raison décisive dene pas 
faire long séjour dans cette station, desservie par trois médecins, 
Hiao, Ki Pé, Pao po Tsé, qui ne s'entendent guère sur aucun point 
de théorie ni de pratique. Si ces docteurs exercent dans le Céleste- 
Empire, les lecteurs de la Revue de Gascogne n'ont pa.s d'intérêt très 
particulier à leur querelle. S'ils sont plus près de nous, comme sem- 
blent l'indiquer les noms de Çhong-ly (Luchon?) et de Li-/ol-hi (Fi- 
Iholî], gardons-nous d'encourir leur colère et laissons-les se débattre 
avec le D' T. D.-B., auquel ils ont fourni le si^et de cet agréable 
badinage. 

n 

Lk SOURCE DE Saues (Bagnëres-de-Bigorrel et la guérison des plaies résoHant 
de blessnres par armes i feu, Btude de thérapeutique thermale, par le D' 
L. CARÙaE. Is p. in-e°. Aucb, lotpr. Foix. 1871. 

Depuis que les médecins adressent leurs malades aux sources 
chaudes de nos Pyrénées (et cela date des Romains et de plus loin 
encore), il n'y a pas de station thermale plus connue et plus vantée 
que BagQè(«s-de-Bigorre. De vieilles inscriptions latines célèbrent 
encore des guérisons opérées dans les premiers siècles de notre ère 
pa« Les njmphes de ces eaux privilGgiées,etdes souvenirs historiques 
Mitaina attestent que U fortune de eea sources bienfaisantes n'a pas 
subi d'édipse jusqu'au denûor siède. H est vrai qu'on les a dépré- 



_.oogle 



— 232 — 
ciées parfois depuis lors aubéaéSce de tel ou Ml établissement rival, 
et que Bagnères-de-Bigorte se défend peut-âtre mieux, de nos jours, 
par le charme incomparable de son ciel et de son site que par la 
réputation de ses eaux, mieux par l'affluence des mondains oisifs 
et des curieux bien portants que par le concours des malades. 

Vicissitudes ordinaires des choses humainesl Gardez- vous de vous 
arrêter à ces préjugés de la médecine courante, que vous venez se 
transformer d'un jour à l'autre, et qui n'ont presque jamais rien de 
commun avec la science sérieuse. On a souvent essayé, au nom de 
cette dernière, de rabaisser le renom thérapeutique de Bagnères-de- 
Bigorre; mais la perle de nos Pyrénées a trouvé aussi, même à ce 
point de vue, des champions déterminés et en force. Un médecin 
étranger à la Bigorre, M, le D' Louis Carrère, de Marciac (Gers), 
vient grossir leurs rangs. Encore n'est-ce pas simplement quelque 
quartier du blason médical de Bagnères, dédoré par l'envie, qu'il 
veut faire reluire. Il prétend ajouter à sa vieille couronne un fleuron 
nouveau. U attribue à l'une de ses nombreuses sources une propriété 
que la science n'a pas encore constatée et qui crée à l'établissement 
spécial le plus vanté des Pyrénées, et peut-être de l'Europe, à Baré- 
ges, une véritable rivalité. 

Il s'agit du traitement des blessures d'armes à feu. L'assertiou de 
M. Carrère ne saurait passer inaperçue 7 ses preuves seront pesées 
par qui de droit, ses observations vérifiées, ses conclusions discutées. 
La science, l'humanité, sans compter l'intérêt particulier de Bagnè- 
res elle-même, l'exigent. Au moment où sa brochure se produit, la 
question qu'il y traite, intéressante à toute époque, est plus que ' 
jamais à l'ordre du jour. Les malheurs de la patrie rendent plus dif- 
hcile la fréquentation de telles stations lointaines ; et le traitement 
des blessés de notre armée ne serait nulle part plus aisé et plus fa- 
vorable qu'à Bagnères, dont l'altitude permet un séjour bien plus 
prolongé que la froide et triste Baréges. 

Bien qu'il me soit arrivé plus d'une fois, ici même, de présenter 
au pubUc des travaux de médecine, que cette tâche ne m'ait jamais 
paru désagréable et que mes commentaires ne m'aient pas brouillé, 
que je sache, avec la Faculté, je ne prétends pas apprécier la thèse du 
docteur L. Carière. C'est assez d'appeler sur elle l'attention, dans 
la mesure de mes forces. Il me sufSra de dire, pour mémoire, que 
son argumentation peut se ramener aux termes suivants. Les eaux 
miaéto-thermales agissant ou par excitation générale, ou par action 
particulière de leurs éléments chimiques, ou plutôt par ces deux 



D,g,tza:Jb.GOOglC 



moyens combinés, les eaui de Salies ne redoutent aucune c 
rence quant au ptemiet mode d'action, vu leur température plus 
élevée que celle des eaux de Baréges ; et quant à leur composition 
spéciale, elles renferment, à dose notable, un principe thérapeutique 
des plus puissants, l'arsenic. 

A notre humble avis, la discussion de M. le D' L. Carrère est un 
modèle de clarté. Peut-être même lui reprochera-t-oa (reproche rare 
et presque précieux à une époque où la logique a si peu de dévots) 
un e^cés de dialectique et une sorte de luxe de méthode dans le style. 
En revanche, cette déduction si nette et si concluante comme théorie, 
aurait gagné peut-étie à se fortifier, au point de vue pratique, d'ob- 
sen'ations plus nombreuses et plus détaillées. C'est toujours là q^'il 
faut en venir aujourd'hui même en pareille matière, malgré les pro- 
grès de l'analyse chimique. En reconnaissant ces progrès si sensibles 
depuis un siècle, et sans nier avec quelques empiristes excessifs 
leur utilité relative pour la pratique, il parait bien que l'action des 
bains minéraux reste en grande partie mystérieuse et que le rapport 
exact entre l'analyse des eaux et leur indication utile en thérapeuti- 
que est encore à l'état d'inconnue. 

Nous soumettons cette remarque aux juges compétents dans l'es- 
pèce et particulièrement à l'attentif et conscieocieux auteur. Nous 
nous croyons d'autant plus obligé à cette entière franchise que M. 
Carrère annonce à peu près [p. 14] quelque autre publication sur ces 
eaux de Salies, qui lui devront tôt ou tard [nous l'espérons bien) un 
regain de juste célébrité. Ses conclusions entrent tout a fait dans 
l'ordre pratique et touchent à l'avenir de Bagnères, non sans le rat- 
tacher au passé, détail qui ne saurait être indifférent à la Revue de 
Gascogne. Le ministre de la guerre est sollicité d'ouvrir dès la sai- 
son prochaine, pour quelques militaires blessés, un essai de médi- 
cation par les eaux de Salies. I^a commune de Bagnères est invitée à 
seconder en temps utile ces désirables expériences, par l'amélioration 
d'un local beaucoup trop négligé et par l'établissement de piscines 
convenables pour les douches et les bains. Par là, selon l'auteur, 
« on ne ferait que rendre à la .source de Sahes sa destination an- 
cienne; car les fouilles pratiquées pour asseoir le grand établissement 
de cette ville ont fait découvrir de très beaux restes de piscines cons- 
truites par les Romains et alimentées par cette même source. » 

" Léonce COUTURE. 

Tom XII. 17 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



- 234 - 



CORRESPONDANCE. - NUMISMATIQUE 

Monsieur le Rédacteur, 

l.Q article de votre estimable Hev^ie — octobre 1870 — sur un rare 
••t rurieui denier d'Aymeri II dit Forton, nous fournit l'occasion de ', 
TOUS envoyer ces quelques lignes. 

Plusieurs opinions ont éti^ émises au sujet de l'inscription du revers, 
pQtre autres celle d'un savant numismate de la contrée, qui, en 
ayant eu connaissance, voyait dans ces sigles le mot POX, dont il 
faisait la d-'g-méresconce de celui de PAX. 

Notre regrettable ami Georges Degrange était dans le \'rai, quoi- , 
que écrivant : « Los érudits maintiennent que dans les monnaies la 
légende ne se termine Jamais dans le champ. » Nous trouvons un 
exemple [1] qui, prouvant le contraire, donne raison au mode d'in- 
terpn'tation de l'auteur. — Le comte de Carcassonne (Bernard) (1012- 
1034' avait pour type les lettres tate disposées en croix, qui n'éLiient 
bien évidemment que la fin de la légende cajicso.v* ciyj. — Nous ne 
croyons pas avoir be^in de nouvelles preuves, a!in de considérer les 
quatre lettres du revers du denier d'.\ymeri Forton comme devant 
achever la légende. 

Une particularité bien rare qu'ofTre cette monnaie, c'est d'indiquer 
seuicmenllo surnom Forton, qui, d'aprf's dom Brugéles [Chroniques 
d'Auch), signifie Fort; 

Agri'-ez, monsieur le Rédacteur, etc. 

Un lecteur assidu. 

QUESTIONS. 

46. Sur les oovr&ceB do barâliuU d'Ossat. 

Aotome Teissiv {Ltt élogti dtt homvut iavar^tt Urtx de l'hùloire dtM. de 
rhow. avec detadditûms. eic.. t. iv. p. 479) termine ainsi l'article reUtif aa 
cardinal d'Ossat : « Outre ces lettres, il y ^ de lui ; Expositio in disputationem . 
Jacobi CarpcnCgrit de méthode, nne addition Àcette exposition, quelques épitret 
contre le même Charpentier, quelques truies de médecine, et plusieurs lettres 
italiennes. ° 

Le livredAmand d'Ossat contn Charpeniierest bien connu. Presque tous les 
biographes du cardinal l'ont cité, et je lis, par exemple, daas le Moréri de 1759 ; 

{Il BtHTfliLBMT, Jïum. moderne, t. ii, p. 175. 



db. Google' 



« Arnancl d'Ossat avait fité disciple de Pierre Ramus, el il a écrit en sa faveur 
rouvrage intitule : Expositio Amaldi Ossati in dispwtalionem Jacobi Car- 
pentariidemethodo.Parisiis, apud Andream Wechelum, 1564, in-8". «Mais je 
voudrais avoir des renseignements positifs sur le titre, la date d'improssion etle 
format des antres ouvrages énuraérés par T eissier. J'avoue mï-me que je crois 
peu àl'exisleacedes traités deraédecine attribues ïd'Ossat par Teissier, qui seul, 
si je no me trompe, en a jamais fait mention. QuMtt ans Lettres italiennes, je 
D'enaijamaisrencontrëune, maisonasigRalé(PoIt/lii2'{tondemailB68, p. 344) 
un mémoire autographe, en italien, du carJmal d'Ossat sur les moyens de 
pacifier la France, mémoire qui est probablement le même que celui qui a été 
publié par Mme d'Arcon ville, en tète du 1" volume de sa Vie du cardinal 
d'Ossat (Paris, in-8°, 1771], sous ce titre : Discours sur les effets de lu Ligue 
«n France, composé enlSQO, par le cardinal d'Ossal, traduit de ( itaJien {p. 1- 
148). Peut-être quelques-uns des ouvrages indiqués par Teissier doivent être 
rangés parmi les travaux inédits. A plus forte raison alors, je demande à con^ 
naître le sotide ces manuscrits, et je supplie que l'on imite le moins possible, en 
me répondant, la discrétion exagérée dont a fait preuve l'abbé Uoiilezun quand 
il a écrit ces lignes désolantes pour quiconque aime les indications précises : 
<t Dossal a composé aussi quelqoos opuscules dont deux seuls ont vu le jour. ■ 

T. DE L. 

4*7. Une étymologie gasconne, s. v. f, 
O'^rès Cazexiri [Annuaire de Van mi pour le département du Gers. p. 184), 
l»inot patois béni, viens, « a pour synonyme le mot tay ou eabi, dont on ne 
troQveroit peut'être la racine dans aucune langue connue. .. > Esl-il possible qu'un 
mot si usité d'un idiome roman li'ait pas d'étymologie connue ? ou, comme 
j'aime mieux le croire, grâce au progrès de la linguistique, dont on dit tant de 
merveilles, on problème insoluble en l'an xii a-t-il cessé de l'être avant l'an 1S71? 
Et dans ce cas, un des philologues de la Société historique de Gascogne vou- 
drait-il faire cesser mes inquiétudes en remplaçant le doute scandaleux de 
Cueauxpar lesprécisionsde la science philologique? Il obligera fort . 
Un lecteur de la Revdb de Gascogne. 

. ■ RÉPONSES. 



[tVofulkQo'KiMi^-'lCMU, p. I3Ï, «tplulenri lUpMtii.f. IIO e\ m-i9i.) 

Toulouse, le 13 mai 1871. 
Monsieur l'abbé, 
La Bibliothèque de Toulouse possède deux exemplaires de la prétendue lettre 
de J.-J. Rousseau à Hgr de Hontillet. Elles appartiennent a deux éditions dis- 
tinctes. L'une, celle qui est citée dans tes dictionnaires bibliographiques, porte 
en télé de la première page : 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



Jean-Jacquts Routseau, citoyen de Genève, à Jean-Françoit de MofUilUt, 
arcktvique d'Àueh, primat de la Gaule Novempopulanie, et du royaume de 
JïooatTe, conseiller du roi en tous «es eonêeiU. In- 12, de 22 p. 

la lettre est ditÈe, à la fin : à Neufchâlel, le 15 mars 1764. 

Le second eiemplaire, que je ne trouve cité dans aucun recueil, porte aa titre : 

Lettre de Jéan-Jacques Rousseau, citoyen de G^ève, h Jean-Franfois d« 
MontUiet, archevêque et seigneur d'Auch, primat de la Gaule Jïooeni/jopulotne 
et daroyaume de Navarre, conseiller du roi en toa* letconaeiU. A Neuf- 
chltel, 1764. In-12. de 24 p. 

Le titre est répété an faux titre à la page 3. 

Elle est datée, ii la fin : à Neurch&tel, le 15 mars 1764. 

Recevez, monsieur l'abbé, etc. 

D'J.-B. NOULKT. 

47. Une Atymologrie gasconne. 

lyojti h Quritin k U p»g« prfcédcDta.) 

Laphrase de Cazeans sur le mot sa&i OU say, et, du reste, fi peu prés tous 
les détails qu'il donne sur oolre patois, indiquent un esprit curieux et obser- 
vateur, mais nullement préparé aux études de ce genre. Ce défaut était excu- 
sable ï son époque, mais il ne faut pas croire que dés lors il n'y eût pas, à la 
portée des bommes studieux, des secours qu'il n'a pas su trouver lui-même, 
pour éclairer un peu mieux les origines du dialecte gascon. Le problème éty- 
mologique qu'il pose avec une sorte de défi est U preuve la plus convaincante 
de son peu de préparation et de clairvoyance pour de telles recherches; et-ce 
ne sont pas précisément les progrès récents de la linguistique qui ont avancé 
une question aussi simple. Si l'étude de nos dialectes romans n'offraient pas de 
plus graves difficultés, l'œuvre poursuivie depuis Raynouard serait plus près 
de son couronnement! 

Sabi [et par crase tai) veut dire viens çh. 11 ne s'emploie qu'en parlant ftone 
seule personne qa'on tutoie. La forme plurielle,, usitée en Bèam et dans une 
partie des Landes, est sabtef, venez çï. Cette explication ne laisse pas de doute 
sut l'origine du mot. Sa était fort usité [sous cette forme et sous la forme sat] 
dans la langue des troubadours; c'est le français çii, le lombard seth, l'espagno| 
ach. le portugais cà, le napolitain cà ou adt, l'italien quà, dont l'étymologie 
latine ecce hac, qui peut paraître invraisemblable aux profanes, ne fait pas de 
doute pour qui possède an peu les lois de la dérivation romane. Voyez Littré, 
i^iclionn. de la lanjiue fr., au mot fh. 

J'avoue, du reste, que suy est une forme un peu étrange dans noXre patois 
actuel, et semble même un emprunt au lanusfuet ou au béarnais. Notre verbe 
bengne ne peut donner en effet que l'impératif 6m, bengvetx; le béarnais biene 
donne les formes bien (abrégé en bi], bierietxoabielx, dont lez ne se prononce 
pas dans certains cantons. Voyez l'excellente Grammaire béarnaise de U. 
Lbspt, ù. 134, p. 63. 



db.Googlc 



D,B,i..ab,Google 




D,B,i..ab,GoOglc 



LE PANTHÉOÎW ISIAQUE 

ET LA RÉVÉLATION 
à Saint-Cricq, près de Villeneuve-de-Harsan. 

Il a été bruit, dalis ces derniers temps, de ruines gallo- 
romaines mises à nu, près d'un affluent de l'Adour, par la 
bêche du laboiïreur. Un pavé en mosaïque, offrant des flgures 
et des scènes passablement mystérieuses, a surtout fixé les re- 
gards. L'admiration n'a pas été grande, il faut l'avouer, à la 
première apparition de ce tableau, dont l'exéculion est assez 
peu remarquable, mais les études qu'il provoque réussiront 
peut-être à le réhabiliter. 

N'y aurait-il point là, au point de vue de la mythologie 
ancienne, une œuvre vraiment classique et quelque épopée 
célèbre dans l'antiquité ? 

Déjà des hommes instruits nous ont signalé, mais en pas- 
sant, ce qu'auraient pu représenter nos divers personna- 
ges (1); nous adoptons volontiers plusieurs de leurs inter- 
prétations, et nos lecteurs feront bien de recourir à leurs 
' travaux pour l'ensemble des questions qui intéressent ces 
ruines. On nous permettra pourtant d'appuyer, à notre tour, 
de quelques réflexions, non pas sans doute tous les détails 
de leurs théories, ce serait impossible, ils sont trop divers, 
mais du moins le fond de leur jugement. Commençons. 

On lit dans le m* livre d'firfro* qu'ily eutunjourune(;on- 
certation entre trois gardes du corps de Darius. 11 s'agissait 
de résoudre cette question : ■ Qu'y a-t-il de plus fort au 
monde ? ■ L'un dit : « C'est le vin; » un autre : « C'est celui 

{!) H. Léon Sorbets; M. N. {CouTritr de Dax); M. X. (IndUalair in Laadtt); 
H. Dnbose da Pesqaidaui {VUnitiii]. Noui d«voi9aassi de U rMonntiasaDce à H. 
Croazst. iagéaiear en chef ^e» ponts et chaussées. Espérons qu'il écrira bienlât sni 
Saiat-Cricq. Il y s encore à Sniat-Cricq un bel aquarinm romain. VÎUenanTe pO(- 
sède aussi daicaTiosKéa et des mu ferragintoits. 

Ton XII. 18 



db.Google 



qui règne; » mais le troisième, Zorobabel, parla ainsi : <> Plus 
fortes sont encore les femmes; mais rieu n'est aussi fort que 
la vérité. » 

Si l'on admet certaines interprétations de nos mosaïques, 
elles mettraient en scène un parallèle de ce genre : on ver- 
rait, devant un guerrier renversé, Bacclms et l'Amour se dis- 
putant la couroiuie, et, on face d eux, les Muses des beaux- 
arts, bien plus nobles divinités, s'einparanttriompbalement 
du champ de*bataille et faisant fuir la barbarie vaincue. 

Cette e^^ègèse nous a d'aJiord séduit, et nous regrettions 
de n'en pouvoir combattre les adversaires, de ne pouvoir leur 
montrer ni le pinceau ou les diverses couleurs, ni le marteau 
et la statue dont les Muses de la peinture et de ia sculpture 
auraient eu besoin pour se faire authentiquement reconnaître. 

ConsoloQS-nuus cependant. Un sens plus splendide encore 
parait jaillir de ces ruines; et, pour le faire voir, c'est au point 
(le contact des divers systèmes d'explication mis en avant 
jusqu'à cette beure que nous allons nous placer. 

Voici donc ce que tous ont vu dans le Uthoslratum de Saint- 
Cricq : c'est un Bacchus mec un cortège triomphal; c'est aussi 
ce que nous y voyous, car, à notre avis, la scène pourrait 
représenter delà façon la plus catégorique, la moins arbitraire, 
les triomphes d'Osiris, le Bacclms du Nil. 

Parlons ouvertement, et employons les termes consacrés : 
ne serions-nous point en présence du Pantliém ismqm et de 
son mystérieux symbolisme ? 

PREMIÈRE PARTIE. 

RETROUVE-T-ON A SACNT-CRICQ LE PANTHÉON IS(AQUE? 

Après un premier coup d'œil général sur le tableau et l'al- 
lure des personnages, il nous faut examiner ici avec soin les 
détails qui caractérisent et font connaître chacun des héros, 
avec l'ensemble de leurs rapports. 



db.Google 



Un premier ooup d'œil (1). 

Tous les personnages à Saint-Gricq soot dépeints comme des 
personnages vivants, et l'auteur serait singulièrement en dé- 
faut s'il avait voulu représenter ici une statue, là une pein- 
ture. 

Dân^toutes les ligures, la loi de la variété est bien observée; 
elle ne règne point, il faut l'avouer, dans l'expression des traits 
et des mouvements (comme dans l'art égyptien, on a visé à 
l'énigmatique plus qu'à l'agréable), mais du moins reçoit-elle 
un hommage dans le soin qu'on a eu de diversifier le sexe et 
l'âge des héros, leur stature et leur attitude, les insignes et les 
draperies. Vous avez sous les yeux quatre hommes^ deux 
femmes et deux petits enfants. Les figures de femmes n'ont 
pas tout à fait la taille ordinaire, les figures d'hommes l'attei- 
gnent, et le personnage ou le dieu principal la dépasse. Les 
femmes sont revêtues de la iuuiqne-cypassis ou du pepbm, 
les hommes sont à peu près nus, sauf qu'on les voit ici or- 
nés de la cblamyde, là portant au bras une étoffe légère, là 
enfin reposant sur une draperie ou sur un maillot. 

La pose, d'un style assez archaïque, est surtout empruntée 
à la gymnastique ancienne. Cet art e^ïcitait déjà, au vi* siè- 
cle avant J.-C, un vif enthousiasme pour la gloire et le ca- 
ractère expressif du corps humain dans ses plus beaux mou- 
vements, et il éveiUa le désir d'éterniser par des chefs-d'œuvre 
la force et l'habileté des combattants couronnés. Il en fui de 
même de Yorcliestique, et au dire d'Athénée, les ouvrages des 
premiers artistes renferment beaucoup de choses empruntées 
à l'art ancien de la danse (2). C'est le cas de notre tableau 

(X) Le dessin qai accompagna ces pages, eL.qai a été exécatd d'aprèa on croquis 
imparfaii ut pris à la. bits, n'est pas donné comme Dne reproduction exacte, mots 
^mrnv un ^do t'ape Çdëlilië généraje salAsante pour siùrre la description du 
R. P. tabat. — L. C. 

(3) HoLLEK, fiùTtvtaa nwuiufl d'archiologit. 



D,g,tze:Jb.GOOgle 



— 240 — 

pourson Osiris. Le diea, [wiiciié sur le cùté droil, a, ce sem- 
ble, dans.suQ allure qii'^l'jue cliusi.'ileb'^iidi^sanl. Hais peul- 
élre y verra-t-oo plutôt le Déclive d'uo insauciaQl athlète 
en repos. Quoi qu'il eu suit, il faut rec'tiiuaitro ici Tapplica- 
tiond'uDC autre lui, iiiauyiuée par le graii'i sculpteur Poly- 
clèle : le soin de placer pHucipalcmeiit le centre de frrarité du 
corps humain sur un pied (»/ uno rrure insîstemil signa) ; 
ce contraste des deux cOlé.' du corps, l'un plus ramassé, l'au- 
tre plus développé, peut otTrir, sous la main d'un artiste, un 
as[»ect assez aUrayant(i), 

Passons aux mouremeuls de chaque ^>enre de combat et 
aux altitudes communes à plusieurs d'entre eux; Tart antique 
n'avait garde de les négliger. 

Nous retrouvons à Saint-Cricq la mise en scène du pugile, 
qui avance le poing et détourne la tète, et qui tient à la main 
un de ses insignes; nous y voyons le guerrier renversé, et un 
petit enfant qui court et qui rappelle ou le sladiodroine, ou 
un geniuspnestes venant offrir les lauriers. Irons-nous plus 
loin et montrerons-nous dans les deux flgures de femmes l'at- 
titude de deux amazones, dont Tune frapperait son ennemi 
en levant un bras triomphant, et dont l'autre montrerait le 
sien renversé ? Terminons par cet hommequ'onvoit assis sur 
un fauteuil caché sous une draperie, et par Tenfant assis sur 
son maillot : ils viennent ajouter à la variété des situations, 
enjoignant à celles des combattants, des athlètes, celles de 
la vie domestique et privée. 

Ce coup d'œil général sur la scène que nous voulons dé- 
crire nous y fait voir encore, au milieu de tous ces détails, un 
ensemble assez symétrique, assez régulier. Considérez l'or- 
domiance des groupes; disposés en trois rangées verticales, 
ils présentent sur deux angles opposés les deux principaux 
personnages; aux deux autres angles, deux figures tout à 
fait accessoires; au milieu, des ennemis vaincus, comme 

(1) HoUor, ibid. 



db.Googlc 



— 241 — 

nous le verrons, par les deu\ héros, el au-dessus de chaque 
victime on voit celui qui a été Tinstrumeiil de la victoire ou 
de la vengeance. Ou bien encore, en no considérant que les 
figures historiques et principales, vous pourrez plus tard re- 
connaître ici deux triades distinctes,— les Egyptiens aimaient 
beaucoup les triades : — la première vous offriia Osii-is, Lij- 
curgite de Nysa, l'un de ses grands ennemis, el une divinité 
vengeresse; la seconde vous montrera Isis, épouse d'Osiris, 
Typhon son meurtrier, et Horus, son fils et son vengeur. La 
première vous rappellera les triomphes d'Osiris en Asie, et la 
seconde ses triomphes ou ceux de son fils en Egypte. 

En somme, la co,nception du tableau ne manque point de 
beauté; et si le beau, pour être parfait, demande une grande 
unité dans la variété et le contraste, avec une expression pro- 
portionnée au sujet, ou un symbolisme assez vivement ac- 
cusé; nous allons voir que ces conditions ne font point ici dé- 
faut. 

II 

Détail. 
i. — Le pei'sonnage principal. 

Le personnage principal est un beau jeune homme,' sans 
barbe, el d'une taille surimmaine. Il est nu, sauf qu'à son 
épaule droite est attaché te paludamcntum, ou la noble chla- 
myde des princes guerriers. La couleur verle de son vêle- 
ment, aus^ bien que la mollesse de sa position et de son as- 
pect, conviennent assez à un efféminé; galbinatos habel 
moi'es, des tnœurs verdoyantes, dit de quelqu'un Martial, et 
il dit dans le même sens : Jaceloccupato galbtmilasin lecto (1). 

La tête du dieu est ceinte d'une couronne de pampre et 
sa main est armée du tliyrse. Des raisins qu'on prendrait 
presque pour des bouquets de fieurs, des branches de vigne 

(1) Pbkhjibi, De r 



dbvGoogle 



— 242 — 

et de lierre l'environnent. A loas ces traits, on reconnaît Bac- 
chus; sa main, d'ailleurs, aujourd'tiui mutilée, devait s'appuyer 
sur son cher Ampelos, sur la vigne, et la couleur fortement 
rottge de son corps est la couleur du dieu des vendanges. 

Mais il porte le nimbe : nous commençons à trouver que ce 
pourrait bien être le Bacchus de Memphis, car le nimbe est 
tout spécialement rornement d'Osiris et lia figure du soleil, 
astre de ce dieu. Avouons pourtant que cette (fioire Tut bientôt 
commune à tous les fronts les plus honorés; il sufût de lire 
VitonograjMe ^retienne de M. Didron pour en être abondam- 
ment convaincu; nous la retrouvons en particulier ornant un 
Neptune, dans les Mosaïques de Jurançon (1). 

La statue gigantesque du dieu milite avec plus de force 
en faveur d'Osiris, car c'était un géant, dit le second Mytho- 
graphfi du cardinal Mai; .d'autres pourtant le font très 
petit. 

Mais quelle est cette étoile qui brille au-dessus du front de 
notre héros? l'étoile d'Osiris est surtout Siriws. Parmi les cons- 
tellations, le chien, auteur prétendu des chaleurs brdlantes, 
occupaitune place importante dans le culte et la mythologie 
des anciens (2). Il était fêté en Egypte avec Isis et Osiris, 
comme sigae de fécondité, parce que, à son lever béliaque, le 
PÏil croissait. C'est donc à bon droit qu'il orne ici le front 
d'Osiris (5). Le Zodiaque circulaire de Dendèrah et les ta- 
bleaux astronomiques â^Ombos et ôHEsneh offrent également 
Sirius sur la tête dé certaines figures isiaques; Champollion- 
Figeac l'a montrè(4). Nous pourrions trouver d'autres preuves 
de notre assertion dans les hiéroglyphes alexandrins et dans les 
monstrueuses wgîps qui osaient braver le grand jour : nous 
y renonçons. Ajoutons pourtant que l'art égyptien asseoit 
fréquemment Isis sur le chien symbolique; souvent même, il 

(l)Cb.-CI LeCœiir, Pan, 1856. 

{i) Mnllw. 

{3] Cfr. JiKKBLLi, Ritrogtyfhita, Netpoli, 1S30, p. 439. 

{i) Vwotri fiUDTttqiit, p. 336. 



db.Googlc 



lui ea donne la lèle. C'est que, ^ouse il'Ogiris, (a déesse du 
Nil remplit à ce titre l'office de l'étoile caniculaire; elle-même 
s'en vante dans Diodore (1), 

Hésitez-vous à croire que notre îistre soit vraiment Sirius? 
Eh bientdansce cas, ce seraC««o/w, le brillant Canapé, qui 
se montre aux Egyptiens, qui se cache à nous; Canope, le 
pilot« du navire osirien Argo placé avec lui au ciel non loin 
(le Sirius, eiï Thonneur d'Osiris, sjn maître, et devenu Van 
(les dieux les plus honorés par les Egyptiens (i). 

Avouons-le, le nom déCmitif de notre principal personnage 
est Osiris.Ni les pampres ni les branches de lierre ne nous 
donnent un démeuti, ils appartiennent aussi au Bacchas 
d'Egypte, et le lierre est appelé sa plante. 

Mais, dira-^on, un Osiris n'est-il pas bien étrange au mi- 
lieu des Landes? Ce qui va suivre montrera que non; en 
attendant, qu'il nous suffise de faire observer que Mititra, 
rOsiris persan, eut des adorateurs chez les Elusates (5). 

2. — isis. 

Passons à la jeune femme placée à l'angle opposé. Ici, lios 
interprèles ne sont plus d'accord : espérons pourtant que 
nos conclusions seront acceptées. 

Remarquez d'abord cet objet de forme eUiptique confié à 
la main gau«hedu personnage; considérez ces petits ovales, 
moitié rouges moitié blancs, dont il est couvert. Nous suppo- 
sons avec d'autres que c'est une sorte de corbeille ou mieux 
un plateau chargé de fruits. 

L.-A. Muratori, a propos d'une inscription, un peu tronquée 
il est vrai, où il ht : Alexandria, Jeime pUe, servante de Bac- 
cfms el cistophore ic la déesse du Nil, de la pure Isis, et d'une 
autre inscription, consacrée à un cistophore de Bellone, fait 

(1) EciBiL, Doctrina nummorum. t. iiii, p. 138-139. 

(3) Diodore. > 

(3) Cbev. du Uéf«, Hottt fur l'hitl.du Languiioe, 



db.Google 



— 2U — 

observer que h ciste fut employée aux mystères d'isis, comme 
à ceux, de Cérès et aux orgies de Bacchus (1). 

Le personnage serait donc ici une Cérès ou une Isis. Le 
panier de fruits, dit Mutler, est ud des signes qui font recon- 
naître Cérès d'une manière indubitable. 

Les pieds écartés et en mouvement signalent également, 
au^i bien que les bottines, la déesse voyageuse, la compagne 
fréquente du dieu des raisins; les cheveux roux viennent 
nous rappeler la blonde Cérès, et le voile traditionnel, joint 
au plateau, achève de nous dire que c'est bien la fameuse 
déesse des grands mystères. 

Or, Cérès ou Isis c'est tout un ; ou plutôt, c'est Isis que 
les Grecs ont nommée Demeter et les Latins Cérès, de même 
qu'ils ont donné à Osiris le nom de Bacchus; toute l'antiquité 
le proclame. Eusèbe de Césarée, son fidèle écho, nous montre * 
l'Egypte saluant Isis comme la mère et la nourricière des 
fruits, et Osiris comme le père de la vigne et de la culture 
des champs. Casait (2) donne même le dessin d'une IsLi 
représentée avec la corne d'abondance, et il reproduit une 
médaille rapportée au règne de Valentinien, et par consé- 
quent à l'époque qui revendiquera bientôt notre tableau, où 
nous voyons la déesse tenant un vase chargé de fruits. On la 
trouve dans FabreUi (3), souvent pourvue de ces insignes, 
particulièrement sur une amulette, où elle est vêtue comme 
la nôtre; et telle inscription est ainâ conçue : Isidi fru- 
giferœ. 

C'est aussi la Cérès égyptienne que notre mosaïste a voulu 
peindre, bien qu'il ait habillé toute la scène à la grecque ou 
à la romaine. Pour PétabUr, il n'est pas nécessaire de recou- 
rir à de simples détails, de montrer qu'une Cérès grecque, 
au lieu d'un Triptolènie égyptien, tel que celui que nous 



'1) Novui Ikeiauruiveteriiia inxeripliu: 
{%) De vettribut jEgyptiorum ritibut. 
(3) liutript. 



db.Google 



— 245 — 

allons bientôt trouver en Horus, aurait près d'elle un Triplo- 
lènie grec, pour lui confier les fruits reproducteurs; que la 
forme ellipsoïdale de son plateau et des objets qu'il contient 
fait peut-être allusion à ces ellipsoïdes mystérieux, jadis en 
grand honneur chez les Egyptiens (1); que le voile ne cou- 
vrant plus la corbeille mystique, l'artiste a voulu donner, ce 
semble, un démehli à la fameuse parole de la déesse du Nil, 
gravée, dit Plularque, sur le pavé du temple deSaïs: .» Nul' 
mortel n'a encore écarté mon voile; « mieux encore que tout 
cela, la nature et les rapports des personnages qui vont 
venir nous signalent ici un drame isiaque. 

Avançons. Notre ■ héroïne, d'un geste impérieux, montre 
un guerrier renversé, et son regard s'élève vers Osiris : nous 
allons nous trouver en face de TypMn, vaincu et conflé à la 
■garde d'Isis délivrée (2). 

Pour le costume, il parle peu : la déesse est précisément 
mise en scène au moment où la Mythologie allait s'apprêter 
à lui en donner un; son vêtement ressemble, toutefois, à 
celui des prêtresses romaines d'Isis ; la tunique nouée au- 
dessous de la poitrine est froncée. On nous fait pourtant 
observer que c'est peut-être un peptnm ou une palia. De fait, 
celte dernière robe était celle des personnages mythologiques 
et dès déesses; Sidoine Âpothnaire la montre ornant même une 
statue de l'efféminé Bacchus. Apulée en revêt Isis. La tunique 
et hpaUa se ressemblent assez dans bon nombre de monu- 
ments; on peut voir phisieurs des pallœ de Rkh et sa timique- 
epoùtis de Diane : c'est à peu près le costume de notre 
déesse (5). Mais nous venons de voir un amulette qui nous 
présente Isis absolument vêtue comme notre héroïne, les 
bras nus et sans rien de llottant. 

Reconnaissons donc Isis. Son culte était passé jusque dans 

(1) Jankiili, BieTi}giyphica. 
. (3) Souvent, c'est le porc qu'on raprdsaals tuprùs do Ciiii. 
(3) DUiionn. dtt antiguiUt grecij. tt rom. 



D,g,tze:Jb.GOOgle 



les Gaules. Elle eut un lenfiple à Issij, el peal-êfre Paris lui 
doit-il ses armoiries et son nom. Son idole subsistait encore, 
au commencement du xvr siècle, dans un recoin cte Saint-Gcr- 
main-des-Pr6s. Elle eut même des autels dans les Pyrénées 
(i), et Ton conserve à Toulouse une de ses statues, extraite 
des marbres de Saint-Béat. Son culte, du reste, fut universel, 
nous dit Diodore; et, selon Juvénal, il faisait vivre les pein- 
tres : Pktores qim nescH ab Iside pmd (2) ? 

Nous commençons à nous apercevoir que notre tableau 
pourrait bien n'être pas étranger aux fameux mystères dlsts . 
et de Dimijsim-Osim (5). Le personnage suivant vad'ailleurs 
nous donner leur point de départ.. 

5.— Ttjfih»n. 

Jannelli caractérise le panthéon isiaque par la présence - 
à^Osiris et de Typhon, son frère et son meurtrier. Voici, à 
notre avis, ce nouveau personnage : c'est le guerrier vaincu. 

n est nu, comme Osiris, et, comme lui, orné du paluda- 

mentuni Mais un doute sérieux s'est oITerl à plus'd'un 

observateur : est-ce bien là un homme? est-ce une femme? 
On dirait quelque chose qui tient des deux et qui n'est pour- 
tant ni l'un ni l'autre. Sa physionomie, toutefois, e( la 
liberté que s'est donnée l'artiste de ne point vêtir ce per- 
sonnage, tandis qu'il a soin de vêtir les femmes, nous rassu- 
rent : c'est bien un homme. — Mais l'artiste paraît avoir voulu 
supprimer son sexe et faire constater que tel a été son dessein! 
— S'il en était ainsi, il serait encore plus manifeste que c'est 
Xypbon, Consentons à prendre au sérieux une difficulté qui 
nous fournirait une preuve. On volt chez plusieurs Egypto- 
logues la représentation d'un homme nu et sans sexe : il est 
pourvu d'une tête de loup, comme l'est parfois Typhon; il 

(1) Du Kége. Noltssarfhisl. duLangaedac 
(21 Saiirt XII. 
(3) Cfr. Huiler. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 247 — 

marche vers an homme qui sort du soieii, ce qui rappelle ce 
même Typhon marchant coolre Osiris, le dieu solaire, et, 
comme Typhon, il est armé de la torche de l'incendiaire et 
de la palme du vainqueur. Jannelli voit ici le déniurge ou 
celui qui a fait le monde (1); mais dans le système dualisti- 
que, auquel appartient, comme nous le verrons, le drame 
isiaque, le démiurge est encore Typhon. L'attitude très peu 
décente de notre héros vient, du reste, nous confirmer dans 
notre pensée : c'est ici celui que les Egyptiens regardaient 
comme le grand ennemi de la fécondité, et te genre d'attaque 
qui le signale, exclusivement propre au meurtrier et au muti> 
lateur d'Osiris dans la fable ancienne, le caraetèrise parfaite- 
ment (2). 

Le Typhon d'Osiris répond au Rliéeits du Bacchus latin, à 
ce géant renversé du ciel par le flls du roi de l'Olympe. La 
défaite des géants est souvent représentée dans les vases de 
style ancien (3). Il répond encore au serpent Python, que les 
traits d'Apollon firent disparaître; plus tard nous le pourrons 
constater. 

Une irrégularité, au moins apparente, qu'il faut signaler, 
c'est que notre guerrier a la tête nue, comme tous les autres 
personnages. Et cependant, chez les Romains coinme chez les 
Gaulois, la milice dispensait dé cette marque de respect, aussi 
bien que lasacriflcalure, tesjeux publics, les voyages, la mise 
en liberté, les saturnales, la vieiUesse et la maladie. Mais ni 
Homère ni Tacite ne permettent à leurs Grecs ou à leurs 
Germains de se couvrir la tête dans les combats (4). Et puis, 
l'usurpateur égyptien est censé arrivé avec la couronne dont 
Horus va le dépouiller. . 

Si nos souvenirs ne nous trompent pas, nous avons constaté 

H) Tentam. hermineut, eic.p. S99. 

(!) t^Fr Adnolalor Firmici Haterni ad cap. mis : < In aoaglyphicjj HitbriuU, 
Scorpio genitalibus Tiuri sacri iahicnl. — Servias Auidem dicit *d ndices arborit 
invanturo matilalumqaa... Esi vero tabula Osiridii ei Tjphonis rspeiiw. • ' 

(3) Hollar. 

(4) Càaali, lU profmi* Sam. ritib. c. xi. 



db.Google 



— 218 — 

un autre détail; tuut uidiffùreut qu'il parait, il ne nous est 
point libre de le mépriser. On a pu remarquer sur notre 
tableau une sorte d'ombre grossière, placée au-dessous des 
pieds de chaque héros. Un des pieds de Typhon en est dé- 
pourvu. Qu'est-ce que cette ombre? apparemment uneespéce 
d'appui. Et pourquoi Typhon n'en a-l-il point deux? par 
hasard, sans doute. Signalons pourtant d'autres soutiens, mais 
bien plus singuliers, donnés à des dieux ou à des combattants 
isiaques ou typhonieiis, sur une certaine pierre, représentée 
dans Fabretti. C'est une combinaison peu variée de deux crois- 
sants, dont l'un offre ses pointes aux pieds des personnages. 
Or, cet appui symbolique n'est point donné à tous. Y aurait- 
il quelque rapport entre ces particularités et celles de notre 
mosaïque? et que signifie tout cela? Aux Egyplologues de 
nous le dire. 

Certaines monnaies, rapportées à Julien l'apostat, présen- 
tent Isis et Osiris ou Horus, terminés en queue d'aspic et 
soutenant un vase où un aspic se trouve enfermé : que 
signilic ce symbole? Serait-ce le serpent Typhon définitive- 
ment vaincu et fait prisonnier? Ailleurs, à la vérité, ce sont 
deux, femmes qui tiennent le vase à l'aspic; mais ne sonl-ce 
pas encore les dviix Isis, l'Isis primitive et l'Isis vengeresse, 
victorieuses du même ennemi? 

4. — Hm-us. 

Ainsi, parait-il, duilse nommer le pctitgarton qui voilsous 
ses pieds Typhon renversé. Tout en lui révèle le vaiiiqueur du 
rebelle, le flls d'Osiris. Il est enfant, comme Horus; et si sa 
main gauche semble malencontreusement cachée par un voile 
qui flotte, c"esl peut être parce qu'elle ne pourrait pas con- 
venablement paraître : Honis ne fut jamais pleinement formé. 
Comme Horus, notre enfant exprimait trop ouvertement la 
f(fcondité; la mosaïque a été trouvée mutilée par des mains 
prudentes. — Il court, il vole, pareil au germe léger qu'em- 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 249 — 

porte le vent; la nature donne parfois des ailes aux graines 
reproductrices, l'Egypte en aaussi donné au symbole d'Horus. 
— Il va vers Son père, portant à la main droite un diadème orné 
de pierreries, qu'il semble avoir arraché à Typhon : on prétend 
que Bacchus, revenant des Indes, fut le premier qui se servit 
de cet ornement triomphal, et que Typhon l'en priva. Du reste, 
ce' dessin d^un enfant qui emporte une couronne et qui voit 
sous ses pieds un guerrier vaincu, semble calqué sur celte 
phrase d'Hérodote : «Horus, fds d'Osiris, le Bacchus des Grecs, 
réprima Typhon en le renversant, et régna sur l'Egypte (1). » 
Peut-être pourtant cettecouronne est-elle celle dont Horus priva 
sa mère pour la punir d'avoir, une jiremière fois, laissé fuir 
l'usurpateur (2). Le supposer serait sans doute lui attribuer 
une action peu respectueuse de la part d'un Ois; mais qu'on 
n'en soit pas trop scandaUsé : ■ Les dieux de l'Olympe eux- 
mêmes, dit ffellanicus dans les Deijmosophisles d'Athénée, dé- 
posèrent tous leur diadème lorsqu'ils virent régner Typhon. » 
Notre petit héros a les bras très étendus : telles amulettes 
alexandrines représentent de même une sorte d'Horus portant 
le lotus, sa plante (5). ' 

Enfin, l'on a remarqué quelque chose de bondissant dans 
l'allure d'Osiris : ne semble-Ml pas qu'il revient vers sa terre 
chérie pour enseigner, comme le dit l'a fable, à son fUs l'art 
de vaincre et de le venger? 

Vous demanderez peut-être si ailleurs qu'à Saint-Cricq l'an- 
cienne Gaule possédait le culte d'Horus, comme celui d'isis, 
hélas! comme aussi celui de Typhon, le mauvais génie. Si nous 
en croyons un écrivain que cite M. Nicolas (4), nos Vierges 
noires seraient Msis de nos aïeux, portant son fils Horus; 
d'autres, plus modérés, y voient des statues d'isîs appôrlées 
d'Egypte, au temps des croisades, et consacrées à faire honorer 

(11 L. II. 

(3| PlaUrque. 

(3) Fabrelti, t.. tn. Intcr. 40, 

(1) Etudu tur le chriiliiinÙMe, 1. il, eh. IT. . 



db.Google 



— 269 — 

la Vierge et t'enfaut Jésus. L'un et Tautre de ces sentiments 
poorraient être admis sans difficulté. 

5 et 6. — Lycurgue et ta Némém. 

Voici, au-dessus d'Horus, un bomme sans vêtements, que 
le mosaïste a tronqué : il n'a point ses jambes; peutétre re- 
connaltrait-on des lambeaux de ses chairs sous.l'un de ses 
bras. Ainsi qu'on nous le fait observer, il est placé et accoudé 
sur un fauteuil, au milieu d'unec/t/œna verte. Cette draperie, 
tout en couvrant entièrement le siège, vient se replier, par sa 
partie inférieure, sur le Fond du corps de notre personnage : 
on peut donc constater qu'il a eu réellement les jambes coupées. 
' Il est chauve, et sa baïbe lui forme un collier. Deux couples 
de feuilles de laurier ou deux grossiers fleurons de couronne 
se montrent aux deux côtés de son front, comme les resles d'un 
diadème qui a disparu. 

Une- femme a Vdiiz de vouloir lui percer Tœil gauche avec 
un stylet. Le mosaïste, ne pouvant placer ces deux figures 
dans leur sens naturel, sans briser la symétrie du tableau, a 
mieux aimé blesser les lois de l'usage que celles du coup d'œil, 
et le spectateur a besoin de changer de position pour les voir 
se dresser devant lui. Ce détail, du reste, s'accorde parfaite- 
ment avec l'explication que nous allons donner : ces deux per- 
sonnages forment une scène à part et sont étrangers au drame 
principal du tableau. 

Une sorte d'(?pomis ou de tunique sans manches, vxipejAitm, 
si l'on veut, revêt la nouvelle héroïne jusqu'aux talons; ce vêle- 
ment est rougeàtre, comme chez ceux qui doivent verser le 
sang, et il est semblable à celui d'Isis. 

Nous voyons là une Néméttis, assez connue des Diony- 
siatiues; le rameau, insigne de l'exécuU'ice des vengeances 
divines, est d'ailleurs là, près de sa main gauche, pour la 
caractériser. 

Et de fait, l'homme tronqué r,epréS£fite,foii lùea Lycwgue, 



db.Google 



— SSI — 

noQ pas le lé^UUeur de ce nom, mais ua fameux roi de Nyaa, 
ville placée par Nonnus dans l'Asie centrale (1). Contttnpteur 
de la divinité civilisatrice que Nysa devait honorer (2), U 
avait réduit Bacchus à se réfugier dans les flots de la mer 
Rouge (5); il en fut puni par la perte de la vue et par un 
accès de fureur dans lequel il se coupa les jambes (4). Les 
monuments le montrent ch&tié par quelque déesse (5). Ou 
s'explique donc pourquoi, dans notre mosaïque, les yeui tour- 
nés vers celle qui va le fr£q>per, il ouvre la bouche, comme un 
homme qui demande grâce, et pourquoi il lui montre du doigt 
ses jambes coupées. 

C'est donc ici Lycurgue. Ausçi bieu la barbe de ce person- 
nage, courte et frisée, convient-elle à un héros grec ou orien- 
ta (6); sa calvitie, à un homme déchu; son reste de ciîuronue, 
à un reste de royauté; et si les débris de cette dernière affectent 
de former comme des bouts de corne, cela ne caractérise pas 
mal un roi des bords du Gange, vaincu par Osiris-Bacobus. 
Et la vigne que Lycurgue voulut abattre, en dépit du dieu dos 
raisins, est encore là près de lui. 

Nous n'avons point voulu citer, à l'appui de notre explica- 
tion, une médaille de Trajan, sur laquelle, à cdté d'un Sérapis 
qui tient une palme, ou a cru voir un demi-corps d'homme 
comme le ndtre, et un personnage qui sans doute le touche 
avec une baguette ou un stylet; elle est trop fruste (7). Citons 
plutôt, d'après OrapoUon, l'hiéroglyphe de l'impiété : c'est 
encore un bomme sans jambes, .lyant à ses côtés un glaive. 
Qui ne voit là notre Lycurgue adopté par l'art égyptien ? 

La scène parti^e que nous étudions a-t-elle quelque rapport 
historique avec celle de Typhon ? Oui, car ce dernier se révolta 

(1) Dionyiiaquet, ch. xi. 

(1) QninlE-Corca, I. tiii, c. 10. 

(3j Monnus, ih. xi (i m- 

(4) Encyclop. méihod.. aie. 

(5) Huiler. 

(*) £ncycl. mélh. 

(7) Eckbel, I. IV, p. 30. 



D,siz.:Jb.G00gle 



pendant cette expédition d'Asie qui fut signalée par la punition 
de Lycurgue. Mais la connexion historique est ici trop faible 
pourquenousnesoyons point en droit d'eQ^chercheruneaulre 
plus tard. 

Une explication qui s'accorderait mieux, matériellement, 
avecl'ensemble du tableau, et qui a failli un moment avoir nos 
préférences, c'est celle qui voit dans le buste que nos décrivons 
le buste de Pan, et dans le gros personnage voisin, qui tourne 
le dos, un ennemi fuyant comme sous le coup d'une panique 
terreur. Savez-vous d'où vient le nom des terreurs paniques ? 
C'est ici que vous l'apprendrez. Pan, d'après un syncrétisme 
poéti(iue assez accoutumé à rattacher à un seul type ce qui 
appartient à plusieurs. Pan, l'une des plus grandes divinités 
de l'Egypte, avait été l'un des principaux généraux d'Osiris. 
Malgré son mérite guerrier il était d'un aspect horrible; peut- 
être même son aspect faisait-il en grande partie son mérite. 
C'est avec une barbe et des jambes de bouc qu'on le re- 
présente, parce que, après avoir conseillé aux dieux de se 
cacher, pour échapper à Typhon, sous la forme des bêtes, il 
leur avait donné l'exemple, eiï se changeant lui-même en bouc. 
Sous cette métamorphose et au nom de l'impie déification de 
notre misérable nature exprimée en lui, il reçoit encore, on le 
sait, jusqu'au milieu de nous, d'affreux hommages. On (ui 
donne aussi des cornes; mais Polyen voit là une simple 
allusion au mérite, cette fois-ci très réel, qu'il eut d'inventer 
l'ordre de bataille, et de diviser une armée en deux ailes, en 
deux cwnes, comme disaient les anciens. Il aimait à inspirer à 
l'ennemi de grandes frayeurs, et c'est par ce moyen qu'il mit 
un jour en déroute l'armée de Typhon. Et voilà la plus ancien- 
ne origine des terreurs paniques. A sa naissance, on le confia 
aux soins de la nymphe Sinoé; mais elle ne l'eut pas plutôt 
vu, qu'elle fut saisie d'effroi. Jupiter son pèrcdut l'envelopper 
dans une peau de bête cl le porter au ciel. A lui encore 
appartient l'invention de la flûte. 



D,g,tza:Jb.GOOglC 



Volontiers admettrons-nous, si Ton veut, que notre artiste 
ait été inspiré par le souvenir de Pan| dans la conception de 
notre scène. Mais que tel soit dèQnitivemeut le personnage 
qu'il a voulu produire, il est difficile de l'accorder. Trop &e 
' situations différentes se trouveraient ici mêlées, confondues, 
en même temps que mal exprimées. Et puis, pourquoi priver 
un Pan de ces jambes qui le caractériseraient si bien? pour- 
quoi faire de ses cornes de vrais fleurons ? 

Tout au plus pourra-t-on demander en retour, pourquoi un 
Lycurgue, qui fait de tout le tableau un ensemble hybride, 
tandis qu'un Pan s'harmoniserait mieux avec tout le reste. 
C'est là une difficulté, nous en avons déjà fait l'aveu; mais 
notons-la soigneusement : elle nous deviendra psècieuse. 

7 et S. — £e Lutteur et l'Armur. 

Mais aux deux angles laissés vides parles triomphes d'Osiris, 
quels sont ces deux personnages d'un aspect et d'un caractère 
si opposés ? Que viennent faire sur la scène ce petit Amour, et 
ce gros lutteur qui tourne le dos pour s'enfuir? Plutarque, dont 
le traité d'Isis et d'Osiris aura sans doute été connu de notre 
artiste, Plutarque nous répondra. 11 voit dans Osiris l'amour, 
et il rappelle que le nom égyptien de Typhon est ■ Seth, le 
ttitteur, celui qui repousse avec effort et qui l'emporte par la 
violence. » Vous avez donc ici, avec deux figures réelles, l'in- 
troduction de deux autres figures qui les symbolisent. 

Mais quoi ! est-il permis de mettre en scène les images avec 
les réalités? Qu'on veuille faire attention à notre réponse. Il 
serait par trop étrange de trouver ailleurs cette singularité 
dans les œuvres païennes; mais les chrétiens du iv* siècle ne 
se fîùsaient point ^crupule de se la permettre: Le célèbre 
dominicain MamacM, dans ses AntiquJMs chrétiennes (1), nous 
montre sur une lampe le bon pasteur ayant à ses côtés Jonas, 
son image, ici vomi par le monstre marin, là couché sous la 

(1) T. m, p. 78. 

TOMS XU. 19 



db.Google 



plante mystérieuse. Et roratorien Arin^, cité par loi, donne 
Je (kséin de plusieurs sarcophages où N.-S. est reprèSMitè 
accompagné, tantôt de l'agneau, à la tète surmontée de la 
croix, tantôt des onze apôtres ayant diaeun un agneau au- 
dessous de leurs pieds (i)? N'y avait-il point quelque chose 
d'ingénieux à faire 'suivre les personnages de leurs oj«6re«? 
Et" cela pouvait fournir l'occasion d'expliquer le sens de la 
scène par le moyen de ces flgures symboliques. C'est ain^ ç«c 
dans l'un des sarcophages cités, où les apôtres sont accostés 
et des agneaux et de beaux pieds de vigne, garnis de raisins, 
et où Ton voit tout près du Sauveur le phénix, ce symbole de 
ta résuirection, comme disiùt sainte Cécile, tout nous crie que 
nous sommés devant JèBus disant à ses apôtres : ■ Je vous 
ai établis pour vous faire porter du fruit, » et à Pierre, après 
la résurrection : < Paissez mes agneaux. <• 

Mais nous voilà déjà revenus, nous allons le voir, sur le 
terrain de l'art grec, et l'apparence d'anomalie offerte par nos 
deux dernieiï personnages va encore diminuer. 

« Chez les Grecs, dit Muller, on cherchât à compléta et k 
rendre plus claire la pensée qui avait présidé à l'ensemble par 
des flgures accessoires, représentant, par exemple, Agon ou 
le génie de la lutte, etc. • Ajoutez Eros, et vous aurez l'Amour ,- 
que nous retrouvons ici; et puisque le pugiliste nous tourne 
le dos pour s'enfuir, vous aures dans tout le tableau, pour 
résultat définitif, une scène où la force est vaincue et où 
l'Amour peut se reposer consolé après ses douleurs.. 

11 ne reste plus qu'à décrire ces deux singulières figures. 
On reconnaît aisément l'Amour dans ce petit enfant ailé, qui 
tient un dvd, aux pieds d'Osiris. C'est à bon droit qu^il est là 
pour lui servir d'ombre, qu^il porte une main sur son cœur et 
qu'il détourne la tète : il avait rempU de lui-même, dès les 
premiers instants, le dieu de cette épopée; le voyant victime 
d'un fratricide, il n'a plus qu'à témoigner son horreur. 



(1} T. II, p. ei, «t t. I, p. ISG, 187. 



D,g,tza:Jb.GOOglC 



— 365 — 

ErQd, bou$ avons, Qous aussi, trouvé up pugile ians le 
gFOS personnage qui présente le poing en abritant son vis^e 
et on tournant là dos. Au poignet qu'il tend il porte suspendu 
un demi-cercle métallique d'un sens indécis, mais qui dpit 
être un des appendices du ceste (1); cgj ce qui soutient ce petit 
objet n'est point une tige placée entre les' doigts duperswi- 
nage, mais plutôt une courroie qui lui eatoure lat m^. 
P'aiU^urs^ on varie a$sez les insigpes quand on représente d^s 
agoMUea; tell;e Sgure du musée de Naples tLeiU un vase à 
huile suspendu au poing, comme signe de gyamastique (2). 

Le bras g9,uiîhe de notre pugile est eoV>uré d'un bourrelet 
vert. Orné de fesitops; qol ne voit là un moyen de défense? I^ 
festons vert$ flottent £^ussi à Unaissadace ^ ^ras droj,t. N'es^- 
ce point TétofTe et la couleur destinées à f^ire distingu^er les 
athlètes ? On sait comment, dans les jeux publics, les spec- 
tirteufs se pa^oawaent, ceux-ci pour une couleur, cpux-là 
pour une autre; Ptine disait déjà de son temps : nunc favar 
panno, panmtm amant, ■ c'est maintenant un bout de cbap 
qui a les faveurs (3).'» Ces pans d'étoffe peuvent avoir une 
triple origine : les a,thlètes ne sont arrivés que par degrés à une 
nudité complète, et ils ont eu .basoin à la fois et d'un maoir 
pule ou sudmiu^ et de quel/pie chose qui les aidât à V9X^ 
les coups. De phis, l'ornement qui nous occupe est n^)^- 
ehelé de petite ronds : est-ce une allusion à la peau de pan- 
thère, symbole bachique? est-ce l'œil d'«rœw« servant d'amu- 
lette (4). 

Si nous avions .pu, cftmme tel autre interprète de nos anti- 
quités, - trouver sous cet athlète un prêtre de Bacchus, 
Plutarque ne nous aurait pas jeté sitO;t daos d«3 exptieatiOQS 
symboliques, et il eât suffi de faire observer que tes Egyptiens 
aimaient à donner à leurs monuments un sens liturgique. 

(1) Cfr. Bish, Djelionn. iet antiq. 

(9) Huiler. 

(3) EpiiL v> S- 

W Huiler. 



db.Google 



— 256 — 

Mais quelque digne de mention que nous paraisse le sentiment 
de notre intéressant devancier, on voit qu'il nous a fallu re- 
connaître ici la représentation d'un lutteur, placé là comme 
une ombre mystérieuse. 

Et voilà tout le détail de notre tableau. 

Résumons. — hepavimentum de Saint-Cricq représente fort 
bien, sous le double drapeau de la Forœ et de l'Amour, les 
triomphes remportés par le Bacchus égyptien et sur Lycurgue 
et sa barbarie, — grâce à la divinité vengeresse, — et sur le 
dénaturé Typhon, — grâce aux efforts d'isiset d'Horus. 

Admettez qu'il en est ainsi, et vous aurez dans une large 
unité les scènes les plus célèbres du Panthéon égyptien et 
comme une nouvelle TcU}le imque. dont la découverte peut 
encore intéresser la science ('). 

(•) A ce propos, on trouve dans les monuments égyptieas, dans les 
monnaies surtout,,un type assez singulier : à côté d'un S^rapis portant 
la corbeille, se voit une âgure de corps humain à trois têtes de bêtes : 
celle du milieu est une tête de lion; celle de droite une tête de chien, 
et celle de gauche une tête de loup; un dragon entoure de ses replis 
ce symbole et est repoussé par la main du dieu [1]. Que sigaiâe cette 
figure? les interprètes varieift là-dessus;, mais ne serait-ce pas un 
grand panthéon isiaque? le chien est l'animal d'Isis; le loup était 
en grand honneur en Egypte, parce que Osiris en avait pris la forme, 
selon la Fable, pour combattre Typhon (2); et le lion, honoré aussi 
sur les bords du Nil, est l'animal d'Horus, dans certaine classe de 
monuments (3). Quant au serpent, c'est Typhon. 

Jean LABAT, S. J. 

{La suite prochainement). 



(1) Haerobe, Sulurn. 1. 1, c. 30 iuu Kckhel, t. it, p. 30. 
(3) Boaillei, Dictionn. detnomt proprtt de l'amtiguiU. 
(3) Dielionn. dis religiotu, iina l'Eacyol. théol. itmsM.—Etudtsrtlig.t 
p. 370. 



D,g,tze:Jb.GOOgle 



ORFÈVRERIE REUGIEUSE 

ETUDE DESCRIPTIVE 

DE 

TROIS CALICES 

antArisora an XVIII* siècle. 

L^essai que nous avons publié, au tome ix, page 125 de la 
Revue de Gascogne, a donné l'éveil; et, depuis cette époque, 
on nous a signalé quelques calices qui, dans notre sud-ouest, 
sont diversement appréciés des connaisseurs. 

Autour de nous, il en est trois au moins que nous croyons 
devoir mentionner, laissant à d'autres le soin de faire con- 
naître ceux qui ne sont pas autant à noire, portée. 

Le premier, c'est-à-dire le plus ancien, est à Polastron, 
paroisse rurî^e du canton de Samatan (Gers). Hesten argent, 
et sa hauteur mesureà peine (^20(1). 

La coupe figure un cône tronqué, légèrement arrondj 
vers sa petite base. Le bord en est nettement trancbé, sans le 
moindre évasement; et son diamètre est de 0" 09, tandis que 
la profondeur en a tout au plus 8. 

La fausse coupe, à bord ondulé, n'a pour hauteur moyenne 
qu'environ 0" 055; et la lige qui s'y rattache n'en a pas tout à 
fait le double. 

Une pomme parlage cette tige en deux parties presque 
égales. EUe présente, en saillie très prononcée, six espèces de 
chatons égaux et semblables, dont la face antérieure porte 

ÎCoope. (Mi>OSS. 
TigB . . 0- 00». ■ 

Pied... 010 053. 



db.Google 



— 3M — 

une ÎDScription : c'est le Qom grec de Jésus, alternaat avec 
celui de Christ, tracés eo creux, Tao et Fautre, et rendus par 
les trois premières lettres IHS, XPS. L'H se trouve ici sur- 
iDODté d'une petite croix latine. 

Nous avons déjà sigu^é le succès avec leipiel saint Bernar- 
din de Sieoae avait -propagé, en Italie, la dévotion en ces 
noms divins, à l'exemple de saint Dominique (1). Bien qu'il 
fût mort depuis un demi-siècle, les fruits de son zèle étaient 
encore manifestes. Les tiioniiments d'art chrétien en portaient 
généralement la preuve. Et Ton sait, de plus, que, vers la fin 
du règne de François 1", les Jésuites adoptèrent ces mêmes 
lettres, fflS, pour leur corps de devise. 

Il ne faut donc pas nous étonuer de les retrouver sur le 
caUce de Polastron. 

Un nœud, en saillie assez peu prononcée, et profité de mou- 
lares prismatiques, unit ta tige au pied, dont la partie supé- 
rieure afiecle la forme d'un poUèdre irrégutier, à six pans 
mixtilignes. 

Les six arêtes qui limitent ces pans se relèvent et mont^tt 
avec eux d'environ (hOSi, jusqu'à ta rencontre de ce nœud. 

Aux six arêtes correspondent, sur le pied, des lignes qui 
partagent sa surface en six trapèzes, dont Faire s'élargit et 
s'étend versiabase. Ils vont composer, avec eQe, une périphé- 
rie hexagonale, dont les cdtés égaux rentrent régulièrement. 
Us affectent la forme de contre-lobes à long rayon, ainsi qu'on 
les voit au calice Ren^ssaace que porte s^ut Jean l'évangélisle, 
à sa main gauche, au haut dossier de la 15* stalle, à Sainte- 
Marie d'Auch. 

L'omemeatation est végétale, très sobre et à dessins de pure 
fantaisie, tant sur le pied qu'autour de la tige et de la fausse- 
coupe du cfdice que nous décrivons. 

Enfin, sous sa base est une inscription gravée en majus- 

(1) Voir l« mol MOHOCBARHi, Revu* de CmcojM. MUe ili,> W9. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— aw — 
cules romuaes. La sérïe des lettres suit, sans iotârrupUon, 
tous les mouvements du contour de c^te base. Nous y ayons 
lu: 

CALIS. ISTE. FEOT. FIERI. 

JOHANES. DORB. 'ARCER. 

DOMI. ira^ABRlT. AD. 

ONOItEH. B. VIAGINIS. HABIjE. 

PATOV. FUIT. PARBIE. 

Evidemment notre graveur parmesan n'était pas plus fort 
en épigraphie qu'en bosselage, ou en sculpture décorative. 
A moins que son client, léban Dor«, ne lui eût imposé son 
ortlxograpbe et sa mauvaise ialinlté. 

Du reste, les archers du seigneur de Labrit n'étaient pas 
tenus d'être aussi dignes d'iloge eo grammaire qu'en Ûliale 
confiance envers la bienheureuse Vierge Marie. 

Jehan Dore avait, sans doute, fait un vœu au moment de 
quelque grand danger, dans notre campagne d'Italie des 
premières années du xvr siècle. Et, à son retour, il aura dé- 
posé son ex volo sur l'autel de la Madone qu'il vènériùt le 
plus dans nos contrées, comme un pieux monument de sa 
maternelle protection. 

Son calice, en effet/porte la date de 1506, gravée sous le 
pied et dans le voisinage de la base, mais en dehors de l'ins- 
cription que l'on vient de lire. Ce serait donc un des produits 
de Torfévrerie italienne, tels qu'on les façomiait sous l'inspi- 
ration de la vraie Renaissance, c'est-à-dire pendant les expédi- 
tions que Louis XU poursuivait au-delà des Alpes. 

1506 est, du reste. Tannée même où il mit fin à la défec- 
tion de Bologne. L'intervention du roi très-chrétien, en fa- 
Teur du Saint-Siège, fut cwiron^ée ^"fin tel succès que le 
Pape Jules II entra dans cette ville, sous treize arcs de triooa- 
phe, le 10 novembre de cette même année, sans éprouver la 
moindre résistance. 

Notre archer du seigneur de Labrit pouvait bien avoir eu 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



sa part des combats qui avaient préparé Theureax dénoue- 
ment de cette mémorable campagne. 

Le calice de Polastron avait perdu sa patène dans les mau- 
vais jours de la fin du xVHi' siècle. Celle qui estvenue la rem- 
placer, il y a quelques années, est de confection récente. Ornée 
au burin de certains ornements, traités avec intention dans le 
style qui rappelle le xm" siècle, elle présente l'Agneau Pascal, 
passantde gauche à droite, et couronné du nimbe crucilère'. Le 
gonfalon traditionnel de saint Jean-Baptisle est découpé en 
longues flammes, et timbré des quatre lettres * " qui se tra- 
duisent AtjM, Oméga, Chrisfos. Autour du médaillon nous 
avons lu : 

■^ HOC EST CORPUS HEUH. 

Tous ces détails sont en gravure assez commune. 

DEUX CALICES DU XVU' SIËaE. 

Ces deux calices sont en argent, comme celui de Polastron. 

L'un a presque aussi peu de hauteur que ce dernier; 
l'autre, au contraire, est d'une taille beaucoup plus avan- 
tageuse. 

Lé premier dénonce un progrès sensible, au point de vue 
de T-ornementation, sur le calice, parmesan; et le second est 
même enrichi d'un certain nombre de groupes historiques, 
dont la bonne exécution atteste un soin encore plus déUcat et 
mieux inspiré, de la part du dessinateur qui en avait préparé 
le modèle. 

Le plus petit de ces deux calices a pour hauteur totale, 
0-235 (1). 



l Coopo. 0";075. 

(U 0»235 Ti|«.. 0-095. 

( Pied.. D-OS&. 



db.Google 



— 261 — 

Sa coupe a la forme d'un cône tronqué; sauf l'évasement du 
bord qui, pourtant, est à peine sensible. 

Le diamètre de son oriflce mesure O" 084, tandis que sa 
profondeur n'en a que 75. 

La fausse-coupe est élevée de 0" 045, y compris un rebord 
très gracieux, frangé de palmettes qui alternent régulièrement 
avec un motif lancéolé, dont la pobite domine d'environ 0" 002. 

Un torillon fort délié sépare ce rebord de la fausse-coupe; et 
toute la surface, finement pointiilèe au matoir, est, en outre, 
enrichie de reliefs. Trois souvenirs de la Passion de Jésus- 
Christ- y sont disposés par groupes. 

Le premier reproduit un fouet, rattaché en sautoir à un 
faisceau de verges, et croisant sur des lanières; 

Au second est un marteau entrelacé de cordes et d'une 
tenaille; 

Au troisième se voient les trois clous, piqués en divergeant 
sur un globe très réduit. Ils sont «compagnes de deux petits 
cubes numérotés, qui rappellent les dés au moyen desquels fut 
mise au sort la robe de Jésus, à l'ombre même de là Croix. 

Trois têtes d'anges, en fort relief sur d'élégants cartouches, 
alternent avec les instruments de la Passion. El le tout se ter- 
mine, un peu plus bas, par un collier de feuilles qui s'étalent 
et s'appliquent au-dessous de la fausse-coupe, aQn de la rat- 
tacher à la tige du caUce. 

Dans sa hauteur, celle-ci présente deux nœuds à tranche 
perlée, et une pomme dont le galbe affecte la forme d'un Vase 
antique. Une bague,. perlée aussi, ornerait, en saillie, l'oriflce 
de ce Tase; et un double système de feuilles opposées serait 
fixé, au moyen d'un» autre bague semblable, de manière à 
façonner le pied de cette espèce de vase. 

Pour tout ornement, la pomme, ainsi dessinée, se trouve 
assortie de trois têtes d'anges sur cartouche, alternant avec des 
bouquets de roses. Quant au fond, il est pointillé comme à la 
surfoce de la fausse-coupe. 



dbvGoogle 



Le sdcond iiceud, en tout semblaUe au premier, oiais d'un 
plus grand rayon, sépare la pomme du pifid ei, dissimule la 
soudure qui les unit. 

Aucune ligne en relief ne rappelle ici les arêtes qui. dans 
te calice de Polastron, arrêtent la forme d'un polyèdre, dilaté 
eo trapèzes jusqu'à la base qui porte oe calice. 

Le pied s'arrondit, en effet, d'une manière uniforme au- 
dessous du second nœud; et à partir d'un autre colUer de 
feuiUes, qui méaage la transition, il s'étale circulairement, et 
se pare de trois autres tètes d'anges, en tout semblables bai 
précédents. Et c'est ainsi que se complète le nombre symboli- 
que des neuf cbceurs célestes dont H est parlé dans nqs Saints 
Livres. 

Ici encore les têtes alteroent avec des souvenirs du drame 
sanglant qui s'accomplit au sommet du-Calvairc. 

C'est d'abord la Saintc-Paw, retracée sur le petit sindon de 
la Véronique. 

C'est ensuite ta cauronae d'épines, encadrée des trois clous 
que nous av<ws di^ vus avec les dés autour de la fausse- 
cou^. 

C'est enfin la Croix, plantée au baut de la montagne, et 
portait la longuelance, ainsi que le roseau muni de l'éponge. 
Le bosseieur les a tiés eu sautoir, au milieu du. gibet, avec la 
ceinture qui avait entouré le corps nu de Jésus crucifié. 

Ces derniers motifs d'omemeutation ont pour limite in- 
férieure un cordon de perles. Le dessin lu fait saillir, avec 
intention, de manière à voiler la soudure d'une zone finale, 
eofnposèe de feuilles àcote perlée, en 4out égales et semblables. 

Par l'extrémité de leur limbe, à pointe mousse et sensible- 
ment réfléchie, toutes ces leuiUes se rattacbcut à tal>ase, de 
manière à semer entre elles uue double rainée d'ajâurs con- 
ceotriques d'un très bon eftet. 

On chercherait inutilement, sur ce calice, la date de sa con- 



db.Google 



fecUoh, qu'il est û rare 4e reacontrer dans les proiieits de 
notre oifewerie rdigiease. 

Mais, autant qu'il est permis d'en jnger par tes divers 
caractères de son ornementation, toute en relief, soit boss^ée, 
soit estampée ou jetée en fonte, oe charmant petit calice nous 
semblerait remonter, tout as plus, an règne de Louis XHl. 

Les neuf têtes d'anges, à touffe de cheveux, si prononcée 
au-dessus du front, ont été fixé^ à leur place respective par 
la soudure. Nous croyons pouvoir en dire autant 4e la zone 
végète qui règne entre la base et le pied propremetrt dits. 
IMais tes autres motifs de quelque importance sont incontestable- 
Ment mis «n vue par le bosselage. 

Quant à la patène, 'son revers est rehaussé d'un groupe 
en relief dans lequel- figurent douze personnages assis. 

Celui qui occupe la place d'honneur porte seul un symbole 
de distinction autourdc la tête : c'est un rayonnement lumineux, 
qui tieiit lieu du nimbe traditionnel, tel qu'on le figurât au 
moyen âge. 

Ce rayonnement fait reconnaître Marie, mère de Jésus, qui 
joint les mains en avant de sa poitrine avec un grand air Ae 
profond recueille ment. Une langue de feu vient reposer sur sa 
tête, voilée de la pqlla romaine. 

Une langue semW^e arrive aussi sur la tète des personna- 
ges qui l'entourent au nombre de onze. Ces personnages 
fonuoit, dans le Cénacle, le sacré collège; mais il est encore 
incomplet, vu que l'apôtre saint Mathïas ne prendra que plus 
tard la place demeurée vacante, depuis la mort du traître qui 
s'est pendu de désespoir. 

Notre groupe reproduit donc la. descente du Saint-£sprit, 
qui se voit un peu plus haut. Il est figuré parla colombe cé- 
leste, portée sur des nuages que traverse une abonAante au- 
réole dont elle est le centre lumineux. 

L'intérieur de la'«*lle estipavé'FégulièrwEtent de d^s car- 



dbvGoogle 



— se4 — 

rées, sur lesquelles portent deui pilastres sans cu'aclère d'ar- 
chitecture bien arrêté. Ils sont disposés symétriquement, à 
droite et à gauche, de manière à servir d'encadrement à cette 
touchante scène. 

Elle est estampée sur plaque d'argent de forme ronde et 
soudée à la patène. Pour tout ornement accessoire, elle pré- 
sente un rebord uni, circulaire et concentrique. Il semblerait 
sertir la plaque, s'il était moins évident qu'il en fait partie 
intégrante. 

Nous regardons comme fort douteux que cette patène ait 
toujours appartenu au calice qu'elle accompagne. Ils étaient, 
l'un et l'autre, en restauration et en vente chez M. Farrac (1) 
lorsque nous en avons fait l'acquisition pour notre propre 
usage. 

C'est Pégiise succursale de Sainte-Radegonde, canton de 
Fleurance (Gers), qui est en possession de notre troisième** 
cîUice. Nous avons déjà dit qu'il est en argent comme les 
deux autres; mais la coupe et la patène avaient été dorées dès 
le principe. Tout le reste a reçu de quelque rhabilleur de 
notre demi-siècle une très mauvaise façon, sous prétexte de 
compléter la dorure. On dirait que la fausse-coupe, la lige et 
le pied, ne sont que du bronze le plus .vulgaire. 

! coupe. 0° 10. 
lige...O 16. 
pied...O 05. 
La coupe a la forme d'un cône tronqué, abord légèrement 
réfléchi en èvasement. 

La tige est à deux nœuds séparés par une pomme qui se 
développe, dans le sens delà hauteur, de manière à imiter le 
gfdbe de vase antique dont nous avons parlé ci-dessus. 

Un petit cercle en torsade unit la tige au pied et voile 
leur soudure. 

(1) fieiUDreteur en oirâvreria à Âneh, pluo des Jaubini. 



db.Google 



— 265 — 

C'est dans le même but qu'entre la pomme et chaque 
nœud une bague perlée a trouvé sa place dans la tige. 

A partir de la torsade que nous venons de signaler, le pied 
se dilate et suit, en sa coupe verticale, la direction d'une 
double contre-courbe, dont le mouvement ne s'arrête qu'à la 
base. 

Mais afin de mettre plus d^ordre dans l'étude des ornements, . 
remontons à la fausse-coupe. Elle est toute d'ane pièce, en- 
tre son bord très accidenté de découpures végétales, et un 
vigoureux collier, tresse d'un double rang de feuilles bien 
complètes, qui l'unissent à la lige. 

Nous y signalerons, avant tout, non plus seulement trois 
têtes d'anges, comme ci-dessus, dans notre calice Louis XIII, 
mais trois bustes angèllques, bien dessinés jusqu'à mi-corps, 
^l, de ta, terminés en gaine de feuillages. 

Ces trois bustes se relient à trois mèdaiUons encadrés de 
guirlandes, tressées sans nervures ni fleurs, et composées 
exclusivement de feuilles imbriquées, que l'olivier nous sem- 
ble avoir fournies. Ces médaillons, tous de même forme, re- 
produisent, entre quatre angles mousses, des sujets histo- 
riques très animés, dont la série ne se termine qu'au pied du 
calice. f 

lA PATÈNE. 

Toutefois, comme le premier terme de cette série est au 
revers de la patène, arrêtons-nous d'abord au médaillon cir- 
culaire qui la décore en haut reUef, dans un encadrement 
dont le détail imite le contour d'un colUer de perles et de 
pierres ânes. 

1 

Un groupe composé de treize personnages s'y détache en 
avant d'un système de colonnes, dans une salle éclairée de 
quatre baies à plein-cintre. Ces baies sont inégales mais sem- 
blables, et deux seulement sont géminées. 



db.Google 



Deus de ces colonnes, égales enUre elles, et d'un plus petil 
modale qoe les autres, encadrent la place d'honneur. C'est 
'Jésus-Christ ()ui Toccupe: il est assis à table, et sa tête est 
resplendissante de rayons lumineux. 

Les douze apôtres, six à droite et six à gaudie, sont assis, 
comme leur maître, autour de cette table, sur des tabourets 
isolés, dont trois ou quatre se laissent voir au premier plan. 
*La tête des apâtres est absolument nue et sans décor. Ils sont 
vêtus à la romaine, c'est-à-dire d'une tunique avec ceinture, 
sur laquelle une longue toge se drape avec aisance. 

Sur la table est une coupe conique fixée sur un pied assez 
large au moyen d'une tige à peine sensible. Tout à côté est 
un pain et le plat de l'Agneau Pascal, enface de Jésus; mais, plus 
près encore du Sauveur, se voit un second plat où le sculp- 
teur nous semble avoir gravé les formes du poisson que les 
symboligraphes ont tant de fois reproduit. On sait;, du reste, • 
que son nom grec forme un anagramme dont l'interprétation 
devint si familière dans les monuments religieux des premiers 
siècles de l'Eglise sous l'inspiration de ses écrivains les plus 
vénérés. 

Nous nous contenterons de citer ici saint Optât, évéque de 
Milève vers le milieu du iv* siècle. 

« Le nom de poisson, dans sa dAomination grecque, con- 

> tient, par chacune de ses lettres, plusieurs saints noms, 

> c'est-à-dire : jésus-christ, fils de dieu, sadvbur (I). » 
Et pour reodre la chose sensible aux. yeux : 

I nirovj Jems, Jésus 
X ptuTot Chrishtë, Christ 
e <oy Dei. de Dieu 

T (of FUim, Fils 
ï *fnf Sabatmr, Sauveur. 

(1) OPTIT. HiLiv.iDbi^liolb.PatramTojp. IT, Lib. 3.— PiicisinomeD, sccnn{|âQ 
4ppeHaiionein gricum, in nno Domlue, per ^ngalas litteras, turbam auictonuB 
D cootinet, qnpd est Htfl^, Jw|* QJiwlW .»!" Wfm lW«»t»r. 



D,g,tze:JbyGOOt^lC 



Mais noBS voici âa moment où Jésos-Cttrist dénonce la trsiâ- 
son derun de ses convives. Tous sentbteot se demander quel est 
celui qui va b-ahir, torsque saint Jean, la tète penchée s»r le 
cAté droit de son maitre, obtient que ce mîdheureux soit 
désigné. C'est Judas, assis ea face dn disciple bien-sùnté. Il 
^t reconnaissable à la bourse qui contient les trente deniers 
reçus de la Synagogue, en récompense de son crime : de ea 
main gauche il la cache en arrière. 

Un vase anse et à large bord est à terre, -sur un pavé de 
dalles, en losanges, à surface alternativement unieetdépolie. 

boUPI ET FAUSSE-COUPE. 

Il 

Du Cénacle, Jésus se rendit au Jardin des Olives, que nous 
reconnaissons à quelques airbres, dans l'un des médaillonsde 
la fausse-coupe. Le voici donc à genoux et les mains jointes, 
en face d'une apparition céleste, que décèle un rayonne- 
ment lumineux; L'ange de la mission divine est descendu sur 
des ondes nuageuses, jnsqu'àla cime d'un olivier. Nu-tête et ■ 
entièrement velu, il présente,- de ses deux mains, à l'auguste 
victime de la grande expiation, un calice à longue tige : c'est 
le calice de ramertume. 

A celte vue, THomme-Bieu semble faire un mouvement 
sur lui-même; sa toge, glissant de ses épânles, tombe eu ar- 
rière et voile entièrement ses deux pieds. 

Seul et sans témoin de la visite qu'il a reçue du messager 
céleste, Jésus prie et se résigne, à distance des trois apdlres, 
Pierre, Jacques et Jean, qui se sont endormis à la distance 
d'un jet de pierre, dit le texte sacré. 

Il les a réveillés une première fois. Mais pendant qu'il s'est 
remis en prière, ils sont retombés de lassitude. — Pierre, 
averti du danger, a mis la main à son épée; mîds il dort d'un 
profond sommeil, entièrement couché à terre. — Jacques 
dort, assis; et Jean, resté debout près d'un olivier, lakise à 



db.Google 



peine sa tête incliner sur la main gauche, tandis qu'U ap- 
puie son coude contre Tarbre. 

Enûn, Jésus les réveille définitivement; car sou heure est 
venue ; il va faire accueil à ceux qui viennent le prendre. 
Déjà ils ont franchi la porte à plein-cintre sur pieds4roits qui, 
sur le médaillon, se voit dans le lointain, entre Jésus et le dis- 
ciple bien aimé. Judas est à la tête de la cohorte, et de sa 
main il indique la victime.' 

in 

Le troisième groupe, encadré comme le second, nous in- 
troduit dans la salle de V/mproperium, en vue de la flagella- 
tion. C'est encore ici un inférieur pavé en losanges, comme au 
Cénacle, et orné de colonnes engagées, avec une porte à plein 
cintre sur pieds-droits, comme celle du Jardin des Olives.' 

Jésus, dépouillé de ses vêtements, n'a plus autour du corps 
qu'une ceinture de décence. Le rayonnement lumineux qui, 
à la dernière cène, entourait sa tête, avait disparu, au Ja'rdin 
dés Olives, comme échpsé par l'abondante lumière de l'appa- 
rition céleste. Il resplendit ici de nouveau, autour de ses 
longs cheveux, partagés sur le front, et retombant - sur ses 
épaules, en boucles abondantes. 

Il est encore le plus beau des enfants des hommes, mais au 
moment ou, des pieds à la tête, son corps divin be va pré- 
senter qu'une pl^e, ainsi qu'un prophète l'avait annoncé (1). 

Un bourreau l'attache par ses deux mains, liées derrière le 
dos, au tronçon de colonne dont la forme est accusée par le 
dessin entre ses jambes; et deux autres bourreaux, impatients, 
n'attendent pas la fin de cetf« humiliante opération ; armés 
de fouets, de lanières et de verges, ils frappent, à tour de bras 
et de toute leur force. 

IV 

Le quatrième médaiUon nous met en présence de la scène 



(I) lui. Cap. ] 



db.Google 



dérisoire de VAve rex Juàivarum. Le palieiit est assis sur un 
pauvre escabeau. Des cordes garrottent ses dcu\ mains. Une 
étoffe à plis sinueux et agrafée en avant de sa poitrine, 
voile à peine ses menibros dépouillés de la robe sans couture. 
C'est la couronne d'épines qui remplacera désormais tout or- 
nement de tête. Un bourreau la serre oncore autour du front, 
lorsqu'un autre, sur ses genoux et chapeau à la main, pré- 
sente au Roi des rois le roseau qui va lui servir de sceptre. Sa 
face divine n'est pas encore voilée, et cependant deux autres 
bourreaux le frappent en lui disant : Devine, Christ, qui t'a 
frappé. 

Ici, comme dans les autres scènes, tout se passe dans un 
intérieur décoré de pilastres ou de colonnes. Pour l'éclairer, 
l'artiste s'est contenté d'un ocitlus, qui se voit en avant de la 
sentinelle. Ce dernier soldat est debout, appuyé sur la longue 
hampe de sa hallebarde (1). Il semble insulter, lui aussi, à 
l'innocente victime. 

LE P[ED DU CALICE. 

Sur le pied de ce calice, trois autres médaillons continuent la 
série des mystères douloureux que raconte l'Evangile. La guir- 
lande qui les encadre ne diilêre que pour la forme de son con- 
tour de celles que nous venons de voira la fausse-coupe. Et 
les trois anges de séparation ne sont représentés ici que par des 
têtes angèiiques, dont les ailes sont croisées un peu au-dessous 
de chaque tête. * 

V 

Le cinquième groupe reproduit le portement de la Croix, 
vers le sommet du Calvaire. Jésus est tombé sous le poids de 

(1) Arme d'hasl, inventée par les Suisses, et sdoptft!, vers le comnieDcemenl du 
1»« siècle, dans tous les Elals de l'Europe. Lools XI avait des eoropagnies de hulte- 
bardiera. Uais, plos lard, les Suisses de la garde de nos rois porenl teols consefVBr 
la hallebarde. Encore ne la portaient-ils que dans leur.lenue de ci>ré[nonie publique. 
—Ces sorles de periolaanes, ù àeni ailes on lames latérales, ne servent plus, depuis 
binn longtemps, que comme arme ds parada à la porte des grands Lrllel», et aiiTlonI 
dans les églises. Des deux ailes de la hallebarde qui, par anacbronisme, est à la miia 
de Dolre seDtiDelle, l'une est eD crtrisMot, et Tauire en forme de hacb«. 
Tom Xn. 20 



db.Google 



son giljet. Il tourne la tète, avec un grand ^r de sympathie, 
vers une femme éiilorée qui semble lui adresser la parole. 
Est-ce la Véronique à genoux, et inclinée avec un affectueux 
empressement pour essuyer son auguste face, souillée de sueur, 
de sang et de crachais ? — Ou n'est-ce pas plutôt le Sjwsimo de 
la Vierge Marie, abîmée de douleur à la vue de son fils réduit 
à dételles épreuves? Elle le voit entre deux bourreaux, dont 
l'un tire à la corde, pour entraîner violemment sa viclime; 
tandis que l'autre pousse l'Homme-Dieu de son bâton, et le 
presse brutalement de se remettre en marche. Saint Jean serait, 
dans ce cas, tout à côté; et, près de lui, la Madeleine en 
pleurs, qu'un soldat armé de sa hallebarde semble gourmander 
avec outrage. 

VI 

Mais nous voilà au sommet du Calv;iiru, avec le sixième 
médaillon. Au premier plan, Jésus est en croix. A sa droite 
est Marie, debout. Mère désolée et les mains jointes, elle s'écrie 
avec le prophète : vous qui passez par le ehemin, est-il une 
douleur égale à ma douleur (1)? 

A la gauche est saint Jean, aussi debout; et, devant lui, la 
Madeleine, tombée à genoux, est baignée de larmes. 

Au second plan, des soldats accroupis interrogent le sort 
pour savoir à qui sera la robe sans couture. Et plus loin est 
Jérusalem, dont on aperçoit quelques monuments, du haut de 
la montagne. 

VII 

Nous Toici enfin au dernier médaillon : Jésus vient d'être 
descendu de la Croix. A notre gauche, Joseph d'Arïmathie 
soutient le busle du corps divin dressé sur son séant. La 
Madeleine, à genoux, soulève le bras gauche, avec uu grand 
air de tendresse filiale. Derrière elle est Marie Salomé; et, contre 
la Croix, nous retrouvons debout la Vierge Marie, inclinant sa 



(IJ iHUn. Mp. I, V. 13. 



db.Google 



— 271 — 

tête déraillante vers celle de saint Jean, qui, désormais, doit ta 
irailer comme sa mère : Ecœ nwter ttm{\). 

' Les guirlandes qui entourent les trois dernières scènes 
s'arrêtent un peu au-dessous, sans compléter les cadres, et se 
perdentà la rencontre d'un ornement circulaire. Cet ornement 
est une ceinture d'olives en très forte saillie, qui marquent la 
dernière limite du pied de ce calice. Elles ménagent en outre 
la transition vers une série nouvelle qui décore sa base, ornée 
d'ajours comme à notre calice Louis XIII. 

Six cartouches, assez réduits, mais égaux et semblables, nous 
mettent ici en présence d'un égal nombre de personnages : ce 
sont les anges en pleurs dont parle le prophète, eu prévision 
des tourments que devait endurer le Messie, et dont les dé- 
sastres de Sion étaient la figure (2). Le premier porte le 
tronçon de colonne de Vlmpropenum. — Le deuxième porte 
des verges et des lanières, comme instruments de la flagella- 
tion que Jésus a du subir autour de cette colonne. — 
Le troisième porte le vase et la cuvette dont Pilale s'est 
servi pour laver ses maius, et décliner l'odieux de l'ef- 
fusion du sang du Juste, qu'il n'a pas eu te courage de 
sauver de son dernier supplice. — Le quatrième porte l'éponge 
qui avait abreuvé Jésus de fiel et de vinaigre. — Le sixième 
porte l'échelle qui vient de servir à le descendre de la Croix. 

En signe de deuil, tous ces anges sont assis à terre, selon la 
pratique suivie par les Hébreux, dans tous les temps de la 
Synagogue. Les décorations qui les entourent sont entremêlées 
d'-ajours plus abondants que sur notre calice Louis XIII; mais 
leur disposition est plus compliquée et nous semble un peu 
moins régulière. 

LA TIGE DU CALICE. 

Ce sont encore des têtes d'anges qui font, sur la pomme, le 



(S) JOANN, C^. XII, 1. 37. 

13) Iiii. C«p. xxxiii, f . T. — Angeli puii amuâ flebonl. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 272 — 

principal ornement de la tige, dans le calice qui nous occupe 
actuellement. De la partie inférieure de leurs ailes pciidenl de 
petits pampres de vigne. Us sont garnis de feuilles et de rai- 
sins, comme allusion symbolique au vin qui, dans la coupe, 
deviendra, par le mystère de la Transsubstantiation, le sang du 
Rédempteur des hommes. 

Avec ces télés angéliques alternent trois guirlandes. Et, du 
point central vers lequel convergent leurs fouilles imbriquées, 
l'artiste a fait descendre un gland de passementerie, dont la 
cordelette est voilée par trois roses épanouies, d'une grandeur 
inégale. 

Le fond d'où se détachent ces gracieux détails est pointillé, 
comme à la surface du pied et sur la fausse-coupe, de même 
que sur le plat des nceuds, dont Iç contour est rehaussé de 
fruits et de très petites têtes angéUques à ailes déployées. 

CONCLUSION. 

Après les mystèresdouloureuxdela vie de Jésus-Christ, ce 
' sont donc les anges qui fout les principaux frais de l'orne- 
mentation du beau cahce de Sainte-Radegonde. Nous ferons 
de plus observer que ceux qui occupent, en plus forts reliefs, 
la place qui leur est réservée, autour du pied, de la lige et de 
la fausse-coupe, rappellent, par leur nombre, les neuf chœurs 
célestes, comme au deuxième catice. 

On a déjà pu remarquer, avec nous", que ce caractère d'a- 
nalogie, entre nos deux derniers calices, n'est pas le seul à 
signaler ici. Dans leur ensemble, la forme est également la 
même; la même aussi soit pour le galbe de la pomme, soit pour 
la distribution et le nombre des nœuds et des bagues perlées. 
Et, ce qui est plus important encore, les souvenirs de la Passion 
de Jésus-Christ ont inspiré les deux dessinateurs; avec cette 
différence que le premier se contente de reproduire les ins- 
truments du supplice; tandis que le second a mis sous nos 



D,g,tze:Jb.GOOgle 



— 2T3 — 

'yeux, en sept groupes admirablement traités, les principales 
scènes du drame douloureux dont le dénouement est au som- 
met du Calvaire. 

Ces deux calices appartiennent donc à la même école; ils 
sont aussi de la même f)ériodo, dans l'histoire de notre art 
religieux. Toutefois nous croyons devoir reporter à la mino- 
rité de Louis XIV celui de Sainte- Radcgondc. 

Qu'il nous soit permis de remercier, en Unissant, M. le 
curé de cette paroisse d'avoir bien voulu, par rintermédiaire de 
son neyeu, M. Tabbé Espiau, supérieur du collège de Gimont, 
mettre à notre disposition ce remarquable produit de l'or- 
fèvrerie française. 

Quant au calice parmesan, il a, sans contredit, le mérite de 
la priorité sur les deux autres. — Mais, au point de vue de 
l'ornementation, Use montre pen digne d'une date qui le rat- 
tache aux grandes œuvres de la vraie Renaissance. Cette pé- 
riode est si riche, si. habile à varier le décor! On sait que sa 
fécondité est des plus manifestes aux verrières monumentales 
de Sainte-Marie d'Auch. Mais elle est bien plus merveilleuse 
encore dans tous les menus détails des boiseries de cette 
cathédrale. 

F. CANÉTO, 



db.Google 



J. CÉNAC MÔNCAUT. 

Au moment de la mort de M. Céoac Moncaut, le deuil de la France 
vaincue effaçail tout autre deuil. Il n'est donc pas (étonnant que les 
lettres françaises n'aient pas alors payé à un de leurs amig les plus 
actifs et les plus persévérants leur tribut de bon souvenir. La presse 
n'a pas encore esquissé, que je sache, la plus simple notice nécro- 
logique surnotre regrettable compatriote. Nous n'avons lu sur ce 
sujet, dans lesjournaux mêmes de ce chef-lieu de département, qu'une 
note de M. Bories, rendant au caractère noble d bienveillant et aux 
goûts studieux de son ancieu confrère au Conseil général du Gers 
un éloquent témoignage, qui ne sera récusé par personne. 

Nous n'avons pas sous la main les renseignements nécessaires 
pour combler cette lacune, en traçant dans les pages de la Revue de 
Gascogne une biographie, même abrégée, de M, Justin-Edouard- 
Mathieu Cénac Moncaut, membre du dernier Conseil général du Gers, 
des Académies de Toulouse et'de Madrid, né à'Saiut-Elix, près Mi- 
• rands, en 1814, mort au mâme lieu en 1871. Nous pourrions dire, 
ce qui n'est jamais absolument vrai, que sa vie est tout entière dans 
ses nombreux ouvrages; mais nous avouons ne les avoir pas assez 
étudiés pour l'eu extraire, et nous aimons mieux nous en tenir a un 
simple catalogue de ses princijtales publications, en y ajoutant parfois 
quelques mots d'analyse ou d'appréciation, presque toujours em- 
pruntés à des critiques d'une incontestable autorité. ' 
Progredi, sed honorare patres : le culte du passé uni à l'amour nt 
à la recherche du progrès; c'est la devise inscrite sur plusieurs des 
livres de M. Cénac Moncaut, c'est l'inspiration de tous. Fixer toutes 
les conditions de ce programme n'a été donné ni à lui ai à persoucie; 
mais si la force ou la clairvoyance lui a manqué dans telle ou telle 
partie de son œuvre, il n'a jamais déserté éa tâche parfois ingrate, il 
n'a jamais voulu douter ni de la valeur des idées et des croyances que 
nos pères nous ont léguées, ni de l'énergie progressive que le 
christianisme adéposéedaus la civilisation. Que cette foi persévérante 
et les travaux incessants qu'il y a consacrés lui soient comptés 
d'avance pour un' rare mérite et farisent, dans l'esprit de tout lecteur 
équitable, l'appoînl des défectuosités de détail qui peuvent être reprises 



.V^.UUVIC 



— 275 — 
dans chacun de ses ouvrages. Nous classons ces derniers sous trois 
chefs distincts, en prévenant que plusieurs ont un ■caractère mixte, 
qui ne laisse pas à notre classification une valeur bien rigoureuse. 



OUVRAGES BE POLmQOE ET D ÉCONOUIE SOCIALE. 

Ce ne sont pas les plus connus, et nous avons pourtant nos raisons 
pour y insister encore moins que sur les autres. Il suffit de dire que 
la politique de M. Cénac Moncaut, très conforme en théorie à l'adage 
latin cité tout à l'heure, subit, en face des faits et des personnes, des 
vicissitudes, des hésitations, des doutes, qui ne lui laissèrent pas une 
grande influence personnelle dans les affaires. Mais si l'on a contesté 
parfois la solidité de ses vues, on ne put jamais mettre en doute sa 
profonde honnêteté. 

L'ouvrage par lequel s'ouvrit en 1639 sa carrière littéraire est déjà 
tout plein d'idées sociales sérieuses sous une forme légère et satirique; 
mais cet ouvrage se place par sa forme dans la classe du roman. 
Et ce n'est que quelques années plus tard que l'auteur osa recourir 
à l'exposition didactique, 

1845. L'ultra-scienlifisme ou l'Eglise romaine et la société 
moderne considérées d'unpoint de vue autre que celui de M. Quinet. 
In-8". Toulouse, impr. Labouisse Rochefort. ' 

C'est un essai de polémique contre les doctrines anticathotiques 
professées avec un si fâcheux éclat au Collège de France. M. Cénac 
Moncaut, attaché de cœur aus mstitutions de son temps et de son 
pays, ne consentait pas.à rompre avec la foi de ses pères et protestait 
contre le divorce prononcé par M. Quinot entre la science et l'autorité. 
Le livre publié sur l'Eglise romaine en 1848 est dans l'œuvre générale 
de M. Cénac Moncaut la suite de cet essai. 

1846. Des bases de l'instruction secondaire. In-S". 

1847. Sléments d'économie sociale avec un appendice sur la 
queition des subsistances. la-B". Paris, Joubert. 

— Introduction à lapolilique rationnelle ou théorie du gouverne- 
ment représentatif avec un appendice sur les devoirs de l'homme. 
"ln-8''. Paris, Joubert. 

1848. L'Eglise romaine et la liberté ou introduction historique 
à l'avénemtnl de Pie IX. In-8''. Paris et Lyon, Périsse frères. 

Les questions délicates de l'albigéisme, de l'inquisition, de l'in- 



=, Google 



dépeadânce scientifique, du libéralisme, dans leurs rapports avec 
l'histoire, la doctrine et les actes do l'Eglise romaine, sont traitées 
dans cet ouvrage avec une grande franchise el un esprit également 
religieux et libéral. Mais ni la préparation scientifique, ni le talent de 
. l'auteur ne sont partout à la hauteur d'un si grand sujet. 

Sous le second empire, M. Cénac Monoaut se montra favorable à 
la politique nouvelle à ses di-buls; il se préoccupa surtout depuis de 
questions pratiques, applaudissant aux réformes matérielles et tâchant 
d'apporter son contingent d'observations à cette œuvre de progrès 
extérieur; il prit couleur dans la question romaine par des brochures 
que nous ne voulons pas examiner, mais qui nous semblent de trop 
dans son œuvre politique Enfin, il appartenait, dans les derniers 
temps du régime impérial, à l'opposition libérale modérée, mais dans 
une nuance peu aisée à définir. 

1860. La France et l'Europe latine; le Pape et V Italie, questions 
de droit supérieur. In-8". Paris, Dentu. 

— Lecongrèsdes brockureson hdroii ancien et ludroit nouveau. 
In-S". Paris, Dentu. 

1861, Les révolutions imminentes et l'attitude de lu France à 
leur égard. In-8°, Paris, Dentu. 

— Percement des Pyrénées; chemins de fer et routes interna- 
tionales en voie d'evécution, richesses naturelles, mines, forêts, 
thermes, etc. Gr. in-8". Paris, Dentu. 

1864. Les richesses des Pyrénées françaises et espagnoles, ce . 
qu'elles furent, ce qu'elles sont, ce qu'elles peuvent être : agriculture, 
irrigations, etc. Grand in-S". Paris, Guillaumin. 

Ce volume, dont la brochure précédente n'était qu'un avant-coureur 
sommaire, renferme une massedodonnéns statistiques el d'indications 
pratiques sur cinq chefs principaux : les irrigations, les routes à 
multiplier entre la France et l'Espagne, l'agriculture avec l'industrie 
et le commerce, les forêts, enfin les richesses dos Pyrénées espagnoles 
comparées aux produits de nos départements pyrénéens. Notre érudit 
etjudicieuxcollaborateur, M. TamizeydoLarroque, constatait que ce 
gros livre « n'avait point la désolante aridité de la plupart des ou- 
vrages rédigés par MM. les économistes; » qu'on y trouverait en 
abondance des reniieignem.ents divers et en grande partie nouveauj:, 
et < des idées excellentes et très praticables, toutes nettement ex- 
posées (1 ] . » 



(I) Revue d'Àquilaint, lome x, p. U8-151. 



db.Google 



1839. Forlun-Péda, (ni les Aventures d'un grand agitateur. — 2* 
édition, 1848. Paris, Joubert, iii-12. 

Ce début de M. Cénac Moncaut suffit pour l'apprécier au poiut de 
vue littéraire. Ni l'esprit d'observalioQ, ni la variété des incidents, 
ni l'abondance facile ne Ju£ font défaut. Ct livre de jeunesse, pensé et 
publié sous Louis-Philippe, avait l'air d'une actualité quand il fut 
réédité sous la seconde république, La lecture seule de la table desi 
matières rappelle à la fois Gil Bios et Jérôme Paturnl. Mais il faut 
le dire une fois pour toutes : l'esccution est ce qui manque^ la plai- 
saaterie ne s'arrête jamais à temps, le style est sans unité, l'expres- 
sion tantôt dépasse, tantôt n'atteint pas la pensée. . ■ 

1843-1844, Aquitaine et Languedoc, romans historiques méri- 
dionaux. 2 V. in-S» avec illustrations. Toulouse, Paya. Paris, Poirés. 

Ces deux gros volumes renfermaient quatre romans, début cons- 
ciencieux d'un Walter Scott gascon, à qui l'on sait déjà ce qui man- 
quait pour réussir : Médella; — le Berger d'Alaric; — Lampagte; 
— k duc Bernard. Le premier de ces romans a été reproduit dans 
trois autres éditions (Lille, 1881, in-<o; Paris, .\myot, 1860, in-12; 
Maillet, 1865, in-12j. C'est assurément le plus important de tous par 
le sujet : les origines du christianisme dans le sud-ouest au m* siècle 
(saint Saturnin yparatt), et la lutte derélcment romain avec l'élément 
gaulois persistant dans les envifons des Pyrénées. Un critique peu 
favorable aux idées chrétiennes, tout en reprochant à M. Cénac 
RJloncaut d'avoir rappelé Fabiola et Callista dans sa préface, et d'avoir 
« feitflotterdes coupletsd'hexamètresau milieu dudialogue, comme 
si dansée roman on avait fait infuser une tragédie », ajoutait : t La 
fiction nous parait intéressante et le style convenable. Par les notes 
placées à la fin du volume, M. Cénac Moncaut montre combien on 
peut s'en rapporter à loi pour l'exactitude du détail des moeurs qu'il 
raconte (1). » 

1849. Adélaïde dé Monlfori ou la guerre des Albigeois, roman' 
historique. 2 vol. in-16. Paris, Comon. — 2* édition, 1 v. in-12. 
Paris, Maillet, 1865. 

1851, L'Echelle de Satan (roman). 2 v. in-8". Paris, Permain. 

(1) LBDrem-Piehal, Correipondance UltératTe du 10 septembre 1860. 

D,slz.:Jb.GOOg[e 



— 278 — 

1852. Raymond de Saint-Gilles ou les Croisades. 3v, in-8''. 
Paris, Permain (1). 

1860.' Margtterite, histoire du temps de saint Louis. In-12. Paris, 
Amyot.— Deuiième édition, Paris, Maillot, 1865. 

1859. Jérème La/riche ou le paysan gentilhomme. In-12, Paris, 
Amyot. 

Nous venons d'achever la liste des romans historiques de M. 
Cénac MoQcaut. Ils coastitufnt une somme très considérable de 
recherches et de mise en œuvre. Illeur mangue la Tusion complète 
de la matière et de l'idée, privilège si rare! Adélaïde de Montfort et 
Marguerite continuent d'ailleurs fort bien Médella. L'auteur, disait 
M. Laurent-Pichat à propos de Marguerite, * sait intéresser et ins- 
truire. Ce qu'il accorde de travail aux matériaux de ses- romans suf- 
firaità un historien qui voudrait retrouver la physionomie d'une épo- 
que. Lsvietix Paris de Louis IX, d&us la troisième partie, est un 
morceau à signaler et qui fait pendant au Paris à vol d'oiseau de 
Victor Hugo... Ou pourrait reprocher à M. Cénac Moncaut une né- 
gligence qui choque par instants ; il ne s'approprie pas assez le fruit 
de ses recherches; l'artiste n'absorbe pas assez l'érudil dont il se 
nourrit (2), » 

Quel que soit le mérite de ces essais dans un genre difficile et dan- 
gereux, nous leur préférons de beaucoup cette simple esquisse de la 
vie provinciale sous l'ancien régime, qui a pour titre Jérôme La- 
friche et qui a tout l'air d'être, pour une bonne partie, une étude 
d'après nature. Pourquoi ce qu'il y a de vrai cl d'attachant dans 
beaucoup de caractères et de traits de mœurs de ce roman est-il gâté 
par le lâché de la composition, la faiblesse du style et le goût dou- 
teux de la plaisanterie? 

A la suite de ces romans liistoriques, plaçons un récit purement 
moral dont les juges les plus sévores [3) ont dit beaucoup de bien : 

1866. Le Colporteur des Pyrénées ou les aventures de Pierre Ar- 
dizan, ouvrage d'éducationpratiijue dédié aux classes laborieuses. 
In-12. Paris, E. Maillet. 

Et venons enlin aux œuvres poétiques du laborieux écrivain : 

1850. AjVantetpert'lant, comédies politiques en vers et imitées 
de Molière. In-12. Paris, Comon. 

(I) Vipereau cile an autre mman, Elvire. I8S3, dont je no Iroave aillean aacane 
mention. 

(3' Corretpondanee lUtéraire da 10 mars 1B61. 
,3) Bibtiogr'iphie fathoUqut, 



dbvGoogle 



_ 279 — 

Nous ne pouvons donner que les titres de ces deux comédies qui 
ne sont'jamais passées sous nos yeui : L'Ecole des représentants, 
le Commissaire Tnalgré lui, l'une et l'autre en deux actes. » 

1857. L'Europe et l'Orient, poème en six chants. Ûi-8». Paris, 
Amyot. 

Cette œuvre peu connue n'est qu'une série de tableaux de forme 
lyrique; l'objet général est assez exprimé par le Prologue, où te 
poète, après bien d'autres questions, s'écrie : 

Poorqnoi voit-on l'Europe en c«t élan immense 
Courir comme un seul homme an secours de Byzance ? 
— Rouleaux de papyrus par les siècles écrits, 
Déroulez vos feuillets à nos regards surpris. 

Les antécédents de la question d'Orieiit depuis l'antiquité jusqu'à 
Napoléon III défraient les deux premiers chants; les quatre autres 
racontent la campagne de Crimée; l'Epilogue célèbre lo Réoeil de 
l'Orient. — Il y a parfois dans ces pages du mouvement et de la vie; 
mais atout instant l'instrument rebelle sert mal l'inspiration. Je cite 
comme spécimen les trois premières strophes de l'Assaut (premier 
tableau du chant sixième) : 

De la peste et de la tempête, 
Des frimas h la blanche aigrettt 
Nos camps sont enûn préservù . 
Canrobert a franchi l'orage; 
Vaillant Xénophon de notre ige. 
Tes dix mille sont conservés. 

Un noble repos te réclame. 
Dieu n'a pas laminé ton ànie 
, Pour ces jours sanglants où la mort 

Doit, sous un déluge de flammes, 
Uer de feu déferlant te» lames. 
Tenter son plus avtngle effort. 

Comme autrefois, à Babylone, 
Un doigt marqua sur la colonne 
L'heure où tomberait la cité, 
Pélissier marque l'inHtant sombre 
Où la Babel russe dans l'ombre 
Verra son front précipité. 



db.Google 



— 280 — 

189S. Les chréHem ou la chuie de Rome, poème en douze chants. 
Iii-12, Paris, Amyot. 

Un poème épique doat od a peu parlé, mais qui a'a été ni plus ni 
moins lu que la plupart de ses pareils. Le sujet de l'épopée de M. 
Cénac Moncaut est le même au fond et dans les principaux détails 
que celui de son premier roman, Médella est i'héroiuc de l'un comme 
de l'autro. Dès le premier chant elle maudit le culte barbare de Ten- 
tâtes, dont sou père Marrie est lo prêtre le plus zélé. Elle est chré- 
tienne au dernier chant, après une foule de pi5ripéties où la vie de la 
jeune gauloise partage l'intérêt avec les incidents divers d'une lutte 
terrible entre Rome et les Barbares. Les étrangetés d'espression, 
déjà trop fréquentes dans le poème précédent, font tache à toutes les 
pages de cette épopée, dont voici les deui premiers vers : 

Cocher de l'univers, du haut du Capitole 
Rome lient en ses mains les rênes de I» Gaule. 



;, ARCHÉOLOGIE ET PHILOLOGIE. 

M. Céaac Moncaut, pendant les quinze premières années de sa vie 
, littéraire, n'avait abordé l'histoire que de biais, mais il ne l'avait 
jamais perdue de vue et elle était au fond de toutes ses œuvres 
d'imagination. I.*s notes accumulées à la fin de ses romans in- 
diquaient des recherches très suivies dans un certain ordre de faits; 
ces recherches aboutirent en 1853 aune œuvre considérable, qui sur- 
vivra sans doute à la plupart des publications dutrop fécond écrivain. 
Sept ans après, cette œuvre, saluée avec sympathie par la critique 
sérieuse, honorée d'une mention très honorable par l'Académie des 
inscriptions et belles lettres, reparaissait avec de nombreuses additions. 
Voici, du reste, les tittcs des deux éditions- de ce grand ouvrage. 

1'» édition, 1853-1834. Histoire des Pyrénées et des rapports in- 
lernalionaux de la France avec l'Espagne depuis les temps les plus 
reculés jusqu'à tios jours. Annales de la Catalogne, de l'Aragon, de 
la Navarre, du pays basque, du Béarn, etc. 3 vol. in-8°, Paris, 
Amyot. 

2' édition, 1860. Histoire des peuples et des états pyrénéens (France 
et Espagne) depuis l'époque cellibérienne jusqu'à nos jours. 2' éd. 
corrigée et augmentée de l'étijmologie des noms de lieux, du parallèle 
des tangues celtiques, latines et romanes, de l'archéologie complète 



=, Google 



des Pyrénées françaises et espagnoles (610 inscriptions, &9 gravures! 
etc. 5 T. in-S". Paris, Amyot. 

Nous ne pouvons mieux faire connaître l'ouvrage capital de M. 
Cénac Moncaut, qu'en citant l'appréciation que M. Alfrec) Maury en 
fit en séance publique lie l'Académie df s inscriptions, le 9 août 1861, 
au nom de la commission des antiquités de la France. 

< L'auteur a quelques qualités de l'historien, mais celles de l'anti- 
quaire ne sont pas chez lui assez développées, et celles du philologue 
font défaut. M. Cénac Moncaut s'est tracé un cadre trop vaste pour 
ses forces; il a voulu tout embrasser dans ce monde pyrénéen, au 
milieu duquel il vit et qu'il observe depuis longtemps. Privé des res- 
sources qui lui étaient nécessaires, il nous a forcément donuti un 
tableau inégal de dessin et de couleur; il a oublié le précepte : 

Sumite materiem vestris qui scribitis (eqiiom 
Viribus. 

9 Rien en effet n'obligeait l'auteur' à joindre à son récit, à ses 
appréciations historiques, toujours intéressantes, des parties archéo- 
logiques, épigraphiques, philologiques, qui déparent un travail, à 
certainségards,8atisfaisant. Le lecteur, en rencontraatdansrffisfotre 
des peuples et des états pyrénéens tant de détails neufs et bien traités . 
sur les royaumes éphémères qui se sont succédé aux deux versants 
des Pyrénées, n'eût pas été tenté d'en demander davantage. Ces cinq 
volumes réduits à quatre, i trois peut-être, auraient suffi pour la tâche 
qu'il s'était imposa, et séparée du billon qui altère un métal précieux, 
son œuvre se serait présentée irréprochable dans ce concours. Eu 
général, M. Cénac Moncaut n'a le pied sûr que quand il marche sur 
le terrain espagnol ou français; romonte-t-il jusqu'aux Phéniciens, 
ans Romains, aux Jbères, veut-il démêler à travers les étymologies 
des questions d'origine, ils'égare facilement f&utedecette connaissance 
approfondie des sources antiques que décèlent l'exactitude et la pré- 
cision des renvois. 

* Ce n'est pas sans regret que la commission n'accorde à l'autepr 
que le cinquième rang dans les mentions très honorables; elle aurait 
voulu pouvoir témoigner autrement sou estime pour un si long labeur.- 
Mais la pensée qu'elle aurait' sanctionné, par une plus haute ré- 
compense, des idées qui sont en désaccord avec les données de la 
scienoe et un© méthode que la saine critique condanme, a dû l'arrêter. 
Car s'il j a pour les tribunaux des ciroonstances atténuantes, qui 
affaiblissent l'appticatioD de la loi, ily ade même, dans la diâtribution 



DKlz.:b.GOOgle 



des récompenses, des circonstaaces qui atténuent les mérites des 
candidats, qui fonl que la couronne s'effeuille au moment oii on allait 
la déposer sur leur front (Ij. » 

Les additions faites à la seconde édition de cet ouvrage, et dont 
plusieurs étaient malencontreuses, avaient été tirées en grande partie 
d'une série de publications hdtives, à consulter avec toutes sortes de 
précautions, mais d'ailleurs d'un intérêt et d'une utilité incontestables : 

1857. Voyage archéologique et historique dam l'ancien comté de 
Bigarre. In-S». Tarbes, Telmon; Paris, Didron. 

— Voyage arch. et hist. dans l'ancien comté de Comminges. 
Iq-S". Ibid. 

— Voyage arch. et hisl. dans l'ancienne vicomte de Béarn. In-8°. 
Ibid. 

— Voyage arch, et hist. dans tancien royaume de Navarre. 
In-8°. Ib. 

— Voyage arch. et hist. dans le pays basque, le Labourd et le 
Guypuscoa. In-S". Ibid. 

— Voyage arch. et hist. dans les anciens comtés d'Astarac et de 
Pardiac. In-8°. Mirande, impr. du Messager; Paris, Didron. 

On peut joindre à ces cinq volumes un in-S" de même forme ex- 
térieure et do litre analogue ( Voyage arch. et h. dans le Roussillon, le 
comtéde Foix, la Catalogne, à Narbonne, Carcassonneet Toulottse. 
Paris, V, Didron. 1860), mais en remarquant que c'est un simple 
tirage à part de quelques pages du ui' volume de l'Histoire des 
peuples pyrénéens. — De tous ces relevés de traditions et de monu- 
ments de toute époque, la lecture est généralement facile et même 
attachante. Lies faits curieux y abondent; malheureusement notés un 
peu à l'aventure et sans contrôle sévère, ils laissent presque toujours 
beaucoup à enquérir à qui cherche la précision eP la certitude. Quant 
aux interprétations de l'auteur, la critique a parlé avec trop de clarté 
pour qu'il soit nécessaire d'insister davantage. 

A ces publications se rattachent naturellement les deux suivantes ; 
,1861. L'Espagne inconnue. Voyage dans les Pyrénées de Bar- 
celone à Tolosa, avec une carte routière. In-12. Paris, Amyot. 

1858. Rapport adressé à M. le ministre de l'instr. publ, sur une 
mission scientifique en Espagne. aOp.in-S". Paris, impr. P. Dupont. 

Celte mission avait pour but de comparer l'architecture espagnole 
avec celle des Pays-Bas, qu'on a tort, selon l'auteur, de désigner sous 
le même nom. H. Cénac Moncaut reçut des missions du même genre 

(1) ifonilnir nnivtrul dn lOwùi 1661, p. 1306. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



en Suisse et en Piémont, et des rapports afférents ont dû être égale- 
ment publiés, mais ne sont point arrivés à notre connaissance. 

Le dernier des Voyages archéologiques énumérés plus haut, ce- 
lui qui avait pour objet le'pays natal de l'auteur, renfermait ua élément 
d'intérêt qui manquait aux autres. M. Cénac Moncaut y avait re- 
cueilli quelques contes populaires, rédigés en français, et quelques 
chansons publiées dans l'idiome de la contrée. C'était une veine 
nouvelle, que le fécond polygraphe ne manqua pas d'exploiter, en 
revenant par deux fois, avec d'autres trouvailles, sur le même sujet. 

1861. Contes populaires de la Gascogne. In-12, Paris, Dentu. 

1868. Littérature populaire de la Gascogne, contes, mystères, 
chansons... recueillis dans l'Astarac, le Pardiac, le Béamet le 
Bigorre; textepatois avec la traduction en regard et la musique des 
principaux chants. In-12. Ibid. 

Ge dernier volume, qui rend le précédent inutile, est un répertoire 
d'un véritable intérêt pour tous les amateurs d» littérature populaire. 
Nous.aurons occasion d'y revenir. Mais il fautnoter ici que M. Cénac 
Moncaut a diminué de beaucoup la valeur des contes qu'il a recueillis 
en leur donnant [même aux trois qu'il a écrits en patois] une forme 
littéraire toute personnelle, au lieu de rechercher leur forme originale 
et authentique. De plus, sa façon de transcrire les textes patois est 
irréguhère et incertaine. Son insuffisance en philologie romane avait 
été déjà mise en relief par une pubhcation spéciale, qui n'est bonne 
à consulter que faute d'autre : ' ■ . 

I8fi3. Dictionnaire gascon- français, dialecte du déparlement du 
Gers, suivi d'un abrégé de grammaire gasconne. In-S". Paris, Didron, 
Dumoulin, Aubry. 

Ces publications consacrées à la patrie gasconne n'absorbaient pas 
loute l'activité littéraire du studieux auteur. Il dirigeait ses lectures 
6t en classait les résultats de façon à combler deux lacunes de notre 
littérature historique et nationale. — II lui semblait utile de grou- 
per pour la première fois tous les textes intéressant une question es- 
sentielle de la vie morale chez tous les peuples : les relations des 
deux sexes. Ce n'est donc pas une curiosité frivole ou malsaine qui a 
' inspiré les deux volumes suivants, dont le titre a donné lieu quel- 
quefois à des jugements téméraires : 

1863. Histoire de l'amour dans Vantiquité. Rapport de cette 
passion avec la législation et les mœurs, le théâtre et la poésie, la 
politique et Vhistoire. In-18. Paris, Amyot. 

1861. Histoire de Vamour dans les temps modernes, chez te» 



db.GoogIc 



— 284 — 
Gaulois, les Chréliem, les Barbares et du moyen-ûge au xvm* siècle. 
. In-18. Paris, Amyol. 

Dans le premier volume se trouvent la Judi^e, la Grècft otRome; 
Ips divisions du seconct volume sont indiquées par le titre. Du rost", 
pure compilation, avr-c des vues générales vagues et communes. — 
L'autre ouvrage qui préoccupait spôciaiement M. Céuac Moncaat 
avait dans son ospril un" tout autre portée, et il y a réuni toutes les 
vues d'ensemble qui résultaient pour lui de s-'s longues études sur 
l'histoire, la langue et la littérature de la Franof du Nord, comparées 
à elles de notre Midi. Pourquoi faut-il que ce livre ait été conçu et 
exécuté en deliors dt>s progrès si nombreux et si essentiels qu'ont 
faits depuis un demi-siècle l'elhnographie et la Imguistique? Autant 
vaudrait expliquer le système du monde sans savoir le premier mot 
des découvertes de Copernic, de Kepler et de Nevrton. 

1897-1868. Histoire du caractère et de l'esprit français depuis les 
temps les plus rectiléA jmqu'à la Renaissance. 3 v. in-18. Paris, 
Didier. , 

L'ouvrage est divisé en douze parties : 1° Division de la Gaule en 
deux grandes zones, prouvée par les langues, la religion et les 
mœurs; 2° Lutte de l'état pastoral contre l'état civilisé, do la société 
gauloise contre la société romaine; 3" Mélange des civilisations grec- 
que, romaine et gauloise; 4" .événement du christianisme; 5" Inva- 
sion de ia Gaule par les peuples Scandinaves et germains (fin du 
premier voIume);'6'' Kpoque carlovingienne; 7" Débuts du moyen- 
âge chez les peuples du midi; 8' Id. chez les peuples du nord; 9» Epo- 
que do fusion (13* siècle), mélange des littératures; 10" Esprit et ca- 
ractère des peuples européens comparés à ceux do la France; 1 1° Dé- 
cadence de la féodalité, avènement de la bourgeoisie; 12° la Renais- 
sance. Ces trois deniières parties défraient le troisième volume, le 
plus long de tous (590 pages). 

Il y a dans ce long .ouvrage une. foule de détails intéressants, mais 
dont la critique savante a tenu peu de compte à l'auteur, à cause de la 
faiblesse de son idée-mère et de la fausseté debeaucoup de ses preu- 
ves. Un écrivain fort compétent lui reprochait sa cellomnme et les 
étymologies impossibles qu'elle lui a suggérécis. Il citai! entr'aulres 
celles du surnom du fondateur de la troisième race : Hugues Capel, 
c'est-à-dire Hugues dont le donjon est au sommet d'une montagne 
escarpée, s Après cela, comme on dit, il faut tirer l'échelle. Des rai- 
sons de cette force suffiraient pour rendre ridicules les idées les plus 
mues. Si M. Cénac Moocaut entendait seulement soutenir que dans 



db.Google 



J'esprit et Je laractère fraot^ais, il est resté quelque chosB de l'esprit 
et du caractère gaulois, j'en demeurerais d'accord: mais à quoi bon 
1500 pages pour prouver cela (1) ? » 

Des critiques eiicouruos par quelques détails de cet ouvrage ou de 
l'Histoire des états pyrénéem, engagèrent M, Cénac Moacaut à 
adresser à ses adversaires les trois lettres suivantes en deux bro- 
chures : 

1868. Lettré à M. Paul Meyer, professeur à l'Ecole des Chartes, 
sur l'auteur de la Chanson de la croisade albigeoise en particulier 
et sur certains procédés de critique en général. 40 p. gr. in-S". Pa- 
ris, Aubry. 

1869. Lettres à MM. Gaston Paris et Barry sur les Celtes et les 
Germhins, les chants historiques basques et les inscriptions vas- 
cohnes des Convenw. 56 p. gr. in-8*, Paris, Aubry. 

Nous avons déjà fait connaître ces publications aux lecteurs de la 
Re:Guede Gascogne [2]. 

1866. Histoire des chanteurs et des artistes ambulants "(lu à la 
séancede l'Institut historique du mois d'avril 1865). 30 pages gr. in-8''. 
Saint-Grermain-en-Laye, Toinon. 

1869. Les Jardins du roman de la Rose comparés avec ceux des 
Romains et ceux du moyen âge. 20 p. iu-S". Paris, Aubry. 

Cette dernière étude est extraite de l'Investigateur. Beaucoup d'au- 
tres travaux de M. Cénac Moncaut, dispersés dan^ les journaux et 
les revues, ne sauraient être éaumérés ici, sans compter que la plu- 
partnesont pas venus ànotra connaissance (3). Mais il faut noter, parce 
qu'on les consultera très utilement, plusieurs études d'histoire litté- 
raire et militaire de la Gascogne, qu'il a données à la Revue d'Aqui- 
taine; par exemple«ur les poètes Jean de la Jessée (t. vi, cinq arti- 
cles), Saluste du Bartas [t. vu, quatre art.), IfAstros (t. vin, 3 art.); 
les généraux Joseph de Sauviat (t. ix, cinq articles); Fr. de Lassalle 
Cezeau (t. i, p. 58); Pierre Leglise (ib., p. 268 et 331); François 
Bagneris (ib.,p. 610, et t. ii, p. 23 et 112), etc. 

Quelle carrière d'écrivaia! et pourquoi avons-nous dd troubler par 
desj\igements sévères, mais venant de trop bon lieu pour être réca- 

{I) H. HarituS«pet dan* ii Remit it$ quaHont hittariqu** da l^'^joillet 1869 
(t. Tii, p. 313). 

(3) T. I, p. 43; 1. zi, p. IS. 

(3) Je doU ïiinaler pourtaDl, & Mme de toa élsodne et da »oii|import«De«, nna 
hîtloirs dM établlisemeiilt religieux des Pyrénées, publiée par fragmenta dans 
l'Vnivirtiti ealhoUqut, Wj a ooe tingUine d'aonéei. 

Ton XII. 21 



d'b.Google 



sfs, l'iropressiou générale de sympathie qu'elle doit laisser à tous les 
amis des lettres, de l'bisloire, de la Fiuice et de notée chère pioYioce 
de Gascogne ! Mais de la longue course fournie par l'infatigable au- 
teur, il résulte d'utiles leçons. De ses écrits politiques, da ses œuvres 
purement littéraires il ne restera riea peut-âtre; c'est u^double do- 
maine réservé aux privilégiés du génie : Pauci quos m<fiais amavi^ 
Jupiter. Encore est-ce quelque chose, à notre époque surtout, que le 
politique n'ait jamais forfait à l'honneur, que le romancier n'oit jamais 
blessé la pudeur pubhque. Ses œuvres historiques seront longtemps 
consultées avec fruit; et si les parties qui tiennent à la science— philo- 
logie et archéologie — sont déjà tombées, reconnaissons que cela 
tient à un défaut d'initiation régulière, presque inévitable aux débuts 
de M. CénacMoncaul.etappienonsàne pas compter en cesmahères 
difficiles sur des vues et des études solitaires, mais à nous tenir au 
courant. Etre attentifs aux travaux des maîtres, accueillir avec un 
respect sans servilité chaque progrès accompli, c'est le seul moyen 
do n'être pas annulés nous-mâmes par ce progrès incessant et d'y 
aidej peut-être quelque jour par nos eSSorm personnels. 

LÉONCE COUTURF. 



P. S. — Je m'apeiçois que j'ai omisde présenter un sommaire do 
l'Histoire des peuples pyrénéens (comme je l'ai fait pour l'Histoire 
du caractère et de l'esprit français}. Je comble ici cette lacune. 

Tome I. ■"partie. Depuis les temps les phisrecnlésjasqD'àrintroductionihi 
diristianisme au iu° siècle, ii* partie. Lutte du germanisme et des barbares 
contrôla société moderne (330-&33). iH^parlie. Guerres et relationsdesPranks 
avec le» Wisigoths, de 500 à 711. — Tome II. iy< partie. Gneira offéoùve des 
«orM dans le» Pyrénées (714-850). v' partie. Organisation de U téodaUté (863- 
1090). ïi' partie. L'Ara|on étend sa puissance sur les Pyré?éeseB^res(1094- 
ISOO). — Tome III. vu* partie. BiëtablissemeDtde l'influence Eraake dans le Midi 
jp^ la guerre des Albigeois (1196-1314]. vm* partie. Revendication des fiek 
pyrénéens par la couronne <ie France (1214-1234). ii* partie. Fondation el 
destruction du royaume de Majorque (1276-1350). i* partie. Echecs de la France 
provoqués par l'invasion anglaise (1340-1389).~TomelV.ir partie. Décadence 
du, royaume d'Aragon et de Kavarre (13e&-1480). xu' partie. RéouioD de ta 
Navacr* aux domaines de Fwx-Béain (1469-1550). xiii' partie. Guerre des 
Calvinislas (1552-1589). — Tome V. xiv'partie. Réunion di Béam et du Rous- 
8illonàlaFrance(158&-1660). - 



db.Googlc 



QUESTION. 

48. D'aaa anecdote de l'abbé Morellet snr Basqaiat de la House. 

Horeltet, parlant dans ses Ilémoires [Paris, 1833 t i. p. 78] de sod séjour à 
Naplee en 1756, s'exprime aiosi : ■ Le consul de France ne donna quelques 
némoirei rut le commerce. Je lirai anasi plusieurs renseigaerneou de l'arabu- 
udour, M. d'Osmne, etdaso&secrétaire. BaaquiatdelaHoûse.qui a étË depuis 
miaislre de France an d'autres cours. Celui-ci âUil une espèce île loiatic qoh 
ne manquait pa& d'etprif, et encore moios d'adresse. C'est lui-qni, ayattt en 
Gascogne, sa patrie, dans un petit village, un petit bien en vignea et en mauvais 
vin qu'oB ne pourait vendre, imagina de se ^re donner par la pipe un eorpa 
taint, qu'il baptisa d'un nom vËnAré dans le pays, qu'il envoya avec toutes les 
bnllas et indulgsacee posiibles. et pour lequel il s'établit one fêla « ma foiie. 
où le concours de tous les villages voisins lui a depuis fait vendre et boire chaque 
année tout son vtn en buit jours, s 

De quel village de Gascogne s'agit-il en ce passage ? Qu'y a-t-il de vrai dans 
le piquautréoildel'ami de Diderot et de d'AJambart? Que sait-on de plus, du 
bizarre personnage dont Moiellet continua à nou&pariev ainsi (p. 79) ? • Puis- 
que j'ai nommé ce Basquîat, je veux eonier noe autre facétie de sa façon, â la- 
quelle je ne puis penser sao» rirs. Nous allions souvent cbez l'auibassadeur, qui 
vivait Ibrt noblement. Nous- y trouvions quelquefob un H. delurbill;.. gentil- 
' homme français, fràre d'un, autre Turbilly qui s'occupait en ce leoips-là d'ex- 
périences dlagricultitre, et de charrues, et de semoirs- Celui de Naples était 
eunuyeux à fuir d'une lieue, de ceux que les Italiens appellent tatatort di ttrada 
pubUea eunnjreux de grand chemin, par allusion aux voleurs qui vous 
aiieudeat au les routes pour vous aasuiioer. L'ambassadeur le recevait par 
bpqbomia, sans disconvenir qu'il était le fléau, de la société. Lorsque Basquiat 
Tojiait que^son ambassadeur commençait à se lasser de Turbilly, il lui demandait 
la permisuon de l'en débarrasser. Alors commençait une scène la plus divertis- 
saute du monde. Basquiat s'appro<^ait de Turbilly, et le rencoi^it bientàt 
dans la croisée la plus voisine de la porte. Là, le prenant à la boutonnière, il 
lui entamait un conte qui ne finisîait pas, on une discussion vague qui ne 
marchait pas, on des raisonnements à perte de vue, enchevêtrés les uns dans 
lesaulrm avec Ha arivraimeol prodigieux, assaisonnant son diKOOrs de bâille- 
ments si naturels qu'ils gagnuent bien vite le pauvre patient, et que-ce symplAme 
nous mettait en état d'observer tous les pro^ de son mal. Enfin, quand il 
commentait à tourner à la mort, Basquiat ouvrant la porte, le pauvre homme 
s'échappait, et nous laissait riant aux éclau du succès d'un emmymr qui nous 
divertisfait en ennuyant un ennuyeux. » — Je recommande à nos chers lecteurs 
l'iniÉnieiiae reœtte de Basquiat de la Uouse. 

T. DK L. 



db.CjOOgle 



REPONSES. 



10. Dn contradicteur de Vauban. 
(Vtju b OwitiH. dut éMt* MO* 1, r- ^1 ) 

Feu M. Pierre ClËmeot, de l' Institut, qni, comme on lésait, s'était beaucoup 
occupe de Colben, doDt il nous a laissé nue excelleate histoire, n'avait jamais 
rencontré le pamphlet signalé par H. Paul T., ce qui m'autorise j> répondre à la 
première question : "Ce livre est-il rare ou commun? — Il est très rare. » Quant 
à la seconde question : a En conoatt-on l'auteur ? >> Je réponds ': ■ Non i, en 
hésitant d'autant moins, que H. Olivier Barbier, dans la nouvelle édition qu'il 
prépare depuis longtemps du Dictionnaire des ouvrage* anonymes par AnI. Al. 
Barbier, ne pourra malheureusement pas, d'après sa propre déclaration, combler 
à ce sujet une des lacunes du recueil pateroel. 

T. deL. 



26. Dn voyage à Jéru«al«m de Philippe de Montant. 
ÇVoja It QhjiVm diu noln tona ii, p. UT.) 
Décidément cette relation ne parait avoir ëté jamais imprimée. H, Léon de 
Laborde ne l'indique pas dans la longue liste de voyages en Palestine dont il a 
enrichi son Commentaire géographique tur l'Exode et Ut Nomhret (Paris et 
Leipzig, 1641, in-f"). lisle d'autant mieux dressée, ([ne U. de Laborde avait 
déjà rédigé (voir pages a et iv) une Bibliographie det pèlerinages, croisades 
et voyages en Terre-Sainte. Le travail spécial que U. de Laborde n'a pis eu le 
temps de publier, a été fait, en ces dernières aimées, avec de grands développe- 
ments, par H. TitDs Tobler. Or, pas plus que l'ênidit français, l'éradit allemand 
n'a connu la relation du genlilbomme gascon. En outre, de savants géographes— 
qui sont aussi de savants bibliographes — m'ont dit qu'ils n'avaient jamais en- 
tendu parler des impressions de voyage de Pb. de Honlaut. Avis à l'ancien 
archiviste du département dn Gers qui avait formé le projet de publier le curieux 
manuscrit de la bibliothèque d'Anch. 

T. DE L. 

N. B. Noos donnons ici la légende qui a été omise par mégarde sur le dessin 
placé plus haut,àlap. 339. 

— Croquis du pavé de la grande ealhd» nordi t° ibauche de l'ornementa' 
tion qui se trouve h l'entrée; i' item de» croii engendréespar des aereks gui 
sont placés autour du tableau. 

— Le tableau {iti-m^me est ttn carré de ^ 80 «nftVon de cSté. La toile au 
milieu de laquelle il se trouve était également un carré de If au moin* de 



db.Google 



ESSAI HISTORIQUE 

L'ABBAYE DE GIMONT. 

PREMTÈRE PARTIE. 

CHiPITRe 3*. — 6PiiNODIS88lWn<. 

De raDQée i\i% date de te foadation da enonastèite, à 
1147, it se parait pas que Tabbaye se soit guère étenâae as- 
detà des limites dans lesqu^s se trouraienl ceoferméc» les 
premières doDalioQS. Od ne trouve dans le aaitataire, pour 
ces ciitq anaées, que deu& cbartea : Tuoe AeHiH, coatenant 
une doaation (ùte à i'abbé Aroactlâ, upii fut le premer 
supérieur du aouvei étaMJBsemeQt, par trois trtire», Isarne, 
Raymood et Aldrin de Blanehet, de terres situées dans le 
dimaire de Fraucheville (Sokmiac), en ukliea a^p^À TémsPt. 
L'acte eu fuit passé daas le cAdiimiu d'Estramiac. — L'autre dan» 
le voistnage même de l'abbaye, aats sur la ci7e opposée de la 
Gimobe, de l'auaé» 1146, par laqu^ Vitaè d'Audozille, frèm 
de Tarchevêque d'Aoeh,. fait doa et cessiui eu faraeur du mâoie 
^bé du Casid â'Arrébin qp'il avait en oe tie«. 

Pendant ces cinq années tous les regardsi, dans le voistoage, 
sont assurément tournés vers l'abbaye, attifés par le speidaele 
nouveau que présente l'activité des moines traoefonuant ck 
terres fertiles ces plaines jusqu'alors couvertes, et broMsaailfes 
ou de forêts. Mais l'étwinettent qu'eue eicife e^ d'abordi 
muet. Il semble que l'opinion de la cootri». airaot de se 
manifestca^ soc leur «omptc, ail besoin «le se recwStiP «b 
qu'elle veuiUe prandre son teffifis pour s'assorar, ai aaifr àt sa 
TouE xn. n 



db.Google 



— 290 — 

prononcer, si les résultats déflnitifs répondent aux belles 
espérances qu'avaient fait naître les débuts. Enfin Texpérience 
est faite. Les cinq années ont suffi pour montrer de quoi les 
moines étaient capables, et ce que Ton pouvait attendre d'eux 
si on leur fournissait les moyens d'exécuter sur une grande 
échelle ce que jusqu'alors ils n'avaient pu entreprendre que 
dans des limites assez restreintes. Dès lors, plus d'hésitation; 
les donations affluent de toutes parts. Les possesseurs de ces 
terrains inculles s'empressent de les mettre à la disposition 
des moines; chacun veut contribuer par ses offrandes à 
généraliser les bienfaits de leur institut. Ainsi le domaine de 
l'abbaye s'étendit rapidement. Fécondées par les travaux et 
les sueurs des moines, ces terres, jusqu'alors improductives, 
se couvrirent d'abondantes moissons et devinrent une source 
de richesses pour toute la contrée. Les moines eux-mêmes 
purent s'agrandir et s'étendre tous les jours davantage, en 
acquérant, soit par des achats proprement dits, soit par des 
prêts sur gage qui finissaient presque toujours par la vente ou 
la donation des objets engagés, les terrains enclavés dans leurs 
possessions. Il arriva qu'ainsi, dans l'espace d'environ 
cinquante ans, on vit passer entre leurs mains des étendues 
immenses qu'ils hvrèrent à la culture. L'aspect du pays fut 
totalement changé. En même temps, sous la salutaire inQuence 
de la religion, première inspiratrice de ces entreprises, et qui 
était toujours là pour tout diriger et tout sancUfler, s'opéraient, 
en faveur des populations agricoles, des changements d'une 
autre nature, qui améUoraient considérablement leur condition . 
et préparaient insensiblement et sans secousse leur complète 
émancipation. 

Le mouvement en faveur de l'abbaye eut son point de dé- 
part, comme c'était naturel, dans les lieux circonvoisins et 
s'étendit successivement au nord et au midi, au couchant et 
au levant, de telle sorte que tout le territoire compris, avant 
i789, dans le consulat de Gimont, et dont sont formées au- 



db.Google 



jourd'hui les communes de Gimont, d'Escoraebœuf, de Ste- 
Marie et de JuJIIes, devintia propriété des moines. Au nord de 
Ste-Marie se fondait en même temps la Grange du Fourc, des 
donations qui furent faites et des ac<iuisitions qu'on y ajouta, 
dans ce qui forme aujourd'hui la paroisse de St-Martin-St-Pè, 
. et dans Sillac, section de la paroisse de Touget. Un peu plus 
loin, en se dirigeant vers le nord, et daiîs la même vallée de la 
Gimooe, se faisaient simultanément les donations qui fomèrent 
la gçange de FrancheviUe (Solomiac). Enfln, toujours dans le 
même temps, mais dans une direction opposée, sur la petite 
rivièredelaMarcaoue, se formait, par des donations semblables, 
la grange de Saint-Soulan. De là le mouvement s'étendit encore, 
et en il60, on voit commencer dans le territoire actuel de 
SaintLys, au diocèse de Toulouse, des donations considérables 
et nombreuses, qui devinrent les granges d'Aiguebelle et du 
Goujon, les plus importantes de toutes celles que possédait 
l'abbaye. 

Les actes nombreux qui contiennent toutes ces donations, 
ventes et impigno rations, méritent une attention sérieuse. 
Etudiés avec soin, ils fournissent des renseignements pleins 
d'intérêt qu'on chercherait vainement ailleurs» soit pour 
"l'histoire de l'abbaye el.de toute cette contrée, soit sur les 
familles seigneuriales qui occupaient alors le pays et se par- 
tageaient le territoire. Nous ne devons pas passer trop légère- 
ment surces actes, et il importe que nous fassions connaître du 
moins les plus importants, sans négUger totalement les in- 
dications fournies par les autres. Nous consacrerons donc à 
chacune des subdivisions du cartulaire un paragraphe spécial, 
dans lequel nous ferons connaître, pour les lieux auxquels 
elles se rapportent, les principaux bienfaiteurs de l'abbaye, et 
nous mettrons à profit, de notre mieux, les données qu'elles 
fournissent pour l'exacte connaissance du pays. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



SI" 

Donations, ventes et impignorations faites dans le voisinage de 
l'abbaye, sur la rive gauche de ta Gimone, en Cahusac, Marrox, 
Juitles, St-Caprais, St-Gtàraud, l'Isk-Saurimonde et Amers. 

1» J'amiUe dn BroQil. 

Leslibéralités de cette famille envers l'abbaye ne se bornèrent 
pas à celles doul nous avons déjà parlé. Gérauld du Brouil, 
principal fondateur, avait un frère nommé Florian, qui fut des 
premiers à s'associer à Tœuvre dont Gérauld avait pris l'initia- 
tive. En H47, il fit don et cession à Tabbè Arnauld, pmtr 
l'amour de Dieu et la rémission de ses péchés, de toute la terre 
qu'il avait à l'Artigue (1), au sud et au couchant de l'abbaye. 
Il avait un gendre, André de La Garde, qui, l'année d'après, 
voulut s'associer à sa libéralité et fit abandon et cession en 
faveur des moines de tous les droits qu'il pouvait avoir en cet 
endroit. 

Gérauld du Brouil avait au moins cinq enfants de sa femme 
Causons : Guillaume-Raymond, Trencherie, Gérauld, Bernard 
de Mormont et une Qlle dont nous ignorons le nom, qui parait 
avoir été mariée à Arnauld de Vigmont. De ces cinq, les trofs 
premiers seulement sont nommés dans la charte de. donation 
des cent concades de terre pour la fondation du monastère. 
Dans celle qui suivit deux jours après, pour assurer au nouvel 
établissement des revenus convenables, on voit de plus figurer 
Mathilde, femme de Guillaume-Raymond l'ainè de la famille. 
Guillaume- Raymond, Trencherie et Gérauld figurent encore. 



(1) Arligne vieal de arligaTc, àétrichet. On appeliil srligne, on arligal, uo terniîn 
rieemmeat livré ii 1* culture, st ca nom finissait par lui relier. La lerriioira de 
Larligne dont il est ici question était situé des deni cÂlés d'un ruisiean qu'on appelait 
aussi [» raisieau de-Lartigas. C'est le second qa'oa rencontre, au lud de l'abbtiTe, 
en suivant la roole de Saramon. Le premier, qa'on appela, depuis la fondation da 
manaitére, le ruûtsau di l'abbayt, s'appelait alors le rutiieau de Cahviae. Rntte 
les deux se iroavut le bois dit fiarrabowta. 



db.Google 



— 293 — 

agissant de concert, dans un acte de 1147, par lequel, à 
rexemple de Plorian leur oncle, ils font, pour l'amour de Dieu 
et la rémission de leurs péchés, don et cession de toute la terre 
qu'ils avaient à l'Arligue. 

Quant à Bernard, it se montra d'abord peu disposé à imiter 
les exemples que lui donnaient ses frères. Il paraît même que 
leurs libéralités envers les moines ne servirent, pendant long- 
temps, qu'^ l'aigrir et à l'indisposer contre ces derniers, et 
■ qu'il en vint jusqu'à leur chercber querelle et à les troubler 
dans la jouissance des biens qu'ils tenaient des membres de 
sa famille. Ces dispositions et cos actes nous sont révélés par 
un acte de 1179, dans lequel nous voyons que Bernard, revenu 
à des sentiments plus favorables, approuve et ratifie toutes 
les donations faites par son père, Gérauld du Brouil, et fait, 
lui aussi, abandon et cession, en faveur de l'abbaye, de tous 
ses droits sur les terres cultes et incultes que les moines 
tenaient, par don, vente ou impignoration^ de son dit père ou 
de quelqueautre des siens. Puis Bernard déclare*qu'il se désiste 
de toutes les poursuites qu'il avait intentées contre ces mêmes 
moines, et renonce à toutes les prétentions qu'il pourrait faire 
valoir sur tes terres cult^ et incultes qu'ils tenaient, à quel- 
que titre que ce fût, de son frère Guillaume-Baymond ou de 
quelque autre membre de sa famille. Les moines, de leur côté, 
s'engagentàlerecevoirparmi eux comme convers, si la volonté ' 
lui vient d'entrer en religion; et dans le cas qu'il meure dans 
le siècle, il est stipulé qu'on lui fera dans l'abbaye des funérail- 
les comme à un moine. 

Nous avons dit qu'en outre de ces quatre fils dont nous 
venons de parler, Gérauld du Brouil avait eu une fiUe dont nous 
ignorions le nom, mais que nous croyions avoir été mariée avec 
Arnautd de Vigmont. Ce qui nous a induit à penser ainsi est 
un acte de 116^, dans lequel figure aussi son 61s Guillaume- 
Arnauld, par lequel Amauld de Vigmont ratifie et confirme la 
donation des cent concades de terre données par Gérauld du 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 294 — 

Brouil pour la fondation de l'abbaye; ce qui suppose évidem- 
ment qu'Arnauld était allié à la famille du Brouil, et qu'en 
vertu de cette alliance il avait des droits à faire valoir sur cette 
terre. Arnauld se fit moine, et la confirmation dont nous 
venons de parler eut lieu à Tournecoupe, à Toccasion de son 
entrée en religion. 

En Ii75, nous trouvons un nouvel acte concernant la 
famille de Vigmont, par lequel ce Guillaume-Arnauld dont 
il est question dans Tacte précèdent, et son (ils nommé 
Arnauld comme son grand-père, ratiQent et confirment toutes 
les aliénations, de quelque nature qu'elles soient, et que) 
qu'en soit l'objet, faites par Guillaume-Raymond du Brouil, 
par Mathilde sa femme et par leurs enfants, et on ajoute : 
par des personnes de la famille de Carcerelles, par Bernard 
d'Auzimpouy, par Raymond de Tlsle, sa femme Galdris, son 
Sis Amauld-Guillaumei ou sa lllle Saurimonde. D'où il faut 
conclure qu'il y avait aussi alliance entre ces familles et la 
famille du Brouil. Il est au moins certain que Guillaume- 
Arnauld de Vigmont avait épousé Saurimonde, ûlle de Ray- 
mond de risie, qui avait eu en dot l'islette, appelée pour 
cette raison, depuis et jusqu'ànos jours, l'Islette-Saurimonde. 
En faisant cette donation, Guillaume-Arnauld de Vigmont et son 
fils se réservent que, s'ils- veulent entrer en religion, ils seront 
reçus dans l'abbaye, et que s'ils mentent dans le siècle, on 
leur fera des funérailles comme aux moines. La même ré- 
serve est faite à perpétuité en faveur d'un membre de cette 
famille qui voudrait embrasser f état religieux. 

Revenons aux enfants de Gérauld du Brouil. Tiincberie et 
Gérauld ne figurent que dans l'acte collectif dont nous avons 
déjà parlé, par lequel, d'un commun accord, ils firent, avec 
Guillaume-Raymond leur aîné, donation de tout ce qu'ils 
avaient à Lartigue; et dans celui de ratification et conflrma- 
tion des donations antérieures, ventes et impignorations faites 
par eux ou par quelque autre membre de leur famille. 



D,g,tza:Jb.GOOglC 



Pour Guillaume-Raymond, il ne s'en tint pas là. Toute sa 
vie il conserva pour l'abbaye les dispositions qu'il avait ma- 
nifestées dès son debiit, et il le prouva par des actes nom- 
breux, auxquels s'associèrent sa femme Malhilde et ses enfants 
Trincherie, Guillaume- Raymond, Ollivier et Amaûld. Ainsi, 
en 4458, Guillaume-Raymond et Mathilde donnent une por- 
tion du casai de Malecque. En 4160, ils confirment les dona- 
tions faites jusqu'alors par eux ou par quelqu'un de leur 
famille. En H67, ils offrent au monastère leur flls Amauld 
dit de Carcerelles, et font vente à l'abbé de. deux casais qu'ils 
ont à Cabiran (dans Juilles), l'un appelé le casai de la Barle 
et l'autre le casa! de Malael. L'acte fut ratifié par les frères de 
GuiUaume-Raymond, Trincherie et Gérauld. 

En 1173, vente par les mêmes Guillaume-Raymond et 
Mathilde, auxquels cette fois se joignent leurs enfants, Trin- 
cherie, Guillaume-Raymond et Ollivier, de la terre qu'ils oui 
sur le ruisseau qui passe devant la Tuilerie, entre le ruisseau 
de l'Artigue et la Gimone, et entre la terre de l'Artigue dé- 
pendante de l'abbaye et cette même abbaye. Les colons qui 
sont sur cette terre renoncent en faveur des moines à tous 
les droits qu'il peuvent y avoir, et eux-mêmes sont relevés , 
par les vendeurs de tous les devoirs dont ils étaient tenus à 
leur égard comme vassaux. Ces colons étaient : Raymond 
de Castin, Sance, son flls, Guillaumetlo, sa fille, Salvet, son 
gendre, et Sance de Cabiran, son neveu. Puis dans le même 
acte, vente de la terre de Cabiran, déjà engagée aux moines 
par le colon Guillaume de Cabiran, pour un prêt de vingt 
sois morlas qu'ils lui avaient fait; abandon et cession par 
Salvel, fils de Guifiaume, de tous les droits qu'il peut avoir 
sur cette terre ; enfin affranchissement par les vendeurs dudit 
Salvet, qu'ils déclarent libre désormais de toute redevance 
féodale à leur égard. — Autre vente, par les mêmes, detousles 
droits seigneuriaux qu'ils ont à Marrox. L'église y est com- 
prise avec les dîmes et les prémices, ainsi que lesterresculles 



db.Google 



et incuU«6 qui leur ^partieuiem. Eocok i«i nouB voyons 
les colons, Ëis de Marrox, Echoie, sa fiHe, VUat de MomwiU, 
soo geudre, Sance Mffulias et Jeaa Vigordan, Abandoonef et 
céder tous leurs ànoHiB aux «cheteurs, ta&die qw'euK-méinat 
sont affranchis detoule redevaDcc féodale par les vendeurs. — 
Vieoneai ensuite, tooJMirs dans le loènie acte, deuK dona- 
tions, faites par Ctuillaume-Saymond et par MaAHde : la pre- 
mière, de tous les dr-oits ^'ils, avaient «ur la terre de Saot- 
Pierre, mise eu gage entre les maùs des moiDeE- par Centule 
de PuymarâOQ pour un prêt de cent ijuaraole &ol$ morlas 
qu'Us lui avaient fait, et sur celles ^e ke laoines tenaient de 
Bertrand d'Auzimpeay, &oil par denaAion, soH par vente ou 
impignoration; la secuMle, à l'occasion de la réc^lioQ de 
leur fils Aroauld dans l'abbaye, de tout le hois et de toute 
la terre qu'ils avaient le long de la r'Onte qui part de C*^ 
et se dirige vers la Grange du Fottrc, jusqu'à la terre d'Ar- 
nauld de Uigas, au^-desseus de la terre de Gahusac qui ap- 
partient à Tahbaye, et d'wie autre terre que b même abbaye 
a à Cabiran. Pour toutes ces ventes et donatitHis, GuUlaunie- 
Raymofld et Matbilde reçurent de l'^bé deux cents sols mor- 
las. 

En outre de ceux dont nous avons parlé jusqu'il^, Guil- 
laume-Eaymond at Matkllde eurent encore trois autres en- 
fants : OR garçett, Thibaud; et deux filles, Garscn et Bonne. 

Pour compléter ces renseignements sur la famille du BrouU, 
ajoutons qu'on trouve en 1178 un acte de donation faite par 
Raymont de Hormout, Vital, sou frère, et Alazèis, leur sœur 
consanguine {consanguiiiea), ou peut-être simplement leur 
cousine, de l'avis et avec l'agrément de GuiUaume-Ra^'mond 
du Brouil et de ses enfants. Il n'est pas fait mention de leur 
père; mais il y a lieu de croire qu'ils étaient flis de ce Ber- 
nard de Htlonnont, fils de Gérauld du Brouil, dont nous avons 
parlé plus haut, qui avait eu des contestatious avec les moines, 
et qui ensuite, recoimaissant l'injuslioe de ses prétentions, 



db.Google 



avait fiai, non-6eat«i)eDt par se âésisler de ses demandes, 
mais même par leur donner une portion de ses biens. Dans 
l'acte dont nous parlons ici, Raymond de Hormont, de con- 
cert avec son Irère et sa sœur (ou cousine), donne aux moines 
toute la terre qu'ils avaient ou qui devait leur revenir dans 
le territoire et par deçà le ruisseau de Cahusac. 

Notons encore qu'en 1236, le Gis de Guillaume-Raymond 
du Bfouil, gui portail le même nom que son père, Ht don de 
tout ce qu'il avait de l'autre côté de la Gimone, dans le ter- 
ritoire de Saint-Justin, sur lequel» |dus tard, fut bàUe la ville 
de Gimont : « Teires cultes et incultes, hommes, femmes, 
censives, oublies, tailles, albeigues, corvées, péages, mou- 
lins, pêcheries, prés, bois, bartes, « sporlagia, • chasses, 
« spatiarùt, » et toute la seigneurie et droit seigneurial qu'il 
avait dans le village {•caslrum) de Saiat-Justio et dans son 
territoire. 

2« Famille Jourdain de L'Isle. 

La famille Jourdain de l'isle, qui tenait-lc premier rang 
^ermi les grandes familles de la contrée, fut aussi une 
de celles qui se signalèrent le plus par leur libéralité en- 
vers l'abbaye. Raymond-Jourdain était alors le chef de cette 
famille. Il avait plusieurs frères, entr'autres Vital, seigneur 
de Juilles, Pierre et Boson, seigneurs de TIsle-Bouson, près 
de Lectoure, et Bernard de l'isle, marié avec "Agnès de Boet. 
Nous connaissons aussi deux de ses enfants, Guillaume- 
Amauld et Saurimonde, mariée en première noces avec Guil- 
laume-Arnauld de Vigmont, comme nous l'avons dit plus 
haut, et en secondes noces avec Babot dont il est fait men- 
tion un peu plus bas. Il était allié avec la famille de Maii- 
rens, et il y a lieu de pensef" que sa femme Galdris était une 
soeur d'Odon de Maurens, qui se fit moine, et de Guillaume 
et Espagne de Maurens, qui comptent parmi les plus insignes 
bienfaiteurs de l'abbaye, comme on le verra quand nous par- 
lerons de cette famille. 



db.Google 



Le premier témoignage de sympathie donné par Raymond 
à l'abbaye date de H65. De concert avec sa femme Gaidris, 
Guiilaume-Arnauid, leur fils, et Guillaume de Maurens, il 
i-alifie et confirme tontes les donations faites par Odon de 
Maurens, ainsi que celles qui s'étaient fait^' sous ses aus- 
pices, ou dont il s'était fait lui-même caution avant d'em- 
brasser la vie religieuse. L'acte, est-il dit, fut passé à Gimonl 
te jour de la fête de saint Laurent, qui fut celui du départ 
d'Odon pour Morimont. 

En il 67, Raymond et son frère Vital de Juilles donnent et 
cèdent le haut domaine et tons les droits qu'ils peuvent avoir, 
à quelque titre que ce soit, dans le territoire de Juilles, 
ainsi que les- dîmes et les prémices dus à son église par les 
terres possédées par les moines dans ce dimaire et qui leur 
ont été concédées, soit par Raymond lui-même, soit par Ar- 
nauld de Cabrera, Fortaner de Cabrera, son cousin, Fédac 
de Polastron ou autres. Raymond, pour cette cession, reçoit 
de l'abbé soixante sols morlas et Vital cinq. Vital avait trois 
filles, Pcyronne, Esquive et Sobrancera, qui renoncèrent aussi 
à tous les droits qui devaient leur revenir dans ce même 
dimaire. 

En 1169, Raymond, se disposant à partir pour la croisade, 
ûl don et cession à l'abbaye de la seigneurie de Haumont, 
avec tous les dtoits qui en dépendaient, terres cultes et in- 
cultes, bois, prés, eaux, moulins, péages, etc. (l'église elle- 
même est comprise dans celte donation); plus de l'exploita- 
tion {ctdiiiram), ou, comme nous dirions aujourd'hui, de 
la ferme ou métairie de fM Peyre, confrontant avec le casai 
du Chêne {de Cassa), jusqu'à la Corne profonde et avec le 
ruisseau jusqu'à la Serre. Enfin, il accorde aux moines le 
droit de parcours et de dépaissance sur toutos ses terres. 
Antérieurement à cet acte,' il avait reçu de l'abbé deux cents 
sols morlas qui furent le prix de celte cession, et pour les- 
quels cette seigneurie de Haumont avait été mise en gage 



db.Googlc 



entre les mains des moines. Galdris, de son côté, fil, en cette 
occasion, avec le consentement de son mari, donation d'un 
casai, dit le casai de Dis Bordes, limité vers l'église de Saint- 
Laurent par la terre qui le sépare de la terre du Plan, la- 
quelle dépend 4^ même casai; et d'un autre côté, vers Ca- 
sanel, par le casai de Lafite. 

.Pierre et Boson de l'isle, en H76, font don. et cession de 
tous les droits qu'ils avaient sur les terres possédées par les 
moines, en vertu d'actes de donation de vente ou d'impi- 
gnoration, depuis le ruisseau de Mormont qui coule vers 
l'abbaye; depuis Puymarson jusqu'à la Gimone, et depuis 
SaintrCaprais jusqu'à cette même rivière et jusqu'à l'abbaye. 
Cette donation se fait sous ia garantie et caution de Garsies 
Sance, évêque de Lectoure; d'Odon de Montault qui en avait 
été l'entremetteur; de Boson de Terrcne et de son frère Libe- 
ron, et de Bernard de Saint-Créac. L'abbé donne à chacun 
des deux frères ving^cinq sols morlas. Il y ajoute ensuite 
vingt-cinq chèvres estimées soixante sols et même plus, 
< qmrum pretium erat 60 sol. morUmos et amjÂius, » avec 
trente autres sols à titre de charité « ex caritate. » Pierre et 
Boson accordent encore aux moines le droit de parcours et 
dépaissance sur toutes leurs terres. 

Bernard de l'isle, marié, comme nous avons dit, avec Agnès 
de Boet, fait, en il 56, de concert avec son b«au-père GassJes 
de Boet, Bonassies, sa belle-mère, et Adémar, son beau-frère, 
don et cession de toute la terre, y compris les hommes et les 
femmes qu'ils avaient en deçà de la Gimone en tirant vers 
l'abbaye. Six années plus tard, en H62, Bernard, Agnès, 
son épouse, et Adémar de Boet font donation de toute la 
terre qui leur restait, en deçà de la Gimone, vers l'abbaye, 
et de toute celle qu'ils avaient par delà la rivière, vers Sainte- 
Marie de la Grasse, avec tous les droits qui pouvaient leur 
revenir dans le terroir de celte église. 
Toutes les donations et toutes les ventes faites par Ray- 



db.Google 



— 300 — 

moiid de l'isle et son épouse Galdris furent ratifiées et con- 
firmées, en septembre H68, par Jeur flllc Saurimonde. En 
1181, elle fit elle-même don d'un contour de terre situé 
entre la culture qui avait appartenu à son père et dont il 
s'était dépouillé en faveur des moines en 1169 (la culture 
de La Peyre), et la terre qui était autrefois à la femme Na- 
varre, et entre le ruisseau qui descend vers la Corne pro- 
fonde. En même temps Saurimonde, qui avait eu des contes- 
tations avec les moines, se désiste des poursuites qu'elle avait 
commencées contre eux et s'engage à ne les plus inquiéter à 
l'avenir. 

Saurimonde, devenue veuve par la mort de Guillaume- 
Arnauld de Vigmonl, épousa en secondes noces Babot, dont 
la famille nous est inconnue. On trouve, en M83, un acte 
par lequel, de concert avec ce Babot et Arnault.de Vigmont 
son fils, qu'elle avait eu de son premier mari, elle fait don 
aux moines du bois de Gastet, de l'église et du moulin (1). 
Dans sa donation elle comprend les hommes et les femmes 
appartenant à ladite église, les corvées et les services dus par 
ces mêmes hommes, et tous Icsdroits seigneuriaux; les terres 
cultes et incultes avec les entrées et sorties accoutumées, eaux, 
pâturages, bois, dîmes, prémices et droits de chasse. Sauri- 
monde et son fils accordent en outre aux moines le droit de 
parcours et de dépaissance sur toutes leurs autres terres, en 
exceptant, comme du reste on fait toujours en pareil cas, 
celles qui sont ensemencées en blé, les vignes et les jardins. 
< ExcepHs bladatis, vineis, culUs et horlis. » 

3° Famille d'Auzimpouy. 

Nous- n'avons pas de renseignements sur celte famille, 

non plus que sur celle de Carcerclles qui vient ensuite. Nous 

(1) Ce bois, tppelé plus tard te 60» Bedat, duil silaé dans Saint- Cuprais. Une 
patlie appartenait di'jà aux moines A qui elle avait été donnée, en 1158, par Uer- 
trand et Gdraut de Lauifs. L'église de Caslet est IV(;1ise BiAniq de Saint Caprais. 
ainsi qae nous l'apprend une oote nar^nale qui ee lit dans le Cartnlaire. Pour le 
iQonliD, il existe encore sur l'Arralt el porte toujours le même nom. )l est dans la 
paroisse de Sainl-Captais. 



db.Google 



savons seulement qu'elles étaient l'une et l'autre alliées à 
celle du Brouil, et c'est pour cela que nous les plaçons ici, 
quoique, eu apparence du moins, leur importance soit moin- 
dre que celle des familles qui viendront après. 

En 1169, Bertrand d'Àuzimpouy et ses enfants Raymond- 
Guillaume, Sance et Malet, font don et -cession de toute la 
terre culte et inculte qu'ils avaient à Cabiran et k Saint-Pierre 
(dans JuiUes), prés, bois, eaux, libre entrée et sortie, etc. 
Le tout était déjà engagé aux moines pour cent cinquante 
sols morlas qu'ils avaient prêtés aux donateurs. 

Raymond-Guillaume et Sance son frère vendent, en H75, 
toute la terre culte et inculte qu'ils ont au bois de la Serre 
de Mfmjtda-Cbwagoner, et dans laquelle se trouve une fon- 
taine dite de Pissan (1), avec les dîmes et les prémices de 
cette terre. Plus, de toute la terre qu'il avait à la Come de 
Salvignan et du droit.de parcours et de dépaissance dans 
une autre de leurs terres, pour quatre-vingt-dix sols morlas. 

Sance, en il85, fait don de toutes ses terres, en quelque 
lieu qu'elles soient, avec les entrées et sorties, eaux, pâtu- 
rages, bois, droits de chasse, etc. Il y met cette condition, 
que la donation ne sera valable et ne sortira son effet que 
dans le cas où il mourra sans laisser d'enfants de son épouse 
légitime. Il dit encore que si quelqu'un des siens veut faire 
valoir son droit de retrait sur quelqu'une de ses terres, il ne 
le pouira qu'^rès avoir au préalable payé aux moines une 
indemnité de mille sols morlas bons, de bonis. Ce n'est qu'à 
cette condition qu'il pourra user de son droit. 

En ilSi, le même Sance met en gage entre les mains des 
moines toutes les terres qu'il avait à Manville (2), avec tous 



(1) n exiite bien dans notre paroisse uas niéuine appelée Miajaals, Bon loia da 
laquelle est une fontaine appelée Piiiseu. Nous n'otorions pas ccpendanl *(QnDerqB« 
c'est le Henjoula dont il e»t ici fait mvDtioD. 

(2) Hanville, qui se trouvait dans la Carreosac. ne pentSIrfe que SIe-Harife. La 
rapproahemeol et la confroDlUion des divers teilaa oii il est fait menliaD da Car- 
taoMc, da MaBviUe, de Sainl-Hitrliu, «te., nauspeimtl, cioyons-nous, da fliar 
aujourd'hui d'une manière ptâcise les liiulta du ConeaMC. Ad midi il Aait boni 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



les droits'qui s'y rattachent, pour quarante sols morlas. S'il 
meurt sans laisser d'enfant de son épouse lègitinoe, il veut 
qu'après son décès, ces bieng demeurent la propriété des 
moines; et aa cas que quelqu'un de ses parents veuille user 
de son droit de retrait, il devra, au préalable, payer aux 
moines une indemnité de mille sols morlas. C'est la répétition 
pure et simple de la condition mise à la donation précédente. 

4» Famille de Carcerelles. 

Bernard de Carcerelles fait, en H73, don et cession de tous 
les droits qu'il avait sur les possessions de l'abbaye. Il s'^t 
ici de ce qu'elle tenait de la famille du Brouil. L'année suivante 
il renouvelle sa donation à Tournecoupe, et on observe que 
c'est à la prière de Guillaume-Raymond du Brouil, qui servit 
de caution. 

En 1175, abandon et cession par Claret de Carcerelles, 
Bomève sa fille, et Odon de Francs, mari de Romève, de tous 
les droits qu'ils peuvent avoir par eux-mêmes, ou qui pour- 
raient leur venir par voie de succession de quelqu'un de leurs 
parents sur les possessions de l'abbaye à Cabiran ou en tout 
autre endroit. 

Un Raymond de Carcerelles figure comme témoin, avec le . 
titre de convers deGimont, dans un acte de 1180. 
R. DUBORD, 

Pritrû, carâ d'ÂabiH. 

{La sutte prochainement). 

par le rai«seaa de Mtliimerci, qoi le sépanii de Cabnue et de Hiramonl. Ad con- 
cbftDt il confraoUii à Aubietp» Sl-Je>n de Batcoa*. pais à rirraisjaiqD'i la reo- 
conlre de la Uinile de Mauveiin, <]Di le boroail au oaril en suivant une li|iae droite 
de l'A-rrals à Ja Gîmone. La CimODC i son tour le bornait dans toute la partie du le- 
vant. Au sommet du plateau se trouvait un ebemin encore ciistaniqui le suivait dans 
toute sa longueur du midi au nord, et qu'on appelait le cbemin de Saiut-Iacques. 
L'église de Sl-Mariin qui fut donnée aux nioinas par Gérauld de Dieuaaide, eu 1178, 
était située entre ce cbemin et un lieu qu'on nomme EipervUU. Il sufril de cette in- 
dication ponr reconnaître qae ce lieu ne peut Être que BlinqueFort. Nous avions été 
■urprii jusqu'à ce moment de a '»voJr jamais trouvé de traces de cette paroisse dans 
ces teâips éloignés. Maintenant l'étonoemènl cesse el nous reconnaissons qae toutes 
les églises qui se tranvenl aujonrd'hai snr ce territoire, Ste-Harie, Sl-Gennan, St-Pé. 
Si-Martin, le 'TraTez e( Blaoquefort, existaient à l'ipoque dont nous parlons, ansii 
bieo que St-Jean de Bascotu déimlte depuis 300 ■» . 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



ORFÈVRERIE RELIGIEUSE 

ETUDE DESCRIPTIVE 

DE 

TKOIS CALICES 

antépieups an XTIII^ siècle. 

Suite et fin (1). 

C'est surtout vers la On du règne de Louis-Philippe d'Orléans 
que l'orfèvrerie française du moyen âge est redevenue un 
objet d'étude et d'imitation sérieuse. 

Nous venons de voir qu'avant celte époque, les calices de 
confection moderne reproduisaient, de préférence, les types 
adoptés depuis les derniers Valois. Tel est celui, par exemple, 
que nous avons décrit au tome ix, pages 442 et suivantes de 
la Revm de Gascogm. Presque au début de notre premier 
empire, il était sorti, avons-nous dit, des ateliers de M. Cahier, 
pour l'abbé Guillaume- Auguste Jaubert, que Napoléon I" avait 
nommé au siège de Saint-Flonr, le 9 août 1809. Nous avons 
fait observer, en étudiant les détails de son ornementation, que 
les symboles eucharistiques s'y mêlent aux groupes historiques 
de l'Ancien et du Nouveau Testament. 

Or, près de quarante ans plus tard, la pratique était encore 
généralement la même. Et, pour cette dernière date, nous 
pourrions en citer, comme preuve, de nombreux exemples. 
Nous nous contenterons d'un spécimen de la résistance 
qu'éprouvait encore le retour sincère de notre orfèvrerie 
religieuse vers les saines idées des ftges de foi. 

(1) Voir, Jtnntt it GateogM, liTraiMO de jnia. 

D,g,tze:Jb.GOOgle 



,— 304 — 

Ce calice, toul en vermeil, est le pieux monument d'une 
abjuration reçue par Mgr l'archevêque d'Auch, le 50 octobre 
1848, dans sa chapelle archiépiscopale. 



La fausse coupe est entourée de trois médaillons qui re- 
produisent en relier les emblèmes des vertus théologales per- 
sonnifiées : 

1° La Foi portant, à sa main droite, un caUce que couronne 
une hostie, timbrée des trois premières lettres, IHS, du nom 
grec de Jésus. A sa gauche est l'étendard de la Résurrection ; 

2* L'Espérance, armée d'une ancre; 

5* La Charité, embrassant deux petits nourrissons. 

Ces médaillons alternent avec une branche de vigne, ornée 
de feuilles et de fruits; — avec une tige de glaïeul; — avec 
un bouquet de feuilles et d'épis de blé, comme symboles du 
pain, et aussi du vin mêlé d'eau, qui founiissent à TEucha- 
rtstie la matière du sacrement. 



La tige a deux nœuds et deux bagues, avec une pomme 
centrale ; et sur la surface de cette pomme, de forme ovoïde,* 
sont reproduits, en relief, les mêmes symboles eucharistiques. 

in 

Sur le pied se voient trois autres médaillons historiques : 
1° Jésus en croix, avec une vue de Jérusalem, la ville déicide. 
La Madeleine, à genoux, est restée au pied du gibet, absolu- 
ment seule, contre toute vraisemblance ; 

2* Marie, la mère du Sauveur, ayant le dragon infernal soos 
ses pieds, les bras ouverts en avant, et les mains enrichies de 
rayons, qui ûgurent, ici, les faveurs célestes dont elle est la 
dispensatrice ; 



D,g,tza:Jb.GOOglC 



3' SaJDl Pierre enfin, avec ses deux clés et le livre des 
enseignements apostoliques. 

Ces trois sujets alternent avec un égal nombre de têtes 
aagéliques, dont la forme et le caractère rappellent celles des 
deux calices que nous avons attribués, un peu plus haut, au 
xvii' siècle. 

IV 

La base de celui qui nous occupe en ce moment est assez 
prononcée pour recevoir aussi quelques bas-reliefs : 

i' Un triangle, figure traditionnelle de la Saiote-Trinité ; 

2* Le diptyque de la Synagogue, en souvenir de la Loi du 
Mont Sinai; 

5' Les deux cœurs unis de Jésus et de Marie. — Ajoutons 
que ces trois motifs religieux alternent avec des branchés de 
vigne, trois fois unies deux à deux. 

11 est évident que le dessinateur de ce calice a voulu faire 
de l'éclectisme dans l'adoption des motifs qui le" décorent. Sur 
la base est un souvenir, à peine sensible, des pratiques tradi- 
tionnelles relativement au parallélisme entre l'Ancien et le 
Nouveau Testament. On en trouve la trace dès l'origine de l'art 
chrétien, dans les catacombes de Rome; et cet usage s'était 
perpétué, même à travers les innovations dues à la Renais- 
sance, comme le témoigne encore, dans notre cathédrale, le 
beau calice de l'abbé Jaubert. 

Notre artiste du miheu du xix' siècle n'oublie pas la desti- - 
nation de sou œuvre; et, pour le choix des symboles dont il 
la décore, il se préoccupe, avant tout, de l'auguste Sacrifice 
qui, dans la Nouvelle Alliance, ar remplacé, avec tant d'avan- 
tage, tous ceux que l'Ancienne avait pratiqués. Mais il ne 
remonte pas plus haut dans les souvenirs de la grande expia- 
tion. C'est ainsi qu'à l'exception du Christ en croix qui, sur 
le pied, doit être le signaciUum obligé de son calice (1), il se 

[IJ Voir lome il, ptg« 1S9 d« U Ram* i» Goicogne, i propw 4d lignaeutum. 
Tout Xn. S8 



db.Google- 



c<mtente de symboliser le Sacriûce de uos autels. Tandis que 
le petit calice Luuis XIII met en relief les principaux instru- 
ments de la Passion, dont la messe n'est que le mémorial non 
sanglant, ~~ et que celui de Saiate-Radegoude va plus loin 
encore. Nous avons vu, en effet, que ce dernier raconta et dé- 
crity en six tableaux divers, les principales scènes du drame 
dont le dénoument devait s'accomplir, par l'effusion du sang 
de la grande victime, jusqu'à épuiser celui de son cœur divin. 

Notre orfèvre contemporain pénètre donc moins que ses 
modèles dans le mystère de la Rédemption des bommes. Et 
au lieu d'emprunter au calice de Sainte-Radegonde des grou- 
pes bistoriques dont le détail serait beaucoup plus appro- 
prié, il orne ses médMllons de sujets isolés, qui conviendraient 
au moins aussi bien à des produits d'art reUgieux d'un tout 
autre caractère qu^à son caUce monumental. 

Convenons, toutefois : 

1' Que les trois Vertus Tbéologales de la fausse-coupe se 
trouvaient heureusement en barmonie avec les aspirations 
d'une pieuse néophyte à son entrée dans le catholicisme (1); 

1t Que Maile était représentée, fort à propos, les mains 
pleines de grâces et les bras ouverts, comme venant alors elle- 
même lui faire accueil de mère, dans le sein de l'EgUse, où 
règne en souverain son divin fils; 

5' Elle pouvait aussi compter sur la protection dévouée des 
esprits célestes, commis à sa g^de dans les voies épineuses 
de sa nouvelle vie (2); 

4" Elle devait enftn ne jamais oublier que saint Pierre serait 
toujours prêt à la conQrmer dans la foi (5) dont elle venait 
de f^re profession, si son âme redevenait quelquefois chance- 
lante; surtout au milieu des écueils d'une mer si féconde en 
naufrages^ que la nouvelle catholique devait traverser avant 
d'arriver au port du salut qui l'attendait. 



(1) Mkdaniâ k.. D, Pklmer, qui nooa offrit ca filial wannir le 30 octftbr« 1B48. 
(S) PsiLK. it. V. 11. DapBiHB ■•■«li( ima niwMtei'it da t«, «te. 
(3) Ldc. ci^ zxii, V. 33. Convenus confirni* (ratres taoa. 



D, lz.:b.GOOglC 



-. 3tW - 
ReconnEussons dOQC encore une fois que si l'omenientatîon 
de notre dernier calice devait manquer des inspirations du vrai 
moyen âge, elle répondait du moins assez heureusement à 
celles de la toueliante cérémonie dont ce prècieax monument 
dCTîùt conserver le souvenir. 

Mais revenons à ceax que nous avons signalés ptbi haut, 
comme le g;^ d'un retour sincère veft leâ saines traditiohs 
de notre art chrétien et national; et cduronnons cëtle étude 
par unbean calice, qui est aussi en vermeil. Il est la propriété 
de M. le chanoine Chevallier, vicaire jgé^éral honoraire, et * 
supérieur du grand séminaire d'Auch. 

I. Sa fausse-coupe, à fond pointillé, est parsemée, sur 
toute la surface, de motifs d'ornementation dont le dessin 
en relief emprunte à l'architecture ogivale des lignes sévères et 
hien senties. Six cartouches, en forme de médaillons dé ce même 
caractère, figurent, en haut relief, 1" Jésus bénissant et por- 
tant dans sa main gauche le globe du monde surmonté dé la 
croix;— 2" Marie, ou la Vierge en recueillement, qui ramène 
ses deux mains sur sa poitrine; — 5° saint Joseph, montrant 
la tige fleurie de sa main droite. — Trois anges alternent 
avec ces trois sujets, portant, cetui-ci nn calice; celui-là deux 
petites huires égales et semblables; cet autre un livre fermé, 
sur le .plat duquel sont gravées, au trait, ces quatre lettres 
BVAN, evangdium. 

II. La tige de ce calice est à deux nœud3,eotre lesquels me 
pomme, en forme de sphéroïde légèrement aplati, présente 
six chatons, gravés en avant, de manière à figurer, en creux 
bien évidé, des quatre-feuilles à pointe d'ogive. — C'était la 
place naliireUe de six émaux que l'orfèvre aurait supprimés, 

III. Sur !e pied viennent s'étendre, en divergeant, six arêtes 
bien vives, qui partagent verltealement la surface entière de la 
lige de ce calice. A travers un semis d'ornements linéaires, 
qui rappdlent ceux de la &usse-coupe, nous retrouvons, ici 



db.GpOgle 



encore, six hauts-reliefs : à savoir, les quatre évangéiisles 
avec leur livre et leurs symboles personnels. Ils sont ac- 
compagnés de sïùnt Pierre portant ses clés, et d'un apôtre 
dont Tattribut semble nous révéler saint Philippe. 

Tous ces personnages sont assis, de même qu'à la fausse- 
coupe, où, de plus, les têtes sont nimbées, sans exception, 
tandis qu'autour du pied elles sont toutes sans nimbe. 

IV. Au revers de la patène, l'ornementation est exclusive- 
ment gravée au trait. 

L'agneau pascal, croix légère et tête nirabée, occupe le cen- 
tre, où le dessinateur semble avoir reproduit une hostie qui 
porte en légende : ^gniu ït pan» v'itms. 

Cette hostie serait inscrite dans un quatre-feuilles à lobes 
arrondis. Et dans ces lobes sont gravés les bustes des quatre 
symboles -évangèliques porta^it l'évangèhaire fermé. A cdtë 
de chacun est grave le nom de son évangéliste : savoir, à la 
droite de l'Agneau de Dieu, Matuevs, Marcvs; à sa gauche, 
JonANNES, LvCA. — Cette dernière faute permet de supposer, 
avec celle de la légende, de pour dei, que notre graveur con- 
temporain n'est pas plus fort en orthographe que le Parmesan 
del506.Avecceux de cette même date, il hésite pour l'emploi 
du nimbe, qu'il retranche ou replace à volonté. A tel point 
qu'à la fausse-coupe, il donne à Jésus le nimbe uni; tandis 
que pour l'Agneau pascal, qui n'est que son symbole figura- 
tif, il timbre son nimbe de la croix; ce qui, du reste, est 
conforme aux meilleures traditions du moyen âge. 

Oh ! ce n'est certes pas, — vous le savez, ami lecteur, — 
à l'occasion de ce dernier vase sacré qu'il nous serait permis 
de reproduire, en finissant, le vieil adage de saint Boniface, 
de Mayence : 

Câlin (n boi* tl pxiixi b'vr. 
Mou mainitmnt djangrat It* loi* ; 
Calift Ï'ST, ptiut bt boit. 

F. CANÉTO, 



_.ooglc 



ESSAI SDR LES CtRlGTËRES DE LA LANGUE GASCONNE. 



Nous aurions voulu ofirii aux lecteurs de la ReVue de Gascogne 
une Caractéristique proprement dite de notre patois. Le studieux 
philologue à qui nous nous sommes adressé n'a pas cru posséder 
assea familièrement les divers dialectes du Midi pour faire ce travail 
comparatif. Mais il a voulu étudier le dialecte gascon en lui-même, 
au point de vue de la dérivation directe du latin. Ce dessein est par- 
faitement légitime, en effet, et, quoique rempli d'ime façon peut- 
être trop sommaire, il présentera bien tous les caractères essentiels 
du patois gascon. Il fournira do plus, par les quelques observations 
comparatives qu'il renferme, et par celles qu'il suggérera aux per- 
sonnes versées dans la connaissance d'autres patois méridionaux, 
les éléments d'une caractéristique proprement dite du patois gascon. 

La première conditiou de ce dernier travail serait de fixer les limi- 
tes géographiques de l'idiome ainsi désigné. Le gascon embrasse 
tous les pays de notre ancienne Gascogne; mais M. Dastè s'en tient 
d'ordinaire au gascon plus restreint qui ne porte pas d'autre nom et 
qu'on parle, avec des diflérences nombreuses mais peu essentielles, 
dans presque tout le département du Gers, et surtout dans l'Arma- 
gnac et le Fezensac. 

Notre excellent collaborateur a dégagé son rapide et substantiel 
Essai de toute difficulté de détail et de toute notion de linguistique 
générale. Nous nous] permettrons de traiter quelques questions du 
premier genre dans des excursus philologiques, que nous placerons 
à la suite des pages si bien remplies de M, l'abbé J. Daste. Quant 
auit notions générales, nous recommandons aux personnes qui veu- 
lent s'édifier sur ce point sans se livrer à de trop longues études, 
l'excellente Grammaire historique de la langue française de M. A. 
Brachet {Paris, Hetzel, in-12, 3 francs.) 

Nous nous contentons de placer ici une ou deux remarques, indis- 
pensables pour l'intelligence de l'Essai qui suit. 

Les lois de la dérivation dans les langues romanes {c'est-à-dire 
issues du latin, comme sont le français, l'italien, l'espagnol, le por- 
tugais), reposent surtout sur la connaissance de Vaccent tonique, 
et ladistinction des voyaMes toniques et des atones, I^a connaissance 



db.Google 



de la prosodie classique suffît pour distinguer dans un mol latin la 
place de l'accenf (oude Vétévation o\x appui delà vois). L'accent 
ne peut avoir que deux places eu latin : l'avant-dernière et Yanté- 
pfynUUème syllabe. C'est rftvanl-dernière, 1" dans tous les ntots àa 
deux syllabes bOnus, mAgnus, via; 2» dans les mots de trois syl- 
labes ou plus, pourvu que cette pénultième soit longue : prof Anus, 
pro/ï/ndus. C'est l'anté-pénukième dans les trois syllabes ou plus 
qui ont l'avant-demière brève : tErminus, pOrticus. Partant, dans 
oe dernier mot, est tonique, I et U sont atones. 

En français, &a contraire, l'accent est toujours sur la dernière, en 
ne comptant pas la finale muette : vOte, prof Ane, profOnd, tErme, 
pOrcke. POrche est la seule traduction spontanée de pOrtims. 
iWf/fue est mal fait, moderne et savant. L. C. 

Bien que le gascoû ne soit plus qu'un grossier patois, débris 
d'un dialecte de l'ancienne langue d'oc, il mérite cependant 
d'attirer notre attention, parce qu'il reQète à sa manière, aussi 
bien que tout autre idiome, les lois qui président au dévelop- 
pement du langage; de même que la plus humble fiante re- 
produit, avec les caractères qui lui sont propres, les lois de la 
vie Tégélale, et devient à ce litre un objet d'étude pour le 
naturaliste. Le dialecte gascon semble être sur le point de 
céder déSnitivement la place au français. D^ns tous les cas, 
U subit tous les jours des altérations si considérables, qu'il ne 
Uirdera pas à perdre coinplétemenl, sinon sa grammaire, au 
moins son lexique, déjà fort amoindri. Hâtons-nous donc de 
ssùsiretde noter ses principaux caractères; bientôt il ne se- 
rait peut-être plus temps. 

te gascon tient philologiquement le milieu entre l'espagnol 
et leâ autres directes de la langue d'oc, conime te peuple qui 
le parle occupe lopographtqiiement une position intei-raé- 
diaire entre l'Espagne et la France du midi. Ce qu'il a de 
commun avec ces dialectes, c'est la conservation des voyelles 
sonores, de même que la disparition de ces voyelles ou leur 
assourdissetnent caractérise le français. Ce pltènomène est d4 
nou^se^leoieot à 1» délicatesse reli^tive des org^ues acougd' 



, D,g,tza:Jb.GOOglC 



— 811 — 

ques et phonétiques des peu^es méridionaux, mais encore 
au climat, qui est aussi un des grands facteurs du langage. 

Dans la formation des mots, le gascon a de commun avec 
tous les autres idiomes néoiatins la persistance de Taccent 
tonique. Il Ta même conservé mieux que le français. Exrai- 
pie : Latin, (fiaîere, français, tissEr, gascon, Œche (1); L, re- 
c/pere, fr., recevOfr, g., recEbe; I., sAperc, f., aa'vOIr, g., 
sAbe; 1., cApçre, g., cAbe-, I., cUrrere, t., courir, g., cOUrre; 
1., qu^rere, f., quérir, g., quÈrre. 

Si le défdacement de l'accent avait eu déjà lieu dans le latin 
populaire avait la naissance du roman, comn)e on s'accorde 
géoéralement à le dire, pourquoi le gascon Taurait-il conser- 
vé dans les mêmes mots à sa place primitive ? C'est une ques- 
tion que je me contente de poser. 

Entrons dans quelques détails, et voyons d'abord les chan- 
gements qu'ont éprouvés les lettres latines endevenant gas- 
connes; ensuite nous dirons un mot de la Qexion, 



Je ne parlerai ici que des voyelles toniques : je pourrai re- 
venir sur les voyelles atones. 

A tonique, obscurci en e dans le français, est conservé dans 
le gascon comme dans tes idiomes congénères: L., canû, f., 
eiiien, g., ca ou can; L, «a/, f., sel, g., sau; I., nasus. T., nez, 
g., nos; 1., tnorkUis, f., mortel, g., mouriau;\., (unatus, f., 
aimé, g., aimai; item dans tous les infinitifs et participes pas- 
sés de la première conjugaison. 

A tonique, ai français, conservé en gascon. L., macrum, 
f., maigre, g., magre; l,, ata, t., aile, g., ato; l., capsa, i., 
caisse, g., cacho;\., manus, f., main, g., man:l., seplimana, 
t., semaine, g., semano; l., cotUrariwi, f., contraire, g. œun- 
trari. 

(ULa majoseàU roa'rqaera la plue de racesnt. Noasne la mar^uarons itia U 
sait* d« l'article qna dans les cas d'eieepiioD i la régla de la penliUDefe. 



db.Google 



— 312 — 

E toniqae, devena te en français, en espagnol et en italien, 

demeurée en gascon. L., cœtum, f., ael, g., cèu; 1., pedem, 

f., pied, g., pè; I., rem, t., rien, g., arré; 1., pelra, t., pierre, 

' g., piiro; 1., heri, f., hier, g., je; I., teuum, f., liège, g., 

leuge. 

E tonique, oi fr., conservé en gascon : L., serus,î., soir, 
g., se; 1., regem, f., ro», g., r«; l., teg«n, f., lot, g., tei. 

I tonique, devenu en français oi, devient e en gascon : L., 
sitis, f., soif, g., set 1., pUits, t., poil, g., peu; piper, poi- 
vre, pebe; fides, foi, fé; pintm, poire, pero; nigrum, noir, 
nègre; Inhere, boire, beue. 

tonique devient ou : Corona, couronne, couroum; oï- 
ntmicus, chanoine, canounge; troja, truie, troujo; fronlem, 
fronf, froun; mansionem, maison, maisoun; honorem, hon- 
neur; aunou; pavorem, peur, poou ou pou; fiorem, fleur, 
flou; et généralement tous les accusatifs en onem et orem. — 
Cependant o suivi de r et d'une autre consonne reste o : for- 
Us, kort; morlem, mort; parla, porto; corpus, cos; morsus, 
, mos, etc. — ffwa est devenu oro en quelques lieux, ouro 
presque partout. 

U tonique suivi d'une des liquides m, t, r, et d'une autre con- 
sonne, devient ow; iu/umnus, automne, aiUouno; palumba, 
paton^, paloumo; cumba (vallée), coumo; puU>erem, pou- 
dre, proubo; puUus (coq), pout; furca, fourche, hourco; 
umbra, oumbro. — Dans la plupart des autres cas, w persiste : 
mixtura, mesturo; gida, gtdo; juxta (presque), duste, etc. 
Exception : nurus. bru, noro. 



Dans le passée du latin au roman, le changement de con- 
sonne se fait de la forte à la douce et dans le même ordre. Le 
gascon suit généralement cette loi. Cependant il y a des excep- 
tions assez nombreuses, ainsi excafdare, échauder, escaoula; 
caldtaia, chaudière, cautèro; gan^, jambe, camo. 



db.Google 



— 313 — 

V se change invariablement en B, ([uand jl n'est pas entre 
deux voyelles : L., vfpera; g., biuÈro elpîpElojl, veska, t., 
vessie, S; bouhigo; virare, virer, bira; vespera (soir), bres- 
pe; vinum, vin, bin; viteUus, veau, betet ou bcdet; vacca, va- 
che, baco: vasceUum, vaisseau, -bachet; vena, veine, beo; ve- 
remndia, vergogne, bergougno; valEre, valoir, bAîe; 1., va- 
care, g., baga, etc., etc. Voilà pourquoi nos paysans illettrés 
changent tous les ' b gascons en v,' quand ils veulent parler 
français, et disent : verret, aveitle, varquè, varrique, etc. 

Quelquefois, mais rarement, la consonne passe d'un ordre 
dans un autre : ainsi v de vos devient successivement p et f 
devant les verbes : bous disi, ep disi, eps èi dit, ets èi dit: je 
vous dis, je vous ai dit. 

B se vocalise généralement entre deux voyelles (à l'impar- 
fait de Vindicatif cette règle est sans exception) : Tabanus, 
taon, tauAn; faba, fève, hauo; fabicula (haricot), hauiUo; 
tabula, table, taulo; scr^'e, écrire, escriue;hibemum, hiver, 
iuèr; cubare, couver, couaj ainabam, amabas..., atnauoi, 
amauos; dicebam, dicebas,diseuoi, diseuos; etc., etc. Le béar- 
nais et le landais conservent le b dans presque tous ces cas : 
heéc, ibèr, àimabi... 

B après m, supprimé, cumba (vallée), coiimo, origine du 
nom propre Lacomme en Gascogne, Lacombe eu Languedoc; 
palunéa, palombe, palourm; gamba, jainbe, camo, etc. 

C dur initial ou médial, ch (t., conservé en gascon, comme 
dans les autres langues congénères; campais, champ, mm; 
origine des noms propres Ducam, Descams, dans leMidi;De3- 
champs dans le Nord. Canis, chien, ca ou can; bucca, bouche, 
bouco; fvrca, fourche, hourco; exception cabaUus, cheval, 
chibau. 

C dur adouci en G entre voyelles : Locare, louer, louga; 
implicare, emptw/er, emptega.-iiecare, noyer, nega; seçare, 
scier, sega; plioare,plicr,plega;precari, prier, prega; exsuc- 
care, essuyer, echuga; buUcare, bouger, bouîega; mAnica, 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



_ 814 — 

ntoNche, tmnJSgo; amka, amie, amigo; ^tka, épi, ^pigo; 
jnca, pie, pigo, olc. 

C devant T, changé en I ; fmius, fait, hèii; lacHs, laU. tèii; 
lèctm. Ut, leH; laduea, laitue, laitugo, ou leitugo. CepeQdaat 
strietu» donne €9lrel; directas, dret; teclum. tel. 

D entre voyelles, adouci en S : Almuda, alouette, lauso et 
iauseto; nodus, nodeUm, nœud, nous, nousèl, et le dérivé 
nmtsera; tudare, suer, susa; prœdkare, prêcher, pretica; 
&"Adere, trahir, trasi; benedicere, bénir, benasi, etc. 

DR provenant de la syncope d'un e atone, s'adoucit en S : 
Credcre, cnm'e, crese; (qui en ba»4atin a été prononcé ridere), 
rire, arrise. — Le béarnais et le bigorrais conservent le rf; 
a-ede, arride, etc. 

NDR ne garde que l'N : Abscondere (caclier), esœune; res- 
pondère, répondre, respOUne; tondEre, lOndre. tOUne; 
ponere, pondre, pome; tendere, tendre, tene; pendere, pêne; 
prekendere, prene; tendere. bem; findere, hene. 

DC devient tj ou dj : Fodicare, houtja; judkare, judja; 
manducare, mint^; vindicare, benffa; pendkare, pentja et 
pinija; piumbicare, plountja. 

L'abbé J. Daste. 

{La suite prochainement.) 



NOTES PHILOLOiilQUES SUR VESSAf PRÉCÉDENT. 

■ . I. 

D« TAtymologle de Chibau. 

L'auleur a toute raisoo d'indiquer, comme exception frappante à la 
règle de la persistance du c dur des latins en gascon, le mot très 
usité Chibau, cheval. Mais je voudrais expliquer cette exception. 

L'explication est simple et, je crois» décisive- Chibau ne vient pas 
directement du ]a.h'a cabatlus, mais du français cheval. Et ce mot 
n'sst pas agcteo en gascon, il s'est introduit assez tard dans notre 



db.Google 



— ai5 — 

patoie, àU|daofi d'un mot plue régulier, mais qui avait psrdu crédit. 
Quâl était oM ancien mot, frappé au bon coin? Vous pouvez'le ba- 
mer vous-même avec les règles générales de la dérivation gasconne. 
Caballus : supprimez la finale «5; gardez le c dur et les voyelles ou- 
vertes. Vous avez cabal ou caval, qui n'est pas gascon, mais qui 
est provençal classique. Qui ne 'connaît les vers de Bertrand de 
Bom popularisés par M. Villemaiu ? 

E plaim eo mon coratj^ 
Quam v£i pâf campanhas rengalz 
Cavaliers âb eavaU armais. 

[Et me plaît eo mon cœur 
Quand je vois par Ibs champs rangés 
Cavaliers avec chevaux armes.] ^ 

Mafs quelle était la forme proprement gasconne de caval? Le b en- 
tre voyelles devient u, s'unissant par diphthongaison à la voyelle pré- 
cédente. Qu«nt à 17 Ënile, le gascon y répugne et la remplace vo- 
loatiers'par t. D'où le mot gascon cauat, cheva^ 

On me dira que je l'ai fait de toutes pièces et qu'il n'y a pas trace, 
dans le gascon réel, de ce mot factice. Il y en a des traces vivantes, 
au contraire : on dit dans le Bas-Armagnac acaual, à cheval. U est 
vrai que ce mot est employé comme adjectif ou participe et remjJacé 
dans beaucoup de localités par le piètre équivalent acaueral. Mais je 
ne persista pas moins à voir dans acauat le vieux mot cauat. Et pour 
Qedeniier,*ily a des titres. Je n'en ai qu'un sous la main , mais qui 
oe souffre point de difficulté. 

Il s'agit d'une charte auscitaiue de 1259, dont l'original est conservé 
dans une armoire de la Bibliotbèque de la ville d'Auclt et dont le 
texte a d'ailleurs été publié eu ISâ? par M. l'abbé Canéto [E^sai de 
diplomatique, 62 p. in-S"). I>e comte Gér»uc^ V y apposa son «ceau 
dont le notaire fait la description vers -la fin de l'acte en ces termes : 

.... El quau saget a de laune part leon dab escud, de l'autre port 
cauat dab pe de griu... r 

.... Auquel sceau il y a d'une part lion avec ëcu; de l'auti^e part, 
cb^val àpied de griffon. 

Le mot chibau s'est introduit au moins au dix-septième aèole dans 
le gascon, et il y règne sans rivïU aujoùrd'bui. Je le trouve, quoique 
larement employé, dans D'Astros (Loitt Elomem, chant de la Terre, 
. V. 785^. Mais il n'est pas Picore dans Ader, dont le GentHome gas- 
coun, poème trop peu connu, parut en 1610. Ce brave rimeurgimon- 
tois ne dit plus cout^, qui ét^it tombé ^ d^stiéiude, mm il @« g»rde 



db.Google 



— 316 — 
bien d'écrire chibau, qui n'est que du français défiguré. Il dit arrous- 
sin, et il décrit (qu'on me pardonne cette digression assez curieuse] 
en traits fort précis le roussin de Gascogne : 

El a lou cap petit, esiolat, courte aureitle, 
, Grannasic, oueil ubert, boueguejaiit, loutiourbeille, 

Bouque hrese, cot reheit, rude cling, large pies, 
Ardoun-pé. came sec, de nonrpere plan prea ; 
Peu d'alezan toustat, tubaillat, loungue coue, 
Alalat de darrè coucn las aies d'ae boue, 
Entretaillat e gros, de mouiene faisoun, 
Alerte, esqueriquat, coume lou meslre soun, 
Enillant, courrédoQ, grape-terre, sautaire, 
A la cousse brouueot, au maocge boun aire; 
(James sus lou tribail arrepropi ni las, 
' CounecbeQ de soun ipestre, amie dea coutelas, 
Uutin sustout quan auch taoïbouris e trouropetes. 

« Il a la tête petite, étoilée, courte oreilfe, grands naseaux, œil 
ouvert, flamboyant, , toujours éveillé, bouche frai'che, encolure re- 
dressée, crin rude, laige poitrail, pied rond, jambe sèche, croupe 
bien prise, poil d'alezan brûlé, pommelé (?), longue queue,, découplé 
et gros, de moyenne force, alerte, fier comme son maître, Ueunissant, 
bon coureur, grattant ta terre, saufaut, impétueux à la course, docile 
au manège, jamais recru ni las à la fatigue, connaissant son maître, 
ami du sabre, mutin surtout quand il entend tambours et trompettes. » 

11 me reste à dire comment chibau s'est faufilé daiïS*le gascon. 
C'est en vertu de la loi que, lorsque deux idiomes co-existent, le plus - 
noble des deux tend à imposer ses vocables à l'autre, spécialement 
pour désigner les objets plus propres aux personnes qui parlent ce 
langage plus noble. Nous disons encore en Gascogne pai et mai 
(en Provence l'usage réel n'admet guère que pèro et mèro^; mais le 
paysan le plus grossier dira presque toujours à un monsiear : Boste 
pèro, boslo mira. Il emploie le mot français réputé noble au lieu du 
patois réputé vil. — Le gascon dit : capèt, chapeau; mais en par- 
lant du chapeau à haute forme, et surtout du chapeau d'une dame, 
on dit dans presque toutes les localités : chapèu. Le mot est bar- 
bare, mais noble. — Veut-ou des cas où le mot primitif ait été entière- 
ment effacé? Fraise se dit en gascon rago ou arrago, formé très 
régulièrement du latin fraga. Dans lo Has-Armagnac, tous les pay- 
sans disent arragos. A Auch, le mot ne serait pas compris; il fau- 
drait dire /rè«os, affreux mot, contraire à toute la phonétique gas- 
conae, mais imposé par la prédominance du langage noble. 



db.Google 



— 317 — 

On comprend comment le paysan, qui appelait son pauvre cheval 

pourin ou rousnu, suivant l'âge, a pu appeler celui de son maître cftt- 

bau, puis en venir peu à peu à n'employer presque que ce dern^r mot. 



D'un changement de l'accent tonlqne dans l'infinitif de 
plnslenps verbes gascnns. 

M. l'abbé J. Daste a cru devoir insister sur la persistance de l'accent 
latin, moins sujette à exception dans le gascon que dans le français. 
Je crois la remarque fondée, quoiqu'il fallût pour eu démontrer la 
pleine certitude de longues listes comparatives auxquelles il n'y a 
pas lieu de procéder ici. 

Si toutefois quelqu'un faisait ce travail, il devrait, je crois, tenir 
compte d'un fait assez commun dans notre patois, et sur lequel je 
crois devoir attirer l'attention, parce qu'il a peut-êtie ses analogues 
dans d'autres idiomes, oii l'on n'en a pas tenu assez de compte. 

C'est que, à côté d'une formation par étymologie et conforme 
à la règle de l'accent, formation généBalement plus commune et plus 
primitive, peut se placer une formation ou si l'on veut une déforma- 
tion, contraire à l'accent, celle-ci plus récente, parfois même facul- 
tative et contestée. Des exemples le feront voir. 

SAbe, d'tfprès M. Daste, représente mieux que savOlr le latin 
sApe^ie. Soit; encore pourra-t-on le contester tout à l'heure. Mais on 
ne pourra qu'être d'accord avec moi sur les deux verbes suivants. 

BOUle rend le sens de vElle. Gardez-vous bien de dire qu'il re- 
présente mieux le mot latin que le français voulOIr. Jamais velle n'a 
pu faire vouloir; mais pour la même raison il n'a pu faire boule. 
D'où vient voulOIr? du bas latin volEre, qui subsiste en italien. De 
volEre vient aussi boulÉ, avec l'accent sur la dernière. C'est ainsi 
qu'on prononce encore dans beaucoup de localités (où l'on dit égale- 
ment sabÉ. Qu'ai bai sabé, je veux le savoir. Rappelez-vous la re- 
marque de l'alinéa précédent.) 

POUde rend le sens de posse, mais il n'en vient pas. Il vient, com- 
me le français poiiuOi*", de la forme poivre, qui subsiste dans l'ita- 
lien, image presque toujours si âdèle du bas latin d'où sont nées les 
langues romanes. Mais il faudrait dire poudÉ, en appuyant sur la 
dernière^ en effet, on prononce de la sorte en plusieurs lieux, et je ne 
doute paa que ce ne soit la prononciation authentique. 



D,g,tze:Jb.GOOgle 



— 318 — 

Ainsi ces mots n'ont déplacé l'accentqaepârun ftbnsdeproilonoia- 
tioD. Cet abos peut se constater dans d'autres mots avec plus 
d'érideoce encore. Ainsi auÉ, avoir, est le vrai calque gascon de 
habEre; on le prononce généralement avec l'accent tonique sur la 
dernière. Mais on entend çà et là des personnes prononcer Aue, qui 
supposerait un primitif /tA^ere, s'il n'était plutôt une simple déforma- 
tion d'accent. Cette déformation est de règle générale, ou à peu près, 
dans d'autres mots; debEre donne régulièrement deuj?; presque par- 
tout on dit t2£'t/e en déplaçant l'accent I; il en est de même de oa/^r-e, 
bAle aa lieu-de balÊ;àe VidEre, bEse au lieu de besÉ, etc. 

II me reste à expliquer ce déplacement. Je crois qu'ici l'analogie, 
logique instinctive de toute langue vivante, ne laisse aucune difficulté. 

J'accorde que primitivement, dans laplupart des cas, le présent 
de l'infinitif latin a donné le temps correspondant aux langues 
romanes, tout comme le présent de l'indicatif. Mais depuis, ce dernier 
t?mps a pu servir de type pour former directement l'autre, en dépit 
de rétjmologie. Ainsi debeo donnait deu ou deut en gascon, et 
de&f redonnait deuE. Mais celui-ci étant oublié ou négligé, deu sug- 
gérait l'inâoittf dEue. Il est vrai que ce dernier infinitif est de la 3* 
conjugaison, quand il devrait être de la seconde. Mats deu n'ayant 
rien qui camctérise cette dernière, étant au contraire parfaitement 
semblable au type de la troisième, a pu faire naître un infinitif ana- 
logue. En effet, beu, par exemple, amenait l'infinitif bEUe ([nbeie\, 
qui est parfaitement étymologique, tandis qae dEue infinitif de deu 
ne l'est pas. Mais l'analogie est incontestable I 

J'explique ainsi tous les changements d'accent que j'ai notés tout 
à l'heure et beaucoup d'antres semblables. 

Je n'appliqtierai pas cette remarque à arrise, à cause de la 
généralité de ce déplacement dans les autres langues romanes : fr. 
rire, itat. ridere, etc. Je suis incertain pour placEre, gasc., plAse, 
ital. piacEre, b. plAIre etc. 

Mais cette an^ogie n'a pas simplement déplacé l'accent ; elle a pu 
altérer complètement le mot. Le gascon bengue, venir, ne s'expli- 
quera jamais par l'infinitif uenire. Ce n'est pas l'acceût seulement 
qui s'y oppose, mais le matériel mêmedu mot. J'admets que venlre 
avait donné beiil, et vEnio, beng (l'n appelle le g] et depuis bengui; 
mais plus tard, en traitant ce verbe d'après les habitodes de la troi- 
sième conjugaison, on a fait l'infinitif bengue, très peu étyntologiqtie, 
j'es conviens, mais très analogique, ce qui suffit. 

J'ai dit que cette remarque pouvart servir d'explication mile, m6me 



D,g,tze:Jb.GOOgle 



— 319 — 

dans l'étude de langues autres que le gascon. On a écrit avant moi 
que les humanistes contemporains supposent trop facilement des 
primitifs latins qu'on ne rencontre nulle part et forgent des barbaris- 
mes pour sauver leur théorie. Je sais que leur théorie est vraie en 
somme et que leurs adversaires n'ont pas eu le dessus dans cettepo- ' 
lémique. Mais il reste peut-être à faire à l'analogie une part un peu 
plus large qu'on n'a voulu l'accorder. Au reste, ceei-soit dit en pas- 
santet saufl'avis des vrais juges. Mais si je me trompe sur ce der- 
nier point, celte erreur ne peut atteindre mes remarques précédentes 
sur les dérivations gasconnes, lesquelles, je l'avoue, me semblent 
incontestables. 



m. 

De l'étymologle des mots biuiro, pipèlo, bouhigo. 

J'avoue que ces trois mots patois me paraissent rapportés par 
M. J. Daate à dos mots latins qui leur sont étrangers. 

VIpera n'a pu doener bmèro; d'abord la règle de Taccent s'y op- 
pose. Et la formation française de vipère, où l'accent est également 
déplacé, n'est pas une objection; car vipère est d'origine pédantes- 
qne; le mot authentique est guivre ou givre (Voy. Littré, IXct. de la 
langue fr., à ce dernier mot). — En second lieu, il y a un change- 
ment de sens qui parait violent : il y a bien loin du lombric h la 
vipère t 

Je ne me charge pas d'ailleurs de trouver l'origine de biuèro. Mais 
lemotme semble supposer un nom bas-latin viv aria, qui a pu être 
donné au ver de terre à cause de sa vitalité persistuite quand on le 
coupe en morceaux, — Quant k pipèlo, qui me semble encore plus 
loin de'vipera qns biuero, et qui de plus ne doit pas être vrai gascon 
(tu la finale languedocienne èlo] je ne me permets aucune con- 
jecture. 

Bouhigo ne peut dériver, je crois, de umco; mais il se rattache 
sans doute à la racine bouha, du has-lalin buffare (Voir ce mot dans 
Ducange). Bouhigo veut dire à la lettre soufflure, bouffissure. 

L. C. 



db.Google 



DOCUMENTS INÉDITS. 



Lettres de quelques évdques de Comminges. 

Je rçunis ici une lettre de Pierre d'Albret, qui occupa le 
siège épiscopal de Gomminges de 1560 (1) à 1368, une lettre 
de Barthélémy de Donnadieu de Grlet, qui s'assit sur le 
jnëme siège de 1625 à 1657, euPin deux lettres de Gilbert de 
Choiseul, un des plus remarquables successeurs de ces deux 
prélats (25 mai 1644-5 janvier 1671). On trouvera dans le 
GiUlia christiana, dans le Clergé de France, de l'abbé Hugues 
du Tems, et dans le dernier volume de Vffistfjire de la Gas- _ 
cogne, de l'abbé Monlezun, ce qu'il y a de plus important à 
savoir sur Pierre d'Albret, sur Barthélémy de Donnadieu et sur 
Gilbert de Choiseul. teMaréridc 1759 a aussi une très bonne 
notice sur ce dernier évêqjie (2). J'en citerai quelques passa- 
ges. «Sacré le 8 août 1646, il alla aussitôt dans son diocèse, 
où régnaient la barbarie et rignorance de la religion. Il se 
donna tout entier à l'instruction de son peuple, et fit ses visi- 
tes dans les lieux les plus escarpés des Pyrénées, pour cod- 

(1) Od dit habiluetlemeat de 1561 à 166B, mais Pierre d'Albret était déjà évéqat 
da CommiDges lorsqu'il prAia, le samedi 11 décembre 15S0, l'obédieDce an papa 
Pie IV pour le royaume da Navarre aa Dom du roi Aoiomeet de la reine Jeftnne. 
Herrera, (Hûloria générât, I. m, cbap. 3) racoDle que Philippe II fat très irriti 
contre le pape, qui avait admis l'évoque de CommiDges en qualité d'ambassadear. 
Voir aussi Bùlorîa del ny D. Philippe II (1. v, ch. le). Le. cardinal d'Ossat (lettre 
iVilleroy do 19 marii 1597) cite, au sujet de l'ambassade de 1' «vaqua de Comminfei, 
t l'Oraison que MurcI en fit alors, laquelle est imprimée. » Elle se trouva en eTet 
parmi les Oralion» du grand Uliniste. soos le nombre i dans las plus anciennes 
éditions (Venise, 1571, 1572), sous le nombre vidans leaplns modernes (par exemple, 
M.Ànt. jrurtltOpfraomma.ed. Dît. Ruhnken. Leyde, 1789, 4 v.in-S», 1. [,p. 51). 

(>) Voir encore on grand éloge da lui i la page I4S des Uémoirti de Robert 
Arnauld d'ÀudiUy (édition de 1734, Hambourg); les pages qui lui sont eoniacriei 
par Besoigae (Fitt du quatre éviquti tngagit data la eoMtt de Port-Roj/al, 1756, 
2 fol. in-13); Oraitott funèbre proaoscée par te P. Helehior Bernudln Tabar; (Sois- 
sons, 1690, tn<4*}, etc. 



db.Google 



nailre tes habit^uits de ces lieux iDaccessiblcs cl pour leur 
inspirer des mœurs honnêtes et chrétiennes. Dieu bénit ses 
travaux, et, en peu de temps, il changea la face de son dio- 
cèse. Pendant une année de famine, il emprunta de l'argent 
pour nourrir les pauvres; et, dans un temps de contagion, il 
assistâtes pestiférés, et fut attaqué lui-même de'la peste dont 
il pensa mourir. Il réforma son clergé, établit des séminaires. 
Après avoir travaillé vingt-quatre ans dans le diocèse de 
Commisges, il fut transféré à Tévêché de Tournai. Il ne fut 
pas moins cliéri du peuple du diocèse de Tournai qu'il l'avait 
été de celui du diocèse de Comminges, et ne travailla pas moins 
assidûment ni moins utilement en Flandre qu'il avait fat en 
Languedoc, à l'établissement de la saine doctrine, à la réfor- 
mation du clergé et à la suppression des abus. I) donnait à 
l'étude tout le temps qu'il avait de reste (1), et mourut enfin 
à Paris, à Tàge de 76 ans, le dernier jour de décembre 1689 

Philippe TAMIZEY de LARROQUE. 

(1) Gilbert de Ctioiseul nom a laissé (tes ouvrages da IhéiAogie, dea oraiions fnné- 
bros, des tradacliODs. L'abbë L^oglet da Kreinoy lui allribus (Mithodt pour appren- 
dre t'hiitoire) une large pan dans la lédaolion des Uimoiret do sod Trère ta dot 
César da Ctaoiseul, plas connu sous ta uorn da inarâctinl de Plessis-Praslin : Mémoi- 
ret de divert exploits et actions du maréchal du PUtsit-Pratlin depuis Van 1CÎ8 
jusqu'en 1671, in-4", 1676. (Le Maaucl da Libraire remplace exploits par emplois 
el in-^o par in-13.) Ces Mi'niDires ont ra|>aru daDS la collection Pelitot et dans la 
collection Micliaud et Poujoulal. M. SBiale-Beura, qni appelle Gilbert de Cboiseul 
t prélat humain ei pieui, leilré et poli, > ce qui n'est pas assez dire, ajoule (Forl- 
Royat, 3' édition, I. iv,.p. 163) que ce fut enlre ses maios qae Pellissun vonlul faire 
son abjuration â Chartres, le 6 octobre 1670, el que Mme de Blolleville nous a con- 
;iervé de lui un sonnet Fail> Saint-Denis sur la pompe funèbre de la rrme Anne- 
d'iatriche. Ce sonnet esl a la page 449 dn loms iv de l'eicetlenie édition de ces 
Mémoires, donnés par M, F. Rjaux dans la Bibliothùijue Cliarpealier. Mme de 
Holteville pruclaoïe, à cette occasion, l'évéque de Comminges < l'un des plus célèbres 
de notre temps el des plus estimés. > J'ai retrouvé le sonnet de Gilbert de Choîseal 
dans les Mémoiru pour servir à l'histoire de notre littérature drpuit François I" 
jusqu'à nos Jours, par Palissot (édition da Oenéve, 177&, p. 69). Palissot vania i la 
fois le sonndi, qni lai paraît beau, et la nom de Choiseut, qui esl pour lui un nem 
des plus illnslres qui soient en France. 

(2) On ragielle qu'un tel prélat ait mérîlé, cumme secrétaire de l'assemblée du clergé 
de France de 1683, lassévéritésd'nn consciencieux historien, M. Charles Gérin, juge 
au tribunal de la Seine, l'auteur des Retkerehet historiques sur l'assemblée du clergé 
de Franc* de 16S2 (in-8<>, ISeS). 

TOHE XII. 24 



db.Google 



I 

Lettre À Catherine de Médicis (1). 

Madami?, tous les prelatz franvois assemblés en Trente ses jours 
passés ont faict retenir aucuns actes de protestation contre le Roy 
pour empescher que Sa Magesté ne vendit leur temporel de leurs 
eveschez, où comme uog du nombre fus appelle. Mes voyant que 
c'estoit contre mon seigneur le Roy auquel je promis foy et fidélité, 
je ne voulsis consentir ny le soubsigner avec les aiilfres ; bien voul- 
sis consentir à présenter à Sa Magesté ime très bumble .requesie 
pour la prier de ne se fere. Cella faict delibcrarent de fere ung canon 
en concilie à la prochaine session pour se exempter de la jurisdiction 
•de sa justice et de ne payer d'ici en après décimes à Sa Majesté; 
pouràquoyne intervenir ny à telle session traictant telz affaires 
contre mondict seigneur et Roy, m'en partis considérant l'ingratitude 
de côulx qui ont receu des mains de Sa Magesté tout leur bien (2). 
De ma part quand le temporel ne suffira pour son service que l'on 
preigne l'espirituel et après ma propre vie si besoing est, et aflin que 
Sa Magesté pourvoie aux choses comme est requis et pour la des- 
charge de mon devoir je luy escris la présente. Leurs Magestés m'ont 
escrit pour certaine pension pour Monsieur Charles Bastard de Bor- 
bon [3J. Je ne suis pas mescognoissant des biens receuU du roy de 
Navarre, mon seigneur et maistre, et affin que Ses Magestés voyent 
à l'œil ce que l'evesché vauit et les charges qui y sont je leur envoyé 
ung rolle du tout suyvant lequel c'est à Ses Magestés en ordonner 
comme leur apparoistra estre raisonable. 

Madame, mon evesché entre deux journées en Espagne, et à pré- 
sent le Roy tient ses courtz à Monçon où Sa Magesté a comandé que 
tous les prelatz se trouvassent, et à présent par lettres patentes inti- 

(!) BibliotbéqiM impéri&le. Fonds rranois, valame 15678. p. HU. 

(9) Sur M départ de l'évîqaa de Commingei qui. de Trente, se rendit i Rome, 
voir Blliei Dnpin. BUtoirt de l'Egliie tt dtl auteurt ettléiiailiqvet du xïi* iticU. 
p. llSt dn loma il). Deux repréaenUnls des provincei eeclésiuUqocs d'Aucb el de 
Bordeaux, J'évéqae de LeetoureiGBillaainedeBarloD)ell'évAque de Saintei (Trislan 
do Bizet). n'imilÉrent pas l'exempte de Pierre d'Albrel et aBaittirent juiqu'à la Go 
aai séanoea de l'assemblée. 

(3} Charles de Bourbon, fils naturel d'inloiae de Boarbon, roi de Navarre, éc^ae 
de Commiages, puis de Leoloare,. enflD, arcbevSqae de Rouen. Je donnerai pro- 
chainement ici une lettre médite de ce prélat. 



db.Googlc 



mèes à mes vioaires faict commaademeot que k peme de priratiob 
de la partie que je y tiens je m'en treuve eu personne et le jour est 
au quinziesme de ce inoys. Je supplie très humblement Sa Magesté 
me permetre de m'y trouver pour ne laisser esgarer ceste partie ûy , 
Idjurisdiction do la France qui peult servir de beaucoup. 

Madame, je supplie le Créateur entretienne sa royalle Magesté en 
santé et longue vie. 
DePrimolan ce xxv* de septembre 1563. 

(De la raaiu de l'evêque) : de Votra Reale Magesté 

très umbte eudit serviteur 

don P" Allebret (1) 

de Navarra 

eveq. de Comenge. 

II 
Lettre & l'&bbé de iS&int-Cyran (2). 

Monsieur, 
Après vous avoir assuré de mes services, sçachant que vous vous 
employés très volontiers auï oeuvres méritoires,, je me sers de l'oc- 
casion et du besoin que madame l'abbesse de Fabas, ordre de saint 
Bernard, a de voslre assistance pour la conservation de son abbaye 

(1) Bltiie de Moulue, dans un docamaAI indtDlé : Mémoirtt à ttontiettr U proto- 
notairt d« Sainlt-'Gemme pour dire à la Roi/ne de ma fart tt qui t'emuit \b mtrs 
1564], raconte l'entretien qu'il eut. a Grenade (aoj. Haule^Garonne), avec * dom 
Pieire de Navarre, dvesque de Cotnenge. ■ H. de Ruble, qui a pablié ce curieux 
document dans le lome iv des CommentatTtt et teltris de Biaise de Honlac (p. 338- 
333), dit au bat de la page 331 : < Pierre d'Albret, fila naturel d'un prince de la 
maison de Navarre, ne tut d'abord qu'un agent obseur aux ordres d'Antoine de Bour- 
bon, Pendant le régne de François I(. il remplit, au nom de son matlre. plusieurs 
missions i la cour d'Espagne. En 156L, il fui envojâ i Kome el obtint l'évichd de . 
Comminges. Lorsque Jeanne d'Albret embrassa le calvinisme, Pierre d'Albrel se mil 
an service de Philippe II. On conserve de ce personnage une foule de lettres an roi 
d'Espagne, qui lui donnent l'air et l'apparence d'un espion (Archives de l'empire, 
K I49a, U93, 1195, ISOl). > — Voir deux autres notes de IW.de Rublé (ibid., 
p. 335. 338). 

[Ï1 Fonds franfaU. 1TJ61, p. 8d. — On sait que Duvergier de Hauranne fiait abbé 
de Sainl-Cïrnn depuis 1620, époque où l'évjqne de Poiliers, Henri de La Hoche- 
Poîay, lui céda l'ahbaye de ce nom. Ce qu'on sait peul-êire moins, c'est que l'ami de 
Jansénius n'appartenait point, ainsi que l'ont cm MM. de Saiole'Hartbe, iunefamille 
noble, mais bien i une rsmills qui s'était enrichie dans le commerce de la bouclierio, 
«Dtnmeje l'ai appift eb causant avec MM. Balasque etDnlaurens, les savants auloors 
aéVHtdoire 'dt Ba^oiing. 



db.Google 



qui lui est contestée pat awur Claire de Xyé coolre toute apparence, à 
ceque inonsieurde Saiale-Marthe qui a travaillé pourelle vous pourra 
assurer. Je vous supplie tant que je puis de lui vouloir donner la 
faveur de voz amys au conseil où il se rencontre q u'elle n'a sceu en- 
voyer hoinme exprès, à cause du malheur qui augmente de jour à 
autre partout ce pays où la pluspart des lieux se trouvent infectz. 
C'est une fort vertueuse religieuse et de niesme toute sa cunipaiguie, 
filles de maison qui n'ont qu'un sy petit bien quo i-est ail'aire les in- 
cummodera pour longues années, et, s'il ne leur renssist, ruinera 
entièrement ceste communauté là à ce qu'on m'a assuré. Il n'y a que 
quelques jours qiTe je célèbre messe, ne l'ayant peu faire durant trois 
mois que nous avons esté visités de maladie dans nostro famille, avec 
perte de quelques uns de noz officiers, encore n'en sommes nous pas 
pxemptz. Je prie Dieu qu'il vims conserve et me recomandant à voz 
prières, je demeure, 
. Monsieur, 

V'ostre très humble seniteur 
Babtkeleuv, E. de Conimenge. 
D'Alan le 3« aoust 1631 (1). 



Lettre an duc d'Epernon (2). 

Monsieur, 
Ce n'estoit pas mon dessein de vous importuner d'aucune chose 
avant que de vous avoir esté renouveller dans la province les offres de 

t3| Ce fut au chilïXD d'Alan que, Is 12 novembre 1637, mourut i en odeur de 
saiolelé* Barthélémy de DonnadJeu. Leprilre luulousaia Etienne Molinier, l'historien 
deNolra-DamedeGaraLson(l6j6, in-12), a iiiasé aaeVie de BarlhéUmy dt Donna- 
dieu (Paris, in-B», 1639). Le Uoréri de 1759. qui la meolionne dans l'ample arlicli 
Uolinier, ajoute que ce biographe < parle de celle vie dans deux de ses lettres, uii il 

> répond i plusieurs dtflIcuUés qui lui avoieol Hé faites sur cet ouvrage : l'une est 
1 adressée à M. le curé du Chardonnel à Paris, du 6 novembre 1639, l'autre à Al. 

> Hobier, doeteur de Sorbonne, du 8 auvembre de la m#me année. > M. LéoQce 
Couture a bien voulu m'approndre que le volume est énorme, car il a eu sonilea yeu^ 
un autre ouvrage ('| dans lequel Molinier cite la page S90 de la Vie do l'évéque de 
Comminges. Plus de 6-/0 pages ! quoi de plus effrayaDt? El pourtant je n'ose pas 
m'éerier : DU lalemaoerlile... librum, puisque H. L. Coulure le cherche vainement 
depuis plusieurs années, et que rien ne me serait plus agréable que de le lui pro- 

[S) Fonds français, 20J77, page 393. 
O C'eil frétiUmeat I'bd» dei deux Icllrea cl 
Toloine fVif frani inllreitul et aswt r*r« : Iri a 
Ctlomia.ieitl. — L. C. 



db.GoogIc 



— 325 — 

service que je vous avoisfail à Paris; mais l'attaclif^raent que j'avest*' 
obligé d'avoir aux affaires do mon dioneze dans le commencement et 
depuis la précipitation d'unvoyagoque jesiiis venu faire enl-jmgue- 
doc pour les estais m'ayant privé de cet honneur, la compassion que 
je doibs avoir jiour un misérable lieu qui se nomme Saint Frajoul dont 
je suis seigneur [l)m'oste!aliborté de différer davantage à me rendre 
intercesseur vers vous et vous supplier très hurablouiont de luy oster 
une garnison qui y est par vostro ordre. Je recognoistray, monsieur, 
ceste grâce avec toute !a gratitude imaginable, vous protestant d'estre 
plus sincèrement que personne du monde, 
Monsieur, 

Vostre très humble et très obéissant serviteur 
G. DE CuOïSEL'L, E. de Comenge. 
De Montpellier, ce 12 apvril 1647. 



IV 
Lettre sans adresse et sans date [-2]. 

Monsieur, 
]ji peuple de ce pays souffre tellement pour l'eitaction des tailles et 
est sy fort opprimé par ceux qui sont commis pour les lever, que je 
suis asseuré que sy vous en pouviez estre tesmoing comme je suis 
vous entreriez dans les mesmes sentimens de compassion que moy, 
car il est certain que ces gens là enlèvent plus d'argent pour les frais 
seùlleuient qu'où n'en doibt au roy pour la taille. Nouvellement j'ay 
entendu les plaintes de ceux du pays de Rivière, dont celuyqui.vous 
rendra ma lettre vous parlera, lesquels m'ont fait tant de pitié que je 
n'ay peu leur refuser de tous représenter leur misère et vous supplier 
d'avoir pour eux quelque bonté. Je sçays que vostre charité a beau- 
coup de peine de voir patir les pauvres de la sorte et je ne doubte 
point que sy vous pouvez apporter quelque remède à leurs maux, 
vous ne le faciez, et certes, monsieur, j'oze vous asseurer que vous 

1) Aujoard'bai Siini-Frajcio dans U HMla-Garonne, »rroQdi(»emen.t d* S«ini- 
Gaudens, canlOD de l'Iale-en-DodoD. 
(3) Fonds traocais, 17862, page 85. 



db.Google 



— 396 — 
ferez un œuvre très aggreable à Dieu, que Je piiedetout mon cœur 
vous donner abondance de ses grâces. 
Je suis, 

'Monsieur, 

Voslre très huuibicei très obéissant serviteur 
G. DE Chotseul, E. de Comenpe ;!'. 



Deox Aplgpammea anr la mort d« Bipon. 

Mon excellent collaborateur et ami, l'abbé Jules de Carsalade, 
dont lesleeteurs de \ARevue de GascagnecoDna.issfinldé}kis bonheur 
en recherches, m'a confié un double feuillet ia-folio, d'une ou plutôt 
de deux écritures du commencement du ivii* siècle, renfermant des. 
poésies fugitives. Je donne comme spécimen deux de ces petites piè- 
ces qui ne sont pas sans mérite, loules les deux sur la mort funeste 
de Ch, de Oontaut, duc de Biron (31 juillet 1602). Los épigrainmes 
(prenez ce mot au 3easanti£|ue] du. poète inconnu exprûnenl l'impres- 
sion assez générale de la noblesse du temps. ' L. C. 

Biron est mort par son espée 
Biron est mort par sa v^eor : 
Et par l'envye et par la peur 
Biron eat la leste coupée. 



L'honneur des hs et le bras de la France, 
L'oeil de l'Estat et le cœar delà cour, 
L'astre de Mars, l'anie (3) de la vaitlance, 
Biron mourant, monnireiit en un jour. 

:i) C'wlidi'opeaaiaoda citer QD récit de U. Budade LaGréie Hitioirt d» droit 
dont Ut P^rMrt. 1RG7, p. 353, : • Un înleBdaDl, «n 1640, aggrava li taille. 
L'évéqne de Commioge», Mgr da Clioiseul. rétlama uae eiemption pour les com- 
ronnauléi de Sahit-Bertrand et de Valubrére. Sa demande tat accoeitlie; maU le. 
mtolatrelepriadeddiiincr \et lieux <urlc«qneUceIiinpiU devait élr<! rejeté. L'ëvjqoe 
ne vuulait pm aar»ir les uni en portant préjudice w\ autres; il répondit généreuse- 
ment qu'il n-i ponvail désigner que lai-mAme, et qaeietti! charge devait £tre niUeà 

(3) Le laite, qui est peu correct quoique d'une écriture très neite. porl« InitM. 
On peut lire t'dm^, l'aima oi 



p,g,tza:Jb.GOOgle 



BIBLIOGRAPHIE. 



I. 

CAFBBnN uisTORiotiB, ses uiliquités, sod état actuel, %es eaax' thermales, par 
Al. Curib-Seimbres, avocat, aoci^n sous-prËfel, etc. Tarbes, Th. Telmon. 
71 p. in-8*. 

Etuobs sur l'emploi de l'eau min êro-arseni cale de la source Je Salies (B»- 
(ikâres-de-Bigorre) dans le trailemeut de quelques maladies ioternes, par le 
U' L. Carhèrb. 19 p. in-S». Auch, F. Poix. 

L* PBSTB BOVINE, moyens préventifs, instructions pour les agriculteurs, les 
vétérinaires et les aulorilës municipales, approuvées par M. le ministre de t'in- 
lérieur, par J.-M. Delsol. vétérinaire, etc. — 2' édition. 36 p. in-8*. Auch, 
principaux libraires. 

Les publications sur les eaux thermales sont ramenées par la sai- 
son, comme l'usage même de ces eaux salutaires. La Reviie de Gat- 
cogne enregistre avec bonheur tous les essais qui tendent à augmen- 
ter le renom ou l'utilité pratir[ue des sources minérales qui abondent 
dans sou domaine provincial. Mais elle doit une attention plus mar- 
quée aux ouvragesqui joignent aux renseignements topographiques 
et médicaux sur nos stations thermales des recherches sérieuses sur 
leurs antiquités et leur histoire. 

C'est le cas du Capbem historique de M. A. Curio-Seimbres, mo- 
nographie complète et savante d'une localitéqui n'avait guère encore 
qu'une notoriété thérapeutique. Je l'avais déjà signalée, ilyadeux 
ans, à propos de doux publications purement médicales sur le même 
tieu(l). Aujourd'hui que l'étude entreprise dans la. Reùue d'Aqui- 
taine réparait achevée et assortie de tous les renseignements actuels 
que l'on peut désirer, il est bon de noter dans nos pages les points 
essentiels au moins de la partie archéologique et historiqne de cette 
étude. 

Les trois premiers chapitres concernent l'époque gallo-romaine. 
L'auteur essaie d'identifier Capbem, \o avec les Ov»*™* eiofia de 
.Slrabon {Géogr. 1. iv.), thermes des Onésiens, placés par Oihénart à 
Luchon ou à Encausse, par Marca et par Hauteserre à Encaussp, 
par M. du Mège et parM.-Daveiîac à Luchon. Selon M. Curie-Seim- 
bres, Capbern s'adapte mieux aux indications du géographe grec, 

(]} Rewtde Gaicogne, I. ix, p. 433. 



db.Google 



d'après tequpt les Onusiens semblent un peuple <>ndavé dans les 
Convenir, ce qui convient an Nébimsan, primitivement partie inté- 
grante du Comminges; d'autant plus qu'il y a ùuc grande analugie 
entre le nom des Onesii [peut-ptre Onebusii) et celui des Onobiisatps 
do Pline, que les meilleurs critiques regardent comme les peuples du 
N'i^bousan. Le savant auteur voit encore Capbern iJ" dans les A<fuœ 
Conveiinrum de l'itinéraire d'Antunin. Cett" double dénomination 
n'aurait tien dVtrange, les établissements thermaux ayant souvent 
re<;u sous la domination romaine une désignation spéciale (A</Mff 
Auguslœ, Af/uœ Sextiff, etc.). Quant à la vérilé de ciitte attribution, 
elle résulte, d'une manière assez plausible sinon démonstrative, des 
distances marquées dans l'itinéraire. Elle ressort aussi, au moins d'une 
fai,'on négative, 'de l'absolue impossibilité de soutenir l'idontitication des 
A7Mœ ConuenarHm soit avec Bagnères-de-Bigorre (Fortiad'Urban}, , 
soit avec Bagnèros-de-Luchon (Vosgien). 3" Après ces deux thèses 
soutenues avec beaucoup de science et de sagacité, sans arriver pour- 
tant à une vraie certitude, M. Curie-Seimbres en hasarde une troi- 
sième où il ne paraît avoir atteint qu'une modeste probabilité. Il 
veut voir dans Capbern \e C'rebennus où se trouvait le domaine de 
Paulus Axius, rhéteur bigorrais qui professa à Saintes, et qui nous 
est connu par les vers et la pnise d'Ausone, son «mi. Du reste, ce 
chapitre est riche comme les précédents d'excellentes recherches, en 
particulier sur les voies romaines de notre région; et ceux mêmes qui 
résisteraient aux conclusions, d'ailleurs nullement tranchantes, du 
studieux explorateur, ne lui eu devront pas moins de reconnaissance 
pour lesrenseignomnnts positifs et tout à fait nouveaux qu'il fournit 
sur la voie de Dax à Toulouse par la Bigorrc, sur la TiJifarèze, sur 
plusieurs stations controversées des anciens itinéraires; pour tes rec- 
tifications utiles qu'il apporte à des travaux estimés : je signalerai 
seulement en ce genre ses n^narques sur la confusion faite par cer- 
tains auteurs entre les milles et les lieues, et par d'autres entre la 
lieue aquitanique, qui est notre lieue do Gascogne de ]in''S de six ki- 
lomètres, et la lieue de Fraiicc. 

Nous avouerons du reste que tout ne nous a pas satisfait dans lc« 
déductions si nettes et si prudentes de M. Curie-Seimbres. Non-si^u- 
lement il accorde trop d'importam-e à des noms et à des ouvrages qui 
ne méritent d'être ni suivis, ni discutés, ni cités, mais lui-même a 
gardé quelque chose, dans des détails secondaires heureusement, 
de la méthode insuffisante et hasardeuse des générations précéden- 
tes. Il a des étymologies impossibles : Mark, marche, rapprochés de 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 329 — 
Mercure, < identificaiion » qu'il faut laisser à Dulaiirp; ester [nlare], 
rapporté, quoique avec doute, à s(e/a, pierre élevée, etc. E( cette as- 
sertion, que « mitre patois existait certainemoût alors » (au v siècle) ! 

Par bonheur, ces détails sont perdus dans la trame généralement 
solide de la discussion, et ils disparaîtraient [sans lui oplever un 
seul élément essentiel. Où M. Curie-Seimbres est parfaitement solidn, , 
e'est sur le terrain des documents authentique?, qui renferment nos an- 
nales du moyen-âge et des temps mfidernes. Je ne veux citer qu'un 
(«hantillon de cette érudition spéciale, que nous devons lui envier, 
nous tous qui défrichons le champ de l'histoire. M. Curio-Seimbres 
cite, entr'autres titres relatifs à Capborn, un registre de, la magnifique 
« Collection du trésor des Chartes..., dressé entre les années 1306 et 
1311, oii l'on voit figurer chaque chef de maison nominativement, 
ciinime dans les rôles d'aujourd'hui. Soixante-deux noms sont dé- 
nombrés pour le village de Capbern; ou y remarque des Noguès, 
des Barrère, et ce nom de Talhada qu'on aime à rencontrer, parce 
qu'il était porté par le dernier inspecteur, dont la famille appartenait 
originairement à ce village. » 

M. Curie-Seimbres reconnait que la vie thermale de Capbern a 
recommencé au dernier siècle et n'a eu que des progrès assez lents 
dans le nôtre. Nous ne pouvons que renvoyer à sa brochure pour 
tout ce qui concerne l'histoire moderne de ccttf! station, son hydro- 
logie médicale, ses environs : points de vue, curiosités naturelles, 
monuments archéologiques. ,.Ni les malades, ni les touristes, ni les ' 
érudits n'ont été oubliés. Je signalerai, au poml de vue bibliogra- 
phique, la note df> la page 56 sur 1rs ouvrages relatifs à Capbern. 
J'y constate que depuis les doux brochures dont la Reviie a parlé i| 
y a deux ans, il en a paru une troisièrps, dont l'auteur nous est connu 
comme poète (1) ; Cnnsidérations sxtr les eavx minérales de 
Capvern, par Michel Ticier. Toulouse, Douladoure, 1869, 35 pages 

Il nous reste trop peu de place pour parler au long du docteur ■ 
L. Carrèrc, qui, selon sa. promesse, revient sur les eaux de Salies et 
en recommande aujourd'hui l'emploi pour tes affections pulmonaires, 
catarrhales, syphilitiques. L'indication do l'arsenic pour les maladies 
internes est le principal objet de ce travail, et l'auteur eu conclut qu'il 
y a lieu de les traiter par l'eau . minoro-arsenicale de la source de 

(l) Voyezcequ'aa aditM. Paal TalUi, Revue de Gascogat, t. xi, p. 199-21)0. 
Je m'aperçais qne la brochure de H. Ticier sur Capbern a élé également signalée 
(mime vol., p. 530). 



db.Google 



Salies. Du wslp, il cite ip. 11) sur ce dernier pointune obsarvatioa 
qui paraît décisive; et s'il iusiste beaucoup plus sur le traitemeot par 
l'arsenic en général, il ne faut pas le blâmer de mettre en circulation 
des doctrines et des faits de la plus haute importance, mais qui sont 
encore beaucoup trop peu connus, en particulier pour la guérison de 
ce mal si longtemps réputé incurable, la phlhisîe. 

Je n'ai qu'à recommander, soit aux propriétaires, soit aux admi- 
nistrateurs la brochure de M. Delsol, vétérinaire de Mirande, sur la 
pesle bovine. Au point de vue théorique et pratique, c'est un guide 
excellent et de la plus grande clarté eu tout ce qui concerne un des 
redoutables Ûéaux de notre temps. 

II 
Les Volkes. Noies de H. Edw. Baruv, cUraiies du livre II de la nouvelle 
ëditioD de VHistoire générale du Languedoc- 32 p. ia-8°. Toulouse, Ed. 
Privai, 1870. 

On sait que le libraire Ed. Privât prépare une nouvelle édition de 
la meilleure de nos histoires provinciales, \' Histoire du Languedoc de 
D. Vie et D. Vaissèle, édition qui n'aura pas de peine à effacer celle 
que M. du Mége conduisit si mal il y a une trentaine d'années, qui 
même dépassera le mérite et l'éclat de la première, toujours si esti- 
mée et si recherchée. Non-seulement l'éditeur toulousain a fait chois 
du meilleur papier et des plus beaux types pour reproduire ce chef- 
d'œuvre de l'école bénédictiue, mais, chose plus essentielle, il a 
recouru aux plus sdrs érudits de Paris et de la province pour mettre 
ce grand travail au courant de tous les progrés de la science contem- 
poraine. Des dissertations, des travaux spéciaux, des notes savantes 
{sans parler de la révision des textes sur les origiUauïi, sont ou déjà 
faits ou prépari's par des savants de premier ordre sou-s la direction 
de M. Dulaureiis, de l'Institut. Rien de tout cela n'est encore à pro- 
prement parler livri; à la publicité, et je n'en connais qu'une très impor- 
tante dissertation de M. Emile Mabille, archiviste d'Indre-et-Loire, 
sur laquelle je pourrai revenir, et les trois notes niunies par M. Edw, 
Barry dans cette petite brochure, et dont je ne veux dire ici que très 
|)eu de mots. 

Elles sont relatives aux Volkes, et j'avoue que je n'ai vu nulle 
part condensées en moins 4^?^**^ '^'^s qualiti's de large érudi- 
tion et de sagacité iuductive que l'on admire daas les meilleurs 
travaux contemporains de géographie ancienne. L'importance des 
Volkes, leur primitive étendue, la jiersistance de leur nationalité 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



distincte sous- lo régime romain, soat mises en relierdans la première 
note de M. Barry, avec une sûreté de coup d'œil et une science à la 
fois suiabondaate et sobre, dont je croyais le secret perdu, « Nous 
en sommes strictement réduits aux indications bien incomplètes des 
éi^rivains anciens, dit quelque part le docte annotateur. Mais, ajoute- 
t-il, il n'est pas impossible (I), en serrant d'un peu près leurs témoi- 
gnages, dont chaque mot a sa valeur (J), de distinguer, etc. » Je donne 
hardiment M. Barry comme un maître dans l'art, non pas impossi- 
ble, mais hélas ! bien difficilf, de fixer et de mettre en lumière la 
valeur précise de chaque détail, dans ces délicates interprétations, 
dans ces laborieux rapprochements de textes. Et je ne lui fendrais 
qu'une demi-justice si je n'ajoutais qu'il m'a révélé, dans une lec- 
ture attentive et (malgré la sévérité du sujet) agréable autant qu'ins- 
. tructive, la différence ou plutôt l'opposition diamétrale qui existe 
entre l'érudîtioa simplement dite, sœur gennaine du pédantisme, et 
la science solide, qui ne se sert de l'érudition que pour faire valoir 
la vérité. 

A cette note sur tes Volkes en général succèdent deux notes spé- 
ciales, dignes de la même attention et des mêmes éloges, sur leurs 
tribus si célèbres, les Tectosages et les Arecomikes. Je me contenterai 
d'ajouter qu'il y a dans ces pages si serrées, non-seulement des étu- 
des détestes intéressantes pour les seuls audits, pour les studieux 
lecteurs de Ptoléméc et de Strabon, mais des inductions attachantes 
pour tout le monde, de vraies révélations sur l'ancien état des 
terres et des personnes, sur les origines réelles de la France du Midi- 
Quc l'éditeur toulousain obtienne, pour eariehlr son édition défi- 
nitive de Dom Vaissète, beaucoup de pages de cette valeur! et puis, 
qu'il ne nous fasse pas trop attendre un chef-d'œuvre déjà prisé bien 
haut, mais dont la valeur sera facilement doublée par des additions 
d'un tel mérite I 



Vieillesse. Simple note. Souvenirs littéraires. Trose. vers latins, vers français. 
Blandib, ancien bâtonnier. Pao, E. Vignancour, 1871. 13 p. gr. in-8'. 

Ceci n'est point un livre, ce n'est pas même peut-être on dépit du 
titre une simple noie, c'est un bouqupt de pensées sur la vieillesse 
empruntées aux moralistes et aux poètes. Encore c(^ pensées ne 
sont-elles pas très nombreuses. M. Blandin aurait pu les doubler et 
les tripler sans se livrer k de longues recherches; mais évidemment 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 332 — 

il n'a pas cherché : los. paisajçps tles autours aini^s qui avaient pris 
place dans son esprit pt dans, sou cœur ont seuls été admis dans 
cette sorte d'Album mnrtnorum. ry;v(''ii(''rable doyon d"s avocats gas- 
cons et béarnais, «jui n'esl pasun inconnu pournos lecteurs fl), veut 
faire profiter ses contemporains des leçons qu'il a puisées dans ses 
lectures, et les jilus jeunes d'entre eux ne pournint que gagner à mé- 
diter ces maximes en prose et en vers, à savourer ces fruits mûrs 
de la sagesse antique et de l'expérience chrétieuue. Plus d'un de ces 
passages exquis donne vraimoiit, selon- le mot de notre Montaigne, 
l'appélil de vieillir. Mais le plus grand nombre fournit, ce qui vaut 
mieux encore, des recettes pour vieillir avec honneur. 

Si je voulais critiquer quelque chose dans ce recueil excellent, je 
reprocherais à M. Blandin d'av.oir entièrement négligé, parmi les 
maftres en l'art de vieillir, Mme Svetchine, dont la subtililé parfois 
excessive ne doit jias faire méconnaître le sens large et prof<md; 
d'avoir supprimé le second vers de ce sublime conseil de Juvénal, 
que Kant avait si souveut à ta bouche': 

Summum crede nefas aniniarn prxrcrre pudorî 
Et propler vium vivendi perderc causas, 

[manquer, pour sauver sa vie, le but même de la vieil; d'avoir attri- 
bué à Juvénal le beau vers de Perse : 

Virtutem viileant. lutabescantque rdicta! ; 

d'avoir trop négligé la correction de plusieurs pasHag"s latins... Mais 
j'ai mauvaise grâce à signaler quelques grains dépoussière sur des 
marbres immortels, et je ne sais quitter les Souvenirs littéraires de 
M. -Blandin qu'en déclarant beureiiï l'homme qui n'a pu rapprocher 
les plus belles choses dites par les meilleurs auteurs sur les charmes 
d'une vieillesse houon'O, sans tracer son propre portrait, 

UoNCE COUTUIIK. 



(I) M. CI.-II. Maison a rendu compte de son Etudt 
fort dr Béarn dana la flecue dt Gatcosnc, I. xi, p. ?B7. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



QUESTIONS. 



Laurent Joabert, qui mourut de la d)'ssenterie à Lotubez [l], la 29 octobre 
1582 (2), après avoir été le médwin du roi de France et du roi de Navarre, 
rapporie, en ses Erreurs populairei au fait de ia médecine et régime de santé 
fl" partie, l" édition !3j. Bordeaux. Millanges, 1578, in-8°, dédiée à Mar- 
guerite de Valois, « très vertueuse et gËnéreuîe princesse, vray miroir et pa- 
tron d'honneur, etc. °; 4' Édition, 1579. ihidem, dédiËe à Guy du Faur de 
Pibrac (4}J, que la grand' ui ère de la maréchale de Moulue, héritière de la mai- 
son deBeauville, en Agenaîs (5), eut d'une seule couche neur lilles (oui, neuf, 
on a bien lulneu/, connue les Muses!),, lesquelles lilles vécurent toutes et même 
furent toutes mariées, et dont on voyait encore, du temps de Joubert, les tom- 
beaux dans l'église cathédrale d'Agen. Notons queJoubert est un auteur sérieux, 
que la président de Thou appelle « philosophe et médecin très estimé, » qui a 
étë aussi beaucoup loué par Scévole de SaJnte-Uartha et par Ualler... Que 
pensent de son assertion les généalogistes si distingués que nous comptons en 
Gascogne? Qu'en pen^nt, d'un autre côté, les savants coufréres de Joubert qui 
lisent nos Questions et réponses (6)? T.. de L. 



Il a été trouvé dans un galetas, à âubiet, un volume in'4o, relié en basane 
brune, contenant eu 255 pages, d'une assez bonne ècrituredu dernier siècle, six 

(1/ Lombez et non Lambert, commu l'avance H. A. Rochas (Je Die;, ditai la Aou- 
velle Biographie générale. C'«at la Croix du Haine qui, dés 1!>B4 iBibliotMqae 
ftançoite). a indiqué Lombez, en ayant bien soin d'ajouter que relie ville eil à sept 
lieues de Toulouse. 

(ai Ce sont les daies données par Moréri, par Bayle, par Chaadau,' eic. Le D' 
Henauldiii (Biographie univers'ile) change je ne sais pourquoi le 29 octobre en 31 
octobre et l'an 1582 en l'an laS3. M. Rochas, lui, faisant de la fusion, garde le 31 
octobre delà Biographie univerteltt et l'an ibSi des biographies an lé ri eu rei. 

(3) Le D' Rcnauldïn cite une édition do Bordeaux (t&IO, in-S") qui a paru don- 
tease ù l'auleur du Jfanuel du libraire et qui pour moi esl purement imaginaire. 
En reiannho, H. Hnnauldin ne ciie pas la vériiable édilion de 1579, pas plus que 
eelleda 1579. 

(4) Entre lesdeui éditions de Bordeaux de 1&7B et de 1579 parurent les deux 
éditions (conformes à la première el ornées de la dédicace à Marguerite) d'Avignon 
(1578, iQ-16) et de Paris (1578. in-16). 

(&) ïsabeau Paulede Beauvillc, lllle de François, seigneur et baron deBeauville. 
el de Claire dd Souspez, épousa, le 31 mai 1561, an châleau d'ICslillac, Biaise de 
Moulue, et lui donna trois filles. 

{S] le coosialË que le père de Jouberl eut vingt enfanls. .. pas tons à la fois, il ett 
vrai. Rappelons ici que. d'après une légeude provençale, le nom de PorecUett tient 
de l'imprécation d'une mendiante à qui l'aniDâDe avait été durement refusée par une 
dame de cette maison ; * Je prie Dieu que vous fassiei aataol d'entanli que la Iroia 
qui passe dtvaat nous a de petits. > Ce qui arriva. 



D,g,tze:Jb.GOOgle 



coarriers historiques sous ce litre général : BUtoire de ta guerre de VEurope 
commencée kovs le règne de Loute XTSoy de Frdnee en i'annie ijii par M. 
leCour... d'Av... copiée mot poarmot par M. Subercaze bourg» de Gimonl 
en Gascogne. A première vue, ces résumés année par année m'ont paru offrir 
une narration intéressante, malgré l'emphase habitusHe du langage. Mais ne 
pourrait-on pas m'apprendre si ce travail est imprimé quelque part ou s'il est 
resté inédit? ei si l'on en connaît l'auteur ? A3. 



RÉPONSES. 

37. D'un mémoire manuscrit sur la gânérallté de lilontanban. 
(Vojez la Question dans notre tome ii, |j. d33.) 
lu commencement du itiii' siècle, des mémoires furent rédigés sur chacune 
de nos provinces par chacun des intendants qui les administraient, et l'on 
en conserve plusieurs copies dans divers recueils du département des manus- 
crits de la Bibliothèque nationale. J'indiquerai particulièrement le volume 
8150 du Tonds français, intitulé: Mémoires sur la généralité de Bordeaux, 
Jfonlauban, Languedoc. Le mémoire sur la généralité de Montauban fut com- 
posé par Antoine Cathala-Coture.' mort en 1734, après avoir été avocat général 
k la cour des aides de Moiilauban. maire de cette ville, enfin subdélégué des 
intendances d'Auch et de Montauban. Son travail a été inséré en grande partie, 
avec les travau:^ de ses collègues, dans le recueil de Boulainvilliers : Etal de 
la France extrait des mémoire» drestés par Ue inlendanti du royaume par 
ordre de louis XIV pour le due de Bourgogne, ttc. {Londres, 1797, 3 vol. 
in-folio.) , T.deL. 



48. D*iine anecdote de Horellet sur Basqnlat de la Honae. 

(V«Tif 1* QHftt'n lu» nom tentit mnfra. p. HT). 

Cauna, 1 juillet. 
Monsieur l'Abbé. 

Seul, je n'aurais pas assumé la charge de répondre aux questions sur M. 
Basquiat de la Rouze. Le chef de U maison de Basquial-Toulouzetle, à St- 
Sever, m'autorise à être son organe en facilitant les moyens d'irt formation : 

a Je connaissais les deux anecdotes de l'abbé Horellet relatives ù M. de la 
Houze, et je puis vous mettre à mî-me de répondre à la qlieslton de la Beoue 
de Gaeeogne. 

B C'est à la paroisse de Larbey que le diplomate gascon avait fait don des 
reliques de saint Prosper. Il y possédait une terre que son frère, le chevalier . 
vendit, moyennant 6,000 fr. de rente viagère, à M. Domenger, père de celai 
que nous avons connu. — Baron de Toulouzettb. i 

M. Domenger (Bernard), acquéreur de la terre de Larbey Poyloanlt, l'a léguée 
à son Gis Bernard-Roch-Marie Domenger. maira de Mugron et conseiller gé- 
néral, décédé le M avril 1865. Sa veuve, dame Blanche d'Anlin d'Ars. possède 
encore Larbey Poyloault. Nous ne saurions affirmer que Laitey ait ét6 le 



db.Google 



— 335 — 

liége d'uDe foire, tloDt l'usage Ju moins D'aarait pas été reaouvelË depuis 50 ou 
60 ans. Ne peut-on pas supposer que H. de la Houze, lorsqu'il était gouver- 
neur de Grenade en Marsan, a favorisé cette petite ville de ! 'établissement de 
marchés et foires encore subsistants? Ce n'est qu'une hypothèse. 

Cet honimejd'esprit trop oublié était né à Saint- Sève r-Cap en 1732,fdsalaâ 
de noble André de Basquial, seigneur baron d'Artboset delà Uouze, et de Mlle 
du Vacquier d'Auhaignan. Il mourut h Bagnères-de-Bigorre vers 1793. après 
une longue et brillante carriËre diplomatique. II avait épousé dame Elisabeth 
Pabre Defaveus, dont il n'eut point d'entant. 

Après les nombreuses publications oA le baron de Basquiat de la Uouse est 
mentionné {yobUiaire de Guienne, tome i, pages 433, 435. et tome ii, pages • 
44T,450, 451; drmonai desLonds», tome Ii,pag6a61,485. 489 et 490), il 
serak oiseux d'entrer dans de plus amples détails. 

La famille conserve à St-Sever un buste de bronze de Matthieu de Basquiat, 
un grand portrait i l'buile et un ciergo orné des armoiries peintes du noble 
diplomate, témoignage de sa présence i la féie de la Chandeleur ï Rome. 

Il était qualifié de son vivant : Matthieu, des anciens chevaliers de Basquiat 
et Engomez de la province de Guipuscoa, en Espagne, haut et puissant sei- 
gneur, baron, haut-justicier de Mainte- Eulalie, Sa in te- A raille, seigneur de la 
Houze, Ëspaigne, La Hirande et Bonnegarde; baron de Larbey. Baigts et Poy' 
loault{l]; chevalier des ordres royaux hospitaliers du Mont-Cannel et de St La- 
lare; chevalier de l'ordre de Malle; chargé d'affaires du roi près les cours de 
Parme, des Deux-Siciles, d'Espagne, du Saint-Siège, de Banemarck etNorwége, 
etc., etu. Baron C. de Cauna, 

Au moment même où venait de paraître la Question de M. T. de L. sur l'his- 
torietle de Horellet, je trouvais la même historietla. contée avec autant «t plus 
d'esprit, et non moins de malice, dans les Caraetèrea el anecdotes de Cham- 
fort (presqu'à la fin). Je me contente d'indiquer ce récit, qui ferait double 
emploi avec celui de l'abbé Mords-lti. 

Hais je ne puis m' empêcher de faire sur ce dernier quelques remarques, 
dont je laisse l'appréciation au lecteur. 

Le corps saint donné par le pape [Chamfort nomme Clément XIV, à qni 
Basquiat avait rendu quelques services] est baptisé, selon l'usage, d'un nom qui 
indique la sainteté, Prosper, nom qui n'avait pas de célébrité particulière en 
Chalosse. Mais la circowtance " d'un nom vénéré dans le pays » faisait bien dans 
le conte. — Le rusé gascon voulait débiter son • mauvais vin, " dit le conteur. 
Malheureusement pour la bonne foi de ce dernier, le cru de Larbey est juste- 
ment estimé; et commFi seigneur du lieu, te baron de la House ne devait pas être 
fort empêché de faire vendre ses denrées. — La foire de Larbey est encore très 
probablement uie invention, puisque depuis le commencement de ce siècle il 
n'y en a pas le moindre souvenir, au témoignage décisif de H. de Cauna. que 
nous remercions vivement de sa substantielle réponse, mais qui ne pouvait 
Être pris au dépourvu sur un des noms les plus honorables de la noblesse des 
Landes. — Conclusion : ne nous étonnons pas qu'on ait prêté aisément au 
spirituel gascon (il était assez riche pour cela), el méfions-nous toujours un 
peu de l'Esprit dans l'histoire. L. C. 

[Il Lea caries de Caisini placael les lieax ds SainlG'EulBli*, Ëspaigne, U Houze, 
enire Sain i- S evw et Grenade. Larbey, Baigts et PaflosaUaoai prés de Uagron. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



(Vayei Is Oiieilion s la page 331.) 

Le manuscrit exécute avec soin par l'honnête bourgeois Subercaze a été remis 
entre mes mains, et, quoique je n'aie pa le confronter, à Auch, avec aucun 
exemplaire imprimé, je crois pouvoir répondri^ avec tonte probabilité : . 

C'est une copie du Courrier d'Avignon, journal qui paraissait depuis 1733, 
mais qui commença piécisÉment à l'époque de la guerre de la succession d'Au- 
triche ï jouir d'un assez grand'succès. Il y a quelques détails, mais assez in- 
complets, sur cette feuille dans Eug, Hatin. Hist. de la presse en France (Paris, 
Poulet-.MaUs8is, 8 vol. in-8), t. m, p. 309, 310. 

Morenas (voyei ce nom dans ]es Biographies,), Tondaieurdu Courrier d'Avi- 
gnon, n'y travaillait plus dès 1743. Les courriers renfermés dans le manuscrit 
deSubercaze sont d'un de ses successeurs, l'abbë Labanmeel l'abbè Oulhier. et 
plus probablement de ce dernier, qui avait, dit son article dans la biographie 
générale. « en dépit d'un style déclamatoire, de rimaginition et quelquefois des 
saillies. » t. C. 



Aujourd'hui, 26 juiljet, fêle de sainte Anne, 
à 4 heures et demie du malin, lUonseigneur Fran- 
çois-Augustin Delaœare, Archevêque d'Auch, a 
rendu son âme à Dieu. 

Sa mort a été sainte, édifiante comme sa vie; 
son âme et son visage ont gardé jusqu'à sa dou- 
loureuse agonie leur charme incomparable debien- 
veillnnce et de charité. 

La Revue de Gascogne paiera son tribut de re- 
connaissant souvenir à l'auguste protecteur qu'elle 
a perdu. En attendant, elle recommande aux 
prières de ses lecteurs celle belle àme que Dieu 
a rappelée à lui. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



M«« FRANÇOIS-AUGUSTIN DELAMARE, 

ARCHEVÊQUE D'ATJCH. 

Il nous aurait été bien difficile, au milieu de nombreuses et absor- 
bantes occupations, de tenir ce mDis-ci la promesse faite par l^Revu^ 
de Gascogne k l'occasion de la mort de son auguste protecteur* 
Mgr Delamare, archevôque d'Auch. Heureusement nous nous somi 
mes souvenu d'une notice biographique écrite, il y a plusieurs an- 
nées, sous la dictée de son vicaire général M. l'abbé Viltelte, et 
restée en sa possession. Il a bien voulu nous permettre de l'insérer 
ici tout entière; nous n'avons eu qu'à la compléter en ajoutant, à 
la fin, quelques détails sur l'épiscopat de Mgr Delamare à Auch, 
avec le récit de sa mort et de ses luoérailles. . L. C, 



I. Jeunesse de l'abbé Delamare.— II. L'abbê Del^nare vicaire général de Cou- 
tances. — III- Vie épiscopale de Mgr Delamare à Luçon et à Auch. — IV- 
Horl «t fanërailles- 



I 

François-Augustin Delamare naquit le 9 septembre 1800 
à Valogoes (Manche), d'une famille profondément chré- 
tienne, qui réleva dans les principes de foi et les habitu- 
des religieuses dont sa vocation précoce fut le fruit. Sa 
mère surtout, aussi intelligente que pieuse, surveilla avec 
un soin particulier les premières années de François- 
Augustin, et en travaiflant à faire de son enfant ce qu'elle le 
voulait avant tout, an bon chrétien, elle prépara pour l'Eghse 
un saint prêtre et un digne évêque. Sa tâché à la vérité n'é- 
tait pas difficile. Doué d'un esprit pénétrant, d'une grande 
mémoire, d'une rare douceur de caractère et d'une piété 
pour ainsi dire naturelle, l'enfant secondait à merveille le dé- * 
vouement de sa mère et préparait avec elle, sans lès soupçon- 
ner, la réalisation des desseins de Dieu. 

TOBE XII. 25 



db.Google 



Les études classiques du jeune Delamare dépassèrent en 
succès tout ce qu'avait fait présager sa rare précocité. Il les 
commença dès l'âge de huit ans dans le collège de Valogncs, 
et les y poursuivit jiisqu'à la fin, avec une supériorité qui ne 
se démentit jamais; aussi son examen du baccalauréat fut-il 
des plus brillants. 

De très bonne heure sa vocation était nettement déterminée. 
Il entra au grand séminaire de Coutanccs immédiatement 
après l'achèvement de ses études classiques. Au séminaire 
comme au collège, son intelligence et sa piété te Srent végale- 
menl remarquer parmi tous ses condisciples. Il se livra sur- 
tout avec autant de succès que d'ardeur à l'élude de la théo- 
logie; d'après le témoignage unanime de ses maîtres, dont 
plusieurs étaient de savants docteurs vieillis dans les travaux 
de la science ecclésiastique, l'abbé Delamare était l'élève le 
plus accompli de la maison. 

Aussi, ses éludes théologiques achevées, on ne le laissa que 
. deux ans professeur d'humanités et de mathématiques dans 
un des petits séminaires du diocèse. Son talent sûr et facile, et 
songoùtspèciat pour la science divine, marquaient sa place 
parmi ses maîtres: Dès l'âge de vingt-un ans, M. Delamare 
occupait avec la plus grande distinction une chaire de théolo- 
gie au grand séminaire de Coulances. Mais au grand regret de 
ses confrères et de ses élèves, il dut la quitter trop lût. 
Malgré la satisfaction que trouvaient dans cet emploi les 
goûts les plus chers du jeune ecclésiastique, sa santé était 
menacée. L'air très vif de Coutances et la régularité mo- 
notone et sévère d'un séminaire étaient contraires à son 
tempérament, et -les médecins décidèrent qu'il devait de- 
mander le rétablissement de ses forces à un régime de repos 
et de liberté et surtout à l'influence de ï'air de son pays natal. 
Le calme de la maison paternelle et les soins as^dus et déli- 
cats de sa mère, ne tardèrent pas en effet à raffermir sa 
santé.' 



,.b.Google 



A peine avail-U passé quelques mois dans sa famille, 
que le maire de sa ville natale, de concert avec les admi- 
nistrateurs du collège de Valognes, Tobligea, pour ainsi 
dire, d'accepter la chaire de philosophie de cet établissement. 
Le souvenir de ses premiers triomphes littéraires était encore 
très vivant à Valognes; les promesses de ses débuts et les pré- 
visions des administrateurs ne furent pas trompées. Profes- 
seur de philosophie, Tabbé Delamare se fit remarquer par les 
qualités sérieuses qu'il avait déjà déployées dans renseigne- 
ment de la théologie. Il exposait et discutait toutes les ques- 
tions avec un ordre parfait, et une constante clarté de parole. 
A cette'préciéuse lucidité qui prévenait toute fatigue, sejoi- 
gniûent, pour captiver ses jeunes auditeurs, Texpression 
naturelle de la plus sincère affection et le charme des rela- 
tions les plus faciles. 

Son succès fut si éclatant qu'au bout de quatreannées 
seulement de professorat, le recteur de l'Académie de 
Caen, ce vénérable abbé Jamet, si connu -dans toute 
la Normandie par la création d'un établissement de bien- 
faisance, le jplus considérable de France peut-être, offrit à 
M. Delamare la direction du collège de Valognes. Le suf- 
frage de l'illustre recteur avait été précédé des vœux unani- 
mes des inspecteurs d'Académie, des administrateurs civils 
et du principal lui-même, qui demandait sa retraite. On était' 
"en 1820, et M. Delamare avaitvingt-sixans à peine. 

Sa présence et son enseignement avaient déjà contribué à 
accroître la réputation et l'importance du collège; mais sous 
sa direction, cet ètabhssement devint l'un des plus fréquen- 
tés de tout le ressort de l'Académie. Pour donner aux ètmies 
plus de force et de développement, et se mettre en mesure de 
soutenir avec honneur la concurrence des collèges royaux eux- 
mêmes, le nouveau principal augmenta le nombre des maî- 
tres et surveilla leur enseignement avec une consciencieuse 
sévérité, toujours acceptée sans peine, parce qu'elle était gou-* 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 340 — 

vernéti par la prudence et tempérée par raiïectioii. Il voulut 
du reste demeurer leur collègue en gardant la chaire de phi- 
losophie. C'était le meilleur moyea d'assurer la persévérance 
dans renseignement des saines doctrines, et d'entretenir dans 
l'esprit des élèves la foi et les principes catholiques, que tant 
de jeunes intelligences ont perdus au contact d'un profes- 
seur imprudent. M. Delarhare eut encore par là le précieux 
avantî^e de diriger vers le sacerdoce bon nombre de jeunes 
gens qui fréquentaient son collège, et qui lui doivent en gran- 
de partie la position qu'ils occupent aujourd'hui dans l'Eglise. 
H resta quatre ans, de 1826 à 1830, principal du collège de 
Valognes, uniquement occupé de la direction de cet établis- 
sement et d'études classiques. H avait pris le collège avec 
cent cinquante élèves, il le laissa avec plus de trois cents. Ce 
chiffre dit assez à quel degré le sage et habile administrateur 
avait acquis la confiance des élèves et de leurs familles. 

La Révolution de Juillet, qui se présenta, comme on le sait, 
avec des symptômes inquiétants pour le clergé, trouva une 
foule d'ecclésiastiques attachés aux collèges de l'Université, sur- 
tout dans le Fessort de l'académie de Caen. On demandait un 
serment que beaucoup de prèlres refusaient par suite de leurs 
convictions personnelles. Ceux du diocèse de Coutances qui 
étaient employés dans l'Université (on en comptait *unc 
soixantaine), n'osant prendre sur eux deconlracter de nouveaux 
engagements, consultèrent Mgr Dupont, lenrévêque. lis ne de- 
mandaient pas une décision formelle, mais un conseil de 
conduite. L'évèque, après un sérieux examen, répondit par 
ces paroles dont l'intention était facile à saisir : Licet, sed non 
exptdit, prœserlim viro ecclesiasUco. Pour l'abbé Delamare, 
ce conseil indirect de son ôvêque fut un ordre. Il donna sa 
démission et abandonna avec de profonds regrets un collège 
pour lequel il avait fait d'immenses sacrifices et qui lui devait 
sa prospérité. Il lui fut surtout pénible de quitter celte Jennesse 
ahnée à laquelle il avait consacré les premières années de sa 



db.Google 



— 341 — 

vie sacerdotale, et à laquelle it laissait, avec son affection, le 
souvenir d'une bonté et d'un dévouement inappréciables. 

L'abbé Delamare rentra donc dans la vie privée avec la 
considération qui devait s'attacher à un sacriQce d'autant plus 
honorable qu'il contrariait ses goôts les plus chers et semblait 
briser sa carrière. Il n'accepta aucune fonction publi- 
qtie, malgré les offres aussi pressantes qu'avantageuses qui 
lui furent faites à plusieurs reprises. Sa santé, éprouvée de 
nouveau, demandait du loisir et des soins. Il garda donc quel- 
que temps toute sa liberté, en acceptant la gracieuse hospitalité 
d'une famille encore plus distinguée par les vertus chrétien- 
nes que par l'éclat de la naissance, et à laquelle il rendit 
d'éminents services. Mais ce repos, salutaire au corps, ne fut 
pas moins utile à l'esprit du studieux ecclésiastique. M. De- 
lamare s'occupa alors avec beaucoup de suite de deux études 
fort diverses, mais qui devaient l'une et l'autre trouver leur 
emploi dans l'avenir que lui réservait la Providence : il étudia 
avec soin les principes de notre législation, et se mit au courant 
des travaux, déjà si considérables, en Normandie surtout, de 
l'arcbéologic chrétienne. H eut plus tard l'occasion de montrer 
sa rare intelligence des questions d'art chrétien dans un 
Essai sur la véritable origine et sur les vicissitudes de la ■ 
cathédrale de Coûtâmes (1 vol. in-i"; extraitdes Mémoires de 
la Société des antiquaires de Normandie, xn* vol. 1840-1841), 
qui fut très remarqué de ceux mêmes qui en attaquèrent le 
plus vivement les conclusions (4). M. l'abbé Delamare, à l'épo- 
que de cette pubUcation, était devenu vicaire général dc'Cou- 
lances. 

II 

L'évcque de cette ville, Mgr Dupont, l'un des prélats les 
plus distingués de son temps, joignait à un esprit très fin et 

(1) L'opinion de l'abbé DtUmsre mt U dtia de la talbédrale da Coatuicei a étâ 
forlament conbaiiue par H- Viiel, dioi m belle moDogrepbie de Hoire-Damt de 
JVovon (eb. Tli). M. Delamar* «Tait adopté U tbése de M. de Gerville, Mvanl ami-» 
qaaire Dormaod, dans riniiinitâ duquel il vécat asaez loDgtemps. 



db.Google 



— 342 — 

très délié le dou encore plus rare de se coonaitre en hommes. 
Il avait apprécié le mérite del'abljé Delaraare dès le temps où 
il professait au grand sémioaire, d'où il l'arùt vu partir avec 
regret. Il Tavait suivi depuis lors d'un regard constamment 
attentif, applaudissant à ses succès avec cette réserve prudente 
dont il ne se départ^ùt jamais, et qui ne permettait pas de 
giénétrer ses intentions même les' plus arrêtées. Déjà parvenu à 
ua âge avancé, et entouré de conseillers éminents sans doute, 
mais tous aussi âgés que lui, Mgr t>upont sentit le besoin d'avoir 
près de lui un administrateur plus jeune et plus valide, n jeta 
les yeux sur Tabbé Dclamare, qui venait d'atteindre sa trente- 
quatrième année, et le nomma son vicaire-général titulaire au 
mois de juillet 1854. Cette nomination fut accueillie dans tout 
le diocèse avec la plus vjve sympatliie. De toutes parts révêque 
reçut des félicitations d'un si heureux choix, et les confrères 
mêmes du jeune grand vicaire, qui avaient èlé ses maîtres, 
apprécièrent plus que personne le secours qu'ils pouvaient 
attendre de ses talcnls bien connus, relevés surtout à leurs 
yeux par la plus aimable modestie. 

Malheureusement, le vénérable prélat ne jouit pas longtemps 
des travaux de son nouveau vicaire général. Il mourut un an - 
après ravoir nommé, plein de jours et de bonnes œuvres, 
pleuré par les prêtres et par les fidèles, qui l'avaient tou- 
jours entouré de leur respect et de leur amour. Pendant la 
vacance du siège, le chapitre nomma Tabbé Delamare 
vicaire capitulaire; ce vole unanime était la confirmation la 
plus éloquente du choix fait par révêque que le diocèse venait 
de perdre. 

A Mgr Dupont succéda Mgr Robiou do la Tréhonnais, qui 
gouverna le diocèse de Coutanccs depuis 1856 jusqu'en 18î>2, 
et qui, en s'arrachant volontairement à celte époque à ses 
hautes fondions, laissa la réputation d'une grande science 
Ihéologique jointe à la plus haute piété et au plus scrupuleux 
esprit de justice. Un tel évcque ne pouvait méconnaître le 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 343 — 

mérite de l'abbé Delamare. Non-seulement il lui conféra de 
nouveau le Utrc de vicaire général, mais il voulut se rattacher 
de la manière la plus étroite en le priant de venir liabitQr avec 
lai. Dans ces rapports intimes, le judicieux èvêque ne tarda 
pas à comprendre que son vicaire général était lui-même mûr 
pour l'èpiscopat. Il ne tint pas à Mgr Robiou que M. Delamare, 
quoiqu'à peine âgé de trente-huit ans, ne fût mis à la tête d'an 
diocèse. Mais ce dernier refusa une position qu'il jugeait seul 
au-dessus de ses forces, et rien ne put triompher de sa 
modestie. Il resta donc auprès de son évêque jusqu'au 
moment où Mgr Robiou crut devoir à son grand âge de se re- 
tirer de la vie publique, et de laisser à un éyèque plus valide la 
charge pesante d'un des diocèses les plus considérables de 
France. 

M. Delamare ne pat voir sans un vif regret s'éloigner un 
prélat qui l'avait honoré de son amitié et de sa confiance, et dans 
l'intimité duquel il avait vécu dix-sept années. Sa peine de-: 
vait être tempérée par la nomination à l'évÉché de Coulances 
de l'abbé Daniel^ ancien recteur de l'Académie de Caen- M. 
Delamare n'était pas un étranger pour Mgr Daniel. Ils avaient 
été condisciples, et, bien qu'ils eussent suivi depuis 1850 des 
voies très différentes, leurs relations n'avaient jamais été in- 
terrompues. Instruit de longue main des rares qualités de son 
ancien condisciple et des services qu'il avait rendus au dio- 
cèse sous l'administration de ses deux prédécesseurs, Mgr 
Daniel n'eut rien de plus empressé que de s'attacher M. De^ 
lamare à titre de vicaire général. CelaiTci fut encore plus 
utile au nouvel évêque, dont l'activité s'était déployée jusque- 
là presque uniquement dans les travaux universitaires, qu'il 
n'avait pu l'être aux évèques précédents; et il mit d'autant 
■ plus de zèle et dévouement à seconder ce prélat que l'opi- 
nion publique l'avait désigné depuis longtemps comme suc- 
cesseur de Mgr Robiou. 

L'un des premiers témoignages d'estime que voulut donnei' 



nGoogle' 



- 344 — 

Mgr Daniel ù son coDilisciple devenu son vicaire général, ce 
fut de le présenter pour la décoration de la Légion d'honneur. 
M. Delamare fut en effet nommé chevalier par décret du 2 
avril 1855. Cette distinction, qui récompensait les mérites du 
professeur, du principal de collège, du vicaire général et de 
l'archéologue, n'était que le prélude d'un titre bien plus con- 
sidérable qui devait bientôt lui être conféré. Un décret impé- 
rial en date du Smarsi856rappelaàrévêchédeLuçon.Mais 
avant de le suivre dans ses nouvelles fonctions, nous devons 
compléter le tableau des services qu'il rendit au diocèse de 
Coutances. 

Ce n'est pas en effet radministration ecclésiastique seule qui 
lut donna l'occasion de déployer ses talents organisateurs et son • 
dévouement à TEgUse. La reconnaissance pubUque inscrivit 
le nom de l'abbé Delamare sur des fondations éminemment 
utiles, qui se développèr'ent de plus en plus sous son influence, 
et qui immortaliseront dans son diocèse natal le souvenir de 
sa charité et de sa merveilleuse aptitude au gouvernement des 
hommes et des choses. 

Lorsqu'en 1854 M. Delamare fut appelé a Coutances pour 
y rcmphr les fonctions de vicaire général, il résidait à Cacn au 
sein d'une noble famille qui a été déjà désignée plus 
liaut. A cette époque. M™ de Riou, née d'Aigneaux, l'abbé 
Jamet et M. Delamare méditaent l'établissement à Pont- 
l'Abbé, dans le diocèse de Coutances, d'une succursale de 
l'immense maison du Bon-Sauveur de Caen, destinée à re- 
cueilUr les aliénés et à élever les enfants sourds-muets. Un 
instant l'abbé Delamare craignit que les projets de son évê- 
quc ne vinssent compromettre cette fondation, et dans une 
lettre aussi franche que respectueuse, il annonça l'intention 
dç renoncer à la position si honorable qui lui était offerte 
plutôt que de sacriûer la création d'une œuvre qui devait 
être un bienfait inappréciable pour tout le pays. Mais Mgr 
Dupont jugea que les nouvelles fonctions de M. Delamare, 



db.GoogIc 



— 345 — 

loin de nuire aux projets do M"' de Rioii, ne pouvaient qu'en 
faciliter rexécution, et il lui conféra le titre de supérieur 
ecclésiastique et la direction morale d'une œuvre qui, créée 
avec les ressources matérielles et l'inépuisable charité de ta 
noble fondatrice, doit cependant en partie à Mgr Delamare sa 
vie et son importance. Aujourd'hui cette maison, dirigée par 
près de cinquante religieuses, a pris de tels développements 
qu'elle est considérée dans sa spécialité comme l'établisse- 
ment le plus considérable de la Normandie après celui de 
Caen. 

A peine la maison du Bon-Sauveur de Ponl-l'Abbè était- 
elle fondée, que la vénérable supérieure des Sœurs des Ecoles 
chrétiennes de la Miséricorde, Julie Postel, qui connaissait per- 
sonnellement M. Delamare, le demanda à Mgr Robiou pour 
supérieur de sa congrégation. Cette sainte femme dont la vie 
et la mort ont été si édiOantes, et dont le tombeau même est 
glorifié par des grâces si insignes qu'on a déjà songé à intro- 
duire en cour de Rome la cause de sa béatification, avait 
transporté depuis peu de temps sa petite société dans l'anti- 
que abbaye des Bénédictins de Saint-Sauveur-Ie-Vi comte. Il 
, serait trop long de raconter les épreuves par lesquelles il avait 
plu à la divine Providence de faire passer les excellentes re- 
ligieuses qui venaient enfm de s'abriter comme dans un port 
de refuge sous les ruines de ce vieux monastère. Dieu leur 
ouvrait cet asile pour les récompenser des sacrifices qu'elles 
s' étùent imposés dans les plus mauvais jours de la Révolution, 
en faveur des prêtres poursuivis, des malades et des pauvres 
abandonnés. Quelque abrégée que soit la notice écrite par 
M. Delamare lui-même sur la vie de Julie Postel et sur les 
épreuves desapieusecongrégation(l), ony entrevoit, malgré 
tout le . soin employé par l'auteur pour dissimuler son action si 

H) Vie édifianlt ie la trèt honoré* $upérieur* Marie Maddtint, net Julie Pot- 
lel, inttitatrite det écolet ehrétienneideta Mitéricorit. l v. in-12 de Yiii-301 pages- 
Conlances, impr. Daireatu, 1653. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 346 -r 

utile et si persévérante, qu'il fut rinstrument choisi parla di- 
vine Providence pour organiser et consolider une société des- 
tinée à rendre de grands services. Les religieuses de la Misé- 
ricorde n'étaient qu'au nombre de vingt-cinq, en comptant les 
novices et les postulantes, lorsque leur nouveau supérieur 
arrêta leur organisation déflnitive, en adjoignant à leurs 
constitutions, qui sont celles du vénérable abbé de La Salle, 
le service des hôpitaux et d'autres œuvres de charité. Ces 
choses se passaient en 1857 et 1838, et, vingt ans plus tard, 
la congrègaliOD de la Miséricorde, sous la direction de son ha- 
bile et infatigable supérieur, avait pris un accroissement vrai- 
ment merveilleux. Aujourd'hui elle est établie dans une 
trentaine de diocèses de France (outre plusieurs maisons 
en Allemagne), compte plus âe neuf cents reUgieuses et diri- 
ge à Paris quatre étabUssements importants, enlr'autres un 
orphelinat où sont élevées près de six cents jeunes filles. Re- 
connue par le gouvernement, cette congrégation a déjà été 
louée et approuvée par le Souverain-Pontife. 

Mais la commlinauté de Saint-Sauveur-le-Vicomte, centre 
d'une œuvre qui grandissait chaque jour, avait besoin d'une 
chapelle assortie à ce prodigieux accroissement. Pendant dix 
ans, elles'était contentée de lamoiticd'un bas-côté qui avait 
seul échappé, avec quelques débris fort intéressants, à la rage 
des démoUsseurs del'antique église des Bénédictins. Relever 
ce magnifique édifice, c'était un travail gigantesque, rui- 
neux, impossible même aux yeux du plus grand nombre. M. 
Delamarc l'entreprit avec courage dès l'année 1844, et douze 
ans suffirent à l'achever, grâce au dévouement des Religieuses 
qui voulurent y aider de leurs propres mains, à quelques sub- 
ventions de l'Etat et anx secours de plusieurs personnes gé- 
néreuses. Les frais de ce grand travail s'étaient élevés au chif- 
fre de 600,000 francs. Mais le pays avait retrouvé un de ses 
plus remarquables monuments. L'église de Tabbaye de 
Sainl-Sauveur-le-Vieomte, terminée en 18d6, fut consacrée 



db.Google 



— 347 — 

par Mgr Delaaiare lui-même deux mois après son élévation à 
l'èpiscopat. 

L'œuvre était à peine entrée dans cette voie de progrès et 
de prospérité, que l'abbé Detamare, toucbé depuis longtemps 
de t'état d'abandon religieux ou sont trop souvent les jeunes 
garçons des campagnes, songea à fonder une congrégation qui * 
fit pour eux ce qu'accomplissait pour les jeunes fllles la con- 
grégation des Religieuses de la Miséricorde. Encouragé par 
son cvcque, il fonda, en 1842, l'Institut des Frères des Ecojps 
chrétiennes de Ui Miséricorde, qui a été reconnu par l'Etal. 
Ui généreux fondateur, qui avait une prédilection marquée 
pour les demeures monastiques, établit ses Frères dans la vieille 
abbaye bénédictine deMontebourg. Les épreuves, signe ordi- 
naire des œuvres de Dieu, ne manquèrent pas à la nouvelle 
société. Mais le zèle prudent et habile du fondateur a triomphé 
successivement des plus grands obstacles; l'œuvre s'est ré- 
pandue dans plusieurs diocèses, et elle comptait plus de cent 
religieux lorsque l'abbé Delamare fut appelé à l'èpiscopat. 
Aujourd'hui elle se maintient et se développe de plus en plus, 
grâce à la protection toute spéciale dont l'honore le zèle 
éclairé de Mgr Bravard, évctiuc de Coutanccs. 



III 



Nommé, comme nous l'avons dit, à l'évéché de Luçon par 
décret impérial du 5 marsl8î)6,Mgr Delamare fut préconisé le 
16 jutn suivant et sacré à Reims, le 20 juillet, par S. E. Mgr 
Goussei. Deux jours après, il prenait possession de ce siège, qu'il 
aoccupé jusqn'aul"raai 1861. Il nonsasemblè que pour faire 
apprécier- la sage et utile administration de Mgr Delamare pen- 
dant les cinq années qu'il gouverna le diocèse de Luçon,. nous 
n'avions qu''à transcrire un intéressant article publié à l'oc- 
casion de sa translation à rarchevêclié' d'Auch par les jour- 



db.Google 



. — 348 — 

naux de la Vendée, el c|ui fut reproduit par plusieurs grands 
journaux de la capitale. Nous ne saurions mieux exprimer ni 
l'estime universelle que s'était acquise le vénérable évèque, ni 
les regrets que causa son départ. 

« La nomination de Mgr Delaraare à l'arclievêclié d'Auch, louten 
lionorant le diocèse et la ville de Luçon, a jeté parmi nous un deuil 
que nous n'exprimerons jamais aussi vivement qu'il a été senti. Les 
regrets profonds et universels que laisse après lui notre vénéré prélat 
inontrent combien il mérite d'occuper dans l'église une nouvelle et 
plifs importante digoité. Mais si nous félicitons le diocèse d'Auch 
d'avoir un archevêque si remarquable, nous ne pouvons nous em- 
pêcher de porter envie à son bonheur, en le voyant nous enlever un 
prélat qui unit toutes les vertus cpiscopales aux plus précieuses 
qualités du cœur. 

> Depuis son arrivée au mois de juillet 1856 jusqu'à ce jour, dans 
son administration si douce et si paternelle, il a montré une expérience 
consommée : ce coup d'œil qui juge, avec autant de sûreté que de 
proçiptitude, les hommes et les choses, la science pratique des affaires, 
la fermeté sur les principes, la modération dans les rapports habituels, 
les larges vues d'ensemble; en un mot, tout ce qui constitue le parfait 
administrateur, il a prouvé qu'il le possède à un rare degré, 

» A ces qualités si utiles de l'homme public, il joint à un degré 
bien plus éminent encore toutes les vertus qui font l'évèque pieur, 
savant et zélé. Il était pour nous ce pasteur vigilant auprès duquel 
prêtres et fidèles trouvaient la lumière qui éclaire, la force qui sou- 
tient, la sagesse qui dirige, et les consolations qui adoucissent les 
douleurs les plus amères. 

ï I*s limites d'un article de journal ne nous permettent pas de 
parler comme nous le voudrions de sa piété filiale, de son inaltérable 
affection pour le souverain Pontife. Tous les actes de son épiscopat 
sont des monuments qui attestent son dévouement sans bornes à la 
cause de l'immortel Pie IX dont il ne parlait jamais, surtout dans ces 
derniers temps, sans être visiblement ému. Aussi quelle consolation 
n'a-t-il pas goûtée quand naguère il a pu annoncer que la générosité 
de ses diocésains lui avaitpermis de déposer aux pieds du vicaire de 
Jésus-Ciirist une offrande dont le chiffre élevé était la manifestation 
la plus touchante de leur foi ! 

* Que dire de son affabilité et de sa bonté? C'est là ce qui lui a 
ouvert le chemin de tant de cœurs qui lui sont à jamais dévoués. On 



.b. Google 



— 349 — 
(■lait houreux de le voir, soit dans soa palais, où il recevait ses prêtres 
comme UD père reçoit ses enfants et où il avait pour tous un accueil 
si sympathique et si cordial; soit dans les rues de notre cité, où, com- 
me le divin Maftre, il s'arrêtait à chaque instant pour bénir les petits 
enfants qui, encouragés par tant de bonté, se pressaient autour de 
lui, avec la naïve conhance de leur âge. Dans ses relations, rien qui 
sentît la gêne et la contrainte; on se trouvait à l'aise; tant il y mettait 
de condescendance et de bonne grâce. Cette affection universelle 
qu'il s'était attirée, il la tournait au proht de son ministère, en y 
cherchant l'occasion de faire tomber quelques préjugés, ou de glisser 
quelques avis qui souvent ont porté leurs fruits. Il savait que les 
hommes sont surtout accessibles à la bonté, et que si l'on peut se . 
roidir contre les raisonnements d'un esprit qui nous combat, on ne 
tient pas contre la charité d'un cœur qui nous aime. Il a réahsé cette 
lielle parole do Fénclon à un évêque de son temps : < Soyez père; ce 
n'est pas assez, soyez mère. » 

* Nous ne pouvons passer sous silence sa préoccupation constante 
pour les inlérôts de notre cité : commerce, industrie, bureau de bien- 
faisance, associations de charité, trouvèrent auprès de lui un concours 
toujours utile et persévérant. Les magnifiques orgues qui méritèrent 
le grand prix à l'exposition universelle, placées dans notre cathédrale; 
le palais épiscopal, dont l'intelligente restauration fait aujourd'hui l'un 
des plus beaux monuments des provinces de l'Ouest; l'ouverture 
d'un collège de plein exercice, bâti par son vénérable prédécesseur, 
et dans lequel, pour son organisation, il a été dépensé par ses soins 
et au grand avantage dos fournisseurs et des ouvriers du pays, plus 
de cent vingt mille francs; ces œuvres dues à sa sollicitude et qui 
n'étaient que le prélude des grandes entreprises qu'il méditait pour 
la restauration de la cathédrale et la reconstruction du séminaire, 
perpétueront sa mémoire parmi nous. 

» Vénéré prélat, vous n'avez pas fait des ingrats. Vous en avez 
pour garant ces regrets dont l'expression publique vous a si vivement 
touché, cette tristesse partagée par toutes les classes de la société, ce 
concours empressé de prêtres, de laïques, de bons ouvriers qui 
auraient voulu vous voir encore une fois, si les embarras i&séparables 
d'im départ l'avaient permis. — Puisse ce témoignage spontan'é de 
l'affection et du respect que méritent vos vertus, ne jamais s'effacer 
de votre souvenir, et vous donner la bonne inspiration de revenir un 
jour visiter ceux qui vous ont si bien apprécié! Nous n'avons plus 
qu'un vœu à fonner, et nous ne doutons pas qu'il ne s'accomplisse : 



D,stz.:Jb.GOOg[e 



c'est que vous trouviez dans le nouveau diocèse quo tous consolerez 
de la perte si regrettable de son illustre archevâque, des cœurs qui 
vous aiment aussi tendrement. > 

Tont ce que dit Tauteur de cel article à l'adresse de Vévèque 
deLuçon, il faudrait le répéter de l'archevêque d'Aucli. I.cs 
prêtres et les fldèles de ce diocèse apprécièrent bien vite la 
haute intelligence, la charité pastoraJc, le zèle prudent et dé- 
voué, le désintéressement, les manières affables de leur arche- 
vêque. 11 semblait que son activité trouverait peu à faire dans 
un diocèse gouverné avant lui par deux prélats également 
èminents à des titres divers, Mgr de la Croix d'Azolctle et Mgr 
de Salinis, qui l'avaient cnriclii d'une foule d'œuvres reli- 
gieuses. Leur successeur, en les conservant toutes, a su 
leur donner de nouveaux développemenls et eu créer encore 
de nouvelles. ^ 

Les grands travaux entrepris par Mgr de Salinis pour l'om- 
bellisseraent de la cathédrale d'Auch s'achevèrent par le dé- 
gagement extérieur du chevet de ce magniûque édifice. 

Les étabUssements ecclésiastiques d'éducation furent par- 
ticuHèremcnt soutenus; et l'un d'eux, le collège d'Eauze, 
s'agrandit de près du double par l'incessante activité de Mgr 
Delamare et reçut le titre officiel de Petit Séminaire. Sous son 
impulsion infatigable et industrieuse, la chapelle du Petit Sé- 
minaire d'Auch, plusieurs fois reprise et abandonnée depuis 
vingt ans, aété achevée, et ornée avec magniQcence, et elle a 
reçu au mois de mai 1806 la bénédiction du premier pasteur. . 
Nous ne pouvons mieux faire comprendre l'importance de celte 
œuvre, accomplie en cinq années, qu'en citant le chiffre des 
dépenses, qui s'élève à la somme de cent vingt-huit mille 
francs. 

L'œuvre si utile des missionnaires diocésains a reçu de Mgr 
Delamare un surcroît de vie et des gages plus sûrs d'avenir 
par la réception de nouveaux membres et la création de consti- 
tutions nouvelles. Les sœurs de la Miséricorde, introduites par 



D,g,tza:Jb..GOOglC 



— 351 — 

leur ancien supérieur dans son nouveau diocèse, y ont deux 
maisons qui semblent appelées à rendre de grands services. 
Le pèlerinage de Notre-Dame de Cahusac, desservi par la 
société des missionnaires diocésains, a pris lui-même de 
grands développements. La restauration complète de Tanti- 
que chapelle a dépassé le chiffre de trente mille francs, et le 
nouveau couvent occupé par les rehgieuses de la Miséri- 
corde auprès de cette chapelle, en a coulé plus de cinquante 
mille. 

La congrégation des frères enseignants ètabUe dans le dio- 
cèse d'Auch a été l'objet de la plus grande sollicitude du 
vénérable archevêque. Développée et embellie par ses soins, 
leur maison centrale est devenue dans sa spécialité l'un des 
établissements les plus intéressants du pays. 

Enfln deux ordres religieux, les Bénédictins OUvétains et 
les PrémontréSj se sont établis dans le diocèse d'Auch sous les 
auspices de Mgr Delamare el donnent déjà des gages sérieux 
d'avenu". 

Nous n'essaierons pas dé joindre à ce tableau très incom- 
plet des œuvres extérieures l'appréciation de l'influence mo- 
rale du vénéré prélat. Il suffira d'indiquer les encouragements 
qu'il a donnés au dévouement de ses prêtres et de ses fidèles 
pour le souverain Pontife, auquel il alla porter les vœux de son 
diocèse dans la fête mémorable de la canonisation des saints 
martyrs du Japon. Dans une circonstance encore plus solen- 
nelle, raÏTêt de son médecin lui interdit de se joindre aux 
Pères du Concile œcuménique du Vatican; mais ce lui fut une 
précieuse occasion d'exprimer d'abord son inaltérable dé- 
vouement au Saint-Siège, et depuis son entière et cordiale 
adhésion à la majorité de ses confrères, pour la déûnitton 
de la plus haute prérogative du successeur de saint Pierre. 
Enfin le dernier acte de sa vie épiscopale a été une lettre 
adressée à l'Assemblée nationale en faveur des droits mécon- 
nus du Souverain Pontife. — 11 faut noter encore l'impulsion 



D,g,tza:Jb.GOOg[e 



— 352 — 

ilonnéc aux vocations ecclésiastiques par la création des 
bourses cantonales (une ou deux par canton), qui, sans 
grever le mince budget du clergé paroissial, parent aux 
frais dé l'éducation classique des enfants peu fortunés qui 
aspirent au sacerdoce. C'est par cette œuvre surtout que Mgr 
Delamare s'est acquis à janiais les titres les plus précieux à la 
reconnaissance des catholiques du diocèse d'Aucli. 



IV 



La santé de Mgr Delamare, encore florissante lors de son 
arrivée à Auch, subit depuis quelques atteintes assez graves; 
chaque année une ou deux crises sérieuses alarmaient l'af- 
fection ds ses diocésains. Enfin, depuis deux ans, sa vigueur et 
son activité avaient (ait place à un affaissement habituel qui, 
sans altérer sa cordiale bonhomie, son humeur égale, son 
bienveillant sourire, lui interdirent les visites pastorales et 
presque toutes les fonctions solennelles de sa charge, il avait 
invité, pour le suppléer dans la dernière ordination, Mgr 
d'Outremont, récemment promu au siège d'Agen. Quand le 
nouveau prélat vint lui offrir ses hommages, il le trouva dans 
un état de souffrance et de prostration déjà très grave. Au 
reste, le digne archevêque ne se faisait aucune illusion sur 
l'issue de sa maladie. Aussi, de lui-même et dès la première 
entrevue, eut-il hâte de demander à son noble et sympathique 
collègue les secours de la religion. 

Les derniers sacrements administrés par une main épiscopale 
alTermirent dans la paix de Dieu cette àme si proche de l'éter- 
nité. Les vives souffrances du mourant n'ôtaient rien au calme 
et à» là grâce de sa parole et de son regard. Tous ses botes lui 
prodiguèrent, dans ces longs et pénibles jours, les soins les 
plus affectueux. Entre tous les autres, l'excellent prêtre associé 
dès longtemps à sa vie pastorale, l'homme qui avait été de 
moitié dans toutes ses pensées cl. aussi dans la confiance et 



db.Googlc 



— 353 — 

dans l'affection de ses prêtres et de ses fidèles, M. l'abbé 
Villette, Tassistait avec un soin Qli^ dans ces heures dou- 
loureuses. 11 recevait encore avec une vive consolation les 
visites et les secours intelligents et dévoués de la directrice 
des religieuses de la Miséricorde, attachées au petit séminaire 
d'Auch. Sœur Alphonsine représentait au lit de mort du saint 
archevêque une famille spirituelle qui avait eu tant de part à 
son affection et à ses travaux ! Enfin sa sœur, sa nièce, son 
neveu le jeune abbé Delamare, qui ne quitta presque plus sou 
chevet, arrivèrent à temps près de son Ut de souffrance pour 
échanger avec lui un suprême et consolant adieu. 

Mais les consolations divines furent le baume le plus puis- 
sant de ses douleurs. Tant qu^il fut en possession de ses 
facultés, on le vit prier avec sa foi, sa simplicité, sa ferveur 
ordinaires. La grâce de Dieu et la protection de la sainte Vierge, 
si souvent invoquées par sa piété fliiale, étaient sensibles dans 
l'édiQante tranquillité de ses derniers jours. L'archiprêtre de 
Sainte-Marie, qui avait récité sur lui les prières dos agonisants, 
l'attestait dans son éloge funèbre, en rappelant l'ardent amour 
avec lequel l'auguste mourant baisait le cruciOs. et plusieurs 
fois l'arracha des mains qui le lui présentaient, >< pour )e 
presser plus librement sur ses lèvres et sur son cœur. » 

La dernière agonie se prolongea, peut-on dire, deux jours 
entiers, dans une prostration presque absolue, interrompue 
seulement par des accès de cruelle souffrance. Cependant la 
veille même de la mort, il y eut quelques retours de lucidité. 
Dans un de ces moments précieux, sur la .demande d'un 
de ses vicaires généraux, l'archevêque bénit tour à tour, 
avec un regard et un geste encore libres, la mère générale des 
sœurs de la Miséricorde et tontes les religieuses de cet ordre, 
ses prêtres bien-aitnés et tous les fidèles de son diocèse, sa 
propre sœur qui était là tout en larmes et les autres membres 
de sa famille, enfin tous les assistants qui pleuraient et priaient 
en recevant ce dernier témoignage ,de paternelle affection. Le 

TouB XII. 26 



^Google 



— 354 — 

lendemain 26 juillet, fote de sainte Anne, mère de la Vierge 
Marie, à A heures et demie du matin, Mgr Delamare rendait 
son âme à Dieu. Instruit de sa maladie, S. S. Pie IX venait de 
lui envoyer sa bénédiction souveraine. Pendant près de huit 
jours, prêtres et fldèles se succédèrent sans interruption pour 
prier dans la chambre funéraire. 

Celle mort fut le signal d'un concert de regrets et d'éloges 
(jue nul accent hostile n'a troublé. On avait toujours rendu 
justice à la parfaite bicnveittancé, aux vues sages, à la modé- 
ration, à la vive charilé du vénérable archevêque. Ceux qui 
l'avaient vu de plus près disaient qu'il n'était pas encore assez 
connu et que l'avenir ferait apprécier de plus en plus ses ver- 
tus, cmineutes. Echo des sentiments unanimes du clergé, le 
chapitre métropolitain, dans le mandement qui annonçait au 
diocèse la mort du premier pasteur, vantait « cet homme si 
bon, si doux, si bienveillant, si affable, si riche de tous les 
dons du cœur et del'espril...; ce pontife si digne, si généreux, 
si hospitaUer, et que sainl Paul semblait avoir devant les 
yeux, dans son épitre à Timothée, en traçant le portrait du 
véritable évèque. > La plume sacerdotale qui a payé dans la 
presse locale à l'auguste défunt le premier tribut des regrets de 
la ville et du diocèse d'Auch traçait de son côté ce portrait, 
dont nul ne contestera la ressemblance : 

C'était ^ne nature à la vieille marque, comme on disait au ivi» 
siècle. Son caractère était simple, loyal, élevé, sou âme antique, el 
cette âme et ce caractère se réfléchissaient dans tout son extérieur, 
dans la douce sérénité de son regard, aussi bien que sur son visage 
franchement épanoui. Noire vénéré archevêque apportait d'ailleurs 
dans le maniement des affaires ce inélange de suavité d'action et de 
fermeté inébranlable sur les principes, qui commande toutes les 
sympathies. 

Mats la qualité maitresse de Mgr Delamare, celle qui resplendissait 
entre toutes les autres, c'était la bonté, II n'est personne aujourd'hui 
dans ta ville archiépiscopale qui n'entende parly de sa charité, pro- 
digue en tout temps certes, mais plus particulièrement durant les 



D,g,tza:Jb.GOOglC 



— 355 — 

mois si désastreux que nous Tenons de traverser. Que de pauvres, 
ea effet, qua de malheureux, que de familles en détresse oot subsisté 
cet hiver par l'immense profusion de ses aumônes ! Et combien 
d'actes de chrétienne générosité connus seulement de ceux qui en 
furent l'objet et deDîoul... Toujours agissante pendant la vie de 
l'auguste pontife, son évangéliquo bonté ne se démentit pas un ins- 
tant les derniers jours qu'il a passés sur la terre. Les séminaires pour- 
raient au besoin en rendre témoignage et les pauvres d'Auch aussi, 
car, même sur son lit de mort, notre saint archevêque voulut uno 
dernière fois encore laisser se répandre autour de lui son inépuisable 
charité (1). 

Il n'y a pas, dans les pages publiées à roccasion de la mort 
du pieux et bon archevêque, ud seul mot sur les contradic- 
tions et les ennuis qu'il put rencontrer dans ces derniers 
temps, où tant de causes ont troublé certains esprits. L'oubli 
s'est fait sur ces eri-eurs d'un moment, et nous n'y faisons 
cette allusion fugitive que pour citer une noble et solennelle 
protestation du premier magistrat du département à ce sujet : 

Je sais sa vie, — disait M. G. Du Gabé, préfet du Gers, nouveau 
venu dans le pays, — par ses œuvres, par sa mort, par les souve- 
nirs qu'il laisse dans cette ville, témoin de son dévouement au bien, 
de sa respectable charité, et je connais ainsi la perte immense que 
nous faisons tous. Il a traversé des temps difficiles, fidèle à lui-même 
et à sa foi, dédaignant des attaques qui n'atteignaient que leurs au- 
teurs, témoignant de leur injustice on s'oubliant sans cesse pour 
songer aux autres, et abandonnant aux pauvres le soin de défendre, 
par leurs larmes, une religion pour laquelle il avaitvécu et à laquelle 
il laisse encore le témoignage de sa mort (3), 

Nous ne voulons pas donner de longs détails sur les hon- 
neurs rendus, le mardi i" août, à sa dépouille mortelle. 
Ecoles, armée, magistrature, membres du clergé accourus de 
tout le diocèse, formaient un long et majestueux convoi. Une 

(l; irlielA nécrologique pnblid par H. labbé P. Larroqae dans le ConieToattnr 
dnSaoAl 1071. 

(3) Discours de M. la ViiM da Car» à b diitribntian des prii da t^cie d'Auch, 
diQS le Gtri du 8 août 1871. 



D,g,tza:Jb.GOOg[e 



— 356 — 

foule immense et recueillie bordait les rues que parcourur le 
corps de rarchevêque, porté sur les épaules de ses prêtres. 
Mgr Desprez, archevêque de Toulouse, présidait la cérémonie, 
assisté des trois évêques d'Aire, de Tarbes et d'Agen. Le 
neveu de l'auguste défont, ses trois vicaires généraux et le 
secrétaire général de rarchevécbé, un vicaire général et un 
chanoine titulaire de Luçon, venus exprès à Auch, menaient 
le deuil. La cathédrale était tendue de draperies noires aux 
armes de Mgr Dclamare. Après la messe poQtiûcate, pendant 
laquelle des chants funèbres furent admirablement exécutés, 
M. Tabbé Barciet, chanoine-archiprétrç, prononça l'éloge de 
l'archevêque, au milieu d'un auditoire attentif et sympathique. 
La première partie de ce discours fut un résumé de la vie de 
t'abbe Delamarc, d'après la notice communiquée à l'orateur 
par M. Tabhé Villette. Mais sur les vertus épiscopalcs et la 
mort de son vénéré pasteur, M. l'abbé Barciet trouva des ac- 
cents profondément émus. Il nous permettra de citer ici un 
fragment do son discours, qui sera du reste un complânent 
utile de la biographie de Mgr Delamare : 

Les monuments que nous avons fait passer sous vos yeux, 

vous les connaissiez, mes frères. Voici le plus beau, le plus magni- 
fique, le plus digne d'un évèque, pn^cieux monument que la mort 
nous révèle : c'est le testament du saint archevêque. Cet acte suprême, 
nous pourrions en appeler à l'émineat magistrat qui l'a revêtu de la 
sanction légale; cet acte prouvo avec évidence que Mgr Dclamare 
a poussé le désintéressement jusqu'à l'hérolisme : il meurt dans une 
pauvreté à peu près complète. Oui ! l'homme, le prêtre, le pontifo 
qui a été pendant près d'un demi-siècle l'instrument des œuvres les 
plus belles, des créations les plus riches, le dépositaire des libéra- 
lités les plus abondantes; cet homme qui a répandu à flots sur des 
œuvres innombrables les immenses trésors de la charité, cet homme 
meurt pauvre... Je me trompe, mes frères, il meurt riche de vertus 
et de mérites, il nous lègue, avec l'admirable exemple de son désin- 
téressement, une éloquente réfutation de ces accusations menson- 
gères par lesquelles on cherche à égarer les populations, k les exci- 
ter contre la religion et ses ministres. 



,.b.Google 



— 357 — 

Il n'y a qu'uao foi vive, qu'uae piété ardente à qui il soit donaé 
d'inspirer -1* héroïsme de la charité : cette foi, cette piété étaient dans 
le cœur du vénéré pontife, nous en a\-ous la preuve irrécusable dans 
ses dispositions dernières; permettez-nous de mns les rappeler dans 
toute leur simplicité : « Je veux, dit-il, avec l'aide de Dieu, persé- 
vérer jusqu'au dernier soupir do ma vie dans la foi catholique, apos- 
tolique et romaine; dans la soumission la plus entière au Saint- 
Siège; dans mon dévouement sans bornes au souverain Pontife 
Pie IX. 

B Je réclame pour mes derniers moments la miséricorde de Jésus- 
Christ, la protection de la Très ^ainte Vierge, ma tendre mère, et 
l'assistance de saint Michel. 

> Je pardonne sincf'rement et de bon cœur à ceux qui se seraient 
faits mes ennemis. Je demande humblement pardon à tous ceux qui 
auraient pu avoîi à se plaindre de moi. > 

Après le discours de M. rarchiprêlre de Sainte-Marie,, cinq , 
absoutes furent faites par tes trois évéques assistants, par 
M. Vabbé PcHcfigue, doyen du chapitre métropolitain, et par 
Tarcbevèque officiant, [.c cortège funèbre conduisit ensuite le 
corps du prélat défunt vers sa dernière demeure, dans la 
crypte qui s'étend sous le cbcvet de l'antique métropole. C'est 
là qu'il attend la résurrection des morts, tout près du tom- 
beau de saint Léothade, l'un de ses prédécesseurs sur le siège 
d'Aucb. 



db.Google 



NOTE SUR UNE TESSERE CONSULAIRE 

récemment découverte & VielUe-Tonlouse. 

Une bienveillaute communication de M- Edw, Ba'rry nous perniet 
d'empruQterauï bulletins encore inédits de la Société archéologique 
du Midi de la France la note suivante que nos lecleurs liront avec 
intérêt : 

MM. ChalaoïJe et Cbauibert rendent compte d'une visite qu'ils ont 
faite à Vieille-Toulouse et font passer sous les yeux de la Société une 
série d'objets antiques qu'ils ont recueillis daus cette excursion. On 
y remarque notamment des perles de collier en verre, en terre et en 
brOQze, des aiguilles psrcées.et incrustées d'argent, une espèce de 
cassolette en bronze, une rare obole d'argent des Volkes-Tectosages 
portant au revers les quatre lettres COVE jCoveuae, CoDvenœ?! 
cantonnées dans les quatre angles de la roue; et enfin un prisme en 
pierre, inscrit aussi de deux côtés, et sur lequel M. lîarry a attiré 
l'attention de la compagnie. 

Ce petit objet qui nous est parvenu mallieureuscineut incomplet, 
car il est brisé au tiers de sa lougueur, ue serait, suivant lui, qu'une 
Tessera gladiatoria que l'on achetait à la porte des amphithéâtres et 
que l'on conservait en mémoire de tel ou tel Gladiateur en renom qui 
avait figuré ce jour-là dans les jeux, speclalus, comme le disaient les 
anciens d'uu mot devenu sacramentel. — Ces tessères qui nous sont 
psrvenues en assez grand nombre, par la raison très simple que la 
légende en était gravée sur de petits carrelets d'os ou d'ivoire, au lieu 
d'être imprimée sur du papier ou du carton plus ou moins sale comme 
nos billets de spectade actuels, prennent un certain intérêt, même 
historiquement, à cause du nocft des cousuls de l'anaée qu'ils portent 
toujours écrit en abrégé et qui leur ont fait donner le nom de TessereB 
consularex. Ou s'explique, à ce titre, l'attention que leur a accordée 
le comte Borghesi dans sa restitution des fastes consulaires, un des 
beaux travaux de l'érudition moderne. Un savant italieu. Clémente 
Cardinali, en avait publié dès l'année 1835 un recueil assez complet 



D,g,t/e:Jb.GOOgle 



— 359 — 

dans SOS Memona romaiie (Roma 1825) et dans ses Diplomata 
publiés plus tard (1835) à Velletri. La plupart d'entr'oux ont été dis- 
cuta [car il eu existe de faux] et reproduits daus le premier volume 
da Corpus inscriplionum latinarum, publié en 1863 par l'Acadi^mie 
royale de Berlin, sous !a dircctioa de M. Théodore Mommsen. 

Cequidomie uu intérêt particulier à la tessùre découverte à Vieille- 
Toulouse, c'est que la légende ou était gravée en deux lignes au lieu 
de l'être en quatre, comme elle l'est sur la plupart do ces petits 
monuments qui sont presque toujours des prismes à quatre faces ou 
des parallélipipèdes, comme on dit on géométrie. Le nôtre formait 
quand il était complet une lame allongée, large d'un centimètre sur 
trois millimètres d'épaisseur et terminée à chaque bout par une bélière 
aplatie. Cette bélière est percée (au moins d'un côté) d'un trou trans- 
versal destiné à la suspendre. La .légende, dont il ne reste mal- 
heureusement que les trois premières lettres de chaque côté, nous 
apprend qu'un gladiateur nommé DAR (Dares ou Dardanus?) avait 
été vu et admiré [sp. spectatus] A. ï). X. (ante àiem decimam.un' 
decimam ou tredecimam...etc), le 10, le 11, ou le 13, etc..,, avantles 
kalendes de tel mois, sous le consulat de tel et tel consuls. 

M. Barryfait remarquer incidemment que les tessères consulaires, 
relativement commuucs en Italie et surtout à Rome, d'où proviennent 
presque toutes celles qui figurent aujourd'hui dans les grands musées 
européens, sont au contraire extrêmement rares dans la Gaule. On 
n'en connaissait jusqu'ici (saut erreur) qu'un seul exemplaire dé- 
couvert sur lesbordsdu Rbône, auprès de la ville d'Arles, qui avait 
cl qui a encore son amphithéâtre romain. La légende de ce petit 
monument, détruit ou perdu depuis longtemps, ne nous est connue 
aujourd'hui que par la copie qu'en avait prise un archéologue arlé- 
sien du ivi* siècle, Anthelmc de Romieu, dont le manuscrit (1574) 
fait aujourd'hui partie de la bibliothèque do Leydc en Hollande [1). 
Elle nous apprend que le gladiateur Anchialus, auquel la tcssère 
était consacrée, appartenait à un affranchi du nom de Sirtus et qu'il 
avait combattu au mois de février, l'an 691 de Rome, l'année m%oe 

(I) Ce maDQscril, frtkucua d'origine, s'il s'agit d'un original el ilod d'aoe copie, 
ceqns M. Homm3«D ne nous apprend pas, suripaisâaa Holl&QileavcclMinuiuacrils 
el les imprimis dD cdl4brs Tsaac vsd Vota (Voiaii»), qal recneillait pour lai en re- 
caeillaol poar la reine Christine, dont il éuil devenu le bibliothécaire. Sa bibliotbè- 
que a été acbelée. aprâs sa mort, par l'aniversité de Leyde an prii de ^iC.OOO Oorins. 
— Il en existe dans les manasciita du Pire Laporte (Bibliolbiqne de la ville de 
T(ia1oase).nnecopiepTâbablemcnt ineoinpièle, car j'jai vainement cherché lalégende 
delà leaséred'ÂHes. 



db.Google 



du consulat de Cicéronet deC. Antonias (1). Mais il reste à savoir si 
les grandes villes de la Narbonnaise avaient déjà, 63 ans avant ootre 
ère, des aiuphitliéâtres bâtis ou des troupes de gladiateurs organisées, 
et si le monument, quoique découvert dans la Gaule c à la pointe 
du Rosne >, ne serait point d'oiigine et de fabrique italienoe, comnie 
semblerait l'indiquer la forma do la tessère, < laquelle est si menue 
et estroictc >, dit le vieil arebéologue, qu'elle n'est pas plus loagne 
ne plus large que la moylié du petit doigt de ma main, estant perc(5p 
à l'un des bouts. > {Corp. inscr. lat., t. i, n» T76 a.) 

Ce que l'on peut au moins affirmer, en s'en tenant au spécimen 
récemment découvert à Vieille-Toulouse, c'est qu'il existe des les- 
seres consulaires d'une authenticité incontestable, dont la légende est 
écrite en deux lignes adossées, au lieu de l'âtre en quatre lignes 
brisées sur les quatre faces d'un parallélipipède. On ne connaissait 
et on n'admettait jusqu'ici d'exception à cette règle qu'en faveur d'une 
tessère assez récente, car elle est datéedu second consulat de l'em- 
pereur Claude (795 de Rome), découverte au siècle dernier à la villa 
Panfili, et dont la légende est gravée sur un pnsme hexagone, c'est- 
à-dire en six lignes au lieu de quatre (2). Il ne serait pas non plus 
absolument exact de dire, comme on l'a dit et répété bien des fois, 
même dans de très bons livres (3), qu'elles soient toutes en os ou en 
ivoire, puisque la nâtre est en sléatile, espèce de marbre jaiine- 
blanc, d'apparence adipeuse et d'un grain très fin, que l'on rencontre 
dans les Alpes comme dans t' Apennin, et que l'on exploite encore 
aux environs de Briançoa. La règle tout aussi formelle suivant U-> 
qaelle on écrivait réglementairement le mot speclalus en deux et tout 
an plus en trois lettre% SP. SPE., comporterait à son tour des 
excaptions, puisque M, Théodore Mommsen, qui l'a formulée avec le 
plus de rigueur, regarde comme authentique et a. publié comme tellp 
la légende de la tessère d'Arles où le mol est écrit presque en toutes 
lettres : SPECTAT. [Corp. inscr. lat., 1. 1, n" 776 a.) 

Edw. BARRY. 

(!) Toid de qnellfl maDière ella est reprodaite d*ns le mannscrii de Romica qui 
intervertit vi»ibl«m«Dt l'ordre de la légeada. ME>'SE- FEBB- H- TVL- C- 
INT COS- AÎÏCHUL. SIRTI- L- S- SPECTAT- K..-. (Corp. iiittr, lai.. 
1. I. a' T76 a.) 

(2) Elle a ili pabliée poar la première fois dan» les Àlti * monupiwnli dti FrattU' 
Anali, de l'abbé HariDÏi Rome, 1795, p. 837. 

(3] ( El osse sboreve saol omnes, eûgaa; nolis, aotalx ei id gestandam appeo- 

> deDdnmve apt*, (ormae longioseols, qaadralK, excepta noica receotiisiiDa n> 773 

> Sei latemm. > (Corp. tuer. lai,,t.f. Edid. Tb. Hamrasen. Tesser. Coosnlar. 
Proisin., p. 195.] 



db.Google 



LE PANTHÉON ISiAQUE 

ET LA RÉVÉLATION 
I SalnttCrlcq, près de VlIleneuve-de-Hnrsi 



SECONDE PARTIE. 
L'allégorisme et la haute valeur de la mosaïque landaise. 

Nous entrons m^Dtenaat, it faut Tavoucr, dans le champ 
de la conjecture. 

H s'agit de savoir si le siècle qui produisit notre scène avait 
eu vue, dans cette œuvre, un ensemble de choses supérieur 
à celui qui vient de se dérouler devant nous, et dont ce der- 
nier serait le symbole. Mais qui pourrait nous l'apprendre 
avecassez d^autorité, si ce n'est. ce siècle lui-même, ou bien 
rimpossibilité d'expliquer la mosaïque si Tonne recourt à une 
telle hypothèse? A la vérité, les voix qui peuvent nous venir 
de là ne feront point tout à fait défaut; mais aussi ne seront- 
elles pas assez fortes peut-être pour faire naître en nos esprits 
autre chose qu'une sérieuse impression de probabilité. 

Le manqued'unevéritableévidence sera toutefois compensé, 
aux yeux du lecteur, par le nombre et la grandeur des ques- 
tions qui viennent se rattacher aux découvertes landaises. 

Ce sont les principales de ces questions égyptiennes qui 

'jouissent de plus en plus d'une haute opportunité; c'est, au 

point de vue doctrinal, la destinée faite à l'Egj'pte d'être, elle 

aussi, un centre, et l'importance et le règne du symbolisme 

par lequel elle exprima les données sacrées de la tradition. 

Ce sont les grandes questions qui s'agitaient au iV siècle. 



=, Google 



alo)^ qu'on se demandait, en face des liâmes idolâtriques, s'il 
fallait conserver ouextermiDerlesmonumenls du paganisme; 
s'il fallait accepter ou proscrire les services de la mythologie, 
problème ressuscité de nos jours parla controverse des clas-- 
siques. 

Ce sontles questions aujourd'hui encore les plus capitales, 
la mise en scène des plus -hauts intérêts de rhumanitc, le 
grand antagonisme du bien et du mal, la lutte des deux cités 
et de leurs premiers chefs. 

Enfin, oserons-nous le dire avant d'avoir déroulé nos 
[)reuves? la véritable scène qui parait se dresser du fond de 
nos ruines, c'est le drame primordial de la déchéance et de la 
réhabilitation, c'cslle jféclié originel eih triomphe du Sauveur 
avec celui de la divine Mère. Voilà ce que la main de l'Egypte 
serait venue figurer sur nos plages; et quel heureux à-propos 
querapparitiondecemonumeotvienne faire cortégeàsafaçon, 
elle aussi, à la parole pontificale qui nous a naguère expli- 
qué, par une définition solennelle, ce prolévangite du genre 
humain! 

Pour établir cette exégèse, un peu inattendue sans doute, 
el ouvrir en même temps tous les horizons qui viennent d'être 
signalés, il suffira de montrer que tel a été le sens définitif don- 
né par les premiers siècles chrétiens au panthéon isiaque, et 
que le panthéon de Saint-Cricq est l'œuvre d'un chrélten du iv 
siècle, inspiré par ces théories. Or, qu'il en soit ainsi, U ne 
paraît pas impossible de le rendre assez probable. 



Aux premiers siéclea chrétiens, le sens donné au pantbéon Isia- 
que est ceini qu'a donné saint Paal au troisième chapitre de la 
Genèse, en nous y montrant le péché originel et son grand 
remède. 

i. Plutarquc, ou, comme dirait M. Champdllion-Figcac, 
l'auteur moins ancien peut-être du Traité (Tlm et d'Osiris, 



_.oogle 



trouve dans le mytlie d'Osiris et de Typhon l'bistoirc Iradi- 
lionnelle des origines du monde. » Xénocratc lient, dit-il, 
■ qu'il y a en Tair des natures grandes et puissantes, au de- 

• mourant malignes et mal accointables... Empedocle même 

• dit qu'ils sont punis et chastiés des fauUes et offenses qu'ils 
» ont commises..., [qu'ils ont été bannis du ciel et chassés 
» sous la mer, vers lecenlrede la terre]. A cela ressemble 
> naïvement ce que l'on récite. de Typhon, qaù fit par son 
» envie et s^ mahgnité plusieurs mauvaises choses; et qu'ayant 
« mis tout en combustion, il remplit de maux et de misères 
» la mer et la terre... Et puis en fut puni, etc. « (1). 

Oncomprend l'allusion. Elle sera de plus en plus sérieuse, 
si Ton se rappelle que, d'après Jabîomki (2), le nom de 
Tifphonsaixi AiKenpril mauvais; qu'il était représenté sous 
le symbole du serpent, aussi bien que du vent brûlant, qu'on 
l'appelait le tentateur (3), et qu'on le regardait comme un 
dragon foudroyé qui enlr'ouvrit la terre pour se cacher (4); 
qu'il se voit dévoré par les flammes (S), et que cet infâme 
profanateur de l'œuvre divine, après avoir triomphé d'Osiris, 
le premier pure, s'attaqua surtout en lui aux origines de 
l'humaine nature, point tout à fait fondamental dans les tristes 
mystères d'Isis. 

M. Nicolas (6) a donc raison de retrouver l'auteur de 
la chute et de la corruption humaine dans les traditions 
égyptiennes, bien que la fable ait ensuite attribué la révolte 
contre Jupiter et la guerre contre Osiris à deux Typhons 
distincts. 

Cela posé, ïsis devra exprimer Eve. De fait, celte pensée 
n'est point sans antécédents dans les premiers siècles. Clé- 

(1) p. ixir, iTadaet. d'Émyot. 
[2] Panthéon égupîitn. 

(3) V. Enfyclop. calhol., Péchô origiiiel. 

(4) StnboD, ihid. 
>5) Artimon, ibU. 

(5) Eludrsphitot. turteehrùtianitme.i ir,cb.iv. 



db.Google 



— 364 — 

ment d'Alexandrie, et après lui saint Epiphane et Théophile 
d'Antioclie, nous disent que «dans les orgies bacliiques, les 
• initiés, couronnés de serpents, appelaient par de vastes Imr- 
» lenicnls Eve, Eve, la première source de nos erreurs (1). > 
— Et, d'un autre côté, on regardait Isis confime celle qui, la 
première, nous présenta les fruits à manger, de même qu'Osi- 
ris fut le premier qui travailla la terre. Nous l'avons vu. Bien 
plus, ces deux grands ancêtres sont dits çà et là les enfants 
de Hhéa et de Chr&nos, comme si l'on voulait dire de la terre 
et de YEternel. — Et, au rapport de J. Firmicus, il ne man- 
que point à Isis d'avoir été subornée par Typhon. 

Mais à cftié du désastre est la déUvrancc. L'antiquité la 
retrouvât dans la scène d'Isis et d'Horus vainqueurs. Si « la 
femme et sœur d'Osiris se vengea de Typhon, éteignant et 
amortissant sa fureur, comme dit Plutarque, si < elle exécuta 
sa vengeance par son descendant Horus, le même que cet Apol- 
lon des Grecs qui viùnquit le serpent Python, » si « cet Horus 
n'est pas l'ancien Horus, mais l'Horus définitif et parfait » , 
pouvait-on ne point reconnaître dans l'histoire de ce Dieu 
vengeur, ce Fis divin, qui, d'après les traditions de la Mytho- 
logie comme delà Religion révélée, « devait mettre un terme 
au supplice de l'homme, en s'offrant pour succéder à nos 
douleurs et en descendant pour nous dans les enfers (2) »! 

Aussi Clément d'Alexandrie élait-il frappé du christianisme 
des solennités égyptiennes, quand il les voyait emprunter aux 
livres d'Hermès Trîsmégiste la représentation théâtrale de la 
naissance d'un fils de Dieu, de sa poursuite, de ses souf- 
frances, de sa mortel de sa résurrection (ô). Et il est encore 
plus curieux d'entendre Tertullien nous signaler dans les mys- 
tères de rOsiris persan les détails les plus frappants de la 
Religion chrétienne (4). , 

(1) p- 1. 

(2) Nicolas, 1. c. 

(3) Scbmill, dsDs les OiminsW. étang, de Higne. 

(4) Preterip., c, it. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



Avec le nouvel enfant de la femme, il sera bon de retrou- 
ve^ la nouvelle Eve. Elle était figurée en Isis triomphante, s'i 
est vrai que les Druides honoraient Isis, la grande Mère, com- 
me la Vierge qui doit ehfanter (1). Du reste, et nous l'avons 
déjà constaté, il suffisait, au moins à des Chrétiens, de wir 
certaines représentations d'Isis, pour penser à la Vierge et à 
TEnfant-Dieu. — Cette expUcation est d'un caractère tout 
historique. En voici «ne autre, donnée par les philosophes : 
elle pourra servir à fortifier nos conclusions. Osiris est dans 
ce nmnde le principe actif, palemet et bon; Isis est le principe 
passif, féminin et comme la grande mère; Horus est le principe 
défirùtif, qui résulte des deux précédents et porte en lui tout 
germe victorieux. Et c'est en face de celte famille primordiale 
([u'apparaît le génie mauvais, Typfton, qui l'emporte un instant 
et est ensuite vaincu par Horus (2). Qui ne reconnaît encore 
ici Adam et Eve, le Christ leur fils, et Satan rebelle et vaincu ? 

Voilà le sens que les auteurs supposaient au panthéon isia- 
que dès les premiers siècles, certains que d'antiques traditions 
le lui avaient d'avance donné. Avaient-ils raison? Il paraît que 
oui. Autrement, comment s'expUquer le soin de tant de cul- 
tes anciens à nous parler d'un flls de Dieu qui veut conquérir 
le'titre de libérateur, qui se fait fun de nous, meurt, descend 
aux enfers, ressuscite et triomphe? Comment s'expliquer, d'une 
manière vraiment sufflsante, ces grands deuils des mystères 
égyptiens, phéniciens, helléniques, en l'honneur d'une femme 
divine qui cherche à retirer son enfant des enfers? Oii serait 
ici la proportion entre la cause et l'effet ? 

D'ailleurs, écoutez ceci. Il est un fait immense qui règne 
au-dessus de tout; un fait trop atténué par les uns, un peu 
exagéré par tes autres; un fait,, objet d'une attention et d'une 
controverse universelles et souverainement capitales : c'est 

(1) V. Nicolu, I.C.— H. LéoRce Couinre DODsadéjàpaTlédetaViergede Chirirei 
(Bultetin dueomtM..., I. tï, p, 199 si 413), aaDSUD esprit également éloigné d'une 
iTCDgle crédoliié et d'une criiiqtie lèméraire. 

(2) V. Caniù, flwl. unit. 



db.Google 



_ 3C6 — 

que, dès te commencement. Dieu a révélé à Tliomme de grands 
secFtîts, et que les échos de sa sainte parole, se transmettant 
d'âge en âge, formèrent malgré la survenance de bien des 
fables, le fond de tout dogme religieux. 

L'Egypte surtout doit ici fixer nos regards. Il devient de 
plus en plus constant qu'elle reçut de ces pays où fut le ber- 
ceau du nouveau genre humain après le déluge les traditions 
primitives, et que ses sages, si vantés par ce même Dieu qui 
les condamnait, les emprisonnèrent sous leurs symboles. La 
question culminante du bien et du mal, de leur antagonisme 
et de leurs grands représentants, devait donc dominer ses 
dogmes. A l'Egypte, du reste, à cette terre éminemment cen- 
trale, devait être offert l'honneur de recevoir et de faire rayon- 
ner autour d'elle la vérité. 

Le Christ a semblé vouloir nous le dire, quand il s'est fait 
porter en Egypte, afin de figurer, dit saint Jérôme, la venue 
de la parole divine chez les Gentils. Là aussi l'ancfen Joseph 
était venu enseigner la sagesse qui vient de Dieu; là Jacob 
avait annoncé le Sauveur; là Moïse était apparu. L'Egypte 
a-t-ellebien accueilli, bien remph son apostolique mission? 
L'école des Panthènes, la diffusion du cénobitisme chrétien et 
le grand saint Athanase sont là pour nous consoler d'inQ- 
délités trop flagrantes, et l'avenir a ses secrets. Peut-être 
sera-t-on surpris de ne point voir le syrabohsme si instructif 
et si foncièrement chrétien de cette contrée beaucoup plus 
exploité par les Pères. C'est que leur mission était de pren- 
dre le polythéisme dans l'état de dégradation où il était tombé 
et non dans son pomt de départ, de le discréditer comme il 
le méritait et non de le rendre plausible, de le ruiner et non 
de ie maintenir. Néanmoins, nous ne voyons pas qu'ils aient 
attaqué ces interprétations chrétiennement indulgentes; loin 
de là, ils ne font pas difficulté d'employer le même langage, 
d'appeler J.-C. notre Orplièe, de citer la Sibylle, et dès le 
milieu du tv* siècle ils commençaient à saluer dans les divi- 



D,g,tza:Jb.GOOglC 



— 367 — 

nités égyptiennes un déguisement des personnages biblifpws 
(1). Du reste, le système d'Evliémère, qui ne voyait dans 
les dieux que des personnages Instoriques, fut, on le sait, 
largement adopté par eux. Passons au second point qn'il 
faut établir (*). 

(1) J. Finnicoi Hattrnas, etc. 

[*) Un petit Panthéon isiaque à Sàint-Sever. — Il a été niootré que 
le Panthéoa isia(|ae résume en lui toute la nature, ce qui ie rond très 
propre à symboliser ces premiers parents « à qui Dieu donna la vertu 
de tout renfermer en eux » (2|. Une famille de ces contrées possède 
un rouleau d'ivoire où nous voyons habilement ciselées ces'données 
isiaques. Deux couronnes de feuillage renferment deux bustes, l'un 
d'un guerrier, l'autre d'une jeune femme, et sont tenues par des 
figures d'une structure symétriquement variée, mais dont le corps 
présente, en somme, la tC'te et la poitrina de l'homme ou de la femme 
et chez les personnages les plus âgés dos oreilles de quadrupède, 
avec des ailes pouvant servir de nageoires; dans tous ces hiéro- 
glyphes, la partie inférieure se termine en poisson et donne naissance 
à une végétation très marquée. Or, quelle qu'ait été la pensée du 
ciseleur, c'est précisément Osiris et Isis que l'on représente parfois 
d'une manière assez semblable; c'est en eux que l'antiquité païenne 
voulait personnifier la nature, et elle fait dire à Isis : « Je suis tout 
ce qui a été, tout ce qui est, tout ce qui sffra ». Nous donnerions 
volontiers aux fausses Néréides de ce petit objet les noms d'Osiris et 
deNephtys, d'Isis et d'IIorns. Montfaueon, dans son Voyage d'Ita- 
lie, parle d'une de ces figures paothéistiques, offranl au-dessous d'un 
visage de vieillard une tête d'aigle et ayant sous ses pieds un chien . 
entouré par les replis d'un serpent. 

Quant aux bustes auxquels nos personnages rendent honneui;, 
il serait curieux de savoir s'ils ne feraient pas allusion à Fran- 
1,'ois I" et à Eléonorc de Castille venant célébrer dans nos landes 
leur mariage, car tout ici rappelle la Renaissance; et le guerrier, 
outre la barbe, porte le cabasset, propre à ta cavalerie du xvi" siècle, 
et sur lequel on a cru reconnaître la salamandre, tandis que le front 
da sa jeune femme est entouré, comme d'un diadème, d'un léger 
bandeau. C'était ie temp^ oii François 1" ne songeait plus qu'aux 
beaux-arts, et où les Mesraes s'en faisaient peut-être déjà les pro- 
tecteurs à Mont-de- Marsan. 



D,g,tze:Jb.GOOgle 



Le PuttbèoD de Sftint-Cpiq parait dû h des chrétletts da sléola 
de Conatantln et de Tbéodose. 

Remarquons, avant tout, que la simple inspection du ta- 
bleau fait naître de légitimes préjugés en faveur de cette thèse. 
Bien qu'on ait peu déguisé la nudité de nos personnages, 
une main païenne ne les aurait-elle pas fait moins décents? • 
Aurait-elle mis ainsi ses dieux, sous les pieds? Et si tant est 
qu'elle eût voulu orner le pavé de ces belles croix qu'on y 
admire, aurait-elle, pour ainsi dire, affecté de les faire aussi 
brillantes, à l'entrée de la salle surtout, et les aurait-elle 
mises en scène, comme elle l'a (ait, avec tant de gloire? 
Âvonons pourtant que la croix fut un ornement connu des 
païens et qu'elle élait même un des grands symboles du 
Panthéon isiaque. 
. Notre mosaïque a une physionomie assez clirétienne. De 
plus, elle offreéminemmenl les caraclères du iv siècle et elle 
en est comme un retentissement. C'est par cent voix diverses 
((ue cet âge enseigne aux esprits le drame d'Horus, dans nos 
parages surtout. Les plus fortes parleront bientôt; écoutons 
d'abord les plus faibles. Voici premièrement le célèbre égyp- 
tien OrapoUon {Horus ApoUo), qui, par ses écrits, donnait cxi 
ce temps un nouvel éclat au symbolisme de son pays et au 
nom d'Horus. Il parlait aux savants, le vulgaire entendit des 
échos plus forts; et le fracas que firent en tombant ces idoles 
d'Egypte, dont le prophète Isaïc, approuvant celle fois les 
oracles du Trismégiste, avait annoncé la ruine, retentissait 
alors dans le monde, grâce à la destruction des fameux tem- 
ples de Bacclms et de Sérapis. Alors aussi l'on parlait beau- 
coup des croix mystérieuses qui se trouvèrent gravées dans' 
les ruines de ces sanctuaires (i). Des monnaies sans nombre 

(I) Rofio, SocRile, Sozoméne, Saidu. 



db.Google 



(le Constantin et de ses ÛIs, de Jovien, dé Valentinien, de 
Julien surtout, figuraient Isis, tantôt seule, tantôt avec Séra- 
pis ou Osiris, tantôt assise et atlailant Horus, avec la légende 
Vola piiblica, tantôt traînée par des Sphinx. Et VIsis aux fruits 
circulait partout. De son côté, rhistorien Eusèbe venait de 
livrer au public des notions sur les dieux égyptiens et en par- 
ticulier ces mots, répétés bientôt par saint Jérôme : ■ pré- 
tendus sages d'Egypte ! comment nons opposez-vous Horus, 
Jsis, Osiris et Typhon, que vous dites nos premiers pères? (4) » 
Ces pages du grand écrivain, Arhorius avait pu les Ure; 
Arborius, Tune des gloires de nos landes, le favori de Cons- 
tantin-le-Grand, le précepteur des princes, le commensal 
et, à ce qu'il nous parait, l'ami d'Eusèbe ; il avait pu les 
transmettre aux siens, avec son goût prononcé pour les 
fictions de la mythologie. Et, de fait, Ausone, son neveu, 
n'hésita point à fmre régner l'Olympe dansles écoles de nos 
contrées, et il orna d'un panthéon sa villa, tjn problème s'est 
même offçrt à nous dès la première heure : la mosaïque de 
Saint-Cricq ne serait-elle point due à la famille d'Arborius? 
Nous ne pouvons encore répondre à cette question : une solu- 
tion affirmative demanderait trop de réflexions et serait trop 
conjecturale pour le moment. Quoi qu'il en soit, les circonstan- 
ces des temps et des lieux achevaient aisément, dans la matu- 
rité du rr siècle, de provoquer parmi nous la création d'une 
telle œuvre : car, pendant que saint Martin de Tours contri- 
buait à rendre célèbres les images d'Isis, en les renversant, on 
voyait soudain se répandre entre la Garonne et les Pyrénées 
les travestissements orientaux de la véritable origine du mal, 
importés par Mœrc (te Memphis (2); et le sculpteur qui bu- 
rina son chef-d'œuvre dans notre Sarcophage de sainte Quit- 
tera, y gravait, de son côté, une solution de ce grand problème, 
s'ous une forme biblique. 

(llRaDn, BUt.ecMi. 
Il}Sar Isûe, XII, 13, 13. 

Tome XIL 27 



db.Google 



— 370 — 

Conswili'z-voiis, après to\is ces indices, à saluer à Saint- 
Cricq le iv' siècle ? Dansée cas, rien d'étonnant que la croix , 
s'y montre avec tant d'éclat. Le signe sacré commençait à 
resplendir, dès Constantin-le-Grand, sur les pièces de mon- 
naie, à la mosaïque des lambris impériaux (1) et à la porte 
du palais, de même (|u'à l'entrée des routes; il brilla bientôt 
jusqu'en Aquitaine; le poêle aquitain Scverus publiait alors 
une charmante églogue pour le faire partout régner. AU ! 
c'était le moment de substituer à la croix d'Osiris, à la clé dn 
Nil, la croix de Jésus, ia clé de la vie divine, comme on la 
substituait partout, dans Alexandrie, aux symboles du dieu 
égyptien (2), et de montrer qu'il fallait marcher désorn^ais 
sous la conduite dii signe triomphateur. Peut-être même y 
;iurait-il quelque parenté entre nos mosaïques et ces paroles de 
saint Athanase.ou plutôt de saint Antoine au désert, assez cou- 
nues dans les Gaules : «Qu'est-ce qui vaut le mieux, porter la 
croix ou raconter ces fables d'Osiris et d'Isis et (les embûches 
lie Typhon, où vous mettez votre sagesse?» 

Mais pour bien constater l'âge de notre tableau, faisons un 
dernier effort. Y aurait-il eu dans l'empire romain des com- 
bats semblables à ceux d'Horus, et propres à inspirer cette 
œuvre ? Y aurait-il eu un autre Osiris, un autre Typhon, un 
nouveau Lycurgue, une autre isis ? Aurait-il paru un Horus 
clirétien, qui aurait conquis, lui aussi, lacouronne de pierreries, 
jusqu'alors incormue au front des monarques. Oui, Thistoirc 
l'atteste, tout cela s'est vu, quand parut Constantin-l&Orand, 
et lui-même se crut en droit de se faire représenter en Osiris, 
la croix sur la tête, quand il eut terrassé par la vertu de la 
croix, Maxence et Licinius. Et sa mèie, dit saint Ambroise, 
lui décerna un diadème de pierres précieuses, enrichi d'une 
parcelle du bois sacré.— Que si le gallo-romain de Saînt-Cricq 
s'est laissé inspirer, dans le choix de son sujet, par ce qu'il y 

U) Saint Jérd ma, «pi'd. |]. i, lauf ti qu'il y a de notoirement inexact. 
{■i)î>un3,Hiit.del'Egl.,t. ii, p. 390. 



D,g,tze:Jb.GOOgle 



— 371 — 

avait tï'osii'ifiiie ou de dionysiaque dans les liioiiipliateurs de 
son temps, ne croyez point qu'il ait fait en cela rien de bien 
nouveau. Sans recourir à Marc-Antoine, qui voulait rendre 
au monde, en Ini-inéme et en Cléopâtre, un Osiris-Bacclius 
et une Im, sans nous arrêter ù signaler les monuments des- 
tinés à éterniser cette folle prétention, nous ferons observer 
après Eckbel (D. N., l. vi, p. 64, Ob) qu'en Grèce, Alexandre- 
le-Grand, Mithridale en Asie et à Rome Caligula avaient déjà 
élé salués du nom de Bacchus. Le célèbre numismatiste 
reconnaît encore dans le paludamentum romain attaché, com- 
me chez nous, à l'épaule d'un Serapis l'indice d'un einpe- 
reur transformé on dieu, et il constate sur cette Hgure les 
traits de Julien. Des Anubis au même' costume sont expUqués 
de la même façon et la plupart des interprètes ont ajouté que 
risis de cesmonnaies devait être Hélène, femme de l'Apostat. 
En somme, ces sortes de déguisements étaient très communs. 
Toutes ces remarques, il faut l'avouer, ne corroborent notre 
thèse que dans le cas où le panthéon isiaque comporterait 
plusieurs significations simultanées; mais c'est un fait que 
l'antiquité les lui attribua, et même c'est précisément vers la 
fin du iv siècle que la multiplicité du sens symbolique fut 
catégoriquement proclamée parles interprètes. Notre mosaïste 
se voyait donc invité à s'en inspirer pour son œuvre, comme 
Dante l'admit plus tard dans sa Divhie Comédie {') . 

[*) Il a été dit qii'Ausooe avait un panthéon dans une de ses villas. 
Une de ses épigrammes fait dire à Bacchus qu'il est Osiris et qa'à 
Lucaniac il est Panlhée; et ce dernier nom est expliqué dans le 
titre de la pièce. Qui sait même si, encore là, le dieu ne régnait pas 
sur quelque belle mosaïque? Le titre commence par ces mots : Myo- 
barbum Liberi palris; or, la première de ces expressions, d'une 
physionomie assez barbare, n'estpnint expliquée d'une manière satis- 
faisante par les critiques; elle est même lue de diverses façons, et 
nous nous demandons si, originairement, ce n't^tait pas le mot Mu- 
sttïcum, dont les lettres, plus ou moins mal formées, auront pu 
donner lieu, dans les temps anciens, aus diverses leçons de nos 
éditeurs. Un paléologue sera peut-être aisément de noire avis. , 

[La fin prochainement.) Jean LABAT, S. J.- 

D,g,tze:Jb.GOOgle 



VOCABULAIRE 

DES TERMES LES PLl'S USITÉS DANS l'ÉTI'DE DES MONL'ME.NTS 
CmiÉTIE.\S. 

{SuUe). 

NERVURES, s. f. Considérées dans une voûte, les servc- 
KES sont des membres saillants qui, distribués sur sou intra* 
tios, en constituent l'ossature, c'est-à-dire la véritable force; 
et cette force est rendue, par elles, très sensible ârœil qui con- 
sidère, de l'intérieur de l'édiDce, celte partie de sa conslruc- 

ItOD. 

C'est ainsi, par exemple, que les nervures déterminent la 
forme, l'étendue et la saillie des arcs doubleaux et des arcs 
formerets. 

Elles garnissent, en outre, les aréles dans les voâtes de ce 
nom, £'est-à-dire les deux lignes saillantes qui résultent de 
l'intersection de deux petites voûtes en berceau qui, en se 
pénétrant, forment, entre deux arcs doubleaux, les quatre 
voûtains triangulaires de chaque travée. 

Enfin, les nervures, appliquées à ces voûtains, sous forme 
de tiernes et de tiercerons, y opèrent des subdivisions qui 
contribuent à rendre encore plus solide la construction d'une 
travée de voûte à vaste étendue. 

Pour inspirer une plus grande conQanee, les nervures d'une 
voûte, qui serait d'une largeur considérable, doivent être 
en solide pierre d'appareil, de bonne coupe et à joints inva- 
riablement serrés; attendu que leur fonction essentielle est, 
non-seulement d'ari'êter la forme de la voûte, mais de cons- 
tituer sa véritable force. C'est ainsi, par exemple, que les 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 373 — 

SEBVfRES obliques, établies sur bi direction des arêtes qui se 
croisent à la clé d'une travée doivent en répartir la charge, . 
aussi également que possible, sur les quatre piliers qui se dres- 
sent aui angles de cette travée. 

La constructioH des nervures est donc, à la fois, délicate 
et relativement. dispendieuse. Mais une fois bien établies à la 
place qu'on leur destine, elles simplifleat la construction des 
subdivisions de la voûte; à tel point que tous les voûtains 
portant sur les nervures, ils ne sont plus qu'un remplissage, 
que l'on peut faire en briques, et que nos devanciers ont sou- 
vent bâtis en débris de moellons, noyés dans un bain de 
bon mortier, c'est-à-dire en blocage. 

Si la force d'une voûte d'arêtes obliques à l'axe principal 
dépend, avant tout, de la bonne distribution et de la solidité 
des NERVURES, rcconnaissons aussi qu'elles contribuent consi- 
dérablement à son ornementation, soit par leur nombre, soit 
par l'espèce et le bon profil des moulures dont elles sont 
décorées. Déjà avant la Renaissance on . avait quelquefois, 
■ même en France, disposé certaines nervures des grandes voûtes . 
sous forme d'arcs en recoupement, de manière à diviser les 
, travées en deux parties égales, parallèlement aux arcs dou- 
bleaux. On s'en était même servi, à l'exemple de l'Angleterre, 
sous forme de liernes et de tJercerons. Mais c'est surtout à 
• partir du milieu du xv' siècle que, sous ces deux derniers 
noms, elles prirent une grande vogue dans toutes nos pro- 
vinces (1). Ainsi vit-on ce genre d'ossature transformer la 
douelle de certaines voûtes en vrais caissons, dont la gracieuse 
église de Montrésor, en Touraine, et aussi, non loin de nous, 
le sanctuaire du Saint-Esprit, près de Bayonne, donnent une 
idée des plus exactes. 

Quant à l'église monumentale de Marciac, dont nous avons 



(l) C'esi dms ce dernior sons qu'il taul oniendre l'artieU librne, ci-dessus* 
p. ISl. La second aliaëa est trop cxctaiif, pat suppression de qaslqaes mou omij 
dans Is composition. 



_. bogie 



— 374 — 

pailé ailleurs (1), rarcliitccte du xiv* siècle pourrait bien 
■avoir disposé son plan, tel qu'il est pour la nef centrale, dans 
le but do partager en six demi-travées les trois immenses 
travées de sa voûte. Ce quil aurait réalisé au moyen de trois 
arcs de recoupement (2), destinés à porter sur les six pelits 
piliers qui alternent avec les fortes piles des trois nefs. 

Mais celui du xV siècle, moins hardi que son devancier, 
préféra multiplier les nervures, eu substituant à ces trois 
arcs un système de lierncs et de tiercerons, dont le projet 
demeure indiqué aux gerbes de ces nervlties (ô). Cette puis- 
sante' ossature, ainsi imposée à nos contemporains, par les 
débuis de la Renaissance, fera bientôt, nous l'espérons du 
moins, la force el l'ornementation de notre maîtresse- voûté, 
comme elle les constitue à l'intrados de celle de Saint-Pierre 
de Condom, depuis le xvi' siècle. 

NICHE, s. f. Enfoncement ménagé dans l'épaisseur d'un 
mur, afin d'y placer une statue, ou bien d'en faire un tom- 
beau. 

L'antiquité fit souvent usage de ces sortes d'habitacles (4), 
en leur donnant une grande profondeur. Mais le christianisme 
uc fit les NICHES profondes, à son imitation, que lorsqu'il les 
destinait à un tombeau (5). S'il s'agissait d'y placer une sta- 
tue, nos pères dans la foi indiquaient à peine ce religieux 
habitacle, dans le sens de l'épaisseur du mur. Mais ils avaient 
toujours le soin de ménager, sous les pieds, un socle saillant 
el orné de sculptures; et, au-dessus de la léte, s'élevait un 
gracieux dais, comme couvre-chef, dont tous les détails étaient 
en harmonie avec le style de l'édifice. 

Ainsi devrait-on, aujourd'hui, construire et orner les mciies, 



(1) T. x.p. 83,— 467;t.il,p. 3i,— 168. 

(3) Voirie dessin du plan, I. X, page 63. 
|3) Voir 1, I, p. 467. 

(4) Voir ce mol, t. m, p. 219 de celle Reviit. 

(&] Voir le mot Enfbb, t. Tiii, p. 519 de celle Revue. 



db.Google 



— 373 — 

par respect pour les traditions de. l'art clirélien. Mais jamais 
on ne sera autorisé par le bon goût ou par les règles de Tar- 
cliitecture à transformer en niciie une fenêtre qui fait -partie 
du plan primitif de Téglise. 

El pourtant on ne rencontre ijuo trop souvent, même dans 
le sanctuaire, des fenêtres aveuglées ou dégradées, sous le 
frivole prétexte de mettre à leur place une statue, ou bien 
un tableau peint sur toile, quel que soit leur peu de valeur au 
point de vue de l'art chrétien. Il est bon, sans doute, d'expo- 
ser aux regards des fidèles des sujets d'édiflcation dans le 
saint lieu. Mais ces sujets n'ont-ils pas leur place naturelle 
dans les fenêtres, au moyen de la peinture sur veri'e, qui n'a 
rien à modiOer dans les délails d'architecture, pour fixer con- 
venablement ses produits? 

Quoi qu'il en soit, il est toujours fâcheux que l'on 
oublie que la première condition d'un embellissement, ou 
d'une restauration bien entendue, c'est le respect des pleins 
et des vides primitifs, de même que celui des colonnes, des 
pilastres, des arcatures, des piliers, des arcades, etc., etc., 
(lui doivent être conservés dans !ei;r intégrité, tout aussi 
bien que les fenêtres. 

NILLES, s. f. Petits pitons métalliques rivés aux pièces 
horizontales des armatures qui protègent les vitraux contre 
les coups de vent. Les nu-les sont destinées à recevoir les 
clavettes qui retiennent les panneaux où les verres sont 
montés en plomb. On ne doit pas les placer à trop grande 
distance pour les rendre presque inutiles ou insuffisantes un 
maintien de ces panneaux. ■ 

NIMBE, s. in. Ce mot, dont le sens est si nettement défini 
en archéologie chrétienne, se trouve dans les meilleurs textes 
latins du paganisme. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 376 — 

Et lanam iii mmbo mx intempesla tenebcU (i). 
HiMBO e/fu/gens et Gorgone sœvà (2). 

Dans le premier cas, c'est un nimbe que forme, autour de 
la lune, ce disque plus ou moins translucide qui l'accompagne 
dans certaines nuits nuageuses. Et pour le second, c'est un 
MMBE lumineux qui accuse rintervention de la divinité dont 
il signale la présence. Car les Romains environnaient de cet 
ornement ia tôte de leurs dieux dans les 'peintures, dans les 
statues et autres produits des arts du dessin qui les représen- 
taient. Ils en firent même autant pour quelques empereurs, 
quand ils poussèrent le sérvilisme jusqu'à les diviniser. 

En archéologie chrétienne, ie nimbe, de forme invariable- 
ment circulaire, est un symbole de divinité pour les personnes 
de la Sainte-Trinité, soit qu'un les représente avec des formes 
humaines, soit qu'on se contente de les figurer par les emblè- 
mes qui leur soLit propres. Et dans ces différents cas, le nimbe 
doit être timbré de la croix inscrite dans son périmètre; ce 
qui le fait appeler m>nte crucifère. 

On le retrouve, ainsi caractérisé, dès le commencement du 
v« siècle, dans une mosaïque de l'église de Sainte-Agathe- 
Majeure, à Ravenne, où la tète de notre Seigneur assis fut 
entourée d'un véritable nimbe, orné d'une croix gemmée. 

Il est également convenu que le nihbb est un symbole de 
sainteté pour les anges et pour les personnages que l'Eglise 
honore d'un culle rehgieux. Mais alors son champ est uni; 
c'est-à-dire que les dessins qui le décorent n'affectent jamais 
la forme delà croix. — Telle est la règle générale, pour l'usage 
du NIMBE, malgré certaines exceptions fort singulières, mais 
rares. 

Il parait certain que cet usage ne remonte pas au-delà du 
V* siècle de notre ère. Et on peut le conclure des études 



m VtBGii., jEneid. tri, v. 587. 
(3) Ibid.,»,y. 615. 



db.Google 



■ — 377 — 

i]ue Ciampiiii a publiées sur les aaciens monuments, et spé- 
cialement sur les édifices religieux que le iv siècle dut à 
Constantiu-lc-Graûd (1). Saint Paul, dans son épftre aux Ro- 
mains (2), avait recommandé aux (idèles de son temps de ne 
pas se conformer aux pratiques alors communes autour d'eux. 
Et c'est en appliquant ce principe àla représentation de Dieu, 
des auges et des saints, dont ils vénéraient les images, qu'ils 
répugnèrent longtemps à admjettre, autour de leur lèle, un 
symbole de distinction spéciale, que le paganisme avait déféré 
même aux persécuteurs du nouveau culte. 

Mais quand le cbristianisme devint la religion dominante, 
en Orient comme en Occident, cette répugnance disparut peu 
à peu; et les monuments religieux, soit du vi' siècle, soit 
des siècles suivants, admirent, en général, la pratique du 
nimbe, tel que nous l'avons caractérisé, sans en faire encore 
néanmoins une règle invariable. 

A partir du xr siècle, il devient, en Occident du moins, et 
jusqu'à la fin du xiv% un attribut en quelque sorte obligé, 
pour Dieu, de même que pour la Sainte- Vierge, pour les anges 
et les saints du Nouveau-Testament; tandis que les person- 
nages de l'Ancienne-AHiance en sont très rarement dotés. 

Au xv= siècle, le nlwbe perd de son importance. 11 est 
parfois en perspective sous forme ellipsoïde. On le met, on le 
retiré pu on l'omet, à peu près arbitrairement, jusqu'à la 
seconde partie du xvi", où il n'est plus qu'une très rare 
exception, sans caractère bien défini. 

A partir de cette dernière date, le nimbe est remplacé, 
i|uand le goût ou l'idée en revient aux artistes, par une éma- 
nation lumineuse à rayons .d'o''. qui brillent autour des 
têtes. 

Mais généralement, elles n'eu conservent presque plus le 



(I) Vcier. monumenla, 3 vol. in-l" —De mrh xdillciis ù CoDSIanlino Magiio 
cdpstrncli»- 1 'Ol. in~4<>. 
(3) Cap. XII, V. 2. 



n Google 



souvenir, vers la lia du xvir siècle et dans les suivants; attendu 
que les traditions du moyen âge avaient perdu toute espèce 
de crédit, dès les premiers temps de Louis XUl. 

NIVELLEMENT, s. m. Opération par laquelle on cherclie, 
ou bien on établit une ligne horizontale sur le terrain. Le 
nivellement se pratique, en architecture, tantôt pour asseoir 
les constructions avec plus de conflanco; et tantôt pour faire 
dériver de la ligne horizontale les plans inclinés, suivan.tdes 
proportions certainement connues. 

I! est également de très grande importance que les assises 
qui se bâtissent en élévation soient parallèles i cette ligm; 
horizontale. 

NOMBRES, s. m. C'est au point de vue de leurs allégories, 
de leurs significations ou allusions symboUqucs uniquement 
que les NOMBRES peuvent ici nous intéresser. 

Dans les Saintes Ecritures, ils sont très souvent pris en ce 
sens. Le juif Philon le reconnaissait ouvertement; et Clément 
d'Alexandrie en cite également divers exemples (d). 

Aussi ne faut-il pas s'étonner que saint Ambroise et son 
disciple saint Augustin usent fréquemment, dans leurs 
lioméhes, du sens symbolique des nombres. Ils prouvent, par 
là-même, que ce langage était familier àleurs auditoires, c'est- 
à-dire aux fidèles du iv et du v siècles. 

Pour nous borner à une citation spéciale, nous dirons que 
Clément d'Alexandrie enseignait, de son temps, que le jSo«bre 
Dix:esl parfait en tout point (2), c'est-à-dire comme complément 
au-delà duquel il n'y a rien à imaginer, en tant que base de 
numération. Pour ce motif, il ne trouvait rien de plus apte à 
symboliser le salut éternel, c'csl-à-dire le complément parfait 
de tout ce que l'on peut espérer de mieux en cette vie et pos- 
séder dans l'autre. 

'1) Sirom. lib. VI. 

&t Uadsqnaiiuè perfdciDs, 



db.Google 



• _ 379 — 

Aussi cet écrivain a-t-il donné, avec saint Augustin (1), le 
nom (le demrium, par allusion au kombre dix, à la récompense 
éternelle; attendu, d'ailleurs, qu'elle est figurée par le denier, 
qui, dans la parabole des ouvriers de l'Evangile, est le salaire 
accordé indistinctement à cliacun deux par le maître de la 
vigne (2).' 

Boldetli, à propos de ses éludes sur les catacombes, constate 
que certains poissons de verre, trouvés dans ces lieux sou- 
terrains, portaient, en inscription, des sombres à base déci- 
male, X, XX, etc., etc.; et l'on est convenu de les interpréter 
comme formules de sotUmt, ou â'aspiratton de duréfi de 
honfieur, pour la vie éternelle. 

Or, en cela les chrétiens des premiers siècles de l'Eglise 
s'appropriaient, en l'élevant à la hauteur de leurs idées sur- 
naturelles, l'acclamation voUsX. mutlisW, dont nous avons 
déjà parlé, à l'occasion d^une médaille votioe de Julien l'Apos- 
tat (5). — Enfin, sur les Piètres lettrées de Ficoroni on ren- 
contre, parfois, de simples signes numériques de l'espèce dé- 
cimale, à litre de souhait de salut. 

On le voit, le nojibrex était manifestement adopté, de très 
bonne heure, dans les monuments chrétiens, comme alhision 
symbolique à la vie future. II ne faut donc pas s'étonner de 
le rencontrer jusque dans la disposition des grandes lignes de 
iiDS édifices religieux d'ancienne date. La porte principale 
lignrail l'entrée du Ciel, avec toutes les richesses sculpturales 
qui la décoraient. La nef était un souvenir du Ciel sur la terre. 
El le .\oMBRE X s'y retrouvait, le plus souvent, non en chiffre, 
mais dans ladouble série des grandes arcaturcs romanes, ou des 
grandes arcades ogivales qui la bordaient, cinq rie chaque 
côté; avec correspondance d'un égal nombre de fenêtres, pour 
éclairer celte partie la plus importante de la construclion. 

(I) Tractât, xrii tn Joann. qui accipit nomcn i namero décru. 

(3) M*TTH. C»p. XI, ï. 2 El seq. 

'^i) Rniue de Gaicojnt, lom. m, p. 1S9. 



db.Google 



Au clieïd, c'clail, pour les chapelles, le nouibre trois ou 
cinq; ou même, plus lard, sept ou neuf, selon que le chevet 
prenait de l'étendue, à l'est du Iranssepl. El toujours ces 
nombres furent une allusion hiératique ou à la trinitè des 
personnes divines, ou aux cinq plaies principales laites au 
corps du divin Rédempteur; aux sept jours de la création, 
ou aux sept sacrements de la Loi Nouvelle; ou enfin aux 
neuf chœurs des anges de la coiu- céleste. 

De tels enseignemcnls ne pouvaientpas être oubliés de notre 
ami et collaboratear, M. Hippoljte Durand, à l'intérieur de 
la spleudide chapelle ogivale (xni- siècle) de NotrfrDame de 
Lourdes. Ayant eu l'insigne honneur d'être choisi, en 1861, 
pour architecte de ce monument, par l'auguste fondateur 
de l'œuvre, Mgr Laurence alors éïêquo de Tarhes, il a fait 
de l'entrée principale une véritable Jmoa Cœli (1), auUiiil 
(pie le permettaient les ressources misesàsa disposition. 

La nef est ce vaisseau Ognralif où tant de fidèles viciineiil 
recevoir des gages de salut éternel, sous la protection de 
Makie liiMAcutÉE. Or, le vous x y est admirablement traduit 
par les dix grandes arcades qui bordent celle nef; par ses 
DIX chapelles latérales; par les dix gracieuses baies qui les 
éclairent; cnBn par les dix hautes fenêtres qui, sous la voûte 
principale, répondent si bien au ckrc-sUirij de nos frères 
d'Outre-Manche, les archéologues anglais. 

C'est donc, en somme, pour la nef, le sic x x x x de certai- 
nes inscriptions votives (2), dont quelques Pères de l'Eglise 
ont transDguré le sens, en lui donnant une interprétation sur- 
naturelle, au héoéûce de la symbolique chrcliennc. 

Au sanctuaire, c'est lo nombre Qinq qui détermine celui des 
joyauxde la couronne que forracnl les chapelles rayonnantes. 
Et chacune d'elles rappelle la friniie' des iicrsonnes en Dieu, 



db.GoogIc 



(U selon l'invocalion allégorique des Litanies Lorëlanes. 
(i) la «ience det médaillet, eic,, etc., tom. i, in-12. pege 101, j 
leur. — Paris, 1715, Odit, nouvelle en deux volumes. 



— 381 — 

par le nombre de ses fenêtres; de même que la grande rose 
à jour de la façade principale symbolise Vunilé de la naUire 
divine. 

NU, s. m. En architecture le m d'un mur est la partie qui 
n'est chargée d'aucun ornement de moulures ou de sculptures. 
C'est sur le no de son parement que se (ont les peintures 
historiques, et même celles de simple décor. 

Dans les arts du dessin, on appelle nu les membres à dé- 
couvert qui, d'après l'usage reçu, sont destinés à se voiler de 
vêtements. 

Le paganisme pratiquait le ku jusqu'au déshabillé le plus 
complet. Mais l'art chréUen le voila, de liés bonne heure^ par 
grand respect pour les mœurs publiques; sauf les circonstances 
où l'histoire du sujet demandait le contraire. Il évita même 
d'accuser le nu trop sensiblement, sous les draperies que 
réclamait la décence. 

Peu à peu, surtout à partir du milieu du xiv* Siècle, 
les peintres et les sculpteurs déshabillèrent de nouveau les 
figures humaines ou angéliques, jusqu'à braver toutes les 
délicatesses de la pudeur la plus vulgaire. On sait que cet 
usage est un des caractères les pins saillants des produits 
de la Renaissance, qui, en cela, voulait surtout remettre en 
honneur les œuvres de l'art antique (1), comme les verriè- 
res historiques et les boiseiies de ia cathédrale d'Auch nous 
en fournissent de nombreuses preuves. 

Comment, en effet, se rendre compte de tant de nudités 
iniitiles et parfaitement étrangères à l'ensemble des sujets, si 
l'engouement qui caractérisa le xv° et le xvi* siècle ne venait 
résoudre le problème? Les anges eux-mêmes, sur divers 
points, ne sont que des géui'es mythologiques sans pudeur. 

L'enlèvement de Ganymède, quelques travaux d'Hercule, 
les antres de Cacus et de Vulcain, avec toute la licence d'une 

II) Voir, plDs litiul, 1« mol ihaqes. 



D,g,tze:Jb.GOOgle 



— 382 — 

mise en scène où les personnages sont cnlièremenl nus, for- 
ment, dans notre chœur surtout, un bien étrange contraste 
avec des souvenirs du plus grand intérêt empruntés à l'his- 
toire des deux Testaments, à la légende, ou à la symbolique 
chrétienne. 

A toutes Iffs époques, l'étude du Kt' exposé en atelier fut . 
considérée, avec raison, comme une des conditions de suc- 
cès, soit dans la statuaire, soit dans ia peinture historique. 
Mais combien n'était-U p^ inconvenant de le figurer, ou 
même de l'accentuer avec trop d'énergie pour des œuvres 
religieuses qui ne le réclamaient pas, et même jusque dans 
nos plus vénérables sanctuaires! 

Qu'il nous soit donc permis d'exprimer, ici, le vif désir que, 
de notre temps, on donne toujours, à ce point de vue, la 
préférence aux anciennes pratiques de nos âges de foi, lors- 
qu'il est question de reproduire les grands souvenirs du chris- 
tianisme, ou ceux de l'Ancienne Alliance, au moyen des saintes 
images. 



QUESTIONS. 



51. De quelques vieilles poésies fagltives. 

J'ai signalé dans la dernière livraison de la Revue de Gatcogne {p. 326) la 
trouvaille poétique, sur laquelle j'implore aujourd'hui le secours des persouiies 
versées dans la littérature du xvi' siècle et du commencement du siècle suivant. 
La dernière pièce de «e double feuillet est l'œuvre d'un rimeur déplorable; mais 
louies les autres peuvent être d'un seul ccrivain,quiéuit assurément un poète 
de mérite. Il importe donc de savoir si ces petits morceaux sont inédits ou 
déjà publiés etsiTon en connaît l'auteur. Je vais en donner une indication som- 
maire, pour aider les connaisseurs orficieu^f-qui pourraient m' éclairer sur ce point. 

1. Cartel de trois eaoalierg habillés en zanys de gris parsemé de flammes 
vertes. [22 vers, mais il en manqua au moins deux vers le milieu.) 
Noos sommes foU, nos liabiis le démontrent; 
Nou^sgmmea fats, ei nos gestes le mujiirenc... 



db.Google 



— 383 — 

3. Deu<c quatrains satiriques, chacun contre une dame. Vn peu trop gaulois 
liourêirecilés- 

:). Deux quatrains satiriques contre des chev^iers peu habiles à U bague. 
Voici le second : 

Qui veutl une seure retraictc 

Contre CCS chevaliors (lioyair, 

Qua dedaos Ih bague i| se matte; ■- 

Et puys qu'on las laisse courir. 

4. Les (feux quatrains sur la mort de Bîron, dfjft publiés dans la Iteive de 
Gascogne. 

5. L'n madrigal trOs iiien tourné, 14 vers : 

Ange mortel dn paradisdes belles... . 

L. C 

I'. S. Depuis la rcilaction de celte note, j'ai lu un excellent article de Mi Ed. 
T. [Tricolel /) dans le Jlaitstin du bibliophite de mars 1808 ; l'n» chanson sur 
te supplice de Bîron. Je n'y ai rien trouvé sur mes deux quatrains; mais les 
r^riirences prodiguées par M. E. T. pourront ëlre utiles à un chercheur plus à 
portée que moi des nonibreus recueils de vers qu'il a cités. 

52. Des familles gascoimes ChabaDon et Cazeaeave. 

Dans l'acte de bapti>me de l'enfant qui fut plus lard l'abbè Anselme, acte à la 
datedul4janvierl653, la mare est appelée Marie de Cbabanon, et la marrine 
(sic), ce qui est logique puisque l'on y écrit le parrin, est nommée Jeanne de 
Cazeneuve, 

Serait-ce h ces C/ta&a7K?n de Gascogne qu'appartiendrait Antoine-Dooiinique 
de Cbabanon, de l'Académie française et de celle des inscriptions el belles-lettres, 
quoiqu'il Tût né a St-Domingue en 1730 ? En secondiieu, la marraine poorrait- 
elle être rattarbée à la famille do l'érudit toulousain, Pierre de Cazeneuve, 
mort en IGSa'J L'acte ci-dessus relaté provient de llsie-eu- Jourdain, el cette 
\ille n'est pas fort distante de Toulouse. 

Cl. IL Uasson. 



REPONSES. 

34. D'un mémoire inédit de B. de Lamezau. 

Parmi les plus intéressantes des questions posées et des réponses faites, î I 
faut placer la question de M. II. Masson (1870, p. 344) et la réponse de H. P. 
Laplagne-Barris (lETTO, p. 36.')). Il y a là de précieuses données qui, bien em- 
ployées, permettront « d'établir un nouveau et véridiqae récit de l'assassinat 
des Guises. " J'espère queM. Masson ne laissera h personne l'honneur d'eséeti- 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 384 — 
ter le programme qa'il a lui-m^me tracé. Poor faciliter de mon mieux sa lâche, 
je vais réunir ici les principales indications que me fournissent les souvenirs 
de mes lectures. 

Et d'abord, pour ce qui regarde ['information faite au parlement de Pam 
sur i'fusassinat de» Cuises, H. Masson ia trouvera dans le xii' volume des archi- 
ves curieuses de l'histoire de France (1" série, 1836) (1). Ce volume, du reste, 
est plein de documents relatifs au crime de Blois, et l'on y voit notamment (p. 
56) le Martyre des deux frères contenant au vray toutes les particularités: plus 
notables det massacres et assassinats, eUi. (1389), et (p. 141) le Discours de et 
qui est arrivé à Blois (1588). Les éditeurs ont entouré ces relations de noies 
empruntées à d'autres documents du xvi* siècle, comme ils l'annoncent en ces 
.lignes : « On trouve dans la Bibliothèqne historique de la France les titres de 
plus de soixante pièces composées à l'occasion de cet événement. ISqus pou- 
vons aflirmer qu'aucune de ces pièces n'a échappé à nos recherches, et que 
nous avons recueilli avec le plus grand soin les renseignements épars qui y 
étaient contenus pour les rattacher aox relations que nous reproduisons com- 
plètement. D 

En rapprochant des pièces que renferme le xii' volume du recueil de MH. 
Cimber et P. Danjouet delà version si importante de B. deLamczan. les mé- 
moires de ia seconde moitié du XVI' siècle, les récils de .Pierre Mathieu, de 
J.-B. de Thou, de d'Aubigné, deOavila.de Scipion Du Pleis (3) et deHéze- 
ray, ainsi que les récits de quelques-uns de nos érudils contemporains, par exem- 
ple, de H. da la Sanssiye [Histoire du château dt Blois, i" édition, 1840, 6" 
édition 1866), de M. le marquis René de Bouille [ffisloire des Cuise, t. m, 
<i8Ô0}(3j,deM. Jules Loiseleur (les Résidences royaUi de la Loire, 1863) (4;, 
on aurait sous la main à peu prés tout ce qui serait nécessaire pour rédiger 
exactement une histoire critique de la sinistre journée du 93 décembre 1568. 

T. de L. 

(1) Cfltle tnlormatioD était it\i ilans le loma v ei dernier da l'Aitloire générale 
des cardinaux, par iuber; (in-4'>. 1613). Voir encore, à la Bibliothèque naliODale, 
d^partemeDl des Hss, la volume 187 de la cotleclioD 6ri«Dne. 

(9) Da Pleix n'hésite pas à jusliQer Laugnae : It aisure que le duc de Goise ne 
fm nullement frapp6 par lai (Histoire dt Henri IIl, 1630, ia-fo, p. Sei), 

(3) H. de Douille s'appuie de pitifércnce sur l'Hittoire (manuscrite) de /a maison 
de Guiie, par Oudin. 

|4j La savant bibliothécaire de la villa d'Orléans dit (p. lOIJ : • Noot étudierons, 
dans un livre spécial sur te chMeau de Blois, toutes les circonstances de ce célèbre 
guet-apens qui derait avoir un Bi ton; rete.ilissement dans l'histoire, et nous tâche- 
rons de raviier l'intérêt de et drame déjà tant de fois raconté, en précisani et en lu- 
calisaot tontes ses pariles. • 



db.Google 



BERTRAND DE VIGNOLLES. 

MÉMOIRES des choses passées eo GuyenoeU^l-l'^^^)» rêdigâspar Bertrand de 
ViGNOLLBs et publies avec une iotrodoction et des notes ^u Philippe TtvizBi 
dbLarroque. 1vol. In-8'de 84 pages [CoUeclion mindiotuilt, t. ■)■ Paris, 
Pittet-Qiampeaa ; Bordeaux, Counouilbou.imprimear-éditear. 1869.' 

Nulle part l'union intime de l'histoire littéraire . et des 
autres études plus spécialement désignées sous le nom d'his- 
toire ne paraît mieux que dans l'examen des œuvres écrites par 
les hommes d'action. Quand un négociateur ou un soldat 
prend laplume pour exposer les faits dont il a été lui-même 
acteur, que dis-je? quand un simple spectateur intelligent 
et curieux conte ce qu'il a vu, pour peu que son éducation 
l'ait formé à la correction du langage, il n'a pas de peine à 
laisser loin derrière lui, par le mérite de l'exécution, les gens 
dont c'est le métier d'écrire. Même quand il sait à peine parler 
français et tenir une plume, un chroniqueur a le charme et 
l'intérêt d'un témoin, que rien ne saurait remplacer. Pourquoi 
n'avons-nous pas encore plus de ces mémoires, où les évé- 
nements sont pris sur le vif et les portraits tracés d'après 
' nature, bien mieux que dans les pages froides et artificielles 
des compilateurs et des annalistes ? 

Avant de trop nous plaindre pourtant, il faut reconnaître 
que nos richesses en ce genre sont déjà fort abondantes, et 
que les recherches de nos archivistes peuvent les augmenter. 
Aucune nation pcut-élre n'offre autant que la nôtre d'œuvres 
de ce caractère, livrées depuis longtemps à la pubhcité; et il 
est peu de dépôts de vieux papiers où l'on ne rencontre 
encore quelque morceau inédit d'autobiographie plus ou moins 
intéressante. Il est rare que l'histoire n'ait pas quelque chose 
à y prendre; et quelle que soit l'inexpérience en art et en af- 

.ToME XII. 28 



,\^.uuvie 



fâires de celui qui a laissé des notes pour l'instruction de ses 
descendants, il est toujours utile d'y recourir pour retrouver 
quelques traits vivants et précis de l'image fugitive du passé. 
Ainsi, notre excellent corrcspoodaiU, M. le baron de Canna, a 
bien servi riiistoire du Sud-Uucsl eu publiant pour la pre- 
mière fois le journal d'un naïf et obscur campagnard landais 
'Surune vingtained'ainiùcs du dis-septième siècle (1); etM.Ta- 
mizey de Larroque n'a pas moins mérité la reconnaissance 
des amis de notre bistoire provinciale en rééditant un journal 
militaire très élégammeiit rédit,'é par un autre landais, qui se 
servait de la plume aussi bien que de rèpèe. 

La Revue de Gascogne a promis depuis bien longtemps 
de faire connaître avec quelque détail ces deux publications, 
si différentes l'une de l'autre, et pourtant si dignes de capti- 
ver les mêmes goûts et la même curiosité. Commençons par 
Vignolles, le premier en date à tous égards, et montrons de 
notre mieux Thomme et l'écrivain; nous étudierons ensuite 
les mérites de son éditeur. 

Bertrand de Vignolles laHire naquit en 1565 environ. M.Ta- 
mizey de Larroque indique comme sa patrie probable « ce châ- 
teau de Vignolles ou, cent soixante-quinze ans plus tùt, avait 
vu le jour l'intrépide compagnon de Jeaime-d' Arc <• qui, le pre- 
mier, illustra les deux noms de sa famille. Et jusque-là le. 
xlocte éditeur a raison sans doute ; mais il se trompe, du reste 
en bonne et nombreuse compagnie, quand il place ce château 
' en Bigorre, aujourd'hui Haute-Garonne, arrondissement 
deSaint-Gaudens. » M. Castaiog a démontré ici même, de- 
puis (2), que le château de Vignolles la Hire était situé dans les 
Landes, sur le Lous, modeste affluent de TAdour, non loin 
de Prèchacq, dans l'ancienne sénéchaussée de Tarlas. M. Ta- 

(1) Rtiation véritable du chotti Ut plitt mémorabtet paiséei en la Batte- 
Guienut depuU h lUge de Fontarabie qui fut en l'an 1G3S..., par Ukniu dg La- 
lOiDB'PriiODri, de Doaiit, publiée et annotée par le baron ■>■ Cadni. T^p. veave 
Juiin Dopa;. 1869 (Ia-6<>, eitrail de l'Armoriai de* Landet, t. m, p. l&S-5Sd). 

<3) Revue 4t Geucognt, t. x, p. 39 ei «ûv. 



J.Google 



— 387 — 

mizey de Larroque, je le sais, a loul de suite accepté la démons- 
tration deM.Gastaing; d'ailleurs, les renseignements biogra- 
phiques recueillis par lui-même montraient déjà Torigine plutôt 
landaisequebigorraisede son héros. Le père de Bertrand était 
en effet « François de Vignolles la Hire, baron de Vignolles, 
seigneur de Cazaubon et de Prcchacq, gouverneur de Dax et 
de Tartas. • 

Je ne veux pas suivre par le menu les traces liûssécs par 
Bertrand dans les récits militaires du xvi" siècle. L'éditeur 
dèQnitif de ses Mémoires a rempli cette t&cbe de façon à 
laisser bien peu à faire après lui, dans V/n^^oducHon dont il 
. les a fait précéder (p. 3-24). J'y renvoie les lecteurs studieux 
et je me contente de marquer les traits essentiels. ' 

Recommandé à ta gloire par les traditions de sa famille, 
Bertrand de Vignolles la Hire fut placé dès Tadolesceace à la 
cour de Navarre, et cette éducation ne fut pas sans influence 
sur sa destinée. D'Aubigné {Mémoires, éd. Ludovic Lalanne, 
p. 131), parlant d'une négociation dont Vignolles fut chargé 
près de sa personne, a soin de noter ■ qu'il le vint voir 
comme ami et comme ayant été nourri chez le roi sous lui. ■ 
En effet', le farouche huguenot n'avait pas gardé un mauvais 
souvenir du jeune page. C'est lui qui nous le montre dans les 
rangs des protestants, à la rude affaire deSaint-Mandé (1585), 
exécutant ses ordres avec une résolutioa merveilleuse chez un 
guerrier de dix-neuf ans. C'est encore lui qui nous fait con- 
naître comment, la même année, passant avec cent cinquante 
arquebusiers sur le ventre d'un corps de garde de cent hom- 
mes, il entra dans Vic-Fezensac à la barbe de Charles de- 
Monluc (petit-flls du maréchal), qui attaquait cette place, et le 
força de lever le siège. 

Ces années de guerre civile ne lassèrent pas inactifs le cou- 
rî^eetl'habitetédujeune Vignolles. A Coutras, il contribua 
largement à la victoire avec les enfants perdus qu'il com- 
mandait; aussi fut-il nommé raonèe suivante (1588) capi- 



iz.^b.Coogle 



taine des gardes. A Maraiis, à la Garnache, on le retrouve 
toujours noté pour sa rare bravoure. Mais ici se place un de 
ces traits d'héroïque amitié qui jettent autant d'éclat sur des 
vies militaires que des merveilles d'élan ou de sang-froid. Ce 
n'est point Vignolles qui est le héros de ce beau dévouement, 
mais il en est l'objet; et n'est-il pas permis de juger un 
homme sur l'affectiou qu'il inspire? 

Le baron de Vignolles, — dit un chroniqueur du temps, — avait 
en l'armée un ami, nommé Poisson, commissaire des guerres. L'as- 
saut étant prêt à être hvré (contre la Garnache), Poisson, fort solli- 
cité de la conservation de son ami et désireux de le sauver, pria un 
capitaine du régiment de la Châtaignerie, duquel l'enseigue était 
malade, de lui donner son enseigne pour ce jour- là seulement, ayant 
résolu d'entrer des prepiiers pour sauver son ami le baron de 
Vignolles, Ce capitaine lui donna son enseigne selon sa requête. 
Poisson, lors de l'assaut, se présenta des premiers à la brèche, que 
Vignolles même gardait ; mais n'étant Poisson reconnu de son ami 
Vignolles, il fut reçu de deux arquebusades qui le portèrent par terre 
et fut aussitât emporté. 

Nous laissons M. Tamizey de Larroque, dont la notice sur 
Vignolles ,n'a pas laissé probablement échapper une seule 
mention intéressante sur son héros, le suivre au siège de 
Rouen, à Ivry, à l'assaut des faubourgs de Paris, au siège de 
Chartres, à Epernay dont il est devenu gouverneur (1592) et 
qu'il défend contre d'incessantes attaques, à Laon, ù Mareull, 
qu'il prend et reprend aux hgueurs en lb94eH595.Lapâciû- 
cation générale lui donna enfin quelque relâche. Son régiment 
fut licencié en 1598. Il épousa en 1604 Marguerite de Bala- 
guier, veuve de Charles de Moulue, sieur de Caupène. Nommé 
en 1610 capitaine de cent hommes d'arm es et conseiller d'Etat, 
il fut envoyé en octobre 1615 par Louis XIII, alors à Bor- 
deaux, pour s'assurer de la fidélité des gouverneurs de Tartas, 
de Dax et de Mont-de-Marsan. L'année suivante, dans un ac- 
cident arrivé à Tours, où se trouvait la reine Anne d'Autriche^ 
il eut la bonne fortune de la tirer de danger. Nous le trou- 



_.oogle 



vons ensuite employé comme négociateur à La Rochelle, près 
de d'Aubigné, et comme médiateur au conseil du roi eutre 
Villeroi et Richelieu. 

Bientôt les troubles du Béarn Orent renaître les guerres de 
religion dans notre pays. VignoUes, attaché désormais à la 
cause des catholiques, y joua un rôle très actif en 1621 et 
1622. Ce sont les affaires de Guyenne de ces deux années 
qu'il a écrites lui-même, parce que les relations du Mercure 
français lui parurent inexactes et tout-à-fait injustes à son 
égard. Parcourons son journal de manière à connaître à la fois 
le guerrier et Técrivain. 

Louis XIIÏ, rentrant du Béarn à Paris vers la fin de 1620, 
avaitlaisséen Guyenne, pour teniren respect les réformés, une 
armée où Vignollos entra comme maréchal de camp en février 
1G21.I! n'y eut rien de remarquable pendant trois mois, 
qu'une facile expédition en Béarn dirigée par d'Epernon et où 
Vignolles eut part, quoiqu'il n'en dise mot. Mais bientôt com- 
mença l'affaire importante de l'année. 

Les deux principaux chefs huguenots, Rohan et La Force, 
occupèrent Nérac le 1" juin, en chassèrent la Chambre de 
i'édit, et y laissèrent une bonne garnison, « outre les ha- 
bitants qui sonten nombre et naturellement gens dfe guerre.» 
Ils se hâtèrent ensuite de regagner Tonneins, et surent évi- 
ter une surprise que Vignolles, déjà sur pied, leur ménageait. 
Le brave landais alla combiner à la Réole, av«c le duc de 
Mayenne accouru de Bordeaux, le plan du siège. 

Le duc de Mayenne vint à Marmande, où il distribua les commis- 
missions de six régiments et six compagnies de cherau-légers que 
le roi lui avait ordonnées, convie les maréchaux de Roquelaure et 
d'Aubeterre, \o,s seigneurs de Gascogne et la noblesse de tous côtés. 
VignoUes cependant donne rendez-vous aux troupes de pied et de 
cheval qui lui étaient restées, prend Lavardac et les tours de Barbas- 
te, oii il emploie l'industrie de Flamarens et de Xaintrailles, gentils- 
honmies de service et intelligence en leur voisinage. Du même jour 
Nérac fut investi, fjc jeune vicomte de Caslets, fils de Favas, y de- ■ 



db.Google 



meura gouverneur, et Montpouillanti fils du sieur de La Force, s'y 
enferma avec lui et y voulut être sou soldat. 

Comme on le voit déjà, le narrateur présente les choses 
avec la même rapidité qu'elles furent faites, s'étend peu sur 
ses faits et gestes, et montre un grand souci de n'oublier pas 
un acteur'marguant. Si vous voalez connaître maintenant par 
le menu tous les personnages et toutes les places que je viens 
de nommer après lui, consultez le plantureux commentaire 
du nouvel éditeur et il vous restera, je pense, peu à dé- 
sirer. 

Je ne veux pas suivre tout le récit du siège, mais je tiens 
encore àc opier une page du début, oùVignoUes peint à mer- 
veilleVimpétuosité de son général. Us venaient de faire ensem- 
ble une reconnaissance et Vignolles avait laissé Mayenne 
seul pour prendre quelques dispositions. En ce moment. 

Le duc aperçut sur le pavé trois hommes de cheval bien montés et 
bien armés qui sortaient de la ville et qui cherchaient, ce semblait, à 
tirer le coup de pistolet. La chaleur l'emporte, et pour les affronter 
il part de la main en pourpoint et sur un bon tireur. Les deux tour- 
nent, le tiers l'attend, le brûle de son pistolet sans le blesser, et te 
duc lui appuie le sien, qui ne se trouva ni chargé, ni bandé, ni moT- 
ché. Il fut suivi de quelques-uns avec lesquels il poussa bien près 
de la porté, d'oii ceux de la ville sortirent en gros à pied et à che- 
val, et le ramenèrent. De sorte qu'il y eût eu du désordre, si Vignol- 
les ne s'y fût rencontré, qui le reçut et arrêta les ennemis avec treufî 
gentilshommes qui se trouvèrent avec lui et quelque infanterie (1). 

Le siège traîna dix-sept jours, les forces des assiégés étant 
plus considérables que celles de Mayenne. Alavérilé Roqne- 
laure amena des troupes du duché d'Aiguillon et une batterie 
d'Agen. Mais il dut, dès le ^ juin, aller avec Mayenne, d'Au- 
beterre et Chiverry (un officier inconnu d'ailleurs, dont Vi- 
gnolles fait la plus haute estime) au secours du château de 
CaumoDt. Ce château fut enlevé non sans pertes sérieuses^ 

([] Od irouvera co ftil avec un autre délai! Torl dramaiique dans Honlezun (Hîtl. 
<tt la Gaie, Suppl., p. 404 : je ne saU où co dernier s pria le Irait de giBiiw'M 
■ qu'il raconte du capilainc Casiaing. 

D,g,tze:Jb.GOOgle 



et La Force, après que l'Eglise eut été brûlée sans son ordre, 
se replia sur Casteljaloux. 

Vignolles, resté presque seul devant Nérae, vit, le 24 juin, 
de nouveaux secours entrer dans la place, sans pouvoir y 
mettre obstacle. Mais en même temps le comte de la Beaume 
de Suze vint se joindre à lui avec cinq cents hommes de pied, 
et: le lendemain ils flrcnt bonne contenance devant une sor- 
tie. Sur un point les troupes royales cédèrent, mais elles fu- 
rent ramenées à temps par Vignolles, qui repoussa les ennemis 
« la pique dans les reins jusqucs à leurs fossés. » 

Mayenne apprit assez tôt cet heureux succès pour en faire 
part au roi par le même message qui lui apprenait la prise de 
Caumont. Il se hât;i de rejoindre Vignolles devant Nérac. 
' La noblesse volontaire se mêla parmi les régiments, et l'on 
vit avec chacun des maréchaux de camp cent cinquante gen- 
tilshommes la pique à la main, avec autant d'obéissance que 
les soldats disciplinés. Ceci se dit parce qu'il n'est pas ordi- 
naire. ■ La place entière, y compris le petit Nérac, était inves- 
tie, ce qui n'avait pu se faire jusqu'alors. Aussi les assiégés 
parlementèrent au bout de deux jours. 

On leur donna une capitulation telle qu'ils la demandèrent, qui 
leur fut observée d'un tel ordre et d'une telle bonne foi que huit cents 
hommes de guerre menés en garde aux portes de la ville et au châ- 
teau, après que les assiégés furent sortis, demeurèrent en bataille les 
armes sur le cou depuis dix heures jusqu'à six, sans entrer dans nul 
, logis. Et lorsque le général d'année y entra, qui fut à trois heures, 
avec mille gentilshommes, il trouva toutes les boutiques ouvertes, le 
pain, le vin, le fruit et toutes sortes de denrées sous la halle pour de 
l'argent, comme à l'ordinaire. 

De Nérac, Mayenne, se dirigeant vers Montauban, soumit 
sans coup férir le Mas de Verdun, l'Ilc-Jourdain et Mauvezin, 
et emporta Courbarieu et Albias. Dans cette dernière affaire, 
Vignolles reçut une blessure qui le mit hors de service depuis 
le 5 août jusqu'au 12 mars. 

Là se termine le premier Jivre de ses Mémoires. Les événe- 



db. Google 



ments de 1622, qu'il raconte dans le second, lui sont quelque 
temps étrangers ; mais il a voulu les écrire parce que ■ le 
discours s'en voit peu Adèle en force endroits. » Le fait ca- 
pital de ce second livre est un nouveau siège, mais plus long 
et plus laborieux que le précédent. Il s'agit de Tonneins, 
défendu encore par Castets etMoutpouillanl, attaqué pard'EI- 
beuf et Thémines. Tonneins communiquait librement avec 
Clairac, occupé par le duc de la Force, qui venait souvent 
voir et affermir les assiégés et couchait ensuite dans une mai- 
son voisine de la contr'escarpe. On voulut d'abord emporter 
cette maison et l'on réussit, mais non sans travail sérieux et 
sans pertes sensibles. 

La cornette du sieur de la Force, son lit et sa vaisselle d'argeitt y 
furent pris. Lui se trouva court à l'alarme. Gens de pied et de cheval 
sortent de Clairac pour le joindre et secourir leurs confrères. Mais là 
se trouva le maréchal de Thémines qui le chargea si rudement que 
sa plus grande diligence fut à se retirer. Le duc d'Elbeuf y voulut 
prendre part, s'avança avec soixante salades, charge ce qui était ral- 
' lié sur la main gauche et les mène du train que le maréchal menait 
les autres jusques aux portes de Clairac. 

Le soir même de cette chaude petite affaire arriva Vignolles, 
( que le roi avait tiré de sa maison et presque du Ut à 
cause de ses blessures, par un courrier exprès qui lui porta 
commandeinent.de Sa Majesté de venir en cette armée en 
qualité de premier marécbsd de camp. * 11 conseilla d'avancer 
pied à pied, après s'être protégé le plus possible contre toute - 
surprise : La Force était à Clairac, « vigilant capitaine, les 
yeux toujours ouverts pour la conservation de la place el de 
ses amis qu'il y avait engagés. » Vignolles s'employa de sa per- 
sonne à percer un fossé voisin d'un bastion, et garni d'ouvrages 
. qu'il fallait faire sauter en s'aidant du feu; opération qui 
prit toute une matinée. Après le fossé, ce fut le tour du bas- 
tion, qui fut occupé sous les yeux de d'Elbeuf. .On en était là le 
22avril, quand deux députés vinrent offrir au nom de la ville 
des conditions qui furent repoussées. 



db.Googlc 



— 39.1 — 

Le secours des assiégés était dans le courage et l'habllelé 
de leurvoisin, lcducdclaForce(l), qui ne tarda pas adonner 
des affaires aux troupes royales. Il fit semblant, le ^ avril, 
de se rendre de Clairac à Sainte-Foi; après avoir* couché à 
Gratcloup, il fit en effet encore une demi-lieue de chemin 
vers cette place, puis se retourna tout à coup pour surpren- 
prendre Thémines et d'Elbeuf. Les deux troupes furent en 
présence te 30. Thémines èt^it malade à rextrémité, Vignolles 
« encore incommodé de ses blessures, » leurs soldats très 
fatigués, débandés même en partie. Néanmoins une première 
rencontre entre Grand-Caslaing, du côté de la Force, et d'Ar- . 
pajon, d'autre part, tourna au profit de ce dernier qtti tua 
son adversaire. 

Cependant d'Elheuf et Vignolles rallient el orçanisent de 
leur mieux en toute hàle la cavalerie, qui, après trois char- 
ges vigoureuses, rompt les rangs des ennemis et les précipite 
dans uu chemin creux, oii ils savent se loger « la pique basse 
et le mousquet sur la fourchette. » 

VignoHos hors du combat change de cheval, le sica étaat blessé ea 
divers lieux de coups de piques et de mousquets, reçoit les troupes 
qai vipQuent de tous côtés, place les bataillons et les scadrons comme 
ils se roQcoDtraieQt, sans observer ni rang, ni gauche, ni droite... 

Le duc d'Elbeuf, d'une action toute de soldat, formait lui-même 
ses troupes et les animait, cependant que Vignolles attaquait le 
chemin creux oii s'étaient logés les gens de.picd déjà battus. Ce che- 
min fut mal disputé. Les ennemis firent une salve d'aller près, puis 
le quittèrent fuyant et jetant leurs armes avec un effroi qu'ils portè- 
rent au corps do leurs troupes. 

En effet, rennemi vigoureusement attaqué cède, la cavale- 
rie courant à toute bride et laissant Tinfanterie ■ à la discré- 
tion de celle du roi qui en fit une grande boucherie. » On 
eut soin de poursuivre assez loin les cavaliers de La Force pour 
être sûr qu'ils ne pourraient se raUier. 

\l) le lui donne l« lilre ■((■chd isan oom dans rhiilotre: mais H. Tamiiey de 
Larruque rappelle que la lerre do Force ne tni érigée ea ductié-pairU i]u'eD 1G37. 



,\^.L1UVK 



C'était fini de ce côté, et l'armée royale avait repoussé une 
attaque où tout faisait présager qu'elle aurait le dessous. 
Mais qu'étail-il arrivé, pendant ce temps, de la place assié- 
gée? Il y jivait eu, comme déraison, une grande sortie; les 
tranchées avaient été emportées et les gardes taillées en piè- 
ces, de sorte que d'Elbeuf, Thémines (qui venait de prendre 
part à la lutte malgré une grosse fièvre) et Vignolles avaient 
à reconquérir toutes leurs positions sur les assiégeants. 

Entre eux trois il fut résolu do les attaquer tout eliaudemeot et de 
reprendre au prix du sang et des vies caque l'on avait perdu. Ce pa- 
quet était pour le maréchal de camp. Il ne se laissa point comman- 
der, dit à ses généraux: «Je m'en vais faire ce que je pourrai afin que 
l'honneur de cette journée tout eutière vous demeure. » Il prend t'in- 
fanterie, fait reconnaître l'état des ennemis, dispose ses attaques par 
petites troupes souvent rafraîchies et fait douner d'un temps par la 
droite, par la gauche et au mitaa. Partout les ennemis se défendi- 
rent. Le combat fut chaud et opiniiUré six heures durant. Sur le soir 
néanmoins il fut maître de la tranchée et de tous les logements hor- 
mis celui qui était fait sur le demi-bastion... 

Ce fut le dernier combat. Lcsassiégés n'attendant plus de 
secours et affligés de diverses maladies, offrirent de nouvel- 
les conditions, qu'on leur accorda. Ils avaient la vie sauve, 
mais s'engageaient à ne porter les armes de six mois coutre 
le service du roi, « ce que les chefs et gentilshommes siguè- 
rent, et tous les soldats qui surent écrire, poilr eux et pour lous 
les autres, qui tous l'ont très-bien tenu. » Montpouillant 
mourut cinq jours après de ses blessures, et son frhod'ar- 
mes, le vicomte de Castcls, soit regret, soit maladie, ne lui 
survécut que deux jours. « On ne peut, dit leur loyal adver- 
saire, ôler à ces deux gentilshommes la gloire d'une vertu 
aussi èmincnte que leur âge le pouvait permettre. » 

Avec le siège de Tonneiiis finissait la guerre. Clairac, Mont- 
de-Marsan, Tartas, La Bastide d'Armagnac euvoyaient leur 
soumission à Louis XIII. Bientôt il ne reste en Guyeinie, se- 
lon les derniers mois des Mémoir-es de Vignolles « queMon- 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



tauban en Quercy et Milhau ea Rouergue où le Roi ne soit 
obéi comme au Louvre. • 

C'est à regret qu'on voit finir cette narration vraiment re- , 
marquabie. On a envie de dire avec Besly, le premier éditeur 
de Vignoiles, juge d'ailleurs excellent en histoire et en art, 
que » jamais si bonne plume n'a été compagne d'une si 
bonne épée. » Les expressions qui paraissent sentir la pro' 
vince (au milan, au milieu, (fun branle (p. 52), à la fois, 
d'un temps, en même temps) étaient peut-être alors de l'u- 
sage général et sont plutôt à regretter. 11 faut en dire autant, 
à plus forte raison, de ces phrases familières qui donnent au 
récit un accent vif et naturel, dont rien n'égale le prix en pa- 
reille matière : ce partiel, pour cette entreprise; ajmler son 
point (p. 69), combiner son projet; le canon et .la mous- 
quetlerie ne laissèrent déjouer (p. 58); ils quittèrent les 
barricades à maurfiV smt le dernier (p. 46) ; ceux d'Aiguillon 
firent aussi fort bonne mine, mais leur jeu ne fut pas si bon 
(p. 49); comme fappétilvient en mangeant, (p. 66), etc., etc. 
— Je noterai seulement un itaUanisme dans cette phrase : 
« Là vint aussi le maréchal de Tbémines, que la chaleur de 
serviret de combattre, plus forte d'une fièvre continue qui 
le tenait, avait tiré du lit, » entendez plus forte qu'une fièvre, 
etc. 

Les personnes qui s'intéressent à l'histoire de la langue 
française me pardonneront ces minuties. Mais toutes celles 

•qui ne sont pas insensibles aux vrais mérites de la prose nar- 
rative reconnaîtront, dans les fragments que j'ai cités, la net- 
teté, la précision, la chaleur du langage. Le mouvement et la 
couleur du style répondent toujours sans effort aux choses 

'elles-mêmes, l'auteurparle comme il agit et l'on croit être té- 
moin de ses actions plutôt que lecteur de ses récits. 

Sa narration ne rend pas seulement- l'ardeur de son âme. 
Des quaUtés plus hautes s'y peignent d'elles-mêmes, et 
d'abord sasùreté parfaite dans les choses de son métier. Les 



db.GoogIc 



— 396 — 

escadrons se rangent dans ses pages avec la même facilité que 
sur le terrain, riinporlance réelle et rassiotte de chaque pla- 
ce, la valeur de chaque général et la force de chaque armée, 
vous apparaissent au moment voulu pour donner aux faits 
leur vrai caractère. Ainsi l'affaire qui tient le premier rang 
dans les Mémoires s'ouvre par celte phrase : ' Fut résolu le 
siège de Tonrieins, qu'ils estimèrent le plus important pour 
laUberté de la rivière de Garonne, pour la satisfaction de ceux 
de Bordeaux, pour -ôter ce passage aux ennemis du Roi, et 
par conséquent la communication de la Basse-Guicnne et du 
Béarnais, qui ne pouvait encore s'accommoder à l'obéissan- 
ce. » Voilà qui est bref, mais c'est le cas de dire qu'il faut 
tout voir pour résumer ainsi. 

S'ilvoitbien, VignoUes s'émeut aussi, ets'il est habile hom- 
me, il n'est pas moins homme de cœur. Quelle attention à 
mettre en relief le courage et le savoir-faire de ses chels, de 
ses collègues, de ses subordonnés ! Quelle équité pour ses en- 
nemis eux-mêmes! On a vu comment il parle du vieux La 
Force et des deux jeunes défenseurs de Nérac et de Tonneins. 
C'est partout le même accent honnête et généreux. El, chose 
plus admirable ! écrivant pour redresser des récits inexacts 
surtout à son préjudice, il ne dit vraiment que ce qu'il faut 
de ses propres actes ; il n'a pas, malgré son pays, malgré 
son métier, malgré sesjustes sujets de plainte, une seule note 
de mécontentement égoïste ou de forfanterie. 

Ces détiiils, où l'écrivain ne se distingue plus deThoirtme, 
font hautement estimer celui-ci. Avant de le venger du seul re- 
proche que quelques-uns lui aient adressé, non sans amertu- 
me, achevons en quelques mots son histoire. 
' Il apparail àVerue(1625), oùil combat les Espagnols à 
côté de Lesdiguières; à La Rochelle, où il entre un des pre- , 
miers (1628) et dont II détruit les fortifications; en Savoie 
(1630), où il aide puissamment au succès des armes fran- 
çîtises; en Picardie (1655), où il appuie de ses conseils et de sa 



db.Google 



— 397 — 

bravoure le maréchal de Cliaulnes. C'est là qu'il devint lieu- 
tenant général des armées du roi. Il mourut à Péronne, le 5 
octobre 1656, à Page de soixante-quinze ans; il était depuis 
Tâge de quatorze ans sous le harnais. « On n'a point su, dit 
Scipion du Pleix, par quelle disgrâce il n'a pas été honoré du 
bàlon de maréchal de France, tous ceux qui avaient connais- 
sance de sa vertu lui en attribuant le mérite. » 

Tous ses contemporains parlent de lui avec la même estime. 
D'Aubigné même, malgré ses rancunes ordinaires contre les 
convertis, ne le cite qu'avec honneur dans son Histoire univer- 
selle elA&as ses Mémoires. Uiuis quelques passages de son 
triste pamphlet, la Confession de Sancy, c'est un peu différent. 
Toutefois ce sontles commentateurs et les annaUstes modernes 
qui ont envenimé ces passages. Le Duchat a écrit dans ses 
notes sur d'Aubigné : • Marguerite de Btdaguier était veuve 
du petit-fils du maréchal de Monluc. Vignolles, qui était hu- 
guenot, voyant cette veuve qui était cathoUque, se fit catholi- 
que, elily a apparence que ce fut pour lui plaire, puisque 
dans la swite il épousa cette personne, etc. • Depuis, MM. 
Haag, dans leur France protestante, sans oser fixer l'époque 
de la conversion de Vignolles, le soupçonnent d'avoir échangé 
sa religion contre un brevet de conseiller d'état et de capi- 
taine de cent hommes d'armes. 

Cette dernière accusation, qui ne repose- sur rien, est trop 
odieuse pour mériter une réfutation. M. Tamizeyde Larroque 
a raison de dire que toute une vie d'honnêteté là rend in- 
vraisemblable; mais pourquoi accepte-t-il lui-même si facile- 
ment l'hypothèse des « amollissantes influences de l'amour 1 » 
Pour être moins odieuse, cette supposition n'est pas moins 
gratuite. Si l'on considère surtout que Vignolles était peut- 
être né catholique, que quelque engagement irréfléchi, quel- 
ques influences de famiUe ou d'autorité avaient pu l'entraî- 
ner dans les rangs des parpaiUots, on ne sera pas téméraire 
de croire très-naturel et très-sincère son retour à la religion 



db.Google 



de ses pères et de son roii Hypothèse pour hypothèse, cette-ci 
me parait au moins aussi vraisemblable que toute autre, et 
parce qu'elle est la plus honorable pour Vignolles, ce n'est pas, 
ce me semble, une raison suffisante de la rejeter. 

Je viens de faire une petite querelle au soigneux éditeur 
des Mémoires des ckosis passées en Guyenne. Je n'ai guère 
plus qu'à le féliciter. Disons d'abord ce qu'il a trouvé de fait 
et ce qu'il a voulu faire de plus. 

Vignolles écrivit vers 1624, et son manuscrit étant tombé 
entre les mains de Besly, ce dernier se permit de faire à 
l'auteur un honnête larcin en livrant l'ouvrage au public. 
Supposez que cela soit une fiction d'éditeur, peu m'importe : 
Besly fil œuvre méritoire en publiant à Niort, chez Jean 
Moussât, la première édition des Mémoires de Vignolles (1624). 
Une seconde parut à La Rochelle en 1629. Toutes les deux 
peuvent passer pour introuvables. M. Tamizey deLarroque 
n'a jamais vu la première et n'a pu rencontrer qu'un seul 
exemplaire de la deuxième. Il est vrai que l'ouvrage a paru 
pour la troisième fois en 1759 dans un recueil plus facile à 
aborder, quoique peu commun, volumineux et fort cher : les 
Pwces fugitives pour servir à l'histoire de France, recueillies 
par te marquis d'Aubais. 

On voit qu'il y avait tout lieu de publier, en 1869, une 
quatrième édition. Du reste, le nouvel éditeur avait beaucoup 
à faire pour le texte même de son auteur, dèQguré par la 
négligence du précédent. Beaucoup de variantes malheureuses 
s'y étaient glissées. Le plus grand nombre ne touchaient qu'au 
style; mais o'est encore quelque chose, surtoutdans un écri- 
vain aussi remarquable que Vignolles. Mais plusieurs inté- 
ressent la clarté et l'exactitude du récit. Par exemple (p. 59),* 
quand les Mémoires parlent de Flamarens, Téditeur provençal 
nous faisait lire Hamarenx, et voilà tous les généalogistes 
déroutés. Ailleurs, à propos des sièges successifs de la Force 
et de la Motte-Montravel, d'Aubais a mis ce dernier avant le 



db.Googlc 



précédent, tandis que le texte authentique (p. 59) avait placé 
chaque fait à son rang. Ailleurs encore (p. 53), d'Aubais 
oublie cette petite phrase : « Le lendemain le fort se rendit, » 
ce qui ne laisse pas d'obscurcir un récit où rien n'est inutile. 
Je ne veux pas multiplier les exemples ; ils prouveraient 
de plus en plus que M. Tamizey de Larroque a rendu un vrai 
service à Vignolles en reconstruisant son texte" sur la seconde 
édition, publiée de son vivant, et sur un manuscrit très correct 
de la bibliothèque nationale. Mais il ne s'en est pas tenu là, 
et, selon son habitude, il a complété, rectiOé, expliqué ce texte 
historique par un opulent commentaire, sans redouter le re- 
proche de longueur, parce qu'il n'a rien mis que d'instructif 
dans ses nombreuses notes (1). Comment se reconnaître, en ef- 
fet, dans ces pages pleines de noms propres trop oubliés, et 
de forme variable bien souvent, si un guide sûr ne nous fournit 
pas les indications essentielles? Comment en vouloir à celui 
qui vous indique de plus, sur chaque fait, les quelques détails 
importants omis par votre auteur, les inexactitudes qui ont pu 
lui échapper, les passages des historiens et jusqu'aux moindres 
pubhcations de circonstance où Ton peut recourir pour con- 
trôler ou compléter son récit? Il faut donc remercier le labo- 
rieux éditeur des soins infinis qu'il s'est donnés pour éclaircir 

(Ij Je m'aperçois «n corrigaant mes épreuves qne j'aurais dû apprécier ici l'In- 
troduction en même lerops que les noies. U est vrai qae j'en ai parlé aa débm de 
celle émde. Voici, aa surplDS, Vappréciation que j'aa ai faite daaslailniue critique, 
qai m'a fa il l'booaeur de me demander on article sur la savante publication de outre 
comoiDDCollaboraleur :* Cettolotroduction [p. 3-34)eat unenolice bislorique embras- 
sant tonte la vie de Vignolles, sauf la partie que ce dernier a narrés lui-nïma dans les 
Mémoires. C'est un travail d'érodition où déDIeDl des citations empruntées i ooa vieux 
historieus, et qoelqaefois aui moindres plaquettes ou aux documenta les moins con- 
sultés. On ne peut jusqu'à présent rien attendre de plus complet : plusieurs faits sont 
signalés pour la première fois (ta présence de Vignolles an siège de Harans, 1588j la 
paît qu'il prit au sauvetage de Marie de Hédlcis dans l'ébanlemeat d'une maison de 
Tours, leie, etc.) ; beaucoup d'antres, énoncés par les biographes et lea géoéalo- 
giaies, sont simplement indiqués en note, comme dépourvus encore de toute preuve 
connue. Il serait bon Ue n'employer jamais qu'avec celte rigueur de cootrdie nos bio- 
graphies de tout genre, où se glissent mille détails venus on ne sait d'où, que les 
cotapilateuTS de dictionnaires ne se lassent pas de reproduire en se copiant avegglé- 
ment les uns les autres. Le nouvel éditeur de Vignolles a montré en ce point nue ex- 
trfima prodeuce... > 



db.GoogIc 



— 400 — 

toutes les questions qui se préseutent à la lecture de Vignoiles. 
Je voudrais de plus lui fournir quelques lumières sur les rares 
endroits oîi il n'a pas su voir ou a mal vu, mais je ne puis 
guère lui prouver en ce point que ma bonne volonté. 

Ainsi, quand M. Tamizey de Larroque se- plaint de ne rien 
savoir dej'origine du brave Chiverry, je suis dans la même igno- 
rance, el je me contente de l'adresser au pays basque, dont ce 
nom porte le cachet. Quand il laisse passer sans y piquer une 
note le nom de Françm (p. 50), je suis un peu plus hardi : je 
lui propose de lire Francon, et j'identifie cet officier avec Louis 
de Mauléon, seigneur de Francon, Estangcarbon et autres lieux, 
tué bientôt après devant MontautiaD, et sur lequel un de nos 
compatriotes écrivit des vers funèbres dont je n'ai que trop 
parlé ici même, il y a deux ans {Revue de Gascogne, t. x, 
p. HO). 

Je pourrais chicaner le savant éditeuj" sur quelques vétilles' : 
trop de fautes d'impression, d'ailleurs sans aucune importance, 
dans un Uvre si soigné; l'habitude d'indiquer les dislances en 
kilomètres sans y ajouter la direction; l'absence de table al- 
phabétique à la lift d'un volume frès court sans doute, mais 
pleih de noms propres. . . Après tout, c'est l'éloge qui restera 
toujours incomplet dans cette étude, et non pas la critiqbo. 

Je tiens, par exemple, que M. Tamizey de Larroque a bien 
fait de revenir encore (p. 66), à propos de la courte men- 
tion honorable accordée par Vignoiles à Pontis, sur les roma- 
nesques mémoires décorés du nom de ce dernier. Il les avait 
déjà discutés à fond dans un appendice de son étude sur 
Jean Guiton, le maire de La Rochelle, publiée en 1865. Mais 
Sainte-Beuve, dans une note de Port-Royal (t. ii, p. 570- 
574), s'est fait contre lui l'avocat de celte mauvaise cause, où 
se trouvent intéressés deux jansénistes. Le courtois éditeur de 
Vignoiles se contente d'une plaisanterie innocente sur cette 
éloquenceperdue. C'est plus qu'il ne faut, en effet, à propos 
d'un roman historique qui n'auraàl jamais dû être ad- 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 401 — 

mis dans tes collections de Mémoires pour Ttiistoire de 
France. Du reste, les vrais connaisseurs, M. Tamizey de Lar- 
roque l'ignore moins que personne, avaient prouoncé depuis 
longtemps, et je veux joindre aux textes qu'il a cités en ce 
genre un nouveau témoignage, celui de l'éditeur des Mémoires 
de du Gmy-Trouin (in-4°, 1740, p. vri). H appelle les Mé- 
mmres du sieur de Pontis un de ces ■ romans sérieux où l'on 
fait parler directement des gens d'un nom connu, et dans 
lesquels quelques faits, recueillis de conversation^ particu- ' 
lières que l'on a eues avec eux, sont paraphrasés, amplifiés 
et exagérés au gré des auteurs, et toujours à la plus grande 
gloire de celui dont le livre porte le nom, lequel a perpétuel- 
lement primé partout où il s'est trouvé. > D'Avrigny et Griffet 
avaient éliminé Pontis de l'histoire sérieuse; le texte que je 
viens de citer prouve que leur arrêt était accepté couram- 
ment au dernier siècle. Ce n'est pas I'ort-Roy(d qai le cassera. 
Je finis en recommandant aux amis de notre histoire, non- 
seulement cette excellente publication, mais la CoUection 
méiicUonale, dont elle forme le premier volume. Dans celte 
collection paraîtront successivement, tirés à petit nombre, 
dans le même format, avec la même netteté typographique 
dont le nom de M . Gounouilhou est une sûre garantie, avec 
le même souci pour la correction des textes et la richesse 
des g)mment^res, en quoi M. Tamizey de {.arroque n'a guère 
de rivaux, une série d'ouvrages rares ou inédits, historiques 
ou litléraires, intéressant le midi de la France. Il est vrai que, 
depuis près de deux ans, ce premier volume est resté unique, 
mais c'est seulement la faute des circonstances, et je crois 
savoir que deux ou trois volumes, non moins curieux que le 
Vignolles, ont déjà été préparés par l'infatigable éditeur. 
Que les presses bordelaises ne trahissent pas son activité, et 
que la faveur reconnaissante âti public méridional la seconde 
et la récompense toujours! 

Léonce COUTURE. 

TOHB ZIl. 39 



=, Google ' 



PRIEURÉ DE SAINT-ORENS D'AUCH. 

ÉTUDE HISTORIQUE ET MONUMENTALE^)- 



DBP01S Lk MORT DD PRIEDR DE BADOHVILLIEBS JUSQD A LA BEOR- 
6ANISATI0N DU CULTE PAROISSIAL, DANS LA CHAPELLE DE l'iM- 
MACVLfiE CONCEPTION, EN 1 800. 

Depuis plus d'uD demi-siècle, le prieuré de Saint-Oreus n'avait 
plus de BéoédictiDS. A son tour, le chapitre sécularisé allait dis- 
paraître. Le silence des tombeaux devait succéder à la psalmodie ' 
du jour et de la nuit, aux chants sacrés des cérémonies publiques; 
en alteodant l'époque, assez peu éloignée, où, de nos deux églises 
monastiques, il resterait à peine pierre sur pierre. 

Par décret des 2 et 3 novembre 1 789, la Constituante déclara, 
après un rapport de Talleyrand, évéque d'Aulun, et sur la mo- 
tion de Mirabeau, quç la dotation de l'Eglise de France était 
mise à la disposition de la nation française- 

En conséquence, et par suite d'un décret spécial du 13 de ce 
mâme mois, te chapitre de Saint-Orens fut obligé, comme tous les 
titulaires à bénéfice catholique (2), de faire par écrit, dans le dé- 
lai de deux mois, une déclaration détaillée, avec remise des 
tilresde propriété, de tousses biens meubles et immeubles, maisons 

(1) Voir, l. Tiii, p. 149, îll, 319, 297, 345; t. II, p. 147, 233, 291, 548; t. i, 
p. 97, Ul, 805, 237, 298. 381, Bl t. il, p. 73, 118. 272. 

(S) Les proUslanu îles deai conFessions d'Ausbourg «t Uelviftiqne atsieol récl*- 
mé en lear fiTear. Et un décret exceptioiiQel de décembre 1790 Gt droUà leur de- 
mMidg. Lenii propriéiés rsligieuVes. même cellei ds provenance caiholiqge, forent 
rôipecttai et Ui en jonuient eneora en touie libertd. 



db.Google 



— 403 — 

el'étabtissements qui lui appartenaient, ainsi que des revenus 
annuels et des charges dont ces différents biens pouvaient être 
grevés. 

C'était évidenameot préluder, ici comme ailleurs, à une venle 
générale du temporel ecclésiastique, religieux ou séculier; et, pour 
te district d'Aucb, cette vente ne se fit pas longtemps attendre. 

Nous trouvons, en effet, aux archives du département, une 
circulaire du 1 5 se|)temhre 1 JSO relative aux décrets de la 
Constituante des 25, 26,29 juin et 9 juillet derniers, déclarant 
que les biens mis à la disposition de la Dation française, par les 
décrets antérieurs, pouvaient être aliénés. 

Or, la mise aux enchères des immeubles commença, pour la 
Prieuré de Saint-Orens, le 7 février 1 791 , par la prairie dite du 
Moutel, qui fut vendue 29,720 livres. Et le 14 juillet de cette 
même année, le chiffredesventesavait atteint lasomme de 238,283 
liv. , mais uniquement pour les immeubles que le prieuré possédait 
dans le district d'Aucb. 

Nous ferons observer que, dans ce total, déjà fort considérable, 
étaient compris deux lots qu'on avait cru devoir distraire de l'en- 
clos orientin. 

Le premier fut adjugé à Sarrouy cadet, habitant d'Aucb, 
pour 2,300 fr., le 14 avril; et le second à Limozin, de Fleu- 
rance, qui l'obtint, ce môme jour, pour 16,812 fr. 

Le lot Sarrouy comprenait la nouvelle salle çapitulaire avec ses 
dépendances, un pelitjardia au nord de ces constructions, et 
quelques pièces en rez-de-chaassée, au nord de ta petite église. 
— L'ensemble du jardin, au sud, avec la maison monasliqne fut 
la part de Limozin. 

Il résulte des dispositions prises ponr l'organisation de ces sor- 
tes de ventes qu'à Auch on ne pouvait mettre aux enchères que les 
immeubles compris dans les limites du district de ce nom. C'est 
donc dans les autres districts du Gers, et même de quelques dépar* 
tements voisins, qu'il fallut vendre ce que le chapitre orientin pos- 
sédait dans ces régions plus ou moins éloignées. Ce que l'on fit, 



_.oog[e 



— 404 — 

eo effet, après affectation distincte et distribution des litres que nos 
dianoines avaient remis, en vertu du décret du 1 3 novembre 1 789. 

Dans le cours de celle histoire, nous avons rarement profité de 
l'occasion qui se présentait de signaler l'origine de ces sortes de 
titres. Mais il en est un qui mérite ici une mention spéciale, à 
raison de son importance (1). 

Cet acte, en eiïet, enregistre m compromis arrêté le 22 avril 
1258, entre le prieur de Saint-Oreos, Jean l'^ et Raymond de 
Miramont, alors évâque de Toulouse- 
Bien avant cette dernière date, te cbapitre de Saint-Orens avait 
acquis des droits considérables sur un territoire situé entre le Tarn 
et la Garonne, dans te diocèse de Toulouse. Et, de son c6lé, l'évé- 
qae Raymond en avait aussi jusque dans le voisinage de l'abbaye 
de Gimont, c'est-à-dire à grande distance du centre de son adminis- 
tration épiscopale. 

Un échange était donc utile aux deux parties. Il fut conclu en 
vertu de l'accord susmentionné, sous le règne de saint Louis, et 
formulé par une charte, munie de tous les caractères de l'authen- 
ticité la plus complète, et corroborée tant de la sentence d'enquête 
après vérification que de l'acceptation des deux parties, comme 
de droit. 
Or, en 1 461 , 16 décembre, nous voyons ■ Révérend Père en 

■ Christ, dom Humbert de Moissac, docteur en décrets et bono- 

■ rable prieur de Saint-Orens d'Auch, se présenter devant Jean de 

■ Campa», notaire de Gimont. Il lui remet le titre qui établit les 

■ droits acquis par son monastère, en vertu de l'accord susmeo- , 

■ lionne, le requérant de lui en délivrer une copie. ■ Ce qui eut 
lieu, et cette copie dut prendre rang dans tes archives de Saint- 
Orens d'Auch, jusqu'au jusqu'au jour où, en vertu du décret du 
13 novembre 1789, elle devait être remise à qui de droit. 



db.Google 



Le district d'Aucb dat aussi mettre aux eochères tous les 
immeubles qui, dans les limites de sod ressort, appartenaient 
à des communautés religieuses, dont le domicile était fixé dans des 
districts étrangers au nJtre. C'est ainsi, par exemple, que le 
moulin de Saint-lean-Pontge fut, adjugé au citoyen Daubas 
pour la somme de 31 ,200 livres par les enchères du district 
d'Auch, ouvertes le 1 7 avril 179). 

Et pourtant, ce moulin était la propriété des Prémonirés de 
Lacase-Dieu, dont le monastère, alors encore situé entre Plai- 
sance et Marciac, se trouvait compris dans le district de Nogaro. 

Hais nous n'avons ici à nous occuper spécialement qne de Saiot- 
Orens, sans entrer plus avant dans les détails qui peuvent être 
relatifs aux autres établissements d'hommes. . 

Quant aux communautés de femmes, la Constituante avait 
d'abord arrêté, pour celles dont ta vie était consacrée à l'enseigne- 
ment public et au soulagement des pauvres, que leurs immeubles 
seraient régis, à partir du 1" janvier 1791, par les administra- 
lions ofBcielles de déparlement et de district; et que, à partir de 
celle date, on leur tiendrait compte, en argent, de tous leurs re- 
venus. 

Néanmoins l'extrême sévérité de la nouvelle législation deirait 
enfin s'étendre à toute espèce de maisons religieuses, sans en 
excepter même celles qui se consacraient à l'instruction gratuite 
de la jeunesse- 
Or, c'était le cas des Ursulines d'Auch. Leur maison principale 
était encore, dans la rue du Chemin Droit, celle où Mgr Léonard 
de Trapes les avait installées, en 1623, à la grande satisfaction de 
la ville entière. 

Mais leur accroissement ayant dépassé toute espérance, elles 
avaient fondé dans la rue de Caoïarade une succursale .importante, 
sous le patronage de saint Joseph. Elles deux couvents suivaient 
également ta règle de saint Augustin, vaquant aux mêmes œuvres 
dans une parfaite harmonie, lorsqu'on vint les évacuer. Ce qui 
arriva près de deux ans après la dispersion des chanoines Orientins, 



db.Google 



— 406 — 

dont ces mêmes UrsDlines devaient, an joar, venir prendre la 
place. 

Noos citerons, du reste, ce qu'écrivait, un pea plus lard, à ce 
sujet, une de ces dames, dans une coiîrte note dont t'aut(^raphe 
est sous nos yeux : • En 1792, la révolution de France nous 
D lira de notre couvent par la force. Au Chemin Droit, nous 

■ étions35 religieuses. On nous prit tout, biens, rentes, meubles. 

> Dieu seul fut toute notre consolation. On nous mit debors, le 
. 8 septembre 1792. • 

Environ 13 mois après cet étrange spectacle, donné à une 
popatatiOB qui avait tant à se louer des Ursulioes, leur chapelle 
fut complètement dénudée, avec quelques autres du voisinage, qui 
durent subir, en même temps, la plus triste des transformations. 
Voici, en effet, ce qu'écrivit le 5 novembre 1793, l'agent national 
dudistrictd'Aucb ■ aux officiers • municipaux de la commune : 

* Vous êtes requis, citoyens, d'avoir à faire enlever, sur le 

■ champ, à l'église des religieuses du Chemin Droit, à l'église des 

■ Bleus et aux q uatre chapelles du cloître de StOrens, les lambris, 

■ tableaux, boissures et ornements plaqués aux murs desdites 

> églises etcbapelles, destinées à l'agent des chevaux de la républi- 

■ que, et à les faire transporter dans la chapelle des ci-devant 
• Pénitents-Blancs. 

■ Saluhel fraternité. ■ 

L'église des Bleus, bien voisine de la terrasse des Ursulines du 
Chemin Droit, et située un peu au-dessous, dans la rue de l'Ecole, 
étaitcelledes Pénitenls-Bleus(l), qui, en avril 1770, avaient ou- 
vert leur chapelle aux Orientios, par suite de l'inondation dont 
nous avons parlé un peu plus haut. 

L'église des Pénitents-Bleus servit donc d'écurie, comme celle 
des Ursulines du Chemin Droit. Et tel fut aussi le sort des quatre 
chapelles du cloître de Saint-Orens. 

Nous avons dit ailleurs (2) que l'on entassait les vêtements 

[1) Ainsi qualifiée!, pour les disliogner des BI*ocs et des Gris, selon la coaleur de 
leor costume. 
(3} Toms II, pife 131 de ttiltRtvut. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 407 — 

sacerdolaoi, les livres liturgiques et les vases sacrés dans la 
salle qui avait servi naguère aux expériences physiques, dont les 
philosophes du petit sémiDaire donnaient, par leinps, le spectacle 
à UD public de choix. Cette salle, de construction alors toute ré- 
ceote, est la vaste pièce dans laquelle se trouve aujourd'hui la 
bibliothèque de rétablissement, au-dessus du vestibule. On en fît 
le dépôt de tout ce que l'on trouvait de plus précieux, surtout 
en fait de bijouterie, d'argenterie et d'étoffes précieuses. 

Mais les immeubles par destination qui avaient servi à la dé- 
coration des églises de la ville, ou bien a certains détails du culte 
public, furent, en effet, Iranspor lés dans la chapelle des Pénitents- 
Blancs pour y être mis aux enchères. C'est dans cel édifice, 
aujourd'hui à l'usage des Frères de la Doctrine Chrétienne, que 
le parement antérieur de l'autel de l'Immaculée-Conception, j 
compris son cuir de Cordoue encadré de bois doré, fut porté à la 
mise à prix de 30 livres, le 19 septembre 1795, et adjugé aa 
citoyen Gracier moyennant 60livres(1). 

Cependant les familles Sarrouy cadet, d'Auch, et Limozin, de 
Fleurance, jouissaient des deux lots distraits de l'enclos deSalnt- 
Orens; et le 15 juin 1796, l'Etat maintenait encore le troisième 
dans son domaine privé. 

Ce dernier lot comprenait les deux églises, avec leurs dépen- 
dances; le cloître avec son préau découvert et les eonslruclions ad- 
jacentes à l'aspect de l'ouest, jusqu'à la rue du Prieuré- Son alié- 
nation fut enfin résolue, et les enchères furent fixées an 1 6 juin 
1796 Le citoyen Lodoyer, entrepreneur de constructions à Auch, 
fut le dernier enchérisseur : ledit lot lui fut adjugé moyennant la 
somme de 42,813 livres. 

Pour ce qui regarde l'Hespilalet, il paraît qu'on ne le vendit que' 
le 7 août 1 801 , et cela pour la modique somme de 2,000 fr. 

Nous trouvons, du reste, qu'à cette date, le lot Limozin était 

(1) ProcÉi-verbal des veoles publiques du m' jaor complémentaire de It [II* Ut- 

ai« tépablicaine. — Àich. dépsrl. du Gers. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 408 — 
passé 9x1 citoyen MeilbiUi qui eo élait seul propriétaire, et qui ne 
te reveudit qu'au 1 81 8, ainsi que nous le dirons plus tard. 

Quant au citoyen Lodoyer, il tarda peu cle spéculer sur la part 
qailui était écbue, vendant, par fractions diverses, les construc- 
tions qui, du sud au nord, bordaient le cloître et la rue du Prieu- 
ré, et se montrant en ontre fort disposé à faire de même pour tout 
le reste. 

Il comptait bien, par exemple, retirer une certaine somme as- 
sez ronde de l'borloge dont le chapitre de Saint-Orens avait doté sa 
paroisse, eu la faisant placer au faautdes murs de la prieurale, 
versfe milieu du xvm' siècle. Mais il fut reconnu que cet immeu- 
ble par destination n'avait pas été compris dans ta mise à prix du 
15 juin 1796. Et un mois après, c'est-à-dire le 17 juillet de cette 
même année, une dépêche ministérielle autorisa les officiers muni- 
cipaux à faire transporter cette horloge sur la façade de l'hâlel-de- 
Tille, oii on la voit encore (1 ). 

Mais que fallait-il faire des deux églises? Pour un entrepre- 
neur de constructions, il restait toujours une dernière ressource; 
et le citoyen Lodoyer se résolut enfin à les traiter comme carrière 
€a exploitation de matériaux, pour des édifices vulgaires, tl mit 
donc la main à l'œuvre; et dans te printemps de l'année 
1799, on vit un certain nombre de manœuvres enlever la tuile des 
combles de laprieurale, et puis déposer la charpente pour con- 
tinuer la démolition de cette vieille église. 

Déjà an mois d'août de la même année, il n'en restait qu'une 
immense ruine; et le tour de la petite église allait venir, lorsque 
M. le baron Gaspard de Batz, dont l'habitation était voisine, con- 
çut l'heureuse idée de conserver cette intéressante chapelle, pour 
des temps meilleurs, qui déjà semblaient poindre à l'horizon. 
Avec, les familles d'Auch qui étaient demeurées aussi chrétiennes 
q(i6 la sienne, il avait toujours nourri l'espérance de voir le 
calme et la vraie liberté du culte catholique succéder à la tempête 
révolutionnaire. 

(1) IrebiTNiUp. da G«ri. 

D,g,tza:Jb.G60gle 



— 409 — 

Il fil donc ses propositions au ciloyen Lodoyer; et le 13 août 
1799, la vente fat conclue pour la somme de 2,000 fr., ou bien 
pour la rente annuelle de cent fr., tant que le capital ne serait 
pas compté. Déplus, il fut stipulé, dans l'acte, que si l'église ve- 
nait jamais à être rendue au culte, le vendeur livrerait, dunord 
au sud, un passage convenable; afin que, de la petite rue voisine, 
qui, de l'ouest à l'eâl, se dirige vers la rivière, le public put abor- 
der la salle capitulaire du XIV* siècle. Nous avons vu, en effet, que le 
chapitre l'avait annexée, en 1 772 à ladite église, dans le but d'en 
agrandir l'encèinte. 

tout étant ainsi réglé entre les deux parties, le pieux ba- 
ron voulut visiter en détail sa petite église. A travers les décom- 
bres de la prieurale, il s'y rendit à la dérobée. Mais quel désolant 
spectacle présentait à ses regards l'intérieur d'une chapelle qui 
avait été si longtemps vénérée par les fidèles de la ville entière! 
Combien il dut en coûter de larmes à un aussi noble cœur! ' 

C'était, de toute part, le tableau navrant du dépouillement le 
plus complet. 

Plusieurs fois M. de Batz avait admiré un beau lustre de, 
bronze qui, en 1790, se trouvait encore suspendu au milieu de 
la voûte. Le travail délicat des petites figures dont il était parsemé 
n'avait pas plus échappé à son attention que les nombreuses 
branches, à lamperons mobiles, qui rayonnaient autour de la lige 
principale. Or, de celle ancienne couronne de lumières, il ne res- 
tait plus que le fulcre, fixé aux douelles delavoûle. 

Avec ce lustre et les autres parties du mobilier proprement 
dit avait disparu tout le retable de l'Immaçulée-Conception. C'est 
à peine si ta silhouette de l'autel laissait, contre le mur du pan 
terminal, un- souvenir du massif des constructions qui, depuis 
1772, ava'ent porté, à cette place, la'lable du saint sacrifice. 

Au-dessus étaient, en lambeaux, les trois verrières monumen- 
tales qui, seules, d'après le plan du iiv* siècle, avaient été desli* 
nées à éclairer l'enceinte sacrée. On avait arraché une partie des 
barlotières sur presque toute la hauteur des baies. C'est tout an 



_.oogle 



— 110 — 
plus si, entre les courbes qui s'iofléchissaienl en ogive, dans les 
trois p^ns de ce chevet, M. de Batz retrouvait quelques débris 
épars des peintures d'Arnaud de Moles, retenus sur les nilles par 
leurs clavettes ébranlées. A travers ces épaves de ta plus ruineuse 
des tempêtes, qu'un vent plus calme semblait encore vouloir dis- 
puter auï résilles du plomb rattaché aux vergeltes, il ne put même 
se rendre compte que d'un seul dessin : celui du blason de ta corn- . 
mune d'Auch. Coaime si, à celte place, où il brillait depuis près de 
trois siècles, cet ancien armoriai avait eu lu mission de témoigner 
encore de la vieille sympathie de nos consuls pour le prieuré de 
Saiot-Orenset pour la culte de Marie Immaculée. 

Un peu plus bas, noire visiteur redemandaitaux murailles cette 
partie notable des arcatures trilobées qui, depuis les modifications 
de 1 772, étaient restées presque intactes jusqu'à 1 ■■ au-dessus du 
nouveau pavé. Il n'en retrouvait plus, çà et là, que des linéaments 
informes retracés vaguement au bas des murs. Pour fixer plus com- 
modément les crèches à râtelier dont l'agent national avait pres- 
crit la mise en place, on avait dégradé, au marteau, jusqu'aux der- 
nières moulures de ce gracieux motif d'ornementation.— Certaine» 
mutilations avaient même atteint quelques groupes des colonnettes 
qui, à distances égales, s'élevaient au-dessus des arcatures, jus- 
qu'aux chapiieaax dont le tailloir donnait naissance aux gerbes des 
nervures de la voûte. On comprend que,, sous les pieds des che- 
vaux le pavé n'avait pas moins souffert que le bas des murailles 
d'une métamorphose aussi ignoble- 
Comment donc se faire à l'idée qu'une enceinte réduite à un 
état aussi déploraWe pourrait un jour reprendre même les plus 
modestes apparences d'une église provisoire, à rouvrir aux 
cérémonies du culte paroissial? Et pourtant le- jour n'était pas 
éloigné où l'ancien parsan de Saint-Orens n'aurait plus d'autre 
ressource . 

Nous avons vu, en effet, avec quelle rapidité s'opérait la démoli- 
tion de la prieurale. Déjà ses vieux murs n'offrirent aux regards 
des fidèles que l'affligeant tableau de larges pans de ruines â niveler 



— 411 — 

SOUS le sol. Heureusement que les foodatioaa gardaient sur tous 
les points les matériaux enfouis par les constructeurs de la période 
romane. Et c'est ainsi que, de nos jours, il a été possible de re- 
demander aux grandes lignes t'harmoeie du premier plan. On sait 
déjà combien il était digne d'être remis en lumière, surtout à une 
époque de réhabilitation sincère el d'étude éclairée des monuments 
de nos grandes périodes chrétiennes. 

Nous tenons de M. P. Sentelz, de Duran, témoinde ces démoli- 
tions, que le tombeau du comte Bernard le Louche fut retrouTé 
derrière l'autel de saint Clair. Mais de simples manœuvres poo- 
Taient-ils alors te traiter avec te respect dont il serait entoaré de 
nos jours? En peu d'instants il fut réduit à l'état de moellons 
bruts, et il en fut de même de celui de Sancbe-Milarra. 

Dégagé des trois colonneltes et des cintres géminés qui l'as- 
sujettissaient sur les bords de la lombe, le couvercle seul fut con- 
servé, pour servir de siège à c6ié do la porte du citoyen Lodoyer. 
Et le tympan sculpté qui lo couronuait entra, comme élément de 
construction, dans l'épaisseur d'un mur nouveau, sans le moindre 
égard ni pour son bas-relief, ni pour l'inscription gravée en creux 
qui en donnait la signiScation emblématique- 

C'est dans ce mur, remanié par nos soins, que nous avons re- 
trouvé, en 1868, cette curieuse épave du regrettable sarcophage 
qu'elle avait embelli, pendant près de dix siècles. 

Cependant, le général Bonaparte avait pris assez d'empire pour 
dominer el contenir les funestes tendances d'une période encore si 
tourmentée. Dès l'année t800, le catholicisme put retrouver enfin 
sa part d'une liberté que l'on disait devoir être commune à tous les 
cultes; et la paroisse de Saint-Orens travaillait à se réorganiser. 

Mais où placer l'autel nouveau autour duquel les catholiques 
sincères demandaient à se grouper, afin de rendre à Dieu, avant 
tout, de solennelles actions de grâces, pour le calme rétabli dans 
le sein de la naiion française ? 

L'ancienne église paroissiale ne présentait plus que des restes 



_.oogle 



— 412 — 

méconnaissables. Mais sa voisine, encore debont, pouvait se prêter 
à l'impëriause nécessité d'an asile provisoire à ouvrir pour les 
réunions de la prière publique. 

Celle-ci fut donc remise, à la hi(e, dans un ^l passablement 
décent. El une petite vasque monumenlale, retirée des décombres 
voisins, fut fixée dans le mur, à l'entrée de la oef, eu qualité de 
bénitier. On eut même l'attention de la disposer de manière à 
laisser voir son inscription 6a xiu* siècle : hec bst coxca sa obeergii . 

Xl,l 

DEPDIS LA RÉORGANISATION DU CDLTE PABOISSIAL, DANS LA CBAPELLE 
DE L'iHHACDLfiG 'CONCEPTION, IDSQU'a l'iNSTALLATION DES UBSO- 
LINES D'aCCH au PRIEURE, EN 1821. 

On avait fixé le 28 septembre 1800 pour une bénédiction 
solennelle. Elle vint, en effet, à cette date, rendre sa primitive 
destination à ce vénérable [sanctuaire, dans lequel une espèce de 
cotte sans traditions s'était permis de voiler, par intervalles, les 
mystérieux symboles de son catécbuménat. Nous en avons re- 
trouvé diverses traces, peintes en noir sur le nu des murailles. 
Et certains adeptes, peu initiés anx secrets de quelque impor- 
tance, aimaient surtout à raconter les repas solennels que les frères 
et amis s'étaient donnés dans notre petite église. 

Mais une enceinte de si étroites dimensions ue devait pas suffire 
bien longtemps à une paroisse aussi populeuse. II fallut donc songer 
à lui donner ailleurs plus d'air et plus d'espace. Et l'on crut re- 
connaître que ces deux conditions d'hygiène, indispensables aux 
grandes réunions, pourraient se rencontrer ausénéchal. Il était de- 
venu libre depuis que l'aile méridionale de l'arcbevécbé se trouvait 
convertie en palais de justice. 

C'est donc sur le côté sudouost de ta petite pUce qui sépare la 
rue du Pouy de celle du Chemin Droit que fut, désormais, l'entrée 
du nouveau SaintOrens, en attendant lejour où il serait possible de 
donner à cette vaste salle une certaine allure d'édifice religieux. 
Celui de l'Immaculée-Conception pouvait -rester par là même tout 



; *^.L)uyic 



— 413 — 

à fail étranger aux exercices paroissiaux, sans discontinaer de servir 
aux cérémonies du culte catholique. 

Cependant le but principal que s'était proposé M. le baron 
Gaspard de Bâti était complètement atteint : sa paroisse était 
réorganisée dans des conditions meilleures qu'il ne l'avait d'abord 
espéré; et son oratoire privé était le rendez-vous des âmes pieuses 
qui aimaient à renouer et à fortifier les anciennes traditions de 
notre ville pour le culte de Marie Immaculée. 

Madame Soucadaux témoigna â M. de Batz le désir qu'elle avait 
de lui être substituée comme propriétaire; ce qui eut lieu, par acte 
du 31 octobre 1810, aux conditions de lapreoUère vente. 

Huit ans après, nous voyons figurer dans un nouvel acte 
d'acquisition de cet immeuble un nom dont le souvenir rappellera 
bien longtemps le? plus émioents services qu'un prêtre modeste, 
mais d'un mérite hors ligne, puisse rendre à son diocèse : 'M. l'abbé 
Fenasse avait, à son tour acheté ladite chapelle, le 29 novembre 
1818. 

Déjà, au reste, il avait obtenu, depuis le 1 7 décembre 1817, que 
M. Lodojer lui cédât pour 300 francs l'étage entier dont les 
constructions très diverses faisaient ceinture autour de la petite 
église, dans les deux directions de l'ouest et du nord. 

A force de tact j^t de sage persévérance, M. l'abbé Fenasse avait 
réussi à rendre successivement leur caractère religieux à un petit 
nombre d'établissements qui, depuis 1789, l'avaient perdu sur 
diverspointsdelarégion. Ne pouvait-il pas espérer d'en faire autant 
pour cet ancien asile de la vie céaobitique t 

Son but, en effet, bien arrêté depuis quelque temps, était 
d'établir au Prieuré une communauté de religieuses pour lesquelles 
il venait de régler ces deux acquisitions. 

Cette communauté se composait d'un petit nombre des Ursulines 
d'Auch qui, en 1792, s'étaient vues contraintes à quitter leurs 
cloîtres du Chemin-Droit et de la rue de Camarade. Depuis 1 808, 
une portion notable de l'ancien couvent des Dominicains leur avait 
servi d'asile provisoire. Et la confiance des familles secoodant, de 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 4U — 

toute part, l'œuvre d'éducalioD vraimeol chrétieane qu'elles avaient 
réorganisée, elles se trouvaient fort à l'étroit lorsque M. l'abbé 
Feoasse vint leur communiquer ses intentions. 

Le lot Limozin était passé à M. Mettban, ainsi que nous l'avons 
déjà dit. Et si les Ursulines pouvaient en devenir propriétaires, 
elles ne devaient avoir qu'un pas à faire, une rue à traverser, 
pour jouir d'un bel enclos, d'une vaste babitation, et aussi, par 
lÂ-méme, d'une chapelle qui déjà se trouvait à leur disposition. 
C'est donc avec empressement que le projet de M. l'abbé Fenasse 
fut adopté par le conseil de la communauté reconnaissante. 

Ellecomprenaitonze religieuses dont les voeux étaient antérieurs 
à 1792, savoir : 

Sœur de la Trinité, née de Trenqualie..., prieure; 

Sœur Saint-André de Captan de Bourrouillan, sous-prieure; 

Sœur Saint-Jean de Vie; 

Sœur Saint-Claude Vignola; 

Sœur Sainte-Thérèse de Colomez de Gensac; 

Sœur Saint-Bonaventure du Pouy; 

Sœur l'Enfant Jésus de Sauvaige; 

Sœur Saint-Pierre, converse; ' 

Sœur Saint-Orens, id., 

Et toutes provenaient de l'ancien couvent dihChemin-Drnit. 

De celui de la rue de Camarade venaient, en outre, deux 
religieuses, savoir : 

Sœur Saint-Alexis Boutan; 

Sœur Saint-Augusliu Cadroy. 

Beaucoup trop à l'étroit, dans la maison des Dominicains, pour 
vivre selon toutes les conditions de la vie claustrale, elles conçurent 
l'espérance de voir renaître, à Saint-Orens, les beaux jours de 
leur uicienne régularité; et sans relard, des propositions furent 
faites & M. Meilhan, qui vendit sa propriété, par acte du 18 
décembre 1818, pour ta somme de 18,000 fr., aux mères de 
Trioqualie, de Colomez de Gensac et de Captan de Bourrouillan, 
en qualité de co-propriétaires. 

. / 

JDg,tze:Jb.GOOgle 



— 415 — 

Toutefois, le jour où I'od pourrait se transporter dans le nouvel 
établissement n'était pas encore arrivé. Des travaux importants 
étaient indispensables pour mettre le monastère dans les conditions 
que lui imposait sa nouvelle destination, tant pour les Ursulines ' 
que pour leurs pensionnaires. Près de (rois ans furent consacrés 
à ces diverses appropriations ; et c'est te 1 *' novembre 1 821 qae 
M. l'abbé Fenasse fit, en sa qualité de vicaire général d'Agen pour 
l'îmcien diocèse d'Âuch, l'installation de nos religieuses dans le 
prieuré de Saint-Orens. 

A tous les points de vue, les familles qui, en très grand nom- 
bre, les honoraient de leur confiance, les félicitèrent d'une acqui- 
sition qui devait si bien favoriser tous les développements indis- 
pensables à an pensionnat de jeunes demoiselles. 

Mais, dans l'intimité de leur vie régulière, les filles de Sainte- 
Angèle Merici bénissaient Dieu de l'insigne faveur qui les rendaient 
si heureuses : celle d'être appelées à raviver, sooSl les auspices du 
saint évèqued'Hippone, le feusacré des règles conventuelles que 
les clercs Augustins de Saiot-Orens avaient maintenues, dans ce 
même enclos, du vt' au x° siècle. 

Il y avait, sans doute, beaucoup à faire encore pour compléter 
un établissement aussi mutilé ■ Mais le courage de nos Ursulines, 
quelquefois ébranlé par le sentiment exagéré de leur faiblesse per- 
sonnelle, retrouvait toujours une nouvelle force dans le souvenir 
des saints évéques d'Aucb, les Taurin, les Orens, les Léotbade, les 
Austinde, et tant d'autres grands personnages, qui avaient jadis 
fécondé, aïec un merveilleux succès, le sol béni qu'elles venaient 
remettre en culture. 

F. GANÉTO, 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



DOCUMEXTS INÉDITS. 
TROIS LETTRES DE BERNARD DE LA VIE 

PBEHIER PRÉSIDENT OU PARLEMENT DE PAU. 

A Paudience solennelle de rentrée de la Cour alors impériale 
de Bordeaux (5 novembre 1869), M. Théophile Bazot, substi- 
tut du procureur général et maintenant conseiller en cette 
même Cour, prononça un discours remarquable sur le Parle- 
ment de Bordeaux et l'avocat général ThUfaud fte La Vie sous 
la Fronde (1). J'espère bien qu'à la Cour de Pan, quelque 
membre du parquet croira deroir, un jour, rendre à la mémoire - 
du père l'hommage si éloquemmcnt rendu par M. Th. Bazot à 
la mémoire du fils. En allendanl que, dans -la ville de Henri IV, 
le premier président du Parlement de Navarre soit loué, 
comme il mérite de l'être, par un émule du magistrat de 
Bordeaux, je viens publier trois lettres de Bernard de La Vie 
au chancelier Seguier, écrites le 23 juillet 1647, le 13 novem- 
bre 1648, le 19 octobre 1649, lettres qui, tout en nous faisant 
connaître le caractère el le talent du digne flls du président 
Fortis de La Vie (2), contiennent sur certains hommes et sur 
certaines affwres du Béarn et de la Navarre bon nombre de 
curieux renseignements (3). 

ph. tamizey de larroque. 

(1) Bordsaai, GonDooilbon, 1869, io-S» de 78 p. 

(9) C« présidant ta Parlemenl d« Bordeani, qui tut bonoré da Is confiance da 
Henri IV el quimonnil le 31 aoQi lâSO, descendait de câ penonnagedODi BIÙMde 
Honlac d'Ai\iiMKi€omm«ntaira(t- m, p. 103) ; € Uogmien pareai, nommé monsieor 
de La Vil. i Bernard de La Vie moarnt en 1655: il avait d|}ousé Marie de Camin, 
flUe d'un cooseillar an Parlament deBordeaai el d'ans demoiselle deHoniaigoe. 

(3) Il faut rapprocher ce» troi» lettrai d'one aulrs lettre de Bernard de La Vie an 
ehanceliar Segoisr, datde da Bardaanx la 8 atril 1644, el pnbliéa par moi, d'apréi 
l'origiDal conseriA 1 la Bibliothèque da l'Ioslilnt [collection Godetro;], daaa le t. iii 
de» Arehivts fUitoriçuet du déparUmtnt de la Girondt, p. 936-93B. — H. Ltonee 
CoDtora a tria rapidement, mais Irée bien loné Bernard de La Vie à la page 338 dn 
lome III da Bullelin d'Aoch, dam l'article inlitnld : Arnaud de Bordtnavt (t 
l'iitfuêna franfain a* Parltmatt dt Pau. . 



D,g,tza:Jb.GOOglC 



— 417 — 

V, ■ ' ''!■ 

Monseigneur, 
Celle cy est pour accompagner la lettre que le Parlâment escript au 
roy sur les entreprînses que monsieur le présidant Gassion a faict sur 
son authorité et jurisdiction, ou pour mieux dire son mespris, en 
quoy j'ay la meiUeu>e part puisque j'ay l'honneur d'en estre le chef. 
La fortune de mousieur son frère (2) a si fort enflé son orgueU naturel 
que véritablement il n'y a plus de moyen que le gênerai ny le parti- 
culier puisse vivre avec luy, comme vous jugerés par ceste action. Je 
vous dirai donc. Monseigneur, qu'il arriva le dixième de ce moys un 
courrier qui venoit des isles Sainte-Marguerite envoyai par monsieur 
de Guitaut, gouverneur (3), à monsieur le marquis de Poyane (4). 
Le dict sieur de Gassion l'envoya chercher et mener dans le palais 
où nous estions touts faisant nos charges. Il sort de la Tournelle pour 
parler à luy, demande d'où il venoit, ce qu'il portoit et s'il avoit lettre 
ou ordre pour luy, lequel ayant respondu que non, mais seulement 
une despeche pour monsieur de Poyane qui avoit son adresse à 
Navartens, il escripvit par luy au sergeant major qui y commande 
par l'absence du gouverneur et lieutenant do vouloir envoyer ceste 
despesche à Dacs à monsieur de Laminsans, frère de monsieur de 
Poyane, et de luy escripre que s'il y a quelque chose qui regarde la 
Navarre ou le Beam de la luy vouloir envoyer pour exécuter ce qui 
besoing sera; ce qu'ayant faici, il list mener, le sesieme, dans la con- 
ciergerie de la cour un marchant d'Oleron nommé Subervile, et le 
lendemain il escripvil,dictil,àmonsieurdeGuenegautpour en donner 
advis au tby. Tout ce dessus fut f^ct par luy sans m'en donner 
nulle sorte de coguoissance ny au Parlement, ce qui causa une 
grande rumeur, d'autant que cest homme estant arresté pour avoir 
intelligence avec l'Hespagnol, la cognoissance en apartenoit comme 
crime d'estat au Parlement lequel, de plus, est en possession de faire 
la charge de gouverneur en son absance, mesmes aux actions 
militaires, confirmée par lettres patantes du feu roy d'heureuse 
mémoire, lorsque monsieur le marquis de la Force quy estant pour- 

(1) BibliotbAqu« Dtliootle, Foada Inaçiia, toI. 17S87, p. 31. 

(3) L» maréobal JesD da Gusion, qoi allaii ttrâ tud quelques Hm&iDes plat Ikrd, 
au siife ds LeDS (3 octobre ). 

(3) Cbules da Pechpejroa-Comlngei, cbevâlier de Halte, coDna ioob le nom d« 
com mandent de Gnllanl. 

(1) Henri de Bajleni, marquis de Psyanne, gonvernenr d« Dai si de Navarreni, 
lienienant-gtndral en Béa», etc. 

Toitt Xn. 30 " 



db.Google 



— 418 — 
veu par survivance de la charge de mosieut son père voalsit la faire 
et commander les gens de guerre, ordonner le mot, ce quy luy feut 
deffendu, et ceste autborité conservée au Parlement; ce qui servira 
de responca à la prétention qu'il a d'avoir ce droit en qualité d'in- 
tendant, puisque si le gouverneur estoit dens la. province, il oe l'en- 
treprendroit pas sans son ordre. Que s'il veut dire qu'estant une chose 
qui meritoit secret, il ne la poiuvoit publier dens le Parlement, pour 
le moings me ledebvoit il communiquer, puisque j'ay l'honneur d'en 
estre le chef, l'homme du roj qui represante le gouverneur; outre 
ce que ce n'est pas un droit d'intendant qu'un advis donné d'un lieu 
qui n'est pas de l'estendue de sa commission et un crime d'estat qui 
legarde le bien et le repos de toute la province; et au pis aller, apies 
avoir mits l'accusé en prison, en debvoit il donner cogaoissance au 
Parlement plustost qu'en donner advis au roy, non pas le mespriser 
à ce point et aussi injurieusement. C'est de quoy. Monseigneur, je 
vous demande justice pour le Parlement et pour moy- particuliere- 
meot, d'avoir envoyai chercher un courrier dans le palais, moy y 
estant, l'avoir interrogé, renvoyai, escript au major de Navariens, 
faict mettre uikhomme en nos prisons, donné advis au roy sans m'en 
donner nulle sorte de cognoissance. Puis-je, Monseigneur, souffrir 
cest aSxoQt sons réparation, et vous qui estes le chef de la justice de 
ce royaume ne m'assisterés vous pas, s'il vous plaist, pour l'avoirf 
Ne conserverés vous pas au Parlement son authorité comme gou- 
verneur en son absance et sa jurisdictîon comme les ^uls juges des 
crimes d'estat, et ne vous plairra ilpas pourvoir à ce que à l'advenir 
je ne sois pas si mal traîcté, si mesprisé à la face de toute la province 
où j'ay l'honneur d'estre premier présidant, par un homme quy encore 
par sa mauvaise conduite a ruiné cest affaire, en ce que, puisqu'il veut 
£aire l'intendant, il debvoit aller en un affaire si-important, non pas 
envoyer un de ses domestiques pour faire la visite et saisie de papiers 
et des livres de ce prisonnier, fort incapable, sans authorité, qui a si 
bien agi qu'il n'a rien trouvé que ce qu'on vouloit qu'il trouvât, où (1), 
s'il m'eust communiqué ce secret on y eust envoyai un commissaire 
plus ffdelle et plus secret que son valet et plus exempt de soupson 
de s'estre laissé corrompre pour de l'argent. 

Je vous supplie très humblement. Monseigneur, de protéger i'au- 
thorïté et la jtAidiction de la compagnie en luy renvoyant te jugement 
de cesl aSaire, auquel il aura sa part comme président du. parlement 
gui a tousjours cogneu de ccste nature de crimes comme font touts 

[1) OA, itndii que. 

Dg,tze:Jb.GOOglC 



— 419 — 
les parlemens do France avec la Tournelle, et de ne permettre pas 
qu'en mon particulier je sois mesprisé de la sorte et qu'on ne puisse 
pas dire qu'en ma vieillesse j'ay laissé avilir et flestrir l'honneur de 
ma charge. 

J'ay eneorea vous représenter, Monseigneur, qu'Uy a huit sepmai- 
nes qu'il nous tormente sur un scandale qui arriva le jour du sacre (1) 
en laviHe d'Orthes, où un prétendu réformé séditieux, passant au mi- 
lieu de la procession, salua les religieux et les prestres, et quand il 
feut devant le saint sacrement, il se couvrît, enfoncea son chapeau et 
passa la teste baissée très irreveremeat, de quoy ayant esté informé 
par les ofBciers du lieu, ou m'eavoya l'information qui feut décrétée 
en la grand'chambre; de quoy il âstun grand bruict, disant que cest 
ailaire apartenoità la Touroelle, où il Ust donner un arrest par le- ' 
quel on députe un commissaire pour aller faireune' enquête jusliffi- 
cative pour cest accusé, que le coramissairo tint pendant son séjour 
auprès de luy, et par ce moyen empescha l'exécution du décret, dé- 
crète et interdict l'officier qui avoit faict l'information et me l'avoit 
envoyée; et lorsque suivant les ordonnances, j'ay assemblé les 
chambres pourjuger ce différend, il a rompu trois séances sans avoir 
voulu laisser opiner, non pas mesmes voulu accepter qu'on jugeât 
l'aSaire la grand'chambre et Tounielle assemblées, quoy qu'il n'y a 
pas deux moys qu'un affaire de mesme nature feut jugé contre un sien 
parant en la grand'chambre; tellement que je prevoy un grand de- 
sordre, la grand chambre ne pouvant souÔrir cest arrest donné en 
la Tournelle confre ce qu'elle avoit jugé, et une justificative d'un 
accusé sans avoir satisfaict au décret veu l'information contre tout 
ordre de justice; et je ne doubte poiact que cest affaire ue soit porté 
au conseil du Roy, s'il ne se remet à la raison, auquel cas je vous 
suplie très humblement. Monseigneur, de vouloir considérer à quoy 
son grand orgueil et peu de religion nous reduict, car je vous puis 
jurer devant Dieu qu'il est le protecteur de touts les mauvais affaires 
de ceux de la Religion prétendue reformée, et de no vouloir rien 
croyre de ce qu'il vous pourra escripre sans nous ouyr et de vouloir 
maintenir en touts les deux affaires l'honneur de la religion et de la 
justice et l'interest particulier de celuy qui véritablement ne passe 
pas un jour sans prier Dieu qu'il vous doint, 

Monseigneur, bonne, longue et heureuse vie. 

Votre très humble, très obéissant et très obligé serviteur, 

A Pau, ce 23 juillet 1647. LA. VIE. 

(1) Saeri, fèt^-DUn. 

D,g,tze:Jb.GOOg[e 



U (1). 

Monseigneur, 

Je donné advis au Roy le 7* octobre du commencement des desor- 
dres que cinquante-deux députés des estats du pays de Beam pour 
solliciter l'oposition par eux formée à l'edict du Roy portant aliéna- 
tions de deux mille livres de fiefs du domaine de Sa Majesté, avoîent 
faic't en ceste ville, de l'insult et des menaces à ma personne, des ré- 
cusations proposées contre moy. J'envoyai à mon fils (2) ma des- 
pèche à Bordeaux pour la mettre sur la poste dans laquelle il ne 
treuva pas celle que j'avois l'honneur de vous escriprc, ny celle de 
Monsieur Du Plessîs et luy envoya en Testât qu'elle estoit avec un 
mot d'advis. Je ne double pas qu'il ne vous aye faict v<)ir le verbal 
que /avois faict de tout ce quy s'esloit passe. J'esperois que nos va- 
cations leur fairoitcognoistre la raison et considérer les faveurs qu'ils 
avoient receu du parlement qui leur a donné quinze mois pour se 
pourvoir vers Sa Majesté, comme ils ont faict, mais pour n'avoir 
voulu tenir ce que leur syndic avoit promis, Sa Majesté nous a faict 
commandement de procéder à la vérification. Ils ont employai 
tout ce temps à monopoler une conspiration et une sédition qu'ils ont 
exécuté à l'entrée du parlement, estant venus à main armée avec cinq 
cens hommes dans le palais, chaus qu'on vouloit mettre la gabelle, 
et ensuite pillé et desmoli en partie la maison de M. de Bordenave, 
maître des comptes (3), homme de bien et d'honneur et de grande 
littérature, parce qu'il estoit porteur de l'edict, lequel s'est sauvé mi- 
raculeusement avec ses enfants, comme j'ay faict ma personne qu'on 
menaceoit comme un juge récusé par le parlement en cest affaire, en 
me retirantdans le chasteau du Roy après qu'on m'eust rendu inu- 
tile au service de Sa Majesté par un arrest de récusation. 

Je parle si succintement, Monseigneur, parce que vous verres daus 
celle que j'ai l'honneur d'escripre au Roy tout ce qui s'est passé ^ 
punctuellementet très véritablement, où vous remarquerez qu'un pre- 
mier présidant qu'on croyt n'avoir plus que trois mois à servir n'a 



(1} Ibidem, vol. IT3M, p. 146. 

|9] L'aroeal géniiaX Tbiband de La Vie. qot, tout en gardml celle charge, occu- 
pa, de 16S3 jusqn'à » mon (janvier ISSâ) celle de premier préaidenl du parlemeni 
de Navarr*. 

(3) Arnaud de Bordenave. si célèbre comme avatar, et donl les Platdoytrt el at- 
liont fnreni imprimai i Paris en 1641 {in-I3J. 



db.GoogIc 



— 421 — 

pas grande authotité. J'a-\-ois escript il y a longtemps à Monsieur Du 
Plessiset suppliai de vous présenter udo de mes lettres par laquelle 
je priois très humblement qu'en nous continuant vos faveurs et vos 
grâces, i! vous pleust obtenir une continuation de Leurs Majestés 
de là première que je vous doibs, mais ce rencontre me desgouste 
grandeuienl, en sorte quo si mon fils qui ne veut point du tout venir 
icy voutoit prendre ma place je me rotirerois volontiers, et si lo fils 
de Monsieur de Marca [1} avoit l'aage et le service requis, je me con- , 
tenterois. La seule aprehension que j'ay qu'elle ne tombât par né- 
cessité pntre les mains d'un homme qui ne m'aime pas plus qu'à la 
Religion cathtjlique et à la justice et qui est si chargé d'argeant q u'i! 
ne l'espai^nera pas pour y parvenir me retiendra tant qu'il plairra à 
Leurs Majestés et à votre bonté et tout autant qu'il me sera possible. 
C'est une condition misérable lorsqu'on regarde 'afin delafunction 
d'un officier plus que l'aulhorité de sa charge. 

Je lesse ce discours, Monseigneur, pour vous dire deux choses 
dans lesquelles je vous supplie très humblement de me ménager et 
meconsiderer, La première est que Monsieur le baron de Lons, beau- 
fW>re de Monsieur lo mareschal de Gramont [2), est le principal au- 
theur de cestc sédition par la confiance qu'il a do sa protection. J'es- 
eripts à mon dict siour le maroschal que j'honore tout autant que le 
sen'ice du Roy le peut permettre, mes raisons et mes excuses, dont 
ma plus grande est que si on dissimuloil un affairo de telle nature, ce 
seroit ruiner l'aWhorité du Roy en la personne de son parlement 
premièrement, et par conséquent la siene et ses sujets, et que tout ce 
.que j'ay peu faire est de parler dans celle que j'escripts à Sa Majesté 
eu tenuesgeaerauxsansnommer ledict sieur de Lons. 

L'autre estquo tout le mal nous vient de la mauvaise conduite de 
Monsieur do Poyaue, lieutenant glanerai du Roy en la province, le- 
quel a permis ta nominaliim et dcputation de 53 persones dont les 
deux tiers sont de la noblesse, et l'autre du tiers estât et jurats des 
communautés pour un afiaire que les seuls scindics créés pour cela 
pouvoit faire, et qui ayant esté adverty dos premiers desordres el de 
l'insult fait à ma personne par M. de Diusse, un des députés do la 



[U l.e fils de l'illuslro Pierre de Marca, Galacloire de Marca, qai (ot prétidentau 
parlement de Pan en rn^ine lemps qu'abb£ de Saint-Aubin d'Angers el qni moarat . 
en février 1689. 

(ï) Ce faïune des plus jeuncu sccurs du maréchal, Francoite-Margnsrite Baronne 
de (ïramoni, qoi époufa Philippe de Lobs, gentilhomme bla mais auquel le Moréri de 
1759 donne le titre de marquis. 



_.oogle 



— 422 — 
noblesse, qui luy dict l'aprehension qu'il avoit qu'ils seroit plus grands 
à l'entrée du parlement, et quoy qu'il ne soit esloigné de cestc ville 
que d'une jouipée, il n'est pas seulement venu dans la province, quoy 
que le Roy l'exhortât d'y venir par la lettre qu'il escripvit atouts 
les gouverneurs; mais qui plus est les jurats de ceste ville lui ayant 
escript et priai devenir icy sur ces desordres, il leur a respondu 
par une raillerie disant qu'ils estoient trop vaitlans pour ne se def- 
fendre pas, c'ost à dire que c'est un grand malheur pour ce pays de 
permettre contre les ordonnances du Roy que les estais faccnt despuis 
peu de temps des pre^ns aux lieutenans généraux si grands qu'ils 
sont sept fois plus grands que ceux de son prédécesseur à cem quy 
en onst plus dé besoingct qui n'onst pas tant de générosité que Mon- 
sieur le Mareschal de Gramont. 

Vous verrég encore, Monseigneur, la mauvaise conduite rt con- 
nivence des jurats de ceste ville, oii il n'y enaquetrois, et les deux se 
deschargent sur le premierqui est un desdoputts en cest «bregé 
d'estats, car les trois qui ont esté nommés en la dernière élection 
reruseat d'accepter la charge sans autre raison que leur volonté. Il 
nous faudrait un commandement du roy pour les y contraindre, car 
ils sont gens de bien et d'honneur. 

Je finirai en disant que M. de Lons et l'abrégé des estais ont en- 
voyai il y a trois jours une courrier. nommé Abadie, jurât de Lem- 
boie (1), à monsieur le mareschal àr- Gramont pour pallier leur crime, 
un des plus grands séditieux qui a menné quarante hommes de sac 
et de corde par luy choisis qui sont esté les premiers à commencer le 
mal et les derniers pour l'achever, qui a publiai qu'on vouloit establir 
la gabelle, quy mérite le fort Levesque et qu'on envoyé les preuves 
d'icy, me remetant pour le surplus à ce qui est dans ma lettre que 
j'ay eu l'honneur d'escripre au roy. Je vous supplie très humblement, 
Monseigneur, de considérer combien il importe que ce crime ne de- 
meure pas impuny, à fout le moings lorsque le temps sera propre, si on 
ne veut perdre toute la province, avilir l'authorité du roy, anneanlir 
le Parlement et inellre touts les gens de bien'à la discrétion des mes- 
chans, comme ceste ville quy est sans murailles et n'a pour toute 
asseuranco qu'un chasteau qui a pour toute garnison trente morte- 
payes. Un homme de soixante-dix ans n'a pas grande raison 
d'aprehender sa mort s'il emploioit le reste de sa vie pour le service 
du roy ou pour une persone à qui je suis si fort obligé et que j'honore 

(1) Aujoard'hui tembeye, commans do esnion da Pau. 

D,slz.:b.GOOgle 



is. Je vous supplie très humblemeDt de croyre que je 
mourrois conteat si j'avois merilé d'estre advoiié de vous pour celuy 
qui je suis, cela veut dire, 
MoBseigoeur, 

Vostre très humble, trè^obéissaat et très obligé serviteur, 

LA VIE. 
A Pau. ce 13 novembre 1648. 



m (1). 

Monseigneur, 

Je n'ay pas envoyai le registre du Parlement dans le temps que je 
vous avoia promis par ma dernière que j'ay eu ITiOQûeur de vous ' 
escripre, parceque on m'avoit donné advis que la lettre de cachet qui 
a causé nos cootestations auoit esté signée par la. surprinse faicte par 
M. deCasaus[3) à un commis demonsieuFDuPlessisetquej'ay cieu 
que la plainte qu'il en avoit faicte avoit estou^ cest affaire. Neang- 
moins je vois par une lettre que le dict sieur Du Plessis a prias la 
penne de m'escripre qu'il n'en parie pas seulement, mais bien que la 
puissance des amys du dict sieur de Casaus agit continuellement 
pour luy faire obtenir une favorable expédition. C'est pourquoy. 
Monseigneur, la cour envoyé le registre où vous verres non seule- 
ment la vérité de ce quy s'est passé, mais les fondemeosde la justice 
du ie(us qu'on a faict de déférer à ceste lettre. Nous espérons que 
l'ayant veu on ne voudra pas forcer le Parlement à changer les ordres 
jusques à présent observés et qu'on considérera que c'est une petite 
compagnie la moitié de laquelle est composée des parens et allyés de 
la partie et les deux tiers avec les allyés, des allyés et que si on a 
ost4 tes juges récusés, il ne ratera pas cinq ou six juges pour dé- 
libérer sur l'eidict, que l'ordonance de Bloys aussy bien que celle de 
Navarre deffend aux parans et allyés d'assister au jugement et n'en 
exclut pas les récusés, et que aux autres^ Parleœens non plus qu'en 

(1) Ibidm, vol. 1739], p. 52. 

(3} Ud du mamhrea los plui remaantt da Parlemeni de Pan, GUda ieiit d« 
Cmmii, qui «Tïit été premiar présidiat de ca P>rlam«Dt iTaDt Beroard de Li Vie. 
Voir (Fonda fraotais, vol. 17391, p. 37) ane leitie du eonile de Brienne à Sé|Uier, 
du 13 jain 1(U9, en faveur de H. de Casaax. C'est une apologie compiéle, La maiion 
da Lft Vie j en attaquée «ui)i énerfiqiemairt qm poiaiMe. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



celui cy on n'admet pas en ceste nature d'affaire les récusations, si 
ce n'est qu'elle feut fondée sur quelque cause grave d'une inimitié 
capitale, oùeetles cyne sont que des querelles la plus part nées dans 
la chaleur du bureau et despuis cinquante ans arec les prédécesseurs 
de ceux qui soutde présent en charge. Pour lesraienes elles ont esté 
cassées par trois arrests du conseil. 

Et au principal permetez moy, Monseigneur, de vous dire que la 
condition de nostre compagnie seroît bien misérable si un particulier 
qui n'a rendu au roy nulle sorte de service, non pas mesmes aux 
dernières actions, ayant toutjours demeuré despuis deux ans à Paris, 
et qui pendant vingt et cinq qu'il est en charge ne l'a pas exercée 
trois ny raporté dix procès, qui par conséquent ne peut avoir les 
qualités requises pour exercer celle de présidant, qui n'a rien financé 
aux coffres du roy que six miUe francs qu'il dit avoir donné aux 
religieuses du Val de GrSfce, si, dils-je, il estoit plus considéré qu'un 
Parlement qui a tousjours demeuré ferme dans l'obéissance du roy, 
mesmes lors que les autres ont branlé; outre tant d'autres raisons que, 
SLinous sommes redùicts à ceste extrémité que d'eavoyer des com- 
missaires pour faire nos plaintes et remoustrances, on fera entendre à 
Leurs Majestés. 

Après l'interest gênerai. Monseigneur, je me trouve obligé du me 
plaindre en mon particuber et de dire que je ne puis imaginer com- 
meol on a surprinsvostre justice lorsqu'elle a sellé cest edict, à tout 
le moings en la clause par laquelle le roy \uy donne ma charge ou 
celle de mon fils, vacation advenant, puisque c'est une chose sans 
exemple et hors d'oeuvre. Je veux croyre que c'est un coup de 
l'afiectionqucmonsieurdeBrienequi l'a scellé, quoyque du dçsparte- 
ment de monsieur Du Plessis, a pour luy et pour lequel il sollicite 
icy par ses lettres. Ce quy me confirme en ceste créance, est qu'il 
fonde cest edict sur les services de son père, quoy qu'il sache, com- 
me presant, que pour avoir déservi le roy il feut proposé dans son 
conseil de l'envoyer dans les prisons d'un Parlement pour luy faire 
le procès, et que tout ce que ses amys peurent faire faut de le reléguer 
à Paris et de se demetre de sa charge; mais ce quy est encore plus 
estrange et hardy, c'est qu'il faict mention d'un brevet de preferauce 
de la charge de premier présidant lorsque j'en feus pourveu après 
mon décès, quoy qu'il ne feut pas encore advocat, qui ne se donne 
jamais qu'à des persones qui par une très longue experiance onst 
faict voir leur capacité et leur affection au service du roy. Pardonnes 
moy, Monseigneur, si je dicts que j'ay veu le temps qu'im secrétaire 



db.Googlc 



— 425 — 
d'estat a'eust jamais entreprlns de bailler de ces brevets. J'espèie 
que ta justice de ma plainte vous faira souffrir ma liberté, priacipale- 
meat venant du plus ancien premier présidant du royaume et le pie- 
miei à tous boonororet le plus zélé à prier Dieu continuelement qu'il 
vous doint, 
Monseigneur, bonne, longue et heureuse vie. 

Vostie très humble, très obéissant et très obligé serviteur, 
LA VIE. 
A Pau, ce 19 octobre 1649. 



CORRESPONDANCE. 

Monsieur le Rédacteur en chef, daus votre article de la Revite 
(d'octobre 1869) sururt Concile inédit de Bordeaux, oîi vous avez si 
bien analysé le travail d'un rédacteur anonyme de l'Aquitaine, 
vous dites (p. 457] : c L'abbé X est remonté, non au manuscrit d'Albi, 
> probablement perdu, mais à la transcription de Baluze. » Je suis 
heureux de pouvoir affirmer que le précieux manuscrit d'Albi existe 
encore. C'est d'après ce manuscrit, conservé dans la bibliothèque 
du chef-^lieu du département du Tara, que, deux ans avant l'abbé X, 
M. le docteur Fr. Maassen a pubhé le texte des décisions du Concile 
de 673 {Zwei Synoden unter Koenig Childerick II. Gratz, 1867, 
in-S"). 

Agréez, Monsieur le Rédacteur en chef, etc. 

Ph. TaIHZET de L.UIR04UE. 



RÉPOkSE. 



46. Sar les osTrages du cardinal d'Ossat. 
(Vajnk CM(tioKd.lunj, jtft 13i>) 

À M. Ph. Tamizey de Larroque. 

Houieor et cher collaborateur. 
Vous avez bien voulu m'écrire que vous comptiez sur moi pour répondre à 
votre duettion sur divers ouvrages attribues à notre grand diplomate Arnaud 
d'Ossal. Sans cette commission toute spéciale, j'aurais probablement gardé te 
silence, quoique j'aie dans mes vieux cahiers bien des notes sur cet illustre 
gascoa. J'étais presque sCir qu'aprâs longue recherche et attentif examen les 
TOKB XII. 31 



db.Google 



— 426 — 
poiDU EUT lesqneb tous hésitez me serueot pour le moins aussi obscurs qu'i 
Tons-mtme. En effet, quelque sujet que tous abordiez, toqs y portez udb si 
complète préparation historique et bibUo|Taphique que I'od n'a guère l'espoir 
de TOUS aider. ËtooDez-Tous donc que beaucoup de vos questions restent sans 
ré poDse ! On les lit pour son instrnctioD et non pour la vôtre; on sait que d'or- 
dinaire elles abondent es rësollats positif et n'offrent que quelqu'un de ces dai- 
derata presque inèrilables dans la reconstitution du passé. 

Ici par exemple vous répondez vous-même, et très exaetement, je crois, à 
presque tontes vos demandes. Je vais cependant vous apporter sur chacune, 
avec peu d'espoir de vous instruire, les renseignements que je trouve dans mes 
notes. • 

Antoine Teissier attribue à d'Ossal. outre les Lettre* qui l'ont immortalisé, 
1' VExpotitio contre Ja(^nes Charpentier; 2° une addition à cette exposition; 
jt» quelques ^ffrei contre le même Charpentier; 4' quelques traités de médecine; 
5° plusieurs lettres italiennes. — Sur ce dernier point, vous semblez croire, non 
sans prbbabilité.qD'il peut y avoir là une désignation inexacte du mémoire de 
d'Ossat sur la Ligue, dont vous indiquez le texteitalien et la traduction française 
publiée par Mme d'Arconville. Cependant, comme des lettres ilalienues d'Arnaud 
d'Ossat peuvent bien exister encore quelque part, le mieux est, je crois, de 
s'abstenir de toute assertion absolue à ce sujet. 

Parlons maintenant, si vous le voulez bien, monsieur, des quatre premiers 
articles. 

I. Le premier opuscule du jeune d'Ossat en faveur de Ramus contre Char- 
pentier a pour titre : Expositio Àrruildi Ouaii in dUpuiationem Jaeohi Car- 
pentarii dt methodo (Parisiis, apud Andr. Wechelum, 1561. 19 feuilleU in-4'>. Il 
y a une seconde édition de 1589, chez le même Wechel, mais à Fraocfort, in-S"). 

Charpentier répliqua par un écrit intitulé : Jacobi Carpenlarii archtatrî ad 
txposilionem dùputationis de methodo, contra ThetsiUwn Onatum, aeademiœ 
paritiensU meihodicnm, raponsio {Paris, Buon, 1564, in-i"). L'abbé Goujet 
{Mémoire sur le collège royal, tome ii) prétend que, malgré les injures pro- 
diguées par Charpentier contre son adversaire, n le jeune écrivain ne répliqua 
point (1), et il eut raison; tout lecteur non prévenu avait été pour lui.» Le savant 
historien dn collège de France commet ici une erreur, je ne dis pas d'apprécia- 
tion, mais de fait. Arnaud d'Ossat répondit à Charpentier, et voici le titre de 
ton second opuscule, moins connu que le premier : 

II. Àmaldi Ottati additio ailexj>ost(tonemifeffle(Aoilo (Parisiis, apud And. 
Wechelum, 8 feuillets in-4'). On comprend qu'un si mince écrit ait échappé 
aux recherches des meillenrs bibliographes, tels que Goujet [loc. dt-) et Nioeron 
(t. iiiiv, p. 31-40). Je l'ai demandé moi-même inutilement dans plusieurs 
bibliothèques de Paris; et tandis que j'ai pu lire, extraire et presque copier le 

11] Mme d'Arconville (>'■« du eard. d^Ottat I. i, p. 9 bii) dit également qns ton 
bârw c ne repoussa cet Injures que par un tUence courageux el par la modesbe 
qui lui était naturelle. > 



db.Google 



— 427 — 
premier opascule d'Arnaad d'Ossat, je ne coonais le dernier que par le témoi- 
gnage de H. Ch. Waddington [Ramut, ia cte. $a écrit» et tet ofiniota. Vk\s, 
Mejrueis, 1855. In-S"). Hais il y a pins de dix ans qae j'ai interrompu mes re- 
cherches ï Paris. Depuis lors le second écrit de d'Ossat a dû entrer à la bibliothè- 
que de la Sorbonne avec l'opnlente collection d'ourrages philosophiques léguée 
par H. Victor Cousin. Qui sait d'ailleurs si l'^fUifionne se irouvepas, comme 
il semble assez naturel, jointe à VExfosiiion dans l'éditioù de cette deruière 
donnée en 1589 et dont je n'ai jamais tu d'exemplaire? 

Charpentier répondit par un nonveau factum ; Jacob» Carpentarii regii 
proftaoriâ admonilio ad Thessalum 0»$atum, acadtmia Parié, etc. Id 
iilvgtritnmnm eardinalem etprincipem Carolum Lolaringum (Parisiis, apud 
Th. Bi'umeninm. 1567. In-8* de 102 H.]. Coajet a confondu cet opuscule avec 
ta première réponse de Charpentier a d'Ossal, ce qui explique peut-être l'er- 
reur que je relevais tout à l'heure sur le prétendu silence de ce dernier. 

Ou aura remarqué le nom de Thesialu» donné par Charpentier à son jeune 
adversaire. Ce n'est pas une allusion au nom d'Arnaud, «parce que les 
Àmautei était un peuple de Thessalte, » comme l'a imagiTIé l'abbé Goujet. 
Thessalus était le nom imposé depuis longtemps à Ramus, l'ardent ennemi 
d'Aristole. par un de ses premiers adversaires. Pierre Calland, principal du 
collège de Boncourt. en souvenir d'un certain Thessalus, de Tralles, médecin 
contemporain de Néron, qui mérita les railleries de Galien par son outrecui- 
dance, ses nouveautés en fait de méthode et son mépris pour la vénérable an- 
tiquité. (Voyez Haller, BibUolhtca meàieinœ practictc. Basiler, 1776, t. i, 
p. 176.) — On voit que Charpentier attaquait moins d'Ossat que Bamua Ini- 
méme, vrai auteur à ses yeux des ifiiiis signés par son jeune disciple. Auss' 
Ramus dut-il protester (dans VAelio I mathemalica de 1566. citée par Wad- 
Jington, op. nt., p. 475) que les deui opuscules étaient bien l'œuvre de son 
disciple, sans qu'on paisse évidemment affirmer pour cela que le maître n'y 
eût aucune part. 

IIl-EV. — Je TOUS préviens maintenant, Monsieur, que je ne crois pas plus que 
vous aà l'eiistence des traités de médecine attribués à d'Ossat par Teîssien. 
Je regarde de plus comme également imaginaire les quelques épUret de d'Ossat. 
contre Charpentier, citées par le même Teiasier, et par lui seul. Et j'ai i tous 
soumettre ma conjecture sur la cause de' cette double erreur d'un saTant or- 
dinairement plus exact. 

Je crois que Teissier, ayant mis trop peu d'ordre dans ses notes prépa- 
ratoires, aura confondu, dans sa rédaction définitive, la part de Charpentier 
aTM celle de d'Ossat; peut-être le nom essentiellement médical de Thessalus 
aura-t-il aidé a la confusion en faisant de d'Ossat une façon de médecin. 

C'est Charpentier, et non d'Ossat, qui a fait quelque» traitée, sinon de mé- 
decine proprement dite, au moins 'de philosophie naturelle asset voisine de 
l'art de guérir (Voyez les Biographie!). 

C'est lui surtout qui a publié contre d'Ossat, — et non d'Ossat contre lui, — 
quelquet épîtres, qui se trouvent, au témoignage irrécusable de l'abbé Gonjei; 



; ^^.LtUVK' 



ï I& sitita da i'Àdmonitiû ad Thaialum, édiLioa de 1567. Au resle, en abor- 
danl ce livre lui-même, il sera facile, je le suppose, de voir si ma conjecture 
eat Traie, ou si d'Ossal a publia de son cOté des épitres contre Charpentier. 

Vous D'avei pas compté au iiombre des ouvrages ik enquérir du cardinal 
d'Ossat des lettres décorées du nom d'un autre diplomate. Vous ne croyez 
peut-éue pas, comme d'Artigny (jVouu. mrfmoire» d'hùt., 1749, t. ii,p. 372), 
que ï les lettres du cardinal de Foix sont de U. d'Ossat, secrétaire alors de cet 
ambassadeur. - Vous crojez sans doute encore moins à la réalité de Mémoire» 
hittoriquts écrits par notre compatriote, et dont Guy Patin semble dire qu'ils 
ont été détruits : « Ils sont éclipsés : perierunl tue habentitr. >■ [Ltttrts, édit. 
RéveilléParise, 1616, t. ii.p. 330). Pour moi, j'avoue que ces mots du fantas- 
que docteur parisien ne sont que des propos en l'air. Hais voici une indication 
plus sëriense. 

Trois élèves de Ramus, Fred Reisner, Arn. d'Ossat, Nic.de Nàncel, avaient 
traduit pour la première fois en latin, sous sa direction, plusieurs inathémati- 
ciens grecs encore manuscrits (Waddington, of. cil., ch. vi). Ces versions fai- 
saient partiesaMaucundouledu iTafAernaticorum grœcorum corp^a, qui est 
compté parmi les ouvrages inédits et peut-&tre perdus de Ramns (ti.,p. 473). 

Je ne finirai pas cette lettre sans vous remercier. Monsieur, de l'amicale in- 
sistance qni m'a hit revoir de vieilles notes, déjà bien oubliées, snr les travaux 
philosopliiques de d'Ossat. Je compte consacrer plus tard à ce sujet spécial 
une étude complète, que je me félicite de n'avoir pas écrite il y a quelques 
années, comme j'en avais le projet J'aurais été injuste a cette époque pour 
Jacques Charpentier, qui. malgré les graves reproches qu'il mérite, fut un sa- 
vant supérieur fi Ramus, quoi qu'on die. La campagne de d'Ossat contre ce 
maître ne peut lui faire honneur que comme une de ces entreprises d'une forte 
jeunesse, où la témérité ne messied" pas. Heureux noire grand compatriote 
d'avoir échappé i temps ï l'influence étroite et suspecte de Pierre de h Ramée 
et k des luttes obscures pour lesquelles son génie n'était pas fait 1 s S'il ne se 
fust retiré ilans les affaires de la cour de Rome, dit fort bien Gabriel Nandé 
{Coni\dération»politiq\ies»uTit3C0U'p» d'titat, p. 300j, on se fust toujours 
persuadé qu'il n'estoit propre qu'à pedanter dans tes collèges de Paris et à dé- 
fendre Ramus contre Charpentier. > 

Haisc'esttropcaoser devant témoins, Monsieur. Je ne veux plus que vous 
offrir, avec mes remerciements pour votre précieuse et persévérante collabora- 
tion, ceux de tons les rédacteurs et lecteurs de la Rtvue de Gaicogne, qui ne 
démentiront pas sur ce point 

Votre ami et indigne rédacteur en chef, L. C. 



D,g,tze:Jb.GOOgle 



ITM-DAIE m LOMBES. 

ÉTUDE MONOGRAPHIQUE DE CETTE CHAPELLE,- 



NOTICE HISTORIQUE. 



Nous D'avons pas le dessein de présenter ici tliisloire 
des mcrTeilloux événemeûts qdî ont précédé, accompa- 
gné et suivi l'apparition de Marie Immaculée à la grotte 
de Lourdes. Elle a déjà été publiée sous différentes for- 
mes. Mais la plus heureuse est incontestablement celle 
que M. Henri Lasperre a donnée à son livre (1). Il l'a 
écrit avec le plus grand soin, en action de gr&ces d'une 
fevear signalée dont il -avait lui-même été l'objet. 

r^tre part est limitée à l'étude descriptive du monu- 
ment au point de vue des traditions chrétiennes. 

Et hàtons-Dous de dire que ces lignes ne sont pas écrites 
à l'adresse des touristes, amateurs de Tart pour lui-même, 
de l'art sans autre inspiration que celle du naturalisme. 
Nous voulons étudier, avec les pèlerins simples de cœur 
et craignant Dieu (2), une chapelle de dévotion dont la 

(I] NoUe-Dame de Lourdes, un volnme in-lS d'anviron 500 pigu, arrivé en 
ntoia* de trois ani i aa B5> édition. 
{i] Vir limplei, et reciu, ac (inent Denm. — Job, cap. ii, i. 3. 

Ton XII. ' 32 



=, Google 



SaiDte-Vierge a demandé la constraction & une petite fille, 
Bernadette Soubirous. 

Le 11 février 18b8, sa mère l'avait envoyée avec sa 
sœur Marie, b$M d« H ans, sur les bords da Gave qui 
coule à l'oanl de Lourdes, afin i'j glaner i» bois mort 
pour son modeste ménage d'ouvrier. 

L'enfant, qui avait à peine 14 ans, s'était arrêtée entre 
la rive guche et le Oanc septentrional d'un rocher sau- 
vage, dit de Hassabielte, lorsqu'elle entendit une sorte de 
bruissement. C'était le premier signal d'une suite d'appa- 
ritions, dont Bernadette allait être favorisée en ce lieu 
même, que le ciel avait choisi pour être le Ihéitre d'un 
grand nombre de merveiHe». 

A chaque apparition, elle voyait et entendait la Hère de 
DièM. Elle en était à la qnalrféme, lorsque Marie M dit, 
kSS février ISB8 : <- Allez dire aux prêtres qu'il doit se 
bfttir kii une chapelle. » 

C'est H. ràbbé Pcynmal«, cnri-doyen de Lourdes, 
qui leçntun» eoounaiiication aussi peu attendue. Il l'ae- 
cueUit <<vee la prudence q«i le caractérise', et renvoyar 
l'cafin^ sus ïemoursger ssr ane voie trop souvent fé^ 
conde en fflusions; Il diargea- Bernadette de demander à 
l'objetqUi lui apparaissait, de faire connaître son autorité 
d'une mantèrS' sensible et par des preuves irrécusables. 

Cependant l'apparition continua d'avoir lieu, oomnM les 
qnat>epremiérea{|>is,i;l'«ufectnreirrêgaliêre d'une espèce 
de niclu nnkirelle de {mue à peu prés ovale, placée i 
l'aspect du nord, un peu ao-dessos et du cêté occidental 
d^une: grotte peu spaeieuse.- C'est- donc ici que devait 
se bitir une chapelle. Et les frais allaient en être sponta- 
nément fournis par les fidèles, qui bientM vinrent de tou- 
tes parts visiter une grotte si rustique. 



,= b,Google 



- i31 - 

L'accès CD était encore fort incommode; il fallait, en ef- . 
fet, pour arriver à son entrée, d'un côté traverser quelques 
petits filets d'eau détachés <hr 6ave; et, de l'autre, des* 
cendre à pic d'un chemin tracé au sommet de la berge 
méridionale, c'est-à-dire de %0 mètres au-dessus des flots. 

Il était donc très urgent de prévenir des accidents, que 
les rangs pressiés dé là foule rendaient èi fteBes. Pa^ les 
soiïis de M. le cti^é-dôyen dé Lorïràèâ, vtà âéitiei' en 
lacets fut pratiqué et bordé d'a^busteié et de tfenbV iûY lë 
versant du coteéù, à Pôuest du rochei^ de HiassabiélTév de 
lïianiére à laife serpenter laj Voie pai^ des pêutes dbtiée^, 
depuis le chemin supérieur jusqu'à la ^ro^te. 

Un peu pTus fàfd, lés voitures, elles-mêmes, pu^efti 
facilement être conduites jusqu'à son entrée, parûii'Iarge 
einbranchement de route bien établi, dé l'est à l'ouest, 
parallèlement au cours de la rivière. 



D,slz.:Jb.GOOgle 



CHAPITRE ï« 

TRAVAUX PRÉPARATOIRES 

Ces premières tranformations avîùeQt été jugées iadispea- 
sables. Mus les travaux préparatoires que devait imposer l'état 
primitif de Hassabielle, étment bien, autrement importants. 

Qui donc aurait jamais pu s'arrêter à la pensée de cou- 
ronner ce roc, à l'aspect le plus sauvage, d'une chapelle 
monumentale, si Marie-Immaculée n'avîùt daigné accorder à 
la prière de Bernadette des preuves incontestables de sa vo- 
lonté formelle? 



Assiette de la Chapelle. 

Le lieu désigné par la Sainte Vierge pour lui dédier une 
chapelle ne pouvait être ni la grotte elle-même, ni ses envi- 
rons sur la rive du Gave. 

La grotte présentait une enceinte beaucoup trop réduite en 
ses dimensions, et l'on ne pouvait en aucune façon songer à 
la modifier notablement, par respect pour les souvenirs qui 
s'y rattachent. 

Quant à la rive du Gave, des obstacles d'un autre ordre 
s^opposaient à l'exécution d'un tel dessein. A peine s'il a été 
possible d'y trouver, pour l'usage des pèlerins, la place d'une 
route convenable, dont toute la laideur a dû même se pren- 
dre sur celle du Gave. Cette rivière n'est, en effet, qu'un lit de 
torrent impétueux, toujours trop étroit pour contenir les flots 
bruyants et rapides des grandes crues qui suivent les ava- 
lanches. 



db.Googlc 



— 433 — 

Restait le rocher qui domine la grotte et dont le flanc sep- 
tentrional est complètement abrupt. 

Facilement accessible du côté opposé à la rivière, cette 
petite montagne est comme le contrefort de ceUe qui s'élève 
un peu plus au sud, et porte, à son sommet, le vaste plateau 
des Espèlugues. Quant au chemin public qui monte entre 
les deux, de Test à l'ouest, pour divers services d'exploitation 
rurale, il devait nécessairement être maintenu. 



Montagne & modifier. 

On n'avait donc à sa disposition que le roc de Hassabi^. 
Mais M. Hippolyte Durand, architecte de l'Etat, pour le dio- 
cèse de Tarbes, déclara qu'on pouvait le convertir en une 
sorte de plateau régulier, disposé de l'est à l'ouest ; et qa'm 
outre, on poumût y trouver, SQlon cette direction, la longueur 
nécessaire à une chapelle convenable, y compris même un 
chemin de ronde pour les processions. 

H. Durand avait eu l'insigne honneur d'être dioisi pour 
architecte du monument en projet par Mgr Laurence, alors 
encore évéque de Tarbes (1). Afin de se donner assez de lar- 
geur entre le chemin . d'exploitation rurale et le flanc si es- 
carpé qui domine la grotte, il proposa : i' de reculer ce che- 
min vers le sud, et de l'établir en déblayait le pied de la 
montagne des Espèlugues; ^ de bâtir un mur de soutène- 
ment rattaché au flanc septentrional de Massabielle et qui pût 
permettre de remblayer les inégalités de ce flanc, à la hau- 
teur de 20 mètres, sans nuire au libre aspect de l'ouverture 
de la grotte. 

C'est au printemps de i862 que les constructions propre- 

(1) Ce vénérable prélat ast non à Rome, la 90 ianfier 1870. 



db.Google 



ment dite^ Cjqn^me^qèrei^j par ce mur, qui fat ^âti en ^|is f}e- 
puis ta base, et d'une épaisseur rfipyenn^ de 2 mètres; sans 
compter les sept pontreforts «jui raccotent jyçqu'au somrapt. 

Tçat^E içidps fondations régulières n'étaji pas ehQse facjïe. 
Là où le conslrijcteiir espérait trouver le fprme, il rencontrait 
soavent^es vides caverneux à remblayer solidement. Et suf les 
poin^ oi^ le vide ètiùt indigpensable, ç'é|taH le roc le plus 
réfractaire dont on ne pouvait yùncre la réçistancç qu'^u 
moyen de la mine. 

Hémes difQcuttés pour le sommet de Massabielle, qui se 
trouvait disposé en forme de çpne oblong de Touest à Test. 
Du reste, il n'était pas de ces sortes de montagnes qui, du 
temps de David, foqd^^Dt cogjm^ la cap, montes sicuicera 
flttxerunt (1) : le ciel ne voulait pas débuter, ici, par un tel 
PTOÔiÉB- Il feUut donc le tronquer hori?Qnt*lemeiit afin d'y 
pcéparçr l'aspipite du monument religieux, donj le prpjet arrêté 
compffiPWt en élévation deux partips bien djstipcles, à si^voir : 
un? Cfypt^ et la cbapeUe proprement dite qui devait s$ coos- 
truirs fm-desçHg. 

pnsflmit doKc, ici, ^ rœuire, co«m)ele murdesouîènfl- 
ment touchait à sa fin. Et aprèç deus ans de ti;arai| opipi^tr^, 
mn qiwore n'amionc^t lea cûi^structiQns, au-dpssq? du goi, 
aux «ombreux pfllerinp qui, des diverses nationç du monde, 
alQua^nt vers U grotte de TAppanUpn. 



lith fSrot^ à, Qpi^server. 

^up^iif î^i^tel, D(i^|n6 proifisoirç, n'y était encore dressq. 
Mais c'est surtout la grotte nue que les fidèles vendaient 
c|ij^^^^, de fc|Ç( loin, sq^ les hçrds du Gave ; c'est ^a grotte 



...Gopgle 



— 4U — 

ga*ils TDulaieut voir, visiter en détail, touoher de lews mains, 
et baiser avec un profond respect, comme relique insigne. 
Plus Iteu-eui encore si, en quittant ce lieu vénéré, ils pou- 
vaient emporter avec eux une plante, nn petit rameau, ou 
du moins quelques fouilles de réglantier qu'avaient /ouié les 
pieds de la Vierge Immaculée. 

Plnsieurs même y avaient gravé leurs noms, des dates, des 
inscriptions. Et sur divers points, on avait enlevé des fragr 
ments de rocher violemment disputés aux parois, on biw à 
la voûte naturelle qui surplombe, lorsque Tautoritè dioc&r 
saine crut devoir intervenir. Elle ordonna de met^ un terme 
à de telles manifestations d'un sentiment, fort louable de sa 
nature, mais qui n'élit pas assez éclairé. 

A cette fin, une grille en fer fut solidement fixée à Touver- 
lure de la grotte. Au droit de cette barrière, on établit, du 
Gâté de l'est, une fontaine où Teau miraculense, captée an 
fond de la grotte, vient couler constamment et se mettre nuit 
et jour à la disposition des pèlerins par trois tubes. Une ins- 
cription gravée sur marbre blanc, à la face autérieiv^, repro- 
duit ces paroles de ta Vierge adressées à Bernadette, le 25 fè- 
vrierlSKB: «JUlej bairr A la f«irt«liu ttitfiu^ tovn.» 



IV 
Les déblais opérés et le style adopté pour l'édLQoe. 

Cependant les travaux pr^aratolres se poorsoiva^enl aree 
activité et sans reUcbe, malgré les nombreuses difficuUéi 
, qu*oppos^t un sol des plus rebelles. On avait même, avons- 
nous dit, prévu l'utilité d'un chemin de ronde, à découvert, 
entre le mur de soutènement €A l'édifice relig^nx. Un letet^ 
plein se trouvait en outre ménagé avec intention de l'est à 



db.Google 



— 436 — 

l'ouest, et il format, vers le milieu du rocher, un plaleau des- 
tiné à recevoir la nef de la chapelle. 

En contre-bas et au droit des faces de ce terre-plein, on 
avait déblayé Tespace nécessaire pour pratiquer des galeries 
qui devient conduire à une chapelle souterraine, dont la place 
était réservée à Taspect de l'ouest. 

Le style iu'rété pour ces diverses constructions était celui 
de la première moitié du xiir siècle. 

Or, bâtons-nous de reconnaître qu'il a été suivi avec une 
Scrupuleuse assiduité, sans profusion d'ornements, comme 
aussi sans la moindre hésitation dans l'harmonie des lignes 
qui caractérisent les monuments de celte grande et belle pé- 
riode de notre art chrétien et national. 



CHAPITRE H 

LA CRYPTE. 

On appelle crypte (1) une pieuse enceinte creusée ou bien , 
constraite sous le sol de certaines églises. 

L'usage chrétien de pratiquer ces sortes de souterrains re- 
monte à l'ère des martyrs, dont les restes y étaient déposés, 
dès l'origine du christianisme, et entourés de la vénération 



Le plan des églises de quelque importance qui furent 
construites au xin* siècle comprenait généralement une 
crypte plus ou moins étendue, même dans le cas ou des corps 
saints ne devaient pas immédiatement y venir prendre place. 
Cette construction était alors envisagée surtout comme un sou- 
venir des traditions des périodes antérieures. Et l'on y admit 
quelquefois des sépultures privilégiées. 



(1) Da grec x^nru, tacher. 



...Go.ogle 



— 437 — 

Oi", de très bonnes raisons prises de l'état des lieux, el 
même aussi d'un intérêt d'édiflcation publique, ont donné, 
ici, l'heureuse idée de celle qui nous occupe. 



Vue d'ensemble de la Crypte. 

Les fondations venaient entlu de s'ouvrir pour recevoir les 
premières pierres de l'édiflce monumental, à commencer par 
la chapelle cryptale et ses galeries en projet. 

Or, les grandes lignes de cette crypte, d'après une règle 
qui a peu d'exceptions, avaient dû prendre la même direction 
que celles dont on était convenu pour la chapelle proprement 
dite, puisqu'on devait l'élever au-dessus. Elles étaient tracées 
de Test à l'ouest; ce qui veut dire que l'édifice allait être 
contre-orienté. 

Mais pourquoi, disent quelques pèlerins, ne l'a-t-on pas ' 
orienté, de préférence, c'esl-à-dire dirigé de l'ouest à l'est, 
puisque tel fut l'ancien usage pour un si grand nombre 4'è- 
gUses? 

Nous devons convenir que l'orientation fut, en effet, plus 
généralement pratiquée, en occident, surtout depuis le règne 
de Clovis, dont le zèle éclairé favorisa la construction de tant 
d'édifices religieux. 

Toutefois, beaucoup d'exemples prouvent encore qu'à toutes 
les époques, on a pu déroger à celte espèce de règle, quand 
les circonstances le demandaient. 

On sait, du reste, que l'antiquité payennc avait, elle-même, 
la pratique de l'orientation de ses temples. Vitruve en four- 
nit la preuve (1). Mais il ajoute ' si rien ne-s'oppose au libre 

(1) De lemplorum archiltclttrà, — lib. iv, cap. 5. 



,.b.Google 



-m- 

qhoix de rarch^lectp, » si nulfa ratiQ imfmiiverU. Hbera^ 
fueril potestas. 

• Or, c'élait le cas pour le rocher de Massabielle, La grotte 
de l'apparition se trouvant presque à sa limite occident^e, il 
était plus convenable de superposer un chevet qu'une porte 
d'entrée, à cette petite enceinte, dont Marie Immaculée avait 
elle-même fait une véritable consécration à son culte. 

En second lieu, une construction fondée plus à l'ouest et 
au-delà de la montagne, c'est-à-dire sur la pente d'une berge 
aussi élevée, eût compliqué le projet, de dépenses beaucoup 
plus pODsidérables. 

Enfm, l'édiâce i^ligieux ne devait être abordé, par la masse 
des pèlerins, qu'au moyen de la rotite qui le rattache à Lour* 
des ; et il est évident que l'aspect immédiat du chevet aurait 
été beaucoup moiqs agréable que celui d'une façade richempnt 
déporée, et en outre couronnée d'une belle flèche. 

Ç,e n'es^ dopc pas sans motifs sérieux que l'architecte a, ■ 
donné la préfflreiiGç aux dispositions actuelles dp ses graitdâ^ 
lignes. 

Le terrp-pljBjn avec lequel elles s'harmonisent se trouve 
entouFé.(ie trtjis galeries, communiquant entre elles, et dont 
l'une, bâtie à l'est, r«lie les deux autres du sud au nord. 

Ces deux dernières pourraient donc être considérées comme 
1^^ bas-côtés d'une église, dont la nef centrale serait encore à 
déblayer. 

Elles se divisent l'une et l'autre en cinq travées quadrilaté- 
rales toutes égales et semblables, et chacune d'elles a sa 
voûte d'arête haute de 4 mètres 12; chacune aussi a sa 
baie à jour ménagée ea face d'une fausse arcade, qui pénètre 
dans le mur adossé au terre-plein. De plus, la profondeur de 
ces arcades a été calculée de manière à pouvoir y fixer au besoin 
ai^tapt de confessionnaux. 

C^ deux galeries conduisent à la cl)apelle oryptale» comine 
les bas-cotés d'une église se dirigent vers son chevet. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



11 

La Chapelle cryptale. 

Nous voici donc (lans upe mystérieuse enceinte donï l'abord 
péi)ètre Tàme d'an sentinienj profondément religieux. 

La première partie se 4ivise m |rois petites pefs parallèles 
àl'axe del'édiflce. 4 <lroite et à gauche, ^e lrouyenJ.eq regard 
deu^ sacristies. Et en av^nt, s'ouvre un vénérable çapcjt^aire â 
cinq pans coupés, (qu'entourent cinq chapelles rayopnant^^ 
Dppze colonnes apcopplées jreçoivent sur des çhapitçaqx pèr 
minés la naissance (Içs nervures obliques fiinsi que c*îl|e ^es 
arcs doi^ltleauî. qi^f portent la voûte de cçttç pi^us^ enceinte. 
Et huit 'autres colonnes jumelles, disposées spr deux lignes 
parallèles, contribuant à maintenir les voûtes oblongnes qui 
couronnent les trois neis. 

Le concours des pèlprins est habituellement si considérai)^ 
.qu'on éprouve le regret de ne p^s rencoptrer, ici, un jntérieqr 
plus dégagé de tous ces éléments de force, reconnus d'ail- 
leurs indispensables. Leur disposition si parfaitement combi- 
née du reste, et d'un aspect saisissant, n'est pasy il est vrai, 
aussi favorable qu'on le désirerait à la libre circulation de 
tant de fidèles. Mais n'oubUons pas que pous sommes dans 
une crypte, et que sa voûte, d'après le projet général de l'é- 
^iftce, ne pouvait avoir que 4 m. 12 de hauteur, sur 10 de 
logeur totale. H fallait donc, avant tout, donner à cetélégan^ 
système de compartiments voûtés, reUés entre eux, une soli- 
dité qui mit à i'abri de toute préoccupation, surtout dans 
rédlQçe bien antrement important qui allait couronner cet 
élégant chevet souterrain. 

III 
- Ses Chapelles accessoires. 

Quoi qu'il en soit, et puisque la chapelle cryptale devait 
reposer plus imnié^iateinepï au-(lesçiis de la ([rpite de ('ap- 



db.Google 



— 440 — 

parition, il était, ce nous semble, de toute convenance que 
■ soD autel d'honneur fût dédié à rimmacuIée-Conception de la 
Vierge Marie. 

C'est aussi, en effet, celui qui fixe d'abord notre attention 
à rextrémité occidentale de Taxe. Sa petite ctiapelle, à cinq 
pans coupés, est ornée de six colonnettes d'angle, qui portent 
sur leur chapiteau les nervures de la voûte; et deux autres 
colonnes d'un plus fort diamètre reçoivent la retombée de l'arc 
de triompha Enfin deux fenêtres, en forme de barbacane 
comme celles des Irpls galeries, répandent dans ce charmant 
édicule une lumière sagement tempérée (1). 

A la surface des deux pans droits qui avoisinent son entrée, 
des ex-voto, à inscriptions gravées sur marbre blanc, rappellent 
d'une façon touchante des faits miraculeux' de guérison, et 
expriment la reconnaissance des fidèles que Notre-Dame de 
Lourdes a favorisés de sa protection spéciale, dès'Ies premiers 
temps qui suivirent la fondation de l'œuvre. 



IV 
Cboix de leurs Vocables. 

Le plan de cette première chapelle est, dans tous ses détails 
d'architecture, tout à faille même pour les quatre qui suivent, 
à droite et à gauche, 

Les deux, du côté méridional, sont dédiées, la plus voisine 
au Sacré-Cœur de Jésus, et l'autre à saint Pierre. Celles du 
nord sont sous le vocable de saint Joseph et de saint Jean 
l'évangéliste. 

Et n'est-il pas, en effet, fort naturel que le disciple bien- 
aimé du Rédempteur entre ici avec le premier vicaire de Jésus 

(1) I)'«prèa le plan d'élévsiiaD, it y a bien trois fenêtres; mais celle dQ eenlre eil 
convertie en oiche pour recevoir U lUluo de Harie Immicuiie. 



db.Google 



— 441 — 

sur la terre, dans le cortège intime de celle qui voulut bien 
être sa mère, après la mort de son divin fils? 



Les quatre Escaliers qui partent de la Crypte. 

Avant de quitter la chapelle cryptale, nous ferons observer 
que l'architecte a eu le soin de la mettre en corpmunication 
facile avec la chapelle supérieure, au moyen de deux escaliel^ 
' à vis : ils partent l'un et l'autre des sacristie, dont nous venons 
d'indiquer la place. Deux autres escaliers semblables ont aussi 
été ménagés à l'extrémité orientale du terre-plein; et leur 
porte d'entrée, de niveau avec les autres, ouvre immédiatement 
sur la galerie transversale qui, à l'aspect de l'est, court du 
sud au nord. 

On comprendra facUement que ces deux derniers escaliers ' 
soient exclusivement réservés, dans les jours de grand con- 
cours surtout, à l'usage du personnel ecclésiastique attaché 
au service de la cliapelle. Qu'il nous soit permis toutefois de 
franchir le seuil qui sépare la galerie de la première marche, 
et de monter directement sur le sol de la chapelle proprement 
dite, qui est l'objet le plus important de cette étude. 

CHAPITRE m. 

LA CHAPELLE. 

C'est une chapeue que Marie immacolée a demandée à 
Bernadette Soubirous, et nullement une basilique insigne, un 
édifice compliqué de plusieurs collatéraux, avec triforium, 
transsept, déan^ulaloire (1) et autres annexes, de nom, 

(1) Ce«iiiolïaoDt«ip1iqDÙs, un psu plm bsi, h lapl»ce qui correspond i C«lla qui 
*pp*rti«Dt aillMin, à cet aotUi d'anneiat. 



D,g,tze:Jb.GOOglC 



d'usaigé e/ de caracfèlfesf dHérs, (joi se font affniiréf dates 
plusieurs monunrètits reli^nx è\evki ^st Iftg ^ïèclégantérieïiri 
en l'honneur de la Reine du Ciel. 

Et, du reste, nous ferons re'ftiarquer, en passant, que, dans 
nos provinces de France, c'est tout simplement par le nom de 
ch£e/>eiïii que Ten désignée presqtre tous les retides-rous de 
dévotion et de pèlerinage consacrés à son culte. 

lifous n'ehtendons pourtant pas méconnaitre que Forigine 
de plusieurs églises, cathédrales, monastiques, paroissiales oîi 
conventuelles, est c^ue à de fort ihodestes édicules, très ancien- 
' nemeol construits sous quelqu'un des Vocables (pli, dans' le 
cycle dés fêtes chrétiennes, rappellent la Mère de Dieu. Qâfen 
sera-d-il plus lard de Notre-Dame de Lourdes? C'est fô secret 
de l'avénii'. Porâ" ïe rtoment, if n'est ijoestioïi ffùe d'ûnè 
chapéUé' dé dévotion,- <pie nos codteffiporilns ewfôurénfl- dSjà 
de lous les témoignages d'une confiance vraimedr filiale. 

I 

Si l'on coiisldèfe, dans fotite soft étendue, l'espacé' qu'occft^e 
la chap^ dé Notre-Dame dé Louitdies, il m^ut'e, dé defioi's 
en dehors. M" de longueur totale sur 2i de largeur. 

Cet édifice comprend : 

4" A l'Atérieur, un porche surmonté d'un clocher avec 
flèche, et aussi dedx annéî^es' dtl porChé pour servir d'abri 
aux pèlerins; 

2* A l'intérfeur^ rine ilef avec cbœui* é( âanétuairè, accôm- 
pàtpfiés_de chapelles accessoires et: de sacristies. 

La nef a dix dé ces chapelles sur .plan quadrihitétsl. 

Le s&nctuaiiré en acinq, qUi éodtMti^'à'pa&s' cobpés su^ 
plan pentagonal. 

Ces cinq dernières chapelles sont égales et sembl^l^entre 



db.Google 



— «3 — 

fiUes, sans exception, même pour celle da cenfré, qui, assez 
scMveut, prend plus d'èteudde qUë Ééâ toislûies dans les égÉisés 
importantes. 

Nous devons faire observer que la disposition nàturelte- dfes 
fieax présentait, ici, un obstacle presque insurmontable à un 
tel dévelopiTement. Sans compter qu'il eût été inconciliable ' 
avec <m plan général qui devait, avant tout, être en harmonie 
avec la grotte de l'apparition. 

Les cinq chapelles du sanctuaire rayonnent en hétàicycTe. 

Dans leur ensemble, elles composent cette couronne sym- 
bolique dont le xm» siècle eût l'henrease idée d'entourer 
Tautel principal. Nous voulons dire celui qai, par son rang 
d'^honneur, figure la t;ôte du Christ et fait donner le nom de 
chevet au sanctuaire. 

Cet autel, par sa position non moins que par son impor- 
tance et sa; v^enr artistique, esif le point de mire de rédïCce 
ItfUt entier. 



II 



La n^ et ses obaF^Ues aooessobres accompagnées 
de sacristies. 

La. nef cûnstruite à Notre-Dîame de Lourdes est la seule 
qu'ait dÎL comprendre le plan adopté dès le principe. Sa lon- 
gueur, dans œuvre, est de 27~ mètres ; sa largeur .n'en a que 
10 entre des pihers qui, à' droite et à gauche, lui servent de 
hmite. 

Sur ces piliers reposent les grandes arcades qui ouvrent 
vers des chapelles latérales ; ces chapeÛes forment, de l'est à 
l'ouest, deux séries régulières parfaitement symétriques. Leur 
ûacè est quadrangulaù-e sur un plan identique, dont la pro- 
fondeur est de i mètres et la largeur de- 5 m^ies pour cha- 
cune^. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



Sur la première de ces dimensions et au droit des arcades, 
une voie commune, d'environ 1 mètre 20 de largeur, ouvre, à 
partir des porches latéraux, un libre passage entre toutes ces 
chapelles et aboutit aux deux sacristies. 

Cette voie/ dont Tutilitè est ici manifeste pour faciliter le 
service religieux aux jours des plus nombreuses réunions, 
longe toutes les chapelles latérales, soit à droite soit à gauche 
de la nef, et elle laisse néanmoins à chacune d'elles un espace 
très convenable. 

Le plan général réserve également aux deux sacristies, 
dont nous venons de parler, la part jugée nécessaire à leur 
destination. 

Nettement dessinées, au sud et au nord, en forme de paral- 
lélogramme rectangle de mêmes dimensions, elles séparent 
du cbevet les deux rangs de chapelles latérales, sans établir 
le moindre contraste avec Tensemble et la bonne ordonnance 
du plan. Il est juste aussi de reconnaftre que la parfaite 
régularité qui caractérise ce plan n'est pas moins satisfai- 
sante dans son ensemble que dans ses divers détails : condi- 
tion assez rare, du reste, dans des monuments de cette impor- 
tance, mais qui, pour Notre-Dame de Lourdes, se conciUe 
à merveille avec une simplicité des plus remarquables. 

Cinq travées égales correspondent aux arcades qui sépa- 
rent ces dix chapelles du corps de l'édifice. La plus grande 
étendue de ces travées est mesurée, du nord au sud, par l'en- 
tière largeur de la nef; mais, de l'est à l'ouest, elles n'ont que 
5 mètres chacune, comme les chapelles qui leur correspon- 
dent. 

Une sixième travée prend, en face des deux sacristies pa- 
rallèles entre elles, 6 mètres sur la longueur de la nef, dont 
elle emprunte exactement la largeur. Or, cette superficie, 
d'environ 60 mètres carrés, se prête admirablement à tous 
les détails du service hturgique. Il est donc manifeste, jus- 
qu'ici, que la disposition de toutes les parties de l'édifice porte 



db.Google 



le cachet d'une étude sérieuse des conditions spéciales, qu'im- 
pose une chapelle de pèlerinage en grand renom. 

Au point où nous sommes arrivés, Tédiflce qui nous oc- 
cupe ménage un véritable chœur, avec grille de communion 
qui en suit le pourtour à hauteur d'appui, et qui pénètre dans 
le sanctuaire, de manière à Qgurer une espèce de déambula- 
toire. 

En réalité, on ne peut ainsi nommer, du latin deambu- 
lare, qu'une espèce d'allée couverte dont voici le véritable 
caractère. 

Lorsque deux nefs latérales ou has-côtés d'une nef majeure 
se continuent parallèlement, au chevet d'une église importante, 
de manière à tourner autour du chœur, entre le maître-autel 
el les chapelles accessoires, qui forment sa couronne, ce pro- 
longement au-delà du transsepl prend le nom de déambula- 
toire. 
Il est donc évident qu'à Notre-Dame de Lourdes, il est sim- 
• plement figuré par la grille dont nous venons de parler. Et, 
quoi qu'il en soit de la véritable dénomination âe notre al- 
lée, cette grille sépare le chœur soit des chapelles accessoires, 
soit de la masse desQdèles groupésdans la nef, ou qui circulent 
dans ce déambulatoire. 

Les deux escaliers à vis que nous avons signalés dans, les 
sacristies de la crypte mettent celles de la chapelle en com- 
munication avec leurs étages supérieurs, de même qu'avec les 
combles des chapelles latérales. 

Les deux autres semblables qui partent de la galerie orien- 
tale de la crypte conduisent au sol de la nef, à la tribune de 
l'orgue, et enûn au-dessus des voûtes soit de la tribune, soit 
de la nef. Les deux tourelles qui les reuferment sont accotées 
aux fortes piles qui, au nombre de quatre, forment la base 
quadrilatérale d'un ravissant clocher, dont la flèche en pierre 
couronne le centre de la façade orientale. 



Tome XII. 



db.Google 



Le porche et ses trois. aspects. 

Un porche était ici indispensable, sinon au complément de 
l'édifice, au moins comme abri fort utile aux fidèles qui 
viennent le visiter. 

Or, nous ferons observer que, sur 6 mètres de profondeur de 
l'est à l'ouest, on lui a laissé, du sud au nord, toute la lar- 
geur du vaisseau lui-même, ce qui donne environ 100 mètres 
carrés de développement, avec libre aspect de l'est, du sud et 
du nord ; car dans ces trois directions, le plein mur est rem- 
placé par douze arcades dont la retombée repose sur trjente- 
deux colonnes géminées. 

De ce gracieux belvédère, la vue.se porte en toute liberté, 
à Test, sur la ville de Lourdes et sur la curieuse citadelle qu'on 
a perchéeàlaclmed'unroc, sillonnée, en divers sens, ds murs 
de défense, et qui finit par être tranchée à pic jusqu'à la berge 
du Gave. 

Au sud, sont les nombreux sommets et les flancs si diver- 
sement accidentés des montagnes qui dominent de plus près 
cette petite place de guerre, dont le donjon conserve encore 
sa belle ceinture de mâchicoulis. 

Au nord, c'est le bassin du Gave avec ses deux bords om- 
bragés d'arbres et entourés d'une végétation des plus fécondes. 

Plus loin, se déroule une vaste plaine semée de mamelons 
enrichis de verdure ; et son étendue, plus dégagée de proche 
en proche, flnit par se confondre, à perte de vue, avec celle 
d'un horizon sans hmites. L'architecte a donc voulu préparer 
ici une station des plus pittoresques, un délicieux repos au 
bénéfice des pèlerins. Car au terme de leur course, ils ont 
eu à gravir un perron dont la double rampe rattache le niveau 
de l'église à celui de la crypte. 



db.Googlc 



IV 
Pourtour extérieur de la nef. 

C'est à ce dernier niveau qu'on a eu Theureuse idée de 
pratiquer autour de Ta chapelle un chemin de ronde dont 
la largeur, de 5 mètres en moyenne, se prête commodément 
aux processions. Une forto balustrade en fonte, dont la 
forme s'harmonise avec le style de la chapelle, est solidement 
établie sur le mur de soutènement, afin de mettre les fidèles 
à l'abri de tout accident, soit autour du chevet, soit du côté 
de la rivière. Mais son élévation, à hauteur d'appui, ne saurait 
gêner en aucune façon l'aspect des divers points de vue, dont 
la perspective est ici des plus ravissantes. 

Si, par ce chemin de ronde, vous faites en observateur le 
. tour de l'édiUce, à partir de la base du clocher, vous rencon- 
trerez, sur chaque face latérale, trois zones de fenêtres qui 
correspondent aux trois étages de l'édifice, c'est-à-dire à la 
crypte, aux chapelles latérales et à la nef. Et toutes ces fenê- 
tres alternent, au nombre de cinq dans chaque zone, avec au- 
tant de contreforts, jusqu'à la place qui est ordin:ûrement ré- 
servée à la saillie du transsept. 

V ■ . , 

La place du Transsept. 

L'art chrétien a donné ce dernier nom à un excédîuit de 
laideur, régulièrement ménagé dans le plan de beaucoup 
d'églises, entre la nef centrale et le chevet, afin que dans son 
ensemble l'édifice reproduise la forme d'une croix. 

Presque toujours, les deux croisillons qui résultent de cet 
élargissement sont en ressaut bien sensible sur les murs de 



db.Google 



face. Néanmoins, les exceptions sont assez nombreuses, el 
elles s'imposent naturellement lorsque IVchitecte manque 
d'espace libre au droit de ces deux murs. 

Or, nous avons déjà fait observer que tel est le cas pour le 
plateau, régularisé à si grands frais sur le rocher de Massa- 
bielle. 11 a donc fallu se contenter, à la limite extérieure des 
chapelles latérales, d'indiquer la saillie en question par des 
contreforts plus vigoureux. En élévation, ils encadrent le plein 
mur qui, du reste, change ici de caractère, dans toute sa 
hauleur, et accuse très avantageusement la place traditionnelle 
du transscpt. 

Toutefois, à la zone de la crypte, qu'un large cordon sépare 
des deux autres, les fenêtres gardent leur forme et leurs petites 
dimensions. 

Mais à la deuxième zone, it fallait éclairer bien autrement 
les sacristies, ce que l'architecte ^ eu le soin de faire, sans mé- 
connaître l'avantage qu'il y aurait à rompre, à, cette occasion, 
la monotonie des zones par une élégante façade à double 
pignon. 

Le premier de ces deux couronnements triangulaires s'élève, 
entre deux pinacle^ à crossettes, jusqu'à la ligne de jonc- 
tion, fixée entre le mur de face et la toiture qui couvre les 
chapelles latérales. Or, c'est entre ta corniche à modillons de 
ce toit inférieur et le cordon qui hmite la hauteur de la crypte 
que sont ménagées les baies des deux sacristies. 

Deux arcatures jumeUes, à cintre d'ogive sur colonnettes 
élancées, encadrent la place réservée à ces deux baies, au 
même niveau supérieur que les fenêtres des chapelles latérales. 
Et sous chaque cintre s'ouvre une baie plus réduite, d'une 
autre forme (1) que celle de la même zone, mais plus rappro- 
chée du sol, comme il convenait à la destination spéciale de ces 
deux fenêtres. Ajoutons qu'ifherose indépendante à cinq lobes. 



(1) Le cintre ogÎTal est remplacé par une plate-bande. 



D,g,tza:Jb.GOOglC 



— 440 — 

régulièrement découpés, fournit à rinlérieur de l'étage su- 
perposé son contingent de lumière. 

Pour augmenter le bon effet que produit sur les deux façades 
latérales cette ornementation exceptionnelle, et si propre à fi- 
gurer la place du transsept, Tarchitecte a ajouré de cinq lobes 
une rose qui s'épauouit dans le tympan du premier pignon 
entre deux pinacles à crochets, ornés de gables unis. 



VI 
Extérieur du Chevet^ 

Mais nous voici parvenus à la. région du chevet que nous 
avons déjà vu entouré de cipq chapelles. Aucune saillie, sauf 
celle des contreforts, n'accuse, sur le chemin de ronde, celles 
qui bordent la nef à rintëricur. Or, il ne devait pas en être 
ainsi des gracieux édicules qui, dans le chevet, forment en 
plan la couronne mystique du maitre-autet. 

A l'extérieur, la disposition d'ensemble avait réservé une 
largeur à peu près double à la partie du chemin de ronde qui, 
autour de ces cinq chapelles, est destinée aux processions. 
C'est donc sous un angle beaucoup plus ouvert que se pré- 
sente ici, à nos regards, l'élévation du mur de face avec tous 
les ressauts qui l'accompagnent, au bénéfice de la crypte et 
de l'égUse proprement dite. . 

De ce sol uni et à découvert, les cinq édicules rayonnants s'é- 
lèvent avec élégance ; ils montent, sans confusion de lignes, 
depuis leur base pentagonale jusqu'à la corniche commune 
que nous avons déjà vue ornée de ses modillons. 

Quant à leurs combles, en pyramide tranchée verticalement 
près du sommet, ils rattachent à une même hauteur le point 
de conceurs de leurs arêtes qui, toutes, vont s'éteindre au 
droit du cordon de la troisième zone. 



,.b.Google 



— 450 — 

Il est éYident qu'autour d'un chevet ainsi coordonné, les 
contreforts pouvaient disparaître, sans inconvénient. Aussi 
Tarcbitecte les a-t-il supprimés. Mais, du glacis du cordon qui 
couronne la crypte, s'élèvent des colonnettes d'angle dont le 
fut, deux fois annelé sur "sa hauteur, rompt la vive arête 
qui devait naître de la rencontre des pans coupés. 

Entre ces colonnettes s'ouvrent des fenêtres afin d'éclairer 
les cinq chapelles rayonnantes, de manière à répandre, par 
des baes ogivales, le jour indispensable au service religieux. 

On comprend facilement que ces baies puissent être, ici, 
plus réduites que dans les chapelles latérales, bien qu'elles 
s'élèvent à la hauteur de celles qui éclairent la deuxième 
zone. 

F. CANÉTO, 



(La smle au prochain numéro.) 



db.Google 



LA MÈRE-SAINTE. 

C'est insensiblement que nous nous sommes laissé gagner 
à la pensée d'écrire la notice que nous présentons aux lecteurs 
de là Revue de Gascogtie. Notre premier dessein était d'étudier 
l'introduction parmi nous delà réforme de sainte Thérèse. Avec 
une bienveillance dont nous ne saurions trop lui témoigner 
notre respectueuse gratitude, la révérende mère prieure du 
Carmcl de Lcctourc avait daigné mettre à notre disposition 
les précieux documents conservés dans les archives de cette 
maison, et qui concernent sa fondation, son développement, 
sa vie propre jusqu'à la révolution de 1789 (i). Il ne nous 
convient pas de dire quel charme nous avons éprouvé en 
prenant connaissance d'un monde si différent du ndtre, mais 
où la vie de l'âme revêt des formes si diverses et si belles ! Là, 
dans l'ombre, loin du bruit, dans un désert, pour ainsi dire, 
tout autant éloigné de nous que les solitudes de la Thébaïde 
l'étaient de la bruyante civilisation de Byzance et de Rome, se 
déroulent en des âmes héroïques les mystères de Dieu, la 
nature se transforme, et la volonté, sans rien perdre de son 
énergie, accomplit des prodiges par une merveilleuse abdica- 
tion d'elle-même. Spectacle grandiQse, et qui repose doucement 
de la triste viie des misères où se perd notre vie agitée de pré- 
occupations futiles ! 

On cède avec délices au charme d'entretenir commerce avec 
ces âmes ignorées, mais d'une beauté plus qu'humaine. 
Entre toutes, la mère de la Trinité, qui tient une si large place 
dans la fondation de Lectoure, nous avait fortement attiré. 



;1) L«9 archirea des Carmâliies de Leetonre coniieDDent, enlr'anlret : I'*CIB de 
(lonatioD conaanti en leur farenr par le maréchal Antoine de Boifaeltare et la dame 
Sa^caona de Pordéac. eoo épouse; — l'approbation donnée i leur élabliasemeal p» 
JeiD d'Eatresses, évtque da Laodicde et coadjaiear de Lectonre (1BS3); — Dn aci«, 



■D,3,tzê:Jb.GOOgle 



— 492 — 

La fille du président Sevin, qui fut si promptement veuve de 
M. duCoudray, est bien digne, en effet, defîgureràcOtédeces 
illustres femmes, la plupart ses amies et ses compagnes, qui 
jettent un si vif éclat dans riiistoire de notre église 'de France 
au commencement du xvh' siècle. Intelligence d'élite, courage 
indomptable, grand cœur, elle se présente comme l'émule de 
la bienheureuse Marie de rincarnation. Nulle ne régale dans 
l'art d'établir une nouvelle colonie du Carmel. 11 semble, 
comme on l'a dit, < qu'elle n'a besoin que d'un sablier et d'un 
cruciûx. » Elle a si bien le secret de la vie que sa puissante 
empreinte reste encore, deux cents ans après sa mort, dans les 
maisons qu'elle a fondées. 

Notre désir de connaître à fond cette existence qui avait dii 
être si pleine -devenait de plus en plus vif, sans qu'il nous 
fût donné de pénétrer dans l'intime de cette â.me. Vlltëloire 
générale des Carmes ne contient qu'une notice fort courte. 
Quelques pages délicieuses dans la Vie de madame Acaric ne 
font qu'exciter l'envie d'en savoir davantage. M. Cousin, dans 
la Jeunesse de M" de l/mguevUte, se contente d'indiquer la 
date de la profes^on et celle de la mort. 

L'on devine donc aisément notre joie en apprenant que 
les révérendes Carmélites d'Auch possédaient une vie manus- 
crite de leur sainte fondatrice. D'après l'ordre de son con- 
fesseur, la mère de la Trinité, à l'exemple de sainte Thérèse, 
avait dû écrire les merveilles que Dieu avait accomplies en 
elle et par elle; mais elle écrivit au jour le jour, sans ordre, 
très probablement sur des feuilles détachées; tellement qu'une 



qniconnriDa celle approbation, danué deux ansplui tard (I6SS) par Lé^er de Plaz, 
é*éqiu d« Lecioare, oncle du précédent; — aoe anire confirmation par Looit de 
La Bochefoneanld, évéqoe de Lectoure (1651)1 — le conieatemeni de l'arehidiacro- 
,in4ge et ducbapitre de Lecioare à ladite fondalieo; — le registre des priiressions de- 
pnii la fondalion josqu'à la dispersion des religieuses; ^ des lettres des pi-cmiers 
viiiteort, la cardinal de Bérulls, le docteur Du Val; — une collection de leiire: il«s 
visitenn poitérieurs; — quatre gros livres da cirenlaires eavojéeif de la plupari des 
MDTeiiU da France, eoUectionnâaa par le loio dei sœnrs el mâme reprodaites «n 
muiga«it par l'aiM d'entre ellvs, etc., etc. 



D,g,tza:Jb.GOOglC 



lecture suivie devenait, sinon impossible, dii moins très dif- 
ficile. C'est ce qui détermina les fliles de la Mère-Sainte, au com- 
mencement du siècle dernier, à confier tous ces écrits, à l'in- 
fàligable abbé Daignan du Sendat, afin qu'il les coordon- 
nât et les revêtit d'une certaine forme. Le laborieux ècrivaju 
se mit à l'œuvre, et son travail est parvenu jusqu'à nous. Il 
nous assure qu'il s'est contenté de mettre de l'ordre et de la 
suite dans les documents qui lui ont été remis, sans toucher 
au fond, ni même au style. Il conserve dans la narration la 
forme directe et personnelle. Il divise la matière en plusieurs 
livres, et termine par une table détaillée, dont il reproduit 
le texte en marge à c6té des paragraphes dans lesquels il 
subdivise chaque livre. Le tout remplirait un fort volume, où 
la piété trouverait de précieux aliments, mais où l'histoire,, 
sauf ce qui regarde les fondations, n'a pas à recueilUr des 
faits très-nombreux. H y en a néanmoins assez pour que 
nous osions espérer d'intéresser nos lecteurs en glanant et 
en groupant ces faits avec un soin respectueux et en cherchant 
ainsi à faire revivre une femme admirable, qui appartient à 
notre pays par deux œuvres importantes, par sa mort et plus 
encore par le parfum de sainteté qu'elle n'a pas cessé de ré- 
pandre au milieu de nous. 

Qu'il nous soit permis ici de payer le tribut de notre recon- 
naissance aux révérendes Carmélites d'Auch. Grâce à elles, 
nous pouvons avec toute facihténous servir du manuscrit de 
l'abbé Daignan du Sendat, qui n'est pas le moindre trésor de 
leurs archives. 



V Histoire manuscrite de ta fondation des Carméliles en 
France rapporte la naissance de la mère de la Trinité à l'an- 
née i571; l'abbé Daignan du Sendat, assignant pour samort 
l'année 1656 et disant qu'elle était alors âgée de quatre- 
vingt-six ans, force à placer la date de sa naissance en Vm- 



db.Google 



— 454 — 

née 1570; mais si Von accepte les doDiiûcs que Mlle de Sevin 
fournit elle-même, ce serait trois ans plus tard, en 1575, 
qu'elle serait venue au monde. Elle remarque, en effet, qu'elle 
était dans sa vingt-unième année, lorsque, à la suite de son 
abjuralion, le roi Henri IV entra dans Paris. 

Quoi qu'il en soit, c'est dans celte époque tourmentée, qui 
précède ou suit de près la fameuse journée de la Saint-Barthé- 
lemy, que prit naissance l'enfant de prédilection qui devait si 
puissamment contribuer à la diffusion dans toute la France 
de la réforme* de sainte Thérèse. 

Elle eut pour père M. de Sevin, président au Parlement de 
Paris; le nom de sa mère demeure inconnu; mais les détails, 
quoique peu nombreux, qu'elle donne sur la vie d'intérieur de 
sa famille, permettent d'assurer que c'était une de ces familles 
patriarcales, chez quitoutesles vertus chétienncs semblaient 
héréditaires. La façon dont elle s'exprime en parlant de sa 
mère laisse supposer encore qu'elle eut ou des frères ou des 
soeurs, sans que l'on puisse avancer rien de précis à ce sujet. 

Dès l'âge le plus tendre, la future carmélite se révélait en 
Mlle de Sevin. Son premier attrait fut l'amour de la solitude et 
de la prière. H me souvient, àÂt-aWe, qm lorsque incs compai- 
gmscherchoientàsedivertiràdesjctixd'cnfanlconformément 
àleuraageje trouvoîsmon plaisir à lire des livres de dévo- 
tion. 

Il est à regretter que sa piofonde répugnance à parler 
d'elle-même, lorsqu'elle n'y voit pas uniquement le motif de 
mettre en lumière les dons surnaturels de la grâce, lui fasse 
garder le silence sur son éducation intellectuelle. Nul doute 
que M"" de Sevin ne néghgea rien pour former à rajois le 
cœur et l'esprit de Sa fille. Toute jeune, la pieuse cnfaW ai- 
mail à s'appliquer à la lecture des livres saints. Aussi la ^le 
lui devint-elle si familière que les paroles sacrées se présen- 
tent naturellement h elle pour exprimer plus tard les diver^ 
états de son âme; très-souvent même elle les cite en latin, ce 



..Google 



qui prouve que celle langue ne lui demeura pas étrangère; 
toujours, -du reste, la citation arrive à propos et se fond sans 
peine dans le texte, La largeur de son esprit, les protondes 
considérations auxquelles elle se livre dans ses méditations 
écrites sur les mystères les plus élevés de la religion, sa con- 
naissance parfaite des âmes et le talent qu'elle montre dans 
leur maniement ainsi que dans les rapports, parfois bien 
difficiles, qu'elle eut plus lard avec des personnes de tant et de 
si diverses conditions, sont des preuves plus que suffisantes 
que Mlle de Sevin reçut dans son enfance cette véritable 
éducation cbrétienne, si propre àdévelopperrintelligence, tout 
en donnant au caractère une trempe assez forte pour résister 
aux plus dures épreuves de la vie. 

Mcùs rien ne nous dit si sa jeunesse se passa au sein de 
sa famiUe, ou bien dans un de ces monastères de Saint-Benoit 
.ou de Sainte-Claire, ou un grand nombre de filles des plus 
illustres familles venaient se former à l'apprentissage des 
vertus de leur sexe. C'était le temps où Mlle Avriliol (1) édi- 
fiât Tabbaye de Longchamps. Il serait doux de penser que 
les premiers liens de cette vive affection, qui unit plus tard 
ces deux âmes, se formèrent en ce fieu. Peut-être que 
Mlle Avriliol, âgée de quelques années de plus, commença 
dès lors à exercer sur celle qui devait être une de ses pre- 
mières filles spirituelles cet ascendant irrésistible dont Dieu 
lui avait donné le secret. 

Si Mlle de Sevin a gardé le silence sur ce point, elle rend un 
magnifique témoignage au soin avec lequel sa pieuse mère 
prépara chez eUe l'éclosion des plus nobles vertus. Au milieu 
de la dissolution qui régnait à la cour des Valois, et dont 
la délétère inQuonce se faisait sentir dans la population pari- 
sienne, on aime à contempler ces familles foncièrement chré- 
tiennes, bien nombreuses encore, et qui demeuraient invul- 



(1) Htdams Acarie, Harie do l'IournatioD, dlaitla Bile du maître dei comptaa 
AiriLol. 



db.Google 



— 456 — 

qérables aux vices de leur temps. La réforme proteslaole 
c'avait aucune prise sur elles. Dérouées à leur Koi, elles 
étaient encore plus fidèles à Dieu, Quelques jours plus tard, 
la ligue catholique trouvera en elles son plus ferme appui. 
Dans ce dévouement à la religion de leurs pères, les familles 
parlementaires, sauf de bien rares exceptions, tenaient la pre- 
mière place. Le président de Sevin, comme le maître des 
comptes Avrillot, était de ces chrétiens de vieille roche pour 
qui rien n'est au-dessus de la Foi. Aussi; dans la manière 
dont ils élèvent leurs enfants se trahit le désir de les pré- 
munir contre les erreurs nouvelles ; ils veulent en faire des 
hommes par l'habitude des mâles vertus chrétiennes. 

M"' de Sevin était bien propre à seconder son mari. Le 
portrait que sa DUe trace d'elle est celui de la femme forte. 
D'une affection sans bornes pour ses enfants, elle n'a cepen- 
dant pour eux aucune de ces faiblesses si communes ayx ' 
mères de nos jours, et qui sont la cause la plus puissante de 
raffaissement des caractères. Elle ne les perd jamais de vue; 
elle leur donne l'exemple d'une fervente piété; elle sait avec 
charité les reprendre de leurs défauts, la ptcfé de ma mère, 
dit, en effet, Mlle de Sevin, .étml un exemple domesUqm qui 
m'aHoit beaucoup ; eUe nous inslruisoU par sa charïté qui la 
rendait très surveillante à nous redresser dans nos défautë ; 
elle nous imposoil par sa gravité; elle nous édif fiait par la 
pratique continuelle de la vertu ei par la douceur de ses ma- 
nières, dont elle accompaîgnoit ses remonstrances ; elle nous 
toumoit amoureusement et fortement à tout ce qu'elle voulait 
pour notre perfection. Rude çqm elle-même, elle ne craint 
pas d'inspirer à ses jeunes enfants l'amour de la pénitence 
chrétienne. .4 l'aage de huit à neuf ans, dit encore Mlle de 
Sevin, elle nous laissoitjeusner les Jeusnes de l'Eglise etime 
partie du Caresnie ; elle ne prenait pas plaisir à se délicater ; 
et comine elle nous aymoit d'un amour qui tenait plus de l'es- 
prit que de la chair, elle estait ravie de tous ces petits esmys 



D,g,tza:Jb.GOOglC 



_ 457 — 

fie pénitence qu'elle nom voyoit faire ; elle avoit soin d'en éloi- 
gner ks indiscréiions. 

A récole d'une telle mère, M"* de Sevin, que la grâce du 
reste avait prévenue dès le premier usage de sa raison, fll de 
rapides progrès dans le bien. Sans tes avoir connus, elle mé- 
prisait les plaisirs du monde, et elle sentait déjà qu'il fallait à 
son cœur la possession du bien suprême pour le satisfaire 
pleinement. 

Elle désirait, avec ardeur, voir arriver le jour de sa pre- > 
mière communion. Sa mère, qui la guidait pas à pas dans le 
chemin de la pieté, crut devoir modérer son impatfence : elle 
voulait que la sainte enfant conçût Timportance d'une telle 
action par la préparation longue et sérieuse que l'on exigeait 
d'elle. Mlle de Sevin venait d'atteindre sa douzième année, 
lorsque sa mère l'avertit qu'aux prochaines fêles de Pâques, 
elle lui permettrait d'approcher enfin de la table sainte. La joie 
delà jeune fllle fut extrême; mais elle ne diminua en rien le 
profond resfïect qu'elle portait déjà au sacrement de nos 
autels. Plus le moment approche, plus elle s'efforce de pré- 
parer son âme à la venue de son Dieu. Ses prières sont in- 
cessantes : Jedemandois, dit-elle, sans intermîssion à Notre- 
Seignetir la grâce (Teslre bien preste; et souvent je la dcmandois 
avec efftision de larmes qui ni' attiraient une joie et une corno- 
lalion que je ne saurais exprimer. Tout le carême se passe 
dans ces pieux sentiments, et profitant de la perrhission qhe 
lui accorde sa mère, Mlle de Sevin embrasse les exercices 
d'une rigoureuse pénitence, qui ne surprend pas peu dans 
un enfant de son âge. Dieu l'en récompensa par une surabon- 
dance de grâces. Au jour de sa première communion, son 
esprit fut illuminé de vives lumières, et l'impression qu'elle 
reçut de la visite de Notre-Scigncur fut telle qu'elle ne s'ef- 
faça plus de sa vie. Elle se sentit dès lors si pénétrée de l'a- 
mour de son Dieu, qu'il lui scmbloit, dit-elle, qu'elle n'eml pas 
voulu l'offenser dans aucune occasion. Elle souhaitmf de lui 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 458 — 

marquer son zèle dans les plus petites clioses comme dans 
celtes qui estaient de quelque Conséquence. 

Néanmoins, quoique jamais elle ne se soit adonnée com- 
plètement à la dissipation, trop naturelle aux personnes de 
sa condition, i! y eut, pendant un an ou deux, un certain re- 
lâchement dans sa ferveur. 

Vers la fm de sa quinzième année, elle ne sut pas demeu- 
rer insensible aux prévenances dont elle se vit entourée et que 
lui attiraient les grAccs de sa personne. Malgré le profond si- 
lence qu'elle garde à ce sujet, Ton sait, par quelques souve- 
^nirs du temps, qu'elle était d'une figure fort agréable. Son 
esprit était vi^ ouvert, plein de saillies aimables; son humeur 
enjouée. On la désirait dans les sociétés où ta conduisait sa 
mère. Insensiblement ulle-mèmese laissait aller au charme de 
cecummercc. Elle arrivait, sans s'en douter, à devenir moins 
exigeante à regard d'elle-même, et elle fermait volontiers les 
yeux sur certaines tendances de son cœur, que jusqu'alors 
elle avait tenu dans la plus entière dépendanca. Aussi son 
imagination commençait-elle à caresser de beaux rêves, dont 
elle aimait à s'entretenir dans ses heures de solitude. 

Ses parents, loin de s'effrayer de ces dispositions, étaient, au 
contraire, bien aises de voir le monde rendre hommage aux 
brillantes qualités de leur fille. Ils songeaient même à en tirer 
parti pour lui procurer un établissement convenable ; car Mlle 
de Sevin atteignait à peine ses dix-sept ans, que son mariage 
avec un jeune homme de qualité devenait un projet fort sé- 
rieux. 

La jeune fille Tavait rencontré plusieurs fois dans le mon- 
de; elle connaissait les desseins de sa famille, et elle ne son- 
geait nullement à prémunir» son cœur contre les dangers 
d'une affeclion approuvée el en un sens favorisée par les siens. 
La réserve habituelle que Mlle de Sevin garde sur ces sortes 
de choses lui fait vite jeter un voile sur cet épisode de sa vie, 
mais «lie laisse pourtant comprendre que le jeune homme 



dP.Google 



à gui ses parents la destinaient avait assez de belles qualités 
pour justifler leur choix, et qu'elle-même ne demeura pas 
indifférente à son mérite. Elle était déjà tout heureuse de 
l'attrait qu'elle exerçait sur lui. Eq même temps que son 
cœur y trouvait une douce satisfaction, son amour-propre 
était flatté de ce qu'elle devenait l'objet de prévenances et d'at- 
tentions continues. Sans qu'elle s'en rendît bien compte, elle 
se prit à mieux veiller sur les détails de sa toilette. Il me sem- 
bloit, dit-elle, que je devais me parer et m'ajusler au-delà de 
mon ordinaire pour mieux agréer à celui qui me recherchoit. 
Elle ne redoutait pas sa venue, et elle ne fuyait pas les occa- 
sions qui lui étaient fournies de le voir. Mais 11 n'y eut en 
tout celarieji qui pût alarmer la vertu la plus sévère; Mlle de 
Sevin estimait par-dessus tout l'honneur, la retenue, la mo- 
destie, selon ses propres expressions. 

Dieu ne voulut pas longtemps la laisser aux prises avccune 
semblable tentation. Pour un motif qui demeure Inconnu, le 
jeune, homme se vit obligé d'entreprendre un long voyage. La 
liaison qui se formait entre eux n'avait pas jeté d'assez pro- 
fondes racines pour qu'elle n'éprouvât pas les effets inévita- 
bles d'une longue absence. Insensiblement cette image si chère 
s'évanouit dans l'esprit de Mlle de Sevin. Après ce dé- 
part, soD désir de paraître dans le monde s'affaiblit peu à peu 
pour se changer bientôt en dégoût. Elle sentit se réveiller sa 
ferveur première, et dès lors elle s'abandonna sans réserve à 
l'attrait de la grâce, qui, du reste, n'avait jamais cessé d'agir 
fortement dans le fond de son âme. 

Ici se placerait naturellement le récit d'une faveur extra- 
ordinaire du ciel, à laquelle Mlle de Sevin fait plusieurs fois" 
allusion, mais sur laquelle elle n'a pas voulu s'expliquer d'une 
façon bien claire. Elle se contente de dire, que Dieu daigna 
lui accorder son don d'intelligence, et Im faire connoitre sa 
volonté sur elle. 

C'est tout au plus si elle entrait alors dans sa dix-huitième 
année. 



db.Google 



— 460 — 

Ce qui caractérise son retour à Dieu est un redoublement 
d'amour envers le sacrement de la divine Eucharistie. Pour 
elle Jésus-Cbrist ne semble plus cacbé sons les saintes espèces : 
elle a conscience de sa présence d'une manière sensible; elle 
passe à s'entretenir avec lui, au pied des autels, de longues 
beures, gui lui semblent s'écouler comme des minutes. Il ne 
paraît pas qu'elle eût à cette époque un directeur éclairé, qui 
s'occup&t à diriger son âme, suivant les impulsions de la grâce. 
D'elle-même, elle conçoit la nécessité de faire plus souvent la 
sainte conimunion, et tous les huit jours elle vient s'asseoir à 
la table sainte. A 'partir de ce momenl, raconte-t-elle, lest créa- 
tures cmnmenctrent à me devenir insipides :Je ne sentais que 
du rebut pour elles et me résolus à me donner entièreinent à 
celui qui me tient lieu de tout. 

Les lectures sérieuses auxquelles elle se livre ne contribuent 
pas peu à la fortifier dans ces sentiments. Quoique dans des 
proportions moins grandes, cette époque, comme la nôtre, 
était affligée d'une véritable inondation de prétendus ouvrages 
de piété, où l'on serait embarrassé de dire ce qui l'emporte de 
la pauvreté du fond ou de l'extravagance de la forme; mais 
l'esprit supérieur de Mlle de Sevin sut choisir, et elle ne tarda 
pas à marquer une prédilection qui l'honore à l'égard des 
œuvres du célèbre Louis de Grenade. Son âme était faite pour 
recevoir celte forte nourriture. Celle qui devait être un objet 
d'admiration pour les hommes qui ont formé la jeunesse de 
notre immortel Bossuet goûtait avec délices la substantielle 
. doctrine du Bossuet espagnol. Nul doute qu'elle n'ait puisé là, 
en dehors des dons célestes, cette solidité théologique qui 
étonne lorsqu'on l'écoute raisonner sur les mystères les plus 
élevés de la rehgion. 

Un autre genre de lecture ne servit pas pen à la fixer encore 
dans la détermination qu'elle prit de vivre désormais pour 
Dieu seul. Rien ne peut reiidre la chaleur de son âîne quand 
elle raconte la merveilleuse révolution que produisait en elle 



db.Google 



— 461 — 

la lecture dé la vie des saints confesseurs et martyrs. Leur sa- 
gesse, qui leur fait mépriser les biens et les plaisirs terrestres, 
la traDsporle hors d'elle-même; elle admire le courage avec 
lequel ils rompent les liens qui peuvent les retenir au monde; 
elle s'accuse de lâcbeté à la vue de leur pénitence héroïque. 
Mîùs la tristesse qu'eUe éprouve de se voir si éloignée de 
ressembler à ces héros, loin de la porter au découragement, - 
Tenflamme d'une sainte émulation. Elle forme dès lors la 
résolution, comme elle s^exprime elle-même, de se mmder sur 
ces exemples fameux dtms toute la conduite de sa vie. Elle se 
résout donc à rechercher la perfection en toute renamtre et en 
toute manière, et à s'attacher soUdemeni à la'plus grande. 

L'abbé Henbi MARQUET. 
{La «utte ftrochainemenl.) 



=, Google 



ESSAI SUR LES GÂR&GTËBES DE LÀ LANGUE GASCONNE. 
(Suite) (1). 



La rapidité du tirage a laissé subsister dans le premier i 
de YEssai publié ci-dessus et dans les notes que j'y ai jointes plu- 
sieurs fautes qu'il n'est pas inutile de corriger ici, 

P. 310, 1. 7 : dans les trois syllabes, lises : dans les mots de trois 
syllabes, 

P. 314, l 11, avant la parenthèse ajouter le mot ridEre. 

P. 319, 1. 2 : humanistes, lisez : romanistes. — L.-C. 

F initial devant R et L se supprime : frater, rai; forma- 
Ucian, roumalje, et formica, roumic (après la transposition 
de r, fromaticum, fromica); fraaHnm, frêne, rèchou; flam- 
ma, lamo; flagellim, lagèt; florem, Um; florere, louri 
(fleurir et moisir). 

F initial devant une voyelle, ou médial entre deux voyelles, 
est remplacé par une aspiration ; fagus, hai ou haj'o; fer- 
rut», her ou M; femina, licmno; filius, hith; farina, hario; 
filmn, hiu; faba, hauo; faix, ham; phasmnus, hazan; ficA- 
tum, hltje; fimm, fmm; fabrica (forge), hargo: furca, 
hourco; foUum, hoeUto; fundUmlum (entonnoir), hounUli; 
facere, hé (ailleurs ha); bufo, mis (crapaud), bouhoun 
(taupej; coferwe, coiffer, couhà. 

G doux après e tonique devient i : regem, tegem, rey, ley. 
Dans le Béam, c'est une règle générale pour tous les g doux 
et les y : arien, iou, ieneral. 

NGR, provenant de la syncope d'un e atone, devient gn 
doux : plangere, plagne;jungere. jugne; congerere (conge're), 
cougni, farcir. Congerere est placé à tort, je crois, par 
M. Diez, dans la liste des mots qui ne sont pas passés dans 
les langues romanes, ainsi que spuere, conspuere, escoupi, 
et saUtr {satuUus), sadout. 

(1) Voyei la Uvraûoa de Juillet dernier, p. 809. 

D,stz.:Jb.GOOgle 



G entre e tonique et u tombe : tegula, teido; Regida, nom 
propre, ilèulo (Reule, Réole). 

L suÏTi d'une consonne se vocalise comme en français : 
o/ft», haiét; ad cakem, à la caus, auprès de. 

L ou LL précédé de « tonique et devenu flnal se rocidise : 
saUs, aau; mertaHs, mmrtau; mettCUvm. «teteu; nalaUs 
(Noël), nadmi; ad bile (ainsi), atau; camiruUe (chenet), ea- 
mUm, et tous les sufflies aUs. Hais on dit à de matas (tout 
de bon), du latin matas; polo (paUa), galo CgoBa), etc. 

L ou LL précédé d'une voyelle et suivi de la tonique devient 
R : gaUma, gario; puilus avec le jsufQw iniu a donné pou- 
rin (poulain), avec le sufflxe eltm, pouret !(ponlrt). 

LU après les ttuiiques e, o, u, se change eu T an masculin. 
en R au féminin et «tans les dérivés : bellus, bèij bèro; cas- 
ièUMm, castèt,d''oiiea»iereja;capeltaica^ltm),oiqièt,€apera: 
Wami, et, ero; viieUus, betèt, betère, beterà; capeUa, oapÉr«, 
caperan; peUis, peau, pèl; botellus, boifau, biudèi; marteUug, 
«mièt; /ktgeUmn, lagèu puUus, pouU aa^a, echèro; seUa, 
sèro, etc.; U de iltwn se vocîdise quand il est enclitique 
6^ colhe (poar bè tm cotte), va le chercber. 

M se supprime devant une labifde dans ies composés 
tmi bme, tabé (aussi); tam paucum, tapauc (non plus). 
iamfiiane, Uiplan .(tout de même). 

N médial après a, i, o, u, tombe devant la voyelle suivante 
granarium, graè; paneriiun, paè; marina, laotrù; pu^na, 
fiewio; mëhUmum, maiim, maitiaà»; poiHias, ^am; iimea, 
bio; minore (mener), mia; minada, miaço; JXiPbmaria, 
cmiiouèro; petUmeoia (sorcière), pomauèr^: wna, ue; lœta, 
iuQj etc. Exce|)té n de .la dèsinoice mem : mamieneBÊK 
msfisoim; .potionan, pomovtn. Dans ie Réarn, ceome en 
Languedoc, cette n mâme disparaît : maimu, pstaou. 

R de la désinence ora» disparaît : œïïecterem, xoufetou; 
pastorem, pastou., etc. 
lA, NR iobi d'ftKider du D ép^tbâbiiie, Moame m Iran- 



_.oogle 



— 464 — 

çais, le perdent même quand il existe déjà en latin, ainsi 
que R, en sorte qu'il ne reste que L ou N : molere, mou- 
dre, moule; ponere, poiim; tendcre, tendre, tene; dnerem, 
ceno; vendere, bene; îondEre {lOndre), tOUne, etc. 

R se transpose souvent pour la facilité de la prononciation : 
caméra {camra. cambra), crampo; pidverem {puibrem, pu- 
brem), prmtbo; pauperem {paûprem), pravbe; capra, crabo: 
comparare {comprare), croumpa; fenestra, frineslo. 

R Qnal s'évanouit : carms, char, ca; carus, cher, ca; 
more, ma; cor, co. 

RE, désinence de l'inûnitif, tombe toujours : atmre, 
aima; canlare, conte, etc. 

S, supprimé en français devant une consonne, persiste en 
gascon : auyustus, aous (août); asper, aspré (âpre); besUa, 
besUo (béte); testa, tèsto (têle); caslanea, caslagno; mascu- 
lus, mmcle ; mespilum, mesplo {asM); nostrum, nosle; mis- 
clare, mescla; casUgare. castiga, etc., etc. 

T entre deux voyelles s'adoucit en D : catena, cadeno; 
patena, padeno; satur (satulhis), sadoiU; maltmis, mcdu; 
mulare, muda; maritare, marida; pralum (prat), prado; 
cathedra, cadtèro; imtare, nada; metipsa (même), medicho; 
eotoneum (coing), coudouy; stemutare, estemuda; semUa- 
rium, sendè; adjulare, ajuda; abbaUa, abadio; iniorta, en- 
dorto. 

T des désinences tus et tatem se conserve avec apocope de 
u^etem; amatus, aimai; scuiumf escut; abbatem, aboi; 
verilalem, bertat, etc., etc. 

T devant R devient I : fratrem, pairem, matf-em : frai, 

pai, mai, et les dérivés {re a disparu pour la même raison 

que dans rem de pastorem, etc.); latrare, laira; petra, pètroj 

vifywn, beire; aralrmn (charrue), arai. 

se devient ch doux : pascere, pèche; crescere, crèche, etc. 

V devient B; (voir précédemment). 

V entre deux voyelles se vocalise : dwinm, deuin; juvmis. 



; \^.Liuvie 



— 465 — 

jouen; sevum, seu; pavonem, paoun; avka {auca), auco 
pvicula, oUlo et aoueiUo ; davus, dau (clou) ; davis, dau . 
(clé); vwus, biu; nivem,nèui novus, nau; novem, nau ; 
bovem, buu; ovum, uu (ailleurs oueu); stwa (manche de 
charrue), esleuo. 

X médjal dsTicnl ch doui ; exsuccare, ediitga; lidvium, 
lechiu. 

X final devient tz : vox, boutz; lux, lutz; pax, patz; 
crux, a-oîUz; nox, neitz; tous ces mots sont tirés du cas di- 
rect; nogo de mac, est tiré du cas indirect. 

Ixs groupes st, sp, se dur au commencement d'un mot, 
prennent toujours le préfixe e : statua, eslatuo; sjmiius, 
esprit; stemutare, esternuda; skem allemand {scfiemire it., 
escarnedr esp.), escami; sperare, espéra, etc. 

La lettre a s'ajoute au commencement de presque tous les 
mots commençant par r et de plusieurs autres : arrabo 
{râpa); arram (ramiw); arré {rem); arriu {nvus); arrestèt 
(rastellum); adrèjo (hedera, hœderatica); acoumença, afini, 
etc. 

DÉCLINAISON. 

La déclinaison n'a pas laissé de trace dans le gascon. Le 
pluriel se forme généralement comme en français par l'ad- 
dition de Vs, caractéristique des cas indirects du pluriel 
dans la première et la deuxième déclinaison latine. A Auch 
et dans les environs on ajoute aux mots terminés par une 
sifflante la désinence w'ou es comme en anglais : mm debach 
(un bas), Ums debachis; un bos (uu bois), hiis basques. 
Voici une autre singularité remarquable : A Mazoues, à 
Sainte-Dode et dans les contrées environnantes, le pluriel se 
forme comme dans le mexicain en supprimant la consonne 
finale, que Ton remplace par une longue aspiration, « de 
sorte que le son parait aller se perdre au loin dans les airs. 
C'est presque une pantomime. ■ Guill. de Humboldt, Origine 
des formes grammaticales. 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



Le féminm se forme par kl changement de a final tatin en 
0, e, a muets, selon les localités : ce^mle, cabtUe, ooMa 
(joment); bowno. bomie, bouna (bonne). Remarquons en 
autre que les adjectifs ont toujours deux désinences, l'une 
pour le masculin, Taulre pour le léminin, à quelque classe 
qu'ils appartiennent : bisie m., trisio t; coupable m., cou- 
pablo f. 

L'artide se supprime souvent devant les noms de titre ou de 
dignité : mousm marquis, moussu curé, moussu médecin. 

Le complément direct est marqué comme en espagnol par 
la préposition à, quand il est sans verbe dans une pbrase 
elbplique, ou répété par pléonasme après le verbe : Qui 
apèronf Ajouf Qui appelle-t-on? Moi? Tapèron à tu. On 
t'appelle, toi. 

Le déplacement seul de l'accent sufût souvent, comme en 
obinois, pour changer un nom en verbe, surtout dans les 
contrées oà le f^ninin est terminé en a. Ex. : dette n. devoir, 
deue V. devoir; pmwfc n. pouvoir, poudé v. devoir; mpèra n. 
chapelle, capera v. couvrir. 

L'abbé J. Daste. 
(ia fin prochainement.) 

NOTES PHILOLO(;iQUES SUR VESSAI PRÉCÈDENT. 

.IV 

Sur 1» changement de 7 en H en gascen. 

Ja crois qu'on peut établir en règle générale qae les mots gascons 
primitifs ne renferment jamais i'f. Si cette lettre se fait entendre très- 
souvent dans le patois actuel, c'est francêsisme, néologisme pur, 
quoique parfois remontant haut dans l'usage. On peut expliquer par 
cette remarque et par celle qui termine ma note I (plus haut, p. 318) 
l'acception particulière donnée communément au Mot fîlko dans no- 
tre pays. La mot authentique /itf^o est resté jusqu'ici seul en usage 
pour désigner la Slle, filia; c'est la domestique, layîl^ de service, 
qui a pris le nom à peine défrancisé de (ilho. 



B,3,tze:Jb.GOOgle 



— 467 — 

Que l'on ne m'oppose pas la présence de l/dans de très vieux ti- 
tres de notre pays. Plus les titres sont vieux, plus ils sont écrits, 
(^ordinaire, d'après les habitudes normales de la langue d'oc offi- 
cielle et classique. Cependant la prononciation ancienne était certai- 
nement à peu près la même qu'aujourd'hui ; et 1'/ écrite se pronon- 
çait h dans notre pays. 

Ceci soit dit pour tous les patois de la Gascogne, sans exception 
à moi connue; de sorte que l'absence de Vf est peut-être le signe ca- 
ractéristique le plus sûr et le plus simple pour distinguer le gascon 
des autres dialectes de la langue d'oc. Par là, du reste, se vériBe très 
bien ce que disait dès le début de son^ssat (swpr^, p. 310) M. l'abbé 
J. Daste, que < le gascon tient phJlologiquement le milieu entre 
l'espagnol et les autres dialectes de la langue d'oc, comme le peuple 
qui le parle occupe tôpographiquement une position intermédiaire 
entre l'Espagne et la France du midi. >En eSet, le changement de 
f en h est régulier en espagnol, tandis qu'il est exceptioaael en pro- 
vençal et surtout en fiançais (on ne cite guère que hors, de foris-] 

La suppression de Vf ou son changement eu h ne doit pas être 
perdu de vue dans les recherches sur la toponymie gasconne. HiGsr, 
fagetum, lieu planté de hêtres, le houga, falgarium, LAarrE, fita, 
LAHARGDE, /"ainca, etc. i^amouze/westdans les vieqx titres Fromou- 
sem, dont je n'essaie par de trouver le sens. Mais il faut remarquer 
aussi que \'h des noms gascons est souvent sans valeur étymologi- 
que: BOMPS, ulmi [ormes], lahille, insula (île), etc. 

Par la suppression de Vf, on explique aisément des noms de saints 
devenus méconnaissables dans certaines désignations toponymiques : 
SAiNT-ÉLix, Saint-Félix, saint-ost, Saint-Fauste, etc. N'allez pas croi- 
re, sur la foi du Dictionnaire d'hagiographie publié par l'abbé Mi- 
gne, à un saint de l'Astarac, portant le nom d'Ost ; la philologie n'est 
pas inutile en histoire. 

V. 

De la formation ûa mot rèino, raine. 

REgfem) donne régulièrement rei, d'après la règle concernant cjr 
doux après e tonique, très nettement énoncée par M. Daste. Mais 
regina, d'après cette règle, ne devrait pas donner rHno, qui suppose 
la forme rEgina. Affirmer cette dernière forme est au moins fort 
hasardeux, puisque l'italien prononce régulièrement regina. L'ei- 
plication donnée pour l'étymologie du français reine est, je creis. 



db.Google 



— 468 — 
parfaitement applicable au gascon, c Dans l'ancien français, dit M. 
Littré, le mot était de trois syllabes, mne... C'est auiiv* siècle qu'il 
a commencé à être de deux syllabes. > En gascon, avant de pronon- 
cer rèino, on a dit reïno et mêmer^ttio. Ce dernier mot était encore 
de quelque usage au -lyw siècle. Dans son premier poème (loi Sa- 
tous) , d' Astros fait parler ainsi la Primo (le printemps] : 

Joa Ktaa 1» giadoiuo Primo 
Que Ion céon e !& l«no eslimo, 
E noa pu ses milo nsoi», 
La Bigitto de lu utoot. 



De l'étymologie et dn sens dn mot pwooii biaio. 

Je citais dans une étude publiée ici même, il y a onze ans [1], ces 
quatre vers d'une églogue gasconne du vieux poète lectourois Pierre 
de Garros : 

Aun mtatz a l'ombrsta, hilhouf 

Anteii-me nst un paS d'eiquiDiatz 

FuM cunin damb na bsrUt de biada, 

Qne la Raokina ans oobrés a portadaT 

« C'est ainsi que vous restez à l'ombre, mes gars? — 3f auriez- 
vous vu un panier de noix — passer (par ie] chemin avec un barillet 
de piquette — que Rankine {nom de femme) a portée aux ouvriers î» 

Je disais alors qu'il fallait probablement entendre par biada une 
liqueur de blé fermenté. C'était une etreur, le mot biado est encore 
d'usage dans le pays de Lectoure et il signi&e de fait piquette. Mais 
l'élymologie toute seule m'aurait conduit à ce sens, si j'avais su la 
suivre. 

Le mot biada réveilla fatalement dans mon esprit l'idée de blé, 
parce qu'il a ce sens dans l'italien qup j'entendais à Naptes, où j'é- 
crivis mon mémoire sur le Régime alimentaire de l'Armagnac. 
Mais en gascon il ne peut avoir rien de commun avec blat {blé, du 
latin a6/afum; voir Littré, Dict. de la langue fr.,qm a.' ose pour- 
tant pas se prononcer pour cette racine). 

Les vraies règles m'auraient amené k l'origme réelle et au sens 
reçu de biadaon biado. Le b remplace le v. De plus, comme l'ex- 
prime rigoureusement M. l'abbé Daste, < N raédial après i tombe 

(I) Bulklin du eotiHU d'hUt. et d'arehéol., l. 1, p. dOS. 

D,slz.:Jb.GOOgle 



devant la voyelle guivanle. » Rétablissons donc Fn étymologique 
entre i et a, nous aurons vtnada, vinade, qui veut dire évidemment 
eau vinée, piquette. 

Tje texte du poète Garros que je viens de citer me suggère deux ' 
autres remarques : 

l" Son patois n'a pas vieilli quant à la plupart des termes qu'il 
emploie. Tous les mots de ces quatre vers, par exemple, sont du 
langage courant à Lectoure, quoique les églogues de Garros aient 
paru en 1587, L'orthographe seule a changé, mais non (je crois en 
être sûr] la pronODciatioD : a anal non accentuése pronongaito; o 
non tonique se prononçait ou. On disait comme aujourd'hui biado, 
oumbreto... Oubrès se dit encore là où le gascon s'est bien conservé; 
ailleurs il a cédé au languedocien oubriès ; 

2° Esquilhot, nom vulgaire de la noix, qui n'est pas usité dans 
toute ia Gascogne. C'est une dénomination appliquée par catacKrèse 
au fruit du noyer, à cause de sa ressemblance avec un grelot. Es- 
quillot est le diminutif è^esquilho, languedocien, eu gascon esquiro, 
du latin squilla, clochette. 

Léonce COUTURE/ 



UN MERCU3-E 
Ràoemmtint découvert à Mendousse. 

Une très intéressante trouvaille archéologique a eu lieu 
dans le champ d'un village des Basses-Pyrénées. Ce n'est 
plus un pavimentum vermiculatum représentant une beUe 
scène dionysiague, comme à Saint-Cri cq des Landes..,; c'est 
un Dieu supérieur, représenté par une statuette en bronze, 
que la charrue d'un laboureur a soulevée. 

Cette statuette, d'un poids de 150 grammes, et haute de 
il centimètres, représente Mercure, le fils de Jupiter et de 
Maia, ce messager des dieux, dont la tête est ornée de deux 
ailes. La main gauche tient le caducée, la droite porte une 
bourse. Car c'était le dieu du commerce et de Téloquence, des 
marchands et des voleurs. 



db.Google 



— 470 — 

La reoeimtre de ce dieu dq paganisme dans uo des champs 
de rancienne Aquitaine ne doit pas nous étonner, puisque le 
culte de Mercure était en lionneur, non-seulement en Egypte, 
en Crète et en Elide, mais encore dans les Gaules: 

César, dans ses Commentaires de la guerre des Gauks 
(vi, 17), dit que les "Gaulois adoraient Mercure, « inventeur 
des arts et guide des chemins, > ajoutant qu'ils lui attribuaient 
une grande puissance pour enrichir les marchands. Lç con- 
quérant des Gaules constate encore que les statues de ce 
dieu étaient fort nombreuses chez nos pères : Ejm mni ptu- 
rimasimuUicra. 

Pline {Hisl. naU, 1. xxxiv) conflrme ce fait, quand il cite 
la statue colossale de Mercure faite en Auvergne par le sta- 
tuaire Xénodore. 

Avant l'établissement de la religion chrétienne dans nos con- 
trées, les gallo-romans s'étaient fait de ces dieux domestiques, 
appelés Lares ou Pénates, qui n'étaient que de petites statues 
qu'on honorait dans les maisons, et dont on avait un soin 
particaUer. Nous possédons un livre rare, imprimé en 1556, 
à Wesel, et traitant de la religion des anciens Romains. Cet 
ouvrage, de Guillaume dit Chocil, vrai trésor pour un biblio- 
phile, est illustré de plusieurs belles ligures retirées, dit le 
te^te, à£S marbres antiques qui se trouvent à Rome, et par 
nostre Gaule. On y Ut à la page 152, que > les Lares étaient 
fils de la Lune et de Mercure, » que les poètes ont attribué à 
Mercure, messager des dieux, les talaires et le chapeau orné 
de ses ailes, parce qu'il est Dieu âe l'éloquence, et que « la 
parole vole comme fait par l'air un oiseau. » 

DuChoulciteune pierre précieuse, un onyx, à lui apparte- 
nant, qui représentait Mercure, tenant le caducée d'une main 
et une bourse de l'autre. On dirait la reproduction de la petite 
statue que nous avons sous les yeux, et qui a été trouvée dans 
un des champs de Mendousse (Basses-Pyréuécs). 

D'après l'épreuve photographique qui accompagne cette 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



notice (1), il est facile de se conv^ncre que notre Mercure, 
représenté sous les trîùts d'un beau jeune homme, est remar- 
quable au point de vue de Fart. Les diverses parties de son 
corps sont dans les meilleures proportions, et le modelé est 
parfait. La tête, l^èrement inclinée sur le c6té droit et sur- 
montée des deux ailes traditionnelles, est admirablement pla- 
cée sur de larges épaules. L'anatomie des formes est supé- 
rieurement observée tant en avant qu'en arrière. Les bras se 
détachent naturellement du tronc, et présentent une harmonie 
parfaite avec les membres inférieurs, écueil ordinaire de la 
statuaire. Malgré les ravages du temps qui a un peu corrodé 
les oreilles, les yeux et les lèvres, cette statuette debronseest 
d'une bonne conservation. Elle est un beau témoin, un pré- 
cieux spécimen de la statuaire antique et de Tart gallo-romain 
aux premiers âges de l'ère chrétienne. Car notre Mercure se 
rapporte au temps ou dieux et déesses disparurent, pour 
ainsi dire, dans les entrailles de la terre, éblouis par la splen- 
dide lumière de celui qui les remplaçait tous, du plus beau 
des enfants des hommes. 

J'aurais voulu acquérir du propriètairej pour mon musée 
archéologique, cette statuette en bronze de Mercure. Mais,- 
comme les prétentions du possesseur de cette divinité païenne 
sont très-élevées, je me contente, jusqu'à l'arrivée d'un oncle 
d'Amérique, d'une épreuve photographique, que je serais 
heureux de mettre sous les yeux des amis de l'art de la Revue 
de Gascogne. Je la dois à l'obligeante amitié de M. Daries, 
qui a bien voulu mettre à mon service son talent de pho- 
tographe-amateur. 

D' Lêok sorbets. 



(1) La Revut de Gtneo^iw regrette qne tes moyens oe loi permettent pai d'offrir 
à ses lecieuK cette carieiise image, dont l'eiacte description de H. la D' Sorbets 
peut jusqu'à un certain point tenir lien. (L. C.) 



db.Google 



CORRESPOMDANCE. 

Monsieur le rédacteur en chef, 
Permettez-moi, s'il vous plaît, do vous adresser quelques obser- 
vations au sujet de nos Questions et Réponses. J'ai vivement désiré 
l'introduction dans la Revue de ces petites notes qui touchent à tout, 
qui sont un cadre si c(»nmode pour placer une foule de choses que 
l'on ne saurait guère mettre ailleurs, qui, enfin, selon le précepte 
antique, instruisent ea amusant. Après ime expérience de plus de 
deux années, je puis sans complaisance déclarer que les résultats de . 
l'innovation ont été eicelleats, mais je les voudrais meilleurs encore. 
Il faudrait, pour cela, qu'un plus grand nombre de jouteurs descendit 
dans l'arène, soit pour interroger, soit surtout pour répondre. Com- 
bien j'en connais, parmi ceux qui, on souriant, nous regardent poser 
nos points d'interrogation ou présenter nos solutions, qui pourraient 
prendre à nos luttes une brillante part! Je les supplie, ceux-là, de 
vaincre leur indolence ou tout autre sentiment (quel qu'il soit) qui les 
«: attache au rivage. » Que nous ne soyons plus seulement une dou- 
zaine environ [rari nantesi) d'hommes de bonne volonté! Que ceux 
qui n'ont jamais été que témoins deviennent combattants ! Que ceux 
qui n'ont fait qu'appan^tre dans nos rangs y soient désormais sans 
cesse mêlés 1 Et, pour m'en tenir à ces derniers, —je demande par- 
don d'être si pressant et de recourir à l'argumentation ad hominem f 
— croit-on que certain très-savant vicaire-général de Bayonne n'au- 
rait pu répondre à la question relative à un évoque de son diocèse 
(Revue de mai 1870, p. 248}, et que certain noble généalogiste des 
plus compétents n'aurait pii répondre à la question relative au che- 
valier d'Aydie [Revue de juillet 1869, p. 284) ? Avec mon zèle indis- 
cret, monsieur le rédacteur en chef, j'irai jusqu'à vous interpeller 
directement, et après vous avoir chaleureusement remercié de tous 
les précieux renseignements historiques et littéraires que nous vous 
devons, je vous demanderai si vous n'avez pas quelquefois eu le tort 
de garder négligemment un silence qu'il vous était très facile de rom- 
pre; si, par exemple, vous qui conniiissez sur le bout du doig:t tous 
les épistolaires, vous n'auriez pas en un clin d'oeil trouvé dans fes 
Lettres de Grotius le passage sur Peyrarèdo dont la curiosité de 
votre serviteur réclamait l'indication [Revue d'octobre 1869, p. 476)? 
A l'avenir, redoublons tous do zèle, vous, mtDnsiour le rédacteur en 



db.Googlc 



chef, tous nos chers collaborateurs et moi-même, pour que les ques- 
■ tiens insolubles restent seules sans réponse, et pour qu'autour do 
■toutes les autres questions jaillissent souvent de vives lueurs, tou- 
jours quelques étincellesl 
Agré«z, monsieur le rédacteur ea cbef, etc. 

Ph. Tamizet de Labroque. 



P.-S. — En ne livrant à diverses recherches pour annoter tw lettru ÎDédilas du 
cvdiasi d'Ossai, dont, à mon grand regret, U publication eit loajoars retardas (heu- 
reux encore ai je ponvaii rdpéler pour mon excuse ces paroles de l'babiU diplomale: 
■ Ilimporis plus defairebien qas delairetâl! i), j'ai trouvé dans le tome second 
ie la Vit du cardinal d'Ottat par Mme d'irconville (p. 603-605] des dâtails inlé- 
ressants sor le chevalier Basqnjal de la Hoose. Rapproches de cenx qoe donne on 
qn'indique M. le baron de Canita, ils font parfaitement connaître la vie de ce pet- 
aonoage. 



QUESTIONS. 

sa. Oe l'ancien antel de TAgllse parotssiale de Ulrande. 

Qu'est devenu l'autel dont il esfainsi parlé dans une dissertation de l'abbâ 
Nicaise, intitulée : Explication d'un ancien monument trouvé en Guienne dans 
b diocèse d'Auch [Paris, 1689, in-é*, p- 6) ? a L'on voit dans on lieu tout 
s voisin d'Eaoze nommé Hirande un autre tombeau qui sert d'autel à l'église 
» paroissiale, qai est d'un très bon goût pour le dessin et pour les figures, 

> qui sont des Bacchantes qui dansent, el, au milieu du monument, la place 

> d'une inscription. Mgrl'arcbevSqued'Auch (1) le fera transporter, comme il 
» alaitceluy dont nous parlons (3), el y en rétablira nn autre en sa place plus 

> conforme à la dignité et à la sainteté du lien- » 

T. de L. 

64. DnMnllIetdoiinéà.lIargnerltedeNaTaFre parle roi, son mari. 

- Hilarion de Coste {Eloge des dame» itUtttret, t. ii, p. 374], raconte que 
Henri II, roi da Navarre, « ayant esté adverU^que l'on faisoit en la chambre do 
ti la reine, sa fenune, qnelqu» forme de prière et d'instrnction contraire à celle 



(1) Armand Anne Tristan de la Baume da Snze (1684-1705). C'est i ee prélat 
qu'est dédiée la dissertation de l'abbé Niçoise. 

(3) C'eat-à-dire le tombeau en marbre blanc < trouvé prés de la villo d'Euua dans 
> nn villafo du Baa- Armagnac, qui s'appelle St-Amand. i C'est i FouMOlt, ajootft 
le savant antiquaire, < que l'on doit la principale obligation de la déconverts de ce 
1 nonuiueni, > qui fut apportd au cbiLtean de Uszèies. 



db.Google 



^ 474 — 
* de BM pbm, il y eotra resolB de diastiw le ninùtra, et voavuit ^a Fan 

> l'&voit f&it Buver, les rnioes de sa colère tombèrent sur » femme qii en 
1 receat un (onfflet, lui disant : Madame, voiu m voulez trop tfovoir, et en 

> donna tont anssitost avis au roy François. > Ce eonlfiet est-ill»ea authentî- 
que? L'aaecdoie n'a-t-elle pas été imaginëe... après coup ? Hitarion de Cûste 
n'allègue que le témoignage de Pierre Mathieu {Histoire de France tous let 
règnes de François I", Henrill, etc.; 1631, aval. in-f«J,et l'on sait combien 
Mathieu est souvent inexact. Les écrivains très nombreux qoi ont répété le récit 
de cet historiographe (Poey d'Avant, Honlezuu, etc.) n'ont pn invoquer, à cet 
égard, l'autorilë d'aucun contemporain. Les lecteurs de la Revue de Gaacognf 
connaissent-ils qaelque document du kvi' siècle relatif à ta brutale protestation 
tombée sar la joue de la gracieuse Harguerile ? 

T. de L. 

65. 8nr deux nutrins gascons. 

H. Léon Gnérin, dans ses Marins illuatrei de la France, àFarticle de l'ha- 
bile, généreux et héroïque Prégent de âidonx, premier généra des galères de 
France, etgrand-prienrdeSaiut-GiHes en Provence dans l'ordre des cheva- 
liers de Saint-Jean-de-Urasalem (alors chevaliers de Rhodes], sous le règne de 
Charles VtQ: de Louis XII et de François I'^. dît de cet homme si réellement 
distingué, « qu'il étatt né en Gascogne, » sans plas d'indications sur ce point. 
Or, comme je n'ai absolument rien trouvé sur Prégent de Bidoux dans les Dic- 
tionnaires de Feller continué par UU.Ch. Weiss et Busson, de Bouillet, etde 
H- A. Jal, je prends le parti de poser, dans la Bévue de Gascogne, la question 
suivante: ' Dans quelle localit/de la Gascogne était né Prégent de Bidoux?* 

H. Léon Guérin, dans le même ouvrage et dans le même article, dit encore de 
Prégent de Bidoux: « Secondé forle grand capitaine demer Charles Larli- 
gue, son compatriote. » Les Dictionnaires cités ci-dessas par moi étant égale- 
ment muets sur ce compatriote et ce compagnon de Prégent', je pose ici cette 
nouvelle question: « OÂ Crouve-f-on des détails liographiqitet sur le marin 
gascon Charles Lartigue? » 

Ct..-IllPP0LTTB MASSON. 

RÉPONSE. 

66- Sqf deax marins gascoUfl. 

Prégffiit de Bidoux est absent en effet des recueils biographiques les plus 
complets de notre temps, sans excepter la Biographie «niverstlle de Uichaud et 
la Bioçraphie générale de HH. DidM. Ce n'e«t pas à direqa'il ne néciitfi d'y 
figarâr à plus juste 4itre que U moitié des noms préférés au sien parlescom- 
pilateurs S» AictiomaîreshistoriqueB. Ids il semble, va les lacunes graves et 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 475 — 
oombrenses de ces sortes d'onvrages en ce qwi CMioerne le majm ige ot 1b 
commeDconeilt des temps modernes, qu'ils n'ont presque poiaé aux sonrcw de 
l'histoire qu'à partir de la fin du ivi' sitole. En ce qui concerne Prégeat de 
Bidoux, ils sont d'autant plus blâmables que leur modèle, le Horéri de 1759, 
renferme on article sur cet homme de mer[aumot fitdoux). On y voit, en tMe 
d'uD rapide tableau de sa carrière, qu'il âtait « natif de Gascogne, > sans in- 
dication plus précise. L'auteur de l'article renvoie, en finissant, à l'Bistoire 
de Marseille de Roini et à l'Histoire des gratuii officiers du P. ÀOBehne. Ce 
dernier (t.'Vii, p, 933] nous apprend exactement les mêmes choses qneie' 
Hârèri (1). Et il est probable que nous ne serions pas plus fixés sur le Ken 
natal du brave Prégent de Bidoux, en abordant Jean Danton [Bitt. de Louis XI, 
p. 115, 134, 186, 393, cit. par Moréri) et les autres autenrs qui ont parlé de lui. 
Du moins, un de nos compatriotes, H. Riesbey, qui a consacré ti ce génénd des 
galères de France une courte notice dans la Revue ^Aquitaine de 1661 (t. t, 
p. 159], débute en ces termes : «Prégent de Bidonlx (stc], issu d'une noble 
fomille de Gascogne, naquit en 1466; on ignore,je crois, dans quelle localité...» 
Je ne pius donc répondre à. la première question de U, Hasson, et je la recom- 
mande aux hommes versés dans la connaissance des familles et des généalogies 
de notre province. 

Je serai peut-être pins heureux en oe qui concerne Charles* de Lartigue. Je 
copte im article du Moréri de 1759 : « N., seigneur de Lartigue, petit-neveu 
d'Amanieu [un des grands capitaines du xiv^ siècle, met. du Languedoc, t. iv, 
p. 335, 340]..., se rendit illustre Eous plusieurs rois par ton courage, ses em~ 
plois miliiaireset les services qu'il rendit dans différentes rencontres h son 
prince. Il commença ft porter les armes sur mer sons Louis XI, fut fait vers 
1480 chef d'escadre, donna des preuves de sa valeur sous Charles VIUetLoais 
XU, fut fait vice- amiral en Bretagne sons François I". Il fut en 1521 et 152S 
gënâral et conducteur de l'armée navale que ce dernier prince envoyait à Fon- 
t&rabie, assiégée par les Espagnols. On ignore le temps desamorti on croit qu'il 
. lUonmt dans sa dhargeet sans alliance, ce qui a fait l'extinction de sa branobe. ' 
Consultez les mémoires de De Serres, p. 57; Scipion Dupleit; mém. de Du M- 
lajr, de Sully et d'Amelot ije U Uoussaie. > Je préviens les curieux que be 
Serres (Inventaire, Rouen, 1647. in.-L, p. 419), Martin Du Bellay (collect. 
Hichaad et Poujoulat, t. V. p. 166),Sc. DiiPleix (HMtotreifer'r.,t. iii.p. 300)' 
n'ajoutent rien à ce que dit le Moréri et n'en disent pas si long. 

Hais il me pandt évident que le vice-amiral de Bretagne, qui ne fut pas heu- 
reux àl'affaire de Fontarabie, est le mfime que Charles de Lartigue, quoique le 
rédacteur de l'article du Horéri n'ait pas su son nom de baptême. Quant à «a 

(1] J'(ù coninlU le P. Àiuelma avee d'autant plus d'empreswmtDl que l'eieniplaire 
41U eslàraaporté« tBibliotb. dnsém. d'Àocb) coolienldes noicsnarginales del'ilibi 
de Vergés lor les noms qui appariienDeni à la Gascogne. Il y en a tMancoup k la 
p. 934 SUT l«i d'Omuan. Mais & la p. 933, sni Frégsni ds Bidons, l'abbé de Yergé| 
n'a et risn à dira. 



db.Google 



— 476 — 
patrie, on peut le rattacher à la terre de Lartigned), dont U portait lenom ainsi 
que tons ses ancêtres connus. Mais le mûinc auteur nous apprend que l'illustre 
famille de Lartigue avait deux terres de ce nom : l'une en Cbalosse, l'autre en 
Armagnac. Ici encore, appel aux gtoèalogisles et aux géographes de notre 
région I 

On me permettra de faire remarquer qu'une autre branche de la mSme Ta- 
mille, honorablement mentionnée par Honluc, fournit plusieurs hommes illus- 
tres oadistingaés; par exemple, un cousin du précédent, homme de guerre fort 
célèbre (3),qni contribua en particulier àforcer le pas de Snze'en 1577, avec La 
Hothe-Gondrio, Rat de Pourcés et Gabarret, « tous gascons, s dit fièrement 
Scipion duFleix(t. iii, p. 413); -^Jean de Lartigue, seigneur de Caplice, prêtre, 
docteur en théologie, bistoriographede France (non cité dans la liste (3) de Sainte- 
Palaye}, aateorde plusieurs ouvrages (4), etc. JerenToieau longtravailsor les 
diverses branches de lafamillede Lartigue, inséré dans le Horéri de 1759. 

L. C. 



(1) Encore ponrrait'On penser à la lerre de Lisse (Lot-et-Gar., ptès Nirac), qui 
était anssi un ûel des Lartigue, 

(3) On l'appjlait lartigut-d'Eit et par corrapiion Lartigue-Dim, parce qu'il 
était seigneur d'£ûr, peut-âtre Seux, aajoard'boi paroiise, section de la cummnne 
de Larroqoe-enr-Loste, canton de Hooirâal (Gers). Je us crois pu qu'il faille penser 
i Artigue-Bitu. àa csiitan do Mirande. 

(S) Voyez Chéniel, Dictionnaire dei tnriiiufiotu de France, 1. 1, art Hittorio' 
graphe. 

(1) ■ Parmi un nombre d'dcriu qn'il a faiU, on distingue coai <Ie Vimmortaliti 
de l'âme, la polilique du conquérant, mr le flux <l reflua de la mer et -autres. > 
Horéri. — la n'ai trouvé do renseignements bibliogTaphii]nes plus complets qoe sur 
on des ouvrages dn prémoniré Jean de LarUgue : la politique det eonquérantt 
(Paria, 1663 et 1667, in-4a de 133 pages, plus l'épltre dédiçatoire an Roi, eic.) 
Vojres G. de Real, snmce du gomernemtiU (1764, t. viii, in-4.-, p. 371), ijoî te^ 
mine aiosi sa notice sur la politiqtu det eonquérantt : ■ Le titre de cet ouvrage n'en 
donne pas une idâe juste. Ce sont des réflexions politiqaes qui sont i l'usage dn 
prince en général et non du conquéranl seul. C'est une dissertation sur le gonveme- 
meat.ingénieDse. ■ 



D,g,tza:Jb.GOOglC 



im-DAHE DE LOUW. 

ÉTUDE MONOGRAPHIQUE DE CETTE CHAPELLE. 

.Suite et fin (i). 

vn. 

Ensemble de la Glalre-Toie. 

C'est dans la troisième zooe que règne la claire-voie, c'est 
à-dire la série des hantes feoètres. Od les a combinées, à Tez- 
térieur, avec un système d'arcades simulées, dont les cinb^ 
portent leur clé jusqu'au contact des modillons de la corniche . 
. supérieure. 

Or, de ce parti-pris, qui a eu l'avantage d'économiser les 
matériaux, en réduisant ici l'épîùsseur des murs de face, résulte, 
en outre, un élément d'ornementation que complètent des 
coloimettes jumelles, adossées au tympan extérieur des fausses- 
arcades. Ces colonnettes se dressent entre le dernier glacis des 
contreforts et leur amortissement, mis en relief un peu plus 
hdut que le chenal du grand comble (2). 

Nous ferons observer que toutes ces fenêtres de la zone su- 

'(1) Voir le Bnmdro de la Rtmie dn moii d'octobre dernier, ftgo 499. 
(9) PeiiieaDd praiiqnd à déconTert nu le conromieneot dei mnii d'an bâtiment 
ponr neeroir 1m etnx de m Idince. 

Ton xn. 35 



..Google 



— 478 — 

périeure ont à peu près la largeur de celles des chapelles laté- 
rales; mais elles sont sensiblement plus élancées que ces der- 
nières, ainsi que semblait le demander cette hauteur d'environ 
14 mètres au-dessus du chemin de ronde. 

Toutefois, à partir de la portion du mur de face qui corres- 
pond aux sacristies, la fenêtre s^élargit considérablement; mais 
elle se divise en deux baies géminées dont les cintres en ogive 
prennent naissance à un meneau central. Cinq colonnéttes 
décorent, en outre, la façade extérieure de leurs pieds droits, 
et une rose à cinq iQbesà jour rehausse l'aire du tympan qui 
accompagne ces deux ogives. 

Un peu plus haut se, dessine, en archivolte commune, une 
forte moulure qui leur sert d'encadrement supérieur. Par 
dessus la corniche du grand comble, un second pignon à ram- 
pants unis se dresse en avant de la toiture, entre deux pyra- 
midions ornés de gables et enrichis de crossettes; et, en amor- 
tissement déSnitil, est plantée une croix de pierre dont les 
branches nimbées se dessinent un peu plus haut que ta crête 
métadiique qui couronne te faîtage. 

Enfin, entre les rampans de ce dernier pignon, rar(^itecte 
a ouvert une baie géminée dont les deux cintres en ogive 
portent sur le chapiteau d'une colmmette centrale. 

Aussi l'œil se repose-t-il agréablement sur l'aire d'un tym- 
pan qui, malgré la simplicité de son udiitectiire, termine avec 
tant de convenance l'harmonieuse combinaison des lignes, 
dont l'ensemble caractérise ainsi, ordinairement, le ponit cul- 
minant des transsepts. 

n est bien évident que dans Tintention de l'auteur d'un tel 
projet, cet ensemble d'ornements réservés aux deux murailles 
qui encadrent le chœur, au sud et an nord, devait trancha 
sur tout ce qui l'entoure. Or, l'effet calciUé est obtenu avec 
un tel succès qu'il ne saurùt échapper à l'observateur le plus 
vulgaire, mid^ lé voisinage d'un cbevet à heafeuseateut re- 
haussé de chf^elles rayonnantes. 



db.Google 



•~ 479 — 

vni. 

Façade principale. 

Toutefois, c'est à la façade prÎDcipale que Tarchitecte a 
réservé ses soins de prédilection. 

Les façades latérales sont, généralement, très secondaires 
relativement à celle qui nous occupe. Et celle-ci est appelée 
principale dans presque toutes les églises, surtout à rai- 
son de l'importance que lui donne, sur les autres, Tome- 
mentation dont Tembellissent, de concert, l'architecture, la 
statuaire et la sculpture d'ornementation, qui s'y montre si 
féconde dans la variété des motifs qui lui sont propres. 

S'agit-il, par exemple, d'un beau monument, construit à 
grands frais, dans le vrai moyen âge? Mille ornements divers 
s'unissent pour rehausser sa façade principale : dais, aiguilles, 
pinacles, fleurons, rinceaux, statues, bas-reliefs, figures fan- 
tastiques, symboles, allégories, souvenirs historiques des deux 
Alliances s'y développent à l'envi, selon les lois d'une symétrie 
pleine de goût et d'un véritable intérêt. 

Au point où les broderies de pierre deviennent plus délicates 
et semblent flotter au gré des vents, on voit naf tre et s'élancer 
avec aisance ces clochers à jour, ces flèches à clochetons aé- 
riens, de dimensions et de hauteurs si diverses. C'est comme 
nnelutte de végétation de pierre à travers l'atmosphère, aspirant 
à atteindre le Ciel afin d'y porter, jusqu'au trône de Dieu, la 
bonne odeur de l'encens avec le tribut quotidien ^e la prière 
publique. 

Quelle riche et splendide parure t Faut-il s'étonner que, dans 
les cœurs droits, elle réalise comme un avant-goût des abords 
de la Cité céleste, une invitation sublime, un attrait irrésis- 
tible à pénétrer dans l'intérieur de nos temples, qui en sont 
ici-bas la flgore, hélas, si imparfaite? 



,.b.Google 



(Test bien ta le sentiment profond, la pensée ëminemment 
cbrétienne qu'a vonlu reproduire Tarchitecte de Notre-Dame 
de Lourdes. Hais, se trouvant limité aux ressources dont it 
dispose, pouvait-il lutter, sur le roc de Massabieille, avec les 
belles façades de Reiois, de Bourçes, d'Amiens, de Chartres, 
deParis, etc., etc.? 

Noos avons déjà fait observer qu'il construit une chapelle 
de pèlerinage très fréquenté. Il ne pouvait donc guère se dis-, 
penser de mettre à la disposition des fidèles un porche qui 
pût, à l'occasion, servir d'abri et se prêter au repos. 

Or, Tarchitecte, dilatant ce porche de manière à donner au 
clocher un emp&tement convenable, l'a décoré, à droite et à 
gauche, d'une élégante colonnade dont la bonne ordonnance 
saisit au preuiier aspect. Elle est, d'ùUeurs, en parfaite harmo- 
nie avec rentrée à triple voussure concentrique et sur colon- 
nes, que six arcades de face encadrent à l'aspect de TOrient. 

Cette entrée, où doit se terminer un escalier monumen- 
tal, est couronnée d'un pignon surélevé, dont les rampants 
sont rehaussés de crosses végétales. 

Et, dans Taire du tympan, on a ménagé une rosace aveugle 
à huit lobes, dont le cadre, en fou reUef, est cantonné de trois 
petites rosaces sculptées sur fond, dans le même goût. 

A ce niveau, deux pinacles surmontent les contreforts d'an- 
gle, au droit des chapelles latérales. Os se dressent, jusqu'à la 
hauteur d'environ & mètres, comme deux satellites préposés 
à la garde de rentrée de l'édifice. Ces deux pinacles sont peu 
distants des deux tourelles d'escalier qui fianquent la tour cen- 
trale. Et au-dessus du pignon, l'architecte a orné le mur de 
face de cette tour d'une ample rosace rayonnante, à douze 
trèfles translucides, que le soIeU levant illumine an bénéfice 
de la chapelle entière. 

Un système d'arcades aveugles porte, en extra-dos, le con- 
tour de cette brillante rose. Et, par desstis le cordon qui Tar- 



db.Googlc 



- »81 — 
rête en élévatioD, d'autres arcades de même genre, mais trois 
fois plus élancées, élèvent leurs cintres trilobés jusqu'à la 
naissance de l'étage destiné à recevoir les cloches. 



Le Cloclier et sa Fléohe. 

Noos voici donc parvenus à la hauteur de la voûte infé- 
rieure du beffroi. Le cordon à large glacis dont nous venons 
de parler l'accuse à l'extérieur, juste à la hauteur du faite de 
la chapelle. 

A partir de ce niveau, le beffroi monte de 12 mètres, flan- 
qué de ses doubles contreforts d'angle, dont le glacis supé- 
rieur est décoré d'imbrications. Et sur ses quatre flancs, de 
grandes bues jumelles donnent aux cloches toute facilité de 
faire entendre, au loin, leurs volées solennelles dans ta direc- 
tion des points cardinaux. A cette hauteur répond la base 
d'une flèche octogonale ornée de quatre lucarnes à pignons 
feuillages, et cantonnée de clochetons qui sont destinés à ra- 
cheter les angles du quadrilatère. Cette flèche porte à24 mètres 
plus haut la croix métallique dont elle se couronne, et qui, 
toujours radieuse, oppose une si forte résistance aux plus 
Tiolentes agitations de l'atmosphère : 

APnSQUE JUnCPA NEXIBUS 
RELUCET IN FASTIGIO.' 



Etude de Vintérleur. 

Mais il est temps de revenir à l'intérieur de la chapelle, et 
d'étudier,, en élévation, un plan d'ensemble dont nous n'avons 
donné queTichnographie. 



D,slz.:Jb.GOOgle 



Toutefois, avant de quitter le porche, reconaùssons que, de 
ses trois portes, pratiquées dans l'épaisseur du mur pignon, 
deux ouvrent directement sur les voies qui conduisent aux sa- 
cristies, tandis que rentrée principale est daos Taxe de la nef. 

Arrétons-Dous devant cette double baie, de si bonne allure, 
mais exprimons le regret de ne pas trouver les voussures 
concentriques dont elle se couronne ornées de niches et 
peuplées de personnages, comme on le voit à la façade de tant 
d'églises duxnr siècle. L'architecte aurait bien voulu pouvoir 
figurer ici, pour l'édification dés pèlerins, le triomphe de la 
grâce sur lésâmes chrétiennes, c'estrà-dire l'invincible cou- 
rage des martyrs, le zèle des confesseurs de la foi, et celui 
des saints pontifes qui en ont été les propagateurs ou les 
gardiens; l'inviolable pureté des vierges, avec le dévouement 
à toute épreuve, et l'héroïque résignation des saintes femmes; 
enfin, l'ardente solUcitude des anges et des autres membres 
de la milice céleste qui veillent, à l'entrée de tant d'autres 
églises, autour du trône du Christ rédempteur. 

Ce vaste poème de la vie chrétienne ne pouvait pas trouver 
■ ici sa place, faute d& ressources; et l'architecte a dû se con- 
tenter de dresser, sur le tympan de la porte centrale, un trOne 
où nous voyons Jésus assis, nu-pieds et la tête ornée du nimbe 
crucifère. De sa main droite, il bénit les pèlerins, conviés 
par sa divine Mère. 

Autour de son auréole obtongue et quadrilobée sont les 
quatre symboles ailés de ses Evangélisles. A sa droite est re- 
présentée la nature humaine du Verbe incarné, et au-dessous 
rugit le hon du désert. A sa gauche plane l'aigle des sublimes 
révélations, au-dessus du veau qui rappelle les sacrifices de 
l'ancienne Alliance. 

Plus bas encore, et à la face extérieure du trumeau qui par- 
tage cette porte en deux compartiments égaux et semblables, 
Hario-Immaculée, ramenant ses deux mains croisées sur sa 
poitrine, inspire le recueillement à ses fidèles serviteurs, ac- 



db.Googlc 



couro&de loin panrviaitarsoD sanctuaire. «N'otibltei pas— 
* semble-t-elle nous dire — que c'est ici la maisoû de Dieu. 
» non est lue aiiud, nisi domus Dei; que je vous ai méoagé, 
» moi-même, l'entrée de ce temple privilégié, et que, de 
» plus, je suis la vraie porte du Ciel dont il est Timage sym- 
» bolique(l) ». 
« — Secourez, ô Re/uge des pécheurs, secourez ceui qui, 

> après de tristes chutes (3), viennent se relever, sous votre 

> égide, et reprendre courte pour naviguer jusqu'au port 
» du salut. » 



La Nef. 

La nef où nous entrons est, en effet, ainsi appelée du 
grec vccOf, vîdsseau, et du latin naxiîs, qui a la même signi- 
fication. Elle est l'emblème de cette Arche « sur laquelle na- 
vigue l'Eglise militante, à travers les flots d'une mef qu'agi- 
tent, sans cesse, de violentes tempêtes (3).» Et cette allé- 
gorie se trouve développée sous toutes ses faces à l'article II, 
n'-5 des Constitutions Apostoliques. 

A Notre-Dame de Lourdes, la hauteur de cette partie de 
rédiûce est de 19 mètres sous clé de voûte; et, comme sa 
largeur n'en a pas plus de 10, les proportions qui résultent 
de ces deux dimensions sont, pour un observateur expéri- 
menté, d'un très bon effet, puisque la hauteur est près du 
double de la largeur. Sans compter que, par un effet d'optiqu e 
sagement calculé, les groupes des hautes colonnes qui, depuis 
le sol s'élèvent jusqu'à la naissance des arcs doubleaux, fa- 

(I) Japiu cffili... Atqae sempor virgo, felix cceli porU... Qiue pervia sali port* 
mânes, eto., etc. 
(3) Raraghim paewioniiii. .. Sneonrr» Mâanti ) 
(3) GaUMm Dbuiii). I>e Ritibai EocImw, lib. i,Mp. S. 



db.Google 



— 484 — 

Torisent les conditions d*tine hauteur totale en apparence plus 
considérable. 

Cette voûte est d'arêtes, avec nervures dont le style est bien 
de la première moitié du xiw siècle, époque choisie, avons- 
nous dit, pour l'ensemble de l'édiflce. Ainsi, chaque arc dou- 
bleau est bordé, en son contour, d'une moulure torique, per- 
pendiculairement au grand aie de l'édiSce; tandis qu'un 
double torillon accompagne les tores qui, dans l'entre-detix 
des arcs douhleaux, suivent obliquement la direction des ner- 
vures jusqu'à leur intersection à une clé saillante. 

Ces sortes de clés se retrouvent sur tous les points où vont 
se croiser les nervures obliques ; et l'on en compte sept qui 
toutes sont rehaussées de moulures au pourtour, et d'orne- 
ments sculptés à la face antérieure. C'est ainsi qu'à celle du 
sanctuaire, cette face porte en relief le blason de Pie IX; celle 
du choeur rappelle les armes de Mgr Laurence, fondateur de 
l'œuvre; et la première de la nef reproduit le sceau épiscopal 
de Mgr Pichenot, actuellement évêque de Tarbes. Un simple 
ornement feuillage décore toutes tes autres clés. 

Nous avons fait observer, à l'extérieur, que trois zones se 
partagent l'élévation de rèdiflce, en son ensemble, et nous en 
retrouvons le même nombre à l'intérieur, abstraction faite de 
la crypte ; à savoir : la zone des grandes arcades qui ouvrent 
sur les chapelles latérales ; celle des hautes fenêtres dont la 
série contipue forme la claire- voie ; enfin la zone intermédiaire 
qui rappelle ici le triforium. 

Ce dernier mot, inventé avec assez peu de bonheur parles 
archéologues anglais, désigne l'étage qui règne souvent sur 
toute la largeur des nefs latérales, et qui reçoit le jouP de la 
maltresse-nef, au moyen d'arcades ouvertes un peu plus bas 
que la claire-voie. 

De là, il est facile de conclure que le triforium proprement 
dit n'est praticable que dans les grandes églises. Et comme il 
couronne les collatéraux, il n'était pas possible de le compren- 



db.Googlc 



- 485 — 

dre dans le plan de la chapelle de Lourdes; car, faate d'es- 
pace disponible du sud au nord, la nef ne pouvait pas être 
accompagnée de bas^ôtès : c'est encore beaucoup qu'on ait 
pu lui donner des chapelles latérales, qui devaient être d'une 
si grande utilité. 

Ce sont, avons-nous dit, des séries d'arcades ouvertes sur 
la nef centrale, au-dessous des hautes fenêtres qui, à l'intérieur 
des grandes églises, accusent la présence du triforium. Hais 
il arrive très souvent que sa profondeur est réduite à un tel 
point qu'elle de s'étend que sur l'épaisseur des murs. C'est 
ce que l'on voit à la métropole d'Auch, par exemple, où cet 
étage, loin de prendre toute la largeur des bas-côtés, est une 
simple galerie dont la balustrade ne voile à' nos regards 
qu'une co\irsière d'environ, l mètre de largeur. 

Il ne faut donc pas trouver étrange que, dans beaucoup 
d'édifices religieux, moins importants que cette cathédrale, la 
coursière elle-même se trouve supprimée. On s'est alors con- 
tenté de ménager des arcades aveugles, simulées dans le plein 
mur/ et qui prennent, sous cette forme, le nom d'arcalures. 

Dans Notre-Dame de Lourdes, leur série, réguhèrement in- 
terrompue par les groupes des "hautes colonnes, rappelle les 
arcades qui, wlleurs, éclairent le triforium. Mais elle ne réa- 
lise qu'un ornement d'architecture qui,, avec ses élégantes 
colonnettes, nous semble fort digne de tous les autres, et 
s'étend à toute la zone intermédiaire. C'est-à-dire que ces ar- 
catores accompagnent. les deux autres zones, depuis le mur 
oriental jusqu'à Textrémité occidentale deTédiflce. On en voit 
même, à titre de simple décoration, une petite série, à droite 
et à gauche de la tribune de l'orgue, que l'architecte a ména- 
gée sous le clocher. 

Remarquez, avant d'aller plus loin, que cette division de 
la nef par zones est horizontale. Mais, verticalement, l'édi- 
fice se partage en dix travées, cinq à la nef et cinq aux cha- 



db.Google 



— *«« - 
pelles îdQàdalea, sans compta la travée exceptioimedle da 
cbœur, que nous avons constaté être an droit des sacristies. 

EnQn, à chagne travée corre^odent uniformément, sût 
à droite, soit à gauche, une arcade, un groupe d'»catares, une 
haute fenêtre avec son formeret, et, de plus, un système da 
nervures symétriquement distribuées à lasur^e de la voûte, 
dans l'enlre-deux des arcs doubleaui. 

La régularité n'est donc pas moins complète, en élévation, 
à l'intérieur qu'à rextèrieur de cet édiOce. Et c'est encore eo 
d(Hinant pins de valeur aux oraements d'architecture qui hii 
sont propres que la travée du choeur empêche cette régularité 
de se convertir en monotonie. 

C'est ainsi, par exemple, que si dans la nef les colonnes 
groupées sont au nombre de trois, soit au sud soit au nord, 
dans le plan vertical des arcs doubleaux, — on en compte cinq 
dans la travée du chceur, attendu que leurs arcs doubleaux 
ont une plus grande importance, et comme force et comme 
ornementation. 

Si dans la nef, les arcatures de la zone intermédiaire qui 
rappellent le triforium sont au nombre de quatre pour chaque 
travée, — nous en comptons 'six à celles du chœur. 

Si dans la nef, chaque travée a, dans la zone supérieure, 
sa fenêtre archivoltée, avec cintre en ogive portant sur colon- 
nettes, — la travée du chœur a deux baies géminées, de même 
forme, de mêmes dimensions et de même valeur; et de plus, 
eUe a un quadrilobe dessiné dans le plein mur, étalant ses dé- 
coupures végétales sous une archivolte commune d'un plus 
grand diamètre. 

De même, si dans la nef chaque travée a son arcade régu- 
lièrement étabUe sur colonnettes groupées autour de chaque 
système de hautes colonnes, de manière à dissimuler la force 
des piles qui portent ies hautes murailles, sud et nord, — dans 
ta travée du chœur, l'arcade, devenue impraticable, est rem- 
placée par un mur de clAture. Et, comme- on ne pouvait pas 



D,g,tza:Jb.GOOglC 



- «7 — 

râviter, on a eu le soin d'oraer de lignes â'arcMtectare la 
nudité de ce mur. 

Une porte de communication avec cttaque sacristie était 
indispensable. Mais elle est accompagnée d'un ensemble de 
moulures etdecolonnettes, qui ne contrastent en aucune façon 
avec sasimplicité. Une colonne engagée divise ce mur en deux 
parties égales, et sur son chapiteau repose la retombée de 
deux arcalures jumelles, mises en parfaite relation, comme • 
hauteur, avec les arcades qui ouvrent vers les chapelles laté- 
rales. Enfin, dans chaque tympan, on a placé une rosace qua^ 
drilobée, aveugle et archivoltée, comme simple ornement du 
chœur, mais sans utilité pour l'intérieur des sacristies, que, 
du reste, le xm" siècle n'établissait jamais à cette place. 



XII. 
Le Ghœnr. 

Ajoutons même que les égUses de cette période n'en av^ent 
ordinairement d'aucune espèce. Les édifices qui, dans le voi- 
sinage, étaient consacrés à l'habitation du clergé, y supplément 
largement, comme dépôt des objets plus ou moins précieux 
qui servaient aux divers détails du culte pubUc. 

Ce que nous appelons ici le choeur tirait son nom tradi- 
tionnel du chœur des chantres qui s'y réunissaient, pendant 
les offices, afin d'exécuter ou la psalmodie ou les chants 
sacrés que prescrit la liturgie chrétienne. 

Et, pour un édifice qui, au xnr siècle, aurait été bâti selon 
le plan que nous étudions, notre chœur serait Tinter-trans- 
sept, c'est-à-dire l'entre-deux des croisillons dont les sacris- 
ties ont dû prendre la place dans la chapeUe de Notre-Dame 
de Lourdes. 

Si donc il nous était permis de supposer qu'on voulut ici. 



D,g,tze:Jb.GOOgle 



- *88 - 

nnjoar ou autre, reproduire, à IHntéiieur et sur rensemble 
du sol un vrai transsept, c'est-à-dire la grande figure de la 
croix, qu'arriverait-il? 

Lesdeaxmursquiencadrentactuellement.le chœur serîùent 
démolis avec précaution, et aussi sans préjudice ni pour leurs 
quatre piliers sensibleuient plus vigoureux que tous les au- 
tres, ni pour les grandes arcades dont ils équilibrent la re- 
tombée. 

A droite et à gauche se trouverait ainsi tout à fait dégagé 
rintérieur des croisillons du transsept accusé à Textérieur; et, 
par cette modification, la chapelle gagnerait, à rintérieur de 
rédiflce, cette forme de croix à laquelle Tart chrétien renon- 
çait si rarement dans ses plans du moyen âge. 

Ces croisillons, en effet, ret)résehteraient les deux bras de 
la croix dont le chevet ser^ùt la léte, tandis que sa hampe se 
développerait naturellement sur la longueur de la nef, selon 
les proportions qui sont d'usî^e en Occident (1). — Et quelle 
heureuse transfiguration s'opérerait ainsi à l'avantage d'un 
monument déjà si remarquable! 

Hais cette modification ne saur^t être ici qu'une hypothèse, 
l'usage des sacristies ayant prévalu partout comme annexe in- 
dispensable. La place qu'elles occupent ici, faute d'espace libre 
sur tout antre point du roc de Hassabieille, a dû forcément 
leur être dévolue. Et c'est ce qui explique comment l'édifice 
n'a pu conserver, tant à rintérieur qu'à l'extérieur, quête 
souvenir de la mystique consécration qu'aurait pu lui impri- 
mer, dn moins à rintérieur, la forme du signe glorieux de la 
rédemption des hommes. 

Qnoi qu'il en soit de nos regrets pour cette inévitable sup- 
pression, il est juste de reconnaître que l'architecte a fort heu- 
reusement rompu, à cette occasion, la monotonie des éléments 
semblables dans le voisinage du sanctuaire. 

(1) On uil q-a» ÛMS U croix oKenUle lu qu\li» bnnchu sont ég*l«B enire ellaii. 



db.Google 



Xffl. 
Le Cbevet. 

De plas^ il a doDnè aux deux arcs doubleaux qui le précè- 
dent rimportance que leur imposait ce rang d'honnear. 

Celui qui, vers Touest, arrête, ici, la limite du chœur est 
Tare de triomphe du Christ vainqueur par la croix. 

Au ceutre du sanctuaire, les Âges de foi dressèrent f autel 
principal comme vrai trdne du maître invisible qui, de là, 
règne sur le monde et le gouverne : Christus vincit, Christus 
régnai, Chm^is mperal. Et un chant des plus solennels, con- 
sacré à cette fonnule, en rappelait Tespiit à l'assemblée des 
- fidèles aux grandes fêtes du cycle religieux. 

Enfin, le grand crucifix de nos anciennes liturgies. Magnum 
crucifixum, rattaché à la clé de Tarcade triomphale, comme 
on le voit, entre autres églises importantes, dans ta métropole 
d'Auch, exposait à leurs yeux le mystérieux trophée de la vic- 
toire remportée, au sommet du Calvaire, sur les puissances 
infernales; taxtdis que sa chaîne emblématique figurait Tanion 
désormais indissoluble entre l'Eglise qui milite encore sttr la 
terre, et celle qui triomphe dans le ciel. — Et quel autre 
moyen eût été- plus propre à perpétuer an milieu de nous le 
toucbfmt souvenir de cette ancienne tradition : 

■ Le Christ mourant sur la Croix tourna le dos à TOrient, 
qui s'obstinait à le méconnaître, même en face de ce temple 
ou sa gloire venait de briller avec tant d'éclat; et il voulut, 
de son dernier regard, convier les régions occidentales au 
banquet cUvin de sa Nouvelle Alliance. • 

Hais entrons enfin dans notre sanctuaire. 

Par delà son arc triomphal, noi^ retrouvons sur plan pen- 
tagonal les mêmes arcades qui dans la nef commtuùqaent 



D,g,tza:Jb.GOOgle 



— 490 ~ 

avec les chapelles latérales sur deux lignes droites et paral- 
lèles. 

Dans cette série du rond-point, les règles de rarchitecture 
imposaient à l'auteur du plan des piles aussi fortes que sous 
les arcades de la nef. 

.Hais il en voile raustérité au moyen de colonnettes, aussi 
nombreuses pour chacune qu'à rentrée des chapelles laté- 
rales. 

Ajoutons que, dans te but de tresserautour du maitre-autel 
une couronne mystique d'une plus grande valeur, l'architecte 
dresse une colonnette élancée à chacun des uigles rentrants 
qui naissent de la rencontre des p^is coupés. De plus, dans 
rentre-deux de ces colonnes, il reproduit, à hauteur de siège, 
mais sur des dimensions plus réduites, le système d'arcatures 
dont la zone du triforium se trouve ornée tout autour de l'é- 
difice. Il est bien évident que ces arcatures ajoutent à la ri- 
chesse de ces chapelles. 

Gardons-nous donc de l'accuser d'économie mal entendue, 
dans le complément de cette couronne d'une si élégante sim- 
j^cité. 

Il est VKû que dans la nef il a groupé trois colonnes élancées, 
entre le sol et le point de départ des arcs doubleaux, tandis 
que, dans le chevet, une seule naît du sol et s'élève à travers 
les chapiteaux qui portent les arcades pour ne s'arrêter qu'à 
la même hauteur. 

Pourquoi, nous dira-t-on, une telle différence? C'est que, 
pour ce dernier cas, -l'angle rentrant laisse moins de place 
libre; et, d'ailleurs, à la naissance de la voûte d'arêtes, adop- 
tée pour l'èdldce entier, la gerbe des nervures a, dans le 
chevet, beaucoup moins d'importance que dans la nef; car 
ici, toutes les nervures concourent, au nombre de cinq par 
travée, avec la retombée de chacun des arcs doubleaux qui 
l'encadrent, ^tandis que dans le chevet une seule part, avec 
l'arc fonneret, du cbfq;>iteau qui couronne la colonne d'angle. 



db.Google 



— 491 — 

D'où il suit que la bonne ordonnance de ces divers d^ùls 
n*est i>as moins compte dans les cb^Ues du chevet que 
l'harmonie des grwdes li^es qui lonn^l l'ensemble de Té- 
diiee. 

Mais il n'est peut-être pas hors de propos de faire obs^rer, 
en onPte, que cette harmonie est tout aussi heureusement 
calculée à un autre point de vae : c'est-à-dire quant à la 
^gniâcatîoa allégorique des nonces, dont la symbolique 
du moyen âge manquait rarement de tirer parti. 

Dans les églises romanes, le plan du cberet était générsde- 
ment en hémicycle, surtout lorsqu'il ne comprenait qu'uiw 
seule chapelle. 

Le xui' siècle aima mieux bâtir le chevet sur plan penta- 
gonal; et il le dotait de ft-ots ou de cing chapelles. 

Les siècles suivants donnèrent au chevet de nouv^les 
églises, sept, ou même tteuf de ces sortes de chap^es, selon 
que ceW« partie de l'édifice religieux prenait de l'étendue, à 
la suite du transsept. 

Or, les écrits du temps nous apprennent que ces différente 
wmibres déterminés fnrentcomme une allusion symbolique, ou 
à la TrinUé des personnes divines ou aux c^r^ plaies princi- 
pales f^tes an corps du divin Rédempteur; aux xep/ jours 
'de la création du monde, ou aux sept sacrements qu'a insti- 
tués le Verbe incarné, par qui tout a été fait dans les sej^ 
premiers jours de la Genèse, omrm per ^mm (a/M stoU (1); 
ou enfin, comme à Gimont, par exemple, aux neuf chœais des 
Anges qui, de la Cour céleste, viennent sur la terre remplir 
les missions diverses que Dieu leur a confiées dans l'intérêt 
de l'espèce humaine. 

Dans son plan, inspiré par le xni* siècle, l'architecte de 
Notre-Dame de Lourdes ne pouvait . pas méconnattre de tels 

(1) Saocl. Jouin. âvug. Cip, i., v. S. 



db.Google 



— 492 — 

enseignemeots. Il a donc choisi le nombre cinq pour l'or- 
donnance mystique des joyaoi de la couronne qae forment les 
chapelles rayonnantes. Nous venons de voir avec quelle grâce 
elles se groupent autouï du trône où le Christ, vainqueur de 
la mort, voile l'éclat de son triomphe sous les saintes espèces 
de l'Eucharistie. 

De plus, chacune de ces chapelles rappelle la Trinité des 
personnes en Dieu, par le nombre de ses fenêtres; de même 
que la grande rose à jour de la façade principale symbolise 
Vimté de la nature divine. 

Pour ce qui regarde la nef du monument que nous étu- 
dions, afin de mieux saisir son intéressante signification sym- 
bolique, écoutons, entre autres écrivains sacrés. Clément 
d'Alexandrie. Il enseignait aux fidèles du iv* siècle que le 
nombre x est parfait en tous points, comme complément au- 
delà duquel il n'y a rien à imaginer, en tant que base de 
numération (1). Et, pour ce motif, il ne trouvait rien de plus 
propre à symboliser le salut étemel, c'est-à-dire le complément 
parfait de tout ce que l'on peut espérer de mieux en cette vie, 
et posséder en l'autre après la mort. 

Aussi ce docte écrivain a-t-il donné, avec saint Augustin (2), 
le nom de DEnABiim, par allusion au nombre x, à la récom- 
pense étemelle, qui est le salaire divin des mérites acquis 
dans le temps. Attendu, d'ailleurs, que cette récompense est 
figurée par le denier, qui, dans la parabole des ouvriers de 
l'Evangile (5), est le salaire accordé, indistinctement, à cha- 
cun d'eux, par le maitre de la vigne. 

Ajoutons que Boldetti, dans ses études sur les catacombes 
de Rome, constate que certains poissons de verre (4) trouvés 
dans ces lieux souterrains, portaient, en inscription, des 

(1) Npm«ra* QDdeqvtqiiA parfeem. — Sirom. lil, n. 
(9) Tract. Stii in Joanit. 
(S) Hatth. etp. XX, T. 3. 
(1) P*gfl 516. 



db.Googlc 



— 493 — 

NOMBRES à base décimale, x, xs., etc., etc. Or, les savants qui 
se sont spécifilement occupés de ces sortes de recherches 
coavienneDt que de tels nonAres reproduisent, dans la pensée 
des premiers chrétiens, des formules de souhait, ou à'aspi- 
raUon de durée de bmheio' pour la vie étemelle. 

Nos pères dans la foi, dont les soupirs eui-mêmes étaient 
comptés par les tyrans qui les persécutaient (1), avaient soin 
de voiler leurs asp^atims vers des temps meilleurs sous les 
formes mystérieuses de la langue des symboles. Et, aQn de 
le faire avec moins de danger pour le nouveau culte, ils s'ap- 
propriaient, en rélevant à la hauteur de leurs idées surnatu- 
relles, l'acclamalion payenne votis x, muUis xx, dont nous 
avons traité assez longuement à Toccasion d'une médaille' 
votive frappée en l'honneur de Julien l'apostat dans la pre- 
mière moitié du iv" siècle (2). 

Ainsi donc, le nombre x était notoirement adopté, de très 
bonne heure, dans l'assemblée des fidèles, comme l'un des 
éléments du langage symbolique. Ficorini, dans ses recher- 
ches sur les Pierres lettrées, en a cité de nouveaux elemples. 
n ne IsMi doiic pas nous étonner si, dans- la disposition des 
grandes lignes de nos édifices religieux d'ancienne date, nous 
retrouvons des allusions au norr^e x, ou à toute autre base 
décimale, à titre de souhait de salut, ou A^aspiration vers la vie 
étemelle. Si, en effet, la porte principale figurait l'entrée du 
ciel, avec toutes tes richesses sculpturales qui la décoraient, 
la nef était le vaisseau tutélaire qui, sur la mer de ce monde, 
fait voguer les fidèles jusqu'à la Cité des récompenses éter- 
neUes. Aussi le nombre x s'y trouvait-il, le plus souvent, non 
en chiffre, mais dans la double série des grandes arcàtures 
romanes, ou des grandes arcades ogivales, qui la bordïûent, 

(1} Davaient-ila Btre, dn reOe, mieax tnités que les snspMU infortnQés donlpule 
Tuile, an leile anivaDI : Prœci'pu*, tab Damitiana, nigeriaram pan eral, lidâre at 
adspici, quiuD inspiria nnalia snbacriberentur.— TiciT. /ul. ÀgritoUt vila; — Sl.t. 

(3j Rnutde Gatcogni, toni. m, page 138 et aniTUtai; page ise ei raiTaotet. 
Ton Xn. 36 



db.Google 



— «4 — 

cinq de chaque oOté; avec correspondance d'ua égal notaire 
de fenêtres pour éclairer cette partie, la plus importante de la 
construction. 

A Notre-Dame de Lourdes, c'est Marie Immaculée, vr^e 
■ porte du ciel, felix cœli porta, qui convie elle-même les pèlerins 
à prendre place dans sa nef, nouvelle arche de salut. Et, dans 
cette nef, l'architecte a traduit l'analogique toiïs x des sùn- ' 
tes aspirations de nos âges de foi, vers le denariuh du bon- 
heur ètcroel, par les dix grandes arcades qui ouvrit sur les 
DIX chapelles latérales; par les dix gracieuses baies à jour